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-The Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amitié,
-l'amour et le mariage, by Pierre Marie Quitard
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage
-
-Author: Pierre Marie Quitard
-
-Release Date: October 5, 2020 [EBook #63380]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was
-produced from scanned images of public domain material
-from the Google Books project.)
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-
- PROVERBES
- SUR
- LES FEMMES
- L'AMITIÉ
- L'AMOUR ET LE MARIAGE
-
- RECUEILLIS ET COMMENTÉS
- PAR
- M. QUITARD,
- Auteur du _Dictionnaire des Proverbes_
-
- NOUVELLE ÉDITION
- CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE
-
- PARIS
- GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
- 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6
-
- 1889
-
-
-
-
-PARIS.--IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7.
-
-
-
-
-AVIS DES ÉDITEURS
-
-
-La PREMIÈRE ÉDITION de ce Livre, tiré à plusieurs milliers
-d'exemplaires, est entièrement épuisée depuis quelques années. Celle que
-nous publions aujourd'hui, d'après les nombreuses demandes qui nous ont
-été adressées, n'est pas une reproduction pure et simple de la
-précédente. Outre les retouches et les additions que l'auteur a faites à
-l'ancien texte, cette édition comprend une assez grande quantité
-d'articles inédits, et non moins instructifs qu'amusants par la variété
-des traditions, des usages, des origines et des documents précieux
-qu'elle contient. Grâce à toutes ses améliorations, cet ouvrage est
-devenu plus nouveau et plus amusant; et nous sommes fondés à espérer que
-le public voudra bien l'accueillir avec la même faveur dont il a honoré
-celui dont il est le corrigé et le complément.
-
-
-
-
-AVERTISSEMENT
-
-DE LA PREMIÈRE ÉDITION
-
-
-Il y a longtemps que je m'occupe DES PROVERBES, considérés comme
-expression des mœurs et des coutumes nationales. J'en ai publié, en
-1842, un dictionnaire qui a obtenu quelque succès en France et à
-l'étranger. Depuis, j'ai revu et considérablement augmenté ce premier
-travail, dont j'ai inséré de nombreux fragments inédits dans mes _Études
-historiques, littéraires et morales sur les proverbes français_, etc.
-
-Il m'a paru piquant de détacher encore de mon manuscrit les proverbes,
-maximes et dictons relatifs aux Femmes, à l'Amitié, à l'Amour et au
-Mariage, et de former, en leur donnant des développements nouveaux, une
-sorte de blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels on n'a
-cessé et on ne cessera jamais d'écrire.
-
-Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs qui se sont amusés à
-faire des archives de satire et de scandale contre le beau sexe. J'ai
-dit de lui le bien comme le mal avec une liberté consciencieuse, et j'ai
-tenu à respecter mon sujet. J'espère donc qu'il ne désapprouvera point
-les vérités que ce petit livre lui présente, vérités sérieuses quoique
-sous une forme parfois plaisante et vive.
-
-Puisse le public, de son côté, l'accueillir avec la même indulgence que
-mes publications précédentes.
-
-
-
-
-PROVERBES
-
-SUR
-
-LES FEMMES
-
-
-Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle.
-
-C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre français
-intitulé: _De la Louange et de la Beauté des dames_, où il a résumé
-trois par trois en dix triades, les trente choses qui, suivant lui,
-constituent la perfection, la beauté idéale de la forme féminine telle
-que fut, dit-on, celle d'Hélène.
-
-Corniger a mis le texte français en dix-huit vers latins, qui ont été
-insérés par Jean Nevizan dans sa _Forêt nuptiale_ et qui débutent ainsi:
-
- _Triginta hæc habeat quæ vult formosa vocari.
- Fœmina sic Helenam fama fuisse refert._
-
-«La femme qui veut être reconnue belle doit avoir les trente qualités
-que la renommée attribue à Hélène.»
-
-Vient ensuite l'énumération de ces trente qualités dont nous donnons la
-traduction tirée du conte de Saintine intitulé: un _Rossignol pris au
-trébuchet_:
-
- Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains;
- Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils;
- Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles;
- Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils;
- Trois larges: la poitrine, le front et les hanches;
- Trois étroites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied;
- Trois grosses: le bras, le mollet et ***;
- Trois arquées: la taille, le nez et les sourcils;
- Trois rondes: le sein, le cou et le menton;
- Trois petites: le pied, la main et l'oreille.
-
-
-Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les yeux.
-
-Il faut considérer la bonne réputation plutôt que la beauté de celle
-qu'on veut prendre pour épouse. Ne regarder qu'à la beauté dans le choix
-d'une épouse, c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, _se marier
-pour les yeux_, ou, suivant une expression dont Corneille s'est servi:
-_épouser un visage_.
-
-_Heirathe das Weib, nicht die Gestalt_ (prov. allemand). _Épouse la
-femme, non la figure._
-
-On lit dans les _Préceptes de mariage_ de Plutarque:
-
-«Il ne faut pas se marier au gré de ses yeux seulement, ni au rapport de
-ses doigts, comme font aucuns qui comptent sur leurs doigts combien leur
-femme leur apporte en mariage, et ne considèrent pas premièrement si
-elle est conditionnée de sorte qu'ils puissent vivre heureux avec elle.»
-
-Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel Dieu plongea notre
-premier père, au moment où il voulut lui donner une compagne, est un
-avis de nous défier de notre vue et de prendre une femme les yeux
-fermés.
-
- Fille honnête et morigénée
- Est assez riche et bien dotée.
-
-Cette maxime rimée est prise de la réponse que fit Bias, l'un des sept
-sages de la Grèce, à quelqu'un qui lui demandait quelle était la
-meilleure dot d'une fille. C'est une vie pudique, dit le philosophe. La
-demande et la réponse ont été renfermées dans cet hexamètre du poète
-Ausone:
-
- _Quæ dos matronæ pulcherrima?--Vita pudica._
-
-«Diamant qui n'a point de tache est toujours bien enchâssé. Il en est de
-même d'une fille: elle est assez noble et assez riche si elle est
-chaste, modeste et vertueuse.» (Maxime chinoise.)
-
-_Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata._ (_Ecclesiastic._,
-XXVI, 19.) «La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute
-grâce.»
-
-
-Maison faite et femme à faire.
-
-Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas être exposé aux
-inconvénients et aux dépenses qu'entraîne la bâtisse, et il faut prendre
-une jeune femme dont le caractère ne soit pas entièrement formé, afin de
-pouvoir la façonner sans peine à la manière de vivre qu'on veut lui
-faire adopter.
-
-Les Anglais disent dans le même sens: _A horse made and a wife to
-make._--_Cheval fait et femme à faire._
-
-
-Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme.
-
-Traduction littérale du proverbe roman:
-
- _De sa molher cal estre
- Lo companho no lo maestre._
-
-Il faut que l'autorité d'un mari sur sa femme soit celle de la raison.
-Il doit s'appliquer à la diriger par de sages conseils, non par des
-prescriptions rigoureuses, être pour elle un guide bienveillant, non un
-dominateur tyrannique.
-
-_La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne connaît point
-d'esclaves._ (Prov. chinois.)
-
-«Il faut, dit Plutarque dans ses _Préceptes de mariage_, que le mari
-domine la femme, non comme le seigneur fait son esclave, ains (mais)
-comme l'âme fait le corps, par une mutuelle dilection et affection dont
-il est lié avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.»
-
-On lit dans une interprétation talmudique du passage de la Genèse sur la
-création d'Ève: «Si Dieu eût voulu que la femme devînt le chef de
-l'homme, il l'eût tirée de son cerveau; s'il eût voulu qu'elle fût son
-esclave, il l'eût tirée de ses pieds. Il voulut qu'elle fût sa compagne
-et son égale, en conséquence il la tira de son côté.» Ce que saint
-Thomas a redit, en l'amplifiant de cette manière: «Dieu a créé ainsi la
-première femme d'abord par égard pour la dignité de l'homme, afin que
-l'homme fût lui seul le principe de toute espèce, comme Dieu est le seul
-principe de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas été créée
-de la tête de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas dominer
-l'homme en maîtresse de l'homme; en troisième lieu, elle n'a pas été
-créée des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas être
-méprisée de l'homme comme la servante et l'esclave de l'homme; mais elle
-a été créée du côté de l'homme, du cœur même de l'homme, afin que l'on
-sache qu'elle doit être aimée par l'homme comme la moitié de l'homme, la
-compagne de l'homme, l'égale de l'homme.»
-
-Ce passage de saint Thomas a été traduit et cité par le P. Ventura dans
-un sermon.
-
-Les Arabes prétendent que Dieu ne voulut point tirer la femme de la tête
-de l'homme, de peur qu'elle ne fût coquette, ni de ses yeux, de peur
-qu'elle ne jouât de la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne
-fût curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne touchât point à tout, ni
-de ses pieds, afin qu'elle n'aimât pas trop à courir. Il la tira de la
-côte, de l'innocente côte d'Adam; et, malgré tant de précautions,
-ajoutent-ils malicieusement, elle eut un peu de tous ces défauts à la
-fois.
-
-
-Rien n'est meilleur qu'une bonne femme.
-
-_Nil melius mulier bona._ Ce texte latin, dont le proverbe est la
-traduction littérale, se trouve dans un recueil de sentences morales en
-vers latins, qu'Abélard composa pour l'instruction de son fils.
-
-Mais Hésiode avait dit avant Abélard: «Il n'est aucun bien préférable à
-une bonne femme.»
-
-Le trouvère Chardy, dans le _Petit Plet_, poëme publié au treizième
-siècle, emploie cette autre sentence analogue: _Une bonne femme est le
-plus grand bienfait de la Providence._
-
-_Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet jucunditatem a
-Domino._ (Salomon, _Prov._, XXVIII, 22.) «Qui a trouvé une bonne femme a
-trouvé le bien par excellence, et il a reçu du Seigneur une source de
-joie.»
-
-_Mulieris bonæ beatus vir: numerus enim annorum illius duplex._
-(_Ecclesiastic._, XXVI, 1.) «Heureux le mari d'une bonne femme, car le
-nombre de ses années est doublé.»
-
-Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari d'une mauvaise
-femme est diminuée de moitié.
-
-«La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des dieux quand le diable
-ne l'assaisonne pas.»
-
-
-Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé.
-
-Proverbe qui paraît avoir été inspiré par ce passage de
-l'Ecclésiastique: «La bonne conduite de la femme est un don de Dieu.
-_Disciplina illius datum Dei est._» (XXVI, 17.)
-
-Une femme honnête est vraiment un _don divin_, et il n'y a point de plus
-grand malheur pour un mari que d'en être séparé, car il perd avec elle
-un sage conseil dans ses entreprises, une douce consolation dans ses
-chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmités, une source
-d'agréments et de joie dans toutes les situations de la vie. Et quel
-trésor sur la terre pourrait valoir cette fidèle amie, cette tendre
-bienfaitrice ou plutôt cette providence de tous les instants: «Un pareil
-trésor, dit Salomon, est plus précieux que ce qu'on va chercher au loin
-et aux extrémités de la terre. _Procul et de ultimis finibus pretium
-ejus._» (Prov., XXXI, 10.)
-
-
-La femme fait la maison.
-
-Tout irait mal dans une maison sans la femme, la femme sensée, bien
-entendu. C'est elle qui en est vraiment le génie tutélaire et qui en
-fait la prospérité, en y établissant l'ordre moral et matériel par sa
-sagesse, par sa surveillance, par son application aux détails du ménage
-et par une foule de soins que le mari ne saurait prendre aussi bien
-qu'elle.
-
-Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie, en disant _la
-femme fait ou défait la maison_, existe depuis les temps les plus
-reculés. Il se retrouve dans les paroles suivantes de Salomon: _Sapiens
-mulier ædificat domum suam: insipiens exstructam quoque manibus
-destruet._ (_Prov._, XIV, 1.) «La femme sage bâtit sa maison: l'insensée
-détruira de ses mains celle même qui était déjà bâtie.»
-
-On lit dans le _Manava-Dharma Sastra_, ou livre de la loi de Manou: _La
-femme, c'est la maison_, et dans un poëte indien: _La femme, c'est la
-fortune._
-
-Les Allemands ont ce proverbe: _Die Haus Ehre liegt am Weib._ «L'honneur
-de la maison est à la femme.»
-
-
-La plus honnête femme est celle dont on parle le moins.
-
-«Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert,
-avaient, en général, un très-grand respect pour les femmes; mais ils
-marquaient ce respect en s'abstenant de les exposer au jugement du
-public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs
-autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient
-les plus pures était celui où l'on parlait le moins des femmes, et que
-la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins.» C'est
-sur ce principe qu'un Spartiate, entendant un étranger faire de
-magnifiques éloges d'une dame de sa connaissance, l'interrompit en
-colère: «Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de médire d'une femme de
-bien?» De là venait aussi que, dans leur comédie, les rôles d'amoureuses
-et de filles à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des
-filles publiques.»
-
-Quoique nous n'ayons point pour les femmes le même respect que les
-anciens, nous n'en avons pas moins adopté la maxime proverbiale dont ils
-se servaient, comme d'une espèce de _criterium_ qui leur faisait
-reconnaître le degré d'estime qu'ils devaient à chacune d'elles. Il y a
-même dans notre langue une expression vulgaire qui vient à l'appui de
-cette maxime: c'est l'expression _faire parler de soi_. Quand elle
-s'applique à une femme, elle emporte toujours une idée de blâme, tandis
-qu'elle se prend généralement dans un sens d'éloge quand elle se
-rapporte à un homme. _Cette femme fait parler d'elle_ est une phrase qui
-signifie que cette femme donne lieu à de mauvais propos sur son compte
-par une conduite répréhensible. _Cet homme fait parler de lui_ se dit
-ordinairement pour exprimer que cet homme se distingue par ses talents
-ou par ses belles actions.
-
-_La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas._ (Prov.
-chinois.)
-
-La maxime qui veut que la femme la plus honnête soit celle dont on parle
-le moins a été attribuée par quelques-uns à Périclès, par quelques
-autres à Thucydide, quoique celui-ci ne la cite que comme un mot de
-Périclès, et par Synésius à Osiris. Elle a été désapprouvée par
-Plutarque au début de son traité _Des vertus des femmes_. «Il me semble,
-dit-il, que Gorgias estoit plus raisonnable, qui vouloit que la
-renommée, non le visage de la femme, fût connue de plusieurs.»
-
-
-La bonne femme n'est jamais oisive.
-
-Si elle l'était, elle ne serait pas la bonne femme, c'est-à-dire celle
-qui se dévoue à la pratique de tous ses devoirs avec lesquels l'oisiveté
-_mère des vices_ est incompatible; car, suivant une maxime de Pythagore
-«le phénix est une femme oisive et sage à la fois.»
-
-Notre proverbe est l'expression d'une pensée qui domine dans le portrait
-que Salomon a tracé de la _femme forte_ ou vertueuse. Voici ce portrait
-où l'on verra la réunion des qualités qui devaient constituer le
-caractère de la femme par excellence dans les mœurs primitives:
-
-«Qui trouvera la femme forte? Elle est plus précieuse que ce qui
-s'apporte de l'extrémité du monde.
-
-»Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et il ne manquera point
-de dépouilles.
-
-»Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous les jours de sa vie.
-
-»Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains
-sages et ingénieuses.
-
-»Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte de loin son pain.
-
-»Elle se lève lorsqu'il est encore nuit: elle a partagé le butin à ses
-domestiques et la nourriture à ses servantes.
-
-»Elle a considéré un champ, et l'a acheté; elle a planté une vigne du
-fruit de ses mains.
-
-»Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras.
-
-»Elle a goûté, et elle a vu que son trafic est bon; sa lampe ne
-s'éteindra point pendant la nuit.
-
-»Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le
-fuseau.
-
-»Elle a ouvert sa main à l'indigent; elle a étendu ses bras vers le
-pauvre.
-
-»Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni la neige, parce que
-tous ses domestiques ont un double vêtement.
-
-»Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se revêt de lin et de
-pourpre.
-
-»Son mari sera illustre dans l'assemblée des juges, lorsqu'il sera assis
-avec les sénateurs de la terre.
-
-»Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donné une ceinture au
-Chananéen.
-
-»Elle s'est revêtue de force et de beauté, et elle rira au dernier jour.
-
-»Elle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est sur sa
-langue.
-
-»Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son
-pain dans l'oisiveté.
-
-»Ses enfants se sont levés et ont publié qu'elle était très-heureuse,
-son mari s'est levé, et il l'a louée.
-
-»Beaucoup de filles ont amassé des richesses; mais vous (ô femme forte)
-les avez toutes surpassées.
-
-»La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine: la femme qui craint le
-Seigneur est celle qui sera louée.
-
-»Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres œuvres la louent
-dans l'assemblée des juges.»
-
-(_Proverbes_, ch. XXXI, trad. de Le Maistre de Sacy.)
-
-
-Prends le premier conseil d'une femme, et non le second.
-
-Les femmes jugent mieux d'instinct que de réflexion: elles ont l'_esprit
-prime-sautier_, suivant l'expression de Montaigne; elles savent pénétrer
-le secret des cœurs et saisir le nœud des intrigues et des affaires avec
-une merveilleuse sagacité, et les soudains conseils qu'elles donnent
-sont presque toujours préférables aux résultats d'une lente méditation.
-C'est pour cela sans doute que les peuples celtiques leur attribuaient
-le don des oracles, et leur accordaient une grande influence dans les
-délibérations politiques. Ils disaient que _si la raison de l'homme
-vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu_.
-
-Les Hébreux, les Grecs et les Romains pensaient aussi que les femmes
-avaient des lumières instinctives qui leur venaient d'en haut. La
-Sulamite de Salomon, la Diotime de Platon et l'Égérie de Numa attestent,
-chez eux, l'existence de ce préjugé auquel l'Inde ne fut peut-être pas
-étrangère, comme le prouve le drame de Sacontala.
-
-Les Chinois croient que les secondes vues chez les femmes ne valent pas
-les premières, et ils disent, par un proverbe semblable au nôtre: _Les
-premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernières
-résolutions sont les plus dangereuses._
-
-
-Ce que femme veut Dieu le veut.
-
-Il n'y a pas moyen de résister à la volonté de la femme. Ce qu'elle veut
-doit s'accomplir comme si Dieu le voulait.
-
-En attribuant ainsi à l'opiniâtre vouloir du beau sexe une force égale à
-la puissance divine, on n'a fait que prêter une nouvelle forme à une
-pensée fort ancienne qu'on trouve dans ce passage des _Troyennes_
-d'Euripide: «Toutes les folles passions des mortels sont pour eux autant
-de Vénus;» et dans le 185e vers de l'_Énéide_ de Virgile, liv. IX:
-
- _Sua cuique deus fit dira cupido._
-
- Chacun se fait un dieu de son brûlant désir.
-
-Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils appliquaient aux
-hommes comme aux femmes: «_Nobis animus est deus._ Notre esprit est un
-dieu pour nous.» «_Quod volumus sanctum est._ Ce que nous voulons est
-saint et sacré.» Le premier est rapporté en grec par Plutarque, et le
-second est cité par saint Augustin.
-
-On connaît ce vers charmant de La Chaussée:
-
- Ce que veut une femme est écrit dans le ciel.
-
-Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa tige.
-
-Le crayon de Grandville a illustré ce proverbe d'un dessin qui offre une
-scène de la vie privée. On y voit un marchand tenant un cachemire, un
-mari lisant la facture avec une espèce de contorsion qui signifie que
-madame doit renoncer au précieux tissu, et celle-ci, pressant sur son
-sein le bras du Père Éternel, dont le geste commande la soumission au
-mari récalcitrant. Toutes les circonstances sont très-bien
-caractérisées, tous les détails sont rendus fort joliment; mais il est à
-regretter que l'artiste n'ait point songé à placer dans un coin le
-diable en tapinois, riant du Père Éternel qui a la bonhomie de soumettre
-sa volonté à celle de la femme.
-
-
-Il n'est plus fort lien que de femme.
-
-Il est presque impossible de se détacher d'une femme qu'on aime. L'amant
-dépité contre sa maîtresse a beau jurer de la fuir; tous les serments
-que sa bouche prononce sont démentis par son cœur. Une attraction
-invincible le ramène sans cesse vers elle. Les efforts qu'il a faits
-pour relâcher les nœuds qui l'enlacent n'ont servi qu'à les resserrer
-davantage, et le voilà plus que jamais livré, corps et âme, à celle dont
-les regards si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si
-pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui donnent, dans sa
-captivité, un bonheur qu'il n'eut pas dans son indépendance.
-
-Le proverbe: _Il n'est plus fort lien que de femme_, s'applique aussi au
-lien conjugal que tant de _maris bien marris_ se plaignent de ne pouvoir
-rompre.
-
-
-La plus belle femme (ou la plus belle fille) ne peut donner que ce
-qu'elle a.
-
-Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce qu'elle peut, il ne faut
-pas lui demander davantage.
-
-Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports; car en amour une
-femme donne plus que ce qu'elle accorde, puisque c'est l'imagination qui
-fait le prix de ce qu'on reçoit. Ses faveurs _ont plus que leur réalité
-propre_, suivant l'heureuse expression de Montesquieu. Voltaire a
-très-bien dit aussi: «L'amour est l'étoffe de la nature que
-l'imagination a brodée.»
-
-Stendhal a exprimé la même idée par cette comparaison ingénieuse: «Aux
-mines de sel de Saltzbourg, on jette, dans les profondeurs abandonnées
-de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver; deux ou trois mois
-après, on le retire couvert de cristallisations brillantes: les plus
-petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une
-mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et
-éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.
-
-«C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit
-qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de
-nouvelles perfections.»
-
-«C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes qu'on se fait
-sur l'objet aimé que j'appelle cristallisation.»
-
-
-Il n'est attention que de vieille femme.
-
-Une jeune femme ne s'occupe guère que d'elle-même. Elle est enivrée de
-sa beauté au point de croire qu'elle n'a pas besoin d'autre séduction
-pour régner sur les hommes. Mais il n'en est pas de même d'une femme qui
-commence à vieillir. Elle sent que son empire ne peut plus se maintenir
-par des charmes qu'elle voit s'altérer chaque jour. Elle sacrifie sa
-vanité aux intérêts de son cœur; elle s'applique à fixer l'homme qu'elle
-aime par les attraits de la bonté; elle est toujours aux petits soins
-pour lui plaire, et il n'y a point de douces prévenances, de délicates
-attentions qu'elle ne lui prodigue.
-
-Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions domestiques confiées
-aux femmes. Il est reconnu qu'une vieille femme s'en acquitte plus
-soigneusement qu'une jeune. Par exemple: elle est bien meilleure
-garde-malade, car elle ne cherche pas autant à prendre ses aises et ne
-craint pas que la privation de sommeil lui donne un teint pâle avec des
-yeux battus.
-
-
-La femme est toujours femme.
-
-C'est-à-dire toujours faible, toujours légère, toujours inconstante,
-etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile:
-
- ... Varium et mutabile semper
- Fœmina.
-
-(_Æneid._, IV, 569.)
-
-Ce que François Ier répétait dans le premier vers de ce distique inscrit
-par lui sur le panneau d'une fenêtre de Chambord:
-
- Toujours femme varie,
- Est bien fol qui s'y fie.
-
-Shakespeare s'écriait: «_Frailty, thy name is Woman_. Fragilité, ton nom
-est femme.»
-
-Est-il permis de douter de la vérité proverbiale affirmée par un roi et
-par deux grands poëtes?--Pourquoi pas? répondent les femmes: la parole
-royale, jadis réputée infaillible, n'a plus de crédit aujourd'hui, et
-les paroles des poëtes n'en ont jamais eu. Un d'eux a dit, et il faut
-l'en croire, qu'ils réussissaient mieux dans la fiction que dans la
-vérité.
-
-
-La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile.
-
-La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme partie intégrante,
-ajoute que cet oiseau s'envole au premier instant et ne laisse qu'une
-plume dans la main de celui qui croyait le garder. C'est-à-dire, sans
-figure, que la femme est un être excessivement volage, qu'elle ne donne
-jamais sur elle de prise assurée et qu'elle ne peut être retenue dans
-aucun lien d'amour. Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique
-l'inconstance paraisse démontrée par une myriade d'exemples dont je n'ai
-pu trouver la vérité contestée dans aucune des apologies du beau sexe:
-mais je m'abstiendrai de dire le contraire tant que je verrai des ailes
-à l'oiseau.
-
-
-Foi de femme est plume sur l'eau.
-
-Cela signifie que la foi promise par une femme est aussi fugitive que la
-trace d'une plume sur l'eau, ce qui est pris du trait suivant d'une
-épigramme de Catulle:
-
- ... Mulier cupido quod dicit amanti,
- In vento et rapida scribere oportet aqua.
-
- Ce que dit une femme à son crédule amant doit s'écrire sur le vent ou
- sur l'onde rapide.
-
-Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus: «Les deux choses
-les plus changeantes sont le cours des eaux et l'humeur des femmes.»
-
-Un proverbe des Scandinaves dit: _Ne vous fiez point aux promesses de la
-femme, car son cœur a été fait tel que la roue qui tourne._ Comparaison
-qui se retrouve appliquée à l'insensé dans ce verset de
-l'Ecclésiastique: _Præcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis
-versatilis cogitatus illius_ (XXXIII, 5). «Le cœur de l'insensé est
-comme la roue d'un char, et sa pensée comme l'essieu mobile.»
-
-Les Orientaux expriment une idée analogue par cette triade proverbiale:
-_L'amitié des grands, le soleil d'hiver et les serments d'une femme sont
-trois choses qui n'ont point de durée._
-
-Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens que le
-nôtre: _Quien prende el anguila por la cola y la mujer por la palabra
-bien puede decir que no tiene nada._--_Qui prend l'anguille par la queue
-et la femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du tout._
-
-Un poëte, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche de l'Antechrist, roi
-des enfers, les vers suivants contre l'inconstance et la perfidie des
-femmes:
-
- O femmes! sous nos pas embûche si profonde,
- Flot le plus orageux de l'océan du monde,
- Pour vous livrer son sort qu'il faut être insensé!
- Le désespoir habite où la femme a passé.
- Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime,
- De la déception votre charme est l'emblème,
- Et votre doux regard, sur nos fronts arrêté,
- Est déjà le rayon de l'infidélité.
- A tout rêve nouveau vous vous laissez conduire;
- Autant que le démon l'ange peut vous séduire.
- Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs
- Moins longtemps à vos yeux que la rosée aux fleurs;
- En vain à consoler la pitié vous invite,
- Près des grands dévouements vos pieds froids passent vite!
- Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli,
- Vos cœurs dans la constance ont toujours défailli.
-
-(_Divine Épopée_, ch. IX.)
-
-
-L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut bâtir que
-des châteaux en Espagne.
-
-Ce mot proverbial est un trait d'_humour_ de bon aloi. Tout y frappe et
-y surprend agréablement l'esprit. Les idées et les expressions en sont
-ingénieuses; leur assortiment est bien entendu; leur progression est
-habilement calculée pour amener naturellement et sans disparate le trait
-final qu'il serait difficile de prévoir: circonstance qui le rend bien
-plus piquant.
-
-
-Il ne faut pas se fier à femme morte.
-
-Voilà une fameuse hyperbole proverbiale! elle est traduite du texte
-latin: _Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem_; lequel est lui-même
-traduit du grec. Diogénien, grammairien qui vivait sous l'empereur
-Adrien, dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imaginée par
-allusion à la funeste aventure d'un jeune homme qui, étant allé visiter
-le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d'une colonne élevée
-sur ce tombeau.
-
-Les Anglais expriment la même défiance envers les femmes, en disant que
-le diable assoupit rarement leurs mensonges dans la fosse: _Seldom lies
-the devil dead in a ditch._
-
-
-Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une
-feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne.
-
-Manière originale et comique de classer la bonté de la femme parmi les
-infiniment petits. J'ai entendu citer quelquefois, en Provence, cette
-plaisanterie proverbiale, qui est également usitée en Italie, et je ne
-saurais dire avec certitude dans lequel des deux pays elle a pris
-naissance; mais comme elle me paraît remonter au delà du treizième
-siècle, je serais tenté de croire qu'elle a été imaginée par quelque
-troubadour qui aura voulu s'égayer aux dépens du sexe dans quelque
-sirvente satirique.
-
-
-Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.
-
-La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a beaucoup de pleurer;
-mais, par compensation, elle sait tourner ces dernières à son avantage,
-et il faut bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en
-répand à volonté. Ovide prétend que la facilité des larmes chez les
-femmes est le résultat d'une étude spéciale.
-
- _Ut flerent oculos erudiere suos._
-
- «Elles ont instruit leurs yeux à pleurer.»
-
-
-Larmes de femme, assaisonnement de malice.
-
-Ce proverbe, littéralement traduit du latin: _Muliebres lacrymæ
-condimentum malitiæ_, signifie que lorsqu'une femme veut vous servir un
-plat de son métier, elle y met ses larmes en guise de sauce.
-
-On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:
-
- _Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat._
-
- La femme qui pleure dresse des embûches au moyen de ses larmes.
-
-Les Italiens disent: _Due sorte di lagrime negli occhi delle donne, una
-di dolore, altra d'inghanni. Deux sortes de larmes dans les yeux des
-femmes, l'une de douleur et l'autre de tromperie._ Ils disent encore:
-_Le donne sono simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e
-presso lo divorano. Les femmes sont semblables au crocodile: pour
-prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles le dévorent._
-
-
-Caresses de femme, caresses de chatte.
-
-La chatte est un animal égoïste et perfide. Elle ne nous caresse pas,
-elle se caresse à nous, suivant l'expression de Rivarol, et dans ce
-manége, qui n'a que de douces apparences, elle nous fait sentir ses
-griffes acérées, sorties tout à coup du velours qui les recouvre. S'il
-fallait en croire le proverbe, la femme, à qui l'on suppose une nature
-féline, agirait de même, dans des vues personnelles et artificieuses.
-Elle ne chercherait auprès de l'homme que son propre intérêt et son
-propre plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries que
-pour déguiser les trahisons qu'elle médite contre lui. Cette accusation,
-qu'on prétend justifier par quelques faits particuliers, est
-généralement fausse et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante
-des Grecs rapportée par Stobée: «Rien n'est plus dangereux qu'une femme
-lorsqu'elle emploie les caresses.»
-
-De telles incriminations sont détruites par leur exagération même. Il
-faut être sans cœur pour redouter un guet-apens dans les témoignages
-d'amour qu'on reçoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanées
-aux mains satinées qu'elle tend à nos baisers.
-
-
-La femme sait un art avant le diable.
-
-Il faut que cet art soit de notoriété publique pour que son nom ait pu
-être supprimé dans le texte proverbial sans donner à personne l'embarras
-de le deviner. Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter
-la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? La glose dit que la
-femme la plus innocente est plus habile pour tromper que le diable le
-plus malin.
-
-Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire que le texte, et
-s'il n'y a pas beaucoup à rabattre de cette opinion, si accréditée parmi
-les hommes, que la femme est un être pétri de ruse, de fausseté et de
-malice, qui met tout son esprit à ne pas se laisser deviner, pour mieux
-assurer le succès de ses artifices, et dont on ne doit attendre que
-d'amères déceptions. Je me borne à rapporter l'accusation publique
-formulée par le proverbe, sans prétendre la juger, et je laisse au beau
-sexe le soin d'y répondre, ce qu'il ne manquera pas de faire; car
-_jamais femme_, dit-on, _n'a gâté sa cause par son silence_.
-
-
-L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui souffle.
-
-Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se communique à la femme
-d'autant plus vite que la matière dont on la dit formée est plus
-inflammable. En un instant tous deux brûlent à l'unisson, et le diable,
-qui ne veut pas laisser leur combustion incomplète, continue à souffler
-de toute sa force, jusqu'à ce qu'il les ait bien enflammés. N'allez pas
-croire pourtant qu'ils soient réduits en cendres.
-
- Il n'est à l'époque présente
- Aucun amant, aucune amante
- Dont l'amour cause le trépas;
- Ils ont tous un cœur d'amiante
- Que le feu ne consume pas.
-
-Et puis, le diable est obligé d'exercer son métier de souffleur sur tant
-de millions de couples, qu'il ne peut s'arrêter longtemps sur le même.
-Encore un moment, et vous allez voir celui qui se débat au milieu de
-l'incendie en sortir aussi frais que s'il venait de prendre un bain
-froid.
-
-Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir la durée
-par la modération, ne souffre pas que rien de violent soit durable, et
-ramène de l'excès qui détruit à la retenue qui conserve.
-
-Qu'ils sont nombreux ces incendiés qui ont été rejetés tout à coup de
-l'enfer de feu dans l'enfer de glace!
-
-
-Ce que diable ne peut, femme le fait.
-
-La femme a de plus puissants moyens que le diable pour séduire et perdre
-les hommes: combien d'hommes, en effet, qui avaient eu la force de
-résister à leurs penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque
-l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez les drames
-terribles qui se dénouent dans les cours d'assises: les catastrophes
-n'en sont-elles pas déterminées presque toujours par cette fatale
-influence?
-
-Ce proverbe, qui était, je crois, un des axiomes de Méphistophélès, est
-traduit de ce texte latin du moyen âge: _Quod non potest diabolus mulier
-evincit_.
-
-
-Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage.
-
-La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort habile dans les
-affaires qui intéressent son cœur. On dirait que l'amour lui donne la
-faculté de tout voir. Rien ne lui échappe. Elle sait mettre à profit
-tout ce qui lui est favorable et tourner à son avantage les
-circonstances les plus compromettantes. Rien de subtil et d'exercé comme
-son instinct. Elle trouve mille expédients mieux imaginés les uns que
-les autres pour se tirer d'embarras; elle agit avec adresse et
-résolution dans des conjonctures où l'homme le plus fin tâtonne et
-délibère, et elle atteint le but quand celui-ci consulte encore sur les
-moyens d'y arriver.
-
-
-La femme est une araignée.
-
-C'est-à-dire qu'elle prend l'homme dans ses piéges comme l'araignée
-enlace le moucheron dans sa toile. Cette métaphore proverbiale, usitée
-au quinzième siècle, n'est pas gracieuse, mais elle paraît juste, et son
-défaut de délicatesse est compensé par son énergie. Notons, d'ailleurs,
-que la dénomination d'araignée n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI
-était appelé dans un sens élogieux l'_Araignée universelle_, à cause de
-son travail incessant à ourdir la toile dont il occupait le centre et
-dont il étendait partout les fils.
-
-
-L'œil de la femme est une araignée.
-
-Cette variante du proverbe précédent ne s'applique guère qu'à une femme
-âgée dont l'œil, embusqué dans sa patte d'oie, reluque ardemment
-quelques jouvenceaux, comme l'araignée, tapie dans son réseau, guette
-quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que l'autre d'avoir une
-proie à dévorer.
-
-
-Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te
-réveiller.
-
-Les Orientaux disent: _Que celui qui ne sait pas se donner d'occupation
-prenne femme._ Mais leur proverbe est bien moins piquant que le nôtre,
-formé plaisamment d'une succession de traits inattendus, dont le dernier
-fait ressortir la naïveté malicieuse d'une manière vraiment comique.
-
-
-Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme.
-
-Ce proverbe se trouve en langue romane dans le poëme de Flamenca:
-
- Bien es fols gilos que s'esforsa
- De gardar moillier.
-
-Le conte suivant, rapporté avec quelques variantes de détails, dans
-plusieurs recueils étrangers, notamment dans les _Veillées allemandes_
-de Grimm, démontre fort bien l'extrême difficulté de garder une femme.
-
-Un homme, qui se défiait de la fidélité de la sienne, appela un démon
-familier de sa connaissance et lui dit: «Mon bon ami, je vais faire un
-voyage, et je veux te confier la garde de mon honneur conjugal, pendant
-mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher aucun galant de ma
-maison?--Volontiers,» répondit le diable, ne prévoyant pas à quelle rude
-corvée il s'engageait; et le mari se mit en route, un peu rassuré sur
-les craintes dont il était assiégé. Mais il sortait à peine de la ville,
-que sa femme, pressée de se donner du bon temps avec ses amoureux, les
-avait déjà invités à venir tour à tour auprès d'elle. Le fidèle gardien
-chercha d'abord à faire manquer ces rendez-vous par toute sorte
-d'artifices. Bientôt après, sentant que son génie inventif n'y suffisait
-point, il entra en fureur et jura de traiter sans pitié tous les
-imprudents qui s'obstineraient à le contrarier. En effet, il assomma le
-premier qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra le
-troisième sous un tas de fumier, fit sauter le quatrième par la fenêtre,
-etc., etc., etc. Cependant, la dame était sur le point de tromper sa
-vigilance, lorsque le mari revint. «Ami, lui dit le diable tout
-essoufflé de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends ta
-femme telle que tu me l'as laissée: mais à l'avenir, choisis un autre
-surveillant; je ne veux plus l'être, j'aimerais mieux garder tous les
-pourceaux de la forêt Noire que de forcer une femme d'être fidèle malgré
-sa volonté.»
-
-Les Provençaux disent: _Vourië mai tenir un panier dë garris qu'uno
-fillo dë vingt ans._ «Il vaudrait mieux tenir un panier de souris qu'une
-fille de vingt ans.»
-
-
-Une bonne femme est une mauvaise bête.
-
-J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il tient à une
-circonstance nécrologique qui mérite d'être connue, et qui prouve,
-d'ailleurs, qu'il est gratuitement injurieux. Le seigneur des Accords
-nous apprend, dans son _Chapitre des notes_, qu'il est né de
-l'interprétation faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire
-M. B., qui signifie _Mulier Bona_ (femme bonne), et auquel ces messieurs
-ont voulu faire signifier _Mala Bestia_ (mauvaise bête).
-
-J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait jadis sur les tombeaux
-des femmes, a donné lieu aussi à cet autre dicton: _Les bonnes femmes
-sont toutes au cimetière._
-
-
- Bonne femme, mauvaise tête,
- Bonne mule, mauvaise bête.
-
-Encore un dicton qui tient à l'interprétation que nos pères, grands
-amateurs de rébus, ont donnée abusivement au monogramme M. B. (_Mulier
-Bona_) dans lequel ils ont vu _Mula Bona_ (mule bonne), tout aussi bien
-que _Mala Bestia_, ce qui a fait dire, en combinant les trois versions:
-_Une bonne femme et une bonne mule sont deux mauvaises bêtes._ A la
-vérité, le dicton: _Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise
-bête_, n'indique la prétendue similitude des deux êtres que par un
-simple rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprès; mais la
-réticence a été malignement calculée pour mieux attirer l'attention sur
-l'entêtement de la femme, auprès duquel n'est pas même compté celui de
-la mule, qui passe pourtant pour la bête la plus têtue. C'est un trait
-décoché avec une habileté perfide contre la tête féminine. Malgré cela,
-il ne reste pas moins impuissant que tous les autres traits auxquels
-cette tête a été destinée à servir de but. Elle est, dit-on, à l'épreuve
-de toutes les atteintes, par la faveur spéciale de Satan, toujours
-attentif à la conservation de son plus cher ouvrage; car sachez bien que
-Satan en a été le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un
-grave docteur _in utroque jure_. On lit dans le livre savant et curieux
-intitulé: _Sylva nuptialis_ (la Forêt nuptiale), composé par Jean
-Nevizan, professeur de droit à Turin, au commencement du seizième
-siècle: «Dieu se plut à former dans la femme toutes les parties du corps
-qui sont douces et aimables; mais pour la tête, il ne voulut pas s'en
-mêler, et il en abandonna la façon au diable. _De capite noluit se
-impedire, sed permisit illud facere dæmoni._»
-
-Les impertinents prétendent que ce fait est hors de doute, attendu que
-l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.
-
-
-La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage.
-
-Le mot _tête_ se prend pour _entêtement_, volonté opiniâtre, dans ce
-vieux proverbe qui correspond très-exactement, par le sens et par
-l'expression, à la maxime latine du moyen âge: «_Mulier non debet esse
-proprii capitis._ La femme ne doit pas avoir une tête à elle,»
-c'est-à-dire ne doit pas agir d'après sa propre tête.
-
-C'est assez d'une seule tête chez un couple conjugal. S'il y en avait
-deux, elles ne sauraient compatir ensemble, car deux têtes de cette
-espèce ne sont pas de celles qui puissent réaliser le symbole proverbial
-des _deux têtes dans un bonnet_. Elles se choqueraient sans cesse comme
-les têtes de deux béliers furieux, et Dieu sait quels graves accidents
-il en résulterait pour l'une et pour l'autre. Il faut donc que la femme
-renonce à la sienne, qu'elle se soumette à l'autorité raisonnable de son
-mari, et qu'elle n'ait d'autre volonté que la volonté de son mari.
-
-Les Danois disent: _Heureux ménage, lorsque la femme est sans volonté et
-qu'elle consulte son mari._
-
-
-La bonne femme est celle qui n'a point de tête.
-
-Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du précédent. Mais au
-lieu de s'entendre au figuré, il s'entend presque toujours au propre.
-Cette scandaleuse acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est
-provenue d'une singulière anecdote que j'ai racontée dans mes _Études
-sur le langage proverbial_, et que M. Édouard Fournier, dans un savant
-et spirituel article sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux que je
-vais lui emprunter, persuadé que les lecteurs auront probablement plus
-d'agrément à lire sa rédaction qu'à relire la mienne.
-
-«Je ne répète, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, que pour
-le réfuter comme lui, et prouver, à votre plus grande gloire, mesdames,
-que son origine est un contre-sens.
-
-»Au seizième siècle, pour dire _renommée_, on disait _fame_, du latin
-_fama_, d'où cette expression: bien ou mal _famé_.
-
-»Ainsi, parlant de la renommée, Ronsard a écrit dans la quatrième hymne
-de son livre Ier:
-
- Mais la _fame_ qui vole et parle librement...
-
-»Les marchands qui ont toujours eu la manie de mettre sur leur enseigne
-une _bonne renommée_, qu'ils n'ont pas toujours, firent peindre
-au-dessus de leur boutique la bavarde déesse avec ces mots: _A la bonne
-fame_.
-
-»Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient pas manqué de
-représenter la Renommée comme le demande le poëte, dans le 117e vers du
-quatrième livre de l'_Énéide_, c'est-à-dire la tête complétement perdue
-dans les nuages, _inter nubila_. De là vint l'erreur. En voyant cette
-déesse sans tête, avec ces mots sous ses pieds: _A la bonne fame_, on
-crut à une épigramme. Ce qui n'était, encore une fois, qu'un
-contre-sens, devint une malice qui court encore.»
-
-
-Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage de
-renard.
-
-Bouffonnerie excessivement drôlatique pour faire entendre que la femme
-n'a pas de cerveau, puisque les deux animaux, types de malice et de
-ruse, avec lesquels ce dicton veut la montrer apparentée de nature, ne
-fournissent point les substances dont il suppose que son cerveau est
-composé. C'est un trait facétieux de l'_humeur gauloise_, en prenant le
-mot _humeur_ dans le sens qu'il avait autrefois et que les Anglais
-donnent à leur mot _humour_ qu'ils ont pris du nôtre.
-
-
-Corps de femme et tête de diable.
-
-Notre-Seigneur Jésus-Christ et saint Pierre se promenaient un soir, à la
-nuit tombante, dit une vieille légende populaire. Ils entendirent des
-cris qui annonçaient une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna à son
-apôtre d'aller au plus vite à l'endroit d'où partaient ces cris et d'y
-faire régner la paix. L'apôtre y courut, et y vit une femme aux prises
-avec le diable. Il s'efforça de les séparer et de les mettre d'accord,
-mais il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussèrent et
-leur dispute continua plus opiniâtre. Indigné de voir son autorité ainsi
-méconnue, il ne put maîtriser un mouvement de colère et, tirant son
-glaive, il coupa la tête à l'un et à l'autre. Puis il retourna auprès de
-son divin maître, à qui il raconta ce qu'il venait de faire. Le Seigneur
-lui reprocha vivement cette action criminelle et le renvoya auprès de
-ses victimes, afin de rajuster la tête de chacune d'elles au corps dont
-elle avait été séparée. Saint Pierre repartit en toute hâte, désireux de
-réparer le mal. L'obscurité était déjà un peu épaisse quand il arriva.
-Il retrouva à tâtons les deux têtes, les remit de même en leur place et,
-les ayant entendues recommencer aussitôt la dispute, il se retira,
-persuadé que rien ne manquait à son opération. Cependant ce merveilleux
-rebouteur avait fait une étrange méprise: prenant une tête pour l'autre,
-il avait adapté celle de la femme au cou du diable et celle du diable au
-cou de la femme. De là le dicton: _Corps de femme et tête de diable_.
-
-
-La femme et la poule se perdent pour trop courir.
-
-«Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, répété par Mme de Sévigné,
-vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans
-une chambre.» Tout le malheur des femmes vient aussi de ne pas savoir se
-tenir à la maison. En prenant des _habitudes trottières_, elles
-s'exposent à rencontrer fréquemment des séducteurs qui les perdent,
-comme les poules des renards qui les croquent. Ce proverbe, commun à
-presque tous les peuples modernes, est fondé sur une observation qui
-remonte à la plus haute antiquité où l'on avait pour maxime que _la
-femme doit être sédentaire_, ce qu'on exprimait encore sous forme
-symbolique, en réduisant en cendre l'essieu du char d'hyménée sur le
-seuil de la maison de l'époux, lorsque l'épouse y faisait son entrée
-avec lui, après la cérémonie nuptiale.
-
-On sait que Phidias avait voulu rappeler cette maxime en sculptant pour
-les Éliens une statue de Vénus, dont le pied posait sur la carapace
-d'une tortue.
-
-Alciat a fait de cette statue l'emblème de la femme vertueuse. «O belle
-Vénus, dit-il, que signifie cette tortue que vous pressez sous un pied
-délicat?--C'est une leçon que Phidias a voulu donner aux personnes de
-mon sexe. Il leur conseille, par cet emblème, de rester toujours
-attachées à leur maison comme la tortue, sans jamais y faire plus de
-bruit qu'elle.»
-
-
- Temps pommelé et femme fardée
- Ne sont pas de longue durée.
-
-Le temps est pommelé lorsqu'il y a des couches de ces petits nuages
-blancs qui ressemblent à des flocons de laine et qui sont appelés, en
-quelques endroits, par une métaphore assez heureuse, les _éponges du
-ciel_. Ce signe, paraît-il quand il fait beau, c'est une preuve que les
-vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il fait mauvais, c'est une
-preuve qu'elles se divisent, et, dans les deux cas, il indique un
-changement prochain dans l'état de l'atmosphère.--Le fard est un
-cosmétique pernicieux à la peau. Les femmes qui en font usage sont
-flétries bien promptement, et c'est là tout ce qu'elles gagnent à
-vouloir _mettre sur leur visage plus que Dieu n'y a mis_, comme dit le
-troubadour Pierre de Resignac ou Ricignac.--On lit à ce sujet dans la
-_Somme_ de maître Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims et professeur
-de droit civil, que «leurs visages sont des masques derrière lesquels
-sont cachées les figures que Dieu leur a données, et que c'est à elles
-que s'adresse cette apostrophe de saint Jérôme: «Par quelle audace
-levez-vous vers le ciel des visages que le Créateur ne reconnaît
-point[1]?»
-
- [1] J'ai tiré ce fragment de maître Drogon d'un plus long fragment que
- M. Charles d'Héricault a cité dans son commentaire sur les œuvres de
- Coquillart.
-
-Antoine Lasale, traducteur de Bacon, dit que, selon toute apparence, ce
-sont les femmes laides qui ont imaginé le fard, pour masquer tout à la
-fois et leur propre laideur et les agréments des belles.
-
-Le poëte Brébeuf a composé cent cinquante épigrammes sur une femme
-fardée. Je n'y ai vu, en général, que l'abus de l'esprit contre l'abus
-du fard.
-
-Il y a deux variantes de ce proverbe qu'on a converti en triade, en y
-ajoutant, tantôt _feu de bourrée_ et tantôt _pomme ridée_, qu'on
-intercale entre _temps pommelé_ et _femme fardée_.
-
-Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au dix-huitième siècle. Un
-étranger, à qui l'on demanda ce qu'il pensait de leurs charmes, répondit
-sans façon: «Je ne me connais pas en peinture.»
-
-
- Soleil qui luisarne au matin,
- Enfant qui est nourri de vin
- Et femme qui parle latin
- Ne viennent pas à bonne fin.
-
-Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valétudinaire, et cette femme est
-supposée ne faire usage de son esprit que pour dominer ou tromper son
-mari.
-
-On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur Théophile ne voulut
-pas épouser la belle Icasie, dont il était fort épris, parce qu'elle lui
-fit un jour une réponse si spirituelle qu'il en fut épouvanté.
-
-«Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau, est le fléau de son
-mari, de ses enfants, de ses amis, de ses valets, de tout le monde. De
-la sublime élévation de son beau génie, elle dédaigne tous ses devoirs
-de femme et commence toujours par se faire homme à la manière de Mlle de
-Lenclos. Au dehors, elle est toujours ridicule et très-justement
-critiquée, parce qu'on ne peut manquer de l'être sitôt qu'on sort de son
-état et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut prendre. Toutes les
-femmes à grands talents n'en imposent qu'aux sots. On sait toujours quel
-est l'artiste ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles
-travaillent; on sait quel est le discret homme de lettres qui leur dicte
-en secret leurs oracles. Toute cette charlatanerie est indigne d'une
-honnête femme. Quand elle aurait de vrais talents, sa prétention les
-avilirait. Sa dignité est d'être ignorée, sa gloire est dans l'estime de
-son mari, ses plaisirs sont dans le bonheur de sa famille... Toute fille
-lettrée restera fille quand il n'y aura que des hommes sensés sur la
-terre.» (_Émile_, liv. V.)
-
- _Quæris cur nolim te ducere, Galla? diserta es._
-
-(Martial, XI, 20.)
-
-On connaît cette pensée du vicomte de Bonald: «A un homme d'esprit il ne
-faut qu'une femme de sens. C'est trop de deux esprits dans un ménage.»
-Elle me rappelle la plaisante raison qu'allégua le troubadour Raymond de
-Miraval à sa femme en la répudiant: «Tu rimes comme moi: c'est assez
-d'un poëte dans un ménage.»
-
-Mlle de Lespinasse disait: «Les femmes doivent être instruites, mais non
-savantes.»
-
-Le préjugé contre les femmes savantes ou _clergesses_, comme on les
-appelait autrefois, était fort répandu dans le moyen âge, et les faisait
-passer pour magiciennes et sorcières. On croyait qu'elles étaient
-capables de faire éclore, par leur sueur, des monstres qui ne pouvaient
-être détruits qu'à force d'eau bénite et d'exorcismes. Il existe sur ce
-sujet diverses traditions plus absurdes les unes que les autres.
-Marchangy, dans son _Tristan_, ch. XXVI, en cite une d'après laquelle
-une femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait couver un œuf de
-serpent d'où serait sorti un dragon volant à trois têtes, qui ne se
-nourrissait que de sang humain.
-
-L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste pour les femmes qu'on
-nomme _bas bleus_. Elle se contente de les signaler comme ridicules, en
-faisant toutefois d'honorables exceptions en faveur de celles à qui on
-ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des manières excentriques.
-
-
-Jamais habile femme ne mourut sans héritier.
-
-C'est-à-dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire pour lui en
-donner un, elle ne se fait pas scrupule de s'adresser à _la cour des
-Aides_, qui lui fournit le vrai moyen de prévenir le cas de déshérence.
-Ce proverbe est traduit de l'espagnol: _Muger aguda no muere sin
-herederos_. On croit qu'il fut introduit dans notre langue par la
-citation qu'en fit le comte de Grignaux au comte d'Angoulême, devenu
-depuis François Ier, pour détourner ce prince de courtiser Marie
-d'Angleterre, troisième femme de Louis XII.
-
-Il se pourrait pourtant qu'il fût en France d'aussi vieille date qu'en
-Espagne. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il exprime se retrouve chez
-divers peuples, et il est probable qu'elle a suggéré à Shakespeare ces
-paroles d'Yago à Desdémona dans le second acte d'_Othello_: «Femme belle
-n'est jamais sotte. Elle aura toujours l'esprit de se faire un
-héritier.»
-
-
-Qui femme a, noise a.
-
-Saint Jérôme dit: «_Qui non litigat cælebs est_. Celui qui n'a point de
-dispute vit dans le célibat.» Ce qui paraît avoir été un proverbe de son
-temps, inventé probablement par quelque moine. Ainsi, il est décidé par
-l'autorité même d'un Père de l'Église que les querelles sont
-inséparables de l'état de mariage. Mais est-ce avec raison que le tort
-de ces querelles est imputé aux femmes seules, comme le fait entendre
-cet autre proverbe formulé par Ovide: _Dos est uxoria lites_.
-
-Consultez ces dames: elles répondront toutes qu'il appartient en entier
-aux maris, qui ont voulu les charger des reproches qu'ils méritent
-eux-mêmes. Après cela, tâchez de résoudre, si vous le pouvez, une
-question qui divise le genre humain en deux opinions si tranchées. Le
-plus sage est de croire que ces opinions sont également fondées.
-Montaigne dit très-bien, à la fin du chapitre V du livre III de ses
-_Essais_: «Il est bien plus aisé d'accuser un sexe que d'excuser
-l'autre.»
-
-Cependant, s'il fallait émettre son avis sur cette grave question, je
-n'hésiterais pas à prononcer que les femmes ont plus souvent raison que
-les hommes, en me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas moins
-vraie à Paris qu'à Pékin: «Un mari ne connaît pas assez sa femme pour
-oser en parler, et une femme connaît trop bien son mari pour pouvoir
-s'en taire.»
-
-
-La femme querelleuse est pire que le diable.
-
-L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique latin d'un
-auteur du moyen âge:
-
- _Quid dæmone pejus?--Mulier rixosa: fugatur
- Iste piis precibus fit, et hæc rabiosior illis._
-
- Qu'y a-t-il de pire que le diable?--La femme querelleuse; car si l'on
- a recours aux prières le diable s'enfuit, et la femme devient plus
- enragée.
-
-Salomon dit deux fois dans ses Proverbes (XXI, 9 et XXV, 24): «Il
-vaudrait mieux être assis en un coin sur le toit de sa maison que de
-rester avec une femme querelleuse sous le même toit.»
-
-Dans un autre endroit il compare la femme querelleuse à un toit d'où
-l'eau dégoutte toujours: _Tecta jugiter pestillantia litigiosa mulier_.
-(Prov., XIX, 13.)
-
-Le peuple dit: _La femme est comme la botte: la meilleure est celle qui
-crie le moins._
-
-
-On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice.
-
-Il y avait autrefois des bénéfices que, durant certains mois, les
-collecteurs patrons étaient obligés de conférer aux gradués de
-l'Université; mais ces gradués ne pouvaient y être nommés s'ils étaient
-mariés; de là ce proverbe dont le sens était qu'on ne pouvait cumuler
-deux avantages.
-
-Les Italiens emploient dans un sens analogue cette facétieuse ironie:
-«_Non si può avere la moglie ebbra e la botta piena._ On ne peut avoir
-sa femme ivre et sa barrique pleine.»
-
-
-Rien n'est pire qu'une méchante femme.
-
-On disait au treizième siècle: _Le pire riens qui soit est une male
-femme_, c'est-à-dire une méchante femme. Mais ce proverbe remonte
-beaucoup plus haut. L'idée qu'il exprime se trouve dans l'_Iliade_ où
-Agamemnon s'écrie: «O femmes, lorsque vous tournez au mal, les furies de
-l'enfer ne sont pas plus méchantes.» En effet, dès qu'elles ont renoncé
-à cette retenue qui est le premier mérite de leur sexe, il n'y a point
-d'excès dont elles ne deviennent capables. C'est une vérité qu'ont mise
-en évidence de grands poëtes tragiques dans la peinture qu'ils ont faite
-des femmes perverses et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare;
-Médée, Cléopatre et Rodogune, de P. Corneille.
-
-M. V. Hugo, dans sa _Légende du beau Pécopin_, charmant épisode de ses
-_Lettres sur le Rhin_, cite le proverbe suivant sur la méchanceté
-féminine: _Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont
-mille_.
-
-Je ne sais quelles sont les sept espèces de rage des chiens, et encore
-moins les mille des femmes.
-
-Il y a plusieurs autres dictons grossiers où les femmes sont assimilées
-aux chiens sous divers rapports, parmi lesquels ne figure point, on le
-pense bien, celui de la fidélité. Je m'abstiens de les reproduire, car
-ils ne peuvent donner lieu à aucune remarque susceptible de quelque
-intérêt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation existait dans le
-langage proverbial des anciens. Elle avait été suggérée peut-être par
-une tradition mentionnée dans une poésie de Simonide. Ce poëte dit que
-Dieu forma la femme de la substance d'une chienne, et la fit semblable à
-sa mère: _Mulierem ex cane fecit Deus, parenti suæ similem_. Ces mots
-latins sont la traduction littérale du texte grec, dont le sens
-allégorique n'a pas été expliqué par les commentateurs.
-
-
-Il faut craindre sa femme et le tonnerre.
-
-Voilà un rapprochement qui présente la femme comme un être bien
-redoutable. L'est-elle donc à ce point?--Oui, s'il faut en croire
-l'_Ecclésiastique_, qui a fait de sa méchanceté un portrait effrayant,
-dont je ne citerai que ce trait analogue à notre proverbe: «_Non est ira
-super iram mulieris._ (XXV, 23.) Il n'y a pas de colère qui surpasse la
-colère de la femme.»
-
-Virgile a dit: «On sait ce que peut une femme furieuse. _Notumque furens
-quid fœmina possit._ (_Æneid._, V, 6.)
-
-La conclusion morale à tirer du proverbe, c'est qu'il faut avoir pour sa
-femme des procédés pleins de douceur; car plus son courroux est à
-craindre, plus il importe à l'homme de ne pas le provoquer.
-
-
-La femme est un mal nécessaire.
-
-_Mulier malum necessarium_, proverbe de tous les temps et de tous les
-lieux, pour signifier que l'homme ne peut se passer de la femme, et
-qu'il doit s'appliquer à vivre avec elle aussi bien que possible
-puisqu'il ne saurait vivre sans elle.
-
-Un personnage de l'antiquité, qui avait épousé une femme presque naine,
-s'en excusait en disant: «J'ai choisi le plus petit des maux.»
-
-
-Femme barbue, de loin la salue, un bâton à la main.
-
-C'était un préjugé assez généralement admis dans le moyen âge qu'une
-femme qui avait de la barbe ne pouvait manquer d'être sorcière, et qu'il
-fallait se garantir de l'approche de ce suppôt de Satan, en usant
-d'abord de certains procédés poliment calculés pour ne pas l'irriter et
-en recourant enfin à des moyens coercitifs, _si faire autrement ne se
-pouvait_. C'est là précisément ce que recommande ce vieux dicton en
-disant de _la saluer de loin, un bâton à la main_.
-
-Dans un temps où tant de gens étaient accusés d'être sorciers par tant
-d'autres qui certainement ne l'étaient pas, on ne se bornait point à
-regarder la barbe chez les femmes comme un indice de sorcellerie, on se
-figurait aussi que leur vieillesse en était un non moins manifeste,
-lorsqu'elle offrait certain caractère de laideur, et de là est venue la
-locution proverbiale de _vieille sorcière_, qui s'est conservée pour
-désigner une femme vieille, laide et méchante. Cette qualification
-injurieuse fut fondée, suivant Gerson, sur ce que les femmes vieilles
-ont toujours eu plus de penchant à la superstition que les jeunes
-(_Tract. contra superstitios, dierum observat._), ce qui ne veut pas
-dire que les jeunes en soient exemptes; car la superstition abonde dans
-tout cœur féminin, s'il faut en croire Martin de Arlès, qui a remarqué,
-dans son _Traité des superstitions_, que le nombre des sorcières a été
-en tout temps bien plus considérable que celui des sorciers.--Joignez à
-cela l'observation suivante faite par M. E. Pelletan: «La femme tourne
-aisément à la sorcellerie. Le jésuite Paul Leyman, envoyé comme
-inquisiteur en Allemagne pour y brûler des multitudes de sorciers,
-explique ainsi, dans son _Malleus maleficarum_, cette incorrigible
-condescendance de la femme à la volonté de Satan:--Le nom de femme,
-dit-il, vient de _mulier_, tendre; _mulier_ vient de _mollis_, qui a
-engendré, à son tour, _malleabilis_, malléable; or, par cela même que la
-femme est malléable, elle est facile à pétrir, et le diable a toujours
-la main fourrée dans le pétrin.» (Feuilleton de la _Presse_, 31 janvier
-1850.)
-
-Lactance avait donné de _mulier_ une étymologie, semblable quant au
-fond, qui était reçue chez les Latins. On lit dans son traité intitulé:
-_De l'ouvrage de Dieu_, ch. XVII: «_Mulier_ vient de _mollities_, et
-signifie la faiblesse et la mollesse.»
-
-
-Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne.
-
-Ce proverbe, qu'on divise quelquefois en deux, est une sentence émanée
-des anciennes cours d'amour. Il n'a une juste application qu'en matière
-de galanterie, pour signifier que la femme qui reçoit des présents d'un
-homme met son honneur en danger, et que celle qui fait des présents à un
-homme est tout à fait vile et déshonorée. J.-J. Rousseau a dit de cette
-dernière: «La femme qui donne est traitée par le vil qui reçoit comme
-elle traite le sot qui donne.»
-
-Gabriel Meurier rapporte, dans son _Trésor des sentences_, ce distique
-proverbial, qui propose une excellente règle de conduite:
-
- Fille, pour son honneur garder,
- Ne doit ni prendre ni donner.
-
-
-Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas.
-
-C'est-à-dire qu'une femme est incapable de garder un secret. Mais cela
-doit s'entendre d'un secret qui lui est confié et non d'un secret qui
-lui appartient en propre; car elle cache toujours très-bien ce qu'il lui
-importe personnellement de cacher; par exemple, son indiscrétion ne va
-presque jamais jusqu'à révéler son âge, pour peu que cet âge dépasse le
-chiffre de la première jeunesse, et _si l'on veut la faire mentir à coup
-sûr, il n'y a qu'à le lui demander_, comme le dit un proverbe qu'on
-trouvera commenté dans ce recueil.
-
-La conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne faut confier aux
-femmes que les choses dont on désire que le public soit instruit.
-
-Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre les trahisons
-attribuées, à tort ou à raison, à la langue féminine, en disant: _Si la
-femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie
-rien._
-
-
-A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt.
-
-Ce proverbe paraît être une allusion à l'histoire de Job, dont Dieu fit,
-dit-on, mourir subitement la femme, quand il le délivra de tous ses
-maux, et lui rendit sa belle existence; car il jugeait impossible que le
-saint homme pût redevenir complétement heureux en conservant sa mauvaise
-compagne. Ce fait, qui ne se trouve point mentionné dans le texte sacré,
-est de tradition juive, et il doit être considéré comme une de ces
-fables imaginées par les rabbins pour expliquer et corroborer l'esprit
-de la Bible généralement hostile aux filles d'Ève.
-
-Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage qu'un _mari bien
-marri_ croit retirer de la mort de sa femme: _A qui perd sa femme et un
-denier c'est grand dommage de l'argent_. Les Italiens disent de même:
-_Chi perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del quattrino_.
-
-
- Deuil de femme morte
- Dure jusqu'à la porte.
-
-Trop souvent, hélas! il ne va guère plus loin, et quelquefois même il y
-a lieu de soupçonner qu'il n'irait pas jusque-là s'il n'était accompagné
-du mécontentement que peut causer encore la présence de la morte. C'est
-un dernier effet de l'antipathie conjugale à laquelle cette contrariété
-semble communiquer une apparence de douleur, et voilà pourquoi l'on
-accuse les maris d'être toujours pressés de faire enterrer leurs femmes.
-On connaît le mot de celui qui ordonna de porter la sienne au cimetière
-au moment même où elle venait d'expirer. Comme on lui représentait que
-le corps était encore tout chaud: «Faites ce que je dis, s'écria-t-il en
-colère: elle est assez morte comme cela.»
-
-
- Ci-gît ma femme. Ah! qu'elle est bien,
- Pour son repos et pour le mien!
-
-Cette épitaphe épigrammatique passée en proverbe a été faussement
-attribuée à Piron; elle est du jurisconsulte Jacques du Lorens, connu
-par un recueil de satires imprimé en 1624. Nicolas Bourdon, poëte latin,
-ami de l'auteur, la reproduisit dans ce distique assez joliment tourné
-qu'on a pris à tort pour l'original:
-
- Clausa sub hoc tumulo conjux jacet. O bene factum!
- Nam requiesco domi, dum requiescit humi.
-
-Bientôt après elle fut traduite en anglais, en italien et en plusieurs
-autres langues, qui en firent comme la nôtre la devise de tout mari
-joyeux d'avoir enterré sa femme.
-
-
-La chandelle se brûle, et cette femme ne meurt point.
-
-Dicton usité par plaisanterie parmi le peuple de Paris, en parlant d'une
-chose qui se fait attendre ou d'une espérance qui tarde à se réaliser.
-On prétend qu'il fut, dans le principe, un mot d'impatience échappé à un
-certain mari qui, témoin de l'agonie de sa femme, se désolait de la voir
-durer plus longtemps que la chandelle bénite, allumée, selon l'usage, au
-chevet du lit de l'agonisante.
-
-
-Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie.
-
-Mauvaise plaisanterie de quelque Sganarelle. Celui de Molière en fait
-une de la même espèce. Lorsque la suivante de Célie l'appelle en
-s'écriant: «Ma maîtresse se meurt!» il lui répond:
-
- ... Quoi! ce n'est que cela.
- Je croyais tout perdu de crier de la sorte.
-
-Un proverbe espagnol venge le beau sexe de l'injustice du nôtre. Une
-femme y dit: «_No es nada, sino que matan a mi marido._ Ce n'est rien,
-c'est mon mari que l'on tue.»
-
-Je partage le sentiment exprimé par La Fontaine dans les vers du début
-de sa fable intitulée _la Femme noyée_.
-
- Je ne suis pas de ceux qui disent: _Ce n'est rien,
- C'est une femme qui se noie_;
- Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien
- Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.
-
-(Liv. III, fable XVI.)
-
-
-Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer.
-
-Ce proverbe a été originairement une formule de droit coutumier.
-Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie autorisaient les maris, en
-certaines provinces, à battre leurs femmes, même jusqu'à effusion de
-sang, pourvu que ce ne fût pas avec un fer émoulu et qu'il n'y eût point
-de membre fracturé. Les habitants de Villefranche, en Beaujolais,
-jouissaient de ce brutal privilége qui leur avait été concédé par
-Humbert IV, sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques
-chroniques assurent que le motif d'une telle concession fut l'espérance
-qu'avait ce seigneur d'attirer un plus grand nombre d'habitants,
-espérance qui fut promptement réalisée.
-
-On trouve dans l'_Art d'aimer_, poëme d'un trouvère, la recommandation
-suivante: «Garde-toi de frapper ta dame et de la battre. Songe que vous
-n'êtes point unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle te
-déplaît, tu peux la quitter.»
-
-La chronique bordelaise, année 1314, rapporte ce fait singulier: «A
-Bordeaux, un mari, accusé d'avoir tué sa femme, comparut devant les
-juges et dit pour toute défense: «Je suis bien fâché d'avoir tué ma
-femme; mais c'est sa faute, car elle m'avait grandement irrité.» Les
-juges ne lui en demandèrent pas davantage, et ils le laissèrent se
-retirer tranquillement, parce que la loi, en pareil cas, n'exigeait du
-coupable qu'un témoignage de repentir.
-
-Un de ces vieux almanachs qui indiquaient à nos aïeux les actions qu'ils
-devaient faire jour par jour donne, en plusieurs endroits,
-l'avertissement que voici: «Bon battre sa femme en hui.»
-
-Cette odieuse coutume, qui se maintint légalement en France, suivant
-Fernel, jusqu'au règne de François Ier, paraît avoir été fort répandue
-dans le treizième siècle; mais elle remonte à une époque bien plus
-reculée. Le chapitre 131 des _Lois anglo-normandes_ porte que le mari
-est tenu de châtier sa femme comme un enfant si elle lui fait infidélité
-pour son voisin. _Si deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi
-puerum._
-
-Mahomet permet aussi aux musulmans de battre leurs épouses lorsqu'elles
-manquent d'obéissance. (_Koran_, IV, 38.)
-
-Un canon du concile tenu à Tolède, l'an 400, dit: «Si la femme d'un
-clerc a péché, le clerc peut la lier dans sa maison, la faire jeûner et
-la châtier, sans attenter à sa vie, et il ne doit pas manger avec elle
-jusqu'à ce qu'elle ait fait pénitence.»
-
-Il fallait que ce concile eût des raisons bien graves pour rendre cette
-décision. Sans cela, des ministres de la religion chrétienne, qui a tant
-fait pour l'émancipation et la dignité des femmes, auraient-ils pu
-concevoir la pensée de les soumettre à une pénalité si brutale et si
-dégradante? N'auraient-ils pas été conduits, au contraire, par l'esprit
-de cette religion où tout est douceur et charité, à proclamer le
-principe de la loi indienne du code de Manou, qui dit dans une formule
-pleine de délicatesse et de poésie: «Ne frappe pas une femme, eût-elle
-commis cent fautes, pas même avec une fleur.»
-
-Remarquons, du reste, que le droit de battre n'a pas toujours appartenu
-aux maris exclusivement. La dame noble qui avait épousé un roturier
-pouvait lui infliger la correction avec des verges, toutes les fois
-qu'elle le jugeait convenable.
-
-Rœderer dit dans son _Histoire de François Ier_: «Plusieurs monuments
-attestent que le règne de ce prince fut l'époque où le sexe, non content
-de se soustraire à la barbarie qui autorisait les maris, les obligeait
-même à corriger les épouses infidèles, établit encore l'usage plus
-révoltant qui autorisa les femmes infidèles ou fidèles à corriger et à
-battre leurs maris.»
-
-Jean Belet, dans son _Explication de l'office divin_, parle d'un
-singulier usage de son temps: «La femme, dit-il, bat son mari à la
-troisième fête de Pâques, et le mari bat sa femme le lendemain. Ce
-qu'ils font pour marquer qu'ils se doivent la correction l'un à l'autre
-et empêcher qu'ils ne se demandent, en ce saint temps, le devoir
-conjugal.»
-
-La raison pour laquelle les époux devaient s'abstenir du devoir
-conjugal, non-seulement pendant les fêtes de Pâques, mais pendant les
-autres fêtes et les dimanches, était fondée sur une superstition qui
-leur faisait craindre que les enfants procréés ces jours-là ne fussent
-noués, contrefaits, épileptiques ou lépreux. Cette superstition existait
-dès le sixième siècle. (Voyez Grégoire de Tours, _de Mirac._, S.
-Martini, lib. II, cap. XXIV.)
-
-Les prêtres païens prescrivaient aussi la continence pendant les jours
-consacrés aux fêtes d'Isis, comme nous l'apprennent Ovide et Properce:
-le premier, dans la huitième élégie du livre Ier _des Amours_, et le
-second dans la trente-cinquième élégie de son livre II, où il se plaint
-de la longue séparation que cette déesse a imposée à des cœurs si
-brûlants de se réunir.
-
- _Quæ dea tam cupidos toties divisit amantes._
-
-
-Battre sa femme ne lui ôte folle pensée.
-
-Proverbe traduit du roman _Battre molher non li tol fol consire_.
-
-Arlequin a beau dire que les femmes ressemblent aux côtelettes, qui
-deviennent plus tendres quand elles sont bien battues, il faut se défier
-de cette tendresse qu'elles font paraître après les mauvais traitements;
-car ce n'est presque toujours qu'une feinte sous laquelle elles cachent
-des projets de vengeance. La brutalité des maris ne sert qu'à les rendre
-pires, et ceux-ci n'ont rien de mieux à faire que de _prendre patience
-en enrageant_. Je les engage dans leur propre intérêt à méditer
-sérieusement cet autre proverbe fort raisonnable: _Celui qui frappe sa
-femme est comme celui qui frappe un sac de farine: tout le bon s'en va,
-et le mauvais reste._
-
-
-Il faut toujours que la femme commande.
-
-C'est un vers du joli conte de Voltaire intitulé: _Ce qui plaît aux
-dames_. Mais ce vers n'est que la reproduction d'un proverbe antique,
-rapporté dans le _Zend-Avesta_, où une femme, sommée par les Mages de
-dire ce que chaque femme désire le plus, leur répond: «Être aimée et
-soignée de son mari, _être maîtresse de la maison_,» réponse pour
-laquelle ces prêtres indignés la font mourir sous leurs coups.
-
-Nous avons aussi le proverbe rimé:
-
-
- Femme veut en toute saison
- Être maîtresse en sa maison.
-
-Le désir le plus vif et l'étude la plus constante des femmes, de mère en
-fille, depuis que le monde existe et dans tout pays, c'est donc d'être
-maîtresses. Elles ont, pour y parvenir, une tactique merveilleuse, qui
-ne se trouve presque jamais en défaut. Les hommes civilisés ne savent
-pas y résister, et le droit du plus fort dont ils se glorifient n'est
-rien en comparaison du droit du plus fin dont elles ne se vantent pas.
-
-Un vieux Minnesinger, dans un accès de gynécomanie poétique, a cherché à
-montrer par une allégorie singulière que la femme est réellement la
-maîtresse. Il l'a représentée assise sur un trône superbe, avec une
-constellation de douze étoiles pour couronne et la tête de l'homme pour
-marchepied.
-
-On a prétendu que dans l'antiquité le beau sexe fut généralement réduit
-à une espèce d'esclavage. Cet état, inconciliable avec le caractère dont
-il est doué, n'a pu exister que par exception et chez un petit nombre de
-peuples, et je pense qu'on pourrait établir contre l'opinion commune que
-la gynécocratie politique et la gynécocratie domestique ont été plus en
-usage dans les siècles antérieurs au christianisme que dans certains
-siècles postérieurs. Sans vouloir nier les améliorations que l'esprit de
-cette divine religion a fini par introduire dans l'état social de la
-femme, je vais présenter quelques faits historiques assez curieux à
-l'appui de mon assertion. La _Bible_ et les poëmes d'Homère nous
-montrent les femmes libres dès les temps les plus reculés. On ne saurait
-tirer une preuve du contraire de ce que, à ces époques primitives, elles
-vivaient confinées dans l'intérieur des maisons. C'étaient les mœurs et
-non les lois qui le voulaient ainsi; car il n'y aurait pas eu de
-sécurité pour elles au dehors. Les inconvénients de cet état cessèrent à
-mesure que la civilisation se développa. Les femmes grecques jouissaient
-d'une liberté modérée qui dégénéra en indépendance pendant que leurs
-maris faisaient le siége de Troie. Plus tard, elles régnèrent chez elles
-et exercèrent souvent une influence puissante sur les affaires de
-l'État, comme nous le voyons dans Aristophane. Les dames romaines,
-d'abord tenues pour mineures, devinrent bientôt maîtresses. Caton
-l'Ancien signalait leur empire en disant: «Les autres hommes commandent
-à leurs femmes; nous, à tous les autres hommes, et nos femmes à nous.»
-
-On sait que chez les Gaulois, les femmes possédaient une grande autorité
-et siégeaient dans le haut conseil de la nation. Elles étaient honorées
-par eux et par tous les peuples de la même race comme des êtres doués de
-lumières instinctives émanées du ciel. C'était un préjugé sacré que les
-druides avaient emprunté, dit-on, à la religion assyrienne à laquelle la
-leur ressemble en plusieurs points, et l'on a prétendu que ce fut en
-vertu de ce préjugé que Sémiramis fit une loi réputée longtemps
-inviolable qui attribuait aux femmes l'autorité sur les hommes. La
-législation des Sarmates prescrivit qu'en toutes choses, dans les
-familles et dans les villes, les hommes fussent sous le gouvernement des
-femmes. En Égypte, chaque mari devait être esclave de la volonté de la
-sienne: il s'y engageait formellement par une clause indispensable
-exigée dans tous les contrats de mariage. A Carras en Assyrie, il y
-avait un temple dédié à la lune, où l'on n'admettait que ceux qui
-faisaient hautement profession de se montrer toujours soumis à leurs
-épouses, et l'on assure que de toute la contrée les dévots pèlerins ne
-cessaient d'y affluer.
-
-
-La femme veut porter la culotte.
-
-On a dit plus anciennement: _Veut porter le haut-de-chausses_, et plus
-anciennement encore: _Veut chausser les braies_, expressions
-parfaitement synonymes en parlant d'une femme qui aspire à maîtriser son
-mari. Fleury de Bellingen, auteur des _Illustres Proverbes_, a pensé que
-ces expressions avaient leur fondement dans l'histoire ancienne, et
-voici la singulière explication qu'il en a donnée: «La reine Sémiramis,
-prévoyant, après la mort de Ninus, son époux, que les Assyriens ne
-voudraient pas se soumettre à l'empire d'une femme, et voyant que son
-fils Zaméis, ou Ninias, comme le nomme Justin, était trop jeune pour
-tenir les rênes d'un si grand État, se prévalut de la ressemblance
-naturelle qu'il y avait entre la mère et l'enfant, se vêtit des habits
-de son fils et lui donna les siens afin qu'étant pris pour elle, et elle
-pour lui, elle pût régner en sa place. Plus tard, ayant acquis l'amour
-de ses sujets, elle se fit connaître pour ce qu'elle était et fut jugée
-digne du trône. Quand nous disons des femmes généreuses qu'_elles
-portent le haut-de-chausses_, nous faisons allusion à cette reine qui
-régna en habits d'homme.»
-
-On trouvera sans doute que Fleury de Bellingen est allé chercher trop
-loin l'origine d'une locution qui, en la supposant antique, n'a pu
-naître que dans notre ancienne Gaule narbonnaise que les Romains
-appelaient _Gallia braccata_, parce qu'elle était le seul pays du monde
-où l'on portât des braies ou culottes. Cependant il aurait pu l'aller
-chercher plus loin encore, si la fantaisie lui en eût pris: son
-imagination, au lieu de s'arrêter à la reine d'Assyrie, n'avait qu'à
-remonter à la mère du genre humain. Il lui eût été même plus aisé de
-démontrer qu'Ève _porta la culotte_, dans le sens propre, comme dans le
-sens figuré, car la Genèse, parlant de nos premiers parents occupés à
-vêtir leur nudité, dit textuellement: _Consuerunt folia ficus et
-facerunt sibi perizomata_; ce qu'un ancien traducteur, Le Fèvre
-d'Estaples, a rendu en ces termes: «Ils cousirent des feuilles de
-figuier et s'en firent _des braies_.» (Édition de Genève, 1562).
-Bellingen aurait du moins obtenu par une telle explication le suffrage
-de toutes les femmes, charmées de voir dans un passage des livres saints
-la preuve irrécusable qu'elles n'ont pas moins que les hommes le droit
-de _porter la culotte_.
-
-Mais faisons trêve à la plaisanterie, et cherchons une origine
-raisonnable. Hue Piaucelle, un de nos plus anciens trouvères, a composé
-un fabliau intitulé: _Sire Hains et dame Anieuse_. Ces deux époux
-n'étaient jamais d'accord. La femme contrecarrait sans cesse le mari.
-Celui-ci, fatigué, lui dit un jour: «Écoute, tu veux être la maîtresse,
-n'est-ce pas? et moi je veux être le maître. Or, tant que nous ne
-céderons ni l'un ni l'autre, il ne sera pas possible de nous entendre.
-Il faut, une fois pour toutes, prendre un parti, et puisque la raison
-n'y fait rien, décidons-en autrement.» Quand il eut parlé de la sorte,
-il prit un haut-de-chausses qu'il porta dans la cour de la maison et
-proposa à la dame de le lui disputer, à condition que la victoire
-donnerait pour toujours, à qui l'obtiendrait, une autorité pleine et
-entière dans le ménage. Elle y consentit: la lutte s'engagea en présence
-de la commère Aupais et du voisin Simon, choisis pour témoins. Sire
-Hains, après avoir éprouvé la plus opiniâtre résistance de dame Anieuse,
-finit par emporter le prix de ce combat judiciaire. L'abbé Massieu et le
-Grand d'Aussy ont pensé que le fabliau de Piaucelle a donné lieu à
-l'expression _porter le haut-de-chausses_; mais il n'a fait que la
-populariser, car il est positif qu'elle lui est antérieure.
-
-On pourrait conjecturer qu'elle a dû s'introduire à une époque où les
-caleçons et les hauts-de-chausses faisaient partie de l'habillement des
-dames nobles, et où celles de ces dames qui avaient pris des maris
-bourgeois jouissaient du privilége de leur commander et même de les
-frapper avec des verges lorsqu'ils ne se montraient pas assez soumis.
-Mais une telle conjecture, quoique fondée sur un fait attesté par de
-graves et véridiques auteurs, A.-A. Monteil entre autres, me semble
-inadmissible comme la précédente, et pour la même raison. Je rejette
-toute origine historique, et je crois qu'on a naturellement attribué le
-costume du mari à la femme qui aspire à jouer le rôle du mari. C'est
-d'ailleurs ce qui se faisait chez les anciens. Denys de Syracuse,
-voulant punir un homme qui s'était laissé battre par sa femme, ordonna
-qu'il fût habillé en femme et que la femme fût habillée en homme, parce
-que la nature avait dû se tromper en les créant.
-
-La locution _porter la culotte_ est ce qu'on appelle un symbole parlé.
-
-
-Être sous la pantoufle de sa femme.
-
-Voici l'origine historique justement assignée à cette locution par M.
-Chassan, auteur de la _Symbolique du droit_: «Grégoire de Tours, dans la
-Vie des Pères, ch. XX, et Ducange, au mot _calceamenta_, disent que le
-fiancé faisait présenter un soulier, ordinairement le sien, à sa future
-épouse. Il paraît même, d'après M. Ryscher, que c'était lui qui l'en
-chaussait. En se déchaussant, il s'exposait à marcher d'un pas moins
-ferme, et se plaçait ainsi dans une condition inférieure vis-à-vis de sa
-fiancée; en mettant lui-même le soulier au pied de sa fiancée, il
-s'humiliait devant elle, et de là vient que, pour désigner un mari que
-sa femme gouverne, on dit encore aujourd'hui en France qu'_il est sous
-la pantoufle de sa femme_. De là aussi le mot de Grimm, qui enseigne que
-la pantoufle est encore un symbole fort usité de la puissance qu'exerce
-la femme sur le mari.» (_Poesie in Recht._, § 10.)
-
-
-La poule ne doit pas chanter devant le coq.
-
-Proverbe qui se trouve textuellement dans la comédie des _Femmes
-savantes_, mais qui est antérieur à cette pièce, comme le prouvent ces
-deux vers de Jean de Meung:
-
- C'est chose qui moult me desplaist
- Quand poule chante et coq se taist.
-
-Quelques glossateurs prétendent qu'une femme qui se trouve avec son mari
-dans une société ne doit pas prendre la parole avant que son mari ait
-parlé, car le mot _devant_, disent-ils, est ici une préposition de temps
-qui remplace _avant_, comme dans cette phrase de Bossuet: «Les anciens
-historiens qui mettent l'origine de Carthage _devant_ la prise de
-Troie.» Mais il est certain que leur érudition grammaticale les a
-fourvoyés. Le véritable sens est qu'une femme doit se taire en présence
-de son mari, et attendre qu'il _lui donne langue_, comme on disait
-autrefois. Un usage de l'ancienne civilité obligeait les femmes à
-demander aux maris la permission de parler, quand elles avaient quelque
-chose à dire devant des étrangers. La preuve en est dans plusieurs
-passages de nos vieux auteurs, notamment dans la phrase suivante de
-l'_Heptaméron_ de Marguerite de Valois, reine de Navarre: «Parlemante,
-qui estoit femme d'Hircan, laquelle n'estoit jamais oisive et
-mélancolique, ayant demandé à son mari congé (permission) de parler,
-dist, etc.[2]»
-
- [2] On a prétendu que cet usage était une dérivation des ordonnances
- de Numa Pompilius contre le caquet des femmes, qu'il voulait obliger
- de ne parler qu'en présence de leurs maris.
-
-Les Persans disent: _Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut
-lui couper la gorge._ Proverbe dont ils font l'application aux femmes
-qui veulent cultiver la poésie. Ce même proverbe existe en France de
-temps immémorial chez les habitants de la campagne, pour exprimer, au
-figuré, une menace peu sérieuse contre les femmes qui se mêlent de
-discourir et de décider à la manière des hommes, et, au propre, une
-observation d'histoire naturelle. Cette observation est que la poule
-cherche quelquefois à imiter le chant du coq, et que cela lui arrive
-surtout lorsqu'elle est devenue trop grasse et ne peut plus pondre,
-c'est-à-dire dans un temps où elle n'est plus bonne qu'à mettre au pot.
-
-Il y a une superstition sur la poule qui coqueline. On croit, en
-Normandie, qu'elle annonce la mort de son maître, ou la sienne.
-
-Les habitants de la vallée de la Garonne, qui s'étend entre Langon et
-Marmande, sont persuadés que par cette manière de coqueliner, qu'ils
-appellent _chanter le béguey_[3], elle présage une foule de malheurs.
-
- [3] _Béguey_ se dit pour _coq_ et, par extension, pour _chant du coq_,
- dans l'idiome du pays. _Chanter le béguey_ a été originairement une
- ellipse de _chanter_ comme le _béguey_ ou coq.
-
-Voici ce que disait à ce sujet un feuilleton signé J. B., dans la
-_Quotidienne_ du 15 août 1845: «Une poule vient-elle à _chanter le
-béguey_, il n'y a pas un instant à perdre, il faut la porter au marché,
-la vendre et consacrer le prix obtenu à l'acquisition d'un cierge dont
-vous ferez hommage à la paroisse. Si vous n'avez pas trouvé d'acheteur
-pour cette bête réprouvée, vous aurez la ressource de la peser après
-l'avoir attachée dans un linge blanc, et vous verrez ensuite si elle
-demeure parfaitement tranquille. Je suppose que vous avez essayé de tous
-ces moyens, et qu'aucun ne vous a réussi: décidez-vous alors à tordre le
-cou au volatile. Il ne cesserait de faire des contorsions, des
-soubresauts, et entretiendrait au milieu de la population de votre
-basse-cour une inquiétude continuelle et des terreurs sans nom. Mais
-surtout que personne ne porte la dent sur la chair de la victime.»
-
-Les Romains avaient aussi leur superstition sur le chant de la poule. Ce
-chant présageait aux maris que la femme serait la maîtresse. Donat,
-grammairien latin du quatrième siècle, en a fait la remarque dans son
-commentaire sur Térence, en expliquant la phrase _Gallina cecinit_, «la
-poule a chanté», que ce comique a employée, acte IV, sc. IV, du
-_Phormion_.
-
-
-Pour faire mentir une femme à coup sûr il n'y a qu'à lui demander son
-âge.
-
-Il est à peu près certain que, si elle répond à une telle question, elle
-ne le fera qu'aux dépens de la vérité, car elle voit trop d'avantages à
-être jeune et à le paraître pour qu'elle résiste à l'envie de se
-rajeunir un peu. De là cette accusation de mensonge formulée dans ce
-proverbe peu galant dont la LIIe des _Lettres persanes_ offre le
-spirituel développement en action que voici:
-
-«J'étais l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il
-y avait là des femmes de tous les âges; une de quatre-vingts ans, une de
-soixante, une de quarante qui avait une nièce de vingt à vingt-deux ans.
-Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à
-l'oreille: «Que dites-vous de ma tante qui, à son âge, veut avoir des
-amants et fait encore la jolie?--Elle a tort, lui dis-je, c'est un
-dessein qui ne convient qu'à vous.» Un moment après, je me trouvai
-auprès de sa tante qui me dit: «Que dites-vous de cette femme, qui a
-pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à
-sa toilette?--C'est un temps perdu, lui dis-je, et il faut avoir vos
-charmes pour devoir y songer.» J'allai à cette malheureuse femme de
-soixante ans et la plaignis dans mon âme, lorsqu'elle me dit à
-l'oreille: «Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a
-quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de feu: elle veut faire
-la jeune, et elle y réussit, car cela approche de l'enfance.» Ah! mon
-Dieu! dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des
-autres? C'est peut-être un bonheur, disais-je ensuite, que nous
-trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui. Cependant
-j'étais en train de me divertir, et je dis: Nous avons assez monté;
-descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet.
-«Madame, vous vous ressemblez si fort, cette dame à qui je viens de
-parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs; je vous crois à
-peu près de même âge.--Vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une
-mourra, l'autre devra avoir grand'peur; je ne crois pas qu'il y ait
-d'elle à moi deux jours de différence.» Quand je tins cette femme
-décrépite, j'allai à celle de soixante ans. «Il faut, madame, que vous
-décidiez un pari que j'ai fait: j'ai gagé que cette femme et vous, lui
-montrant la femme de quarante ans, étiez de même âge.--Ma foi, dit-elle,
-je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence.» Bon! m'y voilà,
-continuons; je descendis encore et j'allai à la femme de quarante ans.
-«Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous
-appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce? Vous
-êtes aussi jeune qu'elle; elle a même quelque chose dans le visage de
-passé que vous n'avez certainement pas: et ces couleurs vives qui
-paraissent sur votre teint...--Attendez, me dit-elle, je suis sa tante,
-mais sa mère avait pour le moins vingt-cinq ans de plus que moi; nous
-n'étions pas de même lit; j'ai ouï dire à feu ma sœur que sa fille et
-moi naquîmes la même année.--Je le disais bien, madame, et je n'avais
-pas tort d'être étonné.»
-
-»Mon cher Usbeck, les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte
-de leurs agréments, voudraient reculer avec la jeunesse. Eh! comment ne
-chercheraient-elles pas à tromper les autres? elles font tous leurs
-efforts pour se tromper elles-mêmes, et se dérober à la plus affligeante
-de toutes les idées.»
-
-
-Servez monsieur Godard! sa femme est en couches.
-
-Ironie proverbiale contre les prétentions outrecuidantes d'un paresseux
-qui voudrait qu'on lui fît sa besogne, d'un indiscret qui, en demandant
-quelque service, semble l'exiger, ou d'un impertinent qui se donne des
-airs de commander. Elle fait allusion à un usage autrefois répandu dans
-le Béarn et dans les provinces limitrophes, en vertu duquel le mari
-d'une femme en couches se mettait au lit pour recevoir les visites des
-parents et amis, et s'y tenait mollement plusieurs jours de suite, ayant
-soin de se faire servir des mets succulents. Une telle étiquette,
-désignée par l'expression _faire la couvade_, qui en indique assez
-clairement le motif, se rattachait probablement au culte des _Geniales_,
-dieux qui présidaient à la génération. Elle n'était pas moins ancienne
-que singulière. Le poëte Apollonius de Rhodes en a signalé l'existence
-sur les côtes des Tiburéniens, «où les hommes, dit-il, se mettent au lit
-quand les femmes sont en couches, et se font servir par elles».
-(_Argonaut._, ch. II.) Diodore de Sicile et Strabon rapportent qu'elle
-régnait de leur temps en Espagne, en Corse et en plusieurs endroits de
-l'Asie, où elle s'est conservée parmi quelques tribus de l'empire
-chinois. Les premiers navigateurs qui abordèrent au nouveau monde l'y
-trouvèrent établie. Il n'y a pas longtemps qu'elle était observée par
-les naturels du Mexique, des Antilles et du Brésil. Des voyageurs
-assurent qu'elle existe encore chez quelques sauvages de l'Amérique et
-chez certaines peuplades africaines; enfin, elle n'est pas entièrement
-tombée en désuétude dans la Biscaye française, où des personnes dignes
-de foi attestent en avoir été deux ou trois fois témoins dans ces
-dernières années.
-
-Quant au nom de _Godard_, que le peuple applique aujourd'hui au mari
-d'une femme accouchée, il est, s'il faut en croire M. Bacon-Tacon, le
-même que celui de _God-Art_ (le Dieu fort), donné, dit-il, à Hercule,
-que les païens imploraient dans les accouchements difficiles (_Orig.
-celtiq._, tome II, p. 401-402). Je ne conteste point une si savante
-étymologie; cependant il me paraît plus probable que ce nom a été formé
-du latin _gaudere_, se réjouir, se donner du bon temps. Il signifiait
-autrefois un homme adonné aux plaisirs de la table, habitué à prendre
-toutes ses aises. C'était un synonyme de _Godon_, autre vieux mot qu'on
-employait pour désigner un riche plongé dans toutes les jouissances
-d'une vie sensuelle. Le prédicateur Maillard s'en est servi dans
-plusieurs de ses sermons, notamment dans le vingt-quatrième, où le
-mauvais riche est appelé _unus grossus Godon qui non curabat nisi de
-ventre_. «Un gros Godon qui n'avait cure que de sa panse.»
-
-Ajoutons que la formule: _Servez monsieur Godard!_ cesse d'être ironique
-lorsqu'elle est appliquée à un homme à qui un enfant vient de naître.
-Elle est alors une espèce de félicitation équivalente à un _Gloria
-Patri_, une exclamation d'amical et joyeux enthousiasme en faveur de la
-paternité.
-
-
-La nuit, il n'y a point de femme laide.
-
-Proverbe fort ancien rappelé et expliqué par Ovide dans ces deux vers du
-premier chant de l'_Art d'aimer_:
-
- _Nocte latent mendæ, vitioque ignoscitur omni.
- Horaque formosam quamlibet illa facit._
-
- La nuit fait disparaître bien des taches et oublier bien des
- imperfections. Elle rend toute femme belle.
-
-Alors _Hélène n'a aucun avantage sur Hécube_, suivant l'expression
-d'Henri Estienne.
-
-Les Grecs se servaient d'un proverbe analogue passé dans la langue
-latine en ces termes: «_Sublata lucerna, nihil discriminis inter
-mulieres._ Quand la lampe est ôtée, les femmes ne diffèrent pas l'une de
-l'autre.» Plutarque rapporte qu'une belle et chaste dame cita ce
-proverbe à Philippe, roi de Macédoine, pour l'engager à cesser les
-poursuites amoureuses dont il s'obstinait à l'obséder.
-
-Nous disons trivialement dans le même sens: _La nuit tous chats sont
-gris._
-
-Les Espagnols disent: _De noche, a la vela, la burra parece
-doncella._--_La nuit, à la chandelle, l'ânesse semble demoiselle à
-marier._ On sait que, si l'obscurité cache la laideur, la lumière du
-flambeau l'atténue beaucoup; d'où l'expression _belle à la chandelle_,
-en parlant d'une femme qui n'est pas belle au grand jour. C'est pour
-cela qu'Ovide conseillait aux amants de se défier de la clarté trompeuse
-de la lampe.
-
- _Fallaci nimium ne crede lucernæ._
-
-(_De Arte amandi_, I.)
-
-
-Jeter le mouchoir à une femme.
-
-Se dit pour signifier qu'on la préfère à toutes les autres à cause de sa
-beauté ou de ses grâces.
-
-Cette expression, toute figurée chez nous, fait allusion à un usage
-qu'on prétend exister chez les Turcs et par lequel le sultan, ou un
-pacha, ou un seigneur, déclare à une des femmes le choix qu'il fait
-d'elle, en lui jetant un mouchoir. Mais tout porte à croire qu'un tel
-usage est imaginaire. Les auteurs qui en ont parlé ont consacré une
-erreur provenue probablement de ce que les fiançailles en Turquie et en
-Perse sont constatées par l'envoi que fait le futur époux à sa future
-d'un mouchoir brodé, d'un anneau et d'une pièce de monnaie. Ainsi les
-musulmans, à l'époque de leur mariage, envoient le mouchoir, et, dans
-leurs harems, ils ne le jettent pas.
-
-Quelque fondée que soit la remarque qui vient d'être faite, elle
-n'empêchera point de conserver cette expression ainsi que ses analogues
-_briguer le mouchoir_, _refuser le mouchoir_, etc., qu'une galanterie
-peu délicate a introduites dans notre langue.
-
-Il y a une pièce fugitive de Duault présentant le monologue d'un fat qui
-passe en revue dans son imagination un essaim de belles, à qui il se
-propose de _jeter le mouchoir_ tour à tour. Cette pièce se termine par
-ces vers assez plaisants:
-
- Ainsi parlant, seul dans sa chambre,
- Chaque matin, monsieur Morgan
- Balance de l'air d'un sultan
- Son fin mouchoir parfumé d'ambre.
- Il sort tout radieux d'espoir,
- Promène sa fadeur galante,
- Frais et dispos rentre le soir,
- Se fait un turban du mouchoir
- Et tombe aux pieds de sa servante.
-
-C'est à peu près ce qu'un de nos spirituels chansonniers, l'abbé de
-L'Attaignant, appelait «allumer son flambeau au soleil, et l'éteindre
-dans la boue».
-
-
-La femme de César ne doit pas même être soupçonnée.
-
-Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutôt pour Fauna, leur
-divinité spéciale, qu'elles appelaient _la Bonne Déesse_, un culte
-fervent et plein de mystères que les érudits n'ont pas su bien
-éclaircir. Elles en célébraient solennellement la fête avec les Vestales
-dans la maison du consul ou du préteur, sous la présidence de la femme
-de ce magistrat, lequel était obligé de rester absent de chez lui
-pendant la durée de cette fête, car aucun homme ne pouvait y être admis.
-L'année où Pompéia, troisième épouse de J. César, se trouva investie de
-cet important ministère, Clodius, ce lovelace romain, qui était
-d'intelligence avec elle, à ce qu'on suppose, voulut la voir dans
-l'appareil de ses fonctions pontificales, et il se glissa déguisé en
-joueuse d'instruments parmi les dévotes qui se rendaient à la cérémonie.
-Une esclave, nommée Abra par Plutarque, et Séprulla par Cicéron, avait
-été mise dans la confidence. Elle le cacha et lui promit de lui amener
-sa maîtresse. Mais, retenue auprès d'Aurélia, mère de César, cette
-esclave le fit tant attendre que, perdant patience, il sortit de sa
-cachette pour l'appeler et fut reconnu: afin d'éviter les regards qui se
-portaient sur sa personne, il se hâta de revenir sur ses pas, espérant
-que la chose n'aurait pas de suites. Cependant les matrones, averties,
-le cherchèrent de chambre en chambre, et finirent par le découvrir sous
-le lit d'Abra ou de Séprulla. Leur fureur était à son comble. Elles ne
-lui épargnèrent ni les injures ni les coups, et elles auraient sans
-doute poussé la vengeance aux excès les plus terribles s'il n'eût eu le
-bonheur de s'y soustraire en gagnant par la fuite le dehors de la
-maison.
-
-Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l'indignation générale. Il
-fut mis en jugement comme sacrilége, et, quoique son crime fût attesté
-par les dépositions les plus irrécusables, les juges, qu'il parvint à
-corrompre, le déclarèrent absous. César, appelé en témoignage dans le
-procès, ne voulut ni inculper ni disculper Pompéia, qu'il s'était
-contenté de répudier. Il dit qu'il ne savait rien, attendu qu'un mari
-était toujours le moins instruit en pareil cas, et comme on lui demanda
-pourquoi il l'avait renvoyée, il ajouta que _la femme de César ne devait
-pas même être l'objet d'un soupçon_. Apophthegme passé en proverbe pour
-signifier qu'il ne suffit pas que la conduite d'une femme soit
-irréprochable, qu'il faut aussi qu'elle soit crue telle.
-
-
-Il ne faut prêter ni son épée, ni son chien, ni sa femme.
-
-La noblesse française avait jadis deux occupations importantes, la
-guerre et la chasse, et toujours elle se montrait sous le costume du
-guerrier ou celui du chasseur. Ainsi tout bon gentilhomme devait être
-inséparable de son épée et de son chien ou de son faucon, qu'il
-regardait comme des attributs de sa dignité. Il lui était défendu par
-des capitulaires de nos rois de s'en dessaisir, et même de les donner
-pour prix de sa rançon, s'il venait à être fait prisonnier, défense
-provenue sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie celui
-qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi qu'il en soit, il
-attachait son honneur à ces objets comme à sa femme, et c'est à cette
-raison qu'il faut rapporter l'origine du proverbe.
-
-
-Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme.
-
-C'est-à-dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation aux regards des
-autres certains objets qu'on veut garder pour soi, attendu qu'une telle
-exhibition, n'étant propre qu'à exciter leur envie, peut avoir une foule
-d'inconvénients pour celui qui la fait. Ce proverbe est une variante de
-cet autre cité par Franklin: _Celui qui montre trop souvent sa femme et
-sa bourse s'expose à ce qu'on les lui emprunte._
-
-
-La femme est la moitié de l'homme.
-
-L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans l'autre. Chacun d'eux
-ne forme qu'une moitié de l'être humain, dont l'intégralité ne peut
-résulter que de leur intime union. C'est une vérité morale aussi vieille
-que le monde et universellement répandue. Elle remonte à notre premier
-père, s'écriant, dans la joie de son cœur, à la vue de l'aimable
-compagne que Dieu lui présentait: «Voilà l'os de mes os, et la chair de
-ma chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, parce qu'elle a
-été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa
-mère, et s'attachera à sa femme; et ils seront deux dans une seule
-chair.» (_Genèse_, ch. II, v. 23-24.)
-
-Les Védas disent que _l'épouse est la moitié du corps de l'époux_ et
-considèrent le mariage comme supprimant la dualité de l'un et de l'autre
-pour les confondre dans une parfaite unité. Cet état a été fort bien
-figuré par le _lingam_ primitif ou l'_yoni lingam_ de la théorie
-hindoue, et par d'autres symboles analogues qu'il ne me paraît pas
-convenable d'expliquer ici, ni même de désigner nominativement.
-
-Le plus ingénieux de tous, sans contredit, est celui qu'on trouve dans
-le _Sympose_ ou _Banquet_ de Platon. Suivant ce philosophe, l'homme et
-la femme ne faisaient originairement qu'une même personne qu'il nomme
-_androgyne_ (homme-femme). Cette créature bissexuelle était si parfaite
-et si heureuse qu'elle excita la jalousie des dieux et des déesses. Par
-leur ordre, Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea dans
-ces corps les formes extérieures de leur individualité qui avaient été
-un peu endommagées pendant l'opération du dédoublement. Depuis lors, les
-moitiés disjointes ont une tendance invincible à se rapprocher pour
-constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler de toute leur
-ardeur et de tous leurs efforts. Mais, hélas! elles ne sauraient y
-parvenir, à moins d'un très-grand miracle. Tristes jouets d'une
-continuelle méprise, elles sont à peu près comme ces enfants, changés en
-nourrice, qui prennent une parenté de hasard à la place de la parenté de
-nature. Des moitiés étrangères viennent presque toujours se substituer à
-celles qui furent créées l'une pour l'autre. Le sort ennemi, afin
-d'empêcher ces dernières de se rejoindre, ne leur permet pas de se
-reconnaître, les fait errer comme ces ombres de Dante, qui vont sans
-jamais s'arrêter, et les tient souvent séparées par des distances
-incommensurables. De là l'excessive rareté des bonnes unions et
-l'innombrable quantité des mauvaises.
-
-N'oubliez pas cette allégorie, ô vous, pauvres êtres dédoublés, qui
-aspirez à ressaisir cette portion de vous-mêmes dont l'absence vous
-condamne à gémir, et surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la
-retrouver à Paris. Il vaudrait peut-être mieux l'aller chercher aux
-antipodes.
-
-
-Femme (ou dame) qui moult se mire peu file.
-
-Une femme qui met beaucoup de temps à sa toilette en emploie fort peu
-aux occupations du ménage. Les Espagnols disent: _La mujer, cuanto mas
-mira la cara, tanto mas destruye la casa_, ce qui est rendu exactement
-par cet ancien jeu de mot proverbial:
-
- Plus la femme mire sa mine,
- Plus sa maison elle mine.
-
-Il fut un temps où la principale occupation des dames était de filer. De
-vieux portraits les représentent avec une quenouille attachée sur le
-sein du côté gauche, et avec un miroir suspendu à leur ceinture du côté
-droit. Elles ne quittaient guère ces deux attributs; ils étaient, pour
-ainsi dire, les pièces essentielles de leur costume. Mais l'un faisait
-tort à l'autre, et celui du travail devait être fréquemment négligé pour
-celui de la coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames
-cessèrent de filer et se mirèrent tout à leur aise.
-
-Jean de Caurres, auteur du seizième siècle, dit dans ses _Œuvres
-morales_ que les courtisanes et _damoiselles masquées_[4] de son temps
-portaient le miroir sur le ventre: «O bon Dieu! hélas! s'écrie-t-il, en
-quel malheureux règne sommes-nous tombés de voir une telle dépravation
-sur la terre, que nous voyons jusques à porter en l'église les miroirs
-de macule pendants sur le ventre.» Il ajoute qu'un pareil usage tendait
-à devenir général: «Si est-ce qu'avec le temps il n'y aura bourgeoise ne
-chambrière qui par accoutumance n'en veuille porter.» Cependant cet
-usage ne s'est pas conservé. Le beau sexe l'a jugé inutile depuis que
-les moindres appartements ont été ornés de trumeaux et de glaces où il
-peut se mirer et s'admirer de la tête aux pieds.
-
- [4] On appelait _damoiselles masquées_ certaines dames qui, voulant
- courir les aventures galantes sans être reconnues, se couvraient le
- visage d'un masque de velours auquel on donna le nom de _loup_,
- dérivé, non de _lupus_, mais de _lobus_, cosse.
-
-
-La femme perd l'homme.
-
-Salomon assimile l'homme entraîné par la femme qui l'a séduit au taureau
-mené comme une victime au sacrifice: _Eam sequitur quasi bos ad
-victimam._ (Prov., VII, 22.)
-
-Saint Cyprien dit que les femmes sont des démons qui font entrer les
-hommes en enfer par la porte du paradis.
-
-Suivant un proverbe oriental: _Il faut craindre l'amour d'une femme plus
-que la colère d'un homme._
-
-On lit dans le _Furetériana_ le résumé suivant des principales
-accusations des hommes contre les femmes: «Que de maux elles ont causés
-dans le monde! Adam en a été séduit, Samson dompté. La sainteté de David
-en a été troublée, Salomon en a perdu la sagesse. Ce fut une femme qui
-fit renoncer saint Pierre à Notre-Seigneur. Elle fit plus d'effet sur
-l'esprit de Job que le diable, qui ne put l'ébranler. Le poëte Codrus
-disait que le ciel ne contenait pas tant d'étoiles ni la mer tant de
-poissons que la femme a de fourberies cachées dans son cœur. Barthole
-disait que toutes les femmes sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin
-de faire des lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a point.
-Hippocrate nous assure que la malice est naturelle à la femme. L'auteur
-de l'_Ecclésiastique_, aussi illustre en sagesse parmi les Hébreux que
-Thalès en philosophie entre les Grecs, nous a laissé par écrit que la
-source du péché nous est venue de la femme; qu'il vaudrait mieux
-demeurer avec un lion ou avec un dragon qu'avec une mauvaise femme (ch.
-XXV) et même que les crimes des hommes sont plus supportables que les
-bienfaits des femmes: _Melior est iniquitas viri quam mulier
-benefaciens_ (ch. XLII). Entre toutes les bêtes sauvages, dit saint
-Chrysostome, il n'y en a point qui soit plus dangereuse que la femme.
-Pandore répandit toute sorte de maux sur la terre; Hélène causa la mort
-de tant de milliers d'hommes; Déjanire fit mourir Hercule son mari, un
-des plus fameux héros qui aient jamais été; les Danaïdes et les filles
-d'Egyptus tuèrent leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouvé la
-femme plus amère que la mort. De mille hommes, ajoute-t-il, il ne s'en
-trouve qu'un de bon; mais, parmi toutes les femmes, il n'y en a pas une
-de bonne. (_Ecclésiaste_, ch. VII.) Les chrétiens leur ont ôté le
-maniement de l'Église, les philosophes ne les ont pas voulu admettre
-dans la philosophie, les jurisconsultes leur ont défendu le barreau, les
-mahométans les ont exclues du paradis et les ont mises au rang des
-esclaves. Il serait cependant agréable de chanter les louanges de Dieu,
-de philosopher, de plaider, d'être en paradis avec des femmes. Il faut
-bien qu'il y ait de leur faute à tout cela.»
-
-Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup plus de
-celle des hommes, qui sont presque toujours injustes, ingrats et
-tyranniques envers elles, qui leur aigrissent et leur faussent le
-caractère, qui les forcent à recourir à la ruse, à la dissimulation et à
-la vengeance. Aussi ont-elles raison de retourner contre eux le
-proverbe, en disant: _L'homme perd la femme._ Il la perd par son
-indifférence, par son égoïsme, par sa défiance, par ses calomnies, par
-ses outrages, enfin par une foule d'erreurs, d'inconséquences et de
-torts de sa conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement il
-la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait l'aimer; il la perd encore
-en l'aimant d'une manière déraisonnable; car il arrive ordinairement que
-plus un mari aime sa femme, plus il augmente les travers qu'elle peut
-avoir; tandis que, au contraire, plus une femme aime son mari, plus elle
-le corrige de ses défauts.
-
-Je ne prétends pas m'ériger en apologiste enthousiaste de la femme, ni
-rehausser son mérite en rabaissant celui de l'homme. Je conviens qu'elle
-a aussi de nombreux défauts qui déparent ses qualités; mais je crois
-qu'en général ses qualités lui appartiennent en propre et que ses
-défauts lui viennent de nous. Il en est d'elle comme de ce rosier qui
-croît sans épines, sur le sommet des hautes Alpes, et qui se hérisse de
-pointes acérées quand il est cultivé dans nos jardins. En la faisant
-descendre de la région élevée où elle se développerait sous de célestes
-influences, en la plaçant dans un mauvais milieu, où elle est privée de
-l'air pur dont elle a besoin; en lui donnant une culture trop
-artificielle, et souvent en opposition avec ses aptitudes natives, nous
-abâtardissons cette belle créature de Dieu, nous la rendons différente
-d'elle-même, nous la transformons en un nouvel être presque entièrement
-factice, tant nous sommes habiles à contrarier les facultés de sa nature
-et à les vicier par le mélange de quelque élément de dégénération qui
-les fait tourner à mal et produit des effets pernicieux, de même qu'une
-certaine malignité de séve dans le rosier transplanté rend sa floraison
-épineuse.
-
-Ne nous en prenons donc qu'à nous si la femme a tant d'imperfections, et
-n'ayons pas la sottise de les lui reprocher, au moins celles qu'elle a
-contractées par notre faute. Il serait meilleur et plus juste de
-chercher le bon moyen de l'en corriger, en commençant par nous corriger
-nous-mêmes des vices qui les lui ont communiquées. Les deux sexes n'ont
-pas été créés et ils ne s'unissent pas pour vivre en état de guerre
-permanente. Leur serait-il impossible de terminer ou de rendre moins
-dures des hostilités incompatibles avec le repos et la moralité de tous
-deux?
-
-Ah! si le mariage pouvait être ramené à cette confiance réciproque, à
-cette entente cordiale, à cet échange délicieux de pensées et de
-sentiments dont l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux
-déceptions, combien cet état contribuerait à l'amélioration et au
-bonheur de l'homme et de la femme! il est évident qu'il les rendrait
-meilleurs, puisqu'ils y seraient affranchis des passions qui les
-pervertissent, et plus heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une
-sécurité inaltérable de toutes les délices que pourrait leur donner un
-amour épuré et devenu pour eux une vertu.
-
-Qui décrira la suprême félicité de deux époux également animés du double
-zèle de l'amour et du devoir, de l'amour qui fortifie le devoir, et du
-devoir qui purifie l'amour!... Que de secrets merveilleux, de dons
-célestes, la femme trouverait dans le fonds inépuisable de sa tendresse
-plus délicate, plus ingénieuse, plus pénétrante que celle de l'homme,
-pour le réjouir et l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un
-nouveau paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de lui avoir fait
-perdre.
-
-Mais pourquoi parler d'une chose impossible à réaliser? Le diable a
-flétri cette prime fleur de nature qu'eut la femme dans l'Éden, et l'on
-chercherait en vain à lui rendre son parfum et sa fraîcheur. Elle s'est
-desséchée sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a déjà plus dans
-sa séve de vertu qui puisse la régénérer. Elle ressemble à l'arbre aux
-fruits amers dont parle le grand poëte persan Ferdouci: «On aurait beau
-planter cet arbre en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de
-l'éternité, humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait
-toujours sa nature et ne cesserait de porter des fruits amers.»
-
-J'abandonne cette thèse chimérique et je reviens au but que je me suis
-proposé dans cet article. Il a été de démontrer l'injustice des
-reproches que les hommes adressent aux femmes. Je crois avoir opéré
-cette démonstration. Il ne me reste qu'à y joindre un corollaire: c'est
-que toutes ces sottes accusations, à l'appui desquelles ils citent la
-fable et l'histoire, sont inadmissibles au tribunal de la raison. La
-fable ne prouve rien, et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes
-ont toujours fait moins de mal que les hommes.
-
-
-Une maîtresse est reine, une femme est esclave.
-
-Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera la royauté
-qu'elles ont reçue de l'Amour, sans penser que l'Hymen et l'Amour sont
-deux frères ennemis, et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements
-de l'Amour.
-
-Les vers suivants de Corneille, dans la tragédie de _Polyeucte_ (act.
-Ier, sc. III), offrent l'explication de ce proverbe, qui forme lui-même
-un vers heureux:
-
- Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines,
- Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en reines;
- Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour.
-
-On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse, c'est que
-l'homme dit toujours _ma maîtresse_ pour désigner celle qu'il aime, et
-que la femme ne donne jamais le nom de _maître_ à son amant. Elle sent
-bien qu'en pareil cas le nom paraîtrait dérisoire, et elle le réserve
-pour son mari, lors même qu'elle tient celui-ci sous sa domination
-absolue.
-
-
-Une femme et un almanach ne valent que pour une année.
-
-Une femme avait un mari qui passait tout son temps dans sa bibliothèque;
-elle alla l'y trouver un jour, et lui dit: «Monsieur, je voudrais bien
-être un livre.--Pourquoi donc, madame?--Parce que vous êtes toujours
-après.--Je le voudrais bien aussi, répliqua-t-il, pourvu que ce fût un
-almanach dont on change chaque année.» C'est de cette répartie maritale
-que les parémiographes font dériver le proverbe. Pour moi, je crois
-qu'il a dû son origine à un usage historique d'après lequel les contrats
-matrimoniaux ont pu être naturellement assimilés aux almanachs. Cet
-usage, provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune chez
-les Celtes, permettait de changer de femme. Le fait était assez fréquent
-en Champagne dans le neuvième siècle. Il y fut prohibé par le concile
-tenu à Troyes, en 878; mais l'autorité ecclésiastique ne parvint pas à
-le faire cesser entièrement, ni en cette province ni en d'autres, où il
-se maintint sous la protection de certain droit coutumier. C'est au pays
-basque surtout que se pratiquait cette espèce de mariage temporaire,
-comme nous l'apprend Jean d'Arérac dans son livre intitulé _Pandectes ou
-Digestes du droit romain en français_ (ch. VI de la loy _De quibus_). La
-même chose avait lieu dans les Hébrides et autres îles (_Martin's
-Hebrides_, etc.). Elle existait encore, dans le pays de Galles, à la fin
-du siècle dernier, si l'on en croit un article du _Moniteur_ de l'an IX.
-On lit dans cet article: «Chez les Gallois, on distingue deux sortes de
-mariages: le grand et le petit. Le petit n'est autre chose qu'un essai
-que les futurs font l'un de l'autre. Si cet essai répond à leurs
-espérances, les parents sont pris à témoin du désir que forment les
-candidats de s'épouser. Si l'essai ne répond pas à l'idée qu'ils en
-avaient conçue, les époux se séparent, et la jeune fille n'en éprouve
-pas plus de difficultés pour trouver un mari.»
-
-On sait que Platon, dans sa _République_, substituait aux mariages des
-unions temporaires.
-
-
- Qui sa femme n'honore,
- Lui-même se déshonore.
-
-Il faut avoir pour sa femme une tendresse décente et respectueuse, une
-considération bienveillante et soutenue; car l'honneur d'une femme est,
-en grande partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces
-devoirs, fait déchoir la sienne du rang moral qu'elle doit occuper, se
-flétrit et se dégrade lui-même.
-
-On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité:
-_C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid._
-
-
-On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier moment, et
-sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion.
-
-Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a tirée des médisances
-et des calomnies auxquelles la conduite des femmes a été de tout temps
-exposée. S'il fallait en croire leurs détracteurs, il serait difficile
-d'en trouver une seule qui laissât échapper l'occasion favorable d'être
-infidèle. C'est une accusation odieuse qui se réfute par son exagération
-même, et les femmes ne la méritent peut-être pas autant que les hommes.
-Mais ceux-ci se sont réservé le privilége exclusif de n'imputer qu'à
-elles seules les trahisons conjugales dont ils leur donnent souvent
-l'exemple, et dont, en bonne justice, ils devraient être responsables.
-S'ils espèrent gagner quelque chose à cela, qu'ils se détrompent, et
-qu'ils sachent bien qu'à force de leur reprocher d'être trompeuses ils
-les portent à devenir telles: car, en leur répétant sans cesse qu'ils
-les croient incapables de garder la foi promise, ils ne sauraient
-réussir à la leur rendre plus sacrée. Se figureraient-ils, par hasard,
-qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure perte, à
-l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient pas sans être
-accusées de le violer? Ou bien se flatteraient-ils qu'elles voudront y
-tenir par un prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils leur
-supposent? Il est plus que probable qu'elles ne prendront pas des peines
-inutiles pour les démentir, et qu'elles trouveront plus commode et plus
-agréable de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le méritent. La
-dépense en étant déjà faite, comme on dit, elles n'ont plus rien à
-ménager.
-
-Voilà le résultat ordinaire de la mauvaise opinion que les hommes se
-font de la fidélité des femmes. Il est moins au détriment de ces dames
-qu'à celui de ces messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre
-elles sont des armes perfides qui leur tournent dans la main et les
-blessent eux-mêmes, et, s'ils étaient mieux avisés, ils ne les
-emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur guerroyante contre le sexe
-n'est pas de bon ton, et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y
-livrent. Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les maris
-encore mieux de s'en défaire. En agissant ainsi, les premiers se
-donneront un aimable relief de politesse et de galanterie qui leur
-attirera quelque regard sympathique des belles, et les seconds éviteront
-de mettre le comble au malheur de leur situation par un odieux ridicule:
-car le monde est toujours prêt à soupçonner qu'un mari qui dénigre les
-femmes doit être fort mécontent de la sienne, et qu'il tire secrètement
-de l'infidélité de celle-ci, par une conclusion du particulier au
-général, les arguments dont il se sert pour nier la vertu de toutes les
-autres. Il a beau retrancher la trahison qu'il éprouve du nombre infini
-des trahisons dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous les sots
-derrière lesquels il se cache, et ses accusations ne paraissent que des
-vengeances de Sganarelle.
-
-
-La femme a été faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.
-
-C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens:
-_Non est creatus vir propter mulierem, sed mulier propter virum_ (XI,
-9), et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme
-doit être soumise à l'autorité de son mari. Mais l'apôtre n'a point
-entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu'il
-a dit aussi, au chapitre VII de la même épître, que, si la femme
-appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous
-deux ont des devoirs à remplir l'un envers l'autre.
-
-C'est de l'observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la
-nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et
-le succès de la mission sociale qu'ils ont à poursuivre ensemble. Et
-qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour atteindre ce double
-but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt
-démontrer que celle-ci l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages
-qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas
-rationnel d'attribuer, d'après ces avantages particuliers, la
-prééminence à l'un des collaborateurs dans une œuvre qui est également
-due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu'au moyen de l'entente
-parfaite et des soins bien combinés de l'un et de l'autre. Admettons
-donc qu'il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en
-reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités
-différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait
-voir dans l'homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi
-que l'a remarqué J.-J. Rousseau, dont le passage suivant revient au
-sujet que je traite.
-
-«La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver
-très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur
-fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable.
-De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et
-l'homme le bras, mais avec une telle dépendance l'une de l'autre que
-c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme
-que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvait remonter
-aussi bien que l'homme aux principes, et que l'homme eût aussi bien
-qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils
-vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait
-subsister; mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin
-commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l'impulsion
-de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.» (_Émile_, liv.
-V.)
-
-
-La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille.
-
-C'est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme
-consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil,
-car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où
-elle a grand besoin de se délasser, après tant d'heures si activement
-employées à se parer et à donner de l'exercice à sa langue. Mais le
-triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement.
-L'essence de cette nature féminine s'est si bien infusée dans le
-caractère de certains hommes, qu'on n'y découvre presque plus rien de
-viril, et notre jeu de mots proverbial s'applique aussi avec raison à
-tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les
-occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages
-frivoles de l'autre sexe.
-
-
- Femme est mère de tout dommage.
- Tout mal en vient et toute rage.
-
-Ce distique proverbial me paraît être une allusion allégorique de Perroz
-de Saint-Clost ou Pierre de Saint-Cloud, dans la première branche du
-roman du _Renard_. Ce trouvère raconte qu'Adam ayant frappé la mer avec
-une verge que Dieu, en l'exilant de l'Éden, lui avait donnée, il en
-sortit une brebis, et qu'Ève, désireuse d'en avoir une seconde, ayant
-pris la verge miraculeuse de la main de son époux, fit surgir des flots,
-par le même acte, un loup qui se précipita sur la brebis, qu'il aurait
-dévorée si Adam ne se fût pressé de frapper un second coup, duquel
-provint un chien, qui arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce
-procédé si expéditif de création à tour de bras, alternativement employé
-par l'homme et la femme, produisit en peu de temps une foule innombrable
-d'animaux, en chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue au
-caractère moral de son auteur. Les évains, c'est-à-dire ceux qu'Ève
-faisait naître, étaient sauvages et dangereux, ceux qui devaient
-l'existence à Adam avaient une nature bonne et susceptible de devenir
-meilleure, ou, pour parler comme le trouvère,
-
- Les Évains assauvagissoient,
- Et les Adams assagissoient.
-
-Cette allégorie, assez diaphane, où l'on voit tout ce qui émane de la
-femme participer de l'esprit de méchanceté qu'on lui attribue,
-n'appartient pas en propre à notre trouvère. Il en a tiré l'idée de
-quelques traditions populaires, qui reprochent à la mère du genre humain
-d'avoir été aussi, en quelque sorte, celle de beaucoup de bêtes
-malfaisantes, qu'on suppose n'être devenues telles que par suite de la
-faute qu'elle commit. Cette idée, répandue presque partout, se retrouve
-dans une légende orientale qui nous apprend que, lorsque Adam et Ève
-furent créés, chacun d'eux éternua à l'instant où le souffle divin
-introduisit l'âme dans le corps. De l'éternuement de l'homme naquit le
-lion, symbole de la force et du courage, et de l'éternuement d'Ève
-naquit le chat, symbole de la ruse et de la lâcheté.
-
-
-Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle
-suit.
-
-Cette comparaison est traduite du proverbe latin: _fugax, sequax;
-sequax, fugax._ «Suivez la femme, elle vous fuit; fuyez-la, elle vous
-suit.» Elle a été attribuée à Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le
-recueil des pensées de cet ingénieux écrivain. Mais elle existait
-longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez les Latins qui nous
-l'avaient transmise ainsi qu'à plusieurs autres peuples. Le poëte arabe
-Zehir, qui, sans nul doute, ne l'a pas plus inventée que l'auteur
-français, en a fait l'application à la femme coquette, à qui elle
-convient mieux qu'à toute autre femme; car c'est un vrai manége de
-coquetterie dont l'image y frappe, en quelque sorte, la vue non moins
-que l'esprit. «La coquette, dit-il, ressemble à l'ombre qui marche avec
-vous: si vous courez après, elle vous fuit; si vous la fuyez, elle vous
-suit.»
-
-La même idée a été plusieurs fois exprimée en assimilant la femme à tel
-ou tel objet qu'on a jugé propre à la représenter. Voici une de ces
-similitudes qu'il me souvient d'avoir trouvée dans une pièce du théâtre
-italien de Gherardi:
-
- A des soldats poltrons je compare les belles:
- On les fait fuir en courant après elles;
- On les attire en les fuyant.
-
-
-Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant.
-
-C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des _Amours_, élégie VIII:
-_Casta est quam nemo rogavit_, et que Mathurin Régnier a redit dans ce
-vers de la satire intitulée _Macette_, ou l'_Hypocrisie déconcertée_:
-
- Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point priée.
-
-L'auteur des _Lettres Persanes_ a reproduit la même idée en ces termes:
-«Il est des femmes vertueuses; mais elles sont si laides, si laides,
-qu'il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu.»
-
-Jehan de Meung, dans le _Roman de la Rose_, a exprimé la chose d'une
-manière plus énergique, mais moins spirituelle, en quatre vers que je ne
-citerai pas.
-
-Quelques poëtes licencieux l'ont répétée avec un cynisme révoltant.
-Enfin il s'est rencontré des écrivains privés de tout sens moral, qui,
-prenant au sérieux ce que les autres n'avaient avancé que par jeu ou
-débauche d'esprit, ont osé développer, dans des pages sans raison comme
-sans pudeur, cette abominable opinion des Esséniens[5]: qu'il est
-impossible à toute femme d'être chaste et fidèle.
-
- [5] Les Esséniens ou Esséens étaient des sectaires juifs qui
- commencèrent à faire parler d'eux vers le temps des Machabées. La
- mauvaise opinion qu'ils avaient des femmes les avait portés à
- proscrire le mariage et à vivre dans le célibat.
-
-Que deviendrait la famille, que deviendrait la société, que deviendrait
-tout ce qu'il y a de sacré dans le genre humain, si cette infâme
-doctrine pouvait être accréditée? Les libertins qui la professent
-mériteraient d'être punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation
-avec ces effrontés renieurs de sa vertu, et les hommes les devraient
-bannir des assemblées publiques. C'est ainsi que nos aïeux les
-traitaient dans les siècles chevaleresques. Ils chassaient des tournois
-ceux qui étaient convaincus d'avoir mal parlé des femmes, contrairement
-aux statuts de la chevalerie, qui commandaient de les honorer et de ne
-pas souffrir qu'on osât _blasonner et mesdire d'elles_. Ils savaient
-très-bien que plus les femmes sont respectées, plus elles se rendent
-respectables.
-
-Où trouver aujourd'hui ce respect dont nos aïeux voulaient qu'on leur
-offrît des témoignages effectifs? Faut-il l'aller chercher dans le pays
-où La Fontaine a placé la demeure de la véritable amitié?--Eh bien, oui;
-c'est là qu'il existe réellement. Dans le royaume de Monomotapa, les
-femmes sont si sévères, que le fils du roi, quand il en rencontre une,
-est obligé de s'arrêter, de s'incliner devant elle et de lui céder le
-pas. Les Cafres à demi barbares pourraient, sur ce point, donner des
-leçons aux Européens, qui se prétendent civilisés.
-
-
-Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui répétera
-dix fois par jour.
-
-Parce que le diable sait que, pour se rendre maître de l'esprit des
-femmes, il n'y a pas de meilleur moyen que de chatouiller leur vanité.
-Comme elle est en quelque sorte le premier de leurs sentiments, comme
-elle se mêle à tous ceux qu'elles éprouvent, elle ne manque guère,
-aussitôt qu'elle est mise en jeu par la louange habilement maniée, de
-les entraîner dans les piéges où le grand séducteur les attend. Les
-filles d'Ève ne résistent pas mieux que leur mère aux illusions
-décevantes de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie des
-victimes de la séduction, on verrait que presque toutes ont été perdues
-par la flatterie plus encore que par l'amour.
-
-
-Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme.
-
-Ce proverbe a été mal compris et mal expliqué par tous les
-parémiographes, qui n'ont pas vu que le verbe _cuider_ y est employé à
-la troisième personne du présent du subjonctif et non de l'indicatif. Il
-ne signifie donc pas _chacun pense_, mais _que chacun pense_, etc. Ce
-n'est pas un fait qu'il énonce, c'est un conseil qu'il donne, en usant
-d'un tour de phrase elliptique autrefois fort usité et conforme à
-l'expression latine _quisque putet_ (que chacun pense...). Le fait ne
-peut être vrai qu'exceptionnellement, à l'égard d'un fort petit nombre
-de maris que leurs femmes savent tenir, par un art merveilleux, dans les
-illusions de l'optimisme conjugal.--Quant au conseil, il est plein de
-raison, et ceux à qui il serait possible de le mettre en pratique s'en
-trouveraient parfaitement bien. Sancho Pança disait: «La sagesse en
-ménage est de croire qu'il n'y a qu'une bonne femme au monde, et qu'on
-l'a rencontrée.»
-
-
-L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur est de cire.
-
-On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible à fixer, et que
-la cire est susceptible de prendre toutes sortes de modifications. Par
-conséquent, si l'esprit et le cœur féminins sont justement assimilés à
-ces deux objets, il faut reconnaître que cet esprit est des plus mobiles
-et ce cœur des plus changeants. On pourrait dire pourtant que la
-comparaison, établie par le proverbe, entre la cire et le cœur, pèche en
-un point: c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte
-qu'elle a reçue, en refuse une autre, au lieu qu'une vieille impression
-faite sur le cœur n'en exclut pas une nouvelle. Mais on objecterait
-qu'il ne s'agit pas ici d'un vieux cœur de femme, sur lequel d'ailleurs
-on ne cherche jamais à faire quelque impression.
-
-
-Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est encore
-faite qu'à moitié.
-
-C'est un fait réel et renouvelé chaque jour dans un salon de réception,
-que, lorsqu'une dame s'est levée pour en sortir, elle y reste encore,
-et, sans reprendre son siége, continue la causerie durant un temps qui
-double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle ainsi?
-Est-ce parce qu'elle espère que ses compagnes, en la voyant debout et
-prête à partir, seront moins impatientes de lui ravir le dé de la
-conversation? ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus
-favorable au développement de ses avantages physiques dans le débit
-oratoire, attirera mieux sur elle les regards? On peut admettre les deux
-motifs à la fois, surtout chez une jolie femme; car celle-ci tient à
-briller par le charme de son maintien, la grâce de ses mouvements,
-l'élégance de ses gestes, le feu de ses yeux et l'expression animée de
-sa physionomie. Elle ne désire pas seulement qu'on l'écoute parler, elle
-désire aussi qu'on la _regarde parler_.
-
-
-La femme est le savon de l'homme.
-
-La femme nettoie l'homme de bien des défauts: elle le corrige de ses
-instincts grossiers, et le décore d'une foule de qualités aimables, dans
-cet âge surtout où il est porté, par le plus doux des penchants, à lui
-offrir les prémices de son cœur. C'est elle dont l'heureuse influence
-l'initie aux manières polies, aux mœurs courtoises, et fait prendre
-quelquefois à son caractère sa forme la plus épurée. Tel qui se
-distingue par l'élévation de ses sentiments n'aurait peut-être jamais eu
-qu'une âme commune si le désir de plaire aux femmes n'avait éveillé son
-amour-propre et ne lui avait donné ce relief de noblesse et d'urbanité
-qui manifeste, en traits charmants comme elles, le merveilleux
-changement qu'elles ont opéré dans sa nature. (Voyez ci-contre le
-proverbe: _Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés._)
-
-On dit quelquefois dans le même sens: _La femme est une savonnette à
-vilain_; ce qui est une extension donnée à l'expression _savonnette à
-vilain_, par laquelle on désignait, avant la révolution de 1789, une
-charge qui anoblissait et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture
-celui à qui elle était concédée à prix d'argent. Il y avait alors en
-France une quantité considérable de ces vilains décrassés.
-
-Il y a une maxime de Saint-Évremont qui a de l'analogie avec le proverbe
-que je viens de commenter; la voici: «L'étude commence un honnête homme,
-le commerce des femmes l'achève.» _Honnête homme_, dans cette maxime,
-doit se prendre dans la signification qu'il avait autrefois,
-c'est-à-dire homme aimable, élégant, qui a des manières distinguées, qui
-sait vivre.
-
-
-Sans les femmes les hommes seraient des ours mal léchés.
-
-Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes, ils ne seraient pas
-seulement malheureux, mais grossiers, rudes, intraitables, et nous
-voyons que ceux qui, dans le monde, restent isolés du commerce des
-femmes ont généralement un caractère disgracieux et même brutal. Ce sont
-donc elles, on n'en saurait douter, qui préviennent ou corrigent de tels
-défauts et y substituent des qualités aimables, délicates, dont le
-principe est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et
-s'humanise auprès de ces enchanteresses; transformé par leur
-merveilleuse influence, il devient un être charmant. C'est la
-métamorphose de l'âne de Lucien ou d'Apulée. Cet animal est changé en
-homme après avoir brouté des roses.
-
-L'expression proverbiale _ours mal léché_, par laquelle on désigne un
-individu mal fait et grossier, est venue d'une opinion erronée des
-naturalistes du moyen âge qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de
-Pline, que les oursons venaient informes et que leur mère corrigeait ce
-défaut à force de les lécher; ce qu'elle ne fait que pour les dégager
-des membranes dont ils sont enveloppés en naissant.
-
-
-Les femmes font les hommes.
-
-Un ambassadeur de Perse demandait à l'épouse de Léonidas pourquoi les
-femmes étaient si honorées à Lacédémone. «C'est qu'elles seules,
-répondit-elle, savent faire des hommes.» De là ce proverbe dont le
-passage suivant du comte J. de Maistre explique très-bien le sens moral:
-«Faire des enfants, ce n'est que de la peine. Mais le grand honneur est
-de faire des hommes, et c'est là ce que les femmes font mieux que nous.
-Croyez-vous, messieurs de l'Académie, que j'aurais beaucoup
-d'obligations à ma femme si elle avait composé un roman, au lieu de
-faire un fils? Mais faire un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le
-poser dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui croit en
-Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler
-sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager
-et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes. Voilà le
-grand accouchement qui n'a pas été maudit comme l'autre. Les femmes
-n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genre. Elles n'ont
-fait ni l'_Iliade_, ni l'_Énéide_, ni la _Jérusalem délivrée_, ni
-_Phèdre_, ni _Athalie_, ni _Rodogune_, ni le _Misanthrope_, ni le
-Panthéon, ni la _Vénus de Médicis_, ni l'_Apollon_, ni le _Perse_. Elles
-n'ont inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni le métier à bas: mais
-elles font quelque chose de plus grand que tout cela. C'est sur leurs
-genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde: un
-honnête homme et une honnête femme.»
-
-Il y a un mot de Napoléon Ier, non moins remarquable dans sa brièveté
-que l'est dans son étendue le morceau précédent: «L'avenir des enfants
-est l'ouvrage des mères.»
-
-Buffon avait exprimé la même idée en ces termes dans une de ses lettres
-dont le recueil a été publié, il y a quelques années: «C'est la mère qui
-transmettra aux fils les qualités de l'esprit et du cœur.»
-
-Je citerai encore quelques phrases de l'abbé F. de Lamennais, qui
-reviennent à notre proverbe: «Plus sûr que le raisonnement, un
-infaillible instinct préserve la femme des erreurs fatales auxquelles
-l'homme se laisse entraîner par l'orgueil de l'esprit et de la science.
-Tandis que la vaine et débile raison de l'homme ébranle aveuglément les
-bases de l'ordre et de l'intelligence même, la femme, éclairée d'une
-lumière et plus intime et plus immédiate, les défend contre lui,
-conserve dans l'humanité les croyances par lesquelles elle subsiste;
-elle en est, au milieu de la confusion des idées et des révolutions, la
-gardienne pieuse et incorruptible.»--«Les vérités, les lois morales,
-non-seulement perdraient leur autorité sur la terre, mais, altérée par
-mille conceptions fausses, la nature même s'en éteindrait, si,
-doublement mère, la femme, dès le berceau, n'initiait l'enfant à ces
-sacrés mystères, si elle ne déposait en lui l'impérissable germe de la
-foi qui le sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.»--«Les
-semences primordiales du vrai et du beau, les sentiments profonds qui
-décident de l'existence entière, les hommes les doivent à la femme;
-c'est elle qui les fait ce qu'ils sont.»
-
-
-Sans les femmes les deux extrémités de la vie seraient sans secours et
-le milieu sans plaisir.
-
-Il faut laisser à chacun le soin de développer dans son propre cœur
-cette vérité proverbiale qui résume si bien les obligations dont
-l'homme, à chaque phase de son existence, est redevable à la femme
-considérée comme mère, comme épouse, comme amante, comme amie; car
-l'esprit ne saurait analyser tant de témoignages ineffables de
-tendresse, de dévouement et d'abnégation, qu'elle ne cesse de nous
-prodiguer depuis le berceau jusqu'à la tombe; et le cœur, qui les a
-reçus, qui en a gardé l'impression dans toutes ses fibres, peut seul les
-reproduire en ses suaves réminiscences. Je me contenterai de citer les
-vers suivants que le cœur de Ducis lui inspirait dans son _Épître à ma
-femme_:
-
- O sexe fait pour la tendresse!
- La douleur vous vend vos enfants;
- Vous veillez sur nos pas naissants;
- De vous l'homme a besoin sans cesse!
- Par vous nous vivons au berceau,
- Par vous nous marchons au tombeau
- Sans voir la mort et sans tristesse.
- Du ciel la profonde sagesse
- Fit de vous notre enchantement,
- Notre trésor le plus charmant,
- Notre plus chère et douce ivresse,
- Et nos amis les plus constants,
- Le transport de notre jeunesse,
- Le calme de notre vieillesse,
- Notre bonheur dans tous les temps.
-
-
-Les femmes ont l'œil américain.
-
-_Avoir l'œil américain_, c'est regarder de côté tout en paraissant ne
-regarder que devant soi, comme font les sauvages d'Amérique, lesquels,
-ayant le sens de la vue très-développé, peuvent apercevoir distinctement
-ce qui se passe à droite et à gauche, sans tourner la tête. Les femmes
-européennes, en général, sont douées de cette faculté visuelle dont
-l'exercice ne dérange en rien l'immobilité qu'elles savent donner à leur
-visage en certaines occasions où elles voient tant de choses en
-regardant ailleurs. «Il est juste, dit Mme de Genlis, que la nature ait
-accordé un tel privilége à celles qui ne doivent jamais avoir un regard
-assuré, ou du moins fixe, et qui sont si souvent obligées de baisser les
-yeux et de les détourner. (Nouveaux Contes moraux: _le Malencontreux_.)
-
-
-Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs.
-
-On sait que le comte de Guibert a placé ce vers heureux dans sa tragédie
-du _Connétable de Bourbon_ où le premier hémistiche est dit par Adélaïde
-et le second par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point inventé;
-il l'a trouvé tout fait dans le recueil des proverbes usités en
-Provence. Voici le texte patois qui correspond mot pour mot et
-métriquement au français:
-
- _Leïs homés fan leïs leis, leïs frémos fan leïs murs._
-
-On a établi, entre les lois et les mœurs, cette différence essentielle
-que les lois règlent plus les actions du citoyen et les mœurs règlent
-plus les actions de l'homme. D'après cela, on peut conclure avec raison
-que l'influence des femmes est d'une importance qui la rend supérieure à
-celle des législateurs: car avec des mœurs on pourrait se passer de
-lois, et avec des lois on ne pourrait se passer de mœurs.
-
-«A quoi servent des lois, inutiles sans les mœurs?» s'écriait Horace:
-
- _Quid leges sine moribus
- Vanæ proficiunt?_
-
-(Lib. III, od. 24.)
-
-Tant que les femmes ont fait les mœurs, les femmes ont été respectées.
-Ce n'est qu'en les défaisant, ce qui leur est arrivé quelquefois,
-qu'elles ont cessé de l'être. L'histoire nous apprend que c'est à des
-époques sans mœurs qu'ont été imaginées et mises en circulation ces
-formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts avec une certaine
-vérité, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles soient presque toujours
-fausses parce qu'elles sont trop généralisées.
-
-
-Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines.
-
-C'est-à-dire qu'elles restent dans le rôle qui leur est assigné par la
-nature; car, en voulant en prendre un autre pour lequel elles ne sont
-point faites, elles ne peuvent s'attirer que des désagréments et des
-malheurs.--Proverbe qui paraît avoir été formulé, au moyen âge, d'après
-ce passage de Plutarque: «Alexandre, ayant défait Darius, envoya
-plusieurs beaux présents à sa mère; mais il demanda qu'elle ne se mêlât
-pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprît point l'état de
-capitaine.»
-
-Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale ce proverbe. Les dames
-françaises, à diverses époques, affichèrent réellement des prétentions
-militaires, non-seulement dans leurs discours, mais dans leurs actions,
-comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus agréable que
-d'imiter les Marphise et les Bradamante.--Plusieurs histoires, notamment
-les _Antiquités de Paris_, par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses
-investies du commandement de certaines places fortes. Cette manie, à
-laquelle contribua beaucoup sans doute la lecture des romans
-chevaleresques, prit un nouveau développement dans le seizième siècle,
-lorsque l'imprimerie eut multiplié les exemplaires de plusieurs de ces
-livres par les soins de François Ier, qui les jugeait propres à
-favoriser le projet qu'il avait conçu de faire revivre l'ancienne
-chevalerie dans une seconde chevalerie de sa façon.
-
-Sous le règne de Charles IX les salons étaient devenus des espèces
-d'écoles d'amour et de guerre, où les dames se montraient jalouses de
-donner des leçons dans les deux arts. Elles se faisaient un point
-d'honneur d'exercer en public une sorte d'empire sur leurs amants
-guerriers; elles les enrôlaient dans telle ou telle faction de l'époque,
-et les envoyaient, parés d'écharpes et de faveurs, remplir le rôle
-qu'elles leur avaient assigné. Quelquefois même elles leur faisaient la
-conduite et traversaient la ville à cheval, caracolant à côté d'eux ou
-montées en croupe avec eux.
-
-Elles se signalèrent, du temps de la Fronde, par de semblables
-excentricités. On sait quelle fut leur influence sur les événements de
-cette époque. La duchesse de Longueville engagea Turenne, qui venait
-d'être nommé maréchal, à faire révolter contre l'autorité royale l'armée
-qu'il commandait. La duchesse de Montbazon gagna le maréchal
-d'Hocquincourt, qui lui écrivit ce billet laconique, mais significatif:
-«Péronne est à la belle des belles.» Les _Mémoires_ de Mademoiselle
-contiennent une lettre de Gaston d'Orléans, son père, avec cette
-curieuse suscription: «A mesdames les comtesses _maréchales de camp_
-dans l'armée de ma fille contre le Mazarin.»
-
-
- Des femmes et des chevaux,
- Il n'y en a point sans défaut.
-
-La perfection n'appartient à aucun être sur la terre, et sans doute il
-n'en faut point chercher le modèle chez les femmes; mais les hommes
-sont-ils moins imparfaits qu'elles? La vérité est qu'en général les
-femmes ont plus de petits défauts, et les hommes plus de vices achevés.
-Quant aux qualités qui brillent en elles, il est impossible de ne pas
-reconnaître qu'elles se distinguent par des avantages que celles des
-hommes n'offrent pas au même degré. «Vertus pour vertus, dit une maxime
-chinoise, les vertus des femmes sont toujours plus naïves, plus près du
-cœur et plus aimables.»
-
-Le rapprochement des femmes et des chevaux, que présente notre proverbe,
-n'a pas été suggéré peut-être par une pensée aussi impertinente qu'on
-pourrait le penser; il tient aux habitudes chevaleresques: tout paladin
-consacrait sa vie à l'amour et à la guerre. Pour aimer, il devait avoir
-une belle dame; pour combattre, il avait besoin d'un bon cheval, et il
-confondait ces deux êtres dans une affection presque égale, quoiqu'il
-fût souvent obligé de reconnaître que ni l'un ni l'autre n'étaient
-jamais sans défauts.
-
-
-Les femmes sont trop douces, il faut les saler.
-
-Ce dicton, qui s'entend sans commentaire, me paraît avoir suggéré l'idée
-d'une ancienne farce dramatique dont voici le titre: «Discours facétieux
-des hommes qui font _saler leurs femmes à cause qu'elles sont trop
-douces_, lequel se joue à cinq personnages.» L'_Histoire du
-Théâtre-Français_ a parlé de cette pièce curieuse, imprimée à Rouen,
-chez Abr. Cousturier en 1558, et le docte A.-A. Monteil en a donné la
-piquante analyse que voici: «Des maris sont venus se plaindre que leur
-ménage, sans cesse paisible, était sans cesse monotone; que leurs femmes
-étaient trop douces. L'un d'eux a proposé de les faire saler. Aussitôt
-voilà un compère qui se présente, qui se charge de les bien saler. On
-lui livre les femmes, et le parterre et les loges de rire. Les femmes,
-quelques instants après, reviennent toutes salées, et, leur sel mordant
-et piquant se portant au bout de la langue, elles accablent d'injures
-leurs maris, et le parterre et les loges de rire. Les maris veulent
-alors faire dessaler leurs femmes: le compère déclare qu'il ne le peut,
-et le parterre et les loges de rire davantage. Enfin la pièce, si
-plaisamment nouée, est encore plus plaisamment dénouée, car les maris,
-qui sont des maris parisiens, c'est-à-dire des maris de la meilleure
-espèce, qu'on devrait semer partout, particulièrement dans le nouveau
-monde, au lieu de dessaler, comme en province, les femmes avec un
-bâton[6], se résignent à prendre patience, et le parterre et les loges
-de rire encore davantage, de ne pouvoir plus applaudir, de ne cesser de
-se tenir les côtes de rire.»
-
- [6] Allusion à la coutume de frapper avec un bâton les quartiers de
- lard salé pour en faire tomber les grains de sel.
-
-
-Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis
-des femmes.
-
-Les chevaux ont beaucoup à souffrir à Paris, les maris y éprouvent bien
-des contrariétés, et les femmes y jouissent de toute sorte de plaisirs.
-Cette triade proverbiale était autrefois d'une vérité plus incontestable
-qu'aujourd'hui, surtout à l'égard des femmes, parce que la coutume de
-Paris, plus favorable pour elles que toutes les autres coutumes du
-royaume, n'admettait point qu'elles fussent battues comme ailleurs, et
-ne prononçait point de peines sévères contre la violation de la foi
-conjugale.
-
-Corneille a rappelé la dernière partie de cette triade dans la _Suite du
-Menteur_, où Lise dit à Mélisse, sa maîtresse, en parlant de Dorante
-qu'elle l'engage à épouser:
-
- Il est riche et de plus il demeure à _Paris_,
- Qui, _des femmes_, dit-on, _est le vrai paradis_;
- Et, ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses,
- Les maris y sont bons et les femmes maîtresses.
-
-On connaît ce mot de Montesquieu: «Quand on a été femme à Paris, on ne
-peut plus être femme ailleurs.»
-
-
-Les femmes ont des souris à la bouche, et des rats dans la tête.
-
-Il n'est pas nécessaire d'expliquer le sens de ce calembour proverbial,
-mais il est bon de rappeler pourquoi l'expression _avoir des rats_
-signifie, au figuré, être capricieux, fantasque. Le Duchat prétend que
-cette expression fait allusion _à la rate d'où la plupart des
-bizarreries procèdent_. L'auteur de l'_Histoire des rats_ la croit
-fondée sur la supposition qu'une personne sujette à des inégalités
-d'humeur a la tête remplie de rats qui s'y promènent, et qui, par leurs
-différents mouvements, y déterminent ses pensées et ses volontés. L'abbé
-Desfontaines croit avec plus de raison que _rat_ est ici un vieux mot
-français tiré du latin _ratum_ (pensée, résolution, dessein), et qu'on
-dit d'un individu qu'_il a des rats_, de même que l'on dit qu'_il a des
-idées_, pour faire entendre qu'il a des hallucinations, des lubies, des
-folies.
-
-Cette étymologie rentre dans celle qu'a proposée dom Louis le Pelletier,
-qui assure dans son dictionnaire que ce mot a été pris du celto-breton,
-où il est employé dans une signification identique.
-
-
-Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles
-qu'elles veulent être.
-
-C'est-à-dire qu'il faut prendre ces messieurs avec leurs défauts et ces
-dames avec leurs prétentions, si l'on veut vivre en paix avec eux et
-avec elles.
-
-Il est vrai que cette paix est extrêmement difficile et qu'elle doit
-être payée fort cher par les ménagements continuels qu'on est obligé
-d'avoir pour ces défauts et surtout pour ces prétentions, plus
-intolérables que ces défauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout
-leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible d'en rien
-rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut mieux s'y soumettre que s'y
-opposer, afin de s'épargner les efforts pénibles qu'on tenterait en vain
-pour y résister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, sérieux dans sa
-première partie et ironique dans sa dernière. Quant à moi, je ne puis
-voir dans cette explication qu'une glose pire que le texte, et dont la
-malice se donne carrière aux dépens de la vérité. Il n'est pas prouvé
-que les femmes aient les prétentions déraisonnables que les préventions
-des hommes leur reprochent: il n'y a que des folles incapables de se
-modérer chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on que les autres
-ont l'adresse de les cacher; mais en supposant que cela soit, on doit
-leur en savoir gré, et j'aime à croire que cette conduite non moins
-habile que réservée leur donne le droit de répondre à leurs accusateurs
-que si elles tiennent à être prises telles qu'elles veulent être, c'est
-qu'elles veulent être réellement telles qu'elles doivent être.
-
-
-L'amour des femmes tue le courage des plus braves.
-
-C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable et l'histoire.
-Voyez Hercule abandonnant sa massue et filant une quenouille aux pieds
-de la reine Omphale; voyez Antoine asservi lâchement aux charmes de
-Cléopatre; et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de multiplier,
-combien l'amour des femmes est dangereux et funeste. Il étouffe toute
-énergie chez l'insensé qui s'y abandonne; il le rend incapable de tout
-noble élan, il le tient plongé dans une mollesse abrutissante; en un
-mot, il lui fait oublier tous ses intérêts et tous ses devoirs.
-
-Voilà pourquoi on dit encore _l'amour des femmes tue la sagesse_: ce qui
-a son explication suffisante dans les réflexions que je viens de
-présenter. Ce proverbe et le précédent ne diffèrent l'un de l'autre que
-par l'application particulière que chacun d'eux fait de cette vérité
-générale: que la passion pour les femmes a des effets pernicieux sur le
-moral de l'homme, et qu'elle fait souvent de lui, par l'usage immodéré
-des coupables plaisirs qu'elle lui présente, un animal dégradé.
-
-Êtes-vous pauvre, détournez-vous de ces plaisirs: ils coûtent plus cher
-que les vrais besoins. Aspirez-vous à la gloire, détournez-vous-en de
-même: ils vous la feraient prendre en pitié. Voulez-vous rester bon,
-fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient pas de cœur.
-
-
-Les femmes sont toutes fausses comme des jetons.
-
-Les femmes veulent plaire à tout le monde, et, pour y parvenir, elles
-sont obligées de jouer tant de personnages divers qu'il est bien
-difficile qu'en s'essayant à un pareil manége elles ne deviennent pas
-plus ou moins fausses. C'est sans doute sur cette observation
-d'expérience qu'a été fondé le proverbe, qui est parfaitement vrai des
-femmes coquettes, et qui ne l'est pas également des autres femmes. J'en
-connais plusieurs qui méritent une honorable exception, et j'aime à
-croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais pourtant les
-compter par douzaines, et je suis forcé de convenir, pour me conformer à
-l'opinion la plus circonspecte, que les femmes, en général, ont, à des
-degrés différents, une certaine dose de dissimulation et de mauvaise foi
-qu'elles cachent sous de belles apparences de franchise et de sincérité,
-de même que les jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils
-sont ordinairement composés sous la brillante dorure qui en décore les
-surfaces.
-
-
-Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la
-vérité à ceux qui ne les croient pas.
-
-Pourquoi cela? N'est-ce point parce que les femmes, en général, sont peu
-sincères et ne font guère usage de la vérité que pour mieux tromper,
-quand elles savent qu'on n'ajoutera pas foi à leur parole? On ne peut,
-ce me semble, expliquer autrement ce malin proverbe qui fait si bien
-ressortir leur fausseté jusque dans son contraire. Mais l'opinion qu'il
-exprime est-elle parfaitement fondée? J'ai consulté là-dessus les
-experts les plus compétents, dans l'espérance qu'ils me fourniraient de
-bonnes raisons pour la combattre. Aucun d'eux jusqu'ici ne m'a répondu
-selon mon désir, et je suis forcé d'attendre encore entre le pour et le
-contre, n'ayant pas les preuves de l'un, et ne voulant pas admettre
-celles de l'autre.
-
-Je remarquerai seulement que, si le proverbe était aussi vrai qu'il est
-ingénieux, les hommes ne sauraient éviter, soit en accordant, soit en
-refusant leur confiance aux femmes, d'être réduits à une alternative
-fâcheuse, signalée par cet autre proverbe: _Qui croit sa femme se
-trompe, et qui ne la croit pas est trompé._
-
-
-La vieillesse est l'enfer des femmes.
-
-C'est ce que répétait la belle et spirituelle Ninon de Lenclos, qui
-vécut, pour ainsi dire, sans vieillir, inspira une passion à l'âge de
-quatre-vingts ans, et mourut à quatre-vingt-onze... Si elle sentait
-cette cruelle vérité, combien plus doivent la sentir les autres femmes
-qui n'ont pas, comme elle, des avantages propres à la leur rendre moins
-sensible.
-
-On lit parmi les maximes de Saint-Évremont: «L'enfer pour les femmes qui
-ne sont que belles, c'est la vieillesse.» Est-ce de Ninon qu'il tenait
-le mot, ou Ninon le tenait-elle de lui?
-
-La vieillesse est pour les femmes pire que la boîte de Pandore: elle
-renferme tous les maux, moins l'espérance.
-
-La vieillesse a quelque chose de digne, d'imposant chez les hommes; mais
-hélas! chez les femmes, elle est terrible, désespérante, et dénuée de
-poésie. Elle ne fait d'elles que des ruines sans grandeur et sans
-majesté.
-
-
-Les femmes sont comme les énigmes, qui ne plaisent plus quand on les a
-devinées.
-
-Cette comparaison proverbiale existe dans beaucoup de langues comme dans
-la nôtre, et elle a été employée par beaucoup d'écrivains qui
-s'accordent à la regarder comme vraie. Cependant, malgré cette imposante
-unanimité d'opinion, je ne puis me résoudre à penser avec eux que ces
-aimables enchanteresses perdent à se faire connaître ce qu'elles gagnent
-à se faire voir. Mais j'aurais besoin, je l'avoue, qu'elles voulussent
-bien m'expliquer le soin extrême qu'elles prennent de ne pas se laisser
-deviner, et l'antipathie décidée qu'elles ont contre ceux qui les
-devinent. Sans cela, je crains de finir par dire comme les autres:
-
- Les femmes de l'énigme offrent le caractère:
- Sitôt qu'on les devine elles cessent de plaire.
-
-
-Les femmes sont comme les paons dont les plumes deviennent plus belles
-en vieillissant.
-
-Le plumage des paons acquiert plus de lustre avec les années, et la
-toilette des femmes devient plus brillante à mesure que leur jeunesse
-diminue, car elles cherchent à suppléer, par les prestiges de l'art, aux
-charmes naturels que chaque jour qui s'envole leur enlève. Comme elles
-ne voient pas dans l'avenir de malheur plus grand que de cesser de
-plaire, elles n'ont pas de désir plus vif ni d'intérêt plus pressant que
-de paraître toujours jeunes et belles; et, dans le nombre infini de
-celles qui peuvent conserver l'espoir d'en imposer sur leur âge, vous
-n'en trouverez aucune qui dise de bonne foi, comme la belle-mère de
-Ruth: «Ne m'appelez plus Noémi; nom qui signifie belle. _Ne vocetis me
-Noemi, id est pulchram._» (Ruth, I, 20.)
-
-Notre comparaison proverbiale s'applique particulièrement à ces vieilles
-coquettes récrépies qui aiment à se pavaner sous les magnifiques livrées
-de la mode, et prétendent éclipser les jeunes et jolies femmes par le
-luxe de leur parure hors de saison.
-
-
-Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-grièches dans
-leur domestique, et des colombes dans le tête-à-tête.
-
-On attribue à Fontenelle cette formule proverbiale qu'il n'est pas
-nécessaire d'expliquer; mais en admettant qu'elle soit due à son esprit,
-ce qui est douteux, il faut reconnaître que les parties dont elle se
-compose existaient séparément avant lui dans une foule de locutions
-analogues. Les femmes ont été assimilées à toutes sortes d'oiseaux sous
-le rapport des mœurs et du caractère, et elles ont avec eux des
-ressemblances assez frappantes pour faire penser qu'elles pourraient
-être étudiées dans les volières aussi bien que dans les salons. Cette
-étude morale formerait une nouvelle branche d'ornithologie comparée qui
-ne serait pas moins intéressante que curieuse.
-
-
-Les femmes qui sont anges à l'église sont diables à la maison.
-
-Parce que, à la maison, elles trouvent toujours à redire à la conduite
-de leurs maris, et les poursuivent de reproches continuels. Un d'eux,
-pour s'affranchir des remontrances criardes de la sienne, qui
-remplissait très-bien les deux rôles, souhaitait qu'elle eût l'église
-pour unique domicile. Elle serait sainte, ajoutait-il, et moi
-bienheureux.
-
-On dit aussi de ces furies dévotes qu'_elles mangent les saints et
-vomissent les diables_.
-
-
-Vides chambres font dames (ou femmes) folles.
-
-Vieux proverbe qui signifia primitivement que la misère fait oublier la
-pudeur aux femmes, les entraîne à une conduite déréglée et les pousse
-même à la plus honteuse prostitution, car le mot _folle_ y était mis
-comme équivalent de _folles de leurs corps_, dénomination qu'on
-appliquait autrefois aux femmes de mauvaise vie.
-
-Ce proverbe s'emploie aujourd'hui pour dire que, lorsque les femmes
-n'ont pas dans leur ménage les choses nécessaires, elles ne cessent de
-quereller leurs maris dont l'avarice ou l'inconduite leur en impose la
-privation.
-
-
-Les dames à la grand'gorge.
-
-On appelait ainsi les dames de la cour de François Ier, parce qu'elles
-portaient des robes échancrées autour du sein qui, soutenu et relevé par
-une riche bande d'étoffe nommée _gorgias_, s'étalait dans une complète
-nudité.
-
-Le clergé les réprimanda d'oser se montrer _sous les livrées de
-l'impudicité_. Jean Polman, chanoine théologal de Cambrai, dans son
-ouvrage intitulé le _Chancre ou Couvre-sein féminin_, leur reproche «de
-piaffer les bras nus, à sein ouvert, et à tetins découverts».
-
-Le père Gardeau, Génovefain, fit contre elles plusieurs prédications où
-il prit pour texte les versets 16 et 17 du chapitre III d'_Isaïe_
-annonçant aux filles d'Israël que Dieu les rendra chauves parce qu'elles
-vont la tête levée, la gorge nue et l'œil tourné à la galanterie.
-
-Un autre prédicateur, dit-on, leur recommandait d'avoir toujours sur
-leur gorge un fichu de toile de Hollande, et de repousser les mains
-téméraires des amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il,
-«quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas!» Malgré tout ce que le
-clergé put faire et dire contre cette mode indécente, elle se maintint
-sous plusieurs règnes.
-
-C'est probablement pour ridiculiser la polémique dont elle avait été
-l'objet que Rabelais, dans son facétieux catalogue de la librairie ou
-bibliothèque de Saint-Victor, s'est amusé à imaginer et à classer une
-ordonnance universitaire sous ce titre fort drôlatique: _Decretum
-universitatis Parisiensis super gorgiasitatem muliercularum ad
-placitum._ (Liv. II, ch. VII.) «Décret de l'Université de Paris sur la
-_gorgiagiste_ (étalage de la gorge) des jeunes femmes selon leur bon
-plaisir.»
-
-
-Trois femmes font un marché.
-
-C'est-à-dire qu'elles échangent entre elles autant de paroles qu'il s'en
-échange dans un marché. Le proverbe italien associe une oie aux trois
-femmes: _Tre donne e una oca fan un mercato._
-
-On trouve dans le recueil de Gabriel Meurier: _Deux femmes font un
-plaid, trois un grand caquet, quatre un plein marché._
-
-Les Auvergnats disent d'une manière pittoresquement hyperbolique: _Les
-femmes sont faites de langue comme les renards de queue_; et l'on peut
-les en croire, car ils doivent être impartiaux, attendu qu'ils ne sont
-_ni hommes ni femmes, mais bons Auvergnats_, d'après un dicton qui
-circule depuis quelques années.
-
-Il y a dans tous les pays du monde des proverbes qui s'accordent à
-reprocher au beau sexe une intarissable loquacité. Je m'abstiens de les
-rapporter, regardant comme inutile la peine que je prendrais à
-transcrire ces témoignages trop nombreux d'un défaut sur lequel lui-même
-semble avoir passé condamnation. Il vaut mieux rechercher quelles sont
-les principales causes de ce défaut.
-
-Fénelon les a signalées dans les deux phrases suivantes:
-
-«Les femmes sont passionnées dans tout ce qu'elles disent, et la passion
-fait parler beaucoup.
-
-»Une autre chose contribue beaucoup aux longs discours des femmes, c'est
-qu'elles sont artificieuses et qu'elles usent de longs détours pour
-arriver à leur but.»
-
-Montesquieu considérait leur bavardage comme une suite nécessaire de
-leur inoccupation. «Les gens qui ont peu d'affaires, disait-il, sont de
-très-grands parleurs: moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes
-parlent plus que les hommes; à force d'être oisives, elles n'ont point à
-penser.»
-
-C'est, je crois, la même idée que les Chinois ont voulu exprimer dans ce
-proverbe: _La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent à leurs
-pieds._
-
-
-Les femmes ont des langues de la Pentecôte.
-
-C'est-à-dire des langues de feu. L'allusion n'a pas besoin d'être
-expliquée; car personne ne peut ignorer que le Saint-Esprit descendit en
-langues de feu sur les disciples de Jésus-Christ, le jour de la
-Pentecôte, et leur communiqua ainsi le don des langues pour les mettre
-en état d'aller prêcher la vérité évangélique chez tous les peuples de
-la terre.
-
-La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de ce proverbe que tout
-ce que disaient les femmes soit paroles d'évangile, car les langues
-envoyées par l'Esprit-Saint ne descendirent pas sur elles, et celles
-qu'elles ont n'en sont que des contrefaçons faites par l'esprit malin.
-
-L'abbé Guillon disait, en usant d'une expression tirée d'un proverbe
-fort connu: «L'enfer est pavé de langues de femmes.»
-
-
-La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas
-rouiller.
-
-Proverbe que nous avons reçu des Chinois qui, du reste, ne se bornent
-pas à une telle plaisanterie sur l'intempérance de la langue féminine,
-car un de leurs livres classiques met le babil fatigant au nombre des
-sept causes de divorce que les maris peuvent alléguer pour se
-débarrasser de leurs femmes.
-
-Les Allemands ont fait une addition grossière à ce proverbe, ils disent:
-«_Die Weiber führen das Schwerd im Maule, darum muss man sie auf die
-Scheide schlagen._ Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est
-pourquoi il faut frapper sur la gaîne.»
-
-Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils jugent plus
-efficace pour faire taire les femmes; c'est de leur mettre la _bride du
-silence_. Si vous ignorez ce que c'est, le _Morning-Herald_ va vous le
-dire. On lit, dans un de ses numéros de la fin de mai 1838, que le
-magistrat de police de Straffort, jugeant une femme dont la loquacité
-résistait à tous ses avertissements, lui fit appliquer cette bride que
-le journaliste appelle une _machine ingénieuse_ et décrit ainsi: «Elle
-consiste en un cercle de fer ceignant la tête d'une oreille à l'autre,
-et en une plaque transversale du même métal, laquelle descend du front
-jusqu'à la bouche qu'elle tient close, de manière à empêcher la langue
-de fonctionner. Cette _ingénieuse machine_ se ferme sur le derrière de
-la tête.» Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal eût
-sa _bride de silence_ pour la montrer comme épouvantail et pour en faire
-usage au besoin.
-
-On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie qui doit
-régner chez nos voisins d'outre-Manche, et se former une idée des
-licences que les magistrats se permettent quelquefois sans scrupule en
-ce pays de liberté.
-
-
-La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée.
-
-Ce proverbe, hyperbolique à l'excès, est traduit de ce texte latin:
-_Lingua mulierum nequidem excisa silet_, qu'ont employé quelques
-écrivains du moyen âge. Je crois qu'il est d'origine grecque, car il se
-trouve pour la première fois dans la première épître de saint Grégoire
-de Nazianze, qui l'a peut-être inventé. L'idée qu'il exprime a beaucoup
-d'analogie avec une plaisanterie d'Ovide qui raconte que la langue d'une
-bavarde, arrachée de son palais, s'agitait par terre en parlant
-toujours. Étrange effet de l'habitude!
-
- La rage du babil est-elle donc si forte
- Qu'elle doive survivre en une langue morte?
-
-Les Allemands disent d'une manière fort originale: «_Einer todten Frau
-der muss man die Zunge besonders todt schlagen._ A femme trépassée il
-faut tuer la langue en particulier.»
-
-Un auteur facétieux a prétendu que la langue, chez les femmes, n'est pas
-l'unique instrument des paroles, et que les bonnes commères ne
-resteraient pas muettes quand même elles seraient privées de cet organe.
-Il cite à l'appui de cette assertion l'exemple d'une jeune fille
-portugaise qui, étant née sans langue, n'en jasait pas moins du matin au
-soir. Ce qui donna lieu au distique suivant de je ne sais quel savant en
-_us_:
-
- _Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur,
- Mirum cum lingua quod taceat mulier._
-
-Voici une imitation française de ce distique:
-
- Il se peut que sans langue une femme caquette,
- Mais non qu'en ayant une elle reste muette.
-
-
-Femmes ne sont pas gens.
-
-Cet impertinent proverbe est traduit littéralement du provençal: _Frémos
-noun soun gens._ Je le crois dérivé de cette ancienne maxime de
-jurisprudence: _Mulier non habet personam_, par laquelle on déclarait
-que la femme n'était pas une personne devant la loi, c'est-à-dire
-qu'elle devait rester toujours mineure et dépendante.
-
-J'avais d'abord conjecturé qu'il était provenu d'un autre fait auquel il
-s'ajuste assez bien; je le regardais comme une allusion probable à la
-thèse soutenue au second concile de Mâcon, le 23 octobre 585, par un
-évêque qui prétendait que le mot _homme_, dans la généralité de son
-acception, ne comprenait pas la femme, ce qu'un autre réfuta par divers
-passages de l'Écriture sainte où ce mot est employé pour désigner les
-deux sexes, notamment par le verset de la Genèse qui dit que _Dieu créa
-l'homme, mâle et femelle_, et par les versets de l'Évangile dans
-lesquels le fils de Dieu est appelé le _Fils de l'homme_, quoiqu'il ne
-soit que le fils de la femme quant à son humanité. Le concile, après une
-assez longue discussion, décida: _Mulieres esse homines_, que les femmes
-étaient hommes, c'est-à-dire qu'elles faisaient partie du genre
-humain[7].
-
- [7] C'est ainsi qu'un ami de Cicéron l'engage, dans une lettre, à se
- consoler de la mort de sa fille Tullie, «parce qu'elle est née
- homme,» _quia homo nata est_.
-
-On a trouvé fort ridicule que les pères de ce concile se soient arrêtés
-à l'examen d'une thèse si étrange; mais c'est faute de comprendre les
-motifs assez graves qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en
-agissant ainsi, d'empêcher, par l'autorité suprême d'une décision
-ecclésiastique, la propagation d'une fausse idée, renouvelée d'Aristote.
-Ce philosophe, sur la parole duquel on jurait alors, avait prononcé,
-comme un oracle, que c'était d'une erreur de la nature que provenait la
-femme, créature incomplète, ouvrage manqué, résultat de l'imperfection
-de la matière impuissante à parvenir au sexe parfait, c'est-à-dire à
-produire l'homme, qu'on verrait naître seul dans un ordre de choses
-meilleur. Et son opinion était entrée en partie dans l'esprit de
-quelques théologiens du quatrième siècle, qui se figuraient que Dieu, au
-grand jour de la résurrection générale, ne ferait revivre la femme qu'en
-la changeant en homme.
-
-Ce fut, tout porte à le penser, un partisan de cette déraisonnable
-opinion aristotélique et théologique à la fois qui en saisit
-l'assemblée: elle obtint l'appui de plusieurs autres qui cherchèrent à
-la faire prévaloir dans des vues plus politiques encore que religieuses.
-Ils espéraient que, si elle était canoniquement proclamée, elle
-deviendrait un moyen puissant de détruire l'influence de deux reines
-contemporaines généralement détestées, Frédégonde et Brunehaut, qui
-dirigeaient les affaires publiques au gré de leurs passions et de leurs
-caprices.
-
-
-De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moitié.
-
-Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant des aventures qu'on
-leur attribue. «De ces choses-là, suivant l'historien Mézerai, on en
-compte toujours plus qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus
-qu'on n'en sait.» Phrase non moins spirituelle que malveillante, à
-laquelle ressemble beaucoup cette autre de Sénac de Meilhan: «On débite
-un grand nombre d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont
-qu'une faible compensation des véritables, qu'on ignore.»
-
-Les Italiens ont un proverbe analogue d'après lequel, en matière de
-galanterie, tout peut se croire et rien ne peut se dire: _In materia di
-lussuria, si può creder tutto, ma dirne nulla._
-
-
-Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire
-monnaie.
-
-Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette nouvelle forme le
-caractère indélébile de fausseté que les mauvais plaisants leur
-attribuent, et que par conséquent elles ne produiraient qu'une monnaie
-de mauvais aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai entendu
-expliquer ce proverbe par une femme de beaucoup d'esprit, qui se
-plaisait à le citer en riant.
-
-Je n'oserais contester positivement cette explication, dont je laisse la
-responsabilité à son auteur. Cependant je doute que ce soit la fausseté
-des femmes qu'on ait eu particulièrement en vue en formulant le
-proverbe. Il y a chez elles d'autres défauts qui, non moins que
-celui-là, ont pu en suggérer l'idée; et c'est peut-être par allusion à
-l'inconsistance et au mauvais alliage que ces défauts réunis produisent
-dans leur nature, qu'on a dit qu'_elles ne vaudraient rien à faire
-monnaie_, en sous-entendant ces mots: _parce qu'elles ne seraient pas
-malléables._
-
-Cette raison toute naturelle est indiquée par un proverbe italien qui
-correspond au nôtre: «_Se le donne fossero d'argento, non varrebber' un
-quattrino, perchè non starebber' al martello._ Si les femmes étaient
-d'argent, elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles ne
-tiendraient pas sous le marteau», ce qui signifie au figuré, si je ne me
-trompe, qu'elles ne seraient pas malléables.
-
-
-Les femmes qui ont donné leur farine, veulent vendre leur son.
-
-Proverbe dont on fait l'application à certaines femmes galantes qui,
-après avoir prodigué gratuitement les prémices de leurs appas, ou leur
-farine, prétendent en faire payer au-dessus de leur valeur les restes,
-ou le son. Ces meunières intéressées, à qui le vice a fait oublier tout
-sentiment généreux, n'ont d'autres pensées que de s'enrichir aux dépens
-de quelques jeunes gens sans expérience qu'elles ont attirés à leur
-moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement aussitôt qu'elles
-auront achevé de les ruiner.
-
-Les mots «farine» et «son» ont été employés allégoriquement par les
-auteurs du moyen âge dans le même sens qu'ils ont ici. On lit dans un
-recueil de ce temps cette curieuse définition de la beauté féminine:
-«C'est la farine du diable qui se réduit tout en son.» On y trouve aussi
-cette comparaison non moins curieuse de la femme prodigue de sa beauté
-pour son plaisir, avec un bluteau qui jette la farine et retient le son.
-
-
-Il a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier.
-
-La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa 376e _Pensée_, et Molière
-l'a redit, à sa manière, dans ces vers d'_Amphitryon_, que Cléantis
-adresse à Sosie:
-
- Va, va, traître, laisse-moi faire,
- On se lasse parfois d'être femme de bien.
-
-(Acte II, sc. VII.)
-
-Je crois que c'est une phrase proverbiale antérieure à ces deux auteurs.
-Elle est du moins employée comme telle dans quelques patois méridionaux,
-et elle a des équivalents dans plusieurs langues étrangères.
-
-Sans doute le _métier_ d'honnête femme peut paraître fatigant, puisqu'il
-oblige à une lutte vigoureuse pour triompher de ce désordre d'idées et
-de tentations que peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une
-femme, même la mieux morigénée, les froides négligences d'un mari et les
-ardentes poursuites d'un séducteur. Mais faut-il en conclure que les
-efforts qu'exige d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner
-une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte a l'âme trop
-forte et trop courageuse pour se lasser de ce qui fait son honneur et sa
-dignité. Loin de faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son
-devoir lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement
-par la considération des malheurs qu'ont à subir les femmes déshonorées,
-mais par le sentiment de sa conscience, qui adoucit et compense ses
-amertumes par d'ineffables consolations.
-
-Je voudrais qu'à la place de la maxime que je combats il y en eût une
-autre qui glorifiât la persévérance vertueuse de la femme délaissée.
-Cette femme de bien, cette femme chrétienne, malheureusement trop rare,
-est un modèle de perfection, et la chasteté inaltérable qu'elle conserve
-dans un cœur brûlant me paraît, dans l'ordre moral, un phénomène plus
-admirable encore que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace
-entretenue dans un fourneau chauffé à blanc.
-
-
-Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une
-femme est belle.
-
-La discrétion des hommes tente les femmes autant que la beauté des
-femmes tente les hommes, et les deux sexes suivent plus volontiers
-l'attrait naturel qui les invite à se rapprocher, quand ils sont assurés
-de rencontrer, l'un chez l'autre, la qualité qu'ils désirent. Ainsi les
-deux questions, bien que chacune d'elles porte sur un point différent,
-partent du même principe, qui est le besoin d'aimer, et tendent au même
-but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des femmes est
-plus significative que celle des hommes, où l'on ne voit souvent qu'un
-simple effet de curiosité: elle a quelque chose de raisonné, de
-prémédité, indice manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont
-déjà décidées à se laisser aller à la tentation, lorsqu'elles savent
-qu'elles pourront, sans crainte d'être compromises, accorder leur
-penchant avec la sécurité, leur plaisir avec le mystère. Vous pouvez en
-conclure, si vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins à la vertu
-qu'au respect humain. En effet, mettre de côté cette vertu incommode et
-en garder les apparences honorables, c'est, en résumé, ce qu'elles
-cherchent en s'engageant dans les affaires de cœur. Il n'est pas besoin
-de dire avec quelles précautions, avec quelle habileté elles poursuivent
-ce double objet, après en avoir calculé les inconvénients et les
-avantages. On sait que ces femmes-là ont un art prodigieux, qui leur
-vient sans doute de ce qu'elles ont mordu plus profondément que les
-autres au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal.
-
-
-Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir.
-
-Il ne faut pas juger de l'âge des femmes par le nombre de leurs années,
-mais par la conservation de leurs appas; tant que ces appas ne sont
-point flétris, elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgré le
-démenti que leur opposent les registres de l'état civil toujours trop
-incivil pour elles.
-
-C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se donnent tant de soins
-et font tant de frais de toilette pour paraître plus jeunes qu'elles ne
-sont.
-
-N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formulé d'une manière
-plus galante que vraie, de peur de troubler leurs illusions à ce sujet;
-laissons-les se complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient
-persuadées, s'il est possible, que leur extrait baptistaire vieillit
-tout seul.
-
-
-On ne saurait dire des femmes ce qui en est.
-
-Est-ce parce qu'il y aurait trop à dire d'elles, ou bien parce qu'il
-paraît impossible de les définir? Je laisserai à de plus habiles que moi
-le soin de décider entre ces deux questions qui se compliquent l'une par
-l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait burlesque de la
-femme par un auteur comique qui ne la jugeait pas indéfinissable et qui
-voyait en elle un composé de natures diverses. Je le tire de la pièce
-intitulée: _Arlequin défenseur du beau sexe_.--«Voulez-vous bien
-connaître une femme? figurez-vous un joli petit monstre qui charme les
-yeux et qui choque la raison; qui plaît et qui rebute, qui est ange au
-dehors et harpie au dedans. Mettez ensemble la tête d'une linotte, la
-langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur d'un chat,
-l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes d'un hibou, le brillant
-du soleil et l'inégalité de la lune; enveloppez le tout d'une peau bien
-blanche, ajoutez-y des bras, des jambes, _et cætera_: vous aurez une
-femme toute complète.» (_Théâtre italien de Gherardi, t. V, p. 262._)
-
-On attribue à J.-J. Rousseau les vers suivants sur les femmes:
-
- Objet séduisant et funeste,
- Que j'adore et que je déteste,
- Toi que la nature embellit
- Des agréments du corps et des dons de l'esprit,
- Qui de l'homme fais un esclave,
- Qui t'en moques quand il te plaint,
- Qui l'accables quand il te craint,
- Qui le punis quand il te brave;
- Toi dont le front doux et serein
- Porte le plaisir dans nos fêtes,
- Toi qui soulèves les tempêtes
- Qui tourmentent le genre humain.
- Être ou chimère inconcevable,
- Abîme de maux et de biens,
- Seras-tu donc toujours la source inépuisable
- De nos mépris et de nos entretiens?
-
-
-
-
-PROVERBES
-
-SUR
-
-L'AMITIÉ
-
-
-Il faut connaître avant d'aimer.
-
-Ce proverbe n'est guère applicable à l'amour, qui est rarement déterminé
-par la réflexion; il est fait pour l'amitié, à la formation de laquelle
-le temps est nécessaire. C'est, en d'autres termes, l'adage des Grecs:
-«φίλους μὴ ταχὺ κτῶ. Ne fais pas des amis promptement.» Nous avons
-encore cette maxime bonne à rappeler: _Le moyen de faire des amis qu'on
-puisse garder longtemps, c'est d'être longtemps à les faire_.
-
-«L'amour, dit la Bruyère, naît brusquement, sans autre réflexion, par
-tempérament ou par faiblesse. Un trait de beauté nous fixe, nous
-détermine. L'amitié, au contraire, se forme peu à peu avec le temps, par
-la pratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de bonté de cœur,
-d'attachement, de services et de complaisances dans les amis pour faire,
-en plusieurs années, beaucoup moins que ne fait quelquefois, en un
-moment, un beau visage ou une belle main?» (Ch. IV, _du Cœur_.)
-
-
-Aime comme si tu devais un jour haïr.
-
-Ce mot, que Scipion regardait comme le plus odieux blasphème contre
-l'amitié, est attribué à Bias par Aristote, qui dit dans sa rhétorique:
-«L'amour et la haine sont sans vivacité dans le cœur des vieillards.
-Suivant le précepte de Bias, ils aiment comme s'ils devaient haïr un
-jour, ils haïssent comme s'ils devaient un jour aimer.» Cependant
-Cicéron (_De Amicitia_, XVI), ne peut croire que la première partie de
-cette sentence appartienne à un homme aussi sage que Bias. La seconde,
-en effet, est seule digne de lui. Il est probable, comme le remarque le
-savant M. Jos.-Vict. Leclerc, que le philosophe de Priène s'était
-contenté de dire: _Haïssez comme si vous deviez aimer_, et qu'on aura
-ajouté le reste pour former antithèse et pour appuyer une fausse maxime
-d'une grande autorité. Quoi qu'il en soit, cette maxime n'en est pas
-moins passée en proverbe, par une espèce de fatalité qui trop souvent
-fait retenir ce qui est mal et oublier ce qui est bien. Mais ce n'a pas
-été pourtant sans une forte opposition. Tous les auteurs qui ont écrit
-sur l'amitié se sont attachés à la combattre. Les deux meilleures
-réfutations qu'on en ait faites sont ce mot de César: «J'aime mieux
-périr une fois que de me défier toujours,» et ces vers de Gaillard que
-La Harpe a cités avec éloge dans son _Cours de littérature_:
-
- Ah! périsse à jamais ce mot affreux d'un sage,
- Ce mot, l'effroi du cœur et l'effroi de l'amour:
- «Songez que votre ami peut vous trahir un jour!»
- Qu'il me trahisse, hélas! sans que mon cœur l'offense,
- Sans qu'une douloureuse ou coupable prudence
- Dans l'obscur avenir cherche un crime douteux...
- S'il cesse un jour d'aimer, qu'il sera malheureux!
- S'il trahit nos serments, je dois aussi le plaindre,
- Mon amitié fut pure et je n'ai rien à craindre.
- Qu'il montre à tous les yeux les secrets de mon cœur;
- Ces secrets sont l'amour, l'amitié, la douleur,
- La douleur de le voir, infidèle et parjure,
- Oublier ses serments, comme moi son injure.
-
-«Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient être un jour nos amis, et
-vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni
-selon la nature de la haine ni selon les règles de l'amitié. Ce n'est
-point une maxime de morale, mais de politique.» (La Bruyère, ch. IV, _du
-Cœur_.)
-
-Bacon juge cette maxime admissible, «pourvu toutefois qu'on n'y voie
-point une raison qui encourage à la perfidie, mais seulement une raison
-pour être circonspect et pour modérer ses affections». (_Dign. et accr.
-des sciences_, liv. VIII, ch. II.) Il la considère probablement par
-rapport à cette amitié superficielle sujette à passer, car elle ne
-saurait se concilier avec la véritable amitié qui veut une confiance
-entière. Prendre des précautions contre un ami, quelque honnêtement
-qu'on le fît, ce serait le traiter, pour ainsi dire, en ennemi.
-
-
-On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire.
-
-Parce qu'il règne alors entre ceux qui s'aiment une confiance entière,
-qui est la preuve d'une affection parfaite. Cette maxime très-vraie de
-l'amitié ne l'est pas également de l'amour; car les amants, si persuadés
-qu'ils soient de leur tendresse mutuelle, éprouvent un besoin continuel
-d'en échanger les témoignages. Et il est démontré par l'expérience que
-ce besoin est inséparable de leur passion, dont on pourrait marquer les
-divers degrés sur une échelle chromatique des inflexions du langage
-amoureux, depuis la note la plus basse jusqu'à la plus élevée.
-
-
-Qui aime bien châtie bien.
-
-Proverbe dont l'idée se retrouve dans plusieurs passages de Salomon,
-notamment dans celui-ci: «_Qui parcit virgæ odit filium suum; qui autem
-diligit illum instanter erudit_. (_Prov._ XIII, 24.) Celui qui épargne
-la verge hait son fils; mais celui qui l'aime s'applique à le corriger.»
-
-Le conseil qu'exprime ce proverbe étranger aux mœurs actuelles était
-approuvé des peuples de l'antiquité. Il fut regardé comme excellent en
-Chine jusqu'au temps de Confucius, qui en fit sentir les graves
-inconvénients. Il devint en Grèce un des points fondamentaux de la
-méthode du stoïcien Chrysippe pour l'éducation des enfants. Il paraît
-même avoir fait partie de la doctrine socratique, si l'on en juge par la
-quatrième scène du cinquième acte des _Nuées_ d'Aristophane, où un
-disciple de Socrate est représenté battant son père et disant: «Battre
-ce qu'on aime est l'effet le plus naturel de tout sentiment d'affection:
-aimer et battre ne sont qu'une même chose. Τοῦτ' ἔστ' εὐνοεῖν τὸ
-τύπτειν.»
-
-On sait qu'à Rome le rhéteur Orbilius de Bénévent, que le poëte Horace,
-dont il fut le maître, a nommé _plagosus_ (Epist. II, 1, 10),
-introduisit l'usage du fouet dans son école; ce qui a fait donner aux
-régents qui, chez les modernes, ont adopté ce honteux usage, le surnom
-d'_orbilianites_, tombé depuis devant celui de _monsieur Cinglant_.
-
-
-Qui m'aime me suive.
-
-Philippe VI de Valois était à peine sur le trône de France qu'il voulut
-faire la guerre contre les Flamands. Comme son conseil ne paraissait pas
-approuver cette guerre, pour laquelle il montrait beaucoup d'ardeur, le
-roi porta sur Gaucher de Châtillon[8] un de ces regards qui semblent
-chercher à enlever les suffrages: «Et vous, seigneur connétable, lui
-dit-il, que pensez-vous de tout ceci? Croyez-vous qu'il faille attendre
-un temps plus favorable?--Sire, répondit le guerrier, _qui a bon cœur a
-toujours le temps à propos_.» Philippe, à ces mots, se lève transporté
-de joie, court au connétable, l'embrasse et s'écrie: _Qui m'aime me
-suive!_ Saint-Foix, qui rapporte le fait, prétend que ce fut l'origine
-du proverbe; mais il est avéré que ce n'en fut que l'application. Le
-proverbe existait longtemps auparavant, puisqu'il se trouve dans ce vers
-de la troisième églogue de Virgile:
-
- _Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet._
-
-Il remonte jusqu'à Cyrus, qui exhortait ses soldats en s'écriant: _Qui
-m'aime me suive!_
-
- [8] Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l'honneur
- de recevoir l'ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et
- s'était montré, pendant sept règnes consécutifs, le plus ferme appui
- du trône.
-
-
-Quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a.
-
-Proverbe qui existe dans presque toutes les langues, tant la vérité
-qu'il exprime est généralement reconnue, quoiqu'elle soit très-rarement
-mise en pratique. _Il n'y a pas de maladie plus cruelle_, disaient les
-Celtes, _que de n'être pas content de son sort_. Rien n'est plus cruel,
-en effet, que de vivre en révolte contre sa condition, et d'aigrir les
-maux réels qui s'y trouvent par le désir des biens imaginaires qui ne
-peuvent s'y trouver. «Quelle plus grande peine, s'écrie saint Bernard,
-que de vouloir toujours ce qui ne sera jamais, et de ne vouloir jamais
-ce qui sera toujours! _Quæ pœna major est quam semper velle quod nunquam
-erit, et semper nolle quod nunquam non erit!_» Pour nous rendre un peu
-contents et tranquilles en ce monde, nous devons nous résigner à notre
-sort et détourner autant que possible notre attention des mauvais côtés
-qu'il nous offre, afin de la porter sur les bons. C'était un véritable
-sage que ce paysan suisse qui répondit à celui qui lui vantait les
-richesses du roi de France: «Je parie qu'il n'a pas d'aussi belles
-vaches que les miennes.»
-
-«Au lieu de me plaindre, dit le moraliste Joubert, de ce que la rose a
-des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et
-de ce que le buisson porte des fleurs.»
-
-Quoique ce proverbe ne s'applique pas précisément à l'amitié ni à
-l'amour, j'ai cru devoir l'admettre dans la catégorie de ceux qui s'y
-rapportent, car il pourrait être employé, et il l'a été, plus d'une fois
-sans doute, comme un précepte d'amour conjugal. Il est vrai pourtant
-qu'en ce cas il serait bien difficile à mettre en pratique.
-
-
-Qui s'aime trop n'est aimé de personne.
-
-«Quiconque n'aime que soi-même, uniquement occupé de sa propre volonté
-et de son plaisir, n'est plus soumis à la volonté de Dieu; et, demeurant
-incapable d'être touché des intérêts d'autrui, il est non-seulement
-rebelle à Dieu, mais encore insociable, intraitable, injuste et
-déraisonnable envers les autres, et veut que tout serve non-seulement à
-ses intérêts, mais encore à ses caprices.»
-
-(Bossuet, _de la Concupiscence_, XI.)
-
-«L'expérience confirme que la mollesse et l'indulgence pour soi et la
-dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice.»
-
-(La Bruyère, ch. IV, _du Cœur_.)
-
-Ce proverbe existait chez les Grecs, et chez les Latins qui l'avaient
-traduit du grec en ces termes: _Nemo erit amicus, ipse si te amas
-nimis_. Suidas le faisait remonter jusqu'aux premiers temps
-mythologiques, et le retrouvait dans ces paroles adressées au beau
-Narcisse par les Nymphes qu'il avait dédaignées: «Beaucoup te haïront si
-tu t'aimes toi-même.»
-
-Nous disons encore: _Qui s'aime trop s'aime sans rival_, ce qui est pris
-de ces paroles de Cicéron: _Se ipse amat sine rivali_ (lib. III, epist.
-VIII, _ad Quintum fratrem_), paroles qu'Horace a répétées dans le vers
-444 de l'_Art poétique_:
-
- _Quin sine rivali teque et tua solus amares._
-
-On connaît ce vers de La Fontaine, livre I, fable IX:
-
- Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux.
-
-
-Aime-moi un peu, mais continue.
-
-Pour dire qu'on préfère une affection modérée, mais durable, à une
-affection excessive qui est sujette à passer promptement. Un autre
-proverbe, considérant la modération comme conservatrice de l'amitié,
-conseille de _s'aimer peu à la fois, afin de s'aimer longtemps_. Ce
-conseil ne signifie point sans doute qu'il faille amortir la vivacité
-d'un sentiment qui n'est presque jamais trop vif, car ce serait
-l'apparenter avec l'indifférence, mais qu'il est bon d'en réprimer les
-manifestations outrées et les susceptibilités hargneuses qui sont
-toujours de trop.
-
-Montesquieu disait aux amis tyranniques et avantageux qui font trouver
-dans l'amitié tous les orages de l'amour: «Souvenez-vous que l'amour a
-des dédommagements que l'amitié n'a pas.»
-
-Les deux proverbes que je viens d'interpréter comme spécialement
-applicables à l'amitié, ont été quelquefois appliqués à l'amour; mais on
-sent que cette application ne saurait convenir à l'amour qu'autant qu'on
-le fait consister dans ces liaisons communes, étrangères au sentiment
-passionné qui est son vrai caractère. N'est-ce pas être froidement
-amoureux que de souhaiter pour son repos que l'objet dont on est aimé
-n'ait qu'un amour modéré? _Qui aime le die!_
-
-
-Qui aime Bertrand aime son chien.
-
-Ou bien: _Qui m'aime aime mon chien_, pour signifier que lorsqu'on aime
-quelqu'un il faut prendre les intérêts, les sentiments, les passions,
-dont il est affecté, et se montrer attaché à tout ce qui lui
-appartient.--On trouve dans le lai de Graélant par Marie de France,
-cette variante corrélative:
-
- Ki volentiers fiert vostre cien
- Ja marquerès qu'il vos aint bien.
-
-Les Latins avaient le même proverbe que nous: _Quisquis amat dominum,
-diligit catulum_.
-
-
-Au besoin on connaît l'ami.
-
-«Dans l'infortune on connaît ses vrais amis.» (Euripide, _Hécube_.)
-
-_In bonis viri, inimici illius in tristitia: et in malitia illius amicus
-agnitus est_.
-
-(_Ecclesiastic._, XII, 9.)
-
-«Quand un homme est heureux ses ennemis sont tristes, et quand il est
-malheureux on connaît quel est son ami.»
-
- _Amicus certus in re incerta cernitur_ (Ennius.)
-
- L'ami constant se montre dans l'inconstance du sort.
-
- _Is est amicus qui in re dubia re juvat, ubi re est opus._
-
-(Plaut., _Epidic._, V. 104.)
-
- Celui-là est ami qui, dans les moments difficiles, nous aide en effet,
- quand il faut des secours effectifs.
-
- _In angustiis amici apparent_
-
-(Petron.)
-
- Dans les revers les amis se font voir.
-
-_On connaît les bonnes sources dans la sécheresse, et les bons amis dans
-l'adversité._
-
-(_Proverbe chinois._)
-
-Nous avons encore le proverbe: _Le malheur est la pierre de touche de
-l'amitié_. Ce qui se retrouve dans cette pensée d'Isocrate: «L'adversité
-est le creuset où s'éprouvent les amis.»
-
-Hélas! combien il y en a peu qui soient éprouvés à ce creuset sans y
-laisser un déchet considérable! Un vers proverbial en patois aveyronnais
-dit fort originalement que ceux qui y passent ne laissent dans la fonte
-que de l'écume et des scories.
-
- _Cad' amic que s'y found demoro tout en crasso._
-
- Chaque ami qui s'y fond demeure tout en crasse.
-
-
-Le faux ami ressemble à l'ombre du cadran.
-
-Cette ombre, comme on sait, se montre lorsque le soleil brille, et elle
-n'est plus visible quand il est voilé par les nuages. De là ce quatrain:
-
- Tel qui se dit un ami sûr
- Est en tout point semblable à l'ombre,
- Qui paraît quand le ciel est pur,
- Et disparaît quand il est sombre. (GOBET.)
-
-«Tant que vous serez heureux, dit Ovide, vous compterez beaucoup d'amis;
-si les temps deviennent sombres, vous serez seul.»
-
- _Donec eris felix, multos numerabis amicos;
- Tempora si fuerint nubila, solus eris._
-
-(Trist., I, élég. VIII.)
-
-Ce que Ponsard a traduit dans ces deux vers de sa comédie intitulée
-_l'Honneur et l'Argent_:
-
- Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre,
- Mais vous resterez seul si le temps devient sombre.
-
-Les anciens comparaient les faux amis aux hirondelles, qui viennent dans
-la belle saison et s'en vont dans la mauvaise. Le peuple de Paris les
-assimile aux cochers de fiacre, qu'on trouve toujours sur place quand il
-fait beau temps, et qu'on n'y rencontre plus dès qu'il pleut.
-
-Nous avons encore une comparaison proverbiale qui a été reproduite dans
-cet ingénieux quatrain de Mermet, poëte du seizième siècle:
-
- Les amis de l'heure présente
- Ont le naturel du melon:
- Il faut en essayer cinquante
- Avant d'en trouver un de bon.
-
-
-Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la chose.
-
- _Vulgare amici nomen, sed rara est fides._
-
-(_Phædr._, lib. III, fab. IX.)
-
-Heureux celui qui, dans sa vie, peut trouver l'ombre d'un ami! disait,
-dans une comédie de Ménandre, un jeune homme qui n'osait croire à la
-réalité d'un bien si rare et si précieux.
-
-Aristote s'écriait: «O mes amis, il n'y a plus d'amis!» et Caton
-l'Ancien prétendait qu'il fallait tant de choses pour faire un ami que
-cette rencontre n'arrivait pas en trois siècles.
-
-«L'amitié est bien bête de compagnie, disait Plutarque, mais non pas
-bête de troupeau.» Remarque très-vraie, car les amitiés célèbres n'ont
-jamais existé qu'entre deux personnes.
-
-«C'est un assez grand miracle de se doubler. N'en connaissent pas la
-hauteur ceux qui parlent de se tripler.»
-
-(Montaigne, _Ess._, I, 27.)
-
-Les Scythes, pour qui l'amitié était une chose sacrée, pensaient avec
-raison qu'elle ne pouvait étendre ses liens au delà sans les relâcher;
-et, pour la garantir de l'amoindrissement qu'elle eût subi par
-extension, ils avaient fait une loi qui ordonnait d'avoir un ami, en
-permettait deux et en défendait trois. Cette loi était fort sage, car il
-n'y a jamais assez d'amitié et il y a toujours assez d'amis.
-
-«Assez d'amis parmi les hommes! s'écrie Bourdaloue, mais quels amis!
-assez d'amis de nom, assez d'amis d'intérêt, assez d'amis d'intrigue et
-de politique, assez d'amis d'amusements, de compagnie, de plaisir; assez
-d'amis de civilité, d'honnêteté, de bienséance; assez d'amis en paroles,
-en protestations.»
-
-Certes, de ces amis-là, il y en a _assez de peu, assez d'un, assez
-d'aucun_, suivant le mot d'un Ancien rapporté par Sénèque: _Satis sunt
-pauci, satis est unus, satis est nullus._ (_Epist._ VII.)
-
-On connaît cette boutade spirituelle de Chamfort: «Dans le monde vous
-avez trois sortes d'amis: vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se
-souviennent pas de vous, et vos amis qui vous haïssent.»
-
-Hélas! pourquoi faut-il que ces chers amis, à qui nous donnons notre
-confiance, ne soient presque toujours que de chers ennemis!
-
-
-Qui cesse d'être ami ne l'a jamais été.
-
-Ce beau proverbe est traduit d'un vers grec cité par Aristote
-(_Rhétor._, liv. II). Il se trouve aussi dans le troisième discours de
-Dion Chrysostome, qui l'a développé en disant que le caractère de
-l'amitié est de ne point changer, et que, si quelqu'un est infidèle à
-une personne avec qui il a vécu dans une liaison intime, il déclare par
-cette infidélité qu'il ne l'aimait pas véritablement; car, s'il eût été
-son ami, il serait demeuré tel. C'est exactement la pensée que le père
-de Neuville a exprimée d'une manière heureuse en parlant de «la cour où
-les heureux n'ont point d'amis, puisqu'il n'en reste point aux
-malheureux.»
-
-
-Un bon ami vaut mieux que cent parents.
-
-Ce proverbe a sa raison dans cet autre: _Beaucoup de parents et peu
-d'amis._--J. Delille a dit dans son poëme de la _Pitié_:
-
- Le sort fait les parents, le choix fait les amis.
-
-(Ch. II.)
-
-Et ce joli vers n'est que la répétition textuelle d'un proverbe oriental
-que Dorat, avant Delille, avait imité ainsi:
-
- C'est le hasard qui fait les frères,
- Et la vertu fait les amis.
-
-Cicéron (_de Amicitia_, V.) met l'amitié au-dessus de la parenté, en ce
-que la bienveillance est essentielle à la première et n'est point
-inséparable de la seconde, que sans bienveillance il n'y a plus d'amitié
-et qu'il y a toujours parenté.
-
-D'autres, au contraire, ont mis la parenté au-dessus de l'amitié, et
-leur opinion a servi de fondement à quelques proverbes qu'on trouvera
-plus loin.
-
-
- Le frère est ami de nature,
- Mais son amitié n'est pas sûre.
-
-Ce distique proverbial est tiré de la phrase suivante de Cicéron: _Cum
-propinquis amicitiam natura ipsa peperit, sed ea non satis habet
-firmitatis_. (_De Amicitia_, V.) Il paraît justifié par les démêlés trop
-fréquents que la jalousie et l'intérêt excitent parmi les frères: «C'est
-à la vérité, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection que le nom
-de frère; mais ce meslange de biens, ces partages, et que la richesse de
-l'un soit la pauvreté de l'autre, cela destrempe merveilleusement et
-relâche cette soudure fraternelle.»
-
-
-On peut vivre sans frère, mais non sans ami.
-
-Si cela était vrai, l'espèce humaine aurait été frappée depuis longtemps
-d'une mortalité qui l'eût enlevée tout entière; car, dans la plupart des
-siècles, il ne s'est pas rencontré peut-être un de ces êtres d'élite
-sans lesquels on dit la vie impossible. Ne prenons donc ce proverbe que
-pour une hyperbole excessive par laquelle on a voulu faire ressortir le
-prix inestimable de l'amitié, et ne cherchons pas même à le justifier
-sous ce rapport. La comparaison qu'il présente accuse une idée immorale,
-dénaturée, qui doit le faire proscrire. Il peut rester à l'usage de
-quelque mauvais frère, mais il ne saurait obtenir l'approbation d'aucun
-esprit sensé.
-
-Malheur à l'homme qui sacrifie ses parents à ses amis. Les Espagnols
-disent à ce sujet: «_Quien de los suyos se aleja, Dios le deja_. Celui
-qui s'éloigne des siens, Dieu l'abandonne.» Les pères et mères devraient
-inculquer à leurs enfants cette belle maxime où respire l'esprit de
-famille, en y joignant des exemples propres à en confirmer la vérité.
-
-
-Un ami est un autre nous-même.
-
-Beau mot qui a été attribué faussement à Zénon, fondateur de la secte
-des stoïciens, car il se trouve dans le passage suivant des _Entretiens
-de Socrate_ (II, 10): «Un bon ami est toujours prêt à se substituer à
-son ami, à le seconder dans les soins de sa maison, dans les affaires de
-l'État. Vous voulez obliger quelqu'un, il va se joindre à vous dans
-cette bonne action. Quelque crainte qui vous agite, comptez sur ses
-secours; vous faut-il faire des dépenses, des démarches, employer la
-force ou la persuasion? _Vous trouverez en lui un autre vous-même._»
-
-Ce mot n'appartient pas même à Socrate. Avant lui il était employé
-proverbialement dans l'école de Pythagore qui passait pour en être
-l'auteur.
-
-Aristote a dit: «Un ami est une âme qui vit dans deux corps»; ce
-qu'Horace a imité en appelant Virgile _la moitié de son âme_: _animæ
-dimidium mea_ (I, od. 3), et ce que saint Augustin a répété dans ses
-_Confessions_: «_Sensi animam meam et animam illius unam fuisse animam
-in duobus corporibus_ (IV, 6). Je sentis que mon âme et la sienne
-n'avaient formé qu'une seule âme dans nos deux corps.»
-
-Cette même vie à deux, qui est celle de la véritable amitié, Ennius la
-nommait _la vie vivante_, _vita vitalis_.
-
-Qui ne connaît les vers charmants par lesquels La Fontaine a terminé sa
-fable des _Deux Amis_ qui vivaient au Monomotapa?
-
- Qu'un ami véritable est une douce chose!
- Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;
- Il vous épargne la pudeur
- De les lui découvrir vous-même:
- Un songe, un rien, tout lui fait peur
- Quand il s'agit de ce qu'il aime.
-
-(Liv. VIII, fab. XI.)
-
-Ces vers, où toutes les idées de la fable se reproduisent et se résument
-en traits de sentiment, sont calqués, à l'exception des deux derniers
-qui complètent si heureusement ce délicieux résumé, sur une maxime
-indienne que Pilpay, dans un apologue intitulé aussi les _Deux Amis_, a
-formulé en ces termes: «Un ami est une chose bien précieuse. Il cherche
-nos besoins au fond de notre cœur. Il nous épargne la honte de les lui
-découvrir nous-mêmes.»
-
-
-Un ami fidèle est la médecine de la vie.
-
-C'est-à-dire qu'il peut dissiper les ennuis, adoucir les amertumes et
-soulager la plupart des maux de la vie. Il est pour les maladies de
-l'esprit ce qu'un bon médecin est pour celles du corps. Ce proverbe est
-littéralement traduit du verset de l'Ecclésiastique: _Amicus fidelis,
-medicamentum vitæ_ (VI, 16).
-
-«L'amitié, dit Gœthe, est le fonds social où l'humanité trouve toujours
-des trésors nouveaux pour se relever forte et puissante, quel que soit
-l'état déplorable où les naufrages et les banqueroutes ont pu la
-réduire.»
-
-On lit dans le _Hava-mal_ ou _Discours sublime d'Odin_, poëme gnomique
-des Scandinaves: «L'arbre se dessèche quand il n'est revêtu ni d'écorce
-ni de feuillage: ainsi est l'homme sans ami. L'homme ne peut vivre
-seul.»
-
-Les Arabes disent: «Pourquoi Dieu a-t-il donné une ombre à notre corps?
-C'est pour qu'en traversant le désert nos yeux se reposent sur elle, et
-soient ainsi préservés de la réverbération des sables brûlants.»
-
-
-Il faut être fringant à l'ami.
-
-Dicton fort usité au quatorzième et au quinzième siècle parmi les
-femmes, pour dire que celle qui attendait la visite de son bon ami
-devait se mettre en frais de braverie et d'amabilités afin de le bien
-recevoir. _Fringant_, autrefois invariable quant au genre, est le
-participe présent du verbe _fringuer_, employé par nos vieux auteurs
-dans le sens de se parer, caresser, faire l'amour. Ces deux dernières
-acceptions, désusitées en français, se sont conservées dans divers
-patois méridionaux.
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-Un ami pour l'autre veille.
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-Un ami ne s'endort pas sur les affaires de son ami; il les prend à cœur,
-il y veille comme aux siennes propres, et sa vigilance est payée de
-retour par celui qui en est l'objet: tous deux sont sous la garde l'un
-de l'autre, et ils doivent trouver dans leur sollicitude réciproque les
-conseils et les secours dont ils ont besoin pour bien soigner leurs
-intérêts moraux et matériels.
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-Il n'est si bon conseil que d'ami.
-
-Parce que ce conseil a ordinairement toutes les qualités requises, étant
-inspiré par une sincère affection, formé en connaissance de cause et
-présenté de manière à ne pas blesser l'amour-propre de celui qui le
-reçoit.
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-Les Espagnols disent: «_Consejo de quien bien te quiere aunque te
-parezca mal, escribelo._ Conseil de celui qui te veut du bien, quoiqu'il
-te paraisse mal, mets-le par écrit (pour ne pas l'oublier).»
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-Les Allemands ont ce proverbe: «_Freundes Stimme, Gottes Stimme._
-Conseil d'ami, conseil de Dieu.»
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-«_Unguento et variis odoribus delectatur cor, et bonis amici consiliis
-anima dulcoratur_ (Salom., _Prov._ XXVII, 9). Le parfum et la variété
-des odeurs sont la joie du cœur, et les bons conseils d'un ami sont les
-délices de l'âme.»
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-Si ton ami te frappe, baise sa main.
-
-On comprend que ce proverbe ne doit pas se prendre à la lettre, et que
-l'_ami qui frappe_ ne signifie que l'ami qui reprend. Le sens est donc
-que, quelque véhémence qu'un ami mette dans ses remontrances, il faut
-lui en savoir gré, parce qu'elle est l'effet et la preuve d'un véritable
-attachement. Les Allemands disent d'une manière également figurée:
-«_Freundes Schlæge, liebe Schlæge._ Coup d'ami, coup chéri.»
-
-Leur proverbe et le nôtre rappellent ces paroles de Salomon: «_Meliora
-sunt vulnera diligentis quam fraudulenta oscula odientis_ (_Prov._
-XXVII, 6). Les blessures que fait celui qui aime valent mieux que les
-baisers trompeurs de celui qui hait.»
-
-
-Un vieil ami est une seconde conscience.
-
-Parce que cette seconde conscience, de même que la première, ne laisse
-passer aucune faute sans avertissement. Le devoir de l'amitié véritable
-est de remontrer à celui qu'on aime les défauts qu'il peut avoir afin de
-l'exciter à s'en corriger. C'est ce que fait entendre aussi ce proverbe
-espagnol: «_No hay mejor espejo que el amigo viejo._ Il n'y a pas de
-plus fidèle miroir qu'un vieil ami.» On sent que ce proverbe ne désigne
-pas sans raison un _vieil ami_, car il faut être ami de longue main pour
-être en droit de faire de telles remontrances. «Le plus grand effort de
-l'amitié, dit La Rochefoucauld, n'est pas de montrer nos défauts à un
-ami; c'est de lui faire voir les siens.»
-
-
-On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé quelques minots de
-sel.
-
-Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe, dont le sens est
-que l'amitié ne peut se former subitement, et qu'elle a besoin d'être
-confirmée par le temps. «Semblable au vin généreux dont les années
-augmentent le prix, dit Cicéron, plus elle est vieille, et plus elle est
-parfaite, et c'est avec raison qu'on pense qu'il faut manger ensemble
-plusieurs boisseaux de sel pour consommer l'amitié.» _Verum illud est,
-quod dicitur, multos modios salis simul edendos esse ut amicitiæ munus
-expletum sit._ (Cic., _de Amicitia_ XIX.)
-
-L'amitié est aussi comparée au vin dans l'Ecclésiastique: «_Vinum novum
-amicus novus: veterascet, et cum jucunditate bibes illud_ (IX, 15). Le
-nouvel ami est un vin nouveau: il vieillira, et tu le boiras avec
-délices.»
-
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-Qui est ami de tous ne l'est de personne.
-
-Il en est de l'amitié comme d'une essence précieuse qui perd sa vertu
-quand on la délaye dans une trop grande quantité d'eau. Ce sentiment n'a
-de force qu'autant qu'il reste concentré dans un couple d'êtres d'élite.
-S'il s'épanche sur beaucoup de gens, il s'amoindrit tellement qu'il n'en
-vient presque rien à personne. _Pluralité d'amis, nullité d'amis._
-
-«L'amitié, dit Plutarque, nous serre et nous unit; plusieurs amitiés
-nous séparent et nous distraient. La pluralité d'amis convient à ceux
-qui veulent user de leurs amis sans se soucier de les servir
-réciproquement: ce qui vaut autant à dire qu'elle convient à des gens
-qui ne savent ce que c'est qu'amitié. _Ne touche point à plusieurs dans
-la main_, disait Pythagore; c'est-à-dire ne fais pas beaucoup d'amis...
-Qui a tant d'amis, certes assister à tous il est du tout impossible, et
-ne gratifier à nul il n'y aurait point d'apparence; et en gratifiant à
-tous en offenser plusieurs, il serait aussi trop fâcheux.» (_De la
-pluralité d'amis._)
-
-
-A nul n'est vrai ami qui de soi-même est ennemi.
-
-«Celui qui est mauvais à soi-même ne doit être bon à personne.»
-
-(MÉNANDRE.)
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-«_Qui sibi amicus est scito hunc amicum omnibus esse_ (Sén., _Epist._,
-VI). Sachez que celui qui est ami de soi-même l'est aussi de tous les
-autres.» En effet, l'homme qui sait ce qu'il se doit à lui-même sait
-aussi ce qu'il doit à ses semblables, et son attention consciencieuse à
-observer ses devoirs personnels est une garantie assurée de la bonne foi
-et de l'honnêteté qu'il apportera dans ses relations avec les autres. Un
-philosophe chinois, Ma-Koang, a très-bien dit: «Avant de chercher à se
-faire des amis, il faut commencer à devenir le sien.»
-
-
-Un ami n'est pas sitôt fait que perdu.
-
-Parce que, pour faire un ami, il faut une longue pratique, un commerce
-assidu, de l'attachement, des services, des prévenances, qualités qu'on
-ne rencontre guère; tandis que, pour le perdre, il suffit de quelques
-négligences, de quelques susceptibilités, de quelques saillies de
-mauvaise humeur, défauts d'autant plus fréquents que les qualités
-susdites sont plus rares. C'est pour cela aussi que les amitiés se
-forment si difficilement, et qu'elles ne sont, à proprement parler, que
-des essais sans résultat. Elles ont le sort de ces insectes qui mettent
-trois ans à se former pour ne vivre que peu de minutes.
-
-
-Un ami en amène un autre.
-
-Une personne invitée dans une maison y amène quelquefois une autre
-personne qu'on n'attendait pas, et la présentation se fait avec des
-excuses auxquelles on répond: _Un ami en amène un autre._ Les Anglais
-disent: «_My friend's friend is welcome._ L'ami de mon ami est le
-bienvenu.» Les Italiens ont ce proverbe dérivé d'un usage
-ecclésiastique: «_Ogni prete può menar un chierico_. Tout prêtre peut
-amener un clerc.»
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-Chez les Romains le convive amené à un festin par un invité s'appelait
-_ombre_, sans doute parce qu'il suivait son introducteur comme l'ombre
-suit le corps, et leur proverbe correspondant au nôtre était: «_Locus
-est et pluribus umbris._ (HOR., lib. I, epist. V.) Il y a place pour
-plusieurs ombres.»
-
-
-Ami jusqu'aux autels.
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-_Usque ad aras amicus._ Proverbe que les Latins avaient emprunté aux
-Grecs pour signifier qu'on est disposé à tout faire pour ses amis,
-excepté ce qui est contraire à la religion et à la conscience. Ce
-proverbe, rapporté par Plutarque et par Aulu-Gelle, est une réponse de
-Périclès à un de ses amis qui l'engageait à prêter un faux serment en sa
-faveur. Il est fondé sur l'antique usage de jurer la main posée sur un
-autel.
-
-François Ier en fit une noble application lorsque, en 1534, il écrivit
-au roi d'Angleterre Henri VIII, qui lui conseillait de se séparer de
-l'Église romaine comme il venait de le faire: _Je suis votre ami, mais
-jusqu'aux autels_.
-
-
-Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami.
-
-C'est-à-dire: celui qui n'est pas capable de bien haïr n'est pas capable
-de bien aimer; celui qui ne peut mettre beaucoup d'ardeur à se venger de
-ses ennemis ne peut non plus en mettre beaucoup à servir ses amis.
-L'auteur des _Loisirs d'un ministre d'État_ (le marquis de Paulmy)
-désapprouve très-fort ce proverbe, qui mesure les degrés de l'amitié sur
-les degrés de la haine: «Distinguons, dit-il, entre les excès dans
-lesquels les passions peuvent nous entraîner, et les suites d'une
-liaison sage et réfléchie. L'amitié ne doit être que de ce dernier
-genre. Si elle devenait une passion, elle cesserait d'être aussi
-estimable et aussi respectable qu'elle l'est; elle aurait tous les
-dangers de l'amour, qui fait autant de fautes que la haine et la
-vengeance. Dieu nous garde de trop aimer, aussi bien que de trop haïr!
-cependant il faut bien aimer jusqu'à un certain point. Le cœur de
-l'homme a besoin de ce sentiment, et ce sentiment fait du bien à notre
-esprit, quand il ne l'aveugle point; mais la haine et le désir de la
-vengeance ne peuvent jamais que nous tourmenter; on est heureux de ne
-point haïr; mais, en aimant d'une manière sensée, ne peut-on pas servir
-ardemment ses amis, mettre de la vivacité, de la suite, même de la
-ténacité dans les affaires qui les intéressent? Eh! faut-il donc être
-cruel pour les uns parce que l'on est tendre pour les autres,
-persécuteur pour être serviable? Non. Pour moi, je déclare que je suis
-un faible ennemi, non-seulement en force, mais en intention, quoique je
-sois ami très-zélé et très-essentiel.»
-
-Les observations qu'on vient de lire montrent fort bien que le proverbe
-n'est pas bon à pratiquer et ne s'accorde pas avec la morale, qui
-prescrit de ne haïr personne; mais elles ne prouvent pas précisément
-qu'il soit contraire à la vérité, chose essentielle qu'elles n'auraient
-pas dû omettre. Nous avons donc à donner cette preuve; et pour cela, il
-ne sera pas besoin d'une longue dissertation; il suffira de citer cette
-judicieuse pensée de Sénac de Meilhan: «On dit que _ceux qui savent bien
-haïr savent bien aimer_, comme si ces deux sentiments avaient le même
-principe. L'affection part du cœur, et la haine de l'amour-propre ou de
-l'intérêt blessé.»
-
-La conséquence rigoureuse que tout esprit logique doit tirer de là,
-c'est, contrairement au proverbe, que la haine qu'on a contre une
-personne ne produit pas nécessairement l'affection pour une autre.
-
-
-A l'ami soigne le figuier, à l'ennemi soigne le pêcher.
-
-Ce proverbe, rapporté sans aucune explication dans le recueil de Gomes
-de Trier, conseille allégoriquement de mettre en pratique la fausse
-doctrine énoncée dans le précédent, c'est-à-dire de bien haïr ses
-ennemis afin de bien aimer ses amis. Le figuier y est considéré comme un
-emblème d'amitié, à cause de ses feuilles, qui couvrirent la nudité de
-nos premiers parents, et surtout à cause de son fruit employé, chez les
-peuples anciens, comme expression typique des vœux qu'ils formaient pour
-la prospérité des personnes chéries, et consacré, pour cette raison, aux
-étrennes du jour de l'an, dans le moyen âge, ainsi que dans l'antiquité.
-Le pêcher, au contraire, y figure comme un emblème de haine, par suite
-d'une vieille tradition d'après laquelle les rois de Perse auraient fait
-transplanter cet arbre, originaire de leur pays, sur les terres des
-Égyptiens leurs ennemis, parce que les pêches, en Perse, avaient des
-propriétés malfaisantes qui les faisaient classer parmi les poisons.
-Pline le Naturaliste a parlé de cette tradition, qu'il jugeait erronée,
-dans le passage suivant de son _Histoire naturelle_: «Il n'est pas vrai
-que la pomme persique soit un poison douloureux dans la Perse, ni que
-les rois de ce pays l'aient introduite, par vengeance, en Égypte, où la
-terre l'aurait bonifiée. Les auteurs exacts ont dit cela du perséa, qui
-diffère tout à fait du pêcher.» (Liv. XV, ch. XIII.)
-
-Les Italiens ont le même proverbe qui doit se trouver dans le _Jardin de
-récréation_, etc., par Jean Florio (_Giardino di ricreazione_, etc., _di
-Giovanni Florio_), dont le recueil de Gomes de Trier est une traduction.
-
-Il y a en outre, chez les Piémontais, un autre proverbe analogue, que M.
-le docteur Silva a bien voulu me communiquer. Le voici, avec la juste
-explication qu'il y a jointe: «Dans le Piémont, on croit généralement
-que l'enveloppe de la figue est un poison, et que la pêche, fruit
-malsain, porte son contre-poison dans la pellicule. De là le proverbe:
-«_All'amico si pela il fico, al nemico il persico_. A l'ami on pèle la
-figue, et à l'ennemi la pêche.» Aussi à la personne qu'on estime, et
-même dans les grands repas, la maîtresse de maison offre-t-elle parfois
-une figue dépouillée de son enveloppe.»
-
-M. Silva pense que le proverbe français est fondé sur le même préjugé
-que celui des Piémontais, qu'il suppose antérieur, et j'avoue que, si
-cela était, j'en serais pour les frais d'érudition que j'ai faits dans
-mon commentaire. Mais je crois que c'est une conjecture que je puis me
-dispenser d'admettre, et que M. Silva n'aurait peut-être pas admise s'il
-avait connu le texte italien qui doit être cité par Florio. Ce texte,
-tel qu'il m'a été donné par le savant abbé Ciampi, porte _pianta_ et non
-_pela_. Je dois conclure de cette différence notable que les deux
-proverbes, n'étant pas les mêmes par l'expression, ne le sont pas non
-plus par le sens. Je maintiens donc comme vraie l'origine que j'ai
-assignée à l'un, tout en adoptant l'explication que M. Silva a faite de
-l'autre.
-
-
-Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous.
-
-Cela se dit lorsqu'un bien qu'on espérait voir venir à soi arrive à
-quelque ami. Je ne sais si c'est pour exprimer une consolation sincère
-ou pour déguiser un regret égoïste que ce bien ait changé de direction.
-On peut admettre tantôt l'une et tantôt l'autre interprétation de ce
-proverbe, selon le caractère des gens qui l'emploient ou de ceux
-auxquels on l'applique.--S'il faut en croire La Rochefoucauld, «le
-premier mouvement de joie que nous avons eu du bonheur de nos amis ne
-vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que nous avons
-pour eux: c'est l'effet de l'amour-propre qui nous flatte d'être heureux
-à notre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune.»
-
-Il est bien sûr que l'amour-propre, c'est-à-dire l'amour de soi, comme
-l'entend La Rochefoucauld, est le principal mobile des sentiments et des
-actions de l'homme. Mais ici l'amour-propre n'agit pas seul. Il y a
-aussi l'influence de l'inclination que nous avons pour ceux avec qui
-nous vivons et pour tous les objets qui nous environnent, inclination
-toujours jointe avec les passions, comme l'a remarqué Malebranche, et je
-crois que les réflexions suivantes de ce philosophe offrent une
-explication plus exacte, surtout plus morale, du proverbe. «Afin que
-l'amour naturel que nous avons pour nous-mêmes n'anéantisse pas et
-n'affaiblisse pas trop celui que nous avons pour les choses qui sont
-hors de nous, et qu'au contraire ces deux amours que Dieu met en nous
-s'entretiennent et se fortifient l'un l'autre, il nous a liés de telle
-manière avec tout ce qui nous environne, et principalement avec les
-êtres de même espèce que nous, que leurs maux nous affligent
-naturellement, que leur joie nous réjouit, et que leur grandeur, leur
-abaissement, leur diminution, semblent augmenter ou diminuer notre être
-propre. Les nouvelles dignités de nos parents et de nos amis, les
-nouvelles acquisitions de ceux qui ont le plus de rapport à nous,
-semblent ajouter quelque chose à notre substance. Tenant à toutes ces
-choses, nous nous réjouissons de leur grandeur et de leur étendue.»
-(_Recherche de la vérité_, liv. IV, ch. XIII.)
-
-
-Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.
-
-C'est une leçon adressée aux malins railleurs qui, à l'exemple du poëte
-dont parle Horace, se livrent à leur gaieté caustique sans épargner
-personne, pas même leur ami.
-
- ... _Dummodo risum
- Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico._
-
-(I, Sat. IV.)
-
-Quintilien a dit dans ses _Institutions oratoires_, liv. VI, ch. III:
-«_Lædere nunquam velimus, longeque absit propositum illud: potius amicum
-quam dictum perdidit._ Tâchons de ne jamais blesser, et repoussons loin
-de notre esprit tout ce qui tendrait à nous faire appliquer ce dicton:
-_Il a mieux aimé perdre un ami qu'un bon mot._»
-
-Un proverbe espagnol, par une métaphore très-remarquable, assimile à
-l'oiseau de proie l'homme qui fait de son ami la victime de ses cruelles
-railleries: «_Reniego del amigo que cubre con las alas y muerde con el
-pico._ Fi de l'ami qui couvre des ailes et déchire du bec!»
-
-Salomon a dit: _Homines derisores civitatem perdunt_. (_Prov._, XXIX,
-8.) Les hommes railleurs[9] perdent la cité,» et Bacon, dans les
-réflexions qu'il a faites sur cette maxime, a très-bien signalé ce genre
-d'esprit dérisoire et moqueur.
-
- [9] La Vulgate ne porte point le mot _derisores_ «railleurs», que
- Bacon a trouvé sans doute dans quelque autre traduction ou dans le
- texte hébreu; elle dit _pestilentes_ «corrompus». Après tout, les
- deux mots, quelle que soit leur différence usuelle, peuvent
- s'accorder dans un certain sens, car les hommes dont la malignité ne
- respecte rien ont un principe de corruption dans le cœur.
-
-
-Ami de Platon, mais plus ami de la vérité.
-
-_Amicus Plato, sed magis amica veritas._ C'est un mot d'Aristote en
-réponse à des critiques qui lui reprochaient d'attaquer quelques
-opinions de son maître Platon. Il s'applique à un homme éclairé qui ne
-soumet pas aveuglément son jugement à celui des personnes mêmes les plus
-recommandables, dont ordinairement il suit volontiers l'avis.
-
-
-Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
-
-C'est un vers de La Fontaine fait avec un ancien proverbe qu'il a
-remplacé. Il figure dans la dernière fable du livre IV, l'_Alouette et
-ses Petits_, où il signifie que, pour se tirer d'affaire, il faut
-recourir à ses propres moyens, et ne pas compter sur l'aide des amis et
-des parents.
-
- Notre erreur est extrême,
- Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous:
- Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
-
-Le proverbe s'emploie aussi pour dire qu'on préfère ses intérêts
-personnels à ceux d'un ami et d'un parent.
-
-
-A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain.
-
-Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon: «_Ne dicas amico tuo: Vade
-et revertere: cras dabo tibi: cum statim possis dare_ (Prov., III, 28).
-Ne dites pas à votre ami: Allez et revenez, je vous le donnerai demain,
-lorsque vous pouvez le lui donner à l'heure même.»
-
-Phocylide a dit aussi: «Donne à l'instant au malheureux; ne lui dis pas
-de _revenir demain_.»
-
-On connaît la maxime de Zoroastre: «Si, pouvant soulager aujourd'hui le
-malheureux, on _remet à demain_, qu'on fasse pénitence.»
-
-Différer d'assister un ami quand on le peut est une violation odieuse
-des devoirs de l'amitié; car, ainsi que l'a dit l'académicien Auger:
-«L'amitié véritable est un pacte en vertu duquel on doit tenir sans
-cesse sa fortune, sa vie même, à la libre disposition de celui à qui
-l'on s'est uni.»
-
-
-Il faut se défier d'un ami réconcilié.
-
-Les Espagnols disent: «_Amigo reconciliado, enemigo doblado_. Ami
-réconcilié, ennemi doublé.» Il n'y a guère de réconciliation tout à fait
-sincère: la défiance ou la trahison s'y mêlent presque toujours.
-Asmodée, dans le _Diable boiteux_, parlant de sa dispute avec
-Paillardoc, dit avec autant de vérité que de finesse: «On nous
-réconcilia, nous nous embrassâmes, et, depuis ce temps, nous sommes
-ennemis mortels.»
-
-On conseillait à un tyran, Tibère, si je ne me trompe, de faire mourir
-un de ses anciens amis, qu'il faisait languir en prison: «Pas encore,
-répondit-il; je ne me suis pas réconcilié avec lui.» Mot affreux, où
-respire tout le génie de la haine.
-
-
-Ami au prêter, ennemi au rendre.
-
-Proverbe qui paraît pris de ce passage du _Trinummus_ de Plaute: «Si
-vous redemandez l'argent que vous avez prêté, vous trouvez souvent que
-d'un ami votre bonté vous a fait un ennemi.»
-
- _Quum repetas, inimicum amicum beneficio invenis tuo._
-
-(Acte IV, sc. III.)
-
-Le recueil de Gabriel Meurier rapporte cette variante énergique: _au
-prêter Dieu, au rendre diable_.
-
-Les Espagnols ont ce proverbe: «_Quien presta no cobra; y si cobra, no
-todo; y si todo, no tal; y si tal, enemigo mortal._ Qui prête ne
-recouvre, s'il recouvre, non tout; si tout, non tel; si tel, ennemi
-mortel.» Ce qui est pris de cette maxime employée chez nous au moyen
-âge: _Si præstabis, non habebis; si habebis, non tam bene; si tam bene,
-non tam cito; si tam cito, perdis amicum._
-
-Les Anglais disent: «_He that lends to his friend loses double._ Qui
-prête à son ami perd au double;» c'est-à-dire l'argent et l'ami. Ils
-disent encore: «_The way to lose a friend is to lend him money._ Le
-moyen de perdre un ami, c'est de lui prêter de l'argent.»
-
-_Si tu ne prêtes pas, inimitié; si tu prêtes, procès éternel._ (Prov.
-russe.)
-
-La pensée qui constitue ces proverbes est commune à tous les peuples;
-car en tout pays on trouve généralement dans la main qui a reçu la main
-qui refuse de rendre.
-
- En fait de prêt, le sort me traite
- Avec grande inhumanité:
- Je perds l'affection de ceux à qui je prête,
- Si je ne perds l'argent que je leur ai prêté.
-
-(DE CAILLY).
-
-
-Sage ami et sotte amie.
-
-Bonaventure Despériers a employé ce proverbe dans sa dixième Nouvelle.
-Il n'a pas dit pourquoi il faut avoir un sage ami, parce qu'il a pensé
-sans doute que personne ne pouvait l'ignorer; mais il a voulu faire
-sentir l'avantage d'avoir une sotte amie par cette réflexion: «D'une
-amie trop fine vous n'en avez pas le compte: elle vous joue toujours
-quelque tour de son métier; _elle vous tire_ à tous les coups _quelque
-argent de dessous l'aile_[10]; ou elle veut être trop brave, ou elle
-vous fait porter les...» Je supprime le dernier mot, parce qu'il n'a pas
-besoin d'être mis sous les yeux des lecteurs pour se présenter à leur
-esprit. Peut-être eussé-je aussi bien fait de supprimer aussi
-l'explication entière comme peu conforme à la vérité, ou du moins
-très-douteuse. Depuis que notre grand comique a si bien montré sur la
-scène le faux calcul d'Arnolphe, qui voulait _épouser une sotte pour
-n'être point sot_, les Agnès n'inspirent plus de confiance, et leur
-niaiserie est généralement regardée comme une dissimulation de la
-finesse, de la ruse et de la malice dont le diable a pétri leur
-caractère. D'où l'on conclut que l'homme qui se marie, n'ayant pas moins
-à redouter les tromperies d'une femme sotte que d'une femme spirituelle,
-fait beaucoup mieux de choisir celle-ci, chez laquelle il doit trouver,
-dans ses infortunes conjugales, des compensations que l'autre ne saurait
-lui offrir.
-
- [10] Cette expression, aujourd'hui désusitée, qu'on trouve dans le
- Dictionnaire de Philibert Monet, fait allusion à la coutume ancienne
- et encore existante au seizième siècle, de porter la bourse sous
- l'aisselle gauche, où elle était pendue à une courroie en forme de
- baudrier et d'où on la retirait, au besoin, par une fente pratiquée
- dans la manche du sayon ou pourpoint. Les Latins employaient comme
- nous le mot _ala_ (aile), pour _axilla_ (aisselle).
-
-
-Jamais honteux n'eut belle amie.
-
-En amour, il faut être entreprenant: _Amor odit inertes_, dit Ovide, au
-second livre de l'_Art d'aimer_. Les honteux ne gagnent rien auprès des
-femmes, généralement moins bien disposées pour eux que pour les hardis,
-qui leur épargnent l'embarras du refus. Ce sexe aimable est comme le
-paradis, qui souffre violence et que les violents emportent. _Regnum
-cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud._ (Matth., XI, 12.)
-
-Le comte de Bussy-Rabutin dit dans ses _Mémoires_: «La hardiesse en
-amour avance les affaires. Je sais bien qu'il faut aimer avec respect
-pour être aimé, mais assurément pour être récompensé il faut
-entreprendre, et l'on voit plus d'effrontés réussir sans amour que de
-respectueux avec la plus grande passion du monde.» (T. I, p. 93.)
-
-On disait autrefois: _Jamais couard n'eut belle amie_, et ce proverbe,
-où le mot _couard_ signifie lâche, poltron, encore plus que honteux,
-peut avoir tiré son origine de la chevalerie, parce que, à l'époque où
-cette institution était dans tout son lustre, le courage et la victoire
-étaient de sûrs moyens pour obtenir l'amour des dames.
-
-
-Il vaut mieux donner à un ennemi que d'emprunter à un ami.
-
-Parce qu'en donnant à un ennemi on peut adoucir et désarmer sa haine,
-tandis qu'en empruntant à un ami, on court risque de l'indisposer et de
-le porter à une rupture. Les exemples de ce dernier cas ne sont pas
-rares. Mlle de Scudéri, dans ses _Conversations_, en cite un fort
-singulier, que voici: «Un ami, qui s'était battu plusieurs fois en duel
-pour son ami, ne voulut pas lui prêter quelque argent qu'il lui
-demandait à emprunter; et lui, qui n'avait pas refusé, dans l'occasion,
-de répandre son sang pour son ami, lui refusa un médiocre secours dont
-il se trouvait avoir besoin. Y a-t-il une plus grande bizarrerie que
-celle de préférer son argent à sa propre vie?»
-
-Pittacus disait: «La chose qu'on doit faire le plus tard qu'on peut,
-c'est d'emprunter de l'argent à ses amis.» Ce qui prouve que dans
-l'antiquité, comme en notre temps, l'amitié finissait où commençait
-l'emprunt.
-
-Nous avons encore cet autre proverbe: _On perd plus d'amis par ses
-demandes que par son refus._
-
-
-Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui.
-
-Les affaires d'intérêt amènent presque toujours des discussions qui
-finissent par diviser les amis. Quelqu'un a dit: «L'intérêt qui se mêle
-aux amitiés est comme le vif-argent confondu parmi l'or; le départ fait,
-elles disparaissent et s'en vont en fumée.»
-
-Les Turcs ont ce proverbe semblable au nôtre: _Bois et mange avec ton
-ami, mais n'aie jamais d'affaire avec lui._
-
-
-N'accorde point ta confiance à un ami dissimulé.
-
-La dissimulation est incompatible avec l'amitié, qui a besoin de
-franchise, de loyauté, d'expansion; et l'on peut regarder avec raison
-celui qui est atteint de ce défaut, ou plutôt de ce vice, comme un
-traître contre lequel il faut continuellement se tenir en garde. Un
-adage oriental dit: _Fuis pour un temps l'homme colère, et pour toujours
-l'homme dissimulé._
-
-
-Vieux amis et comptes nouveaux.
-
-Pour dire que c'est un moyen de conserver ses amis que d'avoir ses
-comptes d'intérêt toujours bien réglés avec eux.
-
-La vérité de cette proposition sera développée dans le commentaire que
-je consacrerai au proverbe suivant.
-
-
-Les bons comptes font les bons amis.
-
-Proverbe dont on fait ordinairement l'application pour s'excuser
-d'examiner un compte ou un mémoire présenté par un ami. Ce proverbe a
-une portée plus étendue: il enseigne aux amis par le résultat qu'il
-exprime combien il leur importe de bien régler les affaires d'intérêt
-qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui exige d'eux, non-seulement la foi
-et la justice, sans lesquelles l'amitié ne saurait subsister, mais
-l'exactitude la plus rigoureuse pour le payement des moindres déboursés
-occasionnés par les services qu'ils sont dans le cas de se rendre
-réciproquement. C'est à tort qu'ils dédaignent quelquefois une pareille
-allocation, car la moindre négligence à cet égard peut inquiéter la
-discrétion et gêner insensiblement la confiance.
-
-Les Espagnols disent: «_Cuento y razon sustentan amistad._ Compte et
-calcul entretiennent l'amitié.»
-
-Les Italiens: «_Conti chiari, amici cari._ Comptes clairs, amis chers.»
-
-Les Anglais: «_Even reckoning makes long friends._ Un compte exact fait
-de longs, ou durables amis.»
-
-
-Il ne faut pas compter avec ses amis.
-
-Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutôt généreux
-qu'intéressé avec ses amis, paraît en contradiction avec les deux
-précédents, mais il ne l'est pas en réalité, car il ne conseille pas la
-même espèce de générosité dont les autres commandent de s'abstenir. Il
-parle de celle qu'on doit mettre dans les procédés de sentiment où elle
-est indispensable, et non de celle qu'il faut éviter dans les affaires
-d'intérêt, parce qu'elle peut avoir des conséquences fâcheuses. Les
-préceptes sont différents, mais ils n'ont rien de contradictoire. Loin
-de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent à un but
-unique, qui est la conservation de l'amitié.
-
-Les Turcs disent: _l'Amitié compte par tonneaux, et le commerce par
-grains._
-
-L'idée de notre proverbe se trouve dans le passage suivant du _Traité de
-l'amitié_ par Cicéron: «Borner l'amitié à un rapport mesuré de
-sentiments et de services, c'est la dépouiller de sa dignité, c'est
-l'avilir... Exiger une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on
-reçoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La véritable amitié
-est plus magnifique, plus généreuse, et n'établit point de comptes
-rigoureux. Car il ne faut pas craindre de perdre quelque chose ou d'en
-faire trop pour un ami.» (XVI, 57.)
-
-
-Entre amis tout doit être commun.
-
-Ce proverbe est fort ancien. Épicure blâmait Pythagore de l'avoir
-appliqué littéralement, en obligeant ses disciples à mettre en commun
-tout ce qu'ils possédaient: «Si j'ai un véritable ami, disait-il, ne
-suis-je pas aussi maître de ses biens que s'il m'en eût fait le
-dépositaire? Y a-t-il moins de mérite à donner son cœur que ses
-richesses? Je ne dois pas abuser sans doute de la tendresse de cet ami;
-ce qu'il possède, je dois le ménager comme ma propre fortune: mais je
-lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie à un tiers pour nos
-besoins communs.»
-
-Sénèque, dans son _Traité des bienfaits_, liv. VII, ch. XII, définit
-ainsi la communauté entre amis: «La communauté entre amis n'est pas
-comme entre des associés qui ont leur part distincte; mais comme entre
-un père et une mère qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun le leur,
-mais en ont deux chacun.
-
-
-Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage.
-
-N'ayant personne qui lui porte assez d'intérêt pour l'avertir de ses
-défauts, pour chercher à l'en corriger, il doit nécessairement les
-garder et les aggraver de telle sorte qu'en peu de temps ils
-dégénéreront en vices incompatibles avec la sagesse, à laquelle il
-serait resté de plus en plus attaché s'il avait eu le bonheur de vivre
-sous la surveillance salutaire d'un ami.
-
- D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure;
- C'est avec mon ami que ma raison s'épure;
- Que je cherche la paix, des conseils, un appui;
- Je me soutiens, m'éclaire et me calme avec lui.
- Dans des piéges trompeurs si ma vertu sommeille,
- J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'éveille.
-
-(Ducis, _Épître à l'amitié._)
-
-
-Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage.
-
-Il ne le sera pas même si longtemps que celui qui vit sans amis, parce
-qu'il sera poussé à l'inconduite par ceux qu'il a mal choisis. Cette
-maxime proverbiale est prise de Confucius.
-
-
-Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis.
-
-Dans ce pays-là on ne peut compter sur personne; on est exposé à toutes
-sortes d'ennuis, de désagréments et de misères; on est réduit à vivre
-triste et solitaire, dans la privation de toute sympathie, de tout
-secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort affreux! Comment
-supporter tant de douleurs dont le poids devient, chaque jour, plus
-accablant! il faudrait pour cela une grâce spéciale de Dieu. Mais est-il
-permis d'espérer, quand on met ainsi contre soi tout le monde, qu'on
-pourra mettre Dieu pour soi? Et cette existence maudite, à laquelle on
-est condamné, n'est-elle pas une punition infligée par la justice
-divine? Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a été dur, inhumain
-envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables sans commisération et
-sans humanité; c'est parce qu'on a été insociable qu'on est privé des
-douceurs de la société. «_Per quæ peccat quis per hæc et torquetur_, dit
-la _Sagesse_ (XI, 17). On est puni par où l'on a péché.»
-
-
-Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper sans
-témoins.
-
-Ce proverbe, fondé sur une vérité d'expérience, signale d'une manière
-nette et frappante le danger où l'on s'expose quand on a la faiblesse de
-se laisser influencer par des rapports suspects contre les personnes
-avec lesquelles on est intimement lié. L'auteur de ces rapports n'est
-presque toujours qu'un fourbe qui cherche, en brouillant deux amis, à
-supplanter l'un, afin de pouvoir, en toute liberté, faire sa dupe de
-l'autre. S'il parvient au gré de ses vues intéressées à capter et à
-posséder sans partage la confiance de l'imprudent qui l'écoute, il
-achèvera d'aveugler sa raison à force de flatteries perfides, le
-conduira de piége en piége par ses menées cauteleuses, et l'abandonnera
-en se moquant de lui dès qu'il aura consommé sa ruine.
-
-Que les amis soient donc continuellement en garde contre les délations
-qui tendent à semer entre eux de la défiance et à provoquer une rupture
-toujours douloureuse et nuisible à leurs vrais intérêts; qu'ils tiennent
-leurs cœurs dans une si étroite union que le délateur ne puisse y
-trouver le joint pour les séparer.
-
-
-Il faut aimer ses amis avec leurs défauts.
-
-Il faut être indulgent pour les défauts de ses amis, car l'indulgence
-augmente l'amitié et la sévérité la diminue. Il ne s'agit ici que de ces
-petits défauts qui ne tirent point à conséquence. La complaisance pour
-les vices des amis serait contraire à la morale et à l'amitié.
-
- Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite.
-
-(VOLTAIRE.)
-
-Un adage latin recommande de connaître les défauts d'un ami, et de ne
-pas les haïr: _Mores amici noveris, non oderis._ Et Horace met parmi les
-vertus nécessaires l'indulgence pour les amis: _Ignoscere amicis._
-
-Les Orientaux disent, pour signifier qu'on ne doit pas soumettre les
-défauts de ses amis à une censure rigoureuse: _Il ne faut pas rincer
-avec du vinaigre la coupe de l'amitié._
-
-«L'on ne peut aller loin dans l'amitié si l'on n'est pas disposé à se
-pardonner les uns aux autres les petits défauts.» (La Bruyère, ch. V.)
-
-Quelqu'un a dit: «Quand nos amis sont borgnes, il faut les regarder de
-profil.» C'est une fleur d'esprit et de sentiment greffée sur notre
-adage.
-
-
-Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis.
-
-On se concilie l'affection des hommes par les bons offices qu'on leur
-rend, et on se l'aliène par les vérités qu'on leur dit. Térence a
-remarqué, dans son _Andrienne_, que la franchise produit la haine et que
-la complaisance produit l'amitié.
-
- _Veritas odium, obsequium amicos parit._
-
-(Act. I, sc. I.)
-
-Ce qui est pris de cette pensée d'Isocrate: «S'il est quelqu'un dont
-vous vouliez faire un ami, dites-en du bien à des gens qui le lui
-rapporteront: _Le principe de l'amitié est la louange, celui de la haine
-est le blâme._»
-
-
-On ne peut vivre sans amis.
-
-Proverbe ancien rapporté dans cette phrase de Cicéron: «_Omnes ad unum
-idem sentiunt, sine amicitia vitam esse nullam._ (_De Amicitia_, XXIII.)
-Tous les hommes sont du même sentiment que sans l'amitié la vie n'est
-rien.»
-
-«Nous avons presque tous cela de commun, que non-seulement la douleur
-qui, étant faible et impuissante, demande naturellement du soutien, mais
-la joie qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter
-d'elle-même, cherche le sein d'un ami pour s'y répandre, sans quoi elle
-est impuissante et assez souvent insipide; tant il est vrai que rien
-n'est plaisant à l'homme s'il ne le goûte avec quelque autre homme dont
-la société lui plaise.» (BOSSUET, _Sermon pour le mardi de la troisième
-semaine de carême_.) Les Grecs disaient: _L'amitié est plus nécessaire
-que le feu et l'eau_, deux choses sans lesquelles il serait impossible
-de vivre. C'est pour cela que chez les Romains on avait donné aux amis
-le nom de _necessarii_, nécessaires, et à l'amitié celui de
-_necessitudo_, nécessité. Expressions empreintes du sentiment profond et
-délicat qui les avait inspirées.
-
-L'amitié est regardée comme une des joies du paradis; il serait
-imparfait sans elle. On lit dans un des cantiques spirituels de Jacopone
-de Tadi: «Les élus s'aiment d'une tendresse si délicate que chacun tient
-l'autre pour son maître.»
-
-Buffon disait: «L'amitié est de tous les attachements le plus digne de
-l'homme. C'est l'âme de son ami qu'on aime, et pour aimer son ami il
-faut en avoir une.»
-
-
-Il faut louer tout bas ses amis.
-
-Mme Geoffrin établissait comme autant de règles ces trois choses: 1º
-qu'il faut rarement louer ses amis dans le monde; 2º qu'il ne faut les
-louer que généralement et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou
-telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter quelque doute sur le
-fait ou de chercher à l'action quelque motif qui en diminue le mérite;
-3º qu'il ne faut pas même les défendre, lorsqu'ils sont attaqués trop
-vivement, si ce n'est en termes généraux et en peu de paroles, parce que
-tout ce qu'on dit en pareil cas ne sert qu'à animer les détracteurs et à
-leur faire outrer la censure.
-
-Fontenelle avait dit avant Mme Geoffrin: «Empêchez que vos amis ne vous
-louent avec excès, car le public traite à toute rigueur ceux que leurs
-partisans servent trop bien.»
-
-Ces conseils sont le développement de notre proverbe, qui est pris du
-passage suivant de Salomon: «_Qui laudat amicum voce alta erit illi loco
-maledictionis._ (_Proverbes_, XXVII, 14.) Qui loue son ami à haute voix
-attirera sur lui la malédiction.»
-
-
-Il faut dire la vérité à ses amis.
-
-Il ne faut pas craindre de déplaire à ses amis en leur disant la vérité,
-quand elle doit leur être utile; mais il ne faut jamais oublier que, si
-l'amitié donne le droit de les contredire, elle impose le devoir de ne
-pas les offenser par la contradiction.
-
-«Nos amis sont en notre garde, dit Bossuet. Il n'y a rien de plus cruel
-que la complaisance que nous avons pour leurs vices, et nous taire, en
-ces circonstances, c'est les trahir. Ce n'est pas là le trait d'un ami.
-C'est l'action d'un barbare que de les laisser tomber dans un précipice
-faute de lumière, tandis que nous avons en main un flambeau que nous
-pourrions leur mettre devant les yeux. Il faut même de la fermeté et de
-la vigueur dans ces avis charitables. Usez de la liberté que le nom
-d'amitié vous donne, ne cédez pas, soutenez vos justes sentiments.
-Parlez à votre ami en ami, jetez-lui quelquefois au front des vérités
-toutes sèches qui le fassent rentrer en lui-même; ne craignez pas de lui
-faire honte, afin qu'il se sente pressé de se corriger et que, confondu
-par vos reproches, il se rende enfin digne de louanges.
-
-«Mais, avec cette fermeté et avec cette vigueur, gardez-vous de sortir
-des bornes de la discrétion; je hais ceux qui se glorifient des avis
-qu'ils donnent, qui veulent s'en faire honneur plutôt que d'en tirer de
-l'utilité, et triompher de leur ami plutôt que de le servir. Pourquoi le
-reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous devant tout le monde?
-C'était une charitable correction et non une insulte outrageuse que vous
-aviez à lui faire. Parlez en secret, parlez à l'oreille; n'épargnez pas
-le vice, mais épargnez la pudeur, et que votre discrétion fasse sentir
-au coupable que c'est un ami qui parle.» (_Sermon pour le mardi de la
-troisième semaine du carême._)
-
-Voici un beau proverbe arabe qui correspond au nôtre: _La sincérité est
-le sacrement de l'amitié._
-
-
-Vieux amis vieux écus.
-
-Dicton né au commencement du quatorzième siècle, sous le règne de
-Philippe le Bel, surnommé le _faux monnayeur_, parce qu'il avait fait
-subir aux monnaies une altération telle, que la valeur intrinsèque de
-chaque écu n'était plus que le tiers de celle qu'il avait eue sous les
-règnes précédents. Cette altération et l'ordonnance par laquelle il
-enjoignait aux particuliers de porter à l'atelier monétaire le tiers de
-leur vaisselle, dont ils recevraient le prix en espèces nouvelles, sous
-peine de confiscation, irritèrent si fortement les esprits, qu'une
-révolte générale aurait éclaté si le clergé n'eût pris le soin de la
-conjurer, en offrant au roi les deux tiers de ses revenus, afin que les
-monnaies fussent remises au même titre que du temps de saint Louis.
-Cependant, malgré la promesse royale achetée par la générosité de
-l'Église de France, le dicton ne cessa pas d'être entièrement vrai
-pendant un assez grand nombre d'années; mais il ne l'est plus que dans
-sa première partie, depuis que les gouvernements ont compris l'extrême
-importance de laisser au numéraire la valeur réelle qu'il doit avoir...
-Les vieux écus aujourd'hui ne sont pas meilleurs que les neufs. Quant
-aux vieux amis, ils n'ont pas seulement gardé tout leur prix, ils l'ont
-augmenté en raison de leur excessive rareté.
-
-
-On ne saurait avoir trop d'amis.
-
-Les Arabes disent: _Mille amis, c'est peu; un ennemi, c'est beaucoup._
-Mais les amis dont il est question dans leur proverbe, comme dans le
-nôtre, ne sont pas ces êtres d'élite entre lesquels une grande
-conformité d'inclinations et de mœurs, une intime correspondance de
-pensées et de sentiments, ont établi la plus parfaite des unions: il
-s'agit de ceux dont l'amitié moins pure et moins rare n'est pourtant pas
-à dédaigner, à cause des bons offices qu'elle peut rendre aux personnes
-qui savent se la concilier. Je crois qu'il faut penser sur ce sujet
-comme la Bruyère. «C'est assez pour soi d'un fidèle ami, dit-il, c'est
-même beaucoup de l'avoir rencontré: on ne peut en avoir trop pour le
-service des autres.» (Ch. IV, _du Cœur_.)
-
-
-Les amis de nos amis sont nos amis.
-
-C'est-à-dire qu'ils ne doivent pas nous être indifférents, et qu'ils ont
-des droits à nos égards. Pline le Jeune leur accordait davantage,
-lorsqu'il écrivait: «_Amicus tuus, immo noster, quid enim non commune
-nobis?_ (_Epist._ VIII, 12.) Votre ami, ou plutôt le nôtre, car que
-peut-il y avoir qui ne nous soit commun?»
-
-Mme de Sévigné appelait ingénieusement les _amis de ses amis_ «des amis
-par réverbération».
-
-«_Si les amis de nos amis sont nos amis_, demande Beaumarchais, les
-ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas plus d'à moitié nos amis?»
-
-Un vieux proverbe dit qu'_on ne hait pas l'ennemi de ses ennemis_.
-
-
-Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie.
-
-Des amis qui s'emploient activement pour une personne peuvent lui être
-d'une plus grande utilité que son argent. Ce proverbe est dans le _Roman
-de la Rose_.
-
- Adès vaut miex amis en voie
- Que ne font deniers en corroie.
-
-(T. I, v. 4, 962.)
-
-Le mot courroie, comme on le voit dans le Dictionnaire de Philibert
-Monet, se disait autrefois de la ceinture de cuir dans laquelle on
-mettait son argent. J'ai trouvé dans un vieux texte _deniers en
-conroie_. Ce mot _conroie_ ou plutôt _conroi_ signifiait troupe, foule,
-et par conséquent la variante _deniers en conroie_, si elle ne provient
-pas d'une faute de copiste, équivaut _à deniers en quantité_.
-
-Le troubadour Amanieu des Escas a employé cette autre variante:
-
- Per c'om ditz que may val en cocha
- Amiex que aur.
-
-«C'est pourquoi on dit que mieux vaut dans le besoin amis que or.»
-
-Les Allemands disent: «_Besser ohne Geld als ohne Freund seyn._ Mieux
-vaut manquer d'argent que d'ami.»
-
-On lit dans Stobée: «Un trésor n'est pas un ami, mais un ami est un
-trésor.» Maxime à laquelle reviennent ces beaux vers du trouvère auteur
-du roman de _Garin le Loherain_:
-
- N'est pas richoise ne de vair, ne de gris,
- Ne de deniers, ne de murs, ne de roncins:
- Mais est richoise de parents et d'amis:
- Li cuers d'un homme vaut tout l'or d'un pays!
-
-
-Il est bon d'avoir des amis partout.
-
-Ce proverbe a donné lieu à l'historiette suivante, rimée par Imbert:
-
- Une dévote, un jour, dans une église
- Offrait un cierge au bienheureux Michel,
- Un autre au diable. «Oh! oh! quelle méprise!
- Mais c'est au diable! Y pensez-vous? ô ciel!
- --Laissez, dit-elle, il ne m'importe guères;
- Il faut toujours penser à l'avenir;
- On ne sait pas ce qu'on peut devenir,
- Et les amis sont partout nécessaires.»
-
-L'auteur des _Matinées sénonoises_ rapporte qu'un Wisigoth arien, nommé
-Agilane, disait un jour sérieusement à Grégoire de Tours qu'on peut
-choisir sans crime telle religion que l'on veut, et que c'était un
-proverbe de sa nation qu'en passant devant un temple païen et devant une
-église chrétienne il n'y avait point de mal à faire la révérence devant
-l'un et devant l'autre. Ce Wisigoth, faisant son offrande à saint
-Michel, n'aurait sûrement pas oublié l'estafier du bienheureux.
-
-On dit aussi, pour caractériser ces gens qui savent se ménager des
-intelligences dans le parti des bons et dans le parti des méchants,
-qu'_ils ont des amis en paradis et en enfer_.
-
-
-Les gens riches ont beaucoup d'amis.
-
-Salomon l'a dit: _Amici divitum multi_ (_Prov._, XIV, 20), et sans doute
-Salomon n'a pas été le premier à le dire; car, dans les siècles les plus
-reculés aussi bien que dans le nôtre, on a considéré l'amitié comme un
-commerce d'intérêt dans lequel on n'entre qu'à proportion du profit
-qu'on en retire. La même raison a donné lieu à cet autre proverbe non
-moins ancien: _Les pauvres n'ont point d'amis._
-
-
-Les amis par intérêt sont des hirondelles sur les toits.
-
-On sait que les hirondelles, aux approches de la froide saison, se
-rassemblent sur les toits pour s'envoler en troupe dans un plus doux
-climat. Il en est de même des amis intéressés, toujours prêts à
-s'éloigner des personnes qui tombent dans l'adversité, et à se
-rapprocher de celles que la fortune favorise. Ils n'aiment que par
-rapport à eux-mêmes, et ne placent jamais leur amitié vénale qu'au
-service des gens heureux qui peuvent la payer.
-
-
-Un homme mort n'a ni parents ni amis.
-
-Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard Cœur-de-Lion, roi
-d'Angleterre, composa pendant sa captivité en Autriche. La meilleure
-explication qu'on en puisse donner est dans le passage suivant du
-discours du père Aubry à Atala: «Que parlez-vous de la puissance des
-amitiés de la terre? Voulez-vous, ma chère fille, en connaître
-l'étendue? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa
-mort, je doute qu'il fût reçu avec joie par ceux-là même qui ont donné
-le plus de larmes à sa mémoire; tant on forme vite d'autres habitudes,
-tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de
-chose, même dans le cœur de nos amis!»
-
-Les vers suivants, extraits d'une pièce charmante de M. V. Hugo, _A un
-voyageur_, reviennent aussi au proverbe et sont dignes de figurer à côté
-du beau passage de Chateaubriand. Je dirai plus, car la justice l'exige,
-c'est qu'ils lui sont supérieurs par le charme et l'originalité de leur
-expression poétique.
-
- Combien vivent joyeux qui devraient, sœurs ou frères,
- Faire un pleur éternel de quelques ombres chères!
- Pouvoir des ans vainqueurs!
- Les morts durent bien peu: laissons-les sous la pierre.
- Hélas! dans leur cercueil ils tombent en poussière,
- Moins vite qu'en nos cœurs.
-
- Voyageur! voyageur! quelle est notre folie?
- Qui sait combien de morts chaque jour on oublie,
- Des plus chers, des plus beaux!
- Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse,
- Et combien, sur la terre, un jour d'herbe qui pousse
- Efface de tombeaux!
-
-
-On ne doit pas servir ses amis à plats couverts.
-
-Il faut être franc et sincère avec ses amis.--Ce proverbe est moins
-usité que la locution qui en fait partie, _servir quelqu'un à plats
-couverts_, c'est-à-dire témoigner à quelqu'un de l'amitié en apparence
-et le desservir sous main. C'est une allusion à l'usage où l'on était
-autrefois de couvrir les plats qu'on servait sur la table des grands, et
-les choses mêmes qu'on leur présentait. «On couvroit les plats, dit
-Sainte-Palaye, et peut-être le sel, le poivre et autres épiceries qu'on
-plaçoit auprès d'eux. Si on leur offroit des dragées, le drageoir étoit
-couvert d'une serviette. Le cadenas[11], qui n'appartient qu'aux
-personnes du plus haut rang, est encore conservé à la cour sur la table
-des princes comme un reste de cette antique étiquette.» De l'usage de
-_servir à couvert_ viennent aussi ces salières à compartiments et à deux
-couvercles qu'on ne trouve plus que chez les amateurs de vieux meubles
-et chez les marchands de bric-à-brac.
-
- [11] Espèce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on mettait le
- couteau, la cuiller et la fourchette.
-
-_Servir quelqu'un à plats couverts_ se dit encore pour marquer la
-réserve calculée qu'on met à ne découvrir à quelqu'un qu'une partie de
-la vérité dans une affaire qui l'intéresse.
-
-
-On ne doit pas se gêner pour ses amis.
-
-Cette maxime est vraie lorsqu'elle est prise dans le même sens que cette
-autre: _l'amitié dispense du cérémonial_. Mais elle est fausse et
-injuste quand on l'allègue, ce qui a lieu trop souvent, comme excuse de
-traiter ses amis avec une espèce de sans-gêne qui ne s'inquiète pas des
-égards qui leur sont dus. On doit se gêner pour toutes les personnes à
-qui l'on veut plaire; et c'est précisément en cela que consiste le
-savoir-vivre, l'un des premiers devoirs de la société. Eh! comment
-pourrait-on se justifier de ne pas observer ce devoir envers ses amis!
-c'est pour eux surtout qu'on doit avoir des procédés aimables qui leur
-prouvent qu'on n'a rien tant à cœur que de leur être agréable. L'amitié
-a une jalousie délicate qu'il importe de ménager, car elle ne peut guère
-se maintenir qu'à cette condition.
-
-
-Dieu me garde de mes amis; je me garderai de mes ennemis.
-
-On peut se garantir de la vengeance d'un ennemi déclaré, mais il n'y a
-point de préservatif contre la trahison qui se présente sous les
-couleurs de la bienveillance et de l'amitié.
-
-Stobée rapporte (p. 721) que le roi Antigone, sacrifiant aux dieux, les
-priait de le protéger contre ses amis, et qu'il répondait à ceux qui lui
-demandaient le motif d'une telle prière: «C'est que, connaissant mes
-ennemis, je puis me préserver d'eux.»
-
-On lit dans l'_Ecclésiastique_: «_Ab inimicis tuis separare et ab amicis
-tuis attende_ (VI, 13). Séparez-vous de vos ennemis, et gardez-vous de
-vos amis.»
-
-Les Italiens disent comme nous:
-
- _Di chi mi fido guardami Dio!
- Degli altri mi guardarò io._
-
-En visitant les _pozzi_ du palais du doge, à Venise, en 1825, je trouvai
-ces deux vers inscrits sur un mur dans un de ces cachots où le conseil
-des Dix plongeait ses victimes. Ils y avaient été tracés, me dit-on, de
-la main d'un prêtre qui eut le bonheur d'échapper à son horrible
-captivité par une issue qu'il s'ouvrit en arrachant du sol une large
-dalle posée sur un égout aboutissant au canal voisin.
-
-Le même proverbe est usité chez les Basques. Il existe aussi chez les
-Allemands, et Schiller l'a employé dans une de ses tragédies.
-
-
-Les amis sont les trésors des rois.
-
-Proverbe formé d'un mot d'Alexandre le Grand, qui disait, en montrant
-ses amis: «Voilà mes trésors.» Mais de tels trésors sont infiniment plus
-rares chez les rois que chez les simples particuliers, car il n'est
-guère possible que l'amitié, qui, dans sa nature, est indépendante,
-jalouse de sa liberté, ennemie de toute sujétion, portée aux
-épanchements familiers et désireuse avant tout de la réciprocité des
-sentiments, s'établisse entre des hommes dont la condition si inégale
-peut faire croire aux uns qu'ils sont maîtres et aux autres qu'ils sont
-esclaves. Admettons pourtant l'existence de cette amitié, et
-reconnaissons qu'elle est d'un prix inestimable. «Ce ne sont pas les
-armées ni les richesses, dit Salluste, mais les amis qui sont les
-soutiens des rois.» (_Jugurth._, ch. X.)
-
-Tacite remarque aussi qu'il n'est pas de plus puissants soutiens d'un
-sage gouvernement que de sages amis. _Nullum majus boni imperii
-instrumentum quam bonos amicos esse._ (_Hist._, IV, VII.)
-
-
-Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents.
-
-C'est ce que répondit Apollonius de Tyane au roi de Babylone, qui lui
-avait demandé ce qu'il fallait à un roi pour régner sûrement. Quelques
-parémiographes du moyen âge ont placé dans leurs recueils, comme un
-adage, ce mot qui était bien digne de le devenir. Je ne crois pas qu'il
-ait besoin d'être expliqué, et je n'y joindrai pour tout commentaire que
-cette réflexion du pape Benoît XIV: «Un souverain qui a beaucoup de
-confidents ne saurait manquer d'être trahi.»
-
-
-Il faut se dire beaucoup d'amis, et s'en croire peu.
-
-Parce que, en se disant beaucoup d'amis, on peut obtenir quelque
-considération dans le monde, et, en se croyant peu d'amis, on est moins
-exposé à se laisser tromper par ceux qui abusent de ce titre. Ce
-proverbe est doublement répréhensible, puisqu'il conseille, jusqu'à un
-certain point, le mensonge et la défiance; mais il offre une maxime de
-politique si conforme aux mœurs de notre temps, qu'il ne cessera point
-d'être pris pour une règle de conduite.
-
-
-Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours.
-
-On deviendrait à charge à ses amis, si l'on recourait souvent à leur
-générosité. Il faut être de la plus grande réserve sur ce point, et ne
-solliciter leur aide que dans le cas où l'on ne pourrait s'en passer. Il
-serait même plus délicat de s'abstenir d'une sollicitation formelle, et
-de se borner à leur faire connaître le besoin qu'on éprouve pour leur
-laisser le mérite d'y subvenir de leur propre mouvement, selon leurs
-moyens. La parfaite amitié impose d'une part le devoir de ne rien
-demander, puisque de l'autre elle impose celui de prévenir les demandes.
-
-Desmahis avait coutume de dire: «Lorsque mon ami rit, c'est à lui à
-m'apprendre le sujet de sa joie; lorsqu'il pleure, c'est à moi de
-découvrir la cause de son chagrin.»
-
-
-Il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux
-grandes.
-
-Il faut les éprouver aux petites occasions, parce qu'il ne s'agit alors
-que de certains actes de complaisance qui ne doivent pas leur être
-onéreux; mais il faut avoir soin d'éviter, dans ces épreuves, jusqu'à la
-moindre apparence d'indiscrétion et d'importunité, de manière qu'elles
-ne leur paraissent que des témoignages de la confiance qu'ils inspirent,
-et, pour ainsi dire, des hommages rendus à l'excellence de leurs
-sentiments. C'est là le meilleur moyen de sonder leurs bonnes
-dispositions, dont on a besoin de ne pas douter, lorsqu'un malheur
-pressant force de faire appel à leur aide et protection.
-
-
-Il faut choisir ses amis dans sa famille.
-
-Ce proverbe est pris d'un mot de Solon à Anacharsis, au rapport de
-Plutarque, dont la traduction latine cite ce mot en ces termes: _Paranda
-est amicitia domi, non foris._ C'est dans la famille, en effet, qu'on
-peut contracter l'amitié la meilleure et la plus solide, puisqu'elle y
-est nouée par le double lien du sang et de la sympathie. La fraternité
-est une amitié toute faite.--Le roi-prophète a consacré le psaume CXXXII
-à l'éloge de cette amitié.--«Qu'il est bon, qu'il est doux,
-s'écrie-t-il, que les frères vivent ensemble, et ne fassent qu'un! _Ecce
-quam bonum et quam jucundum, habitare fratres in unum!_»--Il compare
-leur intimité charmante au parfum délicieux qui, versé sur la tête
-d'Aaron, coula sur les deux côtés de sa barbe et sur les franges de son
-vêtement, et à la douce rosée du mont Hermon, qui descend sur la
-montagne de Sion en fertilisant.
-
-Salluste a dit: «Quel meilleur ami qu'un frère pour un frère? Quel
-étranger trouveras-tu fidèle, si tu es l'ennemi des tiens? _Quis
-amicitior quam frater fratri? Quem alienum fidum invenies, si tuis
-hostis fueris._» (_Jugurtha_, cap. X.)
-
-Les races slaves attachaient un prix infini à l'amitié fraternelle, et
-leurs chants primitifs attestent que n'avoir point de frère était pour
-elles une grande calamité.
-
-On lit dans le _Chi-King_, le troisième des livres sacrés des Chinois:
-_Un frère est un ami qui nous est donné par la nature._ Maxime
-proverbiale qui se retrouve dans le _Traité de l'Amitié fraternelle_ par
-Plutarque, où le frère est appelé _l'ami que la nature nous a donné_. De
-là le vers attribué à Legouvé, qui, certes, n'a pas dû suer d'ahan pour
-le tirer de sa tête:
-
- Un frère est un ami donné par la nature.
-
-
-Bonne amitié est une autre parenté.
-
-Ce proverbe, qui fait l'éloge de l'amitié en l'égalant à la parenté,
-était fort accrédité au moyen âge, où l'union entre les parents était
-généralement regardée comme un des devoirs les plus importants. Il était
-même consacré par une règle de jurisprudence formulée en ces termes:
-«_Amicitia vera similis est consanguinitati proximiori._ La véritable
-amitié est semblable à la parenté la plus rapprochée.» Les mots amitié
-et fraternité pouvaient alors s'employer l'un pour l'autre. Touchante
-synonymie, dont la perte est à regretter.
-
-Montaigne, dans son beau chapitre sur l'amitié, nous apprend qu'il
-donnait à son ami Estienne de la Boétie le nom de frère: «Un beau nom,
-dit-il, et plein de dilection, et à cette cause en feismes nous, luy et
-moy, nostre alliance.»
-
-Voici un mot plein d'esprit et de sentiment qui revient au proverbe. Le
-comte Albert de Sesmaisons, présentant un jour le vicomte J. Walsh de
-Serrent à Chateaubriand, lui dit: «Voilà mon ami Walsh: la nature
-s'était trompée en ne me le donnant pas pour frère, mais depuis
-longtemps nous avons réparé son erreur.»
-
-
-Bonne amitié vaut mieux que parenté.
-
-Les Latins disaient: _La meilleure parenté est celle du cœur_, pensée
-absolument vraie, tandis que celle qu'exprime le proverbe français ne
-l'est que relativement aux circonstances qui motivent l'application de
-ce proverbe, qu'on pourrait, en plusieurs cas, retourner avec raison de
-cette manière: _Bonne parenté vaut mieux qu'amitié._ Il en est de même
-de cet autre proverbe ingénieux: _Un parent est une partie de notre
-corps, un ami est une partie de notre âme_; car un parent qui est bon
-ami est à la fois partie de notre âme et de notre corps; il appartient à
-notre être tout entier.
-
-Je ne saurais goûter ces proverbes qui cherchent à exalter un sentiment
-aux dépens d'un autre, qui appauvrissent la parenté pour enrichir
-l'amitié. Si le fait sur lequel ils se fondent est vrai quelquefois, et
-malheureusement il ne l'est que trop, il faut le déplorer au lieu de le
-signaler, de l'accréditer dans des maximes outrées qui ne sont propres
-qu'à introduire la défiance au sein du foyer domestique, en faisant
-accroire qu'on ne peut guère compter sur l'affection des siens; car cela
-n'est pas conforme à la loi de la nature qui, par la communauté du sang,
-par la ressemblance des actes habituels, par l'intimité des relations
-journalières, tend à engendrer contre les parents vivant sous le même
-toit et mangeant à la même table une grande sympathie que les passions
-égoïstes peuvent seules empêcher. Cela n'est pas non plus selon la loi
-de la religion, qui, tout en nous enjoignant d'aimer tous les hommes,
-admet une préférence d'amour pour les membres de la famille; et
-remarquez bien que le Christ a imposé les devoirs de la parenté à
-l'amitié, et ceux de l'amitié à la parenté, pour nous enseigner que le
-caractère parfait de chacune d'elles consiste dans la réunion des deux
-sentiments: voyant du haut de la croix sa sainte mère, et près d'elle le
-disciple bien-aimé, il dit à sa mère: Voilà votre fils, et au disciple:
-Voilà votre mère. Ce que Bossuet met fort au-dessus de l'action
-d'Eudamidas, «qui, ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa
-famille, s'avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfants, par son
-testament, car ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l'amour le
-fit faire à Jésus-Christ d'une manière bien plus admirable.»
-
-Du reste le proverbe qui préfère les amis aux parents n'a pas été
-généralement admis, comme nous l'avons fait voir en rapportant d'autres
-proverbes qui le combattent et auxquels il faut joindre celui-ci: _Si
-les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de Dieu._
-
-Le poëte Hésiode, dans son poëme _les Travaux et les Jours_, n'a point
-hésité à mettre la fraternité au-dessus de l'amitié.
-
- Que jamais ton ami ne s'égale à ton frère,
- Et pourtant que toujours l'amitié te soit chère!
-
-(Ch. II. Trad. de M. Alph. Fresse-Montval.)
-
-
-Les couteaux coupent l'amitié.
-
-Dicton employé pour signifier qu'il ne faut jamais faire présent d'un
-couteau ni d'un objet coupant ou perçant, comme s'il y avait à craindre
-qu'une fatalité fût attachée à un pareil cadeau, et que la personne qui
-le reçoit dût s'en servir un jour contre celle qui le donne, ainsi que
-le font supposer plusieurs exemples tragiques, parmi lesquels on cite le
-fait suivant arrivé, dit-on, dans une buanderie: «Un enfant, à qui son
-frère avait donné un couteau, l'en frappa au cœur dans une dispute, en
-présence de leur mère, occupée de son lessivage. Celle-ci, hors
-d'elle-même, se précipita sur le meurtrier et le fit tomber dans une
-cuve d'eau bouillante ouverte presque au niveau du sol; puis elle se
-pendit de désespoir, et le père, rentrant chez lui, expira subitement à
-la vue d'un si grand désastre.»
-
-Le poëte Santeuil a résumé cette terrible aventure dans ce distique
-latin d'une concision remarquable:
-
- _Alter cum puero, mater cunjuncta marito,
- Cultello, lympha, fune, dolore cadunt._
-
- Deux enfants et leur mère, et leur père, ô malheur!
- Meurent par le fer, l'eau, la corde, la douleur.
-
-Du reste, la superstition sur laquelle le dicton est fondé ne fait pas
-redouter seulement de sanglantes discordes, mais des infortunes plus
-ordinaires comme l'infidélité, l'abandon et l'oubli. On lit dans le
-chapitre XX des _Évangiles des connoilles_ (quenouilles): «Celuy qui
-estraine sa dame par amours, le jour de l'an, de couteaulx, saichiez que
-leur amour refroydira.» (Mardi, 2me journée.)
-
-On sait que pour conjurer le danger qu'on court à faire des présents de
-cette espèce, il faut exiger en retour quelque petite pièce de monnaie
-des personnes qui les reçoivent. Mais pourquoi une petite pièce de
-monnaie peut-elle empêcher les couteaux donnés de couper
-l'amitié?--C'est, à ce qu'on prétend, parce qu'elle supprime le don, en
-y substituant l'échange dont elle est le gage. Cette explication ne vaut
-pas celle des dires du moyen âge, qui enseignaient que cette monnaie
-servait de préservatif contre le maléfice parce qu'elle était marquée du
-signe de la croix.
-
-
-Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon.
-
-Parce qu'un bouffon sacrifie tout à sa manie de faire rire. Il ne songe
-qu'à prodiguer les plaisanteries les plus hasardées, sans se mettre en
-peine si elles choquent le bon sens ou les usages de la société polie,
-sans avoir égard ni aux personnes, ni aux circonstances, ni au temps.
-Comme il est incapable de retenir sa verve railleuse dans les limites de
-la modération, et de maîtriser sa langue déréglée, il ne peut guère
-manquer de blesser ses amis par ses mauvaises pointes, ou de les
-compromettre par ses sottes indiscrétions.
-
-Ce proverbe n'a pas la prétention d'insinuer que l'amitié soit
-incompatible avec les plaisirs d'une aimable gaieté et d'un riant
-badinage, avec les agréables jeux de l'esprit qui savent, sans
-l'inquiéter, la préserver de la monotonie et de l'ennui; il veut
-simplement faire entendre qu'elle réclame des hommes raisonnables,
-honnêtes, courtois, circonspects, et que ces hommes, d'un commerce doux
-et sûr, sont impossibles à trouver dans la catégorie ridicule et
-méprisable des bouffons.
-
-
-L'amitié est un pacte de sel.
-
-Traduction du proverbe latin: _Amicitia pactum salis_, qui fut formulé
-au moyen âge pour exprimer que l'amitié doit s'établir par un long
-commerce et être toujours durable. L'expression _pactum salis_ est
-plusieurs fois employée dans les livres saints, où elle signifie une
-alliance inviolable et sacrée, par allusion à la nature du sel, qui
-empêche la corruption. «_PACTUM SALIS est sempiternum coram Domino, tibi
-ac filiis tuis_ (_lib. Numerorum_, XVIII, 19). C'est un _pacte de sel_ à
-perpétuité devant le Seigneur, pour vous et vos fils.» «_Num ignoratis
-quod Dominus Deus Israel dederit regnum David super Israel in
-sempiternum, ipsi et filiis ejus IN PACTUM SALIS._ (_Paralip._, XIII,
-5.) Ignorez-vous que le Seigneur Dieu d'Israël a donné pour toujours la
-souveraineté sur Israël à David et à ses descendants par un _pacte de
-sel_?»
-
-Il était recommandé dans le _Lévitique_ d'offrir du sel dans tous les
-sacrifices: «_In omni oblatione tua offeres sal_ (II, 13). Dans toutes
-les oblations tu offriras du sel.» Homère a donné au sel l'épithète de
-divin, θεῖος ἅλς. Pythagore le regardait comme le symbole de la justice,
-et il voulait que la table en fût abondamment pourvue. Vatable croit que
-les Francs admettaient le sel dans leurs pactes, pour montrer qu'ils
-dureraient toujours, et quelques auteurs ont pensé que de cet usage a pu
-dériver le nom de _loi salique_, qui, comme on sait, a une autre
-origine.
-
-
-Il faut que l'amitié nous trouve ou nous fasse égaux.
-
-Cet adage, que nous avons reçu des Latins, nous apprend que la véritable
-amitié ne peut bien s'établir ou se conserver que sous le régime de
-l'égalité, car _l'amitié est la sympathie de deux âmes égales_, suivant
-la maxime des Orientaux.--On comprend qu'il s'agit ici de l'égalité des
-sentiments et non de celle du rang et de la fortune, puisqu'il y a
-plusieurs exemples célèbres qui prouvent que deux hommes inégaux, soit
-en titres, soit en biens, ont été de parfaits amis.--Bossuet a dit de
-cette amitié entre les inégaux qu'elle se soutient d'un côté par
-l'humilité et de l'autre par la libéralité, et cela est vrai sans doute;
-mais il faut que cette humilité et cette libéralité n'altèrent en rien
-le principe d'égalité qui doit régner entre les cœurs; sans quoi
-l'amitié ne saurait subsister. C'est ce qu'exprime un autre proverbe
-oriental que l'abbé Aubert a reproduit textuellement dans ce vers
-remarquable:
-
- L'amitié disparaît où l'égalité cesse.
-
-
-La flatterie est le poison de l'amitié.
-
-C'est un proverbe formulé au moyen âge d'après cette pensée sur laquelle
-Cicéron revient plusieurs fois, qu'il n'y a point dans les amitiés de
-peste plus grande que la flatterie: _Nullam in amicitiis pestem esse
-majorem quam adulationem._ (_De Amicitia_, XXV.) En effet, la sincérité
-étant essentielle à l'amitié, il s'ensuit nécessairement que la
-flatterie doit pervertir et frapper de mort l'amitié.--_Flatter un ami_,
-dit un proverbe antique, _c'est lui verser du poison dans une coupe
-d'or_.
-
-«_Homo, qui blandis fictisque sermonibus loquitur amico suo, rete
-expandit gressibus ejus._ (Salomon, _Prov._, XXIX, 5.) L'homme qui tient
-à son ami un langage flatteur et déguisé tend un filet à ses pieds.»
-
-_Il faut_, dit un proverbe oriental, _se méfier de ceux qui trafiquent
-d'encens et de poisons_: c'est-à-dire des flatteurs et des envieux.
-
-
-Le plus bel âge de l'amitié est sa vieillesse.
-
-C'est-à-dire que plus l'amitié est vieille, plus elle est belle.
-
- Le temps, qui flétrit tout, embellit l'amitié.
-
-Il fait plus que l'embellir, il la consacre. «_Est aliquid sacri in
-antiquis necessitudinibus._ (Cicéron.) Il y a quelque chose de sacré
-dans les vieilles amitiés.» (Voyez sur ce mot de _necessitudinibus_,
-_nécessités_, employé pour _amitiés_, le proverbe: _On ne peut vivre
-sans amis_, dans le commentaire duquel il est expliqué.)
-
-Les Italiens disent: «_Vecchio amico, cosa sempre nuova._ Vieil ami,
-chose toujours nouvelle.»
-
-Les Orientaux ont ce proverbe: _L'amitié est un plaisir qui ne fait que
-s'accroître à mesure qu'on vieillit._
-
-
-Les petits présents entretiennent l'amitié.
-
-Ce n'est pas sans raison que le proverbe dit _les petits présents_, car
-les présents doivent être réciproques, et, lorsqu'ils sont trop
-considérables pour qu'on puisse en rendre l'équivalent, ils blessent
-plus la vanité qu'ils n'excitent la reconnaissance; ils font naître une
-sorte de haine, au lieu d'entretenir l'amitié. Suivant une remarque de
-Q. Cicéron, celui qui ne croit pas pouvoir s'acquitter envers quelqu'un
-ne saurait être son ami. _Qui se non putat satisfacere amicus esse nullo
-modo potest._ (_De Petitione consulatus_, IX.)
-
-Ce que Tacite a redit de cette manière plus énergique: «_Beneficia
-quousque læta sunt, dum videntur exsolvi posse; ubi multum antevenire,
-pro gratia odium redditur._ (Annal., IV, 18.) Les bienfaits sont
-agréables tant qu'on croit pouvoir les acquitter; dès qu'ils excèdent la
-reconnaissance, celle-ci se change en haine.»
-
-Les Celtes avaient cette maxime analogue à notre proverbe: «Que les amis
-se réjouissent _réciproquement_ par des présents d'armes et d'habits:
-_ceux qui donnent et qui reçoivent restent longtemps amis_, et ils font
-souvent des festins ensemble.» On lit dans le _Hava-mal_ des
-Scandinaves: «Si tu as un ami auquel tu te confies, il faut mêler vos
-pensées, _échanger des présents_, et aller souvent le trouver.»
-
-
-La table est l'entremetteuse de l'amitié.
-
-On dit aussi: _La table fait les amis_, parce que les épanchements
-auxquels on se livre en mangeant ensemble établissent des rapports d'une
-intimité bienveillante, qui dissipent les préventions haineuses et
-donnent naissance à l'amitié, ou en resserrent plus étroitement les doux
-liens. Minos et Lycurgue avaient reconnu cette vérité lorsqu'ils
-fondèrent des repas de confraternité, et Aristée regardait comme
-contraire à la sociabilité la coutume des Égyptiens, qui mangeaient
-séparément sans avoir jamais de festins communs.
-
-Il y eut au commencement de la Révolution française des banquets
-fraternels qui se faisaient, le soir, dans les rues, sur les places,
-dans les jardins et les édifices publics. Les citoyens des divers états
-s'y rendaient, apportant chacun son mets, son pain, son vin, son cidre
-ou sa bière, dont leurs voisins moins bien pourvus recevaient
-d'ordinaire une part offerte avec bienveillance. Cette commensalité
-propre à concilier les prolétaires, les ouvriers et les bourgeois, en
-écartant les soupçons, les défiances et les inimitiés qui les
-divisaient, semblaient devoir produire des résultats heureux; mais la
-Convention la jugea dangereuse pour la République, et elle la
-proscrivit, après un fameux rapport de Barrère, qui signalait dans un
-tel rapprochement des riches et des pauvres l'_alliance monstrueuse des
-serpents et des colombes_.
-
-
-Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié.
-
-Il ne faut pas négliger de visiter ses amis. Cet adage se trouve dans un
-précepte de la sagesse scandinave que M. J.-J. Ampère a reproduit dans
-ces vers de son poëme intitulé _Sigurd, tradition épique restituée_:
-
- Le seuil de ton ami, que ton pied le connaisse,
- Qu'entre vous deux toujours le chemin soit frayé;
- Ne souffre pas que l'herbe naisse
- Sur le chemin de l'amitié.
-
-Les Celtes disaient: «Sachez que, si vous avez un ami, vous devez le
-visiter souvent. Le chemin se remplit d'herbes, et les broussailles le
-couvrent bientôt, si l'on n'y passe pas sans cesse.»
-
-Le conseil de _ne pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié_
-n'est pas interprété de même chez tous les peuples. Pour les uns il
-signifie que les amis doivent se visiter continuellement, et pour les
-autres qu'ils ne doivent le faire qu'avec modération, car _des visites
-trop fréquentes useraient l'amitié_, suivant un mot de Mahomet passé en
-proverbe, ou lui ôterait une des forces vitales du sentiment qui
-l'anime, comme le fait entendre Montaigne dans ce passage où il parle de
-son ami Étienne de la Boétie: «L'une partie de nous demeuroit oysifve
-quand nous estions ensemble; nous nous confondions: la séparation du
-lieu rendoit la conjonction de nos volontez plus riche. Cette faim
-insatiable de la présence corporelle accuse un peu la foiblesse en la
-jouissance des ames.» (_Essais_, liv. III, ch. IX.)
-
-La maxime des Hébreux est que les amis qui veulent s'entretenir dans une
-égale et parfaite intelligence ne doivent pas se visiter tous les jours;
-que _la pluie fréquente est très-ennuyeuse, et qu'elle devient
-très-agréable quand on la souhaite_.
-
-Les Arabes disent: _Visite rare accroît l'amitié_; proverbe employé par
-Lockman dans son _Amthal_ ou _Recueil de sentences et d'apologues_.
-
-Les Russes expriment une idée analogue en ces termes: _Visite rare,
-aimable convive._ (Voyez plus loin le proverbe: _Un peu d'absence fait
-grand bien._)
-
-
-L'amitié fait plus de bons ménages que l'amour.
-
-Un sentiment raisonnable entretient le calme dans l'esprit des époux,
-tandis qu'une passion folle y porte l'agitation et le trouble: par
-conséquent, l'_amour qui est presque la folie de l'amitié_, suivant
-l'expression de Sénèque, ne saurait aussi bien que l'amitié simple faire
-régner la paix et la tranquillité.
-
-«Un bon mariage, s'il en est, refuse la compaignie et conditions de
-l'amour: il tasche à représenter celles de l'amitié. C'est une doulce
-société de vie, pleine de constance, de fiance et d'un nombre infiny
-d'utiles et solides offices et obligations mutuelles.» (Montaigne,
-_Essais_, liv. III, ch. V.)
-
-«Ce n'est pas affaire, en mariage, dit Charron, d'être toujours amants,
-mais toujours amis.»
-
-On lit dans une des lettres de la duchesse d'Orléans, mère du Régent:
-«Le mieux est d'aimer son mari par devoir et non par passion, de vivre
-avec lui en paix et amicalement, mais de ne pas se tracasser du cours
-qu'il donne à ses passions. De cette manière on reste longtemps bons
-amis, et la paix et l'harmonie se maintiennent dans le ménage.»
-
-
-L'amitié qui naît de l'amour vaut mieux que l'amour même.
-
-Je crois que ce proverbe est vrai, mais je crois aussi qu'il n'est guère
-susceptible d'avoir une juste application; car l'amour n'abandonne pas à
-la fois deux cœurs qui se désunissent, et, tant qu'il reste dans l'un,
-il ne permet pas à l'amitié de venir y prendre sa place; il la cède
-plutôt à la haine. Si vous en doutez, vous n'avez qu'à proposer votre
-amitié pure et simple à une femme qui conserve pour vous une passion que
-vous n'avez plus pour elle, et vous verrez comment elle recevra votre
-proposition.
-
-Il faut que l'amour soit éteint dans les cœurs qui en ont ressenti les
-ardeurs mutuelles, pour qu'il puisse être remplacé par l'amitié. Ce
-nouveau sentiment, nourri des douces réminiscences du premier, ne se
-forme que lentement. Il ressemble à la fleur parfumée de l'aloès, qui ne
-se développe qu'après de longues années. C'est un bénéfice du temps,
-dont la jouissance est réservée à certains couples exceptionnels,
-vieillis et comme embaumés dans leur fidélité sacrosainte.
-
- Philémon et Baucis nous en offrent l'exemple.
-
-Quelques époux chrétiens nous l'offrent aussi, surtout quand il leur a
-été donné par grâce spéciale de célébrer le jubilé de leur mariage. Mais
-ces pieux époux sont aujourd'hui bien rares. Quant à ceux de toutes les
-autres catégories, je crois qu'il serait très-difficile d'en trouver une
-paire vivant dans les délices de l'amitié, après avoir vécu fidèlement
-dans les délices de l'amour. La sœur, chez eux, ne saurait hériter du
-frère, et cela par une raison toute simple: c'est que les maris et les
-femmes les mettent constamment en hostilité, les maris refusant leur
-amour à leur femme, et les femmes repoussant l'amitié de leur mari. Vous
-pouvez, si vous voulez, faire la converse de cette proposition: elle
-sera tout aussi vraie.
-
-
-L'amitié confie son secret, mais il échappe à l'amour.
-
-C'est un proverbe que La Bruyère a répété dans cette pensée: «On confie
-son secret dans l'amitié, mais il échappe dans l'amour.» Il se trouve
-tel que je le rapporte dans un recueil de proverbes orientaux beaucoup
-plus ancien que les œuvres de La Bruyère.
-
-
-L'amitié rompue n'est jamais bien soudée.
-
-Les Espagnols disent par la même métaphore: «_Amigo quebrado, soldado,
-mas nunca sano._ Ami rompu peut bien être soudé, mais il n'est jamais
-sain.»
-
-Il y a un proverbe patois bien ingénieux dont voici la traduction
-littérale: _L'amitié rompue ne se renoue pas sans que le nœud paraisse
-ou se sente._
-
-Ces proverbes signifient que l'amitié blessée ne se remet jamais
-entièrement de sa blessure.
-
-
-Le respect et la déférence sont les liens de l'amitié.
-
-Il faut entendre ici, je crois, par respect et par déférence, l'estime,
-la considération, la confiance, les égards, les soins et la complaisance
-que les amis se doivent réciproquement: toutes ces choses sont de
-l'essence de l'amitié, il les lui faut sans réserve et sans altération.
-«L'amitié est si jalouse et si délicate, dit Fénelon, qu'un atome qui
-s'y mêle la blesse.»
-
-Le proverbe est une variante de cette sentence d'Ali: «Le respect mutuel
-resserre l'amitié.»
-
-
-Bonne amitié vaut mieux que tour fortifiée.
-
-La guerre peut enlever ou détruire cette tour; mais aucun revers ne peut
-ébranler cette amitié qui prend de nouvelles forces dans les infortunes
-de celui dont les bonnes qualités ont su l'inspirer. Solidaire des maux
-qu'il éprouve, elle cherche tous les moyens de les consoler, de les
-soulager, de les réparer.--Tel est le sens de ce proverbe: l'amitié
-qu'il signale est tout à fait exceptionnelle, et bien des gens ne
-manqueront pas de la reléguer parmi les utopies. Quoi qu'il en soit,
-l'amitié véritable, quand même elle n'aurait pas le caractère de
-perfection qu'il lui attribue, est du plus grand secours contre le
-malheur.--L'_Ecclésiastique_ dit sans figure: «_Amicus fidelis,
-protectio fortis_ (VI, 14). L'ami fidèle est une forte protection.»
-
-Ce proverbe est de la plus haute antiquité, mais il n'est plus
-aujourd'hui aussi vrai qu'il le fut dans l'enfance des sociétés, où
-l'autorité des lois étant souvent méconnue, on cherchait à y suppléer
-par quelque protection plus sûre, en se ménageant des amis puissants et
-en augmentant ses forces individuelles de toutes celles qu'ils avaient.
-
-On sait que Lycurgue avait donné l'amitié pour base à sa législation.
-
-
-L'amitié doit se contracter à frais communs.
-
-L'amitié est une sincère union de deux personnes également soigneuses du
-bonheur l'une de l'autre. Elle ne peut se former et se maintenir
-qu'autant que chacune d'elles se montre animée du même zèle et des mêmes
-sentiments pour en remplir les devoirs réciproques. De là ce proverbe
-employé le plus souvent comme un avis qu'on veut donner aux amis un peu
-trop personnels, qui semblent plus jaloux de jouir des bénéfices de
-l'amitié que d'en partager les charges.
-
-Les Arabes disent dans un sens analogue: _Si ton ami est de miel, ne le
-mange pas tout entier._
-
-
-Il faut découdre et non déchirer l'amitié.
-
-Mot de Caton l'Ancien rapporté par Cicéron en ces termes: _Amicitiæ sunt
-dissuendæ magis quam discindendæ._ (_De Amicitia_, XXI.) Cicéron dit
-encore: _Amicitiam haud præcidas, verum dissuas._ (_De Officiis_,
-XXXIII.) «C'est quelquefois, ajoute-t-il, un malheur nécessaire de
-renoncer à certains amis: alors il faut s'éloigner d'eux insensiblement,
-sans aigreur et sans colère, et faire voir qu'en se détachant de
-l'amitié on ne veut pas la remplacer par de l'inimitié, car rien n'est
-plus honteux que de passer d'une liaison intime à une guerre déclarée.»
-
-«Il ne faut pas croire, dit très-bien Mme de Lambert, qu'après les
-ruptures vous n'ayez plus de devoirs à remplir. Ce sont les devoirs les
-plus difficiles et où l'honnêteté seule vous soutient. On doit du
-respect à l'ancienne amitié. Il ne faut point appeler le monde à vos
-querelles; n'en parlez jamais que quand vous y êtes forcé pour votre
-propre justification; évitez même de trop charger l'ami infidèle.»
-
-Le maréchal de Richelieu disait: «Il faut découdre l'amitié, mais il
-faut déchirer l'amour.»
-
-
-Amitié de gendre.
-
-Amitié sur laquelle il ne faut pas compter. Les Espagnols assimilent
-cette amitié au soleil d'hiver. «_Amistad de yerno, sol de invierno._
-Amitié de gendre, soleil d'hiver»; c'est-à-dire amitié rare comme le
-beau temps dans la froide saison, ou bien amitié qui peut avoir par
-moment quelque éclat, mais qui manque de chaleur. Les Languedociens ont
-ce proverbe: «_Amour dé noros, amour dé jhendrés es uno bugado sans
-cendrés._ Amour de brus, amour de gendres, c'est une lessive sans
-cendres.» Pourquoi cette assimilation d'une mauvaise amitié et d'une
-mauvaise lessive? Serait-ce parce que la première n'efface pas les
-taches du caractère, de même que la seconde n'efface pas les taches du
-linge?
-
-«Collé, auteur connu par des ouvrages où respire la gaieté, a fait une
-longue et triste comédie pour prouver que le gendre ne peut rester l'ami
-de son beau-père. Cette maxime est exagérée, quoiqu'il soit difficile à
-un père de supporter la diminution de l'affection de sa fille et celle
-de sa fortune.» (Pensées du général Petiet.)
-
-Nous avons encore un proverbe remarquable qui fait bien sentir, par le
-double résultat qu'il présente, combien il faut agir prudemment dans le
-choix d'un gendre: _Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en
-trouve un mauvais perd une fille._
-
-Piron a fait usage de ce proverbe d'origine orientale dans les vers
-suivants de sa comédie intitulée l'_Amant mystérieux_.
-
- Quand on choisit un gendre, il faut le choisir bien,
- Et ce choix-là n'est pas une affaire de rien:
- S'il est bon, vous gagnez un fils à la famille,
- Et, quand il est mauvais, vous perdez une fille.
-
-(Act. II, sc. VIII.)
-
-
-Les amitiés devraient être immortelles, et mortelles les inimitiés.
-
-Maxime proverbiale rapportée par l'historien Tite-Live. _Amicitias
-immortales, inimicitias mortales esse debere_ (XL, 46). Elle exprime un
-vœu qu'il n'est pas donné aux hommes de réaliser. Aussi ne
-s'emploie-t-elle que comme formule de regret quand on voit des unions
-heureuses rompues subitement par la mort.--Un proverbe hébreux dit: _Une
-amitié qui a pu vieillir ne devrait jamais mourir._
-
-Fénelon souhaitait que les amis s'entendissent pour mourir le même jour.
-
-C'est ce qui se faisait chez les Gaulois. L'ami ne voulait pas survivre
-à son ami et s'enfermait avec lui dans le même tombeau. Admirable
-résultat produit par deux grandes vertus trop méconnues aujourd'hui, le
-dévouement le plus sincère, et la foi la plus vive à l'immortalité de
-l'âme.
-
-
-L'affection aveugle la raison.
-
-On n'aperçoit pas ordinairement les défauts des personnes qu'on aime, et
-souvent même on prend ces défauts pour des qualités; car l'illusion est
-un effet nécessaire du sentiment dont la force se mesure presque
-toujours par le degré d'aveuglement qu'il produit. «Le cœur, dit Pascal,
-a ses raisons que la raison ne connaît pas.»
-
-Il en est de la haine comme de l'amour: «Ni l'un ni l'autre, dit saint
-Bernard, ne savent juger selon les règles de la vérité.» (_De Grad.
-humilitatis._) De même que l'amour prend les défauts pour des qualités,
-la haine prend les qualités pour des défauts.
-
-«Oh! qu'il en est peu qui voient les défauts de ceux qu'ils aiment et
-les bonnes qualités de ceux qu'ils haïssent! _Un père_, dit le proverbe,
-_ne connaît pas les défauts de son fils, ni le laboureur la fertilité de
-son champ._» (Confucius.)
-
-_L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux, l'un ne laisse
-voir que le bien, et l'autre que le mal._ (Prov. arabe.)
-
-
-On voit toujours par les yeux de son affection.
-
- Et fût-il plus parfait que la perfection,
- L'homme voit par les yeux de son affection.
-
-(Régnier, Sat. V.)
-
-L'historiette suivante, empruntée à Helvétius, qui l'a empruntée à un
-vieux conteur, servira de commentaire à ce proverbe. Un curé et une dame
-galante se trouvaient dans un observatoire. Ils avaient ouï dire que la
-lune était habitée, et, le télescope en main, tous les deux tâchaient
-d'en reconnaître les habitants. «Si je ne me trompe, dit d'abord la
-dame, j'aperçois deux ombres. Elles s'inclinent l'une vers l'autre. Je
-n'en doute point, ce sont deux amants heureux.--Eh! non, madame, s'écria
-le curé, les deux amants que vous croyez voir sont les clochers d'une
-cathédrale.» Ce conte est notre histoire. Nous n'apercevons le plus
-souvent dans les choses que ce que nous désirons y trouver. Sur la
-terre, comme dans la lune, des passions différentes nous font toujours
-voir ou des amants ou des clochers.
-
-Montesquieu a dit, dans une de ses lettres à l'abbé de Guasco, pour
-marquer cette disposition de l'esprit qui nous entraîne continuellement
-vers les objets avec lesquels l'usage nous a familiarisés, qui fait de
-nos idées et de nos paroles des échos de nos préoccupations habituelles:
-«Le curé voit en songe son clocher, et la servante y voit sa culotte.»
-
-
-
-
-PROVERBES
-
-SUR
-
-L'AMOUR
-
-
-Il faut aimer pour être aimé.
-
-Proverbe rapporté par Sénèque: _Si vis amari, ama_ (_Epist._ IX), et
-très-bien expliqué dans ce passage de J.-J. Rousseau: «On peut résister
-à tout, hors à la bienveillance, et il n'y a pas de moyen plus sûr de
-gagner l'affection des autres que de leur donner la sienne. On sent
-qu'un tendre cœur ne demande qu'à se donner, et le doux sentiment qu'il
-cherche le vient chercher à son tour.»
-
-Il y a dans une passion véritable une puissance d'attraction qui finit
-par triompher, non-seulement de l'indifférence, mais de la haine, et
-c'est avec raison qu'un grave archevêque de Paris, monseigneur de
-Péréfixe, a dit: «Le philtre de l'amour, c'est l'amour même.»
-
-Les Italiens ont ce proverbe: «_Chi non arde non incende._ Qui n'est pas
-en feu n'enflamme point.»
-
-
-C'est trop aimer quand on en meurt.
-
-Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers (Ægidius Nuceriensis), dans
-son recueil d'_Adages françois_, traduits en vers latins, _Adagia
-gallica_, etc., a rendu par ce pentamètre:
-
- _Semper amor nimius dum fera mors sequitur._
-
-Ce proverbe est du moyen âge, où le culte de l'amour pouvait faire des
-martyrs. Il trouve rarement son application dans notre siècle d'égoïsme.
-On dit, au contraire, aujourd'hui: _Mort d'amour et d'une fluxion de
-poitrine._
-
-Le troubadour Pons de Breuil avait écrit, à ce que nous apprend
-Nostradamus, un roman jadis très-goûté, dont le titre était: «_Las amors
-enrabyadas de Andrieu de Fransa._ Les amours enragées d'André de
-France.» Il se pourrait que le proverbe fût venu d'une allusion au héros
-de ce roman, mort d'amour pour une reine du pays, et fréquemment cité
-comme le parfait modèle des amants.
-
-Le _Romancero_ espagnol nous offre l'histoire de l'amoureux don
-Bernaldino, qui disait: «Ma gloire est à bien aimer,» et qui se tua de
-désespoir parce que le père de son amie Léonor avait emmené cette belle
-en pays lointain. Ses vassaux, désolés de sa mort, lui élevèrent un
-mausolée tout de cristal, où ils gravèrent une épitaphe touchante
-terminée par ces deux vers:
-
- Aqui está don Bernaldino
- Que murió por bien amar.
-
- «Ci-gît don Bernaldino, qui mourut pour bien aimer.»
-
-Sahid, fils d'Agba, demandait un jour à un jeune Arabe: «A quelle tribu
-appartiens-tu?--J'appartiens à celle chez laquelle on meurt d'amour.--Tu
-es donc de la tribu des Arza?--Oui, j'en suis, et je m'en glorifie.»
-
-Ajoutons que cette tribu, célèbre par son caractère d'amour passionné, a
-fourni presque tous les noms qui figurent dans un livre ou nécrologe
-arabe fort curieux, intitulé _Histoire des Arabes morts d'amour_.
-
-
-Feindre d'aimer est pire que d'être faux monnayeur.
-
-Cette maxime proverbiale est sans doute du temps des Amadis, où le faux
-amour était _plus décrié que la fausse monnaie_. Je le remarque, afin
-qu'elle ne paraisse pas trop étrange, aujourd'hui qu'on ne reconnaît
-plus rien de sérieux ni de vrai dans l'amour, et qu'on en fait un jeu de
-société qui ne se joue qu'avec de faux jetons, et où tout le monde
-triche. Autres temps, autres mœurs.
-
-
-Mieux vaut aimer bergères que princesses.
-
-On a voulu chercher une origine historique à ce proverbe, qui est né
-peut-être de la simple réflexion, et l'on a trouvé cette origine dans
-l'affreux supplice que subirent deux gentilshommes normands, Philippe
-d'Aulnai et Gauthier d'Aulnai, son frère, convaincus d'avoir eu, pendant
-trois ans, un commerce adultère avec les princesses Marguerite et
-Blanche, épouses de Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel. Les
-chroniques en vers de Godefroy de Paris (Manuscrits de la Bibliothèque
-nationale, nº 6,812) nous apprennent que les deux coupables furent
-mutilés, écorchés vifs, traînés, après cela, dans la prairie de
-Maubuisson tout fraîchement fauchée, puis décapités et pendus par les
-aisselles à un gibet. Quant aux deux princesses, elles furent
-honteusement tondues et incarcérées. Marguerite fut étranglée dans la
-suite au château Gaillard, par ordre de son époux, Louis le Hutin, qui
-voulut se remarier en montant sur le trône. Blanche passa le reste de sa
-vie dans une triste captivité.
-
-
-Aimer à la franche marguerite.
-
-Cette locution, employée pour dire être dans une disposition d'amour
-pleine de sincérité et de confiance, fait allusion à une superstition
-amoureuse bien connue dans les campagnes, et que je vais expliquer.
-
-Telle est la disposition du cœur de l'homme que, dans toutes les
-passions qu'il éprouve, il ne saurait jamais s'affranchir d'une sorte de
-superstition. On dirait que, ne trouvant dans le monde réel rien qui
-réponde pleinement aux besoins d'émotion et de sympathie produits par
-l'exaltation de son être, il cherche à étendre ses rapports dans un
-monde merveilleux. C'est surtout dans l'amour que se manifeste cette
-disposition. L'amant est curieux, inquiet, il veut pénétrer l'avenir
-pour lui arracher le secret de sa destinée. Il rattache ses craintes et
-ses espérances à toutes les pratiques mystérieuses que son imagination
-lui fait croire capables de changer la volonté du sort et de la disposer
-en sa faveur. Il veut trouver dans tous les objets de la nature des
-assurances contre les craintes dont il est assiégé. Il les interroge sur
-les sentiments de celle qu'il adore. Les fleurs, qui lui présentent son
-image, lui paraissent surtout propres à révéler l'oracle de l'amour.
-Lorsqu'il va rêvant dans la prairie, il cueille une marguerite, il en
-arrache les pétales l'un après l'autre, en disant tour à tour:
-«M'aime-t-elle?--pas du tout,--un peu,--beaucoup,--passionnément,» dans
-la persuasion que ce qu'il tient à savoir lui sera dit par celui de ces
-mots qui coïncidera avec la chute du dernier pétale. Si ce mot est _pas
-du tout_, il gémit, il se désespère; si c'est _passionnément_, il
-s'enivre de joie, il se croit destiné à la suprême félicité, car la
-marguerite est trop franche pour le tromper.
-
-Les amoureux villageois emploient aussi la plante vulgairement appelée
-pissenlit pour savoir s'ils sont aimés. Ils soufflent fortement sur les
-aigrettes duveteuses de cette plante, et s'ils les font toutes envoler
-d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspiré un véritable
-amour.
-
-Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisième idylle de
-Théocrite, se servaient d'une feuille de la plante que ce poëte nomme
-_téléphilon_ (espèce de pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de
-manière à la faire claquer; car ils regardaient ce claquement comme un
-heureux présage que leur tendresse ne pouvait manquer d'être payée de
-retour.
-
-Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont soin de porter dans
-leurs poches des boutons d'une certaine plante qui sont appelés, en
-raison d'un tel usage: _bachelor's buttons_ (boutons de jeunes gens),
-persuadés que la manière dont ces boutons s'ouvrent et se flétrissent
-doit leur faire connaître s'ils réussiront ou non auprès de l'objet de
-leur passion: Shakespeare a rappelé cette coutume dans les _Joyeuses
-Bourgeoises de Windsor_ (act. III, sc. II).
-
-
-S'aimer comme deux tourterelles.
-
-Les naturalistes et les poëtes du moyen âge ont fait de ces oiseaux le
-symbole de la tendresse et de la fidélité conjugales. Ils nous
-apprennent que le mâle ne s'attache qu'à une seule femelle, et la
-femelle qu'à un seul mâle; qu'ils vivent dans la plus étroite union, et
-que si l'un d'eux vient à mourir, le survivant renonce à s'apparier avec
-un autre.
-
-On lit à ce sujet dans le _Bestiaire divin_ composé par le clerc ou
-trouvère Guillaume: «O vous, hommes et femmes, que l'Église a unis par
-les liens éternels du mariage, vous qui avez juré d'être fidèles, et qui
-tenez si mal vos serments, instruisez-vous par l'exemple de la
-tourterelle. Dans les bois épais qu'elle habite, elle aime sans partage
-et veut être aimée de même. Lorsqu'elle perd sa compagne, il n'est point
-de saison, point de moment où elle ne gémisse. Elle ne se pose ni sur le
-gazon, ni sous la feuillée; mais elle attend toujours celle qu'elle a
-perdue, et ne forme jamais de nouveaux liens. Elle n'oublie point son
-premier ami, et, s'il meurt, le reste de la terre lui est indifférent.
-
-«O vous qui vivez dans le tourbillon du monde, apprenez de cet oiseau
-l'inviolable fidélité des regrets, et ne faites point comme ces maris
-qui, en revenant de l'enterrement de leurs femmes, s'occupent, dès le
-soir même, de la remplacer.» (Ch. XXXI.)
-
-L'abbé Salgues dit: «La tourterelle est si douce qu'on regrette de lui
-enlever la réputation qu'on lui a faite d'être un modèle de fidélité;
-mais la douceur est souvent compagne de la faiblesse, et je suis forcé
-d'avouer que j'ai vu des tourterelles oublier les lois de la constance
-pour coqueter avec des amants. Peut-être était-ce la contagion du
-mauvais exemple, car ces tourterelles étaient domestiques et vivaient
-parmi nous. Cependant Le Roy (naturaliste) assure qu'il en a vu de
-sauvages faire deux heureux de suite, sans quitter la même branche.»
-
-
-S'aimer comme Robin et Marion.
-
-S'aimer d'un amour tendre et fidèle. Il y a une espèce de pastorale du
-douzième siècle, le _Jeu du Berger et de la Bergère_, par Adam de la
-Halle, où Robin et Marion sont représentés comme les parfaits modèles
-des amants. Le chevalier Aubert, épris de Marion, l'accoste en lui
-demandant pourquoi elle répète si souvent et avec tant de plaisir le nom
-de Robin. Elle répond: «C'est que j'aime Robin, et que Robin m'aime.» Il
-lui déclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus heureuse avec lui,
-et il cherche à la séduire par les plus belles promesses. Voyant enfin
-qu'il ne peut y réussir, il veut l'enlever. Mais elle résiste, et il est
-forcé de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui l'auteur nous la
-montre échangeant les plus doux témoignages d'une tendresse mutuelle.
-
-Cette pièce que les jongleurs jouaient et chantaient dans les festins
-publics, entre les mets ou après les mets, a sans doute donné lieu à
-l'expression proverbiale: _s'aimer comme Robin et Marion_, ainsi qu'à
-cette autre expression analogue: _être ensemble comme Robin et Marion_,
-c'est-à-dire en parfaite intelligence.
-
-On dit aussi de deux amants inséparables: _L'un ne va pas sans l'autre,
-non plus que Robin sans Marion._
-
-
-On ne peut aimer et être sage tout ensemble.
-
-C'est un apophthegme que Plutarque, dans la _Vie d'Agésilas_, attribue à
-ce grand capitaine. Il s'explique par le proverbe: «_Omnis amans amens_,
-tout amant est fou.» Les Latins disaient encore qu'aimer et être sage à
-la fois était à peine possible à un dieu.
-
- _Amare et sapere vix deo conceditur._
-
-(P. Syrus.)
-
-Il y a bien des dames, disons-le à leur gloire, qui cherchent tous les
-jours à démentir ce proverbe; plus elles font l'amour, plus elles
-s'efforcent de passer pour sages: _e sempre bene_.
-
-
-Aimer n'est pas sans amer.
-
-Ou plus simplement _aimer est amer_. Ce jeu de mots était un vrai
-calembour dans l'ancien temps, où l'on disait _amer_ pour _aimer_. Le
-sens est suffisamment expliqué par cette apostrophe à l'amour, tirée des
-_Stances sur le déplaisir d'un départ_, partie IV, liv. XI du roman
-d'_Astrée_.
-
- Que nos sages Gaulois savoient bien ta coustume,
- Lorsque pour dire _aimer_, ils prononçoient amer!
- Amers sont bien tes fruits, et pleines d'amertume
- Sont toutes les douceurs qu'on a pour bien aimer.
-
-
-Qui ne sait pas céler ne sait pas aimer.
-
-Le mystère est nécessaire à l'amour, et il ajoute beaucoup à la vivacité
-de cette passion, dont il est la preuve. Ce proverbe est traduit du
-texte latin, _qui non celat amare non potest_, qui forme le second des
-trente et un articles du _Code d'amour_, qu'on trouve dans l'ouvrage
-intitulé _Livre de l'art d'aimer et de la réprobation de l'amour_, par
-maître André, chapelain de la cour royale de France, vers 1176.
-
-«L'amour aime de sa nature tellement le secret et le mystère, qu'on peut
-dire que tout ce qui n'est ni secret ni mystérieux n'est point amour.»
-(Mlle de Scudéri.)
-
-Le comte de Bussy-Rabutin, qui regardait aussi le mystère comme un
-assaisonnement nécessaire de l'amour, a dit dans une de ses maximes:
-
- Aimez, mais d'un amour couvert,
- Qui ne soit jamais sans mystère.
- Ce n'est pas l'amour qui nous perd,
- Mais la manière de le faire.
-
-
-Aimer mieux de loin que de près.
-
-Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers qu'Alcyone adresse à
-Céyx, dans les _Métamorphoses_ d'Ovide (liv. XI, fab. XI):
-
- _Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens._
-
-Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes lorsqu'on n'est
-plus auprès d'elles, celles surtout qui sont d'un caractère conciliant,
-parce que leurs défauts, rendus moins sensibles et presque effacés par
-l'éloignement, ne contrarient plus la tendre impulsion du cœur, d'où le
-proverbe russe: _Ensemble, à charge; séparés, supplice_, proverbe qui
-peut avoir été suggéré par ce joli vers latin:
-
- _Nec possum tecum vivere, nec sine te._
-
- Je ne puis vivre avec toi ni sans toi.
-
-Mais ce n'est pas là ce qu'on entend d'ordinaire quand on dit _aimer
-mieux de loin que de près_. Cette phrase n'a pas été faite pour exprimer
-ce que Mme de Sévigné appelle si heureusement _les unions de l'absence_,
-et elle ne s'emploie guère que pour signifier qu'on ne se soucie point
-d'avoir un commerce assidu avec une personne.
-
-
-Qui bien aime tard oublie.
-
-Un sentiment vif et sincère laisse dans le cœur qui l'éprouve un
-souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe usité en langue romane, _qui
-ben ama tart oblida_, est passé dans plusieurs autres langues, et ce qui
-est assez curieux, il a été employé en vieux français par Chaucer, poëte
-anglais du quinzième siècle, dans son poëme intitulé: _The Assemble of
-foule_ (st. 97),
-
- Hom ki bien aime tart ublie.
-
-Chaucer l'avait peut-être tiré d'un poëme relatif aux aventures de
-Tristan, où il se trouve sous les mêmes termes.
-
-Il y a beaucoup d'autres proverbes formulés primitivement en langue d'oc
-et en langue d'oïl qui sont devenus communs aux Italiens, aux Espagnols,
-aux Anglais, aux Allemands. J'en ai compté plus de quinze cents dont
-l'invention a été attribuée à ces peuples, qui n'ont fait que les
-emprunter à notre ancienne littérature. Ce que je dis n'est pas une
-assertion hasardée, c'est une vérité établie sur des preuves
-chronologiques qu'on ne saurait contester, et que j'ai données, en grand
-nombre, dans mes _Études historiques, littéraires et morales sur le
-langage proverbial_.
-
-
-Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime.
-
-Les amants se plaisent à bercer leur tendre rêverie de félicités
-imaginaires; «et c'est bien ce qu'on dict en proverbe, qu'il faict bon
-voir vasches noyres en boys bruslés, quand on jouit de ses amours.»
-(Rabelais, liv. II, c. XII.)
-
-_Voir vaches noires en bois brûlé_ est une locution qui signifie se
-forger d'agréables chimères, poursuivre de douces illusions, comme font
-les vachers lorsque, devant leur feu, ils rêvent au bonheur d'avoir de
-bonnes vaches noires, réputées meilleures laitières que les autres, et
-croient les voir apparaître avec leurs mamelles pendantes dans les
-figures fantastiques que les tisons, en se consumant, offrent à leurs
-yeux. Les _vaches noires en bois brûlé_ sont les châteaux en Espagne des
-vachers.
-
-
-Qui aime vilement s'avilit.
-
-Proverbe traduit du roman _qui ama vilmen si eis vilzis_. Il exprime une
-opinion qui régnait aux époques chevaleresques et qui interdisait à tout
-gentilhomme de choisir pour son épouse ou pour sa dame une femme issue
-de basse condition. Cette mésalliance, réputée honteuse et avilissante,
-surtout dans le mariage, exposait celui qui l'avait contractée à une
-pénalité dégradante que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix
-cite, à ce sujet, dans ses _Essais historiques sur Paris_, le passage
-suivant d'un écrit du roi René: «Un gentilhomme qui se rabaissoit par
-mariage, et qui se marioit à une femme roturière et non noble, devoit
-subir la punition, qui étoit qu'en plein tournoi tous les autres
-seigneurs, chevaliers et écuyers, se devoient arrêter sur lui et tant le
-battre qu'ils lui fissent dire qu'il donnoit cheval et qu'il se
-rendoit.»
-
-
- Un cheveu de ce qu'on aime
- Tire plus que quatre bœufs.
-
-Proverbe pris d'une ancienne chanson et employé pour marquer l'empire
-que peut exercer une femme sur les volontés de l'homme qui l'adore. Il y
-a dans l'_Anthologie grecque_ de Planude (VII, 39) une épigramme de Paul
-le Silentiaire, où un amant dit que sa Doris l'a attaché avec un cheveu
-de sa blonde tresse, et que ce lien, qu'il se flattait de rompre avec
-facilité, est devenu une chaîne d'airain contre laquelle tous ses
-efforts sont impuissants. «O malheureux que je suis! s'écrie-t-il, je ne
-suis lié que par un cheveu, et ma Doris me mène ainsi comme elle veut!»
-
-Nous disons encore: _On tire plus de choses avec un cheveu de femme
-qu'avec six chevaux bien vigoureux._ Ce qui signifie que l'entremise
-d'une belle dans une affaire est un des plus puissants moyens de succès.
-
-Les Persans disent dans un sens analogue: _Celui qui est aimé d'une
-belle femme est à l'abri des coups du sort._--Rapprochons de cela cet
-autre proverbe: _Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison_;
-c'est-à-dire une belle solliciteuse obtient tout ce qu'elle veut. Et
-comment résister à une femme aimable qui vous implore, qui a des regards
-ravissants, des souris gracieux, des paroles pleines de charme, des
-mains blanches qui vous pressent et des baisers qui vous enivrent! il
-n'y a pas moyen de s'en tirer autrement que par la réponse que M. de
-Calonne, ministre, fit à une princesse charmante qui lui recommandait
-une affaire: «Madame, si la chose est possible, elle est déjà faite, et
-si elle est impossible, elle se fera.»
-
-
-Un peu d'absence fait grand bien.
-
-Les personnes qui s'aiment se revoient avec plus de plaisir après une
-courte séparation. Le sentiment, affaibli par l'habitude d'être
-ensemble, se retrempe dans l'absence. «L'imagination, dit Montaigne,
-embrasse plus chauldement et plus continuellement ce qu'elle va querir
-que ce que nous touchons. Comptez vos amusements journaliers, vous
-trouverez que vous estes le plus absent de votre ami quand il vous est
-présent. Son assistance relasche votre attention et donne liberté à
-votre pensée de s'absenter à toute heure, pour toute occasion.» (_Ess._,
-III, IX.)
-
-Les deux passages suivants de Saady offrent une explication plus
-sensible: «Abuhurra allait tous les jours rendre ses devoirs à Mahomet,
-à qui Dieu veuille être propice! Le prophète lui dit: Abuhurra, viens me
-voir plus rarement, si tu veux que notre amitié s'accroisse, de trop
-fréquentes visites l'useraient trop promptement.»
-
-Un plaisant disait: «Depuis le temps qu'on vante la beauté du soleil, je
-n'ai jamais ouï dire que personne en soit devenu plus amoureux.--C'est,
-répondit-on, parce qu'on le voit tous les jours, excepté en hiver, où il
-se cache quelquefois sous les nuages. Mais alors même on en connaît
-mieux le prix.»
-
-Un amant dit à sa maîtresse dans une épigramme d'Owen:
-
- _Sol fugitur præsens, idemque requiritur absens:
- Quam similis soli est, Nævia, noster amor!_
-
- «On fuit le soleil présent, on le cherche absent. O Névia, combien
- notre amour ressemble au soleil!»
-
-Raynouard parle d'un tenson manuscrit où est discutée cette question:
-«Laquelle est plus aimée, ou la dame présente ou la dame absente? Qui
-induit le plus à aimer, ou les yeux ou le cœur?» Cette question,
-ajoute-t-il, fut soumise à la décision de la cour d'amour de Pierrefeu
-et de Signe, mais l'histoire ne nous apprend pas quelle fut la décision.
-
-Le silence de l'histoire fait supposer celui de la cour d'amour. Les
-dames siégeant à ce tribunal sentirent sans doute qu'il valait mieux se
-taire que de prononcer sur une question qu'elles ne pouvaient résoudre
-sans se placer dans une alternative nuisible à leurs intérêts; car, en
-décidant pour la présence ou pour les yeux, elles eussent donné à leurs
-amants une sorte de droit d'avoir toujours les yeux sur elles, ce qui
-serait devenu incommode ou compromettant sous plusieurs rapports, et, en
-accordant gain de cause à l'absence ou au cœur, elles se fussent
-exposées à ne jouir que par passades de leurs adorateurs changés en
-chevaliers errants: situation incompatible avec les sentiments des
-femmes, qui sont toujours plus jalouses d'être aimées de près que de
-loin.
-
-Quoi qu'il en soit, les personnes qui sentent l'amour prêt à les quitter
-et qui désirent retenir ce volage, ne sauraient mieux faire que de le
-soumettre, pendant quelque temps, au régime fortifiant de l'absence, car
-_l'absence est un moyen de se rapprocher_, comme dit un proverbe turc.
-Une fois séparées par l'espace, elles se toucheront de plus près par le
-cœur. Il y avait répulsion à proximité, il y aura attraction à distance.
-Ce sont là deux phénomènes dépendant de plusieurs causes fort
-naturelles. La plus générale, c'est que les amants dépareillés par la
-séparation passent d'un état de satiété qui alanguissait leurs désirs à
-un état de privation qui les excite. L'éloignement produit d'ailleurs
-dans l'amour le même effet que dans la perspective, où il prête aux
-objets une apparence plus agréable en les montrant sous des formes
-arrondies qui font disparaître les aspérités. Ils ne laissent plus voir
-l'objet aimé que par les côtés séduisants: les défauts cessent d'être
-aperçus, les qualités se présentent sans ombre, elles s'embellissent au
-gré de l'imagination et du sentiment, elles se transforment en idéalités
-poétiques, et le rêve doré des premières amours recommence.
-
-Properce (liv. II, élégie 35) dit que l'absence des amants est un
-surcroît heureux au feu de l'amour:
-
- _Semper in absentes felicior æstus amantes._
-
-Il ne faut pas croire pourtant que l'absence ait une influence
-vivifiante sur toutes les passions. Elle augmente les grandes et diminue
-les petites.
-
-On connaît ce distique proverbial qui a survécu à d'autres vers du comte
-de Bussy-Rabutin, son auteur:
-
- L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent:
- Il éteint le petit, il allume le grand.
-
-Il paraît avoir été pris de cette pensée de La Rochefoucauld: «L'absence
-diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent
-éteint les bougies et allume le feu.»
-
-La Rochefoucauld passe pour avoir tiré sa pensée de la réflexion
-suivante de saint François de Sales, qu'il s'est appropriée en
-l'appliquant à l'absence: «Ce sont les grands feux qui s'enflamment au
-vent, mais les petits s'éteignent si on ne les met à couvert.»
-(_Introduction à la vie dévote_, part. III, ch. XXXIII.)
-
-La comparaison était connue et probablement populaire avant ces trois
-auteurs, et les trois manières dont ils l'ont employée ne sont que des
-variantes de la maxime persane que voici: «Les obstacles abattent les
-âmes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des héros, semblables à un
-vent impétueux qui éteint les flambeaux et allume les incendies.»
-
-
-L'absence est l'ennemie de l'amour.
-
-«L'absence, dit un écrivain anglais, tue l'amant ou l'amour.»
-
-On sent, d'après les explications données dans l'article précédent,
-qu'il s'agit ici de l'absence prolongée et non de l'absence passagère,
-car celle-ci agit sur l'amour à l'inverse de l'autre. La longue absence
-l'éteint, et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence comme
-de la diète, qui est nuisible ou salutaire au malade selon qu'il y a
-excès ou mesure dans sa durée.
-
-
-L'absence est pire que la mort.
-
-L'absence est, dit-on, la mort moins le repos. Elle cause donc plus de
-souffrances que la mort aux personnes sensibles, qui quelquefois aiment
-mieux cesser de vivre que de continuer de vivre dans l'éloignement de
-l'objet de leur affection. Un distique du chevalier Vatan donne, par un
-sophisme ingénieux, une autre explication de ce lieu commun proverbial,
-si fréquemment et si longuement développé dans toutes les
-correspondances épistolaires des amants _condamnés par le sort barbare à
-gémir_, éloignés l'un de l'autre.
-
- De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux,
- C'est celui qui survit; mais l'absence en fait deux.
-
-
-Loin des yeux et loin du cœur.
-
-Proverbe pris du vers suivant de Properce, liv. III, élég. 21.
-
- _Quantum oculis animo tam procul ibit amor._
-
-Il s'explique très-bien par cet autre proverbe qu'on trouve dans le
-troubadour Peyrols: «_Cor oblida qu'elhs no ve._ Cœur oublie ce qu'œil
-ne voit.»
-
-Un bel esprit, écrivant à un voyageur qui se plaignait d'être loin des
-beaux yeux de la dame de ses pensées, lui rappelait le proverbe et
-ajoutait plaisamment: «Ce proverbe s'est toujours accompli à Paris comme
-un arrêt du destin contre les absents. Hâtez-vous donc d'oublier la
-maîtresse que vous y avez laissée, car il est bon de prévenir les
-infidèles.»
-
-
-Les yeux sont messagers du cœur.
-
-Traduction littérale du proverbe roman: _Los uelhs so messatgier del
-cor._--Les yeux de deux amants se cherchent et se rencontrent sans
-cesse. Fidèles conducteurs de ce fluide magnétique qui va remuer au fond
-des cœurs tout ce qu'il y a de plus intime, ils le versent de l'un à
-l'autre, et par cette correspondance réciproque les confondent et les
-absorbent dans le même sentiment. Le troubadour Hugues Brunet de Rhodez
-a dit sur ce sujet: «L'amour s'élance doucement d'œil en œil, de l'œil
-dans le cœur, du cœur dans les pensées.»
-
-On trouve dans une chanson des Grecs modernes: «L'amour se prend par les
-yeux, il descend sur les lèvres, des lèvres il se glisse dans le cœur,
-et y prend racine.»
-
-
-Le cœur ne vieillit pas.
-
-Pour signifier que le cœur, chez les personnes âgées, n'éprouve pas
-toujours le refroidissement que la vieillesse communique aux autres
-organes, qu'il conserve une certaine chaleur de sentiment, qu'il est
-quelquefois sujet à s'enflammer d'amour et qu'il ne doit pas être
-considéré comme une propriété assurée contre l'incendie.
-
-Nous avons encore le proverbe _le cœur n'a point de rides_, c'est-à-dire
-qu'on est toujours jeune pour aimer.
-
-On connaît cet autre proverbe: _Le bois sec brûle mieux que le bois
-vert_, vulgairement employé pour faire entendre qu'une personne âgée est
-quelquefois plus portée à l'amour qu'une jeune, et qu'elle éprouve cette
-passion avec plus d'ardeur.
-
-Voici un sixain assez plaisant qu'il faut joindre aux _errata_ dont un
-tel proverbe paraît susceptible:
-
- Un vieillard faisait les yeux doux
- A Lise, jeune et belle femme,
- Et lui redisait à tous coups
- Que _bois sec mieux que vert s'enflamme_
- «Non pas, lui répondit la dame,
- Lorsque le bois vert est dessous.»
-
-
-L'âme d'un amant vit dans un corps étranger.
-
-Cet adage ingénieux, rapporté par Plutarque dans la _Vie de
-Marc-Antoine_, signifie qu'un amant est tout entier à sa passion et ne
-s'appartient pas à lui-même. Suivant un autre adage, «l'âme d'un amant
-vit plus dans ce qu'elle aime que dans ce qu'elle anime, _anima plus
-vivit ubi amat quam ubi animat_,» parce que, disent les philosophes,
-elle est par nécessité là où elle anime, tandis qu'elle est par choix et
-par inclination là où elle aime.
-
-
-L'amant se transforme en l'objet aimé.
-
-Quand on est véritablement amoureux, on prend l'esprit de la personne
-qu'on aime, on pense d'après elle, on sent par son cœur, on voit par ses
-yeux, on renonce, pour ainsi dire, à ce qu'on est soi-même pour devenir
-ce qu'elle est et ne faire plus qu'un avec elle. Tel est le sens de
-cette maxime proverbiale dont Mme de Motteville a fait l'application à
-la reine épouse de Louis XIV, dans le passage suivant de ses _Mémoires_:
-«Si elle était chagrine, c'est parce que, selon ce que disent les
-philosophes, _l'amant se transforme en l'objet aimé_, et que, voyant le
-roi triste, il était impossible qu'elle fût gaie.»
-
-M. Michelet a exhumé des œuvres de Morin, auteur peu connu qu'il appelle
-«un homme du moyen âge égaré dans le dix-septième siècle», le vers
-charmant que voici:
-
- Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.
-
-Ce vers, que M. Michelet loue avec raison, n'est qu'une variante du
-proverbe suivant, beaucoup plus ancien.
-
-
-L'amant écoute du cœur les prières de sa belle.
-
-Ce proverbe, plein de délicatesse dans la pensée et dans l'expression,
-s'emploie pour signifier qu'un amant a une sorte d'intuition qui lui
-fait sentir, deviner les désirs de sa maîtresse et qu'il ne pense qu'à
-les prévenir. Il est traduit de ce texte roman:
-
- _L'amoros au de cor los precs de sa domna._
-
-Racine a dit heureusement dans son _Andromaque_, par une expression dans
-le genre de celle du proverbe, qui lui était probablement inconnu:
-
- Tu lui _parles du cœur_, tu la cherches des yeux.
-
-(Acte IV, sc. V.)
-
-_Écouter du cœur_ offre la même beauté poétique que _parler du cœur_.
-
-
-La bourse d'un amant est liée avec des feuilles de poireau.
-
-C'est-à-dire qu'elle n'est pas liée, parce que les feuilles de poireau,
-qui se rompent aussitôt qu'on veut les nouer, ne peuvent servir de
-lien.--Ce proverbe, qui était usité chez les Grecs et chez les Latins,
-et qui est cité dans les _Symposiaques_ de Plutarque (liv. Ier, quest.
-5), s'emploie pour marquer la prodigalité des amants. Cette prodigalité,
-dont on pourrait citer des milliers d'exemples remarquables, ne s'est
-jamais manifestée par un trait plus charmant que celui qui a inspiré à
-J. Delille les vers suivants de son poëme de l'_Imagination_, chant IV:
-
- Que j'aime ce mortel qui, dans sa douce ivresse,
- Plein d'amour pour les lieux où jouit sa tendresse,
- De ses doigts que paraient des anneaux précieux
- Détache un diamant, le jette et dit: «Je veux
- Qu'un autre aime après moi cet asile que j'aime,
- Et soit heureux aux lieux où je le fus moi-même.»
- Cœur noble et délicat! dis-moi quel diamant
- Égale un trait si pur et vaut ton sentiment?
-
-C'est ainsi, dit-on, que le duc de Buckingham témoigna l'ivresse de son
-bonheur à l'endroit où la reine de France, Anne d'Autriche, venait de
-lui avouer qu'elle l'aimait. Ce trait fut reproduit, dans la suite, par
-milord Albemarle, le même qui, voyant un soir Mlle Gaucher, sa
-maîtresse, occupée à regarder fixement une étoile, s'écria: «Ne la
-regardez pas tant, ma chère, je ne pourrais vous la donner.»
-
-Le sentiment qui respire dans ce mot, où le cœur s'est exprimé avec tant
-d'esprit et de délicatesse, se trouve sous une forme non moins naïve
-qu'originale dans ces vers d'une ballade qui est insérée parmi les
-ballades de Villon, mais qui n'est pas de Villon:
-
- Or elle a tort, car haine ne rancune
- Onc n'eut de moi; tant lui fus gracieux
- Que s'elle eust dit: Baille-moi de la lune,
- J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux.
-
-Un barde gallois nommé Moke, qui florissait au treizième siècle, dit
-dans une pièce de vers où il loue l'excessive libéralité de je ne sais
-plus quel prince: «Si je souhaitais que mon prince me fît cadeau de la
-lune, il me la donnerait certainement.»
-
-J'ignore si la phrase de Moke a été l'origine ou l'application de cette
-locution proverbiale par laquelle on caractérise un homme galant et
-magnifique qui ne refuse rien aux désirs de la femme qu'il adore: _Il
-décrocherait la lune pour elle._
-
-Gœthe fait dire à Méphistophélès parlant de Faust: «Un pareil fou
-amoureux vous tirerait en feu d'artifice le soleil, la lune et les
-étoiles, pour peu que cela pût divertir sa belle.»
-
-Un proverbe roman dit: «_Pauc ama qui non fai messis._ Peu aime qui ne
-fait dépenses.»
-
-
-Querelles d'amants, renouvellement d'amour.
-
-Traduction d'un proverbe des anciens encadré dans ce joli vers de
-l'_Andrienne_ de Térence (act. III, sc. VI):
-
- _Amantium iræ, amoris integratio est._
-
-Ovide a dit, dans son premier livre des _Amours_, que si les amants
-n'avaient point de démêlés ils cesseraient bientôt de s'aimer:
-
- _Non bene, si tollas prælia, durat amor._
-
-(Eleg. IV.)
-
-On connaît le mot de Marivaux: «En amour querelle vaut mieux qu'éloge.»
-
-Ainsi la colère est comme le sel de l'amour, elle le conserve. Ce n'est
-pas tout, à l'effet conservateur qu'elle produit sur lui elle en joint
-un autre non moins précieux: c'est le nouveau charme qu'elle lui
-communique par la douceur des raccommodements dont elle est suivie.
-D'après un proverbe latin traduit du grec, «l'amour après la colère est
-plus agréable, _amor fit ex ira jucundior_.» Ce que Plutarque a expliqué
-de cette manière: «De même que le soleil est plus ardent au sortir des
-nuages, ainsi l'amour sorti de la colère et du soupçon, lorsque la paix
-est faite et que les esprits sont apaisés, est plus agréable et plus
-vif.»
-
-Il ne faut donc pas s'étonner que tant de femmes se plaisent à exciter
-la colère de leurs maris ou de leurs amants, puisqu'elles ont un double
-intérêt à le faire. La chose d'ailleurs leur est conseillée par un
-antique adage qui dit de pousser à la colère la personne qui aime, si
-l'on tient à son amour.
-
- _Cogas amantem irasci, amari si velis._
-
-(P. Syrus.)
-
-Voilà le secret de la plupart des dépits amoureux chez les dames. Ils ne
-sont pas toujours de purs caprices, comme les sots le prétendent, mais
-le plus souvent des moyens calculés pour enflammer la passion qu'elles
-inspirent. Ils sont aussi des témoignages de celle qu'elles éprouvent,
-et, sous ce rapport, les hommes devraient leur en savoir gré.
-
-
-Les amants qui se disputent s'adorent.
-
-L'explication de ce proverbe se présente d'elle-même après ce qui a été
-dit dans l'article précédent, et elle n'a pas besoin d'être donnée de
-nouveau. Mais il n'est pas inutile d'ajouter que ceux et celles qui
-prétendent faire de la dispute un aiguillon d'amour doivent avoir soin
-de ne pas la prolonger, car elle produirait un effet contraire. C'est
-une recommandation d'Ovide dans ses _Amours_:
-
- _Sed nunquam dederis spatiosum tempus in iram.
- Sæpe simultates ira morata facit._
-
-(Lib. I, eleg. VIII.)
-
- «Ne vous abandonnez pas trop longtemps à la colère; une colère
- prolongée a souvent engendré la haine.»
-
-
-Le mouvement des yeux est le langage des amants.
-
-Et nul autre ne saurait mieux leur convenir. Il leur offre l'avantage de
-converser au gré de leur cœur, au milieu d'un monde indiscret, sans en
-être entendus: il les dispense, en outre, des lenteurs obligées de la
-parole, qui ne pourrait exprimer que successivement les pensées qu'ils
-sont pressés de se communiquer, et il leur permet de les exposer d'une
-manière presque simultanée en un tableau vivant: par quels discours
-rendrait-on aussi bien ce qu'on sent, quand on aime? «On voudrait, dit
-Pascal, avoir cent langues pour le faire connaître; car, comme l'on ne
-peut pas se servir de la parole, l'on est obligé de se réduire à
-l'éloquence d'action... Un amour ferme et solide commence toujours par
-l'éloquence d'action. Les yeux y ont la meilleure part.» (_Discours sur
-les passions de l'amour_).
-
-
-C'est tous les jours la fête du regard pour les amants.
-
-On nommait autrefois «fête du regard» (_festum reguardi_), une entrevue
-publique qu'avaient un fiancé et une fiancée, en présence de leurs
-parents et amis, ordinairement le dimanche qui précédait la bénédiction
-nuptiale. Carpentier en a parlé dans son _Glossaire_, et a cité, en
-preuve du fait, des lettres de rémission de 1374, où se trouve cette
-phrase: «Comme le jour de Nostre-Dame le suppliant feut alez voir la
-_feste du regard_ qui se faisoit en l'hostel du prevost des marchands
-(de Paris) d'une sienne fille, etc.» C'est sans doute de cette fête,
-nommée aussi le _beau dimanche_, qu'est venu le proverbe employé pour
-signifier que deux amants ont toujours les yeux fixés l'un sur l'autre,
-avec un plaisir dont rien ne saurait les distraire.
-
-«Oh! que ne puis-je, s'écrie Pétrarque, considérer, un jour entier du
-moins, ces yeux dont l'amour dirige les mouvements! Dans cette
-contemplation divine, je voudrais oublier autrui et moi-même; je
-voudrais suspendre jusqu'au battement de ma paupière.»
-
-Cette exclamation passionnée rappelle un vers charmant du poëme grec
-_Héro et Léandre_: «J'ai fatigué mes yeux à la regarder; je n'ai pu me
-rassasier de la voir.»
-
-Saadi, dans son style oriental, fait dire à un amant ravi en extase
-tandis qu'il contemple sa maîtresse: «Je verrais une flèche partir
-devant moi et venir chercher mes yeux, que je ne pourrais les détourner
-d'elle.»
-
-Qu'on me pardonne de joindre à ces citations les vers suivants que j'ai
-mis dans la bouche d'un amant parlant à sa belle absente:
-
- O de l'amour force et mystère!
- O sentiment impérieux!
- Je donnerais ma vie entière
- Pour ton aspect délicieux.
- A tout autre intérêt mon âme est étrangère;
- Eh! que m'importe, hélas! le jour qui vient des cieux
- Sans toi, le plus beau jour attriste ma paupière,
- Et je ne veux d'autre lumière
- Que celle qui part de tes yeux.
-
-Les Anglais ont un proverbe qui dit qu'un aigle qui regarde fixement le
-soleil ne pourrait soutenir le regard d'un amant: «_A lover's eyes will
-gaze an eagle blind._ Les yeux d'un amant peuvent regarder un aigle de
-façon à l'aveugler.»
-
-
-Il est un Dieu pour les amants.
-
-De même que pour les fous, les enfants et les ivrognes, parce que les
-amants, non moins exposés que ces trois espèces d'individus à une foule
-d'accidents funestes, y échappent comme eux par un bonheur inespéré
-qu'on prend pour l'effet d'une protection spéciale du ciel. C'est de
-l'antiquité païenne qu'est venue cette idée proverbiale de
-l'intervention d'un dieu qui les préserve des dangers dont ils sont
-menacés. Elle se trouve exprimée dans la vingt-neuvième élégie du second
-livre de Properce. Ce poëte suppose qu'un amant est à l'abri du péril
-sous la garde des immortels, que la douleur d'être abandonné de l'objet
-de son amour peut seule lui donner la mort, et même que si la douce
-présence de sa maîtresse venait le rappeler à la vie, fût-il déjà
-descendu dans la barque infernale, l'immuable Destin ne l'empêcherait
-pas de revoir la lumière.
-
-
- Les grands, les vignes, les amants,
- Trompent souvent dans leurs serments.
-
-Ces deux vers, que Régnier a placés dans ses _Stances contre un amoureux
-transy_, était un proverbe de son temps. Ce proverbe est trop clair pour
-qu'il soit besoin d'en expliquer le sens. Je remarquerai seulement que
-le mot _serments_ appliqué aux rejetons du cep de vigne se disait
-autrefois pour _sarments_. En voici deux exemples curieux: «L'année que
-Charles VIII renvoya Marguerite d'Autriche pour épouser Anne de Bretagne
-fut si pluvieuse, que les raisins ne purent venir en maturité, de sorte
-que les vins furent extrêmement verts et incommodes à l'estomac, d'où il
-vint quantité de coliques. «Il ne faut s'étonner, dit Marguerite, si les
-vins sont verts et malfaisants cette année, puisque les _serments_ n'ont
-rien valu.» (_Mém. hist. sur Charles VIII._)
-
-«Par le vray Dieu, dict Pantagruel des procureurs, puisqu'ils guaignent
-tant aux grappes, le serment leur peut beaucoup valoir.» (Rabelais, liv.
-V, ch. XVIII.)
-
-
-Les belles ne sont pas pour les beaux.
-
-Les hommes les plus beaux ne sont pas les plus heureux en amour. Les
-mères et les maris les redoutent et les surveillent; les femmes tendres
-croient qu'ils s'aiment trop; les fières ne leur trouvent pas assez de
-soumission; celles qui craignent la médisance les jugent dangereux pour
-leur réputation. Ils coûtent trop cher à celles qui payent, ils ne
-donnent rien à celles qui se font payer. D'ailleurs ils n'ont point ces
-craintes obligeantes d'être quittés qui flattent tant la vanité
-féminine; au contraire, ils menacent de quitter eux-mêmes, et ils
-reçoivent les faveurs comme des tributs mérités.
-
- _Fastus inest pulchris sequiturque superbia formam._
-
-(Ovide, _Fast._ I, 419.)
-
-
-Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions.
-
-La raison de cette observation proverbiale est très-bien développée dans
-ce passage de l'_Essai sur le Goût_, par Montesquieu: «Il y a
-quelquefois dans les personnes ou dans les choses un charme invisible,
-une grâce naturelle qu'on n'a pu définir et qu'on a été forcé d'appeler
-le _je ne sais quoi_; il me semble que c'est un effet naturellement
-fondé sur la surprise. Nous sommes touchés de ce qu'une personne nous
-plaît plus qu'elle ne nous a paru d'abord devoir nous plaire, et nous
-sommes agréablement surpris de ce qu'elle a su vaincre des défauts que
-les yeux nous montrent et que le cœur ne croit plus. Voilà pourquoi les
-femmes laides ont très-souvent des grâces, et qu'il est rare que les
-belles en aient: car une belle personne fait ordinairement le contraire
-de ce que nous avions attendu; elle parvient à nous paraître moins
-aimable; après nous avoir surpris en bien, elle nous surprend en mal;
-mais l'impression du bien est ancienne, et celle du mal est nouvelle.
-Aussi _les belles personnes font-elles rarement les grandes passions_,
-presque toujours réservées à celles qui ont des grâces, c'est-à-dire des
-agréments que nous n'attendions pas et que nous n'avions pas sujet
-d'attendre.»
-
-Ajoutons cette réflexion de La Bruyère: «Si une laide se fait aimer, ce
-ne peut être qu'éperdument, car il faut que ce soit par une étrange
-faiblesse de son amant ou par de plus secrets et de plus invincibles
-charmes que ceux de la beauté.»
-
-
-L'amour vient sans qu'on y pense.
-
-L'amour est de tous les sentiments le plus spontané, le plus indépendant
-de la réflexion et de la volonté. Il se glisse si subtilement dans le
-cœur et l'envahit si vite que l'on s'aperçoit qu'on aime avant d'avoir
-délibéré si l'on doit aimer. Qu'est-ce donc qui produit cet
-envahissement aussi imprévu que soudain?--Ceux mêmes qui l'ont éprouvé
-l'ignorent, ayant été toujours trop préoccupés d'en sentir l'effet pour
-qu'ils aient songé à en étudier la cause.
-
-Mais si l'on ne sait pas comment l'amour vient, on sait beaucoup mieux
-comment il s'en va. Il n'y a plus rien de mystérieux dans la cause ou
-plutôt dans les causes de son départ. Elles se montrent telles qu'elles
-sont, malgré les soins qu'on prend de les dissimuler. Seulement il n'est
-pas aussi facile de les énumérer que de les reconnaître. Elles échappent
-au calcul et à l'analyse par leur multiplicité.
-
-
- Amour et mort
- Rien n'est plus fort.
-
-Rien ne résiste à l'amour ni à la mort.
-
- Il n'est d'homme ici-bas
- Qui soit exempt d'amour non plus que de trépas.
-
-(Régnier.)
-
-C'est la belle pensée du _Cantique des cantiques_, où l'époux dit à la
-Sulamite: «Placez-moi comme un sceau sur votre cœur, parce que _l'amour
-est fort comme la mort_. _Pone me ut signaculum super cor tuum, quia
-fortis est ut mors dilectio_ (VIII, 6).»
-
-
-L'amour fait perdre le repos et le repas.
-
-Ce proverbe est le 23e article du _Code d'amour_ déjà cité, page 196.
-Voici cet article: _Minus dormit et edit quem amoris cogitatio vexat._
-Celui que la pensée d'amour tourmente dort moins et mange moins.»
-
-Le souci ronge ceux qui aiment, comme l'observe Ovide dans ce joli vers
-de son héroïde de Pénélope à Ulysse:
-
- _Res est solliciti plena timoris amor._
-
- «L'amour est toujours plein d'un inquiet effroi.»
-
-«On ne vit point sans douleur dans l'amour. _Sine dolore non vivitur in
-amore._» Paroles de l'_Imitation de Jésus-Christ_ (III, 5, 7), qu'on a
-détournées de l'amour de Dieu à l'amour profane.
-
-Les Italiens ont ce proverbe: «_Chi ha l'amor nel petto ha sprone nei
-franchi._ Qui a l'amour au cœur a l'éperon aux flancs.»
-
-Mlle de Lespinasse disait: «Il n'y a point d'esclaves plus tourmentés
-que ceux de l'amour.»
-
-«Amour et repos peuvent-ils habiter un même cœur? La pauvre jeunesse est
-si malheureuse aujourd'hui qu'elle n'a plus que ce terrible choix: amour
-sans repos, ou repos sans amour.» (_Le Barbier de Séville_, act. II, sc.
-II.).
-
-
-L'amour le plus parfait est le plus malheureux.
-
-Il faut nécessairement qu'il en soit ainsi, puisque l'amour tire sa
-perfection des contrariétés, des privations et des sacrifices qui lui
-servent d'épreuves. Presque tous les romans semblent faits pour
-confirmer la vérité de ce proverbe. On n'y voit que des amants
-poursuivis par une fatale destinée et dont la constance s'affermit sous
-les coups du malheur, et l'on peut dire que les plus vives inquiétudes
-font le meilleur sublimé de l'amour.
-
-Le recueil de Philippe Garnier, imprimé à Francfort en 1612, donne cette
-variante: _Les plus parfaites amours sont celles qui réussissent le
-moins._
-
-
-En amour les apprentis en savent autant que les maîtres.
-
-Ils n'ont pas besoin pour cela de plus de leçons que les animaux. La
-nature y a si bien disposé les moins expérimentés et leur a marqué le
-but et la voie d'une manière si précise qu'ils n'ont pas à craindre de
-se fourvoyer, et leurs coups d'essai sont toujours des coups de maître.
-
-Une conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il n'y a pas proprement
-d'art d'aimer. Mais il y a un art de plaire et de se faire aimer, et,
-dans ce cas, les leçons ne sont pas inutiles comme dans l'autre.
-
-
-L'amour naît à la première vue.
-
-Les Latins disaient, d'après les Grecs: «_Ex aspectu nascitur amor._
-L'amour naît du regard.» Ces peuples, qui plus que nous avaient une foi
-aveugle à l'influence mystérieuse des émanations, ne doutaient pas que
-les personnes même les plus indifférentes ne fussent susceptibles de
-recevoir par les yeux des impressions capables de déterminer subitement
-la passion la plus vive. On ne saurait bien expliquer comment un regard
-peut produire des effets moraux si rapides, si imprévus, si
-irrésistibles; mais il semble qu'il y ait au fond du cœur je ne sais
-quelle idée innée de l'objet qu'on doit aimer, et que le premier coup
-d'œil qu'on lui donne soit comme un rayon de lumière qui le fait
-reconnaître, et comme un courant magnétique qui entraîne vers lui par
-d'indéfinissables affinités.
-
-Virgile a peint d'une manière admirable cette commotion électrique qui
-enlève une personne à elle-même, et la livre corps et âme à l'objet
-offert à ses yeux fascinés:
-
- _Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error._
-
-(Éclog. VIII.)
-
-Et Virgile a été imité par Racine d'une manière non moins admirable dans
-ces vers de la tragédie de _Phèdre_:
-
- Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue,
- Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue.
-
-(Acte I, sc. V.)
-
-C'est ce qu'on appelle le _coup de foudre en amour_, dont l'article
-suivant donnera l'explication.
-
-
-Le coup de foudre en amour.
-
-Le coup soudain dont on se sent frappé à la première vue d'une personne,
-ou bien le sentiment passionné qui s'empare à la fois de deux personnes
-par l'effet d'un regard où se révèle spontanément la mutuelle ardeur de
-leur cœur.
-
-Les romanciers du dix-septième siècle ont souvent employé cette
-expression pour caractériser le rapide mouvement de sympathie qui
-subjugue les héros et les héroïnes de leurs romans, et qui décide de la
-destinée des uns et des autres.
-
-Le verbe _foudroyer_ est fort usité aujourd'hui dans la même acception.
-
-
-L'amour est une fièvre au rebours.
-
-La fièvre et l'amour sont deux maladies qui produisent les mêmes effets
-en sens inverse. La fièvre a d'abord des accès frileux que suivent des
-accès brûlants; l'amour, au contraire, commence par être tout de feu et
-finit par être tout de glace.
-
-
-Il faut être fou en amour.
-
-Les belles jugent l'amour incompatible avec la raison; elles ne se
-croient véritablement aimées que de ceux qui font des folies pour leur
-plaire. Les folies sont, à leur gré, les preuves les plus incontestables
-de la passion qu'elles inspirent, et il n'est pas besoin de dire que ce
-ne sont pas les plus courtes qu'elles trouvent les meilleures.
-
-
-Louange engendre amour.
-
-Proverbe littéralement traduit du roman, _lauzor engenr' amor_, dont le
-troubadour Amanieu des Escas s'est servi, et dont Colardeau a donné une
-variante dans ce joli vers:
-
- On flatte l'amour-propre, on fait naître l'amour.
-
-J'ai entendu employer dans le Midi, pour exprimer la même idée, cette
-comparaison proverbiale: _Les femmes se laissent prendre à la louange
-comme les alouettes au miroir._
-
-«Il ne s'agit peut-être, pour s'emparer de ces êtres si subtils, si
-souples et si pénétrants, que de savoir manier la louange et chatouiller
-l'amour-propre. La flatterie est le joug qui courbe si bas ces têtes
-ardentes et légères. Malheur à l'homme qui veut porter la franchise dans
-l'amour!» (G. Sand, _Indiana_, ch. VII.)
-
-Je ne sais qui a dit que les femmes aiment moins les hommes pour le
-mérite qu'ils ont que pour le mérite qu'ils trouvent en elles.
-
-
-L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas à guérir.
-
-Parce que, dit la reine de Navarre, cette maladie donne tel
-contentement, que la guérison est la mort. (_Heptamér._, nouvelle XXIV.)
-
-Ce proverbe se retrouve dans ces vers de Properce:
-
- _Omnes humanos sanat medicina dolores,
- Solus amor morbi non amat artificem._
-
-(II, Eleg. I.)
-
- «La médecine guérit toutes les douleurs humaines; l'amour seul ne veut
- pas de guérisseur.»
-
-Le cœur de l'homme étant fait pour sentir, et ne trouvant sa véritable
-vie que dans l'exercice de la sensibilité, doit nécessairement préférer
-une agitation, même douloureuse, à un repos apathique, surtout quand
-cette agitation est produite en lui par l'amour, c'est-à-dire par la
-passion la plus conforme à sa nature. Il n'y a donc rien d'étonnant
-qu'il veuille rester attaché aux tourments que cette passion lui cause,
-et qu'il les regrette dès qu'il en est affranchi. On connaît le mot de
-cette femme dont l'âme était tombée de la fièvre des émotions dans le
-marasme des langueurs: «Oh! le bon temps où j'étais malheureuse!» Ce mot
-si vrai est celui de tout amant qui est dans la même situation. La
-tranquillité retrouvée lui est importune; il soupire après les peines
-dont elle le prive; il regarde ces peines comme ses plus doux plaisirs.
-
-C'est ce sentiment qui inspirait à Étienne de la Boétie les vers
-suivants, qui terminent son vingt-septième sonnet:
-
- Vive le mal, ô dieux, qui me dévore!
- Vive à jamais mon tourment rigoureux!
- O bienheureux, et bienheureux encore
- Qui sans relâche est toujours malheureux!
-
-On connaît ce vers charmant de Mme Dufresnoy:
-
- Un amour malheureux est encore un bonheur.
-
-Le quatrain suivant exprime la même idée qu'on a cherché à rendre plus
-gracieuse et plus touchante par la situation:
-
- Les peines de l'amour ont d'ineffables charmes:
- Deux amants, qui pleuraient à l'ombre d'un tilleul,
- Se disaient, en mêlant des baisers à leurs larmes:
- _Souffrir deux est plus doux que d'être heureux tout seul._
-
-
-Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris.
-
- Bels plors d'amor mais valon que sos ris.
-
-Proverbe formulé probablement par le troubadour Bernard de Ventadour,
-qui l'a placé dans une de ses pièces, immédiatement après cette
-réflexion passée aussi en proverbe: _Peu aime qui n'est pas sujet à la
-tristesse._ Il y a en effet dans les tristesses de l'amour je ne sais
-quelle douceur secrète dont on a dit que les anges seraient jaloux.
-
-Ce charmant proverbe a été reproduit ou imité dans beaucoup de langues,
-par une foule de poëtes érotiques; les deux meilleures imitations que
-j'en connaisse sont ce vers cité sur l'amour par Saint-Évremont:
-
- Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines.
-
-et ceux-ci de la chanson délicieuse de La Fontaine, qui est chantée à
-Psyché pour l'engager à aimer:
-
- Sans cet amour, tant d'objets ravissants,
- Lambris dorés, bois, jardins et fontaines,
- N'ont point d'appas qui ne soient languissants,
- Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.
-
-
-L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses.
-
-Étang est ici employé au figuré pour quantité considérable, nombre
-infini, dans le même sens que les Latins disaient _pelagus bonorum_, une
-mer de biens, une mer d'abondance. Ce proverbe est traduit de ces deux
-vers du troubadour Arnaud Daniel.
-
- _Amor es de pretz la claus
- Et de proeza us estanck._
-
-Pour bien le comprendre, il faut savoir que les troubadours avaient
-donné au mot _amour_ une signification beaucoup plus étendue que celle
-que nous lui donnons. Ils le regardaient comme le principe et la source
-de tout mérite intellectuel et moral. «L'amour, disait Rambeaud de
-Vaqueiras, est le mieux de tout bien; il améliore les meilleurs et peut
-donner de la valeur aux plus mauvais; d'un lâche il peut faire un brave,
-d'un guerrier un homme gracieux et courtois.» Le roman de _Jauffre_ et
-_Brunissende_ disait à peu près de même: «Par l'amour tout homme devient
-meilleur et plus brave, plus libéral et plus joyeux, plus ennemi de
-toute bassesse.»
-
-Le génie poétique, ou l'_art de trouver_, était considéré comme le
-résultat et l'expression de l'amour érigé en vertu suprême, et ses
-divers degrés correspondaient à ceux de cette vertu. De là l'espèce de
-synonymie établie par la langue romane entre _amour_ et _poésie_,
-synonymie adoptée par Pétrarque dans ces vers où il appelle le
-troubadour Arnaud Daniel _grand maître d'amour_, pour dire _grand maître
-de poésie_.
-
- Gran maestro d'amor ch'alla sua terra
- Ancor fa onor _col dir_ polito e bello.
-
-(_Trionfo d'amore_, IV.)
-
-J'ai emprunté cette citation au savant auteur de la _Symbolique du
-droit_, M. Chassan, qui ajoute: «Ainsi le recueil composé à Toulouse au
-quatorzième siècle, et qui renferme une grammaire, une poétique et une
-rhétorique, est intitulé _Leys d'amor_, littéralement _Lois d'amour_,
-quoiqu'il ne fût pas à l'usage des cours d'amour. Les règlements de la
-Société des troubadours à Toulouse portent aussi le nom de _Leys
-d'amor_. Cette acception du mot _amour_ pour signifier _poésie_ est bien
-en rapport avec la nature et l'essence de la poésie romane.»
-
-
-L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'épi sans grain.
-
-Ce proverbe, qu'on trouve dans le troubadour Pierre d'Auvergne, qui
-paraît l'avoir formulé, est encore dérivé de l'idée exprimée dans le
-précédent, où l'amour est considéré comme le principe des vertus
-intellectuelles et morales, ainsi que des vertus guerrières; en un mot,
-comme la source de tout bien.
-
-
-L'amour excite aux grandes prouesses.
-
-C'est encore un proverbe roman qui se trouve dans plusieurs ouvrages des
-troubadours, notamment dans le roman de _Flamenca_. On dit dans le même
-sens: _L'amour fait les héros_, variante que J.-J. Rousseau a rapportée
-et expliquée dans sa _Nouvelle Héloïse_: «L'amour véritable est un feu
-dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentiments et les anime
-d'une vigueur nouvelle. C'est pour cela qu'on a dit que l'amour faisait
-les héros.»
-
-Platon affirmait que, si l'on composait une armée de jeunes amoureux, il
-n'y aurait point d'actes héroïques dont ils ne fussent capables pour
-plaire à leurs maîtresses. On sait que le seigneur de Fleuranges
-s'écriait en montant à l'assaut sous le feu de l'ennemi: «Ah! si ma dame
-me voyait!» Trait que Lebrun a rappelé dans une de ses odes, où il a
-voulu démontrer par des exemples que l'amour est le plus puissant mobile
-de la valeur et du génie.
-
- D'un assaut bravant la furie,
- J'entends Fleuranges qui s'écrie:
- «Ah! si ma dame me voyait!»
- Il vole, il frappe, tout succombe;
- De toutes parts l'ennemi tombe:
- Un jeune amant le foudroyait.
-
-Cet amour héroïque, c'est l'amour élevé à sa plus haute puissance,
-l'amour sublimé, dit M. V. Hugo; Scudéri l'assimile ingénieusement «au
-feu d'Hercule, qui en le consumant, le fit dieu».
-
-
-L'amour est le revenu de la beauté.
-
-Revenu très-passager, car si la beauté a le don de produire l'amour,
-elle n'a pas celui de le conserver longtemps. Elle a besoin, pour
-maintenir les avantages qu'elle possède, d'y joindre les charmes du cœur
-et de l'esprit. C'est ce qu'expriment très-bien ces vers de Mme Verdier:
-
- Pour inspirer un feu constant,
- Il ne suffit pas d'être belle:
- C'est à la beauté qu'on se rend,
- Mais c'est au cœur qu'on est fidèle.
- C'est à l'accord intéressant
- D'un esprit doux et sage et d'une âme sensible,
- Que se trouve attaché le secret infaillible
- De fixer un époux et d'en faire un amant.
-
-
-Courtoisie fait amour durer.
-
-Les tendres procédés, les complaisances délicates, les petits soins
-affectueux entretiennent et font durer l'amour. Le mot _courtoisie_ a
-gardé ici le sens plus étendu qu'il avait jadis, il se rapportait
-non-seulement à la politesse des manières, mais à celle de l'esprit et
-du cœur; il exprimait la réunion des principales qualités des preux,
-telles que la galanterie, la loyauté, la constance, le dévouement, etc.
-C'était en tout l'opposé des mœurs des vilains.
-
-Un amour ainsi nourri de la fine fleur des sentiments chevaleresques,
-réunit plus que tout autre d'excellentes conditions de durée et de
-bonheur, et pourtant nous ne voyons pas qu'il s'établisse à demeure fixe
-dans les tendres cœurs. Il est tout différent aujourd'hui de ce qu'il
-fut au siècle des Amadis, et ce n'est plus que dans le domaine de
-l'imagination qu'on peut le retrouver sous la forme séduisante qu'il eut
-en ce bon vieux temps. Parviendra-t-on, à force de courtoisie, à le
-rappeler dans la vie réelle? La chose, hélas! paraît impossible, mais il
-y a tant de douceur à l'espérer qu'il est bon de le tenter quand même.
-
-
-En amour mieux vaut espérer que tenir.
-
-Parce que, dit un autre proverbe plus ancien, _jouir d'amours et tost
-finir ne vaut bon espoir à durer toujours_. En effet, l'amour s'use et
-finit vite par la possession, tandis qu'il se renouvelle et se prolonge
-par l'espoir. Les sensations physiques ne donnent qu'un plaisir fugitif;
-les sensations morales laissent après elles un charme durable, et
-l'esprit se fait une jouissance exquise de ce qui est dérobé aux sens.
-«Jamais, dit Pascal, il n'exista de femme qui ait connu tant de douceur
-dans l'amour satisfait qu'il y en a dans les désirs et dans les
-sollicitudes.»
-
-
-L'amour ne peut rien refuser à l'amour.
-
-C'est ce que dit textuellement le 26e article du _Code d'amour_: _Amor
-nihil potest amori denegare._ Il vaudrait mieux que l'amour pût refuser
-quelque chose à l'amour, car il durerait plus longtemps. Ce sont les
-privations mitigées par l'espérance qui le font vivre; il meurt dès
-qu'il n'a plus rien à désirer.
-
-
-L'amour égalise toutes les conditions.
-
-L'amour ne peut souffrir ni barrières ni distinctions entre les amants,
-dont il se plaît à confondre les existences. Il veut qu'ils
-méconnaissent toutes les prérogatives du rang et de la fortune pour
-vivre sous le régime bienfaisant de l'égalité, et chacun d'eux obéit à
-cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve sanctionnée par son
-propre cœur. «Son vœu le plus cher, a dit M. Michelet dans son livre
-intitulé _le Peuple_, c'est de se faire un égal; sa crainte, c'est de
-rester supérieur, de garder un avantage que l'autre n'a pas.»
-
- _Non bene conveniunt nec in una sede morantur
- Majestas et amor._
-
-(Ovide, _Métam._ II, fab. XIX.)
-
- «La majesté et l'amour ne s'accordent point et ne demeurent point
- ensemble.»
-
-
-L'amour rapproche les distances.
-
-L'amour fait disparaître les inégalités sociales entre les personnes
-qu'il unit: _princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de
-pair en se donnant la main_. C'est l'idée du proverbe précédent sous
-d'autres termes.
-
-
-L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle.
-
-L'amour et la crainte sont deux sentiments incompatibles, et, quand une
-personne inspire l'un, elle ne saurait inspirer l'autre. Il faut
-remarquer dans ce proverbe l'expression _manger à la même écuelle_, qui
-rappelle un usage introduit au temps de la chevalerie, où la galanterie
-avait imaginé de placer à table les convives par couple, homme et femme.
-«La politesse et l'habileté des maîtresses de maison consistaient alors,
-dit le Grand d'Aussy, à savoir bien assortir les couples qui n'avaient
-qu'une assiette commune, ce qui s'appelait _manger à la même
-écuelle_.»--L'expression, détournée du sens propre au figuré, s'employa
-pour marquer une liaison amoureuse. Elle servit aussi à caractériser
-l'intimité des relations amicales. Une des plus grandes preuves de
-confiance qu'un roi pût autrefois donner à un de ses ministres
-consistait à manger avec lui _à la même écuelle_. L'auteur du _Roman de
-Rou_ exprime la haute faveur dont Godwin jouissait auprès du monarque
-anglo-saxon par ces deux vers:
-
- Salué l'aveit et baisié
- En s'escuelle aveit mengié.
-
-Il en était de même d'un suzerain ou d'un supérieur envers un vassal ou
-un inférieur.
-
-On lit dans le _Romancero_, partie IV, lettre du Cid au roi Alphonse:
-«Celui qui est craint est rarement aimé du cœur; _la crainte et l'amour
-ne mangent pas au même plat_.»
-
- _Non el temor y amores comen en un plato, non._
-
-
- Amour et seigneurie
- Ne souffrent compagnie.
-
-Proverbe pris de ce vers du livre III de l'_Art d'aimer_ d'Ovide:
-
- _Non bene cum sociis regna Venusque manent._
-
-vers dont M. J. Janin, dans sa charmante étude sur le poëte latin, a
-donné cette traduction:
-
- Et le trône et l'amour ne se partagent pas.
-
-«L'amour, dit Pascal est un tyran qui ne souffre point de compagnon; il
-veut régner seul; il faut que toutes les passions ploient et lui
-obéissent.» (_Discours sur les passions de l'amour_). Il en est de même
-du pouvoir souverain, il exclut tout partage et toute rivalité.
-
-On dit, dans un sens analogue: _L'amour et l'ambition ne souffrent point
-de compagnon._
-
-Ce proverbe est fort ancien dans notre langue, puisqu'il se trouve dans
-ces vers du _Roman de la Rose_, continué par Jehan de Meung.
-
- Oncques amours et seigneurie
- Ne s'entrefirent compagnie,
- Ne ne demourèrent ensemble,
- Cil qui maîtrise les dessemble (disjoint).
-
-
-Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour.
-
-Parce que, dans l'un et l'autre cas, on court risque d'être brûlé. Ovide
-remarque, dans le premier livre de l'_Art d'aimer_, qu'on a vu souvent
-des personnes qui d'abord faisaient semblant d'aimer, finir par aimer
-sérieusement, et passer de la feinte à la réalité.
-
- _Sæpe tamen vero cœpit simulator amare,
- Sæpe, quod incipiens finxerat esse jocus._
-
-C'est la peine que l'amour impose ordinairement à ses contrefacteurs.
-
-«L'on ne peut presque faire semblant d'aimer, dit Pascal, que l'on ne
-soit bien près d'être amant, ou du moins que l'on n'aime en quelque
-endroit; car il faut avoir l'esprit et les pensées de l'amour pour ce
-semblant, et le moyen de bien parler sans cela? La vérité des passions
-ne se déguise pas si aisément que les vérités sérieuses.» (_Disc. sur
-les pass. de l'amour._)
-
-Pascal dit encore, dans le même ouvrage: «A force de parler d'amour, on
-devient amoureux. Il n'y a rien de si aisé. C'est la passion la plus
-naturelle à l'homme.»
-
-Corneille a une chanson qui exprime l'idée de Pascal et d'Ovide. En
-voici le premier couplet:
-
- Toi qui, près d'un beau visage,
- Ne veux que feindre l'amour,
- Tu pourrais bien quelque jour
- Éprouver à ton dommage
- Que souvent la fiction
- Se change en affection.
-
-
-Il n'y a point d'amour sans jalousie.
-
-Saint Augustin a dit: «_Qui non zelat non amat._ (_Adv. Adamant._,
-XIII). Qui n'est point jaloux n'aime point.»--Le 21e article du _Code
-d'amour porte_: «_Ex vera zelotypia affectus semper crescit amandi._ La
-vraie jalousie fait toujours croître l'amour.»
-
-Un jeu parti de je ne sais plus quel trouvère roule sur la question de
-jurisprudence amoureuse: «Lequel aime mieux, ou l'amant qui est jaloux
-ou celui qui ne l'est point? Molière, dans _les Fâcheux_, a consacré la
-quatrième scène du second acte de cette comédie à cette controverse
-sentimentale, qui est terminée par ce vers, digne de Molière:
-
- Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux.
-
-On dit aussi: _La jalousie est la sœur de l'amour_, proverbe qui a
-suggéré au chevalier de Boufflers ce joli quatrain:
-
- L'amour, par ses douceurs et ses tourments étranges,
- Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour à tour:
- _La jalousie est la sœur de l'amour_,
- Comme le diable est le frère des anges.
-
-Il ne s'agit pas ici, on le sent bien, de cette jalousie, _vera
-zelotypia_, qui est chez celui qui aime une défiance de lui-même, mais
-de cette jalousie grossière qui est une défiance de l'objet aimé. Cette
-dernière a encore donné lieu à la comparaison proverbiale: _La jalousie
-naît de l'amour comme la cendre du feu, pour l'étouffer._
-
-
-Il n'y a pas d'amour sans espérance.
-
-Proverbe tiré de l'article 9 du _Code d'amour_: «_Amare nemo potest nisi
-qui amoris suasione compellitur._ Personne ne peut aimer s'il n'y est
-engagé par la persuasion d'amour.» Il y a des gens qui prétendent que
-cette _persuasion d'amour_, ou espérance d'être aimé, n'est pas une
-condition indispensable de l'existence de l'amour, et ils se fondent sur
-l'observation faite par Boccace, maître expert en cette matière, qu'il
-arrive assez souvent qu'on voit l'amour plus fort à mesure que
-l'espérance devient plus faible: _Noi veggiamo sovente avvenire, quanto
-la speranza diventa minore, tanto l'amore maggior farsi._ Mais cela
-n'est pas une preuve en faveur de leur opinion. S'il est vrai que
-l'amour augmente à mesure que l'espérance diminue, il n'est pas vrai
-qu'il puisse se maintenir lorsqu'elle a cessé d'être. L'amour ressemble
-au flambeau qui jette une lueur plus vive au moment où la nourriture
-commence à lui manquer, et qui s'éteint aussitôt qu'elle est épuisée.
-L'espérance est l'aliment de l'amour. Tant qu'il lui en reste un peu, il
-subsiste, il se montre même plus vivace par l'ardeur qu'il met à se
-conserver. Dès qu'il ne lui en reste plus, il faut qu'il expire, et s'il
-nous paraît survivre comme se pouvant nourrir de lui-même, c'est que
-nous ne voyons pas qu'il espère encore, quand il n'y a plus de raison
-d'espérer.
-
-Walter Scott a très-bien développé l'idée de ce proverbe dans un passage
-de son roman de _Waverley_, tom. III, ch. XXI. La question y est posée
-en ces termes: «Peut-on aimer longtemps sans avoir l'espoir d'être
-aimé?» Une dame répond à l'auteur de la question: «Avez-vous le projet
-de nous dépouiller de notre plus beau privilége? Voudriez-vous nous
-persuader que l'amour ne peut exister sans l'espérance, et qu'un amant
-peut être infidèle si celle qu'il aime lui montre trop de rigueur? Je ne
-m'attendais pas qu'un pareil blasphème sortît de votre bouche.--Je
-conviens, madame, qu'il n'est pas impossible qu'un amant persévère dans
-son affection en dépit des circonstances qui devraient le décourager,
-qu'il peut braver les dangers, supporter la froideur... mais une
-indifférence constante et soutenue est un poison mortel pour l'amour.
-Quelque puissante que soit l'attraction de vos charmes, croyez-moi, ne
-faites jamais cette expérience sur le cœur d'une personne qui vous
-serait chère. Je vous le répète, l'amour peut se nourrir de la plus
-faible espérance; mais, s'il la perd, il s'éteint bientôt.--Il doit
-avoir, dit Evan, le même sort que la jument de Duncan Magendie. Son
-maître voulut l'accoutumer par degrés à se passer de toute nourriture;
-il ne lui donnait qu'une petite poignée de paille par jour, et le pauvre
-animal mourut d'inanition.»
-
-
-Plus l'amour vient tard, plus il ard.
-
-C'est-à-dire plus il est ardent. _Ard_ est la troisième personne du
-présent de l'indicatif du vieux verbe _arder_ ou _ardre_, qui signifie
-brûler. Ce proverbe est pris du vers suivant d'Ovide dans l'héroïde de
-_Phèdre à Hippolyte_:
-
- _Venit amor gravius quo serius, urimur intus, etc._
-
-Veut-il dire, comme quelques-uns l'ont pensé, que l'amour qui se
-développe lentement acquiert plus d'intensité que celui qui naît à la
-première vue, ou bien que l'amour se fait sentir avec plus de violence
-dans un âge avancé que dans la jeunesse? Je trouve préférable la
-dernière explication, à laquelle on est amené naturellement par
-l'analogie de cet autre proverbe: _Le bois sec brûle mieux que le bois
-vert_, ainsi que de ce mot proverbial attribué au comte de
-Bussy-Rabutin: _L'amour est comme la petite vérole, qui fait d'autant
-plus de mal qu'elle vient plus tard._ D'ailleurs est-il vrai que l'amour
-qui se développe lentement devienne plus fort? Je ne le crois pas, et je
-partage le sentiment exprimé dans cette pensée de La Bruyère: «L'amour
-qui naît subitement est le plus long à guérir.» Le même auteur dit
-encore: «L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble trop à
-l'amitié pour être une passion violente.»
-
-
-Rien ne se rallume si vite que l'amour.
-
-C'est ce qu'a dit Sénèque: _Nihil facilius quam amor recrudescit_
-(Epist. 69). Le comte de Bussy-Rabutin écrivait à Mme de Sévigné, à
-propos des recrudescences si promptes de l'amour, un mot charmant
-qu'elle louait en lui répondant ainsi: «Ce que vous dites que _l'amour
-est un recommenceur_ est tellement joli et tellement vrai, que je suis
-étonnée que, l'ayant pensé mille fois, je n'aie pas eu l'esprit de le
-dire.» (Lettre du 4 juillet 1656.)
-
-Nous avons encore ce vieux proverbe rimé, qui exprime la même idée:
-
- Vieilles amours et vieux tisons
- S'allument en toutes saisons.
-
-
-En amour un blessé guérit l'autre.
-
-L'amour compense le mal qu'il fait en blessant deux cœurs: il met dans
-la plaie de l'un le baume de celle de l'autre. Pourquoi donc les amants
-se plaignent-ils tant de ses rigueurs? Ne feraient-ils pas mieux de
-s'entendre pour les adoucir, en usant du remède qu'il leur a donné?
-C'est ce que pense l'auteur du roman de _Flamenca_. Ce troubadour, après
-quelques remarques sur les effets de l'amour, conclut que ce qu'il y a
-de meilleur pour les cœurs en peine, c'est leur mutuelle assistance;
-car, dit-il, l'_Us nafratz pot guerir l'autre._ «Un blessé peut guérir
-l'autre.»
-
-
-L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit.
-
-Comparaison proverbiale qui exprime la même idée que ce vers de P.
-Syrus:
-
- _Amoris vulnus sanat idem qui facit._
-
- «En amour, qui fait la blessure la guérit.»
-
-Les mythologues et les poëtes racontent que Télèphe, ayant été blessé
-par Achille, ne put être guéri de sa plaie que par un emplâtre composé
-de la rouille du fer dont il avait été blessé.
-
- _Mysus et Æmonia juvenis qua cuspide vulnus
- Senserat, hac ipsa cuspide sensit opem._
-
-(Prospert., lib. II, eleg. I.)
-
- «Le jeune roi de Mysie trouva la guérison de sa blessure dans la lance
- même d'Achille, dont il avait été blessé.»
-
- _Vulnus in Herculeo quæ quondam fecerat hoste,
- Vulneris auxilium Pelias hasta tulit._
-
-(Ovide, _Remed. amor._, I, 47.)
-
- «La lance d'Achille cicatrisa la blessure qu'elle-même avait faite au
- fils d'Hercule.»
-
-De là cette comparaison de l'amour avec la lance d'Achille, comparaison
-heureuse que Bernard de Ventadour a, le premier, employée dans une pièce
-de vers où il parle d'un baiser qu'il a reçu de la belle Agnès de
-Montluçon, femme du vicomte Èble. Ce troubadour s'écrie qu'un si doux
-baiser va le faire mourir, si un autre de la même bouche ne vient lui
-rendre la vie, et il le compare à la lance d'Achille qui faisait une
-blessure dont il n'était pas possible de guérir, si l'on n'en était
-blessé une seconde fois.
-
- Com de Peleus la lansa
- Que de su colp non podi' hom guerir
- Se autra vez non s'en fesez ferir.
-
-Ce traitement homéopathique de l'amour a été indiqué par ces paroles
-d'une chanson des Grecs modernes: «Tu m'as donné un baiser, et j'en suis
-devenu malade; donne m'en un autre pour que je guérisse, et un autre
-encore pour que je ne retombe pas malade à mourir.»
-
-
-La petite oie de l'amour.
-
-On appelle _petite oie_ au propre un ragoût formé du cou, des ailerons,
-des pattes, du foie, du gésier, qu'on a retranchés d'une oie qu'on fait
-rôtir.
-
-Cette expression s'employait autrefois au figuré, comme on le voit dans
-les _Précieuses ridicules_ (sc. X), pour désigner les rubans, les plumes
-et les différentes garnitures qui ornaient l'habit, le chapeau, le nœud
-de l'épée, les gants, les bas et les souliers.--Elle désignait aussi par
-extension, les menus plaisirs de l'amour ou de la galanterie, tels que
-les serrements de mains, les baisers et autres caresses mignonnes qui
-cependant laissent encore quelque chose de plus à désirer, car la
-_petite oie n'est que la petite joie_.
-
-
-L'amour est un grand maître.
-
-Molière a employé et expliqué ce proverbe dans les vers suivants de
-l'_École des femmes_ (act. III, sc. IV).
-
- Il le faut avouer, _l'amour est un grand maître_;
- Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être;
- Et souvent de nos mœurs l'absolu changement
- Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment.
- De la nature en nous il force les obstacles,
- Et ses effets soudains ont de l'air des miracles.
- D'un avare à l'instant il fait un libéral,
- Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal;
- Il rend agile à tout l'âme la plus pesante,
- Et donne de l'esprit à la plus innocente.
-
-On dit aussi que _l'amour est inventif_, dans le même sens que le
-proverbe, qui doit s'entendre non-seulement des tours subtils et des
-expédients rusés qu'il suggère, mais aussi de quelques arts dont les
-poëtes ont attribué la découverte ou le perfectionnement à ses
-inspirations.
-
-Le proverbe _l'amour est un grand maître_ a été formulé par saint
-Augustin. Mais ce n'est pas à l'amour profane que ce père de l'Église
-l'a appliqué; c'est à l'amour divin, principe et source de toutes les
-lumières et de toutes les vertus. Cet amour, dit-il, est _un grand
-maître_ dont les leçons comprennent toutes les parties de la
-philosophie.
-
-_AMOR MAGNUS DOCTOR EST, atque omnes philosophiæ partes implet._
-
-
-L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs.
-
-Ce proverbe a dû son origine au fabliau d'_Aristote_, où il se trouve
-formulé à peu près dans les mêmes termes.
-
- Que tout le meillor clerc du mont
- Fait comme roncins enseler,
- Et puis à quatre piez aller,
- A chatonant par-dessus l'erbe
- A vous die example et proverbe.
-
-Voici le canevas de ce fabliau, que j'ai retracé de mémoire en le
-modernisant, parce que je n'avais pas le texte sous les yeux pour en
-donner une traduction littérale.
-
-Alexandre le Grand, épris d'une jeune et belle Indienne, semblait avoir
-perdu le goût des conquêtes. Ses guerriers en murmuraient, mais aucun
-d'eux n'était assez hardi pour lui en exprimer le mécontentement
-général. Son précepteur Aristote s'en chargea: il lui représenta qu'il
-ne convenait pas à un conquérant de négliger ainsi la gloire pour
-l'amour; que l'amour n'était bon que pour les bêtes, et que l'homme
-esclave de l'amour méritait d'être envoyé paître comme elles. Une telle
-remontrance, autorisée sans doute par les mœurs du temps jadis, qui
-étaient bien différentes des nôtres, fit impression sur le monarque, et
-il se décida, pour apaiser les murmures de son armée, à ne plus aller
-chez sa maîtresse; mais il n'eut pas le courage de défendre qu'elle vînt
-chez lui. Elle accourut tout éplorée, afin de savoir la cause de son
-délaissement, et elle apprit ce qu'avait dit Aristote. «Eh quoi!
-s'écria-t-elle, le seigneur Aristote a de l'humeur contre le penchant le
-plus naturel et le plus doux! il vous conseille d'exterminer par la
-guerre des gens qui ne vous ont fait aucun mal, et il vous blâme d'aimer
-qui vous aime! C'est une déraison complète, c'est une impertinence
-inouïe qui réclame une punition exemplaire, et, si vous voulez bien le
-permettre, je me charge de la lui infliger.» Son amant ne s'opposa point
-à ses projets, et dès ce moment elle mit tout en œuvre pour séduire le
-philosophe. _Ce que veut une belle est écrit dans les cieux_, et l'égide
-de la sagesse ne met pas à couvert de ses traits vainqueurs. Le vieux
-censeur des plaisirs l'apprit à ses dépens. Son cœur, surpris par les
-galanteries les plus adroites, se révolta contre sa morale. Vainement il
-crut l'apaiser en recourant à l'étude et en se rappelant toutes les
-leçons de Platon: une image charmante venait sans cesse se placer devant
-ses yeux et attirait vers elle seule toutes les méditations auxquelles
-il se livrait. Enfin il reconnut que l'étude et Platon ne sauraient le
-défendre contre une passion si impérieuse, et son esprit subtil lui
-révéla que le meilleur moyen de la vaincre était d'y céder. Dès
-l'instant il laissa là tous les livres et ne songea qu'aux moyens
-d'avoir un entretien secret avec la jeune Indienne. Un jour qu'elle
-faisait sa promenade solitaire dans le jardin du palais impérial, il
-accourut auprès d'elle, et à peine l'eut-il abordée qu'il se jeta à ses
-pieds en lui adressant une pathétique déclaration. L'enchanteresse
-feignit de ne pas y croire... pour se la faire répéter. Cette manière de
-prolonger les jouissances de l'amour-propre était alors en usage chez le
-beau sexe. Obligé enfin de s'expliquer, elle répondit qu'elle ne pouvait
-ajouter foi à des aveux si extraordinaires sans des preuves bien
-convaincantes. Toutes celles qu'il était possible d'exiger lui furent
-offertes. «Eh bien! reprit-elle, après cela, il faut satisfaire un
-caprice: toute femme a le sien; celui d'Omphale était de faire filer un
-héros, et le mien est de chevaucher sur le dos d'un philosophe. Cette
-condition vous paraîtra peut-être une folie; mais la folie est, à mes
-yeux, la meilleure preuve d'amour.» Il fut fait comme elle le désirait.
-Qu'y a-t-il en cela d'étonnant? Le dieu malin qui change _un âne en
-danseur_, comme dit le proverbe, peut également changer un philosophe en
-quadrupède. Voilà notre vieux barbon sellé, bridé, et l'aimable
-jouvencelle à califourchon sur son dos. Elle le fait trotter de côté et
-d'autre, et, pendant qu'il s'essouffle à trotter, elle chante
-joyeusement un lai d'amour approprié à la circonstance. Enfin, lorsqu'il
-est bien fatigué, elle le presse encore et le conduit... devinez où?...
-elle le conduit vers Alexandre, caché sous un berceau de verdure, d'où
-il examinait cette scène réjouissante. Peignez-vous, si vous le pouvez,
-la confusion d'Aristote, lorsque le monarque, riant aux éclats,
-l'apostropha de cette manière: «O maître! est-ce bien vous que je vois
-en ce grotesque équipage? Vous avez donc oublié la morale que vous
-m'avez faite, et maintenant c'est vous qu'il faut mener paître?» La
-raillerie semblait sans réplique, mais l'homme habile a réponse à tout.
-«Oui, c'est moi, j'en conviens, répondit le philosophe en se redressant:
-que l'état où vous me voyez serve à vous mettre en garde contre l'amour.
-De quels dangers ne menace-t-il pas votre jeunesse, lorsqu'il a pu
-réduire un vieillard si renommé par sa sagesse à un tel excès de folie?»
-
-Cette seconde leçon était meilleure que la première. Alexandre parut
-l'approuver, et il promit de la méditer auprès de la jeune et belle
-Indienne. C'était là qu'on lui reprochait d'avoir perdu sa raison;
-c'était là qu'il devait la retrouver. Il y réussit; mais ce fut, dit-on,
-par l'effet du temps plutôt que par celui de la leçon. Le temps, pour
-guérir de l'amour, en sait beaucoup plus qu'Aristote.
-
-Ce fabliau, attribué à un chanoine de Rouen, nommé Henri d'Andely,
-trouvère du treizième siècle, est un conte tiré d'un auteur arabe qui
-l'a intitulé: _le Vizir sellé et bridé_. J.-M. Chénier a remarqué avec
-raison que l'idée de substituer Aristote à un vizir vient de l'autorité
-même qu'Aristote avait acquise dans les écoles du moyen âge. Mais il a
-eu tort, suivant moi, de traiter cette idée d'absurde, car elle sortait
-en quelque sorte de l'esprit du temps, et ménageait au trouvère un moyen
-sûr de rendre plus frappante la moralité qu'il voulait offrir à ses
-contemporains, en introduisant dans sa fable comme acteur principal
-l'homme célèbre qui avait été, à leurs yeux, la plus haute
-personnification de la sagesse.
-
-Du même fabliau est dérivée l'expression _faire le cheval d'Aristote_,
-pour désigner une pénitence qui est imposée dans le jeu du gage touché
-ou dans quelque autre semblable, et qui consiste à prendre la posture
-d'un cheval afin de recevoir sur son dos une dame qu'on est obligé de
-promener ainsi dans le cercle, où elle est embrassée tour à tour par
-tous les joueurs qui s'égayent aux dépens du pauvre patient qu'ils
-louent ironiquement à qui mieux mieux, les uns, de sa belle allure
-chevaline et les autres de sa bonne grâce à remplir le rôle d'intendant
-de leurs menus plaisirs.
-
-Cette pénitence est une allusion à l'usage symbolique d'après lequel le
-vassal ou le vaincu se mettait aux pieds de son suzerain ou de son
-vainqueur, une bride à la bouche et une selle sur le dos. L'histoire
-offre plusieurs exemples de cet usage, depuis le fils du malheureux
-Psamménit, qui fut envoyé au supplice avec un mors dans la bouche par
-ordre de Cambyse (Hérodote, III, XIV), jusqu'à Hugues de Châlons qui,
-reconnaissant son impuissance contre l'armée des Normands, alla trouver
-le jeune duc Richard par qui elle était commandée, et se roula à ses
-pieds en signe de soumission, avec une selle de cheval sur les épaules.
-(_Chroniq. de Normandie._ Duc. VI, 337.--Guill. Gemet, liv. III, ch.
-IV.) C'est en vertu d'un pareil usage qu'Eustache de Saint-Pierre et
-cinq autres bourgeois de Calais se présentèrent à Édouard III, roi
-d'Angleterre, avec la corde au cou.
-
-
-L'amour ôte le deuil.
-
-L'amour est un sentiment passionné qui absorbe tous les autres: il
-asservit l'âme entière, il en devient l'objet unique, et comme il la
-rend indifférente aux plus grandes joies qui ne lui viennent pas de lui,
-il la console des plus vives afflictions dont il n'est pas le principe;
-il les lui fait même oublier. De là ce proverbe qui paraît avoir été
-suggéré par un passage charmant de la _Genèse_, où il est question de
-l'arrivée de Rébecca auprès d'Isaac, à qui elle était destinée pour
-épouse: «Isaac la fit entrer dans la tente de sa mère Sara et il la prit
-pour femme, et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande qu'elle
-tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.» (XXIV, 67).
-
-Ces paroles bibliques, dont Chateaubriand, dans son _Génie du
-Christianisme_, a justement loué la simplicité, offrent une preuve
-orthodoxe qu'il est permis de chercher dans l'amour de doux oublis des
-peines de la vie, en tout honneur bien entendu.
-
-On dit aussi: _L'amour est un grand consolateur._
-
-
-En amour trop n'est pas assez.
-
-On sait que ce charmant proverbe a été formulé par Beaumarchais, qui a
-dit dans _le Mariage de Figaro_ (act. IV, sc. I): «En fait d'amour,
-vois-tu, trop n'est pas même assez.» Mais il faut remarquer pourtant que
-cet ingénieux auteur, en le formulant, peut avoir été inspiré par
-l'observation déjà faite sur toute passion extrême dont les _désirs_,
-suivant l'expression de Sénèque, _n'obtiendront tout que pour vouloir
-quelque chose de plus que tout_, ou par ce délicieux passage de
-Montesquieu dans _Arsace et Isménie_: «Lorsque l'amour renaît après
-lui-même, lorsque tout promet, que tout demande, que tout obéit, lorsque
-_l'on sent qu'on a tout et qu'on n'a pas assez_, lorsque l'âme semble
-s'abandonner et se porter au delà de la nature même, etc.»
-
-Beaumarchais peut avoir eu encore l'idée d'enchérir sur cette maxime
-d'amour du comte de Bussy-Rabutin:
-
- Vous me dites que votre feu
- Est assez grand, belle Climène;
- Vous ignorez donc, inhumaine,
- Qu'_en amour assez est trop peu_,
- Cependant la chose est certaine.
- Ah! si sur ce chapitre on croit les gens sensés,
- _Quand on n'aime pas trop on n'aime pas assez._
-
-Peut-être aussi a-t-il eu présent à l'esprit cet autre proverbe:
-_L'amour et le feu ne disent jamais: C'est assez._
-
-Du reste, c'est avec raison qu'on a fait honneur du proverbe à
-Beaumarchais, quoique la pensée puisse lui en avoir été suggérée par les
-pensées analogues que j'ai citées. Il a su reproduire cette pensée sous
-la forme la plus originale et la plus heureuse. Il a dit le vrai mot de
-l'amour.
-
-
-Plus l'amour est nu, moins il a froid.
-
-Ce proverbe se retrouve textuellement dans ce vers d'Owen (épigr. II,
-88):
-
- _Quo nudus magis est, hoc minus alget Amor._
-
-et dans ce quatrain de Corneille:
-
- Depuis que l'hiver est venu,
- Je plains le froid qu'Amour endure,
- Sans songer que _plus il est nu
- Et tant moins il craint la froidure_.
-
-Il faut interpréter ce proverbe décemment en n'y voyant qu'une idée
-analogue au mot d'Hésiode: «L'amour est le fils de la pauvreté,» ou
-celui de Diolime de Mégare: «L'amour est le fils du travail et de la
-pauvreté.» C'est-à-dire que les pauvres gens ressentent cette passion
-avec plus de vivacité que les riches. Ceux-ci peuvent y apporter plus de
-délicatesses et de raffinements, mais non autant de vives et franches
-ardeurs. Toutes les fleurs artificielles dont ils parent la couche de
-l'amour ne valent pas cette floraison naturelle qui semble éclore sur le
-grabat des indigents de la séve même de leur cœur.--On connaît ces vers
-de Béranger, qui forment un tableau si gracieux:
-
- Quel dieu se plaît et s'agite
- Sur ce grabat qui fleurit?
- C'est l'Amour qui rend visite
- A la Pauvreté qui rit.
-
-Alfred de Musset a dit avec une simplicité charmante au début de son
-conte intitulé _Simone_:
-
- Les gens d'esprit et les heureux
- Ne sont jamais bien amoureux:
- Tout ce beau monde a trop à faire.
- Les pauvres en tout valent mieux;
- Jésus leur a promis les cieux,
- L'amour leur appartient sur terre.
-
-
-Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des bêtes.
-
-«Il n'est permis aux animaux de se livrer aux plaisirs de l'amour qu'en
-une saison de l'année. L'homme seul peut les goûter en tout temps jusque
-dans l'extrême vieillesse.» (_Entretien de Socrate_, I, 19).
-
-Cette observation proverbiale a été réunie par Beaumarchais, d'une
-manière piquante et spirituelle, à une autre observation également
-proverbiale, dans cette phrase que le jardinier Antonio, pris de vin,
-adresse à la comtesse Almaviva: «Boire sans soif et faire l'amour en
-tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres
-bêtes.» (_Mariage de Figaro_, act. II, sc. XXI).
-
-On connaît la répartie de Mme de La Sablière à son oncle, qui la
-moralisait en lui disant: «Quoi! ma nièce, toujours et toujours des
-amours! mais les bêtes mêmes n'ont qu'un temps pour cela.--Eh! mon
-oncle, c'est que ce sont des bêtes.»
-
-Ce mot plaisant, que l'on attribue aussi à d'autres dames galantes,
-n'est, comme la plupart des bons mots, qu'une redite. Il est cité par
-Macrobe, qui en fait honneur à l'esprit de Populia, fille de Marcus:
-
-«_Populia, Marci filia, miranti cuidam quid esset qua propter bestiæ
-nunquam marem desiderarent, nisi cum prægnantes vellent fieri,
-respondit: _Bestiæ enim sunt_._» (Saturn. II, 5.)
-
-Voici des vers inédits qu'un de mes amis, M. L. de Fos, a improvisés sur
-ce sujet. Ils ne peuvent manquer de prêter de l'agrément à cet article:
-
- Des bêtes, a-t-on dit, ce qui distingue l'homme,
- C'est de faire l'amour en toutes les saisons.
- De ce mot si connu je sais plusieurs leçons,
- Voici celle qui vient de Rome.
- La fille de Marcus, dans ses joyeux ébats,
- Aux jeunes débauchés prodiguait ses appas.
- «Quoi! toujours, lui dit-on, des amours, des conquêtes!
- Les bêtes cependant n'ont qu'un temps pour cela.
- --Oui, répondit Populia.
- Mais c'est qu'aussi ce sont des bêtes.»
-
-
-L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble.
-
-Le ménage le plus uni cesse de l'être quand il est pauvre: la pauvreté
-tue l'amour.--Les Anglais disent: «_When poverty comes in at the door,
-loves flies out at the window._ Quand la pauvreté entre par la porte,
-l'amour s'envole par la fenêtre.» Proverbe que Shakespeare avait
-peut-être présent à l'esprit lorsqu'il disait dans le _Conte d'hiver_:
-«La prospérité est le plus sûr lien de l'amour.» (Act. IV, sc. III).
-
-Notre proverbe est très-bien expliqué par Molière dans ces vers des
-_Femmes savantes_ (act. V, sc. V.)
-
- Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie
- Que les fâcheux besoins des choses de la vie;
- Et l'on en vient souvent à s'accuser tous deux
- De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.
-
-On dit trivialement: _Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes
-se battent._
-
-
-Les lunettes sont des quittances d'amour.
-
-C'est-à-dire qu'on doit n'aimer qu'à l'âge où l'on peut être aimé, et ne
-pas afficher la prétention de plaire aux belles quand on est réduit à
-porter des lunettes, ce qui arrive malheureusement à une époque de la
-vie où l'on a souvent le cœur en meilleur état que les yeux, et où l'on
-est d'autant plus à plaindre qu'en amour on se sent abandonné de tout
-sans qu'on veuille renoncer à rien.
-
-On dit aussi: _Bonjour, lunettes; adieu, fillettes_; pour exprimer qu'il
-faut cesser de prétendre aux faveurs des jeunes filles quand on commence
-à prendre des lunettes.
-
-Ce conseil était juste et convenable autrefois, où les lunettes
-n'étaient guère qu'à l'usage des vieillards; mais on sent qu'il serait
-déplacé aujourd'hui à l'égard d'une foule de jeunes gens pour qui elles
-sont des objets de nécessité ou des objets de mode...
-
-Il faudrait donc n'appliquer les deux proverbes qu'à ces vieux barbons
-qui, possédés de la manie de se poser en verts-galants, reluquent sans
-cesse avec des binocles ou des lorgnons les jouvencelles à qui ils
-savent si bien faire tourner la tête... de l'autre côté.
-
-Remarquons, puisque l'occasion s'y adonne, que la mode des lunettes fut
-très-répandue en Espagne au commencement du dix-septième siècle, sous le
-règne de Philippe III. Elles y faisaient partie du costume des gens
-comme il faut, qui croyaient, par cette nouvelle espèce d'insignes, se
-donner plus de gravité et obtenir plus de considération. Elles étaient
-proportionnées au rang des personnes. Les grands du pays en mettaient de
-magnifiques dont les verres surpassaient en circonférence les piastres
-fortes, et ils y tenaient tant, dit-on, qu'ils ne les quittaient pas
-même pour se coucher.
-
-Les dames, à leur tour, les avaient adoptées, parce que ce complément de
-parure signalait aussi la noblesse de leur condition et surtout parce
-qu'il offrait à leur vanité une foule d'avantages qu'il serait trop long
-de spécifier. Bornons-nous à rappeler qu'en général elles les arboraient
-comme enseignes des prétentions qu'elles voulaient afficher.
-Quelques-unes les portaient afin de passer pour lettrées ou savantes
-(c'étaient les précieuses de l'époque); beaucoup d'autres s'en servaient
-afin de mieux observer l'effet que leur présence pouvait produire dans
-les salons, et de mieux cacher aux regards indiscrets les sentiments
-dont elles se trouvaient affectées. Cette seconde catégorie comprenait
-la plupart des jeunes et jolies femmes.
-
-Il est permis de supposer que les diverses espèces de lunettes avaient
-des noms correspondant à leurs divers usages. Un poëte gongoriste
-appelait celles qui cachaient de beaux yeux, _les couvre-feu de
-l'amour_.
-
-
-L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice.
-
-Le _Code d'amour_ dit, art. 10: _Amor semper ab avaritiæ consuevit
-domibus exsulare._ Sentence dont notre proverbe est la reproduction.
-
-Quoi de plus opposé à l'amour que l'avarice? Dans l'amour on est d'une
-prodigalité excessive, on ne s'occupe pas du tout de sa fortune: dans
-l'avarice, au contraire, on ne pense qu'à sa fortune. Si un avare
-aimait, il cesserait de l'être. «Un avaricieux même qui aime, dit
-Pascal, devient libéral; il ne se souvient pas d'avoir eu une habitude
-opposée.» (_Disc. sur les pass. de l'amour._)
-
-
-La faim fait oublier l'amour.
-
-C'est ce que disait le philosophe Cratès, et il avait bien raison, car
-l'estomac maîtrise le cœur, et quand le besoin fait crier le premier,
-l'autre est réduit à se taire. Telle est la loi de la nature, à laquelle
-les amoureux les plus robustes ne sauraient échapper.
-
-Il ne s'en trouverait pas un seul peut-être qui, dans ce cas, ne fût de
-l'avis de ce paysan à qui l'on demandait s'il aimait les femmes: «J'aime
-beaucoup une fort belle fille, répondit-il; mais j'aime encore mieux une
-fort bonne côtelette.»--Il n'y a point d'amour qui tienne contre la
-fringale.
-
-On connaît ces vers de La Fontaine, dans _la Fiancée du roi de Garbe_:
-
- On ne vit ni d'air ni d'amour,
- Les amants ont beau dire et faire,
- Il en faut revenir toujours au nécessaire.
-
-
-Sans pain ni vin l'amour est vain.
-
-C'est-à-dire _l'amour n'est rien_, comme porte une variante. Ce proverbe
-est une traduction familière de celui des Latins cité dans l'_Eunuque_,
-de Térence: «_Sine Cerere et Libero friget Venus._ (Act. IV, sc. VI.)
-Sans Cérès et Bacchus Vénus est transie.»--Il faut remarquer, à ce
-sujet, que l'amour n'était guère pour les anciens qu'un acte sensuel
-auquel ils préludaient par les bons mets et les bons vins, qui leur
-paraissaient les moyens les plus propres à l'exciter et à le favoriser.
-Ils le regardaient comme le couronnement de l'orgie. De là ces paroles
-de saint Jérôme, que je n'oserais même traduire, sur les débauchés qui
-avaient le cœur au ventre: _Distento ventre distenduntur ea quæ ventri
-adhærent.--Venter plenus despumat in libidinem._
-
-Les Romains avaient encore ce proverbe analogue, qui leur était venu des
-Grecs: «_Saturo Venus adest, famelico nequaquam adest._ Vénus ou l'amour
-est pour celui qui a le ventre plein, et non pour celui qui l'a vide.»
-
-Les Languedociens disent: «_Vivo l'amour! maï që iëou dînë._ Vive
-l'amour, mais que je dîne!»
-
-C'est exactement ce qu'on dit en français: _Vive l'amour après dîner_!
-
-
-Après l'amour le repentir.
-
-Hélas! nous ne pouvons aimer toujours, et bien souvent le repentir nous
-prend où l'amour nous laisse. «Les amours s'en vont et les douleurs
-demeurent,» dit le proverbe espagnol: _Vanse los amores y quedan los
-dolores._
-
-Un troubadour anonyme a comparé l'amour à l'églantier, dont les fleurs
-passent et tombent en peu de temps, tandis que les épines restent
-toujours.
-
-Guarini a dit de l'amour dans son _Pastor fido_: «La racine en est douce
-et le fruit amer. _La radice è suave, il frutto amora._»
-
-La Rochefoucauld prétend que «il y a peu de gens qui ne soient honteux
-de s'être aimés, quand ils ne s'aiment plus.»
-
-
-On fait l'amour, et quand l'amour est fait, c'est une autre paire de
-manches.
-
-Tout le monde comprend ce que signifie ce proverbe, dont la dernière
-partie, devenue une locution à part, est continuellement répétée; il
-rappelle un usage pratiqué au douzième siècle par des individus de sexe
-différent qui voulaient former ensemble un tendre engagement. Ils
-échangeaient une paire de manches comme gage du don mutuel qu'il se
-faisaient de leur cœur, et ils se les passaient aux bras en promettant
-de n'avoir pas désormais de plus chère parure, ainsi qu'on le voit dans
-une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun, où il est parlé de deux
-amants qui se jurèrent de _porter manches et anneaux l'un de l'autre_.
-Ces enseignes ou livrées d'amour, destinées à être le signe de la
-fidélité, devinrent presque en même temps celui de l'infidélité; car
-toutes les fois qu'on changeait d'amour on changeait aussi de manches,
-et il arrivait même assez souvent que celles qu'on avait prises la
-veille étaient mises au rebut le lendemain. Vainement un autre proverbe
-recommandait de respecter cette sorte d'investiture d'amour par la
-manche en disant: «_La manega no i es gap, car senhals es de drudaria_;
-la manche, ce n'est pas un badinage, car c'est un signal d'amourette.»
-Comme une pareille recommandation n'avait aucune force légale, chacun et
-chacune y contrevenaient à qui mieux mieux. Aussi tel ou telle qu'on
-s'était flatté de _tenir dans sa manche_ s'en débarrassait au plus vite,
-sans le moindre scrupule, et, en définitive, c'_était toujours une autre
-paire de manches_.
-
-
-Vieil amour, vieille prison.
-
-Un vieil amour est un esclavage où l'on éprouve beaucoup de peines et
-d'ennuis. «Dans la vieillesse de l'amour comme dans celle de l'âge, dit
-La Rochefoucauld, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour
-les plaisirs.»
-
-Ce proverbe est pris du latin: _Antiquus amor carcer est._ Il s'applique
-le plus souvent à l'amour conjugal, que les deux époux sont obligés de
-subir jusqu'à ce que mort s'ensuive, pour l'un ou l'autre. Aussi
-arrive-t-il quelquefois que le mari voit mourir sa femme ou la femme son
-mari du même œil qu'un prisonnier voit briser ses fers.
-
-Philémon, poëte comique grec, a dit dans une de ses pièces: «Le mariage
-est une prison qui n'a de beau que la porte par laquelle on y entre, et
-de consolant que celle par laquelle on a vu la mort faire sortir la
-personne avec qui on avait fait son entrée.»
-
-Ce Philémon était bien loin de penser comme son homonyme, le mari de
-Baucis, tendrement aimée de lui, ainsi qu'il fut aimé d'elle jusque dans
-l'extrême vieillesse. La Fontaine a dit de ces deux modèles de l'amour
-conjugal:
-
- Ni le temps, ni l'hymen, n'éteignirent leur flamme.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- L'amitié modéra leurs feux sans les détruire,
- Et par des traits d'amour sut encor se produire.
-
-
-L'amour meurt rarement de mort subite.
-
-Il meurt presque toujours d'une maladie de langueur, beaucoup plus
-longue que ne le voudraient ceux qui en sont atteints. C'est une
-observation qu'ont faite plusieurs poëtes érotiques.
-
- _Difficile est longum subito deponere amorem._
-
-(Catulle.)
-
- Il est difficile de se défaire tout à coup d'un long amour.
-
- _Longus at invito pectore sedet amor._
-
-(Ovide.)
-
- Mais le cœur malgré lui conserve un long amour.
-
-Cette ténacité de l'amour chez des personnes qui ne demanderaient pas
-mieux que d'en être affranchies est produite par l'habitude, par la
-paresse de changer, par la difficulté de former une nouvelle liaison,
-par l'impossibilité de vivre seul, et par beaucoup d'autres causes qui
-font qu'on a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime déjà plus, et
-à plus forte raison quand on s'aime encore un peu. «Tant que l'amour
-dure, dit La Bruyère, il subsiste de lui-même et quelquefois par les
-choses qui semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les
-rigueurs, par l'éloignement, par la jalousie» (ch. IV, _du Cœur_).
-L'indignité même de l'objet qui l'a inspiré ne parvient pas toujours à
-lui donner une mort soudaine, comme le dit très-bien ce vers de Saurin:
-
- Longtemps on aime encore en rougissant d'aimer.
-
-On l'a justement comparé au feu grégeois qui brûle sous les flots de la
-mer, et à la chaux vive que l'eau dont on l'arrose allume ou met en
-ébullition. Pauvres belles délaissées, n'espérez pas l'éteindre à force
-de pleurer. Toutes ces larmes qui vous retombent sur le cœur ne servent
-qu'à le rendre plus ardent.
-
-_C'est le temps, et non la volonté, qui met fin à l'amour_, dit le
-proverbe latin:
-
- _Amori finem tempus, non animus facit._
-
-(P. Syrus.)
-
-
-Il n'y a qu'un pas de l'amour à la dévotion.
-
-Cela se dit surtout en parlant des femmes d'un certain âge qui, voyant
-les amants se détourner d'elles, tournent du côté des litanies. Cette
-transition d'une vie galante à une vie dévote ne leur paraît pas
-agréable sans doute, et elles la diffèrent tant qu'elles peuvent, mais
-le respect humain l'exige, et, faisant de nécessité vertu, elles
-franchissent enfin le pas moins difficilement qu'elles ne pensaient le
-faire. La raison en est toute simple; c'est que le point d'où elles
-partent confine à celui où elles vont, et que passer de l'un à l'autre
-n'est souvent pour la plupart d'entre elles qu'aller du même au même;
-car leur amour ne change point de nature pour être coulé dans le moule
-de la dévotion.
-
-Saint-Évremont a très-bien dit, dans un chapitre dont le titre porte que
-la _Dévotion est le dernier de nos amours_: «La pénitence ordinaire des
-femmes, à ce que j'ai pu observer, est moins un repentir de leurs péchés
-qu'un regret de leurs plaisirs; en quoi elles sont trompées elles-mêmes,
-pleurent amoureusement ce qu'elles n'ont plus, quand elles croient
-pleurer saintement ce qu'elles ont fait.»
-
-On pourrait appliquer à leur conversion le joli mot proverbial des
-Italiens sur celles qui abjurent une hérésie pour une autre, ou qui
-passent d'une fausse religion à une autre également fausse: «C'est,
-disent-ils, changer de chambre dans la maison du diable. _Cambiare di
-stanza nella casa del diavolo._»
-
-
-Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir.
-
-Le _Code d'amour_ a exprimé la même idée en ces termes: _Si amor
-minuatur, cito deficit, et raro convalescit_, article 19. «Si l'amour
-diminue, il dépérit vite, et rarement il se rétablit.»
-
-La Rochefoucauld dit dans une de ses pensées: «Il est impossible d'aimer
-une seconde fois ce qu'on a véritablement cessé d'aimer.»
-
- Vif attrait, charme inexprimable,
- Le cœur s'épuise à le sentir.
- Pourrait-il d'un feu qui dévore
- Éprouver deux fois les effets?
- Les cendres s'échauffent encore,
- Mais ne se rallument jamais.
-
-(Andrieux.)
-
-
-Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse l'autre.
-
-Ou plus simplement par la substitution d'une métaphore allégorique à la
-comparaison: _Un clou chasse l'autre._ Ce proverbe se trouve dans la
-phrase suivante de la quatrième _Tusculane_ de Cicéron: _Novo amore
-veterem amorem tanquam clavo clavium ejiciendum putant._ «Ils pensent
-qu'un nouvel amour doit remplacer un ancien amour comme un clou chasse
-l'autre.»
-
- _Novus amor veterem compellit abire._
-
-(Art. XVII du _Code d'amour_.)
-
-Louis Racine, dans le chant VI de son poëme _de la Religion_, a écrit
-ces quatre vers qui expriment très-bien le sens du proverbe, qu'il ne
-pouvait citer textuellement:
-
- Le cœur n'est jamais vide. Un amour effacé
- Par un nouvel amour est toujours remplacé,
- Et tout objet qu'efface un objet plus aimable,
- Sitôt qu'il est chassé, nous paraît haïssable.
-
-Lorsque Longchamp, secrétaire de Voltaire, lui remit la bague qu'il
-avait eu la précaution d'ôter du doigt de la marquise de Châtelet qui
-venait de mourir, et dans laquelle devait se trouver le portrait du
-poëte, il lui dit et lui fit voir que ce portrait avait été remplacé par
-celui de Saint-Lambert: «O ciel! s'écria Voltaire, en joignant les deux
-mains, voilà bien les femmes! j'en avais chassé Richelieu; Saint-Lambert
-m'en a chassé. Cela est dans l'ordre, _un clou chasse l'autre_. Ainsi
-vont les choses dans ce monde.»
-
-Duclos a dit de l'amour qui se porte vers plusieurs objets et peut se
-remplacer par un autre: «Un tel amour n'est pas fort délicat, mais il
-est heureux, et le bonheur fait la gloire de l'amour.»
-
-Cette maxime sent bien son auteur, à qui une dame du beau monde
-reprochait justement de se contenter de la première venue. Il y a une
-satisfaction sensuelle dans ces amours rapidement remplacés l'un par
-l'autre; mais s'il n'y a point de bonheur, il y a encore moins de
-gloire; et si quelque animal du troupeau d'Épicure prétend à une
-couronne pour les faciles succès qu'il a obtenus en ce genre, il faut
-lui en donner une faite des lauriers des jambons de ses confrères de
-Mayence.
-
-
-L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour.
-
-En d'autres termes, il n'est rien de tel que l'amour pour tuer le temps,
-et rien de tel que le temps pour tuer l'amour.
-
-Le comte de Ségur, donnant au verbe _passer_ un sens différent de celui
-qu'il a ici, a fait sur ce proverbe l'allégorie suivante:
-
- A voyager passant sa vie,
- Certain vieillard, nommé le Temps,
- Près d'un fleuve arrive et s'écrie:
- «Ayez pitié de mes vieux ans.
- Eh quoi! sur ces bords on m'oublie,
- Moi, qui compte tous les instants!
- Mes bons amis, je vous supplie,
- Venez, venez passer le Temps.»
-
- De l'autre côté, sur la plage,
- Plus d'une fille regardait,
- Et voulait aider son passage
- Sur un bateau qu'Amour guidait;
- Mais une d'elles, bien plus sage,
- Leur répétait ces mots prudents:
- «Ah! souvent on a fait naufrage
- En cherchant à passer le Temps.»
-
- L'Amour gaîment pousse au rivage,
- Il aborde tout près du Temps;
- Il lui propose le voyage,
- L'embarque, et s'abandonne au vent.
- Agitant ses rames légères,
- Il dit et redit dans ses chants:
- «Vous voyez bien, jeunes bergères,
- Qu'Amour a fait passer le Temps.»
-
- Mais tout à coup l'Amour se lasse,
- Ce fut toujours là son défaut;
- Le Temps prend la rame à sa place,
- Et lui dit: «Quoi! céder sitôt!
- Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse!
- Tu dors et je chante à mon tour
- Ce vieux refrain de la sagesse:
- «Ah! le Temps fait passer l'Amour.»
-
-
-Le succès trop facile rend l'amour méprisable.
-
-Proverbe tiré de l'article 14 du Code d'amour: «_Facilis perceptio
-contemptibilem reddit amorem._ C'est la difficulté qui fait le bonheur
-et le charme de l'amour.» Les faveurs d'une belle, dit Mme de Genlis,
-n'ont de prix que lorsqu'elles sont arrachées. On n'en jouit qu'en les
-dérobant.
-
-
-L'amour apprend les ânes à danser.
-
-La légèreté et la souplesse singulières avec lesquelles les ânes, au
-mois de mai, bondissent et se trémoussent dans la prairie auprès des
-ânesses, ont donné lieu à ce proverbe, dont le sens métaphorique est que
-l'amour polit le naturel le plus inculte.
-
-On voit en effet de vrais rustres qui, sous l'influence de cette
-passion, parviennent à se défaire de leurs instincts grossiers, de leurs
-habitudes brutales, et y substituent des manières agréables, des mœurs
-courtoises, que leur communiquent des femmes aimables auxquelles ils
-cherchent à plaire.
-
-
-L'amour porte avec soi la musique.
-
-On dit aussi: _L'amour enseigne la musique._--Les amants aiment à
-chanter leurs plaisirs et leurs peines. De là ce proverbe qu'on trouve
-expliqué dans les _Symposiaques_ de Plutarque, liv. I, quest. V.
-
- _Primus amans carmen vigilatum nocte negata
- Dicitur ad clausas concinuisse fores;
- Eloquiumque fuit duram exorare puellam._
-
-(Ovide, _Fast._ IV.)
-
-«Un amant, dit-on, dans une nuit refusée à ses vœux, chanta le premier
-des vers devant la porte fermée de sa maîtresse, et l'éloquence ne fut
-d'abord que l'art d'attendrir une cruelle.»
-
-Les Anglais disent: «_Love was the mother of poetry._ Amour engendre
-poésie,» ce qui a été ingénieusement développé dans le _Spectateur_
-d'Addison, n. 377:
-
- Le chant des premiers vers exprima: _Je vous aime._
-
-(Saint-Lambert.)
-
-
-L'amour est comme un flambeau, plus il est agité, plus il brûle.
-
-Cette comparaison proverbiale est prise du vers suivant de P. Syrus, qui
-dit l'_amant_, et non l'_amour_:
-
- _Amans ita ut fax, agitando ardescit magis._
-
-Elle est parfaitement juste: «Les âmes propres à l'amour, dit Pascal,
-demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le
-dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette
-manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. C'est de
-là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la
-ville, parce que les uns sont tout de feu, et que les autres mènent une
-vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe: la vie de tempête surprend,
-frappe et pénètre.» (_Discours sur les passions de l'amour._)
-
-L'abbé de Bernis a dit aussi, d'une manière jolie: «Connaissez-vous un
-feu qui prend toutes les formes que le souffle lui donne, qui s'irrite,
-qui s'affaiblit, selon que l'impression de l'air est plus vive ou plus
-modérée? il se sépare, il se réunit, il s'abaisse, il s'élève; mais le
-souffle puissant qui le conduit ne l'agite que pour l'animer, et jamais
-pour l'éteindre. L'amour est ce souffle; nos âmes sont ce feu.»
-(_Réflexions sur l'amour._)
-
-Les femmes savent très-bien que celui qui aime ne conserverait pas
-longtemps son ardeur si elle restait inactive, et qu'il a besoin pour
-l'entretenir, pour l'enflammer, d'une vie d'agitation, de remuement et
-de secousses, enfin d'_une vie de tempête_. Aussi remarquez avec quels
-soins prévoyants elles s'appliquent à préserver leurs adorateurs des
-dangers du calme, à les tenir constamment en haleine par la nouveauté
-des impressions qu'elles leur font éprouver, à les faire passer
-rapidement et sans relâche d'une situation paisible à une situation
-émouvante, à leur _faire voir du pays_, comme on dit.
-
-Hommes peu clairvoyants, qui leur reprochez d'agir ainsi par
-coquetterie, par humeur, par caprice, par bizarrerie, etc., ne
-nommerez-vous jamais les choses par leur vrai nom, et les jugerez-vous
-toujours sur les apparences? Reconnaissez donc que toutes ces manières
-d'être, qui vous semblent d'étranges inégalités de caractère, ne sont,
-la plupart du temps, chez ces enchanteresses, que des procédés d'un art
-merveilleux par lequel elles veulent se rendre plus aimables et plus
-aimées, en renouvelant sans cesse leur beauté par des changements
-inattendus, ainsi que vos cœurs, par des désirs variés, et, loin de les
-accuser de troubler votre repos, rendez-leur la grâce de multiplier vos
-sensations pour vous sauver des ennuis de la monotonie.
-
-
-Baiser le verrou.
-
-S'est dit pour rendre hommage, par allusion à un usage féodal qui
-voulait que le vassal se présentât chez son seigneur pour lui rendre
-hommage, et, en son absence, baisât la serrure ou le verrou de la porte
-du manoir seigneurial. (_Cout. d'Auxerre_, art. 44;--_de Sens_, art.
-181,--et _de Berry_, tit. V, art. 10.) Mais ce n'est pas sous ce rapport
-que je place ici cette expression proverbiale; c'est pour rappeler que
-le fait qu'elle signale avait lieu également dans l'amoureux servage. Il
-n'était pas de bon _serviteur_[12], ou servant d'amour, qui négligeât
-d'honorer la dame de ses pensées par un semblable témoignage de
-dévouement, quand il n'avait pas l'avantage d'être admis en sa présence.
-Les amoureux transis (voyez plus loin cette expression) ne manquaient
-jamais de baiser la serrure ou le verrou de la porte devant laquelle ils
-allaient chaque jour soupirer leur martyre.
-
- [12] Le mot _serviteur_ était autrefois synonyme d'amant, comme on
- peut le voir dans la vingt-sixième des _Cent Nouvelles nouvelles_,
- dans les dixième, douzième, quatorzième, dix-neuvième, et
- vingt-quatrième nouvelles de l'_Heptaméron_ de la reine de Navarre,
- et dans le _Roman bourgeois_, de Furetière. J.-J. Rousseau lui a
- conservé cette acception dans le _Devin du village_, où Colette
- chante: _J'ai perdu mon serviteur._ Au reste, la même synonymie
- existait dans plusieurs langues, notamment en anglais. Voyez dans
- Shakespeare la scène première de l'acte deuxième des _Deux
- Gentilshommes de Vérone_.
-
-Les amants, à Rome, se conduisaient aussi de cette manière, comme nous
-l'apprend Lucrèce, vers la fin du livre IV de son poëme.
-
- _At lacrymans exclusus amator limine sæpe
- Floribus et sertis operit postesque superbos
- Unguit amaricino, et foribus miser oscula figit._
-
- Cependant, l'amant en larmes, à qui l'accès est interdit, orne sa
- porte de fleurs et de guirlandes, répand des parfums sur les poteaux
- dédaigneux, et imprime sur le seuil de tristes baisers.
-
-Cela se faisait de même en signe d'adieu, lorsqu'on s'éloignait avec
-regret d'un lieu chéri.
-
-Rutilius, exprimant la douleur qu'il ressentait de partir de Rome, a
-dit:
-
- _Crebra relinquendis infigimus oscula portis._
-
- Nous imprimons de fréquents baisers aux portes qu'il faut quitter.
-
-
-L'amour et la gale ne se peuvent cacher.
-
-L'un et l'autre ont des démangeaisons irrésistibles qui les font bientôt
-découvrir. Les Anciens disaient: «_Amor tussisque non celatur._ L'amour
-et la toux ne se peuvent céler.» Proverbe cité par Gilbert Cousin
-(Gilbertus Cognatus), qui dit l'avoir trouvé dans Antiphane le Comique,
-et dans Athénée.
-
- _L'amour et le musc ne peuvent rester ignorés._
-
-(Proverbe indoustani.)
-
-Les Danois disent: «La pauvreté et l'amour sont difficiles à cacher.
-_Armod og kierlighed er ond at dölge._»
-
-«L'amour est un de ces maux qu'on ne peut cacher; un mot, un regard
-indiscret, le silence même le découvre.» (Abeilard).
-
-«L'amour est si puissant, dit le romancero espagnol, et ses effets sont
-tels que les yeux le publient, encore que la langue le taise.»
-
-On connaît ces vers de Racine:
-
- On a beau se cacher, l'amour le plus discret
- Laisse par quelque marque échapper son secret.
-
-(_Bajazet_, act. III. sc. VIII.)
-
- L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme:
- Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,
- Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.
-
-(_Androm_., act. II, sc. II.)
-
-
-L'amour divulgué est rarement de durée.
-
-Il en est de l'amour comme d'un parfum qui se conserve quand on le tient
-renfermé, et qui se gâte quand on l'évente. Ce proverbe est une
-traduction littérale de l'article treizième du _Code d'amour_: _Amor
-raro consuevit durare vulgatus._
-
-Nous avons encore cette triade proverbiale: _Le secret, le vin et
-l'amour, ne valent rien quand ils sont éventés._
-
-
-Le secret est la garde la plus assurée de l'amour.
-
-C'est-à-dire que l'amour se conserve mieux quand il est tenu secret.
-Cette idée est sous une autre forme celle du proverbe précédent, dont le
-commentaire peut s'appliquer à celui-ci; qu'on me permette seulement d'y
-joindre cette chanson sur l'amour discret:
-
- L'amour dans l'ombre du mystère,
- Se plaît à cacher ses secrets.
- Il fuit le jour qui les éclaire,
- Et punit les cœurs indiscrets.
- Au silence qu'il nous impose
- Soumettons notre vanité,
- Si nous voulons cueillir la rose
- Que nous garde la volupté.
-
- L'amant trop fier de sa victoire,
- Qui partout vante son bonheur,
- Sacrifie à la vaine gloire
- Bien du plaisir pour peu d'honneur.
- Du triomphe qu'il se propose,
- Le sentiment n'est point l'objet,
- Et, quand il veut cueillir la rose,
- Elle échappe au bruit qu'il a fait.
-
- Si, par son frivole étalage,
- L'indiscret perd l'heureux moment,
- Le jaloux, farouche et sauvage,
- Ne l'obtient point par son tourment;
- Par son humeur il indispose,
- Il obsède par son ennui,
- Et, quand il veut cueillir la rose,
- Il n'a que l'épine pour lui.
-
- O toi qui veux plaire à ta belle,
- Sache prévenir ses désirs.
- Veux-tu qu'elle te soit fidèle?
- Sache occuper tous ses loisirs.
- Sur tous vos plaisirs bouche close,
- Avec soin garde ton secret.
- L'amour ne destine la rose
- Qu'à l'amant sincère et discret.
-
-
-L'amour est le frère de la guerre.
-
-C'est-à-dire que l'amour et la guerre se ressemblent sous beaucoup de
-rapports: l'un et l'autre ont leurs combats qui se renouvellent chaque
-jour, avec une tactique à peu près pareille, pour obtenir une victoire
-suivie d'une trêve plus ou moins longue, après laquelle une autre lutte
-recommence. Écoutez l'éternelle chanson des poëtes érotiques; vous
-croirez par moments entendre un chant guerrier; la plupart des termes
-caractéristiques en sont militaires: _blessé_, _blessure_, _vaincu_,
-_vainqueur_, _victoire_, _triomphe_, _chaîne_, _conquête_, etc.
-
-Ovide a dit, dans le second livre de l'_Art d'aimer_: «L'amour est une
-sorte de guerre,» _Militiæ species amor est_; et dans la neuvième élégie
-du premier livre des _Amours_:
-
- _Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido._
-
- Tout amant est soldat, et l'Amour a ses camps.
-
-
-L'amour est le frère de la haine.
-
-L'amour et la haine pour le même objet naissent assez souvent dans le
-même cœur, et s'y font sentir par des emportements, des malédictions,
-des violences, et d'autres effets communs à l'une et à l'autre passion.
-De là vient sans doute qu'on a regardé l'amour et la haine comme frère
-et sœur. Mais l'amant livré à leur double influence ne hait pas
-précisément. Il hait et aime tout ensemble, comme dit ce proverbe des
-anciens cité par Gilbert Cousin: _Non odi, odi et amo._ C'est ce
-qu'exprime très-bien la charmante épigramme de Catulle à Lesbie.
-
- _Odi et amo. Quare id faciam fortasse requiris?
- Nescio: sec fieri sentio, et excrucior._
-
- J'aime et je hais.--Comment est-ce possible? diras-tu.--Je ne sais,
- mais je le sens, et je souffre.
-
-_L'amour est le frère de la haine_, peut s'expliquer aussi par cette
-pensée de La Bruyère: «On veut faire tout le bonheur, ou, si cela ne se
-peut, tout le malheur de ce qu'on aime.»
-
- O amour, ô tumultueux amour, ô amoureuse haine!
-
-(Shakespeare, _Roméo et Juliette_.)
-
-
-A battre faut l'amour.
-
-_Faut_ est ici la troisième personne de l'indicatif du verbe _faillir_,
-et ce proverbe, tiré du latin, _injuria solvit amorem_, signifie que les
-mauvais traitements font cesser l'amour.--Cependant le cas n'est point
-sans exception. On sait que les femmes moscovites mesuraient l'amour
-qu'elles inspiraient à leur mari sur la violence avec laquelle elles
-étaient battues, et qu'il n'y avait ni paix ni contentement pour elles
-avant d'avoir éprouvé la pesanteur du bras marital. _Experientia
-testatur feminas moscoviticas verberibus placari._ (Drex., _de Jejunio_,
-lib. I, cap. II.)
-
-Une chanson d'un troubadour anonyme attribue le même goût aux filles de
-Montpellier.
-
- Las castanhas al brasier
- Peton quan no son mordudas;
- Las fillas de Mounpelier
- Ploron quan no son battudas.
-
-Ce qu'un ancien troubadour a rendu vers pour vers de cette manière:
-
- Les châtaignes au brasier
- Pètent quand ne sont mordues;
- Les filles de Montpellier
- Pleurent quand ne sont battues.
-
-On voit dans le _Voyage en Grèce_ de Pouqueville que les femmes
-albanaises considèrent comme des marques d'amour les coups qu'elles
-reçoivent de leur mari.
-
-Dans plusieurs tribus arabes, les épouses préférées se désolent lorsque
-les maris laissent reposer le bâton, parce que, dans ce cas, le divorce
-n'est pas loin.
-
-Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, si connu dans l'histoire sous le
-nom de Guillaume le Conquérant, fit longtemps une cour assidue à
-Mathilde de Flandre, qui le traitait avec une froideur dédaigneuse.
-L'ayant rencontrée, en 1047, dans une rue de Bruges, lorsqu'elle
-revenait de la messe, il la saisit, la renversa, la roula dans la boue,
-et la battit outrageusement. La jolie Mathilde, soit que cette
-déclaration d'amour un peu brutale la convainquît de la violente passion
-de son amant, soit que la peur de le voir réitérer la même scène la
-disposât mieux pour lui, le traita désormais avec moins de rigueur, et
-consentit enfin à l'épouser en 1052. Les deux époux devinrent des
-modèles de tendresse conjugale. Cette anecdote est rapportée dans la
-_Vie de la reine Mathilde_, etc., par Shickland, t. I, ch. I.
-
-Au reste, la violence dont usa Guillaume envers Mathilde était une
-conséquence logique de la passion qu'il avait pour elle, et on a vu
-maintes fois, avant lui et après lui, plus d'un amoureux dédaigné
-outrager publiquement sa belle inhumaine dans l'espérance qu'un tel
-outrage, l'empêchant de trouver un autre époux, elle consentirait enfin
-à s'unir avec lui.
-
-Il y a encore une exception très-remarquable au proverbe, et ce sont les
-deux amants les plus célèbres qui l'ont fournie. Abeilard fustigeait
-quelquefois son Héloïse, qui ne l'en aimait pas moins. Lui-même, parlant
-à elle-même, rappelle la chose dans une de ses lettres, où il confesse
-d'un cœur contrit les scandaleux excès de sa passion immodérée: «_In
-ipsis diebus dominicæ Passionis, te nolentem ac dissuadentem sæpius
-minis ac flagellis ad consensum trahebam._ Les jours mêmes de la Passion
-du Seigneur, lorsque tu me refusais ce que je demandais ou que tu
-m'exhortais à m'en priver, ne t'ai-je pas souvent forcée par des menaces
-et des coups de fouet à céder à mes désirs?»
-
-Ausone avait deviné le cœur d'Héloïse, lorsqu'il disait en peignant les
-qualités d'une maîtresse accomplie (épigr. LXVII): «Je veux qu'elle
-sache recevoir des coups, et qu'après les avoir reçus elle prodigue ses
-caresses à son amant.»
-
-L'auteur des _Mémoires de l'Académie de Troyes_, facétie spirituelle
-attribuée au comte de Caylus, mais que l'on croit plus généralement être
-de Grosley, a examiné d'une manière plaisante jusqu'à quel point est
-fondée l'opinion que battre est une preuve d'amour. Voyez dans cet
-ouvrage (pages 205 et suivantes) la _Dissertation sur l'usage de battre
-sa maîtresse_.
-
-Après tant de faits généraux et particuliers, qui contredisent le
-proverbe, ne serait-on pas tenté de croire qu'il est l'expression d'une
-opinion erronée, et que Sganarelle a raison de dire à sa femme, à
-laquelle il vient de donner des coups: «Ce sont petites choses qui sont
-de temps en temps nécessaires dans l'amitié, et cinq ou six coups de
-bâton entre gens qui s'aiment ne font que ragaillardir l'affection.»
-(_Médecin malgré lui_, act. Ier, sc. III.)
-
-
-Heureux au jeu, malheureux en amour.
-
-La passion du jeu captive celui qui s'y livre en proportion du gain
-qu'il y trouve, et lui fait oublier tout le reste. Dans cette situation
-il néglige sa maîtresse, et celle-ci se dédommage par des infidélités;
-telle est probablement la raison de ce proverbe, qui doit être fort
-ancien puisque le troubadour Bérenger de Puivert l'a rappelé dans les
-vers suivants:
-
- _Pois de datz no sui aventuros
- Ben degra aver calque domna conquisa._
-
- Puisque je n'ai point de chance aux dés, je devrais bien avoir quelque
- dame conquise.
-
-Nous avons encore cet autre proverbe corrélatif: _Malheureux au jeu,
-heureux en amour_, lequel est fondé sur la supposition que le joueur
-maltraité de la fortune revient à sa belle, dont la reconnaissance et la
-fidélité font son bonheur. Supposition fréquemment démentie. Quoi qu'il
-en soit, tous les joueurs ressemblent à celui de Regnard, qui oublie sa
-belle Angélique lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il
-a perdu.
-
-
-Filer le parfait amour.
-
-C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.--Cette façon de
-parler fait allusion à la conduite d'Hercule filant aux pieds de la
-reine Omphale. Elle fut probablement introduite dans notre langue à
-l'époque où les confrères de la Passion représentaient le mystère
-d'_Hercule_ sur leur théâtre. On sait que ce titre de mystère, consacré
-à certains ouvrages dramatiques, s'appliquait à un sujet profane comme à
-un sujet religieux.
-
-
-L'amour se paye par l'amour.
-
-Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui des Basques, _Maitazeac
-maitaze du harze_. Il peut avoir inspiré à Ninon de Lenclos le mot
-suivant, qui en est le commentaire: «L'amour est la seule passion qui se
-paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même, et l'amour seul peut
-acquitter l'amour.»
-
-
-Plus il y a paroles en amour, et moins y sied.
-
-«En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon
-d'être interdit. Il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la
-langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse, quand
-il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque vivacité
-que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne.
-Tout cela se passe sans règle et sans réflexion, et quand l'esprit le
-fait il n'y pensait pas auparavant. C'est par nécessité que cela
-arrive.» (_Discours sur les passions de l'amour_).
-
-Ce silence qui survient tout à coup sans qu'on y pense, qui résulte, non
-d'un calcul, mais de la nécessité, est le plus tendre et le plus vrai
-langage des amants. Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils
-sentent. Les paroles ne peuvent être que des signes d'une faible
-passion: elles sont comme ces bluettes qui ne jaillissent guère que d'un
-feu peu ardent. «Celui qui peut dire combien il aime, s'écrie Pétrarque,
-n'a qu'une petite ardeur.»
-
- _Chi può dir com'egli arde, è un picciol fuoco._
-
-(_Sonetto_ 137.)
-
-
-L'amour s'introduit sous le nom de l'amitié.
-
-C'est-à-dire que l'amitié entre homme et femme mène très-souvent à
-l'amour, ou, dans un autre sens, que celui qui veut se rendre maître du
-cœur d'une belle doit préluder au rôle d'amant par le rôle d'ami. C'est
-la tactique recommandée dans _l'Art d'aimer_ d'Ovide, vers la fin du
-premier livre d'où le proverbe est pris. Le poëte engage le jeune homme
-qui aspire à la conquête d'une femme à ne montrer aucun espoir d'y
-réussir, de peur de l'effaroucher: «Que l'amour, dit-il, s'introduise
-sous le nom d'amitié.»
-
- _Intret amicitiæ nomine tectus amor._
-
-«J'ai vu, ajoute-t-il, plus d'une beauté farouche dupe de ce manége, et
-son ami devenir bientôt son amant.»
-
-Si l'amour est produit par une amitié feinte, il doit l'être à plus
-forte raison par une amitié réelle. Il y a de cette amitié à l'amour une
-pente qui entraîne, et l'on s'y laisse aller avec d'autant plus de
-facilité que le passage du premier sentiment au second, ou plutôt la
-fusion des deux ajoute à l'affection un surcroît de délices.
-
-Voici quelques lignes charmantes de Mlle de Scudéri sur cet état:
-
-«Lorsque l'amitié devient amour dans le cœur d'un amant, ou, pour mieux
-dire, lorsque cet amour se mêle à l'amitié sans la détruire, il n'y a
-rien de si doux que cette espèce d'amour, car tout violent qu'il est, il
-est pourtant toujours un peu plus réglé que l'amour ordinaire; il est
-plus durable, plus tendre, plus respectueux et même plus ardent,
-quoiqu'il ne soit pas sujet à tant de caprices tumultueux que l'amour
-qui naît sans amitié. On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amitié
-se mêlent comme deux fleuves dont le plus célèbre fait perdre le nom de
-l'autre.»
-
-
-Un sot, en amour, va plus vite et plus loin qu'un homme d'esprit.
-
-Les femmes, en général, sont plus sensibles aux déclarations amoureuses
-d'un sot qu'à celles d'un homme d'esprit; car elles se persuadent
-volontiers que le premier a plus d'amour qu'il n'en exprime, et elles
-savent très-bien que le second en exprime toujours plus qu'il n'en a. La
-difficulté de l'un à s'expliquer passe à leurs yeux pour l'effet d'un
-saisissement produit par leurs charmes, et leur amour-propre en est
-infiniment touché, tandis que la facilité de l'autre à débiter de
-galants propos où l'art se montre plus que le naturel, où l'imagination
-a plus de part que le cœur, les avertit qu'il joue un personnage qui
-cherche à leur en imposer, et qu'elles doivent se défier de lui. Elles
-peuvent être déçues par les illusions qu'elles se font elles-mêmes, mais
-elles ne sont presque jamais dupes des beaux diseurs. Au reste, il est
-tout simple que celui à qui la parole fait défaut leur paraisse plus
-amoureux que celui qui parle beaucoup. L'amour muet n'est-il pas le
-moins menteur?
-
-Un autre motif qui les porte également à préférer le sot à l'homme
-d'esprit, c'est qu'elles le supposent plus maniable, et se flattent de
-le gouverner plus aisément.
-
-Peut-être aussi leur détermination en sa faveur est-elle due en partie à
-la secrète influence de quelques raisons inspirées par un sentiment peu
-platonique... Mais ces raisons-là, je ne les examinerai point, afin de
-ne pas trop m'écarter d'un précepte de goût autant que de décence, qui
-recommande de ne jamais tout dire, et je laisserai aux lecteurs le soin
-de s'expliquer, sous ce rapport, le penchant de la belle pour la bête.
-
-
-L'amour est de tous les âges.
-
-On dit que la vieillesse, affaiblissant et changeant même les organes,
-rend incapable d'aimer; mais on voit trop de vieilles personnes
-affriandées à l'amour pour ne pas croire à la vérité de ce proverbe,
-qu'il faut entendre dans le même sens que ces deux autres, expliqués
-plus haut: _Le cœur ne vieillit pas._--_Le cœur n'a point de rides._
-
-On ne peut être aimé à tout âge, mais à tout âge on peut aimer, et l'on
-a toujours des raisons de le faire. Je ne veux pas énumérer ces raisons,
-plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes, et je me contente
-de rappeler celles qu'a données Mme d'Houdetot dans ce charmant huitain
-où elle a esquissé en quelques traits pleins de grâce et de poésie
-l'histoire de son cœur aimant:
-
- Jeune, j'aimai; le temps de mon bel âge,
- Ce temps si court, l'amour seul le remplit.
- Quand j'atteignis la saison d'être sage,
- Encor j'aimai; la raison me le dit.
- Me voici vieille, et le plaisir s'envole;
- Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui,
- Car j'aime encor, et l'amour me console:
- Rien ne saurait me consoler de lui.
-
-
-L'amour fait les vieilles trotter.
-
-Et si bien trotter que rien ne les arrête. Il y a un assez grand nombre
-de trotteuses de cette espèce, qui ne craindraient pas d'_user leurs
-jambes jusqu'aux genoux_ pour arriver au but où elles espèrent trouver
-ce qu'elles ne se lassent jamais de chercher.
-
-Le comte de Bussy-Rabutin raconte qu'une d'elles parcourait un soir, à
-grands pas, les galeries de Fontainebleau, sans doute à la poursuite de
-quelque page, lorsqu'elle se trouva face à face avec le chevalier de
-Rohan qui lui dit: «Madame, que cherchez-vous?--Ce n'est pas vous,
-répondit-elle, en allant plus vite encore.--Oh! répliqua-t-il, je ne
-voudrais pas avoir perdu ce que vous cherchez.»
-
-
-L'amour est le roi des jeunes gens et le tyran des vieillards.
-
-C'est ce que disait Louis XII, qui avait appris la chose par sa propre
-expérience, quoiqu'il ne fût que dans le commencement de la vieillesse
-quand il mourut des suites de son troisième mariage. Ce mot passa en
-proverbe pour signifier que l'amour réserve ses douceurs pour les jeunes
-gens, et qu'il ne cause que des peines aux vieillards.
-
-
-L'amour sied bien aux jeunes gens, et déshonore les vieillards.
-
-C'est à peu près la pensée exprimée dans ce vers de Labérius:
-
- _Amare juveni fructus est, crimen seni._
-
-Suivant Ovide, Vénus en cheveux blancs est ridicule:
-
- _Est in canitie ridiculosa Venus._
-
-Le même poëte condamne l'amour sénile comme chose honteuse: _Turpe
-senilis amor._
-
-«C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux.»
-(La Bruyère, ch. XI.)
-
-L'amour, chez le vieillard, est-il donc une énormité si odieuse, et
-mérite-t-il d'être flétri comme un crime? C'est une question que
-Saint-Évremont me paraît avoir traitée et résolue d'une manière
-charmante. Voici ce que dit cet aimable épicurien, qui se plaisait à
-réchauffer l'hiver de sa vie de quelques rayons de feu de son printemps.
-«Vous vous étonnez mal à propos que les vieilles gens aiment encore, car
-leur ridicule n'est pas à se laisser toucher, c'est à prétendre
-imbécilement de pouvoir plaire. Pour moi, j'aime le commerce des belles
-personnes autant que jamais; mais je les trouve aimables sans dessein de
-m'en faire aimer. Je ne compte que sur mes sentiments, et cherche moins
-avec elles la tendresse de leur cœur que celle du mien... Le plus grand
-plaisir qui reste aux vieillards, c'est de vivre: _Je pense, donc je
-suis_, sur quoi roule toute la philosophie de Descartes, est une
-conclusion pour eux bien froide et bien languissante. _J'aime, donc je
-suis_, est une conséquence toute vive, toute animée, par où l'on
-rappelle les désirs de la jeunesse jusqu'à s'imaginer quelquefois être
-jeune encore. Vous me direz que c'est une double erreur de ne pas croire
-être ce qu'on n'est plus. Mais quelles vérités peuvent être si
-avantageuses que ces bonnes erreurs qui nous ôtent le sentiment des maux
-que nous avons, et nous rendent celui des biens que nous n'avons pas?»
-
-Saint-Évremont a raison, et l'on a tort de blâmer, de ridiculiser le
-vieillard qui cherche à ranimer sa vie défaillante par un amour purement
-platonique. Laissez-le se retremper discrètement dans cette fontaine de
-Jouvence et goûter le plaisir d'aimer pour compensation du malheur de ne
-pouvoir plus plaire, comme le dit ce vers latin traduit par Apulée d'un
-vers grec de Ménandre.
-
- _Amare liceat, si potiri non licet._
-
-
- Lorsqu'un vieux fait l'amour
- La mort court à l'entour.
-
-C'est-à-dire que l'amour physique abrége la vie du vieillard. Le regain
-de cet amour dans le cœur du vieillard est souvent le signe et la cause
-de sa fin prochaine, et, sous ce double rapport, il ressemble au gui qui
-fleurit sur un arbre mourant.
-
-Le _Florilegium_ de Grutter cite ce proverbe latin sur les vieilles
-amoureuses: _Anus cum ludit, morti delicias facit._ «Vieille qui se
-livre aux folâtreries de l'amour fait les délices de la mort.»
-
-
-Vieillard qui fait l'amour est un agonisant en chemise de noce.
-
-Ce proverbe, d'une originalité spirituelle, exprime la même idée que le
-précédent. Il fait allusion à une ancienne coutume qui consistait à
-conserver soigneusement la chemise qu'on portait le jour de son mariage
-pour la reprendre au lit funèbre, comme un suaire dans lequel on devait
-être inhumé. Cette coutume existe encore en Bretagne et dans plusieurs
-autres localités, où l'on se fait un pieux devoir de tenir en réserve la
-chemise nuptiale, afin de l'employer à une toilette de mort, à _une
-toilette dans laquelle on doit, dit-on, paraître devant le bon Dieu_.
-
-
-Amour se nourrit de jeune chair.
-
-Voilà le Cupidon mythologique transformé en un ogre à qui il faut la
-chair fraîche des jouvenceaux et des jouvencelles. Cet ogre-là pourtant
-ne fait peur à personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire, à
-s'approcher de lui, on met tous ses soins à l'attirer, on veut lui
-servir d'aliment, et de toute part on n'entend que des voix qui lui
-crient, comme les enfants d'Ugolin à leur père: «_Mangia di noi_, mange
-de nous.» Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empressés que les
-jeunes à s'offrir en sacrifice; mais il se montre fort peu disposé en
-leur faveur, leur viande coriace ne lui paraît pas propre à entretenir
-son appétit.
-
-Ce proverbe était très-répandu au dix-septième siècle, et c'est sans
-doute à cause de cela que La Fontaine, dans son conte intitulé _Comment
-l'esprit vient aux filles_, ne craignit pas de risquer ces deux vers
-dont tout le sel ne consiste qu'à y faire allusion:
-
- Amour n'avait à son croc de pucelle
- Dont il crut faire un aussi bon repas.
-
-
-L'amour n'a point de règle.
-
-C'est ce qu'a dit saint Jérôme vers la fin de sa lettre à Chromatius:
-«_Amor nescit ordinem._ L'amour ne connaît point l'ordre ou la règle.»
-Anacréon avait dit avant lui: «Bacchus, secondé de l'amour, _folâtre
-sans règle_.» (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir
-s'astreindre à rien de régulier dans sa manière d'être, et ses élans
-passionnés ne peuvent se plier aux froids calculs de la réflexion. «Qui
-ne sçait en son eschole, combien on procede au rebours de tout ordre?
-l'estude, l'exercitation, l'usage sont voyes à l'insuffisance: les
-novices y regentent: _Amor ordinem nescit._ Certes, sa conduicte a plus
-de garbe (bonne grâce) quand elle est meslée d'inadvertence et de
-trouble; les faultes, les succez contraires, y donnent poincte et grace:
-pourveu qu'elle soit aspre et affamée, il chault peu qu'elle soit
-prudente: voyez comme il va chancellant, chopant et follastrant; on le
-met aux ceps (aux entraves, aux chaînes), quand on le guide par art et
-sagesse, et contrainct-on sa divine liberté, quand on la soubmet à ces
-mains barbues et calleuses.» (Montaigne, _Essais_, liv. III, ch. V.)
-
-
-Le plaisir est le tombeau de l'amour.
-
-Panard, dont les poésies sont pleines de proverbes, a pris celui-ci pour
-titre des vers suivants, qui en sont l'explication, et qui se terminent
-par un autre proverbe qu'il a littéralement emprunté aux Orientaux:
-
- Quand un amant est sûr que ses soins ont su plaire,
- Son fortuné destin le rend, de jour en jour,
- Moins empressé pour sa bergère.
- _Le Plaisir est fils de l'Amour,
- Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son père._
-
-On rapporte qu'un jeune Grec, nommé Thrasonidès, était si convaincu de
-cette vérité proverbiale et en même temps si amoureux de son amour,
-qu'il ne voulut jamais jouir de sa maîtresse, de peur d'amortir sa
-passion par la jouissance. Vous demanderez peut-être si, en aimant ainsi
-davantage, il fut plus aimé de sa belle. Je ne puis vous le dire, car
-l'histoire n'en parle pas: elle se borne à le signaler comme un amant
-inimitable.
-
-
-L'amour des parents descend et ne remonte pas.
-
-Helvétius a dit: «L'homme hait la dépendance. De là peut-être sa haine
-pour ses père et mère, et le proverbe fondé sur une observation commune
-et constante: _L'amour des parents descend, et ne remonte pas._» Il a
-pris le proverbe dans un sens affreusement exagéré. Le véritable sens
-est que l'amour des père et mère pour les enfants surpasse celui des
-enfants pour les père et mère. La nature, veillant à la conservation des
-espèces, a voulu donner la plus grande énergie au sentiment paternel et
-maternel, afin d'enchaîner les parents à tous les soins nécessaires pour
-protéger la frêle existence des enfants; et nous voyons qu'elle a agi
-ainsi dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a pas développé
-de même, il est vrai, le sentiment filial; mais de cette disproportion
-qu'elle a laissée dans l'amour il y a bien loin jusqu'à la haine. L'une
-est dans la nature et l'autre est dénaturée, dit La Harpe, en réfutant
-l'opinion d'Helvétius dans une de ces belles pages dont je viens de
-reproduire les traits principaux, et qui se termine par ces paroles
-remarquables: «Le plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est
-qu'en les lisant l'ingrat et le fils dénaturé pourront se dire qu'ils
-sont comme les autres hommes. Méritent-ils le nom de philosophes, ceux
-qui n'ont écrit que pour la justification des monstres?»
-
-Les Arabes disent: _Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur du fils
-est dans la pierre._
-
-
-Le cœur d'une mère est le miracle de l'amour.
-
-Bossuet a expliqué ce miracle, et ceux qui connaissent son explication
-seront charmés de la retrouver ici, car elle est si belle de pensée, de
-sentiment et d'expression, qu'il est impossible de ne pas trouver un
-nouveau charme à la relire: «On ne peut assez admirer, dit-il, les
-moyens dont la nature se sert pour unir les mères avec leurs enfants,
-car c'est le but auquel elle vise, et elle tâche de n'en faire qu'une
-même chose: il est aisé de le remarquer dans l'ordre de ses ouvrages. Et
-n'est-ce pas pour cette raison que le premier soin de la nature est
-d'attacher les enfants au sein de leur mère? elle veut que leur
-nourriture et leur vie passent par les mêmes canaux; ils courent
-ensemble les mêmes périls; ce n'est qu'une même personne. Voilà une
-liaison bien étroite; mais peut-être pourrait-on se persuader que les
-enfants, en venant au monde, rompent le nœud de cette union: ne le
-croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la nature a si bien lié;
-sa conduite sage et prévoyante y a pourvu par d'autres moyens. Quand
-cette première union finit, elle en fait naître une autre à sa place,
-elle forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse:
-la mère porte ses enfants d'une autre façon, et ils ne sont pas plutôt
-sortis de ses entrailles, qu'ils commencent à tenir beaucoup plus au
-cœur. Telle est la conduite de la nature ou plutôt de celui qui la
-gouverne; voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec
-leurs enfants, et empêcher qu'elles ne s'en détachent. L'âme les reprend
-par l'affection en même temps que le corps les quitte; rien ne peut les
-arracher du cœur: la liaison est toujours si ferme qu'aussitôt que les
-enfants sont agités, les entrailles des mères sont encore émues, et
-elles sentent tous leurs mouvements d'une manière si vive et si
-pénétrante, qu'à peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur sein en
-soit déchargé.» (Premier _Sermon pour le vendredi de la Passion_.)
-
-
- Tendresse maternelle
- Toujours se renouvelle.
-
-Rien ne manque au cœur d'une mère, à ce _chef-d'œuvre de l'amour_. C'est
-une source de tendresse qui se renouvelle continuellement sans jamais
-s'épuiser, qui semble s'accroître, au lieu de diminuer par l'excessive
-effusion de sa substance. Qui pourrait dire les trésors de sentiment qui
-en découlent! «O ma mère, s'écrie un fils dans une pièce de poésie
-chinoise, vos bras furent mon premier berceau. J'y trouvai vos mamelles
-pour m'allaiter, vos vêtements pour me couvrir, votre sein pour me
-réchauffer, vos baisers pour me consoler, et vos caresses pour me
-réjouir.»
-
-Mais ses bienfaits ne s'épanchent pas seulement sur le jeune âge. La
-nature n'a point limité chez la femme, comme elle l'a fait chez les
-femelles des animaux, l'énergie de l'amour maternel au temps où l'enfant
-ne peut se passer des soins de celle qui l'a mis au monde; elle a voulu,
-par un privilége exceptionnel en l'honneur de la dignité humaine, que
-cet amour subsistât inaltérable dans le cœur qui en est animé par delà
-les besoins de l'objet qui l'inspire. Il ne s'interrompt point, il ne
-perd rien de sa force en s'étendant à de nouveaux enfants; il se
-multiplie avec eux, il l'emporte sur toute autre affection. Les années
-ne l'usent point, il est de tous les jours et de tous les instants de la
-vie.
-
- Une mère, vois-tu, c'est là l'unique femme
- Qui nous aime toujours,
- A qui le ciel ait mis assez d'amour dans l'âme
- Pour chacun de nos jours.
-
-(A. de Latour.)
-
-Les Allemands disent: «_Mutterlieb ist immer neu._ Amour de mère est
-toujours nouveau.» Ce proverbe a été développé d'une manière pleine
-d'intérêt dans une collection de jolies gravures faites d'après les
-dessins originaux de M. J.-Martin Ustéri. Les explications placées à
-côté de chaque estampe ajoutent au prix de cette collection, éditée à
-Zurich en 1803, et devenue le sujet d'un petit roman sentimental publié
-depuis à Paris.
-
-
-Froides mains, chaudes amours.
-
-Nous disons encore: _Il a les mains fraîches, il doit être fidèle_, et
-cela en vertu d'un axiome de chiromancie d'après lequel les mains
-froides ou fraîches sont le signe caractéristique d'un tempérament
-amoureux, parce que la chaleur du sang ne les quitte qu'afin de se
-concentrer dans le cœur, regardé comme le principal organe de la
-passion. Nous avons aussi ce proverbe corrélatif: _Chaudes mains,
-froides amours._
-
-
-Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux.
-
-Les mariages d'inclination sont rarement heureux, parce qu'ils sont
-presque toujours mal assortis. La passion qui porte seule à les
-contracter ne permet pas de voir les incompatibilités de caractère qui
-devraient les empêcher. Mais ces incompatibilités, se découvrant et se
-faisant sentir à mesure que cette passion diminue, les deux époux en
-viennent bientôt à se détester aussi cordialement qu'ils s'étaient
-aimés.
-
-Les Provençaux ont ce proverbe très-expressif: «_Qui d'amour si prend
-d'enrabi si quitto._ Qui se prend avec amour se quitte avec rage.»
-
-Il y a très-peu d'exemples d'une alliance prospère qui ait été
-contractée dans l'ivresse de l'amour. Le dégoût survient, et à sa suite
-le cortége des ennuis, des repentirs, des tracasseries, des querelles.
-
-«J'ai vu bien des mariages où l'on commençait par ressentir une telle
-passion que l'on aurait voulu se manger mutuellement: au bout de six
-mois, on était séparé.» (Luther, _Propos de table_.)
-
-
-Il n'y a point de laides amours.
-
-Ou, suivant un autre proverbe, _l'objet qu'on aime est toujours beau_.
-«Tout cœur passionné, dit Bossuet, embellit dans son imagination l'objet
-de sa passion; il lui donne un éclat que la nature ne lui donne pas, et
-il est ébloui de ce faux éclat. La lumière du soleil, qui est la vraie
-joie des yeux, ne lui paraît pas aussi belle.»
-
- _Feminam natura pulchram haud reddit, sed affectio._
-
- Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour.
-
- Car sa beauté pour nous c'est notre amour pour elle.
-
-(A. de Musset.)
-
-Un proverbe roman dit: «_Non es bel so qu'es bel, mas es bel so
-qu'agrada._ N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée.»
-Ce proverbe s'est conservé en Provence et en Italie.
-
- _Quisquis amat ranam, ranam putat esse Dianam._
-
- Quiconque aime une grenouille, prend cette grenouille pour Diane.
-
-C'est Diane Limnatis, déesse des marais et des étangs, dont il est ici
-question. Cette remarque n'est pas inutile pour faire sentir l'analogie
-d'un tel rapprochement.
-
-Les habitants de l'île de Cypre avaient érigé des autels à _Vénus
-Barbue_. Les Romains adoraient _Vénus Louche_, comme on le voit dans le
-second livre de l'_Art d'aimer_ d'Ovide, et dans le _Festin de
-Trimalcion_ par Pétrone. Ils employaient même proverbialement
-l'hémistiche d'Ovide: «_Si pæta est, Veneri similis._ Si elle est
-louche, elle ressemble à Vénus,» en parlant d'une belle qui avait le
-rayon du regard un peu faussé. Horace nous apprend qu'un certain
-Balbinus trouvait une grâce particulière dans le polype qu'Agna sa
-maîtresse avait au nez. Il observe que les amants ressemblent à Balbinus
-(_Serm._ I, 3). Il n'en est aucun en effet qui n'aime, comme on dit,
-_jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle_.
-
-Le meilleur développement du proverbe _Il n'y a point de laides amours_
-est dans les vers suivants, tirés de la traduction libre que Molière
-avait faite de Lucrèce, et placés dans la cinquième scène du second acte
-du _Misanthrope_:
-
- ... L'on voit les amants vanter toujours leur choix:
- Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
- Et dans l'objet aimé tout leur paraît aimable.
- Ils comptent les défauts pour des perfections,
- Et savent y donner de favorables noms:
- La pâle est au jasmin en blancheur comparable,
- La noire à faire peur, une brune adorable;
- La maigre a de la taille et de la liberté,
- La grasse est dans son port pleine de majesté;
- La malpropre, sur soi, de peu d'attraits chargée,
- Est mise sous le nom de beauté négligée;
- La géante paraît une déesse aux yeux;
- La naine, un abrégé des merveilles des cieux;
- L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne,
- La fourbe a de l'esprit, la sotte est toute bonne;
- La trop grande parleuse est d'agréable humeur,
- Et la muette garde une honnête pudeur:
- C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême
- Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
-
-Le proverbe n'est pas toujours cité tel que je l'ai rapporté: on y fait
-quelquefois une addition, en disant: _Il n'y a point de belle prison ni
-de laides amours._
-
-
-Il n'y a point d'éternelles amours ni de félicité parfaite.
-
-Cette félicité qu'on cherche toujours sans jamais la trouver est la
-pierre philosophale de l'âme, et ces amours sans fin par lesquelles on
-espère y parvenir ne sont que des illusions qui passent aussi vite que
-les fleurs des champs. Les Chinois en assimilent la courte durée à celle
-des roses par cette jolie métaphore proverbiale: _Il n'y a pas de roses
-de cent jours_; et l'on peut dire, en continuant leur idée, que rêver
-l'éternité des amours, c'est, suivant une charmante expression de M. V.
-Hugo, _rêver l'éternité des roses_.
-
-
-On revient toujours à ses premières amours.
-
-Les vives impressions éprouvées dans ce premier épanouissement de la vie
-du cœur, et les ineffables illusions qu'elles ont fait naître, restent
-profondément gravées dans la mémoire, qui les pare de couleurs poétiques
-et en compose un type enchanteur, un idéal ravissant, dont l'éclat fait
-pâlir toutes les amours venues dans la suite. Celles-ci se montrent
-telles qu'elles sont avec les déplaisirs qui viennent souvent s'y mêler,
-tandis que les autres apparaissent telles qu'on se plaît à les supposer
-avec leurs voluptés fantastiques, et il résulte de la comparaison qu'on
-établit entre elles que les effets produits par l'imagination doivent
-sembler préférables à ceux de la réalité, et les premières amours à
-celles qui leur succèdent.
-
-Le poëte Lebrun a dit d'une manière charmante, dans son ode intitulée
-_Mes Souvenirs, ou les Deux Rives de la Seine_:
-
- Ce premier sentiment de l'âme
- Laisse un long souvenir que rien ne peut user;
- Et c'est dans la première flamme
- Qu'est tout le nectar du baiser.
-
-Il ne faut pas croire que le proverbe signifie, comme le pensent mal à
-propos quelques personnes, que ce soit en réalité qu'_on revient à ses
-premières amours_: c'est uniquement en souvenir. Si c'était réellement,
-on les retrouverait, hélas! tout à fait dépourvues des attraits qu'on
-leur suppose, et l'on ressemblerait aux cerfs qui, après avoir
-successivement passé de biche en biche, reviennent à celle par laquelle
-ils ont commencé: _Cervi vicissim ad alias transeunt, et ad priores
-redeunt._ (Plin. _Natur. Histor._, X, 63.)
-
-Un autre proverbe dit: _Il ne faut pas revenir sur ses premières amours,
-ni aller voir la rose qu'on a admirée la veille._
-
-
-Que la nuit me prenne là où sont mes amours!
-
-Pour dire qu'on s'attarde volontiers dans un endroit où l'on se plaît,
-auprès de l'objet de ses amours. Ce vœu tendre et délicat, exprimé avec
-une simplicité exquise, me semble offrir un doux reflet du vœu passionné
-de Léandre traversant l'Hellespont à la nage, au milieu de la tempête,
-pour se réunir à son amante Héro, prêtresse de Vénus:
-
- Léandre, conduit par l'amour,
- En nageant, disait aux orages:
- «Laissez-moi gagner les rivages:
- Ne me noyez qu'à mon retour.»
-
-Ce charmant quatrain de Voltaire est traduit fidèlement d'une épigramme
-de l'_Anthologie grecque_, épigramme que le poëte latin Martial avait
-reproduite dans le distique suivant:
-
- _Clamabat tumidis audax Leander in undis:
- Mergite me, fluctus, quum rediturus ero._
-
-(Lib. XIV, epigr. 181.)
-
-
- D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours,
- Pour un plaisir mille doulours.
-
-Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le _Grand Testament_ de Villon,
-atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à cœur
-tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois et la
-galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs
-goûts. On sait qu'ils professaient un culte chevaleresque pour les
-dames, et qu'ils regardaient l'oiseau, le chien et l'épée comme des
-symboles qui caractérisaient les prérogatives de leur rang. Quand ils
-voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori auprès d'eux,
-l'épervier sur le poing, et l'épée au côté. S'ils étaient faits
-prisonniers dans quelque combat, la loi ne leur permettait pas d'offrir
-pour rançon ces attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la
-faculté de livrer des centaines de paysans de leurs terres.
-
-Le fait suivant, rapporté par Abbon de Saint-Germain dans son poëme
-latin sur le siége de Paris, est encore une preuve frappante de
-l'importance qu'ils attachaient particulièrement à leurs oiseaux. Douze
-gentilshommes près de périr dans la tour du Petit-Pont, à laquelle les
-Normands qui l'assiégeaient avaient mis le feu, donnèrent la volée à
-leurs autours pour les empêcher de tomber entre les mains de ces
-barbares, qu'ils jugeaient indignes d'une si précieuse conquête.
-
-
- Sont aussi bien amourettes,
- Sous bureaux comme sous brunettes.
-
-La brunette était une sorte de fin drap de soie de couleur brune, dont
-les personnes de qualité s'habillaient au treizième siècle, tandis que
-le bureau ou la bure était une étoffe grossière de laine à l'usage des
-gens du commun. De là ce proverbe qui se trouve textuellement dans le
-_roman de la Rose_, pour signifier que l'amour étend également son
-empire sur toutes les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans
-les petites que dans les grandes.
-
-
-Un amoureux est toujours craintif.
-
-Ce proverbe, usité chez beaucoup de peuples, est traduit du vingtième
-article du _Code d'amour_: _Amorosus semper est timorosus._ Il
-s'explique très-bien par les réflexions suivantes tirées de divers
-endroits du _Discours_ de Pascal _sur les passions de l'amour_. «Le
-premier effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect, l'on a de la
-vénération pour ce qu'on aime. Il est (c'est) bien juste: on ne
-reconnaît rien de grand comme cela.»--«Dans l'amour on n'ose hasarder de
-peur de tout perdre; il faut pourtant avancer; mais qui peut dire
-jusques où? L'on tremble toujours jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce
-point.»--«Il n'y a rien de si embarrassant que d'être amant, et de voir
-quelque chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est également
-combattu de l'espérance et de la crainte. Mais enfin la dernière devient
-victorieuse de l'autre.»
-
-Il y avait en langue romane un proverbe analogue: _Qui non tem non ama
-coralmen_, c'est-à-dire: «Qui ne craint pas, n'aime pas cordialement.»
-
-
-Amoureux transi.
-
-Cette expression, dont on se sert pour désigner un amoureux timide,
-novice, froid, fait allusion à un ancien usage des justiciables
-volontaires de certaines cours d'amour, espèces d'énergumènes qui
-avaient fondé, sous le règne de Philippe V, une société ou confrérie
-nommée la _ligue des amants_, dont l'objet était de prouver l'excès de
-leur passion par une opiniâtreté invincible à braver les ardeurs de
-l'été et les glaces de l'hiver. Dans les chaleurs extrêmes, ils
-allumaient de grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez
-eux qu'enveloppés d'épaisses fourrures; au contraire, quand il gelait à
-pierre fendre, ils se couvraient très-légèrement et allaient par le
-froid, par la neige ou par la pluie, soupirer à la porte de leurs
-maîtresses, où ils se tenaient jusqu'à ce qu'ils les eussent aperçues,
-_étant parfois tellement morfondus et transis dans l'attente_, dit un
-vieux chroniqueur, _qu'on entendait claquer leurs dents comme les becs
-des cigognes_: la crainte des catarrhes et des fluxions de poitrine
-n'était rien pour eux auprès du plaisir qu'ils paraissaient prendre à
-baiser la serrure ou le verrou de cette porte. Outre ces témoignages de
-leur vasselage amoureux, ils avaient pour se distinguer certaines
-devises et certaines démonstrations d'une singularité extraordinaire.
-Tel confrère élisait son domicile à l'enseigne de la Passion, rue du
-Sacrifice, paroisse de la Sincérité; tel autre demeurait sur la place de
-la Persévérance, hôtel de l'Assiduité, etc., etc.
-
-Il existe un ouvrage rare et curieux intitulé _l'Amoureux transy sans
-espoir_, par Jehan Bouchet. Cet ouvrage ne porte point de date. Selon
-toute apparence, il a paru vers 1505, et par conséquent il est
-postérieur à la locution qui en forme le titre.
-
-
-Amoureux des onze mille vierges.
-
-On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui
-s'offrent à sa vue.
-
-Cette expression rappelle la légende des onze mille vierges. Voici ce
-que l'abbé Salgues a dit sur cette légende, qui passe aujourd'hui pour
-apocryphe:
-
-«Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres pour la basse
-Bretagne, avec onze mille vierges qui devaient épouser les onze mille
-soldats du capitaine Conan, son fiancé, et peupler le pays? Croyez-vous
-qu'une tempête miraculeuse les ait jetées dans les bouches du Rhin, et
-qu'elles aient remonté le fleuve jusqu'à la ville de Cologne, alors
-occupée par les Huns, qui servaient l'empereur Gratien? Croyez-vous que
-ces impertinents aient voulu leur faire la cour un peu trop brusquement,
-et qu'irrités d'être repoussés avec trop de fierté ils les aient mises à
-mort pour leur apprendre à vivre? Nos bons aïeux le croyaient
-certainement, puisqu'ils célébraient annuellement, le 22 octobre, la
-fête de ces chastes héroïnes. Mais comme il n'est rien dans le monde
-sans contradiction, des critiques sourcilleux et difficiles ont contesté
-la vérité de ces récits. Ils ont fait d'abord observer que le nombre de
-onze mille vierges était un peu fort, qu'on aurait eu de la peine à le
-trouver dans les meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe
-de Wandelbert, composé en 850, et l'un des plus estimés des
-connaisseurs, n'en a porté le nombre qu'à mille, ce qui est encore
-beaucoup. Ensuite ils ont soutenu qu'il fallait pousser la réduction
-encore plus loin, et ils ont porté l'esprit de réforme jusqu'à effacer
-d'un trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf vierges, de
-sorte qu'ils n'en ont voulu accorder que onze; ce qui doit laisser
-beaucoup de places vacantes en paradis. Ils se sont autorisés d'une
-inscription qu'ils ont interprétée à leur manière: SANCTA URSULA ET XI
-M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges ont traduit: _Sainte
-Ursule et onze mille vierges_. Mais nos critiques assurent que cette
-interprétation est fautive et erronée, et veulent que l'on traduise
-_sainte Ursule et onze martyres vierges_. Pour appuyer leur prétention,
-ils citent un catalogue de reliques tiré du _Spicilége_ du père D. Luc
-d'Acheri, dans lequel on lit: «_De reliquiis SS. undecim virginum_. Des
-reliques des SS. onze vierges.»
-
-«Réduire ainsi onze mille vierges à onze, c'est déjà beaucoup: cependant
-d'autres critiques, plus sévères encore, ont prétendu enchérir sur les
-premiers et porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent
-absolument que deux vierges. Ils protestent qu'on a très-mal lu les
-anciens martyrologes, qui portaient: _SS. Ursula et Undecimilla, Virg.
-Mart._, c'est-à-dire «SS. Ursule et Undecimille, vierges martyres.» Des
-copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un nom de nombre, et se
-sont imaginé que _Undecimilla_ était une abréviation de _undecim
-millia_.
-
-«Voilà ce que pense le savant père Sirmond, je ne sais s'il se trompe.
-Il est au moins constant qu'on a peu de renseignements exacts sur
-l'histoire de sainte Ursule et de ses compagnes. Baronius assure que les
-véritables actes de son martyre ont été perdus.»
-
-
-Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse.
-
-Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour aux soucis de la
-richesse, et semble vous dire: Préférez ce qui dilate le cœur à ce qui
-le resserre. Il nous est venu de la langue romane, et il se trouve dans
-ce vers du troubadour Pierre Cardinal:
-
- _El ric s'irais mentre l'amoros dansa._
-
-
-Les tisons relevés chassent les amoureux.
-
-Dicton fondé sur un usage très-ancien, d'après lequel une jeune fille,
-lorsqu'elle voulait se débarrasser des poursuites d'un jeune homme qui
-la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait
-se cacher, à son arrivée, après avoir relevé les tisons du feu, lui
-signifiant par là sans doute qu'ils ne devaient pas avoir l'un et
-l'autre un foyer commun.
-
-Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose d'analogue dans le
-département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants en
-leur présentant le bout non allumé d'un tison.
-
-Il va sans dire que si l'on éconduisait un prétendant en lui faisant
-voir les tisons éteints, on le retenait en les lui montrant allumés.
-C'étaient deux choses corrélatives passées en coutume, qui se
-rattachaient également aux antiques formalités du mariage, où le feu
-entrait comme élément symbolique, ainsi que je l'ai remarqué en
-expliquant la locution proverbiale: _Allumer la chandelle à quatre
-cornes._
-
-On vient de lire deux exemples assez curieux de la première, en voici
-encore deux de la seconde qui ne le sont pas moins:
-
-Dans la province d'Utrecht, principalement à Zeyst, près de cette ville,
-chez la secte indépendante des Hernudders, le jeune homme qui recherche
-une jeune fille en mariage va sonner à la porte de la maison qu'elle
-habite, et demande du feu pour allumer son cigare ou sa pipe. Cette
-visite est suivie d'une seconde, et si le feu lui est accordé, il se
-présente une troisième fois. Alors il est reçu comme épouseur, et la
-jeune fille lui donne une poignée de main. Si, pendant ce temps, il
-finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau, et l'affaire
-est conclue. Lorsqu'il n'est pas agréé, la porte reste fermée pour lui,
-et il faut qu'il aille chercher femme ailleurs.
-
-Le même usage existe chez les Mormons; mais c'est la jeune fille qui
-prend l'initiative de présenter le cigare et le feu.
-
-L'usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux
-des prétendants les tisons relevés, c'est-à-dire le foyer sans feu,
-donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque
-vestige: «Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans
-une maison, dit le curé Thiers, et qu'elles sont recherchées en mariage,
-il faut bien se donner de garde de relever les tisons, parce que _cela
-chasse les amoureux_.» (_Traité des Superst._, t. III, p. 455.)
-
-
-C'est un Céladon.
-
-Amoureux à beaux sentiments. Céladon est un personnage de _l'Astrée_,
-pastorale allégorique où son auteur, le marquis Honoré d'Urfé, homme
-célèbre dans le monde galant par sa beauté, sa grâce, son esprit et son
-tendre cœur, a décrit ses propres amours, dégagés de toute idée
-grossière. La scène de ce roman est placée sur les bords du Lignon,
-petite rivière du Forez. Les bergers et les bergères qui y figurent sont
-des portraits de grands seigneurs et de grandes dames de la cour de
-France. Astrée représente Mlle de Chateaumorand; Galathée, la reine
-Marguerite, sœur de Henri III; Céladon, c'est d'Urfé; Calidon, M. le
-prince; Calidée, madame la princesse; Euric, Henri le Grand. Le premier
-volume de _l'Astrée_ parut en 1610, quelque temps avant l'assassinat de
-Henri IV, et fut dédié à ce roi, qui trouva le présent fort agréable,
-quoique l'auteur ne le lui fût guère à cause de ses amours avec
-Marguerite de Valois. Le second et le troisième volume furent publiés
-l'année suivante, le quatrième en 1620, et le cinquième en 1625, après
-la mort de d'Urfé, par les soins de son secrétaire Baro, qui le termina
-d'après les manuscrits de son maître ou d'après sa propre imagination.
-Ces publications successives, signalées par divers bibliographes à qui
-j'ai emprunté les détails qu'on vient de lire, furent accueillies avec
-la plus grande faveur.
-
-Ajoutons un fait qui montre bien l'influence extraordinaire que d'Urfé,
-par son roman, exerça sur ses contemporains. On assure qu'en 1624 il
-reçut, en Piémont où il résidait, une lettre signée de vingt-neuf
-princes ou princesses, et de dix-neuf seigneurs ou dames d'Allemagne qui
-lui demandaient avec instance la fin de l'ouvrage. Ces personnages
-l'informaient qu'ils avaient pris les noms des héros et des héroïnes de
-_l'Astrée_, et qu'ils s'étaient constitués en _académie des vrais
-amants_.
-
-C'est de ces confréries pastorales, qui remontent à une époque beaucoup
-plus ancienne, que sont dérivés les noms de _berger_ et de _bergère_
-employés comme synonymes d'_amant_ et d'_amante_.
-
-
-Il ne faut pas découvrir le pot aux roses.
-
-C'est-à-dire les choses qu'on veut tenir secrètes, et particulièrement
-les mystères de la galanterie ou de l'amour.
-
-La rose, dont le Tasse a dit d'une manière si charmante: «_Quanto si
-mostra men, tanto è più bella_; moins elle se montre, plus elle est
-belle,» la rose était dans l'antiquité le symbole de la discrétion, et
-la riante mythologie avait consacré cette idée en racontant que l'Amour
-avait fait présent de la première rose qui parut sur la terre à
-Harpocrate, dieu du silence, pour l'engager à cacher les faiblesses de
-Vénus. De même que la rose a son bouton enveloppé de ses feuilles, on
-voulait que la bouche gardât la langue captive sous les lèvres[13].
-Quand on faisait une confidence à quelqu'un, on avait soin de lui offrir
-une rose comme une recommandation expresse de respecter les secrets dont
-il devenait dépositaire. Cette fleur figurait surtout dans les festins:
-tressée en guirlandes destinées à couronner le front et la coupe des
-convives, ou placée par bouquets sous leurs yeux, elle servait à leur
-rappeler que les doux épanchements nés de la liberté qui règne dans les
-banquets doivent toujours être sacrés. Nos bons aïeux avaient adopté cet
-aimable usage, qu'ils rendaient plus significatif encore en exposant sur
-la table un vase de roses sous un couvercle, et le proverbe est venu de
-cet usage, qui n'est peut-être pas entièrement tombé en désuétude; en
-1800, j'en ai été témoin dans une petite ville du département de
-l'Aveyron.
-
- [13] C'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze dans des vers grecs
- dont sir Thomas Brown a rapporté cette traduction en vers latins:
-
- Utque latet rosa verna suo putamine clausa,
- Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis,
- Indicatque suis prolixa silentia labris.
-
-Les Allemands, pour recommander de ne pas trahir une confidence, se
-servent de la formule suivante: _Ceci est dit sous la rose._
-
-Cette formule est également familière aux Anglais, et voici comme elle a
-été expliquée par Newton dans l'_Herbier de la Bible_, p. 233-234:
-«Quand d'aimables et gais compagnons se réunissent pour faire bonne
-chère, ils conviennent qu'aucun des joyeux propos tenus pendant le repas
-ne sera divulgué, et la phrase qu'ils emploient pour garantie de leur
-convention est que tous ces propos doivent être considérés comme _tenus
-sous la rose_, car ils ont coutume de suspendre une rose au-dessus de la
-table, afin de rappeler à la compagnie l'obligation du secret.»
-
-Peacham, dans son ouvrage intitulé «_the Truth of our times_, la Vérité
-de notre temps,» (p. 173; édit. de Londres, in-12, 1638), rapporte qu'en
-beaucoup d'endroits de l'Angleterre et des Pays-Bas on voyait une belle
-rose peinte au beau milieu du plafond de la salle à manger.
-
-L'ornement d'architecture nommé rosace dut probablement son origine à
-cet usage qui était connu des anciens, comme l'attestent ces quatre vers
-que Lloyd, dans son dictionnaire, dit avoir été trouvés sur une dalle
-antique de marbre:
-
- _Est rosa flos Veneris, cujus quo forta laterent
- Harpocrati matris dona dicavit Amor.
- Inde rosam mensis hospes suspendit amicis,
- Convivæ ut sub ea dicta tacenda sciant._
-
-La rose est la fleur de Vénus, l'Amour en consacra l'offrande à
-Harpocrate, pour l'engager à cacher les voluptés furtives de sa mère; et
-de là est née la coutume de suspendre cette fleur au-dessus de la table
-hospitalière, afin que les convives sachent qu'il ne faut pas divulguer
-_ce qui a été dit sous la rose_.
-
-
-Conter fleurettes.
-
-Cette expression, qui signifie tenir des propos galants, est venue,
-suivant la remarque de Le Noble, de _ce qu'il y avait_ en France, sous
-Charles VI, des pièces de monnaie marquées de petites fleurs et nommées,
-pour cette raison, _florettes_ ou _fleurettes_, de même qu'on nomme
-encore _florins_ une monnaie d'or ou d'argent qui portait primitivement
-l'empreinte d'une fleur. Ainsi _conter fleurettes_ aurait d'abord
-signifié compter de l'argent aux belles pour les séduire, ce qui est
-bien souvent le moyen le plus persuasif.
-
-Ceux qui rejettent cette origine allèguent la différence qu'il y a entre
-_conter_ et _compter_; mais ce n'est point là une raison valable,
-puisque ces deux verbes étaient autrefois confondus sous le rapport de
-l'orthographe, ainsi que l'attestent des milliers d'exemplaires, où
-_conter_ est mis pour _compter_. Cependant je n'adopte point l'opinion
-de Le Noble: je crois qu'il est plus naturel d'entendre par _fleurettes_
-les fleurs du langage. Les Grecs disaient: ῥόδα εἴρειν, et les Latins de
-même, _rosas loqui_ (parler roses). On trouve dans quelques recueils
-français du quinzième siècle, _dire florettes_[14], et il existe un
-vieux livre intitulé «LES FLEURS DE BIEN DIRE, recueillies aux cabinets
-des plus rares esprits de ce temps, pour exprimer les passions
-amoureuses de l'un et de l'autre sexe, avec un amas des plus beaux
-traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire.» Paris, 1598,
-chez Guillemot.
-
- [14] On trouve aussi _écrire florettes_, expression qui signifie
- particulièrement _écrire en chiffre de fleurs_.
-
-
-Voyager dans le pays de Tendre.
-
-Se dit d'une personne dont les propos et la conduite annoncent un
-penchant décidé pour l'amour.
-
-Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant de la reine
-Élisabeth d'Angleterre, qui, comme on sait, joignit aux qualités d'un
-grand roi la coquetterie d'une femme. «Élisabeth, dit-il, faisait
-peut-être quelques pas dans le _pays de Tendre_, mais assurément elle se
-gardait bien d'aller jusqu'au bout.»
-
-On emploie aussi dans le même sens l'expression _voguer_ ou _naviguer
-sur le fleuve de Tendre_, qu'on trouve dans ces vers de la dixième
-satire de Boileau:
-
- Puis bientôt en grande eau sur le _fleuve de Tendre_
- Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre.
-
-Ces façons de parler font allusion au _pays de Tendre_, imaginé par Mlle
-de Scudéri, qui en a tracé la carte dans son roman de _Clélie_. Cette
-carte représente six rivières sur lesquelles sont situées six villes,
-toutes six nommées Tendre; savoir: Tendre sur Inclination; Tendre sur
-Estime; Tendre sur Reconnaissance; Tendre sur Désir; Tendre sur Passion;
-Tendre sur Tendre. On va de l'une à l'autre par une route
-très-accidentée dans laquelle on trouve le hameau des Billets doux, les
-bosquets des Billets galants, la place des Petits Soins et des Soupirs
-indiscrets, etc.
-
-«Les amants, dit Voltaire, s'embarquent sur le fleuve de Tendre: on dîne
-à Tendre sur Estime, on soupe à Tendre sur Inclination, on couche à
-Tendre sur Désir. Le lendemain on se trouve à Tendre sur Passion, et
-enfin à Tendre sur Tendre. Ces idées peuvent être ridicules, surtout
-quand ce sont des Clélies, des Horatius Coclès et des Romains austères
-et agrestes qui voyagent; mais cette carte géographique montre au moins
-que l'amour a beaucoup de logements différents.» (_Dict. philos._, au
-mot ABUS.)
-
-
- * * * * *
-
-Je termine cette série de proverbes et de locutions proverbiales sur
-l'amour par un petit pastiche où j'ai fait entrer plusieurs idées qui
-n'ont pu trouver place dans les commentaires qui leur ont été consacrés.
-Il a été composé avec des phrases d'une foule d'auteurs dont il me
-serait aussi difficile de dire les noms qu'il le serait à un tailleur de
-nommer les fabricants des diverses étoffes d'où il a tiré les lambeaux
-qu'il a cousus ensemble pour en faire un habit d'arlequin.
-
- * * * * *
-
-Quelques mythologues supposent que l'Amour est né de l'Érèbe et de la
-Nuit, pour exprimer la confusion qu'il apporte dans nos sens et
-l'aveuglement dont il frappe notre esprit. D'autres prétendent qu'il est
-issu de Vénus sans père, ce qui montre que la beauté seule peut produire
-l'amour. Il y en a qui assurent, au contraire, que la déesse lui donna
-l'être avec la coopération de plusieurs dieux. Lorsqu'elle était au
-moment de le mettre au jour, le conseil de l'Olympe s'assembla: De quoi
-accouchera-t-elle? se demandaient les immortels.--De la foudre, dit
-Jupiter;--de la guerre, s'écria Mars;--du Tartare, ajouta Pluton; et
-Vénus accoucha de l'Amour. Le Destin avait décidé qu'on ne pouvait
-attendre d'une fille de la Mer que des tempêtes; d'une épouse de
-Vulcain, que des incendies; et d'une maîtresse de Mars, que des
-batailles. Ainsi l'Amour fut un composé de divers fléaux. A peine eut-il
-vu la lumière qu'il sema le trouble dans la cour céleste, et Jupiter,
-malgré le faible qu'il avait pour lui, se vit contraint de l'exiler sur
-la terre. L'apparition de ce petit dieu ici bas excita parmi les hommes
-un mouvement extraordinaire. Toutes les femmes coururent après lui pour
-le prendre, mais il avait des ailes; il échappa à leur poursuite, et se
-réfugia chez Protée, qui lui révéla le secret des métamorphoses. Depuis
-lors il se multiplia sous mille formes, et il ne garda pas deux jours de
-suite la même figure. Il prit tour à tour l'air de la timidité et de
-l'espièglerie, de l'innocence et de la malice, de la mélancolie et de la
-gaieté, du sentiment et du caprice, de la constance et de la légèreté,
-de l'amitié et de la haine, de la sagesse et de la folie, etc., etc.,
-etc. Souvent il emprunta les traits réunis de plusieurs passions, et les
-assortit de manière à se composer une physionomie toujours nouvelle.
-Enfin il voulut ressembler à tout, et ne ressembler à rien. C'est ce qui
-fait qu'on ne peut jamais bien le peindre, et qu'on le peint de tant de
-façons diverses, mettant d'ordinaire ce qu'on imagine à la place de ce
-qui est, et imaginant quelquefois les choses les plus singulières;
-témoin cet auteur castillan qui l'a dépeint tout à fait semblable au
-Grand Turc.
-
-Les effets que l'amour produit ne sont pas moins nombreux ni moins
-variés que ses métamorphoses. Ils pourraient se caractériser d'après les
-degrés de latitude des différents pays. En Espagne ils se font sentir
-dans la tête et dans l'imagination; en Italie, dans le cœur et dans le
-fiel; en Angleterre, dans la rate et dans la cervelle; en Allemagne,
-dans l'estomac et dans le foie; en France, un peu partout. Chez les
-Espagnols, c'est une folie qui éclate surtout pendant la nuit, temps des
-mystères et des aventures; chez les Italiens, une affaire principale
-dont ils s'occupent dès l'aurore; chez les Anglais, une humeur noire
-mère du _spleen_, à laquelle ils se livrent dans les jours nébuleux;
-chez les Allemands, un remède pour le lendemain matin, quand la
-digestion est faite; chez les Français, un sentiment doux et léger qui
-se joue parmi des fleurs artificielles, un art d'agrément, un amusement
-qu'ils prennent et quittent sans façon, comme bon leur semble.
-
-On peut ajouter à ces observations les vers suivants d'un auteur dont
-j'ai oublié le nom:
-
- Quand un objet fait résistance,
- L'Anglais fier et vain s'en offense,
- L'Italien est désolé,
- L'Espagnol est inconsolable,
- L'Allemand se console à table,
- Le Français est tout consolé.
-
-Le meilleur parti qu'il y ait à prendre quand on veut se délivrer des
-peines de l'amour, c'est de le traiter à la manière française. Mais
-comme cela ne convient pas à tous les tempéraments, je vais indiquer une
-recette médicale dont la généralité des individus peut faire usage au
-besoin. Je l'ai trouvée dans les œuvres du célèbre Huet, évêque
-d'Avranches. Ce docte prélat, plein de compassion pour les cœurs en
-souffrance, les avertit très-sérieusement que l'amour est, comme la
-fièvre, une maladie qui se guérit par les secours de la médecine, en
-provoquant d'abondantes sueurs et en pratiquant de copieuses saignées.
-Et certes on ne contestera point que l'amour ainsi purgé de ses humeurs
-malignes et dégagé de ses esprits enflammés ne soit réduit à
-l'impuissance. Mais, dira-t-on, n'est-il pas à craindre qu'il reprenne
-dans la suite ses premières ardeurs? Notre auteur a prévu cette
-objection, et l'a réfutée par le fait suivant, qu'il rapporte en ces
-termes: «Un grand prince que nous avons connu, atteint d'une passion
-violente pour une demoiselle d'un grand mérite, fut contraint de partir
-pour l'armée. Tant que son absence dura, sa position s'entretint par le
-souvenir et par un commerce de lettres très-fréquent et très-régulier,
-jusqu'à la fin de la campagne, où une maladie dangereuse le réduisit à
-l'extrémité. On proportionna les remèdes au mal, et on mit en usage tout
-ce que la médecine enseigne de plus efficace: il reprit la santé, mais
-sans reprendre son amour, que de grandes évacuations avaient emporté à
-son insu.»
-
-Il est clair, d'après cela, que si l'on désire un bon remède d'amour, ce
-n'est pas à Ovide, mais à M. Purgon qu'il faut le demander.
-
- * * * * *
-
-On a remarqué sans doute que, dans la série des proverbes sur l'amour,
-il s'en trouve un assez grand nombre qui ont été formés de comparaisons
-ou de métaphores fort ingénieuses.
-
-Frappé du caractère original qui les distingue, je m'étais plu à les
-mettre en vers dans l'intention d'en illustrer les dernières pages de ce
-chapitre, espérant atténuer leur double emploi par les agréments de la
-forme métrique; mais je renonce à ce dessein dont la mise en œuvre ne
-serait en dernière analyse qu'un duplicata bien ou mal versifié.
-
-Qu'on me permette pourtant de donner ici deux quatrains consacrés à deux
-de ces proverbes oubliés dans la série en question.
-
- On aime à se flatter de l'espoir décevant
- D'être toujours aimé de sa douce compagne;
- Mais _l'amour d'une belle est un sable mouvant
- Où l'on ne peut bâtir que châteaux en Espagne_.
-
- L'amour sincère et pur n'est jamais soucieux.
- Rien ne peut altérer l'essence sublimée
- De cet amour délicieux;
- _C'est un feu d'aloès qui brûle sans fumée._
-
-Qu'on me permette aussi de joindre à ces citations une chanson dont
-chaque couplet offre une ressemblance et une différence entre l'Amour et
-le Médecin comparés.
-
-
-L'Amour et le Médecin.
-
-1er COUPLET
-
- Le médecin, le dieu d'amour,
- Sont de service nuit et jour:
- Voilà la ressemblance.
- L'un est fameux dans ses vieux ans,
- Et l'autre l'est dans son printemps:
- Voilà la différence.
-
-2e COUPLET
-
- Ils sont aveugles tous les deux,
- Malgré cela fort curieux:
- Voilà la ressemblance.
- L'un est grave et de noir vêtu.
- L'autre est sémillant et tout nu:
- Voilà la différence.
-
-3e COUPLET
-
- On a recours à tous les deux
- Quoique tous deux soient dangereux:
- Voilà la ressemblance.
- Il faut payer un grand docteur,
- L'amour payé perd sa valeur,
- Voilà la différence.
-
-4e COUPLET
-
- Tous deux nous donnent du ressort,
- Et même la vie et la mort:
- Voilà la ressemblance.
- L'un nous blesse en nous guérissant,
- L'autre caresse en nous blessant,
- Voilà la différence.
-
-5e COUPLET
-
- Tous deux regardent dans les yeux,
- Si ça va mal, si ça va mieux:
- Voilà la ressemblance.
- C'est le pouls que tâte un docteur,
- Mais l'amour nous touche le cœur:
- Voilà la différence.
-
-6e COUPLET
-
- Tous deux s'en vont courants, trottants,
- Et sont tant soit peu charlatans:
- Voilà la ressemblance.
- L'un s'en va quand nous allons bien,
- L'autre, quand nous ne valons rien:
- Voilà la différence.
-
-
-
-
-PROVERBES
-
-SUR
-
-LE MARIAGE
-
-
-Le mariage est une loterie.
-
-Et dans cette loterie, comme dans les autres, il est très-rare qu'on
-obtienne un bon lot.
-
-Un proverbe italien dit que _l'homme et la femme qui se marient mettent
-la main dans un sac où sont dix couleuvres et une anguille_. D'après
-cela il y a dix contre un à parier qu'ils n'attraperont pas l'anguille;
-encore, s'ils viennent à l'attraper, courent-ils grand risque qu'elle
-leur glisse des mains.
-
-On s'est amusé à démontrer, par un tableau statistique dont je ne
-garantis pas la vérité, que sur huit cent soixante-douze mille cinq cent
-soixante-quatre mariages, il faut compter:
-
- 1,360 Femmes qui ont quitté leurs maris pour suivre leurs amants.
-
- 2,361 Maris qui se sont enfuis pour ne plus vivre avec leurs femmes.
-
- 4,120 Couples séparés volontairement.
-
- 191,025 Couples vivant en guerre sous le même toit.
-
- 162,320 Couples qui se haïssent cordialement, mais qui cachent leur
- haine sous un extérieur poli.
-
- 510,132 Couples qui vivent dans une indifférence marquée.
-
- 1,102 Couples réputés heureux dans le monde, et privés, dans leur
- intérieur, du bonheur qu'on leur suppose.
-
- 135 Couples heureux par comparaison à la grande quantité des
- malheureux.
-
- 9 Couples véritablement heureux.
-
-Ce tableau, s'il est exact, prouve que la félicité conjugale est
-semblable à la félicité céleste, à laquelle tous sont appelés et que
-très-peu obtiennent.
-
-C'est un triste résultat qui va être mis dans tout son jour par les
-proverbes que j'ai à rapporter et par les commentaires que j'y
-ajouterai. Mais je dois avertir préalablement qu'il doit être moins
-attribué au mariage tel qu'il est de sa propre nature, qu'au mariage
-faussé et perverti par les vices de la nature humaine.
-
-Cet état est dans l'ordre des lois de Dieu et de la société. Il n'y en a
-point qui convienne autant aux besoins des deux sexes, qui soit aussi
-propre à les rendre meilleurs, et je crois fermement que, s'ils y
-entraient dans les conditions qu'il exige, ils y trouveraient les
-douceurs d'une tendre amitié, les plaisirs épurés des sens et de la
-raison; en un mot, tous les agréments qui peuvent embellir l'existence.
-
-«Le mariage, dit Rœderer, ce lien sacré qui forme une unité forte et
-parfaite de deux existences incomplètes, rend communs à toutes deux les
-avantages propres à chacune, fait jouir chaque époux des dons différents
-que les deux sexes ont reçus de la nature, communique à l'un la force, à
-l'autre la douceur, à l'un la justice de l'esprit, à l'autre la
-sagacité, ajoute à la conscience de chacun d'eux celle de l'autre;
-double la force intellectuelle et l'énergie morale de tous deux, et
-enfin assure aux fruits de leur union un constant accord, une vive
-émulation de soins, une tradition fidèle des intérêts, des principes,
-des mœurs, auxquels le bonheur est attaché. Cette institution est le
-principe de la supériorité de notre civilisation actuelle sur celle de
-l'antiquité; c'est la plus importante amélioration qu'ait reçue l'espèce
-humaine, le plus beau présent que la religion chrétienne ait fait aux
-sociétés modernes, son titre le plus évident et le plus incontestable à
-leur reconnaissance et à leurs respects.»
-
-
-Le mariage est le plus grand des biens ou des maux.
-
-Voltaire, dans _l'Enfant prodigue_, acte II, scène I, a développé ce
-proverbe dont on exprime aussi l'idée de cette autre manière: _Le
-mariage est ce qu'il y a de meilleur et de pire_, formule calquée sur
-celle dont Ésope se servit pour marquer les avantages et les malheurs
-que la langue peut produire.
-
-Voici les vers de Voltaire:
-
- A mon avis, l'hymen et ses liens
- Sont les plus grands ou des maux ou des biens.
- Point de milieu, l'état du mariage
- Est des humains le plus cher avantage,
- Quand le rapport des esprits et des cœurs,
- Des sentiments, des goûts, et des humeurs,
- Serre les nœuds tissés par la nature,
- Que l'amour forme et que l'honneur épure.
- Dieu! quel plaisir d'aimer publiquement
- Et de porter le nom de son amant!
- Votre maison, vos gens, votre livrée,
- Tout vous retrace une image adorée;
- Et vos enfants, ces gages précieux,
- Nés de l'amour, en sont de nouveaux nœuds.
- Un tel hymen, une union si chère,
- Si l'on en voit c'est le ciel sur la terre.
- Mais tristement vendre par un contrat
- Sa liberté, son nom et son état
- Aux volontés d'un maître despotique,
- Dont on devient le premier domestique:
- Se quereller ou s'éviter, le jour
- Sans joie à table, et la nuit sans amour:
- Trembler toujours d'avoir une faiblesse;
- Y succomber ou combattre sans cesse;
- Tromper son maître ou vivre sans espoir
- Dans les langueurs d'un importun devoir;
- Gémir, sécher dans sa langueur profonde:
- Un tel hymen est l'enfer de ce monde.
-
-
-En mariage il y a fort lien.
-
-Si fort que ceux qu'il lie en sont blessés et gémissent continuellement
-de ne pouvoir le rompre.--Ce proverbe, qui se trouve parmi les
-_proverbes galliques_ recueillis dans le quinzième siècle, est bien peu
-saillant; mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compensé par le
-commentaire que je vais y joindre. Je le tire des paroles que don
-Quichotte adresse à Sancho Pança. «La femme légitime n'est pas une
-marchandise qu'on puisse, après l'achat, rendre, échanger ou céder.
-C'est un accident inséparable qui dure ce que dure la vie; c'est un lien
-qui, une fois qu'on se l'est mis autour du cou, se transforme en nœud
-gordien, lequel ne peut plus se détacher, à moins d'être tranché par la
-faux de la mort.» (_Don Quichotte_, part. II, ch. XIX.)
-
-On sait que cette opinion du chevalier de la Manche était aussi celle de
-son écuyer, qui l'exprimait à sa manière par ce joli mot proverbial:
-_Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup._
-
-Un proverbe anglais de James Howel dit d'une façon plus originale
-encore: «_In marriage the toung tieth a knott that all the teeth in the
-head cannot untie afterwards._ Dans le mariage la langue forme un nœud
-que toutes les dents de la bouche ne peuvent jamais défaire.»
-
-
-Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec un mari
-sourd.
-
-Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cité dans un passage de
-ses _Essais_, liv. III, ch. V, où il parle de la _tempeste de la femme_,
-quand elle se livre aux emportements de la jalousie. On dit aujourd'hui:
-_Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la femme
-aveugle_; ce qui peut se passer de commentaire, car il n'est personne
-qui ne comprenne, sans qu'on le lui explique, combien la surdité d'un
-mari et la cécité de sa femme seraient propres à empêcher les disputes
-conjugales, qui viennent presque toujours de ce que la femme a la vue
-trop perçante pour les désordres du mari, et le mari a l'oreille trop
-sensible aux criailleries de la femme.
-
-Puisqu'il est reconnu que la paix entre époux ne peut résulter que des
-infirmités indiquées, ils ne sauraient mieux faire que d'acheter à ce
-prix un si grand bien. Il n'est pas nécessaire, après tout, qu'ils
-soient réellement affectés de ces infirmités, mais qu'ils se montrent
-comme s'ils l'étaient, que l'un s'étoupe les oreilles et que l'autre se
-mette un bandeau sur les yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins
-d'indulgence pour les défauts qu'ils ont à se reprocher. «Il n'y a de
-bon ménage, écrivait La Fontaine à sa femme, que celui où les conjoints
-se souffrent mutuellement leurs sottises.»
-
-
-Mariage et pénitence ne font qu'un.
-
-Ce dicton a donné lieu à l'épigramme suivante, dont il forme la pointe:
-
- Malgré Rome et ses adhérents,
- Ne comptons que six sacrements:
- Croire qu'il en est davantage
- C'est n'avoir pas le sens commun,
- Car chacun sait que _mariage
- Et pénitence ne font qu'un_.
-
-Millevoye a reproduit cette vieille plaisanterie dans ce petit dialogue
-qui lui donne une forme un peu plus piquante:
-
- Damon disait à son épouse Hortense:
- «Les sacrements sont objets d'importance;
- Sais-tu leur nombre?--Oui, sept.--C'est trop commun,
- Six.--Depuis quand?--Depuis que _pénitence
- Et mariage_, hélas! _ne font plus qu'un_.»
-
-
-Tout traité de mariage porte son testament.
-
-Il y a presque toujours dans les contrats de mariage des clauses qui
-sont stipulées dans la prévision où l'un des deux époux viendrait à
-mourir, et qui règlent, comme des dispositions testamentaires, les
-droits du survivant sur la succession. De là ce proverbe qui, détourné
-de son vrai sens, s'emploie dans un sens critique contre le mariage,
-dont on prétend faire un funèbre épouvantail.
-
-On lit dans la _Veuve_, comédie de Pierre de Larivey, cette phrase qui
-paraît avoir été proverbiale: «Fais ton compte que _la messe des
-épousailles t'est une extrême-onction_.» (Acte I, sc. III.)
-
-La même idée railleuse se retrouve dans plusieurs locutions, par exemple
-dans celles-ci, qu'on applique à un nouveau marié: _C'est un homme
-perdu_,--_un homme mort_,--_un homme enterré_.
-
-Ces locutions figurées, qu'on pourrait croire d'un tour moderne, sont
-peut-être renouvelées des Grecs. Elles ont du moins beaucoup d'analogie
-avec cette saillie piquante d'Antiphane le Comique, rapportée par
-Athénée: «Marié, lui!... Moi qui l'avais laissé si bien portant!»
-
-
-Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe.
-
-Proverbe fondé sur une disposition de notre vieille jurisprudence, qui
-condamnait au supplice de la corde l'homme convaincu d'avoir séduit une
-fille, bien qu'il eût ensuite réparé sa faute en se mariant avec elle,
-du consentement de la famille à laquelle il l'avait ravie; car la
-réparation ne désarmait pas toujours la loi. Ce proverbe n'est point
-tombé en désuétude, malgré l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les
-mauvais plaisants l'ont conservé, en lui donnant une acceptation
-nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que le meilleur
-mariage est fort sujet à tourner à mal, et que la joie dont les nouveaux
-époux s'enivrent finit par se changer en un violent désespoir qui les
-porte à se pendre.
-
-
-Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues
-sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien.
-
-Cette comparaison proverbiale a deux significations: la première,
-généralement adoptée comme la plus naturelle, est que le mariage
-commence bien et finit mal; la seconde est qu'il peut donner quelques
-jours de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait produire que des
-malheurs pour les vieillards. C'est ce que me paraît indiquer le passage
-suivant de la comédie de la _Veuve_, par Pierre de Larivey, où Ambroise,
-qui veut se marier, malgré son âge un peu avancé, dit: «J'ai toujours
-vécu seul, sans compagnie, et par ainsi gardé mon suc en moi-même.» A
-quoi Léonard répond: «Ce suc sera comme celui du _figuier de Bagnolet,
-dont les premières figues sont bonnes, mais les tardives ne valent
-rien_.» (Act. I, sc. III.)
-
-
-En mariage trompe qui peut.
-
-C'est-à-dire que les personnes qui peuvent tromper le font avec
-impunité, car il n'y a pas de recours légal contre les tromperies et les
-fraudes au moyen desquelles le mariage a été conclu. Ce proverbe est
-rapporté dans les _Institutes coutumières_ de Loisel, dont les éditeurs
-l'expliquent en ces termes: «Le dol commis à l'égard des biens, de
-l'âge, de la qualité, de la profession ou de la dignité de ceux qui se
-marient, n'annule pas l'union.»
-
-Ainsi notre formule proverbiale est l'expression d'une loi qui donne
-raison aux plus habiles dans ce grand combat de ruses entre les
-prétendus et les prétendues qui cherchent à faire ensemble, aux dépens
-de l'un et de l'autre, un de ces traités de mariage _dont la
-dissimulation est le lien et l'intérêt le fondement_. Elle peut être
-regardée comme une sorte de _væ victis_ prononcé contre les dupes. Nous
-recommandons à ceux qui se marient de s'en souvenir, et à ceux qui sont
-mariés de l'oublier.
-
-
-Le mariage est comme une forteresse assiégée, ceux qui sont dehors
-veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir.
-
-Proverbe emprunté aux Arabes. Dufresny, dans une de ses comédies, en a
-donné cette variante: «Le pays du mariage a cela de particulier, que les
-étrangers ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient en être
-exilés.»
-
-Socrate disait: «Les jeunes gens cherchant à se marier ressemblent aux
-poissons qui se jouent de la nasse du pêcheur. Tous se pressent pour y
-entrer, tandis que les malheureux qui sont retenus font tous leurs
-efforts pour en sortir.»
-
-Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans un endroit même de
-ses _Essais_, où il cherche à rendre au mariage l'honneur qu'il mérite.
-«Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de
-sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de
-plus belle piece en nostre société: nous ne nous en pouvons passer et
-l'allons avilissant. Il en advient ce qui se veoid aux cages: les
-oyseaux qui en sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil soing
-en sortir, ceux qui sont au dedans.» (Liv. III, chap. V.)
-
-Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles le mariage est
-tourné en plaisanterie. Je ne citerai que la suivante: «Le mariage est
-comme une armée composée d'une avant-garde, d'un corps de bataille et
-d'une arrière-garde. A l'avant-garde se trouvent les amours, enfants
-perdus qui périssent au premier choc; au corps de bataille est le
-sacrement, dont la force résiste à toutes les attaques et tient bon
-jusqu'à la fin; à l'arrière-garde sont les regrets et les dégoûts, qui
-semblent se multiplier et devenir plus terribles, tant que l'action
-reste engagée.»
-
-
-Les quinze joies de mariage.
-
-Cette expression ironique, par laquelle on désigne les contrariétés
-inhérentes à l'état de mariage, sert de titre à un ouvrage anonyme qui
-date du milieu du quinzième siècle, et qui est attribué à Antoine la
-Sale, ingénieux écrivain à qui nous devons le _Petit Jehan de Saintré_.
-Le livre des _Quinze Joyes de mariage_, ainsi nommé par une railleuse
-antiphrase, offre l'analyse de toutes les déceptions et de toutes les
-douleurs irrémédiables que peut produire l'union conjugale: la préface
-en avertit en ces termes: «Celles _quinze joyes de mariage_ sont les
-plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres
-peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer.»
-
-
-Le mariage est le tombeau de l'amour.
-
-«Au bout d'un certain temps, la beauté des femmes perd toute sa force à
-l'égard de leur mari, telle étant la nature des choses qu'elles ne
-touchent plus quand on y est accoutumé... Si la beauté fait les
-conquêtes, ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'était
-devenu amoureux que parce que sa maîtresse était belle, ne continue
-point à être amoureux parce que sa femme continue à être belle. La
-coutume le rend dur contre cette espèce de charme; il s'avance peu à peu
-vers l'insensibilité. Les uns y arrivent plus tôt, les autres plus tard;
-mais enfin on y arrive, et la tendresse qu'on peut conserver, et que
-l'on conserve en effet assez souvent, se trouve fondée, non sur la
-beauté, mais sur d'autres qualités. L'expérience fait voir que les maris
-dont l'amitié est la plus longue et la plus ferme ne sont pas pour
-l'ordinaire ceux qui ont de belles femmes.» (Bayle, art. _Junon_.)
-
-On a dit que l'amour pouvait aller au delà du tombeau, mais on n'a
-jamais dit qu'il pût aller au delà du mariage.
-
-Euripide a dit, dans une de ses tragédies: «Le lit nuptial est funeste à
-l'homme et à la femme.» Ce lit, en effet, est comme un bûcher funèbre où
-leur amour se réduit bientôt en cendres.
-
-On connaît ce distique proverbial:
-
- De l'amour à l'hymen telle est la différence
- Que le premier finit quand le second commence;
-
-et cette pensée ingénieuse de Chamfort: «L'hymen vient après l'amour
-comme la fumée après la flamme.»
-
-Lord Byron a dit plus ingénieusement encore: «L'amour et le mariage
-peuvent rarement se combiner, quoiqu'ils soient nés tous deux sous le
-même climat; le mariage, de l'amour comme le vinaigre du vin, triste,
-acide et froid breuvage que le temps aigrit, et dont il abaisse l'arome
-à la saveur vulgaire d'une boisson de ménage.»
-
-
-Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché mortel.
-
-C'est dire assez spirituellement que l'union conjugale est la
-tribulation des justes mêmes.
-
-«Un homme déclamait l'autre jour contre le mariage, et s'écriait: Voyez
-ce que c'est que le mariage; songez que le bon Dieu a été obligé d'en
-ôter le péché mortel. Il a donc mis en équilibre dans la balance l'enfer
-et le mariage; encore l'enfer a paru plus léger.» (L'abbé Galiani.)
-
-Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a beaucoup plu aux
-écrivains de la fin du moyen âge, qui se sont ingéniés à le reproduire
-sous des formes diverses dans une foule d'épigrammes plus ou moins
-plaisantes. En voici une d'Owen fondée sur ce que, en latin, le mot
-_uxor_ (épouse), où la lettre _x_ est, comme on sait, l'équivalent des
-lettres _c_ et _s_, offre l'anagramme du mot _orcus_ (enfer).
-
- _Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum;
- Rite inversa sonant _ucsor_ et _orcus_ idem._
-
-Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression, qui est
-intraduisible en français: «Quiconque est tombé dans le piége conjugal
-est tombé dans l'enfer, car épouse et enfer sont la même chose.»
-
-C'est bien là certainement un de ces traits qui constituent ce que les
-Romains appelaient _nugæ difficiles_; et, quand on considère l'exercice
-laborieux, le grand effort d'imaginative auquel a dû se livrer
-l'épigrammatiste pour produire un résultat si saugrenu, on est tenté de
-lui adresser cette apostrophe originale du fin railleur maître François:
-«O Jupiter, vous en suâtes d'ahan, et de votre sueur tombant en terre
-naquirent les choux cabus.»
-
-
-Il n'y a point de mariage dans le paradis.
-
-Allusion à divers passages de plusieurs Pères de l'Église, qui
-regardaient le mariage comme moins propre que le célibat à la
-sanctification, et disaient que, si «noces remplissent la terre, la
-virginité remplit le ciel.» _Nuptiæ replent terram, virginitas replet
-paradisum._ (S. Hieronim., lib. I., _in Jovinien_.) Ce qui a donné lieu
-à Pascal de placer le mariage dans les _basses conditions du
-christianisme_.
-
-Owen a tiré du mot de saint Jérôme ce distique épigrammatique:
-
- _Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla;
- Conjugia in terris plurima, nullus amor._
-
- Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la terre
- il y a beaucoup de mariages et point d'amour.
-
-On demandait au poëte anglais Prior pourquoi il n'y avait point de
-mariage dans le paradis. «C'est, répondit-il, parce qu'il n'y a point de
-paradis dans le mariage.»
-
-
-Le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs.
-
-Proverbe pris du premier article du _Code d'amour_: «_Causa conjugii ab
-amore non est excusatio recta._ Le mariage n'est pas une excuse légitime
-contre l'amour.» C'est-à-dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se
-dispenser d'avoir une maîtresse ou un amant, sous prétexte qu'on a une
-épouse ou un mari. C'est l'expression des mœurs qui régnaient à l'époque
-des troubadours. Ces poëtes avaient érigé l'amour en devoir: ils le
-proclamaient comme plus obligatoire que le mariage et comme ne pouvant
-exister que hors du mariage. Cet amour, purement platonique dans le
-principe, cessa bientôt de l'être et donna lieu à un usage immoral assez
-répandu chez les hauts personnages, d'avoir à la fois une épouse et une
-concubine, l'une pour la souche et l'autre pour la couche.
-
-André le Chapelain nous a conservé la décision curieuse d'une cour
-d'amour présidée par la comtesse de Champagne, sur la question qui lui
-avait été soumise: «_Utrum inter conjugatos amor possit habere locum?_
-L'amour peut-il exister entre personnes mariées?» Voici cette décision:
-«Nous disons et assurons par la teneur des présentes que l'amour ne peut
-étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants
-s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans être contraints par
-aucun motif de nécessité; tandis que les époux sont tenus par devoir de
-subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns
-aux autres... Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême
-prudence (_cum nimia moderatione prolatum_) et d'après l'avis d'un grand
-nombre de dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable.
-Ainsi jugé, l'an 1174, le 3 des calendes de mai.»
-
-
- Jeune fille avec jeune fieu
- C'est mariage du bon Dieu.
-
-Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit Adam et Ève dans le
-paradis terrestre. On sait que _fieu_ est un vieux mot qui veut dire
-fils ou garçon.
-
-
- Homme vieux avec jeune femme
- Mariage de Notre-Dame.
-
-Mariage semblable à celui de la Sainte Vierge avec saint Joseph, qui
-était, à ce qu'on croit, d'un âge avancé. Ce proverbe s'adresse à une
-jeune innocente soit pour lui conseiller, soit pour la consoler de
-s'unir à un vieux mari.
-
-
- Vieille femme et jeune garçon
- C'est mariage du démon.
-
-Mariage où le démon seul peut trouver son compte. Il n'est pas besoin de
-faire observer que c'est la vieille femme qui, dans ce proverbe, est
-signalée comme le démon lui-même.
-
-
-Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle.
-
-Ce proverbe, où la glose est jointe au texte, a tiré son origine de la
-fauconnerie. Il s'emploie en parlant d'un couple conjugal dans lequel la
-femme est supérieure au mari, parce que la femelle de l'épervier
-l'emporte sur le mâle en force et en grosseur. Ce phénomène existe
-généralement chez les oiseaux de proie.
-
-Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens: «_The
-grey mare is the better horse._ La jument grise est le meilleur cheval.»
-
-
-Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant payé.
-
-Conjonction matrimoniale qui, n'étant sanctionnée ni par la loi civile,
-ni par la loi religieuse, est sujette à se rompre aussitôt qu'elle est
-formée. _Jean des Vignes_ est une altération de _Gens des Vignes_, et
-l'expression rappelle ces unions illicites qui se font entre les
-vendangeurs et les vendangeuses de diverses localités, et qui ne durent
-que le temps de la vendange.
-
-C'est à peu près ce qu'on a nommé _mariage du treizième arrondissement_,
-mariage fait sans M. le maire et sans M. le curé, personnages inconnus
-dans ce treizième arrondissement ajouté fictivement, comme on sait, aux
-douze dont se composait la ville de Paris avant l'annexion des communes
-suburbaines.
-
-Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales la vieille
-maxime de droit coutumier:
-
- _Boire, manger, coucher ensemble,
- C'est mariage, ce me semble._
-
-Le savant auteur de la _Symbolique du droit_, M. Chassan, rapportant
-cette maxime, l'explique ainsi: «Il ne faut pas la prendre à la lettre,
-en ce sens qu'il suffirait à une femme de passer la nuit avec un homme
-pour se dire mariée. Elle est relative à l'exécution du mariage qui
-couvre les irrégularités de la célébration. Aussi Loisel a-t-il eu soin
-d'ajouter: _Mais il faut que l'Église y passe_ (_Inst._, liv. I, tit.
-II, règle 6). Ainsi entendue, la maxime peut encore aujourd'hui recevoir
-son application.»
-
-
-Mariage de bohêmes.
-
-C'est encore une variété matrimoniale plus curieuse que celles dont il
-est question dans l'article précédent. Voici en quoi elle consiste:
-lorsque les bohêmes, c'est-à-dire ces aventuriers basanés qui courent le
-pays en volant les poules et disant la bonne aventure, veulent marier un
-garçon et une fille de leur caste, ils les conduisent dans un vallon
-retiré qu'ils nomment le _vallon des fiançailles_, et là, pour toute
-cérémonie, les deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grès
-qu'ils jettent contre terre, après avoir déclaré qu'ils consentent à
-vivre comme mari et femme autant d'années que la fracture du pot
-produira de morceaux; ensuite ils ramassent les tessons, dont ils
-constatent le nombre, et dès lors les voilà complétement unis jusqu'au
-dernier jour de ce mariage temporaire. Ce terme expiré, ils sont libres
-de se séparer, de convoler ailleurs ou de renouveler leur premier
-engagement. Mais on assure qu'il y en a très-peu qui prennent ce dernier
-parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de manière à ne pas être
-obligés trop longtemps de _payer les pots cassés_.
-
-
-Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture.
-
-C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les _Sept Sacrements_
-de Nicolas Poussin, quand il en vint à examiner le tableau du _Mariage_,
-plus faible que les autres, et le mot passa en proverbe.
-
-Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile à faire?--Il faudrait,
-pour le dire, exposer tant de raisons, rappeler tant de faits, entrer
-dans tant de détails, que je serais obligé d'ajouter un second tome à ce
-petit livre, ce qui serait fort déplaisant pour les lecteurs qui
-auraient été tentés d'y jeter un coup d'œil par curiosité, dans leurs
-moments perdus. Qu'on me permette donc de ne pas traiter la question. Si
-l'on désire en avoir au long la réponse, qu'on interroge certains
-mal-mariés, qui sont assez disposés à faire le récit de leurs
-infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle légèreté, quelle
-irréflexion, quelle imprévoyance, se forment les unions conjugales,
-surtout en France, où l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays,
-soit par le désir de terminer sans retard cette affaire de pure
-spéculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose en quelque
-sorte le fond du caractère français. Cet examen suffira pour faire
-comprendre combien il est difficile que les parties contractantes, qui
-s'accordent sans se connaître, ne soient pas en désaccord dès qu'elles
-se connaissent, et qu'après s'être prises pour ce qu'elles ne sont pas,
-elles n'en viennent point à se quitter pour ce qu'elles sont.
-
-La spéculation matrimoniale est la principale source d'où découlent les
-malheurs des conjoints. Je citerai sur ce sujet quelques phrases
-détachées d'un article plein de bon sens et d'esprit publié dans le
-journal _le Siècle_, nº du 11 décembre 1859, par M. Edmond Texier, et
-les lecteurs m'en sauront gré.
-
-«Les pères de famille, dit cet ingénieux écrivain, ont parlé à leurs
-enfants le langage de la raison. Ils leur ont dit que l'amour est un
-enfantillage, le sentiment une faiblesse, et ils ont inventé cette
-magnifique spéculation qui s'appelle le _mariage d'argent_. Le mariage
-d'argent a tellement réussi qu'on n'en voit point d'autre aujourd'hui.
-On n'épouse plus ni un cœur, ni un esprit, ni une femme. On se marie
-avec une dot, et c'est l'union des dots qui a créé le demi-monde. Ce
-monde-là a eu sa raison d'être le jour où le prêtre a béni les serments
-de deux coffres-forts. La beauté, la grâce, l'éducation, la vertu même,
-tout cela ne pèse pas une demi-once dans le plateau de la balance
-conjugale. Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le
-principal pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le demi-monde
-pousse à l'ombre du mariage d'argent comme la mousse à l'ombre des
-grands arbres. Ceci a engendré cela. C'est sur le fumier du mariage
-d'argent qu'a poussé le champignon du demi-monde. C'est là, et non
-ailleurs, qu'il faut aller déterrer la comédie d'aujourd'hui.»
-
-
-Un bon mariage répare tout.
-
-«Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de l'honneur, il y répare
-les vieilles brèches, il donne la qualité de légitimes à des enfants qui
-ne la possédaient pas. Je ne dis rien du voile épais dont il peut
-couvrir les nouvelles brèches, les fautes courantes et le péché
-quotidien.»
-
-Ce proverbe s'applique particulièrement aux hommes et aux femmes que le
-résultat qu'il énonce vient absoudre des galanteries et des désordres de
-leur vie antérieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs qui
-continuent à faire des dettes en se flattant d'épouser quelque riche
-héritière dont la dot comblera leur déficit.
-
-On dit aussi: _Le mariage est une planche après le naufrage_, pour
-exprimer les mêmes idées. Mais on a remarqué avec esprit et raison que
-s'il fait trouver un port dans la tempête, il peut également faire
-trouver une tempête dans le port.
-
-
-La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir.
-
-Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font entre des personnes
-de condition inégale et contre le gré des parents, offrent peu de
-chances d'être heureux. Ils peuvent bien aller pendant quelques jours,
-c'est-à-dire dans le temps fort court où la passion aveugle sous
-laquelle ils ont été contractés conserve toute sa force; mais à mesure
-qu'elle s'affaiblit, les écailles tombent des yeux des époux, et chacun
-aperçoit de tristes réalités, au lieu des séduisantes idéalités qu'il
-s'était formées; la femme gémit de n'être pas reçue chez les parents de
-son mari, et d'être privée par suite de la considération et de l'estime
-qu'elle se croit en droit d'exiger d'eux; le mari se trouve déplacé dans
-la famille de sa femme, et il lui reproche son peu de distinction. Le
-mari supporte difficilement les observations d'une belle-mère acariâtre
-et d'un beau-père intéressé; puis les défauts des conjoints, que la
-passion avait voilés, apparaissent dans leur désolante nudité. Les
-récriminations commencent de part et d'autre et deviennent plus amères
-par la contradiction. Ils se font des reproches mutuels; les parents de
-la femme prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance vienne à
-disparaître du ménage la discorde est à son comble. On pourrait, en
-présence de tous ces inconvénients, dire que rien n'est terrible dans le
-mariage comme le paupérisme et le _beaupérisme_.
-
-
-Les meilleurs mariages se font entre pareils.
-
-Cette maxime est attribuée par les anciens tantôt à Pittacus, tantôt à
-Cléobule, qui recommandaient tous deux de se marier selon sa condition.
-Le dernier disait pour raison: «Si vous épousez une femme d'une
-naissance plus relevée que la vôtre, vous aurez autant de maîtres
-qu'elle aura de parents;» vérité dont la démonstration a été donnée dans
-le _Dolopatos_, dans plusieurs fabliaux de nos trouvères, dans deux
-contes de Boccace, et dans le _Georges Dandin_ de Molière.
-
-Le poëte Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'éloge qu'il en a fait
-dans son _Prométhée enchaîné_, scène VI: «Qu'il était sage, qu'il était
-sage, celui qui le premier conçut dans sa pensée, qui le premier fit
-entendre cette maxime au monde: _C'est entre égaux qu'il faut s'allier!_
-C'est là qu'est le bonheur. Jamais d'hymen entre le riche fastueux,
-entre le noble fier de sa race et le pauvre artisan... L'hymen entre
-égaux n'offre point de péril, et n'a rien qui m'épouvante.»
-
-Les Hébreux disent qu'_il faut descendre un degré pour prendre une
-femme, et en monter un pour faire un ami_, afin que celui-ci nous
-protége et que l'autre nous obéisse.
-
-
-Les mariages sont écrits dans le ciel.
-
-Ce proverbe, dont la signification est que les mariages sont souvent
-imprévus et semblent dépendre de la destinée plutôt que des calculs
-humains, figurait dans notre vieux droit coutumier en ces termes
-rapportés par Loisel: _Les mariages se font au ciel et se consomment sur
-la terre._ Il avait été primitivement consigné dans un de ces
-formulaires de pratique mis en rimes latines dans le huitième et le
-neuvième siècle. C'est de là probablement qu'il est passé chez les
-Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers
-y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal à celui qui serre
-le cou d'un pendu: «_Marriage and hanging go by destiny._ Mariage et
-pendaison vont au gré de la destinée.»
-
-Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel,
-mais il est sûr qu'il y en a beaucoup sur lesquels le diable a de bonnes
-hypothèques.
-
-On connaît ce mot d'une donzelle dépitée de voir les épouseurs échapper
-à ses galanteries: «Vous verrez que si les mariages sont écrits dans le
-ciel, le mien se trouvera au dernier feuillet.» Une autre, après la mort
-de son père, qui avait toujours refusé de la marier, quoiqu'elle en eût
-grande envie, s'écriait: «Dieu veuille que mon père ne voie point
-là-haut le registre où mon mariage est inscrit! il serait capable de
-déchirer la page.»
-
-
-Année de noisettes, année de mariages.
-
-Ou bien _année d'enfants_. Voici l'explication que j'ai donnée dans mes
-_Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français
-et sur le langage proverbial_.--Le fruit que la noisette renferme sous
-une double enveloppe a été regardé comme l'image de l'enfant dans le
-sein de sa mère, et l'on a conclu de cette similitude que les années
-abondantes en noisettes devaient l'être aussi en mariages ou en enfants.
-C'est de ce préjugé fort ancien, et non, comme on pourrait le croire,
-des rendez-vous donnés sous la _coudrette_ ou la coudraie, qu'est né le
-dicton usité parmi les gens de la campagne et rappelé par A.-A. Monteil
-dans la phrase suivante de l'_Histoire des Français des divers États_
-(seizième siècle): «Vous savez que c'est l'année des noisettes: tout le
-monde se marie; sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.»
-
-Il faut attribuer à la même cause l'usage antique de répandre des noix
-aux cérémonies nuptiales, usage qui n'avait pas pour but de marquer,
-ainsi qu'on l'a prétendu, que l'époux renonçait aux amusements futiles
-et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son nouvel état, mais
-d'exprimer un vœu pour la fécondité de l'épouse, car la noix présentait
-le même symbole que la noisette. C'est ce que dit formellement Pline le
-naturaliste, liv. XXV, chap. XXIV. Festus assure également, au mot
-_Nuces_, que les noix étaient jetées, pendant les noces, en signe de bon
-présage pour la mariée: _Ut novæ nuptæ intranti domum novi mariti
-auspicium fiat secundum et solistimum._
-
-Cela avait lieu au moyen âge comme dans l'antiquité. De plus, on
-déposait alors auprès du lit nuptial une corbeille pleine de noisettes
-qu'on avait fait bénir par un prêtre.
-
-Il est resté quelque chose d'un tel usage dans ce qui se pratique aux
-noces villageoises, où l'on a soin de placer sur la table en face des
-mariés un plat de dragées, lesquelles ne sont, comme on sait, que des
-noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a été remplacée par une couche
-de sucre glacé. C'est d'après une analogie du même genre qu'à l'occasion
-du baptême des enfants on distribue des boîtes de dragées aux amies, et
-qu'on jette des poignées de dragées à la foule des curieux. Il est
-évident que ces dragées marquent dans le mariage un souhait pour qu'il
-soit fécond, et, dans le baptême, une manifestation de la joie inspirée
-par l'heureux accomplissement de ce souhait.
-
-On jetait aussi, au moyen âge, des grains de blé, comme on le voit dans
-plusieurs relations de cette époque, notamment dans le _Romancero_ du
-Cid, dont la quatorzième romance décrit les réjouissances qui eurent
-lieu aux noces du héros castillan. Voici de quelle manière naïve cette
-romance s'exprime: «Tant il en est jeté par les fenêtres et les grilles,
-que le roi en porte sur son bonnet qui est large des bords une grande
-poignée. La modeste Chimène en reçoit mille grains dans sa gorgerette,
-et le roi les retire à mesure.»
-
-Plusieurs peuples de notre temps répandent encore des noix, des
-noisettes, des amandes, des fruits à noyau et des grains, pendant la
-cérémonie du mariage, comme emblèmes de la fécondité qui doit en
-résulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en Valachie, il est
-également fréquent dans quelques villages de la Corse. Il se produit
-chez les Israélites de plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne
-avec une circonstance digne de remarque: c'est que, dans le moment où
-ils font pleuvoir du froment sur le couple conjugal, ils ne manquent pas
-de prononcer en hébreu les paroles bibliques _croissez et multipliez_,
-qui ne permettent pas de garder le moindre doute sur le sens qu'on doit
-attacher à cette coutume symbolique.
-
-
-Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer, enfanter et
-pleurer.
-
-Ce proverbe dialogué, qui se trouve sous la même formule en Espagne et
-en d'autres pays, nous est venu des Provençaux, à qui l'on peut, d'après
-de grandes probabilités, en attribuer l'invention. Il exprime très-bien
-les trois principaux résultats du mariage pour les pauvres femmes du
-peuple; car ce sont elles surtout qui ont à souffrir les tribulations de
-cet état. Voyez avec quelle dureté elles sont traitées dans toutes les
-parties du monde.
-
-Don Ulloa dit dans son _Mémoire sur la découverte de l'Amérique_: «Les
-peuples de ce continent ont été peu attachés à leurs femmes, qu'ils
-traitent encore comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop.
-Il y a même des nations chez lesquelles deux vieilles femmes
-accompagnent la future épouse, le jour de son mariage, en pleurant
-réellement, se lamentant et lui criant sans cesse: «Que vas-tu faire? tu
-vas te précipiter dans le plus grand malheur;» c'est cet état
-insupportable qui les décide souvent à étouffer leurs filles en naissant
-pour les préserver d'être aussi malheureuses qu'elles. La fatigue que
-les jeunes femmes ont à essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris
-à la chasse, à la pêche, préparer le manger et le boire, avoir soin des
-enfants dont les pères ne s'occupent guère, et diverses autres
-malheureuses circonstances font du mariage chez la plupart de ces
-nations un supplice affreux.»
-
-Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique, où règne la loi de
-Mahomet, qui est si dure pour elles. On sait à quelle triste captivité
-elles y sont réduites sous le régime de la polygamie, et avec quelle
-dureté elles sont traitées par leurs seigneurs et maîtres, pour lesquels
-elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux domestiques.
-
-Ce n'est guère que dans l'Europe chrétienne qu'elles jouissent de la
-liberté, et qu'elles sont regardées comme les compagnes de l'homme:
-encore les priviléges que ce titre leur donne n'existent-ils réellement
-que pour celles d'un certain rang.
-
-Les trois situations que je viens d'indiquer ont été fort bien résumées
-par Sénac de Meilhan dans cette phrase remarquable: «La femme, chez les
-sauvages, est une bête de somme; en Orient, un meuble; en Europe, un
-enfant gâté.»
-
-
-Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune, et trop tard quand on
-est vieux.
-
-Proverbe pris de la réponse que fit Thalès à sa mère Cléobuline qui le
-pressait d'accepter un parti avantageux: «Ma mère, quand on est jeune,
-il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux, il est trop tard;
-et un homme entre deux âges n'a pas assez de loisir pour se choisir une
-épouse.»
-
-Ce mot considéré comme plaisanterie est assez bon, mais pris au sérieux
-il ne saurait être approuvé. Le célibat qu'il conseille produit des
-résultats plus déplorables que le mariage. Si celui-ci a des
-contrariétés et des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est
-livré à une foule de vices qui blessent les lois de la morale et minent
-les fondements de la société. «A Dieu ne plaise, dit Montesquieu à ce
-sujet, que je parle contre le célibat qu'a adopté la religion! Mais qui
-pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les
-deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une
-union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend
-toujours pires?
-
-«C'est une règle tirée de la nature que plus on diminue le nombre des
-mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits;
-moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages,
-comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de vols.» (_Esprit des
-lois_, liv. XXIII, ch. XXI, à la fin.)
-
-Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un célibataire devenu vieux
-qui ne gémisse de son état. Il n'y a point pour lui de famille; il
-achève ses tristes jours dans une sorte de séquestration, sous la garde
-incommode de quelque collatéral avide ou de quelque servante-maîtresse
-dont l'unique pensée est d'accaparer son héritage.
-
-Le proverbe est très-bien réfuté par les observations qu'on vient de
-lire. Il l'est de même par cette phrase du chancelier Bacon qui présente
-une belle triade proverbiale: «A tout âge on a des raisons de se marier,
-car _les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes dans
-l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse._»
-
-
-Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard.
-
-Je citerai à propos de ce proverbe un passage curieux extrait du
-commentaire plein d'érudition et d'élégance sur les œuvres de Coquillart
-par M. Charles d'Héricault: «_Trop tost marié_ et _Trop tard marié_
-étaient deux types des maris malheureux. Leurs infortunes furent
-soigneusement racontées dans ce cycle de poésies contre la femme, qui
-compose presque toute la littérature des derniers temps du moyen âge. Il
-existe une pièce sur _Trop tost marié_, Gringoire a fait la complainte
-de _Trop tard marié_, et l'on peut voir la résolution de _Ny trop tost
-ny tard marié_ dans les _Anciens poëtes françoys_, tome III, page 129.»
-
-Cette _résolution_ est une pièce de vers dans laquelle son auteur
-anonyme énumère les malheurs des sots qui se sont trop pressés ou ont
-trop différé de s'enrôler dans la grande confrérie matrimoniale, et
-décrit les délices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il a eu
-l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne dit point précisément
-à quel âge il a contracté cette union. C'est probablement entre la
-trentième et la trente-cinquième année, conformément à l'usage assez
-généralement observé vers la fin du quatorzième siècle.
-
-Platon, au livre VI de la _République_, avait prescrit de se marier dans
-cet intervalle, qui se conciliait fort bien avec le précepte d'Hésiode:
-«L'âge de trente ans convient pour l'union conjugale.» (_Jours et
-Œuvres_, chap. II.) Mais Aristote, dans sa _Politique_, VII, XVI,
-conseillait d'attendre jusqu'à trente-sept ans.
-
-J.-J. Rousseau, dans son _Projet de constitution pour la Corse_, prive
-du droit de cité tout homme qui n'est point marié à l'âge de quarante
-ans révolus.
-
-On trouve dans les _Conseils et Maximes_ de Panard, ce sixain qui
-revient à notre proverbe:
-
- L'époux, pour être gracieux,
- Doit n'être trop vert ni trop vieux.
- Belles, que tente l'hyménée,
- Apprenez ces deux vers par cœur:
- _Bois vert se consume en fumée,
- Bois vieux ne fait plus de chaleur._
-
-
- Qui va loin se marier
- Sera trompé ou veut tromper.
-
-La moralité à tirer de ce proverbe, dont la raison s'offre d'elle-même,
-c'est qu'il est bon de se marier dans son pays avec une personne que
-l'on connaisse bien. Si cela ne met pas tout à fait à l'abri des
-mauvaises chances que présente le mariage, cela du moins peut les
-diminuer beaucoup.
-
-La recommandation de ne pas se marier loin remonte à une haute
-antiquité. Elle se trouve rappelée par Hésiode dans le poëme des _Jours
-et des Œuvres_.
-
-
- Avant de te marier,
- Aie maison pour habiter.
-
-C'est-à-dire: Ne cherche pas à fonder une famille, si tu ne possèdes
-point ce qui est nécessaire pour la loger et la nourrir.
-
-Tel est le sens littéral de ce proverbe, qui contient en germe la
-doctrine que Malthus et ses disciples ont développée dans un odieux
-système, où ils ne tiennent pas le moindre compte de l'action
-providentielle du bon Dieu, qui, certainement, n'a pas dit aux créatures
-humaines: _Croissez et multipliez_, pour qu'elles fussent réduites à
-mourir de faim par suite de leur multiplication.
-
-S'il ne fallait se marier que lorsqu'on a pignon sur rue, la plupart des
-hommes seraient obligés de vivre dans le célibat, et qui sait ce que
-deviendrait la société avec de pareils citoyens?... Mais consultons
-l'esprit plutôt que la lettre du proverbe, et nous y verrons un assez
-bon conseil, dont l'expression a été probablement exagérée à dessein
-pour faire mieux comprendre aux indigents qui aspirent à se mettre en
-ménage combien le travail et l'économie leur sont indispensables. Il
-serait déraisonnable et immoral s'il les engageait à renoncer au
-mariage, qui leur convient encore mieux qu'aux riches. Cet état est dans
-les vues de Dieu, dont la parole ne peut les tromper comme le calcul
-hasardé des économistes, et ils ne doivent plus craindre de s'y engager,
-s'ils ont la ferme résolution de remplir les obligations qu'il leur
-impose. Ils ont droit, en ce cas, d'espérer, de compter même, qu'avec
-l'aide de la Providence et une conduite sage et laborieuse ils ne
-manqueront pas des moyens d'entretenir leur famille, si nombreuse
-qu'elle soit. _Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres_,
-dit un proverbe qu'on voit presque toujours se vérifier par une
-bénédiction spéciale du ciel. Les enfants sont la richesse du pauvre qui
-vit honnêtement; ils attirent sur lui l'intérêt général, et, suivant une
-sainte maxime, ils lui sont donnés comme un héritage du Seigneur et
-comme une récompense: _Ecce hæreditas Domini, filii; merces, fructus
-ventris._ (Psalm. CXXVI. 3.)
-
-
-Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dîner et la femme de
-quoi souper.
-
-C'est absolument l'idée du proverbe précédent que celui-ci reproduit
-sous une forme différente. Ainsi les réflexions qui ont été faites sur
-l'un sont tout à fait applicables à l'autre, et nous ne croyons pas
-qu'il soit nécessaire d'y en ajouter de nouvelles pour démontrer que le
-second ne doit pas plus que le premier être interprété conformément à
-cette détestable doctrine malthusienne, qui voudrait interdire le
-mariage aux pauvres afin d'en étouffer la race, et qui semble ne faire
-consister le bien-être qu'elle promet que dans le résultat d'une action
-dénaturée, c'est-à-dire dans l'augmentation des subsistances par la
-diminution de l'espèce humaine.
-
-Nous remarquerons seulement sur le dernier proverbe que, s'il était pris
-à la lettre, il placerait dans une fâcheuse alternative deux personnes
-qui n'auraient aucun bien et qui s'aimeraient; car elles seraient
-condamnées à la misère en se mariant, et au malheur en ne se mariant
-pas.
-
-
-Il faut se marier en face de l'église.
-
-Il faut que le mariage soit consacré par la religion. C'est une maxime
-dans le développement de laquelle je n'ai pas l'intention d'entrer: je
-veux seulement examiner quelle a été l'origine de l'expression _en face
-l'église_, qui semble un peu étrange aujourd'hui, et démontrer qu'elle
-est une de celles dont on ne saurait trouver la juste explication que
-dans les usages de nos pères. On a prétendu à tort qu'elle désignait par
-le mot _église_ l'autorité ecclésiastique. Elle n'emploie pas ce mot
-dans un sens figuré, mais dans un sens matériel; elle prend l'église
-pour le bâtiment sacré où les fidèles se rassemblent, et elle fait
-allusion à l'ancienne coutume de célébrer devant la porte de ce bâtiment
-la cérémonie du mariage qui se fait maintenant dans l'intérieur. C'est
-de là très-certainement qu'elle est née, et elle date d'une époque fort
-reculée. On la trouve au XXVIe chapitre du IIIe livre de Guillaume de
-Newbridge, savant anglais qui écrivait en latin, il y a plus de six
-cents ans. Voici le passage où cet auteur l'a consignée, en faisant
-mention du mariage de Henri II, Plantagenet, avec Éléonore d'Aquitaine,
-épouse divorcée du roi de France Louis VII, dit le Jeune: _Solutamque a
-lege prioris viri in facie ecclesiæ, quadam illicita licentia, ille mox
-suo accepit conjugio._
-
-Dans un missel de 1555, à l'usage de l'église de Salisbury, on lit cette
-recommandation: «_Statuantur vir et mulier ante ostium ecclesiæ, sive in
-faciem ecclesiæ, coram Deo et sacerdote et populo._ Que l'homme et la
-femme soient placés devant la porte de l'église ou EN FACE DE L'ÉGLISE,
-en présence de Dieu, du prêtre et du peuple.»
-
-On sait que le mariage de Henri de Béarn, depuis Henri IV, avec
-Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, eut lieu, le 18 avril 1572,
-par le ministère du cardinal de Bourbon sur un brillant échafaud dressé
-à la porte de l'église de Notre-Dame de Paris.
-
-Ces faits et beaucoup d'autres semblables que je pourrais y joindre
-prouvent qu'en France et en Angleterre on se mariait encore devant la
-façade de l'église vers la fin du seizième siècle. Cependant il faut
-observer que, dans la mauvaise saison et dans les jours pluvieux, on
-faisait la cérémonie sous le porche, d'où l'on ne tarda pas à passer
-dans la chapelle. Mais quels étaient donc les motifs qui avaient pu
-faire adopter le mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que cet
-usage était un reste des mœurs païennes. Ils disent que plusieurs
-peuples de l'antiquité, particulièrement les Étrusques, se mariaient
-dans la rue devant la porte de la maison, où l'on entrait pour la
-conclusion de la cérémonie.
-
-A cette raison Selden en ajoute une autre dans son _Uxor hebraica_
-(opera, t. III, pag. 680): c'est que la dot ne pouvait être légalement
-assignée qu'en face de l'église.
-
-
-Il ne faut pas se marier pour la première nuit de ses noces.
-
-Il faut consulter la raison, les convenances et l'intérêt dans le choix
-d'une épouse, et ne pas se marier uniquement pour satisfaire un fol
-amour. Celui qui ne prend femme que dans la vue si spirituellement
-indiquée par le proverbe se mécompte presque toujours, car l'amour passe
-et la femme reste, sans conserver pour le mari cette beauté qui avait
-exercé sur lui une irrésistible fascination.
-
-Tout est fini ou bien près de finir pour l'amour sitôt que l'union de
-deux cœurs devient celle de deux corps, et les charmantes illusions
-qu'il faisait naître cèdent la place à de tristes réalités. C'est un
-mirage fantastique après lequel on ne voit plus que les sables arides du
-désert.
-
-
-Bailler ou donner le chapelet à une fille.
-
-C'est la marier. Le chapelet ou petit chapeau, auquel a succédé la
-guirlande de fleurs d'oranger, était une couronne de romarin ou de myrte
-qu'on mettait autrefois sur le front des jeunes filles dans la cérémonie
-nuptiale, à l'imitation de la couronne de marjolaine que prenaient les
-nouvelles mariées chez les Romains, comme on le voit dans ces deux vers
-de l'épithalame de Julie et de Manlius par Catulle:
-
- _Cinge tempora floribus
- Suaveolentis amarari._
-
- Ceins tes tempes des fleurs de l'odorante marjolaine.
-
-Il y avait sans doute en cela une allégorie qui recommandait aux
-épousées de conserver soigneusement l'honneur conjugal dont cette
-couronne présentait l'emblème.
-
-
-Prendre le collier de misère.
-
-C'est se marier. Les nombreux éléments dont se compose cette misère
-étant exposés en assez grand détail dans les proverbes qui précèdent ou
-qui suivent, je me bornerai à joindre à celui-ci une anecdote orientale
-propre à lui servir de commentaire.
-
-Bahalul, que les saillies de son esprit firent surnommer Al-Mégoun,
-c'est-à-dire le Fou, plaisait beaucoup au calife Haroun al-Raschid par
-son humeur enjouée, ses reparties ingénieuses et ses traits vifs et
-facétieux. Ce calife lui dit un jour: «Bahalul, pourquoi ne te maries-tu
-pas? je veux te donner une épouse jeune, bien faite et riche. Elle te
-procurera toutes les douceurs de la vie.» Bahalul, cédant à ces raisons
-et plus encore à la volonté de son maître, consentit au mariage, et, les
-noces s'étant faites, il entra avec sa femme dans la couche nuptiale.
-Mais à peine y fut-il, qu'il entendit ou feignit d'entendre un grand
-bruit dans le sein de sa compagne. Effrayé, il s'élance aussitôt du lit
-et s'enfuit bien loin hors de la ville. Le calife, instruit de son
-escapade, ordonne de le chercher: on le trouve et on le lui amène. Le
-monarque le réprimande d'abord, et lui demande ensuite où est le mot
-pour rire dans cette affaire. «Sublime commandeur des croyants, répond
-Bahalul, vous m'aviez promis que je goûterais avec ma femme toutes les
-douceurs de la vie. Cependant, à peine étais-je couché auprès d'elle,
-que toutes mes espérances furent trompées. J'entendis un bruit alarmant
-qui sortait de ses entrailles, il était formé d'une foule de voix qui
-tour à tour me demandaient une chemise, un habit, un turban, des
-souliers, du pain, du riz, de la viande, etc. Il y avait, en outre, des
-cris, des pleurs, des rires de plusieurs enfants qui allaient, venaient,
-folâtraient, se battaient, se plaignaient ou s'égayaient à qui mieux
-mieux. Je fus si épouvanté de ce vacarme, que je laissai là ma femme
-pour échapper aux malheurs dont sa fécondité me menaçait. Je n'aurais pu
-rester avec elle sans devenir encore plus fou que je ne suis.»
-
-
-Allumer la chandelle à quatre cornes.
-
-Vieille expression proverbiale dont on se sert quelquefois encore en
-certaines provinces et même à Paris, pour marquer le contentement d'un
-père et d'une mère qui marient la dernière de leurs filles, après avoir
-marié toutes les autres. Elle rappelle la coutume anciennement observée,
-en pareil cas, de faire une espèce d'illumination de joie en allumant
-toutes les mèches d'une grande lampe de famille, qui avait ordinairement
-quatre cornes ou becs. Cette coutume était un reste des antiques
-formalités du mariage, où l'on employait le feu comme élément
-symbolique. Le recueil manuscrit des anciens statuts de Marseille
-(_Statuta Massiliensia_, année 1274) nous apprend que, le jour des
-noces, on avait soin d'entretenir des luminaires dans l'intérieur des
-maisons. On peut voir, à ce sujet, l'_Histoire de Marseille_ par Fabre
-(II, 204).
-
-Il y a une remarque grammaticale à faire sur le mot _chandelle_, qui
-pourrait paraître avoir été improprement introduit dans l'expression que
-je viens d'expliquer: c'est qu'autrefois _chandelle_ était un terme
-générique, désignant à la fois et la substance qui éclairait et
-l'ustensile où cette substance était placée. D'autres en ont fait la
-remarque avant moi.
-
-
-Qui se marie à la hâte se repent à loisir.
-
-Un mariage contracté trop vite devient une source intarissable de
-regrets, parce qu'il est rarement fondé sur le rapport des caractères
-sans lequel la bonne intelligence ne saurait guère exister entre les
-époux. Les Allemands disent: _Mariage prompt, regret long_.
-
- _Heirath in Eil'
- Bereut man mit Weil._
-
-«En général les mariages conclus après une longue fréquentation, pendant
-laquelle on a appris des deux parts à se connaître, sont ceux dans
-lesquels on trouve plus d'amour et de constance. Il faut que l'amour ait
-jeté de profondes racines et se soit bien fortifié avant d'y enter le
-mariage. Une longue suite d'espérances et d'attentes nous fixe l'idée
-dans l'esprit et nous accoutume à sentir une véritable tendresse pour la
-personne dont on a fait choix.» (Addison, _Spectateur_.)
-
-En effet, une longue fréquentation, où l'on apprend à se connaître, à
-s'estimer mutuellement, doit produire une tendre amitié, et cette amitié
-est le plus heureux commencement ainsi que la meilleure garantie de
-l'amour conjugal. Malfilâtre a développé une idée semblable en vers
-élégants dans le premier chant de son poëme intitulé _Narcisse dans
-l'île de Vénus_. Je vais les citer, pour donner de la variété et de
-l'agrément à cet article:
-
- Vénus voulut, avant l'âge où l'on aime,
- Voir ses sujets, voir ces couples charmants,
- Couples futurs, déjà s'unir d'eux-mêmes
- Par le rapport des goûts, des sentiments.
- Elle voulut que ces enfants aimables,
- Pour rendre un jour leurs chaînes plus durables,
- Fussent amis avant que d'être amants:
- Qu'en attendant les amoureuses flammes,
- D'avance un sexe à l'autre fût lié;
- Qu'enfin l'amour, prêt d'entrer dans leurs âmes,
- En arrivant, y trouvât l'amitié;
- Car l'amitié, la confiance intime
- Nourrit l'amour, le soutient, le ranime,
- Et rend ses feux plus touchants de moitié.
- De leur concours, de leur souffle unanime,
- Naît ce plaisir pur, délicat, sublime,
- Plaisir cherché par nos vœux superflus,
- Plaisir moqué des mortels corrompus.
- Mais quoi? l'amour n'est point connu du crime,
- Puisque l'amour sans l'amitié n'est plus,
- Que l'amitié se fonde sur l'estime,
- Et que l'estime est fille des vertus.
-
-
-On se marie pour soi.
-
-C'est la réponse que fait le jeune homme écervelé qui refuse de se
-laisser guider dans le choix d'une épouse par ses parents ou ses amis,
-et qui, poussé par un désir aveugle, s'obstine à s'unir à celle dont les
-appas seuls l'ont séduit, sacrifiant toutes les convenances à sa folle
-passion, et bravant tous les effets malheureux que ne peut manquer de
-produire cette union disproportionnée ou mal assortie. Le mariage est un
-état trop important et trop sérieux pour s'y engager avec étourderie et
-par caprice. Suivant Montaigne, «l'alliance, les moyens y poisent
-(doivent y entrer en compte) par raison, autant ou plus que les grâces
-et la beauté. On ne se marie pas pour soy, quoy qu'on en die; on se
-marie autant ou plus pour sa postérité, pour sa famille; l'usage et
-l'intérest du mariage touche notre race, bien loing par delà nous.»
-(_Essais_, liv. III, chap. V.)
-
-Cervantes pensait que les parents devaient décider du mariage de leurs
-enfants et ne pas les laisser libres de le conclure eux-mêmes par
-fantaisie ou par amour. Voici les réflexions qu'il a mises dans la
-bouche de don Quichotte sur ce sujet: «Si tous ceux qui s'aiment
-pouvaient ainsi se marier, ce serait enlever aux parents le droit de
-choisir pour leurs enfants et de les marier quand ils le jugent
-convenable; et si le choix des maris était abandonné à la volonté des
-filles, telle se trouverait qui prendrait le valet de son père, et telle
-autre le premier venu qu'elle aurait vu passer dans la rue fier et
-pimpant, ne fût-il qu'un débauché et un spadassin. L'amour aveugle
-aisément les yeux et l'esprit, si nécessaires pour le choix d'un état;
-et, en fait de mariage surtout, rien de plus facile que de se tromper:
-il faut un grand tact et une faveur particulière du ciel pour rencontrer
-juste. Quelqu'un veut-il entreprendre un long voyage, s'il est sage,
-avant de se mettre en route, il cherchera un compagnon sûr et agréable.
-Pourquoi donc ne ferait-il pas de même celui qui doit cheminer tout le
-cours de la vie jusqu'au terme final, la mort; surtout si son compagnon
-de route doit le suivre au lit, à la table, partout, comme fait la femme
-pour son mari?» (Partie II, ch. XIX.)
-
-Il n'y a pas de législation qui n'ait jugé nécessaire le consentement
-des pères au mariage des enfants. «Cette nécessité, dit Montesquieu dans
-l'_Esprit des lois_ (liv. XXIII, ch. VII), est fondée sur leur
-puissance, c'est-à-dire sur leur droit de propriété. Elle est aussi
-fondée sur leur amour, sur leur raison et sur l'incertitude de celle de
-leurs enfants, que l'âge tient dans l'état d'ignorance, et les passions
-dans l'état d'ivresse.»
-
-
-Le jour où l'on se marie est le lendemain du bon temps.
-
-Dès ce jour-là tout devient sérieux dans la vie; les jeux et les
-divertissements cessent d'être de saison, et les préoccupations de
-l'avenir doivent commencer. Il faut pourvoir aux besoins du ménage,
-travailler sans relâche pour l'entretien de la femme qu'on a prise et
-des enfants qu'on aura, enfin se dévouer tout entier à l'accomplissement
-des graves obligations qu'impose le nouvel état où l'on vient d'entrer.
-
-Bacon a dit dans un style noblement figuré: «Quiconque a épousé une
-femme et mis des enfants au jour a donné des otages à la fortune.»
-
-Il en a donné aussi à la morale, dont les lois ont alors sur lui plus
-d'autorité et l'attachent à ses devoirs par des liens plus forts et plus
-sacrés. Le mariage est essentiellement moralisateur; il éloigne du vice
-et mène à l'honnêteté. «Plus vous aurez d'hommes mariés, dit Voltaire,
-moins il y aura de crimes. Voyez les registres affreux de vos greffes
-criminels; vous y trouverez cent garçons de pendus, ou de roués, contre
-un père de famille.
-
-«Le mariage rend l'homme plus vertueux et plus sage. Le père de famille
-ne veut pas rougir devant ses enfants; il craint de leur laisser
-l'opprobre pour héritage.» (_Dictionnaire philosophique_, art.
-_Mariage_.)
-
-Joignons à cela un morceau remarquable extrait de la charmante mosaïque
-composée par M. L. Veuillot, sous le titre modeste de _Çà et Là_: «Je
-suis éperdu d'admiration--hélas! et d'épouvante--quand je songe à la
-grandeur morale où quelque petit individu de ma sorte, par exemple, peut
-et doit s'élever, sans avoir cependant ni puissance, ni richesse, ni
-génie, par cette seule raison qu'il est homme et chef de famille. Voilà
-autour de cet homme un monde à protéger, à aimer, à servir, à édifier, à
-réjouir même. Il faut que l'on vive de ses labeurs, que l'on se fortifie
-de ses exemples, que l'on s'honore de ses œuvres, que l'on soit heureux
-par lui.»
-
-
-Qui se marie fait bien, et qui ne se marie pas fait encore mieux.
-
-Ce proverbe, dans lequel se trouve une sorte d'approbation ou plutôt de
-tolérance pour le mariage, est dérivé d'un passage de la première épître
-de saint Paul aux Corinthiens. Cet apôtre, après avoir dit qu'il est
-avantageux de ne pas se marier, afin que le soin des choses du monde ne
-détourne pas du soin des choses du Seigneur, reconnaît cependant ce qui
-doit être accordé au besoin de la nature humaine, et conclut en ces
-termes: «_Qui matrimonio jungit virginem suam bene facit, et qui non
-jungit melius facit_ (cap. VII, 38). Celui qui marie sa fille fait bien,
-et celui qui ne la marie pas fait mieux.»
-
-Un père, qui avait ses raisons pour ne pas vanter devant la sienne les
-avantages de l'état conjugal, lui répétait les paroles de saint Paul,
-elle lui dit: «Mon père, faisons bien, fera mieux qui pourra.»
-
-
-Qu'on se marie ou non, l'on a toujours à s'en repentir.
-
-C'est ce que Socrate répondit à un jeune Athénien qui, hésitant à
-prendre femme, lui demandait s'il valait mieux se marier ou ne pas se
-marier. Sa réponse devint un proverbe dont on se sert encore aujourd'hui
-et dont l'idée a été reproduite dans plusieurs variantes vulgaires; je
-me borne à signaler celle-ci: _Femme est marchandise trompeuse: qui n'en
-a point s'en plaint, qui en prend s'en repent._
-
-La réponse du philosophe n'était pas conforme à la demande. Il n'avait
-pas à dire si celui qui se mariait et celui qui ne se mariait point
-s'exposaient également au repentir, mais bien auquel des deux ce
-repentir devait être plus amer. Il jugea à propos d'éluder la question
-et de la laisser indécise. Qu'on se garde pourtant de conclure de là
-qu'il n'appréciait pas mieux le mariage que le célibat. C'est à tort
-qu'on a prétendu que les contrariétés que lui suscitait l'humeur fort
-difficile de sa femme Xantippe le lui avaient rendu antipathique, il ne
-cessa jamais de le regarder comme l'institution la plus utile qui a
-produit la famille, fondement de la société. Il en parla dans une
-nombreuse assemblée en termes si honorables et si persuasifs, il en
-exposa les avantages sous un si beau jour, que les célibataires, dont
-son auditoire était en grande partie composé, se marièrent tous dans
-l'année. C'était prendre le bon parti, car le mariage, malgré ses
-désagréments et ses chagrins, est bien préférable au célibat, je ne
-parle pas du célibat des hommes voués à la religion ou à la science et
-capables d'acquitter leur dette envers la société par des vertus ou des
-talents, je parle de celui des vils égoïstes et des lâches voluptueux,
-qui sacrifient tous leurs devoirs pour satisfaire leurs vices.
-
-On ferait bien mieux de ridiculiser les célibataires que les gens mal
-mariés. C'est ce que faisaient les peuples antiques, et quelques-uns
-même de ces peuples les traitaient plus sévèrement. On sait que, chez
-les Spartiates, les femmes avaient le droit de les fouetter tous les
-ans, au pied de la statue de Junon qui présidait aux mariages.
-
-Je ne prétends pas assurément qu'il faille renouveler contre eux une
-pareille punition. Je pense qu'ils ne sont que trop punis par les vices
-qu'ils contractent dans la vie qu'ils mènent et par l'abandon où ils
-sont réduits dans leurs dernières années.
-
-Quant aux plaisanteries sur le mariage, il faut bien les tolérer, et
-j'aurais mauvaise grâce à vouloir les proscrire. Tout ce que je demande,
-c'est qu'elles ne soient pas sérieuses, et qu'au lieu de porter sur
-l'institution elle-même, elles tombent sur ce qui tend à fausser cette
-institution, qui est la plus respectable du monde puisqu'elle est le
-fondement de la famille, sur laquelle est fondée la société.
-
-Laissons donc les railleurs s'égayer sur ce sujet, pourvu qu'ils ne
-dépassent pas les justes limites que la vérité, la décence et le bon
-goût imposent. Nos aïeux, grands amateurs de la gaudriole, sont allés
-trop souvent au delà. Cependant ils ne négligeaient pas de se marier, et
-ils avaient soin de donner à la société un grand nombre d'enfants
-légitimes. C'est sur ce dernier point qu'il faut les imiter. Que les
-malthusiens en disent ce qu'ils voudront, je pense qu'il est bon que
-chacun fasse comme ses père et mère. Ainsi soit-il.
-
-
- Qui se marie par amours
- A bonnes nuits et mauvais jours.
-
-Une femme d'esprit et de sens, Mme de Flahaut, disait à son fils, pour
-le dissuader de faire un mariage d'amour, qui est ordinairement un
-mariage pauvre: «Souvenez-vous, mon fils, qu'il n'y a qu'une chose qui
-revienne chaque jour dans le ménage, c'est le dîner.»
-
-Voici comment Molière a développé la pensée proverbiale dans
-l'_Étourdi_, acte IV, scène IV:
-
- Quand on ne prend en dot que la seule beauté,
- Le remords est bien près de la solennité,
- Et la plus belle femme a bien peu de défense
- Contre cette tiédeur qui suit la jouissance.
- Je vous le dis encor, ces bouillants mouvements,
- Ces ardeurs de jeunesse et ces emportements
- Nous font trouver d'abord quelques nuits agréables.
- Mais ces félicités ne sont guère durables,
- Et notre passion, alentissant son cours,
- _Après de bonnes nuits donne de mauvais jours_.
- De là viennent les soins, les soucis, les misères,
- Les fils déshérités par le courroux des pères.
-
-Thomas Corneille a dit sur le même sujet, mais d'un style moins
-vigoureux:
-
- L'abondance des biens
- Pour l'amour conjugal a de puissants liens.
- La beauté, les attraits, l'esprit, la bonne mine,
- Échauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine,
- Et l'hymen qui succède à ces folles amours,
- Après quelques douceurs a bien de mauvais jours.
-
-
-Qui se marie se met la corde au cou.
-
-C'est-à-dire se rend esclave. Ce proverbe est une traduction vulgaire
-des paroles d'Hippothoüs, citées parmi les _Sentences choisies des
-trésors des Grecs_, par Stobée: «_Astrictus nuptiis non amplius liber
-est._ Celui qui est lié par le mariage n'est plus libre.»
-
- Cette chaîne qui dure autant que notre vie,
- Et qui devrait donner plus de peur que d'envie,
- Si l'on n'y prend bien garde, attache assez souvent
- Le contraire au contraire et le mort au vivant.
-
-Ces vers de Corneille assimilent le mariage au supplice que Mézence
-infligeait à ses victimes. Ce tyran, dit Virgile, unissait des corps
-vivants à des cadavres. (_Énéide_, VIII, 485.)
-
- _Mortua quin etiam jungebat corpora vivis._
-
-
-Qui se marie s'achemine à faire pénitence.
-
-Il n'y a rien qui ait besoin d'explication dans ce proverbe, et je me
-bornerai à y joindre une historiette vraie ou fausse, dont on
-l'assaisonne ordinairement, quand on le cite. La voici telle qu'elle a
-été mise en vers par Pons de Verdun, le plus fécond de nos rimeurs
-anecdotiers:
-
- La veille de son mariage,
- Thomas au père Hilarion
- Fut demander, selon l'usage,
- Un billet de confession.
- Le pénitent, gai comme un prince,
- Bien confessé, billet en main,
- S'en allait: un remords le pince,
- Et vite il rebrousse chemin.
- «Sans doute c'est par oubliance,
- Va-t-il dire au père étonné,
- Que vous ne m'avez pas donné
- Le moindre mot de pénitence.
- --Allez, répond le franciscain,
- Allez, vous n'en avez que faire:
- Ne m'avez-vous pas dit, mon frère,
- Que vous vous mariiez demain?
-
-
-Marie ton fils quand tu voudras, et ta fille quand tu pourras.
-
-On peut différer sans inconvénient le mariage d'un fils, qui
-ordinairement n'est point à charge à la famille; mais il n'en saurait
-être de même de celui d'une fille, car elle donne bien de l'embarras et
-exige une surveillance continuelle. Il importe beaucoup de lui chercher
-un époux, et si l'on en trouve un qui soit convenable, il faut le lui
-donner sans retard. _Marie ta fille, et tu auras fait une grande
-affaire_, dit un autre proverbe traduit de ces paroles de
-l'_Ecclésiastique_: _Trade filiam, et grande opus feceris_ (VII, 27).
-
-Cette _grande affaire_ n'était pas aussi importante dans l'antiquité
-qu'elle l'est dans notre temps, où le mariage est devenu extrêmement
-difficile. Alors, pour parler comme Dante, «la fille en naissant ne
-faisait pas encore peur à son père, car l'heure de la marier et la dot
-n'avaient pas toutes deux dépassé toute mesure.»
-
- _Non faceva nascendo ancor paura
- La figlia al padre, che il tempo e la dote
- Non fuggian quinci e quindi la misura._
-
-La diminution des mariages, produite d'un côté par le libertinage des
-hommes, et de l'autre par le luxe des femmes, est telle aujourd'hui
-qu'elle fait la désolation des familles et préoccupe les politiques et
-les moralistes, effrayés des calculs de la statistique qui démontre que,
-depuis vingt-cinq ans, le mariage ne cesse de décroître ou de rester
-stationnaire.
-
-
-Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion s'en
-présente.
-
-Il ne faut pas refuser un mari à sa fille lorsqu'elle éprouve le désir
-et le besoin d'en avoir un; car ce refus pourrait entraîner de graves
-inconvénients pour elle et pour la famille. Il ne faut pas non plus
-négliger de marier son fils quand on en trouve l'occasion, quoiqu'il n'y
-ait pas urgence de le faire. Ce proverbe, dont la dernière partie
-contredit un peu la première du précédent, est littéralement traduit du
-basque:
-
- _Alaba escont esac nahi-denean.
- Semea ordu-denean._
-
-
-Marie ton fils à Paris.
-
-Ce proverbe, peu significatif et peut-être peu sage aujourd'hui, était
-autrefois un bon conseil pour les parents qui tenaient à marier leur
-fils richement, parce que la Coutume de Paris avantageait les filles au
-détriment des garçons.
-
-
-Marie ta fille en Normandie.
-
-L'ancienne Coutume de Normandie contenait, à l'égard des filles, des
-dispositions contraires à celles de la Coutume de Paris; elle les
-désavantageait pour avantager les fils, qui devenaient par là de riches
-partis. Les fils dont il est ici question étaient les aînés; car les
-autres n'avaient guère plus de droit que les filles à l'héritage
-paternel, et l'on disait: _C'est un cadet de Normandie_, pour désigner
-un individu mal partagé sous le rapport de la fortune.
-
-On sait que Boileau, qui estimait trop peu le talent de Th. Corneille,
-lui appliquait cette dénomination: «Ses vers, comparés à ceux de son
-aîné, disait-il, montrent bien qu'il n'est qu'_un cadet de Normandie_.»
-
-
-Nul ne se marie qui ne s'en repente.
-
-Proverbe qui se trouve textuellement dans la _Châtelaine de
-Saint-Gilles_, poëme manuscrit de la Bibliothèque nationale, nº 7,218.
-_Nus ne se marie qui ne s'en repente._ Et pourquoi ce repentir presque
-universel du mariage? Fénelon va nous l'apprendre: «Ce joug perpétuel,
-dit-il, est difficile à porter pour la plupart des hommes légers,
-inquiets et remplis de défauts. Chacune des deux personnes a ses
-imperfections: les naturels sont opposés, les humeurs sont presque
-incompatibles; à la longue, la complaisance s'use, on se lasse les uns
-des autres dans cette misérable nécessité d'être presque toujours
-ensemble et d'agir en toutes choses de concert. Il faut une grande grâce
-et une grande fidélité à la grâce reçue pour porter patiemment ce joug.
-Quiconque l'acceptera par l'espérance de s'y contenter grossièrement y
-sera bientôt mécompté. Il sera malheureux et rendra sa compagne
-malheureuse. C'est un état de tribulation et d'assujettissement
-très-pénible auquel il faut se préparer en esprit de pénitence.»
-
-Fénelon dit encore dans un autre endroit de ses _Lettres spirituelles_:
-«Demandez, voyez, écoutez; que trouvez-vous dans toutes les familles,
-dans les mariages mêmes qu'on croit les mieux assortis et les plus
-heureux, sinon des peines, des contradictions, des angoisses? Les voilà
-ces tribulations dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit: _Ceux qui entrent
-dans les liens du mariage souffrent les tribulations de la chair, et je
-voudrais vous les épargner._ Il n'en a point parlé en vain; le monde en
-parle encore plus que lui; toute la nature est en souffrance. Laissons
-là tant de mariages pleins de dissensions scandaleuses; encore une fois,
-prenons les meilleurs. Il n'y paraît rien de malheureux; mais, pour
-empêcher que rien n'éclate, combien faut-il que le mari et la femme
-souffrent l'un de l'autre! Ils sont tous deux également raisonnables, si
-vous le voulez (chose très-rare et qu'il n'est guère permis d'espérer);
-mais chacun a ses humeurs, ses préventions, ses habitudes, ses liaisons.
-Quelque convenance qu'il y ait entre eux, les naturels sont toujours
-assez opposés pour causer une contrariété fréquente, dans une société si
-longue, où l'on se voit de si près, si souvent, avec ses défauts de part
-et d'autre, dans les occasions les plus naturelles et les plus
-imprévues, où l'on ne peut être préparé. On se lasse, le goût s'use,
-l'imperfection toujours attachée à l'humanité se fait sentir de plus en
-plus. Il faut à toute heure prendre sur soi et ne pas montrer tout ce
-qu'on y prend; il faut à son tour prendre sur son prochain, et
-s'apercevoir de sa répugnance. La complaisance diminue, le cœur se
-dessèche, on se devient une croix l'un à l'autre... Souvent on ne tient
-plus l'un à l'autre que par devoir tout au plus, ou par une certaine
-estime sèche, ou par une amitié altérée et sans goût qui ne se réveille
-que dans les fortes occasions. Le commerce journalier n'a presque rien
-de doux; le cœur ne s'y repose guère: c'est plutôt une conformité
-d'intérêt, un lien d'honneur, un attachement fidèle, qu'une amitié
-sensible et cordiale.»
-
-
-Saint Nicolas marie les filles avec les gaz[15].
-
- [15] _Gaz_ ou _gars_ signifie garçon. Ce mot a un féminin qui
- aujourd'hui fait frémir la pudeur, et qui autrefois figurait dans le
- proverbe à la place du mot _filles_, sans offenser les plus chastes
- oreilles, puisque le bon Saint François de Sales l'a fréquemment
- employé dans ses écrits religieux, au commencement du dix-septième
- siècle. C'est le cas de dire avec Voltaire que la pudeur se réfugie
- sur les lèvres quand elle n'est plus dans le cœur.
-
-Saint Nicolas, évêque de Myre, se distingua, durant tout son épiscopat,
-par sa charité évangélique et par son zèle éclairé pour le maintien des
-bonnes mœurs. Ayant appris un jour qu'un gentilhomme, père de trois
-filles qu'il ne trouvait pas à marier, faute de pouvoir les doter, se
-disposait à leur faire contracter des unions illégitimes, il alla de
-nuit se poster devant la maison de cet homme, et, profitant d'un moment
-où la fenêtre de sa chambre était ouverte, il y jeta une bourse remplie
-d'or pour qu'elle servît de dot à l'aînée des trois sœurs. Puis il
-renouvela, en temps opportun, le même acte de générosité en faveur de
-chacune des deux autres, qui devinrent, grâce à lui, de pieuses mères de
-famille au lieu d'être de malheureuses courtisanes.
-
-De là est venue la croyance que saint Nicolas, dans le ciel, prend
-plaisir à continuer le beau rôle qu'il a rempli sur la terre. Il est le
-patron des pauvres filles à marier, et son nom est invoqué dans les
-_litanies des amoureux_, où elles s'écrient:
-
- Patron des filles, saint Nicolas,
- Mariez-nous, ne tardez pas.
-
-J. Delille a consacré à ce saint, dans la première édition du poëme de
-la _Pitié_, les quatre vers suivants, qui ont été supprimés dans les
-autres éditions:
-
- Le grand saint Nicolas dont l'oreille discrète
- Écoute des amants la prière secrète,
- Qui, des sexes divers le confident chéri,
- Donne à l'homme une épouse, à la femme un mari.
-
-Saint Nicolas est aussi le patron des garçons et le patron des
-mariniers, pour des raisons tirées de deux faits consignés dans sa
-légende, et inutiles à rapporter ici.
-
-
-Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins.
-
-C'est ce que disait un vieillard de l'antiquité, le jour même de son
-mariage. Ce joli mot, passé en proverbe, est rapporté par
-Plutarque.--Nous avons encore ce vieux dicton, qui exprime la même idée
-par une antithèse assez plaisante: _Qui recule trop à se marier, il
-s'avance d'être sot._
-
-Il résulte de là qu'il faut se marier dans la jeunesse, et qu'il vaut
-mieux renoncer tout à fait au mariage que de le remettre à la grande
-année climatérique.
-
-Un sage et spirituel sexagénaire, qui mérite, en ce cas, d'être proposé
-comme modèle, répondait aux conseils qu'on lui donnait de se marier: «Je
-m'en garderai bien, car je n'ai aucun goût pour les vieilles femmes, et
-je suis sûr que les jeunes, par la même raison, n'en auraient aucun pour
-moi.»
-
-
-Les fiançailles chevauchent en selle, et les repentirs en croupe.
-
- _Post equitem sedet atra cura._
-
-(Horat., lib. III, od. I.)
-
-Il n'y a qu'une remarque à faire sur ce proverbe maintenant peu usité;
-c'est qu'à l'époque où il fut introduit, les fiancés, du moins ceux
-d'une condition au-dessus de l'ordinaire, se rendaient à cheval à
-l'église, n'ayant pas, comme aujourd'hui, des voitures pour y être
-transportés.
-
-
-Tel fiance qui n'épouse pas.
-
-Proverbe qu'on emploie au figuré pour faire entendre qu'une espérance
-qui est très-bien fondée, qui est même en voie de réalisation, peut être
-frustrée tout à coup.
-
-On lit dans les _Institutes_ de Loisel: _Fille fiancée n'est ni prise ni
-laissée_ (liv. I, tit. II, reg. 1), et dans les _Maximes du droit
-français_ de L'Hommeau: _Fille fiancée n'est pas mariée_ (liv. III, max.
-41).
-
-Les fiançailles ne sont qu'une promesse qui peut être rompue, sauf
-l'action en dommages et intérêts.
-
-Chateaubriand dit que l'intention de la coutume des fiançailles est de
-laisser aux deux époux le temps de se connaître avant de s'unir. «Saint
-Augustin, ajoute-t-il, en rapporte une raison aimable: _Constitutum est
-ut jam pactæ sponsæ non statim tradantur, ne vilem habeat maritus datam
-quam non suspiraverit sponsus dilatam._»
-
-
-Boire tanquam sponsus, ou boire comme un fiancé.
-
-Cette expression proverbiale, qui signifie boire copieusement, se trouve
-dans le cinquième chapitre de _Gargantua_. Un commentateur croit qu'elle
-a dû son origine à un mauvais jeu de mots sur _sponsus_ et _spongia_
-(éponge), ce qui est tant soit peu ridicule. Fleury de Bellingen la fait
-venir des noces de Cana, où la provision de vin fut épuisée; sur quoi
-l'abbé Tuet fait la remarque suivante: «Le texte sacré dit bien qu'à ces
-noces le vin manqua, mais non pas que l'on y but beaucoup, encore moins
-que l'époux donna l'exemple de l'intempérance. J'aimerais mieux tirer le
-proverbe des amants de Pénélope, qui passaient le temps à boire, à
-causer, etc. Horace appelle _sponsos Penelopes_ les personnes livrées à
-la débauche.»
-
-Aucune de ces explications ne me paraît admissible. En voici une
-nouvelle que je propose, et dont la vérité me paraît incontestable.
-Autrefois, en France, on était dans l'usage de _boire le vin des
-fiançailles_. Dans cette circonstance, le fiancé devait souvent vider
-son verre pour faire raison aux convives qui lui portaient des brindes
-ou des santés, et de là vient qu'on dit: _Boire tanquam sponsus_, ou
-_boire comme un fiancé_.
-
-Don Martène cite un missel de Paris du quinzième siècle, où il est dit
-en latin: «Quand les époux, au sortir de la messe, arrivent à la porte
-de leur maison, ils y trouvent le pain et le vin. Le prêtre bénit le
-pain et le présente à l'époux ainsi qu'à l'épouse, pour qu'ils y
-mordent. Le prêtre bénit aussi le vin, et leur en donne à boire; ensuite
-il les introduit lui-même dans la domicile conjugal.»
-
-Aujourd'hui encore, dans plusieurs localités, on offre aux époux qui
-reviennent de l'église une soupière de vin chaud et sucré.
-
-En Angleterre, on faisait boire autrefois aux nouveaux mariés du vin
-sucré dans des coupes qu'on gardait à la sacristie parmi les vases
-sacrés, et on leur donnait à manger des oublies ou des gaufres qu'ils
-trempaient dans ce vin. De vieux missels attestent cette coutume, qui
-fut observée aux noces de la reine Marie et de Philippe II, roi
-d'Espagne. Shakespeare y a fait allusion dans sa comédie intitulée _la
-Méchante Femme mise à la raison_, où il est dit de Pétruchio épousant
-Catherine: «Il a avalé des rasades de vin muscat, et il en a jeté les
-rôties à la face du sacristain.» (Acte III, sc. II.)
-
-Selden (_De Uxore hebraica_) a signalé parmi les rites de l'Église
-grecque une semblable coutume, qu'il regarde comme un reste de la
-confarréation des anciens.
-
-J.-O. Stiernhook (_De Jure Suevorum et Gothorum vetusto_, p. 163, édit.
-de 1672) rapporte une scène charmante qui avait lieu aux fiançailles,
-chez les Suèves et les Goths. «Le fiancé, entrant dans la maison où
-devait se faire la cérémonie, prenait la coupe dite maritale, et, après
-avoir écouté quelques paroles du paranymphe sur son changement de vie,
-il vidait cette coupe, en témoignage de constance, de force et de
-protection, à la santé de sa fiancée, à qui il promettait ensuite la
-morgennatique (_morgennaticam_[16]), c'est-à-dire une dot pour prix de
-la virginité. La fiancée témoignait sa reconnaissance, puis elle se
-retirait pour quelques instants, et, ayant déposé son voile, elle
-reparaissait sous le costume de l'épouse, effleurait de ses lèvres la
-coupe qui lui était présentée, et jurait amour, fidélité, diligence et
-soumission.»
-
- [16] Ce mot de basse latinité, et le mot français _morganatique_,
- viennent de l'Allemand _Morgen Gabe_ (présent du matin), et
- désignent proprement la dot que la mariée, le lendemain des noces,
- recevait du mari, comme dit Stiernhook, pour prix de sa virginité.
- De là vient aussi le nom de _mariage morganatique_ ou _à la
- morganatique_, qu'on donne à l'union contractée entre un prince et
- une femme d'un rang inférieur, entre un noble et une roturière, sous
- cette clause expresse que l'épouse doit avoir en toute propriété les
- biens qui lui sont assignés par l'époux, sans aucun droit au reste
- de la fortune et aux titres qu'il possède. Ce mariage, où les
- enfants sont soumis aux mêmes conditions que la mère, s'appelle
- encore _mariage de la main gauche_. Il est particulièrement en usage
- chez les princes souverains d'Allemagne.
-
-Les idylles de Théocrite et les églogues de Virgile n'offrent pas de
-tableau plus gracieux.
-
-
- Deux bons jours à l'homme sur terre:
- Quand il prend femme et qu'il l'enterre.
-
-Ce proverbe, littéralement traduit du provençal, a inspiré à
-Saint-Évremont ces deux vers fameux:
-
- L'hymen avec l'amour a tant d'antipathie
- Qu'il n'a que deux bons jours: l'entrée et la sortie.
-
-Les vers et le proverbe sont tout à fait identiques à cette pensée que
-Stobée attribue à Hipponax, poëte comique grec: «Une femme donne à son
-mari deux jours de bonheur: celui où il l'épouse, et celui où il
-l'enterre.»
-
-Les femmes provençales, qui maigrissent dans les soucis du ménage, ont
-plusieurs proverbes opposés à cette plaisanterie renouvelée des Grecs.
-En voici deux d'une originalité piquante: «_Sé uno marlusso vénië
-véouso, sérië grasso._ Si une merluche devenait veuve, elle serait
-grasse. _Sé uno sardino vénië véouso, sérië grasso coumo un thoun._ Si
-une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon.»
-
-
-C'est pain de noces.
-
-Se dit d'une chose très-agréable dont on se promet ou dont on reçoit un
-grand plaisir; on prétend que cette façon de parler est venue par
-altération de _paix de noces_, baiser qu'on donne aux nouveaux mariés en
-Languedoc, et qu'on appelle _pa de nobis_ ou _novis_ dans l'idiome de ce
-pays; mais une telle origine ne me paraît pas admissible. Voici la
-véritable: dans le mariage par confarréation chez les Romains, les deux
-époux mangeaient, en signe d'union, un pain ou gâteau fait de la farine
-du froment nommé _far_ en latin (le froment rouge, à ce qu'on croit
-généralement). L'usage de ce gâteau s'était conservé dans les noces
-chrétiennes au moyen âge, et de là vient l'expression _pain de noces_.
-Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l'un pour
-l'autre des procédés galants et tendres: _Ils font durer le pain de
-noces._
-
-
-Le pain de noces coûte cher à qui le mange.
-
-Les Espagnols disent: «_Pan de boda, carne de buitrera._ Pain de noces,
-chair de piége à vautour.» Cette métaphore proverbiale est d'une
-effrayante énergie. En transformant le mariage en une sorte de
-guet-apens où ceux qui se laissent prendre sont assimilés aux vautours,
-elle met pour ainsi dire sous les yeux, par cette image terrible, toute
-la fureur de la guerre intestine qu'ils auront à soutenir. Elle a été
-évidemment inspirée par le génie de la haine contre le joug conjugal.
-
-
-Noces de mai, noces mortelles.
-
-Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant le mois de mai. Ils
-croyaient que le mariage contracté en ce temps, qui, chez eux, était
-consacré au culte des tombeaux, devait tourner à mal et entraîner la
-mort de l'épouse, ainsi que l'attestent ces vers du chant V des _Fastes_
-d'Ovide:
-
- _Nec viduæ tædis eadem nec virginis apta
- Tempora: quæ nupsit non diuturna fuit.
- Hac quoque de causa si te proverbia tangunt,
- Mense malas maio nubere vulgus ait._
-
-«Ce temps n'est pas favorable pour allumer les flambeaux de l'hymen
-d'une veuve ni d'une vierge. Celle qui s'est mariée alors a peu vécu, et
-si les proverbes peuvent être ici de quelque poids, je rappellerai le
-dicton populaire: _Ce sont des malheureuses qui se marient au mois de
-mai_[17].
-
- [17] C'est ainsi que se dit en français ce proverbe dans lequel le mot
- _malheureuses_ répond mieux que le mot _méchantes_, employé par tous
- les traducteurs, au sens qui ressort de tout le passage d'Ovide.
- L'idée d'infortune est aussi bien impliquée dans le latin _malas_,
- que celle de méchanceté, et toutes deux se trouvent dans le français
- _malheureuses_.--Il en est de même du mot _infelix_ que Properce a
- mis pour _scelestus_ dans ce vers de l'élégie 23 du livre II.
-
- _Infelix hodie vir mihi rure venit._
-
- «Mon scélérat de mari m'arrive, ce soir, de la campagne.»
-
-Plutarque, dans la quatre-vingt-sixième de ses _Demandes des choses
-romaines_, a recherché les causes de cette superstition, et voici ce
-qu'il en a dit: «Pourquoi les Romains ne se marient pas au mois de mai?
-Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est consacré à
-Vénus et l'autre à Junon, déesses qui ont toutes deux la cure et la
-surintendance des noces, au moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou
-retardent un peu? ou est-ce parce que, ce mois-là, ils font la cérémonie
-de la plus grande purgation?... En ce temps-là, la prêtresse de Junon,
-ou la Flaminea, vit toujours triste, comme en deuil, sans se laver ni se
-parer. Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins font
-oblation aux trépassés en ce mois? et c'est pourquoi ils adorent
-Mercure, en ce même mois, joint qu'il porte le nom de Maia, mère de
-Mercure.» (Trad. d'Amyot.)
-
-La superstition qui a donné lieu au proverbe est, comme on vient de le
-voir, tout à fait païenne, et, quoique les motifs qui l'avaient
-introduite n'existent plus, elle se maintient encore en plusieurs pays,
-notamment en Provence. On a prétendu même la justifier par des exemples
-célèbres, parmi lesquels se trouvent les trois suivants:
-
-Marie Stuart épousa Bothwell le 15 mai 1567, et, le lendemain, le
-dernier des quatre vers latins cités plus haut fut placardé sur la porte
-de son palais comme un sanglant reproche de cette indigne union avec
-l'assassin de son mari, et comme une prophétique menace des malheurs qui
-devaient la suivre.
-
-Henriette de France, fille de Henri IV, fut mariée, le 11 mai 1625, avec
-Charles Ier, roi d'Angleterre, qui périt sur l'échafaud, et la vie de
-cette reine fut un long enchaînement de douleurs.
-
-Les noces de Marie-Antoinette d'Autriche et du duc de Berry, depuis
-Louis XVI, furent célébrées à Paris le 16 mai 1770, et l'on sait à
-quelles infortunes la Révolution française vint livrer ces augustes
-époux.
-
-
-Noces réchauffées.
-
-Cette expression par laquelle on désigne les secondes noces est traduite
-de celle du moyen âge _maritagia recalefacta_, qui s'employait dans le
-même sens.
-
-Ces secondes noces étaient décriées même chez les païens. Valère Maxime
-(liv. II, ch. XI) dit que les femmes qui les contractaient ne pouvaient
-toucher la statue de la chasteté ou de la fortune féminine, et n'étaient
-pas conduites en cérémonie chez les maris.
-
-On connaît ce vers de Martial (Épigr. VI, 7):
-
- _Quæ nubit toties, non nubit, adultera lege est._
-
- Se marier si souvent ce n'est point se marier; c'est être légalement
- adultère.
-
-La décence voulait qu'une femme veuve ne se remariât point. C'est ce que
-fit Cornélie, mère des Gracques. Plutarque nous apprend que, recherchée
-en mariage par le roi Ptolémée, elle préféra le titre de veuve au titre
-de reine.
-
-Tertullien appelait les secondes noces _adultera speciosa_, «des
-adultères déguisés.» Les pères de l'Église les qualifiaient à peu près
-de même, et dans le moyen âge on inventa le charivari pour les bafouer.
-
-Les Italiens ont ce proverbe: «_La prima donna è matrimonio, la seconda
-è compagnia, la terza è heresia._ La première épouse est mariage, la
-seconde est compagnie, et la troisième est hérésie.»
-
-
-Il ne s'est jamais trouvé à pareilles noces.
-
-Il n'a jamais éprouvé un pareil traitement. Si je rapporte ici cette
-locution, c'est qu'elle est fondée sur un usage bon à connaître,
-pratiqué jadis en Poitou, après les repas d'épousailles. Les convives,
-en sortant de table, n'avaient rien de plus pressé que de mettre leurs
-mitaines et de se donner les uns aux autres des coups de poing qui
-faisaient plus de bruit que de mal. C'était un exercice mnémonique
-institué par la joie pour rendre plus durable le souvenir de la fête
-dont on venait de jouir. Mais il dégénéra dans la suite au point de
-rappeler le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoüs,
-_rixa debellata super mero_: ce qui en nécessita l'abolition. Rabelais
-n'a pas oublié cette singulière coutume dans la description qu'il a
-faite des noces du seigneur de Basché (liv. IV, ch. XIV). «Pendant qu'on
-apportoit vin et espices, coupz de poing commencearent trotter.
-Chicquanous en donna nombre au prestre Oudart. Soubz son suppeliz avoit
-Oudart son guantelet caché, il s'en chausse comme d'une mitaine, et de
-daulber Chicquanous, et de drapper Chicquanous; et coupz de jeunes
-guanteletz de tous coustez pleuvoir sur Chicquanous. Des nopces,
-disoyent-ilz, des nopces, des nopces: vous en soubvienne. Il feut si
-bien accoustré que le sang lui sortoit par la bouche, par le nez, par
-les aureilles, par les œilz. Au demourant courbatu, espaultré et
-froissé, teste, nucque, dours (dos), poictrine, bras, et tout. Croyez
-qu'en Avignon, on (en) temps de carnaval, les bacheliers oncques ne
-jouarent à la raphe (ou rafle, jeu de mains) plus melodieusement que
-feut joué sur Chicquanous.»
-
-Notons que l'usage décrit par Rabelais existait du temps de Villon, qui
-en a parlé dans la double ballade du Grand Testament, stance V.
-
-
-Aujourd'hui marié, demain marri.
-
-Ou bien: _Aujourd'hui mari, demain marri_; c'est-à-dire: aujourd'hui
-dans la joie du mariage, et demain dans le regret. _Marri_ est un vieux
-mot dérivé du latin barbare _marritio_, que Vossius explique par
-chagrin, ressentiment d'un malheur éprouvé, d'une offense reçue. Ce jeu
-de mots proverbial a des analogues dans les langues étrangères. Les
-Espagnols disent: «_Casar y mal dia, todo en un dia._ Mariage et
-malheur, tout en un jour,» et les Turcs: _Avant le mariage tu criais
-_io_, et après tu cries _iahu_._ Ces deux interjections sont usitées
-chez eux, la première pour marquer la joie, et la seconde pour marquer
-la douleur.
-
-
-Il sera marié cette année.
-
-Ce dicton s'applique par plaisanterie à une personne qui jette au
-plancher certaines choses qui s'y attachent. Il fait allusion à une
-pratique superstitieuse usitée à Rome parmi les amoureux, et rappelée
-par Horace dans la troisième satire du livre II. Ils lançaient avec le
-pouce et l'index des pépins de pomme au plafond, persuadés que, s'ils
-l'atteignaient, les vœux que leur cœur avait formés seraient accomplis.
-Cela se faisait aussi au moyen âge, et le succès du jet était regardé
-comme un oracle du ciel. Il existe encore aujourd'hui une foule de
-superstitions analogues chez la plupart des peuples beaucoup plus
-enclins à consulter le sort que la raison. Les Chinois, pour connaître
-ce qu'ils ont à espérer ou à craindre dans les choses qui les
-intéressent, jettent en l'air une poignée de petits bâtons, et la
-manière dont ces bâtons s'arrangent en tombant est pour eux un présage
-heureux ou funeste.
-
-
-L'homme marié est un oiseau en cage.
-
-Cette métaphore proverbiale, qui n'a pas besoin d'explication, est à
-l'usage des célibataires ou des libertins qui tiennent à conserver leur
-liberté entière pour se livrer à de folles amours, où ils la perdent
-assez souvent d'une manière bien plus sotte que dans le mariage. Cette
-autre maxime, _jamais maris, toujours amants_, par laquelle ils
-prétendent autoriser leur antipathie conjugale, est aussi contraire à la
-vérité qu'aux bonnes mœurs, et les personnes sensées ne seront pas de
-l'avis de Mlle de Scudéri, qui la propose comme une _leçon du sage_,
-dans un apologue qui trouve ici naturellement sa place.
-
- Qu'il est doux d'être dans la cage!
- Disait au dehors un pinson,
- Y voyant un serin qui, de son doux ramage,
- Faisait retentir sa prison.
- Il a nourriture à foison,
- Bon grain et gentille femelle,
- Et peut, quand il veut, avec elle,
- Rire, boire, manger et dire la chanson:
- C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle,
- Damis croit qu'il serait au comble des plaisirs
- S'il pouvait se lier d'une chaîne éternelle
- Avec ce doux objet de ses tendres désirs;
- Mais la cage et le mariage
- Ne font sentir les maux que quand on est dedans.
- Pour devise prenez cette leçon du sage:
- Jamais maris, toujours amants.
-
-
-Les mariés auront la vigne de l'abbé.
-
-_Avoir la vigne de l'abbé_ était autrefois une locution fort usitée en
-parlant de deux époux qui passaient la première année de leur union dans
-le plus parfait accord. On disait aussi: _se promettre la vigne de
-l'abbé_, pour se promettre un plein contentement en mariage. Le conte de
-La Fontaine, intitulé _les Aveux indiscrets_, en offre un exemple. L'une
-et l'autre expression rappellent une vieille histoire, d'après laquelle
-un abbé aurait fait publier qu'il donnerait une belle vigne au couple
-conjugal qui prouverait que pendant un an, à dater du jour de ses noces,
-il n'avait pas eu la moindre altercation.
-
-
-Dénouer la jarretière de la mariée.
-
-D'après un usage observé dans les repas de noces, chez les gens du
-peuple et les bourgeois, un enfant, qui est au nombre des convives, se
-glisse sous la table et détache ou fait semblant de détacher de la jambe
-de la mariée une touffe de petits rubans de diverses couleurs dont on
-suppose qu'elle avait fait sa jarretière. Puis il les montre aux
-assistants, qui applaudissent, et, après les avoir coupés en morceaux,
-il les distribue à la ronde, afin que les femmes en parent le corsage de
-leur robe et les hommes la boutonnière de leur habit.
-
-On pense qu'il y a dans cet usage, qui est fort ancien, quelque
-réminiscence, sous forme de parodie, de ce que, dans les mœurs
-chevaleresques, on appelait _donner le gage d'amour sans fin_: une belle
-faisait cadeau au chevalier qu'elle devait épouser d'une de ses
-jarretières sur laquelle elle avait brodé son nom avec la devise: _amour
-sans fin_.
-
-«La jarretière de la mariée, dit M. V. Hugo, est la cousine de la
-ceinture de Vénus.»
-
-Dans l'antiquité, la future épouse donnait sa ceinture à l'époux,
-symbole encore plus caractéristique.
-
-
-La mariée n'a pour dot qu'un chapeau de roses.
-
-Cette expression, jadis très-usitée en parlant d'une jeune fille qui
-n'apportait rien ou presque rien en mariage, s'emploie encore dans le
-même sens. Le _Glossaire du droit français_ par Laurière (tome II, page
-226) la cite comme dérivée d'une maxime de la vieille jurisprudence
-coutumière. Elle est fondée, en effet, sur la coutume qui permettait, en
-certaines localités, aux parents de ne donner pour dot à leurs filles
-qu'un simple _chapel de roses_. «Ce chapel, dit M. Chassan, était une
-allégorie chargée d'enseigner à la femme que les grâces et la beauté,
-apanage de son sexe, sont une dot suffisante pour compenser ce qu'il y a
-de plus odieux dans l'exclusion de l'héritage paternel prononcée contre
-la femme par la loi politique. Cette fiction a peut-être aussi pour
-objet de représenter l'idéal du mariage. La femme, en passant entre les
-mains de l'homme sans autre dot que son simple _chapel de roses_, n'a pu
-être recherchée et ornée que pour elle-même.» (_Essai sur la symbolique
-du droit_, p. 24.)
-
-Voilà le symbole du chapeau de roses expliqué avec toute sa grâce et sa
-poésie; mais le peuple n'en a saisi que le côté littéral et prosaïque;
-c'est la pauvreté des jeunes filles qu'il a désignée par cette coiffure
-à laquelle il a même supposé un effet analogue à celui qui est attribué
-à la coiffure de sainte Catherine, car on a dit _garder son chapel de
-fleurs_, à peu près de même qu'on dit _coiffer sainte Catherine_ pour:
-ne pas se marier, témoin ce vers de la _Châtelaine de Saint-Gilles_,
-poëme compris dans le manuscrit 7,218 de la Bibliothèque nationale:
-
- _J'aim' miex chapel de fleurs que mauvès mariage._
-
-
-Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir été mariée trop
-tard.
-
-Manière originale et facétieuse de faire entendre à une personne livrée
-aux plaisirs des sens avec trop d'ardeur, qu'elle maudira un jour ces
-plaisirs, qui ne peuvent manquer de devenir, par l'abus qu'elle en fait,
-des sources de regrets et d'amertumes.
-
-Cette maxime proverbiale se prend aussi dans une acception généralisée
-pour signifier que la douleur, qui suit toujours l'excès des voluptés,
-ramène forcément ceux qu'elle frappe à de meilleures pensées, et leur
-fait admettre la raison, dont ils se moquaient dans de folles orgies,
-comme le remède le plus propre à calmer les maux qu'ils ont à souffrir.
-
-
-Un mari est toujours le dernier instruit de la conduite de sa femme.
-
-Cette observation proverbiale est de tous les temps et de tous les
-lieux, car toujours et partout les femmes ont eu l'art d'épaissir la
-membrane de l'œil des maris, pour ne pas leur laisser voir ce qu'elles
-jugent à propos de leur cacher.
-
-Que d'autres leur reprochent l'usage ou l'abus de cet art, qu'ils en
-recueillent et racontent les traits plus ou moins perfides, afin
-d'amuser la malicieuse curiosité du public: je me garderai de les
-imiter. Je hais la manie trop commune de ne considérer l'esprit des
-femmes que par ses mauvais côtés, et de détourner la vue des bons côtés
-qu'il peut offrir, même dans ses artifices. Eh! pourquoi ne pas
-reconnaître que, si elles ont le tort de faire de leurs maris de
-véritables sots, elle y joignent, par compensation, le mérite de les
-empêcher d'apercevoir qu'ils le sont, et de les entretenir dans une
-flatteuse illusion tout à fait propre à les rendre heureux? En vérité,
-ces messieurs sont bien ridicules de blâmer l'adresse qu'elles mettent à
-les tromper. C'est une excellente chose qu'ils devraient mieux
-apprécier: leur intérêt les y engage. Malheur à ceux qui sont trop
-clairvoyants pour les tromperies féminines. Il ne leur en revient que
-des désagréments, des ennuis, des tribulations, qui ne font qu'ajouter à
-leur infortune, tandis que ceux qui acceptent leur sort sans y regarder,
-persuadés qu'il y a plus de sagesse à l'ignorer qu'à chercher à le
-connaître, vivent en parfait accord avec leurs infidèles, toujours plus
-attentives, plus douces, plus affectueuses, plus complaisantes pour eux,
-en raison de la débonnaireté qu'ils ont pour elles.
-
-C'est un des points fondamentaux de la philosophie conjugale qu'il n'y a
-point de salut pour les maris sans la foi. Je ne prétends pas que cette
-foi si nécessaire les mette à l'abri de fâcheux accidents: celui qui l'a
-et celui qui ne l'a pas y sont exposés de même, et sont également sujets
-à figurer au rang des sots. Mais je soutiens qu'il vaut cent fois mieux
-être un sot crédule qu'un sot incrédule: l'un trouve le paradis dans son
-ménage, l'autre y trouve l'enfer.
-
-Je n'ai pas besoin de dire lequel des deux rôles est préférable. Je
-remarquerai seulement que beaucoup de maris de notre siècle aiment mieux
-jouer le premier. Ils évitent soigneusement de porter un regard
-indiscret sur la conduite de leurs femmes. Ils n'attendent pas d'être
-aveuglés par elles; ils s'aveuglent eux-mêmes à plaisir, et, suivant un
-proverbe espagnol, ils font comme _l'escargot, qui, pour se délivrer
-d'inquiétude, échangea ses yeux contre des cornes_.
-
- _El caracol, por quitar de enojos,
- Por los cuernos trocó los ojos._
-
-Ce proverbe fort original, usité aussi dans le midi de la France, est
-fondé sur une tradition populaire qui nous apprend que l'escargot, qu'on
-suppose aveugle, avait été créé avec de bons yeux, mais qu'étant sans
-cesse exposé à les avoir blessés en rampant sur la terre ou sur les
-buissons, il pria Dieu de les lui ôter et de les remplacer par des
-cornes, dont il espérait retirer plus d'avantage, ce qui lui fut
-octroyé.
-
-J'ai entendu chanter dans un village de l'Aveyron une vieille chanson
-patoise qui rappelle cette tradition, et qui est peut-être un fragment
-de quelque sirvente troubadouresque. Elle se termine par un couplet
-piquant dont je vais reproduire l'idée, à défaut des paroles, que j'ai
-oubliées.
-
- Celui que le guignon fit naître
- Sous le signe ingrat du bélier,
- Se tourmente pour mieux connaître
- Ce qu'il ferait bien d'oublier.
- Eh! qu'espère-t-il? que souffrance
- D'une ombrageuse vigilance
- Qui doit lui prouver qu'il est sot.
- Veut-il fuir des chagrins sans borne:
- Qu'il change ses yeux pour des cornes,
- A l'exemple de l'escargot!
-
-
-Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui.
-
-C'est ce que faisaient autrefois, à Rome, les maris qui se piquaient de
-savoir vivre, et voici l'explication que Plutarque a donnée de leur
-conduite dans la IXe de ses _Demandes des Choses romaines_: «Pourquoi
-est-ce que, quand ils retournent d'un voyage loingtain au pays ou
-seulement des champs à la ville, s'ils ont leurs femmes à la maison, ils
-envoient devant pour faire savoir leur arrivée? est-ce point pour leur
-donner asseurance qu'ils ne veulent rien faire finement ni
-malicieusement envers elles, car arriver soudainement à l'improuveu est
-une manière d'aguet et de surprise: ou bien parce qu'ils se hastent de
-leur envoyer donner une bonne nouvelle de leur venue comme se tenans
-pour asseurés qu'elles les attendent et les désirent: ou plutost
-pourceque eux-mêmes désirent savoir de leurs nouvelles, si ils les
-trouveront saines et attendant à grand dévotion leur retour: ou
-pourceque les femmes ont plusieurs petits négoces ou besongnes à la
-maison, pendant que leurs maris n'y sont pas, et bien souvent de petites
-hargnes et querelles à l'encontre de leurs domestiques servans ou
-servantes, afin doncques qu'ostant toutes ces petites fascheries là
-elles fassent un recueil gracieux et paisible à leurs maris, ils leur
-envoient devant faire tel avertissement.» (Traduction d'Amyot.)
-
-De là est venu très-probablement notre proverbe; mais il a bien changé
-sur la route, car l'application qu'on en fait aujourd'hui ne s'accorde
-plus avec aucune des honnêtes raisons données par Plutarque. Il
-s'emploie pour faire entendre à quel inconvénient s'expose le mari
-absent qui revient au logis sans avoir pris la précaution indiquée. Le
-vieux poëte Coquillard (_Droitz nouveaux_, ch. VII, _de Injuriis_)
-conseillait à ce benêt de mari de faire du bruit en rentrant, de crier:
-_Quel est céans_? de ne point se fâcher _s'il trouvait sa femme sur le
-fait_, et de se contenter de lui dire:
-
- Au moins deviez-vous l'huys serrer.
- S'il fust venu des aultres gens!
-
-La LXXIe des _Cent Nouvelles nouvelles_ fait tenir le même langage par
-un époux débonnaire dans la même situation.
-
-On attribue un trait tout à fait pareil à un grand seigneur du temps de
-la Régence. Ce personnage étant entré indiscrètement dans la chambre de
-sa femme pendant qu'elle était _en conversation criminelle_, comme
-disent les Anglais par euphémisme, se retira en s'écriant: «Eh! madame,
-que ne fermiez-vous la porte? Tout autre que moi aurait pu vous
-surprendre.»
-
-
- Sers ton mari comme ton maître,
- Et t'en garde comme d'un traître.
-
-Ce distique proverbial, à l'usage des épouses mécontentes, qui le
-proposent comme principe de leur tactique conjugale, a été cité par
-Montaigne dans un passage de ses _Essais_, liv. III, ch. V, où il
-reproche aux hommes comme aux femmes de ne pas tenir assez de compte des
-devoirs du mariage. Voici les principaux traits de ce passage: «Il n'est
-plus temps de regimber, quand on s'est laissé entraver; il fault
-prudemment mesnager sa liberté; mais depuis qu'on s'est soubmis à
-l'obligation, il s'y fault tenir soubz les loix du debvoir commun, au
-moins s'en efforcer. Ceulx qui entreprennent ce marché, pour s'y porter
-avecques hayne et mespris, font injustement et incommodement: et cette
-belle regle, que je veois passer de main en main entre elles, comme un
-saint oracle,
-
- Sers ton mary comme ton maistre,
- Et t'en garde comme d'un traistre.
-
-qui est à dire:--Porte-toy envers luy d'une reverence contraincte,
-ennemie et desfiante,--cry de guerre et de desfi, est pareillement
-injurieuse et difficile.»
-
-
-Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux.
-
-«Les femmes, disait Mme de Coulanges, ne veulent de la jalousie que de
-ceux dont elles pourraient être jalouses.» Par conséquent, elles ne
-doivent pas vouloir de celle de leurs maris, qu'elles n'aiment guère et
-qui le leur rendent bien, car, s'ils sont jaloux, c'est ordinairement
-sans amour. La jalousie de ces messieurs leur est antipathique au
-suprême degré, parce qu'elle leur fait sentir qu'ils se défient d'elles
-et veulent les tenir sous leur dépendance: deux attentats odieux dont
-elles sont cruellement blessées. Mais la jalousie de leurs amants ne
-saurait leur déplaire; elles la regardent comme un témoignage de l'amour
-qu'elles leur inspirent, et si elle devient quelquefois désagréable,
-elles la leur pardonnent aisément. Eh! comment persisteraient-elles à
-trouver mauvais un effet provenu d'une cause si bonne et si belle!
-
-
-Mieux vaut un vieux mari que point de mari.
-
-C'est ce qu'on dit aux demoiselles qui, dépitées de ne pas trouver un
-épouseur jeune, refusent d'en prendre un vieux, et c'est ce qu'elles
-disent elles-mêmes lorsque l'expérience est venue leur démontrer qu'il
-est beaucoup plus triste de vieillir fille que d'être la femme d'un
-vieillard, beaucoup meilleur de devenir la femme d'un homme âgé que de
-vieillir fille. En effet, si l'on établit un parallèle entre la vieille
-fille et la femme mariée, on voit combien la situation de cette dernière
-est plus avantageuse. Elle jouit d'abord dans la société d'une certaine
-considération dont la vieille fille est privée; elle a les caresses de
-ses enfants lorsqu'ils sont jeunes, et elle trouve encore en eux une
-grande source de satisfaction lorsqu'ils sont vieux. Enfin, arrivée dans
-un âge plus avancé, elle a pour la servir ces mêmes enfants qui lui
-fermeront les yeux. Non-seulement la vieille fille s'est privée de tous
-ces avantages; mais elle s'est condamnée à une solitude qui, sans cesser
-jamais d'être pénible, lui fera passer ses derniers jours dans
-l'amertume et les regrets.
-
-
-Un homme riche n'est jamais trop vieux pour être le mari d'une jeune
-fille.
-
-S'il n'a pas assez de jeunesse ou de beauté pour plaire, il a assez d'or
-pour se faire épouser, et ce que sa figure a de disgracieux s'efface et
-s'embellit même sous les reflets du plus précieux des métaux, car, ainsi
-que Boileau l'a dit très-élégamment dans sa satire VII:
-
- L'or même à la laideur donne un teint de beauté.
-
-Par conséquent, il ne faut pas s'étonner qu'un vieux ou un laid qui se
-présente comme épouseur sous les auspices de la déesse qu'Homère appelle
-_Vénus dorée_, soit favorablement accueilli par une jeune et jolie
-fille. Celle-ci pense moins aux inconvénients de son union avec lui
-qu'aux avantages qu'elle espère en retirer. Elle va être affranchie de
-la sujétion où ses parents la tiennent, et devenir maîtresse de maison;
-elle disposera d'une grande fortune, elle aura de superbes équipages,
-des écrins garnis de perles et de saphirs, des cachemires et des robes
-magnifiques, enfin tout le splendide attirail de toilette que les Latins
-appelaient _mundus muliebris_, «le monde féminin», sans doute en raison
-de la quantité et de l'importance des objets qu'il comprend. L'idée
-qu'elle se fait de sa nouvelle position l'enivre et l'éblouit; elle se
-voit déjà la reine de la mode, et se flatte de trouver dans l'homme
-cousu d'or, de qui elle est adorée, un trésorier inépuisable, toujours
-prêt à payer les frais du luxe royal de ses atours.
-
-Est-il possible qu'elle refuse un mariage qui lui ouvre un avenir si
-merveilleux? Quelque innocente se rencontrerait peut-être capable de
-résister aux séductions de l'opulence et de rester fidèle à un amant
-pauvre que ses parents voulaient la forcer d'oublier; mais elle qui
-n'aspire qu'à briller dans le monde, elle se gardera bien de cette
-magnanimité de roman. Elle a étudié la question sous toutes les faces.
-L'affaire lui paraît excellente, et elle n'a rien de plus pressé que de
-la conclure. Peu lui importe qu'on la blâme de sacrifier les intérêts du
-cœur à ceux de la vanité, en épousant un homme qu'elle ne saurait aimer.
-Elle tient ce reproche pour une niaiserie sentimentale dont elle rit;
-elle sait que _le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs_, et elle est
-disposée à imiter le plus décemment possible la conduite de certaines
-dames qui se prêtent à un mari et se donnent à un amant. C'est là
-malheureusement ce qui se passe dans une société immorale, en la plupart
-des cas où une jeune et jolie fille est unie à un vieux et laid magot.
-Eh! pourrait-elle avoir, non-seulement le courage, mais le désir de
-rester fidèle à un tel mari, lorsqu'elle est sans cesse poursuivie par
-des adorateurs d'autant plus empressés qu'ils pensent que si elle s'est
-laissée aimer par celui-là, elle se laissera bien aimer par d'autres.
-
-
-Un mari doit faire carême-prenant avec sa femme, et Pâques avec son
-curé.
-
-Ce vieux proverbe, qui recommande d'être bon mari et bon chrétien, n'a
-pas besoin d'être expliqué; mais il a besoin d'être rappelé au souvenir
-des maris, car bien que ces messieurs n'ignorent pas ce qu'il signifie,
-presque tous oublient ce qu'il les invite à faire _à tout le moins une
-fois l'an_.
-
-
-Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon mari.
-
-Quand le mariage est l'association de deux personnes raisonnables, qui
-s'aiment par inclination autant que par devoir, elles ont naturellement
-l'une pour l'autre des égards, des attentions et des prévenances dont
-l'effet est d'entretenir et d'accroître chez elles la confiance et
-l'affection. Cet échange de soins quotidiens, cette fusion de pensées et
-de sentiments, améliorent leur caractère individuel en le dégageant des
-volontés égoïstes, et leur communiquent un nouveau caractère commun à
-toutes deux, qui leur fait goûter les plus doux charmes de la sympathie.
-Si le sort leur est contraire, elles n'éprouvent que la moitié des
-peines; s'il leur est favorable, elles ont le double des plaisirs.
-
-Voilà les vrais modèles des époux, toujours tranquilles et satisfaits
-parce que chacun d'eux fait consister sa tranquillité et sa satisfaction
-dans celles de son associé. Si les autres les imitaient, s'ils
-travaillaient à se rendre mutuellement contents, on n'entendrait plus
-tant de plaintes contre le mariage. Cet état est bon en soi, le malheur
-vient de ceux qui le gâtent, et ils doivent s'en prendre à eux-mêmes
-s'ils y trouvent une infinité de maux.
-
-«Observez cette barque conduite par deux matelots: s'ils rament
-ensemble, ils voguent doucement sur les flots agités; mais s'ils ne sont
-pas d'accord, chaque vague produit une secousse, et tel coup d'aviron
-donné à contre-sens pourrait faire chavirer leur frêle esquif.
-
-«Le bateau est le mariage, les rameurs sont les deux époux; ils
-naviguent sur le fleuve de la vie, et ce n'est qu'en unissant leurs
-efforts qu'ils adoucissent les contrariétés du voyage.»
-
-(Le duc de Lévis.)
-
-
-Les anciens mauvais sujets font souvent les meilleurs maris.
-
-Quelle peut être la cause de leur changement? Serait-ce qu'un sentiment
-vrai, qu'ils n'avaient pas éprouvé jusqu'alors, viendrait les saisir, et
-que le mariage, qui refroidit tant de cœurs, agirait sur le leur en sens
-inverse? ou bien se feraient-ils un point d'honneur d'effacer par une
-conduite exemplaire les désordres de leur vie passée? Du reste, quel que
-soit le motif qui les détermine, on ne saurait nier qu'ils deviennent
-assez souvent des maris indulgents, soigneux et fidèles. Il semble
-qu'après avoir épuisé tous les vices d'une jeunesse galante et dissipée,
-ils veuillent en donner la contre-partie dans leur âge mûr, et se
-signaler par la pratique des vertus domestiques. On peut les comparer à
-ces vins généreux dont les meilleurs sont ceux qui ont beaucoup
-fermenté.
-
-Malgré cela, je ne conseillerai jamais à une mère qui désire le bonheur
-de sa fille de la donner en mariage à un ancien mauvais sujet.
-
-
-Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette.
-
-Et sans doute aussi toutes les épouses contentes, car il n'est point de
-raison qui nécessite pour elles une plus grande salle de bal. Cette
-hyperbole proverbiale a son analogue chez les Languedociens, qui disent:
-«_Toutés lous maris që sou countens dansarien su lou cuou d'un veirë._
-Tous les maris qui sont contents danseraient sur le cul d'un verre.»
-
-
-Tous les maris ont besoin d'aller à Saint-Raboni.
-
-Dicton à l'usage des femmes qui trouvent que les maris n'ont jamais pour
-elles assez de bonté.
-
-Saint Raboni, à qui l'on attribue une vertu analogue au nom qu'il porte,
-c'est-à-dire la vertu de rabonnir le caractère marital, a été jadis
-l'objet d'un culte fervent, quoiqu'il ne soit au paradis qu'un véritable
-intrus, car il n'y figure que par un titre d'invention populaire que la
-légende authentique ne reconnaît point. Mais n'importe; il n'en est pas
-moins devenu le protecteur des épouses malheureuses, et c'est un article
-de foi qu'il peut à son gré adoucir le naturel barbare de leurs _tyrans
-domestiques_ ou les faire mourir au bout de l'année. On sait l'histoire
-plaisante de celle qui s'était bornée à le prier d'amender le sien,
-n'osant laisser aller son vœu plus loin. Comme elle vit mourir ce
-mauvais garnement peu de temps après, elle s'écria en pleurant... de
-joie: «Oh! le bon saint! le bon saint! il accorde plus qu'on ne lui
-demande.»
-
-Ce dicton, dont l'application, par une singularité notable, devient de
-plus en plus rare, en raison inverse du fait de plus en plus multiplié
-qui le réclame, a été rappelé dans une phrase du petit livre intitulé
-_les Écosseuses, ou Œufs de Pâques_, publié à Troyes, chez la veuve
-Oudot, en 1744. Voici cette phrase curieuse: «J'espère bien que mon
-drôle _ira à Saint-Rabony_; qu'il ne donnera plus tant dans l'eau-de-vie
-et dans la créature, et qu'il aura un peu plus de sacristie, etc.»
-
-
-Les boiteux sont de bons maris.
-
-Ou, comme on dit plus ordinairement, _de bons mâles_. C'est ce que
-répondirent les Amazones aux Scythes, qui les engageaient à former avec
-eux des liaisons matrimoniales, ajoutant qu'ils valaient beaucoup mieux
-que les maris boiteux ou estropiés qu'elles prenaient, car ces femmes
-guerrières, ayant usurpé le gouvernement sur les hommes et tenant à le
-conserver, ne voulaient plus avoir dans leur pays que des hommes plus
-faibles qu'elles, et incapables de leur résister. En conséquence elles
-tordaient les jambes aux garçons qu'elles mettaient au jour, les
-habituaient à se soumettre aux filles, les mariaient avec elles, et ne
-leur imposaient d'autre service que celui du lit conjugal, service dont
-ils s'acquittaient fort bien du reste, comme le prouve cette réponse
-passée en proverbe chez les Grecs et chez les Latins.
-
-Cependant leur célébrité en ce genre n'était pas fondée seulement sur le
-fait cité, qui n'est après tout qu'une nouvelle forme de la tradition
-mythologique d'après laquelle le boiteux Vulcain devint l'époux de Vénus
-parce que les boiteux ont toujours été considérés, depuis les temps
-primitifs, comme éminemment propres aux exploits amoureux. Elle est
-fondée aussi sur des raisons physiques expliquées par Aristote dans le
-vingt-sixième de ses problèmes, section X. Érasme a reproduit ces
-raisons en commentant le proverbe _claudus optime virum agit_, et
-Montaigne les a rappelées en son livre III, au chapitre XI, intitulé
-_des Boiteux_, où il cite un proverbe italien qui attribue la même
-propriété aux boiteuses, et les déclare préférables sous ce rapport à
-toutes les autres femmes. Voyez les auteurs indiqués.
-
-
-Les maris et les amants voient souvent la lune à gauche.
-
-J'emprunterai encore l'explication de ce dicton, moins quelques lignes,
-à mes _Études sur le langage proverbial_.
-
-Les astronomes de l'antiquité ont déterminé la droite et la gauche du
-monde par la droite et la gauche d'une personne qui a le visage tourné
-vers le midi. L'orient, dit Pline le naturaliste, est à la gauche du
-monde.
-
-D'après cela, _voir la lune à gauche_, c'est, au propre, la voir quand
-elle est dans son décours, phase où elle montre les cornes, et, au
-figuré, c'est éprouver certaine infortune dont les cornes sont le
-symbole. Tel est le sens métaphorique que Mme de Sévigné paraît avoir
-attaché à cette locution dans la phrase suivante: «Montgobert m'a conté
-plaisamment les manœuvres de la belle Iris et les jalousies de M. le
-comte: je crois qu'_il verra la lune à gauche_ avec cette belle.»
-(Lettre 601 de l'édition de Grouvelle.)
-
-Il n'est pas nécessaire de dire pourquoi il s'agit ici de la gauche, car
-personne n'ignore que les phénomènes qui se présentent de ce côté ont
-été presque toujours réputés de mauvais augure. Mais il est à propos
-d'observer que cette superstition a été, dans les temps les plus
-reculés, le fondement de la doctrine astrologique qui attribue au
-décours de la lune, ou au quatrième quartier de la lune, des influences
-funestes sur les naissances, et qui a donné lieu à la locution
-proverbiale: _être né à la quatrième lune_, que les Grecs et les Latins
-appliquaient à un homme malheureux et qu'ont employée plusieurs de nos
-vieux écrivains, entre autres Yver dans la phrase que voici: «Voyant
-tous ses efforts succéder si à rebours qu'il semblait _né à la quatrième
-lune_.» (_Le Printemps d'Yver_, hist. III).
-
-Érasme n'a pas donné la véritable origine de cette locution en la
-rapportant aux épreuves et aux malheurs qu'eut à subir Hercule, qui
-était né à la quatrième lune. Il a pris l'effet pour la cause, car il
-est certain que la naissance de ce héros fabuleux n'a été placée au
-quatrième ou dernier quartier de la lune qu'en raison de l'opinion
-astrologique dont j'ai parlé.
-
-
-La lune de miel.
-
-On appelle ainsi le premier mois du mariage, où l'on suppose que tout
-est douceur pour les époux.
-
-Cette expression est prise du proverbe arabe: _La première lune après le
-mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d'absinthe_. Ces
-dernières, Honoré de Balzac, dans sa _Physiologie du mariage_, les nomme
-des _lunes rousses_, et il ajoute qu'elles sont terminées par une
-révolution qui les change en un croissant.
-
-C'est le cas de s'écrier avec Dante:
-
- _O buon principio
- A che vil fine convien che tu caschi._
-
-(_Parad._, cant. XXVII.)
-
- O bon commencement, à quelle ignoble fin faut-il que tu tombes.
-
-
-Les époux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler.
-
-On pense que ce proverbe a besoin d'errata, et qu'il faut y mettre les
-amants à la place des époux qui s'aiment, attendu qu'il ne saurait être
-appliqué à ces derniers, disparus entièrement de ce monde depuis de
-longues années. Mais pourquoi est-il resté en usage dans des
-conjonctures où il n'avait plus aucune raison d'être; aurait-on eu
-l'intention de le conserver pour faire croire aux béatitudes conjugales
-du temps jadis? C'est une opinion qui a ses partisans, mais qui est
-contredite par une autre, d'après laquelle l'hommage posthume rendu aux
-époux qui s'aiment aurait été l'œuvre de quelques époux qui ne
-s'aimaient point; ceux-ci ont voulu, dit-on, faire prendre le change sur
-l'habitude qu'ils ont de ne se rien dire en s'ennuyant de compagnie, et
-ils ont cherché à faire accroire les uns aux autres que cette habitude
-n'était que l'effet d'un recueillement de tendresse; et voilà comment le
-mutisme de l'ennui est parvenu à passer pour cette disposition tendre et
-rêveuse qu'on peut nommer avec saint Jérôme: _Silentium loquens_ (un
-silence parlant); ou avec Montaigne: Un taire parlier.--Si ce n'est
-vrai, c'est du moins bien trouvé: _Se non è vero, è bene trovato._
-
-
-Une jeune épouse veut être choyée comme la femme d'un prêtre russe.
-
-La religion russe a fait du mariage une condition indispensable du
-sacerdoce; elle oblige les séminaristes, ordonnés popes ou prêtres, de
-se marier avant d'exercer leur ministère; et, s'ils deviennent veufs,
-elle leur défend de se remarier. Il faut alors qu'ils résignent leur
-cure et qu'ils se retirent dans un couvent où ils achèvent leur triste
-vie séparés de leurs enfants, abandonnés peut-être à la charité
-publique: tel est le malheureux sort auquel le veuvage livre ces pauvres
-desservants des paroisses de campagne. Comme ils savent tout ce qu'ils
-auraient à souffrir s'ils perdaient leur femme, chacun d'eux veille à la
-conservation de la sienne avec une attention extrême. Il lui passe
-toutes ses fantaisies, tous ses caprices, de peur de la rendre malade en
-la contrariant. Il la distrait de ses ennuis, la console de ses peines,
-prévient les désirs qu'elle peut former, l'entoure des soins les plus
-empressés, les plus assidus, les plus affectueux.
-
-C'est ainsi qu'à force de tendresse il fait, de cette humble femme, un
-être privilégié, objet de l'envie de plus d'une grande dame de son pays
-qui voudrait posséder comme elle l'heureux don d'inspirer un si grand
-amour à son époux et d'exercer sur lui un si grand empire. Mais, hélas!
-ce ne sont point les épouses qui peuvent plier les époux à des habitudes
-de popes et se faire choyer par eux comme des popesses. Elles
-n'obtiennent point ces avantages, qu'elles désirent si ardemment, et
-c'est vraiment dommage; car il serait bien curieux de voir comment elles
-s'y prendraient pour ne pas en abuser.
-
-La comparaison proverbiale dont je viens de donner l'origine et
-l'explication est en usage en Russie depuis plusieurs siècles; elle n'a
-été importée en France qu'à l'époque de la Restauration, où quelque bel
-esprit du temps l'a enchâssée dans la formule inscrite en tête de cet
-article.
-
-J'ajouterai, pour le lecteur curieux de savoir ce que devient la popesse
-qui survit à son mari, que le veuvage lui est funeste: elle est forcée
-de quitter le presbytère et le petit domaine qui l'environne; il n'y a
-plus pour elle que misères et que douleurs, et le seul espoir qui lui
-reste est de trouver quelque séminariste qui, pressé d'entrer dans les
-fonctions sacerdotales, ne dédaigne pas de l'épouser.
-
-
-Les époux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument vite l'un
-l'autre, quand ils sont rapprochés.
-
-Cette comparaison pittoresquement triviale s'emploie pour faire entendre
-aux époux qu'ils doivent mettre une certaine modération dans les
-jouissances des sens, qui s'useraient bientôt par leurs excès et
-produiraient des résultats fâcheux qu'il leur importe de prévenir.
-
-«C'est une religieuse liaison et dévote que le mariage, dit Montaigne:
-voylà pourquoy le plaisir qu'on en tire, ce doibt estre un plaisir
-retenu, sérieux et meslé à quelque severité; ce doibt estre une volupté
-aulcunement prudente et consciencieuse.» (_Essais_, liv. I. chap. XXIX.)
-
-L'état conjugal est de sa nature grave et raisonnable; néanmoins il faut
-qu'il intéresse le cœur. Mais ce n'est pas dans une passion ardente et
-passagère qu'il fait consister l'intérêt du cœur; c'est dans un
-sentiment calme et durable, et ce sentiment est un amour d'une espèce
-particulière, non l'amour proprement dit.
-
- Non cet amour que le caprice allume,
- Ce fol amour qui par un doux poison
- Enivre l'âme et trouble la raison,
- Et dont le miel est suivi d'amertume;
- Mais ce penchant par l'estime épuré,
- Qui ne connaît ni transports ni délire,
- Qui sur le cœur exerce un juste empire,
- Et donne seul un bonheur assuré.
-
-(Parny, _le Réveil d'une mère_.)
-
-Je n'examine point quel mauvais calcul fait un mari qui commence par
-prodiguer à sa femme les témoignages d'une passion dont l'ardeur se
-refroidit si promptement, ni quels sont les inconvénients de ce rôle
-qu'il lui est impossible de soutenir. Je remarquerai seulement que
-l'amour proprement dit, qui s'éteint dans la jouissance, est
-incompatible avec le mariage, et je citerai encore un passage de
-Montaigne sur ce sujet: «Le mariage a pour sa part l'utilité, la
-justice, l'honneur et la constance; un plaisir plat mais plus universel:
-l'amour se fonde au seul plaisir et l'a, de vray, plus chastouilleux,
-plus vif et plus aigu; un plaisir attizé par la difficulté; il y fault
-de la picqueure et de la cuisson: ce n'est plus amour s'il est sans
-flèches et sans feu. La libéralité des dames est trop profuse (prodigue)
-au mariage, et esmousse la pointe de l'affection et du desir. Pour fuyr
-à cet inconvénient, voyez la peine qu'y prennent en leurs loix Lycurgue
-et Platon.» (_Essais_, liv. III, chap V.)
-
-
-Rester pour coiffer sainte Catherine.
-
-C'était autrefois l'usage, en plusieurs provinces, le jour où une jeune
-fille se mariait, de confier à une de ses amies, qui désirait faire
-bientôt comme elle, le soin d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'idée
-superstitieuse que, cet emploi portant toujours bonheur, celle qui le
-remplissait ne pouvait manquer d'avoir, à son tour, un époux avant la
-fin de l'année. Et l'on trouve encore au village plus d'une jouvencelle
-qui, sous l'influence de cette superstition toujours existante, prend
-secrètement ses mesures afin d'attacher la première une épingle au
-bonnet d'une fiancée. Or, comme un tel usage n'a jamais pu être observé
-à l'égard d'aucune des saintes connues sous le nom de Catherine,
-puisque, d'après la remarque des légendaires, toutes sont mortes
-vierges, on a pris de là occasion de dire qu'une vieille fille _reste
-pour coiffer sainte Catherine_; ce qui signifie, en développement, qu'il
-n'y a chance pour elle d'entrer en ménage qu'autant qu'elle aura fait la
-toilette de noces de cette sainte, condition impossible à remplir.
-
-Cette explication, qui m'a été communiquée, m'a paru bonne à rapporter,
-à cause des faits assez curieux qu'elle rappelle; mais elle est un peu
-trop compliquée, et je ne crois pas qu'elle doive être admise. En voici
-une autre plus simple, fondée sur l'ancienne coutume d'habiller et de
-coiffer les statues des saintes dans les églises. Comme on ne
-choisissait que des vierges pour coiffer sainte Catherine, la patronne
-des vierges, il fut tout naturel de considérer ce ministère comme
-perpétuellement assigné à celles qui vieillissaient sans espoir de
-mariage, après avoir vu toutes les autres se marier.
-
-Les Anglais disent dans le même sens: «_To carry a weeping willow
-branch._ Porter la branche du saule pleureur,» parce que le saule,
-emblème de la mélancolie, est particulièrement regardé, en Angleterre,
-comme l'arbre de l'amour malheureux, opinion confirmée par la vieille
-romance du _Saule_, dans laquelle gémit une amante abandonnée.
-
-Ils disent aussi: _Conduire des singes en enfer_, pour signifier
-vieillir fille. Cette expression singulière, employée par Shakespeare
-dans la _Méchante Femme mise à la raison_ (acte II, scène I), et dans
-_Beaucoup de bruit pour rien_ (acte II, scène I), est prise de leur
-vieux proverbe: _Les vieilles filles conduisent les singes en enfer._ Ce
-qui vient peut-être de la supposition très-impertinente que les vieilles
-filles ne peuvent tenter que des singes.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE
-
-DES PROVERBES
-
-EXPLIQUÉS DANS CE VOLUME.
-
-
-_N.-B._--L'astérisque * marque les proverbes français ou étrangers qui
-n'ont pas de commentaire particulier.
-
-
-ABSENCE.
-
- Un peu d'absence fait grand bien 201
- *L'absence est un moyen de se rapprocher 202
- *L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent 203
- L'absence est l'ennemie de l'amour 204
- L'absence est pire que la mort 204
-
-
-AFFECTION.
-
- L'affection aveugle la raison 187
- On voit toujours par les yeux de son affection 188
-
-
-AIMER.
-
- Aime comme si tu devais un jour haïr 118
- On ne s'aime bien que quand on n'a plus besoin de se le dire 119
- Qui aime bien châtie bien 120
- Qui m'aime me suive 121
- Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a 122
- Qui s'aime trop n'est aimé de personne 123
- *Qui s'aime trop s'aime sans rival 123
- Aime-moi un peu, mais continue 124
- Qui aime Bertrand aime son chien 125
- *Les blessures faites par celui qui aime valent mieux que les
- baisers trompeurs de celui qui hait 135
- Qui bien aime tard oublie 198
- *Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime 198
- Qui aime vilement s'avilit 199
- Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre bœufs 200
- *Qui n'est point jaloux n'aime point 232
- *Peu aime qui ne fait dépenses 210
- *Peu aime qui n'est pas sujet à la tristesse 223
- *Qui est aimé d'une belle femme est à l'abri des coups du sort 200
- Il faut connaître avant d'aimer 117
- *S'aimer peu à la fois afin de s'aimer longtemps 124
- Il faut aimer pour être aimé 189
- C'est trop aimer quand on en meurt 188
- Feindre d'aimer est pire qu'être faux monnayeur 191
- Mieux vaut aimer bergères que princesses 191
- Aimer à la franche marguerite 192
- S'aimer comme deux tourterelles 193
- S'aimer comme Robin et Marion 195
- On ne peut aimer et être sage tout ensemble 195
- Aimer n'est pas sans amer 196
- Qui ne sait pas céler ne sait pas aimer 196
- Aimer mieux de loin que de près 197
- *Aimer jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle 285
-
-
-AMANT.
-
- *Tout amant est fou 196
- L'âme d'un amant vit dans un corps étranger 207
- L'amant se transforme en l'objet aimé 207
- L'amant écoute du cœur les prières de sa belle 208
- La bourse d'un amant est liée avec des feuilles de poireau 208
- Querelles d'amants, renouvellement d'amour 210
- Les amants qui se disputent s'adorent 211
- Le mouvement des yeux est le langage des amants 212
- C'est tous les jours la fête du regard pour les amants 212
- Il est un dieu pour les amants 214
- Grands, vignes et amants trompent dans leurs serments 214
-
-
-AMI.
-
- Au besoin on connaît l'ami 125
- Le faux ami ressemble à l'ombre du cadran 126
- Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la
- chose 127
- Qui cesse d'être ami ne l'a jamais été 129
- Un bon ami vaut mieux que cent parents 129
- Le frère est ami de nature, mais son amitié n'est pas sûre 130
- On peut vivre sans frère, mais non sans ami 130
- Un ami est un autre nous-même 131
- Un ami fidèle est la médecine de la vie 132
- *L'arbre se dessèche quand il n'est revêtu ni d'écorce ni de
- feuillage: ainsi est l'homme sans ami 133
- *Pourquoi Dieu a-t-il donné une ombre au corps? C'est pour qu'en
- traversant le désert ses yeux se reposent sur elle, etc. 133
- Il faut être fringant à l'ami 133
- Un ami pour l'autre veille 133
- Il n'est si bon conseil que d'ami 134
- *Conseil d'ami, conseil de Dieu 134
- Si ton ami te frappe baise sa main 134
- *Coups d'ami, coups chéris 134
- Un vieil ami est une seconde conscience 135
- Il n'y a pas de plus fidèle miroir qu'un vieil ami 135
- On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé un minot de
- sel 135
- Qui est ami de tous ne l'est de personne 136
- A nul n'est vrai ami, qui de soi-même est ennemi 136
- Un ami en amène un autre 137
- *L'ami de mon ami est le bienvenu 137
- Un ami n'est pas sitôt fait que perdu 137
- Ami jusqu'aux autels 138
- Qui n'est pas grand ennemi, n'est pas grand ami 138
- A l'ami soigne le figuier, à l'ennemi soigne le pêcher 140
- *A l'ami on pèle la figue, à l'ennemi la pêche 141
- Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous 142
- Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami 143
- *Fi de l'ami qui couvre des ailes et déchire du bec 144
- Ami de Platon, mais plus ami de la vérité 144
- Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même 144
- A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain 145
- *Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier 184
- Il faut se défier d'un ami réconcilié 145
- *Ami réconcilié, ennemi redoublé 145
- *Ami rompu peut être soudé, mais il n'est jamais sain 183
- Ami au prêter, ennemi au rendre 146
- *Qui prête à son ami perd au double 146
- *Le moyen de perdre un ami, c'est de lui prêter de l'argent 146
- Sage ami et sotte amie 147
- Jamais honteux n'eut belle amie 148
- Mieux vaut donner à un ennemi qu'emprunter à un ami 149
- Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui 149
- *Bois et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec
- lui 150
- N'accorde point ta confiance à un ami dissimulé 150
- *Un trésor n'est pas un ami, mais un ami est un trésor 161
- *Un frère est un ami qui nous est donné par la nature 170
- *Un parent est une partie de notre corps, un ami est une partie
- de notre âme 171
- *Flatter un ami c'est lui verser du poison dans une coupe d'or 177
- *L'homme qui tient à son ami un langage flatteur et déguisé tend
- un filet à ses pieds 177
- *L'ami fidèle est une forte protection 184
- *Vieil ami, chose toujours nouvelle 177
- *Mieux vaut manquer d'argent que d'ami 161
- *Ne fais pas des amis trop promptement 118
- *Le moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps, c'est
- d'être longtemps à les faire 118
- *On connaît les bonnes sources dans la sécheresse, et les bons
- amis dans l'adversité 126
- *Les amis ont le naturel du melon, etc. 127
- *Beaucoup de parents et peu d'amis 129
- *Le sort fait les parents, le choix fait les amis 129
- *Pluralité d'amis, nullité d'amis 136
- *Avant de se faire des amis, il faut commencer à devenir le sien 137
- Vieux amis et comptes nouveaux 150
- Les bons comptes font les bons a mis 150
- *Comptes clairs, amis chers 151
- Il ne faut pas compter avec ses amis 151
- Entre amis tout doit être commun 152
- Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage 152
- Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage 153
- Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis 153
- Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper
- sans témoins 154
- Il faut aimer ses amis avec leurs défauts 155
- Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis 155
- On ne peut vivre sans amis 156
- Il faut louer tout bas ses amis 157
- Il faut dire la vérité à ses amis 158
- Vieux amis, vieux écus 159
- On ne saurait avoir trop d'amis 160
- Les amis de nos amis sont nos amis 160
- *Mille amis c'est peu, un ennemi c'est beaucoup 160
- Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie 161
- Il est bon d'avoir des amis partout 162
- *Avoir des amis en paradis et en enfer 162
- Les gens riches ont beaucoup d'amis 163
- *Les pauvres n'ont point d'amis 163
- Les amis par intérêt sont des hirondelles sur les toits 163
- Un homme mort n'a ni parents ni amis 163
- On ne doit pas servir ses amis à plats couverts 164
- On ne doit pas se gêner avec ses amis 165
- Dieu me garde de mes amis, je me garderai de mes ennemis 166
- Les amis sont les trésors des rois 167
- Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents 167
- Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu 168
- Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours 168
- Il faut éprouver les amis aux petites occasions, et les employer
- aux grandes 169
- Il faut choisir ses amis dans sa famille 169
- Les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de
- Dieu 173
- *La table fait les amis 178
-
-
-AMITIÉ.
-
- *Le malheur est la pierre de touche de l'amitié 126
- *Compte et calcul entretiennent l'amitié 151
- *L'amitié compte par tonneaux, et le commerce par grains 151
- *Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la coupe de l'amitié 156
- *L'amitié est plus nécessaire que le feu et l'eau 156
- *La sincérité est le sacrement de l'amitié 159
- Bonne amitié est une autre parenté 170
- *La véritable amitié ressemble à la parenté la plus rapprochée 170
- Bonne amitié vaut mieux que parenté 171
- Les couteaux coupent l'amitié 173
- Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon 174
- L'amitié est un pacte de sel 175
- Il faut que l'amitié nous trouve ou nous fasse égaux 176
- *L'amitié est la sympathie de deux âmes égales 176
- *L'amitié disparaît où l'égalité cesse 176
- La flatterie est le poison de l'amitié 176
- Le plus bel âge de l'amitié est sa vieillesse 177
- *L'amitié est un plaisir qui s'accroît à mesure qu'il vieillit 177
- Les petits présents entretiennent l'amitié 178
- La table est l'entremetteuse de l'amitié 178
- Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié 179
- *Visite rare accroît l'amitié 180
- *Des visites trop fréquentes useraient l'amitié 180
- L'amitié fait plus de bons ménages que l'amour 181
- L'amitié qui naît de l'amour vaut mieux que l'amour même 181
- L'amitié confie son secret, mais il échappe à l'amour 182
- L'amitié rompue n'est jamais bien soudée 183
- *L'amitié rompue ne se renoue pas sans que le nœud paraisse ou
- se sente 183
- Le respect et la déférence sont les liens de l'amitié 183
- Bonne amitié vaut mieux que tour fortifiée 183
- L'amitié doit se contracter à frais communs 184
- Il faut découdre et non déchirer l'amitié 185
- Amitié de gendre 185
- *Amitié de gendre, soleil d'hiver 185
- *Amitié de brus et de gendres, lessives sans cendres 185
- Les amitiés devraient être immortelles, et mortelles les
- inimitiés 186
-
-
-AMOUR.
-
- *L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux 187
- *Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine 190
- *L'amour après la colère est plus agréable 210
- L'amour vient sans qu'on y pense 216
- Amour et mort, rien n'est plus fort 217
- L'amour fait perdre le repos et le repas 217
- *Qui a l'amour au cœur a l'éperon aux flancs 218
- L'amour le plus parfait est le plus malheureux 218
- En amours les apprentis en savent autant que les maîtres 219
- L'amour naît à la première vue 219
- *L'amour naît du regard 219
- Le coup de foudre en amour 220
- L'amour est une fièvre au rebours 220
- Il faut être fou en amour 221
- Louange engendre amour 221
- L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas à guérir 222
- Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris 223
- L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses 224
- L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'épi sans grain 225
- L'amour excite aux grandes prouesses 225
- *L'amour fait les héros 225
- L'amour est le revenu de la beauté 226
- Courtoisie fait amour durer 227
- En amour mieux vaut espérer que tenir 227
- L'amour ne peut rien refuser à l'amour 228
- L'amour égalise toutes les conditions 228
- L'amour rapproche les distances 229
- L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle 229
- Amour et seigneurie ne souffrent compagnie 230
- *L'amour et l'ambition ne souffrent point de compagnon 230
- Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour 231
- Il n'y a point d'amour sans jalousie 232
- *La vraie jalousie fait toujours croître l'amour 232
- *La jalousie est la sœur de l'amour 232
- *La jalousie naît de l'amour, comme la cendre du feu, pour
- l'étouffer 232
- Il n'y a pas d'amour sans espérance 233
- Plus l'amour vient tard, plus il ard 234
- *L'amour est comme la petite vérole, qui fait d'autant plus de
- mal qu'elle vient plus tard 235
- Rien ne se rallume si vite que l'amour 235
- En amour, un blessé guérit l'autre 236
- L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit 236
- La petite oie de l'amour 237
- L'amour est un grand maître 238
- *L'amour est inventif 238
- L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs 239
- L'amour ôte le deuil 243
- En amour, trop n'est pas assez 244
- Plus l'amour est nu, moins il a froid 245
- *Qui se prend avec amour, se quitte avec rage 283
- Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des
- bêtes 246
- L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble 247
- *Quand la pauvreté entre par la porte, l'amour s'envole par la
- fenêtre 247
- Les lunettes sont des quittances d'amour 248
- L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice 250
- La faim fait oublier l'amour 250
- Sans pain ni vin, l'amour est vain 251
- *Vive l'amour, mais que je dîne 251
- *Vive l'amour après dîner 251
- Après l'amour le repentir 251
- On fait l'amour, et, quand l'amour est fait, c'est une autre
- paire de manches 252
- Vieil amour, vieille prison 253
- L'amour meurt rarement de mort subite 254
- Il n'y a qu'un pas de l'amour à la dévotion 255
- Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir 256
- *Le temps et non la volonté met fin à l'amour 255
- Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse
- l'autre 256
- L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour 258
- Le succès trop facile rend l'amour méprisable 259
- L'amour apprend les ânes à danser 259
- L'amour porte avec soi la musique 260
- *L'amour enseigne la musique 260
- *Amour engendre poésie 260
- L'amour est comme un flambeau, plus il est agité, plus il brûle 260
- L'amour et la gale ne se peuvent cacher 263
- *L'amour et la toux ne se peuvent celer 263
- *L'amour et le musc ne peuvent rester ignorés 263
- *La pauvreté et l'amour sont difficiles à cacher 263
- L'amour divulgué est rarement de durée 264
- Le secret est la garde la plus assurée de l'amour 264
- *Secret, vin et amour ne valent rien, quand ils sont éventés 264
- L'amour est le frère de la guerre 265
- L'amour est le frère de la haine 266
- A battre faut l'amour 267
- Heureux au jeu, malheureux en amour 269
- *Malheureux au jeu, heureux en amour 270
- Filer le parfait amour 270
- L'amour se paye par l'amour 270
- Plus il y a paroles en amour et moins y sied 271
- L'amour s'introduit sous le nom de l'amitié 271
- Un sot va plus vite et plus loin en amour qu'un homme d'esprit 273
- L'amour est de tous les âges 274
- L'amour fait les vieilles trotter 274
- L'amour est roi des jeunes gens et tyran des vieillards 275
- L'amour sied bien aux jeunes gens, et déshonore les vieillards 275
- Lorsqu'un vieux fait l'amour, la mort court à l'entour 277
- Vieillard qui fait l'amour, est un agonisant en chemise de noces 277
- Amour se nourrit de jeune chair 277
- L'amour n'a point de règle 278
- Le plaisir est le tombeau de l'amour 279
- *Le plaisir est fils de l'amour, mais c'est un fils ingrat qui
- fait mourir son père 279
- *Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour 284
- L'amour des parents descend, et ne remonte pas 279
- Le cœur d'une mère est le miracle de l'amour 280
- Tendresse maternelle toujours se renouvelle 282
- *Amour de mère est toujours nouveau 283
- *Donner le gage d'amour sans fin 368
- *Les plus parfaites amours réussissent le moins 218
- *Vieilles amours et vieux tisons s'allument en toutes saisons 235
- *Les amours s'en vont, et les douleurs demeurent 251
- Froides mains, chaudes amours 283
- *Chaudes mains, froides amours 283
- Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux 283
- Il n'y a point de laides amours 284
- Il n'y a point de belle prison ni de laides amours 286
- Il n'y a point d'éternelles amours ni de félicité parfaite 286
- On revient toujours à ses premières amours 286
- Que la nuit me prenne là où sont mes amours! 287
- D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours, pour un plaisir mille
- douleurs 288
- L'amour et le médecin 305
-
-
-AMOURETTE.
-
- *La manche est signal d'amourette 253
- Sont aussi bien amourettes, sous bureaux comme sous brunettes 289
-
-
-AMOUREUX.
-
- Un amoureux est toujours craintif 289
- Amoureux transi 290
- Amoureux des onze mille vierges 291
- Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse 293
- Les tisons relevés chassent les amoureux 293
-
-
-ANE.
-
- *Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes se battent 248
-
-
-ARISTOTE.
-
- Faire le cheval d'Aristote 242
-
-
-BEAU.
-
- *L'objet qu'on aime est toujours beau 284
- *N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée 284
-
-
-BELLE.
-
- Les belles ne sont pas pour les beaux 215
- Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions 215
-
-
-BOIS.
-
- *Le bois sec brûle mieux que le bois vert 235
- Bois vert se consume en fumée, bois vieux ne fait plus de
- chaleur 334
-
-
-CATHERINE.
-
- Rester pour coiffer sainte Catherine 388
-
-
-CÉLADON.
-
- C'est un Céladon 295
-
-
-CHANDELLE.
-
- *De nuit, à la chandelle, l'ânesse paraît demoiselle à marier 61
- *Belle à la chandelle 61
- Allumer la chandelle à quatre cornes 341
-
-
-CHAT.
-
- La nuit, tous les chats sont gris 61
-
-
-CŒUR.
-
- Cœur oublie ce qu'œil ne voit 205
- Loin des yeux et loin du cœur 205
- Les yeux sont messagers du cœur 205
- Le cœur ne vieillit pas 206
- Le cœur n'a point de rides 206
- *Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur d'un fils est dans
- la pierre 280
-
-
-COUVADE.
-
- Faire la couvade 59
-
-
-ÉPOUSAILLES.
-
- *La messe des épousailles est une extrême-onction 313
-
-
-ÉPOUX.
-
- Les époux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler 384
- Une jeune épouse veut être choyée comme la femme d'un prêtre
- russe 385
- Les époux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument
- vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochés 386
-
-
-ESCARGOT.
-
- *L'escargot, pour se délivrer d'inquiétude, échangea ses yeux
- contre des cornes 372
-
-
-FEMME.
-
- Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle 1
- Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les
- yeux 2
- *La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute grâce 3
- Maison faite et femme à faire 3
- *Cheval fait et femme à faire 3
- Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme 3
- *La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne
- connaît point d'esclaves 4
- Rien n'est meilleur qu'une bonne femme 5
- *Une bonne femme est le plus grand bienfait de la Providence 5
- *Qui a trouvé une bonne femme a trouvé le bien par excellence 6
- *Heureux le mari d'une bonne femme, car le nombre de ses années
- est doublé 6
- *La femme est un mets digne des dieux, quand le diable ne
- l'assaisonne pas 6
- Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé 6
- *La bonne conduite de la femme est un don de Dieu 6
- La femme fait la maison 7
- La femme fait ou défait la maison 7
- La plus honnête femme est celle dont on parle le moins 7
- *La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas 8
- *Cette femme fait parler d'elle 8
- La bonne femme n'est jamais oisive 9
- *Le phénix est une femme oisive et sage à la fois 9
- Prends le premier conseil d'une femme, et non le second 11
- *Si la raison de l'homme vient de la vie et de la science, celle
- de la femme vient de Dieu 11
- Ce que femme veut, Dieu le veut 12
- Il n'est plus fort lien que de femme 13
- La plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a 13
- Il n'est attention que de vieille femme 14
- La femme est toujours femme 15
- La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile 16
- Foi de femme est plume sur l'eau 16
- *Ne vous fiez pas aux promesses de la femme, car son cœur a été
- fait tel que la roue qui tourne 17
- *Amitié des grands, soleil d'hiver et serments d'une femme, sont
- trois choses qui n'ont pas de durée 17
- *Qui prend l'anguille par la queue et la femme par la parole
- peut dire qu'il ne tient rien 17
- L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut
- bâtir que des châteaux en Espagne 18
- Il ne faut pas se fier à femme morte 18
- Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait
- d'une feuille de persil pour lui faire un habillement complet
- et une couronne 19
- Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut 19
- Larmes de femme, assaisonnement de malice 19
- Caresses de femme, caresses de chatte 20
- *Rien de plus dangereux qu'une femme qui emploie les caresses 20
- La femme sait un art avant le diable 21
- *Jamais femme n'a gâté sa cause par son silence 21
- L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui
- souffle 21
- Ce que diable ne peut, femme le fait 22
- Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait
- davantage 23
- La femme est une araignée 23
- L'œil de la femme est une araignée 24
- Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura
- bien te réveiller 24
- *Que celui qui ne sait se donner d'occupation prenne femme 24
- Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme 24
- Une bonne femme est une mauvaise bête 26
- Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise bête 26
- *Bonne femme et bonne mule, deux mauvaises bêtes 26
- La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage 27
- La femme ne doit pas avoir une tête à elle 27
- *Heureux ménage quand la femme est sans volonté, etc. 28
- La bonne femme est celle qui n'a point de tête 28
- Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage
- de renard 29
- Corps de femme et tête de diable 30
- La femme et la poule se perdent pour trop courir 31
- *La femme doit être sédentaire 31
- Temps pommelé et femme fardée ne sont pas de longue durée 32
- Soleil qui luisarne au matin, enfant qui est nourri de vin et
- femme qui parle latin, ne viennent pas à bonne fin 33
- Jamais habile femme ne mourut sans héritier 35
- Qui femme a, noise a 36
- *Un mari ne connaît pas assez sa femme pour en parler, une femme
- connaît trop bien son mari pour s'en taire 36
- La femme querelleuse est pire que le diable 37
- On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice 37
- Rien n'est pire qu'une méchante femme 38
- Il faut craindre sa femme et le tonnerre 39
- *Il n'y a pas de colère qui surpasse la colère de la femme 39
- La femme est un mal nécessaire 39
- Femme barbue, de loin la salue, un bâton à la main 40
- Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne 41
- Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas 42
- *Si ta femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne,
- ne lui confie rien 42
- A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt 42
- *A qui perd sa femme et un denier, c'est grand dommage de
- l'argent 43
- Deuil de femme morte dure jusqu'à la porte 43
- Ci-gît ma femme; ah! qu'elle est bien, pour son repos et pour le
- mien 43
- La chandelle se brûle, et cette femme ne meurt point 44
- Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie 44
- Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer 45
- Battre sa femme ne lui ôte folle pensée 48
- *Celui qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac de
- farine, le bon s'en va et le mauvais reste 48
- Il faut toujours que la femme commande 48
- Femme veut en toute saison être maîtresse en sa maison 49
- La femme veut porter la culotte 51
- Être sous la pantoufle de sa femme 54
- Pour faire mentir une femme à coup sûr, il n'y a qu'à lui
- demander son âge 57
- Servez monsieur Godard! sa femme est en couches 59
- La nuit, il n'y a point de femme laide 61
- Jeter le mouchoir à une femme 62
- La femme de César ne doit pas même être soupçonnée 63
- Il ne faut prêter ni son épée, ni son chien, ni sa femme 64
- Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme 65
- La femme est la moitié de l'homme 65
- Dame qui moult se mire, peu file 67
- *Plus la femme mire sa mine, plus sa maison elle mine 67
- La femme perd l'homme 68
- *L'homme perd la femme 70
- Une maîtresse est reine, une femme est esclave 73
- Une femme et un almanach ne valent que pour une année 73
- Qui sa femme n'honore, lui-même se déshonore 75
- On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier
- moment, sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion 75
- La femme a été faite pour l'homme, non l'homme pour la femme 77
- La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille 79
- Femme est mère de tout dommage, tout mal en vient et toute rage 79
- Une femme est comme votre ombre: suivez-la, elle fuit; fuyez-la,
- elle suit 81
- Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant 81
- Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir été
- mariée trop tard 370
- Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui
- répétera dix fois par jour 83
- Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme 84
- L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur de cire 84
- Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est
- encore faite qu'à moitié 85
- La femme est le savon de l'homme 85
- *La femme est une savonnette à vilain 86
- *Qui croit sa femme se trompe, qui ne la croit pas est trompé 100
- *A femme trépassée, il faut tuer la langue en particulier 108
- *On tire plus de choses avec un cheveu de femme qu'avec six
- chevaux bien vigoureux 200
- *Il faut descendre un degré pour prendre une femme, et en monter
- un pour faire un ami 327
- Deux bons jours à l'homme sur terre: quand il prend femme, et
- qu'il l'enterre 360
- Il faut faire carême-prenant avec sa femme, et Pâques avec son
- curé 378
- Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés 87
- Les femmes font les hommes 87
- Sans les femmes, les deux extrémités de la vie seraient sans
- secours et le milieu sans plaisir 89
- Les femmes ont l'œil américain 90
- Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs 91
- Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines 92
- Femmes et chevaux, il n'y en a point sans défauts 94
- Les femmes sont trop douces, il faut les saler 94
- Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le
- paradis des femmes 95
- Les femmes ont des souris à la bouche et des rats dans la tête 96
- Les premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs
- dernières résolutions les plus dangereuses 11
- *Le diable assoupit rarement les mensonges des femmes dans la
- fosse 18
- *Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, etc. 20
- *Les femmes sont semblables au crocodile, etc. 20
- *Les bonnes femmes sont toutes au cimetière 26
- *Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont mille 38
- Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes
- telles qu'elles veulent être 97
- L'amour des femmes tue le courage des plus braves 98
- *L'amour des femmes tue la sagesse 98
- Les femmes sont toutes fausses comme des jetons 99
- Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles
- disent la vérité à ceux qui ne les croient pas 99
- La vieillesse est l'enfer des femmes 100
- Les femmes sont comme les énigmes, qui ne plaisent plus quand on
- les a devinées 101
- Les femmes sont comme les paons, dont les plumes deviennent plus
- belles en vieillissant 101
- Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-grièches
- dans leur domestique, des colombes dans le tête-à-tête 102
- Les femmes qui sont anges à l'église sont diables à la maison 103
- Vides chambres font femmes folles 103
- *Femmes folles de leur corps 103
- Les dames à la grand'gorge 103
- Trois femmes font un marché 105
- *Trois femmes et une oie font un marché 105
- *Deux femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un
- plein marché 105
- *Femmes sont faites de langue comme renards de queue 105
- *La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent à leurs
- pieds 106
- Les femmes ont des langues de la Pentecôte 106
- La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas
- rouiller 106
- *Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est pourquoi il
- faut frapper sur la gaîne 107
- La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée 108
- Femmes ne sont pas gens 109
- De ce qu'on dit des femmes il ne faut croire que la moitié 110
- Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire
- monnaie 111
- Les femmes qui ont donné leur farine veulent vendre leur son 112
- Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier 113
- Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes
- si une femme est belle 114
- Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir 115
- On ne saurait dire des femmes ce qui en est 115
- *Les femmes se laissent prendre à la louange comme les alouettes
- au miroir 221
- *Les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes
- dans l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse 333
-
-
-FEU.
-
- *Qui n'est pas en feu n'enflamme point 189
-
-
-FIANÇAILLES.
-
- Fiançailles chevauchent en selle, et repentirs en croupe 357
- *Boire le vin des fiançailles 358
-
-
-FIANCÉ.
-
- Boire comme un fiancé 358
-
-
-FIANCER.
-
- Tel fiance qui n'épouse pas 35
-
-
-FILLE.
-
- Fille honnête et morigénée est assez riche et bien dotée 3
- *Une fille est assez noble et assez riche si elle est chaste,
- modeste et vertueuse 3
- La plus belle fille ne peut donner que ce qu'elle a 13
- Jeune fille avec jeune fieu, c'est mariage du bon Dieu 320
- Bailler ou donner le chapelet à une fille 339
- *Fille, pour son honneur garder, ne doit ni prendre ni donner 41
- *Mieux vaudrait tenir un panier de souris qu'une fille de vingt
- ans 25
- *Fille fiancée n'est ni prise ni laissée 357
- *Fille fiancée n'est pas mariée 357
- Un homme riche n'est jamais trop vieux pour être le mari d'une
- jeune fille 376
- *Les vieilles filles conduisent les singes en enfer 389
-
-
-FLEURETTES.
-
- Conter fleurettes 298
-
-
-GENDRE.
-
- *Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en trouve un
- mauvais perd une fille 186
-
-
-LUNE.
-
- *Décrocher la lune 209
- La lune de miel 384
- *Être né à la quatrième lune 383
-
-
-MAIN.
-
- *Ne touche pas à plusieurs dans la main 136
- *Princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de
- pair en se donnant la main 229
-
-
-MALADIE.
-
- Il n'y a pas de maladie plus cruelle que de n'être pas content
- de son sort 122
-
-
-MARI.
-
- *Ce n'est rien, c'est mon mari que l'on tue 44
- *Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la
- femme aveugle 311
- *Aujourd'hui mari, demain marri 366
- Un mari est toujours le dernier instruit, etc. 370
- Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui 373
- Sers ton mari comme ton maître, et t'en garde comme d'un traître 374
- Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux 375
- Mieux vaut un vieux mari que point de mari 376
- Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon
- mari 378
- *Jamais maris, toujours amants 367
- Les anciens mauvais sujets font les meilleurs maris 379
- Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette 380
- *Tous les maris contents danseraient sur le cul d'un verre 380
- Tous les maris ont besoin d'aller à Saint-Raboni 380
- Les boiteux sont de bons maris 381
- Les maris et les amants voient souvent la lune à gauche 382
-
-
-MARIAGE.
-
- Le mariage est une loterie 307
- Le mariage est le plus grand des biens et des maux 309
- En mariage il y a fort lien 310
- Un bon mariage se fait d'un mari sourd et d'une femme aveugle 311
- Mariage et pénitence ne font qu'un 312
- Tout traité de mariage porte son testament 312
- Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe 313
- Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, etc. 314
- En mariage, trompe qui peut 314
- Le mariage est comme une forteresse assiégée, etc. 315
- Les quinze joies de mariage 316
- Le mariage est le tombeau de l'amour 316
- Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché
- mortel 318
- Il n'y a point de mariage dans le paradis 319
- *Il y a dans le séjour des bienheureux beaucoup d'amour et point
- de mariage 319
- Le mariage n'empêche point d'aimer ailleurs 319
- Homme vieux avec jeune femme, mariage de Notre-Dame 321
- Vieille femme et jeune garçon c'est mariage de démon 321
- Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle 321
- Mariage de Jean des vignes, tant tenu, tant payé 321
- *Mariage du treizième arrondissement 322
- *Boire, manger, coucher ensemble, c'est mariage, ce me semble 322
- Mariage de bohèmes 322
- Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture 323
- Un bon mariage répare tout 325
- Mariage et pendaison vont au gré de la destinée 328
- *Mariage prompt, regret long 342
- *Celui qui est lié par le mariage n'est plus libre 350
- *Mariage et malheur tout en un jour 366
- *Avant le mariage tu cries Io, et après tu cries Iahu 366
- Les meilleurs mariages se font entre pareils 326
- *La première lune après le mariage est de miel, et celles qui la
- suivent sont d'absinthe 384
- La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir 325
- Les mariages sont écrits dans le ciel 327
- *Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre 327
- Année de noisettes, année de mariages 328
-
-
-MARIER.
-
- Il ne faut pas se marier pour les yeux 2
- Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer,
- enfanter et pleurer 330
- Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune et trop tard
- quand on est vieux 332
- Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard 333
- Qui va loin se marier sera trompé ou veut tromper 335
- Avant de te marier, aie maison pour habiter 335
- Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dîner et la
- femme de quoi souper 336
- Il faut se marier en face de l'église 337
- Il ne faut pas se marier pour la première nuit de ses noces 339
- *Qui recule trop à se marier, il s'avance d'être sot 356
- Qui se marie à la hâte se repent à loisir 342
- On se marie pour soi 343
- Le jour où l'on se marie est le lendemain du bon temps 345
- Qui se marie fait bien, qui ne se marie pas fait mieux 346
- Qu'on se marie ou non, l'on a toujours à s'en repentir 347
- Qui se marie par amour a bonnes nuits et mauvais jours 349
- Qui se marie se met la corde au cou 350
- Qui se marie s'achemine à faire pénitence 350
- Marie ton fils quand tu voudras, ta fille quand tu pourras 351
- *Marie ta fille, et tu auras fait une grande affaire 351
- Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand
- l'occasion s'en présente 352
- Marie ton fils à Paris 352
- Marie ta fille en Normandie 352
- Nul ne se marie qui ne s'en repente 353
- Saint Nicolas marie les filles avec les gaz 355
- Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins 356
- *L'homme et la femme qui se marient mettent la main dans un sac
- où sont dix couleuvres et une anguille 307
- *Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup 311
- Aujourd'hui marié, demain marri 366
- Il sera marié cette année 366
- L'homme marié est un oiseau en cage 367
- Les mariés auront la vigne de l'abbé 368
- Dénouer la jarretière de la mariée 368
- La mariée n'a pour dot qu'un chapeau de roses 369
-
-
-MISÈRE.
-
- Prendre le collier de misère 340
-
-
-NOCES.
-
- C'est pain de noces 361
- Le pain de noces coûte cher à qui le mange 361
- Pain de noces, chair de piége à vautour 361
- Noces de mai, noces mortelles 362
- Noces réchauffées 364
- Il ne s'est jamais trouvé à pareilles noces 364
- *Les noces remplissent la terre, la virginité remplit le ciel 319
-
-
-OISEAU.
-
- C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid 75
-
-
-POULE.
-
- La poule ne doit pas chanter devant le coq 54
- *Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut lui couper la
- gorge 55
- *Poule qui chante le béguey annonce la mort de sa maîtresse ou
- la sienne 56
-
-
-ROSE.
-
- Découvrir le pot aux roses 296
- *Ceci est dit sous la rose 297
-
-
-SAULE.
-
- *Porter la branche du saule pleureur 389
-
-
-SOLLICITEUSE.
-
- *Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison 200
-
-
-TENDRE.
-
- Voyager dans le pays de Tendre 299
-
-
-TENDRESSE.
-
- Tendresse maternelle toujours se renouvelle 282
-
-
-VÉNUS.
-
- *Sans Cérès et Bacchus Vénus est transie 251
- *Vénus est pour qui a le ventre plein, non pour qui l'a vide 251
- *Si elle est louche elle ressemble à Vénus 285
-
-
-VERROU.
-
- Baiser le verrou 262
-
-
-VEUVE.
-
- *Si une merluche devenait veuve, elle serait grasse 360
- *Si une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon 361
-
-
-VIVRES.
-
- *Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres 336
-
-
-FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE DES PROVERBES.
-
-
-ÉMILE COLIN--IMPRIMERIE DE LAGNY
-
-
-
-
-Note du transcripteur
-
-On a conservé l'orthographe de l'original, en corrigeant toutefois les
-erreurs manifestement imputables aux typographes.
-
-On a représenté _entre signes soulignés_ les mots mis en exergue par une
-typographie en italique (ou par des caractères droits à l'intérieur d'un
-passage en italique).
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amitié
- l'amour et le mariage, by Pierre Marie Quitard
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES ***
-
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
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-works.
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-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
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- The Project Gutenberg eBook of Proverbes sur les femmes, by Quitard.
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-</head>
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-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amiti, l'amour
-et le mariage, by Pierre Marie Quitard
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Proverbes sur les femmes, l'amiti, l'amour et le mariage
-
-Author: Pierre Marie Quitard
-
-Release Date: October 5, 2020 [EBook #63380]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was
-produced from scanned images of public domain material
-from the Google Books project.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<h1>PROVERBES<br />
-<span class="small">SUR</span><br />
-<span class="large">LES FEMMES</span><br />
-L'AMITI
-L'AMOUR ET LE MARIAGE</h1>
-
-<p class="c">RECUEILLIS ET COMMENTS<br />
-<span class="small">PAR</span><br />
-<b class="large sans-serif">M. QUITARD,</b><br />
-Auteur du <i>Dictionnaire des Proverbes</i></p>
-
-<p class="c gap">NOUVELLE DITION<br />
-<span class="small">CONSIDRABLEMENT AUGMENTE</span></p>
-
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-GARNIER FRRES, LIBRAIRES-DITEURS<br />
-6, <span class="small">RUE DES SAINTS-PRES</span>, 6</p>
-
-<p class="c">1889</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em small">PARIS.&mdash;IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">AVIS DES DITEURS</h2>
-
-
-<p>La <span class="small">PREMIRE DITION</span> de ce Livre, tir
-plusieurs milliers d'exemplaires, est entirement
-puise depuis quelques annes. Celle que
-nous publions aujourd'hui, d'aprs les nombreuses
-demandes qui nous ont t adresses,
-n'est pas une reproduction pure et simple de la
-prcdente. Outre les retouches et les additions
-que l'auteur a faites l'ancien texte, cette dition
-comprend une assez grande quantit d'articles
-indits, et non moins instructifs qu'amusants
-par la varit des traditions, des usages,
-des origines et des documents prcieux qu'elle
-contient. Grce toutes ses amliorations, cet
-ouvrage est devenu plus nouveau et plus amusant;
-et nous sommes fonds esprer que le
-public voudra bien l'accueillir avec la mme
-faveur dont il a honor celui dont il est le
-corrig et le complment.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT<br />
-<span class="small">DE LA PREMIRE DITION</span></h2>
-
-
-<p>Il y a longtemps que je m'occupe <span class="small">DES
-PROVERBES</span>, considrs comme expression des
-m&oelig;urs et des coutumes nationales. J'en ai publi,
-en 1842, un dictionnaire qui a obtenu
-quelque succs en France et l'tranger. Depuis,
-j'ai revu et considrablement augment ce premier
-travail, dont j'ai insr de nombreux fragments
-indits dans mes <i>tudes historiques, littraires
-et morales sur les proverbes franais</i>, etc.</p>
-
-<p>Il m'a paru piquant de dtacher encore de
-mon manuscrit les proverbes, maximes et dictons
-relatifs aux Femmes, l'Amiti, l'Amour
-et au Mariage, et de former, en leur donnant
-des dveloppements nouveaux, une sorte de
-blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels
-on n'a cess et on ne cessera jamais
-d'crire.</p>
-
-<p>Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs
-qui se sont amuss faire des archives
-de satire et de scandale contre le beau sexe.
-J'ai dit de lui le bien comme le mal avec une
-libert consciencieuse, et j'ai tenu respecter
-mon sujet. J'espre donc qu'il ne dsapprouvera
-point les vrits que ce petit livre lui prsente,
-vrits srieuses quoique sous une forme parfois
-plaisante et vive.</p>
-
-<p>Puisse le public, de son ct, l'accueillir avec
-la mme indulgence que mes publications prcdentes.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">PROVERBES<br />
-<span class="small">SUR</span><br />
-<span class="large">LES FEMMES</span></h2>
-
-
-<div class="p" id="p339">Il faut trente qualits une femme pour tre parfaitement belle.</div>
-<p>C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre
-franais intitul: <i>De la Louange et de la Beaut des dames</i>,
-o il a rsum trois par trois en dix triades, les trente
-choses qui, suivant lui, constituent la perfection, la
-beaut idale de la forme fminine telle que fut, dit-on,
-celle d'Hlne.</p>
-
-<p>Corniger a mis le texte franais en dix-huit vers latins,
-qui ont t insrs par Jean Nevizan dans sa <i>Fort
-nuptiale</i> et qui dbutent ainsi:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Triginta hc habeat qu vult formosa vocari.</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">F&oelig;mina sic Helenam fama fuisse refert.</i></div>
-</div>
-
-<p>La femme qui veut tre reconnue belle doit
-avoir les trente qualits que la renomme attribue
-Hlne.</p>
-
-<p>Vient ensuite l'numration de ces trente qualits
-dont nous donnons la traduction tire du conte de
-Saintine intitul: un <i>Rossignol pris au trbuchet</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains;</div>
-<div class="verse">Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils;</div>
-<div class="verse">Trois rouges: les lvres, les joues et les ongles;</div>
-<div class="verse">Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils;</div>
-<div class="verse">Trois larges: la poitrine, le front et les hanches;</div>
-<div class="verse">Trois troites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied;</div>
-<div class="verse">Trois grosses: le bras, le mollet et ***;</div>
-<div class="verse">Trois arques: la taille, le nez et les sourcils;</div>
-<div class="verse">Trois rondes: le sein, le cou et le menton;</div>
-<div class="verse">Trois petites: le pied, la main et l'oreille.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p340">Il faut choisir une femme avec les oreilles plutt qu'avec les yeux.</div>
-<p>Il faut considrer la bonne rputation plutt que la
-beaut de celle qu'on veut prendre pour pouse. Ne
-regarder qu' la beaut dans le choix d'une pouse,
-c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, <i>se marier
-pour les yeux</i>, ou, suivant une expression dont Corneille
-s'est servi: <i>pouser un visage</i>.</p>
-
-<p><i lang="de" xml:lang="de">Heirathe das Weib, nicht die Gestalt</i> (prov. allemand).
-<i>pouse la femme, non la figure.</i></p>
-
-<p>On lit dans les <i>Prceptes de mariage</i> de Plutarque:</p>
-
-<p id="p586">Il ne faut pas se marier au gr de ses yeux seulement,
-ni au rapport de ses doigts, comme font aucuns
-qui comptent sur leurs doigts combien leur femme
-leur apporte en mariage, et ne considrent pas premirement
-si elle est conditionne de sorte qu'ils puissent
-vivre heureux avec elle.</p>
-
-<p>Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel
-Dieu plongea notre premier pre, au moment o il
-voulut lui donner une compagne, est un avis de nous
-dfier de notre vue et de prendre une femme les yeux
-ferms.</p>
-
-
-<div class="p" id="p515"><span class="blk">Fille honnte et morigne<br />
-Est assez riche et bien dote.</span></div>
-
-<p>Cette maxime rime est prise de la rponse que fit
-Bias, l'un des sept sages de la Grce, quelqu'un qui
-lui demandait quelle tait la meilleure dot d'une fille.
-C'est une vie pudique, dit le philosophe. La demande
-et la rponse ont t renfermes dans cet hexamtre
-du pote Ausone:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu dos matron pulcherrima?&mdash;Vita pudica.</i></div>
-</div>
-
-<p>Diamant qui n'a point de tache est toujours bien
-enchss. Il en est de mme d'une fille: <a name="p516" id="p516"></a>elle est assez
-noble et assez riche si elle est chaste, modeste et vertueuse.
-(Maxime chinoise.)</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>,
-<small>XXVI</small>, 19.) <a name="p341" id="p341"></a>La femme sage et pudique a une
-grce au-dessus de toute grce.</p>
-
-
-<div class="p" id="p342">Maison faite et femme faire.</div>
-<p>Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas
-tre expos aux inconvnients et aux dpenses qu'entrane
-la btisse, et il faut prendre une jeune femme
-dont le caractre ne soit pas entirement form, afin
-de pouvoir la faonner sans peine la manire de
-vivre qu'on veut lui faire adopter.</p>
-
-<p>Les Anglais disent dans le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">A horse made
-and a wife to make.</i>&mdash;<i id="p343">Cheval fait et femme faire.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p344">Il faut tre le compagnon et non le matre de sa femme.</div>
-<p>Traduction littrale du proverbe roman:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">De sa molher cal estre</i></div>
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Lo companho no lo maestre.</i></div>
-</div>
-
-<p>Il faut que l'autorit d'un mari sur sa femme soit
-celle de la raison. Il doit s'appliquer la diriger par
-de sages conseils, non par des prescriptions rigoureuses,
-tre pour elle un guide bienveillant, non un
-dominateur tyrannique.</p>
-
-<p><i id="p345">La nature a soumis la femme l'homme, mais la nature
-ne connat point d'esclaves.</i> (Prov. chinois.)</p>
-
-<p>Il faut, dit Plutarque dans ses <i>Prceptes de mariage</i>,
-que le mari domine la femme, non comme le seigneur
-fait son esclave, <span lang="frm" xml:lang="frm">ains</span> (mais) comme l'me fait
-le corps, par une mutuelle dilection et affection dont
-il est li avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.</p>
-
-<p>On lit dans une interprtation talmudique du passage
-de la Gense sur la cration d've: Si Dieu et
-voulu que la femme devnt le chef de l'homme, il l'et
-tire de son cerveau; s'il et voulu qu'elle ft son
-esclave, il l'et tire de ses pieds. Il voulut qu'elle ft
-sa compagne et son gale, en consquence il la tira
-de son ct. Ce que saint Thomas a redit, en l'amplifiant
-de cette manire: Dieu a cr ainsi la premire
-femme d'abord par gard pour la dignit de
-l'homme, afin que l'homme ft lui seul le principe
-de toute espce, comme Dieu est le seul principe
-de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas
-t cre de la tte de l'homme, afin que l'on sache
-qu'elle ne doit pas dominer l'homme en matresse de
-l'homme; en troisime lieu, elle n'a pas t cre
-des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne
-doit pas tre mprise de l'homme comme la servante
-et l'esclave de l'homme; mais elle a t cre du
-ct de l'homme, du c&oelig;ur mme de l'homme, afin que
-l'on sache qu'elle doit tre aime par l'homme comme
-la moiti de l'homme, la compagne de l'homme,
-l'gale de l'homme.</p>
-
-<p>Ce passage de saint Thomas a t traduit et cit par
-le P. Ventura dans un sermon.</p>
-
-<p>Les Arabes prtendent que Dieu ne voulut point tirer
-la femme de la tte de l'homme, de peur qu'elle ne ft
-coquette, ni de ses yeux, de peur qu'elle ne jout de
-la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne ft
-curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne toucht point
- tout, ni de ses pieds, afin qu'elle n'aimt pas trop
-courir. Il la tira de la cte, de l'innocente cte d'Adam;
-et, malgr tant de prcautions, ajoutent-ils malicieusement,
-elle eut un peu de tous ces dfauts la fois.</p>
-
-
-<div class="p" id="p346">Rien n'est meilleur qu'une bonne femme.</div>
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Nil melius mulier bona.</i> Ce texte latin, dont le proverbe
-est la traduction littrale, se trouve dans un recueil
-de sentences morales en vers latins, qu'Ablard
-composa pour l'instruction de son fils.</p>
-
-<p>Mais Hsiode avait dit avant Ablard: Il n'est
-aucun bien prfrable une bonne femme.</p>
-
-<p>Le trouvre Chardy, dans le <i lang="fro" xml:lang="fro">Petit Plet</i>, pome publi
-au treizime sicle, emploie cette autre sentence analogue:
-<i id="p347">Une bonne femme est le plus grand bienfait de la
-Providence.</i></p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet
-jucunditatem a Domino.</i> (Salomon, <i>Prov.</i>, <small>XXVIII</small>, 22.)
-<a name="p348" id="p348"></a>Qui a trouv une bonne femme a trouv le bien par
-excellence, et il a reu du Seigneur une source de
-joie.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Mulieris bon beatus vir: numerus enim annorum illius
-duplex.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>, <small>XXVI</small>, 1.) <a name="p349" id="p349"></a>Heureux le mari d'une
-bonne femme, car le nombre de ses annes est
-doubl.</p>
-
-<p>Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari
-d'une mauvaise femme est diminue de moiti.</p>
-
-<p><a name="p350" id="p350"></a>La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des
-dieux quand le diable ne l'assaisonne pas.</p>
-
-
-<div class="p" id="p351">Qui de femme honnte est spar, d'un don divin est priv.</div>
-<p>Proverbe qui parat avoir t inspir par ce passage
-de l'Ecclsiastique: <a name="p352" id="p352"></a>La bonne conduite de la femme
-est un don de Dieu. <i lang="la" xml:lang="la">Disciplina illius datum Dei est.</i>
-(<small>XXVI</small>, 17.)</p>
-
-<p>Une femme honnte est vraiment un <i>don divin</i>, et il
-n'y a point de plus grand malheur pour un mari que
-d'en tre spar, car il perd avec elle un sage conseil
-dans ses entreprises, une douce consolation dans ses
-chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmits,
-une source d'agrments et de joie dans toutes les situations
-de la vie. Et quel trsor sur la terre pourrait
-valoir cette fidle amie, cette tendre bienfaitrice ou
-plutt cette providence de tous les instants: Un
-pareil trsor, dit Salomon, est plus prcieux que
-ce qu'on va chercher au loin et aux extrmits de
-la terre. <i lang="la" xml:lang="la">Procul et de ultimis finibus pretium ejus.</i>
-(Prov., <small>XXXI</small>, 10.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p353">La femme fait la maison.</div>
-<p>Tout irait mal dans une maison sans la femme, la
-femme sense, bien entendu. C'est elle qui en est vraiment
-le gnie tutlaire et qui en fait la prosprit, en
-y tablissant l'ordre moral et matriel par sa sagesse,
-par sa surveillance, par son application aux dtails du
-mnage et par une foule de soins que le mari ne saurait
-prendre aussi bien qu'elle.</p>
-
-<p>Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie,
-en disant <i id="p354">la femme fait ou dfait la maison</i>, existe
-depuis les temps les plus reculs. Il se retrouve dans
-les paroles suivantes de Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Sapiens mulier dificat
-domum suam: insipiens exstructam quoque manibus
-destruet.</i> (<i>Prov.</i>, <small>XIV</small>, 1.) La femme sage btit sa maison:
-l'insense dtruira de ses mains celle mme qui
-tait dj btie.</p>
-
-<p>On lit dans le <i>Manava-Dharma Sastra</i>, ou livre de la
-loi de Manou: <i>La femme, c'est la maison</i>, et dans un
-pote indien: <i>La femme, c'est la fortune.</i></p>
-
-<p>Les Allemands ont ce proverbe: <i lang="de" xml:lang="de">Die Haus Ehre liegt
-am Weib.</i> L'honneur de la maison est la femme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p355">La plus honnte femme est celle dont on parle le moins.</div>
-<p>Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa
-lettre d'Alembert, avaient, en gnral, un trs-grand
-respect pour les femmes; mais ils marquaient ce
-respect en s'abstenant de les exposer au jugement du
-public, et croyaient honorer leur modestie en se
-taisant sur leurs autres vertus. Ils avaient pour maxime
-que le pays o les m&oelig;urs taient les plus pures tait
-celui o l'on parlait le moins des femmes, et que la
-femme la plus honnte tait celle dont on parlait le
-moins. C'est sur ce principe qu'un Spartiate, entendant
-un tranger faire de magnifiques loges d'une
-dame de sa connaissance, l'interrompit en colre:
-Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de mdire d'une
-femme de bien? De l venait aussi que, dans leur
-comdie, les rles d'amoureuses et de filles marier
-ne reprsentaient jamais que des esclaves ou des
-filles publiques.</p>
-
-<p>Quoique nous n'ayons point pour les femmes le
-mme respect que les anciens, nous n'en avons pas
-moins adopt la maxime proverbiale dont ils se servaient,
-comme d'une espce de <i lang="la" xml:lang="la">criterium</i> qui leur faisait
-reconnatre le degr d'estime qu'ils devaient chacune
-d'elles. Il y a mme dans notre langue une expression
-vulgaire qui vient l'appui de cette maxime: c'est
-l'expression <i>faire parler de soi</i>. Quand elle s'applique
-une femme, elle emporte toujours une ide de blme,
-tandis qu'elle se prend gnralement dans un sens
-d'loge quand elle se rapporte un homme. <i id="p357">Cette
-femme fait parler d'elle</i> est une phrase qui signifie que
-cette femme donne lieu de mauvais propos sur son
-compte par une conduite rprhensible. <i>Cet homme
-fait parler de lui</i> se dit ordinairement pour exprimer
-que cet homme se distingue par ses talents ou par ses
-belles actions.</p>
-
-<p><i id="p356">La femme la mieux loue est celle dont on ne parle pas.</i>
-(Prov. chinois.)</p>
-
-<p>La maxime qui veut que la femme la plus honnte
-soit celle dont on parle le moins a t attribue par
-quelques-uns Pricls, par quelques autres Thucydide,
-quoique celui-ci ne la cite que comme un mot
-de Pricls, et par Synsius Osiris. Elle a t dsapprouve
-par Plutarque au dbut de son trait <i>Des
-vertus des femmes</i>. Il me semble, dit-il, que Gorgias
-estoit plus raisonnable, qui vouloit que la renomme,
-non le visage de la femme, ft connue de plusieurs.</p>
-
-
-<div class="p" id="p358">La bonne femme n'est jamais oisive.</div>
-<p>Si elle l'tait, elle ne serait pas la bonne femme,
-c'est--dire celle qui se dvoue la pratique de tous ses
-devoirs avec lesquels l'oisivet <i>mre des vices</i> est incompatible;
-car, suivant une maxime de Pythagore <a name="p359" id="p359"></a>le
-phnix est une femme oisive et sage la fois.</p>
-
-<p>Notre proverbe est l'expression d'une pense qui domine
-dans le portrait que Salomon a trac de la <i>femme
-forte</i> ou vertueuse. Voici ce portrait o l'on verra la
-runion des qualits qui devaient constituer le caractre
-de la femme par excellence dans les m&oelig;urs primitives:</p>
-
-<p>Qui trouvera la femme forte? Elle est plus prcieuse
-que ce qui s'apporte de l'extrmit du monde.</p>
-
-<p>Le c&oelig;ur de son mari met sa confiance en elle, et
-il ne manquera point de dpouilles.</p>
-
-<p>Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous
-les jours de sa vie.</p>
-
-<p>Elle a cherch la laine et le lin, et elle a travaill
-avec des mains sages et ingnieuses.</p>
-
-<p>Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte
-de loin son pain.</p>
-
-<p>Elle se lve lorsqu'il est encore nuit: elle a partag
-le butin ses domestiques et la nourriture ses
-servantes.</p>
-
-<p>Elle a considr un champ, et l'a achet; elle a
-plant une vigne du fruit de ses mains.</p>
-
-<p>Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son
-bras.</p>
-
-<p>Elle a got, et elle a vu que son trafic est bon; sa
-lampe ne s'teindra point pendant la nuit.</p>
-
-<p>Elle a port sa main des choses fortes, et ses
-doigts ont pris le fuseau.</p>
-
-<p>Elle a ouvert sa main l'indigent; elle a tendu
-ses bras vers le pauvre.</p>
-
-<p>Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni
-la neige, parce que tous ses domestiques ont un double
-vtement.</p>
-
-<p>Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se
-revt de lin et de pourpre.</p>
-
-<p>Son mari sera illustre dans l'assemble des juges,
-lorsqu'il sera assis avec les snateurs de la terre.</p>
-
-<p>Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donn
-une ceinture au Chananen.</p>
-
-<p>Elle s'est revtue de force et de beaut, et elle rira
-au dernier jour.</p>
-
-<p>Elle a ouvert sa bouche la sagesse, et la loi de
-clmence est sur sa langue.</p>
-
-<p>Elle a considr les sentiers de sa maison, et elle
-n'a point mang son pain dans l'oisivet.</p>
-
-<p>Ses enfants se sont levs et ont publi qu'elle tait
-trs-heureuse, son mari s'est lev, et il l'a loue.</p>
-
-<p>Beaucoup de filles ont amass des richesses; mais
-vous ( femme forte) les avez toutes surpasses.</p>
-
-<p>La grce est trompeuse, et la beaut est vaine:
-la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera
-loue.</p>
-
-<p>Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres
-&oelig;uvres la louent dans l'assemble des juges.</p>
-
-<p>(<i>Proverbes</i>, ch. <small>XXXI</small>, trad. de Le Maistre de Sacy.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p360">Prends le premier conseil d'une femme, et non le second.</div>
-<p>Les femmes jugent mieux d'instinct que de rflexion:
-elles ont l'<i>esprit prime-sautier</i>, suivant l'expression de
-Montaigne; elles savent pntrer le secret des c&oelig;urs et
-saisir le n&oelig;ud des intrigues et des affaires avec une
-merveilleuse sagacit, et les soudains conseils qu'elles
-donnent sont presque toujours prfrables aux rsultats
-d'une lente mditation. C'est pour cela sans doute
-que les peuples celtiques leur attribuaient le don des
-oracles, et leur accordaient une grande influence dans
-les dlibrations politiques. Ils disaient que <i id="p361">si la raison
-de l'homme vient de la vie et de la science, celle de la femme
-vient de Dieu</i>.</p>
-
-<p>Les Hbreux, les Grecs et les Romains pensaient
-aussi que les femmes avaient des lumires instinctives
-qui leur venaient d'en haut. La Sulamite de Salomon,
-la Diotime de Platon et l'grie de Numa attestent,
-chez eux, l'existence de ce prjug auquel l'Inde ne
-fut peut-tre pas trangre, comme le prouve le drame
-de Sacontala.</p>
-
-<p>Les Chinois croient que les secondes vues chez les
-femmes ne valent pas les premires, et ils disent, par
-un proverbe semblable au ntre: <i id="p472">Les premiers conseils
-des femmes sont les meilleurs, et leurs dernires rsolutions
-sont les plus dangereuses.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p362">Ce que femme veut Dieu le veut.</div>
-<p>Il n'y a pas moyen de rsister la volont de la
-femme. Ce qu'elle veut doit s'accomplir comme si Dieu
-le voulait.</p>
-
-<p>En attribuant ainsi l'opinitre vouloir du beau
-sexe une force gale la puissance divine, on n'a fait
-que prter une nouvelle forme une pense fort ancienne
-qu'on trouve dans ce passage des <i>Troyennes</i>
-d'Euripide: Toutes les folles passions des mortels
-sont pour eux autant de Vnus; et dans le 185<sup>e</sup> vers
-de l'<i>nide</i> de Virgile, liv. IX:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sua cuique deus fit dira cupido.</i></div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chacun se fait un dieu de son brlant dsir.</div>
-</div>
-
-<p>Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils
-appliquaient aux hommes comme aux femmes: <i lang="la" xml:lang="la">Nobis
-animus est deus.</i> Notre esprit est un dieu pour nous.
-<i lang="la" xml:lang="la">Quod volumus sanctum est.</i> Ce que nous voulons est saint
-et sacr. Le premier est rapport en grec par Plutarque,
-et le second est cit par saint Augustin.</p>
-
-<p>On connat ce vers charmant de La Chausse:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce que veut une femme est crit dans le ciel.</div>
-</div>
-
-<p>Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa
-tige.</p>
-
-<p>Le crayon de Grandville a illustr ce proverbe d'un
-dessin qui offre une scne de la vie prive. On y voit
-un marchand tenant un cachemire, un mari lisant la
-facture avec une espce de contorsion qui signifie que
-madame doit renoncer au prcieux tissu, et celle-ci,
-pressant sur son sein le bras du Pre ternel, dont le
-geste commande la soumission au mari rcalcitrant.
-Toutes les circonstances sont trs-bien caractrises,
-tous les dtails sont rendus fort joliment; mais il est
-regretter que l'artiste n'ait point song placer dans
-un coin le diable en tapinois, riant du Pre ternel qui
-a la bonhomie de soumettre sa volont celle de la
-femme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p363">Il n'est plus fort lien que de femme.</div>
-<p>Il est presque impossible de se dtacher d'une femme
-qu'on aime. L'amant dpit contre sa matresse a beau
-jurer de la fuir; tous les serments que sa bouche prononce
-sont dmentis par son c&oelig;ur. Une attraction
-invincible le ramne sans cesse vers elle. Les efforts
-qu'il a faits pour relcher les n&oelig;uds qui l'enlacent
-n'ont servi qu' les resserrer davantage, et le voil plus
-que jamais livr, corps et me, celle dont les regards
-si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si
-pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui
-donnent, dans sa captivit, un bonheur qu'il n'eut pas
-dans son indpendance.</p>
-
-<p>Le proverbe: <i>Il n'est plus fort lien que de femme</i>, s'applique
-aussi au lien conjugal que tant de <i>maris bien
-marris</i> se plaignent de ne pouvoir rompre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p364">La plus belle femme (<a name="p517" id="p517"></a>ou la plus belle fille) ne peut donner que ce
-qu'elle a.</div>
-<p>Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce
-qu'elle peut, il ne faut pas lui demander davantage.</p>
-
-<p>Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports;
-car en amour une femme donne plus que ce qu'elle
-accorde, puisque c'est l'imagination qui fait le prix de
-ce qu'on reoit. Ses faveurs <i>ont plus que leur ralit
-propre</i>, suivant l'heureuse expression de Montesquieu.
-Voltaire a trs-bien dit aussi: L'amour est l'toffe de
-la nature que l'imagination a brode.</p>
-
-<p>Stendhal a exprim la mme ide par cette comparaison
-ingnieuse: Aux mines de sel de Saltzbourg,
-on jette, dans les profondeurs abandonnes de la
-mine, un rameau d'arbre effeuill par l'hiver; deux
-ou trois mois aprs, on le retire couvert de cristallisations
-brillantes: les plus petites branches, celles
-qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une msange,
-sont garnies d'une infinit de diamants mobiles
-et blouissants; on ne peut plus reconnatre le
-rameau primitif.</p>
-
-<p>C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opration
-de l'esprit qui tire de tout ce qui se prsente la
-dcouverte que l'objet aim a de nouvelles perfections.</p>
-
-<p>C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes
-qu'on se fait sur l'objet aim que j'appelle
-cristallisation.</p>
-
-
-<div class="p" id="p365">Il n'est attention que de vieille femme.</div>
-<p>Une jeune femme ne s'occupe gure que d'elle-mme.
-Elle est enivre de sa beaut au point de croire
-qu'elle n'a pas besoin d'autre sduction pour rgner
-sur les hommes. Mais il n'en est pas de mme d'une
-femme qui commence vieillir. Elle sent que son empire
-ne peut plus se maintenir par des charmes qu'elle
-voit s'altrer chaque jour. Elle sacrifie sa vanit aux
-intrts de son c&oelig;ur; elle s'applique fixer l'homme
-qu'elle aime par les attraits de la bont; elle est toujours
-aux petits soins pour lui plaire, et il n'y a point
-de douces prvenances, de dlicates attentions qu'elle
-ne lui prodigue.</p>
-
-<p>Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions
-domestiques confies aux femmes. Il est reconnu qu'une
-vieille femme s'en acquitte plus soigneusement qu'une
-jeune. Par exemple: elle est bien meilleure garde-malade,
-car elle ne cherche pas autant prendre ses
-aises et ne craint pas que la privation de sommeil lui
-donne un teint ple avec des yeux battus.</p>
-
-
-<div class="p" id="p366">La femme est toujours femme.</div>
-<p>C'est--dire toujours faible, toujours lgre, toujours
-inconstante, etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">&hellip; Varium et mutabile semper</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">F&oelig;mina.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>neid.</i>, IV, 569.)</p>
-
-<p>Ce que Franois I<sup>er</sup> rptait dans le premier vers de
-ce distique inscrit par lui sur le panneau d'une fentre
-de Chambord:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Toujours femme varie,</div>
-<div class="verse">Est bien fol qui s'y fie.</div>
-</div>
-
-<p>Shakespeare s'criait: <i lang="en" xml:lang="en">Frailty, thy name is Woman</i>.
-Fragilit, ton nom est femme.</p>
-
-<p>Est-il permis de douter de la vrit proverbiale affirme
-par un roi et par deux grands potes?&mdash;Pourquoi
-pas? rpondent les femmes: la parole royale,
-jadis rpute infaillible, n'a plus de crdit aujourd'hui,
-et les paroles des potes n'en ont jamais eu. Un d'eux
-a dit, et il faut l'en croire, qu'ils russissaient mieux
-dans la fiction que dans la vrit.</p>
-
-
-<div class="p" id="p367">La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile.</div>
-<p>La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme
-partie intgrante, ajoute que cet oiseau s'envole au
-premier instant et ne laisse qu'une plume dans la
-main de celui qui croyait le garder. C'est--dire, sans
-figure, que la femme est un tre excessivement volage,
-qu'elle ne donne jamais sur elle de prise assure et
-qu'elle ne peut tre retenue dans aucun lien d'amour.
-Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique l'inconstance
-paraisse dmontre par une myriade d'exemples dont
-je n'ai pu trouver la vrit conteste dans aucune des
-apologies du beau sexe: mais je m'abstiendrai de dire
-le contraire tant que je verrai des ailes l'oiseau.</p>
-
-
-<div class="p" id="p368">Foi de femme est plume sur l'eau.</div>
-<p>Cela signifie que la foi promise par une femme est
-aussi fugitive que la trace d'une plume sur l'eau, ce
-qui est pris du trait suivant d'une pigramme de Catulle:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">&hellip; Mulier cupido quod dicit amanti,</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">In vento et rapida scribere oportet aqua.</div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Ce que dit une femme son crdule amant doit s'crire sur
-le vent ou sur l'onde rapide.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus:
-Les deux choses les plus changeantes sont le
-cours des eaux et l'humeur des femmes.</p>
-
-<p>Un proverbe des Scandinaves dit: <i id="p369">Ne vous fiez point
-aux promesses de la femme, car son c&oelig;ur a t fait tel que
-la roue qui tourne.</i> Comparaison qui se retrouve applique
- l'insens dans ce verset de l'Ecclsiastique:
-<i lang="la" xml:lang="la">Prcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis versatilis
-cogitatus illius</i> (<small>XXXIII</small>, 5). Le c&oelig;ur de l'insens est
-comme la roue d'un char, et sa pense comme l'essieu
-mobile.</p>
-
-<p>Les Orientaux expriment une ide analogue par cette
-triade proverbiale: <i id="p370">L'amiti des grands, le soleil d'hiver
-et les serments d'une femme sont trois choses qui n'ont point
-de dure.</i></p>
-
-<p>Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans
-le mme sens que le ntre: <i lang="es" xml:lang="es">Quien prende el anguila
-por la cola y la mujer por la palabra bien puede decir que
-no tiene nada.</i>&mdash;<i id="p371">Qui prend l'anguille par la queue et la
-femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du
-tout.</i></p>
-
-<p>Un pote, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche
-de l'Antechrist, roi des enfers, les vers suivants contre
-l'inconstance et la perfidie des femmes:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O femmes! sous nos pas embche si profonde,</div>
-<div class="verse">Flot le plus orageux de l'ocan du monde,</div>
-<div class="verse">Pour vous livrer son sort qu'il faut tre insens!</div>
-<div class="verse">Le dsespoir habite o la femme a pass.</div>
-<div class="verse">Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime,</div>
-<div class="verse">De la dception votre charme est l'emblme,</div>
-<div class="verse">Et votre doux regard, sur nos fronts arrt,</div>
-<div class="verse">Est dj le rayon de l'infidlit.</div>
-<div class="verse">A tout rve nouveau vous vous laissez conduire;</div>
-<div class="verse">Autant que le dmon l'ange peut vous sduire.</div>
-<div class="verse">Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs</div>
-<div class="verse">Moins longtemps vos yeux que la rose aux fleurs;</div>
-<div class="verse">En vain consoler la piti vous invite,</div>
-<div class="verse">Prs des grands dvouements vos pieds froids passent vite!</div>
-<div class="verse">S&oelig;urs de l'ingratitude et reines de l'oubli,</div>
-<div class="verse">Vos c&oelig;urs dans la constance ont toujours dfailli.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Divine pope</i>, ch. <small>IX</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p372">L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut btir
-que des chteaux en Espagne.</div>
-<p>Ce mot proverbial est un trait d'<i>humour</i> de bon aloi.
-Tout y frappe et y surprend agrablement l'esprit. Les
-ides et les expressions en sont ingnieuses; leur assortiment
-est bien entendu; leur progression est habilement
-calcule pour amener naturellement et sans
-disparate le trait final qu'il serait difficile de prvoir:
-circonstance qui le rend bien plus piquant.</p>
-
-
-<div class="p" id="p373">Il ne faut pas se fier femme morte.</div>
-<p>Voil une fameuse hyperbole proverbiale! elle est
-traduite du texte latin: <i lang="la" xml:lang="la">Mulieri ne credas, ne mortu
-quidem</i>; lequel est lui-mme traduit du grec. Diognien,
-grammairien qui vivait sous l'empereur Adrien,
-dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imagine
-par allusion la funeste aventure d'un jeune homme
-qui, tant all visiter le tombeau de sa martre, fut
-cras par la chute d'une colonne leve sur ce tombeau.</p>
-
-<p id="p473">Les Anglais expriment la mme dfiance envers les
-femmes, en disant que le diable assoupit rarement
-leurs mensonges dans la fosse: <i lang="en" xml:lang="en">Seldom lies the devil
-dead in a ditch.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p374">Si la femme tait aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une feuille
-de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne.</div>
-<p>Manire originale et comique de classer la bont de
-la femme parmi les infiniment petits. J'ai entendu citer
-quelquefois, en Provence, cette plaisanterie proverbiale,
-qui est galement usite en Italie, et je ne saurais
-dire avec certitude dans lequel des deux pays elle
-a pris naissance; mais comme elle me parat remonter
-au del du treizime sicle, je serais tent de croire
-qu'elle a t imagine par quelque troubadour qui
-aura voulu s'gayer aux dpens du sexe dans quelque
-sirvente satirique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p375">Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.</div>
-<p>La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a
-beaucoup de pleurer; mais, par compensation, elle
-sait tourner ces dernires son avantage, et il faut
-bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en
-rpand volont. Ovide prtend que la facilit des
-larmes chez les femmes est le rsultat d'une tude
-spciale.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Ut flerent oculos erudiere suos.</i></div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elles ont instruit leurs yeux pleurer.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p376">Larmes de femme, assaisonnement de malice.</div>
-<p>Ce proverbe, littralement traduit du latin: <i lang="la" xml:lang="la">Muliebres
-lacrym condimentum maliti</i>, signifie que lorsqu'une
-femme veut vous servir un plat de son mtier,
-elle y met ses larmes en guise de sauce.</p>
-
-<p>On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tum lacrymis struit insidias quum f&oelig;mina plorat.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>La femme qui pleure dresse des embches au moyen de ses
-larmes.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Les Italiens disent: <i><span lang="it" xml:lang="it">Due sorte di lagrime negli occhi
-delle donne, una di dolore, altra d'inghanni.</span> <a name="p474" id="p474"></a>Deux sortes
-de larmes dans les yeux des femmes, l'une de douleur et
-l'autre de tromperie.</i> Ils disent encore: <i><span lang="it" xml:lang="it">Le donne sono
-simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e presso
-lo divorano.</span> <a name="p475" id="p475"></a>Les femmes sont semblables au crocodile:
-pour prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles
-le dvorent.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p377">Caresses de femme, caresses de chatte.</div>
-<p>La chatte est un animal goste et perfide. Elle ne
-nous caresse pas, elle se caresse nous, suivant l'expression
-de Rivarol, et dans ce mange, qui n'a que de
-douces apparences, elle nous fait sentir ses griffes acres,
-sorties tout coup du velours qui les recouvre.
-S'il fallait en croire le proverbe, la femme, qui l'on
-suppose une nature fline, agirait de mme, dans des
-vues personnelles et artificieuses. Elle ne chercherait
-auprs de l'homme que son propre intrt et son propre
-plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries
-que pour dguiser les trahisons qu'elle mdite
-contre lui. Cette accusation, qu'on prtend justifier
-par quelques faits particuliers, est gnralement fausse
-et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante des
-Grecs rapporte par Stobe: <a name="p378" id="p378"></a>Rien n'est plus dangereux
-qu'une femme lorsqu'elle emploie les caresses.</p>
-
-<p>De telles incriminations sont dtruites par leur exagration
-mme. Il faut tre sans c&oelig;ur pour redouter
-un guet-apens dans les tmoignages d'amour qu'on
-reoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanes
-aux mains satines qu'elle tend nos baisers.</p>
-
-
-<div class="p" id="p379">La femme sait un art avant le diable.</div>
-<p>Il faut que cet art soit de notorit publique pour
-que son nom ait pu tre supprim dans le texte proverbial
-sans donner personne l'embarras de le deviner.
-Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter
-la glose pour savoir que c'est l'art de tromper?
-La glose dit que la femme la plus innocente est plus
-habile pour tromper que le diable le plus malin.</p>
-
-<p>Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire
-que le texte, et s'il n'y a pas beaucoup rabattre de
-cette opinion, si accrdite parmi les hommes, que la
-femme est un tre ptri de ruse, de fausset et de malice,
-qui met tout son esprit ne pas se laisser deviner,
-pour mieux assurer le succs de ses artifices, et dont
-on ne doit attendre que d'amres dceptions. Je me
-borne rapporter l'accusation publique formule par
-le proverbe, sans prtendre la juger, et je laisse au
-beau sexe le soin d'y rpondre, ce qu'il ne manquera
-pas de faire; car <i id="p380">jamais femme</i>, dit-on, <i>n'a gt sa cause
-par son silence</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p381">L'homme est de feu, la femme d'toupe, le diable vient qui souffle.</div>
-<p>Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se
-communique la femme d'autant plus vite que la matire
-dont on la dit forme est plus inflammable. En un
-instant tous deux brlent l'unisson, et le diable, qui
-ne veut pas laisser leur combustion incomplte, continue
- souffler de toute sa force, jusqu' ce qu'il les ait
-bien enflamms. N'allez pas croire pourtant qu'ils
-soient rduits en cendres.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il n'est l'poque prsente</div>
-<div class="verse">Aucun amant, aucune amante</div>
-<div class="verse">Dont l'amour cause le trpas;</div>
-<div class="verse">Ils ont tous un c&oelig;ur d'amiante</div>
-<div class="verse">Que le feu ne consume pas.</div>
-</div>
-
-<p>Et puis, le diable est oblig d'exercer son mtier de
-souffleur sur tant de millions de couples, qu'il ne peut
-s'arrter longtemps sur le mme. Encore un moment,
-et vous allez voir celui qui se dbat au milieu de l'incendie
-en sortir aussi frais que s'il venait de prendre
-un bain froid.</p>
-
-<p>Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir
-la dure par la modration, ne souffre pas que
-rien de violent soit durable, et ramne de l'excs qui
-dtruit la retenue qui conserve.</p>
-
-<p>Qu'ils sont nombreux ces incendis qui ont t rejets
-tout coup de l'enfer de feu dans l'enfer de glace!</p>
-
-
-<div class="p" id="p382">Ce que diable ne peut, femme le fait.</div>
-<p>La femme a de plus puissants moyens que le diable
-pour sduire et perdre les hommes: combien d'hommes,
-en effet, qui avaient eu la force de rsister leurs
-penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque
-l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez
-les drames terribles qui se dnouent dans les cours
-d'assises: les catastrophes n'en sont-elles pas dtermines
-presque toujours par cette fatale influence?</p>
-
-<p>Ce proverbe, qui tait, je crois, un des axiomes de
-Mphistophls, est traduit de ce texte latin du moyen
-ge: <i lang="la" xml:lang="la">Quod non potest diabolus mulier evincit</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p383">Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait
-davantage.</div>
-<p>La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort
-habile dans les affaires qui intressent son c&oelig;ur. On
-dirait que l'amour lui donne la facult de tout voir.
-Rien ne lui chappe. Elle sait mettre profit tout ce
-qui lui est favorable et tourner son avantage les circonstances
-les plus compromettantes. Rien de subtil
-et d'exerc comme son instinct. Elle trouve mille expdients
-mieux imagins les uns que les autres pour se
-tirer d'embarras; elle agit avec adresse et rsolution
-dans des conjonctures o l'homme le plus fin ttonne
-et dlibre, et elle atteint le but quand celui-ci consulte
-encore sur les moyens d'y arriver.</p>
-
-
-<div class="p" id="p384">La femme est une araigne.</div>
-<p>C'est--dire qu'elle prend l'homme dans ses piges
-comme l'araigne enlace le moucheron dans sa toile.
-Cette mtaphore proverbiale, usite au quinzime sicle,
-n'est pas gracieuse, mais elle parat juste, et son
-dfaut de dlicatesse est compens par son nergie.
-Notons, d'ailleurs, que la dnomination d'araigne
-n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI tait appel dans
-un sens logieux l'<i>Araigne universelle</i>, cause de son
-travail incessant ourdir la toile dont il occupait le
-centre et dont il tendait partout les fils.</p>
-
-
-<div class="p" id="p385">L'&oelig;il de la femme est une araigne.</div>
-<p>Cette variante du proverbe prcdent ne s'applique
-gure qu' une femme ge dont l'&oelig;il, embusqu dans
-sa patte d'oie, reluque ardemment quelques jouvenceaux,
-comme l'araigne, tapie dans son rseau, guette
-quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que
-l'autre d'avoir une proie dvorer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p386">Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien
-te rveiller.</div>
-<p>Les Orientaux disent: <i id="p387">Que celui qui ne sait pas se donner
-d'occupation prenne femme.</i> Mais leur proverbe est
-bien moins piquant que le ntre, form plaisamment
-d'une succession de traits inattendus, dont le dernier
-fait ressortir la navet malicieuse d'une manire vraiment
-comique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p388">Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme.</div>
-<p>Ce proverbe se trouve en langue romane dans le
-pome de Flamenca:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Bien es fols gilos que s'esforsa</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">De gardar moillier.</div>
-</div>
-
-<p>Le conte suivant, rapport avec quelques variantes
-de dtails, dans plusieurs recueils trangers, notamment
-dans les <i>Veilles allemandes</i> de Grimm, dmontre
-fort bien l'extrme difficult de garder une femme.</p>
-
-<p>Un homme, qui se dfiait de la fidlit de la sienne,
-appela un dmon familier de sa connaissance et lui dit:
-Mon bon ami, je vais faire un voyage, et je veux te
-confier la garde de mon honneur conjugal, pendant
-mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher
-aucun galant de ma maison?&mdash;Volontiers, rpondit
-le diable, ne prvoyant pas quelle rude corve il s'engageait;
-et le mari se mit en route, un peu rassur sur
-les craintes dont il tait assig. Mais il sortait peine
-de la ville, que sa femme, presse de se donner du bon
-temps avec ses amoureux, les avait dj invits venir
-tour tour auprs d'elle. Le fidle gardien chercha
-d'abord faire manquer ces rendez-vous par toute
-sorte d'artifices. Bientt aprs, sentant que son gnie
-inventif n'y suffisait point, il entra en fureur et jura de
-traiter sans piti tous les imprudents qui s'obstineraient
- le contrarier. En effet, il assomma le premier
-qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra
-le troisime sous un tas de fumier, fit sauter le quatrime
-par la fentre, etc., etc., etc. Cependant, la
-dame tait sur le point de tromper sa vigilance, lorsque
-le mari revint. Ami, lui dit le diable tout essouffl
-de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends
-ta femme telle que tu me l'as laisse: mais l'avenir,
-choisis un autre surveillant; je ne veux plus l'tre,
-j'aimerais mieux garder tous les pourceaux de la fort
-Noire que de forcer une femme d'tre fidle malgr sa
-volont.</p>
-
-<p>Les Provenaux disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Vouri mai tenir un panier
-d garris qu'uno fillo d vingt ans.</i> <a name="p521" id="p521"></a>Il vaudrait mieux
-tenir un panier de souris qu'une fille de vingt ans.</p>
-
-
-<div class="p" id="p389">Une bonne femme est une mauvaise bte.</div>
-<p>J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il
-tient une circonstance ncrologique qui mrite d'tre
-connue, et qui prouve, d'ailleurs, qu'il est gratuitement
-injurieux. Le seigneur des Accords nous apprend, dans
-son <i>Chapitre des notes</i>, qu'il est n de l'interprtation
-faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire
-M. B., qui signifie <i lang="la" xml:lang="la">Mulier Bona</i> (femme bonne),
-et auquel ces messieurs ont voulu faire signifier <i lang="la" xml:lang="la">Mala
-Bestia</i> (mauvaise bte).</p>
-
-<p>J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait
-jadis sur les tombeaux des femmes, a donn lieu aussi
- cet autre dicton: <i id="p476">Les bonnes femmes sont toutes au
-cimetire.</i></p>
-
-
-
-<div class="p" id="p390"><span class="blk">Bonne femme, mauvaise tte,<br />
-Bonne mule, mauvaise bte.</span></div>
-
-<p>Encore un dicton qui tient l'interprtation que nos
-pres, grands amateurs de rbus, ont donne abusivement
-au monogramme M. B. (<i lang="la" xml:lang="la">Mulier Bona</i>) dans lequel
-ils ont vu <i lang="la" xml:lang="la">Mula Bona</i> (mule bonne), tout aussi bien que
-<i lang="la" xml:lang="la">Mala Bestia</i>, ce qui a fait dire, en combinant les trois
-versions: <i id="p391">Une bonne femme et une bonne mule sont deux
-mauvaises btes.</i> A la vrit, le dicton: <i>Bonne femme,
-mauvaise tte; bonne mule, mauvaise bte</i>, n'indique la
-prtendue similitude des deux tres que par un simple
-rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprs;
-mais la rticence a t malignement calcule
-pour mieux attirer l'attention sur l'enttement de la
-femme, auprs duquel n'est pas mme compt celui de
-la mule, qui passe pourtant pour la bte la plus ttue.
-C'est un trait dcoch avec une habilet perfide contre
-la tte fminine. Malgr cela, il ne reste pas moins
-impuissant que tous les autres traits auxquels cette tte
-a t destine servir de but. Elle est, dit-on, l'preuve
-de toutes les atteintes, par la faveur spciale
-de Satan, toujours attentif la conservation de son
-plus cher ouvrage; car sachez bien que Satan en a t
-le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un
-grave docteur <i lang="la" xml:lang="la">in utroque jure</i>. On lit dans le livre savant
-et curieux intitul: <i lang="la" xml:lang="la">Sylva nuptialis</i> (la Fort nuptiale),
-compos par Jean Nevizan, professeur de droit Turin,
-au commencement du seizime sicle: Dieu se plut
-former dans la femme toutes les parties du corps qui
-sont douces et aimables; mais pour la tte, il ne voulut
-pas s'en mler, et il en abandonna la faon au
-diable. <i lang="la" xml:lang="la">De capite noluit se impedire, sed permisit illud
-facere dmoni.</i></p>
-
-<p>Les impertinents prtendent que ce fait est hors de
-doute, attendu que l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.</p>
-
-
-<div class="p" id="p392">La femme ne doit pas apporter de tte dans le mnage.</div>
-<p>Le mot <i>tte</i> se prend pour <i>enttement</i>, volont opinitre,
-dans ce vieux proverbe qui correspond trs-exactement,
-par le sens et par l'expression, la maxime
-latine du moyen ge: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier non debet esse proprii
-capitis.</i> <a name="p393" id="p393"></a>La femme ne doit pas avoir une tte elle,
-c'est--dire ne doit pas agir d'aprs sa propre tte.</p>
-
-<p>C'est assez d'une seule tte chez un couple conjugal.
-S'il y en avait deux, elles ne sauraient compatir ensemble,
-car deux ttes de cette espce ne sont pas de
-celles qui puissent raliser le symbole proverbial des
-<i>deux ttes dans un bonnet</i>. Elles se choqueraient sans
-cesse comme les ttes de deux bliers furieux, et Dieu
-sait quels graves accidents il en rsulterait pour l'une
-et pour l'autre. Il faut donc que la femme renonce la
-sienne, qu'elle se soumette l'autorit raisonnable de
-son mari, et qu'elle n'ait d'autre volont que la volont
-de son mari.</p>
-
-<p>Les Danois disent: <i id="p394">Heureux mnage, lorsque la femme
-est sans volont et qu'elle consulte son mari.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p395">La bonne femme est celle qui n'a point de tte.</div>
-<p>Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du
-prcdent. Mais au lieu de s'entendre au figur, il s'entend
-presque toujours au propre. Cette scandaleuse
-acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est
-provenue d'une singulire anecdote que j'ai raconte
-dans mes <i>tudes sur le langage proverbial</i>, et que
-M. douard Fournier, dans un savant et spirituel article
-sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux
-que je vais lui emprunter, persuad que les lecteurs
-auront probablement plus d'agrment lire sa rdaction
-qu' relire la mienne.</p>
-
-<p>Je ne rpte, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur,
-que pour le rfuter comme lui, et prouver,
- votre plus grande gloire, mesdames, que son origine
-est un contre-sens.</p>
-
-<p>Au seizime sicle, pour dire <i>renomme</i>, on disait
-<i>fame</i>, du latin <i lang="la" xml:lang="la">fama</i>, d'o cette expression: bien ou
-mal <i>fam</i>.</p>
-
-<p>Ainsi, parlant de la renomme, Ronsard a crit
-dans la quatrime hymne de son livre I<sup>er</sup>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais la <i>fame</i> qui vole et parle librement&hellip;</div>
-</div>
-
-<p>Les marchands qui ont toujours eu la manie de
-mettre sur leur enseigne une <i>bonne renomme</i>, qu'ils
-n'ont pas toujours, firent peindre au-dessus de leur
-boutique la bavarde desse avec ces mots: <i>A la bonne
-fame</i>.</p>
-
-<p>Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient
-pas manqu de reprsenter la Renomme comme le
-demande le pote, dans le 117<sup>e</sup> vers du quatrime livre
-de l'<i>nide</i>, c'est--dire la tte compltement perdue
-dans les nuages, <i lang="la" xml:lang="la">inter nubila</i>. De l vint l'erreur. En
-voyant cette desse sans tte, avec ces mots sous ses
-pieds: <i>A la bonne fame</i>, on crut une pigramme. Ce
-qui n'tait, encore une fois, qu'un contre-sens, devint
-une malice qui court encore.</p>
-
-
-<div class="p" id="p396">Le cerveau de la femme est fait de crme de singe et de fromage
-de renard.</div>
-<p>Bouffonnerie excessivement drlatique pour faire
-entendre que la femme n'a pas de cerveau, puisque les
-deux animaux, types de malice et de ruse, avec lesquels
-ce dicton veut la montrer apparente de nature,
-ne fournissent point les substances dont il suppose que
-son cerveau est compos. C'est un trait factieux de
-l'<i>humeur gauloise</i>, en prenant le mot <i>humeur</i> dans le
-sens qu'il avait autrefois et que les Anglais donnent
-leur mot <i lang="en" xml:lang="en">humour</i> qu'ils ont pris du ntre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p397">Corps de femme et tte de diable.</div>
-<p>Notre-Seigneur Jsus-Christ et saint Pierre se promenaient
-un soir, la nuit tombante, dit une vieille
-lgende populaire. Ils entendirent des cris qui annonaient
-une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna
- son aptre d'aller au plus vite l'endroit d'o partaient
-ces cris et d'y faire rgner la paix. L'aptre y
-courut, et y vit une femme aux prises avec le diable. Il
-s'effora de les sparer et de les mettre d'accord, mais
-il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussrent
-et leur dispute continua plus opinitre.
-Indign de voir son autorit ainsi mconnue, il ne put
-matriser un mouvement de colre et, tirant son glaive,
-il coupa la tte l'un et l'autre. Puis il retourna auprs
-de son divin matre, qui il raconta ce qu'il venait
-de faire. Le Seigneur lui reprocha vivement cette action
-criminelle et le renvoya auprs de ses victimes,
-afin de rajuster la tte de chacune d'elles au corps dont
-elle avait t spare. Saint Pierre repartit en toute
-hte, dsireux de rparer le mal. L'obscurit tait dj
-un peu paisse quand il arriva. Il retrouva ttons les
-deux ttes, les remit de mme en leur place et, les
-ayant entendues recommencer aussitt la dispute, il se
-retira, persuad que rien ne manquait son opration.
-Cependant ce merveilleux rebouteur avait fait une
-trange mprise: prenant une tte pour l'autre, il avait
-adapt celle de la femme au cou du diable et celle du
-diable au cou de la femme. De l le dicton: <i>Corps de
-femme et tte de diable</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p398">La femme et la poule se perdent pour trop courir.</div>
-<p>Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, rpt
-par M<sup>me</sup> de Svign, vient d'une seule chose, qui
-est de ne pas savoir demeurer en repos dans une
-chambre. Tout le malheur des femmes vient aussi
-de ne pas savoir se tenir la maison. En prenant des
-<i>habitudes trottires</i>, elles s'exposent rencontrer frquemment
-des sducteurs qui les perdent, comme les
-poules des renards qui les croquent. Ce proverbe,
-commun presque tous les peuples modernes, est
-fond sur une observation qui remonte la plus haute
-antiquit o l'on avait pour maxime que <i id="p399">la femme doit
-tre sdentaire</i>, ce qu'on exprimait encore sous forme
-symbolique, en rduisant en cendre l'essieu du char
-d'hymne sur le seuil de la maison de l'poux, lorsque
-l'pouse y faisait son entre avec lui, aprs la crmonie
-nuptiale.</p>
-
-<p>On sait que Phidias avait voulu rappeler cette
-maxime en sculptant pour les liens une statue de
-Vnus, dont le pied posait sur la carapace d'une
-tortue.</p>
-
-<p>Alciat a fait de cette statue l'emblme de la femme
-vertueuse. O belle Vnus, dit-il, que signifie cette
-tortue que vous pressez sous un pied dlicat?&mdash;C'est
-une leon que Phidias a voulu donner aux personnes
-de mon sexe. Il leur conseille, par cet emblme,
-de rester toujours attaches leur maison
-comme la tortue, sans jamais y faire plus de bruit
-qu'elle.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p400"><span class="blk">Temps pommel et femme farde<br />
-Ne sont pas de longue dure.</span></div>
-
-<p>Le temps est pommel lorsqu'il y a des couches de
-ces petits nuages blancs qui ressemblent des flocons
-de laine et qui sont appels, en quelques endroits, par
-une mtaphore assez heureuse, les <i>ponges du ciel</i>. Ce
-signe, parat-il quand il fait beau, c'est une preuve
-que les vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il
-fait mauvais, c'est une preuve qu'elles se divisent, et,
-dans les deux cas, il indique un changement prochain
-dans l'tat de l'atmosphre.&mdash;Le fard est un cosmtique
-pernicieux la peau. Les femmes qui en font
-usage sont fltries bien promptement, et c'est l tout
-ce qu'elles gagnent vouloir <i>mettre sur leur visage plus
-que Dieu n'y a mis</i>, comme dit le troubadour Pierre de
-Resignac ou Ricignac.&mdash;On lit ce sujet dans la <i>Somme</i>
-de matre Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims
-et professeur de droit civil, que leurs visages sont
-des masques derrire lesquels sont caches les figures
-que Dieu leur a donnes, et que c'est elles que s'adresse
-cette apostrophe de saint Jrme: Par quelle
-audace levez-vous vers le ciel des visages que le Crateur
-ne reconnat point<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>?</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> J'ai tir ce fragment de matre Drogon d'un plus long fragment que
-M. Charles d'Hricault a cit dans son commentaire sur les &oelig;uvres de Coquillart.</p>
-</div>
-<p>Antoine Lasale, traducteur de Bacon, dit que, selon
-toute apparence, ce sont les femmes laides qui ont
-imagin le fard, pour masquer tout la fois et leur
-propre laideur et les agrments des belles.</p>
-
-<p>Le pote Brbeuf a compos cent cinquante pigrammes
-sur une femme farde. Je n'y ai vu, en gnral,
-que l'abus de l'esprit contre l'abus du fard.</p>
-
-<p>Il y a deux variantes de ce proverbe qu'on a converti
-en triade, en y ajoutant, tantt <i>feu de bourre</i> et
-tantt <i>pomme ride</i>, qu'on intercale entre <i>temps pommel</i>
-et <i>femme farde</i>.</p>
-
-<p>Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au
-dix-huitime sicle. Un tranger, qui l'on demanda
-ce qu'il pensait de leurs charmes, rpondit sans faon:
-Je ne me connais pas en peinture.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p401"><span class="blk">Soleil qui luisarne au matin,<br />
-Enfant qui est nourri de vin<br />
-Et femme qui parle latin<br />
-Ne viennent pas bonne fin.</span></div>
-
-<p>Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valtudinaire,
-et cette femme est suppose ne faire usage de son esprit
-que pour dominer ou tromper son mari.</p>
-
-<p>On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur
-Thophile ne voulut pas pouser la belle Icasie, dont
-il tait fort pris, parce qu'elle lui fit un jour une
-rponse si spirituelle qu'il en fut pouvant.</p>
-
-<p>Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau,
-est le flau de son mari, de ses enfants, de ses amis,
-de ses valets, de tout le monde. De la sublime lvation
-de son beau gnie, elle ddaigne tous ses devoirs
-de femme et commence toujours par se faire homme
- la manire de M<sup>lle</sup> de Lenclos. Au dehors, elle est
-toujours ridicule et trs-justement critique, parce
-qu'on ne peut manquer de l'tre sitt qu'on sort de
-son tat et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut
-prendre. Toutes les femmes grands talents n'en
-imposent qu'aux sots. On sait toujours quel est l'artiste
-ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand
-elles travaillent; on sait quel est le discret homme de
-lettres qui leur dicte en secret leurs oracles. Toute
-cette charlatanerie est indigne d'une honnte femme.
-Quand elle aurait de vrais talents, sa prtention les
-avilirait. Sa dignit est d'tre ignore, sa gloire est
-dans l'estime de son mari, ses plaisirs sont dans le
-bonheur de sa famille&hellip; Toute fille lettre restera fille
-quand il n'y aura que des hommes senss sur la terre.
-(<i>mile</i>, liv. V.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quris cur nolim te ducere, Galla? diserta es.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Martial, <small>XI</small>, 20.)</p>
-
-<p>On connat cette pense du vicomte de Bonald: A un
-homme d'esprit il ne faut qu'une femme de sens. C'est
-trop de deux esprits dans un mnage. Elle me rappelle
-la plaisante raison qu'allgua le troubadour Raymond
-de Miraval sa femme en la rpudiant: Tu
-rimes comme moi: c'est assez d'un pote dans un mnage.</p>
-
-<p>M<sup>lle</sup> de Lespinasse disait: Les femmes doivent tre
-instruites, mais non savantes.</p>
-
-<p>Le prjug contre les femmes savantes ou <i>clergesses</i>,
-comme on les appelait autrefois, tait fort rpandu
-dans le moyen ge, et les faisait passer pour magiciennes
-et sorcires. On croyait qu'elles taient capables
-de faire clore, par leur sueur, des monstres qui
-ne pouvaient tre dtruits qu' force d'eau bnite et
-d'exorcismes. Il existe sur ce sujet diverses traditions
-plus absurdes les unes que les autres. Marchangy, dans
-son <i>Tristan</i>, ch. <small>XXVI</small>, en cite une d'aprs laquelle une
-femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait
-couver un &oelig;uf de serpent d'o serait sorti un dragon
-volant trois ttes, qui ne se nourrissait que de sang
-humain.</p>
-
-<p>L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste
-pour les femmes qu'on nomme <i>bas bleus</i>. Elle se contente
-de les signaler comme ridicules, en faisant toutefois
-d'honorables exceptions en faveur de celles qui
-on ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des
-manires excentriques.</p>
-
-
-<div class="p" id="p402">Jamais habile femme ne mourut sans hritier.</div>
-<p>C'est--dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire
-pour lui en donner un, elle ne se fait pas scrupule
-de s'adresser <i>la cour des Aides</i>, qui lui fournit le
-vrai moyen de prvenir le cas de dshrence. Ce proverbe
-est traduit de l'espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">Muger aguda no muere
-sin herederos</i>. On croit qu'il fut introduit dans notre
-langue par la citation qu'en fit le comte de Grignaux
-au comte d'Angoulme, devenu depuis Franois I<sup>er</sup>,
-pour dtourner ce prince de courtiser Marie d'Angleterre,
-troisime femme de Louis XII.</p>
-
-<p>Il se pourrait pourtant qu'il ft en France d'aussi
-vieille date qu'en Espagne. Quoi qu'il en soit, l'ide
-qu'il exprime se retrouve chez divers peuples, et il est
-probable qu'elle a suggr Shakespeare ces paroles
-d'Yago Desdmona dans le second acte d'<i>Othello</i>:
-Femme belle n'est jamais sotte. Elle aura toujours
-l'esprit de se faire un hritier.</p>
-
-
-<div class="p" id="p403">Qui femme a, noise a.</div>
-<p>Saint Jrme dit: <i lang="la" xml:lang="la">Qui non litigat clebs est</i>. Celui
-qui n'a point de dispute vit dans le clibat. Ce qui
-parat avoir t un proverbe de son temps, invent probablement
-par quelque moine. Ainsi, il est dcid
-par l'autorit mme d'un Pre de l'glise que les querelles
-sont insparables de l'tat de mariage. Mais est-ce
-avec raison que le tort de ces querelles est imput
-aux femmes seules, comme le fait entendre cet autre
-proverbe formul par Ovide: <i lang="la" xml:lang="la">Dos est uxoria lites</i>.</p>
-
-<p>Consultez ces dames: elles rpondront toutes qu'il
-appartient en entier aux maris, qui ont voulu les charger
-des reproches qu'ils mritent eux-mmes. Aprs
-cela, tchez de rsoudre, si vous le pouvez, une question
-qui divise le genre humain en deux opinions si
-tranches. Le plus sage est de croire que ces opinions
-sont galement fondes. Montaigne dit trs-bien, la
-fin du chapitre <small>V</small> du livre III de ses <i>Essais</i>: Il est
-bien plus ais d'accuser un sexe que d'excuser
-l'autre.</p>
-
-<p>Cependant, s'il fallait mettre son avis sur cette
-grave question, je n'hsiterais pas prononcer que les
-femmes ont plus souvent raison que les hommes, en
-me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas
-moins vraie Paris qu' Pkin: <a name="p404" id="p404"></a>Un mari ne connat
-pas assez sa femme pour oser en parler, et une
-femme connat trop bien son mari pour pouvoir s'en
-taire.</p>
-
-
-<div class="p" id="p405">La femme querelleuse est pire que le diable.</div>
-<p>L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique
-latin d'un auteur du moyen ge:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quid dmone pejus?&mdash;Mulier rixosa: fugatur</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Iste piis precibus fit, et hc rabiosior illis.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Qu'y a-t-il de pire que le diable?&mdash;La femme querelleuse;
-car si l'on a recours aux prires le diable s'enfuit, et la femme
-devient plus enrage.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Salomon dit deux fois dans ses Proverbes (<small>XXI</small>, 9 et
-<small>XXV</small>, 24): Il vaudrait mieux tre assis en un coin sur
-le toit de sa maison que de rester avec une femme querelleuse
-sous le mme toit.</p>
-
-<p>Dans un autre endroit il compare la femme querelleuse
- un toit d'o l'eau dgoutte toujours: <i lang="la" xml:lang="la">Tecta
-jugiter pestillantia litigiosa mulier</i>. (Prov., <small>XIX</small>, 13.)</p>
-
-<p>Le peuple dit: <i>La femme est comme la botte: la meilleure
-est celle qui crie le moins.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p406">On ne peut avoir en mme temps femme et bnfice.</div>
-<p>Il y avait autrefois des bnfices que, durant certains
-mois, les collecteurs patrons taient obligs de
-confrer aux gradus de l'Universit; mais ces gradus
-ne pouvaient y tre nomms s'ils taient maris; de l
-ce proverbe dont le sens tait qu'on ne pouvait cumuler
-deux avantages.</p>
-
-<p>Les Italiens emploient dans un sens analogue cette
-factieuse ironie: <i lang="it" xml:lang="it">Non si pu avere la moglie ebbra e
-la botta piena.</i> On ne peut avoir sa femme ivre et sa
-barrique pleine.</p>
-
-
-<div class="p" id="p407">Rien n'est pire qu'une mchante femme.</div>
-<p>On disait au treizime sicle: <i>Le pire riens qui soit
-est une male femme</i>, c'est--dire une mchante femme.
-Mais ce proverbe remonte beaucoup plus haut. L'ide
-qu'il exprime se trouve dans l'<i>Iliade</i> o Agamemnon
-s'crie: O femmes, lorsque vous tournez au mal, les
-furies de l'enfer ne sont pas plus mchantes. En
-effet, ds qu'elles ont renonc cette retenue qui est
-le premier mrite de leur sexe, il n'y a point d'excs
-dont elles ne deviennent capables. C'est une vrit
-qu'ont mise en vidence de grands potes tragiques
-dans la peinture qu'ils ont faite des femmes perverses
-et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare;
-Mde, Clopatre et Rodogune, de P. Corneille.</p>
-
-<p>M. V. Hugo, dans sa <i>Lgende du beau Pcopin</i>, charmant
-pisode de ses <i>Lettres sur le Rhin</i>, cite le proverbe
-suivant sur la mchancet fminine: <i id="p477">Les chiens ont sept
-espces de rage, les femmes en ont mille</i>.</p>
-
-<p>Je ne sais quelles sont les sept espces de rage des
-chiens, et encore moins les mille des femmes.</p>
-
-<p>Il y a plusieurs autres dictons grossiers o les femmes
-sont assimiles aux chiens sous divers rapports,
-parmi lesquels ne figure point, on le pense bien, celui
-de la fidlit. Je m'abstiens de les reproduire, car ils
-ne peuvent donner lieu aucune remarque susceptible
-de quelque intrt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation
-existait dans le langage proverbial des anciens.
-Elle avait t suggre peut-tre par une tradition
-mentionne dans une posie de Simonide. Ce
-pote dit que Dieu forma la femme de la substance
-d'une chienne, et la fit semblable sa mre: <i lang="la" xml:lang="la">Mulierem
-ex cane fecit Deus, parenti su similem</i>. Ces mots latins
-sont la traduction littrale du texte grec, dont le sens
-allgorique n'a pas t expliqu par les commentateurs.</p>
-
-
-<div class="p" id="p408">Il faut craindre sa femme et le tonnerre.</div>
-<p>Voil un rapprochement qui prsente la femme
-comme un tre bien redoutable. L'est-elle donc ce
-point?&mdash;Oui, s'il faut en croire l'<i>Ecclsiastique</i>, qui a
-fait de sa mchancet un portrait effrayant, dont je ne
-citerai que ce trait analogue notre proverbe: <i lang="la" xml:lang="la">Non
-est ira super iram mulieris.</i> (<small>XXV</small>, 23.) <a name="p409" id="p409"></a>Il n'y a pas de colre
-qui surpasse la colre de la femme.</p>
-
-<p>Virgile a dit: On sait ce que peut une femme
-furieuse. <i lang="la" xml:lang="la">Notumque furens quid f&oelig;mina possit.</i> (<i>neid.</i>,
-V, 6.)</p>
-
-<p>La conclusion morale tirer du proverbe, c'est qu'il
-faut avoir pour sa femme des procds pleins de douceur;
-car plus son courroux est craindre, plus il importe
- l'homme de ne pas le provoquer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p410">La femme est un mal ncessaire.</div>
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Mulier malum necessarium</i>, proverbe de tous les temps
-et de tous les lieux, pour signifier que l'homme ne peut
-se passer de la femme, et qu'il doit s'appliquer vivre
-avec elle aussi bien que possible puisqu'il ne saurait
-vivre sans elle.</p>
-
-<p>Un personnage de l'antiquit, qui avait pous une
-femme presque naine, s'en excusait en disant: J'ai
-choisi le plus petit des maux.</p>
-
-
-<div class="p" id="p411">Femme barbue, de loin la salue, un bton la main.</div>
-<p>C'tait un prjug assez gnralement admis dans le
-moyen ge qu'une femme qui avait de la barbe ne pouvait
-manquer d'tre sorcire, et qu'il fallait se garantir
-de l'approche de ce suppt de Satan, en usant d'abord
-de certains procds poliment calculs pour ne pas
-l'irriter et en recourant enfin des moyens coercitifs,
-<i>si faire autrement ne se pouvait</i>. C'est l prcisment ce
-que recommande ce vieux dicton en disant de <i>la saluer
-de loin, un bton la main</i>.</p>
-
-<p>Dans un temps o tant de gens taient accuss d'tre
-sorciers par tant d'autres qui certainement ne l'taient
-pas, on ne se bornait point regarder la barbe chez
-les femmes comme un indice de sorcellerie, on se figurait
-aussi que leur vieillesse en tait un non moins manifeste,
-lorsqu'elle offrait certain caractre de laideur,
-et de l est venue la locution proverbiale de <i>vieille sorcire</i>,
-qui s'est conserve pour dsigner une femme
-vieille, laide et mchante. Cette qualification injurieuse
-fut fonde, suivant Gerson, sur ce que les femmes
-vieilles ont toujours eu plus de penchant la superstition
-que les jeunes (<i lang="la" xml:lang="la">Tract. contra superstitios,
-dierum observat.</i>), ce qui ne veut pas dire que les jeunes
-en soient exemptes; car la superstition abonde dans
-tout c&oelig;ur fminin, s'il faut en croire Martin de Arls,
-qui a remarqu, dans son <i>Trait des superstitions</i>,
-que le nombre des sorcires a t en tout temps bien
-plus considrable que celui des sorciers.&mdash;Joignez
-cela l'observation suivante faite par M. E. Pelletan:
-La femme tourne aisment la sorcellerie. Le jsuite
-Paul Leyman, envoy comme inquisiteur en Allemagne
-pour y brler des multitudes de sorciers, explique
-ainsi, dans son <i lang="la" xml:lang="la">Malleus maleficarum</i>, cette incorrigible
-condescendance de la femme la volont de Satan:&mdash;Le
-nom de femme, dit-il, vient de <i lang="la" xml:lang="la">mulier</i>, tendre;
-<i lang="la" xml:lang="la">mulier</i> vient de <i lang="la" xml:lang="la">mollis</i>, qui a engendr, son tour, <i lang="la" xml:lang="la">malleabilis</i>,
-mallable; or, par cela mme que la femme
-est mallable, elle est facile ptrir, et le diable a toujours
-la main fourre dans le ptrin. (Feuilleton de
-la <i>Presse</i>, 31 janvier 1850.)</p>
-
-<p>Lactance avait donn de <i lang="la" xml:lang="la">mulier</i> une tymologie,
-semblable quant au fond, qui tait reue chez les
-Latins. On lit dans son trait intitul: <i>De l'ouvrage de
-Dieu</i>, ch. <small>XVII</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier</i> vient de <i lang="la" xml:lang="la">mollities</i>, et signifie
-la faiblesse et la mollesse.</p>
-
-
-<div class="p" id="p412">Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne.</div>
-<p>Ce proverbe, qu'on divise quelquefois en deux, est
-une sentence mane des anciennes cours d'amour. Il
-n'a une juste application qu'en matire de galanterie,
-pour signifier que la femme qui reoit des prsents
-d'un homme met son honneur en danger, et que celle
-qui fait des prsents un homme est tout fait vile et
-dshonore. J.-J. Rousseau a dit de cette dernire: La
-femme qui donne est traite par le vil qui reoit
-comme elle traite le sot qui donne.</p>
-
-<p>Gabriel Meurier rapporte, dans son <i>Trsor des sentences</i>,
-ce distique proverbial, qui propose une excellente
-rgle de conduite:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p520">Fille, pour son honneur garder,</div>
-<div class="verse">Ne doit ni prendre ni donner.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p413">Une femme ne cle que ce qu'elle ne sait pas.</div>
-<p>C'est--dire qu'une femme est incapable de garder
-un secret. Mais cela doit s'entendre d'un secret qui lui
-est confi et non d'un secret qui lui appartient en propre;
-car elle cache toujours trs-bien ce qu'il lui importe
-personnellement de cacher; par exemple, son
-indiscrtion ne va presque jamais jusqu' rvler son
-ge, pour peu que cet ge dpasse le chiffre de la premire
-jeunesse, et <i>si l'on veut la faire mentir coup sr,
-il n'y a qu' le lui demander</i>, comme le dit un proverbe
-qu'on trouvera comment dans ce recueil.</p>
-
-<p>La conclusion tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne
-faut confier aux femmes que les choses dont on dsire
-que le public soit instruit.</p>
-
-<p>Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre
-les trahisons attribues, tort ou raison, la langue
-fminine, en disant: <i id="p414">Si la femme est mauvaise, mfie-toi
-d'elle; si elle est bonne, ne lui confie rien.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p415">A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt.</div>
-<p>Ce proverbe parat tre une allusion l'histoire de
-Job, dont Dieu fit, dit-on, mourir subitement la femme,
-quand il le dlivra de tous ses maux, et lui rendit sa
-belle existence; car il jugeait impossible que le saint
-homme pt redevenir compltement heureux en conservant
-sa mauvaise compagne. Ce fait, qui ne se
-trouve point mentionn dans le texte sacr, est de tradition
-juive, et il doit tre considr comme une de
-ces fables imagines par les rabbins pour expliquer et
-corroborer l'esprit de la Bible gnralement hostile
-aux filles d've.</p>
-
-<p>Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage
-qu'un <i>mari bien marri</i> croit retirer de la mort de
-sa femme: <i id="p416">A qui perd sa femme et un denier c'est grand
-dommage de l'argent</i>. Les Italiens disent de mme: <i lang="it" xml:lang="it">Chi
-perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del
-quattrino</i>.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p417"><span class="blk">Deuil de femme morte<br />
-Dure jusqu' la porte.</span></div>
-
-<p>Trop souvent, hlas! il ne va gure plus loin, et quelquefois
-mme il y a lieu de souponner qu'il n'irait
-pas jusque-l s'il n'tait accompagn du mcontentement
-que peut causer encore la prsence de la morte.
-C'est un dernier effet de l'antipathie conjugale laquelle
-cette contrarit semble communiquer une apparence
-de douleur, et voil pourquoi l'on accuse les
-maris d'tre toujours presss de faire enterrer leurs
-femmes. On connat le mot de celui qui ordonna de
-porter la sienne au cimetire au moment mme o elle
-venait d'expirer. Comme on lui reprsentait que le
-corps tait encore tout chaud: Faites ce que je dis,
-s'cria-t-il en colre: elle est assez morte comme
-cela.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p418"><span class="blk">Ci-gt ma femme. Ah! qu'elle est bien,<br />
-Pour son repos et pour le mien!</span></div>
-
-<p>Cette pitaphe pigrammatique passe en proverbe
-a t faussement attribue Piron; elle est du jurisconsulte
-Jacques du Lorens, connu par un recueil de
-satires imprim en 1624. Nicolas Bourdon, pote latin,
-ami de l'auteur, la reproduisit dans ce distique
-assez joliment tourn qu'on a pris tort pour l'original:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span lang="la" xml:lang="la">Clausa sub hoc tumulo conjux jacet. O bene factum!</span></div>
-<div class="verse i2"><span lang="la" xml:lang="la">Nam requiesco domi, dum requiescit humi.</span></div>
-</div>
-
-<p>Bientt aprs elle fut traduite en anglais, en italien
-et en plusieurs autres langues, qui en firent comme la
-ntre la devise de tout mari joyeux d'avoir enterr sa
-femme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p419">La chandelle se brle, et cette femme ne meurt point.</div>
-<p>Dicton usit par plaisanterie parmi le peuple de Paris,
-en parlant d'une chose qui se fait attendre ou
-d'une esprance qui tarde se raliser. On prtend
-qu'il fut, dans le principe, un mot d'impatience chapp
- un certain mari qui, tmoin de l'agonie de sa femme,
-se dsolait de la voir durer plus longtemps que la
-chandelle bnite, allume, selon l'usage, au chevet du
-lit de l'agonisante.</p>
-
-
-<div class="p" id="p420">Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie.</div>
-<p>Mauvaise plaisanterie de quelque Sganarelle. Celui
-de Molire en fait une de la mme espce. Lorsque la
-suivante de Clie l'appelle en s'criant: Ma matresse
-se meurt! il lui rpond:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&hellip; Quoi! ce n'est que cela.</div>
-<div class="verse">Je croyais tout perdu de crier de la sorte.</div>
-</div>
-
-<p>Un proverbe espagnol venge le beau sexe de l'injustice
-du ntre. Une femme y dit: <i lang="es" xml:lang="es">No es nada, sino que
-matan a mi marido.</i> <a name="p534" id="p534"></a>Ce n'est rien, c'est mon mari que
-l'on tue.</p>
-
-<p>Je partage le sentiment exprim par La Fontaine dans
-les vers du dbut de sa fable intitule <i>la Femme noye</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne suis pas de ceux qui disent: <i>Ce n'est rien,</i></div>
-<div class="verse i4"><i>C'est une femme qui se noie</i>;</div>
-<div class="verse">Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien</div>
-<div class="verse">Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Liv. III, fable <small>XVI</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p421">Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer.</div>
-<p>Ce proverbe a t originairement une formule de
-droit coutumier. Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie
-autorisaient les maris, en certaines provinces,
- battre leurs femmes, mme jusqu' effusion de sang,
-pourvu que ce ne ft pas avec un fer moulu et qu'il
-n'y et point de membre fractur. Les habitants de
-Villefranche, en Beaujolais, jouissaient de ce brutal
-privilge qui leur avait t concd par Humbert IV,
-sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques chroniques
-assurent que le motif d'une telle concession fut
-l'esprance qu'avait ce seigneur d'attirer un plus grand
-nombre d'habitants, esprance qui fut promptement
-ralise.</p>
-
-<p>On trouve dans l'<i>Art d'aimer</i>, pome d'un trouvre,
-la recommandation suivante: Garde-toi de frapper
-ta dame et de la battre. Songe que vous n'tes point
-unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle
-te dplat, tu peux la quitter.</p>
-
-<p>La chronique bordelaise, anne 1314, rapporte ce
-fait singulier: A Bordeaux, un mari, accus d'avoir
-tu sa femme, comparut devant les juges et dit pour
-toute dfense: Je suis bien fch d'avoir tu ma
-femme; mais c'est sa faute, car elle m'avait grandement
-irrit. Les juges ne lui en demandrent pas
-davantage, et ils le laissrent se retirer tranquillement,
-parce que la loi, en pareil cas, n'exigeait du coupable
-qu'un tmoignage de repentir.</p>
-
-<p>Un de ces vieux almanachs qui indiquaient nos
-aeux les actions qu'ils devaient faire jour par jour
-donne, en plusieurs endroits, l'avertissement que voici:
-Bon battre sa femme en hui.</p>
-
-<p>Cette odieuse coutume, qui se maintint lgalement
-en France, suivant Fernel, jusqu'au rgne de Franois
-I<sup>er</sup>, parat avoir t fort rpandue dans le treizime
-sicle; mais elle remonte une poque bien
-plus recule. Le chapitre 131 des <i>Lois anglo-normandes</i>
-porte que le mari est tenu de chtier sa femme comme
-un enfant si elle lui fait infidlit pour son voisin. <i lang="la" xml:lang="la">Si
-deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi puerum.</i></p>
-
-<p>Mahomet permet aussi aux musulmans de battre
-leurs pouses lorsqu'elles manquent d'obissance. (<i>Koran</i>,
-<small>IV</small>, 38.)</p>
-
-<p>Un canon du concile tenu Tolde, l'an 400, dit:
-Si la femme d'un clerc a pch, le clerc peut la lier
-dans sa maison, la faire jener et la chtier, sans
-attenter sa vie, et il ne doit pas manger avec elle
-jusqu' ce qu'elle ait fait pnitence.</p>
-
-<p>Il fallait que ce concile et des raisons bien graves
-pour rendre cette dcision. Sans cela, des ministres de
-la religion chrtienne, qui a tant fait pour l'mancipation
-et la dignit des femmes, auraient-ils pu concevoir
-la pense de les soumettre une pnalit si brutale
-et si dgradante? N'auraient-ils pas t conduits,
-au contraire, par l'esprit de cette religion o tout est
-douceur et charit, proclamer le principe de la loi
-indienne du code de Manou, qui dit dans une formule
-pleine de dlicatesse et de posie: Ne frappe pas
-une femme, et-elle commis cent fautes, pas mme
-avec une fleur.</p>
-
-<p>Remarquons, du reste, que le droit de battre n'a
-pas toujours appartenu aux maris exclusivement. La
-dame noble qui avait pous un roturier pouvait lui
-infliger la correction avec des verges, toutes les fois
-qu'elle le jugeait convenable.</p>
-
-<p>R&oelig;derer dit dans son <i>Histoire de Franois I<sup>er</sup></i>: Plusieurs
-monuments attestent que le rgne de ce prince
-fut l'poque o le sexe, non content de se soustraire
-la barbarie qui autorisait les maris, les obligeait mme
- corriger les pouses infidles, tablit encore l'usage
-plus rvoltant qui autorisa les femmes infidles ou
-fidles corriger et battre leurs maris.</p>
-
-<p>Jean Belet, dans son <i>Explication de l'office divin</i>,
-parle d'un singulier usage de son temps: La femme,
-dit-il, bat son mari la troisime fte de Pques, et
-le mari bat sa femme le lendemain. Ce qu'ils font
-pour marquer qu'ils se doivent la correction l'un
-l'autre et empcher qu'ils ne se demandent, en ce
-saint temps, le devoir conjugal.</p>
-
-<p>La raison pour laquelle les poux devaient s'abstenir
-du devoir conjugal, non-seulement pendant les
-ftes de Pques, mais pendant les autres ftes et les
-dimanches, tait fonde sur une superstition qui leur
-faisait craindre que les enfants procrs ces jours-l
-ne fussent nous, contrefaits, pileptiques ou lpreux.
-Cette superstition existait ds le sixime sicle. (Voyez
-Grgoire de Tours, <span lang="la" xml:lang="la"><i>de Mirac.</i>, S. Martini, lib. II,
-cap. <small>XXIV</small>.</span>)</p>
-
-<p>Les prtres paens prescrivaient aussi la continence
-pendant les jours consacrs aux ftes d'Isis, comme
-nous l'apprennent Ovide et Properce: le premier,
-dans la huitime lgie du livre I<sup>er</sup> <i>des Amours</i>, et le
-second dans la trente-cinquime lgie de son livre II,
-o il se plaint de la longue sparation que cette desse
-a impose des c&oelig;urs si brlants de se runir.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu dea tam cupidos toties divisit amantes.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p422">Battre sa femme ne lui te folle pense.</div>
-<p>Proverbe traduit du roman <i lang="oc" xml:lang="oc">Battre molher non li tol
-fol consire</i>.</p>
-
-<p>Arlequin a beau dire que les femmes ressemblent
-aux ctelettes, qui deviennent plus tendres quand elles
-sont bien battues, il faut se dfier de cette tendresse
-qu'elles font paratre aprs les mauvais traitements;
-car ce n'est presque toujours qu'une feinte sous laquelle
-elles cachent des projets de vengeance. La brutalit
-des maris ne sert qu' les rendre pires, et ceux-ci n'ont
-rien de mieux faire que de <i>prendre patience en enrageant</i>.
-Je les engage dans leur propre intrt mditer
-srieusement cet autre proverbe fort raisonnable: <i id="p423">Celui
-qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac
-de farine: tout le bon s'en va, et le mauvais reste.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p424">Il faut toujours que la femme commande.</div>
-<p>C'est un vers du joli conte de Voltaire intitul: <i>Ce
-qui plat aux dames</i>. Mais ce vers n'est que la reproduction
-d'un proverbe antique, rapport dans le <i>Zend-Avesta</i>,
-o une femme, somme par les Mages de dire
-ce que chaque femme dsire le plus, leur rpond:
-tre aime et soigne de son mari, <i>tre matresse de
-la maison</i>, rponse pour laquelle ces prtres indigns
-la font mourir sous leurs coups.</p>
-
-<p>Nous avons aussi le proverbe rim:</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p425"><span class="blk">Femme veut en toute saison<br />
-tre matresse en sa maison.</span></div>
-
-<p>Le dsir le plus vif et l'tude la plus constante des
-femmes, de mre en fille, depuis que le monde existe
-et dans tout pays, c'est donc d'tre matresses. Elles
-ont, pour y parvenir, une tactique merveilleuse, qui ne
-se trouve presque jamais en dfaut. Les hommes civiliss
-ne savent pas y rsister, et le droit du plus fort
-dont ils se glorifient n'est rien en comparaison du droit
-du plus fin dont elles ne se vantent pas.</p>
-
-<p>Un vieux Minnesinger, dans un accs de gyncomanie
-potique, a cherch montrer par une allgorie
-singulire que la femme est rellement la matresse. Il
-l'a reprsente assise sur un trne superbe, avec une
-constellation de douze toiles pour couronne et la tte
-de l'homme pour marchepied.</p>
-
-<p>On a prtendu que dans l'antiquit le beau sexe fut
-gnralement rduit une espce d'esclavage. Cet
-tat, inconciliable avec le caractre dont il est dou,
-n'a pu exister que par exception et chez un petit nombre
-de peuples, et je pense qu'on pourrait tablir
-contre l'opinion commune que la gyncocratie politique
-et la gyncocratie domestique ont t plus en
-usage dans les sicles antrieurs au christianisme que
-dans certains sicles postrieurs. Sans vouloir nier les
-amliorations que l'esprit de cette divine religion a
-fini par introduire dans l'tat social de la femme, je
-vais prsenter quelques faits historiques assez curieux
- l'appui de mon assertion. La <i>Bible</i> et les pomes
-d'Homre nous montrent les femmes libres ds les
-temps les plus reculs. On ne saurait tirer une preuve
-du contraire de ce que, ces poques primitives, elles
-vivaient confines dans l'intrieur des maisons. C'taient
-les m&oelig;urs et non les lois qui le voulaient ainsi; car il
-n'y aurait pas eu de scurit pour elles au dehors. Les
-inconvnients de cet tat cessrent mesure que la civilisation
-se dveloppa. Les femmes grecques jouissaient
-d'une libert modre qui dgnra en indpendance
-pendant que leurs maris faisaient le sige
-de Troie. Plus tard, elles rgnrent chez elles et exercrent
-souvent une influence puissante sur les affaires
-de l'tat, comme nous le voyons dans Aristophane. Les
-dames romaines, d'abord tenues pour mineures, devinrent
-bientt matresses. Caton l'Ancien signalait
-leur empire en disant: Les autres hommes commandent
- leurs femmes; nous, tous les autres hommes,
-et nos femmes nous.</p>
-
-<p>On sait que chez les Gaulois, les femmes possdaient
-une grande autorit et sigeaient dans le haut conseil
-de la nation. Elles taient honores par eux et par
-tous les peuples de la mme race comme des tres
-dous de lumires instinctives manes du ciel. C'tait
-un prjug sacr que les druides avaient emprunt,
-dit-on, la religion assyrienne laquelle la leur ressemble
-en plusieurs points, et l'on a prtendu que ce
-fut en vertu de ce prjug que Smiramis fit une loi
-rpute longtemps inviolable qui attribuait aux femmes
-l'autorit sur les hommes. La lgislation des Sarmates
-prescrivit qu'en toutes choses, dans les familles et dans
-les villes, les hommes fussent sous le gouvernement
-des femmes. En gypte, chaque mari devait tre esclave
-de la volont de la sienne: il s'y engageait formellement
-par une clause indispensable exige dans
-tous les contrats de mariage. A Carras en Assyrie, il y
-avait un temple ddi la lune, o l'on n'admettait que
-ceux qui faisaient hautement profession de se montrer
-toujours soumis leurs pouses, et l'on assure que de
-toute la contre les dvots plerins ne cessaient d'y
-affluer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p426">La femme veut porter la culotte.</div>
-<p>On a dit plus anciennement: <i>Veut porter le haut-de-chausses</i>,
-et plus anciennement encore: <i>Veut chausser
-les braies</i>, expressions parfaitement synonymes en parlant
-d'une femme qui aspire matriser son mari.
-Fleury de Bellingen, auteur des <i>Illustres Proverbes</i>, a
-pens que ces expressions avaient leur fondement dans
-l'histoire ancienne, et voici la singulire explication
-qu'il en a donne: La reine Smiramis, prvoyant,
-aprs la mort de Ninus, son poux, que les Assyriens
-ne voudraient pas se soumettre l'empire d'une
-femme, et voyant que son fils Zamis, ou Ninias, comme
-le nomme Justin, tait trop jeune pour tenir les rnes
-d'un si grand tat, se prvalut de la ressemblance
-naturelle qu'il y avait entre la mre et l'enfant, se vtit
-des habits de son fils et lui donna les siens afin qu'tant
-pris pour elle, et elle pour lui, elle pt rgner en sa
-place. Plus tard, ayant acquis l'amour de ses sujets,
-elle se fit connatre pour ce qu'elle tait et fut juge
-digne du trne. Quand nous disons des femmes
-gnreuses qu'<i>elles portent le haut-de-chausses</i>, nous
-faisons allusion cette reine qui rgna en habits
-d'homme.</p>
-
-<p>On trouvera sans doute que Fleury de Bellingen est
-all chercher trop loin l'origine d'une locution qui, en
-la supposant antique, n'a pu natre que dans notre ancienne
-Gaule narbonnaise que les Romains appelaient
-<i lang="la" xml:lang="la">Gallia braccata</i>, parce qu'elle tait le seul pays du
-monde o l'on portt des braies ou culottes. Cependant
-il aurait pu l'aller chercher plus loin encore, si la fantaisie
-lui en et pris: son imagination, au lieu de s'arrter
- la reine d'Assyrie, n'avait qu' remonter la
-mre du genre humain. Il lui et t mme plus ais
-de dmontrer qu've <i>porta la culotte</i>, dans le sens propre,
-comme dans le sens figur, car la Gense, parlant
-de nos premiers parents occups vtir leur nudit,
-dit textuellement: <i lang="la" xml:lang="la">Consuerunt folia ficus et facerunt sibi
-perizomata</i>; ce qu'un ancien traducteur, Le Fvre d'Estaples,
-a rendu en ces termes: Ils cousirent des
-feuilles de figuier et s'en firent <i>des braies</i>. (dition
-de Genve, 1562). Bellingen aurait du moins obtenu
-par une telle explication le suffrage de toutes les
-femmes, charmes de voir dans un passage des livres
-saints la preuve irrcusable qu'elles n'ont pas moins
-que les hommes le droit de <i>porter la culotte</i>.</p>
-
-<p>Mais faisons trve la plaisanterie, et cherchons une
-origine raisonnable. Hue Piaucelle, un de nos plus anciens
-trouvres, a compos un fabliau intitul: <i>Sire
-Hains et dame Anieuse</i>. Ces deux poux n'taient jamais
-d'accord. La femme contrecarrait sans cesse le mari.
-Celui-ci, fatigu, lui dit un jour: coute, tu veux
-tre la matresse, n'est-ce pas? et moi je veux tre le
-matre. Or, tant que nous ne cderons ni l'un ni l'autre,
-il ne sera pas possible de nous entendre. Il faut, une
-fois pour toutes, prendre un parti, et puisque la raison
-n'y fait rien, dcidons-en autrement. Quand il eut
-parl de la sorte, il prit un haut-de-chausses qu'il porta
-dans la cour de la maison et proposa la dame de le
-lui disputer, condition que la victoire donnerait pour
-toujours, qui l'obtiendrait, une autorit pleine et
-entire dans le mnage. Elle y consentit: la lutte s'engagea
-en prsence de la commre Aupais et du voisin
-Simon, choisis pour tmoins. Sire Hains, aprs avoir
-prouv la plus opinitre rsistance de dame Anieuse,
-finit par emporter le prix de ce combat judiciaire.
-L'abb Massieu et le Grand d'Aussy ont pens que le
-fabliau de Piaucelle a donn lieu l'expression <i>porter
-le haut-de-chausses</i>; mais il n'a fait que la populariser,
-car il est positif qu'elle lui est antrieure.</p>
-
-<p>On pourrait conjecturer qu'elle a d s'introduire
-une poque o les caleons et les hauts-de-chausses
-faisaient partie de l'habillement des dames nobles, et
-o celles de ces dames qui avaient pris des maris bourgeois
-jouissaient du privilge de leur commander et
-mme de les frapper avec des verges lorsqu'ils ne se
-montraient pas assez soumis. Mais une telle conjecture,
-quoique fonde sur un fait attest par de graves
-et vridiques auteurs, A.-A. Monteil entre autres, me
-semble inadmissible comme la prcdente, et pour la
-mme raison. Je rejette toute origine historique, et je
-crois qu'on a naturellement attribu le costume du
-mari la femme qui aspire jouer le rle du mari.
-C'est d'ailleurs ce qui se faisait chez les anciens. Denys
-de Syracuse, voulant punir un homme qui s'tait
-laiss battre par sa femme, ordonna qu'il ft habill
-en femme et que la femme ft habille en homme,
-parce que la nature avait d se tromper en les crant.</p>
-
-<p>La locution <i>porter la culotte</i> est ce qu'on appelle un
-symbole parl.</p>
-
-
-<div class="p" id="p427">tre sous la pantoufle de sa femme.</div>
-<p>Voici l'origine historique justement assigne cette
-locution par M. Chassan, auteur de la <i>Symbolique du
-droit</i>: Grgoire de Tours, dans la Vie des Pres, ch. <small>XX</small>,
-et Ducange, au mot <i lang="la" xml:lang="la">calceamenta</i>, disent que le fianc
-faisait prsenter un soulier, ordinairement le sien, sa
-future pouse. Il parat mme, d'aprs M. Ryscher, que
-c'tait lui qui l'en chaussait. En se dchaussant, il
-s'exposait marcher d'un pas moins ferme, et se plaait
-ainsi dans une condition infrieure vis--vis de sa
-fiance; en mettant lui-mme le soulier au pied de sa
-fiance, il s'humiliait devant elle, et de l vient que,
-pour dsigner un mari que sa femme gouverne, on dit
-encore aujourd'hui en France qu'<i>il est sous la pantoufle
-de sa femme</i>. De l aussi le mot de Grimm, qui enseigne
-que la pantoufle est encore un symbole fort usit de la
-puissance qu'exerce la femme sur le mari. (<i lang="de" xml:lang="de">Poesie in
-Recht.</i>, 10.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p629">La poule ne doit pas chanter devant le coq.</div>
-<p>Proverbe qui se trouve textuellement dans la comdie
-des <i>Femmes savantes</i>, mais qui est antrieur cette
-pice, comme le prouvent ces deux vers de Jean de
-Meung:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">C'est chose qui moult me desplaist</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Quand poule chante et coq se taist.</div>
-</div>
-
-<p>Quelques glossateurs prtendent qu'une femme qui
-se trouve avec son mari dans une socit ne doit pas
-prendre la parole avant que son mari ait parl, car le
-mot <i>devant</i>, disent-ils, est ici une prposition de temps
-qui remplace <i>avant</i>, comme dans cette phrase de Bossuet:
-Les anciens historiens qui mettent l'origine de
-Carthage <i>devant</i> la prise de Troie. Mais il est certain
-que leur rudition grammaticale les a fourvoys. Le
-vritable sens est qu'une femme doit se taire en prsence
-de son mari, et attendre qu'il <i>lui donne langue</i>,
-comme on disait autrefois. Un usage de l'ancienne civilit
-obligeait les femmes demander aux maris la
-permission de parler, quand elles avaient quelque
-chose dire devant des trangers. La preuve en est
-dans plusieurs passages de nos vieux auteurs, notamment
-dans la phrase suivante de l'<i>Heptamron</i> de Marguerite
-de Valois, reine de Navarre: <span lang="frm" xml:lang="frm">Parlemante, qui
-estoit femme d'Hircan, laquelle n'estoit jamais oisive
-et mlancolique, ayant demand son mari cong
-(permission) de parler, dist, etc.</span><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> On a prtendu que cet usage tait une drivation des ordonnances de Numa
-Pompilius contre le caquet des femmes, qu'il voulait obliger de ne parler qu'en
-prsence de leurs maris.</p>
-</div>
-<p>Les Persans disent: <i id="p630">Quand la poule veut chanter comme
-le coq, il faut lui couper la gorge.</i> Proverbe dont ils font
-l'application aux femmes qui veulent cultiver la posie.
-Ce mme proverbe existe en France de temps immmorial
-chez les habitants de la campagne, pour exprimer,
-au figur, une menace peu srieuse contre les
-femmes qui se mlent de discourir et de dcider la
-manire des hommes, et, au propre, une observation
-d'histoire naturelle. Cette observation est que la poule
-cherche quelquefois imiter le chant du coq, et que
-cela lui arrive surtout lorsqu'elle est devenue trop
-grasse et ne peut plus pondre, c'est--dire dans un
-temps o elle n'est plus bonne qu' mettre au pot.</p>
-
-<p id="p631">Il y a une superstition sur la poule qui coqueline.
-On croit, en Normandie, qu'elle annonce la mort de
-son matre, ou la sienne.</p>
-
-<p>Les habitants de la valle de la Garonne, qui s'tend
-entre Langon et Marmande, sont persuads que par
-cette manire de coqueliner, qu'ils appellent <i>chanter
-le bguey</i><a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, elle prsage une foule de malheurs.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Bguey</i> se dit pour <i>coq</i> et, par extension, pour <i>chant du coq</i>, dans l'idiome
-du pays. <i>Chanter le bguey</i> a t originairement une ellipse de <i>chanter</i> comme le
-<i>bguey</i> ou coq.</p>
-</div>
-<p>Voici ce que disait ce sujet un feuilleton sign
-J. B., dans la <i>Quotidienne</i> du 15 aot 1845: Une poule
-vient-elle <i>chanter le bguey</i>, il n'y a pas un instant
-perdre, il faut la porter au march, la vendre et consacrer
-le prix obtenu l'acquisition d'un cierge dont
-vous ferez hommage la paroisse. Si vous n'avez pas
-trouv d'acheteur pour cette bte rprouve, vous aurez
-la ressource de la peser aprs l'avoir attache dans
-un linge blanc, et vous verrez ensuite si elle demeure
-parfaitement tranquille. Je suppose que vous avez essay
-de tous ces moyens, et qu'aucun ne vous a russi:
-dcidez-vous alors tordre le cou au volatile. Il ne
-cesserait de faire des contorsions, des soubresauts, et
-entretiendrait au milieu de la population de votre
-basse-cour une inquitude continuelle et des terreurs
-sans nom. Mais surtout que personne ne porte la dent
-sur la chair de la victime.</p>
-
-<p>Les Romains avaient aussi leur superstition sur le
-chant de la poule. Ce chant prsageait aux maris que
-la femme serait la matresse. Donat, grammairien
-latin du quatrime sicle, en a fait la remarque dans
-son commentaire sur Trence, en expliquant la phrase
-<i lang="la" xml:lang="la">Gallina cecinit</i>, la poule a chant, que ce comique a
-employe, acte IV, sc. <small>IV</small>, du <i>Phormion</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p428">Pour faire mentir une femme coup sr il n'y a qu' lui demander
-son ge.</div>
-<p>Il est peu prs certain que, si elle rpond une
-telle question, elle ne le fera qu'aux dpens de la vrit,
-car elle voit trop d'avantages tre jeune et le
-paratre pour qu'elle rsiste l'envie de se rajeunir un
-peu. De l cette accusation de mensonge formule
-dans ce proverbe peu galant dont la LII<sup>e</sup> des <i>Lettres
-persanes</i> offre le spirituel dveloppement en action
-que voici:</p>
-
-<p>J'tais l'autre jour dans une socit o je me divertis
-assez bien. Il y avait l des femmes de tous les
-ges; une de quatre-vingts ans, une de soixante, une
-de quarante qui avait une nice de vingt vingt-deux
-ans. Un certain instinct me fit approcher de cette dernire,
-et elle me dit l'oreille: Que dites-vous de ma
-tante qui, son ge, veut avoir des amants et fait encore
-la jolie?&mdash;Elle a tort, lui dis-je, c'est un dessein
-qui ne convient qu' vous. Un moment aprs, je
-me trouvai auprs de sa tante qui me dit: Que dites-vous
-de cette femme, qui a pour le moins soixante
-ans, qui a pass aujourd'hui plus d'une heure sa
-toilette?&mdash;C'est un temps perdu, lui dis-je, et il faut
-avoir vos charmes pour devoir y songer. J'allai
-cette malheureuse femme de soixante ans et la plaignis
-dans mon me, lorsqu'elle me dit l'oreille:
-Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a
-quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de
-feu: elle veut faire la jeune, et elle y russit, car
-cela approche de l'enfance. Ah! mon Dieu! dis-je
-en moi-mme, ne sentirons-nous jamais que le ridicule
-des autres? C'est peut-tre un bonheur, disais-je
-ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les
-faiblesses d'autrui. Cependant j'tais en train de me
-divertir, et je dis: Nous avons assez mont; descendons
- prsent, et commenons par la vieille qui est au
-sommet. Madame, vous vous ressemblez si fort, cette
-dame qui je viens de parler et vous, qu'il semble
-que vous soyez deux s&oelig;urs; je vous crois peu prs
-de mme ge.&mdash;Vraiment, monsieur, me dit-elle,
-lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur;
-je ne crois pas qu'il y ait d'elle moi deux
-jours de diffrence. Quand je tins cette femme
-dcrpite, j'allai celle de soixante ans. Il faut, madame,
-que vous dcidiez un pari que j'ai fait: j'ai
-gag que cette femme et vous, lui montrant la femme
-de quarante ans, tiez de mme ge.&mdash;Ma foi, dit-elle,
-je ne crois pas qu'il y ait six mois de diffrence.
-Bon! m'y voil, continuons; je descendis
-encore et j'allai la femme de quarante ans. Madame,
-faites-moi la grce de me dire si c'est pour
-rire que vous appelez cette demoiselle, qui est
-l'autre table, votre nice? Vous tes aussi jeune
-qu'elle; elle a mme quelque chose dans le visage de
-pass que vous n'avez certainement pas: et ces couleurs
-vives qui paraissent sur votre teint&hellip;&mdash;Attendez,
-me dit-elle, je suis sa tante, mais sa mre avait
-pour le moins vingt-cinq ans de plus que moi; nous
-n'tions pas de mme lit; j'ai ou dire feu ma s&oelig;ur
-que sa fille et moi naqumes la mme anne.&mdash;Je le
-disais bien, madame, et je n'avais pas tort d'tre
-tonn.</p>
-
-<p>Mon cher Usbeck, les femmes qui se sentent finir
-d'avance par la perte de leurs agrments, voudraient
-reculer avec la jeunesse. Eh! comment ne chercheraient-elles
-pas tromper les autres? elles font tous
-leurs efforts pour se tromper elles-mmes, et se drober
- la plus affligeante de toutes les ides.</p>
-
-
-<div class="p" id="p429">Servez monsieur Godard! sa femme est en couches.</div>
-<p>Ironie proverbiale contre les prtentions outrecuidantes
-d'un paresseux qui voudrait qu'on lui ft sa besogne,
-d'un indiscret qui, en demandant quelque service,
-semble l'exiger, ou d'un impertinent qui se donne
-des airs de commander. Elle fait allusion un usage
-autrefois rpandu dans le Barn et dans les provinces
-limitrophes, en vertu duquel le mari d'une femme en
-couches se mettait au lit pour recevoir les visites des
-parents et amis, et s'y tenait mollement plusieurs jours
-de suite, ayant soin de se faire servir des mets succulents.
-Une telle tiquette, dsigne par l'expression
-<i id="p333">faire la couvade</i>, qui en indique assez clairement le motif,
-se rattachait probablement au culte des <i lang="la" xml:lang="la">Geniales</i>,
-dieux qui prsidaient la gnration. Elle n'tait pas
-moins ancienne que singulire. Le pote Apollonius
-de Rhodes en a signal l'existence sur les ctes des Tiburniens,
-o les hommes, dit-il, se mettent au lit
-quand les femmes sont en couches, et se font servir par
-elles. (<i>Argonaut.</i>, ch. <small>II</small>.) Diodore de Sicile et Strabon
-rapportent qu'elle rgnait de leur temps en Espagne,
-en Corse et en plusieurs endroits de l'Asie, o
-elle s'est conserve parmi quelques tribus de l'empire
-chinois. Les premiers navigateurs qui abordrent au
-nouveau monde l'y trouvrent tablie. Il n'y a pas
-longtemps qu'elle tait observe par les naturels du
-Mexique, des Antilles et du Brsil. Des voyageurs assurent
-qu'elle existe encore chez quelques sauvages de
-l'Amrique et chez certaines peuplades africaines; enfin,
-elle n'est pas entirement tombe en dsutude
-dans la Biscaye franaise, o des personnes dignes de
-foi attestent en avoir t deux ou trois fois tmoins
-dans ces dernires annes.</p>
-
-<p>Quant au nom de <i>Godard</i>, que le peuple applique
-aujourd'hui au mari d'une femme accouche, il est,
-s'il faut en croire M. Bacon-Tacon, le mme que celui
-de <i>God-Art</i> (le Dieu fort), donn, dit-il, Hercule, que
-les paens imploraient dans les accouchements difficiles
-(<i>Orig. celtiq.</i>, tome II, p. 401-402). Je ne conteste
-point une si savante tymologie; cependant il me parat
-plus probable que ce nom a t form du latin
-<i lang="la" xml:lang="la">gaudere</i>, se rjouir, se donner du bon temps. Il signifiait
-autrefois un homme adonn aux plaisirs de la table,
-habitu prendre toutes ses aises. C'tait un synonyme
-de <i>Godon</i>, autre vieux mot qu'on employait pour
-dsigner un riche plong dans toutes les jouissances
-d'une vie sensuelle. Le prdicateur Maillard s'en est
-servi dans plusieurs de ses sermons, notamment dans
-le vingt-quatrime, o le mauvais riche est appel <i lang="la" xml:lang="la">unus
-grossus Godon qui non curabat nisi de ventre</i>. Un gros
-Godon qui n'avait cure que de sa panse.</p>
-
-<p>Ajoutons que la formule: <i>Servez monsieur Godard!</i>
-cesse d'tre ironique lorsqu'elle est applique un
-homme qui un enfant vient de natre. Elle est alors
-une espce de flicitation quivalente un <i lang="la" xml:lang="la">Gloria
-Patri</i>, une exclamation d'amical et joyeux enthousiasme
-en faveur de la paternit.</p>
-
-
-<div class="p" id="p430">La nuit, il n'y a point de femme laide.</div>
-<p>Proverbe fort ancien rappel et expliqu par Ovide
-dans ces deux vers du premier chant de l'<i>Art d'aimer</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nocte latent mend, vitioque ignoscitur omni.</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Horaque formosam quamlibet illa facit.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>La nuit fait disparatre bien des taches et oublier bien des
-imperfections. Elle rend toute femme belle.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Alors <i>Hlne n'a aucun avantage sur Hcube</i>, suivant
-l'expression d'Henri Estienne.</p>
-
-<p>Les Grecs se servaient d'un proverbe analogue pass
-dans la langue latine en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Sublata lucerna,
-nihil discriminis inter mulieres.</i> Quand la lampe est
-te, les femmes ne diffrent pas l'une de l'autre.
-Plutarque rapporte qu'une belle et chaste dame cita ce
-proverbe Philippe, roi de Macdoine, pour l'engager
- cesser les poursuites amoureuses dont il s'obstinait
-l'obsder.</p>
-
-<p>Nous disons trivialement dans le mme sens: <i id="p326">La
-nuit tous chats sont gris.</i></p>
-
-<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">De noche, a la vela, la burra
-parece doncella.</i>&mdash;<i id="p323">La nuit, la chandelle, l'nesse semble
-demoiselle marier.</i> On sait que, si l'obscurit cache la
-laideur, la lumire du flambeau l'attnue beaucoup;
-d'o l'expression <i id="p324">belle la chandelle</i>, en parlant d'une
-femme qui n'est pas belle au grand jour. C'est pour
-cela qu'Ovide conseillait aux amants de se dfier de la
-clart trompeuse de la lampe.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Fallaci nimium ne crede lucern.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">De Arte amandi</i>, <small>I</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p431">Jeter le mouchoir une femme.</div>
-<p>Se dit pour signifier qu'on la prfre toutes les autres
- cause de sa beaut ou de ses grces.</p>
-
-<p>Cette expression, toute figure chez nous, fait allusion
- un usage qu'on prtend exister chez les Turcs et
-par lequel le sultan, ou un pacha, ou un seigneur, dclare
- une des femmes le choix qu'il fait d'elle, en lui
-jetant un mouchoir. Mais tout porte croire qu'un tel
-usage est imaginaire. Les auteurs qui en ont parl ont
-consacr une erreur provenue probablement de ce que
-les fianailles en Turquie et en Perse sont constates
-par l'envoi que fait le futur poux sa future d'un
-mouchoir brod, d'un anneau et d'une pice de monnaie.
-Ainsi les musulmans, l'poque de leur mariage,
-envoient le mouchoir, et, dans leurs harems, ils ne le
-jettent pas.</p>
-
-<p>Quelque fonde que soit la remarque qui vient d'tre
-faite, elle n'empchera point de conserver cette expression
-ainsi que ses analogues <i>briguer le mouchoir</i>,
-<i>refuser le mouchoir</i>, etc., qu'une galanterie peu dlicate
-a introduites dans notre langue.</p>
-
-<p>Il y a une pice fugitive de Duault prsentant le monologue
-d'un fat qui passe en revue dans son imagination
-un essaim de belles, qui il se propose de <i>jeter
-le mouchoir</i> tour tour. Cette pice se termine par ces
-vers assez plaisants:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ainsi parlant, seul dans sa chambre,</div>
-<div class="verse">Chaque matin, monsieur Morgan</div>
-<div class="verse">Balance de l'air d'un sultan</div>
-<div class="verse">Son fin mouchoir parfum d'ambre.</div>
-<div class="verse">Il sort tout radieux d'espoir,</div>
-<div class="verse">Promne sa fadeur galante,</div>
-<div class="verse">Frais et dispos rentre le soir,</div>
-<div class="verse">Se fait un turban du mouchoir</div>
-<div class="verse">Et tombe aux pieds de sa servante.</div>
-</div>
-
-<p>C'est peu prs ce qu'un de nos spirituels chansonniers,
-l'abb de L'Attaignant, appelait allumer son
-flambeau au soleil, et l'teindre dans la boue.</p>
-
-
-<div class="p" id="p432">La femme de Csar ne doit pas mme tre souponne.</div>
-<p>Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutt pour
-Fauna, leur divinit spciale, qu'elles appelaient <i>la
-Bonne Desse</i>, un culte fervent et plein de mystres que
-les rudits n'ont pas su bien claircir. Elles en clbraient
-solennellement la fte avec les Vestales dans
-la maison du consul ou du prteur, sous la prsidence
-de la femme de ce magistrat, lequel tait oblig de
-rester absent de chez lui pendant la dure de cette
-fte, car aucun homme ne pouvait y tre admis. L'anne
-o Pompia, troisime pouse de J. Csar, se
-trouva investie de cet important ministre, Clodius, ce
-lovelace romain, qui tait d'intelligence avec elle, ce
-qu'on suppose, voulut la voir dans l'appareil de ses
-fonctions pontificales, et il se glissa dguis en joueuse
-d'instruments parmi les dvotes qui se rendaient la
-crmonie. Une esclave, nomme Abra par Plutarque,
-et Sprulla par Cicron, avait t mise dans la confidence.
-Elle le cacha et lui promit de lui amener sa
-matresse. Mais, retenue auprs d'Aurlia, mre de
-Csar, cette esclave le fit tant attendre que, perdant
-patience, il sortit de sa cachette pour l'appeler et fut
-reconnu: afin d'viter les regards qui se portaient sur
-sa personne, il se hta de revenir sur ses pas, esprant
-que la chose n'aurait pas de suites. Cependant les matrones,
-averties, le cherchrent de chambre en chambre,
-et finirent par le dcouvrir sous le lit d'Abra ou de
-Sprulla. Leur fureur tait son comble. Elles ne lui
-pargnrent ni les injures ni les coups, et elles auraient
-sans doute pouss la vengeance aux excs les
-plus terribles s'il n'et eu le bonheur de s'y soustraire
-en gagnant par la fuite le dehors de la maison.</p>
-
-<p>Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l'indignation
-gnrale. Il fut mis en jugement comme sacrilge,
-et, quoique son crime ft attest par les dpositions
-les plus irrcusables, les juges, qu'il parvint
-corrompre, le dclarrent absous. Csar, appel en
-tmoignage dans le procs, ne voulut ni inculper ni
-disculper Pompia, qu'il s'tait content de rpudier.
-Il dit qu'il ne savait rien, attendu qu'un mari tait toujours
-le moins instruit en pareil cas, et comme on lui
-demanda pourquoi il l'avait renvoye, il ajouta que <i>la
-femme de Csar ne devait pas mme tre l'objet d'un soupon</i>.
-Apophthegme pass en proverbe pour signifier
-qu'il ne suffit pas que la conduite d'une femme soit
-irrprochable, qu'il faut aussi qu'elle soit crue telle.</p>
-
-
-<div class="p" id="p433">Il ne faut prter ni son pe, ni son chien, ni sa femme.</div>
-<p>La noblesse franaise avait jadis deux occupations
-importantes, la guerre et la chasse, et toujours elle se
-montrait sous le costume du guerrier ou celui du chasseur.
-Ainsi tout bon gentilhomme devait tre insparable
-de son pe et de son chien ou de son faucon,
-qu'il regardait comme des attributs de sa dignit. Il lui
-tait dfendu par des capitulaires de nos rois de s'en
-dessaisir, et mme de les donner pour prix de sa ranon,
-s'il venait tre fait prisonnier, dfense provenue
-sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie
-celui qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi
-qu'il en soit, il attachait son honneur ces objets comme
- sa femme, et c'est cette raison qu'il faut rapporter
-l'origine du proverbe.</p>
-
-
-<div class="p" id="p434">Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme.</div>
-<p>C'est--dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation
-aux regards des autres certains objets qu'on veut garder
-pour soi, attendu qu'une telle exhibition, n'tant
-propre qu' exciter leur envie, peut avoir une foule
-d'inconvnients pour celui qui la fait. Ce proverbe est
-une variante de cet autre cit par Franklin: <i>Celui qui
-montre trop souvent sa femme et sa bourse s'expose ce
-qu'on les lui emprunte.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p435">La femme est la moiti de l'homme.</div>
-<p id="p612">L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans
-l'autre. Chacun d'eux ne forme qu'une moiti de l'tre
-humain, dont l'intgralit ne peut rsulter que de leur
-intime union. C'est une vrit morale aussi vieille que
-le monde et universellement rpandue. Elle remonte
- notre premier pre, s'criant, dans la joie de son
-c&oelig;ur, la vue de l'aimable compagne que Dieu lui
-prsentait: Voil l'os de mes os, et la chair de ma
-chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme,
-parce qu'elle a t prise de l'homme. C'est pourquoi
-l'homme quittera son pre et sa mre, et s'attachera
-sa femme; et ils seront deux dans une seule chair.
-(<i>Gense</i>, ch. <small>II</small>, v. 23-24.)</p>
-
-<p>Les Vdas disent que <i>l'pouse est la moiti du corps de
-l'poux</i> et considrent le mariage comme supprimant
-la dualit de l'un et de l'autre pour les confondre dans
-une parfaite unit. Cet tat a t fort bien figur par le
-<i>lingam</i> primitif ou l'<i>yoni lingam</i> de la thorie hindoue,
-et par d'autres symboles analogues qu'il ne me parat
-pas convenable d'expliquer ici, ni mme de dsigner
-nominativement.</p>
-
-<p>Le plus ingnieux de tous, sans contredit, est celui
-qu'on trouve dans le <i>Sympose</i> ou <i>Banquet</i> de Platon.
-Suivant ce philosophe, l'homme et la femme ne faisaient
-originairement qu'une mme personne qu'il
-nomme <i>androgyne</i> (homme-femme). Cette crature
-bissexuelle tait si parfaite et si heureuse qu'elle excita
-la jalousie des dieux et des desses. Par leur ordre,
-Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea
-dans ces corps les formes extrieures de leur individualit
-qui avaient t un peu endommages pendant l'opration
-du ddoublement. Depuis lors, les moitis
-disjointes ont une tendance invincible se rapprocher
-pour constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler
-de toute leur ardeur et de tous leurs efforts.
-Mais, hlas! elles ne sauraient y parvenir, moins d'un
-trs-grand miracle. Tristes jouets d'une continuelle mprise,
-elles sont peu prs comme ces enfants, changs
-en nourrice, qui prennent une parent de hasard
- la place de la parent de nature. Des moitis trangres
-viennent presque toujours se substituer celles
-qui furent cres l'une pour l'autre. Le sort ennemi,
-afin d'empcher ces dernires de se rejoindre, ne leur
-permet pas de se reconnatre, les fait errer comme ces
-ombres de Dante, qui vont sans jamais s'arrter, et les
-tient souvent spares par des distances incommensurables.
-De l l'excessive raret des bonnes unions et
-l'innombrable quantit des mauvaises.</p>
-
-<p>N'oubliez pas cette allgorie, vous, pauvres tres
-ddoubls, qui aspirez ressaisir cette portion de
-vous-mmes dont l'absence vous condamne gmir, et
-surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la retrouver
- Paris. Il vaudrait peut-tre mieux l'aller
-chercher aux antipodes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p436">Femme (ou dame) qui moult se mire peu file.</div>
-<p>Une femme qui met beaucoup de temps sa toilette
-en emploie fort peu aux occupations du mnage. Les
-Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">La mujer, cuanto mas mira la cara,
-tanto mas destruye la casa</i>, ce qui est rendu exactement
-par cet ancien jeu de mot proverbial:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p437">Plus la femme mire sa mine,</div>
-<div class="verse">Plus sa maison elle mine.</div>
-</div>
-
-<p>Il fut un temps o la principale occupation des dames
-tait de filer. De vieux portraits les reprsentent avec
-une quenouille attache sur le sein du ct gauche,
-et avec un miroir suspendu leur ceinture du ct
-droit. Elles ne quittaient gure ces deux attributs; ils
-taient, pour ainsi dire, les pices essentielles de leur
-costume. Mais l'un faisait tort l'autre, et celui du travail
-devait tre frquemment nglig pour celui de la
-coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames
-cessrent de filer et se mirrent tout leur aise.</p>
-
-<p>Jean de Caurres, auteur du seizime sicle, dit dans
-ses <i>&OElig;uvres morales</i> que les courtisanes et <i>damoiselles
-masques</i><a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> de son temps portaient le miroir sur le
-ventre: O bon Dieu! hlas! s'crie-t-il, en quel
-malheureux rgne sommes-nous tombs de voir une
-telle dpravation sur la terre, que nous voyons jusques
- porter en l'glise les miroirs de macule pendants
-sur le ventre. Il ajoute qu'un pareil usage
-tendait devenir gnral: Si est-ce qu'avec le temps
-il n'y aura bourgeoise ne chambrire qui par accoutumance
-n'en veuille porter. Cependant cet usage
-ne s'est pas conserv. Le beau sexe l'a jug inutile depuis
-que les moindres appartements ont t orns de
-trumeaux et de glaces o il peut se mirer et s'admirer
-de la tte aux pieds.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> On appelait <i>damoiselles masques</i> certaines dames qui, voulant courir les
-aventures galantes sans tre reconnues, se couvraient le visage d'un masque de
-velours auquel on donna le nom de <i>loup</i>, driv, non de <i lang="la" xml:lang="la">lupus</i>, mais de <i lang="la" xml:lang="la">lobus</i>,
-cosse.</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p438">La femme perd l'homme.</div>
-<p>Salomon assimile l'homme entran par la femme
-qui l'a sduit au taureau men comme une victime au
-sacrifice: <i lang="la" xml:lang="la">Eam sequitur quasi bos ad victimam.</i> (Prov.,
-<small>VII</small>, 22.)</p>
-
-<p>Saint Cyprien dit que les femmes sont des dmons
-qui font entrer les hommes en enfer par la porte du
-paradis.</p>
-
-<p>Suivant un proverbe oriental: <i>Il faut craindre l'amour
-d'une femme plus que la colre d'un homme.</i></p>
-
-<p>On lit dans le <i>Furetriana</i> le rsum suivant des principales
-accusations des hommes contre les femmes:
-Que de maux elles ont causs dans le monde! Adam
-en a t sduit, Samson dompt. La saintet de David
-en a t trouble, Salomon en a perdu la sagesse.
-Ce fut une femme qui fit renoncer saint Pierre Notre-Seigneur.
-Elle fit plus d'effet sur l'esprit de Job que
-le diable, qui ne put l'branler. Le pote Codrus disait
-que le ciel ne contenait pas tant d'toiles ni la mer
-tant de poissons que la femme a de fourberies caches
-dans son c&oelig;ur. Barthole disait que toutes les femmes
-sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin de faire des
-lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a
-point. Hippocrate nous assure que la malice est naturelle
- la femme. L'auteur de l'<i>Ecclsiastique</i>, aussi
-illustre en sagesse parmi les Hbreux que Thals en
-philosophie entre les Grecs, nous a laiss par crit
-que la source du pch nous est venue de la femme;
-qu'il vaudrait mieux demeurer avec un lion ou avec un
-dragon qu'avec une mauvaise femme (ch. <small>XXV</small>) et mme
-que les crimes des hommes sont plus supportables que
-les bienfaits des femmes: <i lang="la" xml:lang="la">Melior est iniquitas viri quam
-mulier benefaciens</i> (ch. <small>XLII</small>). Entre toutes les btes sauvages,
-dit saint Chrysostome, il n'y en a point qui
-soit plus dangereuse que la femme. Pandore rpandit
-toute sorte de maux sur la terre; Hlne causa la mort
-de tant de milliers d'hommes; Djanire fit mourir
-Hercule son mari, un des plus fameux hros qui aient
-jamais t; les Danades et les filles d'Egyptus turent
-leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouv la
-femme plus amre que la mort. De mille hommes,
-ajoute-t-il, il ne s'en trouve qu'un de bon; mais, parmi
-toutes les femmes, il n'y en a pas une de bonne.
-(<i>Ecclsiaste</i>, ch. <small>VII</small>.) Les chrtiens leur ont t le
-maniement de l'glise, les philosophes ne les ont pas
-voulu admettre dans la philosophie, les jurisconsultes
-leur ont dfendu le barreau, les mahomtans les ont
-exclues du paradis et les ont mises au rang des esclaves.
-Il serait cependant agrable de chanter les louanges
-de Dieu, de philosopher, de plaider, d'tre en paradis
-avec des femmes. Il faut bien qu'il y ait de leur faute
- tout cela.</p>
-
-<p>Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup
-plus de celle des hommes, qui sont presque toujours
-injustes, ingrats et tyranniques envers elles, qui
-leur aigrissent et leur faussent le caractre, qui les forcent
- recourir la ruse, la dissimulation et la vengeance.
-Aussi ont-elles raison de retourner contre eux
-le proverbe, en disant: <i id="p439">L'homme perd la femme.</i> Il la
-perd par son indiffrence, par son gosme, par sa dfiance,
-par ses calomnies, par ses outrages, enfin par
-une foule d'erreurs, d'inconsquences et de torts de sa
-conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement
-il la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait
-l'aimer; il la perd encore en l'aimant d'une manire
-draisonnable; car il arrive ordinairement que plus un
-mari aime sa femme, plus il augmente les travers
-qu'elle peut avoir; tandis que, au contraire, plus une
-femme aime son mari, plus elle le corrige de ses dfauts.</p>
-
-<p>Je ne prtends pas m'riger en apologiste enthousiaste
-de la femme, ni rehausser son mrite en rabaissant
-celui de l'homme. Je conviens qu'elle a aussi de
-nombreux dfauts qui dparent ses qualits; mais je
-crois qu'en gnral ses qualits lui appartiennent en
-propre et que ses dfauts lui viennent de nous. Il en
-est d'elle comme de ce rosier qui crot sans pines, sur
-le sommet des hautes Alpes, et qui se hrisse de pointes
-acres quand il est cultiv dans nos jardins. En la faisant
-descendre de la rgion leve o elle se dvelopperait
-sous de clestes influences, en la plaant dans
-un mauvais milieu, o elle est prive de l'air pur dont
-elle a besoin; en lui donnant une culture trop artificielle,
-et souvent en opposition avec ses aptitudes natives,
-nous abtardissons cette belle crature de Dieu,
-nous la rendons diffrente d'elle-mme, nous la transformons
-en un nouvel tre presque entirement factice,
-tant nous sommes habiles contrarier les facults de
-sa nature et les vicier par le mlange de quelque lment
-de dgnration qui les fait tourner mal et produit
-des effets pernicieux, de mme qu'une certaine
-malignit de sve dans le rosier transplant rend sa
-floraison pineuse.</p>
-
-<p>Ne nous en prenons donc qu' nous si la femme a
-tant d'imperfections, et n'ayons pas la sottise de les lui
-reprocher, au moins celles qu'elle a contractes par
-notre faute. Il serait meilleur et plus juste de chercher
-le bon moyen de l'en corriger, en commenant par
-nous corriger nous-mmes des vices qui les lui ont
-communiques. Les deux sexes n'ont pas t crs et
-ils ne s'unissent pas pour vivre en tat de guerre permanente.
-Leur serait-il impossible de terminer ou de
-rendre moins dures des hostilits incompatibles avec
-le repos et la moralit de tous deux?</p>
-
-<p>Ah! si le mariage pouvait tre ramen cette confiance
-rciproque, cette entente cordiale, cet
-change dlicieux de penses et de sentiments dont
-l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux dceptions,
-combien cet tat contribuerait l'amlioration
-et au bonheur de l'homme et de la femme! il est
-vident qu'il les rendrait meilleurs, puisqu'ils y seraient
-affranchis des passions qui les pervertissent, et plus
-heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une scurit
-inaltrable de toutes les dlices que pourrait leur donner
-un amour pur et devenu pour eux une vertu.</p>
-
-<p>Qui dcrira la suprme flicit de deux poux galement
-anims du double zle de l'amour et du devoir,
-de l'amour qui fortifie le devoir, et du devoir qui purifie
-l'amour!&hellip; Que de secrets merveilleux, de dons
-clestes, la femme trouverait dans le fonds inpuisable
-de sa tendresse plus dlicate, plus ingnieuse, plus
-pntrante que celle de l'homme, pour le rjouir et
-l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un nouveau
-paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de
-lui avoir fait perdre.</p>
-
-<p>Mais pourquoi parler d'une chose impossible raliser?
-Le diable a fltri cette prime fleur de nature qu'eut
-la femme dans l'den, et l'on chercherait en vain lui
-rendre son parfum et sa fracheur. Elle s'est dessche
-sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a dj plus
-dans sa sve de vertu qui puisse la rgnrer. Elle ressemble
- l'arbre aux fruits amers dont parle le grand pote
-persan Ferdouci: On aurait beau planter cet arbre
-en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de l'ternit,
-humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait
-toujours sa nature et ne cesserait de porter des
-fruits amers.</p>
-
-<p>J'abandonne cette thse chimrique et je reviens au
-but que je me suis propos dans cet article. Il a t de
-dmontrer l'injustice des reproches que les hommes
-adressent aux femmes. Je crois avoir opr cette dmonstration.
-Il ne me reste qu' y joindre un corollaire:
-c'est que toutes ces sottes accusations, l'appui
-desquelles ils citent la fable et l'histoire, sont inadmissibles
-au tribunal de la raison. La fable ne prouve rien,
-et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes ont
-toujours fait moins de mal que les hommes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p440">Une matresse est reine, une femme est esclave.</div>
-<p>Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera
-la royaut qu'elles ont reue de l'Amour, sans penser
-que l'Hymen et l'Amour sont deux frres ennemis,
-et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements de
-l'Amour.</p>
-
-<p>Les vers suivants de Corneille, dans la tragdie de
-<i>Polyeucte</i> (act. I<sup>er</sup>, sc. <small>III</small>), offrent l'explication de ce
-proverbe, qui forme lui-mme un vers heureux:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines,</div>
-<div class="verse">Et jusqu' la conqute ils nous traitent en reines;</div>
-<div class="verse">Mais aprs l'hymne ils sont rois leur tour.</div>
-</div>
-
-<p>On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse,
-c'est que l'homme dit toujours <i>ma matresse</i>
-pour dsigner celle qu'il aime, et que la femme ne
-donne jamais le nom de <i>matre</i> son amant. Elle sent
-bien qu'en pareil cas le nom paratrait drisoire, et
-elle le rserve pour son mari, lors mme qu'elle tient
-celui-ci sous sa domination absolue.</p>
-
-
-<div class="p" id="p441">Une femme et un almanach ne valent que pour une anne.</div>
-<p>Une femme avait un mari qui passait tout son temps
-dans sa bibliothque; elle alla l'y trouver un jour, et
-lui dit: Monsieur, je voudrais bien tre un livre.&mdash;Pourquoi
-donc, madame?&mdash;Parce que vous tes toujours
-aprs.&mdash;Je le voudrais bien aussi, rpliqua-t-il,
-pourvu que ce ft un almanach dont on change chaque
-anne. C'est de cette rpartie maritale que les parmiographes
-font driver le proverbe. Pour moi, je
-crois qu'il a d son origine un usage historique
-d'aprs lequel les contrats matrimoniaux ont pu tre
-naturellement assimils aux almanachs. Cet usage,
-provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune
-chez les Celtes, permettait de changer de femme.
-Le fait tait assez frquent en Champagne dans le neuvime
-sicle. Il y fut prohib par le concile tenu
-Troyes, en 878; mais l'autorit ecclsiastique ne parvint
-pas le faire cesser entirement, ni en cette province
-ni en d'autres, o il se maintint sous la protection
-de certain droit coutumier. C'est au pays basque surtout
-que se pratiquait cette espce de mariage temporaire,
-comme nous l'apprend Jean d'Arrac dans son
-livre intitul <i>Pandectes ou Digestes du droit romain en
-franais</i> (ch. <small>VI</small> de la loy <i lang="la" xml:lang="la">De quibus</i>). La mme chose
-avait lieu dans les Hbrides et autres les (<i lang="en" xml:lang="en">Martin's
-Hebrides</i>, etc.). Elle existait encore, dans le pays de
-Galles, la fin du sicle dernier, si l'on en croit un article
-du <i>Moniteur</i> de l'an IX. On lit dans cet article:
-Chez les Gallois, on distingue deux sortes de mariages:
-le grand et le petit. Le petit n'est autre chose
-qu'un essai que les futurs font l'un de l'autre. Si cet
-essai rpond leurs esprances, les parents sont pris
- tmoin du dsir que forment les candidats de s'pouser.
-Si l'essai ne rpond pas l'ide qu'ils en avaient
-conue, les poux se sparent, et la jeune fille n'en
-prouve pas plus de difficults pour trouver un mari.</p>
-
-<p>On sait que Platon, dans sa <i>Rpublique</i>, substituait
-aux mariages des unions temporaires.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p442"><span class="blk">Qui sa femme n'honore,<br />
-Lui-mme se dshonore.</span></div>
-
-<p>Il faut avoir pour sa femme une tendresse dcente
-et respectueuse, une considration bienveillante et
-soutenue; car l'honneur d'une femme est, en grande
-partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces
-devoirs, fait dchoir la sienne du rang moral qu'elle
-doit occuper, se fltrit et se dgrade lui-mme.</p>
-
-<p>On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe
-beaucoup plus usit: <i id="p628">C'est un vilain oiseau que
-celui qui salit son nid.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p443">On peut compter sur la fidlit de son chien jusqu'au dernier moment,
-et sur celle de sa femme jusqu' la premire occasion.</div>
-<p>Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a
-tire des mdisances et des calomnies auxquelles la
-conduite des femmes a t de tout temps expose. S'il
-fallait en croire leurs dtracteurs, il serait difficile d'en
-trouver une seule qui laisst chapper l'occasion favorable
-d'tre infidle. C'est une accusation odieuse qui
-se rfute par son exagration mme, et les femmes ne
-la mritent peut-tre pas autant que les hommes. Mais
-ceux-ci se sont rserv le privilge exclusif de n'imputer
-qu' elles seules les trahisons conjugales dont ils
-leur donnent souvent l'exemple, et dont, en bonne
-justice, ils devraient tre responsables. S'ils esprent
-gagner quelque chose cela, qu'ils se dtrompent, et
-qu'ils sachent bien qu' force de leur reprocher d'tre
-trompeuses ils les portent devenir telles: car, en leur
-rptant sans cesse qu'ils les croient incapables de
-garder la foi promise, ils ne sauraient russir la leur
-rendre plus sacre. Se figureraient-ils, par hasard,
-qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure
-perte, l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient
-pas sans tre accuses de le violer? Ou bien
-se flatteraient-ils qu'elles voudront y tenir par un
-prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils
-leur supposent? Il est plus que probable qu'elles ne
-prendront pas des peines inutiles pour les dmentir,
-et qu'elles trouveront plus commode et plus agrable
-de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le mritent.
-La dpense en tant dj faite, comme on dit,
-elles n'ont plus rien mnager.</p>
-
-<p>Voil le rsultat ordinaire de la mauvaise opinion
-que les hommes se font de la fidlit des femmes. Il
-est moins au dtriment de ces dames qu' celui de ces
-messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre elles
-sont des armes perfides qui leur tournent dans la main
-et les blessent eux-mmes, et, s'ils taient mieux aviss,
-ils ne les emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur
-guerroyante contre le sexe n'est pas de bon ton,
-et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y livrent.
-Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les
-maris encore mieux de s'en dfaire. En agissant ainsi,
-les premiers se donneront un aimable relief de politesse
-et de galanterie qui leur attirera quelque regard
-sympathique des belles, et les seconds viteront de
-mettre le comble au malheur de leur situation par un
-odieux ridicule: car le monde est toujours prt souponner
-qu'un mari qui dnigre les femmes doit tre
-fort mcontent de la sienne, et qu'il tire secrtement
-de l'infidlit de celle-ci, par une conclusion du particulier
-au gnral, les arguments dont il se sert pour
-nier la vertu de toutes les autres. Il a beau retrancher
-la trahison qu'il prouve du nombre infini des trahisons
-dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous
-les sots derrire lesquels il se cache, et ses accusations
-ne paraissent que des vengeances de Sganarelle.</p>
-
-
-<div class="p" id="p444">La femme a t faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.</div>
-<p>C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa premire ptre
-aux Corinthiens: <i lang="la" xml:lang="la">Non est creatus vir propter mulierem,
-sed mulier propter virum</i> (<small>XI</small>, 9), et ses paroles sont passes
-en proverbe pour signifier que la femme doit tre
-soumise l'autorit de son mari. Mais l'aptre n'a
-point entendu que cette autorit pt tre arbitraire et
-tyrannique, puisqu'il a dit aussi, au chapitre <small>VII</small> de la
-mme ptre, que, si la femme appartient au mari, de
-mme le mari appartient la femme, et que tous deux
-ont des devoirs remplir l'un envers l'autre.</p>
-
-<p>C'est de l'observation de ces devoirs, rciproques et
-conformes la nature de chacun des poux, que dpendent
-et le bonheur de leur union et le succs de la
-mission sociale qu'ils ont poursuivre ensemble. Et
-qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour
-atteindre ce double but, soit suprieure celle de sa
-compagne. On pourrait plutt dmontrer que celle-ci
-l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages qui
-proviennent de leurs rles respectifs. Mais il ne serait
-pas rationnel d'attribuer, d'aprs ces avantages particuliers,
-la prminence l'un des collaborateurs dans
-une &oelig;uvre qui est galement due tous deux, et qui
-ne peut tre accomplie qu'au moyen de l'entente parfaite
-et des soins bien combins de l'un et de l'autre.
-Admettons donc qu'il y a parit de valeur entre eux
-dans leur coopration, en reconnaissant toutefois que
-cette valeur rsulte de qualits diffrentes; car chaque
-sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait voir dans
-l'homme et la femme que des rapports et des diffrences,
-ainsi que l'a remarqu J.-J. Rousseau, dont le
-passage suivant revient au sujet que je traite.</p>
-
-<p>La raison des femmes est une raison pratique qui
-leur fait trouver trs-habilement les moyens d'arriver
-une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette
-fin. La relation sociale des sexes est admirable. De
-cette socit rsulte une personne morale dont la
-femme est l'&oelig;il et l'homme le bras, mais avec une telle
-dpendance l'une de l'autre que c'est de l'homme que
-la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme
-que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme
-pouvait remonter aussi bien que l'homme aux principes,
-et que l'homme et aussi bien qu'elle l'esprit des
-dtails, toujours indpendants l'un de l'autre, ils vivraient
-dans une discorde ternelle, et leur socit
-ne pourrait subsister; mais, dans l'harmonie qui rgne
-entre eux, tout tend la fin commune; on ne sait lequel
-met le plus du sien, chacun suit l'impulsion de
-l'autre, chacun obit, et tous deux sont les matres.
-(<i>mile</i>, liv. V.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p445">La femme est un tre qui s'habille, babille et se dshabille.</div>
-<p>C'est--dire que les trois choses principales auxquelles
-la femme consacre toute sa journe sont la toilette,
-la causerie et le sommeil, car elle ne quitte gure
-ses atours que pour se mettre dans son lit, o elle a
-grand besoin de se dlasser, aprs tant d'heures si
-activement employes se parer et donner de l'exercice
- sa langue. Mais le triple penchant attribu la
-femme ne lui appartient pas exclusivement. L'essence
-de cette nature fminine s'est si bien infuse dans le caractre
-de certains hommes, qu'on n'y dcouvre presque
-plus rien de viril, et notre jeu de mots proverbial
-s'applique aussi avec raison tout individu de cette
-espce ridicule qui semble avoir abdiqu les occupations
-srieuses du sexe masculin pour copier sottement
-les usages frivoles de l'autre sexe.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p446"><span class="blk">Femme est mre de tout dommage.<br />
-Tout mal en vient et toute rage.</span></div>
-
-<p>Ce distique proverbial me parat tre une allusion
-allgorique de Perroz de Saint-Clost ou Pierre de
-Saint-Cloud, dans la premire branche du roman du
-<i>Renard</i>. Ce trouvre raconte qu'Adam ayant frapp la
-mer avec une verge que Dieu, en l'exilant de l'den,
-lui avait donne, il en sortit une brebis, et qu've, dsireuse
-d'en avoir une seconde, ayant pris la verge miraculeuse
-de la main de son poux, fit surgir des flots,
-par le mme acte, un loup qui se prcipita sur la brebis,
-qu'il aurait dvore si Adam ne se ft press de
-frapper un second coup, duquel provint un chien, qui
-arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce procd
-si expditif de cration tour de bras, alternativement
-employ par l'homme et la femme, produisit
-en peu de temps une foule innombrable d'animaux, en
-chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue
-au caractre moral de son auteur. Les vains, c'est--dire
-ceux qu've faisait natre, taient sauvages et dangereux,
-ceux qui devaient l'existence Adam avaient une
-nature bonne et susceptible de devenir meilleure, ou,
-pour parler comme le trouvre,</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Les vains assauvagissoient,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et les Adams assagissoient.</div>
-</div>
-
-<p>Cette allgorie, assez diaphane, o l'on voit tout ce
-qui mane de la femme participer de l'esprit de mchancet
-qu'on lui attribue, n'appartient pas en propre
- notre trouvre. Il en a tir l'ide de quelques traditions
-populaires, qui reprochent la mre du genre
-humain d'avoir t aussi, en quelque sorte, celle de
-beaucoup de btes malfaisantes, qu'on suppose n'tre
-devenues telles que par suite de la faute qu'elle commit.
-Cette ide, rpandue presque partout, se retrouve
-dans une lgende orientale qui nous apprend que,
-lorsque Adam et ve furent crs, chacun d'eux ternua
- l'instant o le souffle divin introduisit l'me dans
-le corps. De l'ternuement de l'homme naquit le lion,
-symbole de la force et du courage, et de l'ternuement
-d've naquit le chat, symbole de la ruse et de la lchet.</p>
-
-
-<div class="p" id="p447">Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la,
-elle suit.</div>
-<p>Cette comparaison est traduite du proverbe latin:
-<i lang="la" xml:lang="la">fugax, sequax; sequax, fugax.</i> Suivez la femme, elle
-vous fuit; fuyez-la, elle vous suit. Elle a t attribue
- Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le recueil des
-penses de cet ingnieux crivain. Mais elle existait
-longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez
-les Latins qui nous l'avaient transmise ainsi qu' plusieurs
-autres peuples. Le pote arabe Zehir, qui, sans
-nul doute, ne l'a pas plus invente que l'auteur franais,
-en a fait l'application la femme coquette, qui
-elle convient mieux qu' toute autre femme; car c'est
-un vrai mange de coquetterie dont l'image y frappe,
-en quelque sorte, la vue non moins que l'esprit. La
-coquette, dit-il, ressemble l'ombre qui marche avec
-vous: si vous courez aprs, elle vous fuit; si vous la
-fuyez, elle vous suit.</p>
-
-<p>La mme ide a t plusieurs fois exprime en assimilant
-la femme tel ou tel objet qu'on a jug propre
- la reprsenter. Voici une de ces similitudes qu'il me
-souvient d'avoir trouve dans une pice du thtre italien
-de Gherardi:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A des soldats poltrons je compare les belles:</div>
-<div class="verse i1">On les fait fuir en courant aprs elles;</div>
-<div class="verse i2">On les attire en les fuyant.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p448">Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant.</div>
-<p>C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des
-<i>Amours</i>, lgie <small>VIII</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Casta est quam nemo rogavit</i>, et
-que Mathurin Rgnier a redit dans ce vers de la satire
-intitule <i>Macette</i>, ou l'<i>Hypocrisie dconcerte</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point prie.</div>
-</div>
-
-<p>L'auteur des <i>Lettres Persanes</i> a reproduit la mme
-ide en ces termes: Il est des femmes vertueuses;
-mais elles sont si laides, si laides, qu'il faudrait tre
-un saint pour ne pas har la vertu.</p>
-
-<p>Jehan de Meung, dans le <i>Roman de la Rose</i>, a exprim
-la chose d'une manire plus nergique, mais moins
-spirituelle, en quatre vers que je ne citerai pas.</p>
-
-<p>Quelques potes licencieux l'ont rpte avec un cynisme
-rvoltant. Enfin il s'est rencontr des crivains
-privs de tout sens moral, qui, prenant au srieux ce
-que les autres n'avaient avanc que par jeu ou dbauche
-d'esprit, ont os dvelopper, dans des pages
-sans raison comme sans pudeur, cette abominable opinion
-des Essniens<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>: qu'il est impossible toute
-femme d'tre chaste et fidle.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Les Essniens ou Essens taient des sectaires juifs qui commencrent
-faire parler d'eux vers le temps des Machabes. La mauvaise opinion qu'ils avaient
-des femmes les avait ports proscrire le mariage et vivre dans le clibat.</p>
-</div>
-<p>Que deviendrait la famille, que deviendrait la socit,
-que deviendrait tout ce qu'il y a de sacr dans
-le genre humain, si cette infme doctrine pouvait tre
-accrdite? Les libertins qui la professent mriteraient
-d'tre punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation
-avec ces effronts renieurs de sa vertu, et les
-hommes les devraient bannir des assembles publiques.
-C'est ainsi que nos aeux les traitaient dans les sicles
-chevaleresques. Ils chassaient des tournois ceux qui
-taient convaincus d'avoir mal parl des femmes, contrairement
-aux statuts de la chevalerie, qui commandaient
-de les honorer et de ne pas souffrir qu'on ost
-<i lang="frm" xml:lang="frm">blasonner et mesdire d'elles</i>. Ils savaient trs-bien que
-plus les femmes sont respectes, plus elles se rendent
-respectables.</p>
-
-<p>O trouver aujourd'hui ce respect dont nos aeux
-voulaient qu'on leur offrt des tmoignages effectifs?
-Faut-il l'aller chercher dans le pays o La Fontaine a
-plac la demeure de la vritable amiti?&mdash;Eh bien,
-oui; c'est l qu'il existe rellement. Dans le royaume
-de Monomotapa, les femmes sont si svres, que le fils
-du roi, quand il en rencontre une, est oblig de s'arrter,
-de s'incliner devant elle et de lui cder le pas.
-Les Cafres demi barbares pourraient, sur ce point,
-donner des leons aux Europens, qui se prtendent
-civiliss.</p>
-
-
-<div class="p" id="p450">Dites une fois une femme qu'elle est jolie, le diable le lui rptera
-dix fois par jour.</div>
-<p>Parce que le diable sait que, pour se rendre matre
-de l'esprit des femmes, il n'y a pas de meilleur moyen
-que de chatouiller leur vanit. Comme elle est en quelque
-sorte le premier de leurs sentiments, comme elle
-se mle tous ceux qu'elles prouvent, elle ne manque
-gure, aussitt qu'elle est mise en jeu par la louange
-habilement manie, de les entraner dans les piges
-o le grand sducteur les attend. Les filles d've ne
-rsistent pas mieux que leur mre aux illusions dcevantes
-de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie
-des victimes de la sduction, on verrait que presque
-toutes ont t perdues par la flatterie plus encore que
-par l'amour.</p>
-
-
-<div class="p" id="p451">Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme.</div>
-<p>Ce proverbe a t mal compris et mal expliqu par
-tous les parmiographes, qui n'ont pas vu que le verbe
-<i>cuider</i> y est employ la troisime personne du prsent
-du subjonctif et non de l'indicatif. Il ne signifie
-donc pas <i>chacun pense</i>, mais <i>que chacun pense</i>, etc. Ce
-n'est pas un fait qu'il nonce, c'est un conseil qu'il
-donne, en usant d'un tour de phrase elliptique autrefois
-fort usit et conforme l'expression latine <i lang="la" xml:lang="la">quisque
-putet</i> (que chacun pense&hellip;). Le fait ne peut tre vrai
-qu'exceptionnellement, l'gard d'un fort petit nombre
-de maris que leurs femmes savent tenir, par un art
-merveilleux, dans les illusions de l'optimisme conjugal.&mdash;Quant
-au conseil, il est plein de raison, et ceux
- qui il serait possible de le mettre en pratique s'en
-trouveraient parfaitement bien. Sancho Pana disait:
-La sagesse en mnage est de croire qu'il n'y a qu'une
-bonne femme au monde, et qu'on l'a rencontre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p452">L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son c&oelig;ur est de cire.</div>
-<p>On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible
- fixer, et que la cire est susceptible de prendre
-toutes sortes de modifications. Par consquent, si l'esprit
-et le c&oelig;ur fminins sont justement assimils ces
-deux objets, il faut reconnatre que cet esprit est des
-plus mobiles et ce c&oelig;ur des plus changeants. On pourrait
-dire pourtant que la comparaison, tablie par le
-proverbe, entre la cire et le c&oelig;ur, pche en un point:
-c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte
-qu'elle a reue, en refuse une autre, au lieu qu'une
-vieille impression faite sur le c&oelig;ur n'en exclut pas une
-nouvelle. Mais on objecterait qu'il ne s'agit pas ici d'un
-vieux c&oelig;ur de femme, sur lequel d'ailleurs on ne
-cherche jamais faire quelque impression.</p>
-
-
-<div class="p" id="p453">Quand une femme prend cong de la compagnie, sa visite n'est encore
-faite qu' moiti.</div>
-<p>C'est un fait rel et renouvel chaque jour dans un
-salon de rception, que, lorsqu'une dame s'est leve
-pour en sortir, elle y reste encore, et, sans reprendre
-son sige, continue la causerie durant un temps qui
-double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle
-ainsi? Est-ce parce qu'elle espre que ses compagnes,
-en la voyant debout et prte partir, seront
-moins impatientes de lui ravir le d de la conversation?
-ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus
-favorable au dveloppement de ses avantages physiques
-dans le dbit oratoire, attirera mieux sur elle les regards?
-On peut admettre les deux motifs la fois, surtout
-chez une jolie femme; car celle-ci tient briller
-par le charme de son maintien, la grce de ses mouvements,
-l'lgance de ses gestes, le feu de ses yeux et
-l'expression anime de sa physionomie. Elle ne dsire
-pas seulement qu'on l'coute parler, elle dsire aussi
-qu'on la <i>regarde parler</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p454">La femme est le savon de l'homme.</div>
-<p>La femme nettoie l'homme de bien des dfauts: elle
-le corrige de ses instincts grossiers, et le dcore d'une
-foule de qualits aimables, dans cet ge surtout o il
-est port, par le plus doux des penchants, lui offrir
-les prmices de son c&oelig;ur. C'est elle dont l'heureuse
-influence l'initie aux manires polies, aux m&oelig;urs courtoises,
-et fait prendre quelquefois son caractre sa
-forme la plus pure. Tel qui se distingue par l'lvation
-de ses sentiments n'aurait peut-tre jamais eu
-qu'une me commune si le dsir de plaire aux femmes
-n'avait veill son amour-propre et ne lui avait donn
-ce relief de noblesse et d'urbanit qui manifeste, en
-traits charmants comme elles, le merveilleux changement
-qu'elles ont opr dans sa nature. (Voyez ci-contre
-le proverbe: <i><a href="#p462">Sans les femmes, les hommes seraient
-des ours mal lchs</a>.</i>)</p>
-
-<p>On dit quelquefois dans le mme sens: <i id="p455">La femme est
-une savonnette vilain</i>; ce qui est une extension donne
- l'expression <i>savonnette vilain</i>, par laquelle on dsignait,
-avant la rvolution de 1789, une charge qui anoblissait
-et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture celui
- qui elle tait concde prix d'argent. Il y avait alors
-en France une quantit considrable de ces vilains dcrasss.</p>
-
-<p>Il y a une maxime de Saint-vremont qui a de l'analogie
-avec le proverbe que je viens de commenter; la
-voici: L'tude commence un honnte homme, le
-commerce des femmes l'achve. <i>Honnte homme</i>, dans
-cette maxime, doit se prendre dans la signification
-qu'il avait autrefois, c'est--dire homme aimable, lgant,
-qui a des manires distingues, qui sait vivre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p462">Sans les femmes les hommes seraient des ours mal lchs.</div>
-<p>Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes,
-ils ne seraient pas seulement malheureux, mais grossiers,
-rudes, intraitables, et nous voyons que ceux qui,
-dans le monde, restent isols du commerce des femmes
-ont gnralement un caractre disgracieux et mme
-brutal. Ce sont donc elles, on n'en saurait douter, qui
-prviennent ou corrigent de tels dfauts et y substituent
-des qualits aimables, dlicates, dont le principe
-est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et
-s'humanise auprs de ces enchanteresses; transform
-par leur merveilleuse influence, il devient un tre charmant.
-C'est la mtamorphose de l'ne de Lucien ou
-d'Apule. Cet animal est chang en homme aprs avoir
-brout des roses.</p>
-
-<p>L'expression proverbiale <i>ours mal lch</i>, par laquelle
-on dsigne un individu mal fait et grossier, est venue
-d'une opinion errone des naturalistes du moyen ge
-qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de Pline, que les
-oursons venaient informes et que leur mre corrigeait
-ce dfaut force de les lcher; ce qu'elle ne fait que
-pour les dgager des membranes dont ils sont envelopps
-en naissant.</p>
-
-
-<div class="p" id="p463">Les femmes font les hommes.</div>
-<p>Un ambassadeur de Perse demandait l'pouse de
-Lonidas pourquoi les femmes taient si honores
-Lacdmone. C'est qu'elles seules, rpondit-elle,
-savent faire des hommes. De l ce proverbe dont le
-passage suivant du comte J. de Maistre explique trs-bien
-le sens moral: Faire des enfants, ce n'est que
-de la peine. Mais le grand honneur est de faire des
-hommes, et c'est l ce que les femmes font mieux que
-nous. Croyez-vous, messieurs de l'Acadmie, que j'aurais
-beaucoup d'obligations ma femme si elle avait
-compos un roman, au lieu de faire un fils? Mais faire
-un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le poser
-dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui
-croit en Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mrite
-de la femme est de rgler sa maison, de rendre son
-mari heureux, de le consoler, de l'encourager et d'lever
-ses enfants, c'est--dire de faire des hommes. Voil
-le grand accouchement qui n'a pas t maudit comme
-l'autre. Les femmes n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'&oelig;uvre
-dans aucun genre. Elles n'ont fait ni l'<i>Iliade</i>,
-ni l'<i>nide</i>, ni la <i>Jrusalem dlivre</i>, ni <i>Phdre</i>, ni <i>Athalie</i>,
-ni <i>Rodogune</i>, ni le <i>Misanthrope</i>, ni le Panthon, ni la
-<i>Vnus de Mdicis</i>, ni l'<i>Apollon</i>, ni le <i>Perse</i>. Elles n'ont
-invent ni l'algbre, ni les tlescopes, ni le mtier
-bas: mais elles font quelque chose de plus grand que
-tout cela. C'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il
-y a de plus excellent dans le monde: un honnte
-homme et une honnte femme.</p>
-
-<p>Il y a un mot de Napolon I<sup>er</sup>, non moins remarquable
-dans sa brivet que l'est dans son tendue le morceau
-prcdent: L'avenir des enfants est l'ouvrage
-des mres.</p>
-
-<p>Buffon avait exprim la mme ide en ces termes
-dans une de ses lettres dont le recueil a t publi, il
-y a quelques annes: C'est la mre qui transmettra
-aux fils les qualits de l'esprit et du c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Je citerai encore quelques phrases de l'abb F. de
-Lamennais, qui reviennent notre proverbe: Plus
-sr que le raisonnement, un infaillible instinct prserve
-la femme des erreurs fatales auxquelles l'homme
-se laisse entraner par l'orgueil de l'esprit et de la
-science. Tandis que la vaine et dbile raison de l'homme
-branle aveuglment les bases de l'ordre et de l'intelligence
-mme, la femme, claire d'une lumire et plus
-intime et plus immdiate, les dfend contre lui, conserve
-dans l'humanit les croyances par lesquelles elle
-subsiste; elle en est, au milieu de la confusion des
-ides et des rvolutions, la gardienne pieuse et incorruptible.&mdash;Les
-vrits, les lois morales, non-seulement
-perdraient leur autorit sur la terre, mais, altre
-par mille conceptions fausses, la nature mme s'en
-teindrait, si, doublement mre, la femme, ds le berceau,
-n'initiait l'enfant ces sacrs mystres, si elle ne
-dposait en lui l'imprissable germe de la foi qui le
-sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.&mdash;Les
-semences primordiales du vrai et du beau, les
-sentiments profonds qui dcident de l'existence entire,
-les hommes les doivent la femme; c'est elle qui les
-fait ce qu'ils sont.</p>
-
-
-<div class="p" id="p464">Sans les femmes les deux extrmits de la vie seraient sans secours
-et le milieu sans plaisir.</div>
-<p>Il faut laisser chacun le soin de dvelopper dans
-son propre c&oelig;ur cette vrit proverbiale qui rsume
-si bien les obligations dont l'homme, chaque phase
-de son existence, est redevable la femme considre
-comme mre, comme pouse, comme amante, comme
-amie; car l'esprit ne saurait analyser tant de tmoignages
-ineffables de tendresse, de dvouement et
-d'abngation, qu'elle ne cesse de nous prodiguer depuis
-le berceau jusqu' la tombe; et le c&oelig;ur, qui les
-a reus, qui en a gard l'impression dans toutes ses
-fibres, peut seul les reproduire en ses suaves rminiscences.
-Je me contenterai de citer les vers suivants que
-le c&oelig;ur de Ducis lui inspirait dans son <i>ptre ma
-femme</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O sexe fait pour la tendresse!</div>
-<div class="verse">La douleur vous vend vos enfants;</div>
-<div class="verse">Vous veillez sur nos pas naissants;</div>
-<div class="verse">De vous l'homme a besoin sans cesse!</div>
-<div class="verse">Par vous nous vivons au berceau,</div>
-<div class="verse">Par vous nous marchons au tombeau</div>
-<div class="verse">Sans voir la mort et sans tristesse.</div>
-<div class="verse">Du ciel la profonde sagesse</div>
-<div class="verse">Fit de vous notre enchantement,</div>
-<div class="verse">Notre trsor le plus charmant,</div>
-<div class="verse">Notre plus chre et douce ivresse,</div>
-<div class="verse">Et nos amis les plus constants,</div>
-<div class="verse">Le transport de notre jeunesse,</div>
-<div class="verse">Le calme de notre vieillesse,</div>
-<div class="verse">Notre bonheur dans tous les temps.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p465">Les femmes ont l'&oelig;il amricain.</div>
-<p><i>Avoir l'&oelig;il amricain</i>, c'est regarder de ct tout en
-paraissant ne regarder que devant soi, comme font
-les sauvages d'Amrique, lesquels, ayant le sens de la
-vue trs-dvelopp, peuvent apercevoir distinctement
-ce qui se passe droite et gauche, sans tourner la
-tte. Les femmes europennes, en gnral, sont doues
-de cette facult visuelle dont l'exercice ne drange en
-rien l'immobilit qu'elles savent donner leur visage
-en certaines occasions o elles voient tant de choses
-en regardant ailleurs. Il est juste, dit M<sup>me</sup> de Genlis,
-que la nature ait accord un tel privilge celles qui
-ne doivent jamais avoir un regard assur, ou du moins
-fixe, et qui sont si souvent obliges de baisser les yeux
-et de les dtourner. (Nouveaux Contes moraux: <i>le
-Malencontreux</i>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p466">Les hommes font les lois, les femmes font les m&oelig;urs.</div>
-<p>On sait que le comte de Guibert a plac ce vers heureux
-dans sa tragdie du <i>Conntable de Bourbon</i> o le
-premier hmistiche est dit par Adlade et le second
-par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point invent;
-il l'a trouv tout fait dans le recueil des proverbes
-usits en Provence. Voici le texte patois qui correspond
-mot pour mot et mtriquement au franais:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Les homs fan les leis, les frmos fan les murs.</i></div>
-</div>
-
-<p>On a tabli, entre les lois et les m&oelig;urs, cette diffrence
-essentielle que les lois rglent plus les actions
-du citoyen et les m&oelig;urs rglent plus les actions de
-l'homme. D'aprs cela, on peut conclure avec raison
-que l'influence des femmes est d'une importance qui
-la rend suprieure celle des lgislateurs: car avec
-des m&oelig;urs on pourrait se passer de lois, et avec des
-lois on ne pourrait se passer de m&oelig;urs.</p>
-
-<p>A quoi servent des lois, inutiles sans les m&oelig;urs?
-s'criait Horace:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quid leges sine moribus</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Van proficiunt?</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Lib. III, od. 24.</span>)</p>
-
-<p>Tant que les femmes ont fait les m&oelig;urs, les femmes
-ont t respectes. Ce n'est qu'en les dfaisant, ce qui
-leur est arriv quelquefois, qu'elles ont cess de l'tre.
-L'histoire nous apprend que c'est des poques sans
-m&oelig;urs qu'ont t imagines et mises en circulation ces
-formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts
-avec une certaine vrit, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles
-soient presque toujours fausses parce qu'elles
-sont trop gnralises.</p>
-
-
-<div class="p" id="p467">Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines.</div>
-<p>C'est--dire qu'elles restent dans le rle qui leur est
-assign par la nature; car, en voulant en prendre un
-autre pour lequel elles ne sont point faites, elles ne
-peuvent s'attirer que des dsagrments et des malheurs.&mdash;Proverbe
-qui parat avoir t formul, au
-moyen ge, d'aprs ce passage de Plutarque: Alexandre,
-ayant dfait Darius, envoya plusieurs beaux prsents
- sa mre; mais il demanda qu'elle ne se mlt
-pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprt point
-l'tat de capitaine.</p>
-
-<p>Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale
-ce proverbe. Les dames franaises, diverses poques,
-affichrent rellement des prtentions militaires, non-seulement
-dans leurs discours, mais dans leurs actions,
-comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus
-agrable que d'imiter les Marphise et les Bradamante.&mdash;Plusieurs
-histoires, notamment les <i>Antiquits de Paris</i>,
-par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses investies
-du commandement de certaines places fortes.
-Cette manie, laquelle contribua beaucoup sans doute
-la lecture des romans chevaleresques, prit un nouveau
-dveloppement dans le seizime sicle, lorsque l'imprimerie
-eut multipli les exemplaires de plusieurs de
-ces livres par les soins de Franois I<sup>er</sup>, qui les jugeait
-propres favoriser le projet qu'il avait conu de faire
-revivre l'ancienne chevalerie dans une seconde chevalerie
-de sa faon.</p>
-
-<p>Sous le rgne de Charles IX les salons taient devenus
-des espces d'coles d'amour et de guerre, o les
-dames se montraient jalouses de donner des leons
-dans les deux arts. Elles se faisaient un point d'honneur
-d'exercer en public une sorte d'empire sur leurs
-amants guerriers; elles les enrlaient dans telle ou
-telle faction de l'poque, et les envoyaient, pars d'charpes
-et de faveurs, remplir le rle qu'elles leur
-avaient assign. Quelquefois mme elles leur faisaient
-la conduite et traversaient la ville cheval, caracolant
- ct d'eux ou montes en croupe avec eux.</p>
-
-<p>Elles se signalrent, du temps de la Fronde, par de
-semblables excentricits. On sait quelle fut leur influence
-sur les vnements de cette poque. La duchesse
-de Longueville engagea Turenne, qui venait
-d'tre nomm marchal, faire rvolter contre l'autorit
-royale l'arme qu'il commandait. La duchesse
-de Montbazon gagna le marchal d'Hocquincourt, qui
-lui crivit ce billet laconique, mais significatif: Pronne
-est la belle des belles. Les <i>Mmoires</i> de
-Mademoiselle contiennent une lettre de Gaston d'Orlans,
-son pre, avec cette curieuse suscription: A
-mesdames les comtesses <i>marchales de camp</i> dans l'arme
-de ma fille contre le Mazarin.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p468"><span class="blk">Des femmes et des chevaux,<br />
-Il n'y en a point sans dfaut.</span></div>
-
-<p>La perfection n'appartient aucun tre sur la terre,
-et sans doute il n'en faut point chercher le modle
-chez les femmes; mais les hommes sont-ils moins imparfaits
-qu'elles? La vrit est qu'en gnral les femmes
-ont plus de petits dfauts, et les hommes plus de vices
-achevs. Quant aux qualits qui brillent en elles, il est
-impossible de ne pas reconnatre qu'elles se distinguent
-par des avantages que celles des hommes n'offrent
-pas au mme degr. Vertus pour vertus, dit une
-maxime chinoise, les vertus des femmes sont toujours
-plus naves, plus prs du c&oelig;ur et plus aimables.</p>
-
-<p>Le rapprochement des femmes et des chevaux, que
-prsente notre proverbe, n'a pas t suggr peut-tre
-par une pense aussi impertinente qu'on pourrait le
-penser; il tient aux habitudes chevaleresques: tout paladin
-consacrait sa vie l'amour et la guerre. Pour
-aimer, il devait avoir une belle dame; pour combattre,
-il avait besoin d'un bon cheval, et il confondait ces
-deux tres dans une affection presque gale, quoiqu'il
-ft souvent oblig de reconnatre que ni l'un ni l'autre
-n'taient jamais sans dfauts.</p>
-
-
-<div class="p" id="p469">Les femmes sont trop douces, il faut les saler.</div>
-<p>Ce dicton, qui s'entend sans commentaire, me parat
-avoir suggr l'ide d'une ancienne farce dramatique
-dont voici le titre: Discours factieux des hommes
-qui font <i>saler leurs femmes cause qu'elles sont trop douces</i>,
-lequel se joue cinq personnages. L'<i>Histoire du
-Thtre-Franais</i> a parl de cette pice curieuse, imprime
- Rouen, chez Abr. Cousturier en 1558, et le docte
-A.-A. Monteil en a donn la piquante analyse que voici:
-Des maris sont venus se plaindre que leur mnage,
-sans cesse paisible, tait sans cesse monotone; que
-leurs femmes taient trop douces. L'un d'eux a propos
-de les faire saler. Aussitt voil un compre qui
-se prsente, qui se charge de les bien saler. On lui
-livre les femmes, et le parterre et les loges de rire. Les
-femmes, quelques instants aprs, reviennent toutes sales,
-et, leur sel mordant et piquant se portant au bout
-de la langue, elles accablent d'injures leurs maris, et
-le parterre et les loges de rire. Les maris veulent alors
-faire dessaler leurs femmes: le compre dclare qu'il
-ne le peut, et le parterre et les loges de rire davantage.
-Enfin la pice, si plaisamment noue, est encore plus
-plaisamment dnoue, car les maris, qui sont des
-maris parisiens, c'est--dire des maris de la meilleure
-espce, qu'on devrait semer partout, particulirement
-dans le nouveau monde, au lieu de dessaler, comme en
-province, les femmes avec un bton<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, se rsignent
-prendre patience, et le parterre et les loges de rire encore
-davantage, de ne pouvoir plus applaudir, de ne
-cesser de se tenir les ctes de rire.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Allusion la coutume de frapper avec un bton les quartiers de lard sal
-pour en faire tomber les grains de sel.</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p470">Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis
-des femmes.</div>
-<p>Les chevaux ont beaucoup souffrir Paris, les maris
-y prouvent bien des contrarits, et les femmes y
-jouissent de toute sorte de plaisirs. Cette triade proverbiale
-tait autrefois d'une vrit plus incontestable
-qu'aujourd'hui, surtout l'gard des femmes, parce
-que la coutume de Paris, plus favorable pour elles que
-toutes les autres coutumes du royaume, n'admettait
-point qu'elles fussent battues comme ailleurs, et ne prononait
-point de peines svres contre la violation de
-la foi conjugale.</p>
-
-<p>Corneille a rappel la dernire partie de cette triade
-dans la <i>Suite du Menteur</i>, o Lise dit Mlisse, sa matresse,
-en parlant de Dorante qu'elle l'engage pouser:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est riche et de plus il demeure <i>Paris</i>,</div>
-<div class="verse">Qui, <i>des femmes</i>, dit-on, <i>est le vrai paradis</i>;</div>
-<div class="verse">Et, ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses,</div>
-<div class="verse">Les maris y sont bons et les femmes matresses.</div>
-</div>
-
-<p>On connat ce mot de Montesquieu: Quand on a
-t femme Paris, on ne peut plus tre femme ailleurs.</p>
-
-
-<div class="p" id="p471">Les femmes ont des souris la bouche, et des rats dans la tte.</div>
-<p>Il n'est pas ncessaire d'expliquer le sens de ce calembour
-proverbial, mais il est bon de rappeler pourquoi
-l'expression <i>avoir des rats</i> signifie, au figur, tre
-capricieux, fantasque. Le Duchat prtend que cette expression
-fait allusion <i> la rate d'o la plupart des bizarreries
-procdent</i>. L'auteur de l'<i>Histoire des rats</i> la croit
-fonde sur la supposition qu'une personne sujette
-des ingalits d'humeur a la tte remplie de rats qui
-s'y promnent, et qui, par leurs diffrents mouvements,
-y dterminent ses penses et ses volonts. L'abb Desfontaines
-croit avec plus de raison que <i>rat</i> est ici un
-vieux mot franais tir du latin <i lang="la" xml:lang="la">ratum</i> (pense, rsolution,
-dessein), et qu'on dit d'un individu qu'<i>il a des rats</i>,
-de mme que l'on dit qu'<i>il a des ides</i>, pour faire entendre
-qu'il a des hallucinations, des lubies, des folies.</p>
-
-<p>Cette tymologie rentre dans celle qu'a propose
-dom Louis le Pelletier, qui assure dans son dictionnaire
-que ce mot a t pris du celto-breton, o il est
-employ dans une signification identique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p478">Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles
-qu'elles veulent tre.</div>
-<p>C'est--dire qu'il faut prendre ces messieurs avec
-leurs dfauts et ces dames avec leurs prtentions, si
-l'on veut vivre en paix avec eux et avec elles.</p>
-
-<p>Il est vrai que cette paix est extrmement difficile
-et qu'elle doit tre paye fort cher par les mnagements
-continuels qu'on est oblig d'avoir pour ces dfauts
-et surtout pour ces prtentions, plus intolrables
-que ces dfauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout
-leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible
-d'en rien rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut
-mieux s'y soumettre que s'y opposer, afin de s'pargner
-les efforts pnibles qu'on tenterait en vain pour
-y rsister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, srieux
-dans sa premire partie et ironique dans sa dernire.
-Quant moi, je ne puis voir dans cette explication
-qu'une glose pire que le texte, et dont la malice se
-donne carrire aux dpens de la vrit. Il n'est pas
-prouv que les femmes aient les prtentions draisonnables
-que les prventions des hommes leur reprochent:
-il n'y a que des folles incapables de se modrer
-chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on
-que les autres ont l'adresse de les cacher; mais en
-supposant que cela soit, on doit leur en savoir gr, et
-j'aime croire que cette conduite non moins habile
-que rserve leur donne le droit de rpondre leurs
-accusateurs que si elles tiennent tre prises telles
-qu'elles veulent tre, c'est qu'elles veulent tre rellement
-telles qu'elles doivent tre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p479">L'amour des femmes tue le courage des plus braves.</div>
-<p>C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable
-et l'histoire. Voyez Hercule abandonnant sa massue et
-filant une quenouille aux pieds de la reine Omphale;
-voyez Antoine asservi lchement aux charmes de Clopatre;
-et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de
-multiplier, combien l'amour des femmes est dangereux
-et funeste. Il touffe toute nergie chez l'insens qui s'y
-abandonne; il le rend incapable de tout noble lan, il
-le tient plong dans une mollesse abrutissante; en un
-mot, il lui fait oublier tous ses intrts et tous ses devoirs.</p>
-
-<p>Voil pourquoi on dit encore <i id="p480">l'amour des femmes tue
-la sagesse</i>: ce qui a son explication suffisante dans
-les rflexions que je viens de prsenter. Ce proverbe et
-le prcdent ne diffrent l'un de l'autre que par l'application
-particulire que chacun d'eux fait de cette
-vrit gnrale: que la passion pour les femmes a des
-effets pernicieux sur le moral de l'homme, et qu'elle
-fait souvent de lui, par l'usage immodr des coupables
-plaisirs qu'elle lui prsente, un animal dgrad.</p>
-
-<p>tes-vous pauvre, dtournez-vous de ces plaisirs:
-ils cotent plus cher que les vrais besoins. Aspirez-vous
- la gloire, dtournez-vous-en de mme: ils vous
-la feraient prendre en piti. Voulez-vous rester bon,
-fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient
-pas de c&oelig;ur.</p>
-
-
-<div class="p" id="p481">Les femmes sont toutes fausses comme des jetons.</div>
-<p>Les femmes veulent plaire tout le monde, et, pour
-y parvenir, elles sont obliges de jouer tant de personnages
-divers qu'il est bien difficile qu'en s'essayant
- un pareil mange elles ne deviennent pas plus ou
-moins fausses. C'est sans doute sur cette observation
-d'exprience qu'a t fond le proverbe, qui est parfaitement
-vrai des femmes coquettes, et qui ne l'est
-pas galement des autres femmes. J'en connais plusieurs
-qui mritent une honorable exception, et j'aime
- croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais
-pourtant les compter par douzaines, et je suis forc de
-convenir, pour me conformer l'opinion la plus circonspecte,
-que les femmes, en gnral, ont, des degrs
-diffrents, une certaine dose de dissimulation et
-de mauvaise foi qu'elles cachent sous de belles apparences
-de franchise et de sincrit, de mme que les
-jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils
-sont ordinairement composs sous la brillante dorure
-qui en dcore les surfaces.</p>
-
-
-<div class="p" id="p482">Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent
-la vrit ceux qui ne les croient pas.</div>
-<p>Pourquoi cela? N'est-ce point parce que les femmes,
-en gnral, sont peu sincres et ne font gure usage
-de la vrit que pour mieux tromper, quand elles savent
-qu'on n'ajoutera pas foi leur parole? On ne
-peut, ce me semble, expliquer autrement ce malin
-proverbe qui fait si bien ressortir leur fausset jusque
-dans son contraire. Mais l'opinion qu'il exprime est-elle
-parfaitement fonde? J'ai consult l-dessus les
-experts les plus comptents, dans l'esprance qu'ils me
-fourniraient de bonnes raisons pour la combattre.
-Aucun d'eux jusqu'ici ne m'a rpondu selon mon dsir,
-et je suis forc d'attendre encore entre le pour et
-le contre, n'ayant pas les preuves de l'un, et ne voulant
-pas admettre celles de l'autre.</p>
-
-<p>Je remarquerai seulement que, si le proverbe tait
-aussi vrai qu'il est ingnieux, les hommes ne sauraient
-viter, soit en accordant, soit en refusant leur confiance
-aux femmes, d'tre rduits une alternative fcheuse,
-signale par cet autre proverbe: <i id="p456">Qui croit sa femme se
-trompe, et qui ne la croit pas est tromp.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p483">La vieillesse est l'enfer des femmes.</div>
-<p>C'est ce que rptait la belle et spirituelle Ninon de
-Lenclos, qui vcut, pour ainsi dire, sans vieillir, inspira
-une passion l'ge de quatre-vingts ans, et mourut
- quatre-vingt-onze&hellip; Si elle sentait cette cruelle vrit,
-combien plus doivent la sentir les autres femmes qui
-n'ont pas, comme elle, des avantages propres la leur
-rendre moins sensible.</p>
-
-<p>On lit parmi les maximes de Saint-vremont:
-L'enfer pour les femmes qui ne sont que belles, c'est
-la vieillesse. Est-ce de Ninon qu'il tenait le mot, ou
-Ninon le tenait-elle de lui?</p>
-
-<p>La vieillesse est pour les femmes pire que la bote
-de Pandore: elle renferme tous les maux, moins l'esprance.</p>
-
-<p>La vieillesse a quelque chose de digne, d'imposant
-chez les hommes; mais hlas! chez les femmes, elle est
-terrible, dsesprante, et dnue de posie. Elle ne
-fait d'elles que des ruines sans grandeur et sans majest.</p>
-
-
-<div class="p" id="p484">Les femmes sont comme les nigmes, qui ne plaisent plus quand on
-les a devines.</div>
-<p>Cette comparaison proverbiale existe dans beaucoup
-de langues comme dans la ntre, et elle a t employe
-par beaucoup d'crivains qui s'accordent la
-regarder comme vraie. Cependant, malgr cette imposante
-unanimit d'opinion, je ne puis me rsoudre
-penser avec eux que ces aimables enchanteresses perdent
- se faire connatre ce qu'elles gagnent se faire
-voir. Mais j'aurais besoin, je l'avoue, qu'elles voulussent
-bien m'expliquer le soin extrme qu'elles prennent
-de ne pas se laisser deviner, et l'antipathie dcide
-qu'elles ont contre ceux qui les devinent. Sans cela, je
-crains de finir par dire comme les autres:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les femmes de l'nigme offrent le caractre:</div>
-<div class="verse">Sitt qu'on les devine elles cessent de plaire.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p485">Les femmes sont comme les paons dont les plumes deviennent plus
-belles en vieillissant.</div>
-<p>Le plumage des paons acquiert plus de lustre avec
-les annes, et la toilette des femmes devient plus brillante
- mesure que leur jeunesse diminue, car elles
-cherchent suppler, par les prestiges de l'art, aux
-charmes naturels que chaque jour qui s'envole leur enlve.
-Comme elles ne voient pas dans l'avenir de malheur
-plus grand que de cesser de plaire, elles n'ont
-pas de dsir plus vif ni d'intrt plus pressant que de
-paratre toujours jeunes et belles; et, dans le nombre
-infini de celles qui peuvent conserver l'espoir d'en imposer
-sur leur ge, vous n'en trouverez aucune qui dise
-de bonne foi, comme la belle-mre de Ruth: Ne
-m'appelez plus Nomi; nom qui signifie belle. <i lang="la" xml:lang="la">Ne vocetis
-me Noemi, id est pulchram.</i> (Ruth, <small>I</small>, 20.)</p>
-
-<p>Notre comparaison proverbiale s'applique particulirement
- ces vieilles coquettes rcrpies qui aiment
- se pavaner sous les magnifiques livres de la mode,
-et prtendent clipser les jeunes et jolies femmes par
-le luxe de leur parure hors de saison.</p>
-
-
-<div class="p" id="p486">Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-griches
-dans leur domestique, et des colombes dans le tte--tte.</div>
-<p>On attribue Fontenelle cette formule proverbiale
-qu'il n'est pas ncessaire d'expliquer; mais en admettant
-qu'elle soit due son esprit, ce qui est douteux, il
-faut reconnatre que les parties dont elle se compose
-existaient sparment avant lui dans une foule de locutions
-analogues. Les femmes ont t assimiles toutes
-sortes d'oiseaux sous le rapport des m&oelig;urs et du caractre,
-et elles ont avec eux des ressemblances assez
-frappantes pour faire penser qu'elles pourraient tre
-tudies dans les volires aussi bien que dans les salons.
-Cette tude morale formerait une nouvelle branche
-d'ornithologie compare qui ne serait pas moins
-intressante que curieuse.</p>
-
-
-<div class="p" id="p487">Les femmes qui sont anges l'glise sont diables la maison.</div>
-<p>Parce que, la maison, elles trouvent toujours redire
- la conduite de leurs maris, et les poursuivent de
-reproches continuels. Un d'eux, pour s'affranchir des
-remontrances criardes de la sienne, qui remplissait
-trs-bien les deux rles, souhaitait qu'elle et l'glise
-pour unique domicile. Elle serait sainte, ajoutait-il, et
-moi bienheureux.</p>
-
-<p>On dit aussi de ces furies dvotes qu'<i>elles mangent les
-saints et vomissent les diables</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p488">Vides chambres font dames (ou femmes) folles.</div>
-<p>Vieux proverbe qui signifia primitivement que la
-misre fait oublier la pudeur aux femmes, les entrane
- une conduite drgle et les pousse mme la plus
-honteuse prostitution, car le mot <i>folle</i> y tait mis comme
-quivalent de <i id="p489">folles de leurs corps</i>, dnomination qu'on
-appliquait autrefois aux femmes de mauvaise vie.</p>
-
-<p>Ce proverbe s'emploie aujourd'hui pour dire que,
-lorsque les femmes n'ont pas dans leur mnage les
-choses ncessaires, elles ne cessent de quereller leurs
-maris dont l'avarice ou l'inconduite leur en impose la
-privation.</p>
-
-
-<div class="p" id="p490">Les dames la grand'gorge.</div>
-<p>On appelait ainsi les dames de la cour de Franois
-I<sup>er</sup>, parce qu'elles portaient des robes chancres
-autour du sein qui, soutenu et relev par une riche
-bande d'toffe nomme <i>gorgias</i>, s'talait dans une complte
-nudit.</p>
-
-<p>Le clerg les rprimanda d'oser se montrer <i>sous les
-livres de l'impudicit</i>. Jean Polman, chanoine thologal
-de Cambrai, dans son ouvrage intitul le <i>Chancre
-ou Couvre-sein fminin</i>, leur reproche de piaffer les
-bras nus, sein ouvert, et tetins dcouverts.</p>
-
-<p>Le pre Gardeau, Gnovefain, fit contre elles plusieurs
-prdications o il prit pour texte les versets 16
-et 17 du chapitre <small>III</small> d'<i>Isae</i> annonant aux filles d'Isral
-que Dieu les rendra chauves parce qu'elles vont la
-tte leve, la gorge nue et l'&oelig;il tourn la galanterie.</p>
-
-<p>Un autre prdicateur, dit-on, leur recommandait
-d'avoir toujours sur leur gorge un fichu de toile de
-Hollande, et de repousser les mains tmraires des
-amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il,
-quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas!
-Malgr tout ce que le clerg put faire et dire contre
-cette mode indcente, elle se maintint sous plusieurs
-rgnes.</p>
-
-<p>C'est probablement pour ridiculiser la polmique
-dont elle avait t l'objet que Rabelais, dans son factieux
-catalogue de la librairie ou bibliothque de Saint-Victor,
-s'est amus imaginer et classer une ordonnance
-universitaire sous ce titre fort drlatique:
-<i lang="la" xml:lang="la">Decretum universitatis Parisiensis super gorgiasitatem muliercularum
-ad placitum.</i> (Liv. II, ch. <small>VII</small>.) Dcret de
-l'Universit de Paris sur la <i>gorgiagiste</i> (talage de la
-gorge) des jeunes femmes selon leur bon plaisir.</p>
-
-
-<div class="p" id="p491">Trois femmes font un march.</div>
-<p>C'est--dire qu'elles changent entre elles autant de
-paroles qu'il s'en change dans un march. Le proverbe
-italien associe une oie aux trois femmes: <i lang="it" xml:lang="it" id="p492">Tre donne e
-una oca fan un mercato.</i></p>
-
-<p>On trouve dans le recueil de Gabriel Meurier: <i id="p493">Deux
-femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un
-plein march.</i></p>
-
-<p>Les Auvergnats disent d'une manire pittoresquement
-hyperbolique: <i id="p494">Les femmes sont faites de langue
-comme les renards de queue</i>; et l'on peut les en croire,
-car ils doivent tre impartiaux, attendu qu'ils ne sont
-<i>ni hommes ni femmes, mais bons Auvergnats</i>, d'aprs un
-dicton qui circule depuis quelques annes.</p>
-
-<p>Il y a dans tous les pays du monde des proverbes qui
-s'accordent reprocher au beau sexe une intarissable
-loquacit. Je m'abstiens de les rapporter, regardant
-comme inutile la peine que je prendrais transcrire
-ces tmoignages trop nombreux d'un dfaut sur lequel
-lui-mme semble avoir pass condamnation. Il vaut
-mieux rechercher quelles sont les principales causes
-de ce dfaut.</p>
-
-<p>Fnelon les a signales dans les deux phrases suivantes:</p>
-
-<p>Les femmes sont passionnes dans tout ce qu'elles
-disent, et la passion fait parler beaucoup.</p>
-
-<p>Une autre chose contribue beaucoup aux longs
-discours des femmes, c'est qu'elles sont artificieuses et
-qu'elles usent de longs dtours pour arriver leur
-but.</p>
-
-<p>Montesquieu considrait leur bavardage comme une
-suite ncessaire de leur inoccupation. Les gens qui
-ont peu d'affaires, disait-il, sont de trs-grands parleurs:
-moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes
-parlent plus que les hommes; force d'tre oisives,
-elles n'ont point penser.</p>
-
-<p>C'est, je crois, la mme ide que les Chinois ont
-voulu exprimer dans ce proverbe: <i id="p495">La langue des femmes
-crot de tout ce qu'elles tent leurs pieds.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p496">Les femmes ont des langues de la Pentecte.</div>
-<p>C'est--dire des langues de feu. L'allusion n'a pas
-besoin d'tre explique; car personne ne peut ignorer
-que le Saint-Esprit descendit en langues de feu sur les
-disciples de Jsus-Christ, le jour de la Pentecte, et
-leur communiqua ainsi le don des langues pour les
-mettre en tat d'aller prcher la vrit vanglique
-chez tous les peuples de la terre.</p>
-
-<p>La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de
-ce proverbe que tout ce que disaient les femmes soit
-paroles d'vangile, car les langues envoyes par l'Esprit-Saint
-ne descendirent pas sur elles, et celles
-qu'elles ont n'en sont que des contrefaons faites par
-l'esprit malin.</p>
-
-<p>L'abb Guillon disait, en usant d'une expression
-tire d'un proverbe fort connu: L'enfer est pav de
-langues de femmes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p497">La langue des femmes est leur pe, et elles ne la laissent pas
-rouiller.</div>
-<p>Proverbe que nous avons reu des Chinois qui, du
-reste, ne se bornent pas une telle plaisanterie sur
-l'intemprance de la langue fminine, car un de leurs
-livres classiques met le babil fatigant au nombre des
-sept causes de divorce que les maris peuvent allguer
-pour se dbarrasser de leurs femmes.</p>
-
-<p>Les Allemands ont fait une addition grossire ce
-proverbe, ils disent: <i lang="de" xml:lang="de">Die Weiber fhren das Schwerd
-im Maule, darum muss man sie auf die Scheide schlagen.</i>
-<a name="p498" id="p498"></a>Les femmes portent l'pe dans la bouche; c'est pourquoi
-il faut frapper sur la gane.</p>
-
-<p>Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils
-jugent plus efficace pour faire taire les femmes; c'est
-de leur mettre la <i>bride du silence</i>. Si vous ignorez ce
-que c'est, le <i lang="en" xml:lang="en">Morning-Herald</i> va vous le dire. On lit,
-dans un de ses numros de la fin de mai 1838, que le
-magistrat de police de Straffort, jugeant une femme
-dont la loquacit rsistait tous ses avertissements, lui
-fit appliquer cette bride que le journaliste appelle une
-<i>machine ingnieuse</i> et dcrit ainsi: Elle consiste en
-un cercle de fer ceignant la tte d'une oreille l'autre,
-et en une plaque transversale du mme mtal, laquelle
-descend du front jusqu' la bouche qu'elle tient close,
-de manire empcher la langue de fonctionner. Cette
-<i>ingnieuse machine</i> se ferme sur le derrire de la tte.
-Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal
-et sa <i>bride de silence</i> pour la montrer comme pouvantail
-et pour en faire usage au besoin.</p>
-
-<p>On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie
-qui doit rgner chez nos voisins d'outre-Manche,
-et se former une ide des licences que les magistrats
-se permettent quelquefois sans scrupule en ce pays de
-libert.</p>
-
-
-<div class="p" id="p499">La langue des femmes ne se tait pas, mme lorsqu'elle est coupe.</div>
-<p>Ce proverbe, hyperbolique l'excs, est traduit de
-ce texte latin: <i lang="la" xml:lang="la">Lingua mulierum nequidem excisa silet</i>,
-qu'ont employ quelques crivains du moyen ge. Je
-crois qu'il est d'origine grecque, car il se trouve pour
-la premire fois dans la premire ptre de saint Grgoire
-de Nazianze, qui l'a peut-tre invent. L'ide qu'il
-exprime a beaucoup d'analogie avec une plaisanterie
-d'Ovide qui raconte que la langue d'une bavarde, arrache
-de son palais, s'agitait par terre en parlant toujours.
-trange effet de l'habitude!</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La rage du babil est-elle donc si forte</div>
-<div class="verse">Qu'elle doive survivre en une langue morte?</div>
-</div>
-
-<p>Les Allemands disent d'une manire fort originale:
-<i lang="de" xml:lang="de">Einer todten Frau der muss man die Zunge besonders
-todt schlagen.</i> <a name="p457" id="p457"></a>A femme trpasse il faut tuer la langue en
-particulier.</p>
-
-<p>Un auteur factieux a prtendu que la langue, chez
-les femmes, n'est pas l'unique instrument des paroles,
-et que les bonnes commres ne resteraient pas muettes
-quand mme elles seraient prives de cet organe. Il
-cite l'appui de cette assertion l'exemple d'une jeune
-fille portugaise qui, tant ne sans langue, n'en jasait
-pas moins du matin au soir. Ce qui donna lieu au distique
-suivant de je ne sais quel savant en <i>us</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur,</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Mirum cum lingua quod taceat mulier.</i></div>
-</div>
-
-<p>Voici une imitation franaise de ce distique:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il se peut que sans langue une femme caquette,</div>
-<div class="verse">Mais non qu'en ayant une elle reste muette.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p500">Femmes ne sont pas gens.</div>
-<p>Cet impertinent proverbe est traduit littralement
-du provenal: <i lang="oc" xml:lang="oc">Frmos noun soun gens.</i> Je le crois driv
-de cette ancienne maxime de jurisprudence: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier
-non habet personam</i>, par laquelle on dclarait que la
-femme n'tait pas une personne devant la loi, c'est--dire
-qu'elle devait rester toujours mineure et dpendante.</p>
-
-<p>J'avais d'abord conjectur qu'il tait provenu d'un
-autre fait auquel il s'ajuste assez bien; je le regardais
-comme une allusion probable la thse soutenue au
-second concile de Mcon, le 23 octobre 585, par un
-vque qui prtendait que le mot <i>homme</i>, dans la gnralit
-de son acception, ne comprenait pas la femme,
-ce qu'un autre rfuta par divers passages de l'criture
-sainte o ce mot est employ pour dsigner les deux
-sexes, notamment par le verset de la Gense qui dit
-que <i>Dieu cra l'homme, mle et femelle</i>, et par les versets
-de l'vangile dans lesquels le fils de Dieu est appel le
-<i>Fils de l'homme</i>, quoiqu'il ne soit que le fils de la femme
-quant son humanit. Le concile, aprs une assez
-longue discussion, dcida: <i lang="la" xml:lang="la">Mulieres esse homines</i>, que
-les femmes taient hommes, c'est--dire qu'elles faisaient
-partie du genre humain<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> C'est ainsi qu'un ami de Cicron l'engage, dans une lettre, se consoler de
-la mort de sa fille Tullie, parce qu'elle est ne homme, <i lang="la" xml:lang="la">quia homo nata est</i>.</p>
-</div>
-<p>On a trouv fort ridicule que les pres de ce concile
-se soient arrts l'examen d'une thse si trange;
-mais c'est faute de comprendre les motifs assez graves
-qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en agissant
-ainsi, d'empcher, par l'autorit suprme d'une dcision
-ecclsiastique, la propagation d'une fausse ide,
-renouvele d'Aristote. Ce philosophe, sur la parole duquel
-on jurait alors, avait prononc, comme un oracle,
-que c'tait d'une erreur de la nature que provenait la
-femme, crature incomplte, ouvrage manqu, rsultat
-de l'imperfection de la matire impuissante parvenir
-au sexe parfait, c'est--dire produire l'homme, qu'on
-verrait natre seul dans un ordre de choses meilleur.
-Et son opinion tait entre en partie dans l'esprit de
-quelques thologiens du quatrime sicle, qui se figuraient
-que Dieu, au grand jour de la rsurrection gnrale,
-ne ferait revivre la femme qu'en la changeant
-en homme.</p>
-
-<p>Ce fut, tout porte le penser, un partisan de cette
-draisonnable opinion aristotlique et thologique
-la fois qui en saisit l'assemble: elle obtint l'appui de
-plusieurs autres qui cherchrent la faire prvaloir
-dans des vues plus politiques encore que religieuses.
-Ils espraient que, si elle tait canoniquement proclame,
-elle deviendrait un moyen puissant de dtruire
-l'influence de deux reines contemporaines gnralement
-dtestes, Frdgonde et Brunehaut, qui dirigeaient
-les affaires publiques au gr de leurs passions
-et de leurs caprices.</p>
-
-
-<div class="p" id="p501">De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moiti.</div>
-<p>Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant
-des aventures qu'on leur attribue. De ces choses-l,
-suivant l'historien Mzerai, on en compte toujours plus
-qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus qu'on
-n'en sait. Phrase non moins spirituelle que malveillante,
- laquelle ressemble beaucoup cette autre de
-Snac de Meilhan: On dbite un grand nombre d'histoires
-fausses sur les femmes, mais elles ne sont qu'une
-faible compensation des vritables, qu'on ignore.</p>
-
-<p>Les Italiens ont un proverbe analogue d'aprs lequel,
-en matire de galanterie, tout peut se croire et
-rien ne peut se dire: <i lang="it" xml:lang="it">In materia di lussuria, si pu creder
-tutto, ma dirne nulla.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p502">Si les femmes taient d'argent, elles ne vaudraient rien faire
-monnaie.</div>
-<p>Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette
-nouvelle forme le caractre indlbile de fausset que
-les mauvais plaisants leur attribuent, et que par consquent
-elles ne produiraient qu'une monnaie de mauvais
-aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai
-entendu expliquer ce proverbe par une femme de
-beaucoup d'esprit, qui se plaisait le citer en riant.</p>
-
-<p>Je n'oserais contester positivement cette explication,
-dont je laisse la responsabilit son auteur. Cependant
-je doute que ce soit la fausset des femmes qu'on
-ait eu particulirement en vue en formulant le proverbe.
-Il y a chez elles d'autres dfauts qui, non moins
-que celui-l, ont pu en suggrer l'ide; et c'est peut-tre
-par allusion l'inconsistance et au mauvais alliage
-que ces dfauts runis produisent dans leur nature,
-qu'on a dit qu'<i>elles ne vaudraient rien faire monnaie</i>,
-en sous-entendant ces mots: <i>parce qu'elles ne seraient
-pas mallables.</i></p>
-
-<p>Cette raison toute naturelle est indique par un proverbe
-italien qui correspond au ntre: <i lang="it" xml:lang="it">Se le donne
-fossero d'argento, non varrebber' un quattrino, perch non
-starebber' al martello.</i> Si les femmes taient d'argent,
-elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles
-ne tiendraient pas sous le marteau, ce qui signifie au
-figur, si je ne me trompe, qu'elles ne seraient pas
-mallables.</p>
-
-
-<div class="p" id="p503">Les femmes qui ont donn leur farine, veulent vendre leur son.</div>
-<p>Proverbe dont on fait l'application certaines
-femmes galantes qui, aprs avoir prodigu gratuitement
-les prmices de leurs appas, ou leur farine,
-prtendent en faire payer au-dessus de leur valeur les
-restes, ou le son. Ces meunires intresses, qui le
-vice a fait oublier tout sentiment gnreux, n'ont
-d'autres penses que de s'enrichir aux dpens de
-quelques jeunes gens sans exprience qu'elles ont
-attirs leur moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement
-aussitt qu'elles auront achev de les
-ruiner.</p>
-
-<p>Les mots farine et son ont t employs allgoriquement
-par les auteurs du moyen ge dans le
-mme sens qu'ils ont ici. On lit dans un recueil de ce
-temps cette curieuse dfinition de la beaut fminine:
-C'est la farine du diable qui se rduit tout en son.
-On y trouve aussi cette comparaison non moins curieuse
-de la femme prodigue de sa beaut pour son plaisir,
-avec un bluteau qui jette la farine et retient le son.</p>
-
-
-<div class="p" id="p504">Il a peu d'honntes femmes qui ne soient lasses de leur mtier.</div>
-<p>La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa
-376<sup>e</sup> <i>Pense</i>, et Molire l'a redit, sa manire, dans ces
-vers d'<i>Amphitryon</i>, que Clantis adresse Sosie:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Va, va, tratre, laisse-moi faire,</div>
-<div class="verse">On se lasse parfois d'tre femme de bien.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Acte II, sc. <small>VII</small>.)</p>
-
-<p>Je crois que c'est une phrase proverbiale antrieure
- ces deux auteurs. Elle est du moins employe comme
-telle dans quelques patois mridionaux, et elle a des
-quivalents dans plusieurs langues trangres.</p>
-
-<p>Sans doute le <i>mtier</i> d'honnte femme peut paratre
-fatigant, puisqu'il oblige une lutte vigoureuse pour
-triompher de ce dsordre d'ides et de tentations que
-peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une
-femme, mme la mieux morigne, les froides ngligences
-d'un mari et les ardentes poursuites d'un sducteur.
-Mais faut-il en conclure que les efforts qu'exige
-d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner
-une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte
-a l'me trop forte et trop courageuse pour se
-lasser de ce qui fait son honneur et sa dignit. Loin de
-faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son devoir
-lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement
-par la considration des malheurs qu'ont subir
-les femmes dshonores, mais par le sentiment de
-sa conscience, qui adoucit et compense ses amertumes
-par d'ineffables consolations.</p>
-
-<p>Je voudrais qu' la place de la maxime que je combats
-il y en et une autre qui glorifit la persvrance
-vertueuse de la femme dlaisse. Cette femme de bien,
-cette femme chrtienne, malheureusement trop rare,
-est un modle de perfection, et la chastet inaltrable
-qu'elle conserve dans un c&oelig;ur brlant me parat,
-dans l'ordre moral, un phnomne plus admirable encore
-que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace entretenue
-dans un fourneau chauff blanc.</p>
-
-
-<div class="p" id="p505">Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes
-si une femme est belle.</div>
-<p>La discrtion des hommes tente les femmes autant
-que la beaut des femmes tente les hommes, et les
-deux sexes suivent plus volontiers l'attrait naturel qui
-les invite se rapprocher, quand ils sont assurs de
-rencontrer, l'un chez l'autre, la qualit qu'ils dsirent.
-Ainsi les deux questions, bien que chacune d'elles
-porte sur un point diffrent, partent du mme principe,
-qui est le besoin d'aimer, et tendent au mme
-but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des
-femmes est plus significative que celle des hommes,
-o l'on ne voit souvent qu'un simple effet de curiosit:
-elle a quelque chose de raisonn, de prmdit, indice
-manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont dj
-dcides se laisser aller la tentation, lorsqu'elles
-savent qu'elles pourront, sans crainte d'tre compromises,
-accorder leur penchant avec la scurit, leur
-plaisir avec le mystre. Vous pouvez en conclure, si
-vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins la
-vertu qu'au respect humain. En effet, mettre de ct cette
-vertu incommode et en garder les apparences honorables,
-c'est, en rsum, ce qu'elles cherchent en s'engageant
-dans les affaires de c&oelig;ur. Il n'est pas besoin de
-dire avec quelles prcautions, avec quelle habilet elles
-poursuivent ce double objet, aprs en avoir calcul les
-inconvnients et les avantages. On sait que ces femmes-l
-ont un art prodigieux, qui leur vient sans
-doute de ce qu'elles ont mordu plus profondment
-que les autres au fruit de l'arbre de la science du
-bien et du mal.</p>
-
-
-<div class="p" id="p506">Les femmes n'ont que l'ge qu'elles paraissent avoir.</div>
-<p>Il ne faut pas juger de l'ge des femmes par le
-nombre de leurs annes, mais par la conservation de
-leurs appas; tant que ces appas ne sont point fltris,
-elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgr
-le dmenti que leur opposent les registres de l'tat
-civil toujours trop incivil pour elles.</p>
-
-<p>C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se
-donnent tant de soins et font tant de frais de toilette
-pour paratre plus jeunes qu'elles ne sont.</p>
-
-<p>N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formul
-d'une manire plus galante que vraie, de peur
-de troubler leurs illusions ce sujet; laissons-les se
-complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient
-persuades, s'il est possible, que leur extrait baptistaire
-vieillit tout seul.</p>
-
-
-<div class="p" id="p507">On ne saurait dire des femmes ce qui en est.</div>
-<p>Est-ce parce qu'il y aurait trop dire d'elles, ou
-bien parce qu'il parat impossible de les dfinir? Je
-laisserai de plus habiles que moi le soin de dcider
-entre ces deux questions qui se compliquent l'une par
-l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait
-burlesque de la femme par un auteur comique qui ne
-la jugeait pas indfinissable et qui voyait en elle un
-compos de natures diverses. Je le tire de la pice intitule:
-<i>Arlequin dfenseur du beau sexe</i>.&mdash;Voulez-vous
-bien connatre une femme? figurez-vous un joli
-petit monstre qui charme les yeux et qui choque la raison;
-qui plat et qui rebute, qui est ange au dehors et
-harpie au dedans. Mettez ensemble la tte d'une linotte,
-la langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur
-d'un chat, l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes
-d'un hibou, le brillant du soleil et l'ingalit de
-la lune; enveloppez le tout d'une peau bien blanche,
-ajoutez-y des bras, des jambes, <i lang="la" xml:lang="la">et ctera</i>: vous aurez
-une femme toute complte. (<i>Thtre italien de Gherardi,
-t. V, p. 262.</i>)</p>
-
-<p>On attribue J.-J. Rousseau les vers suivants sur les
-femmes:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Objet sduisant et funeste,</div>
-<div class="verse i2">Que j'adore et que je dteste,</div>
-<div class="verse i2">Toi que la nature embellit</div>
-<div class="verse">Des agrments du corps et des dons de l'esprit,</div>
-<div class="verse i2">Qui de l'homme fais un esclave,</div>
-<div class="verse i2">Qui t'en moques quand il te plaint,</div>
-<div class="verse i2">Qui l'accables quand il te craint,</div>
-<div class="verse i2">Qui le punis quand il te brave;</div>
-<div class="verse i2">Toi dont le front doux et serein</div>
-<div class="verse i2">Porte le plaisir dans nos ftes,</div>
-<div class="verse i2">Toi qui soulves les temptes</div>
-<div class="verse i2">Qui tourmentent le genre humain.</div>
-<div class="verse i2">tre ou chimre inconcevable,</div>
-<div class="verse i2">Abme de maux et de biens,</div>
-<div class="verse">Seras-tu donc toujours la source inpuisable</div>
-<div class="verse i1">De nos mpris et de nos entretiens?</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">PROVERBES<br />
-<span class="small">SUR</span><br />
-<span class="large">L'AMITI</span></h2>
-
-
-<div class="p" id="p26">Il faut connatre avant d'aimer.</div>
-<p>Ce proverbe n'est gure applicable l'amour, qui
-est rarement dtermin par la rflexion; il est fait pour
-l'amiti, la formation de laquelle le temps est ncessaire.
-C'est, en d'autres termes, l'adage des Grecs:
-<span lang="grc" xml:lang="grc">&phi;&#943;&lambda;&omicron;&upsilon;&sigmaf;
-&mu;&#8052; &tau;&alpha;&chi;&#8058; &kappa;&tau;&#8182;.</span>
-<a name="p107" id="p107"></a>Ne fais pas des amis promptement.
-Nous avons encore cette maxime bonne rappeler: <i id="p108">Le
-moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps,
-c'est d'tre longtemps les faire</i>.</p>
-
-<p>L'amour, dit la Bruyre, nat brusquement, sans
-autre rflexion, par temprament ou par faiblesse. Un
-trait de beaut nous fixe, nous dtermine. L'amiti, au
-contraire, se forme peu peu avec le temps, par la
-pratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de
-bont de c&oelig;ur, d'attachement, de services et de complaisances
-dans les amis pour faire, en plusieurs annes,
-beaucoup moins que ne fait quelquefois, en un
-moment, un beau visage ou une belle main? (Ch. <small>IV</small>,
-<i>du C&oelig;ur</i>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p8">Aime comme si tu devais un jour har.</div>
-<p>Ce mot, que Scipion regardait comme le plus odieux
-blasphme contre l'amiti, est attribu Bias par Aristote,
-qui dit dans sa rhtorique: L'amour et la haine
-sont sans vivacit dans le c&oelig;ur des vieillards. Suivant le
-prcepte de Bias, ils aiment comme s'ils devaient har
-un jour, ils hassent comme s'ils devaient un jour aimer.
-Cependant Cicron (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XVI</small>), ne peut
-croire que la premire partie de cette sentence appartienne
- un homme aussi sage que Bias. La seconde,
-en effet, est seule digne de lui. Il est probable, comme
-le remarque le savant M. Jos.-Vict. Leclerc, que le philosophe
-de Prine s'tait content de dire: <i>Hassez
-comme si vous deviez aimer</i>, et qu'on aura ajout le reste
-pour former antithse et pour appuyer une fausse
-maxime d'une grande autorit. Quoi qu'il en soit, cette
-maxime n'en est pas moins passe en proverbe, par
-une espce de fatalit qui trop souvent fait retenir ce
-qui est mal et oublier ce qui est bien. Mais ce n'a pas
-t pourtant sans une forte opposition. Tous les auteurs
-qui ont crit sur l'amiti se sont attachs la
-combattre. Les deux meilleures rfutations qu'on en
-ait faites sont ce mot de Csar: J'aime mieux prir
-une fois que de me dfier toujours, et ces vers de
-Gaillard que La Harpe a cits avec loge dans son <i>Cours
-de littrature</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah! prisse jamais ce mot affreux d'un sage,</div>
-<div class="verse">Ce mot, l'effroi du c&oelig;ur et l'effroi de l'amour:</div>
-<div class="verse">Songez que votre ami peut vous trahir un jour!</div>
-<div class="verse">Qu'il me trahisse, hlas! sans que mon c&oelig;ur l'offense,</div>
-<div class="verse">Sans qu'une douloureuse ou coupable prudence</div>
-<div class="verse">Dans l'obscur avenir cherche un crime douteux&hellip;</div>
-<div class="verse">S'il cesse un jour d'aimer, qu'il sera malheureux!</div>
-<div class="verse">S'il trahit nos serments, je dois aussi le plaindre,</div>
-<div class="verse">Mon amiti fut pure et je n'ai rien craindre.</div>
-<div class="verse">Qu'il montre tous les yeux les secrets de mon c&oelig;ur;</div>
-<div class="verse">Ces secrets sont l'amour, l'amiti, la douleur,</div>
-<div class="verse">La douleur de le voir, infidle et parjure,</div>
-<div class="verse">Oublier ses serments, comme moi son injure.</div>
-</div>
-
-<p>Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient tre
-un jour nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils
-pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni selon la nature
-de la haine ni selon les rgles de l'amiti. Ce
-n'est point une maxime de morale, mais de politique.
-(La Bruyre, ch. <small>IV</small>, <i>du C&oelig;ur</i>.)</p>
-
-<p>Bacon juge cette maxime admissible, pourvu toutefois
-qu'on n'y voie point une raison qui encourage
-la perfidie, mais seulement une raison pour tre circonspect
-et pour modrer ses affections. (<i>Dign. et
-accr. des sciences</i>, liv. VIII, ch. <small>II</small>.) Il la considre probablement
-par rapport cette amiti superficielle sujette
- passer, car elle ne saurait se concilier avec la
-vritable amiti qui veut une confiance entire. Prendre
-des prcautions contre un ami, quelque honntement
-qu'on le ft, ce serait le traiter, pour ainsi dire,
-en ennemi.</p>
-
-
-<div class="p" id="p9">On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire.</div>
-<p>Parce qu'il rgne alors entre ceux qui s'aiment une
-confiance entire, qui est la preuve d'une affection parfaite.
-Cette maxime trs-vraie de l'amiti ne l'est pas
-galement de l'amour; car les amants, si persuads
-qu'ils soient de leur tendresse mutuelle, prouvent un
-besoin continuel d'en changer les tmoignages. Et il
-est dmontr par l'exprience que ce besoin est insparable
-de leur passion, dont on pourrait marquer les
-divers degrs sur une chelle chromatique des inflexions
-du langage amoureux, depuis la note la plus basse jusqu'
-la plus leve.</p>
-
-
-<div class="p" id="p10">Qui aime bien chtie bien.</div>
-<p>Proverbe dont l'ide se retrouve dans plusieurs passages
-de Salomon, notamment dans celui-ci: <i lang="la" xml:lang="la">Qui
-parcit virg odit filium suum; qui autem diligit illum instanter
-erudit</i>. (<i>Prov.</i> <small>XIII</small>, 24.) Celui qui pargne la verge
-hait son fils; mais celui qui l'aime s'applique le corriger.</p>
-
-<p>Le conseil qu'exprime ce proverbe tranger aux
-m&oelig;urs actuelles tait approuv des peuples de l'antiquit.
-Il fut regard comme excellent en Chine jusqu'au
-temps de Confucius, qui en fit sentir les graves inconvnients.
-Il devint en Grce un des points fondamentaux
-de la mthode du stocien Chrysippe pour l'ducation
-des enfants. Il parat mme avoir fait partie de
-la doctrine socratique, si l'on en juge par la quatrime
-scne du cinquime acte des <i>Nues</i> d'Aristophane, o
-un disciple de Socrate est reprsent battant son pre
-et disant: Battre ce qu'on aime est l'effet le plus
-naturel de tout sentiment d'affection: aimer et battre
-ne sont qu'une mme chose.
-<span lang="grc" xml:lang="grc">&Tau;&omicron;&#8166;&tau;' &#7956;&sigma;&tau;'
-&epsilon;&#8016;&nu;&omicron;&epsilon;&#8150;&nu;
-&tau;&#8056; &tau;&#973;&pi;&tau;&epsilon;&iota;&nu;.</span></p>
-
-<p>On sait qu' Rome le rhteur Orbilius de Bnvent,
-que le pote Horace, dont il fut le matre, a nomm
-<i lang="la" xml:lang="la">plagosus</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Epist.</span> <small>II</small>, 1, 10), introduisit l'usage du fouet
-dans son cole; ce qui a fait donner aux rgents qui,
-chez les modernes, ont adopt ce honteux usage, le
-surnom d'<i>orbilianites</i>, tomb depuis devant celui de
-<i>monsieur Cinglant</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p11">Qui m'aime me suive.</div>
-<p>Philippe VI de Valois tait peine sur le trne de
-France qu'il voulut faire la guerre contre les Flamands.
-Comme son conseil ne paraissait pas approuver cette
-guerre, pour laquelle il montrait beaucoup d'ardeur,
-le roi porta sur Gaucher de Chtillon<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> un de ces regards
-qui semblent chercher enlever les suffrages: Et
-vous, seigneur conntable, lui dit-il, que pensez-vous
-de tout ceci? Croyez-vous qu'il faille attendre un temps
-plus favorable?&mdash;Sire, rpondit le guerrier, <i>qui a
-bon c&oelig;ur a toujours le temps propos</i>. Philippe, ces
-mots, se lve transport de joie, court au conntable,
-l'embrasse et s'crie: <i>Qui m'aime me suive!</i> Saint-Foix,
-qui rapporte le fait, prtend que ce fut l'origine du
-proverbe; mais il est avr que ce n'en fut que l'application.
-Le proverbe existait longtemps auparavant,
-puisqu'il se trouve dans ce vers de la troisime glogue
-de Virgile:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet.</i></div>
-</div>
-
-<p>Il remonte jusqu' Cyrus, qui exhortait ses soldats en
-s'criant: <i>Qui m'aime me suive!</i></p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l'honneur de recevoir
-l'ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et s'tait montr, pendant sept
-rgnes conscutifs, le plus ferme appui du trne.</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p12">Quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a.</div>
-<p>Proverbe qui existe dans presque toutes les langues,
-tant la vrit qu'il exprime est gnralement reconnue,
-quoiqu'elle soit trs-rarement mise en pratique. <i id="p533">Il n'y
-a pas de maladie plus cruelle</i>, disaient les Celtes, <i>que de
-n'tre pas content de son sort</i>. Rien n'est plus cruel, en
-effet, que de vivre en rvolte contre sa condition, et
-d'aigrir les maux rels qui s'y trouvent par le dsir des
-biens imaginaires qui ne peuvent s'y trouver. Quelle
-plus grande peine, s'crie saint Bernard, que de vouloir
-toujours ce qui ne sera jamais, et de ne vouloir
-jamais ce qui sera toujours! <i lang="la" xml:lang="la">Qu p&oelig;na major est quam
-semper velle quod nunquam erit, et semper nolle quod nunquam
-non erit!</i> Pour nous rendre un peu contents et
-tranquilles en ce monde, nous devons nous rsigner
-notre sort et dtourner autant que possible notre attention
-des mauvais cts qu'il nous offre, afin de la
-porter sur les bons. C'tait un vritable sage que ce
-paysan suisse qui rpondit celui qui lui vantait les
-richesses du roi de France: Je parie qu'il n'a pas
-d'aussi belles vaches que les miennes.</p>
-
-<p>Au lieu de me plaindre, dit le moraliste Joubert,
-de ce que la rose a des pines, je me flicite de ce que
-l'pine est surmonte de roses et de ce que le buisson
-porte des fleurs.</p>
-
-<p>Quoique ce proverbe ne s'applique pas prcisment
- l'amiti ni l'amour, j'ai cru devoir l'admettre dans
-la catgorie de ceux qui s'y rapportent, car il pourrait
-tre employ, et il l'a t, plus d'une fois sans doute,
-comme un prcepte d'amour conjugal. Il est vrai pourtant
-qu'en ce cas il serait bien difficile mettre en pratique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p13">Qui s'aime trop n'est aim de personne.</div>
-<p>Quiconque n'aime que soi-mme, uniquement occup
-de sa propre volont et de son plaisir, n'est plus
-soumis la volont de Dieu; et, demeurant incapable
-d'tre touch des intrts d'autrui, il est non-seulement
-rebelle Dieu, mais encore insociable, intraitable,
-injuste et draisonnable envers les autres, et
-veut que tout serve non-seulement ses intrts, mais
-encore ses caprices.</p>
-
-<p class="attr">(Bossuet, <i>de la Concupiscence</i>, <small>XI</small>.)</p>
-
-<p>L'exprience confirme que la mollesse et l'indulgence
-pour soi et la duret pour les autres n'est qu'un
-seul et mme vice.</p>
-
-<p class="attr">(La Bruyre, ch. <small>IV</small>, <i>du C&oelig;ur</i>.)</p>
-
-<p>Ce proverbe existait chez les Grecs, et chez les Latins
-qui l'avaient traduit du grec en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Nemo erit
-amicus, ipse si te amas nimis</i>. Suidas le faisait remonter
-jusqu'aux premiers temps mythologiques, et le retrouvait
-dans ces paroles adresses au beau Narcisse par
-les Nymphes qu'il avait ddaignes: Beaucoup te
-haront si tu t'aimes toi-mme.</p>
-
-<p>Nous disons encore: <i id="p14">Qui s'aime trop s'aime sans rival</i>,
-ce qui est pris de ces paroles de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Se ipse amat
-sine rivali</i> (<span lang="la" xml:lang="la">lib. III, epist. <small>VIII</small></span>, <i lang="la" xml:lang="la">ad Quintum fratrem</i>), paroles
-qu'Horace a rptes dans le vers 444 de l'<i>Art
-potique</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quin sine rivali teque et tua solus amares.</i></div>
-</div>
-
-<p>On connat ce vers de La Fontaine, livre I, fable <small>IX</small>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p15">Aime-moi un peu, mais continue.</div>
-<p>Pour dire qu'on prfre une affection modre, mais
-durable, une affection excessive qui est sujette passer
-promptement. Un autre proverbe, considrant la
-modration comme conservatrice de l'amiti, conseille
-de <i id="p27">s'aimer peu la fois, afin de s'aimer longtemps</i>. Ce
-conseil ne signifie point sans doute qu'il faille amortir
-la vivacit d'un sentiment qui n'est presque jamais trop
-vif, car ce serait l'apparenter avec l'indiffrence, mais
-qu'il est bon d'en rprimer les manifestations outres
-et les susceptibilits hargneuses qui sont toujours de
-trop.</p>
-
-<p>Montesquieu disait aux amis tyranniques et avantageux
-qui font trouver dans l'amiti tous les orages de
-l'amour: Souvenez-vous que l'amour a des ddommagements
-que l'amiti n'a pas.</p>
-
-<p>Les deux proverbes que je viens d'interprter comme
-spcialement applicables l'amiti, ont t quelquefois
-appliqus l'amour; mais on sent que cette application
-ne saurait convenir l'amour qu'autant qu'on le
-fait consister dans ces liaisons communes, trangres
-au sentiment passionn qui est son vrai caractre.
-N'est-ce pas tre froidement amoureux que de souhaiter
-pour son repos que l'objet dont on est aim n'ait
-qu'un amour modr? <i>Qui aime le die!</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p16">Qui aime Bertrand aime son chien.</div>
-<p>Ou bien: <i>Qui m'aime aime mon chien</i>, pour signifier
-que lorsqu'on aime quelqu'un il faut prendre les intrts,
-les sentiments, les passions, dont il est affect,
-et se montrer attach tout ce qui lui appartient.&mdash;On
-trouve dans le lai de Gralant par Marie de France,
-cette variante corrlative:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ki volentiers fiert vostre cien</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ja marquers qu'il vos aint bien.</div>
-</div>
-
-<p>Les Latins avaient le mme proverbe que nous: <i lang="la" xml:lang="la">Quisquis
-amat dominum, diligit catulum</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p51">Au besoin on connat l'ami.</div>
-<p>Dans l'infortune on connat ses vrais amis. (Euripide,
-<i>Hcube</i>.)</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">In bonis viri, inimici illius in tristitia: et in malitia illius
-amicus agnitus est</i>.</p>
-
-<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>, <small>XII</small>, 9.)</p>
-
-<p>Quand un homme est heureux ses ennemis sont
-tristes, et quand il est malheureux on connat quel
-est son ami.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amicus certus in re incerta cernitur</i> (Ennius.)</div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>L'ami constant se montre dans l'inconstance du sort.</p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Is est amicus qui in re dubia re juvat, ubi re est opus.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Plaut., <i lang="la" xml:lang="la">Epidic.</i>, <small>V</small>. 104.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Celui-l est ami qui, dans les moments difficiles, nous aide en
-effet, quand il faut des secours effectifs.</p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">In angustiis amici apparent</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Petron.</span>)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Dans les revers les amis se font voir.</p>
-</blockquote>
-
-<p><i id="p109">On connat les bonnes sources dans la scheresse, et les
-bons amis dans l'adversit.</i></p>
-
-<p class="attr">(<i>Proverbe chinois.</i>)</p>
-
-<p>Nous avons encore le proverbe: <i id="p151">Le malheur est la
-pierre de touche de l'amiti</i>. Ce qui se retrouve dans cette
-pense d'Isocrate: L'adversit est le creuset o s'prouvent
-les amis.</p>
-
-<p>Hlas! combien il y en a peu qui soient prouvs
-ce creuset sans y laisser un dchet considrable! Un
-vers proverbial en patois aveyronnais dit fort originalement
-que ceux qui y passent ne laissent dans la fonte
-que de l'cume et des scories.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Cad' amic que s'y found demoro tout en crasso.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Chaque ami qui s'y fond demeure tout en crasse.</p>
-</blockquote>
-
-
-<div class="p" id="p52">Le faux ami ressemble l'ombre du cadran.</div>
-<p>Cette ombre, comme on sait, se montre lorsque le
-soleil brille, et elle n'est plus visible quand il est voil
-par les nuages. De l ce quatrain:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tel qui se dit un ami sr</div>
-<div class="verse">Est en tout point semblable l'ombre,</div>
-<div class="verse">Qui parat quand le ciel est pur,</div>
-<div class="verse">Et disparat quand il est sombre. (<span class="sc">Gobet.</span>)</div>
-</div>
-
-<p>Tant que vous serez heureux, dit Ovide, vous
-compterez beaucoup d'amis; si les temps deviennent
-sombres, vous serez seul.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Donec eris felix, multos numerabis amicos;</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tempora si fuerint nubila, solus eris.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Trist., I, lg. <small>VIII</small>.)</p>
-
-<p>Ce que Ponsard a traduit dans ces deux vers de sa
-comdie intitule <i>l'Honneur et l'Argent</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Heureux, vous trouverez des amitis sans nombre,</div>
-<div class="verse">Mais vous resterez seul si le temps devient sombre.</div>
-</div>
-
-<p>Les anciens comparaient les faux amis aux hirondelles,
-qui viennent dans la belle saison et s'en vont
-dans la mauvaise. Le peuple de Paris les assimile aux
-cochers de fiacre, qu'on trouve toujours sur place
-quand il fait beau temps, et qu'on n'y rencontre plus
-ds qu'il pleut.</p>
-
-<p>Nous avons encore une comparaison proverbiale qui
-a t reproduite dans cet ingnieux quatrain de Mermet,
-pote du seizime sicle:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p110">Les amis de l'heure prsente</div>
-<div class="verse">Ont le naturel du melon:</div>
-<div class="verse">Il faut en essayer cinquante</div>
-<div class="verse">Avant d'en trouver un de bon.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p53">Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la
-chose.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vulgare amici nomen, sed rara est fides.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la"><i>Phdr.</i>, lib. III, fab. <small>IX</small>.</span>)</p>
-
-<p>Heureux celui qui, dans sa vie, peut trouver l'ombre d'un
-ami! disait, dans une comdie de Mnandre, un
-jeune homme qui n'osait croire la ralit d'un bien
-si rare et si prcieux.</p>
-
-<p>Aristote s'criait: O mes amis, il n'y a plus d'amis!
-et Caton l'Ancien prtendait qu'il fallait tant de choses
-pour faire un ami que cette rencontre n'arrivait pas
-en trois sicles.</p>
-
-<p>L'amiti est bien bte de compagnie, disait Plutarque,
-mais non pas bte de troupeau. Remarque
-trs-vraie, car les amitis clbres n'ont jamais exist
-qu'entre deux personnes.</p>
-
-<p>C'est un assez grand miracle de se doubler. N'en
-connaissent pas la hauteur ceux qui parlent de se tripler.</p>
-
-<p class="attr">(Montaigne, <i>Ess.</i>, <small>I</small>, 27.)</p>
-
-<p>Les Scythes, pour qui l'amiti tait une chose sacre,
-pensaient avec raison qu'elle ne pouvait tendre ses
-liens au del sans les relcher; et, pour la garantir de
-l'amoindrissement qu'elle et subi par extension, ils
-avaient fait une loi qui ordonnait d'avoir un ami, en
-permettait deux et en dfendait trois. Cette loi tait
-fort sage, car il n'y a jamais assez d'amiti et il y a
-toujours assez d'amis.</p>
-
-<p>Assez d'amis parmi les hommes! s'crie Bourdaloue,
-mais quels amis! assez d'amis de nom, assez d'amis
-d'intrt, assez d'amis d'intrigue et de politique,
-assez d'amis d'amusements, de compagnie, de plaisir;
-assez d'amis de civilit, d'honntet, de biensance;
-assez d'amis en paroles, en protestations.</p>
-
-<p>Certes, de ces amis-l, il y en a <i>assez de peu, assez
-d'un, assez d'aucun</i>, suivant le mot d'un Ancien rapport
-par Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Satis sunt pauci, satis est unus, satis est
-nullus.</i> (<span lang="la" xml:lang="la"><i>Epist.</i> <small>VII</small>.</span>)</p>
-
-<p>On connat cette boutade spirituelle de Chamfort:
-Dans le monde vous avez trois sortes d'amis: vos
-amis qui vous aiment, vos amis qui ne se souviennent
-pas de vous, et vos amis qui vous hassent.</p>
-
-<p>Hlas! pourquoi faut-il que ces chers amis, qui
-nous donnons notre confiance, ne soient presque toujours
-que de chers ennemis!</p>
-
-
-<div class="p" id="p54">Qui cesse d'tre ami ne l'a jamais t.</div>
-<p>Ce beau proverbe est traduit d'un vers grec cit par
-Aristote (<i>Rhtor.</i>, liv. II). Il se trouve aussi dans le troisime
-discours de Dion Chrysostome, qui l'a dvelopp
-en disant que le caractre de l'amiti est de ne point
-changer, et que, si quelqu'un est infidle une personne
-avec qui il a vcu dans une liaison intime, il dclare
-par cette infidlit qu'il ne l'aimait pas vritablement;
-car, s'il et t son ami, il serait demeur tel.
-C'est exactement la pense que le pre de Neuville a
-exprime d'une manire heureuse en parlant de la
-cour o les heureux n'ont point d'amis, puisqu'il n'en
-reste point aux malheureux.</p>
-
-
-<div class="p" id="p55">Un bon ami vaut mieux que cent parents.</div>
-<p>Ce proverbe a sa raison dans cet autre: <i id="p111">Beaucoup de
-parents et peu d'amis.</i>&mdash;J. Delille a dit dans son pome
-de la <i>Piti</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p112">Le sort fait les parents, le choix fait les amis.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ch. II.)</p>
-
-<p>Et ce joli vers n'est que la rptition textuelle d'un
-proverbe oriental que Dorat, avant Delille, avait imit
-ainsi:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est le hasard qui fait les frres,</div>
-<div class="verse">Et la vertu fait les amis.</div>
-</div>
-
-<p>Cicron (<i lang="la" xml:lang="la">de Amicitia</i>, <small>V</small>.) met l'amiti au-dessus de la
-parent, en ce que la bienveillance est essentielle la
-premire et n'est point insparable de la seconde, que
-sans bienveillance il n'y a plus d'amiti et qu'il y a
-toujours parent.</p>
-
-<p>D'autres, au contraire, ont mis la parent au-dessus
-de l'amiti, et leur opinion a servi de fondement
-quelques proverbes qu'on trouvera plus loin.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p56"><span class="blk">Le frre est ami de nature,<br />
-Mais son amiti n'est pas sre.</span></div>
-
-<p>Ce distique proverbial est tir de la phrase suivante
-de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Cum propinquis amicitiam natura ipsa peperit,
-sed ea non satis habet firmitatis</i>. (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>V</small>.) Il
-parat justifi par les dmls trop frquents que la jalousie
-et l'intrt excitent parmi les frres: <span lang="frm" xml:lang="frm">C'est
-la vrit, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection
-que le nom de frre; mais ce meslange de biens,
-ces partages, et que la richesse de l'un soit la pauvret
-de l'autre, cela destrempe merveilleusement et relche
-cette soudure fraternelle.</span></p>
-
-
-<div class="p" id="p57">On peut vivre sans frre, mais non sans ami.</div>
-<p>Si cela tait vrai, l'espce humaine aurait t frappe
-depuis longtemps d'une mortalit qui l'et enleve
-tout entire; car, dans la plupart des sicles, il ne s'est
-pas rencontr peut-tre un de ces tres d'lite sans
-lesquels on dit la vie impossible. Ne prenons donc ce
-proverbe que pour une hyperbole excessive par laquelle
-on a voulu faire ressortir le prix inestimable de l'amiti,
-et ne cherchons pas mme le justifier sous ce
-rapport. La comparaison qu'il prsente accuse une
-ide immorale, dnature, qui doit le faire proscrire.
-Il peut rester l'usage de quelque mauvais frre,
-mais il ne saurait obtenir l'approbation d'aucun esprit
-sens.</p>
-
-<p>Malheur l'homme qui sacrifie ses parents ses
-amis. Les Espagnols disent ce sujet: <i lang="es" xml:lang="es">Quien de los
-suyos se aleja, Dios le deja</i>. Celui qui s'loigne des siens,
-Dieu l'abandonne. Les pres et mres devraient inculquer
- leurs enfants cette belle maxime o respire
-l'esprit de famille, en y joignant des exemples propres
- en confirmer la vrit.</p>
-
-
-<div class="p" id="p58">Un ami est un autre nous-mme.</div>
-<p>Beau mot qui a t attribu faussement Znon,
-fondateur de la secte des stociens, car il se trouve
-dans le passage suivant des <i>Entretiens de Socrate</i> (<small>II</small>, 10):
-Un bon ami est toujours prt se substituer son
-ami, le seconder dans les soins de sa maison, dans
-les affaires de l'tat. Vous voulez obliger quelqu'un, il
-va se joindre vous dans cette bonne action. Quelque
-crainte qui vous agite, comptez sur ses secours; vous
-faut-il faire des dpenses, des dmarches, employer la
-force ou la persuasion? <i>Vous trouverez en lui un autre
-vous-mme.</i></p>
-
-<p>Ce mot n'appartient pas mme Socrate. Avant lui
-il tait employ proverbialement dans l'cole de Pythagore
-qui passait pour en tre l'auteur.</p>
-
-<p>Aristote a dit: Un ami est une me qui vit dans
-deux corps; ce qu'Horace a imit en appelant Virgile
-<i>la moiti de son me</i>: <i lang="la" xml:lang="la">anim dimidium mea</i> (I, od. 3), et
-ce que saint Augustin a rpt dans ses <i>Confessions</i>:
-<i lang="la" xml:lang="la">Sensi animam meam et animam illius unam fuisse animam
-in duobus corporibus</i> (<small>IV</small>, 6). Je sentis que mon me
-et la sienne n'avaient form qu'une seule me dans nos
-deux corps.</p>
-
-<p>Cette mme vie deux, qui est celle de la vritable
-amiti, Ennius la nommait <i>la vie vivante</i>, <i lang="la" xml:lang="la">vita vitalis</i>.</p>
-
-<p>Qui ne connat les vers charmants par lesquels La
-Fontaine a termin sa fable des <i>Deux Amis</i> qui vivaient
-au Monomotapa?</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu'un ami vritable est une douce chose!</div>
-<div class="verse">Il cherche vos besoins au fond de votre c&oelig;ur;</div>
-<div class="verse i2">Il vous pargne la pudeur</div>
-<div class="verse i2">De les lui dcouvrir vous-mme:</div>
-<div class="verse i2">Un songe, un rien, tout lui fait peur</div>
-<div class="verse i2">Quand il s'agit de ce qu'il aime.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Liv. VIII, fab. <small>XI</small>.)</p>
-
-<p>Ces vers, o toutes les ides de la fable se reproduisent
-et se rsument en traits de sentiment, sont calqus,
- l'exception des deux derniers qui compltent
-si heureusement ce dlicieux rsum, sur une maxime
-indienne que Pilpay, dans un apologue intitul aussi
-les <i>Deux Amis</i>, a formul en ces termes: Un ami est
-une chose bien prcieuse. Il cherche nos besoins au
-fond de notre c&oelig;ur. Il nous pargne la honte de les
-lui dcouvrir nous-mmes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p59">Un ami fidle est la mdecine de la vie.</div>
-<p>C'est--dire qu'il peut dissiper les ennuis, adoucir
-les amertumes et soulager la plupart des maux de la
-vie. Il est pour les maladies de l'esprit ce qu'un bon
-mdecin est pour celles du corps. Ce proverbe est littralement
-traduit du verset de l'Ecclsiastique: <i lang="la" xml:lang="la">Amicus
-fidelis, medicamentum vit</i> (<small>VI</small>, 16).</p>
-
-<p>L'amiti, dit G&oelig;the, est le fonds social o l'humanit
-trouve toujours des trsors nouveaux pour se
-relever forte et puissante, quel que soit l'tat dplorable
-o les naufrages et les banqueroutes ont pu la
-rduire.</p>
-
-<p>On lit dans le <i>Hava-mal</i> ou <i>Discours sublime d'Odin</i>,
-pome gnomique des Scandinaves: <a name="p60" id="p60"></a>L'arbre se dessche
-quand il n'est revtu ni d'corce ni de feuillage:
-ainsi est l'homme sans ami. L'homme ne peut vivre
-seul.</p>
-
-<p>Les Arabes disent: <a name="p61" id="p61"></a>Pourquoi Dieu a-t-il donn une
-ombre notre corps? C'est pour qu'en traversant le
-dsert nos yeux se reposent sur elle, et soient ainsi
-prservs de la rverbration des sables brlants.</p>
-
-
-<div class="p" id="p62">Il faut tre fringant l'ami.</div>
-<p>Dicton fort usit au quatorzime et au quinzime sicle
-parmi les femmes, pour dire que celle qui attendait la
-visite de son bon ami devait se mettre en frais de braverie
-et d'amabilits afin de le bien recevoir. <i>Fringant</i>,
-autrefois invariable quant au genre, est le participe
-prsent du verbe <i>fringuer</i>, employ par nos vieux auteurs
-dans le sens de se parer, caresser, faire l'amour.
-Ces deux dernires acceptions, dsusites en franais,
-se sont conserves dans divers patois mridionaux.</p>
-
-
-<div class="p" id="p63">Un ami pour l'autre veille.</div>
-<p>Un ami ne s'endort pas sur les affaires de son ami; il
-les prend c&oelig;ur, il y veille comme aux siennes propres,
-et sa vigilance est paye de retour par celui qui
-en est l'objet: tous deux sont sous la garde l'un de
-l'autre, et ils doivent trouver dans leur sollicitude rciproque
-les conseils et les secours dont ils ont besoin
-pour bien soigner leurs intrts moraux et matriels.</p>
-
-
-<div class="p" id="p64">Il n'est si bon conseil que d'ami.</div>
-<p>Parce que ce conseil a ordinairement toutes les qualits
-requises, tant inspir par une sincre affection,
-form en connaissance de cause et prsent de manire
- ne pas blesser l'amour-propre de celui qui le
-reoit.</p>
-
-<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Consejo de quien bien te quiere
-aunque te parezca mal, escribelo.</i> Conseil de celui qui te
-veut du bien, quoiqu'il te paraisse mal, mets-le par
-crit (pour ne pas l'oublier).</p>
-
-<p>Les Allemands ont ce proverbe: <i lang="de" xml:lang="de">Freundes Stimme,
-Gottes Stimme.</i> <a name="p65" id="p65"></a>Conseil d'ami, conseil de Dieu.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Unguento et variis odoribus delectatur cor, et bonis
-amici consiliis anima dulcoratur</i> (Salom., <i>Prov.</i> <small>XXVII</small>, 9).
-Le parfum et la varit des odeurs sont la joie du
-c&oelig;ur, et les bons conseils d'un ami sont les dlices de
-l'me.</p>
-
-
-<div class="p" id="p66">Si ton ami te frappe, baise sa main.</div>
-<p>On comprend que ce proverbe ne doit pas se prendre
- la lettre, et que l'<i>ami qui frappe</i> ne signifie que
-l'ami qui reprend. Le sens est donc que, quelque vhmence
-qu'un ami mette dans ses remontrances, il faut
-lui en savoir gr, parce qu'elle est l'effet et la preuve
-d'un vritable attachement. Les Allemands disent d'une
-manire galement figure: <i lang="de" xml:lang="de">Freundes Schlge, liebe
-Schlge.</i> <a name="p67" id="p67"></a>Coup d'ami, coup chri.</p>
-
-<p>Leur proverbe et le ntre rappellent ces paroles de
-Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Meliora sunt vulnera diligentis quam fraudulenta
-oscula odientis</i> (<i>Prov.</i> <small>XXVII</small>, 6). <a name="p17" id="p17"></a>Les blessures
-que fait celui qui aime valent mieux que les baisers
-trompeurs de celui qui hait.</p>
-
-
-<div class="p" id="p68">Un vieil ami est une seconde conscience.</div>
-<p>Parce que cette seconde conscience, de mme que
-la premire, ne laisse passer aucune faute sans avertissement.
-Le devoir de l'amiti vritable est de remontrer
- celui qu'on aime les dfauts qu'il peut avoir afin
-de l'exciter s'en corriger. C'est ce que fait entendre
-aussi ce proverbe espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">No hay mejor espejo que
-el amigo viejo.</i> <a name="p69" id="p69"></a>Il n'y a pas de plus fidle miroir qu'un
-vieil ami. On sent que ce proverbe ne dsigne pas
-sans raison un <i>vieil ami</i>, car il faut tre ami de longue
-main pour tre en droit de faire de telles remontrances.
-Le plus grand effort de l'amiti, dit La Rochefoucauld,
-n'est pas de montrer nos dfauts un ami; c'est de lui
-faire voir les siens.</p>
-
-
-<div class="p" id="p70">On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mang quelques
-minots de sel.</div>
-<p>Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe,
-dont le sens est que l'amiti ne peut se former subitement,
-et qu'elle a besoin d'tre confirme par le temps.
-Semblable au vin gnreux dont les annes augmentent
-le prix, dit Cicron, plus elle est vieille, et plus
-elle est parfaite, et c'est avec raison qu'on pense qu'il
-faut manger ensemble plusieurs boisseaux de sel pour
-consommer l'amiti. <i lang="la" xml:lang="la">Verum illud est, quod dicitur,
-multos modios salis simul edendos esse ut amiciti munus
-expletum sit.</i> (Cic., <i lang="la" xml:lang="la">de Amicitia</i> <small>XIX</small>.)</p>
-
-<p>L'amiti est aussi compare au vin dans l'Ecclsiastique:
-<i lang="la" xml:lang="la">Vinum novum amicus novus: veterascet, et cum
-jucunditate bibes illud</i> (<small>IX</small>, 15). Le nouvel ami est un
-vin nouveau: il vieillira, et tu le boiras avec dlices.</p>
-
-
-<div class="p" id="p71">Qui est ami de tous ne l'est de personne.</div>
-<p>Il en est de l'amiti comme d'une essence prcieuse
-qui perd sa vertu quand on la dlaye dans une trop
-grande quantit d'eau. Ce sentiment n'a de force qu'autant
-qu'il reste concentr dans un couple d'tres d'lite.
-S'il s'panche sur beaucoup de gens, il s'amoindrit
-tellement qu'il n'en vient presque rien personne.
-<i id="p113">Pluralit d'amis, nullit d'amis.</i></p>
-
-<p>L'amiti, dit Plutarque, nous serre et nous unit;
-plusieurs amitis nous sparent et nous distraient. La
-pluralit d'amis convient ceux qui veulent user de
-leurs amis sans se soucier de les servir rciproquement:
-ce qui vaut autant dire qu'elle convient des
-gens qui ne savent ce que c'est qu'amiti. <i id="p531">Ne touche point
- plusieurs dans la main</i>, disait Pythagore; c'est--dire
-ne fais pas beaucoup d'amis&hellip; Qui a tant d'amis, certes
-assister tous il est du tout impossible, et ne gratifier
- nul il n'y aurait point d'apparence; et en gratifiant
-tous en offenser plusieurs, il serait aussi trop fcheux.
-(<i>De la pluralit d'amis.</i>)</p>
-
-
-<div class="p" id="p72">A nul n'est vrai ami qui de soi-mme est ennemi.</div>
-<p>Celui qui est mauvais soi-mme ne doit tre bon
- personne.</p>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Mnandre.</span>)</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Qui sibi amicus est scito hunc amicum omnibus esse</i>
-(Sn., <i lang="la" xml:lang="la">Epist.</i>, <small>VI</small>). Sachez que celui qui est ami de soi-mme
-l'est aussi de tous les autres. En effet, l'homme
-qui sait ce qu'il se doit lui-mme sait aussi ce qu'il
-doit ses semblables, et son attention consciencieuse
-observer ses devoirs personnels est une garantie assure
-de la bonne foi et de l'honntet qu'il apportera
-dans ses relations avec les autres. Un philosophe
-chinois, Ma-Koang, a trs-bien dit: <a name="p114" id="p114"></a>Avant de chercher
- se faire des amis, il faut commencer devenir
-le sien.</p>
-
-
-<div class="p" id="p75">Un ami n'est pas sitt fait que perdu.</div>
-<p>Parce que, pour faire un ami, il faut une longue
-pratique, un commerce assidu, de l'attachement, des
-services, des prvenances, qualits qu'on ne rencontre
-gure; tandis que, pour le perdre, il suffit de quelques
-ngligences, de quelques susceptibilits, de quelques
-saillies de mauvaise humeur, dfauts d'autant plus frquents
-que les qualits susdites sont plus rares. C'est
-pour cela aussi que les amitis se forment si difficilement,
-et qu'elles ne sont, proprement parler, que des
-essais sans rsultat. Elles ont le sort de ces insectes
-qui mettent trois ans se former pour ne vivre que
-peu de minutes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p73">Un ami en amne un autre.</div>
-<p>Une personne invite dans une maison y amne quelquefois
-une autre personne qu'on n'attendait pas, et la
-prsentation se fait avec des excuses auxquelles on rpond:
-<i>Un ami en amne un autre.</i> Les Anglais disent:
-<i lang="en" xml:lang="en">My friend's friend is welcome.</i> <a name="p74" id="p74"></a>L'ami de mon ami est le
-bienvenu. Les Italiens ont ce proverbe driv d'un
-usage ecclsiastique: <i lang="it" xml:lang="it">Ogni prete pu menar un chierico</i>.
-Tout prtre peut amener un clerc.</p>
-
-<p>Chez les Romains le convive amen un festin par
-un invit s'appelait <i>ombre</i>, sans doute parce qu'il suivait
-son introducteur comme l'ombre suit le corps, et
-leur proverbe correspondant au ntre tait: <i lang="la" xml:lang="la">Locus
-est et pluribus umbris.</i> (<span class="sc">Hor.</span>, <span lang="la" xml:lang="la">lib. I, epist. <small>V</small>.</span>) Il y a place
-pour plusieurs ombres.</p>
-
-
-<div class="p" id="p76">Ami jusqu'aux autels.</div>
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Usque ad aras amicus.</i> Proverbe que les Latins avaient
-emprunt aux Grecs pour signifier qu'on est dispos
-tout faire pour ses amis, except ce qui est contraire
-la religion et la conscience. Ce proverbe, rapport
-par Plutarque et par Aulu-Gelle, est une rponse
-de Pricls un de ses amis qui l'engageait
-prter un faux serment en sa faveur. Il est fond sur
-l'antique usage de jurer la main pose sur un autel.</p>
-
-<p>Franois I<sup>er</sup> en fit une noble application lorsque,
-en 1534, il crivit au roi d'Angleterre Henri VIII, qui
-lui conseillait de se sparer de l'glise romaine comme
-il venait de le faire: <i>Je suis votre ami, mais jusqu'aux
-autels</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p77">Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami.</div>
-<p>C'est--dire: celui qui n'est pas capable de bien har
-n'est pas capable de bien aimer; celui qui ne peut
-mettre beaucoup d'ardeur se venger de ses ennemis
-ne peut non plus en mettre beaucoup servir ses amis.
-L'auteur des <i>Loisirs d'un ministre d'tat</i> (le marquis
-de Paulmy) dsapprouve trs-fort ce proverbe, qui mesure
-les degrs de l'amiti sur les degrs de la haine:
-Distinguons, dit-il, entre les excs dans lesquels les
-passions peuvent nous entraner, et les suites d'une
-liaison sage et rflchie. L'amiti ne doit tre que de
-ce dernier genre. Si elle devenait une passion, elle
-cesserait d'tre aussi estimable et aussi respectable
-qu'elle l'est; elle aurait tous les dangers de l'amour,
-qui fait autant de fautes que la haine et la vengeance.
-Dieu nous garde de trop aimer, aussi bien que de trop
-har! cependant il faut bien aimer jusqu' un certain
-point. Le c&oelig;ur de l'homme a besoin de ce sentiment,
-et ce sentiment fait du bien notre esprit, quand il ne
-l'aveugle point; mais la haine et le dsir de la vengeance
-ne peuvent jamais que nous tourmenter; on
-est heureux de ne point har; mais, en aimant d'une
-manire sense, ne peut-on pas servir ardemment ses
-amis, mettre de la vivacit, de la suite, mme de la
-tnacit dans les affaires qui les intressent? Eh! faut-il
-donc tre cruel pour les uns parce que l'on est tendre
-pour les autres, perscuteur pour tre serviable? Non.
-Pour moi, je dclare que je suis un faible ennemi, non-seulement
-en force, mais en intention, quoique je sois
-ami trs-zl et trs-essentiel.</p>
-
-<p>Les observations qu'on vient de lire montrent fort
-bien que le proverbe n'est pas bon pratiquer et ne
-s'accorde pas avec la morale, qui prescrit de ne har
-personne; mais elles ne prouvent pas prcisment qu'il
-soit contraire la vrit, chose essentielle qu'elles n'auraient
-pas d omettre. Nous avons donc donner cette
-preuve; et pour cela, il ne sera pas besoin d'une longue
-dissertation; il suffira de citer cette judicieuse
-pense de Snac de Meilhan: On dit que <i>ceux qui
-savent bien har savent bien aimer</i>, comme si ces deux
-sentiments avaient le mme principe. L'affection part
-du c&oelig;ur, et la haine de l'amour-propre ou de l'intrt
-bless.</p>
-
-<p>La consquence rigoureuse que tout esprit logique
-doit tirer de l, c'est, contrairement au proverbe, que
-la haine qu'on a contre une personne ne produit pas
-ncessairement l'affection pour une autre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p78">A l'ami soigne le figuier, l'ennemi soigne le pcher.</div>
-<p>Ce proverbe, rapport sans aucune explication dans
-le recueil de Gomes de Trier, conseille allgoriquement
-de mettre en pratique la fausse doctrine nonce
-dans le prcdent, c'est--dire de bien har ses ennemis
-afin de bien aimer ses amis. Le figuier y est considr
-comme un emblme d'amiti, cause de ses
-feuilles, qui couvrirent la nudit de nos premiers parents,
-et surtout cause de son fruit employ, chez les
-peuples anciens, comme expression typique des v&oelig;ux
-qu'ils formaient pour la prosprit des personnes chries,
-et consacr, pour cette raison, aux trennes du
-jour de l'an, dans le moyen ge, ainsi que dans l'antiquit.
-Le pcher, au contraire, y figure comme un
-emblme de haine, par suite d'une vieille tradition
-d'aprs laquelle les rois de Perse auraient fait transplanter
-cet arbre, originaire de leur pays, sur les terres
-des gyptiens leurs ennemis, parce que les pches, en
-Perse, avaient des proprits malfaisantes qui les faisaient
-classer parmi les poisons. Pline le Naturaliste a
-parl de cette tradition, qu'il jugeait errone, dans le
-passage suivant de son <i>Histoire naturelle</i>: Il n'est pas
-vrai que la pomme persique soit un poison douloureux
-dans la Perse, ni que les rois de ce pays l'aient introduite,
-par vengeance, en gypte, o la terre l'aurait
-bonifie. Les auteurs exacts ont dit cela du persa, qui
-diffre tout fait du pcher. (Liv. XV, ch. <small>XIII</small>.)</p>
-
-<p>Les Italiens ont le mme proverbe qui doit se trouver
-dans le <i>Jardin de rcration</i>, etc., par Jean Florio
-(<i lang="it" xml:lang="it">Giardino di ricreazione</i>, etc., <i lang="it" xml:lang="it">di Giovanni Florio</i>), dont
-le recueil de Gomes de Trier est une traduction.</p>
-
-<p>Il y a en outre, chez les Pimontais, un autre proverbe
-analogue, que M. le docteur Silva a bien voulu
-me communiquer. Le voici, avec la juste explication
-qu'il y a jointe: Dans le Pimont, on croit gnralement
-que l'enveloppe de la figue est un poison, et que
-la pche, fruit malsain, porte son contre-poison dans
-la pellicule. De l le proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">All'amico si pela il
-fico, al nemico il persico</i>. <a name="p79" id="p79"></a>A l'ami on ple la figue, et
-l'ennemi la pche. Aussi la personne qu'on estime,
-et mme dans les grands repas, la matresse de
-maison offre-t-elle parfois une figue dpouille de son
-enveloppe.</p>
-
-<p>M. Silva pense que le proverbe franais est fond
-sur le mme prjug que celui des Pimontais, qu'il
-suppose antrieur, et j'avoue que, si cela tait, j'en
-serais pour les frais d'rudition que j'ai faits dans mon
-commentaire. Mais je crois que c'est une conjecture
-que je puis me dispenser d'admettre, et que M. Silva
-n'aurait peut-tre pas admise s'il avait connu le texte
-italien qui doit tre cit par Florio. Ce texte, tel qu'il
-m'a t donn par le savant abb Ciampi, porte <i lang="it" xml:lang="it">pianta</i>
-et non <i lang="it" xml:lang="it">pela</i>. Je dois conclure de cette diffrence notable
-que les deux proverbes, n'tant pas les mmes
-par l'expression, ne le sont pas non plus par le sens. Je
-maintiens donc comme vraie l'origine que j'ai assigne
- l'un, tout en adoptant l'explication que M. Silva a
-faite de l'autre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p80">Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous.</div>
-<p>Cela se dit lorsqu'un bien qu'on esprait voir venir
-soi arrive quelque ami. Je ne sais si c'est pour exprimer
-une consolation sincre ou pour dguiser un regret
-goste que ce bien ait chang de direction. On
-peut admettre tantt l'une et tantt l'autre interprtation
-de ce proverbe, selon le caractre des gens qui
-l'emploient ou de ceux auxquels on l'applique.&mdash;S'il
-faut en croire La Rochefoucauld, le premier mouvement
-de joie que nous avons eu du bonheur de nos
-amis ne vient ni de la bont de notre naturel, ni de
-l'amiti que nous avons pour eux: c'est l'effet de l'amour-propre
-qui nous flatte d'tre heureux notre
-tour, ou de retirer quelque utilit de leur bonne fortune.</p>
-
-<p>Il est bien sr que l'amour-propre, c'est--dire l'amour
-de soi, comme l'entend La Rochefoucauld, est le
-principal mobile des sentiments et des actions de
-l'homme. Mais ici l'amour-propre n'agit pas seul. Il y
-a aussi l'influence de l'inclination que nous avons pour
-ceux avec qui nous vivons et pour tous les objets qui
-nous environnent, inclination toujours jointe avec les
-passions, comme l'a remarqu Malebranche, et je crois
-que les rflexions suivantes de ce philosophe offrent
-une explication plus exacte, surtout plus morale, du
-proverbe. Afin que l'amour naturel que nous avons
-pour nous-mmes n'anantisse pas et n'affaiblisse pas
-trop celui que nous avons pour les choses qui sont
-hors de nous, et qu'au contraire ces deux amours que
-Dieu met en nous s'entretiennent et se fortifient l'un
-l'autre, il nous a lis de telle manire avec tout ce qui
-nous environne, et principalement avec les tres de
-mme espce que nous, que leurs maux nous affligent
-naturellement, que leur joie nous rjouit, et que leur
-grandeur, leur abaissement, leur diminution, semblent
-augmenter ou diminuer notre tre propre. Les nouvelles
-dignits de nos parents et de nos amis, les nouvelles
-acquisitions de ceux qui ont le plus de rapport
-nous, semblent ajouter quelque chose notre substance.
-Tenant toutes ces choses, nous nous rjouissons
-de leur grandeur et de leur tendue. (<i>Recherche
-de la vrit</i>, liv. IV, ch. <small>XIII</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p81">Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.</div>
-<p>C'est une leon adresse aux malins railleurs qui,
-l'exemple du pote dont parle Horace, se livrent leur
-gaiet caustique sans pargner personne, pas mme
-leur ami.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&hellip; <i lang="la" xml:lang="la">Dummodo risum</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(I, Sat. <small>IV</small>.)</p>
-
-<p>Quintilien a dit dans ses <i>Institutions oratoires</i>, liv. VI,
-ch. <small>III</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Ldere nunquam velimus, longeque absit propositum
-illud: potius amicum quam dictum perdidit.</i> Tchons
-de ne jamais blesser, et repoussons loin de notre esprit
-tout ce qui tendrait nous faire appliquer ce dicton:
-<i>Il a mieux aim perdre un ami qu'un bon mot.</i></p>
-
-<p>Un proverbe espagnol, par une mtaphore trs-remarquable,
-assimile l'oiseau de proie l'homme qui
-fait de son ami la victime de ses cruelles railleries:
-<i lang="es" xml:lang="es">Reniego del amigo que cubre con las alas y muerde con el
-pico.</i> <a name="p82" id="p82"></a>Fi de l'ami qui couvre des ailes et dchire du bec!</p>
-
-<p>Salomon a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Homines derisores civitatem perdunt</i>.
-(<i>Prov.</i>, <small>XXIX</small>, 8.) Les hommes railleurs<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> perdent la
-cit, et Bacon, dans les rflexions qu'il a faites sur
-cette maxime, a trs-bien signal ce genre d'esprit drisoire
-et moqueur.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> La Vulgate ne porte point le mot <i lang="la" xml:lang="la">derisores</i> railleurs, que Bacon a trouv
-sans doute dans quelque autre traduction ou dans le texte hbreu; elle dit <i lang="la" xml:lang="la">pestilentes</i>
-corrompus. Aprs tout, les deux mots, quelle que soit leur diffrence
-usuelle, peuvent s'accorder dans un certain sens, car les hommes dont la malignit
-ne respecte rien ont un principe de corruption dans le c&oelig;ur.</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p83">Ami de Platon, mais plus ami de la vrit.</div>
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Amicus Plato, sed magis amica veritas.</i> C'est un mot
-d'Aristote en rponse des critiques qui lui reprochaient
-d'attaquer quelques opinions de son matre Platon. Il
-s'applique un homme clair qui ne soumet pas aveuglment
-son jugement celui des personnes mmes les
-plus recommandables, dont ordinairement il suit volontiers
-l'avis.</p>
-
-
-<div class="p" id="p84">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme.</div>
-<p>C'est un vers de La Fontaine fait avec un ancien proverbe
-qu'il a remplac. Il figure dans la dernire fable
-du livre IV, l'<i>Alouette et ses Petits</i>, o il signifie que,
-pour se tirer d'affaire, il faut recourir ses propres
-moyens, et ne pas compter sur l'aide des amis et des
-parents.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Notre erreur est extrme,</div>
-<div class="verse">Dit-il, de nous attendre d'autres gens que nous:</div>
-<div class="verse">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme.</div>
-</div>
-
-<p>Le proverbe s'emploie aussi pour dire qu'on prfre
-ses intrts personnels ceux d'un ami et d'un parent.</p>
-
-
-<div class="p" id="p85">A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain.</div>
-<p>Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Ne
-dicas amico tuo: Vade et revertere: cras dabo tibi: cum
-statim possis dare</i> (Prov., <small>III</small>, 28). Ne dites pas votre
-ami: Allez et revenez, je vous le donnerai demain,
-lorsque vous pouvez le lui donner l'heure mme.</p>
-
-<p>Phocylide a dit aussi: Donne l'instant au malheureux;
-ne lui dis pas de <i>revenir demain</i>.</p>
-
-<p>On connat la maxime de Zoroastre: Si, pouvant
-soulager aujourd'hui le malheureux, on <i>remet demain</i>,
-qu'on fasse pnitence.</p>
-
-<p>Diffrer d'assister un ami quand on le peut est une
-violation odieuse des devoirs de l'amiti; car, ainsi que
-l'a dit l'acadmicien Auger: L'amiti vritable est un
-pacte en vertu duquel on doit tenir sans cesse sa fortune,
-sa vie mme, la libre disposition de celui qui
-l'on s'est uni.</p>
-
-
-<div class="p" id="p87">Il faut se dfier d'un ami rconcili.</div>
-<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Amigo reconciliado, enemigo
-doblado</i>. <a name="p88" id="p88"></a>Ami rconcili, ennemi doubl. Il n'y a
-gure de rconciliation tout fait sincre: la dfiance
-ou la trahison s'y mlent presque toujours. Asmode,
-dans le <i>Diable boiteux</i>, parlant de sa dispute avec Paillardoc,
-dit avec autant de vrit que de finesse: On
-nous rconcilia, nous nous embrassmes, et, depuis ce
-temps, nous sommes ennemis mortels.</p>
-
-<p>On conseillait un tyran, Tibre, si je ne me trompe,
-de faire mourir un de ses anciens amis, qu'il faisait
-languir en prison: Pas encore, rpondit-il; je ne me
-suis pas rconcili avec lui. Mot affreux, o respire
-tout le gnie de la haine.</p>
-
-
-<div class="p" id="p90">Ami au prter, ennemi au rendre.</div>
-<p>Proverbe qui parat pris de ce passage du <i lang="la" xml:lang="la">Trinummus</i>
-de Plaute: Si vous redemandez l'argent que vous
-avez prt, vous trouvez souvent que d'un ami votre
-bont vous a fait un ennemi.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quum repetas, inimicum amicum beneficio invenis tuo.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Acte IV, sc. <small>III</small>.)</p>
-
-<p>Le recueil de Gabriel Meurier rapporte cette variante
-nergique: <i>au prter Dieu, au rendre diable</i>.</p>
-
-<p>Les Espagnols ont ce proverbe: <i lang="es" xml:lang="es">Quien presta no cobra;
-y si cobra, no todo; y si todo, no tal; y si tal, enemigo
-mortal.</i> Qui prte ne recouvre, s'il recouvre, non tout;
-si tout, non tel; si tel, ennemi mortel. Ce qui est pris
-de cette maxime employe chez nous au moyen ge: <i lang="la" xml:lang="la">Si
-prstabis, non habebis; si habebis, non tam bene; si tam
-bene, non tam cito; si tam cito, perdis amicum.</i></p>
-
-<p>Les Anglais disent: <i lang="en" xml:lang="en">He that lends to his friend loses
-double.</i> <a name="p91" id="p91"></a>Qui prte son ami perd au double; c'est--dire
-l'argent et l'ami. Ils disent encore: <i lang="en" xml:lang="en">The way to
-lose a friend is to lend him money.</i> <a name="p92" id="p92"></a>Le moyen de perdre
-un ami, c'est de lui prter de l'argent.</p>
-
-<p><i>Si tu ne prtes pas, inimiti; si tu prtes, procs ternel.</i>
-(Prov. russe.)</p>
-
-<p>La pense qui constitue ces proverbes est commune
- tous les peuples; car en tout pays on trouve gnralement
-dans la main qui a reu la main qui refuse de
-rendre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">En fait de prt, le sort me traite</div>
-<div class="verse i2">Avec grande inhumanit:</div>
-<div class="verse">Je perds l'affection de ceux qui je prte,</div>
-<div class="verse">Si je ne perds l'argent que je leur ai prt.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">De Cailly</span>).</p>
-
-
-<div class="p" id="p93">Sage ami et sotte amie.</div>
-<p>Bonaventure Despriers a employ ce proverbe dans
-sa dixime Nouvelle. Il n'a pas dit pourquoi il faut
-avoir un sage ami, parce qu'il a pens sans doute que
-personne ne pouvait l'ignorer; mais il a voulu faire
-sentir l'avantage d'avoir une sotte amie par cette rflexion:
-D'une amie trop fine vous n'en avez pas le
-compte: elle vous joue toujours quelque tour de son
-mtier; <i>elle vous tire</i> tous les coups <i>quelque argent de
-dessous l'aile</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>; ou elle veut tre trop brave, ou elle
-vous fait porter les&hellip; Je supprime le dernier mot,
-parce qu'il n'a pas besoin d'tre mis sous les yeux des
-lecteurs pour se prsenter leur esprit. Peut-tre
-euss-je aussi bien fait de supprimer aussi l'explication
-entire comme peu conforme la vrit, ou
-du moins trs-douteuse. Depuis que notre grand
-comique a si bien montr sur la scne le faux calcul
-d'Arnolphe, qui voulait <i>pouser une sotte pour
-n'tre point sot</i>, les Agns n'inspirent plus de confiance,
-et leur niaiserie est gnralement regarde
-comme une dissimulation de la finesse, de la ruse et de
-la malice dont le diable a ptri leur caractre. D'o
-l'on conclut que l'homme qui se marie, n'ayant pas
-moins redouter les tromperies d'une femme sotte
-que d'une femme spirituelle, fait beaucoup mieux de
-choisir celle-ci, chez laquelle il doit trouver, dans ses
-infortunes conjugales, des compensations que l'autre
-ne saurait lui offrir.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Cette expression, aujourd'hui dsusite, qu'on trouve dans le Dictionnaire de
-Philibert Monet, fait allusion la coutume ancienne et encore existante au seizime
-sicle, de porter la bourse sous l'aisselle gauche, o elle tait pendue
-une courroie en forme de baudrier et d'o on la retirait, au besoin, par une
-fente pratique dans la manche du sayon ou pourpoint. Les Latins employaient
-comme nous le mot <i lang="la" xml:lang="la">ala</i> (aile), pour <i lang="la" xml:lang="la">axilla</i> (aisselle).</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p94">Jamais honteux n'eut belle amie.</div>
-<p>En amour, il faut tre entreprenant: <i lang="la" xml:lang="la">Amor odit inertes</i>,
-dit Ovide, au second livre de l'<i>Art d'aimer</i>. Les
-honteux ne gagnent rien auprs des femmes, gnralement
-moins bien disposes pour eux que pour les hardis,
-qui leur pargnent l'embarras du refus. Ce sexe
-aimable est comme le paradis, qui souffre violence et
-que les violents emportent. <i lang="la" xml:lang="la">Regnum c&oelig;lorum vim patitur,
-et violenti rapiunt illud.</i> (Matth., <small>XI</small>, 12.)</p>
-
-<p>Le comte de Bussy-Rabutin dit dans ses <i>Mmoires</i>:
-La hardiesse en amour avance les affaires. Je sais
-bien qu'il faut aimer avec respect pour tre aim, mais
-assurment pour tre rcompens il faut entreprendre,
-et l'on voit plus d'effronts russir sans amour que de
-respectueux avec la plus grande passion du monde.
-(T. I, p. 93.)</p>
-
-<p>On disait autrefois: <i>Jamais couard n'eut belle amie</i>, et
-ce proverbe, o le mot <i>couard</i> signifie lche, poltron,
-encore plus que honteux, peut avoir tir son origine
-de la chevalerie, parce que, l'poque o cette institution
-tait dans tout son lustre, le courage et la victoire
-taient de srs moyens pour obtenir l'amour des
-dames.</p>
-
-
-<div class="p" id="p95">Il vaut mieux donner un ennemi que d'emprunter un ami.</div>
-<p>Parce qu'en donnant un ennemi on peut adoucir
-et dsarmer sa haine, tandis qu'en empruntant un
-ami, on court risque de l'indisposer et de le porter
-une rupture. Les exemples de ce dernier cas ne sont
-pas rares. M<sup>lle</sup> de Scudri, dans ses <i>Conversations</i>, en
-cite un fort singulier, que voici: Un ami, qui s'tait
-battu plusieurs fois en duel pour son ami, ne voulut
-pas lui prter quelque argent qu'il lui demandait
-emprunter; et lui, qui n'avait pas refus, dans l'occasion,
-de rpandre son sang pour son ami, lui refusa
-un mdiocre secours dont il se trouvait avoir besoin.
-Y a-t-il une plus grande bizarrerie que celle de prfrer
-son argent sa propre vie?</p>
-
-<p>Pittacus disait: La chose qu'on doit faire le plus
-tard qu'on peut, c'est d'emprunter de l'argent ses
-amis. Ce qui prouve que dans l'antiquit, comme en
-notre temps, l'amiti finissait o commenait l'emprunt.</p>
-
-<p>Nous avons encore cet autre proverbe: <i>On perd plus
-d'amis par ses demandes que par son refus.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p96">Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui.</div>
-<p>Les affaires d'intrt amnent presque toujours des
-discussions qui finissent par diviser les amis. Quelqu'un
-a dit: L'intrt qui se mle aux amitis est comme
-le vif-argent confondu parmi l'or; le dpart fait, elles
-disparaissent et s'en vont en fume.</p>
-
-<p>Les Turcs ont ce proverbe semblable au ntre: <i id="p97">Bois
-et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec
-lui.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p98">N'accorde point ta confiance un ami dissimul.</div>
-<p>La dissimulation est incompatible avec l'amiti, qui
-a besoin de franchise, de loyaut, d'expansion; et l'on
-peut regarder avec raison celui qui est atteint de ce
-dfaut, ou plutt de ce vice, comme un tratre contre
-lequel il faut continuellement se tenir en garde. Un
-adage oriental dit: <i>Fuis pour un temps l'homme colre,
-et pour toujours l'homme dissimul.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p115">Vieux amis et comptes nouveaux.</div>
-<p>Pour dire que c'est un moyen de conserver ses amis
-que d'avoir ses comptes d'intrt toujours bien rgls
-avec eux.</p>
-
-<p>La vrit de cette proposition sera dveloppe dans
-le commentaire que je consacrerai au proverbe suivant.</p>
-
-
-<div class="p" id="p116">Les bons comptes font les bons amis.</div>
-<p>Proverbe dont on fait ordinairement l'application
-pour s'excuser d'examiner un compte ou un mmoire
-prsent par un ami. Ce proverbe a une porte plus
-tendue: il enseigne aux amis par le rsultat qu'il exprime
-combien il leur importe de bien rgler les affaires
-d'intrt qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui
-exige d'eux, non-seulement la foi et la justice, sans
-lesquelles l'amiti ne saurait subsister, mais l'exactitude
-la plus rigoureuse pour le payement des moindres
-dbourss occasionns par les services qu'ils sont dans
-le cas de se rendre rciproquement. C'est tort qu'ils
-ddaignent quelquefois une pareille allocation, car la
-moindre ngligence cet gard peut inquiter la discrtion
-et gner insensiblement la confiance.</p>
-
-<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Cuento y razon sustentan
-amistad.</i> <a name="p152" id="p152"></a>Compte et calcul entretiennent l'amiti.</p>
-
-<p>Les Italiens: <i lang="it" xml:lang="it">Conti chiari, amici cari.</i> <a name="p117" id="p117"></a>Comptes
-clairs, amis chers.</p>
-
-<p>Les Anglais: <i lang="en" xml:lang="en">Even reckoning makes long friends.</i>
-Un compte exact fait de longs, ou durables amis.</p>
-
-
-<div class="p" id="p118">Il ne faut pas compter avec ses amis.</div>
-<p>Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutt
-gnreux qu'intress avec ses amis, parat en contradiction
-avec les deux prcdents, mais il ne l'est pas
-en ralit, car il ne conseille pas la mme espce de
-gnrosit dont les autres commandent de s'abstenir.
-Il parle de celle qu'on doit mettre dans les procds
-de sentiment o elle est indispensable, et non de celle
-qu'il faut viter dans les affaires d'intrt, parce qu'elle
-peut avoir des consquences fcheuses. Les prceptes
-sont diffrents, mais ils n'ont rien de contradictoire.
-Loin de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent
- un but unique, qui est la conservation de
-l'amiti.</p>
-
-<p>Les Turcs disent: <i id="p153">l'Amiti compte par tonneaux, et le
-commerce par grains.</i></p>
-
-<p>L'ide de notre proverbe se trouve dans le passage
-suivant du <i>Trait de l'amiti</i> par Cicron: Borner l'amiti
- un rapport mesur de sentiments et de services,
-c'est la dpouiller de sa dignit, c'est l'avilir&hellip; Exiger
-une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on
-reoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La vritable
-amiti est plus magnifique, plus gnreuse, et
-n'tablit point de comptes rigoureux. Car il ne faut
-pas craindre de perdre quelque chose ou d'en faire
-trop pour un ami. (<small>XVI</small>, 57.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p119">Entre amis tout doit tre commun.</div>
-<p>Ce proverbe est fort ancien. picure blmait Pythagore
-de l'avoir appliqu littralement, en obligeant ses
-disciples mettre en commun tout ce qu'ils possdaient:
-Si j'ai un vritable ami, disait-il, ne suis-je
-pas aussi matre de ses biens que s'il m'en et fait le
-dpositaire? Y a-t-il moins de mrite donner son
-c&oelig;ur que ses richesses? Je ne dois pas abuser sans
-doute de la tendresse de cet ami; ce qu'il possde, je
-dois le mnager comme ma propre fortune: mais je
-lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie un tiers
-pour nos besoins communs.</p>
-
-<p>Snque, dans son <i>Trait des bienfaits</i>, liv. VII, ch. <small>XII</small>,
-dfinit ainsi la communaut entre amis: La communaut
-entre amis n'est pas comme entre des associs
-qui ont leur part distincte; mais comme entre un pre
-et une mre qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun
-le leur, mais en ont deux chacun.</p>
-
-
-<div class="p" id="p120">Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage.</div>
-<p>N'ayant personne qui lui porte assez d'intrt pour
-l'avertir de ses dfauts, pour chercher l'en corriger,
-il doit ncessairement les garder et les aggraver
-de telle sorte qu'en peu de temps ils dgnreront en
-vices incompatibles avec la sagesse, laquelle il serait
-rest de plus en plus attach s'il avait eu le bonheur
-de vivre sous la surveillance salutaire d'un ami.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure;</div>
-<div class="verse">C'est avec mon ami que ma raison s'pure;</div>
-<div class="verse">Que je cherche la paix, des conseils, un appui;</div>
-<div class="verse">Je me soutiens, m'claire et me calme avec lui.</div>
-<div class="verse">Dans des piges trompeurs si ma vertu sommeille,</div>
-<div class="verse">J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'veille.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ducis, <i>ptre l'amiti.</i>)</p>
-
-
-<div class="p" id="p121">Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage.</div>
-<p>Il ne le sera pas mme si longtemps que celui qui
-vit sans amis, parce qu'il sera pouss l'inconduite par
-ceux qu'il a mal choisis. Cette maxime proverbiale est
-prise de Confucius.</p>
-
-
-<div class="p" id="p122">Le pire de tous les pays est celui o l'on n'a pas d'amis.</div>
-<p>Dans ce pays-l on ne peut compter sur personne;
-on est expos toutes sortes d'ennuis, de dsagrments
-et de misres; on est rduit vivre triste et solitaire,
-dans la privation de toute sympathie, de tout
-secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort
-affreux! Comment supporter tant de douleurs dont le
-poids devient, chaque jour, plus accablant! il faudrait
-pour cela une grce spciale de Dieu. Mais est-il permis
-d'esprer, quand on met ainsi contre soi tout le
-monde, qu'on pourra mettre Dieu pour soi? Et cette
-existence maudite, laquelle on est condamn, n'est-elle
-pas une punition inflige par la justice divine?
-Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a t dur,
-inhumain envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables
-sans commisration et sans humanit; c'est
-parce qu'on a t insociable qu'on est priv des douceurs
-de la socit. <i lang="la" xml:lang="la">Per qu peccat quis per hc et torquetur</i>,
-dit la <i>Sagesse</i> (<small>XI</small>, 17). On est puni par o l'on a
-pch.</p>
-
-
-<div class="p" id="p123">Qui te conseille d'ter la confiance tes amis veut te tromper
-sans tmoins.</div>
-<p>Ce proverbe, fond sur une vrit d'exprience, signale
-d'une manire nette et frappante le danger o
-l'on s'expose quand on a la faiblesse de se laisser
-influencer par des rapports suspects contre les personnes
-avec lesquelles on est intimement li. L'auteur
-de ces rapports n'est presque toujours qu'un fourbe qui
-cherche, en brouillant deux amis, supplanter l'un,
-afin de pouvoir, en toute libert, faire sa dupe de
-l'autre. S'il parvient au gr de ses vues intresses
-capter et possder sans partage la confiance de l'imprudent
-qui l'coute, il achvera d'aveugler sa raison
-force de flatteries perfides, le conduira de pige en
-pige par ses menes cauteleuses, et l'abandonnera en
-se moquant de lui ds qu'il aura consomm sa ruine.</p>
-
-<p>Que les amis soient donc continuellement en garde
-contre les dlations qui tendent semer entre eux de
-la dfiance et provoquer une rupture toujours douloureuse
-et nuisible leurs vrais intrts; qu'ils tiennent
-leurs c&oelig;urs dans une si troite union que le dlateur
-ne puisse y trouver le joint pour les sparer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p124">Il faut aimer ses amis avec leurs dfauts.</div>
-<p>Il faut tre indulgent pour les dfauts de ses amis,
-car l'indulgence augmente l'amiti et la svrit la
-diminue. Il ne s'agit ici que de ces petits dfauts qui
-ne tirent point consquence. La complaisance pour
-les vices des amis serait contraire la morale et
-l'amiti.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour les c&oelig;urs corrompus l'amiti n'est point faite.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span class="sc">Voltaire.</span>)</p>
-
-<p>Un adage latin recommande de connatre les dfauts
-d'un ami, et de ne pas les har: <i lang="la" xml:lang="la">Mores amici noveris,
-non oderis.</i> Et Horace met parmi les vertus ncessaires
-l'indulgence pour les amis: <i lang="la" xml:lang="la">Ignoscere amicis.</i></p>
-
-<p>Les Orientaux disent, pour signifier qu'on ne doit
-pas soumettre les dfauts de ses amis une censure
-rigoureuse: <i id="p154">Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la
-coupe de l'amiti.</i></p>
-
-<p>L'on ne peut aller loin dans l'amiti si l'on n'est
-pas dispos se pardonner les uns aux autres les petits
-dfauts. (La Bruyre, ch. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>Quelqu'un a dit: Quand nos amis sont borgnes,
-il faut les regarder de profil. C'est une fleur d'esprit
-et de sentiment greffe sur notre adage.</p>
-
-
-<div class="p" id="p125">Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis.</div>
-<p>On se concilie l'affection des hommes par les bons
-offices qu'on leur rend, et on se l'aline par les vrits
-qu'on leur dit. Trence a remarqu, dans son <i>Andrienne</i>,
-que la franchise produit la haine et que la complaisance
-produit l'amiti.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Veritas odium, obsequium amicos parit.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Act. I, sc. <small>I</small>.)</p>
-
-<p>Ce qui est pris de cette pense d'Isocrate: S'il est
-quelqu'un dont vous vouliez faire un ami, dites-en du
-bien des gens qui le lui rapporteront: <i>Le principe de
-l'amiti est la louange, celui de la haine est le blme.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p126">On ne peut vivre sans amis.</div>
-<p>Proverbe ancien rapport dans cette phrase de Cicron:
-<i lang="la" xml:lang="la">Omnes ad unum idem sentiunt, sine amicitia vitam
-esse nullam.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXIII</small>.) Tous les hommes sont du
-mme sentiment que sans l'amiti la vie n'est rien.</p>
-
-<p>Nous avons presque tous cela de commun, que
-non-seulement la douleur qui, tant faible et impuissante,
-demande naturellement du soutien, mais la joie
-qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter
-d'elle-mme, cherche le sein d'un ami pour s'y
-rpandre, sans quoi elle est impuissante et assez souvent
-insipide; tant il est vrai que rien n'est plaisant
-l'homme s'il ne le gote avec quelque autre homme
-dont la socit lui plaise. (<span class="sc">Bossuet</span>, <i>Sermon pour le
-mardi de la troisime semaine de carme</i>.) Les Grecs disaient:
-<i id="p155">L'amiti est plus ncessaire que le feu et l'eau</i>, deux
-choses sans lesquelles il serait impossible de vivre. C'est
-pour cela que chez les Romains on avait donn aux amis
-le nom de <i lang="la" xml:lang="la">necessarii</i>, ncessaires, et l'amiti celui de
-<i lang="la" xml:lang="la">necessitudo</i>, ncessit. Expressions empreintes du sentiment
-profond et dlicat qui les avait inspires.</p>
-
-<p>L'amiti est regarde comme une des joies du paradis;
-il serait imparfait sans elle. On lit dans un des
-cantiques spirituels de Jacopone de Tadi: Les lus
-s'aiment d'une tendresse si dlicate que chacun tient
-l'autre pour son matre.</p>
-
-<p>Buffon disait: L'amiti est de tous les attachements
-le plus digne de l'homme. C'est l'me de son ami qu'on
-aime, et pour aimer son ami il faut en avoir une.</p>
-
-
-<div class="p" id="p127">Il faut louer tout bas ses amis.</div>
-<p>M<sup>me</sup> Geoffrin tablissait comme autant de rgles ces
-trois choses: 1<sup>o</sup> qu'il faut rarement louer ses amis
-dans le monde; 2<sup>o</sup> qu'il ne faut les louer que gnralement
-et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou
-telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter
-quelque doute sur le fait ou de chercher l'action
-quelque motif qui en diminue le mrite; 3<sup>o</sup> qu'il ne
-faut pas mme les dfendre, lorsqu'ils sont attaqus
-trop vivement, si ce n'est en termes gnraux et en
-peu de paroles, parce que tout ce qu'on dit en pareil
-cas ne sert qu' animer les dtracteurs et leur faire
-outrer la censure.</p>
-
-<p>Fontenelle avait dit avant M<sup>me</sup> Geoffrin: Empchez
-que vos amis ne vous louent avec excs, car le
-public traite toute rigueur ceux que leurs partisans
-servent trop bien.</p>
-
-<p>Ces conseils sont le dveloppement de notre proverbe,
-qui est pris du passage suivant de Salomon:
-<i lang="la" xml:lang="la">Qui laudat amicum voce alta erit illi loco maledictionis.</i>
-(<i>Proverbes</i>, <small>XXVII</small>, 14.) Qui loue son ami haute voix
-attirera sur lui la maldiction.</p>
-
-
-<div class="p" id="p128">Il faut dire la vrit ses amis.</div>
-<p>Il ne faut pas craindre de dplaire ses amis en leur
-disant la vrit, quand elle doit leur tre utile; mais il
-ne faut jamais oublier que, si l'amiti donne le droit
-de les contredire, elle impose le devoir de ne pas les
-offenser par la contradiction.</p>
-
-<p>Nos amis sont en notre garde, dit Bossuet. Il n'y a
-rien de plus cruel que la complaisance que nous avons
-pour leurs vices, et nous taire, en ces circonstances,
-c'est les trahir. Ce n'est pas l le trait d'un ami. C'est
-l'action d'un barbare que de les laisser tomber dans
-un prcipice faute de lumire, tandis que nous avons
-en main un flambeau que nous pourrions leur mettre
-devant les yeux. Il faut mme de la fermet et de la
-vigueur dans ces avis charitables. Usez de la libert
-que le nom d'amiti vous donne, ne cdez pas, soutenez
-vos justes sentiments. Parlez votre ami en ami,
-jetez-lui quelquefois au front des vrits toutes sches
-qui le fassent rentrer en lui-mme; ne craignez pas de
-lui faire honte, afin qu'il se sente press de se corriger
-et que, confondu par vos reproches, il se rende enfin
-digne de louanges.</p>
-
-<p>Mais, avec cette fermet et avec cette vigueur, gardez-vous
-de sortir des bornes de la discrtion; je hais
-ceux qui se glorifient des avis qu'ils donnent, qui veulent
-s'en faire honneur plutt que d'en tirer de l'utilit,
-et triompher de leur ami plutt que de le servir. Pourquoi
-le reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous
-devant tout le monde? C'tait une charitable correction
-et non une insulte outrageuse que vous aviez lui
-faire. Parlez en secret, parlez l'oreille; n'pargnez
-pas le vice, mais pargnez la pudeur, et que votre discrtion
-fasse sentir au coupable que c'est un ami qui
-parle. (<i>Sermon pour le mardi de la troisime semaine du
-carme.</i>)</p>
-
-<p>Voici un beau proverbe arabe qui correspond au
-ntre: <i id="p156">La sincrit est le sacrement de l'amiti.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p129">Vieux amis vieux cus.</div>
-<p>Dicton n au commencement du quatorzime sicle,
-sous le rgne de Philippe le Bel, surnomm le <i>faux
-monnayeur</i>, parce qu'il avait fait subir aux monnaies
-une altration telle, que la valeur intrinsque de chaque
-cu n'tait plus que le tiers de celle qu'il avait eue
-sous les rgnes prcdents. Cette altration et l'ordonnance
-par laquelle il enjoignait aux particuliers de
-porter l'atelier montaire le tiers de leur vaisselle,
-dont ils recevraient le prix en espces nouvelles, sous
-peine de confiscation, irritrent si fortement les esprits,
-qu'une rvolte gnrale aurait clat si le clerg
-n'et pris le soin de la conjurer, en offrant au roi les
-deux tiers de ses revenus, afin que les monnaies fussent
-remises au mme titre que du temps de saint Louis.
-Cependant, malgr la promesse royale achete par la
-gnrosit de l'glise de France, le dicton ne cessa
-pas d'tre entirement vrai pendant un assez grand
-nombre d'annes; mais il ne l'est plus que dans sa
-premire partie, depuis que les gouvernements ont
-compris l'extrme importance de laisser au numraire
-la valeur relle qu'il doit avoir&hellip; Les vieux cus aujourd'hui
-ne sont pas meilleurs que les neufs. Quant
-aux vieux amis, ils n'ont pas seulement gard tout
-leur prix, ils l'ont augment en raison de leur excessive
-raret.</p>
-
-
-<div class="p" id="p130">On ne saurait avoir trop d'amis.</div>
-<p>Les Arabes disent: <i id="p132">Mille amis, c'est peu; un ennemi,
-c'est beaucoup.</i> Mais les amis dont il est question dans
-leur proverbe, comme dans le ntre, ne sont pas ces
-tres d'lite entre lesquels une grande conformit d'inclinations
-et de m&oelig;urs, une intime correspondance de
-penses et de sentiments, ont tabli la plus parfaite des
-unions: il s'agit de ceux dont l'amiti moins pure et
-moins rare n'est pourtant pas ddaigner, cause des
-bons offices qu'elle peut rendre aux personnes qui savent
-se la concilier. Je crois qu'il faut penser sur ce
-sujet comme la Bruyre. C'est assez pour soi d'un
-fidle ami, dit-il, c'est mme beaucoup de l'avoir rencontr:
-on ne peut en avoir trop pour le service des
-autres. (Ch. <small>IV</small>, <i>du C&oelig;ur</i>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p131">Les amis de nos amis sont nos amis.</div>
-<p>C'est--dire qu'ils ne doivent pas nous tre indiffrents,
-et qu'ils ont des droits nos gards. Pline le
-Jeune leur accordait davantage, lorsqu'il crivait:
-<i lang="la" xml:lang="la">Amicus tuus, immo noster, quid enim non commune
-nobis?</i> (<span lang="la" xml:lang="la"><i>Epist.</i> <small>VIII</small></span>, 12.) Votre ami, ou plutt le ntre,
-car que peut-il y avoir qui ne nous soit commun?</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Svign appelait ingnieusement les <i>amis de
-ses amis</i> des amis par rverbration.</p>
-
-<p><i>Si les amis de nos amis sont nos amis</i>, demande Beaumarchais,
-les ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas
-plus d' moiti nos amis?</p>
-
-<p>Un vieux proverbe dit qu'<i>on ne hait pas l'ennemi de ses
-ennemis</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p133">Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie.</div>
-<p>Des amis qui s'emploient activement pour une personne
-peuvent lui tre d'une plus grande utilit que son
-argent. Ce proverbe est dans le <i>Roman de la Rose</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ads vaut miex amis en voie</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Que ne font deniers en corroie.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(T. I, v. 4, 962.)</p>
-
-<p>Le mot courroie, comme on le voit dans le Dictionnaire
-de Philibert Monet, se disait autrefois de la ceinture
-de cuir dans laquelle on mettait son argent. J'ai
-trouv dans un vieux texte <i lang="fro" xml:lang="fro">deniers en conroie</i>. Ce mot
-<i lang="fro" xml:lang="fro">conroie</i> ou plutt <i lang="fro" xml:lang="fro">conroi</i> signifiait troupe, foule, et par
-consquent la variante <i lang="fro" xml:lang="fro">deniers en conroie</i>, si elle ne provient
-pas d'une faute de copiste, quivaut <i> deniers en
-quantit</i>.</p>
-
-<p>Le troubadour Amanieu des Escas a employ cette
-autre variante:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Per c'om ditz que may val en cocha</div>
-<div class="verse" lang="co" xml:lang="co">Amiex que aur.</div>
-</div>
-
-<p>C'est pourquoi on dit que mieux vaut dans le besoin
-amis que or.</p>
-
-<p>Les Allemands disent: <i lang="de" xml:lang="de">Besser ohne Geld als ohne
-Freund seyn.</i> <a name="p106" id="p106"></a>Mieux vaut manquer d'argent que d'ami.</p>
-
-<p>On lit dans Stobe: <a name="p99" id="p99"></a>Un trsor n'est pas un ami,
-mais un ami est un trsor. Maxime laquelle reviennent
-ces beaux vers du trouvre auteur du roman de
-<i>Garin le Loherain</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">N'est pas richoise ne de vair, ne de gris,</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ne de deniers, ne de murs, ne de roncins:</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Mais est richoise de parents et d'amis:</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Li cuers d'un homme vaut tout l'or d'un pays!</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p134">Il est bon d'avoir des amis partout.</div>
-<p>Ce proverbe a donn lieu l'historiette suivante,
-rime par Imbert:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Une dvote, un jour, dans une glise</div>
-<div class="verse">Offrait un cierge au bienheureux Michel,</div>
-<div class="verse">Un autre au diable. Oh! oh! quelle mprise!</div>
-<div class="verse">Mais c'est au diable! Y pensez-vous? ciel!</div>
-<div class="verse">&mdash;Laissez, dit-elle, il ne m'importe gures;</div>
-<div class="verse">Il faut toujours penser l'avenir;</div>
-<div class="verse">On ne sait pas ce qu'on peut devenir,</div>
-<div class="verse">Et les amis sont partout ncessaires.</div>
-</div>
-
-<p>L'auteur des <i>Matines snonoises</i> rapporte qu'un Wisigoth
-arien, nomm Agilane, disait un jour srieusement
- Grgoire de Tours qu'on peut choisir sans crime
-telle religion que l'on veut, et que c'tait un proverbe
-de sa nation qu'en passant devant un temple paen et
-devant une glise chrtienne il n'y avait point de mal
- faire la rvrence devant l'un et devant l'autre. Ce
-Wisigoth, faisant son offrande saint Michel, n'aurait
-srement pas oubli l'estafier du bienheureux.</p>
-
-<p>On dit aussi, pour caractriser ces gens qui savent se
-mnager des intelligences dans le parti des bons et
-dans le parti des mchants, qu'<i id="p135">ils ont des amis en paradis
-et en enfer</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p136">Les gens riches ont beaucoup d'amis.</div>
-<p>Salomon l'a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Amici divitum multi</i> (<i>Prov.</i>, <small>XIV</small>, 20),
-et sans doute Salomon n'a pas t le premier le dire;
-car, dans les sicles les plus reculs aussi bien que
-dans le ntre, on a considr l'amiti comme un commerce
-d'intrt dans lequel on n'entre qu' proportion
-du profit qu'on en retire. La mme raison a donn
-lieu cet autre proverbe non moins ancien: <i id="p137">Les pauvres
-n'ont point d'amis.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p138">Les amis par intrt sont des hirondelles sur les toits.</div>
-<p>On sait que les hirondelles, aux approches de la
-froide saison, se rassemblent sur les toits pour s'envoler
-en troupe dans un plus doux climat. Il en est de
-mme des amis intresss, toujours prts s'loigner
-des personnes qui tombent dans l'adversit, et se
-rapprocher de celles que la fortune favorise. Ils n'aiment
-que par rapport eux-mmes, et ne placent jamais
-leur amiti vnale qu'au service des gens heureux
-qui peuvent la payer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p139">Un homme mort n'a ni parents ni amis.</div>
-<p>Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard
-C&oelig;ur-de-Lion, roi d'Angleterre, composa pendant sa
-captivit en Autriche. La meilleure explication qu'on
-en puisse donner est dans le passage suivant du discours
-du pre Aubry Atala: Que parlez-vous de la
-puissance des amitis de la terre? Voulez-vous, ma
-chre fille, en connatre l'tendue? Si un homme revenait
- la lumire quelques annes aprs sa mort, je
-doute qu'il ft reu avec joie par ceux-l mme qui ont
-donn le plus de larmes sa mmoire; tant on forme
-vite d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle
- l'homme, tant notre vie est peu de chose, mme
-dans le c&oelig;ur de nos amis!</p>
-
-<p>Les vers suivants, extraits d'une pice charmante de
-M. V. Hugo, <i>A un voyageur</i>, reviennent aussi au proverbe
-et sont dignes de figurer ct du beau passage
-de Chateaubriand. Je dirai plus, car la justice l'exige,
-c'est qu'ils lui sont suprieurs par le charme et l'originalit
-de leur expression potique.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Combien vivent joyeux qui devraient, s&oelig;urs ou frres,</div>
-<div class="verse">Faire un pleur ternel de quelques ombres chres!</div>
-<div class="verse i3">Pouvoir des ans vainqueurs!</div>
-<div class="verse">Les morts durent bien peu: laissons-les sous la pierre.</div>
-<div class="verse">Hlas! dans leur cercueil ils tombent en poussire,</div>
-<div class="verse i3">Moins vite qu'en nos c&oelig;urs.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voyageur! voyageur! quelle est notre folie?</div>
-<div class="verse">Qui sait combien de morts chaque jour on oublie,</div>
-<div class="verse i3">Des plus chers, des plus beaux!</div>
-<div class="verse">Qui peut savoir combien toute douleur s'mousse,</div>
-<div class="verse">Et combien, sur la terre, un jour d'herbe qui pousse</div>
-<div class="verse i3">Efface de tombeaux!</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p140">On ne doit pas servir ses amis plats couverts.</div>
-<p>Il faut tre franc et sincre avec ses amis.&mdash;Ce proverbe
-est moins usit que la locution qui en fait partie,
-<i>servir quelqu'un plats couverts</i>, c'est--dire tmoigner
- quelqu'un de l'amiti en apparence et le desservir
-sous main. C'est une allusion l'usage o l'on tait
-autrefois de couvrir les plats qu'on servait sur la table
-des grands, et les choses mmes qu'on leur prsentait.
-On couvroit les plats, dit Sainte-Palaye, et peut-tre
-le sel, le poivre et autres piceries qu'on plaoit auprs
-d'eux. Si on leur offroit des drages, le drageoir toit
-couvert d'une serviette. Le cadenas<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, qui n'appartient
-qu'aux personnes du plus haut rang, est encore conserv
- la cour sur la table des princes comme un reste
-de cette antique tiquette. De l'usage de <i>servir
-couvert</i> viennent aussi ces salires compartiments et
- deux couvercles qu'on ne trouve plus que chez les
-amateurs de vieux meubles et chez les marchands de
-bric--brac.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Espce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on mettait le couteau,
-la cuiller et la fourchette.</p>
-</div>
-<p><i>Servir quelqu'un plats couverts</i> se dit encore pour
-marquer la rserve calcule qu'on met ne dcouvrir
- quelqu'un qu'une partie de la vrit dans une affaire
-qui l'intresse.</p>
-
-
-<div class="p" id="p141">On ne doit pas se gner pour ses amis.</div>
-<p>Cette maxime est vraie lorsqu'elle est prise dans le
-mme sens que cette autre: <i>l'amiti dispense du crmonial</i>.
-Mais elle est fausse et injuste quand on l'allgue,
-ce qui a lieu trop souvent, comme excuse de traiter ses
-amis avec une espce de sans-gne qui ne s'inquite
-pas des gards qui leur sont dus. On doit se gner
-pour toutes les personnes qui l'on veut plaire; et
-c'est prcisment en cela que consiste le savoir-vivre,
-l'un des premiers devoirs de la socit. Eh! comment
-pourrait-on se justifier de ne pas observer ce devoir
-envers ses amis! c'est pour eux surtout qu'on doit avoir
-des procds aimables qui leur prouvent qu'on n'a
-rien tant c&oelig;ur que de leur tre agrable. L'amiti a
-une jalousie dlicate qu'il importe de mnager, car
-elle ne peut gure se maintenir qu' cette condition.</p>
-
-
-<div class="p" id="p142">Dieu me garde de mes amis; je me garderai de mes ennemis.</div>
-<p>On peut se garantir de la vengeance d'un ennemi
-dclar, mais il n'y a point de prservatif contre la
-trahison qui se prsente sous les couleurs de la bienveillance
-et de l'amiti.</p>
-
-<p>Stobe rapporte (p. 721) que le roi Antigone, sacrifiant
-aux dieux, les priait de le protger contre ses
-amis, et qu'il rpondait ceux qui lui demandaient le
-motif d'une telle prire: C'est que, connaissant mes
-ennemis, je puis me prserver d'eux.</p>
-
-<p>On lit dans l'<i>Ecclsiastique</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Ab inimicis tuis separare
-et ab amicis tuis attende</i> (<small>VI</small>, 13). Sparez-vous de vos
-ennemis, et gardez-vous de vos amis.</p>
-
-<p>Les Italiens disent comme nous:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Di chi mi fido guardami Dio!</i></div>
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Degli altri mi guardar io.</i></div>
-</div>
-
-<p>En visitant les <i lang="it" xml:lang="it">pozzi</i> du palais du doge, Venise, en
-1825, je trouvai ces deux vers inscrits sur un mur dans
-un de ces cachots o le conseil des Dix plongeait ses
-victimes. Ils y avaient t tracs, me dit-on, de la
-main d'un prtre qui eut le bonheur d'chapper son
-horrible captivit par une issue qu'il s'ouvrit en arrachant
-du sol une large dalle pose sur un gout aboutissant
-au canal voisin.</p>
-
-<p>Le mme proverbe est usit chez les Basques. Il
-existe aussi chez les Allemands, et Schiller l'a employ
-dans une de ses tragdies.</p>
-
-
-<div class="p" id="p143">Les amis sont les trsors des rois.</div>
-<p>Proverbe form d'un mot d'Alexandre le Grand, qui
-disait, en montrant ses amis: Voil mes trsors.
-Mais de tels trsors sont infiniment plus rares chez les
-rois que chez les simples particuliers, car il n'est gure
-possible que l'amiti, qui, dans sa nature, est indpendante,
-jalouse de sa libert, ennemie de toute
-sujtion, porte aux panchements familiers et dsireuse
-avant tout de la rciprocit des sentiments,
-s'tablisse entre des hommes dont la condition si
-ingale peut faire croire aux uns qu'ils sont matres
-et aux autres qu'ils sont esclaves. Admettons pourtant
-l'existence de cette amiti, et reconnaissons qu'elle
-est d'un prix inestimable. Ce ne sont pas les armes
-ni les richesses, dit Salluste, mais les amis qui sont les
-soutiens des rois. (<i>Jugurth.</i>, ch. <small>X</small>.)</p>
-
-<p>Tacite remarque aussi qu'il n'est pas de plus puissants
-soutiens d'un sage gouvernement que de sages
-amis. <i lang="la" xml:lang="la">Nullum majus boni imperii instrumentum quam
-bonos amicos esse.</i> (<i>Hist.</i>, IV, <small>VII</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p144">Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents.</div>
-<p>C'est ce que rpondit Apollonius de Tyane au roi de
-Babylone, qui lui avait demand ce qu'il fallait un
-roi pour rgner srement. Quelques parmiographes
-du moyen ge ont plac dans leurs recueils, comme
-un adage, ce mot qui tait bien digne de le devenir.
-Je ne crois pas qu'il ait besoin d'tre expliqu, et je
-n'y joindrai pour tout commentaire que cette rflexion
-du pape Benot XIV: Un souverain qui a beaucoup
-de confidents ne saurait manquer d'tre trahi.</p>
-
-
-<div class="p" id="p145">Il faut se dire beaucoup d'amis, et s'en croire peu.</div>
-<p>Parce que, en se disant beaucoup d'amis, on peut
-obtenir quelque considration dans le monde, et, en
-se croyant peu d'amis, on est moins expos se laisser
-tromper par ceux qui abusent de ce titre. Ce proverbe
-est doublement rprhensible, puisqu'il conseille,
-jusqu' un certain point, le mensonge et la
-dfiance; mais il offre une maxime de politique si
-conforme aux m&oelig;urs de notre temps, qu'il ne cessera
-point d'tre pris pour une rgle de conduite.</p>
-
-
-<div class="p" id="p146">Il ne faut pas mettre ses amis tous les jours.</div>
-<p>On deviendrait charge ses amis, si l'on recourait
-souvent leur gnrosit. Il faut tre de la plus
-grande rserve sur ce point, et ne solliciter leur aide
-que dans le cas o l'on ne pourrait s'en passer. Il
-serait mme plus dlicat de s'abstenir d'une sollicitation
-formelle, et de se borner leur faire connatre
-le besoin qu'on prouve pour leur laisser le
-mrite d'y subvenir de leur propre mouvement, selon
-leurs moyens. La parfaite amiti impose d'une part le
-devoir de ne rien demander, puisque de l'autre elle
-impose celui de prvenir les demandes.</p>
-
-<p>Desmahis avait coutume de dire: Lorsque mon
-ami rit, c'est lui m'apprendre le sujet de sa joie;
-lorsqu'il pleure, c'est moi de dcouvrir la cause de
-son chagrin.</p>
-
-
-<div class="p" id="p147">Il faut prouver les amis aux petites occasions et les employer
-aux grandes.</div>
-<p>Il faut les prouver aux petites occasions, parce qu'il
-ne s'agit alors que de certains actes de complaisance
-qui ne doivent pas leur tre onreux; mais il faut avoir
-soin d'viter, dans ces preuves, jusqu' la moindre
-apparence d'indiscrtion et d'importunit, de manire
-qu'elles ne leur paraissent que des tmoignages de la
-confiance qu'ils inspirent, et, pour ainsi dire, des
-hommages rendus l'excellence de leurs sentiments.
-C'est l le meilleur moyen de sonder leurs bonnes
-dispositions, dont on a besoin de ne pas douter, lorsqu'un
-malheur pressant force de faire appel leur
-aide et protection.</p>
-
-
-<div class="p" id="p148">Il faut choisir ses amis dans sa famille.</div>
-<p>Ce proverbe est pris d'un mot de Solon Anacharsis,
-au rapport de Plutarque, dont la traduction latine
-cite ce mot en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Paranda est amicitia domi,
-non foris.</i> C'est dans la famille, en effet, qu'on peut
-contracter l'amiti la meilleure et la plus solide, puisqu'elle
-y est noue par le double lien du sang et de la
-sympathie. La fraternit est une amiti toute faite.&mdash;Le
-roi-prophte a consacr le psaume CXXXII l'loge
-de cette amiti.&mdash;Qu'il est bon, qu'il est doux,
-s'crie-t-il, que les frres vivent ensemble, et ne fassent
-qu'un! <i lang="la" xml:lang="la">Ecce quam bonum et quam jucundum, habitare
-fratres in unum!</i>&mdash;Il compare leur intimit
-charmante au parfum dlicieux qui, vers sur la tte
-d'Aaron, coula sur les deux cts de sa barbe et sur
-les franges de son vtement, et la douce rose du
-mont Hermon, qui descend sur la montagne de Sion
-en fertilisant.</p>
-
-<p>Salluste a dit: Quel meilleur ami qu'un frre pour
-un frre? Quel tranger trouveras-tu fidle, si tu es
-l'ennemi des tiens? <i lang="la" xml:lang="la">Quis amicitior quam frater fratri?
-Quem alienum fidum invenies, si tuis hostis fueris.</i> (<i>Jugurtha</i>,
-<span lang="la" xml:lang="la">cap. <small>X</small>.</span>)</p>
-
-<p>Les races slaves attachaient un prix infini l'amiti
-fraternelle, et leurs chants primitifs attestent que
-n'avoir point de frre tait pour elles une grande
-calamit.</p>
-
-<p>On lit dans le <i>Chi-King</i>, le troisime des livres sacrs
-des Chinois: <i id="p100">Un frre est un ami qui nous est donn par
-la nature.</i> Maxime proverbiale qui se retrouve dans le
-<i>Trait de l'Amiti fraternelle</i> par Plutarque, o le frre
-est appel <i>l'ami que la nature nous a donn</i>. De l le
-vers attribu Legouv, qui, certes, n'a pas d suer
-d'ahan pour le tirer de sa tte:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un frre est un ami donn par la nature.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p157">Bonne amiti est une autre parent.</div>
-<p>Ce proverbe, qui fait l'loge de l'amiti en l'galant
- la parent, tait fort accrdit au moyen ge, o
-l'union entre les parents tait gnralement regarde
-comme un des devoirs les plus importants. Il tait
-mme consacr par une rgle de jurisprudence formule
-en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitia vera similis est consanguinitati
-proximiori.</i> <a name="p158" id="p158"></a>La vritable amiti est semblable
- la parent la plus rapproche. Les mots amiti et
-fraternit pouvaient alors s'employer l'un pour l'autre.
-Touchante synonymie, dont la perte est regretter.</p>
-
-<p>Montaigne, dans son beau chapitre sur l'amiti,
-nous apprend qu'il donnait son ami Estienne de la
-Botie le nom de frre: <span lang="frm" xml:lang="frm">Un beau nom, dit-il, et
-plein de dilection, et cette cause en feismes nous,
-luy et moy, nostre alliance.</span></p>
-
-<p>Voici un mot plein d'esprit et de sentiment qui revient
-au proverbe. Le comte Albert de Sesmaisons,
-prsentant un jour le vicomte J. Walsh de Serrent
-Chateaubriand, lui dit: Voil mon ami Walsh: la
-nature s'tait trompe en ne me le donnant pas pour
-frre, mais depuis longtemps nous avons rpar son
-erreur.</p>
-
-
-<div class="p" id="p159">Bonne amiti vaut mieux que parent.</div>
-<p>Les Latins disaient: <i>La meilleure parent est celle du
-c&oelig;ur</i>, pense absolument vraie, tandis que celle qu'exprime
-le proverbe franais ne l'est que relativement
-aux circonstances qui motivent l'application de ce
-proverbe, qu'on pourrait, en plusieurs cas, retourner
-avec raison de cette manire: <i>Bonne parent vaut mieux
-qu'amiti.</i> Il en est de mme de cet autre proverbe
-ingnieux: <i id="p101">Un parent est une partie de notre corps, un
-ami est une partie de notre me</i>; car un parent qui est
-bon ami est la fois partie de notre me et de notre
-corps; il appartient notre tre tout entier.</p>
-
-<p>Je ne saurais goter ces proverbes qui cherchent
-exalter un sentiment aux dpens d'un autre, qui appauvrissent
-la parent pour enrichir l'amiti. Si le
-fait sur lequel ils se fondent est vrai quelquefois, et
-malheureusement il ne l'est que trop, il faut le dplorer
-au lieu de le signaler, de l'accrditer dans des
-maximes outres qui ne sont propres qu' introduire
-la dfiance au sein du foyer domestique, en faisant
-accroire qu'on ne peut gure compter sur l'affection
-des siens; car cela n'est pas conforme la loi de la
-nature qui, par la communaut du sang, par la ressemblance
-des actes habituels, par l'intimit des relations
-journalires, tend engendrer contre les parents
-vivant sous le mme toit et mangeant la mme table
-une grande sympathie que les passions gostes peuvent
-seules empcher. Cela n'est pas non plus selon la
-loi de la religion, qui, tout en nous enjoignant d'aimer
-tous les hommes, admet une prfrence d'amour
-pour les membres de la famille; et remarquez bien
-que le Christ a impos les devoirs de la parent
-l'amiti, et ceux de l'amiti la parent, pour nous
-enseigner que le caractre parfait de chacune d'elles
-consiste dans la runion des deux sentiments: voyant
-du haut de la croix sa sainte mre, et prs d'elle le
-disciple bien-aim, il dit sa mre: Voil votre fils,
-et au disciple: Voil votre mre. Ce que Bossuet met
-fort au-dessus de l'action d'Eudamidas, qui, ne laissant
-pas en mourant de quoi entretenir sa famille,
-s'avisa de lguer ses amis sa mre et ses enfants, par
-son testament, car ce que la ncessit suggra ce
-philosophe, l'amour le fit faire Jsus-Christ d'une
-manire bien plus admirable.</p>
-
-<p>Du reste le proverbe qui prfre les amis aux parents
-n'a pas t gnralement admis, comme nous l'avons
-fait voir en rapportant d'autres proverbes qui le combattent
-et auxquels il faut joindre celui-ci: <i id="p149">Si les
-amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix
-de Dieu.</i></p>
-
-<p>Le pote Hsiode, dans son pome <i>les Travaux et les
-Jours</i>, n'a point hsit mettre la fraternit au-dessus
-de l'amiti.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que jamais ton ami ne s'gale ton frre,</div>
-<div class="verse">Et pourtant que toujours l'amiti te soit chre!</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ch. <small>II</small>. Trad. de M. Alph. Fresse-Montval.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p160">Les couteaux coupent l'amiti.</div>
-<p>Dicton employ pour signifier qu'il ne faut jamais
-faire prsent d'un couteau ni d'un objet coupant ou
-perant, comme s'il y avait craindre qu'une fatalit
-ft attache un pareil cadeau, et que la personne
-qui le reoit dt s'en servir un jour contre celle qui
-le donne, ainsi que le font supposer plusieurs exemples
-tragiques, parmi lesquels on cite le fait suivant
-arriv, dit-on, dans une buanderie: Un enfant,
-qui son frre avait donn un couteau, l'en frappa au
-c&oelig;ur dans une dispute, en prsence de leur mre,
-occupe de son lessivage. Celle-ci, hors d'elle-mme,
-se prcipita sur le meurtrier et le fit tomber dans une
-cuve d'eau bouillante ouverte presque au niveau du
-sol; puis elle se pendit de dsespoir, et le pre, rentrant
-chez lui, expira subitement la vue d'un si grand
-dsastre.</p>
-
-<p>Le pote Santeuil a rsum cette terrible aventure
-dans ce distique latin d'une concision remarquable:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Alter cum puero, mater cunjuncta marito,</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cultello, lympha, fune, dolore cadunt.</i></div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Deux enfants et leur mre, et leur pre, malheur!</div>
-<div class="verse">Meurent par le fer, l'eau, la corde, la douleur.</div>
-</div>
-
-<p>Du reste, la superstition sur laquelle le dicton est
-fond ne fait pas redouter seulement de sanglantes
-discordes, mais des infortunes plus ordinaires comme
-l'infidlit, l'abandon et l'oubli. On lit dans le chapitre
-<small>XX</small> des <i lang="frm" xml:lang="frm">vangiles des connoilles</i> (quenouilles):
-<span lang="frm" xml:lang="frm">Celuy qui estraine sa dame par amours, le jour de
-l'an, de couteaulx, saichiez que leur amour refroydira.</span>
-(Mardi, 2<sup>me</sup> journe.)</p>
-
-<p>On sait que pour conjurer le danger qu'on court
-faire des prsents de cette espce, il faut exiger en
-retour quelque petite pice de monnaie des personnes
-qui les reoivent. Mais pourquoi une petite pice de
-monnaie peut-elle empcher les couteaux donns de
-couper l'amiti?&mdash;C'est, ce qu'on prtend, parce
-qu'elle supprime le don, en y substituant l'change
-dont elle est le gage. Cette explication ne vaut pas
-celle des dires du moyen ge, qui enseignaient que
-cette monnaie servait de prservatif contre le malfice
-parce qu'elle tait marque du signe de la croix.</p>
-
-
-<div class="p" id="p161">Ne te fie pas l'amiti d'un bouffon.</div>
-<p>Parce qu'un bouffon sacrifie tout sa manie de faire
-rire. Il ne songe qu' prodiguer les plaisanteries les
-plus hasardes, sans se mettre en peine si elles choquent
-le bon sens ou les usages de la socit polie,
-sans avoir gard ni aux personnes, ni aux circonstances,
-ni au temps. Comme il est incapable de retenir
-sa verve railleuse dans les limites de la modration,
-et de matriser sa langue drgle, il ne peut gure
-manquer de blesser ses amis par ses mauvaises pointes,
-ou de les compromettre par ses sottes indiscrtions.</p>
-
-<p>Ce proverbe n'a pas la prtention d'insinuer que
-l'amiti soit incompatible avec les plaisirs d'une aimable
-gaiet et d'un riant badinage, avec les agrables
-jeux de l'esprit qui savent, sans l'inquiter, la prserver
-de la monotonie et de l'ennui; il veut simplement
-faire entendre qu'elle rclame des hommes raisonnables,
-honntes, courtois, circonspects, et que ces
-hommes, d'un commerce doux et sr, sont impossibles
- trouver dans la catgorie ridicule et mprisable
-des bouffons.</p>
-
-
-<div class="p" id="p162">L'amiti est un pacte de sel.</div>
-<p>Traduction du proverbe latin: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitia pactum salis</i>,
-qui fut formul au moyen ge pour exprimer que
-l'amiti doit s'tablir par un long commerce et tre
-toujours durable. L'expression <i lang="la" xml:lang="la">pactum salis</i> est plusieurs
-fois employe dans les livres saints, o elle
-signifie une alliance inviolable et sacre, par allusion
-la nature du sel, qui empche la corruption. <i lang="la" xml:lang="la"><span class="sc">Pactum
-salis</span> est sempiternum coram Domino, tibi ac filiis tuis</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">lib. Numerorum</i>, <small>XVIII</small>, 19). C'est un <i>pacte de sel</i>
-perptuit devant le Seigneur, pour vous et vos fils.
-<i lang="la" xml:lang="la">Num ignoratis quod Dominus Deus Israel dederit regnum
-David super Israel in sempiternum, ipsi et filiis ejus <span class="small">IN
-PACTUM SALIS</span>.</i> (<i>Paralip.</i>, <small>XIII</small>, 5.) Ignorez-vous que le
-Seigneur Dieu d'Isral a donn pour toujours la souverainet
-sur Isral David et ses descendants par
-un <i>pacte de sel</i>?</p>
-
-<p>Il tait recommand dans le <i>Lvitique</i> d'offrir du sel
-dans tous les sacrifices: <i lang="la" xml:lang="la">In omni oblatione tua offeres
-sal</i> (<small>II</small>, 13). Dans toutes les oblations tu offriras du
-sel. Homre a donn au sel l'pithte de divin,
-<span lang="grc" xml:lang="grc">&theta;&epsilon;&#8150;&omicron;&sigmaf; &#7941;&lambda;&sigmaf;.</span>
-Pythagore le regardait comme le symbole de
-la justice, et il voulait que la table en ft abondamment
-pourvue. Vatable croit que les Francs admettaient
-le sel dans leurs pactes, pour montrer qu'ils
-dureraient toujours, et quelques auteurs ont pens que
-de cet usage a pu driver le nom de <i>loi salique</i>, qui,
-comme on sait, a une autre origine.</p>
-
-
-<div class="p" id="p163">Il faut que l'amiti nous trouve ou nous fasse gaux.</div>
-<p>Cet adage, que nous avons reu des Latins, nous
-apprend que la vritable amiti ne peut bien s'tablir
-ou se conserver que sous le rgime de l'galit, car
-<i id="p164">l'amiti est la sympathie de deux mes gales</i>, suivant la
-maxime des Orientaux.&mdash;On comprend qu'il s'agit
-ici de l'galit des sentiments et non de celle du rang
-et de la fortune, puisqu'il y a plusieurs exemples clbres
-qui prouvent que deux hommes ingaux, soit en
-titres, soit en biens, ont t de parfaits amis.&mdash;Bossuet
-a dit de cette amiti entre les ingaux qu'elle se
-soutient d'un ct par l'humilit et de l'autre par la
-libralit, et cela est vrai sans doute; mais il faut que
-cette humilit et cette libralit n'altrent en rien le
-principe d'galit qui doit rgner entre les c&oelig;urs;
-sans quoi l'amiti ne saurait subsister. C'est ce qu'exprime
-un autre proverbe oriental que l'abb Aubert a
-reproduit textuellement dans ce vers remarquable:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p165">L'amiti disparat o l'galit cesse.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p166">La flatterie est le poison de l'amiti.</div>
-<p>C'est un proverbe formul au moyen ge d'aprs
-cette pense sur laquelle Cicron revient plusieurs
-fois, qu'il n'y a point dans les amitis de peste plus
-grande que la flatterie: <i lang="la" xml:lang="la">Nullam in amicitiis pestem esse
-majorem quam adulationem.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXV</small>.) En effet,
-la sincrit tant essentielle l'amiti, il s'ensuit ncessairement
-que la flatterie doit pervertir et frapper
-de mort l'amiti.&mdash;<i id="p102">Flatter un ami</i>, dit un proverbe
-antique, <i>c'est lui verser du poison dans une coupe d'or</i>.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Homo, qui blandis fictisque sermonibus loquitur amico
-suo, rete expandit gressibus ejus.</i> (Salomon, <i>Prov.</i>, <small>XXIX</small>, 5.)
-<a name="p103" id="p103"></a>L'homme qui tient son ami un langage flatteur et
-dguis tend un filet ses pieds.</p>
-
-<p><i>Il faut</i>, dit un proverbe oriental, <i>se mfier de ceux
-qui trafiquent d'encens et de poisons</i>: c'est--dire des
-flatteurs et des envieux.</p>
-
-
-<div class="p" id="p167">Le plus bel ge de l'amiti est sa vieillesse.</div>
-<p>C'est--dire que plus l'amiti est vieille, plus elle
-est belle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le temps, qui fltrit tout, embellit l'amiti.</div>
-</div>
-
-<p>Il fait plus que l'embellir, il la consacre. <i lang="la" xml:lang="la">Est aliquid
-sacri in antiquis necessitudinibus.</i> (Cicron.) Il y a quelque
-chose de sacr dans les vieilles amitis. (Voyez
-sur ce mot de <i lang="la" xml:lang="la">necessitudinibus</i>, <i>ncessits</i>, employ pour
-<i>amitis</i>, le proverbe: <i><a href="#p126">On ne peut vivre sans amis</a></i>, dans le
-commentaire duquel il est expliqu.)</p>
-
-<p>Les Italiens disent: <i lang="it" xml:lang="it">Vecchio amico, cosa sempre
-nuova.</i> <a name="p105" id="p105"></a>Vieil ami, chose toujours nouvelle.</p>
-
-<p>Les Orientaux ont ce proverbe: <i id="p168">L'amiti est un plaisir
-qui ne fait que s'accrotre mesure qu'on vieillit.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p169">Les petits prsents entretiennent l'amiti.</div>
-<p>Ce n'est pas sans raison que le proverbe dit <i>les petits
-prsents</i>, car les prsents doivent tre rciproques,
-et, lorsqu'ils sont trop considrables pour qu'on
-puisse en rendre l'quivalent, ils blessent plus la vanit
-qu'ils n'excitent la reconnaissance; ils font natre
-une sorte de haine, au lieu d'entretenir l'amiti. Suivant
-une remarque de Q. Cicron, celui qui ne croit
-pas pouvoir s'acquitter envers quelqu'un ne saurait
-tre son ami. <i lang="la" xml:lang="la">Qui se non putat satisfacere amicus esse
-nullo modo potest.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Petitione consulatus</i>, <small>IX</small>.)</p>
-
-<p>Ce que Tacite a redit de cette manire plus nergique:
-<i lang="la" xml:lang="la">Beneficia quousque lta sunt, dum videntur exsolvi
-posse; ubi multum antevenire, pro gratia odium redditur.</i>
-(Annal., <small>IV</small>, 18.) Les bienfaits sont agrables tant
-qu'on croit pouvoir les acquitter; ds qu'ils excdent
-la reconnaissance, celle-ci se change en haine.</p>
-
-<p>Les Celtes avaient cette maxime analogue notre
-proverbe: Que les amis se rjouissent <i>rciproquement</i>
-par des prsents d'armes et d'habits: <i>ceux qui donnent
-et qui reoivent restent longtemps amis</i>, et ils font souvent
-des festins ensemble. On lit dans le <i>Hava-mal</i> des
-Scandinaves: Si tu as un ami auquel tu te confies,
-il faut mler vos penses, <i>changer des prsents</i>, et aller
-souvent le trouver.</p>
-
-
-<p id="p170">La table est l'entremetteuse de l'amiti.</p>
-
-<p>On dit aussi: <i id="p150">La table fait les amis</i>, parce que les
-panchements auxquels on se livre en mangeant ensemble
-tablissent des rapports d'une intimit bienveillante,
-qui dissipent les prventions haineuses et
-donnent naissance l'amiti, ou en resserrent plus
-troitement les doux liens. Minos et Lycurgue avaient
-reconnu cette vrit lorsqu'ils fondrent des repas de
-confraternit, et Ariste regardait comme contraire
-la sociabilit la coutume des gyptiens, qui mangeaient
-sparment sans avoir jamais de festins communs.</p>
-
-<p>Il y eut au commencement de la Rvolution
-franaise des banquets fraternels qui se faisaient, le soir,
-dans les rues, sur les places, dans les jardins et les
-difices publics. Les citoyens des divers tats s'y rendaient,
-apportant chacun son mets, son pain, son vin,
-son cidre ou sa bire, dont leurs voisins moins bien
-pourvus recevaient d'ordinaire une part offerte avec
-bienveillance. Cette commensalit propre concilier
-les proltaires, les ouvriers et les bourgeois, en cartant
-les soupons, les dfiances et les inimitis qui les
-divisaient, semblaient devoir produire des rsultats
-heureux; mais la Convention la jugea dangereuse pour
-la Rpublique, et elle la proscrivit, aprs un fameux
-rapport de Barrre, qui signalait dans un tel rapprochement
-des riches et des pauvres l'<i>alliance monstrueuse
-des serpents et des colombes</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p171">Il ne faut pas laisser crotre l'herbe sur le chemin de l'amiti.</div>
-<p>Il ne faut pas ngliger de visiter ses amis. Cet adage
-se trouve dans un prcepte de la sagesse scandinave
-que M. J.-J. Ampre a reproduit dans ces vers de son
-pome intitul <i>Sigurd, tradition pique restitue</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le seuil de ton ami, que ton pied le connaisse,</div>
-<div class="verse">Qu'entre vous deux toujours le chemin soit fray;</div>
-<div class="verse i2">Ne souffre pas que l'herbe naisse</div>
-<div class="verse i2">Sur le chemin de l'amiti.</div>
-</div>
-
-<p>Les Celtes disaient: Sachez que, si vous avez un
-ami, vous devez le visiter souvent. Le chemin se remplit
-d'herbes, et les broussailles le couvrent bientt,
-si l'on n'y passe pas sans cesse.</p>
-
-<p>Le conseil de <i>ne pas laisser crotre l'herbe sur le
-chemin de l'amiti</i> n'est pas interprt de mme chez
-tous les peuples. Pour les uns il signifie que les amis
-doivent se visiter continuellement, et pour les autres
-qu'ils ne doivent le faire qu'avec modration, car <i id="p173">des
-visites trop frquentes useraient l'amiti</i>, suivant un mot
-de Mahomet pass en proverbe, ou lui terait une des
-forces vitales du sentiment qui l'anime, comme le fait
-entendre Montaigne dans ce passage o il parle de
-son ami tienne de la Botie: <span lang="frm" xml:lang="frm">L'une partie de nous
-demeuroit oysifve quand nous estions ensemble; nous
-nous confondions: la sparation du lieu rendoit la
-conjonction de nos volontez plus riche. Cette faim insatiable
-de la prsence corporelle accuse un peu la
-foiblesse en la jouissance des ames.</span> (<i>Essais</i>, liv. III,
-ch. <small>IX</small>.)</p>
-
-<p>La maxime des Hbreux est que les amis qui veulent
-s'entretenir dans une gale et parfaite intelligence ne
-doivent pas se visiter tous les jours; que <i>la pluie frquente
-est trs-ennuyeuse, et qu'elle devient trs-agrable
-quand on la souhaite</i>.</p>
-
-<p>Les Arabes disent: <i id="p172">Visite rare accrot l'amiti</i>; proverbe
-employ par Lockman dans son <i>Amthal</i> ou <i>Recueil
-de sentences et d'apologues</i>.</p>
-
-<p>Les Russes expriment une ide analogue en ces
-termes: <i>Visite rare, aimable convive.</i> (Voyez plus loin le
-proverbe: <i><a href="#p1">Un peu d'absence fait grand bien.</a></i>)</p>
-
-
-<div class="p" id="p174">L'amiti fait plus de bons mnages que l'amour.</div>
-<p>Un sentiment raisonnable entretient le calme dans
-l'esprit des poux, tandis qu'une passion folle y porte
-l'agitation et le trouble: par consquent, l'<i>amour qui
-est presque la folie de l'amiti</i>, suivant l'expression de
-Snque, ne saurait aussi bien que l'amiti simple
-faire rgner la paix et la tranquillit.</p>
-
-<p><span lang="frm" xml:lang="frm">Un bon mariage, s'il en est, refuse la compaignie
-et conditions de l'amour: il tasche reprsenter
-celles de l'amiti. C'est une doulce socit de vie,
-pleine de constance, de fiance et d'un nombre infiny
-d'utiles et solides offices et obligations mutuelles.</span>
-(Montaigne, <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>Ce n'est pas affaire, en mariage, dit Charron, d'tre
-toujours amants, mais toujours amis.</p>
-
-<p>On lit dans une des lettres de la duchesse d'Orlans,
-mre du Rgent: Le mieux est d'aimer son mari par
-devoir et non par passion, de vivre avec lui en paix
-et amicalement, mais de ne pas se tracasser du cours
-qu'il donne ses passions. De cette manire on reste
-longtemps bons amis, et la paix et l'harmonie se
-maintiennent dans le mnage.</p>
-
-
-<div class="p" id="p175">L'amiti qui nat de l'amour vaut mieux que l'amour mme.</div>
-<p>Je crois que ce proverbe est vrai, mais je crois aussi
-qu'il n'est gure susceptible d'avoir une juste application;
-car l'amour n'abandonne pas la fois deux
-c&oelig;urs qui se dsunissent, et, tant qu'il reste dans l'un,
-il ne permet pas l'amiti de venir y prendre sa place;
-il la cde plutt la haine. Si vous en doutez, vous
-n'avez qu' proposer votre amiti pure et simple une
-femme qui conserve pour vous une passion que vous
-n'avez plus pour elle, et vous verrez comment elle recevra
-votre proposition.</p>
-
-<p>Il faut que l'amour soit teint dans les c&oelig;urs qui en
-ont ressenti les ardeurs mutuelles, pour qu'il puisse
-tre remplac par l'amiti. Ce nouveau sentiment,
-nourri des douces rminiscences du premier, ne se
-forme que lentement. Il ressemble la fleur parfume
-de l'alos, qui ne se dveloppe qu'aprs de longues annes.
-C'est un bnfice du temps, dont la jouissance est
-rserve certains couples exceptionnels, vieillis et
-comme embaums dans leur fidlit sacrosainte.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Philmon et Baucis nous en offrent l'exemple.</div>
-</div>
-
-<p>Quelques poux chrtiens nous l'offrent aussi, surtout
-quand il leur a t donn par grce spciale de
-clbrer le jubil de leur mariage. Mais ces pieux
-poux sont aujourd'hui bien rares. Quant ceux de
-toutes les autres catgories, je crois qu'il serait trs-difficile
-d'en trouver une paire vivant dans les dlices
-de l'amiti, aprs avoir vcu fidlement dans les dlices
-de l'amour. La s&oelig;ur, chez eux, ne saurait hriter
-du frre, et cela par une raison toute simple: c'est
-que les maris et les femmes les mettent constamment
-en hostilit, les maris refusant leur amour leur
-femme, et les femmes repoussant l'amiti de leur
-mari. Vous pouvez, si vous voulez, faire la converse de
-cette proposition: elle sera tout aussi vraie.</p>
-
-
-<div class="p" id="p176">L'amiti confie son secret, mais il chappe l'amour.</div>
-<p>C'est un proverbe que La Bruyre a rpt dans
-cette pense: On confie son secret dans l'amiti,
-mais il chappe dans l'amour. Il se trouve tel que je
-le rapporte dans un recueil de proverbes orientaux
-beaucoup plus ancien que les &oelig;uvres de La Bruyre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p177">L'amiti rompue n'est jamais bien soude.</div>
-<p>Les Espagnols disent par la mme mtaphore:
-<i lang="es" xml:lang="es">Amigo quebrado, soldado, mas nunca sano.</i> <a name="p89" id="p89"></a>Ami rompu
-peut bien tre soud, mais il n'est jamais sain.</p>
-
-<p>Il y a un proverbe patois bien ingnieux dont voici
-la traduction littrale: <i id="p178">L'amiti rompue ne se renoue pas
-sans que le n&oelig;ud paraisse ou se sente.</i></p>
-
-<p>Ces proverbes signifient que l'amiti blesse ne se
-remet jamais entirement de sa blessure.</p>
-
-
-<div class="p" id="p179">Le respect et la dfrence sont les liens de l'amiti.</div>
-<p>Il faut entendre ici, je crois, par respect et par dfrence,
-l'estime, la considration, la confiance, les
-gards, les soins et la complaisance que les amis se
-doivent rciproquement: toutes ces choses sont de
-l'essence de l'amiti, il les lui faut sans rserve et
-sans altration. L'amiti est si jalouse et si dlicate,
-dit Fnelon, qu'un atome qui s'y mle la blesse.</p>
-
-<p>Le proverbe est une variante de cette sentence
-d'Ali: Le respect mutuel resserre l'amiti.</p>
-
-
-<div class="p" id="p180">Bonne amiti vaut mieux que tour fortifie.</div>
-<p>La guerre peut enlever ou dtruire cette tour; mais
-aucun revers ne peut branler cette amiti qui prend
-de nouvelles forces dans les infortunes de celui dont
-les bonnes qualits ont su l'inspirer. Solidaire des
-maux qu'il prouve, elle cherche tous les moyens de
-les consoler, de les soulager, de les rparer.&mdash;Tel
-est le sens de ce proverbe: l'amiti qu'il signale est
-tout fait exceptionnelle, et bien des gens ne manqueront
-pas de la relguer parmi les utopies. Quoi
-qu'il en soit, l'amiti vritable, quand mme elle n'aurait
-pas le caractre de perfection qu'il lui attribue,
-est du plus grand secours contre le malheur.&mdash;L'<i>Ecclsiastique</i>
-dit sans figure: <i lang="la" xml:lang="la">Amicus fidelis, protectio
-fortis</i> (<small>VI</small>, 14). <a name="p104" id="p104"></a>L'ami fidle est une forte protection.</p>
-
-<p>Ce proverbe est de la plus haute antiquit, mais il
-n'est plus aujourd'hui aussi vrai qu'il le fut dans l'enfance
-des socits, o l'autorit des lois tant souvent
-mconnue, on cherchait y suppler par quelque
-protection plus sre, en se mnageant des amis puissants
-et en augmentant ses forces individuelles de
-toutes celles qu'ils avaient.</p>
-
-<p>On sait que Lycurgue avait donn l'amiti pour base
- sa lgislation.</p>
-
-
-<div class="p" id="p181">L'amiti doit se contracter frais communs.</div>
-<p>L'amiti est une sincre union de deux personnes
-galement soigneuses du bonheur l'une de l'autre.
-Elle ne peut se former et se maintenir qu'autant que
-chacune d'elles se montre anime du mme zle et
-des mmes sentiments pour en remplir les devoirs
-rciproques. De l ce proverbe employ le plus souvent
-comme un avis qu'on veut donner aux amis un
-peu trop personnels, qui semblent plus jaloux de
-jouir des bnfices de l'amiti que d'en partager les
-charges.</p>
-
-<p>Les Arabes disent dans un sens analogue: <i id="p86">Si ton
-ami est de miel, ne le mange pas tout entier.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p182">Il faut dcoudre et non dchirer l'amiti.</div>
-<p>Mot de Caton l'Ancien rapport par Cicron en ces
-termes: <i lang="la" xml:lang="la">Amiciti sunt dissuend magis quam discindend.</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXI</small>.) Cicron dit encore: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitiam haud
-prcidas, verum dissuas.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Officiis</i>, <small>XXXIII</small>.) C'est quelquefois,
-ajoute-t-il, un malheur ncessaire de renoncer
- certains amis: alors il faut s'loigner d'eux insensiblement,
-sans aigreur et sans colre, et faire voir
-qu'en se dtachant de l'amiti on ne veut pas la remplacer
-par de l'inimiti, car rien n'est plus honteux que
-de passer d'une liaison intime une guerre dclare.</p>
-
-<p>Il ne faut pas croire, dit trs-bien M<sup>me</sup> de Lambert,
-qu'aprs les ruptures vous n'ayez plus de devoirs
- remplir. Ce sont les devoirs les plus difficiles
-et o l'honntet seule vous soutient. On doit du respect
- l'ancienne amiti. Il ne faut point appeler le
-monde vos querelles; n'en parlez jamais que quand
-vous y tes forc pour votre propre justification;
-vitez mme de trop charger l'ami infidle.</p>
-
-<p>Le marchal de Richelieu disait: Il faut dcoudre
-l'amiti, mais il faut dchirer l'amour.</p>
-
-
-<div class="p" id="p183">Amiti de gendre.</div>
-<p>Amiti sur laquelle il ne faut pas compter. Les Espagnols
-assimilent cette amiti au soleil d'hiver. <i lang="es" xml:lang="es">Amistad
-de yerno, sol de invierno.</i> <a name="p184" id="p184"></a>Amiti de gendre, soleil
-d'hiver; c'est--dire amiti rare comme le beau temps
-dans la froide saison, ou bien amiti qui peut avoir par
-moment quelque clat, mais qui manque de chaleur.
-Les Languedociens ont ce proverbe: <i lang="oc" xml:lang="oc">Amour d noros,
-amour d jhendrs es uno bugado sans cendrs.</i> <a name="p185" id="p185"></a>Amour
-de brus, amour de gendres, c'est une lessive sans
-cendres. Pourquoi cette assimilation d'une mauvaise
-amiti et d'une mauvaise lessive? Serait-ce parce que
-la premire n'efface pas les taches du caractre, de
-mme que la seconde n'efface pas les taches du linge?</p>
-
-<p>Coll, auteur connu par des ouvrages o respire
-la gaiet, a fait une longue et triste comdie pour
-prouver que le gendre ne peut rester l'ami de son
-beau-pre. Cette maxime est exagre, quoiqu'il soit
-difficile un pre de supporter la diminution de l'affection
-de sa fille et celle de sa fortune. (Penses du
-gnral Petiet.)</p>
-
-<p>Nous avons encore un proverbe remarquable qui
-fait bien sentir, par le double rsultat qu'il prsente,
-combien il faut agir prudemment dans le choix d'un
-gendre: <i id="p527">Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en
-trouve un mauvais perd une fille.</i></p>
-
-<p>Piron a fait usage de ce proverbe d'origine orientale
-dans les vers suivants de sa comdie intitule
-l'<i>Amant mystrieux</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand on choisit un gendre, il faut le choisir bien,</div>
-<div class="verse">Et ce choix-l n'est pas une affaire de rien:</div>
-<div class="verse">S'il est bon, vous gagnez un fils la famille,</div>
-<div class="verse">Et, quand il est mauvais, vous perdez une fille.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Act. II, sc. <small>VIII</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p186">Les amitis devraient tre immortelles, et mortelles les inimitis.</div>
-<p>Maxime proverbiale rapporte par l'historien Tite-Live.
-<i lang="la" xml:lang="la">Amicitias immortales, inimicitias mortales esse debere</i>
-(<small>XL</small>, 46). Elle exprime un v&oelig;u qu'il n'est pas donn
-aux hommes de raliser. Aussi ne s'emploie-t-elle que
-comme formule de regret quand on voit des unions
-heureuses rompues subitement par la mort.&mdash;Un proverbe
-hbreux dit: <i>Une amiti qui a pu vieillir ne devrait
-jamais mourir.</i></p>
-
-<p>Fnelon souhaitait que les amis s'entendissent pour
-mourir le mme jour.</p>
-
-<p>C'est ce qui se faisait chez les Gaulois. L'ami ne
-voulait pas survivre son ami et s'enfermait avec lui
-dans le mme tombeau. Admirable rsultat produit
-par deux grandes vertus trop mconnues aujourd'hui,
-le dvouement le plus sincre, et la foi la plus vive
-l'immortalit de l'me.</p>
-
-
-<div class="p" id="p6">L'affection aveugle la raison.</div>
-<p>On n'aperoit pas ordinairement les dfauts des
-personnes qu'on aime, et souvent mme on prend ces
-dfauts pour des qualits; car l'illusion est un effet
-ncessaire du sentiment dont la force se mesure presque
-toujours par le degr d'aveuglement qu'il produit.
-Le c&oelig;ur, dit Pascal, a ses raisons que la raison ne
-connat pas.</p>
-
-<p>Il en est de la haine comme de l'amour: Ni l'un
-ni l'autre, dit saint Bernard, ne savent juger selon les
-rgles de la vrit. (<i lang="la" xml:lang="la">De Grad. humilitatis.</i>) De mme
-que l'amour prend les dfauts pour des qualits, la
-haine prend les qualits pour des dfauts.</p>
-
-<p>Oh! qu'il en est peu qui voient les dfauts de
-ceux qu'ils aiment et les bonnes qualits de ceux qu'ils
-hassent! <i>Un pre</i>, dit le proverbe, <i>ne connat pas les
-dfauts de son fils, ni le laboureur la fertilit de son
-champ.</i> (Confucius.)</p>
-
-<p><i id="p187">L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux,
-l'un ne laisse voir que le bien, et l'autre que le mal.</i> (Prov.
-arabe.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p7">On voit toujours par les yeux de son affection.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et ft-il plus parfait que la perfection,</div>
-<div class="verse">L'homme voit par les yeux de son affection.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Rgnier, Sat. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>L'historiette suivante, emprunte Helvtius, qui
-l'a emprunte un vieux conteur, servira de commentaire
- ce proverbe. Un cur et une dame galante se
-trouvaient dans un observatoire. Ils avaient ou dire
-que la lune tait habite, et, le tlescope en main,
-tous les deux tchaient d'en reconnatre les habitants.
-Si je ne me trompe, dit d'abord la dame, j'aperois
-deux ombres. Elles s'inclinent l'une vers l'autre. Je
-n'en doute point, ce sont deux amants heureux.&mdash;Eh!
-non, madame, s'cria le cur, les deux amants
-que vous croyez voir sont les clochers d'une cathdrale.
-Ce conte est notre histoire. Nous n'apercevons
-le plus souvent dans les choses que ce que nous
-dsirons y trouver. Sur la terre, comme dans la lune,
-des passions diffrentes nous font toujours voir ou des
-amants ou des clochers.</p>
-
-<p>Montesquieu a dit, dans une de ses lettres l'abb
-de Guasco, pour marquer cette disposition de l'esprit
-qui nous entrane continuellement vers les objets avec
-lesquels l'usage nous a familiariss, qui fait de nos
-ides et de nos paroles des chos de nos proccupations
-habituelles: Le cur voit en songe son clocher,
-et la servante y voit sa culotte.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">PROVERBES<br />
-<span class="small">SUR</span><br />
-<span class="large">L'AMOUR</span></h2>
-
-
-<div class="p" id="p28">Il faut aimer pour tre aim.</div>
-<p>Proverbe rapport par Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Si vis amari, ama</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">Epist.</i> <small>IX</small>), et trs-bien expliqu dans ce passage de
-J.-J. Rousseau: On peut rsister tout, hors la
-bienveillance, et il n'y a pas de moyen plus sr de
-gagner l'affection des autres que de leur donner la
-sienne. On sent qu'un tendre c&oelig;ur ne demande qu'
-se donner, et le doux sentiment qu'il cherche le vient
-chercher son tour.</p>
-
-<p>Il y a dans une passion vritable une puissance
-d'attraction qui finit par triompher, non-seulement de
-l'indiffrence, mais de la haine, et c'est avec raison
-qu'un grave archevque de Paris, monseigneur de
-Prfixe, a dit: Le philtre de l'amour, c'est l'amour
-mme.</p>
-
-<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">Chi non arde non incende.</i>
-<a name="p510" id="p510"></a>Qui n'est pas en feu n'enflamme point.</p>
-
-
-<div class="p" id="p29">C'est trop aimer quand on en meurt.</div>
-<p>Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers (gidius
-Nuceriensis), dans son recueil d'<i>Adages franois</i>,
-traduits en vers latins, <i lang="la" xml:lang="la">Adagia gallica</i>, etc., a rendu par
-ce pentamtre:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Semper amor nimius dum fera mors sequitur.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ce proverbe est du moyen ge, o le culte de
-l'amour pouvait faire des martyrs. Il trouve rarement
-son application dans notre sicle d'gosme. On dit,
-au contraire, aujourd'hui: <i id="p188">Mort d'amour et d'une fluxion
-de poitrine.</i></p>
-
-<p>Le troubadour Pons de Breuil avait crit, ce que
-nous apprend Nostradamus, un roman jadis trs-got,
-dont le titre tait: <i lang="oc" xml:lang="oc">Las amors enrabyadas de Andrieu
-de Fransa.</i> Les amours enrages d'Andr de France. Il
-se pourrait que le proverbe ft venu d'une allusion au
-hros de ce roman, mort d'amour pour une reine du
-pays, et frquemment cit comme le parfait modle
-des amants.</p>
-
-<p>Le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i> espagnol nous offre l'histoire de
-l'amoureux don Bernaldino, qui disait: Ma gloire
-est bien aimer, et qui se tua de dsespoir parce
-que le pre de son amie Lonor avait emmen cette
-belle en pays lointain. Ses vassaux, dsols de sa mort,
-lui levrent un mausole tout de cristal, o ils gravrent
-une pitaphe touchante termine par ces deux
-vers:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="es" xml:lang="es">Aqui est don Bernaldino</div>
-<div class="verse" lang="es" xml:lang="es">Que muri por bien amar.</div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Ci-gt don Bernaldino, qui mourut pour bien aimer.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Sahid, fils d'Agba, demandait un jour un jeune
-Arabe: A quelle tribu appartiens-tu?&mdash;J'appartiens
- celle chez laquelle on meurt d'amour.&mdash;Tu es donc
-de la tribu des Arza?&mdash;Oui, j'en suis, et je m'en
-glorifie.</p>
-
-<p>Ajoutons que cette tribu, clbre par son caractre
-d'amour passionn, a fourni presque tous les noms qui
-figurent dans un livre ou ncrologe arabe fort curieux,
-intitul <i>Histoire des Arabes morts d'amour</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p30">Feindre d'aimer est pire que d'tre faux monnayeur.</div>
-<p>Cette maxime proverbiale est sans doute du temps
-des Amadis, o le faux amour tait <i>plus dcri que la
-fausse monnaie</i>. Je le remarque, afin qu'elle ne paraisse
-pas trop trange, aujourd'hui qu'on ne reconnat plus
-rien de srieux ni de vrai dans l'amour, et qu'on en
-fait un jeu de socit qui ne se joue qu'avec de faux
-jetons, et o tout le monde triche. Autres temps,
-autres m&oelig;urs.</p>
-
-
-<div class="p" id="p31">Mieux vaut aimer bergres que princesses.</div>
-<p>On a voulu chercher une origine historique ce
-proverbe, qui est n peut-tre de la simple rflexion,
-et l'on a trouv cette origine dans l'affreux supplice
-que subirent deux gentilshommes normands, Philippe
-d'Aulnai et Gauthier d'Aulnai, son frre, convaincus
-d'avoir eu, pendant trois ans, un commerce adultre
-avec les princesses Marguerite et Blanche, pouses de
-Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel. Les chroniques
-en vers de Godefroy de Paris (Manuscrits de la
-Bibliothque nationale, n<sup>o</sup> 6,812) nous apprennent que
-les deux coupables furent mutils, corchs vifs,
-trans, aprs cela, dans la prairie de Maubuisson tout
-frachement fauche, puis dcapits et pendus par les
-aisselles un gibet. Quant aux deux princesses, elles
-furent honteusement tondues et incarcres. Marguerite
-fut trangle dans la suite au chteau Gaillard,
-par ordre de son poux, Louis le Hutin, qui voulut se
-remarier en montant sur le trne. Blanche passa le
-reste de sa vie dans une triste captivit.</p>
-
-
-<div class="p" id="p32">Aimer la franche marguerite.</div>
-<p>Cette locution, employe pour dire tre dans une
-disposition d'amour pleine de sincrit et de confiance,
-fait allusion une superstition amoureuse bien connue
-dans les campagnes, et que je vais expliquer.</p>
-
-<p>Telle est la disposition du c&oelig;ur de l'homme que,
-dans toutes les passions qu'il prouve, il ne saurait
-jamais s'affranchir d'une sorte de superstition. On dirait
-que, ne trouvant dans le monde rel rien qui rponde
-pleinement aux besoins d'motion et de sympathie
-produits par l'exaltation de son tre, il cherche
- tendre ses rapports dans un monde merveilleux.
-C'est surtout dans l'amour que se manifeste cette disposition.
-L'amant est curieux, inquiet, il veut pntrer
-l'avenir pour lui arracher le secret de sa destine.
-Il rattache ses craintes et ses esprances toutes les
-pratiques mystrieuses que son imagination lui fait
-croire capables de changer la volont du sort et de la
-disposer en sa faveur. Il veut trouver dans tous les
-objets de la nature des assurances contre les craintes
-dont il est assig. Il les interroge sur les sentiments
-de celle qu'il adore. Les fleurs, qui lui prsentent son
-image, lui paraissent surtout propres rvler l'oracle
-de l'amour. Lorsqu'il va rvant dans la prairie, il cueille
-une marguerite, il en arrache les ptales l'un aprs
-l'autre, en disant tour tour: M'aime-t-elle?&mdash;pas
-du tout,&mdash;un peu,&mdash;beaucoup,&mdash;passionnment,
-dans la persuasion que ce qu'il tient savoir lui sera
-dit par celui de ces mots qui concidera avec la chute
-du dernier ptale. Si ce mot est <i>pas du tout</i>, il gmit,
-il se dsespre; si c'est <i>passionnment</i>, il s'enivre de
-joie, il se croit destin la suprme flicit, car la
-marguerite est trop franche pour le tromper.</p>
-
-<p>Les amoureux villageois emploient aussi la plante
-vulgairement appele pissenlit pour savoir s'ils sont
-aims. Ils soufflent fortement sur les aigrettes duveteuses
-de cette plante, et s'ils les font toutes envoler
-d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspir
-un vritable amour.</p>
-
-<p>Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisime
-idylle de Thocrite, se servaient d'une feuille de
-la plante que ce pote nomme <i>tlphilon</i> (espce de
-pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de manire
- la faire claquer; car ils regardaient ce claquement
-comme un heureux prsage que leur tendresse ne
-pouvait manquer d'tre paye de retour.</p>
-
-<p>Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont
-soin de porter dans leurs poches des boutons d'une
-certaine plante qui sont appels, en raison d'un tel
-usage: <i lang="en" xml:lang="en">bachelor's buttons</i> (boutons de jeunes gens),
-persuads que la manire dont ces boutons s'ouvrent
-et se fltrissent doit leur faire connatre s'ils russiront
-ou non auprs de l'objet de leur passion: Shakespeare
-a rappel cette coutume dans les <i>Joyeuses Bourgeoises
-de Windsor</i> (act. III, sc. <small>II</small>).</p>
-
-
-<div class="p" id="p33">S'aimer comme deux tourterelles.</div>
-<p>Les naturalistes et les potes du moyen ge ont fait
-de ces oiseaux le symbole de la tendresse et de la fidlit
-conjugales. Ils nous apprennent que le mle ne
-s'attache qu' une seule femelle, et la femelle qu' un
-seul mle; qu'ils vivent dans la plus troite union, et
-que si l'un d'eux vient mourir, le survivant renonce
- s'apparier avec un autre.</p>
-
-<p>On lit ce sujet dans le <i>Bestiaire divin</i> compos par
-le clerc ou trouvre Guillaume: O vous, hommes et
-femmes, que l'glise a unis par les liens ternels du
-mariage, vous qui avez jur d'tre fidles, et qui tenez
-si mal vos serments, instruisez-vous par l'exemple de
-la tourterelle. Dans les bois pais qu'elle habite, elle
-aime sans partage et veut tre aime de mme. Lorsqu'elle
-perd sa compagne, il n'est point de saison,
-point de moment o elle ne gmisse. Elle ne se pose
-ni sur le gazon, ni sous la feuille; mais elle attend
-toujours celle qu'elle a perdue, et ne forme jamais de
-nouveaux liens. Elle n'oublie point son premier ami,
-et, s'il meurt, le reste de la terre lui est indiffrent.</p>
-
-<p>O vous qui vivez dans le tourbillon du monde,
-apprenez de cet oiseau l'inviolable fidlit des regrets,
-et ne faites point comme ces maris qui, en revenant
-de l'enterrement de leurs femmes, s'occupent, ds le
-soir mme, de la remplacer. (Ch. <small>XXXI</small>.)</p>
-
-<p>L'abb Salgues dit: La tourterelle est si douce
-qu'on regrette de lui enlever la rputation qu'on lui
-a faite d'tre un modle de fidlit; mais la douceur
-est souvent compagne de la faiblesse, et je suis forc
-d'avouer que j'ai vu des tourterelles oublier les lois de
-la constance pour coqueter avec des amants. Peut-tre
-tait-ce la contagion du mauvais exemple, car ces tourterelles
-taient domestiques et vivaient parmi nous.
-Cependant Le Roy (naturaliste) assure qu'il en a vu de
-sauvages faire deux heureux de suite, sans quitter la
-mme branche.</p>
-
-
-<div class="p" id="p34">S'aimer comme Robin et Marion.</div>
-<p>S'aimer d'un amour tendre et fidle. Il y a une espce
-de pastorale du douzime sicle, le <i>Jeu du Berger
-et de la Bergre</i>, par Adam de la Halle, o Robin et
-Marion sont reprsents comme les parfaits modles
-des amants. Le chevalier Aubert, pris de Marion,
-l'accoste en lui demandant pourquoi elle rpte si souvent
-et avec tant de plaisir le nom de Robin. Elle rpond:
-C'est que j'aime Robin, et que Robin m'aime.
-Il lui dclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus
-heureuse avec lui, et il cherche la sduire par les
-plus belles promesses. Voyant enfin qu'il ne peut y
-russir, il veut l'enlever. Mais elle rsiste, et il est
-forc de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui
-l'auteur nous la montre changeant les plus doux
-tmoignages d'une tendresse mutuelle.</p>
-
-<p>Cette pice que les jongleurs jouaient et chantaient
-dans les festins publics, entre les mets ou aprs les
-mets, a sans doute donn lieu l'expression proverbiale:
-<i>s'aimer comme Robin et Marion</i>, ainsi qu' cette
-autre expression analogue: <i>tre ensemble comme Robin
-et Marion</i>, c'est--dire en parfaite intelligence.</p>
-
-<p>On dit aussi de deux amants insparables: <i>L'un ne
-va pas sans l'autre, non plus que Robin sans Marion.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p35">On ne peut aimer et tre sage tout ensemble.</div>
-<p>C'est un apophthegme que Plutarque, dans la <i>Vie
-d'Agsilas</i>, attribue ce grand capitaine. Il s'explique
-par le proverbe: <i lang="la" xml:lang="la">Omnis amans amens</i>, <a name="p40" id="p40"></a>tout amant est
-fou. Les Latins disaient encore qu'aimer et tre sage
- la fois tait peine possible un dieu.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare et sapere vix deo conceditur.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(P. Syrus.)</p>
-
-<p>Il y a bien des dames, disons-le leur gloire, qui
-cherchent tous les jours dmentir ce proverbe; plus
-elles font l'amour, plus elles s'efforcent de passer
-pour sages: <i lang="it" xml:lang="it">e sempre bene</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p36">Aimer n'est pas sans amer.</div>
-<p>Ou plus simplement <i>aimer est amer</i>. Ce jeu de mots
-tait un vrai calembour dans l'ancien temps, o l'on
-disait <i>amer</i> pour <i>aimer</i>. Le sens est suffisamment expliqu
-par cette apostrophe l'amour, tire des <i>Stances
-sur le dplaisir d'un dpart</i>, partie IV, liv. <small>XI</small> du roman
-d'<i>Astre</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Que nos sages Gaulois savoient bien ta coustume,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Lorsque pour dire <i>aimer</i>, ils prononoient amer!</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Amers sont bien tes fruits, et pleines d'amertume</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Sont toutes les douceurs qu'on a pour bien aimer.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p37">Qui ne sait pas cler ne sait pas aimer.</div>
-<p>Le mystre est ncessaire l'amour, et il ajoute
-beaucoup la vivacit de cette passion, dont il est la
-preuve. Ce proverbe est traduit du texte latin, <i lang="la" xml:lang="la">qui non
-celat amare non potest</i>, qui forme le second des trente
-et un articles du <i id="code-damour">Code d'amour</i>, qu'on trouve dans
-l'ouvrage intitul <i>Livre de l'art d'aimer et de la rprobation
-de l'amour</i>, par matre Andr, chapelain de la
-cour royale de France, vers 1176.</p>
-
-<p>L'amour aime de sa nature tellement le secret et
-le mystre, qu'on peut dire que tout ce qui n'est ni
-secret ni mystrieux n'est point amour. (M<sup>lle</sup> de
-Scudri.)</p>
-
-<p>Le comte de Bussy-Rabutin, qui regardait aussi
-le mystre comme un assaisonnement ncessaire de
-l'amour, a dit dans une de ses maximes:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aimez, mais d'un amour couvert,</div>
-<div class="verse">Qui ne soit jamais sans mystre.</div>
-<div class="verse">Ce n'est pas l'amour qui nous perd,</div>
-<div class="verse">Mais la manire de le faire.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p38">Aimer mieux de loin que de prs.</div>
-<p>Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers
-qu'Alcyone adresse Cyx, dans les <i>Mtamorphoses</i>
-d'Ovide (liv. XI, fab. <small>XI</small>):</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens.</i></div>
-</div>
-
-<p>Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes
-lorsqu'on n'est plus auprs d'elles, celles surtout
-qui sont d'un caractre conciliant, parce que leurs
-dfauts, rendus moins sensibles et presque effacs par
-l'loignement, ne contrarient plus la tendre impulsion
-du c&oelig;ur, d'o le proverbe russe: <i>Ensemble,
-charge; spars, supplice</i>, proverbe qui peut avoir t
-suggr par ce joli vers latin:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nec possum tecum vivere, nec sine te.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Je ne puis vivre avec toi ni sans toi.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Mais ce n'est pas l ce qu'on entend d'ordinaire
-quand on dit <i>aimer mieux de loin que de prs</i>. Cette
-phrase n'a pas t faite pour exprimer ce que M<sup>me</sup> de
-Svign appelle si heureusement <i>les unions de l'absence</i>,
-et elle ne s'emploie gure que pour signifier
-qu'on ne se soucie point d'avoir un commerce assidu
-avec une personne.</p>
-
-
-<p id="p18">Qui bien aime tard oublie.</p>
-
-<p>Un sentiment vif et sincre laisse dans le c&oelig;ur qui
-l'prouve un souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe
-usit en langue romane, <i lang="oc" xml:lang="oc">qui ben ama tart oblida</i>,
-est pass dans plusieurs autres langues, et ce qui est
-assez curieux, il a t employ en vieux franais par
-Chaucer, pote anglais du quinzime sicle, dans son
-pome intitul: <i lang="en" xml:lang="en">The Assemble of foule</i> (st. 97),</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Hom ki bien aime tart ublie.</div>
-</div>
-
-<p>Chaucer l'avait peut-tre tir d'un pome relatif aux
-aventures de Tristan, o il se trouve sous les mmes
-termes.</p>
-
-<p>Il y a beaucoup d'autres proverbes formuls primitivement
-en langue d'oc et en langue d'ol qui sont
-devenus communs aux Italiens, aux Espagnols, aux
-Anglais, aux Allemands. J'en ai compt plus de quinze
-cents dont l'invention a t attribue ces peuples,
-qui n'ont fait que les emprunter notre ancienne littrature.
-Ce que je dis n'est pas une assertion hasarde,
-c'est une vrit tablie sur des preuves chronologiques
-qu'on ne saurait contester, et que j'ai donnes,
-en grand nombre, dans mes <i>tudes historiques, littraires
-et morales sur le langage proverbial</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p19">Il fait bon voir vaches noires en bois brl, quand on aime.</div>
-<p>Les amants se plaisent bercer leur tendre rverie
-de flicits imaginaires; <span lang="frm" xml:lang="frm">et c'est bien ce qu'on dict
-en proverbe, qu'il faict bon voir vasches noyres en
-boys brusls, quand on jouit de ses amours.</span> (Rabelais,
-liv. II, c. <small>XII</small>.)</p>
-
-<p><i>Voir vaches noires en bois brl</i> est une locution qui
-signifie se forger d'agrables chimres, poursuivre de
-douces illusions, comme font les vachers lorsque,
-devant leur feu, ils rvent au bonheur d'avoir de bonnes
-vaches noires, rputes meilleures laitires que les
-autres, et croient les voir apparatre avec leurs mamelles
-pendantes dans les figures fantastiques que les
-tisons, en se consumant, offrent leurs yeux. Les <i>vaches
-noires en bois brl</i> sont les chteaux en Espagne
-des vachers.</p>
-
-
-<div class="p" id="p20">Qui aime vilement s'avilit.</div>
-<p>Proverbe traduit du roman <i lang="oc" xml:lang="oc">qui ama vilmen si eis vilzis</i>.
-Il exprime une opinion qui rgnait aux poques chevaleresques
-et qui interdisait tout gentilhomme de
-choisir pour son pouse ou pour sa dame une femme
-issue de basse condition. Cette msalliance, rpute
-honteuse et avilissante, surtout dans le mariage, exposait
-celui qui l'avait contracte une pnalit dgradante
-que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix
-cite, ce sujet, dans ses <i>Essais historiques sur
-Paris</i>, le passage suivant d'un crit du roi Ren: Un
-gentilhomme qui se rabaissoit par mariage, et qui se
-marioit une femme roturire et non noble, devoit
-subir la punition, qui toit qu'en plein tournoi tous
-les autres seigneurs, chevaliers et cuyers, se devoient
-arrter sur lui et tant le battre qu'ils lui fissent dire
-qu'il donnoit cheval et qu'il se rendoit.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p21"><span class="blk">Un cheveu de ce qu'on aime<br />
-Tire plus que quatre b&oelig;ufs.</span></div>
-
-<p>Proverbe pris d'une ancienne chanson et employ
-pour marquer l'empire que peut exercer une femme
-sur les volonts de l'homme qui l'adore. Il y a dans
-l'<i>Anthologie grecque</i> de Planude (<small>VII</small>, 39) une pigramme
-de Paul le Silentiaire, o un amant dit que sa Doris
-l'a attach avec un cheveu de sa blonde tresse, et que
-ce lien, qu'il se flattait de rompre avec facilit, est
-devenu une chane d'airain contre laquelle tous ses
-efforts sont impuissants. O malheureux que je suis!
-s'crie-t-il, je ne suis li que par un cheveu, et ma
-Doris me mne ainsi comme elle veut!</p>
-
-<p>Nous disons encore: <i id="p458">On tire plus de choses avec un
-cheveu de femme qu'avec six chevaux bien vigoureux.</i> Ce
-qui signifie que l'entremise d'une belle dans une affaire
-est un des plus puissants moyens de succs.</p>
-
-<p>Les Persans disent dans un sens analogue: <i id="p25">Celui qui
-est aim d'une belle femme est l'abri des coups du sort.</i>&mdash;Rapprochons
-de cela cet autre proverbe: <i id="p635">Une belle
-solliciteuse vaut bien une bonne raison</i>; c'est--dire une
-belle solliciteuse obtient tout ce qu'elle veut. Et comment
-rsister une femme aimable qui vous implore,
-qui a des regards ravissants, des souris gracieux, des
-paroles pleines de charme, des mains blanches qui
-vous pressent et des baisers qui vous enivrent! il n'y
-a pas moyen de s'en tirer autrement que par la rponse
-que M. de Calonne, ministre, fit une princesse
-charmante qui lui recommandait une affaire: Madame,
-si la chose est possible, elle est dj faite, et
-si elle est impossible, elle se fera.</p>
-
-
-<div class="p" id="p1">Un peu d'absence fait grand bien.</div>
-<p>Les personnes qui s'aiment se revoient avec plus
-de plaisir aprs une courte sparation. Le sentiment,
-affaibli par l'habitude d'tre ensemble, se retrempe
-dans l'absence. <span lang="frm" xml:lang="frm">L'imagination, dit Montaigne, embrasse
-plus chauldement et plus continuellement ce
-qu'elle va querir que ce que nous touchons. Comptez
-vos amusements journaliers, vous trouverez que vous
-estes le plus absent de votre ami quand il vous est
-prsent. Son assistance relasche votre attention et
-donne libert votre pense de s'absenter toute
-heure, pour toute occasion.</span> (<i>Ess.</i>, III, <small>IX</small>.)</p>
-
-<p>Les deux passages suivants de Saady offrent une
-explication plus sensible: Abuhurra allait tous les
-jours rendre ses devoirs Mahomet, qui Dieu veuille
-tre propice! Le prophte lui dit: Abuhurra, viens
-me voir plus rarement, si tu veux que notre amiti
-s'accroisse, de trop frquentes visites l'useraient trop
-promptement.</p>
-
-<p>Un plaisant disait: Depuis le temps qu'on vante la
-beaut du soleil, je n'ai jamais ou dire que personne
-en soit devenu plus amoureux.&mdash;C'est, rpondit-on,
-parce qu'on le voit tous les jours, except en hiver,
-o il se cache quelquefois sous les nuages. Mais alors
-mme on en connat mieux le prix.</p>
-
-<p>Un amant dit sa matresse dans une pigramme
-d'Owen:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sol fugitur prsens, idemque requiritur absens:</i></div>
-<div class="verse i3"><i lang="la" xml:lang="la">Quam similis soli est, Nvia, noster amor!</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>On fuit le soleil prsent, on le cherche absent. O Nvia, combien
-notre amour ressemble au soleil!</p>
-</blockquote>
-
-<p>Raynouard parle d'un tenson manuscrit o est discute
-cette question: Laquelle est plus aime, ou
-la dame prsente ou la dame absente? Qui induit le
-plus aimer, ou les yeux ou le c&oelig;ur? Cette question,
-ajoute-t-il, fut soumise la dcision de la cour
-d'amour de Pierrefeu et de Signe, mais l'histoire ne
-nous apprend pas quelle fut la dcision.</p>
-
-<p>Le silence de l'histoire fait supposer celui de la
-cour d'amour. Les dames sigeant ce tribunal sentirent
-sans doute qu'il valait mieux se taire que de
-prononcer sur une question qu'elles ne pouvaient rsoudre
-sans se placer dans une alternative nuisible
-leurs intrts; car, en dcidant pour la prsence ou
-pour les yeux, elles eussent donn leurs amants une
-sorte de droit d'avoir toujours les yeux sur elles, ce
-qui serait devenu incommode ou compromettant sous
-plusieurs rapports, et, en accordant gain de cause
-l'absence ou au c&oelig;ur, elles se fussent exposes ne
-jouir que par passades de leurs adorateurs changs en
-chevaliers errants: situation incompatible avec les
-sentiments des femmes, qui sont toujours plus jalouses
-d'tre aimes de prs que de loin.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, les personnes qui sentent l'amour
-prt les quitter et qui dsirent retenir ce volage,
-ne sauraient mieux faire que de le soumettre,
-pendant quelque temps, au rgime fortifiant de l'absence,
-car <i id="p2">l'absence est un moyen de se rapprocher</i>, comme
-dit un proverbe turc. Une fois spares par l'espace,
-elles se toucheront de plus prs par le c&oelig;ur. Il y avait
-rpulsion proximit, il y aura attraction distance.
-Ce sont l deux phnomnes dpendant de plusieurs
-causes fort naturelles. La plus gnrale, c'est que les
-amants dpareills par la sparation passent d'un tat
-de satit qui alanguissait leurs dsirs un tat de
-privation qui les excite. L'loignement produit d'ailleurs
-dans l'amour le mme effet que dans la perspective,
-o il prte aux objets une apparence plus agrable
-en les montrant sous des formes arrondies qui
-font disparatre les asprits. Ils ne laissent plus voir
-l'objet aim que par les cts sduisants: les dfauts
-cessent d'tre aperus, les qualits se prsentent sans
-ombre, elles s'embellissent au gr de l'imagination
-et du sentiment, elles se transforment en idalits
-potiques, et le rve dor des premires amours recommence.</p>
-
-<p>Properce (liv. II, lgie 35) dit que l'absence des
-amants est un surcrot heureux au feu de l'amour:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Semper in absentes felicior stus amantes.</i></div>
-</div>
-
-<p>Il ne faut pas croire pourtant que l'absence ait une
-influence vivifiante sur toutes les passions. Elle augmente
-les grandes et diminue les petites.</p>
-
-<p>On connat ce distique proverbial qui a survcu
-d'autres vers du comte de Bussy-Rabutin, son auteur:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p3">L'absence est l'amour ce qu'est au feu le vent:</div>
-<div class="verse">Il teint le petit, il allume le grand.</div>
-</div>
-
-<p>Il parat avoir t pris de cette pense de La Rochefoucauld:
-L'absence diminue les mdiocres passions
-et augmente les grandes, comme le vent teint les
-bougies et allume le feu.</p>
-
-<p>La Rochefoucauld passe pour avoir tir sa pense de
-la rflexion suivante de saint Franois de Sales, qu'il
-s'est approprie en l'appliquant l'absence: Ce sont
-les grands feux qui s'enflamment au vent, mais les
-petits s'teignent si on ne les met couvert. (<i>Introduction
- la vie dvote</i>, part. III, ch. <small>XXXIII</small>.)</p>
-
-<p>La comparaison tait connue et probablement populaire
-avant ces trois auteurs, et les trois manires
-dont ils l'ont employe ne sont que des variantes de
-la maxime persane que voici: Les obstacles abattent
-les mes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des
-hros, semblables un vent imptueux qui teint les
-flambeaux et allume les incendies.</p>
-
-
-<div class="p" id="p4">L'absence est l'ennemie de l'amour.</div>
-<p>L'absence, dit un crivain anglais, tue l'amant ou
-l'amour.</p>
-
-<p>On sent, d'aprs les explications donnes dans l'article
-prcdent, qu'il s'agit ici de l'absence prolonge
-et non de l'absence passagre, car celle-ci agit sur
-l'amour l'inverse de l'autre. La longue absence l'teint,
-et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence
-comme de la dite, qui est nuisible ou salutaire
-au malade selon qu'il y a excs ou mesure dans sa
-dure.</p>
-
-
-<div class="p" id="p5">L'absence est pire que la mort.</div>
-<p>L'absence est, dit-on, la mort moins le repos. Elle
-cause donc plus de souffrances que la mort aux personnes
-sensibles, qui quelquefois aiment mieux cesser
-de vivre que de continuer de vivre dans l'loignement
-de l'objet de leur affection. Un distique du chevalier
-Vatan donne, par un sophisme ingnieux, une autre
-explication de ce lieu commun proverbial, si frquemment
-et si longuement dvelopp dans toutes les correspondances
-pistolaires des amants <i>condamns par le
-sort barbare gmir</i>, loigns l'un de l'autre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux,</div>
-<div class="verse">C'est celui qui survit; mais l'absence en fait deux.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p328">Loin des yeux et loin du c&oelig;ur.</div>
-<p>Proverbe pris du vers suivant de Properce, liv. III,
-lg. 21.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quantum oculis animo tam procul ibit amor.</i></div>
-</div>
-
-<p>Il s'explique trs-bien par cet autre proverbe qu'on
-trouve dans le troubadour Peyrols: <i lang="oc" xml:lang="oc">Cor oblida qu'elhs
-no ve.</i> <a name="p327" id="p327"></a>C&oelig;ur oublie ce qu'&oelig;il ne voit.</p>
-
-<p>Un bel esprit, crivant un voyageur qui se plaignait
-d'tre loin des beaux yeux de la dame de ses penses,
-lui rappelait le proverbe et ajoutait plaisamment: Ce
-proverbe s'est toujours accompli Paris comme un
-arrt du destin contre les absents. Htez-vous donc
-d'oublier la matresse que vous y avez laisse, car il est
-bon de prvenir les infidles.</p>
-
-
-<div class="p" id="p329">Les yeux sont messagers du c&oelig;ur.</div>
-<p>Traduction littrale du proverbe roman: <i lang="oc" xml:lang="oc">Los uelhs so
-messatgier del cor.</i>&mdash;Les yeux de deux amants se cherchent
-et se rencontrent sans cesse. Fidles conducteurs
-de ce fluide magntique qui va remuer au fond
-des c&oelig;urs tout ce qu'il y a de plus intime, ils le versent
-de l'un l'autre, et par cette correspondance rciproque
-les confondent et les absorbent dans le mme
-sentiment. Le troubadour Hugues Brunet de Rhodez
-a dit sur ce sujet: L'amour s'lance doucement
-d'&oelig;il en &oelig;il, de l'&oelig;il dans le c&oelig;ur, du c&oelig;ur dans les
-penses.</p>
-
-<p>On trouve dans une chanson des Grecs modernes:
-L'amour se prend par les yeux, il descend sur les
-lvres, des lvres il se glisse dans le c&oelig;ur, et y prend
-racine.</p>
-
-
-<div class="p" id="p330">Le c&oelig;ur ne vieillit pas.</div>
-<p>Pour signifier que le c&oelig;ur, chez les personnes ges,
-n'prouve pas toujours le refroidissement que la vieillesse
-communique aux autres organes, qu'il conserve
-une certaine chaleur de sentiment, qu'il est quelquefois
-sujet s'enflammer d'amour et qu'il ne doit pas
-tre considr comme une proprit assure contre
-l'incendie.</p>
-
-<p>Nous avons encore le proverbe <i id="p331">le c&oelig;ur n'a point de
-rides</i>, c'est--dire qu'on est toujours jeune pour aimer.</p>
-
-<p>On connat cet autre proverbe: <i id="p319">Le bois sec brle mieux
-que le bois vert</i>, vulgairement employ pour faire entendre
-qu'une personne ge est quelquefois plus
-porte l'amour qu'une jeune, et qu'elle prouve cette
-passion avec plus d'ardeur.</p>
-
-<p>Voici un sixain assez plaisant qu'il faut joindre aux
-<i>errata</i> dont un tel proverbe parat susceptible:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un vieillard faisait les yeux doux</div>
-<div class="verse">A Lise, jeune et belle femme,</div>
-<div class="verse">Et lui redisait tous coups</div>
-<div class="verse">Que <i>bois sec mieux que vert s'enflamme</i></div>
-<div class="verse">Non pas, lui rpondit la dame,</div>
-<div class="verse">Lorsque le bois vert est dessous.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p41">L'me d'un amant vit dans un corps tranger.</div>
-<p>Cet adage ingnieux, rapport par Plutarque dans
-la <i>Vie de Marc-Antoine</i>, signifie qu'un amant est tout
-entier sa passion et ne s'appartient pas lui-mme.
-Suivant un autre adage, l'me d'un amant vit plus
-dans ce qu'elle aime que dans ce qu'elle anime,
-<i lang="la" xml:lang="la">anima plus vivit ubi amat quam ubi animat</i>, parce que,
-disent les philosophes, elle est par ncessit l o elle
-anime, tandis qu'elle est par choix et par inclination
-l o elle aime.</p>
-
-
-<div class="p" id="p42">L'amant se transforme en l'objet aim.</div>
-<p>Quand on est vritablement amoureux, on prend
-l'esprit de la personne qu'on aime, on pense d'aprs
-elle, on sent par son c&oelig;ur, on voit par ses yeux, on
-renonce, pour ainsi dire, ce qu'on est soi-mme pour
-devenir ce qu'elle est et ne faire plus qu'un avec elle.
-Tel est le sens de cette maxime proverbiale dont
-M<sup>me</sup> de Motteville a fait l'application la reine pouse
-de Louis XIV, dans le passage suivant de ses <i>Mmoires</i>:
-Si elle tait chagrine, c'est parce que, selon ce que
-disent les philosophes, <i>l'amant se transforme en l'objet
-aim</i>, et que, voyant le roi triste, il tait impossible
-qu'elle ft gaie.</p>
-
-<p>M. Michelet a exhum des &oelig;uvres de Morin, auteur
-peu connu qu'il appelle un homme du moyen ge
-gar dans le dix-septime sicle, le vers charmant
-que voici:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.</div>
-</div>
-
-<p>Ce vers, que M. Michelet loue avec raison, n'est qu'une
-variante du proverbe suivant, beaucoup plus ancien.</p>
-
-
-<div class="p" id="p43">L'amant coute du c&oelig;ur les prires de sa belle.</div>
-<p>Ce proverbe, plein de dlicatesse dans la pense et
-dans l'expression, s'emploie pour signifier qu'un amant
-a une sorte d'intuition qui lui fait sentir, deviner les
-dsirs de sa matresse et qu'il ne pense qu' les prvenir.
-Il est traduit de ce texte roman:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">L'amoros au de cor los precs de sa domna.</i></div>
-</div>
-
-<p>Racine a dit heureusement dans son <i>Andromaque</i>, par
-une expression dans le genre de celle du proverbe,
-qui lui tait probablement inconnu:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu lui <i>parles du c&oelig;ur</i>, tu la cherches des yeux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Acte IV, sc. <small>V</small>.)</p>
-
-<p><i>couter du c&oelig;ur</i> offre la mme beaut potique que
-<i>parler du c&oelig;ur</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p44">La bourse d'un amant est lie avec des feuilles de poireau.</div>
-<p>C'est--dire qu'elle n'est pas lie, parce que les
-feuilles de poireau, qui se rompent aussitt qu'on veut
-les nouer, ne peuvent servir de lien.&mdash;Ce proverbe,
-qui tait usit chez les Grecs et chez les Latins, et qui
-est cit dans les <i>Symposiaques</i> de Plutarque (liv. I<sup>er</sup>,
-quest. 5), s'emploie pour marquer la prodigalit des
-amants. Cette prodigalit, dont on pourrait citer des
-milliers d'exemples remarquables, ne s'est jamais manifeste
-par un trait plus charmant que celui qui a inspir
- J. Delille les vers suivants de son pome de
-l'<i>Imagination</i>, chant IV:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que j'aime ce mortel qui, dans sa douce ivresse,</div>
-<div class="verse">Plein d'amour pour les lieux o jouit sa tendresse,</div>
-<div class="verse">De ses doigts que paraient des anneaux prcieux</div>
-<div class="verse">Dtache un diamant, le jette et dit: Je veux</div>
-<div class="verse">Qu'un autre aime aprs moi cet asile que j'aime,</div>
-<div class="verse">Et soit heureux aux lieux o je le fus moi-mme.</div>
-<div class="verse">C&oelig;ur noble et dlicat! dis-moi quel diamant</div>
-<div class="verse">gale un trait si pur et vaut ton sentiment?</div>
-</div>
-
-<p>C'est ainsi, dit-on, que le duc de Buckingham tmoigna
-l'ivresse de son bonheur l'endroit o la reine de
-France, Anne d'Autriche, venait de lui avouer qu'elle
-l'aimait. Ce trait fut reproduit, dans la suite, par milord
-Albemarle, le mme qui, voyant un soir M<sup>lle</sup> Gaucher,
-sa matresse, occupe regarder fixement une
-toile, s'cria: Ne la regardez pas tant, ma chre, je
-ne pourrais vous la donner.</p>
-
-<p>Le sentiment qui respire dans ce mot, o le c&oelig;ur
-s'est exprim avec tant d'esprit et de dlicatesse, se
-trouve sous une forme non moins nave qu'originale
-dans ces vers d'une ballade qui est insre parmi les
-ballades de Villon, mais qui n'est pas de Villon:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Or elle a tort, car haine ne rancune</div>
-<div class="verse">Onc n'eut de moi; tant lui fus gracieux</div>
-<div class="verse">Que s'elle eust dit: Baille-moi de la lune,</div>
-<div class="verse">J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux.</div>
-</div>
-
-<p>Un barde gallois nomm Moke, qui florissait au
-treizime sicle, dit dans une pice de vers o il loue
-l'excessive libralit de je ne sais plus quel prince:
-Si je souhaitais que mon prince me ft cadeau de la
-lune, il me la donnerait certainement.</p>
-
-<p>J'ignore si la phrase de Moke a t l'origine ou l'application
-de cette locution proverbiale par laquelle on
-caractrise un homme galant et magnifique qui ne refuse
-rien aux dsirs de la femme qu'il adore: <i id="p528">Il dcrocherait
-la lune pour elle.</i></p>
-
-<p>G&oelig;the fait dire Mphistophls parlant de Faust:
-Un pareil fou amoureux vous tirerait en feu d'artifice
-le soleil, la lune et les toiles, pour peu que cela pt
-divertir sa belle.</p>
-
-<p>Un proverbe roman dit: <i lang="oc" xml:lang="oc">Pauc ama qui non fai messis.</i>
-<a name="p23" id="p23"></a>Peu aime qui ne fait dpenses.</p>
-
-
-<div class="p" id="p45">Querelles d'amants, renouvellement d'amour.</div>
-<p>Traduction d'un proverbe des anciens encadr dans
-ce joli vers de l'<i>Andrienne</i> de Trence (act. III, sc. <small>VI</small>):</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amantium ir, amoris integratio est.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ovide a dit, dans son premier livre des <i>Amours</i>, que
-si les amants n'avaient point de dmls ils cesseraient
-bientt de s'aimer:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene, si tollas prlia, durat amor.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Eleg.</span> <small>IV</small>.)</p>
-
-<p>On connat le mot de Marivaux: En amour querelle
-vaut mieux qu'loge.</p>
-
-<p>Ainsi la colre est comme le sel de l'amour, elle le
-conserve. Ce n'est pas tout, l'effet conservateur
-qu'elle produit sur lui elle en joint un autre non moins
-prcieux: c'est le nouveau charme qu'elle lui communique
-par la douceur des raccommodements dont elle
-est suivie. D'aprs un proverbe latin traduit du grec,
-<a name="p189" id="p189"></a>l'amour aprs la colre est plus agrable, <i lang="la" xml:lang="la">amor fit
-ex ira jucundior</i>. Ce que Plutarque a expliqu de
-cette manire: De mme que le soleil est plus ardent
-au sortir des nuages, ainsi l'amour sorti de la colre et
-du soupon, lorsque la paix est faite et que les esprits
-sont apaiss, est plus agrable et plus vif.</p>
-
-<p>Il ne faut donc pas s'tonner que tant de femmes se
-plaisent exciter la colre de leurs maris ou de leurs
-amants, puisqu'elles ont un double intrt le faire.
-La chose d'ailleurs leur est conseille par un antique
-adage qui dit de pousser la colre la personne qui
-aime, si l'on tient son amour.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cogas amantem irasci, amari si velis.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(P. Syrus.)</p>
-
-<p>Voil le secret de la plupart des dpits amoureux
-chez les dames. Ils ne sont pas toujours de purs caprices,
-comme les sots le prtendent, mais le plus
-souvent des moyens calculs pour enflammer la passion
-qu'elles inspirent. Ils sont aussi des tmoignages
-de celle qu'elles prouvent, et, sous ce rapport, les
-hommes devraient leur en savoir gr.</p>
-
-
-<div class="p" id="p46">Les amants qui se disputent s'adorent.</div>
-<p>L'explication de ce proverbe se prsente d'elle-mme
-aprs ce qui a t dit dans l'article prcdent,
-et elle n'a pas besoin d'tre donne de nouveau. Mais
-il n'est pas inutile d'ajouter que ceux et celles qui prtendent
-faire de la dispute un aiguillon d'amour doivent
-avoir soin de ne pas la prolonger, car elle produirait
-un effet contraire. C'est une recommandation
-d'Ovide dans ses <i>Amours</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sed nunquam dederis spatiosum tempus in iram.</i></div>
-<div class="verse i3"><i lang="la" xml:lang="la">Spe simultates ira morata facit.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Lib. I, eleg. <small>VIII</small>.</span>)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Ne vous abandonnez pas trop longtemps la colre; une colre
-prolonge a souvent engendr la haine.</p>
-</blockquote>
-
-
-<div class="p" id="p47">Le mouvement des yeux est le langage des amants.</div>
-<p>Et nul autre ne saurait mieux leur convenir. Il leur
-offre l'avantage de converser au gr de leur c&oelig;ur, au
-milieu d'un monde indiscret, sans en tre entendus:
-il les dispense, en outre, des lenteurs obliges de la
-parole, qui ne pourrait exprimer que successivement
-les penses qu'ils sont presss de se communiquer, et
-il leur permet de les exposer d'une manire presque
-simultane en un tableau vivant: par quels discours
-rendrait-on aussi bien ce qu'on sent, quand on aime?
-On voudrait, dit Pascal, avoir cent langues pour le
-faire connatre; car, comme l'on ne peut pas se servir
-de la parole, l'on est oblig de se rduire l'loquence
-d'action&hellip; Un amour ferme et solide commence
-toujours par l'loquence d'action. Les yeux y
-ont la meilleure part. (<i>Discours sur les passions de l'amour</i>).</p>
-
-
-<div class="p" id="p48">C'est tous les jours la fte du regard pour les amants.</div>
-<p>On nommait autrefois fte du regard (<i lang="la" xml:lang="la">festum reguardi</i>),
-une entrevue publique qu'avaient un fianc
-et une fiance, en prsence de leurs parents et amis,
-ordinairement le dimanche qui prcdait la bndiction
-nuptiale. Carpentier en a parl dans son <i>Glossaire</i>,
-et a cit, en preuve du fait, des lettres de rmission
-de 1374, o se trouve cette phrase: <span lang="frm" xml:lang="frm">Comme le
-jour de Nostre-Dame le suppliant feut alez voir la <i>feste
-du regard</i> qui se faisoit en l'hostel du prevost des marchands
-(de Paris) d'une sienne fille, etc.</span> C'est sans
-doute de cette fte, nomme aussi le <i>beau dimanche</i>,
-qu'est venu le proverbe employ pour signifier que
-deux amants ont toujours les yeux fixs l'un sur l'autre,
-avec un plaisir dont rien ne saurait les distraire.</p>
-
-<p>Oh! que ne puis-je, s'crie Ptrarque, considrer,
-un jour entier du moins, ces yeux dont l'amour dirige
-les mouvements! Dans cette contemplation divine, je
-voudrais oublier autrui et moi-mme; je voudrais suspendre
-jusqu'au battement de ma paupire.</p>
-
-<p>Cette exclamation passionne rappelle un vers charmant
-du pome grec <i>Hro et Landre</i>: J'ai fatigu
-mes yeux la regarder; je n'ai pu me rassasier de la
-voir.</p>
-
-<p>Saadi, dans son style oriental, fait dire un amant
-ravi en extase tandis qu'il contemple sa matresse:
-Je verrais une flche partir devant moi et venir
-chercher mes yeux, que je ne pourrais les dtourner
-d'elle.</p>
-
-<p>Qu'on me pardonne de joindre ces citations les
-vers suivants que j'ai mis dans la bouche d'un amant
-parlant sa belle absente:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O de l'amour force et mystre!</div>
-<div class="verse i2">O sentiment imprieux!</div>
-<div class="verse i2">Je donnerais ma vie entire</div>
-<div class="verse i2">Pour ton aspect dlicieux.</div>
-<div class="verse">A tout autre intrt mon me est trangre;</div>
-<div class="verse">Eh! que m'importe, hlas! le jour qui vient des cieux</div>
-<div class="verse">Sans toi, le plus beau jour attriste ma paupire,</div>
-<div class="verse i2">Et je ne veux d'autre lumire</div>
-<div class="verse i2">Que celle qui part de tes yeux.</div>
-</div>
-
-<p>Les Anglais ont un proverbe qui dit qu'un aigle qui
-regarde fixement le soleil ne pourrait soutenir le regard
-d'un amant: <i lang="en" xml:lang="en">A lover's eyes will gaze an eagle blind.</i>
-Les yeux d'un amant peuvent regarder un aigle
-de faon l'aveugler.</p>
-
-
-<div class="p" id="p49">Il est un Dieu pour les amants.</div>
-<p>De mme que pour les fous, les enfants et les ivrognes,
-parce que les amants, non moins exposs que
-ces trois espces d'individus une foule d'accidents
-funestes, y chappent comme eux par un bonheur
-inespr qu'on prend pour l'effet d'une protection
-spciale du ciel. C'est de l'antiquit paenne qu'est
-venue cette ide proverbiale de l'intervention d'un
-dieu qui les prserve des dangers dont ils sont menacs.
-Elle se trouve exprime dans la vingt-neuvime
-lgie du second livre de Properce. Ce pote suppose
-qu'un amant est l'abri du pril sous la garde des immortels,
-que la douleur d'tre abandonn de l'objet
-de son amour peut seule lui donner la mort, et mme
-que si la douce prsence de sa matresse venait le
-rappeler la vie, ft-il dj descendu dans la barque
-infernale, l'immuable Destin ne l'empcherait pas de
-revoir la lumire.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p50"><span class="blk">Les grands, les vignes, les amants,<br />
-Trompent souvent dans leurs serments.</span></div>
-
-<p>Ces deux vers, que Rgnier a placs dans ses <i>Stances
-contre un amoureux transy</i>, tait un proverbe de son
-temps. Ce proverbe est trop clair pour qu'il soit besoin
-d'en expliquer le sens. Je remarquerai seulement
-que le mot <i>serments</i> appliqu aux rejetons du cep de
-vigne se disait autrefois pour <i>sarments</i>. En voici deux
-exemples curieux: L'anne que Charles VIII renvoya
-Marguerite d'Autriche pour pouser Anne de
-Bretagne fut si pluvieuse, que les raisins ne purent
-venir en maturit, de sorte que les vins furent extrmement
-verts et incommodes l'estomac, d'o il vint
-quantit de coliques. Il ne faut s'tonner, dit Marguerite,
-si les vins sont verts et malfaisants cette anne,
-puisque les <i>serments</i> n'ont rien valu. (<i>Mm.
-hist. sur Charles VIII.</i>)</p>
-
-<p><span lang="frm" xml:lang="frm">Par le vray Dieu, dict Pantagruel des procureurs,
-puisqu'ils guaignent tant aux grappes, le serment leur
-peut beaucoup valoir.</span> (Rabelais, liv. V, ch. <small>XVIII</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p317">Les belles ne sont pas pour les beaux.</div>
-<p>Les hommes les plus beaux ne sont pas les plus
-heureux en amour. Les mres et les maris les redoutent
-et les surveillent; les femmes tendres croient
-qu'ils s'aiment trop; les fires ne leur trouvent pas
-assez de soumission; celles qui craignent la mdisance
-les jugent dangereux pour leur rputation. Ils
-cotent trop cher celles qui payent, ils ne donnent
-rien celles qui se font payer. D'ailleurs ils n'ont point
-ces craintes obligeantes d'tre quitts qui flattent tant
-la vanit fminine; au contraire, ils menacent de quitter
-eux-mmes, et ils reoivent les faveurs comme des
-tributs mrits.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Fastus inest pulchris sequiturque superbia formam.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ovide, <i>Fast.</i> <small>I</small>, 419.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p318">Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions.</div>
-<p>La raison de cette observation proverbiale est trs-bien
-dveloppe dans ce passage de l'<i>Essai sur le
-Got</i>, par Montesquieu: Il y a quelquefois dans les
-personnes ou dans les choses un charme invisible, une
-grce naturelle qu'on n'a pu dfinir et qu'on a t
-forc d'appeler le <i>je ne sais quoi</i>; il me semble que
-c'est un effet naturellement fond sur la surprise. Nous
-sommes touchs de ce qu'une personne nous plat
-plus qu'elle ne nous a paru d'abord devoir nous
-plaire, et nous sommes agrablement surpris de ce
-qu'elle a su vaincre des dfauts que les yeux nous montrent
-et que le c&oelig;ur ne croit plus. Voil pourquoi les
-femmes laides ont trs-souvent des grces, et qu'il est
-rare que les belles en aient: car une belle personne
-fait ordinairement le contraire de ce que nous avions
-attendu; elle parvient nous paratre moins aimable;
-aprs nous avoir surpris en bien, elle nous surprend
-en mal; mais l'impression du bien est ancienne, et celle
-du mal est nouvelle. Aussi <i>les belles personnes font-elles
-rarement les grandes passions</i>, presque toujours rserves
- celles qui ont des grces, c'est--dire des agrments
-que nous n'attendions pas et que nous n'avions pas
-sujet d'attendre.</p>
-
-<p>Ajoutons cette rflexion de La Bruyre: Si une
-laide se fait aimer, ce ne peut tre qu'perdument,
-car il faut que ce soit par une trange faiblesse de son
-amant ou par de plus secrets et de plus invincibles
-charmes que ceux de la beaut.</p>
-
-
-<div class="p" id="p190">L'amour vient sans qu'on y pense.</div>
-<p>L'amour est de tous les sentiments le plus spontan,
-le plus indpendant de la rflexion et de la volont. Il
-se glisse si subtilement dans le c&oelig;ur et l'envahit si
-vite que l'on s'aperoit qu'on aime avant d'avoir dlibr
-si l'on doit aimer. Qu'est-ce donc qui produit cet
-envahissement aussi imprvu que soudain?&mdash;Ceux
-mmes qui l'ont prouv l'ignorent, ayant t toujours
-trop proccups d'en sentir l'effet pour qu'ils
-aient song en tudier la cause.</p>
-
-<p>Mais si l'on ne sait pas comment l'amour vient, on
-sait beaucoup mieux comment il s'en va. Il n'y a plus
-rien de mystrieux dans la cause ou plutt dans les
-causes de son dpart. Elles se montrent telles qu'elles
-sont, malgr les soins qu'on prend de les dissimuler.
-Seulement il n'est pas aussi facile de les numrer que
-de les reconnatre. Elles chappent au calcul et l'analyse
-par leur multiplicit.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p191"><span class="blk">Amour et mort<br />
-Rien n'est plus fort.</span></div>
-
-<p>Rien ne rsiste l'amour ni la mort.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Il n'est d'homme ici-bas</div>
-<div class="verse">Qui soit exempt d'amour non plus que de trpas.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Rgnier.)</p>
-
-<p>C'est la belle pense du <i>Cantique des cantiques</i>, o
-l'poux dit la Sulamite: Placez-moi comme un
-sceau sur votre c&oelig;ur, parce que <i>l'amour est fort comme
-la mort</i>. <i lang="la" xml:lang="la">Pone me ut signaculum super cor tuum, quia
-fortis est ut mors dilectio</i> (<small>VIII</small>, 6).</p>
-
-
-<div class="p" id="p192">L'amour fait perdre le repos et le repas.</div>
-<p>Ce proverbe est le 23<sup>e</sup> article du <i>Code d'amour</i> dj
-cit, <a href="#code-damour">page 196</a>. Voici cet article: <i lang="la" xml:lang="la">Minus dormit et edit
-quem amoris cogitatio vexat.</i> Celui que la pense d'amour
-tourmente dort moins et mange moins.</p>
-
-<p>Le souci ronge ceux qui aiment, comme l'observe
-Ovide dans ce joli vers de son hrode de Pnlope
-Ulysse:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Res est solliciti plena timoris amor.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>L'amour est toujours plein d'un inquiet effroi.</p>
-</blockquote>
-
-<p>On ne vit point sans douleur dans l'amour. <i lang="la" xml:lang="la">Sine
-dolore non vivitur in amore.</i> Paroles de l'<i>Imitation de
-Jsus-Christ</i> (<small>III</small>, 5, 7), qu'on a dtournes de l'amour
-de Dieu l'amour profane.</p>
-
-<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">Chi ha l'amor nel petto
-ha sprone nei franchi.</i> <a name="p193" id="p193"></a>Qui a l'amour au c&oelig;ur a l'peron
-aux flancs.</p>
-
-<p>M<sup>lle</sup> de Lespinasse disait: Il n'y a point d'esclaves
-plus tourments que ceux de l'amour.</p>
-
-<p>Amour et repos peuvent-ils habiter un mme
-c&oelig;ur? La pauvre jeunesse est si malheureuse aujourd'hui
-qu'elle n'a plus que ce terrible choix: amour
-sans repos, ou repos sans amour. (<i>Le Barbier de Sville</i>,
-act. II, sc. <small>II</small>.).</p>
-
-
-<div class="p" id="p194">L'amour le plus parfait est le plus malheureux.</div>
-<p>Il faut ncessairement qu'il en soit ainsi, puisque
-l'amour tire sa perfection des contrarits, des privations
-et des sacrifices qui lui servent d'preuves. Presque
-tous les romans semblent faits pour confirmer la
-vrit de ce proverbe. On n'y voit que des amants
-poursuivis par une fatale destine et dont la constance
-s'affermit sous les coups du malheur, et l'on peut dire
-que les plus vives inquitudes font le meilleur sublim
-de l'amour.</p>
-
-<p>Le recueil de Philippe Garnier, imprim Francfort
-en 1612, donne cette variante: <i id="p293">Les plus parfaites amours
-sont celles qui russissent le moins.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p195">En amour les apprentis en savent autant que les matres.</div>
-<p>Ils n'ont pas besoin pour cela de plus de leons que
-les animaux. La nature y a si bien dispos les moins
-expriments et leur a marqu le but et la voie d'une
-manire si prcise qu'ils n'ont pas craindre de se
-fourvoyer, et leurs coups d'essai sont toujours des
-coups de matre.</p>
-
-<p>Une conclusion tirer de ce proverbe, c'est qu'il n'y
-a pas proprement d'art d'aimer. Mais il y a un art de
-plaire et de se faire aimer, et, dans ce cas, les leons ne
-sont pas inutiles comme dans l'autre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p196">L'amour nat la premire vue.</div>
-<p>Les Latins disaient, d'aprs les Grecs: <i lang="la" xml:lang="la">Ex aspectu
-nascitur amor.</i> <a name="p197" id="p197"></a>L'amour nat du regard. Ces peuples,
-qui plus que nous avaient une foi aveugle l'influence
-mystrieuse des manations, ne doutaient pas
-que les personnes mme les plus indiffrentes ne fussent
-susceptibles de recevoir par les yeux des impressions
-capables de dterminer subitement la passion la
-plus vive. On ne saurait bien expliquer comment un
-regard peut produire des effets moraux si rapides, si
-imprvus, si irrsistibles; mais il semble qu'il y ait au
-fond du c&oelig;ur je ne sais quelle ide inne de l'objet
-qu'on doit aimer, et que le premier coup d'&oelig;il qu'on
-lui donne soit comme un rayon de lumire qui le fait
-reconnatre, et comme un courant magntique qui entrane
-vers lui par d'indfinissables affinits.</p>
-
-<p>Virgile a peint d'une manire admirable cette commotion
-lectrique qui enlve une personne elle-mme,
-et la livre corps et me l'objet offert ses yeux
-fascins:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(clog. <small>VIII</small>.)</p>
-
-<p>Et Virgile a t imit par Racine d'une manire non
-moins admirable dans ces vers de la tragdie de
-<i>Phdre</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je le vis, je rougis, je plis sa vue,</div>
-<div class="verse">Un trouble s'leva dans mon me perdue.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Acte I, sc. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>C'est ce qu'on appelle le <i>coup de foudre en amour</i>,
-dont l'article suivant donnera l'explication.</p>
-
-
-<div class="p" id="p198">Le coup de foudre en amour.</div>
-<p>Le coup soudain dont on se sent frapp la premire
-vue d'une personne, ou bien le sentiment passionn
-qui s'empare la fois de deux personnes par l'effet
-d'un regard o se rvle spontanment la mutuelle ardeur
-de leur c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Les romanciers du dix-septime sicle ont souvent
-employ cette expression pour caractriser le rapide
-mouvement de sympathie qui subjugue les hros et les
-hrones de leurs romans, et qui dcide de la destine
-des uns et des autres.</p>
-
-<p>Le verbe <i>foudroyer</i> est fort usit aujourd'hui dans la
-mme acception.</p>
-
-
-<div class="p" id="p199">L'amour est une fivre au rebours.</div>
-<p>La fivre et l'amour sont deux maladies qui produisent
-les mmes effets en sens inverse. La fivre a d'abord
-des accs frileux que suivent des accs brlants;
-l'amour, au contraire, commence par tre tout de feu
-et finit par tre tout de glace.</p>
-
-
-<div class="p" id="p200">Il faut tre fou en amour.</div>
-<p>Les belles jugent l'amour incompatible avec la raison;
-elles ne se croient vritablement aimes que de
-ceux qui font des folies pour leur plaire. Les folies
-sont, leur gr, les preuves les plus incontestables de
-la passion qu'elles inspirent, et il n'est pas besoin de
-dire que ce ne sont pas les plus courtes qu'elles trouvent
-les meilleures.</p>
-
-
-<div class="p" id="p201">Louange engendre amour.</div>
-<p>Proverbe littralement traduit du roman, <i lang="oc" xml:lang="oc">lauzor
-engenr' amor</i>, dont le troubadour Amanieu des Escas
-s'est servi, et dont Colardeau a donn une variante
-dans ce joli vers:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On flatte l'amour-propre, on fait natre l'amour.</div>
-</div>
-
-<p>J'ai entendu employer dans le Midi, pour exprimer
-la mme ide, cette comparaison proverbiale: <i id="p508">Les
-femmes se laissent prendre la louange comme les alouettes
-au miroir.</i></p>
-
-<p>Il ne s'agit peut-tre, pour s'emparer de ces tres
-si subtils, si souples et si pntrants, que de savoir
-manier la louange et chatouiller l'amour-propre. La
-flatterie est le joug qui courbe si bas ces ttes ardentes
-et lgres. Malheur l'homme qui veut porter
-la franchise dans l'amour! (G. Sand, <i>Indiana</i>, ch. <small>VII</small>.)</p>
-
-<p>Je ne sais qui a dit que les femmes aiment moins les
-hommes pour le mrite qu'ils ont que pour le mrite
-qu'ils trouvent en elles.</p>
-
-
-<div class="p" id="p202">L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas gurir.</div>
-<p>Parce que, dit la reine de Navarre, cette maladie
-donne tel contentement, que la gurison est la mort.
-(<i>Heptamr.</i>, nouvelle <small>XXIV</small>.)</p>
-
-<p>Ce proverbe se retrouve dans ces vers de Properce:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Omnes humanos sanat medicina dolores,</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Solus amor morbi non amat artificem.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(II, <span lang="la" xml:lang="la">Eleg.</span> <small>I</small>.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>La mdecine gurit toutes les douleurs humaines; l'amour seul
-ne veut pas de gurisseur.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Le c&oelig;ur de l'homme tant fait pour sentir, et ne
-trouvant sa vritable vie que dans l'exercice de la sensibilit,
-doit ncessairement prfrer une agitation,
-mme douloureuse, un repos apathique, surtout
-quand cette agitation est produite en lui par l'amour,
-c'est--dire par la passion la plus conforme sa nature.
-Il n'y a donc rien d'tonnant qu'il veuille rester
-attach aux tourments que cette passion lui cause,
-et qu'il les regrette ds qu'il en est affranchi. On connat
-le mot de cette femme dont l'me tait tombe
-de la fivre des motions dans le marasme des langueurs:
-Oh! le bon temps o j'tais malheureuse!
-Ce mot si vrai est celui de tout amant qui est dans la
-mme situation. La tranquillit retrouve lui est importune;
-il soupire aprs les peines dont elle le prive;
-il regarde ces peines comme ses plus doux plaisirs.</p>
-
-<p>C'est ce sentiment qui inspirait tienne de la Botie
-les vers suivants, qui terminent son vingt-septime
-sonnet:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vive le mal, dieux, qui me dvore!</div>
-<div class="verse">Vive jamais mon tourment rigoureux!</div>
-<div class="verse">O bienheureux, et bienheureux encore</div>
-<div class="verse">Qui sans relche est toujours malheureux!</div>
-</div>
-
-<p>On connat ce vers charmant de M<sup>me</sup> Dufresnoy:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un amour malheureux est encore un bonheur.</div>
-</div>
-
-<p>Le quatrain suivant exprime la mme ide qu'on a
-cherch rendre plus gracieuse et plus touchante par
-la situation:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les peines de l'amour ont d'ineffables charmes:</div>
-<div class="verse">Deux amants, qui pleuraient l'ombre d'un tilleul,</div>
-<div class="verse">Se disaient, en mlant des baisers leurs larmes:</div>
-<div class="verse"><i>Souffrir deux est plus doux que d'tre heureux tout seul.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p203">Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Bels plors d'amor mais valon que sos ris.</div>
-</div>
-
-<p>Proverbe formul probablement par le troubadour
-Bernard de Ventadour, qui l'a plac dans une de ses
-pices, immdiatement aprs cette rflexion passe
-aussi en proverbe: <i id="p24">Peu aime qui n'est pas sujet la tristesse.</i>
-Il y a en effet dans les tristesses de l'amour je
-ne sais quelle douceur secrte dont on a dit que les
-anges seraient jaloux.</p>
-
-<p>Ce charmant proverbe a t reproduit ou imit dans
-beaucoup de langues, par une foule de potes rotiques;
-les deux meilleures imitations que j'en connaisse
-sont ce vers cit sur l'amour par Saint-vremont:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">et ceux-ci de la chanson dlicieuse de La Fontaine, qui
-est chante Psych pour l'engager aimer:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sans cet amour, tant d'objets ravissants,</div>
-<div class="verse">Lambris dors, bois, jardins et fontaines,</div>
-<div class="verse">N'ont point d'appas qui ne soient languissants,</div>
-<div class="verse">Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p204">L'amour est la clef du mrite et un tang de prouesses.</div>
-<p>tang est ici employ au figur pour quantit considrable,
-nombre infini, dans le mme sens que les Latins
-disaient <i lang="la" xml:lang="la">pelagus bonorum</i>, une mer de biens, une
-mer d'abondance. Ce proverbe est traduit de ces deux
-vers du troubadour Arnaud Daniel.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Amor es de pretz la claus</i></div>
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Et de proeza us estanck.</i></div>
-</div>
-
-<p>Pour bien le comprendre, il faut savoir que les troubadours
-avaient donn au mot <i>amour</i> une signification
-beaucoup plus tendue que celle que nous lui donnons.
-Ils le regardaient comme le principe et la source de
-tout mrite intellectuel et moral. L'amour, disait
-Rambeaud de Vaqueiras, est le mieux de tout bien;
-il amliore les meilleurs et peut donner de la valeur
-aux plus mauvais; d'un lche il peut faire un brave,
-d'un guerrier un homme gracieux et courtois. Le
-roman de <i>Jauffre</i> et <i>Brunissende</i> disait peu prs de
-mme: Par l'amour tout homme devient meilleur et
-plus brave, plus libral et plus joyeux, plus ennemi
-de toute bassesse.</p>
-
-<p>Le gnie potique, ou l'<i>art de trouver</i>, tait considr
-comme le rsultat et l'expression de l'amour rig
-en vertu suprme, et ses divers degrs correspondaient
- ceux de cette vertu. De l l'espce de synonymie
-tablie par la langue romane entre <i>amour</i> et <i>posie</i>, synonymie
-adopte par Ptrarque dans ces vers o il
-appelle le troubadour Arnaud Daniel <i>grand matre d'amour</i>,
-pour dire <i>grand matre de posie</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Gran maestro d'amor ch'alla sua terra</div>
-<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Ancor fa onor <i>col dir</i> polito e bello.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i lang="it" xml:lang="it">Trionfo d'amore</i>, <small>IV</small>.)</p>
-
-<p>J'ai emprunt cette citation au savant auteur de la
-<i>Symbolique du droit</i>, M. Chassan, qui ajoute: Ainsi le
-recueil compos Toulouse au quatorzime sicle, et
-qui renferme une grammaire, une potique et une
-rhtorique, est intitul <i lang="oc" xml:lang="oc">Leys d'amor</i>, littralement <i>Lois
-d'amour</i>, quoiqu'il ne ft pas l'usage des cours d'amour.
-Les rglements de la Socit des troubadours
-Toulouse portent aussi le nom de <i lang="oc" xml:lang="oc">Leys d'amor</i>. Cette acception
-du mot <i>amour</i> pour signifier <i>posie</i> est bien en
-rapport avec la nature et l'essence de la posie romane.</p>
-
-
-<div class="p" id="p205">L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'pi sans grain.</div>
-<p>Ce proverbe, qu'on trouve dans le troubadour Pierre
-d'Auvergne, qui parat l'avoir formul, est encore driv
-de l'ide exprime dans le prcdent, o l'amour
-est considr comme le principe des vertus intellectuelles
-et morales, ainsi que des vertus guerrires; en
-un mot, comme la source de tout bien.</p>
-
-
-<div class="p" id="p206">L'amour excite aux grandes prouesses.</div>
-<p>C'est encore un proverbe roman qui se trouve dans
-plusieurs ouvrages des troubadours, notamment dans
-le roman de <i>Flamenca</i>. On dit dans le mme sens: <i id="p207">L'amour
-fait les hros</i>, variante que J.-J. Rousseau a rapporte
-et explique dans sa <i>Nouvelle Hlose</i>: L'amour
-vritable est un feu dvorant qui porte son ardeur dans
-les autres sentiments et les anime d'une vigueur nouvelle.
-C'est pour cela qu'on a dit que l'amour faisait
-les hros.</p>
-
-<p>Platon affirmait que, si l'on composait une arme de
-jeunes amoureux, il n'y aurait point d'actes hroques
-dont ils ne fussent capables pour plaire leurs matresses.
-On sait que le seigneur de Fleuranges s'criait
-en montant l'assaut sous le feu de l'ennemi: Ah!
-si ma dame me voyait! Trait que Lebrun a rappel
-dans une de ses odes, o il a voulu dmontrer par des
-exemples que l'amour est le plus puissant mobile de
-la valeur et du gnie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D'un assaut bravant la furie,</div>
-<div class="verse">J'entends Fleuranges qui s'crie:</div>
-<div class="verse">Ah! si ma dame me voyait!</div>
-<div class="verse">Il vole, il frappe, tout succombe;</div>
-<div class="verse">De toutes parts l'ennemi tombe:</div>
-<div class="verse">Un jeune amant le foudroyait.</div>
-</div>
-
-<p>Cet amour hroque, c'est l'amour lev sa plus
-haute puissance, l'amour sublim, dit M. V. Hugo;
-Scudri l'assimile ingnieusement au feu d'Hercule,
-qui en le consumant, le fit dieu.</p>
-
-
-<div class="p" id="p208">L'amour est le revenu de la beaut.</div>
-<p>Revenu trs-passager, car si la beaut a le don de
-produire l'amour, elle n'a pas celui de le conserver
-longtemps. Elle a besoin, pour maintenir les avantages
-qu'elle possde, d'y joindre les charmes du c&oelig;ur et
-de l'esprit. C'est ce qu'expriment trs-bien ces vers de
-M<sup>me</sup> Verdier:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Pour inspirer un feu constant,</div>
-<div class="verse i2">Il ne suffit pas d'tre belle:</div>
-<div class="verse i2">C'est la beaut qu'on se rend,</div>
-<div class="verse i2">Mais c'est au c&oelig;ur qu'on est fidle.</div>
-<div class="verse i2">C'est l'accord intressant</div>
-<div class="verse">D'un esprit doux et sage et d'une me sensible,</div>
-<div class="verse">Que se trouve attach le secret infaillible</div>
-<div class="verse">De fixer un poux et d'en faire un amant.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p209">Courtoisie fait amour durer.</div>
-<p>Les tendres procds, les complaisances dlicates,
-les petits soins affectueux entretiennent et font durer
-l'amour. Le mot <i>courtoisie</i> a gard ici le sens plus
-tendu qu'il avait jadis, il se rapportait non-seulement
- la politesse des manires, mais celle de l'esprit et
-du c&oelig;ur; il exprimait la runion des principales qualits
-des preux, telles que la galanterie, la loyaut, la
-constance, le dvouement, etc. C'tait en tout l'oppos
-des m&oelig;urs des vilains.</p>
-
-<p>Un amour ainsi nourri de la fine fleur des sentiments
-chevaleresques, runit plus que tout autre d'excellentes
-conditions de dure et de bonheur, et pourtant
-nous ne voyons pas qu'il s'tablisse demeure fixe
-dans les tendres c&oelig;urs. Il est tout diffrent aujourd'hui
-de ce qu'il fut au sicle des Amadis, et ce n'est
-plus que dans le domaine de l'imagination qu'on peut
-le retrouver sous la forme sduisante qu'il eut en ce
-bon vieux temps. Parviendra-t-on, force de courtoisie,
- le rappeler dans la vie relle? La chose, hlas!
-parat impossible, mais il y a tant de douceur l'esprer
-qu'il est bon de le tenter quand mme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p210">En amour mieux vaut esprer que tenir.</div>
-<p>Parce que, dit un autre proverbe plus ancien, <i>jouir
-d'amours et tost finir ne vaut bon espoir durer toujours</i>.
-En effet, l'amour s'use et finit vite par la possession,
-tandis qu'il se renouvelle et se prolonge par l'espoir.
-Les sensations physiques ne donnent qu'un plaisir fugitif;
-les sensations morales laissent aprs elles un
-charme durable, et l'esprit se fait une jouissance exquise
-de ce qui est drob aux sens. Jamais, dit Pascal,
-il n'exista de femme qui ait connu tant de douceur
-dans l'amour satisfait qu'il y en a dans les dsirs et dans
-les sollicitudes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p211">L'amour ne peut rien refuser l'amour.</div>
-<p>C'est ce que dit textuellement le 26<sup>e</sup> article du <i>Code
-d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amor nihil potest amori denegare.</i> Il vaudrait
-mieux que l'amour pt refuser quelque chose
-l'amour, car il durerait plus longtemps. Ce sont les
-privations mitiges par l'esprance qui le font vivre; il
-meurt ds qu'il n'a plus rien dsirer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p212">L'amour galise toutes les conditions.</div>
-<p>L'amour ne peut souffrir ni barrires ni distinctions
-entre les amants, dont il se plat confondre les existences.
-Il veut qu'ils mconnaissent toutes les prrogatives
-du rang et de la fortune pour vivre sous le
-rgime bienfaisant de l'galit, et chacun d'eux obit
- cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve
-sanctionne par son propre c&oelig;ur. Son v&oelig;u le plus
-cher, a dit M. Michelet dans son livre intitul <i>le Peuple</i>,
-c'est de se faire un gal; sa crainte, c'est de rester
-suprieur, de garder un avantage que l'autre n'a
-pas.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene conveniunt nec in una sede morantur</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Majestas et amor.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ovide, <i>Mtam.</i> II, fab. <small>XIX</small>.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>La majest et l'amour ne s'accordent point et ne demeurent
-point ensemble.</p>
-</blockquote>
-
-
-<div class="p" id="p213">L'amour rapproche les distances.</div>
-<p>L'amour fait disparatre les ingalits sociales entre
-les personnes qu'il unit: <i id="p532">princes et pastourelles, princesses
-et pastoureaux, vont de pair en se donnant la main</i>. C'est
-l'ide du proverbe prcdent sous d'autres termes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p214">L'amour et la crainte ne mangent pas la mme cuelle.</div>
-<p>L'amour et la crainte sont deux sentiments incompatibles,
-et, quand une personne inspire l'un, elle ne
-saurait inspirer l'autre. Il faut remarquer dans ce proverbe
-l'expression <i>manger la mme cuelle</i>, qui rappelle
-un usage introduit au temps de la chevalerie, o
-la galanterie avait imagin de placer table les convives
-par couple, homme et femme. La politesse et
-l'habilet des matresses de maison consistaient alors,
-dit le Grand d'Aussy, savoir bien assortir les couples
-qui n'avaient qu'une assiette commune, ce qui s'appelait
-<i>manger la mme cuelle</i>.&mdash;L'expression, dtourne
-du sens propre au figur, s'employa pour marquer
-une liaison amoureuse. Elle servit aussi
-caractriser l'intimit des relations amicales. Une des
-plus grandes preuves de confiance qu'un roi pt autrefois
-donner un de ses ministres consistait manger
-avec lui <i> la mme cuelle</i>. L'auteur du <i>Roman de
-Rou</i> exprime la haute faveur dont Godwin jouissait auprs
-du monarque anglo-saxon par ces deux vers:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Salu l'aveit et baisi</div>
-<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">En s'escuelle aveit mengi.</div>
-</div>
-
-<p>Il en tait de mme d'un suzerain ou d'un suprieur
-envers un vassal ou un infrieur.</p>
-
-<p>On lit dans le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i>, partie IV, lettre du Cid
-au roi Alphonse: Celui qui est craint est rarement
-aim du c&oelig;ur; <i>la crainte et l'amour ne mangent pas au
-mme plat</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">Non el temor y amores comen en un plato, non.</i></div>
-</div>
-
-
-
-<div class="p" id="p215"><span class="blk">Amour et seigneurie<br />
-Ne souffrent compagnie.</span></div>
-
-<p>Proverbe pris de ce vers du livre III de l'<i>Art d'aimer</i>
-d'Ovide:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene cum sociis regna Venusque manent.</i></div>
-</div>
-
-<p class="noindent">vers dont M. J. Janin, dans sa charmante tude sur le
-pote latin, a donn cette traduction:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et le trne et l'amour ne se partagent pas.</div>
-</div>
-
-<p>L'amour, dit Pascal est un tyran qui ne souffre
-point de compagnon; il veut rgner seul; il faut que
-toutes les passions ploient et lui obissent. (<i>Discours
-sur les passions de l'amour</i>). Il en est de mme
-du pouvoir souverain, il exclut tout partage et toute
-rivalit.</p>
-
-<p>On dit, dans un sens analogue: <i id="p216">L'amour et l'ambition
-ne souffrent point de compagnon.</i></p>
-
-<p>Ce proverbe est fort ancien dans notre langue, puisqu'il
-se trouve dans ces vers du <i>Roman de la Rose</i>, continu
-par Jehan de Meung.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Oncques amours et seigneurie</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Ne s'entrefirent compagnie,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Ne ne demourrent ensemble,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Cil qui matrise les dessemble (disjoint).</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p217">Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour.</div>
-<p>Parce que, dans l'un et l'autre cas, on court risque
-d'tre brl. Ovide remarque, dans le premier livre de
-l'<i>Art d'aimer</i>, qu'on a vu souvent des personnes qui
-d'abord faisaient semblant d'aimer, finir par aimer srieusement,
-et passer de la feinte la ralit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Spe tamen vero c&oelig;pit simulator amare,</i></div>
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Spe, quod incipiens finxerat esse jocus.</i></div>
-</div>
-
-<p>C'est la peine que l'amour impose ordinairement
-ses contrefacteurs.</p>
-
-<p>L'on ne peut presque faire semblant d'aimer, dit
-Pascal, que l'on ne soit bien prs d'tre amant, ou du
-moins que l'on n'aime en quelque endroit; car il faut
-avoir l'esprit et les penses de l'amour pour ce semblant,
-et le moyen de bien parler sans cela? La vrit
-des passions ne se dguise pas si aisment que les
-vrits srieuses. (<i>Disc. sur les pass. de l'amour.</i>)</p>
-
-<p>Pascal dit encore, dans le mme ouvrage: A force
-de parler d'amour, on devient amoureux. Il n'y a
-rien de si ais. C'est la passion la plus naturelle
-l'homme.</p>
-
-<p>Corneille a une chanson qui exprime l'ide de Pascal
-et d'Ovide. En voici le premier couplet:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Toi qui, prs d'un beau visage,</div>
-<div class="verse">Ne veux que feindre l'amour,</div>
-<div class="verse">Tu pourrais bien quelque jour</div>
-<div class="verse">prouver ton dommage</div>
-<div class="verse">Que souvent la fiction</div>
-<div class="verse">Se change en affection.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p218">Il n'y a point d'amour sans jalousie.</div>
-<p>Saint Augustin a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Qui non zelat non amat.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Adv.
-Adamant.</i>, <small>XIII</small>). <a name="p22" id="p22"></a>Qui n'est point jaloux n'aime point.&mdash;Le 21<sup>e</sup>
-article du <i>Code d'amour porte</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Ex vera zelotypia
-affectus semper crescit amandi.</i> <a name="p219" id="p219"></a>La vraie jalousie
-fait toujours crotre l'amour.</p>
-
-<p>Un jeu parti de je ne sais plus quel trouvre roule
-sur la question de jurisprudence amoureuse: Lequel
-aime mieux, ou l'amant qui est jaloux ou celui qui ne
-l'est point? Molire, dans <i>les Fcheux</i>, a consacr la
-quatrime scne du second acte de cette comdie
-cette controverse sentimentale, qui est termine par ce
-vers, digne de Molire:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux.</div>
-</div>
-
-<p>On dit aussi: <i id="p220">La jalousie est la s&oelig;ur de l'amour</i>, proverbe
-qui a suggr au chevalier de Boufflers ce joli
-quatrain:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'amour, par ses douceurs et ses tourments tranges,</div>
-<div class="verse">Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour tour:</div>
-<div class="verse i1"><i>La jalousie est la s&oelig;ur de l'amour</i>,</div>
-<div class="verse i1">Comme le diable est le frre des anges.</div>
-</div>
-
-<p>Il ne s'agit pas ici, on le sent bien, de cette jalousie,
-<i lang="la" xml:lang="la">vera zelotypia</i>, qui est chez celui qui aime une dfiance de
-lui-mme, mais de cette jalousie grossire qui est une
-dfiance de l'objet aim. Cette dernire a encore donn
-lieu la comparaison proverbiale: <i id="p221">La jalousie nat de
-l'amour comme la cendre du feu, pour l'touffer.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p222">Il n'y a pas d'amour sans esprance.</div>
-<p>Proverbe tir de l'article 9 du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amare
-nemo potest nisi qui amoris suasione compellitur.</i> Personne
-ne peut aimer s'il n'y est engag par la persuasion
-d'amour. Il y a des gens qui prtendent que
-cette <i>persuasion d'amour</i>, ou esprance d'tre aim,
-n'est pas une condition indispensable de l'existence de
-l'amour, et ils se fondent sur l'observation faite par Boccace,
-matre expert en cette matire, qu'il arrive assez
-souvent qu'on voit l'amour plus fort mesure que l'esprance
-devient plus faible: <i lang="it" xml:lang="it">Noi veggiamo sovente avvenire,
-quanto la speranza diventa minore, tanto l'amore
-maggior farsi.</i> Mais cela n'est pas une preuve en faveur
-de leur opinion. S'il est vrai que l'amour augmente
-mesure que l'esprance diminue, il n'est pas vrai qu'il
-puisse se maintenir lorsqu'elle a cess d'tre. L'amour
-ressemble au flambeau qui jette une lueur plus vive au
-moment o la nourriture commence lui manquer,
-et qui s'teint aussitt qu'elle est puise. L'esprance
-est l'aliment de l'amour. Tant qu'il lui en reste un peu,
-il subsiste, il se montre mme plus vivace par l'ardeur
-qu'il met se conserver. Ds qu'il ne lui en reste plus,
-il faut qu'il expire, et s'il nous parat survivre comme
-se pouvant nourrir de lui-mme, c'est que nous ne
-voyons pas qu'il espre encore, quand il n'y a plus de
-raison d'esprer.</p>
-
-<p>Walter Scott a trs-bien dvelopp l'ide de ce proverbe
-dans un passage de son roman de <i>Waverley</i>,
-tom. III, ch. <small>XXI</small>. La question y est pose en ces termes:
-Peut-on aimer longtemps sans avoir l'espoir
-d'tre aim? Une dame rpond l'auteur de la question:
-Avez-vous le projet de nous dpouiller de
-notre plus beau privilge? Voudriez-vous nous persuader
-que l'amour ne peut exister sans l'esprance, et
-qu'un amant peut tre infidle si celle qu'il aime lui
-montre trop de rigueur? Je ne m'attendais pas qu'un
-pareil blasphme sortt de votre bouche.&mdash;Je conviens,
-madame, qu'il n'est pas impossible qu'un amant
-persvre dans son affection en dpit des circonstances
-qui devraient le dcourager, qu'il peut braver
-les dangers, supporter la froideur&hellip; mais une indiffrence
-constante et soutenue est un poison mortel pour
-l'amour. Quelque puissante que soit l'attraction de vos
-charmes, croyez-moi, ne faites jamais cette exprience
-sur le c&oelig;ur d'une personne qui vous serait chre. Je
-vous le rpte, l'amour peut se nourrir de la plus
-faible esprance; mais, s'il la perd, il s'teint bientt.&mdash;Il
-doit avoir, dit Evan, le mme sort que la
-jument de Duncan Magendie. Son matre voulut l'accoutumer
-par degrs se passer de toute nourriture;
-il ne lui donnait qu'une petite poigne de paille par
-jour, et le pauvre animal mourut d'inanition.</p>
-
-
-<div class="p" id="p223">Plus l'amour vient tard, plus il ard.</div>
-<p>C'est--dire plus il est ardent. <i>Ard</i> est la troisime
-personne du prsent de l'indicatif du vieux verbe <i>arder</i>
-ou <i>ardre</i>, qui signifie brler. Ce proverbe est pris
-du vers suivant d'Ovide dans l'hrode de <i>Phdre
-Hippolyte</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Venit amor gravius quo serius, urimur intus, etc.</i></div>
-</div>
-
-<p>Veut-il dire, comme quelques-uns l'ont pens, que
-l'amour qui se dveloppe lentement acquiert plus
-d'intensit que celui qui nat la premire vue, ou
-bien que l'amour se fait sentir avec plus de violence
-dans un ge avanc que dans la jeunesse? Je trouve
-prfrable la dernire explication, laquelle on est
-amen naturellement par l'analogie de cet autre proverbe:
-<i>Le bois sec brle mieux que le bois vert</i>, ainsi que
-de ce mot proverbial attribu au comte de Bussy-Rabutin:
-<i id="p224">L'amour est comme la petite vrole, qui fait d'autant
-plus de mal qu'elle vient plus tard.</i> D'ailleurs est-il
-vrai que l'amour qui se dveloppe lentement devienne
-plus fort? Je ne le crois pas, et je partage le sentiment
-exprim dans cette pense de La Bruyre: L'amour
-qui nat subitement est le plus long gurir. Le mme
-auteur dit encore: L'amour qui crot peu peu et
-par degrs ressemble trop l'amiti pour tre une
-passion violente.</p>
-
-
-<div class="p" id="p225">Rien ne se rallume si vite que l'amour.</div>
-<p>C'est ce qu'a dit Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Nihil facilius quam amor
-recrudescit</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Epist.</span> 69). Le comte de Bussy-Rabutin crivait
- M<sup>me</sup> de Svign, propos des recrudescences
-si promptes de l'amour, un mot charmant qu'elle
-louait en lui rpondant ainsi: Ce que vous dites que
-<i>l'amour est un recommenceur</i> est tellement joli et tellement
-vrai, que je suis tonne que, l'ayant pens mille
-fois, je n'aie pas eu l'esprit de le dire. (Lettre du
-4 juillet 1656.)</p>
-
-<p>Nous avons encore ce vieux proverbe rim, qui exprime
-la mme ide:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p294">Vieilles amours et vieux tisons</div>
-<div class="verse">S'allument en toutes saisons.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p226">En amour un bless gurit l'autre.</div>
-<p>L'amour compense le mal qu'il fait en blessant deux
-c&oelig;urs: il met dans la plaie de l'un le baume de celle
-de l'autre. Pourquoi donc les amants se plaignent-ils
-tant de ses rigueurs? Ne feraient-ils pas mieux de s'entendre
-pour les adoucir, en usant du remde qu'il leur
-a donn? C'est ce que pense l'auteur du roman de <i>Flamenca</i>.
-Ce troubadour, aprs quelques remarques sur
-les effets de l'amour, conclut que ce qu'il y a de meilleur
-pour les c&oelig;urs en peine, c'est leur mutuelle assistance;
-car, dit-il, l'<i lang="oc" xml:lang="oc">Us nafratz pot guerir l'autre.</i> Un bless
-peut gurir l'autre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p227">L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et gurit.</div>
-<p>Comparaison proverbiale qui exprime la mme ide
-que ce vers de P. Syrus:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amoris vulnus sanat idem qui facit.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>En amour, qui fait la blessure la gurit.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Les mythologues et les potes racontent que Tlphe,
-ayant t bless par Achille, ne put tre guri de sa
-plaie que par un empltre compos de la rouille du
-fer dont il avait t bless.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mysus et monia juvenis qua cuspide vulnus</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Senserat, hac ipsa cuspide sensit opem.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Prospert., lib. II, eleg. <small>I</small>.</span>)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Le jeune roi de Mysie trouva la gurison de sa blessure dans
-la lance mme d'Achille, dont il avait t bless.</p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vulnus in Herculeo qu quondam fecerat hoste,</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Vulneris auxilium Pelias hasta tulit.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ovide, <i lang="la" xml:lang="la">Remed. amor.</i>, <small>I</small>, 47.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>La lance d'Achille cicatrisa la blessure qu'elle-mme avait faite
-au fils d'Hercule.</p>
-</blockquote>
-
-<p>De l cette comparaison de l'amour avec la lance
-d'Achille, comparaison heureuse que Bernard de Ventadour
-a, le premier, employe dans une pice de vers
-o il parle d'un baiser qu'il a reu de la belle Agns
-de Montluon, femme du vicomte ble. Ce troubadour
-s'crie qu'un si doux baiser va le faire mourir, si un
-autre de la mme bouche ne vient lui rendre la vie, et
-il le compare la lance d'Achille qui faisait une blessure
-dont il n'tait pas possible de gurir, si l'on n'en
-tait bless une seconde fois.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Com de Peleus la lansa</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Que de su colp non podi' hom guerir</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Se autra vez non s'en fesez ferir.</div>
-</div>
-
-<p>Ce traitement homopathique de l'amour a t indiqu
-par ces paroles d'une chanson des Grecs modernes:
-Tu m'as donn un baiser, et j'en suis devenu malade;
-donne m'en un autre pour que je gurisse, et un autre
-encore pour que je ne retombe pas malade mourir.</p>
-
-
-<div class="p" id="p228">La petite oie de l'amour.</div>
-<p>On appelle <i>petite oie</i> au propre un ragot form du
-cou, des ailerons, des pattes, du foie, du gsier, qu'on
-a retranchs d'une oie qu'on fait rtir.</p>
-
-<p>Cette expression s'employait autrefois au figur,
-comme on le voit dans les <i>Prcieuses ridicules</i> (sc. <small>X</small>),
-pour dsigner les rubans, les plumes et les diffrentes
-garnitures qui ornaient l'habit, le chapeau, le n&oelig;ud
-de l'pe, les gants, les bas et les souliers.&mdash;Elle dsignait
-aussi par extension, les menus plaisirs de l'amour
-ou de la galanterie, tels que les serrements de
-mains, les baisers et autres caresses mignonnes qui
-cependant laissent encore quelque chose de plus dsirer,
-car la <i>petite oie n'est que la petite joie</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p229">L'amour est un grand matre.</div>
-<p>Molire a employ et expliqu ce proverbe dans les
-vers suivants de l'<i>cole des femmes</i> (act. III, sc. <small>IV</small>).</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il le faut avouer, <i>l'amour est un grand matre</i>;</div>
-<div class="verse">Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne l'tre;</div>
-<div class="verse">Et souvent de nos m&oelig;urs l'absolu changement</div>
-<div class="verse">Devient par ses leons l'ouvrage d'un moment.</div>
-<div class="verse">De la nature en nous il force les obstacles,</div>
-<div class="verse">Et ses effets soudains ont de l'air des miracles.</div>
-<div class="verse">D'un avare l'instant il fait un libral,</div>
-<div class="verse">Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal;</div>
-<div class="verse">Il rend agile tout l'me la plus pesante,</div>
-<div class="verse">Et donne de l'esprit la plus innocente.</div>
-</div>
-
-<p>On dit aussi que <i id="p230">l'amour est inventif</i>, dans le mme
-sens que le proverbe, qui doit s'entendre non-seulement
-des tours subtils et des expdients russ qu'il
-suggre, mais aussi de quelques arts dont les potes
-ont attribu la dcouverte ou le perfectionnement
-ses inspirations.</p>
-
-<p>Le proverbe <i>l'amour est un grand matre</i> a t formul
-par saint Augustin. Mais ce n'est pas l'amour
-profane que ce pre de l'glise l'a appliqu; c'est
-l'amour divin, principe et source de toutes les lumires
-et de toutes les vertus. Cet amour, dit-il, est <i>un grand
-matre</i> dont les leons comprennent toutes les parties
-de la philosophie.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la"><span class="sc">Amor magnus doctor est</span>, atque omnes philosophi
-partes implet.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p231">L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs.</div>
-<p>Ce proverbe a d son origine au fabliau d'<i>Aristote</i>,
-o il se trouve formul peu prs dans les mmes
-termes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Que tout le meillor clerc du mont</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Fait comme roncins enseler,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et puis quatre piez aller,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">A chatonant par-dessus l'erbe</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">A vous die example et proverbe.</div>
-</div>
-
-<p>Voici le canevas de ce fabliau, que j'ai retrac de
-mmoire en le modernisant, parce que je n'avais pas le
-texte sous les yeux pour en donner une traduction littrale.</p>
-
-<p>Alexandre le Grand, pris d'une jeune et belle Indienne,
-semblait avoir perdu le got des conqutes.
-Ses guerriers en murmuraient, mais aucun d'eux n'tait
-assez hardi pour lui en exprimer le mcontentement
-gnral. Son prcepteur Aristote s'en chargea:
-il lui reprsenta qu'il ne convenait pas un conqurant
-de ngliger ainsi la gloire pour l'amour; que l'amour
-n'tait bon que pour les btes, et que l'homme
-esclave de l'amour mritait d'tre envoy patre comme
-elles. Une telle remontrance, autorise sans doute par
-les m&oelig;urs du temps jadis, qui taient bien diffrentes
-des ntres, fit impression sur le monarque, et il se dcida,
-pour apaiser les murmures de son arme, ne
-plus aller chez sa matresse; mais il n'eut pas le courage
-de dfendre qu'elle vnt chez lui. Elle accourut
-tout plore, afin de savoir la cause de son dlaissement,
-et elle apprit ce qu'avait dit Aristote. Eh quoi!
-s'cria-t-elle, le seigneur Aristote a de l'humeur contre
-le penchant le plus naturel et le plus doux! il vous
-conseille d'exterminer par la guerre des gens qui ne
-vous ont fait aucun mal, et il vous blme d'aimer qui
-vous aime! C'est une draison complte, c'est une impertinence
-inoue qui rclame une punition exemplaire,
-et, si vous voulez bien le permettre, je me
-charge de la lui infliger. Son amant ne s'opposa
-point ses projets, et ds ce moment elle mit tout en
-&oelig;uvre pour sduire le philosophe. <i>Ce que veut une belle
-est crit dans les cieux</i>, et l'gide de la sagesse ne met
-pas couvert de ses traits vainqueurs. Le vieux censeur
-des plaisirs l'apprit ses dpens. Son c&oelig;ur, surpris
-par les galanteries les plus adroites, se rvolta
-contre sa morale. Vainement il crut l'apaiser en recourant
- l'tude et en se rappelant toutes les leons de
-Platon: une image charmante venait sans cesse se
-placer devant ses yeux et attirait vers elle seule toutes
-les mditations auxquelles il se livrait. Enfin il reconnut
-que l'tude et Platon ne sauraient le dfendre
-contre une passion si imprieuse, et son esprit subtil
-lui rvla que le meilleur moyen de la vaincre tait
-d'y cder. Ds l'instant il laissa l tous les livres et ne
-songea qu'aux moyens d'avoir un entretien secret avec
-la jeune Indienne. Un jour qu'elle faisait sa promenade
-solitaire dans le jardin du palais imprial, il accourut
-auprs d'elle, et peine l'eut-il aborde qu'il
-se jeta ses pieds en lui adressant une pathtique dclaration.
-L'enchanteresse feignit de ne pas y croire&hellip;
-pour se la faire rpter. Cette manire de prolonger
-les jouissances de l'amour-propre tait alors en usage
-chez le beau sexe. Oblig enfin de s'expliquer, elle
-rpondit qu'elle ne pouvait ajouter foi des aveux si
-extraordinaires sans des preuves bien convaincantes.
-Toutes celles qu'il tait possible d'exiger lui furent
-offertes. Eh bien! reprit-elle, aprs cela, il faut satisfaire
-un caprice: toute femme a le sien; celui
-d'Omphale tait de faire filer un hros, et le mien est
-de chevaucher sur le dos d'un philosophe. Cette condition
-vous paratra peut-tre une folie; mais la folie est,
- mes yeux, la meilleure preuve d'amour. Il fut fait
-comme elle le dsirait. Qu'y a-t-il en cela d'tonnant?
-Le dieu malin qui change <i>un ne en danseur</i>, comme
-dit le proverbe, peut galement changer un philosophe
-en quadrupde. Voil notre vieux barbon sell, brid,
-et l'aimable jouvencelle califourchon sur son dos.
-Elle le fait trotter de ct et d'autre, et, pendant
-qu'il s'essouffle trotter, elle chante joyeusement un
-lai d'amour appropri la circonstance. Enfin, lorsqu'il
-est bien fatigu, elle le presse encore et le conduit&hellip;
-devinez o?&hellip; elle le conduit vers Alexandre,
-cach sous un berceau de verdure, d'o il examinait
-cette scne rjouissante. Peignez-vous, si vous le pouvez,
-la confusion d'Aristote, lorsque le monarque, riant
-aux clats, l'apostropha de cette manire: O matre!
-est-ce bien vous que je vois en ce grotesque quipage?
-Vous avez donc oubli la morale que vous m'avez faite,
-et maintenant c'est vous qu'il faut mener patre? La
-raillerie semblait sans rplique, mais l'homme habile
-a rponse tout. Oui, c'est moi, j'en conviens,
-rpondit le philosophe en se redressant: que l'tat o
-vous me voyez serve vous mettre en garde contre
-l'amour. De quels dangers ne menace-t-il pas votre
-jeunesse, lorsqu'il a pu rduire un vieillard si renomm
-par sa sagesse un tel excs de folie?</p>
-
-<p>Cette seconde leon tait meilleure que la premire.
-Alexandre parut l'approuver, et il promit de la mditer
-auprs de la jeune et belle Indienne. C'tait l
-qu'on lui reprochait d'avoir perdu sa raison; c'tait l
-qu'il devait la retrouver. Il y russit; mais ce fut, dit-on,
-par l'effet du temps plutt que par celui de la leon.
-Le temps, pour gurir de l'amour, en sait beaucoup
-plus qu'Aristote.</p>
-
-<p>Ce fabliau, attribu un chanoine de Rouen, nomm
-Henri d'Andely, trouvre du treizime sicle, est
-un conte tir d'un auteur arabe qui l'a intitul: <i>le
-Vizir sell et brid</i>. J.-M. Chnier a remarqu avec raison
-que l'ide de substituer Aristote un vizir vient de
-l'autorit mme qu'Aristote avait acquise dans les
-coles du moyen ge. Mais il a eu tort, suivant moi, de
-traiter cette ide d'absurde, car elle sortait en quelque
-sorte de l'esprit du temps, et mnageait au trouvre un
-moyen sr de rendre plus frappante la moralit qu'il
-voulait offrir ses contemporains, en introduisant
-dans sa fable comme acteur principal l'homme clbre
-qui avait t, leurs yeux, la plus haute personnification
-de la sagesse.</p>
-
-<p>Du mme fabliau est drive l'expression <i id="p314">faire le
-cheval d'Aristote</i>, pour dsigner une pnitence qui est
-impose dans le jeu du gage touch ou dans quelque
-autre semblable, et qui consiste prendre la posture
-d'un cheval afin de recevoir sur son dos une dame
-qu'on est oblig de promener ainsi dans le cercle, o
-elle est embrasse tour tour par tous les joueurs qui
-s'gayent aux dpens du pauvre patient qu'ils louent
-ironiquement qui mieux mieux, les uns, de sa belle
-allure chevaline et les autres de sa bonne grce
-remplir le rle d'intendant de leurs menus plaisirs.</p>
-
-<p>Cette pnitence est une allusion l'usage symbolique
-d'aprs lequel le vassal ou le vaincu se mettait
-aux pieds de son suzerain ou de son vainqueur, une
-bride la bouche et une selle sur le dos. L'histoire
-offre plusieurs exemples de cet usage, depuis le fils
-du malheureux Psammnit, qui fut envoy au supplice
-avec un mors dans la bouche par ordre de Cambyse
-(Hrodote, III, <small>XIV</small>), jusqu' Hugues de Chlons qui,
-reconnaissant son impuissance contre l'arme des Normands,
-alla trouver le jeune duc Richard par qui elle
-tait commande, et se roula ses pieds en signe de
-soumission, avec une selle de cheval sur les paules.
-(<i>Chroniq. de Normandie.</i> Duc. <small>VI</small>, 337.&mdash;Guill. Gemet,
-liv. III, ch. <small>IV</small>.) C'est en vertu d'un pareil usage qu'Eustache
-de Saint-Pierre et cinq autres bourgeois de Calais
-se prsentrent douard III, roi d'Angleterre,
-avec la corde au cou.</p>
-
-
-<div class="p" id="p232">L'amour te le deuil.</div>
-<p>L'amour est un sentiment passionn qui absorbe
-tous les autres: il asservit l'me entire, il en devient
-l'objet unique, et comme il la rend indiffrente aux
-plus grandes joies qui ne lui viennent pas de lui, il
-la console des plus vives afflictions dont il n'est pas le
-principe; il les lui fait mme oublier. De l ce proverbe
-qui parat avoir t suggr par un passage charmant
-de la <i>Gense</i>, o il est question de l'arrive de Rbecca
-auprs d'Isaac, qui elle tait destine pour pouse:
-Isaac la fit entrer dans la tente de sa mre Sara et il
-la prit pour femme, et l'affection qu'il eut pour elle
-fut si grande qu'elle tempra la douleur que la mort
-de sa mre lui avait cause. (<small>XXIV</small>, 67).</p>
-
-<p>Ces paroles bibliques, dont Chateaubriand, dans son
-<i>Gnie du Christianisme</i>, a justement lou la simplicit,
-offrent une preuve orthodoxe qu'il est permis de chercher
-dans l'amour de doux oublis des peines de la vie,
-en tout honneur bien entendu.</p>
-
-<p>On dit aussi: <i>L'amour est un grand consolateur.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p233">En amour trop n'est pas assez.</div>
-<p>On sait que ce charmant proverbe a t formul par
-Beaumarchais, qui a dit dans <i>le Mariage de Figaro</i>
-(act. IV, sc. <small>I</small>): En fait d'amour, vois-tu, trop n'est
-pas mme assez. Mais il faut remarquer pourtant que
-cet ingnieux auteur, en le formulant, peut avoir t
-inspir par l'observation dj faite sur toute passion
-extrme dont les <i>dsirs</i>, suivant l'expression de Snque,
-<i>n'obtiendront tout que pour vouloir quelque chose
-de plus que tout</i>, ou par ce dlicieux passage de Montesquieu
-dans <i>Arsace et Ismnie</i>: Lorsque l'amour renat
-aprs lui-mme, lorsque tout promet, que tout demande,
-que tout obit, lorsque <i>l'on sent qu'on a tout et
-qu'on n'a pas assez</i>, lorsque l'me semble s'abandonner
-et se porter au del de la nature mme, etc.</p>
-
-<p>Beaumarchais peut avoir eu encore l'ide d'enchrir
-sur cette maxime d'amour du comte de Bussy-Rabutin:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Vous me dites que votre feu</div>
-<div class="verse i2">Est assez grand, belle Climne;</div>
-<div class="verse i2">Vous ignorez donc, inhumaine,</div>
-<div class="verse i2">Qu'<i>en amour assez est trop peu</i>,</div>
-<div class="verse i2">Cependant la chose est certaine.</div>
-<div class="verse">Ah! si sur ce chapitre on croit les gens senss,</div>
-<div class="verse"><i>Quand on n'aime pas trop on n'aime pas assez.</i></div>
-</div>
-
-<p>Peut-tre aussi a-t-il eu prsent l'esprit cet autre
-proverbe: <i>L'amour et le feu ne disent jamais: C'est assez.</i></p>
-
-<p>Du reste, c'est avec raison qu'on a fait honneur du
-proverbe Beaumarchais, quoique la pense puisse
-lui en avoir t suggre par les penses analogues
-que j'ai cites. Il a su reproduire cette pense sous la
-forme la plus originale et la plus heureuse. Il a dit le
-vrai mot de l'amour.</p>
-
-
-<div class="p" id="p234">Plus l'amour est nu, moins il a froid.</div>
-<p>Ce proverbe se retrouve textuellement dans ce vers
-d'Owen (pigr. <small>II</small>, 88):</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quo nudus magis est, hoc minus alget Amor.</i></div>
-</div>
-
-<p class="noindent">et dans ce quatrain de Corneille:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Depuis que l'hiver est venu,</div>
-<div class="verse">Je plains le froid qu'Amour endure,</div>
-<div class="verse">Sans songer que <i>plus il est nu</i></div>
-<div class="verse"><i>Et tant moins il craint la froidure</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Il faut interprter ce proverbe dcemment en n'y
-voyant qu'une ide analogue au mot d'Hsiode: L'amour
-est le fils de la pauvret, ou celui de Diolime
-de Mgare: L'amour est le fils du travail et de la
-pauvret. C'est--dire que les pauvres gens ressentent
-cette passion avec plus de vivacit que les riches.
-Ceux-ci peuvent y apporter plus de dlicatesses et de
-raffinements, mais non autant de vives et franches
-ardeurs. Toutes les fleurs artificielles dont ils parent
-la couche de l'amour ne valent pas cette floraison naturelle
-qui semble clore sur le grabat des indigents
-de la sve mme de leur c&oelig;ur.&mdash;On connat ces vers
-de Branger, qui forment un tableau si gracieux:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quel dieu se plat et s'agite</div>
-<div class="verse">Sur ce grabat qui fleurit?</div>
-<div class="verse">C'est l'Amour qui rend visite</div>
-<div class="verse">A la Pauvret qui rit.</div>
-</div>
-
-<p>Alfred de Musset a dit avec une simplicit charmante
-au dbut de son conte intitul <i>Simone</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les gens d'esprit et les heureux</div>
-<div class="verse">Ne sont jamais bien amoureux:</div>
-<div class="verse">Tout ce beau monde a trop faire.</div>
-<div class="verse">Les pauvres en tout valent mieux;</div>
-<div class="verse">Jsus leur a promis les cieux,</div>
-<div class="verse">L'amour leur appartient sur terre.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p236">Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des btes.</div>
-<p>Il n'est permis aux animaux de se livrer aux plaisirs
-de l'amour qu'en une saison de l'anne. L'homme
-seul peut les goter en tout temps jusque dans l'extrme
-vieillesse. (<i>Entretien de Socrate</i>, <small>I</small>, 19).</p>
-
-<p>Cette observation proverbiale a t runie par Beaumarchais,
-d'une manire piquante et spirituelle, une
-autre observation galement proverbiale, dans cette
-phrase que le jardinier Antonio, pris de vin, adresse
-la comtesse Almaviva: Boire sans soif et faire l'amour
-en tout temps, madame, il n'y a que a qui nous
-distingue des autres btes. (<i>Mariage de Figaro</i>, act. II,
-sc. <small>XXI</small>).</p>
-
-<p>On connat la rpartie de M<sup>me</sup> de La Sablire
-son oncle, qui la moralisait en lui disant: Quoi! ma
-nice, toujours et toujours des amours! mais les btes
-mmes n'ont qu'un temps pour cela.&mdash;Eh! mon oncle,
-c'est que ce sont des btes.</p>
-
-<p>Ce mot plaisant, que l'on attribue aussi d'autres
-dames galantes, n'est, comme la plupart des bons
-mots, qu'une redite. Il est cit par Macrobe, qui en
-fait honneur l'esprit de Populia, fille de Marcus:</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Populia, Marci filia, miranti cuidam quid esset qua
-propter besti nunquam marem desiderarent, nisi cum
-prgnantes vellent fieri, respondit: <em>Besti enim sunt</em>.</i>
-(Saturn. <small>II</small>, 5.)</p>
-
-<p>Voici des vers indits qu'un de mes amis, M. L. de
-Fos, a improviss sur ce sujet. Ils ne peuvent manquer
-de prter de l'agrment cet article:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des btes, a-t-on dit, ce qui distingue l'homme,</div>
-<div class="verse">C'est de faire l'amour en toutes les saisons.</div>
-<div class="verse">De ce mot si connu je sais plusieurs leons,</div>
-<div class="verse i3">Voici celle qui vient de Rome.</div>
-<div class="verse">La fille de Marcus, dans ses joyeux bats,</div>
-<div class="verse">Aux jeunes dbauchs prodiguait ses appas.</div>
-<div class="verse">Quoi! toujours, lui dit-on, des amours, des conqutes!</div>
-<div class="verse">Les btes cependant n'ont qu'un temps pour cela.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Oui, rpondit Populia.</div>
-<div class="verse i2">Mais c'est qu'aussi ce sont des btes.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p237">L'amour et la pauvret font mauvais mnage ensemble.</div>
-<p>Le mnage le plus uni cesse de l'tre quand il est
-pauvre: la pauvret tue l'amour.&mdash;Les Anglais disent:
-<i lang="en" xml:lang="en">When poverty comes in at the door, loves flies out
-at the window.</i> <a name="p238" id="p238"></a>Quand la pauvret entre par la porte,
-l'amour s'envole par la fentre. Proverbe que Shakespeare
-avait peut-tre prsent l'esprit lorsqu'il disait
-dans le <i>Conte d'hiver</i>: La prosprit est le plus sr
-lien de l'amour. (Act. IV, sc. <small>III</small>).</p>
-
-<p>Notre proverbe est trs-bien expliqu par Molire
-dans ces vers des <i>Femmes savantes</i> (act. V, sc. <small>V</small>.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rien n'use tant l'ardeur de ce n&oelig;ud qui nous lie</div>
-<div class="verse">Que les fcheux besoins des choses de la vie;</div>
-<div class="verse">Et l'on en vient souvent s'accuser tous deux</div>
-<div class="verse">De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.</div>
-</div>
-
-<p>On dit trivialement: <i id="p313">Quand il n'y a pas de foin au rtelier,
-les nes se battent.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p239">Les lunettes sont des quittances d'amour.</div>
-<p>C'est--dire qu'on doit n'aimer qu' l'ge o l'on
-peut tre aim, et ne pas afficher la prtention de
-plaire aux belles quand on est rduit porter des lunettes,
-ce qui arrive malheureusement une poque
-de la vie o l'on a souvent le c&oelig;ur en meilleur tat
-que les yeux, et o l'on est d'autant plus plaindre
-qu'en amour on se sent abandonn de tout sans qu'on
-veuille renoncer rien.</p>
-
-<p>On dit aussi: <i>Bonjour, lunettes; adieu, fillettes</i>; pour
-exprimer qu'il faut cesser de prtendre aux faveurs
-des jeunes filles quand on commence prendre des
-lunettes.</p>
-
-<p>Ce conseil tait juste et convenable autrefois, o les
-lunettes n'taient gure qu' l'usage des vieillards;
-mais on sent qu'il serait dplac aujourd'hui l'gard
-d'une foule de jeunes gens pour qui elles sont des objets
-de ncessit ou des objets de mode&hellip;</p>
-
-<p>Il faudrait donc n'appliquer les deux proverbes qu'
-ces vieux barbons qui, possds de la manie de se poser
-en verts-galants, reluquent sans cesse avec des binocles
-ou des lorgnons les jouvencelles qui ils savent si bien
-faire tourner la tte&hellip; de l'autre ct.</p>
-
-<p>Remarquons, puisque l'occasion s'y adonne, que la
-mode des lunettes fut trs-rpandue en Espagne au
-commencement du dix-septime sicle, sous le rgne
-de Philippe III. Elles y faisaient partie du costume des
-gens comme il faut, qui croyaient, par cette nouvelle
-espce d'insignes, se donner plus de gravit et obtenir
-plus de considration. Elles taient proportionnes au
-rang des personnes. Les grands du pays en mettaient
-de magnifiques dont les verres surpassaient en circonfrence
-les piastres fortes, et ils y tenaient tant, dit-on,
-qu'ils ne les quittaient pas mme pour se coucher.</p>
-
-<p>Les dames, leur tour, les avaient adoptes, parce
-que ce complment de parure signalait aussi la noblesse
-de leur condition et surtout parce qu'il offrait
-leur vanit une foule d'avantages qu'il serait trop long de
-spcifier. Bornons-nous rappeler qu'en gnral elles
-les arboraient comme enseignes des prtentions qu'elles
-voulaient afficher. Quelques-unes les portaient afin de
-passer pour lettres ou savantes (c'taient les prcieuses
-de l'poque); beaucoup d'autres s'en servaient
-afin de mieux observer l'effet que leur prsence pouvait
-produire dans les salons, et de mieux cacher aux
-regards indiscrets les sentiments dont elles se trouvaient
-affectes. Cette seconde catgorie comprenait
-la plupart des jeunes et jolies femmes.</p>
-
-<p>Il est permis de supposer que les diverses espces
-de lunettes avaient des noms correspondant leurs
-divers usages. Un pote gongoriste appelait celles qui
-cachaient de beaux yeux, <i>les couvre-feu de l'amour</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p240">L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice.</div>
-<p>Le <i>Code d'amour</i> dit, art. 10: <i lang="la" xml:lang="la">Amor semper ab avariti
-consuevit domibus exsulare.</i> Sentence dont notre proverbe
-est la reproduction.</p>
-
-<p>Quoi de plus oppos l'amour que l'avarice? Dans
-l'amour on est d'une prodigalit excessive, on ne s'occupe
-pas du tout de sa fortune: dans l'avarice, au contraire,
-on ne pense qu' sa fortune. Si un avare aimait,
-il cesserait de l'tre. Un avaricieux mme qui aime,
-dit Pascal, devient libral; il ne se souvient pas d'avoir
-eu une habitude oppose. (<i>Disc. sur les pass. de
-l'amour.</i>)</p>
-
-
-<div class="p" id="p241">La faim fait oublier l'amour.</div>
-<p>C'est ce que disait le philosophe Crats, et il avait
-bien raison, car l'estomac matrise le c&oelig;ur, et quand
-le besoin fait crier le premier, l'autre est rduit se
-taire. Telle est la loi de la nature, laquelle les amoureux
-les plus robustes ne sauraient chapper.</p>
-
-<p>Il ne s'en trouverait pas un seul peut-tre qui,
-dans ce cas, ne ft de l'avis de ce paysan qui l'on
-demandait s'il aimait les femmes: J'aime beaucoup
-une fort belle fille, rpondit-il; mais j'aime encore
-mieux une fort bonne ctelette.&mdash;Il n'y a point d'amour
-qui tienne contre la fringale.</p>
-
-<p>On connat ces vers de La Fontaine, dans <i>la Fiance
-du roi de Garbe</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">On ne vit ni d'air ni d'amour,</div>
-<div class="verse i2">Les amants ont beau dire et faire,</div>
-<div class="verse">Il en faut revenir toujours au ncessaire.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p242">Sans pain ni vin l'amour est vain.</div>
-<p>C'est--dire <i>l'amour n'est rien</i>, comme porte une variante.
-Ce proverbe est une traduction familire de
-celui des Latins cit dans l'<i>Eunuque</i>, de Trence: <i lang="la" xml:lang="la">Sine
-Cerere et Libero friget Venus.</i> (Act. IV, sc. <small>VI</small>.) <a name="p638" id="p638"></a>Sans Crs
-et Bacchus Vnus est transie.&mdash;Il faut remarquer,
- ce sujet, que l'amour n'tait gure pour les anciens
-qu'un acte sensuel auquel ils prludaient par les bons
-mets et les bons vins, qui leur paraissaient les moyens
-les plus propres l'exciter et le favoriser. Ils le regardaient
-comme le couronnement de l'orgie. De l
-ces paroles de saint Jrme, que je n'oserais mme
-traduire, sur les dbauchs qui avaient le c&oelig;ur au
-ventre: <i lang="la" xml:lang="la">Distento ventre distenduntur ea qu ventri adhrent.&mdash;Venter
-plenus despumat in libidinem.</i></p>
-
-<p>Les Romains avaient encore ce proverbe analogue,
-qui leur tait venu des Grecs: <i lang="la" xml:lang="la">Saturo Venus adest,
-famelico nequaquam adest.</i> <a name="p639" id="p639"></a>Vnus ou l'amour est pour
-celui qui a le ventre plein, et non pour celui qui l'a
-vide.</p>
-
-<p>Les Languedociens disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Vivo l'amour! ma q
-iou dn.</i> <a name="p243" id="p243"></a>Vive l'amour, mais que je dne!</p>
-
-<p>C'est exactement ce qu'on dit en franais: <i id="p244">Vive l'amour
-aprs dner</i>!</p>
-
-
-<div class="p" id="p245">Aprs l'amour le repentir.</div>
-<p>Hlas! nous ne pouvons aimer toujours, et bien souvent
-le repentir nous prend o l'amour nous laisse.
-<a name="p295" id="p295"></a>Les amours s'en vont et les douleurs demeurent,
-dit le proverbe espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">Vanse los amores y quedan los
-dolores.</i></p>
-
-<p>Un troubadour anonyme a compar l'amour l'glantier,
-dont les fleurs passent et tombent en peu de
-temps, tandis que les pines restent toujours.</p>
-
-<p>Guarini a dit de l'amour dans son <i>Pastor fido</i>: La
-racine en est douce et le fruit amer. <i lang="it" xml:lang="it">La radice suave,
-il frutto amora.</i></p>
-
-<p>La Rochefoucauld prtend que il y a peu de gens
-qui ne soient honteux de s'tre aims, quand ils ne
-s'aiment plus.</p>
-
-
-<div class="p" id="p246">On fait l'amour, et quand l'amour est fait, c'est une autre
-paire de manches.</div>
-<p>Tout le monde comprend ce que signifie ce proverbe,
-dont la dernire partie, devenue une locution part,
-est continuellement rpte; il rappelle un usage pratiqu
-au douzime sicle par des individus de sexe
-diffrent qui voulaient former ensemble un tendre engagement.
-Ils changeaient une paire de manches
-comme gage du don mutuel qu'il se faisaient de leur
-c&oelig;ur, et ils se les passaient aux bras en promettant de
-n'avoir pas dsormais de plus chre parure, ainsi qu'on
-le voit dans une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun,
-o il est parl de deux amants qui se jurrent
-de <i>porter manches et anneaux l'un de l'autre</i>. Ces enseignes
-ou livres d'amour, destines tre le signe de
-la fidlit, devinrent presque en mme temps celui de
-l'infidlit; car toutes les fois qu'on changeait d'amour
-on changeait aussi de manches, et il arrivait mme assez
-souvent que celles qu'on avait prises la veille taient
-mises au rebut le lendemain. Vainement un autre proverbe
-recommandait de respecter cette sorte d'investiture
-d'amour par la manche en disant: <i lang="oc" xml:lang="oc">La manega
-no i es gap, car senhals es de drudaria</i>; <a name="p306" id="p306"></a>la manche, ce
-n'est pas un badinage, car c'est un signal d'amourette.
-Comme une pareille recommandation n'avait aucune
-force lgale, chacun et chacune y contrevenaient qui
-mieux mieux. Aussi tel ou telle qu'on s'tait flatt de
-<i>tenir dans sa manche</i> s'en dbarrassait au plus vite, sans
-le moindre scrupule, et, en dfinitive, c'<i>tait toujours
-une autre paire de manches</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p247">Vieil amour, vieille prison.</div>
-<p>Un vieil amour est un esclavage o l'on prouve
-beaucoup de peines et d'ennuis. Dans la vieillesse de
-l'amour comme dans celle de l'ge, dit La Rochefoucauld,
-on vit encore pour les maux, mais on ne vit
-plus pour les plaisirs.</p>
-
-<p>Ce proverbe est pris du latin: <i lang="la" xml:lang="la">Antiquus amor carcer
-est.</i> Il s'applique le plus souvent l'amour conjugal,
-que les deux poux sont obligs de subir jusqu' ce que
-mort s'ensuive, pour l'un ou l'autre. Aussi arrive-t-il
-quelquefois que le mari voit mourir sa femme ou la
-femme son mari du mme &oelig;il qu'un prisonnier voit
-briser ses fers.</p>
-
-<p>Philmon, pote comique grec, a dit dans une de
-ses pices: Le mariage est une prison qui n'a de
-beau que la porte par laquelle on y entre, et de consolant
-que celle par laquelle on a vu la mort faire
-sortir la personne avec qui on avait fait son entre.</p>
-
-<p>Ce Philmon tait bien loin de penser comme son
-homonyme, le mari de Baucis, tendrement aime de lui,
-ainsi qu'il fut aim d'elle jusque dans l'extrme vieillesse.
-La Fontaine a dit de ces deux modles de l'amour
-conjugal:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ni le temps, ni l'hymen, n'teignirent leur flamme.</div>
-<div class="verse"><b>.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;.&emsp;</b></div>
-<div class="verse">L'amiti modra leurs feux sans les dtruire,</div>
-<div class="verse">Et par des traits d'amour sut encor se produire.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p248">L'amour meurt rarement de mort subite.</div>
-<p>Il meurt presque toujours d'une maladie de langueur,
-beaucoup plus longue que ne le voudraient ceux qui en
-sont atteints. C'est une observation qu'ont faite plusieurs
-potes rotiques.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Difficile est longum subito deponere amorem.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Catulle.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Il est difficile de se dfaire tout coup d'un long amour.</p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Longus at invito pectore sedet amor.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ovide.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>Mais le c&oelig;ur malgr lui conserve un long amour.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Cette tnacit de l'amour chez des personnes qui ne
-demanderaient pas mieux que d'en tre affranchies est
-produite par l'habitude, par la paresse de changer, par
-la difficult de former une nouvelle liaison, par l'impossibilit
-de vivre seul, et par beaucoup d'autres
-causes qui font qu'on a bien de la peine rompre
-quand on ne s'aime dj plus, et plus forte raison
-quand on s'aime encore un peu. Tant que l'amour
-dure, dit La Bruyre, il subsiste de lui-mme et quelquefois
-par les choses qui semblent le devoir teindre,
-par les caprices, par les rigueurs, par l'loignement,
-par la jalousie (ch. <small>IV</small>, <i>du C&oelig;ur</i>). L'indignit mme
-de l'objet qui l'a inspir ne parvient pas toujours
-lui donner une mort soudaine, comme le dit trs-bien
-ce vers de Saurin:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Longtemps on aime encore en rougissant d'aimer.</div>
-</div>
-
-<p>On l'a justement compar au feu grgeois qui brle
-sous les flots de la mer, et la chaux vive que l'eau
-dont on l'arrose allume ou met en bullition. Pauvres
-belles dlaisses, n'esprez pas l'teindre force de
-pleurer. Toutes ces larmes qui vous retombent sur le
-c&oelig;ur ne servent qu' le rendre plus ardent.</p>
-
-<p><i id="p251">C'est le temps, et non la volont, qui met fin l'amour</i>,
-dit le proverbe latin:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amori finem tempus, non animus facit.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(P. Syrus.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p249">Il n'y a qu'un pas de l'amour la dvotion.</div>
-<p>Cela se dit surtout en parlant des femmes d'un certain
-ge qui, voyant les amants se dtourner d'elles,
-tournent du ct des litanies. Cette transition d'une
-vie galante une vie dvote ne leur parat pas agrable
-sans doute, et elles la diffrent tant qu'elles peuvent,
-mais le respect humain l'exige, et, faisant de ncessit
-vertu, elles franchissent enfin le pas moins difficilement
-qu'elles ne pensaient le faire. La raison en est toute
-simple; c'est que le point d'o elles partent confine
-celui o elles vont, et que passer de l'un l'autre n'est
-souvent pour la plupart d'entre elles qu'aller du mme
-au mme; car leur amour ne change point de nature
-pour tre coul dans le moule de la dvotion.</p>
-
-<p>Saint-vremont a trs-bien dit, dans un chapitre
-dont le titre porte que la <i>Dvotion est le dernier de nos
-amours</i>: La pnitence ordinaire des femmes, ce que
-j'ai pu observer, est moins un repentir de leurs pchs
-qu'un regret de leurs plaisirs; en quoi elles sont
-trompes elles-mmes, pleurent amoureusement ce
-qu'elles n'ont plus, quand elles croient pleurer saintement
-ce qu'elles ont fait.</p>
-
-<p>On pourrait appliquer leur conversion le joli mot
-proverbial des Italiens sur celles qui abjurent une
-hrsie pour une autre, ou qui passent d'une fausse
-religion une autre galement fausse: C'est, disent-ils,
-changer de chambre dans la maison du diable.
-<i lang="it" xml:lang="it">Cambiare di stanza nella casa del diavolo.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p250">Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir.</div>
-<p>Le <i>Code d'amour</i> a exprim la mme ide en ces
-termes: <i lang="la" xml:lang="la">Si amor minuatur, cito deficit, et raro convalescit</i>,
-article 19. Si l'amour diminue, il dprit vite, et rarement
-il se rtablit.</p>
-
-<p>La Rochefoucauld dit dans une de ses penses: Il
-est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a vritablement
-cess d'aimer.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vif attrait, charme inexprimable,</div>
-<div class="verse">Le c&oelig;ur s'puise le sentir.</div>
-<div class="verse">Pourrait-il d'un feu qui dvore</div>
-<div class="verse">prouver deux fois les effets?</div>
-<div class="verse">Les cendres s'chauffent encore,</div>
-<div class="verse">Mais ne se rallument jamais.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Andrieux.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p252">Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou
-chasse l'autre.</div>
-<p>Ou plus simplement par la substitution d'une mtaphore
-allgorique la comparaison: <i>Un clou chasse
-l'autre.</i> Ce proverbe se trouve dans la phrase suivante
-de la quatrime <i>Tusculane</i> de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Novo amore veterem
-amorem tanquam clavo clavium ejiciendum putant.</i>
-Ils pensent qu'un nouvel amour doit remplacer un
-ancien amour comme un clou chasse l'autre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Novus amor veterem compellit abire.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Art. <small>XVII</small> du <i>Code d'amour</i>.)</p>
-
-<p>Louis Racine, dans le chant <small>VI</small> de son pome <i>de la
-Religion</i>, a crit ces quatre vers qui expriment trs-bien
-le sens du proverbe, qu'il ne pouvait citer textuellement:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le c&oelig;ur n'est jamais vide. Un amour effac</div>
-<div class="verse">Par un nouvel amour est toujours remplac,</div>
-<div class="verse">Et tout objet qu'efface un objet plus aimable,</div>
-<div class="verse">Sitt qu'il est chass, nous parat hassable.</div>
-</div>
-
-<p>Lorsque Longchamp, secrtaire de Voltaire, lui remit
-la bague qu'il avait eu la prcaution d'ter du
-doigt de la marquise de Chtelet qui venait de mourir,
-et dans laquelle devait se trouver le portrait du pote,
-il lui dit et lui fit voir que ce portrait avait t remplac
-par celui de Saint-Lambert: O ciel! s'cria Voltaire,
-en joignant les deux mains, voil bien les femmes!
-j'en avais chass Richelieu; Saint-Lambert m'en
-a chass. Cela est dans l'ordre, <i>un clou chasse l'autre</i>.
-Ainsi vont les choses dans ce monde.</p>
-
-<p>Duclos a dit de l'amour qui se porte vers plusieurs
-objets et peut se remplacer par un autre: Un tel
-amour n'est pas fort dlicat, mais il est heureux, et le
-bonheur fait la gloire de l'amour.</p>
-
-<p>Cette maxime sent bien son auteur, qui une dame
-du beau monde reprochait justement de se contenter
-de la premire venue. Il y a une satisfaction sensuelle
-dans ces amours rapidement remplacs l'un par l'autre;
-mais s'il n'y a point de bonheur, il y a encore moins de
-gloire; et si quelque animal du troupeau d'picure
-prtend une couronne pour les faciles succs qu'il a
-obtenus en ce genre, il faut lui en donner une faite
-des lauriers des jambons de ses confrres de Mayence.</p>
-
-
-<div class="p" id="p253">L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour.</div>
-<p>En d'autres termes, il n'est rien de tel que l'amour
-pour tuer le temps, et rien de tel que le temps pour
-tuer l'amour.</p>
-
-<p>Le comte de Sgur, donnant au verbe <i>passer</i> un sens
-diffrent de celui qu'il a ici, a fait sur ce proverbe
-l'allgorie suivante:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A voyager passant sa vie,</div>
-<div class="verse">Certain vieillard, nomm le Temps,</div>
-<div class="verse">Prs d'un fleuve arrive et s'crie:</div>
-<div class="verse">Ayez piti de mes vieux ans.</div>
-<div class="verse">Eh quoi! sur ces bords on m'oublie,</div>
-<div class="verse">Moi, qui compte tous les instants!</div>
-<div class="verse">Mes bons amis, je vous supplie,</div>
-<div class="verse">Venez, venez passer le Temps.</div>
-
-<div class="verse stanza">De l'autre ct, sur la plage,</div>
-<div class="verse">Plus d'une fille regardait,</div>
-<div class="verse">Et voulait aider son passage</div>
-<div class="verse">Sur un bateau qu'Amour guidait;</div>
-<div class="verse">Mais une d'elles, bien plus sage,</div>
-<div class="verse">Leur rptait ces mots prudents:</div>
-<div class="verse">Ah! souvent on a fait naufrage</div>
-<div class="verse">En cherchant passer le Temps.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'Amour gament pousse au rivage,</div>
-<div class="verse">Il aborde tout prs du Temps;</div>
-<div class="verse">Il lui propose le voyage,</div>
-<div class="verse">L'embarque, et s'abandonne au vent.</div>
-<div class="verse">Agitant ses rames lgres,</div>
-<div class="verse">Il dit et redit dans ses chants:</div>
-<div class="verse">Vous voyez bien, jeunes bergres,</div>
-<div class="verse">Qu'Amour a fait passer le Temps.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais tout coup l'Amour se lasse,</div>
-<div class="verse">Ce fut toujours l son dfaut;</div>
-<div class="verse">Le Temps prend la rame sa place,</div>
-<div class="verse">Et lui dit: Quoi! cder sitt!</div>
-<div class="verse">Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse!</div>
-<div class="verse">Tu dors et je chante mon tour</div>
-<div class="verse">Ce vieux refrain de la sagesse:</div>
-<div class="verse">Ah! le Temps fait passer l'Amour.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p254">Le succs trop facile rend l'amour mprisable.</div>
-<p>Proverbe tir de l'article 14 du Code d'amour: <i lang="la" xml:lang="la">Facilis
-perceptio contemptibilem reddit amorem.</i> C'est la difficult
-qui fait le bonheur et le charme de l'amour.
-Les faveurs d'une belle, dit M<sup>me</sup> de Genlis, n'ont de
-prix que lorsqu'elles sont arraches. On n'en jouit qu'en
-les drobant.</p>
-
-
-<div class="p" id="p255">L'amour apprend les nes danser.</div>
-<p>La lgret et la souplesse singulires avec lesquelles
-les nes, au mois de mai, bondissent et se trmoussent
-dans la prairie auprs des nesses, ont donn lieu
-ce proverbe, dont le sens mtaphorique est que l'amour
-polit le naturel le plus inculte.</p>
-
-<p>On voit en effet de vrais rustres qui, sous l'influence
-de cette passion, parviennent se dfaire de leurs
-instincts grossiers, de leurs habitudes brutales, et y
-substituent des manires agrables, des m&oelig;urs courtoises,
-que leur communiquent des femmes aimables
-auxquelles ils cherchent plaire.</p>
-
-
-<div class="p" id="p256">L'amour porte avec soi la musique.</div>
-<p>On dit aussi: <i id="p257">L'amour enseigne la musique.</i>&mdash;Les
-amants aiment chanter leurs plaisirs et leurs peines.
-De l ce proverbe qu'on trouve expliqu dans les <i>Symposiaques</i>
-de Plutarque, liv. I, quest. <small>V</small>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Primus amans carmen vigilatum nocte negata</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Dicitur ad clausas concinuisse fores;</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Eloquiumque fuit duram exorare puellam.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Ovide, <i>Fast.</i> <small>IV</small>.)</p>
-
-<p>Un amant, dit-on, dans une nuit refuse ses
-v&oelig;ux, chanta le premier des vers devant la porte ferme
-de sa matresse, et l'loquence ne fut d'abord que
-l'art d'attendrir une cruelle.</p>
-
-<p>Les Anglais disent: <i lang="en" xml:lang="en">Love was the mother of poetry.</i>
-<a name="p258" id="p258"></a>Amour engendre posie, ce qui a t ingnieusement
-dvelopp dans le <i>Spectateur</i> d'Addison,
-n. 377:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le chant des premiers vers exprima: <i>Je vous aime.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Saint-Lambert.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p259">L'amour est comme un flambeau, plus il est agit, plus il brle.</div>
-<p>Cette comparaison proverbiale est prise du vers suivant
-de P. Syrus, qui dit l'<i>amant</i>, et non l'<i>amour</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amans ita ut fax, agitando ardescit magis.</i></div>
-</div>
-
-<p>Elle est parfaitement juste: Les mes propres
-l'amour, dit Pascal, demandent une vie d'action qui
-clate en vnements nouveaux. Comme le dedans est
-mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette
-manire de vivre est un merveilleux acheminement
-la passion. C'est de l que ceux de la cour sont mieux
-reus dans l'amour que ceux de la ville, parce que les
-uns sont tout de feu, et que les autres mnent une vie
-dont l'uniformit n'a rien qui frappe: la vie de tempte
-surprend, frappe et pntre. (<i>Discours sur les passions
-de l'amour.</i>)</p>
-
-<p>L'abb de Bernis a dit aussi, d'une manire jolie:
-Connaissez-vous un feu qui prend toutes les formes
-que le souffle lui donne, qui s'irrite, qui s'affaiblit, selon
-que l'impression de l'air est plus vive ou plus modre?
-il se spare, il se runit, il s'abaisse, il s'lve;
-mais le souffle puissant qui le conduit ne l'agite que
-pour l'animer, et jamais pour l'teindre. L'amour est
-ce souffle; nos mes sont ce feu. (<i>Rflexions sur l'amour.</i>)</p>
-
-<p>Les femmes savent trs-bien que celui qui aime ne
-conserverait pas longtemps son ardeur si elle restait
-inactive, et qu'il a besoin pour l'entretenir, pour l'enflammer,
-d'une vie d'agitation, de remuement et de secousses,
-enfin d'<i>une vie de tempte</i>. Aussi remarquez
-avec quels soins prvoyants elles s'appliquent prserver
-leurs adorateurs des dangers du calme, les
-tenir constamment en haleine par la nouveaut des
-impressions qu'elles leur font prouver, les faire passer
-rapidement et sans relche d'une situation paisible
- une situation mouvante, leur <i>faire voir du pays</i>,
-comme on dit.</p>
-
-<p>Hommes peu clairvoyants, qui leur reprochez d'agir
-ainsi par coquetterie, par humeur, par caprice, par
-bizarrerie, etc., ne nommerez-vous jamais les choses
-par leur vrai nom, et les jugerez-vous toujours sur les
-apparences? Reconnaissez donc que toutes ces manires
-d'tre, qui vous semblent d'tranges ingalits
-de caractre, ne sont, la plupart du temps, chez ces
-enchanteresses, que des procds d'un art merveilleux
-par lequel elles veulent se rendre plus aimables et plus
-aimes, en renouvelant sans cesse leur beaut par des
-changements inattendus, ainsi que vos c&oelig;urs, par des
-dsirs varis, et, loin de les accuser de troubler votre
-repos, rendez-leur la grce de multiplier vos sensations
-pour vous sauver des ennuis de la monotonie.</p>
-
-
-<div class="p" id="p641">Baiser le verrou.</div>
-<p>S'est dit pour rendre hommage, par allusion un
-usage fodal qui voulait que le vassal se prsentt chez
-son seigneur pour lui rendre hommage, et, en son absence,
-baist la serrure ou le verrou de la porte du
-manoir seigneurial. (<i>Cout. d'Auxerre</i>, art. 44;&mdash;<i>de Sens</i>,
-art. 181,&mdash;et <i>de Berry</i>, tit. <small>V</small>, art. 10.) Mais ce n'est pas
-sous ce rapport que je place ici cette expression proverbiale;
-c'est pour rappeler que le fait qu'elle signale
-avait lieu galement dans l'amoureux servage. Il n'tait
-pas de bon <i>serviteur</i><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, ou servant d'amour, qui ngliget
-d'honorer la dame de ses penses par un semblable
-tmoignage de dvouement, quand il n'avait pas
-l'avantage d'tre admis en sa prsence. Les amoureux
-transis (voyez <a href="#p309">plus loin</a> cette expression) ne manquaient
-jamais de baiser la serrure ou le verrou de la
-porte devant laquelle ils allaient chaque jour soupirer
-leur martyre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Le mot <i>serviteur</i> tait autrefois synonyme d'amant, comme on peut le voir
-dans la vingt-sixime des <i>Cent Nouvelles nouvelles</i>, dans les dixime, douzime,
-quatorzime, dix-neuvime, et vingt-quatrime nouvelles de l'<i>Heptamron</i> de la
-reine de Navarre, et dans le <i>Roman bourgeois</i>, de Furetire. J.-J. Rousseau lui
-a conserv cette acception dans le <i>Devin du village</i>, o Colette chante: <i>J'ai perdu
-mon serviteur.</i> Au reste, la mme synonymie existait dans plusieurs langues, notamment
-en anglais. Voyez dans Shakespeare la scne premire de l'acte deuxime
-des <i>Deux Gentilshommes de Vrone</i>.</p>
-</div>
-<p>Les amants, Rome, se conduisaient aussi de cette
-manire, comme nous l'apprend Lucrce, vers la fin
-du livre IV de son pome.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">At lacrymans exclusus amator limine spe</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Floribus et sertis operit postesque superbos</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Unguit amaricino, et foribus miser oscula figit.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Cependant, l'amant en larmes, qui l'accs est interdit, orne sa
-porte de fleurs et de guirlandes, rpand des parfums sur les poteaux
-ddaigneux, et imprime sur le seuil de tristes baisers.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Cela se faisait de mme en signe d'adieu, lorsqu'on
-s'loignait avec regret d'un lieu chri.</p>
-
-<p>Rutilius, exprimant la douleur qu'il ressentait de
-partir de Rome, a dit:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Crebra relinquendis infigimus oscula portis.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Nous imprimons de frquents baisers aux portes qu'il faut quitter.</p>
-</blockquote>
-
-
-<div class="p" id="p260">L'amour et la gale ne se peuvent cacher.</div>
-<p>L'un et l'autre ont des dmangeaisons irrsistibles
-qui les font bientt dcouvrir. Les Anciens disaient:
-<i lang="la" xml:lang="la">Amor tussisque non celatur.</i> <a name="p261" id="p261"></a>L'amour et la toux ne
-se peuvent cler. Proverbe cit par Gilbert Cousin
-(Gilbertus Cognatus), qui dit l'avoir trouv dans Antiphane
-le Comique, et dans Athne.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i id="p262">L'amour et le musc ne peuvent rester ignors.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Proverbe indoustani.)</p>
-
-<p>Les Danois disent: <a name="p263" id="p263"></a>La pauvret et l'amour sont difficiles
- cacher. <i lang="da" xml:lang="da">Armod og kierlighed er ond at dlge.</i></p>
-
-<p>L'amour est un de ces maux qu'on ne peut cacher;
-un mot, un regard indiscret, le silence mme le dcouvre.
-(Abeilard).</p>
-
-<p>L'amour est si puissant, dit le <span lang="es" xml:lang="es">romancero</span> espagnol,
-et ses effets sont tels que les yeux le publient, encore
-que la langue le taise.</p>
-
-<p>On connat ces vers de Racine:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On a beau se cacher, l'amour le plus discret</div>
-<div class="verse">Laisse par quelque marque chapper son secret.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Bajazet</i>, act. III. sc. <small>VIII</small>.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une me:</div>
-<div class="verse">Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,</div>
-<div class="verse">Et les feux mal couverts n'en clatent que mieux.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Androm</i>., act. II, sc. <small>II</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p264">L'amour divulgu est rarement de dure.</div>
-<p>Il en est de l'amour comme d'un parfum qui se conserve
-quand on le tient renferm, et qui se gte quand
-on l'vente. Ce proverbe est une traduction littrale de
-l'article treizime du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amor raro consuevit
-durare vulgatus.</i></p>
-
-<p>Nous avons encore cette triade proverbiale: <i id="p266">Le
-secret, le vin et l'amour, ne valent rien quand ils sont
-vents.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p265">Le secret est la garde la plus assure de l'amour.</div>
-<p>C'est--dire que l'amour se conserve mieux quand il
-est tenu secret. Cette ide est sous une autre forme
-celle du proverbe prcdent, dont le commentaire
-peut s'appliquer celui-ci; qu'on me permette seulement
-d'y joindre cette chanson sur l'amour discret:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'amour dans l'ombre du mystre,</div>
-<div class="verse">Se plat cacher ses secrets.</div>
-<div class="verse">Il fuit le jour qui les claire,</div>
-<div class="verse">Et punit les c&oelig;urs indiscrets.</div>
-<div class="verse">Au silence qu'il nous impose</div>
-<div class="verse">Soumettons notre vanit,</div>
-<div class="verse">Si nous voulons cueillir la rose</div>
-<div class="verse">Que nous garde la volupt.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'amant trop fier de sa victoire,</div>
-<div class="verse">Qui partout vante son bonheur,</div>
-<div class="verse">Sacrifie la vaine gloire</div>
-<div class="verse">Bien du plaisir pour peu d'honneur.</div>
-<div class="verse">Du triomphe qu'il se propose,</div>
-<div class="verse">Le sentiment n'est point l'objet,</div>
-<div class="verse">Et, quand il veut cueillir la rose,</div>
-<div class="verse">Elle chappe au bruit qu'il a fait.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si, par son frivole talage,</div>
-<div class="verse">L'indiscret perd l'heureux moment,</div>
-<div class="verse">Le jaloux, farouche et sauvage,</div>
-<div class="verse">Ne l'obtient point par son tourment;</div>
-<div class="verse">Par son humeur il indispose,</div>
-<div class="verse">Il obsde par son ennui,</div>
-<div class="verse">Et, quand il veut cueillir la rose,</div>
-<div class="verse">Il n'a que l'pine pour lui.</div>
-
-<div class="verse stanza">O toi qui veux plaire ta belle,</div>
-<div class="verse">Sache prvenir ses dsirs.</div>
-<div class="verse">Veux-tu qu'elle te soit fidle?</div>
-<div class="verse">Sache occuper tous ses loisirs.</div>
-<div class="verse">Sur tous vos plaisirs bouche close,</div>
-<div class="verse">Avec soin garde ton secret.</div>
-<div class="verse">L'amour ne destine la rose</div>
-<div class="verse">Qu' l'amant sincre et discret.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p267">L'amour est le frre de la guerre.</div>
-<p>C'est--dire que l'amour et la guerre se ressemblent
-sous beaucoup de rapports: l'un et l'autre ont leurs
-combats qui se renouvellent chaque jour, avec une tactique
- peu prs pareille, pour obtenir une victoire
-suivie d'une trve plus ou moins longue, aprs laquelle
-une autre lutte recommence. coutez l'ternelle chanson
-des potes rotiques; vous croirez par moments
-entendre un chant guerrier; la plupart des termes caractristiques
-en sont militaires: <i>bless</i>, <i>blessure</i>, <i>vaincu</i>,
-<i>vainqueur</i>, <i>victoire</i>, <i>triomphe</i>, <i>chane</i>, <i>conqute</i>, etc.</p>
-
-<p>Ovide a dit, dans le second livre de l'<i>Art d'aimer</i>:
-L'amour est une sorte de guerre, <i lang="la" xml:lang="la">Militi species
-amor est</i>; et dans la neuvime lgie du premier livre
-des <i>Amours</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido.</i></div>
-</div>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tout amant est soldat, et l'Amour a ses camps.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p268">L'amour est le frre de la haine.</div>
-<p>L'amour et la haine pour le mme objet naissent
-assez souvent dans le mme c&oelig;ur, et s'y font sentir par
-des emportements, des maldictions, des violences,
-et d'autres effets communs l'une et l'autre passion.
-De l vient sans doute qu'on a regard l'amour et la
-haine comme frre et s&oelig;ur. Mais l'amant livr leur
-double influence ne hait pas prcisment. Il hait et
-aime tout ensemble, comme dit ce proverbe des anciens
-cit par Gilbert Cousin: <i lang="la" xml:lang="la">Non odi, odi et amo.</i> C'est
-ce qu'exprime trs-bien la charmante pigramme de
-Catulle Lesbie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Odi et amo. Quare id faciam fortasse requiris?</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nescio: sec fieri sentio, et excrucior.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>J'aime et je hais.&mdash;Comment est-ce possible? diras-tu.&mdash;Je
-ne sais, mais je le sens, et je souffre.</p>
-</blockquote>
-
-<p><i>L'amour est le frre de la haine</i>, peut s'expliquer aussi
-par cette pense de La Bruyre: On veut faire tout le
-bonheur, ou, si cela ne se peut, tout le malheur de ce
-qu'on aime.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O amour, tumultueux amour, amoureuse haine!</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Shakespeare, <i>Romo et Juliette</i>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p269">A battre faut l'amour.</div>
-<p><i>Faut</i> est ici la troisime personne de l'indicatif du
-verbe <i>faillir</i>, et ce proverbe, tir du latin, <i lang="la" xml:lang="la">injuria solvit
-amorem</i>, signifie que les mauvais traitements font cesser
-l'amour.&mdash;Cependant le cas n'est point sans exception.
-On sait que les femmes moscovites mesuraient
-l'amour qu'elles inspiraient leur mari sur la violence
-avec laquelle elles taient battues, et qu'il n'y avait ni
-paix ni contentement pour elles avant d'avoir prouv
-la pesanteur du bras marital. <i lang="la" xml:lang="la">Experientia testatur feminas
-moscoviticas verberibus placari.</i> (Drex., <i lang="la" xml:lang="la">de Jejunio</i>,
-lib. I, cap. <small>II</small>.)</p>
-
-<p>Une chanson d'un troubadour anonyme attribue le
-mme got aux filles de Montpellier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Las castanhas al brasier</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Peton quan no son mordudas;</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Las fillas de Mounpelier</div>
-<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Ploron quan no son battudas.</div>
-</div>
-
-<p>Ce qu'un ancien troubadour a rendu vers pour vers
-de cette manire:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les chtaignes au brasier</div>
-<div class="verse">Ptent quand ne sont mordues;</div>
-<div class="verse">Les filles de Montpellier</div>
-<div class="verse">Pleurent quand ne sont battues.</div>
-</div>
-
-<p>On voit dans le <i>Voyage en Grce</i> de Pouqueville que
-les femmes albanaises considrent comme des marques
-d'amour les coups qu'elles reoivent de leur mari.</p>
-
-<p>Dans plusieurs tribus arabes, les pouses prfres se
-dsolent lorsque les maris laissent reposer le bton,
-parce que, dans ce cas, le divorce n'est pas loin.</p>
-
-<p>Guillaume le Btard, duc de Normandie, si connu
-dans l'histoire sous le nom de Guillaume le Conqurant,
-fit longtemps une cour assidue Mathilde de
-Flandre, qui le traitait avec une froideur ddaigneuse.
-L'ayant rencontre, en 1047, dans une rue de Bruges,
-lorsqu'elle revenait de la messe, il la saisit, la renversa,
-la roula dans la boue, et la battit outrageusement.
-La jolie Mathilde, soit que cette dclaration d'amour
-un peu brutale la convainqut de la violente passion de
-son amant, soit que la peur de le voir ritrer la mme
-scne la dispost mieux pour lui, le traita dsormais
-avec moins de rigueur, et consentit enfin l'pouser
-en 1052. Les deux poux devinrent des modles de
-tendresse conjugale. Cette anecdote est rapporte
-dans la <i>Vie de la reine Mathilde</i>, etc., par Shickland,
-t. I, ch. <small>I</small>.</p>
-
-<p>Au reste, la violence dont usa Guillaume envers Mathilde
-tait une consquence logique de la passion
-qu'il avait pour elle, et on a vu maintes fois, avant lui
-et aprs lui, plus d'un amoureux ddaign outrager
-publiquement sa belle inhumaine dans l'esprance
-qu'un tel outrage, l'empchant de trouver un autre
-poux, elle consentirait enfin s'unir avec lui.</p>
-
-<p>Il y a encore une exception trs-remarquable au
-proverbe, et ce sont les deux amants les plus clbres
-qui l'ont fournie. Abeilard fustigeait quelquefois son
-Hlose, qui ne l'en aimait pas moins. Lui-mme, parlant
- elle-mme, rappelle la chose dans une de ses
-lettres, o il confesse d'un c&oelig;ur contrit les scandaleux
-excs de sa passion immodre: <i lang="la" xml:lang="la">In ipsis diebus dominic
-Passionis, te nolentem ac dissuadentem spius minis ac
-flagellis ad consensum trahebam.</i> Les jours mmes de la
-Passion du Seigneur, lorsque tu me refusais ce que
-je demandais ou que tu m'exhortais m'en priver, ne
-t'ai-je pas souvent force par des menaces et des coups
-de fouet cder mes dsirs?</p>
-
-<p>Ausone avait devin le c&oelig;ur d'Hlose, lorsqu'il disait
-en peignant les qualits d'une matresse accomplie
-(pigr. <small>LXVII</small>): Je veux qu'elle sache recevoir des
-coups, et qu'aprs les avoir reus elle prodigue ses caresses
- son amant.</p>
-
-<p>L'auteur des <i>Mmoires de l'Acadmie de Troyes</i>, factie
-spirituelle attribue au comte de Caylus, mais que l'on
-croit plus gnralement tre de Grosley, a examin
-d'une manire plaisante jusqu' quel point est fonde
-l'opinion que battre est une preuve d'amour. Voyez
-dans cet ouvrage (pages 205 et suivantes) la <i>Dissertation
-sur l'usage de battre sa matresse</i>.</p>
-
-<p>Aprs tant de faits gnraux et particuliers, qui contredisent
-le proverbe, ne serait-on pas tent de croire
-qu'il est l'expression d'une opinion errone, et que
-Sganarelle a raison de dire sa femme, laquelle il
-vient de donner des coups: Ce sont petites choses qui
-sont de temps en temps ncessaires dans l'amiti, et
-cinq ou six coups de bton entre gens qui s'aiment ne
-font que ragaillardir l'affection. (<i>Mdecin malgr lui</i>,
-act. I<sup>er</sup>, sc. <small>III</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p270">Heureux au jeu, malheureux en amour.</div>
-<p>La passion du jeu captive celui qui s'y livre en proportion
-du gain qu'il y trouve, et lui fait oublier tout
-le reste. Dans cette situation il nglige sa matresse, et
-celle-ci se ddommage par des infidlits; telle est
-probablement la raison de ce proverbe, qui doit tre
-fort ancien puisque le troubadour Brenger de Puivert
-l'a rappel dans les vers suivants:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1"><i lang="oc" xml:lang="oc">Pois de datz no sui aventuros</i></div>
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Ben degra aver calque domna conquisa.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Puisque je n'ai point de chance aux ds, je devrais bien avoir
-quelque dame conquise.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Nous avons encore cet autre proverbe corrlatif:
-<i id="p271">Malheureux au jeu, heureux en amour</i>, lequel est fond
-sur la supposition que le joueur maltrait de la fortune
-revient sa belle, dont la reconnaissance et la fidlit
-font son bonheur. Supposition frquemment dmentie.
-Quoi qu'il en soit, tous les joueurs ressemblent
- celui de Regnard, qui oublie sa belle Anglique
-lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il
-a perdu.</p>
-
-
-<div class="p" id="p272">Filer le parfait amour.</div>
-<p>C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.&mdash;Cette
-faon de parler fait allusion la conduite
-d'Hercule filant aux pieds de la reine Omphale.
-Elle fut probablement introduite dans notre langue
-l'poque o les confrres de la Passion reprsentaient
-le mystre d'<i>Hercule</i> sur leur thtre. On sait que ce
-titre de mystre, consacr certains ouvrages dramatiques,
-s'appliquait un sujet profane comme un sujet
-religieux.</p>
-
-
-<p id="p273">L'amour se paye par l'amour.</p>
-
-<p>Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui
-des Basques, <i lang="eu" xml:lang="eu">Maitazeac maitaze du harze</i>. Il peut avoir
-inspir Ninon de Lenclos le mot suivant, qui en est
-le commentaire: L'amour est la seule passion qui se
-paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-mme, et l'amour
-seul peut acquitter l'amour.</p>
-
-
-<div class="p" id="p274">Plus il y a paroles en amour, et moins y sied.</div>
-<p>En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un
-langage. Il est bon d'tre interdit. Il y a une loquence
-de silence qui pntre plus que la langue ne saurait
-faire. Qu'un amant persuade bien sa matresse, quand
-il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque
-vivacit que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres,
-qu'elle s'teigne. Tout cela se passe sans rgle
-et sans rflexion, et quand l'esprit le fait il n'y pensait
-pas auparavant. C'est par ncessit que cela arrive.
-(<i>Discours sur les passions de l'amour</i>).</p>
-
-<p>Ce silence qui survient tout coup sans qu'on y pense,
-qui rsulte, non d'un calcul, mais de la ncessit,
-est le plus tendre et le plus vrai langage des amants.
-Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils sentent.
-Les paroles ne peuvent tre que des signes d'une
-faible passion: elles sont comme ces bluettes qui ne
-jaillissent gure que d'un feu peu ardent. Celui qui
-peut dire combien il aime, s'crie Ptrarque, n'a qu'une
-petite ardeur.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Chi pu dir com'egli arde, un picciol fuoco.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Sonetto</i> 137.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p275">L'amour s'introduit sous le nom de l'amiti.</div>
-<p>C'est--dire que l'amiti entre homme et femme
-mne trs-souvent l'amour, ou, dans un autre sens,
-que celui qui veut se rendre matre du c&oelig;ur d'une
-belle doit prluder au rle d'amant par le rle d'ami.
-C'est la tactique recommande dans <i>l'Art d'aimer</i> d'Ovide,
-vers la fin du premier livre d'o le proverbe est
-pris. Le pote engage le jeune homme qui aspire la
-conqute d'une femme ne montrer aucun espoir d'y
-russir, de peur de l'effaroucher: Que l'amour, dit-il,
-s'introduise sous le nom d'amiti.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Intret amiciti nomine tectus amor.</i></div>
-</div>
-
-<p>J'ai vu, ajoute-t-il, plus d'une beaut farouche
-dupe de ce mange, et son ami devenir bientt son
-amant.</p>
-
-<p>Si l'amour est produit par une amiti feinte, il doit
-l'tre plus forte raison par une amiti relle. Il y a
-de cette amiti l'amour une pente qui entrane, et
-l'on s'y laisse aller avec d'autant plus de facilit que le
-passage du premier sentiment au second, ou plutt la
-fusion des deux ajoute l'affection un surcrot de dlices.</p>
-
-<p>Voici quelques lignes charmantes de M<sup>lle</sup> de Scudri
-sur cet tat:</p>
-
-<p>Lorsque l'amiti devient amour dans le c&oelig;ur d'un
-amant, ou, pour mieux dire, lorsque cet amour se mle
- l'amiti sans la dtruire, il n'y a rien de si doux que
-cette espce d'amour, car tout violent qu'il est, il est
-pourtant toujours un peu plus rgl que l'amour ordinaire;
-il est plus durable, plus tendre, plus respectueux
-et mme plus ardent, quoiqu'il ne soit pas sujet tant
-de caprices tumultueux que l'amour qui nat sans amiti.
-On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amiti
-se mlent comme deux fleuves dont le plus clbre fait
-perdre le nom de l'autre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p276">Un sot, en amour, va plus vite et plus loin qu'un homme d'esprit.</div>
-<p>Les femmes, en gnral, sont plus sensibles aux dclarations
-amoureuses d'un sot qu' celles d'un homme
-d'esprit; car elles se persuadent volontiers que le premier
-a plus d'amour qu'il n'en exprime, et elles savent
-trs-bien que le second en exprime toujours plus qu'il
-n'en a. La difficult de l'un s'expliquer passe leurs
-yeux pour l'effet d'un saisissement produit par leurs
-charmes, et leur amour-propre en est infiniment touch,
-tandis que la facilit de l'autre dbiter de galants propos
-o l'art se montre plus que le naturel, o l'imagination
-a plus de part que le c&oelig;ur, les avertit qu'il joue un
-personnage qui cherche leur en imposer, et qu'elles
-doivent se dfier de lui. Elles peuvent tre dues par
-les illusions qu'elles se font elles-mmes, mais elles
-ne sont presque jamais dupes des beaux diseurs. Au
-reste, il est tout simple que celui qui la parole fait
-dfaut leur paraisse plus amoureux que celui qui parle
-beaucoup. L'amour muet n'est-il pas le moins menteur?</p>
-
-<p>Un autre motif qui les porte galement prfrer
-le sot l'homme d'esprit, c'est qu'elles le supposent
-plus maniable, et se flattent de le gouverner plus aisment.</p>
-
-<p>Peut-tre aussi leur dtermination en sa faveur est-elle
-due en partie la secrte influence de quelques
-raisons inspires par un sentiment peu platonique&hellip;
-Mais ces raisons-l, je ne les examinerai point, afin de
-ne pas trop m'carter d'un prcepte de got autant que
-de dcence, qui recommande de ne jamais tout dire,
-et je laisserai aux lecteurs le soin de s'expliquer, sous
-ce rapport, le penchant de la belle pour la bte.</p>
-
-
-<div class="p" id="p277">L'amour est de tous les ges.</div>
-<p>On dit que la vieillesse, affaiblissant et changeant
-mme les organes, rend incapable d'aimer; mais on
-voit trop de vieilles personnes affriandes l'amour
-pour ne pas croire la vrit de ce proverbe, qu'il faut
-entendre dans le mme sens que ces deux autres, expliqus
-plus haut: <i><a href="#p330">Le c&oelig;ur ne vieillit
-pas</a>.</i>&mdash;<i><a href="#p331">Le c&oelig;ur n'a
-point de rides</a>.</i></p>
-
-<p>On ne peut tre aim tout ge, mais tout ge on
-peut aimer, et l'on a toujours des raisons de le faire.
-Je ne veux pas numrer ces raisons, plus nombreuses
-chez les femmes que chez les hommes, et je me contente
-de rappeler celles qu'a donnes M<sup>me</sup> d'Houdetot dans
-ce charmant huitain o elle a esquiss en quelques
-traits pleins de grce et de posie l'histoire de son c&oelig;ur
-aimant:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jeune, j'aimai; le temps de mon bel ge,</div>
-<div class="verse">Ce temps si court, l'amour seul le remplit.</div>
-<div class="verse">Quand j'atteignis la saison d'tre sage,</div>
-<div class="verse">Encor j'aimai; la raison me le dit.</div>
-<div class="verse">Me voici vieille, et le plaisir s'envole;</div>
-<div class="verse">Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui,</div>
-<div class="verse">Car j'aime encor, et l'amour me console:</div>
-<div class="verse">Rien ne saurait me consoler de lui.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p278">L'amour fait les vieilles trotter.</div>
-<p>Et si bien trotter que rien ne les arrte. Il y a un
-assez grand nombre de trotteuses de cette espce,
-qui ne craindraient pas d'<i>user leurs jambes jusqu'aux
-genoux</i> pour arriver au but o elles esprent trouver
-ce qu'elles ne se lassent jamais de chercher.</p>
-
-<p>Le comte de Bussy-Rabutin raconte qu'une d'elles
-parcourait un soir, grands pas, les galeries de Fontainebleau,
-sans doute la poursuite de quelque page,
-lorsqu'elle se trouva face face avec le chevalier de
-Rohan qui lui dit: Madame, que cherchez-vous?&mdash;Ce
-n'est pas vous, rpondit-elle, en allant plus vite encore.&mdash;Oh!
-rpliqua-t-il, je ne voudrais pas avoir
-perdu ce que vous cherchez.</p>
-
-
-<div class="p" id="p279">L'amour est le roi des jeunes gens et le tyran des vieillards.</div>
-<p>C'est ce que disait Louis XII, qui avait appris la chose
-par sa propre exprience, quoiqu'il ne ft que dans
-le commencement de la vieillesse quand il mourut des
-suites de son troisime mariage. Ce mot passa en proverbe
-pour signifier que l'amour rserve ses douceurs
-pour les jeunes gens, et qu'il ne cause que des peines
-aux vieillards.</p>
-
-
-<div class="p" id="p280">L'amour sied bien aux jeunes gens, et dshonore les vieillards.</div>
-<p>C'est peu prs la pense exprime dans ce vers de
-Labrius:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare juveni fructus est, crimen seni.</i></div>
-</div>
-
-<p>Suivant Ovide, Vnus en cheveux blancs est ridicule:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Est in canitie ridiculosa Venus.</i></div>
-</div>
-
-<p>Le mme pote condamne l'amour snile comme
-chose honteuse: <i lang="la" xml:lang="la">Turpe senilis amor.</i></p>
-
-<p>C'est une grande difformit dans la nature qu'un
-vieillard amoureux. (La Bruyre, ch. <small>XI</small>.)</p>
-
-<p>L'amour, chez le vieillard, est-il donc une normit
-si odieuse, et mrite-t-il d'tre fltri comme un crime?
-C'est une question que Saint-vremont me parat avoir
-traite et rsolue d'une manire charmante. Voici ce
-que dit cet aimable picurien, qui se plaisait rchauffer
-l'hiver de sa vie de quelques rayons de feu de son
-printemps. Vous vous tonnez mal propos que les
-vieilles gens aiment encore, car leur ridicule n'est pas
- se laisser toucher, c'est prtendre imbcilement
-de pouvoir plaire. Pour moi, j'aime le commerce des
-belles personnes autant que jamais; mais je les trouve
-aimables sans dessein de m'en faire aimer. Je ne
-compte que sur mes sentiments, et cherche moins avec
-elles la tendresse de leur c&oelig;ur que celle du mien&hellip;
-Le plus grand plaisir qui reste aux vieillards, c'est de
-vivre: <i>Je pense, donc je suis</i>, sur quoi roule toute la philosophie
-de Descartes, est une conclusion pour eux
-bien froide et bien languissante. <i>J'aime, donc je suis</i>, est
-une consquence toute vive, toute anime, par o l'on
-rappelle les dsirs de la jeunesse jusqu' s'imaginer
-quelquefois tre jeune encore. Vous me direz que c'est
-une double erreur de ne pas croire tre ce qu'on n'est
-plus. Mais quelles vrits peuvent tre si avantageuses
-que ces bonnes erreurs qui nous tent le sentiment des
-maux que nous avons, et nous rendent celui des biens
-que nous n'avons pas?</p>
-
-<p>Saint-vremont a raison, et l'on a tort de blmer,
-de ridiculiser le vieillard qui cherche ranimer sa vie
-dfaillante par un amour purement platonique. Laissez-le
-se retremper discrtement dans cette fontaine
-de Jouvence et goter le plaisir d'aimer pour compensation
-du malheur de ne pouvoir plus plaire, comme
-le dit ce vers latin traduit par Apule d'un vers grec
-de Mnandre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare liceat, si potiri non licet.</i></div>
-</div>
-
-
-
-<div class="p" id="p281"><span class="blk">Lorsqu'un vieux fait l'amour<br />
-La mort court l'entour.</span></div>
-
-<p>C'est--dire que l'amour physique abrge la vie du
-vieillard. Le regain de cet amour dans le c&oelig;ur du vieillard
-est souvent le signe et la cause de sa fin prochaine,
-et, sous ce double rapport, il ressemble au gui qui
-fleurit sur un arbre mourant.</p>
-
-<p>Le <i lang="la" xml:lang="la">Florilegium</i> de Grutter cite ce proverbe latin sur
-les vieilles amoureuses: <i lang="la" xml:lang="la">Anus cum ludit, morti delicias
-facit.</i> Vieille qui se livre aux foltreries de l'amour
-fait les dlices de la mort.</p>
-
-
-<div class="p" id="p282">Vieillard qui fait l'amour est un agonisant en chemise de noce.</div>
-<p>Ce proverbe, d'une originalit spirituelle, exprime
-la mme ide que le prcdent. Il fait allusion une
-ancienne coutume qui consistait conserver soigneusement
-la chemise qu'on portait le jour de son mariage
-pour la reprendre au lit funbre, comme un
-suaire dans lequel on devait tre inhum. Cette coutume
-existe encore en Bretagne et dans plusieurs autres
-localits, o l'on se fait un pieux devoir de tenir
-en rserve la chemise nuptiale, afin de l'employer
-une toilette de mort, <i>une toilette dans laquelle on doit,
-dit-on, paratre devant le bon Dieu</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p283">Amour se nourrit de jeune chair.</div>
-<p>Voil le Cupidon mythologique transform en un
-ogre qui il faut la chair frache des jouvenceaux et
-des jouvencelles. Cet ogre-l pourtant ne fait peur
-personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire,
- s'approcher de lui, on met tous ses soins l'attirer,
-on veut lui servir d'aliment, et de toute part on n'entend
-que des voix qui lui crient, comme les enfants
-d'Ugolin leur pre: <i lang="it" xml:lang="it">Mangia di noi</i>, mange de nous.
-Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empresss
-que les jeunes s'offrir en sacrifice; mais il se montre
-fort peu dispos en leur faveur, leur viande coriace
-ne lui parat pas propre entretenir son apptit.</p>
-
-<p>Ce proverbe tait trs-rpandu au dix-septime
-sicle, et c'est sans doute cause de cela que La Fontaine,
-dans son conte intitul <i>Comment l'esprit vient
-aux filles</i>, ne craignit pas de risquer ces deux vers dont
-tout le sel ne consiste qu' y faire allusion:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Amour n'avait son croc de pucelle</div>
-<div class="verse">Dont il crut faire un aussi bon repas.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p284">L'amour n'a point de rgle.</div>
-<p>C'est ce qu'a dit saint Jrme vers la fin de sa lettre
- Chromatius: <i lang="la" xml:lang="la">Amor nescit ordinem.</i> L'amour ne
-connat point l'ordre ou la rgle. Anacron avait dit
-avant lui: Bacchus, second de l'amour, <i>foltre sans
-rgle</i>. (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir
-s'astreindre rien de rgulier dans sa manire d'tre,
-et ses lans passionns ne peuvent se plier aux froids
-calculs de la rflexion. <span lang="frm" xml:lang="frm">Qui ne sait en son eschole,
-combien on procede au rebours de tout ordre? l'estude,
-l'exercitation, l'usage sont voyes l'insuffisance:
-les novices y regentent: <i lang="la" xml:lang="la">Amor ordinem nescit.</i> Certes, sa
-conduicte a plus de garbe (bonne grce) quand elle
-est mesle d'inadvertence et de trouble; les faultes,
-les succez contraires, y donnent poincte et grace:
-pourveu qu'elle soit aspre et affame, il chault peu
-qu'elle soit prudente: voyez comme il va chancellant,
-chopant et follastrant; on le met aux ceps (aux entraves,
-aux chanes), quand on le guide par art et sagesse,
-et contrainct-on sa divine libert, quand on la
-soubmet ces mains barbues et calleuses.</span> (Montaigne,
-<i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p285">Le plaisir est le tombeau de l'amour.</div>
-<p>Panard, dont les posies sont pleines de proverbes,
-a pris celui-ci pour titre des vers suivants, qui en sont
-l'explication, et qui se terminent par un autre proverbe
-qu'il a littralement emprunt aux Orientaux:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand un amant est sr que ses soins ont su plaire,</div>
-<div class="verse">Son fortun destin le rend, de jour en jour,</div>
-<div class="verse i2">Moins empress pour sa bergre.</div>
-<div class="verse i2"><i id="p286">Le Plaisir est fils de l'Amour,</i></div>
-<div class="verse"><i>Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son pre.</i></div>
-</div>
-
-<p>On rapporte qu'un jeune Grec, nomm Thrasonids,
-tait si convaincu de cette vrit proverbiale et en
-mme temps si amoureux de son amour, qu'il ne voulut
-jamais jouir de sa matresse, de peur d'amortir sa
-passion par la jouissance. Vous demanderez peut-tre
-si, en aimant ainsi davantage, il fut plus aim de sa
-belle. Je ne puis vous le dire, car l'histoire n'en
-parle pas: elle se borne le signaler comme un amant
-inimitable.</p>
-
-
-<div class="p" id="p288">L'amour des parents descend et ne remonte pas.</div>
-<p>Helvtius a dit: L'homme hait la dpendance. De
-l peut-tre sa haine pour ses pre et mre, et le proverbe
-fond sur une observation commune et constante:
-<i>L'amour des parents descend, et ne remonte pas.</i>
-Il a pris le proverbe dans un sens affreusement exagr.
-Le vritable sens est que l'amour des pre et mre pour
-les enfants surpasse celui des enfants pour les pre et
-mre. La nature, veillant la conservation des espces,
-a voulu donner la plus grande nergie au sentiment
-paternel et maternel, afin d'enchaner les parents
-tous les soins ncessaires pour protger la frle existence
-des enfants; et nous voyons qu'elle a agi ainsi
-dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a
-pas dvelopp de mme, il est vrai, le sentiment filial;
-mais de cette disproportion qu'elle a laisse dans l'amour
-il y a bien loin jusqu' la haine. L'une est dans la
-nature et l'autre est dnature, dit La Harpe, en rfutant
-l'opinion d'Helvtius dans une de ces belles pages
-dont je viens de reproduire les traits principaux, et
-qui se termine par ces paroles remarquables: Le
-plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est
-qu'en les lisant l'ingrat et le fils dnatur pourront
-se dire qu'ils sont comme les autres hommes. Mritent-ils
-le nom de philosophes, ceux qui n'ont crit
-que pour la justification des monstres?</p>
-
-<p>Les Arabes disent: <i id="p332">Le c&oelig;ur d'un pre est dans son fils,
-le c&oelig;ur du fils est dans la pierre.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p289">Le c&oelig;ur d'une mre est le miracle de l'amour.</div>
-<p>Bossuet a expliqu ce miracle, et ceux qui connaissent
-son explication seront charms de la retrouver ici,
-car elle est si belle de pense, de sentiment et d'expression,
-qu'il est impossible de ne pas trouver un
-nouveau charme la relire: On ne peut assez admirer,
-dit-il, les moyens dont la nature se sert pour unir
-les mres avec leurs enfants, car c'est le but auquel
-elle vise, et elle tche de n'en faire qu'une mme
-chose: il est ais de le remarquer dans l'ordre de ses
-ouvrages. Et n'est-ce pas pour cette raison que le premier
-soin de la nature est d'attacher les enfants au
-sein de leur mre? elle veut que leur nourriture et
-leur vie passent par les mmes canaux; ils courent
-ensemble les mmes prils; ce n'est qu'une
-mme personne. Voil une liaison bien troite; mais
-peut-tre pourrait-on se persuader que les enfants, en
-venant au monde, rompent le n&oelig;ud de cette union:
-ne le croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la
-nature a si bien li; sa conduite sage et prvoyante y
-a pourvu par d'autres moyens. Quand cette premire
-union finit, elle en fait natre une autre sa place, elle
-forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la
-tendresse: la mre porte ses enfants d'une autre faon,
-et ils ne sont pas plutt sortis de ses entrailles, qu'ils
-commencent tenir beaucoup plus au c&oelig;ur. Telle est
-la conduite de la nature ou plutt de celui qui la gouverne;
-voil l'adresse dont elle se sert pour unir les
-mres avec leurs enfants, et empcher qu'elles ne s'en
-dtachent. L'me les reprend par l'affection en mme
-temps que le corps les quitte; rien ne peut les arracher
-du c&oelig;ur: la liaison est toujours si ferme qu'aussitt
-que les enfants sont agits, les entrailles des
-mres sont encore mues, et elles sentent tous leurs
-mouvements d'une manire si vive et si pntrante,
-qu' peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur
-sein en soit dcharg. (Premier <i>Sermon pour le vendredi
-de la Passion</i>.)</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p290"><span class="blk">Tendresse maternelle<br />
-Toujours se renouvelle.</span></div>
-
-<p>Rien ne manque au c&oelig;ur d'une mre, ce <i>chef-d'&oelig;uvre
-de l'amour</i>. C'est une source de tendresse qui
-se renouvelle continuellement sans jamais s'puiser,
-qui semble s'accrotre, au lieu de diminuer par l'excessive
-effusion de sa substance. Qui pourrait dire les
-trsors de sentiment qui en dcoulent! O ma mre,
-s'crie un fils dans une pice de posie chinoise, vos
-bras furent mon premier berceau. J'y trouvai vos mamelles
-pour m'allaiter, vos vtements pour me couvrir,
-votre sein pour me rchauffer, vos baisers pour me
-consoler, et vos caresses pour me rjouir.</p>
-
-<p>Mais ses bienfaits ne s'panchent pas seulement sur
-le jeune ge. La nature n'a point limit chez la femme,
-comme elle l'a fait chez les femelles des animaux, l'nergie
-de l'amour maternel au temps o l'enfant ne
-peut se passer des soins de celle qui l'a mis au monde;
-elle a voulu, par un privilge exceptionnel en l'honneur
-de la dignit humaine, que cet amour subsistt
-inaltrable dans le c&oelig;ur qui en est anim par del les
-besoins de l'objet qui l'inspire. Il ne s'interrompt
-point, il ne perd rien de sa force en s'tendant de
-nouveaux enfants; il se multiplie avec eux, il l'emporte
-sur toute autre affection. Les annes ne l'usent
-point, il est de tous les jours et de tous les instants de
-la vie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Une mre, vois-tu, c'est l l'unique femme</div>
-<div class="verse i4">Qui nous aime toujours,</div>
-<div class="verse">A qui le ciel ait mis assez d'amour dans l'me</div>
-<div class="verse i4">Pour chacun de nos jours.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(A. de Latour.)</p>
-
-<p>Les Allemands disent: <i lang="de" xml:lang="de">Mutterlieb ist immer neu.</i>
-<a name="p291" id="p291"></a>Amour de mre est toujours nouveau. Ce proverbe
-a t dvelopp d'une manire pleine d'intrt dans
-une collection de jolies gravures faites d'aprs les dessins
-originaux de M. J.-Martin Ustri. Les explications
-places ct de chaque estampe ajoutent au
-prix de cette collection, dite Zurich en 1803, et
-devenue le sujet d'un petit roman sentimental publi
-depuis Paris.</p>
-
-
-<div class="p" id="p296">Froides mains, chaudes amours.</div>
-<p>Nous disons encore: <i>Il a les mains fraches, il doit
-tre fidle</i>, et cela en vertu d'un axiome de chiromancie
-d'aprs lequel les mains froides ou fraches sont le
-signe caractristique d'un temprament amoureux,
-parce que la chaleur du sang ne les quitte qu'afin de
-se concentrer dans le c&oelig;ur, regard comme le principal
-organe de la passion. Nous avons aussi ce proverbe
-corrlatif: <i id="p297">Chaudes mains, froides amours.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p298">Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux.</div>
-<p>Les mariages d'inclination sont rarement heureux,
-parce qu'ils sont presque toujours mal assortis. La
-passion qui porte seule les contracter ne permet pas
-de voir les incompatibilits de caractre qui devraient
-les empcher. Mais ces incompatibilits, se dcouvrant
-et se faisant sentir mesure que cette passion diminue,
-les deux poux en viennent bientt se dtester aussi
-cordialement qu'ils s'taient aims.</p>
-
-<p>Les Provenaux ont ce proverbe trs-expressif:
-<i lang="oc" xml:lang="oc">Qui d'amour si prend d'enrabi si quitto.</i> <a name="p235" id="p235"></a>Qui se prend
-avec amour se quitte avec rage.</p>
-
-<p>Il y a trs-peu d'exemples d'une alliance prospre
-qui ait t contracte dans l'ivresse de l'amour. Le
-dgot survient, et sa suite le cortge des ennuis,
-des repentirs, des tracasseries, des querelles.</p>
-
-<p>J'ai vu bien des mariages o l'on commenait par
-ressentir une telle passion que l'on aurait voulu se
-manger mutuellement: au bout de six mois, on tait
-spar. (Luther, <i>Propos de table</i>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p299">Il n'y a point de laides amours.</div>
-<p>Ou, suivant un autre proverbe, <i id="p315">l'objet qu'on aime est
-toujours beau</i>. Tout c&oelig;ur passionn, dit Bossuet,
-embellit dans son imagination l'objet de sa passion;
-il lui donne un clat que la nature ne lui donne pas,
-et il est bloui de ce faux clat. La lumire du soleil,
-qui est la vraie joie des yeux, ne lui parat pas aussi
-belle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Feminam natura pulchram haud reddit, sed affectio.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p id="p287">Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour.</p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Car sa beaut pour nous c'est notre amour pour elle.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(A. de Musset.)</p>
-
-<p>Un proverbe roman dit: <i lang="oc" xml:lang="oc">Non es bel so qu'es bel,
-mas es bel so qu'agrada.</i> <a name="p316" id="p316"></a>N'est pas beau ce qui est beau,
-mais est beau ce qui agre. Ce proverbe s'est conserv
-en Provence et en Italie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quisquis amat ranam, ranam putat esse Dianam.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Quiconque aime une grenouille, prend cette grenouille pour
-Diane.</p>
-</blockquote>
-
-<p>C'est Diane Limnatis, desse des marais et des
-tangs, dont il est ici question. Cette remarque n'est
-pas inutile pour faire sentir l'analogie d'un tel rapprochement.</p>
-
-<p>Les habitants de l'le de Cypre avaient rig des
-autels <i>Vnus Barbue</i>. Les Romains adoraient <i>Vnus
-Louche</i>, comme on le voit dans le second livre de l'<i>Art
-d'aimer</i> d'Ovide, et dans le <i>Festin de Trimalcion</i> par
-Ptrone. Ils employaient mme proverbialement l'hmistiche
-d'Ovide: <i lang="la" xml:lang="la">Si pta est, Veneri similis.</i> <a name="p640" id="p640"></a>Si elle
-est louche, elle ressemble Vnus, en parlant d'une
-belle qui avait le rayon du regard un peu fauss.
-Horace nous apprend qu'un certain Balbinus trouvait
-une grce particulire dans le polype qu'Agna sa
-matresse avait au nez. Il observe que les amants ressemblent
- Balbinus (<i>Serm.</i> <small>I</small>, 3). Il n'en est aucun en
-effet qui n'aime, comme on dit, <i id="p39">jusqu'aux taches et aux
-verrues de sa belle</i>.</p>
-
-<p>Le meilleur dveloppement du proverbe <i>Il n'y a
-point de laides amours</i> est dans les vers suivants, tirs
-de la traduction libre que Molire avait faite de Lucrce,
-et placs dans la cinquime scne du second
-acte du <i>Misanthrope</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&hellip; L'on voit les amants vanter toujours leur choix:</div>
-<div class="verse">Jamais leur passion n'y voit rien de blmable,</div>
-<div class="verse">Et dans l'objet aim tout leur parat aimable.</div>
-<div class="verse">Ils comptent les dfauts pour des perfections,</div>
-<div class="verse">Et savent y donner de favorables noms:</div>
-<div class="verse">La ple est au jasmin en blancheur comparable,</div>
-<div class="verse">La noire faire peur, une brune adorable;</div>
-<div class="verse">La maigre a de la taille et de la libert,</div>
-<div class="verse">La grasse est dans son port pleine de majest;</div>
-<div class="verse">La malpropre, sur soi, de peu d'attraits charge,</div>
-<div class="verse">Est mise sous le nom de beaut nglige;</div>
-<div class="verse">La gante parat une desse aux yeux;</div>
-<div class="verse">La naine, un abrg des merveilles des cieux;</div>
-<div class="verse">L'orgueilleuse a le c&oelig;ur digne d'une couronne,</div>
-<div class="verse">La fourbe a de l'esprit, la sotte est toute bonne;</div>
-<div class="verse">La trop grande parleuse est d'agrable humeur,</div>
-<div class="verse">Et la muette garde une honnte pudeur:</div>
-<div class="verse">C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrme</div>
-<div class="verse">Aime jusqu'aux dfauts des personnes qu'il aime.</div>
-</div>
-
-<p>Le proverbe n'est pas toujours cit tel que je l'ai
-rapport: on y fait quelquefois une addition, en disant:
-<i id="p300">Il n'y a point de belle prison ni de laides amours.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p301">Il n'y a point d'ternelles amours ni de flicit parfaite.</div>
-<p>Cette flicit qu'on cherche toujours sans jamais la
-trouver est la pierre philosophale de l'me, et ces
-amours sans fin par lesquelles on espre y parvenir ne
-sont que des illusions qui passent aussi vite que les
-fleurs des champs. Les Chinois en assimilent la courte
-dure celle des roses par cette jolie mtaphore proverbiale:
-<i>Il n'y a pas de roses de cent jours</i>; et l'on peut
-dire, en continuant leur ide, que rver l'ternit des
-amours, c'est, suivant une charmante expression de
-M. V. Hugo, <i>rver l'ternit des roses</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p302">On revient toujours ses premires amours.</div>
-<p>Les vives impressions prouves dans ce premier
-panouissement de la vie du c&oelig;ur, et les ineffables
-illusions qu'elles ont fait natre, restent profondment
-graves dans la mmoire, qui les pare de couleurs
-potiques et en compose un type enchanteur, un idal
-ravissant, dont l'clat fait plir toutes les amours venues
-dans la suite. Celles-ci se montrent telles qu'elles
-sont avec les dplaisirs qui viennent souvent s'y mler,
-tandis que les autres apparaissent telles qu'on se plat
- les supposer avec leurs volupts fantastiques, et il
-rsulte de la comparaison qu'on tablit entre elles
-que les effets produits par l'imagination doivent sembler
-prfrables ceux de la ralit, et les premires
-amours celles qui leur succdent.</p>
-
-<p>Le pote Lebrun a dit d'une manire charmante,
-dans son ode intitule <i>Mes Souvenirs, ou les Deux Rives
-de la Seine</i>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Ce premier sentiment de l'me</div>
-<div class="verse">Laisse un long souvenir que rien ne peut user;</div>
-<div class="verse i3">Et c'est dans la premire flamme</div>
-<div class="verse i3">Qu'est tout le nectar du baiser.</div>
-</div>
-
-<p>Il ne faut pas croire que le proverbe signifie, comme
-le pensent mal propos quelques personnes, que ce
-soit en ralit qu'<i>on revient ses premires amours</i>: c'est
-uniquement en souvenir. Si c'tait rellement, on les
-retrouverait, hlas! tout fait dpourvues des attraits
-qu'on leur suppose, et l'on ressemblerait aux cerfs
-qui, aprs avoir successivement pass de biche en
-biche, reviennent celle par laquelle ils ont commenc:
-<i lang="la" xml:lang="la">Cervi vicissim ad alias transeunt, et ad priores
-redeunt.</i> (Plin. <i lang="la" xml:lang="la">Natur. Histor.</i>, <small>X</small>, 63.)</p>
-
-<p>Un autre proverbe dit: <i>Il ne faut pas revenir sur ses
-premires amours, ni aller voir la rose qu'on a admire la
-veille.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p303">Que la nuit me prenne l o sont mes amours!</div>
-<p>Pour dire qu'on s'attarde volontiers dans un endroit
-o l'on se plat, auprs de l'objet de ses amours. Ce
-v&oelig;u tendre et dlicat, exprim avec une simplicit
-exquise, me semble offrir un doux reflet du v&oelig;u passionn
-de Landre traversant l'Hellespont la nage,
-au milieu de la tempte, pour se runir son amante
-Hro, prtresse de Vnus:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Landre, conduit par l'amour,</div>
-<div class="verse">En nageant, disait aux orages:</div>
-<div class="verse">Laissez-moi gagner les rivages:</div>
-<div class="verse">Ne me noyez qu' mon retour.</div>
-</div>
-
-<p>Ce charmant quatrain de Voltaire est traduit fidlement
-d'une pigramme de l'<i>Anthologie grecque</i>, pigramme
-que le pote latin Martial avait reproduite
-dans le distique suivant:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Clamabat tumidis audax Leander in undis:</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Mergite me, fluctus, quum rediturus ero.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Lib. XIV, epigr. 181.)</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p304"><span class="blk">D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours,<br />
-Pour un plaisir mille doulours.</span></div>
-
-<p>Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le <i>Grand Testament</i>
-de Villon, atteste combien les anciens seigneurs
-franais devaient prendre c&oelig;ur tout ce qui concernait
-la fauconnerie, la vnerie, les tournois et la galanterie,
-quatre objets importants de leurs occupations
-et de leurs gots. On sait qu'ils professaient un culte
-chevaleresque pour les dames, et qu'ils regardaient
-l'oiseau, le chien et l'pe comme des symboles qui
-caractrisaient les prrogatives de leur rang. Quand
-ils voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori
-auprs d'eux, l'pervier sur le poing, et l'pe au ct.
-S'ils taient faits prisonniers dans quelque combat, la
-loi ne leur permettait pas d'offrir pour ranon ces
-attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la
-facult de livrer des centaines de paysans de leurs
-terres.</p>
-
-<p>Le fait suivant, rapport par Abbon de Saint-Germain
-dans son pome latin sur le sige de Paris, est encore
-une preuve frappante de l'importance qu'ils attachaient
-particulirement leurs oiseaux. Douze gentilshommes
-prs de prir dans la tour du Petit-Pont, laquelle
-les Normands qui l'assigeaient avaient mis le feu,
-donnrent la vole leurs autours pour les empcher
-de tomber entre les mains de ces barbares, qu'ils
-jugeaient indignes d'une si prcieuse conqute.</p>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" id="p307">Sont aussi bien amourettes,</div>
-<div class="verse">Sous bureaux comme sous brunettes.</div>
-</div>
-
-<p>La brunette tait une sorte de fin drap de soie de
-couleur brune, dont les personnes de qualit s'habillaient
-au treizime sicle, tandis que le bureau ou la
-bure tait une toffe grossire de laine l'usage des
-gens du commun. De l ce proverbe qui se trouve
-textuellement dans le <i>roman de la Rose</i>, pour signifier
-que l'amour tend galement son empire sur toutes
-les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans
-les petites que dans les grandes.</p>
-
-
-<div class="p" id="p308">Un amoureux est toujours craintif.</div>
-<p>Ce proverbe, usit chez beaucoup de peuples, est
-traduit du vingtime article du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amorosus
-semper est timorosus.</i> Il s'explique trs-bien par les
-rflexions suivantes tires de divers endroits du <i>Discours</i>
-de Pascal <i>sur les passions de l'amour</i>. Le premier
-effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect,
-l'on a de la vnration pour ce qu'on aime. Il est
-(c'est) bien juste: on ne reconnat rien de grand
-comme cela.&mdash;Dans l'amour on n'ose hasarder
-de peur de tout perdre; il faut pourtant avancer;
-mais qui peut dire jusques o? L'on tremble toujours
-jusqu' ce qu'on ait trouv ce point.&mdash;Il n'y a rien
-de si embarrassant que d'tre amant, et de voir quelque
-chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est galement
-combattu de l'esprance et de la crainte. Mais enfin la
-dernire devient victorieuse de l'autre.</p>
-
-<p>Il y avait en langue romane un proverbe analogue:
-<i lang="la" xml:lang="la">Qui non tem non ama coralmen</i>, c'est--dire: Qui ne
-craint pas, n'aime pas cordialement.</p>
-
-
-<div class="p" id="p309">Amoureux transi.</div>
-<p>Cette expression, dont on se sert pour dsigner un
-amoureux timide, novice, froid, fait allusion un ancien
-usage des justiciables volontaires de certaines
-cours d'amour, espces d'nergumnes qui avaient
-fond, sous le rgne de Philippe V, une socit ou
-confrrie nomme la <i>ligue des amants</i>, dont l'objet tait
-de prouver l'excs de leur passion par une opinitret
-invincible braver les ardeurs de l't et les glaces de
-l'hiver. Dans les chaleurs extrmes, ils allumaient de
-grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez
-eux qu'envelopps d'paisses fourrures; au contraire,
-quand il gelait pierre fendre, ils se couvraient trs-lgrement
-et allaient par le froid, par la neige ou par
-la pluie, soupirer la porte de leurs matresses, o ils
-se tenaient jusqu' ce qu'ils les eussent aperues, <i>tant
-parfois tellement morfondus et transis dans l'attente</i>, dit
-un vieux chroniqueur, <i>qu'on entendait claquer leurs dents
-comme les becs des cigognes</i>: la crainte des catarrhes et
-des fluxions de poitrine n'tait rien pour eux auprs
-du plaisir qu'ils paraissaient prendre baiser la serrure
-ou le verrou de cette porte. Outre ces tmoignages
-de leur vasselage amoureux, ils avaient pour se
-distinguer certaines devises et certaines dmonstrations
-d'une singularit extraordinaire. Tel confrre lisait son
-domicile l'enseigne de la Passion, rue du Sacrifice,
-paroisse de la Sincrit; tel autre demeurait sur la
-place de la Persvrance, htel de l'Assiduit, etc., etc.</p>
-
-<p>Il existe un ouvrage rare et curieux intitul <i>l'Amoureux
-transy sans espoir</i>, par Jehan Bouchet. Cet ouvrage
-ne porte point de date. Selon toute apparence, il a
-paru vers 1505, et par consquent il est postrieur la
-locution qui en forme le titre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p310">Amoureux des onze mille vierges.</div>
-<p>On appelle ainsi celui qui devient amoureux de
-toutes les femmes qui s'offrent sa vue.</p>
-
-<p>Cette expression rappelle la lgende des onze mille
-vierges. Voici ce que l'abb Salgues a dit sur cette
-lgende, qui passe aujourd'hui pour apocryphe:</p>
-
-<p>Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres
-pour la basse Bretagne, avec onze mille vierges
-qui devaient pouser les onze mille soldats du capitaine
-Conan, son fianc, et peupler le pays? Croyez-vous
-qu'une tempte miraculeuse les ait jetes dans
-les bouches du Rhin, et qu'elles aient remont le
-fleuve jusqu' la ville de Cologne, alors occupe par
-les Huns, qui servaient l'empereur Gratien? Croyez-vous
-que ces impertinents aient voulu leur faire la
-cour un peu trop brusquement, et qu'irrits d'tre
-repousss avec trop de fiert ils les aient mises
-mort pour leur apprendre vivre? Nos bons aeux le
-croyaient certainement, puisqu'ils clbraient annuellement,
-le 22 octobre, la fte de ces chastes hrones.
-Mais comme il n'est rien dans le monde sans contradiction,
-des critiques sourcilleux et difficiles ont contest
-la vrit de ces rcits. Ils ont fait d'abord observer
-que le nombre de onze mille vierges tait un peu
-fort, qu'on aurait eu de la peine le trouver dans les
-meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe
-de Wandelbert, compos en 850, et l'un des plus
-estims des connaisseurs, n'en a port le nombre qu'
-mille, ce qui est encore beaucoup. Ensuite ils ont soutenu
-qu'il fallait pousser la rduction encore plus loin,
-et ils ont port l'esprit de rforme jusqu' effacer d'un
-trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf
-vierges, de sorte qu'ils n'en ont voulu accorder que
-onze; ce qui doit laisser beaucoup de places vacantes
-en paradis. Ils se sont autoriss d'une inscription qu'ils
-ont interprte leur manire: <span class="sc" lang="la" xml:lang="la">Sancta Ursula et</span>
-XI M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges
-ont traduit: <i>Sainte Ursule et onze mille vierges</i>. Mais nos
-critiques assurent que cette interprtation est fautive
-et errone, et veulent que l'on traduise <i>sainte Ursule et
-onze martyres vierges</i>. Pour appuyer leur prtention, ils
-citent un catalogue de reliques tir du <i>Spicilge</i> du
-pre D. Luc d'Acheri, dans lequel on lit: <i lang="la" xml:lang="la">De reliquiis
-SS. undecim virginum</i>. Des reliques des SS. onze
-vierges.</p>
-
-<p>Rduire ainsi onze mille vierges onze, c'est dj
-beaucoup: cependant d'autres critiques, plus svres
-encore, ont prtendu enchrir sur les premiers et
-porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent
-absolument que deux vierges. Ils protestent qu'on a
-trs-mal lu les anciens martyrologes, qui portaient:
-<i lang="la" xml:lang="la">SS. Ursula et Undecimilla, Virg. Mart.</i>, c'est--dire
-SS. Ursule et Undecimille, vierges martyres. Des
-copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un
-nom de nombre, et se sont imagin que <i>Undecimilla</i>
-tait une abrviation de <i lang="la" xml:lang="la">undecim millia</i>.</p>
-
-<p>Voil ce que pense le savant pre Sirmond, je ne
-sais s'il se trompe. Il est au moins constant qu'on a
-peu de renseignements exacts sur l'histoire de sainte
-Ursule et de ses compagnes. Baronius assure que les
-vritables actes de son martyre ont t perdus.</p>
-
-
-<div class="p" id="p311">Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse.</div>
-<p>Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour
-aux soucis de la richesse, et semble vous dire: Prfrez
-ce qui dilate le c&oelig;ur ce qui le resserre. Il nous
-est venu de la langue romane, et il se trouve dans ce
-vers du troubadour Pierre Cardinal:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">El ric s'irais mentre l'amoros dansa.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p312">Les tisons relevs chassent les amoureux.</div>
-<p>Dicton fond sur un usage trs-ancien, d'aprs lequel
-une jeune fille, lorsqu'elle voulait se dbarrasser des
-poursuites d'un jeune homme qui la recherchait en
-mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait
-se cacher, son arrive, aprs avoir relev les tisons
-du feu, lui signifiant par l sans doute qu'ils ne devaient
-pas avoir l'un et l'autre un foyer commun.</p>
-
-<p>Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose
-d'analogue dans le dpartement des Hautes-Alpes, o
-les belles congdient les galants en leur prsentant le
-bout non allum d'un tison.</p>
-
-<p>Il va sans dire que si l'on conduisait un prtendant
-en lui faisant voir les tisons teints, on le retenait en
-les lui montrant allums. C'taient deux choses corrlatives
-passes en coutume, qui se rattachaient galement
-aux antiques formalits du mariage, o le feu
-entrait comme lment symbolique, ainsi que je l'ai
-remarqu en expliquant la locution proverbiale: <i><a href="#p325">Allumer
-la chandelle quatre cornes</a>.</i></p>
-
-<p>On vient de lire deux exemples assez curieux de la
-premire, en voici encore deux de la seconde qui ne
-le sont pas moins:</p>
-
-<p>Dans la province d'Utrecht, principalement Zeyst,
-prs de cette ville, chez la secte indpendante des
-Hernudders, le jeune homme qui recherche une jeune
-fille en mariage va sonner la porte de la maison
-qu'elle habite, et demande du feu pour allumer son
-cigare ou sa pipe. Cette visite est suivie d'une seconde,
-et si le feu lui est accord, il se prsente une troisime
-fois. Alors il est reu comme pouseur, et la jeune fille
-lui donne une poigne de main. Si, pendant ce temps,
-il finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau,
-et l'affaire est conclue. Lorsqu'il n'est pas agr,
-la porte reste ferme pour lui, et il faut qu'il aille
-chercher femme ailleurs.</p>
-
-<p>Le mme usage existe chez les Mormons; mais c'est
-la jeune fille qui prend l'initiative de prsenter le
-cigare et le feu.</p>
-
-<p>L'usage symbolique de notifier un refus de mariage
-en offrant aux yeux des prtendants les tisons relevs,
-c'est--dire le foyer sans feu, donna lieu dans la suite
- une superstition dont il reste encore quelque vestige:
-Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque
-fille marier dans une maison, dit le cur Thiers, et
-qu'elles sont recherches en mariage, il faut bien se
-donner de garde de relever les tisons, parce que <i>cela
-chasse les amoureux</i>. (<i>Trait des Superst.</i>, t. III, p. 455.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p322">C'est un Cladon.</div>
-<p>Amoureux beaux sentiments. Cladon est un personnage
-de <i>l'Astre</i>, pastorale allgorique o son
-auteur, le marquis Honor d'Urf, homme clbre
-dans le monde galant par sa beaut, sa grce, son
-esprit et son tendre c&oelig;ur, a dcrit ses propres amours,
-dgags de toute ide grossire. La scne de ce roman
-est place sur les bords du Lignon, petite rivire du
-Forez. Les bergers et les bergres qui y figurent sont
-des portraits de grands seigneurs et de grandes
-dames de la cour de France. Astre reprsente M<sup>lle</sup>
-de Chateaumorand; Galathe, la reine Marguerite,
-s&oelig;ur de Henri III; Cladon, c'est d'Urf; Calidon,
-M. le prince; Calide, madame la princesse; Euric,
-Henri le Grand. Le premier volume de <i>l'Astre</i> parut
-en 1610, quelque temps avant l'assassinat de Henri IV,
-et fut ddi ce roi, qui trouva le prsent fort agrable,
-quoique l'auteur ne le lui ft gure cause de ses
-amours avec Marguerite de Valois. Le second et le
-troisime volume furent publis l'anne suivante, le
-quatrime en 1620, et le cinquime en 1625, aprs la
-mort de d'Urf, par les soins de son secrtaire Baro,
-qui le termina d'aprs les manuscrits de son matre ou
-d'aprs sa propre imagination. Ces publications successives,
-signales par divers bibliographes qui
-j'ai emprunt les dtails qu'on vient de lire, furent
-accueillies avec la plus grande faveur.</p>
-
-<p>Ajoutons un fait qui montre bien l'influence extraordinaire
-que d'Urf, par son roman, exera sur ses
-contemporains. On assure qu'en 1624 il reut, en Pimont
-o il rsidait, une lettre signe de vingt-neuf
-princes ou princesses, et de dix-neuf seigneurs ou
-dames d'Allemagne qui lui demandaient avec instance
-la fin de l'ouvrage. Ces personnages l'informaient qu'ils
-avaient pris les noms des hros et des hrones de
-<i>l'Astre</i>, et qu'ils s'taient constitus en <i>acadmie des
-vrais amants</i>.</p>
-
-<p>C'est de ces confrries pastorales, qui remontent
-une poque beaucoup plus ancienne, que sont drivs
-les noms de <i>berger</i> et de <i>bergre</i> employs comme
-synonymes d'<i>amant</i> et d'<i>amante</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p632">Il ne faut pas dcouvrir le pot aux roses.</div>
-<p>C'est--dire les choses qu'on veut tenir secrtes, et
-particulirement les mystres de la galanterie ou de
-l'amour.</p>
-
-<p>La rose, dont le Tasse a dit d'une manire si charmante:
-<i lang="it" xml:lang="it">Quanto si mostra men, tanto pi bella</i>; moins
-elle se montre, plus elle est belle, la rose tait dans
-l'antiquit le symbole de la discrtion, et la riante
-mythologie avait consacr cette ide en racontant que
-l'Amour avait fait prsent de la premire rose qui
-parut sur la terre Harpocrate, dieu du silence, pour
-l'engager cacher les faiblesses de Vnus. De mme
-que la rose a son bouton envelopp de ses feuilles, on
-voulait que la bouche gardt la langue captive sous
-les lvres<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>. Quand on faisait une confidence quelqu'un,
-on avait soin de lui offrir une rose comme une
-recommandation expresse de respecter les secrets
-dont il devenait dpositaire. Cette fleur figurait surtout
-dans les festins: tresse en guirlandes destines
-couronner le front et la coupe des convives, ou place
-par bouquets sous leurs yeux, elle servait leur rappeler
-que les doux panchements ns de la libert qui
-rgne dans les banquets doivent toujours tre sacrs.
-Nos bons aeux avaient adopt cet aimable usage,
-qu'ils rendaient plus significatif encore en exposant
-sur la table un vase de roses sous un couvercle, et le
-proverbe est venu de cet usage, qui n'est peut-tre pas
-entirement tomb en dsutude; en 1800, j'en ai t
-tmoin dans une petite ville du dpartement de l'Aveyron.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> C'est ce que dit saint Grgoire de Nazianze dans des vers grecs dont sir
-Thomas Brown a rapport cette traduction en vers latins:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Utque latet rosa verna suo putamine clausa,</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis,</div>
-<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Indicatque suis prolixa silentia labris.</div>
-</div>
-</div>
-<p>Les Allemands, pour recommander de ne pas trahir
-une confidence, se servent de la formule suivante:
-<i id="p633">Ceci est dit sous la rose.</i></p>
-
-<p>Cette formule est galement familire aux Anglais,
-et voici comme elle a t explique par Newton dans
-l'<i>Herbier de la Bible</i>, p. 233-234: Quand d'aimables
-et gais compagnons se runissent pour faire bonne
-chre, ils conviennent qu'aucun des joyeux propos
-tenus pendant le repas ne sera divulgu, et la phrase
-qu'ils emploient pour garantie de leur convention est
-que tous ces propos doivent tre considrs comme
-<i>tenus sous la rose</i>, car ils ont coutume de suspendre une
-rose au-dessus de la table, afin de rappeler la compagnie
-l'obligation du secret.</p>
-
-<p>Peacham, dans son ouvrage intitul <i lang="en" xml:lang="en">the Truth of
-our times</i>, la Vrit de notre temps, (p. 173; dit.
-de Londres, in-12, 1638), rapporte qu'en beaucoup
-d'endroits de l'Angleterre et des Pays-Bas on voyait
-une belle rose peinte au beau milieu du plafond de la
-salle manger.</p>
-
-<p>L'ornement d'architecture nomm rosace dut probablement
-son origine cet usage qui tait connu des
-anciens, comme l'attestent ces quatre vers que Lloyd,
-dans son dictionnaire, dit avoir t trouvs sur une
-dalle antique de marbre:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Est rosa flos Veneris, cujus quo forta laterent</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Harpocrati matris dona dicavit Amor.</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Inde rosam mensis hospes suspendit amicis,</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Conviv ut sub ea dicta tacenda sciant.</i></div>
-</div>
-
-<p>La rose est la fleur de Vnus, l'Amour en consacra l'offrande
- Harpocrate, pour l'engager cacher les volupts furtives de sa
-mre; et de l est ne la coutume de suspendre cette fleur au-dessus
-de la table hospitalire, afin que les convives sachent qu'il ne
-faut pas divulguer <i>ce qui a t dit sous la rose</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p526">Conter fleurettes.</div>
-<p>Cette expression, qui signifie tenir des propos galants,
-est venue, suivant la remarque de Le Noble, de
-<i>ce qu'il y avait</i> en France, sous Charles VI, des pices
-de monnaie marques de petites fleurs et nommes,
-pour cette raison, <i>florettes</i> ou <i>fleurettes</i>, de mme qu'on
-nomme encore <i>florins</i> une monnaie d'or ou d'argent
-qui portait primitivement l'empreinte d'une fleur.
-Ainsi <i>conter fleurettes</i> aurait d'abord signifi compter
-de l'argent aux belles pour les sduire, ce qui est bien
-souvent le moyen le plus persuasif.</p>
-
-<p>Ceux qui rejettent cette origine allguent la diffrence
-qu'il y a entre <i>conter</i> et <i>compter</i>; mais ce n'est
-point l une raison valable, puisque ces deux verbes
-taient autrefois confondus sous le rapport de l'orthographe,
-ainsi que l'attestent des milliers d'exemplaires,
-o <i>conter</i> est mis pour <i>compter</i>. Cependant je n'adopte
-point l'opinion de Le Noble: je crois qu'il est plus
-naturel d'entendre par <i>fleurettes</i> les fleurs du langage.
-Les Grecs disaient: <span lang="grc" xml:lang="grc">&#8165;&#972;&delta;&alpha;
-&epsilon;&#7988;&rho;&epsilon;&iota;&nu;</span>, et les Latins de mme,
-<i lang="la" xml:lang="la">rosas loqui</i> (parler roses). On trouve dans quelques recueils
-franais du quinzime sicle, <i>dire florettes</i><a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>, et
-il existe un vieux livre intitul <span class="sc">Les Fleurs de bien
-dire</span>, recueillies aux cabinets des plus rares esprits de
-ce temps, pour exprimer les passions amoureuses de
-l'un et de l'autre sexe, avec un amas des plus beaux
-traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire.
-Paris, 1598, chez Guillemot.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> On trouve aussi <i>crire florettes</i>, expression qui signifie particulirement
-<i>crire en chiffre de fleurs</i>.</p>
-</div>
-
-<div class="p" id="p636">Voyager dans le pays de Tendre.</div>
-<p>Se dit d'une personne dont les propos et la conduite
-annoncent un penchant dcid pour l'amour.</p>
-
-<p>Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant
-de la reine lisabeth d'Angleterre, qui, comme
-on sait, joignit aux qualits d'un grand roi la coquetterie
-d'une femme. lisabeth, dit-il, faisait peut-tre
-quelques pas dans le <i>pays de Tendre</i>, mais assurment
-elle se gardait bien d'aller jusqu'au bout.</p>
-
-<p>On emploie aussi dans le mme sens l'expression
-<i>voguer</i> ou <i>naviguer sur le fleuve de Tendre</i>, qu'on trouve
-dans ces vers de la dixime satire de Boileau:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puis bientt en grande eau sur le <i>fleuve de Tendre</i></div>
-<div class="verse">Naviguer souhait, tout dire et tout entendre.</div>
-</div>
-
-<p>Ces faons de parler font allusion au <i>pays de Tendre</i>,
-imagin par M<sup>lle</sup> de Scudri, qui en a trac la carte
-dans son roman de <i>Cllie</i>. Cette carte reprsente six
-rivires sur lesquelles sont situes six villes, toutes six
-nommes Tendre; savoir: Tendre sur Inclination;
-Tendre sur Estime; Tendre sur Reconnaissance; Tendre
-sur Dsir; Tendre sur Passion; Tendre sur Tendre. On
-va de l'une l'autre par une route trs-accidente dans
-laquelle on trouve le hameau des Billets doux, les bosquets
-des Billets galants, la place des Petits Soins et
-des Soupirs indiscrets, etc.</p>
-
-<p>Les amants, dit Voltaire, s'embarquent sur le
-fleuve de Tendre: on dne Tendre sur Estime, on
-soupe Tendre sur Inclination, on couche Tendre
-sur Dsir. Le lendemain on se trouve Tendre sur
-Passion, et enfin Tendre sur Tendre. Ces ides peuvent
-tre ridicules, surtout quand ce sont des Cllies,
-des Horatius Cocls et des Romains austres et agrestes
-qui voyagent; mais cette carte gographique montre
-au moins que l'amour a beaucoup de logements diffrents.
-(<i>Dict. philos.</i>, au mot <span class="sc">Abus</span>.)</p>
-
-
-<hr />
-
-
-<p>Je termine cette srie de proverbes et de locutions
-proverbiales sur l'amour par un petit pastiche o j'ai
-fait entrer plusieurs ides qui n'ont pu trouver place
-dans les commentaires qui leur ont t consacrs. Il a
-t compos avec des phrases d'une foule d'auteurs
-dont il me serait aussi difficile de dire les noms qu'il
-le serait un tailleur de nommer les fabricants des
-diverses toffes d'o il a tir les lambeaux qu'il a cousus
-ensemble pour en faire un habit d'arlequin.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Quelques mythologues supposent que l'Amour est
-n de l'rbe et de la Nuit, pour exprimer la confusion
-qu'il apporte dans nos sens et l'aveuglement dont il
-frappe notre esprit. D'autres prtendent qu'il est issu
-de Vnus sans pre, ce qui montre que la beaut seule
-peut produire l'amour. Il y en a qui assurent, au contraire,
-que la desse lui donna l'tre avec la coopration
-de plusieurs dieux. Lorsqu'elle tait au moment
-de le mettre au jour, le conseil de l'Olympe s'assembla:
-De quoi accouchera-t-elle? se demandaient les
-immortels.&mdash;De la foudre, dit Jupiter;&mdash;de la
-guerre, s'cria Mars;&mdash;du Tartare, ajouta Pluton; et
-Vnus accoucha de l'Amour. Le Destin avait dcid
-qu'on ne pouvait attendre d'une fille de la Mer que des
-temptes; d'une pouse de Vulcain, que des incendies;
-et d'une matresse de Mars, que des batailles. Ainsi
-l'Amour fut un compos de divers flaux. A peine
-eut-il vu la lumire qu'il sema le trouble dans la cour
-cleste, et Jupiter, malgr le faible qu'il avait pour
-lui, se vit contraint de l'exiler sur la terre. L'apparition
-de ce petit dieu ici bas excita parmi les hommes
-un mouvement extraordinaire. Toutes les femmes
-coururent aprs lui pour le prendre, mais il avait des
-ailes; il chappa leur poursuite, et se rfugia chez
-Prote, qui lui rvla le secret des mtamorphoses.
-Depuis lors il se multiplia sous mille formes, et il ne
-garda pas deux jours de suite la mme figure. Il prit
-tour tour l'air de la timidit et de l'espiglerie, de
-l'innocence et de la malice, de la mlancolie et de la
-gaiet, du sentiment et du caprice, de la constance et
-de la lgret, de l'amiti et de la haine, de la sagesse
-et de la folie, etc., etc., etc. Souvent il emprunta les
-traits runis de plusieurs passions, et les assortit de
-manire se composer une physionomie toujours
-nouvelle. Enfin il voulut ressembler tout, et ne ressembler
- rien. C'est ce qui fait qu'on ne peut jamais
-bien le peindre, et qu'on le peint de tant de faons
-diverses, mettant d'ordinaire ce qu'on imagine la
-place de ce qui est, et imaginant quelquefois les choses
-les plus singulires; tmoin cet auteur castillan qui l'a
-dpeint tout fait semblable au Grand Turc.</p>
-
-<p>Les effets que l'amour produit ne sont pas moins
-nombreux ni moins varis que ses mtamorphoses.
-Ils pourraient se caractriser d'aprs les degrs de latitude
-des diffrents pays. En Espagne ils se font sentir
-dans la tte et dans l'imagination; en Italie, dans le
-c&oelig;ur et dans le fiel; en Angleterre, dans la rate et
-dans la cervelle; en Allemagne, dans l'estomac et dans
-le foie; en France, un peu partout. Chez les Espagnols,
-c'est une folie qui clate surtout pendant la
-nuit, temps des mystres et des aventures; chez les
-Italiens, une affaire principale dont ils s'occupent ds
-l'aurore; chez les Anglais, une humeur noire mre du
-<i lang="en" xml:lang="en">spleen</i>, laquelle ils se livrent dans les jours nbuleux;
-chez les Allemands, un remde pour le lendemain
-matin, quand la digestion est faite; chez les Franais,
-un sentiment doux et lger qui se joue parmi des
-fleurs artificielles, un art d'agrment, un amusement
-qu'ils prennent et quittent sans faon, comme bon leur
-semble.</p>
-
-<p>On peut ajouter ces observations les vers suivants
-d'un auteur dont j'ai oubli le nom:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand un objet fait rsistance,</div>
-<div class="verse">L'Anglais fier et vain s'en offense,</div>
-<div class="verse">L'Italien est dsol,</div>
-<div class="verse">L'Espagnol est inconsolable,</div>
-<div class="verse">L'Allemand se console table,</div>
-<div class="verse">Le Franais est tout consol.</div>
-</div>
-
-<p>Le meilleur parti qu'il y ait prendre quand on veut
-se dlivrer des peines de l'amour, c'est de le traiter
-la manire franaise. Mais comme cela ne convient
-pas tous les tempraments, je vais indiquer une recette
-mdicale dont la gnralit des individus peut
-faire usage au besoin. Je l'ai trouve dans les &oelig;uvres
-du clbre Huet, vque d'Avranches. Ce docte prlat,
-plein de compassion pour les c&oelig;urs en souffrance, les
-avertit trs-srieusement que l'amour est, comme la
-fivre, une maladie qui se gurit par les secours de la
-mdecine, en provoquant d'abondantes sueurs et en
-pratiquant de copieuses saignes. Et certes on ne contestera
-point que l'amour ainsi purg de ses humeurs
-malignes et dgag de ses esprits enflamms ne soit
-rduit l'impuissance. Mais, dira-t-on, n'est-il pas
-craindre qu'il reprenne dans la suite ses premires
-ardeurs? Notre auteur a prvu cette objection, et l'a
-rfute par le fait suivant, qu'il rapporte en ces termes:
-Un grand prince que nous avons connu, atteint
-d'une passion violente pour une demoiselle d'un grand
-mrite, fut contraint de partir pour l'arme. Tant que
-son absence dura, sa position s'entretint par le souvenir
-et par un commerce de lettres trs-frquent et
-trs-rgulier, jusqu' la fin de la campagne, o une
-maladie dangereuse le rduisit l'extrmit. On proportionna
-les remdes au mal, et on mit en usage tout
-ce que la mdecine enseigne de plus efficace: il reprit
-la sant, mais sans reprendre son amour, que de
-grandes vacuations avaient emport son insu.</p>
-
-<p>Il est clair, d'aprs cela, que si l'on dsire un bon
-remde d'amour, ce n'est pas Ovide, mais M. Purgon
-qu'il faut le demander.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>On a remarqu sans doute que, dans la srie des
-proverbes sur l'amour, il s'en trouve un assez grand
-nombre qui ont t forms de comparaisons ou de
-mtaphores fort ingnieuses.</p>
-
-<p>Frapp du caractre original qui les distingue, je
-m'tais plu les mettre en vers dans l'intention d'en
-illustrer les dernires pages de ce chapitre, esprant
-attnuer leur double emploi par les agrments de la
-forme mtrique; mais je renonce ce dessein dont la
-mise en &oelig;uvre ne serait en dernire analyse qu'un
-duplicata bien ou mal versifi.</p>
-
-<p>Qu'on me permette pourtant de donner ici deux
-quatrains consacrs deux de ces proverbes oublis
-dans la srie en question.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On aime se flatter de l'espoir dcevant</div>
-<div class="verse">D'tre toujours aim de sa douce compagne;</div>
-<div class="verse">Mais <i>l'amour d'une belle est un sable mouvant</i></div>
-<div class="verse"><i>O l'on ne peut btir que chteaux en Espagne</i>.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'amour sincre et pur n'est jamais soucieux.</div>
-<div class="verse">Rien ne peut altrer l'essence sublime</div>
-<div class="verse i3">De cet amour dlicieux;</div>
-<div class="verse"><i>C'est un feu d'alos qui brle sans fume.</i></div>
-</div>
-
-<p>Qu'on me permette aussi de joindre ces citations
-une chanson dont chaque couplet offre une ressemblance
-et une diffrence entre l'Amour et le Mdecin
-compars.</p>
-
-
-<div class="p" id="p305">L'Amour et le Mdecin.</div>
-<p class="c">1<sup>er</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le mdecin, le dieu d'amour,</div>
-<div class="verse">Sont de service nuit et jour:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">L'un est fameux dans ses vieux ans,</div>
-<div class="verse">Et l'autre l'est dans son printemps:</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<p class="c">2<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ils sont aveugles tous les deux,</div>
-<div class="verse">Malgr cela fort curieux:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">L'un est grave et de noir vtu.</div>
-<div class="verse">L'autre est smillant et tout nu:</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<p class="c">3<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On a recours tous les deux</div>
-<div class="verse">Quoique tous deux soient dangereux:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">Il faut payer un grand docteur,</div>
-<div class="verse">L'amour pay perd sa valeur,</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<p class="c">4<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tous deux nous donnent du ressort,</div>
-<div class="verse">Et mme la vie et la mort:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">L'un nous blesse en nous gurissant,</div>
-<div class="verse">L'autre caresse en nous blessant,</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<p class="c">5<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tous deux regardent dans les yeux,</div>
-<div class="verse">Si a va mal, si a va mieux:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">C'est le pouls que tte un docteur,</div>
-<div class="verse">Mais l'amour nous touche le c&oelig;ur:</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<p class="c">6<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tous deux s'en vont courants, trottants,</div>
-<div class="verse">Et sont tant soit peu charlatans:</div>
-<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div>
-<div class="verse">L'un s'en va quand nous allons bien,</div>
-<div class="verse">L'autre, quand nous ne valons rien:</div>
-<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">PROVERBES<br />
-<span class="small">SUR</span><br />
-<span class="large">LE MARIAGE</span></h2>
-
-
-<div class="p" id="p550">Le mariage est une loterie.</div>
-<p>Et dans cette loterie, comme dans les autres, il est
-trs-rare qu'on obtienne un bon lot.</p>
-
-<p>Un proverbe italien dit que <i>l'homme et la femme qui se
-marient mettent la main dans un sac o sont dix couleuvres
-et une anguille</i>. D'aprs cela il y a dix contre un parier
-qu'ils n'attraperont pas l'anguille; encore, s'ils
-viennent l'attraper, courent-ils grand risque qu'elle
-leur glisse des mains.</p>
-
-<p>On s'est amus dmontrer, par un tableau statistique
-dont je ne garantis pas la vrit, que sur huit
-cent soixante-douze mille cinq cent soixante-quatre
-mariages, il faut compter:</p>
-
-<table summary="">
-<tr><td class="r">1,360</td>
-<td class="drap">Femmes qui ont quitt leurs maris pour suivre leurs amants.</td></tr>
-<tr><td class="r">2,361</td>
-<td class="drap">Maris qui se sont enfuis pour ne plus vivre avec leurs femmes.</td></tr>
-<tr><td class="r">4,120</td>
-<td class="drap">Couples spars volontairement.</td></tr>
-<tr><td class="r">191,025</td>
-<td class="drap">Couples vivant en guerre sous le mme toit.</td></tr>
-<tr><td class="r">162,320</td>
-<td class="drap">Couples qui se hassent cordialement, mais qui cachent
-leur haine sous un extrieur poli.</td></tr>
-<tr><td class="r">510,132</td>
-<td class="drap">Couples qui vivent dans une indiffrence marque.</td></tr>
-<tr><td class="r">1,102</td>
-<td class="drap">Couples rputs heureux dans le monde, et privs, dans
-leur intrieur, du bonheur qu'on leur suppose.</td></tr>
-<tr><td class="r">135</td>
-<td class="drap">Couples heureux par comparaison la grande quantit
-des malheureux.</td></tr>
-<tr><td class="r">9</td>
-<td class="drap">Couples vritablement heureux.</td></tr>
-</table>
-<p>Ce tableau, s'il est exact, prouve que la flicit
-conjugale est semblable la flicit cleste, laquelle
-tous sont appels et que trs-peu obtiennent.</p>
-
-<p>C'est un triste rsultat qui va tre mis dans tout son
-jour par les proverbes que j'ai rapporter et par les
-commentaires que j'y ajouterai. Mais je dois avertir
-pralablement qu'il doit tre moins attribu au mariage
-tel qu'il est de sa propre nature, qu'au mariage
-fauss et perverti par les vices de la nature humaine.</p>
-
-<p>Cet tat est dans l'ordre des lois de Dieu et de la
-socit. Il n'y en a point qui convienne autant aux
-besoins des deux sexes, qui soit aussi propre les
-rendre meilleurs, et je crois fermement que, s'ils y
-entraient dans les conditions qu'il exige, ils y trouveraient
-les douceurs d'une tendre amiti, les plaisirs
-purs des sens et de la raison; en un mot, tous les
-agrments qui peuvent embellir l'existence.</p>
-
-<p>Le mariage, dit R&oelig;derer, ce lien sacr qui forme
-une unit forte et parfaite de deux existences incompltes,
-rend communs toutes deux les avantages
-propres chacune, fait jouir chaque poux des dons
-diffrents que les deux sexes ont reus de la nature,
-communique l'un la force, l'autre la douceur,
-l'un la justice de l'esprit, l'autre la sagacit, ajoute
- la conscience de chacun d'eux celle de l'autre;
-double la force intellectuelle et l'nergie morale de
-tous deux, et enfin assure aux fruits de leur union un
-constant accord, une vive mulation de soins, une
-tradition fidle des intrts, des principes, des m&oelig;urs,
-auxquels le bonheur est attach. Cette institution est
-le principe de la supriorit de notre civilisation
-actuelle sur celle de l'antiquit; c'est la plus importante
-amlioration qu'ait reue l'espce humaine, le
-plus beau prsent que la religion chrtienne ait fait
-aux socits modernes, son titre le plus vident et le
-plus incontestable leur reconnaissance et leurs
-respects.</p>
-
-
-<div class="p" id="p551">Le mariage est le plus grand des biens ou des maux.</div>
-<p>Voltaire, dans <i>l'Enfant prodigue</i>, acte II, scne <small>I</small>, a
-dvelopp ce proverbe dont on exprime aussi l'ide
-de cette autre manire: <i>Le mariage est ce qu'il y a de
-meilleur et de pire</i>, formule calque sur celle dont
-sope se servit pour marquer les avantages et les malheurs
-que la langue peut produire.</p>
-
-<p>Voici les vers de Voltaire:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A mon avis, l'hymen et ses liens</div>
-<div class="verse">Sont les plus grands ou des maux ou des biens.</div>
-<div class="verse">Point de milieu, l'tat du mariage</div>
-<div class="verse">Est des humains le plus cher avantage,</div>
-<div class="verse">Quand le rapport des esprits et des c&oelig;urs,</div>
-<div class="verse">Des sentiments, des gots, et des humeurs,</div>
-<div class="verse">Serre les n&oelig;uds tisss par la nature,</div>
-<div class="verse">Que l'amour forme et que l'honneur pure.</div>
-<div class="verse">Dieu! quel plaisir d'aimer publiquement</div>
-<div class="verse">Et de porter le nom de son amant!</div>
-<div class="verse">Votre maison, vos gens, votre livre,</div>
-<div class="verse">Tout vous retrace une image adore;</div>
-<div class="verse">Et vos enfants, ces gages prcieux,</div>
-<div class="verse">Ns de l'amour, en sont de nouveaux n&oelig;uds.</div>
-<div class="verse">Un tel hymen, une union si chre,</div>
-<div class="verse">Si l'on en voit c'est le ciel sur la terre.</div>
-<div class="verse">Mais tristement vendre par un contrat</div>
-<div class="verse">Sa libert, son nom et son tat</div>
-<div class="verse">Aux volonts d'un matre despotique,</div>
-<div class="verse">Dont on devient le premier domestique:</div>
-<div class="verse">Se quereller ou s'viter, le jour</div>
-<div class="verse">Sans joie table, et la nuit sans amour:</div>
-<div class="verse">Trembler toujours d'avoir une faiblesse;</div>
-<div class="verse">Y succomber ou combattre sans cesse;</div>
-<div class="verse">Tromper son matre ou vivre sans espoir</div>
-<div class="verse">Dans les langueurs d'un importun devoir;</div>
-<div class="verse">Gmir, scher dans sa langueur profonde:</div>
-<div class="verse">Un tel hymen est l'enfer de ce monde.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p552">En mariage il y a fort lien.</div>
-<p>Si fort que ceux qu'il lie en sont blesss et gmissent
-continuellement de ne pouvoir le rompre.&mdash;Ce proverbe,
-qui se trouve parmi les <i>proverbes galliques</i> recueillis
-dans le quinzime sicle, est bien peu saillant;
-mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compens
-par le commentaire que je vais y joindre. Je le tire
-des paroles que don Quichotte adresse Sancho
-Pana. La femme lgitime n'est pas une marchandise
-qu'on puisse, aprs l'achat, rendre, changer ou cder.
-C'est un accident insparable qui dure ce que dure la
-vie; c'est un lien qui, une fois qu'on se l'est mis autour
-du cou, se transforme en n&oelig;ud gordien, lequel ne
-peut plus se dtacher, moins d'tre tranch par la
-faux de la mort. (<i>Don Quichotte</i>, part. II, ch. <small>XIX</small>.)</p>
-
-<p>On sait que cette opinion du chevalier de la Manche
-tait aussi celle de son cuyer, qui l'exprimait sa
-manire par ce joli mot proverbial: <i id="p613">Pour peu qu'on
-soit mari, on l'est beaucoup.</i></p>
-
-<p>Un proverbe anglais de James Howel dit d'une faon
-plus originale encore: <i lang="en" xml:lang="en">In marriage the toung tieth a
-knott that all the teeth in the head cannot untie afterwards.</i>
-Dans le mariage la langue forme un n&oelig;ud que toutes
-les dents de la bouche ne peuvent jamais dfaire.</p>
-
-
-<div class="p" id="p553">Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec
-un mari sourd.</div>
-<p>Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cit
-dans un passage de ses <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>, o il parle
-de la <i lang="frm" xml:lang="frm">tempeste de la femme</i>, quand elle se livre aux emportements
-de la jalousie. On dit aujourd'hui: <i id="p535">Pour
-faire un bon mnage, il faut que le mari soit sourd et la
-femme aveugle</i>; ce qui peut se passer de commentaire,
-car il n'est personne qui ne comprenne, sans qu'on le
-lui explique, combien la surdit d'un mari et la ccit
-de sa femme seraient propres empcher les disputes
-conjugales, qui viennent presque toujours de ce que
-la femme a la vue trop perante pour les dsordres du
-mari, et le mari a l'oreille trop sensible aux criailleries
-de la femme.</p>
-
-<p>Puisqu'il est reconnu que la paix entre poux ne
-peut rsulter que des infirmits indiques, ils ne sauraient
-mieux faire que d'acheter ce prix un si grand
-bien. Il n'est pas ncessaire, aprs tout, qu'ils soient
-rellement affects de ces infirmits, mais qu'ils se
-montrent comme s'ils l'taient, que l'un s'toupe les
-oreilles et que l'autre se mette un bandeau sur les
-yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins d'indulgence
-pour les dfauts qu'ils ont se reprocher. Il
-n'y a de bon mnage, crivait La Fontaine sa femme,
-que celui o les conjoints se souffrent mutuellement
-leurs sottises.</p>
-
-
-<div class="p" id="p554">Mariage et pnitence ne font qu'un.</div>
-<p>Ce dicton a donn lieu l'pigramme suivante, dont
-il forme la pointe:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Malgr Rome et ses adhrents,</div>
-<div class="verse">Ne comptons que six sacrements:</div>
-<div class="verse">Croire qu'il en est davantage</div>
-<div class="verse">C'est n'avoir pas le sens commun,</div>
-<div class="verse">Car chacun sait que <i>mariage</i></div>
-<div class="verse"><i>Et pnitence ne font qu'un</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Millevoye a reproduit cette vieille plaisanterie dans
-ce petit dialogue qui lui donne une forme un peu plus
-piquante:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Damon disait son pouse Hortense:</div>
-<div class="verse">Les sacrements sont objets d'importance;</div>
-<div class="verse">Sais-tu leur nombre?&mdash;Oui, sept.&mdash;C'est trop commun,</div>
-<div class="verse">Six.&mdash;Depuis quand?&mdash;Depuis que <i>pnitence</i></div>
-<div class="verse"><i>Et mariage</i>, hlas! <i>ne font plus qu'un</i>.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p555">Tout trait de mariage porte son testament.</div>
-<p>Il y a presque toujours dans les contrats de mariage
-des clauses qui sont stipules dans la prvision o l'un
-des deux poux viendrait mourir, et qui rglent,
-comme des dispositions testamentaires, les droits du
-survivant sur la succession. De l ce proverbe qui, dtourn
-de son vrai sens, s'emploie dans un sens critique
-contre le mariage, dont on prtend faire un
-funbre pouvantail.</p>
-
-<p>On lit dans la <i>Veuve</i>, comdie de Pierre de Larivey,
-cette phrase qui parat avoir t proverbiale: Fais
-ton compte que <i id="p334">la messe des pousailles t'est une extrme-onction</i>.
-(Acte I, sc. <small>III</small>.)</p>
-
-<p>La mme ide railleuse se retrouve dans plusieurs
-locutions, par exemple dans celles-ci, qu'on applique
- un nouveau mari: <i>C'est un homme perdu</i>,&mdash;<i>un
-homme mort</i>,&mdash;<i>un homme enterr</i>.</p>
-
-<p>Ces locutions figures, qu'on pourrait croire d'un
-tour moderne, sont peut-tre renouveles des Grecs.
-Elles ont du moins beaucoup d'analogie avec cette
-saillie piquante d'Antiphane le Comique, rapporte
-par Athne: Mari, lui!&hellip; Moi qui l'avais laiss si
-bien portant!</p>
-
-
-<div class="p" id="p556">Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe.</div>
-<p>Proverbe fond sur une disposition de notre vieille
-jurisprudence, qui condamnait au supplice de la corde
-l'homme convaincu d'avoir sduit une fille, bien qu'il
-et ensuite rpar sa faute en se mariant avec elle, du
-consentement de la famille laquelle il l'avait ravie;
-car la rparation ne dsarmait pas toujours la loi. Ce
-proverbe n'est point tomb en dsutude, malgr
-l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les mauvais plaisants
-l'ont conserv, en lui donnant une acceptation
-nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que
-le meilleur mariage est fort sujet tourner mal, et
-que la joie dont les nouveaux poux s'enivrent finit
-par se changer en un violent dsespoir qui les porte
-se pendre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p557">Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premires
-figues sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien.</div>
-<p>Cette comparaison proverbiale a deux significations:
-la premire, gnralement adopte comme la plus
-naturelle, est que le mariage commence bien et finit
-mal; la seconde est qu'il peut donner quelques jours
-de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait
-produire que des malheurs pour les vieillards. C'est ce
-que me parat indiquer le passage suivant de la comdie
-de la <i>Veuve</i>, par Pierre de Larivey, o Ambroise,
-qui veut se marier, malgr son ge un peu avanc,
-dit: J'ai toujours vcu seul, sans compagnie, et par
-ainsi gard mon suc en moi-mme. A quoi Lonard
-rpond: Ce suc sera comme celui du <i>figuier de Bagnolet,
-dont les premires figues sont bonnes, mais les
-tardives ne valent rien</i>. (Act. I, sc. <small>III</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p558">En mariage trompe qui peut.</div>
-<p>C'est--dire que les personnes qui peuvent tromper
-le font avec impunit, car il n'y a pas de recours lgal
-contre les tromperies et les fraudes au moyen desquelles
-le mariage a t conclu. Ce proverbe est rapport
-dans les <i>Institutes coutumires</i> de Loisel, dont les
-diteurs l'expliquent en ces termes: Le dol commis
- l'gard des biens, de l'ge, de la qualit, de la profession
-ou de la dignit de ceux qui se marient, n'annule
-pas l'union.</p>
-
-<p>Ainsi notre formule proverbiale est l'expression
-d'une loi qui donne raison aux plus habiles dans ce
-grand combat de ruses entre les prtendus et les prtendues
-qui cherchent faire ensemble, aux dpens de
-l'un et de l'autre, un de ces traits de mariage <i>dont la
-dissimulation est le lien et l'intrt le fondement</i>. Elle peut
-tre regarde comme une sorte de <i lang="la" xml:lang="la">v victis</i> prononc
-contre les dupes. Nous recommandons ceux qui se
-marient de s'en souvenir, et ceux qui sont maris de
-l'oublier.</p>
-
-
-<div class="p" id="p559">Le mariage est comme une forteresse assige, ceux qui sont dehors
-veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir.</div>
-<p>Proverbe emprunt aux Arabes. Dufresny, dans une
-de ses comdies, en a donn cette variante: Le pays
-du mariage a cela de particulier, que les trangers
-ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient
-en tre exils.</p>
-
-<p>Socrate disait: Les jeunes gens cherchant se
-marier ressemblent aux poissons qui se jouent de la
-nasse du pcheur. Tous se pressent pour y entrer,
-tandis que les malheureux qui sont retenus font tous
-leurs efforts pour en sortir.</p>
-
-<p>Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans
-un endroit mme de ses <i>Essais</i>, o il cherche rendre
-au mariage l'honneur qu'il mrite. <span lang="frm" xml:lang="frm">Ce qu'il s'en veoid
-si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de sa
-valeur. A le bien faonner et le bien prendre, il n'est
-point de plus belle piece en nostre socit: nous ne
-nous en pouvons passer et l'allons avilissant. Il en
-advient ce qui se veoid aux cages: les oyseaux qui en
-sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil
-soing en sortir, ceux qui sont au dedans.</span> (Liv. III,
-chap. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles
-le mariage est tourn en plaisanterie. Je ne
-citerai que la suivante: Le mariage est comme une
-arme compose d'une avant-garde, d'un corps de bataille
-et d'une arrire-garde. A l'avant-garde se trouvent
-les amours, enfants perdus qui prissent au premier
-choc; au corps de bataille est le sacrement, dont la
-force rsiste toutes les attaques et tient bon jusqu'
-la fin; l'arrire-garde sont les regrets et les dgots,
-qui semblent se multiplier et devenir plus terribles,
-tant que l'action reste engage.</p>
-
-
-<div class="p" id="p560">Les quinze joies de mariage.</div>
-<p>Cette expression ironique, par laquelle on dsigne
-les contrarits inhrentes l'tat de mariage, sert de
-titre un ouvrage anonyme qui date du milieu du
-quinzime sicle, et qui est attribu Antoine la Sale,
-ingnieux crivain qui nous devons le <i>Petit Jehan de
-Saintr</i>. Le livre des <i lang="frm" xml:lang="frm">Quinze Joyes de mariage</i>, ainsi
-nomm par une railleuse antiphrase, offre l'analyse de
-toutes les dceptions et de toutes les douleurs irrmdiables
-que peut produire l'union conjugale: la prface
-en avertit en ces termes: Celles <i lang="frm" xml:lang="frm">quinze joyes de
-mariage</i> sont les plus graves malheurets qui soient
-sur terre, auxquelles nulles autres peines, sans incision
-de membres, ne sont pareilles continuer.</p>
-
-
-<div class="p" id="p561">Le mariage est le tombeau de l'amour.</div>
-<p>Au bout d'un certain temps, la beaut des femmes
-perd toute sa force l'gard de leur mari, telle tant
-la nature des choses qu'elles ne touchent plus quand
-on y est accoutum&hellip; Si la beaut fait les conqutes,
-ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'tait
-devenu amoureux que parce que sa matresse tait
-belle, ne continue point tre amoureux parce que
-sa femme continue tre belle. La coutume le rend
-dur contre cette espce de charme; il s'avance peu
-peu vers l'insensibilit. Les uns y arrivent plus tt, les
-autres plus tard; mais enfin on y arrive, et la tendresse
-qu'on peut conserver, et que l'on conserve en effet
-assez souvent, se trouve fonde, non sur la beaut,
-mais sur d'autres qualits. L'exprience fait voir que
-les maris dont l'amiti est la plus longue et la plus
-ferme ne sont pas pour l'ordinaire ceux qui ont de
-belles femmes. (Bayle, art. <i>Junon</i>.)</p>
-
-<p>On a dit que l'amour pouvait aller au del du tombeau,
-mais on n'a jamais dit qu'il pt aller au del du
-mariage.</p>
-
-<p>Euripide a dit, dans une de ses tragdies: Le lit
-nuptial est funeste l'homme et la femme. Ce lit,
-en effet, est comme un bcher funbre o leur amour
-se rduit bientt en cendres.</p>
-
-<p>On connat ce distique proverbial:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De l'amour l'hymen telle est la diffrence</div>
-<div class="verse">Que le premier finit quand le second commence;</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">et cette pense ingnieuse de Chamfort: L'hymen
-vient aprs l'amour comme la fume aprs la flamme.</p>
-
-<p>Lord Byron a dit plus ingnieusement encore:
-L'amour et le mariage peuvent rarement se combiner,
-quoiqu'ils soient ns tous deux sous le mme
-climat; le mariage, de l'amour comme le vinaigre du
-vin, triste, acide et froid breuvage que le temps aigrit,
-et dont il abaisse l'arome la saveur vulgaire d'une
-boisson de mnage.</p>
-
-
-<div class="p" id="p562">Le mariage est un enfer o le sacrement nous mne sans
-pch mortel.</div>
-<p>C'est dire assez spirituellement que l'union conjugale
-est la tribulation des justes mmes.</p>
-
-<p>Un homme dclamait l'autre jour contre le mariage,
-et s'criait: Voyez ce que c'est que le mariage;
-songez que le bon Dieu a t oblig d'en ter le pch
-mortel. Il a donc mis en quilibre dans la balance
-l'enfer et le mariage; encore l'enfer a paru plus
-lger. (L'abb Galiani.)</p>
-
-<p>Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a
-beaucoup plu aux crivains de la fin du moyen ge,
-qui se sont ingnis le reproduire sous des formes
-diverses dans une foule d'pigrammes plus ou moins
-plaisantes. En voici une d'Owen fonde sur ce que, en
-latin, le mot <i lang="la" xml:lang="la">uxor</i> (pouse), o la lettre <i>x</i> est, comme
-on sait, l'quivalent des lettres <i>c</i> et <i>s</i>, offre l'anagramme
-du mot <i lang="la" xml:lang="la">orcus</i> (enfer).</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum;</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Rite inversa sonant <em>ucsor</em> et <em>orcus</em> idem.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression,
-qui est intraduisible en franais: Quiconque est
-tomb dans le pige conjugal est tomb dans l'enfer,
-car pouse et enfer sont la mme chose.</p>
-
-<p>C'est bien l certainement un de ces traits qui constituent
-ce que les Romains appelaient <i lang="la" xml:lang="la">nug difficiles</i>;
-et, quand on considre l'exercice laborieux, le grand
-effort d'imaginative auquel a d se livrer l'pigrammatiste
-pour produire un rsultat si saugrenu, on est
-tent de lui adresser cette apostrophe originale du fin
-railleur matre Franois: O Jupiter, vous en sutes
-d'ahan, et de votre sueur tombant en terre naquirent
-les choux cabus.</p>
-
-
-<div class="p" id="p563">Il n'y a point de mariage dans le paradis.</div>
-<p>Allusion divers passages de plusieurs Pres de
-l'glise, qui regardaient le mariage comme moins
-propre que le clibat la sanctification, et disaient
-que, si <a name="p627" id="p627"></a>noces remplissent la terre, la virginit remplit
-le ciel. <i lang="la" xml:lang="la">Nupti replent terram, virginitas replet
-paradisum.</i> (<span lang="la" xml:lang="la">S. Hieronim., lib. I., <i>in Jovinien</i>.</span>) Ce qui a
-donn lieu Pascal de placer le mariage dans les
-<i>basses conditions du christianisme</i>.</p>
-
-<p>Owen a tir du mot de saint Jrme ce distique pigrammatique:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Plurimus in c&oelig;lis amor est, connubia nulla;</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Conjugia in terris plurima, nullus amor.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p id="p564">Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la
-terre il y a beaucoup de mariages et point d'amour.</p>
-</blockquote>
-
-<p>On demandait au pote anglais Prior pourquoi il n'y
-avait point de mariage dans le paradis. C'est, rpondit-il,
-parce qu'il n'y a point de paradis dans le mariage.</p>
-
-
-<div class="p" id="p565">Le mariage n'empche pas d'aimer ailleurs.</div>
-<p>Proverbe pris du premier article du <i>Code d'amour</i>:
-<i lang="la" xml:lang="la">Causa conjugii ab amore non est excusatio recta.</i> Le
-mariage n'est pas une excuse lgitime contre l'amour.
-C'est--dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se dispenser
-d'avoir une matresse ou un amant, sous prtexte
-qu'on a une pouse ou un mari. C'est l'expression des
-m&oelig;urs qui rgnaient l'poque des troubadours. Ces
-potes avaient rig l'amour en devoir: ils le proclamaient
-comme plus obligatoire que le mariage et
-comme ne pouvant exister que hors du mariage. Cet
-amour, purement platonique dans le principe, cessa
-bientt de l'tre et donna lieu un usage immoral assez
-rpandu chez les hauts personnages, d'avoir la
-fois une pouse et une concubine, l'une pour la souche
-et l'autre pour la couche.</p>
-
-<p>Andr le Chapelain nous a conserv la dcision curieuse
-d'une cour d'amour prside par la comtesse
-de Champagne, sur la question qui lui avait t
-soumise: <i lang="la" xml:lang="la">Utrum inter conjugatos amor possit habere
-locum?</i> L'amour peut-il exister entre personnes maries?
-Voici cette dcision: Nous disons et assurons
-par la teneur des prsentes que l'amour ne peut
-tendre ses droits sur deux personnes maries. En
-effet, les amants s'accordent tout mutuellement et
-gratuitement sans tre contraints par aucun motif de
-ncessit; tandis que les poux sont tenus par devoir
-de subir rciproquement leurs volonts, et de ne se
-refuser rien les uns aux autres&hellip; Que ce jugement que
-nous avons rendu avec une extrme prudence (<i lang="la" xml:lang="la">cum
-nimia moderatione prolatum</i>) et d'aprs l'avis d'un grand
-nombre de dames, soit pour vous d'une vrit constante
-et irrfragable. Ainsi jug, l'an 1174, le 3 des
-calendes de mai.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p518"><span class="blk">Jeune fille avec jeune fieu<br />
-C'est mariage du bon Dieu.</span></div>
-
-<p>Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit
-Adam et ve dans le paradis terrestre. On sait que <i>fieu</i>
-est un vieux mot qui veut dire fils ou garon.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p566"><span class="blk">Homme vieux avec jeune femme<br />
-Mariage de Notre-Dame.</span></div>
-
-<p>Mariage semblable celui de la Sainte Vierge avec
-saint Joseph, qui tait, ce qu'on croit, d'un ge avanc.
-Ce proverbe s'adresse une jeune innocente soit pour
-lui conseiller, soit pour la consoler de s'unir un
-vieux mari.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p567"><span class="blk">Vieille femme et jeune garon<br />
-C'est mariage du dmon.</span></div>
-
-<p>Mariage o le dmon seul peut trouver son compte.
-Il n'est pas besoin de faire observer que c'est la vieille
-femme qui, dans ce proverbe, est signale comme le
-dmon lui-mme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p568">Mariage d'pervier, la femelle vaut mieux que le mle.</div>
-<p>Ce proverbe, o la glose est jointe au texte, a tir
-son origine de la fauconnerie. Il s'emploie en parlant
-d'un couple conjugal dans lequel la femme est suprieure
-au mari, parce que la femelle de l'pervier
-l'emporte sur le mle en force et en grosseur. Ce phnomne
-existe gnralement chez les oiseaux de proie.</p>
-
-<p>Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans
-le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">The grey mare is the better horse.</i> La
-jument grise est le meilleur cheval.</p>
-
-
-<div class="p" id="p569">Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant pay.</div>
-<p>Conjonction matrimoniale qui, n'tant sanctionne
-ni par la loi civile, ni par la loi religieuse, est sujette
- se rompre aussitt qu'elle est forme. <i>Jean des Vignes</i>
-est une altration de <i>Gens des Vignes</i>, et l'expression
-rappelle ces unions illicites qui se font entre les vendangeurs
-et les vendangeuses de diverses localits, et
-qui ne durent que le temps de la vendange.</p>
-
-<p>C'est peu prs ce qu'on a nomm <i id="p570">mariage du treizime
-arrondissement</i>, mariage fait sans M. le maire et sans
-M. le cur, personnages inconnus dans ce treizime
-arrondissement ajout fictivement, comme on sait,
-aux douze dont se composait la ville de Paris avant
-l'annexion des communes suburbaines.</p>
-
-<p>Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales
-la vieille maxime de droit coutumier:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i id="p571">Boire, manger, coucher ensemble,</i></div>
-<div class="verse"><i>C'est mariage, ce me semble.</i></div>
-</div>
-
-<p>Le savant auteur de la <i>Symbolique du droit</i>, M. Chassan,
-rapportant cette maxime, l'explique ainsi: Il ne
-faut pas la prendre la lettre, en ce sens qu'il suffirait
- une femme de passer la nuit avec un homme pour se
-dire marie. Elle est relative l'excution du mariage
-qui couvre les irrgularits de la clbration. Aussi
-Loisel a-t-il eu soin d'ajouter: <i>Mais il faut que l'glise
-y passe</i> (<i>Inst.</i>, liv. I, tit. <small>II</small>, rgle 6). Ainsi entendue, la
-maxime peut encore aujourd'hui recevoir son application.</p>
-
-
-<div class="p" id="p572">Mariage de bohmes.</div>
-<p>C'est encore une varit matrimoniale plus curieuse
-que celles dont il est question dans l'article prcdent.
-Voici en quoi elle consiste: lorsque les bohmes,
-c'est--dire ces aventuriers basans qui courent le
-pays en volant les poules et disant la bonne aventure,
-veulent marier un garon et une fille de leur caste, ils
-les conduisent dans un vallon retir qu'ils nomment
-le <i>vallon des fianailles</i>, et l, pour toute crmonie, les
-deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grs
-qu'ils jettent contre terre, aprs avoir dclar qu'ils
-consentent vivre comme mari et femme autant d'annes
-que la fracture du pot produira de morceaux;
-ensuite ils ramassent les tessons, dont ils constatent
-le nombre, et ds lors les voil compltement unis
-jusqu'au dernier jour de ce mariage temporaire. Ce
-terme expir, ils sont libres de se sparer, de convoler
-ailleurs ou de renouveler leur premier engagement.
-Mais on assure qu'il y en a trs-peu qui prennent
-ce dernier parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de
-manire ne pas tre obligs trop longtemps de <i>payer
-les pots casss</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p573">Un bon mariage est difficile faire, mme en peinture.</div>
-<p>C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les
-<i>Sept Sacrements</i> de Nicolas Poussin, quand il en vint
-examiner le tableau du <i>Mariage</i>, plus faible que les
-autres, et le mot passa en proverbe.</p>
-
-<p>Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile
-faire?&mdash;Il faudrait, pour le dire, exposer tant de raisons,
-rappeler tant de faits, entrer dans tant de dtails,
-que je serais oblig d'ajouter un second tome ce petit
-livre, ce qui serait fort dplaisant pour les lecteurs
-qui auraient t tents d'y jeter un coup d'&oelig;il par
-curiosit, dans leurs moments perdus. Qu'on me permette
-donc de ne pas traiter la question. Si l'on dsire
-en avoir au long la rponse, qu'on interroge certains
-mal-maris, qui sont assez disposs faire le rcit de
-leurs infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle
-lgret, quelle irrflexion, quelle imprvoyance, se
-forment les unions conjugales, surtout en France, o
-l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays, soit par
-le dsir de terminer sans retard cette affaire de pure
-spculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose
-en quelque sorte le fond du caractre franais.
-Cet examen suffira pour faire comprendre combien il
-est difficile que les parties contractantes, qui s'accordent
-sans se connatre, ne soient pas en dsaccord ds
-qu'elles se connaissent, et qu'aprs s'tre prises pour
-ce qu'elles ne sont pas, elles n'en viennent point se
-quitter pour ce qu'elles sont.</p>
-
-<p>La spculation matrimoniale est la principale source
-d'o dcoulent les malheurs des conjoints. Je citerai
-sur ce sujet quelques phrases dtaches d'un article
-plein de bon sens et d'esprit publi dans le journal <i>le
-Sicle</i>, n<sup>o</sup> du 11 dcembre 1859, par M. Edmond Texier,
-et les lecteurs m'en sauront gr.</p>
-
-<p>Les pres de famille, dit cet ingnieux crivain, ont
-parl leurs enfants le langage de la raison. Ils leur ont
-dit que l'amour est un enfantillage, le sentiment une
-faiblesse, et ils ont invent cette magnifique spculation
-qui s'appelle le <i>mariage d'argent</i>. Le mariage d'argent
-a tellement russi qu'on n'en voit point d'autre
-aujourd'hui. On n'pouse plus ni un c&oelig;ur, ni un esprit,
-ni une femme. On se marie avec une dot, et c'est
-l'union des dots qui a cr le demi-monde. Ce monde-l
-a eu sa raison d'tre le jour o le prtre a bni les
-serments de deux coffres-forts. La beaut, la grce,
-l'ducation, la vertu mme, tout cela ne pse pas une
-demi-once dans le plateau de la balance conjugale.
-Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le principal
-pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le
-demi-monde pousse l'ombre du mariage d'argent
-comme la mousse l'ombre des grands arbres. Ceci a
-engendr cela. C'est sur le fumier du mariage d'argent
-qu'a pouss le champignon du demi-monde. C'est
-l, et non ailleurs, qu'il faut aller dterrer la comdie
-d'aujourd'hui.</p>
-
-
-<div class="p" id="p574">Un bon mariage rpare tout.</div>
-<p>Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de
-l'honneur, il y rpare les vieilles brches, il donne la
-qualit de lgitimes des enfants qui ne la possdaient
-pas. Je ne dis rien du voile pais dont il peut couvrir
-les nouvelles brches, les fautes courantes et le pch
-quotidien.</p>
-
-<p>Ce proverbe s'applique particulirement aux hommes
-et aux femmes que le rsultat qu'il nonce vient
-absoudre des galanteries et des dsordres de leur vie
-antrieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs
-qui continuent faire des dettes en se flattant
-d'pouser quelque riche hritire dont la dot comblera
-leur dficit.</p>
-
-<p>On dit aussi: <i>Le mariage est une planche aprs le
-naufrage</i>, pour exprimer les mmes ides. Mais on a
-remarqu avec esprit et raison que s'il fait trouver un
-port dans la tempte, il peut galement faire trouver
-une tempte dans le port.</p>
-
-
-<div class="p" id="p582">La mme anne vit natre le mariage d'inclination et le repentir.</div>
-<p>Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font
-entre des personnes de condition ingale et contre le
-gr des parents, offrent peu de chances d'tre heureux.
-Ils peuvent bien aller pendant quelques jours, c'est--dire
-dans le temps fort court o la passion aveugle
-sous laquelle ils ont t contracts conserve toute sa
-force; mais mesure qu'elle s'affaiblit, les cailles tombent
-des yeux des poux, et chacun aperoit de tristes
-ralits, au lieu des sduisantes idalits qu'il s'tait
-formes; la femme gmit de n'tre pas reue chez les
-parents de son mari, et d'tre prive par suite de la
-considration et de l'estime qu'elle se croit en droit
-d'exiger d'eux; le mari se trouve dplac dans la famille
-de sa femme, et il lui reproche son peu de
-distinction. Le mari supporte difficilement les observations
-d'une belle-mre acaritre et d'un beau-pre
-intress; puis les dfauts des conjoints, que la passion
-avait voils, apparaissent dans leur dsolante nudit.
-Les rcriminations commencent de part et d'autre et
-deviennent plus amres par la contradiction. Ils se
-font des reproches mutuels; les parents de la femme
-prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance
-vienne disparatre du mnage la discorde est son
-comble. On pourrait, en prsence de tous ces inconvnients,
-dire que rien n'est terrible dans le mariage
-comme le pauprisme et le <i>beauprisme</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p580">Les meilleurs mariages se font entre pareils.</div>
-<p>Cette maxime est attribue par les anciens tantt
-Pittacus, tantt Clobule, qui recommandaient tous
-deux de se marier selon sa condition. Le dernier disait
-pour raison: Si vous pousez une femme d'une naissance
-plus releve que la vtre, vous aurez autant de
-matres qu'elle aura de parents; vrit dont la dmonstration
-a t donne dans le <i>Dolopatos</i>, dans plusieurs
-fabliaux de nos trouvres, dans deux contes de
-Boccace, et dans le <i>Georges Dandin</i> de Molire.</p>
-
-<p>Le pote Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'loge
-qu'il en a fait dans son <i>Promthe enchan</i>, scne <small>VI</small>:
-Qu'il tait sage, qu'il tait sage, celui qui le premier
-conut dans sa pense, qui le premier fit entendre
-cette maxime au monde: <i>C'est entre gaux qu'il faut
-s'allier!</i> C'est l qu'est le bonheur. Jamais d'hymen
-entre le riche fastueux, entre le noble fier de sa race
-et le pauvre artisan&hellip; L'hymen entre gaux n'offre
-point de pril, et n'a rien qui m'pouvante.</p>
-
-<p>Les Hbreux disent qu'<i id="p459">il faut descendre un degr pour
-prendre une femme, et en monter un pour faire un ami</i>,
-afin que celui-ci nous protge et que l'autre nous
-obisse.</p>
-
-
-<div class="p" id="p583">Les mariages sont crits dans le ciel.</div>
-<p>Ce proverbe, dont la signification est que les mariages
-sont souvent imprvus et semblent dpendre de
-la destine plutt que des calculs humains, figurait
-dans notre vieux droit coutumier en ces termes rapports
-par Loisel: <i id="p584">Les mariages se font au ciel et se consomment
-sur la terre.</i> Il avait t primitivement consign
-dans un de ces formulaires de pratique mis en rimes
-latines dans le huitime et le neuvime sicle. C'est de
-l probablement qu'il est pass chez les Allemands, les
-Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers
-y ont fait une variante qui associe le n&oelig;ud conjugal
-celui qui serre le cou d'un pendu: <i lang="en" xml:lang="en">Marriage and
-hanging go by destiny.</i> <a name="p575" id="p575"></a>Mariage et pendaison vont au
-gr de la destine.</p>
-
-<p>Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient crits
-dans le ciel, mais il est sr qu'il y en a beaucoup sur
-lesquels le diable a de bonnes hypothques.</p>
-
-<p>On connat ce mot d'une donzelle dpite de voir
-les pouseurs chapper ses galanteries: Vous verrez
-que si les mariages sont crits dans le ciel, le
-mien se trouvera au dernier feuillet. Une autre, aprs
-la mort de son pre, qui avait toujours refus de la
-marier, quoiqu'elle en et grande envie, s'criait:
-Dieu veuille que mon pre ne voie point l-haut le
-registre o mon mariage est inscrit! il serait capable
-de dchirer la page.</p>
-
-
-<div class="p" id="p585">Anne de noisettes, anne de mariages.</div>
-<p>Ou bien <i>anne d'enfants</i>. Voici l'explication que j'ai
-donne dans mes <i>tudes historiques, littraires et morales
-sur les proverbes franais et sur le langage proverbial</i>.&mdash;Le
-fruit que la noisette renferme sous une
-double enveloppe a t regard comme l'image de
-l'enfant dans le sein de sa mre, et l'on a conclu de
-cette similitude que les annes abondantes en noisettes
-devaient l'tre aussi en mariages ou en enfants.
-C'est de ce prjug fort ancien, et non, comme on
-pourrait le croire, des rendez-vous donns sous la
-<i>coudrette</i> ou la coudraie, qu'est n le dicton usit parmi
-les gens de la campagne et rappel par A.-A. Monteil
-dans la phrase suivante de l'<i>Histoire des Franais
-des divers tats</i> (seizime sicle): Vous savez que
-c'est l'anne des noisettes: tout le monde se marie;
-sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.</p>
-
-<p>Il faut attribuer la mme cause l'usage antique de
-rpandre des noix aux crmonies nuptiales, usage
-qui n'avait pas pour but de marquer, ainsi qu'on l'a
-prtendu, que l'poux renonait aux amusements futiles
-et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son
-nouvel tat, mais d'exprimer un v&oelig;u pour la fcondit
-de l'pouse, car la noix prsentait le mme symbole
-que la noisette. C'est ce que dit formellement
-Pline le naturaliste, liv. XXV, chap. <small>XXIV</small>. Festus assure
-galement, au mot <i lang="la" xml:lang="la">Nuces</i>, que les noix taient jetes,
-pendant les noces, en signe de bon prsage pour la
-marie: <i lang="la" xml:lang="la">Ut nov nupt intranti domum novi mariti auspicium
-fiat secundum et solistimum.</i></p>
-
-<p>Cela avait lieu au moyen ge comme dans l'antiquit.
-De plus, on dposait alors auprs du lit nuptial
-une corbeille pleine de noisettes qu'on avait fait
-bnir par un prtre.</p>
-
-<p>Il est rest quelque chose d'un tel usage dans ce
-qui se pratique aux noces villageoises, o l'on a soin
-de placer sur la table en face des maris un plat de
-drages, lesquelles ne sont, comme on sait, que des
-noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a t remplace
-par une couche de sucre glac. C'est d'aprs
-une analogie du mme genre qu' l'occasion du baptme
-des enfants on distribue des botes de drages
-aux amies, et qu'on jette des poignes de drages la
-foule des curieux. Il est vident que ces drages
-marquent dans le mariage un souhait pour qu'il soit
-fcond, et, dans le baptme, une manifestation de la
-joie inspire par l'heureux accomplissement de ce
-souhait.</p>
-
-<p>On jetait aussi, au moyen ge, des grains de bl,
-comme on le voit dans plusieurs relations de cette
-poque, notamment dans le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i> du Cid, dont
-la quatorzime romance dcrit les rjouissances qui
-eurent lieu aux noces du hros castillan. Voici de quelle
-manire nave cette romance s'exprime: Tant il en
-est jet par les fentres et les grilles, que le roi en
-porte sur son bonnet qui est large des bords une
-grande poigne. La modeste Chimne en reoit mille
-grains dans sa gorgerette, et le roi les retire mesure.</p>
-
-<p>Plusieurs peuples de notre temps rpandent encore
-des noix, des noisettes, des amandes, des fruits
-noyau et des grains, pendant la crmonie du mariage,
-comme emblmes de la fcondit qui doit en
-rsulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en
-Valachie, il est galement frquent dans quelques villages
-de la Corse. Il se produit chez les Isralites de
-plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne avec
-une circonstance digne de remarque: c'est que, dans
-le moment o ils font pleuvoir du froment sur le couple
-conjugal, ils ne manquent pas de prononcer en
-hbreu les paroles bibliques <i>croissez et multipliez</i>, qui
-ne permettent pas de garder le moindre doute sur le
-sens qu'on doit attacher cette coutume symbolique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p587">Ma mre, qu'est-ce que se marier?&mdash;Ma fille, c'est filer,
-enfanter et pleurer.</div>
-<p>Ce proverbe dialogu, qui se trouve sous la mme
-formule en Espagne et en d'autres pays, nous est venu
-des Provenaux, qui l'on peut, d'aprs de grandes
-probabilits, en attribuer l'invention. Il exprime trs-bien
-les trois principaux rsultats du mariage pour les
-pauvres femmes du peuple; car ce sont elles surtout
-qui ont souffrir les tribulations de cet tat. Voyez
-avec quelle duret elles sont traites dans toutes les
-parties du monde.</p>
-
-<p>Don Ulloa dit dans son <i>Mmoire sur la dcouverte de
-l'Amrique</i>: Les peuples de ce continent ont t
-peu attachs leurs femmes, qu'ils traitent encore
-comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop.
-Il y a mme des nations chez lesquelles deux vieilles
-femmes accompagnent la future pouse, le jour de son
-mariage, en pleurant rellement, se lamentant et lui
-criant sans cesse: Que vas-tu faire? tu vas te prcipiter
-dans le plus grand malheur; c'est cet tat insupportable
-qui les dcide souvent touffer leurs
-filles en naissant pour les prserver d'tre aussi malheureuses
-qu'elles. La fatigue que les jeunes femmes
-ont essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris
- la chasse, la pche, prparer le manger et le boire,
-avoir soin des enfants dont les pres ne s'occupent
-gure, et diverses autres malheureuses circonstances
-font du mariage chez la plupart de ces nations un supplice
-affreux.</p>
-
-<p>Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique,
-o rgne la loi de Mahomet, qui est si dure pour elles.
-On sait quelle triste captivit elles y sont rduites
-sous le rgime de la polygamie, et avec quelle duret
-elles sont traites par leurs seigneurs et matres, pour
-lesquels elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux
-domestiques.</p>
-
-<p>Ce n'est gure que dans l'Europe chrtienne qu'elles
-jouissent de la libert, et qu'elles sont regardes comme
-les compagnes de l'homme: encore les privilges que
-ce titre leur donne n'existent-ils rellement que pour
-celles d'un certain rang.</p>
-
-<p>Les trois situations que je viens d'indiquer ont t
-fort bien rsumes par Snac de Meilhan dans cette
-phrase remarquable: La femme, chez les sauvages,
-est une bte de somme; en Orient, un meuble; en
-Europe, un enfant gt.</p>
-
-
-<div class="p" id="p588">Il est trop tt pour se marier quand on est jeune, et trop tard
-quand on est vieux.</div>
-<p>Proverbe pris de la rponse que fit Thals sa mre
-Clobuline qui le pressait d'accepter un parti avantageux:
-Ma mre, quand on est jeune, il n'est pas temps
-de se marier; quand on est vieux, il est trop tard; et
-un homme entre deux ges n'a pas assez de loisir pour
-se choisir une pouse.</p>
-
-<p>Ce mot considr comme plaisanterie est assez bon,
-mais pris au srieux il ne saurait tre approuv. Le clibat
-qu'il conseille produit des rsultats plus dplorables
-que le mariage. Si celui-ci a des contrarits et
-des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est
-livr une foule de vices qui blessent les lois de la
-morale et minent les fondements de la socit. A
-Dieu ne plaise, dit Montesquieu ce sujet, que je parle
-contre le clibat qu'a adopt la religion! Mais qui
-pourrait se taire contre celui qu'a form le libertinage,
-celui o les deux sexes, se corrompant par les sentiments
-naturels mmes, fuient une union qui doit les
-rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend
-toujours pires?</p>
-
-<p>C'est une rgle tire de la nature que plus on diminue
-le nombre des mariages qui pourraient se faire,
-plus on corrompt ceux qui sont faits; moins il y a de
-gens maris, moins il y a de fidlit dans les mariages,
-comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de
-vols. (<i>Esprit des lois</i>, liv. XXIII, ch. <small>XXI</small>, la fin.)</p>
-
-<p>Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un clibataire
-devenu vieux qui ne gmisse de son tat. Il n'y a
-point pour lui de famille; il achve ses tristes jours
-dans une sorte de squestration, sous la garde incommode
-de quelque collatral avide ou de quelque servante-matresse
-dont l'unique pense est d'accaparer
-son hritage.</p>
-
-<p>Le proverbe est trs-bien rfut par les observations
-qu'on vient de lire. Il l'est de mme par cette phrase
-du chancelier Bacon qui prsente une belle triade proverbiale:
-A tout ge on a des raisons de se marier,
-car <i id="p509">les femmes sont nos matresses dans la jeunesse, nos
-compagnes dans l'ge mr, et nos nourrices dans la vieillesse.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p589">Il ne faut se marier ni trop tt ni trop tard.</div>
-<p>Je citerai propos de ce proverbe un passage curieux
-extrait du commentaire plein d'rudition et d'lgance
-sur les &oelig;uvres de Coquillart par M. Charles
-d'Hricault: <i lang="frm" xml:lang="frm">Trop tost mari</i> et <i>Trop tard mari</i> taient
-deux types des maris malheureux. Leurs infortunes
-furent soigneusement racontes dans ce cycle de posies
-contre la femme, qui compose presque toute la
-littrature des derniers temps du moyen ge. Il existe
-une pice sur <i lang="frm" xml:lang="frm">Trop tost mari</i>, Gringoire a fait la complainte
-de <i>Trop tard mari</i>, et l'on peut voir la rsolution
-de <i lang="frm" xml:lang="frm">Ny trop tost ny tard mari</i> dans les <i lang="frm" xml:lang="frm">Anciens potes
-franoys</i>, tome III, page 129.</p>
-
-<p>Cette <i>rsolution</i> est une pice de vers dans laquelle
-son auteur anonyme numre les malheurs des sots qui
-se sont trop presss ou ont trop diffr de s'enrler
-dans la grande confrrie matrimoniale, et dcrit les
-dlices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il
-a eu l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne
-dit point prcisment quel ge il a contract cette
-union. C'est probablement entre la trentime et la
-trente-cinquime anne, conformment l'usage assez
-gnralement observ vers la fin du quatorzime sicle.</p>
-
-<p>Platon, au livre VI de la <i>Rpublique</i>, avait prescrit
-de se marier dans cet intervalle, qui se conciliait fort
-bien avec le prcepte d'Hsiode: L'ge de trente ans
-convient pour l'union conjugale. (<i>Jours et &OElig;uvres</i>,
-chap. <small>II</small>.) Mais Aristote, dans sa <i>Politique</i>, VII, <small>XVI</small>, conseillait
-d'attendre jusqu' trente-sept ans.</p>
-
-<p>J.-J. Rousseau, dans son <i>Projet de constitution pour la
-Corse</i>, prive du droit de cit tout homme qui n'est
-point mari l'ge de quarante ans rvolus.</p>
-
-<p>On trouve dans les <i>Conseils et Maximes</i> de Panard, ce
-sixain qui revient notre proverbe:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'poux, pour tre gracieux,</div>
-<div class="verse">Doit n'tre trop vert ni trop vieux.</div>
-<div class="verse">Belles, que tente l'hymne,</div>
-<div class="verse">Apprenez ces deux vers par c&oelig;ur:</div>
-<div class="verse"><i id="p320">Bois vert se consume en fume,</i></div>
-<div class="verse"><i>Bois vieux ne fait plus de chaleur.</i></div>
-</div>
-
-
-
-<div class="p" id="p590"><span class="blk">Qui va loin se marier<br />
-Sera tromp ou veut tromper.</span></div>
-
-<p>La moralit tirer de ce proverbe, dont la raison
-s'offre d'elle-mme, c'est qu'il est bon de se marier
-dans son pays avec une personne que l'on connaisse
-bien. Si cela ne met pas tout fait l'abri des mauvaises
-chances que prsente le mariage, cela du moins
-peut les diminuer beaucoup.</p>
-
-<p>La recommandation de ne pas se marier loin remonte
- une haute antiquit. Elle se trouve rappele par
-Hsiode dans le pome des <i>Jours et des &OElig;uvres</i>.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p591"><span class="blk">Avant de te marier,<br />
-Aie maison pour habiter.</span></div>
-
-<p>C'est--dire: Ne cherche pas fonder une famille,
-si tu ne possdes point ce qui est ncessaire pour la
-loger et la nourrir.</p>
-
-<p>Tel est le sens littral de ce proverbe, qui contient
-en germe la doctrine que Malthus et ses disciples ont
-dveloppe dans un odieux systme, o ils ne tiennent
-pas le moindre compte de l'action providentielle du
-bon Dieu, qui, certainement, n'a pas dit aux cratures
-humaines: <i>Croissez et multipliez</i>, pour qu'elles fussent
-rduites mourir de faim par suite de leur multiplication.</p>
-
-<p>S'il ne fallait se marier que lorsqu'on a pignon sur
-rue, la plupart des hommes seraient obligs de vivre
-dans le clibat, et qui sait ce que deviendrait la socit
-avec de pareils citoyens?&hellip; Mais consultons l'esprit
-plutt que la lettre du proverbe, et nous y verrons
-un assez bon conseil, dont l'expression a t probablement
-exagre dessein pour faire mieux comprendre
-aux indigents qui aspirent se mettre en
-mnage combien le travail et l'conomie leur sont indispensables.
-Il serait draisonnable et immoral s'il
-les engageait renoncer au mariage, qui leur convient
-encore mieux qu'aux riches. Cet tat est dans les vues
-de Dieu, dont la parole ne peut les tromper comme le
-calcul hasard des conomistes, et ils ne doivent plus
-craindre de s'y engager, s'ils ont la ferme rsolution
-de remplir les obligations qu'il leur impose. Ils ont
-droit, en ce cas, d'esprer, de compter mme, qu'avec
-l'aide de la Providence et une conduite sage et laborieuse
-ils ne manqueront pas des moyens d'entretenir
-leur famille, si nombreuse qu'elle soit. <i id="p644">Celui qui envoie
-les bouches envoie aussi les vivres</i>, dit un proverbe qu'on
-voit presque toujours se vrifier par une bndiction
-spciale du ciel. Les enfants sont la richesse du pauvre
-qui vit honntement; ils attirent sur lui l'intrt gnral,
-et, suivant une sainte maxime, ils lui sont donns
-comme un hritage du Seigneur et comme une
-rcompense: <i lang="la" xml:lang="la">Ecce hreditas Domini, filii; merces, fructus
-ventris.</i> (Psalm. <small>CXXVI</small>. 3.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p592">Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dner et la femme
-de quoi souper.</div>
-<p>C'est absolument l'ide du proverbe prcdent que
-celui-ci reproduit sous une forme diffrente. Ainsi les
-rflexions qui ont t faites sur l'un sont tout fait
-applicables l'autre, et nous ne croyons pas qu'il soit
-ncessaire d'y en ajouter de nouvelles pour dmontrer
-que le second ne doit pas plus que le premier
-tre interprt conformment cette dtestable doctrine
-malthusienne, qui voudrait interdire le mariage
-aux pauvres afin d'en touffer la race, et qui semble
-ne faire consister le bien-tre qu'elle promet que dans
-le rsultat d'une action dnature, c'est--dire dans
-l'augmentation des subsistances par la diminution de
-l'espce humaine.</p>
-
-<p>Nous remarquerons seulement sur le dernier proverbe
-que, s'il tait pris la lettre, il placerait dans
-une fcheuse alternative deux personnes qui n'auraient
-aucun bien et qui s'aimeraient; car elles seraient
-condamnes la misre en se mariant, et au malheur
-en ne se mariant pas.</p>
-
-
-<div class="p" id="p593">Il faut se marier en face de l'glise.</div>
-<p>Il faut que le mariage soit consacr par la religion.
-C'est une maxime dans le dveloppement de laquelle
-je n'ai pas l'intention d'entrer: je veux seulement examiner
-quelle a t l'origine de l'expression <i>en face
-l'glise</i>, qui semble un peu trange aujourd'hui, et
-dmontrer qu'elle est une de celles dont on ne saurait
-trouver la juste explication que dans les usages de nos
-pres. On a prtendu tort qu'elle dsignait par le
-mot <i>glise</i> l'autorit ecclsiastique. Elle n'emploie
-pas ce mot dans un sens figur, mais dans un sens
-matriel; elle prend l'glise pour le btiment sacr
-o les fidles se rassemblent, et elle fait allusion
-l'ancienne coutume de clbrer devant la porte de ce
-btiment la crmonie du mariage qui se fait maintenant
-dans l'intrieur. C'est de l trs-certainement
-qu'elle est ne, et elle date d'une poque fort recule.
-On la trouve au <small>XXVI</small><sup>e</sup> chapitre du III<sup>e</sup> livre de Guillaume
-de Newbridge, savant anglais qui crivait en latin,
-il y a plus de six cents ans. Voici le passage o
-cet auteur l'a consigne, en faisant mention du mariage
-de Henri II, Plantagenet, avec lonore d'Aquitaine,
-pouse divorce du roi de France Louis VII, dit
-le Jeune: <i lang="la" xml:lang="la">Solutamque a lege prioris viri in facie ecclesi,
-quadam illicita licentia, ille mox suo accepit conjugio.</i></p>
-
-<p>Dans un missel de 1555, l'usage de l'glise de
-Salisbury, on lit cette recommandation: <i lang="la" xml:lang="la">Statuantur
-vir et mulier ante ostium ecclesi, sive in faciem ecclesi,
-coram Deo et sacerdote et populo.</i> Que l'homme et la
-femme soient placs devant la porte de l'glise ou <span class="small">EN
-FACE DE L'GLISE</span>, en prsence de Dieu, du prtre et
-du peuple.</p>
-
-<p>On sait que le mariage de Henri de Barn, depuis
-Henri IV, avec Marguerite de Valois, s&oelig;ur de Charles
-IX, eut lieu, le 18 avril 1572, par le ministre du
-cardinal de Bourbon sur un brillant chafaud dress
- la porte de l'glise de Notre-Dame de Paris.</p>
-
-<p>Ces faits et beaucoup d'autres semblables que je
-pourrais y joindre prouvent qu'en France et en Angleterre
-on se mariait encore devant la faade de l'glise
-vers la fin du seizime sicle. Cependant il faut observer
-que, dans la mauvaise saison et dans les jours
-pluvieux, on faisait la crmonie sous le porche, d'o
-l'on ne tarda pas passer dans la chapelle. Mais quels
-taient donc les motifs qui avaient pu faire adopter le
-mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que
-cet usage tait un reste des m&oelig;urs paennes. Ils disent
-que plusieurs peuples de l'antiquit, particulirement
-les trusques, se mariaient dans la rue devant la
-porte de la maison, o l'on entrait pour la conclusion
-de la crmonie.</p>
-
-<p>A cette raison Selden en ajoute une autre dans son
-<i lang="la" xml:lang="la">Uxor hebraica</i> (<span lang="la" xml:lang="la">opera</span>, t. III, pag. 680): c'est que la
-dot ne pouvait tre lgalement assigne qu'en face de
-l'glise.</p>
-
-
-<div class="p" id="p594">Il ne faut pas se marier pour la premire nuit de ses noces.</div>
-<p>Il faut consulter la raison, les convenances et l'intrt
-dans le choix d'une pouse, et ne pas se marier
-uniquement pour satisfaire un fol amour. Celui qui ne
-prend femme que dans la vue si spirituellement indique
-par le proverbe se mcompte presque toujours,
-car l'amour passe et la femme reste, sans conserver
-pour le mari cette beaut qui avait exerc sur lui une
-irrsistible fascination.</p>
-
-<p>Tout est fini ou bien prs de finir pour l'amour
-sitt que l'union de deux c&oelig;urs devient celle de deux
-corps, et les charmantes illusions qu'il faisait natre
-cdent la place de tristes ralits. C'est un mirage
-fantastique aprs lequel on ne voit plus que les sables
-arides du dsert.</p>
-
-
-<div class="p" id="p519">Bailler ou donner le chapelet une fille.</div>
-<p>C'est la marier. Le chapelet ou petit chapeau, auquel
-a succd la guirlande de fleurs d'oranger, tait
-une couronne de romarin ou de myrte qu'on mettait
-autrefois sur le front des jeunes filles dans la crmonie
-nuptiale, l'imitation de la couronne de marjolaine
-que prenaient les nouvelles maries chez les Romains,
-comme on le voit dans ces deux vers de l'pithalame
-de Julie et de Manlius par Catulle:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cinge tempora floribus</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Suaveolentis amarari.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Ceins tes tempes des fleurs de l'odorante marjolaine.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Il y avait sans doute en cela une allgorie qui recommandait
-aux pouses de conserver soigneusement
-l'honneur conjugal dont cette couronne prsentait
-l'emblme.</p>
-
-
-<div class="p" id="p620">Prendre le collier de misre.</div>
-<p>C'est se marier. Les nombreux lments dont se
-compose cette misre tant exposs en assez grand
-dtail dans les proverbes qui prcdent ou qui suivent,
-je me bornerai joindre celui-ci une anecdote
-orientale propre lui servir de commentaire.</p>
-
-<p>Bahalul, que les saillies de son esprit firent surnommer
-Al-Mgoun, c'est--dire le Fou, plaisait beaucoup
-au calife Haroun al-Raschid par son humeur enjoue,
-ses reparties ingnieuses et ses traits vifs et factieux.
-Ce calife lui dit un jour: Bahalul, pourquoi ne te
-maries-tu pas? je veux te donner une pouse jeune,
-bien faite et riche. Elle te procurera toutes les douceurs
-de la vie. Bahalul, cdant ces raisons et plus
-encore la volont de son matre, consentit au mariage,
-et, les noces s'tant faites, il entra avec sa
-femme dans la couche nuptiale. Mais peine y fut-il,
-qu'il entendit ou feignit d'entendre un grand bruit
-dans le sein de sa compagne. Effray, il s'lance aussitt
-du lit et s'enfuit bien loin hors de la ville. Le
-calife, instruit de son escapade, ordonne de le chercher:
-on le trouve et on le lui amne. Le monarque
-le rprimande d'abord, et lui demande ensuite o est
-le mot pour rire dans cette affaire. Sublime commandeur
-des croyants, rpond Bahalul, vous m'aviez promis
-que je goterais avec ma femme toutes les douceurs
-de la vie. Cependant, peine tais-je couch
-auprs d'elle, que toutes mes esprances furent trompes.
-J'entendis un bruit alarmant qui sortait de ses
-entrailles, il tait form d'une foule de voix qui tour
-tour me demandaient une chemise, un habit, un turban,
-des souliers, du pain, du riz, de la viande, etc. Il
-y avait, en outre, des cris, des pleurs, des rires de
-plusieurs enfants qui allaient, venaient, foltraient, se
-battaient, se plaignaient ou s'gayaient qui mieux
-mieux. Je fus si pouvant de ce vacarme, que je laissai
-l ma femme pour chapper aux malheurs dont sa
-fcondit me menaait. Je n'aurais pu rester avec elle
-sans devenir encore plus fou que je ne suis.</p>
-
-
-<div class="p" id="p325">Allumer la chandelle quatre cornes.</div>
-<p>Vieille expression proverbiale dont on se sert quelquefois
-encore en certaines provinces et mme Paris,
-pour marquer le contentement d'un pre et d'une
-mre qui marient la dernire de leurs filles, aprs
-avoir mari toutes les autres. Elle rappelle la coutume
-anciennement observe, en pareil cas, de faire une
-espce d'illumination de joie en allumant toutes les
-mches d'une grande lampe de famille, qui avait ordinairement
-quatre cornes ou becs. Cette coutume
-tait un reste des antiques formalits du mariage, o
-l'on employait le feu comme lment symbolique. Le
-recueil manuscrit des anciens statuts de Marseille
-(<i lang="la" xml:lang="la">Statuta Massiliensia</i>, anne 1274) nous apprend que, le
-jour des noces, on avait soin d'entretenir des luminaires
-dans l'intrieur des maisons. On peut voir, ce
-sujet, l'<i>Histoire de Marseille</i> par Fabre (<small>II</small>, 204).</p>
-
-<p>Il y a une remarque grammaticale faire sur le mot
-<i>chandelle</i>, qui pourrait paratre avoir t improprement
-introduit dans l'expression que je viens d'expliquer:
-c'est qu'autrefois <i>chandelle</i> tait un terme gnrique,
-dsignant la fois et la substance qui clairait
-et l'ustensile o cette substance tait place. D'autres
-en ont fait la remarque avant moi.</p>
-
-
-<div class="p" id="p596">Qui se marie la hte se repent loisir.</div>
-<p>Un mariage contract trop vite devient une source
-intarissable de regrets, parce qu'il est rarement fond
-sur le rapport des caractres sans lequel la bonne
-intelligence ne saurait gure exister entre les poux.
-Les Allemands disent: <i id="p576">Mariage prompt, regret long</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1"><i lang="de" xml:lang="de">Heirath in Eil'</i></div>
-<div class="verse"><i lang="de" xml:lang="de">Bereut man mit Weil.</i></div>
-</div>
-
-<p>En gnral les mariages conclus aprs une longue
-frquentation, pendant laquelle on a appris des deux
-parts se connatre, sont ceux dans lesquels on trouve
-plus d'amour et de constance. Il faut que l'amour ait
-jet de profondes racines et se soit bien fortifi avant
-d'y enter le mariage. Une longue suite d'esprances
-et d'attentes nous fixe l'ide dans l'esprit et nous accoutume
- sentir une vritable tendresse pour la personne
-dont on a fait choix. (Addison, <i>Spectateur</i>.)</p>
-
-<p>En effet, une longue frquentation, o l'on apprend
- se connatre, s'estimer mutuellement, doit produire
-une tendre amiti, et cette amiti est le plus
-heureux commencement ainsi que la meilleure garantie
-de l'amour conjugal. Malfiltre a dvelopp une
-ide semblable en vers lgants dans le premier chant
-de son pome intitul <i>Narcisse dans l'le de Vnus</i>. Je
-vais les citer, pour donner de la varit et de l'agrment
- cet article:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vnus voulut, avant l'ge o l'on aime,</div>
-<div class="verse">Voir ses sujets, voir ces couples charmants,</div>
-<div class="verse">Couples futurs, dj s'unir d'eux-mmes</div>
-<div class="verse">Par le rapport des gots, des sentiments.</div>
-<div class="verse">Elle voulut que ces enfants aimables,</div>
-<div class="verse">Pour rendre un jour leurs chanes plus durables,</div>
-<div class="verse">Fussent amis avant que d'tre amants:</div>
-<div class="verse">Qu'en attendant les amoureuses flammes,</div>
-<div class="verse">D'avance un sexe l'autre ft li;</div>
-<div class="verse">Qu'enfin l'amour, prt d'entrer dans leurs mes,</div>
-<div class="verse">En arrivant, y trouvt l'amiti;</div>
-<div class="verse">Car l'amiti, la confiance intime</div>
-<div class="verse">Nourrit l'amour, le soutient, le ranime,</div>
-<div class="verse">Et rend ses feux plus touchants de moiti.</div>
-<div class="verse">De leur concours, de leur souffle unanime,</div>
-<div class="verse">Nat ce plaisir pur, dlicat, sublime,</div>
-<div class="verse">Plaisir cherch par nos v&oelig;ux superflus,</div>
-<div class="verse">Plaisir moqu des mortels corrompus.</div>
-<div class="verse">Mais quoi? l'amour n'est point connu du crime,</div>
-<div class="verse">Puisque l'amour sans l'amiti n'est plus,</div>
-<div class="verse">Que l'amiti se fonde sur l'estime,</div>
-<div class="verse">Et que l'estime est fille des vertus.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p597">On se marie pour soi.</div>
-<p>C'est la rponse que fait le jeune homme cervel
-qui refuse de se laisser guider dans le choix d'une
-pouse par ses parents ou ses amis, et qui, pouss par
-un dsir aveugle, s'obstine s'unir celle dont les
-appas seuls l'ont sduit, sacrifiant toutes les convenances
- sa folle passion, et bravant tous les effets
-malheureux que ne peut manquer de produire cette
-union disproportionne ou mal assortie. Le mariage
-est un tat trop important et trop srieux pour s'y engager
-avec tourderie et par caprice. Suivant Montaigne,
-<span lang="frm" xml:lang="frm">l'alliance, les moyens y poisent (doivent y
-entrer en compte) par raison, autant ou plus que les
-grces et la beaut. On ne se marie pas pour soy, quoy
-qu'on en die; on se marie autant ou plus pour sa
-postrit, pour sa famille; l'usage et l'intrest du
-mariage touche notre race, bien loing par del nous.</span>
-(<i>Essais</i>, liv. III, chap. <small>V</small>.)</p>
-
-<p>Cervantes pensait que les parents devaient dcider
-du mariage de leurs enfants et ne pas les laisser libres
-de le conclure eux-mmes par fantaisie ou par amour.
-Voici les rflexions qu'il a mises dans la bouche de
-don Quichotte sur ce sujet: Si tous ceux qui s'aiment
-pouvaient ainsi se marier, ce serait enlever aux
-parents le droit de choisir pour leurs enfants et de les
-marier quand ils le jugent convenable; et si le choix
-des maris tait abandonn la volont des filles, telle
-se trouverait qui prendrait le valet de son pre, et telle
-autre le premier venu qu'elle aurait vu passer dans la
-rue fier et pimpant, ne ft-il qu'un dbauch et un
-spadassin. L'amour aveugle aisment les yeux et l'esprit,
-si ncessaires pour le choix d'un tat; et, en fait
-de mariage surtout, rien de plus facile que de se tromper:
-il faut un grand tact et une faveur particulire du
-ciel pour rencontrer juste. Quelqu'un veut-il entreprendre
-un long voyage, s'il est sage, avant de se
-mettre en route, il cherchera un compagnon sr et
-agrable. Pourquoi donc ne ferait-il pas de mme
-celui qui doit cheminer tout le cours de la vie jusqu'au
-terme final, la mort; surtout si son compagnon de
-route doit le suivre au lit, la table, partout, comme
-fait la femme pour son mari? (Partie II, ch. <small>XIX</small>.)</p>
-
-<p>Il n'y a pas de lgislation qui n'ait jug ncessaire
-le consentement des pres au mariage des enfants.
-Cette ncessit, dit Montesquieu dans l'<i>Esprit des lois</i>
-(liv. XXIII, ch. <small>VII</small>), est fonde sur leur puissance,
-c'est--dire sur leur droit de proprit. Elle est aussi
-fonde sur leur amour, sur leur raison et sur l'incertitude
-de celle de leurs enfants, que l'ge tient dans
-l'tat d'ignorance, et les passions dans l'tat d'ivresse.</p>
-
-
-<div class="p" id="p598">Le jour o l'on se marie est le lendemain du bon temps.</div>
-<p>Ds ce jour-l tout devient srieux dans la vie; les
-jeux et les divertissements cessent d'tre de saison,
-et les proccupations de l'avenir doivent commencer.
-Il faut pourvoir aux besoins du mnage, travailler sans
-relche pour l'entretien de la femme qu'on a prise et
-des enfants qu'on aura, enfin se dvouer tout entier
-l'accomplissement des graves obligations qu'impose le
-nouvel tat o l'on vient d'entrer.</p>
-
-<p>Bacon a dit dans un style noblement figur: Quiconque
-a pous une femme et mis des enfants au jour
-a donn des otages la fortune.</p>
-
-<p>Il en a donn aussi la morale, dont les lois ont
-alors sur lui plus d'autorit et l'attachent ses devoirs
-par des liens plus forts et plus sacrs. Le mariage est
-essentiellement moralisateur; il loigne du vice et
-mne l'honntet. Plus vous aurez d'hommes
-maris, dit Voltaire, moins il y aura de crimes. Voyez
-les registres affreux de vos greffes criminels; vous y
-trouverez cent garons de pendus, ou de rous, contre
-un pre de famille.</p>
-
-<p>Le mariage rend l'homme plus vertueux et plus
-sage. Le pre de famille ne veut pas rougir devant ses
-enfants; il craint de leur laisser l'opprobre pour hritage.
-(<i>Dictionnaire philosophique</i>, art. <i>Mariage</i>.)</p>
-
-<p>Joignons cela un morceau remarquable extrait de
-la charmante mosaque compose par M. L. Veuillot,
-sous le titre modeste de <i> et L</i>: Je suis perdu
-d'admiration&mdash;hlas! et d'pouvante&mdash;quand je
-songe la grandeur morale o quelque petit individu
-de ma sorte, par exemple, peut et doit s'lever, sans
-avoir cependant ni puissance, ni richesse, ni gnie,
-par cette seule raison qu'il est homme et chef de famille.
-Voil autour de cet homme un monde protger,
- aimer, servir, difier, rjouir mme. Il faut
-que l'on vive de ses labeurs, que l'on se fortifie de ses
-exemples, que l'on s'honore de ses &oelig;uvres, que l'on
-soit heureux par lui.</p>
-
-
-<div class="p" id="p599">Qui se marie fait bien, et qui ne se marie pas fait encore mieux.</div>
-<p>Ce proverbe, dans lequel se trouve une sorte d'approbation
-ou plutt de tolrance pour le mariage, est
-driv d'un passage de la premire ptre de saint
-Paul aux Corinthiens. Cet aptre, aprs avoir dit qu'il
-est avantageux de ne pas se marier, afin que le soin
-des choses du monde ne dtourne pas du soin des
-choses du Seigneur, reconnat cependant ce qui doit
-tre accord au besoin de la nature humaine, et conclut
-en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Qui matrimonio jungit virginem
-suam bene facit, et qui non jungit melius facit</i> (cap. <small>VII</small>, 38).
-Celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie
-pas fait mieux.</p>
-
-<p>Un pre, qui avait ses raisons pour ne pas vanter
-devant la sienne les avantages de l'tat conjugal, lui
-rptait les paroles de saint Paul, elle lui dit: Mon
-pre, faisons bien, fera mieux qui pourra.</p>
-
-
-<div class="p" id="p600">Qu'on se marie ou non, l'on a toujours s'en repentir.</div>
-<p>C'est ce que Socrate rpondit un jeune Athnien
-qui, hsitant prendre femme, lui demandait s'il valait
-mieux se marier ou ne pas se marier. Sa rponse devint
-un proverbe dont on se sert encore aujourd'hui et
-dont l'ide a t reproduite dans plusieurs variantes
-vulgaires; je me borne signaler celle-ci: <i>Femme est
-marchandise trompeuse: qui n'en a point s'en plaint, qui en
-prend s'en repent.</i></p>
-
-<p>La rponse du philosophe n'tait pas conforme la
-demande. Il n'avait pas dire si celui qui se mariait
-et celui qui ne se mariait point s'exposaient galement
-au repentir, mais bien auquel des deux ce repentir
-devait tre plus amer. Il jugea propos d'luder la
-question et de la laisser indcise. Qu'on se garde
-pourtant de conclure de l qu'il n'apprciait pas mieux
-le mariage que le clibat. C'est tort qu'on a prtendu
-que les contrarits que lui suscitait l'humeur fort
-difficile de sa femme Xantippe le lui avaient rendu
-antipathique, il ne cessa jamais de le regarder comme
-l'institution la plus utile qui a produit la famille, fondement
-de la socit. Il en parla dans une nombreuse
-assemble en termes si honorables et si persuasifs, il
-en exposa les avantages sous un si beau jour, que les
-clibataires, dont son auditoire tait en grande partie
-compos, se marirent tous dans l'anne. C'tait prendre
-le bon parti, car le mariage, malgr ses dsagrments
-et ses chagrins, est bien prfrable au clibat,
-je ne parle pas du clibat des hommes vous la religion
-ou la science et capables d'acquitter leur dette
-envers la socit par des vertus ou des talents, je parle
-de celui des vils gostes et des lches voluptueux, qui
-sacrifient tous leurs devoirs pour satisfaire leurs vices.</p>
-
-<p>On ferait bien mieux de ridiculiser les clibataires
-que les gens mal maris. C'est ce que faisaient les
-peuples antiques, et quelques-uns mme de ces peuples
-les traitaient plus svrement. On sait que, chez
-les Spartiates, les femmes avaient le droit de les
-fouetter tous les ans, au pied de la statue de Junon
-qui prsidait aux mariages.</p>
-
-<p>Je ne prtends pas assurment qu'il faille renouveler
-contre eux une pareille punition. Je pense qu'ils ne
-sont que trop punis par les vices qu'ils contractent
-dans la vie qu'ils mnent et par l'abandon o ils sont
-rduits dans leurs dernires annes.</p>
-
-<p>Quant aux plaisanteries sur le mariage, il faut bien
-les tolrer, et j'aurais mauvaise grce vouloir les
-proscrire. Tout ce que je demande, c'est qu'elles ne
-soient pas srieuses, et qu'au lieu de porter sur l'institution
-elle-mme, elles tombent sur ce qui tend
-fausser cette institution, qui est la plus respectable du
-monde puisqu'elle est le fondement de la famille, sur
-laquelle est fonde la socit.</p>
-
-<p>Laissons donc les railleurs s'gayer sur ce sujet,
-pourvu qu'ils ne dpassent pas les justes limites que
-la vrit, la dcence et le bon got imposent. Nos
-aeux, grands amateurs de la gaudriole, sont alls
-trop souvent au del. Cependant ils ne ngligeaient
-pas de se marier, et ils avaient soin de donner la
-socit un grand nombre d'enfants lgitimes. C'est sur
-ce dernier point qu'il faut les imiter. Que les malthusiens
-en disent ce qu'ils voudront, je pense qu'il est
-bon que chacun fasse comme ses pre et mre. Ainsi
-soit-il.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p601"><span class="blk">Qui se marie par amours<br />
-A bonnes nuits et mauvais jours.</span></div>
-
-<p>Une femme d'esprit et de sens, M<sup>me</sup> de Flahaut,
-disait son fils, pour le dissuader de faire un mariage
-d'amour, qui est ordinairement un mariage pauvre:
-Souvenez-vous, mon fils, qu'il n'y a qu'une chose qui
-revienne chaque jour dans le mnage, c'est le dner.</p>
-
-<p>Voici comment Molire a dvelopp la pense proverbiale
-dans l'<i>tourdi</i>, acte IV, scne <small>IV</small>:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand on ne prend en dot que la seule beaut,</div>
-<div class="verse">Le remords est bien prs de la solennit,</div>
-<div class="verse">Et la plus belle femme a bien peu de dfense</div>
-<div class="verse">Contre cette tideur qui suit la jouissance.</div>
-<div class="verse">Je vous le dis encor, ces bouillants mouvements,</div>
-<div class="verse">Ces ardeurs de jeunesse et ces emportements</div>
-<div class="verse">Nous font trouver d'abord quelques nuits agrables.</div>
-<div class="verse">Mais ces flicits ne sont gure durables,</div>
-<div class="verse">Et notre passion, alentissant son cours,</div>
-<div class="verse"><i>Aprs de bonnes nuits donne de mauvais jours</i>.</div>
-<div class="verse">De l viennent les soins, les soucis, les misres,</div>
-<div class="verse">Les fils dshrits par le courroux des pres.</div>
-</div>
-
-<p>Thomas Corneille a dit sur le mme sujet, mais d'un
-style moins vigoureux:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">L'abondance des biens</div>
-<div class="verse">Pour l'amour conjugal a de puissants liens.</div>
-<div class="verse">La beaut, les attraits, l'esprit, la bonne mine,</div>
-<div class="verse">chauffent bien le c&oelig;ur, mais non pas la cuisine,</div>
-<div class="verse">Et l'hymen qui succde ces folles amours,</div>
-<div class="verse">Aprs quelques douceurs a bien de mauvais jours.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p602">Qui se marie se met la corde au cou.</div>
-<p>C'est--dire se rend esclave. Ce proverbe est une
-traduction vulgaire des paroles d'Hippothos, cites
-parmi les <i>Sentences choisies des trsors des Grecs</i>, par
-Stobe: <i lang="la" xml:lang="la">Astrictus nuptiis non amplius liber est.</i> <a name="p577" id="p577"></a>Celui
-qui est li par le mariage n'est plus libre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cette chane qui dure autant que notre vie,</div>
-<div class="verse">Et qui devrait donner plus de peur que d'envie,</div>
-<div class="verse">Si l'on n'y prend bien garde, attache assez souvent</div>
-<div class="verse">Le contraire au contraire et le mort au vivant.</div>
-</div>
-
-<p>Ces vers de Corneille assimilent le mariage au supplice
-que Mzence infligeait ses victimes. Ce tyran,
-dit Virgile, unissait des corps vivants des cadavres.
-(<i>nide</i>, <small>VIII</small>, 485.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mortua quin etiam jungebat corpora vivis.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p603">Qui se marie s'achemine faire pnitence.</div>
-<p>Il n'y a rien qui ait besoin d'explication dans ce proverbe,
-et je me bornerai y joindre une historiette
-vraie ou fausse, dont on l'assaisonne ordinairement,
-quand on le cite. La voici telle qu'elle a t mise en
-vers par Pons de Verdun, le plus fcond de nos rimeurs
-anecdotiers:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La veille de son mariage,</div>
-<div class="verse">Thomas au pre Hilarion</div>
-<div class="verse">Fut demander, selon l'usage,</div>
-<div class="verse">Un billet de confession.</div>
-<div class="verse">Le pnitent, gai comme un prince,</div>
-<div class="verse">Bien confess, billet en main,</div>
-<div class="verse">S'en allait: un remords le pince,</div>
-<div class="verse">Et vite il rebrousse chemin.</div>
-<div class="verse">Sans doute c'est par oubliance,</div>
-<div class="verse">Va-t-il dire au pre tonn,</div>
-<div class="verse">Que vous ne m'avez pas donn</div>
-<div class="verse">Le moindre mot de pnitence.</div>
-<div class="verse">&mdash;Allez, rpond le franciscain,</div>
-<div class="verse">Allez, vous n'en avez que faire:</div>
-<div class="verse">Ne m'avez-vous pas dit, mon frre,</div>
-<div class="verse">Que vous vous mariiez demain?</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p604">Marie ton fils quand tu voudras, et ta fille quand tu pourras.</div>
-<p>On peut diffrer sans inconvnient le mariage d'un
-fils, qui ordinairement n'est point charge la famille;
-mais il n'en saurait tre de mme de celui
-d'une fille, car elle donne bien de l'embarras et exige
-une surveillance continuelle. Il importe beaucoup de
-lui chercher un poux, et si l'on en trouve un qui soit
-convenable, il faut le lui donner sans retard. <i id="p605">Marie ta
-fille, et tu auras fait une grande affaire</i>, dit un autre
-proverbe traduit de ces paroles de l'<i>Ecclsiastique</i>:
-<i lang="la" xml:lang="la">Trade filiam, et grande opus feceris</i> (<small>VII</small>, 27).</p>
-
-<p>Cette <i>grande affaire</i> n'tait pas aussi importante
-dans l'antiquit qu'elle l'est dans notre temps, o le
-mariage est devenu extrmement difficile. Alors, pour
-parler comme Dante, la fille en naissant ne faisait
-pas encore peur son pre, car l'heure de la marier
-et la dot n'avaient pas toutes deux dpass toute mesure.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Non faceva nascendo ancor paura</i></div>
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">La figlia al padre, che il tempo e la dote</i></div>
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Non fuggian quinci e quindi la misura.</i></div>
-</div>
-
-<p>La diminution des mariages, produite d'un ct
-par le libertinage des hommes, et de l'autre par le
-luxe des femmes, est telle aujourd'hui qu'elle fait la
-dsolation des familles et proccupe les politiques et
-les moralistes, effrays des calculs de la statistique
-qui dmontre que, depuis vingt-cinq ans, le mariage
-ne cesse de dcrotre ou de rester stationnaire.</p>
-
-
-<div class="p" id="p606">Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion
-s'en prsente.</div>
-<p>Il ne faut pas refuser un mari sa fille lorsqu'elle
-prouve le dsir et le besoin d'en avoir un; car ce refus
-pourrait entraner de graves inconvnients pour
-elle et pour la famille. Il ne faut pas non plus ngliger
-de marier son fils quand on en trouve l'occasion,
-quoiqu'il n'y ait pas urgence de le faire. Ce proverbe,
-dont la dernire partie contredit un peu la premire
-du prcdent, est littralement traduit du basque:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="eu" xml:lang="eu">Alaba escont esac nahi-denean.</i></div>
-<div class="verse"><i lang="eu" xml:lang="eu">Semea ordu-denean.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p607">Marie ton fils Paris.</div>
-<p>Ce proverbe, peu significatif et peut-tre peu sage
-aujourd'hui, tait autrefois un bon conseil pour les
-parents qui tenaient marier leur fils richement, parce
-que la Coutume de Paris avantageait les filles au dtriment
-des garons.</p>
-
-
-<div class="p" id="p608">Marie ta fille en Normandie.</div>
-<p>L'ancienne Coutume de Normandie contenait,
-l'gard des filles, des dispositions contraires celles
-de la Coutume de Paris; elle les dsavantageait pour
-avantager les fils, qui devenaient par l de riches partis.
-Les fils dont il est ici question taient les ans;
-car les autres n'avaient gure plus de droit que les
-filles l'hritage paternel, et l'on disait: <i>C'est un cadet
-de Normandie</i>, pour dsigner un individu mal partag
-sous le rapport de la fortune.</p>
-
-<p>On sait que Boileau, qui estimait trop peu le talent
-de Th. Corneille, lui appliquait cette dnomination:
-Ses vers, compars ceux de son an, disait-il,
-montrent bien qu'il n'est qu'<i>un cadet de Normandie</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p609">Nul ne se marie qui ne s'en repente.</div>
-<p>Proverbe qui se trouve textuellement dans la <i>Chtelaine
-de Saint-Gilles</i>, pome manuscrit de la Bibliothque
-nationale, n<sup>o</sup> 7,218. <i>Nus ne se marie qui ne s'en repente.</i>
-Et pourquoi ce repentir presque universel du
-mariage? Fnelon va nous l'apprendre: Ce joug
-perptuel, dit-il, est difficile porter pour la plupart
-des hommes lgers, inquiets et remplis de dfauts.
-Chacune des deux personnes a ses imperfections: les
-naturels sont opposs, les humeurs sont presque incompatibles;
- la longue, la complaisance s'use, on
-se lasse les uns des autres dans cette misrable ncessit
-d'tre presque toujours ensemble et d'agir en
-toutes choses de concert. Il faut une grande grce et
-une grande fidlit la grce reue pour porter patiemment
-ce joug. Quiconque l'acceptera par l'esprance
-de s'y contenter grossirement y sera bientt
-mcompt. Il sera malheureux et rendra sa compagne
-malheureuse. C'est un tat de tribulation et d'assujettissement
-trs-pnible auquel il faut se prparer en
-esprit de pnitence.</p>
-
-<p>Fnelon dit encore dans un autre endroit de ses
-<i>Lettres spirituelles</i>: Demandez, voyez, coutez; que
-trouvez-vous dans toutes les familles, dans les mariages
-mmes qu'on croit les mieux assortis et les plus
-heureux, sinon des peines, des contradictions, des
-angoisses? Les voil ces tribulations dont parle l'Aptre,
-lorsqu'il dit: <i>Ceux qui entrent dans les liens du mariage
-souffrent les tribulations de la chair, et je voudrais
-vous les pargner.</i> Il n'en a point parl en vain; le
-monde en parle encore plus que lui; toute la nature
-est en souffrance. Laissons l tant de mariages pleins
-de dissensions scandaleuses; encore une fois, prenons
-les meilleurs. Il n'y parat rien de malheureux; mais,
-pour empcher que rien n'clate, combien faut-il que
-le mari et la femme souffrent l'un de l'autre! Ils sont
-tous deux galement raisonnables, si vous le voulez
-(chose trs-rare et qu'il n'est gure permis d'esprer);
-mais chacun a ses humeurs, ses prventions, ses habitudes,
-ses liaisons. Quelque convenance qu'il y ait
-entre eux, les naturels sont toujours assez opposs
-pour causer une contrarit frquente, dans une socit
-si longue, o l'on se voit de si prs, si souvent,
-avec ses dfauts de part et d'autre, dans les occasions
-les plus naturelles et les plus imprvues, o l'on ne
-peut tre prpar. On se lasse, le got s'use, l'imperfection
-toujours attache l'humanit se fait sentir de
-plus en plus. Il faut toute heure prendre sur soi et
-ne pas montrer tout ce qu'on y prend; il faut son
-tour prendre sur son prochain, et s'apercevoir de sa
-rpugnance. La complaisance diminue, le c&oelig;ur se
-dessche, on se devient une croix l'un l'autre&hellip;
-Souvent on ne tient plus l'un l'autre que par devoir
-tout au plus, ou par une certaine estime sche, ou par
-une amiti altre et sans got qui ne se rveille que
-dans les fortes occasions. Le commerce journalier n'a
-presque rien de doux; le c&oelig;ur ne s'y repose gure:
-c'est plutt une conformit d'intrt, un lien d'honneur,
-un attachement fidle, qu'une amiti sensible et
-cordiale.</p>
-
-
-<div class="p" id="p610">Saint Nicolas marie les filles avec les gaz<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Gaz</i> ou <i>gars</i> signifie garon. Ce mot a un fminin qui aujourd'hui fait frmir
-la pudeur, et qui autrefois figurait dans le proverbe la place du mot <i>filles</i>,
-sans offenser les plus chastes oreilles, puisque le bon Saint Franois de Sales l'a
-frquemment employ dans ses crits religieux, au commencement du dix-septime
-sicle. C'est le cas de dire avec Voltaire que la pudeur se rfugie sur les
-lvres quand elle n'est plus dans le c&oelig;ur.</p>
-</div>
-<p>Saint Nicolas, vque de Myre, se distingua, durant
-tout son piscopat, par sa charit vanglique et par
-son zle clair pour le maintien des bonnes m&oelig;urs.
-Ayant appris un jour qu'un gentilhomme, pre de trois
-filles qu'il ne trouvait pas marier, faute de pouvoir
-les doter, se disposait leur faire contracter des
-unions illgitimes, il alla de nuit se poster devant la
-maison de cet homme, et, profitant d'un moment o
-la fentre de sa chambre tait ouverte, il y jeta une
-bourse remplie d'or pour qu'elle servt de dot l'ane
-des trois s&oelig;urs. Puis il renouvela, en temps opportun,
-le mme acte de gnrosit en faveur de chacune des
-deux autres, qui devinrent, grce lui, de pieuses
-mres de famille au lieu d'tre de malheureuses courtisanes.</p>
-
-<p>De l est venue la croyance que saint Nicolas, dans
-le ciel, prend plaisir continuer le beau rle qu'il a
-rempli sur la terre. Il est le patron des pauvres filles
-marier, et son nom est invoqu dans les <i>litanies des
-amoureux</i>, o elles s'crient:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Patron des filles, saint Nicolas,</div>
-<div class="verse">Mariez-nous, ne tardez pas.</div>
-</div>
-
-<p>J. Delille a consacr ce saint, dans la premire
-dition du pome de la <i>Piti</i>, les quatre vers suivants,
-qui ont t supprims dans les autres ditions:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le grand saint Nicolas dont l'oreille discrte</div>
-<div class="verse">coute des amants la prire secrte,</div>
-<div class="verse">Qui, des sexes divers le confident chri,</div>
-<div class="verse">Donne l'homme une pouse, la femme un mari.</div>
-</div>
-
-<p>Saint Nicolas est aussi le patron des garons et le
-patron des mariniers, pour des raisons tires de deux
-faits consigns dans sa lgende, et inutiles rapporter
-ici.</p>
-
-
-<div class="p" id="p611">Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins.</div>
-<p>C'est ce que disait un vieillard de l'antiquit, le jour
-mme de son mariage. Ce joli mot, pass en proverbe,
-est rapport par Plutarque.&mdash;Nous avons encore ce
-vieux dicton, qui exprime la mme ide par une antithse
-assez plaisante: <i id="p595">Qui recule trop se marier, il
-s'avance d'tre sot.</i></p>
-
-<p>Il rsulte de l qu'il faut se marier dans la jeunesse,
-et qu'il vaut mieux renoncer tout fait au mariage que
-de le remettre la grande anne climatrique.</p>
-
-<p>Un sage et spirituel sexagnaire, qui mrite, en ce
-cas, d'tre propos comme modle, rpondait aux
-conseils qu'on lui donnait de se marier: Je m'en
-garderai bien, car je n'ai aucun got pour les vieilles
-femmes, et je suis sr que les jeunes, par la mme
-raison, n'en auraient aucun pour moi.</p>
-
-
-<div class="p" id="p511">Les fianailles chevauchent en selle, et les repentirs en croupe.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Post equitem sedet atra cura.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Horat., lib. III, od. <small>I</small>.</span>)</p>
-
-<p>Il n'y a qu'une remarque faire sur ce proverbe
-maintenant peu usit; c'est qu' l'poque o il fut introduit,
-les fiancs, du moins ceux d'une condition au-dessus
-de l'ordinaire, se rendaient cheval l'glise,
-n'ayant pas, comme aujourd'hui, des voitures pour y
-tre transports.</p>
-
-
-<div class="p" id="p514">Tel fiance qui n'pouse pas.</div>
-<p>Proverbe qu'on emploie au figur pour faire entendre
-qu'une esprance qui est trs-bien fonde, qui est
-mme en voie de ralisation, peut tre frustre tout
-coup.</p>
-
-<p>On lit dans les <i>Institutes</i> de Loisel: <i id="p522">Fille fiance n'est
-ni prise ni laisse</i> (liv. I, tit. <small>II</small>, reg. 1), et dans les <i>Maximes
-du droit franais</i> de L'Hommeau: <i id="p523">Fille fiance n'est
-pas marie</i> (liv. III, max. 41).</p>
-
-<p>Les fianailles ne sont qu'une promesse qui peut
-tre rompue, sauf l'action en dommages et intrts.</p>
-
-<p>Chateaubriand dit que l'intention de la coutume des
-fianailles est de laisser aux deux poux le temps de
-se connatre avant de s'unir. Saint Augustin, ajoute-t-il,
-en rapporte une raison aimable: <i lang="la" xml:lang="la">Constitutum est
-ut jam pact spons non statim tradantur, ne vilem habeat
-maritus datam quam non suspiraverit sponsus dilatam.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p513">Boire <span lang="la" xml:lang="la">tanquam sponsus</span>, ou boire comme un fianc.</div>
-<p>Cette expression proverbiale, qui signifie boire copieusement,
-se trouve dans le cinquime chapitre de
-<i>Gargantua</i>. Un commentateur croit qu'elle a d son
-origine un mauvais jeu de mots sur <i lang="la" xml:lang="la">sponsus</i> et <i lang="la" xml:lang="la">spongia</i>
-(ponge), ce qui est tant soit peu ridicule. Fleury
-de Bellingen la fait venir des noces de Cana, o la
-provision de vin fut puise; sur quoi l'abb Tuet fait
-la remarque suivante: Le texte sacr dit bien qu'
-ces noces le vin manqua, mais non pas que l'on y but
-beaucoup, encore moins que l'poux donna l'exemple
-de l'intemprance. J'aimerais mieux tirer le proverbe
-des amants de Pnlope, qui passaient le temps
-boire, causer, etc. Horace appelle <i lang="la" xml:lang="la">sponsos Penelopes</i>
-les personnes livres la dbauche.</p>
-
-<p>Aucune de ces explications ne me parat admissible.
-En voici une nouvelle que je propose, et dont la vrit
-me parat incontestable. Autrefois, en France, on tait
-dans l'usage de <i id="p512">boire le vin des fianailles</i>. Dans cette
-circonstance, le fianc devait souvent vider son verre
-pour faire raison aux convives qui lui portaient des
-brindes ou des sants, et de l vient qu'on dit: <i>Boire
-<span lang="la" xml:lang="la">tanquam sponsus</span></i>, ou <i>boire comme un fianc</i>.</p>
-
-<p>Don Martne cite un missel de Paris du quinzime
-sicle, o il est dit en latin: Quand les poux, au
-sortir de la messe, arrivent la porte de leur maison,
-ils y trouvent le pain et le vin. Le prtre bnit le pain
-et le prsente l'poux ainsi qu' l'pouse, pour qu'ils
-y mordent. Le prtre bnit aussi le vin, et leur en
-donne boire; ensuite il les introduit lui-mme dans
-la domicile conjugal.</p>
-
-<p>Aujourd'hui encore, dans plusieurs localits, on
-offre aux poux qui reviennent de l'glise une soupire
-de vin chaud et sucr.</p>
-
-<p>En Angleterre, on faisait boire autrefois aux nouveaux
-maris du vin sucr dans des coupes qu'on gardait
- la sacristie parmi les vases sacrs, et on leur
-donnait manger des oublies ou des gaufres qu'ils
-trempaient dans ce vin. De vieux missels attestent
-cette coutume, qui fut observe aux noces de la reine
-Marie et de Philippe II, roi d'Espagne. Shakespeare
-y a fait allusion dans sa comdie intitule <i>la Mchante
-Femme mise la raison</i>, o il est dit de Ptruchio pousant
-Catherine: Il a aval des rasades de vin muscat,
-et il en a jet les rties la face du sacristain.
-(Acte III, sc. <small>II</small>.)</p>
-
-<p>Selden (<i lang="la" xml:lang="la">De Uxore hebraica</i>) a signal parmi les rites
-de l'glise grecque une semblable coutume, qu'il regarde
-comme un reste de la confarration des anciens.</p>
-
-<p>J.-O. Stiernhook (<i lang="la" xml:lang="la">De Jure Suevorum et Gothorum vetusto</i>,
-p. 163, dit. de 1672) rapporte une scne charmante
-qui avait lieu aux fianailles, chez les Suves et
-les Goths. Le fianc, entrant dans la maison o devait
-se faire la crmonie, prenait la coupe dite maritale,
-et, aprs avoir cout quelques paroles du paranymphe
-sur son changement de vie, il vidait cette
-coupe, en tmoignage de constance, de force et de
-protection, la sant de sa fiance, qui il promettait
-ensuite la morgennatique (<i lang="la" xml:lang="la">morgennaticam</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>), c'est--dire
-une dot pour prix de la virginit. La fiance tmoignait
-sa reconnaissance, puis elle se retirait pour quelques
-instants, et, ayant dpos son voile, elle reparaissait
-sous le costume de l'pouse, effleurait de ses lvres la
-coupe qui lui tait prsente, et jurait amour, fidlit,
-diligence et soumission.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Ce mot de basse latinit, et le mot franais <i>morganatique</i>, viennent de l'Allemand
-<i lang="de" xml:lang="de">Morgen Gabe</i> (prsent du matin), et dsignent proprement la dot que la
-marie, le lendemain des noces, recevait du mari, comme dit Stiernhook, pour
-prix de sa virginit. De l vient aussi le nom de <i>mariage morganatique</i> ou <i> la
-morganatique</i>, qu'on donne l'union contracte entre un prince et une femme
-d'un rang infrieur, entre un noble et une roturire, sous cette clause expresse
-que l'pouse doit avoir en toute proprit les biens qui lui sont assigns par
-l'poux, sans aucun droit au reste de la fortune et aux titres qu'il possde. Ce
-mariage, o les enfants sont soumis aux mmes conditions que la mre, s'appelle
-encore <i>mariage de la main gauche</i>. Il est particulirement en usage chez les
-princes souverains d'Allemagne.</p>
-</div>
-<p>Les idylles de Thocrite et les glogues de Virgile
-n'offrent pas de tableau plus gracieux.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p460"><span class="blk">Deux bons jours l'homme sur terre:<br />
-Quand il prend femme et qu'il l'enterre.</span></div>
-
-<p>Ce proverbe, littralement traduit du provenal, a
-inspir Saint-vremont ces deux vers fameux:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'hymen avec l'amour a tant d'antipathie</div>
-<div class="verse">Qu'il n'a que deux bons jours: l'entre et la sortie.</div>
-</div>
-
-<p>Les vers et le proverbe sont tout fait identiques
-cette pense que Stobe attribue Hipponax, pote
-comique grec: Une femme donne son mari deux
-jours de bonheur: celui o il l'pouse, et celui o il
-l'enterre.</p>
-
-<p>Les femmes provenales, qui maigrissent dans les
-soucis du mnage, ont plusieurs proverbes opposs
-cette plaisanterie renouvele des Grecs. En voici deux
-d'une originalit piquante: <i lang="oc" xml:lang="oc">S uno marlusso vni
-vouso, sri grasso.</i> <a name="p642" id="p642"></a>Si une merluche devenait veuve,
-elle serait grasse. <i lang="oc" xml:lang="oc">S uno sardino vni vouso, sri
-grasso coumo un thoun.</i> <a name="p643" id="p643"></a>Si une sardine devenait veuve,
-elle serait grasse comme un thon.</p>
-
-
-<div class="p" id="p621">C'est pain de noces.</div>
-<p>Se dit d'une chose trs-agrable dont on se promet
-ou dont on reoit un grand plaisir; on prtend que
-cette faon de parler est venue par altration de <i>paix
-de noces</i>, baiser qu'on donne aux nouveaux maris en
-Languedoc, et qu'on appelle <i lang="oc" xml:lang="oc">pa de nobis</i> ou <i lang="oc" xml:lang="oc">novis</i> dans
-l'idiome de ce pays; mais une telle origine ne me parat
-pas admissible. Voici la vritable: dans le mariage
-par confarration chez les Romains, les deux poux
-mangeaient, en signe d'union, un pain ou gteau fait
-de la farine du froment nomm <i lang="la" xml:lang="la">far</i> en latin (le froment
-rouge, ce qu'on croit gnralement). L'usage de ce
-gteau s'tait conserv dans les noces chrtiennes au
-moyen ge, et de l vient l'expression <i>pain de noces</i>.
-Nous disons aussi de deux poux qui conservent longtemps
-l'un pour l'autre des procds galants et tendres:
-<i>Ils font durer le pain de noces.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p622">Le pain de noces cote cher qui le mange.</div>
-<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Pan de boda, carne de buitrera.</i>
-<a name="p623" id="p623"></a>Pain de noces, chair de pige vautour. Cette
-mtaphore proverbiale est d'une effrayante nergie.
-En transformant le mariage en une sorte de guet-apens
-o ceux qui se laissent prendre sont assimils
-aux vautours, elle met pour ainsi dire sous les yeux,
-par cette image terrible, toute la fureur de la guerre
-intestine qu'ils auront soutenir. Elle a t videmment
-inspire par le gnie de la haine contre le joug
-conjugal.</p>
-
-
-<div class="p" id="p624">Noces de mai, noces mortelles.</div>
-<p>Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant
-le mois de mai. Ils croyaient que le mariage contract
-en ce temps, qui, chez eux, tait consacr au
-culte des tombeaux, devait tourner mal et entraner
-la mort de l'pouse, ainsi que l'attestent ces vers du
-chant V des <i>Fastes</i> d'Ovide:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Nec vidu tdis eadem nec virginis apta</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tempora: qu nupsit non diuturna fuit.</i></div>
-<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Hac quoque de causa si te proverbia tangunt,</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mense malas maio nubere vulgus ait.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ce temps n'est pas favorable pour allumer les
-flambeaux de l'hymen d'une veuve ni d'une vierge.
-Celle qui s'est marie alors a peu vcu, et si les proverbes
-peuvent tre ici de quelque poids, je rappellerai
-le dicton populaire: <i>Ce sont des malheureuses qui se
-marient au mois de mai</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> C'est ainsi que se dit en franais ce proverbe dans lequel le mot <i>malheureuses</i>
-rpond mieux que le mot <i>mchantes</i>, employ par tous les traducteurs, au sens
-qui ressort de tout le passage d'Ovide. L'ide d'infortune est aussi bien implique
-dans le latin <i lang="la" xml:lang="la">malas</i>, que celle de mchancet, et toutes deux se trouvent dans le
-franais <i>malheureuses</i>.&mdash;Il en est de mme du mot <i lang="la" xml:lang="la">infelix</i> que Properce a mis
-pour <i lang="la" xml:lang="la">scelestus</i> dans ce vers de l'lgie 23 du livre II.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Infelix hodie vir mihi rure venit.</i></div>
-</div>
-
-<p>Mon sclrat de mari m'arrive, ce soir, de la campagne.</p>
-</div>
-<p>Plutarque, dans la quatre-vingt-sixime de ses <i>Demandes
-des choses romaines</i>, a recherch les causes de
-cette superstition, et voici ce qu'il en a dit: Pourquoi
-les Romains ne se marient pas au mois de mai?
-Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est
-consacr Vnus et l'autre Junon, desses qui ont
-toutes deux la cure et la surintendance des noces, au
-moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou retardent
-un peu? ou est-ce parce que, ce mois-l, ils font la
-crmonie de la plus grande purgation?&hellip; En ce
-temps-l, la prtresse de Junon, ou la Flaminea, vit toujours
-triste, comme en deuil, sans se laver ni se parer.
-Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins
-font oblation aux trpasss en ce mois? et c'est pourquoi
-ils adorent Mercure, en ce mme mois, joint
-qu'il porte le nom de Maia, mre de Mercure. (Trad.
-d'Amyot.)</p>
-
-<p>La superstition qui a donn lieu au proverbe est,
-comme on vient de le voir, tout fait paenne, et,
-quoique les motifs qui l'avaient introduite n'existent
-plus, elle se maintient encore en plusieurs pays, notamment
-en Provence. On a prtendu mme la justifier
-par des exemples clbres, parmi lesquels se trouvent
-les trois suivants:</p>
-
-<p>Marie Stuart pousa Bothwell le 15 mai 1567, et, le
-lendemain, le dernier des quatre vers latins cits plus
-haut fut placard sur la porte de son palais comme
-un sanglant reproche de cette indigne union avec l'assassin
-de son mari, et comme une prophtique menace
-des malheurs qui devaient la suivre.</p>
-
-<p>Henriette de France, fille de Henri IV, fut marie, le
-11 mai 1625, avec Charles I<sup>er</sup>, roi d'Angleterre, qui prit
-sur l'chafaud, et la vie de cette reine fut un long
-enchanement de douleurs.</p>
-
-<p>Les noces de Marie-Antoinette d'Autriche et du duc
-de Berry, depuis Louis XVI, furent clbres Paris
-le 16 mai 1770, et l'on sait quelles infortunes la Rvolution
-franaise vint livrer ces augustes poux.</p>
-
-
-<div class="p" id="p625">Noces rchauffes.</div>
-<p>Cette expression par laquelle on dsigne les secondes
-noces est traduite de celle du moyen ge <i lang="la" xml:lang="la">maritagia recalefacta</i>,
-qui s'employait dans le mme sens.</p>
-
-<p>Ces secondes noces taient dcries mme chez les
-paens. Valre Maxime (liv. II, ch. <small>XI</small>) dit que les femmes
-qui les contractaient ne pouvaient toucher la statue
-de la chastet ou de la fortune fminine, et n'taient
-pas conduites en crmonie chez les maris.</p>
-
-<p>On connat ce vers de Martial (pigr. <small>VI</small>, 7):</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu nubit toties, non nubit, adultera lege est.</i></div>
-</div>
-
-<blockquote>
-<p>Se marier si souvent ce n'est point se marier; c'est tre lgalement
-adultre.</p>
-</blockquote>
-
-<p>La dcence voulait qu'une femme veuve ne se remarit
-point. C'est ce que fit Cornlie, mre des Gracques.
-Plutarque nous apprend que, recherche en mariage
-par le roi Ptolme, elle prfra le titre de veuve au
-titre de reine.</p>
-
-<p>Tertullien appelait les secondes noces <i lang="la" xml:lang="la">adultera speciosa</i>,
-des adultres dguiss. Les pres de l'glise
-les qualifiaient peu prs de mme, et dans le moyen
-ge on inventa le charivari pour les bafouer.</p>
-
-<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">La prima donna
-matrimonio, la seconda compagnia, la terza heresia.</i> La
-premire pouse est mariage, la seconde est compagnie,
-et la troisime est hrsie.</p>
-
-
-<div class="p" id="p626">Il ne s'est jamais trouv pareilles noces.</div>
-<p>Il n'a jamais prouv un pareil traitement. Si je rapporte
-ici cette locution, c'est qu'elle est fonde sur un
-usage bon connatre, pratiqu jadis en Poitou, aprs
-les repas d'pousailles. Les convives, en sortant de
-table, n'avaient rien de plus press que de mettre
-leurs mitaines et de se donner les uns aux autres des
-coups de poing qui faisaient plus de bruit que de mal.
-C'tait un exercice mnmonique institu par la joie
-pour rendre plus durable le souvenir de la fte dont
-on venait de jouir. Mais il dgnra dans la suite au
-point de rappeler le combat des Centaures et des Lapithes
-aux noces de Pirithos, <i lang="la" xml:lang="la">rixa debellata super
-mero</i>: ce qui en ncessita l'abolition. Rabelais n'a pas
-oubli cette singulire coutume dans la description
-qu'il a faite des noces du seigneur de Basch (liv. IV,
-ch. <small>XIV</small>). <span lang="frm" xml:lang="frm">Pendant qu'on apportoit vin et espices,
-coupz de poing commencearent trotter. Chicquanous
-en donna nombre au prestre Oudart. Soubz son suppeliz
-avoit Oudart son guantelet cach, il s'en chausse
-comme d'une mitaine, et de daulber Chicquanous, et
-de drapper Chicquanous; et coupz de jeunes guanteletz
-de tous coustez pleuvoir sur Chicquanous. Des
-nopces, disoyent-ilz, des nopces, des nopces: vous en
-soubvienne. Il feut si bien accoustr que le sang lui
-sortoit par la bouche, par le nez, par les aureilles, par
-les &oelig;ilz. Au demourant courbatu, espaultr et froiss,
-teste, nucque, dours (dos), poictrine, bras, et tout.
-Croyez qu'en Avignon, on (en) temps de carnaval, les
-bacheliers oncques ne jouarent la raphe (ou rafle,
-jeu de mains) plus melodieusement que feut jou sur
-Chicquanous.</span></p>
-
-<p>Notons que l'usage dcrit par Rabelais existait du
-temps de Villon, qui en a parl dans la double ballade
-du Grand Testament, stance <small>V</small>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p614">Aujourd'hui mari, demain marri.</div>
-<p>Ou bien: <i id="p536">Aujourd'hui mari, demain marri</i>; c'est--dire:
-aujourd'hui dans la joie du mariage, et demain
-dans le regret. <i>Marri</i> est un vieux mot driv du latin
-barbare <i lang="la" xml:lang="la">marritio</i>, que Vossius explique par chagrin,
-ressentiment d'un malheur prouv, d'une offense reue.
-Ce jeu de mots proverbial a des analogues dans
-les langues trangres. Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Casar
-y mal dia, todo en un dia.</i> <a name="p578" id="p578"></a>Mariage et malheur, tout en un
-jour, et les Turcs: <i id="p579">Avant le mariage tu criais <em>io</em>, et aprs
-tu cries <em>iahu</em>.</i> Ces deux interjections sont usites chez
-eux, la premire pour marquer la joie, et la seconde
-pour marquer la douleur.</p>
-
-
-<div class="p" id="p615">Il sera mari cette anne.</div>
-<p>Ce dicton s'applique par plaisanterie une personne
-qui jette au plancher certaines choses qui s'y attachent.
-Il fait allusion une pratique superstitieuse usite
-Rome parmi les amoureux, et rappele par Horace
-dans la troisime satire du livre II. Ils lanaient avec
-le pouce et l'index des ppins de pomme au plafond,
-persuads que, s'ils l'atteignaient, les v&oelig;ux que leur
-c&oelig;ur avait forms seraient accomplis. Cela se faisait
-aussi au moyen ge, et le succs du jet tait regard
-comme un oracle du ciel. Il existe encore aujourd'hui
-une foule de superstitions analogues chez la plupart
-des peuples beaucoup plus enclins consulter le sort
-que la raison. Les Chinois, pour connatre ce qu'ils
-ont esprer ou craindre dans les choses qui les intressent,
-jettent en l'air une poigne de petits btons,
-et la manire dont ces btons s'arrangent en tombant
-est pour eux un prsage heureux ou funeste.</p>
-
-
-<div class="p" id="p616">L'homme mari est un oiseau en cage.</div>
-<p>Cette mtaphore proverbiale, qui n'a pas besoin
-d'explication, est l'usage des clibataires ou des libertins
-qui tiennent conserver leur libert entire
-pour se livrer de folles amours, o ils la perdent
-assez souvent d'une manire bien plus sotte que dans
-le mariage. Cette autre maxime, <i id="p543">jamais maris, toujours
-amants</i>, par laquelle ils prtendent autoriser leur antipathie
-conjugale, est aussi contraire la vrit qu'aux
-bonnes m&oelig;urs, et les personnes senses ne seront pas
-de l'avis de M<sup>lle</sup> de Scudri, qui la propose comme
-une <i>leon du sage</i>, dans un apologue qui trouve ici
-naturellement sa place.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Qu'il est doux d'tre dans la cage!</div>
-<div class="verse i3">Disait au dehors un pinson,</div>
-<div class="verse">Y voyant un serin qui, de son doux ramage,</div>
-<div class="verse i3">Faisait retentir sa prison.</div>
-<div class="verse i3">Il a nourriture foison,</div>
-<div class="verse i3">Bon grain et gentille femelle,</div>
-<div class="verse i3">Et peut, quand il veut, avec elle,</div>
-<div class="verse">Rire, boire, manger et dire la chanson:</div>
-<div class="verse">C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle,</div>
-<div class="verse">Damis croit qu'il serait au comble des plaisirs</div>
-<div class="verse">S'il pouvait se lier d'une chane ternelle</div>
-<div class="verse">Avec ce doux objet de ses tendres dsirs;</div>
-<div class="verse i3">Mais la cage et le mariage</div>
-<div class="verse">Ne font sentir les maux que quand on est dedans.</div>
-<div class="verse">Pour devise prenez cette leon du sage:</div>
-<div class="verse i3">Jamais maris, toujours amants.</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p617">Les maris auront la vigne de l'abb.</div>
-<p><i>Avoir la vigne de l'abb</i> tait autrefois une locution
-fort usite en parlant de deux poux qui passaient la
-premire anne de leur union dans le plus parfait
-accord. On disait aussi: <i>se promettre la vigne de l'abb</i>,
-pour se promettre un plein contentement en mariage.
-Le conte de La Fontaine, intitul <i>les Aveux indiscrets</i>,
-en offre un exemple. L'une et l'autre expression rappellent
-une vieille histoire, d'aprs laquelle un abb
-aurait fait publier qu'il donnerait une belle vigne au
-couple conjugal qui prouverait que pendant un an,
-dater du jour de ses noces, il n'avait pas eu la moindre
-altercation.</p>
-
-
-<div class="p" id="p618">Dnouer la jarretire de la marie.</div>
-<p>D'aprs un usage observ dans les repas de noces,
-chez les gens du peuple et les bourgeois, un enfant, qui
-est au nombre des convives, se glisse sous la table et
-dtache ou fait semblant de dtacher de la jambe de
-la marie une touffe de petits rubans de diverses couleurs
-dont on suppose qu'elle avait fait sa jarretire.
-Puis il les montre aux assistants, qui applaudissent, et,
-aprs les avoir coups en morceaux, il les distribue
-la ronde, afin que les femmes en parent le corsage de
-leur robe et les hommes la boutonnire de leur habit.</p>
-
-<p>On pense qu'il y a dans cet usage, qui est fort ancien,
-quelque rminiscence, sous forme de parodie, de ce
-que, dans les m&oelig;urs chevaleresques, on appelait <i id="p292">donner
-le gage d'amour sans fin</i>: une belle faisait cadeau au
-chevalier qu'elle devait pouser d'une de ses jarretires
-sur laquelle elle avait brod son nom avec la devise:
-<i>amour sans fin</i>.</p>
-
-<p>La jarretire de la marie, dit M. V. Hugo, est la
-cousine de la ceinture de Vnus.</p>
-
-<p>Dans l'antiquit, la future pouse donnait sa ceinture
- l'poux, symbole encore plus caractristique.</p>
-
-
-<div class="p" id="p619">La marie n'a pour dot qu'un chapeau de roses.</div>
-<p>Cette expression, jadis trs-usite en parlant d'une
-jeune fille qui n'apportait rien ou presque rien en mariage,
-s'emploie encore dans le mme sens. Le <i>Glossaire
-du droit franais</i> par Laurire (tome II, page 226)
-la cite comme drive d'une maxime de la vieille jurisprudence
-coutumire. Elle est fonde, en effet, sur la
-coutume qui permettait, en certaines localits, aux parents
-de ne donner pour dot leurs filles qu'un simple
-<i>chapel de roses</i>. Ce chapel, dit M. Chassan, tait
-une allgorie charge d'enseigner la femme que les
-grces et la beaut, apanage de son sexe, sont une dot
-suffisante pour compenser ce qu'il y a de plus odieux
-dans l'exclusion de l'hritage paternel prononce
-contre la femme par la loi politique. Cette fiction a
-peut-tre aussi pour objet de reprsenter l'idal du
-mariage. La femme, en passant entre les mains de
-l'homme sans autre dot que son simple <i>chapel de roses</i>,
-n'a pu tre recherche et orne que pour elle-mme.
-(<i>Essai sur la symbolique du droit</i>, p. 24.)</p>
-
-<p>Voil le symbole du chapeau de roses expliqu avec
-toute sa grce et sa posie; mais le peuple n'en a saisi
-que le ct littral et prosaque; c'est la pauvret des
-jeunes filles qu'il a dsigne par cette coiffure laquelle
-il a mme suppos un effet analogue celui qui
-est attribu la coiffure de sainte Catherine, car on a
-dit <i>garder son chapel de fleurs</i>, peu prs de mme
-qu'on dit <i>coiffer sainte Catherine</i> pour: ne pas se marier,
-tmoin ce vers de la <i>Chtelaine de Saint-Gilles</i>, pome
-compris dans le manuscrit 7,218 de la Bibliothque
-nationale:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="fro" xml:lang="fro">J'aim' miex chapel de fleurs que mauvs mariage.</i></div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p449">Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir t marie
-trop tard.</div>
-<p>Manire originale et factieuse de faire entendre
-une personne livre aux plaisirs des sens avec trop
-d'ardeur, qu'elle maudira un jour ces plaisirs, qui ne
-peuvent manquer de devenir, par l'abus qu'elle en fait,
-des sources de regrets et d'amertumes.</p>
-
-<p>Cette maxime proverbiale se prend aussi dans une
-acception gnralise pour signifier que la douleur,
-qui suit toujours l'excs des volupts, ramne forcment
-ceux qu'elle frappe de meilleures penses, et
-leur fait admettre la raison, dont ils se moquaient dans
-de folles orgies, comme le remde le plus propre
-calmer les maux qu'ils ont souffrir.</p>
-
-
-<div class="p" id="p537">Un mari est toujours le dernier instruit de la conduite de sa femme.</div>
-<p>Cette observation proverbiale est de tous les temps
-et de tous les lieux, car toujours et partout les femmes
-ont eu l'art d'paissir la membrane de l'&oelig;il des maris,
-pour ne pas leur laisser voir ce qu'elles jugent propos
-de leur cacher.</p>
-
-<p>Que d'autres leur reprochent l'usage ou l'abus de
-cet art, qu'ils en recueillent et racontent les traits
-plus ou moins perfides, afin d'amuser la malicieuse
-curiosit du public: je me garderai de les imiter. Je
-hais la manie trop commune de ne considrer l'esprit
-des femmes que par ses mauvais cts, et de dtourner
-la vue des bons cts qu'il peut offrir, mme dans ses
-artifices. Eh! pourquoi ne pas reconnatre que, si elles
-ont le tort de faire de leurs maris de vritables sots,
-elle y joignent, par compensation, le mrite de les
-empcher d'apercevoir qu'ils le sont, et de les entretenir
-dans une flatteuse illusion tout fait propre
-les rendre heureux? En vrit, ces messieurs sont bien
-ridicules de blmer l'adresse qu'elles mettent les
-tromper. C'est une excellente chose qu'ils devraient
-mieux apprcier: leur intrt les y engage. Malheur
-ceux qui sont trop clairvoyants pour les tromperies
-fminines. Il ne leur en revient que des dsagrments,
-des ennuis, des tribulations, qui ne font qu'ajouter
-leur infortune, tandis que ceux qui acceptent leur sort
-sans y regarder, persuads qu'il y a plus de sagesse
-l'ignorer qu' chercher le connatre, vivent en parfait
-accord avec leurs infidles, toujours plus attentives,
-plus douces, plus affectueuses, plus complaisantes
-pour eux, en raison de la dbonnairet qu'ils
-ont pour elles.</p>
-
-<p>C'est un des points fondamentaux de la philosophie
-conjugale qu'il n'y a point de salut pour les maris sans
-la foi. Je ne prtends pas que cette foi si ncessaire
-les mette l'abri de fcheux accidents: celui qui l'a
-et celui qui ne l'a pas y sont exposs de mme, et sont
-galement sujets figurer au rang des sots. Mais je
-soutiens qu'il vaut cent fois mieux tre un sot crdule
-qu'un sot incrdule: l'un trouve le paradis dans son
-mnage, l'autre y trouve l'enfer.</p>
-
-<p>Je n'ai pas besoin de dire lequel des deux rles est
-prfrable. Je remarquerai seulement que beaucoup
-de maris de notre sicle aiment mieux jouer le premier.
-Ils vitent soigneusement de porter un regard
-indiscret sur la conduite de leurs femmes. Ils n'attendent
-pas d'tre aveugls par elles; ils s'aveuglent eux-mmes
- plaisir, et, suivant un proverbe espagnol, ils
-font comme <i id="p338">l'escargot, qui, pour se dlivrer d'inquitude,
-changea ses yeux contre des cornes</i>.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">El caracol, por quitar de enojos,</i></div>
-<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">Por los cuernos troc los ojos.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ce proverbe fort original, usit aussi dans le midi de
-la France, est fond sur une tradition populaire qui
-nous apprend que l'escargot, qu'on suppose aveugle,
-avait t cr avec de bons yeux, mais qu'tant sans
-cesse expos les avoir blesss en rampant sur la terre
-ou sur les buissons, il pria Dieu de les lui ter et de les
-remplacer par des cornes, dont il esprait retirer plus
-d'avantage, ce qui lui fut octroy.</p>
-
-<p>J'ai entendu chanter dans un village de l'Aveyron
-une vieille chanson patoise qui rappelle cette tradition,
-et qui est peut-tre un fragment de quelque sirvente
-troubadouresque. Elle se termine par un couplet
-piquant dont je vais reproduire l'ide, dfaut des
-paroles, que j'ai oublies.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Celui que le guignon fit natre</div>
-<div class="verse">Sous le signe ingrat du blier,</div>
-<div class="verse">Se tourmente pour mieux connatre</div>
-<div class="verse">Ce qu'il ferait bien d'oublier.</div>
-<div class="verse">Eh! qu'espre-t-il? que souffrance</div>
-<div class="verse">D'une ombrageuse vigilance</div>
-<div class="verse">Qui doit lui prouver qu'il est sot.</div>
-<div class="verse">Veut-il fuir des chagrins sans borne:</div>
-<div class="verse">Qu'il change ses yeux pour des cornes,</div>
-<div class="verse">A l'exemple de l'escargot!</div>
-</div>
-
-
-<div class="p" id="p538">Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui.</div>
-<p>C'est ce que faisaient autrefois, Rome, les maris
-qui se piquaient de savoir vivre, et voici l'explication
-que Plutarque a donne de leur conduite dans la <small>IX</small><sup>e</sup>
-de ses <i>Demandes des Choses romaines</i>: <span lang="frm" xml:lang="frm">Pourquoi est-ce
-que, quand ils retournent d'un voyage loingtain au
-pays ou seulement des champs la ville, s'ils ont leurs
-femmes la maison, ils envoient devant pour faire savoir
-leur arrive? est-ce point pour leur donner asseurance
-qu'ils ne veulent rien faire finement ni malicieusement
-envers elles, car arriver soudainement
-l'improuveu est une manire d'aguet et de surprise:
-ou bien parce qu'ils se hastent de leur envoyer donner
-une bonne nouvelle de leur venue comme se tenans
-pour asseurs qu'elles les attendent et les dsirent: ou
-plutost pourceque eux-mmes dsirent savoir de leurs
-nouvelles, si ils les trouveront saines et attendant
-grand dvotion leur retour: ou pourceque les femmes
-ont plusieurs petits ngoces ou besongnes la maison,
-pendant que leurs maris n'y sont pas, et bien souvent
-de petites hargnes et querelles l'encontre de leurs
-domestiques servans ou servantes, afin doncques qu'ostant
-toutes ces petites fascheries l elles fassent un
-recueil gracieux et paisible leurs maris, ils leur envoient
-devant faire tel avertissement.</span> (Traduction
-d'Amyot.)</p>
-
-<p>De l est venu trs-probablement notre proverbe;
-mais il a bien chang sur la route, car l'application
-qu'on en fait aujourd'hui ne s'accorde plus avec aucune
-des honntes raisons donnes par Plutarque. Il s'emploie
-pour faire entendre quel inconvnient s'expose
-le mari absent qui revient au logis sans avoir pris la
-prcaution indique. Le vieux pote Coquillard (<i lang="frm" xml:lang="frm">Droitz
-nouveaux</i>, ch. <small>VII</small>, <i lang="la" xml:lang="la">de Injuriis</i>) conseillait ce bent de
-mari de faire du bruit en rentrant, de crier: <i>Quel est
-cans</i>? de ne point se fcher <i>s'il trouvait sa femme sur le
-fait</i>, et de se contenter de lui dire:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Au moins deviez-vous l'huys serrer.</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">S'il fust venu des aultres gens!</div>
-</div>
-
-<p>La <small>LXXI</small><sup>e</sup> des <i>Cent Nouvelles nouvelles</i> fait tenir le
-mme langage par un poux dbonnaire dans la mme
-situation.</p>
-
-<p>On attribue un trait tout fait pareil un grand seigneur
-du temps de la Rgence. Ce personnage tant
-entr indiscrtement dans la chambre de sa femme
-pendant qu'elle tait <i>en conversation criminelle</i>, comme
-disent les Anglais par euphmisme, se retira en s'criant:
-Eh! madame, que ne fermiez-vous la porte? Tout
-autre que moi aurait pu vous surprendre.</p>
-
-
-
-<div class="p" id="p539"><span class="blk">Sers ton mari comme ton matre,<br />
-Et t'en garde comme d'un tratre.</span></div>
-
-<p>Ce distique proverbial, l'usage des pouses mcontentes,
-qui le proposent comme principe de leur tactique
-conjugale, a t cit par Montaigne dans un passage
-de ses <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>, o il reproche aux
-hommes comme aux femmes de ne pas tenir assez de
-compte des devoirs du mariage. Voici les principaux
-traits de ce passage: <span lang="frm" xml:lang="frm">Il n'est plus temps de regimber,
-quand on s'est laiss entraver; il fault prudemment
-mesnager sa libert; mais depuis qu'on s'est
-soubmis l'obligation, il s'y fault tenir soubz les loix
-du debvoir commun, au moins s'en efforcer. Ceulx qui
-entreprennent ce march, pour s'y porter avecques
-hayne et mespris, font injustement et incommodement:
-et cette belle regle, que je veois passer de main en
-main entre elles, comme un saint oracle,</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Sers ton mary comme ton maistre,</div>
-<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et t'en garde comme d'un traistre.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent"><span lang="frm" xml:lang="frm">qui est dire:&mdash;Porte-toy envers luy d'une reverence
-contraincte, ennemie et desfiante,&mdash;cry de guerre et
-de desfi, est pareillement injurieuse et difficile.</span></p>
-
-
-<div class="p" id="p540">Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux.</div>
-<p>Les femmes, disait M<sup>me</sup> de Coulanges, ne veulent
-de la jalousie que de ceux dont elles pourraient tre
-jalouses. Par consquent, elles ne doivent pas vouloir
-de celle de leurs maris, qu'elles n'aiment gure et
-qui le leur rendent bien, car, s'ils sont jaloux, c'est
-ordinairement sans amour. La jalousie de ces messieurs
-leur est antipathique au suprme degr, parce qu'elle
-leur fait sentir qu'ils se dfient d'elles et veulent les
-tenir sous leur dpendance: deux attentats odieux
-dont elles sont cruellement blesses. Mais la jalousie
-de leurs amants ne saurait leur dplaire; elles la regardent
-comme un tmoignage de l'amour qu'elles
-leur inspirent, et si elle devient quelquefois dsagrable,
-elles la leur pardonnent aisment. Eh! comment
-persisteraient-elles trouver mauvais un effet provenu
-d'une cause si bonne et si belle!</p>
-
-
-<div class="p" id="p541">Mieux vaut un vieux mari que point de mari.</div>
-<p>C'est ce qu'on dit aux demoiselles qui, dpites de
-ne pas trouver un pouseur jeune, refusent d'en prendre
-un vieux, et c'est ce qu'elles disent elles-mmes lorsque
-l'exprience est venue leur dmontrer qu'il est
-beaucoup plus triste de vieillir fille que d'tre la femme
-d'un vieillard, beaucoup meilleur de devenir la femme
-d'un homme g que de vieillir fille. En effet, si l'on
-tablit un parallle entre la vieille fille et la femme
-marie, on voit combien la situation de cette dernire
-est plus avantageuse. Elle jouit d'abord dans la socit
-d'une certaine considration dont la vieille fille est
-prive; elle a les caresses de ses enfants lorsqu'ils sont
-jeunes, et elle trouve encore en eux une grande source
-de satisfaction lorsqu'ils sont vieux. Enfin, arrive dans
-un ge plus avanc, elle a pour la servir ces mmes
-enfants qui lui fermeront les yeux. Non-seulement la
-vieille fille s'est prive de tous ces avantages; mais elle
-s'est condamne une solitude qui, sans cesser jamais
-d'tre pnible, lui fera passer ses derniers jours dans
-l'amertume et les regrets.</p>
-
-
-<div class="p" id="p524">Un homme riche n'est jamais trop vieux pour tre le mari d'une
-jeune fille.</div>
-<p>S'il n'a pas assez de jeunesse ou de beaut pour
-plaire, il a assez d'or pour se faire pouser, et ce que
-sa figure a de disgracieux s'efface et s'embellit mme
-sous les reflets du plus prcieux des mtaux, car, ainsi
-que Boileau l'a dit trs-lgamment dans sa satire VII:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'or mme la laideur donne un teint de beaut.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">Par consquent, il ne faut pas s'tonner qu'un vieux
-ou un laid qui se prsente comme pouseur sous les
-auspices de la desse qu'Homre appelle <i>Vnus dore</i>,
-soit favorablement accueilli par une jeune et jolie
-fille. Celle-ci pense moins aux inconvnients de son
-union avec lui qu'aux avantages qu'elle espre en retirer.
-Elle va tre affranchie de la sujtion o ses parents
-la tiennent, et devenir matresse de maison; elle
-disposera d'une grande fortune, elle aura de superbes
-quipages, des crins garnis de perles et de saphirs, des
-cachemires et des robes magnifiques, enfin tout le
-splendide attirail de toilette que les Latins appelaient
-<i lang="la" xml:lang="la">mundus muliebris</i>, le monde fminin, sans doute en
-raison de la quantit et de l'importance des objets qu'il
-comprend. L'ide qu'elle se fait de sa nouvelle position
-l'enivre et l'blouit; elle se voit dj la reine de
-la mode, et se flatte de trouver dans l'homme cousu
-d'or, de qui elle est adore, un trsorier inpuisable,
-toujours prt payer les frais du luxe royal de ses
-atours.</p>
-
-<p>Est-il possible qu'elle refuse un mariage qui lui
-ouvre un avenir si merveilleux? Quelque innocente se
-rencontrerait peut-tre capable de rsister aux sductions
-de l'opulence et de rester fidle un amant
-pauvre que ses parents voulaient la forcer d'oublier;
-mais elle qui n'aspire qu' briller dans le monde, elle
-se gardera bien de cette magnanimit de roman. Elle
-a tudi la question sous toutes les faces. L'affaire lui
-parat excellente, et elle n'a rien de plus press que
-de la conclure. Peu lui importe qu'on la blme de sacrifier
-les intrts du c&oelig;ur ceux de la vanit, en
-pousant un homme qu'elle ne saurait aimer. Elle tient
-ce reproche pour une niaiserie sentimentale dont elle
-rit; elle sait que <i>le mariage n'empche pas d'aimer ailleurs</i>,
-et elle est dispose imiter le plus dcemment possible
-la conduite de certaines dames qui se prtent un
-mari et se donnent un amant. C'est l malheureusement
-ce qui se passe dans une socit immorale, en la
-plupart des cas o une jeune et jolie fille est unie
-un vieux et laid magot. Eh! pourrait-elle avoir, non-seulement
-le courage, mais le dsir de rester fidle
-un tel mari, lorsqu'elle est sans cesse poursuivie par
-des adorateurs d'autant plus empresss qu'ils pensent
-que si elle s'est laisse aimer par celui-l, elle se laissera
-bien aimer par d'autres.</p>
-
-
-<div class="p" id="p461">Un mari doit faire carme-prenant avec sa femme, et Pques avec
-son cur.</div>
-<p>Ce vieux proverbe, qui recommande d'tre bon mari
-et bon chrtien, n'a pas besoin d'tre expliqu; mais
-il a besoin d'tre rappel au souvenir des maris, car
-bien que ces messieurs n'ignorent pas ce qu'il signifie,
-presque tous oublient ce qu'il les invite faire <i> tout
-le moins une fois l'an</i>.</p>
-
-
-<div class="p" id="p542">Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait
-le bon mari.</div>
-<p>Quand le mariage est l'association de deux personnes
-raisonnables, qui s'aiment par inclination autant
-que par devoir, elles ont naturellement l'une pour
-l'autre des gards, des attentions et des prvenances
-dont l'effet est d'entretenir et d'accrotre chez elles la
-confiance et l'affection. Cet change de soins quotidiens,
-cette fusion de penses et de sentiments, amliorent
-leur caractre individuel en le dgageant des
-volonts gostes, et leur communiquent un nouveau
-caractre commun toutes deux, qui leur fait goter
-les plus doux charmes de la sympathie. Si le sort leur
-est contraire, elles n'prouvent que la moiti des
-peines; s'il leur est favorable, elles ont le double des
-plaisirs.</p>
-
-<p>Voil les vrais modles des poux, toujours tranquilles
-et satisfaits parce que chacun d'eux fait consister
-sa tranquillit et sa satisfaction dans celles de
-son associ. Si les autres les imitaient, s'ils travaillaient
- se rendre mutuellement contents, on n'entendrait
-plus tant de plaintes contre le mariage. Cet tat est bon
-en soi, le malheur vient de ceux qui le gtent, et ils
-doivent s'en prendre eux-mmes s'ils y trouvent une
-infinit de maux.</p>
-
-<p>Observez cette barque conduite par deux matelots:
-s'ils rament ensemble, ils voguent doucement
-sur les flots agits; mais s'ils ne sont pas d'accord,
-chaque vague produit une secousse, et tel coup d'aviron
-donn contre-sens pourrait faire chavirer leur
-frle esquif.</p>
-
-<p>Le bateau est le mariage, les rameurs sont les deux
-poux; ils naviguent sur le fleuve de la vie, et ce n'est
-qu'en unissant leurs efforts qu'ils adoucissent les contrarits
-du voyage.</p>
-
-<p class="attr">(Le duc de Lvis.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p544">Les anciens mauvais sujets font souvent les meilleurs maris.</div>
-<p>Quelle peut tre la cause de leur changement? Serait-ce
-qu'un sentiment vrai, qu'ils n'avaient pas prouv
-jusqu'alors, viendrait les saisir, et que le mariage, qui
-refroidit tant de c&oelig;urs, agirait sur le leur en sens inverse?
-ou bien se feraient-ils un point d'honneur d'effacer
-par une conduite exemplaire les dsordres de
-leur vie passe? Du reste, quel que soit le motif qui les
-dtermine, on ne saurait nier qu'ils deviennent assez
-souvent des maris indulgents, soigneux et fidles. Il
-semble qu'aprs avoir puis tous les vices d'une jeunesse
-galante et dissipe, ils veuillent en donner la
-contre-partie dans leur ge mr, et se signaler par la
-pratique des vertus domestiques. On peut les comparer
- ces vins gnreux dont les meilleurs sont ceux qui
-ont beaucoup ferment.</p>
-
-<p>Malgr cela, je ne conseillerai jamais une mre
-qui dsire le bonheur de sa fille de la donner en mariage
- un ancien mauvais sujet.</p>
-
-
-<div class="p" id="p545">Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette.</div>
-<p>Et sans doute aussi toutes les pouses contentes, car
-il n'est point de raison qui ncessite pour elles une plus
-grande salle de bal. Cette hyperbole proverbiale a son
-analogue chez les Languedociens, qui disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Touts
-lous maris q sou countens dansarien su lou cuou d'un veir.</i>
-<a name="p546" id="p546"></a>Tous les maris qui sont contents danseraient sur le cul
-d'un verre.</p>
-
-
-<div class="p" id="p547">Tous les maris ont besoin d'aller Saint-Raboni.</div>
-<p>Dicton l'usage des femmes qui trouvent que les
-maris n'ont jamais pour elles assez de bont.</p>
-
-<p>Saint Raboni, qui l'on attribue une vertu analogue
-au nom qu'il porte, c'est--dire la vertu de rabonnir le
-caractre marital, a t jadis l'objet d'un culte fervent,
-quoiqu'il ne soit au paradis qu'un vritable intrus, car
-il n'y figure que par un titre d'invention populaire que
-la lgende authentique ne reconnat point. Mais n'importe;
-il n'en est pas moins devenu le protecteur des
-pouses malheureuses, et c'est un article de foi qu'il
-peut son gr adoucir le naturel barbare de leurs
-<i>tyrans domestiques</i> ou les faire mourir au bout de l'anne.
-On sait l'histoire plaisante de celle qui s'tait
-borne le prier d'amender le sien, n'osant laisser
-aller son v&oelig;u plus loin. Comme elle vit mourir ce
-mauvais garnement peu de temps aprs, elle s'cria
-en pleurant&hellip; de joie: Oh! le bon saint! le bon saint!
-il accorde plus qu'on ne lui demande.</p>
-
-<p>Ce dicton, dont l'application, par une singularit
-notable, devient de plus en plus rare, en raison inverse
-du fait de plus en plus multipli qui le rclame, a t
-rappel dans une phrase du petit livre intitul <i>les
-cosseuses, ou &OElig;ufs de Pques</i>, publi Troyes, chez la
-veuve Oudot, en 1744. Voici cette phrase curieuse:
-J'espre bien que mon drle <i>ira Saint-Rabony</i>; qu'il
-ne donnera plus tant dans l'eau-de-vie et dans la crature,
-et qu'il aura un peu plus de sacristie, etc.</p>
-
-
-<div class="p" id="p548">Les boiteux sont de bons maris.</div>
-<p>Ou, comme on dit plus ordinairement, <i>de bons mles</i>.
-C'est ce que rpondirent les Amazones aux Scythes,
-qui les engageaient former avec eux des liaisons matrimoniales,
-ajoutant qu'ils valaient beaucoup mieux
-que les maris boiteux ou estropis qu'elles prenaient,
-car ces femmes guerrires, ayant usurp le gouvernement
-sur les hommes et tenant le conserver, ne voulaient
-plus avoir dans leur pays que des hommes plus
-faibles qu'elles, et incapables de leur rsister. En consquence
-elles tordaient les jambes aux garons qu'elles
-mettaient au jour, les habituaient se soumettre aux
-filles, les mariaient avec elles, et ne leur imposaient
-d'autre service que celui du lit conjugal, service dont
-ils s'acquittaient fort bien du reste, comme le prouve
-cette rponse passe en proverbe chez les Grecs et
-chez les Latins.</p>
-
-<p>Cependant leur clbrit en ce genre n'tait pas
-fonde seulement sur le fait cit, qui n'est aprs tout
-qu'une nouvelle forme de la tradition mythologique
-d'aprs laquelle le boiteux Vulcain devint l'poux de
-Vnus parce que les boiteux ont toujours t considrs,
-depuis les temps primitifs, comme minemment
-propres aux exploits amoureux. Elle est fonde aussi
-sur des raisons physiques expliques par Aristote dans
-le vingt-sixime de ses problmes, section <small>X</small>. rasme
-a reproduit ces raisons en commentant le proverbe
-<i lang="la" xml:lang="la">claudus optime virum agit</i>, et Montaigne les a rappeles
-en son livre III, au chapitre <small>XI</small>, intitul <i>des Boiteux</i>,
-o il cite un proverbe italien qui attribue la mme
-proprit aux boiteuses, et les dclare prfrables sous
-ce rapport toutes les autres femmes. Voyez les auteurs
-indiqus.</p>
-
-
-<div class="p" id="p549">Les maris et les amants voient souvent la lune gauche.</div>
-<p>J'emprunterai encore l'explication de ce dicton,
-moins quelques lignes, mes <i>tudes sur le langage
-proverbial</i>.</p>
-
-<p>Les astronomes de l'antiquit ont dtermin la droite
-et la gauche du monde par la droite et la gauche d'une
-personne qui a le visage tourn vers le midi. L'orient,
-dit Pline le naturaliste, est la gauche du monde.</p>
-
-<p>D'aprs cela, <i>voir la lune gauche</i>, c'est, au propre,
-la voir quand elle est dans son dcours, phase o elle
-montre les cornes, et, au figur, c'est prouver certaine
-infortune dont les cornes sont le symbole. Tel
-est le sens mtaphorique que M<sup>me</sup> de Svign parat
-avoir attach cette locution dans la phrase suivante:
-Montgobert m'a cont plaisamment les man&oelig;uvres
-de la belle Iris et les jalousies de M. le comte: je
-crois qu'<i>il verra la lune gauche</i> avec cette belle.
-(Lettre 601 de l'dition de Grouvelle.)</p>
-
-<p>Il n'est pas ncessaire de dire pourquoi il s'agit ici
-de la gauche, car personne n'ignore que les phnomnes
-qui se prsentent de ce ct ont t presque
-toujours rputs de mauvais augure. Mais il est propos
-d'observer que cette superstition a t, dans les
-temps les plus reculs, le fondement de la doctrine
-astrologique qui attribue au dcours de la lune, ou au
-quatrime quartier de la lune, des influences funestes
-sur les naissances, et qui a donn lieu la locution
-proverbiale: <i id="p530">tre n la quatrime lune</i>, que les Grecs
-et les Latins appliquaient un homme malheureux et
-qu'ont employe plusieurs de nos vieux crivains,
-entre autres Yver dans la phrase que voici: Voyant
-tous ses efforts succder si rebours qu'il semblait <i>n
- la quatrime lune</i>. (<i>Le Printemps d'Yver</i>, hist. <small>III</small>).</p>
-
-<p>rasme n'a pas donn la vritable origine de cette
-locution en la rapportant aux preuves et aux malheurs
-qu'eut subir Hercule, qui tait n la quatrime
-lune. Il a pris l'effet pour la cause, car il est certain
-que la naissance de ce hros fabuleux n'a t place au
-quatrime ou dernier quartier de la lune qu'en raison
-de l'opinion astrologique dont j'ai parl.</p>
-
-
-<div class="p" id="p529">La lune de miel.</div>
-<p>On appelle ainsi le premier mois du mariage, o l'on
-suppose que tout est douceur pour les poux.</p>
-
-<p>Cette expression est prise du proverbe arabe: <i id="p581">La
-premire lune aprs le mariage est de miel, et celles qui la
-suivent sont d'absinthe</i>. Ces dernires, Honor de Balzac,
-dans sa <i>Physiologie du mariage</i>, les nomme des <i>lunes
-rousses</i>, et il ajoute qu'elles sont termines par une
-rvolution qui les change en un croissant.</p>
-
-<p>C'est le cas de s'crier avec Dante:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3"><i lang="it" xml:lang="it">O buon principio</i></div>
-<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">A che vil fine convien che tu caschi.</i></div>
-</div>
-
-<p class="attr">(<i>Parad.</i>, cant. <small>XXVII</small>.)</p>
-
-<blockquote>
-<p>O bon commencement, quelle ignoble fin faut-il que tu tombes.</p>
-</blockquote>
-
-
-<div class="p" id="p335">Les poux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler.</div>
-<p>On pense que ce proverbe a besoin d'errata, et qu'il
-faut y mettre les amants la place des poux qui s'aiment,
-attendu qu'il ne saurait tre appliqu ces
-derniers, disparus entirement de ce monde depuis de
-longues annes. Mais pourquoi est-il rest en usage
-dans des conjonctures o il n'avait plus aucune raison
-d'tre; aurait-on eu l'intention de le conserver pour
-faire croire aux batitudes conjugales du temps jadis?
-C'est une opinion qui a ses partisans, mais qui est
-contredite par une autre, d'aprs laquelle l'hommage
-posthume rendu aux poux qui s'aiment aurait t
-l'&oelig;uvre de quelques poux qui ne s'aimaient point;
-ceux-ci ont voulu, dit-on, faire prendre le change sur
-l'habitude qu'ils ont de ne se rien dire en s'ennuyant de
-compagnie, et ils ont cherch faire accroire les uns
-aux autres que cette habitude n'tait que l'effet d'un
-recueillement de tendresse; et voil comment le mutisme
-de l'ennui est parvenu passer pour cette disposition
-tendre et rveuse qu'on peut nommer avec
-saint Jrme: <i lang="la" xml:lang="la">Silentium loquens</i> (un silence parlant);
-ou avec Montaigne: <span lang="frm" xml:lang="frm">Un taire parlier</span>.&mdash;Si ce n'est
-vrai, c'est du moins bien trouv: <i lang="it" xml:lang="it">Se non vero, bene
-trovato.</i></p>
-
-
-<div class="p" id="p336">Une jeune pouse veut tre choye comme la femme d'un prtre russe.</div>
-<p>La religion russe a fait du mariage une condition
-indispensable du sacerdoce; elle oblige les sminaristes,
-ordonns popes ou prtres, de se marier avant
-d'exercer leur ministre; et, s'ils deviennent veufs,
-elle leur dfend de se remarier. Il faut alors qu'ils
-rsignent leur cure et qu'ils se retirent dans un couvent
-o ils achvent leur triste vie spars de leurs
-enfants, abandonns peut-tre la charit publique:
-tel est le malheureux sort auquel le veuvage livre
-ces pauvres desservants des paroisses de campagne.
-Comme ils savent tout ce qu'ils auraient souffrir s'ils
-perdaient leur femme, chacun d'eux veille la conservation
-de la sienne avec une attention extrme. Il
-lui passe toutes ses fantaisies, tous ses caprices, de
-peur de la rendre malade en la contrariant. Il la distrait
-de ses ennuis, la console de ses peines, prvient
-les dsirs qu'elle peut former, l'entoure des soins les
-plus empresss, les plus assidus, les plus affectueux.</p>
-
-<p>C'est ainsi qu' force de tendresse il fait, de cette
-humble femme, un tre privilgi, objet de l'envie de
-plus d'une grande dame de son pays qui voudrait
-possder comme elle l'heureux don d'inspirer un si
-grand amour son poux et d'exercer sur lui un si
-grand empire. Mais, hlas! ce ne sont point les pouses
-qui peuvent plier les poux des habitudes de popes
-et se faire choyer par eux comme des popesses. Elles
-n'obtiennent point ces avantages, qu'elles dsirent si
-ardemment, et c'est vraiment dommage; car il serait
-bien curieux de voir comment elles s'y prendraient
-pour ne pas en abuser.</p>
-
-<p>La comparaison proverbiale dont je viens de donner
-l'origine et l'explication est en usage en Russie depuis
-plusieurs sicles; elle n'a t importe en France
-qu' l'poque de la Restauration, o quelque bel
-esprit du temps l'a enchsse dans la formule inscrite
-en tte de cet article.</p>
-
-<p>J'ajouterai, pour le lecteur curieux de savoir ce que
-devient la popesse qui survit son mari, que le veuvage
-lui est funeste: elle est force de quitter le presbytre
-et le petit domaine qui l'environne; il n'y a
-plus pour elle que misres et que douleurs, et le seul
-espoir qui lui reste est de trouver quelque sminariste
-qui, press d'entrer dans les fonctions sacerdotales,
-ne ddaigne pas de l'pouser.</p>
-
-
-<div class="p" id="p337">Les poux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument
-vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochs.</div>
-<p>Cette comparaison pittoresquement triviale s'emploie
-pour faire entendre aux poux qu'ils doivent
-mettre une certaine modration dans les jouissances
-des sens, qui s'useraient bientt par leurs excs et
-produiraient des rsultats fcheux qu'il leur importe
-de prvenir.</p>
-
-<p><span lang="frm" xml:lang="frm">C'est une religieuse liaison et dvote que le mariage,
-dit Montaigne: voyl pourquoy le plaisir qu'on
-en tire, ce doibt estre un plaisir retenu, srieux et
-mesl quelque severit; ce doibt estre une volupt
-aulcunement prudente et consciencieuse.</span> (<i>Essais</i>,
-liv. I. chap. <small>XXIX</small>.)</p>
-
-<p>L'tat conjugal est de sa nature grave et raisonnable;
-nanmoins il faut qu'il intresse le c&oelig;ur. Mais ce
-n'est pas dans une passion ardente et passagre qu'il
-fait consister l'intrt du c&oelig;ur; c'est dans un sentiment
-calme et durable, et ce sentiment est un amour
-d'une espce particulire, non l'amour proprement
-dit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non cet amour que le caprice allume,</div>
-<div class="verse">Ce fol amour qui par un doux poison</div>
-<div class="verse">Enivre l'me et trouble la raison,</div>
-<div class="verse">Et dont le miel est suivi d'amertume;</div>
-<div class="verse">Mais ce penchant par l'estime pur,</div>
-<div class="verse">Qui ne connat ni transports ni dlire,</div>
-<div class="verse">Qui sur le c&oelig;ur exerce un juste empire,</div>
-<div class="verse">Et donne seul un bonheur assur.</div>
-</div>
-
-<p class="attr">(Parny, <i>le Rveil d'une mre</i>.)</p>
-
-<p>Je n'examine point quel mauvais calcul fait un mari
-qui commence par prodiguer sa femme les tmoignages
-d'une passion dont l'ardeur se refroidit si
-promptement, ni quels sont les inconvnients de ce
-rle qu'il lui est impossible de soutenir. Je remarquerai
-seulement que l'amour proprement dit, qui s'teint
-dans la jouissance, est incompatible avec le mariage,
-et je citerai encore un passage de Montaigne sur ce
-sujet: <span lang="frm" xml:lang="frm">Le mariage a pour sa part l'utilit, la justice,
-l'honneur et la constance; un plaisir plat mais plus
-universel: l'amour se fonde au seul plaisir et l'a, de
-vray, plus chastouilleux, plus vif et plus aigu; un plaisir
-attiz par la difficult; il y fault de la picqueure et
-de la cuisson: ce n'est plus amour s'il est sans flches
-et sans feu. La libralit des dames est trop profuse
-(prodigue) au mariage, et esmousse la pointe de l'affection
-et du desir. Pour fuyr cet inconvnient, voyez
-la peine qu'y prennent en leurs loix Lycurgue et Platon.</span>
-(<i>Essais</i>, liv. III, chap <small>V</small>.)</p>
-
-
-<div class="p" id="p321">Rester pour coiffer sainte Catherine.</div>
-<p>C'tait autrefois l'usage, en plusieurs provinces, le
-jour o une jeune fille se mariait, de confier une de
-ses amies, qui dsirait faire bientt comme elle, le
-soin d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'ide superstitieuse
-que, cet emploi portant toujours bonheur,
-celle qui le remplissait ne pouvait manquer d'avoir,
-son tour, un poux avant la fin de l'anne. Et l'on
-trouve encore au village plus d'une jouvencelle qui,
-sous l'influence de cette superstition toujours existante,
-prend secrtement ses mesures afin d'attacher
-la premire une pingle au bonnet d'une fiance. Or,
-comme un tel usage n'a jamais pu tre observ
-l'gard d'aucune des saintes connues sous le nom de
-Catherine, puisque, d'aprs la remarque des lgendaires,
-toutes sont mortes vierges, on a pris de l
-occasion de dire qu'une vieille fille <i>reste pour coiffer
-sainte Catherine</i>; ce qui signifie, en dveloppement,
-qu'il n'y a chance pour elle d'entrer en mnage qu'autant
-qu'elle aura fait la toilette de noces de cette
-sainte, condition impossible remplir.</p>
-
-<p>Cette explication, qui m'a t communique, m'a
-paru bonne rapporter, cause des faits assez curieux
-qu'elle rappelle; mais elle est un peu trop complique,
-et je ne crois pas qu'elle doive tre admise. En
-voici une autre plus simple, fonde sur l'ancienne
-coutume d'habiller et de coiffer les statues des saintes
-dans les glises. Comme on ne choisissait que des
-vierges pour coiffer sainte Catherine, la patronne des
-vierges, il fut tout naturel de considrer ce ministre
-comme perptuellement assign celles qui vieillissaient
-sans espoir de mariage, aprs avoir vu toutes
-les autres se marier.</p>
-
-<p>Les Anglais disent dans le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">To carry
-a weeping willow branch.</i> <a name="p634" id="p634"></a>Porter la branche du saule
-pleureur, parce que le saule, emblme de la mlancolie,
-est particulirement regard, en Angleterre,
-comme l'arbre de l'amour malheureux, opinion confirme
-par la vieille romance du <i>Saule</i>, dans laquelle
-gmit une amante abandonne.</p>
-
-<p>Ils disent aussi: <i>Conduire des singes en enfer</i>, pour
-signifier vieillir fille. Cette expression singulire, employe
-par Shakespeare dans la <i>Mchante Femme mise
-la raison</i> (acte II, scne <small>I</small>), et dans <i>Beaucoup de bruit
-pour rien</i> (acte II, scne <small>I</small>), est prise de leur vieux proverbe:
-<i id="p525">Les vieilles filles conduisent les singes en enfer.</i> Ce
-qui vient peut-tre de la supposition trs-impertinente
-que les vieilles filles ne peuvent tenter que des singes.</p>
-
-
-<p class="c gap small">FIN.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">TABLE ALPHABTIQUE<br />
-<span class="small sans-serif">DES PROVERBES</span><br />
-<span class="small">EXPLIQUS DANS CE VOLUME.</span></h2>
-
-
-<p class="c small"><i>N.-B.</i>&mdash;L'astrisque * marque les proverbes franais ou trangers qui n'ont pas
-de commentaire particulier.</p>
-
-
-
-<table summary="">
-<tr><td class="c" colspan="2">ABSENCE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Un peu d'absence fait grand bien</td>
-<td class="num"><a href="#p1">201</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'absence est un moyen de se rapprocher</td>
-<td class="num"><a href="#p2">202</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'absence est l'amour ce qu'est au feu le vent</td>
-<td class="num"><a href="#p3">203</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'absence est l'ennemie de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p4">204</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'absence est pire que la mort</td>
-<td class="num"><a href="#p5">204</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AFFECTION.</td></tr>
-<tr><td class="drap">L'affection aveugle la raison</td>
-<td class="num"><a href="#p6">187</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On voit toujours par les yeux de son affection</td>
-<td class="num"><a href="#p7">188</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AIMER.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Aime comme si tu devais un jour har</td>
-<td class="num"><a href="#p8">118</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne s'aime bien que quand on n'a plus besoin de se le dire</td>
-<td class="num"><a href="#p9">119</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui aime bien chtie bien</td>
-<td class="num"><a href="#p10">120</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui m'aime me suive</td>
-<td class="num"><a href="#p11">121</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a</td>
-<td class="num"><a href="#p12">122</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui s'aime trop n'est aim de personne</td>
-<td class="num"><a href="#p13">123</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui s'aime trop s'aime sans rival</td>
-<td class="num"><a href="#p14">123</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aime-moi un peu, mais continue</td>
-<td class="num"><a href="#p15">124</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui aime Bertrand aime son chien</td>
-<td class="num"><a href="#p16">125</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les blessures faites par celui qui aime valent mieux que les baisers trompeurs de celui qui hait</td>
-<td class="num"><a href="#p17">135</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui bien aime tard oublie</td>
-<td class="num"><a href="#p18">198</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Il fait bon voir vaches noires en bois brl, quand on aime</td>
-<td class="num"><a href="#p19">198</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui aime vilement s'avilit</td>
-<td class="num"><a href="#p20">199</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre b&oelig;ufs</td>
-<td class="num"><a href="#p21">200</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui n'est point jaloux n'aime point</td>
-<td class="num"><a href="#p22">232</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Peu aime qui ne fait dpenses</td>
-<td class="num"><a href="#p23">210</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Peu aime qui n'est pas sujet la tristesse</td>
-<td class="num"><a href="#p24">223</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui est aim d'une belle femme est l'abri des coups du sort</td>
-<td class="num"><a href="#p25">200</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut connatre avant d'aimer</td>
-<td class="num"><a href="#p26">117</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*S'aimer peu la fois afin de s'aimer longtemps</td>
-<td class="num"><a href="#p27">124</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut aimer pour tre aim</td>
-<td class="num"><a href="#p28">189</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">C'est trop aimer quand on en meurt</td>
-<td class="num"><a href="#p29">188</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Feindre d'aimer est pire qu'tre faux monnayeur</td>
-<td class="num"><a href="#p30">191</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mieux vaut aimer bergres que princesses</td>
-<td class="num"><a href="#p31">191</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aimer la franche marguerite</td>
-<td class="num"><a href="#p32">192</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">S'aimer comme deux tourterelles</td>
-<td class="num"><a href="#p33">193</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">S'aimer comme Robin et Marion</td>
-<td class="num"><a href="#p34">195</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne peut aimer et tre sage tout ensemble</td>
-<td class="num"><a href="#p35">195</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aimer n'est pas sans amer</td>
-<td class="num"><a href="#p36">196</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui ne sait pas cler ne sait pas aimer</td>
-<td class="num"><a href="#p37">196</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aimer mieux de loin que de prs</td>
-<td class="num"><a href="#p38">197</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Aimer jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle</td>
-<td class="num"><a href="#p39">285</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMANT.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Tout amant est fou</td>
-<td class="num"><a href="#p40">196</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'me d'un amant vit dans un corps tranger</td>
-<td class="num"><a href="#p41">207</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amant se transforme en l'objet aim</td>
-<td class="num"><a href="#p42">207</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amant coute du c&oelig;ur les prires de sa belle</td>
-<td class="num"><a href="#p43">208</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La bourse d'un amant est lie avec des feuilles de poireau</td>
-<td class="num"><a href="#p44">208</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Querelles d'amants, renouvellement d'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p45">210</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amants qui se disputent s'adorent</td>
-<td class="num"><a href="#p46">211</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mouvement des yeux est le langage des amants</td>
-<td class="num"><a href="#p47">212</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">C'est tous les jours la fte du regard pour les amants</td>
-<td class="num"><a href="#p48">212</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il est un dieu pour les amants</td>
-<td class="num"><a href="#p49">214</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Grands, vignes et amants trompent dans leurs serments</td>
-<td class="num"><a href="#p50">214</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMI.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Au besoin on connat l'ami</td>
-<td class="num"><a href="#p51">125</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le faux ami ressemble l'ombre du cadran</td>
-<td class="num"><a href="#p52">126</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la chose</td>
-<td class="num"><a href="#p53">127</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui cesse d'tre ami ne l'a jamais t</td>
-<td class="num"><a href="#p54">129</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un bon ami vaut mieux que cent parents</td>
-<td class="num"><a href="#p55">129</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le frre est ami de nature, mais son amiti n'est pas sre</td>
-<td class="num"><a href="#p56">130</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On peut vivre sans frre, mais non sans ami</td>
-<td class="num"><a href="#p57">130</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un ami est un autre nous-mme</td>
-<td class="num"><a href="#p58">131</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un ami fidle est la mdecine de la vie</td>
-<td class="num"><a href="#p59">132</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'arbre se dessche quand il n'est revtu ni d'corce ni de feuillage: ainsi est l'homme sans ami</td>
-<td class="num"><a href="#p60">133</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Pourquoi Dieu a-t-il donn une ombre au corps? C'est pour qu'en traversant le dsert ses yeux se reposent sur elle, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p61">133</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut tre fringant l'ami</td>
-<td class="num"><a href="#p62">133</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un ami pour l'autre veille</td>
-<td class="num"><a href="#p63">133</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'est si bon conseil que d'ami</td>
-<td class="num"><a href="#p64">134</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Conseil d'ami, conseil de Dieu</td>
-<td class="num"><a href="#p65">134</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Si ton ami te frappe baise sa main</td>
-<td class="num"><a href="#p66">134</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Coups d'ami, coups chris</td>
-<td class="num"><a href="#p67">134</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un vieil ami est une seconde conscience</td>
-<td class="num"><a href="#p68">135</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a pas de plus fidle miroir qu'un vieil ami</td>
-<td class="num"><a href="#p69">135</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mang un minot de sel</td>
-<td class="num"><a href="#p70">135</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui est ami de tous ne l'est de personne</td>
-<td class="num"><a href="#p71">136</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">A nul n'est vrai ami, qui de soi-mme est ennemi</td>
-<td class="num"><a href="#p72">136</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un ami en amne un autre</td>
-<td class="num"><a href="#p73">137</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'ami de mon ami est le bienvenu</td>
-<td class="num"><a href="#p74">137</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un ami n'est pas sitt fait que perdu</td>
-<td class="num"><a href="#p75">137</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ami jusqu'aux autels</td>
-<td class="num"><a href="#p76">138</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui n'est pas grand ennemi, n'est pas grand ami</td>
-<td class="num"><a href="#p77">138</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">A l'ami soigne le figuier, l'ennemi soigne le pcher</td>
-<td class="num"><a href="#p78">140</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*A l'ami on ple la figue, l'ennemi la pche</td>
-<td class="num"><a href="#p79">141</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous</td>
-<td class="num"><a href="#p80">142</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami</td>
-<td class="num"><a href="#p81">143</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Fi de l'ami qui couvre des ailes et dchire du bec</td>
-<td class="num"><a href="#p82">144</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ami de Platon, mais plus ami de la vrit</td>
-<td class="num"><a href="#p83">144</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme</td>
-<td class="num"><a href="#p84">144</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain</td>
-<td class="num"><a href="#p85">145</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier</td>
-<td class="num"><a href="#p86">184</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut se dfier d'un ami rconcili</td>
-<td class="num"><a href="#p87">145</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ami rconcili, ennemi redoubl</td>
-<td class="num"><a href="#p88">145</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ami rompu peut tre soud, mais il n'est jamais sain</td>
-<td class="num"><a href="#p89">183</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ami au prter, ennemi au rendre</td>
-<td class="num"><a href="#p90">146</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui prte son ami perd au double</td>
-<td class="num"><a href="#p91">146</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le moyen de perdre un ami, c'est de lui prter de l'argent</td>
-<td class="num"><a href="#p92">146</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sage ami et sotte amie</td>
-<td class="num"><a href="#p93">147</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Jamais honteux n'eut belle amie</td>
-<td class="num"><a href="#p94">148</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mieux vaut donner un ennemi qu'emprunter un ami</td>
-<td class="num"><a href="#p95">149</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui</td>
-<td class="num"><a href="#p96">149</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Bois et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec lui</td>
-<td class="num"><a href="#p97">150</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">N'accorde point ta confiance un ami dissimul</td>
-<td class="num"><a href="#p98">150</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Un trsor n'est pas un ami, mais un ami est un trsor</td>
-<td class="num"><a href="#p99">161</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Un frre est un ami qui nous est donn par la nature</td>
-<td class="num"><a href="#p100">170</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Un parent est une partie de notre corps, un ami est une partie de notre me</td>
-<td class="num"><a href="#p101">171</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Flatter un ami c'est lui verser du poison dans une coupe d'or</td>
-<td class="num"><a href="#p102">177</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'homme qui tient son ami un langage flatteur et dguis tend un filet ses pieds</td>
-<td class="num"><a href="#p103">177</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'ami fidle est une forte protection</td>
-<td class="num"><a href="#p104">184</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Vieil ami, chose toujours nouvelle</td>
-<td class="num"><a href="#p105">177</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mieux vaut manquer d'argent que d'ami</td>
-<td class="num"><a href="#p106">161</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ne fais pas des amis trop promptement</td>
-<td class="num"><a href="#p107">118</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps, c'est d'tre longtemps les faire</td>
-<td class="num"><a href="#p108">118</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*On connat les bonnes sources dans la scheresse, et les bons amis dans l'adversit</td>
-<td class="num"><a href="#p109">126</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les amis ont le naturel du melon, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p110">127</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Beaucoup de parents et peu d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p111">129</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le sort fait les parents, le choix fait les amis</td>
-<td class="num"><a href="#p112">129</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Pluralit d'amis, nullit d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p113">136</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Avant de se faire des amis, il faut commencer devenir le sien</td>
-<td class="num"><a href="#p114">137</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vieux amis et comptes nouveaux</td>
-<td class="num"><a href="#p115">150</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les bons comptes font les bons a mis</td>
-<td class="num"><a href="#p116">150</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Comptes clairs, amis chers</td>
-<td class="num"><a href="#p117">151</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas compter avec ses amis</td>
-<td class="num"><a href="#p118">151</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Entre amis tout doit tre commun</td>
-<td class="num"><a href="#p119">152</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage</td>
-<td class="num"><a href="#p120">152</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage</td>
-<td class="num"><a href="#p121">153</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le pire de tous les pays est celui o l'on n'a pas d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p122">153</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui te conseille d'ter la confiance tes amis veut te tromper sans tmoins</td>
-<td class="num"><a href="#p123">154</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut aimer ses amis avec leurs dfauts</td>
-<td class="num"><a href="#p124">155</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis</td>
-<td class="num"><a href="#p125">155</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne peut vivre sans amis</td>
-<td class="num"><a href="#p126">156</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut louer tout bas ses amis</td>
-<td class="num"><a href="#p127">157</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut dire la vrit ses amis</td>
-<td class="num"><a href="#p128">158</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vieux amis, vieux cus</td>
-<td class="num"><a href="#p129">159</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne saurait avoir trop d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p130">160</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amis de nos amis sont nos amis</td>
-<td class="num"><a href="#p131">160</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mille amis c'est peu, un ennemi c'est beaucoup</td>
-<td class="num"><a href="#p132">160</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie</td>
-<td class="num"><a href="#p133">161</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il est bon d'avoir des amis partout</td>
-<td class="num"><a href="#p134">162</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Avoir des amis en paradis et en enfer</td>
-<td class="num"><a href="#p135">162</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les gens riches ont beaucoup d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p136">163</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les pauvres n'ont point d'amis</td>
-<td class="num"><a href="#p137">163</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amis par intrt sont des hirondelles sur les toits</td>
-<td class="num"><a href="#p138">163</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un homme mort n'a ni parents ni amis</td>
-<td class="num"><a href="#p139">163</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne doit pas servir ses amis plats couverts</td>
-<td class="num"><a href="#p140">164</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne doit pas se gner avec ses amis</td>
-<td class="num"><a href="#p141">165</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Dieu me garde de mes amis, je me garderai de mes ennemis</td>
-<td class="num"><a href="#p142">166</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amis sont les trsors des rois</td>
-<td class="num"><a href="#p143">167</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents</td>
-<td class="num"><a href="#p144">167</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu</td>
-<td class="num"><a href="#p145">168</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas mettre ses amis tous les jours</td>
-<td class="num"><a href="#p146">168</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut prouver les amis aux petites occasions, et les employer aux grandes</td>
-<td class="num"><a href="#p147">169</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut choisir ses amis dans sa famille</td>
-<td class="num"><a href="#p148">169</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de Dieu</td>
-<td class="num"><a href="#p149">173</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La table fait les amis</td>
-<td class="num"><a href="#p150">178</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMITI.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le malheur est la pierre de touche de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p151">126</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Compte et calcul entretiennent l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p152">151</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti compte par tonneaux, et le commerce par grains</td>
-<td class="num"><a href="#p153">151</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la coupe de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p154">156</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti est plus ncessaire que le feu et l'eau</td>
-<td class="num"><a href="#p155">156</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La sincrit est le sacrement de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p156">159</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bonne amiti est une autre parent</td>
-<td class="num"><a href="#p157">170</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La vritable amiti ressemble la parent la plus rapproche</td>
-<td class="num"><a href="#p158">170</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bonne amiti vaut mieux que parent</td>
-<td class="num"><a href="#p159">171</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les couteaux coupent l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p160">173</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ne te fie pas l'amiti d'un bouffon</td>
-<td class="num"><a href="#p161">174</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti est un pacte de sel</td>
-<td class="num"><a href="#p162">175</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut que l'amiti nous trouve ou nous fasse gaux</td>
-<td class="num"><a href="#p163">176</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti est la sympathie de deux mes gales</td>
-<td class="num"><a href="#p164">176</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti disparat o l'galit cesse</td>
-<td class="num"><a href="#p165">176</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La flatterie est le poison de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p166">176</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le plus bel ge de l'amiti est sa vieillesse</td>
-<td class="num"><a href="#p167">177</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti est un plaisir qui s'accrot mesure qu'il vieillit</td>
-<td class="num"><a href="#p168">177</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les petits prsents entretiennent l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p169">178</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La table est l'entremetteuse de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p170">178</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas laisser crotre l'herbe sur le chemin de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p171">179</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Visite rare accrot l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p172">180</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Des visites trop frquentes useraient l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p173">180</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti fait plus de bons mnages que l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p174">181</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti qui nat de l'amour vaut mieux que l'amour mme</td>
-<td class="num"><a href="#p175">181</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti confie son secret, mais il chappe l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p176">182</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti rompue n'est jamais bien soude</td>
-<td class="num"><a href="#p177">183</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amiti rompue ne se renoue pas sans que le n&oelig;ud paraisse ou se sente</td>
-<td class="num"><a href="#p178">183</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le respect et la dfrence sont les liens de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p179">183</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bonne amiti vaut mieux que tour fortifie</td>
-<td class="num"><a href="#p180">183</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amiti doit se contracter frais communs</td>
-<td class="num"><a href="#p181">184</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut dcoudre et non dchirer l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p182">185</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amiti de gendre</td>
-<td class="num"><a href="#p183">185</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Amiti de gendre, soleil d'hiver</td>
-<td class="num"><a href="#p184">185</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Amiti de brus et de gendres, lessives sans cendres</td>
-<td class="num"><a href="#p185">185</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les amitis devraient tre immortelles, et mortelles les inimitis</td>
-<td class="num"><a href="#p186">186</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMOUR.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux</td>
-<td class="num"><a href="#p187">187</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine</td>
-<td class="num"><a href="#p188">190</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour aprs la colre est plus agrable</td>
-<td class="num"><a href="#p189">210</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour vient sans qu'on y pense</td>
-<td class="num"><a href="#p190">216</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amour et mort, rien n'est plus fort</td>
-<td class="num"><a href="#p191">217</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour fait perdre le repos et le repas</td>
-<td class="num"><a href="#p192">217</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui a l'amour au c&oelig;ur a l'peron aux flancs</td>
-<td class="num"><a href="#p193">218</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour le plus parfait est le plus malheureux</td>
-<td class="num"><a href="#p194">218</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En amours les apprentis en savent autant que les matres</td>
-<td class="num"><a href="#p195">219</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour nat la premire vue</td>
-<td class="num"><a href="#p196">219</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour nat du regard</td>
-<td class="num"><a href="#p197">219</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le coup de foudre en amour</td>
-<td class="num"><a href="#p198">220</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est une fivre au rebours</td>
-<td class="num"><a href="#p199">220</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut tre fou en amour</td>
-<td class="num"><a href="#p200">221</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Louange engendre amour</td>
-<td class="num"><a href="#p201">221</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas gurir</td>
-<td class="num"><a href="#p202">222</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris</td>
-<td class="num"><a href="#p203">223</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est la clef du mrite et un tang de prouesses</td>
-<td class="num"><a href="#p204">224</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'pi sans grain</td>
-<td class="num"><a href="#p205">225</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour excite aux grandes prouesses</td>
-<td class="num"><a href="#p206">225</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour fait les hros</td>
-<td class="num"><a href="#p207">225</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est le revenu de la beaut</td>
-<td class="num"><a href="#p208">226</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Courtoisie fait amour durer</td>
-<td class="num"><a href="#p209">227</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En amour mieux vaut esprer que tenir</td>
-<td class="num"><a href="#p210">227</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour ne peut rien refuser l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p211">228</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour galise toutes les conditions</td>
-<td class="num"><a href="#p212">228</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour rapproche les distances</td>
-<td class="num"><a href="#p213">229</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour et la crainte ne mangent pas la mme cuelle</td>
-<td class="num"><a href="#p214">229</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amour et seigneurie ne souffrent compagnie</td>
-<td class="num"><a href="#p215">230</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour et l'ambition ne souffrent point de compagnon</td>
-<td class="num"><a href="#p216">230</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p217">231</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a point d'amour sans jalousie</td>
-<td class="num"><a href="#p218">232</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La vraie jalousie fait toujours crotre l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p219">232</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La jalousie est la s&oelig;ur de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p220">232</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La jalousie nat de l'amour, comme la cendre du feu, pour l'touffer</td>
-<td class="num"><a href="#p221">232</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a pas d'amour sans esprance</td>
-<td class="num"><a href="#p222">233</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Plus l'amour vient tard, plus il ard</td>
-<td class="num"><a href="#p223">234</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour est comme la petite vrole, qui fait d'autant plus de mal qu'elle vient plus tard</td>
-<td class="num"><a href="#p224">235</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Rien ne se rallume si vite que l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p225">235</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En amour, un bless gurit l'autre</td>
-<td class="num"><a href="#p226">236</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et gurit</td>
-<td class="num"><a href="#p227">236</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La petite oie de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p228">237</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est un grand matre</td>
-<td class="num"><a href="#p229">238</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour est inventif</td>
-<td class="num"><a href="#p230">238</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs</td>
-<td class="num"><a href="#p231">239</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour te le deuil</td>
-<td class="num"><a href="#p232">243</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En amour, trop n'est pas assez</td>
-<td class="num"><a href="#p233">244</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Plus l'amour est nu, moins il a froid</td>
-<td class="num"><a href="#p234">245</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui se prend avec amour, se quitte avec rage</td>
-<td class="num"><a href="#p235">283</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des btes</td>
-<td class="num"><a href="#p236">246</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour et la pauvret font mauvais mnage ensemble</td>
-<td class="num"><a href="#p237">247</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Quand la pauvret entre par la porte, l'amour s'envole par la fentre</td>
-<td class="num"><a href="#p238">247</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les lunettes sont des quittances d'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p239">248</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice</td>
-<td class="num"><a href="#p240">250</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La faim fait oublier l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p241">250</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sans pain ni vin, l'amour est vain</td>
-<td class="num"><a href="#p242">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Vive l'amour, mais que je dne</td>
-<td class="num"><a href="#p243">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Vive l'amour aprs dner</td>
-<td class="num"><a href="#p244">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aprs l'amour le repentir</td>
-<td class="num"><a href="#p245">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On fait l'amour, et, quand l'amour est fait, c'est une autre paire de manches</td>
-<td class="num"><a href="#p246">252</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vieil amour, vieille prison</td>
-<td class="num"><a href="#p247">253</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour meurt rarement de mort subite</td>
-<td class="num"><a href="#p248">254</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a qu'un pas de l'amour la dvotion</td>
-<td class="num"><a href="#p249">255</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir</td>
-<td class="num"><a href="#p250">256</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le temps et non la volont met fin l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p251">255</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse l'autre</td>
-<td class="num"><a href="#p252">256</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p253">258</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le succs trop facile rend l'amour mprisable</td>
-<td class="num"><a href="#p254">259</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour apprend les nes danser</td>
-<td class="num"><a href="#p255">259</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour porte avec soi la musique</td>
-<td class="num"><a href="#p256">260</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour enseigne la musique</td>
-<td class="num"><a href="#p257">260</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Amour engendre posie</td>
-<td class="num"><a href="#p258">260</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est comme un flambeau, plus il est agit, plus il brle</td>
-<td class="num"><a href="#p259">260</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour et la gale ne se peuvent cacher</td>
-<td class="num"><a href="#p260">263</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour et la toux ne se peuvent celer</td>
-<td class="num"><a href="#p261">263</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour et le musc ne peuvent rester ignors</td>
-<td class="num"><a href="#p262">263</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La pauvret et l'amour sont difficiles cacher</td>
-<td class="num"><a href="#p263">263</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour divulgu est rarement de dure</td>
-<td class="num"><a href="#p264">264</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le secret est la garde la plus assure de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p265">264</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Secret, vin et amour ne valent rien, quand ils sont vents</td>
-<td class="num"><a href="#p266">264</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est le frre de la guerre</td>
-<td class="num"><a href="#p267">265</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est le frre de la haine</td>
-<td class="num"><a href="#p268">266</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">A battre faut l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p269">267</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Heureux au jeu, malheureux en amour</td>
-<td class="num"><a href="#p270">269</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Malheureux au jeu, heureux en amour</td>
-<td class="num"><a href="#p271">270</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Filer le parfait amour</td>
-<td class="num"><a href="#p272">270</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour se paye par l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p273">270</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Plus il y a paroles en amour et moins y sied</td>
-<td class="num"><a href="#p274">271</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour s'introduit sous le nom de l'amiti</td>
-<td class="num"><a href="#p275">271</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un sot va plus vite et plus loin en amour qu'un homme d'esprit</td>
-<td class="num"><a href="#p276">273</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est de tous les ges</td>
-<td class="num"><a href="#p277">274</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour fait les vieilles trotter</td>
-<td class="num"><a href="#p278">274</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour est roi des jeunes gens et tyran des vieillards</td>
-<td class="num"><a href="#p279">275</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour sied bien aux jeunes gens, et dshonore les vieillards</td>
-<td class="num"><a href="#p280">275</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Lorsqu'un vieux fait l'amour, la mort court l'entour</td>
-<td class="num"><a href="#p281">277</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vieillard qui fait l'amour, est un agonisant en chemise de noces</td>
-<td class="num"><a href="#p282">277</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amour se nourrit de jeune chair</td>
-<td class="num"><a href="#p283">277</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour n'a point de rgle</td>
-<td class="num"><a href="#p284">278</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le plaisir est le tombeau de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p285">279</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le plaisir est fils de l'amour, mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son pre</td>
-<td class="num"><a href="#p286">279</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p287">284</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour des parents descend, et ne remonte pas</td>
-<td class="num"><a href="#p288">279</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le c&oelig;ur d'une mre est le miracle de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p289">280</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Tendresse maternelle toujours se renouvelle</td>
-<td class="num"><a href="#p290">282</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Amour de mre est toujours nouveau</td>
-<td class="num"><a href="#p291">283</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Donner le gage d'amour sans fin</td>
-<td class="num"><a href="#p292">368</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les plus parfaites amours russissent le moins</td>
-<td class="num"><a href="#p293">218</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Vieilles amours et vieux tisons s'allument en toutes saisons</td>
-<td class="num"><a href="#p294">235</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les amours s'en vont, et les douleurs demeurent</td>
-<td class="num"><a href="#p295">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Froides mains, chaudes amours</td>
-<td class="num"><a href="#p296">283</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Chaudes mains, froides amours</td>
-<td class="num"><a href="#p297">283</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux</td>
-<td class="num"><a href="#p298">283</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a point de laides amours</td>
-<td class="num"><a href="#p299">284</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a point de belle prison ni de laides amours</td>
-<td class="num"><a href="#p300">286</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a point d'ternelles amours ni de flicit parfaite</td>
-<td class="num"><a href="#p301">286</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On revient toujours ses premires amours</td>
-<td class="num"><a href="#p302">286</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Que la nuit me prenne l o sont mes amours!</td>
-<td class="num"><a href="#p303">287</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours, pour un plaisir mille douleurs</td>
-<td class="num"><a href="#p304">288</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour et le mdecin</td>
-<td class="num"><a href="#p305">305</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMOURETTE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*La manche est signal d'amourette</td>
-<td class="num"><a href="#p306">253</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sont aussi bien amourettes, sous bureaux comme sous brunettes</td>
-<td class="num"><a href="#p307">289</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">AMOUREUX.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Un amoureux est toujours craintif</td>
-<td class="num"><a href="#p308">289</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amoureux transi</td>
-<td class="num"><a href="#p309">290</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Amoureux des onze mille vierges</td>
-<td class="num"><a href="#p310">291</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse</td>
-<td class="num"><a href="#p311">293</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les tisons relevs chassent les amoureux</td>
-<td class="num"><a href="#p312">293</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">ANE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Quand il n'y a pas de foin au rtelier, les nes se battent</td>
-<td class="num"><a href="#p313">248</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">ARISTOTE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Faire le cheval d'Aristote</td>
-<td class="num"><a href="#p314">242</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">BEAU.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'objet qu'on aime est toujours beau</td>
-<td class="num"><a href="#p315">284</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agre</td>
-<td class="num"><a href="#p316">284</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">BELLE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Les belles ne sont pas pour les beaux</td>
-<td class="num"><a href="#p317">215</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions</td>
-<td class="num"><a href="#p318">215</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">BOIS.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le bois sec brle mieux que le bois vert</td>
-<td class="num"><a href="#p319">235</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bois vert se consume en fume, bois vieux ne fait plus de chaleur</td>
-<td class="num"><a href="#p320">334</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">CATHERINE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Rester pour coiffer sainte Catherine</td>
-<td class="num"><a href="#p321">388</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">CLADON.</td></tr>
-<tr><td class="drap">C'est un Cladon</td>
-<td class="num"><a href="#p322">295</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">CHANDELLE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*De nuit, la chandelle, l'nesse parat demoiselle marier</td>
-<td class="num"><a href="#p323">61</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Belle la chandelle</td>
-<td class="num"><a href="#p324">61</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Allumer la chandelle quatre cornes</td>
-<td class="num"><a href="#p325">341</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">CHAT.</td></tr>
-<tr><td class="drap">La nuit, tous les chats sont gris</td>
-<td class="num"><a href="#p326">61</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">C&OElig;UR.</td></tr>
-<tr><td class="drap">C&oelig;ur oublie ce qu'&oelig;il ne voit</td>
-<td class="num"><a href="#p327">205</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Loin des yeux et loin du c&oelig;ur</td>
-<td class="num"><a href="#p328">205</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les yeux sont messagers du c&oelig;ur</td>
-<td class="num"><a href="#p329">205</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le c&oelig;ur ne vieillit pas</td>
-<td class="num"><a href="#p330">206</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le c&oelig;ur n'a point de rides</td>
-<td class="num"><a href="#p331">206</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le c&oelig;ur d'un pre est dans son fils, le c&oelig;ur d'un fils est dans la pierre</td>
-<td class="num"><a href="#p332">280</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">COUVADE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Faire la couvade</td>
-<td class="num"><a href="#p333">59</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">POUSAILLES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*La messe des pousailles est une extrme-onction</td>
-<td class="num"><a href="#p334">313</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">POUX.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Les poux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler</td>
-<td class="num"><a href="#p335">384</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une jeune pouse veut tre choye comme la femme d'un prtre russe</td>
-<td class="num"><a href="#p336">385</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les poux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochs</td>
-<td class="num"><a href="#p337">386</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">ESCARGOT.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'escargot, pour se dlivrer d'inquitude, changea ses yeux contre des cornes</td>
-<td class="num"><a href="#p338">372</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FEMME.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut trente qualits une femme pour tre parfaitement belle</td>
-<td class="num"><a href="#p339">1</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut choisir une femme avec les oreilles plutt qu'avec les yeux</td>
-<td class="num"><a href="#p340">2</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La femme sage et pudique a une grce au-dessus de toute grce</td>
-<td class="num"><a href="#p341">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Maison faite et femme faire</td>
-<td class="num"><a href="#p342">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Cheval fait et femme faire</td>
-<td class="num"><a href="#p343">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut tre le compagnon et non le matre de sa femme</td>
-<td class="num"><a href="#p344">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La nature a soumis la femme l'homme, mais la nature ne connat point d'esclaves</td>
-<td class="num"><a href="#p345">4</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Rien n'est meilleur qu'une bonne femme</td>
-<td class="num"><a href="#p346">5</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Une bonne femme est le plus grand bienfait de la Providence</td>
-<td class="num"><a href="#p347">5</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui a trouv une bonne femme a trouv le bien par excellence</td>
-<td class="num"><a href="#p348">6</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Heureux le mari d'une bonne femme, car le nombre de ses annes est doubl</td>
-<td class="num"><a href="#p349">6</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La femme est un mets digne des dieux, quand le diable ne l'assaisonne pas</td>
-<td class="num"><a href="#p350">6</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui de femme honnte est spar, d'un don divin est priv</td>
-<td class="num"><a href="#p351">6</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La bonne conduite de la femme est un don de Dieu</td>
-<td class="num"><a href="#p352">6</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme fait la maison</td>
-<td class="num"><a href="#p353">7</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme fait ou dfait la maison</td>
-<td class="num"><a href="#p354">7</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La plus honnte femme est celle dont on parle le moins</td>
-<td class="num"><a href="#p355">7</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La femme la mieux loue est celle dont on ne parle pas</td>
-<td class="num"><a href="#p356">8</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Cette femme fait parler d'elle</td>
-<td class="num"><a href="#p357">8</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La bonne femme n'est jamais oisive</td>
-<td class="num"><a href="#p358">9</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le phnix est une femme oisive et sage la fois</td>
-<td class="num"><a href="#p359">9</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Prends le premier conseil d'une femme, et non le second</td>
-<td class="num"><a href="#p360">11</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si la raison de l'homme vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu</td>
-<td class="num"><a href="#p361">11</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ce que femme veut, Dieu le veut</td>
-<td class="num"><a href="#p362">12</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'est plus fort lien que de femme</td>
-<td class="num"><a href="#p363">13</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a</td>
-<td class="num"><a href="#p364">13</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'est attention que de vieille femme</td>
-<td class="num"><a href="#p365">14</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est toujours femme</td>
-<td class="num"><a href="#p366">15</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile</td>
-<td class="num"><a href="#p367">16</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Foi de femme est plume sur l'eau</td>
-<td class="num"><a href="#p368">16</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ne vous fiez pas aux promesses de la femme, car son c&oelig;ur a t fait tel que la roue qui tourne</td>
-<td class="num"><a href="#p369">17</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Amiti des grands, soleil d'hiver et serments d'une femme, sont trois choses qui n'ont pas de dure</td>
-<td class="num"><a href="#p370">17</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui prend l'anguille par la queue et la femme par la parole peut dire qu'il ne tient rien</td>
-<td class="num"><a href="#p371">17</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut btir que des chteaux en Espagne</td>
-<td class="num"><a href="#p372">18</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas se fier femme morte</td>
-<td class="num"><a href="#p373">18</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Si la femme tait aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne</td>
-<td class="num"><a href="#p374">19</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut</td>
-<td class="num"><a href="#p375">19</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Larmes de femme, assaisonnement de malice</td>
-<td class="num"><a href="#p376">19</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Caresses de femme, caresses de chatte</td>
-<td class="num"><a href="#p377">20</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Rien de plus dangereux qu'une femme qui emploie les caresses</td>
-<td class="num"><a href="#p378">20</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme sait un art avant le diable</td>
-<td class="num"><a href="#p379">21</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Jamais femme n'a gt sa cause par son silence</td>
-<td class="num"><a href="#p380">21</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'homme est de feu, la femme d'toupe, le diable vient qui souffle</td>
-<td class="num"><a href="#p381">21</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ce que diable ne peut, femme le fait</td>
-<td class="num"><a href="#p382">22</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage</td>
-<td class="num"><a href="#p383">23</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est une araigne</td>
-<td class="num"><a href="#p384">23</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'&oelig;il de la femme est une araigne</td>
-<td class="num"><a href="#p385">24</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te rveiller</td>
-<td class="num"><a href="#p386">24</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Que celui qui ne sait se donner d'occupation prenne femme</td>
-<td class="num"><a href="#p387">24</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme</td>
-<td class="num"><a href="#p388">24</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une bonne femme est une mauvaise bte</td>
-<td class="num"><a href="#p389">26</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bonne femme, mauvaise tte; bonne mule, mauvaise bte</td>
-<td class="num"><a href="#p390">26</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Bonne femme et bonne mule, deux mauvaises btes</td>
-<td class="num"><a href="#p391">26</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme ne doit pas apporter de tte dans le mnage</td>
-<td class="num"><a href="#p392">27</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme ne doit pas avoir une tte elle</td>
-<td class="num"><a href="#p393">27</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Heureux mnage quand la femme est sans volont, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p394">28</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La bonne femme est celle qui n'a point de tte</td>
-<td class="num"><a href="#p395">28</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le cerveau de la femme est fait de crme de singe et de fromage de renard</td>
-<td class="num"><a href="#p396">29</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Corps de femme et tte de diable</td>
-<td class="num"><a href="#p397">30</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme et la poule se perdent pour trop courir</td>
-<td class="num"><a href="#p398">31</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La femme doit tre sdentaire</td>
-<td class="num"><a href="#p399">31</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Temps pommel et femme farde ne sont pas de longue dure</td>
-<td class="num"><a href="#p400">32</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Soleil qui luisarne au matin, enfant qui est nourri de vin et femme qui parle latin, ne viennent pas bonne fin</td>
-<td class="num"><a href="#p401">33</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Jamais habile femme ne mourut sans hritier</td>
-<td class="num"><a href="#p402">35</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui femme a, noise a</td>
-<td class="num"><a href="#p403">36</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Un mari ne connat pas assez sa femme pour en parler, une femme connat trop bien son mari pour s'en taire</td>
-<td class="num"><a href="#p404">36</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme querelleuse est pire que le diable</td>
-<td class="num"><a href="#p405">37</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne peut avoir en mme temps femme et bnfice</td>
-<td class="num"><a href="#p406">37</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Rien n'est pire qu'une mchante femme</td>
-<td class="num"><a href="#p407">38</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut craindre sa femme et le tonnerre</td>
-<td class="num"><a href="#p408">39</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Il n'y a pas de colre qui surpasse la colre de la femme</td>
-<td class="num"><a href="#p409">39</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est un mal ncessaire</td>
-<td class="num"><a href="#p410">39</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femme barbue, de loin la salue, un bton la main</td>
-<td class="num"><a href="#p411">40</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne</td>
-<td class="num"><a href="#p412">41</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une femme ne cle que ce qu'elle ne sait pas</td>
-<td class="num"><a href="#p413">42</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si ta femme est mauvaise, mfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie rien</td>
-<td class="num"><a href="#p414">42</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt</td>
-<td class="num"><a href="#p415">42</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*A qui perd sa femme et un denier, c'est grand dommage de l'argent</td>
-<td class="num"><a href="#p416">43</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Deuil de femme morte dure jusqu' la porte</td>
-<td class="num"><a href="#p417">43</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ci-gt ma femme; ah! qu'elle est bien, pour son repos et pour le mien</td>
-<td class="num"><a href="#p418">43</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La chandelle se brle, et cette femme ne meurt point</td>
-<td class="num"><a href="#p419">44</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie</td>
-<td class="num"><a href="#p420">44</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer</td>
-<td class="num"><a href="#p421">45</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Battre sa femme ne lui te folle pense</td>
-<td class="num"><a href="#p422">48</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Celui qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac de farine, le bon s'en va et le mauvais reste</td>
-<td class="num"><a href="#p423">48</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut toujours que la femme commande</td>
-<td class="num"><a href="#p424">48</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femme veut en toute saison tre matresse en sa maison</td>
-<td class="num"><a href="#p425">49</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme veut porter la culotte</td>
-<td class="num"><a href="#p426">51</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">tre sous la pantoufle de sa femme</td>
-<td class="num"><a href="#p427">54</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Pour faire mentir une femme coup sr, il n'y a qu' lui demander son ge</td>
-<td class="num"><a href="#p428">57</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Servez monsieur Godard! sa femme est en couches</td>
-<td class="num"><a href="#p429">59</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La nuit, il n'y a point de femme laide</td>
-<td class="num"><a href="#p430">61</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Jeter le mouchoir une femme</td>
-<td class="num"><a href="#p431">62</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme de Csar ne doit pas mme tre souponne</td>
-<td class="num"><a href="#p432">63</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut prter ni son pe, ni son chien, ni sa femme</td>
-<td class="num"><a href="#p433">64</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme</td>
-<td class="num"><a href="#p434">65</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est la moiti de l'homme</td>
-<td class="num"><a href="#p435">65</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Dame qui moult se mire, peu file</td>
-<td class="num"><a href="#p436">67</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Plus la femme mire sa mine, plus sa maison elle mine</td>
-<td class="num"><a href="#p437">67</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme perd l'homme</td>
-<td class="num"><a href="#p438">68</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'homme perd la femme</td>
-<td class="num"><a href="#p439">70</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une matresse est reine, une femme est esclave</td>
-<td class="num"><a href="#p440">73</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une femme et un almanach ne valent que pour une anne</td>
-<td class="num"><a href="#p441">73</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui sa femme n'honore, lui-mme se dshonore</td>
-<td class="num"><a href="#p442">75</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On peut compter sur la fidlit de son chien jusqu'au dernier moment, sur celle de sa femme jusqu' la premire occasion</td>
-<td class="num"><a href="#p443">75</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme a t faite pour l'homme, non l'homme pour la femme</td>
-<td class="num"><a href="#p444">77</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est un tre qui s'habille, babille et se dshabille</td>
-<td class="num"><a href="#p445">79</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femme est mre de tout dommage, tout mal en vient et toute rage</td>
-<td class="num"><a href="#p446">79</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Une femme est comme votre ombre: suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle suit</td>
-<td class="num"><a href="#p447">81</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant</td>
-<td class="num"><a href="#p448">81</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir t marie trop tard</td>
-<td class="num"><a href="#p449">370</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Dites une fois une femme qu'elle est jolie, le diable le lui rptera dix fois par jour</td>
-<td class="num"><a href="#p450">83</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme</td>
-<td class="num"><a href="#p451">84</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son c&oelig;ur de cire</td>
-<td class="num"><a href="#p452">84</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Quand une femme prend cong de la compagnie, sa visite n'est encore faite qu' moiti</td>
-<td class="num"><a href="#p453">85</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La femme est le savon de l'homme</td>
-<td class="num"><a href="#p454">85</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La femme est une savonnette vilain</td>
-<td class="num"><a href="#p455">86</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui croit sa femme se trompe, qui ne la croit pas est tromp</td>
-<td class="num"><a href="#p456">100</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*A femme trpasse, il faut tuer la langue en particulier</td>
-<td class="num"><a href="#p457">108</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*On tire plus de choses avec un cheveu de femme qu'avec six chevaux bien vigoureux</td>
-<td class="num"><a href="#p458">200</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Il faut descendre un degr pour prendre une femme, et en monter un pour faire un ami</td>
-<td class="num"><a href="#p459">327</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Deux bons jours l'homme sur terre: quand il prend femme, et qu'il l'enterre</td>
-<td class="num"><a href="#p460">360</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut faire carme-prenant avec sa femme, et Pques avec son cur</td>
-<td class="num"><a href="#p461">378</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal lchs</td>
-<td class="num"><a href="#p462">87</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes font les hommes</td>
-<td class="num"><a href="#p463">87</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sans les femmes, les deux extrmits de la vie seraient sans secours et le milieu sans plaisir</td>
-<td class="num"><a href="#p464">89</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes ont l'&oelig;il amricain</td>
-<td class="num"><a href="#p465">90</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les hommes font les lois, les femmes font les m&oelig;urs</td>
-<td class="num"><a href="#p466">91</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines</td>
-<td class="num"><a href="#p467">92</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femmes et chevaux, il n'y en a point sans dfauts</td>
-<td class="num"><a href="#p468">94</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes sont trop douces, il faut les saler</td>
-<td class="num"><a href="#p469">94</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis des femmes</td>
-<td class="num"><a href="#p470">95</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes ont des souris la bouche et des rats dans la tte</td>
-<td class="num"><a href="#p471">96</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernires rsolutions les plus dangereuses</td>
-<td class="num"><a href="#p472">11</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Le diable assoupit rarement les mensonges des femmes dans la fosse</td>
-<td class="num"><a href="#p473">18</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p474">20</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les femmes sont semblables au crocodile, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p475">20</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les bonnes femmes sont toutes au cimetire</td>
-<td class="num"><a href="#p476">26</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les chiens ont sept espces de rage, les femmes en ont mille</td>
-<td class="num"><a href="#p477">38</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles qu'elles veulent tre</td>
-<td class="num"><a href="#p478">97</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'amour des femmes tue le courage des plus braves</td>
-<td class="num"><a href="#p479">98</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'amour des femmes tue la sagesse</td>
-<td class="num"><a href="#p480">98</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes sont toutes fausses comme des jetons</td>
-<td class="num"><a href="#p481">99</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la vrit ceux qui ne les croient pas</td>
-<td class="num"><a href="#p482">99</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La vieillesse est l'enfer des femmes</td>
-<td class="num"><a href="#p483">100</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes sont comme les nigmes, qui ne plaisent plus quand on les a devines</td>
-<td class="num"><a href="#p484">101</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes sont comme les paons, dont les plumes deviennent plus belles en vieillissant</td>
-<td class="num"><a href="#p485">101</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-griches dans leur domestique, des colombes dans le tte--tte</td>
-<td class="num"><a href="#p486">102</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes qui sont anges l'glise sont diables la maison</td>
-<td class="num"><a href="#p487">103</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vides chambres font femmes folles</td>
-<td class="num"><a href="#p488">103</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Femmes folles de leur corps</td>
-<td class="num"><a href="#p489">103</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les dames la grand'gorge</td>
-<td class="num"><a href="#p490">103</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Trois femmes font un march</td>
-<td class="num"><a href="#p491">105</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Trois femmes et une oie font un march</td>
-<td class="num"><a href="#p492">105</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Deux femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un plein march</td>
-<td class="num"><a href="#p493">105</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Femmes sont faites de langue comme renards de queue</td>
-<td class="num"><a href="#p494">105</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La langue des femmes crot de tout ce qu'elles tent leurs pieds</td>
-<td class="num"><a href="#p495">106</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes ont des langues de la Pentecte</td>
-<td class="num"><a href="#p496">106</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La langue des femmes est leur pe, et elles ne la laissent pas rouiller</td>
-<td class="num"><a href="#p497">106</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les femmes portent l'pe dans la bouche; c'est pourquoi il faut frapper sur la gane</td>
-<td class="num"><a href="#p498">107</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La langue des femmes ne se tait pas, mme lorsqu'elle est coupe</td>
-<td class="num"><a href="#p499">108</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Femmes ne sont pas gens</td>
-<td class="num"><a href="#p500">109</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">De ce qu'on dit des femmes il ne faut croire que la moiti</td>
-<td class="num"><a href="#p501">110</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Si les femmes taient d'argent, elles ne vaudraient rien faire monnaie</td>
-<td class="num"><a href="#p502">111</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes qui ont donn leur farine veulent vendre leur son</td>
-<td class="num"><a href="#p503">112</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il y a peu d'honntes femmes qui ne soient lasses de leur mtier</td>
-<td class="num"><a href="#p504">113</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une femme est belle</td>
-<td class="num"><a href="#p505">114</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les femmes n'ont que l'ge qu'elles paraissent avoir</td>
-<td class="num"><a href="#p506">115</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On ne saurait dire des femmes ce qui en est</td>
-<td class="num"><a href="#p507">115</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les femmes se laissent prendre la louange comme les alouettes au miroir</td>
-<td class="num"><a href="#p508">221</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les femmes sont nos matresses dans la jeunesse, nos compagnes dans l'ge mr, et nos nourrices dans la vieillesse</td>
-<td class="num"><a href="#p509">333</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FEU.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui n'est pas en feu n'enflamme point</td>
-<td class="num"><a href="#p510">189</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FIANAILLES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Fianailles chevauchent en selle, et repentirs en croupe</td>
-<td class="num"><a href="#p511">357</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Boire le vin des fianailles</td>
-<td class="num"><a href="#p512">358</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FIANC.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Boire comme un fianc</td>
-<td class="num"><a href="#p513">358</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FIANCER.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Tel fiance qui n'pouse pas</td>
-<td class="num"><a href="#p514">35</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FILLE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Fille honnte et morigne est assez riche et bien dote</td>
-<td class="num"><a href="#p515">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Une fille est assez noble et assez riche si elle est chaste, modeste et vertueuse</td>
-<td class="num"><a href="#p516">3</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La plus belle fille ne peut donner que ce qu'elle a</td>
-<td class="num"><a href="#p517">13</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Jeune fille avec jeune fieu, c'est mariage du bon Dieu</td>
-<td class="num"><a href="#p518">320</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Bailler ou donner le chapelet une fille</td>
-<td class="num"><a href="#p519">339</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Fille, pour son honneur garder, ne doit ni prendre ni donner</td>
-<td class="num"><a href="#p520">41</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mieux vaudrait tenir un panier de souris qu'une fille de vingt ans</td>
-<td class="num"><a href="#p521">25</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Fille fiance n'est ni prise ni laisse</td>
-<td class="num"><a href="#p522">357</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Fille fiance n'est pas marie</td>
-<td class="num"><a href="#p523">357</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un homme riche n'est jamais trop vieux pour tre le mari d'une jeune fille</td>
-<td class="num"><a href="#p524">376</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les vieilles filles conduisent les singes en enfer</td>
-<td class="num"><a href="#p525">389</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">FLEURETTES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Conter fleurettes</td>
-<td class="num"><a href="#p526">298</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">GENDRE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en trouve un mauvais perd une fille</td>
-<td class="num"><a href="#p527">186</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">LUNE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Dcrocher la lune</td>
-<td class="num"><a href="#p528">209</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La lune de miel</td>
-<td class="num"><a href="#p529">384</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*tre n la quatrime lune</td>
-<td class="num"><a href="#p530">383</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MAIN.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ne touche pas plusieurs dans la main</td>
-<td class="num"><a href="#p531">136</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de pair en se donnant la main</td>
-<td class="num"><a href="#p532">229</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MALADIE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a pas de maladie plus cruelle que de n'tre pas content de son sort</td>
-<td class="num"><a href="#p533">122</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MARI.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ce n'est rien, c'est mon mari que l'on tue</td>
-<td class="num"><a href="#p534">44</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Pour faire un bon mnage, il faut que le mari soit sourd et la femme aveugle</td>
-<td class="num"><a href="#p535">311</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Aujourd'hui mari, demain marri</td>
-<td class="num"><a href="#p536">366</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un mari est toujours le dernier instruit, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p537">370</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui</td>
-<td class="num"><a href="#p538">373</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Sers ton mari comme ton matre, et t'en garde comme d'un tratre</td>
-<td class="num"><a href="#p539">374</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux</td>
-<td class="num"><a href="#p540">375</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mieux vaut un vieux mari que point de mari</td>
-<td class="num"><a href="#p541">376</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon mari</td>
-<td class="num"><a href="#p542">378</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Jamais maris, toujours amants</td>
-<td class="num"><a href="#p543">367</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les anciens mauvais sujets font les meilleurs maris</td>
-<td class="num"><a href="#p544">379</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette</td>
-<td class="num"><a href="#p545">380</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Tous les maris contents danseraient sur le cul d'un verre</td>
-<td class="num"><a href="#p546">380</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Tous les maris ont besoin d'aller Saint-Raboni</td>
-<td class="num"><a href="#p547">380</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les boiteux sont de bons maris</td>
-<td class="num"><a href="#p548">381</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les maris et les amants voient souvent la lune gauche</td>
-<td class="num"><a href="#p549">382</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MARIAGE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est une loterie</td>
-<td class="num"><a href="#p550">307</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est le plus grand des biens et des maux</td>
-<td class="num"><a href="#p551">309</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En mariage il y a fort lien</td>
-<td class="num"><a href="#p552">310</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un bon mariage se fait d'un mari sourd et d'une femme aveugle</td>
-<td class="num"><a href="#p553">311</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mariage et pnitence ne font qu'un</td>
-<td class="num"><a href="#p554">312</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Tout trait de mariage porte son testament</td>
-<td class="num"><a href="#p555">312</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe</td>
-<td class="num"><a href="#p556">313</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p557">314</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">En mariage, trompe qui peut</td>
-<td class="num"><a href="#p558">314</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est comme une forteresse assige, etc.</td>
-<td class="num"><a href="#p559">315</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les quinze joies de mariage</td>
-<td class="num"><a href="#p560">316</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est le tombeau de l'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p561">316</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage est un enfer o le sacrement nous mne sans pch mortel</td>
-<td class="num"><a href="#p562">318</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il n'y a point de mariage dans le paradis</td>
-<td class="num"><a href="#p563">319</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Il y a dans le sjour des bienheureux beaucoup d'amour et point de mariage</td>
-<td class="num"><a href="#p564">319</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le mariage n'empche point d'aimer ailleurs</td>
-<td class="num"><a href="#p565">319</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Homme vieux avec jeune femme, mariage de Notre-Dame</td>
-<td class="num"><a href="#p566">321</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Vieille femme et jeune garon c'est mariage de dmon</td>
-<td class="num"><a href="#p567">321</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mariage d'pervier, la femelle vaut mieux que le mle</td>
-<td class="num"><a href="#p568">321</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mariage de Jean des vignes, tant tenu, tant pay</td>
-<td class="num"><a href="#p569">321</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mariage du treizime arrondissement</td>
-<td class="num"><a href="#p570">322</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Boire, manger, coucher ensemble, c'est mariage, ce me semble</td>
-<td class="num"><a href="#p571">322</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mariage de bohmes</td>
-<td class="num"><a href="#p572">322</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un bon mariage est difficile faire, mme en peinture</td>
-<td class="num"><a href="#p573">323</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Un bon mariage rpare tout</td>
-<td class="num"><a href="#p574">325</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Mariage et pendaison vont au gr de la destine</td>
-<td class="num"><a href="#p575">328</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mariage prompt, regret long</td>
-<td class="num"><a href="#p576">342</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Celui qui est li par le mariage n'est plus libre</td>
-<td class="num"><a href="#p577">350</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Mariage et malheur tout en un jour</td>
-<td class="num"><a href="#p578">366</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Avant le mariage tu cries Io, et aprs tu cries Iahu</td>
-<td class="num"><a href="#p579">366</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les meilleurs mariages se font entre pareils</td>
-<td class="num"><a href="#p580">326</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*La premire lune aprs le mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d'absinthe</td>
-<td class="num"><a href="#p581">384</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La mme anne vit natre le mariage d'inclination et le repentir</td>
-<td class="num"><a href="#p582">325</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les mariages sont crits dans le ciel</td>
-<td class="num"><a href="#p583">327</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre</td>
-<td class="num"><a href="#p584">327</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Anne de noisettes, anne de mariages</td>
-<td class="num"><a href="#p585">328</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MARIER.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier pour les yeux</td>
-<td class="num"><a href="#p586">2</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Ma mre, qu'est-ce que se marier?&mdash;Ma fille, c'est filer, enfanter et pleurer</td>
-<td class="num"><a href="#p587">330</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il est trop tt pour se marier quand on est jeune et trop tard quand on est vieux</td>
-<td class="num"><a href="#p588">332</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut se marier ni trop tt ni trop tard</td>
-<td class="num"><a href="#p589">333</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui va loin se marier sera tromp ou veut tromper</td>
-<td class="num"><a href="#p590">335</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Avant de te marier, aie maison pour habiter</td>
-<td class="num"><a href="#p591">335</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dner et la femme de quoi souper</td>
-<td class="num"><a href="#p592">336</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il faut se marier en face de l'glise</td>
-<td class="num"><a href="#p593">337</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier pour la premire nuit de ses noces</td>
-<td class="num"><a href="#p594">339</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Qui recule trop se marier, il s'avance d'tre sot</td>
-<td class="num"><a href="#p595">356</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui se marie la hte se repent loisir</td>
-<td class="num"><a href="#p596">342</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">On se marie pour soi</td>
-<td class="num"><a href="#p597">343</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le jour o l'on se marie est le lendemain du bon temps</td>
-<td class="num"><a href="#p598">345</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui se marie fait bien, qui ne se marie pas fait mieux</td>
-<td class="num"><a href="#p599">346</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qu'on se marie ou non, l'on a toujours s'en repentir</td>
-<td class="num"><a href="#p600">347</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui se marie par amour a bonnes nuits et mauvais jours</td>
-<td class="num"><a href="#p601">349</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui se marie se met la corde au cou</td>
-<td class="num"><a href="#p602">350</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Qui se marie s'achemine faire pnitence</td>
-<td class="num"><a href="#p603">350</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Marie ton fils quand tu voudras, ta fille quand tu pourras</td>
-<td class="num"><a href="#p604">351</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Marie ta fille, et tu auras fait une grande affaire</td>
-<td class="num"><a href="#p605">351</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion s'en prsente</td>
-<td class="num"><a href="#p606">352</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Marie ton fils Paris</td>
-<td class="num"><a href="#p607">352</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Marie ta fille en Normandie</td>
-<td class="num"><a href="#p608">352</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Nul ne se marie qui ne s'en repente</td>
-<td class="num"><a href="#p609">353</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Saint Nicolas marie les filles avec les gaz</td>
-<td class="num"><a href="#p610">355</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins</td>
-<td class="num"><a href="#p611">356</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*L'homme et la femme qui se marient mettent la main dans un sac o sont dix couleuvres et une anguille</td>
-<td class="num"><a href="#p612">307</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Pour peu qu'on soit mari, on l'est beaucoup</td>
-<td class="num"><a href="#p613">311</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Aujourd'hui mari, demain marri</td>
-<td class="num"><a href="#p614">366</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il sera mari cette anne</td>
-<td class="num"><a href="#p615">366</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">L'homme mari est un oiseau en cage</td>
-<td class="num"><a href="#p616">367</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Les maris auront la vigne de l'abb</td>
-<td class="num"><a href="#p617">368</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Dnouer la jarretire de la marie</td>
-<td class="num"><a href="#p618">368</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">La marie n'a pour dot qu'un chapeau de roses</td>
-<td class="num"><a href="#p619">369</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">MISRE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Prendre le collier de misre</td>
-<td class="num"><a href="#p620">340</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">NOCES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">C'est pain de noces</td>
-<td class="num"><a href="#p621">361</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Le pain de noces cote cher qui le mange</td>
-<td class="num"><a href="#p622">361</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Pain de noces, chair de pige vautour</td>
-<td class="num"><a href="#p623">361</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Noces de mai, noces mortelles</td>
-<td class="num"><a href="#p624">362</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Noces rchauffes</td>
-<td class="num"><a href="#p625">364</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">Il ne s'est jamais trouv pareilles noces</td>
-<td class="num"><a href="#p626">364</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Les noces remplissent la terre, la virginit remplit le ciel</td>
-<td class="num"><a href="#p627">319</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">OISEAU.</td></tr>
-<tr><td class="drap">C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid</td>
-<td class="num"><a href="#p628">75</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">POULE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">La poule ne doit pas chanter devant le coq</td>
-<td class="num"><a href="#p629">54</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut lui couper la gorge</td>
-<td class="num"><a href="#p630">55</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Poule qui chante le bguey annonce la mort de sa matresse ou la sienne</td>
-<td class="num"><a href="#p631">56</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">ROSE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Dcouvrir le pot aux roses</td>
-<td class="num"><a href="#p632">296</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Ceci est dit sous la rose</td>
-<td class="num"><a href="#p633">297</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">SAULE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Porter la branche du saule pleureur</td>
-<td class="num"><a href="#p634">389</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">SOLLICITEUSE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison</td>
-<td class="num"><a href="#p635">200</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">TENDRE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Voyager dans le pays de Tendre</td>
-<td class="num"><a href="#p636">299</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">TENDRESSE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Tendresse maternelle toujours se renouvelle</td>
-<td class="num"><a href="#p290">282</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">VNUS.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Sans Crs et Bacchus Vnus est transie</td>
-<td class="num"><a href="#p638">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Vnus est pour qui a le ventre plein, non pour qui l'a vide</td>
-<td class="num"><a href="#p639">251</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si elle est louche elle ressemble Vnus</td>
-<td class="num"><a href="#p640">285</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">VERROU.</td></tr>
-<tr><td class="drap">Baiser le verrou</td>
-<td class="num"><a href="#p641">262</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">VEUVE.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si une merluche devenait veuve, elle serait grasse</td>
-<td class="num"><a href="#p642">360</a></td></tr>
-<tr><td class="drap">*Si une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon</td>
-<td class="num"><a href="#p643">361</a></td></tr>
-
-<tr><td class="c" colspan="2">VIVRES.</td></tr>
-<tr><td class="drap">*Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres</td>
-<td class="num"><a href="#p644">336</a></td></tr>
-</table>
-
-
-<p class="c gap small">FIN DE LA TABLE ALPHABTIQUE DES PROVERBES.</p>
-
-
-<p class="c gap small">MILE COLIN&mdash;IMPRIMERIE DE LAGNY</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="trnote">
-<h2 class="nobreak">Note du transcripteur</h2>
-
-<p>On a conserv l'orthographe de l'original, en corrigeant toutefois les
-erreurs manifestement imputables aux typographes.</p>
-
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amiti,
-l'amour et le mariage, by Pierre Marie Quitard
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES ***
-
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-works.
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-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
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-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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