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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage - -Author: Pierre Marie Quitard - -Release Date: October 5, 2020 [EBook #63380] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES *** - - - - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from the Google Books project.) - - - - - - - - - - - PROVERBES - SUR - LES FEMMES - L'AMITIÉ - L'AMOUR ET LE MARIAGE - - RECUEILLIS ET COMMENTÉS - PAR - M. QUITARD, - Auteur du _Dictionnaire des Proverbes_ - - NOUVELLE ÉDITION - CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE - - PARIS - GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS - 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 - - 1889 - - - - -PARIS.--IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7. - - - - -AVIS DES ÉDITEURS - - -La PREMIÈRE ÉDITION de ce Livre, tiré à plusieurs milliers -d'exemplaires, est entièrement épuisée depuis quelques années. Celle que -nous publions aujourd'hui, d'après les nombreuses demandes qui nous ont -été adressées, n'est pas une reproduction pure et simple de la -précédente. Outre les retouches et les additions que l'auteur a faites à -l'ancien texte, cette édition comprend une assez grande quantité -d'articles inédits, et non moins instructifs qu'amusants par la variété -des traditions, des usages, des origines et des documents précieux -qu'elle contient. Grâce à toutes ses améliorations, cet ouvrage est -devenu plus nouveau et plus amusant; et nous sommes fondés à espérer que -le public voudra bien l'accueillir avec la même faveur dont il a honoré -celui dont il est le corrigé et le complément. - - - - -AVERTISSEMENT - -DE LA PREMIÈRE ÉDITION - - -Il y a longtemps que je m'occupe DES PROVERBES, considérés comme -expression des mœurs et des coutumes nationales. J'en ai publié, en -1842, un dictionnaire qui a obtenu quelque succès en France et à -l'étranger. Depuis, j'ai revu et considérablement augmenté ce premier -travail, dont j'ai inséré de nombreux fragments inédits dans mes _Études -historiques, littéraires et morales sur les proverbes français_, etc. - -Il m'a paru piquant de détacher encore de mon manuscrit les proverbes, -maximes et dictons relatifs aux Femmes, à l'Amitié, à l'Amour et au -Mariage, et de former, en leur donnant des développements nouveaux, une -sorte de blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels on n'a -cessé et on ne cessera jamais d'écrire. - -Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs qui se sont amusés à -faire des archives de satire et de scandale contre le beau sexe. J'ai -dit de lui le bien comme le mal avec une liberté consciencieuse, et j'ai -tenu à respecter mon sujet. J'espère donc qu'il ne désapprouvera point -les vérités que ce petit livre lui présente, vérités sérieuses quoique -sous une forme parfois plaisante et vive. - -Puisse le public, de son côté, l'accueillir avec la même indulgence que -mes publications précédentes. - - - - -PROVERBES - -SUR - -LES FEMMES - - -Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle. - -C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre français -intitulé: _De la Louange et de la Beauté des dames_, où il a résumé -trois par trois en dix triades, les trente choses qui, suivant lui, -constituent la perfection, la beauté idéale de la forme féminine telle -que fut, dit-on, celle d'Hélène. - -Corniger a mis le texte français en dix-huit vers latins, qui ont été -insérés par Jean Nevizan dans sa _Forêt nuptiale_ et qui débutent ainsi: - - _Triginta hæc habeat quæ vult formosa vocari. - Fœmina sic Helenam fama fuisse refert._ - -«La femme qui veut être reconnue belle doit avoir les trente qualités -que la renommée attribue à Hélène.» - -Vient ensuite l'énumération de ces trente qualités dont nous donnons la -traduction tirée du conte de Saintine intitulé: un _Rossignol pris au -trébuchet_: - - Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains; - Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils; - Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles; - Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils; - Trois larges: la poitrine, le front et les hanches; - Trois étroites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied; - Trois grosses: le bras, le mollet et ***; - Trois arquées: la taille, le nez et les sourcils; - Trois rondes: le sein, le cou et le menton; - Trois petites: le pied, la main et l'oreille. - - -Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les yeux. - -Il faut considérer la bonne réputation plutôt que la beauté de celle -qu'on veut prendre pour épouse. Ne regarder qu'à la beauté dans le choix -d'une épouse, c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, _se marier -pour les yeux_, ou, suivant une expression dont Corneille s'est servi: -_épouser un visage_. - -_Heirathe das Weib, nicht die Gestalt_ (prov. allemand). _Épouse la -femme, non la figure._ - -On lit dans les _Préceptes de mariage_ de Plutarque: - -«Il ne faut pas se marier au gré de ses yeux seulement, ni au rapport de -ses doigts, comme font aucuns qui comptent sur leurs doigts combien leur -femme leur apporte en mariage, et ne considèrent pas premièrement si -elle est conditionnée de sorte qu'ils puissent vivre heureux avec elle.» - -Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel Dieu plongea notre -premier père, au moment où il voulut lui donner une compagne, est un -avis de nous défier de notre vue et de prendre une femme les yeux -fermés. - - Fille honnête et morigénée - Est assez riche et bien dotée. - -Cette maxime rimée est prise de la réponse que fit Bias, l'un des sept -sages de la Grèce, à quelqu'un qui lui demandait quelle était la -meilleure dot d'une fille. C'est une vie pudique, dit le philosophe. La -demande et la réponse ont été renfermées dans cet hexamètre du poète -Ausone: - - _Quæ dos matronæ pulcherrima?--Vita pudica._ - -«Diamant qui n'a point de tache est toujours bien enchâssé. Il en est de -même d'une fille: elle est assez noble et assez riche si elle est -chaste, modeste et vertueuse.» (Maxime chinoise.) - -_Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata._ (_Ecclesiastic._, -XXVI, 19.) «La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute -grâce.» - - -Maison faite et femme à faire. - -Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas être exposé aux -inconvénients et aux dépenses qu'entraîne la bâtisse, et il faut prendre -une jeune femme dont le caractère ne soit pas entièrement formé, afin de -pouvoir la façonner sans peine à la manière de vivre qu'on veut lui -faire adopter. - -Les Anglais disent dans le même sens: _A horse made and a wife to -make._--_Cheval fait et femme à faire._ - - -Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme. - -Traduction littérale du proverbe roman: - - _De sa molher cal estre - Lo companho no lo maestre._ - -Il faut que l'autorité d'un mari sur sa femme soit celle de la raison. -Il doit s'appliquer à la diriger par de sages conseils, non par des -prescriptions rigoureuses, être pour elle un guide bienveillant, non un -dominateur tyrannique. - -_La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne connaît point -d'esclaves._ (Prov. chinois.) - -«Il faut, dit Plutarque dans ses _Préceptes de mariage_, que le mari -domine la femme, non comme le seigneur fait son esclave, ains (mais) -comme l'âme fait le corps, par une mutuelle dilection et affection dont -il est lié avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.» - -On lit dans une interprétation talmudique du passage de la Genèse sur la -création d'Ève: «Si Dieu eût voulu que la femme devînt le chef de -l'homme, il l'eût tirée de son cerveau; s'il eût voulu qu'elle fût son -esclave, il l'eût tirée de ses pieds. Il voulut qu'elle fût sa compagne -et son égale, en conséquence il la tira de son côté.» Ce que saint -Thomas a redit, en l'amplifiant de cette manière: «Dieu a créé ainsi la -première femme d'abord par égard pour la dignité de l'homme, afin que -l'homme fût lui seul le principe de toute espèce, comme Dieu est le seul -principe de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas été créée -de la tête de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas dominer -l'homme en maîtresse de l'homme; en troisième lieu, elle n'a pas été -créée des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas être -méprisée de l'homme comme la servante et l'esclave de l'homme; mais elle -a été créée du côté de l'homme, du cœur même de l'homme, afin que l'on -sache qu'elle doit être aimée par l'homme comme la moitié de l'homme, la -compagne de l'homme, l'égale de l'homme.» - -Ce passage de saint Thomas a été traduit et cité par le P. Ventura dans -un sermon. - -Les Arabes prétendent que Dieu ne voulut point tirer la femme de la tête -de l'homme, de peur qu'elle ne fût coquette, ni de ses yeux, de peur -qu'elle ne jouât de la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne -fût curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne touchât point à tout, ni -de ses pieds, afin qu'elle n'aimât pas trop à courir. Il la tira de la -côte, de l'innocente côte d'Adam; et, malgré tant de précautions, -ajoutent-ils malicieusement, elle eut un peu de tous ces défauts à la -fois. - - -Rien n'est meilleur qu'une bonne femme. - -_Nil melius mulier bona._ Ce texte latin, dont le proverbe est la -traduction littérale, se trouve dans un recueil de sentences morales en -vers latins, qu'Abélard composa pour l'instruction de son fils. - -Mais Hésiode avait dit avant Abélard: «Il n'est aucun bien préférable à -une bonne femme.» - -Le trouvère Chardy, dans le _Petit Plet_, poëme publié au treizième -siècle, emploie cette autre sentence analogue: _Une bonne femme est le -plus grand bienfait de la Providence._ - -_Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet jucunditatem a -Domino._ (Salomon, _Prov._, XXVIII, 22.) «Qui a trouvé une bonne femme a -trouvé le bien par excellence, et il a reçu du Seigneur une source de -joie.» - -_Mulieris bonæ beatus vir: numerus enim annorum illius duplex._ -(_Ecclesiastic._, XXVI, 1.) «Heureux le mari d'une bonne femme, car le -nombre de ses années est doublé.» - -Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari d'une mauvaise -femme est diminuée de moitié. - -«La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des dieux quand le diable -ne l'assaisonne pas.» - - -Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé. - -Proverbe qui paraît avoir été inspiré par ce passage de -l'Ecclésiastique: «La bonne conduite de la femme est un don de Dieu. -_Disciplina illius datum Dei est._» (XXVI, 17.) - -Une femme honnête est vraiment un _don divin_, et il n'y a point de plus -grand malheur pour un mari que d'en être séparé, car il perd avec elle -un sage conseil dans ses entreprises, une douce consolation dans ses -chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmités, une source -d'agréments et de joie dans toutes les situations de la vie. Et quel -trésor sur la terre pourrait valoir cette fidèle amie, cette tendre -bienfaitrice ou plutôt cette providence de tous les instants: «Un pareil -trésor, dit Salomon, est plus précieux que ce qu'on va chercher au loin -et aux extrémités de la terre. _Procul et de ultimis finibus pretium -ejus._» (Prov., XXXI, 10.) - - -La femme fait la maison. - -Tout irait mal dans une maison sans la femme, la femme sensée, bien -entendu. C'est elle qui en est vraiment le génie tutélaire et qui en -fait la prospérité, en y établissant l'ordre moral et matériel par sa -sagesse, par sa surveillance, par son application aux détails du ménage -et par une foule de soins que le mari ne saurait prendre aussi bien -qu'elle. - -Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie, en disant _la -femme fait ou défait la maison_, existe depuis les temps les plus -reculés. Il se retrouve dans les paroles suivantes de Salomon: _Sapiens -mulier ædificat domum suam: insipiens exstructam quoque manibus -destruet._ (_Prov._, XIV, 1.) «La femme sage bâtit sa maison: l'insensée -détruira de ses mains celle même qui était déjà bâtie.» - -On lit dans le _Manava-Dharma Sastra_, ou livre de la loi de Manou: _La -femme, c'est la maison_, et dans un poëte indien: _La femme, c'est la -fortune._ - -Les Allemands ont ce proverbe: _Die Haus Ehre liegt am Weib._ «L'honneur -de la maison est à la femme.» - - -La plus honnête femme est celle dont on parle le moins. - -«Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert, -avaient, en général, un très-grand respect pour les femmes; mais ils -marquaient ce respect en s'abstenant de les exposer au jugement du -public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs -autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient -les plus pures était celui où l'on parlait le moins des femmes, et que -la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins.» C'est -sur ce principe qu'un Spartiate, entendant un étranger faire de -magnifiques éloges d'une dame de sa connaissance, l'interrompit en -colère: «Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de médire d'une femme de -bien?» De là venait aussi que, dans leur comédie, les rôles d'amoureuses -et de filles à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des -filles publiques.» - -Quoique nous n'ayons point pour les femmes le même respect que les -anciens, nous n'en avons pas moins adopté la maxime proverbiale dont ils -se servaient, comme d'une espèce de _criterium_ qui leur faisait -reconnaître le degré d'estime qu'ils devaient à chacune d'elles. Il y a -même dans notre langue une expression vulgaire qui vient à l'appui de -cette maxime: c'est l'expression _faire parler de soi_. Quand elle -s'applique à une femme, elle emporte toujours une idée de blâme, tandis -qu'elle se prend généralement dans un sens d'éloge quand elle se -rapporte à un homme. _Cette femme fait parler d'elle_ est une phrase qui -signifie que cette femme donne lieu à de mauvais propos sur son compte -par une conduite répréhensible. _Cet homme fait parler de lui_ se dit -ordinairement pour exprimer que cet homme se distingue par ses talents -ou par ses belles actions. - -_La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas._ (Prov. -chinois.) - -La maxime qui veut que la femme la plus honnête soit celle dont on parle -le moins a été attribuée par quelques-uns à Périclès, par quelques -autres à Thucydide, quoique celui-ci ne la cite que comme un mot de -Périclès, et par Synésius à Osiris. Elle a été désapprouvée par -Plutarque au début de son traité _Des vertus des femmes_. «Il me semble, -dit-il, que Gorgias estoit plus raisonnable, qui vouloit que la -renommée, non le visage de la femme, fût connue de plusieurs.» - - -La bonne femme n'est jamais oisive. - -Si elle l'était, elle ne serait pas la bonne femme, c'est-à-dire celle -qui se dévoue à la pratique de tous ses devoirs avec lesquels l'oisiveté -_mère des vices_ est incompatible; car, suivant une maxime de Pythagore -«le phénix est une femme oisive et sage à la fois.» - -Notre proverbe est l'expression d'une pensée qui domine dans le portrait -que Salomon a tracé de la _femme forte_ ou vertueuse. Voici ce portrait -où l'on verra la réunion des qualités qui devaient constituer le -caractère de la femme par excellence dans les mœurs primitives: - -«Qui trouvera la femme forte? Elle est plus précieuse que ce qui -s'apporte de l'extrémité du monde. - -»Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et il ne manquera point -de dépouilles. - -»Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous les jours de sa vie. - -»Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains -sages et ingénieuses. - -»Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte de loin son pain. - -»Elle se lève lorsqu'il est encore nuit: elle a partagé le butin à ses -domestiques et la nourriture à ses servantes. - -»Elle a considéré un champ, et l'a acheté; elle a planté une vigne du -fruit de ses mains. - -»Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras. - -»Elle a goûté, et elle a vu que son trafic est bon; sa lampe ne -s'éteindra point pendant la nuit. - -»Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le -fuseau. - -»Elle a ouvert sa main à l'indigent; elle a étendu ses bras vers le -pauvre. - -»Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni la neige, parce que -tous ses domestiques ont un double vêtement. - -»Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se revêt de lin et de -pourpre. - -»Son mari sera illustre dans l'assemblée des juges, lorsqu'il sera assis -avec les sénateurs de la terre. - -»Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donné une ceinture au -Chananéen. - -»Elle s'est revêtue de force et de beauté, et elle rira au dernier jour. - -»Elle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est sur sa -langue. - -»Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son -pain dans l'oisiveté. - -»Ses enfants se sont levés et ont publié qu'elle était très-heureuse, -son mari s'est levé, et il l'a louée. - -»Beaucoup de filles ont amassé des richesses; mais vous (ô femme forte) -les avez toutes surpassées. - -»La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine: la femme qui craint le -Seigneur est celle qui sera louée. - -»Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres œuvres la louent -dans l'assemblée des juges.» - -(_Proverbes_, ch. XXXI, trad. de Le Maistre de Sacy.) - - -Prends le premier conseil d'une femme, et non le second. - -Les femmes jugent mieux d'instinct que de réflexion: elles ont l'_esprit -prime-sautier_, suivant l'expression de Montaigne; elles savent pénétrer -le secret des cœurs et saisir le nœud des intrigues et des affaires avec -une merveilleuse sagacité, et les soudains conseils qu'elles donnent -sont presque toujours préférables aux résultats d'une lente méditation. -C'est pour cela sans doute que les peuples celtiques leur attribuaient -le don des oracles, et leur accordaient une grande influence dans les -délibérations politiques. Ils disaient que _si la raison de l'homme -vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu_. - -Les Hébreux, les Grecs et les Romains pensaient aussi que les femmes -avaient des lumières instinctives qui leur venaient d'en haut. La -Sulamite de Salomon, la Diotime de Platon et l'Égérie de Numa attestent, -chez eux, l'existence de ce préjugé auquel l'Inde ne fut peut-être pas -étrangère, comme le prouve le drame de Sacontala. - -Les Chinois croient que les secondes vues chez les femmes ne valent pas -les premières, et ils disent, par un proverbe semblable au nôtre: _Les -premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernières -résolutions sont les plus dangereuses._ - - -Ce que femme veut Dieu le veut. - -Il n'y a pas moyen de résister à la volonté de la femme. Ce qu'elle veut -doit s'accomplir comme si Dieu le voulait. - -En attribuant ainsi à l'opiniâtre vouloir du beau sexe une force égale à -la puissance divine, on n'a fait que prêter une nouvelle forme à une -pensée fort ancienne qu'on trouve dans ce passage des _Troyennes_ -d'Euripide: «Toutes les folles passions des mortels sont pour eux autant -de Vénus;» et dans le 185e vers de l'_Énéide_ de Virgile, liv. IX: - - _Sua cuique deus fit dira cupido._ - - Chacun se fait un dieu de son brûlant désir. - -Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils appliquaient aux -hommes comme aux femmes: «_Nobis animus est deus._ Notre esprit est un -dieu pour nous.» «_Quod volumus sanctum est._ Ce que nous voulons est -saint et sacré.» Le premier est rapporté en grec par Plutarque, et le -second est cité par saint Augustin. - -On connaît ce vers charmant de La Chaussée: - - Ce que veut une femme est écrit dans le ciel. - -Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa tige. - -Le crayon de Grandville a illustré ce proverbe d'un dessin qui offre une -scène de la vie privée. On y voit un marchand tenant un cachemire, un -mari lisant la facture avec une espèce de contorsion qui signifie que -madame doit renoncer au précieux tissu, et celle-ci, pressant sur son -sein le bras du Père Éternel, dont le geste commande la soumission au -mari récalcitrant. Toutes les circonstances sont très-bien -caractérisées, tous les détails sont rendus fort joliment; mais il est à -regretter que l'artiste n'ait point songé à placer dans un coin le -diable en tapinois, riant du Père Éternel qui a la bonhomie de soumettre -sa volonté à celle de la femme. - - -Il n'est plus fort lien que de femme. - -Il est presque impossible de se détacher d'une femme qu'on aime. L'amant -dépité contre sa maîtresse a beau jurer de la fuir; tous les serments -que sa bouche prononce sont démentis par son cœur. Une attraction -invincible le ramène sans cesse vers elle. Les efforts qu'il a faits -pour relâcher les nœuds qui l'enlacent n'ont servi qu'à les resserrer -davantage, et le voilà plus que jamais livré, corps et âme, à celle dont -les regards si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si -pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui donnent, dans sa -captivité, un bonheur qu'il n'eut pas dans son indépendance. - -Le proverbe: _Il n'est plus fort lien que de femme_, s'applique aussi au -lien conjugal que tant de _maris bien marris_ se plaignent de ne pouvoir -rompre. - - -La plus belle femme (ou la plus belle fille) ne peut donner que ce -qu'elle a. - -Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce qu'elle peut, il ne faut -pas lui demander davantage. - -Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports; car en amour une -femme donne plus que ce qu'elle accorde, puisque c'est l'imagination qui -fait le prix de ce qu'on reçoit. Ses faveurs _ont plus que leur réalité -propre_, suivant l'heureuse expression de Montesquieu. Voltaire a -très-bien dit aussi: «L'amour est l'étoffe de la nature que -l'imagination a brodée.» - -Stendhal a exprimé la même idée par cette comparaison ingénieuse: «Aux -mines de sel de Saltzbourg, on jette, dans les profondeurs abandonnées -de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver; deux ou trois mois -après, on le retire couvert de cristallisations brillantes: les plus -petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une -mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et -éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif. - -«C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit -qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de -nouvelles perfections.» - -«C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes qu'on se fait -sur l'objet aimé que j'appelle cristallisation.» - - -Il n'est attention que de vieille femme. - -Une jeune femme ne s'occupe guère que d'elle-même. Elle est enivrée de -sa beauté au point de croire qu'elle n'a pas besoin d'autre séduction -pour régner sur les hommes. Mais il n'en est pas de même d'une femme qui -commence à vieillir. Elle sent que son empire ne peut plus se maintenir -par des charmes qu'elle voit s'altérer chaque jour. Elle sacrifie sa -vanité aux intérêts de son cœur; elle s'applique à fixer l'homme qu'elle -aime par les attraits de la bonté; elle est toujours aux petits soins -pour lui plaire, et il n'y a point de douces prévenances, de délicates -attentions qu'elle ne lui prodigue. - -Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions domestiques confiées -aux femmes. Il est reconnu qu'une vieille femme s'en acquitte plus -soigneusement qu'une jeune. Par exemple: elle est bien meilleure -garde-malade, car elle ne cherche pas autant à prendre ses aises et ne -craint pas que la privation de sommeil lui donne un teint pâle avec des -yeux battus. - - -La femme est toujours femme. - -C'est-à-dire toujours faible, toujours légère, toujours inconstante, -etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile: - - ... Varium et mutabile semper - Fœmina. - -(_Æneid._, IV, 569.) - -Ce que François Ier répétait dans le premier vers de ce distique inscrit -par lui sur le panneau d'une fenêtre de Chambord: - - Toujours femme varie, - Est bien fol qui s'y fie. - -Shakespeare s'écriait: «_Frailty, thy name is Woman_. Fragilité, ton nom -est femme.» - -Est-il permis de douter de la vérité proverbiale affirmée par un roi et -par deux grands poëtes?--Pourquoi pas? répondent les femmes: la parole -royale, jadis réputée infaillible, n'a plus de crédit aujourd'hui, et -les paroles des poëtes n'en ont jamais eu. Un d'eux a dit, et il faut -l'en croire, qu'ils réussissaient mieux dans la fiction que dans la -vérité. - - -La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile. - -La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme partie intégrante, -ajoute que cet oiseau s'envole au premier instant et ne laisse qu'une -plume dans la main de celui qui croyait le garder. C'est-à-dire, sans -figure, que la femme est un être excessivement volage, qu'elle ne donne -jamais sur elle de prise assurée et qu'elle ne peut être retenue dans -aucun lien d'amour. Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique -l'inconstance paraisse démontrée par une myriade d'exemples dont je n'ai -pu trouver la vérité contestée dans aucune des apologies du beau sexe: -mais je m'abstiendrai de dire le contraire tant que je verrai des ailes -à l'oiseau. - - -Foi de femme est plume sur l'eau. - -Cela signifie que la foi promise par une femme est aussi fugitive que la -trace d'une plume sur l'eau, ce qui est pris du trait suivant d'une -épigramme de Catulle: - - ... Mulier cupido quod dicit amanti, - In vento et rapida scribere oportet aqua. - - Ce que dit une femme à son crédule amant doit s'écrire sur le vent ou - sur l'onde rapide. - -Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus: «Les deux choses -les plus changeantes sont le cours des eaux et l'humeur des femmes.» - -Un proverbe des Scandinaves dit: _Ne vous fiez point aux promesses de la -femme, car son cœur a été fait tel que la roue qui tourne._ Comparaison -qui se retrouve appliquée à l'insensé dans ce verset de -l'Ecclésiastique: _Præcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis -versatilis cogitatus illius_ (XXXIII, 5). «Le cœur de l'insensé est -comme la roue d'un char, et sa pensée comme l'essieu mobile.» - -Les Orientaux expriment une idée analogue par cette triade proverbiale: -_L'amitié des grands, le soleil d'hiver et les serments d'une femme sont -trois choses qui n'ont point de durée._ - -Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens que le -nôtre: _Quien prende el anguila por la cola y la mujer por la palabra -bien puede decir que no tiene nada._--_Qui prend l'anguille par la queue -et la femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du tout._ - -Un poëte, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche de l'Antechrist, roi -des enfers, les vers suivants contre l'inconstance et la perfidie des -femmes: - - O femmes! sous nos pas embûche si profonde, - Flot le plus orageux de l'océan du monde, - Pour vous livrer son sort qu'il faut être insensé! - Le désespoir habite où la femme a passé. - Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime, - De la déception votre charme est l'emblème, - Et votre doux regard, sur nos fronts arrêté, - Est déjà le rayon de l'infidélité. - A tout rêve nouveau vous vous laissez conduire; - Autant que le démon l'ange peut vous séduire. - Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs - Moins longtemps à vos yeux que la rosée aux fleurs; - En vain à consoler la pitié vous invite, - Près des grands dévouements vos pieds froids passent vite! - Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli, - Vos cœurs dans la constance ont toujours défailli. - -(_Divine Épopée_, ch. IX.) - - -L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut bâtir que -des châteaux en Espagne. - -Ce mot proverbial est un trait d'_humour_ de bon aloi. Tout y frappe et -y surprend agréablement l'esprit. Les idées et les expressions en sont -ingénieuses; leur assortiment est bien entendu; leur progression est -habilement calculée pour amener naturellement et sans disparate le trait -final qu'il serait difficile de prévoir: circonstance qui le rend bien -plus piquant. - - -Il ne faut pas se fier à femme morte. - -Voilà une fameuse hyperbole proverbiale! elle est traduite du texte -latin: _Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem_; lequel est lui-même -traduit du grec. Diogénien, grammairien qui vivait sous l'empereur -Adrien, dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imaginée par -allusion à la funeste aventure d'un jeune homme qui, étant allé visiter -le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d'une colonne élevée -sur ce tombeau. - -Les Anglais expriment la même défiance envers les femmes, en disant que -le diable assoupit rarement leurs mensonges dans la fosse: _Seldom lies -the devil dead in a ditch._ - - -Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une -feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne. - -Manière originale et comique de classer la bonté de la femme parmi les -infiniment petits. J'ai entendu citer quelquefois, en Provence, cette -plaisanterie proverbiale, qui est également usitée en Italie, et je ne -saurais dire avec certitude dans lequel des deux pays elle a pris -naissance; mais comme elle me paraît remonter au delà du treizième -siècle, je serais tenté de croire qu'elle a été imaginée par quelque -troubadour qui aura voulu s'égayer aux dépens du sexe dans quelque -sirvente satirique. - - -Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut. - -La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a beaucoup de pleurer; -mais, par compensation, elle sait tourner ces dernières à son avantage, -et il faut bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en -répand à volonté. Ovide prétend que la facilité des larmes chez les -femmes est le résultat d'une étude spéciale. - - _Ut flerent oculos erudiere suos._ - - «Elles ont instruit leurs yeux à pleurer.» - - -Larmes de femme, assaisonnement de malice. - -Ce proverbe, littéralement traduit du latin: _Muliebres lacrymæ -condimentum malitiæ_, signifie que lorsqu'une femme veut vous servir un -plat de son métier, elle y met ses larmes en guise de sauce. - -On lit dans les distiques de Dyonisius Caton: - - _Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat._ - - La femme qui pleure dresse des embûches au moyen de ses larmes. - -Les Italiens disent: _Due sorte di lagrime negli occhi delle donne, una -di dolore, altra d'inghanni. Deux sortes de larmes dans les yeux des -femmes, l'une de douleur et l'autre de tromperie._ Ils disent encore: -_Le donne sono simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e -presso lo divorano. Les femmes sont semblables au crocodile: pour -prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles le dévorent._ - - -Caresses de femme, caresses de chatte. - -La chatte est un animal égoïste et perfide. Elle ne nous caresse pas, -elle se caresse à nous, suivant l'expression de Rivarol, et dans ce -manége, qui n'a que de douces apparences, elle nous fait sentir ses -griffes acérées, sorties tout à coup du velours qui les recouvre. S'il -fallait en croire le proverbe, la femme, à qui l'on suppose une nature -féline, agirait de même, dans des vues personnelles et artificieuses. -Elle ne chercherait auprès de l'homme que son propre intérêt et son -propre plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries que -pour déguiser les trahisons qu'elle médite contre lui. Cette accusation, -qu'on prétend justifier par quelques faits particuliers, est -généralement fausse et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante -des Grecs rapportée par Stobée: «Rien n'est plus dangereux qu'une femme -lorsqu'elle emploie les caresses.» - -De telles incriminations sont détruites par leur exagération même. Il -faut être sans cœur pour redouter un guet-apens dans les témoignages -d'amour qu'on reçoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanées -aux mains satinées qu'elle tend à nos baisers. - - -La femme sait un art avant le diable. - -Il faut que cet art soit de notoriété publique pour que son nom ait pu -être supprimé dans le texte proverbial sans donner à personne l'embarras -de le deviner. Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter -la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? La glose dit que la -femme la plus innocente est plus habile pour tromper que le diable le -plus malin. - -Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire que le texte, et -s'il n'y a pas beaucoup à rabattre de cette opinion, si accréditée parmi -les hommes, que la femme est un être pétri de ruse, de fausseté et de -malice, qui met tout son esprit à ne pas se laisser deviner, pour mieux -assurer le succès de ses artifices, et dont on ne doit attendre que -d'amères déceptions. Je me borne à rapporter l'accusation publique -formulée par le proverbe, sans prétendre la juger, et je laisse au beau -sexe le soin d'y répondre, ce qu'il ne manquera pas de faire; car -_jamais femme_, dit-on, _n'a gâté sa cause par son silence_. - - -L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui souffle. - -Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se communique à la femme -d'autant plus vite que la matière dont on la dit formée est plus -inflammable. En un instant tous deux brûlent à l'unisson, et le diable, -qui ne veut pas laisser leur combustion incomplète, continue à souffler -de toute sa force, jusqu'à ce qu'il les ait bien enflammés. N'allez pas -croire pourtant qu'ils soient réduits en cendres. - - Il n'est à l'époque présente - Aucun amant, aucune amante - Dont l'amour cause le trépas; - Ils ont tous un cœur d'amiante - Que le feu ne consume pas. - -Et puis, le diable est obligé d'exercer son métier de souffleur sur tant -de millions de couples, qu'il ne peut s'arrêter longtemps sur le même. -Encore un moment, et vous allez voir celui qui se débat au milieu de -l'incendie en sortir aussi frais que s'il venait de prendre un bain -froid. - -Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir la durée -par la modération, ne souffre pas que rien de violent soit durable, et -ramène de l'excès qui détruit à la retenue qui conserve. - -Qu'ils sont nombreux ces incendiés qui ont été rejetés tout à coup de -l'enfer de feu dans l'enfer de glace! - - -Ce que diable ne peut, femme le fait. - -La femme a de plus puissants moyens que le diable pour séduire et perdre -les hommes: combien d'hommes, en effet, qui avaient eu la force de -résister à leurs penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque -l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez les drames -terribles qui se dénouent dans les cours d'assises: les catastrophes -n'en sont-elles pas déterminées presque toujours par cette fatale -influence? - -Ce proverbe, qui était, je crois, un des axiomes de Méphistophélès, est -traduit de ce texte latin du moyen âge: _Quod non potest diabolus mulier -evincit_. - - -Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage. - -La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort habile dans les -affaires qui intéressent son cœur. On dirait que l'amour lui donne la -faculté de tout voir. Rien ne lui échappe. Elle sait mettre à profit -tout ce qui lui est favorable et tourner à son avantage les -circonstances les plus compromettantes. Rien de subtil et d'exercé comme -son instinct. Elle trouve mille expédients mieux imaginés les uns que -les autres pour se tirer d'embarras; elle agit avec adresse et -résolution dans des conjonctures où l'homme le plus fin tâtonne et -délibère, et elle atteint le but quand celui-ci consulte encore sur les -moyens d'y arriver. - - -La femme est une araignée. - -C'est-à-dire qu'elle prend l'homme dans ses piéges comme l'araignée -enlace le moucheron dans sa toile. Cette métaphore proverbiale, usitée -au quinzième siècle, n'est pas gracieuse, mais elle paraît juste, et son -défaut de délicatesse est compensé par son énergie. Notons, d'ailleurs, -que la dénomination d'araignée n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI -était appelé dans un sens élogieux l'_Araignée universelle_, à cause de -son travail incessant à ourdir la toile dont il occupait le centre et -dont il étendait partout les fils. - - -L'œil de la femme est une araignée. - -Cette variante du proverbe précédent ne s'applique guère qu'à une femme -âgée dont l'œil, embusqué dans sa patte d'oie, reluque ardemment -quelques jouvenceaux, comme l'araignée, tapie dans son réseau, guette -quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que l'autre d'avoir une -proie à dévorer. - - -Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te -réveiller. - -Les Orientaux disent: _Que celui qui ne sait pas se donner d'occupation -prenne femme._ Mais leur proverbe est bien moins piquant que le nôtre, -formé plaisamment d'une succession de traits inattendus, dont le dernier -fait ressortir la naïveté malicieuse d'une manière vraiment comique. - - -Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme. - -Ce proverbe se trouve en langue romane dans le poëme de Flamenca: - - Bien es fols gilos que s'esforsa - De gardar moillier. - -Le conte suivant, rapporté avec quelques variantes de détails, dans -plusieurs recueils étrangers, notamment dans les _Veillées allemandes_ -de Grimm, démontre fort bien l'extrême difficulté de garder une femme. - -Un homme, qui se défiait de la fidélité de la sienne, appela un démon -familier de sa connaissance et lui dit: «Mon bon ami, je vais faire un -voyage, et je veux te confier la garde de mon honneur conjugal, pendant -mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher aucun galant de ma -maison?--Volontiers,» répondit le diable, ne prévoyant pas à quelle rude -corvée il s'engageait; et le mari se mit en route, un peu rassuré sur -les craintes dont il était assiégé. Mais il sortait à peine de la ville, -que sa femme, pressée de se donner du bon temps avec ses amoureux, les -avait déjà invités à venir tour à tour auprès d'elle. Le fidèle gardien -chercha d'abord à faire manquer ces rendez-vous par toute sorte -d'artifices. Bientôt après, sentant que son génie inventif n'y suffisait -point, il entra en fureur et jura de traiter sans pitié tous les -imprudents qui s'obstineraient à le contrarier. En effet, il assomma le -premier qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra le -troisième sous un tas de fumier, fit sauter le quatrième par la fenêtre, -etc., etc., etc. Cependant, la dame était sur le point de tromper sa -vigilance, lorsque le mari revint. «Ami, lui dit le diable tout -essoufflé de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends ta -femme telle que tu me l'as laissée: mais à l'avenir, choisis un autre -surveillant; je ne veux plus l'être, j'aimerais mieux garder tous les -pourceaux de la forêt Noire que de forcer une femme d'être fidèle malgré -sa volonté.» - -Les Provençaux disent: _Vourië mai tenir un panier dë garris qu'uno -fillo dë vingt ans._ «Il vaudrait mieux tenir un panier de souris qu'une -fille de vingt ans.» - - -Une bonne femme est une mauvaise bête. - -J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il tient à une -circonstance nécrologique qui mérite d'être connue, et qui prouve, -d'ailleurs, qu'il est gratuitement injurieux. Le seigneur des Accords -nous apprend, dans son _Chapitre des notes_, qu'il est né de -l'interprétation faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire -M. B., qui signifie _Mulier Bona_ (femme bonne), et auquel ces messieurs -ont voulu faire signifier _Mala Bestia_ (mauvaise bête). - -J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait jadis sur les tombeaux -des femmes, a donné lieu aussi à cet autre dicton: _Les bonnes femmes -sont toutes au cimetière._ - - - Bonne femme, mauvaise tête, - Bonne mule, mauvaise bête. - -Encore un dicton qui tient à l'interprétation que nos pères, grands -amateurs de rébus, ont donnée abusivement au monogramme M. B. (_Mulier -Bona_) dans lequel ils ont vu _Mula Bona_ (mule bonne), tout aussi bien -que _Mala Bestia_, ce qui a fait dire, en combinant les trois versions: -_Une bonne femme et une bonne mule sont deux mauvaises bêtes._ A la -vérité, le dicton: _Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise -bête_, n'indique la prétendue similitude des deux êtres que par un -simple rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprès; mais la -réticence a été malignement calculée pour mieux attirer l'attention sur -l'entêtement de la femme, auprès duquel n'est pas même compté celui de -la mule, qui passe pourtant pour la bête la plus têtue. C'est un trait -décoché avec une habileté perfide contre la tête féminine. Malgré cela, -il ne reste pas moins impuissant que tous les autres traits auxquels -cette tête a été destinée à servir de but. Elle est, dit-on, à l'épreuve -de toutes les atteintes, par la faveur spéciale de Satan, toujours -attentif à la conservation de son plus cher ouvrage; car sachez bien que -Satan en a été le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un -grave docteur _in utroque jure_. On lit dans le livre savant et curieux -intitulé: _Sylva nuptialis_ (la Forêt nuptiale), composé par Jean -Nevizan, professeur de droit à Turin, au commencement du seizième -siècle: «Dieu se plut à former dans la femme toutes les parties du corps -qui sont douces et aimables; mais pour la tête, il ne voulut pas s'en -mêler, et il en abandonna la façon au diable. _De capite noluit se -impedire, sed permisit illud facere dæmoni._» - -Les impertinents prétendent que ce fait est hors de doute, attendu que -l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier. - - -La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage. - -Le mot _tête_ se prend pour _entêtement_, volonté opiniâtre, dans ce -vieux proverbe qui correspond très-exactement, par le sens et par -l'expression, à la maxime latine du moyen âge: «_Mulier non debet esse -proprii capitis._ La femme ne doit pas avoir une tête à elle,» -c'est-à-dire ne doit pas agir d'après sa propre tête. - -C'est assez d'une seule tête chez un couple conjugal. S'il y en avait -deux, elles ne sauraient compatir ensemble, car deux têtes de cette -espèce ne sont pas de celles qui puissent réaliser le symbole proverbial -des _deux têtes dans un bonnet_. Elles se choqueraient sans cesse comme -les têtes de deux béliers furieux, et Dieu sait quels graves accidents -il en résulterait pour l'une et pour l'autre. Il faut donc que la femme -renonce à la sienne, qu'elle se soumette à l'autorité raisonnable de son -mari, et qu'elle n'ait d'autre volonté que la volonté de son mari. - -Les Danois disent: _Heureux ménage, lorsque la femme est sans volonté et -qu'elle consulte son mari._ - - -La bonne femme est celle qui n'a point de tête. - -Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du précédent. Mais au -lieu de s'entendre au figuré, il s'entend presque toujours au propre. -Cette scandaleuse acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est -provenue d'une singulière anecdote que j'ai racontée dans mes _Études -sur le langage proverbial_, et que M. Édouard Fournier, dans un savant -et spirituel article sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux que je -vais lui emprunter, persuadé que les lecteurs auront probablement plus -d'agrément à lire sa rédaction qu'à relire la mienne. - -«Je ne répète, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, que pour -le réfuter comme lui, et prouver, à votre plus grande gloire, mesdames, -que son origine est un contre-sens. - -»Au seizième siècle, pour dire _renommée_, on disait _fame_, du latin -_fama_, d'où cette expression: bien ou mal _famé_. - -»Ainsi, parlant de la renommée, Ronsard a écrit dans la quatrième hymne -de son livre Ier: - - Mais la _fame_ qui vole et parle librement... - -»Les marchands qui ont toujours eu la manie de mettre sur leur enseigne -une _bonne renommée_, qu'ils n'ont pas toujours, firent peindre -au-dessus de leur boutique la bavarde déesse avec ces mots: _A la bonne -fame_. - -»Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient pas manqué de -représenter la Renommée comme le demande le poëte, dans le 117e vers du -quatrième livre de l'_Énéide_, c'est-à-dire la tête complétement perdue -dans les nuages, _inter nubila_. De là vint l'erreur. En voyant cette -déesse sans tête, avec ces mots sous ses pieds: _A la bonne fame_, on -crut à une épigramme. Ce qui n'était, encore une fois, qu'un -contre-sens, devint une malice qui court encore.» - - -Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage de -renard. - -Bouffonnerie excessivement drôlatique pour faire entendre que la femme -n'a pas de cerveau, puisque les deux animaux, types de malice et de -ruse, avec lesquels ce dicton veut la montrer apparentée de nature, ne -fournissent point les substances dont il suppose que son cerveau est -composé. C'est un trait facétieux de l'_humeur gauloise_, en prenant le -mot _humeur_ dans le sens qu'il avait autrefois et que les Anglais -donnent à leur mot _humour_ qu'ils ont pris du nôtre. - - -Corps de femme et tête de diable. - -Notre-Seigneur Jésus-Christ et saint Pierre se promenaient un soir, à la -nuit tombante, dit une vieille légende populaire. Ils entendirent des -cris qui annonçaient une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna à son -apôtre d'aller au plus vite à l'endroit d'où partaient ces cris et d'y -faire régner la paix. L'apôtre y courut, et y vit une femme aux prises -avec le diable. Il s'efforça de les séparer et de les mettre d'accord, -mais il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussèrent et -leur dispute continua plus opiniâtre. Indigné de voir son autorité ainsi -méconnue, il ne put maîtriser un mouvement de colère et, tirant son -glaive, il coupa la tête à l'un et à l'autre. Puis il retourna auprès de -son divin maître, à qui il raconta ce qu'il venait de faire. Le Seigneur -lui reprocha vivement cette action criminelle et le renvoya auprès de -ses victimes, afin de rajuster la tête de chacune d'elles au corps dont -elle avait été séparée. Saint Pierre repartit en toute hâte, désireux de -réparer le mal. L'obscurité était déjà un peu épaisse quand il arriva. -Il retrouva à tâtons les deux têtes, les remit de même en leur place et, -les ayant entendues recommencer aussitôt la dispute, il se retira, -persuadé que rien ne manquait à son opération. Cependant ce merveilleux -rebouteur avait fait une étrange méprise: prenant une tête pour l'autre, -il avait adapté celle de la femme au cou du diable et celle du diable au -cou de la femme. De là le dicton: _Corps de femme et tête de diable_. - - -La femme et la poule se perdent pour trop courir. - -«Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, répété par Mme de Sévigné, -vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans -une chambre.» Tout le malheur des femmes vient aussi de ne pas savoir se -tenir à la maison. En prenant des _habitudes trottières_, elles -s'exposent à rencontrer fréquemment des séducteurs qui les perdent, -comme les poules des renards qui les croquent. Ce proverbe, commun à -presque tous les peuples modernes, est fondé sur une observation qui -remonte à la plus haute antiquité où l'on avait pour maxime que _la -femme doit être sédentaire_, ce qu'on exprimait encore sous forme -symbolique, en réduisant en cendre l'essieu du char d'hyménée sur le -seuil de la maison de l'époux, lorsque l'épouse y faisait son entrée -avec lui, après la cérémonie nuptiale. - -On sait que Phidias avait voulu rappeler cette maxime en sculptant pour -les Éliens une statue de Vénus, dont le pied posait sur la carapace -d'une tortue. - -Alciat a fait de cette statue l'emblème de la femme vertueuse. «O belle -Vénus, dit-il, que signifie cette tortue que vous pressez sous un pied -délicat?--C'est une leçon que Phidias a voulu donner aux personnes de -mon sexe. Il leur conseille, par cet emblème, de rester toujours -attachées à leur maison comme la tortue, sans jamais y faire plus de -bruit qu'elle.» - - - Temps pommelé et femme fardée - Ne sont pas de longue durée. - -Le temps est pommelé lorsqu'il y a des couches de ces petits nuages -blancs qui ressemblent à des flocons de laine et qui sont appelés, en -quelques endroits, par une métaphore assez heureuse, les _éponges du -ciel_. Ce signe, paraît-il quand il fait beau, c'est une preuve que les -vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il fait mauvais, c'est une -preuve qu'elles se divisent, et, dans les deux cas, il indique un -changement prochain dans l'état de l'atmosphère.--Le fard est un -cosmétique pernicieux à la peau. Les femmes qui en font usage sont -flétries bien promptement, et c'est là tout ce qu'elles gagnent à -vouloir _mettre sur leur visage plus que Dieu n'y a mis_, comme dit le -troubadour Pierre de Resignac ou Ricignac.--On lit à ce sujet dans la -_Somme_ de maître Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims et professeur -de droit civil, que «leurs visages sont des masques derrière lesquels -sont cachées les figures que Dieu leur a données, et que c'est à elles -que s'adresse cette apostrophe de saint Jérôme: «Par quelle audace -levez-vous vers le ciel des visages que le Créateur ne reconnaît -point[1]?» - - [1] J'ai tiré ce fragment de maître Drogon d'un plus long fragment que - M. Charles d'Héricault a cité dans son commentaire sur les œuvres de - Coquillart. - -Antoine Lasale, traducteur de Bacon, dit que, selon toute apparence, ce -sont les femmes laides qui ont imaginé le fard, pour masquer tout à la -fois et leur propre laideur et les agréments des belles. - -Le poëte Brébeuf a composé cent cinquante épigrammes sur une femme -fardée. Je n'y ai vu, en général, que l'abus de l'esprit contre l'abus -du fard. - -Il y a deux variantes de ce proverbe qu'on a converti en triade, en y -ajoutant, tantôt _feu de bourrée_ et tantôt _pomme ridée_, qu'on -intercale entre _temps pommelé_ et _femme fardée_. - -Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au dix-huitième siècle. Un -étranger, à qui l'on demanda ce qu'il pensait de leurs charmes, répondit -sans façon: «Je ne me connais pas en peinture.» - - - Soleil qui luisarne au matin, - Enfant qui est nourri de vin - Et femme qui parle latin - Ne viennent pas à bonne fin. - -Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valétudinaire, et cette femme est -supposée ne faire usage de son esprit que pour dominer ou tromper son -mari. - -On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur Théophile ne voulut -pas épouser la belle Icasie, dont il était fort épris, parce qu'elle lui -fit un jour une réponse si spirituelle qu'il en fut épouvanté. - -«Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau, est le fléau de son -mari, de ses enfants, de ses amis, de ses valets, de tout le monde. De -la sublime élévation de son beau génie, elle dédaigne tous ses devoirs -de femme et commence toujours par se faire homme à la manière de Mlle de -Lenclos. Au dehors, elle est toujours ridicule et très-justement -critiquée, parce qu'on ne peut manquer de l'être sitôt qu'on sort de son -état et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut prendre. Toutes les -femmes à grands talents n'en imposent qu'aux sots. On sait toujours quel -est l'artiste ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles -travaillent; on sait quel est le discret homme de lettres qui leur dicte -en secret leurs oracles. Toute cette charlatanerie est indigne d'une -honnête femme. Quand elle aurait de vrais talents, sa prétention les -avilirait. Sa dignité est d'être ignorée, sa gloire est dans l'estime de -son mari, ses plaisirs sont dans le bonheur de sa famille... Toute fille -lettrée restera fille quand il n'y aura que des hommes sensés sur la -terre.» (_Émile_, liv. V.) - - _Quæris cur nolim te ducere, Galla? diserta es._ - -(Martial, XI, 20.) - -On connaît cette pensée du vicomte de Bonald: «A un homme d'esprit il ne -faut qu'une femme de sens. C'est trop de deux esprits dans un ménage.» -Elle me rappelle la plaisante raison qu'allégua le troubadour Raymond de -Miraval à sa femme en la répudiant: «Tu rimes comme moi: c'est assez -d'un poëte dans un ménage.» - -Mlle de Lespinasse disait: «Les femmes doivent être instruites, mais non -savantes.» - -Le préjugé contre les femmes savantes ou _clergesses_, comme on les -appelait autrefois, était fort répandu dans le moyen âge, et les faisait -passer pour magiciennes et sorcières. On croyait qu'elles étaient -capables de faire éclore, par leur sueur, des monstres qui ne pouvaient -être détruits qu'à force d'eau bénite et d'exorcismes. Il existe sur ce -sujet diverses traditions plus absurdes les unes que les autres. -Marchangy, dans son _Tristan_, ch. XXVI, en cite une d'après laquelle -une femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait couver un œuf de -serpent d'où serait sorti un dragon volant à trois têtes, qui ne se -nourrissait que de sang humain. - -L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste pour les femmes qu'on -nomme _bas bleus_. Elle se contente de les signaler comme ridicules, en -faisant toutefois d'honorables exceptions en faveur de celles à qui on -ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des manières excentriques. - - -Jamais habile femme ne mourut sans héritier. - -C'est-à-dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire pour lui en -donner un, elle ne se fait pas scrupule de s'adresser à _la cour des -Aides_, qui lui fournit le vrai moyen de prévenir le cas de déshérence. -Ce proverbe est traduit de l'espagnol: _Muger aguda no muere sin -herederos_. On croit qu'il fut introduit dans notre langue par la -citation qu'en fit le comte de Grignaux au comte d'Angoulême, devenu -depuis François Ier, pour détourner ce prince de courtiser Marie -d'Angleterre, troisième femme de Louis XII. - -Il se pourrait pourtant qu'il fût en France d'aussi vieille date qu'en -Espagne. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il exprime se retrouve chez -divers peuples, et il est probable qu'elle a suggéré à Shakespeare ces -paroles d'Yago à Desdémona dans le second acte d'_Othello_: «Femme belle -n'est jamais sotte. Elle aura toujours l'esprit de se faire un -héritier.» - - -Qui femme a, noise a. - -Saint Jérôme dit: «_Qui non litigat cælebs est_. Celui qui n'a point de -dispute vit dans le célibat.» Ce qui paraît avoir été un proverbe de son -temps, inventé probablement par quelque moine. Ainsi, il est décidé par -l'autorité même d'un Père de l'Église que les querelles sont -inséparables de l'état de mariage. Mais est-ce avec raison que le tort -de ces querelles est imputé aux femmes seules, comme le fait entendre -cet autre proverbe formulé par Ovide: _Dos est uxoria lites_. - -Consultez ces dames: elles répondront toutes qu'il appartient en entier -aux maris, qui ont voulu les charger des reproches qu'ils méritent -eux-mêmes. Après cela, tâchez de résoudre, si vous le pouvez, une -question qui divise le genre humain en deux opinions si tranchées. Le -plus sage est de croire que ces opinions sont également fondées. -Montaigne dit très-bien, à la fin du chapitre V du livre III de ses -_Essais_: «Il est bien plus aisé d'accuser un sexe que d'excuser -l'autre.» - -Cependant, s'il fallait émettre son avis sur cette grave question, je -n'hésiterais pas à prononcer que les femmes ont plus souvent raison que -les hommes, en me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas moins -vraie à Paris qu'à Pékin: «Un mari ne connaît pas assez sa femme pour -oser en parler, et une femme connaît trop bien son mari pour pouvoir -s'en taire.» - - -La femme querelleuse est pire que le diable. - -L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique latin d'un -auteur du moyen âge: - - _Quid dæmone pejus?--Mulier rixosa: fugatur - Iste piis precibus fit, et hæc rabiosior illis._ - - Qu'y a-t-il de pire que le diable?--La femme querelleuse; car si l'on - a recours aux prières le diable s'enfuit, et la femme devient plus - enragée. - -Salomon dit deux fois dans ses Proverbes (XXI, 9 et XXV, 24): «Il -vaudrait mieux être assis en un coin sur le toit de sa maison que de -rester avec une femme querelleuse sous le même toit.» - -Dans un autre endroit il compare la femme querelleuse à un toit d'où -l'eau dégoutte toujours: _Tecta jugiter pestillantia litigiosa mulier_. -(Prov., XIX, 13.) - -Le peuple dit: _La femme est comme la botte: la meilleure est celle qui -crie le moins._ - - -On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice. - -Il y avait autrefois des bénéfices que, durant certains mois, les -collecteurs patrons étaient obligés de conférer aux gradués de -l'Université; mais ces gradués ne pouvaient y être nommés s'ils étaient -mariés; de là ce proverbe dont le sens était qu'on ne pouvait cumuler -deux avantages. - -Les Italiens emploient dans un sens analogue cette facétieuse ironie: -«_Non si può avere la moglie ebbra e la botta piena._ On ne peut avoir -sa femme ivre et sa barrique pleine.» - - -Rien n'est pire qu'une méchante femme. - -On disait au treizième siècle: _Le pire riens qui soit est une male -femme_, c'est-à-dire une méchante femme. Mais ce proverbe remonte -beaucoup plus haut. L'idée qu'il exprime se trouve dans l'_Iliade_ où -Agamemnon s'écrie: «O femmes, lorsque vous tournez au mal, les furies de -l'enfer ne sont pas plus méchantes.» En effet, dès qu'elles ont renoncé -à cette retenue qui est le premier mérite de leur sexe, il n'y a point -d'excès dont elles ne deviennent capables. C'est une vérité qu'ont mise -en évidence de grands poëtes tragiques dans la peinture qu'ils ont faite -des femmes perverses et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare; -Médée, Cléopatre et Rodogune, de P. Corneille. - -M. V. Hugo, dans sa _Légende du beau Pécopin_, charmant épisode de ses -_Lettres sur le Rhin_, cite le proverbe suivant sur la méchanceté -féminine: _Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont -mille_. - -Je ne sais quelles sont les sept espèces de rage des chiens, et encore -moins les mille des femmes. - -Il y a plusieurs autres dictons grossiers où les femmes sont assimilées -aux chiens sous divers rapports, parmi lesquels ne figure point, on le -pense bien, celui de la fidélité. Je m'abstiens de les reproduire, car -ils ne peuvent donner lieu à aucune remarque susceptible de quelque -intérêt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation existait dans le -langage proverbial des anciens. Elle avait été suggérée peut-être par -une tradition mentionnée dans une poésie de Simonide. Ce poëte dit que -Dieu forma la femme de la substance d'une chienne, et la fit semblable à -sa mère: _Mulierem ex cane fecit Deus, parenti suæ similem_. Ces mots -latins sont la traduction littérale du texte grec, dont le sens -allégorique n'a pas été expliqué par les commentateurs. - - -Il faut craindre sa femme et le tonnerre. - -Voilà un rapprochement qui présente la femme comme un être bien -redoutable. L'est-elle donc à ce point?--Oui, s'il faut en croire -l'_Ecclésiastique_, qui a fait de sa méchanceté un portrait effrayant, -dont je ne citerai que ce trait analogue à notre proverbe: «_Non est ira -super iram mulieris._ (XXV, 23.) Il n'y a pas de colère qui surpasse la -colère de la femme.» - -Virgile a dit: «On sait ce que peut une femme furieuse. _Notumque furens -quid fœmina possit._ (_Æneid._, V, 6.) - -La conclusion morale à tirer du proverbe, c'est qu'il faut avoir pour sa -femme des procédés pleins de douceur; car plus son courroux est à -craindre, plus il importe à l'homme de ne pas le provoquer. - - -La femme est un mal nécessaire. - -_Mulier malum necessarium_, proverbe de tous les temps et de tous les -lieux, pour signifier que l'homme ne peut se passer de la femme, et -qu'il doit s'appliquer à vivre avec elle aussi bien que possible -puisqu'il ne saurait vivre sans elle. - -Un personnage de l'antiquité, qui avait épousé une femme presque naine, -s'en excusait en disant: «J'ai choisi le plus petit des maux.» - - -Femme barbue, de loin la salue, un bâton à la main. - -C'était un préjugé assez généralement admis dans le moyen âge qu'une -femme qui avait de la barbe ne pouvait manquer d'être sorcière, et qu'il -fallait se garantir de l'approche de ce suppôt de Satan, en usant -d'abord de certains procédés poliment calculés pour ne pas l'irriter et -en recourant enfin à des moyens coercitifs, _si faire autrement ne se -pouvait_. C'est là précisément ce que recommande ce vieux dicton en -disant de _la saluer de loin, un bâton à la main_. - -Dans un temps où tant de gens étaient accusés d'être sorciers par tant -d'autres qui certainement ne l'étaient pas, on ne se bornait point à -regarder la barbe chez les femmes comme un indice de sorcellerie, on se -figurait aussi que leur vieillesse en était un non moins manifeste, -lorsqu'elle offrait certain caractère de laideur, et de là est venue la -locution proverbiale de _vieille sorcière_, qui s'est conservée pour -désigner une femme vieille, laide et méchante. Cette qualification -injurieuse fut fondée, suivant Gerson, sur ce que les femmes vieilles -ont toujours eu plus de penchant à la superstition que les jeunes -(_Tract. contra superstitios, dierum observat._), ce qui ne veut pas -dire que les jeunes en soient exemptes; car la superstition abonde dans -tout cœur féminin, s'il faut en croire Martin de Arlès, qui a remarqué, -dans son _Traité des superstitions_, que le nombre des sorcières a été -en tout temps bien plus considérable que celui des sorciers.--Joignez à -cela l'observation suivante faite par M. E. Pelletan: «La femme tourne -aisément à la sorcellerie. Le jésuite Paul Leyman, envoyé comme -inquisiteur en Allemagne pour y brûler des multitudes de sorciers, -explique ainsi, dans son _Malleus maleficarum_, cette incorrigible -condescendance de la femme à la volonté de Satan:--Le nom de femme, -dit-il, vient de _mulier_, tendre; _mulier_ vient de _mollis_, qui a -engendré, à son tour, _malleabilis_, malléable; or, par cela même que la -femme est malléable, elle est facile à pétrir, et le diable a toujours -la main fourrée dans le pétrin.» (Feuilleton de la _Presse_, 31 janvier -1850.) - -Lactance avait donné de _mulier_ une étymologie, semblable quant au -fond, qui était reçue chez les Latins. On lit dans son traité intitulé: -_De l'ouvrage de Dieu_, ch. XVII: «_Mulier_ vient de _mollities_, et -signifie la faiblesse et la mollesse.» - - -Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne. - -Ce proverbe, qu'on divise quelquefois en deux, est une sentence émanée -des anciennes cours d'amour. Il n'a une juste application qu'en matière -de galanterie, pour signifier que la femme qui reçoit des présents d'un -homme met son honneur en danger, et que celle qui fait des présents à un -homme est tout à fait vile et déshonorée. J.-J. Rousseau a dit de cette -dernière: «La femme qui donne est traitée par le vil qui reçoit comme -elle traite le sot qui donne.» - -Gabriel Meurier rapporte, dans son _Trésor des sentences_, ce distique -proverbial, qui propose une excellente règle de conduite: - - Fille, pour son honneur garder, - Ne doit ni prendre ni donner. - - -Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas. - -C'est-à-dire qu'une femme est incapable de garder un secret. Mais cela -doit s'entendre d'un secret qui lui est confié et non d'un secret qui -lui appartient en propre; car elle cache toujours très-bien ce qu'il lui -importe personnellement de cacher; par exemple, son indiscrétion ne va -presque jamais jusqu'à révéler son âge, pour peu que cet âge dépasse le -chiffre de la première jeunesse, et _si l'on veut la faire mentir à coup -sûr, il n'y a qu'à le lui demander_, comme le dit un proverbe qu'on -trouvera commenté dans ce recueil. - -La conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne faut confier aux -femmes que les choses dont on désire que le public soit instruit. - -Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre les trahisons -attribuées, à tort ou à raison, à la langue féminine, en disant: _Si la -femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie -rien._ - - -A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt. - -Ce proverbe paraît être une allusion à l'histoire de Job, dont Dieu fit, -dit-on, mourir subitement la femme, quand il le délivra de tous ses -maux, et lui rendit sa belle existence; car il jugeait impossible que le -saint homme pût redevenir complétement heureux en conservant sa mauvaise -compagne. Ce fait, qui ne se trouve point mentionné dans le texte sacré, -est de tradition juive, et il doit être considéré comme une de ces -fables imaginées par les rabbins pour expliquer et corroborer l'esprit -de la Bible généralement hostile aux filles d'Ève. - -Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage qu'un _mari bien -marri_ croit retirer de la mort de sa femme: _A qui perd sa femme et un -denier c'est grand dommage de l'argent_. Les Italiens disent de même: -_Chi perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del quattrino_. - - - Deuil de femme morte - Dure jusqu'à la porte. - -Trop souvent, hélas! il ne va guère plus loin, et quelquefois même il y -a lieu de soupçonner qu'il n'irait pas jusque-là s'il n'était accompagné -du mécontentement que peut causer encore la présence de la morte. C'est -un dernier effet de l'antipathie conjugale à laquelle cette contrariété -semble communiquer une apparence de douleur, et voilà pourquoi l'on -accuse les maris d'être toujours pressés de faire enterrer leurs femmes. -On connaît le mot de celui qui ordonna de porter la sienne au cimetière -au moment même où elle venait d'expirer. Comme on lui représentait que -le corps était encore tout chaud: «Faites ce que je dis, s'écria-t-il en -colère: elle est assez morte comme cela.» - - - Ci-gît ma femme. Ah! qu'elle est bien, - Pour son repos et pour le mien! - -Cette épitaphe épigrammatique passée en proverbe a été faussement -attribuée à Piron; elle est du jurisconsulte Jacques du Lorens, connu -par un recueil de satires imprimé en 1624. Nicolas Bourdon, poëte latin, -ami de l'auteur, la reproduisit dans ce distique assez joliment tourné -qu'on a pris à tort pour l'original: - - Clausa sub hoc tumulo conjux jacet. O bene factum! - Nam requiesco domi, dum requiescit humi. - -Bientôt après elle fut traduite en anglais, en italien et en plusieurs -autres langues, qui en firent comme la nôtre la devise de tout mari -joyeux d'avoir enterré sa femme. - - -La chandelle se brûle, et cette femme ne meurt point. - -Dicton usité par plaisanterie parmi le peuple de Paris, en parlant d'une -chose qui se fait attendre ou d'une espérance qui tarde à se réaliser. -On prétend qu'il fut, dans le principe, un mot d'impatience échappé à un -certain mari qui, témoin de l'agonie de sa femme, se désolait de la voir -durer plus longtemps que la chandelle bénite, allumée, selon l'usage, au -chevet du lit de l'agonisante. - - -Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie. - -Mauvaise plaisanterie de quelque Sganarelle. Celui de Molière en fait -une de la même espèce. Lorsque la suivante de Célie l'appelle en -s'écriant: «Ma maîtresse se meurt!» il lui répond: - - ... Quoi! ce n'est que cela. - Je croyais tout perdu de crier de la sorte. - -Un proverbe espagnol venge le beau sexe de l'injustice du nôtre. Une -femme y dit: «_No es nada, sino que matan a mi marido._ Ce n'est rien, -c'est mon mari que l'on tue.» - -Je partage le sentiment exprimé par La Fontaine dans les vers du début -de sa fable intitulée _la Femme noyée_. - - Je ne suis pas de ceux qui disent: _Ce n'est rien, - C'est une femme qui se noie_; - Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien - Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie. - -(Liv. III, fable XVI.) - - -Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer. - -Ce proverbe a été originairement une formule de droit coutumier. -Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie autorisaient les maris, en -certaines provinces, à battre leurs femmes, même jusqu'à effusion de -sang, pourvu que ce ne fût pas avec un fer émoulu et qu'il n'y eût point -de membre fracturé. Les habitants de Villefranche, en Beaujolais, -jouissaient de ce brutal privilége qui leur avait été concédé par -Humbert IV, sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques -chroniques assurent que le motif d'une telle concession fut l'espérance -qu'avait ce seigneur d'attirer un plus grand nombre d'habitants, -espérance qui fut promptement réalisée. - -On trouve dans l'_Art d'aimer_, poëme d'un trouvère, la recommandation -suivante: «Garde-toi de frapper ta dame et de la battre. Songe que vous -n'êtes point unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle te -déplaît, tu peux la quitter.» - -La chronique bordelaise, année 1314, rapporte ce fait singulier: «A -Bordeaux, un mari, accusé d'avoir tué sa femme, comparut devant les -juges et dit pour toute défense: «Je suis bien fâché d'avoir tué ma -femme; mais c'est sa faute, car elle m'avait grandement irrité.» Les -juges ne lui en demandèrent pas davantage, et ils le laissèrent se -retirer tranquillement, parce que la loi, en pareil cas, n'exigeait du -coupable qu'un témoignage de repentir. - -Un de ces vieux almanachs qui indiquaient à nos aïeux les actions qu'ils -devaient faire jour par jour donne, en plusieurs endroits, -l'avertissement que voici: «Bon battre sa femme en hui.» - -Cette odieuse coutume, qui se maintint légalement en France, suivant -Fernel, jusqu'au règne de François Ier, paraît avoir été fort répandue -dans le treizième siècle; mais elle remonte à une époque bien plus -reculée. Le chapitre 131 des _Lois anglo-normandes_ porte que le mari -est tenu de châtier sa femme comme un enfant si elle lui fait infidélité -pour son voisin. _Si deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi -puerum._ - -Mahomet permet aussi aux musulmans de battre leurs épouses lorsqu'elles -manquent d'obéissance. (_Koran_, IV, 38.) - -Un canon du concile tenu à Tolède, l'an 400, dit: «Si la femme d'un -clerc a péché, le clerc peut la lier dans sa maison, la faire jeûner et -la châtier, sans attenter à sa vie, et il ne doit pas manger avec elle -jusqu'à ce qu'elle ait fait pénitence.» - -Il fallait que ce concile eût des raisons bien graves pour rendre cette -décision. Sans cela, des ministres de la religion chrétienne, qui a tant -fait pour l'émancipation et la dignité des femmes, auraient-ils pu -concevoir la pensée de les soumettre à une pénalité si brutale et si -dégradante? N'auraient-ils pas été conduits, au contraire, par l'esprit -de cette religion où tout est douceur et charité, à proclamer le -principe de la loi indienne du code de Manou, qui dit dans une formule -pleine de délicatesse et de poésie: «Ne frappe pas une femme, eût-elle -commis cent fautes, pas même avec une fleur.» - -Remarquons, du reste, que le droit de battre n'a pas toujours appartenu -aux maris exclusivement. La dame noble qui avait épousé un roturier -pouvait lui infliger la correction avec des verges, toutes les fois -qu'elle le jugeait convenable. - -Rœderer dit dans son _Histoire de François Ier_: «Plusieurs monuments -attestent que le règne de ce prince fut l'époque où le sexe, non content -de se soustraire à la barbarie qui autorisait les maris, les obligeait -même à corriger les épouses infidèles, établit encore l'usage plus -révoltant qui autorisa les femmes infidèles ou fidèles à corriger et à -battre leurs maris.» - -Jean Belet, dans son _Explication de l'office divin_, parle d'un -singulier usage de son temps: «La femme, dit-il, bat son mari à la -troisième fête de Pâques, et le mari bat sa femme le lendemain. Ce -qu'ils font pour marquer qu'ils se doivent la correction l'un à l'autre -et empêcher qu'ils ne se demandent, en ce saint temps, le devoir -conjugal.» - -La raison pour laquelle les époux devaient s'abstenir du devoir -conjugal, non-seulement pendant les fêtes de Pâques, mais pendant les -autres fêtes et les dimanches, était fondée sur une superstition qui -leur faisait craindre que les enfants procréés ces jours-là ne fussent -noués, contrefaits, épileptiques ou lépreux. Cette superstition existait -dès le sixième siècle. (Voyez Grégoire de Tours, _de Mirac._, S. -Martini, lib. II, cap. XXIV.) - -Les prêtres païens prescrivaient aussi la continence pendant les jours -consacrés aux fêtes d'Isis, comme nous l'apprennent Ovide et Properce: -le premier, dans la huitième élégie du livre Ier _des Amours_, et le -second dans la trente-cinquième élégie de son livre II, où il se plaint -de la longue séparation que cette déesse a imposée à des cœurs si -brûlants de se réunir. - - _Quæ dea tam cupidos toties divisit amantes._ - - -Battre sa femme ne lui ôte folle pensée. - -Proverbe traduit du roman _Battre molher non li tol fol consire_. - -Arlequin a beau dire que les femmes ressemblent aux côtelettes, qui -deviennent plus tendres quand elles sont bien battues, il faut se défier -de cette tendresse qu'elles font paraître après les mauvais traitements; -car ce n'est presque toujours qu'une feinte sous laquelle elles cachent -des projets de vengeance. La brutalité des maris ne sert qu'à les rendre -pires, et ceux-ci n'ont rien de mieux à faire que de _prendre patience -en enrageant_. Je les engage dans leur propre intérêt à méditer -sérieusement cet autre proverbe fort raisonnable: _Celui qui frappe sa -femme est comme celui qui frappe un sac de farine: tout le bon s'en va, -et le mauvais reste._ - - -Il faut toujours que la femme commande. - -C'est un vers du joli conte de Voltaire intitulé: _Ce qui plaît aux -dames_. Mais ce vers n'est que la reproduction d'un proverbe antique, -rapporté dans le _Zend-Avesta_, où une femme, sommée par les Mages de -dire ce que chaque femme désire le plus, leur répond: «Être aimée et -soignée de son mari, _être maîtresse de la maison_,» réponse pour -laquelle ces prêtres indignés la font mourir sous leurs coups. - -Nous avons aussi le proverbe rimé: - - - Femme veut en toute saison - Être maîtresse en sa maison. - -Le désir le plus vif et l'étude la plus constante des femmes, de mère en -fille, depuis que le monde existe et dans tout pays, c'est donc d'être -maîtresses. Elles ont, pour y parvenir, une tactique merveilleuse, qui -ne se trouve presque jamais en défaut. Les hommes civilisés ne savent -pas y résister, et le droit du plus fort dont ils se glorifient n'est -rien en comparaison du droit du plus fin dont elles ne se vantent pas. - -Un vieux Minnesinger, dans un accès de gynécomanie poétique, a cherché à -montrer par une allégorie singulière que la femme est réellement la -maîtresse. Il l'a représentée assise sur un trône superbe, avec une -constellation de douze étoiles pour couronne et la tête de l'homme pour -marchepied. - -On a prétendu que dans l'antiquité le beau sexe fut généralement réduit -à une espèce d'esclavage. Cet état, inconciliable avec le caractère dont -il est doué, n'a pu exister que par exception et chez un petit nombre de -peuples, et je pense qu'on pourrait établir contre l'opinion commune que -la gynécocratie politique et la gynécocratie domestique ont été plus en -usage dans les siècles antérieurs au christianisme que dans certains -siècles postérieurs. Sans vouloir nier les améliorations que l'esprit de -cette divine religion a fini par introduire dans l'état social de la -femme, je vais présenter quelques faits historiques assez curieux à -l'appui de mon assertion. La _Bible_ et les poëmes d'Homère nous -montrent les femmes libres dès les temps les plus reculés. On ne saurait -tirer une preuve du contraire de ce que, à ces époques primitives, elles -vivaient confinées dans l'intérieur des maisons. C'étaient les mœurs et -non les lois qui le voulaient ainsi; car il n'y aurait pas eu de -sécurité pour elles au dehors. Les inconvénients de cet état cessèrent à -mesure que la civilisation se développa. Les femmes grecques jouissaient -d'une liberté modérée qui dégénéra en indépendance pendant que leurs -maris faisaient le siége de Troie. Plus tard, elles régnèrent chez elles -et exercèrent souvent une influence puissante sur les affaires de -l'État, comme nous le voyons dans Aristophane. Les dames romaines, -d'abord tenues pour mineures, devinrent bientôt maîtresses. Caton -l'Ancien signalait leur empire en disant: «Les autres hommes commandent -à leurs femmes; nous, à tous les autres hommes, et nos femmes à nous.» - -On sait que chez les Gaulois, les femmes possédaient une grande autorité -et siégeaient dans le haut conseil de la nation. Elles étaient honorées -par eux et par tous les peuples de la même race comme des êtres doués de -lumières instinctives émanées du ciel. C'était un préjugé sacré que les -druides avaient emprunté, dit-on, à la religion assyrienne à laquelle la -leur ressemble en plusieurs points, et l'on a prétendu que ce fut en -vertu de ce préjugé que Sémiramis fit une loi réputée longtemps -inviolable qui attribuait aux femmes l'autorité sur les hommes. La -législation des Sarmates prescrivit qu'en toutes choses, dans les -familles et dans les villes, les hommes fussent sous le gouvernement des -femmes. En Égypte, chaque mari devait être esclave de la volonté de la -sienne: il s'y engageait formellement par une clause indispensable -exigée dans tous les contrats de mariage. A Carras en Assyrie, il y -avait un temple dédié à la lune, où l'on n'admettait que ceux qui -faisaient hautement profession de se montrer toujours soumis à leurs -épouses, et l'on assure que de toute la contrée les dévots pèlerins ne -cessaient d'y affluer. - - -La femme veut porter la culotte. - -On a dit plus anciennement: _Veut porter le haut-de-chausses_, et plus -anciennement encore: _Veut chausser les braies_, expressions -parfaitement synonymes en parlant d'une femme qui aspire à maîtriser son -mari. Fleury de Bellingen, auteur des _Illustres Proverbes_, a pensé que -ces expressions avaient leur fondement dans l'histoire ancienne, et -voici la singulière explication qu'il en a donnée: «La reine Sémiramis, -prévoyant, après la mort de Ninus, son époux, que les Assyriens ne -voudraient pas se soumettre à l'empire d'une femme, et voyant que son -fils Zaméis, ou Ninias, comme le nomme Justin, était trop jeune pour -tenir les rênes d'un si grand État, se prévalut de la ressemblance -naturelle qu'il y avait entre la mère et l'enfant, se vêtit des habits -de son fils et lui donna les siens afin qu'étant pris pour elle, et elle -pour lui, elle pût régner en sa place. Plus tard, ayant acquis l'amour -de ses sujets, elle se fit connaître pour ce qu'elle était et fut jugée -digne du trône. Quand nous disons des femmes généreuses qu'_elles -portent le haut-de-chausses_, nous faisons allusion à cette reine qui -régna en habits d'homme.» - -On trouvera sans doute que Fleury de Bellingen est allé chercher trop -loin l'origine d'une locution qui, en la supposant antique, n'a pu -naître que dans notre ancienne Gaule narbonnaise que les Romains -appelaient _Gallia braccata_, parce qu'elle était le seul pays du monde -où l'on portât des braies ou culottes. Cependant il aurait pu l'aller -chercher plus loin encore, si la fantaisie lui en eût pris: son -imagination, au lieu de s'arrêter à la reine d'Assyrie, n'avait qu'à -remonter à la mère du genre humain. Il lui eût été même plus aisé de -démontrer qu'Ève _porta la culotte_, dans le sens propre, comme dans le -sens figuré, car la Genèse, parlant de nos premiers parents occupés à -vêtir leur nudité, dit textuellement: _Consuerunt folia ficus et -facerunt sibi perizomata_; ce qu'un ancien traducteur, Le Fèvre -d'Estaples, a rendu en ces termes: «Ils cousirent des feuilles de -figuier et s'en firent _des braies_.» (Édition de Genève, 1562). -Bellingen aurait du moins obtenu par une telle explication le suffrage -de toutes les femmes, charmées de voir dans un passage des livres saints -la preuve irrécusable qu'elles n'ont pas moins que les hommes le droit -de _porter la culotte_. - -Mais faisons trêve à la plaisanterie, et cherchons une origine -raisonnable. Hue Piaucelle, un de nos plus anciens trouvères, a composé -un fabliau intitulé: _Sire Hains et dame Anieuse_. Ces deux époux -n'étaient jamais d'accord. La femme contrecarrait sans cesse le mari. -Celui-ci, fatigué, lui dit un jour: «Écoute, tu veux être la maîtresse, -n'est-ce pas? et moi je veux être le maître. Or, tant que nous ne -céderons ni l'un ni l'autre, il ne sera pas possible de nous entendre. -Il faut, une fois pour toutes, prendre un parti, et puisque la raison -n'y fait rien, décidons-en autrement.» Quand il eut parlé de la sorte, -il prit un haut-de-chausses qu'il porta dans la cour de la maison et -proposa à la dame de le lui disputer, à condition que la victoire -donnerait pour toujours, à qui l'obtiendrait, une autorité pleine et -entière dans le ménage. Elle y consentit: la lutte s'engagea en présence -de la commère Aupais et du voisin Simon, choisis pour témoins. Sire -Hains, après avoir éprouvé la plus opiniâtre résistance de dame Anieuse, -finit par emporter le prix de ce combat judiciaire. L'abbé Massieu et le -Grand d'Aussy ont pensé que le fabliau de Piaucelle a donné lieu à -l'expression _porter le haut-de-chausses_; mais il n'a fait que la -populariser, car il est positif qu'elle lui est antérieure. - -On pourrait conjecturer qu'elle a dû s'introduire à une époque où les -caleçons et les hauts-de-chausses faisaient partie de l'habillement des -dames nobles, et où celles de ces dames qui avaient pris des maris -bourgeois jouissaient du privilége de leur commander et même de les -frapper avec des verges lorsqu'ils ne se montraient pas assez soumis. -Mais une telle conjecture, quoique fondée sur un fait attesté par de -graves et véridiques auteurs, A.-A. Monteil entre autres, me semble -inadmissible comme la précédente, et pour la même raison. Je rejette -toute origine historique, et je crois qu'on a naturellement attribué le -costume du mari à la femme qui aspire à jouer le rôle du mari. C'est -d'ailleurs ce qui se faisait chez les anciens. Denys de Syracuse, -voulant punir un homme qui s'était laissé battre par sa femme, ordonna -qu'il fût habillé en femme et que la femme fût habillée en homme, parce -que la nature avait dû se tromper en les créant. - -La locution _porter la culotte_ est ce qu'on appelle un symbole parlé. - - -Être sous la pantoufle de sa femme. - -Voici l'origine historique justement assignée à cette locution par M. -Chassan, auteur de la _Symbolique du droit_: «Grégoire de Tours, dans la -Vie des Pères, ch. XX, et Ducange, au mot _calceamenta_, disent que le -fiancé faisait présenter un soulier, ordinairement le sien, à sa future -épouse. Il paraît même, d'après M. Ryscher, que c'était lui qui l'en -chaussait. En se déchaussant, il s'exposait à marcher d'un pas moins -ferme, et se plaçait ainsi dans une condition inférieure vis-à-vis de sa -fiancée; en mettant lui-même le soulier au pied de sa fiancée, il -s'humiliait devant elle, et de là vient que, pour désigner un mari que -sa femme gouverne, on dit encore aujourd'hui en France qu'_il est sous -la pantoufle de sa femme_. De là aussi le mot de Grimm, qui enseigne que -la pantoufle est encore un symbole fort usité de la puissance qu'exerce -la femme sur le mari.» (_Poesie in Recht._, § 10.) - - -La poule ne doit pas chanter devant le coq. - -Proverbe qui se trouve textuellement dans la comédie des _Femmes -savantes_, mais qui est antérieur à cette pièce, comme le prouvent ces -deux vers de Jean de Meung: - - C'est chose qui moult me desplaist - Quand poule chante et coq se taist. - -Quelques glossateurs prétendent qu'une femme qui se trouve avec son mari -dans une société ne doit pas prendre la parole avant que son mari ait -parlé, car le mot _devant_, disent-ils, est ici une préposition de temps -qui remplace _avant_, comme dans cette phrase de Bossuet: «Les anciens -historiens qui mettent l'origine de Carthage _devant_ la prise de -Troie.» Mais il est certain que leur érudition grammaticale les a -fourvoyés. Le véritable sens est qu'une femme doit se taire en présence -de son mari, et attendre qu'il _lui donne langue_, comme on disait -autrefois. Un usage de l'ancienne civilité obligeait les femmes à -demander aux maris la permission de parler, quand elles avaient quelque -chose à dire devant des étrangers. La preuve en est dans plusieurs -passages de nos vieux auteurs, notamment dans la phrase suivante de -l'_Heptaméron_ de Marguerite de Valois, reine de Navarre: «Parlemante, -qui estoit femme d'Hircan, laquelle n'estoit jamais oisive et -mélancolique, ayant demandé à son mari congé (permission) de parler, -dist, etc.[2]» - - [2] On a prétendu que cet usage était une dérivation des ordonnances - de Numa Pompilius contre le caquet des femmes, qu'il voulait obliger - de ne parler qu'en présence de leurs maris. - -Les Persans disent: _Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut -lui couper la gorge._ Proverbe dont ils font l'application aux femmes -qui veulent cultiver la poésie. Ce même proverbe existe en France de -temps immémorial chez les habitants de la campagne, pour exprimer, au -figuré, une menace peu sérieuse contre les femmes qui se mêlent de -discourir et de décider à la manière des hommes, et, au propre, une -observation d'histoire naturelle. Cette observation est que la poule -cherche quelquefois à imiter le chant du coq, et que cela lui arrive -surtout lorsqu'elle est devenue trop grasse et ne peut plus pondre, -c'est-à-dire dans un temps où elle n'est plus bonne qu'à mettre au pot. - -Il y a une superstition sur la poule qui coqueline. On croit, en -Normandie, qu'elle annonce la mort de son maître, ou la sienne. - -Les habitants de la vallée de la Garonne, qui s'étend entre Langon et -Marmande, sont persuadés que par cette manière de coqueliner, qu'ils -appellent _chanter le béguey_[3], elle présage une foule de malheurs. - - [3] _Béguey_ se dit pour _coq_ et, par extension, pour _chant du coq_, - dans l'idiome du pays. _Chanter le béguey_ a été originairement une - ellipse de _chanter_ comme le _béguey_ ou coq. - -Voici ce que disait à ce sujet un feuilleton signé J. B., dans la -_Quotidienne_ du 15 août 1845: «Une poule vient-elle à _chanter le -béguey_, il n'y a pas un instant à perdre, il faut la porter au marché, -la vendre et consacrer le prix obtenu à l'acquisition d'un cierge dont -vous ferez hommage à la paroisse. Si vous n'avez pas trouvé d'acheteur -pour cette bête réprouvée, vous aurez la ressource de la peser après -l'avoir attachée dans un linge blanc, et vous verrez ensuite si elle -demeure parfaitement tranquille. Je suppose que vous avez essayé de tous -ces moyens, et qu'aucun ne vous a réussi: décidez-vous alors à tordre le -cou au volatile. Il ne cesserait de faire des contorsions, des -soubresauts, et entretiendrait au milieu de la population de votre -basse-cour une inquiétude continuelle et des terreurs sans nom. Mais -surtout que personne ne porte la dent sur la chair de la victime.» - -Les Romains avaient aussi leur superstition sur le chant de la poule. Ce -chant présageait aux maris que la femme serait la maîtresse. Donat, -grammairien latin du quatrième siècle, en a fait la remarque dans son -commentaire sur Térence, en expliquant la phrase _Gallina cecinit_, «la -poule a chanté», que ce comique a employée, acte IV, sc. IV, du -_Phormion_. - - -Pour faire mentir une femme à coup sûr il n'y a qu'à lui demander son -âge. - -Il est à peu près certain que, si elle répond à une telle question, elle -ne le fera qu'aux dépens de la vérité, car elle voit trop d'avantages à -être jeune et à le paraître pour qu'elle résiste à l'envie de se -rajeunir un peu. De là cette accusation de mensonge formulée dans ce -proverbe peu galant dont la LIIe des _Lettres persanes_ offre le -spirituel développement en action que voici: - -«J'étais l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il -y avait là des femmes de tous les âges; une de quatre-vingts ans, une de -soixante, une de quarante qui avait une nièce de vingt à vingt-deux ans. -Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à -l'oreille: «Que dites-vous de ma tante qui, à son âge, veut avoir des -amants et fait encore la jolie?--Elle a tort, lui dis-je, c'est un -dessein qui ne convient qu'à vous.» Un moment après, je me trouvai -auprès de sa tante qui me dit: «Que dites-vous de cette femme, qui a -pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à -sa toilette?--C'est un temps perdu, lui dis-je, et il faut avoir vos -charmes pour devoir y songer.» J'allai à cette malheureuse femme de -soixante ans et la plaignis dans mon âme, lorsqu'elle me dit à -l'oreille: «Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a -quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de feu: elle veut faire -la jeune, et elle y réussit, car cela approche de l'enfance.» Ah! mon -Dieu! dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des -autres? C'est peut-être un bonheur, disais-je ensuite, que nous -trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui. Cependant -j'étais en train de me divertir, et je dis: Nous avons assez monté; -descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet. -«Madame, vous vous ressemblez si fort, cette dame à qui je viens de -parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs; je vous crois à -peu près de même âge.--Vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une -mourra, l'autre devra avoir grand'peur; je ne crois pas qu'il y ait -d'elle à moi deux jours de différence.» Quand je tins cette femme -décrépite, j'allai à celle de soixante ans. «Il faut, madame, que vous -décidiez un pari que j'ai fait: j'ai gagé que cette femme et vous, lui -montrant la femme de quarante ans, étiez de même âge.--Ma foi, dit-elle, -je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence.» Bon! m'y voilà, -continuons; je descendis encore et j'allai à la femme de quarante ans. -«Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous -appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce? Vous -êtes aussi jeune qu'elle; elle a même quelque chose dans le visage de -passé que vous n'avez certainement pas: et ces couleurs vives qui -paraissent sur votre teint...--Attendez, me dit-elle, je suis sa tante, -mais sa mère avait pour le moins vingt-cinq ans de plus que moi; nous -n'étions pas de même lit; j'ai ouï dire à feu ma sœur que sa fille et -moi naquîmes la même année.--Je le disais bien, madame, et je n'avais -pas tort d'être étonné.» - -»Mon cher Usbeck, les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte -de leurs agréments, voudraient reculer avec la jeunesse. Eh! comment ne -chercheraient-elles pas à tromper les autres? elles font tous leurs -efforts pour se tromper elles-mêmes, et se dérober à la plus affligeante -de toutes les idées.» - - -Servez monsieur Godard! sa femme est en couches. - -Ironie proverbiale contre les prétentions outrecuidantes d'un paresseux -qui voudrait qu'on lui fît sa besogne, d'un indiscret qui, en demandant -quelque service, semble l'exiger, ou d'un impertinent qui se donne des -airs de commander. Elle fait allusion à un usage autrefois répandu dans -le Béarn et dans les provinces limitrophes, en vertu duquel le mari -d'une femme en couches se mettait au lit pour recevoir les visites des -parents et amis, et s'y tenait mollement plusieurs jours de suite, ayant -soin de se faire servir des mets succulents. Une telle étiquette, -désignée par l'expression _faire la couvade_, qui en indique assez -clairement le motif, se rattachait probablement au culte des _Geniales_, -dieux qui présidaient à la génération. Elle n'était pas moins ancienne -que singulière. Le poëte Apollonius de Rhodes en a signalé l'existence -sur les côtes des Tiburéniens, «où les hommes, dit-il, se mettent au lit -quand les femmes sont en couches, et se font servir par elles». -(_Argonaut._, ch. II.) Diodore de Sicile et Strabon rapportent qu'elle -régnait de leur temps en Espagne, en Corse et en plusieurs endroits de -l'Asie, où elle s'est conservée parmi quelques tribus de l'empire -chinois. Les premiers navigateurs qui abordèrent au nouveau monde l'y -trouvèrent établie. Il n'y a pas longtemps qu'elle était observée par -les naturels du Mexique, des Antilles et du Brésil. Des voyageurs -assurent qu'elle existe encore chez quelques sauvages de l'Amérique et -chez certaines peuplades africaines; enfin, elle n'est pas entièrement -tombée en désuétude dans la Biscaye française, où des personnes dignes -de foi attestent en avoir été deux ou trois fois témoins dans ces -dernières années. - -Quant au nom de _Godard_, que le peuple applique aujourd'hui au mari -d'une femme accouchée, il est, s'il faut en croire M. Bacon-Tacon, le -même que celui de _God-Art_ (le Dieu fort), donné, dit-il, à Hercule, -que les païens imploraient dans les accouchements difficiles (_Orig. -celtiq._, tome II, p. 401-402). Je ne conteste point une si savante -étymologie; cependant il me paraît plus probable que ce nom a été formé -du latin _gaudere_, se réjouir, se donner du bon temps. Il signifiait -autrefois un homme adonné aux plaisirs de la table, habitué à prendre -toutes ses aises. C'était un synonyme de _Godon_, autre vieux mot qu'on -employait pour désigner un riche plongé dans toutes les jouissances -d'une vie sensuelle. Le prédicateur Maillard s'en est servi dans -plusieurs de ses sermons, notamment dans le vingt-quatrième, où le -mauvais riche est appelé _unus grossus Godon qui non curabat nisi de -ventre_. «Un gros Godon qui n'avait cure que de sa panse.» - -Ajoutons que la formule: _Servez monsieur Godard!_ cesse d'être ironique -lorsqu'elle est appliquée à un homme à qui un enfant vient de naître. -Elle est alors une espèce de félicitation équivalente à un _Gloria -Patri_, une exclamation d'amical et joyeux enthousiasme en faveur de la -paternité. - - -La nuit, il n'y a point de femme laide. - -Proverbe fort ancien rappelé et expliqué par Ovide dans ces deux vers du -premier chant de l'_Art d'aimer_: - - _Nocte latent mendæ, vitioque ignoscitur omni. - Horaque formosam quamlibet illa facit._ - - La nuit fait disparaître bien des taches et oublier bien des - imperfections. Elle rend toute femme belle. - -Alors _Hélène n'a aucun avantage sur Hécube_, suivant l'expression -d'Henri Estienne. - -Les Grecs se servaient d'un proverbe analogue passé dans la langue -latine en ces termes: «_Sublata lucerna, nihil discriminis inter -mulieres._ Quand la lampe est ôtée, les femmes ne diffèrent pas l'une de -l'autre.» Plutarque rapporte qu'une belle et chaste dame cita ce -proverbe à Philippe, roi de Macédoine, pour l'engager à cesser les -poursuites amoureuses dont il s'obstinait à l'obséder. - -Nous disons trivialement dans le même sens: _La nuit tous chats sont -gris._ - -Les Espagnols disent: _De noche, a la vela, la burra parece -doncella._--_La nuit, à la chandelle, l'ânesse semble demoiselle à -marier._ On sait que, si l'obscurité cache la laideur, la lumière du -flambeau l'atténue beaucoup; d'où l'expression _belle à la chandelle_, -en parlant d'une femme qui n'est pas belle au grand jour. C'est pour -cela qu'Ovide conseillait aux amants de se défier de la clarté trompeuse -de la lampe. - - _Fallaci nimium ne crede lucernæ._ - -(_De Arte amandi_, I.) - - -Jeter le mouchoir à une femme. - -Se dit pour signifier qu'on la préfère à toutes les autres à cause de sa -beauté ou de ses grâces. - -Cette expression, toute figurée chez nous, fait allusion à un usage -qu'on prétend exister chez les Turcs et par lequel le sultan, ou un -pacha, ou un seigneur, déclare à une des femmes le choix qu'il fait -d'elle, en lui jetant un mouchoir. Mais tout porte à croire qu'un tel -usage est imaginaire. Les auteurs qui en ont parlé ont consacré une -erreur provenue probablement de ce que les fiançailles en Turquie et en -Perse sont constatées par l'envoi que fait le futur époux à sa future -d'un mouchoir brodé, d'un anneau et d'une pièce de monnaie. Ainsi les -musulmans, à l'époque de leur mariage, envoient le mouchoir, et, dans -leurs harems, ils ne le jettent pas. - -Quelque fondée que soit la remarque qui vient d'être faite, elle -n'empêchera point de conserver cette expression ainsi que ses analogues -_briguer le mouchoir_, _refuser le mouchoir_, etc., qu'une galanterie -peu délicate a introduites dans notre langue. - -Il y a une pièce fugitive de Duault présentant le monologue d'un fat qui -passe en revue dans son imagination un essaim de belles, à qui il se -propose de _jeter le mouchoir_ tour à tour. Cette pièce se termine par -ces vers assez plaisants: - - Ainsi parlant, seul dans sa chambre, - Chaque matin, monsieur Morgan - Balance de l'air d'un sultan - Son fin mouchoir parfumé d'ambre. - Il sort tout radieux d'espoir, - Promène sa fadeur galante, - Frais et dispos rentre le soir, - Se fait un turban du mouchoir - Et tombe aux pieds de sa servante. - -C'est à peu près ce qu'un de nos spirituels chansonniers, l'abbé de -L'Attaignant, appelait «allumer son flambeau au soleil, et l'éteindre -dans la boue». - - -La femme de César ne doit pas même être soupçonnée. - -Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutôt pour Fauna, leur -divinité spéciale, qu'elles appelaient _la Bonne Déesse_, un culte -fervent et plein de mystères que les érudits n'ont pas su bien -éclaircir. Elles en célébraient solennellement la fête avec les Vestales -dans la maison du consul ou du préteur, sous la présidence de la femme -de ce magistrat, lequel était obligé de rester absent de chez lui -pendant la durée de cette fête, car aucun homme ne pouvait y être admis. -L'année où Pompéia, troisième épouse de J. César, se trouva investie de -cet important ministère, Clodius, ce lovelace romain, qui était -d'intelligence avec elle, à ce qu'on suppose, voulut la voir dans -l'appareil de ses fonctions pontificales, et il se glissa déguisé en -joueuse d'instruments parmi les dévotes qui se rendaient à la cérémonie. -Une esclave, nommée Abra par Plutarque, et Séprulla par Cicéron, avait -été mise dans la confidence. Elle le cacha et lui promit de lui amener -sa maîtresse. Mais, retenue auprès d'Aurélia, mère de César, cette -esclave le fit tant attendre que, perdant patience, il sortit de sa -cachette pour l'appeler et fut reconnu: afin d'éviter les regards qui se -portaient sur sa personne, il se hâta de revenir sur ses pas, espérant -que la chose n'aurait pas de suites. Cependant les matrones, averties, -le cherchèrent de chambre en chambre, et finirent par le découvrir sous -le lit d'Abra ou de Séprulla. Leur fureur était à son comble. Elles ne -lui épargnèrent ni les injures ni les coups, et elles auraient sans -doute poussé la vengeance aux excès les plus terribles s'il n'eût eu le -bonheur de s'y soustraire en gagnant par la fuite le dehors de la -maison. - -Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l'indignation générale. Il -fut mis en jugement comme sacrilége, et, quoique son crime fût attesté -par les dépositions les plus irrécusables, les juges, qu'il parvint à -corrompre, le déclarèrent absous. César, appelé en témoignage dans le -procès, ne voulut ni inculper ni disculper Pompéia, qu'il s'était -contenté de répudier. Il dit qu'il ne savait rien, attendu qu'un mari -était toujours le moins instruit en pareil cas, et comme on lui demanda -pourquoi il l'avait renvoyée, il ajouta que _la femme de César ne devait -pas même être l'objet d'un soupçon_. Apophthegme passé en proverbe pour -signifier qu'il ne suffit pas que la conduite d'une femme soit -irréprochable, qu'il faut aussi qu'elle soit crue telle. - - -Il ne faut prêter ni son épée, ni son chien, ni sa femme. - -La noblesse française avait jadis deux occupations importantes, la -guerre et la chasse, et toujours elle se montrait sous le costume du -guerrier ou celui du chasseur. Ainsi tout bon gentilhomme devait être -inséparable de son épée et de son chien ou de son faucon, qu'il -regardait comme des attributs de sa dignité. Il lui était défendu par -des capitulaires de nos rois de s'en dessaisir, et même de les donner -pour prix de sa rançon, s'il venait à être fait prisonnier, défense -provenue sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie celui -qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi qu'il en soit, il -attachait son honneur à ces objets comme à sa femme, et c'est à cette -raison qu'il faut rapporter l'origine du proverbe. - - -Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme. - -C'est-à-dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation aux regards des -autres certains objets qu'on veut garder pour soi, attendu qu'une telle -exhibition, n'étant propre qu'à exciter leur envie, peut avoir une foule -d'inconvénients pour celui qui la fait. Ce proverbe est une variante de -cet autre cité par Franklin: _Celui qui montre trop souvent sa femme et -sa bourse s'expose à ce qu'on les lui emprunte._ - - -La femme est la moitié de l'homme. - -L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans l'autre. Chacun d'eux -ne forme qu'une moitié de l'être humain, dont l'intégralité ne peut -résulter que de leur intime union. C'est une vérité morale aussi vieille -que le monde et universellement répandue. Elle remonte à notre premier -père, s'écriant, dans la joie de son cœur, à la vue de l'aimable -compagne que Dieu lui présentait: «Voilà l'os de mes os, et la chair de -ma chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, parce qu'elle a -été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa -mère, et s'attachera à sa femme; et ils seront deux dans une seule -chair.» (_Genèse_, ch. II, v. 23-24.) - -Les Védas disent que _l'épouse est la moitié du corps de l'époux_ et -considèrent le mariage comme supprimant la dualité de l'un et de l'autre -pour les confondre dans une parfaite unité. Cet état a été fort bien -figuré par le _lingam_ primitif ou l'_yoni lingam_ de la théorie -hindoue, et par d'autres symboles analogues qu'il ne me paraît pas -convenable d'expliquer ici, ni même de désigner nominativement. - -Le plus ingénieux de tous, sans contredit, est celui qu'on trouve dans -le _Sympose_ ou _Banquet_ de Platon. Suivant ce philosophe, l'homme et -la femme ne faisaient originairement qu'une même personne qu'il nomme -_androgyne_ (homme-femme). Cette créature bissexuelle était si parfaite -et si heureuse qu'elle excita la jalousie des dieux et des déesses. Par -leur ordre, Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea dans -ces corps les formes extérieures de leur individualité qui avaient été -un peu endommagées pendant l'opération du dédoublement. Depuis lors, les -moitiés disjointes ont une tendance invincible à se rapprocher pour -constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler de toute leur -ardeur et de tous leurs efforts. Mais, hélas! elles ne sauraient y -parvenir, à moins d'un très-grand miracle. Tristes jouets d'une -continuelle méprise, elles sont à peu près comme ces enfants, changés en -nourrice, qui prennent une parenté de hasard à la place de la parenté de -nature. Des moitiés étrangères viennent presque toujours se substituer à -celles qui furent créées l'une pour l'autre. Le sort ennemi, afin -d'empêcher ces dernières de se rejoindre, ne leur permet pas de se -reconnaître, les fait errer comme ces ombres de Dante, qui vont sans -jamais s'arrêter, et les tient souvent séparées par des distances -incommensurables. De là l'excessive rareté des bonnes unions et -l'innombrable quantité des mauvaises. - -N'oubliez pas cette allégorie, ô vous, pauvres êtres dédoublés, qui -aspirez à ressaisir cette portion de vous-mêmes dont l'absence vous -condamne à gémir, et surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la -retrouver à Paris. Il vaudrait peut-être mieux l'aller chercher aux -antipodes. - - -Femme (ou dame) qui moult se mire peu file. - -Une femme qui met beaucoup de temps à sa toilette en emploie fort peu -aux occupations du ménage. Les Espagnols disent: _La mujer, cuanto mas -mira la cara, tanto mas destruye la casa_, ce qui est rendu exactement -par cet ancien jeu de mot proverbial: - - Plus la femme mire sa mine, - Plus sa maison elle mine. - -Il fut un temps où la principale occupation des dames était de filer. De -vieux portraits les représentent avec une quenouille attachée sur le -sein du côté gauche, et avec un miroir suspendu à leur ceinture du côté -droit. Elles ne quittaient guère ces deux attributs; ils étaient, pour -ainsi dire, les pièces essentielles de leur costume. Mais l'un faisait -tort à l'autre, et celui du travail devait être fréquemment négligé pour -celui de la coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames -cessèrent de filer et se mirèrent tout à leur aise. - -Jean de Caurres, auteur du seizième siècle, dit dans ses _Œuvres -morales_ que les courtisanes et _damoiselles masquées_[4] de son temps -portaient le miroir sur le ventre: «O bon Dieu! hélas! s'écrie-t-il, en -quel malheureux règne sommes-nous tombés de voir une telle dépravation -sur la terre, que nous voyons jusques à porter en l'église les miroirs -de macule pendants sur le ventre.» Il ajoute qu'un pareil usage tendait -à devenir général: «Si est-ce qu'avec le temps il n'y aura bourgeoise ne -chambrière qui par accoutumance n'en veuille porter.» Cependant cet -usage ne s'est pas conservé. Le beau sexe l'a jugé inutile depuis que -les moindres appartements ont été ornés de trumeaux et de glaces où il -peut se mirer et s'admirer de la tête aux pieds. - - [4] On appelait _damoiselles masquées_ certaines dames qui, voulant - courir les aventures galantes sans être reconnues, se couvraient le - visage d'un masque de velours auquel on donna le nom de _loup_, - dérivé, non de _lupus_, mais de _lobus_, cosse. - - -La femme perd l'homme. - -Salomon assimile l'homme entraîné par la femme qui l'a séduit au taureau -mené comme une victime au sacrifice: _Eam sequitur quasi bos ad -victimam._ (Prov., VII, 22.) - -Saint Cyprien dit que les femmes sont des démons qui font entrer les -hommes en enfer par la porte du paradis. - -Suivant un proverbe oriental: _Il faut craindre l'amour d'une femme plus -que la colère d'un homme._ - -On lit dans le _Furetériana_ le résumé suivant des principales -accusations des hommes contre les femmes: «Que de maux elles ont causés -dans le monde! Adam en a été séduit, Samson dompté. La sainteté de David -en a été troublée, Salomon en a perdu la sagesse. Ce fut une femme qui -fit renoncer saint Pierre à Notre-Seigneur. Elle fit plus d'effet sur -l'esprit de Job que le diable, qui ne put l'ébranler. Le poëte Codrus -disait que le ciel ne contenait pas tant d'étoiles ni la mer tant de -poissons que la femme a de fourberies cachées dans son cœur. Barthole -disait que toutes les femmes sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin -de faire des lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a point. -Hippocrate nous assure que la malice est naturelle à la femme. L'auteur -de l'_Ecclésiastique_, aussi illustre en sagesse parmi les Hébreux que -Thalès en philosophie entre les Grecs, nous a laissé par écrit que la -source du péché nous est venue de la femme; qu'il vaudrait mieux -demeurer avec un lion ou avec un dragon qu'avec une mauvaise femme (ch. -XXV) et même que les crimes des hommes sont plus supportables que les -bienfaits des femmes: _Melior est iniquitas viri quam mulier -benefaciens_ (ch. XLII). Entre toutes les bêtes sauvages, dit saint -Chrysostome, il n'y en a point qui soit plus dangereuse que la femme. -Pandore répandit toute sorte de maux sur la terre; Hélène causa la mort -de tant de milliers d'hommes; Déjanire fit mourir Hercule son mari, un -des plus fameux héros qui aient jamais été; les Danaïdes et les filles -d'Egyptus tuèrent leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouvé la -femme plus amère que la mort. De mille hommes, ajoute-t-il, il ne s'en -trouve qu'un de bon; mais, parmi toutes les femmes, il n'y en a pas une -de bonne. (_Ecclésiaste_, ch. VII.) Les chrétiens leur ont ôté le -maniement de l'Église, les philosophes ne les ont pas voulu admettre -dans la philosophie, les jurisconsultes leur ont défendu le barreau, les -mahométans les ont exclues du paradis et les ont mises au rang des -esclaves. Il serait cependant agréable de chanter les louanges de Dieu, -de philosopher, de plaider, d'être en paradis avec des femmes. Il faut -bien qu'il y ait de leur faute à tout cela.» - -Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup plus de -celle des hommes, qui sont presque toujours injustes, ingrats et -tyranniques envers elles, qui leur aigrissent et leur faussent le -caractère, qui les forcent à recourir à la ruse, à la dissimulation et à -la vengeance. Aussi ont-elles raison de retourner contre eux le -proverbe, en disant: _L'homme perd la femme._ Il la perd par son -indifférence, par son égoïsme, par sa défiance, par ses calomnies, par -ses outrages, enfin par une foule d'erreurs, d'inconséquences et de -torts de sa conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement il -la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait l'aimer; il la perd encore -en l'aimant d'une manière déraisonnable; car il arrive ordinairement que -plus un mari aime sa femme, plus il augmente les travers qu'elle peut -avoir; tandis que, au contraire, plus une femme aime son mari, plus elle -le corrige de ses défauts. - -Je ne prétends pas m'ériger en apologiste enthousiaste de la femme, ni -rehausser son mérite en rabaissant celui de l'homme. Je conviens qu'elle -a aussi de nombreux défauts qui déparent ses qualités; mais je crois -qu'en général ses qualités lui appartiennent en propre et que ses -défauts lui viennent de nous. Il en est d'elle comme de ce rosier qui -croît sans épines, sur le sommet des hautes Alpes, et qui se hérisse de -pointes acérées quand il est cultivé dans nos jardins. En la faisant -descendre de la région élevée où elle se développerait sous de célestes -influences, en la plaçant dans un mauvais milieu, où elle est privée de -l'air pur dont elle a besoin; en lui donnant une culture trop -artificielle, et souvent en opposition avec ses aptitudes natives, nous -abâtardissons cette belle créature de Dieu, nous la rendons différente -d'elle-même, nous la transformons en un nouvel être presque entièrement -factice, tant nous sommes habiles à contrarier les facultés de sa nature -et à les vicier par le mélange de quelque élément de dégénération qui -les fait tourner à mal et produit des effets pernicieux, de même qu'une -certaine malignité de séve dans le rosier transplanté rend sa floraison -épineuse. - -Ne nous en prenons donc qu'à nous si la femme a tant d'imperfections, et -n'ayons pas la sottise de les lui reprocher, au moins celles qu'elle a -contractées par notre faute. Il serait meilleur et plus juste de -chercher le bon moyen de l'en corriger, en commençant par nous corriger -nous-mêmes des vices qui les lui ont communiquées. Les deux sexes n'ont -pas été créés et ils ne s'unissent pas pour vivre en état de guerre -permanente. Leur serait-il impossible de terminer ou de rendre moins -dures des hostilités incompatibles avec le repos et la moralité de tous -deux? - -Ah! si le mariage pouvait être ramené à cette confiance réciproque, à -cette entente cordiale, à cet échange délicieux de pensées et de -sentiments dont l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux -déceptions, combien cet état contribuerait à l'amélioration et au -bonheur de l'homme et de la femme! il est évident qu'il les rendrait -meilleurs, puisqu'ils y seraient affranchis des passions qui les -pervertissent, et plus heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une -sécurité inaltérable de toutes les délices que pourrait leur donner un -amour épuré et devenu pour eux une vertu. - -Qui décrira la suprême félicité de deux époux également animés du double -zèle de l'amour et du devoir, de l'amour qui fortifie le devoir, et du -devoir qui purifie l'amour!... Que de secrets merveilleux, de dons -célestes, la femme trouverait dans le fonds inépuisable de sa tendresse -plus délicate, plus ingénieuse, plus pénétrante que celle de l'homme, -pour le réjouir et l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un -nouveau paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de lui avoir fait -perdre. - -Mais pourquoi parler d'une chose impossible à réaliser? Le diable a -flétri cette prime fleur de nature qu'eut la femme dans l'Éden, et l'on -chercherait en vain à lui rendre son parfum et sa fraîcheur. Elle s'est -desséchée sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a déjà plus dans -sa séve de vertu qui puisse la régénérer. Elle ressemble à l'arbre aux -fruits amers dont parle le grand poëte persan Ferdouci: «On aurait beau -planter cet arbre en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de -l'éternité, humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait -toujours sa nature et ne cesserait de porter des fruits amers.» - -J'abandonne cette thèse chimérique et je reviens au but que je me suis -proposé dans cet article. Il a été de démontrer l'injustice des -reproches que les hommes adressent aux femmes. Je crois avoir opéré -cette démonstration. Il ne me reste qu'à y joindre un corollaire: c'est -que toutes ces sottes accusations, à l'appui desquelles ils citent la -fable et l'histoire, sont inadmissibles au tribunal de la raison. La -fable ne prouve rien, et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes -ont toujours fait moins de mal que les hommes. - - -Une maîtresse est reine, une femme est esclave. - -Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera la royauté -qu'elles ont reçue de l'Amour, sans penser que l'Hymen et l'Amour sont -deux frères ennemis, et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements -de l'Amour. - -Les vers suivants de Corneille, dans la tragédie de _Polyeucte_ (act. -Ier, sc. III), offrent l'explication de ce proverbe, qui forme lui-même -un vers heureux: - - Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, - Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en reines; - Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour. - -On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse, c'est que -l'homme dit toujours _ma maîtresse_ pour désigner celle qu'il aime, et -que la femme ne donne jamais le nom de _maître_ à son amant. Elle sent -bien qu'en pareil cas le nom paraîtrait dérisoire, et elle le réserve -pour son mari, lors même qu'elle tient celui-ci sous sa domination -absolue. - - -Une femme et un almanach ne valent que pour une année. - -Une femme avait un mari qui passait tout son temps dans sa bibliothèque; -elle alla l'y trouver un jour, et lui dit: «Monsieur, je voudrais bien -être un livre.--Pourquoi donc, madame?--Parce que vous êtes toujours -après.--Je le voudrais bien aussi, répliqua-t-il, pourvu que ce fût un -almanach dont on change chaque année.» C'est de cette répartie maritale -que les parémiographes font dériver le proverbe. Pour moi, je crois -qu'il a dû son origine à un usage historique d'après lequel les contrats -matrimoniaux ont pu être naturellement assimilés aux almanachs. Cet -usage, provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune chez -les Celtes, permettait de changer de femme. Le fait était assez fréquent -en Champagne dans le neuvième siècle. Il y fut prohibé par le concile -tenu à Troyes, en 878; mais l'autorité ecclésiastique ne parvint pas à -le faire cesser entièrement, ni en cette province ni en d'autres, où il -se maintint sous la protection de certain droit coutumier. C'est au pays -basque surtout que se pratiquait cette espèce de mariage temporaire, -comme nous l'apprend Jean d'Arérac dans son livre intitulé _Pandectes ou -Digestes du droit romain en français_ (ch. VI de la loy _De quibus_). La -même chose avait lieu dans les Hébrides et autres îles (_Martin's -Hebrides_, etc.). Elle existait encore, dans le pays de Galles, à la fin -du siècle dernier, si l'on en croit un article du _Moniteur_ de l'an IX. -On lit dans cet article: «Chez les Gallois, on distingue deux sortes de -mariages: le grand et le petit. Le petit n'est autre chose qu'un essai -que les futurs font l'un de l'autre. Si cet essai répond à leurs -espérances, les parents sont pris à témoin du désir que forment les -candidats de s'épouser. Si l'essai ne répond pas à l'idée qu'ils en -avaient conçue, les époux se séparent, et la jeune fille n'en éprouve -pas plus de difficultés pour trouver un mari.» - -On sait que Platon, dans sa _République_, substituait aux mariages des -unions temporaires. - - - Qui sa femme n'honore, - Lui-même se déshonore. - -Il faut avoir pour sa femme une tendresse décente et respectueuse, une -considération bienveillante et soutenue; car l'honneur d'une femme est, -en grande partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces -devoirs, fait déchoir la sienne du rang moral qu'elle doit occuper, se -flétrit et se dégrade lui-même. - -On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité: -_C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid._ - - -On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier moment, et -sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion. - -Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a tirée des médisances -et des calomnies auxquelles la conduite des femmes a été de tout temps -exposée. S'il fallait en croire leurs détracteurs, il serait difficile -d'en trouver une seule qui laissât échapper l'occasion favorable d'être -infidèle. C'est une accusation odieuse qui se réfute par son exagération -même, et les femmes ne la méritent peut-être pas autant que les hommes. -Mais ceux-ci se sont réservé le privilége exclusif de n'imputer qu'à -elles seules les trahisons conjugales dont ils leur donnent souvent -l'exemple, et dont, en bonne justice, ils devraient être responsables. -S'ils espèrent gagner quelque chose à cela, qu'ils se détrompent, et -qu'ils sachent bien qu'à force de leur reprocher d'être trompeuses ils -les portent à devenir telles: car, en leur répétant sans cesse qu'ils -les croient incapables de garder la foi promise, ils ne sauraient -réussir à la leur rendre plus sacrée. Se figureraient-ils, par hasard, -qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure perte, à -l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient pas sans être -accusées de le violer? Ou bien se flatteraient-ils qu'elles voudront y -tenir par un prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils leur -supposent? Il est plus que probable qu'elles ne prendront pas des peines -inutiles pour les démentir, et qu'elles trouveront plus commode et plus -agréable de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le méritent. La -dépense en étant déjà faite, comme on dit, elles n'ont plus rien à -ménager. - -Voilà le résultat ordinaire de la mauvaise opinion que les hommes se -font de la fidélité des femmes. Il est moins au détriment de ces dames -qu'à celui de ces messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre -elles sont des armes perfides qui leur tournent dans la main et les -blessent eux-mêmes, et, s'ils étaient mieux avisés, ils ne les -emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur guerroyante contre le sexe -n'est pas de bon ton, et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y -livrent. Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les maris -encore mieux de s'en défaire. En agissant ainsi, les premiers se -donneront un aimable relief de politesse et de galanterie qui leur -attirera quelque regard sympathique des belles, et les seconds éviteront -de mettre le comble au malheur de leur situation par un odieux ridicule: -car le monde est toujours prêt à soupçonner qu'un mari qui dénigre les -femmes doit être fort mécontent de la sienne, et qu'il tire secrètement -de l'infidélité de celle-ci, par une conclusion du particulier au -général, les arguments dont il se sert pour nier la vertu de toutes les -autres. Il a beau retrancher la trahison qu'il éprouve du nombre infini -des trahisons dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous les sots -derrière lesquels il se cache, et ses accusations ne paraissent que des -vengeances de Sganarelle. - - -La femme a été faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme. - -C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens: -_Non est creatus vir propter mulierem, sed mulier propter virum_ (XI, -9), et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme -doit être soumise à l'autorité de son mari. Mais l'apôtre n'a point -entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu'il -a dit aussi, au chapitre VII de la même épître, que, si la femme -appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous -deux ont des devoirs à remplir l'un envers l'autre. - -C'est de l'observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la -nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et -le succès de la mission sociale qu'ils ont à poursuivre ensemble. Et -qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour atteindre ce double -but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt -démontrer que celle-ci l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages -qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas -rationnel d'attribuer, d'après ces avantages particuliers, la -prééminence à l'un des collaborateurs dans une œuvre qui est également -due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu'au moyen de l'entente -parfaite et des soins bien combinés de l'un et de l'autre. Admettons -donc qu'il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en -reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités -différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait -voir dans l'homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi -que l'a remarqué J.-J. Rousseau, dont le passage suivant revient au -sujet que je traite. - -«La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver -très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur -fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. -De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et -l'homme le bras, mais avec une telle dépendance l'une de l'autre que -c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme -que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvait remonter -aussi bien que l'homme aux principes, et que l'homme eût aussi bien -qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils -vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait -subsister; mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin -commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l'impulsion -de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.» (_Émile_, liv. -V.) - - -La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille. - -C'est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme -consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil, -car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où -elle a grand besoin de se délasser, après tant d'heures si activement -employées à se parer et à donner de l'exercice à sa langue. Mais le -triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement. -L'essence de cette nature féminine s'est si bien infusée dans le -caractère de certains hommes, qu'on n'y découvre presque plus rien de -viril, et notre jeu de mots proverbial s'applique aussi avec raison à -tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les -occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages -frivoles de l'autre sexe. - - - Femme est mère de tout dommage. - Tout mal en vient et toute rage. - -Ce distique proverbial me paraît être une allusion allégorique de Perroz -de Saint-Clost ou Pierre de Saint-Cloud, dans la première branche du -roman du _Renard_. Ce trouvère raconte qu'Adam ayant frappé la mer avec -une verge que Dieu, en l'exilant de l'Éden, lui avait donnée, il en -sortit une brebis, et qu'Ève, désireuse d'en avoir une seconde, ayant -pris la verge miraculeuse de la main de son époux, fit surgir des flots, -par le même acte, un loup qui se précipita sur la brebis, qu'il aurait -dévorée si Adam ne se fût pressé de frapper un second coup, duquel -provint un chien, qui arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce -procédé si expéditif de création à tour de bras, alternativement employé -par l'homme et la femme, produisit en peu de temps une foule innombrable -d'animaux, en chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue au -caractère moral de son auteur. Les évains, c'est-à-dire ceux qu'Ève -faisait naître, étaient sauvages et dangereux, ceux qui devaient -l'existence à Adam avaient une nature bonne et susceptible de devenir -meilleure, ou, pour parler comme le trouvère, - - Les Évains assauvagissoient, - Et les Adams assagissoient. - -Cette allégorie, assez diaphane, où l'on voit tout ce qui émane de la -femme participer de l'esprit de méchanceté qu'on lui attribue, -n'appartient pas en propre à notre trouvère. Il en a tiré l'idée de -quelques traditions populaires, qui reprochent à la mère du genre humain -d'avoir été aussi, en quelque sorte, celle de beaucoup de bêtes -malfaisantes, qu'on suppose n'être devenues telles que par suite de la -faute qu'elle commit. Cette idée, répandue presque partout, se retrouve -dans une légende orientale qui nous apprend que, lorsque Adam et Ève -furent créés, chacun d'eux éternua à l'instant où le souffle divin -introduisit l'âme dans le corps. De l'éternuement de l'homme naquit le -lion, symbole de la force et du courage, et de l'éternuement d'Ève -naquit le chat, symbole de la ruse et de la lâcheté. - - -Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle -suit. - -Cette comparaison est traduite du proverbe latin: _fugax, sequax; -sequax, fugax._ «Suivez la femme, elle vous fuit; fuyez-la, elle vous -suit.» Elle a été attribuée à Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le -recueil des pensées de cet ingénieux écrivain. Mais elle existait -longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez les Latins qui nous -l'avaient transmise ainsi qu'à plusieurs autres peuples. Le poëte arabe -Zehir, qui, sans nul doute, ne l'a pas plus inventée que l'auteur -français, en a fait l'application à la femme coquette, à qui elle -convient mieux qu'à toute autre femme; car c'est un vrai manége de -coquetterie dont l'image y frappe, en quelque sorte, la vue non moins -que l'esprit. «La coquette, dit-il, ressemble à l'ombre qui marche avec -vous: si vous courez après, elle vous fuit; si vous la fuyez, elle vous -suit.» - -La même idée a été plusieurs fois exprimée en assimilant la femme à tel -ou tel objet qu'on a jugé propre à la représenter. Voici une de ces -similitudes qu'il me souvient d'avoir trouvée dans une pièce du théâtre -italien de Gherardi: - - A des soldats poltrons je compare les belles: - On les fait fuir en courant après elles; - On les attire en les fuyant. - - -Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant. - -C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des _Amours_, élégie VIII: -_Casta est quam nemo rogavit_, et que Mathurin Régnier a redit dans ce -vers de la satire intitulée _Macette_, ou l'_Hypocrisie déconcertée_: - - Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point priée. - -L'auteur des _Lettres Persanes_ a reproduit la même idée en ces termes: -«Il est des femmes vertueuses; mais elles sont si laides, si laides, -qu'il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu.» - -Jehan de Meung, dans le _Roman de la Rose_, a exprimé la chose d'une -manière plus énergique, mais moins spirituelle, en quatre vers que je ne -citerai pas. - -Quelques poëtes licencieux l'ont répétée avec un cynisme révoltant. -Enfin il s'est rencontré des écrivains privés de tout sens moral, qui, -prenant au sérieux ce que les autres n'avaient avancé que par jeu ou -débauche d'esprit, ont osé développer, dans des pages sans raison comme -sans pudeur, cette abominable opinion des Esséniens[5]: qu'il est -impossible à toute femme d'être chaste et fidèle. - - [5] Les Esséniens ou Esséens étaient des sectaires juifs qui - commencèrent à faire parler d'eux vers le temps des Machabées. La - mauvaise opinion qu'ils avaient des femmes les avait portés à - proscrire le mariage et à vivre dans le célibat. - -Que deviendrait la famille, que deviendrait la société, que deviendrait -tout ce qu'il y a de sacré dans le genre humain, si cette infâme -doctrine pouvait être accréditée? Les libertins qui la professent -mériteraient d'être punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation -avec ces effrontés renieurs de sa vertu, et les hommes les devraient -bannir des assemblées publiques. C'est ainsi que nos aïeux les -traitaient dans les siècles chevaleresques. Ils chassaient des tournois -ceux qui étaient convaincus d'avoir mal parlé des femmes, contrairement -aux statuts de la chevalerie, qui commandaient de les honorer et de ne -pas souffrir qu'on osât _blasonner et mesdire d'elles_. Ils savaient -très-bien que plus les femmes sont respectées, plus elles se rendent -respectables. - -Où trouver aujourd'hui ce respect dont nos aïeux voulaient qu'on leur -offrît des témoignages effectifs? Faut-il l'aller chercher dans le pays -où La Fontaine a placé la demeure de la véritable amitié?--Eh bien, oui; -c'est là qu'il existe réellement. Dans le royaume de Monomotapa, les -femmes sont si sévères, que le fils du roi, quand il en rencontre une, -est obligé de s'arrêter, de s'incliner devant elle et de lui céder le -pas. Les Cafres à demi barbares pourraient, sur ce point, donner des -leçons aux Européens, qui se prétendent civilisés. - - -Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui répétera -dix fois par jour. - -Parce que le diable sait que, pour se rendre maître de l'esprit des -femmes, il n'y a pas de meilleur moyen que de chatouiller leur vanité. -Comme elle est en quelque sorte le premier de leurs sentiments, comme -elle se mêle à tous ceux qu'elles éprouvent, elle ne manque guère, -aussitôt qu'elle est mise en jeu par la louange habilement maniée, de -les entraîner dans les piéges où le grand séducteur les attend. Les -filles d'Ève ne résistent pas mieux que leur mère aux illusions -décevantes de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie des -victimes de la séduction, on verrait que presque toutes ont été perdues -par la flatterie plus encore que par l'amour. - - -Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme. - -Ce proverbe a été mal compris et mal expliqué par tous les -parémiographes, qui n'ont pas vu que le verbe _cuider_ y est employé à -la troisième personne du présent du subjonctif et non de l'indicatif. Il -ne signifie donc pas _chacun pense_, mais _que chacun pense_, etc. Ce -n'est pas un fait qu'il énonce, c'est un conseil qu'il donne, en usant -d'un tour de phrase elliptique autrefois fort usité et conforme à -l'expression latine _quisque putet_ (que chacun pense...). Le fait ne -peut être vrai qu'exceptionnellement, à l'égard d'un fort petit nombre -de maris que leurs femmes savent tenir, par un art merveilleux, dans les -illusions de l'optimisme conjugal.--Quant au conseil, il est plein de -raison, et ceux à qui il serait possible de le mettre en pratique s'en -trouveraient parfaitement bien. Sancho Pança disait: «La sagesse en -ménage est de croire qu'il n'y a qu'une bonne femme au monde, et qu'on -l'a rencontrée.» - - -L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur est de cire. - -On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible à fixer, et que -la cire est susceptible de prendre toutes sortes de modifications. Par -conséquent, si l'esprit et le cœur féminins sont justement assimilés à -ces deux objets, il faut reconnaître que cet esprit est des plus mobiles -et ce cœur des plus changeants. On pourrait dire pourtant que la -comparaison, établie par le proverbe, entre la cire et le cœur, pèche en -un point: c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte -qu'elle a reçue, en refuse une autre, au lieu qu'une vieille impression -faite sur le cœur n'en exclut pas une nouvelle. Mais on objecterait -qu'il ne s'agit pas ici d'un vieux cœur de femme, sur lequel d'ailleurs -on ne cherche jamais à faire quelque impression. - - -Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est encore -faite qu'à moitié. - -C'est un fait réel et renouvelé chaque jour dans un salon de réception, -que, lorsqu'une dame s'est levée pour en sortir, elle y reste encore, -et, sans reprendre son siége, continue la causerie durant un temps qui -double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle ainsi? -Est-ce parce qu'elle espère que ses compagnes, en la voyant debout et -prête à partir, seront moins impatientes de lui ravir le dé de la -conversation? ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus -favorable au développement de ses avantages physiques dans le débit -oratoire, attirera mieux sur elle les regards? On peut admettre les deux -motifs à la fois, surtout chez une jolie femme; car celle-ci tient à -briller par le charme de son maintien, la grâce de ses mouvements, -l'élégance de ses gestes, le feu de ses yeux et l'expression animée de -sa physionomie. Elle ne désire pas seulement qu'on l'écoute parler, elle -désire aussi qu'on la _regarde parler_. - - -La femme est le savon de l'homme. - -La femme nettoie l'homme de bien des défauts: elle le corrige de ses -instincts grossiers, et le décore d'une foule de qualités aimables, dans -cet âge surtout où il est porté, par le plus doux des penchants, à lui -offrir les prémices de son cœur. C'est elle dont l'heureuse influence -l'initie aux manières polies, aux mœurs courtoises, et fait prendre -quelquefois à son caractère sa forme la plus épurée. Tel qui se -distingue par l'élévation de ses sentiments n'aurait peut-être jamais eu -qu'une âme commune si le désir de plaire aux femmes n'avait éveillé son -amour-propre et ne lui avait donné ce relief de noblesse et d'urbanité -qui manifeste, en traits charmants comme elles, le merveilleux -changement qu'elles ont opéré dans sa nature. (Voyez ci-contre le -proverbe: _Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés._) - -On dit quelquefois dans le même sens: _La femme est une savonnette à -vilain_; ce qui est une extension donnée à l'expression _savonnette à -vilain_, par laquelle on désignait, avant la révolution de 1789, une -charge qui anoblissait et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture -celui à qui elle était concédée à prix d'argent. Il y avait alors en -France une quantité considérable de ces vilains décrassés. - -Il y a une maxime de Saint-Évremont qui a de l'analogie avec le proverbe -que je viens de commenter; la voici: «L'étude commence un honnête homme, -le commerce des femmes l'achève.» _Honnête homme_, dans cette maxime, -doit se prendre dans la signification qu'il avait autrefois, -c'est-à-dire homme aimable, élégant, qui a des manières distinguées, qui -sait vivre. - - -Sans les femmes les hommes seraient des ours mal léchés. - -Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes, ils ne seraient pas -seulement malheureux, mais grossiers, rudes, intraitables, et nous -voyons que ceux qui, dans le monde, restent isolés du commerce des -femmes ont généralement un caractère disgracieux et même brutal. Ce sont -donc elles, on n'en saurait douter, qui préviennent ou corrigent de tels -défauts et y substituent des qualités aimables, délicates, dont le -principe est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et -s'humanise auprès de ces enchanteresses; transformé par leur -merveilleuse influence, il devient un être charmant. C'est la -métamorphose de l'âne de Lucien ou d'Apulée. Cet animal est changé en -homme après avoir brouté des roses. - -L'expression proverbiale _ours mal léché_, par laquelle on désigne un -individu mal fait et grossier, est venue d'une opinion erronée des -naturalistes du moyen âge qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de -Pline, que les oursons venaient informes et que leur mère corrigeait ce -défaut à force de les lécher; ce qu'elle ne fait que pour les dégager -des membranes dont ils sont enveloppés en naissant. - - -Les femmes font les hommes. - -Un ambassadeur de Perse demandait à l'épouse de Léonidas pourquoi les -femmes étaient si honorées à Lacédémone. «C'est qu'elles seules, -répondit-elle, savent faire des hommes.» De là ce proverbe dont le -passage suivant du comte J. de Maistre explique très-bien le sens moral: -«Faire des enfants, ce n'est que de la peine. Mais le grand honneur est -de faire des hommes, et c'est là ce que les femmes font mieux que nous. -Croyez-vous, messieurs de l'Académie, que j'aurais beaucoup -d'obligations à ma femme si elle avait composé un roman, au lieu de -faire un fils? Mais faire un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le -poser dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui croit en -Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler -sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager -et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes. Voilà le -grand accouchement qui n'a pas été maudit comme l'autre. Les femmes -n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genre. Elles n'ont -fait ni l'_Iliade_, ni l'_Énéide_, ni la _Jérusalem délivrée_, ni -_Phèdre_, ni _Athalie_, ni _Rodogune_, ni le _Misanthrope_, ni le -Panthéon, ni la _Vénus de Médicis_, ni l'_Apollon_, ni le _Perse_. Elles -n'ont inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni le métier à bas: mais -elles font quelque chose de plus grand que tout cela. C'est sur leurs -genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde: un -honnête homme et une honnête femme.» - -Il y a un mot de Napoléon Ier, non moins remarquable dans sa brièveté -que l'est dans son étendue le morceau précédent: «L'avenir des enfants -est l'ouvrage des mères.» - -Buffon avait exprimé la même idée en ces termes dans une de ses lettres -dont le recueil a été publié, il y a quelques années: «C'est la mère qui -transmettra aux fils les qualités de l'esprit et du cœur.» - -Je citerai encore quelques phrases de l'abbé F. de Lamennais, qui -reviennent à notre proverbe: «Plus sûr que le raisonnement, un -infaillible instinct préserve la femme des erreurs fatales auxquelles -l'homme se laisse entraîner par l'orgueil de l'esprit et de la science. -Tandis que la vaine et débile raison de l'homme ébranle aveuglément les -bases de l'ordre et de l'intelligence même, la femme, éclairée d'une -lumière et plus intime et plus immédiate, les défend contre lui, -conserve dans l'humanité les croyances par lesquelles elle subsiste; -elle en est, au milieu de la confusion des idées et des révolutions, la -gardienne pieuse et incorruptible.»--«Les vérités, les lois morales, -non-seulement perdraient leur autorité sur la terre, mais, altérée par -mille conceptions fausses, la nature même s'en éteindrait, si, -doublement mère, la femme, dès le berceau, n'initiait l'enfant à ces -sacrés mystères, si elle ne déposait en lui l'impérissable germe de la -foi qui le sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.»--«Les -semences primordiales du vrai et du beau, les sentiments profonds qui -décident de l'existence entière, les hommes les doivent à la femme; -c'est elle qui les fait ce qu'ils sont.» - - -Sans les femmes les deux extrémités de la vie seraient sans secours et -le milieu sans plaisir. - -Il faut laisser à chacun le soin de développer dans son propre cœur -cette vérité proverbiale qui résume si bien les obligations dont -l'homme, à chaque phase de son existence, est redevable à la femme -considérée comme mère, comme épouse, comme amante, comme amie; car -l'esprit ne saurait analyser tant de témoignages ineffables de -tendresse, de dévouement et d'abnégation, qu'elle ne cesse de nous -prodiguer depuis le berceau jusqu'à la tombe; et le cœur, qui les a -reçus, qui en a gardé l'impression dans toutes ses fibres, peut seul les -reproduire en ses suaves réminiscences. Je me contenterai de citer les -vers suivants que le cœur de Ducis lui inspirait dans son _Épître à ma -femme_: - - O sexe fait pour la tendresse! - La douleur vous vend vos enfants; - Vous veillez sur nos pas naissants; - De vous l'homme a besoin sans cesse! - Par vous nous vivons au berceau, - Par vous nous marchons au tombeau - Sans voir la mort et sans tristesse. - Du ciel la profonde sagesse - Fit de vous notre enchantement, - Notre trésor le plus charmant, - Notre plus chère et douce ivresse, - Et nos amis les plus constants, - Le transport de notre jeunesse, - Le calme de notre vieillesse, - Notre bonheur dans tous les temps. - - -Les femmes ont l'œil américain. - -_Avoir l'œil américain_, c'est regarder de côté tout en paraissant ne -regarder que devant soi, comme font les sauvages d'Amérique, lesquels, -ayant le sens de la vue très-développé, peuvent apercevoir distinctement -ce qui se passe à droite et à gauche, sans tourner la tête. Les femmes -européennes, en général, sont douées de cette faculté visuelle dont -l'exercice ne dérange en rien l'immobilité qu'elles savent donner à leur -visage en certaines occasions où elles voient tant de choses en -regardant ailleurs. «Il est juste, dit Mme de Genlis, que la nature ait -accordé un tel privilége à celles qui ne doivent jamais avoir un regard -assuré, ou du moins fixe, et qui sont si souvent obligées de baisser les -yeux et de les détourner. (Nouveaux Contes moraux: _le Malencontreux_.) - - -Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs. - -On sait que le comte de Guibert a placé ce vers heureux dans sa tragédie -du _Connétable de Bourbon_ où le premier hémistiche est dit par Adélaïde -et le second par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point inventé; -il l'a trouvé tout fait dans le recueil des proverbes usités en -Provence. Voici le texte patois qui correspond mot pour mot et -métriquement au français: - - _Leïs homés fan leïs leis, leïs frémos fan leïs murs._ - -On a établi, entre les lois et les mœurs, cette différence essentielle -que les lois règlent plus les actions du citoyen et les mœurs règlent -plus les actions de l'homme. D'après cela, on peut conclure avec raison -que l'influence des femmes est d'une importance qui la rend supérieure à -celle des législateurs: car avec des mœurs on pourrait se passer de -lois, et avec des lois on ne pourrait se passer de mœurs. - -«A quoi servent des lois, inutiles sans les mœurs?» s'écriait Horace: - - _Quid leges sine moribus - Vanæ proficiunt?_ - -(Lib. III, od. 24.) - -Tant que les femmes ont fait les mœurs, les femmes ont été respectées. -Ce n'est qu'en les défaisant, ce qui leur est arrivé quelquefois, -qu'elles ont cessé de l'être. L'histoire nous apprend que c'est à des -époques sans mœurs qu'ont été imaginées et mises en circulation ces -formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts avec une certaine -vérité, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles soient presque toujours -fausses parce qu'elles sont trop généralisées. - - -Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines. - -C'est-à-dire qu'elles restent dans le rôle qui leur est assigné par la -nature; car, en voulant en prendre un autre pour lequel elles ne sont -point faites, elles ne peuvent s'attirer que des désagréments et des -malheurs.--Proverbe qui paraît avoir été formulé, au moyen âge, d'après -ce passage de Plutarque: «Alexandre, ayant défait Darius, envoya -plusieurs beaux présents à sa mère; mais il demanda qu'elle ne se mêlât -pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprît point l'état de -capitaine.» - -Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale ce proverbe. Les dames -françaises, à diverses époques, affichèrent réellement des prétentions -militaires, non-seulement dans leurs discours, mais dans leurs actions, -comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus agréable que -d'imiter les Marphise et les Bradamante.--Plusieurs histoires, notamment -les _Antiquités de Paris_, par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses -investies du commandement de certaines places fortes. Cette manie, à -laquelle contribua beaucoup sans doute la lecture des romans -chevaleresques, prit un nouveau développement dans le seizième siècle, -lorsque l'imprimerie eut multiplié les exemplaires de plusieurs de ces -livres par les soins de François Ier, qui les jugeait propres à -favoriser le projet qu'il avait conçu de faire revivre l'ancienne -chevalerie dans une seconde chevalerie de sa façon. - -Sous le règne de Charles IX les salons étaient devenus des espèces -d'écoles d'amour et de guerre, où les dames se montraient jalouses de -donner des leçons dans les deux arts. Elles se faisaient un point -d'honneur d'exercer en public une sorte d'empire sur leurs amants -guerriers; elles les enrôlaient dans telle ou telle faction de l'époque, -et les envoyaient, parés d'écharpes et de faveurs, remplir le rôle -qu'elles leur avaient assigné. Quelquefois même elles leur faisaient la -conduite et traversaient la ville à cheval, caracolant à côté d'eux ou -montées en croupe avec eux. - -Elles se signalèrent, du temps de la Fronde, par de semblables -excentricités. On sait quelle fut leur influence sur les événements de -cette époque. La duchesse de Longueville engagea Turenne, qui venait -d'être nommé maréchal, à faire révolter contre l'autorité royale l'armée -qu'il commandait. La duchesse de Montbazon gagna le maréchal -d'Hocquincourt, qui lui écrivit ce billet laconique, mais significatif: -«Péronne est à la belle des belles.» Les _Mémoires_ de Mademoiselle -contiennent une lettre de Gaston d'Orléans, son père, avec cette -curieuse suscription: «A mesdames les comtesses _maréchales de camp_ -dans l'armée de ma fille contre le Mazarin.» - - - Des femmes et des chevaux, - Il n'y en a point sans défaut. - -La perfection n'appartient à aucun être sur la terre, et sans doute il -n'en faut point chercher le modèle chez les femmes; mais les hommes -sont-ils moins imparfaits qu'elles? La vérité est qu'en général les -femmes ont plus de petits défauts, et les hommes plus de vices achevés. -Quant aux qualités qui brillent en elles, il est impossible de ne pas -reconnaître qu'elles se distinguent par des avantages que celles des -hommes n'offrent pas au même degré. «Vertus pour vertus, dit une maxime -chinoise, les vertus des femmes sont toujours plus naïves, plus près du -cœur et plus aimables.» - -Le rapprochement des femmes et des chevaux, que présente notre proverbe, -n'a pas été suggéré peut-être par une pensée aussi impertinente qu'on -pourrait le penser; il tient aux habitudes chevaleresques: tout paladin -consacrait sa vie à l'amour et à la guerre. Pour aimer, il devait avoir -une belle dame; pour combattre, il avait besoin d'un bon cheval, et il -confondait ces deux êtres dans une affection presque égale, quoiqu'il -fût souvent obligé de reconnaître que ni l'un ni l'autre n'étaient -jamais sans défauts. - - -Les femmes sont trop douces, il faut les saler. - -Ce dicton, qui s'entend sans commentaire, me paraît avoir suggéré l'idée -d'une ancienne farce dramatique dont voici le titre: «Discours facétieux -des hommes qui font _saler leurs femmes à cause qu'elles sont trop -douces_, lequel se joue à cinq personnages.» L'_Histoire du -Théâtre-Français_ a parlé de cette pièce curieuse, imprimée à Rouen, -chez Abr. Cousturier en 1558, et le docte A.-A. Monteil en a donné la -piquante analyse que voici: «Des maris sont venus se plaindre que leur -ménage, sans cesse paisible, était sans cesse monotone; que leurs femmes -étaient trop douces. L'un d'eux a proposé de les faire saler. Aussitôt -voilà un compère qui se présente, qui se charge de les bien saler. On -lui livre les femmes, et le parterre et les loges de rire. Les femmes, -quelques instants après, reviennent toutes salées, et, leur sel mordant -et piquant se portant au bout de la langue, elles accablent d'injures -leurs maris, et le parterre et les loges de rire. Les maris veulent -alors faire dessaler leurs femmes: le compère déclare qu'il ne le peut, -et le parterre et les loges de rire davantage. Enfin la pièce, si -plaisamment nouée, est encore plus plaisamment dénouée, car les maris, -qui sont des maris parisiens, c'est-à-dire des maris de la meilleure -espèce, qu'on devrait semer partout, particulièrement dans le nouveau -monde, au lieu de dessaler, comme en province, les femmes avec un -bâton[6], se résignent à prendre patience, et le parterre et les loges -de rire encore davantage, de ne pouvoir plus applaudir, de ne cesser de -se tenir les côtes de rire.» - - [6] Allusion à la coutume de frapper avec un bâton les quartiers de - lard salé pour en faire tomber les grains de sel. - - -Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis -des femmes. - -Les chevaux ont beaucoup à souffrir à Paris, les maris y éprouvent bien -des contrariétés, et les femmes y jouissent de toute sorte de plaisirs. -Cette triade proverbiale était autrefois d'une vérité plus incontestable -qu'aujourd'hui, surtout à l'égard des femmes, parce que la coutume de -Paris, plus favorable pour elles que toutes les autres coutumes du -royaume, n'admettait point qu'elles fussent battues comme ailleurs, et -ne prononçait point de peines sévères contre la violation de la foi -conjugale. - -Corneille a rappelé la dernière partie de cette triade dans la _Suite du -Menteur_, où Lise dit à Mélisse, sa maîtresse, en parlant de Dorante -qu'elle l'engage à épouser: - - Il est riche et de plus il demeure à _Paris_, - Qui, _des femmes_, dit-on, _est le vrai paradis_; - Et, ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses, - Les maris y sont bons et les femmes maîtresses. - -On connaît ce mot de Montesquieu: «Quand on a été femme à Paris, on ne -peut plus être femme ailleurs.» - - -Les femmes ont des souris à la bouche, et des rats dans la tête. - -Il n'est pas nécessaire d'expliquer le sens de ce calembour proverbial, -mais il est bon de rappeler pourquoi l'expression _avoir des rats_ -signifie, au figuré, être capricieux, fantasque. Le Duchat prétend que -cette expression fait allusion _à la rate d'où la plupart des -bizarreries procèdent_. L'auteur de l'_Histoire des rats_ la croit -fondée sur la supposition qu'une personne sujette à des inégalités -d'humeur a la tête remplie de rats qui s'y promènent, et qui, par leurs -différents mouvements, y déterminent ses pensées et ses volontés. L'abbé -Desfontaines croit avec plus de raison que _rat_ est ici un vieux mot -français tiré du latin _ratum_ (pensée, résolution, dessein), et qu'on -dit d'un individu qu'_il a des rats_, de même que l'on dit qu'_il a des -idées_, pour faire entendre qu'il a des hallucinations, des lubies, des -folies. - -Cette étymologie rentre dans celle qu'a proposée dom Louis le Pelletier, -qui assure dans son dictionnaire que ce mot a été pris du celto-breton, -où il est employé dans une signification identique. - - -Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles -qu'elles veulent être. - -C'est-à-dire qu'il faut prendre ces messieurs avec leurs défauts et ces -dames avec leurs prétentions, si l'on veut vivre en paix avec eux et -avec elles. - -Il est vrai que cette paix est extrêmement difficile et qu'elle doit -être payée fort cher par les ménagements continuels qu'on est obligé -d'avoir pour ces défauts et surtout pour ces prétentions, plus -intolérables que ces défauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout -leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible d'en rien -rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut mieux s'y soumettre que s'y -opposer, afin de s'épargner les efforts pénibles qu'on tenterait en vain -pour y résister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, sérieux dans sa -première partie et ironique dans sa dernière. Quant à moi, je ne puis -voir dans cette explication qu'une glose pire que le texte, et dont la -malice se donne carrière aux dépens de la vérité. Il n'est pas prouvé -que les femmes aient les prétentions déraisonnables que les préventions -des hommes leur reprochent: il n'y a que des folles incapables de se -modérer chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on que les autres -ont l'adresse de les cacher; mais en supposant que cela soit, on doit -leur en savoir gré, et j'aime à croire que cette conduite non moins -habile que réservée leur donne le droit de répondre à leurs accusateurs -que si elles tiennent à être prises telles qu'elles veulent être, c'est -qu'elles veulent être réellement telles qu'elles doivent être. - - -L'amour des femmes tue le courage des plus braves. - -C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable et l'histoire. -Voyez Hercule abandonnant sa massue et filant une quenouille aux pieds -de la reine Omphale; voyez Antoine asservi lâchement aux charmes de -Cléopatre; et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de multiplier, -combien l'amour des femmes est dangereux et funeste. Il étouffe toute -énergie chez l'insensé qui s'y abandonne; il le rend incapable de tout -noble élan, il le tient plongé dans une mollesse abrutissante; en un -mot, il lui fait oublier tous ses intérêts et tous ses devoirs. - -Voilà pourquoi on dit encore _l'amour des femmes tue la sagesse_: ce qui -a son explication suffisante dans les réflexions que je viens de -présenter. Ce proverbe et le précédent ne diffèrent l'un de l'autre que -par l'application particulière que chacun d'eux fait de cette vérité -générale: que la passion pour les femmes a des effets pernicieux sur le -moral de l'homme, et qu'elle fait souvent de lui, par l'usage immodéré -des coupables plaisirs qu'elle lui présente, un animal dégradé. - -Êtes-vous pauvre, détournez-vous de ces plaisirs: ils coûtent plus cher -que les vrais besoins. Aspirez-vous à la gloire, détournez-vous-en de -même: ils vous la feraient prendre en pitié. Voulez-vous rester bon, -fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient pas de cœur. - - -Les femmes sont toutes fausses comme des jetons. - -Les femmes veulent plaire à tout le monde, et, pour y parvenir, elles -sont obligées de jouer tant de personnages divers qu'il est bien -difficile qu'en s'essayant à un pareil manége elles ne deviennent pas -plus ou moins fausses. C'est sans doute sur cette observation -d'expérience qu'a été fondé le proverbe, qui est parfaitement vrai des -femmes coquettes, et qui ne l'est pas également des autres femmes. J'en -connais plusieurs qui méritent une honorable exception, et j'aime à -croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais pourtant les -compter par douzaines, et je suis forcé de convenir, pour me conformer à -l'opinion la plus circonspecte, que les femmes, en général, ont, à des -degrés différents, une certaine dose de dissimulation et de mauvaise foi -qu'elles cachent sous de belles apparences de franchise et de sincérité, -de même que les jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils -sont ordinairement composés sous la brillante dorure qui en décore les -surfaces. - - -Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la -vérité à ceux qui ne les croient pas. - -Pourquoi cela? N'est-ce point parce que les femmes, en général, sont peu -sincères et ne font guère usage de la vérité que pour mieux tromper, -quand elles savent qu'on n'ajoutera pas foi à leur parole? On ne peut, -ce me semble, expliquer autrement ce malin proverbe qui fait si bien -ressortir leur fausseté jusque dans son contraire. Mais l'opinion qu'il -exprime est-elle parfaitement fondée? J'ai consulté là-dessus les -experts les plus compétents, dans l'espérance qu'ils me fourniraient de -bonnes raisons pour la combattre. Aucun d'eux jusqu'ici ne m'a répondu -selon mon désir, et je suis forcé d'attendre encore entre le pour et le -contre, n'ayant pas les preuves de l'un, et ne voulant pas admettre -celles de l'autre. - -Je remarquerai seulement que, si le proverbe était aussi vrai qu'il est -ingénieux, les hommes ne sauraient éviter, soit en accordant, soit en -refusant leur confiance aux femmes, d'être réduits à une alternative -fâcheuse, signalée par cet autre proverbe: _Qui croit sa femme se -trompe, et qui ne la croit pas est trompé._ - - -La vieillesse est l'enfer des femmes. - -C'est ce que répétait la belle et spirituelle Ninon de Lenclos, qui -vécut, pour ainsi dire, sans vieillir, inspira une passion à l'âge de -quatre-vingts ans, et mourut à quatre-vingt-onze... Si elle sentait -cette cruelle vérité, combien plus doivent la sentir les autres femmes -qui n'ont pas, comme elle, des avantages propres à la leur rendre moins -sensible. - -On lit parmi les maximes de Saint-Évremont: «L'enfer pour les femmes qui -ne sont que belles, c'est la vieillesse.» Est-ce de Ninon qu'il tenait -le mot, ou Ninon le tenait-elle de lui? - -La vieillesse est pour les femmes pire que la boîte de Pandore: elle -renferme tous les maux, moins l'espérance. - -La vieillesse a quelque chose de digne, d'imposant chez les hommes; mais -hélas! chez les femmes, elle est terrible, désespérante, et dénuée de -poésie. Elle ne fait d'elles que des ruines sans grandeur et sans -majesté. - - -Les femmes sont comme les énigmes, qui ne plaisent plus quand on les a -devinées. - -Cette comparaison proverbiale existe dans beaucoup de langues comme dans -la nôtre, et elle a été employée par beaucoup d'écrivains qui -s'accordent à la regarder comme vraie. Cependant, malgré cette imposante -unanimité d'opinion, je ne puis me résoudre à penser avec eux que ces -aimables enchanteresses perdent à se faire connaître ce qu'elles gagnent -à se faire voir. Mais j'aurais besoin, je l'avoue, qu'elles voulussent -bien m'expliquer le soin extrême qu'elles prennent de ne pas se laisser -deviner, et l'antipathie décidée qu'elles ont contre ceux qui les -devinent. Sans cela, je crains de finir par dire comme les autres: - - Les femmes de l'énigme offrent le caractère: - Sitôt qu'on les devine elles cessent de plaire. - - -Les femmes sont comme les paons dont les plumes deviennent plus belles -en vieillissant. - -Le plumage des paons acquiert plus de lustre avec les années, et la -toilette des femmes devient plus brillante à mesure que leur jeunesse -diminue, car elles cherchent à suppléer, par les prestiges de l'art, aux -charmes naturels que chaque jour qui s'envole leur enlève. Comme elles -ne voient pas dans l'avenir de malheur plus grand que de cesser de -plaire, elles n'ont pas de désir plus vif ni d'intérêt plus pressant que -de paraître toujours jeunes et belles; et, dans le nombre infini de -celles qui peuvent conserver l'espoir d'en imposer sur leur âge, vous -n'en trouverez aucune qui dise de bonne foi, comme la belle-mère de -Ruth: «Ne m'appelez plus Noémi; nom qui signifie belle. _Ne vocetis me -Noemi, id est pulchram._» (Ruth, I, 20.) - -Notre comparaison proverbiale s'applique particulièrement à ces vieilles -coquettes récrépies qui aiment à se pavaner sous les magnifiques livrées -de la mode, et prétendent éclipser les jeunes et jolies femmes par le -luxe de leur parure hors de saison. - - -Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-grièches dans -leur domestique, et des colombes dans le tête-à-tête. - -On attribue à Fontenelle cette formule proverbiale qu'il n'est pas -nécessaire d'expliquer; mais en admettant qu'elle soit due à son esprit, -ce qui est douteux, il faut reconnaître que les parties dont elle se -compose existaient séparément avant lui dans une foule de locutions -analogues. Les femmes ont été assimilées à toutes sortes d'oiseaux sous -le rapport des mœurs et du caractère, et elles ont avec eux des -ressemblances assez frappantes pour faire penser qu'elles pourraient -être étudiées dans les volières aussi bien que dans les salons. Cette -étude morale formerait une nouvelle branche d'ornithologie comparée qui -ne serait pas moins intéressante que curieuse. - - -Les femmes qui sont anges à l'église sont diables à la maison. - -Parce que, à la maison, elles trouvent toujours à redire à la conduite -de leurs maris, et les poursuivent de reproches continuels. Un d'eux, -pour s'affranchir des remontrances criardes de la sienne, qui -remplissait très-bien les deux rôles, souhaitait qu'elle eût l'église -pour unique domicile. Elle serait sainte, ajoutait-il, et moi -bienheureux. - -On dit aussi de ces furies dévotes qu'_elles mangent les saints et -vomissent les diables_. - - -Vides chambres font dames (ou femmes) folles. - -Vieux proverbe qui signifia primitivement que la misère fait oublier la -pudeur aux femmes, les entraîne à une conduite déréglée et les pousse -même à la plus honteuse prostitution, car le mot _folle_ y était mis -comme équivalent de _folles de leurs corps_, dénomination qu'on -appliquait autrefois aux femmes de mauvaise vie. - -Ce proverbe s'emploie aujourd'hui pour dire que, lorsque les femmes -n'ont pas dans leur ménage les choses nécessaires, elles ne cessent de -quereller leurs maris dont l'avarice ou l'inconduite leur en impose la -privation. - - -Les dames à la grand'gorge. - -On appelait ainsi les dames de la cour de François Ier, parce qu'elles -portaient des robes échancrées autour du sein qui, soutenu et relevé par -une riche bande d'étoffe nommée _gorgias_, s'étalait dans une complète -nudité. - -Le clergé les réprimanda d'oser se montrer _sous les livrées de -l'impudicité_. Jean Polman, chanoine théologal de Cambrai, dans son -ouvrage intitulé le _Chancre ou Couvre-sein féminin_, leur reproche «de -piaffer les bras nus, à sein ouvert, et à tetins découverts». - -Le père Gardeau, Génovefain, fit contre elles plusieurs prédications où -il prit pour texte les versets 16 et 17 du chapitre III d'_Isaïe_ -annonçant aux filles d'Israël que Dieu les rendra chauves parce qu'elles -vont la tête levée, la gorge nue et l'œil tourné à la galanterie. - -Un autre prédicateur, dit-on, leur recommandait d'avoir toujours sur -leur gorge un fichu de toile de Hollande, et de repousser les mains -téméraires des amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il, -«quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas!» Malgré tout ce que le -clergé put faire et dire contre cette mode indécente, elle se maintint -sous plusieurs règnes. - -C'est probablement pour ridiculiser la polémique dont elle avait été -l'objet que Rabelais, dans son facétieux catalogue de la librairie ou -bibliothèque de Saint-Victor, s'est amusé à imaginer et à classer une -ordonnance universitaire sous ce titre fort drôlatique: _Decretum -universitatis Parisiensis super gorgiasitatem muliercularum ad -placitum._ (Liv. II, ch. VII.) «Décret de l'Université de Paris sur la -_gorgiagiste_ (étalage de la gorge) des jeunes femmes selon leur bon -plaisir.» - - -Trois femmes font un marché. - -C'est-à-dire qu'elles échangent entre elles autant de paroles qu'il s'en -échange dans un marché. Le proverbe italien associe une oie aux trois -femmes: _Tre donne e una oca fan un mercato._ - -On trouve dans le recueil de Gabriel Meurier: _Deux femmes font un -plaid, trois un grand caquet, quatre un plein marché._ - -Les Auvergnats disent d'une manière pittoresquement hyperbolique: _Les -femmes sont faites de langue comme les renards de queue_; et l'on peut -les en croire, car ils doivent être impartiaux, attendu qu'ils ne sont -_ni hommes ni femmes, mais bons Auvergnats_, d'après un dicton qui -circule depuis quelques années. - -Il y a dans tous les pays du monde des proverbes qui s'accordent à -reprocher au beau sexe une intarissable loquacité. Je m'abstiens de les -rapporter, regardant comme inutile la peine que je prendrais à -transcrire ces témoignages trop nombreux d'un défaut sur lequel lui-même -semble avoir passé condamnation. Il vaut mieux rechercher quelles sont -les principales causes de ce défaut. - -Fénelon les a signalées dans les deux phrases suivantes: - -«Les femmes sont passionnées dans tout ce qu'elles disent, et la passion -fait parler beaucoup. - -»Une autre chose contribue beaucoup aux longs discours des femmes, c'est -qu'elles sont artificieuses et qu'elles usent de longs détours pour -arriver à leur but.» - -Montesquieu considérait leur bavardage comme une suite nécessaire de -leur inoccupation. «Les gens qui ont peu d'affaires, disait-il, sont de -très-grands parleurs: moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes -parlent plus que les hommes; à force d'être oisives, elles n'ont point à -penser.» - -C'est, je crois, la même idée que les Chinois ont voulu exprimer dans ce -proverbe: _La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent à leurs -pieds._ - - -Les femmes ont des langues de la Pentecôte. - -C'est-à-dire des langues de feu. L'allusion n'a pas besoin d'être -expliquée; car personne ne peut ignorer que le Saint-Esprit descendit en -langues de feu sur les disciples de Jésus-Christ, le jour de la -Pentecôte, et leur communiqua ainsi le don des langues pour les mettre -en état d'aller prêcher la vérité évangélique chez tous les peuples de -la terre. - -La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de ce proverbe que tout -ce que disaient les femmes soit paroles d'évangile, car les langues -envoyées par l'Esprit-Saint ne descendirent pas sur elles, et celles -qu'elles ont n'en sont que des contrefaçons faites par l'esprit malin. - -L'abbé Guillon disait, en usant d'une expression tirée d'un proverbe -fort connu: «L'enfer est pavé de langues de femmes.» - - -La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas -rouiller. - -Proverbe que nous avons reçu des Chinois qui, du reste, ne se bornent -pas à une telle plaisanterie sur l'intempérance de la langue féminine, -car un de leurs livres classiques met le babil fatigant au nombre des -sept causes de divorce que les maris peuvent alléguer pour se -débarrasser de leurs femmes. - -Les Allemands ont fait une addition grossière à ce proverbe, ils disent: -«_Die Weiber führen das Schwerd im Maule, darum muss man sie auf die -Scheide schlagen._ Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est -pourquoi il faut frapper sur la gaîne.» - -Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils jugent plus -efficace pour faire taire les femmes; c'est de leur mettre la _bride du -silence_. Si vous ignorez ce que c'est, le _Morning-Herald_ va vous le -dire. On lit, dans un de ses numéros de la fin de mai 1838, que le -magistrat de police de Straffort, jugeant une femme dont la loquacité -résistait à tous ses avertissements, lui fit appliquer cette bride que -le journaliste appelle une _machine ingénieuse_ et décrit ainsi: «Elle -consiste en un cercle de fer ceignant la tête d'une oreille à l'autre, -et en une plaque transversale du même métal, laquelle descend du front -jusqu'à la bouche qu'elle tient close, de manière à empêcher la langue -de fonctionner. Cette _ingénieuse machine_ se ferme sur le derrière de -la tête.» Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal eût -sa _bride de silence_ pour la montrer comme épouvantail et pour en faire -usage au besoin. - -On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie qui doit -régner chez nos voisins d'outre-Manche, et se former une idée des -licences que les magistrats se permettent quelquefois sans scrupule en -ce pays de liberté. - - -La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée. - -Ce proverbe, hyperbolique à l'excès, est traduit de ce texte latin: -_Lingua mulierum nequidem excisa silet_, qu'ont employé quelques -écrivains du moyen âge. Je crois qu'il est d'origine grecque, car il se -trouve pour la première fois dans la première épître de saint Grégoire -de Nazianze, qui l'a peut-être inventé. L'idée qu'il exprime a beaucoup -d'analogie avec une plaisanterie d'Ovide qui raconte que la langue d'une -bavarde, arrachée de son palais, s'agitait par terre en parlant -toujours. Étrange effet de l'habitude! - - La rage du babil est-elle donc si forte - Qu'elle doive survivre en une langue morte? - -Les Allemands disent d'une manière fort originale: «_Einer todten Frau -der muss man die Zunge besonders todt schlagen._ A femme trépassée il -faut tuer la langue en particulier.» - -Un auteur facétieux a prétendu que la langue, chez les femmes, n'est pas -l'unique instrument des paroles, et que les bonnes commères ne -resteraient pas muettes quand même elles seraient privées de cet organe. -Il cite à l'appui de cette assertion l'exemple d'une jeune fille -portugaise qui, étant née sans langue, n'en jasait pas moins du matin au -soir. Ce qui donna lieu au distique suivant de je ne sais quel savant en -_us_: - - _Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur, - Mirum cum lingua quod taceat mulier._ - -Voici une imitation française de ce distique: - - Il se peut que sans langue une femme caquette, - Mais non qu'en ayant une elle reste muette. - - -Femmes ne sont pas gens. - -Cet impertinent proverbe est traduit littéralement du provençal: _Frémos -noun soun gens._ Je le crois dérivé de cette ancienne maxime de -jurisprudence: _Mulier non habet personam_, par laquelle on déclarait -que la femme n'était pas une personne devant la loi, c'est-à-dire -qu'elle devait rester toujours mineure et dépendante. - -J'avais d'abord conjecturé qu'il était provenu d'un autre fait auquel il -s'ajuste assez bien; je le regardais comme une allusion probable à la -thèse soutenue au second concile de Mâcon, le 23 octobre 585, par un -évêque qui prétendait que le mot _homme_, dans la généralité de son -acception, ne comprenait pas la femme, ce qu'un autre réfuta par divers -passages de l'Écriture sainte où ce mot est employé pour désigner les -deux sexes, notamment par le verset de la Genèse qui dit que _Dieu créa -l'homme, mâle et femelle_, et par les versets de l'Évangile dans -lesquels le fils de Dieu est appelé le _Fils de l'homme_, quoiqu'il ne -soit que le fils de la femme quant à son humanité. Le concile, après une -assez longue discussion, décida: _Mulieres esse homines_, que les femmes -étaient hommes, c'est-à-dire qu'elles faisaient partie du genre -humain[7]. - - [7] C'est ainsi qu'un ami de Cicéron l'engage, dans une lettre, à se - consoler de la mort de sa fille Tullie, «parce qu'elle est née - homme,» _quia homo nata est_. - -On a trouvé fort ridicule que les pères de ce concile se soient arrêtés -à l'examen d'une thèse si étrange; mais c'est faute de comprendre les -motifs assez graves qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en -agissant ainsi, d'empêcher, par l'autorité suprême d'une décision -ecclésiastique, la propagation d'une fausse idée, renouvelée d'Aristote. -Ce philosophe, sur la parole duquel on jurait alors, avait prononcé, -comme un oracle, que c'était d'une erreur de la nature que provenait la -femme, créature incomplète, ouvrage manqué, résultat de l'imperfection -de la matière impuissante à parvenir au sexe parfait, c'est-à-dire à -produire l'homme, qu'on verrait naître seul dans un ordre de choses -meilleur. Et son opinion était entrée en partie dans l'esprit de -quelques théologiens du quatrième siècle, qui se figuraient que Dieu, au -grand jour de la résurrection générale, ne ferait revivre la femme qu'en -la changeant en homme. - -Ce fut, tout porte à le penser, un partisan de cette déraisonnable -opinion aristotélique et théologique à la fois qui en saisit -l'assemblée: elle obtint l'appui de plusieurs autres qui cherchèrent à -la faire prévaloir dans des vues plus politiques encore que religieuses. -Ils espéraient que, si elle était canoniquement proclamée, elle -deviendrait un moyen puissant de détruire l'influence de deux reines -contemporaines généralement détestées, Frédégonde et Brunehaut, qui -dirigeaient les affaires publiques au gré de leurs passions et de leurs -caprices. - - -De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moitié. - -Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant des aventures qu'on -leur attribue. «De ces choses-là, suivant l'historien Mézerai, on en -compte toujours plus qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus -qu'on n'en sait.» Phrase non moins spirituelle que malveillante, à -laquelle ressemble beaucoup cette autre de Sénac de Meilhan: «On débite -un grand nombre d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont -qu'une faible compensation des véritables, qu'on ignore.» - -Les Italiens ont un proverbe analogue d'après lequel, en matière de -galanterie, tout peut se croire et rien ne peut se dire: _In materia di -lussuria, si può creder tutto, ma dirne nulla._ - - -Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire -monnaie. - -Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette nouvelle forme le -caractère indélébile de fausseté que les mauvais plaisants leur -attribuent, et que par conséquent elles ne produiraient qu'une monnaie -de mauvais aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai entendu -expliquer ce proverbe par une femme de beaucoup d'esprit, qui se -plaisait à le citer en riant. - -Je n'oserais contester positivement cette explication, dont je laisse la -responsabilité à son auteur. Cependant je doute que ce soit la fausseté -des femmes qu'on ait eu particulièrement en vue en formulant le -proverbe. Il y a chez elles d'autres défauts qui, non moins que -celui-là, ont pu en suggérer l'idée; et c'est peut-être par allusion à -l'inconsistance et au mauvais alliage que ces défauts réunis produisent -dans leur nature, qu'on a dit qu'_elles ne vaudraient rien à faire -monnaie_, en sous-entendant ces mots: _parce qu'elles ne seraient pas -malléables._ - -Cette raison toute naturelle est indiquée par un proverbe italien qui -correspond au nôtre: «_Se le donne fossero d'argento, non varrebber' un -quattrino, perchè non starebber' al martello._ Si les femmes étaient -d'argent, elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles ne -tiendraient pas sous le marteau», ce qui signifie au figuré, si je ne me -trompe, qu'elles ne seraient pas malléables. - - -Les femmes qui ont donné leur farine, veulent vendre leur son. - -Proverbe dont on fait l'application à certaines femmes galantes qui, -après avoir prodigué gratuitement les prémices de leurs appas, ou leur -farine, prétendent en faire payer au-dessus de leur valeur les restes, -ou le son. Ces meunières intéressées, à qui le vice a fait oublier tout -sentiment généreux, n'ont d'autres pensées que de s'enrichir aux dépens -de quelques jeunes gens sans expérience qu'elles ont attirés à leur -moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement aussitôt qu'elles -auront achevé de les ruiner. - -Les mots «farine» et «son» ont été employés allégoriquement par les -auteurs du moyen âge dans le même sens qu'ils ont ici. On lit dans un -recueil de ce temps cette curieuse définition de la beauté féminine: -«C'est la farine du diable qui se réduit tout en son.» On y trouve aussi -cette comparaison non moins curieuse de la femme prodigue de sa beauté -pour son plaisir, avec un bluteau qui jette la farine et retient le son. - - -Il a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. - -La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa 376e _Pensée_, et Molière -l'a redit, à sa manière, dans ces vers d'_Amphitryon_, que Cléantis -adresse à Sosie: - - Va, va, traître, laisse-moi faire, - On se lasse parfois d'être femme de bien. - -(Acte II, sc. VII.) - -Je crois que c'est une phrase proverbiale antérieure à ces deux auteurs. -Elle est du moins employée comme telle dans quelques patois méridionaux, -et elle a des équivalents dans plusieurs langues étrangères. - -Sans doute le _métier_ d'honnête femme peut paraître fatigant, puisqu'il -oblige à une lutte vigoureuse pour triompher de ce désordre d'idées et -de tentations que peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une -femme, même la mieux morigénée, les froides négligences d'un mari et les -ardentes poursuites d'un séducteur. Mais faut-il en conclure que les -efforts qu'exige d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner -une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte a l'âme trop -forte et trop courageuse pour se lasser de ce qui fait son honneur et sa -dignité. Loin de faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son -devoir lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement -par la considération des malheurs qu'ont à subir les femmes déshonorées, -mais par le sentiment de sa conscience, qui adoucit et compense ses -amertumes par d'ineffables consolations. - -Je voudrais qu'à la place de la maxime que je combats il y en eût une -autre qui glorifiât la persévérance vertueuse de la femme délaissée. -Cette femme de bien, cette femme chrétienne, malheureusement trop rare, -est un modèle de perfection, et la chasteté inaltérable qu'elle conserve -dans un cœur brûlant me paraît, dans l'ordre moral, un phénomène plus -admirable encore que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace -entretenue dans un fourneau chauffé à blanc. - - -Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une -femme est belle. - -La discrétion des hommes tente les femmes autant que la beauté des -femmes tente les hommes, et les deux sexes suivent plus volontiers -l'attrait naturel qui les invite à se rapprocher, quand ils sont assurés -de rencontrer, l'un chez l'autre, la qualité qu'ils désirent. Ainsi les -deux questions, bien que chacune d'elles porte sur un point différent, -partent du même principe, qui est le besoin d'aimer, et tendent au même -but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des femmes est -plus significative que celle des hommes, où l'on ne voit souvent qu'un -simple effet de curiosité: elle a quelque chose de raisonné, de -prémédité, indice manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont -déjà décidées à se laisser aller à la tentation, lorsqu'elles savent -qu'elles pourront, sans crainte d'être compromises, accorder leur -penchant avec la sécurité, leur plaisir avec le mystère. Vous pouvez en -conclure, si vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins à la vertu -qu'au respect humain. En effet, mettre de côté cette vertu incommode et -en garder les apparences honorables, c'est, en résumé, ce qu'elles -cherchent en s'engageant dans les affaires de cœur. Il n'est pas besoin -de dire avec quelles précautions, avec quelle habileté elles poursuivent -ce double objet, après en avoir calculé les inconvénients et les -avantages. On sait que ces femmes-là ont un art prodigieux, qui leur -vient sans doute de ce qu'elles ont mordu plus profondément que les -autres au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. - - -Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir. - -Il ne faut pas juger de l'âge des femmes par le nombre de leurs années, -mais par la conservation de leurs appas; tant que ces appas ne sont -point flétris, elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgré le -démenti que leur opposent les registres de l'état civil toujours trop -incivil pour elles. - -C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se donnent tant de soins -et font tant de frais de toilette pour paraître plus jeunes qu'elles ne -sont. - -N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formulé d'une manière -plus galante que vraie, de peur de troubler leurs illusions à ce sujet; -laissons-les se complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient -persuadées, s'il est possible, que leur extrait baptistaire vieillit -tout seul. - - -On ne saurait dire des femmes ce qui en est. - -Est-ce parce qu'il y aurait trop à dire d'elles, ou bien parce qu'il -paraît impossible de les définir? Je laisserai à de plus habiles que moi -le soin de décider entre ces deux questions qui se compliquent l'une par -l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait burlesque de la -femme par un auteur comique qui ne la jugeait pas indéfinissable et qui -voyait en elle un composé de natures diverses. Je le tire de la pièce -intitulée: _Arlequin défenseur du beau sexe_.--«Voulez-vous bien -connaître une femme? figurez-vous un joli petit monstre qui charme les -yeux et qui choque la raison; qui plaît et qui rebute, qui est ange au -dehors et harpie au dedans. Mettez ensemble la tête d'une linotte, la -langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur d'un chat, -l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes d'un hibou, le brillant -du soleil et l'inégalité de la lune; enveloppez le tout d'une peau bien -blanche, ajoutez-y des bras, des jambes, _et cætera_: vous aurez une -femme toute complète.» (_Théâtre italien de Gherardi, t. V, p. 262._) - -On attribue à J.-J. Rousseau les vers suivants sur les femmes: - - Objet séduisant et funeste, - Que j'adore et que je déteste, - Toi que la nature embellit - Des agréments du corps et des dons de l'esprit, - Qui de l'homme fais un esclave, - Qui t'en moques quand il te plaint, - Qui l'accables quand il te craint, - Qui le punis quand il te brave; - Toi dont le front doux et serein - Porte le plaisir dans nos fêtes, - Toi qui soulèves les tempêtes - Qui tourmentent le genre humain. - Être ou chimère inconcevable, - Abîme de maux et de biens, - Seras-tu donc toujours la source inépuisable - De nos mépris et de nos entretiens? - - - - -PROVERBES - -SUR - -L'AMITIÉ - - -Il faut connaître avant d'aimer. - -Ce proverbe n'est guère applicable à l'amour, qui est rarement déterminé -par la réflexion; il est fait pour l'amitié, à la formation de laquelle -le temps est nécessaire. C'est, en d'autres termes, l'adage des Grecs: -«φίλους μὴ ταχὺ κτῶ. Ne fais pas des amis promptement.» Nous avons -encore cette maxime bonne à rappeler: _Le moyen de faire des amis qu'on -puisse garder longtemps, c'est d'être longtemps à les faire_. - -«L'amour, dit la Bruyère, naît brusquement, sans autre réflexion, par -tempérament ou par faiblesse. Un trait de beauté nous fixe, nous -détermine. L'amitié, au contraire, se forme peu à peu avec le temps, par -la pratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de bonté de cœur, -d'attachement, de services et de complaisances dans les amis pour faire, -en plusieurs années, beaucoup moins que ne fait quelquefois, en un -moment, un beau visage ou une belle main?» (Ch. IV, _du Cœur_.) - - -Aime comme si tu devais un jour haïr. - -Ce mot, que Scipion regardait comme le plus odieux blasphème contre -l'amitié, est attribué à Bias par Aristote, qui dit dans sa rhétorique: -«L'amour et la haine sont sans vivacité dans le cœur des vieillards. -Suivant le précepte de Bias, ils aiment comme s'ils devaient haïr un -jour, ils haïssent comme s'ils devaient un jour aimer.» Cependant -Cicéron (_De Amicitia_, XVI), ne peut croire que la première partie de -cette sentence appartienne à un homme aussi sage que Bias. La seconde, -en effet, est seule digne de lui. Il est probable, comme le remarque le -savant M. Jos.-Vict. Leclerc, que le philosophe de Priène s'était -contenté de dire: _Haïssez comme si vous deviez aimer_, et qu'on aura -ajouté le reste pour former antithèse et pour appuyer une fausse maxime -d'une grande autorité. Quoi qu'il en soit, cette maxime n'en est pas -moins passée en proverbe, par une espèce de fatalité qui trop souvent -fait retenir ce qui est mal et oublier ce qui est bien. Mais ce n'a pas -été pourtant sans une forte opposition. Tous les auteurs qui ont écrit -sur l'amitié se sont attachés à la combattre. Les deux meilleures -réfutations qu'on en ait faites sont ce mot de César: «J'aime mieux -périr une fois que de me défier toujours,» et ces vers de Gaillard que -La Harpe a cités avec éloge dans son _Cours de littérature_: - - Ah! périsse à jamais ce mot affreux d'un sage, - Ce mot, l'effroi du cœur et l'effroi de l'amour: - «Songez que votre ami peut vous trahir un jour!» - Qu'il me trahisse, hélas! sans que mon cœur l'offense, - Sans qu'une douloureuse ou coupable prudence - Dans l'obscur avenir cherche un crime douteux... - S'il cesse un jour d'aimer, qu'il sera malheureux! - S'il trahit nos serments, je dois aussi le plaindre, - Mon amitié fut pure et je n'ai rien à craindre. - Qu'il montre à tous les yeux les secrets de mon cœur; - Ces secrets sont l'amour, l'amitié, la douleur, - La douleur de le voir, infidèle et parjure, - Oublier ses serments, comme moi son injure. - -«Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient être un jour nos amis, et -vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni -selon la nature de la haine ni selon les règles de l'amitié. Ce n'est -point une maxime de morale, mais de politique.» (La Bruyère, ch. IV, _du -Cœur_.) - -Bacon juge cette maxime admissible, «pourvu toutefois qu'on n'y voie -point une raison qui encourage à la perfidie, mais seulement une raison -pour être circonspect et pour modérer ses affections». (_Dign. et accr. -des sciences_, liv. VIII, ch. II.) Il la considère probablement par -rapport à cette amitié superficielle sujette à passer, car elle ne -saurait se concilier avec la véritable amitié qui veut une confiance -entière. Prendre des précautions contre un ami, quelque honnêtement -qu'on le fît, ce serait le traiter, pour ainsi dire, en ennemi. - - -On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire. - -Parce qu'il règne alors entre ceux qui s'aiment une confiance entière, -qui est la preuve d'une affection parfaite. Cette maxime très-vraie de -l'amitié ne l'est pas également de l'amour; car les amants, si persuadés -qu'ils soient de leur tendresse mutuelle, éprouvent un besoin continuel -d'en échanger les témoignages. Et il est démontré par l'expérience que -ce besoin est inséparable de leur passion, dont on pourrait marquer les -divers degrés sur une échelle chromatique des inflexions du langage -amoureux, depuis la note la plus basse jusqu'à la plus élevée. - - -Qui aime bien châtie bien. - -Proverbe dont l'idée se retrouve dans plusieurs passages de Salomon, -notamment dans celui-ci: «_Qui parcit virgæ odit filium suum; qui autem -diligit illum instanter erudit_. (_Prov._ XIII, 24.) Celui qui épargne -la verge hait son fils; mais celui qui l'aime s'applique à le corriger.» - -Le conseil qu'exprime ce proverbe étranger aux mœurs actuelles était -approuvé des peuples de l'antiquité. Il fut regardé comme excellent en -Chine jusqu'au temps de Confucius, qui en fit sentir les graves -inconvénients. Il devint en Grèce un des points fondamentaux de la -méthode du stoïcien Chrysippe pour l'éducation des enfants. Il paraît -même avoir fait partie de la doctrine socratique, si l'on en juge par la -quatrième scène du cinquième acte des _Nuées_ d'Aristophane, où un -disciple de Socrate est représenté battant son père et disant: «Battre -ce qu'on aime est l'effet le plus naturel de tout sentiment d'affection: -aimer et battre ne sont qu'une même chose. Τοῦτ' ἔστ' εὐνοεῖν τὸ -τύπτειν.» - -On sait qu'à Rome le rhéteur Orbilius de Bénévent, que le poëte Horace, -dont il fut le maître, a nommé _plagosus_ (Epist. II, 1, 10), -introduisit l'usage du fouet dans son école; ce qui a fait donner aux -régents qui, chez les modernes, ont adopté ce honteux usage, le surnom -d'_orbilianites_, tombé depuis devant celui de _monsieur Cinglant_. - - -Qui m'aime me suive. - -Philippe VI de Valois était à peine sur le trône de France qu'il voulut -faire la guerre contre les Flamands. Comme son conseil ne paraissait pas -approuver cette guerre, pour laquelle il montrait beaucoup d'ardeur, le -roi porta sur Gaucher de Châtillon[8] un de ces regards qui semblent -chercher à enlever les suffrages: «Et vous, seigneur connétable, lui -dit-il, que pensez-vous de tout ceci? Croyez-vous qu'il faille attendre -un temps plus favorable?--Sire, répondit le guerrier, _qui a bon cœur a -toujours le temps à propos_.» Philippe, à ces mots, se lève transporté -de joie, court au connétable, l'embrasse et s'écrie: _Qui m'aime me -suive!_ Saint-Foix, qui rapporte le fait, prétend que ce fut l'origine -du proverbe; mais il est avéré que ce n'en fut que l'application. Le -proverbe existait longtemps auparavant, puisqu'il se trouve dans ce vers -de la troisième églogue de Virgile: - - _Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet._ - -Il remonte jusqu'à Cyrus, qui exhortait ses soldats en s'écriant: _Qui -m'aime me suive!_ - - [8] Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l'honneur - de recevoir l'ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et - s'était montré, pendant sept règnes consécutifs, le plus ferme appui - du trône. - - -Quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a. - -Proverbe qui existe dans presque toutes les langues, tant la vérité -qu'il exprime est généralement reconnue, quoiqu'elle soit très-rarement -mise en pratique. _Il n'y a pas de maladie plus cruelle_, disaient les -Celtes, _que de n'être pas content de son sort_. Rien n'est plus cruel, -en effet, que de vivre en révolte contre sa condition, et d'aigrir les -maux réels qui s'y trouvent par le désir des biens imaginaires qui ne -peuvent s'y trouver. «Quelle plus grande peine, s'écrie saint Bernard, -que de vouloir toujours ce qui ne sera jamais, et de ne vouloir jamais -ce qui sera toujours! _Quæ pœna major est quam semper velle quod nunquam -erit, et semper nolle quod nunquam non erit!_» Pour nous rendre un peu -contents et tranquilles en ce monde, nous devons nous résigner à notre -sort et détourner autant que possible notre attention des mauvais côtés -qu'il nous offre, afin de la porter sur les bons. C'était un véritable -sage que ce paysan suisse qui répondit à celui qui lui vantait les -richesses du roi de France: «Je parie qu'il n'a pas d'aussi belles -vaches que les miennes.» - -«Au lieu de me plaindre, dit le moraliste Joubert, de ce que la rose a -des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et -de ce que le buisson porte des fleurs.» - -Quoique ce proverbe ne s'applique pas précisément à l'amitié ni à -l'amour, j'ai cru devoir l'admettre dans la catégorie de ceux qui s'y -rapportent, car il pourrait être employé, et il l'a été, plus d'une fois -sans doute, comme un précepte d'amour conjugal. Il est vrai pourtant -qu'en ce cas il serait bien difficile à mettre en pratique. - - -Qui s'aime trop n'est aimé de personne. - -«Quiconque n'aime que soi-même, uniquement occupé de sa propre volonté -et de son plaisir, n'est plus soumis à la volonté de Dieu; et, demeurant -incapable d'être touché des intérêts d'autrui, il est non-seulement -rebelle à Dieu, mais encore insociable, intraitable, injuste et -déraisonnable envers les autres, et veut que tout serve non-seulement à -ses intérêts, mais encore à ses caprices.» - -(Bossuet, _de la Concupiscence_, XI.) - -«L'expérience confirme que la mollesse et l'indulgence pour soi et la -dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice.» - -(La Bruyère, ch. IV, _du Cœur_.) - -Ce proverbe existait chez les Grecs, et chez les Latins qui l'avaient -traduit du grec en ces termes: _Nemo erit amicus, ipse si te amas -nimis_. Suidas le faisait remonter jusqu'aux premiers temps -mythologiques, et le retrouvait dans ces paroles adressées au beau -Narcisse par les Nymphes qu'il avait dédaignées: «Beaucoup te haïront si -tu t'aimes toi-même.» - -Nous disons encore: _Qui s'aime trop s'aime sans rival_, ce qui est pris -de ces paroles de Cicéron: _Se ipse amat sine rivali_ (lib. III, epist. -VIII, _ad Quintum fratrem_), paroles qu'Horace a répétées dans le vers -444 de l'_Art poétique_: - - _Quin sine rivali teque et tua solus amares._ - -On connaît ce vers de La Fontaine, livre I, fable IX: - - Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux. - - -Aime-moi un peu, mais continue. - -Pour dire qu'on préfère une affection modérée, mais durable, à une -affection excessive qui est sujette à passer promptement. Un autre -proverbe, considérant la modération comme conservatrice de l'amitié, -conseille de _s'aimer peu à la fois, afin de s'aimer longtemps_. Ce -conseil ne signifie point sans doute qu'il faille amortir la vivacité -d'un sentiment qui n'est presque jamais trop vif, car ce serait -l'apparenter avec l'indifférence, mais qu'il est bon d'en réprimer les -manifestations outrées et les susceptibilités hargneuses qui sont -toujours de trop. - -Montesquieu disait aux amis tyranniques et avantageux qui font trouver -dans l'amitié tous les orages de l'amour: «Souvenez-vous que l'amour a -des dédommagements que l'amitié n'a pas.» - -Les deux proverbes que je viens d'interpréter comme spécialement -applicables à l'amitié, ont été quelquefois appliqués à l'amour; mais on -sent que cette application ne saurait convenir à l'amour qu'autant qu'on -le fait consister dans ces liaisons communes, étrangères au sentiment -passionné qui est son vrai caractère. N'est-ce pas être froidement -amoureux que de souhaiter pour son repos que l'objet dont on est aimé -n'ait qu'un amour modéré? _Qui aime le die!_ - - -Qui aime Bertrand aime son chien. - -Ou bien: _Qui m'aime aime mon chien_, pour signifier que lorsqu'on aime -quelqu'un il faut prendre les intérêts, les sentiments, les passions, -dont il est affecté, et se montrer attaché à tout ce qui lui -appartient.--On trouve dans le lai de Graélant par Marie de France, -cette variante corrélative: - - Ki volentiers fiert vostre cien - Ja marquerès qu'il vos aint bien. - -Les Latins avaient le même proverbe que nous: _Quisquis amat dominum, -diligit catulum_. - - -Au besoin on connaît l'ami. - -«Dans l'infortune on connaît ses vrais amis.» (Euripide, _Hécube_.) - -_In bonis viri, inimici illius in tristitia: et in malitia illius amicus -agnitus est_. - -(_Ecclesiastic._, XII, 9.) - -«Quand un homme est heureux ses ennemis sont tristes, et quand il est -malheureux on connaît quel est son ami.» - - _Amicus certus in re incerta cernitur_ (Ennius.) - - L'ami constant se montre dans l'inconstance du sort. - - _Is est amicus qui in re dubia re juvat, ubi re est opus._ - -(Plaut., _Epidic._, V. 104.) - - Celui-là est ami qui, dans les moments difficiles, nous aide en effet, - quand il faut des secours effectifs. - - _In angustiis amici apparent_ - -(Petron.) - - Dans les revers les amis se font voir. - -_On connaît les bonnes sources dans la sécheresse, et les bons amis dans -l'adversité._ - -(_Proverbe chinois._) - -Nous avons encore le proverbe: _Le malheur est la pierre de touche de -l'amitié_. Ce qui se retrouve dans cette pensée d'Isocrate: «L'adversité -est le creuset où s'éprouvent les amis.» - -Hélas! combien il y en a peu qui soient éprouvés à ce creuset sans y -laisser un déchet considérable! Un vers proverbial en patois aveyronnais -dit fort originalement que ceux qui y passent ne laissent dans la fonte -que de l'écume et des scories. - - _Cad' amic que s'y found demoro tout en crasso._ - - Chaque ami qui s'y fond demeure tout en crasse. - - -Le faux ami ressemble à l'ombre du cadran. - -Cette ombre, comme on sait, se montre lorsque le soleil brille, et elle -n'est plus visible quand il est voilé par les nuages. De là ce quatrain: - - Tel qui se dit un ami sûr - Est en tout point semblable à l'ombre, - Qui paraît quand le ciel est pur, - Et disparaît quand il est sombre. (GOBET.) - -«Tant que vous serez heureux, dit Ovide, vous compterez beaucoup d'amis; -si les temps deviennent sombres, vous serez seul.» - - _Donec eris felix, multos numerabis amicos; - Tempora si fuerint nubila, solus eris._ - -(Trist., I, élég. VIII.) - -Ce que Ponsard a traduit dans ces deux vers de sa comédie intitulée -_l'Honneur et l'Argent_: - - Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre, - Mais vous resterez seul si le temps devient sombre. - -Les anciens comparaient les faux amis aux hirondelles, qui viennent dans -la belle saison et s'en vont dans la mauvaise. Le peuple de Paris les -assimile aux cochers de fiacre, qu'on trouve toujours sur place quand il -fait beau temps, et qu'on n'y rencontre plus dès qu'il pleut. - -Nous avons encore une comparaison proverbiale qui a été reproduite dans -cet ingénieux quatrain de Mermet, poëte du seizième siècle: - - Les amis de l'heure présente - Ont le naturel du melon: - Il faut en essayer cinquante - Avant d'en trouver un de bon. - - -Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la chose. - - _Vulgare amici nomen, sed rara est fides._ - -(_Phædr._, lib. III, fab. IX.) - -Heureux celui qui, dans sa vie, peut trouver l'ombre d'un ami! disait, -dans une comédie de Ménandre, un jeune homme qui n'osait croire à la -réalité d'un bien si rare et si précieux. - -Aristote s'écriait: «O mes amis, il n'y a plus d'amis!» et Caton -l'Ancien prétendait qu'il fallait tant de choses pour faire un ami que -cette rencontre n'arrivait pas en trois siècles. - -«L'amitié est bien bête de compagnie, disait Plutarque, mais non pas -bête de troupeau.» Remarque très-vraie, car les amitiés célèbres n'ont -jamais existé qu'entre deux personnes. - -«C'est un assez grand miracle de se doubler. N'en connaissent pas la -hauteur ceux qui parlent de se tripler.» - -(Montaigne, _Ess._, I, 27.) - -Les Scythes, pour qui l'amitié était une chose sacrée, pensaient avec -raison qu'elle ne pouvait étendre ses liens au delà sans les relâcher; -et, pour la garantir de l'amoindrissement qu'elle eût subi par -extension, ils avaient fait une loi qui ordonnait d'avoir un ami, en -permettait deux et en défendait trois. Cette loi était fort sage, car il -n'y a jamais assez d'amitié et il y a toujours assez d'amis. - -«Assez d'amis parmi les hommes! s'écrie Bourdaloue, mais quels amis! -assez d'amis de nom, assez d'amis d'intérêt, assez d'amis d'intrigue et -de politique, assez d'amis d'amusements, de compagnie, de plaisir; assez -d'amis de civilité, d'honnêteté, de bienséance; assez d'amis en paroles, -en protestations.» - -Certes, de ces amis-là, il y en a _assez de peu, assez d'un, assez -d'aucun_, suivant le mot d'un Ancien rapporté par Sénèque: _Satis sunt -pauci, satis est unus, satis est nullus._ (_Epist._ VII.) - -On connaît cette boutade spirituelle de Chamfort: «Dans le monde vous -avez trois sortes d'amis: vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se -souviennent pas de vous, et vos amis qui vous haïssent.» - -Hélas! pourquoi faut-il que ces chers amis, à qui nous donnons notre -confiance, ne soient presque toujours que de chers ennemis! - - -Qui cesse d'être ami ne l'a jamais été. - -Ce beau proverbe est traduit d'un vers grec cité par Aristote -(_Rhétor._, liv. II). Il se trouve aussi dans le troisième discours de -Dion Chrysostome, qui l'a développé en disant que le caractère de -l'amitié est de ne point changer, et que, si quelqu'un est infidèle à -une personne avec qui il a vécu dans une liaison intime, il déclare par -cette infidélité qu'il ne l'aimait pas véritablement; car, s'il eût été -son ami, il serait demeuré tel. C'est exactement la pensée que le père -de Neuville a exprimée d'une manière heureuse en parlant de «la cour où -les heureux n'ont point d'amis, puisqu'il n'en reste point aux -malheureux.» - - -Un bon ami vaut mieux que cent parents. - -Ce proverbe a sa raison dans cet autre: _Beaucoup de parents et peu -d'amis._--J. Delille a dit dans son poëme de la _Pitié_: - - Le sort fait les parents, le choix fait les amis. - -(Ch. II.) - -Et ce joli vers n'est que la répétition textuelle d'un proverbe oriental -que Dorat, avant Delille, avait imité ainsi: - - C'est le hasard qui fait les frères, - Et la vertu fait les amis. - -Cicéron (_de Amicitia_, V.) met l'amitié au-dessus de la parenté, en ce -que la bienveillance est essentielle à la première et n'est point -inséparable de la seconde, que sans bienveillance il n'y a plus d'amitié -et qu'il y a toujours parenté. - -D'autres, au contraire, ont mis la parenté au-dessus de l'amitié, et -leur opinion a servi de fondement à quelques proverbes qu'on trouvera -plus loin. - - - Le frère est ami de nature, - Mais son amitié n'est pas sûre. - -Ce distique proverbial est tiré de la phrase suivante de Cicéron: _Cum -propinquis amicitiam natura ipsa peperit, sed ea non satis habet -firmitatis_. (_De Amicitia_, V.) Il paraît justifié par les démêlés trop -fréquents que la jalousie et l'intérêt excitent parmi les frères: «C'est -à la vérité, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection que le nom -de frère; mais ce meslange de biens, ces partages, et que la richesse de -l'un soit la pauvreté de l'autre, cela destrempe merveilleusement et -relâche cette soudure fraternelle.» - - -On peut vivre sans frère, mais non sans ami. - -Si cela était vrai, l'espèce humaine aurait été frappée depuis longtemps -d'une mortalité qui l'eût enlevée tout entière; car, dans la plupart des -siècles, il ne s'est pas rencontré peut-être un de ces êtres d'élite -sans lesquels on dit la vie impossible. Ne prenons donc ce proverbe que -pour une hyperbole excessive par laquelle on a voulu faire ressortir le -prix inestimable de l'amitié, et ne cherchons pas même à le justifier -sous ce rapport. La comparaison qu'il présente accuse une idée immorale, -dénaturée, qui doit le faire proscrire. Il peut rester à l'usage de -quelque mauvais frère, mais il ne saurait obtenir l'approbation d'aucun -esprit sensé. - -Malheur à l'homme qui sacrifie ses parents à ses amis. Les Espagnols -disent à ce sujet: «_Quien de los suyos se aleja, Dios le deja_. Celui -qui s'éloigne des siens, Dieu l'abandonne.» Les pères et mères devraient -inculquer à leurs enfants cette belle maxime où respire l'esprit de -famille, en y joignant des exemples propres à en confirmer la vérité. - - -Un ami est un autre nous-même. - -Beau mot qui a été attribué faussement à Zénon, fondateur de la secte -des stoïciens, car il se trouve dans le passage suivant des _Entretiens -de Socrate_ (II, 10): «Un bon ami est toujours prêt à se substituer à -son ami, à le seconder dans les soins de sa maison, dans les affaires de -l'État. Vous voulez obliger quelqu'un, il va se joindre à vous dans -cette bonne action. Quelque crainte qui vous agite, comptez sur ses -secours; vous faut-il faire des dépenses, des démarches, employer la -force ou la persuasion? _Vous trouverez en lui un autre vous-même._» - -Ce mot n'appartient pas même à Socrate. Avant lui il était employé -proverbialement dans l'école de Pythagore qui passait pour en être -l'auteur. - -Aristote a dit: «Un ami est une âme qui vit dans deux corps»; ce -qu'Horace a imité en appelant Virgile _la moitié de son âme_: _animæ -dimidium mea_ (I, od. 3), et ce que saint Augustin a répété dans ses -_Confessions_: «_Sensi animam meam et animam illius unam fuisse animam -in duobus corporibus_ (IV, 6). Je sentis que mon âme et la sienne -n'avaient formé qu'une seule âme dans nos deux corps.» - -Cette même vie à deux, qui est celle de la véritable amitié, Ennius la -nommait _la vie vivante_, _vita vitalis_. - -Qui ne connaît les vers charmants par lesquels La Fontaine a terminé sa -fable des _Deux Amis_ qui vivaient au Monomotapa? - - Qu'un ami véritable est une douce chose! - Il cherche vos besoins au fond de votre cœur; - Il vous épargne la pudeur - De les lui découvrir vous-même: - Un songe, un rien, tout lui fait peur - Quand il s'agit de ce qu'il aime. - -(Liv. VIII, fab. XI.) - -Ces vers, où toutes les idées de la fable se reproduisent et se résument -en traits de sentiment, sont calqués, à l'exception des deux derniers -qui complètent si heureusement ce délicieux résumé, sur une maxime -indienne que Pilpay, dans un apologue intitulé aussi les _Deux Amis_, a -formulé en ces termes: «Un ami est une chose bien précieuse. Il cherche -nos besoins au fond de notre cœur. Il nous épargne la honte de les lui -découvrir nous-mêmes.» - - -Un ami fidèle est la médecine de la vie. - -C'est-à-dire qu'il peut dissiper les ennuis, adoucir les amertumes et -soulager la plupart des maux de la vie. Il est pour les maladies de -l'esprit ce qu'un bon médecin est pour celles du corps. Ce proverbe est -littéralement traduit du verset de l'Ecclésiastique: _Amicus fidelis, -medicamentum vitæ_ (VI, 16). - -«L'amitié, dit Gœthe, est le fonds social où l'humanité trouve toujours -des trésors nouveaux pour se relever forte et puissante, quel que soit -l'état déplorable où les naufrages et les banqueroutes ont pu la -réduire.» - -On lit dans le _Hava-mal_ ou _Discours sublime d'Odin_, poëme gnomique -des Scandinaves: «L'arbre se dessèche quand il n'est revêtu ni d'écorce -ni de feuillage: ainsi est l'homme sans ami. L'homme ne peut vivre -seul.» - -Les Arabes disent: «Pourquoi Dieu a-t-il donné une ombre à notre corps? -C'est pour qu'en traversant le désert nos yeux se reposent sur elle, et -soient ainsi préservés de la réverbération des sables brûlants.» - - -Il faut être fringant à l'ami. - -Dicton fort usité au quatorzième et au quinzième siècle parmi les -femmes, pour dire que celle qui attendait la visite de son bon ami -devait se mettre en frais de braverie et d'amabilités afin de le bien -recevoir. _Fringant_, autrefois invariable quant au genre, est le -participe présent du verbe _fringuer_, employé par nos vieux auteurs -dans le sens de se parer, caresser, faire l'amour. Ces deux dernières -acceptions, désusitées en français, se sont conservées dans divers -patois méridionaux. - - -Un ami pour l'autre veille. - -Un ami ne s'endort pas sur les affaires de son ami; il les prend à cœur, -il y veille comme aux siennes propres, et sa vigilance est payée de -retour par celui qui en est l'objet: tous deux sont sous la garde l'un -de l'autre, et ils doivent trouver dans leur sollicitude réciproque les -conseils et les secours dont ils ont besoin pour bien soigner leurs -intérêts moraux et matériels. - - -Il n'est si bon conseil que d'ami. - -Parce que ce conseil a ordinairement toutes les qualités requises, étant -inspiré par une sincère affection, formé en connaissance de cause et -présenté de manière à ne pas blesser l'amour-propre de celui qui le -reçoit. - -Les Espagnols disent: «_Consejo de quien bien te quiere aunque te -parezca mal, escribelo._ Conseil de celui qui te veut du bien, quoiqu'il -te paraisse mal, mets-le par écrit (pour ne pas l'oublier).» - -Les Allemands ont ce proverbe: «_Freundes Stimme, Gottes Stimme._ -Conseil d'ami, conseil de Dieu.» - -«_Unguento et variis odoribus delectatur cor, et bonis amici consiliis -anima dulcoratur_ (Salom., _Prov._ XXVII, 9). Le parfum et la variété -des odeurs sont la joie du cœur, et les bons conseils d'un ami sont les -délices de l'âme.» - - -Si ton ami te frappe, baise sa main. - -On comprend que ce proverbe ne doit pas se prendre à la lettre, et que -l'_ami qui frappe_ ne signifie que l'ami qui reprend. Le sens est donc -que, quelque véhémence qu'un ami mette dans ses remontrances, il faut -lui en savoir gré, parce qu'elle est l'effet et la preuve d'un véritable -attachement. Les Allemands disent d'une manière également figurée: -«_Freundes Schlæge, liebe Schlæge._ Coup d'ami, coup chéri.» - -Leur proverbe et le nôtre rappellent ces paroles de Salomon: «_Meliora -sunt vulnera diligentis quam fraudulenta oscula odientis_ (_Prov._ -XXVII, 6). Les blessures que fait celui qui aime valent mieux que les -baisers trompeurs de celui qui hait.» - - -Un vieil ami est une seconde conscience. - -Parce que cette seconde conscience, de même que la première, ne laisse -passer aucune faute sans avertissement. Le devoir de l'amitié véritable -est de remontrer à celui qu'on aime les défauts qu'il peut avoir afin de -l'exciter à s'en corriger. C'est ce que fait entendre aussi ce proverbe -espagnol: «_No hay mejor espejo que el amigo viejo._ Il n'y a pas de -plus fidèle miroir qu'un vieil ami.» On sent que ce proverbe ne désigne -pas sans raison un _vieil ami_, car il faut être ami de longue main pour -être en droit de faire de telles remontrances. «Le plus grand effort de -l'amitié, dit La Rochefoucauld, n'est pas de montrer nos défauts à un -ami; c'est de lui faire voir les siens.» - - -On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé quelques minots de -sel. - -Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe, dont le sens est -que l'amitié ne peut se former subitement, et qu'elle a besoin d'être -confirmée par le temps. «Semblable au vin généreux dont les années -augmentent le prix, dit Cicéron, plus elle est vieille, et plus elle est -parfaite, et c'est avec raison qu'on pense qu'il faut manger ensemble -plusieurs boisseaux de sel pour consommer l'amitié.» _Verum illud est, -quod dicitur, multos modios salis simul edendos esse ut amicitiæ munus -expletum sit._ (Cic., _de Amicitia_ XIX.) - -L'amitié est aussi comparée au vin dans l'Ecclésiastique: «_Vinum novum -amicus novus: veterascet, et cum jucunditate bibes illud_ (IX, 15). Le -nouvel ami est un vin nouveau: il vieillira, et tu le boiras avec -délices.» - - -Qui est ami de tous ne l'est de personne. - -Il en est de l'amitié comme d'une essence précieuse qui perd sa vertu -quand on la délaye dans une trop grande quantité d'eau. Ce sentiment n'a -de force qu'autant qu'il reste concentré dans un couple d'êtres d'élite. -S'il s'épanche sur beaucoup de gens, il s'amoindrit tellement qu'il n'en -vient presque rien à personne. _Pluralité d'amis, nullité d'amis._ - -«L'amitié, dit Plutarque, nous serre et nous unit; plusieurs amitiés -nous séparent et nous distraient. La pluralité d'amis convient à ceux -qui veulent user de leurs amis sans se soucier de les servir -réciproquement: ce qui vaut autant à dire qu'elle convient à des gens -qui ne savent ce que c'est qu'amitié. _Ne touche point à plusieurs dans -la main_, disait Pythagore; c'est-à-dire ne fais pas beaucoup d'amis... -Qui a tant d'amis, certes assister à tous il est du tout impossible, et -ne gratifier à nul il n'y aurait point d'apparence; et en gratifiant à -tous en offenser plusieurs, il serait aussi trop fâcheux.» (_De la -pluralité d'amis._) - - -A nul n'est vrai ami qui de soi-même est ennemi. - -«Celui qui est mauvais à soi-même ne doit être bon à personne.» - -(MÉNANDRE.) - -«_Qui sibi amicus est scito hunc amicum omnibus esse_ (Sén., _Epist._, -VI). Sachez que celui qui est ami de soi-même l'est aussi de tous les -autres.» En effet, l'homme qui sait ce qu'il se doit à lui-même sait -aussi ce qu'il doit à ses semblables, et son attention consciencieuse à -observer ses devoirs personnels est une garantie assurée de la bonne foi -et de l'honnêteté qu'il apportera dans ses relations avec les autres. Un -philosophe chinois, Ma-Koang, a très-bien dit: «Avant de chercher à se -faire des amis, il faut commencer à devenir le sien.» - - -Un ami n'est pas sitôt fait que perdu. - -Parce que, pour faire un ami, il faut une longue pratique, un commerce -assidu, de l'attachement, des services, des prévenances, qualités qu'on -ne rencontre guère; tandis que, pour le perdre, il suffit de quelques -négligences, de quelques susceptibilités, de quelques saillies de -mauvaise humeur, défauts d'autant plus fréquents que les qualités -susdites sont plus rares. C'est pour cela aussi que les amitiés se -forment si difficilement, et qu'elles ne sont, à proprement parler, que -des essais sans résultat. Elles ont le sort de ces insectes qui mettent -trois ans à se former pour ne vivre que peu de minutes. - - -Un ami en amène un autre. - -Une personne invitée dans une maison y amène quelquefois une autre -personne qu'on n'attendait pas, et la présentation se fait avec des -excuses auxquelles on répond: _Un ami en amène un autre._ Les Anglais -disent: «_My friend's friend is welcome._ L'ami de mon ami est le -bienvenu.» Les Italiens ont ce proverbe dérivé d'un usage -ecclésiastique: «_Ogni prete può menar un chierico_. Tout prêtre peut -amener un clerc.» - -Chez les Romains le convive amené à un festin par un invité s'appelait -_ombre_, sans doute parce qu'il suivait son introducteur comme l'ombre -suit le corps, et leur proverbe correspondant au nôtre était: «_Locus -est et pluribus umbris._ (HOR., lib. I, epist. V.) Il y a place pour -plusieurs ombres.» - - -Ami jusqu'aux autels. - -_Usque ad aras amicus._ Proverbe que les Latins avaient emprunté aux -Grecs pour signifier qu'on est disposé à tout faire pour ses amis, -excepté ce qui est contraire à la religion et à la conscience. Ce -proverbe, rapporté par Plutarque et par Aulu-Gelle, est une réponse de -Périclès à un de ses amis qui l'engageait à prêter un faux serment en sa -faveur. Il est fondé sur l'antique usage de jurer la main posée sur un -autel. - -François Ier en fit une noble application lorsque, en 1534, il écrivit -au roi d'Angleterre Henri VIII, qui lui conseillait de se séparer de -l'Église romaine comme il venait de le faire: _Je suis votre ami, mais -jusqu'aux autels_. - - -Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami. - -C'est-à-dire: celui qui n'est pas capable de bien haïr n'est pas capable -de bien aimer; celui qui ne peut mettre beaucoup d'ardeur à se venger de -ses ennemis ne peut non plus en mettre beaucoup à servir ses amis. -L'auteur des _Loisirs d'un ministre d'État_ (le marquis de Paulmy) -désapprouve très-fort ce proverbe, qui mesure les degrés de l'amitié sur -les degrés de la haine: «Distinguons, dit-il, entre les excès dans -lesquels les passions peuvent nous entraîner, et les suites d'une -liaison sage et réfléchie. L'amitié ne doit être que de ce dernier -genre. Si elle devenait une passion, elle cesserait d'être aussi -estimable et aussi respectable qu'elle l'est; elle aurait tous les -dangers de l'amour, qui fait autant de fautes que la haine et la -vengeance. Dieu nous garde de trop aimer, aussi bien que de trop haïr! -cependant il faut bien aimer jusqu'à un certain point. Le cœur de -l'homme a besoin de ce sentiment, et ce sentiment fait du bien à notre -esprit, quand il ne l'aveugle point; mais la haine et le désir de la -vengeance ne peuvent jamais que nous tourmenter; on est heureux de ne -point haïr; mais, en aimant d'une manière sensée, ne peut-on pas servir -ardemment ses amis, mettre de la vivacité, de la suite, même de la -ténacité dans les affaires qui les intéressent? Eh! faut-il donc être -cruel pour les uns parce que l'on est tendre pour les autres, -persécuteur pour être serviable? Non. Pour moi, je déclare que je suis -un faible ennemi, non-seulement en force, mais en intention, quoique je -sois ami très-zélé et très-essentiel.» - -Les observations qu'on vient de lire montrent fort bien que le proverbe -n'est pas bon à pratiquer et ne s'accorde pas avec la morale, qui -prescrit de ne haïr personne; mais elles ne prouvent pas précisément -qu'il soit contraire à la vérité, chose essentielle qu'elles n'auraient -pas dû omettre. Nous avons donc à donner cette preuve; et pour cela, il -ne sera pas besoin d'une longue dissertation; il suffira de citer cette -judicieuse pensée de Sénac de Meilhan: «On dit que _ceux qui savent bien -haïr savent bien aimer_, comme si ces deux sentiments avaient le même -principe. L'affection part du cœur, et la haine de l'amour-propre ou de -l'intérêt blessé.» - -La conséquence rigoureuse que tout esprit logique doit tirer de là, -c'est, contrairement au proverbe, que la haine qu'on a contre une -personne ne produit pas nécessairement l'affection pour une autre. - - -A l'ami soigne le figuier, à l'ennemi soigne le pêcher. - -Ce proverbe, rapporté sans aucune explication dans le recueil de Gomes -de Trier, conseille allégoriquement de mettre en pratique la fausse -doctrine énoncée dans le précédent, c'est-à-dire de bien haïr ses -ennemis afin de bien aimer ses amis. Le figuier y est considéré comme un -emblème d'amitié, à cause de ses feuilles, qui couvrirent la nudité de -nos premiers parents, et surtout à cause de son fruit employé, chez les -peuples anciens, comme expression typique des vœux qu'ils formaient pour -la prospérité des personnes chéries, et consacré, pour cette raison, aux -étrennes du jour de l'an, dans le moyen âge, ainsi que dans l'antiquité. -Le pêcher, au contraire, y figure comme un emblème de haine, par suite -d'une vieille tradition d'après laquelle les rois de Perse auraient fait -transplanter cet arbre, originaire de leur pays, sur les terres des -Égyptiens leurs ennemis, parce que les pêches, en Perse, avaient des -propriétés malfaisantes qui les faisaient classer parmi les poisons. -Pline le Naturaliste a parlé de cette tradition, qu'il jugeait erronée, -dans le passage suivant de son _Histoire naturelle_: «Il n'est pas vrai -que la pomme persique soit un poison douloureux dans la Perse, ni que -les rois de ce pays l'aient introduite, par vengeance, en Égypte, où la -terre l'aurait bonifiée. Les auteurs exacts ont dit cela du perséa, qui -diffère tout à fait du pêcher.» (Liv. XV, ch. XIII.) - -Les Italiens ont le même proverbe qui doit se trouver dans le _Jardin de -récréation_, etc., par Jean Florio (_Giardino di ricreazione_, etc., _di -Giovanni Florio_), dont le recueil de Gomes de Trier est une traduction. - -Il y a en outre, chez les Piémontais, un autre proverbe analogue, que M. -le docteur Silva a bien voulu me communiquer. Le voici, avec la juste -explication qu'il y a jointe: «Dans le Piémont, on croit généralement -que l'enveloppe de la figue est un poison, et que la pêche, fruit -malsain, porte son contre-poison dans la pellicule. De là le proverbe: -«_All'amico si pela il fico, al nemico il persico_. A l'ami on pèle la -figue, et à l'ennemi la pêche.» Aussi à la personne qu'on estime, et -même dans les grands repas, la maîtresse de maison offre-t-elle parfois -une figue dépouillée de son enveloppe.» - -M. Silva pense que le proverbe français est fondé sur le même préjugé -que celui des Piémontais, qu'il suppose antérieur, et j'avoue que, si -cela était, j'en serais pour les frais d'érudition que j'ai faits dans -mon commentaire. Mais je crois que c'est une conjecture que je puis me -dispenser d'admettre, et que M. Silva n'aurait peut-être pas admise s'il -avait connu le texte italien qui doit être cité par Florio. Ce texte, -tel qu'il m'a été donné par le savant abbé Ciampi, porte _pianta_ et non -_pela_. Je dois conclure de cette différence notable que les deux -proverbes, n'étant pas les mêmes par l'expression, ne le sont pas non -plus par le sens. Je maintiens donc comme vraie l'origine que j'ai -assignée à l'un, tout en adoptant l'explication que M. Silva a faite de -l'autre. - - -Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous. - -Cela se dit lorsqu'un bien qu'on espérait voir venir à soi arrive à -quelque ami. Je ne sais si c'est pour exprimer une consolation sincère -ou pour déguiser un regret égoïste que ce bien ait changé de direction. -On peut admettre tantôt l'une et tantôt l'autre interprétation de ce -proverbe, selon le caractère des gens qui l'emploient ou de ceux -auxquels on l'applique.--S'il faut en croire La Rochefoucauld, «le -premier mouvement de joie que nous avons eu du bonheur de nos amis ne -vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que nous avons -pour eux: c'est l'effet de l'amour-propre qui nous flatte d'être heureux -à notre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune.» - -Il est bien sûr que l'amour-propre, c'est-à-dire l'amour de soi, comme -l'entend La Rochefoucauld, est le principal mobile des sentiments et des -actions de l'homme. Mais ici l'amour-propre n'agit pas seul. Il y a -aussi l'influence de l'inclination que nous avons pour ceux avec qui -nous vivons et pour tous les objets qui nous environnent, inclination -toujours jointe avec les passions, comme l'a remarqué Malebranche, et je -crois que les réflexions suivantes de ce philosophe offrent une -explication plus exacte, surtout plus morale, du proverbe. «Afin que -l'amour naturel que nous avons pour nous-mêmes n'anéantisse pas et -n'affaiblisse pas trop celui que nous avons pour les choses qui sont -hors de nous, et qu'au contraire ces deux amours que Dieu met en nous -s'entretiennent et se fortifient l'un l'autre, il nous a liés de telle -manière avec tout ce qui nous environne, et principalement avec les -êtres de même espèce que nous, que leurs maux nous affligent -naturellement, que leur joie nous réjouit, et que leur grandeur, leur -abaissement, leur diminution, semblent augmenter ou diminuer notre être -propre. Les nouvelles dignités de nos parents et de nos amis, les -nouvelles acquisitions de ceux qui ont le plus de rapport à nous, -semblent ajouter quelque chose à notre substance. Tenant à toutes ces -choses, nous nous réjouissons de leur grandeur et de leur étendue.» -(_Recherche de la vérité_, liv. IV, ch. XIII.) - - -Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami. - -C'est une leçon adressée aux malins railleurs qui, à l'exemple du poëte -dont parle Horace, se livrent à leur gaieté caustique sans épargner -personne, pas même leur ami. - - ... _Dummodo risum - Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico._ - -(I, Sat. IV.) - -Quintilien a dit dans ses _Institutions oratoires_, liv. VI, ch. III: -«_Lædere nunquam velimus, longeque absit propositum illud: potius amicum -quam dictum perdidit._ Tâchons de ne jamais blesser, et repoussons loin -de notre esprit tout ce qui tendrait à nous faire appliquer ce dicton: -_Il a mieux aimé perdre un ami qu'un bon mot._» - -Un proverbe espagnol, par une métaphore très-remarquable, assimile à -l'oiseau de proie l'homme qui fait de son ami la victime de ses cruelles -railleries: «_Reniego del amigo que cubre con las alas y muerde con el -pico._ Fi de l'ami qui couvre des ailes et déchire du bec!» - -Salomon a dit: _Homines derisores civitatem perdunt_. (_Prov._, XXIX, -8.) Les hommes railleurs[9] perdent la cité,» et Bacon, dans les -réflexions qu'il a faites sur cette maxime, a très-bien signalé ce genre -d'esprit dérisoire et moqueur. - - [9] La Vulgate ne porte point le mot _derisores_ «railleurs», que - Bacon a trouvé sans doute dans quelque autre traduction ou dans le - texte hébreu; elle dit _pestilentes_ «corrompus». Après tout, les - deux mots, quelle que soit leur différence usuelle, peuvent - s'accorder dans un certain sens, car les hommes dont la malignité ne - respecte rien ont un principe de corruption dans le cœur. - - -Ami de Platon, mais plus ami de la vérité. - -_Amicus Plato, sed magis amica veritas._ C'est un mot d'Aristote en -réponse à des critiques qui lui reprochaient d'attaquer quelques -opinions de son maître Platon. Il s'applique à un homme éclairé qui ne -soumet pas aveuglément son jugement à celui des personnes mêmes les plus -recommandables, dont ordinairement il suit volontiers l'avis. - - -Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même. - -C'est un vers de La Fontaine fait avec un ancien proverbe qu'il a -remplacé. Il figure dans la dernière fable du livre IV, l'_Alouette et -ses Petits_, où il signifie que, pour se tirer d'affaire, il faut -recourir à ses propres moyens, et ne pas compter sur l'aide des amis et -des parents. - - Notre erreur est extrême, - Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous: - Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même. - -Le proverbe s'emploie aussi pour dire qu'on préfère ses intérêts -personnels à ceux d'un ami et d'un parent. - - -A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain. - -Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon: «_Ne dicas amico tuo: Vade -et revertere: cras dabo tibi: cum statim possis dare_ (Prov., III, 28). -Ne dites pas à votre ami: Allez et revenez, je vous le donnerai demain, -lorsque vous pouvez le lui donner à l'heure même.» - -Phocylide a dit aussi: «Donne à l'instant au malheureux; ne lui dis pas -de _revenir demain_.» - -On connaît la maxime de Zoroastre: «Si, pouvant soulager aujourd'hui le -malheureux, on _remet à demain_, qu'on fasse pénitence.» - -Différer d'assister un ami quand on le peut est une violation odieuse -des devoirs de l'amitié; car, ainsi que l'a dit l'académicien Auger: -«L'amitié véritable est un pacte en vertu duquel on doit tenir sans -cesse sa fortune, sa vie même, à la libre disposition de celui à qui -l'on s'est uni.» - - -Il faut se défier d'un ami réconcilié. - -Les Espagnols disent: «_Amigo reconciliado, enemigo doblado_. Ami -réconcilié, ennemi doublé.» Il n'y a guère de réconciliation tout à fait -sincère: la défiance ou la trahison s'y mêlent presque toujours. -Asmodée, dans le _Diable boiteux_, parlant de sa dispute avec -Paillardoc, dit avec autant de vérité que de finesse: «On nous -réconcilia, nous nous embrassâmes, et, depuis ce temps, nous sommes -ennemis mortels.» - -On conseillait à un tyran, Tibère, si je ne me trompe, de faire mourir -un de ses anciens amis, qu'il faisait languir en prison: «Pas encore, -répondit-il; je ne me suis pas réconcilié avec lui.» Mot affreux, où -respire tout le génie de la haine. - - -Ami au prêter, ennemi au rendre. - -Proverbe qui paraît pris de ce passage du _Trinummus_ de Plaute: «Si -vous redemandez l'argent que vous avez prêté, vous trouvez souvent que -d'un ami votre bonté vous a fait un ennemi.» - - _Quum repetas, inimicum amicum beneficio invenis tuo._ - -(Acte IV, sc. III.) - -Le recueil de Gabriel Meurier rapporte cette variante énergique: _au -prêter Dieu, au rendre diable_. - -Les Espagnols ont ce proverbe: «_Quien presta no cobra; y si cobra, no -todo; y si todo, no tal; y si tal, enemigo mortal._ Qui prête ne -recouvre, s'il recouvre, non tout; si tout, non tel; si tel, ennemi -mortel.» Ce qui est pris de cette maxime employée chez nous au moyen -âge: _Si præstabis, non habebis; si habebis, non tam bene; si tam bene, -non tam cito; si tam cito, perdis amicum._ - -Les Anglais disent: «_He that lends to his friend loses double._ Qui -prête à son ami perd au double;» c'est-à-dire l'argent et l'ami. Ils -disent encore: «_The way to lose a friend is to lend him money._ Le -moyen de perdre un ami, c'est de lui prêter de l'argent.» - -_Si tu ne prêtes pas, inimitié; si tu prêtes, procès éternel._ (Prov. -russe.) - -La pensée qui constitue ces proverbes est commune à tous les peuples; -car en tout pays on trouve généralement dans la main qui a reçu la main -qui refuse de rendre. - - En fait de prêt, le sort me traite - Avec grande inhumanité: - Je perds l'affection de ceux à qui je prête, - Si je ne perds l'argent que je leur ai prêté. - -(DE CAILLY). - - -Sage ami et sotte amie. - -Bonaventure Despériers a employé ce proverbe dans sa dixième Nouvelle. -Il n'a pas dit pourquoi il faut avoir un sage ami, parce qu'il a pensé -sans doute que personne ne pouvait l'ignorer; mais il a voulu faire -sentir l'avantage d'avoir une sotte amie par cette réflexion: «D'une -amie trop fine vous n'en avez pas le compte: elle vous joue toujours -quelque tour de son métier; _elle vous tire_ à tous les coups _quelque -argent de dessous l'aile_[10]; ou elle veut être trop brave, ou elle -vous fait porter les...» Je supprime le dernier mot, parce qu'il n'a pas -besoin d'être mis sous les yeux des lecteurs pour se présenter à leur -esprit. Peut-être eussé-je aussi bien fait de supprimer aussi -l'explication entière comme peu conforme à la vérité, ou du moins -très-douteuse. Depuis que notre grand comique a si bien montré sur la -scène le faux calcul d'Arnolphe, qui voulait _épouser une sotte pour -n'être point sot_, les Agnès n'inspirent plus de confiance, et leur -niaiserie est généralement regardée comme une dissimulation de la -finesse, de la ruse et de la malice dont le diable a pétri leur -caractère. D'où l'on conclut que l'homme qui se marie, n'ayant pas moins -à redouter les tromperies d'une femme sotte que d'une femme spirituelle, -fait beaucoup mieux de choisir celle-ci, chez laquelle il doit trouver, -dans ses infortunes conjugales, des compensations que l'autre ne saurait -lui offrir. - - [10] Cette expression, aujourd'hui désusitée, qu'on trouve dans le - Dictionnaire de Philibert Monet, fait allusion à la coutume ancienne - et encore existante au seizième siècle, de porter la bourse sous - l'aisselle gauche, où elle était pendue à une courroie en forme de - baudrier et d'où on la retirait, au besoin, par une fente pratiquée - dans la manche du sayon ou pourpoint. Les Latins employaient comme - nous le mot _ala_ (aile), pour _axilla_ (aisselle). - - -Jamais honteux n'eut belle amie. - -En amour, il faut être entreprenant: _Amor odit inertes_, dit Ovide, au -second livre de l'_Art d'aimer_. Les honteux ne gagnent rien auprès des -femmes, généralement moins bien disposées pour eux que pour les hardis, -qui leur épargnent l'embarras du refus. Ce sexe aimable est comme le -paradis, qui souffre violence et que les violents emportent. _Regnum -cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud._ (Matth., XI, 12.) - -Le comte de Bussy-Rabutin dit dans ses _Mémoires_: «La hardiesse en -amour avance les affaires. Je sais bien qu'il faut aimer avec respect -pour être aimé, mais assurément pour être récompensé il faut -entreprendre, et l'on voit plus d'effrontés réussir sans amour que de -respectueux avec la plus grande passion du monde.» (T. I, p. 93.) - -On disait autrefois: _Jamais couard n'eut belle amie_, et ce proverbe, -où le mot _couard_ signifie lâche, poltron, encore plus que honteux, -peut avoir tiré son origine de la chevalerie, parce que, à l'époque où -cette institution était dans tout son lustre, le courage et la victoire -étaient de sûrs moyens pour obtenir l'amour des dames. - - -Il vaut mieux donner à un ennemi que d'emprunter à un ami. - -Parce qu'en donnant à un ennemi on peut adoucir et désarmer sa haine, -tandis qu'en empruntant à un ami, on court risque de l'indisposer et de -le porter à une rupture. Les exemples de ce dernier cas ne sont pas -rares. Mlle de Scudéri, dans ses _Conversations_, en cite un fort -singulier, que voici: «Un ami, qui s'était battu plusieurs fois en duel -pour son ami, ne voulut pas lui prêter quelque argent qu'il lui -demandait à emprunter; et lui, qui n'avait pas refusé, dans l'occasion, -de répandre son sang pour son ami, lui refusa un médiocre secours dont -il se trouvait avoir besoin. Y a-t-il une plus grande bizarrerie que -celle de préférer son argent à sa propre vie?» - -Pittacus disait: «La chose qu'on doit faire le plus tard qu'on peut, -c'est d'emprunter de l'argent à ses amis.» Ce qui prouve que dans -l'antiquité, comme en notre temps, l'amitié finissait où commençait -l'emprunt. - -Nous avons encore cet autre proverbe: _On perd plus d'amis par ses -demandes que par son refus._ - - -Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui. - -Les affaires d'intérêt amènent presque toujours des discussions qui -finissent par diviser les amis. Quelqu'un a dit: «L'intérêt qui se mêle -aux amitiés est comme le vif-argent confondu parmi l'or; le départ fait, -elles disparaissent et s'en vont en fumée.» - -Les Turcs ont ce proverbe semblable au nôtre: _Bois et mange avec ton -ami, mais n'aie jamais d'affaire avec lui._ - - -N'accorde point ta confiance à un ami dissimulé. - -La dissimulation est incompatible avec l'amitié, qui a besoin de -franchise, de loyauté, d'expansion; et l'on peut regarder avec raison -celui qui est atteint de ce défaut, ou plutôt de ce vice, comme un -traître contre lequel il faut continuellement se tenir en garde. Un -adage oriental dit: _Fuis pour un temps l'homme colère, et pour toujours -l'homme dissimulé._ - - -Vieux amis et comptes nouveaux. - -Pour dire que c'est un moyen de conserver ses amis que d'avoir ses -comptes d'intérêt toujours bien réglés avec eux. - -La vérité de cette proposition sera développée dans le commentaire que -je consacrerai au proverbe suivant. - - -Les bons comptes font les bons amis. - -Proverbe dont on fait ordinairement l'application pour s'excuser -d'examiner un compte ou un mémoire présenté par un ami. Ce proverbe a -une portée plus étendue: il enseigne aux amis par le résultat qu'il -exprime combien il leur importe de bien régler les affaires d'intérêt -qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui exige d'eux, non-seulement la foi -et la justice, sans lesquelles l'amitié ne saurait subsister, mais -l'exactitude la plus rigoureuse pour le payement des moindres déboursés -occasionnés par les services qu'ils sont dans le cas de se rendre -réciproquement. C'est à tort qu'ils dédaignent quelquefois une pareille -allocation, car la moindre négligence à cet égard peut inquiéter la -discrétion et gêner insensiblement la confiance. - -Les Espagnols disent: «_Cuento y razon sustentan amistad._ Compte et -calcul entretiennent l'amitié.» - -Les Italiens: «_Conti chiari, amici cari._ Comptes clairs, amis chers.» - -Les Anglais: «_Even reckoning makes long friends._ Un compte exact fait -de longs, ou durables amis.» - - -Il ne faut pas compter avec ses amis. - -Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutôt généreux -qu'intéressé avec ses amis, paraît en contradiction avec les deux -précédents, mais il ne l'est pas en réalité, car il ne conseille pas la -même espèce de générosité dont les autres commandent de s'abstenir. Il -parle de celle qu'on doit mettre dans les procédés de sentiment où elle -est indispensable, et non de celle qu'il faut éviter dans les affaires -d'intérêt, parce qu'elle peut avoir des conséquences fâcheuses. Les -préceptes sont différents, mais ils n'ont rien de contradictoire. Loin -de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent à un but -unique, qui est la conservation de l'amitié. - -Les Turcs disent: _l'Amitié compte par tonneaux, et le commerce par -grains._ - -L'idée de notre proverbe se trouve dans le passage suivant du _Traité de -l'amitié_ par Cicéron: «Borner l'amitié à un rapport mesuré de -sentiments et de services, c'est la dépouiller de sa dignité, c'est -l'avilir... Exiger une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on -reçoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La véritable amitié -est plus magnifique, plus généreuse, et n'établit point de comptes -rigoureux. Car il ne faut pas craindre de perdre quelque chose ou d'en -faire trop pour un ami.» (XVI, 57.) - - -Entre amis tout doit être commun. - -Ce proverbe est fort ancien. Épicure blâmait Pythagore de l'avoir -appliqué littéralement, en obligeant ses disciples à mettre en commun -tout ce qu'ils possédaient: «Si j'ai un véritable ami, disait-il, ne -suis-je pas aussi maître de ses biens que s'il m'en eût fait le -dépositaire? Y a-t-il moins de mérite à donner son cœur que ses -richesses? Je ne dois pas abuser sans doute de la tendresse de cet ami; -ce qu'il possède, je dois le ménager comme ma propre fortune: mais je -lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie à un tiers pour nos -besoins communs.» - -Sénèque, dans son _Traité des bienfaits_, liv. VII, ch. XII, définit -ainsi la communauté entre amis: «La communauté entre amis n'est pas -comme entre des associés qui ont leur part distincte; mais comme entre -un père et une mère qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun le leur, -mais en ont deux chacun. - - -Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage. - -N'ayant personne qui lui porte assez d'intérêt pour l'avertir de ses -défauts, pour chercher à l'en corriger, il doit nécessairement les -garder et les aggraver de telle sorte qu'en peu de temps ils -dégénéreront en vices incompatibles avec la sagesse, à laquelle il -serait resté de plus en plus attaché s'il avait eu le bonheur de vivre -sous la surveillance salutaire d'un ami. - - D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure; - C'est avec mon ami que ma raison s'épure; - Que je cherche la paix, des conseils, un appui; - Je me soutiens, m'éclaire et me calme avec lui. - Dans des piéges trompeurs si ma vertu sommeille, - J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'éveille. - -(Ducis, _Épître à l'amitié._) - - -Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage. - -Il ne le sera pas même si longtemps que celui qui vit sans amis, parce -qu'il sera poussé à l'inconduite par ceux qu'il a mal choisis. Cette -maxime proverbiale est prise de Confucius. - - -Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis. - -Dans ce pays-là on ne peut compter sur personne; on est exposé à toutes -sortes d'ennuis, de désagréments et de misères; on est réduit à vivre -triste et solitaire, dans la privation de toute sympathie, de tout -secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort affreux! Comment -supporter tant de douleurs dont le poids devient, chaque jour, plus -accablant! il faudrait pour cela une grâce spéciale de Dieu. Mais est-il -permis d'espérer, quand on met ainsi contre soi tout le monde, qu'on -pourra mettre Dieu pour soi? Et cette existence maudite, à laquelle on -est condamné, n'est-elle pas une punition infligée par la justice -divine? Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a été dur, inhumain -envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables sans commisération et -sans humanité; c'est parce qu'on a été insociable qu'on est privé des -douceurs de la société. «_Per quæ peccat quis per hæc et torquetur_, dit -la _Sagesse_ (XI, 17). On est puni par où l'on a péché.» - - -Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper sans -témoins. - -Ce proverbe, fondé sur une vérité d'expérience, signale d'une manière -nette et frappante le danger où l'on s'expose quand on a la faiblesse de -se laisser influencer par des rapports suspects contre les personnes -avec lesquelles on est intimement lié. L'auteur de ces rapports n'est -presque toujours qu'un fourbe qui cherche, en brouillant deux amis, à -supplanter l'un, afin de pouvoir, en toute liberté, faire sa dupe de -l'autre. S'il parvient au gré de ses vues intéressées à capter et à -posséder sans partage la confiance de l'imprudent qui l'écoute, il -achèvera d'aveugler sa raison à force de flatteries perfides, le -conduira de piége en piége par ses menées cauteleuses, et l'abandonnera -en se moquant de lui dès qu'il aura consommé sa ruine. - -Que les amis soient donc continuellement en garde contre les délations -qui tendent à semer entre eux de la défiance et à provoquer une rupture -toujours douloureuse et nuisible à leurs vrais intérêts; qu'ils tiennent -leurs cœurs dans une si étroite union que le délateur ne puisse y -trouver le joint pour les séparer. - - -Il faut aimer ses amis avec leurs défauts. - -Il faut être indulgent pour les défauts de ses amis, car l'indulgence -augmente l'amitié et la sévérité la diminue. Il ne s'agit ici que de ces -petits défauts qui ne tirent point à conséquence. La complaisance pour -les vices des amis serait contraire à la morale et à l'amitié. - - Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite. - -(VOLTAIRE.) - -Un adage latin recommande de connaître les défauts d'un ami, et de ne -pas les haïr: _Mores amici noveris, non oderis._ Et Horace met parmi les -vertus nécessaires l'indulgence pour les amis: _Ignoscere amicis._ - -Les Orientaux disent, pour signifier qu'on ne doit pas soumettre les -défauts de ses amis à une censure rigoureuse: _Il ne faut pas rincer -avec du vinaigre la coupe de l'amitié._ - -«L'on ne peut aller loin dans l'amitié si l'on n'est pas disposé à se -pardonner les uns aux autres les petits défauts.» (La Bruyère, ch. V.) - -Quelqu'un a dit: «Quand nos amis sont borgnes, il faut les regarder de -profil.» C'est une fleur d'esprit et de sentiment greffée sur notre -adage. - - -Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis. - -On se concilie l'affection des hommes par les bons offices qu'on leur -rend, et on se l'aliène par les vérités qu'on leur dit. Térence a -remarqué, dans son _Andrienne_, que la franchise produit la haine et que -la complaisance produit l'amitié. - - _Veritas odium, obsequium amicos parit._ - -(Act. I, sc. I.) - -Ce qui est pris de cette pensée d'Isocrate: «S'il est quelqu'un dont -vous vouliez faire un ami, dites-en du bien à des gens qui le lui -rapporteront: _Le principe de l'amitié est la louange, celui de la haine -est le blâme._» - - -On ne peut vivre sans amis. - -Proverbe ancien rapporté dans cette phrase de Cicéron: «_Omnes ad unum -idem sentiunt, sine amicitia vitam esse nullam._ (_De Amicitia_, XXIII.) -Tous les hommes sont du même sentiment que sans l'amitié la vie n'est -rien.» - -«Nous avons presque tous cela de commun, que non-seulement la douleur -qui, étant faible et impuissante, demande naturellement du soutien, mais -la joie qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter -d'elle-même, cherche le sein d'un ami pour s'y répandre, sans quoi elle -est impuissante et assez souvent insipide; tant il est vrai que rien -n'est plaisant à l'homme s'il ne le goûte avec quelque autre homme dont -la société lui plaise.» (BOSSUET, _Sermon pour le mardi de la troisième -semaine de carême_.) Les Grecs disaient: _L'amitié est plus nécessaire -que le feu et l'eau_, deux choses sans lesquelles il serait impossible -de vivre. C'est pour cela que chez les Romains on avait donné aux amis -le nom de _necessarii_, nécessaires, et à l'amitié celui de -_necessitudo_, nécessité. Expressions empreintes du sentiment profond et -délicat qui les avait inspirées. - -L'amitié est regardée comme une des joies du paradis; il serait -imparfait sans elle. On lit dans un des cantiques spirituels de Jacopone -de Tadi: «Les élus s'aiment d'une tendresse si délicate que chacun tient -l'autre pour son maître.» - -Buffon disait: «L'amitié est de tous les attachements le plus digne de -l'homme. C'est l'âme de son ami qu'on aime, et pour aimer son ami il -faut en avoir une.» - - -Il faut louer tout bas ses amis. - -Mme Geoffrin établissait comme autant de règles ces trois choses: 1º -qu'il faut rarement louer ses amis dans le monde; 2º qu'il ne faut les -louer que généralement et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou -telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter quelque doute sur le -fait ou de chercher à l'action quelque motif qui en diminue le mérite; -3º qu'il ne faut pas même les défendre, lorsqu'ils sont attaqués trop -vivement, si ce n'est en termes généraux et en peu de paroles, parce que -tout ce qu'on dit en pareil cas ne sert qu'à animer les détracteurs et à -leur faire outrer la censure. - -Fontenelle avait dit avant Mme Geoffrin: «Empêchez que vos amis ne vous -louent avec excès, car le public traite à toute rigueur ceux que leurs -partisans servent trop bien.» - -Ces conseils sont le développement de notre proverbe, qui est pris du -passage suivant de Salomon: «_Qui laudat amicum voce alta erit illi loco -maledictionis._ (_Proverbes_, XXVII, 14.) Qui loue son ami à haute voix -attirera sur lui la malédiction.» - - -Il faut dire la vérité à ses amis. - -Il ne faut pas craindre de déplaire à ses amis en leur disant la vérité, -quand elle doit leur être utile; mais il ne faut jamais oublier que, si -l'amitié donne le droit de les contredire, elle impose le devoir de ne -pas les offenser par la contradiction. - -«Nos amis sont en notre garde, dit Bossuet. Il n'y a rien de plus cruel -que la complaisance que nous avons pour leurs vices, et nous taire, en -ces circonstances, c'est les trahir. Ce n'est pas là le trait d'un ami. -C'est l'action d'un barbare que de les laisser tomber dans un précipice -faute de lumière, tandis que nous avons en main un flambeau que nous -pourrions leur mettre devant les yeux. Il faut même de la fermeté et de -la vigueur dans ces avis charitables. Usez de la liberté que le nom -d'amitié vous donne, ne cédez pas, soutenez vos justes sentiments. -Parlez à votre ami en ami, jetez-lui quelquefois au front des vérités -toutes sèches qui le fassent rentrer en lui-même; ne craignez pas de lui -faire honte, afin qu'il se sente pressé de se corriger et que, confondu -par vos reproches, il se rende enfin digne de louanges. - -«Mais, avec cette fermeté et avec cette vigueur, gardez-vous de sortir -des bornes de la discrétion; je hais ceux qui se glorifient des avis -qu'ils donnent, qui veulent s'en faire honneur plutôt que d'en tirer de -l'utilité, et triompher de leur ami plutôt que de le servir. Pourquoi le -reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous devant tout le monde? -C'était une charitable correction et non une insulte outrageuse que vous -aviez à lui faire. Parlez en secret, parlez à l'oreille; n'épargnez pas -le vice, mais épargnez la pudeur, et que votre discrétion fasse sentir -au coupable que c'est un ami qui parle.» (_Sermon pour le mardi de la -troisième semaine du carême._) - -Voici un beau proverbe arabe qui correspond au nôtre: _La sincérité est -le sacrement de l'amitié._ - - -Vieux amis vieux écus. - -Dicton né au commencement du quatorzième siècle, sous le règne de -Philippe le Bel, surnommé le _faux monnayeur_, parce qu'il avait fait -subir aux monnaies une altération telle, que la valeur intrinsèque de -chaque écu n'était plus que le tiers de celle qu'il avait eue sous les -règnes précédents. Cette altération et l'ordonnance par laquelle il -enjoignait aux particuliers de porter à l'atelier monétaire le tiers de -leur vaisselle, dont ils recevraient le prix en espèces nouvelles, sous -peine de confiscation, irritèrent si fortement les esprits, qu'une -révolte générale aurait éclaté si le clergé n'eût pris le soin de la -conjurer, en offrant au roi les deux tiers de ses revenus, afin que les -monnaies fussent remises au même titre que du temps de saint Louis. -Cependant, malgré la promesse royale achetée par la générosité de -l'Église de France, le dicton ne cessa pas d'être entièrement vrai -pendant un assez grand nombre d'années; mais il ne l'est plus que dans -sa première partie, depuis que les gouvernements ont compris l'extrême -importance de laisser au numéraire la valeur réelle qu'il doit avoir... -Les vieux écus aujourd'hui ne sont pas meilleurs que les neufs. Quant -aux vieux amis, ils n'ont pas seulement gardé tout leur prix, ils l'ont -augmenté en raison de leur excessive rareté. - - -On ne saurait avoir trop d'amis. - -Les Arabes disent: _Mille amis, c'est peu; un ennemi, c'est beaucoup._ -Mais les amis dont il est question dans leur proverbe, comme dans le -nôtre, ne sont pas ces êtres d'élite entre lesquels une grande -conformité d'inclinations et de mœurs, une intime correspondance de -pensées et de sentiments, ont établi la plus parfaite des unions: il -s'agit de ceux dont l'amitié moins pure et moins rare n'est pourtant pas -à dédaigner, à cause des bons offices qu'elle peut rendre aux personnes -qui savent se la concilier. Je crois qu'il faut penser sur ce sujet -comme la Bruyère. «C'est assez pour soi d'un fidèle ami, dit-il, c'est -même beaucoup de l'avoir rencontré: on ne peut en avoir trop pour le -service des autres.» (Ch. IV, _du Cœur_.) - - -Les amis de nos amis sont nos amis. - -C'est-à-dire qu'ils ne doivent pas nous être indifférents, et qu'ils ont -des droits à nos égards. Pline le Jeune leur accordait davantage, -lorsqu'il écrivait: «_Amicus tuus, immo noster, quid enim non commune -nobis?_ (_Epist._ VIII, 12.) Votre ami, ou plutôt le nôtre, car que -peut-il y avoir qui ne nous soit commun?» - -Mme de Sévigné appelait ingénieusement les _amis de ses amis_ «des amis -par réverbération». - -«_Si les amis de nos amis sont nos amis_, demande Beaumarchais, les -ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas plus d'à moitié nos amis?» - -Un vieux proverbe dit qu'_on ne hait pas l'ennemi de ses ennemis_. - - -Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie. - -Des amis qui s'emploient activement pour une personne peuvent lui être -d'une plus grande utilité que son argent. Ce proverbe est dans le _Roman -de la Rose_. - - Adès vaut miex amis en voie - Que ne font deniers en corroie. - -(T. I, v. 4, 962.) - -Le mot courroie, comme on le voit dans le Dictionnaire de Philibert -Monet, se disait autrefois de la ceinture de cuir dans laquelle on -mettait son argent. J'ai trouvé dans un vieux texte _deniers en -conroie_. Ce mot _conroie_ ou plutôt _conroi_ signifiait troupe, foule, -et par conséquent la variante _deniers en conroie_, si elle ne provient -pas d'une faute de copiste, équivaut _à deniers en quantité_. - -Le troubadour Amanieu des Escas a employé cette autre variante: - - Per c'om ditz que may val en cocha - Amiex que aur. - -«C'est pourquoi on dit que mieux vaut dans le besoin amis que or.» - -Les Allemands disent: «_Besser ohne Geld als ohne Freund seyn._ Mieux -vaut manquer d'argent que d'ami.» - -On lit dans Stobée: «Un trésor n'est pas un ami, mais un ami est un -trésor.» Maxime à laquelle reviennent ces beaux vers du trouvère auteur -du roman de _Garin le Loherain_: - - N'est pas richoise ne de vair, ne de gris, - Ne de deniers, ne de murs, ne de roncins: - Mais est richoise de parents et d'amis: - Li cuers d'un homme vaut tout l'or d'un pays! - - -Il est bon d'avoir des amis partout. - -Ce proverbe a donné lieu à l'historiette suivante, rimée par Imbert: - - Une dévote, un jour, dans une église - Offrait un cierge au bienheureux Michel, - Un autre au diable. «Oh! oh! quelle méprise! - Mais c'est au diable! Y pensez-vous? ô ciel! - --Laissez, dit-elle, il ne m'importe guères; - Il faut toujours penser à l'avenir; - On ne sait pas ce qu'on peut devenir, - Et les amis sont partout nécessaires.» - -L'auteur des _Matinées sénonoises_ rapporte qu'un Wisigoth arien, nommé -Agilane, disait un jour sérieusement à Grégoire de Tours qu'on peut -choisir sans crime telle religion que l'on veut, et que c'était un -proverbe de sa nation qu'en passant devant un temple païen et devant une -église chrétienne il n'y avait point de mal à faire la révérence devant -l'un et devant l'autre. Ce Wisigoth, faisant son offrande à saint -Michel, n'aurait sûrement pas oublié l'estafier du bienheureux. - -On dit aussi, pour caractériser ces gens qui savent se ménager des -intelligences dans le parti des bons et dans le parti des méchants, -qu'_ils ont des amis en paradis et en enfer_. - - -Les gens riches ont beaucoup d'amis. - -Salomon l'a dit: _Amici divitum multi_ (_Prov._, XIV, 20), et sans doute -Salomon n'a pas été le premier à le dire; car, dans les siècles les plus -reculés aussi bien que dans le nôtre, on a considéré l'amitié comme un -commerce d'intérêt dans lequel on n'entre qu'à proportion du profit -qu'on en retire. La même raison a donné lieu à cet autre proverbe non -moins ancien: _Les pauvres n'ont point d'amis._ - - -Les amis par intérêt sont des hirondelles sur les toits. - -On sait que les hirondelles, aux approches de la froide saison, se -rassemblent sur les toits pour s'envoler en troupe dans un plus doux -climat. Il en est de même des amis intéressés, toujours prêts à -s'éloigner des personnes qui tombent dans l'adversité, et à se -rapprocher de celles que la fortune favorise. Ils n'aiment que par -rapport à eux-mêmes, et ne placent jamais leur amitié vénale qu'au -service des gens heureux qui peuvent la payer. - - -Un homme mort n'a ni parents ni amis. - -Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard Cœur-de-Lion, roi -d'Angleterre, composa pendant sa captivité en Autriche. La meilleure -explication qu'on en puisse donner est dans le passage suivant du -discours du père Aubry à Atala: «Que parlez-vous de la puissance des -amitiés de la terre? Voulez-vous, ma chère fille, en connaître -l'étendue? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa -mort, je doute qu'il fût reçu avec joie par ceux-là même qui ont donné -le plus de larmes à sa mémoire; tant on forme vite d'autres habitudes, -tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de -chose, même dans le cœur de nos amis!» - -Les vers suivants, extraits d'une pièce charmante de M. V. Hugo, _A un -voyageur_, reviennent aussi au proverbe et sont dignes de figurer à côté -du beau passage de Chateaubriand. Je dirai plus, car la justice l'exige, -c'est qu'ils lui sont supérieurs par le charme et l'originalité de leur -expression poétique. - - Combien vivent joyeux qui devraient, sœurs ou frères, - Faire un pleur éternel de quelques ombres chères! - Pouvoir des ans vainqueurs! - Les morts durent bien peu: laissons-les sous la pierre. - Hélas! dans leur cercueil ils tombent en poussière, - Moins vite qu'en nos cœurs. - - Voyageur! voyageur! quelle est notre folie? - Qui sait combien de morts chaque jour on oublie, - Des plus chers, des plus beaux! - Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse, - Et combien, sur la terre, un jour d'herbe qui pousse - Efface de tombeaux! - - -On ne doit pas servir ses amis à plats couverts. - -Il faut être franc et sincère avec ses amis.--Ce proverbe est moins -usité que la locution qui en fait partie, _servir quelqu'un à plats -couverts_, c'est-à-dire témoigner à quelqu'un de l'amitié en apparence -et le desservir sous main. C'est une allusion à l'usage où l'on était -autrefois de couvrir les plats qu'on servait sur la table des grands, et -les choses mêmes qu'on leur présentait. «On couvroit les plats, dit -Sainte-Palaye, et peut-être le sel, le poivre et autres épiceries qu'on -plaçoit auprès d'eux. Si on leur offroit des dragées, le drageoir étoit -couvert d'une serviette. Le cadenas[11], qui n'appartient qu'aux -personnes du plus haut rang, est encore conservé à la cour sur la table -des princes comme un reste de cette antique étiquette.» De l'usage de -_servir à couvert_ viennent aussi ces salières à compartiments et à deux -couvercles qu'on ne trouve plus que chez les amateurs de vieux meubles -et chez les marchands de bric-à-brac. - - [11] Espèce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on mettait le - couteau, la cuiller et la fourchette. - -_Servir quelqu'un à plats couverts_ se dit encore pour marquer la -réserve calculée qu'on met à ne découvrir à quelqu'un qu'une partie de -la vérité dans une affaire qui l'intéresse. - - -On ne doit pas se gêner pour ses amis. - -Cette maxime est vraie lorsqu'elle est prise dans le même sens que cette -autre: _l'amitié dispense du cérémonial_. Mais elle est fausse et -injuste quand on l'allègue, ce qui a lieu trop souvent, comme excuse de -traiter ses amis avec une espèce de sans-gêne qui ne s'inquiète pas des -égards qui leur sont dus. On doit se gêner pour toutes les personnes à -qui l'on veut plaire; et c'est précisément en cela que consiste le -savoir-vivre, l'un des premiers devoirs de la société. Eh! comment -pourrait-on se justifier de ne pas observer ce devoir envers ses amis! -c'est pour eux surtout qu'on doit avoir des procédés aimables qui leur -prouvent qu'on n'a rien tant à cœur que de leur être agréable. L'amitié -a une jalousie délicate qu'il importe de ménager, car elle ne peut guère -se maintenir qu'à cette condition. - - -Dieu me garde de mes amis; je me garderai de mes ennemis. - -On peut se garantir de la vengeance d'un ennemi déclaré, mais il n'y a -point de préservatif contre la trahison qui se présente sous les -couleurs de la bienveillance et de l'amitié. - -Stobée rapporte (p. 721) que le roi Antigone, sacrifiant aux dieux, les -priait de le protéger contre ses amis, et qu'il répondait à ceux qui lui -demandaient le motif d'une telle prière: «C'est que, connaissant mes -ennemis, je puis me préserver d'eux.» - -On lit dans l'_Ecclésiastique_: «_Ab inimicis tuis separare et ab amicis -tuis attende_ (VI, 13). Séparez-vous de vos ennemis, et gardez-vous de -vos amis.» - -Les Italiens disent comme nous: - - _Di chi mi fido guardami Dio! - Degli altri mi guardarò io._ - -En visitant les _pozzi_ du palais du doge, à Venise, en 1825, je trouvai -ces deux vers inscrits sur un mur dans un de ces cachots où le conseil -des Dix plongeait ses victimes. Ils y avaient été tracés, me dit-on, de -la main d'un prêtre qui eut le bonheur d'échapper à son horrible -captivité par une issue qu'il s'ouvrit en arrachant du sol une large -dalle posée sur un égout aboutissant au canal voisin. - -Le même proverbe est usité chez les Basques. Il existe aussi chez les -Allemands, et Schiller l'a employé dans une de ses tragédies. - - -Les amis sont les trésors des rois. - -Proverbe formé d'un mot d'Alexandre le Grand, qui disait, en montrant -ses amis: «Voilà mes trésors.» Mais de tels trésors sont infiniment plus -rares chez les rois que chez les simples particuliers, car il n'est -guère possible que l'amitié, qui, dans sa nature, est indépendante, -jalouse de sa liberté, ennemie de toute sujétion, portée aux -épanchements familiers et désireuse avant tout de la réciprocité des -sentiments, s'établisse entre des hommes dont la condition si inégale -peut faire croire aux uns qu'ils sont maîtres et aux autres qu'ils sont -esclaves. Admettons pourtant l'existence de cette amitié, et -reconnaissons qu'elle est d'un prix inestimable. «Ce ne sont pas les -armées ni les richesses, dit Salluste, mais les amis qui sont les -soutiens des rois.» (_Jugurth._, ch. X.) - -Tacite remarque aussi qu'il n'est pas de plus puissants soutiens d'un -sage gouvernement que de sages amis. _Nullum majus boni imperii -instrumentum quam bonos amicos esse._ (_Hist._, IV, VII.) - - -Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents. - -C'est ce que répondit Apollonius de Tyane au roi de Babylone, qui lui -avait demandé ce qu'il fallait à un roi pour régner sûrement. Quelques -parémiographes du moyen âge ont placé dans leurs recueils, comme un -adage, ce mot qui était bien digne de le devenir. Je ne crois pas qu'il -ait besoin d'être expliqué, et je n'y joindrai pour tout commentaire que -cette réflexion du pape Benoît XIV: «Un souverain qui a beaucoup de -confidents ne saurait manquer d'être trahi.» - - -Il faut se dire beaucoup d'amis, et s'en croire peu. - -Parce que, en se disant beaucoup d'amis, on peut obtenir quelque -considération dans le monde, et, en se croyant peu d'amis, on est moins -exposé à se laisser tromper par ceux qui abusent de ce titre. Ce -proverbe est doublement répréhensible, puisqu'il conseille, jusqu'à un -certain point, le mensonge et la défiance; mais il offre une maxime de -politique si conforme aux mœurs de notre temps, qu'il ne cessera point -d'être pris pour une règle de conduite. - - -Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours. - -On deviendrait à charge à ses amis, si l'on recourait souvent à leur -générosité. Il faut être de la plus grande réserve sur ce point, et ne -solliciter leur aide que dans le cas où l'on ne pourrait s'en passer. Il -serait même plus délicat de s'abstenir d'une sollicitation formelle, et -de se borner à leur faire connaître le besoin qu'on éprouve pour leur -laisser le mérite d'y subvenir de leur propre mouvement, selon leurs -moyens. La parfaite amitié impose d'une part le devoir de ne rien -demander, puisque de l'autre elle impose celui de prévenir les demandes. - -Desmahis avait coutume de dire: «Lorsque mon ami rit, c'est à lui à -m'apprendre le sujet de sa joie; lorsqu'il pleure, c'est à moi de -découvrir la cause de son chagrin.» - - -Il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux -grandes. - -Il faut les éprouver aux petites occasions, parce qu'il ne s'agit alors -que de certains actes de complaisance qui ne doivent pas leur être -onéreux; mais il faut avoir soin d'éviter, dans ces épreuves, jusqu'à la -moindre apparence d'indiscrétion et d'importunité, de manière qu'elles -ne leur paraissent que des témoignages de la confiance qu'ils inspirent, -et, pour ainsi dire, des hommages rendus à l'excellence de leurs -sentiments. C'est là le meilleur moyen de sonder leurs bonnes -dispositions, dont on a besoin de ne pas douter, lorsqu'un malheur -pressant force de faire appel à leur aide et protection. - - -Il faut choisir ses amis dans sa famille. - -Ce proverbe est pris d'un mot de Solon à Anacharsis, au rapport de -Plutarque, dont la traduction latine cite ce mot en ces termes: _Paranda -est amicitia domi, non foris._ C'est dans la famille, en effet, qu'on -peut contracter l'amitié la meilleure et la plus solide, puisqu'elle y -est nouée par le double lien du sang et de la sympathie. La fraternité -est une amitié toute faite.--Le roi-prophète a consacré le psaume CXXXII -à l'éloge de cette amitié.--«Qu'il est bon, qu'il est doux, -s'écrie-t-il, que les frères vivent ensemble, et ne fassent qu'un! _Ecce -quam bonum et quam jucundum, habitare fratres in unum!_»--Il compare -leur intimité charmante au parfum délicieux qui, versé sur la tête -d'Aaron, coula sur les deux côtés de sa barbe et sur les franges de son -vêtement, et à la douce rosée du mont Hermon, qui descend sur la -montagne de Sion en fertilisant. - -Salluste a dit: «Quel meilleur ami qu'un frère pour un frère? Quel -étranger trouveras-tu fidèle, si tu es l'ennemi des tiens? _Quis -amicitior quam frater fratri? Quem alienum fidum invenies, si tuis -hostis fueris._» (_Jugurtha_, cap. X.) - -Les races slaves attachaient un prix infini à l'amitié fraternelle, et -leurs chants primitifs attestent que n'avoir point de frère était pour -elles une grande calamité. - -On lit dans le _Chi-King_, le troisième des livres sacrés des Chinois: -_Un frère est un ami qui nous est donné par la nature._ Maxime -proverbiale qui se retrouve dans le _Traité de l'Amitié fraternelle_ par -Plutarque, où le frère est appelé _l'ami que la nature nous a donné_. De -là le vers attribué à Legouvé, qui, certes, n'a pas dû suer d'ahan pour -le tirer de sa tête: - - Un frère est un ami donné par la nature. - - -Bonne amitié est une autre parenté. - -Ce proverbe, qui fait l'éloge de l'amitié en l'égalant à la parenté, -était fort accrédité au moyen âge, où l'union entre les parents était -généralement regardée comme un des devoirs les plus importants. Il était -même consacré par une règle de jurisprudence formulée en ces termes: -«_Amicitia vera similis est consanguinitati proximiori._ La véritable -amitié est semblable à la parenté la plus rapprochée.» Les mots amitié -et fraternité pouvaient alors s'employer l'un pour l'autre. Touchante -synonymie, dont la perte est à regretter. - -Montaigne, dans son beau chapitre sur l'amitié, nous apprend qu'il -donnait à son ami Estienne de la Boétie le nom de frère: «Un beau nom, -dit-il, et plein de dilection, et à cette cause en feismes nous, luy et -moy, nostre alliance.» - -Voici un mot plein d'esprit et de sentiment qui revient au proverbe. Le -comte Albert de Sesmaisons, présentant un jour le vicomte J. Walsh de -Serrent à Chateaubriand, lui dit: «Voilà mon ami Walsh: la nature -s'était trompée en ne me le donnant pas pour frère, mais depuis -longtemps nous avons réparé son erreur.» - - -Bonne amitié vaut mieux que parenté. - -Les Latins disaient: _La meilleure parenté est celle du cœur_, pensée -absolument vraie, tandis que celle qu'exprime le proverbe français ne -l'est que relativement aux circonstances qui motivent l'application de -ce proverbe, qu'on pourrait, en plusieurs cas, retourner avec raison de -cette manière: _Bonne parenté vaut mieux qu'amitié._ Il en est de même -de cet autre proverbe ingénieux: _Un parent est une partie de notre -corps, un ami est une partie de notre âme_; car un parent qui est bon -ami est à la fois partie de notre âme et de notre corps; il appartient à -notre être tout entier. - -Je ne saurais goûter ces proverbes qui cherchent à exalter un sentiment -aux dépens d'un autre, qui appauvrissent la parenté pour enrichir -l'amitié. Si le fait sur lequel ils se fondent est vrai quelquefois, et -malheureusement il ne l'est que trop, il faut le déplorer au lieu de le -signaler, de l'accréditer dans des maximes outrées qui ne sont propres -qu'à introduire la défiance au sein du foyer domestique, en faisant -accroire qu'on ne peut guère compter sur l'affection des siens; car cela -n'est pas conforme à la loi de la nature qui, par la communauté du sang, -par la ressemblance des actes habituels, par l'intimité des relations -journalières, tend à engendrer contre les parents vivant sous le même -toit et mangeant à la même table une grande sympathie que les passions -égoïstes peuvent seules empêcher. Cela n'est pas non plus selon la loi -de la religion, qui, tout en nous enjoignant d'aimer tous les hommes, -admet une préférence d'amour pour les membres de la famille; et -remarquez bien que le Christ a imposé les devoirs de la parenté à -l'amitié, et ceux de l'amitié à la parenté, pour nous enseigner que le -caractère parfait de chacune d'elles consiste dans la réunion des deux -sentiments: voyant du haut de la croix sa sainte mère, et près d'elle le -disciple bien-aimé, il dit à sa mère: Voilà votre fils, et au disciple: -Voilà votre mère. Ce que Bossuet met fort au-dessus de l'action -d'Eudamidas, «qui, ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa -famille, s'avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfants, par son -testament, car ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l'amour le -fit faire à Jésus-Christ d'une manière bien plus admirable.» - -Du reste le proverbe qui préfère les amis aux parents n'a pas été -généralement admis, comme nous l'avons fait voir en rapportant d'autres -proverbes qui le combattent et auxquels il faut joindre celui-ci: _Si -les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de Dieu._ - -Le poëte Hésiode, dans son poëme _les Travaux et les Jours_, n'a point -hésité à mettre la fraternité au-dessus de l'amitié. - - Que jamais ton ami ne s'égale à ton frère, - Et pourtant que toujours l'amitié te soit chère! - -(Ch. II. Trad. de M. Alph. Fresse-Montval.) - - -Les couteaux coupent l'amitié. - -Dicton employé pour signifier qu'il ne faut jamais faire présent d'un -couteau ni d'un objet coupant ou perçant, comme s'il y avait à craindre -qu'une fatalité fût attachée à un pareil cadeau, et que la personne qui -le reçoit dût s'en servir un jour contre celle qui le donne, ainsi que -le font supposer plusieurs exemples tragiques, parmi lesquels on cite le -fait suivant arrivé, dit-on, dans une buanderie: «Un enfant, à qui son -frère avait donné un couteau, l'en frappa au cœur dans une dispute, en -présence de leur mère, occupée de son lessivage. Celle-ci, hors -d'elle-même, se précipita sur le meurtrier et le fit tomber dans une -cuve d'eau bouillante ouverte presque au niveau du sol; puis elle se -pendit de désespoir, et le père, rentrant chez lui, expira subitement à -la vue d'un si grand désastre.» - -Le poëte Santeuil a résumé cette terrible aventure dans ce distique -latin d'une concision remarquable: - - _Alter cum puero, mater cunjuncta marito, - Cultello, lympha, fune, dolore cadunt._ - - Deux enfants et leur mère, et leur père, ô malheur! - Meurent par le fer, l'eau, la corde, la douleur. - -Du reste, la superstition sur laquelle le dicton est fondé ne fait pas -redouter seulement de sanglantes discordes, mais des infortunes plus -ordinaires comme l'infidélité, l'abandon et l'oubli. On lit dans le -chapitre XX des _Évangiles des connoilles_ (quenouilles): «Celuy qui -estraine sa dame par amours, le jour de l'an, de couteaulx, saichiez que -leur amour refroydira.» (Mardi, 2me journée.) - -On sait que pour conjurer le danger qu'on court à faire des présents de -cette espèce, il faut exiger en retour quelque petite pièce de monnaie -des personnes qui les reçoivent. Mais pourquoi une petite pièce de -monnaie peut-elle empêcher les couteaux donnés de couper -l'amitié?--C'est, à ce qu'on prétend, parce qu'elle supprime le don, en -y substituant l'échange dont elle est le gage. Cette explication ne vaut -pas celle des dires du moyen âge, qui enseignaient que cette monnaie -servait de préservatif contre le maléfice parce qu'elle était marquée du -signe de la croix. - - -Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon. - -Parce qu'un bouffon sacrifie tout à sa manie de faire rire. Il ne songe -qu'à prodiguer les plaisanteries les plus hasardées, sans se mettre en -peine si elles choquent le bon sens ou les usages de la société polie, -sans avoir égard ni aux personnes, ni aux circonstances, ni au temps. -Comme il est incapable de retenir sa verve railleuse dans les limites de -la modération, et de maîtriser sa langue déréglée, il ne peut guère -manquer de blesser ses amis par ses mauvaises pointes, ou de les -compromettre par ses sottes indiscrétions. - -Ce proverbe n'a pas la prétention d'insinuer que l'amitié soit -incompatible avec les plaisirs d'une aimable gaieté et d'un riant -badinage, avec les agréables jeux de l'esprit qui savent, sans -l'inquiéter, la préserver de la monotonie et de l'ennui; il veut -simplement faire entendre qu'elle réclame des hommes raisonnables, -honnêtes, courtois, circonspects, et que ces hommes, d'un commerce doux -et sûr, sont impossibles à trouver dans la catégorie ridicule et -méprisable des bouffons. - - -L'amitié est un pacte de sel. - -Traduction du proverbe latin: _Amicitia pactum salis_, qui fut formulé -au moyen âge pour exprimer que l'amitié doit s'établir par un long -commerce et être toujours durable. L'expression _pactum salis_ est -plusieurs fois employée dans les livres saints, où elle signifie une -alliance inviolable et sacrée, par allusion à la nature du sel, qui -empêche la corruption. «_PACTUM SALIS est sempiternum coram Domino, tibi -ac filiis tuis_ (_lib. Numerorum_, XVIII, 19). C'est un _pacte de sel_ à -perpétuité devant le Seigneur, pour vous et vos fils.» «_Num ignoratis -quod Dominus Deus Israel dederit regnum David super Israel in -sempiternum, ipsi et filiis ejus IN PACTUM SALIS._ (_Paralip._, XIII, -5.) Ignorez-vous que le Seigneur Dieu d'Israël a donné pour toujours la -souveraineté sur Israël à David et à ses descendants par un _pacte de -sel_?» - -Il était recommandé dans le _Lévitique_ d'offrir du sel dans tous les -sacrifices: «_In omni oblatione tua offeres sal_ (II, 13). Dans toutes -les oblations tu offriras du sel.» Homère a donné au sel l'épithète de -divin, θεῖος ἅλς. Pythagore le regardait comme le symbole de la justice, -et il voulait que la table en fût abondamment pourvue. Vatable croit que -les Francs admettaient le sel dans leurs pactes, pour montrer qu'ils -dureraient toujours, et quelques auteurs ont pensé que de cet usage a pu -dériver le nom de _loi salique_, qui, comme on sait, a une autre -origine. - - -Il faut que l'amitié nous trouve ou nous fasse égaux. - -Cet adage, que nous avons reçu des Latins, nous apprend que la véritable -amitié ne peut bien s'établir ou se conserver que sous le régime de -l'égalité, car _l'amitié est la sympathie de deux âmes égales_, suivant -la maxime des Orientaux.--On comprend qu'il s'agit ici de l'égalité des -sentiments et non de celle du rang et de la fortune, puisqu'il y a -plusieurs exemples célèbres qui prouvent que deux hommes inégaux, soit -en titres, soit en biens, ont été de parfaits amis.--Bossuet a dit de -cette amitié entre les inégaux qu'elle se soutient d'un côté par -l'humilité et de l'autre par la libéralité, et cela est vrai sans doute; -mais il faut que cette humilité et cette libéralité n'altèrent en rien -le principe d'égalité qui doit régner entre les cœurs; sans quoi -l'amitié ne saurait subsister. C'est ce qu'exprime un autre proverbe -oriental que l'abbé Aubert a reproduit textuellement dans ce vers -remarquable: - - L'amitié disparaît où l'égalité cesse. - - -La flatterie est le poison de l'amitié. - -C'est un proverbe formulé au moyen âge d'après cette pensée sur laquelle -Cicéron revient plusieurs fois, qu'il n'y a point dans les amitiés de -peste plus grande que la flatterie: _Nullam in amicitiis pestem esse -majorem quam adulationem._ (_De Amicitia_, XXV.) En effet, la sincérité -étant essentielle à l'amitié, il s'ensuit nécessairement que la -flatterie doit pervertir et frapper de mort l'amitié.--_Flatter un ami_, -dit un proverbe antique, _c'est lui verser du poison dans une coupe -d'or_. - -«_Homo, qui blandis fictisque sermonibus loquitur amico suo, rete -expandit gressibus ejus._ (Salomon, _Prov._, XXIX, 5.) L'homme qui tient -à son ami un langage flatteur et déguisé tend un filet à ses pieds.» - -_Il faut_, dit un proverbe oriental, _se méfier de ceux qui trafiquent -d'encens et de poisons_: c'est-à-dire des flatteurs et des envieux. - - -Le plus bel âge de l'amitié est sa vieillesse. - -C'est-à-dire que plus l'amitié est vieille, plus elle est belle. - - Le temps, qui flétrit tout, embellit l'amitié. - -Il fait plus que l'embellir, il la consacre. «_Est aliquid sacri in -antiquis necessitudinibus._ (Cicéron.) Il y a quelque chose de sacré -dans les vieilles amitiés.» (Voyez sur ce mot de _necessitudinibus_, -_nécessités_, employé pour _amitiés_, le proverbe: _On ne peut vivre -sans amis_, dans le commentaire duquel il est expliqué.) - -Les Italiens disent: «_Vecchio amico, cosa sempre nuova._ Vieil ami, -chose toujours nouvelle.» - -Les Orientaux ont ce proverbe: _L'amitié est un plaisir qui ne fait que -s'accroître à mesure qu'on vieillit._ - - -Les petits présents entretiennent l'amitié. - -Ce n'est pas sans raison que le proverbe dit _les petits présents_, car -les présents doivent être réciproques, et, lorsqu'ils sont trop -considérables pour qu'on puisse en rendre l'équivalent, ils blessent -plus la vanité qu'ils n'excitent la reconnaissance; ils font naître une -sorte de haine, au lieu d'entretenir l'amitié. Suivant une remarque de -Q. Cicéron, celui qui ne croit pas pouvoir s'acquitter envers quelqu'un -ne saurait être son ami. _Qui se non putat satisfacere amicus esse nullo -modo potest._ (_De Petitione consulatus_, IX.) - -Ce que Tacite a redit de cette manière plus énergique: «_Beneficia -quousque læta sunt, dum videntur exsolvi posse; ubi multum antevenire, -pro gratia odium redditur._ (Annal., IV, 18.) Les bienfaits sont -agréables tant qu'on croit pouvoir les acquitter; dès qu'ils excèdent la -reconnaissance, celle-ci se change en haine.» - -Les Celtes avaient cette maxime analogue à notre proverbe: «Que les amis -se réjouissent _réciproquement_ par des présents d'armes et d'habits: -_ceux qui donnent et qui reçoivent restent longtemps amis_, et ils font -souvent des festins ensemble.» On lit dans le _Hava-mal_ des -Scandinaves: «Si tu as un ami auquel tu te confies, il faut mêler vos -pensées, _échanger des présents_, et aller souvent le trouver.» - - -La table est l'entremetteuse de l'amitié. - -On dit aussi: _La table fait les amis_, parce que les épanchements -auxquels on se livre en mangeant ensemble établissent des rapports d'une -intimité bienveillante, qui dissipent les préventions haineuses et -donnent naissance à l'amitié, ou en resserrent plus étroitement les doux -liens. Minos et Lycurgue avaient reconnu cette vérité lorsqu'ils -fondèrent des repas de confraternité, et Aristée regardait comme -contraire à la sociabilité la coutume des Égyptiens, qui mangeaient -séparément sans avoir jamais de festins communs. - -Il y eut au commencement de la Révolution française des banquets -fraternels qui se faisaient, le soir, dans les rues, sur les places, -dans les jardins et les édifices publics. Les citoyens des divers états -s'y rendaient, apportant chacun son mets, son pain, son vin, son cidre -ou sa bière, dont leurs voisins moins bien pourvus recevaient -d'ordinaire une part offerte avec bienveillance. Cette commensalité -propre à concilier les prolétaires, les ouvriers et les bourgeois, en -écartant les soupçons, les défiances et les inimitiés qui les -divisaient, semblaient devoir produire des résultats heureux; mais la -Convention la jugea dangereuse pour la République, et elle la -proscrivit, après un fameux rapport de Barrère, qui signalait dans un -tel rapprochement des riches et des pauvres l'_alliance monstrueuse des -serpents et des colombes_. - - -Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié. - -Il ne faut pas négliger de visiter ses amis. Cet adage se trouve dans un -précepte de la sagesse scandinave que M. J.-J. Ampère a reproduit dans -ces vers de son poëme intitulé _Sigurd, tradition épique restituée_: - - Le seuil de ton ami, que ton pied le connaisse, - Qu'entre vous deux toujours le chemin soit frayé; - Ne souffre pas que l'herbe naisse - Sur le chemin de l'amitié. - -Les Celtes disaient: «Sachez que, si vous avez un ami, vous devez le -visiter souvent. Le chemin se remplit d'herbes, et les broussailles le -couvrent bientôt, si l'on n'y passe pas sans cesse.» - -Le conseil de _ne pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié_ -n'est pas interprété de même chez tous les peuples. Pour les uns il -signifie que les amis doivent se visiter continuellement, et pour les -autres qu'ils ne doivent le faire qu'avec modération, car _des visites -trop fréquentes useraient l'amitié_, suivant un mot de Mahomet passé en -proverbe, ou lui ôterait une des forces vitales du sentiment qui -l'anime, comme le fait entendre Montaigne dans ce passage où il parle de -son ami Étienne de la Boétie: «L'une partie de nous demeuroit oysifve -quand nous estions ensemble; nous nous confondions: la séparation du -lieu rendoit la conjonction de nos volontez plus riche. Cette faim -insatiable de la présence corporelle accuse un peu la foiblesse en la -jouissance des ames.» (_Essais_, liv. III, ch. IX.) - -La maxime des Hébreux est que les amis qui veulent s'entretenir dans une -égale et parfaite intelligence ne doivent pas se visiter tous les jours; -que _la pluie fréquente est très-ennuyeuse, et qu'elle devient -très-agréable quand on la souhaite_. - -Les Arabes disent: _Visite rare accroît l'amitié_; proverbe employé par -Lockman dans son _Amthal_ ou _Recueil de sentences et d'apologues_. - -Les Russes expriment une idée analogue en ces termes: _Visite rare, -aimable convive._ (Voyez plus loin le proverbe: _Un peu d'absence fait -grand bien._) - - -L'amitié fait plus de bons ménages que l'amour. - -Un sentiment raisonnable entretient le calme dans l'esprit des époux, -tandis qu'une passion folle y porte l'agitation et le trouble: par -conséquent, l'_amour qui est presque la folie de l'amitié_, suivant -l'expression de Sénèque, ne saurait aussi bien que l'amitié simple faire -régner la paix et la tranquillité. - -«Un bon mariage, s'il en est, refuse la compaignie et conditions de -l'amour: il tasche à représenter celles de l'amitié. C'est une doulce -société de vie, pleine de constance, de fiance et d'un nombre infiny -d'utiles et solides offices et obligations mutuelles.» (Montaigne, -_Essais_, liv. III, ch. V.) - -«Ce n'est pas affaire, en mariage, dit Charron, d'être toujours amants, -mais toujours amis.» - -On lit dans une des lettres de la duchesse d'Orléans, mère du Régent: -«Le mieux est d'aimer son mari par devoir et non par passion, de vivre -avec lui en paix et amicalement, mais de ne pas se tracasser du cours -qu'il donne à ses passions. De cette manière on reste longtemps bons -amis, et la paix et l'harmonie se maintiennent dans le ménage.» - - -L'amitié qui naît de l'amour vaut mieux que l'amour même. - -Je crois que ce proverbe est vrai, mais je crois aussi qu'il n'est guère -susceptible d'avoir une juste application; car l'amour n'abandonne pas à -la fois deux cœurs qui se désunissent, et, tant qu'il reste dans l'un, -il ne permet pas à l'amitié de venir y prendre sa place; il la cède -plutôt à la haine. Si vous en doutez, vous n'avez qu'à proposer votre -amitié pure et simple à une femme qui conserve pour vous une passion que -vous n'avez plus pour elle, et vous verrez comment elle recevra votre -proposition. - -Il faut que l'amour soit éteint dans les cœurs qui en ont ressenti les -ardeurs mutuelles, pour qu'il puisse être remplacé par l'amitié. Ce -nouveau sentiment, nourri des douces réminiscences du premier, ne se -forme que lentement. Il ressemble à la fleur parfumée de l'aloès, qui ne -se développe qu'après de longues années. C'est un bénéfice du temps, -dont la jouissance est réservée à certains couples exceptionnels, -vieillis et comme embaumés dans leur fidélité sacrosainte. - - Philémon et Baucis nous en offrent l'exemple. - -Quelques époux chrétiens nous l'offrent aussi, surtout quand il leur a -été donné par grâce spéciale de célébrer le jubilé de leur mariage. Mais -ces pieux époux sont aujourd'hui bien rares. Quant à ceux de toutes les -autres catégories, je crois qu'il serait très-difficile d'en trouver une -paire vivant dans les délices de l'amitié, après avoir vécu fidèlement -dans les délices de l'amour. La sœur, chez eux, ne saurait hériter du -frère, et cela par une raison toute simple: c'est que les maris et les -femmes les mettent constamment en hostilité, les maris refusant leur -amour à leur femme, et les femmes repoussant l'amitié de leur mari. Vous -pouvez, si vous voulez, faire la converse de cette proposition: elle -sera tout aussi vraie. - - -L'amitié confie son secret, mais il échappe à l'amour. - -C'est un proverbe que La Bruyère a répété dans cette pensée: «On confie -son secret dans l'amitié, mais il échappe dans l'amour.» Il se trouve -tel que je le rapporte dans un recueil de proverbes orientaux beaucoup -plus ancien que les œuvres de La Bruyère. - - -L'amitié rompue n'est jamais bien soudée. - -Les Espagnols disent par la même métaphore: «_Amigo quebrado, soldado, -mas nunca sano._ Ami rompu peut bien être soudé, mais il n'est jamais -sain.» - -Il y a un proverbe patois bien ingénieux dont voici la traduction -littérale: _L'amitié rompue ne se renoue pas sans que le nœud paraisse -ou se sente._ - -Ces proverbes signifient que l'amitié blessée ne se remet jamais -entièrement de sa blessure. - - -Le respect et la déférence sont les liens de l'amitié. - -Il faut entendre ici, je crois, par respect et par déférence, l'estime, -la considération, la confiance, les égards, les soins et la complaisance -que les amis se doivent réciproquement: toutes ces choses sont de -l'essence de l'amitié, il les lui faut sans réserve et sans altération. -«L'amitié est si jalouse et si délicate, dit Fénelon, qu'un atome qui -s'y mêle la blesse.» - -Le proverbe est une variante de cette sentence d'Ali: «Le respect mutuel -resserre l'amitié.» - - -Bonne amitié vaut mieux que tour fortifiée. - -La guerre peut enlever ou détruire cette tour; mais aucun revers ne peut -ébranler cette amitié qui prend de nouvelles forces dans les infortunes -de celui dont les bonnes qualités ont su l'inspirer. Solidaire des maux -qu'il éprouve, elle cherche tous les moyens de les consoler, de les -soulager, de les réparer.--Tel est le sens de ce proverbe: l'amitié -qu'il signale est tout à fait exceptionnelle, et bien des gens ne -manqueront pas de la reléguer parmi les utopies. Quoi qu'il en soit, -l'amitié véritable, quand même elle n'aurait pas le caractère de -perfection qu'il lui attribue, est du plus grand secours contre le -malheur.--L'_Ecclésiastique_ dit sans figure: «_Amicus fidelis, -protectio fortis_ (VI, 14). L'ami fidèle est une forte protection.» - -Ce proverbe est de la plus haute antiquité, mais il n'est plus -aujourd'hui aussi vrai qu'il le fut dans l'enfance des sociétés, où -l'autorité des lois étant souvent méconnue, on cherchait à y suppléer -par quelque protection plus sûre, en se ménageant des amis puissants et -en augmentant ses forces individuelles de toutes celles qu'ils avaient. - -On sait que Lycurgue avait donné l'amitié pour base à sa législation. - - -L'amitié doit se contracter à frais communs. - -L'amitié est une sincère union de deux personnes également soigneuses du -bonheur l'une de l'autre. Elle ne peut se former et se maintenir -qu'autant que chacune d'elles se montre animée du même zèle et des mêmes -sentiments pour en remplir les devoirs réciproques. De là ce proverbe -employé le plus souvent comme un avis qu'on veut donner aux amis un peu -trop personnels, qui semblent plus jaloux de jouir des bénéfices de -l'amitié que d'en partager les charges. - -Les Arabes disent dans un sens analogue: _Si ton ami est de miel, ne le -mange pas tout entier._ - - -Il faut découdre et non déchirer l'amitié. - -Mot de Caton l'Ancien rapporté par Cicéron en ces termes: _Amicitiæ sunt -dissuendæ magis quam discindendæ._ (_De Amicitia_, XXI.) Cicéron dit -encore: _Amicitiam haud præcidas, verum dissuas._ (_De Officiis_, -XXXIII.) «C'est quelquefois, ajoute-t-il, un malheur nécessaire de -renoncer à certains amis: alors il faut s'éloigner d'eux insensiblement, -sans aigreur et sans colère, et faire voir qu'en se détachant de -l'amitié on ne veut pas la remplacer par de l'inimitié, car rien n'est -plus honteux que de passer d'une liaison intime à une guerre déclarée.» - -«Il ne faut pas croire, dit très-bien Mme de Lambert, qu'après les -ruptures vous n'ayez plus de devoirs à remplir. Ce sont les devoirs les -plus difficiles et où l'honnêteté seule vous soutient. On doit du -respect à l'ancienne amitié. Il ne faut point appeler le monde à vos -querelles; n'en parlez jamais que quand vous y êtes forcé pour votre -propre justification; évitez même de trop charger l'ami infidèle.» - -Le maréchal de Richelieu disait: «Il faut découdre l'amitié, mais il -faut déchirer l'amour.» - - -Amitié de gendre. - -Amitié sur laquelle il ne faut pas compter. Les Espagnols assimilent -cette amitié au soleil d'hiver. «_Amistad de yerno, sol de invierno._ -Amitié de gendre, soleil d'hiver»; c'est-à-dire amitié rare comme le -beau temps dans la froide saison, ou bien amitié qui peut avoir par -moment quelque éclat, mais qui manque de chaleur. Les Languedociens ont -ce proverbe: «_Amour dé noros, amour dé jhendrés es uno bugado sans -cendrés._ Amour de brus, amour de gendres, c'est une lessive sans -cendres.» Pourquoi cette assimilation d'une mauvaise amitié et d'une -mauvaise lessive? Serait-ce parce que la première n'efface pas les -taches du caractère, de même que la seconde n'efface pas les taches du -linge? - -«Collé, auteur connu par des ouvrages où respire la gaieté, a fait une -longue et triste comédie pour prouver que le gendre ne peut rester l'ami -de son beau-père. Cette maxime est exagérée, quoiqu'il soit difficile à -un père de supporter la diminution de l'affection de sa fille et celle -de sa fortune.» (Pensées du général Petiet.) - -Nous avons encore un proverbe remarquable qui fait bien sentir, par le -double résultat qu'il présente, combien il faut agir prudemment dans le -choix d'un gendre: _Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en -trouve un mauvais perd une fille._ - -Piron a fait usage de ce proverbe d'origine orientale dans les vers -suivants de sa comédie intitulée l'_Amant mystérieux_. - - Quand on choisit un gendre, il faut le choisir bien, - Et ce choix-là n'est pas une affaire de rien: - S'il est bon, vous gagnez un fils à la famille, - Et, quand il est mauvais, vous perdez une fille. - -(Act. II, sc. VIII.) - - -Les amitiés devraient être immortelles, et mortelles les inimitiés. - -Maxime proverbiale rapportée par l'historien Tite-Live. _Amicitias -immortales, inimicitias mortales esse debere_ (XL, 46). Elle exprime un -vœu qu'il n'est pas donné aux hommes de réaliser. Aussi ne -s'emploie-t-elle que comme formule de regret quand on voit des unions -heureuses rompues subitement par la mort.--Un proverbe hébreux dit: _Une -amitié qui a pu vieillir ne devrait jamais mourir._ - -Fénelon souhaitait que les amis s'entendissent pour mourir le même jour. - -C'est ce qui se faisait chez les Gaulois. L'ami ne voulait pas survivre -à son ami et s'enfermait avec lui dans le même tombeau. Admirable -résultat produit par deux grandes vertus trop méconnues aujourd'hui, le -dévouement le plus sincère, et la foi la plus vive à l'immortalité de -l'âme. - - -L'affection aveugle la raison. - -On n'aperçoit pas ordinairement les défauts des personnes qu'on aime, et -souvent même on prend ces défauts pour des qualités; car l'illusion est -un effet nécessaire du sentiment dont la force se mesure presque -toujours par le degré d'aveuglement qu'il produit. «Le cœur, dit Pascal, -a ses raisons que la raison ne connaît pas.» - -Il en est de la haine comme de l'amour: «Ni l'un ni l'autre, dit saint -Bernard, ne savent juger selon les règles de la vérité.» (_De Grad. -humilitatis._) De même que l'amour prend les défauts pour des qualités, -la haine prend les qualités pour des défauts. - -«Oh! qu'il en est peu qui voient les défauts de ceux qu'ils aiment et -les bonnes qualités de ceux qu'ils haïssent! _Un père_, dit le proverbe, -_ne connaît pas les défauts de son fils, ni le laboureur la fertilité de -son champ._» (Confucius.) - -_L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux, l'un ne laisse -voir que le bien, et l'autre que le mal._ (Prov. arabe.) - - -On voit toujours par les yeux de son affection. - - Et fût-il plus parfait que la perfection, - L'homme voit par les yeux de son affection. - -(Régnier, Sat. V.) - -L'historiette suivante, empruntée à Helvétius, qui l'a empruntée à un -vieux conteur, servira de commentaire à ce proverbe. Un curé et une dame -galante se trouvaient dans un observatoire. Ils avaient ouï dire que la -lune était habitée, et, le télescope en main, tous les deux tâchaient -d'en reconnaître les habitants. «Si je ne me trompe, dit d'abord la -dame, j'aperçois deux ombres. Elles s'inclinent l'une vers l'autre. Je -n'en doute point, ce sont deux amants heureux.--Eh! non, madame, s'écria -le curé, les deux amants que vous croyez voir sont les clochers d'une -cathédrale.» Ce conte est notre histoire. Nous n'apercevons le plus -souvent dans les choses que ce que nous désirons y trouver. Sur la -terre, comme dans la lune, des passions différentes nous font toujours -voir ou des amants ou des clochers. - -Montesquieu a dit, dans une de ses lettres à l'abbé de Guasco, pour -marquer cette disposition de l'esprit qui nous entraîne continuellement -vers les objets avec lesquels l'usage nous a familiarisés, qui fait de -nos idées et de nos paroles des échos de nos préoccupations habituelles: -«Le curé voit en songe son clocher, et la servante y voit sa culotte.» - - - - -PROVERBES - -SUR - -L'AMOUR - - -Il faut aimer pour être aimé. - -Proverbe rapporté par Sénèque: _Si vis amari, ama_ (_Epist._ IX), et -très-bien expliqué dans ce passage de J.-J. Rousseau: «On peut résister -à tout, hors à la bienveillance, et il n'y a pas de moyen plus sûr de -gagner l'affection des autres que de leur donner la sienne. On sent -qu'un tendre cœur ne demande qu'à se donner, et le doux sentiment qu'il -cherche le vient chercher à son tour.» - -Il y a dans une passion véritable une puissance d'attraction qui finit -par triompher, non-seulement de l'indifférence, mais de la haine, et -c'est avec raison qu'un grave archevêque de Paris, monseigneur de -Péréfixe, a dit: «Le philtre de l'amour, c'est l'amour même.» - -Les Italiens ont ce proverbe: «_Chi non arde non incende._ Qui n'est pas -en feu n'enflamme point.» - - -C'est trop aimer quand on en meurt. - -Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers (Ægidius Nuceriensis), dans -son recueil d'_Adages françois_, traduits en vers latins, _Adagia -gallica_, etc., a rendu par ce pentamètre: - - _Semper amor nimius dum fera mors sequitur._ - -Ce proverbe est du moyen âge, où le culte de l'amour pouvait faire des -martyrs. Il trouve rarement son application dans notre siècle d'égoïsme. -On dit, au contraire, aujourd'hui: _Mort d'amour et d'une fluxion de -poitrine._ - -Le troubadour Pons de Breuil avait écrit, à ce que nous apprend -Nostradamus, un roman jadis très-goûté, dont le titre était: «_Las amors -enrabyadas de Andrieu de Fransa._ Les amours enragées d'André de -France.» Il se pourrait que le proverbe fût venu d'une allusion au héros -de ce roman, mort d'amour pour une reine du pays, et fréquemment cité -comme le parfait modèle des amants. - -Le _Romancero_ espagnol nous offre l'histoire de l'amoureux don -Bernaldino, qui disait: «Ma gloire est à bien aimer,» et qui se tua de -désespoir parce que le père de son amie Léonor avait emmené cette belle -en pays lointain. Ses vassaux, désolés de sa mort, lui élevèrent un -mausolée tout de cristal, où ils gravèrent une épitaphe touchante -terminée par ces deux vers: - - Aqui está don Bernaldino - Que murió por bien amar. - - «Ci-gît don Bernaldino, qui mourut pour bien aimer.» - -Sahid, fils d'Agba, demandait un jour à un jeune Arabe: «A quelle tribu -appartiens-tu?--J'appartiens à celle chez laquelle on meurt d'amour.--Tu -es donc de la tribu des Arza?--Oui, j'en suis, et je m'en glorifie.» - -Ajoutons que cette tribu, célèbre par son caractère d'amour passionné, a -fourni presque tous les noms qui figurent dans un livre ou nécrologe -arabe fort curieux, intitulé _Histoire des Arabes morts d'amour_. - - -Feindre d'aimer est pire que d'être faux monnayeur. - -Cette maxime proverbiale est sans doute du temps des Amadis, où le faux -amour était _plus décrié que la fausse monnaie_. Je le remarque, afin -qu'elle ne paraisse pas trop étrange, aujourd'hui qu'on ne reconnaît -plus rien de sérieux ni de vrai dans l'amour, et qu'on en fait un jeu de -société qui ne se joue qu'avec de faux jetons, et où tout le monde -triche. Autres temps, autres mœurs. - - -Mieux vaut aimer bergères que princesses. - -On a voulu chercher une origine historique à ce proverbe, qui est né -peut-être de la simple réflexion, et l'on a trouvé cette origine dans -l'affreux supplice que subirent deux gentilshommes normands, Philippe -d'Aulnai et Gauthier d'Aulnai, son frère, convaincus d'avoir eu, pendant -trois ans, un commerce adultère avec les princesses Marguerite et -Blanche, épouses de Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel. Les -chroniques en vers de Godefroy de Paris (Manuscrits de la Bibliothèque -nationale, nº 6,812) nous apprennent que les deux coupables furent -mutilés, écorchés vifs, traînés, après cela, dans la prairie de -Maubuisson tout fraîchement fauchée, puis décapités et pendus par les -aisselles à un gibet. Quant aux deux princesses, elles furent -honteusement tondues et incarcérées. Marguerite fut étranglée dans la -suite au château Gaillard, par ordre de son époux, Louis le Hutin, qui -voulut se remarier en montant sur le trône. Blanche passa le reste de sa -vie dans une triste captivité. - - -Aimer à la franche marguerite. - -Cette locution, employée pour dire être dans une disposition d'amour -pleine de sincérité et de confiance, fait allusion à une superstition -amoureuse bien connue dans les campagnes, et que je vais expliquer. - -Telle est la disposition du cœur de l'homme que, dans toutes les -passions qu'il éprouve, il ne saurait jamais s'affranchir d'une sorte de -superstition. On dirait que, ne trouvant dans le monde réel rien qui -réponde pleinement aux besoins d'émotion et de sympathie produits par -l'exaltation de son être, il cherche à étendre ses rapports dans un -monde merveilleux. C'est surtout dans l'amour que se manifeste cette -disposition. L'amant est curieux, inquiet, il veut pénétrer l'avenir -pour lui arracher le secret de sa destinée. Il rattache ses craintes et -ses espérances à toutes les pratiques mystérieuses que son imagination -lui fait croire capables de changer la volonté du sort et de la disposer -en sa faveur. Il veut trouver dans tous les objets de la nature des -assurances contre les craintes dont il est assiégé. Il les interroge sur -les sentiments de celle qu'il adore. Les fleurs, qui lui présentent son -image, lui paraissent surtout propres à révéler l'oracle de l'amour. -Lorsqu'il va rêvant dans la prairie, il cueille une marguerite, il en -arrache les pétales l'un après l'autre, en disant tour à tour: -«M'aime-t-elle?--pas du tout,--un peu,--beaucoup,--passionnément,» dans -la persuasion que ce qu'il tient à savoir lui sera dit par celui de ces -mots qui coïncidera avec la chute du dernier pétale. Si ce mot est _pas -du tout_, il gémit, il se désespère; si c'est _passionnément_, il -s'enivre de joie, il se croit destiné à la suprême félicité, car la -marguerite est trop franche pour le tromper. - -Les amoureux villageois emploient aussi la plante vulgairement appelée -pissenlit pour savoir s'ils sont aimés. Ils soufflent fortement sur les -aigrettes duveteuses de cette plante, et s'ils les font toutes envoler -d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspiré un véritable -amour. - -Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisième idylle de -Théocrite, se servaient d'une feuille de la plante que ce poëte nomme -_téléphilon_ (espèce de pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de -manière à la faire claquer; car ils regardaient ce claquement comme un -heureux présage que leur tendresse ne pouvait manquer d'être payée de -retour. - -Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont soin de porter dans -leurs poches des boutons d'une certaine plante qui sont appelés, en -raison d'un tel usage: _bachelor's buttons_ (boutons de jeunes gens), -persuadés que la manière dont ces boutons s'ouvrent et se flétrissent -doit leur faire connaître s'ils réussiront ou non auprès de l'objet de -leur passion: Shakespeare a rappelé cette coutume dans les _Joyeuses -Bourgeoises de Windsor_ (act. III, sc. II). - - -S'aimer comme deux tourterelles. - -Les naturalistes et les poëtes du moyen âge ont fait de ces oiseaux le -symbole de la tendresse et de la fidélité conjugales. Ils nous -apprennent que le mâle ne s'attache qu'à une seule femelle, et la -femelle qu'à un seul mâle; qu'ils vivent dans la plus étroite union, et -que si l'un d'eux vient à mourir, le survivant renonce à s'apparier avec -un autre. - -On lit à ce sujet dans le _Bestiaire divin_ composé par le clerc ou -trouvère Guillaume: «O vous, hommes et femmes, que l'Église a unis par -les liens éternels du mariage, vous qui avez juré d'être fidèles, et qui -tenez si mal vos serments, instruisez-vous par l'exemple de la -tourterelle. Dans les bois épais qu'elle habite, elle aime sans partage -et veut être aimée de même. Lorsqu'elle perd sa compagne, il n'est point -de saison, point de moment où elle ne gémisse. Elle ne se pose ni sur le -gazon, ni sous la feuillée; mais elle attend toujours celle qu'elle a -perdue, et ne forme jamais de nouveaux liens. Elle n'oublie point son -premier ami, et, s'il meurt, le reste de la terre lui est indifférent. - -«O vous qui vivez dans le tourbillon du monde, apprenez de cet oiseau -l'inviolable fidélité des regrets, et ne faites point comme ces maris -qui, en revenant de l'enterrement de leurs femmes, s'occupent, dès le -soir même, de la remplacer.» (Ch. XXXI.) - -L'abbé Salgues dit: «La tourterelle est si douce qu'on regrette de lui -enlever la réputation qu'on lui a faite d'être un modèle de fidélité; -mais la douceur est souvent compagne de la faiblesse, et je suis forcé -d'avouer que j'ai vu des tourterelles oublier les lois de la constance -pour coqueter avec des amants. Peut-être était-ce la contagion du -mauvais exemple, car ces tourterelles étaient domestiques et vivaient -parmi nous. Cependant Le Roy (naturaliste) assure qu'il en a vu de -sauvages faire deux heureux de suite, sans quitter la même branche.» - - -S'aimer comme Robin et Marion. - -S'aimer d'un amour tendre et fidèle. Il y a une espèce de pastorale du -douzième siècle, le _Jeu du Berger et de la Bergère_, par Adam de la -Halle, où Robin et Marion sont représentés comme les parfaits modèles -des amants. Le chevalier Aubert, épris de Marion, l'accoste en lui -demandant pourquoi elle répète si souvent et avec tant de plaisir le nom -de Robin. Elle répond: «C'est que j'aime Robin, et que Robin m'aime.» Il -lui déclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus heureuse avec lui, -et il cherche à la séduire par les plus belles promesses. Voyant enfin -qu'il ne peut y réussir, il veut l'enlever. Mais elle résiste, et il est -forcé de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui l'auteur nous la -montre échangeant les plus doux témoignages d'une tendresse mutuelle. - -Cette pièce que les jongleurs jouaient et chantaient dans les festins -publics, entre les mets ou après les mets, a sans doute donné lieu à -l'expression proverbiale: _s'aimer comme Robin et Marion_, ainsi qu'à -cette autre expression analogue: _être ensemble comme Robin et Marion_, -c'est-à-dire en parfaite intelligence. - -On dit aussi de deux amants inséparables: _L'un ne va pas sans l'autre, -non plus que Robin sans Marion._ - - -On ne peut aimer et être sage tout ensemble. - -C'est un apophthegme que Plutarque, dans la _Vie d'Agésilas_, attribue à -ce grand capitaine. Il s'explique par le proverbe: «_Omnis amans amens_, -tout amant est fou.» Les Latins disaient encore qu'aimer et être sage à -la fois était à peine possible à un dieu. - - _Amare et sapere vix deo conceditur._ - -(P. Syrus.) - -Il y a bien des dames, disons-le à leur gloire, qui cherchent tous les -jours à démentir ce proverbe; plus elles font l'amour, plus elles -s'efforcent de passer pour sages: _e sempre bene_. - - -Aimer n'est pas sans amer. - -Ou plus simplement _aimer est amer_. Ce jeu de mots était un vrai -calembour dans l'ancien temps, où l'on disait _amer_ pour _aimer_. Le -sens est suffisamment expliqué par cette apostrophe à l'amour, tirée des -_Stances sur le déplaisir d'un départ_, partie IV, liv. XI du roman -d'_Astrée_. - - Que nos sages Gaulois savoient bien ta coustume, - Lorsque pour dire _aimer_, ils prononçoient amer! - Amers sont bien tes fruits, et pleines d'amertume - Sont toutes les douceurs qu'on a pour bien aimer. - - -Qui ne sait pas céler ne sait pas aimer. - -Le mystère est nécessaire à l'amour, et il ajoute beaucoup à la vivacité -de cette passion, dont il est la preuve. Ce proverbe est traduit du -texte latin, _qui non celat amare non potest_, qui forme le second des -trente et un articles du _Code d'amour_, qu'on trouve dans l'ouvrage -intitulé _Livre de l'art d'aimer et de la réprobation de l'amour_, par -maître André, chapelain de la cour royale de France, vers 1176. - -«L'amour aime de sa nature tellement le secret et le mystère, qu'on peut -dire que tout ce qui n'est ni secret ni mystérieux n'est point amour.» -(Mlle de Scudéri.) - -Le comte de Bussy-Rabutin, qui regardait aussi le mystère comme un -assaisonnement nécessaire de l'amour, a dit dans une de ses maximes: - - Aimez, mais d'un amour couvert, - Qui ne soit jamais sans mystère. - Ce n'est pas l'amour qui nous perd, - Mais la manière de le faire. - - -Aimer mieux de loin que de près. - -Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers qu'Alcyone adresse à -Céyx, dans les _Métamorphoses_ d'Ovide (liv. XI, fab. XI): - - _Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens._ - -Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes lorsqu'on n'est -plus auprès d'elles, celles surtout qui sont d'un caractère conciliant, -parce que leurs défauts, rendus moins sensibles et presque effacés par -l'éloignement, ne contrarient plus la tendre impulsion du cœur, d'où le -proverbe russe: _Ensemble, à charge; séparés, supplice_, proverbe qui -peut avoir été suggéré par ce joli vers latin: - - _Nec possum tecum vivere, nec sine te._ - - Je ne puis vivre avec toi ni sans toi. - -Mais ce n'est pas là ce qu'on entend d'ordinaire quand on dit _aimer -mieux de loin que de près_. Cette phrase n'a pas été faite pour exprimer -ce que Mme de Sévigné appelle si heureusement _les unions de l'absence_, -et elle ne s'emploie guère que pour signifier qu'on ne se soucie point -d'avoir un commerce assidu avec une personne. - - -Qui bien aime tard oublie. - -Un sentiment vif et sincère laisse dans le cœur qui l'éprouve un -souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe usité en langue romane, _qui -ben ama tart oblida_, est passé dans plusieurs autres langues, et ce qui -est assez curieux, il a été employé en vieux français par Chaucer, poëte -anglais du quinzième siècle, dans son poëme intitulé: _The Assemble of -foule_ (st. 97), - - Hom ki bien aime tart ublie. - -Chaucer l'avait peut-être tiré d'un poëme relatif aux aventures de -Tristan, où il se trouve sous les mêmes termes. - -Il y a beaucoup d'autres proverbes formulés primitivement en langue d'oc -et en langue d'oïl qui sont devenus communs aux Italiens, aux Espagnols, -aux Anglais, aux Allemands. J'en ai compté plus de quinze cents dont -l'invention a été attribuée à ces peuples, qui n'ont fait que les -emprunter à notre ancienne littérature. Ce que je dis n'est pas une -assertion hasardée, c'est une vérité établie sur des preuves -chronologiques qu'on ne saurait contester, et que j'ai données, en grand -nombre, dans mes _Études historiques, littéraires et morales sur le -langage proverbial_. - - -Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime. - -Les amants se plaisent à bercer leur tendre rêverie de félicités -imaginaires; «et c'est bien ce qu'on dict en proverbe, qu'il faict bon -voir vasches noyres en boys bruslés, quand on jouit de ses amours.» -(Rabelais, liv. II, c. XII.) - -_Voir vaches noires en bois brûlé_ est une locution qui signifie se -forger d'agréables chimères, poursuivre de douces illusions, comme font -les vachers lorsque, devant leur feu, ils rêvent au bonheur d'avoir de -bonnes vaches noires, réputées meilleures laitières que les autres, et -croient les voir apparaître avec leurs mamelles pendantes dans les -figures fantastiques que les tisons, en se consumant, offrent à leurs -yeux. Les _vaches noires en bois brûlé_ sont les châteaux en Espagne des -vachers. - - -Qui aime vilement s'avilit. - -Proverbe traduit du roman _qui ama vilmen si eis vilzis_. Il exprime une -opinion qui régnait aux époques chevaleresques et qui interdisait à tout -gentilhomme de choisir pour son épouse ou pour sa dame une femme issue -de basse condition. Cette mésalliance, réputée honteuse et avilissante, -surtout dans le mariage, exposait celui qui l'avait contractée à une -pénalité dégradante que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix -cite, à ce sujet, dans ses _Essais historiques sur Paris_, le passage -suivant d'un écrit du roi René: «Un gentilhomme qui se rabaissoit par -mariage, et qui se marioit à une femme roturière et non noble, devoit -subir la punition, qui étoit qu'en plein tournoi tous les autres -seigneurs, chevaliers et écuyers, se devoient arrêter sur lui et tant le -battre qu'ils lui fissent dire qu'il donnoit cheval et qu'il se -rendoit.» - - - Un cheveu de ce qu'on aime - Tire plus que quatre bœufs. - -Proverbe pris d'une ancienne chanson et employé pour marquer l'empire -que peut exercer une femme sur les volontés de l'homme qui l'adore. Il y -a dans l'_Anthologie grecque_ de Planude (VII, 39) une épigramme de Paul -le Silentiaire, où un amant dit que sa Doris l'a attaché avec un cheveu -de sa blonde tresse, et que ce lien, qu'il se flattait de rompre avec -facilité, est devenu une chaîne d'airain contre laquelle tous ses -efforts sont impuissants. «O malheureux que je suis! s'écrie-t-il, je ne -suis lié que par un cheveu, et ma Doris me mène ainsi comme elle veut!» - -Nous disons encore: _On tire plus de choses avec un cheveu de femme -qu'avec six chevaux bien vigoureux._ Ce qui signifie que l'entremise -d'une belle dans une affaire est un des plus puissants moyens de succès. - -Les Persans disent dans un sens analogue: _Celui qui est aimé d'une -belle femme est à l'abri des coups du sort._--Rapprochons de cela cet -autre proverbe: _Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison_; -c'est-à-dire une belle solliciteuse obtient tout ce qu'elle veut. Et -comment résister à une femme aimable qui vous implore, qui a des regards -ravissants, des souris gracieux, des paroles pleines de charme, des -mains blanches qui vous pressent et des baisers qui vous enivrent! il -n'y a pas moyen de s'en tirer autrement que par la réponse que M. de -Calonne, ministre, fit à une princesse charmante qui lui recommandait -une affaire: «Madame, si la chose est possible, elle est déjà faite, et -si elle est impossible, elle se fera.» - - -Un peu d'absence fait grand bien. - -Les personnes qui s'aiment se revoient avec plus de plaisir après une -courte séparation. Le sentiment, affaibli par l'habitude d'être -ensemble, se retrempe dans l'absence. «L'imagination, dit Montaigne, -embrasse plus chauldement et plus continuellement ce qu'elle va querir -que ce que nous touchons. Comptez vos amusements journaliers, vous -trouverez que vous estes le plus absent de votre ami quand il vous est -présent. Son assistance relasche votre attention et donne liberté à -votre pensée de s'absenter à toute heure, pour toute occasion.» (_Ess._, -III, IX.) - -Les deux passages suivants de Saady offrent une explication plus -sensible: «Abuhurra allait tous les jours rendre ses devoirs à Mahomet, -à qui Dieu veuille être propice! Le prophète lui dit: Abuhurra, viens me -voir plus rarement, si tu veux que notre amitié s'accroisse, de trop -fréquentes visites l'useraient trop promptement.» - -Un plaisant disait: «Depuis le temps qu'on vante la beauté du soleil, je -n'ai jamais ouï dire que personne en soit devenu plus amoureux.--C'est, -répondit-on, parce qu'on le voit tous les jours, excepté en hiver, où il -se cache quelquefois sous les nuages. Mais alors même on en connaît -mieux le prix.» - -Un amant dit à sa maîtresse dans une épigramme d'Owen: - - _Sol fugitur præsens, idemque requiritur absens: - Quam similis soli est, Nævia, noster amor!_ - - «On fuit le soleil présent, on le cherche absent. O Névia, combien - notre amour ressemble au soleil!» - -Raynouard parle d'un tenson manuscrit où est discutée cette question: -«Laquelle est plus aimée, ou la dame présente ou la dame absente? Qui -induit le plus à aimer, ou les yeux ou le cœur?» Cette question, -ajoute-t-il, fut soumise à la décision de la cour d'amour de Pierrefeu -et de Signe, mais l'histoire ne nous apprend pas quelle fut la décision. - -Le silence de l'histoire fait supposer celui de la cour d'amour. Les -dames siégeant à ce tribunal sentirent sans doute qu'il valait mieux se -taire que de prononcer sur une question qu'elles ne pouvaient résoudre -sans se placer dans une alternative nuisible à leurs intérêts; car, en -décidant pour la présence ou pour les yeux, elles eussent donné à leurs -amants une sorte de droit d'avoir toujours les yeux sur elles, ce qui -serait devenu incommode ou compromettant sous plusieurs rapports, et, en -accordant gain de cause à l'absence ou au cœur, elles se fussent -exposées à ne jouir que par passades de leurs adorateurs changés en -chevaliers errants: situation incompatible avec les sentiments des -femmes, qui sont toujours plus jalouses d'être aimées de près que de -loin. - -Quoi qu'il en soit, les personnes qui sentent l'amour prêt à les quitter -et qui désirent retenir ce volage, ne sauraient mieux faire que de le -soumettre, pendant quelque temps, au régime fortifiant de l'absence, car -_l'absence est un moyen de se rapprocher_, comme dit un proverbe turc. -Une fois séparées par l'espace, elles se toucheront de plus près par le -cœur. Il y avait répulsion à proximité, il y aura attraction à distance. -Ce sont là deux phénomènes dépendant de plusieurs causes fort -naturelles. La plus générale, c'est que les amants dépareillés par la -séparation passent d'un état de satiété qui alanguissait leurs désirs à -un état de privation qui les excite. L'éloignement produit d'ailleurs -dans l'amour le même effet que dans la perspective, où il prête aux -objets une apparence plus agréable en les montrant sous des formes -arrondies qui font disparaître les aspérités. Ils ne laissent plus voir -l'objet aimé que par les côtés séduisants: les défauts cessent d'être -aperçus, les qualités se présentent sans ombre, elles s'embellissent au -gré de l'imagination et du sentiment, elles se transforment en idéalités -poétiques, et le rêve doré des premières amours recommence. - -Properce (liv. II, élégie 35) dit que l'absence des amants est un -surcroît heureux au feu de l'amour: - - _Semper in absentes felicior æstus amantes._ - -Il ne faut pas croire pourtant que l'absence ait une influence -vivifiante sur toutes les passions. Elle augmente les grandes et diminue -les petites. - -On connaît ce distique proverbial qui a survécu à d'autres vers du comte -de Bussy-Rabutin, son auteur: - - L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent: - Il éteint le petit, il allume le grand. - -Il paraît avoir été pris de cette pensée de La Rochefoucauld: «L'absence -diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent -éteint les bougies et allume le feu.» - -La Rochefoucauld passe pour avoir tiré sa pensée de la réflexion -suivante de saint François de Sales, qu'il s'est appropriée en -l'appliquant à l'absence: «Ce sont les grands feux qui s'enflamment au -vent, mais les petits s'éteignent si on ne les met à couvert.» -(_Introduction à la vie dévote_, part. III, ch. XXXIII.) - -La comparaison était connue et probablement populaire avant ces trois -auteurs, et les trois manières dont ils l'ont employée ne sont que des -variantes de la maxime persane que voici: «Les obstacles abattent les -âmes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des héros, semblables à un -vent impétueux qui éteint les flambeaux et allume les incendies.» - - -L'absence est l'ennemie de l'amour. - -«L'absence, dit un écrivain anglais, tue l'amant ou l'amour.» - -On sent, d'après les explications données dans l'article précédent, -qu'il s'agit ici de l'absence prolongée et non de l'absence passagère, -car celle-ci agit sur l'amour à l'inverse de l'autre. La longue absence -l'éteint, et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence comme -de la diète, qui est nuisible ou salutaire au malade selon qu'il y a -excès ou mesure dans sa durée. - - -L'absence est pire que la mort. - -L'absence est, dit-on, la mort moins le repos. Elle cause donc plus de -souffrances que la mort aux personnes sensibles, qui quelquefois aiment -mieux cesser de vivre que de continuer de vivre dans l'éloignement de -l'objet de leur affection. Un distique du chevalier Vatan donne, par un -sophisme ingénieux, une autre explication de ce lieu commun proverbial, -si fréquemment et si longuement développé dans toutes les -correspondances épistolaires des amants _condamnés par le sort barbare à -gémir_, éloignés l'un de l'autre. - - De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux, - C'est celui qui survit; mais l'absence en fait deux. - - -Loin des yeux et loin du cœur. - -Proverbe pris du vers suivant de Properce, liv. III, élég. 21. - - _Quantum oculis animo tam procul ibit amor._ - -Il s'explique très-bien par cet autre proverbe qu'on trouve dans le -troubadour Peyrols: «_Cor oblida qu'elhs no ve._ Cœur oublie ce qu'œil -ne voit.» - -Un bel esprit, écrivant à un voyageur qui se plaignait d'être loin des -beaux yeux de la dame de ses pensées, lui rappelait le proverbe et -ajoutait plaisamment: «Ce proverbe s'est toujours accompli à Paris comme -un arrêt du destin contre les absents. Hâtez-vous donc d'oublier la -maîtresse que vous y avez laissée, car il est bon de prévenir les -infidèles.» - - -Les yeux sont messagers du cœur. - -Traduction littérale du proverbe roman: _Los uelhs so messatgier del -cor._--Les yeux de deux amants se cherchent et se rencontrent sans -cesse. Fidèles conducteurs de ce fluide magnétique qui va remuer au fond -des cœurs tout ce qu'il y a de plus intime, ils le versent de l'un à -l'autre, et par cette correspondance réciproque les confondent et les -absorbent dans le même sentiment. Le troubadour Hugues Brunet de Rhodez -a dit sur ce sujet: «L'amour s'élance doucement d'œil en œil, de l'œil -dans le cœur, du cœur dans les pensées.» - -On trouve dans une chanson des Grecs modernes: «L'amour se prend par les -yeux, il descend sur les lèvres, des lèvres il se glisse dans le cœur, -et y prend racine.» - - -Le cœur ne vieillit pas. - -Pour signifier que le cœur, chez les personnes âgées, n'éprouve pas -toujours le refroidissement que la vieillesse communique aux autres -organes, qu'il conserve une certaine chaleur de sentiment, qu'il est -quelquefois sujet à s'enflammer d'amour et qu'il ne doit pas être -considéré comme une propriété assurée contre l'incendie. - -Nous avons encore le proverbe _le cœur n'a point de rides_, c'est-à-dire -qu'on est toujours jeune pour aimer. - -On connaît cet autre proverbe: _Le bois sec brûle mieux que le bois -vert_, vulgairement employé pour faire entendre qu'une personne âgée est -quelquefois plus portée à l'amour qu'une jeune, et qu'elle éprouve cette -passion avec plus d'ardeur. - -Voici un sixain assez plaisant qu'il faut joindre aux _errata_ dont un -tel proverbe paraît susceptible: - - Un vieillard faisait les yeux doux - A Lise, jeune et belle femme, - Et lui redisait à tous coups - Que _bois sec mieux que vert s'enflamme_ - «Non pas, lui répondit la dame, - Lorsque le bois vert est dessous.» - - -L'âme d'un amant vit dans un corps étranger. - -Cet adage ingénieux, rapporté par Plutarque dans la _Vie de -Marc-Antoine_, signifie qu'un amant est tout entier à sa passion et ne -s'appartient pas à lui-même. Suivant un autre adage, «l'âme d'un amant -vit plus dans ce qu'elle aime que dans ce qu'elle anime, _anima plus -vivit ubi amat quam ubi animat_,» parce que, disent les philosophes, -elle est par nécessité là où elle anime, tandis qu'elle est par choix et -par inclination là où elle aime. - - -L'amant se transforme en l'objet aimé. - -Quand on est véritablement amoureux, on prend l'esprit de la personne -qu'on aime, on pense d'après elle, on sent par son cœur, on voit par ses -yeux, on renonce, pour ainsi dire, à ce qu'on est soi-même pour devenir -ce qu'elle est et ne faire plus qu'un avec elle. Tel est le sens de -cette maxime proverbiale dont Mme de Motteville a fait l'application à -la reine épouse de Louis XIV, dans le passage suivant de ses _Mémoires_: -«Si elle était chagrine, c'est parce que, selon ce que disent les -philosophes, _l'amant se transforme en l'objet aimé_, et que, voyant le -roi triste, il était impossible qu'elle fût gaie.» - -M. Michelet a exhumé des œuvres de Morin, auteur peu connu qu'il appelle -«un homme du moyen âge égaré dans le dix-septième siècle», le vers -charmant que voici: - - Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime. - -Ce vers, que M. Michelet loue avec raison, n'est qu'une variante du -proverbe suivant, beaucoup plus ancien. - - -L'amant écoute du cœur les prières de sa belle. - -Ce proverbe, plein de délicatesse dans la pensée et dans l'expression, -s'emploie pour signifier qu'un amant a une sorte d'intuition qui lui -fait sentir, deviner les désirs de sa maîtresse et qu'il ne pense qu'à -les prévenir. Il est traduit de ce texte roman: - - _L'amoros au de cor los precs de sa domna._ - -Racine a dit heureusement dans son _Andromaque_, par une expression dans -le genre de celle du proverbe, qui lui était probablement inconnu: - - Tu lui _parles du cœur_, tu la cherches des yeux. - -(Acte IV, sc. V.) - -_Écouter du cœur_ offre la même beauté poétique que _parler du cœur_. - - -La bourse d'un amant est liée avec des feuilles de poireau. - -C'est-à-dire qu'elle n'est pas liée, parce que les feuilles de poireau, -qui se rompent aussitôt qu'on veut les nouer, ne peuvent servir de -lien.--Ce proverbe, qui était usité chez les Grecs et chez les Latins, -et qui est cité dans les _Symposiaques_ de Plutarque (liv. Ier, quest. -5), s'emploie pour marquer la prodigalité des amants. Cette prodigalité, -dont on pourrait citer des milliers d'exemples remarquables, ne s'est -jamais manifestée par un trait plus charmant que celui qui a inspiré à -J. Delille les vers suivants de son poëme de l'_Imagination_, chant IV: - - Que j'aime ce mortel qui, dans sa douce ivresse, - Plein d'amour pour les lieux où jouit sa tendresse, - De ses doigts que paraient des anneaux précieux - Détache un diamant, le jette et dit: «Je veux - Qu'un autre aime après moi cet asile que j'aime, - Et soit heureux aux lieux où je le fus moi-même.» - Cœur noble et délicat! dis-moi quel diamant - Égale un trait si pur et vaut ton sentiment? - -C'est ainsi, dit-on, que le duc de Buckingham témoigna l'ivresse de son -bonheur à l'endroit où la reine de France, Anne d'Autriche, venait de -lui avouer qu'elle l'aimait. Ce trait fut reproduit, dans la suite, par -milord Albemarle, le même qui, voyant un soir Mlle Gaucher, sa -maîtresse, occupée à regarder fixement une étoile, s'écria: «Ne la -regardez pas tant, ma chère, je ne pourrais vous la donner.» - -Le sentiment qui respire dans ce mot, où le cœur s'est exprimé avec tant -d'esprit et de délicatesse, se trouve sous une forme non moins naïve -qu'originale dans ces vers d'une ballade qui est insérée parmi les -ballades de Villon, mais qui n'est pas de Villon: - - Or elle a tort, car haine ne rancune - Onc n'eut de moi; tant lui fus gracieux - Que s'elle eust dit: Baille-moi de la lune, - J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux. - -Un barde gallois nommé Moke, qui florissait au treizième siècle, dit -dans une pièce de vers où il loue l'excessive libéralité de je ne sais -plus quel prince: «Si je souhaitais que mon prince me fît cadeau de la -lune, il me la donnerait certainement.» - -J'ignore si la phrase de Moke a été l'origine ou l'application de cette -locution proverbiale par laquelle on caractérise un homme galant et -magnifique qui ne refuse rien aux désirs de la femme qu'il adore: _Il -décrocherait la lune pour elle._ - -Gœthe fait dire à Méphistophélès parlant de Faust: «Un pareil fou -amoureux vous tirerait en feu d'artifice le soleil, la lune et les -étoiles, pour peu que cela pût divertir sa belle.» - -Un proverbe roman dit: «_Pauc ama qui non fai messis._ Peu aime qui ne -fait dépenses.» - - -Querelles d'amants, renouvellement d'amour. - -Traduction d'un proverbe des anciens encadré dans ce joli vers de -l'_Andrienne_ de Térence (act. III, sc. VI): - - _Amantium iræ, amoris integratio est._ - -Ovide a dit, dans son premier livre des _Amours_, que si les amants -n'avaient point de démêlés ils cesseraient bientôt de s'aimer: - - _Non bene, si tollas prælia, durat amor._ - -(Eleg. IV.) - -On connaît le mot de Marivaux: «En amour querelle vaut mieux qu'éloge.» - -Ainsi la colère est comme le sel de l'amour, elle le conserve. Ce n'est -pas tout, à l'effet conservateur qu'elle produit sur lui elle en joint -un autre non moins précieux: c'est le nouveau charme qu'elle lui -communique par la douceur des raccommodements dont elle est suivie. -D'après un proverbe latin traduit du grec, «l'amour après la colère est -plus agréable, _amor fit ex ira jucundior_.» Ce que Plutarque a expliqué -de cette manière: «De même que le soleil est plus ardent au sortir des -nuages, ainsi l'amour sorti de la colère et du soupçon, lorsque la paix -est faite et que les esprits sont apaisés, est plus agréable et plus -vif.» - -Il ne faut donc pas s'étonner que tant de femmes se plaisent à exciter -la colère de leurs maris ou de leurs amants, puisqu'elles ont un double -intérêt à le faire. La chose d'ailleurs leur est conseillée par un -antique adage qui dit de pousser à la colère la personne qui aime, si -l'on tient à son amour. - - _Cogas amantem irasci, amari si velis._ - -(P. Syrus.) - -Voilà le secret de la plupart des dépits amoureux chez les dames. Ils ne -sont pas toujours de purs caprices, comme les sots le prétendent, mais -le plus souvent des moyens calculés pour enflammer la passion qu'elles -inspirent. Ils sont aussi des témoignages de celle qu'elles éprouvent, -et, sous ce rapport, les hommes devraient leur en savoir gré. - - -Les amants qui se disputent s'adorent. - -L'explication de ce proverbe se présente d'elle-même après ce qui a été -dit dans l'article précédent, et elle n'a pas besoin d'être donnée de -nouveau. Mais il n'est pas inutile d'ajouter que ceux et celles qui -prétendent faire de la dispute un aiguillon d'amour doivent avoir soin -de ne pas la prolonger, car elle produirait un effet contraire. C'est -une recommandation d'Ovide dans ses _Amours_: - - _Sed nunquam dederis spatiosum tempus in iram. - Sæpe simultates ira morata facit._ - -(Lib. I, eleg. VIII.) - - «Ne vous abandonnez pas trop longtemps à la colère; une colère - prolongée a souvent engendré la haine.» - - -Le mouvement des yeux est le langage des amants. - -Et nul autre ne saurait mieux leur convenir. Il leur offre l'avantage de -converser au gré de leur cœur, au milieu d'un monde indiscret, sans en -être entendus: il les dispense, en outre, des lenteurs obligées de la -parole, qui ne pourrait exprimer que successivement les pensées qu'ils -sont pressés de se communiquer, et il leur permet de les exposer d'une -manière presque simultanée en un tableau vivant: par quels discours -rendrait-on aussi bien ce qu'on sent, quand on aime? «On voudrait, dit -Pascal, avoir cent langues pour le faire connaître; car, comme l'on ne -peut pas se servir de la parole, l'on est obligé de se réduire à -l'éloquence d'action... Un amour ferme et solide commence toujours par -l'éloquence d'action. Les yeux y ont la meilleure part.» (_Discours sur -les passions de l'amour_). - - -C'est tous les jours la fête du regard pour les amants. - -On nommait autrefois «fête du regard» (_festum reguardi_), une entrevue -publique qu'avaient un fiancé et une fiancée, en présence de leurs -parents et amis, ordinairement le dimanche qui précédait la bénédiction -nuptiale. Carpentier en a parlé dans son _Glossaire_, et a cité, en -preuve du fait, des lettres de rémission de 1374, où se trouve cette -phrase: «Comme le jour de Nostre-Dame le suppliant feut alez voir la -_feste du regard_ qui se faisoit en l'hostel du prevost des marchands -(de Paris) d'une sienne fille, etc.» C'est sans doute de cette fête, -nommée aussi le _beau dimanche_, qu'est venu le proverbe employé pour -signifier que deux amants ont toujours les yeux fixés l'un sur l'autre, -avec un plaisir dont rien ne saurait les distraire. - -«Oh! que ne puis-je, s'écrie Pétrarque, considérer, un jour entier du -moins, ces yeux dont l'amour dirige les mouvements! Dans cette -contemplation divine, je voudrais oublier autrui et moi-même; je -voudrais suspendre jusqu'au battement de ma paupière.» - -Cette exclamation passionnée rappelle un vers charmant du poëme grec -_Héro et Léandre_: «J'ai fatigué mes yeux à la regarder; je n'ai pu me -rassasier de la voir.» - -Saadi, dans son style oriental, fait dire à un amant ravi en extase -tandis qu'il contemple sa maîtresse: «Je verrais une flèche partir -devant moi et venir chercher mes yeux, que je ne pourrais les détourner -d'elle.» - -Qu'on me pardonne de joindre à ces citations les vers suivants que j'ai -mis dans la bouche d'un amant parlant à sa belle absente: - - O de l'amour force et mystère! - O sentiment impérieux! - Je donnerais ma vie entière - Pour ton aspect délicieux. - A tout autre intérêt mon âme est étrangère; - Eh! que m'importe, hélas! le jour qui vient des cieux - Sans toi, le plus beau jour attriste ma paupière, - Et je ne veux d'autre lumière - Que celle qui part de tes yeux. - -Les Anglais ont un proverbe qui dit qu'un aigle qui regarde fixement le -soleil ne pourrait soutenir le regard d'un amant: «_A lover's eyes will -gaze an eagle blind._ Les yeux d'un amant peuvent regarder un aigle de -façon à l'aveugler.» - - -Il est un Dieu pour les amants. - -De même que pour les fous, les enfants et les ivrognes, parce que les -amants, non moins exposés que ces trois espèces d'individus à une foule -d'accidents funestes, y échappent comme eux par un bonheur inespéré -qu'on prend pour l'effet d'une protection spéciale du ciel. C'est de -l'antiquité païenne qu'est venue cette idée proverbiale de -l'intervention d'un dieu qui les préserve des dangers dont ils sont -menacés. Elle se trouve exprimée dans la vingt-neuvième élégie du second -livre de Properce. Ce poëte suppose qu'un amant est à l'abri du péril -sous la garde des immortels, que la douleur d'être abandonné de l'objet -de son amour peut seule lui donner la mort, et même que si la douce -présence de sa maîtresse venait le rappeler à la vie, fût-il déjà -descendu dans la barque infernale, l'immuable Destin ne l'empêcherait -pas de revoir la lumière. - - - Les grands, les vignes, les amants, - Trompent souvent dans leurs serments. - -Ces deux vers, que Régnier a placés dans ses _Stances contre un amoureux -transy_, était un proverbe de son temps. Ce proverbe est trop clair pour -qu'il soit besoin d'en expliquer le sens. Je remarquerai seulement que -le mot _serments_ appliqué aux rejetons du cep de vigne se disait -autrefois pour _sarments_. En voici deux exemples curieux: «L'année que -Charles VIII renvoya Marguerite d'Autriche pour épouser Anne de Bretagne -fut si pluvieuse, que les raisins ne purent venir en maturité, de sorte -que les vins furent extrêmement verts et incommodes à l'estomac, d'où il -vint quantité de coliques. «Il ne faut s'étonner, dit Marguerite, si les -vins sont verts et malfaisants cette année, puisque les _serments_ n'ont -rien valu.» (_Mém. hist. sur Charles VIII._) - -«Par le vray Dieu, dict Pantagruel des procureurs, puisqu'ils guaignent -tant aux grappes, le serment leur peut beaucoup valoir.» (Rabelais, liv. -V, ch. XVIII.) - - -Les belles ne sont pas pour les beaux. - -Les hommes les plus beaux ne sont pas les plus heureux en amour. Les -mères et les maris les redoutent et les surveillent; les femmes tendres -croient qu'ils s'aiment trop; les fières ne leur trouvent pas assez de -soumission; celles qui craignent la médisance les jugent dangereux pour -leur réputation. Ils coûtent trop cher à celles qui payent, ils ne -donnent rien à celles qui se font payer. D'ailleurs ils n'ont point ces -craintes obligeantes d'être quittés qui flattent tant la vanité -féminine; au contraire, ils menacent de quitter eux-mêmes, et ils -reçoivent les faveurs comme des tributs mérités. - - _Fastus inest pulchris sequiturque superbia formam._ - -(Ovide, _Fast._ I, 419.) - - -Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions. - -La raison de cette observation proverbiale est très-bien développée dans -ce passage de l'_Essai sur le Goût_, par Montesquieu: «Il y a -quelquefois dans les personnes ou dans les choses un charme invisible, -une grâce naturelle qu'on n'a pu définir et qu'on a été forcé d'appeler -le _je ne sais quoi_; il me semble que c'est un effet naturellement -fondé sur la surprise. Nous sommes touchés de ce qu'une personne nous -plaît plus qu'elle ne nous a paru d'abord devoir nous plaire, et nous -sommes agréablement surpris de ce qu'elle a su vaincre des défauts que -les yeux nous montrent et que le cœur ne croit plus. Voilà pourquoi les -femmes laides ont très-souvent des grâces, et qu'il est rare que les -belles en aient: car une belle personne fait ordinairement le contraire -de ce que nous avions attendu; elle parvient à nous paraître moins -aimable; après nous avoir surpris en bien, elle nous surprend en mal; -mais l'impression du bien est ancienne, et celle du mal est nouvelle. -Aussi _les belles personnes font-elles rarement les grandes passions_, -presque toujours réservées à celles qui ont des grâces, c'est-à-dire des -agréments que nous n'attendions pas et que nous n'avions pas sujet -d'attendre.» - -Ajoutons cette réflexion de La Bruyère: «Si une laide se fait aimer, ce -ne peut être qu'éperdument, car il faut que ce soit par une étrange -faiblesse de son amant ou par de plus secrets et de plus invincibles -charmes que ceux de la beauté.» - - -L'amour vient sans qu'on y pense. - -L'amour est de tous les sentiments le plus spontané, le plus indépendant -de la réflexion et de la volonté. Il se glisse si subtilement dans le -cœur et l'envahit si vite que l'on s'aperçoit qu'on aime avant d'avoir -délibéré si l'on doit aimer. Qu'est-ce donc qui produit cet -envahissement aussi imprévu que soudain?--Ceux mêmes qui l'ont éprouvé -l'ignorent, ayant été toujours trop préoccupés d'en sentir l'effet pour -qu'ils aient songé à en étudier la cause. - -Mais si l'on ne sait pas comment l'amour vient, on sait beaucoup mieux -comment il s'en va. Il n'y a plus rien de mystérieux dans la cause ou -plutôt dans les causes de son départ. Elles se montrent telles qu'elles -sont, malgré les soins qu'on prend de les dissimuler. Seulement il n'est -pas aussi facile de les énumérer que de les reconnaître. Elles échappent -au calcul et à l'analyse par leur multiplicité. - - - Amour et mort - Rien n'est plus fort. - -Rien ne résiste à l'amour ni à la mort. - - Il n'est d'homme ici-bas - Qui soit exempt d'amour non plus que de trépas. - -(Régnier.) - -C'est la belle pensée du _Cantique des cantiques_, où l'époux dit à la -Sulamite: «Placez-moi comme un sceau sur votre cœur, parce que _l'amour -est fort comme la mort_. _Pone me ut signaculum super cor tuum, quia -fortis est ut mors dilectio_ (VIII, 6).» - - -L'amour fait perdre le repos et le repas. - -Ce proverbe est le 23e article du _Code d'amour_ déjà cité, page 196. -Voici cet article: _Minus dormit et edit quem amoris cogitatio vexat._ -Celui que la pensée d'amour tourmente dort moins et mange moins.» - -Le souci ronge ceux qui aiment, comme l'observe Ovide dans ce joli vers -de son héroïde de Pénélope à Ulysse: - - _Res est solliciti plena timoris amor._ - - «L'amour est toujours plein d'un inquiet effroi.» - -«On ne vit point sans douleur dans l'amour. _Sine dolore non vivitur in -amore._» Paroles de l'_Imitation de Jésus-Christ_ (III, 5, 7), qu'on a -détournées de l'amour de Dieu à l'amour profane. - -Les Italiens ont ce proverbe: «_Chi ha l'amor nel petto ha sprone nei -franchi._ Qui a l'amour au cœur a l'éperon aux flancs.» - -Mlle de Lespinasse disait: «Il n'y a point d'esclaves plus tourmentés -que ceux de l'amour.» - -«Amour et repos peuvent-ils habiter un même cœur? La pauvre jeunesse est -si malheureuse aujourd'hui qu'elle n'a plus que ce terrible choix: amour -sans repos, ou repos sans amour.» (_Le Barbier de Séville_, act. II, sc. -II.). - - -L'amour le plus parfait est le plus malheureux. - -Il faut nécessairement qu'il en soit ainsi, puisque l'amour tire sa -perfection des contrariétés, des privations et des sacrifices qui lui -servent d'épreuves. Presque tous les romans semblent faits pour -confirmer la vérité de ce proverbe. On n'y voit que des amants -poursuivis par une fatale destinée et dont la constance s'affermit sous -les coups du malheur, et l'on peut dire que les plus vives inquiétudes -font le meilleur sublimé de l'amour. - -Le recueil de Philippe Garnier, imprimé à Francfort en 1612, donne cette -variante: _Les plus parfaites amours sont celles qui réussissent le -moins._ - - -En amour les apprentis en savent autant que les maîtres. - -Ils n'ont pas besoin pour cela de plus de leçons que les animaux. La -nature y a si bien disposé les moins expérimentés et leur a marqué le -but et la voie d'une manière si précise qu'ils n'ont pas à craindre de -se fourvoyer, et leurs coups d'essai sont toujours des coups de maître. - -Une conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il n'y a pas proprement -d'art d'aimer. Mais il y a un art de plaire et de se faire aimer, et, -dans ce cas, les leçons ne sont pas inutiles comme dans l'autre. - - -L'amour naît à la première vue. - -Les Latins disaient, d'après les Grecs: «_Ex aspectu nascitur amor._ -L'amour naît du regard.» Ces peuples, qui plus que nous avaient une foi -aveugle à l'influence mystérieuse des émanations, ne doutaient pas que -les personnes même les plus indifférentes ne fussent susceptibles de -recevoir par les yeux des impressions capables de déterminer subitement -la passion la plus vive. On ne saurait bien expliquer comment un regard -peut produire des effets moraux si rapides, si imprévus, si -irrésistibles; mais il semble qu'il y ait au fond du cœur je ne sais -quelle idée innée de l'objet qu'on doit aimer, et que le premier coup -d'œil qu'on lui donne soit comme un rayon de lumière qui le fait -reconnaître, et comme un courant magnétique qui entraîne vers lui par -d'indéfinissables affinités. - -Virgile a peint d'une manière admirable cette commotion électrique qui -enlève une personne à elle-même, et la livre corps et âme à l'objet -offert à ses yeux fascinés: - - _Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error._ - -(Éclog. VIII.) - -Et Virgile a été imité par Racine d'une manière non moins admirable dans -ces vers de la tragédie de _Phèdre_: - - Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, - Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue. - -(Acte I, sc. V.) - -C'est ce qu'on appelle le _coup de foudre en amour_, dont l'article -suivant donnera l'explication. - - -Le coup de foudre en amour. - -Le coup soudain dont on se sent frappé à la première vue d'une personne, -ou bien le sentiment passionné qui s'empare à la fois de deux personnes -par l'effet d'un regard où se révèle spontanément la mutuelle ardeur de -leur cœur. - -Les romanciers du dix-septième siècle ont souvent employé cette -expression pour caractériser le rapide mouvement de sympathie qui -subjugue les héros et les héroïnes de leurs romans, et qui décide de la -destinée des uns et des autres. - -Le verbe _foudroyer_ est fort usité aujourd'hui dans la même acception. - - -L'amour est une fièvre au rebours. - -La fièvre et l'amour sont deux maladies qui produisent les mêmes effets -en sens inverse. La fièvre a d'abord des accès frileux que suivent des -accès brûlants; l'amour, au contraire, commence par être tout de feu et -finit par être tout de glace. - - -Il faut être fou en amour. - -Les belles jugent l'amour incompatible avec la raison; elles ne se -croient véritablement aimées que de ceux qui font des folies pour leur -plaire. Les folies sont, à leur gré, les preuves les plus incontestables -de la passion qu'elles inspirent, et il n'est pas besoin de dire que ce -ne sont pas les plus courtes qu'elles trouvent les meilleures. - - -Louange engendre amour. - -Proverbe littéralement traduit du roman, _lauzor engenr' amor_, dont le -troubadour Amanieu des Escas s'est servi, et dont Colardeau a donné une -variante dans ce joli vers: - - On flatte l'amour-propre, on fait naître l'amour. - -J'ai entendu employer dans le Midi, pour exprimer la même idée, cette -comparaison proverbiale: _Les femmes se laissent prendre à la louange -comme les alouettes au miroir._ - -«Il ne s'agit peut-être, pour s'emparer de ces êtres si subtils, si -souples et si pénétrants, que de savoir manier la louange et chatouiller -l'amour-propre. La flatterie est le joug qui courbe si bas ces têtes -ardentes et légères. Malheur à l'homme qui veut porter la franchise dans -l'amour!» (G. Sand, _Indiana_, ch. VII.) - -Je ne sais qui a dit que les femmes aiment moins les hommes pour le -mérite qu'ils ont que pour le mérite qu'ils trouvent en elles. - - -L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas à guérir. - -Parce que, dit la reine de Navarre, cette maladie donne tel -contentement, que la guérison est la mort. (_Heptamér._, nouvelle XXIV.) - -Ce proverbe se retrouve dans ces vers de Properce: - - _Omnes humanos sanat medicina dolores, - Solus amor morbi non amat artificem._ - -(II, Eleg. I.) - - «La médecine guérit toutes les douleurs humaines; l'amour seul ne veut - pas de guérisseur.» - -Le cœur de l'homme étant fait pour sentir, et ne trouvant sa véritable -vie que dans l'exercice de la sensibilité, doit nécessairement préférer -une agitation, même douloureuse, à un repos apathique, surtout quand -cette agitation est produite en lui par l'amour, c'est-à-dire par la -passion la plus conforme à sa nature. Il n'y a donc rien d'étonnant -qu'il veuille rester attaché aux tourments que cette passion lui cause, -et qu'il les regrette dès qu'il en est affranchi. On connaît le mot de -cette femme dont l'âme était tombée de la fièvre des émotions dans le -marasme des langueurs: «Oh! le bon temps où j'étais malheureuse!» Ce mot -si vrai est celui de tout amant qui est dans la même situation. La -tranquillité retrouvée lui est importune; il soupire après les peines -dont elle le prive; il regarde ces peines comme ses plus doux plaisirs. - -C'est ce sentiment qui inspirait à Étienne de la Boétie les vers -suivants, qui terminent son vingt-septième sonnet: - - Vive le mal, ô dieux, qui me dévore! - Vive à jamais mon tourment rigoureux! - O bienheureux, et bienheureux encore - Qui sans relâche est toujours malheureux! - -On connaît ce vers charmant de Mme Dufresnoy: - - Un amour malheureux est encore un bonheur. - -Le quatrain suivant exprime la même idée qu'on a cherché à rendre plus -gracieuse et plus touchante par la situation: - - Les peines de l'amour ont d'ineffables charmes: - Deux amants, qui pleuraient à l'ombre d'un tilleul, - Se disaient, en mêlant des baisers à leurs larmes: - _Souffrir deux est plus doux que d'être heureux tout seul._ - - -Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris. - - Bels plors d'amor mais valon que sos ris. - -Proverbe formulé probablement par le troubadour Bernard de Ventadour, -qui l'a placé dans une de ses pièces, immédiatement après cette -réflexion passée aussi en proverbe: _Peu aime qui n'est pas sujet à la -tristesse._ Il y a en effet dans les tristesses de l'amour je ne sais -quelle douceur secrète dont on a dit que les anges seraient jaloux. - -Ce charmant proverbe a été reproduit ou imité dans beaucoup de langues, -par une foule de poëtes érotiques; les deux meilleures imitations que -j'en connaisse sont ce vers cité sur l'amour par Saint-Évremont: - - Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines. - -et ceux-ci de la chanson délicieuse de La Fontaine, qui est chantée à -Psyché pour l'engager à aimer: - - Sans cet amour, tant d'objets ravissants, - Lambris dorés, bois, jardins et fontaines, - N'ont point d'appas qui ne soient languissants, - Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines. - - -L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses. - -Étang est ici employé au figuré pour quantité considérable, nombre -infini, dans le même sens que les Latins disaient _pelagus bonorum_, une -mer de biens, une mer d'abondance. Ce proverbe est traduit de ces deux -vers du troubadour Arnaud Daniel. - - _Amor es de pretz la claus - Et de proeza us estanck._ - -Pour bien le comprendre, il faut savoir que les troubadours avaient -donné au mot _amour_ une signification beaucoup plus étendue que celle -que nous lui donnons. Ils le regardaient comme le principe et la source -de tout mérite intellectuel et moral. «L'amour, disait Rambeaud de -Vaqueiras, est le mieux de tout bien; il améliore les meilleurs et peut -donner de la valeur aux plus mauvais; d'un lâche il peut faire un brave, -d'un guerrier un homme gracieux et courtois.» Le roman de _Jauffre_ et -_Brunissende_ disait à peu près de même: «Par l'amour tout homme devient -meilleur et plus brave, plus libéral et plus joyeux, plus ennemi de -toute bassesse.» - -Le génie poétique, ou l'_art de trouver_, était considéré comme le -résultat et l'expression de l'amour érigé en vertu suprême, et ses -divers degrés correspondaient à ceux de cette vertu. De là l'espèce de -synonymie établie par la langue romane entre _amour_ et _poésie_, -synonymie adoptée par Pétrarque dans ces vers où il appelle le -troubadour Arnaud Daniel _grand maître d'amour_, pour dire _grand maître -de poésie_. - - Gran maestro d'amor ch'alla sua terra - Ancor fa onor _col dir_ polito e bello. - -(_Trionfo d'amore_, IV.) - -J'ai emprunté cette citation au savant auteur de la _Symbolique du -droit_, M. Chassan, qui ajoute: «Ainsi le recueil composé à Toulouse au -quatorzième siècle, et qui renferme une grammaire, une poétique et une -rhétorique, est intitulé _Leys d'amor_, littéralement _Lois d'amour_, -quoiqu'il ne fût pas à l'usage des cours d'amour. Les règlements de la -Société des troubadours à Toulouse portent aussi le nom de _Leys -d'amor_. Cette acception du mot _amour_ pour signifier _poésie_ est bien -en rapport avec la nature et l'essence de la poésie romane.» - - -L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'épi sans grain. - -Ce proverbe, qu'on trouve dans le troubadour Pierre d'Auvergne, qui -paraît l'avoir formulé, est encore dérivé de l'idée exprimée dans le -précédent, où l'amour est considéré comme le principe des vertus -intellectuelles et morales, ainsi que des vertus guerrières; en un mot, -comme la source de tout bien. - - -L'amour excite aux grandes prouesses. - -C'est encore un proverbe roman qui se trouve dans plusieurs ouvrages des -troubadours, notamment dans le roman de _Flamenca_. On dit dans le même -sens: _L'amour fait les héros_, variante que J.-J. Rousseau a rapportée -et expliquée dans sa _Nouvelle Héloïse_: «L'amour véritable est un feu -dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentiments et les anime -d'une vigueur nouvelle. C'est pour cela qu'on a dit que l'amour faisait -les héros.» - -Platon affirmait que, si l'on composait une armée de jeunes amoureux, il -n'y aurait point d'actes héroïques dont ils ne fussent capables pour -plaire à leurs maîtresses. On sait que le seigneur de Fleuranges -s'écriait en montant à l'assaut sous le feu de l'ennemi: «Ah! si ma dame -me voyait!» Trait que Lebrun a rappelé dans une de ses odes, où il a -voulu démontrer par des exemples que l'amour est le plus puissant mobile -de la valeur et du génie. - - D'un assaut bravant la furie, - J'entends Fleuranges qui s'écrie: - «Ah! si ma dame me voyait!» - Il vole, il frappe, tout succombe; - De toutes parts l'ennemi tombe: - Un jeune amant le foudroyait. - -Cet amour héroïque, c'est l'amour élevé à sa plus haute puissance, -l'amour sublimé, dit M. V. Hugo; Scudéri l'assimile ingénieusement «au -feu d'Hercule, qui en le consumant, le fit dieu». - - -L'amour est le revenu de la beauté. - -Revenu très-passager, car si la beauté a le don de produire l'amour, -elle n'a pas celui de le conserver longtemps. Elle a besoin, pour -maintenir les avantages qu'elle possède, d'y joindre les charmes du cœur -et de l'esprit. C'est ce qu'expriment très-bien ces vers de Mme Verdier: - - Pour inspirer un feu constant, - Il ne suffit pas d'être belle: - C'est à la beauté qu'on se rend, - Mais c'est au cœur qu'on est fidèle. - C'est à l'accord intéressant - D'un esprit doux et sage et d'une âme sensible, - Que se trouve attaché le secret infaillible - De fixer un époux et d'en faire un amant. - - -Courtoisie fait amour durer. - -Les tendres procédés, les complaisances délicates, les petits soins -affectueux entretiennent et font durer l'amour. Le mot _courtoisie_ a -gardé ici le sens plus étendu qu'il avait jadis, il se rapportait -non-seulement à la politesse des manières, mais à celle de l'esprit et -du cœur; il exprimait la réunion des principales qualités des preux, -telles que la galanterie, la loyauté, la constance, le dévouement, etc. -C'était en tout l'opposé des mœurs des vilains. - -Un amour ainsi nourri de la fine fleur des sentiments chevaleresques, -réunit plus que tout autre d'excellentes conditions de durée et de -bonheur, et pourtant nous ne voyons pas qu'il s'établisse à demeure fixe -dans les tendres cœurs. Il est tout différent aujourd'hui de ce qu'il -fut au siècle des Amadis, et ce n'est plus que dans le domaine de -l'imagination qu'on peut le retrouver sous la forme séduisante qu'il eut -en ce bon vieux temps. Parviendra-t-on, à force de courtoisie, à le -rappeler dans la vie réelle? La chose, hélas! paraît impossible, mais il -y a tant de douceur à l'espérer qu'il est bon de le tenter quand même. - - -En amour mieux vaut espérer que tenir. - -Parce que, dit un autre proverbe plus ancien, _jouir d'amours et tost -finir ne vaut bon espoir à durer toujours_. En effet, l'amour s'use et -finit vite par la possession, tandis qu'il se renouvelle et se prolonge -par l'espoir. Les sensations physiques ne donnent qu'un plaisir fugitif; -les sensations morales laissent après elles un charme durable, et -l'esprit se fait une jouissance exquise de ce qui est dérobé aux sens. -«Jamais, dit Pascal, il n'exista de femme qui ait connu tant de douceur -dans l'amour satisfait qu'il y en a dans les désirs et dans les -sollicitudes.» - - -L'amour ne peut rien refuser à l'amour. - -C'est ce que dit textuellement le 26e article du _Code d'amour_: _Amor -nihil potest amori denegare._ Il vaudrait mieux que l'amour pût refuser -quelque chose à l'amour, car il durerait plus longtemps. Ce sont les -privations mitigées par l'espérance qui le font vivre; il meurt dès -qu'il n'a plus rien à désirer. - - -L'amour égalise toutes les conditions. - -L'amour ne peut souffrir ni barrières ni distinctions entre les amants, -dont il se plaît à confondre les existences. Il veut qu'ils -méconnaissent toutes les prérogatives du rang et de la fortune pour -vivre sous le régime bienfaisant de l'égalité, et chacun d'eux obéit à -cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve sanctionnée par son -propre cœur. «Son vœu le plus cher, a dit M. Michelet dans son livre -intitulé _le Peuple_, c'est de se faire un égal; sa crainte, c'est de -rester supérieur, de garder un avantage que l'autre n'a pas.» - - _Non bene conveniunt nec in una sede morantur - Majestas et amor._ - -(Ovide, _Métam._ II, fab. XIX.) - - «La majesté et l'amour ne s'accordent point et ne demeurent point - ensemble.» - - -L'amour rapproche les distances. - -L'amour fait disparaître les inégalités sociales entre les personnes -qu'il unit: _princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de -pair en se donnant la main_. C'est l'idée du proverbe précédent sous -d'autres termes. - - -L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle. - -L'amour et la crainte sont deux sentiments incompatibles, et, quand une -personne inspire l'un, elle ne saurait inspirer l'autre. Il faut -remarquer dans ce proverbe l'expression _manger à la même écuelle_, qui -rappelle un usage introduit au temps de la chevalerie, où la galanterie -avait imaginé de placer à table les convives par couple, homme et femme. -«La politesse et l'habileté des maîtresses de maison consistaient alors, -dit le Grand d'Aussy, à savoir bien assortir les couples qui n'avaient -qu'une assiette commune, ce qui s'appelait _manger à la même -écuelle_.»--L'expression, détournée du sens propre au figuré, s'employa -pour marquer une liaison amoureuse. Elle servit aussi à caractériser -l'intimité des relations amicales. Une des plus grandes preuves de -confiance qu'un roi pût autrefois donner à un de ses ministres -consistait à manger avec lui _à la même écuelle_. L'auteur du _Roman de -Rou_ exprime la haute faveur dont Godwin jouissait auprès du monarque -anglo-saxon par ces deux vers: - - Salué l'aveit et baisié - En s'escuelle aveit mengié. - -Il en était de même d'un suzerain ou d'un supérieur envers un vassal ou -un inférieur. - -On lit dans le _Romancero_, partie IV, lettre du Cid au roi Alphonse: -«Celui qui est craint est rarement aimé du cœur; _la crainte et l'amour -ne mangent pas au même plat_.» - - _Non el temor y amores comen en un plato, non._ - - - Amour et seigneurie - Ne souffrent compagnie. - -Proverbe pris de ce vers du livre III de l'_Art d'aimer_ d'Ovide: - - _Non bene cum sociis regna Venusque manent._ - -vers dont M. J. Janin, dans sa charmante étude sur le poëte latin, a -donné cette traduction: - - Et le trône et l'amour ne se partagent pas. - -«L'amour, dit Pascal est un tyran qui ne souffre point de compagnon; il -veut régner seul; il faut que toutes les passions ploient et lui -obéissent.» (_Discours sur les passions de l'amour_). Il en est de même -du pouvoir souverain, il exclut tout partage et toute rivalité. - -On dit, dans un sens analogue: _L'amour et l'ambition ne souffrent point -de compagnon._ - -Ce proverbe est fort ancien dans notre langue, puisqu'il se trouve dans -ces vers du _Roman de la Rose_, continué par Jehan de Meung. - - Oncques amours et seigneurie - Ne s'entrefirent compagnie, - Ne ne demourèrent ensemble, - Cil qui maîtrise les dessemble (disjoint). - - -Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour. - -Parce que, dans l'un et l'autre cas, on court risque d'être brûlé. Ovide -remarque, dans le premier livre de l'_Art d'aimer_, qu'on a vu souvent -des personnes qui d'abord faisaient semblant d'aimer, finir par aimer -sérieusement, et passer de la feinte à la réalité. - - _Sæpe tamen vero cœpit simulator amare, - Sæpe, quod incipiens finxerat esse jocus._ - -C'est la peine que l'amour impose ordinairement à ses contrefacteurs. - -«L'on ne peut presque faire semblant d'aimer, dit Pascal, que l'on ne -soit bien près d'être amant, ou du moins que l'on n'aime en quelque -endroit; car il faut avoir l'esprit et les pensées de l'amour pour ce -semblant, et le moyen de bien parler sans cela? La vérité des passions -ne se déguise pas si aisément que les vérités sérieuses.» (_Disc. sur -les pass. de l'amour._) - -Pascal dit encore, dans le même ouvrage: «A force de parler d'amour, on -devient amoureux. Il n'y a rien de si aisé. C'est la passion la plus -naturelle à l'homme.» - -Corneille a une chanson qui exprime l'idée de Pascal et d'Ovide. En -voici le premier couplet: - - Toi qui, près d'un beau visage, - Ne veux que feindre l'amour, - Tu pourrais bien quelque jour - Éprouver à ton dommage - Que souvent la fiction - Se change en affection. - - -Il n'y a point d'amour sans jalousie. - -Saint Augustin a dit: «_Qui non zelat non amat._ (_Adv. Adamant._, -XIII). Qui n'est point jaloux n'aime point.»--Le 21e article du _Code -d'amour porte_: «_Ex vera zelotypia affectus semper crescit amandi._ La -vraie jalousie fait toujours croître l'amour.» - -Un jeu parti de je ne sais plus quel trouvère roule sur la question de -jurisprudence amoureuse: «Lequel aime mieux, ou l'amant qui est jaloux -ou celui qui ne l'est point? Molière, dans _les Fâcheux_, a consacré la -quatrième scène du second acte de cette comédie à cette controverse -sentimentale, qui est terminée par ce vers, digne de Molière: - - Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux. - -On dit aussi: _La jalousie est la sœur de l'amour_, proverbe qui a -suggéré au chevalier de Boufflers ce joli quatrain: - - L'amour, par ses douceurs et ses tourments étranges, - Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour à tour: - _La jalousie est la sœur de l'amour_, - Comme le diable est le frère des anges. - -Il ne s'agit pas ici, on le sent bien, de cette jalousie, _vera -zelotypia_, qui est chez celui qui aime une défiance de lui-même, mais -de cette jalousie grossière qui est une défiance de l'objet aimé. Cette -dernière a encore donné lieu à la comparaison proverbiale: _La jalousie -naît de l'amour comme la cendre du feu, pour l'étouffer._ - - -Il n'y a pas d'amour sans espérance. - -Proverbe tiré de l'article 9 du _Code d'amour_: «_Amare nemo potest nisi -qui amoris suasione compellitur._ Personne ne peut aimer s'il n'y est -engagé par la persuasion d'amour.» Il y a des gens qui prétendent que -cette _persuasion d'amour_, ou espérance d'être aimé, n'est pas une -condition indispensable de l'existence de l'amour, et ils se fondent sur -l'observation faite par Boccace, maître expert en cette matière, qu'il -arrive assez souvent qu'on voit l'amour plus fort à mesure que -l'espérance devient plus faible: _Noi veggiamo sovente avvenire, quanto -la speranza diventa minore, tanto l'amore maggior farsi._ Mais cela -n'est pas une preuve en faveur de leur opinion. S'il est vrai que -l'amour augmente à mesure que l'espérance diminue, il n'est pas vrai -qu'il puisse se maintenir lorsqu'elle a cessé d'être. L'amour ressemble -au flambeau qui jette une lueur plus vive au moment où la nourriture -commence à lui manquer, et qui s'éteint aussitôt qu'elle est épuisée. -L'espérance est l'aliment de l'amour. Tant qu'il lui en reste un peu, il -subsiste, il se montre même plus vivace par l'ardeur qu'il met à se -conserver. Dès qu'il ne lui en reste plus, il faut qu'il expire, et s'il -nous paraît survivre comme se pouvant nourrir de lui-même, c'est que -nous ne voyons pas qu'il espère encore, quand il n'y a plus de raison -d'espérer. - -Walter Scott a très-bien développé l'idée de ce proverbe dans un passage -de son roman de _Waverley_, tom. III, ch. XXI. La question y est posée -en ces termes: «Peut-on aimer longtemps sans avoir l'espoir d'être -aimé?» Une dame répond à l'auteur de la question: «Avez-vous le projet -de nous dépouiller de notre plus beau privilége? Voudriez-vous nous -persuader que l'amour ne peut exister sans l'espérance, et qu'un amant -peut être infidèle si celle qu'il aime lui montre trop de rigueur? Je ne -m'attendais pas qu'un pareil blasphème sortît de votre bouche.--Je -conviens, madame, qu'il n'est pas impossible qu'un amant persévère dans -son affection en dépit des circonstances qui devraient le décourager, -qu'il peut braver les dangers, supporter la froideur... mais une -indifférence constante et soutenue est un poison mortel pour l'amour. -Quelque puissante que soit l'attraction de vos charmes, croyez-moi, ne -faites jamais cette expérience sur le cœur d'une personne qui vous -serait chère. Je vous le répète, l'amour peut se nourrir de la plus -faible espérance; mais, s'il la perd, il s'éteint bientôt.--Il doit -avoir, dit Evan, le même sort que la jument de Duncan Magendie. Son -maître voulut l'accoutumer par degrés à se passer de toute nourriture; -il ne lui donnait qu'une petite poignée de paille par jour, et le pauvre -animal mourut d'inanition.» - - -Plus l'amour vient tard, plus il ard. - -C'est-à-dire plus il est ardent. _Ard_ est la troisième personne du -présent de l'indicatif du vieux verbe _arder_ ou _ardre_, qui signifie -brûler. Ce proverbe est pris du vers suivant d'Ovide dans l'héroïde de -_Phèdre à Hippolyte_: - - _Venit amor gravius quo serius, urimur intus, etc._ - -Veut-il dire, comme quelques-uns l'ont pensé, que l'amour qui se -développe lentement acquiert plus d'intensité que celui qui naît à la -première vue, ou bien que l'amour se fait sentir avec plus de violence -dans un âge avancé que dans la jeunesse? Je trouve préférable la -dernière explication, à laquelle on est amené naturellement par -l'analogie de cet autre proverbe: _Le bois sec brûle mieux que le bois -vert_, ainsi que de ce mot proverbial attribué au comte de -Bussy-Rabutin: _L'amour est comme la petite vérole, qui fait d'autant -plus de mal qu'elle vient plus tard._ D'ailleurs est-il vrai que l'amour -qui se développe lentement devienne plus fort? Je ne le crois pas, et je -partage le sentiment exprimé dans cette pensée de La Bruyère: «L'amour -qui naît subitement est le plus long à guérir.» Le même auteur dit -encore: «L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble trop à -l'amitié pour être une passion violente.» - - -Rien ne se rallume si vite que l'amour. - -C'est ce qu'a dit Sénèque: _Nihil facilius quam amor recrudescit_ -(Epist. 69). Le comte de Bussy-Rabutin écrivait à Mme de Sévigné, à -propos des recrudescences si promptes de l'amour, un mot charmant -qu'elle louait en lui répondant ainsi: «Ce que vous dites que _l'amour -est un recommenceur_ est tellement joli et tellement vrai, que je suis -étonnée que, l'ayant pensé mille fois, je n'aie pas eu l'esprit de le -dire.» (Lettre du 4 juillet 1656.) - -Nous avons encore ce vieux proverbe rimé, qui exprime la même idée: - - Vieilles amours et vieux tisons - S'allument en toutes saisons. - - -En amour un blessé guérit l'autre. - -L'amour compense le mal qu'il fait en blessant deux cœurs: il met dans -la plaie de l'un le baume de celle de l'autre. Pourquoi donc les amants -se plaignent-ils tant de ses rigueurs? Ne feraient-ils pas mieux de -s'entendre pour les adoucir, en usant du remède qu'il leur a donné? -C'est ce que pense l'auteur du roman de _Flamenca_. Ce troubadour, après -quelques remarques sur les effets de l'amour, conclut que ce qu'il y a -de meilleur pour les cœurs en peine, c'est leur mutuelle assistance; -car, dit-il, l'_Us nafratz pot guerir l'autre._ «Un blessé peut guérir -l'autre.» - - -L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit. - -Comparaison proverbiale qui exprime la même idée que ce vers de P. -Syrus: - - _Amoris vulnus sanat idem qui facit._ - - «En amour, qui fait la blessure la guérit.» - -Les mythologues et les poëtes racontent que Télèphe, ayant été blessé -par Achille, ne put être guéri de sa plaie que par un emplâtre composé -de la rouille du fer dont il avait été blessé. - - _Mysus et Æmonia juvenis qua cuspide vulnus - Senserat, hac ipsa cuspide sensit opem._ - -(Prospert., lib. II, eleg. I.) - - «Le jeune roi de Mysie trouva la guérison de sa blessure dans la lance - même d'Achille, dont il avait été blessé.» - - _Vulnus in Herculeo quæ quondam fecerat hoste, - Vulneris auxilium Pelias hasta tulit._ - -(Ovide, _Remed. amor._, I, 47.) - - «La lance d'Achille cicatrisa la blessure qu'elle-même avait faite au - fils d'Hercule.» - -De là cette comparaison de l'amour avec la lance d'Achille, comparaison -heureuse que Bernard de Ventadour a, le premier, employée dans une pièce -de vers où il parle d'un baiser qu'il a reçu de la belle Agnès de -Montluçon, femme du vicomte Èble. Ce troubadour s'écrie qu'un si doux -baiser va le faire mourir, si un autre de la même bouche ne vient lui -rendre la vie, et il le compare à la lance d'Achille qui faisait une -blessure dont il n'était pas possible de guérir, si l'on n'en était -blessé une seconde fois. - - Com de Peleus la lansa - Que de su colp non podi' hom guerir - Se autra vez non s'en fesez ferir. - -Ce traitement homéopathique de l'amour a été indiqué par ces paroles -d'une chanson des Grecs modernes: «Tu m'as donné un baiser, et j'en suis -devenu malade; donne m'en un autre pour que je guérisse, et un autre -encore pour que je ne retombe pas malade à mourir.» - - -La petite oie de l'amour. - -On appelle _petite oie_ au propre un ragoût formé du cou, des ailerons, -des pattes, du foie, du gésier, qu'on a retranchés d'une oie qu'on fait -rôtir. - -Cette expression s'employait autrefois au figuré, comme on le voit dans -les _Précieuses ridicules_ (sc. X), pour désigner les rubans, les plumes -et les différentes garnitures qui ornaient l'habit, le chapeau, le nœud -de l'épée, les gants, les bas et les souliers.--Elle désignait aussi par -extension, les menus plaisirs de l'amour ou de la galanterie, tels que -les serrements de mains, les baisers et autres caresses mignonnes qui -cependant laissent encore quelque chose de plus à désirer, car la -_petite oie n'est que la petite joie_. - - -L'amour est un grand maître. - -Molière a employé et expliqué ce proverbe dans les vers suivants de -l'_École des femmes_ (act. III, sc. IV). - - Il le faut avouer, _l'amour est un grand maître_; - Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être; - Et souvent de nos mœurs l'absolu changement - Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment. - De la nature en nous il force les obstacles, - Et ses effets soudains ont de l'air des miracles. - D'un avare à l'instant il fait un libéral, - Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal; - Il rend agile à tout l'âme la plus pesante, - Et donne de l'esprit à la plus innocente. - -On dit aussi que _l'amour est inventif_, dans le même sens que le -proverbe, qui doit s'entendre non-seulement des tours subtils et des -expédients rusés qu'il suggère, mais aussi de quelques arts dont les -poëtes ont attribué la découverte ou le perfectionnement à ses -inspirations. - -Le proverbe _l'amour est un grand maître_ a été formulé par saint -Augustin. Mais ce n'est pas à l'amour profane que ce père de l'Église -l'a appliqué; c'est à l'amour divin, principe et source de toutes les -lumières et de toutes les vertus. Cet amour, dit-il, est _un grand -maître_ dont les leçons comprennent toutes les parties de la -philosophie. - -_AMOR MAGNUS DOCTOR EST, atque omnes philosophiæ partes implet._ - - -L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs. - -Ce proverbe a dû son origine au fabliau d'_Aristote_, où il se trouve -formulé à peu près dans les mêmes termes. - - Que tout le meillor clerc du mont - Fait comme roncins enseler, - Et puis à quatre piez aller, - A chatonant par-dessus l'erbe - A vous die example et proverbe. - -Voici le canevas de ce fabliau, que j'ai retracé de mémoire en le -modernisant, parce que je n'avais pas le texte sous les yeux pour en -donner une traduction littérale. - -Alexandre le Grand, épris d'une jeune et belle Indienne, semblait avoir -perdu le goût des conquêtes. Ses guerriers en murmuraient, mais aucun -d'eux n'était assez hardi pour lui en exprimer le mécontentement -général. Son précepteur Aristote s'en chargea: il lui représenta qu'il -ne convenait pas à un conquérant de négliger ainsi la gloire pour -l'amour; que l'amour n'était bon que pour les bêtes, et que l'homme -esclave de l'amour méritait d'être envoyé paître comme elles. Une telle -remontrance, autorisée sans doute par les mœurs du temps jadis, qui -étaient bien différentes des nôtres, fit impression sur le monarque, et -il se décida, pour apaiser les murmures de son armée, à ne plus aller -chez sa maîtresse; mais il n'eut pas le courage de défendre qu'elle vînt -chez lui. Elle accourut tout éplorée, afin de savoir la cause de son -délaissement, et elle apprit ce qu'avait dit Aristote. «Eh quoi! -s'écria-t-elle, le seigneur Aristote a de l'humeur contre le penchant le -plus naturel et le plus doux! il vous conseille d'exterminer par la -guerre des gens qui ne vous ont fait aucun mal, et il vous blâme d'aimer -qui vous aime! C'est une déraison complète, c'est une impertinence -inouïe qui réclame une punition exemplaire, et, si vous voulez bien le -permettre, je me charge de la lui infliger.» Son amant ne s'opposa point -à ses projets, et dès ce moment elle mit tout en œuvre pour séduire le -philosophe. _Ce que veut une belle est écrit dans les cieux_, et l'égide -de la sagesse ne met pas à couvert de ses traits vainqueurs. Le vieux -censeur des plaisirs l'apprit à ses dépens. Son cœur, surpris par les -galanteries les plus adroites, se révolta contre sa morale. Vainement il -crut l'apaiser en recourant à l'étude et en se rappelant toutes les -leçons de Platon: une image charmante venait sans cesse se placer devant -ses yeux et attirait vers elle seule toutes les méditations auxquelles -il se livrait. Enfin il reconnut que l'étude et Platon ne sauraient le -défendre contre une passion si impérieuse, et son esprit subtil lui -révéla que le meilleur moyen de la vaincre était d'y céder. Dès -l'instant il laissa là tous les livres et ne songea qu'aux moyens -d'avoir un entretien secret avec la jeune Indienne. Un jour qu'elle -faisait sa promenade solitaire dans le jardin du palais impérial, il -accourut auprès d'elle, et à peine l'eut-il abordée qu'il se jeta à ses -pieds en lui adressant une pathétique déclaration. L'enchanteresse -feignit de ne pas y croire... pour se la faire répéter. Cette manière de -prolonger les jouissances de l'amour-propre était alors en usage chez le -beau sexe. Obligé enfin de s'expliquer, elle répondit qu'elle ne pouvait -ajouter foi à des aveux si extraordinaires sans des preuves bien -convaincantes. Toutes celles qu'il était possible d'exiger lui furent -offertes. «Eh bien! reprit-elle, après cela, il faut satisfaire un -caprice: toute femme a le sien; celui d'Omphale était de faire filer un -héros, et le mien est de chevaucher sur le dos d'un philosophe. Cette -condition vous paraîtra peut-être une folie; mais la folie est, à mes -yeux, la meilleure preuve d'amour.» Il fut fait comme elle le désirait. -Qu'y a-t-il en cela d'étonnant? Le dieu malin qui change _un âne en -danseur_, comme dit le proverbe, peut également changer un philosophe en -quadrupède. Voilà notre vieux barbon sellé, bridé, et l'aimable -jouvencelle à califourchon sur son dos. Elle le fait trotter de côté et -d'autre, et, pendant qu'il s'essouffle à trotter, elle chante -joyeusement un lai d'amour approprié à la circonstance. Enfin, lorsqu'il -est bien fatigué, elle le presse encore et le conduit... devinez où?... -elle le conduit vers Alexandre, caché sous un berceau de verdure, d'où -il examinait cette scène réjouissante. Peignez-vous, si vous le pouvez, -la confusion d'Aristote, lorsque le monarque, riant aux éclats, -l'apostropha de cette manière: «O maître! est-ce bien vous que je vois -en ce grotesque équipage? Vous avez donc oublié la morale que vous -m'avez faite, et maintenant c'est vous qu'il faut mener paître?» La -raillerie semblait sans réplique, mais l'homme habile a réponse à tout. -«Oui, c'est moi, j'en conviens, répondit le philosophe en se redressant: -que l'état où vous me voyez serve à vous mettre en garde contre l'amour. -De quels dangers ne menace-t-il pas votre jeunesse, lorsqu'il a pu -réduire un vieillard si renommé par sa sagesse à un tel excès de folie?» - -Cette seconde leçon était meilleure que la première. Alexandre parut -l'approuver, et il promit de la méditer auprès de la jeune et belle -Indienne. C'était là qu'on lui reprochait d'avoir perdu sa raison; -c'était là qu'il devait la retrouver. Il y réussit; mais ce fut, dit-on, -par l'effet du temps plutôt que par celui de la leçon. Le temps, pour -guérir de l'amour, en sait beaucoup plus qu'Aristote. - -Ce fabliau, attribué à un chanoine de Rouen, nommé Henri d'Andely, -trouvère du treizième siècle, est un conte tiré d'un auteur arabe qui -l'a intitulé: _le Vizir sellé et bridé_. J.-M. Chénier a remarqué avec -raison que l'idée de substituer Aristote à un vizir vient de l'autorité -même qu'Aristote avait acquise dans les écoles du moyen âge. Mais il a -eu tort, suivant moi, de traiter cette idée d'absurde, car elle sortait -en quelque sorte de l'esprit du temps, et ménageait au trouvère un moyen -sûr de rendre plus frappante la moralité qu'il voulait offrir à ses -contemporains, en introduisant dans sa fable comme acteur principal -l'homme célèbre qui avait été, à leurs yeux, la plus haute -personnification de la sagesse. - -Du même fabliau est dérivée l'expression _faire le cheval d'Aristote_, -pour désigner une pénitence qui est imposée dans le jeu du gage touché -ou dans quelque autre semblable, et qui consiste à prendre la posture -d'un cheval afin de recevoir sur son dos une dame qu'on est obligé de -promener ainsi dans le cercle, où elle est embrassée tour à tour par -tous les joueurs qui s'égayent aux dépens du pauvre patient qu'ils -louent ironiquement à qui mieux mieux, les uns, de sa belle allure -chevaline et les autres de sa bonne grâce à remplir le rôle d'intendant -de leurs menus plaisirs. - -Cette pénitence est une allusion à l'usage symbolique d'après lequel le -vassal ou le vaincu se mettait aux pieds de son suzerain ou de son -vainqueur, une bride à la bouche et une selle sur le dos. L'histoire -offre plusieurs exemples de cet usage, depuis le fils du malheureux -Psamménit, qui fut envoyé au supplice avec un mors dans la bouche par -ordre de Cambyse (Hérodote, III, XIV), jusqu'à Hugues de Châlons qui, -reconnaissant son impuissance contre l'armée des Normands, alla trouver -le jeune duc Richard par qui elle était commandée, et se roula à ses -pieds en signe de soumission, avec une selle de cheval sur les épaules. -(_Chroniq. de Normandie._ Duc. VI, 337.--Guill. Gemet, liv. III, ch. -IV.) C'est en vertu d'un pareil usage qu'Eustache de Saint-Pierre et -cinq autres bourgeois de Calais se présentèrent à Édouard III, roi -d'Angleterre, avec la corde au cou. - - -L'amour ôte le deuil. - -L'amour est un sentiment passionné qui absorbe tous les autres: il -asservit l'âme entière, il en devient l'objet unique, et comme il la -rend indifférente aux plus grandes joies qui ne lui viennent pas de lui, -il la console des plus vives afflictions dont il n'est pas le principe; -il les lui fait même oublier. De là ce proverbe qui paraît avoir été -suggéré par un passage charmant de la _Genèse_, où il est question de -l'arrivée de Rébecca auprès d'Isaac, à qui elle était destinée pour -épouse: «Isaac la fit entrer dans la tente de sa mère Sara et il la prit -pour femme, et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande qu'elle -tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.» (XXIV, 67). - -Ces paroles bibliques, dont Chateaubriand, dans son _Génie du -Christianisme_, a justement loué la simplicité, offrent une preuve -orthodoxe qu'il est permis de chercher dans l'amour de doux oublis des -peines de la vie, en tout honneur bien entendu. - -On dit aussi: _L'amour est un grand consolateur._ - - -En amour trop n'est pas assez. - -On sait que ce charmant proverbe a été formulé par Beaumarchais, qui a -dit dans _le Mariage de Figaro_ (act. IV, sc. I): «En fait d'amour, -vois-tu, trop n'est pas même assez.» Mais il faut remarquer pourtant que -cet ingénieux auteur, en le formulant, peut avoir été inspiré par -l'observation déjà faite sur toute passion extrême dont les _désirs_, -suivant l'expression de Sénèque, _n'obtiendront tout que pour vouloir -quelque chose de plus que tout_, ou par ce délicieux passage de -Montesquieu dans _Arsace et Isménie_: «Lorsque l'amour renaît après -lui-même, lorsque tout promet, que tout demande, que tout obéit, lorsque -_l'on sent qu'on a tout et qu'on n'a pas assez_, lorsque l'âme semble -s'abandonner et se porter au delà de la nature même, etc.» - -Beaumarchais peut avoir eu encore l'idée d'enchérir sur cette maxime -d'amour du comte de Bussy-Rabutin: - - Vous me dites que votre feu - Est assez grand, belle Climène; - Vous ignorez donc, inhumaine, - Qu'_en amour assez est trop peu_, - Cependant la chose est certaine. - Ah! si sur ce chapitre on croit les gens sensés, - _Quand on n'aime pas trop on n'aime pas assez._ - -Peut-être aussi a-t-il eu présent à l'esprit cet autre proverbe: -_L'amour et le feu ne disent jamais: C'est assez._ - -Du reste, c'est avec raison qu'on a fait honneur du proverbe à -Beaumarchais, quoique la pensée puisse lui en avoir été suggérée par les -pensées analogues que j'ai citées. Il a su reproduire cette pensée sous -la forme la plus originale et la plus heureuse. Il a dit le vrai mot de -l'amour. - - -Plus l'amour est nu, moins il a froid. - -Ce proverbe se retrouve textuellement dans ce vers d'Owen (épigr. II, -88): - - _Quo nudus magis est, hoc minus alget Amor._ - -et dans ce quatrain de Corneille: - - Depuis que l'hiver est venu, - Je plains le froid qu'Amour endure, - Sans songer que _plus il est nu - Et tant moins il craint la froidure_. - -Il faut interpréter ce proverbe décemment en n'y voyant qu'une idée -analogue au mot d'Hésiode: «L'amour est le fils de la pauvreté,» ou -celui de Diolime de Mégare: «L'amour est le fils du travail et de la -pauvreté.» C'est-à-dire que les pauvres gens ressentent cette passion -avec plus de vivacité que les riches. Ceux-ci peuvent y apporter plus de -délicatesses et de raffinements, mais non autant de vives et franches -ardeurs. Toutes les fleurs artificielles dont ils parent la couche de -l'amour ne valent pas cette floraison naturelle qui semble éclore sur le -grabat des indigents de la séve même de leur cœur.--On connaît ces vers -de Béranger, qui forment un tableau si gracieux: - - Quel dieu se plaît et s'agite - Sur ce grabat qui fleurit? - C'est l'Amour qui rend visite - A la Pauvreté qui rit. - -Alfred de Musset a dit avec une simplicité charmante au début de son -conte intitulé _Simone_: - - Les gens d'esprit et les heureux - Ne sont jamais bien amoureux: - Tout ce beau monde a trop à faire. - Les pauvres en tout valent mieux; - Jésus leur a promis les cieux, - L'amour leur appartient sur terre. - - -Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des bêtes. - -«Il n'est permis aux animaux de se livrer aux plaisirs de l'amour qu'en -une saison de l'année. L'homme seul peut les goûter en tout temps jusque -dans l'extrême vieillesse.» (_Entretien de Socrate_, I, 19). - -Cette observation proverbiale a été réunie par Beaumarchais, d'une -manière piquante et spirituelle, à une autre observation également -proverbiale, dans cette phrase que le jardinier Antonio, pris de vin, -adresse à la comtesse Almaviva: «Boire sans soif et faire l'amour en -tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres -bêtes.» (_Mariage de Figaro_, act. II, sc. XXI). - -On connaît la répartie de Mme de La Sablière à son oncle, qui la -moralisait en lui disant: «Quoi! ma nièce, toujours et toujours des -amours! mais les bêtes mêmes n'ont qu'un temps pour cela.--Eh! mon -oncle, c'est que ce sont des bêtes.» - -Ce mot plaisant, que l'on attribue aussi à d'autres dames galantes, -n'est, comme la plupart des bons mots, qu'une redite. Il est cité par -Macrobe, qui en fait honneur à l'esprit de Populia, fille de Marcus: - -«_Populia, Marci filia, miranti cuidam quid esset qua propter bestiæ -nunquam marem desiderarent, nisi cum prægnantes vellent fieri, -respondit: _Bestiæ enim sunt_._» (Saturn. II, 5.) - -Voici des vers inédits qu'un de mes amis, M. L. de Fos, a improvisés sur -ce sujet. Ils ne peuvent manquer de prêter de l'agrément à cet article: - - Des bêtes, a-t-on dit, ce qui distingue l'homme, - C'est de faire l'amour en toutes les saisons. - De ce mot si connu je sais plusieurs leçons, - Voici celle qui vient de Rome. - La fille de Marcus, dans ses joyeux ébats, - Aux jeunes débauchés prodiguait ses appas. - «Quoi! toujours, lui dit-on, des amours, des conquêtes! - Les bêtes cependant n'ont qu'un temps pour cela. - --Oui, répondit Populia. - Mais c'est qu'aussi ce sont des bêtes.» - - -L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble. - -Le ménage le plus uni cesse de l'être quand il est pauvre: la pauvreté -tue l'amour.--Les Anglais disent: «_When poverty comes in at the door, -loves flies out at the window._ Quand la pauvreté entre par la porte, -l'amour s'envole par la fenêtre.» Proverbe que Shakespeare avait -peut-être présent à l'esprit lorsqu'il disait dans le _Conte d'hiver_: -«La prospérité est le plus sûr lien de l'amour.» (Act. IV, sc. III). - -Notre proverbe est très-bien expliqué par Molière dans ces vers des -_Femmes savantes_ (act. V, sc. V.) - - Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie - Que les fâcheux besoins des choses de la vie; - Et l'on en vient souvent à s'accuser tous deux - De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux. - -On dit trivialement: _Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes -se battent._ - - -Les lunettes sont des quittances d'amour. - -C'est-à-dire qu'on doit n'aimer qu'à l'âge où l'on peut être aimé, et ne -pas afficher la prétention de plaire aux belles quand on est réduit à -porter des lunettes, ce qui arrive malheureusement à une époque de la -vie où l'on a souvent le cœur en meilleur état que les yeux, et où l'on -est d'autant plus à plaindre qu'en amour on se sent abandonné de tout -sans qu'on veuille renoncer à rien. - -On dit aussi: _Bonjour, lunettes; adieu, fillettes_; pour exprimer qu'il -faut cesser de prétendre aux faveurs des jeunes filles quand on commence -à prendre des lunettes. - -Ce conseil était juste et convenable autrefois, où les lunettes -n'étaient guère qu'à l'usage des vieillards; mais on sent qu'il serait -déplacé aujourd'hui à l'égard d'une foule de jeunes gens pour qui elles -sont des objets de nécessité ou des objets de mode... - -Il faudrait donc n'appliquer les deux proverbes qu'à ces vieux barbons -qui, possédés de la manie de se poser en verts-galants, reluquent sans -cesse avec des binocles ou des lorgnons les jouvencelles à qui ils -savent si bien faire tourner la tête... de l'autre côté. - -Remarquons, puisque l'occasion s'y adonne, que la mode des lunettes fut -très-répandue en Espagne au commencement du dix-septième siècle, sous le -règne de Philippe III. Elles y faisaient partie du costume des gens -comme il faut, qui croyaient, par cette nouvelle espèce d'insignes, se -donner plus de gravité et obtenir plus de considération. Elles étaient -proportionnées au rang des personnes. Les grands du pays en mettaient de -magnifiques dont les verres surpassaient en circonférence les piastres -fortes, et ils y tenaient tant, dit-on, qu'ils ne les quittaient pas -même pour se coucher. - -Les dames, à leur tour, les avaient adoptées, parce que ce complément de -parure signalait aussi la noblesse de leur condition et surtout parce -qu'il offrait à leur vanité une foule d'avantages qu'il serait trop long -de spécifier. Bornons-nous à rappeler qu'en général elles les arboraient -comme enseignes des prétentions qu'elles voulaient afficher. -Quelques-unes les portaient afin de passer pour lettrées ou savantes -(c'étaient les précieuses de l'époque); beaucoup d'autres s'en servaient -afin de mieux observer l'effet que leur présence pouvait produire dans -les salons, et de mieux cacher aux regards indiscrets les sentiments -dont elles se trouvaient affectées. Cette seconde catégorie comprenait -la plupart des jeunes et jolies femmes. - -Il est permis de supposer que les diverses espèces de lunettes avaient -des noms correspondant à leurs divers usages. Un poëte gongoriste -appelait celles qui cachaient de beaux yeux, _les couvre-feu de -l'amour_. - - -L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice. - -Le _Code d'amour_ dit, art. 10: _Amor semper ab avaritiæ consuevit -domibus exsulare._ Sentence dont notre proverbe est la reproduction. - -Quoi de plus opposé à l'amour que l'avarice? Dans l'amour on est d'une -prodigalité excessive, on ne s'occupe pas du tout de sa fortune: dans -l'avarice, au contraire, on ne pense qu'à sa fortune. Si un avare -aimait, il cesserait de l'être. «Un avaricieux même qui aime, dit -Pascal, devient libéral; il ne se souvient pas d'avoir eu une habitude -opposée.» (_Disc. sur les pass. de l'amour._) - - -La faim fait oublier l'amour. - -C'est ce que disait le philosophe Cratès, et il avait bien raison, car -l'estomac maîtrise le cœur, et quand le besoin fait crier le premier, -l'autre est réduit à se taire. Telle est la loi de la nature, à laquelle -les amoureux les plus robustes ne sauraient échapper. - -Il ne s'en trouverait pas un seul peut-être qui, dans ce cas, ne fût de -l'avis de ce paysan à qui l'on demandait s'il aimait les femmes: «J'aime -beaucoup une fort belle fille, répondit-il; mais j'aime encore mieux une -fort bonne côtelette.»--Il n'y a point d'amour qui tienne contre la -fringale. - -On connaît ces vers de La Fontaine, dans _la Fiancée du roi de Garbe_: - - On ne vit ni d'air ni d'amour, - Les amants ont beau dire et faire, - Il en faut revenir toujours au nécessaire. - - -Sans pain ni vin l'amour est vain. - -C'est-à-dire _l'amour n'est rien_, comme porte une variante. Ce proverbe -est une traduction familière de celui des Latins cité dans l'_Eunuque_, -de Térence: «_Sine Cerere et Libero friget Venus._ (Act. IV, sc. VI.) -Sans Cérès et Bacchus Vénus est transie.»--Il faut remarquer, à ce -sujet, que l'amour n'était guère pour les anciens qu'un acte sensuel -auquel ils préludaient par les bons mets et les bons vins, qui leur -paraissaient les moyens les plus propres à l'exciter et à le favoriser. -Ils le regardaient comme le couronnement de l'orgie. De là ces paroles -de saint Jérôme, que je n'oserais même traduire, sur les débauchés qui -avaient le cœur au ventre: _Distento ventre distenduntur ea quæ ventri -adhærent.--Venter plenus despumat in libidinem._ - -Les Romains avaient encore ce proverbe analogue, qui leur était venu des -Grecs: «_Saturo Venus adest, famelico nequaquam adest._ Vénus ou l'amour -est pour celui qui a le ventre plein, et non pour celui qui l'a vide.» - -Les Languedociens disent: «_Vivo l'amour! maï që iëou dînë._ Vive -l'amour, mais que je dîne!» - -C'est exactement ce qu'on dit en français: _Vive l'amour après dîner_! - - -Après l'amour le repentir. - -Hélas! nous ne pouvons aimer toujours, et bien souvent le repentir nous -prend où l'amour nous laisse. «Les amours s'en vont et les douleurs -demeurent,» dit le proverbe espagnol: _Vanse los amores y quedan los -dolores._ - -Un troubadour anonyme a comparé l'amour à l'églantier, dont les fleurs -passent et tombent en peu de temps, tandis que les épines restent -toujours. - -Guarini a dit de l'amour dans son _Pastor fido_: «La racine en est douce -et le fruit amer. _La radice è suave, il frutto amora._» - -La Rochefoucauld prétend que «il y a peu de gens qui ne soient honteux -de s'être aimés, quand ils ne s'aiment plus.» - - -On fait l'amour, et quand l'amour est fait, c'est une autre paire de -manches. - -Tout le monde comprend ce que signifie ce proverbe, dont la dernière -partie, devenue une locution à part, est continuellement répétée; il -rappelle un usage pratiqué au douzième siècle par des individus de sexe -différent qui voulaient former ensemble un tendre engagement. Ils -échangeaient une paire de manches comme gage du don mutuel qu'il se -faisaient de leur cœur, et ils se les passaient aux bras en promettant -de n'avoir pas désormais de plus chère parure, ainsi qu'on le voit dans -une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun, où il est parlé de deux -amants qui se jurèrent de _porter manches et anneaux l'un de l'autre_. -Ces enseignes ou livrées d'amour, destinées à être le signe de la -fidélité, devinrent presque en même temps celui de l'infidélité; car -toutes les fois qu'on changeait d'amour on changeait aussi de manches, -et il arrivait même assez souvent que celles qu'on avait prises la -veille étaient mises au rebut le lendemain. Vainement un autre proverbe -recommandait de respecter cette sorte d'investiture d'amour par la -manche en disant: «_La manega no i es gap, car senhals es de drudaria_; -la manche, ce n'est pas un badinage, car c'est un signal d'amourette.» -Comme une pareille recommandation n'avait aucune force légale, chacun et -chacune y contrevenaient à qui mieux mieux. Aussi tel ou telle qu'on -s'était flatté de _tenir dans sa manche_ s'en débarrassait au plus vite, -sans le moindre scrupule, et, en définitive, c'_était toujours une autre -paire de manches_. - - -Vieil amour, vieille prison. - -Un vieil amour est un esclavage où l'on éprouve beaucoup de peines et -d'ennuis. «Dans la vieillesse de l'amour comme dans celle de l'âge, dit -La Rochefoucauld, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour -les plaisirs.» - -Ce proverbe est pris du latin: _Antiquus amor carcer est._ Il s'applique -le plus souvent à l'amour conjugal, que les deux époux sont obligés de -subir jusqu'à ce que mort s'ensuive, pour l'un ou l'autre. Aussi -arrive-t-il quelquefois que le mari voit mourir sa femme ou la femme son -mari du même œil qu'un prisonnier voit briser ses fers. - -Philémon, poëte comique grec, a dit dans une de ses pièces: «Le mariage -est une prison qui n'a de beau que la porte par laquelle on y entre, et -de consolant que celle par laquelle on a vu la mort faire sortir la -personne avec qui on avait fait son entrée.» - -Ce Philémon était bien loin de penser comme son homonyme, le mari de -Baucis, tendrement aimée de lui, ainsi qu'il fut aimé d'elle jusque dans -l'extrême vieillesse. La Fontaine a dit de ces deux modèles de l'amour -conjugal: - - Ni le temps, ni l'hymen, n'éteignirent leur flamme. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - L'amitié modéra leurs feux sans les détruire, - Et par des traits d'amour sut encor se produire. - - -L'amour meurt rarement de mort subite. - -Il meurt presque toujours d'une maladie de langueur, beaucoup plus -longue que ne le voudraient ceux qui en sont atteints. C'est une -observation qu'ont faite plusieurs poëtes érotiques. - - _Difficile est longum subito deponere amorem._ - -(Catulle.) - - Il est difficile de se défaire tout à coup d'un long amour. - - _Longus at invito pectore sedet amor._ - -(Ovide.) - - Mais le cœur malgré lui conserve un long amour. - -Cette ténacité de l'amour chez des personnes qui ne demanderaient pas -mieux que d'en être affranchies est produite par l'habitude, par la -paresse de changer, par la difficulté de former une nouvelle liaison, -par l'impossibilité de vivre seul, et par beaucoup d'autres causes qui -font qu'on a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime déjà plus, et -à plus forte raison quand on s'aime encore un peu. «Tant que l'amour -dure, dit La Bruyère, il subsiste de lui-même et quelquefois par les -choses qui semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les -rigueurs, par l'éloignement, par la jalousie» (ch. IV, _du Cœur_). -L'indignité même de l'objet qui l'a inspiré ne parvient pas toujours à -lui donner une mort soudaine, comme le dit très-bien ce vers de Saurin: - - Longtemps on aime encore en rougissant d'aimer. - -On l'a justement comparé au feu grégeois qui brûle sous les flots de la -mer, et à la chaux vive que l'eau dont on l'arrose allume ou met en -ébullition. Pauvres belles délaissées, n'espérez pas l'éteindre à force -de pleurer. Toutes ces larmes qui vous retombent sur le cœur ne servent -qu'à le rendre plus ardent. - -_C'est le temps, et non la volonté, qui met fin à l'amour_, dit le -proverbe latin: - - _Amori finem tempus, non animus facit._ - -(P. Syrus.) - - -Il n'y a qu'un pas de l'amour à la dévotion. - -Cela se dit surtout en parlant des femmes d'un certain âge qui, voyant -les amants se détourner d'elles, tournent du côté des litanies. Cette -transition d'une vie galante à une vie dévote ne leur paraît pas -agréable sans doute, et elles la diffèrent tant qu'elles peuvent, mais -le respect humain l'exige, et, faisant de nécessité vertu, elles -franchissent enfin le pas moins difficilement qu'elles ne pensaient le -faire. La raison en est toute simple; c'est que le point d'où elles -partent confine à celui où elles vont, et que passer de l'un à l'autre -n'est souvent pour la plupart d'entre elles qu'aller du même au même; -car leur amour ne change point de nature pour être coulé dans le moule -de la dévotion. - -Saint-Évremont a très-bien dit, dans un chapitre dont le titre porte que -la _Dévotion est le dernier de nos amours_: «La pénitence ordinaire des -femmes, à ce que j'ai pu observer, est moins un repentir de leurs péchés -qu'un regret de leurs plaisirs; en quoi elles sont trompées elles-mêmes, -pleurent amoureusement ce qu'elles n'ont plus, quand elles croient -pleurer saintement ce qu'elles ont fait.» - -On pourrait appliquer à leur conversion le joli mot proverbial des -Italiens sur celles qui abjurent une hérésie pour une autre, ou qui -passent d'une fausse religion à une autre également fausse: «C'est, -disent-ils, changer de chambre dans la maison du diable. _Cambiare di -stanza nella casa del diavolo._» - - -Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir. - -Le _Code d'amour_ a exprimé la même idée en ces termes: _Si amor -minuatur, cito deficit, et raro convalescit_, article 19. «Si l'amour -diminue, il dépérit vite, et rarement il se rétablit.» - -La Rochefoucauld dit dans une de ses pensées: «Il est impossible d'aimer -une seconde fois ce qu'on a véritablement cessé d'aimer.» - - Vif attrait, charme inexprimable, - Le cœur s'épuise à le sentir. - Pourrait-il d'un feu qui dévore - Éprouver deux fois les effets? - Les cendres s'échauffent encore, - Mais ne se rallument jamais. - -(Andrieux.) - - -Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse l'autre. - -Ou plus simplement par la substitution d'une métaphore allégorique à la -comparaison: _Un clou chasse l'autre._ Ce proverbe se trouve dans la -phrase suivante de la quatrième _Tusculane_ de Cicéron: _Novo amore -veterem amorem tanquam clavo clavium ejiciendum putant._ «Ils pensent -qu'un nouvel amour doit remplacer un ancien amour comme un clou chasse -l'autre.» - - _Novus amor veterem compellit abire._ - -(Art. XVII du _Code d'amour_.) - -Louis Racine, dans le chant VI de son poëme _de la Religion_, a écrit -ces quatre vers qui expriment très-bien le sens du proverbe, qu'il ne -pouvait citer textuellement: - - Le cœur n'est jamais vide. Un amour effacé - Par un nouvel amour est toujours remplacé, - Et tout objet qu'efface un objet plus aimable, - Sitôt qu'il est chassé, nous paraît haïssable. - -Lorsque Longchamp, secrétaire de Voltaire, lui remit la bague qu'il -avait eu la précaution d'ôter du doigt de la marquise de Châtelet qui -venait de mourir, et dans laquelle devait se trouver le portrait du -poëte, il lui dit et lui fit voir que ce portrait avait été remplacé par -celui de Saint-Lambert: «O ciel! s'écria Voltaire, en joignant les deux -mains, voilà bien les femmes! j'en avais chassé Richelieu; Saint-Lambert -m'en a chassé. Cela est dans l'ordre, _un clou chasse l'autre_. Ainsi -vont les choses dans ce monde.» - -Duclos a dit de l'amour qui se porte vers plusieurs objets et peut se -remplacer par un autre: «Un tel amour n'est pas fort délicat, mais il -est heureux, et le bonheur fait la gloire de l'amour.» - -Cette maxime sent bien son auteur, à qui une dame du beau monde -reprochait justement de se contenter de la première venue. Il y a une -satisfaction sensuelle dans ces amours rapidement remplacés l'un par -l'autre; mais s'il n'y a point de bonheur, il y a encore moins de -gloire; et si quelque animal du troupeau d'Épicure prétend à une -couronne pour les faciles succès qu'il a obtenus en ce genre, il faut -lui en donner une faite des lauriers des jambons de ses confrères de -Mayence. - - -L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour. - -En d'autres termes, il n'est rien de tel que l'amour pour tuer le temps, -et rien de tel que le temps pour tuer l'amour. - -Le comte de Ségur, donnant au verbe _passer_ un sens différent de celui -qu'il a ici, a fait sur ce proverbe l'allégorie suivante: - - A voyager passant sa vie, - Certain vieillard, nommé le Temps, - Près d'un fleuve arrive et s'écrie: - «Ayez pitié de mes vieux ans. - Eh quoi! sur ces bords on m'oublie, - Moi, qui compte tous les instants! - Mes bons amis, je vous supplie, - Venez, venez passer le Temps.» - - De l'autre côté, sur la plage, - Plus d'une fille regardait, - Et voulait aider son passage - Sur un bateau qu'Amour guidait; - Mais une d'elles, bien plus sage, - Leur répétait ces mots prudents: - «Ah! souvent on a fait naufrage - En cherchant à passer le Temps.» - - L'Amour gaîment pousse au rivage, - Il aborde tout près du Temps; - Il lui propose le voyage, - L'embarque, et s'abandonne au vent. - Agitant ses rames légères, - Il dit et redit dans ses chants: - «Vous voyez bien, jeunes bergères, - Qu'Amour a fait passer le Temps.» - - Mais tout à coup l'Amour se lasse, - Ce fut toujours là son défaut; - Le Temps prend la rame à sa place, - Et lui dit: «Quoi! céder sitôt! - Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse! - Tu dors et je chante à mon tour - Ce vieux refrain de la sagesse: - «Ah! le Temps fait passer l'Amour.» - - -Le succès trop facile rend l'amour méprisable. - -Proverbe tiré de l'article 14 du Code d'amour: «_Facilis perceptio -contemptibilem reddit amorem._ C'est la difficulté qui fait le bonheur -et le charme de l'amour.» Les faveurs d'une belle, dit Mme de Genlis, -n'ont de prix que lorsqu'elles sont arrachées. On n'en jouit qu'en les -dérobant. - - -L'amour apprend les ânes à danser. - -La légèreté et la souplesse singulières avec lesquelles les ânes, au -mois de mai, bondissent et se trémoussent dans la prairie auprès des -ânesses, ont donné lieu à ce proverbe, dont le sens métaphorique est que -l'amour polit le naturel le plus inculte. - -On voit en effet de vrais rustres qui, sous l'influence de cette -passion, parviennent à se défaire de leurs instincts grossiers, de leurs -habitudes brutales, et y substituent des manières agréables, des mœurs -courtoises, que leur communiquent des femmes aimables auxquelles ils -cherchent à plaire. - - -L'amour porte avec soi la musique. - -On dit aussi: _L'amour enseigne la musique._--Les amants aiment à -chanter leurs plaisirs et leurs peines. De là ce proverbe qu'on trouve -expliqué dans les _Symposiaques_ de Plutarque, liv. I, quest. V. - - _Primus amans carmen vigilatum nocte negata - Dicitur ad clausas concinuisse fores; - Eloquiumque fuit duram exorare puellam._ - -(Ovide, _Fast._ IV.) - -«Un amant, dit-on, dans une nuit refusée à ses vœux, chanta le premier -des vers devant la porte fermée de sa maîtresse, et l'éloquence ne fut -d'abord que l'art d'attendrir une cruelle.» - -Les Anglais disent: «_Love was the mother of poetry._ Amour engendre -poésie,» ce qui a été ingénieusement développé dans le _Spectateur_ -d'Addison, n. 377: - - Le chant des premiers vers exprima: _Je vous aime._ - -(Saint-Lambert.) - - -L'amour est comme un flambeau, plus il est agité, plus il brûle. - -Cette comparaison proverbiale est prise du vers suivant de P. Syrus, qui -dit l'_amant_, et non l'_amour_: - - _Amans ita ut fax, agitando ardescit magis._ - -Elle est parfaitement juste: «Les âmes propres à l'amour, dit Pascal, -demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le -dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette -manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. C'est de -là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la -ville, parce que les uns sont tout de feu, et que les autres mènent une -vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe: la vie de tempête surprend, -frappe et pénètre.» (_Discours sur les passions de l'amour._) - -L'abbé de Bernis a dit aussi, d'une manière jolie: «Connaissez-vous un -feu qui prend toutes les formes que le souffle lui donne, qui s'irrite, -qui s'affaiblit, selon que l'impression de l'air est plus vive ou plus -modérée? il se sépare, il se réunit, il s'abaisse, il s'élève; mais le -souffle puissant qui le conduit ne l'agite que pour l'animer, et jamais -pour l'éteindre. L'amour est ce souffle; nos âmes sont ce feu.» -(_Réflexions sur l'amour._) - -Les femmes savent très-bien que celui qui aime ne conserverait pas -longtemps son ardeur si elle restait inactive, et qu'il a besoin pour -l'entretenir, pour l'enflammer, d'une vie d'agitation, de remuement et -de secousses, enfin d'_une vie de tempête_. Aussi remarquez avec quels -soins prévoyants elles s'appliquent à préserver leurs adorateurs des -dangers du calme, à les tenir constamment en haleine par la nouveauté -des impressions qu'elles leur font éprouver, à les faire passer -rapidement et sans relâche d'une situation paisible à une situation -émouvante, à leur _faire voir du pays_, comme on dit. - -Hommes peu clairvoyants, qui leur reprochez d'agir ainsi par -coquetterie, par humeur, par caprice, par bizarrerie, etc., ne -nommerez-vous jamais les choses par leur vrai nom, et les jugerez-vous -toujours sur les apparences? Reconnaissez donc que toutes ces manières -d'être, qui vous semblent d'étranges inégalités de caractère, ne sont, -la plupart du temps, chez ces enchanteresses, que des procédés d'un art -merveilleux par lequel elles veulent se rendre plus aimables et plus -aimées, en renouvelant sans cesse leur beauté par des changements -inattendus, ainsi que vos cœurs, par des désirs variés, et, loin de les -accuser de troubler votre repos, rendez-leur la grâce de multiplier vos -sensations pour vous sauver des ennuis de la monotonie. - - -Baiser le verrou. - -S'est dit pour rendre hommage, par allusion à un usage féodal qui -voulait que le vassal se présentât chez son seigneur pour lui rendre -hommage, et, en son absence, baisât la serrure ou le verrou de la porte -du manoir seigneurial. (_Cout. d'Auxerre_, art. 44;--_de Sens_, art. -181,--et _de Berry_, tit. V, art. 10.) Mais ce n'est pas sous ce rapport -que je place ici cette expression proverbiale; c'est pour rappeler que -le fait qu'elle signale avait lieu également dans l'amoureux servage. Il -n'était pas de bon _serviteur_[12], ou servant d'amour, qui négligeât -d'honorer la dame de ses pensées par un semblable témoignage de -dévouement, quand il n'avait pas l'avantage d'être admis en sa présence. -Les amoureux transis (voyez plus loin cette expression) ne manquaient -jamais de baiser la serrure ou le verrou de la porte devant laquelle ils -allaient chaque jour soupirer leur martyre. - - [12] Le mot _serviteur_ était autrefois synonyme d'amant, comme on - peut le voir dans la vingt-sixième des _Cent Nouvelles nouvelles_, - dans les dixième, douzième, quatorzième, dix-neuvième, et - vingt-quatrième nouvelles de l'_Heptaméron_ de la reine de Navarre, - et dans le _Roman bourgeois_, de Furetière. J.-J. Rousseau lui a - conservé cette acception dans le _Devin du village_, où Colette - chante: _J'ai perdu mon serviteur._ Au reste, la même synonymie - existait dans plusieurs langues, notamment en anglais. Voyez dans - Shakespeare la scène première de l'acte deuxième des _Deux - Gentilshommes de Vérone_. - -Les amants, à Rome, se conduisaient aussi de cette manière, comme nous -l'apprend Lucrèce, vers la fin du livre IV de son poëme. - - _At lacrymans exclusus amator limine sæpe - Floribus et sertis operit postesque superbos - Unguit amaricino, et foribus miser oscula figit._ - - Cependant, l'amant en larmes, à qui l'accès est interdit, orne sa - porte de fleurs et de guirlandes, répand des parfums sur les poteaux - dédaigneux, et imprime sur le seuil de tristes baisers. - -Cela se faisait de même en signe d'adieu, lorsqu'on s'éloignait avec -regret d'un lieu chéri. - -Rutilius, exprimant la douleur qu'il ressentait de partir de Rome, a -dit: - - _Crebra relinquendis infigimus oscula portis._ - - Nous imprimons de fréquents baisers aux portes qu'il faut quitter. - - -L'amour et la gale ne se peuvent cacher. - -L'un et l'autre ont des démangeaisons irrésistibles qui les font bientôt -découvrir. Les Anciens disaient: «_Amor tussisque non celatur._ L'amour -et la toux ne se peuvent céler.» Proverbe cité par Gilbert Cousin -(Gilbertus Cognatus), qui dit l'avoir trouvé dans Antiphane le Comique, -et dans Athénée. - - _L'amour et le musc ne peuvent rester ignorés._ - -(Proverbe indoustani.) - -Les Danois disent: «La pauvreté et l'amour sont difficiles à cacher. -_Armod og kierlighed er ond at dölge._» - -«L'amour est un de ces maux qu'on ne peut cacher; un mot, un regard -indiscret, le silence même le découvre.» (Abeilard). - -«L'amour est si puissant, dit le romancero espagnol, et ses effets sont -tels que les yeux le publient, encore que la langue le taise.» - -On connaît ces vers de Racine: - - On a beau se cacher, l'amour le plus discret - Laisse par quelque marque échapper son secret. - -(_Bajazet_, act. III. sc. VIII.) - - L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme: - Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux, - Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux. - -(_Androm_., act. II, sc. II.) - - -L'amour divulgué est rarement de durée. - -Il en est de l'amour comme d'un parfum qui se conserve quand on le tient -renfermé, et qui se gâte quand on l'évente. Ce proverbe est une -traduction littérale de l'article treizième du _Code d'amour_: _Amor -raro consuevit durare vulgatus._ - -Nous avons encore cette triade proverbiale: _Le secret, le vin et -l'amour, ne valent rien quand ils sont éventés._ - - -Le secret est la garde la plus assurée de l'amour. - -C'est-à-dire que l'amour se conserve mieux quand il est tenu secret. -Cette idée est sous une autre forme celle du proverbe précédent, dont le -commentaire peut s'appliquer à celui-ci; qu'on me permette seulement d'y -joindre cette chanson sur l'amour discret: - - L'amour dans l'ombre du mystère, - Se plaît à cacher ses secrets. - Il fuit le jour qui les éclaire, - Et punit les cœurs indiscrets. - Au silence qu'il nous impose - Soumettons notre vanité, - Si nous voulons cueillir la rose - Que nous garde la volupté. - - L'amant trop fier de sa victoire, - Qui partout vante son bonheur, - Sacrifie à la vaine gloire - Bien du plaisir pour peu d'honneur. - Du triomphe qu'il se propose, - Le sentiment n'est point l'objet, - Et, quand il veut cueillir la rose, - Elle échappe au bruit qu'il a fait. - - Si, par son frivole étalage, - L'indiscret perd l'heureux moment, - Le jaloux, farouche et sauvage, - Ne l'obtient point par son tourment; - Par son humeur il indispose, - Il obsède par son ennui, - Et, quand il veut cueillir la rose, - Il n'a que l'épine pour lui. - - O toi qui veux plaire à ta belle, - Sache prévenir ses désirs. - Veux-tu qu'elle te soit fidèle? - Sache occuper tous ses loisirs. - Sur tous vos plaisirs bouche close, - Avec soin garde ton secret. - L'amour ne destine la rose - Qu'à l'amant sincère et discret. - - -L'amour est le frère de la guerre. - -C'est-à-dire que l'amour et la guerre se ressemblent sous beaucoup de -rapports: l'un et l'autre ont leurs combats qui se renouvellent chaque -jour, avec une tactique à peu près pareille, pour obtenir une victoire -suivie d'une trêve plus ou moins longue, après laquelle une autre lutte -recommence. Écoutez l'éternelle chanson des poëtes érotiques; vous -croirez par moments entendre un chant guerrier; la plupart des termes -caractéristiques en sont militaires: _blessé_, _blessure_, _vaincu_, -_vainqueur_, _victoire_, _triomphe_, _chaîne_, _conquête_, etc. - -Ovide a dit, dans le second livre de l'_Art d'aimer_: «L'amour est une -sorte de guerre,» _Militiæ species amor est_; et dans la neuvième élégie -du premier livre des _Amours_: - - _Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido._ - - Tout amant est soldat, et l'Amour a ses camps. - - -L'amour est le frère de la haine. - -L'amour et la haine pour le même objet naissent assez souvent dans le -même cœur, et s'y font sentir par des emportements, des malédictions, -des violences, et d'autres effets communs à l'une et à l'autre passion. -De là vient sans doute qu'on a regardé l'amour et la haine comme frère -et sœur. Mais l'amant livré à leur double influence ne hait pas -précisément. Il hait et aime tout ensemble, comme dit ce proverbe des -anciens cité par Gilbert Cousin: _Non odi, odi et amo._ C'est ce -qu'exprime très-bien la charmante épigramme de Catulle à Lesbie. - - _Odi et amo. Quare id faciam fortasse requiris? - Nescio: sec fieri sentio, et excrucior._ - - J'aime et je hais.--Comment est-ce possible? diras-tu.--Je ne sais, - mais je le sens, et je souffre. - -_L'amour est le frère de la haine_, peut s'expliquer aussi par cette -pensée de La Bruyère: «On veut faire tout le bonheur, ou, si cela ne se -peut, tout le malheur de ce qu'on aime.» - - O amour, ô tumultueux amour, ô amoureuse haine! - -(Shakespeare, _Roméo et Juliette_.) - - -A battre faut l'amour. - -_Faut_ est ici la troisième personne de l'indicatif du verbe _faillir_, -et ce proverbe, tiré du latin, _injuria solvit amorem_, signifie que les -mauvais traitements font cesser l'amour.--Cependant le cas n'est point -sans exception. On sait que les femmes moscovites mesuraient l'amour -qu'elles inspiraient à leur mari sur la violence avec laquelle elles -étaient battues, et qu'il n'y avait ni paix ni contentement pour elles -avant d'avoir éprouvé la pesanteur du bras marital. _Experientia -testatur feminas moscoviticas verberibus placari._ (Drex., _de Jejunio_, -lib. I, cap. II.) - -Une chanson d'un troubadour anonyme attribue le même goût aux filles de -Montpellier. - - Las castanhas al brasier - Peton quan no son mordudas; - Las fillas de Mounpelier - Ploron quan no son battudas. - -Ce qu'un ancien troubadour a rendu vers pour vers de cette manière: - - Les châtaignes au brasier - Pètent quand ne sont mordues; - Les filles de Montpellier - Pleurent quand ne sont battues. - -On voit dans le _Voyage en Grèce_ de Pouqueville que les femmes -albanaises considèrent comme des marques d'amour les coups qu'elles -reçoivent de leur mari. - -Dans plusieurs tribus arabes, les épouses préférées se désolent lorsque -les maris laissent reposer le bâton, parce que, dans ce cas, le divorce -n'est pas loin. - -Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, si connu dans l'histoire sous le -nom de Guillaume le Conquérant, fit longtemps une cour assidue à -Mathilde de Flandre, qui le traitait avec une froideur dédaigneuse. -L'ayant rencontrée, en 1047, dans une rue de Bruges, lorsqu'elle -revenait de la messe, il la saisit, la renversa, la roula dans la boue, -et la battit outrageusement. La jolie Mathilde, soit que cette -déclaration d'amour un peu brutale la convainquît de la violente passion -de son amant, soit que la peur de le voir réitérer la même scène la -disposât mieux pour lui, le traita désormais avec moins de rigueur, et -consentit enfin à l'épouser en 1052. Les deux époux devinrent des -modèles de tendresse conjugale. Cette anecdote est rapportée dans la -_Vie de la reine Mathilde_, etc., par Shickland, t. I, ch. I. - -Au reste, la violence dont usa Guillaume envers Mathilde était une -conséquence logique de la passion qu'il avait pour elle, et on a vu -maintes fois, avant lui et après lui, plus d'un amoureux dédaigné -outrager publiquement sa belle inhumaine dans l'espérance qu'un tel -outrage, l'empêchant de trouver un autre époux, elle consentirait enfin -à s'unir avec lui. - -Il y a encore une exception très-remarquable au proverbe, et ce sont les -deux amants les plus célèbres qui l'ont fournie. Abeilard fustigeait -quelquefois son Héloïse, qui ne l'en aimait pas moins. Lui-même, parlant -à elle-même, rappelle la chose dans une de ses lettres, où il confesse -d'un cœur contrit les scandaleux excès de sa passion immodérée: «_In -ipsis diebus dominicæ Passionis, te nolentem ac dissuadentem sæpius -minis ac flagellis ad consensum trahebam._ Les jours mêmes de la Passion -du Seigneur, lorsque tu me refusais ce que je demandais ou que tu -m'exhortais à m'en priver, ne t'ai-je pas souvent forcée par des menaces -et des coups de fouet à céder à mes désirs?» - -Ausone avait deviné le cœur d'Héloïse, lorsqu'il disait en peignant les -qualités d'une maîtresse accomplie (épigr. LXVII): «Je veux qu'elle -sache recevoir des coups, et qu'après les avoir reçus elle prodigue ses -caresses à son amant.» - -L'auteur des _Mémoires de l'Académie de Troyes_, facétie spirituelle -attribuée au comte de Caylus, mais que l'on croit plus généralement être -de Grosley, a examiné d'une manière plaisante jusqu'à quel point est -fondée l'opinion que battre est une preuve d'amour. Voyez dans cet -ouvrage (pages 205 et suivantes) la _Dissertation sur l'usage de battre -sa maîtresse_. - -Après tant de faits généraux et particuliers, qui contredisent le -proverbe, ne serait-on pas tenté de croire qu'il est l'expression d'une -opinion erronée, et que Sganarelle a raison de dire à sa femme, à -laquelle il vient de donner des coups: «Ce sont petites choses qui sont -de temps en temps nécessaires dans l'amitié, et cinq ou six coups de -bâton entre gens qui s'aiment ne font que ragaillardir l'affection.» -(_Médecin malgré lui_, act. Ier, sc. III.) - - -Heureux au jeu, malheureux en amour. - -La passion du jeu captive celui qui s'y livre en proportion du gain -qu'il y trouve, et lui fait oublier tout le reste. Dans cette situation -il néglige sa maîtresse, et celle-ci se dédommage par des infidélités; -telle est probablement la raison de ce proverbe, qui doit être fort -ancien puisque le troubadour Bérenger de Puivert l'a rappelé dans les -vers suivants: - - _Pois de datz no sui aventuros - Ben degra aver calque domna conquisa._ - - Puisque je n'ai point de chance aux dés, je devrais bien avoir quelque - dame conquise. - -Nous avons encore cet autre proverbe corrélatif: _Malheureux au jeu, -heureux en amour_, lequel est fondé sur la supposition que le joueur -maltraité de la fortune revient à sa belle, dont la reconnaissance et la -fidélité font son bonheur. Supposition fréquemment démentie. Quoi qu'il -en soit, tous les joueurs ressemblent à celui de Regnard, qui oublie sa -belle Angélique lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il -a perdu. - - -Filer le parfait amour. - -C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.--Cette façon de -parler fait allusion à la conduite d'Hercule filant aux pieds de la -reine Omphale. Elle fut probablement introduite dans notre langue à -l'époque où les confrères de la Passion représentaient le mystère -d'_Hercule_ sur leur théâtre. On sait que ce titre de mystère, consacré -à certains ouvrages dramatiques, s'appliquait à un sujet profane comme à -un sujet religieux. - - -L'amour se paye par l'amour. - -Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui des Basques, _Maitazeac -maitaze du harze_. Il peut avoir inspiré à Ninon de Lenclos le mot -suivant, qui en est le commentaire: «L'amour est la seule passion qui se -paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même, et l'amour seul peut -acquitter l'amour.» - - -Plus il y a paroles en amour, et moins y sied. - -«En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon -d'être interdit. Il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la -langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse, quand -il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque vivacité -que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne. -Tout cela se passe sans règle et sans réflexion, et quand l'esprit le -fait il n'y pensait pas auparavant. C'est par nécessité que cela -arrive.» (_Discours sur les passions de l'amour_). - -Ce silence qui survient tout à coup sans qu'on y pense, qui résulte, non -d'un calcul, mais de la nécessité, est le plus tendre et le plus vrai -langage des amants. Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils -sentent. Les paroles ne peuvent être que des signes d'une faible -passion: elles sont comme ces bluettes qui ne jaillissent guère que d'un -feu peu ardent. «Celui qui peut dire combien il aime, s'écrie Pétrarque, -n'a qu'une petite ardeur.» - - _Chi può dir com'egli arde, è un picciol fuoco._ - -(_Sonetto_ 137.) - - -L'amour s'introduit sous le nom de l'amitié. - -C'est-à-dire que l'amitié entre homme et femme mène très-souvent à -l'amour, ou, dans un autre sens, que celui qui veut se rendre maître du -cœur d'une belle doit préluder au rôle d'amant par le rôle d'ami. C'est -la tactique recommandée dans _l'Art d'aimer_ d'Ovide, vers la fin du -premier livre d'où le proverbe est pris. Le poëte engage le jeune homme -qui aspire à la conquête d'une femme à ne montrer aucun espoir d'y -réussir, de peur de l'effaroucher: «Que l'amour, dit-il, s'introduise -sous le nom d'amitié.» - - _Intret amicitiæ nomine tectus amor._ - -«J'ai vu, ajoute-t-il, plus d'une beauté farouche dupe de ce manége, et -son ami devenir bientôt son amant.» - -Si l'amour est produit par une amitié feinte, il doit l'être à plus -forte raison par une amitié réelle. Il y a de cette amitié à l'amour une -pente qui entraîne, et l'on s'y laisse aller avec d'autant plus de -facilité que le passage du premier sentiment au second, ou plutôt la -fusion des deux ajoute à l'affection un surcroît de délices. - -Voici quelques lignes charmantes de Mlle de Scudéri sur cet état: - -«Lorsque l'amitié devient amour dans le cœur d'un amant, ou, pour mieux -dire, lorsque cet amour se mêle à l'amitié sans la détruire, il n'y a -rien de si doux que cette espèce d'amour, car tout violent qu'il est, il -est pourtant toujours un peu plus réglé que l'amour ordinaire; il est -plus durable, plus tendre, plus respectueux et même plus ardent, -quoiqu'il ne soit pas sujet à tant de caprices tumultueux que l'amour -qui naît sans amitié. On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amitié -se mêlent comme deux fleuves dont le plus célèbre fait perdre le nom de -l'autre.» - - -Un sot, en amour, va plus vite et plus loin qu'un homme d'esprit. - -Les femmes, en général, sont plus sensibles aux déclarations amoureuses -d'un sot qu'à celles d'un homme d'esprit; car elles se persuadent -volontiers que le premier a plus d'amour qu'il n'en exprime, et elles -savent très-bien que le second en exprime toujours plus qu'il n'en a. La -difficulté de l'un à s'expliquer passe à leurs yeux pour l'effet d'un -saisissement produit par leurs charmes, et leur amour-propre en est -infiniment touché, tandis que la facilité de l'autre à débiter de -galants propos où l'art se montre plus que le naturel, où l'imagination -a plus de part que le cœur, les avertit qu'il joue un personnage qui -cherche à leur en imposer, et qu'elles doivent se défier de lui. Elles -peuvent être déçues par les illusions qu'elles se font elles-mêmes, mais -elles ne sont presque jamais dupes des beaux diseurs. Au reste, il est -tout simple que celui à qui la parole fait défaut leur paraisse plus -amoureux que celui qui parle beaucoup. L'amour muet n'est-il pas le -moins menteur? - -Un autre motif qui les porte également à préférer le sot à l'homme -d'esprit, c'est qu'elles le supposent plus maniable, et se flattent de -le gouverner plus aisément. - -Peut-être aussi leur détermination en sa faveur est-elle due en partie à -la secrète influence de quelques raisons inspirées par un sentiment peu -platonique... Mais ces raisons-là, je ne les examinerai point, afin de -ne pas trop m'écarter d'un précepte de goût autant que de décence, qui -recommande de ne jamais tout dire, et je laisserai aux lecteurs le soin -de s'expliquer, sous ce rapport, le penchant de la belle pour la bête. - - -L'amour est de tous les âges. - -On dit que la vieillesse, affaiblissant et changeant même les organes, -rend incapable d'aimer; mais on voit trop de vieilles personnes -affriandées à l'amour pour ne pas croire à la vérité de ce proverbe, -qu'il faut entendre dans le même sens que ces deux autres, expliqués -plus haut: _Le cœur ne vieillit pas._--_Le cœur n'a point de rides._ - -On ne peut être aimé à tout âge, mais à tout âge on peut aimer, et l'on -a toujours des raisons de le faire. Je ne veux pas énumérer ces raisons, -plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes, et je me contente -de rappeler celles qu'a données Mme d'Houdetot dans ce charmant huitain -où elle a esquissé en quelques traits pleins de grâce et de poésie -l'histoire de son cœur aimant: - - Jeune, j'aimai; le temps de mon bel âge, - Ce temps si court, l'amour seul le remplit. - Quand j'atteignis la saison d'être sage, - Encor j'aimai; la raison me le dit. - Me voici vieille, et le plaisir s'envole; - Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui, - Car j'aime encor, et l'amour me console: - Rien ne saurait me consoler de lui. - - -L'amour fait les vieilles trotter. - -Et si bien trotter que rien ne les arrête. Il y a un assez grand nombre -de trotteuses de cette espèce, qui ne craindraient pas d'_user leurs -jambes jusqu'aux genoux_ pour arriver au but où elles espèrent trouver -ce qu'elles ne se lassent jamais de chercher. - -Le comte de Bussy-Rabutin raconte qu'une d'elles parcourait un soir, à -grands pas, les galeries de Fontainebleau, sans doute à la poursuite de -quelque page, lorsqu'elle se trouva face à face avec le chevalier de -Rohan qui lui dit: «Madame, que cherchez-vous?--Ce n'est pas vous, -répondit-elle, en allant plus vite encore.--Oh! répliqua-t-il, je ne -voudrais pas avoir perdu ce que vous cherchez.» - - -L'amour est le roi des jeunes gens et le tyran des vieillards. - -C'est ce que disait Louis XII, qui avait appris la chose par sa propre -expérience, quoiqu'il ne fût que dans le commencement de la vieillesse -quand il mourut des suites de son troisième mariage. Ce mot passa en -proverbe pour signifier que l'amour réserve ses douceurs pour les jeunes -gens, et qu'il ne cause que des peines aux vieillards. - - -L'amour sied bien aux jeunes gens, et déshonore les vieillards. - -C'est à peu près la pensée exprimée dans ce vers de Labérius: - - _Amare juveni fructus est, crimen seni._ - -Suivant Ovide, Vénus en cheveux blancs est ridicule: - - _Est in canitie ridiculosa Venus._ - -Le même poëte condamne l'amour sénile comme chose honteuse: _Turpe -senilis amor._ - -«C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux.» -(La Bruyère, ch. XI.) - -L'amour, chez le vieillard, est-il donc une énormité si odieuse, et -mérite-t-il d'être flétri comme un crime? C'est une question que -Saint-Évremont me paraît avoir traitée et résolue d'une manière -charmante. Voici ce que dit cet aimable épicurien, qui se plaisait à -réchauffer l'hiver de sa vie de quelques rayons de feu de son printemps. -«Vous vous étonnez mal à propos que les vieilles gens aiment encore, car -leur ridicule n'est pas à se laisser toucher, c'est à prétendre -imbécilement de pouvoir plaire. Pour moi, j'aime le commerce des belles -personnes autant que jamais; mais je les trouve aimables sans dessein de -m'en faire aimer. Je ne compte que sur mes sentiments, et cherche moins -avec elles la tendresse de leur cœur que celle du mien... Le plus grand -plaisir qui reste aux vieillards, c'est de vivre: _Je pense, donc je -suis_, sur quoi roule toute la philosophie de Descartes, est une -conclusion pour eux bien froide et bien languissante. _J'aime, donc je -suis_, est une conséquence toute vive, toute animée, par où l'on -rappelle les désirs de la jeunesse jusqu'à s'imaginer quelquefois être -jeune encore. Vous me direz que c'est une double erreur de ne pas croire -être ce qu'on n'est plus. Mais quelles vérités peuvent être si -avantageuses que ces bonnes erreurs qui nous ôtent le sentiment des maux -que nous avons, et nous rendent celui des biens que nous n'avons pas?» - -Saint-Évremont a raison, et l'on a tort de blâmer, de ridiculiser le -vieillard qui cherche à ranimer sa vie défaillante par un amour purement -platonique. Laissez-le se retremper discrètement dans cette fontaine de -Jouvence et goûter le plaisir d'aimer pour compensation du malheur de ne -pouvoir plus plaire, comme le dit ce vers latin traduit par Apulée d'un -vers grec de Ménandre. - - _Amare liceat, si potiri non licet._ - - - Lorsqu'un vieux fait l'amour - La mort court à l'entour. - -C'est-à-dire que l'amour physique abrége la vie du vieillard. Le regain -de cet amour dans le cœur du vieillard est souvent le signe et la cause -de sa fin prochaine, et, sous ce double rapport, il ressemble au gui qui -fleurit sur un arbre mourant. - -Le _Florilegium_ de Grutter cite ce proverbe latin sur les vieilles -amoureuses: _Anus cum ludit, morti delicias facit._ «Vieille qui se -livre aux folâtreries de l'amour fait les délices de la mort.» - - -Vieillard qui fait l'amour est un agonisant en chemise de noce. - -Ce proverbe, d'une originalité spirituelle, exprime la même idée que le -précédent. Il fait allusion à une ancienne coutume qui consistait à -conserver soigneusement la chemise qu'on portait le jour de son mariage -pour la reprendre au lit funèbre, comme un suaire dans lequel on devait -être inhumé. Cette coutume existe encore en Bretagne et dans plusieurs -autres localités, où l'on se fait un pieux devoir de tenir en réserve la -chemise nuptiale, afin de l'employer à une toilette de mort, à _une -toilette dans laquelle on doit, dit-on, paraître devant le bon Dieu_. - - -Amour se nourrit de jeune chair. - -Voilà le Cupidon mythologique transformé en un ogre à qui il faut la -chair fraîche des jouvenceaux et des jouvencelles. Cet ogre-là pourtant -ne fait peur à personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire, à -s'approcher de lui, on met tous ses soins à l'attirer, on veut lui -servir d'aliment, et de toute part on n'entend que des voix qui lui -crient, comme les enfants d'Ugolin à leur père: «_Mangia di noi_, mange -de nous.» Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empressés que les -jeunes à s'offrir en sacrifice; mais il se montre fort peu disposé en -leur faveur, leur viande coriace ne lui paraît pas propre à entretenir -son appétit. - -Ce proverbe était très-répandu au dix-septième siècle, et c'est sans -doute à cause de cela que La Fontaine, dans son conte intitulé _Comment -l'esprit vient aux filles_, ne craignit pas de risquer ces deux vers -dont tout le sel ne consiste qu'à y faire allusion: - - Amour n'avait à son croc de pucelle - Dont il crut faire un aussi bon repas. - - -L'amour n'a point de règle. - -C'est ce qu'a dit saint Jérôme vers la fin de sa lettre à Chromatius: -«_Amor nescit ordinem._ L'amour ne connaît point l'ordre ou la règle.» -Anacréon avait dit avant lui: «Bacchus, secondé de l'amour, _folâtre -sans règle_.» (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir -s'astreindre à rien de régulier dans sa manière d'être, et ses élans -passionnés ne peuvent se plier aux froids calculs de la réflexion. «Qui -ne sçait en son eschole, combien on procede au rebours de tout ordre? -l'estude, l'exercitation, l'usage sont voyes à l'insuffisance: les -novices y regentent: _Amor ordinem nescit._ Certes, sa conduicte a plus -de garbe (bonne grâce) quand elle est meslée d'inadvertence et de -trouble; les faultes, les succez contraires, y donnent poincte et grace: -pourveu qu'elle soit aspre et affamée, il chault peu qu'elle soit -prudente: voyez comme il va chancellant, chopant et follastrant; on le -met aux ceps (aux entraves, aux chaînes), quand on le guide par art et -sagesse, et contrainct-on sa divine liberté, quand on la soubmet à ces -mains barbues et calleuses.» (Montaigne, _Essais_, liv. III, ch. V.) - - -Le plaisir est le tombeau de l'amour. - -Panard, dont les poésies sont pleines de proverbes, a pris celui-ci pour -titre des vers suivants, qui en sont l'explication, et qui se terminent -par un autre proverbe qu'il a littéralement emprunté aux Orientaux: - - Quand un amant est sûr que ses soins ont su plaire, - Son fortuné destin le rend, de jour en jour, - Moins empressé pour sa bergère. - _Le Plaisir est fils de l'Amour, - Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son père._ - -On rapporte qu'un jeune Grec, nommé Thrasonidès, était si convaincu de -cette vérité proverbiale et en même temps si amoureux de son amour, -qu'il ne voulut jamais jouir de sa maîtresse, de peur d'amortir sa -passion par la jouissance. Vous demanderez peut-être si, en aimant ainsi -davantage, il fut plus aimé de sa belle. Je ne puis vous le dire, car -l'histoire n'en parle pas: elle se borne à le signaler comme un amant -inimitable. - - -L'amour des parents descend et ne remonte pas. - -Helvétius a dit: «L'homme hait la dépendance. De là peut-être sa haine -pour ses père et mère, et le proverbe fondé sur une observation commune -et constante: _L'amour des parents descend, et ne remonte pas._» Il a -pris le proverbe dans un sens affreusement exagéré. Le véritable sens -est que l'amour des père et mère pour les enfants surpasse celui des -enfants pour les père et mère. La nature, veillant à la conservation des -espèces, a voulu donner la plus grande énergie au sentiment paternel et -maternel, afin d'enchaîner les parents à tous les soins nécessaires pour -protéger la frêle existence des enfants; et nous voyons qu'elle a agi -ainsi dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a pas développé -de même, il est vrai, le sentiment filial; mais de cette disproportion -qu'elle a laissée dans l'amour il y a bien loin jusqu'à la haine. L'une -est dans la nature et l'autre est dénaturée, dit La Harpe, en réfutant -l'opinion d'Helvétius dans une de ces belles pages dont je viens de -reproduire les traits principaux, et qui se termine par ces paroles -remarquables: «Le plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est -qu'en les lisant l'ingrat et le fils dénaturé pourront se dire qu'ils -sont comme les autres hommes. Méritent-ils le nom de philosophes, ceux -qui n'ont écrit que pour la justification des monstres?» - -Les Arabes disent: _Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur du fils -est dans la pierre._ - - -Le cœur d'une mère est le miracle de l'amour. - -Bossuet a expliqué ce miracle, et ceux qui connaissent son explication -seront charmés de la retrouver ici, car elle est si belle de pensée, de -sentiment et d'expression, qu'il est impossible de ne pas trouver un -nouveau charme à la relire: «On ne peut assez admirer, dit-il, les -moyens dont la nature se sert pour unir les mères avec leurs enfants, -car c'est le but auquel elle vise, et elle tâche de n'en faire qu'une -même chose: il est aisé de le remarquer dans l'ordre de ses ouvrages. Et -n'est-ce pas pour cette raison que le premier soin de la nature est -d'attacher les enfants au sein de leur mère? elle veut que leur -nourriture et leur vie passent par les mêmes canaux; ils courent -ensemble les mêmes périls; ce n'est qu'une même personne. Voilà une -liaison bien étroite; mais peut-être pourrait-on se persuader que les -enfants, en venant au monde, rompent le nœud de cette union: ne le -croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la nature a si bien lié; -sa conduite sage et prévoyante y a pourvu par d'autres moyens. Quand -cette première union finit, elle en fait naître une autre à sa place, -elle forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse: -la mère porte ses enfants d'une autre façon, et ils ne sont pas plutôt -sortis de ses entrailles, qu'ils commencent à tenir beaucoup plus au -cœur. Telle est la conduite de la nature ou plutôt de celui qui la -gouverne; voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec -leurs enfants, et empêcher qu'elles ne s'en détachent. L'âme les reprend -par l'affection en même temps que le corps les quitte; rien ne peut les -arracher du cœur: la liaison est toujours si ferme qu'aussitôt que les -enfants sont agités, les entrailles des mères sont encore émues, et -elles sentent tous leurs mouvements d'une manière si vive et si -pénétrante, qu'à peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur sein en -soit déchargé.» (Premier _Sermon pour le vendredi de la Passion_.) - - - Tendresse maternelle - Toujours se renouvelle. - -Rien ne manque au cœur d'une mère, à ce _chef-d'œuvre de l'amour_. C'est -une source de tendresse qui se renouvelle continuellement sans jamais -s'épuiser, qui semble s'accroître, au lieu de diminuer par l'excessive -effusion de sa substance. Qui pourrait dire les trésors de sentiment qui -en découlent! «O ma mère, s'écrie un fils dans une pièce de poésie -chinoise, vos bras furent mon premier berceau. J'y trouvai vos mamelles -pour m'allaiter, vos vêtements pour me couvrir, votre sein pour me -réchauffer, vos baisers pour me consoler, et vos caresses pour me -réjouir.» - -Mais ses bienfaits ne s'épanchent pas seulement sur le jeune âge. La -nature n'a point limité chez la femme, comme elle l'a fait chez les -femelles des animaux, l'énergie de l'amour maternel au temps où l'enfant -ne peut se passer des soins de celle qui l'a mis au monde; elle a voulu, -par un privilége exceptionnel en l'honneur de la dignité humaine, que -cet amour subsistât inaltérable dans le cœur qui en est animé par delà -les besoins de l'objet qui l'inspire. Il ne s'interrompt point, il ne -perd rien de sa force en s'étendant à de nouveaux enfants; il se -multiplie avec eux, il l'emporte sur toute autre affection. Les années -ne l'usent point, il est de tous les jours et de tous les instants de la -vie. - - Une mère, vois-tu, c'est là l'unique femme - Qui nous aime toujours, - A qui le ciel ait mis assez d'amour dans l'âme - Pour chacun de nos jours. - -(A. de Latour.) - -Les Allemands disent: «_Mutterlieb ist immer neu._ Amour de mère est -toujours nouveau.» Ce proverbe a été développé d'une manière pleine -d'intérêt dans une collection de jolies gravures faites d'après les -dessins originaux de M. J.-Martin Ustéri. Les explications placées à -côté de chaque estampe ajoutent au prix de cette collection, éditée à -Zurich en 1803, et devenue le sujet d'un petit roman sentimental publié -depuis à Paris. - - -Froides mains, chaudes amours. - -Nous disons encore: _Il a les mains fraîches, il doit être fidèle_, et -cela en vertu d'un axiome de chiromancie d'après lequel les mains -froides ou fraîches sont le signe caractéristique d'un tempérament -amoureux, parce que la chaleur du sang ne les quitte qu'afin de se -concentrer dans le cœur, regardé comme le principal organe de la -passion. Nous avons aussi ce proverbe corrélatif: _Chaudes mains, -froides amours._ - - -Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux. - -Les mariages d'inclination sont rarement heureux, parce qu'ils sont -presque toujours mal assortis. La passion qui porte seule à les -contracter ne permet pas de voir les incompatibilités de caractère qui -devraient les empêcher. Mais ces incompatibilités, se découvrant et se -faisant sentir à mesure que cette passion diminue, les deux époux en -viennent bientôt à se détester aussi cordialement qu'ils s'étaient -aimés. - -Les Provençaux ont ce proverbe très-expressif: «_Qui d'amour si prend -d'enrabi si quitto._ Qui se prend avec amour se quitte avec rage.» - -Il y a très-peu d'exemples d'une alliance prospère qui ait été -contractée dans l'ivresse de l'amour. Le dégoût survient, et à sa suite -le cortége des ennuis, des repentirs, des tracasseries, des querelles. - -«J'ai vu bien des mariages où l'on commençait par ressentir une telle -passion que l'on aurait voulu se manger mutuellement: au bout de six -mois, on était séparé.» (Luther, _Propos de table_.) - - -Il n'y a point de laides amours. - -Ou, suivant un autre proverbe, _l'objet qu'on aime est toujours beau_. -«Tout cœur passionné, dit Bossuet, embellit dans son imagination l'objet -de sa passion; il lui donne un éclat que la nature ne lui donne pas, et -il est ébloui de ce faux éclat. La lumière du soleil, qui est la vraie -joie des yeux, ne lui paraît pas aussi belle.» - - _Feminam natura pulchram haud reddit, sed affectio._ - - Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour. - - Car sa beauté pour nous c'est notre amour pour elle. - -(A. de Musset.) - -Un proverbe roman dit: «_Non es bel so qu'es bel, mas es bel so -qu'agrada._ N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée.» -Ce proverbe s'est conservé en Provence et en Italie. - - _Quisquis amat ranam, ranam putat esse Dianam._ - - Quiconque aime une grenouille, prend cette grenouille pour Diane. - -C'est Diane Limnatis, déesse des marais et des étangs, dont il est ici -question. Cette remarque n'est pas inutile pour faire sentir l'analogie -d'un tel rapprochement. - -Les habitants de l'île de Cypre avaient érigé des autels à _Vénus -Barbue_. Les Romains adoraient _Vénus Louche_, comme on le voit dans le -second livre de l'_Art d'aimer_ d'Ovide, et dans le _Festin de -Trimalcion_ par Pétrone. Ils employaient même proverbialement -l'hémistiche d'Ovide: «_Si pæta est, Veneri similis._ Si elle est -louche, elle ressemble à Vénus,» en parlant d'une belle qui avait le -rayon du regard un peu faussé. Horace nous apprend qu'un certain -Balbinus trouvait une grâce particulière dans le polype qu'Agna sa -maîtresse avait au nez. Il observe que les amants ressemblent à Balbinus -(_Serm._ I, 3). Il n'en est aucun en effet qui n'aime, comme on dit, -_jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle_. - -Le meilleur développement du proverbe _Il n'y a point de laides amours_ -est dans les vers suivants, tirés de la traduction libre que Molière -avait faite de Lucrèce, et placés dans la cinquième scène du second acte -du _Misanthrope_: - - ... L'on voit les amants vanter toujours leur choix: - Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, - Et dans l'objet aimé tout leur paraît aimable. - Ils comptent les défauts pour des perfections, - Et savent y donner de favorables noms: - La pâle est au jasmin en blancheur comparable, - La noire à faire peur, une brune adorable; - La maigre a de la taille et de la liberté, - La grasse est dans son port pleine de majesté; - La malpropre, sur soi, de peu d'attraits chargée, - Est mise sous le nom de beauté négligée; - La géante paraît une déesse aux yeux; - La naine, un abrégé des merveilles des cieux; - L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne, - La fourbe a de l'esprit, la sotte est toute bonne; - La trop grande parleuse est d'agréable humeur, - Et la muette garde une honnête pudeur: - C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême - Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime. - -Le proverbe n'est pas toujours cité tel que je l'ai rapporté: on y fait -quelquefois une addition, en disant: _Il n'y a point de belle prison ni -de laides amours._ - - -Il n'y a point d'éternelles amours ni de félicité parfaite. - -Cette félicité qu'on cherche toujours sans jamais la trouver est la -pierre philosophale de l'âme, et ces amours sans fin par lesquelles on -espère y parvenir ne sont que des illusions qui passent aussi vite que -les fleurs des champs. Les Chinois en assimilent la courte durée à celle -des roses par cette jolie métaphore proverbiale: _Il n'y a pas de roses -de cent jours_; et l'on peut dire, en continuant leur idée, que rêver -l'éternité des amours, c'est, suivant une charmante expression de M. V. -Hugo, _rêver l'éternité des roses_. - - -On revient toujours à ses premières amours. - -Les vives impressions éprouvées dans ce premier épanouissement de la vie -du cœur, et les ineffables illusions qu'elles ont fait naître, restent -profondément gravées dans la mémoire, qui les pare de couleurs poétiques -et en compose un type enchanteur, un idéal ravissant, dont l'éclat fait -pâlir toutes les amours venues dans la suite. Celles-ci se montrent -telles qu'elles sont avec les déplaisirs qui viennent souvent s'y mêler, -tandis que les autres apparaissent telles qu'on se plaît à les supposer -avec leurs voluptés fantastiques, et il résulte de la comparaison qu'on -établit entre elles que les effets produits par l'imagination doivent -sembler préférables à ceux de la réalité, et les premières amours à -celles qui leur succèdent. - -Le poëte Lebrun a dit d'une manière charmante, dans son ode intitulée -_Mes Souvenirs, ou les Deux Rives de la Seine_: - - Ce premier sentiment de l'âme - Laisse un long souvenir que rien ne peut user; - Et c'est dans la première flamme - Qu'est tout le nectar du baiser. - -Il ne faut pas croire que le proverbe signifie, comme le pensent mal à -propos quelques personnes, que ce soit en réalité qu'_on revient à ses -premières amours_: c'est uniquement en souvenir. Si c'était réellement, -on les retrouverait, hélas! tout à fait dépourvues des attraits qu'on -leur suppose, et l'on ressemblerait aux cerfs qui, après avoir -successivement passé de biche en biche, reviennent à celle par laquelle -ils ont commencé: _Cervi vicissim ad alias transeunt, et ad priores -redeunt._ (Plin. _Natur. Histor._, X, 63.) - -Un autre proverbe dit: _Il ne faut pas revenir sur ses premières amours, -ni aller voir la rose qu'on a admirée la veille._ - - -Que la nuit me prenne là où sont mes amours! - -Pour dire qu'on s'attarde volontiers dans un endroit où l'on se plaît, -auprès de l'objet de ses amours. Ce vœu tendre et délicat, exprimé avec -une simplicité exquise, me semble offrir un doux reflet du vœu passionné -de Léandre traversant l'Hellespont à la nage, au milieu de la tempête, -pour se réunir à son amante Héro, prêtresse de Vénus: - - Léandre, conduit par l'amour, - En nageant, disait aux orages: - «Laissez-moi gagner les rivages: - Ne me noyez qu'à mon retour.» - -Ce charmant quatrain de Voltaire est traduit fidèlement d'une épigramme -de l'_Anthologie grecque_, épigramme que le poëte latin Martial avait -reproduite dans le distique suivant: - - _Clamabat tumidis audax Leander in undis: - Mergite me, fluctus, quum rediturus ero._ - -(Lib. XIV, epigr. 181.) - - - D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours, - Pour un plaisir mille doulours. - -Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le _Grand Testament_ de Villon, -atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à cœur -tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois et la -galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs -goûts. On sait qu'ils professaient un culte chevaleresque pour les -dames, et qu'ils regardaient l'oiseau, le chien et l'épée comme des -symboles qui caractérisaient les prérogatives de leur rang. Quand ils -voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori auprès d'eux, -l'épervier sur le poing, et l'épée au côté. S'ils étaient faits -prisonniers dans quelque combat, la loi ne leur permettait pas d'offrir -pour rançon ces attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la -faculté de livrer des centaines de paysans de leurs terres. - -Le fait suivant, rapporté par Abbon de Saint-Germain dans son poëme -latin sur le siége de Paris, est encore une preuve frappante de -l'importance qu'ils attachaient particulièrement à leurs oiseaux. Douze -gentilshommes près de périr dans la tour du Petit-Pont, à laquelle les -Normands qui l'assiégeaient avaient mis le feu, donnèrent la volée à -leurs autours pour les empêcher de tomber entre les mains de ces -barbares, qu'ils jugeaient indignes d'une si précieuse conquête. - - - Sont aussi bien amourettes, - Sous bureaux comme sous brunettes. - -La brunette était une sorte de fin drap de soie de couleur brune, dont -les personnes de qualité s'habillaient au treizième siècle, tandis que -le bureau ou la bure était une étoffe grossière de laine à l'usage des -gens du commun. De là ce proverbe qui se trouve textuellement dans le -_roman de la Rose_, pour signifier que l'amour étend également son -empire sur toutes les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans -les petites que dans les grandes. - - -Un amoureux est toujours craintif. - -Ce proverbe, usité chez beaucoup de peuples, est traduit du vingtième -article du _Code d'amour_: _Amorosus semper est timorosus._ Il -s'explique très-bien par les réflexions suivantes tirées de divers -endroits du _Discours_ de Pascal _sur les passions de l'amour_. «Le -premier effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect, l'on a de la -vénération pour ce qu'on aime. Il est (c'est) bien juste: on ne -reconnaît rien de grand comme cela.»--«Dans l'amour on n'ose hasarder de -peur de tout perdre; il faut pourtant avancer; mais qui peut dire -jusques où? L'on tremble toujours jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce -point.»--«Il n'y a rien de si embarrassant que d'être amant, et de voir -quelque chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est également -combattu de l'espérance et de la crainte. Mais enfin la dernière devient -victorieuse de l'autre.» - -Il y avait en langue romane un proverbe analogue: _Qui non tem non ama -coralmen_, c'est-à-dire: «Qui ne craint pas, n'aime pas cordialement.» - - -Amoureux transi. - -Cette expression, dont on se sert pour désigner un amoureux timide, -novice, froid, fait allusion à un ancien usage des justiciables -volontaires de certaines cours d'amour, espèces d'énergumènes qui -avaient fondé, sous le règne de Philippe V, une société ou confrérie -nommée la _ligue des amants_, dont l'objet était de prouver l'excès de -leur passion par une opiniâtreté invincible à braver les ardeurs de -l'été et les glaces de l'hiver. Dans les chaleurs extrêmes, ils -allumaient de grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez -eux qu'enveloppés d'épaisses fourrures; au contraire, quand il gelait à -pierre fendre, ils se couvraient très-légèrement et allaient par le -froid, par la neige ou par la pluie, soupirer à la porte de leurs -maîtresses, où ils se tenaient jusqu'à ce qu'ils les eussent aperçues, -_étant parfois tellement morfondus et transis dans l'attente_, dit un -vieux chroniqueur, _qu'on entendait claquer leurs dents comme les becs -des cigognes_: la crainte des catarrhes et des fluxions de poitrine -n'était rien pour eux auprès du plaisir qu'ils paraissaient prendre à -baiser la serrure ou le verrou de cette porte. Outre ces témoignages de -leur vasselage amoureux, ils avaient pour se distinguer certaines -devises et certaines démonstrations d'une singularité extraordinaire. -Tel confrère élisait son domicile à l'enseigne de la Passion, rue du -Sacrifice, paroisse de la Sincérité; tel autre demeurait sur la place de -la Persévérance, hôtel de l'Assiduité, etc., etc. - -Il existe un ouvrage rare et curieux intitulé _l'Amoureux transy sans -espoir_, par Jehan Bouchet. Cet ouvrage ne porte point de date. Selon -toute apparence, il a paru vers 1505, et par conséquent il est -postérieur à la locution qui en forme le titre. - - -Amoureux des onze mille vierges. - -On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui -s'offrent à sa vue. - -Cette expression rappelle la légende des onze mille vierges. Voici ce -que l'abbé Salgues a dit sur cette légende, qui passe aujourd'hui pour -apocryphe: - -«Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres pour la basse -Bretagne, avec onze mille vierges qui devaient épouser les onze mille -soldats du capitaine Conan, son fiancé, et peupler le pays? Croyez-vous -qu'une tempête miraculeuse les ait jetées dans les bouches du Rhin, et -qu'elles aient remonté le fleuve jusqu'à la ville de Cologne, alors -occupée par les Huns, qui servaient l'empereur Gratien? Croyez-vous que -ces impertinents aient voulu leur faire la cour un peu trop brusquement, -et qu'irrités d'être repoussés avec trop de fierté ils les aient mises à -mort pour leur apprendre à vivre? Nos bons aïeux le croyaient -certainement, puisqu'ils célébraient annuellement, le 22 octobre, la -fête de ces chastes héroïnes. Mais comme il n'est rien dans le monde -sans contradiction, des critiques sourcilleux et difficiles ont contesté -la vérité de ces récits. Ils ont fait d'abord observer que le nombre de -onze mille vierges était un peu fort, qu'on aurait eu de la peine à le -trouver dans les meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe -de Wandelbert, composé en 850, et l'un des plus estimés des -connaisseurs, n'en a porté le nombre qu'à mille, ce qui est encore -beaucoup. Ensuite ils ont soutenu qu'il fallait pousser la réduction -encore plus loin, et ils ont porté l'esprit de réforme jusqu'à effacer -d'un trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf vierges, de -sorte qu'ils n'en ont voulu accorder que onze; ce qui doit laisser -beaucoup de places vacantes en paradis. Ils se sont autorisés d'une -inscription qu'ils ont interprétée à leur manière: SANCTA URSULA ET XI -M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges ont traduit: _Sainte -Ursule et onze mille vierges_. Mais nos critiques assurent que cette -interprétation est fautive et erronée, et veulent que l'on traduise -_sainte Ursule et onze martyres vierges_. Pour appuyer leur prétention, -ils citent un catalogue de reliques tiré du _Spicilége_ du père D. Luc -d'Acheri, dans lequel on lit: «_De reliquiis SS. undecim virginum_. Des -reliques des SS. onze vierges.» - -«Réduire ainsi onze mille vierges à onze, c'est déjà beaucoup: cependant -d'autres critiques, plus sévères encore, ont prétendu enchérir sur les -premiers et porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent -absolument que deux vierges. Ils protestent qu'on a très-mal lu les -anciens martyrologes, qui portaient: _SS. Ursula et Undecimilla, Virg. -Mart._, c'est-à-dire «SS. Ursule et Undecimille, vierges martyres.» Des -copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un nom de nombre, et se -sont imaginé que _Undecimilla_ était une abréviation de _undecim -millia_. - -«Voilà ce que pense le savant père Sirmond, je ne sais s'il se trompe. -Il est au moins constant qu'on a peu de renseignements exacts sur -l'histoire de sainte Ursule et de ses compagnes. Baronius assure que les -véritables actes de son martyre ont été perdus.» - - -Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse. - -Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour aux soucis de la -richesse, et semble vous dire: Préférez ce qui dilate le cœur à ce qui -le resserre. Il nous est venu de la langue romane, et il se trouve dans -ce vers du troubadour Pierre Cardinal: - - _El ric s'irais mentre l'amoros dansa._ - - -Les tisons relevés chassent les amoureux. - -Dicton fondé sur un usage très-ancien, d'après lequel une jeune fille, -lorsqu'elle voulait se débarrasser des poursuites d'un jeune homme qui -la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait -se cacher, à son arrivée, après avoir relevé les tisons du feu, lui -signifiant par là sans doute qu'ils ne devaient pas avoir l'un et -l'autre un foyer commun. - -Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose d'analogue dans le -département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants en -leur présentant le bout non allumé d'un tison. - -Il va sans dire que si l'on éconduisait un prétendant en lui faisant -voir les tisons éteints, on le retenait en les lui montrant allumés. -C'étaient deux choses corrélatives passées en coutume, qui se -rattachaient également aux antiques formalités du mariage, où le feu -entrait comme élément symbolique, ainsi que je l'ai remarqué en -expliquant la locution proverbiale: _Allumer la chandelle à quatre -cornes._ - -On vient de lire deux exemples assez curieux de la première, en voici -encore deux de la seconde qui ne le sont pas moins: - -Dans la province d'Utrecht, principalement à Zeyst, près de cette ville, -chez la secte indépendante des Hernudders, le jeune homme qui recherche -une jeune fille en mariage va sonner à la porte de la maison qu'elle -habite, et demande du feu pour allumer son cigare ou sa pipe. Cette -visite est suivie d'une seconde, et si le feu lui est accordé, il se -présente une troisième fois. Alors il est reçu comme épouseur, et la -jeune fille lui donne une poignée de main. Si, pendant ce temps, il -finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau, et l'affaire -est conclue. Lorsqu'il n'est pas agréé, la porte reste fermée pour lui, -et il faut qu'il aille chercher femme ailleurs. - -Le même usage existe chez les Mormons; mais c'est la jeune fille qui -prend l'initiative de présenter le cigare et le feu. - -L'usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux -des prétendants les tisons relevés, c'est-à-dire le foyer sans feu, -donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque -vestige: «Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans -une maison, dit le curé Thiers, et qu'elles sont recherchées en mariage, -il faut bien se donner de garde de relever les tisons, parce que _cela -chasse les amoureux_.» (_Traité des Superst._, t. III, p. 455.) - - -C'est un Céladon. - -Amoureux à beaux sentiments. Céladon est un personnage de _l'Astrée_, -pastorale allégorique où son auteur, le marquis Honoré d'Urfé, homme -célèbre dans le monde galant par sa beauté, sa grâce, son esprit et son -tendre cœur, a décrit ses propres amours, dégagés de toute idée -grossière. La scène de ce roman est placée sur les bords du Lignon, -petite rivière du Forez. Les bergers et les bergères qui y figurent sont -des portraits de grands seigneurs et de grandes dames de la cour de -France. Astrée représente Mlle de Chateaumorand; Galathée, la reine -Marguerite, sœur de Henri III; Céladon, c'est d'Urfé; Calidon, M. le -prince; Calidée, madame la princesse; Euric, Henri le Grand. Le premier -volume de _l'Astrée_ parut en 1610, quelque temps avant l'assassinat de -Henri IV, et fut dédié à ce roi, qui trouva le présent fort agréable, -quoique l'auteur ne le lui fût guère à cause de ses amours avec -Marguerite de Valois. Le second et le troisième volume furent publiés -l'année suivante, le quatrième en 1620, et le cinquième en 1625, après -la mort de d'Urfé, par les soins de son secrétaire Baro, qui le termina -d'après les manuscrits de son maître ou d'après sa propre imagination. -Ces publications successives, signalées par divers bibliographes à qui -j'ai emprunté les détails qu'on vient de lire, furent accueillies avec -la plus grande faveur. - -Ajoutons un fait qui montre bien l'influence extraordinaire que d'Urfé, -par son roman, exerça sur ses contemporains. On assure qu'en 1624 il -reçut, en Piémont où il résidait, une lettre signée de vingt-neuf -princes ou princesses, et de dix-neuf seigneurs ou dames d'Allemagne qui -lui demandaient avec instance la fin de l'ouvrage. Ces personnages -l'informaient qu'ils avaient pris les noms des héros et des héroïnes de -_l'Astrée_, et qu'ils s'étaient constitués en _académie des vrais -amants_. - -C'est de ces confréries pastorales, qui remontent à une époque beaucoup -plus ancienne, que sont dérivés les noms de _berger_ et de _bergère_ -employés comme synonymes d'_amant_ et d'_amante_. - - -Il ne faut pas découvrir le pot aux roses. - -C'est-à-dire les choses qu'on veut tenir secrètes, et particulièrement -les mystères de la galanterie ou de l'amour. - -La rose, dont le Tasse a dit d'une manière si charmante: «_Quanto si -mostra men, tanto è più bella_; moins elle se montre, plus elle est -belle,» la rose était dans l'antiquité le symbole de la discrétion, et -la riante mythologie avait consacré cette idée en racontant que l'Amour -avait fait présent de la première rose qui parut sur la terre à -Harpocrate, dieu du silence, pour l'engager à cacher les faiblesses de -Vénus. De même que la rose a son bouton enveloppé de ses feuilles, on -voulait que la bouche gardât la langue captive sous les lèvres[13]. -Quand on faisait une confidence à quelqu'un, on avait soin de lui offrir -une rose comme une recommandation expresse de respecter les secrets dont -il devenait dépositaire. Cette fleur figurait surtout dans les festins: -tressée en guirlandes destinées à couronner le front et la coupe des -convives, ou placée par bouquets sous leurs yeux, elle servait à leur -rappeler que les doux épanchements nés de la liberté qui règne dans les -banquets doivent toujours être sacrés. Nos bons aïeux avaient adopté cet -aimable usage, qu'ils rendaient plus significatif encore en exposant sur -la table un vase de roses sous un couvercle, et le proverbe est venu de -cet usage, qui n'est peut-être pas entièrement tombé en désuétude; en -1800, j'en ai été témoin dans une petite ville du département de -l'Aveyron. - - [13] C'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze dans des vers grecs - dont sir Thomas Brown a rapporté cette traduction en vers latins: - - Utque latet rosa verna suo putamine clausa, - Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis, - Indicatque suis prolixa silentia labris. - -Les Allemands, pour recommander de ne pas trahir une confidence, se -servent de la formule suivante: _Ceci est dit sous la rose._ - -Cette formule est également familière aux Anglais, et voici comme elle a -été expliquée par Newton dans l'_Herbier de la Bible_, p. 233-234: -«Quand d'aimables et gais compagnons se réunissent pour faire bonne -chère, ils conviennent qu'aucun des joyeux propos tenus pendant le repas -ne sera divulgué, et la phrase qu'ils emploient pour garantie de leur -convention est que tous ces propos doivent être considérés comme _tenus -sous la rose_, car ils ont coutume de suspendre une rose au-dessus de la -table, afin de rappeler à la compagnie l'obligation du secret.» - -Peacham, dans son ouvrage intitulé «_the Truth of our times_, la Vérité -de notre temps,» (p. 173; édit. de Londres, in-12, 1638), rapporte qu'en -beaucoup d'endroits de l'Angleterre et des Pays-Bas on voyait une belle -rose peinte au beau milieu du plafond de la salle à manger. - -L'ornement d'architecture nommé rosace dut probablement son origine à -cet usage qui était connu des anciens, comme l'attestent ces quatre vers -que Lloyd, dans son dictionnaire, dit avoir été trouvés sur une dalle -antique de marbre: - - _Est rosa flos Veneris, cujus quo forta laterent - Harpocrati matris dona dicavit Amor. - Inde rosam mensis hospes suspendit amicis, - Convivæ ut sub ea dicta tacenda sciant._ - -La rose est la fleur de Vénus, l'Amour en consacra l'offrande à -Harpocrate, pour l'engager à cacher les voluptés furtives de sa mère; et -de là est née la coutume de suspendre cette fleur au-dessus de la table -hospitalière, afin que les convives sachent qu'il ne faut pas divulguer -_ce qui a été dit sous la rose_. - - -Conter fleurettes. - -Cette expression, qui signifie tenir des propos galants, est venue, -suivant la remarque de Le Noble, de _ce qu'il y avait_ en France, sous -Charles VI, des pièces de monnaie marquées de petites fleurs et nommées, -pour cette raison, _florettes_ ou _fleurettes_, de même qu'on nomme -encore _florins_ une monnaie d'or ou d'argent qui portait primitivement -l'empreinte d'une fleur. Ainsi _conter fleurettes_ aurait d'abord -signifié compter de l'argent aux belles pour les séduire, ce qui est -bien souvent le moyen le plus persuasif. - -Ceux qui rejettent cette origine allèguent la différence qu'il y a entre -_conter_ et _compter_; mais ce n'est point là une raison valable, -puisque ces deux verbes étaient autrefois confondus sous le rapport de -l'orthographe, ainsi que l'attestent des milliers d'exemplaires, où -_conter_ est mis pour _compter_. Cependant je n'adopte point l'opinion -de Le Noble: je crois qu'il est plus naturel d'entendre par _fleurettes_ -les fleurs du langage. Les Grecs disaient: ῥόδα εἴρειν, et les Latins de -même, _rosas loqui_ (parler roses). On trouve dans quelques recueils -français du quinzième siècle, _dire florettes_[14], et il existe un -vieux livre intitulé «LES FLEURS DE BIEN DIRE, recueillies aux cabinets -des plus rares esprits de ce temps, pour exprimer les passions -amoureuses de l'un et de l'autre sexe, avec un amas des plus beaux -traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire.» Paris, 1598, -chez Guillemot. - - [14] On trouve aussi _écrire florettes_, expression qui signifie - particulièrement _écrire en chiffre de fleurs_. - - -Voyager dans le pays de Tendre. - -Se dit d'une personne dont les propos et la conduite annoncent un -penchant décidé pour l'amour. - -Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant de la reine -Élisabeth d'Angleterre, qui, comme on sait, joignit aux qualités d'un -grand roi la coquetterie d'une femme. «Élisabeth, dit-il, faisait -peut-être quelques pas dans le _pays de Tendre_, mais assurément elle se -gardait bien d'aller jusqu'au bout.» - -On emploie aussi dans le même sens l'expression _voguer_ ou _naviguer -sur le fleuve de Tendre_, qu'on trouve dans ces vers de la dixième -satire de Boileau: - - Puis bientôt en grande eau sur le _fleuve de Tendre_ - Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre. - -Ces façons de parler font allusion au _pays de Tendre_, imaginé par Mlle -de Scudéri, qui en a tracé la carte dans son roman de _Clélie_. Cette -carte représente six rivières sur lesquelles sont situées six villes, -toutes six nommées Tendre; savoir: Tendre sur Inclination; Tendre sur -Estime; Tendre sur Reconnaissance; Tendre sur Désir; Tendre sur Passion; -Tendre sur Tendre. On va de l'une à l'autre par une route -très-accidentée dans laquelle on trouve le hameau des Billets doux, les -bosquets des Billets galants, la place des Petits Soins et des Soupirs -indiscrets, etc. - -«Les amants, dit Voltaire, s'embarquent sur le fleuve de Tendre: on dîne -à Tendre sur Estime, on soupe à Tendre sur Inclination, on couche à -Tendre sur Désir. Le lendemain on se trouve à Tendre sur Passion, et -enfin à Tendre sur Tendre. Ces idées peuvent être ridicules, surtout -quand ce sont des Clélies, des Horatius Coclès et des Romains austères -et agrestes qui voyagent; mais cette carte géographique montre au moins -que l'amour a beaucoup de logements différents.» (_Dict. philos._, au -mot ABUS.) - - - * * * * * - -Je termine cette série de proverbes et de locutions proverbiales sur -l'amour par un petit pastiche où j'ai fait entrer plusieurs idées qui -n'ont pu trouver place dans les commentaires qui leur ont été consacrés. -Il a été composé avec des phrases d'une foule d'auteurs dont il me -serait aussi difficile de dire les noms qu'il le serait à un tailleur de -nommer les fabricants des diverses étoffes d'où il a tiré les lambeaux -qu'il a cousus ensemble pour en faire un habit d'arlequin. - - * * * * * - -Quelques mythologues supposent que l'Amour est né de l'Érèbe et de la -Nuit, pour exprimer la confusion qu'il apporte dans nos sens et -l'aveuglement dont il frappe notre esprit. D'autres prétendent qu'il est -issu de Vénus sans père, ce qui montre que la beauté seule peut produire -l'amour. Il y en a qui assurent, au contraire, que la déesse lui donna -l'être avec la coopération de plusieurs dieux. Lorsqu'elle était au -moment de le mettre au jour, le conseil de l'Olympe s'assembla: De quoi -accouchera-t-elle? se demandaient les immortels.--De la foudre, dit -Jupiter;--de la guerre, s'écria Mars;--du Tartare, ajouta Pluton; et -Vénus accoucha de l'Amour. Le Destin avait décidé qu'on ne pouvait -attendre d'une fille de la Mer que des tempêtes; d'une épouse de -Vulcain, que des incendies; et d'une maîtresse de Mars, que des -batailles. Ainsi l'Amour fut un composé de divers fléaux. A peine eut-il -vu la lumière qu'il sema le trouble dans la cour céleste, et Jupiter, -malgré le faible qu'il avait pour lui, se vit contraint de l'exiler sur -la terre. L'apparition de ce petit dieu ici bas excita parmi les hommes -un mouvement extraordinaire. Toutes les femmes coururent après lui pour -le prendre, mais il avait des ailes; il échappa à leur poursuite, et se -réfugia chez Protée, qui lui révéla le secret des métamorphoses. Depuis -lors il se multiplia sous mille formes, et il ne garda pas deux jours de -suite la même figure. Il prit tour à tour l'air de la timidité et de -l'espièglerie, de l'innocence et de la malice, de la mélancolie et de la -gaieté, du sentiment et du caprice, de la constance et de la légèreté, -de l'amitié et de la haine, de la sagesse et de la folie, etc., etc., -etc. Souvent il emprunta les traits réunis de plusieurs passions, et les -assortit de manière à se composer une physionomie toujours nouvelle. -Enfin il voulut ressembler à tout, et ne ressembler à rien. C'est ce qui -fait qu'on ne peut jamais bien le peindre, et qu'on le peint de tant de -façons diverses, mettant d'ordinaire ce qu'on imagine à la place de ce -qui est, et imaginant quelquefois les choses les plus singulières; -témoin cet auteur castillan qui l'a dépeint tout à fait semblable au -Grand Turc. - -Les effets que l'amour produit ne sont pas moins nombreux ni moins -variés que ses métamorphoses. Ils pourraient se caractériser d'après les -degrés de latitude des différents pays. En Espagne ils se font sentir -dans la tête et dans l'imagination; en Italie, dans le cœur et dans le -fiel; en Angleterre, dans la rate et dans la cervelle; en Allemagne, -dans l'estomac et dans le foie; en France, un peu partout. Chez les -Espagnols, c'est une folie qui éclate surtout pendant la nuit, temps des -mystères et des aventures; chez les Italiens, une affaire principale -dont ils s'occupent dès l'aurore; chez les Anglais, une humeur noire -mère du _spleen_, à laquelle ils se livrent dans les jours nébuleux; -chez les Allemands, un remède pour le lendemain matin, quand la -digestion est faite; chez les Français, un sentiment doux et léger qui -se joue parmi des fleurs artificielles, un art d'agrément, un amusement -qu'ils prennent et quittent sans façon, comme bon leur semble. - -On peut ajouter à ces observations les vers suivants d'un auteur dont -j'ai oublié le nom: - - Quand un objet fait résistance, - L'Anglais fier et vain s'en offense, - L'Italien est désolé, - L'Espagnol est inconsolable, - L'Allemand se console à table, - Le Français est tout consolé. - -Le meilleur parti qu'il y ait à prendre quand on veut se délivrer des -peines de l'amour, c'est de le traiter à la manière française. Mais -comme cela ne convient pas à tous les tempéraments, je vais indiquer une -recette médicale dont la généralité des individus peut faire usage au -besoin. Je l'ai trouvée dans les œuvres du célèbre Huet, évêque -d'Avranches. Ce docte prélat, plein de compassion pour les cœurs en -souffrance, les avertit très-sérieusement que l'amour est, comme la -fièvre, une maladie qui se guérit par les secours de la médecine, en -provoquant d'abondantes sueurs et en pratiquant de copieuses saignées. -Et certes on ne contestera point que l'amour ainsi purgé de ses humeurs -malignes et dégagé de ses esprits enflammés ne soit réduit à -l'impuissance. Mais, dira-t-on, n'est-il pas à craindre qu'il reprenne -dans la suite ses premières ardeurs? Notre auteur a prévu cette -objection, et l'a réfutée par le fait suivant, qu'il rapporte en ces -termes: «Un grand prince que nous avons connu, atteint d'une passion -violente pour une demoiselle d'un grand mérite, fut contraint de partir -pour l'armée. Tant que son absence dura, sa position s'entretint par le -souvenir et par un commerce de lettres très-fréquent et très-régulier, -jusqu'à la fin de la campagne, où une maladie dangereuse le réduisit à -l'extrémité. On proportionna les remèdes au mal, et on mit en usage tout -ce que la médecine enseigne de plus efficace: il reprit la santé, mais -sans reprendre son amour, que de grandes évacuations avaient emporté à -son insu.» - -Il est clair, d'après cela, que si l'on désire un bon remède d'amour, ce -n'est pas à Ovide, mais à M. Purgon qu'il faut le demander. - - * * * * * - -On a remarqué sans doute que, dans la série des proverbes sur l'amour, -il s'en trouve un assez grand nombre qui ont été formés de comparaisons -ou de métaphores fort ingénieuses. - -Frappé du caractère original qui les distingue, je m'étais plu à les -mettre en vers dans l'intention d'en illustrer les dernières pages de ce -chapitre, espérant atténuer leur double emploi par les agréments de la -forme métrique; mais je renonce à ce dessein dont la mise en œuvre ne -serait en dernière analyse qu'un duplicata bien ou mal versifié. - -Qu'on me permette pourtant de donner ici deux quatrains consacrés à deux -de ces proverbes oubliés dans la série en question. - - On aime à se flatter de l'espoir décevant - D'être toujours aimé de sa douce compagne; - Mais _l'amour d'une belle est un sable mouvant - Où l'on ne peut bâtir que châteaux en Espagne_. - - L'amour sincère et pur n'est jamais soucieux. - Rien ne peut altérer l'essence sublimée - De cet amour délicieux; - _C'est un feu d'aloès qui brûle sans fumée._ - -Qu'on me permette aussi de joindre à ces citations une chanson dont -chaque couplet offre une ressemblance et une différence entre l'Amour et -le Médecin comparés. - - -L'Amour et le Médecin. - -1er COUPLET - - Le médecin, le dieu d'amour, - Sont de service nuit et jour: - Voilà la ressemblance. - L'un est fameux dans ses vieux ans, - Et l'autre l'est dans son printemps: - Voilà la différence. - -2e COUPLET - - Ils sont aveugles tous les deux, - Malgré cela fort curieux: - Voilà la ressemblance. - L'un est grave et de noir vêtu. - L'autre est sémillant et tout nu: - Voilà la différence. - -3e COUPLET - - On a recours à tous les deux - Quoique tous deux soient dangereux: - Voilà la ressemblance. - Il faut payer un grand docteur, - L'amour payé perd sa valeur, - Voilà la différence. - -4e COUPLET - - Tous deux nous donnent du ressort, - Et même la vie et la mort: - Voilà la ressemblance. - L'un nous blesse en nous guérissant, - L'autre caresse en nous blessant, - Voilà la différence. - -5e COUPLET - - Tous deux regardent dans les yeux, - Si ça va mal, si ça va mieux: - Voilà la ressemblance. - C'est le pouls que tâte un docteur, - Mais l'amour nous touche le cœur: - Voilà la différence. - -6e COUPLET - - Tous deux s'en vont courants, trottants, - Et sont tant soit peu charlatans: - Voilà la ressemblance. - L'un s'en va quand nous allons bien, - L'autre, quand nous ne valons rien: - Voilà la différence. - - - - -PROVERBES - -SUR - -LE MARIAGE - - -Le mariage est une loterie. - -Et dans cette loterie, comme dans les autres, il est très-rare qu'on -obtienne un bon lot. - -Un proverbe italien dit que _l'homme et la femme qui se marient mettent -la main dans un sac où sont dix couleuvres et une anguille_. D'après -cela il y a dix contre un à parier qu'ils n'attraperont pas l'anguille; -encore, s'ils viennent à l'attraper, courent-ils grand risque qu'elle -leur glisse des mains. - -On s'est amusé à démontrer, par un tableau statistique dont je ne -garantis pas la vérité, que sur huit cent soixante-douze mille cinq cent -soixante-quatre mariages, il faut compter: - - 1,360 Femmes qui ont quitté leurs maris pour suivre leurs amants. - - 2,361 Maris qui se sont enfuis pour ne plus vivre avec leurs femmes. - - 4,120 Couples séparés volontairement. - - 191,025 Couples vivant en guerre sous le même toit. - - 162,320 Couples qui se haïssent cordialement, mais qui cachent leur - haine sous un extérieur poli. - - 510,132 Couples qui vivent dans une indifférence marquée. - - 1,102 Couples réputés heureux dans le monde, et privés, dans leur - intérieur, du bonheur qu'on leur suppose. - - 135 Couples heureux par comparaison à la grande quantité des - malheureux. - - 9 Couples véritablement heureux. - -Ce tableau, s'il est exact, prouve que la félicité conjugale est -semblable à la félicité céleste, à laquelle tous sont appelés et que -très-peu obtiennent. - -C'est un triste résultat qui va être mis dans tout son jour par les -proverbes que j'ai à rapporter et par les commentaires que j'y -ajouterai. Mais je dois avertir préalablement qu'il doit être moins -attribué au mariage tel qu'il est de sa propre nature, qu'au mariage -faussé et perverti par les vices de la nature humaine. - -Cet état est dans l'ordre des lois de Dieu et de la société. Il n'y en a -point qui convienne autant aux besoins des deux sexes, qui soit aussi -propre à les rendre meilleurs, et je crois fermement que, s'ils y -entraient dans les conditions qu'il exige, ils y trouveraient les -douceurs d'une tendre amitié, les plaisirs épurés des sens et de la -raison; en un mot, tous les agréments qui peuvent embellir l'existence. - -«Le mariage, dit Rœderer, ce lien sacré qui forme une unité forte et -parfaite de deux existences incomplètes, rend communs à toutes deux les -avantages propres à chacune, fait jouir chaque époux des dons différents -que les deux sexes ont reçus de la nature, communique à l'un la force, à -l'autre la douceur, à l'un la justice de l'esprit, à l'autre la -sagacité, ajoute à la conscience de chacun d'eux celle de l'autre; -double la force intellectuelle et l'énergie morale de tous deux, et -enfin assure aux fruits de leur union un constant accord, une vive -émulation de soins, une tradition fidèle des intérêts, des principes, -des mœurs, auxquels le bonheur est attaché. Cette institution est le -principe de la supériorité de notre civilisation actuelle sur celle de -l'antiquité; c'est la plus importante amélioration qu'ait reçue l'espèce -humaine, le plus beau présent que la religion chrétienne ait fait aux -sociétés modernes, son titre le plus évident et le plus incontestable à -leur reconnaissance et à leurs respects.» - - -Le mariage est le plus grand des biens ou des maux. - -Voltaire, dans _l'Enfant prodigue_, acte II, scène I, a développé ce -proverbe dont on exprime aussi l'idée de cette autre manière: _Le -mariage est ce qu'il y a de meilleur et de pire_, formule calquée sur -celle dont Ésope se servit pour marquer les avantages et les malheurs -que la langue peut produire. - -Voici les vers de Voltaire: - - A mon avis, l'hymen et ses liens - Sont les plus grands ou des maux ou des biens. - Point de milieu, l'état du mariage - Est des humains le plus cher avantage, - Quand le rapport des esprits et des cœurs, - Des sentiments, des goûts, et des humeurs, - Serre les nœuds tissés par la nature, - Que l'amour forme et que l'honneur épure. - Dieu! quel plaisir d'aimer publiquement - Et de porter le nom de son amant! - Votre maison, vos gens, votre livrée, - Tout vous retrace une image adorée; - Et vos enfants, ces gages précieux, - Nés de l'amour, en sont de nouveaux nœuds. - Un tel hymen, une union si chère, - Si l'on en voit c'est le ciel sur la terre. - Mais tristement vendre par un contrat - Sa liberté, son nom et son état - Aux volontés d'un maître despotique, - Dont on devient le premier domestique: - Se quereller ou s'éviter, le jour - Sans joie à table, et la nuit sans amour: - Trembler toujours d'avoir une faiblesse; - Y succomber ou combattre sans cesse; - Tromper son maître ou vivre sans espoir - Dans les langueurs d'un importun devoir; - Gémir, sécher dans sa langueur profonde: - Un tel hymen est l'enfer de ce monde. - - -En mariage il y a fort lien. - -Si fort que ceux qu'il lie en sont blessés et gémissent continuellement -de ne pouvoir le rompre.--Ce proverbe, qui se trouve parmi les -_proverbes galliques_ recueillis dans le quinzième siècle, est bien peu -saillant; mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compensé par le -commentaire que je vais y joindre. Je le tire des paroles que don -Quichotte adresse à Sancho Pança. «La femme légitime n'est pas une -marchandise qu'on puisse, après l'achat, rendre, échanger ou céder. -C'est un accident inséparable qui dure ce que dure la vie; c'est un lien -qui, une fois qu'on se l'est mis autour du cou, se transforme en nœud -gordien, lequel ne peut plus se détacher, à moins d'être tranché par la -faux de la mort.» (_Don Quichotte_, part. II, ch. XIX.) - -On sait que cette opinion du chevalier de la Manche était aussi celle de -son écuyer, qui l'exprimait à sa manière par ce joli mot proverbial: -_Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup._ - -Un proverbe anglais de James Howel dit d'une façon plus originale -encore: «_In marriage the toung tieth a knott that all the teeth in the -head cannot untie afterwards._ Dans le mariage la langue forme un nœud -que toutes les dents de la bouche ne peuvent jamais défaire.» - - -Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec un mari -sourd. - -Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cité dans un passage de -ses _Essais_, liv. III, ch. V, où il parle de la _tempeste de la femme_, -quand elle se livre aux emportements de la jalousie. On dit aujourd'hui: -_Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la femme -aveugle_; ce qui peut se passer de commentaire, car il n'est personne -qui ne comprenne, sans qu'on le lui explique, combien la surdité d'un -mari et la cécité de sa femme seraient propres à empêcher les disputes -conjugales, qui viennent presque toujours de ce que la femme a la vue -trop perçante pour les désordres du mari, et le mari a l'oreille trop -sensible aux criailleries de la femme. - -Puisqu'il est reconnu que la paix entre époux ne peut résulter que des -infirmités indiquées, ils ne sauraient mieux faire que d'acheter à ce -prix un si grand bien. Il n'est pas nécessaire, après tout, qu'ils -soient réellement affectés de ces infirmités, mais qu'ils se montrent -comme s'ils l'étaient, que l'un s'étoupe les oreilles et que l'autre se -mette un bandeau sur les yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins -d'indulgence pour les défauts qu'ils ont à se reprocher. «Il n'y a de -bon ménage, écrivait La Fontaine à sa femme, que celui où les conjoints -se souffrent mutuellement leurs sottises.» - - -Mariage et pénitence ne font qu'un. - -Ce dicton a donné lieu à l'épigramme suivante, dont il forme la pointe: - - Malgré Rome et ses adhérents, - Ne comptons que six sacrements: - Croire qu'il en est davantage - C'est n'avoir pas le sens commun, - Car chacun sait que _mariage - Et pénitence ne font qu'un_. - -Millevoye a reproduit cette vieille plaisanterie dans ce petit dialogue -qui lui donne une forme un peu plus piquante: - - Damon disait à son épouse Hortense: - «Les sacrements sont objets d'importance; - Sais-tu leur nombre?--Oui, sept.--C'est trop commun, - Six.--Depuis quand?--Depuis que _pénitence - Et mariage_, hélas! _ne font plus qu'un_.» - - -Tout traité de mariage porte son testament. - -Il y a presque toujours dans les contrats de mariage des clauses qui -sont stipulées dans la prévision où l'un des deux époux viendrait à -mourir, et qui règlent, comme des dispositions testamentaires, les -droits du survivant sur la succession. De là ce proverbe qui, détourné -de son vrai sens, s'emploie dans un sens critique contre le mariage, -dont on prétend faire un funèbre épouvantail. - -On lit dans la _Veuve_, comédie de Pierre de Larivey, cette phrase qui -paraît avoir été proverbiale: «Fais ton compte que _la messe des -épousailles t'est une extrême-onction_.» (Acte I, sc. III.) - -La même idée railleuse se retrouve dans plusieurs locutions, par exemple -dans celles-ci, qu'on applique à un nouveau marié: _C'est un homme -perdu_,--_un homme mort_,--_un homme enterré_. - -Ces locutions figurées, qu'on pourrait croire d'un tour moderne, sont -peut-être renouvelées des Grecs. Elles ont du moins beaucoup d'analogie -avec cette saillie piquante d'Antiphane le Comique, rapportée par -Athénée: «Marié, lui!... Moi qui l'avais laissé si bien portant!» - - -Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe. - -Proverbe fondé sur une disposition de notre vieille jurisprudence, qui -condamnait au supplice de la corde l'homme convaincu d'avoir séduit une -fille, bien qu'il eût ensuite réparé sa faute en se mariant avec elle, -du consentement de la famille à laquelle il l'avait ravie; car la -réparation ne désarmait pas toujours la loi. Ce proverbe n'est point -tombé en désuétude, malgré l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les -mauvais plaisants l'ont conservé, en lui donnant une acceptation -nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que le meilleur -mariage est fort sujet à tourner à mal, et que la joie dont les nouveaux -époux s'enivrent finit par se changer en un violent désespoir qui les -porte à se pendre. - - -Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues -sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien. - -Cette comparaison proverbiale a deux significations: la première, -généralement adoptée comme la plus naturelle, est que le mariage -commence bien et finit mal; la seconde est qu'il peut donner quelques -jours de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait produire que des -malheurs pour les vieillards. C'est ce que me paraît indiquer le passage -suivant de la comédie de la _Veuve_, par Pierre de Larivey, où Ambroise, -qui veut se marier, malgré son âge un peu avancé, dit: «J'ai toujours -vécu seul, sans compagnie, et par ainsi gardé mon suc en moi-même.» A -quoi Léonard répond: «Ce suc sera comme celui du _figuier de Bagnolet, -dont les premières figues sont bonnes, mais les tardives ne valent -rien_.» (Act. I, sc. III.) - - -En mariage trompe qui peut. - -C'est-à-dire que les personnes qui peuvent tromper le font avec -impunité, car il n'y a pas de recours légal contre les tromperies et les -fraudes au moyen desquelles le mariage a été conclu. Ce proverbe est -rapporté dans les _Institutes coutumières_ de Loisel, dont les éditeurs -l'expliquent en ces termes: «Le dol commis à l'égard des biens, de -l'âge, de la qualité, de la profession ou de la dignité de ceux qui se -marient, n'annule pas l'union.» - -Ainsi notre formule proverbiale est l'expression d'une loi qui donne -raison aux plus habiles dans ce grand combat de ruses entre les -prétendus et les prétendues qui cherchent à faire ensemble, aux dépens -de l'un et de l'autre, un de ces traités de mariage _dont la -dissimulation est le lien et l'intérêt le fondement_. Elle peut être -regardée comme une sorte de _væ victis_ prononcé contre les dupes. Nous -recommandons à ceux qui se marient de s'en souvenir, et à ceux qui sont -mariés de l'oublier. - - -Le mariage est comme une forteresse assiégée, ceux qui sont dehors -veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir. - -Proverbe emprunté aux Arabes. Dufresny, dans une de ses comédies, en a -donné cette variante: «Le pays du mariage a cela de particulier, que les -étrangers ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient en être -exilés.» - -Socrate disait: «Les jeunes gens cherchant à se marier ressemblent aux -poissons qui se jouent de la nasse du pêcheur. Tous se pressent pour y -entrer, tandis que les malheureux qui sont retenus font tous leurs -efforts pour en sortir.» - -Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans un endroit même de -ses _Essais_, où il cherche à rendre au mariage l'honneur qu'il mérite. -«Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de -sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de -plus belle piece en nostre société: nous ne nous en pouvons passer et -l'allons avilissant. Il en advient ce qui se veoid aux cages: les -oyseaux qui en sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil soing -en sortir, ceux qui sont au dedans.» (Liv. III, chap. V.) - -Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles le mariage est -tourné en plaisanterie. Je ne citerai que la suivante: «Le mariage est -comme une armée composée d'une avant-garde, d'un corps de bataille et -d'une arrière-garde. A l'avant-garde se trouvent les amours, enfants -perdus qui périssent au premier choc; au corps de bataille est le -sacrement, dont la force résiste à toutes les attaques et tient bon -jusqu'à la fin; à l'arrière-garde sont les regrets et les dégoûts, qui -semblent se multiplier et devenir plus terribles, tant que l'action -reste engagée.» - - -Les quinze joies de mariage. - -Cette expression ironique, par laquelle on désigne les contrariétés -inhérentes à l'état de mariage, sert de titre à un ouvrage anonyme qui -date du milieu du quinzième siècle, et qui est attribué à Antoine la -Sale, ingénieux écrivain à qui nous devons le _Petit Jehan de Saintré_. -Le livre des _Quinze Joyes de mariage_, ainsi nommé par une railleuse -antiphrase, offre l'analyse de toutes les déceptions et de toutes les -douleurs irrémédiables que peut produire l'union conjugale: la préface -en avertit en ces termes: «Celles _quinze joyes de mariage_ sont les -plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres -peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer.» - - -Le mariage est le tombeau de l'amour. - -«Au bout d'un certain temps, la beauté des femmes perd toute sa force à -l'égard de leur mari, telle étant la nature des choses qu'elles ne -touchent plus quand on y est accoutumé... Si la beauté fait les -conquêtes, ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'était -devenu amoureux que parce que sa maîtresse était belle, ne continue -point à être amoureux parce que sa femme continue à être belle. La -coutume le rend dur contre cette espèce de charme; il s'avance peu à peu -vers l'insensibilité. Les uns y arrivent plus tôt, les autres plus tard; -mais enfin on y arrive, et la tendresse qu'on peut conserver, et que -l'on conserve en effet assez souvent, se trouve fondée, non sur la -beauté, mais sur d'autres qualités. L'expérience fait voir que les maris -dont l'amitié est la plus longue et la plus ferme ne sont pas pour -l'ordinaire ceux qui ont de belles femmes.» (Bayle, art. _Junon_.) - -On a dit que l'amour pouvait aller au delà du tombeau, mais on n'a -jamais dit qu'il pût aller au delà du mariage. - -Euripide a dit, dans une de ses tragédies: «Le lit nuptial est funeste à -l'homme et à la femme.» Ce lit, en effet, est comme un bûcher funèbre où -leur amour se réduit bientôt en cendres. - -On connaît ce distique proverbial: - - De l'amour à l'hymen telle est la différence - Que le premier finit quand le second commence; - -et cette pensée ingénieuse de Chamfort: «L'hymen vient après l'amour -comme la fumée après la flamme.» - -Lord Byron a dit plus ingénieusement encore: «L'amour et le mariage -peuvent rarement se combiner, quoiqu'ils soient nés tous deux sous le -même climat; le mariage, de l'amour comme le vinaigre du vin, triste, -acide et froid breuvage que le temps aigrit, et dont il abaisse l'arome -à la saveur vulgaire d'une boisson de ménage.» - - -Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché mortel. - -C'est dire assez spirituellement que l'union conjugale est la -tribulation des justes mêmes. - -«Un homme déclamait l'autre jour contre le mariage, et s'écriait: Voyez -ce que c'est que le mariage; songez que le bon Dieu a été obligé d'en -ôter le péché mortel. Il a donc mis en équilibre dans la balance l'enfer -et le mariage; encore l'enfer a paru plus léger.» (L'abbé Galiani.) - -Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a beaucoup plu aux -écrivains de la fin du moyen âge, qui se sont ingéniés à le reproduire -sous des formes diverses dans une foule d'épigrammes plus ou moins -plaisantes. En voici une d'Owen fondée sur ce que, en latin, le mot -_uxor_ (épouse), où la lettre _x_ est, comme on sait, l'équivalent des -lettres _c_ et _s_, offre l'anagramme du mot _orcus_ (enfer). - - _Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum; - Rite inversa sonant _ucsor_ et _orcus_ idem._ - -Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression, qui est -intraduisible en français: «Quiconque est tombé dans le piége conjugal -est tombé dans l'enfer, car épouse et enfer sont la même chose.» - -C'est bien là certainement un de ces traits qui constituent ce que les -Romains appelaient _nugæ difficiles_; et, quand on considère l'exercice -laborieux, le grand effort d'imaginative auquel a dû se livrer -l'épigrammatiste pour produire un résultat si saugrenu, on est tenté de -lui adresser cette apostrophe originale du fin railleur maître François: -«O Jupiter, vous en suâtes d'ahan, et de votre sueur tombant en terre -naquirent les choux cabus.» - - -Il n'y a point de mariage dans le paradis. - -Allusion à divers passages de plusieurs Pères de l'Église, qui -regardaient le mariage comme moins propre que le célibat à la -sanctification, et disaient que, si «noces remplissent la terre, la -virginité remplit le ciel.» _Nuptiæ replent terram, virginitas replet -paradisum._ (S. Hieronim., lib. I., _in Jovinien_.) Ce qui a donné lieu -à Pascal de placer le mariage dans les _basses conditions du -christianisme_. - -Owen a tiré du mot de saint Jérôme ce distique épigrammatique: - - _Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla; - Conjugia in terris plurima, nullus amor._ - - Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la terre - il y a beaucoup de mariages et point d'amour. - -On demandait au poëte anglais Prior pourquoi il n'y avait point de -mariage dans le paradis. «C'est, répondit-il, parce qu'il n'y a point de -paradis dans le mariage.» - - -Le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs. - -Proverbe pris du premier article du _Code d'amour_: «_Causa conjugii ab -amore non est excusatio recta._ Le mariage n'est pas une excuse légitime -contre l'amour.» C'est-à-dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se -dispenser d'avoir une maîtresse ou un amant, sous prétexte qu'on a une -épouse ou un mari. C'est l'expression des mœurs qui régnaient à l'époque -des troubadours. Ces poëtes avaient érigé l'amour en devoir: ils le -proclamaient comme plus obligatoire que le mariage et comme ne pouvant -exister que hors du mariage. Cet amour, purement platonique dans le -principe, cessa bientôt de l'être et donna lieu à un usage immoral assez -répandu chez les hauts personnages, d'avoir à la fois une épouse et une -concubine, l'une pour la souche et l'autre pour la couche. - -André le Chapelain nous a conservé la décision curieuse d'une cour -d'amour présidée par la comtesse de Champagne, sur la question qui lui -avait été soumise: «_Utrum inter conjugatos amor possit habere locum?_ -L'amour peut-il exister entre personnes mariées?» Voici cette décision: -«Nous disons et assurons par la teneur des présentes que l'amour ne peut -étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants -s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans être contraints par -aucun motif de nécessité; tandis que les époux sont tenus par devoir de -subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns -aux autres... Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême -prudence (_cum nimia moderatione prolatum_) et d'après l'avis d'un grand -nombre de dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable. -Ainsi jugé, l'an 1174, le 3 des calendes de mai.» - - - Jeune fille avec jeune fieu - C'est mariage du bon Dieu. - -Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit Adam et Ève dans le -paradis terrestre. On sait que _fieu_ est un vieux mot qui veut dire -fils ou garçon. - - - Homme vieux avec jeune femme - Mariage de Notre-Dame. - -Mariage semblable à celui de la Sainte Vierge avec saint Joseph, qui -était, à ce qu'on croit, d'un âge avancé. Ce proverbe s'adresse à une -jeune innocente soit pour lui conseiller, soit pour la consoler de -s'unir à un vieux mari. - - - Vieille femme et jeune garçon - C'est mariage du démon. - -Mariage où le démon seul peut trouver son compte. Il n'est pas besoin de -faire observer que c'est la vieille femme qui, dans ce proverbe, est -signalée comme le démon lui-même. - - -Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle. - -Ce proverbe, où la glose est jointe au texte, a tiré son origine de la -fauconnerie. Il s'emploie en parlant d'un couple conjugal dans lequel la -femme est supérieure au mari, parce que la femelle de l'épervier -l'emporte sur le mâle en force et en grosseur. Ce phénomène existe -généralement chez les oiseaux de proie. - -Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens: «_The -grey mare is the better horse._ La jument grise est le meilleur cheval.» - - -Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant payé. - -Conjonction matrimoniale qui, n'étant sanctionnée ni par la loi civile, -ni par la loi religieuse, est sujette à se rompre aussitôt qu'elle est -formée. _Jean des Vignes_ est une altération de _Gens des Vignes_, et -l'expression rappelle ces unions illicites qui se font entre les -vendangeurs et les vendangeuses de diverses localités, et qui ne durent -que le temps de la vendange. - -C'est à peu près ce qu'on a nommé _mariage du treizième arrondissement_, -mariage fait sans M. le maire et sans M. le curé, personnages inconnus -dans ce treizième arrondissement ajouté fictivement, comme on sait, aux -douze dont se composait la ville de Paris avant l'annexion des communes -suburbaines. - -Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales la vieille -maxime de droit coutumier: - - _Boire, manger, coucher ensemble, - C'est mariage, ce me semble._ - -Le savant auteur de la _Symbolique du droit_, M. Chassan, rapportant -cette maxime, l'explique ainsi: «Il ne faut pas la prendre à la lettre, -en ce sens qu'il suffirait à une femme de passer la nuit avec un homme -pour se dire mariée. Elle est relative à l'exécution du mariage qui -couvre les irrégularités de la célébration. Aussi Loisel a-t-il eu soin -d'ajouter: _Mais il faut que l'Église y passe_ (_Inst._, liv. I, tit. -II, règle 6). Ainsi entendue, la maxime peut encore aujourd'hui recevoir -son application.» - - -Mariage de bohêmes. - -C'est encore une variété matrimoniale plus curieuse que celles dont il -est question dans l'article précédent. Voici en quoi elle consiste: -lorsque les bohêmes, c'est-à-dire ces aventuriers basanés qui courent le -pays en volant les poules et disant la bonne aventure, veulent marier un -garçon et une fille de leur caste, ils les conduisent dans un vallon -retiré qu'ils nomment le _vallon des fiançailles_, et là, pour toute -cérémonie, les deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grès -qu'ils jettent contre terre, après avoir déclaré qu'ils consentent à -vivre comme mari et femme autant d'années que la fracture du pot -produira de morceaux; ensuite ils ramassent les tessons, dont ils -constatent le nombre, et dès lors les voilà complétement unis jusqu'au -dernier jour de ce mariage temporaire. Ce terme expiré, ils sont libres -de se séparer, de convoler ailleurs ou de renouveler leur premier -engagement. Mais on assure qu'il y en a très-peu qui prennent ce dernier -parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de manière à ne pas être -obligés trop longtemps de _payer les pots cassés_. - - -Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture. - -C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les _Sept Sacrements_ -de Nicolas Poussin, quand il en vint à examiner le tableau du _Mariage_, -plus faible que les autres, et le mot passa en proverbe. - -Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile à faire?--Il faudrait, -pour le dire, exposer tant de raisons, rappeler tant de faits, entrer -dans tant de détails, que je serais obligé d'ajouter un second tome à ce -petit livre, ce qui serait fort déplaisant pour les lecteurs qui -auraient été tentés d'y jeter un coup d'œil par curiosité, dans leurs -moments perdus. Qu'on me permette donc de ne pas traiter la question. Si -l'on désire en avoir au long la réponse, qu'on interroge certains -mal-mariés, qui sont assez disposés à faire le récit de leurs -infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle légèreté, quelle -irréflexion, quelle imprévoyance, se forment les unions conjugales, -surtout en France, où l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays, -soit par le désir de terminer sans retard cette affaire de pure -spéculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose en quelque -sorte le fond du caractère français. Cet examen suffira pour faire -comprendre combien il est difficile que les parties contractantes, qui -s'accordent sans se connaître, ne soient pas en désaccord dès qu'elles -se connaissent, et qu'après s'être prises pour ce qu'elles ne sont pas, -elles n'en viennent point à se quitter pour ce qu'elles sont. - -La spéculation matrimoniale est la principale source d'où découlent les -malheurs des conjoints. Je citerai sur ce sujet quelques phrases -détachées d'un article plein de bon sens et d'esprit publié dans le -journal _le Siècle_, nº du 11 décembre 1859, par M. Edmond Texier, et -les lecteurs m'en sauront gré. - -«Les pères de famille, dit cet ingénieux écrivain, ont parlé à leurs -enfants le langage de la raison. Ils leur ont dit que l'amour est un -enfantillage, le sentiment une faiblesse, et ils ont inventé cette -magnifique spéculation qui s'appelle le _mariage d'argent_. Le mariage -d'argent a tellement réussi qu'on n'en voit point d'autre aujourd'hui. -On n'épouse plus ni un cœur, ni un esprit, ni une femme. On se marie -avec une dot, et c'est l'union des dots qui a créé le demi-monde. Ce -monde-là a eu sa raison d'être le jour où le prêtre a béni les serments -de deux coffres-forts. La beauté, la grâce, l'éducation, la vertu même, -tout cela ne pèse pas une demi-once dans le plateau de la balance -conjugale. Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le -principal pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le demi-monde -pousse à l'ombre du mariage d'argent comme la mousse à l'ombre des -grands arbres. Ceci a engendré cela. C'est sur le fumier du mariage -d'argent qu'a poussé le champignon du demi-monde. C'est là, et non -ailleurs, qu'il faut aller déterrer la comédie d'aujourd'hui.» - - -Un bon mariage répare tout. - -«Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de l'honneur, il y répare -les vieilles brèches, il donne la qualité de légitimes à des enfants qui -ne la possédaient pas. Je ne dis rien du voile épais dont il peut -couvrir les nouvelles brèches, les fautes courantes et le péché -quotidien.» - -Ce proverbe s'applique particulièrement aux hommes et aux femmes que le -résultat qu'il énonce vient absoudre des galanteries et des désordres de -leur vie antérieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs qui -continuent à faire des dettes en se flattant d'épouser quelque riche -héritière dont la dot comblera leur déficit. - -On dit aussi: _Le mariage est une planche après le naufrage_, pour -exprimer les mêmes idées. Mais on a remarqué avec esprit et raison que -s'il fait trouver un port dans la tempête, il peut également faire -trouver une tempête dans le port. - - -La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir. - -Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font entre des personnes -de condition inégale et contre le gré des parents, offrent peu de -chances d'être heureux. Ils peuvent bien aller pendant quelques jours, -c'est-à-dire dans le temps fort court où la passion aveugle sous -laquelle ils ont été contractés conserve toute sa force; mais à mesure -qu'elle s'affaiblit, les écailles tombent des yeux des époux, et chacun -aperçoit de tristes réalités, au lieu des séduisantes idéalités qu'il -s'était formées; la femme gémit de n'être pas reçue chez les parents de -son mari, et d'être privée par suite de la considération et de l'estime -qu'elle se croit en droit d'exiger d'eux; le mari se trouve déplacé dans -la famille de sa femme, et il lui reproche son peu de distinction. Le -mari supporte difficilement les observations d'une belle-mère acariâtre -et d'un beau-père intéressé; puis les défauts des conjoints, que la -passion avait voilés, apparaissent dans leur désolante nudité. Les -récriminations commencent de part et d'autre et deviennent plus amères -par la contradiction. Ils se font des reproches mutuels; les parents de -la femme prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance vienne à -disparaître du ménage la discorde est à son comble. On pourrait, en -présence de tous ces inconvénients, dire que rien n'est terrible dans le -mariage comme le paupérisme et le _beaupérisme_. - - -Les meilleurs mariages se font entre pareils. - -Cette maxime est attribuée par les anciens tantôt à Pittacus, tantôt à -Cléobule, qui recommandaient tous deux de se marier selon sa condition. -Le dernier disait pour raison: «Si vous épousez une femme d'une -naissance plus relevée que la vôtre, vous aurez autant de maîtres -qu'elle aura de parents;» vérité dont la démonstration a été donnée dans -le _Dolopatos_, dans plusieurs fabliaux de nos trouvères, dans deux -contes de Boccace, et dans le _Georges Dandin_ de Molière. - -Le poëte Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'éloge qu'il en a fait -dans son _Prométhée enchaîné_, scène VI: «Qu'il était sage, qu'il était -sage, celui qui le premier conçut dans sa pensée, qui le premier fit -entendre cette maxime au monde: _C'est entre égaux qu'il faut s'allier!_ -C'est là qu'est le bonheur. Jamais d'hymen entre le riche fastueux, -entre le noble fier de sa race et le pauvre artisan... L'hymen entre -égaux n'offre point de péril, et n'a rien qui m'épouvante.» - -Les Hébreux disent qu'_il faut descendre un degré pour prendre une -femme, et en monter un pour faire un ami_, afin que celui-ci nous -protége et que l'autre nous obéisse. - - -Les mariages sont écrits dans le ciel. - -Ce proverbe, dont la signification est que les mariages sont souvent -imprévus et semblent dépendre de la destinée plutôt que des calculs -humains, figurait dans notre vieux droit coutumier en ces termes -rapportés par Loisel: _Les mariages se font au ciel et se consomment sur -la terre._ Il avait été primitivement consigné dans un de ces -formulaires de pratique mis en rimes latines dans le huitième et le -neuvième siècle. C'est de là probablement qu'il est passé chez les -Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers -y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal à celui qui serre -le cou d'un pendu: «_Marriage and hanging go by destiny._ Mariage et -pendaison vont au gré de la destinée.» - -Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel, -mais il est sûr qu'il y en a beaucoup sur lesquels le diable a de bonnes -hypothèques. - -On connaît ce mot d'une donzelle dépitée de voir les épouseurs échapper -à ses galanteries: «Vous verrez que si les mariages sont écrits dans le -ciel, le mien se trouvera au dernier feuillet.» Une autre, après la mort -de son père, qui avait toujours refusé de la marier, quoiqu'elle en eût -grande envie, s'écriait: «Dieu veuille que mon père ne voie point -là-haut le registre où mon mariage est inscrit! il serait capable de -déchirer la page.» - - -Année de noisettes, année de mariages. - -Ou bien _année d'enfants_. Voici l'explication que j'ai donnée dans mes -_Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français -et sur le langage proverbial_.--Le fruit que la noisette renferme sous -une double enveloppe a été regardé comme l'image de l'enfant dans le -sein de sa mère, et l'on a conclu de cette similitude que les années -abondantes en noisettes devaient l'être aussi en mariages ou en enfants. -C'est de ce préjugé fort ancien, et non, comme on pourrait le croire, -des rendez-vous donnés sous la _coudrette_ ou la coudraie, qu'est né le -dicton usité parmi les gens de la campagne et rappelé par A.-A. Monteil -dans la phrase suivante de l'_Histoire des Français des divers États_ -(seizième siècle): «Vous savez que c'est l'année des noisettes: tout le -monde se marie; sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.» - -Il faut attribuer à la même cause l'usage antique de répandre des noix -aux cérémonies nuptiales, usage qui n'avait pas pour but de marquer, -ainsi qu'on l'a prétendu, que l'époux renonçait aux amusements futiles -et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son nouvel état, mais -d'exprimer un vœu pour la fécondité de l'épouse, car la noix présentait -le même symbole que la noisette. C'est ce que dit formellement Pline le -naturaliste, liv. XXV, chap. XXIV. Festus assure également, au mot -_Nuces_, que les noix étaient jetées, pendant les noces, en signe de bon -présage pour la mariée: _Ut novæ nuptæ intranti domum novi mariti -auspicium fiat secundum et solistimum._ - -Cela avait lieu au moyen âge comme dans l'antiquité. De plus, on -déposait alors auprès du lit nuptial une corbeille pleine de noisettes -qu'on avait fait bénir par un prêtre. - -Il est resté quelque chose d'un tel usage dans ce qui se pratique aux -noces villageoises, où l'on a soin de placer sur la table en face des -mariés un plat de dragées, lesquelles ne sont, comme on sait, que des -noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a été remplacée par une couche -de sucre glacé. C'est d'après une analogie du même genre qu'à l'occasion -du baptême des enfants on distribue des boîtes de dragées aux amies, et -qu'on jette des poignées de dragées à la foule des curieux. Il est -évident que ces dragées marquent dans le mariage un souhait pour qu'il -soit fécond, et, dans le baptême, une manifestation de la joie inspirée -par l'heureux accomplissement de ce souhait. - -On jetait aussi, au moyen âge, des grains de blé, comme on le voit dans -plusieurs relations de cette époque, notamment dans le _Romancero_ du -Cid, dont la quatorzième romance décrit les réjouissances qui eurent -lieu aux noces du héros castillan. Voici de quelle manière naïve cette -romance s'exprime: «Tant il en est jeté par les fenêtres et les grilles, -que le roi en porte sur son bonnet qui est large des bords une grande -poignée. La modeste Chimène en reçoit mille grains dans sa gorgerette, -et le roi les retire à mesure.» - -Plusieurs peuples de notre temps répandent encore des noix, des -noisettes, des amandes, des fruits à noyau et des grains, pendant la -cérémonie du mariage, comme emblèmes de la fécondité qui doit en -résulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en Valachie, il est -également fréquent dans quelques villages de la Corse. Il se produit -chez les Israélites de plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne -avec une circonstance digne de remarque: c'est que, dans le moment où -ils font pleuvoir du froment sur le couple conjugal, ils ne manquent pas -de prononcer en hébreu les paroles bibliques _croissez et multipliez_, -qui ne permettent pas de garder le moindre doute sur le sens qu'on doit -attacher à cette coutume symbolique. - - -Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer, enfanter et -pleurer. - -Ce proverbe dialogué, qui se trouve sous la même formule en Espagne et -en d'autres pays, nous est venu des Provençaux, à qui l'on peut, d'après -de grandes probabilités, en attribuer l'invention. Il exprime très-bien -les trois principaux résultats du mariage pour les pauvres femmes du -peuple; car ce sont elles surtout qui ont à souffrir les tribulations de -cet état. Voyez avec quelle dureté elles sont traitées dans toutes les -parties du monde. - -Don Ulloa dit dans son _Mémoire sur la découverte de l'Amérique_: «Les -peuples de ce continent ont été peu attachés à leurs femmes, qu'ils -traitent encore comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop. -Il y a même des nations chez lesquelles deux vieilles femmes -accompagnent la future épouse, le jour de son mariage, en pleurant -réellement, se lamentant et lui criant sans cesse: «Que vas-tu faire? tu -vas te précipiter dans le plus grand malheur;» c'est cet état -insupportable qui les décide souvent à étouffer leurs filles en naissant -pour les préserver d'être aussi malheureuses qu'elles. La fatigue que -les jeunes femmes ont à essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris -à la chasse, à la pêche, préparer le manger et le boire, avoir soin des -enfants dont les pères ne s'occupent guère, et diverses autres -malheureuses circonstances font du mariage chez la plupart de ces -nations un supplice affreux.» - -Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique, où règne la loi de -Mahomet, qui est si dure pour elles. On sait à quelle triste captivité -elles y sont réduites sous le régime de la polygamie, et avec quelle -dureté elles sont traitées par leurs seigneurs et maîtres, pour lesquels -elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux domestiques. - -Ce n'est guère que dans l'Europe chrétienne qu'elles jouissent de la -liberté, et qu'elles sont regardées comme les compagnes de l'homme: -encore les priviléges que ce titre leur donne n'existent-ils réellement -que pour celles d'un certain rang. - -Les trois situations que je viens d'indiquer ont été fort bien résumées -par Sénac de Meilhan dans cette phrase remarquable: «La femme, chez les -sauvages, est une bête de somme; en Orient, un meuble; en Europe, un -enfant gâté.» - - -Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune, et trop tard quand on -est vieux. - -Proverbe pris de la réponse que fit Thalès à sa mère Cléobuline qui le -pressait d'accepter un parti avantageux: «Ma mère, quand on est jeune, -il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux, il est trop tard; -et un homme entre deux âges n'a pas assez de loisir pour se choisir une -épouse.» - -Ce mot considéré comme plaisanterie est assez bon, mais pris au sérieux -il ne saurait être approuvé. Le célibat qu'il conseille produit des -résultats plus déplorables que le mariage. Si celui-ci a des -contrariétés et des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est -livré à une foule de vices qui blessent les lois de la morale et minent -les fondements de la société. «A Dieu ne plaise, dit Montesquieu à ce -sujet, que je parle contre le célibat qu'a adopté la religion! Mais qui -pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les -deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une -union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend -toujours pires? - -«C'est une règle tirée de la nature que plus on diminue le nombre des -mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits; -moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, -comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de vols.» (_Esprit des -lois_, liv. XXIII, ch. XXI, à la fin.) - -Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un célibataire devenu vieux -qui ne gémisse de son état. Il n'y a point pour lui de famille; il -achève ses tristes jours dans une sorte de séquestration, sous la garde -incommode de quelque collatéral avide ou de quelque servante-maîtresse -dont l'unique pensée est d'accaparer son héritage. - -Le proverbe est très-bien réfuté par les observations qu'on vient de -lire. Il l'est de même par cette phrase du chancelier Bacon qui présente -une belle triade proverbiale: «A tout âge on a des raisons de se marier, -car _les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes dans -l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse._» - - -Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard. - -Je citerai à propos de ce proverbe un passage curieux extrait du -commentaire plein d'érudition et d'élégance sur les œuvres de Coquillart -par M. Charles d'Héricault: «_Trop tost marié_ et _Trop tard marié_ -étaient deux types des maris malheureux. Leurs infortunes furent -soigneusement racontées dans ce cycle de poésies contre la femme, qui -compose presque toute la littérature des derniers temps du moyen âge. Il -existe une pièce sur _Trop tost marié_, Gringoire a fait la complainte -de _Trop tard marié_, et l'on peut voir la résolution de _Ny trop tost -ny tard marié_ dans les _Anciens poëtes françoys_, tome III, page 129.» - -Cette _résolution_ est une pièce de vers dans laquelle son auteur -anonyme énumère les malheurs des sots qui se sont trop pressés ou ont -trop différé de s'enrôler dans la grande confrérie matrimoniale, et -décrit les délices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il a eu -l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne dit point précisément -à quel âge il a contracté cette union. C'est probablement entre la -trentième et la trente-cinquième année, conformément à l'usage assez -généralement observé vers la fin du quatorzième siècle. - -Platon, au livre VI de la _République_, avait prescrit de se marier dans -cet intervalle, qui se conciliait fort bien avec le précepte d'Hésiode: -«L'âge de trente ans convient pour l'union conjugale.» (_Jours et -Œuvres_, chap. II.) Mais Aristote, dans sa _Politique_, VII, XVI, -conseillait d'attendre jusqu'à trente-sept ans. - -J.-J. Rousseau, dans son _Projet de constitution pour la Corse_, prive -du droit de cité tout homme qui n'est point marié à l'âge de quarante -ans révolus. - -On trouve dans les _Conseils et Maximes_ de Panard, ce sixain qui -revient à notre proverbe: - - L'époux, pour être gracieux, - Doit n'être trop vert ni trop vieux. - Belles, que tente l'hyménée, - Apprenez ces deux vers par cœur: - _Bois vert se consume en fumée, - Bois vieux ne fait plus de chaleur._ - - - Qui va loin se marier - Sera trompé ou veut tromper. - -La moralité à tirer de ce proverbe, dont la raison s'offre d'elle-même, -c'est qu'il est bon de se marier dans son pays avec une personne que -l'on connaisse bien. Si cela ne met pas tout à fait à l'abri des -mauvaises chances que présente le mariage, cela du moins peut les -diminuer beaucoup. - -La recommandation de ne pas se marier loin remonte à une haute -antiquité. Elle se trouve rappelée par Hésiode dans le poëme des _Jours -et des Œuvres_. - - - Avant de te marier, - Aie maison pour habiter. - -C'est-à-dire: Ne cherche pas à fonder une famille, si tu ne possèdes -point ce qui est nécessaire pour la loger et la nourrir. - -Tel est le sens littéral de ce proverbe, qui contient en germe la -doctrine que Malthus et ses disciples ont développée dans un odieux -système, où ils ne tiennent pas le moindre compte de l'action -providentielle du bon Dieu, qui, certainement, n'a pas dit aux créatures -humaines: _Croissez et multipliez_, pour qu'elles fussent réduites à -mourir de faim par suite de leur multiplication. - -S'il ne fallait se marier que lorsqu'on a pignon sur rue, la plupart des -hommes seraient obligés de vivre dans le célibat, et qui sait ce que -deviendrait la société avec de pareils citoyens?... Mais consultons -l'esprit plutôt que la lettre du proverbe, et nous y verrons un assez -bon conseil, dont l'expression a été probablement exagérée à dessein -pour faire mieux comprendre aux indigents qui aspirent à se mettre en -ménage combien le travail et l'économie leur sont indispensables. Il -serait déraisonnable et immoral s'il les engageait à renoncer au -mariage, qui leur convient encore mieux qu'aux riches. Cet état est dans -les vues de Dieu, dont la parole ne peut les tromper comme le calcul -hasardé des économistes, et ils ne doivent plus craindre de s'y engager, -s'ils ont la ferme résolution de remplir les obligations qu'il leur -impose. Ils ont droit, en ce cas, d'espérer, de compter même, qu'avec -l'aide de la Providence et une conduite sage et laborieuse ils ne -manqueront pas des moyens d'entretenir leur famille, si nombreuse -qu'elle soit. _Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres_, -dit un proverbe qu'on voit presque toujours se vérifier par une -bénédiction spéciale du ciel. Les enfants sont la richesse du pauvre qui -vit honnêtement; ils attirent sur lui l'intérêt général, et, suivant une -sainte maxime, ils lui sont donnés comme un héritage du Seigneur et -comme une récompense: _Ecce hæreditas Domini, filii; merces, fructus -ventris._ (Psalm. CXXVI. 3.) - - -Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dîner et la femme de -quoi souper. - -C'est absolument l'idée du proverbe précédent que celui-ci reproduit -sous une forme différente. Ainsi les réflexions qui ont été faites sur -l'un sont tout à fait applicables à l'autre, et nous ne croyons pas -qu'il soit nécessaire d'y en ajouter de nouvelles pour démontrer que le -second ne doit pas plus que le premier être interprété conformément à -cette détestable doctrine malthusienne, qui voudrait interdire le -mariage aux pauvres afin d'en étouffer la race, et qui semble ne faire -consister le bien-être qu'elle promet que dans le résultat d'une action -dénaturée, c'est-à-dire dans l'augmentation des subsistances par la -diminution de l'espèce humaine. - -Nous remarquerons seulement sur le dernier proverbe que, s'il était pris -à la lettre, il placerait dans une fâcheuse alternative deux personnes -qui n'auraient aucun bien et qui s'aimeraient; car elles seraient -condamnées à la misère en se mariant, et au malheur en ne se mariant -pas. - - -Il faut se marier en face de l'église. - -Il faut que le mariage soit consacré par la religion. C'est une maxime -dans le développement de laquelle je n'ai pas l'intention d'entrer: je -veux seulement examiner quelle a été l'origine de l'expression _en face -l'église_, qui semble un peu étrange aujourd'hui, et démontrer qu'elle -est une de celles dont on ne saurait trouver la juste explication que -dans les usages de nos pères. On a prétendu à tort qu'elle désignait par -le mot _église_ l'autorité ecclésiastique. Elle n'emploie pas ce mot -dans un sens figuré, mais dans un sens matériel; elle prend l'église -pour le bâtiment sacré où les fidèles se rassemblent, et elle fait -allusion à l'ancienne coutume de célébrer devant la porte de ce bâtiment -la cérémonie du mariage qui se fait maintenant dans l'intérieur. C'est -de là très-certainement qu'elle est née, et elle date d'une époque fort -reculée. On la trouve au XXVIe chapitre du IIIe livre de Guillaume de -Newbridge, savant anglais qui écrivait en latin, il y a plus de six -cents ans. Voici le passage où cet auteur l'a consignée, en faisant -mention du mariage de Henri II, Plantagenet, avec Éléonore d'Aquitaine, -épouse divorcée du roi de France Louis VII, dit le Jeune: _Solutamque a -lege prioris viri in facie ecclesiæ, quadam illicita licentia, ille mox -suo accepit conjugio._ - -Dans un missel de 1555, à l'usage de l'église de Salisbury, on lit cette -recommandation: «_Statuantur vir et mulier ante ostium ecclesiæ, sive in -faciem ecclesiæ, coram Deo et sacerdote et populo._ Que l'homme et la -femme soient placés devant la porte de l'église ou EN FACE DE L'ÉGLISE, -en présence de Dieu, du prêtre et du peuple.» - -On sait que le mariage de Henri de Béarn, depuis Henri IV, avec -Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, eut lieu, le 18 avril 1572, -par le ministère du cardinal de Bourbon sur un brillant échafaud dressé -à la porte de l'église de Notre-Dame de Paris. - -Ces faits et beaucoup d'autres semblables que je pourrais y joindre -prouvent qu'en France et en Angleterre on se mariait encore devant la -façade de l'église vers la fin du seizième siècle. Cependant il faut -observer que, dans la mauvaise saison et dans les jours pluvieux, on -faisait la cérémonie sous le porche, d'où l'on ne tarda pas à passer -dans la chapelle. Mais quels étaient donc les motifs qui avaient pu -faire adopter le mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que cet -usage était un reste des mœurs païennes. Ils disent que plusieurs -peuples de l'antiquité, particulièrement les Étrusques, se mariaient -dans la rue devant la porte de la maison, où l'on entrait pour la -conclusion de la cérémonie. - -A cette raison Selden en ajoute une autre dans son _Uxor hebraica_ -(opera, t. III, pag. 680): c'est que la dot ne pouvait être légalement -assignée qu'en face de l'église. - - -Il ne faut pas se marier pour la première nuit de ses noces. - -Il faut consulter la raison, les convenances et l'intérêt dans le choix -d'une épouse, et ne pas se marier uniquement pour satisfaire un fol -amour. Celui qui ne prend femme que dans la vue si spirituellement -indiquée par le proverbe se mécompte presque toujours, car l'amour passe -et la femme reste, sans conserver pour le mari cette beauté qui avait -exercé sur lui une irrésistible fascination. - -Tout est fini ou bien près de finir pour l'amour sitôt que l'union de -deux cœurs devient celle de deux corps, et les charmantes illusions -qu'il faisait naître cèdent la place à de tristes réalités. C'est un -mirage fantastique après lequel on ne voit plus que les sables arides du -désert. - - -Bailler ou donner le chapelet à une fille. - -C'est la marier. Le chapelet ou petit chapeau, auquel a succédé la -guirlande de fleurs d'oranger, était une couronne de romarin ou de myrte -qu'on mettait autrefois sur le front des jeunes filles dans la cérémonie -nuptiale, à l'imitation de la couronne de marjolaine que prenaient les -nouvelles mariées chez les Romains, comme on le voit dans ces deux vers -de l'épithalame de Julie et de Manlius par Catulle: - - _Cinge tempora floribus - Suaveolentis amarari._ - - Ceins tes tempes des fleurs de l'odorante marjolaine. - -Il y avait sans doute en cela une allégorie qui recommandait aux -épousées de conserver soigneusement l'honneur conjugal dont cette -couronne présentait l'emblème. - - -Prendre le collier de misère. - -C'est se marier. Les nombreux éléments dont se compose cette misère -étant exposés en assez grand détail dans les proverbes qui précèdent ou -qui suivent, je me bornerai à joindre à celui-ci une anecdote orientale -propre à lui servir de commentaire. - -Bahalul, que les saillies de son esprit firent surnommer Al-Mégoun, -c'est-à-dire le Fou, plaisait beaucoup au calife Haroun al-Raschid par -son humeur enjouée, ses reparties ingénieuses et ses traits vifs et -facétieux. Ce calife lui dit un jour: «Bahalul, pourquoi ne te maries-tu -pas? je veux te donner une épouse jeune, bien faite et riche. Elle te -procurera toutes les douceurs de la vie.» Bahalul, cédant à ces raisons -et plus encore à la volonté de son maître, consentit au mariage, et, les -noces s'étant faites, il entra avec sa femme dans la couche nuptiale. -Mais à peine y fut-il, qu'il entendit ou feignit d'entendre un grand -bruit dans le sein de sa compagne. Effrayé, il s'élance aussitôt du lit -et s'enfuit bien loin hors de la ville. Le calife, instruit de son -escapade, ordonne de le chercher: on le trouve et on le lui amène. Le -monarque le réprimande d'abord, et lui demande ensuite où est le mot -pour rire dans cette affaire. «Sublime commandeur des croyants, répond -Bahalul, vous m'aviez promis que je goûterais avec ma femme toutes les -douceurs de la vie. Cependant, à peine étais-je couché auprès d'elle, -que toutes mes espérances furent trompées. J'entendis un bruit alarmant -qui sortait de ses entrailles, il était formé d'une foule de voix qui -tour à tour me demandaient une chemise, un habit, un turban, des -souliers, du pain, du riz, de la viande, etc. Il y avait, en outre, des -cris, des pleurs, des rires de plusieurs enfants qui allaient, venaient, -folâtraient, se battaient, se plaignaient ou s'égayaient à qui mieux -mieux. Je fus si épouvanté de ce vacarme, que je laissai là ma femme -pour échapper aux malheurs dont sa fécondité me menaçait. Je n'aurais pu -rester avec elle sans devenir encore plus fou que je ne suis.» - - -Allumer la chandelle à quatre cornes. - -Vieille expression proverbiale dont on se sert quelquefois encore en -certaines provinces et même à Paris, pour marquer le contentement d'un -père et d'une mère qui marient la dernière de leurs filles, après avoir -marié toutes les autres. Elle rappelle la coutume anciennement observée, -en pareil cas, de faire une espèce d'illumination de joie en allumant -toutes les mèches d'une grande lampe de famille, qui avait ordinairement -quatre cornes ou becs. Cette coutume était un reste des antiques -formalités du mariage, où l'on employait le feu comme élément -symbolique. Le recueil manuscrit des anciens statuts de Marseille -(_Statuta Massiliensia_, année 1274) nous apprend que, le jour des -noces, on avait soin d'entretenir des luminaires dans l'intérieur des -maisons. On peut voir, à ce sujet, l'_Histoire de Marseille_ par Fabre -(II, 204). - -Il y a une remarque grammaticale à faire sur le mot _chandelle_, qui -pourrait paraître avoir été improprement introduit dans l'expression que -je viens d'expliquer: c'est qu'autrefois _chandelle_ était un terme -générique, désignant à la fois et la substance qui éclairait et -l'ustensile où cette substance était placée. D'autres en ont fait la -remarque avant moi. - - -Qui se marie à la hâte se repent à loisir. - -Un mariage contracté trop vite devient une source intarissable de -regrets, parce qu'il est rarement fondé sur le rapport des caractères -sans lequel la bonne intelligence ne saurait guère exister entre les -époux. Les Allemands disent: _Mariage prompt, regret long_. - - _Heirath in Eil' - Bereut man mit Weil._ - -«En général les mariages conclus après une longue fréquentation, pendant -laquelle on a appris des deux parts à se connaître, sont ceux dans -lesquels on trouve plus d'amour et de constance. Il faut que l'amour ait -jeté de profondes racines et se soit bien fortifié avant d'y enter le -mariage. Une longue suite d'espérances et d'attentes nous fixe l'idée -dans l'esprit et nous accoutume à sentir une véritable tendresse pour la -personne dont on a fait choix.» (Addison, _Spectateur_.) - -En effet, une longue fréquentation, où l'on apprend à se connaître, à -s'estimer mutuellement, doit produire une tendre amitié, et cette amitié -est le plus heureux commencement ainsi que la meilleure garantie de -l'amour conjugal. Malfilâtre a développé une idée semblable en vers -élégants dans le premier chant de son poëme intitulé _Narcisse dans -l'île de Vénus_. Je vais les citer, pour donner de la variété et de -l'agrément à cet article: - - Vénus voulut, avant l'âge où l'on aime, - Voir ses sujets, voir ces couples charmants, - Couples futurs, déjà s'unir d'eux-mêmes - Par le rapport des goûts, des sentiments. - Elle voulut que ces enfants aimables, - Pour rendre un jour leurs chaînes plus durables, - Fussent amis avant que d'être amants: - Qu'en attendant les amoureuses flammes, - D'avance un sexe à l'autre fût lié; - Qu'enfin l'amour, prêt d'entrer dans leurs âmes, - En arrivant, y trouvât l'amitié; - Car l'amitié, la confiance intime - Nourrit l'amour, le soutient, le ranime, - Et rend ses feux plus touchants de moitié. - De leur concours, de leur souffle unanime, - Naît ce plaisir pur, délicat, sublime, - Plaisir cherché par nos vœux superflus, - Plaisir moqué des mortels corrompus. - Mais quoi? l'amour n'est point connu du crime, - Puisque l'amour sans l'amitié n'est plus, - Que l'amitié se fonde sur l'estime, - Et que l'estime est fille des vertus. - - -On se marie pour soi. - -C'est la réponse que fait le jeune homme écervelé qui refuse de se -laisser guider dans le choix d'une épouse par ses parents ou ses amis, -et qui, poussé par un désir aveugle, s'obstine à s'unir à celle dont les -appas seuls l'ont séduit, sacrifiant toutes les convenances à sa folle -passion, et bravant tous les effets malheureux que ne peut manquer de -produire cette union disproportionnée ou mal assortie. Le mariage est un -état trop important et trop sérieux pour s'y engager avec étourderie et -par caprice. Suivant Montaigne, «l'alliance, les moyens y poisent -(doivent y entrer en compte) par raison, autant ou plus que les grâces -et la beauté. On ne se marie pas pour soy, quoy qu'on en die; on se -marie autant ou plus pour sa postérité, pour sa famille; l'usage et -l'intérest du mariage touche notre race, bien loing par delà nous.» -(_Essais_, liv. III, chap. V.) - -Cervantes pensait que les parents devaient décider du mariage de leurs -enfants et ne pas les laisser libres de le conclure eux-mêmes par -fantaisie ou par amour. Voici les réflexions qu'il a mises dans la -bouche de don Quichotte sur ce sujet: «Si tous ceux qui s'aiment -pouvaient ainsi se marier, ce serait enlever aux parents le droit de -choisir pour leurs enfants et de les marier quand ils le jugent -convenable; et si le choix des maris était abandonné à la volonté des -filles, telle se trouverait qui prendrait le valet de son père, et telle -autre le premier venu qu'elle aurait vu passer dans la rue fier et -pimpant, ne fût-il qu'un débauché et un spadassin. L'amour aveugle -aisément les yeux et l'esprit, si nécessaires pour le choix d'un état; -et, en fait de mariage surtout, rien de plus facile que de se tromper: -il faut un grand tact et une faveur particulière du ciel pour rencontrer -juste. Quelqu'un veut-il entreprendre un long voyage, s'il est sage, -avant de se mettre en route, il cherchera un compagnon sûr et agréable. -Pourquoi donc ne ferait-il pas de même celui qui doit cheminer tout le -cours de la vie jusqu'au terme final, la mort; surtout si son compagnon -de route doit le suivre au lit, à la table, partout, comme fait la femme -pour son mari?» (Partie II, ch. XIX.) - -Il n'y a pas de législation qui n'ait jugé nécessaire le consentement -des pères au mariage des enfants. «Cette nécessité, dit Montesquieu dans -l'_Esprit des lois_ (liv. XXIII, ch. VII), est fondée sur leur -puissance, c'est-à-dire sur leur droit de propriété. Elle est aussi -fondée sur leur amour, sur leur raison et sur l'incertitude de celle de -leurs enfants, que l'âge tient dans l'état d'ignorance, et les passions -dans l'état d'ivresse.» - - -Le jour où l'on se marie est le lendemain du bon temps. - -Dès ce jour-là tout devient sérieux dans la vie; les jeux et les -divertissements cessent d'être de saison, et les préoccupations de -l'avenir doivent commencer. Il faut pourvoir aux besoins du ménage, -travailler sans relâche pour l'entretien de la femme qu'on a prise et -des enfants qu'on aura, enfin se dévouer tout entier à l'accomplissement -des graves obligations qu'impose le nouvel état où l'on vient d'entrer. - -Bacon a dit dans un style noblement figuré: «Quiconque a épousé une -femme et mis des enfants au jour a donné des otages à la fortune.» - -Il en a donné aussi à la morale, dont les lois ont alors sur lui plus -d'autorité et l'attachent à ses devoirs par des liens plus forts et plus -sacrés. Le mariage est essentiellement moralisateur; il éloigne du vice -et mène à l'honnêteté. «Plus vous aurez d'hommes mariés, dit Voltaire, -moins il y aura de crimes. Voyez les registres affreux de vos greffes -criminels; vous y trouverez cent garçons de pendus, ou de roués, contre -un père de famille. - -«Le mariage rend l'homme plus vertueux et plus sage. Le père de famille -ne veut pas rougir devant ses enfants; il craint de leur laisser -l'opprobre pour héritage.» (_Dictionnaire philosophique_, art. -_Mariage_.) - -Joignons à cela un morceau remarquable extrait de la charmante mosaïque -composée par M. L. Veuillot, sous le titre modeste de _Çà et Là_: «Je -suis éperdu d'admiration--hélas! et d'épouvante--quand je songe à la -grandeur morale où quelque petit individu de ma sorte, par exemple, peut -et doit s'élever, sans avoir cependant ni puissance, ni richesse, ni -génie, par cette seule raison qu'il est homme et chef de famille. Voilà -autour de cet homme un monde à protéger, à aimer, à servir, à édifier, à -réjouir même. Il faut que l'on vive de ses labeurs, que l'on se fortifie -de ses exemples, que l'on s'honore de ses œuvres, que l'on soit heureux -par lui.» - - -Qui se marie fait bien, et qui ne se marie pas fait encore mieux. - -Ce proverbe, dans lequel se trouve une sorte d'approbation ou plutôt de -tolérance pour le mariage, est dérivé d'un passage de la première épître -de saint Paul aux Corinthiens. Cet apôtre, après avoir dit qu'il est -avantageux de ne pas se marier, afin que le soin des choses du monde ne -détourne pas du soin des choses du Seigneur, reconnaît cependant ce qui -doit être accordé au besoin de la nature humaine, et conclut en ces -termes: «_Qui matrimonio jungit virginem suam bene facit, et qui non -jungit melius facit_ (cap. VII, 38). Celui qui marie sa fille fait bien, -et celui qui ne la marie pas fait mieux.» - -Un père, qui avait ses raisons pour ne pas vanter devant la sienne les -avantages de l'état conjugal, lui répétait les paroles de saint Paul, -elle lui dit: «Mon père, faisons bien, fera mieux qui pourra.» - - -Qu'on se marie ou non, l'on a toujours à s'en repentir. - -C'est ce que Socrate répondit à un jeune Athénien qui, hésitant à -prendre femme, lui demandait s'il valait mieux se marier ou ne pas se -marier. Sa réponse devint un proverbe dont on se sert encore aujourd'hui -et dont l'idée a été reproduite dans plusieurs variantes vulgaires; je -me borne à signaler celle-ci: _Femme est marchandise trompeuse: qui n'en -a point s'en plaint, qui en prend s'en repent._ - -La réponse du philosophe n'était pas conforme à la demande. Il n'avait -pas à dire si celui qui se mariait et celui qui ne se mariait point -s'exposaient également au repentir, mais bien auquel des deux ce -repentir devait être plus amer. Il jugea à propos d'éluder la question -et de la laisser indécise. Qu'on se garde pourtant de conclure de là -qu'il n'appréciait pas mieux le mariage que le célibat. C'est à tort -qu'on a prétendu que les contrariétés que lui suscitait l'humeur fort -difficile de sa femme Xantippe le lui avaient rendu antipathique, il ne -cessa jamais de le regarder comme l'institution la plus utile qui a -produit la famille, fondement de la société. Il en parla dans une -nombreuse assemblée en termes si honorables et si persuasifs, il en -exposa les avantages sous un si beau jour, que les célibataires, dont -son auditoire était en grande partie composé, se marièrent tous dans -l'année. C'était prendre le bon parti, car le mariage, malgré ses -désagréments et ses chagrins, est bien préférable au célibat, je ne -parle pas du célibat des hommes voués à la religion ou à la science et -capables d'acquitter leur dette envers la société par des vertus ou des -talents, je parle de celui des vils égoïstes et des lâches voluptueux, -qui sacrifient tous leurs devoirs pour satisfaire leurs vices. - -On ferait bien mieux de ridiculiser les célibataires que les gens mal -mariés. C'est ce que faisaient les peuples antiques, et quelques-uns -même de ces peuples les traitaient plus sévèrement. On sait que, chez -les Spartiates, les femmes avaient le droit de les fouetter tous les -ans, au pied de la statue de Junon qui présidait aux mariages. - -Je ne prétends pas assurément qu'il faille renouveler contre eux une -pareille punition. Je pense qu'ils ne sont que trop punis par les vices -qu'ils contractent dans la vie qu'ils mènent et par l'abandon où ils -sont réduits dans leurs dernières années. - -Quant aux plaisanteries sur le mariage, il faut bien les tolérer, et -j'aurais mauvaise grâce à vouloir les proscrire. Tout ce que je demande, -c'est qu'elles ne soient pas sérieuses, et qu'au lieu de porter sur -l'institution elle-même, elles tombent sur ce qui tend à fausser cette -institution, qui est la plus respectable du monde puisqu'elle est le -fondement de la famille, sur laquelle est fondée la société. - -Laissons donc les railleurs s'égayer sur ce sujet, pourvu qu'ils ne -dépassent pas les justes limites que la vérité, la décence et le bon -goût imposent. Nos aïeux, grands amateurs de la gaudriole, sont allés -trop souvent au delà. Cependant ils ne négligeaient pas de se marier, et -ils avaient soin de donner à la société un grand nombre d'enfants -légitimes. C'est sur ce dernier point qu'il faut les imiter. Que les -malthusiens en disent ce qu'ils voudront, je pense qu'il est bon que -chacun fasse comme ses père et mère. Ainsi soit-il. - - - Qui se marie par amours - A bonnes nuits et mauvais jours. - -Une femme d'esprit et de sens, Mme de Flahaut, disait à son fils, pour -le dissuader de faire un mariage d'amour, qui est ordinairement un -mariage pauvre: «Souvenez-vous, mon fils, qu'il n'y a qu'une chose qui -revienne chaque jour dans le ménage, c'est le dîner.» - -Voici comment Molière a développé la pensée proverbiale dans -l'_Étourdi_, acte IV, scène IV: - - Quand on ne prend en dot que la seule beauté, - Le remords est bien près de la solennité, - Et la plus belle femme a bien peu de défense - Contre cette tiédeur qui suit la jouissance. - Je vous le dis encor, ces bouillants mouvements, - Ces ardeurs de jeunesse et ces emportements - Nous font trouver d'abord quelques nuits agréables. - Mais ces félicités ne sont guère durables, - Et notre passion, alentissant son cours, - _Après de bonnes nuits donne de mauvais jours_. - De là viennent les soins, les soucis, les misères, - Les fils déshérités par le courroux des pères. - -Thomas Corneille a dit sur le même sujet, mais d'un style moins -vigoureux: - - L'abondance des biens - Pour l'amour conjugal a de puissants liens. - La beauté, les attraits, l'esprit, la bonne mine, - Échauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine, - Et l'hymen qui succède à ces folles amours, - Après quelques douceurs a bien de mauvais jours. - - -Qui se marie se met la corde au cou. - -C'est-à-dire se rend esclave. Ce proverbe est une traduction vulgaire -des paroles d'Hippothoüs, citées parmi les _Sentences choisies des -trésors des Grecs_, par Stobée: «_Astrictus nuptiis non amplius liber -est._ Celui qui est lié par le mariage n'est plus libre.» - - Cette chaîne qui dure autant que notre vie, - Et qui devrait donner plus de peur que d'envie, - Si l'on n'y prend bien garde, attache assez souvent - Le contraire au contraire et le mort au vivant. - -Ces vers de Corneille assimilent le mariage au supplice que Mézence -infligeait à ses victimes. Ce tyran, dit Virgile, unissait des corps -vivants à des cadavres. (_Énéide_, VIII, 485.) - - _Mortua quin etiam jungebat corpora vivis._ - - -Qui se marie s'achemine à faire pénitence. - -Il n'y a rien qui ait besoin d'explication dans ce proverbe, et je me -bornerai à y joindre une historiette vraie ou fausse, dont on -l'assaisonne ordinairement, quand on le cite. La voici telle qu'elle a -été mise en vers par Pons de Verdun, le plus fécond de nos rimeurs -anecdotiers: - - La veille de son mariage, - Thomas au père Hilarion - Fut demander, selon l'usage, - Un billet de confession. - Le pénitent, gai comme un prince, - Bien confessé, billet en main, - S'en allait: un remords le pince, - Et vite il rebrousse chemin. - «Sans doute c'est par oubliance, - Va-t-il dire au père étonné, - Que vous ne m'avez pas donné - Le moindre mot de pénitence. - --Allez, répond le franciscain, - Allez, vous n'en avez que faire: - Ne m'avez-vous pas dit, mon frère, - Que vous vous mariiez demain? - - -Marie ton fils quand tu voudras, et ta fille quand tu pourras. - -On peut différer sans inconvénient le mariage d'un fils, qui -ordinairement n'est point à charge à la famille; mais il n'en saurait -être de même de celui d'une fille, car elle donne bien de l'embarras et -exige une surveillance continuelle. Il importe beaucoup de lui chercher -un époux, et si l'on en trouve un qui soit convenable, il faut le lui -donner sans retard. _Marie ta fille, et tu auras fait une grande -affaire_, dit un autre proverbe traduit de ces paroles de -l'_Ecclésiastique_: _Trade filiam, et grande opus feceris_ (VII, 27). - -Cette _grande affaire_ n'était pas aussi importante dans l'antiquité -qu'elle l'est dans notre temps, où le mariage est devenu extrêmement -difficile. Alors, pour parler comme Dante, «la fille en naissant ne -faisait pas encore peur à son père, car l'heure de la marier et la dot -n'avaient pas toutes deux dépassé toute mesure.» - - _Non faceva nascendo ancor paura - La figlia al padre, che il tempo e la dote - Non fuggian quinci e quindi la misura._ - -La diminution des mariages, produite d'un côté par le libertinage des -hommes, et de l'autre par le luxe des femmes, est telle aujourd'hui -qu'elle fait la désolation des familles et préoccupe les politiques et -les moralistes, effrayés des calculs de la statistique qui démontre que, -depuis vingt-cinq ans, le mariage ne cesse de décroître ou de rester -stationnaire. - - -Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion s'en -présente. - -Il ne faut pas refuser un mari à sa fille lorsqu'elle éprouve le désir -et le besoin d'en avoir un; car ce refus pourrait entraîner de graves -inconvénients pour elle et pour la famille. Il ne faut pas non plus -négliger de marier son fils quand on en trouve l'occasion, quoiqu'il n'y -ait pas urgence de le faire. Ce proverbe, dont la dernière partie -contredit un peu la première du précédent, est littéralement traduit du -basque: - - _Alaba escont esac nahi-denean. - Semea ordu-denean._ - - -Marie ton fils à Paris. - -Ce proverbe, peu significatif et peut-être peu sage aujourd'hui, était -autrefois un bon conseil pour les parents qui tenaient à marier leur -fils richement, parce que la Coutume de Paris avantageait les filles au -détriment des garçons. - - -Marie ta fille en Normandie. - -L'ancienne Coutume de Normandie contenait, à l'égard des filles, des -dispositions contraires à celles de la Coutume de Paris; elle les -désavantageait pour avantager les fils, qui devenaient par là de riches -partis. Les fils dont il est ici question étaient les aînés; car les -autres n'avaient guère plus de droit que les filles à l'héritage -paternel, et l'on disait: _C'est un cadet de Normandie_, pour désigner -un individu mal partagé sous le rapport de la fortune. - -On sait que Boileau, qui estimait trop peu le talent de Th. Corneille, -lui appliquait cette dénomination: «Ses vers, comparés à ceux de son -aîné, disait-il, montrent bien qu'il n'est qu'_un cadet de Normandie_.» - - -Nul ne se marie qui ne s'en repente. - -Proverbe qui se trouve textuellement dans la _Châtelaine de -Saint-Gilles_, poëme manuscrit de la Bibliothèque nationale, nº 7,218. -_Nus ne se marie qui ne s'en repente._ Et pourquoi ce repentir presque -universel du mariage? Fénelon va nous l'apprendre: «Ce joug perpétuel, -dit-il, est difficile à porter pour la plupart des hommes légers, -inquiets et remplis de défauts. Chacune des deux personnes a ses -imperfections: les naturels sont opposés, les humeurs sont presque -incompatibles; à la longue, la complaisance s'use, on se lasse les uns -des autres dans cette misérable nécessité d'être presque toujours -ensemble et d'agir en toutes choses de concert. Il faut une grande grâce -et une grande fidélité à la grâce reçue pour porter patiemment ce joug. -Quiconque l'acceptera par l'espérance de s'y contenter grossièrement y -sera bientôt mécompté. Il sera malheureux et rendra sa compagne -malheureuse. C'est un état de tribulation et d'assujettissement -très-pénible auquel il faut se préparer en esprit de pénitence.» - -Fénelon dit encore dans un autre endroit de ses _Lettres spirituelles_: -«Demandez, voyez, écoutez; que trouvez-vous dans toutes les familles, -dans les mariages mêmes qu'on croit les mieux assortis et les plus -heureux, sinon des peines, des contradictions, des angoisses? Les voilà -ces tribulations dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit: _Ceux qui entrent -dans les liens du mariage souffrent les tribulations de la chair, et je -voudrais vous les épargner._ Il n'en a point parlé en vain; le monde en -parle encore plus que lui; toute la nature est en souffrance. Laissons -là tant de mariages pleins de dissensions scandaleuses; encore une fois, -prenons les meilleurs. Il n'y paraît rien de malheureux; mais, pour -empêcher que rien n'éclate, combien faut-il que le mari et la femme -souffrent l'un de l'autre! Ils sont tous deux également raisonnables, si -vous le voulez (chose très-rare et qu'il n'est guère permis d'espérer); -mais chacun a ses humeurs, ses préventions, ses habitudes, ses liaisons. -Quelque convenance qu'il y ait entre eux, les naturels sont toujours -assez opposés pour causer une contrariété fréquente, dans une société si -longue, où l'on se voit de si près, si souvent, avec ses défauts de part -et d'autre, dans les occasions les plus naturelles et les plus -imprévues, où l'on ne peut être préparé. On se lasse, le goût s'use, -l'imperfection toujours attachée à l'humanité se fait sentir de plus en -plus. Il faut à toute heure prendre sur soi et ne pas montrer tout ce -qu'on y prend; il faut à son tour prendre sur son prochain, et -s'apercevoir de sa répugnance. La complaisance diminue, le cœur se -dessèche, on se devient une croix l'un à l'autre... Souvent on ne tient -plus l'un à l'autre que par devoir tout au plus, ou par une certaine -estime sèche, ou par une amitié altérée et sans goût qui ne se réveille -que dans les fortes occasions. Le commerce journalier n'a presque rien -de doux; le cœur ne s'y repose guère: c'est plutôt une conformité -d'intérêt, un lien d'honneur, un attachement fidèle, qu'une amitié -sensible et cordiale.» - - -Saint Nicolas marie les filles avec les gaz[15]. - - [15] _Gaz_ ou _gars_ signifie garçon. Ce mot a un féminin qui - aujourd'hui fait frémir la pudeur, et qui autrefois figurait dans le - proverbe à la place du mot _filles_, sans offenser les plus chastes - oreilles, puisque le bon Saint François de Sales l'a fréquemment - employé dans ses écrits religieux, au commencement du dix-septième - siècle. C'est le cas de dire avec Voltaire que la pudeur se réfugie - sur les lèvres quand elle n'est plus dans le cœur. - -Saint Nicolas, évêque de Myre, se distingua, durant tout son épiscopat, -par sa charité évangélique et par son zèle éclairé pour le maintien des -bonnes mœurs. Ayant appris un jour qu'un gentilhomme, père de trois -filles qu'il ne trouvait pas à marier, faute de pouvoir les doter, se -disposait à leur faire contracter des unions illégitimes, il alla de -nuit se poster devant la maison de cet homme, et, profitant d'un moment -où la fenêtre de sa chambre était ouverte, il y jeta une bourse remplie -d'or pour qu'elle servît de dot à l'aînée des trois sœurs. Puis il -renouvela, en temps opportun, le même acte de générosité en faveur de -chacune des deux autres, qui devinrent, grâce à lui, de pieuses mères de -famille au lieu d'être de malheureuses courtisanes. - -De là est venue la croyance que saint Nicolas, dans le ciel, prend -plaisir à continuer le beau rôle qu'il a rempli sur la terre. Il est le -patron des pauvres filles à marier, et son nom est invoqué dans les -_litanies des amoureux_, où elles s'écrient: - - Patron des filles, saint Nicolas, - Mariez-nous, ne tardez pas. - -J. Delille a consacré à ce saint, dans la première édition du poëme de -la _Pitié_, les quatre vers suivants, qui ont été supprimés dans les -autres éditions: - - Le grand saint Nicolas dont l'oreille discrète - Écoute des amants la prière secrète, - Qui, des sexes divers le confident chéri, - Donne à l'homme une épouse, à la femme un mari. - -Saint Nicolas est aussi le patron des garçons et le patron des -mariniers, pour des raisons tirées de deux faits consignés dans sa -légende, et inutiles à rapporter ici. - - -Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins. - -C'est ce que disait un vieillard de l'antiquité, le jour même de son -mariage. Ce joli mot, passé en proverbe, est rapporté par -Plutarque.--Nous avons encore ce vieux dicton, qui exprime la même idée -par une antithèse assez plaisante: _Qui recule trop à se marier, il -s'avance d'être sot._ - -Il résulte de là qu'il faut se marier dans la jeunesse, et qu'il vaut -mieux renoncer tout à fait au mariage que de le remettre à la grande -année climatérique. - -Un sage et spirituel sexagénaire, qui mérite, en ce cas, d'être proposé -comme modèle, répondait aux conseils qu'on lui donnait de se marier: «Je -m'en garderai bien, car je n'ai aucun goût pour les vieilles femmes, et -je suis sûr que les jeunes, par la même raison, n'en auraient aucun pour -moi.» - - -Les fiançailles chevauchent en selle, et les repentirs en croupe. - - _Post equitem sedet atra cura._ - -(Horat., lib. III, od. I.) - -Il n'y a qu'une remarque à faire sur ce proverbe maintenant peu usité; -c'est qu'à l'époque où il fut introduit, les fiancés, du moins ceux -d'une condition au-dessus de l'ordinaire, se rendaient à cheval à -l'église, n'ayant pas, comme aujourd'hui, des voitures pour y être -transportés. - - -Tel fiance qui n'épouse pas. - -Proverbe qu'on emploie au figuré pour faire entendre qu'une espérance -qui est très-bien fondée, qui est même en voie de réalisation, peut être -frustrée tout à coup. - -On lit dans les _Institutes_ de Loisel: _Fille fiancée n'est ni prise ni -laissée_ (liv. I, tit. II, reg. 1), et dans les _Maximes du droit -français_ de L'Hommeau: _Fille fiancée n'est pas mariée_ (liv. III, max. -41). - -Les fiançailles ne sont qu'une promesse qui peut être rompue, sauf -l'action en dommages et intérêts. - -Chateaubriand dit que l'intention de la coutume des fiançailles est de -laisser aux deux époux le temps de se connaître avant de s'unir. «Saint -Augustin, ajoute-t-il, en rapporte une raison aimable: _Constitutum est -ut jam pactæ sponsæ non statim tradantur, ne vilem habeat maritus datam -quam non suspiraverit sponsus dilatam._» - - -Boire tanquam sponsus, ou boire comme un fiancé. - -Cette expression proverbiale, qui signifie boire copieusement, se trouve -dans le cinquième chapitre de _Gargantua_. Un commentateur croit qu'elle -a dû son origine à un mauvais jeu de mots sur _sponsus_ et _spongia_ -(éponge), ce qui est tant soit peu ridicule. Fleury de Bellingen la fait -venir des noces de Cana, où la provision de vin fut épuisée; sur quoi -l'abbé Tuet fait la remarque suivante: «Le texte sacré dit bien qu'à ces -noces le vin manqua, mais non pas que l'on y but beaucoup, encore moins -que l'époux donna l'exemple de l'intempérance. J'aimerais mieux tirer le -proverbe des amants de Pénélope, qui passaient le temps à boire, à -causer, etc. Horace appelle _sponsos Penelopes_ les personnes livrées à -la débauche.» - -Aucune de ces explications ne me paraît admissible. En voici une -nouvelle que je propose, et dont la vérité me paraît incontestable. -Autrefois, en France, on était dans l'usage de _boire le vin des -fiançailles_. Dans cette circonstance, le fiancé devait souvent vider -son verre pour faire raison aux convives qui lui portaient des brindes -ou des santés, et de là vient qu'on dit: _Boire tanquam sponsus_, ou -_boire comme un fiancé_. - -Don Martène cite un missel de Paris du quinzième siècle, où il est dit -en latin: «Quand les époux, au sortir de la messe, arrivent à la porte -de leur maison, ils y trouvent le pain et le vin. Le prêtre bénit le -pain et le présente à l'époux ainsi qu'à l'épouse, pour qu'ils y -mordent. Le prêtre bénit aussi le vin, et leur en donne à boire; ensuite -il les introduit lui-même dans la domicile conjugal.» - -Aujourd'hui encore, dans plusieurs localités, on offre aux époux qui -reviennent de l'église une soupière de vin chaud et sucré. - -En Angleterre, on faisait boire autrefois aux nouveaux mariés du vin -sucré dans des coupes qu'on gardait à la sacristie parmi les vases -sacrés, et on leur donnait à manger des oublies ou des gaufres qu'ils -trempaient dans ce vin. De vieux missels attestent cette coutume, qui -fut observée aux noces de la reine Marie et de Philippe II, roi -d'Espagne. Shakespeare y a fait allusion dans sa comédie intitulée _la -Méchante Femme mise à la raison_, où il est dit de Pétruchio épousant -Catherine: «Il a avalé des rasades de vin muscat, et il en a jeté les -rôties à la face du sacristain.» (Acte III, sc. II.) - -Selden (_De Uxore hebraica_) a signalé parmi les rites de l'Église -grecque une semblable coutume, qu'il regarde comme un reste de la -confarréation des anciens. - -J.-O. Stiernhook (_De Jure Suevorum et Gothorum vetusto_, p. 163, édit. -de 1672) rapporte une scène charmante qui avait lieu aux fiançailles, -chez les Suèves et les Goths. «Le fiancé, entrant dans la maison où -devait se faire la cérémonie, prenait la coupe dite maritale, et, après -avoir écouté quelques paroles du paranymphe sur son changement de vie, -il vidait cette coupe, en témoignage de constance, de force et de -protection, à la santé de sa fiancée, à qui il promettait ensuite la -morgennatique (_morgennaticam_[16]), c'est-à-dire une dot pour prix de -la virginité. La fiancée témoignait sa reconnaissance, puis elle se -retirait pour quelques instants, et, ayant déposé son voile, elle -reparaissait sous le costume de l'épouse, effleurait de ses lèvres la -coupe qui lui était présentée, et jurait amour, fidélité, diligence et -soumission.» - - [16] Ce mot de basse latinité, et le mot français _morganatique_, - viennent de l'Allemand _Morgen Gabe_ (présent du matin), et - désignent proprement la dot que la mariée, le lendemain des noces, - recevait du mari, comme dit Stiernhook, pour prix de sa virginité. - De là vient aussi le nom de _mariage morganatique_ ou _à la - morganatique_, qu'on donne à l'union contractée entre un prince et - une femme d'un rang inférieur, entre un noble et une roturière, sous - cette clause expresse que l'épouse doit avoir en toute propriété les - biens qui lui sont assignés par l'époux, sans aucun droit au reste - de la fortune et aux titres qu'il possède. Ce mariage, où les - enfants sont soumis aux mêmes conditions que la mère, s'appelle - encore _mariage de la main gauche_. Il est particulièrement en usage - chez les princes souverains d'Allemagne. - -Les idylles de Théocrite et les églogues de Virgile n'offrent pas de -tableau plus gracieux. - - - Deux bons jours à l'homme sur terre: - Quand il prend femme et qu'il l'enterre. - -Ce proverbe, littéralement traduit du provençal, a inspiré à -Saint-Évremont ces deux vers fameux: - - L'hymen avec l'amour a tant d'antipathie - Qu'il n'a que deux bons jours: l'entrée et la sortie. - -Les vers et le proverbe sont tout à fait identiques à cette pensée que -Stobée attribue à Hipponax, poëte comique grec: «Une femme donne à son -mari deux jours de bonheur: celui où il l'épouse, et celui où il -l'enterre.» - -Les femmes provençales, qui maigrissent dans les soucis du ménage, ont -plusieurs proverbes opposés à cette plaisanterie renouvelée des Grecs. -En voici deux d'une originalité piquante: «_Sé uno marlusso vénië -véouso, sérië grasso._ Si une merluche devenait veuve, elle serait -grasse. _Sé uno sardino vénië véouso, sérië grasso coumo un thoun._ Si -une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon.» - - -C'est pain de noces. - -Se dit d'une chose très-agréable dont on se promet ou dont on reçoit un -grand plaisir; on prétend que cette façon de parler est venue par -altération de _paix de noces_, baiser qu'on donne aux nouveaux mariés en -Languedoc, et qu'on appelle _pa de nobis_ ou _novis_ dans l'idiome de ce -pays; mais une telle origine ne me paraît pas admissible. Voici la -véritable: dans le mariage par confarréation chez les Romains, les deux -époux mangeaient, en signe d'union, un pain ou gâteau fait de la farine -du froment nommé _far_ en latin (le froment rouge, à ce qu'on croit -généralement). L'usage de ce gâteau s'était conservé dans les noces -chrétiennes au moyen âge, et de là vient l'expression _pain de noces_. -Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l'un pour -l'autre des procédés galants et tendres: _Ils font durer le pain de -noces._ - - -Le pain de noces coûte cher à qui le mange. - -Les Espagnols disent: «_Pan de boda, carne de buitrera._ Pain de noces, -chair de piége à vautour.» Cette métaphore proverbiale est d'une -effrayante énergie. En transformant le mariage en une sorte de -guet-apens où ceux qui se laissent prendre sont assimilés aux vautours, -elle met pour ainsi dire sous les yeux, par cette image terrible, toute -la fureur de la guerre intestine qu'ils auront à soutenir. Elle a été -évidemment inspirée par le génie de la haine contre le joug conjugal. - - -Noces de mai, noces mortelles. - -Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant le mois de mai. Ils -croyaient que le mariage contracté en ce temps, qui, chez eux, était -consacré au culte des tombeaux, devait tourner à mal et entraîner la -mort de l'épouse, ainsi que l'attestent ces vers du chant V des _Fastes_ -d'Ovide: - - _Nec viduæ tædis eadem nec virginis apta - Tempora: quæ nupsit non diuturna fuit. - Hac quoque de causa si te proverbia tangunt, - Mense malas maio nubere vulgus ait._ - -«Ce temps n'est pas favorable pour allumer les flambeaux de l'hymen -d'une veuve ni d'une vierge. Celle qui s'est mariée alors a peu vécu, et -si les proverbes peuvent être ici de quelque poids, je rappellerai le -dicton populaire: _Ce sont des malheureuses qui se marient au mois de -mai_[17]. - - [17] C'est ainsi que se dit en français ce proverbe dans lequel le mot - _malheureuses_ répond mieux que le mot _méchantes_, employé par tous - les traducteurs, au sens qui ressort de tout le passage d'Ovide. - L'idée d'infortune est aussi bien impliquée dans le latin _malas_, - que celle de méchanceté, et toutes deux se trouvent dans le français - _malheureuses_.--Il en est de même du mot _infelix_ que Properce a - mis pour _scelestus_ dans ce vers de l'élégie 23 du livre II. - - _Infelix hodie vir mihi rure venit._ - - «Mon scélérat de mari m'arrive, ce soir, de la campagne.» - -Plutarque, dans la quatre-vingt-sixième de ses _Demandes des choses -romaines_, a recherché les causes de cette superstition, et voici ce -qu'il en a dit: «Pourquoi les Romains ne se marient pas au mois de mai? -Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est consacré à -Vénus et l'autre à Junon, déesses qui ont toutes deux la cure et la -surintendance des noces, au moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou -retardent un peu? ou est-ce parce que, ce mois-là, ils font la cérémonie -de la plus grande purgation?... En ce temps-là, la prêtresse de Junon, -ou la Flaminea, vit toujours triste, comme en deuil, sans se laver ni se -parer. Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins font -oblation aux trépassés en ce mois? et c'est pourquoi ils adorent -Mercure, en ce même mois, joint qu'il porte le nom de Maia, mère de -Mercure.» (Trad. d'Amyot.) - -La superstition qui a donné lieu au proverbe est, comme on vient de le -voir, tout à fait païenne, et, quoique les motifs qui l'avaient -introduite n'existent plus, elle se maintient encore en plusieurs pays, -notamment en Provence. On a prétendu même la justifier par des exemples -célèbres, parmi lesquels se trouvent les trois suivants: - -Marie Stuart épousa Bothwell le 15 mai 1567, et, le lendemain, le -dernier des quatre vers latins cités plus haut fut placardé sur la porte -de son palais comme un sanglant reproche de cette indigne union avec -l'assassin de son mari, et comme une prophétique menace des malheurs qui -devaient la suivre. - -Henriette de France, fille de Henri IV, fut mariée, le 11 mai 1625, avec -Charles Ier, roi d'Angleterre, qui périt sur l'échafaud, et la vie de -cette reine fut un long enchaînement de douleurs. - -Les noces de Marie-Antoinette d'Autriche et du duc de Berry, depuis -Louis XVI, furent célébrées à Paris le 16 mai 1770, et l'on sait à -quelles infortunes la Révolution française vint livrer ces augustes -époux. - - -Noces réchauffées. - -Cette expression par laquelle on désigne les secondes noces est traduite -de celle du moyen âge _maritagia recalefacta_, qui s'employait dans le -même sens. - -Ces secondes noces étaient décriées même chez les païens. Valère Maxime -(liv. II, ch. XI) dit que les femmes qui les contractaient ne pouvaient -toucher la statue de la chasteté ou de la fortune féminine, et n'étaient -pas conduites en cérémonie chez les maris. - -On connaît ce vers de Martial (Épigr. VI, 7): - - _Quæ nubit toties, non nubit, adultera lege est._ - - Se marier si souvent ce n'est point se marier; c'est être légalement - adultère. - -La décence voulait qu'une femme veuve ne se remariât point. C'est ce que -fit Cornélie, mère des Gracques. Plutarque nous apprend que, recherchée -en mariage par le roi Ptolémée, elle préféra le titre de veuve au titre -de reine. - -Tertullien appelait les secondes noces _adultera speciosa_, «des -adultères déguisés.» Les pères de l'Église les qualifiaient à peu près -de même, et dans le moyen âge on inventa le charivari pour les bafouer. - -Les Italiens ont ce proverbe: «_La prima donna è matrimonio, la seconda -è compagnia, la terza è heresia._ La première épouse est mariage, la -seconde est compagnie, et la troisième est hérésie.» - - -Il ne s'est jamais trouvé à pareilles noces. - -Il n'a jamais éprouvé un pareil traitement. Si je rapporte ici cette -locution, c'est qu'elle est fondée sur un usage bon à connaître, -pratiqué jadis en Poitou, après les repas d'épousailles. Les convives, -en sortant de table, n'avaient rien de plus pressé que de mettre leurs -mitaines et de se donner les uns aux autres des coups de poing qui -faisaient plus de bruit que de mal. C'était un exercice mnémonique -institué par la joie pour rendre plus durable le souvenir de la fête -dont on venait de jouir. Mais il dégénéra dans la suite au point de -rappeler le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoüs, -_rixa debellata super mero_: ce qui en nécessita l'abolition. Rabelais -n'a pas oublié cette singulière coutume dans la description qu'il a -faite des noces du seigneur de Basché (liv. IV, ch. XIV). «Pendant qu'on -apportoit vin et espices, coupz de poing commencearent trotter. -Chicquanous en donna nombre au prestre Oudart. Soubz son suppeliz avoit -Oudart son guantelet caché, il s'en chausse comme d'une mitaine, et de -daulber Chicquanous, et de drapper Chicquanous; et coupz de jeunes -guanteletz de tous coustez pleuvoir sur Chicquanous. Des nopces, -disoyent-ilz, des nopces, des nopces: vous en soubvienne. Il feut si -bien accoustré que le sang lui sortoit par la bouche, par le nez, par -les aureilles, par les œilz. Au demourant courbatu, espaultré et -froissé, teste, nucque, dours (dos), poictrine, bras, et tout. Croyez -qu'en Avignon, on (en) temps de carnaval, les bacheliers oncques ne -jouarent à la raphe (ou rafle, jeu de mains) plus melodieusement que -feut joué sur Chicquanous.» - -Notons que l'usage décrit par Rabelais existait du temps de Villon, qui -en a parlé dans la double ballade du Grand Testament, stance V. - - -Aujourd'hui marié, demain marri. - -Ou bien: _Aujourd'hui mari, demain marri_; c'est-à-dire: aujourd'hui -dans la joie du mariage, et demain dans le regret. _Marri_ est un vieux -mot dérivé du latin barbare _marritio_, que Vossius explique par -chagrin, ressentiment d'un malheur éprouvé, d'une offense reçue. Ce jeu -de mots proverbial a des analogues dans les langues étrangères. Les -Espagnols disent: «_Casar y mal dia, todo en un dia._ Mariage et -malheur, tout en un jour,» et les Turcs: _Avant le mariage tu criais -_io_, et après tu cries _iahu_._ Ces deux interjections sont usitées -chez eux, la première pour marquer la joie, et la seconde pour marquer -la douleur. - - -Il sera marié cette année. - -Ce dicton s'applique par plaisanterie à une personne qui jette au -plancher certaines choses qui s'y attachent. Il fait allusion à une -pratique superstitieuse usitée à Rome parmi les amoureux, et rappelée -par Horace dans la troisième satire du livre II. Ils lançaient avec le -pouce et l'index des pépins de pomme au plafond, persuadés que, s'ils -l'atteignaient, les vœux que leur cœur avait formés seraient accomplis. -Cela se faisait aussi au moyen âge, et le succès du jet était regardé -comme un oracle du ciel. Il existe encore aujourd'hui une foule de -superstitions analogues chez la plupart des peuples beaucoup plus -enclins à consulter le sort que la raison. Les Chinois, pour connaître -ce qu'ils ont à espérer ou à craindre dans les choses qui les -intéressent, jettent en l'air une poignée de petits bâtons, et la -manière dont ces bâtons s'arrangent en tombant est pour eux un présage -heureux ou funeste. - - -L'homme marié est un oiseau en cage. - -Cette métaphore proverbiale, qui n'a pas besoin d'explication, est à -l'usage des célibataires ou des libertins qui tiennent à conserver leur -liberté entière pour se livrer à de folles amours, où ils la perdent -assez souvent d'une manière bien plus sotte que dans le mariage. Cette -autre maxime, _jamais maris, toujours amants_, par laquelle ils -prétendent autoriser leur antipathie conjugale, est aussi contraire à la -vérité qu'aux bonnes mœurs, et les personnes sensées ne seront pas de -l'avis de Mlle de Scudéri, qui la propose comme une _leçon du sage_, -dans un apologue qui trouve ici naturellement sa place. - - Qu'il est doux d'être dans la cage! - Disait au dehors un pinson, - Y voyant un serin qui, de son doux ramage, - Faisait retentir sa prison. - Il a nourriture à foison, - Bon grain et gentille femelle, - Et peut, quand il veut, avec elle, - Rire, boire, manger et dire la chanson: - C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle, - Damis croit qu'il serait au comble des plaisirs - S'il pouvait se lier d'une chaîne éternelle - Avec ce doux objet de ses tendres désirs; - Mais la cage et le mariage - Ne font sentir les maux que quand on est dedans. - Pour devise prenez cette leçon du sage: - Jamais maris, toujours amants. - - -Les mariés auront la vigne de l'abbé. - -_Avoir la vigne de l'abbé_ était autrefois une locution fort usitée en -parlant de deux époux qui passaient la première année de leur union dans -le plus parfait accord. On disait aussi: _se promettre la vigne de -l'abbé_, pour se promettre un plein contentement en mariage. Le conte de -La Fontaine, intitulé _les Aveux indiscrets_, en offre un exemple. L'une -et l'autre expression rappellent une vieille histoire, d'après laquelle -un abbé aurait fait publier qu'il donnerait une belle vigne au couple -conjugal qui prouverait que pendant un an, à dater du jour de ses noces, -il n'avait pas eu la moindre altercation. - - -Dénouer la jarretière de la mariée. - -D'après un usage observé dans les repas de noces, chez les gens du -peuple et les bourgeois, un enfant, qui est au nombre des convives, se -glisse sous la table et détache ou fait semblant de détacher de la jambe -de la mariée une touffe de petits rubans de diverses couleurs dont on -suppose qu'elle avait fait sa jarretière. Puis il les montre aux -assistants, qui applaudissent, et, après les avoir coupés en morceaux, -il les distribue à la ronde, afin que les femmes en parent le corsage de -leur robe et les hommes la boutonnière de leur habit. - -On pense qu'il y a dans cet usage, qui est fort ancien, quelque -réminiscence, sous forme de parodie, de ce que, dans les mœurs -chevaleresques, on appelait _donner le gage d'amour sans fin_: une belle -faisait cadeau au chevalier qu'elle devait épouser d'une de ses -jarretières sur laquelle elle avait brodé son nom avec la devise: _amour -sans fin_. - -«La jarretière de la mariée, dit M. V. Hugo, est la cousine de la -ceinture de Vénus.» - -Dans l'antiquité, la future épouse donnait sa ceinture à l'époux, -symbole encore plus caractéristique. - - -La mariée n'a pour dot qu'un chapeau de roses. - -Cette expression, jadis très-usitée en parlant d'une jeune fille qui -n'apportait rien ou presque rien en mariage, s'emploie encore dans le -même sens. Le _Glossaire du droit français_ par Laurière (tome II, page -226) la cite comme dérivée d'une maxime de la vieille jurisprudence -coutumière. Elle est fondée, en effet, sur la coutume qui permettait, en -certaines localités, aux parents de ne donner pour dot à leurs filles -qu'un simple _chapel de roses_. «Ce chapel, dit M. Chassan, était une -allégorie chargée d'enseigner à la femme que les grâces et la beauté, -apanage de son sexe, sont une dot suffisante pour compenser ce qu'il y a -de plus odieux dans l'exclusion de l'héritage paternel prononcée contre -la femme par la loi politique. Cette fiction a peut-être aussi pour -objet de représenter l'idéal du mariage. La femme, en passant entre les -mains de l'homme sans autre dot que son simple _chapel de roses_, n'a pu -être recherchée et ornée que pour elle-même.» (_Essai sur la symbolique -du droit_, p. 24.) - -Voilà le symbole du chapeau de roses expliqué avec toute sa grâce et sa -poésie; mais le peuple n'en a saisi que le côté littéral et prosaïque; -c'est la pauvreté des jeunes filles qu'il a désignée par cette coiffure -à laquelle il a même supposé un effet analogue à celui qui est attribué -à la coiffure de sainte Catherine, car on a dit _garder son chapel de -fleurs_, à peu près de même qu'on dit _coiffer sainte Catherine_ pour: -ne pas se marier, témoin ce vers de la _Châtelaine de Saint-Gilles_, -poëme compris dans le manuscrit 7,218 de la Bibliothèque nationale: - - _J'aim' miex chapel de fleurs que mauvès mariage._ - - -Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir été mariée trop -tard. - -Manière originale et facétieuse de faire entendre à une personne livrée -aux plaisirs des sens avec trop d'ardeur, qu'elle maudira un jour ces -plaisirs, qui ne peuvent manquer de devenir, par l'abus qu'elle en fait, -des sources de regrets et d'amertumes. - -Cette maxime proverbiale se prend aussi dans une acception généralisée -pour signifier que la douleur, qui suit toujours l'excès des voluptés, -ramène forcément ceux qu'elle frappe à de meilleures pensées, et leur -fait admettre la raison, dont ils se moquaient dans de folles orgies, -comme le remède le plus propre à calmer les maux qu'ils ont à souffrir. - - -Un mari est toujours le dernier instruit de la conduite de sa femme. - -Cette observation proverbiale est de tous les temps et de tous les -lieux, car toujours et partout les femmes ont eu l'art d'épaissir la -membrane de l'œil des maris, pour ne pas leur laisser voir ce qu'elles -jugent à propos de leur cacher. - -Que d'autres leur reprochent l'usage ou l'abus de cet art, qu'ils en -recueillent et racontent les traits plus ou moins perfides, afin -d'amuser la malicieuse curiosité du public: je me garderai de les -imiter. Je hais la manie trop commune de ne considérer l'esprit des -femmes que par ses mauvais côtés, et de détourner la vue des bons côtés -qu'il peut offrir, même dans ses artifices. Eh! pourquoi ne pas -reconnaître que, si elles ont le tort de faire de leurs maris de -véritables sots, elle y joignent, par compensation, le mérite de les -empêcher d'apercevoir qu'ils le sont, et de les entretenir dans une -flatteuse illusion tout à fait propre à les rendre heureux? En vérité, -ces messieurs sont bien ridicules de blâmer l'adresse qu'elles mettent à -les tromper. C'est une excellente chose qu'ils devraient mieux -apprécier: leur intérêt les y engage. Malheur à ceux qui sont trop -clairvoyants pour les tromperies féminines. Il ne leur en revient que -des désagréments, des ennuis, des tribulations, qui ne font qu'ajouter à -leur infortune, tandis que ceux qui acceptent leur sort sans y regarder, -persuadés qu'il y a plus de sagesse à l'ignorer qu'à chercher à le -connaître, vivent en parfait accord avec leurs infidèles, toujours plus -attentives, plus douces, plus affectueuses, plus complaisantes pour eux, -en raison de la débonnaireté qu'ils ont pour elles. - -C'est un des points fondamentaux de la philosophie conjugale qu'il n'y a -point de salut pour les maris sans la foi. Je ne prétends pas que cette -foi si nécessaire les mette à l'abri de fâcheux accidents: celui qui l'a -et celui qui ne l'a pas y sont exposés de même, et sont également sujets -à figurer au rang des sots. Mais je soutiens qu'il vaut cent fois mieux -être un sot crédule qu'un sot incrédule: l'un trouve le paradis dans son -ménage, l'autre y trouve l'enfer. - -Je n'ai pas besoin de dire lequel des deux rôles est préférable. Je -remarquerai seulement que beaucoup de maris de notre siècle aiment mieux -jouer le premier. Ils évitent soigneusement de porter un regard -indiscret sur la conduite de leurs femmes. Ils n'attendent pas d'être -aveuglés par elles; ils s'aveuglent eux-mêmes à plaisir, et, suivant un -proverbe espagnol, ils font comme _l'escargot, qui, pour se délivrer -d'inquiétude, échangea ses yeux contre des cornes_. - - _El caracol, por quitar de enojos, - Por los cuernos trocó los ojos._ - -Ce proverbe fort original, usité aussi dans le midi de la France, est -fondé sur une tradition populaire qui nous apprend que l'escargot, qu'on -suppose aveugle, avait été créé avec de bons yeux, mais qu'étant sans -cesse exposé à les avoir blessés en rampant sur la terre ou sur les -buissons, il pria Dieu de les lui ôter et de les remplacer par des -cornes, dont il espérait retirer plus d'avantage, ce qui lui fut -octroyé. - -J'ai entendu chanter dans un village de l'Aveyron une vieille chanson -patoise qui rappelle cette tradition, et qui est peut-être un fragment -de quelque sirvente troubadouresque. Elle se termine par un couplet -piquant dont je vais reproduire l'idée, à défaut des paroles, que j'ai -oubliées. - - Celui que le guignon fit naître - Sous le signe ingrat du bélier, - Se tourmente pour mieux connaître - Ce qu'il ferait bien d'oublier. - Eh! qu'espère-t-il? que souffrance - D'une ombrageuse vigilance - Qui doit lui prouver qu'il est sot. - Veut-il fuir des chagrins sans borne: - Qu'il change ses yeux pour des cornes, - A l'exemple de l'escargot! - - -Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui. - -C'est ce que faisaient autrefois, à Rome, les maris qui se piquaient de -savoir vivre, et voici l'explication que Plutarque a donnée de leur -conduite dans la IXe de ses _Demandes des Choses romaines_: «Pourquoi -est-ce que, quand ils retournent d'un voyage loingtain au pays ou -seulement des champs à la ville, s'ils ont leurs femmes à la maison, ils -envoient devant pour faire savoir leur arrivée? est-ce point pour leur -donner asseurance qu'ils ne veulent rien faire finement ni -malicieusement envers elles, car arriver soudainement à l'improuveu est -une manière d'aguet et de surprise: ou bien parce qu'ils se hastent de -leur envoyer donner une bonne nouvelle de leur venue comme se tenans -pour asseurés qu'elles les attendent et les désirent: ou plutost -pourceque eux-mêmes désirent savoir de leurs nouvelles, si ils les -trouveront saines et attendant à grand dévotion leur retour: ou -pourceque les femmes ont plusieurs petits négoces ou besongnes à la -maison, pendant que leurs maris n'y sont pas, et bien souvent de petites -hargnes et querelles à l'encontre de leurs domestiques servans ou -servantes, afin doncques qu'ostant toutes ces petites fascheries là -elles fassent un recueil gracieux et paisible à leurs maris, ils leur -envoient devant faire tel avertissement.» (Traduction d'Amyot.) - -De là est venu très-probablement notre proverbe; mais il a bien changé -sur la route, car l'application qu'on en fait aujourd'hui ne s'accorde -plus avec aucune des honnêtes raisons données par Plutarque. Il -s'emploie pour faire entendre à quel inconvénient s'expose le mari -absent qui revient au logis sans avoir pris la précaution indiquée. Le -vieux poëte Coquillard (_Droitz nouveaux_, ch. VII, _de Injuriis_) -conseillait à ce benêt de mari de faire du bruit en rentrant, de crier: -_Quel est céans_? de ne point se fâcher _s'il trouvait sa femme sur le -fait_, et de se contenter de lui dire: - - Au moins deviez-vous l'huys serrer. - S'il fust venu des aultres gens! - -La LXXIe des _Cent Nouvelles nouvelles_ fait tenir le même langage par -un époux débonnaire dans la même situation. - -On attribue un trait tout à fait pareil à un grand seigneur du temps de -la Régence. Ce personnage étant entré indiscrètement dans la chambre de -sa femme pendant qu'elle était _en conversation criminelle_, comme -disent les Anglais par euphémisme, se retira en s'écriant: «Eh! madame, -que ne fermiez-vous la porte? Tout autre que moi aurait pu vous -surprendre.» - - - Sers ton mari comme ton maître, - Et t'en garde comme d'un traître. - -Ce distique proverbial, à l'usage des épouses mécontentes, qui le -proposent comme principe de leur tactique conjugale, a été cité par -Montaigne dans un passage de ses _Essais_, liv. III, ch. V, où il -reproche aux hommes comme aux femmes de ne pas tenir assez de compte des -devoirs du mariage. Voici les principaux traits de ce passage: «Il n'est -plus temps de regimber, quand on s'est laissé entraver; il fault -prudemment mesnager sa liberté; mais depuis qu'on s'est soubmis à -l'obligation, il s'y fault tenir soubz les loix du debvoir commun, au -moins s'en efforcer. Ceulx qui entreprennent ce marché, pour s'y porter -avecques hayne et mespris, font injustement et incommodement: et cette -belle regle, que je veois passer de main en main entre elles, comme un -saint oracle, - - Sers ton mary comme ton maistre, - Et t'en garde comme d'un traistre. - -qui est à dire:--Porte-toy envers luy d'une reverence contraincte, -ennemie et desfiante,--cry de guerre et de desfi, est pareillement -injurieuse et difficile.» - - -Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux. - -«Les femmes, disait Mme de Coulanges, ne veulent de la jalousie que de -ceux dont elles pourraient être jalouses.» Par conséquent, elles ne -doivent pas vouloir de celle de leurs maris, qu'elles n'aiment guère et -qui le leur rendent bien, car, s'ils sont jaloux, c'est ordinairement -sans amour. La jalousie de ces messieurs leur est antipathique au -suprême degré, parce qu'elle leur fait sentir qu'ils se défient d'elles -et veulent les tenir sous leur dépendance: deux attentats odieux dont -elles sont cruellement blessées. Mais la jalousie de leurs amants ne -saurait leur déplaire; elles la regardent comme un témoignage de l'amour -qu'elles leur inspirent, et si elle devient quelquefois désagréable, -elles la leur pardonnent aisément. Eh! comment persisteraient-elles à -trouver mauvais un effet provenu d'une cause si bonne et si belle! - - -Mieux vaut un vieux mari que point de mari. - -C'est ce qu'on dit aux demoiselles qui, dépitées de ne pas trouver un -épouseur jeune, refusent d'en prendre un vieux, et c'est ce qu'elles -disent elles-mêmes lorsque l'expérience est venue leur démontrer qu'il -est beaucoup plus triste de vieillir fille que d'être la femme d'un -vieillard, beaucoup meilleur de devenir la femme d'un homme âgé que de -vieillir fille. En effet, si l'on établit un parallèle entre la vieille -fille et la femme mariée, on voit combien la situation de cette dernière -est plus avantageuse. Elle jouit d'abord dans la société d'une certaine -considération dont la vieille fille est privée; elle a les caresses de -ses enfants lorsqu'ils sont jeunes, et elle trouve encore en eux une -grande source de satisfaction lorsqu'ils sont vieux. Enfin, arrivée dans -un âge plus avancé, elle a pour la servir ces mêmes enfants qui lui -fermeront les yeux. Non-seulement la vieille fille s'est privée de tous -ces avantages; mais elle s'est condamnée à une solitude qui, sans cesser -jamais d'être pénible, lui fera passer ses derniers jours dans -l'amertume et les regrets. - - -Un homme riche n'est jamais trop vieux pour être le mari d'une jeune -fille. - -S'il n'a pas assez de jeunesse ou de beauté pour plaire, il a assez d'or -pour se faire épouser, et ce que sa figure a de disgracieux s'efface et -s'embellit même sous les reflets du plus précieux des métaux, car, ainsi -que Boileau l'a dit très-élégamment dans sa satire VII: - - L'or même à la laideur donne un teint de beauté. - -Par conséquent, il ne faut pas s'étonner qu'un vieux ou un laid qui se -présente comme épouseur sous les auspices de la déesse qu'Homère appelle -_Vénus dorée_, soit favorablement accueilli par une jeune et jolie -fille. Celle-ci pense moins aux inconvénients de son union avec lui -qu'aux avantages qu'elle espère en retirer. Elle va être affranchie de -la sujétion où ses parents la tiennent, et devenir maîtresse de maison; -elle disposera d'une grande fortune, elle aura de superbes équipages, -des écrins garnis de perles et de saphirs, des cachemires et des robes -magnifiques, enfin tout le splendide attirail de toilette que les Latins -appelaient _mundus muliebris_, «le monde féminin», sans doute en raison -de la quantité et de l'importance des objets qu'il comprend. L'idée -qu'elle se fait de sa nouvelle position l'enivre et l'éblouit; elle se -voit déjà la reine de la mode, et se flatte de trouver dans l'homme -cousu d'or, de qui elle est adorée, un trésorier inépuisable, toujours -prêt à payer les frais du luxe royal de ses atours. - -Est-il possible qu'elle refuse un mariage qui lui ouvre un avenir si -merveilleux? Quelque innocente se rencontrerait peut-être capable de -résister aux séductions de l'opulence et de rester fidèle à un amant -pauvre que ses parents voulaient la forcer d'oublier; mais elle qui -n'aspire qu'à briller dans le monde, elle se gardera bien de cette -magnanimité de roman. Elle a étudié la question sous toutes les faces. -L'affaire lui paraît excellente, et elle n'a rien de plus pressé que de -la conclure. Peu lui importe qu'on la blâme de sacrifier les intérêts du -cœur à ceux de la vanité, en épousant un homme qu'elle ne saurait aimer. -Elle tient ce reproche pour une niaiserie sentimentale dont elle rit; -elle sait que _le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs_, et elle est -disposée à imiter le plus décemment possible la conduite de certaines -dames qui se prêtent à un mari et se donnent à un amant. C'est là -malheureusement ce qui se passe dans une société immorale, en la plupart -des cas où une jeune et jolie fille est unie à un vieux et laid magot. -Eh! pourrait-elle avoir, non-seulement le courage, mais le désir de -rester fidèle à un tel mari, lorsqu'elle est sans cesse poursuivie par -des adorateurs d'autant plus empressés qu'ils pensent que si elle s'est -laissée aimer par celui-là, elle se laissera bien aimer par d'autres. - - -Un mari doit faire carême-prenant avec sa femme, et Pâques avec son -curé. - -Ce vieux proverbe, qui recommande d'être bon mari et bon chrétien, n'a -pas besoin d'être expliqué; mais il a besoin d'être rappelé au souvenir -des maris, car bien que ces messieurs n'ignorent pas ce qu'il signifie, -presque tous oublient ce qu'il les invite à faire _à tout le moins une -fois l'an_. - - -Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon mari. - -Quand le mariage est l'association de deux personnes raisonnables, qui -s'aiment par inclination autant que par devoir, elles ont naturellement -l'une pour l'autre des égards, des attentions et des prévenances dont -l'effet est d'entretenir et d'accroître chez elles la confiance et -l'affection. Cet échange de soins quotidiens, cette fusion de pensées et -de sentiments, améliorent leur caractère individuel en le dégageant des -volontés égoïstes, et leur communiquent un nouveau caractère commun à -toutes deux, qui leur fait goûter les plus doux charmes de la sympathie. -Si le sort leur est contraire, elles n'éprouvent que la moitié des -peines; s'il leur est favorable, elles ont le double des plaisirs. - -Voilà les vrais modèles des époux, toujours tranquilles et satisfaits -parce que chacun d'eux fait consister sa tranquillité et sa satisfaction -dans celles de son associé. Si les autres les imitaient, s'ils -travaillaient à se rendre mutuellement contents, on n'entendrait plus -tant de plaintes contre le mariage. Cet état est bon en soi, le malheur -vient de ceux qui le gâtent, et ils doivent s'en prendre à eux-mêmes -s'ils y trouvent une infinité de maux. - -«Observez cette barque conduite par deux matelots: s'ils rament -ensemble, ils voguent doucement sur les flots agités; mais s'ils ne sont -pas d'accord, chaque vague produit une secousse, et tel coup d'aviron -donné à contre-sens pourrait faire chavirer leur frêle esquif. - -«Le bateau est le mariage, les rameurs sont les deux époux; ils -naviguent sur le fleuve de la vie, et ce n'est qu'en unissant leurs -efforts qu'ils adoucissent les contrariétés du voyage.» - -(Le duc de Lévis.) - - -Les anciens mauvais sujets font souvent les meilleurs maris. - -Quelle peut être la cause de leur changement? Serait-ce qu'un sentiment -vrai, qu'ils n'avaient pas éprouvé jusqu'alors, viendrait les saisir, et -que le mariage, qui refroidit tant de cœurs, agirait sur le leur en sens -inverse? ou bien se feraient-ils un point d'honneur d'effacer par une -conduite exemplaire les désordres de leur vie passée? Du reste, quel que -soit le motif qui les détermine, on ne saurait nier qu'ils deviennent -assez souvent des maris indulgents, soigneux et fidèles. Il semble -qu'après avoir épuisé tous les vices d'une jeunesse galante et dissipée, -ils veuillent en donner la contre-partie dans leur âge mûr, et se -signaler par la pratique des vertus domestiques. On peut les comparer à -ces vins généreux dont les meilleurs sont ceux qui ont beaucoup -fermenté. - -Malgré cela, je ne conseillerai jamais à une mère qui désire le bonheur -de sa fille de la donner en mariage à un ancien mauvais sujet. - - -Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette. - -Et sans doute aussi toutes les épouses contentes, car il n'est point de -raison qui nécessite pour elles une plus grande salle de bal. Cette -hyperbole proverbiale a son analogue chez les Languedociens, qui disent: -«_Toutés lous maris që sou countens dansarien su lou cuou d'un veirë._ -Tous les maris qui sont contents danseraient sur le cul d'un verre.» - - -Tous les maris ont besoin d'aller à Saint-Raboni. - -Dicton à l'usage des femmes qui trouvent que les maris n'ont jamais pour -elles assez de bonté. - -Saint Raboni, à qui l'on attribue une vertu analogue au nom qu'il porte, -c'est-à-dire la vertu de rabonnir le caractère marital, a été jadis -l'objet d'un culte fervent, quoiqu'il ne soit au paradis qu'un véritable -intrus, car il n'y figure que par un titre d'invention populaire que la -légende authentique ne reconnaît point. Mais n'importe; il n'en est pas -moins devenu le protecteur des épouses malheureuses, et c'est un article -de foi qu'il peut à son gré adoucir le naturel barbare de leurs _tyrans -domestiques_ ou les faire mourir au bout de l'année. On sait l'histoire -plaisante de celle qui s'était bornée à le prier d'amender le sien, -n'osant laisser aller son vœu plus loin. Comme elle vit mourir ce -mauvais garnement peu de temps après, elle s'écria en pleurant... de -joie: «Oh! le bon saint! le bon saint! il accorde plus qu'on ne lui -demande.» - -Ce dicton, dont l'application, par une singularité notable, devient de -plus en plus rare, en raison inverse du fait de plus en plus multiplié -qui le réclame, a été rappelé dans une phrase du petit livre intitulé -_les Écosseuses, ou Œufs de Pâques_, publié à Troyes, chez la veuve -Oudot, en 1744. Voici cette phrase curieuse: «J'espère bien que mon -drôle _ira à Saint-Rabony_; qu'il ne donnera plus tant dans l'eau-de-vie -et dans la créature, et qu'il aura un peu plus de sacristie, etc.» - - -Les boiteux sont de bons maris. - -Ou, comme on dit plus ordinairement, _de bons mâles_. C'est ce que -répondirent les Amazones aux Scythes, qui les engageaient à former avec -eux des liaisons matrimoniales, ajoutant qu'ils valaient beaucoup mieux -que les maris boiteux ou estropiés qu'elles prenaient, car ces femmes -guerrières, ayant usurpé le gouvernement sur les hommes et tenant à le -conserver, ne voulaient plus avoir dans leur pays que des hommes plus -faibles qu'elles, et incapables de leur résister. En conséquence elles -tordaient les jambes aux garçons qu'elles mettaient au jour, les -habituaient à se soumettre aux filles, les mariaient avec elles, et ne -leur imposaient d'autre service que celui du lit conjugal, service dont -ils s'acquittaient fort bien du reste, comme le prouve cette réponse -passée en proverbe chez les Grecs et chez les Latins. - -Cependant leur célébrité en ce genre n'était pas fondée seulement sur le -fait cité, qui n'est après tout qu'une nouvelle forme de la tradition -mythologique d'après laquelle le boiteux Vulcain devint l'époux de Vénus -parce que les boiteux ont toujours été considérés, depuis les temps -primitifs, comme éminemment propres aux exploits amoureux. Elle est -fondée aussi sur des raisons physiques expliquées par Aristote dans le -vingt-sixième de ses problèmes, section X. Érasme a reproduit ces -raisons en commentant le proverbe _claudus optime virum agit_, et -Montaigne les a rappelées en son livre III, au chapitre XI, intitulé -_des Boiteux_, où il cite un proverbe italien qui attribue la même -propriété aux boiteuses, et les déclare préférables sous ce rapport à -toutes les autres femmes. Voyez les auteurs indiqués. - - -Les maris et les amants voient souvent la lune à gauche. - -J'emprunterai encore l'explication de ce dicton, moins quelques lignes, -à mes _Études sur le langage proverbial_. - -Les astronomes de l'antiquité ont déterminé la droite et la gauche du -monde par la droite et la gauche d'une personne qui a le visage tourné -vers le midi. L'orient, dit Pline le naturaliste, est à la gauche du -monde. - -D'après cela, _voir la lune à gauche_, c'est, au propre, la voir quand -elle est dans son décours, phase où elle montre les cornes, et, au -figuré, c'est éprouver certaine infortune dont les cornes sont le -symbole. Tel est le sens métaphorique que Mme de Sévigné paraît avoir -attaché à cette locution dans la phrase suivante: «Montgobert m'a conté -plaisamment les manœuvres de la belle Iris et les jalousies de M. le -comte: je crois qu'_il verra la lune à gauche_ avec cette belle.» -(Lettre 601 de l'édition de Grouvelle.) - -Il n'est pas nécessaire de dire pourquoi il s'agit ici de la gauche, car -personne n'ignore que les phénomènes qui se présentent de ce côté ont -été presque toujours réputés de mauvais augure. Mais il est à propos -d'observer que cette superstition a été, dans les temps les plus -reculés, le fondement de la doctrine astrologique qui attribue au -décours de la lune, ou au quatrième quartier de la lune, des influences -funestes sur les naissances, et qui a donné lieu à la locution -proverbiale: _être né à la quatrième lune_, que les Grecs et les Latins -appliquaient à un homme malheureux et qu'ont employée plusieurs de nos -vieux écrivains, entre autres Yver dans la phrase que voici: «Voyant -tous ses efforts succéder si à rebours qu'il semblait _né à la quatrième -lune_.» (_Le Printemps d'Yver_, hist. III). - -Érasme n'a pas donné la véritable origine de cette locution en la -rapportant aux épreuves et aux malheurs qu'eut à subir Hercule, qui -était né à la quatrième lune. Il a pris l'effet pour la cause, car il -est certain que la naissance de ce héros fabuleux n'a été placée au -quatrième ou dernier quartier de la lune qu'en raison de l'opinion -astrologique dont j'ai parlé. - - -La lune de miel. - -On appelle ainsi le premier mois du mariage, où l'on suppose que tout -est douceur pour les époux. - -Cette expression est prise du proverbe arabe: _La première lune après le -mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d'absinthe_. Ces -dernières, Honoré de Balzac, dans sa _Physiologie du mariage_, les nomme -des _lunes rousses_, et il ajoute qu'elles sont terminées par une -révolution qui les change en un croissant. - -C'est le cas de s'écrier avec Dante: - - _O buon principio - A che vil fine convien che tu caschi._ - -(_Parad._, cant. XXVII.) - - O bon commencement, à quelle ignoble fin faut-il que tu tombes. - - -Les époux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler. - -On pense que ce proverbe a besoin d'errata, et qu'il faut y mettre les -amants à la place des époux qui s'aiment, attendu qu'il ne saurait être -appliqué à ces derniers, disparus entièrement de ce monde depuis de -longues années. Mais pourquoi est-il resté en usage dans des -conjonctures où il n'avait plus aucune raison d'être; aurait-on eu -l'intention de le conserver pour faire croire aux béatitudes conjugales -du temps jadis? C'est une opinion qui a ses partisans, mais qui est -contredite par une autre, d'après laquelle l'hommage posthume rendu aux -époux qui s'aiment aurait été l'œuvre de quelques époux qui ne -s'aimaient point; ceux-ci ont voulu, dit-on, faire prendre le change sur -l'habitude qu'ils ont de ne se rien dire en s'ennuyant de compagnie, et -ils ont cherché à faire accroire les uns aux autres que cette habitude -n'était que l'effet d'un recueillement de tendresse; et voilà comment le -mutisme de l'ennui est parvenu à passer pour cette disposition tendre et -rêveuse qu'on peut nommer avec saint Jérôme: _Silentium loquens_ (un -silence parlant); ou avec Montaigne: Un taire parlier.--Si ce n'est -vrai, c'est du moins bien trouvé: _Se non è vero, è bene trovato._ - - -Une jeune épouse veut être choyée comme la femme d'un prêtre russe. - -La religion russe a fait du mariage une condition indispensable du -sacerdoce; elle oblige les séminaristes, ordonnés popes ou prêtres, de -se marier avant d'exercer leur ministère; et, s'ils deviennent veufs, -elle leur défend de se remarier. Il faut alors qu'ils résignent leur -cure et qu'ils se retirent dans un couvent où ils achèvent leur triste -vie séparés de leurs enfants, abandonnés peut-être à la charité -publique: tel est le malheureux sort auquel le veuvage livre ces pauvres -desservants des paroisses de campagne. Comme ils savent tout ce qu'ils -auraient à souffrir s'ils perdaient leur femme, chacun d'eux veille à la -conservation de la sienne avec une attention extrême. Il lui passe -toutes ses fantaisies, tous ses caprices, de peur de la rendre malade en -la contrariant. Il la distrait de ses ennuis, la console de ses peines, -prévient les désirs qu'elle peut former, l'entoure des soins les plus -empressés, les plus assidus, les plus affectueux. - -C'est ainsi qu'à force de tendresse il fait, de cette humble femme, un -être privilégié, objet de l'envie de plus d'une grande dame de son pays -qui voudrait posséder comme elle l'heureux don d'inspirer un si grand -amour à son époux et d'exercer sur lui un si grand empire. Mais, hélas! -ce ne sont point les épouses qui peuvent plier les époux à des habitudes -de popes et se faire choyer par eux comme des popesses. Elles -n'obtiennent point ces avantages, qu'elles désirent si ardemment, et -c'est vraiment dommage; car il serait bien curieux de voir comment elles -s'y prendraient pour ne pas en abuser. - -La comparaison proverbiale dont je viens de donner l'origine et -l'explication est en usage en Russie depuis plusieurs siècles; elle n'a -été importée en France qu'à l'époque de la Restauration, où quelque bel -esprit du temps l'a enchâssée dans la formule inscrite en tête de cet -article. - -J'ajouterai, pour le lecteur curieux de savoir ce que devient la popesse -qui survit à son mari, que le veuvage lui est funeste: elle est forcée -de quitter le presbytère et le petit domaine qui l'environne; il n'y a -plus pour elle que misères et que douleurs, et le seul espoir qui lui -reste est de trouver quelque séminariste qui, pressé d'entrer dans les -fonctions sacerdotales, ne dédaigne pas de l'épouser. - - -Les époux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument vite l'un -l'autre, quand ils sont rapprochés. - -Cette comparaison pittoresquement triviale s'emploie pour faire entendre -aux époux qu'ils doivent mettre une certaine modération dans les -jouissances des sens, qui s'useraient bientôt par leurs excès et -produiraient des résultats fâcheux qu'il leur importe de prévenir. - -«C'est une religieuse liaison et dévote que le mariage, dit Montaigne: -voylà pourquoy le plaisir qu'on en tire, ce doibt estre un plaisir -retenu, sérieux et meslé à quelque severité; ce doibt estre une volupté -aulcunement prudente et consciencieuse.» (_Essais_, liv. I. chap. XXIX.) - -L'état conjugal est de sa nature grave et raisonnable; néanmoins il faut -qu'il intéresse le cœur. Mais ce n'est pas dans une passion ardente et -passagère qu'il fait consister l'intérêt du cœur; c'est dans un -sentiment calme et durable, et ce sentiment est un amour d'une espèce -particulière, non l'amour proprement dit. - - Non cet amour que le caprice allume, - Ce fol amour qui par un doux poison - Enivre l'âme et trouble la raison, - Et dont le miel est suivi d'amertume; - Mais ce penchant par l'estime épuré, - Qui ne connaît ni transports ni délire, - Qui sur le cœur exerce un juste empire, - Et donne seul un bonheur assuré. - -(Parny, _le Réveil d'une mère_.) - -Je n'examine point quel mauvais calcul fait un mari qui commence par -prodiguer à sa femme les témoignages d'une passion dont l'ardeur se -refroidit si promptement, ni quels sont les inconvénients de ce rôle -qu'il lui est impossible de soutenir. Je remarquerai seulement que -l'amour proprement dit, qui s'éteint dans la jouissance, est -incompatible avec le mariage, et je citerai encore un passage de -Montaigne sur ce sujet: «Le mariage a pour sa part l'utilité, la -justice, l'honneur et la constance; un plaisir plat mais plus universel: -l'amour se fonde au seul plaisir et l'a, de vray, plus chastouilleux, -plus vif et plus aigu; un plaisir attizé par la difficulté; il y fault -de la picqueure et de la cuisson: ce n'est plus amour s'il est sans -flèches et sans feu. La libéralité des dames est trop profuse (prodigue) -au mariage, et esmousse la pointe de l'affection et du desir. Pour fuyr -à cet inconvénient, voyez la peine qu'y prennent en leurs loix Lycurgue -et Platon.» (_Essais_, liv. III, chap V.) - - -Rester pour coiffer sainte Catherine. - -C'était autrefois l'usage, en plusieurs provinces, le jour où une jeune -fille se mariait, de confier à une de ses amies, qui désirait faire -bientôt comme elle, le soin d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'idée -superstitieuse que, cet emploi portant toujours bonheur, celle qui le -remplissait ne pouvait manquer d'avoir, à son tour, un époux avant la -fin de l'année. Et l'on trouve encore au village plus d'une jouvencelle -qui, sous l'influence de cette superstition toujours existante, prend -secrètement ses mesures afin d'attacher la première une épingle au -bonnet d'une fiancée. Or, comme un tel usage n'a jamais pu être observé -à l'égard d'aucune des saintes connues sous le nom de Catherine, -puisque, d'après la remarque des légendaires, toutes sont mortes -vierges, on a pris de là occasion de dire qu'une vieille fille _reste -pour coiffer sainte Catherine_; ce qui signifie, en développement, qu'il -n'y a chance pour elle d'entrer en ménage qu'autant qu'elle aura fait la -toilette de noces de cette sainte, condition impossible à remplir. - -Cette explication, qui m'a été communiquée, m'a paru bonne à rapporter, -à cause des faits assez curieux qu'elle rappelle; mais elle est un peu -trop compliquée, et je ne crois pas qu'elle doive être admise. En voici -une autre plus simple, fondée sur l'ancienne coutume d'habiller et de -coiffer les statues des saintes dans les églises. Comme on ne -choisissait que des vierges pour coiffer sainte Catherine, la patronne -des vierges, il fut tout naturel de considérer ce ministère comme -perpétuellement assigné à celles qui vieillissaient sans espoir de -mariage, après avoir vu toutes les autres se marier. - -Les Anglais disent dans le même sens: «_To carry a weeping willow -branch._ Porter la branche du saule pleureur,» parce que le saule, -emblème de la mélancolie, est particulièrement regardé, en Angleterre, -comme l'arbre de l'amour malheureux, opinion confirmée par la vieille -romance du _Saule_, dans laquelle gémit une amante abandonnée. - -Ils disent aussi: _Conduire des singes en enfer_, pour signifier -vieillir fille. Cette expression singulière, employée par Shakespeare -dans la _Méchante Femme mise à la raison_ (acte II, scène I), et dans -_Beaucoup de bruit pour rien_ (acte II, scène I), est prise de leur -vieux proverbe: _Les vieilles filles conduisent les singes en enfer._ Ce -qui vient peut-être de la supposition très-impertinente que les vieilles -filles ne peuvent tenter que des singes. - - -FIN. - - - - -TABLE ALPHABÉTIQUE - -DES PROVERBES - -EXPLIQUÉS DANS CE VOLUME. - - -_N.-B._--L'astérisque * marque les proverbes français ou étrangers qui -n'ont pas de commentaire particulier. - - -ABSENCE. - - Un peu d'absence fait grand bien 201 - *L'absence est un moyen de se rapprocher 202 - *L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent 203 - L'absence est l'ennemie de l'amour 204 - L'absence est pire que la mort 204 - - -AFFECTION. - - L'affection aveugle la raison 187 - On voit toujours par les yeux de son affection 188 - - -AIMER. - - Aime comme si tu devais un jour haïr 118 - On ne s'aime bien que quand on n'a plus besoin de se le dire 119 - Qui aime bien châtie bien 120 - Qui m'aime me suive 121 - Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a 122 - Qui s'aime trop n'est aimé de personne 123 - *Qui s'aime trop s'aime sans rival 123 - Aime-moi un peu, mais continue 124 - Qui aime Bertrand aime son chien 125 - *Les blessures faites par celui qui aime valent mieux que les - baisers trompeurs de celui qui hait 135 - Qui bien aime tard oublie 198 - *Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime 198 - Qui aime vilement s'avilit 199 - Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre bœufs 200 - *Qui n'est point jaloux n'aime point 232 - *Peu aime qui ne fait dépenses 210 - *Peu aime qui n'est pas sujet à la tristesse 223 - *Qui est aimé d'une belle femme est à l'abri des coups du sort 200 - Il faut connaître avant d'aimer 117 - *S'aimer peu à la fois afin de s'aimer longtemps 124 - Il faut aimer pour être aimé 189 - C'est trop aimer quand on en meurt 188 - Feindre d'aimer est pire qu'être faux monnayeur 191 - Mieux vaut aimer bergères que princesses 191 - Aimer à la franche marguerite 192 - S'aimer comme deux tourterelles 193 - S'aimer comme Robin et Marion 195 - On ne peut aimer et être sage tout ensemble 195 - Aimer n'est pas sans amer 196 - Qui ne sait pas céler ne sait pas aimer 196 - Aimer mieux de loin que de près 197 - *Aimer jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle 285 - - -AMANT. - - *Tout amant est fou 196 - L'âme d'un amant vit dans un corps étranger 207 - L'amant se transforme en l'objet aimé 207 - L'amant écoute du cœur les prières de sa belle 208 - La bourse d'un amant est liée avec des feuilles de poireau 208 - Querelles d'amants, renouvellement d'amour 210 - Les amants qui se disputent s'adorent 211 - Le mouvement des yeux est le langage des amants 212 - C'est tous les jours la fête du regard pour les amants 212 - Il est un dieu pour les amants 214 - Grands, vignes et amants trompent dans leurs serments 214 - - -AMI. - - Au besoin on connaît l'ami 125 - Le faux ami ressemble à l'ombre du cadran 126 - Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la - chose 127 - Qui cesse d'être ami ne l'a jamais été 129 - Un bon ami vaut mieux que cent parents 129 - Le frère est ami de nature, mais son amitié n'est pas sûre 130 - On peut vivre sans frère, mais non sans ami 130 - Un ami est un autre nous-même 131 - Un ami fidèle est la médecine de la vie 132 - *L'arbre se dessèche quand il n'est revêtu ni d'écorce ni de - feuillage: ainsi est l'homme sans ami 133 - *Pourquoi Dieu a-t-il donné une ombre au corps? C'est pour qu'en - traversant le désert ses yeux se reposent sur elle, etc. 133 - Il faut être fringant à l'ami 133 - Un ami pour l'autre veille 133 - Il n'est si bon conseil que d'ami 134 - *Conseil d'ami, conseil de Dieu 134 - Si ton ami te frappe baise sa main 134 - *Coups d'ami, coups chéris 134 - Un vieil ami est une seconde conscience 135 - Il n'y a pas de plus fidèle miroir qu'un vieil ami 135 - On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé un minot de - sel 135 - Qui est ami de tous ne l'est de personne 136 - A nul n'est vrai ami, qui de soi-même est ennemi 136 - Un ami en amène un autre 137 - *L'ami de mon ami est le bienvenu 137 - Un ami n'est pas sitôt fait que perdu 137 - Ami jusqu'aux autels 138 - Qui n'est pas grand ennemi, n'est pas grand ami 138 - A l'ami soigne le figuier, à l'ennemi soigne le pêcher 140 - *A l'ami on pèle la figue, à l'ennemi la pêche 141 - Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous 142 - Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami 143 - *Fi de l'ami qui couvre des ailes et déchire du bec 144 - Ami de Platon, mais plus ami de la vérité 144 - Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même 144 - A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain 145 - *Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier 184 - Il faut se défier d'un ami réconcilié 145 - *Ami réconcilié, ennemi redoublé 145 - *Ami rompu peut être soudé, mais il n'est jamais sain 183 - Ami au prêter, ennemi au rendre 146 - *Qui prête à son ami perd au double 146 - *Le moyen de perdre un ami, c'est de lui prêter de l'argent 146 - Sage ami et sotte amie 147 - Jamais honteux n'eut belle amie 148 - Mieux vaut donner à un ennemi qu'emprunter à un ami 149 - Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui 149 - *Bois et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec - lui 150 - N'accorde point ta confiance à un ami dissimulé 150 - *Un trésor n'est pas un ami, mais un ami est un trésor 161 - *Un frère est un ami qui nous est donné par la nature 170 - *Un parent est une partie de notre corps, un ami est une partie - de notre âme 171 - *Flatter un ami c'est lui verser du poison dans une coupe d'or 177 - *L'homme qui tient à son ami un langage flatteur et déguisé tend - un filet à ses pieds 177 - *L'ami fidèle est une forte protection 184 - *Vieil ami, chose toujours nouvelle 177 - *Mieux vaut manquer d'argent que d'ami 161 - *Ne fais pas des amis trop promptement 118 - *Le moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps, c'est - d'être longtemps à les faire 118 - *On connaît les bonnes sources dans la sécheresse, et les bons - amis dans l'adversité 126 - *Les amis ont le naturel du melon, etc. 127 - *Beaucoup de parents et peu d'amis 129 - *Le sort fait les parents, le choix fait les amis 129 - *Pluralité d'amis, nullité d'amis 136 - *Avant de se faire des amis, il faut commencer à devenir le sien 137 - Vieux amis et comptes nouveaux 150 - Les bons comptes font les bons a mis 150 - *Comptes clairs, amis chers 151 - Il ne faut pas compter avec ses amis 151 - Entre amis tout doit être commun 152 - Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage 152 - Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage 153 - Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis 153 - Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper - sans témoins 154 - Il faut aimer ses amis avec leurs défauts 155 - Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis 155 - On ne peut vivre sans amis 156 - Il faut louer tout bas ses amis 157 - Il faut dire la vérité à ses amis 158 - Vieux amis, vieux écus 159 - On ne saurait avoir trop d'amis 160 - Les amis de nos amis sont nos amis 160 - *Mille amis c'est peu, un ennemi c'est beaucoup 160 - Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie 161 - Il est bon d'avoir des amis partout 162 - *Avoir des amis en paradis et en enfer 162 - Les gens riches ont beaucoup d'amis 163 - *Les pauvres n'ont point d'amis 163 - Les amis par intérêt sont des hirondelles sur les toits 163 - Un homme mort n'a ni parents ni amis 163 - On ne doit pas servir ses amis à plats couverts 164 - On ne doit pas se gêner avec ses amis 165 - Dieu me garde de mes amis, je me garderai de mes ennemis 166 - Les amis sont les trésors des rois 167 - Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents 167 - Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu 168 - Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours 168 - Il faut éprouver les amis aux petites occasions, et les employer - aux grandes 169 - Il faut choisir ses amis dans sa famille 169 - Les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de - Dieu 173 - *La table fait les amis 178 - - -AMITIÉ. - - *Le malheur est la pierre de touche de l'amitié 126 - *Compte et calcul entretiennent l'amitié 151 - *L'amitié compte par tonneaux, et le commerce par grains 151 - *Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la coupe de l'amitié 156 - *L'amitié est plus nécessaire que le feu et l'eau 156 - *La sincérité est le sacrement de l'amitié 159 - Bonne amitié est une autre parenté 170 - *La véritable amitié ressemble à la parenté la plus rapprochée 170 - Bonne amitié vaut mieux que parenté 171 - Les couteaux coupent l'amitié 173 - Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon 174 - L'amitié est un pacte de sel 175 - Il faut que l'amitié nous trouve ou nous fasse égaux 176 - *L'amitié est la sympathie de deux âmes égales 176 - *L'amitié disparaît où l'égalité cesse 176 - La flatterie est le poison de l'amitié 176 - Le plus bel âge de l'amitié est sa vieillesse 177 - *L'amitié est un plaisir qui s'accroît à mesure qu'il vieillit 177 - Les petits présents entretiennent l'amitié 178 - La table est l'entremetteuse de l'amitié 178 - Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié 179 - *Visite rare accroît l'amitié 180 - *Des visites trop fréquentes useraient l'amitié 180 - L'amitié fait plus de bons ménages que l'amour 181 - L'amitié qui naît de l'amour vaut mieux que l'amour même 181 - L'amitié confie son secret, mais il échappe à l'amour 182 - L'amitié rompue n'est jamais bien soudée 183 - *L'amitié rompue ne se renoue pas sans que le nœud paraisse ou - se sente 183 - Le respect et la déférence sont les liens de l'amitié 183 - Bonne amitié vaut mieux que tour fortifiée 183 - L'amitié doit se contracter à frais communs 184 - Il faut découdre et non déchirer l'amitié 185 - Amitié de gendre 185 - *Amitié de gendre, soleil d'hiver 185 - *Amitié de brus et de gendres, lessives sans cendres 185 - Les amitiés devraient être immortelles, et mortelles les - inimitiés 186 - - -AMOUR. - - *L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux 187 - *Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine 190 - *L'amour après la colère est plus agréable 210 - L'amour vient sans qu'on y pense 216 - Amour et mort, rien n'est plus fort 217 - L'amour fait perdre le repos et le repas 217 - *Qui a l'amour au cœur a l'éperon aux flancs 218 - L'amour le plus parfait est le plus malheureux 218 - En amours les apprentis en savent autant que les maîtres 219 - L'amour naît à la première vue 219 - *L'amour naît du regard 219 - Le coup de foudre en amour 220 - L'amour est une fièvre au rebours 220 - Il faut être fou en amour 221 - Louange engendre amour 221 - L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas à guérir 222 - Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris 223 - L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses 224 - L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'épi sans grain 225 - L'amour excite aux grandes prouesses 225 - *L'amour fait les héros 225 - L'amour est le revenu de la beauté 226 - Courtoisie fait amour durer 227 - En amour mieux vaut espérer que tenir 227 - L'amour ne peut rien refuser à l'amour 228 - L'amour égalise toutes les conditions 228 - L'amour rapproche les distances 229 - L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle 229 - Amour et seigneurie ne souffrent compagnie 230 - *L'amour et l'ambition ne souffrent point de compagnon 230 - Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour 231 - Il n'y a point d'amour sans jalousie 232 - *La vraie jalousie fait toujours croître l'amour 232 - *La jalousie est la sœur de l'amour 232 - *La jalousie naît de l'amour, comme la cendre du feu, pour - l'étouffer 232 - Il n'y a pas d'amour sans espérance 233 - Plus l'amour vient tard, plus il ard 234 - *L'amour est comme la petite vérole, qui fait d'autant plus de - mal qu'elle vient plus tard 235 - Rien ne se rallume si vite que l'amour 235 - En amour, un blessé guérit l'autre 236 - L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit 236 - La petite oie de l'amour 237 - L'amour est un grand maître 238 - *L'amour est inventif 238 - L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs 239 - L'amour ôte le deuil 243 - En amour, trop n'est pas assez 244 - Plus l'amour est nu, moins il a froid 245 - *Qui se prend avec amour, se quitte avec rage 283 - Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des - bêtes 246 - L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble 247 - *Quand la pauvreté entre par la porte, l'amour s'envole par la - fenêtre 247 - Les lunettes sont des quittances d'amour 248 - L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice 250 - La faim fait oublier l'amour 250 - Sans pain ni vin, l'amour est vain 251 - *Vive l'amour, mais que je dîne 251 - *Vive l'amour après dîner 251 - Après l'amour le repentir 251 - On fait l'amour, et, quand l'amour est fait, c'est une autre - paire de manches 252 - Vieil amour, vieille prison 253 - L'amour meurt rarement de mort subite 254 - Il n'y a qu'un pas de l'amour à la dévotion 255 - Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir 256 - *Le temps et non la volonté met fin à l'amour 255 - Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse - l'autre 256 - L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour 258 - Le succès trop facile rend l'amour méprisable 259 - L'amour apprend les ânes à danser 259 - L'amour porte avec soi la musique 260 - *L'amour enseigne la musique 260 - *Amour engendre poésie 260 - L'amour est comme un flambeau, plus il est agité, plus il brûle 260 - L'amour et la gale ne se peuvent cacher 263 - *L'amour et la toux ne se peuvent celer 263 - *L'amour et le musc ne peuvent rester ignorés 263 - *La pauvreté et l'amour sont difficiles à cacher 263 - L'amour divulgué est rarement de durée 264 - Le secret est la garde la plus assurée de l'amour 264 - *Secret, vin et amour ne valent rien, quand ils sont éventés 264 - L'amour est le frère de la guerre 265 - L'amour est le frère de la haine 266 - A battre faut l'amour 267 - Heureux au jeu, malheureux en amour 269 - *Malheureux au jeu, heureux en amour 270 - Filer le parfait amour 270 - L'amour se paye par l'amour 270 - Plus il y a paroles en amour et moins y sied 271 - L'amour s'introduit sous le nom de l'amitié 271 - Un sot va plus vite et plus loin en amour qu'un homme d'esprit 273 - L'amour est de tous les âges 274 - L'amour fait les vieilles trotter 274 - L'amour est roi des jeunes gens et tyran des vieillards 275 - L'amour sied bien aux jeunes gens, et déshonore les vieillards 275 - Lorsqu'un vieux fait l'amour, la mort court à l'entour 277 - Vieillard qui fait l'amour, est un agonisant en chemise de noces 277 - Amour se nourrit de jeune chair 277 - L'amour n'a point de règle 278 - Le plaisir est le tombeau de l'amour 279 - *Le plaisir est fils de l'amour, mais c'est un fils ingrat qui - fait mourir son père 279 - *Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour 284 - L'amour des parents descend, et ne remonte pas 279 - Le cœur d'une mère est le miracle de l'amour 280 - Tendresse maternelle toujours se renouvelle 282 - *Amour de mère est toujours nouveau 283 - *Donner le gage d'amour sans fin 368 - *Les plus parfaites amours réussissent le moins 218 - *Vieilles amours et vieux tisons s'allument en toutes saisons 235 - *Les amours s'en vont, et les douleurs demeurent 251 - Froides mains, chaudes amours 283 - *Chaudes mains, froides amours 283 - Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux 283 - Il n'y a point de laides amours 284 - Il n'y a point de belle prison ni de laides amours 286 - Il n'y a point d'éternelles amours ni de félicité parfaite 286 - On revient toujours à ses premières amours 286 - Que la nuit me prenne là où sont mes amours! 287 - D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours, pour un plaisir mille - douleurs 288 - L'amour et le médecin 305 - - -AMOURETTE. - - *La manche est signal d'amourette 253 - Sont aussi bien amourettes, sous bureaux comme sous brunettes 289 - - -AMOUREUX. - - Un amoureux est toujours craintif 289 - Amoureux transi 290 - Amoureux des onze mille vierges 291 - Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse 293 - Les tisons relevés chassent les amoureux 293 - - -ANE. - - *Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes se battent 248 - - -ARISTOTE. - - Faire le cheval d'Aristote 242 - - -BEAU. - - *L'objet qu'on aime est toujours beau 284 - *N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée 284 - - -BELLE. - - Les belles ne sont pas pour les beaux 215 - Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions 215 - - -BOIS. - - *Le bois sec brûle mieux que le bois vert 235 - Bois vert se consume en fumée, bois vieux ne fait plus de - chaleur 334 - - -CATHERINE. - - Rester pour coiffer sainte Catherine 388 - - -CÉLADON. - - C'est un Céladon 295 - - -CHANDELLE. - - *De nuit, à la chandelle, l'ânesse paraît demoiselle à marier 61 - *Belle à la chandelle 61 - Allumer la chandelle à quatre cornes 341 - - -CHAT. - - La nuit, tous les chats sont gris 61 - - -CŒUR. - - Cœur oublie ce qu'œil ne voit 205 - Loin des yeux et loin du cœur 205 - Les yeux sont messagers du cœur 205 - Le cœur ne vieillit pas 206 - Le cœur n'a point de rides 206 - *Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur d'un fils est dans - la pierre 280 - - -COUVADE. - - Faire la couvade 59 - - -ÉPOUSAILLES. - - *La messe des épousailles est une extrême-onction 313 - - -ÉPOUX. - - Les époux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler 384 - Une jeune épouse veut être choyée comme la femme d'un prêtre - russe 385 - Les époux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument - vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochés 386 - - -ESCARGOT. - - *L'escargot, pour se délivrer d'inquiétude, échangea ses yeux - contre des cornes 372 - - -FEMME. - - Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle 1 - Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les - yeux 2 - *La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute grâce 3 - Maison faite et femme à faire 3 - *Cheval fait et femme à faire 3 - Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme 3 - *La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne - connaît point d'esclaves 4 - Rien n'est meilleur qu'une bonne femme 5 - *Une bonne femme est le plus grand bienfait de la Providence 5 - *Qui a trouvé une bonne femme a trouvé le bien par excellence 6 - *Heureux le mari d'une bonne femme, car le nombre de ses années - est doublé 6 - *La femme est un mets digne des dieux, quand le diable ne - l'assaisonne pas 6 - Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé 6 - *La bonne conduite de la femme est un don de Dieu 6 - La femme fait la maison 7 - La femme fait ou défait la maison 7 - La plus honnête femme est celle dont on parle le moins 7 - *La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas 8 - *Cette femme fait parler d'elle 8 - La bonne femme n'est jamais oisive 9 - *Le phénix est une femme oisive et sage à la fois 9 - Prends le premier conseil d'une femme, et non le second 11 - *Si la raison de l'homme vient de la vie et de la science, celle - de la femme vient de Dieu 11 - Ce que femme veut, Dieu le veut 12 - Il n'est plus fort lien que de femme 13 - La plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a 13 - Il n'est attention que de vieille femme 14 - La femme est toujours femme 15 - La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile 16 - Foi de femme est plume sur l'eau 16 - *Ne vous fiez pas aux promesses de la femme, car son cœur a été - fait tel que la roue qui tourne 17 - *Amitié des grands, soleil d'hiver et serments d'une femme, sont - trois choses qui n'ont pas de durée 17 - *Qui prend l'anguille par la queue et la femme par la parole - peut dire qu'il ne tient rien 17 - L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut - bâtir que des châteaux en Espagne 18 - Il ne faut pas se fier à femme morte 18 - Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait - d'une feuille de persil pour lui faire un habillement complet - et une couronne 19 - Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut 19 - Larmes de femme, assaisonnement de malice 19 - Caresses de femme, caresses de chatte 20 - *Rien de plus dangereux qu'une femme qui emploie les caresses 20 - La femme sait un art avant le diable 21 - *Jamais femme n'a gâté sa cause par son silence 21 - L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui - souffle 21 - Ce que diable ne peut, femme le fait 22 - Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait - davantage 23 - La femme est une araignée 23 - L'œil de la femme est une araignée 24 - Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura - bien te réveiller 24 - *Que celui qui ne sait se donner d'occupation prenne femme 24 - Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme 24 - Une bonne femme est une mauvaise bête 26 - Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise bête 26 - *Bonne femme et bonne mule, deux mauvaises bêtes 26 - La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage 27 - La femme ne doit pas avoir une tête à elle 27 - *Heureux ménage quand la femme est sans volonté, etc. 28 - La bonne femme est celle qui n'a point de tête 28 - Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage - de renard 29 - Corps de femme et tête de diable 30 - La femme et la poule se perdent pour trop courir 31 - *La femme doit être sédentaire 31 - Temps pommelé et femme fardée ne sont pas de longue durée 32 - Soleil qui luisarne au matin, enfant qui est nourri de vin et - femme qui parle latin, ne viennent pas à bonne fin 33 - Jamais habile femme ne mourut sans héritier 35 - Qui femme a, noise a 36 - *Un mari ne connaît pas assez sa femme pour en parler, une femme - connaît trop bien son mari pour s'en taire 36 - La femme querelleuse est pire que le diable 37 - On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice 37 - Rien n'est pire qu'une méchante femme 38 - Il faut craindre sa femme et le tonnerre 39 - *Il n'y a pas de colère qui surpasse la colère de la femme 39 - La femme est un mal nécessaire 39 - Femme barbue, de loin la salue, un bâton à la main 40 - Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne 41 - Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas 42 - *Si ta femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne, - ne lui confie rien 42 - A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt 42 - *A qui perd sa femme et un denier, c'est grand dommage de - l'argent 43 - Deuil de femme morte dure jusqu'à la porte 43 - Ci-gît ma femme; ah! qu'elle est bien, pour son repos et pour le - mien 43 - La chandelle se brûle, et cette femme ne meurt point 44 - Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie 44 - Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer 45 - Battre sa femme ne lui ôte folle pensée 48 - *Celui qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac de - farine, le bon s'en va et le mauvais reste 48 - Il faut toujours que la femme commande 48 - Femme veut en toute saison être maîtresse en sa maison 49 - La femme veut porter la culotte 51 - Être sous la pantoufle de sa femme 54 - Pour faire mentir une femme à coup sûr, il n'y a qu'à lui - demander son âge 57 - Servez monsieur Godard! sa femme est en couches 59 - La nuit, il n'y a point de femme laide 61 - Jeter le mouchoir à une femme 62 - La femme de César ne doit pas même être soupçonnée 63 - Il ne faut prêter ni son épée, ni son chien, ni sa femme 64 - Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme 65 - La femme est la moitié de l'homme 65 - Dame qui moult se mire, peu file 67 - *Plus la femme mire sa mine, plus sa maison elle mine 67 - La femme perd l'homme 68 - *L'homme perd la femme 70 - Une maîtresse est reine, une femme est esclave 73 - Une femme et un almanach ne valent que pour une année 73 - Qui sa femme n'honore, lui-même se déshonore 75 - On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier - moment, sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion 75 - La femme a été faite pour l'homme, non l'homme pour la femme 77 - La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille 79 - Femme est mère de tout dommage, tout mal en vient et toute rage 79 - Une femme est comme votre ombre: suivez-la, elle fuit; fuyez-la, - elle suit 81 - Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant 81 - Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir été - mariée trop tard 370 - Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui - répétera dix fois par jour 83 - Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme 84 - L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur de cire 84 - Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est - encore faite qu'à moitié 85 - La femme est le savon de l'homme 85 - *La femme est une savonnette à vilain 86 - *Qui croit sa femme se trompe, qui ne la croit pas est trompé 100 - *A femme trépassée, il faut tuer la langue en particulier 108 - *On tire plus de choses avec un cheveu de femme qu'avec six - chevaux bien vigoureux 200 - *Il faut descendre un degré pour prendre une femme, et en monter - un pour faire un ami 327 - Deux bons jours à l'homme sur terre: quand il prend femme, et - qu'il l'enterre 360 - Il faut faire carême-prenant avec sa femme, et Pâques avec son - curé 378 - Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés 87 - Les femmes font les hommes 87 - Sans les femmes, les deux extrémités de la vie seraient sans - secours et le milieu sans plaisir 89 - Les femmes ont l'œil américain 90 - Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs 91 - Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines 92 - Femmes et chevaux, il n'y en a point sans défauts 94 - Les femmes sont trop douces, il faut les saler 94 - Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le - paradis des femmes 95 - Les femmes ont des souris à la bouche et des rats dans la tête 96 - Les premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs - dernières résolutions les plus dangereuses 11 - *Le diable assoupit rarement les mensonges des femmes dans la - fosse 18 - *Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, etc. 20 - *Les femmes sont semblables au crocodile, etc. 20 - *Les bonnes femmes sont toutes au cimetière 26 - *Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont mille 38 - Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes - telles qu'elles veulent être 97 - L'amour des femmes tue le courage des plus braves 98 - *L'amour des femmes tue la sagesse 98 - Les femmes sont toutes fausses comme des jetons 99 - Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles - disent la vérité à ceux qui ne les croient pas 99 - La vieillesse est l'enfer des femmes 100 - Les femmes sont comme les énigmes, qui ne plaisent plus quand on - les a devinées 101 - Les femmes sont comme les paons, dont les plumes deviennent plus - belles en vieillissant 101 - Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-grièches - dans leur domestique, des colombes dans le tête-à-tête 102 - Les femmes qui sont anges à l'église sont diables à la maison 103 - Vides chambres font femmes folles 103 - *Femmes folles de leur corps 103 - Les dames à la grand'gorge 103 - Trois femmes font un marché 105 - *Trois femmes et une oie font un marché 105 - *Deux femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un - plein marché 105 - *Femmes sont faites de langue comme renards de queue 105 - *La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent à leurs - pieds 106 - Les femmes ont des langues de la Pentecôte 106 - La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas - rouiller 106 - *Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est pourquoi il - faut frapper sur la gaîne 107 - La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée 108 - Femmes ne sont pas gens 109 - De ce qu'on dit des femmes il ne faut croire que la moitié 110 - Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire - monnaie 111 - Les femmes qui ont donné leur farine veulent vendre leur son 112 - Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier 113 - Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes - si une femme est belle 114 - Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir 115 - On ne saurait dire des femmes ce qui en est 115 - *Les femmes se laissent prendre à la louange comme les alouettes - au miroir 221 - *Les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes - dans l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse 333 - - -FEU. - - *Qui n'est pas en feu n'enflamme point 189 - - -FIANÇAILLES. - - Fiançailles chevauchent en selle, et repentirs en croupe 357 - *Boire le vin des fiançailles 358 - - -FIANCÉ. - - Boire comme un fiancé 358 - - -FIANCER. - - Tel fiance qui n'épouse pas 35 - - -FILLE. - - Fille honnête et morigénée est assez riche et bien dotée 3 - *Une fille est assez noble et assez riche si elle est chaste, - modeste et vertueuse 3 - La plus belle fille ne peut donner que ce qu'elle a 13 - Jeune fille avec jeune fieu, c'est mariage du bon Dieu 320 - Bailler ou donner le chapelet à une fille 339 - *Fille, pour son honneur garder, ne doit ni prendre ni donner 41 - *Mieux vaudrait tenir un panier de souris qu'une fille de vingt - ans 25 - *Fille fiancée n'est ni prise ni laissée 357 - *Fille fiancée n'est pas mariée 357 - Un homme riche n'est jamais trop vieux pour être le mari d'une - jeune fille 376 - *Les vieilles filles conduisent les singes en enfer 389 - - -FLEURETTES. - - Conter fleurettes 298 - - -GENDRE. - - *Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en trouve un - mauvais perd une fille 186 - - -LUNE. - - *Décrocher la lune 209 - La lune de miel 384 - *Être né à la quatrième lune 383 - - -MAIN. - - *Ne touche pas à plusieurs dans la main 136 - *Princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de - pair en se donnant la main 229 - - -MALADIE. - - Il n'y a pas de maladie plus cruelle que de n'être pas content - de son sort 122 - - -MARI. - - *Ce n'est rien, c'est mon mari que l'on tue 44 - *Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la - femme aveugle 311 - *Aujourd'hui mari, demain marri 366 - Un mari est toujours le dernier instruit, etc. 370 - Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui 373 - Sers ton mari comme ton maître, et t'en garde comme d'un traître 374 - Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux 375 - Mieux vaut un vieux mari que point de mari 376 - Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon - mari 378 - *Jamais maris, toujours amants 367 - Les anciens mauvais sujets font les meilleurs maris 379 - Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette 380 - *Tous les maris contents danseraient sur le cul d'un verre 380 - Tous les maris ont besoin d'aller à Saint-Raboni 380 - Les boiteux sont de bons maris 381 - Les maris et les amants voient souvent la lune à gauche 382 - - -MARIAGE. - - Le mariage est une loterie 307 - Le mariage est le plus grand des biens et des maux 309 - En mariage il y a fort lien 310 - Un bon mariage se fait d'un mari sourd et d'une femme aveugle 311 - Mariage et pénitence ne font qu'un 312 - Tout traité de mariage porte son testament 312 - Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe 313 - Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, etc. 314 - En mariage, trompe qui peut 314 - Le mariage est comme une forteresse assiégée, etc. 315 - Les quinze joies de mariage 316 - Le mariage est le tombeau de l'amour 316 - Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché - mortel 318 - Il n'y a point de mariage dans le paradis 319 - *Il y a dans le séjour des bienheureux beaucoup d'amour et point - de mariage 319 - Le mariage n'empêche point d'aimer ailleurs 319 - Homme vieux avec jeune femme, mariage de Notre-Dame 321 - Vieille femme et jeune garçon c'est mariage de démon 321 - Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle 321 - Mariage de Jean des vignes, tant tenu, tant payé 321 - *Mariage du treizième arrondissement 322 - *Boire, manger, coucher ensemble, c'est mariage, ce me semble 322 - Mariage de bohèmes 322 - Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture 323 - Un bon mariage répare tout 325 - Mariage et pendaison vont au gré de la destinée 328 - *Mariage prompt, regret long 342 - *Celui qui est lié par le mariage n'est plus libre 350 - *Mariage et malheur tout en un jour 366 - *Avant le mariage tu cries Io, et après tu cries Iahu 366 - Les meilleurs mariages se font entre pareils 326 - *La première lune après le mariage est de miel, et celles qui la - suivent sont d'absinthe 384 - La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir 325 - Les mariages sont écrits dans le ciel 327 - *Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre 327 - Année de noisettes, année de mariages 328 - - -MARIER. - - Il ne faut pas se marier pour les yeux 2 - Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer, - enfanter et pleurer 330 - Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune et trop tard - quand on est vieux 332 - Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard 333 - Qui va loin se marier sera trompé ou veut tromper 335 - Avant de te marier, aie maison pour habiter 335 - Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dîner et la - femme de quoi souper 336 - Il faut se marier en face de l'église 337 - Il ne faut pas se marier pour la première nuit de ses noces 339 - *Qui recule trop à se marier, il s'avance d'être sot 356 - Qui se marie à la hâte se repent à loisir 342 - On se marie pour soi 343 - Le jour où l'on se marie est le lendemain du bon temps 345 - Qui se marie fait bien, qui ne se marie pas fait mieux 346 - Qu'on se marie ou non, l'on a toujours à s'en repentir 347 - Qui se marie par amour a bonnes nuits et mauvais jours 349 - Qui se marie se met la corde au cou 350 - Qui se marie s'achemine à faire pénitence 350 - Marie ton fils quand tu voudras, ta fille quand tu pourras 351 - *Marie ta fille, et tu auras fait une grande affaire 351 - Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand - l'occasion s'en présente 352 - Marie ton fils à Paris 352 - Marie ta fille en Normandie 352 - Nul ne se marie qui ne s'en repente 353 - Saint Nicolas marie les filles avec les gaz 355 - Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins 356 - *L'homme et la femme qui se marient mettent la main dans un sac - où sont dix couleuvres et une anguille 307 - *Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup 311 - Aujourd'hui marié, demain marri 366 - Il sera marié cette année 366 - L'homme marié est un oiseau en cage 367 - Les mariés auront la vigne de l'abbé 368 - Dénouer la jarretière de la mariée 368 - La mariée n'a pour dot qu'un chapeau de roses 369 - - -MISÈRE. - - Prendre le collier de misère 340 - - -NOCES. - - C'est pain de noces 361 - Le pain de noces coûte cher à qui le mange 361 - Pain de noces, chair de piége à vautour 361 - Noces de mai, noces mortelles 362 - Noces réchauffées 364 - Il ne s'est jamais trouvé à pareilles noces 364 - *Les noces remplissent la terre, la virginité remplit le ciel 319 - - -OISEAU. - - C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid 75 - - -POULE. - - La poule ne doit pas chanter devant le coq 54 - *Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut lui couper la - gorge 55 - *Poule qui chante le béguey annonce la mort de sa maîtresse ou - la sienne 56 - - -ROSE. - - Découvrir le pot aux roses 296 - *Ceci est dit sous la rose 297 - - -SAULE. - - *Porter la branche du saule pleureur 389 - - -SOLLICITEUSE. - - *Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison 200 - - -TENDRE. - - Voyager dans le pays de Tendre 299 - - -TENDRESSE. - - Tendresse maternelle toujours se renouvelle 282 - - -VÉNUS. - - *Sans Cérès et Bacchus Vénus est transie 251 - *Vénus est pour qui a le ventre plein, non pour qui l'a vide 251 - *Si elle est louche elle ressemble à Vénus 285 - - -VERROU. - - Baiser le verrou 262 - - -VEUVE. - - *Si une merluche devenait veuve, elle serait grasse 360 - *Si une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon 361 - - -VIVRES. - - *Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres 336 - - -FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE DES PROVERBES. - - -ÉMILE COLIN--IMPRIMERIE DE LAGNY - - - - -Note du transcripteur - -On a conservé l'orthographe de l'original, en corrigeant toutefois les -erreurs manifestement imputables aux typographes. - -On a représenté _entre signes soulignés_ les mots mis en exergue par une -typographie en italique (ou par des caractères droits à l'intérieur d'un -passage en italique). - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amitié - l'amour et le mariage, by Pierre Marie Quitard - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES *** - -***** This file should be named 63380-0.txt or 63380-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/3/3/8/63380/ - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from the Google Books project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Proverbes sur les femmes, l'amiti, l'amour et le mariage - -Author: Pierre Marie Quitard - -Release Date: October 5, 2020 [EBook #63380] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES *** - - - - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from the Google Books project.) - - - - - - -</pre> - -<h1>PROVERBES<br /> -<span class="small">SUR</span><br /> -<span class="large">LES FEMMES</span><br /> -L'AMITI -L'AMOUR ET LE MARIAGE</h1> - -<p class="c">RECUEILLIS ET COMMENTS<br /> -<span class="small">PAR</span><br /> -<b class="large sans-serif">M. QUITARD,</b><br /> -Auteur du <i>Dictionnaire des Proverbes</i></p> - -<p class="c gap">NOUVELLE DITION<br /> -<span class="small">CONSIDRABLEMENT AUGMENTE</span></p> - -<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br /> -GARNIER FRRES, LIBRAIRES-DITEURS<br /> -6, <span class="small">RUE DES SAINTS-PRES</span>, 6</p> - -<p class="c">1889</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em small">PARIS.—IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7.</p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak">AVIS DES DITEURS</h2> - - -<p>La <span class="small">PREMIRE DITION</span> de ce Livre, tir -plusieurs milliers d'exemplaires, est entirement -puise depuis quelques annes. Celle que -nous publions aujourd'hui, d'aprs les nombreuses -demandes qui nous ont t adresses, -n'est pas une reproduction pure et simple de la -prcdente. Outre les retouches et les additions -que l'auteur a faites l'ancien texte, cette dition -comprend une assez grande quantit d'articles -indits, et non moins instructifs qu'amusants -par la varit des traditions, des usages, -des origines et des documents prcieux qu'elle -contient. Grce toutes ses amliorations, cet -ouvrage est devenu plus nouveau et plus amusant; -et nous sommes fonds esprer que le -public voudra bien l'accueillir avec la mme -faveur dont il a honor celui dont il est le -corrig et le complment.</p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT<br /> -<span class="small">DE LA PREMIRE DITION</span></h2> - - -<p>Il y a longtemps que je m'occupe <span class="small">DES -PROVERBES</span>, considrs comme expression des -mœurs et des coutumes nationales. J'en ai publi, -en 1842, un dictionnaire qui a obtenu -quelque succs en France et l'tranger. Depuis, -j'ai revu et considrablement augment ce premier -travail, dont j'ai insr de nombreux fragments -indits dans mes <i>tudes historiques, littraires -et morales sur les proverbes franais</i>, etc.</p> - -<p>Il m'a paru piquant de dtacher encore de -mon manuscrit les proverbes, maximes et dictons -relatifs aux Femmes, l'Amiti, l'Amour -et au Mariage, et de former, en leur donnant -des dveloppements nouveaux, une sorte de -blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels -on n'a cess et on ne cessera jamais -d'crire.</p> - -<p>Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs -qui se sont amuss faire des archives -de satire et de scandale contre le beau sexe. -J'ai dit de lui le bien comme le mal avec une -libert consciencieuse, et j'ai tenu respecter -mon sujet. J'espre donc qu'il ne dsapprouvera -point les vrits que ce petit livre lui prsente, -vrits srieuses quoique sous une forme parfois -plaisante et vive.</p> - -<p>Puisse le public, de son ct, l'accueillir avec -la mme indulgence que mes publications prcdentes.</p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak">PROVERBES<br /> -<span class="small">SUR</span><br /> -<span class="large">LES FEMMES</span></h2> - - -<div class="p" id="p339">Il faut trente qualits une femme pour tre parfaitement belle.</div> -<p>C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre -franais intitul: <i>De la Louange et de la Beaut des dames</i>, -o il a rsum trois par trois en dix triades, les trente -choses qui, suivant lui, constituent la perfection, la -beaut idale de la forme fminine telle que fut, dit-on, -celle d'Hlne.</p> - -<p>Corniger a mis le texte franais en dix-huit vers latins, -qui ont t insrs par Jean Nevizan dans sa <i>Fort -nuptiale</i> et qui dbutent ainsi:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Triginta hc habeat qu vult formosa vocari.</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Fœmina sic Helenam fama fuisse refert.</i></div> -</div> - -<p>La femme qui veut tre reconnue belle doit -avoir les trente qualits que la renomme attribue -Hlne.</p> - -<p>Vient ensuite l'numration de ces trente qualits -dont nous donnons la traduction tire du conte de -Saintine intitul: un <i>Rossignol pris au trbuchet</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains;</div> -<div class="verse">Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils;</div> -<div class="verse">Trois rouges: les lvres, les joues et les ongles;</div> -<div class="verse">Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils;</div> -<div class="verse">Trois larges: la poitrine, le front et les hanches;</div> -<div class="verse">Trois troites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied;</div> -<div class="verse">Trois grosses: le bras, le mollet et ***;</div> -<div class="verse">Trois arques: la taille, le nez et les sourcils;</div> -<div class="verse">Trois rondes: le sein, le cou et le menton;</div> -<div class="verse">Trois petites: le pied, la main et l'oreille.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p340">Il faut choisir une femme avec les oreilles plutt qu'avec les yeux.</div> -<p>Il faut considrer la bonne rputation plutt que la -beaut de celle qu'on veut prendre pour pouse. Ne -regarder qu' la beaut dans le choix d'une pouse, -c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, <i>se marier -pour les yeux</i>, ou, suivant une expression dont Corneille -s'est servi: <i>pouser un visage</i>.</p> - -<p><i lang="de" xml:lang="de">Heirathe das Weib, nicht die Gestalt</i> (prov. allemand). -<i>pouse la femme, non la figure.</i></p> - -<p>On lit dans les <i>Prceptes de mariage</i> de Plutarque:</p> - -<p id="p586">Il ne faut pas se marier au gr de ses yeux seulement, -ni au rapport de ses doigts, comme font aucuns -qui comptent sur leurs doigts combien leur femme -leur apporte en mariage, et ne considrent pas premirement -si elle est conditionne de sorte qu'ils puissent -vivre heureux avec elle.</p> - -<p>Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel -Dieu plongea notre premier pre, au moment o il -voulut lui donner une compagne, est un avis de nous -dfier de notre vue et de prendre une femme les yeux -ferms.</p> - - -<div class="p" id="p515"><span class="blk">Fille honnte et morigne<br /> -Est assez riche et bien dote.</span></div> - -<p>Cette maxime rime est prise de la rponse que fit -Bias, l'un des sept sages de la Grce, quelqu'un qui -lui demandait quelle tait la meilleure dot d'une fille. -C'est une vie pudique, dit le philosophe. La demande -et la rponse ont t renfermes dans cet hexamtre -du pote Ausone:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu dos matron pulcherrima?—Vita pudica.</i></div> -</div> - -<p>Diamant qui n'a point de tache est toujours bien -enchss. Il en est de mme d'une fille: <a name="p516" id="p516"></a>elle est assez -noble et assez riche si elle est chaste, modeste et vertueuse. -(Maxime chinoise.)</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>, -<small>XXVI</small>, 19.) <a name="p341" id="p341"></a>La femme sage et pudique a une -grce au-dessus de toute grce.</p> - - -<div class="p" id="p342">Maison faite et femme faire.</div> -<p>Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas -tre expos aux inconvnients et aux dpenses qu'entrane -la btisse, et il faut prendre une jeune femme -dont le caractre ne soit pas entirement form, afin -de pouvoir la faonner sans peine la manire de -vivre qu'on veut lui faire adopter.</p> - -<p>Les Anglais disent dans le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">A horse made -and a wife to make.</i>—<i id="p343">Cheval fait et femme faire.</i></p> - - -<div class="p" id="p344">Il faut tre le compagnon et non le matre de sa femme.</div> -<p>Traduction littrale du proverbe roman:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">De sa molher cal estre</i></div> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Lo companho no lo maestre.</i></div> -</div> - -<p>Il faut que l'autorit d'un mari sur sa femme soit -celle de la raison. Il doit s'appliquer la diriger par -de sages conseils, non par des prescriptions rigoureuses, -tre pour elle un guide bienveillant, non un -dominateur tyrannique.</p> - -<p><i id="p345">La nature a soumis la femme l'homme, mais la nature -ne connat point d'esclaves.</i> (Prov. chinois.)</p> - -<p>Il faut, dit Plutarque dans ses <i>Prceptes de mariage</i>, -que le mari domine la femme, non comme le seigneur -fait son esclave, <span lang="frm" xml:lang="frm">ains</span> (mais) comme l'me fait -le corps, par une mutuelle dilection et affection dont -il est li avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.</p> - -<p>On lit dans une interprtation talmudique du passage -de la Gense sur la cration d've: Si Dieu et -voulu que la femme devnt le chef de l'homme, il l'et -tire de son cerveau; s'il et voulu qu'elle ft son -esclave, il l'et tire de ses pieds. Il voulut qu'elle ft -sa compagne et son gale, en consquence il la tira -de son ct. Ce que saint Thomas a redit, en l'amplifiant -de cette manire: Dieu a cr ainsi la premire -femme d'abord par gard pour la dignit de -l'homme, afin que l'homme ft lui seul le principe -de toute espce, comme Dieu est le seul principe -de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas -t cre de la tte de l'homme, afin que l'on sache -qu'elle ne doit pas dominer l'homme en matresse de -l'homme; en troisime lieu, elle n'a pas t cre -des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne -doit pas tre mprise de l'homme comme la servante -et l'esclave de l'homme; mais elle a t cre du -ct de l'homme, du cœur mme de l'homme, afin que -l'on sache qu'elle doit tre aime par l'homme comme -la moiti de l'homme, la compagne de l'homme, -l'gale de l'homme.</p> - -<p>Ce passage de saint Thomas a t traduit et cit par -le P. Ventura dans un sermon.</p> - -<p>Les Arabes prtendent que Dieu ne voulut point tirer -la femme de la tte de l'homme, de peur qu'elle ne ft -coquette, ni de ses yeux, de peur qu'elle ne jout de -la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne ft -curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne toucht point - tout, ni de ses pieds, afin qu'elle n'aimt pas trop -courir. Il la tira de la cte, de l'innocente cte d'Adam; -et, malgr tant de prcautions, ajoutent-ils malicieusement, -elle eut un peu de tous ces dfauts la fois.</p> - - -<div class="p" id="p346">Rien n'est meilleur qu'une bonne femme.</div> -<p><i lang="la" xml:lang="la">Nil melius mulier bona.</i> Ce texte latin, dont le proverbe -est la traduction littrale, se trouve dans un recueil -de sentences morales en vers latins, qu'Ablard -composa pour l'instruction de son fils.</p> - -<p>Mais Hsiode avait dit avant Ablard: Il n'est -aucun bien prfrable une bonne femme.</p> - -<p>Le trouvre Chardy, dans le <i lang="fro" xml:lang="fro">Petit Plet</i>, pome publi -au treizime sicle, emploie cette autre sentence analogue: -<i id="p347">Une bonne femme est le plus grand bienfait de la -Providence.</i></p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet -jucunditatem a Domino.</i> (Salomon, <i>Prov.</i>, <small>XXVIII</small>, 22.) -<a name="p348" id="p348"></a>Qui a trouv une bonne femme a trouv le bien par -excellence, et il a reu du Seigneur une source de -joie.</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Mulieris bon beatus vir: numerus enim annorum illius -duplex.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>, <small>XXVI</small>, 1.) <a name="p349" id="p349"></a>Heureux le mari d'une -bonne femme, car le nombre de ses annes est -doubl.</p> - -<p>Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari -d'une mauvaise femme est diminue de moiti.</p> - -<p><a name="p350" id="p350"></a>La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des -dieux quand le diable ne l'assaisonne pas.</p> - - -<div class="p" id="p351">Qui de femme honnte est spar, d'un don divin est priv.</div> -<p>Proverbe qui parat avoir t inspir par ce passage -de l'Ecclsiastique: <a name="p352" id="p352"></a>La bonne conduite de la femme -est un don de Dieu. <i lang="la" xml:lang="la">Disciplina illius datum Dei est.</i> -(<small>XXVI</small>, 17.)</p> - -<p>Une femme honnte est vraiment un <i>don divin</i>, et il -n'y a point de plus grand malheur pour un mari que -d'en tre spar, car il perd avec elle un sage conseil -dans ses entreprises, une douce consolation dans ses -chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmits, -une source d'agrments et de joie dans toutes les situations -de la vie. Et quel trsor sur la terre pourrait -valoir cette fidle amie, cette tendre bienfaitrice ou -plutt cette providence de tous les instants: Un -pareil trsor, dit Salomon, est plus prcieux que -ce qu'on va chercher au loin et aux extrmits de -la terre. <i lang="la" xml:lang="la">Procul et de ultimis finibus pretium ejus.</i> -(Prov., <small>XXXI</small>, 10.)</p> - - -<div class="p" id="p353">La femme fait la maison.</div> -<p>Tout irait mal dans une maison sans la femme, la -femme sense, bien entendu. C'est elle qui en est vraiment -le gnie tutlaire et qui en fait la prosprit, en -y tablissant l'ordre moral et matriel par sa sagesse, -par sa surveillance, par son application aux dtails du -mnage et par une foule de soins que le mari ne saurait -prendre aussi bien qu'elle.</p> - -<p>Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie, -en disant <i id="p354">la femme fait ou dfait la maison</i>, existe -depuis les temps les plus reculs. Il se retrouve dans -les paroles suivantes de Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Sapiens mulier dificat -domum suam: insipiens exstructam quoque manibus -destruet.</i> (<i>Prov.</i>, <small>XIV</small>, 1.) La femme sage btit sa maison: -l'insense dtruira de ses mains celle mme qui -tait dj btie.</p> - -<p>On lit dans le <i>Manava-Dharma Sastra</i>, ou livre de la -loi de Manou: <i>La femme, c'est la maison</i>, et dans un -pote indien: <i>La femme, c'est la fortune.</i></p> - -<p>Les Allemands ont ce proverbe: <i lang="de" xml:lang="de">Die Haus Ehre liegt -am Weib.</i> L'honneur de la maison est la femme.</p> - - -<div class="p" id="p355">La plus honnte femme est celle dont on parle le moins.</div> -<p>Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa -lettre d'Alembert, avaient, en gnral, un trs-grand -respect pour les femmes; mais ils marquaient ce -respect en s'abstenant de les exposer au jugement du -public, et croyaient honorer leur modestie en se -taisant sur leurs autres vertus. Ils avaient pour maxime -que le pays o les mœurs taient les plus pures tait -celui o l'on parlait le moins des femmes, et que la -femme la plus honnte tait celle dont on parlait le -moins. C'est sur ce principe qu'un Spartiate, entendant -un tranger faire de magnifiques loges d'une -dame de sa connaissance, l'interrompit en colre: -Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de mdire d'une -femme de bien? De l venait aussi que, dans leur -comdie, les rles d'amoureuses et de filles marier -ne reprsentaient jamais que des esclaves ou des -filles publiques.</p> - -<p>Quoique nous n'ayons point pour les femmes le -mme respect que les anciens, nous n'en avons pas -moins adopt la maxime proverbiale dont ils se servaient, -comme d'une espce de <i lang="la" xml:lang="la">criterium</i> qui leur faisait -reconnatre le degr d'estime qu'ils devaient chacune -d'elles. Il y a mme dans notre langue une expression -vulgaire qui vient l'appui de cette maxime: c'est -l'expression <i>faire parler de soi</i>. Quand elle s'applique -une femme, elle emporte toujours une ide de blme, -tandis qu'elle se prend gnralement dans un sens -d'loge quand elle se rapporte un homme. <i id="p357">Cette -femme fait parler d'elle</i> est une phrase qui signifie que -cette femme donne lieu de mauvais propos sur son -compte par une conduite rprhensible. <i>Cet homme -fait parler de lui</i> se dit ordinairement pour exprimer -que cet homme se distingue par ses talents ou par ses -belles actions.</p> - -<p><i id="p356">La femme la mieux loue est celle dont on ne parle pas.</i> -(Prov. chinois.)</p> - -<p>La maxime qui veut que la femme la plus honnte -soit celle dont on parle le moins a t attribue par -quelques-uns Pricls, par quelques autres Thucydide, -quoique celui-ci ne la cite que comme un mot -de Pricls, et par Synsius Osiris. Elle a t dsapprouve -par Plutarque au dbut de son trait <i>Des -vertus des femmes</i>. Il me semble, dit-il, que Gorgias -estoit plus raisonnable, qui vouloit que la renomme, -non le visage de la femme, ft connue de plusieurs.</p> - - -<div class="p" id="p358">La bonne femme n'est jamais oisive.</div> -<p>Si elle l'tait, elle ne serait pas la bonne femme, -c'est--dire celle qui se dvoue la pratique de tous ses -devoirs avec lesquels l'oisivet <i>mre des vices</i> est incompatible; -car, suivant une maxime de Pythagore <a name="p359" id="p359"></a>le -phnix est une femme oisive et sage la fois.</p> - -<p>Notre proverbe est l'expression d'une pense qui domine -dans le portrait que Salomon a trac de la <i>femme -forte</i> ou vertueuse. Voici ce portrait o l'on verra la -runion des qualits qui devaient constituer le caractre -de la femme par excellence dans les mœurs primitives:</p> - -<p>Qui trouvera la femme forte? Elle est plus prcieuse -que ce qui s'apporte de l'extrmit du monde.</p> - -<p>Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et -il ne manquera point de dpouilles.</p> - -<p>Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous -les jours de sa vie.</p> - -<p>Elle a cherch la laine et le lin, et elle a travaill -avec des mains sages et ingnieuses.</p> - -<p>Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte -de loin son pain.</p> - -<p>Elle se lve lorsqu'il est encore nuit: elle a partag -le butin ses domestiques et la nourriture ses -servantes.</p> - -<p>Elle a considr un champ, et l'a achet; elle a -plant une vigne du fruit de ses mains.</p> - -<p>Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son -bras.</p> - -<p>Elle a got, et elle a vu que son trafic est bon; sa -lampe ne s'teindra point pendant la nuit.</p> - -<p>Elle a port sa main des choses fortes, et ses -doigts ont pris le fuseau.</p> - -<p>Elle a ouvert sa main l'indigent; elle a tendu -ses bras vers le pauvre.</p> - -<p>Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni -la neige, parce que tous ses domestiques ont un double -vtement.</p> - -<p>Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se -revt de lin et de pourpre.</p> - -<p>Son mari sera illustre dans l'assemble des juges, -lorsqu'il sera assis avec les snateurs de la terre.</p> - -<p>Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donn -une ceinture au Chananen.</p> - -<p>Elle s'est revtue de force et de beaut, et elle rira -au dernier jour.</p> - -<p>Elle a ouvert sa bouche la sagesse, et la loi de -clmence est sur sa langue.</p> - -<p>Elle a considr les sentiers de sa maison, et elle -n'a point mang son pain dans l'oisivet.</p> - -<p>Ses enfants se sont levs et ont publi qu'elle tait -trs-heureuse, son mari s'est lev, et il l'a loue.</p> - -<p>Beaucoup de filles ont amass des richesses; mais -vous ( femme forte) les avez toutes surpasses.</p> - -<p>La grce est trompeuse, et la beaut est vaine: -la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera -loue.</p> - -<p>Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres -œuvres la louent dans l'assemble des juges.</p> - -<p>(<i>Proverbes</i>, ch. <small>XXXI</small>, trad. de Le Maistre de Sacy.)</p> - - -<div class="p" id="p360">Prends le premier conseil d'une femme, et non le second.</div> -<p>Les femmes jugent mieux d'instinct que de rflexion: -elles ont l'<i>esprit prime-sautier</i>, suivant l'expression de -Montaigne; elles savent pntrer le secret des cœurs et -saisir le nœud des intrigues et des affaires avec une -merveilleuse sagacit, et les soudains conseils qu'elles -donnent sont presque toujours prfrables aux rsultats -d'une lente mditation. C'est pour cela sans doute -que les peuples celtiques leur attribuaient le don des -oracles, et leur accordaient une grande influence dans -les dlibrations politiques. Ils disaient que <i id="p361">si la raison -de l'homme vient de la vie et de la science, celle de la femme -vient de Dieu</i>.</p> - -<p>Les Hbreux, les Grecs et les Romains pensaient -aussi que les femmes avaient des lumires instinctives -qui leur venaient d'en haut. La Sulamite de Salomon, -la Diotime de Platon et l'grie de Numa attestent, -chez eux, l'existence de ce prjug auquel l'Inde ne -fut peut-tre pas trangre, comme le prouve le drame -de Sacontala.</p> - -<p>Les Chinois croient que les secondes vues chez les -femmes ne valent pas les premires, et ils disent, par -un proverbe semblable au ntre: <i id="p472">Les premiers conseils -des femmes sont les meilleurs, et leurs dernires rsolutions -sont les plus dangereuses.</i></p> - - -<div class="p" id="p362">Ce que femme veut Dieu le veut.</div> -<p>Il n'y a pas moyen de rsister la volont de la -femme. Ce qu'elle veut doit s'accomplir comme si Dieu -le voulait.</p> - -<p>En attribuant ainsi l'opinitre vouloir du beau -sexe une force gale la puissance divine, on n'a fait -que prter une nouvelle forme une pense fort ancienne -qu'on trouve dans ce passage des <i>Troyennes</i> -d'Euripide: Toutes les folles passions des mortels -sont pour eux autant de Vnus; et dans le 185<sup>e</sup> vers -de l'<i>nide</i> de Virgile, liv. IX:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sua cuique deus fit dira cupido.</i></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Chacun se fait un dieu de son brlant dsir.</div> -</div> - -<p>Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils -appliquaient aux hommes comme aux femmes: <i lang="la" xml:lang="la">Nobis -animus est deus.</i> Notre esprit est un dieu pour nous. -<i lang="la" xml:lang="la">Quod volumus sanctum est.</i> Ce que nous voulons est saint -et sacr. Le premier est rapport en grec par Plutarque, -et le second est cit par saint Augustin.</p> - -<p>On connat ce vers charmant de La Chausse:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ce que veut une femme est crit dans le ciel.</div> -</div> - -<p>Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa -tige.</p> - -<p>Le crayon de Grandville a illustr ce proverbe d'un -dessin qui offre une scne de la vie prive. On y voit -un marchand tenant un cachemire, un mari lisant la -facture avec une espce de contorsion qui signifie que -madame doit renoncer au prcieux tissu, et celle-ci, -pressant sur son sein le bras du Pre ternel, dont le -geste commande la soumission au mari rcalcitrant. -Toutes les circonstances sont trs-bien caractrises, -tous les dtails sont rendus fort joliment; mais il est -regretter que l'artiste n'ait point song placer dans -un coin le diable en tapinois, riant du Pre ternel qui -a la bonhomie de soumettre sa volont celle de la -femme.</p> - - -<div class="p" id="p363">Il n'est plus fort lien que de femme.</div> -<p>Il est presque impossible de se dtacher d'une femme -qu'on aime. L'amant dpit contre sa matresse a beau -jurer de la fuir; tous les serments que sa bouche prononce -sont dmentis par son cœur. Une attraction -invincible le ramne sans cesse vers elle. Les efforts -qu'il a faits pour relcher les nœuds qui l'enlacent -n'ont servi qu' les resserrer davantage, et le voil plus -que jamais livr, corps et me, celle dont les regards -si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si -pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui -donnent, dans sa captivit, un bonheur qu'il n'eut pas -dans son indpendance.</p> - -<p>Le proverbe: <i>Il n'est plus fort lien que de femme</i>, s'applique -aussi au lien conjugal que tant de <i>maris bien -marris</i> se plaignent de ne pouvoir rompre.</p> - - -<div class="p" id="p364">La plus belle femme (<a name="p517" id="p517"></a>ou la plus belle fille) ne peut donner que ce -qu'elle a.</div> -<p>Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce -qu'elle peut, il ne faut pas lui demander davantage.</p> - -<p>Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports; -car en amour une femme donne plus que ce qu'elle -accorde, puisque c'est l'imagination qui fait le prix de -ce qu'on reoit. Ses faveurs <i>ont plus que leur ralit -propre</i>, suivant l'heureuse expression de Montesquieu. -Voltaire a trs-bien dit aussi: L'amour est l'toffe de -la nature que l'imagination a brode.</p> - -<p>Stendhal a exprim la mme ide par cette comparaison -ingnieuse: Aux mines de sel de Saltzbourg, -on jette, dans les profondeurs abandonnes de la -mine, un rameau d'arbre effeuill par l'hiver; deux -ou trois mois aprs, on le retire couvert de cristallisations -brillantes: les plus petites branches, celles -qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une msange, -sont garnies d'une infinit de diamants mobiles -et blouissants; on ne peut plus reconnatre le -rameau primitif.</p> - -<p>C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opration -de l'esprit qui tire de tout ce qui se prsente la -dcouverte que l'objet aim a de nouvelles perfections.</p> - -<p>C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes -qu'on se fait sur l'objet aim que j'appelle -cristallisation.</p> - - -<div class="p" id="p365">Il n'est attention que de vieille femme.</div> -<p>Une jeune femme ne s'occupe gure que d'elle-mme. -Elle est enivre de sa beaut au point de croire -qu'elle n'a pas besoin d'autre sduction pour rgner -sur les hommes. Mais il n'en est pas de mme d'une -femme qui commence vieillir. Elle sent que son empire -ne peut plus se maintenir par des charmes qu'elle -voit s'altrer chaque jour. Elle sacrifie sa vanit aux -intrts de son cœur; elle s'applique fixer l'homme -qu'elle aime par les attraits de la bont; elle est toujours -aux petits soins pour lui plaire, et il n'y a point -de douces prvenances, de dlicates attentions qu'elle -ne lui prodigue.</p> - -<p>Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions -domestiques confies aux femmes. Il est reconnu qu'une -vieille femme s'en acquitte plus soigneusement qu'une -jeune. Par exemple: elle est bien meilleure garde-malade, -car elle ne cherche pas autant prendre ses -aises et ne craint pas que la privation de sommeil lui -donne un teint ple avec des yeux battus.</p> - - -<div class="p" id="p366">La femme est toujours femme.</div> -<p>C'est--dire toujours faible, toujours lgre, toujours -inconstante, etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">… Varium et mutabile semper</div> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Fœmina.</div> -</div> - -<p class="attr">(<i>neid.</i>, IV, 569.)</p> - -<p>Ce que Franois I<sup>er</sup> rptait dans le premier vers de -ce distique inscrit par lui sur le panneau d'une fentre -de Chambord:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Toujours femme varie,</div> -<div class="verse">Est bien fol qui s'y fie.</div> -</div> - -<p>Shakespeare s'criait: <i lang="en" xml:lang="en">Frailty, thy name is Woman</i>. -Fragilit, ton nom est femme.</p> - -<p>Est-il permis de douter de la vrit proverbiale affirme -par un roi et par deux grands potes?—Pourquoi -pas? rpondent les femmes: la parole royale, -jadis rpute infaillible, n'a plus de crdit aujourd'hui, -et les paroles des potes n'en ont jamais eu. Un d'eux -a dit, et il faut l'en croire, qu'ils russissaient mieux -dans la fiction que dans la vrit.</p> - - -<div class="p" id="p367">La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile.</div> -<p>La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme -partie intgrante, ajoute que cet oiseau s'envole au -premier instant et ne laisse qu'une plume dans la -main de celui qui croyait le garder. C'est--dire, sans -figure, que la femme est un tre excessivement volage, -qu'elle ne donne jamais sur elle de prise assure et -qu'elle ne peut tre retenue dans aucun lien d'amour. -Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique l'inconstance -paraisse dmontre par une myriade d'exemples dont -je n'ai pu trouver la vrit conteste dans aucune des -apologies du beau sexe: mais je m'abstiendrai de dire -le contraire tant que je verrai des ailes l'oiseau.</p> - - -<div class="p" id="p368">Foi de femme est plume sur l'eau.</div> -<p>Cela signifie que la foi promise par une femme est -aussi fugitive que la trace d'une plume sur l'eau, ce -qui est pris du trait suivant d'une pigramme de Catulle:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">… Mulier cupido quod dicit amanti,</div> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">In vento et rapida scribere oportet aqua.</div> -</div> - -<blockquote> -<p>Ce que dit une femme son crdule amant doit s'crire sur -le vent ou sur l'onde rapide.</p> -</blockquote> - -<p>Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus: -Les deux choses les plus changeantes sont le -cours des eaux et l'humeur des femmes.</p> - -<p>Un proverbe des Scandinaves dit: <i id="p369">Ne vous fiez point -aux promesses de la femme, car son cœur a t fait tel que -la roue qui tourne.</i> Comparaison qui se retrouve applique - l'insens dans ce verset de l'Ecclsiastique: -<i lang="la" xml:lang="la">Prcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis versatilis -cogitatus illius</i> (<small>XXXIII</small>, 5). Le cœur de l'insens est -comme la roue d'un char, et sa pense comme l'essieu -mobile.</p> - -<p>Les Orientaux expriment une ide analogue par cette -triade proverbiale: <i id="p370">L'amiti des grands, le soleil d'hiver -et les serments d'une femme sont trois choses qui n'ont point -de dure.</i></p> - -<p>Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans -le mme sens que le ntre: <i lang="es" xml:lang="es">Quien prende el anguila -por la cola y la mujer por la palabra bien puede decir que -no tiene nada.</i>—<i id="p371">Qui prend l'anguille par la queue et la -femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du -tout.</i></p> - -<p>Un pote, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche -de l'Antechrist, roi des enfers, les vers suivants contre -l'inconstance et la perfidie des femmes:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O femmes! sous nos pas embche si profonde,</div> -<div class="verse">Flot le plus orageux de l'ocan du monde,</div> -<div class="verse">Pour vous livrer son sort qu'il faut tre insens!</div> -<div class="verse">Le dsespoir habite o la femme a pass.</div> -<div class="verse">Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime,</div> -<div class="verse">De la dception votre charme est l'emblme,</div> -<div class="verse">Et votre doux regard, sur nos fronts arrt,</div> -<div class="verse">Est dj le rayon de l'infidlit.</div> -<div class="verse">A tout rve nouveau vous vous laissez conduire;</div> -<div class="verse">Autant que le dmon l'ange peut vous sduire.</div> -<div class="verse">Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs</div> -<div class="verse">Moins longtemps vos yeux que la rose aux fleurs;</div> -<div class="verse">En vain consoler la piti vous invite,</div> -<div class="verse">Prs des grands dvouements vos pieds froids passent vite!</div> -<div class="verse">Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli,</div> -<div class="verse">Vos cœurs dans la constance ont toujours dfailli.</div> -</div> - -<p class="attr">(<i>Divine pope</i>, ch. <small>IX</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p372">L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut btir -que des chteaux en Espagne.</div> -<p>Ce mot proverbial est un trait d'<i>humour</i> de bon aloi. -Tout y frappe et y surprend agrablement l'esprit. Les -ides et les expressions en sont ingnieuses; leur assortiment -est bien entendu; leur progression est habilement -calcule pour amener naturellement et sans -disparate le trait final qu'il serait difficile de prvoir: -circonstance qui le rend bien plus piquant.</p> - - -<div class="p" id="p373">Il ne faut pas se fier femme morte.</div> -<p>Voil une fameuse hyperbole proverbiale! elle est -traduite du texte latin: <i lang="la" xml:lang="la">Mulieri ne credas, ne mortu -quidem</i>; lequel est lui-mme traduit du grec. Diognien, -grammairien qui vivait sous l'empereur Adrien, -dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imagine -par allusion la funeste aventure d'un jeune homme -qui, tant all visiter le tombeau de sa martre, fut -cras par la chute d'une colonne leve sur ce tombeau.</p> - -<p id="p473">Les Anglais expriment la mme dfiance envers les -femmes, en disant que le diable assoupit rarement -leurs mensonges dans la fosse: <i lang="en" xml:lang="en">Seldom lies the devil -dead in a ditch.</i></p> - - -<div class="p" id="p374">Si la femme tait aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une feuille -de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne.</div> -<p>Manire originale et comique de classer la bont de -la femme parmi les infiniment petits. J'ai entendu citer -quelquefois, en Provence, cette plaisanterie proverbiale, -qui est galement usite en Italie, et je ne saurais -dire avec certitude dans lequel des deux pays elle -a pris naissance; mais comme elle me parat remonter -au del du treizime sicle, je serais tent de croire -qu'elle a t imagine par quelque troubadour qui -aura voulu s'gayer aux dpens du sexe dans quelque -sirvente satirique.</p> - - -<div class="p" id="p375">Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.</div> -<p>La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a -beaucoup de pleurer; mais, par compensation, elle -sait tourner ces dernires son avantage, et il faut -bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en -rpand volont. Ovide prtend que la facilit des -larmes chez les femmes est le rsultat d'une tude -spciale.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Ut flerent oculos erudiere suos.</i></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elles ont instruit leurs yeux pleurer.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p376">Larmes de femme, assaisonnement de malice.</div> -<p>Ce proverbe, littralement traduit du latin: <i lang="la" xml:lang="la">Muliebres -lacrym condimentum maliti</i>, signifie que lorsqu'une -femme veut vous servir un plat de son mtier, -elle y met ses larmes en guise de sauce.</p> - -<p>On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>La femme qui pleure dresse des embches au moyen de ses -larmes.</p> -</blockquote> - -<p>Les Italiens disent: <i><span lang="it" xml:lang="it">Due sorte di lagrime negli occhi -delle donne, una di dolore, altra d'inghanni.</span> <a name="p474" id="p474"></a>Deux sortes -de larmes dans les yeux des femmes, l'une de douleur et -l'autre de tromperie.</i> Ils disent encore: <i><span lang="it" xml:lang="it">Le donne sono -simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e presso -lo divorano.</span> <a name="p475" id="p475"></a>Les femmes sont semblables au crocodile: -pour prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles -le dvorent.</i></p> - - -<div class="p" id="p377">Caresses de femme, caresses de chatte.</div> -<p>La chatte est un animal goste et perfide. Elle ne -nous caresse pas, elle se caresse nous, suivant l'expression -de Rivarol, et dans ce mange, qui n'a que de -douces apparences, elle nous fait sentir ses griffes acres, -sorties tout coup du velours qui les recouvre. -S'il fallait en croire le proverbe, la femme, qui l'on -suppose une nature fline, agirait de mme, dans des -vues personnelles et artificieuses. Elle ne chercherait -auprs de l'homme que son propre intrt et son propre -plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries -que pour dguiser les trahisons qu'elle mdite -contre lui. Cette accusation, qu'on prtend justifier -par quelques faits particuliers, est gnralement fausse -et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante des -Grecs rapporte par Stobe: <a name="p378" id="p378"></a>Rien n'est plus dangereux -qu'une femme lorsqu'elle emploie les caresses.</p> - -<p>De telles incriminations sont dtruites par leur exagration -mme. Il faut tre sans cœur pour redouter -un guet-apens dans les tmoignages d'amour qu'on -reoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanes -aux mains satines qu'elle tend nos baisers.</p> - - -<div class="p" id="p379">La femme sait un art avant le diable.</div> -<p>Il faut que cet art soit de notorit publique pour -que son nom ait pu tre supprim dans le texte proverbial -sans donner personne l'embarras de le deviner. -Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter -la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? -La glose dit que la femme la plus innocente est plus -habile pour tromper que le diable le plus malin.</p> - -<p>Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire -que le texte, et s'il n'y a pas beaucoup rabattre de -cette opinion, si accrdite parmi les hommes, que la -femme est un tre ptri de ruse, de fausset et de malice, -qui met tout son esprit ne pas se laisser deviner, -pour mieux assurer le succs de ses artifices, et dont -on ne doit attendre que d'amres dceptions. Je me -borne rapporter l'accusation publique formule par -le proverbe, sans prtendre la juger, et je laisse au -beau sexe le soin d'y rpondre, ce qu'il ne manquera -pas de faire; car <i id="p380">jamais femme</i>, dit-on, <i>n'a gt sa cause -par son silence</i>.</p> - - -<div class="p" id="p381">L'homme est de feu, la femme d'toupe, le diable vient qui souffle.</div> -<p>Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se -communique la femme d'autant plus vite que la matire -dont on la dit forme est plus inflammable. En un -instant tous deux brlent l'unisson, et le diable, qui -ne veut pas laisser leur combustion incomplte, continue - souffler de toute sa force, jusqu' ce qu'il les ait -bien enflamms. N'allez pas croire pourtant qu'ils -soient rduits en cendres.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il n'est l'poque prsente</div> -<div class="verse">Aucun amant, aucune amante</div> -<div class="verse">Dont l'amour cause le trpas;</div> -<div class="verse">Ils ont tous un cœur d'amiante</div> -<div class="verse">Que le feu ne consume pas.</div> -</div> - -<p>Et puis, le diable est oblig d'exercer son mtier de -souffleur sur tant de millions de couples, qu'il ne peut -s'arrter longtemps sur le mme. Encore un moment, -et vous allez voir celui qui se dbat au milieu de l'incendie -en sortir aussi frais que s'il venait de prendre -un bain froid.</p> - -<p>Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir -la dure par la modration, ne souffre pas que -rien de violent soit durable, et ramne de l'excs qui -dtruit la retenue qui conserve.</p> - -<p>Qu'ils sont nombreux ces incendis qui ont t rejets -tout coup de l'enfer de feu dans l'enfer de glace!</p> - - -<div class="p" id="p382">Ce que diable ne peut, femme le fait.</div> -<p>La femme a de plus puissants moyens que le diable -pour sduire et perdre les hommes: combien d'hommes, -en effet, qui avaient eu la force de rsister leurs -penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque -l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez -les drames terribles qui se dnouent dans les cours -d'assises: les catastrophes n'en sont-elles pas dtermines -presque toujours par cette fatale influence?</p> - -<p>Ce proverbe, qui tait, je crois, un des axiomes de -Mphistophls, est traduit de ce texte latin du moyen -ge: <i lang="la" xml:lang="la">Quod non potest diabolus mulier evincit</i>.</p> - - -<div class="p" id="p383">Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait -davantage.</div> -<p>La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort -habile dans les affaires qui intressent son cœur. On -dirait que l'amour lui donne la facult de tout voir. -Rien ne lui chappe. Elle sait mettre profit tout ce -qui lui est favorable et tourner son avantage les circonstances -les plus compromettantes. Rien de subtil -et d'exerc comme son instinct. Elle trouve mille expdients -mieux imagins les uns que les autres pour se -tirer d'embarras; elle agit avec adresse et rsolution -dans des conjonctures o l'homme le plus fin ttonne -et dlibre, et elle atteint le but quand celui-ci consulte -encore sur les moyens d'y arriver.</p> - - -<div class="p" id="p384">La femme est une araigne.</div> -<p>C'est--dire qu'elle prend l'homme dans ses piges -comme l'araigne enlace le moucheron dans sa toile. -Cette mtaphore proverbiale, usite au quinzime sicle, -n'est pas gracieuse, mais elle parat juste, et son -dfaut de dlicatesse est compens par son nergie. -Notons, d'ailleurs, que la dnomination d'araigne -n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI tait appel dans -un sens logieux l'<i>Araigne universelle</i>, cause de son -travail incessant ourdir la toile dont il occupait le -centre et dont il tendait partout les fils.</p> - - -<div class="p" id="p385">L'œil de la femme est une araigne.</div> -<p>Cette variante du proverbe prcdent ne s'applique -gure qu' une femme ge dont l'œil, embusqu dans -sa patte d'oie, reluque ardemment quelques jouvenceaux, -comme l'araigne, tapie dans son rseau, guette -quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que -l'autre d'avoir une proie dvorer.</p> - - -<div class="p" id="p386">Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien -te rveiller.</div> -<p>Les Orientaux disent: <i id="p387">Que celui qui ne sait pas se donner -d'occupation prenne femme.</i> Mais leur proverbe est -bien moins piquant que le ntre, form plaisamment -d'une succession de traits inattendus, dont le dernier -fait ressortir la navet malicieuse d'une manire vraiment -comique.</p> - - -<div class="p" id="p388">Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme.</div> -<p>Ce proverbe se trouve en langue romane dans le -pome de Flamenca:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Bien es fols gilos que s'esforsa</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">De gardar moillier.</div> -</div> - -<p>Le conte suivant, rapport avec quelques variantes -de dtails, dans plusieurs recueils trangers, notamment -dans les <i>Veilles allemandes</i> de Grimm, dmontre -fort bien l'extrme difficult de garder une femme.</p> - -<p>Un homme, qui se dfiait de la fidlit de la sienne, -appela un dmon familier de sa connaissance et lui dit: -Mon bon ami, je vais faire un voyage, et je veux te -confier la garde de mon honneur conjugal, pendant -mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher -aucun galant de ma maison?—Volontiers, rpondit -le diable, ne prvoyant pas quelle rude corve il s'engageait; -et le mari se mit en route, un peu rassur sur -les craintes dont il tait assig. Mais il sortait peine -de la ville, que sa femme, presse de se donner du bon -temps avec ses amoureux, les avait dj invits venir -tour tour auprs d'elle. Le fidle gardien chercha -d'abord faire manquer ces rendez-vous par toute -sorte d'artifices. Bientt aprs, sentant que son gnie -inventif n'y suffisait point, il entra en fureur et jura de -traiter sans piti tous les imprudents qui s'obstineraient - le contrarier. En effet, il assomma le premier -qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra -le troisime sous un tas de fumier, fit sauter le quatrime -par la fentre, etc., etc., etc. Cependant, la -dame tait sur le point de tromper sa vigilance, lorsque -le mari revint. Ami, lui dit le diable tout essouffl -de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends -ta femme telle que tu me l'as laisse: mais l'avenir, -choisis un autre surveillant; je ne veux plus l'tre, -j'aimerais mieux garder tous les pourceaux de la fort -Noire que de forcer une femme d'tre fidle malgr sa -volont.</p> - -<p>Les Provenaux disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Vouri mai tenir un panier -d garris qu'uno fillo d vingt ans.</i> <a name="p521" id="p521"></a>Il vaudrait mieux -tenir un panier de souris qu'une fille de vingt ans.</p> - - -<div class="p" id="p389">Une bonne femme est une mauvaise bte.</div> -<p>J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il -tient une circonstance ncrologique qui mrite d'tre -connue, et qui prouve, d'ailleurs, qu'il est gratuitement -injurieux. Le seigneur des Accords nous apprend, dans -son <i>Chapitre des notes</i>, qu'il est n de l'interprtation -faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire -M. B., qui signifie <i lang="la" xml:lang="la">Mulier Bona</i> (femme bonne), -et auquel ces messieurs ont voulu faire signifier <i lang="la" xml:lang="la">Mala -Bestia</i> (mauvaise bte).</p> - -<p>J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait -jadis sur les tombeaux des femmes, a donn lieu aussi - cet autre dicton: <i id="p476">Les bonnes femmes sont toutes au -cimetire.</i></p> - - - -<div class="p" id="p390"><span class="blk">Bonne femme, mauvaise tte,<br /> -Bonne mule, mauvaise bte.</span></div> - -<p>Encore un dicton qui tient l'interprtation que nos -pres, grands amateurs de rbus, ont donne abusivement -au monogramme M. B. (<i lang="la" xml:lang="la">Mulier Bona</i>) dans lequel -ils ont vu <i lang="la" xml:lang="la">Mula Bona</i> (mule bonne), tout aussi bien que -<i lang="la" xml:lang="la">Mala Bestia</i>, ce qui a fait dire, en combinant les trois -versions: <i id="p391">Une bonne femme et une bonne mule sont deux -mauvaises btes.</i> A la vrit, le dicton: <i>Bonne femme, -mauvaise tte; bonne mule, mauvaise bte</i>, n'indique la -prtendue similitude des deux tres que par un simple -rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprs; -mais la rticence a t malignement calcule -pour mieux attirer l'attention sur l'enttement de la -femme, auprs duquel n'est pas mme compt celui de -la mule, qui passe pourtant pour la bte la plus ttue. -C'est un trait dcoch avec une habilet perfide contre -la tte fminine. Malgr cela, il ne reste pas moins -impuissant que tous les autres traits auxquels cette tte -a t destine servir de but. Elle est, dit-on, l'preuve -de toutes les atteintes, par la faveur spciale -de Satan, toujours attentif la conservation de son -plus cher ouvrage; car sachez bien que Satan en a t -le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un -grave docteur <i lang="la" xml:lang="la">in utroque jure</i>. On lit dans le livre savant -et curieux intitul: <i lang="la" xml:lang="la">Sylva nuptialis</i> (la Fort nuptiale), -compos par Jean Nevizan, professeur de droit Turin, -au commencement du seizime sicle: Dieu se plut -former dans la femme toutes les parties du corps qui -sont douces et aimables; mais pour la tte, il ne voulut -pas s'en mler, et il en abandonna la faon au -diable. <i lang="la" xml:lang="la">De capite noluit se impedire, sed permisit illud -facere dmoni.</i></p> - -<p>Les impertinents prtendent que ce fait est hors de -doute, attendu que l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.</p> - - -<div class="p" id="p392">La femme ne doit pas apporter de tte dans le mnage.</div> -<p>Le mot <i>tte</i> se prend pour <i>enttement</i>, volont opinitre, -dans ce vieux proverbe qui correspond trs-exactement, -par le sens et par l'expression, la maxime -latine du moyen ge: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier non debet esse proprii -capitis.</i> <a name="p393" id="p393"></a>La femme ne doit pas avoir une tte elle, -c'est--dire ne doit pas agir d'aprs sa propre tte.</p> - -<p>C'est assez d'une seule tte chez un couple conjugal. -S'il y en avait deux, elles ne sauraient compatir ensemble, -car deux ttes de cette espce ne sont pas de -celles qui puissent raliser le symbole proverbial des -<i>deux ttes dans un bonnet</i>. Elles se choqueraient sans -cesse comme les ttes de deux bliers furieux, et Dieu -sait quels graves accidents il en rsulterait pour l'une -et pour l'autre. Il faut donc que la femme renonce la -sienne, qu'elle se soumette l'autorit raisonnable de -son mari, et qu'elle n'ait d'autre volont que la volont -de son mari.</p> - -<p>Les Danois disent: <i id="p394">Heureux mnage, lorsque la femme -est sans volont et qu'elle consulte son mari.</i></p> - - -<div class="p" id="p395">La bonne femme est celle qui n'a point de tte.</div> -<p>Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du -prcdent. Mais au lieu de s'entendre au figur, il s'entend -presque toujours au propre. Cette scandaleuse -acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est -provenue d'une singulire anecdote que j'ai raconte -dans mes <i>tudes sur le langage proverbial</i>, et que -M. douard Fournier, dans un savant et spirituel article -sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux -que je vais lui emprunter, persuad que les lecteurs -auront probablement plus d'agrment lire sa rdaction -qu' relire la mienne.</p> - -<p>Je ne rpte, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, -que pour le rfuter comme lui, et prouver, - votre plus grande gloire, mesdames, que son origine -est un contre-sens.</p> - -<p>Au seizime sicle, pour dire <i>renomme</i>, on disait -<i>fame</i>, du latin <i lang="la" xml:lang="la">fama</i>, d'o cette expression: bien ou -mal <i>fam</i>.</p> - -<p>Ainsi, parlant de la renomme, Ronsard a crit -dans la quatrime hymne de son livre I<sup>er</sup>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mais la <i>fame</i> qui vole et parle librement…</div> -</div> - -<p>Les marchands qui ont toujours eu la manie de -mettre sur leur enseigne une <i>bonne renomme</i>, qu'ils -n'ont pas toujours, firent peindre au-dessus de leur -boutique la bavarde desse avec ces mots: <i>A la bonne -fame</i>.</p> - -<p>Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient -pas manqu de reprsenter la Renomme comme le -demande le pote, dans le 117<sup>e</sup> vers du quatrime livre -de l'<i>nide</i>, c'est--dire la tte compltement perdue -dans les nuages, <i lang="la" xml:lang="la">inter nubila</i>. De l vint l'erreur. En -voyant cette desse sans tte, avec ces mots sous ses -pieds: <i>A la bonne fame</i>, on crut une pigramme. Ce -qui n'tait, encore une fois, qu'un contre-sens, devint -une malice qui court encore.</p> - - -<div class="p" id="p396">Le cerveau de la femme est fait de crme de singe et de fromage -de renard.</div> -<p>Bouffonnerie excessivement drlatique pour faire -entendre que la femme n'a pas de cerveau, puisque les -deux animaux, types de malice et de ruse, avec lesquels -ce dicton veut la montrer apparente de nature, -ne fournissent point les substances dont il suppose que -son cerveau est compos. C'est un trait factieux de -l'<i>humeur gauloise</i>, en prenant le mot <i>humeur</i> dans le -sens qu'il avait autrefois et que les Anglais donnent -leur mot <i lang="en" xml:lang="en">humour</i> qu'ils ont pris du ntre.</p> - - -<div class="p" id="p397">Corps de femme et tte de diable.</div> -<p>Notre-Seigneur Jsus-Christ et saint Pierre se promenaient -un soir, la nuit tombante, dit une vieille -lgende populaire. Ils entendirent des cris qui annonaient -une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna - son aptre d'aller au plus vite l'endroit d'o partaient -ces cris et d'y faire rgner la paix. L'aptre y -courut, et y vit une femme aux prises avec le diable. Il -s'effora de les sparer et de les mettre d'accord, mais -il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussrent -et leur dispute continua plus opinitre. -Indign de voir son autorit ainsi mconnue, il ne put -matriser un mouvement de colre et, tirant son glaive, -il coupa la tte l'un et l'autre. Puis il retourna auprs -de son divin matre, qui il raconta ce qu'il venait -de faire. Le Seigneur lui reprocha vivement cette action -criminelle et le renvoya auprs de ses victimes, -afin de rajuster la tte de chacune d'elles au corps dont -elle avait t spare. Saint Pierre repartit en toute -hte, dsireux de rparer le mal. L'obscurit tait dj -un peu paisse quand il arriva. Il retrouva ttons les -deux ttes, les remit de mme en leur place et, les -ayant entendues recommencer aussitt la dispute, il se -retira, persuad que rien ne manquait son opration. -Cependant ce merveilleux rebouteur avait fait une -trange mprise: prenant une tte pour l'autre, il avait -adapt celle de la femme au cou du diable et celle du -diable au cou de la femme. De l le dicton: <i>Corps de -femme et tte de diable</i>.</p> - - -<div class="p" id="p398">La femme et la poule se perdent pour trop courir.</div> -<p>Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, rpt -par M<sup>me</sup> de Svign, vient d'une seule chose, qui -est de ne pas savoir demeurer en repos dans une -chambre. Tout le malheur des femmes vient aussi -de ne pas savoir se tenir la maison. En prenant des -<i>habitudes trottires</i>, elles s'exposent rencontrer frquemment -des sducteurs qui les perdent, comme les -poules des renards qui les croquent. Ce proverbe, -commun presque tous les peuples modernes, est -fond sur une observation qui remonte la plus haute -antiquit o l'on avait pour maxime que <i id="p399">la femme doit -tre sdentaire</i>, ce qu'on exprimait encore sous forme -symbolique, en rduisant en cendre l'essieu du char -d'hymne sur le seuil de la maison de l'poux, lorsque -l'pouse y faisait son entre avec lui, aprs la crmonie -nuptiale.</p> - -<p>On sait que Phidias avait voulu rappeler cette -maxime en sculptant pour les liens une statue de -Vnus, dont le pied posait sur la carapace d'une -tortue.</p> - -<p>Alciat a fait de cette statue l'emblme de la femme -vertueuse. O belle Vnus, dit-il, que signifie cette -tortue que vous pressez sous un pied dlicat?—C'est -une leon que Phidias a voulu donner aux personnes -de mon sexe. Il leur conseille, par cet emblme, -de rester toujours attaches leur maison -comme la tortue, sans jamais y faire plus de bruit -qu'elle.</p> - - - -<div class="p" id="p400"><span class="blk">Temps pommel et femme farde<br /> -Ne sont pas de longue dure.</span></div> - -<p>Le temps est pommel lorsqu'il y a des couches de -ces petits nuages blancs qui ressemblent des flocons -de laine et qui sont appels, en quelques endroits, par -une mtaphore assez heureuse, les <i>ponges du ciel</i>. Ce -signe, parat-il quand il fait beau, c'est une preuve -que les vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il -fait mauvais, c'est une preuve qu'elles se divisent, et, -dans les deux cas, il indique un changement prochain -dans l'tat de l'atmosphre.—Le fard est un cosmtique -pernicieux la peau. Les femmes qui en font -usage sont fltries bien promptement, et c'est l tout -ce qu'elles gagnent vouloir <i>mettre sur leur visage plus -que Dieu n'y a mis</i>, comme dit le troubadour Pierre de -Resignac ou Ricignac.—On lit ce sujet dans la <i>Somme</i> -de matre Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims -et professeur de droit civil, que leurs visages sont -des masques derrire lesquels sont caches les figures -que Dieu leur a donnes, et que c'est elles que s'adresse -cette apostrophe de saint Jrme: Par quelle -audace levez-vous vers le ciel des visages que le Crateur -ne reconnat point<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>?</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> J'ai tir ce fragment de matre Drogon d'un plus long fragment que -M. Charles d'Hricault a cit dans son commentaire sur les œuvres de Coquillart.</p> -</div> -<p>Antoine Lasale, traducteur de Bacon, dit que, selon -toute apparence, ce sont les femmes laides qui ont -imagin le fard, pour masquer tout la fois et leur -propre laideur et les agrments des belles.</p> - -<p>Le pote Brbeuf a compos cent cinquante pigrammes -sur une femme farde. Je n'y ai vu, en gnral, -que l'abus de l'esprit contre l'abus du fard.</p> - -<p>Il y a deux variantes de ce proverbe qu'on a converti -en triade, en y ajoutant, tantt <i>feu de bourre</i> et -tantt <i>pomme ride</i>, qu'on intercale entre <i>temps pommel</i> -et <i>femme farde</i>.</p> - -<p>Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au -dix-huitime sicle. Un tranger, qui l'on demanda -ce qu'il pensait de leurs charmes, rpondit sans faon: -Je ne me connais pas en peinture.</p> - - - -<div class="p" id="p401"><span class="blk">Soleil qui luisarne au matin,<br /> -Enfant qui est nourri de vin<br /> -Et femme qui parle latin<br /> -Ne viennent pas bonne fin.</span></div> - -<p>Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valtudinaire, -et cette femme est suppose ne faire usage de son esprit -que pour dominer ou tromper son mari.</p> - -<p>On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur -Thophile ne voulut pas pouser la belle Icasie, dont -il tait fort pris, parce qu'elle lui fit un jour une -rponse si spirituelle qu'il en fut pouvant.</p> - -<p>Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau, -est le flau de son mari, de ses enfants, de ses amis, -de ses valets, de tout le monde. De la sublime lvation -de son beau gnie, elle ddaigne tous ses devoirs -de femme et commence toujours par se faire homme - la manire de M<sup>lle</sup> de Lenclos. Au dehors, elle est -toujours ridicule et trs-justement critique, parce -qu'on ne peut manquer de l'tre sitt qu'on sort de -son tat et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut -prendre. Toutes les femmes grands talents n'en -imposent qu'aux sots. On sait toujours quel est l'artiste -ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand -elles travaillent; on sait quel est le discret homme de -lettres qui leur dicte en secret leurs oracles. Toute -cette charlatanerie est indigne d'une honnte femme. -Quand elle aurait de vrais talents, sa prtention les -avilirait. Sa dignit est d'tre ignore, sa gloire est -dans l'estime de son mari, ses plaisirs sont dans le -bonheur de sa famille… Toute fille lettre restera fille -quand il n'y aura que des hommes senss sur la terre. -(<i>mile</i>, liv. V.)</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quris cur nolim te ducere, Galla? diserta es.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Martial, <small>XI</small>, 20.)</p> - -<p>On connat cette pense du vicomte de Bonald: A un -homme d'esprit il ne faut qu'une femme de sens. C'est -trop de deux esprits dans un mnage. Elle me rappelle -la plaisante raison qu'allgua le troubadour Raymond -de Miraval sa femme en la rpudiant: Tu -rimes comme moi: c'est assez d'un pote dans un mnage.</p> - -<p>M<sup>lle</sup> de Lespinasse disait: Les femmes doivent tre -instruites, mais non savantes.</p> - -<p>Le prjug contre les femmes savantes ou <i>clergesses</i>, -comme on les appelait autrefois, tait fort rpandu -dans le moyen ge, et les faisait passer pour magiciennes -et sorcires. On croyait qu'elles taient capables -de faire clore, par leur sueur, des monstres qui -ne pouvaient tre dtruits qu' force d'eau bnite et -d'exorcismes. Il existe sur ce sujet diverses traditions -plus absurdes les unes que les autres. Marchangy, dans -son <i>Tristan</i>, ch. <small>XXVI</small>, en cite une d'aprs laquelle une -femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait -couver un œuf de serpent d'o serait sorti un dragon -volant trois ttes, qui ne se nourrissait que de sang -humain.</p> - -<p>L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste -pour les femmes qu'on nomme <i>bas bleus</i>. Elle se contente -de les signaler comme ridicules, en faisant toutefois -d'honorables exceptions en faveur de celles qui -on ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des -manires excentriques.</p> - - -<div class="p" id="p402">Jamais habile femme ne mourut sans hritier.</div> -<p>C'est--dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire -pour lui en donner un, elle ne se fait pas scrupule -de s'adresser <i>la cour des Aides</i>, qui lui fournit le -vrai moyen de prvenir le cas de dshrence. Ce proverbe -est traduit de l'espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">Muger aguda no muere -sin herederos</i>. On croit qu'il fut introduit dans notre -langue par la citation qu'en fit le comte de Grignaux -au comte d'Angoulme, devenu depuis Franois I<sup>er</sup>, -pour dtourner ce prince de courtiser Marie d'Angleterre, -troisime femme de Louis XII.</p> - -<p>Il se pourrait pourtant qu'il ft en France d'aussi -vieille date qu'en Espagne. Quoi qu'il en soit, l'ide -qu'il exprime se retrouve chez divers peuples, et il est -probable qu'elle a suggr Shakespeare ces paroles -d'Yago Desdmona dans le second acte d'<i>Othello</i>: -Femme belle n'est jamais sotte. Elle aura toujours -l'esprit de se faire un hritier.</p> - - -<div class="p" id="p403">Qui femme a, noise a.</div> -<p>Saint Jrme dit: <i lang="la" xml:lang="la">Qui non litigat clebs est</i>. Celui -qui n'a point de dispute vit dans le clibat. Ce qui -parat avoir t un proverbe de son temps, invent probablement -par quelque moine. Ainsi, il est dcid -par l'autorit mme d'un Pre de l'glise que les querelles -sont insparables de l'tat de mariage. Mais est-ce -avec raison que le tort de ces querelles est imput -aux femmes seules, comme le fait entendre cet autre -proverbe formul par Ovide: <i lang="la" xml:lang="la">Dos est uxoria lites</i>.</p> - -<p>Consultez ces dames: elles rpondront toutes qu'il -appartient en entier aux maris, qui ont voulu les charger -des reproches qu'ils mritent eux-mmes. Aprs -cela, tchez de rsoudre, si vous le pouvez, une question -qui divise le genre humain en deux opinions si -tranches. Le plus sage est de croire que ces opinions -sont galement fondes. Montaigne dit trs-bien, la -fin du chapitre <small>V</small> du livre III de ses <i>Essais</i>: Il est -bien plus ais d'accuser un sexe que d'excuser -l'autre.</p> - -<p>Cependant, s'il fallait mettre son avis sur cette -grave question, je n'hsiterais pas prononcer que les -femmes ont plus souvent raison que les hommes, en -me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas -moins vraie Paris qu' Pkin: <a name="p404" id="p404"></a>Un mari ne connat -pas assez sa femme pour oser en parler, et une -femme connat trop bien son mari pour pouvoir s'en -taire.</p> - - -<div class="p" id="p405">La femme querelleuse est pire que le diable.</div> -<p>L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique -latin d'un auteur du moyen ge:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quid dmone pejus?—Mulier rixosa: fugatur</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Iste piis precibus fit, et hc rabiosior illis.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Qu'y a-t-il de pire que le diable?—La femme querelleuse; -car si l'on a recours aux prires le diable s'enfuit, et la femme -devient plus enrage.</p> -</blockquote> - -<p>Salomon dit deux fois dans ses Proverbes (<small>XXI</small>, 9 et -<small>XXV</small>, 24): Il vaudrait mieux tre assis en un coin sur -le toit de sa maison que de rester avec une femme querelleuse -sous le mme toit.</p> - -<p>Dans un autre endroit il compare la femme querelleuse - un toit d'o l'eau dgoutte toujours: <i lang="la" xml:lang="la">Tecta -jugiter pestillantia litigiosa mulier</i>. (Prov., <small>XIX</small>, 13.)</p> - -<p>Le peuple dit: <i>La femme est comme la botte: la meilleure -est celle qui crie le moins.</i></p> - - -<div class="p" id="p406">On ne peut avoir en mme temps femme et bnfice.</div> -<p>Il y avait autrefois des bnfices que, durant certains -mois, les collecteurs patrons taient obligs de -confrer aux gradus de l'Universit; mais ces gradus -ne pouvaient y tre nomms s'ils taient maris; de l -ce proverbe dont le sens tait qu'on ne pouvait cumuler -deux avantages.</p> - -<p>Les Italiens emploient dans un sens analogue cette -factieuse ironie: <i lang="it" xml:lang="it">Non si pu avere la moglie ebbra e -la botta piena.</i> On ne peut avoir sa femme ivre et sa -barrique pleine.</p> - - -<div class="p" id="p407">Rien n'est pire qu'une mchante femme.</div> -<p>On disait au treizime sicle: <i>Le pire riens qui soit -est une male femme</i>, c'est--dire une mchante femme. -Mais ce proverbe remonte beaucoup plus haut. L'ide -qu'il exprime se trouve dans l'<i>Iliade</i> o Agamemnon -s'crie: O femmes, lorsque vous tournez au mal, les -furies de l'enfer ne sont pas plus mchantes. En -effet, ds qu'elles ont renonc cette retenue qui est -le premier mrite de leur sexe, il n'y a point d'excs -dont elles ne deviennent capables. C'est une vrit -qu'ont mise en vidence de grands potes tragiques -dans la peinture qu'ils ont faite des femmes perverses -et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare; -Mde, Clopatre et Rodogune, de P. Corneille.</p> - -<p>M. V. Hugo, dans sa <i>Lgende du beau Pcopin</i>, charmant -pisode de ses <i>Lettres sur le Rhin</i>, cite le proverbe -suivant sur la mchancet fminine: <i id="p477">Les chiens ont sept -espces de rage, les femmes en ont mille</i>.</p> - -<p>Je ne sais quelles sont les sept espces de rage des -chiens, et encore moins les mille des femmes.</p> - -<p>Il y a plusieurs autres dictons grossiers o les femmes -sont assimiles aux chiens sous divers rapports, -parmi lesquels ne figure point, on le pense bien, celui -de la fidlit. Je m'abstiens de les reproduire, car ils -ne peuvent donner lieu aucune remarque susceptible -de quelque intrt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation -existait dans le langage proverbial des anciens. -Elle avait t suggre peut-tre par une tradition -mentionne dans une posie de Simonide. Ce -pote dit que Dieu forma la femme de la substance -d'une chienne, et la fit semblable sa mre: <i lang="la" xml:lang="la">Mulierem -ex cane fecit Deus, parenti su similem</i>. Ces mots latins -sont la traduction littrale du texte grec, dont le sens -allgorique n'a pas t expliqu par les commentateurs.</p> - - -<div class="p" id="p408">Il faut craindre sa femme et le tonnerre.</div> -<p>Voil un rapprochement qui prsente la femme -comme un tre bien redoutable. L'est-elle donc ce -point?—Oui, s'il faut en croire l'<i>Ecclsiastique</i>, qui a -fait de sa mchancet un portrait effrayant, dont je ne -citerai que ce trait analogue notre proverbe: <i lang="la" xml:lang="la">Non -est ira super iram mulieris.</i> (<small>XXV</small>, 23.) <a name="p409" id="p409"></a>Il n'y a pas de colre -qui surpasse la colre de la femme.</p> - -<p>Virgile a dit: On sait ce que peut une femme -furieuse. <i lang="la" xml:lang="la">Notumque furens quid fœmina possit.</i> (<i>neid.</i>, -V, 6.)</p> - -<p>La conclusion morale tirer du proverbe, c'est qu'il -faut avoir pour sa femme des procds pleins de douceur; -car plus son courroux est craindre, plus il importe - l'homme de ne pas le provoquer.</p> - - -<div class="p" id="p410">La femme est un mal ncessaire.</div> -<p><i lang="la" xml:lang="la">Mulier malum necessarium</i>, proverbe de tous les temps -et de tous les lieux, pour signifier que l'homme ne peut -se passer de la femme, et qu'il doit s'appliquer vivre -avec elle aussi bien que possible puisqu'il ne saurait -vivre sans elle.</p> - -<p>Un personnage de l'antiquit, qui avait pous une -femme presque naine, s'en excusait en disant: J'ai -choisi le plus petit des maux.</p> - - -<div class="p" id="p411">Femme barbue, de loin la salue, un bton la main.</div> -<p>C'tait un prjug assez gnralement admis dans le -moyen ge qu'une femme qui avait de la barbe ne pouvait -manquer d'tre sorcire, et qu'il fallait se garantir -de l'approche de ce suppt de Satan, en usant d'abord -de certains procds poliment calculs pour ne pas -l'irriter et en recourant enfin des moyens coercitifs, -<i>si faire autrement ne se pouvait</i>. C'est l prcisment ce -que recommande ce vieux dicton en disant de <i>la saluer -de loin, un bton la main</i>.</p> - -<p>Dans un temps o tant de gens taient accuss d'tre -sorciers par tant d'autres qui certainement ne l'taient -pas, on ne se bornait point regarder la barbe chez -les femmes comme un indice de sorcellerie, on se figurait -aussi que leur vieillesse en tait un non moins manifeste, -lorsqu'elle offrait certain caractre de laideur, -et de l est venue la locution proverbiale de <i>vieille sorcire</i>, -qui s'est conserve pour dsigner une femme -vieille, laide et mchante. Cette qualification injurieuse -fut fonde, suivant Gerson, sur ce que les femmes -vieilles ont toujours eu plus de penchant la superstition -que les jeunes (<i lang="la" xml:lang="la">Tract. contra superstitios, -dierum observat.</i>), ce qui ne veut pas dire que les jeunes -en soient exemptes; car la superstition abonde dans -tout cœur fminin, s'il faut en croire Martin de Arls, -qui a remarqu, dans son <i>Trait des superstitions</i>, -que le nombre des sorcires a t en tout temps bien -plus considrable que celui des sorciers.—Joignez -cela l'observation suivante faite par M. E. Pelletan: -La femme tourne aisment la sorcellerie. Le jsuite -Paul Leyman, envoy comme inquisiteur en Allemagne -pour y brler des multitudes de sorciers, explique -ainsi, dans son <i lang="la" xml:lang="la">Malleus maleficarum</i>, cette incorrigible -condescendance de la femme la volont de Satan:—Le -nom de femme, dit-il, vient de <i lang="la" xml:lang="la">mulier</i>, tendre; -<i lang="la" xml:lang="la">mulier</i> vient de <i lang="la" xml:lang="la">mollis</i>, qui a engendr, son tour, <i lang="la" xml:lang="la">malleabilis</i>, -mallable; or, par cela mme que la femme -est mallable, elle est facile ptrir, et le diable a toujours -la main fourre dans le ptrin. (Feuilleton de -la <i>Presse</i>, 31 janvier 1850.)</p> - -<p>Lactance avait donn de <i lang="la" xml:lang="la">mulier</i> une tymologie, -semblable quant au fond, qui tait reue chez les -Latins. On lit dans son trait intitul: <i>De l'ouvrage de -Dieu</i>, ch. <small>XVII</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier</i> vient de <i lang="la" xml:lang="la">mollities</i>, et signifie -la faiblesse et la mollesse.</p> - - -<div class="p" id="p412">Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne.</div> -<p>Ce proverbe, qu'on divise quelquefois en deux, est -une sentence mane des anciennes cours d'amour. Il -n'a une juste application qu'en matire de galanterie, -pour signifier que la femme qui reoit des prsents -d'un homme met son honneur en danger, et que celle -qui fait des prsents un homme est tout fait vile et -dshonore. J.-J. Rousseau a dit de cette dernire: La -femme qui donne est traite par le vil qui reoit -comme elle traite le sot qui donne.</p> - -<p>Gabriel Meurier rapporte, dans son <i>Trsor des sentences</i>, -ce distique proverbial, qui propose une excellente -rgle de conduite:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p520">Fille, pour son honneur garder,</div> -<div class="verse">Ne doit ni prendre ni donner.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p413">Une femme ne cle que ce qu'elle ne sait pas.</div> -<p>C'est--dire qu'une femme est incapable de garder -un secret. Mais cela doit s'entendre d'un secret qui lui -est confi et non d'un secret qui lui appartient en propre; -car elle cache toujours trs-bien ce qu'il lui importe -personnellement de cacher; par exemple, son -indiscrtion ne va presque jamais jusqu' rvler son -ge, pour peu que cet ge dpasse le chiffre de la premire -jeunesse, et <i>si l'on veut la faire mentir coup sr, -il n'y a qu' le lui demander</i>, comme le dit un proverbe -qu'on trouvera comment dans ce recueil.</p> - -<p>La conclusion tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne -faut confier aux femmes que les choses dont on dsire -que le public soit instruit.</p> - -<p>Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre -les trahisons attribues, tort ou raison, la langue -fminine, en disant: <i id="p414">Si la femme est mauvaise, mfie-toi -d'elle; si elle est bonne, ne lui confie rien.</i></p> - - -<div class="p" id="p415">A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt.</div> -<p>Ce proverbe parat tre une allusion l'histoire de -Job, dont Dieu fit, dit-on, mourir subitement la femme, -quand il le dlivra de tous ses maux, et lui rendit sa -belle existence; car il jugeait impossible que le saint -homme pt redevenir compltement heureux en conservant -sa mauvaise compagne. Ce fait, qui ne se -trouve point mentionn dans le texte sacr, est de tradition -juive, et il doit tre considr comme une de -ces fables imagines par les rabbins pour expliquer et -corroborer l'esprit de la Bible gnralement hostile -aux filles d've.</p> - -<p>Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage -qu'un <i>mari bien marri</i> croit retirer de la mort de -sa femme: <i id="p416">A qui perd sa femme et un denier c'est grand -dommage de l'argent</i>. Les Italiens disent de mme: <i lang="it" xml:lang="it">Chi -perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del -quattrino</i>.</p> - - - -<div class="p" id="p417"><span class="blk">Deuil de femme morte<br /> -Dure jusqu' la porte.</span></div> - -<p>Trop souvent, hlas! il ne va gure plus loin, et quelquefois -mme il y a lieu de souponner qu'il n'irait -pas jusque-l s'il n'tait accompagn du mcontentement -que peut causer encore la prsence de la morte. -C'est un dernier effet de l'antipathie conjugale laquelle -cette contrarit semble communiquer une apparence -de douleur, et voil pourquoi l'on accuse les -maris d'tre toujours presss de faire enterrer leurs -femmes. On connat le mot de celui qui ordonna de -porter la sienne au cimetire au moment mme o elle -venait d'expirer. Comme on lui reprsentait que le -corps tait encore tout chaud: Faites ce que je dis, -s'cria-t-il en colre: elle est assez morte comme -cela.</p> - - - -<div class="p" id="p418"><span class="blk">Ci-gt ma femme. Ah! qu'elle est bien,<br /> -Pour son repos et pour le mien!</span></div> - -<p>Cette pitaphe pigrammatique passe en proverbe -a t faussement attribue Piron; elle est du jurisconsulte -Jacques du Lorens, connu par un recueil de -satires imprim en 1624. Nicolas Bourdon, pote latin, -ami de l'auteur, la reproduisit dans ce distique -assez joliment tourn qu'on a pris tort pour l'original:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><span lang="la" xml:lang="la">Clausa sub hoc tumulo conjux jacet. O bene factum!</span></div> -<div class="verse i2"><span lang="la" xml:lang="la">Nam requiesco domi, dum requiescit humi.</span></div> -</div> - -<p>Bientt aprs elle fut traduite en anglais, en italien -et en plusieurs autres langues, qui en firent comme la -ntre la devise de tout mari joyeux d'avoir enterr sa -femme.</p> - - -<div class="p" id="p419">La chandelle se brle, et cette femme ne meurt point.</div> -<p>Dicton usit par plaisanterie parmi le peuple de Paris, -en parlant d'une chose qui se fait attendre ou -d'une esprance qui tarde se raliser. On prtend -qu'il fut, dans le principe, un mot d'impatience chapp - un certain mari qui, tmoin de l'agonie de sa femme, -se dsolait de la voir durer plus longtemps que la -chandelle bnite, allume, selon l'usage, au chevet du -lit de l'agonisante.</p> - - -<div class="p" id="p420">Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie.</div> -<p>Mauvaise plaisanterie de quelque Sganarelle. Celui -de Molire en fait une de la mme espce. Lorsque la -suivante de Clie l'appelle en s'criant: Ma matresse -se meurt! il lui rpond:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">… Quoi! ce n'est que cela.</div> -<div class="verse">Je croyais tout perdu de crier de la sorte.</div> -</div> - -<p>Un proverbe espagnol venge le beau sexe de l'injustice -du ntre. Une femme y dit: <i lang="es" xml:lang="es">No es nada, sino que -matan a mi marido.</i> <a name="p534" id="p534"></a>Ce n'est rien, c'est mon mari que -l'on tue.</p> - -<p>Je partage le sentiment exprim par La Fontaine dans -les vers du dbut de sa fable intitule <i>la Femme noye</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne suis pas de ceux qui disent: <i>Ce n'est rien,</i></div> -<div class="verse i4"><i>C'est une femme qui se noie</i>;</div> -<div class="verse">Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien</div> -<div class="verse">Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.</div> -</div> - -<p class="attr">(Liv. III, fable <small>XVI</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p421">Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer.</div> -<p>Ce proverbe a t originairement une formule de -droit coutumier. Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie -autorisaient les maris, en certaines provinces, - battre leurs femmes, mme jusqu' effusion de sang, -pourvu que ce ne ft pas avec un fer moulu et qu'il -n'y et point de membre fractur. Les habitants de -Villefranche, en Beaujolais, jouissaient de ce brutal -privilge qui leur avait t concd par Humbert IV, -sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques chroniques -assurent que le motif d'une telle concession fut -l'esprance qu'avait ce seigneur d'attirer un plus grand -nombre d'habitants, esprance qui fut promptement -ralise.</p> - -<p>On trouve dans l'<i>Art d'aimer</i>, pome d'un trouvre, -la recommandation suivante: Garde-toi de frapper -ta dame et de la battre. Songe que vous n'tes point -unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle -te dplat, tu peux la quitter.</p> - -<p>La chronique bordelaise, anne 1314, rapporte ce -fait singulier: A Bordeaux, un mari, accus d'avoir -tu sa femme, comparut devant les juges et dit pour -toute dfense: Je suis bien fch d'avoir tu ma -femme; mais c'est sa faute, car elle m'avait grandement -irrit. Les juges ne lui en demandrent pas -davantage, et ils le laissrent se retirer tranquillement, -parce que la loi, en pareil cas, n'exigeait du coupable -qu'un tmoignage de repentir.</p> - -<p>Un de ces vieux almanachs qui indiquaient nos -aeux les actions qu'ils devaient faire jour par jour -donne, en plusieurs endroits, l'avertissement que voici: -Bon battre sa femme en hui.</p> - -<p>Cette odieuse coutume, qui se maintint lgalement -en France, suivant Fernel, jusqu'au rgne de Franois -I<sup>er</sup>, parat avoir t fort rpandue dans le treizime -sicle; mais elle remonte une poque bien -plus recule. Le chapitre 131 des <i>Lois anglo-normandes</i> -porte que le mari est tenu de chtier sa femme comme -un enfant si elle lui fait infidlit pour son voisin. <i lang="la" xml:lang="la">Si -deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi puerum.</i></p> - -<p>Mahomet permet aussi aux musulmans de battre -leurs pouses lorsqu'elles manquent d'obissance. (<i>Koran</i>, -<small>IV</small>, 38.)</p> - -<p>Un canon du concile tenu Tolde, l'an 400, dit: -Si la femme d'un clerc a pch, le clerc peut la lier -dans sa maison, la faire jener et la chtier, sans -attenter sa vie, et il ne doit pas manger avec elle -jusqu' ce qu'elle ait fait pnitence.</p> - -<p>Il fallait que ce concile et des raisons bien graves -pour rendre cette dcision. Sans cela, des ministres de -la religion chrtienne, qui a tant fait pour l'mancipation -et la dignit des femmes, auraient-ils pu concevoir -la pense de les soumettre une pnalit si brutale -et si dgradante? N'auraient-ils pas t conduits, -au contraire, par l'esprit de cette religion o tout est -douceur et charit, proclamer le principe de la loi -indienne du code de Manou, qui dit dans une formule -pleine de dlicatesse et de posie: Ne frappe pas -une femme, et-elle commis cent fautes, pas mme -avec une fleur.</p> - -<p>Remarquons, du reste, que le droit de battre n'a -pas toujours appartenu aux maris exclusivement. La -dame noble qui avait pous un roturier pouvait lui -infliger la correction avec des verges, toutes les fois -qu'elle le jugeait convenable.</p> - -<p>Rœderer dit dans son <i>Histoire de Franois I<sup>er</sup></i>: Plusieurs -monuments attestent que le rgne de ce prince -fut l'poque o le sexe, non content de se soustraire -la barbarie qui autorisait les maris, les obligeait mme - corriger les pouses infidles, tablit encore l'usage -plus rvoltant qui autorisa les femmes infidles ou -fidles corriger et battre leurs maris.</p> - -<p>Jean Belet, dans son <i>Explication de l'office divin</i>, -parle d'un singulier usage de son temps: La femme, -dit-il, bat son mari la troisime fte de Pques, et -le mari bat sa femme le lendemain. Ce qu'ils font -pour marquer qu'ils se doivent la correction l'un -l'autre et empcher qu'ils ne se demandent, en ce -saint temps, le devoir conjugal.</p> - -<p>La raison pour laquelle les poux devaient s'abstenir -du devoir conjugal, non-seulement pendant les -ftes de Pques, mais pendant les autres ftes et les -dimanches, tait fonde sur une superstition qui leur -faisait craindre que les enfants procrs ces jours-l -ne fussent nous, contrefaits, pileptiques ou lpreux. -Cette superstition existait ds le sixime sicle. (Voyez -Grgoire de Tours, <span lang="la" xml:lang="la"><i>de Mirac.</i>, S. Martini, lib. II, -cap. <small>XXIV</small>.</span>)</p> - -<p>Les prtres paens prescrivaient aussi la continence -pendant les jours consacrs aux ftes d'Isis, comme -nous l'apprennent Ovide et Properce: le premier, -dans la huitime lgie du livre I<sup>er</sup> <i>des Amours</i>, et le -second dans la trente-cinquime lgie de son livre II, -o il se plaint de la longue sparation que cette desse -a impose des cœurs si brlants de se runir.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu dea tam cupidos toties divisit amantes.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p422">Battre sa femme ne lui te folle pense.</div> -<p>Proverbe traduit du roman <i lang="oc" xml:lang="oc">Battre molher non li tol -fol consire</i>.</p> - -<p>Arlequin a beau dire que les femmes ressemblent -aux ctelettes, qui deviennent plus tendres quand elles -sont bien battues, il faut se dfier de cette tendresse -qu'elles font paratre aprs les mauvais traitements; -car ce n'est presque toujours qu'une feinte sous laquelle -elles cachent des projets de vengeance. La brutalit -des maris ne sert qu' les rendre pires, et ceux-ci n'ont -rien de mieux faire que de <i>prendre patience en enrageant</i>. -Je les engage dans leur propre intrt mditer -srieusement cet autre proverbe fort raisonnable: <i id="p423">Celui -qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac -de farine: tout le bon s'en va, et le mauvais reste.</i></p> - - -<div class="p" id="p424">Il faut toujours que la femme commande.</div> -<p>C'est un vers du joli conte de Voltaire intitul: <i>Ce -qui plat aux dames</i>. Mais ce vers n'est que la reproduction -d'un proverbe antique, rapport dans le <i>Zend-Avesta</i>, -o une femme, somme par les Mages de dire -ce que chaque femme dsire le plus, leur rpond: -tre aime et soigne de son mari, <i>tre matresse de -la maison</i>, rponse pour laquelle ces prtres indigns -la font mourir sous leurs coups.</p> - -<p>Nous avons aussi le proverbe rim:</p> - - - -<div class="p" id="p425"><span class="blk">Femme veut en toute saison<br /> -tre matresse en sa maison.</span></div> - -<p>Le dsir le plus vif et l'tude la plus constante des -femmes, de mre en fille, depuis que le monde existe -et dans tout pays, c'est donc d'tre matresses. Elles -ont, pour y parvenir, une tactique merveilleuse, qui ne -se trouve presque jamais en dfaut. Les hommes civiliss -ne savent pas y rsister, et le droit du plus fort -dont ils se glorifient n'est rien en comparaison du droit -du plus fin dont elles ne se vantent pas.</p> - -<p>Un vieux Minnesinger, dans un accs de gyncomanie -potique, a cherch montrer par une allgorie -singulire que la femme est rellement la matresse. Il -l'a reprsente assise sur un trne superbe, avec une -constellation de douze toiles pour couronne et la tte -de l'homme pour marchepied.</p> - -<p>On a prtendu que dans l'antiquit le beau sexe fut -gnralement rduit une espce d'esclavage. Cet -tat, inconciliable avec le caractre dont il est dou, -n'a pu exister que par exception et chez un petit nombre -de peuples, et je pense qu'on pourrait tablir -contre l'opinion commune que la gyncocratie politique -et la gyncocratie domestique ont t plus en -usage dans les sicles antrieurs au christianisme que -dans certains sicles postrieurs. Sans vouloir nier les -amliorations que l'esprit de cette divine religion a -fini par introduire dans l'tat social de la femme, je -vais prsenter quelques faits historiques assez curieux - l'appui de mon assertion. La <i>Bible</i> et les pomes -d'Homre nous montrent les femmes libres ds les -temps les plus reculs. On ne saurait tirer une preuve -du contraire de ce que, ces poques primitives, elles -vivaient confines dans l'intrieur des maisons. C'taient -les mœurs et non les lois qui le voulaient ainsi; car il -n'y aurait pas eu de scurit pour elles au dehors. Les -inconvnients de cet tat cessrent mesure que la civilisation -se dveloppa. Les femmes grecques jouissaient -d'une libert modre qui dgnra en indpendance -pendant que leurs maris faisaient le sige -de Troie. Plus tard, elles rgnrent chez elles et exercrent -souvent une influence puissante sur les affaires -de l'tat, comme nous le voyons dans Aristophane. Les -dames romaines, d'abord tenues pour mineures, devinrent -bientt matresses. Caton l'Ancien signalait -leur empire en disant: Les autres hommes commandent - leurs femmes; nous, tous les autres hommes, -et nos femmes nous.</p> - -<p>On sait que chez les Gaulois, les femmes possdaient -une grande autorit et sigeaient dans le haut conseil -de la nation. Elles taient honores par eux et par -tous les peuples de la mme race comme des tres -dous de lumires instinctives manes du ciel. C'tait -un prjug sacr que les druides avaient emprunt, -dit-on, la religion assyrienne laquelle la leur ressemble -en plusieurs points, et l'on a prtendu que ce -fut en vertu de ce prjug que Smiramis fit une loi -rpute longtemps inviolable qui attribuait aux femmes -l'autorit sur les hommes. La lgislation des Sarmates -prescrivit qu'en toutes choses, dans les familles et dans -les villes, les hommes fussent sous le gouvernement -des femmes. En gypte, chaque mari devait tre esclave -de la volont de la sienne: il s'y engageait formellement -par une clause indispensable exige dans -tous les contrats de mariage. A Carras en Assyrie, il y -avait un temple ddi la lune, o l'on n'admettait que -ceux qui faisaient hautement profession de se montrer -toujours soumis leurs pouses, et l'on assure que de -toute la contre les dvots plerins ne cessaient d'y -affluer.</p> - - -<div class="p" id="p426">La femme veut porter la culotte.</div> -<p>On a dit plus anciennement: <i>Veut porter le haut-de-chausses</i>, -et plus anciennement encore: <i>Veut chausser -les braies</i>, expressions parfaitement synonymes en parlant -d'une femme qui aspire matriser son mari. -Fleury de Bellingen, auteur des <i>Illustres Proverbes</i>, a -pens que ces expressions avaient leur fondement dans -l'histoire ancienne, et voici la singulire explication -qu'il en a donne: La reine Smiramis, prvoyant, -aprs la mort de Ninus, son poux, que les Assyriens -ne voudraient pas se soumettre l'empire d'une -femme, et voyant que son fils Zamis, ou Ninias, comme -le nomme Justin, tait trop jeune pour tenir les rnes -d'un si grand tat, se prvalut de la ressemblance -naturelle qu'il y avait entre la mre et l'enfant, se vtit -des habits de son fils et lui donna les siens afin qu'tant -pris pour elle, et elle pour lui, elle pt rgner en sa -place. Plus tard, ayant acquis l'amour de ses sujets, -elle se fit connatre pour ce qu'elle tait et fut juge -digne du trne. Quand nous disons des femmes -gnreuses qu'<i>elles portent le haut-de-chausses</i>, nous -faisons allusion cette reine qui rgna en habits -d'homme.</p> - -<p>On trouvera sans doute que Fleury de Bellingen est -all chercher trop loin l'origine d'une locution qui, en -la supposant antique, n'a pu natre que dans notre ancienne -Gaule narbonnaise que les Romains appelaient -<i lang="la" xml:lang="la">Gallia braccata</i>, parce qu'elle tait le seul pays du -monde o l'on portt des braies ou culottes. Cependant -il aurait pu l'aller chercher plus loin encore, si la fantaisie -lui en et pris: son imagination, au lieu de s'arrter - la reine d'Assyrie, n'avait qu' remonter la -mre du genre humain. Il lui et t mme plus ais -de dmontrer qu've <i>porta la culotte</i>, dans le sens propre, -comme dans le sens figur, car la Gense, parlant -de nos premiers parents occups vtir leur nudit, -dit textuellement: <i lang="la" xml:lang="la">Consuerunt folia ficus et facerunt sibi -perizomata</i>; ce qu'un ancien traducteur, Le Fvre d'Estaples, -a rendu en ces termes: Ils cousirent des -feuilles de figuier et s'en firent <i>des braies</i>. (dition -de Genve, 1562). Bellingen aurait du moins obtenu -par une telle explication le suffrage de toutes les -femmes, charmes de voir dans un passage des livres -saints la preuve irrcusable qu'elles n'ont pas moins -que les hommes le droit de <i>porter la culotte</i>.</p> - -<p>Mais faisons trve la plaisanterie, et cherchons une -origine raisonnable. Hue Piaucelle, un de nos plus anciens -trouvres, a compos un fabliau intitul: <i>Sire -Hains et dame Anieuse</i>. Ces deux poux n'taient jamais -d'accord. La femme contrecarrait sans cesse le mari. -Celui-ci, fatigu, lui dit un jour: coute, tu veux -tre la matresse, n'est-ce pas? et moi je veux tre le -matre. Or, tant que nous ne cderons ni l'un ni l'autre, -il ne sera pas possible de nous entendre. Il faut, une -fois pour toutes, prendre un parti, et puisque la raison -n'y fait rien, dcidons-en autrement. Quand il eut -parl de la sorte, il prit un haut-de-chausses qu'il porta -dans la cour de la maison et proposa la dame de le -lui disputer, condition que la victoire donnerait pour -toujours, qui l'obtiendrait, une autorit pleine et -entire dans le mnage. Elle y consentit: la lutte s'engagea -en prsence de la commre Aupais et du voisin -Simon, choisis pour tmoins. Sire Hains, aprs avoir -prouv la plus opinitre rsistance de dame Anieuse, -finit par emporter le prix de ce combat judiciaire. -L'abb Massieu et le Grand d'Aussy ont pens que le -fabliau de Piaucelle a donn lieu l'expression <i>porter -le haut-de-chausses</i>; mais il n'a fait que la populariser, -car il est positif qu'elle lui est antrieure.</p> - -<p>On pourrait conjecturer qu'elle a d s'introduire -une poque o les caleons et les hauts-de-chausses -faisaient partie de l'habillement des dames nobles, et -o celles de ces dames qui avaient pris des maris bourgeois -jouissaient du privilge de leur commander et -mme de les frapper avec des verges lorsqu'ils ne se -montraient pas assez soumis. Mais une telle conjecture, -quoique fonde sur un fait attest par de graves -et vridiques auteurs, A.-A. Monteil entre autres, me -semble inadmissible comme la prcdente, et pour la -mme raison. Je rejette toute origine historique, et je -crois qu'on a naturellement attribu le costume du -mari la femme qui aspire jouer le rle du mari. -C'est d'ailleurs ce qui se faisait chez les anciens. Denys -de Syracuse, voulant punir un homme qui s'tait -laiss battre par sa femme, ordonna qu'il ft habill -en femme et que la femme ft habille en homme, -parce que la nature avait d se tromper en les crant.</p> - -<p>La locution <i>porter la culotte</i> est ce qu'on appelle un -symbole parl.</p> - - -<div class="p" id="p427">tre sous la pantoufle de sa femme.</div> -<p>Voici l'origine historique justement assigne cette -locution par M. Chassan, auteur de la <i>Symbolique du -droit</i>: Grgoire de Tours, dans la Vie des Pres, ch. <small>XX</small>, -et Ducange, au mot <i lang="la" xml:lang="la">calceamenta</i>, disent que le fianc -faisait prsenter un soulier, ordinairement le sien, sa -future pouse. Il parat mme, d'aprs M. Ryscher, que -c'tait lui qui l'en chaussait. En se dchaussant, il -s'exposait marcher d'un pas moins ferme, et se plaait -ainsi dans une condition infrieure vis--vis de sa -fiance; en mettant lui-mme le soulier au pied de sa -fiance, il s'humiliait devant elle, et de l vient que, -pour dsigner un mari que sa femme gouverne, on dit -encore aujourd'hui en France qu'<i>il est sous la pantoufle -de sa femme</i>. De l aussi le mot de Grimm, qui enseigne -que la pantoufle est encore un symbole fort usit de la -puissance qu'exerce la femme sur le mari. (<i lang="de" xml:lang="de">Poesie in -Recht.</i>, 10.)</p> - - -<div class="p" id="p629">La poule ne doit pas chanter devant le coq.</div> -<p>Proverbe qui se trouve textuellement dans la comdie -des <i>Femmes savantes</i>, mais qui est antrieur cette -pice, comme le prouvent ces deux vers de Jean de -Meung:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">C'est chose qui moult me desplaist</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Quand poule chante et coq se taist.</div> -</div> - -<p>Quelques glossateurs prtendent qu'une femme qui -se trouve avec son mari dans une socit ne doit pas -prendre la parole avant que son mari ait parl, car le -mot <i>devant</i>, disent-ils, est ici une prposition de temps -qui remplace <i>avant</i>, comme dans cette phrase de Bossuet: -Les anciens historiens qui mettent l'origine de -Carthage <i>devant</i> la prise de Troie. Mais il est certain -que leur rudition grammaticale les a fourvoys. Le -vritable sens est qu'une femme doit se taire en prsence -de son mari, et attendre qu'il <i>lui donne langue</i>, -comme on disait autrefois. Un usage de l'ancienne civilit -obligeait les femmes demander aux maris la -permission de parler, quand elles avaient quelque -chose dire devant des trangers. La preuve en est -dans plusieurs passages de nos vieux auteurs, notamment -dans la phrase suivante de l'<i>Heptamron</i> de Marguerite -de Valois, reine de Navarre: <span lang="frm" xml:lang="frm">Parlemante, qui -estoit femme d'Hircan, laquelle n'estoit jamais oisive -et mlancolique, ayant demand son mari cong -(permission) de parler, dist, etc.</span><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> On a prtendu que cet usage tait une drivation des ordonnances de Numa -Pompilius contre le caquet des femmes, qu'il voulait obliger de ne parler qu'en -prsence de leurs maris.</p> -</div> -<p>Les Persans disent: <i id="p630">Quand la poule veut chanter comme -le coq, il faut lui couper la gorge.</i> Proverbe dont ils font -l'application aux femmes qui veulent cultiver la posie. -Ce mme proverbe existe en France de temps immmorial -chez les habitants de la campagne, pour exprimer, -au figur, une menace peu srieuse contre les -femmes qui se mlent de discourir et de dcider la -manire des hommes, et, au propre, une observation -d'histoire naturelle. Cette observation est que la poule -cherche quelquefois imiter le chant du coq, et que -cela lui arrive surtout lorsqu'elle est devenue trop -grasse et ne peut plus pondre, c'est--dire dans un -temps o elle n'est plus bonne qu' mettre au pot.</p> - -<p id="p631">Il y a une superstition sur la poule qui coqueline. -On croit, en Normandie, qu'elle annonce la mort de -son matre, ou la sienne.</p> - -<p>Les habitants de la valle de la Garonne, qui s'tend -entre Langon et Marmande, sont persuads que par -cette manire de coqueliner, qu'ils appellent <i>chanter -le bguey</i><a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, elle prsage une foule de malheurs.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Bguey</i> se dit pour <i>coq</i> et, par extension, pour <i>chant du coq</i>, dans l'idiome -du pays. <i>Chanter le bguey</i> a t originairement une ellipse de <i>chanter</i> comme le -<i>bguey</i> ou coq.</p> -</div> -<p>Voici ce que disait ce sujet un feuilleton sign -J. B., dans la <i>Quotidienne</i> du 15 aot 1845: Une poule -vient-elle <i>chanter le bguey</i>, il n'y a pas un instant -perdre, il faut la porter au march, la vendre et consacrer -le prix obtenu l'acquisition d'un cierge dont -vous ferez hommage la paroisse. Si vous n'avez pas -trouv d'acheteur pour cette bte rprouve, vous aurez -la ressource de la peser aprs l'avoir attache dans -un linge blanc, et vous verrez ensuite si elle demeure -parfaitement tranquille. Je suppose que vous avez essay -de tous ces moyens, et qu'aucun ne vous a russi: -dcidez-vous alors tordre le cou au volatile. Il ne -cesserait de faire des contorsions, des soubresauts, et -entretiendrait au milieu de la population de votre -basse-cour une inquitude continuelle et des terreurs -sans nom. Mais surtout que personne ne porte la dent -sur la chair de la victime.</p> - -<p>Les Romains avaient aussi leur superstition sur le -chant de la poule. Ce chant prsageait aux maris que -la femme serait la matresse. Donat, grammairien -latin du quatrime sicle, en a fait la remarque dans -son commentaire sur Trence, en expliquant la phrase -<i lang="la" xml:lang="la">Gallina cecinit</i>, la poule a chant, que ce comique a -employe, acte IV, sc. <small>IV</small>, du <i>Phormion</i>.</p> - - -<div class="p" id="p428">Pour faire mentir une femme coup sr il n'y a qu' lui demander -son ge.</div> -<p>Il est peu prs certain que, si elle rpond une -telle question, elle ne le fera qu'aux dpens de la vrit, -car elle voit trop d'avantages tre jeune et le -paratre pour qu'elle rsiste l'envie de se rajeunir un -peu. De l cette accusation de mensonge formule -dans ce proverbe peu galant dont la LII<sup>e</sup> des <i>Lettres -persanes</i> offre le spirituel dveloppement en action -que voici:</p> - -<p>J'tais l'autre jour dans une socit o je me divertis -assez bien. Il y avait l des femmes de tous les -ges; une de quatre-vingts ans, une de soixante, une -de quarante qui avait une nice de vingt vingt-deux -ans. Un certain instinct me fit approcher de cette dernire, -et elle me dit l'oreille: Que dites-vous de ma -tante qui, son ge, veut avoir des amants et fait encore -la jolie?—Elle a tort, lui dis-je, c'est un dessein -qui ne convient qu' vous. Un moment aprs, je -me trouvai auprs de sa tante qui me dit: Que dites-vous -de cette femme, qui a pour le moins soixante -ans, qui a pass aujourd'hui plus d'une heure sa -toilette?—C'est un temps perdu, lui dis-je, et il faut -avoir vos charmes pour devoir y songer. J'allai -cette malheureuse femme de soixante ans et la plaignis -dans mon me, lorsqu'elle me dit l'oreille: -Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a -quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de -feu: elle veut faire la jeune, et elle y russit, car -cela approche de l'enfance. Ah! mon Dieu! dis-je -en moi-mme, ne sentirons-nous jamais que le ridicule -des autres? C'est peut-tre un bonheur, disais-je -ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les -faiblesses d'autrui. Cependant j'tais en train de me -divertir, et je dis: Nous avons assez mont; descendons - prsent, et commenons par la vieille qui est au -sommet. Madame, vous vous ressemblez si fort, cette -dame qui je viens de parler et vous, qu'il semble -que vous soyez deux sœurs; je vous crois peu prs -de mme ge.—Vraiment, monsieur, me dit-elle, -lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur; -je ne crois pas qu'il y ait d'elle moi deux -jours de diffrence. Quand je tins cette femme -dcrpite, j'allai celle de soixante ans. Il faut, madame, -que vous dcidiez un pari que j'ai fait: j'ai -gag que cette femme et vous, lui montrant la femme -de quarante ans, tiez de mme ge.—Ma foi, dit-elle, -je ne crois pas qu'il y ait six mois de diffrence. -Bon! m'y voil, continuons; je descendis -encore et j'allai la femme de quarante ans. Madame, -faites-moi la grce de me dire si c'est pour -rire que vous appelez cette demoiselle, qui est -l'autre table, votre nice? Vous tes aussi jeune -qu'elle; elle a mme quelque chose dans le visage de -pass que vous n'avez certainement pas: et ces couleurs -vives qui paraissent sur votre teint…—Attendez, -me dit-elle, je suis sa tante, mais sa mre avait -pour le moins vingt-cinq ans de plus que moi; nous -n'tions pas de mme lit; j'ai ou dire feu ma sœur -que sa fille et moi naqumes la mme anne.—Je le -disais bien, madame, et je n'avais pas tort d'tre -tonn.</p> - -<p>Mon cher Usbeck, les femmes qui se sentent finir -d'avance par la perte de leurs agrments, voudraient -reculer avec la jeunesse. Eh! comment ne chercheraient-elles -pas tromper les autres? elles font tous -leurs efforts pour se tromper elles-mmes, et se drober - la plus affligeante de toutes les ides.</p> - - -<div class="p" id="p429">Servez monsieur Godard! sa femme est en couches.</div> -<p>Ironie proverbiale contre les prtentions outrecuidantes -d'un paresseux qui voudrait qu'on lui ft sa besogne, -d'un indiscret qui, en demandant quelque service, -semble l'exiger, ou d'un impertinent qui se donne -des airs de commander. Elle fait allusion un usage -autrefois rpandu dans le Barn et dans les provinces -limitrophes, en vertu duquel le mari d'une femme en -couches se mettait au lit pour recevoir les visites des -parents et amis, et s'y tenait mollement plusieurs jours -de suite, ayant soin de se faire servir des mets succulents. -Une telle tiquette, dsigne par l'expression -<i id="p333">faire la couvade</i>, qui en indique assez clairement le motif, -se rattachait probablement au culte des <i lang="la" xml:lang="la">Geniales</i>, -dieux qui prsidaient la gnration. Elle n'tait pas -moins ancienne que singulire. Le pote Apollonius -de Rhodes en a signal l'existence sur les ctes des Tiburniens, -o les hommes, dit-il, se mettent au lit -quand les femmes sont en couches, et se font servir par -elles. (<i>Argonaut.</i>, ch. <small>II</small>.) Diodore de Sicile et Strabon -rapportent qu'elle rgnait de leur temps en Espagne, -en Corse et en plusieurs endroits de l'Asie, o -elle s'est conserve parmi quelques tribus de l'empire -chinois. Les premiers navigateurs qui abordrent au -nouveau monde l'y trouvrent tablie. Il n'y a pas -longtemps qu'elle tait observe par les naturels du -Mexique, des Antilles et du Brsil. Des voyageurs assurent -qu'elle existe encore chez quelques sauvages de -l'Amrique et chez certaines peuplades africaines; enfin, -elle n'est pas entirement tombe en dsutude -dans la Biscaye franaise, o des personnes dignes de -foi attestent en avoir t deux ou trois fois tmoins -dans ces dernires annes.</p> - -<p>Quant au nom de <i>Godard</i>, que le peuple applique -aujourd'hui au mari d'une femme accouche, il est, -s'il faut en croire M. Bacon-Tacon, le mme que celui -de <i>God-Art</i> (le Dieu fort), donn, dit-il, Hercule, que -les paens imploraient dans les accouchements difficiles -(<i>Orig. celtiq.</i>, tome II, p. 401-402). Je ne conteste -point une si savante tymologie; cependant il me parat -plus probable que ce nom a t form du latin -<i lang="la" xml:lang="la">gaudere</i>, se rjouir, se donner du bon temps. Il signifiait -autrefois un homme adonn aux plaisirs de la table, -habitu prendre toutes ses aises. C'tait un synonyme -de <i>Godon</i>, autre vieux mot qu'on employait pour -dsigner un riche plong dans toutes les jouissances -d'une vie sensuelle. Le prdicateur Maillard s'en est -servi dans plusieurs de ses sermons, notamment dans -le vingt-quatrime, o le mauvais riche est appel <i lang="la" xml:lang="la">unus -grossus Godon qui non curabat nisi de ventre</i>. Un gros -Godon qui n'avait cure que de sa panse.</p> - -<p>Ajoutons que la formule: <i>Servez monsieur Godard!</i> -cesse d'tre ironique lorsqu'elle est applique un -homme qui un enfant vient de natre. Elle est alors -une espce de flicitation quivalente un <i lang="la" xml:lang="la">Gloria -Patri</i>, une exclamation d'amical et joyeux enthousiasme -en faveur de la paternit.</p> - - -<div class="p" id="p430">La nuit, il n'y a point de femme laide.</div> -<p>Proverbe fort ancien rappel et expliqu par Ovide -dans ces deux vers du premier chant de l'<i>Art d'aimer</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nocte latent mend, vitioque ignoscitur omni.</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Horaque formosam quamlibet illa facit.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>La nuit fait disparatre bien des taches et oublier bien des -imperfections. Elle rend toute femme belle.</p> -</blockquote> - -<p>Alors <i>Hlne n'a aucun avantage sur Hcube</i>, suivant -l'expression d'Henri Estienne.</p> - -<p>Les Grecs se servaient d'un proverbe analogue pass -dans la langue latine en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Sublata lucerna, -nihil discriminis inter mulieres.</i> Quand la lampe est -te, les femmes ne diffrent pas l'une de l'autre. -Plutarque rapporte qu'une belle et chaste dame cita ce -proverbe Philippe, roi de Macdoine, pour l'engager - cesser les poursuites amoureuses dont il s'obstinait -l'obsder.</p> - -<p>Nous disons trivialement dans le mme sens: <i id="p326">La -nuit tous chats sont gris.</i></p> - -<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">De noche, a la vela, la burra -parece doncella.</i>—<i id="p323">La nuit, la chandelle, l'nesse semble -demoiselle marier.</i> On sait que, si l'obscurit cache la -laideur, la lumire du flambeau l'attnue beaucoup; -d'o l'expression <i id="p324">belle la chandelle</i>, en parlant d'une -femme qui n'est pas belle au grand jour. C'est pour -cela qu'Ovide conseillait aux amants de se dfier de la -clart trompeuse de la lampe.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Fallaci nimium ne crede lucern.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">De Arte amandi</i>, <small>I</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p431">Jeter le mouchoir une femme.</div> -<p>Se dit pour signifier qu'on la prfre toutes les autres - cause de sa beaut ou de ses grces.</p> - -<p>Cette expression, toute figure chez nous, fait allusion - un usage qu'on prtend exister chez les Turcs et -par lequel le sultan, ou un pacha, ou un seigneur, dclare - une des femmes le choix qu'il fait d'elle, en lui -jetant un mouchoir. Mais tout porte croire qu'un tel -usage est imaginaire. Les auteurs qui en ont parl ont -consacr une erreur provenue probablement de ce que -les fianailles en Turquie et en Perse sont constates -par l'envoi que fait le futur poux sa future d'un -mouchoir brod, d'un anneau et d'une pice de monnaie. -Ainsi les musulmans, l'poque de leur mariage, -envoient le mouchoir, et, dans leurs harems, ils ne le -jettent pas.</p> - -<p>Quelque fonde que soit la remarque qui vient d'tre -faite, elle n'empchera point de conserver cette expression -ainsi que ses analogues <i>briguer le mouchoir</i>, -<i>refuser le mouchoir</i>, etc., qu'une galanterie peu dlicate -a introduites dans notre langue.</p> - -<p>Il y a une pice fugitive de Duault prsentant le monologue -d'un fat qui passe en revue dans son imagination -un essaim de belles, qui il se propose de <i>jeter -le mouchoir</i> tour tour. Cette pice se termine par ces -vers assez plaisants:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ainsi parlant, seul dans sa chambre,</div> -<div class="verse">Chaque matin, monsieur Morgan</div> -<div class="verse">Balance de l'air d'un sultan</div> -<div class="verse">Son fin mouchoir parfum d'ambre.</div> -<div class="verse">Il sort tout radieux d'espoir,</div> -<div class="verse">Promne sa fadeur galante,</div> -<div class="verse">Frais et dispos rentre le soir,</div> -<div class="verse">Se fait un turban du mouchoir</div> -<div class="verse">Et tombe aux pieds de sa servante.</div> -</div> - -<p>C'est peu prs ce qu'un de nos spirituels chansonniers, -l'abb de L'Attaignant, appelait allumer son -flambeau au soleil, et l'teindre dans la boue.</p> - - -<div class="p" id="p432">La femme de Csar ne doit pas mme tre souponne.</div> -<p>Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutt pour -Fauna, leur divinit spciale, qu'elles appelaient <i>la -Bonne Desse</i>, un culte fervent et plein de mystres que -les rudits n'ont pas su bien claircir. Elles en clbraient -solennellement la fte avec les Vestales dans -la maison du consul ou du prteur, sous la prsidence -de la femme de ce magistrat, lequel tait oblig de -rester absent de chez lui pendant la dure de cette -fte, car aucun homme ne pouvait y tre admis. L'anne -o Pompia, troisime pouse de J. Csar, se -trouva investie de cet important ministre, Clodius, ce -lovelace romain, qui tait d'intelligence avec elle, ce -qu'on suppose, voulut la voir dans l'appareil de ses -fonctions pontificales, et il se glissa dguis en joueuse -d'instruments parmi les dvotes qui se rendaient la -crmonie. Une esclave, nomme Abra par Plutarque, -et Sprulla par Cicron, avait t mise dans la confidence. -Elle le cacha et lui promit de lui amener sa -matresse. Mais, retenue auprs d'Aurlia, mre de -Csar, cette esclave le fit tant attendre que, perdant -patience, il sortit de sa cachette pour l'appeler et fut -reconnu: afin d'viter les regards qui se portaient sur -sa personne, il se hta de revenir sur ses pas, esprant -que la chose n'aurait pas de suites. Cependant les matrones, -averties, le cherchrent de chambre en chambre, -et finirent par le dcouvrir sous le lit d'Abra ou de -Sprulla. Leur fureur tait son comble. Elles ne lui -pargnrent ni les injures ni les coups, et elles auraient -sans doute pouss la vengeance aux excs les -plus terribles s'il n'et eu le bonheur de s'y soustraire -en gagnant par la fuite le dehors de la maison.</p> - -<p>Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l'indignation -gnrale. Il fut mis en jugement comme sacrilge, -et, quoique son crime ft attest par les dpositions -les plus irrcusables, les juges, qu'il parvint -corrompre, le dclarrent absous. Csar, appel en -tmoignage dans le procs, ne voulut ni inculper ni -disculper Pompia, qu'il s'tait content de rpudier. -Il dit qu'il ne savait rien, attendu qu'un mari tait toujours -le moins instruit en pareil cas, et comme on lui -demanda pourquoi il l'avait renvoye, il ajouta que <i>la -femme de Csar ne devait pas mme tre l'objet d'un soupon</i>. -Apophthegme pass en proverbe pour signifier -qu'il ne suffit pas que la conduite d'une femme soit -irrprochable, qu'il faut aussi qu'elle soit crue telle.</p> - - -<div class="p" id="p433">Il ne faut prter ni son pe, ni son chien, ni sa femme.</div> -<p>La noblesse franaise avait jadis deux occupations -importantes, la guerre et la chasse, et toujours elle se -montrait sous le costume du guerrier ou celui du chasseur. -Ainsi tout bon gentilhomme devait tre insparable -de son pe et de son chien ou de son faucon, -qu'il regardait comme des attributs de sa dignit. Il lui -tait dfendu par des capitulaires de nos rois de s'en -dessaisir, et mme de les donner pour prix de sa ranon, -s'il venait tre fait prisonnier, dfense provenue -sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie -celui qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi -qu'il en soit, il attachait son honneur ces objets comme - sa femme, et c'est cette raison qu'il faut rapporter -l'origine du proverbe.</p> - - -<div class="p" id="p434">Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme.</div> -<p>C'est--dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation -aux regards des autres certains objets qu'on veut garder -pour soi, attendu qu'une telle exhibition, n'tant -propre qu' exciter leur envie, peut avoir une foule -d'inconvnients pour celui qui la fait. Ce proverbe est -une variante de cet autre cit par Franklin: <i>Celui qui -montre trop souvent sa femme et sa bourse s'expose ce -qu'on les lui emprunte.</i></p> - - -<div class="p" id="p435">La femme est la moiti de l'homme.</div> -<p id="p612">L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans -l'autre. Chacun d'eux ne forme qu'une moiti de l'tre -humain, dont l'intgralit ne peut rsulter que de leur -intime union. C'est une vrit morale aussi vieille que -le monde et universellement rpandue. Elle remonte - notre premier pre, s'criant, dans la joie de son -cœur, la vue de l'aimable compagne que Dieu lui -prsentait: Voil l'os de mes os, et la chair de ma -chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, -parce qu'elle a t prise de l'homme. C'est pourquoi -l'homme quittera son pre et sa mre, et s'attachera -sa femme; et ils seront deux dans une seule chair. -(<i>Gense</i>, ch. <small>II</small>, v. 23-24.)</p> - -<p>Les Vdas disent que <i>l'pouse est la moiti du corps de -l'poux</i> et considrent le mariage comme supprimant -la dualit de l'un et de l'autre pour les confondre dans -une parfaite unit. Cet tat a t fort bien figur par le -<i>lingam</i> primitif ou l'<i>yoni lingam</i> de la thorie hindoue, -et par d'autres symboles analogues qu'il ne me parat -pas convenable d'expliquer ici, ni mme de dsigner -nominativement.</p> - -<p>Le plus ingnieux de tous, sans contredit, est celui -qu'on trouve dans le <i>Sympose</i> ou <i>Banquet</i> de Platon. -Suivant ce philosophe, l'homme et la femme ne faisaient -originairement qu'une mme personne qu'il -nomme <i>androgyne</i> (homme-femme). Cette crature -bissexuelle tait si parfaite et si heureuse qu'elle excita -la jalousie des dieux et des desses. Par leur ordre, -Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea -dans ces corps les formes extrieures de leur individualit -qui avaient t un peu endommages pendant l'opration -du ddoublement. Depuis lors, les moitis -disjointes ont une tendance invincible se rapprocher -pour constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler -de toute leur ardeur et de tous leurs efforts. -Mais, hlas! elles ne sauraient y parvenir, moins d'un -trs-grand miracle. Tristes jouets d'une continuelle mprise, -elles sont peu prs comme ces enfants, changs -en nourrice, qui prennent une parent de hasard - la place de la parent de nature. Des moitis trangres -viennent presque toujours se substituer celles -qui furent cres l'une pour l'autre. Le sort ennemi, -afin d'empcher ces dernires de se rejoindre, ne leur -permet pas de se reconnatre, les fait errer comme ces -ombres de Dante, qui vont sans jamais s'arrter, et les -tient souvent spares par des distances incommensurables. -De l l'excessive raret des bonnes unions et -l'innombrable quantit des mauvaises.</p> - -<p>N'oubliez pas cette allgorie, vous, pauvres tres -ddoubls, qui aspirez ressaisir cette portion de -vous-mmes dont l'absence vous condamne gmir, et -surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la retrouver - Paris. Il vaudrait peut-tre mieux l'aller -chercher aux antipodes.</p> - - -<div class="p" id="p436">Femme (ou dame) qui moult se mire peu file.</div> -<p>Une femme qui met beaucoup de temps sa toilette -en emploie fort peu aux occupations du mnage. Les -Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">La mujer, cuanto mas mira la cara, -tanto mas destruye la casa</i>, ce qui est rendu exactement -par cet ancien jeu de mot proverbial:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p437">Plus la femme mire sa mine,</div> -<div class="verse">Plus sa maison elle mine.</div> -</div> - -<p>Il fut un temps o la principale occupation des dames -tait de filer. De vieux portraits les reprsentent avec -une quenouille attache sur le sein du ct gauche, -et avec un miroir suspendu leur ceinture du ct -droit. Elles ne quittaient gure ces deux attributs; ils -taient, pour ainsi dire, les pices essentielles de leur -costume. Mais l'un faisait tort l'autre, et celui du travail -devait tre frquemment nglig pour celui de la -coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames -cessrent de filer et se mirrent tout leur aise.</p> - -<p>Jean de Caurres, auteur du seizime sicle, dit dans -ses <i>Œuvres morales</i> que les courtisanes et <i>damoiselles -masques</i><a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> de son temps portaient le miroir sur le -ventre: O bon Dieu! hlas! s'crie-t-il, en quel -malheureux rgne sommes-nous tombs de voir une -telle dpravation sur la terre, que nous voyons jusques - porter en l'glise les miroirs de macule pendants -sur le ventre. Il ajoute qu'un pareil usage -tendait devenir gnral: Si est-ce qu'avec le temps -il n'y aura bourgeoise ne chambrire qui par accoutumance -n'en veuille porter. Cependant cet usage -ne s'est pas conserv. Le beau sexe l'a jug inutile depuis -que les moindres appartements ont t orns de -trumeaux et de glaces o il peut se mirer et s'admirer -de la tte aux pieds.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> On appelait <i>damoiselles masques</i> certaines dames qui, voulant courir les -aventures galantes sans tre reconnues, se couvraient le visage d'un masque de -velours auquel on donna le nom de <i>loup</i>, driv, non de <i lang="la" xml:lang="la">lupus</i>, mais de <i lang="la" xml:lang="la">lobus</i>, -cosse.</p> -</div> - -<div class="p" id="p438">La femme perd l'homme.</div> -<p>Salomon assimile l'homme entran par la femme -qui l'a sduit au taureau men comme une victime au -sacrifice: <i lang="la" xml:lang="la">Eam sequitur quasi bos ad victimam.</i> (Prov., -<small>VII</small>, 22.)</p> - -<p>Saint Cyprien dit que les femmes sont des dmons -qui font entrer les hommes en enfer par la porte du -paradis.</p> - -<p>Suivant un proverbe oriental: <i>Il faut craindre l'amour -d'une femme plus que la colre d'un homme.</i></p> - -<p>On lit dans le <i>Furetriana</i> le rsum suivant des principales -accusations des hommes contre les femmes: -Que de maux elles ont causs dans le monde! Adam -en a t sduit, Samson dompt. La saintet de David -en a t trouble, Salomon en a perdu la sagesse. -Ce fut une femme qui fit renoncer saint Pierre Notre-Seigneur. -Elle fit plus d'effet sur l'esprit de Job que -le diable, qui ne put l'branler. Le pote Codrus disait -que le ciel ne contenait pas tant d'toiles ni la mer -tant de poissons que la femme a de fourberies caches -dans son cœur. Barthole disait que toutes les femmes -sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin de faire des -lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a -point. Hippocrate nous assure que la malice est naturelle - la femme. L'auteur de l'<i>Ecclsiastique</i>, aussi -illustre en sagesse parmi les Hbreux que Thals en -philosophie entre les Grecs, nous a laiss par crit -que la source du pch nous est venue de la femme; -qu'il vaudrait mieux demeurer avec un lion ou avec un -dragon qu'avec une mauvaise femme (ch. <small>XXV</small>) et mme -que les crimes des hommes sont plus supportables que -les bienfaits des femmes: <i lang="la" xml:lang="la">Melior est iniquitas viri quam -mulier benefaciens</i> (ch. <small>XLII</small>). Entre toutes les btes sauvages, -dit saint Chrysostome, il n'y en a point qui -soit plus dangereuse que la femme. Pandore rpandit -toute sorte de maux sur la terre; Hlne causa la mort -de tant de milliers d'hommes; Djanire fit mourir -Hercule son mari, un des plus fameux hros qui aient -jamais t; les Danades et les filles d'Egyptus turent -leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouv la -femme plus amre que la mort. De mille hommes, -ajoute-t-il, il ne s'en trouve qu'un de bon; mais, parmi -toutes les femmes, il n'y en a pas une de bonne. -(<i>Ecclsiaste</i>, ch. <small>VII</small>.) Les chrtiens leur ont t le -maniement de l'glise, les philosophes ne les ont pas -voulu admettre dans la philosophie, les jurisconsultes -leur ont dfendu le barreau, les mahomtans les ont -exclues du paradis et les ont mises au rang des esclaves. -Il serait cependant agrable de chanter les louanges -de Dieu, de philosopher, de plaider, d'tre en paradis -avec des femmes. Il faut bien qu'il y ait de leur faute - tout cela.</p> - -<p>Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup -plus de celle des hommes, qui sont presque toujours -injustes, ingrats et tyranniques envers elles, qui -leur aigrissent et leur faussent le caractre, qui les forcent - recourir la ruse, la dissimulation et la vengeance. -Aussi ont-elles raison de retourner contre eux -le proverbe, en disant: <i id="p439">L'homme perd la femme.</i> Il la -perd par son indiffrence, par son gosme, par sa dfiance, -par ses calomnies, par ses outrages, enfin par -une foule d'erreurs, d'inconsquences et de torts de sa -conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement -il la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait -l'aimer; il la perd encore en l'aimant d'une manire -draisonnable; car il arrive ordinairement que plus un -mari aime sa femme, plus il augmente les travers -qu'elle peut avoir; tandis que, au contraire, plus une -femme aime son mari, plus elle le corrige de ses dfauts.</p> - -<p>Je ne prtends pas m'riger en apologiste enthousiaste -de la femme, ni rehausser son mrite en rabaissant -celui de l'homme. Je conviens qu'elle a aussi de -nombreux dfauts qui dparent ses qualits; mais je -crois qu'en gnral ses qualits lui appartiennent en -propre et que ses dfauts lui viennent de nous. Il en -est d'elle comme de ce rosier qui crot sans pines, sur -le sommet des hautes Alpes, et qui se hrisse de pointes -acres quand il est cultiv dans nos jardins. En la faisant -descendre de la rgion leve o elle se dvelopperait -sous de clestes influences, en la plaant dans -un mauvais milieu, o elle est prive de l'air pur dont -elle a besoin; en lui donnant une culture trop artificielle, -et souvent en opposition avec ses aptitudes natives, -nous abtardissons cette belle crature de Dieu, -nous la rendons diffrente d'elle-mme, nous la transformons -en un nouvel tre presque entirement factice, -tant nous sommes habiles contrarier les facults de -sa nature et les vicier par le mlange de quelque lment -de dgnration qui les fait tourner mal et produit -des effets pernicieux, de mme qu'une certaine -malignit de sve dans le rosier transplant rend sa -floraison pineuse.</p> - -<p>Ne nous en prenons donc qu' nous si la femme a -tant d'imperfections, et n'ayons pas la sottise de les lui -reprocher, au moins celles qu'elle a contractes par -notre faute. Il serait meilleur et plus juste de chercher -le bon moyen de l'en corriger, en commenant par -nous corriger nous-mmes des vices qui les lui ont -communiques. Les deux sexes n'ont pas t crs et -ils ne s'unissent pas pour vivre en tat de guerre permanente. -Leur serait-il impossible de terminer ou de -rendre moins dures des hostilits incompatibles avec -le repos et la moralit de tous deux?</p> - -<p>Ah! si le mariage pouvait tre ramen cette confiance -rciproque, cette entente cordiale, cet -change dlicieux de penses et de sentiments dont -l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux dceptions, -combien cet tat contribuerait l'amlioration -et au bonheur de l'homme et de la femme! il est -vident qu'il les rendrait meilleurs, puisqu'ils y seraient -affranchis des passions qui les pervertissent, et plus -heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une scurit -inaltrable de toutes les dlices que pourrait leur donner -un amour pur et devenu pour eux une vertu.</p> - -<p>Qui dcrira la suprme flicit de deux poux galement -anims du double zle de l'amour et du devoir, -de l'amour qui fortifie le devoir, et du devoir qui purifie -l'amour!… Que de secrets merveilleux, de dons -clestes, la femme trouverait dans le fonds inpuisable -de sa tendresse plus dlicate, plus ingnieuse, plus -pntrante que celle de l'homme, pour le rjouir et -l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un nouveau -paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de -lui avoir fait perdre.</p> - -<p>Mais pourquoi parler d'une chose impossible raliser? -Le diable a fltri cette prime fleur de nature qu'eut -la femme dans l'den, et l'on chercherait en vain lui -rendre son parfum et sa fracheur. Elle s'est dessche -sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a dj plus -dans sa sve de vertu qui puisse la rgnrer. Elle ressemble - l'arbre aux fruits amers dont parle le grand pote -persan Ferdouci: On aurait beau planter cet arbre -en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de l'ternit, -humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait -toujours sa nature et ne cesserait de porter des -fruits amers.</p> - -<p>J'abandonne cette thse chimrique et je reviens au -but que je me suis propos dans cet article. Il a t de -dmontrer l'injustice des reproches que les hommes -adressent aux femmes. Je crois avoir opr cette dmonstration. -Il ne me reste qu' y joindre un corollaire: -c'est que toutes ces sottes accusations, l'appui -desquelles ils citent la fable et l'histoire, sont inadmissibles -au tribunal de la raison. La fable ne prouve rien, -et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes ont -toujours fait moins de mal que les hommes.</p> - - -<div class="p" id="p440">Une matresse est reine, une femme est esclave.</div> -<p>Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera -la royaut qu'elles ont reue de l'Amour, sans penser -que l'Hymen et l'Amour sont deux frres ennemis, -et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements de -l'Amour.</p> - -<p>Les vers suivants de Corneille, dans la tragdie de -<i>Polyeucte</i> (act. I<sup>er</sup>, sc. <small>III</small>), offrent l'explication de ce -proverbe, qui forme lui-mme un vers heureux:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines,</div> -<div class="verse">Et jusqu' la conqute ils nous traitent en reines;</div> -<div class="verse">Mais aprs l'hymne ils sont rois leur tour.</div> -</div> - -<p>On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse, -c'est que l'homme dit toujours <i>ma matresse</i> -pour dsigner celle qu'il aime, et que la femme ne -donne jamais le nom de <i>matre</i> son amant. Elle sent -bien qu'en pareil cas le nom paratrait drisoire, et -elle le rserve pour son mari, lors mme qu'elle tient -celui-ci sous sa domination absolue.</p> - - -<div class="p" id="p441">Une femme et un almanach ne valent que pour une anne.</div> -<p>Une femme avait un mari qui passait tout son temps -dans sa bibliothque; elle alla l'y trouver un jour, et -lui dit: Monsieur, je voudrais bien tre un livre.—Pourquoi -donc, madame?—Parce que vous tes toujours -aprs.—Je le voudrais bien aussi, rpliqua-t-il, -pourvu que ce ft un almanach dont on change chaque -anne. C'est de cette rpartie maritale que les parmiographes -font driver le proverbe. Pour moi, je -crois qu'il a d son origine un usage historique -d'aprs lequel les contrats matrimoniaux ont pu tre -naturellement assimils aux almanachs. Cet usage, -provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune -chez les Celtes, permettait de changer de femme. -Le fait tait assez frquent en Champagne dans le neuvime -sicle. Il y fut prohib par le concile tenu -Troyes, en 878; mais l'autorit ecclsiastique ne parvint -pas le faire cesser entirement, ni en cette province -ni en d'autres, o il se maintint sous la protection -de certain droit coutumier. C'est au pays basque surtout -que se pratiquait cette espce de mariage temporaire, -comme nous l'apprend Jean d'Arrac dans son -livre intitul <i>Pandectes ou Digestes du droit romain en -franais</i> (ch. <small>VI</small> de la loy <i lang="la" xml:lang="la">De quibus</i>). La mme chose -avait lieu dans les Hbrides et autres les (<i lang="en" xml:lang="en">Martin's -Hebrides</i>, etc.). Elle existait encore, dans le pays de -Galles, la fin du sicle dernier, si l'on en croit un article -du <i>Moniteur</i> de l'an IX. On lit dans cet article: -Chez les Gallois, on distingue deux sortes de mariages: -le grand et le petit. Le petit n'est autre chose -qu'un essai que les futurs font l'un de l'autre. Si cet -essai rpond leurs esprances, les parents sont pris - tmoin du dsir que forment les candidats de s'pouser. -Si l'essai ne rpond pas l'ide qu'ils en avaient -conue, les poux se sparent, et la jeune fille n'en -prouve pas plus de difficults pour trouver un mari.</p> - -<p>On sait que Platon, dans sa <i>Rpublique</i>, substituait -aux mariages des unions temporaires.</p> - - - -<div class="p" id="p442"><span class="blk">Qui sa femme n'honore,<br /> -Lui-mme se dshonore.</span></div> - -<p>Il faut avoir pour sa femme une tendresse dcente -et respectueuse, une considration bienveillante et -soutenue; car l'honneur d'une femme est, en grande -partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces -devoirs, fait dchoir la sienne du rang moral qu'elle -doit occuper, se fltrit et se dgrade lui-mme.</p> - -<p>On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe -beaucoup plus usit: <i id="p628">C'est un vilain oiseau que -celui qui salit son nid.</i></p> - - -<div class="p" id="p443">On peut compter sur la fidlit de son chien jusqu'au dernier moment, -et sur celle de sa femme jusqu' la premire occasion.</div> -<p>Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a -tire des mdisances et des calomnies auxquelles la -conduite des femmes a t de tout temps expose. S'il -fallait en croire leurs dtracteurs, il serait difficile d'en -trouver une seule qui laisst chapper l'occasion favorable -d'tre infidle. C'est une accusation odieuse qui -se rfute par son exagration mme, et les femmes ne -la mritent peut-tre pas autant que les hommes. Mais -ceux-ci se sont rserv le privilge exclusif de n'imputer -qu' elles seules les trahisons conjugales dont ils -leur donnent souvent l'exemple, et dont, en bonne -justice, ils devraient tre responsables. S'ils esprent -gagner quelque chose cela, qu'ils se dtrompent, et -qu'ils sachent bien qu' force de leur reprocher d'tre -trompeuses ils les portent devenir telles: car, en leur -rptant sans cesse qu'ils les croient incapables de -garder la foi promise, ils ne sauraient russir la leur -rendre plus sacre. Se figureraient-ils, par hasard, -qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure -perte, l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient -pas sans tre accuses de le violer? Ou bien -se flatteraient-ils qu'elles voudront y tenir par un -prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils -leur supposent? Il est plus que probable qu'elles ne -prendront pas des peines inutiles pour les dmentir, -et qu'elles trouveront plus commode et plus agrable -de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le mritent. -La dpense en tant dj faite, comme on dit, -elles n'ont plus rien mnager.</p> - -<p>Voil le rsultat ordinaire de la mauvaise opinion -que les hommes se font de la fidlit des femmes. Il -est moins au dtriment de ces dames qu' celui de ces -messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre elles -sont des armes perfides qui leur tournent dans la main -et les blessent eux-mmes, et, s'ils taient mieux aviss, -ils ne les emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur -guerroyante contre le sexe n'est pas de bon ton, -et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y livrent. -Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les -maris encore mieux de s'en dfaire. En agissant ainsi, -les premiers se donneront un aimable relief de politesse -et de galanterie qui leur attirera quelque regard -sympathique des belles, et les seconds viteront de -mettre le comble au malheur de leur situation par un -odieux ridicule: car le monde est toujours prt souponner -qu'un mari qui dnigre les femmes doit tre -fort mcontent de la sienne, et qu'il tire secrtement -de l'infidlit de celle-ci, par une conclusion du particulier -au gnral, les arguments dont il se sert pour -nier la vertu de toutes les autres. Il a beau retrancher -la trahison qu'il prouve du nombre infini des trahisons -dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous -les sots derrire lesquels il se cache, et ses accusations -ne paraissent que des vengeances de Sganarelle.</p> - - -<div class="p" id="p444">La femme a t faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.</div> -<p>C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa premire ptre -aux Corinthiens: <i lang="la" xml:lang="la">Non est creatus vir propter mulierem, -sed mulier propter virum</i> (<small>XI</small>, 9), et ses paroles sont passes -en proverbe pour signifier que la femme doit tre -soumise l'autorit de son mari. Mais l'aptre n'a -point entendu que cette autorit pt tre arbitraire et -tyrannique, puisqu'il a dit aussi, au chapitre <small>VII</small> de la -mme ptre, que, si la femme appartient au mari, de -mme le mari appartient la femme, et que tous deux -ont des devoirs remplir l'un envers l'autre.</p> - -<p>C'est de l'observation de ces devoirs, rciproques et -conformes la nature de chacun des poux, que dpendent -et le bonheur de leur union et le succs de la -mission sociale qu'ils ont poursuivre ensemble. Et -qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour -atteindre ce double but, soit suprieure celle de sa -compagne. On pourrait plutt dmontrer que celle-ci -l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages qui -proviennent de leurs rles respectifs. Mais il ne serait -pas rationnel d'attribuer, d'aprs ces avantages particuliers, -la prminence l'un des collaborateurs dans -une œuvre qui est galement due tous deux, et qui -ne peut tre accomplie qu'au moyen de l'entente parfaite -et des soins bien combins de l'un et de l'autre. -Admettons donc qu'il y a parit de valeur entre eux -dans leur coopration, en reconnaissant toutefois que -cette valeur rsulte de qualits diffrentes; car chaque -sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait voir dans -l'homme et la femme que des rapports et des diffrences, -ainsi que l'a remarqu J.-J. Rousseau, dont le -passage suivant revient au sujet que je traite.</p> - -<p>La raison des femmes est une raison pratique qui -leur fait trouver trs-habilement les moyens d'arriver -une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette -fin. La relation sociale des sexes est admirable. De -cette socit rsulte une personne morale dont la -femme est l'œil et l'homme le bras, mais avec une telle -dpendance l'une de l'autre que c'est de l'homme que -la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme -que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme -pouvait remonter aussi bien que l'homme aux principes, -et que l'homme et aussi bien qu'elle l'esprit des -dtails, toujours indpendants l'un de l'autre, ils vivraient -dans une discorde ternelle, et leur socit -ne pourrait subsister; mais, dans l'harmonie qui rgne -entre eux, tout tend la fin commune; on ne sait lequel -met le plus du sien, chacun suit l'impulsion de -l'autre, chacun obit, et tous deux sont les matres. -(<i>mile</i>, liv. V.)</p> - - -<div class="p" id="p445">La femme est un tre qui s'habille, babille et se dshabille.</div> -<p>C'est--dire que les trois choses principales auxquelles -la femme consacre toute sa journe sont la toilette, -la causerie et le sommeil, car elle ne quitte gure -ses atours que pour se mettre dans son lit, o elle a -grand besoin de se dlasser, aprs tant d'heures si -activement employes se parer et donner de l'exercice - sa langue. Mais le triple penchant attribu la -femme ne lui appartient pas exclusivement. L'essence -de cette nature fminine s'est si bien infuse dans le caractre -de certains hommes, qu'on n'y dcouvre presque -plus rien de viril, et notre jeu de mots proverbial -s'applique aussi avec raison tout individu de cette -espce ridicule qui semble avoir abdiqu les occupations -srieuses du sexe masculin pour copier sottement -les usages frivoles de l'autre sexe.</p> - - - -<div class="p" id="p446"><span class="blk">Femme est mre de tout dommage.<br /> -Tout mal en vient et toute rage.</span></div> - -<p>Ce distique proverbial me parat tre une allusion -allgorique de Perroz de Saint-Clost ou Pierre de -Saint-Cloud, dans la premire branche du roman du -<i>Renard</i>. Ce trouvre raconte qu'Adam ayant frapp la -mer avec une verge que Dieu, en l'exilant de l'den, -lui avait donne, il en sortit une brebis, et qu've, dsireuse -d'en avoir une seconde, ayant pris la verge miraculeuse -de la main de son poux, fit surgir des flots, -par le mme acte, un loup qui se prcipita sur la brebis, -qu'il aurait dvore si Adam ne se ft press de -frapper un second coup, duquel provint un chien, qui -arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce procd -si expditif de cration tour de bras, alternativement -employ par l'homme et la femme, produisit -en peu de temps une foule innombrable d'animaux, en -chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue -au caractre moral de son auteur. Les vains, c'est--dire -ceux qu've faisait natre, taient sauvages et dangereux, -ceux qui devaient l'existence Adam avaient une -nature bonne et susceptible de devenir meilleure, ou, -pour parler comme le trouvre,</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Les vains assauvagissoient,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et les Adams assagissoient.</div> -</div> - -<p>Cette allgorie, assez diaphane, o l'on voit tout ce -qui mane de la femme participer de l'esprit de mchancet -qu'on lui attribue, n'appartient pas en propre - notre trouvre. Il en a tir l'ide de quelques traditions -populaires, qui reprochent la mre du genre -humain d'avoir t aussi, en quelque sorte, celle de -beaucoup de btes malfaisantes, qu'on suppose n'tre -devenues telles que par suite de la faute qu'elle commit. -Cette ide, rpandue presque partout, se retrouve -dans une lgende orientale qui nous apprend que, -lorsque Adam et ve furent crs, chacun d'eux ternua - l'instant o le souffle divin introduisit l'me dans -le corps. De l'ternuement de l'homme naquit le lion, -symbole de la force et du courage, et de l'ternuement -d've naquit le chat, symbole de la ruse et de la lchet.</p> - - -<div class="p" id="p447">Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, -elle suit.</div> -<p>Cette comparaison est traduite du proverbe latin: -<i lang="la" xml:lang="la">fugax, sequax; sequax, fugax.</i> Suivez la femme, elle -vous fuit; fuyez-la, elle vous suit. Elle a t attribue - Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le recueil des -penses de cet ingnieux crivain. Mais elle existait -longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez -les Latins qui nous l'avaient transmise ainsi qu' plusieurs -autres peuples. Le pote arabe Zehir, qui, sans -nul doute, ne l'a pas plus invente que l'auteur franais, -en a fait l'application la femme coquette, qui -elle convient mieux qu' toute autre femme; car c'est -un vrai mange de coquetterie dont l'image y frappe, -en quelque sorte, la vue non moins que l'esprit. La -coquette, dit-il, ressemble l'ombre qui marche avec -vous: si vous courez aprs, elle vous fuit; si vous la -fuyez, elle vous suit.</p> - -<p>La mme ide a t plusieurs fois exprime en assimilant -la femme tel ou tel objet qu'on a jug propre - la reprsenter. Voici une de ces similitudes qu'il me -souvient d'avoir trouve dans une pice du thtre italien -de Gherardi:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">A des soldats poltrons je compare les belles:</div> -<div class="verse i1">On les fait fuir en courant aprs elles;</div> -<div class="verse i2">On les attire en les fuyant.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p448">Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant.</div> -<p>C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des -<i>Amours</i>, lgie <small>VIII</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Casta est quam nemo rogavit</i>, et -que Mathurin Rgnier a redit dans ce vers de la satire -intitule <i>Macette</i>, ou l'<i>Hypocrisie dconcerte</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point prie.</div> -</div> - -<p>L'auteur des <i>Lettres Persanes</i> a reproduit la mme -ide en ces termes: Il est des femmes vertueuses; -mais elles sont si laides, si laides, qu'il faudrait tre -un saint pour ne pas har la vertu.</p> - -<p>Jehan de Meung, dans le <i>Roman de la Rose</i>, a exprim -la chose d'une manire plus nergique, mais moins -spirituelle, en quatre vers que je ne citerai pas.</p> - -<p>Quelques potes licencieux l'ont rpte avec un cynisme -rvoltant. Enfin il s'est rencontr des crivains -privs de tout sens moral, qui, prenant au srieux ce -que les autres n'avaient avanc que par jeu ou dbauche -d'esprit, ont os dvelopper, dans des pages -sans raison comme sans pudeur, cette abominable opinion -des Essniens<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>: qu'il est impossible toute -femme d'tre chaste et fidle.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Les Essniens ou Essens taient des sectaires juifs qui commencrent -faire parler d'eux vers le temps des Machabes. La mauvaise opinion qu'ils avaient -des femmes les avait ports proscrire le mariage et vivre dans le clibat.</p> -</div> -<p>Que deviendrait la famille, que deviendrait la socit, -que deviendrait tout ce qu'il y a de sacr dans -le genre humain, si cette infme doctrine pouvait tre -accrdite? Les libertins qui la professent mriteraient -d'tre punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation -avec ces effronts renieurs de sa vertu, et les -hommes les devraient bannir des assembles publiques. -C'est ainsi que nos aeux les traitaient dans les sicles -chevaleresques. Ils chassaient des tournois ceux qui -taient convaincus d'avoir mal parl des femmes, contrairement -aux statuts de la chevalerie, qui commandaient -de les honorer et de ne pas souffrir qu'on ost -<i lang="frm" xml:lang="frm">blasonner et mesdire d'elles</i>. Ils savaient trs-bien que -plus les femmes sont respectes, plus elles se rendent -respectables.</p> - -<p>O trouver aujourd'hui ce respect dont nos aeux -voulaient qu'on leur offrt des tmoignages effectifs? -Faut-il l'aller chercher dans le pays o La Fontaine a -plac la demeure de la vritable amiti?—Eh bien, -oui; c'est l qu'il existe rellement. Dans le royaume -de Monomotapa, les femmes sont si svres, que le fils -du roi, quand il en rencontre une, est oblig de s'arrter, -de s'incliner devant elle et de lui cder le pas. -Les Cafres demi barbares pourraient, sur ce point, -donner des leons aux Europens, qui se prtendent -civiliss.</p> - - -<div class="p" id="p450">Dites une fois une femme qu'elle est jolie, le diable le lui rptera -dix fois par jour.</div> -<p>Parce que le diable sait que, pour se rendre matre -de l'esprit des femmes, il n'y a pas de meilleur moyen -que de chatouiller leur vanit. Comme elle est en quelque -sorte le premier de leurs sentiments, comme elle -se mle tous ceux qu'elles prouvent, elle ne manque -gure, aussitt qu'elle est mise en jeu par la louange -habilement manie, de les entraner dans les piges -o le grand sducteur les attend. Les filles d've ne -rsistent pas mieux que leur mre aux illusions dcevantes -de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie -des victimes de la sduction, on verrait que presque -toutes ont t perdues par la flatterie plus encore que -par l'amour.</p> - - -<div class="p" id="p451">Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme.</div> -<p>Ce proverbe a t mal compris et mal expliqu par -tous les parmiographes, qui n'ont pas vu que le verbe -<i>cuider</i> y est employ la troisime personne du prsent -du subjonctif et non de l'indicatif. Il ne signifie -donc pas <i>chacun pense</i>, mais <i>que chacun pense</i>, etc. Ce -n'est pas un fait qu'il nonce, c'est un conseil qu'il -donne, en usant d'un tour de phrase elliptique autrefois -fort usit et conforme l'expression latine <i lang="la" xml:lang="la">quisque -putet</i> (que chacun pense…). Le fait ne peut tre vrai -qu'exceptionnellement, l'gard d'un fort petit nombre -de maris que leurs femmes savent tenir, par un art -merveilleux, dans les illusions de l'optimisme conjugal.—Quant -au conseil, il est plein de raison, et ceux - qui il serait possible de le mettre en pratique s'en -trouveraient parfaitement bien. Sancho Pana disait: -La sagesse en mnage est de croire qu'il n'y a qu'une -bonne femme au monde, et qu'on l'a rencontre.</p> - - -<div class="p" id="p452">L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur est de cire.</div> -<p>On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible - fixer, et que la cire est susceptible de prendre -toutes sortes de modifications. Par consquent, si l'esprit -et le cœur fminins sont justement assimils ces -deux objets, il faut reconnatre que cet esprit est des -plus mobiles et ce cœur des plus changeants. On pourrait -dire pourtant que la comparaison, tablie par le -proverbe, entre la cire et le cœur, pche en un point: -c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte -qu'elle a reue, en refuse une autre, au lieu qu'une -vieille impression faite sur le cœur n'en exclut pas une -nouvelle. Mais on objecterait qu'il ne s'agit pas ici d'un -vieux cœur de femme, sur lequel d'ailleurs on ne -cherche jamais faire quelque impression.</p> - - -<div class="p" id="p453">Quand une femme prend cong de la compagnie, sa visite n'est encore -faite qu' moiti.</div> -<p>C'est un fait rel et renouvel chaque jour dans un -salon de rception, que, lorsqu'une dame s'est leve -pour en sortir, elle y reste encore, et, sans reprendre -son sige, continue la causerie durant un temps qui -double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle -ainsi? Est-ce parce qu'elle espre que ses compagnes, -en la voyant debout et prte partir, seront -moins impatientes de lui ravir le d de la conversation? -ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus -favorable au dveloppement de ses avantages physiques -dans le dbit oratoire, attirera mieux sur elle les regards? -On peut admettre les deux motifs la fois, surtout -chez une jolie femme; car celle-ci tient briller -par le charme de son maintien, la grce de ses mouvements, -l'lgance de ses gestes, le feu de ses yeux et -l'expression anime de sa physionomie. Elle ne dsire -pas seulement qu'on l'coute parler, elle dsire aussi -qu'on la <i>regarde parler</i>.</p> - - -<div class="p" id="p454">La femme est le savon de l'homme.</div> -<p>La femme nettoie l'homme de bien des dfauts: elle -le corrige de ses instincts grossiers, et le dcore d'une -foule de qualits aimables, dans cet ge surtout o il -est port, par le plus doux des penchants, lui offrir -les prmices de son cœur. C'est elle dont l'heureuse -influence l'initie aux manires polies, aux mœurs courtoises, -et fait prendre quelquefois son caractre sa -forme la plus pure. Tel qui se distingue par l'lvation -de ses sentiments n'aurait peut-tre jamais eu -qu'une me commune si le dsir de plaire aux femmes -n'avait veill son amour-propre et ne lui avait donn -ce relief de noblesse et d'urbanit qui manifeste, en -traits charmants comme elles, le merveilleux changement -qu'elles ont opr dans sa nature. (Voyez ci-contre -le proverbe: <i><a href="#p462">Sans les femmes, les hommes seraient -des ours mal lchs</a>.</i>)</p> - -<p>On dit quelquefois dans le mme sens: <i id="p455">La femme est -une savonnette vilain</i>; ce qui est une extension donne - l'expression <i>savonnette vilain</i>, par laquelle on dsignait, -avant la rvolution de 1789, une charge qui anoblissait -et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture celui - qui elle tait concde prix d'argent. Il y avait alors -en France une quantit considrable de ces vilains dcrasss.</p> - -<p>Il y a une maxime de Saint-vremont qui a de l'analogie -avec le proverbe que je viens de commenter; la -voici: L'tude commence un honnte homme, le -commerce des femmes l'achve. <i>Honnte homme</i>, dans -cette maxime, doit se prendre dans la signification -qu'il avait autrefois, c'est--dire homme aimable, lgant, -qui a des manires distingues, qui sait vivre.</p> - - -<div class="p" id="p462">Sans les femmes les hommes seraient des ours mal lchs.</div> -<p>Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes, -ils ne seraient pas seulement malheureux, mais grossiers, -rudes, intraitables, et nous voyons que ceux qui, -dans le monde, restent isols du commerce des femmes -ont gnralement un caractre disgracieux et mme -brutal. Ce sont donc elles, on n'en saurait douter, qui -prviennent ou corrigent de tels dfauts et y substituent -des qualits aimables, dlicates, dont le principe -est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et -s'humanise auprs de ces enchanteresses; transform -par leur merveilleuse influence, il devient un tre charmant. -C'est la mtamorphose de l'ne de Lucien ou -d'Apule. Cet animal est chang en homme aprs avoir -brout des roses.</p> - -<p>L'expression proverbiale <i>ours mal lch</i>, par laquelle -on dsigne un individu mal fait et grossier, est venue -d'une opinion errone des naturalistes du moyen ge -qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de Pline, que les -oursons venaient informes et que leur mre corrigeait -ce dfaut force de les lcher; ce qu'elle ne fait que -pour les dgager des membranes dont ils sont envelopps -en naissant.</p> - - -<div class="p" id="p463">Les femmes font les hommes.</div> -<p>Un ambassadeur de Perse demandait l'pouse de -Lonidas pourquoi les femmes taient si honores -Lacdmone. C'est qu'elles seules, rpondit-elle, -savent faire des hommes. De l ce proverbe dont le -passage suivant du comte J. de Maistre explique trs-bien -le sens moral: Faire des enfants, ce n'est que -de la peine. Mais le grand honneur est de faire des -hommes, et c'est l ce que les femmes font mieux que -nous. Croyez-vous, messieurs de l'Acadmie, que j'aurais -beaucoup d'obligations ma femme si elle avait -compos un roman, au lieu de faire un fils? Mais faire -un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le poser -dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui -croit en Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mrite -de la femme est de rgler sa maison, de rendre son -mari heureux, de le consoler, de l'encourager et d'lever -ses enfants, c'est--dire de faire des hommes. Voil -le grand accouchement qui n'a pas t maudit comme -l'autre. Les femmes n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'œuvre -dans aucun genre. Elles n'ont fait ni l'<i>Iliade</i>, -ni l'<i>nide</i>, ni la <i>Jrusalem dlivre</i>, ni <i>Phdre</i>, ni <i>Athalie</i>, -ni <i>Rodogune</i>, ni le <i>Misanthrope</i>, ni le Panthon, ni la -<i>Vnus de Mdicis</i>, ni l'<i>Apollon</i>, ni le <i>Perse</i>. Elles n'ont -invent ni l'algbre, ni les tlescopes, ni le mtier -bas: mais elles font quelque chose de plus grand que -tout cela. C'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il -y a de plus excellent dans le monde: un honnte -homme et une honnte femme.</p> - -<p>Il y a un mot de Napolon I<sup>er</sup>, non moins remarquable -dans sa brivet que l'est dans son tendue le morceau -prcdent: L'avenir des enfants est l'ouvrage -des mres.</p> - -<p>Buffon avait exprim la mme ide en ces termes -dans une de ses lettres dont le recueil a t publi, il -y a quelques annes: C'est la mre qui transmettra -aux fils les qualits de l'esprit et du cœur.</p> - -<p>Je citerai encore quelques phrases de l'abb F. de -Lamennais, qui reviennent notre proverbe: Plus -sr que le raisonnement, un infaillible instinct prserve -la femme des erreurs fatales auxquelles l'homme -se laisse entraner par l'orgueil de l'esprit et de la -science. Tandis que la vaine et dbile raison de l'homme -branle aveuglment les bases de l'ordre et de l'intelligence -mme, la femme, claire d'une lumire et plus -intime et plus immdiate, les dfend contre lui, conserve -dans l'humanit les croyances par lesquelles elle -subsiste; elle en est, au milieu de la confusion des -ides et des rvolutions, la gardienne pieuse et incorruptible.—Les -vrits, les lois morales, non-seulement -perdraient leur autorit sur la terre, mais, altre -par mille conceptions fausses, la nature mme s'en -teindrait, si, doublement mre, la femme, ds le berceau, -n'initiait l'enfant ces sacrs mystres, si elle ne -dposait en lui l'imprissable germe de la foi qui le -sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.—Les -semences primordiales du vrai et du beau, les -sentiments profonds qui dcident de l'existence entire, -les hommes les doivent la femme; c'est elle qui les -fait ce qu'ils sont.</p> - - -<div class="p" id="p464">Sans les femmes les deux extrmits de la vie seraient sans secours -et le milieu sans plaisir.</div> -<p>Il faut laisser chacun le soin de dvelopper dans -son propre cœur cette vrit proverbiale qui rsume -si bien les obligations dont l'homme, chaque phase -de son existence, est redevable la femme considre -comme mre, comme pouse, comme amante, comme -amie; car l'esprit ne saurait analyser tant de tmoignages -ineffables de tendresse, de dvouement et -d'abngation, qu'elle ne cesse de nous prodiguer depuis -le berceau jusqu' la tombe; et le cœur, qui les -a reus, qui en a gard l'impression dans toutes ses -fibres, peut seul les reproduire en ses suaves rminiscences. -Je me contenterai de citer les vers suivants que -le cœur de Ducis lui inspirait dans son <i>ptre ma -femme</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O sexe fait pour la tendresse!</div> -<div class="verse">La douleur vous vend vos enfants;</div> -<div class="verse">Vous veillez sur nos pas naissants;</div> -<div class="verse">De vous l'homme a besoin sans cesse!</div> -<div class="verse">Par vous nous vivons au berceau,</div> -<div class="verse">Par vous nous marchons au tombeau</div> -<div class="verse">Sans voir la mort et sans tristesse.</div> -<div class="verse">Du ciel la profonde sagesse</div> -<div class="verse">Fit de vous notre enchantement,</div> -<div class="verse">Notre trsor le plus charmant,</div> -<div class="verse">Notre plus chre et douce ivresse,</div> -<div class="verse">Et nos amis les plus constants,</div> -<div class="verse">Le transport de notre jeunesse,</div> -<div class="verse">Le calme de notre vieillesse,</div> -<div class="verse">Notre bonheur dans tous les temps.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p465">Les femmes ont l'œil amricain.</div> -<p><i>Avoir l'œil amricain</i>, c'est regarder de ct tout en -paraissant ne regarder que devant soi, comme font -les sauvages d'Amrique, lesquels, ayant le sens de la -vue trs-dvelopp, peuvent apercevoir distinctement -ce qui se passe droite et gauche, sans tourner la -tte. Les femmes europennes, en gnral, sont doues -de cette facult visuelle dont l'exercice ne drange en -rien l'immobilit qu'elles savent donner leur visage -en certaines occasions o elles voient tant de choses -en regardant ailleurs. Il est juste, dit M<sup>me</sup> de Genlis, -que la nature ait accord un tel privilge celles qui -ne doivent jamais avoir un regard assur, ou du moins -fixe, et qui sont si souvent obliges de baisser les yeux -et de les dtourner. (Nouveaux Contes moraux: <i>le -Malencontreux</i>.)</p> - - -<div class="p" id="p466">Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs.</div> -<p>On sait que le comte de Guibert a plac ce vers heureux -dans sa tragdie du <i>Conntable de Bourbon</i> o le -premier hmistiche est dit par Adlade et le second -par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point invent; -il l'a trouv tout fait dans le recueil des proverbes -usits en Provence. Voici le texte patois qui correspond -mot pour mot et mtriquement au franais:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Les homs fan les leis, les frmos fan les murs.</i></div> -</div> - -<p>On a tabli, entre les lois et les mœurs, cette diffrence -essentielle que les lois rglent plus les actions -du citoyen et les mœurs rglent plus les actions de -l'homme. D'aprs cela, on peut conclure avec raison -que l'influence des femmes est d'une importance qui -la rend suprieure celle des lgislateurs: car avec -des mœurs on pourrait se passer de lois, et avec des -lois on ne pourrait se passer de mœurs.</p> - -<p>A quoi servent des lois, inutiles sans les mœurs? -s'criait Horace:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quid leges sine moribus</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Van proficiunt?</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Lib. III, od. 24.</span>)</p> - -<p>Tant que les femmes ont fait les mœurs, les femmes -ont t respectes. Ce n'est qu'en les dfaisant, ce qui -leur est arriv quelquefois, qu'elles ont cess de l'tre. -L'histoire nous apprend que c'est des poques sans -mœurs qu'ont t imagines et mises en circulation ces -formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts -avec une certaine vrit, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles -soient presque toujours fausses parce qu'elles -sont trop gnralises.</p> - - -<div class="p" id="p467">Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines.</div> -<p>C'est--dire qu'elles restent dans le rle qui leur est -assign par la nature; car, en voulant en prendre un -autre pour lequel elles ne sont point faites, elles ne -peuvent s'attirer que des dsagrments et des malheurs.—Proverbe -qui parat avoir t formul, au -moyen ge, d'aprs ce passage de Plutarque: Alexandre, -ayant dfait Darius, envoya plusieurs beaux prsents - sa mre; mais il demanda qu'elle ne se mlt -pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprt point -l'tat de capitaine.</p> - -<p>Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale -ce proverbe. Les dames franaises, diverses poques, -affichrent rellement des prtentions militaires, non-seulement -dans leurs discours, mais dans leurs actions, -comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus -agrable que d'imiter les Marphise et les Bradamante.—Plusieurs -histoires, notamment les <i>Antiquits de Paris</i>, -par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses investies -du commandement de certaines places fortes. -Cette manie, laquelle contribua beaucoup sans doute -la lecture des romans chevaleresques, prit un nouveau -dveloppement dans le seizime sicle, lorsque l'imprimerie -eut multipli les exemplaires de plusieurs de -ces livres par les soins de Franois I<sup>er</sup>, qui les jugeait -propres favoriser le projet qu'il avait conu de faire -revivre l'ancienne chevalerie dans une seconde chevalerie -de sa faon.</p> - -<p>Sous le rgne de Charles IX les salons taient devenus -des espces d'coles d'amour et de guerre, o les -dames se montraient jalouses de donner des leons -dans les deux arts. Elles se faisaient un point d'honneur -d'exercer en public une sorte d'empire sur leurs -amants guerriers; elles les enrlaient dans telle ou -telle faction de l'poque, et les envoyaient, pars d'charpes -et de faveurs, remplir le rle qu'elles leur -avaient assign. Quelquefois mme elles leur faisaient -la conduite et traversaient la ville cheval, caracolant - ct d'eux ou montes en croupe avec eux.</p> - -<p>Elles se signalrent, du temps de la Fronde, par de -semblables excentricits. On sait quelle fut leur influence -sur les vnements de cette poque. La duchesse -de Longueville engagea Turenne, qui venait -d'tre nomm marchal, faire rvolter contre l'autorit -royale l'arme qu'il commandait. La duchesse -de Montbazon gagna le marchal d'Hocquincourt, qui -lui crivit ce billet laconique, mais significatif: Pronne -est la belle des belles. Les <i>Mmoires</i> de -Mademoiselle contiennent une lettre de Gaston d'Orlans, -son pre, avec cette curieuse suscription: A -mesdames les comtesses <i>marchales de camp</i> dans l'arme -de ma fille contre le Mazarin.</p> - - - -<div class="p" id="p468"><span class="blk">Des femmes et des chevaux,<br /> -Il n'y en a point sans dfaut.</span></div> - -<p>La perfection n'appartient aucun tre sur la terre, -et sans doute il n'en faut point chercher le modle -chez les femmes; mais les hommes sont-ils moins imparfaits -qu'elles? La vrit est qu'en gnral les femmes -ont plus de petits dfauts, et les hommes plus de vices -achevs. Quant aux qualits qui brillent en elles, il est -impossible de ne pas reconnatre qu'elles se distinguent -par des avantages que celles des hommes n'offrent -pas au mme degr. Vertus pour vertus, dit une -maxime chinoise, les vertus des femmes sont toujours -plus naves, plus prs du cœur et plus aimables.</p> - -<p>Le rapprochement des femmes et des chevaux, que -prsente notre proverbe, n'a pas t suggr peut-tre -par une pense aussi impertinente qu'on pourrait le -penser; il tient aux habitudes chevaleresques: tout paladin -consacrait sa vie l'amour et la guerre. Pour -aimer, il devait avoir une belle dame; pour combattre, -il avait besoin d'un bon cheval, et il confondait ces -deux tres dans une affection presque gale, quoiqu'il -ft souvent oblig de reconnatre que ni l'un ni l'autre -n'taient jamais sans dfauts.</p> - - -<div class="p" id="p469">Les femmes sont trop douces, il faut les saler.</div> -<p>Ce dicton, qui s'entend sans commentaire, me parat -avoir suggr l'ide d'une ancienne farce dramatique -dont voici le titre: Discours factieux des hommes -qui font <i>saler leurs femmes cause qu'elles sont trop douces</i>, -lequel se joue cinq personnages. L'<i>Histoire du -Thtre-Franais</i> a parl de cette pice curieuse, imprime - Rouen, chez Abr. Cousturier en 1558, et le docte -A.-A. Monteil en a donn la piquante analyse que voici: -Des maris sont venus se plaindre que leur mnage, -sans cesse paisible, tait sans cesse monotone; que -leurs femmes taient trop douces. L'un d'eux a propos -de les faire saler. Aussitt voil un compre qui -se prsente, qui se charge de les bien saler. On lui -livre les femmes, et le parterre et les loges de rire. Les -femmes, quelques instants aprs, reviennent toutes sales, -et, leur sel mordant et piquant se portant au bout -de la langue, elles accablent d'injures leurs maris, et -le parterre et les loges de rire. Les maris veulent alors -faire dessaler leurs femmes: le compre dclare qu'il -ne le peut, et le parterre et les loges de rire davantage. -Enfin la pice, si plaisamment noue, est encore plus -plaisamment dnoue, car les maris, qui sont des -maris parisiens, c'est--dire des maris de la meilleure -espce, qu'on devrait semer partout, particulirement -dans le nouveau monde, au lieu de dessaler, comme en -province, les femmes avec un bton<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, se rsignent -prendre patience, et le parterre et les loges de rire encore -davantage, de ne pouvoir plus applaudir, de ne -cesser de se tenir les ctes de rire.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Allusion la coutume de frapper avec un bton les quartiers de lard sal -pour en faire tomber les grains de sel.</p> -</div> - -<div class="p" id="p470">Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis -des femmes.</div> -<p>Les chevaux ont beaucoup souffrir Paris, les maris -y prouvent bien des contrarits, et les femmes y -jouissent de toute sorte de plaisirs. Cette triade proverbiale -tait autrefois d'une vrit plus incontestable -qu'aujourd'hui, surtout l'gard des femmes, parce -que la coutume de Paris, plus favorable pour elles que -toutes les autres coutumes du royaume, n'admettait -point qu'elles fussent battues comme ailleurs, et ne prononait -point de peines svres contre la violation de -la foi conjugale.</p> - -<p>Corneille a rappel la dernire partie de cette triade -dans la <i>Suite du Menteur</i>, o Lise dit Mlisse, sa matresse, -en parlant de Dorante qu'elle l'engage pouser:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il est riche et de plus il demeure <i>Paris</i>,</div> -<div class="verse">Qui, <i>des femmes</i>, dit-on, <i>est le vrai paradis</i>;</div> -<div class="verse">Et, ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses,</div> -<div class="verse">Les maris y sont bons et les femmes matresses.</div> -</div> - -<p>On connat ce mot de Montesquieu: Quand on a -t femme Paris, on ne peut plus tre femme ailleurs.</p> - - -<div class="p" id="p471">Les femmes ont des souris la bouche, et des rats dans la tte.</div> -<p>Il n'est pas ncessaire d'expliquer le sens de ce calembour -proverbial, mais il est bon de rappeler pourquoi -l'expression <i>avoir des rats</i> signifie, au figur, tre -capricieux, fantasque. Le Duchat prtend que cette expression -fait allusion <i> la rate d'o la plupart des bizarreries -procdent</i>. L'auteur de l'<i>Histoire des rats</i> la croit -fonde sur la supposition qu'une personne sujette -des ingalits d'humeur a la tte remplie de rats qui -s'y promnent, et qui, par leurs diffrents mouvements, -y dterminent ses penses et ses volonts. L'abb Desfontaines -croit avec plus de raison que <i>rat</i> est ici un -vieux mot franais tir du latin <i lang="la" xml:lang="la">ratum</i> (pense, rsolution, -dessein), et qu'on dit d'un individu qu'<i>il a des rats</i>, -de mme que l'on dit qu'<i>il a des ides</i>, pour faire entendre -qu'il a des hallucinations, des lubies, des folies.</p> - -<p>Cette tymologie rentre dans celle qu'a propose -dom Louis le Pelletier, qui assure dans son dictionnaire -que ce mot a t pris du celto-breton, o il est -employ dans une signification identique.</p> - - -<div class="p" id="p478">Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles -qu'elles veulent tre.</div> -<p>C'est--dire qu'il faut prendre ces messieurs avec -leurs dfauts et ces dames avec leurs prtentions, si -l'on veut vivre en paix avec eux et avec elles.</p> - -<p>Il est vrai que cette paix est extrmement difficile -et qu'elle doit tre paye fort cher par les mnagements -continuels qu'on est oblig d'avoir pour ces dfauts -et surtout pour ces prtentions, plus intolrables -que ces dfauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout -leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible -d'en rien rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut -mieux s'y soumettre que s'y opposer, afin de s'pargner -les efforts pnibles qu'on tenterait en vain pour -y rsister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, srieux -dans sa premire partie et ironique dans sa dernire. -Quant moi, je ne puis voir dans cette explication -qu'une glose pire que le texte, et dont la malice se -donne carrire aux dpens de la vrit. Il n'est pas -prouv que les femmes aient les prtentions draisonnables -que les prventions des hommes leur reprochent: -il n'y a que des folles incapables de se modrer -chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on -que les autres ont l'adresse de les cacher; mais en -supposant que cela soit, on doit leur en savoir gr, et -j'aime croire que cette conduite non moins habile -que rserve leur donne le droit de rpondre leurs -accusateurs que si elles tiennent tre prises telles -qu'elles veulent tre, c'est qu'elles veulent tre rellement -telles qu'elles doivent tre.</p> - - -<div class="p" id="p479">L'amour des femmes tue le courage des plus braves.</div> -<p>C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable -et l'histoire. Voyez Hercule abandonnant sa massue et -filant une quenouille aux pieds de la reine Omphale; -voyez Antoine asservi lchement aux charmes de Clopatre; -et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de -multiplier, combien l'amour des femmes est dangereux -et funeste. Il touffe toute nergie chez l'insens qui s'y -abandonne; il le rend incapable de tout noble lan, il -le tient plong dans une mollesse abrutissante; en un -mot, il lui fait oublier tous ses intrts et tous ses devoirs.</p> - -<p>Voil pourquoi on dit encore <i id="p480">l'amour des femmes tue -la sagesse</i>: ce qui a son explication suffisante dans -les rflexions que je viens de prsenter. Ce proverbe et -le prcdent ne diffrent l'un de l'autre que par l'application -particulire que chacun d'eux fait de cette -vrit gnrale: que la passion pour les femmes a des -effets pernicieux sur le moral de l'homme, et qu'elle -fait souvent de lui, par l'usage immodr des coupables -plaisirs qu'elle lui prsente, un animal dgrad.</p> - -<p>tes-vous pauvre, dtournez-vous de ces plaisirs: -ils cotent plus cher que les vrais besoins. Aspirez-vous - la gloire, dtournez-vous-en de mme: ils vous -la feraient prendre en piti. Voulez-vous rester bon, -fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient -pas de cœur.</p> - - -<div class="p" id="p481">Les femmes sont toutes fausses comme des jetons.</div> -<p>Les femmes veulent plaire tout le monde, et, pour -y parvenir, elles sont obliges de jouer tant de personnages -divers qu'il est bien difficile qu'en s'essayant - un pareil mange elles ne deviennent pas plus ou -moins fausses. C'est sans doute sur cette observation -d'exprience qu'a t fond le proverbe, qui est parfaitement -vrai des femmes coquettes, et qui ne l'est -pas galement des autres femmes. J'en connais plusieurs -qui mritent une honorable exception, et j'aime - croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais -pourtant les compter par douzaines, et je suis forc de -convenir, pour me conformer l'opinion la plus circonspecte, -que les femmes, en gnral, ont, des degrs -diffrents, une certaine dose de dissimulation et -de mauvaise foi qu'elles cachent sous de belles apparences -de franchise et de sincrit, de mme que les -jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils -sont ordinairement composs sous la brillante dorure -qui en dcore les surfaces.</p> - - -<div class="p" id="p482">Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent -la vrit ceux qui ne les croient pas.</div> -<p>Pourquoi cela? N'est-ce point parce que les femmes, -en gnral, sont peu sincres et ne font gure usage -de la vrit que pour mieux tromper, quand elles savent -qu'on n'ajoutera pas foi leur parole? On ne -peut, ce me semble, expliquer autrement ce malin -proverbe qui fait si bien ressortir leur fausset jusque -dans son contraire. Mais l'opinion qu'il exprime est-elle -parfaitement fonde? J'ai consult l-dessus les -experts les plus comptents, dans l'esprance qu'ils me -fourniraient de bonnes raisons pour la combattre. -Aucun d'eux jusqu'ici ne m'a rpondu selon mon dsir, -et je suis forc d'attendre encore entre le pour et -le contre, n'ayant pas les preuves de l'un, et ne voulant -pas admettre celles de l'autre.</p> - -<p>Je remarquerai seulement que, si le proverbe tait -aussi vrai qu'il est ingnieux, les hommes ne sauraient -viter, soit en accordant, soit en refusant leur confiance -aux femmes, d'tre rduits une alternative fcheuse, -signale par cet autre proverbe: <i id="p456">Qui croit sa femme se -trompe, et qui ne la croit pas est tromp.</i></p> - - -<div class="p" id="p483">La vieillesse est l'enfer des femmes.</div> -<p>C'est ce que rptait la belle et spirituelle Ninon de -Lenclos, qui vcut, pour ainsi dire, sans vieillir, inspira -une passion l'ge de quatre-vingts ans, et mourut - quatre-vingt-onze… Si elle sentait cette cruelle vrit, -combien plus doivent la sentir les autres femmes qui -n'ont pas, comme elle, des avantages propres la leur -rendre moins sensible.</p> - -<p>On lit parmi les maximes de Saint-vremont: -L'enfer pour les femmes qui ne sont que belles, c'est -la vieillesse. Est-ce de Ninon qu'il tenait le mot, ou -Ninon le tenait-elle de lui?</p> - -<p>La vieillesse est pour les femmes pire que la bote -de Pandore: elle renferme tous les maux, moins l'esprance.</p> - -<p>La vieillesse a quelque chose de digne, d'imposant -chez les hommes; mais hlas! chez les femmes, elle est -terrible, dsesprante, et dnue de posie. Elle ne -fait d'elles que des ruines sans grandeur et sans majest.</p> - - -<div class="p" id="p484">Les femmes sont comme les nigmes, qui ne plaisent plus quand on -les a devines.</div> -<p>Cette comparaison proverbiale existe dans beaucoup -de langues comme dans la ntre, et elle a t employe -par beaucoup d'crivains qui s'accordent la -regarder comme vraie. Cependant, malgr cette imposante -unanimit d'opinion, je ne puis me rsoudre -penser avec eux que ces aimables enchanteresses perdent - se faire connatre ce qu'elles gagnent se faire -voir. Mais j'aurais besoin, je l'avoue, qu'elles voulussent -bien m'expliquer le soin extrme qu'elles prennent -de ne pas se laisser deviner, et l'antipathie dcide -qu'elles ont contre ceux qui les devinent. Sans cela, je -crains de finir par dire comme les autres:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les femmes de l'nigme offrent le caractre:</div> -<div class="verse">Sitt qu'on les devine elles cessent de plaire.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p485">Les femmes sont comme les paons dont les plumes deviennent plus -belles en vieillissant.</div> -<p>Le plumage des paons acquiert plus de lustre avec -les annes, et la toilette des femmes devient plus brillante - mesure que leur jeunesse diminue, car elles -cherchent suppler, par les prestiges de l'art, aux -charmes naturels que chaque jour qui s'envole leur enlve. -Comme elles ne voient pas dans l'avenir de malheur -plus grand que de cesser de plaire, elles n'ont -pas de dsir plus vif ni d'intrt plus pressant que de -paratre toujours jeunes et belles; et, dans le nombre -infini de celles qui peuvent conserver l'espoir d'en imposer -sur leur ge, vous n'en trouverez aucune qui dise -de bonne foi, comme la belle-mre de Ruth: Ne -m'appelez plus Nomi; nom qui signifie belle. <i lang="la" xml:lang="la">Ne vocetis -me Noemi, id est pulchram.</i> (Ruth, <small>I</small>, 20.)</p> - -<p>Notre comparaison proverbiale s'applique particulirement - ces vieilles coquettes rcrpies qui aiment - se pavaner sous les magnifiques livres de la mode, -et prtendent clipser les jeunes et jolies femmes par -le luxe de leur parure hors de saison.</p> - - -<div class="p" id="p486">Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-griches -dans leur domestique, et des colombes dans le tte--tte.</div> -<p>On attribue Fontenelle cette formule proverbiale -qu'il n'est pas ncessaire d'expliquer; mais en admettant -qu'elle soit due son esprit, ce qui est douteux, il -faut reconnatre que les parties dont elle se compose -existaient sparment avant lui dans une foule de locutions -analogues. Les femmes ont t assimiles toutes -sortes d'oiseaux sous le rapport des mœurs et du caractre, -et elles ont avec eux des ressemblances assez -frappantes pour faire penser qu'elles pourraient tre -tudies dans les volires aussi bien que dans les salons. -Cette tude morale formerait une nouvelle branche -d'ornithologie compare qui ne serait pas moins -intressante que curieuse.</p> - - -<div class="p" id="p487">Les femmes qui sont anges l'glise sont diables la maison.</div> -<p>Parce que, la maison, elles trouvent toujours redire - la conduite de leurs maris, et les poursuivent de -reproches continuels. Un d'eux, pour s'affranchir des -remontrances criardes de la sienne, qui remplissait -trs-bien les deux rles, souhaitait qu'elle et l'glise -pour unique domicile. Elle serait sainte, ajoutait-il, et -moi bienheureux.</p> - -<p>On dit aussi de ces furies dvotes qu'<i>elles mangent les -saints et vomissent les diables</i>.</p> - - -<div class="p" id="p488">Vides chambres font dames (ou femmes) folles.</div> -<p>Vieux proverbe qui signifia primitivement que la -misre fait oublier la pudeur aux femmes, les entrane - une conduite drgle et les pousse mme la plus -honteuse prostitution, car le mot <i>folle</i> y tait mis comme -quivalent de <i id="p489">folles de leurs corps</i>, dnomination qu'on -appliquait autrefois aux femmes de mauvaise vie.</p> - -<p>Ce proverbe s'emploie aujourd'hui pour dire que, -lorsque les femmes n'ont pas dans leur mnage les -choses ncessaires, elles ne cessent de quereller leurs -maris dont l'avarice ou l'inconduite leur en impose la -privation.</p> - - -<div class="p" id="p490">Les dames la grand'gorge.</div> -<p>On appelait ainsi les dames de la cour de Franois -I<sup>er</sup>, parce qu'elles portaient des robes chancres -autour du sein qui, soutenu et relev par une riche -bande d'toffe nomme <i>gorgias</i>, s'talait dans une complte -nudit.</p> - -<p>Le clerg les rprimanda d'oser se montrer <i>sous les -livres de l'impudicit</i>. Jean Polman, chanoine thologal -de Cambrai, dans son ouvrage intitul le <i>Chancre -ou Couvre-sein fminin</i>, leur reproche de piaffer les -bras nus, sein ouvert, et tetins dcouverts.</p> - -<p>Le pre Gardeau, Gnovefain, fit contre elles plusieurs -prdications o il prit pour texte les versets 16 -et 17 du chapitre <small>III</small> d'<i>Isae</i> annonant aux filles d'Isral -que Dieu les rendra chauves parce qu'elles vont la -tte leve, la gorge nue et l'œil tourn la galanterie.</p> - -<p>Un autre prdicateur, dit-on, leur recommandait -d'avoir toujours sur leur gorge un fichu de toile de -Hollande, et de repousser les mains tmraires des -amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il, -quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas! -Malgr tout ce que le clerg put faire et dire contre -cette mode indcente, elle se maintint sous plusieurs -rgnes.</p> - -<p>C'est probablement pour ridiculiser la polmique -dont elle avait t l'objet que Rabelais, dans son factieux -catalogue de la librairie ou bibliothque de Saint-Victor, -s'est amus imaginer et classer une ordonnance -universitaire sous ce titre fort drlatique: -<i lang="la" xml:lang="la">Decretum universitatis Parisiensis super gorgiasitatem muliercularum -ad placitum.</i> (Liv. II, ch. <small>VII</small>.) Dcret de -l'Universit de Paris sur la <i>gorgiagiste</i> (talage de la -gorge) des jeunes femmes selon leur bon plaisir.</p> - - -<div class="p" id="p491">Trois femmes font un march.</div> -<p>C'est--dire qu'elles changent entre elles autant de -paroles qu'il s'en change dans un march. Le proverbe -italien associe une oie aux trois femmes: <i lang="it" xml:lang="it" id="p492">Tre donne e -una oca fan un mercato.</i></p> - -<p>On trouve dans le recueil de Gabriel Meurier: <i id="p493">Deux -femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un -plein march.</i></p> - -<p>Les Auvergnats disent d'une manire pittoresquement -hyperbolique: <i id="p494">Les femmes sont faites de langue -comme les renards de queue</i>; et l'on peut les en croire, -car ils doivent tre impartiaux, attendu qu'ils ne sont -<i>ni hommes ni femmes, mais bons Auvergnats</i>, d'aprs un -dicton qui circule depuis quelques annes.</p> - -<p>Il y a dans tous les pays du monde des proverbes qui -s'accordent reprocher au beau sexe une intarissable -loquacit. Je m'abstiens de les rapporter, regardant -comme inutile la peine que je prendrais transcrire -ces tmoignages trop nombreux d'un dfaut sur lequel -lui-mme semble avoir pass condamnation. Il vaut -mieux rechercher quelles sont les principales causes -de ce dfaut.</p> - -<p>Fnelon les a signales dans les deux phrases suivantes:</p> - -<p>Les femmes sont passionnes dans tout ce qu'elles -disent, et la passion fait parler beaucoup.</p> - -<p>Une autre chose contribue beaucoup aux longs -discours des femmes, c'est qu'elles sont artificieuses et -qu'elles usent de longs dtours pour arriver leur -but.</p> - -<p>Montesquieu considrait leur bavardage comme une -suite ncessaire de leur inoccupation. Les gens qui -ont peu d'affaires, disait-il, sont de trs-grands parleurs: -moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes -parlent plus que les hommes; force d'tre oisives, -elles n'ont point penser.</p> - -<p>C'est, je crois, la mme ide que les Chinois ont -voulu exprimer dans ce proverbe: <i id="p495">La langue des femmes -crot de tout ce qu'elles tent leurs pieds.</i></p> - - -<div class="p" id="p496">Les femmes ont des langues de la Pentecte.</div> -<p>C'est--dire des langues de feu. L'allusion n'a pas -besoin d'tre explique; car personne ne peut ignorer -que le Saint-Esprit descendit en langues de feu sur les -disciples de Jsus-Christ, le jour de la Pentecte, et -leur communiqua ainsi le don des langues pour les -mettre en tat d'aller prcher la vrit vanglique -chez tous les peuples de la terre.</p> - -<p>La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de -ce proverbe que tout ce que disaient les femmes soit -paroles d'vangile, car les langues envoyes par l'Esprit-Saint -ne descendirent pas sur elles, et celles -qu'elles ont n'en sont que des contrefaons faites par -l'esprit malin.</p> - -<p>L'abb Guillon disait, en usant d'une expression -tire d'un proverbe fort connu: L'enfer est pav de -langues de femmes.</p> - - -<div class="p" id="p497">La langue des femmes est leur pe, et elles ne la laissent pas -rouiller.</div> -<p>Proverbe que nous avons reu des Chinois qui, du -reste, ne se bornent pas une telle plaisanterie sur -l'intemprance de la langue fminine, car un de leurs -livres classiques met le babil fatigant au nombre des -sept causes de divorce que les maris peuvent allguer -pour se dbarrasser de leurs femmes.</p> - -<p>Les Allemands ont fait une addition grossire ce -proverbe, ils disent: <i lang="de" xml:lang="de">Die Weiber fhren das Schwerd -im Maule, darum muss man sie auf die Scheide schlagen.</i> -<a name="p498" id="p498"></a>Les femmes portent l'pe dans la bouche; c'est pourquoi -il faut frapper sur la gane.</p> - -<p>Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils -jugent plus efficace pour faire taire les femmes; c'est -de leur mettre la <i>bride du silence</i>. Si vous ignorez ce -que c'est, le <i lang="en" xml:lang="en">Morning-Herald</i> va vous le dire. On lit, -dans un de ses numros de la fin de mai 1838, que le -magistrat de police de Straffort, jugeant une femme -dont la loquacit rsistait tous ses avertissements, lui -fit appliquer cette bride que le journaliste appelle une -<i>machine ingnieuse</i> et dcrit ainsi: Elle consiste en -un cercle de fer ceignant la tte d'une oreille l'autre, -et en une plaque transversale du mme mtal, laquelle -descend du front jusqu' la bouche qu'elle tient close, -de manire empcher la langue de fonctionner. Cette -<i>ingnieuse machine</i> se ferme sur le derrire de la tte. -Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal -et sa <i>bride de silence</i> pour la montrer comme pouvantail -et pour en faire usage au besoin.</p> - -<p>On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie -qui doit rgner chez nos voisins d'outre-Manche, -et se former une ide des licences que les magistrats -se permettent quelquefois sans scrupule en ce pays de -libert.</p> - - -<div class="p" id="p499">La langue des femmes ne se tait pas, mme lorsqu'elle est coupe.</div> -<p>Ce proverbe, hyperbolique l'excs, est traduit de -ce texte latin: <i lang="la" xml:lang="la">Lingua mulierum nequidem excisa silet</i>, -qu'ont employ quelques crivains du moyen ge. Je -crois qu'il est d'origine grecque, car il se trouve pour -la premire fois dans la premire ptre de saint Grgoire -de Nazianze, qui l'a peut-tre invent. L'ide qu'il -exprime a beaucoup d'analogie avec une plaisanterie -d'Ovide qui raconte que la langue d'une bavarde, arrache -de son palais, s'agitait par terre en parlant toujours. -trange effet de l'habitude!</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La rage du babil est-elle donc si forte</div> -<div class="verse">Qu'elle doive survivre en une langue morte?</div> -</div> - -<p>Les Allemands disent d'une manire fort originale: -<i lang="de" xml:lang="de">Einer todten Frau der muss man die Zunge besonders -todt schlagen.</i> <a name="p457" id="p457"></a>A femme trpasse il faut tuer la langue en -particulier.</p> - -<p>Un auteur factieux a prtendu que la langue, chez -les femmes, n'est pas l'unique instrument des paroles, -et que les bonnes commres ne resteraient pas muettes -quand mme elles seraient prives de cet organe. Il -cite l'appui de cette assertion l'exemple d'une jeune -fille portugaise qui, tant ne sans langue, n'en jasait -pas moins du matin au soir. Ce qui donna lieu au distique -suivant de je ne sais quel savant en <i>us</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur,</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Mirum cum lingua quod taceat mulier.</i></div> -</div> - -<p>Voici une imitation franaise de ce distique:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il se peut que sans langue une femme caquette,</div> -<div class="verse">Mais non qu'en ayant une elle reste muette.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p500">Femmes ne sont pas gens.</div> -<p>Cet impertinent proverbe est traduit littralement -du provenal: <i lang="oc" xml:lang="oc">Frmos noun soun gens.</i> Je le crois driv -de cette ancienne maxime de jurisprudence: <i lang="la" xml:lang="la">Mulier -non habet personam</i>, par laquelle on dclarait que la -femme n'tait pas une personne devant la loi, c'est--dire -qu'elle devait rester toujours mineure et dpendante.</p> - -<p>J'avais d'abord conjectur qu'il tait provenu d'un -autre fait auquel il s'ajuste assez bien; je le regardais -comme une allusion probable la thse soutenue au -second concile de Mcon, le 23 octobre 585, par un -vque qui prtendait que le mot <i>homme</i>, dans la gnralit -de son acception, ne comprenait pas la femme, -ce qu'un autre rfuta par divers passages de l'criture -sainte o ce mot est employ pour dsigner les deux -sexes, notamment par le verset de la Gense qui dit -que <i>Dieu cra l'homme, mle et femelle</i>, et par les versets -de l'vangile dans lesquels le fils de Dieu est appel le -<i>Fils de l'homme</i>, quoiqu'il ne soit que le fils de la femme -quant son humanit. Le concile, aprs une assez -longue discussion, dcida: <i lang="la" xml:lang="la">Mulieres esse homines</i>, que -les femmes taient hommes, c'est--dire qu'elles faisaient -partie du genre humain<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> C'est ainsi qu'un ami de Cicron l'engage, dans une lettre, se consoler de -la mort de sa fille Tullie, parce qu'elle est ne homme, <i lang="la" xml:lang="la">quia homo nata est</i>.</p> -</div> -<p>On a trouv fort ridicule que les pres de ce concile -se soient arrts l'examen d'une thse si trange; -mais c'est faute de comprendre les motifs assez graves -qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en agissant -ainsi, d'empcher, par l'autorit suprme d'une dcision -ecclsiastique, la propagation d'une fausse ide, -renouvele d'Aristote. Ce philosophe, sur la parole duquel -on jurait alors, avait prononc, comme un oracle, -que c'tait d'une erreur de la nature que provenait la -femme, crature incomplte, ouvrage manqu, rsultat -de l'imperfection de la matire impuissante parvenir -au sexe parfait, c'est--dire produire l'homme, qu'on -verrait natre seul dans un ordre de choses meilleur. -Et son opinion tait entre en partie dans l'esprit de -quelques thologiens du quatrime sicle, qui se figuraient -que Dieu, au grand jour de la rsurrection gnrale, -ne ferait revivre la femme qu'en la changeant -en homme.</p> - -<p>Ce fut, tout porte le penser, un partisan de cette -draisonnable opinion aristotlique et thologique -la fois qui en saisit l'assemble: elle obtint l'appui de -plusieurs autres qui cherchrent la faire prvaloir -dans des vues plus politiques encore que religieuses. -Ils espraient que, si elle tait canoniquement proclame, -elle deviendrait un moyen puissant de dtruire -l'influence de deux reines contemporaines gnralement -dtestes, Frdgonde et Brunehaut, qui dirigeaient -les affaires publiques au gr de leurs passions -et de leurs caprices.</p> - - -<div class="p" id="p501">De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moiti.</div> -<p>Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant -des aventures qu'on leur attribue. De ces choses-l, -suivant l'historien Mzerai, on en compte toujours plus -qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus qu'on -n'en sait. Phrase non moins spirituelle que malveillante, - laquelle ressemble beaucoup cette autre de -Snac de Meilhan: On dbite un grand nombre d'histoires -fausses sur les femmes, mais elles ne sont qu'une -faible compensation des vritables, qu'on ignore.</p> - -<p>Les Italiens ont un proverbe analogue d'aprs lequel, -en matire de galanterie, tout peut se croire et -rien ne peut se dire: <i lang="it" xml:lang="it">In materia di lussuria, si pu creder -tutto, ma dirne nulla.</i></p> - - -<div class="p" id="p502">Si les femmes taient d'argent, elles ne vaudraient rien faire -monnaie.</div> -<p>Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette -nouvelle forme le caractre indlbile de fausset que -les mauvais plaisants leur attribuent, et que par consquent -elles ne produiraient qu'une monnaie de mauvais -aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai -entendu expliquer ce proverbe par une femme de -beaucoup d'esprit, qui se plaisait le citer en riant.</p> - -<p>Je n'oserais contester positivement cette explication, -dont je laisse la responsabilit son auteur. Cependant -je doute que ce soit la fausset des femmes qu'on -ait eu particulirement en vue en formulant le proverbe. -Il y a chez elles d'autres dfauts qui, non moins -que celui-l, ont pu en suggrer l'ide; et c'est peut-tre -par allusion l'inconsistance et au mauvais alliage -que ces dfauts runis produisent dans leur nature, -qu'on a dit qu'<i>elles ne vaudraient rien faire monnaie</i>, -en sous-entendant ces mots: <i>parce qu'elles ne seraient -pas mallables.</i></p> - -<p>Cette raison toute naturelle est indique par un proverbe -italien qui correspond au ntre: <i lang="it" xml:lang="it">Se le donne -fossero d'argento, non varrebber' un quattrino, perch non -starebber' al martello.</i> Si les femmes taient d'argent, -elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles -ne tiendraient pas sous le marteau, ce qui signifie au -figur, si je ne me trompe, qu'elles ne seraient pas -mallables.</p> - - -<div class="p" id="p503">Les femmes qui ont donn leur farine, veulent vendre leur son.</div> -<p>Proverbe dont on fait l'application certaines -femmes galantes qui, aprs avoir prodigu gratuitement -les prmices de leurs appas, ou leur farine, -prtendent en faire payer au-dessus de leur valeur les -restes, ou le son. Ces meunires intresses, qui le -vice a fait oublier tout sentiment gnreux, n'ont -d'autres penses que de s'enrichir aux dpens de -quelques jeunes gens sans exprience qu'elles ont -attirs leur moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement -aussitt qu'elles auront achev de les -ruiner.</p> - -<p>Les mots farine et son ont t employs allgoriquement -par les auteurs du moyen ge dans le -mme sens qu'ils ont ici. On lit dans un recueil de ce -temps cette curieuse dfinition de la beaut fminine: -C'est la farine du diable qui se rduit tout en son. -On y trouve aussi cette comparaison non moins curieuse -de la femme prodigue de sa beaut pour son plaisir, -avec un bluteau qui jette la farine et retient le son.</p> - - -<div class="p" id="p504">Il a peu d'honntes femmes qui ne soient lasses de leur mtier.</div> -<p>La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa -376<sup>e</sup> <i>Pense</i>, et Molire l'a redit, sa manire, dans ces -vers d'<i>Amphitryon</i>, que Clantis adresse Sosie:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Va, va, tratre, laisse-moi faire,</div> -<div class="verse">On se lasse parfois d'tre femme de bien.</div> -</div> - -<p class="attr">(Acte II, sc. <small>VII</small>.)</p> - -<p>Je crois que c'est une phrase proverbiale antrieure - ces deux auteurs. Elle est du moins employe comme -telle dans quelques patois mridionaux, et elle a des -quivalents dans plusieurs langues trangres.</p> - -<p>Sans doute le <i>mtier</i> d'honnte femme peut paratre -fatigant, puisqu'il oblige une lutte vigoureuse pour -triompher de ce dsordre d'ides et de tentations que -peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une -femme, mme la mieux morigne, les froides ngligences -d'un mari et les ardentes poursuites d'un sducteur. -Mais faut-il en conclure que les efforts qu'exige -d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner -une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte -a l'me trop forte et trop courageuse pour se -lasser de ce qui fait son honneur et sa dignit. Loin de -faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son devoir -lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement -par la considration des malheurs qu'ont subir -les femmes dshonores, mais par le sentiment de -sa conscience, qui adoucit et compense ses amertumes -par d'ineffables consolations.</p> - -<p>Je voudrais qu' la place de la maxime que je combats -il y en et une autre qui glorifit la persvrance -vertueuse de la femme dlaisse. Cette femme de bien, -cette femme chrtienne, malheureusement trop rare, -est un modle de perfection, et la chastet inaltrable -qu'elle conserve dans un cœur brlant me parat, -dans l'ordre moral, un phnomne plus admirable encore -que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace entretenue -dans un fourneau chauff blanc.</p> - - -<div class="p" id="p505">Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes -si une femme est belle.</div> -<p>La discrtion des hommes tente les femmes autant -que la beaut des femmes tente les hommes, et les -deux sexes suivent plus volontiers l'attrait naturel qui -les invite se rapprocher, quand ils sont assurs de -rencontrer, l'un chez l'autre, la qualit qu'ils dsirent. -Ainsi les deux questions, bien que chacune d'elles -porte sur un point diffrent, partent du mme principe, -qui est le besoin d'aimer, et tendent au mme -but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des -femmes est plus significative que celle des hommes, -o l'on ne voit souvent qu'un simple effet de curiosit: -elle a quelque chose de raisonn, de prmdit, indice -manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont dj -dcides se laisser aller la tentation, lorsqu'elles -savent qu'elles pourront, sans crainte d'tre compromises, -accorder leur penchant avec la scurit, leur -plaisir avec le mystre. Vous pouvez en conclure, si -vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins la -vertu qu'au respect humain. En effet, mettre de ct cette -vertu incommode et en garder les apparences honorables, -c'est, en rsum, ce qu'elles cherchent en s'engageant -dans les affaires de cœur. Il n'est pas besoin de -dire avec quelles prcautions, avec quelle habilet elles -poursuivent ce double objet, aprs en avoir calcul les -inconvnients et les avantages. On sait que ces femmes-l -ont un art prodigieux, qui leur vient sans -doute de ce qu'elles ont mordu plus profondment -que les autres au fruit de l'arbre de la science du -bien et du mal.</p> - - -<div class="p" id="p506">Les femmes n'ont que l'ge qu'elles paraissent avoir.</div> -<p>Il ne faut pas juger de l'ge des femmes par le -nombre de leurs annes, mais par la conservation de -leurs appas; tant que ces appas ne sont point fltris, -elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgr -le dmenti que leur opposent les registres de l'tat -civil toujours trop incivil pour elles.</p> - -<p>C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se -donnent tant de soins et font tant de frais de toilette -pour paratre plus jeunes qu'elles ne sont.</p> - -<p>N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formul -d'une manire plus galante que vraie, de peur -de troubler leurs illusions ce sujet; laissons-les se -complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient -persuades, s'il est possible, que leur extrait baptistaire -vieillit tout seul.</p> - - -<div class="p" id="p507">On ne saurait dire des femmes ce qui en est.</div> -<p>Est-ce parce qu'il y aurait trop dire d'elles, ou -bien parce qu'il parat impossible de les dfinir? Je -laisserai de plus habiles que moi le soin de dcider -entre ces deux questions qui se compliquent l'une par -l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait -burlesque de la femme par un auteur comique qui ne -la jugeait pas indfinissable et qui voyait en elle un -compos de natures diverses. Je le tire de la pice intitule: -<i>Arlequin dfenseur du beau sexe</i>.—Voulez-vous -bien connatre une femme? figurez-vous un joli -petit monstre qui charme les yeux et qui choque la raison; -qui plat et qui rebute, qui est ange au dehors et -harpie au dedans. Mettez ensemble la tte d'une linotte, -la langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur -d'un chat, l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes -d'un hibou, le brillant du soleil et l'ingalit de -la lune; enveloppez le tout d'une peau bien blanche, -ajoutez-y des bras, des jambes, <i lang="la" xml:lang="la">et ctera</i>: vous aurez -une femme toute complte. (<i>Thtre italien de Gherardi, -t. V, p. 262.</i>)</p> - -<p>On attribue J.-J. Rousseau les vers suivants sur les -femmes:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Objet sduisant et funeste,</div> -<div class="verse i2">Que j'adore et que je dteste,</div> -<div class="verse i2">Toi que la nature embellit</div> -<div class="verse">Des agrments du corps et des dons de l'esprit,</div> -<div class="verse i2">Qui de l'homme fais un esclave,</div> -<div class="verse i2">Qui t'en moques quand il te plaint,</div> -<div class="verse i2">Qui l'accables quand il te craint,</div> -<div class="verse i2">Qui le punis quand il te brave;</div> -<div class="verse i2">Toi dont le front doux et serein</div> -<div class="verse i2">Porte le plaisir dans nos ftes,</div> -<div class="verse i2">Toi qui soulves les temptes</div> -<div class="verse i2">Qui tourmentent le genre humain.</div> -<div class="verse i2">tre ou chimre inconcevable,</div> -<div class="verse i2">Abme de maux et de biens,</div> -<div class="verse">Seras-tu donc toujours la source inpuisable</div> -<div class="verse i1">De nos mpris et de nos entretiens?</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">PROVERBES<br /> -<span class="small">SUR</span><br /> -<span class="large">L'AMITI</span></h2> - - -<div class="p" id="p26">Il faut connatre avant d'aimer.</div> -<p>Ce proverbe n'est gure applicable l'amour, qui -est rarement dtermin par la rflexion; il est fait pour -l'amiti, la formation de laquelle le temps est ncessaire. -C'est, en d'autres termes, l'adage des Grecs: -<span lang="grc" xml:lang="grc">φίλους -μὴ ταχὺ κτῶ.</span> -<a name="p107" id="p107"></a>Ne fais pas des amis promptement. -Nous avons encore cette maxime bonne rappeler: <i id="p108">Le -moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps, -c'est d'tre longtemps les faire</i>.</p> - -<p>L'amour, dit la Bruyre, nat brusquement, sans -autre rflexion, par temprament ou par faiblesse. Un -trait de beaut nous fixe, nous dtermine. L'amiti, au -contraire, se forme peu peu avec le temps, par la -pratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de -bont de cœur, d'attachement, de services et de complaisances -dans les amis pour faire, en plusieurs annes, -beaucoup moins que ne fait quelquefois, en un -moment, un beau visage ou une belle main? (Ch. <small>IV</small>, -<i>du Cœur</i>.)</p> - - -<div class="p" id="p8">Aime comme si tu devais un jour har.</div> -<p>Ce mot, que Scipion regardait comme le plus odieux -blasphme contre l'amiti, est attribu Bias par Aristote, -qui dit dans sa rhtorique: L'amour et la haine -sont sans vivacit dans le cœur des vieillards. Suivant le -prcepte de Bias, ils aiment comme s'ils devaient har -un jour, ils hassent comme s'ils devaient un jour aimer. -Cependant Cicron (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XVI</small>), ne peut -croire que la premire partie de cette sentence appartienne - un homme aussi sage que Bias. La seconde, -en effet, est seule digne de lui. Il est probable, comme -le remarque le savant M. Jos.-Vict. Leclerc, que le philosophe -de Prine s'tait content de dire: <i>Hassez -comme si vous deviez aimer</i>, et qu'on aura ajout le reste -pour former antithse et pour appuyer une fausse -maxime d'une grande autorit. Quoi qu'il en soit, cette -maxime n'en est pas moins passe en proverbe, par -une espce de fatalit qui trop souvent fait retenir ce -qui est mal et oublier ce qui est bien. Mais ce n'a pas -t pourtant sans une forte opposition. Tous les auteurs -qui ont crit sur l'amiti se sont attachs la -combattre. Les deux meilleures rfutations qu'on en -ait faites sont ce mot de Csar: J'aime mieux prir -une fois que de me dfier toujours, et ces vers de -Gaillard que La Harpe a cits avec loge dans son <i>Cours -de littrature</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ah! prisse jamais ce mot affreux d'un sage,</div> -<div class="verse">Ce mot, l'effroi du cœur et l'effroi de l'amour:</div> -<div class="verse">Songez que votre ami peut vous trahir un jour!</div> -<div class="verse">Qu'il me trahisse, hlas! sans que mon cœur l'offense,</div> -<div class="verse">Sans qu'une douloureuse ou coupable prudence</div> -<div class="verse">Dans l'obscur avenir cherche un crime douteux…</div> -<div class="verse">S'il cesse un jour d'aimer, qu'il sera malheureux!</div> -<div class="verse">S'il trahit nos serments, je dois aussi le plaindre,</div> -<div class="verse">Mon amiti fut pure et je n'ai rien craindre.</div> -<div class="verse">Qu'il montre tous les yeux les secrets de mon cœur;</div> -<div class="verse">Ces secrets sont l'amour, l'amiti, la douleur,</div> -<div class="verse">La douleur de le voir, infidle et parjure,</div> -<div class="verse">Oublier ses serments, comme moi son injure.</div> -</div> - -<p>Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient tre -un jour nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils -pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni selon la nature -de la haine ni selon les rgles de l'amiti. Ce -n'est point une maxime de morale, mais de politique. -(La Bruyre, ch. <small>IV</small>, <i>du Cœur</i>.)</p> - -<p>Bacon juge cette maxime admissible, pourvu toutefois -qu'on n'y voie point une raison qui encourage -la perfidie, mais seulement une raison pour tre circonspect -et pour modrer ses affections. (<i>Dign. et -accr. des sciences</i>, liv. VIII, ch. <small>II</small>.) Il la considre probablement -par rapport cette amiti superficielle sujette - passer, car elle ne saurait se concilier avec la -vritable amiti qui veut une confiance entire. Prendre -des prcautions contre un ami, quelque honntement -qu'on le ft, ce serait le traiter, pour ainsi dire, -en ennemi.</p> - - -<div class="p" id="p9">On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire.</div> -<p>Parce qu'il rgne alors entre ceux qui s'aiment une -confiance entire, qui est la preuve d'une affection parfaite. -Cette maxime trs-vraie de l'amiti ne l'est pas -galement de l'amour; car les amants, si persuads -qu'ils soient de leur tendresse mutuelle, prouvent un -besoin continuel d'en changer les tmoignages. Et il -est dmontr par l'exprience que ce besoin est insparable -de leur passion, dont on pourrait marquer les -divers degrs sur une chelle chromatique des inflexions -du langage amoureux, depuis la note la plus basse jusqu' -la plus leve.</p> - - -<div class="p" id="p10">Qui aime bien chtie bien.</div> -<p>Proverbe dont l'ide se retrouve dans plusieurs passages -de Salomon, notamment dans celui-ci: <i lang="la" xml:lang="la">Qui -parcit virg odit filium suum; qui autem diligit illum instanter -erudit</i>. (<i>Prov.</i> <small>XIII</small>, 24.) Celui qui pargne la verge -hait son fils; mais celui qui l'aime s'applique le corriger.</p> - -<p>Le conseil qu'exprime ce proverbe tranger aux -mœurs actuelles tait approuv des peuples de l'antiquit. -Il fut regard comme excellent en Chine jusqu'au -temps de Confucius, qui en fit sentir les graves inconvnients. -Il devint en Grce un des points fondamentaux -de la mthode du stocien Chrysippe pour l'ducation -des enfants. Il parat mme avoir fait partie de -la doctrine socratique, si l'on en juge par la quatrime -scne du cinquime acte des <i>Nues</i> d'Aristophane, o -un disciple de Socrate est reprsent battant son pre -et disant: Battre ce qu'on aime est l'effet le plus -naturel de tout sentiment d'affection: aimer et battre -ne sont qu'une mme chose. -<span lang="grc" xml:lang="grc">Τοῦτ' ἔστ' -εὐνοεῖν -τὸ τύπτειν.</span></p> - -<p>On sait qu' Rome le rhteur Orbilius de Bnvent, -que le pote Horace, dont il fut le matre, a nomm -<i lang="la" xml:lang="la">plagosus</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Epist.</span> <small>II</small>, 1, 10), introduisit l'usage du fouet -dans son cole; ce qui a fait donner aux rgents qui, -chez les modernes, ont adopt ce honteux usage, le -surnom d'<i>orbilianites</i>, tomb depuis devant celui de -<i>monsieur Cinglant</i>.</p> - - -<div class="p" id="p11">Qui m'aime me suive.</div> -<p>Philippe VI de Valois tait peine sur le trne de -France qu'il voulut faire la guerre contre les Flamands. -Comme son conseil ne paraissait pas approuver cette -guerre, pour laquelle il montrait beaucoup d'ardeur, -le roi porta sur Gaucher de Chtillon<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> un de ces regards -qui semblent chercher enlever les suffrages: Et -vous, seigneur conntable, lui dit-il, que pensez-vous -de tout ceci? Croyez-vous qu'il faille attendre un temps -plus favorable?—Sire, rpondit le guerrier, <i>qui a -bon cœur a toujours le temps propos</i>. Philippe, ces -mots, se lve transport de joie, court au conntable, -l'embrasse et s'crie: <i>Qui m'aime me suive!</i> Saint-Foix, -qui rapporte le fait, prtend que ce fut l'origine du -proverbe; mais il est avr que ce n'en fut que l'application. -Le proverbe existait longtemps auparavant, -puisqu'il se trouve dans ce vers de la troisime glogue -de Virgile:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet.</i></div> -</div> - -<p>Il remonte jusqu' Cyrus, qui exhortait ses soldats en -s'criant: <i>Qui m'aime me suive!</i></p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l'honneur de recevoir -l'ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et s'tait montr, pendant sept -rgnes conscutifs, le plus ferme appui du trne.</p> -</div> - -<div class="p" id="p12">Quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a.</div> -<p>Proverbe qui existe dans presque toutes les langues, -tant la vrit qu'il exprime est gnralement reconnue, -quoiqu'elle soit trs-rarement mise en pratique. <i id="p533">Il n'y -a pas de maladie plus cruelle</i>, disaient les Celtes, <i>que de -n'tre pas content de son sort</i>. Rien n'est plus cruel, en -effet, que de vivre en rvolte contre sa condition, et -d'aigrir les maux rels qui s'y trouvent par le dsir des -biens imaginaires qui ne peuvent s'y trouver. Quelle -plus grande peine, s'crie saint Bernard, que de vouloir -toujours ce qui ne sera jamais, et de ne vouloir -jamais ce qui sera toujours! <i lang="la" xml:lang="la">Qu pœna major est quam -semper velle quod nunquam erit, et semper nolle quod nunquam -non erit!</i> Pour nous rendre un peu contents et -tranquilles en ce monde, nous devons nous rsigner -notre sort et dtourner autant que possible notre attention -des mauvais cts qu'il nous offre, afin de la -porter sur les bons. C'tait un vritable sage que ce -paysan suisse qui rpondit celui qui lui vantait les -richesses du roi de France: Je parie qu'il n'a pas -d'aussi belles vaches que les miennes.</p> - -<p>Au lieu de me plaindre, dit le moraliste Joubert, -de ce que la rose a des pines, je me flicite de ce que -l'pine est surmonte de roses et de ce que le buisson -porte des fleurs.</p> - -<p>Quoique ce proverbe ne s'applique pas prcisment - l'amiti ni l'amour, j'ai cru devoir l'admettre dans -la catgorie de ceux qui s'y rapportent, car il pourrait -tre employ, et il l'a t, plus d'une fois sans doute, -comme un prcepte d'amour conjugal. Il est vrai pourtant -qu'en ce cas il serait bien difficile mettre en pratique.</p> - - -<div class="p" id="p13">Qui s'aime trop n'est aim de personne.</div> -<p>Quiconque n'aime que soi-mme, uniquement occup -de sa propre volont et de son plaisir, n'est plus -soumis la volont de Dieu; et, demeurant incapable -d'tre touch des intrts d'autrui, il est non-seulement -rebelle Dieu, mais encore insociable, intraitable, -injuste et draisonnable envers les autres, et -veut que tout serve non-seulement ses intrts, mais -encore ses caprices.</p> - -<p class="attr">(Bossuet, <i>de la Concupiscence</i>, <small>XI</small>.)</p> - -<p>L'exprience confirme que la mollesse et l'indulgence -pour soi et la duret pour les autres n'est qu'un -seul et mme vice.</p> - -<p class="attr">(La Bruyre, ch. <small>IV</small>, <i>du Cœur</i>.)</p> - -<p>Ce proverbe existait chez les Grecs, et chez les Latins -qui l'avaient traduit du grec en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Nemo erit -amicus, ipse si te amas nimis</i>. Suidas le faisait remonter -jusqu'aux premiers temps mythologiques, et le retrouvait -dans ces paroles adresses au beau Narcisse par -les Nymphes qu'il avait ddaignes: Beaucoup te -haront si tu t'aimes toi-mme.</p> - -<p>Nous disons encore: <i id="p14">Qui s'aime trop s'aime sans rival</i>, -ce qui est pris de ces paroles de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Se ipse amat -sine rivali</i> (<span lang="la" xml:lang="la">lib. III, epist. <small>VIII</small></span>, <i lang="la" xml:lang="la">ad Quintum fratrem</i>), paroles -qu'Horace a rptes dans le vers 444 de l'<i>Art -potique</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quin sine rivali teque et tua solus amares.</i></div> -</div> - -<p>On connat ce vers de La Fontaine, livre I, fable <small>IX</small>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p15">Aime-moi un peu, mais continue.</div> -<p>Pour dire qu'on prfre une affection modre, mais -durable, une affection excessive qui est sujette passer -promptement. Un autre proverbe, considrant la -modration comme conservatrice de l'amiti, conseille -de <i id="p27">s'aimer peu la fois, afin de s'aimer longtemps</i>. Ce -conseil ne signifie point sans doute qu'il faille amortir -la vivacit d'un sentiment qui n'est presque jamais trop -vif, car ce serait l'apparenter avec l'indiffrence, mais -qu'il est bon d'en rprimer les manifestations outres -et les susceptibilits hargneuses qui sont toujours de -trop.</p> - -<p>Montesquieu disait aux amis tyranniques et avantageux -qui font trouver dans l'amiti tous les orages de -l'amour: Souvenez-vous que l'amour a des ddommagements -que l'amiti n'a pas.</p> - -<p>Les deux proverbes que je viens d'interprter comme -spcialement applicables l'amiti, ont t quelquefois -appliqus l'amour; mais on sent que cette application -ne saurait convenir l'amour qu'autant qu'on le -fait consister dans ces liaisons communes, trangres -au sentiment passionn qui est son vrai caractre. -N'est-ce pas tre froidement amoureux que de souhaiter -pour son repos que l'objet dont on est aim n'ait -qu'un amour modr? <i>Qui aime le die!</i></p> - - -<div class="p" id="p16">Qui aime Bertrand aime son chien.</div> -<p>Ou bien: <i>Qui m'aime aime mon chien</i>, pour signifier -que lorsqu'on aime quelqu'un il faut prendre les intrts, -les sentiments, les passions, dont il est affect, -et se montrer attach tout ce qui lui appartient.—On -trouve dans le lai de Gralant par Marie de France, -cette variante corrlative:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ki volentiers fiert vostre cien</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ja marquers qu'il vos aint bien.</div> -</div> - -<p>Les Latins avaient le mme proverbe que nous: <i lang="la" xml:lang="la">Quisquis -amat dominum, diligit catulum</i>.</p> - - -<div class="p" id="p51">Au besoin on connat l'ami.</div> -<p>Dans l'infortune on connat ses vrais amis. (Euripide, -<i>Hcube</i>.)</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">In bonis viri, inimici illius in tristitia: et in malitia illius -amicus agnitus est</i>.</p> - -<p class="attr">(<i lang="la" xml:lang="la">Ecclesiastic.</i>, <small>XII</small>, 9.)</p> - -<p>Quand un homme est heureux ses ennemis sont -tristes, et quand il est malheureux on connat quel -est son ami.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amicus certus in re incerta cernitur</i> (Ennius.)</div> -</div> - -<blockquote> -<p>L'ami constant se montre dans l'inconstance du sort.</p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Is est amicus qui in re dubia re juvat, ubi re est opus.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Plaut., <i lang="la" xml:lang="la">Epidic.</i>, <small>V</small>. 104.)</p> - -<blockquote> -<p>Celui-l est ami qui, dans les moments difficiles, nous aide en -effet, quand il faut des secours effectifs.</p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">In angustiis amici apparent</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Petron.</span>)</p> - -<blockquote> -<p>Dans les revers les amis se font voir.</p> -</blockquote> - -<p><i id="p109">On connat les bonnes sources dans la scheresse, et les -bons amis dans l'adversit.</i></p> - -<p class="attr">(<i>Proverbe chinois.</i>)</p> - -<p>Nous avons encore le proverbe: <i id="p151">Le malheur est la -pierre de touche de l'amiti</i>. Ce qui se retrouve dans cette -pense d'Isocrate: L'adversit est le creuset o s'prouvent -les amis.</p> - -<p>Hlas! combien il y en a peu qui soient prouvs -ce creuset sans y laisser un dchet considrable! Un -vers proverbial en patois aveyronnais dit fort originalement -que ceux qui y passent ne laissent dans la fonte -que de l'cume et des scories.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Cad' amic que s'y found demoro tout en crasso.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Chaque ami qui s'y fond demeure tout en crasse.</p> -</blockquote> - - -<div class="p" id="p52">Le faux ami ressemble l'ombre du cadran.</div> -<p>Cette ombre, comme on sait, se montre lorsque le -soleil brille, et elle n'est plus visible quand il est voil -par les nuages. De l ce quatrain:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tel qui se dit un ami sr</div> -<div class="verse">Est en tout point semblable l'ombre,</div> -<div class="verse">Qui parat quand le ciel est pur,</div> -<div class="verse">Et disparat quand il est sombre. (<span class="sc">Gobet.</span>)</div> -</div> - -<p>Tant que vous serez heureux, dit Ovide, vous -compterez beaucoup d'amis; si les temps deviennent -sombres, vous serez seul.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Donec eris felix, multos numerabis amicos;</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tempora si fuerint nubila, solus eris.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Trist., I, lg. <small>VIII</small>.)</p> - -<p>Ce que Ponsard a traduit dans ces deux vers de sa -comdie intitule <i>l'Honneur et l'Argent</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Heureux, vous trouverez des amitis sans nombre,</div> -<div class="verse">Mais vous resterez seul si le temps devient sombre.</div> -</div> - -<p>Les anciens comparaient les faux amis aux hirondelles, -qui viennent dans la belle saison et s'en vont -dans la mauvaise. Le peuple de Paris les assimile aux -cochers de fiacre, qu'on trouve toujours sur place -quand il fait beau temps, et qu'on n'y rencontre plus -ds qu'il pleut.</p> - -<p>Nous avons encore une comparaison proverbiale qui -a t reproduite dans cet ingnieux quatrain de Mermet, -pote du seizime sicle:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p110">Les amis de l'heure prsente</div> -<div class="verse">Ont le naturel du melon:</div> -<div class="verse">Il faut en essayer cinquante</div> -<div class="verse">Avant d'en trouver un de bon.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p53">Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la -chose.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vulgare amici nomen, sed rara est fides.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la"><i>Phdr.</i>, lib. III, fab. <small>IX</small>.</span>)</p> - -<p>Heureux celui qui, dans sa vie, peut trouver l'ombre d'un -ami! disait, dans une comdie de Mnandre, un -jeune homme qui n'osait croire la ralit d'un bien -si rare et si prcieux.</p> - -<p>Aristote s'criait: O mes amis, il n'y a plus d'amis! -et Caton l'Ancien prtendait qu'il fallait tant de choses -pour faire un ami que cette rencontre n'arrivait pas -en trois sicles.</p> - -<p>L'amiti est bien bte de compagnie, disait Plutarque, -mais non pas bte de troupeau. Remarque -trs-vraie, car les amitis clbres n'ont jamais exist -qu'entre deux personnes.</p> - -<p>C'est un assez grand miracle de se doubler. N'en -connaissent pas la hauteur ceux qui parlent de se tripler.</p> - -<p class="attr">(Montaigne, <i>Ess.</i>, <small>I</small>, 27.)</p> - -<p>Les Scythes, pour qui l'amiti tait une chose sacre, -pensaient avec raison qu'elle ne pouvait tendre ses -liens au del sans les relcher; et, pour la garantir de -l'amoindrissement qu'elle et subi par extension, ils -avaient fait une loi qui ordonnait d'avoir un ami, en -permettait deux et en dfendait trois. Cette loi tait -fort sage, car il n'y a jamais assez d'amiti et il y a -toujours assez d'amis.</p> - -<p>Assez d'amis parmi les hommes! s'crie Bourdaloue, -mais quels amis! assez d'amis de nom, assez d'amis -d'intrt, assez d'amis d'intrigue et de politique, -assez d'amis d'amusements, de compagnie, de plaisir; -assez d'amis de civilit, d'honntet, de biensance; -assez d'amis en paroles, en protestations.</p> - -<p>Certes, de ces amis-l, il y en a <i>assez de peu, assez -d'un, assez d'aucun</i>, suivant le mot d'un Ancien rapport -par Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Satis sunt pauci, satis est unus, satis est -nullus.</i> (<span lang="la" xml:lang="la"><i>Epist.</i> <small>VII</small>.</span>)</p> - -<p>On connat cette boutade spirituelle de Chamfort: -Dans le monde vous avez trois sortes d'amis: vos -amis qui vous aiment, vos amis qui ne se souviennent -pas de vous, et vos amis qui vous hassent.</p> - -<p>Hlas! pourquoi faut-il que ces chers amis, qui -nous donnons notre confiance, ne soient presque toujours -que de chers ennemis!</p> - - -<div class="p" id="p54">Qui cesse d'tre ami ne l'a jamais t.</div> -<p>Ce beau proverbe est traduit d'un vers grec cit par -Aristote (<i>Rhtor.</i>, liv. II). Il se trouve aussi dans le troisime -discours de Dion Chrysostome, qui l'a dvelopp -en disant que le caractre de l'amiti est de ne point -changer, et que, si quelqu'un est infidle une personne -avec qui il a vcu dans une liaison intime, il dclare -par cette infidlit qu'il ne l'aimait pas vritablement; -car, s'il et t son ami, il serait demeur tel. -C'est exactement la pense que le pre de Neuville a -exprime d'une manire heureuse en parlant de la -cour o les heureux n'ont point d'amis, puisqu'il n'en -reste point aux malheureux.</p> - - -<div class="p" id="p55">Un bon ami vaut mieux que cent parents.</div> -<p>Ce proverbe a sa raison dans cet autre: <i id="p111">Beaucoup de -parents et peu d'amis.</i>—J. Delille a dit dans son pome -de la <i>Piti</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p112">Le sort fait les parents, le choix fait les amis.</div> -</div> - -<p class="attr">(Ch. II.)</p> - -<p>Et ce joli vers n'est que la rptition textuelle d'un -proverbe oriental que Dorat, avant Delille, avait imit -ainsi:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est le hasard qui fait les frres,</div> -<div class="verse">Et la vertu fait les amis.</div> -</div> - -<p>Cicron (<i lang="la" xml:lang="la">de Amicitia</i>, <small>V</small>.) met l'amiti au-dessus de la -parent, en ce que la bienveillance est essentielle la -premire et n'est point insparable de la seconde, que -sans bienveillance il n'y a plus d'amiti et qu'il y a -toujours parent.</p> - -<p>D'autres, au contraire, ont mis la parent au-dessus -de l'amiti, et leur opinion a servi de fondement -quelques proverbes qu'on trouvera plus loin.</p> - - - -<div class="p" id="p56"><span class="blk">Le frre est ami de nature,<br /> -Mais son amiti n'est pas sre.</span></div> - -<p>Ce distique proverbial est tir de la phrase suivante -de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Cum propinquis amicitiam natura ipsa peperit, -sed ea non satis habet firmitatis</i>. (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>V</small>.) Il -parat justifi par les dmls trop frquents que la jalousie -et l'intrt excitent parmi les frres: <span lang="frm" xml:lang="frm">C'est -la vrit, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection -que le nom de frre; mais ce meslange de biens, -ces partages, et que la richesse de l'un soit la pauvret -de l'autre, cela destrempe merveilleusement et relche -cette soudure fraternelle.</span></p> - - -<div class="p" id="p57">On peut vivre sans frre, mais non sans ami.</div> -<p>Si cela tait vrai, l'espce humaine aurait t frappe -depuis longtemps d'une mortalit qui l'et enleve -tout entire; car, dans la plupart des sicles, il ne s'est -pas rencontr peut-tre un de ces tres d'lite sans -lesquels on dit la vie impossible. Ne prenons donc ce -proverbe que pour une hyperbole excessive par laquelle -on a voulu faire ressortir le prix inestimable de l'amiti, -et ne cherchons pas mme le justifier sous ce -rapport. La comparaison qu'il prsente accuse une -ide immorale, dnature, qui doit le faire proscrire. -Il peut rester l'usage de quelque mauvais frre, -mais il ne saurait obtenir l'approbation d'aucun esprit -sens.</p> - -<p>Malheur l'homme qui sacrifie ses parents ses -amis. Les Espagnols disent ce sujet: <i lang="es" xml:lang="es">Quien de los -suyos se aleja, Dios le deja</i>. Celui qui s'loigne des siens, -Dieu l'abandonne. Les pres et mres devraient inculquer - leurs enfants cette belle maxime o respire -l'esprit de famille, en y joignant des exemples propres - en confirmer la vrit.</p> - - -<div class="p" id="p58">Un ami est un autre nous-mme.</div> -<p>Beau mot qui a t attribu faussement Znon, -fondateur de la secte des stociens, car il se trouve -dans le passage suivant des <i>Entretiens de Socrate</i> (<small>II</small>, 10): -Un bon ami est toujours prt se substituer son -ami, le seconder dans les soins de sa maison, dans -les affaires de l'tat. Vous voulez obliger quelqu'un, il -va se joindre vous dans cette bonne action. Quelque -crainte qui vous agite, comptez sur ses secours; vous -faut-il faire des dpenses, des dmarches, employer la -force ou la persuasion? <i>Vous trouverez en lui un autre -vous-mme.</i></p> - -<p>Ce mot n'appartient pas mme Socrate. Avant lui -il tait employ proverbialement dans l'cole de Pythagore -qui passait pour en tre l'auteur.</p> - -<p>Aristote a dit: Un ami est une me qui vit dans -deux corps; ce qu'Horace a imit en appelant Virgile -<i>la moiti de son me</i>: <i lang="la" xml:lang="la">anim dimidium mea</i> (I, od. 3), et -ce que saint Augustin a rpt dans ses <i>Confessions</i>: -<i lang="la" xml:lang="la">Sensi animam meam et animam illius unam fuisse animam -in duobus corporibus</i> (<small>IV</small>, 6). Je sentis que mon me -et la sienne n'avaient form qu'une seule me dans nos -deux corps.</p> - -<p>Cette mme vie deux, qui est celle de la vritable -amiti, Ennius la nommait <i>la vie vivante</i>, <i lang="la" xml:lang="la">vita vitalis</i>.</p> - -<p>Qui ne connat les vers charmants par lesquels La -Fontaine a termin sa fable des <i>Deux Amis</i> qui vivaient -au Monomotapa?</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qu'un ami vritable est une douce chose!</div> -<div class="verse">Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;</div> -<div class="verse i2">Il vous pargne la pudeur</div> -<div class="verse i2">De les lui dcouvrir vous-mme:</div> -<div class="verse i2">Un songe, un rien, tout lui fait peur</div> -<div class="verse i2">Quand il s'agit de ce qu'il aime.</div> -</div> - -<p class="attr">(Liv. VIII, fab. <small>XI</small>.)</p> - -<p>Ces vers, o toutes les ides de la fable se reproduisent -et se rsument en traits de sentiment, sont calqus, - l'exception des deux derniers qui compltent -si heureusement ce dlicieux rsum, sur une maxime -indienne que Pilpay, dans un apologue intitul aussi -les <i>Deux Amis</i>, a formul en ces termes: Un ami est -une chose bien prcieuse. Il cherche nos besoins au -fond de notre cœur. Il nous pargne la honte de les -lui dcouvrir nous-mmes.</p> - - -<div class="p" id="p59">Un ami fidle est la mdecine de la vie.</div> -<p>C'est--dire qu'il peut dissiper les ennuis, adoucir -les amertumes et soulager la plupart des maux de la -vie. Il est pour les maladies de l'esprit ce qu'un bon -mdecin est pour celles du corps. Ce proverbe est littralement -traduit du verset de l'Ecclsiastique: <i lang="la" xml:lang="la">Amicus -fidelis, medicamentum vit</i> (<small>VI</small>, 16).</p> - -<p>L'amiti, dit Gœthe, est le fonds social o l'humanit -trouve toujours des trsors nouveaux pour se -relever forte et puissante, quel que soit l'tat dplorable -o les naufrages et les banqueroutes ont pu la -rduire.</p> - -<p>On lit dans le <i>Hava-mal</i> ou <i>Discours sublime d'Odin</i>, -pome gnomique des Scandinaves: <a name="p60" id="p60"></a>L'arbre se dessche -quand il n'est revtu ni d'corce ni de feuillage: -ainsi est l'homme sans ami. L'homme ne peut vivre -seul.</p> - -<p>Les Arabes disent: <a name="p61" id="p61"></a>Pourquoi Dieu a-t-il donn une -ombre notre corps? C'est pour qu'en traversant le -dsert nos yeux se reposent sur elle, et soient ainsi -prservs de la rverbration des sables brlants.</p> - - -<div class="p" id="p62">Il faut tre fringant l'ami.</div> -<p>Dicton fort usit au quatorzime et au quinzime sicle -parmi les femmes, pour dire que celle qui attendait la -visite de son bon ami devait se mettre en frais de braverie -et d'amabilits afin de le bien recevoir. <i>Fringant</i>, -autrefois invariable quant au genre, est le participe -prsent du verbe <i>fringuer</i>, employ par nos vieux auteurs -dans le sens de se parer, caresser, faire l'amour. -Ces deux dernires acceptions, dsusites en franais, -se sont conserves dans divers patois mridionaux.</p> - - -<div class="p" id="p63">Un ami pour l'autre veille.</div> -<p>Un ami ne s'endort pas sur les affaires de son ami; il -les prend cœur, il y veille comme aux siennes propres, -et sa vigilance est paye de retour par celui qui -en est l'objet: tous deux sont sous la garde l'un de -l'autre, et ils doivent trouver dans leur sollicitude rciproque -les conseils et les secours dont ils ont besoin -pour bien soigner leurs intrts moraux et matriels.</p> - - -<div class="p" id="p64">Il n'est si bon conseil que d'ami.</div> -<p>Parce que ce conseil a ordinairement toutes les qualits -requises, tant inspir par une sincre affection, -form en connaissance de cause et prsent de manire - ne pas blesser l'amour-propre de celui qui le -reoit.</p> - -<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Consejo de quien bien te quiere -aunque te parezca mal, escribelo.</i> Conseil de celui qui te -veut du bien, quoiqu'il te paraisse mal, mets-le par -crit (pour ne pas l'oublier).</p> - -<p>Les Allemands ont ce proverbe: <i lang="de" xml:lang="de">Freundes Stimme, -Gottes Stimme.</i> <a name="p65" id="p65"></a>Conseil d'ami, conseil de Dieu.</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Unguento et variis odoribus delectatur cor, et bonis -amici consiliis anima dulcoratur</i> (Salom., <i>Prov.</i> <small>XXVII</small>, 9). -Le parfum et la varit des odeurs sont la joie du -cœur, et les bons conseils d'un ami sont les dlices de -l'me.</p> - - -<div class="p" id="p66">Si ton ami te frappe, baise sa main.</div> -<p>On comprend que ce proverbe ne doit pas se prendre - la lettre, et que l'<i>ami qui frappe</i> ne signifie que -l'ami qui reprend. Le sens est donc que, quelque vhmence -qu'un ami mette dans ses remontrances, il faut -lui en savoir gr, parce qu'elle est l'effet et la preuve -d'un vritable attachement. Les Allemands disent d'une -manire galement figure: <i lang="de" xml:lang="de">Freundes Schlge, liebe -Schlge.</i> <a name="p67" id="p67"></a>Coup d'ami, coup chri.</p> - -<p>Leur proverbe et le ntre rappellent ces paroles de -Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Meliora sunt vulnera diligentis quam fraudulenta -oscula odientis</i> (<i>Prov.</i> <small>XXVII</small>, 6). <a name="p17" id="p17"></a>Les blessures -que fait celui qui aime valent mieux que les baisers -trompeurs de celui qui hait.</p> - - -<div class="p" id="p68">Un vieil ami est une seconde conscience.</div> -<p>Parce que cette seconde conscience, de mme que -la premire, ne laisse passer aucune faute sans avertissement. -Le devoir de l'amiti vritable est de remontrer - celui qu'on aime les dfauts qu'il peut avoir afin -de l'exciter s'en corriger. C'est ce que fait entendre -aussi ce proverbe espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">No hay mejor espejo que -el amigo viejo.</i> <a name="p69" id="p69"></a>Il n'y a pas de plus fidle miroir qu'un -vieil ami. On sent que ce proverbe ne dsigne pas -sans raison un <i>vieil ami</i>, car il faut tre ami de longue -main pour tre en droit de faire de telles remontrances. -Le plus grand effort de l'amiti, dit La Rochefoucauld, -n'est pas de montrer nos dfauts un ami; c'est de lui -faire voir les siens.</p> - - -<div class="p" id="p70">On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mang quelques -minots de sel.</div> -<p>Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe, -dont le sens est que l'amiti ne peut se former subitement, -et qu'elle a besoin d'tre confirme par le temps. -Semblable au vin gnreux dont les annes augmentent -le prix, dit Cicron, plus elle est vieille, et plus -elle est parfaite, et c'est avec raison qu'on pense qu'il -faut manger ensemble plusieurs boisseaux de sel pour -consommer l'amiti. <i lang="la" xml:lang="la">Verum illud est, quod dicitur, -multos modios salis simul edendos esse ut amiciti munus -expletum sit.</i> (Cic., <i lang="la" xml:lang="la">de Amicitia</i> <small>XIX</small>.)</p> - -<p>L'amiti est aussi compare au vin dans l'Ecclsiastique: -<i lang="la" xml:lang="la">Vinum novum amicus novus: veterascet, et cum -jucunditate bibes illud</i> (<small>IX</small>, 15). Le nouvel ami est un -vin nouveau: il vieillira, et tu le boiras avec dlices.</p> - - -<div class="p" id="p71">Qui est ami de tous ne l'est de personne.</div> -<p>Il en est de l'amiti comme d'une essence prcieuse -qui perd sa vertu quand on la dlaye dans une trop -grande quantit d'eau. Ce sentiment n'a de force qu'autant -qu'il reste concentr dans un couple d'tres d'lite. -S'il s'panche sur beaucoup de gens, il s'amoindrit -tellement qu'il n'en vient presque rien personne. -<i id="p113">Pluralit d'amis, nullit d'amis.</i></p> - -<p>L'amiti, dit Plutarque, nous serre et nous unit; -plusieurs amitis nous sparent et nous distraient. La -pluralit d'amis convient ceux qui veulent user de -leurs amis sans se soucier de les servir rciproquement: -ce qui vaut autant dire qu'elle convient des -gens qui ne savent ce que c'est qu'amiti. <i id="p531">Ne touche point - plusieurs dans la main</i>, disait Pythagore; c'est--dire -ne fais pas beaucoup d'amis… Qui a tant d'amis, certes -assister tous il est du tout impossible, et ne gratifier - nul il n'y aurait point d'apparence; et en gratifiant -tous en offenser plusieurs, il serait aussi trop fcheux. -(<i>De la pluralit d'amis.</i>)</p> - - -<div class="p" id="p72">A nul n'est vrai ami qui de soi-mme est ennemi.</div> -<p>Celui qui est mauvais soi-mme ne doit tre bon - personne.</p> - -<p class="attr">(<span class="sc">Mnandre.</span>)</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Qui sibi amicus est scito hunc amicum omnibus esse</i> -(Sn., <i lang="la" xml:lang="la">Epist.</i>, <small>VI</small>). Sachez que celui qui est ami de soi-mme -l'est aussi de tous les autres. En effet, l'homme -qui sait ce qu'il se doit lui-mme sait aussi ce qu'il -doit ses semblables, et son attention consciencieuse -observer ses devoirs personnels est une garantie assure -de la bonne foi et de l'honntet qu'il apportera -dans ses relations avec les autres. Un philosophe -chinois, Ma-Koang, a trs-bien dit: <a name="p114" id="p114"></a>Avant de chercher - se faire des amis, il faut commencer devenir -le sien.</p> - - -<div class="p" id="p75">Un ami n'est pas sitt fait que perdu.</div> -<p>Parce que, pour faire un ami, il faut une longue -pratique, un commerce assidu, de l'attachement, des -services, des prvenances, qualits qu'on ne rencontre -gure; tandis que, pour le perdre, il suffit de quelques -ngligences, de quelques susceptibilits, de quelques -saillies de mauvaise humeur, dfauts d'autant plus frquents -que les qualits susdites sont plus rares. C'est -pour cela aussi que les amitis se forment si difficilement, -et qu'elles ne sont, proprement parler, que des -essais sans rsultat. Elles ont le sort de ces insectes -qui mettent trois ans se former pour ne vivre que -peu de minutes.</p> - - -<div class="p" id="p73">Un ami en amne un autre.</div> -<p>Une personne invite dans une maison y amne quelquefois -une autre personne qu'on n'attendait pas, et la -prsentation se fait avec des excuses auxquelles on rpond: -<i>Un ami en amne un autre.</i> Les Anglais disent: -<i lang="en" xml:lang="en">My friend's friend is welcome.</i> <a name="p74" id="p74"></a>L'ami de mon ami est le -bienvenu. Les Italiens ont ce proverbe driv d'un -usage ecclsiastique: <i lang="it" xml:lang="it">Ogni prete pu menar un chierico</i>. -Tout prtre peut amener un clerc.</p> - -<p>Chez les Romains le convive amen un festin par -un invit s'appelait <i>ombre</i>, sans doute parce qu'il suivait -son introducteur comme l'ombre suit le corps, et -leur proverbe correspondant au ntre tait: <i lang="la" xml:lang="la">Locus -est et pluribus umbris.</i> (<span class="sc">Hor.</span>, <span lang="la" xml:lang="la">lib. I, epist. <small>V</small>.</span>) Il y a place -pour plusieurs ombres.</p> - - -<div class="p" id="p76">Ami jusqu'aux autels.</div> -<p><i lang="la" xml:lang="la">Usque ad aras amicus.</i> Proverbe que les Latins avaient -emprunt aux Grecs pour signifier qu'on est dispos -tout faire pour ses amis, except ce qui est contraire -la religion et la conscience. Ce proverbe, rapport -par Plutarque et par Aulu-Gelle, est une rponse -de Pricls un de ses amis qui l'engageait -prter un faux serment en sa faveur. Il est fond sur -l'antique usage de jurer la main pose sur un autel.</p> - -<p>Franois I<sup>er</sup> en fit une noble application lorsque, -en 1534, il crivit au roi d'Angleterre Henri VIII, qui -lui conseillait de se sparer de l'glise romaine comme -il venait de le faire: <i>Je suis votre ami, mais jusqu'aux -autels</i>.</p> - - -<div class="p" id="p77">Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami.</div> -<p>C'est--dire: celui qui n'est pas capable de bien har -n'est pas capable de bien aimer; celui qui ne peut -mettre beaucoup d'ardeur se venger de ses ennemis -ne peut non plus en mettre beaucoup servir ses amis. -L'auteur des <i>Loisirs d'un ministre d'tat</i> (le marquis -de Paulmy) dsapprouve trs-fort ce proverbe, qui mesure -les degrs de l'amiti sur les degrs de la haine: -Distinguons, dit-il, entre les excs dans lesquels les -passions peuvent nous entraner, et les suites d'une -liaison sage et rflchie. L'amiti ne doit tre que de -ce dernier genre. Si elle devenait une passion, elle -cesserait d'tre aussi estimable et aussi respectable -qu'elle l'est; elle aurait tous les dangers de l'amour, -qui fait autant de fautes que la haine et la vengeance. -Dieu nous garde de trop aimer, aussi bien que de trop -har! cependant il faut bien aimer jusqu' un certain -point. Le cœur de l'homme a besoin de ce sentiment, -et ce sentiment fait du bien notre esprit, quand il ne -l'aveugle point; mais la haine et le dsir de la vengeance -ne peuvent jamais que nous tourmenter; on -est heureux de ne point har; mais, en aimant d'une -manire sense, ne peut-on pas servir ardemment ses -amis, mettre de la vivacit, de la suite, mme de la -tnacit dans les affaires qui les intressent? Eh! faut-il -donc tre cruel pour les uns parce que l'on est tendre -pour les autres, perscuteur pour tre serviable? Non. -Pour moi, je dclare que je suis un faible ennemi, non-seulement -en force, mais en intention, quoique je sois -ami trs-zl et trs-essentiel.</p> - -<p>Les observations qu'on vient de lire montrent fort -bien que le proverbe n'est pas bon pratiquer et ne -s'accorde pas avec la morale, qui prescrit de ne har -personne; mais elles ne prouvent pas prcisment qu'il -soit contraire la vrit, chose essentielle qu'elles n'auraient -pas d omettre. Nous avons donc donner cette -preuve; et pour cela, il ne sera pas besoin d'une longue -dissertation; il suffira de citer cette judicieuse -pense de Snac de Meilhan: On dit que <i>ceux qui -savent bien har savent bien aimer</i>, comme si ces deux -sentiments avaient le mme principe. L'affection part -du cœur, et la haine de l'amour-propre ou de l'intrt -bless.</p> - -<p>La consquence rigoureuse que tout esprit logique -doit tirer de l, c'est, contrairement au proverbe, que -la haine qu'on a contre une personne ne produit pas -ncessairement l'affection pour une autre.</p> - - -<div class="p" id="p78">A l'ami soigne le figuier, l'ennemi soigne le pcher.</div> -<p>Ce proverbe, rapport sans aucune explication dans -le recueil de Gomes de Trier, conseille allgoriquement -de mettre en pratique la fausse doctrine nonce -dans le prcdent, c'est--dire de bien har ses ennemis -afin de bien aimer ses amis. Le figuier y est considr -comme un emblme d'amiti, cause de ses -feuilles, qui couvrirent la nudit de nos premiers parents, -et surtout cause de son fruit employ, chez les -peuples anciens, comme expression typique des vœux -qu'ils formaient pour la prosprit des personnes chries, -et consacr, pour cette raison, aux trennes du -jour de l'an, dans le moyen ge, ainsi que dans l'antiquit. -Le pcher, au contraire, y figure comme un -emblme de haine, par suite d'une vieille tradition -d'aprs laquelle les rois de Perse auraient fait transplanter -cet arbre, originaire de leur pays, sur les terres -des gyptiens leurs ennemis, parce que les pches, en -Perse, avaient des proprits malfaisantes qui les faisaient -classer parmi les poisons. Pline le Naturaliste a -parl de cette tradition, qu'il jugeait errone, dans le -passage suivant de son <i>Histoire naturelle</i>: Il n'est pas -vrai que la pomme persique soit un poison douloureux -dans la Perse, ni que les rois de ce pays l'aient introduite, -par vengeance, en gypte, o la terre l'aurait -bonifie. Les auteurs exacts ont dit cela du persa, qui -diffre tout fait du pcher. (Liv. XV, ch. <small>XIII</small>.)</p> - -<p>Les Italiens ont le mme proverbe qui doit se trouver -dans le <i>Jardin de rcration</i>, etc., par Jean Florio -(<i lang="it" xml:lang="it">Giardino di ricreazione</i>, etc., <i lang="it" xml:lang="it">di Giovanni Florio</i>), dont -le recueil de Gomes de Trier est une traduction.</p> - -<p>Il y a en outre, chez les Pimontais, un autre proverbe -analogue, que M. le docteur Silva a bien voulu -me communiquer. Le voici, avec la juste explication -qu'il y a jointe: Dans le Pimont, on croit gnralement -que l'enveloppe de la figue est un poison, et que -la pche, fruit malsain, porte son contre-poison dans -la pellicule. De l le proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">All'amico si pela il -fico, al nemico il persico</i>. <a name="p79" id="p79"></a>A l'ami on ple la figue, et -l'ennemi la pche. Aussi la personne qu'on estime, -et mme dans les grands repas, la matresse de -maison offre-t-elle parfois une figue dpouille de son -enveloppe.</p> - -<p>M. Silva pense que le proverbe franais est fond -sur le mme prjug que celui des Pimontais, qu'il -suppose antrieur, et j'avoue que, si cela tait, j'en -serais pour les frais d'rudition que j'ai faits dans mon -commentaire. Mais je crois que c'est une conjecture -que je puis me dispenser d'admettre, et que M. Silva -n'aurait peut-tre pas admise s'il avait connu le texte -italien qui doit tre cit par Florio. Ce texte, tel qu'il -m'a t donn par le savant abb Ciampi, porte <i lang="it" xml:lang="it">pianta</i> -et non <i lang="it" xml:lang="it">pela</i>. Je dois conclure de cette diffrence notable -que les deux proverbes, n'tant pas les mmes -par l'expression, ne le sont pas non plus par le sens. Je -maintiens donc comme vraie l'origine que j'ai assigne - l'un, tout en adoptant l'explication que M. Silva a -faite de l'autre.</p> - - -<div class="p" id="p80">Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous.</div> -<p>Cela se dit lorsqu'un bien qu'on esprait voir venir -soi arrive quelque ami. Je ne sais si c'est pour exprimer -une consolation sincre ou pour dguiser un regret -goste que ce bien ait chang de direction. On -peut admettre tantt l'une et tantt l'autre interprtation -de ce proverbe, selon le caractre des gens qui -l'emploient ou de ceux auxquels on l'applique.—S'il -faut en croire La Rochefoucauld, le premier mouvement -de joie que nous avons eu du bonheur de nos -amis ne vient ni de la bont de notre naturel, ni de -l'amiti que nous avons pour eux: c'est l'effet de l'amour-propre -qui nous flatte d'tre heureux notre -tour, ou de retirer quelque utilit de leur bonne fortune.</p> - -<p>Il est bien sr que l'amour-propre, c'est--dire l'amour -de soi, comme l'entend La Rochefoucauld, est le -principal mobile des sentiments et des actions de -l'homme. Mais ici l'amour-propre n'agit pas seul. Il y -a aussi l'influence de l'inclination que nous avons pour -ceux avec qui nous vivons et pour tous les objets qui -nous environnent, inclination toujours jointe avec les -passions, comme l'a remarqu Malebranche, et je crois -que les rflexions suivantes de ce philosophe offrent -une explication plus exacte, surtout plus morale, du -proverbe. Afin que l'amour naturel que nous avons -pour nous-mmes n'anantisse pas et n'affaiblisse pas -trop celui que nous avons pour les choses qui sont -hors de nous, et qu'au contraire ces deux amours que -Dieu met en nous s'entretiennent et se fortifient l'un -l'autre, il nous a lis de telle manire avec tout ce qui -nous environne, et principalement avec les tres de -mme espce que nous, que leurs maux nous affligent -naturellement, que leur joie nous rjouit, et que leur -grandeur, leur abaissement, leur diminution, semblent -augmenter ou diminuer notre tre propre. Les nouvelles -dignits de nos parents et de nos amis, les nouvelles -acquisitions de ceux qui ont le plus de rapport -nous, semblent ajouter quelque chose notre substance. -Tenant toutes ces choses, nous nous rjouissons -de leur grandeur et de leur tendue. (<i>Recherche -de la vrit</i>, liv. IV, ch. <small>XIII</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p81">Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.</div> -<p>C'est une leon adresse aux malins railleurs qui, -l'exemple du pote dont parle Horace, se livrent leur -gaiet caustique sans pargner personne, pas mme -leur ami.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">… <i lang="la" xml:lang="la">Dummodo risum</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(I, Sat. <small>IV</small>.)</p> - -<p>Quintilien a dit dans ses <i>Institutions oratoires</i>, liv. VI, -ch. <small>III</small>: <i lang="la" xml:lang="la">Ldere nunquam velimus, longeque absit propositum -illud: potius amicum quam dictum perdidit.</i> Tchons -de ne jamais blesser, et repoussons loin de notre esprit -tout ce qui tendrait nous faire appliquer ce dicton: -<i>Il a mieux aim perdre un ami qu'un bon mot.</i></p> - -<p>Un proverbe espagnol, par une mtaphore trs-remarquable, -assimile l'oiseau de proie l'homme qui -fait de son ami la victime de ses cruelles railleries: -<i lang="es" xml:lang="es">Reniego del amigo que cubre con las alas y muerde con el -pico.</i> <a name="p82" id="p82"></a>Fi de l'ami qui couvre des ailes et dchire du bec!</p> - -<p>Salomon a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Homines derisores civitatem perdunt</i>. -(<i>Prov.</i>, <small>XXIX</small>, 8.) Les hommes railleurs<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> perdent la -cit, et Bacon, dans les rflexions qu'il a faites sur -cette maxime, a trs-bien signal ce genre d'esprit drisoire -et moqueur.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> La Vulgate ne porte point le mot <i lang="la" xml:lang="la">derisores</i> railleurs, que Bacon a trouv -sans doute dans quelque autre traduction ou dans le texte hbreu; elle dit <i lang="la" xml:lang="la">pestilentes</i> -corrompus. Aprs tout, les deux mots, quelle que soit leur diffrence -usuelle, peuvent s'accorder dans un certain sens, car les hommes dont la malignit -ne respecte rien ont un principe de corruption dans le cœur.</p> -</div> - -<div class="p" id="p83">Ami de Platon, mais plus ami de la vrit.</div> -<p><i lang="la" xml:lang="la">Amicus Plato, sed magis amica veritas.</i> C'est un mot -d'Aristote en rponse des critiques qui lui reprochaient -d'attaquer quelques opinions de son matre Platon. Il -s'applique un homme clair qui ne soumet pas aveuglment -son jugement celui des personnes mmes les -plus recommandables, dont ordinairement il suit volontiers -l'avis.</p> - - -<div class="p" id="p84">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme.</div> -<p>C'est un vers de La Fontaine fait avec un ancien proverbe -qu'il a remplac. Il figure dans la dernire fable -du livre IV, l'<i>Alouette et ses Petits</i>, o il signifie que, -pour se tirer d'affaire, il faut recourir ses propres -moyens, et ne pas compter sur l'aide des amis et des -parents.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Notre erreur est extrme,</div> -<div class="verse">Dit-il, de nous attendre d'autres gens que nous:</div> -<div class="verse">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme.</div> -</div> - -<p>Le proverbe s'emploie aussi pour dire qu'on prfre -ses intrts personnels ceux d'un ami et d'un parent.</p> - - -<div class="p" id="p85">A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain.</div> -<p>Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon: <i lang="la" xml:lang="la">Ne -dicas amico tuo: Vade et revertere: cras dabo tibi: cum -statim possis dare</i> (Prov., <small>III</small>, 28). Ne dites pas votre -ami: Allez et revenez, je vous le donnerai demain, -lorsque vous pouvez le lui donner l'heure mme.</p> - -<p>Phocylide a dit aussi: Donne l'instant au malheureux; -ne lui dis pas de <i>revenir demain</i>.</p> - -<p>On connat la maxime de Zoroastre: Si, pouvant -soulager aujourd'hui le malheureux, on <i>remet demain</i>, -qu'on fasse pnitence.</p> - -<p>Diffrer d'assister un ami quand on le peut est une -violation odieuse des devoirs de l'amiti; car, ainsi que -l'a dit l'acadmicien Auger: L'amiti vritable est un -pacte en vertu duquel on doit tenir sans cesse sa fortune, -sa vie mme, la libre disposition de celui qui -l'on s'est uni.</p> - - -<div class="p" id="p87">Il faut se dfier d'un ami rconcili.</div> -<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Amigo reconciliado, enemigo -doblado</i>. <a name="p88" id="p88"></a>Ami rconcili, ennemi doubl. Il n'y a -gure de rconciliation tout fait sincre: la dfiance -ou la trahison s'y mlent presque toujours. Asmode, -dans le <i>Diable boiteux</i>, parlant de sa dispute avec Paillardoc, -dit avec autant de vrit que de finesse: On -nous rconcilia, nous nous embrassmes, et, depuis ce -temps, nous sommes ennemis mortels.</p> - -<p>On conseillait un tyran, Tibre, si je ne me trompe, -de faire mourir un de ses anciens amis, qu'il faisait -languir en prison: Pas encore, rpondit-il; je ne me -suis pas rconcili avec lui. Mot affreux, o respire -tout le gnie de la haine.</p> - - -<div class="p" id="p90">Ami au prter, ennemi au rendre.</div> -<p>Proverbe qui parat pris de ce passage du <i lang="la" xml:lang="la">Trinummus</i> -de Plaute: Si vous redemandez l'argent que vous -avez prt, vous trouvez souvent que d'un ami votre -bont vous a fait un ennemi.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quum repetas, inimicum amicum beneficio invenis tuo.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Acte IV, sc. <small>III</small>.)</p> - -<p>Le recueil de Gabriel Meurier rapporte cette variante -nergique: <i>au prter Dieu, au rendre diable</i>.</p> - -<p>Les Espagnols ont ce proverbe: <i lang="es" xml:lang="es">Quien presta no cobra; -y si cobra, no todo; y si todo, no tal; y si tal, enemigo -mortal.</i> Qui prte ne recouvre, s'il recouvre, non tout; -si tout, non tel; si tel, ennemi mortel. Ce qui est pris -de cette maxime employe chez nous au moyen ge: <i lang="la" xml:lang="la">Si -prstabis, non habebis; si habebis, non tam bene; si tam -bene, non tam cito; si tam cito, perdis amicum.</i></p> - -<p>Les Anglais disent: <i lang="en" xml:lang="en">He that lends to his friend loses -double.</i> <a name="p91" id="p91"></a>Qui prte son ami perd au double; c'est--dire -l'argent et l'ami. Ils disent encore: <i lang="en" xml:lang="en">The way to -lose a friend is to lend him money.</i> <a name="p92" id="p92"></a>Le moyen de perdre -un ami, c'est de lui prter de l'argent.</p> - -<p><i>Si tu ne prtes pas, inimiti; si tu prtes, procs ternel.</i> -(Prov. russe.)</p> - -<p>La pense qui constitue ces proverbes est commune - tous les peuples; car en tout pays on trouve gnralement -dans la main qui a reu la main qui refuse de -rendre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">En fait de prt, le sort me traite</div> -<div class="verse i2">Avec grande inhumanit:</div> -<div class="verse">Je perds l'affection de ceux qui je prte,</div> -<div class="verse">Si je ne perds l'argent que je leur ai prt.</div> -</div> - -<p class="attr">(<span class="sc">De Cailly</span>).</p> - - -<div class="p" id="p93">Sage ami et sotte amie.</div> -<p>Bonaventure Despriers a employ ce proverbe dans -sa dixime Nouvelle. Il n'a pas dit pourquoi il faut -avoir un sage ami, parce qu'il a pens sans doute que -personne ne pouvait l'ignorer; mais il a voulu faire -sentir l'avantage d'avoir une sotte amie par cette rflexion: -D'une amie trop fine vous n'en avez pas le -compte: elle vous joue toujours quelque tour de son -mtier; <i>elle vous tire</i> tous les coups <i>quelque argent de -dessous l'aile</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>; ou elle veut tre trop brave, ou elle -vous fait porter les… Je supprime le dernier mot, -parce qu'il n'a pas besoin d'tre mis sous les yeux des -lecteurs pour se prsenter leur esprit. Peut-tre -euss-je aussi bien fait de supprimer aussi l'explication -entire comme peu conforme la vrit, ou -du moins trs-douteuse. Depuis que notre grand -comique a si bien montr sur la scne le faux calcul -d'Arnolphe, qui voulait <i>pouser une sotte pour -n'tre point sot</i>, les Agns n'inspirent plus de confiance, -et leur niaiserie est gnralement regarde -comme une dissimulation de la finesse, de la ruse et de -la malice dont le diable a ptri leur caractre. D'o -l'on conclut que l'homme qui se marie, n'ayant pas -moins redouter les tromperies d'une femme sotte -que d'une femme spirituelle, fait beaucoup mieux de -choisir celle-ci, chez laquelle il doit trouver, dans ses -infortunes conjugales, des compensations que l'autre -ne saurait lui offrir.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Cette expression, aujourd'hui dsusite, qu'on trouve dans le Dictionnaire de -Philibert Monet, fait allusion la coutume ancienne et encore existante au seizime -sicle, de porter la bourse sous l'aisselle gauche, o elle tait pendue -une courroie en forme de baudrier et d'o on la retirait, au besoin, par une -fente pratique dans la manche du sayon ou pourpoint. Les Latins employaient -comme nous le mot <i lang="la" xml:lang="la">ala</i> (aile), pour <i lang="la" xml:lang="la">axilla</i> (aisselle).</p> -</div> - -<div class="p" id="p94">Jamais honteux n'eut belle amie.</div> -<p>En amour, il faut tre entreprenant: <i lang="la" xml:lang="la">Amor odit inertes</i>, -dit Ovide, au second livre de l'<i>Art d'aimer</i>. Les -honteux ne gagnent rien auprs des femmes, gnralement -moins bien disposes pour eux que pour les hardis, -qui leur pargnent l'embarras du refus. Ce sexe -aimable est comme le paradis, qui souffre violence et -que les violents emportent. <i lang="la" xml:lang="la">Regnum cœlorum vim patitur, -et violenti rapiunt illud.</i> (Matth., <small>XI</small>, 12.)</p> - -<p>Le comte de Bussy-Rabutin dit dans ses <i>Mmoires</i>: -La hardiesse en amour avance les affaires. Je sais -bien qu'il faut aimer avec respect pour tre aim, mais -assurment pour tre rcompens il faut entreprendre, -et l'on voit plus d'effronts russir sans amour que de -respectueux avec la plus grande passion du monde. -(T. I, p. 93.)</p> - -<p>On disait autrefois: <i>Jamais couard n'eut belle amie</i>, et -ce proverbe, o le mot <i>couard</i> signifie lche, poltron, -encore plus que honteux, peut avoir tir son origine -de la chevalerie, parce que, l'poque o cette institution -tait dans tout son lustre, le courage et la victoire -taient de srs moyens pour obtenir l'amour des -dames.</p> - - -<div class="p" id="p95">Il vaut mieux donner un ennemi que d'emprunter un ami.</div> -<p>Parce qu'en donnant un ennemi on peut adoucir -et dsarmer sa haine, tandis qu'en empruntant un -ami, on court risque de l'indisposer et de le porter -une rupture. Les exemples de ce dernier cas ne sont -pas rares. M<sup>lle</sup> de Scudri, dans ses <i>Conversations</i>, en -cite un fort singulier, que voici: Un ami, qui s'tait -battu plusieurs fois en duel pour son ami, ne voulut -pas lui prter quelque argent qu'il lui demandait -emprunter; et lui, qui n'avait pas refus, dans l'occasion, -de rpandre son sang pour son ami, lui refusa -un mdiocre secours dont il se trouvait avoir besoin. -Y a-t-il une plus grande bizarrerie que celle de prfrer -son argent sa propre vie?</p> - -<p>Pittacus disait: La chose qu'on doit faire le plus -tard qu'on peut, c'est d'emprunter de l'argent ses -amis. Ce qui prouve que dans l'antiquit, comme en -notre temps, l'amiti finissait o commenait l'emprunt.</p> - -<p>Nous avons encore cet autre proverbe: <i>On perd plus -d'amis par ses demandes que par son refus.</i></p> - - -<div class="p" id="p96">Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui.</div> -<p>Les affaires d'intrt amnent presque toujours des -discussions qui finissent par diviser les amis. Quelqu'un -a dit: L'intrt qui se mle aux amitis est comme -le vif-argent confondu parmi l'or; le dpart fait, elles -disparaissent et s'en vont en fume.</p> - -<p>Les Turcs ont ce proverbe semblable au ntre: <i id="p97">Bois -et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec -lui.</i></p> - - -<div class="p" id="p98">N'accorde point ta confiance un ami dissimul.</div> -<p>La dissimulation est incompatible avec l'amiti, qui -a besoin de franchise, de loyaut, d'expansion; et l'on -peut regarder avec raison celui qui est atteint de ce -dfaut, ou plutt de ce vice, comme un tratre contre -lequel il faut continuellement se tenir en garde. Un -adage oriental dit: <i>Fuis pour un temps l'homme colre, -et pour toujours l'homme dissimul.</i></p> - - -<div class="p" id="p115">Vieux amis et comptes nouveaux.</div> -<p>Pour dire que c'est un moyen de conserver ses amis -que d'avoir ses comptes d'intrt toujours bien rgls -avec eux.</p> - -<p>La vrit de cette proposition sera dveloppe dans -le commentaire que je consacrerai au proverbe suivant.</p> - - -<div class="p" id="p116">Les bons comptes font les bons amis.</div> -<p>Proverbe dont on fait ordinairement l'application -pour s'excuser d'examiner un compte ou un mmoire -prsent par un ami. Ce proverbe a une porte plus -tendue: il enseigne aux amis par le rsultat qu'il exprime -combien il leur importe de bien rgler les affaires -d'intrt qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui -exige d'eux, non-seulement la foi et la justice, sans -lesquelles l'amiti ne saurait subsister, mais l'exactitude -la plus rigoureuse pour le payement des moindres -dbourss occasionns par les services qu'ils sont dans -le cas de se rendre rciproquement. C'est tort qu'ils -ddaignent quelquefois une pareille allocation, car la -moindre ngligence cet gard peut inquiter la discrtion -et gner insensiblement la confiance.</p> - -<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Cuento y razon sustentan -amistad.</i> <a name="p152" id="p152"></a>Compte et calcul entretiennent l'amiti.</p> - -<p>Les Italiens: <i lang="it" xml:lang="it">Conti chiari, amici cari.</i> <a name="p117" id="p117"></a>Comptes -clairs, amis chers.</p> - -<p>Les Anglais: <i lang="en" xml:lang="en">Even reckoning makes long friends.</i> -Un compte exact fait de longs, ou durables amis.</p> - - -<div class="p" id="p118">Il ne faut pas compter avec ses amis.</div> -<p>Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutt -gnreux qu'intress avec ses amis, parat en contradiction -avec les deux prcdents, mais il ne l'est pas -en ralit, car il ne conseille pas la mme espce de -gnrosit dont les autres commandent de s'abstenir. -Il parle de celle qu'on doit mettre dans les procds -de sentiment o elle est indispensable, et non de celle -qu'il faut viter dans les affaires d'intrt, parce qu'elle -peut avoir des consquences fcheuses. Les prceptes -sont diffrents, mais ils n'ont rien de contradictoire. -Loin de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent - un but unique, qui est la conservation de -l'amiti.</p> - -<p>Les Turcs disent: <i id="p153">l'Amiti compte par tonneaux, et le -commerce par grains.</i></p> - -<p>L'ide de notre proverbe se trouve dans le passage -suivant du <i>Trait de l'amiti</i> par Cicron: Borner l'amiti - un rapport mesur de sentiments et de services, -c'est la dpouiller de sa dignit, c'est l'avilir… Exiger -une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on -reoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La vritable -amiti est plus magnifique, plus gnreuse, et -n'tablit point de comptes rigoureux. Car il ne faut -pas craindre de perdre quelque chose ou d'en faire -trop pour un ami. (<small>XVI</small>, 57.)</p> - - -<div class="p" id="p119">Entre amis tout doit tre commun.</div> -<p>Ce proverbe est fort ancien. picure blmait Pythagore -de l'avoir appliqu littralement, en obligeant ses -disciples mettre en commun tout ce qu'ils possdaient: -Si j'ai un vritable ami, disait-il, ne suis-je -pas aussi matre de ses biens que s'il m'en et fait le -dpositaire? Y a-t-il moins de mrite donner son -cœur que ses richesses? Je ne dois pas abuser sans -doute de la tendresse de cet ami; ce qu'il possde, je -dois le mnager comme ma propre fortune: mais je -lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie un tiers -pour nos besoins communs.</p> - -<p>Snque, dans son <i>Trait des bienfaits</i>, liv. VII, ch. <small>XII</small>, -dfinit ainsi la communaut entre amis: La communaut -entre amis n'est pas comme entre des associs -qui ont leur part distincte; mais comme entre un pre -et une mre qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun -le leur, mais en ont deux chacun.</p> - - -<div class="p" id="p120">Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage.</div> -<p>N'ayant personne qui lui porte assez d'intrt pour -l'avertir de ses dfauts, pour chercher l'en corriger, -il doit ncessairement les garder et les aggraver -de telle sorte qu'en peu de temps ils dgnreront en -vices incompatibles avec la sagesse, laquelle il serait -rest de plus en plus attach s'il avait eu le bonheur -de vivre sous la surveillance salutaire d'un ami.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure;</div> -<div class="verse">C'est avec mon ami que ma raison s'pure;</div> -<div class="verse">Que je cherche la paix, des conseils, un appui;</div> -<div class="verse">Je me soutiens, m'claire et me calme avec lui.</div> -<div class="verse">Dans des piges trompeurs si ma vertu sommeille,</div> -<div class="verse">J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'veille.</div> -</div> - -<p class="attr">(Ducis, <i>ptre l'amiti.</i>)</p> - - -<div class="p" id="p121">Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage.</div> -<p>Il ne le sera pas mme si longtemps que celui qui -vit sans amis, parce qu'il sera pouss l'inconduite par -ceux qu'il a mal choisis. Cette maxime proverbiale est -prise de Confucius.</p> - - -<div class="p" id="p122">Le pire de tous les pays est celui o l'on n'a pas d'amis.</div> -<p>Dans ce pays-l on ne peut compter sur personne; -on est expos toutes sortes d'ennuis, de dsagrments -et de misres; on est rduit vivre triste et solitaire, -dans la privation de toute sympathie, de tout -secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort -affreux! Comment supporter tant de douleurs dont le -poids devient, chaque jour, plus accablant! il faudrait -pour cela une grce spciale de Dieu. Mais est-il permis -d'esprer, quand on met ainsi contre soi tout le -monde, qu'on pourra mettre Dieu pour soi? Et cette -existence maudite, laquelle on est condamn, n'est-elle -pas une punition inflige par la justice divine? -Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a t dur, -inhumain envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables -sans commisration et sans humanit; c'est -parce qu'on a t insociable qu'on est priv des douceurs -de la socit. <i lang="la" xml:lang="la">Per qu peccat quis per hc et torquetur</i>, -dit la <i>Sagesse</i> (<small>XI</small>, 17). On est puni par o l'on a -pch.</p> - - -<div class="p" id="p123">Qui te conseille d'ter la confiance tes amis veut te tromper -sans tmoins.</div> -<p>Ce proverbe, fond sur une vrit d'exprience, signale -d'une manire nette et frappante le danger o -l'on s'expose quand on a la faiblesse de se laisser -influencer par des rapports suspects contre les personnes -avec lesquelles on est intimement li. L'auteur -de ces rapports n'est presque toujours qu'un fourbe qui -cherche, en brouillant deux amis, supplanter l'un, -afin de pouvoir, en toute libert, faire sa dupe de -l'autre. S'il parvient au gr de ses vues intresses -capter et possder sans partage la confiance de l'imprudent -qui l'coute, il achvera d'aveugler sa raison -force de flatteries perfides, le conduira de pige en -pige par ses menes cauteleuses, et l'abandonnera en -se moquant de lui ds qu'il aura consomm sa ruine.</p> - -<p>Que les amis soient donc continuellement en garde -contre les dlations qui tendent semer entre eux de -la dfiance et provoquer une rupture toujours douloureuse -et nuisible leurs vrais intrts; qu'ils tiennent -leurs cœurs dans une si troite union que le dlateur -ne puisse y trouver le joint pour les sparer.</p> - - -<div class="p" id="p124">Il faut aimer ses amis avec leurs dfauts.</div> -<p>Il faut tre indulgent pour les dfauts de ses amis, -car l'indulgence augmente l'amiti et la svrit la -diminue. Il ne s'agit ici que de ces petits dfauts qui -ne tirent point consquence. La complaisance pour -les vices des amis serait contraire la morale et -l'amiti.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pour les cœurs corrompus l'amiti n'est point faite.</div> -</div> - -<p class="attr">(<span class="sc">Voltaire.</span>)</p> - -<p>Un adage latin recommande de connatre les dfauts -d'un ami, et de ne pas les har: <i lang="la" xml:lang="la">Mores amici noveris, -non oderis.</i> Et Horace met parmi les vertus ncessaires -l'indulgence pour les amis: <i lang="la" xml:lang="la">Ignoscere amicis.</i></p> - -<p>Les Orientaux disent, pour signifier qu'on ne doit -pas soumettre les dfauts de ses amis une censure -rigoureuse: <i id="p154">Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la -coupe de l'amiti.</i></p> - -<p>L'on ne peut aller loin dans l'amiti si l'on n'est -pas dispos se pardonner les uns aux autres les petits -dfauts. (La Bruyre, ch. <small>V</small>.)</p> - -<p>Quelqu'un a dit: Quand nos amis sont borgnes, -il faut les regarder de profil. C'est une fleur d'esprit -et de sentiment greffe sur notre adage.</p> - - -<div class="p" id="p125">Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis.</div> -<p>On se concilie l'affection des hommes par les bons -offices qu'on leur rend, et on se l'aline par les vrits -qu'on leur dit. Trence a remarqu, dans son <i>Andrienne</i>, -que la franchise produit la haine et que la complaisance -produit l'amiti.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Veritas odium, obsequium amicos parit.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Act. I, sc. <small>I</small>.)</p> - -<p>Ce qui est pris de cette pense d'Isocrate: S'il est -quelqu'un dont vous vouliez faire un ami, dites-en du -bien des gens qui le lui rapporteront: <i>Le principe de -l'amiti est la louange, celui de la haine est le blme.</i></p> - - -<div class="p" id="p126">On ne peut vivre sans amis.</div> -<p>Proverbe ancien rapport dans cette phrase de Cicron: -<i lang="la" xml:lang="la">Omnes ad unum idem sentiunt, sine amicitia vitam -esse nullam.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXIII</small>.) Tous les hommes sont du -mme sentiment que sans l'amiti la vie n'est rien.</p> - -<p>Nous avons presque tous cela de commun, que -non-seulement la douleur qui, tant faible et impuissante, -demande naturellement du soutien, mais la joie -qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter -d'elle-mme, cherche le sein d'un ami pour s'y -rpandre, sans quoi elle est impuissante et assez souvent -insipide; tant il est vrai que rien n'est plaisant -l'homme s'il ne le gote avec quelque autre homme -dont la socit lui plaise. (<span class="sc">Bossuet</span>, <i>Sermon pour le -mardi de la troisime semaine de carme</i>.) Les Grecs disaient: -<i id="p155">L'amiti est plus ncessaire que le feu et l'eau</i>, deux -choses sans lesquelles il serait impossible de vivre. C'est -pour cela que chez les Romains on avait donn aux amis -le nom de <i lang="la" xml:lang="la">necessarii</i>, ncessaires, et l'amiti celui de -<i lang="la" xml:lang="la">necessitudo</i>, ncessit. Expressions empreintes du sentiment -profond et dlicat qui les avait inspires.</p> - -<p>L'amiti est regarde comme une des joies du paradis; -il serait imparfait sans elle. On lit dans un des -cantiques spirituels de Jacopone de Tadi: Les lus -s'aiment d'une tendresse si dlicate que chacun tient -l'autre pour son matre.</p> - -<p>Buffon disait: L'amiti est de tous les attachements -le plus digne de l'homme. C'est l'me de son ami qu'on -aime, et pour aimer son ami il faut en avoir une.</p> - - -<div class="p" id="p127">Il faut louer tout bas ses amis.</div> -<p>M<sup>me</sup> Geoffrin tablissait comme autant de rgles ces -trois choses: 1<sup>o</sup> qu'il faut rarement louer ses amis -dans le monde; 2<sup>o</sup> qu'il ne faut les louer que gnralement -et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou -telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter -quelque doute sur le fait ou de chercher l'action -quelque motif qui en diminue le mrite; 3<sup>o</sup> qu'il ne -faut pas mme les dfendre, lorsqu'ils sont attaqus -trop vivement, si ce n'est en termes gnraux et en -peu de paroles, parce que tout ce qu'on dit en pareil -cas ne sert qu' animer les dtracteurs et leur faire -outrer la censure.</p> - -<p>Fontenelle avait dit avant M<sup>me</sup> Geoffrin: Empchez -que vos amis ne vous louent avec excs, car le -public traite toute rigueur ceux que leurs partisans -servent trop bien.</p> - -<p>Ces conseils sont le dveloppement de notre proverbe, -qui est pris du passage suivant de Salomon: -<i lang="la" xml:lang="la">Qui laudat amicum voce alta erit illi loco maledictionis.</i> -(<i>Proverbes</i>, <small>XXVII</small>, 14.) Qui loue son ami haute voix -attirera sur lui la maldiction.</p> - - -<div class="p" id="p128">Il faut dire la vrit ses amis.</div> -<p>Il ne faut pas craindre de dplaire ses amis en leur -disant la vrit, quand elle doit leur tre utile; mais il -ne faut jamais oublier que, si l'amiti donne le droit -de les contredire, elle impose le devoir de ne pas les -offenser par la contradiction.</p> - -<p>Nos amis sont en notre garde, dit Bossuet. Il n'y a -rien de plus cruel que la complaisance que nous avons -pour leurs vices, et nous taire, en ces circonstances, -c'est les trahir. Ce n'est pas l le trait d'un ami. C'est -l'action d'un barbare que de les laisser tomber dans -un prcipice faute de lumire, tandis que nous avons -en main un flambeau que nous pourrions leur mettre -devant les yeux. Il faut mme de la fermet et de la -vigueur dans ces avis charitables. Usez de la libert -que le nom d'amiti vous donne, ne cdez pas, soutenez -vos justes sentiments. Parlez votre ami en ami, -jetez-lui quelquefois au front des vrits toutes sches -qui le fassent rentrer en lui-mme; ne craignez pas de -lui faire honte, afin qu'il se sente press de se corriger -et que, confondu par vos reproches, il se rende enfin -digne de louanges.</p> - -<p>Mais, avec cette fermet et avec cette vigueur, gardez-vous -de sortir des bornes de la discrtion; je hais -ceux qui se glorifient des avis qu'ils donnent, qui veulent -s'en faire honneur plutt que d'en tirer de l'utilit, -et triompher de leur ami plutt que de le servir. Pourquoi -le reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous -devant tout le monde? C'tait une charitable correction -et non une insulte outrageuse que vous aviez lui -faire. Parlez en secret, parlez l'oreille; n'pargnez -pas le vice, mais pargnez la pudeur, et que votre discrtion -fasse sentir au coupable que c'est un ami qui -parle. (<i>Sermon pour le mardi de la troisime semaine du -carme.</i>)</p> - -<p>Voici un beau proverbe arabe qui correspond au -ntre: <i id="p156">La sincrit est le sacrement de l'amiti.</i></p> - - -<div class="p" id="p129">Vieux amis vieux cus.</div> -<p>Dicton n au commencement du quatorzime sicle, -sous le rgne de Philippe le Bel, surnomm le <i>faux -monnayeur</i>, parce qu'il avait fait subir aux monnaies -une altration telle, que la valeur intrinsque de chaque -cu n'tait plus que le tiers de celle qu'il avait eue -sous les rgnes prcdents. Cette altration et l'ordonnance -par laquelle il enjoignait aux particuliers de -porter l'atelier montaire le tiers de leur vaisselle, -dont ils recevraient le prix en espces nouvelles, sous -peine de confiscation, irritrent si fortement les esprits, -qu'une rvolte gnrale aurait clat si le clerg -n'et pris le soin de la conjurer, en offrant au roi les -deux tiers de ses revenus, afin que les monnaies fussent -remises au mme titre que du temps de saint Louis. -Cependant, malgr la promesse royale achete par la -gnrosit de l'glise de France, le dicton ne cessa -pas d'tre entirement vrai pendant un assez grand -nombre d'annes; mais il ne l'est plus que dans sa -premire partie, depuis que les gouvernements ont -compris l'extrme importance de laisser au numraire -la valeur relle qu'il doit avoir… Les vieux cus aujourd'hui -ne sont pas meilleurs que les neufs. Quant -aux vieux amis, ils n'ont pas seulement gard tout -leur prix, ils l'ont augment en raison de leur excessive -raret.</p> - - -<div class="p" id="p130">On ne saurait avoir trop d'amis.</div> -<p>Les Arabes disent: <i id="p132">Mille amis, c'est peu; un ennemi, -c'est beaucoup.</i> Mais les amis dont il est question dans -leur proverbe, comme dans le ntre, ne sont pas ces -tres d'lite entre lesquels une grande conformit d'inclinations -et de mœurs, une intime correspondance de -penses et de sentiments, ont tabli la plus parfaite des -unions: il s'agit de ceux dont l'amiti moins pure et -moins rare n'est pourtant pas ddaigner, cause des -bons offices qu'elle peut rendre aux personnes qui savent -se la concilier. Je crois qu'il faut penser sur ce -sujet comme la Bruyre. C'est assez pour soi d'un -fidle ami, dit-il, c'est mme beaucoup de l'avoir rencontr: -on ne peut en avoir trop pour le service des -autres. (Ch. <small>IV</small>, <i>du Cœur</i>.)</p> - - -<div class="p" id="p131">Les amis de nos amis sont nos amis.</div> -<p>C'est--dire qu'ils ne doivent pas nous tre indiffrents, -et qu'ils ont des droits nos gards. Pline le -Jeune leur accordait davantage, lorsqu'il crivait: -<i lang="la" xml:lang="la">Amicus tuus, immo noster, quid enim non commune -nobis?</i> (<span lang="la" xml:lang="la"><i>Epist.</i> <small>VIII</small></span>, 12.) Votre ami, ou plutt le ntre, -car que peut-il y avoir qui ne nous soit commun?</p> - -<p>M<sup>me</sup> de Svign appelait ingnieusement les <i>amis de -ses amis</i> des amis par rverbration.</p> - -<p><i>Si les amis de nos amis sont nos amis</i>, demande Beaumarchais, -les ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas -plus d' moiti nos amis?</p> - -<p>Un vieux proverbe dit qu'<i>on ne hait pas l'ennemi de ses -ennemis</i>.</p> - - -<div class="p" id="p133">Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie.</div> -<p>Des amis qui s'emploient activement pour une personne -peuvent lui tre d'une plus grande utilit que son -argent. Ce proverbe est dans le <i>Roman de la Rose</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ads vaut miex amis en voie</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Que ne font deniers en corroie.</div> -</div> - -<p class="attr">(T. I, v. 4, 962.)</p> - -<p>Le mot courroie, comme on le voit dans le Dictionnaire -de Philibert Monet, se disait autrefois de la ceinture -de cuir dans laquelle on mettait son argent. J'ai -trouv dans un vieux texte <i lang="fro" xml:lang="fro">deniers en conroie</i>. Ce mot -<i lang="fro" xml:lang="fro">conroie</i> ou plutt <i lang="fro" xml:lang="fro">conroi</i> signifiait troupe, foule, et par -consquent la variante <i lang="fro" xml:lang="fro">deniers en conroie</i>, si elle ne provient -pas d'une faute de copiste, quivaut <i> deniers en -quantit</i>.</p> - -<p>Le troubadour Amanieu des Escas a employ cette -autre variante:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Per c'om ditz que may val en cocha</div> -<div class="verse" lang="co" xml:lang="co">Amiex que aur.</div> -</div> - -<p>C'est pourquoi on dit que mieux vaut dans le besoin -amis que or.</p> - -<p>Les Allemands disent: <i lang="de" xml:lang="de">Besser ohne Geld als ohne -Freund seyn.</i> <a name="p106" id="p106"></a>Mieux vaut manquer d'argent que d'ami.</p> - -<p>On lit dans Stobe: <a name="p99" id="p99"></a>Un trsor n'est pas un ami, -mais un ami est un trsor. Maxime laquelle reviennent -ces beaux vers du trouvre auteur du roman de -<i>Garin le Loherain</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">N'est pas richoise ne de vair, ne de gris,</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Ne de deniers, ne de murs, ne de roncins:</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Mais est richoise de parents et d'amis:</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Li cuers d'un homme vaut tout l'or d'un pays!</div> -</div> - - -<div class="p" id="p134">Il est bon d'avoir des amis partout.</div> -<p>Ce proverbe a donn lieu l'historiette suivante, -rime par Imbert:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Une dvote, un jour, dans une glise</div> -<div class="verse">Offrait un cierge au bienheureux Michel,</div> -<div class="verse">Un autre au diable. Oh! oh! quelle mprise!</div> -<div class="verse">Mais c'est au diable! Y pensez-vous? ciel!</div> -<div class="verse">—Laissez, dit-elle, il ne m'importe gures;</div> -<div class="verse">Il faut toujours penser l'avenir;</div> -<div class="verse">On ne sait pas ce qu'on peut devenir,</div> -<div class="verse">Et les amis sont partout ncessaires.</div> -</div> - -<p>L'auteur des <i>Matines snonoises</i> rapporte qu'un Wisigoth -arien, nomm Agilane, disait un jour srieusement - Grgoire de Tours qu'on peut choisir sans crime -telle religion que l'on veut, et que c'tait un proverbe -de sa nation qu'en passant devant un temple paen et -devant une glise chrtienne il n'y avait point de mal - faire la rvrence devant l'un et devant l'autre. Ce -Wisigoth, faisant son offrande saint Michel, n'aurait -srement pas oubli l'estafier du bienheureux.</p> - -<p>On dit aussi, pour caractriser ces gens qui savent se -mnager des intelligences dans le parti des bons et -dans le parti des mchants, qu'<i id="p135">ils ont des amis en paradis -et en enfer</i>.</p> - - -<div class="p" id="p136">Les gens riches ont beaucoup d'amis.</div> -<p>Salomon l'a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Amici divitum multi</i> (<i>Prov.</i>, <small>XIV</small>, 20), -et sans doute Salomon n'a pas t le premier le dire; -car, dans les sicles les plus reculs aussi bien que -dans le ntre, on a considr l'amiti comme un commerce -d'intrt dans lequel on n'entre qu' proportion -du profit qu'on en retire. La mme raison a donn -lieu cet autre proverbe non moins ancien: <i id="p137">Les pauvres -n'ont point d'amis.</i></p> - - -<div class="p" id="p138">Les amis par intrt sont des hirondelles sur les toits.</div> -<p>On sait que les hirondelles, aux approches de la -froide saison, se rassemblent sur les toits pour s'envoler -en troupe dans un plus doux climat. Il en est de -mme des amis intresss, toujours prts s'loigner -des personnes qui tombent dans l'adversit, et se -rapprocher de celles que la fortune favorise. Ils n'aiment -que par rapport eux-mmes, et ne placent jamais -leur amiti vnale qu'au service des gens heureux -qui peuvent la payer.</p> - - -<div class="p" id="p139">Un homme mort n'a ni parents ni amis.</div> -<p>Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard -Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, composa pendant sa -captivit en Autriche. La meilleure explication qu'on -en puisse donner est dans le passage suivant du discours -du pre Aubry Atala: Que parlez-vous de la -puissance des amitis de la terre? Voulez-vous, ma -chre fille, en connatre l'tendue? Si un homme revenait - la lumire quelques annes aprs sa mort, je -doute qu'il ft reu avec joie par ceux-l mme qui ont -donn le plus de larmes sa mmoire; tant on forme -vite d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle - l'homme, tant notre vie est peu de chose, mme -dans le cœur de nos amis!</p> - -<p>Les vers suivants, extraits d'une pice charmante de -M. V. Hugo, <i>A un voyageur</i>, reviennent aussi au proverbe -et sont dignes de figurer ct du beau passage -de Chateaubriand. Je dirai plus, car la justice l'exige, -c'est qu'ils lui sont suprieurs par le charme et l'originalit -de leur expression potique.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Combien vivent joyeux qui devraient, sœurs ou frres,</div> -<div class="verse">Faire un pleur ternel de quelques ombres chres!</div> -<div class="verse i3">Pouvoir des ans vainqueurs!</div> -<div class="verse">Les morts durent bien peu: laissons-les sous la pierre.</div> -<div class="verse">Hlas! dans leur cercueil ils tombent en poussire,</div> -<div class="verse i3">Moins vite qu'en nos cœurs.</div> - -<div class="verse stanza">Voyageur! voyageur! quelle est notre folie?</div> -<div class="verse">Qui sait combien de morts chaque jour on oublie,</div> -<div class="verse i3">Des plus chers, des plus beaux!</div> -<div class="verse">Qui peut savoir combien toute douleur s'mousse,</div> -<div class="verse">Et combien, sur la terre, un jour d'herbe qui pousse</div> -<div class="verse i3">Efface de tombeaux!</div> -</div> - - -<div class="p" id="p140">On ne doit pas servir ses amis plats couverts.</div> -<p>Il faut tre franc et sincre avec ses amis.—Ce proverbe -est moins usit que la locution qui en fait partie, -<i>servir quelqu'un plats couverts</i>, c'est--dire tmoigner - quelqu'un de l'amiti en apparence et le desservir -sous main. C'est une allusion l'usage o l'on tait -autrefois de couvrir les plats qu'on servait sur la table -des grands, et les choses mmes qu'on leur prsentait. -On couvroit les plats, dit Sainte-Palaye, et peut-tre -le sel, le poivre et autres piceries qu'on plaoit auprs -d'eux. Si on leur offroit des drages, le drageoir toit -couvert d'une serviette. Le cadenas<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, qui n'appartient -qu'aux personnes du plus haut rang, est encore conserv - la cour sur la table des princes comme un reste -de cette antique tiquette. De l'usage de <i>servir -couvert</i> viennent aussi ces salires compartiments et - deux couvercles qu'on ne trouve plus que chez les -amateurs de vieux meubles et chez les marchands de -bric--brac.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Espce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on mettait le couteau, -la cuiller et la fourchette.</p> -</div> -<p><i>Servir quelqu'un plats couverts</i> se dit encore pour -marquer la rserve calcule qu'on met ne dcouvrir - quelqu'un qu'une partie de la vrit dans une affaire -qui l'intresse.</p> - - -<div class="p" id="p141">On ne doit pas se gner pour ses amis.</div> -<p>Cette maxime est vraie lorsqu'elle est prise dans le -mme sens que cette autre: <i>l'amiti dispense du crmonial</i>. -Mais elle est fausse et injuste quand on l'allgue, -ce qui a lieu trop souvent, comme excuse de traiter ses -amis avec une espce de sans-gne qui ne s'inquite -pas des gards qui leur sont dus. On doit se gner -pour toutes les personnes qui l'on veut plaire; et -c'est prcisment en cela que consiste le savoir-vivre, -l'un des premiers devoirs de la socit. Eh! comment -pourrait-on se justifier de ne pas observer ce devoir -envers ses amis! c'est pour eux surtout qu'on doit avoir -des procds aimables qui leur prouvent qu'on n'a -rien tant cœur que de leur tre agrable. L'amiti a -une jalousie dlicate qu'il importe de mnager, car -elle ne peut gure se maintenir qu' cette condition.</p> - - -<div class="p" id="p142">Dieu me garde de mes amis; je me garderai de mes ennemis.</div> -<p>On peut se garantir de la vengeance d'un ennemi -dclar, mais il n'y a point de prservatif contre la -trahison qui se prsente sous les couleurs de la bienveillance -et de l'amiti.</p> - -<p>Stobe rapporte (p. 721) que le roi Antigone, sacrifiant -aux dieux, les priait de le protger contre ses -amis, et qu'il rpondait ceux qui lui demandaient le -motif d'une telle prire: C'est que, connaissant mes -ennemis, je puis me prserver d'eux.</p> - -<p>On lit dans l'<i>Ecclsiastique</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Ab inimicis tuis separare -et ab amicis tuis attende</i> (<small>VI</small>, 13). Sparez-vous de vos -ennemis, et gardez-vous de vos amis.</p> - -<p>Les Italiens disent comme nous:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Di chi mi fido guardami Dio!</i></div> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Degli altri mi guardar io.</i></div> -</div> - -<p>En visitant les <i lang="it" xml:lang="it">pozzi</i> du palais du doge, Venise, en -1825, je trouvai ces deux vers inscrits sur un mur dans -un de ces cachots o le conseil des Dix plongeait ses -victimes. Ils y avaient t tracs, me dit-on, de la -main d'un prtre qui eut le bonheur d'chapper son -horrible captivit par une issue qu'il s'ouvrit en arrachant -du sol une large dalle pose sur un gout aboutissant -au canal voisin.</p> - -<p>Le mme proverbe est usit chez les Basques. Il -existe aussi chez les Allemands, et Schiller l'a employ -dans une de ses tragdies.</p> - - -<div class="p" id="p143">Les amis sont les trsors des rois.</div> -<p>Proverbe form d'un mot d'Alexandre le Grand, qui -disait, en montrant ses amis: Voil mes trsors. -Mais de tels trsors sont infiniment plus rares chez les -rois que chez les simples particuliers, car il n'est gure -possible que l'amiti, qui, dans sa nature, est indpendante, -jalouse de sa libert, ennemie de toute -sujtion, porte aux panchements familiers et dsireuse -avant tout de la rciprocit des sentiments, -s'tablisse entre des hommes dont la condition si -ingale peut faire croire aux uns qu'ils sont matres -et aux autres qu'ils sont esclaves. Admettons pourtant -l'existence de cette amiti, et reconnaissons qu'elle -est d'un prix inestimable. Ce ne sont pas les armes -ni les richesses, dit Salluste, mais les amis qui sont les -soutiens des rois. (<i>Jugurth.</i>, ch. <small>X</small>.)</p> - -<p>Tacite remarque aussi qu'il n'est pas de plus puissants -soutiens d'un sage gouvernement que de sages -amis. <i lang="la" xml:lang="la">Nullum majus boni imperii instrumentum quam -bonos amicos esse.</i> (<i>Hist.</i>, IV, <small>VII</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p144">Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents.</div> -<p>C'est ce que rpondit Apollonius de Tyane au roi de -Babylone, qui lui avait demand ce qu'il fallait un -roi pour rgner srement. Quelques parmiographes -du moyen ge ont plac dans leurs recueils, comme -un adage, ce mot qui tait bien digne de le devenir. -Je ne crois pas qu'il ait besoin d'tre expliqu, et je -n'y joindrai pour tout commentaire que cette rflexion -du pape Benot XIV: Un souverain qui a beaucoup -de confidents ne saurait manquer d'tre trahi.</p> - - -<div class="p" id="p145">Il faut se dire beaucoup d'amis, et s'en croire peu.</div> -<p>Parce que, en se disant beaucoup d'amis, on peut -obtenir quelque considration dans le monde, et, en -se croyant peu d'amis, on est moins expos se laisser -tromper par ceux qui abusent de ce titre. Ce proverbe -est doublement rprhensible, puisqu'il conseille, -jusqu' un certain point, le mensonge et la -dfiance; mais il offre une maxime de politique si -conforme aux mœurs de notre temps, qu'il ne cessera -point d'tre pris pour une rgle de conduite.</p> - - -<div class="p" id="p146">Il ne faut pas mettre ses amis tous les jours.</div> -<p>On deviendrait charge ses amis, si l'on recourait -souvent leur gnrosit. Il faut tre de la plus -grande rserve sur ce point, et ne solliciter leur aide -que dans le cas o l'on ne pourrait s'en passer. Il -serait mme plus dlicat de s'abstenir d'une sollicitation -formelle, et de se borner leur faire connatre -le besoin qu'on prouve pour leur laisser le -mrite d'y subvenir de leur propre mouvement, selon -leurs moyens. La parfaite amiti impose d'une part le -devoir de ne rien demander, puisque de l'autre elle -impose celui de prvenir les demandes.</p> - -<p>Desmahis avait coutume de dire: Lorsque mon -ami rit, c'est lui m'apprendre le sujet de sa joie; -lorsqu'il pleure, c'est moi de dcouvrir la cause de -son chagrin.</p> - - -<div class="p" id="p147">Il faut prouver les amis aux petites occasions et les employer -aux grandes.</div> -<p>Il faut les prouver aux petites occasions, parce qu'il -ne s'agit alors que de certains actes de complaisance -qui ne doivent pas leur tre onreux; mais il faut avoir -soin d'viter, dans ces preuves, jusqu' la moindre -apparence d'indiscrtion et d'importunit, de manire -qu'elles ne leur paraissent que des tmoignages de la -confiance qu'ils inspirent, et, pour ainsi dire, des -hommages rendus l'excellence de leurs sentiments. -C'est l le meilleur moyen de sonder leurs bonnes -dispositions, dont on a besoin de ne pas douter, lorsqu'un -malheur pressant force de faire appel leur -aide et protection.</p> - - -<div class="p" id="p148">Il faut choisir ses amis dans sa famille.</div> -<p>Ce proverbe est pris d'un mot de Solon Anacharsis, -au rapport de Plutarque, dont la traduction latine -cite ce mot en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Paranda est amicitia domi, -non foris.</i> C'est dans la famille, en effet, qu'on peut -contracter l'amiti la meilleure et la plus solide, puisqu'elle -y est noue par le double lien du sang et de la -sympathie. La fraternit est une amiti toute faite.—Le -roi-prophte a consacr le psaume CXXXII l'loge -de cette amiti.—Qu'il est bon, qu'il est doux, -s'crie-t-il, que les frres vivent ensemble, et ne fassent -qu'un! <i lang="la" xml:lang="la">Ecce quam bonum et quam jucundum, habitare -fratres in unum!</i>—Il compare leur intimit -charmante au parfum dlicieux qui, vers sur la tte -d'Aaron, coula sur les deux cts de sa barbe et sur -les franges de son vtement, et la douce rose du -mont Hermon, qui descend sur la montagne de Sion -en fertilisant.</p> - -<p>Salluste a dit: Quel meilleur ami qu'un frre pour -un frre? Quel tranger trouveras-tu fidle, si tu es -l'ennemi des tiens? <i lang="la" xml:lang="la">Quis amicitior quam frater fratri? -Quem alienum fidum invenies, si tuis hostis fueris.</i> (<i>Jugurtha</i>, -<span lang="la" xml:lang="la">cap. <small>X</small>.</span>)</p> - -<p>Les races slaves attachaient un prix infini l'amiti -fraternelle, et leurs chants primitifs attestent que -n'avoir point de frre tait pour elles une grande -calamit.</p> - -<p>On lit dans le <i>Chi-King</i>, le troisime des livres sacrs -des Chinois: <i id="p100">Un frre est un ami qui nous est donn par -la nature.</i> Maxime proverbiale qui se retrouve dans le -<i>Trait de l'Amiti fraternelle</i> par Plutarque, o le frre -est appel <i>l'ami que la nature nous a donn</i>. De l le -vers attribu Legouv, qui, certes, n'a pas d suer -d'ahan pour le tirer de sa tte:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un frre est un ami donn par la nature.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p157">Bonne amiti est une autre parent.</div> -<p>Ce proverbe, qui fait l'loge de l'amiti en l'galant - la parent, tait fort accrdit au moyen ge, o -l'union entre les parents tait gnralement regarde -comme un des devoirs les plus importants. Il tait -mme consacr par une rgle de jurisprudence formule -en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitia vera similis est consanguinitati -proximiori.</i> <a name="p158" id="p158"></a>La vritable amiti est semblable - la parent la plus rapproche. Les mots amiti et -fraternit pouvaient alors s'employer l'un pour l'autre. -Touchante synonymie, dont la perte est regretter.</p> - -<p>Montaigne, dans son beau chapitre sur l'amiti, -nous apprend qu'il donnait son ami Estienne de la -Botie le nom de frre: <span lang="frm" xml:lang="frm">Un beau nom, dit-il, et -plein de dilection, et cette cause en feismes nous, -luy et moy, nostre alliance.</span></p> - -<p>Voici un mot plein d'esprit et de sentiment qui revient -au proverbe. Le comte Albert de Sesmaisons, -prsentant un jour le vicomte J. Walsh de Serrent -Chateaubriand, lui dit: Voil mon ami Walsh: la -nature s'tait trompe en ne me le donnant pas pour -frre, mais depuis longtemps nous avons rpar son -erreur.</p> - - -<div class="p" id="p159">Bonne amiti vaut mieux que parent.</div> -<p>Les Latins disaient: <i>La meilleure parent est celle du -cœur</i>, pense absolument vraie, tandis que celle qu'exprime -le proverbe franais ne l'est que relativement -aux circonstances qui motivent l'application de ce -proverbe, qu'on pourrait, en plusieurs cas, retourner -avec raison de cette manire: <i>Bonne parent vaut mieux -qu'amiti.</i> Il en est de mme de cet autre proverbe -ingnieux: <i id="p101">Un parent est une partie de notre corps, un -ami est une partie de notre me</i>; car un parent qui est -bon ami est la fois partie de notre me et de notre -corps; il appartient notre tre tout entier.</p> - -<p>Je ne saurais goter ces proverbes qui cherchent -exalter un sentiment aux dpens d'un autre, qui appauvrissent -la parent pour enrichir l'amiti. Si le -fait sur lequel ils se fondent est vrai quelquefois, et -malheureusement il ne l'est que trop, il faut le dplorer -au lieu de le signaler, de l'accrditer dans des -maximes outres qui ne sont propres qu' introduire -la dfiance au sein du foyer domestique, en faisant -accroire qu'on ne peut gure compter sur l'affection -des siens; car cela n'est pas conforme la loi de la -nature qui, par la communaut du sang, par la ressemblance -des actes habituels, par l'intimit des relations -journalires, tend engendrer contre les parents -vivant sous le mme toit et mangeant la mme table -une grande sympathie que les passions gostes peuvent -seules empcher. Cela n'est pas non plus selon la -loi de la religion, qui, tout en nous enjoignant d'aimer -tous les hommes, admet une prfrence d'amour -pour les membres de la famille; et remarquez bien -que le Christ a impos les devoirs de la parent -l'amiti, et ceux de l'amiti la parent, pour nous -enseigner que le caractre parfait de chacune d'elles -consiste dans la runion des deux sentiments: voyant -du haut de la croix sa sainte mre, et prs d'elle le -disciple bien-aim, il dit sa mre: Voil votre fils, -et au disciple: Voil votre mre. Ce que Bossuet met -fort au-dessus de l'action d'Eudamidas, qui, ne laissant -pas en mourant de quoi entretenir sa famille, -s'avisa de lguer ses amis sa mre et ses enfants, par -son testament, car ce que la ncessit suggra ce -philosophe, l'amour le fit faire Jsus-Christ d'une -manire bien plus admirable.</p> - -<p>Du reste le proverbe qui prfre les amis aux parents -n'a pas t gnralement admis, comme nous l'avons -fait voir en rapportant d'autres proverbes qui le combattent -et auxquels il faut joindre celui-ci: <i id="p149">Si les -amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix -de Dieu.</i></p> - -<p>Le pote Hsiode, dans son pome <i>les Travaux et les -Jours</i>, n'a point hsit mettre la fraternit au-dessus -de l'amiti.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que jamais ton ami ne s'gale ton frre,</div> -<div class="verse">Et pourtant que toujours l'amiti te soit chre!</div> -</div> - -<p class="attr">(Ch. <small>II</small>. Trad. de M. Alph. Fresse-Montval.)</p> - - -<div class="p" id="p160">Les couteaux coupent l'amiti.</div> -<p>Dicton employ pour signifier qu'il ne faut jamais -faire prsent d'un couteau ni d'un objet coupant ou -perant, comme s'il y avait craindre qu'une fatalit -ft attache un pareil cadeau, et que la personne -qui le reoit dt s'en servir un jour contre celle qui -le donne, ainsi que le font supposer plusieurs exemples -tragiques, parmi lesquels on cite le fait suivant -arriv, dit-on, dans une buanderie: Un enfant, -qui son frre avait donn un couteau, l'en frappa au -cœur dans une dispute, en prsence de leur mre, -occupe de son lessivage. Celle-ci, hors d'elle-mme, -se prcipita sur le meurtrier et le fit tomber dans une -cuve d'eau bouillante ouverte presque au niveau du -sol; puis elle se pendit de dsespoir, et le pre, rentrant -chez lui, expira subitement la vue d'un si grand -dsastre.</p> - -<p>Le pote Santeuil a rsum cette terrible aventure -dans ce distique latin d'une concision remarquable:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Alter cum puero, mater cunjuncta marito,</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cultello, lympha, fune, dolore cadunt.</i></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Deux enfants et leur mre, et leur pre, malheur!</div> -<div class="verse">Meurent par le fer, l'eau, la corde, la douleur.</div> -</div> - -<p>Du reste, la superstition sur laquelle le dicton est -fond ne fait pas redouter seulement de sanglantes -discordes, mais des infortunes plus ordinaires comme -l'infidlit, l'abandon et l'oubli. On lit dans le chapitre -<small>XX</small> des <i lang="frm" xml:lang="frm">vangiles des connoilles</i> (quenouilles): -<span lang="frm" xml:lang="frm">Celuy qui estraine sa dame par amours, le jour de -l'an, de couteaulx, saichiez que leur amour refroydira.</span> -(Mardi, 2<sup>me</sup> journe.)</p> - -<p>On sait que pour conjurer le danger qu'on court -faire des prsents de cette espce, il faut exiger en -retour quelque petite pice de monnaie des personnes -qui les reoivent. Mais pourquoi une petite pice de -monnaie peut-elle empcher les couteaux donns de -couper l'amiti?—C'est, ce qu'on prtend, parce -qu'elle supprime le don, en y substituant l'change -dont elle est le gage. Cette explication ne vaut pas -celle des dires du moyen ge, qui enseignaient que -cette monnaie servait de prservatif contre le malfice -parce qu'elle tait marque du signe de la croix.</p> - - -<div class="p" id="p161">Ne te fie pas l'amiti d'un bouffon.</div> -<p>Parce qu'un bouffon sacrifie tout sa manie de faire -rire. Il ne songe qu' prodiguer les plaisanteries les -plus hasardes, sans se mettre en peine si elles choquent -le bon sens ou les usages de la socit polie, -sans avoir gard ni aux personnes, ni aux circonstances, -ni au temps. Comme il est incapable de retenir -sa verve railleuse dans les limites de la modration, -et de matriser sa langue drgle, il ne peut gure -manquer de blesser ses amis par ses mauvaises pointes, -ou de les compromettre par ses sottes indiscrtions.</p> - -<p>Ce proverbe n'a pas la prtention d'insinuer que -l'amiti soit incompatible avec les plaisirs d'une aimable -gaiet et d'un riant badinage, avec les agrables -jeux de l'esprit qui savent, sans l'inquiter, la prserver -de la monotonie et de l'ennui; il veut simplement -faire entendre qu'elle rclame des hommes raisonnables, -honntes, courtois, circonspects, et que ces -hommes, d'un commerce doux et sr, sont impossibles - trouver dans la catgorie ridicule et mprisable -des bouffons.</p> - - -<div class="p" id="p162">L'amiti est un pacte de sel.</div> -<p>Traduction du proverbe latin: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitia pactum salis</i>, -qui fut formul au moyen ge pour exprimer que -l'amiti doit s'tablir par un long commerce et tre -toujours durable. L'expression <i lang="la" xml:lang="la">pactum salis</i> est plusieurs -fois employe dans les livres saints, o elle -signifie une alliance inviolable et sacre, par allusion -la nature du sel, qui empche la corruption. <i lang="la" xml:lang="la"><span class="sc">Pactum -salis</span> est sempiternum coram Domino, tibi ac filiis tuis</i> -(<i lang="la" xml:lang="la">lib. Numerorum</i>, <small>XVIII</small>, 19). C'est un <i>pacte de sel</i> -perptuit devant le Seigneur, pour vous et vos fils. -<i lang="la" xml:lang="la">Num ignoratis quod Dominus Deus Israel dederit regnum -David super Israel in sempiternum, ipsi et filiis ejus <span class="small">IN -PACTUM SALIS</span>.</i> (<i>Paralip.</i>, <small>XIII</small>, 5.) Ignorez-vous que le -Seigneur Dieu d'Isral a donn pour toujours la souverainet -sur Isral David et ses descendants par -un <i>pacte de sel</i>?</p> - -<p>Il tait recommand dans le <i>Lvitique</i> d'offrir du sel -dans tous les sacrifices: <i lang="la" xml:lang="la">In omni oblatione tua offeres -sal</i> (<small>II</small>, 13). Dans toutes les oblations tu offriras du -sel. Homre a donn au sel l'pithte de divin, -<span lang="grc" xml:lang="grc">θεῖος ἅλς.</span> -Pythagore le regardait comme le symbole de -la justice, et il voulait que la table en ft abondamment -pourvue. Vatable croit que les Francs admettaient -le sel dans leurs pactes, pour montrer qu'ils -dureraient toujours, et quelques auteurs ont pens que -de cet usage a pu driver le nom de <i>loi salique</i>, qui, -comme on sait, a une autre origine.</p> - - -<div class="p" id="p163">Il faut que l'amiti nous trouve ou nous fasse gaux.</div> -<p>Cet adage, que nous avons reu des Latins, nous -apprend que la vritable amiti ne peut bien s'tablir -ou se conserver que sous le rgime de l'galit, car -<i id="p164">l'amiti est la sympathie de deux mes gales</i>, suivant la -maxime des Orientaux.—On comprend qu'il s'agit -ici de l'galit des sentiments et non de celle du rang -et de la fortune, puisqu'il y a plusieurs exemples clbres -qui prouvent que deux hommes ingaux, soit en -titres, soit en biens, ont t de parfaits amis.—Bossuet -a dit de cette amiti entre les ingaux qu'elle se -soutient d'un ct par l'humilit et de l'autre par la -libralit, et cela est vrai sans doute; mais il faut que -cette humilit et cette libralit n'altrent en rien le -principe d'galit qui doit rgner entre les cœurs; -sans quoi l'amiti ne saurait subsister. C'est ce qu'exprime -un autre proverbe oriental que l'abb Aubert a -reproduit textuellement dans ce vers remarquable:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p165">L'amiti disparat o l'galit cesse.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p166">La flatterie est le poison de l'amiti.</div> -<p>C'est un proverbe formul au moyen ge d'aprs -cette pense sur laquelle Cicron revient plusieurs -fois, qu'il n'y a point dans les amitis de peste plus -grande que la flatterie: <i lang="la" xml:lang="la">Nullam in amicitiis pestem esse -majorem quam adulationem.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXV</small>.) En effet, -la sincrit tant essentielle l'amiti, il s'ensuit ncessairement -que la flatterie doit pervertir et frapper -de mort l'amiti.—<i id="p102">Flatter un ami</i>, dit un proverbe -antique, <i>c'est lui verser du poison dans une coupe d'or</i>.</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Homo, qui blandis fictisque sermonibus loquitur amico -suo, rete expandit gressibus ejus.</i> (Salomon, <i>Prov.</i>, <small>XXIX</small>, 5.) -<a name="p103" id="p103"></a>L'homme qui tient son ami un langage flatteur et -dguis tend un filet ses pieds.</p> - -<p><i>Il faut</i>, dit un proverbe oriental, <i>se mfier de ceux -qui trafiquent d'encens et de poisons</i>: c'est--dire des -flatteurs et des envieux.</p> - - -<div class="p" id="p167">Le plus bel ge de l'amiti est sa vieillesse.</div> -<p>C'est--dire que plus l'amiti est vieille, plus elle -est belle.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le temps, qui fltrit tout, embellit l'amiti.</div> -</div> - -<p>Il fait plus que l'embellir, il la consacre. <i lang="la" xml:lang="la">Est aliquid -sacri in antiquis necessitudinibus.</i> (Cicron.) Il y a quelque -chose de sacr dans les vieilles amitis. (Voyez -sur ce mot de <i lang="la" xml:lang="la">necessitudinibus</i>, <i>ncessits</i>, employ pour -<i>amitis</i>, le proverbe: <i><a href="#p126">On ne peut vivre sans amis</a></i>, dans le -commentaire duquel il est expliqu.)</p> - -<p>Les Italiens disent: <i lang="it" xml:lang="it">Vecchio amico, cosa sempre -nuova.</i> <a name="p105" id="p105"></a>Vieil ami, chose toujours nouvelle.</p> - -<p>Les Orientaux ont ce proverbe: <i id="p168">L'amiti est un plaisir -qui ne fait que s'accrotre mesure qu'on vieillit.</i></p> - - -<div class="p" id="p169">Les petits prsents entretiennent l'amiti.</div> -<p>Ce n'est pas sans raison que le proverbe dit <i>les petits -prsents</i>, car les prsents doivent tre rciproques, -et, lorsqu'ils sont trop considrables pour qu'on -puisse en rendre l'quivalent, ils blessent plus la vanit -qu'ils n'excitent la reconnaissance; ils font natre -une sorte de haine, au lieu d'entretenir l'amiti. Suivant -une remarque de Q. Cicron, celui qui ne croit -pas pouvoir s'acquitter envers quelqu'un ne saurait -tre son ami. <i lang="la" xml:lang="la">Qui se non putat satisfacere amicus esse -nullo modo potest.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Petitione consulatus</i>, <small>IX</small>.)</p> - -<p>Ce que Tacite a redit de cette manire plus nergique: -<i lang="la" xml:lang="la">Beneficia quousque lta sunt, dum videntur exsolvi -posse; ubi multum antevenire, pro gratia odium redditur.</i> -(Annal., <small>IV</small>, 18.) Les bienfaits sont agrables tant -qu'on croit pouvoir les acquitter; ds qu'ils excdent -la reconnaissance, celle-ci se change en haine.</p> - -<p>Les Celtes avaient cette maxime analogue notre -proverbe: Que les amis se rjouissent <i>rciproquement</i> -par des prsents d'armes et d'habits: <i>ceux qui donnent -et qui reoivent restent longtemps amis</i>, et ils font souvent -des festins ensemble. On lit dans le <i>Hava-mal</i> des -Scandinaves: Si tu as un ami auquel tu te confies, -il faut mler vos penses, <i>changer des prsents</i>, et aller -souvent le trouver.</p> - - -<p id="p170">La table est l'entremetteuse de l'amiti.</p> - -<p>On dit aussi: <i id="p150">La table fait les amis</i>, parce que les -panchements auxquels on se livre en mangeant ensemble -tablissent des rapports d'une intimit bienveillante, -qui dissipent les prventions haineuses et -donnent naissance l'amiti, ou en resserrent plus -troitement les doux liens. Minos et Lycurgue avaient -reconnu cette vrit lorsqu'ils fondrent des repas de -confraternit, et Ariste regardait comme contraire -la sociabilit la coutume des gyptiens, qui mangeaient -sparment sans avoir jamais de festins communs.</p> - -<p>Il y eut au commencement de la Rvolution -franaise des banquets fraternels qui se faisaient, le soir, -dans les rues, sur les places, dans les jardins et les -difices publics. Les citoyens des divers tats s'y rendaient, -apportant chacun son mets, son pain, son vin, -son cidre ou sa bire, dont leurs voisins moins bien -pourvus recevaient d'ordinaire une part offerte avec -bienveillance. Cette commensalit propre concilier -les proltaires, les ouvriers et les bourgeois, en cartant -les soupons, les dfiances et les inimitis qui les -divisaient, semblaient devoir produire des rsultats -heureux; mais la Convention la jugea dangereuse pour -la Rpublique, et elle la proscrivit, aprs un fameux -rapport de Barrre, qui signalait dans un tel rapprochement -des riches et des pauvres l'<i>alliance monstrueuse -des serpents et des colombes</i>.</p> - - -<div class="p" id="p171">Il ne faut pas laisser crotre l'herbe sur le chemin de l'amiti.</div> -<p>Il ne faut pas ngliger de visiter ses amis. Cet adage -se trouve dans un prcepte de la sagesse scandinave -que M. J.-J. Ampre a reproduit dans ces vers de son -pome intitul <i>Sigurd, tradition pique restitue</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le seuil de ton ami, que ton pied le connaisse,</div> -<div class="verse">Qu'entre vous deux toujours le chemin soit fray;</div> -<div class="verse i2">Ne souffre pas que l'herbe naisse</div> -<div class="verse i2">Sur le chemin de l'amiti.</div> -</div> - -<p>Les Celtes disaient: Sachez que, si vous avez un -ami, vous devez le visiter souvent. Le chemin se remplit -d'herbes, et les broussailles le couvrent bientt, -si l'on n'y passe pas sans cesse.</p> - -<p>Le conseil de <i>ne pas laisser crotre l'herbe sur le -chemin de l'amiti</i> n'est pas interprt de mme chez -tous les peuples. Pour les uns il signifie que les amis -doivent se visiter continuellement, et pour les autres -qu'ils ne doivent le faire qu'avec modration, car <i id="p173">des -visites trop frquentes useraient l'amiti</i>, suivant un mot -de Mahomet pass en proverbe, ou lui terait une des -forces vitales du sentiment qui l'anime, comme le fait -entendre Montaigne dans ce passage o il parle de -son ami tienne de la Botie: <span lang="frm" xml:lang="frm">L'une partie de nous -demeuroit oysifve quand nous estions ensemble; nous -nous confondions: la sparation du lieu rendoit la -conjonction de nos volontez plus riche. Cette faim insatiable -de la prsence corporelle accuse un peu la -foiblesse en la jouissance des ames.</span> (<i>Essais</i>, liv. III, -ch. <small>IX</small>.)</p> - -<p>La maxime des Hbreux est que les amis qui veulent -s'entretenir dans une gale et parfaite intelligence ne -doivent pas se visiter tous les jours; que <i>la pluie frquente -est trs-ennuyeuse, et qu'elle devient trs-agrable -quand on la souhaite</i>.</p> - -<p>Les Arabes disent: <i id="p172">Visite rare accrot l'amiti</i>; proverbe -employ par Lockman dans son <i>Amthal</i> ou <i>Recueil -de sentences et d'apologues</i>.</p> - -<p>Les Russes expriment une ide analogue en ces -termes: <i>Visite rare, aimable convive.</i> (Voyez plus loin le -proverbe: <i><a href="#p1">Un peu d'absence fait grand bien.</a></i>)</p> - - -<div class="p" id="p174">L'amiti fait plus de bons mnages que l'amour.</div> -<p>Un sentiment raisonnable entretient le calme dans -l'esprit des poux, tandis qu'une passion folle y porte -l'agitation et le trouble: par consquent, l'<i>amour qui -est presque la folie de l'amiti</i>, suivant l'expression de -Snque, ne saurait aussi bien que l'amiti simple -faire rgner la paix et la tranquillit.</p> - -<p><span lang="frm" xml:lang="frm">Un bon mariage, s'il en est, refuse la compaignie -et conditions de l'amour: il tasche reprsenter -celles de l'amiti. C'est une doulce socit de vie, -pleine de constance, de fiance et d'un nombre infiny -d'utiles et solides offices et obligations mutuelles.</span> -(Montaigne, <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>.)</p> - -<p>Ce n'est pas affaire, en mariage, dit Charron, d'tre -toujours amants, mais toujours amis.</p> - -<p>On lit dans une des lettres de la duchesse d'Orlans, -mre du Rgent: Le mieux est d'aimer son mari par -devoir et non par passion, de vivre avec lui en paix -et amicalement, mais de ne pas se tracasser du cours -qu'il donne ses passions. De cette manire on reste -longtemps bons amis, et la paix et l'harmonie se -maintiennent dans le mnage.</p> - - -<div class="p" id="p175">L'amiti qui nat de l'amour vaut mieux que l'amour mme.</div> -<p>Je crois que ce proverbe est vrai, mais je crois aussi -qu'il n'est gure susceptible d'avoir une juste application; -car l'amour n'abandonne pas la fois deux -cœurs qui se dsunissent, et, tant qu'il reste dans l'un, -il ne permet pas l'amiti de venir y prendre sa place; -il la cde plutt la haine. Si vous en doutez, vous -n'avez qu' proposer votre amiti pure et simple une -femme qui conserve pour vous une passion que vous -n'avez plus pour elle, et vous verrez comment elle recevra -votre proposition.</p> - -<p>Il faut que l'amour soit teint dans les cœurs qui en -ont ressenti les ardeurs mutuelles, pour qu'il puisse -tre remplac par l'amiti. Ce nouveau sentiment, -nourri des douces rminiscences du premier, ne se -forme que lentement. Il ressemble la fleur parfume -de l'alos, qui ne se dveloppe qu'aprs de longues annes. -C'est un bnfice du temps, dont la jouissance est -rserve certains couples exceptionnels, vieillis et -comme embaums dans leur fidlit sacrosainte.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Philmon et Baucis nous en offrent l'exemple.</div> -</div> - -<p>Quelques poux chrtiens nous l'offrent aussi, surtout -quand il leur a t donn par grce spciale de -clbrer le jubil de leur mariage. Mais ces pieux -poux sont aujourd'hui bien rares. Quant ceux de -toutes les autres catgories, je crois qu'il serait trs-difficile -d'en trouver une paire vivant dans les dlices -de l'amiti, aprs avoir vcu fidlement dans les dlices -de l'amour. La sœur, chez eux, ne saurait hriter -du frre, et cela par une raison toute simple: c'est -que les maris et les femmes les mettent constamment -en hostilit, les maris refusant leur amour leur -femme, et les femmes repoussant l'amiti de leur -mari. Vous pouvez, si vous voulez, faire la converse de -cette proposition: elle sera tout aussi vraie.</p> - - -<div class="p" id="p176">L'amiti confie son secret, mais il chappe l'amour.</div> -<p>C'est un proverbe que La Bruyre a rpt dans -cette pense: On confie son secret dans l'amiti, -mais il chappe dans l'amour. Il se trouve tel que je -le rapporte dans un recueil de proverbes orientaux -beaucoup plus ancien que les œuvres de La Bruyre.</p> - - -<div class="p" id="p177">L'amiti rompue n'est jamais bien soude.</div> -<p>Les Espagnols disent par la mme mtaphore: -<i lang="es" xml:lang="es">Amigo quebrado, soldado, mas nunca sano.</i> <a name="p89" id="p89"></a>Ami rompu -peut bien tre soud, mais il n'est jamais sain.</p> - -<p>Il y a un proverbe patois bien ingnieux dont voici -la traduction littrale: <i id="p178">L'amiti rompue ne se renoue pas -sans que le nœud paraisse ou se sente.</i></p> - -<p>Ces proverbes signifient que l'amiti blesse ne se -remet jamais entirement de sa blessure.</p> - - -<div class="p" id="p179">Le respect et la dfrence sont les liens de l'amiti.</div> -<p>Il faut entendre ici, je crois, par respect et par dfrence, -l'estime, la considration, la confiance, les -gards, les soins et la complaisance que les amis se -doivent rciproquement: toutes ces choses sont de -l'essence de l'amiti, il les lui faut sans rserve et -sans altration. L'amiti est si jalouse et si dlicate, -dit Fnelon, qu'un atome qui s'y mle la blesse.</p> - -<p>Le proverbe est une variante de cette sentence -d'Ali: Le respect mutuel resserre l'amiti.</p> - - -<div class="p" id="p180">Bonne amiti vaut mieux que tour fortifie.</div> -<p>La guerre peut enlever ou dtruire cette tour; mais -aucun revers ne peut branler cette amiti qui prend -de nouvelles forces dans les infortunes de celui dont -les bonnes qualits ont su l'inspirer. Solidaire des -maux qu'il prouve, elle cherche tous les moyens de -les consoler, de les soulager, de les rparer.—Tel -est le sens de ce proverbe: l'amiti qu'il signale est -tout fait exceptionnelle, et bien des gens ne manqueront -pas de la relguer parmi les utopies. Quoi -qu'il en soit, l'amiti vritable, quand mme elle n'aurait -pas le caractre de perfection qu'il lui attribue, -est du plus grand secours contre le malheur.—L'<i>Ecclsiastique</i> -dit sans figure: <i lang="la" xml:lang="la">Amicus fidelis, protectio -fortis</i> (<small>VI</small>, 14). <a name="p104" id="p104"></a>L'ami fidle est une forte protection.</p> - -<p>Ce proverbe est de la plus haute antiquit, mais il -n'est plus aujourd'hui aussi vrai qu'il le fut dans l'enfance -des socits, o l'autorit des lois tant souvent -mconnue, on cherchait y suppler par quelque -protection plus sre, en se mnageant des amis puissants -et en augmentant ses forces individuelles de -toutes celles qu'ils avaient.</p> - -<p>On sait que Lycurgue avait donn l'amiti pour base - sa lgislation.</p> - - -<div class="p" id="p181">L'amiti doit se contracter frais communs.</div> -<p>L'amiti est une sincre union de deux personnes -galement soigneuses du bonheur l'une de l'autre. -Elle ne peut se former et se maintenir qu'autant que -chacune d'elles se montre anime du mme zle et -des mmes sentiments pour en remplir les devoirs -rciproques. De l ce proverbe employ le plus souvent -comme un avis qu'on veut donner aux amis un -peu trop personnels, qui semblent plus jaloux de -jouir des bnfices de l'amiti que d'en partager les -charges.</p> - -<p>Les Arabes disent dans un sens analogue: <i id="p86">Si ton -ami est de miel, ne le mange pas tout entier.</i></p> - - -<div class="p" id="p182">Il faut dcoudre et non dchirer l'amiti.</div> -<p>Mot de Caton l'Ancien rapport par Cicron en ces -termes: <i lang="la" xml:lang="la">Amiciti sunt dissuend magis quam discindend.</i> -(<i lang="la" xml:lang="la">De Amicitia</i>, <small>XXI</small>.) Cicron dit encore: <i lang="la" xml:lang="la">Amicitiam haud -prcidas, verum dissuas.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">De Officiis</i>, <small>XXXIII</small>.) C'est quelquefois, -ajoute-t-il, un malheur ncessaire de renoncer - certains amis: alors il faut s'loigner d'eux insensiblement, -sans aigreur et sans colre, et faire voir -qu'en se dtachant de l'amiti on ne veut pas la remplacer -par de l'inimiti, car rien n'est plus honteux que -de passer d'une liaison intime une guerre dclare.</p> - -<p>Il ne faut pas croire, dit trs-bien M<sup>me</sup> de Lambert, -qu'aprs les ruptures vous n'ayez plus de devoirs - remplir. Ce sont les devoirs les plus difficiles -et o l'honntet seule vous soutient. On doit du respect - l'ancienne amiti. Il ne faut point appeler le -monde vos querelles; n'en parlez jamais que quand -vous y tes forc pour votre propre justification; -vitez mme de trop charger l'ami infidle.</p> - -<p>Le marchal de Richelieu disait: Il faut dcoudre -l'amiti, mais il faut dchirer l'amour.</p> - - -<div class="p" id="p183">Amiti de gendre.</div> -<p>Amiti sur laquelle il ne faut pas compter. Les Espagnols -assimilent cette amiti au soleil d'hiver. <i lang="es" xml:lang="es">Amistad -de yerno, sol de invierno.</i> <a name="p184" id="p184"></a>Amiti de gendre, soleil -d'hiver; c'est--dire amiti rare comme le beau temps -dans la froide saison, ou bien amiti qui peut avoir par -moment quelque clat, mais qui manque de chaleur. -Les Languedociens ont ce proverbe: <i lang="oc" xml:lang="oc">Amour d noros, -amour d jhendrs es uno bugado sans cendrs.</i> <a name="p185" id="p185"></a>Amour -de brus, amour de gendres, c'est une lessive sans -cendres. Pourquoi cette assimilation d'une mauvaise -amiti et d'une mauvaise lessive? Serait-ce parce que -la premire n'efface pas les taches du caractre, de -mme que la seconde n'efface pas les taches du linge?</p> - -<p>Coll, auteur connu par des ouvrages o respire -la gaiet, a fait une longue et triste comdie pour -prouver que le gendre ne peut rester l'ami de son -beau-pre. Cette maxime est exagre, quoiqu'il soit -difficile un pre de supporter la diminution de l'affection -de sa fille et celle de sa fortune. (Penses du -gnral Petiet.)</p> - -<p>Nous avons encore un proverbe remarquable qui -fait bien sentir, par le double rsultat qu'il prsente, -combien il faut agir prudemment dans le choix d'un -gendre: <i id="p527">Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en -trouve un mauvais perd une fille.</i></p> - -<p>Piron a fait usage de ce proverbe d'origine orientale -dans les vers suivants de sa comdie intitule -l'<i>Amant mystrieux</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quand on choisit un gendre, il faut le choisir bien,</div> -<div class="verse">Et ce choix-l n'est pas une affaire de rien:</div> -<div class="verse">S'il est bon, vous gagnez un fils la famille,</div> -<div class="verse">Et, quand il est mauvais, vous perdez une fille.</div> -</div> - -<p class="attr">(Act. II, sc. <small>VIII</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p186">Les amitis devraient tre immortelles, et mortelles les inimitis.</div> -<p>Maxime proverbiale rapporte par l'historien Tite-Live. -<i lang="la" xml:lang="la">Amicitias immortales, inimicitias mortales esse debere</i> -(<small>XL</small>, 46). Elle exprime un vœu qu'il n'est pas donn -aux hommes de raliser. Aussi ne s'emploie-t-elle que -comme formule de regret quand on voit des unions -heureuses rompues subitement par la mort.—Un proverbe -hbreux dit: <i>Une amiti qui a pu vieillir ne devrait -jamais mourir.</i></p> - -<p>Fnelon souhaitait que les amis s'entendissent pour -mourir le mme jour.</p> - -<p>C'est ce qui se faisait chez les Gaulois. L'ami ne -voulait pas survivre son ami et s'enfermait avec lui -dans le mme tombeau. Admirable rsultat produit -par deux grandes vertus trop mconnues aujourd'hui, -le dvouement le plus sincre, et la foi la plus vive -l'immortalit de l'me.</p> - - -<div class="p" id="p6">L'affection aveugle la raison.</div> -<p>On n'aperoit pas ordinairement les dfauts des -personnes qu'on aime, et souvent mme on prend ces -dfauts pour des qualits; car l'illusion est un effet -ncessaire du sentiment dont la force se mesure presque -toujours par le degr d'aveuglement qu'il produit. -Le cœur, dit Pascal, a ses raisons que la raison ne -connat pas.</p> - -<p>Il en est de la haine comme de l'amour: Ni l'un -ni l'autre, dit saint Bernard, ne savent juger selon les -rgles de la vrit. (<i lang="la" xml:lang="la">De Grad. humilitatis.</i>) De mme -que l'amour prend les dfauts pour des qualits, la -haine prend les qualits pour des dfauts.</p> - -<p>Oh! qu'il en est peu qui voient les dfauts de -ceux qu'ils aiment et les bonnes qualits de ceux qu'ils -hassent! <i>Un pre</i>, dit le proverbe, <i>ne connat pas les -dfauts de son fils, ni le laboureur la fertilit de son -champ.</i> (Confucius.)</p> - -<p><i id="p187">L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux, -l'un ne laisse voir que le bien, et l'autre que le mal.</i> (Prov. -arabe.)</p> - - -<div class="p" id="p7">On voit toujours par les yeux de son affection.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et ft-il plus parfait que la perfection,</div> -<div class="verse">L'homme voit par les yeux de son affection.</div> -</div> - -<p class="attr">(Rgnier, Sat. <small>V</small>.)</p> - -<p>L'historiette suivante, emprunte Helvtius, qui -l'a emprunte un vieux conteur, servira de commentaire - ce proverbe. Un cur et une dame galante se -trouvaient dans un observatoire. Ils avaient ou dire -que la lune tait habite, et, le tlescope en main, -tous les deux tchaient d'en reconnatre les habitants. -Si je ne me trompe, dit d'abord la dame, j'aperois -deux ombres. Elles s'inclinent l'une vers l'autre. Je -n'en doute point, ce sont deux amants heureux.—Eh! -non, madame, s'cria le cur, les deux amants -que vous croyez voir sont les clochers d'une cathdrale. -Ce conte est notre histoire. Nous n'apercevons -le plus souvent dans les choses que ce que nous -dsirons y trouver. Sur la terre, comme dans la lune, -des passions diffrentes nous font toujours voir ou des -amants ou des clochers.</p> - -<p>Montesquieu a dit, dans une de ses lettres l'abb -de Guasco, pour marquer cette disposition de l'esprit -qui nous entrane continuellement vers les objets avec -lesquels l'usage nous a familiariss, qui fait de nos -ides et de nos paroles des chos de nos proccupations -habituelles: Le cur voit en songe son clocher, -et la servante y voit sa culotte.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">PROVERBES<br /> -<span class="small">SUR</span><br /> -<span class="large">L'AMOUR</span></h2> - - -<div class="p" id="p28">Il faut aimer pour tre aim.</div> -<p>Proverbe rapport par Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Si vis amari, ama</i> -(<i lang="la" xml:lang="la">Epist.</i> <small>IX</small>), et trs-bien expliqu dans ce passage de -J.-J. Rousseau: On peut rsister tout, hors la -bienveillance, et il n'y a pas de moyen plus sr de -gagner l'affection des autres que de leur donner la -sienne. On sent qu'un tendre cœur ne demande qu' -se donner, et le doux sentiment qu'il cherche le vient -chercher son tour.</p> - -<p>Il y a dans une passion vritable une puissance -d'attraction qui finit par triompher, non-seulement de -l'indiffrence, mais de la haine, et c'est avec raison -qu'un grave archevque de Paris, monseigneur de -Prfixe, a dit: Le philtre de l'amour, c'est l'amour -mme.</p> - -<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">Chi non arde non incende.</i> -<a name="p510" id="p510"></a>Qui n'est pas en feu n'enflamme point.</p> - - -<div class="p" id="p29">C'est trop aimer quand on en meurt.</div> -<p>Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers (gidius -Nuceriensis), dans son recueil d'<i>Adages franois</i>, -traduits en vers latins, <i lang="la" xml:lang="la">Adagia gallica</i>, etc., a rendu par -ce pentamtre:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Semper amor nimius dum fera mors sequitur.</i></div> -</div> - -<p>Ce proverbe est du moyen ge, o le culte de -l'amour pouvait faire des martyrs. Il trouve rarement -son application dans notre sicle d'gosme. On dit, -au contraire, aujourd'hui: <i id="p188">Mort d'amour et d'une fluxion -de poitrine.</i></p> - -<p>Le troubadour Pons de Breuil avait crit, ce que -nous apprend Nostradamus, un roman jadis trs-got, -dont le titre tait: <i lang="oc" xml:lang="oc">Las amors enrabyadas de Andrieu -de Fransa.</i> Les amours enrages d'Andr de France. Il -se pourrait que le proverbe ft venu d'une allusion au -hros de ce roman, mort d'amour pour une reine du -pays, et frquemment cit comme le parfait modle -des amants.</p> - -<p>Le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i> espagnol nous offre l'histoire de -l'amoureux don Bernaldino, qui disait: Ma gloire -est bien aimer, et qui se tua de dsespoir parce -que le pre de son amie Lonor avait emmen cette -belle en pays lointain. Ses vassaux, dsols de sa mort, -lui levrent un mausole tout de cristal, o ils gravrent -une pitaphe touchante termine par ces deux -vers:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="es" xml:lang="es">Aqui est don Bernaldino</div> -<div class="verse" lang="es" xml:lang="es">Que muri por bien amar.</div> -</div> - -<blockquote> -<p>Ci-gt don Bernaldino, qui mourut pour bien aimer.</p> -</blockquote> - -<p>Sahid, fils d'Agba, demandait un jour un jeune -Arabe: A quelle tribu appartiens-tu?—J'appartiens - celle chez laquelle on meurt d'amour.—Tu es donc -de la tribu des Arza?—Oui, j'en suis, et je m'en -glorifie.</p> - -<p>Ajoutons que cette tribu, clbre par son caractre -d'amour passionn, a fourni presque tous les noms qui -figurent dans un livre ou ncrologe arabe fort curieux, -intitul <i>Histoire des Arabes morts d'amour</i>.</p> - - -<div class="p" id="p30">Feindre d'aimer est pire que d'tre faux monnayeur.</div> -<p>Cette maxime proverbiale est sans doute du temps -des Amadis, o le faux amour tait <i>plus dcri que la -fausse monnaie</i>. Je le remarque, afin qu'elle ne paraisse -pas trop trange, aujourd'hui qu'on ne reconnat plus -rien de srieux ni de vrai dans l'amour, et qu'on en -fait un jeu de socit qui ne se joue qu'avec de faux -jetons, et o tout le monde triche. Autres temps, -autres mœurs.</p> - - -<div class="p" id="p31">Mieux vaut aimer bergres que princesses.</div> -<p>On a voulu chercher une origine historique ce -proverbe, qui est n peut-tre de la simple rflexion, -et l'on a trouv cette origine dans l'affreux supplice -que subirent deux gentilshommes normands, Philippe -d'Aulnai et Gauthier d'Aulnai, son frre, convaincus -d'avoir eu, pendant trois ans, un commerce adultre -avec les princesses Marguerite et Blanche, pouses de -Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel. Les chroniques -en vers de Godefroy de Paris (Manuscrits de la -Bibliothque nationale, n<sup>o</sup> 6,812) nous apprennent que -les deux coupables furent mutils, corchs vifs, -trans, aprs cela, dans la prairie de Maubuisson tout -frachement fauche, puis dcapits et pendus par les -aisselles un gibet. Quant aux deux princesses, elles -furent honteusement tondues et incarcres. Marguerite -fut trangle dans la suite au chteau Gaillard, -par ordre de son poux, Louis le Hutin, qui voulut se -remarier en montant sur le trne. Blanche passa le -reste de sa vie dans une triste captivit.</p> - - -<div class="p" id="p32">Aimer la franche marguerite.</div> -<p>Cette locution, employe pour dire tre dans une -disposition d'amour pleine de sincrit et de confiance, -fait allusion une superstition amoureuse bien connue -dans les campagnes, et que je vais expliquer.</p> - -<p>Telle est la disposition du cœur de l'homme que, -dans toutes les passions qu'il prouve, il ne saurait -jamais s'affranchir d'une sorte de superstition. On dirait -que, ne trouvant dans le monde rel rien qui rponde -pleinement aux besoins d'motion et de sympathie -produits par l'exaltation de son tre, il cherche - tendre ses rapports dans un monde merveilleux. -C'est surtout dans l'amour que se manifeste cette disposition. -L'amant est curieux, inquiet, il veut pntrer -l'avenir pour lui arracher le secret de sa destine. -Il rattache ses craintes et ses esprances toutes les -pratiques mystrieuses que son imagination lui fait -croire capables de changer la volont du sort et de la -disposer en sa faveur. Il veut trouver dans tous les -objets de la nature des assurances contre les craintes -dont il est assig. Il les interroge sur les sentiments -de celle qu'il adore. Les fleurs, qui lui prsentent son -image, lui paraissent surtout propres rvler l'oracle -de l'amour. Lorsqu'il va rvant dans la prairie, il cueille -une marguerite, il en arrache les ptales l'un aprs -l'autre, en disant tour tour: M'aime-t-elle?—pas -du tout,—un peu,—beaucoup,—passionnment, -dans la persuasion que ce qu'il tient savoir lui sera -dit par celui de ces mots qui concidera avec la chute -du dernier ptale. Si ce mot est <i>pas du tout</i>, il gmit, -il se dsespre; si c'est <i>passionnment</i>, il s'enivre de -joie, il se croit destin la suprme flicit, car la -marguerite est trop franche pour le tromper.</p> - -<p>Les amoureux villageois emploient aussi la plante -vulgairement appele pissenlit pour savoir s'ils sont -aims. Ils soufflent fortement sur les aigrettes duveteuses -de cette plante, et s'ils les font toutes envoler -d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspir -un vritable amour.</p> - -<p>Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisime -idylle de Thocrite, se servaient d'une feuille de -la plante que ce pote nomme <i>tlphilon</i> (espce de -pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de manire - la faire claquer; car ils regardaient ce claquement -comme un heureux prsage que leur tendresse ne -pouvait manquer d'tre paye de retour.</p> - -<p>Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont -soin de porter dans leurs poches des boutons d'une -certaine plante qui sont appels, en raison d'un tel -usage: <i lang="en" xml:lang="en">bachelor's buttons</i> (boutons de jeunes gens), -persuads que la manire dont ces boutons s'ouvrent -et se fltrissent doit leur faire connatre s'ils russiront -ou non auprs de l'objet de leur passion: Shakespeare -a rappel cette coutume dans les <i>Joyeuses Bourgeoises -de Windsor</i> (act. III, sc. <small>II</small>).</p> - - -<div class="p" id="p33">S'aimer comme deux tourterelles.</div> -<p>Les naturalistes et les potes du moyen ge ont fait -de ces oiseaux le symbole de la tendresse et de la fidlit -conjugales. Ils nous apprennent que le mle ne -s'attache qu' une seule femelle, et la femelle qu' un -seul mle; qu'ils vivent dans la plus troite union, et -que si l'un d'eux vient mourir, le survivant renonce - s'apparier avec un autre.</p> - -<p>On lit ce sujet dans le <i>Bestiaire divin</i> compos par -le clerc ou trouvre Guillaume: O vous, hommes et -femmes, que l'glise a unis par les liens ternels du -mariage, vous qui avez jur d'tre fidles, et qui tenez -si mal vos serments, instruisez-vous par l'exemple de -la tourterelle. Dans les bois pais qu'elle habite, elle -aime sans partage et veut tre aime de mme. Lorsqu'elle -perd sa compagne, il n'est point de saison, -point de moment o elle ne gmisse. Elle ne se pose -ni sur le gazon, ni sous la feuille; mais elle attend -toujours celle qu'elle a perdue, et ne forme jamais de -nouveaux liens. Elle n'oublie point son premier ami, -et, s'il meurt, le reste de la terre lui est indiffrent.</p> - -<p>O vous qui vivez dans le tourbillon du monde, -apprenez de cet oiseau l'inviolable fidlit des regrets, -et ne faites point comme ces maris qui, en revenant -de l'enterrement de leurs femmes, s'occupent, ds le -soir mme, de la remplacer. (Ch. <small>XXXI</small>.)</p> - -<p>L'abb Salgues dit: La tourterelle est si douce -qu'on regrette de lui enlever la rputation qu'on lui -a faite d'tre un modle de fidlit; mais la douceur -est souvent compagne de la faiblesse, et je suis forc -d'avouer que j'ai vu des tourterelles oublier les lois de -la constance pour coqueter avec des amants. Peut-tre -tait-ce la contagion du mauvais exemple, car ces tourterelles -taient domestiques et vivaient parmi nous. -Cependant Le Roy (naturaliste) assure qu'il en a vu de -sauvages faire deux heureux de suite, sans quitter la -mme branche.</p> - - -<div class="p" id="p34">S'aimer comme Robin et Marion.</div> -<p>S'aimer d'un amour tendre et fidle. Il y a une espce -de pastorale du douzime sicle, le <i>Jeu du Berger -et de la Bergre</i>, par Adam de la Halle, o Robin et -Marion sont reprsents comme les parfaits modles -des amants. Le chevalier Aubert, pris de Marion, -l'accoste en lui demandant pourquoi elle rpte si souvent -et avec tant de plaisir le nom de Robin. Elle rpond: -C'est que j'aime Robin, et que Robin m'aime. -Il lui dclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus -heureuse avec lui, et il cherche la sduire par les -plus belles promesses. Voyant enfin qu'il ne peut y -russir, il veut l'enlever. Mais elle rsiste, et il est -forc de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui -l'auteur nous la montre changeant les plus doux -tmoignages d'une tendresse mutuelle.</p> - -<p>Cette pice que les jongleurs jouaient et chantaient -dans les festins publics, entre les mets ou aprs les -mets, a sans doute donn lieu l'expression proverbiale: -<i>s'aimer comme Robin et Marion</i>, ainsi qu' cette -autre expression analogue: <i>tre ensemble comme Robin -et Marion</i>, c'est--dire en parfaite intelligence.</p> - -<p>On dit aussi de deux amants insparables: <i>L'un ne -va pas sans l'autre, non plus que Robin sans Marion.</i></p> - - -<div class="p" id="p35">On ne peut aimer et tre sage tout ensemble.</div> -<p>C'est un apophthegme que Plutarque, dans la <i>Vie -d'Agsilas</i>, attribue ce grand capitaine. Il s'explique -par le proverbe: <i lang="la" xml:lang="la">Omnis amans amens</i>, <a name="p40" id="p40"></a>tout amant est -fou. Les Latins disaient encore qu'aimer et tre sage - la fois tait peine possible un dieu.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare et sapere vix deo conceditur.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(P. Syrus.)</p> - -<p>Il y a bien des dames, disons-le leur gloire, qui -cherchent tous les jours dmentir ce proverbe; plus -elles font l'amour, plus elles s'efforcent de passer -pour sages: <i lang="it" xml:lang="it">e sempre bene</i>.</p> - - -<div class="p" id="p36">Aimer n'est pas sans amer.</div> -<p>Ou plus simplement <i>aimer est amer</i>. Ce jeu de mots -tait un vrai calembour dans l'ancien temps, o l'on -disait <i>amer</i> pour <i>aimer</i>. Le sens est suffisamment expliqu -par cette apostrophe l'amour, tire des <i>Stances -sur le dplaisir d'un dpart</i>, partie IV, liv. <small>XI</small> du roman -d'<i>Astre</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Que nos sages Gaulois savoient bien ta coustume,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Lorsque pour dire <i>aimer</i>, ils prononoient amer!</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Amers sont bien tes fruits, et pleines d'amertume</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Sont toutes les douceurs qu'on a pour bien aimer.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p37">Qui ne sait pas cler ne sait pas aimer.</div> -<p>Le mystre est ncessaire l'amour, et il ajoute -beaucoup la vivacit de cette passion, dont il est la -preuve. Ce proverbe est traduit du texte latin, <i lang="la" xml:lang="la">qui non -celat amare non potest</i>, qui forme le second des trente -et un articles du <i id="code-damour">Code d'amour</i>, qu'on trouve dans -l'ouvrage intitul <i>Livre de l'art d'aimer et de la rprobation -de l'amour</i>, par matre Andr, chapelain de la -cour royale de France, vers 1176.</p> - -<p>L'amour aime de sa nature tellement le secret et -le mystre, qu'on peut dire que tout ce qui n'est ni -secret ni mystrieux n'est point amour. (M<sup>lle</sup> de -Scudri.)</p> - -<p>Le comte de Bussy-Rabutin, qui regardait aussi -le mystre comme un assaisonnement ncessaire de -l'amour, a dit dans une de ses maximes:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Aimez, mais d'un amour couvert,</div> -<div class="verse">Qui ne soit jamais sans mystre.</div> -<div class="verse">Ce n'est pas l'amour qui nous perd,</div> -<div class="verse">Mais la manire de le faire.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p38">Aimer mieux de loin que de prs.</div> -<p>Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers -qu'Alcyone adresse Cyx, dans les <i>Mtamorphoses</i> -d'Ovide (liv. XI, fab. <small>XI</small>):</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens.</i></div> -</div> - -<p>Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes -lorsqu'on n'est plus auprs d'elles, celles surtout -qui sont d'un caractre conciliant, parce que leurs -dfauts, rendus moins sensibles et presque effacs par -l'loignement, ne contrarient plus la tendre impulsion -du cœur, d'o le proverbe russe: <i>Ensemble, -charge; spars, supplice</i>, proverbe qui peut avoir t -suggr par ce joli vers latin:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nec possum tecum vivere, nec sine te.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Je ne puis vivre avec toi ni sans toi.</p> -</blockquote> - -<p>Mais ce n'est pas l ce qu'on entend d'ordinaire -quand on dit <i>aimer mieux de loin que de prs</i>. Cette -phrase n'a pas t faite pour exprimer ce que M<sup>me</sup> de -Svign appelle si heureusement <i>les unions de l'absence</i>, -et elle ne s'emploie gure que pour signifier -qu'on ne se soucie point d'avoir un commerce assidu -avec une personne.</p> - - -<p id="p18">Qui bien aime tard oublie.</p> - -<p>Un sentiment vif et sincre laisse dans le cœur qui -l'prouve un souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe -usit en langue romane, <i lang="oc" xml:lang="oc">qui ben ama tart oblida</i>, -est pass dans plusieurs autres langues, et ce qui est -assez curieux, il a t employ en vieux franais par -Chaucer, pote anglais du quinzime sicle, dans son -pome intitul: <i lang="en" xml:lang="en">The Assemble of foule</i> (st. 97),</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Hom ki bien aime tart ublie.</div> -</div> - -<p>Chaucer l'avait peut-tre tir d'un pome relatif aux -aventures de Tristan, o il se trouve sous les mmes -termes.</p> - -<p>Il y a beaucoup d'autres proverbes formuls primitivement -en langue d'oc et en langue d'ol qui sont -devenus communs aux Italiens, aux Espagnols, aux -Anglais, aux Allemands. J'en ai compt plus de quinze -cents dont l'invention a t attribue ces peuples, -qui n'ont fait que les emprunter notre ancienne littrature. -Ce que je dis n'est pas une assertion hasarde, -c'est une vrit tablie sur des preuves chronologiques -qu'on ne saurait contester, et que j'ai donnes, -en grand nombre, dans mes <i>tudes historiques, littraires -et morales sur le langage proverbial</i>.</p> - - -<div class="p" id="p19">Il fait bon voir vaches noires en bois brl, quand on aime.</div> -<p>Les amants se plaisent bercer leur tendre rverie -de flicits imaginaires; <span lang="frm" xml:lang="frm">et c'est bien ce qu'on dict -en proverbe, qu'il faict bon voir vasches noyres en -boys brusls, quand on jouit de ses amours.</span> (Rabelais, -liv. II, c. <small>XII</small>.)</p> - -<p><i>Voir vaches noires en bois brl</i> est une locution qui -signifie se forger d'agrables chimres, poursuivre de -douces illusions, comme font les vachers lorsque, -devant leur feu, ils rvent au bonheur d'avoir de bonnes -vaches noires, rputes meilleures laitires que les -autres, et croient les voir apparatre avec leurs mamelles -pendantes dans les figures fantastiques que les -tisons, en se consumant, offrent leurs yeux. Les <i>vaches -noires en bois brl</i> sont les chteaux en Espagne -des vachers.</p> - - -<div class="p" id="p20">Qui aime vilement s'avilit.</div> -<p>Proverbe traduit du roman <i lang="oc" xml:lang="oc">qui ama vilmen si eis vilzis</i>. -Il exprime une opinion qui rgnait aux poques chevaleresques -et qui interdisait tout gentilhomme de -choisir pour son pouse ou pour sa dame une femme -issue de basse condition. Cette msalliance, rpute -honteuse et avilissante, surtout dans le mariage, exposait -celui qui l'avait contracte une pnalit dgradante -que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix -cite, ce sujet, dans ses <i>Essais historiques sur -Paris</i>, le passage suivant d'un crit du roi Ren: Un -gentilhomme qui se rabaissoit par mariage, et qui se -marioit une femme roturire et non noble, devoit -subir la punition, qui toit qu'en plein tournoi tous -les autres seigneurs, chevaliers et cuyers, se devoient -arrter sur lui et tant le battre qu'ils lui fissent dire -qu'il donnoit cheval et qu'il se rendoit.</p> - - - -<div class="p" id="p21"><span class="blk">Un cheveu de ce qu'on aime<br /> -Tire plus que quatre bœufs.</span></div> - -<p>Proverbe pris d'une ancienne chanson et employ -pour marquer l'empire que peut exercer une femme -sur les volonts de l'homme qui l'adore. Il y a dans -l'<i>Anthologie grecque</i> de Planude (<small>VII</small>, 39) une pigramme -de Paul le Silentiaire, o un amant dit que sa Doris -l'a attach avec un cheveu de sa blonde tresse, et que -ce lien, qu'il se flattait de rompre avec facilit, est -devenu une chane d'airain contre laquelle tous ses -efforts sont impuissants. O malheureux que je suis! -s'crie-t-il, je ne suis li que par un cheveu, et ma -Doris me mne ainsi comme elle veut!</p> - -<p>Nous disons encore: <i id="p458">On tire plus de choses avec un -cheveu de femme qu'avec six chevaux bien vigoureux.</i> Ce -qui signifie que l'entremise d'une belle dans une affaire -est un des plus puissants moyens de succs.</p> - -<p>Les Persans disent dans un sens analogue: <i id="p25">Celui qui -est aim d'une belle femme est l'abri des coups du sort.</i>—Rapprochons -de cela cet autre proverbe: <i id="p635">Une belle -solliciteuse vaut bien une bonne raison</i>; c'est--dire une -belle solliciteuse obtient tout ce qu'elle veut. Et comment -rsister une femme aimable qui vous implore, -qui a des regards ravissants, des souris gracieux, des -paroles pleines de charme, des mains blanches qui -vous pressent et des baisers qui vous enivrent! il n'y -a pas moyen de s'en tirer autrement que par la rponse -que M. de Calonne, ministre, fit une princesse -charmante qui lui recommandait une affaire: Madame, -si la chose est possible, elle est dj faite, et -si elle est impossible, elle se fera.</p> - - -<div class="p" id="p1">Un peu d'absence fait grand bien.</div> -<p>Les personnes qui s'aiment se revoient avec plus -de plaisir aprs une courte sparation. Le sentiment, -affaibli par l'habitude d'tre ensemble, se retrempe -dans l'absence. <span lang="frm" xml:lang="frm">L'imagination, dit Montaigne, embrasse -plus chauldement et plus continuellement ce -qu'elle va querir que ce que nous touchons. Comptez -vos amusements journaliers, vous trouverez que vous -estes le plus absent de votre ami quand il vous est -prsent. Son assistance relasche votre attention et -donne libert votre pense de s'absenter toute -heure, pour toute occasion.</span> (<i>Ess.</i>, III, <small>IX</small>.)</p> - -<p>Les deux passages suivants de Saady offrent une -explication plus sensible: Abuhurra allait tous les -jours rendre ses devoirs Mahomet, qui Dieu veuille -tre propice! Le prophte lui dit: Abuhurra, viens -me voir plus rarement, si tu veux que notre amiti -s'accroisse, de trop frquentes visites l'useraient trop -promptement.</p> - -<p>Un plaisant disait: Depuis le temps qu'on vante la -beaut du soleil, je n'ai jamais ou dire que personne -en soit devenu plus amoureux.—C'est, rpondit-on, -parce qu'on le voit tous les jours, except en hiver, -o il se cache quelquefois sous les nuages. Mais alors -mme on en connat mieux le prix.</p> - -<p>Un amant dit sa matresse dans une pigramme -d'Owen:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sol fugitur prsens, idemque requiritur absens:</i></div> -<div class="verse i3"><i lang="la" xml:lang="la">Quam similis soli est, Nvia, noster amor!</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>On fuit le soleil prsent, on le cherche absent. O Nvia, combien -notre amour ressemble au soleil!</p> -</blockquote> - -<p>Raynouard parle d'un tenson manuscrit o est discute -cette question: Laquelle est plus aime, ou -la dame prsente ou la dame absente? Qui induit le -plus aimer, ou les yeux ou le cœur? Cette question, -ajoute-t-il, fut soumise la dcision de la cour -d'amour de Pierrefeu et de Signe, mais l'histoire ne -nous apprend pas quelle fut la dcision.</p> - -<p>Le silence de l'histoire fait supposer celui de la -cour d'amour. Les dames sigeant ce tribunal sentirent -sans doute qu'il valait mieux se taire que de -prononcer sur une question qu'elles ne pouvaient rsoudre -sans se placer dans une alternative nuisible -leurs intrts; car, en dcidant pour la prsence ou -pour les yeux, elles eussent donn leurs amants une -sorte de droit d'avoir toujours les yeux sur elles, ce -qui serait devenu incommode ou compromettant sous -plusieurs rapports, et, en accordant gain de cause -l'absence ou au cœur, elles se fussent exposes ne -jouir que par passades de leurs adorateurs changs en -chevaliers errants: situation incompatible avec les -sentiments des femmes, qui sont toujours plus jalouses -d'tre aimes de prs que de loin.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, les personnes qui sentent l'amour -prt les quitter et qui dsirent retenir ce volage, -ne sauraient mieux faire que de le soumettre, -pendant quelque temps, au rgime fortifiant de l'absence, -car <i id="p2">l'absence est un moyen de se rapprocher</i>, comme -dit un proverbe turc. Une fois spares par l'espace, -elles se toucheront de plus prs par le cœur. Il y avait -rpulsion proximit, il y aura attraction distance. -Ce sont l deux phnomnes dpendant de plusieurs -causes fort naturelles. La plus gnrale, c'est que les -amants dpareills par la sparation passent d'un tat -de satit qui alanguissait leurs dsirs un tat de -privation qui les excite. L'loignement produit d'ailleurs -dans l'amour le mme effet que dans la perspective, -o il prte aux objets une apparence plus agrable -en les montrant sous des formes arrondies qui -font disparatre les asprits. Ils ne laissent plus voir -l'objet aim que par les cts sduisants: les dfauts -cessent d'tre aperus, les qualits se prsentent sans -ombre, elles s'embellissent au gr de l'imagination -et du sentiment, elles se transforment en idalits -potiques, et le rve dor des premires amours recommence.</p> - -<p>Properce (liv. II, lgie 35) dit que l'absence des -amants est un surcrot heureux au feu de l'amour:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Semper in absentes felicior stus amantes.</i></div> -</div> - -<p>Il ne faut pas croire pourtant que l'absence ait une -influence vivifiante sur toutes les passions. Elle augmente -les grandes et diminue les petites.</p> - -<p>On connat ce distique proverbial qui a survcu -d'autres vers du comte de Bussy-Rabutin, son auteur:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p3">L'absence est l'amour ce qu'est au feu le vent:</div> -<div class="verse">Il teint le petit, il allume le grand.</div> -</div> - -<p>Il parat avoir t pris de cette pense de La Rochefoucauld: -L'absence diminue les mdiocres passions -et augmente les grandes, comme le vent teint les -bougies et allume le feu.</p> - -<p>La Rochefoucauld passe pour avoir tir sa pense de -la rflexion suivante de saint Franois de Sales, qu'il -s'est approprie en l'appliquant l'absence: Ce sont -les grands feux qui s'enflamment au vent, mais les -petits s'teignent si on ne les met couvert. (<i>Introduction - la vie dvote</i>, part. III, ch. <small>XXXIII</small>.)</p> - -<p>La comparaison tait connue et probablement populaire -avant ces trois auteurs, et les trois manires -dont ils l'ont employe ne sont que des variantes de -la maxime persane que voici: Les obstacles abattent -les mes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des -hros, semblables un vent imptueux qui teint les -flambeaux et allume les incendies.</p> - - -<div class="p" id="p4">L'absence est l'ennemie de l'amour.</div> -<p>L'absence, dit un crivain anglais, tue l'amant ou -l'amour.</p> - -<p>On sent, d'aprs les explications donnes dans l'article -prcdent, qu'il s'agit ici de l'absence prolonge -et non de l'absence passagre, car celle-ci agit sur -l'amour l'inverse de l'autre. La longue absence l'teint, -et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence -comme de la dite, qui est nuisible ou salutaire -au malade selon qu'il y a excs ou mesure dans sa -dure.</p> - - -<div class="p" id="p5">L'absence est pire que la mort.</div> -<p>L'absence est, dit-on, la mort moins le repos. Elle -cause donc plus de souffrances que la mort aux personnes -sensibles, qui quelquefois aiment mieux cesser -de vivre que de continuer de vivre dans l'loignement -de l'objet de leur affection. Un distique du chevalier -Vatan donne, par un sophisme ingnieux, une autre -explication de ce lieu commun proverbial, si frquemment -et si longuement dvelopp dans toutes les correspondances -pistolaires des amants <i>condamns par le -sort barbare gmir</i>, loigns l'un de l'autre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux,</div> -<div class="verse">C'est celui qui survit; mais l'absence en fait deux.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p328">Loin des yeux et loin du cœur.</div> -<p>Proverbe pris du vers suivant de Properce, liv. III, -lg. 21.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quantum oculis animo tam procul ibit amor.</i></div> -</div> - -<p>Il s'explique trs-bien par cet autre proverbe qu'on -trouve dans le troubadour Peyrols: <i lang="oc" xml:lang="oc">Cor oblida qu'elhs -no ve.</i> <a name="p327" id="p327"></a>Cœur oublie ce qu'œil ne voit.</p> - -<p>Un bel esprit, crivant un voyageur qui se plaignait -d'tre loin des beaux yeux de la dame de ses penses, -lui rappelait le proverbe et ajoutait plaisamment: Ce -proverbe s'est toujours accompli Paris comme un -arrt du destin contre les absents. Htez-vous donc -d'oublier la matresse que vous y avez laisse, car il est -bon de prvenir les infidles.</p> - - -<div class="p" id="p329">Les yeux sont messagers du cœur.</div> -<p>Traduction littrale du proverbe roman: <i lang="oc" xml:lang="oc">Los uelhs so -messatgier del cor.</i>—Les yeux de deux amants se cherchent -et se rencontrent sans cesse. Fidles conducteurs -de ce fluide magntique qui va remuer au fond -des cœurs tout ce qu'il y a de plus intime, ils le versent -de l'un l'autre, et par cette correspondance rciproque -les confondent et les absorbent dans le mme -sentiment. Le troubadour Hugues Brunet de Rhodez -a dit sur ce sujet: L'amour s'lance doucement -d'œil en œil, de l'œil dans le cœur, du cœur dans les -penses.</p> - -<p>On trouve dans une chanson des Grecs modernes: -L'amour se prend par les yeux, il descend sur les -lvres, des lvres il se glisse dans le cœur, et y prend -racine.</p> - - -<div class="p" id="p330">Le cœur ne vieillit pas.</div> -<p>Pour signifier que le cœur, chez les personnes ges, -n'prouve pas toujours le refroidissement que la vieillesse -communique aux autres organes, qu'il conserve -une certaine chaleur de sentiment, qu'il est quelquefois -sujet s'enflammer d'amour et qu'il ne doit pas -tre considr comme une proprit assure contre -l'incendie.</p> - -<p>Nous avons encore le proverbe <i id="p331">le cœur n'a point de -rides</i>, c'est--dire qu'on est toujours jeune pour aimer.</p> - -<p>On connat cet autre proverbe: <i id="p319">Le bois sec brle mieux -que le bois vert</i>, vulgairement employ pour faire entendre -qu'une personne ge est quelquefois plus -porte l'amour qu'une jeune, et qu'elle prouve cette -passion avec plus d'ardeur.</p> - -<p>Voici un sixain assez plaisant qu'il faut joindre aux -<i>errata</i> dont un tel proverbe parat susceptible:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un vieillard faisait les yeux doux</div> -<div class="verse">A Lise, jeune et belle femme,</div> -<div class="verse">Et lui redisait tous coups</div> -<div class="verse">Que <i>bois sec mieux que vert s'enflamme</i></div> -<div class="verse">Non pas, lui rpondit la dame,</div> -<div class="verse">Lorsque le bois vert est dessous.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p41">L'me d'un amant vit dans un corps tranger.</div> -<p>Cet adage ingnieux, rapport par Plutarque dans -la <i>Vie de Marc-Antoine</i>, signifie qu'un amant est tout -entier sa passion et ne s'appartient pas lui-mme. -Suivant un autre adage, l'me d'un amant vit plus -dans ce qu'elle aime que dans ce qu'elle anime, -<i lang="la" xml:lang="la">anima plus vivit ubi amat quam ubi animat</i>, parce que, -disent les philosophes, elle est par ncessit l o elle -anime, tandis qu'elle est par choix et par inclination -l o elle aime.</p> - - -<div class="p" id="p42">L'amant se transforme en l'objet aim.</div> -<p>Quand on est vritablement amoureux, on prend -l'esprit de la personne qu'on aime, on pense d'aprs -elle, on sent par son cœur, on voit par ses yeux, on -renonce, pour ainsi dire, ce qu'on est soi-mme pour -devenir ce qu'elle est et ne faire plus qu'un avec elle. -Tel est le sens de cette maxime proverbiale dont -M<sup>me</sup> de Motteville a fait l'application la reine pouse -de Louis XIV, dans le passage suivant de ses <i>Mmoires</i>: -Si elle tait chagrine, c'est parce que, selon ce que -disent les philosophes, <i>l'amant se transforme en l'objet -aim</i>, et que, voyant le roi triste, il tait impossible -qu'elle ft gaie.</p> - -<p>M. Michelet a exhum des œuvres de Morin, auteur -peu connu qu'il appelle un homme du moyen ge -gar dans le dix-septime sicle, le vers charmant -que voici:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.</div> -</div> - -<p>Ce vers, que M. Michelet loue avec raison, n'est qu'une -variante du proverbe suivant, beaucoup plus ancien.</p> - - -<div class="p" id="p43">L'amant coute du cœur les prires de sa belle.</div> -<p>Ce proverbe, plein de dlicatesse dans la pense et -dans l'expression, s'emploie pour signifier qu'un amant -a une sorte d'intuition qui lui fait sentir, deviner les -dsirs de sa matresse et qu'il ne pense qu' les prvenir. -Il est traduit de ce texte roman:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">L'amoros au de cor los precs de sa domna.</i></div> -</div> - -<p>Racine a dit heureusement dans son <i>Andromaque</i>, par -une expression dans le genre de celle du proverbe, -qui lui tait probablement inconnu:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu lui <i>parles du cœur</i>, tu la cherches des yeux.</div> -</div> - -<p class="attr">(Acte IV, sc. <small>V</small>.)</p> - -<p><i>couter du cœur</i> offre la mme beaut potique que -<i>parler du cœur</i>.</p> - - -<div class="p" id="p44">La bourse d'un amant est lie avec des feuilles de poireau.</div> -<p>C'est--dire qu'elle n'est pas lie, parce que les -feuilles de poireau, qui se rompent aussitt qu'on veut -les nouer, ne peuvent servir de lien.—Ce proverbe, -qui tait usit chez les Grecs et chez les Latins, et qui -est cit dans les <i>Symposiaques</i> de Plutarque (liv. I<sup>er</sup>, -quest. 5), s'emploie pour marquer la prodigalit des -amants. Cette prodigalit, dont on pourrait citer des -milliers d'exemples remarquables, ne s'est jamais manifeste -par un trait plus charmant que celui qui a inspir - J. Delille les vers suivants de son pome de -l'<i>Imagination</i>, chant IV:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que j'aime ce mortel qui, dans sa douce ivresse,</div> -<div class="verse">Plein d'amour pour les lieux o jouit sa tendresse,</div> -<div class="verse">De ses doigts que paraient des anneaux prcieux</div> -<div class="verse">Dtache un diamant, le jette et dit: Je veux</div> -<div class="verse">Qu'un autre aime aprs moi cet asile que j'aime,</div> -<div class="verse">Et soit heureux aux lieux o je le fus moi-mme.</div> -<div class="verse">Cœur noble et dlicat! dis-moi quel diamant</div> -<div class="verse">gale un trait si pur et vaut ton sentiment?</div> -</div> - -<p>C'est ainsi, dit-on, que le duc de Buckingham tmoigna -l'ivresse de son bonheur l'endroit o la reine de -France, Anne d'Autriche, venait de lui avouer qu'elle -l'aimait. Ce trait fut reproduit, dans la suite, par milord -Albemarle, le mme qui, voyant un soir M<sup>lle</sup> Gaucher, -sa matresse, occupe regarder fixement une -toile, s'cria: Ne la regardez pas tant, ma chre, je -ne pourrais vous la donner.</p> - -<p>Le sentiment qui respire dans ce mot, o le cœur -s'est exprim avec tant d'esprit et de dlicatesse, se -trouve sous une forme non moins nave qu'originale -dans ces vers d'une ballade qui est insre parmi les -ballades de Villon, mais qui n'est pas de Villon:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Or elle a tort, car haine ne rancune</div> -<div class="verse">Onc n'eut de moi; tant lui fus gracieux</div> -<div class="verse">Que s'elle eust dit: Baille-moi de la lune,</div> -<div class="verse">J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux.</div> -</div> - -<p>Un barde gallois nomm Moke, qui florissait au -treizime sicle, dit dans une pice de vers o il loue -l'excessive libralit de je ne sais plus quel prince: -Si je souhaitais que mon prince me ft cadeau de la -lune, il me la donnerait certainement.</p> - -<p>J'ignore si la phrase de Moke a t l'origine ou l'application -de cette locution proverbiale par laquelle on -caractrise un homme galant et magnifique qui ne refuse -rien aux dsirs de la femme qu'il adore: <i id="p528">Il dcrocherait -la lune pour elle.</i></p> - -<p>Gœthe fait dire Mphistophls parlant de Faust: -Un pareil fou amoureux vous tirerait en feu d'artifice -le soleil, la lune et les toiles, pour peu que cela pt -divertir sa belle.</p> - -<p>Un proverbe roman dit: <i lang="oc" xml:lang="oc">Pauc ama qui non fai messis.</i> -<a name="p23" id="p23"></a>Peu aime qui ne fait dpenses.</p> - - -<div class="p" id="p45">Querelles d'amants, renouvellement d'amour.</div> -<p>Traduction d'un proverbe des anciens encadr dans -ce joli vers de l'<i>Andrienne</i> de Trence (act. III, sc. <small>VI</small>):</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amantium ir, amoris integratio est.</i></div> -</div> - -<p>Ovide a dit, dans son premier livre des <i>Amours</i>, que -si les amants n'avaient point de dmls ils cesseraient -bientt de s'aimer:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene, si tollas prlia, durat amor.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Eleg.</span> <small>IV</small>.)</p> - -<p>On connat le mot de Marivaux: En amour querelle -vaut mieux qu'loge.</p> - -<p>Ainsi la colre est comme le sel de l'amour, elle le -conserve. Ce n'est pas tout, l'effet conservateur -qu'elle produit sur lui elle en joint un autre non moins -prcieux: c'est le nouveau charme qu'elle lui communique -par la douceur des raccommodements dont elle -est suivie. D'aprs un proverbe latin traduit du grec, -<a name="p189" id="p189"></a>l'amour aprs la colre est plus agrable, <i lang="la" xml:lang="la">amor fit -ex ira jucundior</i>. Ce que Plutarque a expliqu de -cette manire: De mme que le soleil est plus ardent -au sortir des nuages, ainsi l'amour sorti de la colre et -du soupon, lorsque la paix est faite et que les esprits -sont apaiss, est plus agrable et plus vif.</p> - -<p>Il ne faut donc pas s'tonner que tant de femmes se -plaisent exciter la colre de leurs maris ou de leurs -amants, puisqu'elles ont un double intrt le faire. -La chose d'ailleurs leur est conseille par un antique -adage qui dit de pousser la colre la personne qui -aime, si l'on tient son amour.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cogas amantem irasci, amari si velis.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(P. Syrus.)</p> - -<p>Voil le secret de la plupart des dpits amoureux -chez les dames. Ils ne sont pas toujours de purs caprices, -comme les sots le prtendent, mais le plus -souvent des moyens calculs pour enflammer la passion -qu'elles inspirent. Ils sont aussi des tmoignages -de celle qu'elles prouvent, et, sous ce rapport, les -hommes devraient leur en savoir gr.</p> - - -<div class="p" id="p46">Les amants qui se disputent s'adorent.</div> -<p>L'explication de ce proverbe se prsente d'elle-mme -aprs ce qui a t dit dans l'article prcdent, -et elle n'a pas besoin d'tre donne de nouveau. Mais -il n'est pas inutile d'ajouter que ceux et celles qui prtendent -faire de la dispute un aiguillon d'amour doivent -avoir soin de ne pas la prolonger, car elle produirait -un effet contraire. C'est une recommandation -d'Ovide dans ses <i>Amours</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Sed nunquam dederis spatiosum tempus in iram.</i></div> -<div class="verse i3"><i lang="la" xml:lang="la">Spe simultates ira morata facit.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Lib. I, eleg. <small>VIII</small>.</span>)</p> - -<blockquote> -<p>Ne vous abandonnez pas trop longtemps la colre; une colre -prolonge a souvent engendr la haine.</p> -</blockquote> - - -<div class="p" id="p47">Le mouvement des yeux est le langage des amants.</div> -<p>Et nul autre ne saurait mieux leur convenir. Il leur -offre l'avantage de converser au gr de leur cœur, au -milieu d'un monde indiscret, sans en tre entendus: -il les dispense, en outre, des lenteurs obliges de la -parole, qui ne pourrait exprimer que successivement -les penses qu'ils sont presss de se communiquer, et -il leur permet de les exposer d'une manire presque -simultane en un tableau vivant: par quels discours -rendrait-on aussi bien ce qu'on sent, quand on aime? -On voudrait, dit Pascal, avoir cent langues pour le -faire connatre; car, comme l'on ne peut pas se servir -de la parole, l'on est oblig de se rduire l'loquence -d'action… Un amour ferme et solide commence -toujours par l'loquence d'action. Les yeux y -ont la meilleure part. (<i>Discours sur les passions de l'amour</i>).</p> - - -<div class="p" id="p48">C'est tous les jours la fte du regard pour les amants.</div> -<p>On nommait autrefois fte du regard (<i lang="la" xml:lang="la">festum reguardi</i>), -une entrevue publique qu'avaient un fianc -et une fiance, en prsence de leurs parents et amis, -ordinairement le dimanche qui prcdait la bndiction -nuptiale. Carpentier en a parl dans son <i>Glossaire</i>, -et a cit, en preuve du fait, des lettres de rmission -de 1374, o se trouve cette phrase: <span lang="frm" xml:lang="frm">Comme le -jour de Nostre-Dame le suppliant feut alez voir la <i>feste -du regard</i> qui se faisoit en l'hostel du prevost des marchands -(de Paris) d'une sienne fille, etc.</span> C'est sans -doute de cette fte, nomme aussi le <i>beau dimanche</i>, -qu'est venu le proverbe employ pour signifier que -deux amants ont toujours les yeux fixs l'un sur l'autre, -avec un plaisir dont rien ne saurait les distraire.</p> - -<p>Oh! que ne puis-je, s'crie Ptrarque, considrer, -un jour entier du moins, ces yeux dont l'amour dirige -les mouvements! Dans cette contemplation divine, je -voudrais oublier autrui et moi-mme; je voudrais suspendre -jusqu'au battement de ma paupire.</p> - -<p>Cette exclamation passionne rappelle un vers charmant -du pome grec <i>Hro et Landre</i>: J'ai fatigu -mes yeux la regarder; je n'ai pu me rassasier de la -voir.</p> - -<p>Saadi, dans son style oriental, fait dire un amant -ravi en extase tandis qu'il contemple sa matresse: -Je verrais une flche partir devant moi et venir -chercher mes yeux, que je ne pourrais les dtourner -d'elle.</p> - -<p>Qu'on me pardonne de joindre ces citations les -vers suivants que j'ai mis dans la bouche d'un amant -parlant sa belle absente:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">O de l'amour force et mystre!</div> -<div class="verse i2">O sentiment imprieux!</div> -<div class="verse i2">Je donnerais ma vie entire</div> -<div class="verse i2">Pour ton aspect dlicieux.</div> -<div class="verse">A tout autre intrt mon me est trangre;</div> -<div class="verse">Eh! que m'importe, hlas! le jour qui vient des cieux</div> -<div class="verse">Sans toi, le plus beau jour attriste ma paupire,</div> -<div class="verse i2">Et je ne veux d'autre lumire</div> -<div class="verse i2">Que celle qui part de tes yeux.</div> -</div> - -<p>Les Anglais ont un proverbe qui dit qu'un aigle qui -regarde fixement le soleil ne pourrait soutenir le regard -d'un amant: <i lang="en" xml:lang="en">A lover's eyes will gaze an eagle blind.</i> -Les yeux d'un amant peuvent regarder un aigle -de faon l'aveugler.</p> - - -<div class="p" id="p49">Il est un Dieu pour les amants.</div> -<p>De mme que pour les fous, les enfants et les ivrognes, -parce que les amants, non moins exposs que -ces trois espces d'individus une foule d'accidents -funestes, y chappent comme eux par un bonheur -inespr qu'on prend pour l'effet d'une protection -spciale du ciel. C'est de l'antiquit paenne qu'est -venue cette ide proverbiale de l'intervention d'un -dieu qui les prserve des dangers dont ils sont menacs. -Elle se trouve exprime dans la vingt-neuvime -lgie du second livre de Properce. Ce pote suppose -qu'un amant est l'abri du pril sous la garde des immortels, -que la douleur d'tre abandonn de l'objet -de son amour peut seule lui donner la mort, et mme -que si la douce prsence de sa matresse venait le -rappeler la vie, ft-il dj descendu dans la barque -infernale, l'immuable Destin ne l'empcherait pas de -revoir la lumire.</p> - - - -<div class="p" id="p50"><span class="blk">Les grands, les vignes, les amants,<br /> -Trompent souvent dans leurs serments.</span></div> - -<p>Ces deux vers, que Rgnier a placs dans ses <i>Stances -contre un amoureux transy</i>, tait un proverbe de son -temps. Ce proverbe est trop clair pour qu'il soit besoin -d'en expliquer le sens. Je remarquerai seulement -que le mot <i>serments</i> appliqu aux rejetons du cep de -vigne se disait autrefois pour <i>sarments</i>. En voici deux -exemples curieux: L'anne que Charles VIII renvoya -Marguerite d'Autriche pour pouser Anne de -Bretagne fut si pluvieuse, que les raisins ne purent -venir en maturit, de sorte que les vins furent extrmement -verts et incommodes l'estomac, d'o il vint -quantit de coliques. Il ne faut s'tonner, dit Marguerite, -si les vins sont verts et malfaisants cette anne, -puisque les <i>serments</i> n'ont rien valu. (<i>Mm. -hist. sur Charles VIII.</i>)</p> - -<p><span lang="frm" xml:lang="frm">Par le vray Dieu, dict Pantagruel des procureurs, -puisqu'ils guaignent tant aux grappes, le serment leur -peut beaucoup valoir.</span> (Rabelais, liv. V, ch. <small>XVIII</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p317">Les belles ne sont pas pour les beaux.</div> -<p>Les hommes les plus beaux ne sont pas les plus -heureux en amour. Les mres et les maris les redoutent -et les surveillent; les femmes tendres croient -qu'ils s'aiment trop; les fires ne leur trouvent pas -assez de soumission; celles qui craignent la mdisance -les jugent dangereux pour leur rputation. Ils -cotent trop cher celles qui payent, ils ne donnent -rien celles qui se font payer. D'ailleurs ils n'ont point -ces craintes obligeantes d'tre quitts qui flattent tant -la vanit fminine; au contraire, ils menacent de quitter -eux-mmes, et ils reoivent les faveurs comme des -tributs mrits.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Fastus inest pulchris sequiturque superbia formam.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Ovide, <i>Fast.</i> <small>I</small>, 419.)</p> - - -<div class="p" id="p318">Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions.</div> -<p>La raison de cette observation proverbiale est trs-bien -dveloppe dans ce passage de l'<i>Essai sur le -Got</i>, par Montesquieu: Il y a quelquefois dans les -personnes ou dans les choses un charme invisible, une -grce naturelle qu'on n'a pu dfinir et qu'on a t -forc d'appeler le <i>je ne sais quoi</i>; il me semble que -c'est un effet naturellement fond sur la surprise. Nous -sommes touchs de ce qu'une personne nous plat -plus qu'elle ne nous a paru d'abord devoir nous -plaire, et nous sommes agrablement surpris de ce -qu'elle a su vaincre des dfauts que les yeux nous montrent -et que le cœur ne croit plus. Voil pourquoi les -femmes laides ont trs-souvent des grces, et qu'il est -rare que les belles en aient: car une belle personne -fait ordinairement le contraire de ce que nous avions -attendu; elle parvient nous paratre moins aimable; -aprs nous avoir surpris en bien, elle nous surprend -en mal; mais l'impression du bien est ancienne, et celle -du mal est nouvelle. Aussi <i>les belles personnes font-elles -rarement les grandes passions</i>, presque toujours rserves - celles qui ont des grces, c'est--dire des agrments -que nous n'attendions pas et que nous n'avions pas -sujet d'attendre.</p> - -<p>Ajoutons cette rflexion de La Bruyre: Si une -laide se fait aimer, ce ne peut tre qu'perdument, -car il faut que ce soit par une trange faiblesse de son -amant ou par de plus secrets et de plus invincibles -charmes que ceux de la beaut.</p> - - -<div class="p" id="p190">L'amour vient sans qu'on y pense.</div> -<p>L'amour est de tous les sentiments le plus spontan, -le plus indpendant de la rflexion et de la volont. Il -se glisse si subtilement dans le cœur et l'envahit si -vite que l'on s'aperoit qu'on aime avant d'avoir dlibr -si l'on doit aimer. Qu'est-ce donc qui produit cet -envahissement aussi imprvu que soudain?—Ceux -mmes qui l'ont prouv l'ignorent, ayant t toujours -trop proccups d'en sentir l'effet pour qu'ils -aient song en tudier la cause.</p> - -<p>Mais si l'on ne sait pas comment l'amour vient, on -sait beaucoup mieux comment il s'en va. Il n'y a plus -rien de mystrieux dans la cause ou plutt dans les -causes de son dpart. Elles se montrent telles qu'elles -sont, malgr les soins qu'on prend de les dissimuler. -Seulement il n'est pas aussi facile de les numrer que -de les reconnatre. Elles chappent au calcul et l'analyse -par leur multiplicit.</p> - - - -<div class="p" id="p191"><span class="blk">Amour et mort<br /> -Rien n'est plus fort.</span></div> - -<p>Rien ne rsiste l'amour ni la mort.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Il n'est d'homme ici-bas</div> -<div class="verse">Qui soit exempt d'amour non plus que de trpas.</div> -</div> - -<p class="attr">(Rgnier.)</p> - -<p>C'est la belle pense du <i>Cantique des cantiques</i>, o -l'poux dit la Sulamite: Placez-moi comme un -sceau sur votre cœur, parce que <i>l'amour est fort comme -la mort</i>. <i lang="la" xml:lang="la">Pone me ut signaculum super cor tuum, quia -fortis est ut mors dilectio</i> (<small>VIII</small>, 6).</p> - - -<div class="p" id="p192">L'amour fait perdre le repos et le repas.</div> -<p>Ce proverbe est le 23<sup>e</sup> article du <i>Code d'amour</i> dj -cit, <a href="#code-damour">page 196</a>. Voici cet article: <i lang="la" xml:lang="la">Minus dormit et edit -quem amoris cogitatio vexat.</i> Celui que la pense d'amour -tourmente dort moins et mange moins.</p> - -<p>Le souci ronge ceux qui aiment, comme l'observe -Ovide dans ce joli vers de son hrode de Pnlope -Ulysse:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Res est solliciti plena timoris amor.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>L'amour est toujours plein d'un inquiet effroi.</p> -</blockquote> - -<p>On ne vit point sans douleur dans l'amour. <i lang="la" xml:lang="la">Sine -dolore non vivitur in amore.</i> Paroles de l'<i>Imitation de -Jsus-Christ</i> (<small>III</small>, 5, 7), qu'on a dtournes de l'amour -de Dieu l'amour profane.</p> - -<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">Chi ha l'amor nel petto -ha sprone nei franchi.</i> <a name="p193" id="p193"></a>Qui a l'amour au cœur a l'peron -aux flancs.</p> - -<p>M<sup>lle</sup> de Lespinasse disait: Il n'y a point d'esclaves -plus tourments que ceux de l'amour.</p> - -<p>Amour et repos peuvent-ils habiter un mme -cœur? La pauvre jeunesse est si malheureuse aujourd'hui -qu'elle n'a plus que ce terrible choix: amour -sans repos, ou repos sans amour. (<i>Le Barbier de Sville</i>, -act. II, sc. <small>II</small>.).</p> - - -<div class="p" id="p194">L'amour le plus parfait est le plus malheureux.</div> -<p>Il faut ncessairement qu'il en soit ainsi, puisque -l'amour tire sa perfection des contrarits, des privations -et des sacrifices qui lui servent d'preuves. Presque -tous les romans semblent faits pour confirmer la -vrit de ce proverbe. On n'y voit que des amants -poursuivis par une fatale destine et dont la constance -s'affermit sous les coups du malheur, et l'on peut dire -que les plus vives inquitudes font le meilleur sublim -de l'amour.</p> - -<p>Le recueil de Philippe Garnier, imprim Francfort -en 1612, donne cette variante: <i id="p293">Les plus parfaites amours -sont celles qui russissent le moins.</i></p> - - -<div class="p" id="p195">En amour les apprentis en savent autant que les matres.</div> -<p>Ils n'ont pas besoin pour cela de plus de leons que -les animaux. La nature y a si bien dispos les moins -expriments et leur a marqu le but et la voie d'une -manire si prcise qu'ils n'ont pas craindre de se -fourvoyer, et leurs coups d'essai sont toujours des -coups de matre.</p> - -<p>Une conclusion tirer de ce proverbe, c'est qu'il n'y -a pas proprement d'art d'aimer. Mais il y a un art de -plaire et de se faire aimer, et, dans ce cas, les leons ne -sont pas inutiles comme dans l'autre.</p> - - -<div class="p" id="p196">L'amour nat la premire vue.</div> -<p>Les Latins disaient, d'aprs les Grecs: <i lang="la" xml:lang="la">Ex aspectu -nascitur amor.</i> <a name="p197" id="p197"></a>L'amour nat du regard. Ces peuples, -qui plus que nous avaient une foi aveugle l'influence -mystrieuse des manations, ne doutaient pas -que les personnes mme les plus indiffrentes ne fussent -susceptibles de recevoir par les yeux des impressions -capables de dterminer subitement la passion la -plus vive. On ne saurait bien expliquer comment un -regard peut produire des effets moraux si rapides, si -imprvus, si irrsistibles; mais il semble qu'il y ait au -fond du cœur je ne sais quelle ide inne de l'objet -qu'on doit aimer, et que le premier coup d'œil qu'on -lui donne soit comme un rayon de lumire qui le fait -reconnatre, et comme un courant magntique qui entrane -vers lui par d'indfinissables affinits.</p> - -<p>Virgile a peint d'une manire admirable cette commotion -lectrique qui enlve une personne elle-mme, -et la livre corps et me l'objet offert ses yeux -fascins:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(clog. <small>VIII</small>.)</p> - -<p>Et Virgile a t imit par Racine d'une manire non -moins admirable dans ces vers de la tragdie de -<i>Phdre</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je le vis, je rougis, je plis sa vue,</div> -<div class="verse">Un trouble s'leva dans mon me perdue.</div> -</div> - -<p class="attr">(Acte I, sc. <small>V</small>.)</p> - -<p>C'est ce qu'on appelle le <i>coup de foudre en amour</i>, -dont l'article suivant donnera l'explication.</p> - - -<div class="p" id="p198">Le coup de foudre en amour.</div> -<p>Le coup soudain dont on se sent frapp la premire -vue d'une personne, ou bien le sentiment passionn -qui s'empare la fois de deux personnes par l'effet -d'un regard o se rvle spontanment la mutuelle ardeur -de leur cœur.</p> - -<p>Les romanciers du dix-septime sicle ont souvent -employ cette expression pour caractriser le rapide -mouvement de sympathie qui subjugue les hros et les -hrones de leurs romans, et qui dcide de la destine -des uns et des autres.</p> - -<p>Le verbe <i>foudroyer</i> est fort usit aujourd'hui dans la -mme acception.</p> - - -<div class="p" id="p199">L'amour est une fivre au rebours.</div> -<p>La fivre et l'amour sont deux maladies qui produisent -les mmes effets en sens inverse. La fivre a d'abord -des accs frileux que suivent des accs brlants; -l'amour, au contraire, commence par tre tout de feu -et finit par tre tout de glace.</p> - - -<div class="p" id="p200">Il faut tre fou en amour.</div> -<p>Les belles jugent l'amour incompatible avec la raison; -elles ne se croient vritablement aimes que de -ceux qui font des folies pour leur plaire. Les folies -sont, leur gr, les preuves les plus incontestables de -la passion qu'elles inspirent, et il n'est pas besoin de -dire que ce ne sont pas les plus courtes qu'elles trouvent -les meilleures.</p> - - -<div class="p" id="p201">Louange engendre amour.</div> -<p>Proverbe littralement traduit du roman, <i lang="oc" xml:lang="oc">lauzor -engenr' amor</i>, dont le troubadour Amanieu des Escas -s'est servi, et dont Colardeau a donn une variante -dans ce joli vers:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">On flatte l'amour-propre, on fait natre l'amour.</div> -</div> - -<p>J'ai entendu employer dans le Midi, pour exprimer -la mme ide, cette comparaison proverbiale: <i id="p508">Les -femmes se laissent prendre la louange comme les alouettes -au miroir.</i></p> - -<p>Il ne s'agit peut-tre, pour s'emparer de ces tres -si subtils, si souples et si pntrants, que de savoir -manier la louange et chatouiller l'amour-propre. La -flatterie est le joug qui courbe si bas ces ttes ardentes -et lgres. Malheur l'homme qui veut porter -la franchise dans l'amour! (G. Sand, <i>Indiana</i>, ch. <small>VII</small>.)</p> - -<p>Je ne sais qui a dit que les femmes aiment moins les -hommes pour le mrite qu'ils ont que pour le mrite -qu'ils trouvent en elles.</p> - - -<div class="p" id="p202">L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas gurir.</div> -<p>Parce que, dit la reine de Navarre, cette maladie -donne tel contentement, que la gurison est la mort. -(<i>Heptamr.</i>, nouvelle <small>XXIV</small>.)</p> - -<p>Ce proverbe se retrouve dans ces vers de Properce:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Omnes humanos sanat medicina dolores,</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Solus amor morbi non amat artificem.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(II, <span lang="la" xml:lang="la">Eleg.</span> <small>I</small>.)</p> - -<blockquote> -<p>La mdecine gurit toutes les douleurs humaines; l'amour seul -ne veut pas de gurisseur.</p> -</blockquote> - -<p>Le cœur de l'homme tant fait pour sentir, et ne -trouvant sa vritable vie que dans l'exercice de la sensibilit, -doit ncessairement prfrer une agitation, -mme douloureuse, un repos apathique, surtout -quand cette agitation est produite en lui par l'amour, -c'est--dire par la passion la plus conforme sa nature. -Il n'y a donc rien d'tonnant qu'il veuille rester -attach aux tourments que cette passion lui cause, -et qu'il les regrette ds qu'il en est affranchi. On connat -le mot de cette femme dont l'me tait tombe -de la fivre des motions dans le marasme des langueurs: -Oh! le bon temps o j'tais malheureuse! -Ce mot si vrai est celui de tout amant qui est dans la -mme situation. La tranquillit retrouve lui est importune; -il soupire aprs les peines dont elle le prive; -il regarde ces peines comme ses plus doux plaisirs.</p> - -<p>C'est ce sentiment qui inspirait tienne de la Botie -les vers suivants, qui terminent son vingt-septime -sonnet:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vive le mal, dieux, qui me dvore!</div> -<div class="verse">Vive jamais mon tourment rigoureux!</div> -<div class="verse">O bienheureux, et bienheureux encore</div> -<div class="verse">Qui sans relche est toujours malheureux!</div> -</div> - -<p>On connat ce vers charmant de M<sup>me</sup> Dufresnoy:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un amour malheureux est encore un bonheur.</div> -</div> - -<p>Le quatrain suivant exprime la mme ide qu'on a -cherch rendre plus gracieuse et plus touchante par -la situation:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les peines de l'amour ont d'ineffables charmes:</div> -<div class="verse">Deux amants, qui pleuraient l'ombre d'un tilleul,</div> -<div class="verse">Se disaient, en mlant des baisers leurs larmes:</div> -<div class="verse"><i>Souffrir deux est plus doux que d'tre heureux tout seul.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p203">Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Bels plors d'amor mais valon que sos ris.</div> -</div> - -<p>Proverbe formul probablement par le troubadour -Bernard de Ventadour, qui l'a plac dans une de ses -pices, immdiatement aprs cette rflexion passe -aussi en proverbe: <i id="p24">Peu aime qui n'est pas sujet la tristesse.</i> -Il y a en effet dans les tristesses de l'amour je -ne sais quelle douceur secrte dont on a dit que les -anges seraient jaloux.</p> - -<p>Ce charmant proverbe a t reproduit ou imit dans -beaucoup de langues, par une foule de potes rotiques; -les deux meilleures imitations que j'en connaisse -sont ce vers cit sur l'amour par Saint-vremont:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines.</div> -</div> - -<p class="noindent">et ceux-ci de la chanson dlicieuse de La Fontaine, qui -est chante Psych pour l'engager aimer:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sans cet amour, tant d'objets ravissants,</div> -<div class="verse">Lambris dors, bois, jardins et fontaines,</div> -<div class="verse">N'ont point d'appas qui ne soient languissants,</div> -<div class="verse">Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p204">L'amour est la clef du mrite et un tang de prouesses.</div> -<p>tang est ici employ au figur pour quantit considrable, -nombre infini, dans le mme sens que les Latins -disaient <i lang="la" xml:lang="la">pelagus bonorum</i>, une mer de biens, une -mer d'abondance. Ce proverbe est traduit de ces deux -vers du troubadour Arnaud Daniel.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Amor es de pretz la claus</i></div> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Et de proeza us estanck.</i></div> -</div> - -<p>Pour bien le comprendre, il faut savoir que les troubadours -avaient donn au mot <i>amour</i> une signification -beaucoup plus tendue que celle que nous lui donnons. -Ils le regardaient comme le principe et la source de -tout mrite intellectuel et moral. L'amour, disait -Rambeaud de Vaqueiras, est le mieux de tout bien; -il amliore les meilleurs et peut donner de la valeur -aux plus mauvais; d'un lche il peut faire un brave, -d'un guerrier un homme gracieux et courtois. Le -roman de <i>Jauffre</i> et <i>Brunissende</i> disait peu prs de -mme: Par l'amour tout homme devient meilleur et -plus brave, plus libral et plus joyeux, plus ennemi -de toute bassesse.</p> - -<p>Le gnie potique, ou l'<i>art de trouver</i>, tait considr -comme le rsultat et l'expression de l'amour rig -en vertu suprme, et ses divers degrs correspondaient - ceux de cette vertu. De l l'espce de synonymie -tablie par la langue romane entre <i>amour</i> et <i>posie</i>, synonymie -adopte par Ptrarque dans ces vers o il -appelle le troubadour Arnaud Daniel <i>grand matre d'amour</i>, -pour dire <i>grand matre de posie</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Gran maestro d'amor ch'alla sua terra</div> -<div class="verse" lang="it" xml:lang="it">Ancor fa onor <i>col dir</i> polito e bello.</div> -</div> - -<p class="attr">(<i lang="it" xml:lang="it">Trionfo d'amore</i>, <small>IV</small>.)</p> - -<p>J'ai emprunt cette citation au savant auteur de la -<i>Symbolique du droit</i>, M. Chassan, qui ajoute: Ainsi le -recueil compos Toulouse au quatorzime sicle, et -qui renferme une grammaire, une potique et une -rhtorique, est intitul <i lang="oc" xml:lang="oc">Leys d'amor</i>, littralement <i>Lois -d'amour</i>, quoiqu'il ne ft pas l'usage des cours d'amour. -Les rglements de la Socit des troubadours -Toulouse portent aussi le nom de <i lang="oc" xml:lang="oc">Leys d'amor</i>. Cette acception -du mot <i>amour</i> pour signifier <i>posie</i> est bien en -rapport avec la nature et l'essence de la posie romane.</p> - - -<div class="p" id="p205">L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'pi sans grain.</div> -<p>Ce proverbe, qu'on trouve dans le troubadour Pierre -d'Auvergne, qui parat l'avoir formul, est encore driv -de l'ide exprime dans le prcdent, o l'amour -est considr comme le principe des vertus intellectuelles -et morales, ainsi que des vertus guerrires; en -un mot, comme la source de tout bien.</p> - - -<div class="p" id="p206">L'amour excite aux grandes prouesses.</div> -<p>C'est encore un proverbe roman qui se trouve dans -plusieurs ouvrages des troubadours, notamment dans -le roman de <i>Flamenca</i>. On dit dans le mme sens: <i id="p207">L'amour -fait les hros</i>, variante que J.-J. Rousseau a rapporte -et explique dans sa <i>Nouvelle Hlose</i>: L'amour -vritable est un feu dvorant qui porte son ardeur dans -les autres sentiments et les anime d'une vigueur nouvelle. -C'est pour cela qu'on a dit que l'amour faisait -les hros.</p> - -<p>Platon affirmait que, si l'on composait une arme de -jeunes amoureux, il n'y aurait point d'actes hroques -dont ils ne fussent capables pour plaire leurs matresses. -On sait que le seigneur de Fleuranges s'criait -en montant l'assaut sous le feu de l'ennemi: Ah! -si ma dame me voyait! Trait que Lebrun a rappel -dans une de ses odes, o il a voulu dmontrer par des -exemples que l'amour est le plus puissant mobile de -la valeur et du gnie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">D'un assaut bravant la furie,</div> -<div class="verse">J'entends Fleuranges qui s'crie:</div> -<div class="verse">Ah! si ma dame me voyait!</div> -<div class="verse">Il vole, il frappe, tout succombe;</div> -<div class="verse">De toutes parts l'ennemi tombe:</div> -<div class="verse">Un jeune amant le foudroyait.</div> -</div> - -<p>Cet amour hroque, c'est l'amour lev sa plus -haute puissance, l'amour sublim, dit M. V. Hugo; -Scudri l'assimile ingnieusement au feu d'Hercule, -qui en le consumant, le fit dieu.</p> - - -<div class="p" id="p208">L'amour est le revenu de la beaut.</div> -<p>Revenu trs-passager, car si la beaut a le don de -produire l'amour, elle n'a pas celui de le conserver -longtemps. Elle a besoin, pour maintenir les avantages -qu'elle possde, d'y joindre les charmes du cœur et -de l'esprit. C'est ce qu'expriment trs-bien ces vers de -M<sup>me</sup> Verdier:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Pour inspirer un feu constant,</div> -<div class="verse i2">Il ne suffit pas d'tre belle:</div> -<div class="verse i2">C'est la beaut qu'on se rend,</div> -<div class="verse i2">Mais c'est au cœur qu'on est fidle.</div> -<div class="verse i2">C'est l'accord intressant</div> -<div class="verse">D'un esprit doux et sage et d'une me sensible,</div> -<div class="verse">Que se trouve attach le secret infaillible</div> -<div class="verse">De fixer un poux et d'en faire un amant.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p209">Courtoisie fait amour durer.</div> -<p>Les tendres procds, les complaisances dlicates, -les petits soins affectueux entretiennent et font durer -l'amour. Le mot <i>courtoisie</i> a gard ici le sens plus -tendu qu'il avait jadis, il se rapportait non-seulement - la politesse des manires, mais celle de l'esprit et -du cœur; il exprimait la runion des principales qualits -des preux, telles que la galanterie, la loyaut, la -constance, le dvouement, etc. C'tait en tout l'oppos -des mœurs des vilains.</p> - -<p>Un amour ainsi nourri de la fine fleur des sentiments -chevaleresques, runit plus que tout autre d'excellentes -conditions de dure et de bonheur, et pourtant -nous ne voyons pas qu'il s'tablisse demeure fixe -dans les tendres cœurs. Il est tout diffrent aujourd'hui -de ce qu'il fut au sicle des Amadis, et ce n'est -plus que dans le domaine de l'imagination qu'on peut -le retrouver sous la forme sduisante qu'il eut en ce -bon vieux temps. Parviendra-t-on, force de courtoisie, - le rappeler dans la vie relle? La chose, hlas! -parat impossible, mais il y a tant de douceur l'esprer -qu'il est bon de le tenter quand mme.</p> - - -<div class="p" id="p210">En amour mieux vaut esprer que tenir.</div> -<p>Parce que, dit un autre proverbe plus ancien, <i>jouir -d'amours et tost finir ne vaut bon espoir durer toujours</i>. -En effet, l'amour s'use et finit vite par la possession, -tandis qu'il se renouvelle et se prolonge par l'espoir. -Les sensations physiques ne donnent qu'un plaisir fugitif; -les sensations morales laissent aprs elles un -charme durable, et l'esprit se fait une jouissance exquise -de ce qui est drob aux sens. Jamais, dit Pascal, -il n'exista de femme qui ait connu tant de douceur -dans l'amour satisfait qu'il y en a dans les dsirs et dans -les sollicitudes.</p> - - -<div class="p" id="p211">L'amour ne peut rien refuser l'amour.</div> -<p>C'est ce que dit textuellement le 26<sup>e</sup> article du <i>Code -d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amor nihil potest amori denegare.</i> Il vaudrait -mieux que l'amour pt refuser quelque chose -l'amour, car il durerait plus longtemps. Ce sont les -privations mitiges par l'esprance qui le font vivre; il -meurt ds qu'il n'a plus rien dsirer.</p> - - -<div class="p" id="p212">L'amour galise toutes les conditions.</div> -<p>L'amour ne peut souffrir ni barrires ni distinctions -entre les amants, dont il se plat confondre les existences. -Il veut qu'ils mconnaissent toutes les prrogatives -du rang et de la fortune pour vivre sous le -rgime bienfaisant de l'galit, et chacun d'eux obit - cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve -sanctionne par son propre cœur. Son vœu le plus -cher, a dit M. Michelet dans son livre intitul <i>le Peuple</i>, -c'est de se faire un gal; sa crainte, c'est de rester -suprieur, de garder un avantage que l'autre n'a -pas.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene conveniunt nec in una sede morantur</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Majestas et amor.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Ovide, <i>Mtam.</i> II, fab. <small>XIX</small>.)</p> - -<blockquote> -<p>La majest et l'amour ne s'accordent point et ne demeurent -point ensemble.</p> -</blockquote> - - -<div class="p" id="p213">L'amour rapproche les distances.</div> -<p>L'amour fait disparatre les ingalits sociales entre -les personnes qu'il unit: <i id="p532">princes et pastourelles, princesses -et pastoureaux, vont de pair en se donnant la main</i>. C'est -l'ide du proverbe prcdent sous d'autres termes.</p> - - -<div class="p" id="p214">L'amour et la crainte ne mangent pas la mme cuelle.</div> -<p>L'amour et la crainte sont deux sentiments incompatibles, -et, quand une personne inspire l'un, elle ne -saurait inspirer l'autre. Il faut remarquer dans ce proverbe -l'expression <i>manger la mme cuelle</i>, qui rappelle -un usage introduit au temps de la chevalerie, o -la galanterie avait imagin de placer table les convives -par couple, homme et femme. La politesse et -l'habilet des matresses de maison consistaient alors, -dit le Grand d'Aussy, savoir bien assortir les couples -qui n'avaient qu'une assiette commune, ce qui s'appelait -<i>manger la mme cuelle</i>.—L'expression, dtourne -du sens propre au figur, s'employa pour marquer -une liaison amoureuse. Elle servit aussi -caractriser l'intimit des relations amicales. Une des -plus grandes preuves de confiance qu'un roi pt autrefois -donner un de ses ministres consistait manger -avec lui <i> la mme cuelle</i>. L'auteur du <i>Roman de -Rou</i> exprime la haute faveur dont Godwin jouissait auprs -du monarque anglo-saxon par ces deux vers:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">Salu l'aveit et baisi</div> -<div class="verse" lang="fro" xml:lang="fro">En s'escuelle aveit mengi.</div> -</div> - -<p>Il en tait de mme d'un suzerain ou d'un suprieur -envers un vassal ou un infrieur.</p> - -<p>On lit dans le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i>, partie IV, lettre du Cid -au roi Alphonse: Celui qui est craint est rarement -aim du cœur; <i>la crainte et l'amour ne mangent pas au -mme plat</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">Non el temor y amores comen en un plato, non.</i></div> -</div> - - - -<div class="p" id="p215"><span class="blk">Amour et seigneurie<br /> -Ne souffrent compagnie.</span></div> - -<p>Proverbe pris de ce vers du livre III de l'<i>Art d'aimer</i> -d'Ovide:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Non bene cum sociis regna Venusque manent.</i></div> -</div> - -<p class="noindent">vers dont M. J. Janin, dans sa charmante tude sur le -pote latin, a donn cette traduction:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et le trne et l'amour ne se partagent pas.</div> -</div> - -<p>L'amour, dit Pascal est un tyran qui ne souffre -point de compagnon; il veut rgner seul; il faut que -toutes les passions ploient et lui obissent. (<i>Discours -sur les passions de l'amour</i>). Il en est de mme -du pouvoir souverain, il exclut tout partage et toute -rivalit.</p> - -<p>On dit, dans un sens analogue: <i id="p216">L'amour et l'ambition -ne souffrent point de compagnon.</i></p> - -<p>Ce proverbe est fort ancien dans notre langue, puisqu'il -se trouve dans ces vers du <i>Roman de la Rose</i>, continu -par Jehan de Meung.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Oncques amours et seigneurie</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Ne s'entrefirent compagnie,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Ne ne demourrent ensemble,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Cil qui matrise les dessemble (disjoint).</div> -</div> - - -<div class="p" id="p217">Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour.</div> -<p>Parce que, dans l'un et l'autre cas, on court risque -d'tre brl. Ovide remarque, dans le premier livre de -l'<i>Art d'aimer</i>, qu'on a vu souvent des personnes qui -d'abord faisaient semblant d'aimer, finir par aimer srieusement, -et passer de la feinte la ralit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Spe tamen vero cœpit simulator amare,</i></div> -<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Spe, quod incipiens finxerat esse jocus.</i></div> -</div> - -<p>C'est la peine que l'amour impose ordinairement -ses contrefacteurs.</p> - -<p>L'on ne peut presque faire semblant d'aimer, dit -Pascal, que l'on ne soit bien prs d'tre amant, ou du -moins que l'on n'aime en quelque endroit; car il faut -avoir l'esprit et les penses de l'amour pour ce semblant, -et le moyen de bien parler sans cela? La vrit -des passions ne se dguise pas si aisment que les -vrits srieuses. (<i>Disc. sur les pass. de l'amour.</i>)</p> - -<p>Pascal dit encore, dans le mme ouvrage: A force -de parler d'amour, on devient amoureux. Il n'y a -rien de si ais. C'est la passion la plus naturelle -l'homme.</p> - -<p>Corneille a une chanson qui exprime l'ide de Pascal -et d'Ovide. En voici le premier couplet:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Toi qui, prs d'un beau visage,</div> -<div class="verse">Ne veux que feindre l'amour,</div> -<div class="verse">Tu pourrais bien quelque jour</div> -<div class="verse">prouver ton dommage</div> -<div class="verse">Que souvent la fiction</div> -<div class="verse">Se change en affection.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p218">Il n'y a point d'amour sans jalousie.</div> -<p>Saint Augustin a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Qui non zelat non amat.</i> (<i lang="la" xml:lang="la">Adv. -Adamant.</i>, <small>XIII</small>). <a name="p22" id="p22"></a>Qui n'est point jaloux n'aime point.—Le 21<sup>e</sup> -article du <i>Code d'amour porte</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Ex vera zelotypia -affectus semper crescit amandi.</i> <a name="p219" id="p219"></a>La vraie jalousie -fait toujours crotre l'amour.</p> - -<p>Un jeu parti de je ne sais plus quel trouvre roule -sur la question de jurisprudence amoureuse: Lequel -aime mieux, ou l'amant qui est jaloux ou celui qui ne -l'est point? Molire, dans <i>les Fcheux</i>, a consacr la -quatrime scne du second acte de cette comdie -cette controverse sentimentale, qui est termine par ce -vers, digne de Molire:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux.</div> -</div> - -<p>On dit aussi: <i id="p220">La jalousie est la sœur de l'amour</i>, proverbe -qui a suggr au chevalier de Boufflers ce joli -quatrain:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'amour, par ses douceurs et ses tourments tranges,</div> -<div class="verse">Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour tour:</div> -<div class="verse i1"><i>La jalousie est la sœur de l'amour</i>,</div> -<div class="verse i1">Comme le diable est le frre des anges.</div> -</div> - -<p>Il ne s'agit pas ici, on le sent bien, de cette jalousie, -<i lang="la" xml:lang="la">vera zelotypia</i>, qui est chez celui qui aime une dfiance de -lui-mme, mais de cette jalousie grossire qui est une -dfiance de l'objet aim. Cette dernire a encore donn -lieu la comparaison proverbiale: <i id="p221">La jalousie nat de -l'amour comme la cendre du feu, pour l'touffer.</i></p> - - -<div class="p" id="p222">Il n'y a pas d'amour sans esprance.</div> -<p>Proverbe tir de l'article 9 du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amare -nemo potest nisi qui amoris suasione compellitur.</i> Personne -ne peut aimer s'il n'y est engag par la persuasion -d'amour. Il y a des gens qui prtendent que -cette <i>persuasion d'amour</i>, ou esprance d'tre aim, -n'est pas une condition indispensable de l'existence de -l'amour, et ils se fondent sur l'observation faite par Boccace, -matre expert en cette matire, qu'il arrive assez -souvent qu'on voit l'amour plus fort mesure que l'esprance -devient plus faible: <i lang="it" xml:lang="it">Noi veggiamo sovente avvenire, -quanto la speranza diventa minore, tanto l'amore -maggior farsi.</i> Mais cela n'est pas une preuve en faveur -de leur opinion. S'il est vrai que l'amour augmente -mesure que l'esprance diminue, il n'est pas vrai qu'il -puisse se maintenir lorsqu'elle a cess d'tre. L'amour -ressemble au flambeau qui jette une lueur plus vive au -moment o la nourriture commence lui manquer, -et qui s'teint aussitt qu'elle est puise. L'esprance -est l'aliment de l'amour. Tant qu'il lui en reste un peu, -il subsiste, il se montre mme plus vivace par l'ardeur -qu'il met se conserver. Ds qu'il ne lui en reste plus, -il faut qu'il expire, et s'il nous parat survivre comme -se pouvant nourrir de lui-mme, c'est que nous ne -voyons pas qu'il espre encore, quand il n'y a plus de -raison d'esprer.</p> - -<p>Walter Scott a trs-bien dvelopp l'ide de ce proverbe -dans un passage de son roman de <i>Waverley</i>, -tom. III, ch. <small>XXI</small>. La question y est pose en ces termes: -Peut-on aimer longtemps sans avoir l'espoir -d'tre aim? Une dame rpond l'auteur de la question: -Avez-vous le projet de nous dpouiller de -notre plus beau privilge? Voudriez-vous nous persuader -que l'amour ne peut exister sans l'esprance, et -qu'un amant peut tre infidle si celle qu'il aime lui -montre trop de rigueur? Je ne m'attendais pas qu'un -pareil blasphme sortt de votre bouche.—Je conviens, -madame, qu'il n'est pas impossible qu'un amant -persvre dans son affection en dpit des circonstances -qui devraient le dcourager, qu'il peut braver -les dangers, supporter la froideur… mais une indiffrence -constante et soutenue est un poison mortel pour -l'amour. Quelque puissante que soit l'attraction de vos -charmes, croyez-moi, ne faites jamais cette exprience -sur le cœur d'une personne qui vous serait chre. Je -vous le rpte, l'amour peut se nourrir de la plus -faible esprance; mais, s'il la perd, il s'teint bientt.—Il -doit avoir, dit Evan, le mme sort que la -jument de Duncan Magendie. Son matre voulut l'accoutumer -par degrs se passer de toute nourriture; -il ne lui donnait qu'une petite poigne de paille par -jour, et le pauvre animal mourut d'inanition.</p> - - -<div class="p" id="p223">Plus l'amour vient tard, plus il ard.</div> -<p>C'est--dire plus il est ardent. <i>Ard</i> est la troisime -personne du prsent de l'indicatif du vieux verbe <i>arder</i> -ou <i>ardre</i>, qui signifie brler. Ce proverbe est pris -du vers suivant d'Ovide dans l'hrode de <i>Phdre -Hippolyte</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Venit amor gravius quo serius, urimur intus, etc.</i></div> -</div> - -<p>Veut-il dire, comme quelques-uns l'ont pens, que -l'amour qui se dveloppe lentement acquiert plus -d'intensit que celui qui nat la premire vue, ou -bien que l'amour se fait sentir avec plus de violence -dans un ge avanc que dans la jeunesse? Je trouve -prfrable la dernire explication, laquelle on est -amen naturellement par l'analogie de cet autre proverbe: -<i>Le bois sec brle mieux que le bois vert</i>, ainsi que -de ce mot proverbial attribu au comte de Bussy-Rabutin: -<i id="p224">L'amour est comme la petite vrole, qui fait d'autant -plus de mal qu'elle vient plus tard.</i> D'ailleurs est-il -vrai que l'amour qui se dveloppe lentement devienne -plus fort? Je ne le crois pas, et je partage le sentiment -exprim dans cette pense de La Bruyre: L'amour -qui nat subitement est le plus long gurir. Le mme -auteur dit encore: L'amour qui crot peu peu et -par degrs ressemble trop l'amiti pour tre une -passion violente.</p> - - -<div class="p" id="p225">Rien ne se rallume si vite que l'amour.</div> -<p>C'est ce qu'a dit Snque: <i lang="la" xml:lang="la">Nihil facilius quam amor -recrudescit</i> (<span lang="la" xml:lang="la">Epist.</span> 69). Le comte de Bussy-Rabutin crivait - M<sup>me</sup> de Svign, propos des recrudescences -si promptes de l'amour, un mot charmant qu'elle -louait en lui rpondant ainsi: Ce que vous dites que -<i>l'amour est un recommenceur</i> est tellement joli et tellement -vrai, que je suis tonne que, l'ayant pens mille -fois, je n'aie pas eu l'esprit de le dire. (Lettre du -4 juillet 1656.)</p> - -<p>Nous avons encore ce vieux proverbe rim, qui exprime -la mme ide:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p294">Vieilles amours et vieux tisons</div> -<div class="verse">S'allument en toutes saisons.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p226">En amour un bless gurit l'autre.</div> -<p>L'amour compense le mal qu'il fait en blessant deux -cœurs: il met dans la plaie de l'un le baume de celle -de l'autre. Pourquoi donc les amants se plaignent-ils -tant de ses rigueurs? Ne feraient-ils pas mieux de s'entendre -pour les adoucir, en usant du remde qu'il leur -a donn? C'est ce que pense l'auteur du roman de <i>Flamenca</i>. -Ce troubadour, aprs quelques remarques sur -les effets de l'amour, conclut que ce qu'il y a de meilleur -pour les cœurs en peine, c'est leur mutuelle assistance; -car, dit-il, l'<i lang="oc" xml:lang="oc">Us nafratz pot guerir l'autre.</i> Un bless -peut gurir l'autre.</p> - - -<div class="p" id="p227">L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et gurit.</div> -<p>Comparaison proverbiale qui exprime la mme ide -que ce vers de P. Syrus:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amoris vulnus sanat idem qui facit.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>En amour, qui fait la blessure la gurit.</p> -</blockquote> - -<p>Les mythologues et les potes racontent que Tlphe, -ayant t bless par Achille, ne put tre guri de sa -plaie que par un empltre compos de la rouille du -fer dont il avait t bless.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mysus et monia juvenis qua cuspide vulnus</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Senserat, hac ipsa cuspide sensit opem.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Prospert., lib. II, eleg. <small>I</small>.</span>)</p> - -<blockquote> -<p>Le jeune roi de Mysie trouva la gurison de sa blessure dans -la lance mme d'Achille, dont il avait t bless.</p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Vulnus in Herculeo qu quondam fecerat hoste,</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Vulneris auxilium Pelias hasta tulit.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Ovide, <i lang="la" xml:lang="la">Remed. amor.</i>, <small>I</small>, 47.)</p> - -<blockquote> -<p>La lance d'Achille cicatrisa la blessure qu'elle-mme avait faite -au fils d'Hercule.</p> -</blockquote> - -<p>De l cette comparaison de l'amour avec la lance -d'Achille, comparaison heureuse que Bernard de Ventadour -a, le premier, employe dans une pice de vers -o il parle d'un baiser qu'il a reu de la belle Agns -de Montluon, femme du vicomte ble. Ce troubadour -s'crie qu'un si doux baiser va le faire mourir, si un -autre de la mme bouche ne vient lui rendre la vie, et -il le compare la lance d'Achille qui faisait une blessure -dont il n'tait pas possible de gurir, si l'on n'en -tait bless une seconde fois.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Com de Peleus la lansa</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Que de su colp non podi' hom guerir</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Se autra vez non s'en fesez ferir.</div> -</div> - -<p>Ce traitement homopathique de l'amour a t indiqu -par ces paroles d'une chanson des Grecs modernes: -Tu m'as donn un baiser, et j'en suis devenu malade; -donne m'en un autre pour que je gurisse, et un autre -encore pour que je ne retombe pas malade mourir.</p> - - -<div class="p" id="p228">La petite oie de l'amour.</div> -<p>On appelle <i>petite oie</i> au propre un ragot form du -cou, des ailerons, des pattes, du foie, du gsier, qu'on -a retranchs d'une oie qu'on fait rtir.</p> - -<p>Cette expression s'employait autrefois au figur, -comme on le voit dans les <i>Prcieuses ridicules</i> (sc. <small>X</small>), -pour dsigner les rubans, les plumes et les diffrentes -garnitures qui ornaient l'habit, le chapeau, le nœud -de l'pe, les gants, les bas et les souliers.—Elle dsignait -aussi par extension, les menus plaisirs de l'amour -ou de la galanterie, tels que les serrements de -mains, les baisers et autres caresses mignonnes qui -cependant laissent encore quelque chose de plus dsirer, -car la <i>petite oie n'est que la petite joie</i>.</p> - - -<div class="p" id="p229">L'amour est un grand matre.</div> -<p>Molire a employ et expliqu ce proverbe dans les -vers suivants de l'<i>cole des femmes</i> (act. III, sc. <small>IV</small>).</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il le faut avouer, <i>l'amour est un grand matre</i>;</div> -<div class="verse">Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne l'tre;</div> -<div class="verse">Et souvent de nos mœurs l'absolu changement</div> -<div class="verse">Devient par ses leons l'ouvrage d'un moment.</div> -<div class="verse">De la nature en nous il force les obstacles,</div> -<div class="verse">Et ses effets soudains ont de l'air des miracles.</div> -<div class="verse">D'un avare l'instant il fait un libral,</div> -<div class="verse">Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal;</div> -<div class="verse">Il rend agile tout l'me la plus pesante,</div> -<div class="verse">Et donne de l'esprit la plus innocente.</div> -</div> - -<p>On dit aussi que <i id="p230">l'amour est inventif</i>, dans le mme -sens que le proverbe, qui doit s'entendre non-seulement -des tours subtils et des expdients russ qu'il -suggre, mais aussi de quelques arts dont les potes -ont attribu la dcouverte ou le perfectionnement -ses inspirations.</p> - -<p>Le proverbe <i>l'amour est un grand matre</i> a t formul -par saint Augustin. Mais ce n'est pas l'amour -profane que ce pre de l'glise l'a appliqu; c'est -l'amour divin, principe et source de toutes les lumires -et de toutes les vertus. Cet amour, dit-il, est <i>un grand -matre</i> dont les leons comprennent toutes les parties -de la philosophie.</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la"><span class="sc">Amor magnus doctor est</span>, atque omnes philosophi -partes implet.</i></p> - - -<div class="p" id="p231">L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs.</div> -<p>Ce proverbe a d son origine au fabliau d'<i>Aristote</i>, -o il se trouve formul peu prs dans les mmes -termes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Que tout le meillor clerc du mont</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Fait comme roncins enseler,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et puis quatre piez aller,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">A chatonant par-dessus l'erbe</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">A vous die example et proverbe.</div> -</div> - -<p>Voici le canevas de ce fabliau, que j'ai retrac de -mmoire en le modernisant, parce que je n'avais pas le -texte sous les yeux pour en donner une traduction littrale.</p> - -<p>Alexandre le Grand, pris d'une jeune et belle Indienne, -semblait avoir perdu le got des conqutes. -Ses guerriers en murmuraient, mais aucun d'eux n'tait -assez hardi pour lui en exprimer le mcontentement -gnral. Son prcepteur Aristote s'en chargea: -il lui reprsenta qu'il ne convenait pas un conqurant -de ngliger ainsi la gloire pour l'amour; que l'amour -n'tait bon que pour les btes, et que l'homme -esclave de l'amour mritait d'tre envoy patre comme -elles. Une telle remontrance, autorise sans doute par -les mœurs du temps jadis, qui taient bien diffrentes -des ntres, fit impression sur le monarque, et il se dcida, -pour apaiser les murmures de son arme, ne -plus aller chez sa matresse; mais il n'eut pas le courage -de dfendre qu'elle vnt chez lui. Elle accourut -tout plore, afin de savoir la cause de son dlaissement, -et elle apprit ce qu'avait dit Aristote. Eh quoi! -s'cria-t-elle, le seigneur Aristote a de l'humeur contre -le penchant le plus naturel et le plus doux! il vous -conseille d'exterminer par la guerre des gens qui ne -vous ont fait aucun mal, et il vous blme d'aimer qui -vous aime! C'est une draison complte, c'est une impertinence -inoue qui rclame une punition exemplaire, -et, si vous voulez bien le permettre, je me -charge de la lui infliger. Son amant ne s'opposa -point ses projets, et ds ce moment elle mit tout en -œuvre pour sduire le philosophe. <i>Ce que veut une belle -est crit dans les cieux</i>, et l'gide de la sagesse ne met -pas couvert de ses traits vainqueurs. Le vieux censeur -des plaisirs l'apprit ses dpens. Son cœur, surpris -par les galanteries les plus adroites, se rvolta -contre sa morale. Vainement il crut l'apaiser en recourant - l'tude et en se rappelant toutes les leons de -Platon: une image charmante venait sans cesse se -placer devant ses yeux et attirait vers elle seule toutes -les mditations auxquelles il se livrait. Enfin il reconnut -que l'tude et Platon ne sauraient le dfendre -contre une passion si imprieuse, et son esprit subtil -lui rvla que le meilleur moyen de la vaincre tait -d'y cder. Ds l'instant il laissa l tous les livres et ne -songea qu'aux moyens d'avoir un entretien secret avec -la jeune Indienne. Un jour qu'elle faisait sa promenade -solitaire dans le jardin du palais imprial, il accourut -auprs d'elle, et peine l'eut-il aborde qu'il -se jeta ses pieds en lui adressant une pathtique dclaration. -L'enchanteresse feignit de ne pas y croire… -pour se la faire rpter. Cette manire de prolonger -les jouissances de l'amour-propre tait alors en usage -chez le beau sexe. Oblig enfin de s'expliquer, elle -rpondit qu'elle ne pouvait ajouter foi des aveux si -extraordinaires sans des preuves bien convaincantes. -Toutes celles qu'il tait possible d'exiger lui furent -offertes. Eh bien! reprit-elle, aprs cela, il faut satisfaire -un caprice: toute femme a le sien; celui -d'Omphale tait de faire filer un hros, et le mien est -de chevaucher sur le dos d'un philosophe. Cette condition -vous paratra peut-tre une folie; mais la folie est, - mes yeux, la meilleure preuve d'amour. Il fut fait -comme elle le dsirait. Qu'y a-t-il en cela d'tonnant? -Le dieu malin qui change <i>un ne en danseur</i>, comme -dit le proverbe, peut galement changer un philosophe -en quadrupde. Voil notre vieux barbon sell, brid, -et l'aimable jouvencelle califourchon sur son dos. -Elle le fait trotter de ct et d'autre, et, pendant -qu'il s'essouffle trotter, elle chante joyeusement un -lai d'amour appropri la circonstance. Enfin, lorsqu'il -est bien fatigu, elle le presse encore et le conduit… -devinez o?… elle le conduit vers Alexandre, -cach sous un berceau de verdure, d'o il examinait -cette scne rjouissante. Peignez-vous, si vous le pouvez, -la confusion d'Aristote, lorsque le monarque, riant -aux clats, l'apostropha de cette manire: O matre! -est-ce bien vous que je vois en ce grotesque quipage? -Vous avez donc oubli la morale que vous m'avez faite, -et maintenant c'est vous qu'il faut mener patre? La -raillerie semblait sans rplique, mais l'homme habile -a rponse tout. Oui, c'est moi, j'en conviens, -rpondit le philosophe en se redressant: que l'tat o -vous me voyez serve vous mettre en garde contre -l'amour. De quels dangers ne menace-t-il pas votre -jeunesse, lorsqu'il a pu rduire un vieillard si renomm -par sa sagesse un tel excs de folie?</p> - -<p>Cette seconde leon tait meilleure que la premire. -Alexandre parut l'approuver, et il promit de la mditer -auprs de la jeune et belle Indienne. C'tait l -qu'on lui reprochait d'avoir perdu sa raison; c'tait l -qu'il devait la retrouver. Il y russit; mais ce fut, dit-on, -par l'effet du temps plutt que par celui de la leon. -Le temps, pour gurir de l'amour, en sait beaucoup -plus qu'Aristote.</p> - -<p>Ce fabliau, attribu un chanoine de Rouen, nomm -Henri d'Andely, trouvre du treizime sicle, est -un conte tir d'un auteur arabe qui l'a intitul: <i>le -Vizir sell et brid</i>. J.-M. Chnier a remarqu avec raison -que l'ide de substituer Aristote un vizir vient de -l'autorit mme qu'Aristote avait acquise dans les -coles du moyen ge. Mais il a eu tort, suivant moi, de -traiter cette ide d'absurde, car elle sortait en quelque -sorte de l'esprit du temps, et mnageait au trouvre un -moyen sr de rendre plus frappante la moralit qu'il -voulait offrir ses contemporains, en introduisant -dans sa fable comme acteur principal l'homme clbre -qui avait t, leurs yeux, la plus haute personnification -de la sagesse.</p> - -<p>Du mme fabliau est drive l'expression <i id="p314">faire le -cheval d'Aristote</i>, pour dsigner une pnitence qui est -impose dans le jeu du gage touch ou dans quelque -autre semblable, et qui consiste prendre la posture -d'un cheval afin de recevoir sur son dos une dame -qu'on est oblig de promener ainsi dans le cercle, o -elle est embrasse tour tour par tous les joueurs qui -s'gayent aux dpens du pauvre patient qu'ils louent -ironiquement qui mieux mieux, les uns, de sa belle -allure chevaline et les autres de sa bonne grce -remplir le rle d'intendant de leurs menus plaisirs.</p> - -<p>Cette pnitence est une allusion l'usage symbolique -d'aprs lequel le vassal ou le vaincu se mettait -aux pieds de son suzerain ou de son vainqueur, une -bride la bouche et une selle sur le dos. L'histoire -offre plusieurs exemples de cet usage, depuis le fils -du malheureux Psammnit, qui fut envoy au supplice -avec un mors dans la bouche par ordre de Cambyse -(Hrodote, III, <small>XIV</small>), jusqu' Hugues de Chlons qui, -reconnaissant son impuissance contre l'arme des Normands, -alla trouver le jeune duc Richard par qui elle -tait commande, et se roula ses pieds en signe de -soumission, avec une selle de cheval sur les paules. -(<i>Chroniq. de Normandie.</i> Duc. <small>VI</small>, 337.—Guill. Gemet, -liv. III, ch. <small>IV</small>.) C'est en vertu d'un pareil usage qu'Eustache -de Saint-Pierre et cinq autres bourgeois de Calais -se prsentrent douard III, roi d'Angleterre, -avec la corde au cou.</p> - - -<div class="p" id="p232">L'amour te le deuil.</div> -<p>L'amour est un sentiment passionn qui absorbe -tous les autres: il asservit l'me entire, il en devient -l'objet unique, et comme il la rend indiffrente aux -plus grandes joies qui ne lui viennent pas de lui, il -la console des plus vives afflictions dont il n'est pas le -principe; il les lui fait mme oublier. De l ce proverbe -qui parat avoir t suggr par un passage charmant -de la <i>Gense</i>, o il est question de l'arrive de Rbecca -auprs d'Isaac, qui elle tait destine pour pouse: -Isaac la fit entrer dans la tente de sa mre Sara et il -la prit pour femme, et l'affection qu'il eut pour elle -fut si grande qu'elle tempra la douleur que la mort -de sa mre lui avait cause. (<small>XXIV</small>, 67).</p> - -<p>Ces paroles bibliques, dont Chateaubriand, dans son -<i>Gnie du Christianisme</i>, a justement lou la simplicit, -offrent une preuve orthodoxe qu'il est permis de chercher -dans l'amour de doux oublis des peines de la vie, -en tout honneur bien entendu.</p> - -<p>On dit aussi: <i>L'amour est un grand consolateur.</i></p> - - -<div class="p" id="p233">En amour trop n'est pas assez.</div> -<p>On sait que ce charmant proverbe a t formul par -Beaumarchais, qui a dit dans <i>le Mariage de Figaro</i> -(act. IV, sc. <small>I</small>): En fait d'amour, vois-tu, trop n'est -pas mme assez. Mais il faut remarquer pourtant que -cet ingnieux auteur, en le formulant, peut avoir t -inspir par l'observation dj faite sur toute passion -extrme dont les <i>dsirs</i>, suivant l'expression de Snque, -<i>n'obtiendront tout que pour vouloir quelque chose -de plus que tout</i>, ou par ce dlicieux passage de Montesquieu -dans <i>Arsace et Ismnie</i>: Lorsque l'amour renat -aprs lui-mme, lorsque tout promet, que tout demande, -que tout obit, lorsque <i>l'on sent qu'on a tout et -qu'on n'a pas assez</i>, lorsque l'me semble s'abandonner -et se porter au del de la nature mme, etc.</p> - -<p>Beaumarchais peut avoir eu encore l'ide d'enchrir -sur cette maxime d'amour du comte de Bussy-Rabutin:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Vous me dites que votre feu</div> -<div class="verse i2">Est assez grand, belle Climne;</div> -<div class="verse i2">Vous ignorez donc, inhumaine,</div> -<div class="verse i2">Qu'<i>en amour assez est trop peu</i>,</div> -<div class="verse i2">Cependant la chose est certaine.</div> -<div class="verse">Ah! si sur ce chapitre on croit les gens senss,</div> -<div class="verse"><i>Quand on n'aime pas trop on n'aime pas assez.</i></div> -</div> - -<p>Peut-tre aussi a-t-il eu prsent l'esprit cet autre -proverbe: <i>L'amour et le feu ne disent jamais: C'est assez.</i></p> - -<p>Du reste, c'est avec raison qu'on a fait honneur du -proverbe Beaumarchais, quoique la pense puisse -lui en avoir t suggre par les penses analogues -que j'ai cites. Il a su reproduire cette pense sous la -forme la plus originale et la plus heureuse. Il a dit le -vrai mot de l'amour.</p> - - -<div class="p" id="p234">Plus l'amour est nu, moins il a froid.</div> -<p>Ce proverbe se retrouve textuellement dans ce vers -d'Owen (pigr. <small>II</small>, 88):</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quo nudus magis est, hoc minus alget Amor.</i></div> -</div> - -<p class="noindent">et dans ce quatrain de Corneille:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Depuis que l'hiver est venu,</div> -<div class="verse">Je plains le froid qu'Amour endure,</div> -<div class="verse">Sans songer que <i>plus il est nu</i></div> -<div class="verse"><i>Et tant moins il craint la froidure</i>.</div> -</div> - -<p>Il faut interprter ce proverbe dcemment en n'y -voyant qu'une ide analogue au mot d'Hsiode: L'amour -est le fils de la pauvret, ou celui de Diolime -de Mgare: L'amour est le fils du travail et de la -pauvret. C'est--dire que les pauvres gens ressentent -cette passion avec plus de vivacit que les riches. -Ceux-ci peuvent y apporter plus de dlicatesses et de -raffinements, mais non autant de vives et franches -ardeurs. Toutes les fleurs artificielles dont ils parent -la couche de l'amour ne valent pas cette floraison naturelle -qui semble clore sur le grabat des indigents -de la sve mme de leur cœur.—On connat ces vers -de Branger, qui forment un tableau si gracieux:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quel dieu se plat et s'agite</div> -<div class="verse">Sur ce grabat qui fleurit?</div> -<div class="verse">C'est l'Amour qui rend visite</div> -<div class="verse">A la Pauvret qui rit.</div> -</div> - -<p>Alfred de Musset a dit avec une simplicit charmante -au dbut de son conte intitul <i>Simone</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les gens d'esprit et les heureux</div> -<div class="verse">Ne sont jamais bien amoureux:</div> -<div class="verse">Tout ce beau monde a trop faire.</div> -<div class="verse">Les pauvres en tout valent mieux;</div> -<div class="verse">Jsus leur a promis les cieux,</div> -<div class="verse">L'amour leur appartient sur terre.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p236">Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des btes.</div> -<p>Il n'est permis aux animaux de se livrer aux plaisirs -de l'amour qu'en une saison de l'anne. L'homme -seul peut les goter en tout temps jusque dans l'extrme -vieillesse. (<i>Entretien de Socrate</i>, <small>I</small>, 19).</p> - -<p>Cette observation proverbiale a t runie par Beaumarchais, -d'une manire piquante et spirituelle, une -autre observation galement proverbiale, dans cette -phrase que le jardinier Antonio, pris de vin, adresse -la comtesse Almaviva: Boire sans soif et faire l'amour -en tout temps, madame, il n'y a que a qui nous -distingue des autres btes. (<i>Mariage de Figaro</i>, act. II, -sc. <small>XXI</small>).</p> - -<p>On connat la rpartie de M<sup>me</sup> de La Sablire -son oncle, qui la moralisait en lui disant: Quoi! ma -nice, toujours et toujours des amours! mais les btes -mmes n'ont qu'un temps pour cela.—Eh! mon oncle, -c'est que ce sont des btes.</p> - -<p>Ce mot plaisant, que l'on attribue aussi d'autres -dames galantes, n'est, comme la plupart des bons -mots, qu'une redite. Il est cit par Macrobe, qui en -fait honneur l'esprit de Populia, fille de Marcus:</p> - -<p><i lang="la" xml:lang="la">Populia, Marci filia, miranti cuidam quid esset qua -propter besti nunquam marem desiderarent, nisi cum -prgnantes vellent fieri, respondit: <em>Besti enim sunt</em>.</i> -(Saturn. <small>II</small>, 5.)</p> - -<p>Voici des vers indits qu'un de mes amis, M. L. de -Fos, a improviss sur ce sujet. Ils ne peuvent manquer -de prter de l'agrment cet article:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Des btes, a-t-on dit, ce qui distingue l'homme,</div> -<div class="verse">C'est de faire l'amour en toutes les saisons.</div> -<div class="verse">De ce mot si connu je sais plusieurs leons,</div> -<div class="verse i3">Voici celle qui vient de Rome.</div> -<div class="verse">La fille de Marcus, dans ses joyeux bats,</div> -<div class="verse">Aux jeunes dbauchs prodiguait ses appas.</div> -<div class="verse">Quoi! toujours, lui dit-on, des amours, des conqutes!</div> -<div class="verse">Les btes cependant n'ont qu'un temps pour cela.</div> -<div class="verse i2">—Oui, rpondit Populia.</div> -<div class="verse i2">Mais c'est qu'aussi ce sont des btes.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p237">L'amour et la pauvret font mauvais mnage ensemble.</div> -<p>Le mnage le plus uni cesse de l'tre quand il est -pauvre: la pauvret tue l'amour.—Les Anglais disent: -<i lang="en" xml:lang="en">When poverty comes in at the door, loves flies out -at the window.</i> <a name="p238" id="p238"></a>Quand la pauvret entre par la porte, -l'amour s'envole par la fentre. Proverbe que Shakespeare -avait peut-tre prsent l'esprit lorsqu'il disait -dans le <i>Conte d'hiver</i>: La prosprit est le plus sr -lien de l'amour. (Act. IV, sc. <small>III</small>).</p> - -<p>Notre proverbe est trs-bien expliqu par Molire -dans ces vers des <i>Femmes savantes</i> (act. V, sc. <small>V</small>.)</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie</div> -<div class="verse">Que les fcheux besoins des choses de la vie;</div> -<div class="verse">Et l'on en vient souvent s'accuser tous deux</div> -<div class="verse">De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.</div> -</div> - -<p>On dit trivialement: <i id="p313">Quand il n'y a pas de foin au rtelier, -les nes se battent.</i></p> - - -<div class="p" id="p239">Les lunettes sont des quittances d'amour.</div> -<p>C'est--dire qu'on doit n'aimer qu' l'ge o l'on -peut tre aim, et ne pas afficher la prtention de -plaire aux belles quand on est rduit porter des lunettes, -ce qui arrive malheureusement une poque -de la vie o l'on a souvent le cœur en meilleur tat -que les yeux, et o l'on est d'autant plus plaindre -qu'en amour on se sent abandonn de tout sans qu'on -veuille renoncer rien.</p> - -<p>On dit aussi: <i>Bonjour, lunettes; adieu, fillettes</i>; pour -exprimer qu'il faut cesser de prtendre aux faveurs -des jeunes filles quand on commence prendre des -lunettes.</p> - -<p>Ce conseil tait juste et convenable autrefois, o les -lunettes n'taient gure qu' l'usage des vieillards; -mais on sent qu'il serait dplac aujourd'hui l'gard -d'une foule de jeunes gens pour qui elles sont des objets -de ncessit ou des objets de mode…</p> - -<p>Il faudrait donc n'appliquer les deux proverbes qu' -ces vieux barbons qui, possds de la manie de se poser -en verts-galants, reluquent sans cesse avec des binocles -ou des lorgnons les jouvencelles qui ils savent si bien -faire tourner la tte… de l'autre ct.</p> - -<p>Remarquons, puisque l'occasion s'y adonne, que la -mode des lunettes fut trs-rpandue en Espagne au -commencement du dix-septime sicle, sous le rgne -de Philippe III. Elles y faisaient partie du costume des -gens comme il faut, qui croyaient, par cette nouvelle -espce d'insignes, se donner plus de gravit et obtenir -plus de considration. Elles taient proportionnes au -rang des personnes. Les grands du pays en mettaient -de magnifiques dont les verres surpassaient en circonfrence -les piastres fortes, et ils y tenaient tant, dit-on, -qu'ils ne les quittaient pas mme pour se coucher.</p> - -<p>Les dames, leur tour, les avaient adoptes, parce -que ce complment de parure signalait aussi la noblesse -de leur condition et surtout parce qu'il offrait -leur vanit une foule d'avantages qu'il serait trop long de -spcifier. Bornons-nous rappeler qu'en gnral elles -les arboraient comme enseignes des prtentions qu'elles -voulaient afficher. Quelques-unes les portaient afin de -passer pour lettres ou savantes (c'taient les prcieuses -de l'poque); beaucoup d'autres s'en servaient -afin de mieux observer l'effet que leur prsence pouvait -produire dans les salons, et de mieux cacher aux -regards indiscrets les sentiments dont elles se trouvaient -affectes. Cette seconde catgorie comprenait -la plupart des jeunes et jolies femmes.</p> - -<p>Il est permis de supposer que les diverses espces -de lunettes avaient des noms correspondant leurs -divers usages. Un pote gongoriste appelait celles qui -cachaient de beaux yeux, <i>les couvre-feu de l'amour</i>.</p> - - -<div class="p" id="p240">L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice.</div> -<p>Le <i>Code d'amour</i> dit, art. 10: <i lang="la" xml:lang="la">Amor semper ab avariti -consuevit domibus exsulare.</i> Sentence dont notre proverbe -est la reproduction.</p> - -<p>Quoi de plus oppos l'amour que l'avarice? Dans -l'amour on est d'une prodigalit excessive, on ne s'occupe -pas du tout de sa fortune: dans l'avarice, au contraire, -on ne pense qu' sa fortune. Si un avare aimait, -il cesserait de l'tre. Un avaricieux mme qui aime, -dit Pascal, devient libral; il ne se souvient pas d'avoir -eu une habitude oppose. (<i>Disc. sur les pass. de -l'amour.</i>)</p> - - -<div class="p" id="p241">La faim fait oublier l'amour.</div> -<p>C'est ce que disait le philosophe Crats, et il avait -bien raison, car l'estomac matrise le cœur, et quand -le besoin fait crier le premier, l'autre est rduit se -taire. Telle est la loi de la nature, laquelle les amoureux -les plus robustes ne sauraient chapper.</p> - -<p>Il ne s'en trouverait pas un seul peut-tre qui, -dans ce cas, ne ft de l'avis de ce paysan qui l'on -demandait s'il aimait les femmes: J'aime beaucoup -une fort belle fille, rpondit-il; mais j'aime encore -mieux une fort bonne ctelette.—Il n'y a point d'amour -qui tienne contre la fringale.</p> - -<p>On connat ces vers de La Fontaine, dans <i>la Fiance -du roi de Garbe</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">On ne vit ni d'air ni d'amour,</div> -<div class="verse i2">Les amants ont beau dire et faire,</div> -<div class="verse">Il en faut revenir toujours au ncessaire.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p242">Sans pain ni vin l'amour est vain.</div> -<p>C'est--dire <i>l'amour n'est rien</i>, comme porte une variante. -Ce proverbe est une traduction familire de -celui des Latins cit dans l'<i>Eunuque</i>, de Trence: <i lang="la" xml:lang="la">Sine -Cerere et Libero friget Venus.</i> (Act. IV, sc. <small>VI</small>.) <a name="p638" id="p638"></a>Sans Crs -et Bacchus Vnus est transie.—Il faut remarquer, - ce sujet, que l'amour n'tait gure pour les anciens -qu'un acte sensuel auquel ils prludaient par les bons -mets et les bons vins, qui leur paraissaient les moyens -les plus propres l'exciter et le favoriser. Ils le regardaient -comme le couronnement de l'orgie. De l -ces paroles de saint Jrme, que je n'oserais mme -traduire, sur les dbauchs qui avaient le cœur au -ventre: <i lang="la" xml:lang="la">Distento ventre distenduntur ea qu ventri adhrent.—Venter -plenus despumat in libidinem.</i></p> - -<p>Les Romains avaient encore ce proverbe analogue, -qui leur tait venu des Grecs: <i lang="la" xml:lang="la">Saturo Venus adest, -famelico nequaquam adest.</i> <a name="p639" id="p639"></a>Vnus ou l'amour est pour -celui qui a le ventre plein, et non pour celui qui l'a -vide.</p> - -<p>Les Languedociens disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Vivo l'amour! ma q -iou dn.</i> <a name="p243" id="p243"></a>Vive l'amour, mais que je dne!</p> - -<p>C'est exactement ce qu'on dit en franais: <i id="p244">Vive l'amour -aprs dner</i>!</p> - - -<div class="p" id="p245">Aprs l'amour le repentir.</div> -<p>Hlas! nous ne pouvons aimer toujours, et bien souvent -le repentir nous prend o l'amour nous laisse. -<a name="p295" id="p295"></a>Les amours s'en vont et les douleurs demeurent, -dit le proverbe espagnol: <i lang="es" xml:lang="es">Vanse los amores y quedan los -dolores.</i></p> - -<p>Un troubadour anonyme a compar l'amour l'glantier, -dont les fleurs passent et tombent en peu de -temps, tandis que les pines restent toujours.</p> - -<p>Guarini a dit de l'amour dans son <i>Pastor fido</i>: La -racine en est douce et le fruit amer. <i lang="it" xml:lang="it">La radice suave, -il frutto amora.</i></p> - -<p>La Rochefoucauld prtend que il y a peu de gens -qui ne soient honteux de s'tre aims, quand ils ne -s'aiment plus.</p> - - -<div class="p" id="p246">On fait l'amour, et quand l'amour est fait, c'est une autre -paire de manches.</div> -<p>Tout le monde comprend ce que signifie ce proverbe, -dont la dernire partie, devenue une locution part, -est continuellement rpte; il rappelle un usage pratiqu -au douzime sicle par des individus de sexe -diffrent qui voulaient former ensemble un tendre engagement. -Ils changeaient une paire de manches -comme gage du don mutuel qu'il se faisaient de leur -cœur, et ils se les passaient aux bras en promettant de -n'avoir pas dsormais de plus chre parure, ainsi qu'on -le voit dans une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun, -o il est parl de deux amants qui se jurrent -de <i>porter manches et anneaux l'un de l'autre</i>. Ces enseignes -ou livres d'amour, destines tre le signe de -la fidlit, devinrent presque en mme temps celui de -l'infidlit; car toutes les fois qu'on changeait d'amour -on changeait aussi de manches, et il arrivait mme assez -souvent que celles qu'on avait prises la veille taient -mises au rebut le lendemain. Vainement un autre proverbe -recommandait de respecter cette sorte d'investiture -d'amour par la manche en disant: <i lang="oc" xml:lang="oc">La manega -no i es gap, car senhals es de drudaria</i>; <a name="p306" id="p306"></a>la manche, ce -n'est pas un badinage, car c'est un signal d'amourette. -Comme une pareille recommandation n'avait aucune -force lgale, chacun et chacune y contrevenaient qui -mieux mieux. Aussi tel ou telle qu'on s'tait flatt de -<i>tenir dans sa manche</i> s'en dbarrassait au plus vite, sans -le moindre scrupule, et, en dfinitive, c'<i>tait toujours -une autre paire de manches</i>.</p> - - -<div class="p" id="p247">Vieil amour, vieille prison.</div> -<p>Un vieil amour est un esclavage o l'on prouve -beaucoup de peines et d'ennuis. Dans la vieillesse de -l'amour comme dans celle de l'ge, dit La Rochefoucauld, -on vit encore pour les maux, mais on ne vit -plus pour les plaisirs.</p> - -<p>Ce proverbe est pris du latin: <i lang="la" xml:lang="la">Antiquus amor carcer -est.</i> Il s'applique le plus souvent l'amour conjugal, -que les deux poux sont obligs de subir jusqu' ce que -mort s'ensuive, pour l'un ou l'autre. Aussi arrive-t-il -quelquefois que le mari voit mourir sa femme ou la -femme son mari du mme œil qu'un prisonnier voit -briser ses fers.</p> - -<p>Philmon, pote comique grec, a dit dans une de -ses pices: Le mariage est une prison qui n'a de -beau que la porte par laquelle on y entre, et de consolant -que celle par laquelle on a vu la mort faire -sortir la personne avec qui on avait fait son entre.</p> - -<p>Ce Philmon tait bien loin de penser comme son -homonyme, le mari de Baucis, tendrement aime de lui, -ainsi qu'il fut aim d'elle jusque dans l'extrme vieillesse. -La Fontaine a dit de ces deux modles de l'amour -conjugal:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ni le temps, ni l'hymen, n'teignirent leur flamme.</div> -<div class="verse"><b>. . . . . . . . . . . . . . . </b></div> -<div class="verse">L'amiti modra leurs feux sans les dtruire,</div> -<div class="verse">Et par des traits d'amour sut encor se produire.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p248">L'amour meurt rarement de mort subite.</div> -<p>Il meurt presque toujours d'une maladie de langueur, -beaucoup plus longue que ne le voudraient ceux qui en -sont atteints. C'est une observation qu'ont faite plusieurs -potes rotiques.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Difficile est longum subito deponere amorem.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Catulle.)</p> - -<blockquote> -<p>Il est difficile de se dfaire tout coup d'un long amour.</p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Longus at invito pectore sedet amor.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Ovide.)</p> - -<blockquote> -<p>Mais le cœur malgr lui conserve un long amour.</p> -</blockquote> - -<p>Cette tnacit de l'amour chez des personnes qui ne -demanderaient pas mieux que d'en tre affranchies est -produite par l'habitude, par la paresse de changer, par -la difficult de former une nouvelle liaison, par l'impossibilit -de vivre seul, et par beaucoup d'autres -causes qui font qu'on a bien de la peine rompre -quand on ne s'aime dj plus, et plus forte raison -quand on s'aime encore un peu. Tant que l'amour -dure, dit La Bruyre, il subsiste de lui-mme et quelquefois -par les choses qui semblent le devoir teindre, -par les caprices, par les rigueurs, par l'loignement, -par la jalousie (ch. <small>IV</small>, <i>du Cœur</i>). L'indignit mme -de l'objet qui l'a inspir ne parvient pas toujours -lui donner une mort soudaine, comme le dit trs-bien -ce vers de Saurin:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Longtemps on aime encore en rougissant d'aimer.</div> -</div> - -<p>On l'a justement compar au feu grgeois qui brle -sous les flots de la mer, et la chaux vive que l'eau -dont on l'arrose allume ou met en bullition. Pauvres -belles dlaisses, n'esprez pas l'teindre force de -pleurer. Toutes ces larmes qui vous retombent sur le -cœur ne servent qu' le rendre plus ardent.</p> - -<p><i id="p251">C'est le temps, et non la volont, qui met fin l'amour</i>, -dit le proverbe latin:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amori finem tempus, non animus facit.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(P. Syrus.)</p> - - -<div class="p" id="p249">Il n'y a qu'un pas de l'amour la dvotion.</div> -<p>Cela se dit surtout en parlant des femmes d'un certain -ge qui, voyant les amants se dtourner d'elles, -tournent du ct des litanies. Cette transition d'une -vie galante une vie dvote ne leur parat pas agrable -sans doute, et elles la diffrent tant qu'elles peuvent, -mais le respect humain l'exige, et, faisant de ncessit -vertu, elles franchissent enfin le pas moins difficilement -qu'elles ne pensaient le faire. La raison en est toute -simple; c'est que le point d'o elles partent confine -celui o elles vont, et que passer de l'un l'autre n'est -souvent pour la plupart d'entre elles qu'aller du mme -au mme; car leur amour ne change point de nature -pour tre coul dans le moule de la dvotion.</p> - -<p>Saint-vremont a trs-bien dit, dans un chapitre -dont le titre porte que la <i>Dvotion est le dernier de nos -amours</i>: La pnitence ordinaire des femmes, ce que -j'ai pu observer, est moins un repentir de leurs pchs -qu'un regret de leurs plaisirs; en quoi elles sont -trompes elles-mmes, pleurent amoureusement ce -qu'elles n'ont plus, quand elles croient pleurer saintement -ce qu'elles ont fait.</p> - -<p>On pourrait appliquer leur conversion le joli mot -proverbial des Italiens sur celles qui abjurent une -hrsie pour une autre, ou qui passent d'une fausse -religion une autre galement fausse: C'est, disent-ils, -changer de chambre dans la maison du diable. -<i lang="it" xml:lang="it">Cambiare di stanza nella casa del diavolo.</i></p> - - -<div class="p" id="p250">Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir.</div> -<p>Le <i>Code d'amour</i> a exprim la mme ide en ces -termes: <i lang="la" xml:lang="la">Si amor minuatur, cito deficit, et raro convalescit</i>, -article 19. Si l'amour diminue, il dprit vite, et rarement -il se rtablit.</p> - -<p>La Rochefoucauld dit dans une de ses penses: Il -est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a vritablement -cess d'aimer.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vif attrait, charme inexprimable,</div> -<div class="verse">Le cœur s'puise le sentir.</div> -<div class="verse">Pourrait-il d'un feu qui dvore</div> -<div class="verse">prouver deux fois les effets?</div> -<div class="verse">Les cendres s'chauffent encore,</div> -<div class="verse">Mais ne se rallument jamais.</div> -</div> - -<p class="attr">(Andrieux.)</p> - - -<div class="p" id="p252">Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou -chasse l'autre.</div> -<p>Ou plus simplement par la substitution d'une mtaphore -allgorique la comparaison: <i>Un clou chasse -l'autre.</i> Ce proverbe se trouve dans la phrase suivante -de la quatrime <i>Tusculane</i> de Cicron: <i lang="la" xml:lang="la">Novo amore veterem -amorem tanquam clavo clavium ejiciendum putant.</i> -Ils pensent qu'un nouvel amour doit remplacer un -ancien amour comme un clou chasse l'autre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Novus amor veterem compellit abire.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Art. <small>XVII</small> du <i>Code d'amour</i>.)</p> - -<p>Louis Racine, dans le chant <small>VI</small> de son pome <i>de la -Religion</i>, a crit ces quatre vers qui expriment trs-bien -le sens du proverbe, qu'il ne pouvait citer textuellement:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le cœur n'est jamais vide. Un amour effac</div> -<div class="verse">Par un nouvel amour est toujours remplac,</div> -<div class="verse">Et tout objet qu'efface un objet plus aimable,</div> -<div class="verse">Sitt qu'il est chass, nous parat hassable.</div> -</div> - -<p>Lorsque Longchamp, secrtaire de Voltaire, lui remit -la bague qu'il avait eu la prcaution d'ter du -doigt de la marquise de Chtelet qui venait de mourir, -et dans laquelle devait se trouver le portrait du pote, -il lui dit et lui fit voir que ce portrait avait t remplac -par celui de Saint-Lambert: O ciel! s'cria Voltaire, -en joignant les deux mains, voil bien les femmes! -j'en avais chass Richelieu; Saint-Lambert m'en -a chass. Cela est dans l'ordre, <i>un clou chasse l'autre</i>. -Ainsi vont les choses dans ce monde.</p> - -<p>Duclos a dit de l'amour qui se porte vers plusieurs -objets et peut se remplacer par un autre: Un tel -amour n'est pas fort dlicat, mais il est heureux, et le -bonheur fait la gloire de l'amour.</p> - -<p>Cette maxime sent bien son auteur, qui une dame -du beau monde reprochait justement de se contenter -de la premire venue. Il y a une satisfaction sensuelle -dans ces amours rapidement remplacs l'un par l'autre; -mais s'il n'y a point de bonheur, il y a encore moins de -gloire; et si quelque animal du troupeau d'picure -prtend une couronne pour les faciles succs qu'il a -obtenus en ce genre, il faut lui en donner une faite -des lauriers des jambons de ses confrres de Mayence.</p> - - -<div class="p" id="p253">L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour.</div> -<p>En d'autres termes, il n'est rien de tel que l'amour -pour tuer le temps, et rien de tel que le temps pour -tuer l'amour.</p> - -<p>Le comte de Sgur, donnant au verbe <i>passer</i> un sens -diffrent de celui qu'il a ici, a fait sur ce proverbe -l'allgorie suivante:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">A voyager passant sa vie,</div> -<div class="verse">Certain vieillard, nomm le Temps,</div> -<div class="verse">Prs d'un fleuve arrive et s'crie:</div> -<div class="verse">Ayez piti de mes vieux ans.</div> -<div class="verse">Eh quoi! sur ces bords on m'oublie,</div> -<div class="verse">Moi, qui compte tous les instants!</div> -<div class="verse">Mes bons amis, je vous supplie,</div> -<div class="verse">Venez, venez passer le Temps.</div> - -<div class="verse stanza">De l'autre ct, sur la plage,</div> -<div class="verse">Plus d'une fille regardait,</div> -<div class="verse">Et voulait aider son passage</div> -<div class="verse">Sur un bateau qu'Amour guidait;</div> -<div class="verse">Mais une d'elles, bien plus sage,</div> -<div class="verse">Leur rptait ces mots prudents:</div> -<div class="verse">Ah! souvent on a fait naufrage</div> -<div class="verse">En cherchant passer le Temps.</div> - -<div class="verse stanza">L'Amour gament pousse au rivage,</div> -<div class="verse">Il aborde tout prs du Temps;</div> -<div class="verse">Il lui propose le voyage,</div> -<div class="verse">L'embarque, et s'abandonne au vent.</div> -<div class="verse">Agitant ses rames lgres,</div> -<div class="verse">Il dit et redit dans ses chants:</div> -<div class="verse">Vous voyez bien, jeunes bergres,</div> -<div class="verse">Qu'Amour a fait passer le Temps.</div> - -<div class="verse stanza">Mais tout coup l'Amour se lasse,</div> -<div class="verse">Ce fut toujours l son dfaut;</div> -<div class="verse">Le Temps prend la rame sa place,</div> -<div class="verse">Et lui dit: Quoi! cder sitt!</div> -<div class="verse">Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse!</div> -<div class="verse">Tu dors et je chante mon tour</div> -<div class="verse">Ce vieux refrain de la sagesse:</div> -<div class="verse">Ah! le Temps fait passer l'Amour.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p254">Le succs trop facile rend l'amour mprisable.</div> -<p>Proverbe tir de l'article 14 du Code d'amour: <i lang="la" xml:lang="la">Facilis -perceptio contemptibilem reddit amorem.</i> C'est la difficult -qui fait le bonheur et le charme de l'amour. -Les faveurs d'une belle, dit M<sup>me</sup> de Genlis, n'ont de -prix que lorsqu'elles sont arraches. On n'en jouit qu'en -les drobant.</p> - - -<div class="p" id="p255">L'amour apprend les nes danser.</div> -<p>La lgret et la souplesse singulires avec lesquelles -les nes, au mois de mai, bondissent et se trmoussent -dans la prairie auprs des nesses, ont donn lieu -ce proverbe, dont le sens mtaphorique est que l'amour -polit le naturel le plus inculte.</p> - -<p>On voit en effet de vrais rustres qui, sous l'influence -de cette passion, parviennent se dfaire de leurs -instincts grossiers, de leurs habitudes brutales, et y -substituent des manires agrables, des mœurs courtoises, -que leur communiquent des femmes aimables -auxquelles ils cherchent plaire.</p> - - -<div class="p" id="p256">L'amour porte avec soi la musique.</div> -<p>On dit aussi: <i id="p257">L'amour enseigne la musique.</i>—Les -amants aiment chanter leurs plaisirs et leurs peines. -De l ce proverbe qu'on trouve expliqu dans les <i>Symposiaques</i> -de Plutarque, liv. I, quest. <small>V</small>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Primus amans carmen vigilatum nocte negata</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Dicitur ad clausas concinuisse fores;</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Eloquiumque fuit duram exorare puellam.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Ovide, <i>Fast.</i> <small>IV</small>.)</p> - -<p>Un amant, dit-on, dans une nuit refuse ses -vœux, chanta le premier des vers devant la porte ferme -de sa matresse, et l'loquence ne fut d'abord que -l'art d'attendrir une cruelle.</p> - -<p>Les Anglais disent: <i lang="en" xml:lang="en">Love was the mother of poetry.</i> -<a name="p258" id="p258"></a>Amour engendre posie, ce qui a t ingnieusement -dvelopp dans le <i>Spectateur</i> d'Addison, -n. 377:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le chant des premiers vers exprima: <i>Je vous aime.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Saint-Lambert.)</p> - - -<div class="p" id="p259">L'amour est comme un flambeau, plus il est agit, plus il brle.</div> -<p>Cette comparaison proverbiale est prise du vers suivant -de P. Syrus, qui dit l'<i>amant</i>, et non l'<i>amour</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amans ita ut fax, agitando ardescit magis.</i></div> -</div> - -<p>Elle est parfaitement juste: Les mes propres -l'amour, dit Pascal, demandent une vie d'action qui -clate en vnements nouveaux. Comme le dedans est -mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette -manire de vivre est un merveilleux acheminement -la passion. C'est de l que ceux de la cour sont mieux -reus dans l'amour que ceux de la ville, parce que les -uns sont tout de feu, et que les autres mnent une vie -dont l'uniformit n'a rien qui frappe: la vie de tempte -surprend, frappe et pntre. (<i>Discours sur les passions -de l'amour.</i>)</p> - -<p>L'abb de Bernis a dit aussi, d'une manire jolie: -Connaissez-vous un feu qui prend toutes les formes -que le souffle lui donne, qui s'irrite, qui s'affaiblit, selon -que l'impression de l'air est plus vive ou plus modre? -il se spare, il se runit, il s'abaisse, il s'lve; -mais le souffle puissant qui le conduit ne l'agite que -pour l'animer, et jamais pour l'teindre. L'amour est -ce souffle; nos mes sont ce feu. (<i>Rflexions sur l'amour.</i>)</p> - -<p>Les femmes savent trs-bien que celui qui aime ne -conserverait pas longtemps son ardeur si elle restait -inactive, et qu'il a besoin pour l'entretenir, pour l'enflammer, -d'une vie d'agitation, de remuement et de secousses, -enfin d'<i>une vie de tempte</i>. Aussi remarquez -avec quels soins prvoyants elles s'appliquent prserver -leurs adorateurs des dangers du calme, les -tenir constamment en haleine par la nouveaut des -impressions qu'elles leur font prouver, les faire passer -rapidement et sans relche d'une situation paisible - une situation mouvante, leur <i>faire voir du pays</i>, -comme on dit.</p> - -<p>Hommes peu clairvoyants, qui leur reprochez d'agir -ainsi par coquetterie, par humeur, par caprice, par -bizarrerie, etc., ne nommerez-vous jamais les choses -par leur vrai nom, et les jugerez-vous toujours sur les -apparences? Reconnaissez donc que toutes ces manires -d'tre, qui vous semblent d'tranges ingalits -de caractre, ne sont, la plupart du temps, chez ces -enchanteresses, que des procds d'un art merveilleux -par lequel elles veulent se rendre plus aimables et plus -aimes, en renouvelant sans cesse leur beaut par des -changements inattendus, ainsi que vos cœurs, par des -dsirs varis, et, loin de les accuser de troubler votre -repos, rendez-leur la grce de multiplier vos sensations -pour vous sauver des ennuis de la monotonie.</p> - - -<div class="p" id="p641">Baiser le verrou.</div> -<p>S'est dit pour rendre hommage, par allusion un -usage fodal qui voulait que le vassal se prsentt chez -son seigneur pour lui rendre hommage, et, en son absence, -baist la serrure ou le verrou de la porte du -manoir seigneurial. (<i>Cout. d'Auxerre</i>, art. 44;—<i>de Sens</i>, -art. 181,—et <i>de Berry</i>, tit. <small>V</small>, art. 10.) Mais ce n'est pas -sous ce rapport que je place ici cette expression proverbiale; -c'est pour rappeler que le fait qu'elle signale -avait lieu galement dans l'amoureux servage. Il n'tait -pas de bon <i>serviteur</i><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, ou servant d'amour, qui ngliget -d'honorer la dame de ses penses par un semblable -tmoignage de dvouement, quand il n'avait pas -l'avantage d'tre admis en sa prsence. Les amoureux -transis (voyez <a href="#p309">plus loin</a> cette expression) ne manquaient -jamais de baiser la serrure ou le verrou de la -porte devant laquelle ils allaient chaque jour soupirer -leur martyre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Le mot <i>serviteur</i> tait autrefois synonyme d'amant, comme on peut le voir -dans la vingt-sixime des <i>Cent Nouvelles nouvelles</i>, dans les dixime, douzime, -quatorzime, dix-neuvime, et vingt-quatrime nouvelles de l'<i>Heptamron</i> de la -reine de Navarre, et dans le <i>Roman bourgeois</i>, de Furetire. J.-J. Rousseau lui -a conserv cette acception dans le <i>Devin du village</i>, o Colette chante: <i>J'ai perdu -mon serviteur.</i> Au reste, la mme synonymie existait dans plusieurs langues, notamment -en anglais. Voyez dans Shakespeare la scne premire de l'acte deuxime -des <i>Deux Gentilshommes de Vrone</i>.</p> -</div> -<p>Les amants, Rome, se conduisaient aussi de cette -manire, comme nous l'apprend Lucrce, vers la fin -du livre IV de son pome.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">At lacrymans exclusus amator limine spe</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Floribus et sertis operit postesque superbos</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Unguit amaricino, et foribus miser oscula figit.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Cependant, l'amant en larmes, qui l'accs est interdit, orne sa -porte de fleurs et de guirlandes, rpand des parfums sur les poteaux -ddaigneux, et imprime sur le seuil de tristes baisers.</p> -</blockquote> - -<p>Cela se faisait de mme en signe d'adieu, lorsqu'on -s'loignait avec regret d'un lieu chri.</p> - -<p>Rutilius, exprimant la douleur qu'il ressentait de -partir de Rome, a dit:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Crebra relinquendis infigimus oscula portis.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Nous imprimons de frquents baisers aux portes qu'il faut quitter.</p> -</blockquote> - - -<div class="p" id="p260">L'amour et la gale ne se peuvent cacher.</div> -<p>L'un et l'autre ont des dmangeaisons irrsistibles -qui les font bientt dcouvrir. Les Anciens disaient: -<i lang="la" xml:lang="la">Amor tussisque non celatur.</i> <a name="p261" id="p261"></a>L'amour et la toux ne -se peuvent cler. Proverbe cit par Gilbert Cousin -(Gilbertus Cognatus), qui dit l'avoir trouv dans Antiphane -le Comique, et dans Athne.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i id="p262">L'amour et le musc ne peuvent rester ignors.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Proverbe indoustani.)</p> - -<p>Les Danois disent: <a name="p263" id="p263"></a>La pauvret et l'amour sont difficiles - cacher. <i lang="da" xml:lang="da">Armod og kierlighed er ond at dlge.</i></p> - -<p>L'amour est un de ces maux qu'on ne peut cacher; -un mot, un regard indiscret, le silence mme le dcouvre. -(Abeilard).</p> - -<p>L'amour est si puissant, dit le <span lang="es" xml:lang="es">romancero</span> espagnol, -et ses effets sont tels que les yeux le publient, encore -que la langue le taise.</p> - -<p>On connat ces vers de Racine:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">On a beau se cacher, l'amour le plus discret</div> -<div class="verse">Laisse par quelque marque chapper son secret.</div> -</div> - -<p class="attr">(<i>Bajazet</i>, act. III. sc. <small>VIII</small>.)</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une me:</div> -<div class="verse">Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,</div> -<div class="verse">Et les feux mal couverts n'en clatent que mieux.</div> -</div> - -<p class="attr">(<i>Androm</i>., act. II, sc. <small>II</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p264">L'amour divulgu est rarement de dure.</div> -<p>Il en est de l'amour comme d'un parfum qui se conserve -quand on le tient renferm, et qui se gte quand -on l'vente. Ce proverbe est une traduction littrale de -l'article treizime du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amor raro consuevit -durare vulgatus.</i></p> - -<p>Nous avons encore cette triade proverbiale: <i id="p266">Le -secret, le vin et l'amour, ne valent rien quand ils sont -vents.</i></p> - - -<div class="p" id="p265">Le secret est la garde la plus assure de l'amour.</div> -<p>C'est--dire que l'amour se conserve mieux quand il -est tenu secret. Cette ide est sous une autre forme -celle du proverbe prcdent, dont le commentaire -peut s'appliquer celui-ci; qu'on me permette seulement -d'y joindre cette chanson sur l'amour discret:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'amour dans l'ombre du mystre,</div> -<div class="verse">Se plat cacher ses secrets.</div> -<div class="verse">Il fuit le jour qui les claire,</div> -<div class="verse">Et punit les cœurs indiscrets.</div> -<div class="verse">Au silence qu'il nous impose</div> -<div class="verse">Soumettons notre vanit,</div> -<div class="verse">Si nous voulons cueillir la rose</div> -<div class="verse">Que nous garde la volupt.</div> - -<div class="verse stanza">L'amant trop fier de sa victoire,</div> -<div class="verse">Qui partout vante son bonheur,</div> -<div class="verse">Sacrifie la vaine gloire</div> -<div class="verse">Bien du plaisir pour peu d'honneur.</div> -<div class="verse">Du triomphe qu'il se propose,</div> -<div class="verse">Le sentiment n'est point l'objet,</div> -<div class="verse">Et, quand il veut cueillir la rose,</div> -<div class="verse">Elle chappe au bruit qu'il a fait.</div> - -<div class="verse stanza">Si, par son frivole talage,</div> -<div class="verse">L'indiscret perd l'heureux moment,</div> -<div class="verse">Le jaloux, farouche et sauvage,</div> -<div class="verse">Ne l'obtient point par son tourment;</div> -<div class="verse">Par son humeur il indispose,</div> -<div class="verse">Il obsde par son ennui,</div> -<div class="verse">Et, quand il veut cueillir la rose,</div> -<div class="verse">Il n'a que l'pine pour lui.</div> - -<div class="verse stanza">O toi qui veux plaire ta belle,</div> -<div class="verse">Sache prvenir ses dsirs.</div> -<div class="verse">Veux-tu qu'elle te soit fidle?</div> -<div class="verse">Sache occuper tous ses loisirs.</div> -<div class="verse">Sur tous vos plaisirs bouche close,</div> -<div class="verse">Avec soin garde ton secret.</div> -<div class="verse">L'amour ne destine la rose</div> -<div class="verse">Qu' l'amant sincre et discret.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p267">L'amour est le frre de la guerre.</div> -<p>C'est--dire que l'amour et la guerre se ressemblent -sous beaucoup de rapports: l'un et l'autre ont leurs -combats qui se renouvellent chaque jour, avec une tactique - peu prs pareille, pour obtenir une victoire -suivie d'une trve plus ou moins longue, aprs laquelle -une autre lutte recommence. coutez l'ternelle chanson -des potes rotiques; vous croirez par moments -entendre un chant guerrier; la plupart des termes caractristiques -en sont militaires: <i>bless</i>, <i>blessure</i>, <i>vaincu</i>, -<i>vainqueur</i>, <i>victoire</i>, <i>triomphe</i>, <i>chane</i>, <i>conqute</i>, etc.</p> - -<p>Ovide a dit, dans le second livre de l'<i>Art d'aimer</i>: -L'amour est une sorte de guerre, <i lang="la" xml:lang="la">Militi species -amor est</i>; et dans la neuvime lgie du premier livre -des <i>Amours</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido.</i></div> -</div> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tout amant est soldat, et l'Amour a ses camps.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p268">L'amour est le frre de la haine.</div> -<p>L'amour et la haine pour le mme objet naissent -assez souvent dans le mme cœur, et s'y font sentir par -des emportements, des maldictions, des violences, -et d'autres effets communs l'une et l'autre passion. -De l vient sans doute qu'on a regard l'amour et la -haine comme frre et sœur. Mais l'amant livr leur -double influence ne hait pas prcisment. Il hait et -aime tout ensemble, comme dit ce proverbe des anciens -cit par Gilbert Cousin: <i lang="la" xml:lang="la">Non odi, odi et amo.</i> C'est -ce qu'exprime trs-bien la charmante pigramme de -Catulle Lesbie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Odi et amo. Quare id faciam fortasse requiris?</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Nescio: sec fieri sentio, et excrucior.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>J'aime et je hais.—Comment est-ce possible? diras-tu.—Je -ne sais, mais je le sens, et je souffre.</p> -</blockquote> - -<p><i>L'amour est le frre de la haine</i>, peut s'expliquer aussi -par cette pense de La Bruyre: On veut faire tout le -bonheur, ou, si cela ne se peut, tout le malheur de ce -qu'on aime.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O amour, tumultueux amour, amoureuse haine!</div> -</div> - -<p class="attr">(Shakespeare, <i>Romo et Juliette</i>.)</p> - - -<div class="p" id="p269">A battre faut l'amour.</div> -<p><i>Faut</i> est ici la troisime personne de l'indicatif du -verbe <i>faillir</i>, et ce proverbe, tir du latin, <i lang="la" xml:lang="la">injuria solvit -amorem</i>, signifie que les mauvais traitements font cesser -l'amour.—Cependant le cas n'est point sans exception. -On sait que les femmes moscovites mesuraient -l'amour qu'elles inspiraient leur mari sur la violence -avec laquelle elles taient battues, et qu'il n'y avait ni -paix ni contentement pour elles avant d'avoir prouv -la pesanteur du bras marital. <i lang="la" xml:lang="la">Experientia testatur feminas -moscoviticas verberibus placari.</i> (Drex., <i lang="la" xml:lang="la">de Jejunio</i>, -lib. I, cap. <small>II</small>.)</p> - -<p>Une chanson d'un troubadour anonyme attribue le -mme got aux filles de Montpellier.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Las castanhas al brasier</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Peton quan no son mordudas;</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Las fillas de Mounpelier</div> -<div class="verse" lang="oc" xml:lang="oc">Ploron quan no son battudas.</div> -</div> - -<p>Ce qu'un ancien troubadour a rendu vers pour vers -de cette manire:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les chtaignes au brasier</div> -<div class="verse">Ptent quand ne sont mordues;</div> -<div class="verse">Les filles de Montpellier</div> -<div class="verse">Pleurent quand ne sont battues.</div> -</div> - -<p>On voit dans le <i>Voyage en Grce</i> de Pouqueville que -les femmes albanaises considrent comme des marques -d'amour les coups qu'elles reoivent de leur mari.</p> - -<p>Dans plusieurs tribus arabes, les pouses prfres se -dsolent lorsque les maris laissent reposer le bton, -parce que, dans ce cas, le divorce n'est pas loin.</p> - -<p>Guillaume le Btard, duc de Normandie, si connu -dans l'histoire sous le nom de Guillaume le Conqurant, -fit longtemps une cour assidue Mathilde de -Flandre, qui le traitait avec une froideur ddaigneuse. -L'ayant rencontre, en 1047, dans une rue de Bruges, -lorsqu'elle revenait de la messe, il la saisit, la renversa, -la roula dans la boue, et la battit outrageusement. -La jolie Mathilde, soit que cette dclaration d'amour -un peu brutale la convainqut de la violente passion de -son amant, soit que la peur de le voir ritrer la mme -scne la dispost mieux pour lui, le traita dsormais -avec moins de rigueur, et consentit enfin l'pouser -en 1052. Les deux poux devinrent des modles de -tendresse conjugale. Cette anecdote est rapporte -dans la <i>Vie de la reine Mathilde</i>, etc., par Shickland, -t. I, ch. <small>I</small>.</p> - -<p>Au reste, la violence dont usa Guillaume envers Mathilde -tait une consquence logique de la passion -qu'il avait pour elle, et on a vu maintes fois, avant lui -et aprs lui, plus d'un amoureux ddaign outrager -publiquement sa belle inhumaine dans l'esprance -qu'un tel outrage, l'empchant de trouver un autre -poux, elle consentirait enfin s'unir avec lui.</p> - -<p>Il y a encore une exception trs-remarquable au -proverbe, et ce sont les deux amants les plus clbres -qui l'ont fournie. Abeilard fustigeait quelquefois son -Hlose, qui ne l'en aimait pas moins. Lui-mme, parlant - elle-mme, rappelle la chose dans une de ses -lettres, o il confesse d'un cœur contrit les scandaleux -excs de sa passion immodre: <i lang="la" xml:lang="la">In ipsis diebus dominic -Passionis, te nolentem ac dissuadentem spius minis ac -flagellis ad consensum trahebam.</i> Les jours mmes de la -Passion du Seigneur, lorsque tu me refusais ce que -je demandais ou que tu m'exhortais m'en priver, ne -t'ai-je pas souvent force par des menaces et des coups -de fouet cder mes dsirs?</p> - -<p>Ausone avait devin le cœur d'Hlose, lorsqu'il disait -en peignant les qualits d'une matresse accomplie -(pigr. <small>LXVII</small>): Je veux qu'elle sache recevoir des -coups, et qu'aprs les avoir reus elle prodigue ses caresses - son amant.</p> - -<p>L'auteur des <i>Mmoires de l'Acadmie de Troyes</i>, factie -spirituelle attribue au comte de Caylus, mais que l'on -croit plus gnralement tre de Grosley, a examin -d'une manire plaisante jusqu' quel point est fonde -l'opinion que battre est une preuve d'amour. Voyez -dans cet ouvrage (pages 205 et suivantes) la <i>Dissertation -sur l'usage de battre sa matresse</i>.</p> - -<p>Aprs tant de faits gnraux et particuliers, qui contredisent -le proverbe, ne serait-on pas tent de croire -qu'il est l'expression d'une opinion errone, et que -Sganarelle a raison de dire sa femme, laquelle il -vient de donner des coups: Ce sont petites choses qui -sont de temps en temps ncessaires dans l'amiti, et -cinq ou six coups de bton entre gens qui s'aiment ne -font que ragaillardir l'affection. (<i>Mdecin malgr lui</i>, -act. I<sup>er</sup>, sc. <small>III</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p270">Heureux au jeu, malheureux en amour.</div> -<p>La passion du jeu captive celui qui s'y livre en proportion -du gain qu'il y trouve, et lui fait oublier tout -le reste. Dans cette situation il nglige sa matresse, et -celle-ci se ddommage par des infidlits; telle est -probablement la raison de ce proverbe, qui doit tre -fort ancien puisque le troubadour Brenger de Puivert -l'a rappel dans les vers suivants:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1"><i lang="oc" xml:lang="oc">Pois de datz no sui aventuros</i></div> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">Ben degra aver calque domna conquisa.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Puisque je n'ai point de chance aux ds, je devrais bien avoir -quelque dame conquise.</p> -</blockquote> - -<p>Nous avons encore cet autre proverbe corrlatif: -<i id="p271">Malheureux au jeu, heureux en amour</i>, lequel est fond -sur la supposition que le joueur maltrait de la fortune -revient sa belle, dont la reconnaissance et la fidlit -font son bonheur. Supposition frquemment dmentie. -Quoi qu'il en soit, tous les joueurs ressemblent - celui de Regnard, qui oublie sa belle Anglique -lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il -a perdu.</p> - - -<div class="p" id="p272">Filer le parfait amour.</div> -<p>C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.—Cette -faon de parler fait allusion la conduite -d'Hercule filant aux pieds de la reine Omphale. -Elle fut probablement introduite dans notre langue -l'poque o les confrres de la Passion reprsentaient -le mystre d'<i>Hercule</i> sur leur thtre. On sait que ce -titre de mystre, consacr certains ouvrages dramatiques, -s'appliquait un sujet profane comme un sujet -religieux.</p> - - -<p id="p273">L'amour se paye par l'amour.</p> - -<p>Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui -des Basques, <i lang="eu" xml:lang="eu">Maitazeac maitaze du harze</i>. Il peut avoir -inspir Ninon de Lenclos le mot suivant, qui en est -le commentaire: L'amour est la seule passion qui se -paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-mme, et l'amour -seul peut acquitter l'amour.</p> - - -<div class="p" id="p274">Plus il y a paroles en amour, et moins y sied.</div> -<p>En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un -langage. Il est bon d'tre interdit. Il y a une loquence -de silence qui pntre plus que la langue ne saurait -faire. Qu'un amant persuade bien sa matresse, quand -il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque -vivacit que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, -qu'elle s'teigne. Tout cela se passe sans rgle -et sans rflexion, et quand l'esprit le fait il n'y pensait -pas auparavant. C'est par ncessit que cela arrive. -(<i>Discours sur les passions de l'amour</i>).</p> - -<p>Ce silence qui survient tout coup sans qu'on y pense, -qui rsulte, non d'un calcul, mais de la ncessit, -est le plus tendre et le plus vrai langage des amants. -Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils sentent. -Les paroles ne peuvent tre que des signes d'une -faible passion: elles sont comme ces bluettes qui ne -jaillissent gure que d'un feu peu ardent. Celui qui -peut dire combien il aime, s'crie Ptrarque, n'a qu'une -petite ardeur.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Chi pu dir com'egli arde, un picciol fuoco.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<i>Sonetto</i> 137.)</p> - - -<div class="p" id="p275">L'amour s'introduit sous le nom de l'amiti.</div> -<p>C'est--dire que l'amiti entre homme et femme -mne trs-souvent l'amour, ou, dans un autre sens, -que celui qui veut se rendre matre du cœur d'une -belle doit prluder au rle d'amant par le rle d'ami. -C'est la tactique recommande dans <i>l'Art d'aimer</i> d'Ovide, -vers la fin du premier livre d'o le proverbe est -pris. Le pote engage le jeune homme qui aspire la -conqute d'une femme ne montrer aucun espoir d'y -russir, de peur de l'effaroucher: Que l'amour, dit-il, -s'introduise sous le nom d'amiti.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Intret amiciti nomine tectus amor.</i></div> -</div> - -<p>J'ai vu, ajoute-t-il, plus d'une beaut farouche -dupe de ce mange, et son ami devenir bientt son -amant.</p> - -<p>Si l'amour est produit par une amiti feinte, il doit -l'tre plus forte raison par une amiti relle. Il y a -de cette amiti l'amour une pente qui entrane, et -l'on s'y laisse aller avec d'autant plus de facilit que le -passage du premier sentiment au second, ou plutt la -fusion des deux ajoute l'affection un surcrot de dlices.</p> - -<p>Voici quelques lignes charmantes de M<sup>lle</sup> de Scudri -sur cet tat:</p> - -<p>Lorsque l'amiti devient amour dans le cœur d'un -amant, ou, pour mieux dire, lorsque cet amour se mle - l'amiti sans la dtruire, il n'y a rien de si doux que -cette espce d'amour, car tout violent qu'il est, il est -pourtant toujours un peu plus rgl que l'amour ordinaire; -il est plus durable, plus tendre, plus respectueux -et mme plus ardent, quoiqu'il ne soit pas sujet tant -de caprices tumultueux que l'amour qui nat sans amiti. -On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amiti -se mlent comme deux fleuves dont le plus clbre fait -perdre le nom de l'autre.</p> - - -<div class="p" id="p276">Un sot, en amour, va plus vite et plus loin qu'un homme d'esprit.</div> -<p>Les femmes, en gnral, sont plus sensibles aux dclarations -amoureuses d'un sot qu' celles d'un homme -d'esprit; car elles se persuadent volontiers que le premier -a plus d'amour qu'il n'en exprime, et elles savent -trs-bien que le second en exprime toujours plus qu'il -n'en a. La difficult de l'un s'expliquer passe leurs -yeux pour l'effet d'un saisissement produit par leurs -charmes, et leur amour-propre en est infiniment touch, -tandis que la facilit de l'autre dbiter de galants propos -o l'art se montre plus que le naturel, o l'imagination -a plus de part que le cœur, les avertit qu'il joue un -personnage qui cherche leur en imposer, et qu'elles -doivent se dfier de lui. Elles peuvent tre dues par -les illusions qu'elles se font elles-mmes, mais elles -ne sont presque jamais dupes des beaux diseurs. Au -reste, il est tout simple que celui qui la parole fait -dfaut leur paraisse plus amoureux que celui qui parle -beaucoup. L'amour muet n'est-il pas le moins menteur?</p> - -<p>Un autre motif qui les porte galement prfrer -le sot l'homme d'esprit, c'est qu'elles le supposent -plus maniable, et se flattent de le gouverner plus aisment.</p> - -<p>Peut-tre aussi leur dtermination en sa faveur est-elle -due en partie la secrte influence de quelques -raisons inspires par un sentiment peu platonique… -Mais ces raisons-l, je ne les examinerai point, afin de -ne pas trop m'carter d'un prcepte de got autant que -de dcence, qui recommande de ne jamais tout dire, -et je laisserai aux lecteurs le soin de s'expliquer, sous -ce rapport, le penchant de la belle pour la bte.</p> - - -<div class="p" id="p277">L'amour est de tous les ges.</div> -<p>On dit que la vieillesse, affaiblissant et changeant -mme les organes, rend incapable d'aimer; mais on -voit trop de vieilles personnes affriandes l'amour -pour ne pas croire la vrit de ce proverbe, qu'il faut -entendre dans le mme sens que ces deux autres, expliqus -plus haut: <i><a href="#p330">Le cœur ne vieillit -pas</a>.</i>—<i><a href="#p331">Le cœur n'a -point de rides</a>.</i></p> - -<p>On ne peut tre aim tout ge, mais tout ge on -peut aimer, et l'on a toujours des raisons de le faire. -Je ne veux pas numrer ces raisons, plus nombreuses -chez les femmes que chez les hommes, et je me contente -de rappeler celles qu'a donnes M<sup>me</sup> d'Houdetot dans -ce charmant huitain o elle a esquiss en quelques -traits pleins de grce et de posie l'histoire de son cœur -aimant:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jeune, j'aimai; le temps de mon bel ge,</div> -<div class="verse">Ce temps si court, l'amour seul le remplit.</div> -<div class="verse">Quand j'atteignis la saison d'tre sage,</div> -<div class="verse">Encor j'aimai; la raison me le dit.</div> -<div class="verse">Me voici vieille, et le plaisir s'envole;</div> -<div class="verse">Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui,</div> -<div class="verse">Car j'aime encor, et l'amour me console:</div> -<div class="verse">Rien ne saurait me consoler de lui.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p278">L'amour fait les vieilles trotter.</div> -<p>Et si bien trotter que rien ne les arrte. Il y a un -assez grand nombre de trotteuses de cette espce, -qui ne craindraient pas d'<i>user leurs jambes jusqu'aux -genoux</i> pour arriver au but o elles esprent trouver -ce qu'elles ne se lassent jamais de chercher.</p> - -<p>Le comte de Bussy-Rabutin raconte qu'une d'elles -parcourait un soir, grands pas, les galeries de Fontainebleau, -sans doute la poursuite de quelque page, -lorsqu'elle se trouva face face avec le chevalier de -Rohan qui lui dit: Madame, que cherchez-vous?—Ce -n'est pas vous, rpondit-elle, en allant plus vite encore.—Oh! -rpliqua-t-il, je ne voudrais pas avoir -perdu ce que vous cherchez.</p> - - -<div class="p" id="p279">L'amour est le roi des jeunes gens et le tyran des vieillards.</div> -<p>C'est ce que disait Louis XII, qui avait appris la chose -par sa propre exprience, quoiqu'il ne ft que dans -le commencement de la vieillesse quand il mourut des -suites de son troisime mariage. Ce mot passa en proverbe -pour signifier que l'amour rserve ses douceurs -pour les jeunes gens, et qu'il ne cause que des peines -aux vieillards.</p> - - -<div class="p" id="p280">L'amour sied bien aux jeunes gens, et dshonore les vieillards.</div> -<p>C'est peu prs la pense exprime dans ce vers de -Labrius:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare juveni fructus est, crimen seni.</i></div> -</div> - -<p>Suivant Ovide, Vnus en cheveux blancs est ridicule:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Est in canitie ridiculosa Venus.</i></div> -</div> - -<p>Le mme pote condamne l'amour snile comme -chose honteuse: <i lang="la" xml:lang="la">Turpe senilis amor.</i></p> - -<p>C'est une grande difformit dans la nature qu'un -vieillard amoureux. (La Bruyre, ch. <small>XI</small>.)</p> - -<p>L'amour, chez le vieillard, est-il donc une normit -si odieuse, et mrite-t-il d'tre fltri comme un crime? -C'est une question que Saint-vremont me parat avoir -traite et rsolue d'une manire charmante. Voici ce -que dit cet aimable picurien, qui se plaisait rchauffer -l'hiver de sa vie de quelques rayons de feu de son -printemps. Vous vous tonnez mal propos que les -vieilles gens aiment encore, car leur ridicule n'est pas - se laisser toucher, c'est prtendre imbcilement -de pouvoir plaire. Pour moi, j'aime le commerce des -belles personnes autant que jamais; mais je les trouve -aimables sans dessein de m'en faire aimer. Je ne -compte que sur mes sentiments, et cherche moins avec -elles la tendresse de leur cœur que celle du mien… -Le plus grand plaisir qui reste aux vieillards, c'est de -vivre: <i>Je pense, donc je suis</i>, sur quoi roule toute la philosophie -de Descartes, est une conclusion pour eux -bien froide et bien languissante. <i>J'aime, donc je suis</i>, est -une consquence toute vive, toute anime, par o l'on -rappelle les dsirs de la jeunesse jusqu' s'imaginer -quelquefois tre jeune encore. Vous me direz que c'est -une double erreur de ne pas croire tre ce qu'on n'est -plus. Mais quelles vrits peuvent tre si avantageuses -que ces bonnes erreurs qui nous tent le sentiment des -maux que nous avons, et nous rendent celui des biens -que nous n'avons pas?</p> - -<p>Saint-vremont a raison, et l'on a tort de blmer, -de ridiculiser le vieillard qui cherche ranimer sa vie -dfaillante par un amour purement platonique. Laissez-le -se retremper discrtement dans cette fontaine -de Jouvence et goter le plaisir d'aimer pour compensation -du malheur de ne pouvoir plus plaire, comme -le dit ce vers latin traduit par Apule d'un vers grec -de Mnandre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Amare liceat, si potiri non licet.</i></div> -</div> - - - -<div class="p" id="p281"><span class="blk">Lorsqu'un vieux fait l'amour<br /> -La mort court l'entour.</span></div> - -<p>C'est--dire que l'amour physique abrge la vie du -vieillard. Le regain de cet amour dans le cœur du vieillard -est souvent le signe et la cause de sa fin prochaine, -et, sous ce double rapport, il ressemble au gui qui -fleurit sur un arbre mourant.</p> - -<p>Le <i lang="la" xml:lang="la">Florilegium</i> de Grutter cite ce proverbe latin sur -les vieilles amoureuses: <i lang="la" xml:lang="la">Anus cum ludit, morti delicias -facit.</i> Vieille qui se livre aux foltreries de l'amour -fait les dlices de la mort.</p> - - -<div class="p" id="p282">Vieillard qui fait l'amour est un agonisant en chemise de noce.</div> -<p>Ce proverbe, d'une originalit spirituelle, exprime -la mme ide que le prcdent. Il fait allusion une -ancienne coutume qui consistait conserver soigneusement -la chemise qu'on portait le jour de son mariage -pour la reprendre au lit funbre, comme un -suaire dans lequel on devait tre inhum. Cette coutume -existe encore en Bretagne et dans plusieurs autres -localits, o l'on se fait un pieux devoir de tenir -en rserve la chemise nuptiale, afin de l'employer -une toilette de mort, <i>une toilette dans laquelle on doit, -dit-on, paratre devant le bon Dieu</i>.</p> - - -<div class="p" id="p283">Amour se nourrit de jeune chair.</div> -<p>Voil le Cupidon mythologique transform en un -ogre qui il faut la chair frache des jouvenceaux et -des jouvencelles. Cet ogre-l pourtant ne fait peur -personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire, - s'approcher de lui, on met tous ses soins l'attirer, -on veut lui servir d'aliment, et de toute part on n'entend -que des voix qui lui crient, comme les enfants -d'Ugolin leur pre: <i lang="it" xml:lang="it">Mangia di noi</i>, mange de nous. -Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empresss -que les jeunes s'offrir en sacrifice; mais il se montre -fort peu dispos en leur faveur, leur viande coriace -ne lui parat pas propre entretenir son apptit.</p> - -<p>Ce proverbe tait trs-rpandu au dix-septime -sicle, et c'est sans doute cause de cela que La Fontaine, -dans son conte intitul <i>Comment l'esprit vient -aux filles</i>, ne craignit pas de risquer ces deux vers dont -tout le sel ne consiste qu' y faire allusion:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Amour n'avait son croc de pucelle</div> -<div class="verse">Dont il crut faire un aussi bon repas.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p284">L'amour n'a point de rgle.</div> -<p>C'est ce qu'a dit saint Jrme vers la fin de sa lettre - Chromatius: <i lang="la" xml:lang="la">Amor nescit ordinem.</i> L'amour ne -connat point l'ordre ou la rgle. Anacron avait dit -avant lui: Bacchus, second de l'amour, <i>foltre sans -rgle</i>. (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir -s'astreindre rien de rgulier dans sa manire d'tre, -et ses lans passionns ne peuvent se plier aux froids -calculs de la rflexion. <span lang="frm" xml:lang="frm">Qui ne sait en son eschole, -combien on procede au rebours de tout ordre? l'estude, -l'exercitation, l'usage sont voyes l'insuffisance: -les novices y regentent: <i lang="la" xml:lang="la">Amor ordinem nescit.</i> Certes, sa -conduicte a plus de garbe (bonne grce) quand elle -est mesle d'inadvertence et de trouble; les faultes, -les succez contraires, y donnent poincte et grace: -pourveu qu'elle soit aspre et affame, il chault peu -qu'elle soit prudente: voyez comme il va chancellant, -chopant et follastrant; on le met aux ceps (aux entraves, -aux chanes), quand on le guide par art et sagesse, -et contrainct-on sa divine libert, quand on la -soubmet ces mains barbues et calleuses.</span> (Montaigne, -<i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p285">Le plaisir est le tombeau de l'amour.</div> -<p>Panard, dont les posies sont pleines de proverbes, -a pris celui-ci pour titre des vers suivants, qui en sont -l'explication, et qui se terminent par un autre proverbe -qu'il a littralement emprunt aux Orientaux:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quand un amant est sr que ses soins ont su plaire,</div> -<div class="verse">Son fortun destin le rend, de jour en jour,</div> -<div class="verse i2">Moins empress pour sa bergre.</div> -<div class="verse i2"><i id="p286">Le Plaisir est fils de l'Amour,</i></div> -<div class="verse"><i>Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son pre.</i></div> -</div> - -<p>On rapporte qu'un jeune Grec, nomm Thrasonids, -tait si convaincu de cette vrit proverbiale et en -mme temps si amoureux de son amour, qu'il ne voulut -jamais jouir de sa matresse, de peur d'amortir sa -passion par la jouissance. Vous demanderez peut-tre -si, en aimant ainsi davantage, il fut plus aim de sa -belle. Je ne puis vous le dire, car l'histoire n'en -parle pas: elle se borne le signaler comme un amant -inimitable.</p> - - -<div class="p" id="p288">L'amour des parents descend et ne remonte pas.</div> -<p>Helvtius a dit: L'homme hait la dpendance. De -l peut-tre sa haine pour ses pre et mre, et le proverbe -fond sur une observation commune et constante: -<i>L'amour des parents descend, et ne remonte pas.</i> -Il a pris le proverbe dans un sens affreusement exagr. -Le vritable sens est que l'amour des pre et mre pour -les enfants surpasse celui des enfants pour les pre et -mre. La nature, veillant la conservation des espces, -a voulu donner la plus grande nergie au sentiment -paternel et maternel, afin d'enchaner les parents -tous les soins ncessaires pour protger la frle existence -des enfants; et nous voyons qu'elle a agi ainsi -dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a -pas dvelopp de mme, il est vrai, le sentiment filial; -mais de cette disproportion qu'elle a laisse dans l'amour -il y a bien loin jusqu' la haine. L'une est dans la -nature et l'autre est dnature, dit La Harpe, en rfutant -l'opinion d'Helvtius dans une de ces belles pages -dont je viens de reproduire les traits principaux, et -qui se termine par ces paroles remarquables: Le -plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est -qu'en les lisant l'ingrat et le fils dnatur pourront -se dire qu'ils sont comme les autres hommes. Mritent-ils -le nom de philosophes, ceux qui n'ont crit -que pour la justification des monstres?</p> - -<p>Les Arabes disent: <i id="p332">Le cœur d'un pre est dans son fils, -le cœur du fils est dans la pierre.</i></p> - - -<div class="p" id="p289">Le cœur d'une mre est le miracle de l'amour.</div> -<p>Bossuet a expliqu ce miracle, et ceux qui connaissent -son explication seront charms de la retrouver ici, -car elle est si belle de pense, de sentiment et d'expression, -qu'il est impossible de ne pas trouver un -nouveau charme la relire: On ne peut assez admirer, -dit-il, les moyens dont la nature se sert pour unir -les mres avec leurs enfants, car c'est le but auquel -elle vise, et elle tche de n'en faire qu'une mme -chose: il est ais de le remarquer dans l'ordre de ses -ouvrages. Et n'est-ce pas pour cette raison que le premier -soin de la nature est d'attacher les enfants au -sein de leur mre? elle veut que leur nourriture et -leur vie passent par les mmes canaux; ils courent -ensemble les mmes prils; ce n'est qu'une -mme personne. Voil une liaison bien troite; mais -peut-tre pourrait-on se persuader que les enfants, en -venant au monde, rompent le nœud de cette union: -ne le croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la -nature a si bien li; sa conduite sage et prvoyante y -a pourvu par d'autres moyens. Quand cette premire -union finit, elle en fait natre une autre sa place, elle -forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la -tendresse: la mre porte ses enfants d'une autre faon, -et ils ne sont pas plutt sortis de ses entrailles, qu'ils -commencent tenir beaucoup plus au cœur. Telle est -la conduite de la nature ou plutt de celui qui la gouverne; -voil l'adresse dont elle se sert pour unir les -mres avec leurs enfants, et empcher qu'elles ne s'en -dtachent. L'me les reprend par l'affection en mme -temps que le corps les quitte; rien ne peut les arracher -du cœur: la liaison est toujours si ferme qu'aussitt -que les enfants sont agits, les entrailles des -mres sont encore mues, et elles sentent tous leurs -mouvements d'une manire si vive et si pntrante, -qu' peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur -sein en soit dcharg. (Premier <i>Sermon pour le vendredi -de la Passion</i>.)</p> - - - -<div class="p" id="p290"><span class="blk">Tendresse maternelle<br /> -Toujours se renouvelle.</span></div> - -<p>Rien ne manque au cœur d'une mre, ce <i>chef-d'œuvre -de l'amour</i>. C'est une source de tendresse qui -se renouvelle continuellement sans jamais s'puiser, -qui semble s'accrotre, au lieu de diminuer par l'excessive -effusion de sa substance. Qui pourrait dire les -trsors de sentiment qui en dcoulent! O ma mre, -s'crie un fils dans une pice de posie chinoise, vos -bras furent mon premier berceau. J'y trouvai vos mamelles -pour m'allaiter, vos vtements pour me couvrir, -votre sein pour me rchauffer, vos baisers pour me -consoler, et vos caresses pour me rjouir.</p> - -<p>Mais ses bienfaits ne s'panchent pas seulement sur -le jeune ge. La nature n'a point limit chez la femme, -comme elle l'a fait chez les femelles des animaux, l'nergie -de l'amour maternel au temps o l'enfant ne -peut se passer des soins de celle qui l'a mis au monde; -elle a voulu, par un privilge exceptionnel en l'honneur -de la dignit humaine, que cet amour subsistt -inaltrable dans le cœur qui en est anim par del les -besoins de l'objet qui l'inspire. Il ne s'interrompt -point, il ne perd rien de sa force en s'tendant de -nouveaux enfants; il se multiplie avec eux, il l'emporte -sur toute autre affection. Les annes ne l'usent -point, il est de tous les jours et de tous les instants de -la vie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Une mre, vois-tu, c'est l l'unique femme</div> -<div class="verse i4">Qui nous aime toujours,</div> -<div class="verse">A qui le ciel ait mis assez d'amour dans l'me</div> -<div class="verse i4">Pour chacun de nos jours.</div> -</div> - -<p class="attr">(A. de Latour.)</p> - -<p>Les Allemands disent: <i lang="de" xml:lang="de">Mutterlieb ist immer neu.</i> -<a name="p291" id="p291"></a>Amour de mre est toujours nouveau. Ce proverbe -a t dvelopp d'une manire pleine d'intrt dans -une collection de jolies gravures faites d'aprs les dessins -originaux de M. J.-Martin Ustri. Les explications -places ct de chaque estampe ajoutent au -prix de cette collection, dite Zurich en 1803, et -devenue le sujet d'un petit roman sentimental publi -depuis Paris.</p> - - -<div class="p" id="p296">Froides mains, chaudes amours.</div> -<p>Nous disons encore: <i>Il a les mains fraches, il doit -tre fidle</i>, et cela en vertu d'un axiome de chiromancie -d'aprs lequel les mains froides ou fraches sont le -signe caractristique d'un temprament amoureux, -parce que la chaleur du sang ne les quitte qu'afin de -se concentrer dans le cœur, regard comme le principal -organe de la passion. Nous avons aussi ce proverbe -corrlatif: <i id="p297">Chaudes mains, froides amours.</i></p> - - -<div class="p" id="p298">Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux.</div> -<p>Les mariages d'inclination sont rarement heureux, -parce qu'ils sont presque toujours mal assortis. La -passion qui porte seule les contracter ne permet pas -de voir les incompatibilits de caractre qui devraient -les empcher. Mais ces incompatibilits, se dcouvrant -et se faisant sentir mesure que cette passion diminue, -les deux poux en viennent bientt se dtester aussi -cordialement qu'ils s'taient aims.</p> - -<p>Les Provenaux ont ce proverbe trs-expressif: -<i lang="oc" xml:lang="oc">Qui d'amour si prend d'enrabi si quitto.</i> <a name="p235" id="p235"></a>Qui se prend -avec amour se quitte avec rage.</p> - -<p>Il y a trs-peu d'exemples d'une alliance prospre -qui ait t contracte dans l'ivresse de l'amour. Le -dgot survient, et sa suite le cortge des ennuis, -des repentirs, des tracasseries, des querelles.</p> - -<p>J'ai vu bien des mariages o l'on commenait par -ressentir une telle passion que l'on aurait voulu se -manger mutuellement: au bout de six mois, on tait -spar. (Luther, <i>Propos de table</i>.)</p> - - -<div class="p" id="p299">Il n'y a point de laides amours.</div> -<p>Ou, suivant un autre proverbe, <i id="p315">l'objet qu'on aime est -toujours beau</i>. Tout cœur passionn, dit Bossuet, -embellit dans son imagination l'objet de sa passion; -il lui donne un clat que la nature ne lui donne pas, -et il est bloui de ce faux clat. La lumire du soleil, -qui est la vraie joie des yeux, ne lui parat pas aussi -belle.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Feminam natura pulchram haud reddit, sed affectio.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p id="p287">Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour.</p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Car sa beaut pour nous c'est notre amour pour elle.</div> -</div> - -<p class="attr">(A. de Musset.)</p> - -<p>Un proverbe roman dit: <i lang="oc" xml:lang="oc">Non es bel so qu'es bel, -mas es bel so qu'agrada.</i> <a name="p316" id="p316"></a>N'est pas beau ce qui est beau, -mais est beau ce qui agre. Ce proverbe s'est conserv -en Provence et en Italie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quisquis amat ranam, ranam putat esse Dianam.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Quiconque aime une grenouille, prend cette grenouille pour -Diane.</p> -</blockquote> - -<p>C'est Diane Limnatis, desse des marais et des -tangs, dont il est ici question. Cette remarque n'est -pas inutile pour faire sentir l'analogie d'un tel rapprochement.</p> - -<p>Les habitants de l'le de Cypre avaient rig des -autels <i>Vnus Barbue</i>. Les Romains adoraient <i>Vnus -Louche</i>, comme on le voit dans le second livre de l'<i>Art -d'aimer</i> d'Ovide, et dans le <i>Festin de Trimalcion</i> par -Ptrone. Ils employaient mme proverbialement l'hmistiche -d'Ovide: <i lang="la" xml:lang="la">Si pta est, Veneri similis.</i> <a name="p640" id="p640"></a>Si elle -est louche, elle ressemble Vnus, en parlant d'une -belle qui avait le rayon du regard un peu fauss. -Horace nous apprend qu'un certain Balbinus trouvait -une grce particulire dans le polype qu'Agna sa -matresse avait au nez. Il observe que les amants ressemblent - Balbinus (<i>Serm.</i> <small>I</small>, 3). Il n'en est aucun en -effet qui n'aime, comme on dit, <i id="p39">jusqu'aux taches et aux -verrues de sa belle</i>.</p> - -<p>Le meilleur dveloppement du proverbe <i>Il n'y a -point de laides amours</i> est dans les vers suivants, tirs -de la traduction libre que Molire avait faite de Lucrce, -et placs dans la cinquime scne du second -acte du <i>Misanthrope</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">… L'on voit les amants vanter toujours leur choix:</div> -<div class="verse">Jamais leur passion n'y voit rien de blmable,</div> -<div class="verse">Et dans l'objet aim tout leur parat aimable.</div> -<div class="verse">Ils comptent les dfauts pour des perfections,</div> -<div class="verse">Et savent y donner de favorables noms:</div> -<div class="verse">La ple est au jasmin en blancheur comparable,</div> -<div class="verse">La noire faire peur, une brune adorable;</div> -<div class="verse">La maigre a de la taille et de la libert,</div> -<div class="verse">La grasse est dans son port pleine de majest;</div> -<div class="verse">La malpropre, sur soi, de peu d'attraits charge,</div> -<div class="verse">Est mise sous le nom de beaut nglige;</div> -<div class="verse">La gante parat une desse aux yeux;</div> -<div class="verse">La naine, un abrg des merveilles des cieux;</div> -<div class="verse">L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne,</div> -<div class="verse">La fourbe a de l'esprit, la sotte est toute bonne;</div> -<div class="verse">La trop grande parleuse est d'agrable humeur,</div> -<div class="verse">Et la muette garde une honnte pudeur:</div> -<div class="verse">C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrme</div> -<div class="verse">Aime jusqu'aux dfauts des personnes qu'il aime.</div> -</div> - -<p>Le proverbe n'est pas toujours cit tel que je l'ai -rapport: on y fait quelquefois une addition, en disant: -<i id="p300">Il n'y a point de belle prison ni de laides amours.</i></p> - - -<div class="p" id="p301">Il n'y a point d'ternelles amours ni de flicit parfaite.</div> -<p>Cette flicit qu'on cherche toujours sans jamais la -trouver est la pierre philosophale de l'me, et ces -amours sans fin par lesquelles on espre y parvenir ne -sont que des illusions qui passent aussi vite que les -fleurs des champs. Les Chinois en assimilent la courte -dure celle des roses par cette jolie mtaphore proverbiale: -<i>Il n'y a pas de roses de cent jours</i>; et l'on peut -dire, en continuant leur ide, que rver l'ternit des -amours, c'est, suivant une charmante expression de -M. V. Hugo, <i>rver l'ternit des roses</i>.</p> - - -<div class="p" id="p302">On revient toujours ses premires amours.</div> -<p>Les vives impressions prouves dans ce premier -panouissement de la vie du cœur, et les ineffables -illusions qu'elles ont fait natre, restent profondment -graves dans la mmoire, qui les pare de couleurs -potiques et en compose un type enchanteur, un idal -ravissant, dont l'clat fait plir toutes les amours venues -dans la suite. Celles-ci se montrent telles qu'elles -sont avec les dplaisirs qui viennent souvent s'y mler, -tandis que les autres apparaissent telles qu'on se plat - les supposer avec leurs volupts fantastiques, et il -rsulte de la comparaison qu'on tablit entre elles -que les effets produits par l'imagination doivent sembler -prfrables ceux de la ralit, et les premires -amours celles qui leur succdent.</p> - -<p>Le pote Lebrun a dit d'une manire charmante, -dans son ode intitule <i>Mes Souvenirs, ou les Deux Rives -de la Seine</i>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Ce premier sentiment de l'me</div> -<div class="verse">Laisse un long souvenir que rien ne peut user;</div> -<div class="verse i3">Et c'est dans la premire flamme</div> -<div class="verse i3">Qu'est tout le nectar du baiser.</div> -</div> - -<p>Il ne faut pas croire que le proverbe signifie, comme -le pensent mal propos quelques personnes, que ce -soit en ralit qu'<i>on revient ses premires amours</i>: c'est -uniquement en souvenir. Si c'tait rellement, on les -retrouverait, hlas! tout fait dpourvues des attraits -qu'on leur suppose, et l'on ressemblerait aux cerfs -qui, aprs avoir successivement pass de biche en -biche, reviennent celle par laquelle ils ont commenc: -<i lang="la" xml:lang="la">Cervi vicissim ad alias transeunt, et ad priores -redeunt.</i> (Plin. <i lang="la" xml:lang="la">Natur. Histor.</i>, <small>X</small>, 63.)</p> - -<p>Un autre proverbe dit: <i>Il ne faut pas revenir sur ses -premires amours, ni aller voir la rose qu'on a admire la -veille.</i></p> - - -<div class="p" id="p303">Que la nuit me prenne l o sont mes amours!</div> -<p>Pour dire qu'on s'attarde volontiers dans un endroit -o l'on se plat, auprs de l'objet de ses amours. Ce -vœu tendre et dlicat, exprim avec une simplicit -exquise, me semble offrir un doux reflet du vœu passionn -de Landre traversant l'Hellespont la nage, -au milieu de la tempte, pour se runir son amante -Hro, prtresse de Vnus:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Landre, conduit par l'amour,</div> -<div class="verse">En nageant, disait aux orages:</div> -<div class="verse">Laissez-moi gagner les rivages:</div> -<div class="verse">Ne me noyez qu' mon retour.</div> -</div> - -<p>Ce charmant quatrain de Voltaire est traduit fidlement -d'une pigramme de l'<i>Anthologie grecque</i>, pigramme -que le pote latin Martial avait reproduite -dans le distique suivant:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Clamabat tumidis audax Leander in undis:</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Mergite me, fluctus, quum rediturus ero.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(Lib. XIV, epigr. 181.)</p> - - - -<div class="p" id="p304"><span class="blk">D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours,<br /> -Pour un plaisir mille doulours.</span></div> - -<p>Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le <i>Grand Testament</i> -de Villon, atteste combien les anciens seigneurs -franais devaient prendre cœur tout ce qui concernait -la fauconnerie, la vnerie, les tournois et la galanterie, -quatre objets importants de leurs occupations -et de leurs gots. On sait qu'ils professaient un culte -chevaleresque pour les dames, et qu'ils regardaient -l'oiseau, le chien et l'pe comme des symboles qui -caractrisaient les prrogatives de leur rang. Quand -ils voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori -auprs d'eux, l'pervier sur le poing, et l'pe au ct. -S'ils taient faits prisonniers dans quelque combat, la -loi ne leur permettait pas d'offrir pour ranon ces -attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la -facult de livrer des centaines de paysans de leurs -terres.</p> - -<p>Le fait suivant, rapport par Abbon de Saint-Germain -dans son pome latin sur le sige de Paris, est encore -une preuve frappante de l'importance qu'ils attachaient -particulirement leurs oiseaux. Douze gentilshommes -prs de prir dans la tour du Petit-Pont, laquelle -les Normands qui l'assigeaient avaient mis le feu, -donnrent la vole leurs autours pour les empcher -de tomber entre les mains de ces barbares, qu'ils -jugeaient indignes d'une si prcieuse conqute.</p> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse" id="p307">Sont aussi bien amourettes,</div> -<div class="verse">Sous bureaux comme sous brunettes.</div> -</div> - -<p>La brunette tait une sorte de fin drap de soie de -couleur brune, dont les personnes de qualit s'habillaient -au treizime sicle, tandis que le bureau ou la -bure tait une toffe grossire de laine l'usage des -gens du commun. De l ce proverbe qui se trouve -textuellement dans le <i>roman de la Rose</i>, pour signifier -que l'amour tend galement son empire sur toutes -les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans -les petites que dans les grandes.</p> - - -<div class="p" id="p308">Un amoureux est toujours craintif.</div> -<p>Ce proverbe, usit chez beaucoup de peuples, est -traduit du vingtime article du <i>Code d'amour</i>: <i lang="la" xml:lang="la">Amorosus -semper est timorosus.</i> Il s'explique trs-bien par les -rflexions suivantes tires de divers endroits du <i>Discours</i> -de Pascal <i>sur les passions de l'amour</i>. Le premier -effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect, -l'on a de la vnration pour ce qu'on aime. Il est -(c'est) bien juste: on ne reconnat rien de grand -comme cela.—Dans l'amour on n'ose hasarder -de peur de tout perdre; il faut pourtant avancer; -mais qui peut dire jusques o? L'on tremble toujours -jusqu' ce qu'on ait trouv ce point.—Il n'y a rien -de si embarrassant que d'tre amant, et de voir quelque -chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est galement -combattu de l'esprance et de la crainte. Mais enfin la -dernire devient victorieuse de l'autre.</p> - -<p>Il y avait en langue romane un proverbe analogue: -<i lang="la" xml:lang="la">Qui non tem non ama coralmen</i>, c'est--dire: Qui ne -craint pas, n'aime pas cordialement.</p> - - -<div class="p" id="p309">Amoureux transi.</div> -<p>Cette expression, dont on se sert pour dsigner un -amoureux timide, novice, froid, fait allusion un ancien -usage des justiciables volontaires de certaines -cours d'amour, espces d'nergumnes qui avaient -fond, sous le rgne de Philippe V, une socit ou -confrrie nomme la <i>ligue des amants</i>, dont l'objet tait -de prouver l'excs de leur passion par une opinitret -invincible braver les ardeurs de l't et les glaces de -l'hiver. Dans les chaleurs extrmes, ils allumaient de -grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez -eux qu'envelopps d'paisses fourrures; au contraire, -quand il gelait pierre fendre, ils se couvraient trs-lgrement -et allaient par le froid, par la neige ou par -la pluie, soupirer la porte de leurs matresses, o ils -se tenaient jusqu' ce qu'ils les eussent aperues, <i>tant -parfois tellement morfondus et transis dans l'attente</i>, dit -un vieux chroniqueur, <i>qu'on entendait claquer leurs dents -comme les becs des cigognes</i>: la crainte des catarrhes et -des fluxions de poitrine n'tait rien pour eux auprs -du plaisir qu'ils paraissaient prendre baiser la serrure -ou le verrou de cette porte. Outre ces tmoignages -de leur vasselage amoureux, ils avaient pour se -distinguer certaines devises et certaines dmonstrations -d'une singularit extraordinaire. Tel confrre lisait son -domicile l'enseigne de la Passion, rue du Sacrifice, -paroisse de la Sincrit; tel autre demeurait sur la -place de la Persvrance, htel de l'Assiduit, etc., etc.</p> - -<p>Il existe un ouvrage rare et curieux intitul <i>l'Amoureux -transy sans espoir</i>, par Jehan Bouchet. Cet ouvrage -ne porte point de date. Selon toute apparence, il a -paru vers 1505, et par consquent il est postrieur la -locution qui en forme le titre.</p> - - -<div class="p" id="p310">Amoureux des onze mille vierges.</div> -<p>On appelle ainsi celui qui devient amoureux de -toutes les femmes qui s'offrent sa vue.</p> - -<p>Cette expression rappelle la lgende des onze mille -vierges. Voici ce que l'abb Salgues a dit sur cette -lgende, qui passe aujourd'hui pour apocryphe:</p> - -<p>Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres -pour la basse Bretagne, avec onze mille vierges -qui devaient pouser les onze mille soldats du capitaine -Conan, son fianc, et peupler le pays? Croyez-vous -qu'une tempte miraculeuse les ait jetes dans -les bouches du Rhin, et qu'elles aient remont le -fleuve jusqu' la ville de Cologne, alors occupe par -les Huns, qui servaient l'empereur Gratien? Croyez-vous -que ces impertinents aient voulu leur faire la -cour un peu trop brusquement, et qu'irrits d'tre -repousss avec trop de fiert ils les aient mises -mort pour leur apprendre vivre? Nos bons aeux le -croyaient certainement, puisqu'ils clbraient annuellement, -le 22 octobre, la fte de ces chastes hrones. -Mais comme il n'est rien dans le monde sans contradiction, -des critiques sourcilleux et difficiles ont contest -la vrit de ces rcits. Ils ont fait d'abord observer -que le nombre de onze mille vierges tait un peu -fort, qu'on aurait eu de la peine le trouver dans les -meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe -de Wandelbert, compos en 850, et l'un des plus -estims des connaisseurs, n'en a port le nombre qu' -mille, ce qui est encore beaucoup. Ensuite ils ont soutenu -qu'il fallait pousser la rduction encore plus loin, -et ils ont port l'esprit de rforme jusqu' effacer d'un -trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf -vierges, de sorte qu'ils n'en ont voulu accorder que -onze; ce qui doit laisser beaucoup de places vacantes -en paradis. Ils se sont autoriss d'une inscription qu'ils -ont interprte leur manire: <span class="sc" lang="la" xml:lang="la">Sancta Ursula et</span> -XI M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges -ont traduit: <i>Sainte Ursule et onze mille vierges</i>. Mais nos -critiques assurent que cette interprtation est fautive -et errone, et veulent que l'on traduise <i>sainte Ursule et -onze martyres vierges</i>. Pour appuyer leur prtention, ils -citent un catalogue de reliques tir du <i>Spicilge</i> du -pre D. Luc d'Acheri, dans lequel on lit: <i lang="la" xml:lang="la">De reliquiis -SS. undecim virginum</i>. Des reliques des SS. onze -vierges.</p> - -<p>Rduire ainsi onze mille vierges onze, c'est dj -beaucoup: cependant d'autres critiques, plus svres -encore, ont prtendu enchrir sur les premiers et -porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent -absolument que deux vierges. Ils protestent qu'on a -trs-mal lu les anciens martyrologes, qui portaient: -<i lang="la" xml:lang="la">SS. Ursula et Undecimilla, Virg. Mart.</i>, c'est--dire -SS. Ursule et Undecimille, vierges martyres. Des -copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un -nom de nombre, et se sont imagin que <i>Undecimilla</i> -tait une abrviation de <i lang="la" xml:lang="la">undecim millia</i>.</p> - -<p>Voil ce que pense le savant pre Sirmond, je ne -sais s'il se trompe. Il est au moins constant qu'on a -peu de renseignements exacts sur l'histoire de sainte -Ursule et de ses compagnes. Baronius assure que les -vritables actes de son martyre ont t perdus.</p> - - -<div class="p" id="p311">Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse.</div> -<p>Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour -aux soucis de la richesse, et semble vous dire: Prfrez -ce qui dilate le cœur ce qui le resserre. Il nous -est venu de la langue romane, et il se trouve dans ce -vers du troubadour Pierre Cardinal:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="oc" xml:lang="oc">El ric s'irais mentre l'amoros dansa.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p312">Les tisons relevs chassent les amoureux.</div> -<p>Dicton fond sur un usage trs-ancien, d'aprs lequel -une jeune fille, lorsqu'elle voulait se dbarrasser des -poursuites d'un jeune homme qui la recherchait en -mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait -se cacher, son arrive, aprs avoir relev les tisons -du feu, lui signifiant par l sans doute qu'ils ne devaient -pas avoir l'un et l'autre un foyer commun.</p> - -<p>Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose -d'analogue dans le dpartement des Hautes-Alpes, o -les belles congdient les galants en leur prsentant le -bout non allum d'un tison.</p> - -<p>Il va sans dire que si l'on conduisait un prtendant -en lui faisant voir les tisons teints, on le retenait en -les lui montrant allums. C'taient deux choses corrlatives -passes en coutume, qui se rattachaient galement -aux antiques formalits du mariage, o le feu -entrait comme lment symbolique, ainsi que je l'ai -remarqu en expliquant la locution proverbiale: <i><a href="#p325">Allumer -la chandelle quatre cornes</a>.</i></p> - -<p>On vient de lire deux exemples assez curieux de la -premire, en voici encore deux de la seconde qui ne -le sont pas moins:</p> - -<p>Dans la province d'Utrecht, principalement Zeyst, -prs de cette ville, chez la secte indpendante des -Hernudders, le jeune homme qui recherche une jeune -fille en mariage va sonner la porte de la maison -qu'elle habite, et demande du feu pour allumer son -cigare ou sa pipe. Cette visite est suivie d'une seconde, -et si le feu lui est accord, il se prsente une troisime -fois. Alors il est reu comme pouseur, et la jeune fille -lui donne une poigne de main. Si, pendant ce temps, -il finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau, -et l'affaire est conclue. Lorsqu'il n'est pas agr, -la porte reste ferme pour lui, et il faut qu'il aille -chercher femme ailleurs.</p> - -<p>Le mme usage existe chez les Mormons; mais c'est -la jeune fille qui prend l'initiative de prsenter le -cigare et le feu.</p> - -<p>L'usage symbolique de notifier un refus de mariage -en offrant aux yeux des prtendants les tisons relevs, -c'est--dire le foyer sans feu, donna lieu dans la suite - une superstition dont il reste encore quelque vestige: -Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque -fille marier dans une maison, dit le cur Thiers, et -qu'elles sont recherches en mariage, il faut bien se -donner de garde de relever les tisons, parce que <i>cela -chasse les amoureux</i>. (<i>Trait des Superst.</i>, t. III, p. 455.)</p> - - -<div class="p" id="p322">C'est un Cladon.</div> -<p>Amoureux beaux sentiments. Cladon est un personnage -de <i>l'Astre</i>, pastorale allgorique o son -auteur, le marquis Honor d'Urf, homme clbre -dans le monde galant par sa beaut, sa grce, son -esprit et son tendre cœur, a dcrit ses propres amours, -dgags de toute ide grossire. La scne de ce roman -est place sur les bords du Lignon, petite rivire du -Forez. Les bergers et les bergres qui y figurent sont -des portraits de grands seigneurs et de grandes -dames de la cour de France. Astre reprsente M<sup>lle</sup> -de Chateaumorand; Galathe, la reine Marguerite, -sœur de Henri III; Cladon, c'est d'Urf; Calidon, -M. le prince; Calide, madame la princesse; Euric, -Henri le Grand. Le premier volume de <i>l'Astre</i> parut -en 1610, quelque temps avant l'assassinat de Henri IV, -et fut ddi ce roi, qui trouva le prsent fort agrable, -quoique l'auteur ne le lui ft gure cause de ses -amours avec Marguerite de Valois. Le second et le -troisime volume furent publis l'anne suivante, le -quatrime en 1620, et le cinquime en 1625, aprs la -mort de d'Urf, par les soins de son secrtaire Baro, -qui le termina d'aprs les manuscrits de son matre ou -d'aprs sa propre imagination. Ces publications successives, -signales par divers bibliographes qui -j'ai emprunt les dtails qu'on vient de lire, furent -accueillies avec la plus grande faveur.</p> - -<p>Ajoutons un fait qui montre bien l'influence extraordinaire -que d'Urf, par son roman, exera sur ses -contemporains. On assure qu'en 1624 il reut, en Pimont -o il rsidait, une lettre signe de vingt-neuf -princes ou princesses, et de dix-neuf seigneurs ou -dames d'Allemagne qui lui demandaient avec instance -la fin de l'ouvrage. Ces personnages l'informaient qu'ils -avaient pris les noms des hros et des hrones de -<i>l'Astre</i>, et qu'ils s'taient constitus en <i>acadmie des -vrais amants</i>.</p> - -<p>C'est de ces confrries pastorales, qui remontent -une poque beaucoup plus ancienne, que sont drivs -les noms de <i>berger</i> et de <i>bergre</i> employs comme -synonymes d'<i>amant</i> et d'<i>amante</i>.</p> - - -<div class="p" id="p632">Il ne faut pas dcouvrir le pot aux roses.</div> -<p>C'est--dire les choses qu'on veut tenir secrtes, et -particulirement les mystres de la galanterie ou de -l'amour.</p> - -<p>La rose, dont le Tasse a dit d'une manire si charmante: -<i lang="it" xml:lang="it">Quanto si mostra men, tanto pi bella</i>; moins -elle se montre, plus elle est belle, la rose tait dans -l'antiquit le symbole de la discrtion, et la riante -mythologie avait consacr cette ide en racontant que -l'Amour avait fait prsent de la premire rose qui -parut sur la terre Harpocrate, dieu du silence, pour -l'engager cacher les faiblesses de Vnus. De mme -que la rose a son bouton envelopp de ses feuilles, on -voulait que la bouche gardt la langue captive sous -les lvres<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>. Quand on faisait une confidence quelqu'un, -on avait soin de lui offrir une rose comme une -recommandation expresse de respecter les secrets -dont il devenait dpositaire. Cette fleur figurait surtout -dans les festins: tresse en guirlandes destines -couronner le front et la coupe des convives, ou place -par bouquets sous leurs yeux, elle servait leur rappeler -que les doux panchements ns de la libert qui -rgne dans les banquets doivent toujours tre sacrs. -Nos bons aeux avaient adopt cet aimable usage, -qu'ils rendaient plus significatif encore en exposant -sur la table un vase de roses sous un couvercle, et le -proverbe est venu de cet usage, qui n'est peut-tre pas -entirement tomb en dsutude; en 1800, j'en ai t -tmoin dans une petite ville du dpartement de l'Aveyron.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> C'est ce que dit saint Grgoire de Nazianze dans des vers grecs dont sir -Thomas Brown a rapport cette traduction en vers latins:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Utque latet rosa verna suo putamine clausa,</div> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis,</div> -<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Indicatque suis prolixa silentia labris.</div> -</div> -</div> -<p>Les Allemands, pour recommander de ne pas trahir -une confidence, se servent de la formule suivante: -<i id="p633">Ceci est dit sous la rose.</i></p> - -<p>Cette formule est galement familire aux Anglais, -et voici comme elle a t explique par Newton dans -l'<i>Herbier de la Bible</i>, p. 233-234: Quand d'aimables -et gais compagnons se runissent pour faire bonne -chre, ils conviennent qu'aucun des joyeux propos -tenus pendant le repas ne sera divulgu, et la phrase -qu'ils emploient pour garantie de leur convention est -que tous ces propos doivent tre considrs comme -<i>tenus sous la rose</i>, car ils ont coutume de suspendre une -rose au-dessus de la table, afin de rappeler la compagnie -l'obligation du secret.</p> - -<p>Peacham, dans son ouvrage intitul <i lang="en" xml:lang="en">the Truth of -our times</i>, la Vrit de notre temps, (p. 173; dit. -de Londres, in-12, 1638), rapporte qu'en beaucoup -d'endroits de l'Angleterre et des Pays-Bas on voyait -une belle rose peinte au beau milieu du plafond de la -salle manger.</p> - -<p>L'ornement d'architecture nomm rosace dut probablement -son origine cet usage qui tait connu des -anciens, comme l'attestent ces quatre vers que Lloyd, -dans son dictionnaire, dit avoir t trouvs sur une -dalle antique de marbre:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Est rosa flos Veneris, cujus quo forta laterent</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Harpocrati matris dona dicavit Amor.</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Inde rosam mensis hospes suspendit amicis,</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Conviv ut sub ea dicta tacenda sciant.</i></div> -</div> - -<p>La rose est la fleur de Vnus, l'Amour en consacra l'offrande - Harpocrate, pour l'engager cacher les volupts furtives de sa -mre; et de l est ne la coutume de suspendre cette fleur au-dessus -de la table hospitalire, afin que les convives sachent qu'il ne -faut pas divulguer <i>ce qui a t dit sous la rose</i>.</p> - - -<div class="p" id="p526">Conter fleurettes.</div> -<p>Cette expression, qui signifie tenir des propos galants, -est venue, suivant la remarque de Le Noble, de -<i>ce qu'il y avait</i> en France, sous Charles VI, des pices -de monnaie marques de petites fleurs et nommes, -pour cette raison, <i>florettes</i> ou <i>fleurettes</i>, de mme qu'on -nomme encore <i>florins</i> une monnaie d'or ou d'argent -qui portait primitivement l'empreinte d'une fleur. -Ainsi <i>conter fleurettes</i> aurait d'abord signifi compter -de l'argent aux belles pour les sduire, ce qui est bien -souvent le moyen le plus persuasif.</p> - -<p>Ceux qui rejettent cette origine allguent la diffrence -qu'il y a entre <i>conter</i> et <i>compter</i>; mais ce n'est -point l une raison valable, puisque ces deux verbes -taient autrefois confondus sous le rapport de l'orthographe, -ainsi que l'attestent des milliers d'exemplaires, -o <i>conter</i> est mis pour <i>compter</i>. Cependant je n'adopte -point l'opinion de Le Noble: je crois qu'il est plus -naturel d'entendre par <i>fleurettes</i> les fleurs du langage. -Les Grecs disaient: <span lang="grc" xml:lang="grc">ῥόδα -εἴρειν</span>, et les Latins de mme, -<i lang="la" xml:lang="la">rosas loqui</i> (parler roses). On trouve dans quelques recueils -franais du quinzime sicle, <i>dire florettes</i><a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>, et -il existe un vieux livre intitul <span class="sc">Les Fleurs de bien -dire</span>, recueillies aux cabinets des plus rares esprits de -ce temps, pour exprimer les passions amoureuses de -l'un et de l'autre sexe, avec un amas des plus beaux -traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire. -Paris, 1598, chez Guillemot.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> On trouve aussi <i>crire florettes</i>, expression qui signifie particulirement -<i>crire en chiffre de fleurs</i>.</p> -</div> - -<div class="p" id="p636">Voyager dans le pays de Tendre.</div> -<p>Se dit d'une personne dont les propos et la conduite -annoncent un penchant dcid pour l'amour.</p> - -<p>Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant -de la reine lisabeth d'Angleterre, qui, comme -on sait, joignit aux qualits d'un grand roi la coquetterie -d'une femme. lisabeth, dit-il, faisait peut-tre -quelques pas dans le <i>pays de Tendre</i>, mais assurment -elle se gardait bien d'aller jusqu'au bout.</p> - -<p>On emploie aussi dans le mme sens l'expression -<i>voguer</i> ou <i>naviguer sur le fleuve de Tendre</i>, qu'on trouve -dans ces vers de la dixime satire de Boileau:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Puis bientt en grande eau sur le <i>fleuve de Tendre</i></div> -<div class="verse">Naviguer souhait, tout dire et tout entendre.</div> -</div> - -<p>Ces faons de parler font allusion au <i>pays de Tendre</i>, -imagin par M<sup>lle</sup> de Scudri, qui en a trac la carte -dans son roman de <i>Cllie</i>. Cette carte reprsente six -rivires sur lesquelles sont situes six villes, toutes six -nommes Tendre; savoir: Tendre sur Inclination; -Tendre sur Estime; Tendre sur Reconnaissance; Tendre -sur Dsir; Tendre sur Passion; Tendre sur Tendre. On -va de l'une l'autre par une route trs-accidente dans -laquelle on trouve le hameau des Billets doux, les bosquets -des Billets galants, la place des Petits Soins et -des Soupirs indiscrets, etc.</p> - -<p>Les amants, dit Voltaire, s'embarquent sur le -fleuve de Tendre: on dne Tendre sur Estime, on -soupe Tendre sur Inclination, on couche Tendre -sur Dsir. Le lendemain on se trouve Tendre sur -Passion, et enfin Tendre sur Tendre. Ces ides peuvent -tre ridicules, surtout quand ce sont des Cllies, -des Horatius Cocls et des Romains austres et agrestes -qui voyagent; mais cette carte gographique montre -au moins que l'amour a beaucoup de logements diffrents. -(<i>Dict. philos.</i>, au mot <span class="sc">Abus</span>.)</p> - - -<hr /> - - -<p>Je termine cette srie de proverbes et de locutions -proverbiales sur l'amour par un petit pastiche o j'ai -fait entrer plusieurs ides qui n'ont pu trouver place -dans les commentaires qui leur ont t consacrs. Il a -t compos avec des phrases d'une foule d'auteurs -dont il me serait aussi difficile de dire les noms qu'il -le serait un tailleur de nommer les fabricants des -diverses toffes d'o il a tir les lambeaux qu'il a cousus -ensemble pour en faire un habit d'arlequin.</p> - -<hr /> - - -<p>Quelques mythologues supposent que l'Amour est -n de l'rbe et de la Nuit, pour exprimer la confusion -qu'il apporte dans nos sens et l'aveuglement dont il -frappe notre esprit. D'autres prtendent qu'il est issu -de Vnus sans pre, ce qui montre que la beaut seule -peut produire l'amour. Il y en a qui assurent, au contraire, -que la desse lui donna l'tre avec la coopration -de plusieurs dieux. Lorsqu'elle tait au moment -de le mettre au jour, le conseil de l'Olympe s'assembla: -De quoi accouchera-t-elle? se demandaient les -immortels.—De la foudre, dit Jupiter;—de la -guerre, s'cria Mars;—du Tartare, ajouta Pluton; et -Vnus accoucha de l'Amour. Le Destin avait dcid -qu'on ne pouvait attendre d'une fille de la Mer que des -temptes; d'une pouse de Vulcain, que des incendies; -et d'une matresse de Mars, que des batailles. Ainsi -l'Amour fut un compos de divers flaux. A peine -eut-il vu la lumire qu'il sema le trouble dans la cour -cleste, et Jupiter, malgr le faible qu'il avait pour -lui, se vit contraint de l'exiler sur la terre. L'apparition -de ce petit dieu ici bas excita parmi les hommes -un mouvement extraordinaire. Toutes les femmes -coururent aprs lui pour le prendre, mais il avait des -ailes; il chappa leur poursuite, et se rfugia chez -Prote, qui lui rvla le secret des mtamorphoses. -Depuis lors il se multiplia sous mille formes, et il ne -garda pas deux jours de suite la mme figure. Il prit -tour tour l'air de la timidit et de l'espiglerie, de -l'innocence et de la malice, de la mlancolie et de la -gaiet, du sentiment et du caprice, de la constance et -de la lgret, de l'amiti et de la haine, de la sagesse -et de la folie, etc., etc., etc. Souvent il emprunta les -traits runis de plusieurs passions, et les assortit de -manire se composer une physionomie toujours -nouvelle. Enfin il voulut ressembler tout, et ne ressembler - rien. C'est ce qui fait qu'on ne peut jamais -bien le peindre, et qu'on le peint de tant de faons -diverses, mettant d'ordinaire ce qu'on imagine la -place de ce qui est, et imaginant quelquefois les choses -les plus singulires; tmoin cet auteur castillan qui l'a -dpeint tout fait semblable au Grand Turc.</p> - -<p>Les effets que l'amour produit ne sont pas moins -nombreux ni moins varis que ses mtamorphoses. -Ils pourraient se caractriser d'aprs les degrs de latitude -des diffrents pays. En Espagne ils se font sentir -dans la tte et dans l'imagination; en Italie, dans le -cœur et dans le fiel; en Angleterre, dans la rate et -dans la cervelle; en Allemagne, dans l'estomac et dans -le foie; en France, un peu partout. Chez les Espagnols, -c'est une folie qui clate surtout pendant la -nuit, temps des mystres et des aventures; chez les -Italiens, une affaire principale dont ils s'occupent ds -l'aurore; chez les Anglais, une humeur noire mre du -<i lang="en" xml:lang="en">spleen</i>, laquelle ils se livrent dans les jours nbuleux; -chez les Allemands, un remde pour le lendemain -matin, quand la digestion est faite; chez les Franais, -un sentiment doux et lger qui se joue parmi des -fleurs artificielles, un art d'agrment, un amusement -qu'ils prennent et quittent sans faon, comme bon leur -semble.</p> - -<p>On peut ajouter ces observations les vers suivants -d'un auteur dont j'ai oubli le nom:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quand un objet fait rsistance,</div> -<div class="verse">L'Anglais fier et vain s'en offense,</div> -<div class="verse">L'Italien est dsol,</div> -<div class="verse">L'Espagnol est inconsolable,</div> -<div class="verse">L'Allemand se console table,</div> -<div class="verse">Le Franais est tout consol.</div> -</div> - -<p>Le meilleur parti qu'il y ait prendre quand on veut -se dlivrer des peines de l'amour, c'est de le traiter -la manire franaise. Mais comme cela ne convient -pas tous les tempraments, je vais indiquer une recette -mdicale dont la gnralit des individus peut -faire usage au besoin. Je l'ai trouve dans les œuvres -du clbre Huet, vque d'Avranches. Ce docte prlat, -plein de compassion pour les cœurs en souffrance, les -avertit trs-srieusement que l'amour est, comme la -fivre, une maladie qui se gurit par les secours de la -mdecine, en provoquant d'abondantes sueurs et en -pratiquant de copieuses saignes. Et certes on ne contestera -point que l'amour ainsi purg de ses humeurs -malignes et dgag de ses esprits enflamms ne soit -rduit l'impuissance. Mais, dira-t-on, n'est-il pas -craindre qu'il reprenne dans la suite ses premires -ardeurs? Notre auteur a prvu cette objection, et l'a -rfute par le fait suivant, qu'il rapporte en ces termes: -Un grand prince que nous avons connu, atteint -d'une passion violente pour une demoiselle d'un grand -mrite, fut contraint de partir pour l'arme. Tant que -son absence dura, sa position s'entretint par le souvenir -et par un commerce de lettres trs-frquent et -trs-rgulier, jusqu' la fin de la campagne, o une -maladie dangereuse le rduisit l'extrmit. On proportionna -les remdes au mal, et on mit en usage tout -ce que la mdecine enseigne de plus efficace: il reprit -la sant, mais sans reprendre son amour, que de -grandes vacuations avaient emport son insu.</p> - -<p>Il est clair, d'aprs cela, que si l'on dsire un bon -remde d'amour, ce n'est pas Ovide, mais M. Purgon -qu'il faut le demander.</p> - -<hr /> - - -<p>On a remarqu sans doute que, dans la srie des -proverbes sur l'amour, il s'en trouve un assez grand -nombre qui ont t forms de comparaisons ou de -mtaphores fort ingnieuses.</p> - -<p>Frapp du caractre original qui les distingue, je -m'tais plu les mettre en vers dans l'intention d'en -illustrer les dernires pages de ce chapitre, esprant -attnuer leur double emploi par les agrments de la -forme mtrique; mais je renonce ce dessein dont la -mise en œuvre ne serait en dernire analyse qu'un -duplicata bien ou mal versifi.</p> - -<p>Qu'on me permette pourtant de donner ici deux -quatrains consacrs deux de ces proverbes oublis -dans la srie en question.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">On aime se flatter de l'espoir dcevant</div> -<div class="verse">D'tre toujours aim de sa douce compagne;</div> -<div class="verse">Mais <i>l'amour d'une belle est un sable mouvant</i></div> -<div class="verse"><i>O l'on ne peut btir que chteaux en Espagne</i>.</div> - -<div class="verse stanza">L'amour sincre et pur n'est jamais soucieux.</div> -<div class="verse">Rien ne peut altrer l'essence sublime</div> -<div class="verse i3">De cet amour dlicieux;</div> -<div class="verse"><i>C'est un feu d'alos qui brle sans fume.</i></div> -</div> - -<p>Qu'on me permette aussi de joindre ces citations -une chanson dont chaque couplet offre une ressemblance -et une diffrence entre l'Amour et le Mdecin -compars.</p> - - -<div class="p" id="p305">L'Amour et le Mdecin.</div> -<p class="c">1<sup>er</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le mdecin, le dieu d'amour,</div> -<div class="verse">Sont de service nuit et jour:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">L'un est fameux dans ses vieux ans,</div> -<div class="verse">Et l'autre l'est dans son printemps:</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<p class="c">2<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ils sont aveugles tous les deux,</div> -<div class="verse">Malgr cela fort curieux:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">L'un est grave et de noir vtu.</div> -<div class="verse">L'autre est smillant et tout nu:</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<p class="c">3<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">On a recours tous les deux</div> -<div class="verse">Quoique tous deux soient dangereux:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">Il faut payer un grand docteur,</div> -<div class="verse">L'amour pay perd sa valeur,</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<p class="c">4<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tous deux nous donnent du ressort,</div> -<div class="verse">Et mme la vie et la mort:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">L'un nous blesse en nous gurissant,</div> -<div class="verse">L'autre caresse en nous blessant,</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<p class="c">5<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tous deux regardent dans les yeux,</div> -<div class="verse">Si a va mal, si a va mieux:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">C'est le pouls que tte un docteur,</div> -<div class="verse">Mais l'amour nous touche le cœur:</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<p class="c">6<sup>e</sup> <span class="small">COUPLET</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tous deux s'en vont courants, trottants,</div> -<div class="verse">Et sont tant soit peu charlatans:</div> -<div class="verse i1">Voil la ressemblance.</div> -<div class="verse">L'un s'en va quand nous allons bien,</div> -<div class="verse">L'autre, quand nous ne valons rien:</div> -<div class="verse i1">Voil la diffrence.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">PROVERBES<br /> -<span class="small">SUR</span><br /> -<span class="large">LE MARIAGE</span></h2> - - -<div class="p" id="p550">Le mariage est une loterie.</div> -<p>Et dans cette loterie, comme dans les autres, il est -trs-rare qu'on obtienne un bon lot.</p> - -<p>Un proverbe italien dit que <i>l'homme et la femme qui se -marient mettent la main dans un sac o sont dix couleuvres -et une anguille</i>. D'aprs cela il y a dix contre un parier -qu'ils n'attraperont pas l'anguille; encore, s'ils -viennent l'attraper, courent-ils grand risque qu'elle -leur glisse des mains.</p> - -<p>On s'est amus dmontrer, par un tableau statistique -dont je ne garantis pas la vrit, que sur huit -cent soixante-douze mille cinq cent soixante-quatre -mariages, il faut compter:</p> - -<table summary=""> -<tr><td class="r">1,360</td> -<td class="drap">Femmes qui ont quitt leurs maris pour suivre leurs amants.</td></tr> -<tr><td class="r">2,361</td> -<td class="drap">Maris qui se sont enfuis pour ne plus vivre avec leurs femmes.</td></tr> -<tr><td class="r">4,120</td> -<td class="drap">Couples spars volontairement.</td></tr> -<tr><td class="r">191,025</td> -<td class="drap">Couples vivant en guerre sous le mme toit.</td></tr> -<tr><td class="r">162,320</td> -<td class="drap">Couples qui se hassent cordialement, mais qui cachent -leur haine sous un extrieur poli.</td></tr> -<tr><td class="r">510,132</td> -<td class="drap">Couples qui vivent dans une indiffrence marque.</td></tr> -<tr><td class="r">1,102</td> -<td class="drap">Couples rputs heureux dans le monde, et privs, dans -leur intrieur, du bonheur qu'on leur suppose.</td></tr> -<tr><td class="r">135</td> -<td class="drap">Couples heureux par comparaison la grande quantit -des malheureux.</td></tr> -<tr><td class="r">9</td> -<td class="drap">Couples vritablement heureux.</td></tr> -</table> -<p>Ce tableau, s'il est exact, prouve que la flicit -conjugale est semblable la flicit cleste, laquelle -tous sont appels et que trs-peu obtiennent.</p> - -<p>C'est un triste rsultat qui va tre mis dans tout son -jour par les proverbes que j'ai rapporter et par les -commentaires que j'y ajouterai. Mais je dois avertir -pralablement qu'il doit tre moins attribu au mariage -tel qu'il est de sa propre nature, qu'au mariage -fauss et perverti par les vices de la nature humaine.</p> - -<p>Cet tat est dans l'ordre des lois de Dieu et de la -socit. Il n'y en a point qui convienne autant aux -besoins des deux sexes, qui soit aussi propre les -rendre meilleurs, et je crois fermement que, s'ils y -entraient dans les conditions qu'il exige, ils y trouveraient -les douceurs d'une tendre amiti, les plaisirs -purs des sens et de la raison; en un mot, tous les -agrments qui peuvent embellir l'existence.</p> - -<p>Le mariage, dit Rœderer, ce lien sacr qui forme -une unit forte et parfaite de deux existences incompltes, -rend communs toutes deux les avantages -propres chacune, fait jouir chaque poux des dons -diffrents que les deux sexes ont reus de la nature, -communique l'un la force, l'autre la douceur, -l'un la justice de l'esprit, l'autre la sagacit, ajoute - la conscience de chacun d'eux celle de l'autre; -double la force intellectuelle et l'nergie morale de -tous deux, et enfin assure aux fruits de leur union un -constant accord, une vive mulation de soins, une -tradition fidle des intrts, des principes, des mœurs, -auxquels le bonheur est attach. Cette institution est -le principe de la supriorit de notre civilisation -actuelle sur celle de l'antiquit; c'est la plus importante -amlioration qu'ait reue l'espce humaine, le -plus beau prsent que la religion chrtienne ait fait -aux socits modernes, son titre le plus vident et le -plus incontestable leur reconnaissance et leurs -respects.</p> - - -<div class="p" id="p551">Le mariage est le plus grand des biens ou des maux.</div> -<p>Voltaire, dans <i>l'Enfant prodigue</i>, acte II, scne <small>I</small>, a -dvelopp ce proverbe dont on exprime aussi l'ide -de cette autre manire: <i>Le mariage est ce qu'il y a de -meilleur et de pire</i>, formule calque sur celle dont -sope se servit pour marquer les avantages et les malheurs -que la langue peut produire.</p> - -<p>Voici les vers de Voltaire:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">A mon avis, l'hymen et ses liens</div> -<div class="verse">Sont les plus grands ou des maux ou des biens.</div> -<div class="verse">Point de milieu, l'tat du mariage</div> -<div class="verse">Est des humains le plus cher avantage,</div> -<div class="verse">Quand le rapport des esprits et des cœurs,</div> -<div class="verse">Des sentiments, des gots, et des humeurs,</div> -<div class="verse">Serre les nœuds tisss par la nature,</div> -<div class="verse">Que l'amour forme et que l'honneur pure.</div> -<div class="verse">Dieu! quel plaisir d'aimer publiquement</div> -<div class="verse">Et de porter le nom de son amant!</div> -<div class="verse">Votre maison, vos gens, votre livre,</div> -<div class="verse">Tout vous retrace une image adore;</div> -<div class="verse">Et vos enfants, ces gages prcieux,</div> -<div class="verse">Ns de l'amour, en sont de nouveaux nœuds.</div> -<div class="verse">Un tel hymen, une union si chre,</div> -<div class="verse">Si l'on en voit c'est le ciel sur la terre.</div> -<div class="verse">Mais tristement vendre par un contrat</div> -<div class="verse">Sa libert, son nom et son tat</div> -<div class="verse">Aux volonts d'un matre despotique,</div> -<div class="verse">Dont on devient le premier domestique:</div> -<div class="verse">Se quereller ou s'viter, le jour</div> -<div class="verse">Sans joie table, et la nuit sans amour:</div> -<div class="verse">Trembler toujours d'avoir une faiblesse;</div> -<div class="verse">Y succomber ou combattre sans cesse;</div> -<div class="verse">Tromper son matre ou vivre sans espoir</div> -<div class="verse">Dans les langueurs d'un importun devoir;</div> -<div class="verse">Gmir, scher dans sa langueur profonde:</div> -<div class="verse">Un tel hymen est l'enfer de ce monde.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p552">En mariage il y a fort lien.</div> -<p>Si fort que ceux qu'il lie en sont blesss et gmissent -continuellement de ne pouvoir le rompre.—Ce proverbe, -qui se trouve parmi les <i>proverbes galliques</i> recueillis -dans le quinzime sicle, est bien peu saillant; -mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compens -par le commentaire que je vais y joindre. Je le tire -des paroles que don Quichotte adresse Sancho -Pana. La femme lgitime n'est pas une marchandise -qu'on puisse, aprs l'achat, rendre, changer ou cder. -C'est un accident insparable qui dure ce que dure la -vie; c'est un lien qui, une fois qu'on se l'est mis autour -du cou, se transforme en nœud gordien, lequel ne -peut plus se dtacher, moins d'tre tranch par la -faux de la mort. (<i>Don Quichotte</i>, part. II, ch. <small>XIX</small>.)</p> - -<p>On sait que cette opinion du chevalier de la Manche -tait aussi celle de son cuyer, qui l'exprimait sa -manire par ce joli mot proverbial: <i id="p613">Pour peu qu'on -soit mari, on l'est beaucoup.</i></p> - -<p>Un proverbe anglais de James Howel dit d'une faon -plus originale encore: <i lang="en" xml:lang="en">In marriage the toung tieth a -knott that all the teeth in the head cannot untie afterwards.</i> -Dans le mariage la langue forme un nœud que toutes -les dents de la bouche ne peuvent jamais dfaire.</p> - - -<div class="p" id="p553">Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec -un mari sourd.</div> -<p>Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cit -dans un passage de ses <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>, o il parle -de la <i lang="frm" xml:lang="frm">tempeste de la femme</i>, quand elle se livre aux emportements -de la jalousie. On dit aujourd'hui: <i id="p535">Pour -faire un bon mnage, il faut que le mari soit sourd et la -femme aveugle</i>; ce qui peut se passer de commentaire, -car il n'est personne qui ne comprenne, sans qu'on le -lui explique, combien la surdit d'un mari et la ccit -de sa femme seraient propres empcher les disputes -conjugales, qui viennent presque toujours de ce que -la femme a la vue trop perante pour les dsordres du -mari, et le mari a l'oreille trop sensible aux criailleries -de la femme.</p> - -<p>Puisqu'il est reconnu que la paix entre poux ne -peut rsulter que des infirmits indiques, ils ne sauraient -mieux faire que d'acheter ce prix un si grand -bien. Il n'est pas ncessaire, aprs tout, qu'ils soient -rellement affects de ces infirmits, mais qu'ils se -montrent comme s'ils l'taient, que l'un s'toupe les -oreilles et que l'autre se mette un bandeau sur les -yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins d'indulgence -pour les dfauts qu'ils ont se reprocher. Il -n'y a de bon mnage, crivait La Fontaine sa femme, -que celui o les conjoints se souffrent mutuellement -leurs sottises.</p> - - -<div class="p" id="p554">Mariage et pnitence ne font qu'un.</div> -<p>Ce dicton a donn lieu l'pigramme suivante, dont -il forme la pointe:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Malgr Rome et ses adhrents,</div> -<div class="verse">Ne comptons que six sacrements:</div> -<div class="verse">Croire qu'il en est davantage</div> -<div class="verse">C'est n'avoir pas le sens commun,</div> -<div class="verse">Car chacun sait que <i>mariage</i></div> -<div class="verse"><i>Et pnitence ne font qu'un</i>.</div> -</div> - -<p>Millevoye a reproduit cette vieille plaisanterie dans -ce petit dialogue qui lui donne une forme un peu plus -piquante:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Damon disait son pouse Hortense:</div> -<div class="verse">Les sacrements sont objets d'importance;</div> -<div class="verse">Sais-tu leur nombre?—Oui, sept.—C'est trop commun,</div> -<div class="verse">Six.—Depuis quand?—Depuis que <i>pnitence</i></div> -<div class="verse"><i>Et mariage</i>, hlas! <i>ne font plus qu'un</i>.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p555">Tout trait de mariage porte son testament.</div> -<p>Il y a presque toujours dans les contrats de mariage -des clauses qui sont stipules dans la prvision o l'un -des deux poux viendrait mourir, et qui rglent, -comme des dispositions testamentaires, les droits du -survivant sur la succession. De l ce proverbe qui, dtourn -de son vrai sens, s'emploie dans un sens critique -contre le mariage, dont on prtend faire un -funbre pouvantail.</p> - -<p>On lit dans la <i>Veuve</i>, comdie de Pierre de Larivey, -cette phrase qui parat avoir t proverbiale: Fais -ton compte que <i id="p334">la messe des pousailles t'est une extrme-onction</i>. -(Acte I, sc. <small>III</small>.)</p> - -<p>La mme ide railleuse se retrouve dans plusieurs -locutions, par exemple dans celles-ci, qu'on applique - un nouveau mari: <i>C'est un homme perdu</i>,—<i>un -homme mort</i>,—<i>un homme enterr</i>.</p> - -<p>Ces locutions figures, qu'on pourrait croire d'un -tour moderne, sont peut-tre renouveles des Grecs. -Elles ont du moins beaucoup d'analogie avec cette -saillie piquante d'Antiphane le Comique, rapporte -par Athne: Mari, lui!… Moi qui l'avais laiss si -bien portant!</p> - - -<div class="p" id="p556">Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe.</div> -<p>Proverbe fond sur une disposition de notre vieille -jurisprudence, qui condamnait au supplice de la corde -l'homme convaincu d'avoir sduit une fille, bien qu'il -et ensuite rpar sa faute en se mariant avec elle, du -consentement de la famille laquelle il l'avait ravie; -car la rparation ne dsarmait pas toujours la loi. Ce -proverbe n'est point tomb en dsutude, malgr -l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les mauvais plaisants -l'ont conserv, en lui donnant une acceptation -nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que -le meilleur mariage est fort sujet tourner mal, et -que la joie dont les nouveaux poux s'enivrent finit -par se changer en un violent dsespoir qui les porte -se pendre.</p> - - -<div class="p" id="p557">Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premires -figues sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien.</div> -<p>Cette comparaison proverbiale a deux significations: -la premire, gnralement adopte comme la plus -naturelle, est que le mariage commence bien et finit -mal; la seconde est qu'il peut donner quelques jours -de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait -produire que des malheurs pour les vieillards. C'est ce -que me parat indiquer le passage suivant de la comdie -de la <i>Veuve</i>, par Pierre de Larivey, o Ambroise, -qui veut se marier, malgr son ge un peu avanc, -dit: J'ai toujours vcu seul, sans compagnie, et par -ainsi gard mon suc en moi-mme. A quoi Lonard -rpond: Ce suc sera comme celui du <i>figuier de Bagnolet, -dont les premires figues sont bonnes, mais les -tardives ne valent rien</i>. (Act. I, sc. <small>III</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p558">En mariage trompe qui peut.</div> -<p>C'est--dire que les personnes qui peuvent tromper -le font avec impunit, car il n'y a pas de recours lgal -contre les tromperies et les fraudes au moyen desquelles -le mariage a t conclu. Ce proverbe est rapport -dans les <i>Institutes coutumires</i> de Loisel, dont les -diteurs l'expliquent en ces termes: Le dol commis - l'gard des biens, de l'ge, de la qualit, de la profession -ou de la dignit de ceux qui se marient, n'annule -pas l'union.</p> - -<p>Ainsi notre formule proverbiale est l'expression -d'une loi qui donne raison aux plus habiles dans ce -grand combat de ruses entre les prtendus et les prtendues -qui cherchent faire ensemble, aux dpens de -l'un et de l'autre, un de ces traits de mariage <i>dont la -dissimulation est le lien et l'intrt le fondement</i>. Elle peut -tre regarde comme une sorte de <i lang="la" xml:lang="la">v victis</i> prononc -contre les dupes. Nous recommandons ceux qui se -marient de s'en souvenir, et ceux qui sont maris de -l'oublier.</p> - - -<div class="p" id="p559">Le mariage est comme une forteresse assige, ceux qui sont dehors -veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir.</div> -<p>Proverbe emprunt aux Arabes. Dufresny, dans une -de ses comdies, en a donn cette variante: Le pays -du mariage a cela de particulier, que les trangers -ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient -en tre exils.</p> - -<p>Socrate disait: Les jeunes gens cherchant se -marier ressemblent aux poissons qui se jouent de la -nasse du pcheur. Tous se pressent pour y entrer, -tandis que les malheureux qui sont retenus font tous -leurs efforts pour en sortir.</p> - -<p>Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans -un endroit mme de ses <i>Essais</i>, o il cherche rendre -au mariage l'honneur qu'il mrite. <span lang="frm" xml:lang="frm">Ce qu'il s'en veoid -si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de sa -valeur. A le bien faonner et le bien prendre, il n'est -point de plus belle piece en nostre socit: nous ne -nous en pouvons passer et l'allons avilissant. Il en -advient ce qui se veoid aux cages: les oyseaux qui en -sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil -soing en sortir, ceux qui sont au dedans.</span> (Liv. III, -chap. <small>V</small>.)</p> - -<p>Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles -le mariage est tourn en plaisanterie. Je ne -citerai que la suivante: Le mariage est comme une -arme compose d'une avant-garde, d'un corps de bataille -et d'une arrire-garde. A l'avant-garde se trouvent -les amours, enfants perdus qui prissent au premier -choc; au corps de bataille est le sacrement, dont la -force rsiste toutes les attaques et tient bon jusqu' -la fin; l'arrire-garde sont les regrets et les dgots, -qui semblent se multiplier et devenir plus terribles, -tant que l'action reste engage.</p> - - -<div class="p" id="p560">Les quinze joies de mariage.</div> -<p>Cette expression ironique, par laquelle on dsigne -les contrarits inhrentes l'tat de mariage, sert de -titre un ouvrage anonyme qui date du milieu du -quinzime sicle, et qui est attribu Antoine la Sale, -ingnieux crivain qui nous devons le <i>Petit Jehan de -Saintr</i>. Le livre des <i lang="frm" xml:lang="frm">Quinze Joyes de mariage</i>, ainsi -nomm par une railleuse antiphrase, offre l'analyse de -toutes les dceptions et de toutes les douleurs irrmdiables -que peut produire l'union conjugale: la prface -en avertit en ces termes: Celles <i lang="frm" xml:lang="frm">quinze joyes de -mariage</i> sont les plus graves malheurets qui soient -sur terre, auxquelles nulles autres peines, sans incision -de membres, ne sont pareilles continuer.</p> - - -<div class="p" id="p561">Le mariage est le tombeau de l'amour.</div> -<p>Au bout d'un certain temps, la beaut des femmes -perd toute sa force l'gard de leur mari, telle tant -la nature des choses qu'elles ne touchent plus quand -on y est accoutum… Si la beaut fait les conqutes, -ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'tait -devenu amoureux que parce que sa matresse tait -belle, ne continue point tre amoureux parce que -sa femme continue tre belle. La coutume le rend -dur contre cette espce de charme; il s'avance peu -peu vers l'insensibilit. Les uns y arrivent plus tt, les -autres plus tard; mais enfin on y arrive, et la tendresse -qu'on peut conserver, et que l'on conserve en effet -assez souvent, se trouve fonde, non sur la beaut, -mais sur d'autres qualits. L'exprience fait voir que -les maris dont l'amiti est la plus longue et la plus -ferme ne sont pas pour l'ordinaire ceux qui ont de -belles femmes. (Bayle, art. <i>Junon</i>.)</p> - -<p>On a dit que l'amour pouvait aller au del du tombeau, -mais on n'a jamais dit qu'il pt aller au del du -mariage.</p> - -<p>Euripide a dit, dans une de ses tragdies: Le lit -nuptial est funeste l'homme et la femme. Ce lit, -en effet, est comme un bcher funbre o leur amour -se rduit bientt en cendres.</p> - -<p>On connat ce distique proverbial:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">De l'amour l'hymen telle est la diffrence</div> -<div class="verse">Que le premier finit quand le second commence;</div> -</div> - -<p class="noindent">et cette pense ingnieuse de Chamfort: L'hymen -vient aprs l'amour comme la fume aprs la flamme.</p> - -<p>Lord Byron a dit plus ingnieusement encore: -L'amour et le mariage peuvent rarement se combiner, -quoiqu'ils soient ns tous deux sous le mme -climat; le mariage, de l'amour comme le vinaigre du -vin, triste, acide et froid breuvage que le temps aigrit, -et dont il abaisse l'arome la saveur vulgaire d'une -boisson de mnage.</p> - - -<div class="p" id="p562">Le mariage est un enfer o le sacrement nous mne sans -pch mortel.</div> -<p>C'est dire assez spirituellement que l'union conjugale -est la tribulation des justes mmes.</p> - -<p>Un homme dclamait l'autre jour contre le mariage, -et s'criait: Voyez ce que c'est que le mariage; -songez que le bon Dieu a t oblig d'en ter le pch -mortel. Il a donc mis en quilibre dans la balance -l'enfer et le mariage; encore l'enfer a paru plus -lger. (L'abb Galiani.)</p> - -<p>Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a -beaucoup plu aux crivains de la fin du moyen ge, -qui se sont ingnis le reproduire sous des formes -diverses dans une foule d'pigrammes plus ou moins -plaisantes. En voici une d'Owen fonde sur ce que, en -latin, le mot <i lang="la" xml:lang="la">uxor</i> (pouse), o la lettre <i>x</i> est, comme -on sait, l'quivalent des lettres <i>c</i> et <i>s</i>, offre l'anagramme -du mot <i lang="la" xml:lang="la">orcus</i> (enfer).</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum;</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Rite inversa sonant <em>ucsor</em> et <em>orcus</em> idem.</i></div> -</div> - -<p>Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression, -qui est intraduisible en franais: Quiconque est -tomb dans le pige conjugal est tomb dans l'enfer, -car pouse et enfer sont la mme chose.</p> - -<p>C'est bien l certainement un de ces traits qui constituent -ce que les Romains appelaient <i lang="la" xml:lang="la">nug difficiles</i>; -et, quand on considre l'exercice laborieux, le grand -effort d'imaginative auquel a d se livrer l'pigrammatiste -pour produire un rsultat si saugrenu, on est -tent de lui adresser cette apostrophe originale du fin -railleur matre Franois: O Jupiter, vous en sutes -d'ahan, et de votre sueur tombant en terre naquirent -les choux cabus.</p> - - -<div class="p" id="p563">Il n'y a point de mariage dans le paradis.</div> -<p>Allusion divers passages de plusieurs Pres de -l'glise, qui regardaient le mariage comme moins -propre que le clibat la sanctification, et disaient -que, si <a name="p627" id="p627"></a>noces remplissent la terre, la virginit remplit -le ciel. <i lang="la" xml:lang="la">Nupti replent terram, virginitas replet -paradisum.</i> (<span lang="la" xml:lang="la">S. Hieronim., lib. I., <i>in Jovinien</i>.</span>) Ce qui a -donn lieu Pascal de placer le mariage dans les -<i>basses conditions du christianisme</i>.</p> - -<p>Owen a tir du mot de saint Jrme ce distique pigrammatique:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla;</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Conjugia in terris plurima, nullus amor.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p id="p564">Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la -terre il y a beaucoup de mariages et point d'amour.</p> -</blockquote> - -<p>On demandait au pote anglais Prior pourquoi il n'y -avait point de mariage dans le paradis. C'est, rpondit-il, -parce qu'il n'y a point de paradis dans le mariage.</p> - - -<div class="p" id="p565">Le mariage n'empche pas d'aimer ailleurs.</div> -<p>Proverbe pris du premier article du <i>Code d'amour</i>: -<i lang="la" xml:lang="la">Causa conjugii ab amore non est excusatio recta.</i> Le -mariage n'est pas une excuse lgitime contre l'amour. -C'est--dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se dispenser -d'avoir une matresse ou un amant, sous prtexte -qu'on a une pouse ou un mari. C'est l'expression des -mœurs qui rgnaient l'poque des troubadours. Ces -potes avaient rig l'amour en devoir: ils le proclamaient -comme plus obligatoire que le mariage et -comme ne pouvant exister que hors du mariage. Cet -amour, purement platonique dans le principe, cessa -bientt de l'tre et donna lieu un usage immoral assez -rpandu chez les hauts personnages, d'avoir la -fois une pouse et une concubine, l'une pour la souche -et l'autre pour la couche.</p> - -<p>Andr le Chapelain nous a conserv la dcision curieuse -d'une cour d'amour prside par la comtesse -de Champagne, sur la question qui lui avait t -soumise: <i lang="la" xml:lang="la">Utrum inter conjugatos amor possit habere -locum?</i> L'amour peut-il exister entre personnes maries? -Voici cette dcision: Nous disons et assurons -par la teneur des prsentes que l'amour ne peut -tendre ses droits sur deux personnes maries. En -effet, les amants s'accordent tout mutuellement et -gratuitement sans tre contraints par aucun motif de -ncessit; tandis que les poux sont tenus par devoir -de subir rciproquement leurs volonts, et de ne se -refuser rien les uns aux autres… Que ce jugement que -nous avons rendu avec une extrme prudence (<i lang="la" xml:lang="la">cum -nimia moderatione prolatum</i>) et d'aprs l'avis d'un grand -nombre de dames, soit pour vous d'une vrit constante -et irrfragable. Ainsi jug, l'an 1174, le 3 des -calendes de mai.</p> - - - -<div class="p" id="p518"><span class="blk">Jeune fille avec jeune fieu<br /> -C'est mariage du bon Dieu.</span></div> - -<p>Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit -Adam et ve dans le paradis terrestre. On sait que <i>fieu</i> -est un vieux mot qui veut dire fils ou garon.</p> - - - -<div class="p" id="p566"><span class="blk">Homme vieux avec jeune femme<br /> -Mariage de Notre-Dame.</span></div> - -<p>Mariage semblable celui de la Sainte Vierge avec -saint Joseph, qui tait, ce qu'on croit, d'un ge avanc. -Ce proverbe s'adresse une jeune innocente soit pour -lui conseiller, soit pour la consoler de s'unir un -vieux mari.</p> - - - -<div class="p" id="p567"><span class="blk">Vieille femme et jeune garon<br /> -C'est mariage du dmon.</span></div> - -<p>Mariage o le dmon seul peut trouver son compte. -Il n'est pas besoin de faire observer que c'est la vieille -femme qui, dans ce proverbe, est signale comme le -dmon lui-mme.</p> - - -<div class="p" id="p568">Mariage d'pervier, la femelle vaut mieux que le mle.</div> -<p>Ce proverbe, o la glose est jointe au texte, a tir -son origine de la fauconnerie. Il s'emploie en parlant -d'un couple conjugal dans lequel la femme est suprieure -au mari, parce que la femelle de l'pervier -l'emporte sur le mle en force et en grosseur. Ce phnomne -existe gnralement chez les oiseaux de proie.</p> - -<p>Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans -le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">The grey mare is the better horse.</i> La -jument grise est le meilleur cheval.</p> - - -<div class="p" id="p569">Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant pay.</div> -<p>Conjonction matrimoniale qui, n'tant sanctionne -ni par la loi civile, ni par la loi religieuse, est sujette - se rompre aussitt qu'elle est forme. <i>Jean des Vignes</i> -est une altration de <i>Gens des Vignes</i>, et l'expression -rappelle ces unions illicites qui se font entre les vendangeurs -et les vendangeuses de diverses localits, et -qui ne durent que le temps de la vendange.</p> - -<p>C'est peu prs ce qu'on a nomm <i id="p570">mariage du treizime -arrondissement</i>, mariage fait sans M. le maire et sans -M. le cur, personnages inconnus dans ce treizime -arrondissement ajout fictivement, comme on sait, -aux douze dont se composait la ville de Paris avant -l'annexion des communes suburbaines.</p> - -<p>Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales -la vieille maxime de droit coutumier:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i id="p571">Boire, manger, coucher ensemble,</i></div> -<div class="verse"><i>C'est mariage, ce me semble.</i></div> -</div> - -<p>Le savant auteur de la <i>Symbolique du droit</i>, M. Chassan, -rapportant cette maxime, l'explique ainsi: Il ne -faut pas la prendre la lettre, en ce sens qu'il suffirait - une femme de passer la nuit avec un homme pour se -dire marie. Elle est relative l'excution du mariage -qui couvre les irrgularits de la clbration. Aussi -Loisel a-t-il eu soin d'ajouter: <i>Mais il faut que l'glise -y passe</i> (<i>Inst.</i>, liv. I, tit. <small>II</small>, rgle 6). Ainsi entendue, la -maxime peut encore aujourd'hui recevoir son application.</p> - - -<div class="p" id="p572">Mariage de bohmes.</div> -<p>C'est encore une varit matrimoniale plus curieuse -que celles dont il est question dans l'article prcdent. -Voici en quoi elle consiste: lorsque les bohmes, -c'est--dire ces aventuriers basans qui courent le -pays en volant les poules et disant la bonne aventure, -veulent marier un garon et une fille de leur caste, ils -les conduisent dans un vallon retir qu'ils nomment -le <i>vallon des fianailles</i>, et l, pour toute crmonie, les -deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grs -qu'ils jettent contre terre, aprs avoir dclar qu'ils -consentent vivre comme mari et femme autant d'annes -que la fracture du pot produira de morceaux; -ensuite ils ramassent les tessons, dont ils constatent -le nombre, et ds lors les voil compltement unis -jusqu'au dernier jour de ce mariage temporaire. Ce -terme expir, ils sont libres de se sparer, de convoler -ailleurs ou de renouveler leur premier engagement. -Mais on assure qu'il y en a trs-peu qui prennent -ce dernier parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de -manire ne pas tre obligs trop longtemps de <i>payer -les pots casss</i>.</p> - - -<div class="p" id="p573">Un bon mariage est difficile faire, mme en peinture.</div> -<p>C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les -<i>Sept Sacrements</i> de Nicolas Poussin, quand il en vint -examiner le tableau du <i>Mariage</i>, plus faible que les -autres, et le mot passa en proverbe.</p> - -<p>Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile -faire?—Il faudrait, pour le dire, exposer tant de raisons, -rappeler tant de faits, entrer dans tant de dtails, -que je serais oblig d'ajouter un second tome ce petit -livre, ce qui serait fort dplaisant pour les lecteurs -qui auraient t tents d'y jeter un coup d'œil par -curiosit, dans leurs moments perdus. Qu'on me permette -donc de ne pas traiter la question. Si l'on dsire -en avoir au long la rponse, qu'on interroge certains -mal-maris, qui sont assez disposs faire le rcit de -leurs infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle -lgret, quelle irrflexion, quelle imprvoyance, se -forment les unions conjugales, surtout en France, o -l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays, soit par -le dsir de terminer sans retard cette affaire de pure -spculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose -en quelque sorte le fond du caractre franais. -Cet examen suffira pour faire comprendre combien il -est difficile que les parties contractantes, qui s'accordent -sans se connatre, ne soient pas en dsaccord ds -qu'elles se connaissent, et qu'aprs s'tre prises pour -ce qu'elles ne sont pas, elles n'en viennent point se -quitter pour ce qu'elles sont.</p> - -<p>La spculation matrimoniale est la principale source -d'o dcoulent les malheurs des conjoints. Je citerai -sur ce sujet quelques phrases dtaches d'un article -plein de bon sens et d'esprit publi dans le journal <i>le -Sicle</i>, n<sup>o</sup> du 11 dcembre 1859, par M. Edmond Texier, -et les lecteurs m'en sauront gr.</p> - -<p>Les pres de famille, dit cet ingnieux crivain, ont -parl leurs enfants le langage de la raison. Ils leur ont -dit que l'amour est un enfantillage, le sentiment une -faiblesse, et ils ont invent cette magnifique spculation -qui s'appelle le <i>mariage d'argent</i>. Le mariage d'argent -a tellement russi qu'on n'en voit point d'autre -aujourd'hui. On n'pouse plus ni un cœur, ni un esprit, -ni une femme. On se marie avec une dot, et c'est -l'union des dots qui a cr le demi-monde. Ce monde-l -a eu sa raison d'tre le jour o le prtre a bni les -serments de deux coffres-forts. La beaut, la grce, -l'ducation, la vertu mme, tout cela ne pse pas une -demi-once dans le plateau de la balance conjugale. -Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le principal -pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le -demi-monde pousse l'ombre du mariage d'argent -comme la mousse l'ombre des grands arbres. Ceci a -engendr cela. C'est sur le fumier du mariage d'argent -qu'a pouss le champignon du demi-monde. C'est -l, et non ailleurs, qu'il faut aller dterrer la comdie -d'aujourd'hui.</p> - - -<div class="p" id="p574">Un bon mariage rpare tout.</div> -<p>Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de -l'honneur, il y rpare les vieilles brches, il donne la -qualit de lgitimes des enfants qui ne la possdaient -pas. Je ne dis rien du voile pais dont il peut couvrir -les nouvelles brches, les fautes courantes et le pch -quotidien.</p> - -<p>Ce proverbe s'applique particulirement aux hommes -et aux femmes que le rsultat qu'il nonce vient -absoudre des galanteries et des dsordres de leur vie -antrieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs -qui continuent faire des dettes en se flattant -d'pouser quelque riche hritire dont la dot comblera -leur dficit.</p> - -<p>On dit aussi: <i>Le mariage est une planche aprs le -naufrage</i>, pour exprimer les mmes ides. Mais on a -remarqu avec esprit et raison que s'il fait trouver un -port dans la tempte, il peut galement faire trouver -une tempte dans le port.</p> - - -<div class="p" id="p582">La mme anne vit natre le mariage d'inclination et le repentir.</div> -<p>Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font -entre des personnes de condition ingale et contre le -gr des parents, offrent peu de chances d'tre heureux. -Ils peuvent bien aller pendant quelques jours, c'est--dire -dans le temps fort court o la passion aveugle -sous laquelle ils ont t contracts conserve toute sa -force; mais mesure qu'elle s'affaiblit, les cailles tombent -des yeux des poux, et chacun aperoit de tristes -ralits, au lieu des sduisantes idalits qu'il s'tait -formes; la femme gmit de n'tre pas reue chez les -parents de son mari, et d'tre prive par suite de la -considration et de l'estime qu'elle se croit en droit -d'exiger d'eux; le mari se trouve dplac dans la famille -de sa femme, et il lui reproche son peu de -distinction. Le mari supporte difficilement les observations -d'une belle-mre acaritre et d'un beau-pre -intress; puis les dfauts des conjoints, que la passion -avait voils, apparaissent dans leur dsolante nudit. -Les rcriminations commencent de part et d'autre et -deviennent plus amres par la contradiction. Ils se -font des reproches mutuels; les parents de la femme -prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance -vienne disparatre du mnage la discorde est son -comble. On pourrait, en prsence de tous ces inconvnients, -dire que rien n'est terrible dans le mariage -comme le pauprisme et le <i>beauprisme</i>.</p> - - -<div class="p" id="p580">Les meilleurs mariages se font entre pareils.</div> -<p>Cette maxime est attribue par les anciens tantt -Pittacus, tantt Clobule, qui recommandaient tous -deux de se marier selon sa condition. Le dernier disait -pour raison: Si vous pousez une femme d'une naissance -plus releve que la vtre, vous aurez autant de -matres qu'elle aura de parents; vrit dont la dmonstration -a t donne dans le <i>Dolopatos</i>, dans plusieurs -fabliaux de nos trouvres, dans deux contes de -Boccace, et dans le <i>Georges Dandin</i> de Molire.</p> - -<p>Le pote Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'loge -qu'il en a fait dans son <i>Promthe enchan</i>, scne <small>VI</small>: -Qu'il tait sage, qu'il tait sage, celui qui le premier -conut dans sa pense, qui le premier fit entendre -cette maxime au monde: <i>C'est entre gaux qu'il faut -s'allier!</i> C'est l qu'est le bonheur. Jamais d'hymen -entre le riche fastueux, entre le noble fier de sa race -et le pauvre artisan… L'hymen entre gaux n'offre -point de pril, et n'a rien qui m'pouvante.</p> - -<p>Les Hbreux disent qu'<i id="p459">il faut descendre un degr pour -prendre une femme, et en monter un pour faire un ami</i>, -afin que celui-ci nous protge et que l'autre nous -obisse.</p> - - -<div class="p" id="p583">Les mariages sont crits dans le ciel.</div> -<p>Ce proverbe, dont la signification est que les mariages -sont souvent imprvus et semblent dpendre de -la destine plutt que des calculs humains, figurait -dans notre vieux droit coutumier en ces termes rapports -par Loisel: <i id="p584">Les mariages se font au ciel et se consomment -sur la terre.</i> Il avait t primitivement consign -dans un de ces formulaires de pratique mis en rimes -latines dans le huitime et le neuvime sicle. C'est de -l probablement qu'il est pass chez les Allemands, les -Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers -y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal -celui qui serre le cou d'un pendu: <i lang="en" xml:lang="en">Marriage and -hanging go by destiny.</i> <a name="p575" id="p575"></a>Mariage et pendaison vont au -gr de la destine.</p> - -<p>Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient crits -dans le ciel, mais il est sr qu'il y en a beaucoup sur -lesquels le diable a de bonnes hypothques.</p> - -<p>On connat ce mot d'une donzelle dpite de voir -les pouseurs chapper ses galanteries: Vous verrez -que si les mariages sont crits dans le ciel, le -mien se trouvera au dernier feuillet. Une autre, aprs -la mort de son pre, qui avait toujours refus de la -marier, quoiqu'elle en et grande envie, s'criait: -Dieu veuille que mon pre ne voie point l-haut le -registre o mon mariage est inscrit! il serait capable -de dchirer la page.</p> - - -<div class="p" id="p585">Anne de noisettes, anne de mariages.</div> -<p>Ou bien <i>anne d'enfants</i>. Voici l'explication que j'ai -donne dans mes <i>tudes historiques, littraires et morales -sur les proverbes franais et sur le langage proverbial</i>.—Le -fruit que la noisette renferme sous une -double enveloppe a t regard comme l'image de -l'enfant dans le sein de sa mre, et l'on a conclu de -cette similitude que les annes abondantes en noisettes -devaient l'tre aussi en mariages ou en enfants. -C'est de ce prjug fort ancien, et non, comme on -pourrait le croire, des rendez-vous donns sous la -<i>coudrette</i> ou la coudraie, qu'est n le dicton usit parmi -les gens de la campagne et rappel par A.-A. Monteil -dans la phrase suivante de l'<i>Histoire des Franais -des divers tats</i> (seizime sicle): Vous savez que -c'est l'anne des noisettes: tout le monde se marie; -sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.</p> - -<p>Il faut attribuer la mme cause l'usage antique de -rpandre des noix aux crmonies nuptiales, usage -qui n'avait pas pour but de marquer, ainsi qu'on l'a -prtendu, que l'poux renonait aux amusements futiles -et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son -nouvel tat, mais d'exprimer un vœu pour la fcondit -de l'pouse, car la noix prsentait le mme symbole -que la noisette. C'est ce que dit formellement -Pline le naturaliste, liv. XXV, chap. <small>XXIV</small>. Festus assure -galement, au mot <i lang="la" xml:lang="la">Nuces</i>, que les noix taient jetes, -pendant les noces, en signe de bon prsage pour la -marie: <i lang="la" xml:lang="la">Ut nov nupt intranti domum novi mariti auspicium -fiat secundum et solistimum.</i></p> - -<p>Cela avait lieu au moyen ge comme dans l'antiquit. -De plus, on dposait alors auprs du lit nuptial -une corbeille pleine de noisettes qu'on avait fait -bnir par un prtre.</p> - -<p>Il est rest quelque chose d'un tel usage dans ce -qui se pratique aux noces villageoises, o l'on a soin -de placer sur la table en face des maris un plat de -drages, lesquelles ne sont, comme on sait, que des -noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a t remplace -par une couche de sucre glac. C'est d'aprs -une analogie du mme genre qu' l'occasion du baptme -des enfants on distribue des botes de drages -aux amies, et qu'on jette des poignes de drages la -foule des curieux. Il est vident que ces drages -marquent dans le mariage un souhait pour qu'il soit -fcond, et, dans le baptme, une manifestation de la -joie inspire par l'heureux accomplissement de ce -souhait.</p> - -<p>On jetait aussi, au moyen ge, des grains de bl, -comme on le voit dans plusieurs relations de cette -poque, notamment dans le <i lang="es" xml:lang="es">Romancero</i> du Cid, dont -la quatorzime romance dcrit les rjouissances qui -eurent lieu aux noces du hros castillan. Voici de quelle -manire nave cette romance s'exprime: Tant il en -est jet par les fentres et les grilles, que le roi en -porte sur son bonnet qui est large des bords une -grande poigne. La modeste Chimne en reoit mille -grains dans sa gorgerette, et le roi les retire mesure.</p> - -<p>Plusieurs peuples de notre temps rpandent encore -des noix, des noisettes, des amandes, des fruits -noyau et des grains, pendant la crmonie du mariage, -comme emblmes de la fcondit qui doit en -rsulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en -Valachie, il est galement frquent dans quelques villages -de la Corse. Il se produit chez les Isralites de -plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne avec -une circonstance digne de remarque: c'est que, dans -le moment o ils font pleuvoir du froment sur le couple -conjugal, ils ne manquent pas de prononcer en -hbreu les paroles bibliques <i>croissez et multipliez</i>, qui -ne permettent pas de garder le moindre doute sur le -sens qu'on doit attacher cette coutume symbolique.</p> - - -<div class="p" id="p587">Ma mre, qu'est-ce que se marier?—Ma fille, c'est filer, -enfanter et pleurer.</div> -<p>Ce proverbe dialogu, qui se trouve sous la mme -formule en Espagne et en d'autres pays, nous est venu -des Provenaux, qui l'on peut, d'aprs de grandes -probabilits, en attribuer l'invention. Il exprime trs-bien -les trois principaux rsultats du mariage pour les -pauvres femmes du peuple; car ce sont elles surtout -qui ont souffrir les tribulations de cet tat. Voyez -avec quelle duret elles sont traites dans toutes les -parties du monde.</p> - -<p>Don Ulloa dit dans son <i>Mmoire sur la dcouverte de -l'Amrique</i>: Les peuples de ce continent ont t -peu attachs leurs femmes, qu'ils traitent encore -comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop. -Il y a mme des nations chez lesquelles deux vieilles -femmes accompagnent la future pouse, le jour de son -mariage, en pleurant rellement, se lamentant et lui -criant sans cesse: Que vas-tu faire? tu vas te prcipiter -dans le plus grand malheur; c'est cet tat insupportable -qui les dcide souvent touffer leurs -filles en naissant pour les prserver d'tre aussi malheureuses -qu'elles. La fatigue que les jeunes femmes -ont essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris - la chasse, la pche, prparer le manger et le boire, -avoir soin des enfants dont les pres ne s'occupent -gure, et diverses autres malheureuses circonstances -font du mariage chez la plupart de ces nations un supplice -affreux.</p> - -<p>Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique, -o rgne la loi de Mahomet, qui est si dure pour elles. -On sait quelle triste captivit elles y sont rduites -sous le rgime de la polygamie, et avec quelle duret -elles sont traites par leurs seigneurs et matres, pour -lesquels elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux -domestiques.</p> - -<p>Ce n'est gure que dans l'Europe chrtienne qu'elles -jouissent de la libert, et qu'elles sont regardes comme -les compagnes de l'homme: encore les privilges que -ce titre leur donne n'existent-ils rellement que pour -celles d'un certain rang.</p> - -<p>Les trois situations que je viens d'indiquer ont t -fort bien rsumes par Snac de Meilhan dans cette -phrase remarquable: La femme, chez les sauvages, -est une bte de somme; en Orient, un meuble; en -Europe, un enfant gt.</p> - - -<div class="p" id="p588">Il est trop tt pour se marier quand on est jeune, et trop tard -quand on est vieux.</div> -<p>Proverbe pris de la rponse que fit Thals sa mre -Clobuline qui le pressait d'accepter un parti avantageux: -Ma mre, quand on est jeune, il n'est pas temps -de se marier; quand on est vieux, il est trop tard; et -un homme entre deux ges n'a pas assez de loisir pour -se choisir une pouse.</p> - -<p>Ce mot considr comme plaisanterie est assez bon, -mais pris au srieux il ne saurait tre approuv. Le clibat -qu'il conseille produit des rsultats plus dplorables -que le mariage. Si celui-ci a des contrarits et -des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est -livr une foule de vices qui blessent les lois de la -morale et minent les fondements de la socit. A -Dieu ne plaise, dit Montesquieu ce sujet, que je parle -contre le clibat qu'a adopt la religion! Mais qui -pourrait se taire contre celui qu'a form le libertinage, -celui o les deux sexes, se corrompant par les sentiments -naturels mmes, fuient une union qui doit les -rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend -toujours pires?</p> - -<p>C'est une rgle tire de la nature que plus on diminue -le nombre des mariages qui pourraient se faire, -plus on corrompt ceux qui sont faits; moins il y a de -gens maris, moins il y a de fidlit dans les mariages, -comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de -vols. (<i>Esprit des lois</i>, liv. XXIII, ch. <small>XXI</small>, la fin.)</p> - -<p>Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un clibataire -devenu vieux qui ne gmisse de son tat. Il n'y a -point pour lui de famille; il achve ses tristes jours -dans une sorte de squestration, sous la garde incommode -de quelque collatral avide ou de quelque servante-matresse -dont l'unique pense est d'accaparer -son hritage.</p> - -<p>Le proverbe est trs-bien rfut par les observations -qu'on vient de lire. Il l'est de mme par cette phrase -du chancelier Bacon qui prsente une belle triade proverbiale: -A tout ge on a des raisons de se marier, -car <i id="p509">les femmes sont nos matresses dans la jeunesse, nos -compagnes dans l'ge mr, et nos nourrices dans la vieillesse.</i></p> - - -<div class="p" id="p589">Il ne faut se marier ni trop tt ni trop tard.</div> -<p>Je citerai propos de ce proverbe un passage curieux -extrait du commentaire plein d'rudition et d'lgance -sur les œuvres de Coquillart par M. Charles -d'Hricault: <i lang="frm" xml:lang="frm">Trop tost mari</i> et <i>Trop tard mari</i> taient -deux types des maris malheureux. Leurs infortunes -furent soigneusement racontes dans ce cycle de posies -contre la femme, qui compose presque toute la -littrature des derniers temps du moyen ge. Il existe -une pice sur <i lang="frm" xml:lang="frm">Trop tost mari</i>, Gringoire a fait la complainte -de <i>Trop tard mari</i>, et l'on peut voir la rsolution -de <i lang="frm" xml:lang="frm">Ny trop tost ny tard mari</i> dans les <i lang="frm" xml:lang="frm">Anciens potes -franoys</i>, tome III, page 129.</p> - -<p>Cette <i>rsolution</i> est une pice de vers dans laquelle -son auteur anonyme numre les malheurs des sots qui -se sont trop presss ou ont trop diffr de s'enrler -dans la grande confrrie matrimoniale, et dcrit les -dlices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il -a eu l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne -dit point prcisment quel ge il a contract cette -union. C'est probablement entre la trentime et la -trente-cinquime anne, conformment l'usage assez -gnralement observ vers la fin du quatorzime sicle.</p> - -<p>Platon, au livre VI de la <i>Rpublique</i>, avait prescrit -de se marier dans cet intervalle, qui se conciliait fort -bien avec le prcepte d'Hsiode: L'ge de trente ans -convient pour l'union conjugale. (<i>Jours et Œuvres</i>, -chap. <small>II</small>.) Mais Aristote, dans sa <i>Politique</i>, VII, <small>XVI</small>, conseillait -d'attendre jusqu' trente-sept ans.</p> - -<p>J.-J. Rousseau, dans son <i>Projet de constitution pour la -Corse</i>, prive du droit de cit tout homme qui n'est -point mari l'ge de quarante ans rvolus.</p> - -<p>On trouve dans les <i>Conseils et Maximes</i> de Panard, ce -sixain qui revient notre proverbe:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'poux, pour tre gracieux,</div> -<div class="verse">Doit n'tre trop vert ni trop vieux.</div> -<div class="verse">Belles, que tente l'hymne,</div> -<div class="verse">Apprenez ces deux vers par cœur:</div> -<div class="verse"><i id="p320">Bois vert se consume en fume,</i></div> -<div class="verse"><i>Bois vieux ne fait plus de chaleur.</i></div> -</div> - - - -<div class="p" id="p590"><span class="blk">Qui va loin se marier<br /> -Sera tromp ou veut tromper.</span></div> - -<p>La moralit tirer de ce proverbe, dont la raison -s'offre d'elle-mme, c'est qu'il est bon de se marier -dans son pays avec une personne que l'on connaisse -bien. Si cela ne met pas tout fait l'abri des mauvaises -chances que prsente le mariage, cela du moins -peut les diminuer beaucoup.</p> - -<p>La recommandation de ne pas se marier loin remonte - une haute antiquit. Elle se trouve rappele par -Hsiode dans le pome des <i>Jours et des Œuvres</i>.</p> - - - -<div class="p" id="p591"><span class="blk">Avant de te marier,<br /> -Aie maison pour habiter.</span></div> - -<p>C'est--dire: Ne cherche pas fonder une famille, -si tu ne possdes point ce qui est ncessaire pour la -loger et la nourrir.</p> - -<p>Tel est le sens littral de ce proverbe, qui contient -en germe la doctrine que Malthus et ses disciples ont -dveloppe dans un odieux systme, o ils ne tiennent -pas le moindre compte de l'action providentielle du -bon Dieu, qui, certainement, n'a pas dit aux cratures -humaines: <i>Croissez et multipliez</i>, pour qu'elles fussent -rduites mourir de faim par suite de leur multiplication.</p> - -<p>S'il ne fallait se marier que lorsqu'on a pignon sur -rue, la plupart des hommes seraient obligs de vivre -dans le clibat, et qui sait ce que deviendrait la socit -avec de pareils citoyens?… Mais consultons l'esprit -plutt que la lettre du proverbe, et nous y verrons -un assez bon conseil, dont l'expression a t probablement -exagre dessein pour faire mieux comprendre -aux indigents qui aspirent se mettre en -mnage combien le travail et l'conomie leur sont indispensables. -Il serait draisonnable et immoral s'il -les engageait renoncer au mariage, qui leur convient -encore mieux qu'aux riches. Cet tat est dans les vues -de Dieu, dont la parole ne peut les tromper comme le -calcul hasard des conomistes, et ils ne doivent plus -craindre de s'y engager, s'ils ont la ferme rsolution -de remplir les obligations qu'il leur impose. Ils ont -droit, en ce cas, d'esprer, de compter mme, qu'avec -l'aide de la Providence et une conduite sage et laborieuse -ils ne manqueront pas des moyens d'entretenir -leur famille, si nombreuse qu'elle soit. <i id="p644">Celui qui envoie -les bouches envoie aussi les vivres</i>, dit un proverbe qu'on -voit presque toujours se vrifier par une bndiction -spciale du ciel. Les enfants sont la richesse du pauvre -qui vit honntement; ils attirent sur lui l'intrt gnral, -et, suivant une sainte maxime, ils lui sont donns -comme un hritage du Seigneur et comme une -rcompense: <i lang="la" xml:lang="la">Ecce hreditas Domini, filii; merces, fructus -ventris.</i> (Psalm. <small>CXXVI</small>. 3.)</p> - - -<div class="p" id="p592">Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dner et la femme -de quoi souper.</div> -<p>C'est absolument l'ide du proverbe prcdent que -celui-ci reproduit sous une forme diffrente. Ainsi les -rflexions qui ont t faites sur l'un sont tout fait -applicables l'autre, et nous ne croyons pas qu'il soit -ncessaire d'y en ajouter de nouvelles pour dmontrer -que le second ne doit pas plus que le premier -tre interprt conformment cette dtestable doctrine -malthusienne, qui voudrait interdire le mariage -aux pauvres afin d'en touffer la race, et qui semble -ne faire consister le bien-tre qu'elle promet que dans -le rsultat d'une action dnature, c'est--dire dans -l'augmentation des subsistances par la diminution de -l'espce humaine.</p> - -<p>Nous remarquerons seulement sur le dernier proverbe -que, s'il tait pris la lettre, il placerait dans -une fcheuse alternative deux personnes qui n'auraient -aucun bien et qui s'aimeraient; car elles seraient -condamnes la misre en se mariant, et au malheur -en ne se mariant pas.</p> - - -<div class="p" id="p593">Il faut se marier en face de l'glise.</div> -<p>Il faut que le mariage soit consacr par la religion. -C'est une maxime dans le dveloppement de laquelle -je n'ai pas l'intention d'entrer: je veux seulement examiner -quelle a t l'origine de l'expression <i>en face -l'glise</i>, qui semble un peu trange aujourd'hui, et -dmontrer qu'elle est une de celles dont on ne saurait -trouver la juste explication que dans les usages de nos -pres. On a prtendu tort qu'elle dsignait par le -mot <i>glise</i> l'autorit ecclsiastique. Elle n'emploie -pas ce mot dans un sens figur, mais dans un sens -matriel; elle prend l'glise pour le btiment sacr -o les fidles se rassemblent, et elle fait allusion -l'ancienne coutume de clbrer devant la porte de ce -btiment la crmonie du mariage qui se fait maintenant -dans l'intrieur. C'est de l trs-certainement -qu'elle est ne, et elle date d'une poque fort recule. -On la trouve au <small>XXVI</small><sup>e</sup> chapitre du III<sup>e</sup> livre de Guillaume -de Newbridge, savant anglais qui crivait en latin, -il y a plus de six cents ans. Voici le passage o -cet auteur l'a consigne, en faisant mention du mariage -de Henri II, Plantagenet, avec lonore d'Aquitaine, -pouse divorce du roi de France Louis VII, dit -le Jeune: <i lang="la" xml:lang="la">Solutamque a lege prioris viri in facie ecclesi, -quadam illicita licentia, ille mox suo accepit conjugio.</i></p> - -<p>Dans un missel de 1555, l'usage de l'glise de -Salisbury, on lit cette recommandation: <i lang="la" xml:lang="la">Statuantur -vir et mulier ante ostium ecclesi, sive in faciem ecclesi, -coram Deo et sacerdote et populo.</i> Que l'homme et la -femme soient placs devant la porte de l'glise ou <span class="small">EN -FACE DE L'GLISE</span>, en prsence de Dieu, du prtre et -du peuple.</p> - -<p>On sait que le mariage de Henri de Barn, depuis -Henri IV, avec Marguerite de Valois, sœur de Charles -IX, eut lieu, le 18 avril 1572, par le ministre du -cardinal de Bourbon sur un brillant chafaud dress - la porte de l'glise de Notre-Dame de Paris.</p> - -<p>Ces faits et beaucoup d'autres semblables que je -pourrais y joindre prouvent qu'en France et en Angleterre -on se mariait encore devant la faade de l'glise -vers la fin du seizime sicle. Cependant il faut observer -que, dans la mauvaise saison et dans les jours -pluvieux, on faisait la crmonie sous le porche, d'o -l'on ne tarda pas passer dans la chapelle. Mais quels -taient donc les motifs qui avaient pu faire adopter le -mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que -cet usage tait un reste des mœurs paennes. Ils disent -que plusieurs peuples de l'antiquit, particulirement -les trusques, se mariaient dans la rue devant la -porte de la maison, o l'on entrait pour la conclusion -de la crmonie.</p> - -<p>A cette raison Selden en ajoute une autre dans son -<i lang="la" xml:lang="la">Uxor hebraica</i> (<span lang="la" xml:lang="la">opera</span>, t. III, pag. 680): c'est que la -dot ne pouvait tre lgalement assigne qu'en face de -l'glise.</p> - - -<div class="p" id="p594">Il ne faut pas se marier pour la premire nuit de ses noces.</div> -<p>Il faut consulter la raison, les convenances et l'intrt -dans le choix d'une pouse, et ne pas se marier -uniquement pour satisfaire un fol amour. Celui qui ne -prend femme que dans la vue si spirituellement indique -par le proverbe se mcompte presque toujours, -car l'amour passe et la femme reste, sans conserver -pour le mari cette beaut qui avait exerc sur lui une -irrsistible fascination.</p> - -<p>Tout est fini ou bien prs de finir pour l'amour -sitt que l'union de deux cœurs devient celle de deux -corps, et les charmantes illusions qu'il faisait natre -cdent la place de tristes ralits. C'est un mirage -fantastique aprs lequel on ne voit plus que les sables -arides du dsert.</p> - - -<div class="p" id="p519">Bailler ou donner le chapelet une fille.</div> -<p>C'est la marier. Le chapelet ou petit chapeau, auquel -a succd la guirlande de fleurs d'oranger, tait -une couronne de romarin ou de myrte qu'on mettait -autrefois sur le front des jeunes filles dans la crmonie -nuptiale, l'imitation de la couronne de marjolaine -que prenaient les nouvelles maries chez les Romains, -comme on le voit dans ces deux vers de l'pithalame -de Julie et de Manlius par Catulle:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Cinge tempora floribus</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Suaveolentis amarari.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Ceins tes tempes des fleurs de l'odorante marjolaine.</p> -</blockquote> - -<p>Il y avait sans doute en cela une allgorie qui recommandait -aux pouses de conserver soigneusement -l'honneur conjugal dont cette couronne prsentait -l'emblme.</p> - - -<div class="p" id="p620">Prendre le collier de misre.</div> -<p>C'est se marier. Les nombreux lments dont se -compose cette misre tant exposs en assez grand -dtail dans les proverbes qui prcdent ou qui suivent, -je me bornerai joindre celui-ci une anecdote -orientale propre lui servir de commentaire.</p> - -<p>Bahalul, que les saillies de son esprit firent surnommer -Al-Mgoun, c'est--dire le Fou, plaisait beaucoup -au calife Haroun al-Raschid par son humeur enjoue, -ses reparties ingnieuses et ses traits vifs et factieux. -Ce calife lui dit un jour: Bahalul, pourquoi ne te -maries-tu pas? je veux te donner une pouse jeune, -bien faite et riche. Elle te procurera toutes les douceurs -de la vie. Bahalul, cdant ces raisons et plus -encore la volont de son matre, consentit au mariage, -et, les noces s'tant faites, il entra avec sa -femme dans la couche nuptiale. Mais peine y fut-il, -qu'il entendit ou feignit d'entendre un grand bruit -dans le sein de sa compagne. Effray, il s'lance aussitt -du lit et s'enfuit bien loin hors de la ville. Le -calife, instruit de son escapade, ordonne de le chercher: -on le trouve et on le lui amne. Le monarque -le rprimande d'abord, et lui demande ensuite o est -le mot pour rire dans cette affaire. Sublime commandeur -des croyants, rpond Bahalul, vous m'aviez promis -que je goterais avec ma femme toutes les douceurs -de la vie. Cependant, peine tais-je couch -auprs d'elle, que toutes mes esprances furent trompes. -J'entendis un bruit alarmant qui sortait de ses -entrailles, il tait form d'une foule de voix qui tour -tour me demandaient une chemise, un habit, un turban, -des souliers, du pain, du riz, de la viande, etc. Il -y avait, en outre, des cris, des pleurs, des rires de -plusieurs enfants qui allaient, venaient, foltraient, se -battaient, se plaignaient ou s'gayaient qui mieux -mieux. Je fus si pouvant de ce vacarme, que je laissai -l ma femme pour chapper aux malheurs dont sa -fcondit me menaait. Je n'aurais pu rester avec elle -sans devenir encore plus fou que je ne suis.</p> - - -<div class="p" id="p325">Allumer la chandelle quatre cornes.</div> -<p>Vieille expression proverbiale dont on se sert quelquefois -encore en certaines provinces et mme Paris, -pour marquer le contentement d'un pre et d'une -mre qui marient la dernire de leurs filles, aprs -avoir mari toutes les autres. Elle rappelle la coutume -anciennement observe, en pareil cas, de faire une -espce d'illumination de joie en allumant toutes les -mches d'une grande lampe de famille, qui avait ordinairement -quatre cornes ou becs. Cette coutume -tait un reste des antiques formalits du mariage, o -l'on employait le feu comme lment symbolique. Le -recueil manuscrit des anciens statuts de Marseille -(<i lang="la" xml:lang="la">Statuta Massiliensia</i>, anne 1274) nous apprend que, le -jour des noces, on avait soin d'entretenir des luminaires -dans l'intrieur des maisons. On peut voir, ce -sujet, l'<i>Histoire de Marseille</i> par Fabre (<small>II</small>, 204).</p> - -<p>Il y a une remarque grammaticale faire sur le mot -<i>chandelle</i>, qui pourrait paratre avoir t improprement -introduit dans l'expression que je viens d'expliquer: -c'est qu'autrefois <i>chandelle</i> tait un terme gnrique, -dsignant la fois et la substance qui clairait -et l'ustensile o cette substance tait place. D'autres -en ont fait la remarque avant moi.</p> - - -<div class="p" id="p596">Qui se marie la hte se repent loisir.</div> -<p>Un mariage contract trop vite devient une source -intarissable de regrets, parce qu'il est rarement fond -sur le rapport des caractres sans lequel la bonne -intelligence ne saurait gure exister entre les poux. -Les Allemands disent: <i id="p576">Mariage prompt, regret long</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1"><i lang="de" xml:lang="de">Heirath in Eil'</i></div> -<div class="verse"><i lang="de" xml:lang="de">Bereut man mit Weil.</i></div> -</div> - -<p>En gnral les mariages conclus aprs une longue -frquentation, pendant laquelle on a appris des deux -parts se connatre, sont ceux dans lesquels on trouve -plus d'amour et de constance. Il faut que l'amour ait -jet de profondes racines et se soit bien fortifi avant -d'y enter le mariage. Une longue suite d'esprances -et d'attentes nous fixe l'ide dans l'esprit et nous accoutume - sentir une vritable tendresse pour la personne -dont on a fait choix. (Addison, <i>Spectateur</i>.)</p> - -<p>En effet, une longue frquentation, o l'on apprend - se connatre, s'estimer mutuellement, doit produire -une tendre amiti, et cette amiti est le plus -heureux commencement ainsi que la meilleure garantie -de l'amour conjugal. Malfiltre a dvelopp une -ide semblable en vers lgants dans le premier chant -de son pome intitul <i>Narcisse dans l'le de Vnus</i>. Je -vais les citer, pour donner de la varit et de l'agrment - cet article:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vnus voulut, avant l'ge o l'on aime,</div> -<div class="verse">Voir ses sujets, voir ces couples charmants,</div> -<div class="verse">Couples futurs, dj s'unir d'eux-mmes</div> -<div class="verse">Par le rapport des gots, des sentiments.</div> -<div class="verse">Elle voulut que ces enfants aimables,</div> -<div class="verse">Pour rendre un jour leurs chanes plus durables,</div> -<div class="verse">Fussent amis avant que d'tre amants:</div> -<div class="verse">Qu'en attendant les amoureuses flammes,</div> -<div class="verse">D'avance un sexe l'autre ft li;</div> -<div class="verse">Qu'enfin l'amour, prt d'entrer dans leurs mes,</div> -<div class="verse">En arrivant, y trouvt l'amiti;</div> -<div class="verse">Car l'amiti, la confiance intime</div> -<div class="verse">Nourrit l'amour, le soutient, le ranime,</div> -<div class="verse">Et rend ses feux plus touchants de moiti.</div> -<div class="verse">De leur concours, de leur souffle unanime,</div> -<div class="verse">Nat ce plaisir pur, dlicat, sublime,</div> -<div class="verse">Plaisir cherch par nos vœux superflus,</div> -<div class="verse">Plaisir moqu des mortels corrompus.</div> -<div class="verse">Mais quoi? l'amour n'est point connu du crime,</div> -<div class="verse">Puisque l'amour sans l'amiti n'est plus,</div> -<div class="verse">Que l'amiti se fonde sur l'estime,</div> -<div class="verse">Et que l'estime est fille des vertus.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p597">On se marie pour soi.</div> -<p>C'est la rponse que fait le jeune homme cervel -qui refuse de se laisser guider dans le choix d'une -pouse par ses parents ou ses amis, et qui, pouss par -un dsir aveugle, s'obstine s'unir celle dont les -appas seuls l'ont sduit, sacrifiant toutes les convenances - sa folle passion, et bravant tous les effets -malheureux que ne peut manquer de produire cette -union disproportionne ou mal assortie. Le mariage -est un tat trop important et trop srieux pour s'y engager -avec tourderie et par caprice. Suivant Montaigne, -<span lang="frm" xml:lang="frm">l'alliance, les moyens y poisent (doivent y -entrer en compte) par raison, autant ou plus que les -grces et la beaut. On ne se marie pas pour soy, quoy -qu'on en die; on se marie autant ou plus pour sa -postrit, pour sa famille; l'usage et l'intrest du -mariage touche notre race, bien loing par del nous.</span> -(<i>Essais</i>, liv. III, chap. <small>V</small>.)</p> - -<p>Cervantes pensait que les parents devaient dcider -du mariage de leurs enfants et ne pas les laisser libres -de le conclure eux-mmes par fantaisie ou par amour. -Voici les rflexions qu'il a mises dans la bouche de -don Quichotte sur ce sujet: Si tous ceux qui s'aiment -pouvaient ainsi se marier, ce serait enlever aux -parents le droit de choisir pour leurs enfants et de les -marier quand ils le jugent convenable; et si le choix -des maris tait abandonn la volont des filles, telle -se trouverait qui prendrait le valet de son pre, et telle -autre le premier venu qu'elle aurait vu passer dans la -rue fier et pimpant, ne ft-il qu'un dbauch et un -spadassin. L'amour aveugle aisment les yeux et l'esprit, -si ncessaires pour le choix d'un tat; et, en fait -de mariage surtout, rien de plus facile que de se tromper: -il faut un grand tact et une faveur particulire du -ciel pour rencontrer juste. Quelqu'un veut-il entreprendre -un long voyage, s'il est sage, avant de se -mettre en route, il cherchera un compagnon sr et -agrable. Pourquoi donc ne ferait-il pas de mme -celui qui doit cheminer tout le cours de la vie jusqu'au -terme final, la mort; surtout si son compagnon de -route doit le suivre au lit, la table, partout, comme -fait la femme pour son mari? (Partie II, ch. <small>XIX</small>.)</p> - -<p>Il n'y a pas de lgislation qui n'ait jug ncessaire -le consentement des pres au mariage des enfants. -Cette ncessit, dit Montesquieu dans l'<i>Esprit des lois</i> -(liv. XXIII, ch. <small>VII</small>), est fonde sur leur puissance, -c'est--dire sur leur droit de proprit. Elle est aussi -fonde sur leur amour, sur leur raison et sur l'incertitude -de celle de leurs enfants, que l'ge tient dans -l'tat d'ignorance, et les passions dans l'tat d'ivresse.</p> - - -<div class="p" id="p598">Le jour o l'on se marie est le lendemain du bon temps.</div> -<p>Ds ce jour-l tout devient srieux dans la vie; les -jeux et les divertissements cessent d'tre de saison, -et les proccupations de l'avenir doivent commencer. -Il faut pourvoir aux besoins du mnage, travailler sans -relche pour l'entretien de la femme qu'on a prise et -des enfants qu'on aura, enfin se dvouer tout entier -l'accomplissement des graves obligations qu'impose le -nouvel tat o l'on vient d'entrer.</p> - -<p>Bacon a dit dans un style noblement figur: Quiconque -a pous une femme et mis des enfants au jour -a donn des otages la fortune.</p> - -<p>Il en a donn aussi la morale, dont les lois ont -alors sur lui plus d'autorit et l'attachent ses devoirs -par des liens plus forts et plus sacrs. Le mariage est -essentiellement moralisateur; il loigne du vice et -mne l'honntet. Plus vous aurez d'hommes -maris, dit Voltaire, moins il y aura de crimes. Voyez -les registres affreux de vos greffes criminels; vous y -trouverez cent garons de pendus, ou de rous, contre -un pre de famille.</p> - -<p>Le mariage rend l'homme plus vertueux et plus -sage. Le pre de famille ne veut pas rougir devant ses -enfants; il craint de leur laisser l'opprobre pour hritage. -(<i>Dictionnaire philosophique</i>, art. <i>Mariage</i>.)</p> - -<p>Joignons cela un morceau remarquable extrait de -la charmante mosaque compose par M. L. Veuillot, -sous le titre modeste de <i> et L</i>: Je suis perdu -d'admiration—hlas! et d'pouvante—quand je -songe la grandeur morale o quelque petit individu -de ma sorte, par exemple, peut et doit s'lever, sans -avoir cependant ni puissance, ni richesse, ni gnie, -par cette seule raison qu'il est homme et chef de famille. -Voil autour de cet homme un monde protger, - aimer, servir, difier, rjouir mme. Il faut -que l'on vive de ses labeurs, que l'on se fortifie de ses -exemples, que l'on s'honore de ses œuvres, que l'on -soit heureux par lui.</p> - - -<div class="p" id="p599">Qui se marie fait bien, et qui ne se marie pas fait encore mieux.</div> -<p>Ce proverbe, dans lequel se trouve une sorte d'approbation -ou plutt de tolrance pour le mariage, est -driv d'un passage de la premire ptre de saint -Paul aux Corinthiens. Cet aptre, aprs avoir dit qu'il -est avantageux de ne pas se marier, afin que le soin -des choses du monde ne dtourne pas du soin des -choses du Seigneur, reconnat cependant ce qui doit -tre accord au besoin de la nature humaine, et conclut -en ces termes: <i lang="la" xml:lang="la">Qui matrimonio jungit virginem -suam bene facit, et qui non jungit melius facit</i> (cap. <small>VII</small>, 38). -Celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie -pas fait mieux.</p> - -<p>Un pre, qui avait ses raisons pour ne pas vanter -devant la sienne les avantages de l'tat conjugal, lui -rptait les paroles de saint Paul, elle lui dit: Mon -pre, faisons bien, fera mieux qui pourra.</p> - - -<div class="p" id="p600">Qu'on se marie ou non, l'on a toujours s'en repentir.</div> -<p>C'est ce que Socrate rpondit un jeune Athnien -qui, hsitant prendre femme, lui demandait s'il valait -mieux se marier ou ne pas se marier. Sa rponse devint -un proverbe dont on se sert encore aujourd'hui et -dont l'ide a t reproduite dans plusieurs variantes -vulgaires; je me borne signaler celle-ci: <i>Femme est -marchandise trompeuse: qui n'en a point s'en plaint, qui en -prend s'en repent.</i></p> - -<p>La rponse du philosophe n'tait pas conforme la -demande. Il n'avait pas dire si celui qui se mariait -et celui qui ne se mariait point s'exposaient galement -au repentir, mais bien auquel des deux ce repentir -devait tre plus amer. Il jugea propos d'luder la -question et de la laisser indcise. Qu'on se garde -pourtant de conclure de l qu'il n'apprciait pas mieux -le mariage que le clibat. C'est tort qu'on a prtendu -que les contrarits que lui suscitait l'humeur fort -difficile de sa femme Xantippe le lui avaient rendu -antipathique, il ne cessa jamais de le regarder comme -l'institution la plus utile qui a produit la famille, fondement -de la socit. Il en parla dans une nombreuse -assemble en termes si honorables et si persuasifs, il -en exposa les avantages sous un si beau jour, que les -clibataires, dont son auditoire tait en grande partie -compos, se marirent tous dans l'anne. C'tait prendre -le bon parti, car le mariage, malgr ses dsagrments -et ses chagrins, est bien prfrable au clibat, -je ne parle pas du clibat des hommes vous la religion -ou la science et capables d'acquitter leur dette -envers la socit par des vertus ou des talents, je parle -de celui des vils gostes et des lches voluptueux, qui -sacrifient tous leurs devoirs pour satisfaire leurs vices.</p> - -<p>On ferait bien mieux de ridiculiser les clibataires -que les gens mal maris. C'est ce que faisaient les -peuples antiques, et quelques-uns mme de ces peuples -les traitaient plus svrement. On sait que, chez -les Spartiates, les femmes avaient le droit de les -fouetter tous les ans, au pied de la statue de Junon -qui prsidait aux mariages.</p> - -<p>Je ne prtends pas assurment qu'il faille renouveler -contre eux une pareille punition. Je pense qu'ils ne -sont que trop punis par les vices qu'ils contractent -dans la vie qu'ils mnent et par l'abandon o ils sont -rduits dans leurs dernires annes.</p> - -<p>Quant aux plaisanteries sur le mariage, il faut bien -les tolrer, et j'aurais mauvaise grce vouloir les -proscrire. Tout ce que je demande, c'est qu'elles ne -soient pas srieuses, et qu'au lieu de porter sur l'institution -elle-mme, elles tombent sur ce qui tend -fausser cette institution, qui est la plus respectable du -monde puisqu'elle est le fondement de la famille, sur -laquelle est fonde la socit.</p> - -<p>Laissons donc les railleurs s'gayer sur ce sujet, -pourvu qu'ils ne dpassent pas les justes limites que -la vrit, la dcence et le bon got imposent. Nos -aeux, grands amateurs de la gaudriole, sont alls -trop souvent au del. Cependant ils ne ngligeaient -pas de se marier, et ils avaient soin de donner la -socit un grand nombre d'enfants lgitimes. C'est sur -ce dernier point qu'il faut les imiter. Que les malthusiens -en disent ce qu'ils voudront, je pense qu'il est -bon que chacun fasse comme ses pre et mre. Ainsi -soit-il.</p> - - - -<div class="p" id="p601"><span class="blk">Qui se marie par amours<br /> -A bonnes nuits et mauvais jours.</span></div> - -<p>Une femme d'esprit et de sens, M<sup>me</sup> de Flahaut, -disait son fils, pour le dissuader de faire un mariage -d'amour, qui est ordinairement un mariage pauvre: -Souvenez-vous, mon fils, qu'il n'y a qu'une chose qui -revienne chaque jour dans le mnage, c'est le dner.</p> - -<p>Voici comment Molire a dvelopp la pense proverbiale -dans l'<i>tourdi</i>, acte IV, scne <small>IV</small>:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quand on ne prend en dot que la seule beaut,</div> -<div class="verse">Le remords est bien prs de la solennit,</div> -<div class="verse">Et la plus belle femme a bien peu de dfense</div> -<div class="verse">Contre cette tideur qui suit la jouissance.</div> -<div class="verse">Je vous le dis encor, ces bouillants mouvements,</div> -<div class="verse">Ces ardeurs de jeunesse et ces emportements</div> -<div class="verse">Nous font trouver d'abord quelques nuits agrables.</div> -<div class="verse">Mais ces flicits ne sont gure durables,</div> -<div class="verse">Et notre passion, alentissant son cours,</div> -<div class="verse"><i>Aprs de bonnes nuits donne de mauvais jours</i>.</div> -<div class="verse">De l viennent les soins, les soucis, les misres,</div> -<div class="verse">Les fils dshrits par le courroux des pres.</div> -</div> - -<p>Thomas Corneille a dit sur le mme sujet, mais d'un -style moins vigoureux:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">L'abondance des biens</div> -<div class="verse">Pour l'amour conjugal a de puissants liens.</div> -<div class="verse">La beaut, les attraits, l'esprit, la bonne mine,</div> -<div class="verse">chauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine,</div> -<div class="verse">Et l'hymen qui succde ces folles amours,</div> -<div class="verse">Aprs quelques douceurs a bien de mauvais jours.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p602">Qui se marie se met la corde au cou.</div> -<p>C'est--dire se rend esclave. Ce proverbe est une -traduction vulgaire des paroles d'Hippothos, cites -parmi les <i>Sentences choisies des trsors des Grecs</i>, par -Stobe: <i lang="la" xml:lang="la">Astrictus nuptiis non amplius liber est.</i> <a name="p577" id="p577"></a>Celui -qui est li par le mariage n'est plus libre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Cette chane qui dure autant que notre vie,</div> -<div class="verse">Et qui devrait donner plus de peur que d'envie,</div> -<div class="verse">Si l'on n'y prend bien garde, attache assez souvent</div> -<div class="verse">Le contraire au contraire et le mort au vivant.</div> -</div> - -<p>Ces vers de Corneille assimilent le mariage au supplice -que Mzence infligeait ses victimes. Ce tyran, -dit Virgile, unissait des corps vivants des cadavres. -(<i>nide</i>, <small>VIII</small>, 485.)</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mortua quin etiam jungebat corpora vivis.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p603">Qui se marie s'achemine faire pnitence.</div> -<p>Il n'y a rien qui ait besoin d'explication dans ce proverbe, -et je me bornerai y joindre une historiette -vraie ou fausse, dont on l'assaisonne ordinairement, -quand on le cite. La voici telle qu'elle a t mise en -vers par Pons de Verdun, le plus fcond de nos rimeurs -anecdotiers:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La veille de son mariage,</div> -<div class="verse">Thomas au pre Hilarion</div> -<div class="verse">Fut demander, selon l'usage,</div> -<div class="verse">Un billet de confession.</div> -<div class="verse">Le pnitent, gai comme un prince,</div> -<div class="verse">Bien confess, billet en main,</div> -<div class="verse">S'en allait: un remords le pince,</div> -<div class="verse">Et vite il rebrousse chemin.</div> -<div class="verse">Sans doute c'est par oubliance,</div> -<div class="verse">Va-t-il dire au pre tonn,</div> -<div class="verse">Que vous ne m'avez pas donn</div> -<div class="verse">Le moindre mot de pnitence.</div> -<div class="verse">—Allez, rpond le franciscain,</div> -<div class="verse">Allez, vous n'en avez que faire:</div> -<div class="verse">Ne m'avez-vous pas dit, mon frre,</div> -<div class="verse">Que vous vous mariiez demain?</div> -</div> - - -<div class="p" id="p604">Marie ton fils quand tu voudras, et ta fille quand tu pourras.</div> -<p>On peut diffrer sans inconvnient le mariage d'un -fils, qui ordinairement n'est point charge la famille; -mais il n'en saurait tre de mme de celui -d'une fille, car elle donne bien de l'embarras et exige -une surveillance continuelle. Il importe beaucoup de -lui chercher un poux, et si l'on en trouve un qui soit -convenable, il faut le lui donner sans retard. <i id="p605">Marie ta -fille, et tu auras fait une grande affaire</i>, dit un autre -proverbe traduit de ces paroles de l'<i>Ecclsiastique</i>: -<i lang="la" xml:lang="la">Trade filiam, et grande opus feceris</i> (<small>VII</small>, 27).</p> - -<p>Cette <i>grande affaire</i> n'tait pas aussi importante -dans l'antiquit qu'elle l'est dans notre temps, o le -mariage est devenu extrmement difficile. Alors, pour -parler comme Dante, la fille en naissant ne faisait -pas encore peur son pre, car l'heure de la marier -et la dot n'avaient pas toutes deux dpass toute mesure.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Non faceva nascendo ancor paura</i></div> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">La figlia al padre, che il tempo e la dote</i></div> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">Non fuggian quinci e quindi la misura.</i></div> -</div> - -<p>La diminution des mariages, produite d'un ct -par le libertinage des hommes, et de l'autre par le -luxe des femmes, est telle aujourd'hui qu'elle fait la -dsolation des familles et proccupe les politiques et -les moralistes, effrays des calculs de la statistique -qui dmontre que, depuis vingt-cinq ans, le mariage -ne cesse de dcrotre ou de rester stationnaire.</p> - - -<div class="p" id="p606">Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion -s'en prsente.</div> -<p>Il ne faut pas refuser un mari sa fille lorsqu'elle -prouve le dsir et le besoin d'en avoir un; car ce refus -pourrait entraner de graves inconvnients pour -elle et pour la famille. Il ne faut pas non plus ngliger -de marier son fils quand on en trouve l'occasion, -quoiqu'il n'y ait pas urgence de le faire. Ce proverbe, -dont la dernire partie contredit un peu la premire -du prcdent, est littralement traduit du basque:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="eu" xml:lang="eu">Alaba escont esac nahi-denean.</i></div> -<div class="verse"><i lang="eu" xml:lang="eu">Semea ordu-denean.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p607">Marie ton fils Paris.</div> -<p>Ce proverbe, peu significatif et peut-tre peu sage -aujourd'hui, tait autrefois un bon conseil pour les -parents qui tenaient marier leur fils richement, parce -que la Coutume de Paris avantageait les filles au dtriment -des garons.</p> - - -<div class="p" id="p608">Marie ta fille en Normandie.</div> -<p>L'ancienne Coutume de Normandie contenait, -l'gard des filles, des dispositions contraires celles -de la Coutume de Paris; elle les dsavantageait pour -avantager les fils, qui devenaient par l de riches partis. -Les fils dont il est ici question taient les ans; -car les autres n'avaient gure plus de droit que les -filles l'hritage paternel, et l'on disait: <i>C'est un cadet -de Normandie</i>, pour dsigner un individu mal partag -sous le rapport de la fortune.</p> - -<p>On sait que Boileau, qui estimait trop peu le talent -de Th. Corneille, lui appliquait cette dnomination: -Ses vers, compars ceux de son an, disait-il, -montrent bien qu'il n'est qu'<i>un cadet de Normandie</i>.</p> - - -<div class="p" id="p609">Nul ne se marie qui ne s'en repente.</div> -<p>Proverbe qui se trouve textuellement dans la <i>Chtelaine -de Saint-Gilles</i>, pome manuscrit de la Bibliothque -nationale, n<sup>o</sup> 7,218. <i>Nus ne se marie qui ne s'en repente.</i> -Et pourquoi ce repentir presque universel du -mariage? Fnelon va nous l'apprendre: Ce joug -perptuel, dit-il, est difficile porter pour la plupart -des hommes lgers, inquiets et remplis de dfauts. -Chacune des deux personnes a ses imperfections: les -naturels sont opposs, les humeurs sont presque incompatibles; - la longue, la complaisance s'use, on -se lasse les uns des autres dans cette misrable ncessit -d'tre presque toujours ensemble et d'agir en -toutes choses de concert. Il faut une grande grce et -une grande fidlit la grce reue pour porter patiemment -ce joug. Quiconque l'acceptera par l'esprance -de s'y contenter grossirement y sera bientt -mcompt. Il sera malheureux et rendra sa compagne -malheureuse. C'est un tat de tribulation et d'assujettissement -trs-pnible auquel il faut se prparer en -esprit de pnitence.</p> - -<p>Fnelon dit encore dans un autre endroit de ses -<i>Lettres spirituelles</i>: Demandez, voyez, coutez; que -trouvez-vous dans toutes les familles, dans les mariages -mmes qu'on croit les mieux assortis et les plus -heureux, sinon des peines, des contradictions, des -angoisses? Les voil ces tribulations dont parle l'Aptre, -lorsqu'il dit: <i>Ceux qui entrent dans les liens du mariage -souffrent les tribulations de la chair, et je voudrais -vous les pargner.</i> Il n'en a point parl en vain; le -monde en parle encore plus que lui; toute la nature -est en souffrance. Laissons l tant de mariages pleins -de dissensions scandaleuses; encore une fois, prenons -les meilleurs. Il n'y parat rien de malheureux; mais, -pour empcher que rien n'clate, combien faut-il que -le mari et la femme souffrent l'un de l'autre! Ils sont -tous deux galement raisonnables, si vous le voulez -(chose trs-rare et qu'il n'est gure permis d'esprer); -mais chacun a ses humeurs, ses prventions, ses habitudes, -ses liaisons. Quelque convenance qu'il y ait -entre eux, les naturels sont toujours assez opposs -pour causer une contrarit frquente, dans une socit -si longue, o l'on se voit de si prs, si souvent, -avec ses dfauts de part et d'autre, dans les occasions -les plus naturelles et les plus imprvues, o l'on ne -peut tre prpar. On se lasse, le got s'use, l'imperfection -toujours attache l'humanit se fait sentir de -plus en plus. Il faut toute heure prendre sur soi et -ne pas montrer tout ce qu'on y prend; il faut son -tour prendre sur son prochain, et s'apercevoir de sa -rpugnance. La complaisance diminue, le cœur se -dessche, on se devient une croix l'un l'autre… -Souvent on ne tient plus l'un l'autre que par devoir -tout au plus, ou par une certaine estime sche, ou par -une amiti altre et sans got qui ne se rveille que -dans les fortes occasions. Le commerce journalier n'a -presque rien de doux; le cœur ne s'y repose gure: -c'est plutt une conformit d'intrt, un lien d'honneur, -un attachement fidle, qu'une amiti sensible et -cordiale.</p> - - -<div class="p" id="p610">Saint Nicolas marie les filles avec les gaz<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Gaz</i> ou <i>gars</i> signifie garon. Ce mot a un fminin qui aujourd'hui fait frmir -la pudeur, et qui autrefois figurait dans le proverbe la place du mot <i>filles</i>, -sans offenser les plus chastes oreilles, puisque le bon Saint Franois de Sales l'a -frquemment employ dans ses crits religieux, au commencement du dix-septime -sicle. C'est le cas de dire avec Voltaire que la pudeur se rfugie sur les -lvres quand elle n'est plus dans le cœur.</p> -</div> -<p>Saint Nicolas, vque de Myre, se distingua, durant -tout son piscopat, par sa charit vanglique et par -son zle clair pour le maintien des bonnes mœurs. -Ayant appris un jour qu'un gentilhomme, pre de trois -filles qu'il ne trouvait pas marier, faute de pouvoir -les doter, se disposait leur faire contracter des -unions illgitimes, il alla de nuit se poster devant la -maison de cet homme, et, profitant d'un moment o -la fentre de sa chambre tait ouverte, il y jeta une -bourse remplie d'or pour qu'elle servt de dot l'ane -des trois sœurs. Puis il renouvela, en temps opportun, -le mme acte de gnrosit en faveur de chacune des -deux autres, qui devinrent, grce lui, de pieuses -mres de famille au lieu d'tre de malheureuses courtisanes.</p> - -<p>De l est venue la croyance que saint Nicolas, dans -le ciel, prend plaisir continuer le beau rle qu'il a -rempli sur la terre. Il est le patron des pauvres filles -marier, et son nom est invoqu dans les <i>litanies des -amoureux</i>, o elles s'crient:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Patron des filles, saint Nicolas,</div> -<div class="verse">Mariez-nous, ne tardez pas.</div> -</div> - -<p>J. Delille a consacr ce saint, dans la premire -dition du pome de la <i>Piti</i>, les quatre vers suivants, -qui ont t supprims dans les autres ditions:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le grand saint Nicolas dont l'oreille discrte</div> -<div class="verse">coute des amants la prire secrte,</div> -<div class="verse">Qui, des sexes divers le confident chri,</div> -<div class="verse">Donne l'homme une pouse, la femme un mari.</div> -</div> - -<p>Saint Nicolas est aussi le patron des garons et le -patron des mariniers, pour des raisons tires de deux -faits consigns dans sa lgende, et inutiles rapporter -ici.</p> - - -<div class="p" id="p611">Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins.</div> -<p>C'est ce que disait un vieillard de l'antiquit, le jour -mme de son mariage. Ce joli mot, pass en proverbe, -est rapport par Plutarque.—Nous avons encore ce -vieux dicton, qui exprime la mme ide par une antithse -assez plaisante: <i id="p595">Qui recule trop se marier, il -s'avance d'tre sot.</i></p> - -<p>Il rsulte de l qu'il faut se marier dans la jeunesse, -et qu'il vaut mieux renoncer tout fait au mariage que -de le remettre la grande anne climatrique.</p> - -<p>Un sage et spirituel sexagnaire, qui mrite, en ce -cas, d'tre propos comme modle, rpondait aux -conseils qu'on lui donnait de se marier: Je m'en -garderai bien, car je n'ai aucun got pour les vieilles -femmes, et je suis sr que les jeunes, par la mme -raison, n'en auraient aucun pour moi.</p> - - -<div class="p" id="p511">Les fianailles chevauchent en selle, et les repentirs en croupe.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Post equitem sedet atra cura.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<span lang="la" xml:lang="la">Horat., lib. III, od. <small>I</small>.</span>)</p> - -<p>Il n'y a qu'une remarque faire sur ce proverbe -maintenant peu usit; c'est qu' l'poque o il fut introduit, -les fiancs, du moins ceux d'une condition au-dessus -de l'ordinaire, se rendaient cheval l'glise, -n'ayant pas, comme aujourd'hui, des voitures pour y -tre transports.</p> - - -<div class="p" id="p514">Tel fiance qui n'pouse pas.</div> -<p>Proverbe qu'on emploie au figur pour faire entendre -qu'une esprance qui est trs-bien fonde, qui est -mme en voie de ralisation, peut tre frustre tout -coup.</p> - -<p>On lit dans les <i>Institutes</i> de Loisel: <i id="p522">Fille fiance n'est -ni prise ni laisse</i> (liv. I, tit. <small>II</small>, reg. 1), et dans les <i>Maximes -du droit franais</i> de L'Hommeau: <i id="p523">Fille fiance n'est -pas marie</i> (liv. III, max. 41).</p> - -<p>Les fianailles ne sont qu'une promesse qui peut -tre rompue, sauf l'action en dommages et intrts.</p> - -<p>Chateaubriand dit que l'intention de la coutume des -fianailles est de laisser aux deux poux le temps de -se connatre avant de s'unir. Saint Augustin, ajoute-t-il, -en rapporte une raison aimable: <i lang="la" xml:lang="la">Constitutum est -ut jam pact spons non statim tradantur, ne vilem habeat -maritus datam quam non suspiraverit sponsus dilatam.</i></p> - - -<div class="p" id="p513">Boire <span lang="la" xml:lang="la">tanquam sponsus</span>, ou boire comme un fianc.</div> -<p>Cette expression proverbiale, qui signifie boire copieusement, -se trouve dans le cinquime chapitre de -<i>Gargantua</i>. Un commentateur croit qu'elle a d son -origine un mauvais jeu de mots sur <i lang="la" xml:lang="la">sponsus</i> et <i lang="la" xml:lang="la">spongia</i> -(ponge), ce qui est tant soit peu ridicule. Fleury -de Bellingen la fait venir des noces de Cana, o la -provision de vin fut puise; sur quoi l'abb Tuet fait -la remarque suivante: Le texte sacr dit bien qu' -ces noces le vin manqua, mais non pas que l'on y but -beaucoup, encore moins que l'poux donna l'exemple -de l'intemprance. J'aimerais mieux tirer le proverbe -des amants de Pnlope, qui passaient le temps -boire, causer, etc. Horace appelle <i lang="la" xml:lang="la">sponsos Penelopes</i> -les personnes livres la dbauche.</p> - -<p>Aucune de ces explications ne me parat admissible. -En voici une nouvelle que je propose, et dont la vrit -me parat incontestable. Autrefois, en France, on tait -dans l'usage de <i id="p512">boire le vin des fianailles</i>. Dans cette -circonstance, le fianc devait souvent vider son verre -pour faire raison aux convives qui lui portaient des -brindes ou des sants, et de l vient qu'on dit: <i>Boire -<span lang="la" xml:lang="la">tanquam sponsus</span></i>, ou <i>boire comme un fianc</i>.</p> - -<p>Don Martne cite un missel de Paris du quinzime -sicle, o il est dit en latin: Quand les poux, au -sortir de la messe, arrivent la porte de leur maison, -ils y trouvent le pain et le vin. Le prtre bnit le pain -et le prsente l'poux ainsi qu' l'pouse, pour qu'ils -y mordent. Le prtre bnit aussi le vin, et leur en -donne boire; ensuite il les introduit lui-mme dans -la domicile conjugal.</p> - -<p>Aujourd'hui encore, dans plusieurs localits, on -offre aux poux qui reviennent de l'glise une soupire -de vin chaud et sucr.</p> - -<p>En Angleterre, on faisait boire autrefois aux nouveaux -maris du vin sucr dans des coupes qu'on gardait - la sacristie parmi les vases sacrs, et on leur -donnait manger des oublies ou des gaufres qu'ils -trempaient dans ce vin. De vieux missels attestent -cette coutume, qui fut observe aux noces de la reine -Marie et de Philippe II, roi d'Espagne. Shakespeare -y a fait allusion dans sa comdie intitule <i>la Mchante -Femme mise la raison</i>, o il est dit de Ptruchio pousant -Catherine: Il a aval des rasades de vin muscat, -et il en a jet les rties la face du sacristain. -(Acte III, sc. <small>II</small>.)</p> - -<p>Selden (<i lang="la" xml:lang="la">De Uxore hebraica</i>) a signal parmi les rites -de l'glise grecque une semblable coutume, qu'il regarde -comme un reste de la confarration des anciens.</p> - -<p>J.-O. Stiernhook (<i lang="la" xml:lang="la">De Jure Suevorum et Gothorum vetusto</i>, -p. 163, dit. de 1672) rapporte une scne charmante -qui avait lieu aux fianailles, chez les Suves et -les Goths. Le fianc, entrant dans la maison o devait -se faire la crmonie, prenait la coupe dite maritale, -et, aprs avoir cout quelques paroles du paranymphe -sur son changement de vie, il vidait cette -coupe, en tmoignage de constance, de force et de -protection, la sant de sa fiance, qui il promettait -ensuite la morgennatique (<i lang="la" xml:lang="la">morgennaticam</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>), c'est--dire -une dot pour prix de la virginit. La fiance tmoignait -sa reconnaissance, puis elle se retirait pour quelques -instants, et, ayant dpos son voile, elle reparaissait -sous le costume de l'pouse, effleurait de ses lvres la -coupe qui lui tait prsente, et jurait amour, fidlit, -diligence et soumission.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Ce mot de basse latinit, et le mot franais <i>morganatique</i>, viennent de l'Allemand -<i lang="de" xml:lang="de">Morgen Gabe</i> (prsent du matin), et dsignent proprement la dot que la -marie, le lendemain des noces, recevait du mari, comme dit Stiernhook, pour -prix de sa virginit. De l vient aussi le nom de <i>mariage morganatique</i> ou <i> la -morganatique</i>, qu'on donne l'union contracte entre un prince et une femme -d'un rang infrieur, entre un noble et une roturire, sous cette clause expresse -que l'pouse doit avoir en toute proprit les biens qui lui sont assigns par -l'poux, sans aucun droit au reste de la fortune et aux titres qu'il possde. Ce -mariage, o les enfants sont soumis aux mmes conditions que la mre, s'appelle -encore <i>mariage de la main gauche</i>. Il est particulirement en usage chez les -princes souverains d'Allemagne.</p> -</div> -<p>Les idylles de Thocrite et les glogues de Virgile -n'offrent pas de tableau plus gracieux.</p> - - - -<div class="p" id="p460"><span class="blk">Deux bons jours l'homme sur terre:<br /> -Quand il prend femme et qu'il l'enterre.</span></div> - -<p>Ce proverbe, littralement traduit du provenal, a -inspir Saint-vremont ces deux vers fameux:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'hymen avec l'amour a tant d'antipathie</div> -<div class="verse">Qu'il n'a que deux bons jours: l'entre et la sortie.</div> -</div> - -<p>Les vers et le proverbe sont tout fait identiques -cette pense que Stobe attribue Hipponax, pote -comique grec: Une femme donne son mari deux -jours de bonheur: celui o il l'pouse, et celui o il -l'enterre.</p> - -<p>Les femmes provenales, qui maigrissent dans les -soucis du mnage, ont plusieurs proverbes opposs -cette plaisanterie renouvele des Grecs. En voici deux -d'une originalit piquante: <i lang="oc" xml:lang="oc">S uno marlusso vni -vouso, sri grasso.</i> <a name="p642" id="p642"></a>Si une merluche devenait veuve, -elle serait grasse. <i lang="oc" xml:lang="oc">S uno sardino vni vouso, sri -grasso coumo un thoun.</i> <a name="p643" id="p643"></a>Si une sardine devenait veuve, -elle serait grasse comme un thon.</p> - - -<div class="p" id="p621">C'est pain de noces.</div> -<p>Se dit d'une chose trs-agrable dont on se promet -ou dont on reoit un grand plaisir; on prtend que -cette faon de parler est venue par altration de <i>paix -de noces</i>, baiser qu'on donne aux nouveaux maris en -Languedoc, et qu'on appelle <i lang="oc" xml:lang="oc">pa de nobis</i> ou <i lang="oc" xml:lang="oc">novis</i> dans -l'idiome de ce pays; mais une telle origine ne me parat -pas admissible. Voici la vritable: dans le mariage -par confarration chez les Romains, les deux poux -mangeaient, en signe d'union, un pain ou gteau fait -de la farine du froment nomm <i lang="la" xml:lang="la">far</i> en latin (le froment -rouge, ce qu'on croit gnralement). L'usage de ce -gteau s'tait conserv dans les noces chrtiennes au -moyen ge, et de l vient l'expression <i>pain de noces</i>. -Nous disons aussi de deux poux qui conservent longtemps -l'un pour l'autre des procds galants et tendres: -<i>Ils font durer le pain de noces.</i></p> - - -<div class="p" id="p622">Le pain de noces cote cher qui le mange.</div> -<p>Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Pan de boda, carne de buitrera.</i> -<a name="p623" id="p623"></a>Pain de noces, chair de pige vautour. Cette -mtaphore proverbiale est d'une effrayante nergie. -En transformant le mariage en une sorte de guet-apens -o ceux qui se laissent prendre sont assimils -aux vautours, elle met pour ainsi dire sous les yeux, -par cette image terrible, toute la fureur de la guerre -intestine qu'ils auront soutenir. Elle a t videmment -inspire par le gnie de la haine contre le joug -conjugal.</p> - - -<div class="p" id="p624">Noces de mai, noces mortelles.</div> -<p>Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant -le mois de mai. Ils croyaient que le mariage contract -en ce temps, qui, chez eux, tait consacr au -culte des tombeaux, devait tourner mal et entraner -la mort de l'pouse, ainsi que l'attestent ces vers du -chant V des <i>Fastes</i> d'Ovide:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Nec vidu tdis eadem nec virginis apta</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Tempora: qu nupsit non diuturna fuit.</i></div> -<div class="verse i1"><i lang="la" xml:lang="la">Hac quoque de causa si te proverbia tangunt,</i></div> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Mense malas maio nubere vulgus ait.</i></div> -</div> - -<p>Ce temps n'est pas favorable pour allumer les -flambeaux de l'hymen d'une veuve ni d'une vierge. -Celle qui s'est marie alors a peu vcu, et si les proverbes -peuvent tre ici de quelque poids, je rappellerai -le dicton populaire: <i>Ce sont des malheureuses qui se -marient au mois de mai</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> C'est ainsi que se dit en franais ce proverbe dans lequel le mot <i>malheureuses</i> -rpond mieux que le mot <i>mchantes</i>, employ par tous les traducteurs, au sens -qui ressort de tout le passage d'Ovide. L'ide d'infortune est aussi bien implique -dans le latin <i lang="la" xml:lang="la">malas</i>, que celle de mchancet, et toutes deux se trouvent dans le -franais <i>malheureuses</i>.—Il en est de mme du mot <i lang="la" xml:lang="la">infelix</i> que Properce a mis -pour <i lang="la" xml:lang="la">scelestus</i> dans ce vers de l'lgie 23 du livre II.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Infelix hodie vir mihi rure venit.</i></div> -</div> - -<p>Mon sclrat de mari m'arrive, ce soir, de la campagne.</p> -</div> -<p>Plutarque, dans la quatre-vingt-sixime de ses <i>Demandes -des choses romaines</i>, a recherch les causes de -cette superstition, et voici ce qu'il en a dit: Pourquoi -les Romains ne se marient pas au mois de mai? -Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est -consacr Vnus et l'autre Junon, desses qui ont -toutes deux la cure et la surintendance des noces, au -moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou retardent -un peu? ou est-ce parce que, ce mois-l, ils font la -crmonie de la plus grande purgation?… En ce -temps-l, la prtresse de Junon, ou la Flaminea, vit toujours -triste, comme en deuil, sans se laver ni se parer. -Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins -font oblation aux trpasss en ce mois? et c'est pourquoi -ils adorent Mercure, en ce mme mois, joint -qu'il porte le nom de Maia, mre de Mercure. (Trad. -d'Amyot.)</p> - -<p>La superstition qui a donn lieu au proverbe est, -comme on vient de le voir, tout fait paenne, et, -quoique les motifs qui l'avaient introduite n'existent -plus, elle se maintient encore en plusieurs pays, notamment -en Provence. On a prtendu mme la justifier -par des exemples clbres, parmi lesquels se trouvent -les trois suivants:</p> - -<p>Marie Stuart pousa Bothwell le 15 mai 1567, et, le -lendemain, le dernier des quatre vers latins cits plus -haut fut placard sur la porte de son palais comme -un sanglant reproche de cette indigne union avec l'assassin -de son mari, et comme une prophtique menace -des malheurs qui devaient la suivre.</p> - -<p>Henriette de France, fille de Henri IV, fut marie, le -11 mai 1625, avec Charles I<sup>er</sup>, roi d'Angleterre, qui prit -sur l'chafaud, et la vie de cette reine fut un long -enchanement de douleurs.</p> - -<p>Les noces de Marie-Antoinette d'Autriche et du duc -de Berry, depuis Louis XVI, furent clbres Paris -le 16 mai 1770, et l'on sait quelles infortunes la Rvolution -franaise vint livrer ces augustes poux.</p> - - -<div class="p" id="p625">Noces rchauffes.</div> -<p>Cette expression par laquelle on dsigne les secondes -noces est traduite de celle du moyen ge <i lang="la" xml:lang="la">maritagia recalefacta</i>, -qui s'employait dans le mme sens.</p> - -<p>Ces secondes noces taient dcries mme chez les -paens. Valre Maxime (liv. II, ch. <small>XI</small>) dit que les femmes -qui les contractaient ne pouvaient toucher la statue -de la chastet ou de la fortune fminine, et n'taient -pas conduites en crmonie chez les maris.</p> - -<p>On connat ce vers de Martial (pigr. <small>VI</small>, 7):</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Qu nubit toties, non nubit, adultera lege est.</i></div> -</div> - -<blockquote> -<p>Se marier si souvent ce n'est point se marier; c'est tre lgalement -adultre.</p> -</blockquote> - -<p>La dcence voulait qu'une femme veuve ne se remarit -point. C'est ce que fit Cornlie, mre des Gracques. -Plutarque nous apprend que, recherche en mariage -par le roi Ptolme, elle prfra le titre de veuve au -titre de reine.</p> - -<p>Tertullien appelait les secondes noces <i lang="la" xml:lang="la">adultera speciosa</i>, -des adultres dguiss. Les pres de l'glise -les qualifiaient peu prs de mme, et dans le moyen -ge on inventa le charivari pour les bafouer.</p> - -<p>Les Italiens ont ce proverbe: <i lang="it" xml:lang="it">La prima donna -matrimonio, la seconda compagnia, la terza heresia.</i> La -premire pouse est mariage, la seconde est compagnie, -et la troisime est hrsie.</p> - - -<div class="p" id="p626">Il ne s'est jamais trouv pareilles noces.</div> -<p>Il n'a jamais prouv un pareil traitement. Si je rapporte -ici cette locution, c'est qu'elle est fonde sur un -usage bon connatre, pratiqu jadis en Poitou, aprs -les repas d'pousailles. Les convives, en sortant de -table, n'avaient rien de plus press que de mettre -leurs mitaines et de se donner les uns aux autres des -coups de poing qui faisaient plus de bruit que de mal. -C'tait un exercice mnmonique institu par la joie -pour rendre plus durable le souvenir de la fte dont -on venait de jouir. Mais il dgnra dans la suite au -point de rappeler le combat des Centaures et des Lapithes -aux noces de Pirithos, <i lang="la" xml:lang="la">rixa debellata super -mero</i>: ce qui en ncessita l'abolition. Rabelais n'a pas -oubli cette singulire coutume dans la description -qu'il a faite des noces du seigneur de Basch (liv. IV, -ch. <small>XIV</small>). <span lang="frm" xml:lang="frm">Pendant qu'on apportoit vin et espices, -coupz de poing commencearent trotter. Chicquanous -en donna nombre au prestre Oudart. Soubz son suppeliz -avoit Oudart son guantelet cach, il s'en chausse -comme d'une mitaine, et de daulber Chicquanous, et -de drapper Chicquanous; et coupz de jeunes guanteletz -de tous coustez pleuvoir sur Chicquanous. Des -nopces, disoyent-ilz, des nopces, des nopces: vous en -soubvienne. Il feut si bien accoustr que le sang lui -sortoit par la bouche, par le nez, par les aureilles, par -les œilz. Au demourant courbatu, espaultr et froiss, -teste, nucque, dours (dos), poictrine, bras, et tout. -Croyez qu'en Avignon, on (en) temps de carnaval, les -bacheliers oncques ne jouarent la raphe (ou rafle, -jeu de mains) plus melodieusement que feut jou sur -Chicquanous.</span></p> - -<p>Notons que l'usage dcrit par Rabelais existait du -temps de Villon, qui en a parl dans la double ballade -du Grand Testament, stance <small>V</small>.</p> - - -<div class="p" id="p614">Aujourd'hui mari, demain marri.</div> -<p>Ou bien: <i id="p536">Aujourd'hui mari, demain marri</i>; c'est--dire: -aujourd'hui dans la joie du mariage, et demain -dans le regret. <i>Marri</i> est un vieux mot driv du latin -barbare <i lang="la" xml:lang="la">marritio</i>, que Vossius explique par chagrin, -ressentiment d'un malheur prouv, d'une offense reue. -Ce jeu de mots proverbial a des analogues dans -les langues trangres. Les Espagnols disent: <i lang="es" xml:lang="es">Casar -y mal dia, todo en un dia.</i> <a name="p578" id="p578"></a>Mariage et malheur, tout en un -jour, et les Turcs: <i id="p579">Avant le mariage tu criais <em>io</em>, et aprs -tu cries <em>iahu</em>.</i> Ces deux interjections sont usites chez -eux, la premire pour marquer la joie, et la seconde -pour marquer la douleur.</p> - - -<div class="p" id="p615">Il sera mari cette anne.</div> -<p>Ce dicton s'applique par plaisanterie une personne -qui jette au plancher certaines choses qui s'y attachent. -Il fait allusion une pratique superstitieuse usite -Rome parmi les amoureux, et rappele par Horace -dans la troisime satire du livre II. Ils lanaient avec -le pouce et l'index des ppins de pomme au plafond, -persuads que, s'ils l'atteignaient, les vœux que leur -cœur avait forms seraient accomplis. Cela se faisait -aussi au moyen ge, et le succs du jet tait regard -comme un oracle du ciel. Il existe encore aujourd'hui -une foule de superstitions analogues chez la plupart -des peuples beaucoup plus enclins consulter le sort -que la raison. Les Chinois, pour connatre ce qu'ils -ont esprer ou craindre dans les choses qui les intressent, -jettent en l'air une poigne de petits btons, -et la manire dont ces btons s'arrangent en tombant -est pour eux un prsage heureux ou funeste.</p> - - -<div class="p" id="p616">L'homme mari est un oiseau en cage.</div> -<p>Cette mtaphore proverbiale, qui n'a pas besoin -d'explication, est l'usage des clibataires ou des libertins -qui tiennent conserver leur libert entire -pour se livrer de folles amours, o ils la perdent -assez souvent d'une manire bien plus sotte que dans -le mariage. Cette autre maxime, <i id="p543">jamais maris, toujours -amants</i>, par laquelle ils prtendent autoriser leur antipathie -conjugale, est aussi contraire la vrit qu'aux -bonnes mœurs, et les personnes senses ne seront pas -de l'avis de M<sup>lle</sup> de Scudri, qui la propose comme -une <i>leon du sage</i>, dans un apologue qui trouve ici -naturellement sa place.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Qu'il est doux d'tre dans la cage!</div> -<div class="verse i3">Disait au dehors un pinson,</div> -<div class="verse">Y voyant un serin qui, de son doux ramage,</div> -<div class="verse i3">Faisait retentir sa prison.</div> -<div class="verse i3">Il a nourriture foison,</div> -<div class="verse i3">Bon grain et gentille femelle,</div> -<div class="verse i3">Et peut, quand il veut, avec elle,</div> -<div class="verse">Rire, boire, manger et dire la chanson:</div> -<div class="verse">C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle,</div> -<div class="verse">Damis croit qu'il serait au comble des plaisirs</div> -<div class="verse">S'il pouvait se lier d'une chane ternelle</div> -<div class="verse">Avec ce doux objet de ses tendres dsirs;</div> -<div class="verse i3">Mais la cage et le mariage</div> -<div class="verse">Ne font sentir les maux que quand on est dedans.</div> -<div class="verse">Pour devise prenez cette leon du sage:</div> -<div class="verse i3">Jamais maris, toujours amants.</div> -</div> - - -<div class="p" id="p617">Les maris auront la vigne de l'abb.</div> -<p><i>Avoir la vigne de l'abb</i> tait autrefois une locution -fort usite en parlant de deux poux qui passaient la -premire anne de leur union dans le plus parfait -accord. On disait aussi: <i>se promettre la vigne de l'abb</i>, -pour se promettre un plein contentement en mariage. -Le conte de La Fontaine, intitul <i>les Aveux indiscrets</i>, -en offre un exemple. L'une et l'autre expression rappellent -une vieille histoire, d'aprs laquelle un abb -aurait fait publier qu'il donnerait une belle vigne au -couple conjugal qui prouverait que pendant un an, -dater du jour de ses noces, il n'avait pas eu la moindre -altercation.</p> - - -<div class="p" id="p618">Dnouer la jarretire de la marie.</div> -<p>D'aprs un usage observ dans les repas de noces, -chez les gens du peuple et les bourgeois, un enfant, qui -est au nombre des convives, se glisse sous la table et -dtache ou fait semblant de dtacher de la jambe de -la marie une touffe de petits rubans de diverses couleurs -dont on suppose qu'elle avait fait sa jarretire. -Puis il les montre aux assistants, qui applaudissent, et, -aprs les avoir coups en morceaux, il les distribue -la ronde, afin que les femmes en parent le corsage de -leur robe et les hommes la boutonnire de leur habit.</p> - -<p>On pense qu'il y a dans cet usage, qui est fort ancien, -quelque rminiscence, sous forme de parodie, de ce -que, dans les mœurs chevaleresques, on appelait <i id="p292">donner -le gage d'amour sans fin</i>: une belle faisait cadeau au -chevalier qu'elle devait pouser d'une de ses jarretires -sur laquelle elle avait brod son nom avec la devise: -<i>amour sans fin</i>.</p> - -<p>La jarretire de la marie, dit M. V. Hugo, est la -cousine de la ceinture de Vnus.</p> - -<p>Dans l'antiquit, la future pouse donnait sa ceinture - l'poux, symbole encore plus caractristique.</p> - - -<div class="p" id="p619">La marie n'a pour dot qu'un chapeau de roses.</div> -<p>Cette expression, jadis trs-usite en parlant d'une -jeune fille qui n'apportait rien ou presque rien en mariage, -s'emploie encore dans le mme sens. Le <i>Glossaire -du droit franais</i> par Laurire (tome II, page 226) -la cite comme drive d'une maxime de la vieille jurisprudence -coutumire. Elle est fonde, en effet, sur la -coutume qui permettait, en certaines localits, aux parents -de ne donner pour dot leurs filles qu'un simple -<i>chapel de roses</i>. Ce chapel, dit M. Chassan, tait -une allgorie charge d'enseigner la femme que les -grces et la beaut, apanage de son sexe, sont une dot -suffisante pour compenser ce qu'il y a de plus odieux -dans l'exclusion de l'hritage paternel prononce -contre la femme par la loi politique. Cette fiction a -peut-tre aussi pour objet de reprsenter l'idal du -mariage. La femme, en passant entre les mains de -l'homme sans autre dot que son simple <i>chapel de roses</i>, -n'a pu tre recherche et orne que pour elle-mme. -(<i>Essai sur la symbolique du droit</i>, p. 24.)</p> - -<p>Voil le symbole du chapeau de roses expliqu avec -toute sa grce et sa posie; mais le peuple n'en a saisi -que le ct littral et prosaque; c'est la pauvret des -jeunes filles qu'il a dsigne par cette coiffure laquelle -il a mme suppos un effet analogue celui qui -est attribu la coiffure de sainte Catherine, car on a -dit <i>garder son chapel de fleurs</i>, peu prs de mme -qu'on dit <i>coiffer sainte Catherine</i> pour: ne pas se marier, -tmoin ce vers de la <i>Chtelaine de Saint-Gilles</i>, pome -compris dans le manuscrit 7,218 de la Bibliothque -nationale:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="fro" xml:lang="fro">J'aim' miex chapel de fleurs que mauvs mariage.</i></div> -</div> - - -<div class="p" id="p449">Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir t marie -trop tard.</div> -<p>Manire originale et factieuse de faire entendre -une personne livre aux plaisirs des sens avec trop -d'ardeur, qu'elle maudira un jour ces plaisirs, qui ne -peuvent manquer de devenir, par l'abus qu'elle en fait, -des sources de regrets et d'amertumes.</p> - -<p>Cette maxime proverbiale se prend aussi dans une -acception gnralise pour signifier que la douleur, -qui suit toujours l'excs des volupts, ramne forcment -ceux qu'elle frappe de meilleures penses, et -leur fait admettre la raison, dont ils se moquaient dans -de folles orgies, comme le remde le plus propre -calmer les maux qu'ils ont souffrir.</p> - - -<div class="p" id="p537">Un mari est toujours le dernier instruit de la conduite de sa femme.</div> -<p>Cette observation proverbiale est de tous les temps -et de tous les lieux, car toujours et partout les femmes -ont eu l'art d'paissir la membrane de l'œil des maris, -pour ne pas leur laisser voir ce qu'elles jugent propos -de leur cacher.</p> - -<p>Que d'autres leur reprochent l'usage ou l'abus de -cet art, qu'ils en recueillent et racontent les traits -plus ou moins perfides, afin d'amuser la malicieuse -curiosit du public: je me garderai de les imiter. Je -hais la manie trop commune de ne considrer l'esprit -des femmes que par ses mauvais cts, et de dtourner -la vue des bons cts qu'il peut offrir, mme dans ses -artifices. Eh! pourquoi ne pas reconnatre que, si elles -ont le tort de faire de leurs maris de vritables sots, -elle y joignent, par compensation, le mrite de les -empcher d'apercevoir qu'ils le sont, et de les entretenir -dans une flatteuse illusion tout fait propre -les rendre heureux? En vrit, ces messieurs sont bien -ridicules de blmer l'adresse qu'elles mettent les -tromper. C'est une excellente chose qu'ils devraient -mieux apprcier: leur intrt les y engage. Malheur -ceux qui sont trop clairvoyants pour les tromperies -fminines. Il ne leur en revient que des dsagrments, -des ennuis, des tribulations, qui ne font qu'ajouter -leur infortune, tandis que ceux qui acceptent leur sort -sans y regarder, persuads qu'il y a plus de sagesse -l'ignorer qu' chercher le connatre, vivent en parfait -accord avec leurs infidles, toujours plus attentives, -plus douces, plus affectueuses, plus complaisantes -pour eux, en raison de la dbonnairet qu'ils -ont pour elles.</p> - -<p>C'est un des points fondamentaux de la philosophie -conjugale qu'il n'y a point de salut pour les maris sans -la foi. Je ne prtends pas que cette foi si ncessaire -les mette l'abri de fcheux accidents: celui qui l'a -et celui qui ne l'a pas y sont exposs de mme, et sont -galement sujets figurer au rang des sots. Mais je -soutiens qu'il vaut cent fois mieux tre un sot crdule -qu'un sot incrdule: l'un trouve le paradis dans son -mnage, l'autre y trouve l'enfer.</p> - -<p>Je n'ai pas besoin de dire lequel des deux rles est -prfrable. Je remarquerai seulement que beaucoup -de maris de notre sicle aiment mieux jouer le premier. -Ils vitent soigneusement de porter un regard -indiscret sur la conduite de leurs femmes. Ils n'attendent -pas d'tre aveugls par elles; ils s'aveuglent eux-mmes - plaisir, et, suivant un proverbe espagnol, ils -font comme <i id="p338">l'escargot, qui, pour se dlivrer d'inquitude, -changea ses yeux contre des cornes</i>.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">El caracol, por quitar de enojos,</i></div> -<div class="verse"><i lang="es" xml:lang="es">Por los cuernos troc los ojos.</i></div> -</div> - -<p>Ce proverbe fort original, usit aussi dans le midi de -la France, est fond sur une tradition populaire qui -nous apprend que l'escargot, qu'on suppose aveugle, -avait t cr avec de bons yeux, mais qu'tant sans -cesse expos les avoir blesss en rampant sur la terre -ou sur les buissons, il pria Dieu de les lui ter et de les -remplacer par des cornes, dont il esprait retirer plus -d'avantage, ce qui lui fut octroy.</p> - -<p>J'ai entendu chanter dans un village de l'Aveyron -une vieille chanson patoise qui rappelle cette tradition, -et qui est peut-tre un fragment de quelque sirvente -troubadouresque. Elle se termine par un couplet -piquant dont je vais reproduire l'ide, dfaut des -paroles, que j'ai oublies.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Celui que le guignon fit natre</div> -<div class="verse">Sous le signe ingrat du blier,</div> -<div class="verse">Se tourmente pour mieux connatre</div> -<div class="verse">Ce qu'il ferait bien d'oublier.</div> -<div class="verse">Eh! qu'espre-t-il? que souffrance</div> -<div class="verse">D'une ombrageuse vigilance</div> -<div class="verse">Qui doit lui prouver qu'il est sot.</div> -<div class="verse">Veut-il fuir des chagrins sans borne:</div> -<div class="verse">Qu'il change ses yeux pour des cornes,</div> -<div class="verse">A l'exemple de l'escargot!</div> -</div> - - -<div class="p" id="p538">Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui.</div> -<p>C'est ce que faisaient autrefois, Rome, les maris -qui se piquaient de savoir vivre, et voici l'explication -que Plutarque a donne de leur conduite dans la <small>IX</small><sup>e</sup> -de ses <i>Demandes des Choses romaines</i>: <span lang="frm" xml:lang="frm">Pourquoi est-ce -que, quand ils retournent d'un voyage loingtain au -pays ou seulement des champs la ville, s'ils ont leurs -femmes la maison, ils envoient devant pour faire savoir -leur arrive? est-ce point pour leur donner asseurance -qu'ils ne veulent rien faire finement ni malicieusement -envers elles, car arriver soudainement -l'improuveu est une manire d'aguet et de surprise: -ou bien parce qu'ils se hastent de leur envoyer donner -une bonne nouvelle de leur venue comme se tenans -pour asseurs qu'elles les attendent et les dsirent: ou -plutost pourceque eux-mmes dsirent savoir de leurs -nouvelles, si ils les trouveront saines et attendant -grand dvotion leur retour: ou pourceque les femmes -ont plusieurs petits ngoces ou besongnes la maison, -pendant que leurs maris n'y sont pas, et bien souvent -de petites hargnes et querelles l'encontre de leurs -domestiques servans ou servantes, afin doncques qu'ostant -toutes ces petites fascheries l elles fassent un -recueil gracieux et paisible leurs maris, ils leur envoient -devant faire tel avertissement.</span> (Traduction -d'Amyot.)</p> - -<p>De l est venu trs-probablement notre proverbe; -mais il a bien chang sur la route, car l'application -qu'on en fait aujourd'hui ne s'accorde plus avec aucune -des honntes raisons donnes par Plutarque. Il s'emploie -pour faire entendre quel inconvnient s'expose -le mari absent qui revient au logis sans avoir pris la -prcaution indique. Le vieux pote Coquillard (<i lang="frm" xml:lang="frm">Droitz -nouveaux</i>, ch. <small>VII</small>, <i lang="la" xml:lang="la">de Injuriis</i>) conseillait ce bent de -mari de faire du bruit en rentrant, de crier: <i>Quel est -cans</i>? de ne point se fcher <i>s'il trouvait sa femme sur le -fait</i>, et de se contenter de lui dire:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Au moins deviez-vous l'huys serrer.</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">S'il fust venu des aultres gens!</div> -</div> - -<p>La <small>LXXI</small><sup>e</sup> des <i>Cent Nouvelles nouvelles</i> fait tenir le -mme langage par un poux dbonnaire dans la mme -situation.</p> - -<p>On attribue un trait tout fait pareil un grand seigneur -du temps de la Rgence. Ce personnage tant -entr indiscrtement dans la chambre de sa femme -pendant qu'elle tait <i>en conversation criminelle</i>, comme -disent les Anglais par euphmisme, se retira en s'criant: -Eh! madame, que ne fermiez-vous la porte? Tout -autre que moi aurait pu vous surprendre.</p> - - - -<div class="p" id="p539"><span class="blk">Sers ton mari comme ton matre,<br /> -Et t'en garde comme d'un tratre.</span></div> - -<p>Ce distique proverbial, l'usage des pouses mcontentes, -qui le proposent comme principe de leur tactique -conjugale, a t cit par Montaigne dans un passage -de ses <i>Essais</i>, liv. III, ch. <small>V</small>, o il reproche aux -hommes comme aux femmes de ne pas tenir assez de -compte des devoirs du mariage. Voici les principaux -traits de ce passage: <span lang="frm" xml:lang="frm">Il n'est plus temps de regimber, -quand on s'est laiss entraver; il fault prudemment -mesnager sa libert; mais depuis qu'on s'est -soubmis l'obligation, il s'y fault tenir soubz les loix -du debvoir commun, au moins s'en efforcer. Ceulx qui -entreprennent ce march, pour s'y porter avecques -hayne et mespris, font injustement et incommodement: -et cette belle regle, que je veois passer de main en -main entre elles, comme un saint oracle,</span></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Sers ton mary comme ton maistre,</div> -<div class="verse" lang="frm" xml:lang="frm">Et t'en garde comme d'un traistre.</div> -</div> - -<p class="noindent"><span lang="frm" xml:lang="frm">qui est dire:—Porte-toy envers luy d'une reverence -contraincte, ennemie et desfiante,—cry de guerre et -de desfi, est pareillement injurieuse et difficile.</span></p> - - -<div class="p" id="p540">Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux.</div> -<p>Les femmes, disait M<sup>me</sup> de Coulanges, ne veulent -de la jalousie que de ceux dont elles pourraient tre -jalouses. Par consquent, elles ne doivent pas vouloir -de celle de leurs maris, qu'elles n'aiment gure et -qui le leur rendent bien, car, s'ils sont jaloux, c'est -ordinairement sans amour. La jalousie de ces messieurs -leur est antipathique au suprme degr, parce qu'elle -leur fait sentir qu'ils se dfient d'elles et veulent les -tenir sous leur dpendance: deux attentats odieux -dont elles sont cruellement blesses. Mais la jalousie -de leurs amants ne saurait leur dplaire; elles la regardent -comme un tmoignage de l'amour qu'elles -leur inspirent, et si elle devient quelquefois dsagrable, -elles la leur pardonnent aisment. Eh! comment -persisteraient-elles trouver mauvais un effet provenu -d'une cause si bonne et si belle!</p> - - -<div class="p" id="p541">Mieux vaut un vieux mari que point de mari.</div> -<p>C'est ce qu'on dit aux demoiselles qui, dpites de -ne pas trouver un pouseur jeune, refusent d'en prendre -un vieux, et c'est ce qu'elles disent elles-mmes lorsque -l'exprience est venue leur dmontrer qu'il est -beaucoup plus triste de vieillir fille que d'tre la femme -d'un vieillard, beaucoup meilleur de devenir la femme -d'un homme g que de vieillir fille. En effet, si l'on -tablit un parallle entre la vieille fille et la femme -marie, on voit combien la situation de cette dernire -est plus avantageuse. Elle jouit d'abord dans la socit -d'une certaine considration dont la vieille fille est -prive; elle a les caresses de ses enfants lorsqu'ils sont -jeunes, et elle trouve encore en eux une grande source -de satisfaction lorsqu'ils sont vieux. Enfin, arrive dans -un ge plus avanc, elle a pour la servir ces mmes -enfants qui lui fermeront les yeux. Non-seulement la -vieille fille s'est prive de tous ces avantages; mais elle -s'est condamne une solitude qui, sans cesser jamais -d'tre pnible, lui fera passer ses derniers jours dans -l'amertume et les regrets.</p> - - -<div class="p" id="p524">Un homme riche n'est jamais trop vieux pour tre le mari d'une -jeune fille.</div> -<p>S'il n'a pas assez de jeunesse ou de beaut pour -plaire, il a assez d'or pour se faire pouser, et ce que -sa figure a de disgracieux s'efface et s'embellit mme -sous les reflets du plus prcieux des mtaux, car, ainsi -que Boileau l'a dit trs-lgamment dans sa satire VII:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'or mme la laideur donne un teint de beaut.</div> -</div> - -<p class="noindent">Par consquent, il ne faut pas s'tonner qu'un vieux -ou un laid qui se prsente comme pouseur sous les -auspices de la desse qu'Homre appelle <i>Vnus dore</i>, -soit favorablement accueilli par une jeune et jolie -fille. Celle-ci pense moins aux inconvnients de son -union avec lui qu'aux avantages qu'elle espre en retirer. -Elle va tre affranchie de la sujtion o ses parents -la tiennent, et devenir matresse de maison; elle -disposera d'une grande fortune, elle aura de superbes -quipages, des crins garnis de perles et de saphirs, des -cachemires et des robes magnifiques, enfin tout le -splendide attirail de toilette que les Latins appelaient -<i lang="la" xml:lang="la">mundus muliebris</i>, le monde fminin, sans doute en -raison de la quantit et de l'importance des objets qu'il -comprend. L'ide qu'elle se fait de sa nouvelle position -l'enivre et l'blouit; elle se voit dj la reine de -la mode, et se flatte de trouver dans l'homme cousu -d'or, de qui elle est adore, un trsorier inpuisable, -toujours prt payer les frais du luxe royal de ses -atours.</p> - -<p>Est-il possible qu'elle refuse un mariage qui lui -ouvre un avenir si merveilleux? Quelque innocente se -rencontrerait peut-tre capable de rsister aux sductions -de l'opulence et de rester fidle un amant -pauvre que ses parents voulaient la forcer d'oublier; -mais elle qui n'aspire qu' briller dans le monde, elle -se gardera bien de cette magnanimit de roman. Elle -a tudi la question sous toutes les faces. L'affaire lui -parat excellente, et elle n'a rien de plus press que -de la conclure. Peu lui importe qu'on la blme de sacrifier -les intrts du cœur ceux de la vanit, en -pousant un homme qu'elle ne saurait aimer. Elle tient -ce reproche pour une niaiserie sentimentale dont elle -rit; elle sait que <i>le mariage n'empche pas d'aimer ailleurs</i>, -et elle est dispose imiter le plus dcemment possible -la conduite de certaines dames qui se prtent un -mari et se donnent un amant. C'est l malheureusement -ce qui se passe dans une socit immorale, en la -plupart des cas o une jeune et jolie fille est unie -un vieux et laid magot. Eh! pourrait-elle avoir, non-seulement -le courage, mais le dsir de rester fidle -un tel mari, lorsqu'elle est sans cesse poursuivie par -des adorateurs d'autant plus empresss qu'ils pensent -que si elle s'est laisse aimer par celui-l, elle se laissera -bien aimer par d'autres.</p> - - -<div class="p" id="p461">Un mari doit faire carme-prenant avec sa femme, et Pques avec -son cur.</div> -<p>Ce vieux proverbe, qui recommande d'tre bon mari -et bon chrtien, n'a pas besoin d'tre expliqu; mais -il a besoin d'tre rappel au souvenir des maris, car -bien que ces messieurs n'ignorent pas ce qu'il signifie, -presque tous oublient ce qu'il les invite faire <i> tout -le moins une fois l'an</i>.</p> - - -<div class="p" id="p542">Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait -le bon mari.</div> -<p>Quand le mariage est l'association de deux personnes -raisonnables, qui s'aiment par inclination autant -que par devoir, elles ont naturellement l'une pour -l'autre des gards, des attentions et des prvenances -dont l'effet est d'entretenir et d'accrotre chez elles la -confiance et l'affection. Cet change de soins quotidiens, -cette fusion de penses et de sentiments, amliorent -leur caractre individuel en le dgageant des -volonts gostes, et leur communiquent un nouveau -caractre commun toutes deux, qui leur fait goter -les plus doux charmes de la sympathie. Si le sort leur -est contraire, elles n'prouvent que la moiti des -peines; s'il leur est favorable, elles ont le double des -plaisirs.</p> - -<p>Voil les vrais modles des poux, toujours tranquilles -et satisfaits parce que chacun d'eux fait consister -sa tranquillit et sa satisfaction dans celles de -son associ. Si les autres les imitaient, s'ils travaillaient - se rendre mutuellement contents, on n'entendrait -plus tant de plaintes contre le mariage. Cet tat est bon -en soi, le malheur vient de ceux qui le gtent, et ils -doivent s'en prendre eux-mmes s'ils y trouvent une -infinit de maux.</p> - -<p>Observez cette barque conduite par deux matelots: -s'ils rament ensemble, ils voguent doucement -sur les flots agits; mais s'ils ne sont pas d'accord, -chaque vague produit une secousse, et tel coup d'aviron -donn contre-sens pourrait faire chavirer leur -frle esquif.</p> - -<p>Le bateau est le mariage, les rameurs sont les deux -poux; ils naviguent sur le fleuve de la vie, et ce n'est -qu'en unissant leurs efforts qu'ils adoucissent les contrarits -du voyage.</p> - -<p class="attr">(Le duc de Lvis.)</p> - - -<div class="p" id="p544">Les anciens mauvais sujets font souvent les meilleurs maris.</div> -<p>Quelle peut tre la cause de leur changement? Serait-ce -qu'un sentiment vrai, qu'ils n'avaient pas prouv -jusqu'alors, viendrait les saisir, et que le mariage, qui -refroidit tant de cœurs, agirait sur le leur en sens inverse? -ou bien se feraient-ils un point d'honneur d'effacer -par une conduite exemplaire les dsordres de -leur vie passe? Du reste, quel que soit le motif qui les -dtermine, on ne saurait nier qu'ils deviennent assez -souvent des maris indulgents, soigneux et fidles. Il -semble qu'aprs avoir puis tous les vices d'une jeunesse -galante et dissipe, ils veuillent en donner la -contre-partie dans leur ge mr, et se signaler par la -pratique des vertus domestiques. On peut les comparer - ces vins gnreux dont les meilleurs sont ceux qui -ont beaucoup ferment.</p> - -<p>Malgr cela, je ne conseillerai jamais une mre -qui dsire le bonheur de sa fille de la donner en mariage - un ancien mauvais sujet.</p> - - -<div class="p" id="p545">Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette.</div> -<p>Et sans doute aussi toutes les pouses contentes, car -il n'est point de raison qui ncessite pour elles une plus -grande salle de bal. Cette hyperbole proverbiale a son -analogue chez les Languedociens, qui disent: <i lang="oc" xml:lang="oc">Touts -lous maris q sou countens dansarien su lou cuou d'un veir.</i> -<a name="p546" id="p546"></a>Tous les maris qui sont contents danseraient sur le cul -d'un verre.</p> - - -<div class="p" id="p547">Tous les maris ont besoin d'aller Saint-Raboni.</div> -<p>Dicton l'usage des femmes qui trouvent que les -maris n'ont jamais pour elles assez de bont.</p> - -<p>Saint Raboni, qui l'on attribue une vertu analogue -au nom qu'il porte, c'est--dire la vertu de rabonnir le -caractre marital, a t jadis l'objet d'un culte fervent, -quoiqu'il ne soit au paradis qu'un vritable intrus, car -il n'y figure que par un titre d'invention populaire que -la lgende authentique ne reconnat point. Mais n'importe; -il n'en est pas moins devenu le protecteur des -pouses malheureuses, et c'est un article de foi qu'il -peut son gr adoucir le naturel barbare de leurs -<i>tyrans domestiques</i> ou les faire mourir au bout de l'anne. -On sait l'histoire plaisante de celle qui s'tait -borne le prier d'amender le sien, n'osant laisser -aller son vœu plus loin. Comme elle vit mourir ce -mauvais garnement peu de temps aprs, elle s'cria -en pleurant… de joie: Oh! le bon saint! le bon saint! -il accorde plus qu'on ne lui demande.</p> - -<p>Ce dicton, dont l'application, par une singularit -notable, devient de plus en plus rare, en raison inverse -du fait de plus en plus multipli qui le rclame, a t -rappel dans une phrase du petit livre intitul <i>les -cosseuses, ou Œufs de Pques</i>, publi Troyes, chez la -veuve Oudot, en 1744. Voici cette phrase curieuse: -J'espre bien que mon drle <i>ira Saint-Rabony</i>; qu'il -ne donnera plus tant dans l'eau-de-vie et dans la crature, -et qu'il aura un peu plus de sacristie, etc.</p> - - -<div class="p" id="p548">Les boiteux sont de bons maris.</div> -<p>Ou, comme on dit plus ordinairement, <i>de bons mles</i>. -C'est ce que rpondirent les Amazones aux Scythes, -qui les engageaient former avec eux des liaisons matrimoniales, -ajoutant qu'ils valaient beaucoup mieux -que les maris boiteux ou estropis qu'elles prenaient, -car ces femmes guerrires, ayant usurp le gouvernement -sur les hommes et tenant le conserver, ne voulaient -plus avoir dans leur pays que des hommes plus -faibles qu'elles, et incapables de leur rsister. En consquence -elles tordaient les jambes aux garons qu'elles -mettaient au jour, les habituaient se soumettre aux -filles, les mariaient avec elles, et ne leur imposaient -d'autre service que celui du lit conjugal, service dont -ils s'acquittaient fort bien du reste, comme le prouve -cette rponse passe en proverbe chez les Grecs et -chez les Latins.</p> - -<p>Cependant leur clbrit en ce genre n'tait pas -fonde seulement sur le fait cit, qui n'est aprs tout -qu'une nouvelle forme de la tradition mythologique -d'aprs laquelle le boiteux Vulcain devint l'poux de -Vnus parce que les boiteux ont toujours t considrs, -depuis les temps primitifs, comme minemment -propres aux exploits amoureux. Elle est fonde aussi -sur des raisons physiques expliques par Aristote dans -le vingt-sixime de ses problmes, section <small>X</small>. rasme -a reproduit ces raisons en commentant le proverbe -<i lang="la" xml:lang="la">claudus optime virum agit</i>, et Montaigne les a rappeles -en son livre III, au chapitre <small>XI</small>, intitul <i>des Boiteux</i>, -o il cite un proverbe italien qui attribue la mme -proprit aux boiteuses, et les dclare prfrables sous -ce rapport toutes les autres femmes. Voyez les auteurs -indiqus.</p> - - -<div class="p" id="p549">Les maris et les amants voient souvent la lune gauche.</div> -<p>J'emprunterai encore l'explication de ce dicton, -moins quelques lignes, mes <i>tudes sur le langage -proverbial</i>.</p> - -<p>Les astronomes de l'antiquit ont dtermin la droite -et la gauche du monde par la droite et la gauche d'une -personne qui a le visage tourn vers le midi. L'orient, -dit Pline le naturaliste, est la gauche du monde.</p> - -<p>D'aprs cela, <i>voir la lune gauche</i>, c'est, au propre, -la voir quand elle est dans son dcours, phase o elle -montre les cornes, et, au figur, c'est prouver certaine -infortune dont les cornes sont le symbole. Tel -est le sens mtaphorique que M<sup>me</sup> de Svign parat -avoir attach cette locution dans la phrase suivante: -Montgobert m'a cont plaisamment les manœuvres -de la belle Iris et les jalousies de M. le comte: je -crois qu'<i>il verra la lune gauche</i> avec cette belle. -(Lettre 601 de l'dition de Grouvelle.)</p> - -<p>Il n'est pas ncessaire de dire pourquoi il s'agit ici -de la gauche, car personne n'ignore que les phnomnes -qui se prsentent de ce ct ont t presque -toujours rputs de mauvais augure. Mais il est propos -d'observer que cette superstition a t, dans les -temps les plus reculs, le fondement de la doctrine -astrologique qui attribue au dcours de la lune, ou au -quatrime quartier de la lune, des influences funestes -sur les naissances, et qui a donn lieu la locution -proverbiale: <i id="p530">tre n la quatrime lune</i>, que les Grecs -et les Latins appliquaient un homme malheureux et -qu'ont employe plusieurs de nos vieux crivains, -entre autres Yver dans la phrase que voici: Voyant -tous ses efforts succder si rebours qu'il semblait <i>n - la quatrime lune</i>. (<i>Le Printemps d'Yver</i>, hist. <small>III</small>).</p> - -<p>rasme n'a pas donn la vritable origine de cette -locution en la rapportant aux preuves et aux malheurs -qu'eut subir Hercule, qui tait n la quatrime -lune. Il a pris l'effet pour la cause, car il est certain -que la naissance de ce hros fabuleux n'a t place au -quatrime ou dernier quartier de la lune qu'en raison -de l'opinion astrologique dont j'ai parl.</p> - - -<div class="p" id="p529">La lune de miel.</div> -<p>On appelle ainsi le premier mois du mariage, o l'on -suppose que tout est douceur pour les poux.</p> - -<p>Cette expression est prise du proverbe arabe: <i id="p581">La -premire lune aprs le mariage est de miel, et celles qui la -suivent sont d'absinthe</i>. Ces dernires, Honor de Balzac, -dans sa <i>Physiologie du mariage</i>, les nomme des <i>lunes -rousses</i>, et il ajoute qu'elles sont termines par une -rvolution qui les change en un croissant.</p> - -<p>C'est le cas de s'crier avec Dante:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3"><i lang="it" xml:lang="it">O buon principio</i></div> -<div class="verse"><i lang="it" xml:lang="it">A che vil fine convien che tu caschi.</i></div> -</div> - -<p class="attr">(<i>Parad.</i>, cant. <small>XXVII</small>.)</p> - -<blockquote> -<p>O bon commencement, quelle ignoble fin faut-il que tu tombes.</p> -</blockquote> - - -<div class="p" id="p335">Les poux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler.</div> -<p>On pense que ce proverbe a besoin d'errata, et qu'il -faut y mettre les amants la place des poux qui s'aiment, -attendu qu'il ne saurait tre appliqu ces -derniers, disparus entirement de ce monde depuis de -longues annes. Mais pourquoi est-il rest en usage -dans des conjonctures o il n'avait plus aucune raison -d'tre; aurait-on eu l'intention de le conserver pour -faire croire aux batitudes conjugales du temps jadis? -C'est une opinion qui a ses partisans, mais qui est -contredite par une autre, d'aprs laquelle l'hommage -posthume rendu aux poux qui s'aiment aurait t -l'œuvre de quelques poux qui ne s'aimaient point; -ceux-ci ont voulu, dit-on, faire prendre le change sur -l'habitude qu'ils ont de ne se rien dire en s'ennuyant de -compagnie, et ils ont cherch faire accroire les uns -aux autres que cette habitude n'tait que l'effet d'un -recueillement de tendresse; et voil comment le mutisme -de l'ennui est parvenu passer pour cette disposition -tendre et rveuse qu'on peut nommer avec -saint Jrme: <i lang="la" xml:lang="la">Silentium loquens</i> (un silence parlant); -ou avec Montaigne: <span lang="frm" xml:lang="frm">Un taire parlier</span>.—Si ce n'est -vrai, c'est du moins bien trouv: <i lang="it" xml:lang="it">Se non vero, bene -trovato.</i></p> - - -<div class="p" id="p336">Une jeune pouse veut tre choye comme la femme d'un prtre russe.</div> -<p>La religion russe a fait du mariage une condition -indispensable du sacerdoce; elle oblige les sminaristes, -ordonns popes ou prtres, de se marier avant -d'exercer leur ministre; et, s'ils deviennent veufs, -elle leur dfend de se remarier. Il faut alors qu'ils -rsignent leur cure et qu'ils se retirent dans un couvent -o ils achvent leur triste vie spars de leurs -enfants, abandonns peut-tre la charit publique: -tel est le malheureux sort auquel le veuvage livre -ces pauvres desservants des paroisses de campagne. -Comme ils savent tout ce qu'ils auraient souffrir s'ils -perdaient leur femme, chacun d'eux veille la conservation -de la sienne avec une attention extrme. Il -lui passe toutes ses fantaisies, tous ses caprices, de -peur de la rendre malade en la contrariant. Il la distrait -de ses ennuis, la console de ses peines, prvient -les dsirs qu'elle peut former, l'entoure des soins les -plus empresss, les plus assidus, les plus affectueux.</p> - -<p>C'est ainsi qu' force de tendresse il fait, de cette -humble femme, un tre privilgi, objet de l'envie de -plus d'une grande dame de son pays qui voudrait -possder comme elle l'heureux don d'inspirer un si -grand amour son poux et d'exercer sur lui un si -grand empire. Mais, hlas! ce ne sont point les pouses -qui peuvent plier les poux des habitudes de popes -et se faire choyer par eux comme des popesses. Elles -n'obtiennent point ces avantages, qu'elles dsirent si -ardemment, et c'est vraiment dommage; car il serait -bien curieux de voir comment elles s'y prendraient -pour ne pas en abuser.</p> - -<p>La comparaison proverbiale dont je viens de donner -l'origine et l'explication est en usage en Russie depuis -plusieurs sicles; elle n'a t importe en France -qu' l'poque de la Restauration, o quelque bel -esprit du temps l'a enchsse dans la formule inscrite -en tte de cet article.</p> - -<p>J'ajouterai, pour le lecteur curieux de savoir ce que -devient la popesse qui survit son mari, que le veuvage -lui est funeste: elle est force de quitter le presbytre -et le petit domaine qui l'environne; il n'y a -plus pour elle que misres et que douleurs, et le seul -espoir qui lui reste est de trouver quelque sminariste -qui, press d'entrer dans les fonctions sacerdotales, -ne ddaigne pas de l'pouser.</p> - - -<div class="p" id="p337">Les poux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument -vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochs.</div> -<p>Cette comparaison pittoresquement triviale s'emploie -pour faire entendre aux poux qu'ils doivent -mettre une certaine modration dans les jouissances -des sens, qui s'useraient bientt par leurs excs et -produiraient des rsultats fcheux qu'il leur importe -de prvenir.</p> - -<p><span lang="frm" xml:lang="frm">C'est une religieuse liaison et dvote que le mariage, -dit Montaigne: voyl pourquoy le plaisir qu'on -en tire, ce doibt estre un plaisir retenu, srieux et -mesl quelque severit; ce doibt estre une volupt -aulcunement prudente et consciencieuse.</span> (<i>Essais</i>, -liv. I. chap. <small>XXIX</small>.)</p> - -<p>L'tat conjugal est de sa nature grave et raisonnable; -nanmoins il faut qu'il intresse le cœur. Mais ce -n'est pas dans une passion ardente et passagre qu'il -fait consister l'intrt du cœur; c'est dans un sentiment -calme et durable, et ce sentiment est un amour -d'une espce particulire, non l'amour proprement -dit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Non cet amour que le caprice allume,</div> -<div class="verse">Ce fol amour qui par un doux poison</div> -<div class="verse">Enivre l'me et trouble la raison,</div> -<div class="verse">Et dont le miel est suivi d'amertume;</div> -<div class="verse">Mais ce penchant par l'estime pur,</div> -<div class="verse">Qui ne connat ni transports ni dlire,</div> -<div class="verse">Qui sur le cœur exerce un juste empire,</div> -<div class="verse">Et donne seul un bonheur assur.</div> -</div> - -<p class="attr">(Parny, <i>le Rveil d'une mre</i>.)</p> - -<p>Je n'examine point quel mauvais calcul fait un mari -qui commence par prodiguer sa femme les tmoignages -d'une passion dont l'ardeur se refroidit si -promptement, ni quels sont les inconvnients de ce -rle qu'il lui est impossible de soutenir. Je remarquerai -seulement que l'amour proprement dit, qui s'teint -dans la jouissance, est incompatible avec le mariage, -et je citerai encore un passage de Montaigne sur ce -sujet: <span lang="frm" xml:lang="frm">Le mariage a pour sa part l'utilit, la justice, -l'honneur et la constance; un plaisir plat mais plus -universel: l'amour se fonde au seul plaisir et l'a, de -vray, plus chastouilleux, plus vif et plus aigu; un plaisir -attiz par la difficult; il y fault de la picqueure et -de la cuisson: ce n'est plus amour s'il est sans flches -et sans feu. La libralit des dames est trop profuse -(prodigue) au mariage, et esmousse la pointe de l'affection -et du desir. Pour fuyr cet inconvnient, voyez -la peine qu'y prennent en leurs loix Lycurgue et Platon.</span> -(<i>Essais</i>, liv. III, chap <small>V</small>.)</p> - - -<div class="p" id="p321">Rester pour coiffer sainte Catherine.</div> -<p>C'tait autrefois l'usage, en plusieurs provinces, le -jour o une jeune fille se mariait, de confier une de -ses amies, qui dsirait faire bientt comme elle, le -soin d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'ide superstitieuse -que, cet emploi portant toujours bonheur, -celle qui le remplissait ne pouvait manquer d'avoir, -son tour, un poux avant la fin de l'anne. Et l'on -trouve encore au village plus d'une jouvencelle qui, -sous l'influence de cette superstition toujours existante, -prend secrtement ses mesures afin d'attacher -la premire une pingle au bonnet d'une fiance. Or, -comme un tel usage n'a jamais pu tre observ -l'gard d'aucune des saintes connues sous le nom de -Catherine, puisque, d'aprs la remarque des lgendaires, -toutes sont mortes vierges, on a pris de l -occasion de dire qu'une vieille fille <i>reste pour coiffer -sainte Catherine</i>; ce qui signifie, en dveloppement, -qu'il n'y a chance pour elle d'entrer en mnage qu'autant -qu'elle aura fait la toilette de noces de cette -sainte, condition impossible remplir.</p> - -<p>Cette explication, qui m'a t communique, m'a -paru bonne rapporter, cause des faits assez curieux -qu'elle rappelle; mais elle est un peu trop complique, -et je ne crois pas qu'elle doive tre admise. En -voici une autre plus simple, fonde sur l'ancienne -coutume d'habiller et de coiffer les statues des saintes -dans les glises. Comme on ne choisissait que des -vierges pour coiffer sainte Catherine, la patronne des -vierges, il fut tout naturel de considrer ce ministre -comme perptuellement assign celles qui vieillissaient -sans espoir de mariage, aprs avoir vu toutes -les autres se marier.</p> - -<p>Les Anglais disent dans le mme sens: <i lang="en" xml:lang="en">To carry -a weeping willow branch.</i> <a name="p634" id="p634"></a>Porter la branche du saule -pleureur, parce que le saule, emblme de la mlancolie, -est particulirement regard, en Angleterre, -comme l'arbre de l'amour malheureux, opinion confirme -par la vieille romance du <i>Saule</i>, dans laquelle -gmit une amante abandonne.</p> - -<p>Ils disent aussi: <i>Conduire des singes en enfer</i>, pour -signifier vieillir fille. Cette expression singulire, employe -par Shakespeare dans la <i>Mchante Femme mise -la raison</i> (acte II, scne <small>I</small>), et dans <i>Beaucoup de bruit -pour rien</i> (acte II, scne <small>I</small>), est prise de leur vieux proverbe: -<i id="p525">Les vieilles filles conduisent les singes en enfer.</i> Ce -qui vient peut-tre de la supposition trs-impertinente -que les vieilles filles ne peuvent tenter que des singes.</p> - - -<p class="c gap small">FIN.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">TABLE ALPHABTIQUE<br /> -<span class="small sans-serif">DES PROVERBES</span><br /> -<span class="small">EXPLIQUS DANS CE VOLUME.</span></h2> - - -<p class="c small"><i>N.-B.</i>—L'astrisque * marque les proverbes franais ou trangers qui n'ont pas -de commentaire particulier.</p> - - - -<table summary=""> -<tr><td class="c" colspan="2">ABSENCE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Un peu d'absence fait grand bien</td> -<td class="num"><a href="#p1">201</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'absence est un moyen de se rapprocher</td> -<td class="num"><a href="#p2">202</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'absence est l'amour ce qu'est au feu le vent</td> -<td class="num"><a href="#p3">203</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'absence est l'ennemie de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p4">204</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'absence est pire que la mort</td> -<td class="num"><a href="#p5">204</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AFFECTION.</td></tr> -<tr><td class="drap">L'affection aveugle la raison</td> -<td class="num"><a href="#p6">187</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On voit toujours par les yeux de son affection</td> -<td class="num"><a href="#p7">188</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AIMER.</td></tr> -<tr><td class="drap">Aime comme si tu devais un jour har</td> -<td class="num"><a href="#p8">118</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne s'aime bien que quand on n'a plus besoin de se le dire</td> -<td class="num"><a href="#p9">119</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui aime bien chtie bien</td> -<td class="num"><a href="#p10">120</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui m'aime me suive</td> -<td class="num"><a href="#p11">121</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a</td> -<td class="num"><a href="#p12">122</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui s'aime trop n'est aim de personne</td> -<td class="num"><a href="#p13">123</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui s'aime trop s'aime sans rival</td> -<td class="num"><a href="#p14">123</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aime-moi un peu, mais continue</td> -<td class="num"><a href="#p15">124</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui aime Bertrand aime son chien</td> -<td class="num"><a href="#p16">125</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les blessures faites par celui qui aime valent mieux que les baisers trompeurs de celui qui hait</td> -<td class="num"><a href="#p17">135</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui bien aime tard oublie</td> -<td class="num"><a href="#p18">198</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Il fait bon voir vaches noires en bois brl, quand on aime</td> -<td class="num"><a href="#p19">198</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui aime vilement s'avilit</td> -<td class="num"><a href="#p20">199</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre bœufs</td> -<td class="num"><a href="#p21">200</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui n'est point jaloux n'aime point</td> -<td class="num"><a href="#p22">232</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Peu aime qui ne fait dpenses</td> -<td class="num"><a href="#p23">210</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Peu aime qui n'est pas sujet la tristesse</td> -<td class="num"><a href="#p24">223</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui est aim d'une belle femme est l'abri des coups du sort</td> -<td class="num"><a href="#p25">200</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut connatre avant d'aimer</td> -<td class="num"><a href="#p26">117</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*S'aimer peu la fois afin de s'aimer longtemps</td> -<td class="num"><a href="#p27">124</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut aimer pour tre aim</td> -<td class="num"><a href="#p28">189</a></td></tr> -<tr><td class="drap">C'est trop aimer quand on en meurt</td> -<td class="num"><a href="#p29">188</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Feindre d'aimer est pire qu'tre faux monnayeur</td> -<td class="num"><a href="#p30">191</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mieux vaut aimer bergres que princesses</td> -<td class="num"><a href="#p31">191</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aimer la franche marguerite</td> -<td class="num"><a href="#p32">192</a></td></tr> -<tr><td class="drap">S'aimer comme deux tourterelles</td> -<td class="num"><a href="#p33">193</a></td></tr> -<tr><td class="drap">S'aimer comme Robin et Marion</td> -<td class="num"><a href="#p34">195</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne peut aimer et tre sage tout ensemble</td> -<td class="num"><a href="#p35">195</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aimer n'est pas sans amer</td> -<td class="num"><a href="#p36">196</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui ne sait pas cler ne sait pas aimer</td> -<td class="num"><a href="#p37">196</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aimer mieux de loin que de prs</td> -<td class="num"><a href="#p38">197</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Aimer jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle</td> -<td class="num"><a href="#p39">285</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMANT.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Tout amant est fou</td> -<td class="num"><a href="#p40">196</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'me d'un amant vit dans un corps tranger</td> -<td class="num"><a href="#p41">207</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amant se transforme en l'objet aim</td> -<td class="num"><a href="#p42">207</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amant coute du cœur les prires de sa belle</td> -<td class="num"><a href="#p43">208</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La bourse d'un amant est lie avec des feuilles de poireau</td> -<td class="num"><a href="#p44">208</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Querelles d'amants, renouvellement d'amour</td> -<td class="num"><a href="#p45">210</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amants qui se disputent s'adorent</td> -<td class="num"><a href="#p46">211</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mouvement des yeux est le langage des amants</td> -<td class="num"><a href="#p47">212</a></td></tr> -<tr><td class="drap">C'est tous les jours la fte du regard pour les amants</td> -<td class="num"><a href="#p48">212</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il est un dieu pour les amants</td> -<td class="num"><a href="#p49">214</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Grands, vignes et amants trompent dans leurs serments</td> -<td class="num"><a href="#p50">214</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMI.</td></tr> -<tr><td class="drap">Au besoin on connat l'ami</td> -<td class="num"><a href="#p51">125</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le faux ami ressemble l'ombre du cadran</td> -<td class="num"><a href="#p52">126</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la chose</td> -<td class="num"><a href="#p53">127</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui cesse d'tre ami ne l'a jamais t</td> -<td class="num"><a href="#p54">129</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un bon ami vaut mieux que cent parents</td> -<td class="num"><a href="#p55">129</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le frre est ami de nature, mais son amiti n'est pas sre</td> -<td class="num"><a href="#p56">130</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On peut vivre sans frre, mais non sans ami</td> -<td class="num"><a href="#p57">130</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un ami est un autre nous-mme</td> -<td class="num"><a href="#p58">131</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un ami fidle est la mdecine de la vie</td> -<td class="num"><a href="#p59">132</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'arbre se dessche quand il n'est revtu ni d'corce ni de feuillage: ainsi est l'homme sans ami</td> -<td class="num"><a href="#p60">133</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Pourquoi Dieu a-t-il donn une ombre au corps? C'est pour qu'en traversant le dsert ses yeux se reposent sur elle, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p61">133</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut tre fringant l'ami</td> -<td class="num"><a href="#p62">133</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un ami pour l'autre veille</td> -<td class="num"><a href="#p63">133</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'est si bon conseil que d'ami</td> -<td class="num"><a href="#p64">134</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Conseil d'ami, conseil de Dieu</td> -<td class="num"><a href="#p65">134</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Si ton ami te frappe baise sa main</td> -<td class="num"><a href="#p66">134</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Coups d'ami, coups chris</td> -<td class="num"><a href="#p67">134</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un vieil ami est une seconde conscience</td> -<td class="num"><a href="#p68">135</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a pas de plus fidle miroir qu'un vieil ami</td> -<td class="num"><a href="#p69">135</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mang un minot de sel</td> -<td class="num"><a href="#p70">135</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui est ami de tous ne l'est de personne</td> -<td class="num"><a href="#p71">136</a></td></tr> -<tr><td class="drap">A nul n'est vrai ami, qui de soi-mme est ennemi</td> -<td class="num"><a href="#p72">136</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un ami en amne un autre</td> -<td class="num"><a href="#p73">137</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'ami de mon ami est le bienvenu</td> -<td class="num"><a href="#p74">137</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un ami n'est pas sitt fait que perdu</td> -<td class="num"><a href="#p75">137</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ami jusqu'aux autels</td> -<td class="num"><a href="#p76">138</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui n'est pas grand ennemi, n'est pas grand ami</td> -<td class="num"><a href="#p77">138</a></td></tr> -<tr><td class="drap">A l'ami soigne le figuier, l'ennemi soigne le pcher</td> -<td class="num"><a href="#p78">140</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*A l'ami on ple la figue, l'ennemi la pche</td> -<td class="num"><a href="#p79">141</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous</td> -<td class="num"><a href="#p80">142</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami</td> -<td class="num"><a href="#p81">143</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Fi de l'ami qui couvre des ailes et dchire du bec</td> -<td class="num"><a href="#p82">144</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ami de Platon, mais plus ami de la vrit</td> -<td class="num"><a href="#p83">144</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'est meilleur ami ni parent que soi-mme</td> -<td class="num"><a href="#p84">144</a></td></tr> -<tr><td class="drap">A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain</td> -<td class="num"><a href="#p85">145</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier</td> -<td class="num"><a href="#p86">184</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut se dfier d'un ami rconcili</td> -<td class="num"><a href="#p87">145</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ami rconcili, ennemi redoubl</td> -<td class="num"><a href="#p88">145</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ami rompu peut tre soud, mais il n'est jamais sain</td> -<td class="num"><a href="#p89">183</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ami au prter, ennemi au rendre</td> -<td class="num"><a href="#p90">146</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui prte son ami perd au double</td> -<td class="num"><a href="#p91">146</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le moyen de perdre un ami, c'est de lui prter de l'argent</td> -<td class="num"><a href="#p92">146</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sage ami et sotte amie</td> -<td class="num"><a href="#p93">147</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Jamais honteux n'eut belle amie</td> -<td class="num"><a href="#p94">148</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mieux vaut donner un ennemi qu'emprunter un ami</td> -<td class="num"><a href="#p95">149</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui</td> -<td class="num"><a href="#p96">149</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Bois et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec lui</td> -<td class="num"><a href="#p97">150</a></td></tr> -<tr><td class="drap">N'accorde point ta confiance un ami dissimul</td> -<td class="num"><a href="#p98">150</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Un trsor n'est pas un ami, mais un ami est un trsor</td> -<td class="num"><a href="#p99">161</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Un frre est un ami qui nous est donn par la nature</td> -<td class="num"><a href="#p100">170</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Un parent est une partie de notre corps, un ami est une partie de notre me</td> -<td class="num"><a href="#p101">171</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Flatter un ami c'est lui verser du poison dans une coupe d'or</td> -<td class="num"><a href="#p102">177</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'homme qui tient son ami un langage flatteur et dguis tend un filet ses pieds</td> -<td class="num"><a href="#p103">177</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'ami fidle est une forte protection</td> -<td class="num"><a href="#p104">184</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Vieil ami, chose toujours nouvelle</td> -<td class="num"><a href="#p105">177</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mieux vaut manquer d'argent que d'ami</td> -<td class="num"><a href="#p106">161</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ne fais pas des amis trop promptement</td> -<td class="num"><a href="#p107">118</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le moyen de faire des amis qu'on puisse garder longtemps, c'est d'tre longtemps les faire</td> -<td class="num"><a href="#p108">118</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*On connat les bonnes sources dans la scheresse, et les bons amis dans l'adversit</td> -<td class="num"><a href="#p109">126</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les amis ont le naturel du melon, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p110">127</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Beaucoup de parents et peu d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p111">129</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le sort fait les parents, le choix fait les amis</td> -<td class="num"><a href="#p112">129</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Pluralit d'amis, nullit d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p113">136</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Avant de se faire des amis, il faut commencer devenir le sien</td> -<td class="num"><a href="#p114">137</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vieux amis et comptes nouveaux</td> -<td class="num"><a href="#p115">150</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les bons comptes font les bons a mis</td> -<td class="num"><a href="#p116">150</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Comptes clairs, amis chers</td> -<td class="num"><a href="#p117">151</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas compter avec ses amis</td> -<td class="num"><a href="#p118">151</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Entre amis tout doit tre commun</td> -<td class="num"><a href="#p119">152</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage</td> -<td class="num"><a href="#p120">152</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage</td> -<td class="num"><a href="#p121">153</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le pire de tous les pays est celui o l'on n'a pas d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p122">153</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui te conseille d'ter la confiance tes amis veut te tromper sans tmoins</td> -<td class="num"><a href="#p123">154</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut aimer ses amis avec leurs dfauts</td> -<td class="num"><a href="#p124">155</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis</td> -<td class="num"><a href="#p125">155</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne peut vivre sans amis</td> -<td class="num"><a href="#p126">156</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut louer tout bas ses amis</td> -<td class="num"><a href="#p127">157</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut dire la vrit ses amis</td> -<td class="num"><a href="#p128">158</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vieux amis, vieux cus</td> -<td class="num"><a href="#p129">159</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne saurait avoir trop d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p130">160</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amis de nos amis sont nos amis</td> -<td class="num"><a href="#p131">160</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mille amis c'est peu, un ennemi c'est beaucoup</td> -<td class="num"><a href="#p132">160</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mieux vaut amis en voie que deniers en courroie</td> -<td class="num"><a href="#p133">161</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il est bon d'avoir des amis partout</td> -<td class="num"><a href="#p134">162</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Avoir des amis en paradis et en enfer</td> -<td class="num"><a href="#p135">162</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les gens riches ont beaucoup d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p136">163</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les pauvres n'ont point d'amis</td> -<td class="num"><a href="#p137">163</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amis par intrt sont des hirondelles sur les toits</td> -<td class="num"><a href="#p138">163</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un homme mort n'a ni parents ni amis</td> -<td class="num"><a href="#p139">163</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne doit pas servir ses amis plats couverts</td> -<td class="num"><a href="#p140">164</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne doit pas se gner avec ses amis</td> -<td class="num"><a href="#p141">165</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Dieu me garde de mes amis, je me garderai de mes ennemis</td> -<td class="num"><a href="#p142">166</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amis sont les trsors des rois</td> -<td class="num"><a href="#p143">167</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents</td> -<td class="num"><a href="#p144">167</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu</td> -<td class="num"><a href="#p145">168</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas mettre ses amis tous les jours</td> -<td class="num"><a href="#p146">168</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut prouver les amis aux petites occasions, et les employer aux grandes</td> -<td class="num"><a href="#p147">169</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut choisir ses amis dans sa famille</td> -<td class="num"><a href="#p148">169</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amis sont du choix de l'homme, les parents sont du choix de Dieu</td> -<td class="num"><a href="#p149">173</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La table fait les amis</td> -<td class="num"><a href="#p150">178</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMITI.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Le malheur est la pierre de touche de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p151">126</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Compte et calcul entretiennent l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p152">151</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti compte par tonneaux, et le commerce par grains</td> -<td class="num"><a href="#p153">151</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la coupe de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p154">156</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti est plus ncessaire que le feu et l'eau</td> -<td class="num"><a href="#p155">156</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La sincrit est le sacrement de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p156">159</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bonne amiti est une autre parent</td> -<td class="num"><a href="#p157">170</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La vritable amiti ressemble la parent la plus rapproche</td> -<td class="num"><a href="#p158">170</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bonne amiti vaut mieux que parent</td> -<td class="num"><a href="#p159">171</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les couteaux coupent l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p160">173</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ne te fie pas l'amiti d'un bouffon</td> -<td class="num"><a href="#p161">174</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti est un pacte de sel</td> -<td class="num"><a href="#p162">175</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut que l'amiti nous trouve ou nous fasse gaux</td> -<td class="num"><a href="#p163">176</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti est la sympathie de deux mes gales</td> -<td class="num"><a href="#p164">176</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti disparat o l'galit cesse</td> -<td class="num"><a href="#p165">176</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La flatterie est le poison de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p166">176</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le plus bel ge de l'amiti est sa vieillesse</td> -<td class="num"><a href="#p167">177</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti est un plaisir qui s'accrot mesure qu'il vieillit</td> -<td class="num"><a href="#p168">177</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les petits prsents entretiennent l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p169">178</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La table est l'entremetteuse de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p170">178</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas laisser crotre l'herbe sur le chemin de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p171">179</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Visite rare accrot l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p172">180</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Des visites trop frquentes useraient l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p173">180</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti fait plus de bons mnages que l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p174">181</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti qui nat de l'amour vaut mieux que l'amour mme</td> -<td class="num"><a href="#p175">181</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti confie son secret, mais il chappe l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p176">182</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti rompue n'est jamais bien soude</td> -<td class="num"><a href="#p177">183</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amiti rompue ne se renoue pas sans que le nœud paraisse ou se sente</td> -<td class="num"><a href="#p178">183</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le respect et la dfrence sont les liens de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p179">183</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bonne amiti vaut mieux que tour fortifie</td> -<td class="num"><a href="#p180">183</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amiti doit se contracter frais communs</td> -<td class="num"><a href="#p181">184</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut dcoudre et non dchirer l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p182">185</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amiti de gendre</td> -<td class="num"><a href="#p183">185</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Amiti de gendre, soleil d'hiver</td> -<td class="num"><a href="#p184">185</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Amiti de brus et de gendres, lessives sans cendres</td> -<td class="num"><a href="#p185">185</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les amitis devraient tre immortelles, et mortelles les inimitis</td> -<td class="num"><a href="#p186">186</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMOUR.</td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour et la haine mettent un voile devant les yeux</td> -<td class="num"><a href="#p187">187</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine</td> -<td class="num"><a href="#p188">190</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour aprs la colre est plus agrable</td> -<td class="num"><a href="#p189">210</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour vient sans qu'on y pense</td> -<td class="num"><a href="#p190">216</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amour et mort, rien n'est plus fort</td> -<td class="num"><a href="#p191">217</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour fait perdre le repos et le repas</td> -<td class="num"><a href="#p192">217</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui a l'amour au cœur a l'peron aux flancs</td> -<td class="num"><a href="#p193">218</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour le plus parfait est le plus malheureux</td> -<td class="num"><a href="#p194">218</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En amours les apprentis en savent autant que les matres</td> -<td class="num"><a href="#p195">219</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour nat la premire vue</td> -<td class="num"><a href="#p196">219</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour nat du regard</td> -<td class="num"><a href="#p197">219</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le coup de foudre en amour</td> -<td class="num"><a href="#p198">220</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est une fivre au rebours</td> -<td class="num"><a href="#p199">220</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut tre fou en amour</td> -<td class="num"><a href="#p200">221</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Louange engendre amour</td> -<td class="num"><a href="#p201">221</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est la seule maladie dont on n'aime pas gurir</td> -<td class="num"><a href="#p202">222</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Beaux pleurs d'amour valent mieux que ses ris</td> -<td class="num"><a href="#p203">223</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est la clef du mrite et un tang de prouesses</td> -<td class="num"><a href="#p204">224</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'pi sans grain</td> -<td class="num"><a href="#p205">225</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour excite aux grandes prouesses</td> -<td class="num"><a href="#p206">225</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour fait les hros</td> -<td class="num"><a href="#p207">225</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est le revenu de la beaut</td> -<td class="num"><a href="#p208">226</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Courtoisie fait amour durer</td> -<td class="num"><a href="#p209">227</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En amour mieux vaut esprer que tenir</td> -<td class="num"><a href="#p210">227</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour ne peut rien refuser l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p211">228</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour galise toutes les conditions</td> -<td class="num"><a href="#p212">228</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour rapproche les distances</td> -<td class="num"><a href="#p213">229</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour et la crainte ne mangent pas la mme cuelle</td> -<td class="num"><a href="#p214">229</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amour et seigneurie ne souffrent compagnie</td> -<td class="num"><a href="#p215">230</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour et l'ambition ne souffrent point de compagnon</td> -<td class="num"><a href="#p216">230</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p217">231</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a point d'amour sans jalousie</td> -<td class="num"><a href="#p218">232</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La vraie jalousie fait toujours crotre l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p219">232</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La jalousie est la sœur de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p220">232</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La jalousie nat de l'amour, comme la cendre du feu, pour l'touffer</td> -<td class="num"><a href="#p221">232</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a pas d'amour sans esprance</td> -<td class="num"><a href="#p222">233</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Plus l'amour vient tard, plus il ard</td> -<td class="num"><a href="#p223">234</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour est comme la petite vrole, qui fait d'autant plus de mal qu'elle vient plus tard</td> -<td class="num"><a href="#p224">235</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Rien ne se rallume si vite que l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p225">235</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En amour, un bless gurit l'autre</td> -<td class="num"><a href="#p226">236</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et gurit</td> -<td class="num"><a href="#p227">236</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La petite oie de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p228">237</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est un grand matre</td> -<td class="num"><a href="#p229">238</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour est inventif</td> -<td class="num"><a href="#p230">238</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs</td> -<td class="num"><a href="#p231">239</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour te le deuil</td> -<td class="num"><a href="#p232">243</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En amour, trop n'est pas assez</td> -<td class="num"><a href="#p233">244</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Plus l'amour est nu, moins il a froid</td> -<td class="num"><a href="#p234">245</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui se prend avec amour, se quitte avec rage</td> -<td class="num"><a href="#p235">283</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des btes</td> -<td class="num"><a href="#p236">246</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour et la pauvret font mauvais mnage ensemble</td> -<td class="num"><a href="#p237">247</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Quand la pauvret entre par la porte, l'amour s'envole par la fentre</td> -<td class="num"><a href="#p238">247</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les lunettes sont des quittances d'amour</td> -<td class="num"><a href="#p239">248</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour ne loge point sous le toit de l'avarice</td> -<td class="num"><a href="#p240">250</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La faim fait oublier l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p241">250</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sans pain ni vin, l'amour est vain</td> -<td class="num"><a href="#p242">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Vive l'amour, mais que je dne</td> -<td class="num"><a href="#p243">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Vive l'amour aprs dner</td> -<td class="num"><a href="#p244">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aprs l'amour le repentir</td> -<td class="num"><a href="#p245">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On fait l'amour, et, quand l'amour est fait, c'est une autre paire de manches</td> -<td class="num"><a href="#p246">252</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vieil amour, vieille prison</td> -<td class="num"><a href="#p247">253</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour meurt rarement de mort subite</td> -<td class="num"><a href="#p248">254</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a qu'un pas de l'amour la dvotion</td> -<td class="num"><a href="#p249">255</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir</td> -<td class="num"><a href="#p250">256</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le temps et non la volont met fin l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p251">255</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un nouvel amour en remplace un ancien, comme un clou chasse l'autre</td> -<td class="num"><a href="#p252">256</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p253">258</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le succs trop facile rend l'amour mprisable</td> -<td class="num"><a href="#p254">259</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour apprend les nes danser</td> -<td class="num"><a href="#p255">259</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour porte avec soi la musique</td> -<td class="num"><a href="#p256">260</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour enseigne la musique</td> -<td class="num"><a href="#p257">260</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Amour engendre posie</td> -<td class="num"><a href="#p258">260</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est comme un flambeau, plus il est agit, plus il brle</td> -<td class="num"><a href="#p259">260</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour et la gale ne se peuvent cacher</td> -<td class="num"><a href="#p260">263</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour et la toux ne se peuvent celer</td> -<td class="num"><a href="#p261">263</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour et le musc ne peuvent rester ignors</td> -<td class="num"><a href="#p262">263</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La pauvret et l'amour sont difficiles cacher</td> -<td class="num"><a href="#p263">263</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour divulgu est rarement de dure</td> -<td class="num"><a href="#p264">264</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le secret est la garde la plus assure de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p265">264</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Secret, vin et amour ne valent rien, quand ils sont vents</td> -<td class="num"><a href="#p266">264</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est le frre de la guerre</td> -<td class="num"><a href="#p267">265</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est le frre de la haine</td> -<td class="num"><a href="#p268">266</a></td></tr> -<tr><td class="drap">A battre faut l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p269">267</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Heureux au jeu, malheureux en amour</td> -<td class="num"><a href="#p270">269</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Malheureux au jeu, heureux en amour</td> -<td class="num"><a href="#p271">270</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Filer le parfait amour</td> -<td class="num"><a href="#p272">270</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour se paye par l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p273">270</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Plus il y a paroles en amour et moins y sied</td> -<td class="num"><a href="#p274">271</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour s'introduit sous le nom de l'amiti</td> -<td class="num"><a href="#p275">271</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un sot va plus vite et plus loin en amour qu'un homme d'esprit</td> -<td class="num"><a href="#p276">273</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est de tous les ges</td> -<td class="num"><a href="#p277">274</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour fait les vieilles trotter</td> -<td class="num"><a href="#p278">274</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour est roi des jeunes gens et tyran des vieillards</td> -<td class="num"><a href="#p279">275</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour sied bien aux jeunes gens, et dshonore les vieillards</td> -<td class="num"><a href="#p280">275</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Lorsqu'un vieux fait l'amour, la mort court l'entour</td> -<td class="num"><a href="#p281">277</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vieillard qui fait l'amour, est un agonisant en chemise de noces</td> -<td class="num"><a href="#p282">277</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amour se nourrit de jeune chair</td> -<td class="num"><a href="#p283">277</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour n'a point de rgle</td> -<td class="num"><a href="#p284">278</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le plaisir est le tombeau de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p285">279</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le plaisir est fils de l'amour, mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son pre</td> -<td class="num"><a href="#p286">279</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p287">284</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour des parents descend, et ne remonte pas</td> -<td class="num"><a href="#p288">279</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le cœur d'une mre est le miracle de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p289">280</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Tendresse maternelle toujours se renouvelle</td> -<td class="num"><a href="#p290">282</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Amour de mre est toujours nouveau</td> -<td class="num"><a href="#p291">283</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Donner le gage d'amour sans fin</td> -<td class="num"><a href="#p292">368</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les plus parfaites amours russissent le moins</td> -<td class="num"><a href="#p293">218</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Vieilles amours et vieux tisons s'allument en toutes saisons</td> -<td class="num"><a href="#p294">235</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les amours s'en vont, et les douleurs demeurent</td> -<td class="num"><a href="#p295">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Froides mains, chaudes amours</td> -<td class="num"><a href="#p296">283</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Chaudes mains, froides amours</td> -<td class="num"><a href="#p297">283</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amours qui commencent par anneaux finissent souvent par couteaux</td> -<td class="num"><a href="#p298">283</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a point de laides amours</td> -<td class="num"><a href="#p299">284</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a point de belle prison ni de laides amours</td> -<td class="num"><a href="#p300">286</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a point d'ternelles amours ni de flicit parfaite</td> -<td class="num"><a href="#p301">286</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On revient toujours ses premires amours</td> -<td class="num"><a href="#p302">286</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Que la nuit me prenne l o sont mes amours!</td> -<td class="num"><a href="#p303">287</a></td></tr> -<tr><td class="drap">D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours, pour un plaisir mille douleurs</td> -<td class="num"><a href="#p304">288</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour et le mdecin</td> -<td class="num"><a href="#p305">305</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMOURETTE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*La manche est signal d'amourette</td> -<td class="num"><a href="#p306">253</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sont aussi bien amourettes, sous bureaux comme sous brunettes</td> -<td class="num"><a href="#p307">289</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">AMOUREUX.</td></tr> -<tr><td class="drap">Un amoureux est toujours craintif</td> -<td class="num"><a href="#p308">289</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amoureux transi</td> -<td class="num"><a href="#p309">290</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Amoureux des onze mille vierges</td> -<td class="num"><a href="#p310">291</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le riche s'attriste pendant que l'amoureux danse</td> -<td class="num"><a href="#p311">293</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les tisons relevs chassent les amoureux</td> -<td class="num"><a href="#p312">293</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">ANE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Quand il n'y a pas de foin au rtelier, les nes se battent</td> -<td class="num"><a href="#p313">248</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">ARISTOTE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Faire le cheval d'Aristote</td> -<td class="num"><a href="#p314">242</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">BEAU.</td></tr> -<tr><td class="drap">*L'objet qu'on aime est toujours beau</td> -<td class="num"><a href="#p315">284</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agre</td> -<td class="num"><a href="#p316">284</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">BELLE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Les belles ne sont pas pour les beaux</td> -<td class="num"><a href="#p317">215</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ce ne sont pas les plus belles qui font les grandes passions</td> -<td class="num"><a href="#p318">215</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">BOIS.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Le bois sec brle mieux que le bois vert</td> -<td class="num"><a href="#p319">235</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bois vert se consume en fume, bois vieux ne fait plus de chaleur</td> -<td class="num"><a href="#p320">334</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">CATHERINE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Rester pour coiffer sainte Catherine</td> -<td class="num"><a href="#p321">388</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">CLADON.</td></tr> -<tr><td class="drap">C'est un Cladon</td> -<td class="num"><a href="#p322">295</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">CHANDELLE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*De nuit, la chandelle, l'nesse parat demoiselle marier</td> -<td class="num"><a href="#p323">61</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Belle la chandelle</td> -<td class="num"><a href="#p324">61</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Allumer la chandelle quatre cornes</td> -<td class="num"><a href="#p325">341</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">CHAT.</td></tr> -<tr><td class="drap">La nuit, tous les chats sont gris</td> -<td class="num"><a href="#p326">61</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">CŒUR.</td></tr> -<tr><td class="drap">Cœur oublie ce qu'œil ne voit</td> -<td class="num"><a href="#p327">205</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Loin des yeux et loin du cœur</td> -<td class="num"><a href="#p328">205</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les yeux sont messagers du cœur</td> -<td class="num"><a href="#p329">205</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le cœur ne vieillit pas</td> -<td class="num"><a href="#p330">206</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le cœur n'a point de rides</td> -<td class="num"><a href="#p331">206</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le cœur d'un pre est dans son fils, le cœur d'un fils est dans la pierre</td> -<td class="num"><a href="#p332">280</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">COUVADE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Faire la couvade</td> -<td class="num"><a href="#p333">59</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">POUSAILLES.</td></tr> -<tr><td class="drap">*La messe des pousailles est une extrme-onction</td> -<td class="num"><a href="#p334">313</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">POUX.</td></tr> -<tr><td class="drap">Les poux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler</td> -<td class="num"><a href="#p335">384</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une jeune pouse veut tre choye comme la femme d'un prtre russe</td> -<td class="num"><a href="#p336">385</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les poux trop ardents sont comme deux tisons qui se consument vite l'un l'autre, quand ils sont rapprochs</td> -<td class="num"><a href="#p337">386</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">ESCARGOT.</td></tr> -<tr><td class="drap">*L'escargot, pour se dlivrer d'inquitude, changea ses yeux contre des cornes</td> -<td class="num"><a href="#p338">372</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FEMME.</td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut trente qualits une femme pour tre parfaitement belle</td> -<td class="num"><a href="#p339">1</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut choisir une femme avec les oreilles plutt qu'avec les yeux</td> -<td class="num"><a href="#p340">2</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La femme sage et pudique a une grce au-dessus de toute grce</td> -<td class="num"><a href="#p341">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Maison faite et femme faire</td> -<td class="num"><a href="#p342">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Cheval fait et femme faire</td> -<td class="num"><a href="#p343">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut tre le compagnon et non le matre de sa femme</td> -<td class="num"><a href="#p344">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La nature a soumis la femme l'homme, mais la nature ne connat point d'esclaves</td> -<td class="num"><a href="#p345">4</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Rien n'est meilleur qu'une bonne femme</td> -<td class="num"><a href="#p346">5</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Une bonne femme est le plus grand bienfait de la Providence</td> -<td class="num"><a href="#p347">5</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui a trouv une bonne femme a trouv le bien par excellence</td> -<td class="num"><a href="#p348">6</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Heureux le mari d'une bonne femme, car le nombre de ses annes est doubl</td> -<td class="num"><a href="#p349">6</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La femme est un mets digne des dieux, quand le diable ne l'assaisonne pas</td> -<td class="num"><a href="#p350">6</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui de femme honnte est spar, d'un don divin est priv</td> -<td class="num"><a href="#p351">6</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La bonne conduite de la femme est un don de Dieu</td> -<td class="num"><a href="#p352">6</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme fait la maison</td> -<td class="num"><a href="#p353">7</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme fait ou dfait la maison</td> -<td class="num"><a href="#p354">7</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La plus honnte femme est celle dont on parle le moins</td> -<td class="num"><a href="#p355">7</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La femme la mieux loue est celle dont on ne parle pas</td> -<td class="num"><a href="#p356">8</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Cette femme fait parler d'elle</td> -<td class="num"><a href="#p357">8</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La bonne femme n'est jamais oisive</td> -<td class="num"><a href="#p358">9</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le phnix est une femme oisive et sage la fois</td> -<td class="num"><a href="#p359">9</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Prends le premier conseil d'une femme, et non le second</td> -<td class="num"><a href="#p360">11</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Si la raison de l'homme vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu</td> -<td class="num"><a href="#p361">11</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ce que femme veut, Dieu le veut</td> -<td class="num"><a href="#p362">12</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'est plus fort lien que de femme</td> -<td class="num"><a href="#p363">13</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a</td> -<td class="num"><a href="#p364">13</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'est attention que de vieille femme</td> -<td class="num"><a href="#p365">14</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est toujours femme</td> -<td class="num"><a href="#p366">15</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile</td> -<td class="num"><a href="#p367">16</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Foi de femme est plume sur l'eau</td> -<td class="num"><a href="#p368">16</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ne vous fiez pas aux promesses de la femme, car son cœur a t fait tel que la roue qui tourne</td> -<td class="num"><a href="#p369">17</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Amiti des grands, soleil d'hiver et serments d'une femme, sont trois choses qui n'ont pas de dure</td> -<td class="num"><a href="#p370">17</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui prend l'anguille par la queue et la femme par la parole peut dire qu'il ne tient rien</td> -<td class="num"><a href="#p371">17</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut btir que des chteaux en Espagne</td> -<td class="num"><a href="#p372">18</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas se fier femme morte</td> -<td class="num"><a href="#p373">18</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Si la femme tait aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne</td> -<td class="num"><a href="#p374">19</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut</td> -<td class="num"><a href="#p375">19</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Larmes de femme, assaisonnement de malice</td> -<td class="num"><a href="#p376">19</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Caresses de femme, caresses de chatte</td> -<td class="num"><a href="#p377">20</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Rien de plus dangereux qu'une femme qui emploie les caresses</td> -<td class="num"><a href="#p378">20</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme sait un art avant le diable</td> -<td class="num"><a href="#p379">21</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Jamais femme n'a gt sa cause par son silence</td> -<td class="num"><a href="#p380">21</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'homme est de feu, la femme d'toupe, le diable vient qui souffle</td> -<td class="num"><a href="#p381">21</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ce que diable ne peut, femme le fait</td> -<td class="num"><a href="#p382">22</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage</td> -<td class="num"><a href="#p383">23</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est une araigne</td> -<td class="num"><a href="#p384">23</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'œil de la femme est une araigne</td> -<td class="num"><a href="#p385">24</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te rveiller</td> -<td class="num"><a href="#p386">24</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Que celui qui ne sait se donner d'occupation prenne femme</td> -<td class="num"><a href="#p387">24</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme</td> -<td class="num"><a href="#p388">24</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une bonne femme est une mauvaise bte</td> -<td class="num"><a href="#p389">26</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bonne femme, mauvaise tte; bonne mule, mauvaise bte</td> -<td class="num"><a href="#p390">26</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Bonne femme et bonne mule, deux mauvaises btes</td> -<td class="num"><a href="#p391">26</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme ne doit pas apporter de tte dans le mnage</td> -<td class="num"><a href="#p392">27</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme ne doit pas avoir une tte elle</td> -<td class="num"><a href="#p393">27</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Heureux mnage quand la femme est sans volont, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p394">28</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La bonne femme est celle qui n'a point de tte</td> -<td class="num"><a href="#p395">28</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le cerveau de la femme est fait de crme de singe et de fromage de renard</td> -<td class="num"><a href="#p396">29</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Corps de femme et tte de diable</td> -<td class="num"><a href="#p397">30</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme et la poule se perdent pour trop courir</td> -<td class="num"><a href="#p398">31</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La femme doit tre sdentaire</td> -<td class="num"><a href="#p399">31</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Temps pommel et femme farde ne sont pas de longue dure</td> -<td class="num"><a href="#p400">32</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Soleil qui luisarne au matin, enfant qui est nourri de vin et femme qui parle latin, ne viennent pas bonne fin</td> -<td class="num"><a href="#p401">33</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Jamais habile femme ne mourut sans hritier</td> -<td class="num"><a href="#p402">35</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui femme a, noise a</td> -<td class="num"><a href="#p403">36</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Un mari ne connat pas assez sa femme pour en parler, une femme connat trop bien son mari pour s'en taire</td> -<td class="num"><a href="#p404">36</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme querelleuse est pire que le diable</td> -<td class="num"><a href="#p405">37</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne peut avoir en mme temps femme et bnfice</td> -<td class="num"><a href="#p406">37</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Rien n'est pire qu'une mchante femme</td> -<td class="num"><a href="#p407">38</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut craindre sa femme et le tonnerre</td> -<td class="num"><a href="#p408">39</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Il n'y a pas de colre qui surpasse la colre de la femme</td> -<td class="num"><a href="#p409">39</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est un mal ncessaire</td> -<td class="num"><a href="#p410">39</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femme barbue, de loin la salue, un bton la main</td> -<td class="num"><a href="#p411">40</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne</td> -<td class="num"><a href="#p412">41</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une femme ne cle que ce qu'elle ne sait pas</td> -<td class="num"><a href="#p413">42</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Si ta femme est mauvaise, mfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie rien</td> -<td class="num"><a href="#p414">42</a></td></tr> -<tr><td class="drap">A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt</td> -<td class="num"><a href="#p415">42</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*A qui perd sa femme et un denier, c'est grand dommage de l'argent</td> -<td class="num"><a href="#p416">43</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Deuil de femme morte dure jusqu' la porte</td> -<td class="num"><a href="#p417">43</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ci-gt ma femme; ah! qu'elle est bien, pour son repos et pour le mien</td> -<td class="num"><a href="#p418">43</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La chandelle se brle, et cette femme ne meurt point</td> -<td class="num"><a href="#p419">44</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie</td> -<td class="num"><a href="#p420">44</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer</td> -<td class="num"><a href="#p421">45</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Battre sa femme ne lui te folle pense</td> -<td class="num"><a href="#p422">48</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Celui qui frappe sa femme est comme celui qui frappe un sac de farine, le bon s'en va et le mauvais reste</td> -<td class="num"><a href="#p423">48</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut toujours que la femme commande</td> -<td class="num"><a href="#p424">48</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femme veut en toute saison tre matresse en sa maison</td> -<td class="num"><a href="#p425">49</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme veut porter la culotte</td> -<td class="num"><a href="#p426">51</a></td></tr> -<tr><td class="drap">tre sous la pantoufle de sa femme</td> -<td class="num"><a href="#p427">54</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Pour faire mentir une femme coup sr, il n'y a qu' lui demander son ge</td> -<td class="num"><a href="#p428">57</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Servez monsieur Godard! sa femme est en couches</td> -<td class="num"><a href="#p429">59</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La nuit, il n'y a point de femme laide</td> -<td class="num"><a href="#p430">61</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Jeter le mouchoir une femme</td> -<td class="num"><a href="#p431">62</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme de Csar ne doit pas mme tre souponne</td> -<td class="num"><a href="#p432">63</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut prter ni son pe, ni son chien, ni sa femme</td> -<td class="num"><a href="#p433">64</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme</td> -<td class="num"><a href="#p434">65</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est la moiti de l'homme</td> -<td class="num"><a href="#p435">65</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Dame qui moult se mire, peu file</td> -<td class="num"><a href="#p436">67</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Plus la femme mire sa mine, plus sa maison elle mine</td> -<td class="num"><a href="#p437">67</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme perd l'homme</td> -<td class="num"><a href="#p438">68</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'homme perd la femme</td> -<td class="num"><a href="#p439">70</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une matresse est reine, une femme est esclave</td> -<td class="num"><a href="#p440">73</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une femme et un almanach ne valent que pour une anne</td> -<td class="num"><a href="#p441">73</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui sa femme n'honore, lui-mme se dshonore</td> -<td class="num"><a href="#p442">75</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On peut compter sur la fidlit de son chien jusqu'au dernier moment, sur celle de sa femme jusqu' la premire occasion</td> -<td class="num"><a href="#p443">75</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme a t faite pour l'homme, non l'homme pour la femme</td> -<td class="num"><a href="#p444">77</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est un tre qui s'habille, babille et se dshabille</td> -<td class="num"><a href="#p445">79</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femme est mre de tout dommage, tout mal en vient et toute rage</td> -<td class="num"><a href="#p446">79</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Une femme est comme votre ombre: suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle suit</td> -<td class="num"><a href="#p447">81</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant</td> -<td class="num"><a href="#p448">81</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir t marie trop tard</td> -<td class="num"><a href="#p449">370</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Dites une fois une femme qu'elle est jolie, le diable le lui rptera dix fois par jour</td> -<td class="num"><a href="#p450">83</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme</td> -<td class="num"><a href="#p451">84</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur de cire</td> -<td class="num"><a href="#p452">84</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Quand une femme prend cong de la compagnie, sa visite n'est encore faite qu' moiti</td> -<td class="num"><a href="#p453">85</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La femme est le savon de l'homme</td> -<td class="num"><a href="#p454">85</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La femme est une savonnette vilain</td> -<td class="num"><a href="#p455">86</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui croit sa femme se trompe, qui ne la croit pas est tromp</td> -<td class="num"><a href="#p456">100</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*A femme trpasse, il faut tuer la langue en particulier</td> -<td class="num"><a href="#p457">108</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*On tire plus de choses avec un cheveu de femme qu'avec six chevaux bien vigoureux</td> -<td class="num"><a href="#p458">200</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Il faut descendre un degr pour prendre une femme, et en monter un pour faire un ami</td> -<td class="num"><a href="#p459">327</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Deux bons jours l'homme sur terre: quand il prend femme, et qu'il l'enterre</td> -<td class="num"><a href="#p460">360</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut faire carme-prenant avec sa femme, et Pques avec son cur</td> -<td class="num"><a href="#p461">378</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal lchs</td> -<td class="num"><a href="#p462">87</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes font les hommes</td> -<td class="num"><a href="#p463">87</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sans les femmes, les deux extrmits de la vie seraient sans secours et le milieu sans plaisir</td> -<td class="num"><a href="#p464">89</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes ont l'œil amricain</td> -<td class="num"><a href="#p465">90</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs</td> -<td class="num"><a href="#p466">91</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines</td> -<td class="num"><a href="#p467">92</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femmes et chevaux, il n'y en a point sans dfauts</td> -<td class="num"><a href="#p468">94</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes sont trop douces, il faut les saler</td> -<td class="num"><a href="#p469">94</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis des femmes</td> -<td class="num"><a href="#p470">95</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes ont des souris la bouche et des rats dans la tte</td> -<td class="num"><a href="#p471">96</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernires rsolutions les plus dangereuses</td> -<td class="num"><a href="#p472">11</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Le diable assoupit rarement les mensonges des femmes dans la fosse</td> -<td class="num"><a href="#p473">18</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p474">20</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les femmes sont semblables au crocodile, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p475">20</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les bonnes femmes sont toutes au cimetire</td> -<td class="num"><a href="#p476">26</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les chiens ont sept espces de rage, les femmes en ont mille</td> -<td class="num"><a href="#p477">38</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles qu'elles veulent tre</td> -<td class="num"><a href="#p478">97</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'amour des femmes tue le courage des plus braves</td> -<td class="num"><a href="#p479">98</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'amour des femmes tue la sagesse</td> -<td class="num"><a href="#p480">98</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes sont toutes fausses comme des jetons</td> -<td class="num"><a href="#p481">99</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la vrit ceux qui ne les croient pas</td> -<td class="num"><a href="#p482">99</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La vieillesse est l'enfer des femmes</td> -<td class="num"><a href="#p483">100</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes sont comme les nigmes, qui ne plaisent plus quand on les a devines</td> -<td class="num"><a href="#p484">101</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes sont comme les paons, dont les plumes deviennent plus belles en vieillissant</td> -<td class="num"><a href="#p485">101</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-griches dans leur domestique, des colombes dans le tte--tte</td> -<td class="num"><a href="#p486">102</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes qui sont anges l'glise sont diables la maison</td> -<td class="num"><a href="#p487">103</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vides chambres font femmes folles</td> -<td class="num"><a href="#p488">103</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Femmes folles de leur corps</td> -<td class="num"><a href="#p489">103</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les dames la grand'gorge</td> -<td class="num"><a href="#p490">103</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Trois femmes font un march</td> -<td class="num"><a href="#p491">105</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Trois femmes et une oie font un march</td> -<td class="num"><a href="#p492">105</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Deux femmes font un plaid, trois un grand caquet, quatre un plein march</td> -<td class="num"><a href="#p493">105</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Femmes sont faites de langue comme renards de queue</td> -<td class="num"><a href="#p494">105</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La langue des femmes crot de tout ce qu'elles tent leurs pieds</td> -<td class="num"><a href="#p495">106</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes ont des langues de la Pentecte</td> -<td class="num"><a href="#p496">106</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La langue des femmes est leur pe, et elles ne la laissent pas rouiller</td> -<td class="num"><a href="#p497">106</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les femmes portent l'pe dans la bouche; c'est pourquoi il faut frapper sur la gane</td> -<td class="num"><a href="#p498">107</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La langue des femmes ne se tait pas, mme lorsqu'elle est coupe</td> -<td class="num"><a href="#p499">108</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Femmes ne sont pas gens</td> -<td class="num"><a href="#p500">109</a></td></tr> -<tr><td class="drap">De ce qu'on dit des femmes il ne faut croire que la moiti</td> -<td class="num"><a href="#p501">110</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Si les femmes taient d'argent, elles ne vaudraient rien faire monnaie</td> -<td class="num"><a href="#p502">111</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes qui ont donn leur farine veulent vendre leur son</td> -<td class="num"><a href="#p503">112</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il y a peu d'honntes femmes qui ne soient lasses de leur mtier</td> -<td class="num"><a href="#p504">113</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une femme est belle</td> -<td class="num"><a href="#p505">114</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les femmes n'ont que l'ge qu'elles paraissent avoir</td> -<td class="num"><a href="#p506">115</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On ne saurait dire des femmes ce qui en est</td> -<td class="num"><a href="#p507">115</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les femmes se laissent prendre la louange comme les alouettes au miroir</td> -<td class="num"><a href="#p508">221</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les femmes sont nos matresses dans la jeunesse, nos compagnes dans l'ge mr, et nos nourrices dans la vieillesse</td> -<td class="num"><a href="#p509">333</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FEU.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui n'est pas en feu n'enflamme point</td> -<td class="num"><a href="#p510">189</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FIANAILLES.</td></tr> -<tr><td class="drap">Fianailles chevauchent en selle, et repentirs en croupe</td> -<td class="num"><a href="#p511">357</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Boire le vin des fianailles</td> -<td class="num"><a href="#p512">358</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FIANC.</td></tr> -<tr><td class="drap">Boire comme un fianc</td> -<td class="num"><a href="#p513">358</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FIANCER.</td></tr> -<tr><td class="drap">Tel fiance qui n'pouse pas</td> -<td class="num"><a href="#p514">35</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FILLE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Fille honnte et morigne est assez riche et bien dote</td> -<td class="num"><a href="#p515">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Une fille est assez noble et assez riche si elle est chaste, modeste et vertueuse</td> -<td class="num"><a href="#p516">3</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La plus belle fille ne peut donner que ce qu'elle a</td> -<td class="num"><a href="#p517">13</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Jeune fille avec jeune fieu, c'est mariage du bon Dieu</td> -<td class="num"><a href="#p518">320</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Bailler ou donner le chapelet une fille</td> -<td class="num"><a href="#p519">339</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Fille, pour son honneur garder, ne doit ni prendre ni donner</td> -<td class="num"><a href="#p520">41</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mieux vaudrait tenir un panier de souris qu'une fille de vingt ans</td> -<td class="num"><a href="#p521">25</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Fille fiance n'est ni prise ni laisse</td> -<td class="num"><a href="#p522">357</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Fille fiance n'est pas marie</td> -<td class="num"><a href="#p523">357</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un homme riche n'est jamais trop vieux pour tre le mari d'une jeune fille</td> -<td class="num"><a href="#p524">376</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les vieilles filles conduisent les singes en enfer</td> -<td class="num"><a href="#p525">389</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">FLEURETTES.</td></tr> -<tr><td class="drap">Conter fleurettes</td> -<td class="num"><a href="#p526">298</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">GENDRE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui trouve un bon gendre gagne un fils, qui en trouve un mauvais perd une fille</td> -<td class="num"><a href="#p527">186</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">LUNE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Dcrocher la lune</td> -<td class="num"><a href="#p528">209</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La lune de miel</td> -<td class="num"><a href="#p529">384</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*tre n la quatrime lune</td> -<td class="num"><a href="#p530">383</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MAIN.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Ne touche pas plusieurs dans la main</td> -<td class="num"><a href="#p531">136</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de pair en se donnant la main</td> -<td class="num"><a href="#p532">229</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MALADIE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a pas de maladie plus cruelle que de n'tre pas content de son sort</td> -<td class="num"><a href="#p533">122</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MARI.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Ce n'est rien, c'est mon mari que l'on tue</td> -<td class="num"><a href="#p534">44</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Pour faire un bon mnage, il faut que le mari soit sourd et la femme aveugle</td> -<td class="num"><a href="#p535">311</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Aujourd'hui mari, demain marri</td> -<td class="num"><a href="#p536">366</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un mari est toujours le dernier instruit, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p537">370</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un mari doit se faire annoncer quand il rentre chez lui</td> -<td class="num"><a href="#p538">373</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Sers ton mari comme ton matre, et t'en garde comme d'un tratre</td> -<td class="num"><a href="#p539">374</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mieux vaut un mari sans amour qu'un mari jaloux</td> -<td class="num"><a href="#p540">375</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mieux vaut un vieux mari que point de mari</td> -<td class="num"><a href="#p541">376</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le bon mari fait la bonne femme, et la bonne femme fait le bon mari</td> -<td class="num"><a href="#p542">378</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Jamais maris, toujours amants</td> -<td class="num"><a href="#p543">367</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les anciens mauvais sujets font les meilleurs maris</td> -<td class="num"><a href="#p544">379</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette</td> -<td class="num"><a href="#p545">380</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Tous les maris contents danseraient sur le cul d'un verre</td> -<td class="num"><a href="#p546">380</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Tous les maris ont besoin d'aller Saint-Raboni</td> -<td class="num"><a href="#p547">380</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les boiteux sont de bons maris</td> -<td class="num"><a href="#p548">381</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les maris et les amants voient souvent la lune gauche</td> -<td class="num"><a href="#p549">382</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MARIAGE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est une loterie</td> -<td class="num"><a href="#p550">307</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est le plus grand des biens et des maux</td> -<td class="num"><a href="#p551">309</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En mariage il y a fort lien</td> -<td class="num"><a href="#p552">310</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un bon mariage se fait d'un mari sourd et d'une femme aveugle</td> -<td class="num"><a href="#p553">311</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mariage et pnitence ne font qu'un</td> -<td class="num"><a href="#p554">312</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Tout trait de mariage porte son testament</td> -<td class="num"><a href="#p555">312</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe</td> -<td class="num"><a href="#p556">313</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p557">314</a></td></tr> -<tr><td class="drap">En mariage, trompe qui peut</td> -<td class="num"><a href="#p558">314</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est comme une forteresse assige, etc.</td> -<td class="num"><a href="#p559">315</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les quinze joies de mariage</td> -<td class="num"><a href="#p560">316</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est le tombeau de l'amour</td> -<td class="num"><a href="#p561">316</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage est un enfer o le sacrement nous mne sans pch mortel</td> -<td class="num"><a href="#p562">318</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il n'y a point de mariage dans le paradis</td> -<td class="num"><a href="#p563">319</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Il y a dans le sjour des bienheureux beaucoup d'amour et point de mariage</td> -<td class="num"><a href="#p564">319</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le mariage n'empche point d'aimer ailleurs</td> -<td class="num"><a href="#p565">319</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Homme vieux avec jeune femme, mariage de Notre-Dame</td> -<td class="num"><a href="#p566">321</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Vieille femme et jeune garon c'est mariage de dmon</td> -<td class="num"><a href="#p567">321</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mariage d'pervier, la femelle vaut mieux que le mle</td> -<td class="num"><a href="#p568">321</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mariage de Jean des vignes, tant tenu, tant pay</td> -<td class="num"><a href="#p569">321</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mariage du treizime arrondissement</td> -<td class="num"><a href="#p570">322</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Boire, manger, coucher ensemble, c'est mariage, ce me semble</td> -<td class="num"><a href="#p571">322</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mariage de bohmes</td> -<td class="num"><a href="#p572">322</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un bon mariage est difficile faire, mme en peinture</td> -<td class="num"><a href="#p573">323</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Un bon mariage rpare tout</td> -<td class="num"><a href="#p574">325</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Mariage et pendaison vont au gr de la destine</td> -<td class="num"><a href="#p575">328</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mariage prompt, regret long</td> -<td class="num"><a href="#p576">342</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Celui qui est li par le mariage n'est plus libre</td> -<td class="num"><a href="#p577">350</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Mariage et malheur tout en un jour</td> -<td class="num"><a href="#p578">366</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Avant le mariage tu cries Io, et aprs tu cries Iahu</td> -<td class="num"><a href="#p579">366</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les meilleurs mariages se font entre pareils</td> -<td class="num"><a href="#p580">326</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*La premire lune aprs le mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d'absinthe</td> -<td class="num"><a href="#p581">384</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La mme anne vit natre le mariage d'inclination et le repentir</td> -<td class="num"><a href="#p582">325</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les mariages sont crits dans le ciel</td> -<td class="num"><a href="#p583">327</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre</td> -<td class="num"><a href="#p584">327</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Anne de noisettes, anne de mariages</td> -<td class="num"><a href="#p585">328</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MARIER.</td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier pour les yeux</td> -<td class="num"><a href="#p586">2</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Ma mre, qu'est-ce que se marier?—Ma fille, c'est filer, enfanter et pleurer</td> -<td class="num"><a href="#p587">330</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il est trop tt pour se marier quand on est jeune et trop tard quand on est vieux</td> -<td class="num"><a href="#p588">332</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut se marier ni trop tt ni trop tard</td> -<td class="num"><a href="#p589">333</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui va loin se marier sera tromp ou veut tromper</td> -<td class="num"><a href="#p590">335</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Avant de te marier, aie maison pour habiter</td> -<td class="num"><a href="#p591">335</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dner et la femme de quoi souper</td> -<td class="num"><a href="#p592">336</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il faut se marier en face de l'glise</td> -<td class="num"><a href="#p593">337</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne faut pas se marier pour la premire nuit de ses noces</td> -<td class="num"><a href="#p594">339</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Qui recule trop se marier, il s'avance d'tre sot</td> -<td class="num"><a href="#p595">356</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui se marie la hte se repent loisir</td> -<td class="num"><a href="#p596">342</a></td></tr> -<tr><td class="drap">On se marie pour soi</td> -<td class="num"><a href="#p597">343</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le jour o l'on se marie est le lendemain du bon temps</td> -<td class="num"><a href="#p598">345</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui se marie fait bien, qui ne se marie pas fait mieux</td> -<td class="num"><a href="#p599">346</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qu'on se marie ou non, l'on a toujours s'en repentir</td> -<td class="num"><a href="#p600">347</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui se marie par amour a bonnes nuits et mauvais jours</td> -<td class="num"><a href="#p601">349</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui se marie se met la corde au cou</td> -<td class="num"><a href="#p602">350</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Qui se marie s'achemine faire pnitence</td> -<td class="num"><a href="#p603">350</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Marie ton fils quand tu voudras, ta fille quand tu pourras</td> -<td class="num"><a href="#p604">351</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Marie ta fille, et tu auras fait une grande affaire</td> -<td class="num"><a href="#p605">351</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Marie ta fille quand elle en a envie, et ton fils quand l'occasion s'en prsente</td> -<td class="num"><a href="#p606">352</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Marie ton fils Paris</td> -<td class="num"><a href="#p607">352</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Marie ta fille en Normandie</td> -<td class="num"><a href="#p608">352</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Nul ne se marie qui ne s'en repente</td> -<td class="num"><a href="#p609">353</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Saint Nicolas marie les filles avec les gaz</td> -<td class="num"><a href="#p610">355</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Celui qui se marie trop tard se marie pour ses voisins</td> -<td class="num"><a href="#p611">356</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*L'homme et la femme qui se marient mettent la main dans un sac o sont dix couleuvres et une anguille</td> -<td class="num"><a href="#p612">307</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Pour peu qu'on soit mari, on l'est beaucoup</td> -<td class="num"><a href="#p613">311</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Aujourd'hui mari, demain marri</td> -<td class="num"><a href="#p614">366</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il sera mari cette anne</td> -<td class="num"><a href="#p615">366</a></td></tr> -<tr><td class="drap">L'homme mari est un oiseau en cage</td> -<td class="num"><a href="#p616">367</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Les maris auront la vigne de l'abb</td> -<td class="num"><a href="#p617">368</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Dnouer la jarretire de la marie</td> -<td class="num"><a href="#p618">368</a></td></tr> -<tr><td class="drap">La marie n'a pour dot qu'un chapeau de roses</td> -<td class="num"><a href="#p619">369</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">MISRE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Prendre le collier de misre</td> -<td class="num"><a href="#p620">340</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">NOCES.</td></tr> -<tr><td class="drap">C'est pain de noces</td> -<td class="num"><a href="#p621">361</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Le pain de noces cote cher qui le mange</td> -<td class="num"><a href="#p622">361</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Pain de noces, chair de pige vautour</td> -<td class="num"><a href="#p623">361</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Noces de mai, noces mortelles</td> -<td class="num"><a href="#p624">362</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Noces rchauffes</td> -<td class="num"><a href="#p625">364</a></td></tr> -<tr><td class="drap">Il ne s'est jamais trouv pareilles noces</td> -<td class="num"><a href="#p626">364</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Les noces remplissent la terre, la virginit remplit le ciel</td> -<td class="num"><a href="#p627">319</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">OISEAU.</td></tr> -<tr><td class="drap">C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid</td> -<td class="num"><a href="#p628">75</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">POULE.</td></tr> -<tr><td class="drap">La poule ne doit pas chanter devant le coq</td> -<td class="num"><a href="#p629">54</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Quand la poule veut chanter comme le coq, il faut lui couper la gorge</td> -<td class="num"><a href="#p630">55</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Poule qui chante le bguey annonce la mort de sa matresse ou la sienne</td> -<td class="num"><a href="#p631">56</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">ROSE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Dcouvrir le pot aux roses</td> -<td class="num"><a href="#p632">296</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Ceci est dit sous la rose</td> -<td class="num"><a href="#p633">297</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">SAULE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Porter la branche du saule pleureur</td> -<td class="num"><a href="#p634">389</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">SOLLICITEUSE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison</td> -<td class="num"><a href="#p635">200</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">TENDRE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Voyager dans le pays de Tendre</td> -<td class="num"><a href="#p636">299</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">TENDRESSE.</td></tr> -<tr><td class="drap">Tendresse maternelle toujours se renouvelle</td> -<td class="num"><a href="#p290">282</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">VNUS.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Sans Crs et Bacchus Vnus est transie</td> -<td class="num"><a href="#p638">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Vnus est pour qui a le ventre plein, non pour qui l'a vide</td> -<td class="num"><a href="#p639">251</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Si elle est louche elle ressemble Vnus</td> -<td class="num"><a href="#p640">285</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">VERROU.</td></tr> -<tr><td class="drap">Baiser le verrou</td> -<td class="num"><a href="#p641">262</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">VEUVE.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Si une merluche devenait veuve, elle serait grasse</td> -<td class="num"><a href="#p642">360</a></td></tr> -<tr><td class="drap">*Si une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon</td> -<td class="num"><a href="#p643">361</a></td></tr> - -<tr><td class="c" colspan="2">VIVRES.</td></tr> -<tr><td class="drap">*Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres</td> -<td class="num"><a href="#p644">336</a></td></tr> -</table> - - -<p class="c gap small">FIN DE LA TABLE ALPHABTIQUE DES PROVERBES.</p> - - -<p class="c gap small">MILE COLIN—IMPRIMERIE DE LAGNY</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="trnote"> -<h2 class="nobreak">Note du transcripteur</h2> - -<p>On a conserv l'orthographe de l'original, en corrigeant toutefois les -erreurs manifestement imputables aux typographes.</p> - -</div> - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Proverbes sur les femmes, l'amiti, -l'amour et le mariage, by Pierre Marie Quitard - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROVERBES SUR LES FEMMES *** - -***** This file should be named 63380-h.htm or 63380-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/3/3/8/63380/ - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. 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Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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