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-<title>
- The Project Gutenberg eBook of Les Chateaux d'Athlin et de Dunbayne, by Anne Radcliffe.
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Les châteaux d'Athlin et de Dunbayne (1/2),
-Histoire arrivée dans les Montagnes d'Écosse., by Ann Radcliffe
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Les châteaux d'Athlin et de Dunbayne (1/2), Histoire arrivée dans les Montagnes d'Écosse.
- Par Anne Radcliffe. Traduite de l'Anglais.
-
-Author: Ann Radcliffe
-
-Illustrator: Claude-Louis Desrais
-
-Translator: François Soulès
-
-Release Date: September 20, 2020 [EBook #63248]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CHÂTEAUX D'ATHLIN ET DE ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by the
-Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<h1>LES CHATEAUX<br />
-<span class="large">D'ATHLIN</span><br />
-ET DE DUNBAYNE,</h1>
-
-<p class="c"><i><span class="sc">Histoire</span> arrivée dans les Montagnes
-d'Écosse.</i></p>
-
-<p class="c"><span class="sc">Par</span> ANNE RADCLIFFE.</p>
-
-<p class="c"><i>Traduite de l'Anglais.</i></p>
-
-<p class="c">PREMIÈRE PARTIE.</p>
-
-<p class="c large"><i>A PARIS</i>,</p>
-
-<table summary="">
-<tr><td rowspan="2" class="mid">Chez <span class="huge">{</span></td>
-<td><span class="sc">Testu</span>, Imprimeur, rue Hautefeuille, n<sup>o</sup>. 14.</td></tr>
-<tr><td><span class="sc">Delalain</span>, jeune, Libraire,
-rue Saint-Jacques, n<sup>o</sup>. 12.</td></tr>
-</table>
-<p class="c">M. DCC. XCVII.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<div class="figc"><img src="images/illu.jpg" alt="" />
-<div class="legende">Osbert, étonné de ce qu'il venait de voir, fit
-quelques pas en arrière.</div>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="c">LES CHATEAUX<br />
-<span class="large">D'ATHLIN</span><br />
-<span class="small">ET DE</span><br />
-DUNBAYNE;</p>
-
-<p class="c large"><i><span class="sc">Histoire</span> arrivée dans les
-Montagnes d'Ecosse.</i></p>
-
-
-
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE PREMIER.</h2>
-
-<p class="d"><i>Situation du Château d'Athlin.&mdash;Douleur
-de ceux qui l'habitent, causée
-par la mort du comte, tué jadis par
-Malcolm, chef de la tribu de Dunbayne&mdash;Vie
-retirée de Maltida, veuve
-du Comte.&mdash;Premières années de ses deux
-enfans, Osbert et Marie.&mdash;Le jeune
-Alleyn.&mdash;Commencement de l'amitié
-d'Osbert et d'Alleyn.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">S</span>ur la côte orientale de l'Ecosse,
-en approchant vers le nord, au milieu
-du site, le plus romantique des montagnes,
-se trouve le château d'Athlin,
-bâti sur le sommet d'un roc, dont la
-base est dans la mer. Cet édifice est vénérable
-par son antiquité et sa structure
-gothique, mais plus encore par
-les vertus qu'il renferme. C'est là que
-résident la veuve, encore belle, et les
-enfans du comte d'Athlin, qui périt de
-la main de Malcolm, l'un des chefs
-voisins, orgueilleux, oppresseur, vindicatif,
-et vivant au milieu de tout
-le faste de la puissance féodale, à peu
-de distance d'Athlin. Des usurpations
-sur le domaine d'Athlin donnèrent naissance
-à l'animosité qui éclata entre
-les deux chefs. Leurs tribus en vinrent
-souvent aux mains, et ceux d'Athlin
-sortirent presque toujours victorieux de
-ces combats. Malcolm, dont la fierté
-était blessée par les défaites de ses vassaux,
-et l'ambition réfrénée par la
-puissance du comte, conçut pour lui
-cette haine mortelle que la résistance
-à des passions favorites excite naturellement
-dans une ame comme la sienne,
-dominée par l'arrogance et peu accoutumée
-à la contradiction; il résolut la
-mort d'Athlin. Son projet fut exécuté
-avec la ruse qui forme le trait principal
-de son caractère. Dans un combat où se
-trouvaient les deux chefs en personne,
-il parvint à envelopper le comte accompagné
-seulement d'une faible partie de
-sa troupe, et le tua. La mort d'Athlin
-fut bientôt suivie de la déroute générale
-de sa tribu qui éprouva un carnage
-affreux, et dont un petit nombre,
-échappé avec peine, vint apprendre à
-Maltida cet horrible événement. Maltida,
-accablée par ce récit, et privée,
-par la perte des siens, de l'espoir de
-réussir dans sa vengeance, s'abstint
-de sacrifier la vie du reste de ses vassaux;
-elle se résigna à supporter en
-silence ses infortunes.</p>
-
-<p>Inconsolable de la mort de son époux,
-Maltida se déroba aux regards du public,
-et prit le parti de se confiner dans
-son antique manoir. Là, au milieu de
-sa famille et de ses vassaux, elle se
-dévoua toute entière à l'éducation de
-ses enfans. Un fils et une fille lui restaient
-pour partager ses soins; et leurs vertus
-qui se montraient chaque jour davantage,
-promettaient de la récompenser
-de sa tendresse. Osbert était dans sa
-dix-neuvième année; il tenait de la
-nature un esprit ardent, susceptible
-de tous les genres de connaissances;
-l'éducation avait ajouté à cet avantage,
-celui de donner de l'étendue et de
-la délicatesse à ses idées. Son imagination
-était animée, brillante; et
-son c&oelig;ur, qui n'avait point encore
-été refroidi par le malheur, était ouvert
-à une chaleureuse bienfaisance.</p>
-
-<p>Lorsque nous entrons sur le théâtre
-du monde, l'imagination de la jeunesse
-embellit chaque scène, et notre ame
-se répand sur tout ce qui nous environne.
-Un sentiment de bienveillance
-nous porte à croire que chaque être
-que nous rencontrons est bon, et à
-nous étonner que tout être bon ne soit
-pas heureux. L'indignation s'empare
-de nous au récit d'une injustice et à
-l'aspect de l'insensibilité. Le spectacle
-de l'infortune fait couler nos larmes,
-doux tribut de notre pitié; une action
-vertueuse dilate notre c&oelig;ur: nous bénissons
-celui qui l'a faite, et nous nous
-en croyons capables. Mais quand nous
-avançons dans la vie, notre imagination
-est forcée d'abandonner une partie
-de ces douces chimères; le triste chemin
-de l'expérience nous conduit à la
-vérité, et les objets sur lesquels nous
-portions n'aguères un regard bienveillant,
-sont examinés d'un &oelig;il sévère.
-Alors une scène toute différente
-se présente. Où était le doux sourire,
-se trouvent l'humeur et le chagrin; une
-ombre épaisse a remplacé la brillante
-clarté, et des passions misérables, ou
-une repoussante apathie, dégradent les
-traits des principaux personnages. Nous
-nous détournons avec effroi d'un tableau
-si triste, et essayons de rappeler
-les illusions de nos premières années;
-mais, hélas! elles ont disparu pour
-jamais. Contraints de voir les objets
-tels qu'ils sont véritablement, leur difformité
-nous devient par degrés moins
-pénible. Une fréquente irritation détruit
-la susceptibilité morale, et bientôt
-confondus dans le monde, nous grossissons
-le nombre de ceux qui lui
-rendent un culte.</p>
-
-<p>Marie avait dix-sept ans; elle joignait
-aux perfections, qui sont communément
-l'apanage de l'âge mûr, la touchante
-simplicité de la jeunesse. Les
-grâces de sa figure n'étaient inférieures
-qu'à celles de son esprit qui donnait
-à toute sa personne une inimitable
-expression.</p>
-
-<p>Douze années s'étaient écoulées
-depuis la mort du comte. Le tems,
-dont l'effet est d'émousser la pointe aiguë
-de la douleur, avait changé celle de
-Maltida en une mélancolie douce qui
-donnait quelque chose de touchant à
-la dignité naturelle de son caractère.
-Jusqu'à ce jour elle ne s'était occupée
-que de cultiver ces vertus, dont
-la nature avait si libéralement doué
-ses enfans, et qui s'étaient encore
-accrues par ses soins; mais son c&oelig;ur
-venait de s'ouvrir à des sollicitudes
-toutes nouvelles. Ces enfans chéris
-étaient parvenus à un âge dangereux,
-et par sa tendre susceptibilité, et par
-l'empire quel imagination laisse prendre
-aux passions. On voit trop souvent que
-les impressions reçues à cette époque
-de la vie ne peuvent plus s'effacer. Il
-était d'ailleurs pour cette tendre mère,
-qui n'existait que dans ses enfans, un
-sujet tout particulier d'alarmes.</p>
-
-<p>Depuis le moment où Osbert avait
-été informé des détails de la mort de
-son père, il brûlait de la venger. Le
-comte, par son sage gouvernement,
-s'était fait adorer de sa tribu. Tous
-voulaient punir Malcolm. Enchaînés
-par la généreuse compassion de la comtesse,
-ils faisaient taire leurs murmures,
-mais ils se flattaient que leur jeune
-chef les conduirait un jour à la victoire
-et à la vengeance. Le tems leur
-semblait s'approcher où il leur serait
-permis de se consoler de leurs longues
-souffrances. Le c&oelig;ur maternel de Maltida
-ne lui permettait pas de songer à exposer
-son fils et ses vassaux; aussi défendit-elle
-à Osbert de tenter les hasards
-des combats. Il se soumit en silence à
-ce qui était exigé de lui, et s'efforça, en
-se livrant à ses études favorites, de réprimer
-son penchant pour les armes.
-Osbert possédait tous les talens qui conviennent
-à un homme de son rang,
-mais il excellait surtout dans les exercices
-militaires. Son ame noble paraissait
-s'y complaire d'une façon toute particulière;
-et il goûtait un secret plaisir,
-en songeant que l'habileté qu'il s'y était
-acquise pourrait un jour le servir dans
-son dessein d'obtenir justice de la mort
-de son père. Sa brûlante imagination lui
-faisait chérir la poésie, et il s'y exerçait
-lui-même. Il aimait à errer au milieu
-des grandes scènes que les montagne
-présentent à chaque pas, et qui, par la
-sauvage variété que la nature y déploie,
-sont propres à inspirer l'enthousiasme.
-Cherchant des tableaux grands et terribles,
-il négligeait ceux qui n'étaient que
-doux, et souvent entraîné par le besoin
-que son imagination éprouvait d'être
-fortement frappée, il allait s'égarer au
-milieu d'effrayantes solitudes.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Un jour, dans une de ses courses,
-après avoir fait plusieurs milles sur
-des montagnes couvertes de bruyères,
-d'où son &oelig;il ne découvrait plus que les
-confins de la nature cultivée, des rochers
-entassés sur des rochers, de hautes cataractes
-et de vastes déserts, il ne reconnut
-plus le chemin qu'il venait de se
-frayer. C'était en vain qu'il portait
-ses regards sur tous les objets qu'il
-pouvait découvrir. Pour la première
-fois son c&oelig;ur éprouva la crainte.
-Nulle part il n'apercevait de traces
-d'hommes; l'affreux silence de ces lieux
-n'était interrompu que par le bruit de
-la chute des torrens et le cri des oiseaux
-de proie qui traversaient les airs au-dessus
-de sa tête. Il se mit lui-même à
-crier, et les profonds échos des montagnes
-répondirent seuls à sa voix. Pendant
-quelque tems il demeura immobile
-et dans le silence. Cet état eut d'abord
-son charme, mais bientôt il devint
-si pénible, qu'il ne put plus le supporter.
-Abattu et presque sans espoir,
-il chercha à retourner sur ses pas:
-rien de ce qu'il rencontrait ne lui
-semblait avoir déjà frappé sa vue.
-Enfin, après avoir long-tems erré, il
-arriva à un sentier étroit dans lequel il
-entra, succombant sous la fatigue de
-ses inutiles recherches. A peine eut-il
-fait quelques pas, qu'une ouverture qui
-perçait un rocher lui laissa voir un site
-plein de beautés. C'était une vallée
-entourée d'énormes rocs, dont la base
-était ombragée par d'épais sapins. Un
-torrent se précipitait de leur sommet,
-et roulant avec impétuosité au travers
-de ces bois majestueux, allait se jeter
-dans un vaste lac qui occupait le milieu
-de la vallée, et qu'on voyait se perdre
-dans les gorges lointaines des montagnes.
-De nombreux troupeaux de brebis
-erraient sur une riche pelouse. L'&oelig;il
-d'Osbert fut délicieusement affecté en
-découvrant des habitations humaines:
-quelques chaumières bien tenues étaient
-éparses çà et là, non loin du lac. Son
-c&oelig;ur éprouva une sensation de joie
-si vive, qu'il oublia d'abord qu'il
-avait à chercher la route par laquelle
-on pouvait arriver à cet Elisée. Il
-commençait à s'en occuper lorsque
-son attention fut attirée par un jeune
-habitant des montagnes, qui s'avança
-vers lui d'un air de bienveillance et
-s'offrit à le conduire à sa demeure,
-dès qu'il eut appris sa peine. Osbert
-accepta cette invitation; ils descendirent
-ensemble de la montagne, en prenant
-de longs circuits, par un sentier
-rude et couvert. Arrivés à une des
-chaumières qu'Osbert avait aperçues
-de la hauteur, ils entrèrent, et le jeune
-montagnard présenta son hôte à son
-père qui était un vénérable vieillard.
-Des rafraîchissemens furent apportés
-par une jeune fille d'une figure gracieuse;
-Osbert, après en avoir pris quelques-uns,
-et être demeuré quelques momens
-dans cette maison, partit accompagné
-d'Alleyn, ce jeune paysan qui avait
-voulu être son guide. Tous deux cherchèrent
-à tromper la longueur de la marche
-par la conversation. Osbert prenait
-un vif intérêt à son compagnon dans
-lequel il découvrait une ame élevée et
-des sentimens entièrement analogues
-aux siens. Pendant leur route ils passèrent
-à peu de distance du château
-de Dunbayne; cette vue jetta Osbert
-dans d'amères pensées, et il lui échappa
-un mouvement brusque et involontaire.
-Alleyn fit quelques observations sur la
-mauvaise politique d'un chef oppresseur,
-et cita, comme un exemple, le
-baron Malcolm. «Ces terres, dit-il, lui
-appartiennent, et elles suffisent à peine
-pour nourrir ses misérables vassaux
-qui, gémissant sous la plus cruelle
-exaction, négligent de les cultiver, et
-privent ainsi leur seigneur de beaucoup
-de richesses: la tribu menace de se soulever
-et de se faire justice elle-même par
-la voie des armes. Le baron, plein
-d'une arrogante confiance, se rit de
-leurs plaintes, et ignore son danger.
-Si une insurrection vient à éclater,
-d'autres tribus s'empresseront de se réunir
-à celle-ci pour opérer sa ruine et
-frapper du même coup le tyran et l'assassin».
-Etonné de l'esprit d'indépendance
-qui régnait dans ce discours,
-prononcé avec une énergie peu commune,
-Osbert sentit battre son c&oelig;ur,
-et le mot, ô mon père! sortit de ses
-lèvres sans qu'il pût le retenir. Alleyn
-s'arrêta, incertain de l'effet qu'avait
-produit ce qu'il avait dit, mais au bout
-d'un instant la vérité tout entière se
-découvrit à son esprit. Il reconnut le
-fils de ce chef, qu'on lui avait appris
-à aimer dès sa plus tendre enfance, et
-dont l'histoire était gravée dans son
-c&oelig;ur; il voulut se précipiter à ses
-pieds et embrasser ses genoux: Osbert
-le retint. L'étonnement dans lequel
-était plongé le jeune comte, cessa
-bientôt lorsqu'il eut entendu ces
-mots qui remplirent ses yeux tout
-à-la-fois de larmes de joie et de
-tristesse. «Il est d'autres tribus prêtes,
-comme la vôtre, à venger les offenses
-du noble comte d'Athlin; les Fitz-Henrys
-seront toujours les amis du
-la vertu». L'air du jeune montagnard,
-pendant qu'il parlait, était plein d'une
-dignité profondément sentie, et ses yeux
-animés de la fierté qui sied à la vertu.
-L'ame d'Osbert s'enflamma à ces généreux
-propos; mais l'image de sa mère
-en larmes vint tout-à-coup tempérer
-son ardeur. «O mon ami! reprit-il,
-peut-être un jour votre zèle sera accepté
-avec toute la chaleur de la reconnaissance
-qu'il mérite. Des circonstances
-particulières ne me permettent pas d'en
-dire à présent davantage». Et l'attachement
-d'Alleyn pour son père pénétra
-jusqu'au fond de son c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Le jour était déjà avancé à leur
-arrivée au château; il fut décidé
-qu'Alleyn y demeurerait la nuit.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE II.</h2>
-
-<p class="d"><i>Fête annuelle du château d'Athlin: son
-origine.&mdash;La tribu désire venger la
-mort du Comte, et seconde le projet
-d'Osbert.&mdash;Alarmes de Maltida et de
-Marie au sujet d'Osbert.&mdash;Alleyn devient
-amoureux de Marie.&mdash;Osbert et
-Alleyn attaquent le Château de Dunbayne,
-résidence de Malcolm.&mdash;Ils
-sont faits prisonniers.&mdash;Douleur de
-Maltida et de Marie; tendre pitié de
-celle-ci pour Alleyn.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">L</span>e jour suivant était destiné à célébrer
-la fête annuelle que le comte donnait
-à ses vassaux; il ne voulut pas
-consentir au départ d'Alleyn. La grande
-salle du château fut remplie de tables,
-et la danse et la joie se trouvèrent partout.
-C'était l'usage que la tribu s'assemblât
-en armes, parce que, deux siècles
-auparavant, elle avait été surprise
-à pareil jour par une tribu ennemie, et
-l'on voulait ainsi perpétuer le souvenir
-de cet événement.</p>
-
-<p>Le matin fut consacré aux exercices
-militaires, dans lesquels d'honorables
-prix, destinés à ceux qui se distinguaient
-le plus, excitaient l'émulation. Des remparts
-du château, la comtesse et son
-aimable fille regardaient les exploits qui
-avaient lieu dans la plaine. Leur attention
-était excitée, et leur curiosité vivement
-piquée par l'aspect d'un étranger
-qui maniait l'arc et la lance avec une
-grande dextérité, et sortait vainqueur
-de tous les combats. Cet étranger
-était Alleyn; il reçut des mains du
-comte, suivant la coutume, la palme
-de la victoire, et tous les spectateurs
-furent charmés de son maintien plein
-d'une dignité modeste.</p>
-
-<p>Le comte assista à la fête. Comme
-elle finissait, chacun des hôtes, saisissant
-son verre de la main gauche, tandis
-que de la droite il tirait son épée,
-but à la mémoire de son défunt chef.
-La salle retentit d'un cri général, et
-ce cri parut à Osbert le tocsin de la
-guerre. Tous les membres de la tribu se
-prirent par la main et burent à l'honneur
-du fils de leur dernier chef. Le
-jeune Thane comprit ce signal, et bientôt
-toute espèce de considération eut cedé
-chez lui au désir de venger son père.
-Il se leva et adressa à sa tribu un
-discours rempli du feu de la jeunesse
-et de l'indignation de la vertu. Pendant
-qu'il parlait, la contenance de
-ses vassaux annonçait toute l'impatience
-de la joie; et dès qu'il eut cessé,
-un long murmure d'applaudissement se
-fit entendre dans l'assemblée. Alors
-chaque homme, croisant son épée avec
-celle de son voisin, jura, par ce gage
-sacré, de ne point abandonner la cause
-dans laquelle il s'engageait, jusqu'à ce
-que la vie de l'ennemi commun eût
-acquitté la dette qu'il devait à la justice
-et à la vengeance.</p>
-
-<p>Le soir, les femmes et les filles des
-paysans vinrent au château et prirent
-part à la fête. C'était la coutume que
-la comtesse et ses femmes observassent
-d'une galerie les diverses cercles qui se
-réunissaient pour la danse et le chant,
-et la fille du château devait exécuter une
-danse écossaise avec le vainqueur de la
-matinée. Bientôt Alleyn aperçut la
-charmante Marie, conduite par le
-comte, qui la lui venait présenter; elle
-reçut l'hommage d'Alleyn avec une
-grace aimable. Son habit était celui que
-portent les jeunes filles des montagnes,
-et ses cheveux, tombant en tresses sur
-son col, avaient, pour tout ornement,
-une simple guirlande de roses: elle
-dansa avec la légéreté que les poëtes
-donnent aux graces. L'admiration des
-spectateurs était partagée entre elle
-et l'étranger vainqueur. Marie, après
-avoir dansé, se retira dans la galerie; et
-chacun, si l'on en excepte le comte et
-Alleyn, passa le reste de la soirée dans
-les transports de la joie. Tous deux
-avaient des motifs différens d'inquiétude.
-Osbert rappelait dans son esprit
-les événemens de ce jour; il brûlait d'accomplir
-les desseins que la piété filiale
-lui avait imposés, mais il redoutait
-l'effet que leur révélation devait avoir
-sur le tendre c&oelig;ur de Maltida. Cependant
-il se décida à les lui apprendre
-dès le lendemain, et à tenter, sous
-peu de jours, le sort des armes.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Alleyn, dont le c&oelig;ur jusqu'à ce moment
-n'avait été touché que des peines
-des autres, commença à en ressentir
-qui lui étaient propres. Son esprit agité
-lui offrait l'image de Marie: il tentait
-de la bannir; mais ses efforts étaient
-si faibles qu'elle se représentait sans
-cesse. Tout à-la-fois satisfait et triste,
-il ne voulait pas s'avouer à lui-même
-qu'il aimait (tant nous sommes quelquefois
-ingénieux à nous tromper nous-mêmes.)
-Il se leva à la pointe du jour
-et quitta le château plein d'une vive
-reconnaissance et d'un amour secret,
-pour aller exciter ses amis à la guerre
-qui s'approchait.</p>
-
-<p>Le comte eut un sommeil fort agité.
-Aussitôt après son réveil, il lui fallut
-songer à aller braver la tendre résistance
-de sa mère; il entra chez elle d'un
-pas incertain, et montrant dans sa contenance
-l'émotion de son ame. Maltida
-apprit bientôt de lui ce que son c&oelig;ur
-avait présagé; accablée par ce coup
-terrible, elle tomba sur sa chaise sans
-connaissance. Osbert courut chercher
-des secours, et Marie et les domestiques
-la rappelèrent à la vie et à la
-douleur.</p>
-
-<p>L'esprit d'Osbert était livré au plus
-cruel combat: le devoir d'un fils, l'honneur,
-la vengeance lui commandaient
-de marcher; la tendresse filiale, le
-regret, la pitié lui prescrivaient le contraire.
-Marie était à ses pieds, et serrant
-ses genoux avec toute l'énergie de la
-douleur, elle le suppliait d'abandonner
-son fatal dessein et de sauver ainsi la vie
-à celui des auteurs de ses jours qui avait
-survécu. Ses pleurs, ses soupirs et le
-touchant abandon de son maintien parlaient
-plus énergiquement que sa langue.
-La douleur silencieuse de la comtesse
-était encore plus éloquente. Osbert, en
-jetant les yeux sur elle, fut une fois prêt
-de céder, lorsque l'image de son père
-mourant vint se présenter à son esprit,
-et le rendre à son projet. La tendre Maltida,
-livrée à toute l'inquiétude maternelle,
-voyait déjà son fils au milieu de la
-mêlée, et la mort de son lord retracée
-en ce moment à sa mémoire, réveillait
-les sensations de douleur excitées par
-ce cruel événement, que le tems consolateur
-avait à peine affaiblies. La pitié
-est si aimable dans tous ses développemens,
-que nous nous persuadons qu'elle
-ne peut jamais aller trop loin; mais elle
-devient un vice lorsqu'elle détruit les
-résolutions d'une vertu plus forte. D'austères
-principes prémunirent le c&oelig;ur
-d'Osbert contre son influence et le
-poussèrent à prendre les armes. Il appela
-autour de lui ceux de sa tribu qui lui
-semblaient les plus prudens, et tint un
-conseil de guerre. Il fut décidé que Malcolm
-serait attaqué avec toutes les forces
-qu'on pourrait rassembler et toute la
-promptitude que l'importance d'une
-expédition de cette nature permettait.
-Afin de prévenir les soupçons et les
-alarmes du baron, on arrêta de répandre
-que ces préparatifs avaient pour but
-d'assister un chef éloigné, et qu'au moment
-où la tribu se mettrait en marche,
-elle prendrait une route contraire et se
-dirigerait ensuite, à la faveur de la nuit,
-sur le château de Dunbayne.</p>
-
-<p>Dans le même tems Alleyn s'occupait
-avec ardeur à joindre ses amis à Osbert;
-en peu de jours il en eut rassemblé un
-nombre considérable. Un autre motif
-se confondait dans son c&oelig;ur avec l'enthousiasme
-de la vertu. Ce n'était plus
-le simple attachement à la cause de la
-justice qui le portait à agir; l'espoir de
-se distinguer aux yeux de sa maîtresse,
-d'obtenir son estime par ses services
-empressés, ajoutait une force nouvelle
-à l'impression donnée par la bienveillance.
-La douce idée de mériter la reconnaissance
-de Marie enflammait secrètement
-son ame; car il ignorait encore
-l'impression qu'il avait faite sur son
-c&oelig;ur. Ce fut dans cet état qu'il revint au
-château apprendre au comte que ses
-amis étaient disposés à le suivre toutes
-les fois qu'il en donnerait le signal. Son
-offre fut acceptée avec les égards qu'elle
-méritait, et il retourna tout préparer
-pour le moment de l'attaque.</p>
-
-<p>Quelques jours suffirent à toutes les
-dispositions: Alleyn et ses amis furent
-avertis, et la tribu en armes, ayant le
-jeune comte à sa tête, se mit en marche.</p>
-
-<p>La séparation d'Osbert et de sa famille
-est facile à concevoir; mais tout
-l'orgueil d'une victoire attendue n'empêcha
-point Alleyn de pousser un soupir,
-lorsque ses yeux se séparèrent de
-Marie, qui, sur la terrasse du château
-avec la comtesse, suivit de l'&oelig;il la
-marche de son frère bien aimé, jusqu'à
-ce que l'éloignement l'eût dérobé entièrement
-à sa vue. Marie rentra au château,
-pleurant, et présageant quelque
-grande calamité; elle s'efforça cependant
-de prendre un air tranquille pour
-tromper les craintes de Maltida et la distraire
-de sa douleur. La comtesse, dont
-l'esprit était aussi fort que le c&oelig;ur
-était tendre, n'ayant pu empêcher cette
-périlleuse expédition, avait rassemblé
-tout son courage pour combattre les
-impressions d'une douleur sans fruit, et
-chercher les avantages que l'occasion
-actuelle offrait. Ses efforts ne furent
-point vains; elle conçut que cette entreprise
-devait honorer la mémoire de son
-lord égorgé et faire tomber le châtiment
-sur la tête du meurtrier.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Ce fut un après midi que le comte
-partit du château. D'abord il suivit une
-route opposée, jusqu'à ce que la nuit
-étant survenue il marcha vers celui de
-Dunbayne. La profonde obscurité du
-tems favorisait son plan qui consistait à
-escalader les murailles, surprendre les
-sentinelles et pénétrer dans la cour intérieure,
-l'épée à la main. Déjà, d'un
-pas pressé on avait fait plusieurs milles,
-à travers d'arides bruyères, sans être
-aidé par le moindre rayon de clarté,
-lorsque tout-à-coup le lugubre son de
-la cloche d'un horloge, qui marquait
-l'heure de la nuit, se fit entendre. Le
-c&oelig;ur de tous battit; ils comprirent qu'ils
-étaient près du séjour du baron. Une
-halte fut ordonnée pour délibérer, et
-l'on arrêta que le comte, accompagné
-d'Alleyn et de quelques hommes de
-choix, irait reconnaître le château,
-pendant que le reste de la troupe demeurerait
-à une légère distance où
-il attendrait un signal. Le comte et son
-petit détachement exécutèrent leur
-marche en silence. Une faible lumière
-qu'ils aperçurent les guida depuis
-la tour de l'horloge jusqu'au château;
-ils arrivèrent ainsi aux pieds de ses
-murailles, et s'arrêtèrent un moment
-pour s'assurer qu'ils n'entendaient aucun
-mouvement. La nuit couvrait tous
-les objets d'un voile épais, et le silence
-de la mort régnait partout. La situation
-du château fut examinée autant
-que l'obscurité pouvait le permettre.
-C'était un édifice bâti avec une magnificence
-gothique sur un roc élevé et
-dangereux. La hauteur de ses tours, et
-sa vaste étendue déposaient de la puissance
-de ses anciens possesseurs. Le
-roc était environné d'un fossé large,
-mais peu profond, sur lequel gisaient
-deux ponts-levis, l'un du côté du nord
-et l'autre à l'orient; tous deux étaient
-séparés vers le milieu, et avaient une
-moitié baissée du côté de la campagne.
-Le pont placé au nord conduisait
-à la principale porte du château, et
-celui de l'orient à la tour de l'horloge.
-Telles étaient les seules entrées du
-château. Le roc se trouvait presque
-perpendiculaire avec les murailles qui
-étaient hautes et fortes. Après avoir
-considéré cette situation, Osbert,
-et sa troupe, montèrent sur un tertre
-d'où le roc paraissait plus accessible
-et était contigu à la principale porte:
-là ils donnèrent le signal au reste de la
-tribu. Celle-ci s'approcha sans bruit,
-et jetant dans le fossé des fascines
-qu'elle avait rassemblées, elle en construisit
-un pont sur lequel elle passa,
-et fit ses préparatifs pour gravir le
-roc. Il avait été résolu qu'un parti,
-commandé par Alleyn, escaladerait
-les murailles, surprendrait les sentinelles
-et ouvrirait la porte à la tribu
-qui devait attendre dehors avec le
-comte. Alleyn plaça le premier son
-échelle et monta: il fut suivi bientôt
-par ses compagnons qui, avec beaucoup
-de peine et quelques dangers,
-parvinrent à gagner le sommet des
-remparts. Cette troupe traversa une
-partie de la plate-forme sans entendre
-le bruit d'aucune voix ou d'aucun pas.
-Tout semblait enseveli dans un sommeil
-profond. Une partie s'approcha de plusieurs
-sentinelles qui étaient endormies
-et s'en saisit. Alleyn et quelques autres
-s'avancèrent pour ouvrir la porte la plus
-proche et abaisser le pont. Cette opération
-était finie, lorsque tout-à-coup le
-signal de surprise fut donné; la cloche
-d'alarmes sonna, et le château retentit
-du bruit des armes. Ce n'était par-tout
-que tumulte et confusion. Le comte et
-une partie des siens avaient franchi la
-porte, quand soudain ils virent tomber
-la herse; le pont se leva aussitôt, et
-le comte et ses compagnons se trouvèrent
-environnés par une multitude
-armée qui descendait par torrens de tous
-les lieux retirés du château. Surpris,
-mais non intimidé, Osbert se précipita,
-l'épée à la main, et combattit avec une
-valeur désespérée. L'ame d'Alleyn semblait
-acquérir une nouvelle vigueur au
-milieu de ce désordre; il combattait
-comme un homme respirant la gloire et
-certain de la victoire: par-tout où il se
-portait la foule se dispersait devant lui.
-Réuni avec le comte il était parvenu
-dans les cours intérieures, où ils cherchaient
-le baron. Tous deux brûlaient
-de satisfaire une juste vengeance et de
-terminer ce combat par la mort de
-Malcolm. Une fois entrés dans les cours,
-les portes se fermèrent sur eux; une
-nombreuse troupe de gardes les pressa de
-toutes parts, et, après une courte résistance
-dans laquelle Alleyn reçut une
-légère blessure, ils furent saisis et faits
-prisonniers de guerre. Le carnage devint
-affreux; les vassaux du baron, remplis
-de furie, étaient insatiables de sang.
-Beaucoup de ceux qui avaient suivi le
-comte furent tués dans les cours ou
-sur la plate-forme; beaucoup, en tentant
-de s'échapper, se précipitèrent des
-remparts, et un grand nombre avait
-péri lors de l'élévation soudaine du pont.
-Une bien faible partie de cette brave
-et généreuse troupe, dévouée à la cause
-de la justice, parvint à s'éloigner des
-murailles, et survécut pour aller porter
-ces terribles nouvelles à la comtesse.
-Le sort du comte était entièrement inconnu
-à ses amis. Une cause particulière
-concourrait à augmenter encore
-leur consternation: c'était l'étonnante
-manière dont la victoire venait d'être
-remportée; car on savait que Malcolm,
-hors les cas de nécessité, n'avait
-jamais à Dunbayne plus de soldats
-que n'en exige la pompe féodale: et
-dans cette circonstance on avait vu
-sortir des lieux retirés du château,
-un nombre d'hommes armés capables
-de résister à une tribu toute entière.
-Les intelligences secrètes du baron
-étaient inconnues: une conscience
-alarmée le tenait en armes pour sa propre
-sûreté, et depuis quelques années
-des espions, placés par lui dans les environs
-du château d'Athlin, observaient
-ce qui s'y passait et lui rendaient un
-compte immédiat de tous les préparatifs
-de guerre dont ils s'apercevaient.
-Il n'était point probable qu'un événement
-aussi public que celui qui avait
-eu lieu le jour de la fête, lorsque tous
-les vassaux jurèrent de venger la mort
-de leur chef, pût échapper à l'&oelig;il vigilant
-des hommes aux gages de Malcolm.
-Ils s'étaient effectivement hâtés
-de le lui apprendre, en accompagnant
-leur récit de toutes les exagérations
-de la peur et de l'étonnement. Cette
-nouvelle l'avertit de se mettre en défense.
-Ce qu'on lui rapporta des apprêts
-militaires du comte, vint le convaincre
-qu'il devait se hâter; et, souriant à
-ces faux bruits d'une guerre éloignée,
-il fit entrer des hommes et des armes
-dans son château, et se tenait lui-même
-prêt à recevoir les assaillans. Le plan du
-baron, conduit avec beaucoup d'art et
-de secret, consistait à laisser l'ennemi
-escalader les murailles, pour le passer
-ensuite au fil de l'épée. Mais peu s'en
-fallût qu'il n'échouât, par une suite du
-sommeil auquel s'étaient livrées les
-sentinelles chargées de donner l'alarme.</p>
-
-<p>Le courage de Maltida céda à une
-aussi grande calamité; elle fut attaquée
-par une maladie violente qui faillit terminer
-ses souffrances et sa vie, et rendre
-inutiles tous les tendres soins de sa fille.
-Cependant ces soins ne demeurèrent
-pas sans effet; Maltida revint à la vie,
-et ils l'aidèrent à supporter les heures
-d'affliction qu'elle devait à son incertitude
-du sort du comte. Marie, pénétrée
-de tout ce que ces derniers événemens
-avaient de lamentable, était
-peu propre au rôle de consolatrice;
-mais son c&oelig;ur généreux, souffrant des
-profondes douleurs de Maltida, s'efforça
-d'oublier ses propres peines pour ne
-s'occuper que de celles de sa mère.
-Souvent néanmoins elle se représentait
-son frère livré aux horreurs de la prison
-et de la mort, et cette affreuse
-image égarait sa raison. Marie éprouvait
-aussi une forte compassion pour
-ce jeune montagnard qui, avec un
-désintéressement si noble, s'était lié à
-la cause de sa maison: elle souhaitait
-ardemment d'apprendre la destinée de
-tous deux, et souvent son ame était
-brisée par le spectacle de leurs tourmens
-que son imagination lui offrait.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE III.</h2>
-
-<p class="d"><i>Captivité d'Osbert et d'Alleyn.&mdash;Projet
-de vengeance de Malcolm;&mdash;il tente de
-faire enlever Marie;&mdash;elle est délivrée
-par Alleyn qui s'était sauvé de sa
-prison.&mdash;Récit de la manière dont Alleyn
-est parvenu à s'échapper: ses premières
-tentatives sont infructueuses: deux soldats,
-chargés de le garder, fuyent avec
-lui: étrange rencontre qu'ils font dans un
-souterrain du château de Dunbayne.&mdash;Alleyn
-projette de délivrer son ami
-Osbert.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">O</span>sbert, après avoir été chargé de
-fers, fut conduit dans la principale
-prison du château et laissé seul aux plus
-cruelles réflexions. Mais le malheur
-qui ébranlait sa fermeté ne pouvait la
-vaincre, et l'espérance n'était pas encore
-entièrement perdue pour lui. C'est le
-propre des grandes ames de trouver
-contre les coups du sort une force qui
-s'accroît sans cesse; la résistance chez
-eux devient énergique en proportion
-de l'attaque; et l'on peut dire que cette
-espèce d'hommes triomphe de l'adversité
-avec les armes qu'elle lui fournit.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Au bout de quelque tems il vint à
-l'esprit d'Osbert d'examiner sa prison.
-C'était une chambre quarrée, qui se
-trouvait au sommet d'une tour tenant
-au côté oriental du château, d'où l'on
-entendait sans cesse le lugubre rugissement
-des vents. Les murs intérieurs
-étaient délabrés et menaçaient ruine. Un
-matelas placé dans un des coins de la
-chambre, une chaise de nattes brisée
-et une table chancelante composaient
-tout l'ameublement. Le jour et l'air
-perçaient à peine à travers deux étroites
-fenêtres garnies de larges barreaux de
-fer, dont l'une laissait apercevoir une
-cour intérieure, et l'autre une chaîne
-de montagnes stériles et sauvages.</p>
-
-<p>Alleyn fut traîné, par des conduits
-obscurs, dans une partie éloignée du
-château, à l'extrémité de laquelle une
-petite porte de fer qui s'ouvrit lui
-montra un cachot d'où la lumière et
-l'espérance étaient également bannies.
-Il frissonna en y entrant, et aussitôt
-la porte se ferma sur lui.</p>
-
-<p>L'esprit du baron était agité tout
-à-la-fois par les sombres passions de
-la haine, de la vengeance et de l'orgueil
-irrité; il tourmentait son imagination
-pour inventer des tortures
-égales à la violence de ses sentimens.
-Après de longues réflexions, il se
-persuada que le supplice de l'attente
-dans l'incertitude faisait plus souffrir
-que les plus grands maux eux-mêmes
-contre lesquels, dès qu'ils sont connus,
-les ames fortes se roidissent. Il arrêta
-donc que le comte demeurerait dans la
-tour, incertain du sort qui lui était
-réservé, et qu'on lui donnerait assez de
-nourriture pour le mettre en état de
-sentir sa déplorable situation.</p>
-
-<p>Osbert était enseveli dans ses pensées,
-lorsqu'il entendit rouler, en gémissant
-sur ses gonds, la porte de son affreux
-séjour; et soudain Malcolm parut devant
-lui. Le c&oelig;ur d'Osbert se gonfla d'indignation,
-et la défiance éclata dans
-ses yeux. «Je viens, dit l'insolent vainqueur,
-féliciter le comte d'Athlin de
-son arrivée dans mon château, et lui
-montrer comment je sais exercer l'hospitalité
-envers mes amis; mais je l'avoue
-je n'ai point encore déterminé la fête
-que je dois lui donner».</p>
-
-<p>«Lâche tyran, répondit Osbert,
-avec toute la dignité de la vertu, il
-est d'un assassin d'insulter à un vaincu;
-je n'attends pas que celui qui a immolé
-le père épargne le fils: mais sache
-que le fils méprise ta colère, et que
-la crainte de ta cruauté ne pourra
-jamais l'ébranler».</p>
-
-<p>«Téméraire jeune homme, répliqua
-le baron, tes paroles ne sont que du
-vent; ta force tant vantée a fléchi sous
-ma puissance, et c'est à moi de décider
-de ton sort». Après ces mots il sortit de
-la prison, frémissant et furieux de
-l'inébranlable courage du comte.</p>
-
-<p>La vue de Malcolm excita dans l'ame
-d'Osbert les mouvemens opposés d'une
-violente indignation, et d'une tendre
-pitié que lui inspirait le souvenir de son
-père; pendant un moment il fut réduit
-à l'état le plus misérable. L'énergie
-terrible de ses sensations le jetta dans
-une sorte de délire; la fermeté qu'il
-venait de montrer avait entièrement
-disparu, et il était sur le point de renoncer
-à la vertu et à la vie, à l'aide
-d'un court poignard qu'il conservait
-caché sous sa veste: tout-à-coup le
-son mélodieux d'un luth attira son
-attention; cet instrument était accompagné
-d'une voix douce et tendre,
-qui fut pour le c&oelig;ur d'Osbert comme
-un beaume salutaire; il lui sembla que
-le ciel s'en servait pour l'arrêter dans ses
-desseins et changer sa destinée. La tourmente
-s'apaisa, et fut bientôt dissoute
-en larmes de pitié et de repentir. La
-langueur qui régnait dans le chant,
-semblait annoncer qu'il était celui d'un
-être souffrant et sans doute aussi prisonnier.
-Lorsqu'il eut cessé, Osbert,
-encore plein d'étonnement, s'approcha
-des barreaux de la fenêtre pour chercher
-à découvrir d'où étaient partis
-ces sons enchanteurs; mais personne
-ne s'offrit à ses regards, et il ne put
-juger si c'était de l'intérieur ou de l'extérieur
-du château. Vainement essaya-t-il
-d'obtenir du garde, qui vint lui
-apporter une faible portion de nourriture,
-quelques informations sur ce
-qu'il avait entendu; le silence obstiné
-du satellite de Malcolm le laissa dans
-son ignorance.</p>
-
-<p>La douleur remplissait le château
-d'Athlin et ses environs. La nouvelle
-de l'emprisonnement du comte était
-enfin parvenue aux oreilles de Maltida,
-et son ame avait perdu toute espérance.
-Elle envoya sur le champ offrir au
-baron une forte rançon, pour la liberté
-de son fils et des autres prisonniers;
-mais la férocité de l'ame de Malcolm
-dédaignait un triomphe incomplet. La
-vengeance l'emporta sur son avarice,
-et les offres furent rejetées avec mépris.
-Un autre motif agissait sur son esprit,
-et le confirmait dans ses desseins. On lui
-avait souvent parlé de la beauté de
-Marie de manière à exciter sa curiosité;
-il était parvenu à se procurer
-les moyens de la rencontrer; et cette
-vue avait allumé dans son sein une
-passion que la violence de son caractère
-empêchait de s'éteindre. Déjà il
-avait formé, pour l'obtenir, divers
-projets qui étaient tous demeurés sans
-exécution; la captivité du comte lui
-parut une occasion favorable à son
-amour; il résolut donc de demander
-la main de Marie en échange de la
-liberté de son frère; mais il se détermina
-à ne point d'abord laisser
-paraître ses vues, afin que les angoisses
-de l'anxiété et du désespoir agissant
-sur Maltida, elle pût se résoudre à
-sacrifier sa fille à son ennemi.</p>
-
-<p>Les faibles restes de la tribu, résistant
-à l'horrible revers qu'ils venaient d'essuyer,
-eurent encore le courage de s'assembler:
-et tout dangereux que fût le
-projet d'arracher leur chef à la prison,
-ils s'y arrêtèrent. L'espérance soutint
-encore de nouveau Maltida; mais
-bientôt une nouvelle source de chagrin
-fut ouverte pour elle. La santé de
-Marie déclinait sensiblement: elle était
-silencieuse et pensive: sa délicate complexion
-ne pouvait résister aux peines de
-son esprit, et ces peines s'augmentaient
-par l'effort qu'elle faisait pour les cacher.
-Elle s'imposa l'amusement et un exercice
-agréable, comme un moyen qui
-devait lui rendre plus facilement la paix
-et la santé. Un jour que, pour chercher
-ces trésors, elle faisait une promenade à
-cheval, elle fut tentée par la beauté de
-la soirée de prolonger sa course au-delà
-de ses bornes ordinaires. Le soleil se
-couchait comme elle entrait dans un
-bois dont la sombre et triste obscurité
-convenait parfaitement à la mélancolie
-de son c&oelig;ur. La paisible sérénité
-du tems et le majestueux aspect du
-lieu se réunirent pour la faire tomber
-insensiblement dans un doux oubli de
-ses peines: elle s'y abandonnait avec
-délices, quand soudain elle en fut tirée
-par le bruit des pas de chevaux s'avançant
-près d'elle. L'épaisseur du feuillage
-gênait sa vue, mais elle crut voir briller
-des armes à peu de distance. Elle détourna
-son cheval, et voulut gagner
-l'entrée du bois. Son c&oelig;ur agité par
-la crainte, lui faisait hâter sa retraite.
-En regardant derrière elle, elle distingua
-parfaitement trois hommes armés et
-déguisés accourant à sa poursuite.
-Prête à perdre connaissance, en vain
-l'effroi lui donna des ailes; tous ses efforts
-furent inutiles, et bientôt les brigands
-l'eurent atteinte. L'un d'eux saisit la bride
-de son cheval, et les autres tombèrent
-sur les deux domestiques qui l'accompagnaient.
-Il y eut un vif combat: la force
-de ses serviteurs fut contrainte de céder
-aux armes de leurs adversaires. Terrassés,
-ils se virent traîner dans le bois et
-attacher à des arbres. Marie, évanouie
-entre les bras de celui qui s'était emparé
-d'elle, était portée à travers des sentiers
-obscurs et silencieux: il est facile de se
-peindre sa terreur quand rouvrant les
-yeux elle se trouva au milieu d'hommes
-inconnus. Ses cris, ses larmes, ses prières
-n'eurent aucun effet. Ces misérables
-insensibles à la pitié et à ses demandes,
-gardaient un farouche silence. Ils la
-conduisirent vers l'entrée d'une horrible
-caverne: alors le plus affreux désespoir
-s'empara d'elle, et bientôt elle
-ne donna plus aucun signe de vie: cet
-état dura long-tems; mais il est impossible
-d'exprimer ce qu'elle éprouva,
-quand revenant à elle par degrés, elle
-aperçut Alleyn lui-même qui, dans la
-plus vive inquiétude, attendait son retour
-à la vie, et dont les yeux se remplirent
-de joie et de tendresse lorsqu'elle commença
-à se ranimer. L'étonnement, une
-joie mêlée de crainte, et tous les symptômes
-d'une foule de sensations confuses
-se peignirent rapidement sur le visage
-de Marie. Sa surprise augmenta encore
-à l'aspect de ses domestiques qui étaient
-rangés auprès d'elle. Elle osait à peine
-en croire le témoignage de ses yeux,
-mais la voix d'Alleyn, tremblante de
-tendresse, dissipa, dans un moment,
-le prestige de son incertitude, et ne
-lui permit plus de douter de l'étonnante
-réalité des objets dont elle était
-environnée. A peine eut-elle repris des
-forces suffisantes, qu'on se hâta de quitter
-ce lieu d'effroi; la route fut continuée
-d'un pas lent, et la nuit était tombée
-depuis long-tems lorsque le cortège arriva
-au château. La douleur et la confusion
-y régnaient. La comtesse, remplie
-des craintes les plus tristes, avait envoyé
-sur différens chemins des domestiques
-au-devant de sa fille. Dans son premier
-transport, elle ne fit point attention en
-la voyant arriver, qu'elle était accompagnée
-par Alleyn. Bientôt néanmoins
-sa joie égala son étonnement quand
-elle reconnut le compagnon d'Osbert;
-et au milieu des diverses impressions
-qu'elle éprouvait, elle savait à peine qui
-des deux elle devait d'abord interroger.
-Lorsqu'elle eut été informée des périls
-que sa fille avait courus, et qu'elle eut
-connu celui qui l'en avait arrachée,
-elle se prépara avec une impatiente
-sollicitude à apprendre des nouvelles
-de son fils chéri, et comment le brave
-et jeune montagnard avait échappé à
-la vigilance du baron. Alleyn ne put
-rien dire du comte à Maltida, si ce
-n'est qu'il avait été fait prisonnier avec
-lui, dans l'intérieur des cours de la forteresse,
-comme ils combattaient à côté
-l'un de l'autre; et que, sans avoir
-reçu aucune blessure, son fils avait
-été conduit dans une tour située à l'angle
-oriental du château, où il était toujours
-détenu. Il ajouta que lui-même ayant
-été enfermé dans une partie éloignée
-de l'édifice, il n'avait pu se procurer
-aucun autre renseignement sur le compte
-d'Osbert; ensuite il fit un récit succinct
-des circonstances particulières qui les
-concernaient.</p>
-
-<p>Il y avait quelques semaines qu'il
-était dans son horrible donjon, attendant
-la mort chaque jour; sa situation
-désespérée le rendit inventif, et il conçut,
-pour s'échapper, le plan qui suit.
-Il avait remarqué que le garde, chargé
-de lui apporter sa nourriture, avait soin,
-en quittant le donjon, de frapper l'aire
-près de la porte avec son épée; sa curiosité
-se trouva excitée par cette circonstance,
-et un rayon d'espérance vint
-briller au fond de sa prison. Il examina
-le sol en cet endroit autant que l'obscurité
-le pouvait permettre, et reconnut
-qu'il était revêtu, comme le reste de son
-cachot, de larges pierres par-tout également
-solides. Cependant il n'en demeura
-pas moins certain, d'après les
-précautions habituelles du garde, qu'il
-devait trouver sous cette place quelque
-voie par laquelle il pourrait se sauver,
-et se prépara à des recherches plus
-exactes quand il ne craindrait point
-d'être observé. Un jour, aussitôt
-après le départ du garde, Alleyn se
-mit à lever les pierres qui formaient
-le pavé. Cet ouvrage exigea beaucoup
-de patience et d'industrie, et fut exécuté
-avec un couteau qu'il avait soustrait à
-la vigilance des soldats. D'abord, sous
-le pavé, la terre lui parut ferme, et
-n'indiquer en aucune manière avoir
-été fraîchement remuée. Après avoir
-creusé quelques pieds, il découvrit une
-trape; la joie et l'inquiétude le firent
-trembler de tous ses membres. La nuit
-commençait alors à s'approcher; et
-comme il était accablé de fatigues, il
-craignit de ne pouvoir, avant le lever
-du jour, pénétrer jusqu'à la trape, et
-vaincre les autres obstacles qu'il devait
-encore rencontrer; il se hâta de
-rejetter la terre dans le trou qu'il avait
-fait. Déjà il était parvenu, non sans
-beaucoup de peine à le combler, mais
-il ne lui fut pas possible de replacer
-exactement le pavé dans son premier
-état. L'obscurité ne permettait pas de
-choisir les pierres, et il s'aperçut que
-quand il viendrait à réussir, ce nouveau
-plancher n'aurait aucune solidité. Dans
-l'accablement de son corps et de son
-esprit, il se jetta à terre, et se livra au
-plus profond désespoir. La nuit était fort
-avancée, lorsque le retour de ses forces
-et de sa raison le porta à de nouveaux
-efforts; il écarta promptement la terre
-et brisa la serrure de la trape: alors
-soulevant celle-ci, sans hésiter ni
-vouloir rien considérer, il se précipita
-par l'ouverture. La voûte était profonde,
-et il fut d'abord renversé par la violence
-de sa chute. Un écho sourd et tremblant
-qui semblait se propager dans le
-lointain, lui apprit que ce lieu devait
-avoir une étendue considérable. Aucune
-clarté ne le dirigeait; il marcha les bras
-étendus, en silence, et cherchant avec
-inquiétude à examiner le lieu qu'il
-parcourait. Après avoir erré long-tems
-dans le vuide, il arriva à un mur qu'il
-suivit en tâtonnant; il fit de la sorte
-un assez long chemin, au bout duquel
-il sentit que le mur tournait; il ne
-l'abandonna point, et bientôt sa main
-toucha le barreau froid d'une fenêtre:
-une douce ondulation d'air vint frapper
-son visage, et ce fut pour lui, qui sortait
-des vapeurs humides d'un cachot, un
-moment de volupté. L'air donna à
-Alleyn une nouvelle force; les moyens
-de fuir, qui semblaient s'offrir ranimèrent
-son courage. Il plaça son pied
-contre la muraille, et saisissant avec
-la main un des barreaux de la fenêtre,
-il parvint à l'ébranler et à l'arracher
-entièrement après des efforts réitérés.
-Il s'adressa bientôt à un second, mais
-celui-ci était plus fermement fixé; il ne
-put le détacher: alors il s'aperçut
-que ce barreau était scellé dans une
-large pierre, et qu'il n'avait d'autres
-moyens à prendre que de lever la
-pierre elle-même. Son couteau lui servit,
-de nouveau, dans cette occasion;
-et avec beaucoup de patience, il
-détacha suffisamment de mortier pour
-effectuer son dessein. Après quelques
-heures passées dans une occupation
-que l'obscurité rendait pénible, et
-souvent vaine, il avait ôté plusieurs
-barreaux, et fait une ouverture qui lui
-permettait de s'échapper, quand les
-premiers rayons du jour commencèrent
-à paraître. Ce fut avec une inexprimable
-angoisse qu'il découvrit
-que cette fenêtre donnait sur la cour
-intérieure du château; bientôt il remarqua
-des soldats qui descendaient lentement
-dans la cour par les degrés
-étroits tenant à leurs logemens. Le c&oelig;ur
-lui manqua à cette vue: accablé,
-il s'appuya contre le mur, et était sur
-le point d'entrer dans la cour, et de
-tenter un effort désespéré pour se
-sauver, ou de mourir en l'entreprenant,
-quand, à l'aide du jour qui
-devenait plus considérable, une porte
-épaisse, placée dans un côté opposé
-du mur, attira ses regards; il s'y porta
-aussitôt, et tenta de l'ouvrir, mais
-elle était arrêtée par un loquet et plusieurs
-verrous extérieurs. Il frappa
-contre cette porte avec le pied; un bruit
-sourd, qui se fit alors entendre, indiqua
-qu'il y avait de l'autre côté une longue
-voûte; et il fut assuré, par sa direction,
-qu'elle devait s'étendre jusqu'aux murs
-extérieurs du château. Il comprit que,
-s'il pouvait pénétrer au-delà de cette
-voûte la nuit suivante, il lui serait
-facile d'escalader le mur, et de traverser
-le fossé. Il ne lui restait point
-assez de tems pour forcer le loquet
-avant l'arrivée du garde qui venait à
-la pointe du jour visiter sa prison;
-après quelques momens de réflexion,
-il se décida à se cacher dans une partie
-obscure de la voûte, et à attendre ainsi
-le garde qui, s'apercevant que les
-barreaux de la fenêtre avaient été dérangés,
-en devait conclure qu'il s'était
-échappé par l'ouverture. A peine, conformément
-à ce plan, s'était-il placé,
-que la porte du donjon s'ouvrit: une
-voix forte se fit entendre; et le nom
-«d'Alleyn» fut prononcé avec l'accent
-du désespoir et de la consternation. Ce
-cri ayant été répété, un homme se précipita
-à travers l'ouverture de la trape.
-Alleyn, quoique caché lui-même dans
-l'obscurité, découvrit, à l'aide d'une
-faible lumière qui tombait sur l'aire, un
-soldat armé d'une épée nue; celui-ci
-s'approcha des barreaux de la fenêtre,
-l'imprécation à la bouche: il alla ensuite
-vers la porte, et la trouvant fermée,
-il retourna à la fenêtre; après quoi
-il se mit à marcher le long des murs, sur
-lesquels il appuyait la pointe de son
-épée, et arriva de cette manière à l'endroit
-où se tenait Alleyn. Alleyn, sentant
-l'épée toucher son bras, se saisit
-avec rapidité de la main qui la tenait,
-et fit tomber l'arme à terre. Le combat
-s'engagea; Alleyn renversa son adversaire,
-et se jettant sur lui, il saisit son
-épée, qu'il lui présenta sur le c&oelig;ur:
-mais bientôt le soldat demanda grace.
-De tout tems Alleyn avait répugné à
-ôter la vie à un homme: il jugeait
-d'ailleurs, en ce moment, que s'il venait
-à tuer le soldat, ses camarades ne
-tarderaient pas à descendre sous la
-voûte. Il détourna donc l'épée; «reçois
-la vie, dit-il; ta mort ne me
-servirait de rien; si tu le veux, va
-apprendre à Malcolm qu'un innocent a
-tenté d'échapper à la mort.» Le garde,
-frappé de cette conduite, se releva en
-silence; après avoir reçu son épée il
-suivit Alleyn à la trape par laquelle ils
-rentrèrent ensemble dans le donjon.
-Alleyn fut bientôt laissé seul: le soldat,
-incertain de ce qu'il devait faire, allait
-rejoindre ses camarades, lorsque sur
-sa route il rencontra Malcolm qui,
-toujours inquiet et vigilant, parcourait
-souvent le rempart dès la pointe du jour.
-Le baron s'informa si tout était en
-bon état, et le garde qui redoutait
-d'être découvert, et n'avait point l'habitude
-de dissimuler, hésita à cette
-question. Alors un coup d'&oelig;il terrible
-le contraignit à déclarer ce qui venait
-d'arriver. Le baron lui reprocha sa
-négligence avec beaucoup d'âpreté,
-et le suivit sur-le-champ au donjon où
-il chargea Alleyn d'outrages. Il examina
-l'intérieur de la chambre, descendit
-lui-même sous la voûte, et
-revenu au donjon, il s'y arrêta jusqu'à
-ce qu'il eût vu fixer dans la muraille
-une chaîne qu'il avait envoyé chercher
-dans un lieu éloigné du château. Lorsque
-Alleyn y fut attaché: «nous ne vous
-laisserons pas long-tems ici, dit Malcolm,
-en quittant la chambre; sous peu de
-jours vous serez rendu à la liberté dont
-vous êtes si épris: mais comme un
-conquérant doit avoir des spectateurs
-à son triomphe, il faut attendre que
-j'aye pu en rassembler un nombre suffisant
-pour être témoins de la mort
-d'un si grand héros». Je méprise
-tes insultes, reprit Alleyn; je suis
-également capable de supporter le
-malheur, et de braver un tyran.»
-Malcolm se retira la rage dans le c&oelig;ur,
-en voyant l'intrépidité de son prisonnier,
-et fit les plus terribles menaces au
-garde qui cherchait en vain à se justifier.
-«Tu en réponds sur ta tête, lui cria-t-il,
-furieux. Le soldat blessé retournait
-sur ses pas dans un silence chagrin: la
-crainte que son prisonnier ne parvînt à
-s'échapper s'empara de son esprit, et le
-souvenir des expressions dont Malcolm
-s'était servi, le remplissait de dépit;
-sa reconnaissance pour Alleyn, dont
-il avait reçu la vie, se joignant à ces
-sentimens, il balança s'il obéirait au
-baron ou s'il délivrerait Alleyn, et
-fuirait avec lui. A midi il lui apporta
-sa nourriture accoutumée. Alleyn
-n'était pas si accablé qu'il n'observât
-les ombres de la tristesse qui enveloppaient
-ses traits; il prévit dans son
-ame ce qui le menaçait, et le soldat lui
-annonça sa sentence de mort. Le lendemain
-devait être le jour du supplice;
-déjà les vassaux étaient convoqués
-pour en être témoins. On a beau avoir
-cherché à se familiariser avec la mort,
-elle paraît toujours terrible quand elle
-arrive. Alleyn l'attendait depuis long-tems;
-il s'était exercé à l'envisager sans
-effroi, mais sa force l'abandonna quand
-elle fut présente, et tout son corps frémit.
-«Rassurez-vous, lui dit le soldat,
-d'une voix affectueuse, je suis loin
-d'être insensible à votre misérable
-sort, et si vous êtes d'avis de courir
-le danger des tortures, près desquelles
-celles qu'on vous prépare en ce moment
-ne sont rien, je tenterai tout pour vous
-rendre à la liberté, et vous suivre loin
-d'un tyran féroce». A ces mots Alleyn,
-qui était étendu à terre, se sentit transporté
-de surprise et de joie; et se levant
-précipitamment, «que parlez-vous de
-tortures, s'écria-t-il; toutes sont égales
-si la mort doit les terminer; mais il est
-possible que je conserve la vie. Conduisez-moi
-hors de ces murs, et le peu
-que j'ai sera à vous». Je n'ai besoin de
-rien, reprit le généreux soldat; mon
-unique but est de sauver la vie à mon semblable.»
-Ces mots pénétrèrent fort avant
-dans le c&oelig;ur d'Alleyn, dont les yeux
-se remplirent des larmes de la reconnaissance.
-Edric apprit alors à Alleyn que
-la porte découverte par lui, conduisait à
-une voûte, qui s'étendant au-delà des
-murs du château, communiquait à un
-chemin souterrein, creusé jadis pour
-faciliter la retraite du château, et que ce
-chemin aboutissait à une caverne au
-milieu de la forêt voisine. Il ajouta que
-s'ils pouvaient parvenir à ouvrir cette
-porte, rien ne s'opposerait à leur fuite.
-Alors tous deux délibérèrent sur les
-mesures que la nécessité leur prescrivait.
-Le soldat remit entre les mains d'Alleyn
-un couteau plus fort que le sien,
-qui devait lui servir à faire une entaille
-à la porte autour de la serrure.
-Il fut décidé qu'Edric se chargerait
-de faire le guet, et qu'à minuit tous
-deux descendraient dans la voûte. Edric,
-après avoir détaché la chaîne d'Alleyn,
-sortit de la prison, et celui-ci s'occupa,
-de nouveau, à lever les pavés qui avaient
-été replacés par ordre du baron.
-L'espoir de sa prochaine délivrance
-avait doublé ses forces: son nouveau
-couteau était plus propre pour son
-dessein; et il travaillait avec ardeur
-et joie. Il parvint bientôt à la trape,
-et se précipita encore une fois dans
-la voûte. La porte était extrêmement
-épaisse; ce ne fut pas sans beaucoup
-de peine qu'il réussit à enlever la
-serrure: alors de ses mains tremblantes,
-il poussa les verrous; la porte
-s'ouvrit, et il vit la nouvelle voûte
-dont le soldat lui avait parlé. Ce ne fut
-qu'aux approches du soir qu'il eut fini
-son ouvrage. Déjà il était rentré dans
-le donjon, et s'était étendu à terre
-pour se reposer, quand il entendit des
-pas éloignés. Tout à-la-fois rempli
-de crainte et d'espérance, il prêta
-l'oreille à ce bruit qui semblait s'approcher:
-enfin la porte s'ouvrit. Alleyn
-respirant à peine se leva, porta ses regards
-de ce côté, et ne vit point
-Edric, mais un autre soldat; il pensa
-que l'ouverture qu'il avait faite allait
-être découverte, et se crut perdu pour
-jamais. Le soldat plaça à terre une
-cruche d'eau, et, après avoir promené
-sa vue avec une sombre curiosité autour
-la prison, il sortit sans dire un seul
-mot. Tout ce que la force humaine peut
-supporter était épuisé; Alleyn tomba
-dans un profond engourdissement; lorsqu'il
-fut revenu à lui, il se trouva livré
-de nouveau aux horreurs de la nuit, du
-silence et du désespoir: cependant au
-milieu de ses souffrances il rougit d'élever
-des soupçons sur la bonne foi d'Edric.
-Nous sommes portés naturellement à repousser
-les sentimens pénibles; et c'est
-un des plus grands supplices que puisse
-éprouver une ame honnête que de
-douter de la sincérité de ceux en qui
-elle a placé sa confiance. Alleyn conclut
-que sa conversation du matin avait été
-entendue, et que le nouveau garde avait
-été envoyé pour examiner sa prison,
-et surveiller ses mouvemens: il crut
-qu'Edric, par suite de sa générosité,
-était comme lui destiné à périr; cette
-idée l'accabla tellement qu'elle lui fit,
-pour quelques momens, perdre de vue
-sa propre situation.</p>
-
-<p>Il était minuit, et Edric n'avait
-point paru; les doutes d'Alleyn prirent
-alors dans son esprit le caractère de la
-certitude; il s'abandonna à cette
-affreuse tranquillité d'un désespoir muet.
-L'horloge du château ayant sonné une
-heure, il prit ce son pour celui de
-la cloche funèbre qui annonçait sa
-mort. Rappelé à lui par cette sensation
-terrible, il se leva de terre, dans
-les angoisses de la plus vive douleur.
-Bientôt il distingua le bruit des
-pas de deux personnes qui s'avançaient
-vers sa prison: Malcolm et
-l'assassinat se présentèrent alors à son
-esprit: il ne douta point que les
-personnes qu'il entendait ne vinssent
-exécuter les ordres définitifs du baron;
-elles étaient prêtes d'entrer quand il se
-rappela tout-à-coup la porte de la voûte.
-Jusqu'alors occupé de son seul désespoir,
-l'idée de fuir ne s'était pas présentée
-à lui. Au milieu de la violence
-de sa douleur, il n'avait pas même
-songé à cette dernière ressource. Mais
-dans ce moment, elle fut comme un
-éclair qui brilla à ses yeux; il se précipita
-à travers la trape, et son pied
-avait à peine touché le sol de la voûte,
-que les verrous de sa prison furent
-tirés. Une voix qu'il reconnut pour
-être celle d'Edric, se fit bientôt entendre;
-la crainte était à tel point maîtresse
-de son esprit, qu'il balança
-quelque tems à se découvrir; mais
-un moment de réflexion lui suffit pour
-chasser tout soupçon de la fidélité
-d'Edric, et il répondit à sa voix.
-Edric descendit aussi-tôt, suivi par
-le soldat, dont l'apparition avait rempli,
-le matin, Alleyn de désespoir; il le
-lui présenta comme son meilleur ami,
-son camarade, et comme une victime de
-la tyrannie de Malcolm, résolue à les
-suivre. Ce fut un moment de bonheur
-trop vif pour pouvoir être décrit.
-Alleyn, ivre de joie et impatient
-de fuir, écoutait à peine ce que
-lui disait Edric; celui-ci remonta
-fermer la porte du cachot; précaution
-dont le but était d'arrêter quelque tems
-ceux qui seraient tentés de les poursuivre;
-après avoir remis entre les mains
-d'Alleyn une épée qu'il avait apportée
-avec lui, il marcha à la tête de ses deux
-compagnons, et s'avançait le long
-de la voûte. Le vaste silence du lieu
-n'était troublé que par le bruit de leurs
-pas, qui, répétés par des échos profonds,
-apportait la terreur dans leur
-esprit: souvent, en traversant ces sombres
-et tristes réduits, il leur arrivait
-de s'arrêter pour écouter, et leur crainte
-leur faisait entendre la marche éloignée
-d'hommes qui les poursuivaient. A la
-sortie de la voûte ils entrèrent dans un
-sentier tournant d'une extrême longueur,
-et coupé par divers passages percés
-dans le roc vif; il était fermé par une
-porte basse et étroite s'ouvrant près du
-chemin souterrein qui allait, par une
-pente assez sensible, se rendre sous le
-fossé du château. Edric connaissait parfaitement
-les lieux. Ils passèrent la porte,
-et après l'avoir fermée sur eux, il commençaient
-à descendre. Tout-à-coup la
-lampe qu'Edric tenait à sa main fut
-éteinte par un coup de vent, et les laissa
-dans une entière obscurité. Il est plus
-facile d'imaginer ce qu'ils sentirent
-que de le rendre; privés de voir le
-chemin qu'ils devaient suivre, osant
-à peine mettre un pied devant l'autre,
-et portant en avant une main inquiète,
-ils s'avançaient dans cet abyme profond.
-Lorsqu'ils eurent continué à descendre
-pendant quelque tems, ils se sentirent
-encore une fois sur la terre. Edric les
-avertit qu'il y avait un autre escalier
-avant que d'arriver au chemin souterrein,
-et recommanda de le chercher
-avec la plus grande précaution. Ils
-marchaient d'un pas lent et circonspect,
-quand le pied d'Alleyn frappa contre
-quelque chose qui rendit un son assez
-semblable à celui d'une armure fracassée;
-il se baissa pour reconnaître ce qu'il
-avait touché, et saisit la main froide
-d'un mort. Une soudaine horreur s'empara
-de lui, et il recula d'effroi. Tous
-les trois demeurèrent quelque tems dans
-le silence; ils n'osaient retourner sur
-leurs pas et craignaient d'avancer. Une
-faible lumière, qui parut venir du bas
-du second escalier, en jettant quelque
-clarté autour d'eux, leur fit voir à
-leurs pieds un corps pâle et défiguré,
-couvert d'une armure; et non loin
-d'eux, trois hommes dont ils distinguaient
-les mouvemens. La première
-idée dont leur esprit fut frappée, c'est
-que ces hommes ne pouvaient être que
-des assassins appartenant au baron, et
-occupés à la poursuite de quelque fugitif.
-Il n'y avait pour eux d'espoir
-de se cacher qu'en restant où ils étaient.
-Mais la lumière semblait s'avancer, et
-les trois hommes se diriger vers eux.
-Dans leur effroi ils retournèrent au
-premier escalier qu'ils montèrent précipitamment;
-arrivés à la porte, ils
-voulurent l'ouvrir, espérant pouvoir
-gagner les percées du roc: mais tous
-leurs efforts furent vains; la porte était
-fermée par le pêne de la serrure, et
-la clef était de l'autre côté. Forcés ainsi
-de ne point céder à leur crainte, ils
-se hazardèrent à regarder derrière
-eux, et se trouvèrent une seconde fois
-dans l'obscurité. Pendant un tems assez
-considérable, tous trois demeurèrent
-immobiles sur les marches; ils prêtaient
-l'oreille, et tout était dans le silence:
-aucun rayon de lumière ne frappait
-plus leurs yeux; enfin ils se décidèrent
-à marcher en avant encore une fois;
-ils avaient retrouvé l'endroit où ils
-croyaient avoir laissé le corps mort, et
-cherchaient à éviter son horrible rencontre,
-lorsque la lumière se montra
-une seconde fois à la même place où
-elle avait d'abord été découverte; le
-désespoir les pétrifia. Cependant la lumière
-faisait des mouvemens lents, et
-et se trouva cachée par les détours du
-sentier. Ils restèrent long-tems en suspens,
-et sans proférer une parole; mais
-n'ayant plus aucun obstacle devant eux,
-ils continuèrent leur route. La lumière
-leur avait fait connaître le lieu
-où ils étaient, ainsi que l'escalier qu'ils
-pouvaient descendre avec sécurité.
-Parvenus au bas sans aucune rencontre
-alarmante, ils écoutèrent de nouveau,
-et n'entendirent aucun bruit;
-Edric annonça que maintenant ils devaient
-être sous le fossé. Le chemin
-devant eux était uni, et ils crurent
-que la lumière et les hommes aperçus
-par eux avaient tourné d'un autre côté:
-car Edric savait que le chemin principal
-avait plusieurs issues dans le roc.
-La joie leur donnait des ailes: leur
-délivrance semblait prochaine, et Edric
-répétait qu'on touchait à la caverne.
-L'issue qu'ils cherchaient se présenta
-à eux; mais en même-tems leur espérance
-fut détruite. Tout-à-coup la
-clarté d'une lampe vint frapper sur eux,
-et montra à leurs yeux faibles et éblouis
-quatre hommes dans une attitude menaçante,
-et prêts à les recevoir l'épée
-à la main. Alleyn tira la sienne. «Nous
-mourrons, s'écria-t-il, mais en braves.»
-Au son de sa voix, les armes tombèrent
-des mains de ceux qui étaient devant
-lui, et il les vit s'avancer pleins de
-joie. Alleyn reconnut avec étonnement,
-trois de ces étrangers, des amis
-fidèles et des compagnons, et Edric, un
-soldat de ses camarades dans le quatrième.
-C'était le même dessein qui les
-réunissait tous dans ce lieu; ils quittèrent
-ensemble la caverne; et Alleyn, ravi
-d'avoir recouvré une liberté dont il
-avait été privé si long-tems, résolut
-de ne plus à l'avenir fermer son ame
-à l'espérance. Tous furent persuadés
-que le corps trouvé par eux était
-celui d'une personne que la faim ou
-l'épée avait fait périr dans ce labyrinthe
-souterrein.</p>
-
-<p>Ils marchèrent de compagnie et arrivèrent
-à peu de milles du château
-d'Athlin. Là, Alleyn exposa son intention
-d'aller rassembler ses amis, et
-d'entreprendre, avec la tribu, de
-délivrer le comte. Edric, ainsi que le
-soldat son camarade, s'enrolèrent solemnellement
-pour cette cause, et l'on
-se sépara. Alleyn et Edric poursuivirent
-leur route vers le château, et les autres
-gagnèrent différens points du pays.
-Alleyn et Edric n'avaient encore fait
-que peu de chemin, lorsque les gémissemens
-des domestiques blessés de Maltida
-les attirèrent dans le bois, où la
-scène horrible avait eu lieu. La surprise
-d'Alleyn fut extrême en voyant dans cet
-état des hommes attachés au comte;
-mais ce sentiment fit place à un autre
-plus poignant, dès qu'il fut informé
-que Marie avait été enlevée par des
-hommes armés. Il se donna à peine le
-tems de délier les deux domestiques,
-et s'élançant sur un des chevaux qui
-paissaient à peu de distance, il ordonna
-à tout le monde de le suivre, et prit la
-route par laquelle on lui dit que les
-ravisseurs avaient passé. Alleyn et le
-soldat les atteignirent, comme ils étaient
-prêt d'arriver à l'entrée de la caverne,
-dont l'horrible aspect avait donné une
-mort momentanée à Marie. Les brigands
-firent de vains efforts pour
-fuir; un d'eux fut blessé, et parvint
-néanmoins à se sauver. Ses compagnons
-voyant accourir les domestiques du
-comte abandonnèrent leur proie, et
-s'échappèrent à travers les sombres
-détours de la caverne. Marie paraissait
-sans vie, et les yeux d'Alleyn se fixaient
-avec horreur sur cet objet: enfin elle
-rouvrit elle-même les yeux au milieu
-des efforts empressés, par lesquels il
-cherchait à lui rendre le sentiment;
-et la joie s'empara de l'ame d'Alleyn.</p>
-
-<p>Pendant tout le récit d'Alleyn, où
-régnait la plus grande modestie, le
-c&oelig;ur de Marie fut livré à diverses
-émotions qui toutes sympatisaient avec
-les vicissitudes de la situation du jeune
-montagnard. Elle eût souhaité se
-cacher à elle-même l'intérêt qu'elle
-prenait à ses aventures; mais ses efforts
-étaient dans une telle disproportion
-avec son émotion, que, quand Alleyn
-raconta la scène arrivée dans la caverne
-de Dunbayne, la pâleur couvrit
-ses joues tremblantes; et on la vit défaillir.
-Cette circonstance alarma d'abord
-la pénétrante comtesse; la connaissance
-qu'elle avait de la faible complexion
-de sa fille lui parut bientôt la
-seule cause de cet état, et suffit pour
-réprimer ses craintes. Alleyn éprouva
-un délicieux mélange d'espérance et
-d'inquiétude qu'il ne connaissait point
-encore. Pour la première fois il osait
-s'en fier à son c&oelig;ur, et croire qu'il
-aimait, et pour la première fois ce
-c&oelig;ur concevait l'espérance du retour.</p>
-
-<p>La comtesse lui prodiguait tous les
-épanchemens d'une ame remplie de
-reconnaissance, et la rougeur de Marie
-lui en disait plus que sa bouche n'eût
-pu le faire. Tous trois cherchaient
-le nom et le rang de l'auteur d'un
-si détestable complot. Leurs soupçons
-s'arrêtèrent enfin sur le baron Malcolm,
-et cette supposition acquit un
-grand degré de vraisemblance, quand ils
-se rappelèrent que les brigands étaient
-à cheval; circonstance qui devait les
-faire considérer comme les agens de
-quelqu'un au-dessus d'eux. Leurs conjectures
-se trouvèrent véritables. Malcolm
-était l'auteur du plan; il avait
-chargé de son exécution plusieurs de
-ses vassaux, qui n'avaient pu trouver
-l'occasion d'agir avant la surprise du
-château; et depuis ce moment le baron
-trop agité avait oublié de retirer ses
-ordres.</p>
-
-<p>Alleyn ne fut pas long-tems sans
-faire connaître son projet de réunir le
-faible reste de ses amis à la tribu, et
-de marcher contre le château de Dunbayne.
-«Bon jeune homme, s'écria
-la comtesse, incapable de contenir
-davantage son admiration, comment
-pourrai-je jamais payer vos généreux
-services? Suis-je donc destinée à recevoir
-de vos mains mes deux enfans?
-La tribu se lève encore une fois, et va
-attaquer les murailles qui défendent
-Malcolm: conduisez-la à la conquête
-et rendez-moi mon fils.» A ces mots
-les yeux languissans de Marie reprirent
-leur éclat: elle s'enivrait du doux
-espoir de presser contre son sein un
-frère dont elle était séparée depuis si
-long-tems; mais elle passa bientôt
-de l'espérance à la crainte; c'était
-Alleyn qui devait commander l'entreprise,
-et Alleyn pouvait périr dans
-le combat. Ces sentimens opposés
-lui dévoilèrent l'état de son c&oelig;ur, et
-son imagination ne tarda pas à lui
-montrer une longue suite d'inquiétudes
-et de peines qui se préparait pour
-elle. Elle tenta de bannir de son esprit
-le souvenir du passé et celui de la fatale
-découverte qu'elle venait de faire;
-mais ses efforts furent vains: sans cesse
-l'image d'Alleyn, ornée de toute cette
-vertu forte et mâle qui avait dirigé sa
-conduite, se présentait à elle: le paysan
-disparaissait, et elle ne voyait plus que
-l'homme doué du plus noble caractère.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Alleyn passa la nuit au château: dès
-le lendemain matin après avoir salué
-la comtesse et sa fille, à laquelle son &oelig;il
-fit un triste et respectueux adieu. Il partit
-avec Edric pour se rendre à la chaumière
-de son père. L'ardent jeune homme
-était impatient de s'assurer de la
-santé de ce premier objet de ses affections,
-et d'embrasser ses amis. Le
-souffle de l'amour avait changé en
-une flamme active les éteincelles d'ambition
-qui s'étaient allumées, avec tant
-de peine, dans son c&oelig;ur. Maintenant
-il n'était plus animé par le seul désir
-de venger la vertu opprimée, et d'arracher
-à la misère et à la mort le fils
-d'un chef qu'il était habitué à respecter:
-il brûlait encore de punir
-l'outrage fait à sa maîtresse, et de se
-signaler par quelque action d'éclat
-digne de son admiration et de sa reconnaissance.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Alleyn trouva son père prenant le
-déjeûner à côté de sa nièce: le vieillard,
-dont le visage était obscurci par la tristesse,
-n'aperçut pas d'abord Alleyn;
-mais bientôt il faillit succomber à
-l'excès de sa joie en voyant que ce fils,
-sa consolation et son espoir, lui était
-rendu: Edric fut reçu avec autant de
-cordialité que s'il eût été un ancien ami.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE IV.</h2>
-
-<p class="d"><i>Continuation de la captivité d'Osbert;&mdash;il
-découvre deux femmes prisonnières
-comme lui dans le château de Dunbayne.&mdash;Malcolm
-condamne Osbert à
-mort, et bientôt après se décide à différer
-son supplice.&mdash;Maltida et Marie
-croyent Osbert mort; il leur fait parvenir
-une lettre.&mdash;Alleyn se met en
-marche avec la tribu d'Athlin, dans
-le dessein de délivrer Osbert.&mdash;Amour
-de Marie pour Alleyn: ses efforts pour
-l'oublier.&mdash;Osbert tente de se faire
-remarquer par les deux prisonnières.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">L</span>e comte, prisonnier dans la tour et
-livré à une affreuse solitude, ignorait le
-sort qui lui était réservé: mais la magnanimité
-de son caractère bravait les
-efforts cruels de la haine du baron. Par
-une suite de l'habitude qu'il avait prise
-de se préparer à ce que son ennemi
-pourrait imaginer de pire, il était parvenu
-à regarder la mort d'un &oelig;il tranquille.
-Les violens transports dont il
-avait été agité à l'aspect de Malcolm
-s'étaient apaisés depuis qu'il n'était
-plus exposé à le voir; il évitait avec
-le plus grand soin de se rappeler le sort
-de son père, sur lequel il n'avait jamais
-pu arrêter sa pensée, sans éprouver
-un horrible tourment. Mais lorsqu'il
-songeait aux souffrances de la comtesse
-et de sa s&oelig;ur, toute sa force l'abandonnait:
-souvent il souhaitait savoir
-comment elles supportaient le malheur
-de sa perte, et leur faire connaître
-l'état où il était: quelquefois il prenait
-la résolution de s'efforcer de ne point
-s'occuper de sa situation actuelle, et de
-se procurer des secours artificiels contre
-les tristes objets dont il était environné.
-Son principal amusement consistait à
-observer les m&oelig;urs des oiseaux de
-proie qui étaient venus se loger dans
-les créneaux de sa tour; et leur penchant
-au brigandage lui fournissait l'occasion
-d'un trop juste parallèle avec
-les habitudes des hommes.</p>
-
-<p>Comme il était un jour, devant la
-grille qui donnait sur le château, occupé
-à regarder les courses des oiseaux,
-son oreille fut de nouveau frappée par
-le luth dont les accords l'avaient déjà
-sauvé de la mort. La voix mélodieuse
-qu'il avait entendue l'accompagnait encore,
-et chantait sur un air tendre les
-couplets qui suivent.</p>
-
-<p>«Quand mon &oelig;il s'ouvrit aux premiers
-rayons du matin de la vie, je
-n'aperçus autour de moi qu'une scène
-enchanteresse; alors les tempêtes de la
-nuit ne s'offraient point à mes regards:»</p>
-
-<p>«Les brillantes illusions de l'espérance
-séduisaient mon ame, et égaraient
-les pensées de ma jeunesse: l'imagination
-venait tout embellir de ses vives
-couleurs, et me découvrait dans le
-lointain un avenir de bonheur:»</p>
-
-<p>«Le vuide de mon c&oelig;ur simple et
-pur était rempli par la tendresse filiale:
-et l'amour d'un père suffisait à ses besoins,
-à son ardeur:»</p>
-
-<p>«Mais ô cruel et rapide revers! tout
-ce que j'aimais n'est plus; le pâle et
-sombre malheur a dispersé les rayons
-tremblans de l'espérance, et les douces
-rêveries de l'imagination ont fui pour
-jamais».</p>
-
-<p>Au milieu de sa profonde surprise,
-Osbert jeta ses regards dans la cour
-intérieure du château d'où la voix paraissait
-sortir: un instant après il vit
-une jeune personne entrer dans la partie
-de la cour qui tient à la tour: une
-autre femme plus âgée, mais conservant
-encore des restes de beauté,
-s'appuyait sur son bras. Il était facile
-de reconnaître à la mélancolie qui obscurcissait
-les traits de celle-ci que la
-main de la douleur avait devancé les
-ravages du tems. Elle était vêtue d'un
-habit de veuve; un voile noir, attaché
-sur son front, donnait une grace noble
-à sa figure; il était rejeté en arrière, et
-tombant jusqu'à terre où il se traînait
-en longs plis, il semblait ajouter
-encore à la majesté naturelle de son
-maintien. Cette femme s'avançait d'un
-pas lent, soutenue par sa compagne,
-dont le voile, relevé à moitié, laissait
-apercevoir les traits. La tristesse donnait
-à la beauté de la jeune personne
-la plus touchante expression, et la
-dignité de sa démarche annonçait qu'elle
-était née dans un rang élevé. A son
-bras pendait le luth dont les accords
-avaient si délicieusement touché le
-comte. L'étonnement d'Osbert à ce
-spectacle n'était égalé que par son
-admiration. Les deux femmes se retirèrent
-par une porte qui se trouvait
-située vers l'extrémité du côté opposé
-de la cour, et il ne fut plus possible
-de les voir. Osbert cherchait à les suivre
-des yeux, et tint pendant quelque tems
-la vue fixée sur la porte par laquelle elles
-avaient disparues. Revenu à lui-même
-il crut, pour la première fois, éprouver
-l'horreur de la solitude; il conjectura
-que ces femmes étaient des étrangères
-détenues par l'injuste puissance du
-baron, et ses yeux se remplirent des
-larmes de la pitié. Mais l'idée que tant
-de beauté et tant de dignité étaient victimes
-d'un tyran, remplit bientôt son
-c&oelig;ur d'indignation, et lui rendit sa captivité
-plus insupportable que jamais. Il
-brûlait de devenir le défenseur de la
-vertu, et le libérateur de l'innocence
-opprimée; la haine qu'il portait à Malcolm
-s'accrut encore; et son ame reçut
-une nouvelle force de la persuasion où il
-était qu'il parviendrait à se venger.
-Son garde entra dans ce moment:
-Osbert voulut en obtenir quelques
-informations relatives aux deux étrangères;
-mais ce fut en vain. Le soldat
-était chargé de lui apporter de tristes
-nouvelles: il annonça au comte qu'il
-devait se préparer à la mort, et que
-son supplice était fixé au lendemain.
-Osbert l'entendit avec tranquillité, et
-sans daigner laisser échapper le moindre
-murmure. Il repoussa, avec précipitation
-le tendre souvenir de sa mère et
-de sa s&oelig;ur, trop capable d'affaiblir son
-courage. Son garde lui apprit qu'Alleyn
-s'était échappé. Alors il ne douta point
-que ce généreux jeune homme n'entreprît
-tout pour punir le tyran qui lui
-donnait la mort.</p>
-
-<p>Lorsque le baron avait été informé
-de la fuite d'Alleyn, la rage s'était emparée
-de son c&oelig;ur; il avait fait appeler
-les gardes du donjon; mais après de
-longues et pénibles recherches, on eut
-la certitude qu'ils avaient accompagné
-leur prisonnier, et que plusieurs autres
-captifs s'étaient également échappés.
-Malcolm donna ordre qu'une sentinelle
-qui restait fût punie pour la trahison de
-ses camarades et sa propre négligence;
-et se rappelant le comte qu'il avait
-oublié dans la première chaleur de son
-ressentiment, il se félicita de ce qu'il lui
-fournissait l'occasion d'une vengeance
-complette. Au milieu des transports de
-sa joie il rétracta la condamnation du
-garde. A peine avait-il envoyé au
-comte le message funeste qui lui
-annonçait sa mort, qu'il prit une nouvelle
-résolution. Tel est l'effet des passions
-coupables: elles ne permettent pas
-d'agir avec suite: on ne peut satisfaire
-l'une qu'en sacrifiant l'autre, et le
-moment où l'on croit saisir le bonheur
-est celui même qui en détruit l'espoir.
-Le baron éprouva la vérité de cette
-observation; il semblait être parvenu
-à l'excès de la félicité lorsqu'il contemplait
-les approches de sa vengeance;
-mais tout-à-coup l'idée de Marie vint
-remplir son c&oelig;ur d'une autre passion.
-Il avait apprit qu'elle avait été au pouvoir
-de ses émissaires et délivrée sur
-le champ. La peine même qu'il éprouvait
-de voir ses désirs traversés, augmentait
-leur violence, il ne pouvait se déterminer
-à abandonner sa poursuite; et le seul
-moyen d'obtenir celle qui en était
-l'objet lui parut être de renoncer à sa
-passion favorite. Il ne doutait point
-qu'on ne lui donnât Marie, lorsqu'il
-aurait déclaré ne point vouloir d'autre
-rançon pour la vie du comte. Ces deux
-passions, l'amour et la vengeance se
-balançaient tellement dans son c&oelig;ur,
-qu'il eût été difficile de juger laquelle
-devait l'emporter. Enfin la vengeance
-céda à l'amour; mais il résolut de livrer
-le comte à tous les tourmens que doit
-produire la perspective d'une mort
-prochaine, et de lui cacher l'intention
-où il était de surseoir à son supplice.</p>
-
-<p>Le comte attendait la mort avec la
-fermeté qu'il avait montrée en apprenant
-sa sentence; il fut conduit de la
-tour à la plate-forme du château sans
-proférer une parole, ni montrer la
-moindre émotion. Là il vit d'un &oelig;il
-fixe tous les préparatifs de son exécution,
-les instrumens de mort, et les soldats
-rangés en file; l'aspect même de l'éternité
-agissait peu sur son imagination.
-Parmi les objets qui l'environnaient,
-un seul put le faire sortir de la profonde
-indifférence dans laquelle il semblait
-plongé; c'était son meurtrier
-qui se montrait avec tout le faste qu'on
-déploie dans une pompe triomphale.
-A sa vue Osbert s'arrêta un instant,
-et sentit son c&oelig;ur tressaillir; mais
-ne voulant point paraître troublé,
-il s'efforçait de reprendre sa dignité,
-quand le souvenir de sa mère se
-présenta à lui. Alors tout son courage
-fut anéanti: on vit ses yeux se
-mouiller de larmes, et il tomba sur
-la terre privé de sentiment.</p>
-
-<p>Lorsqu'il fut revenu à lui-même, il se
-retrouva dans sa prison; il apprit que
-le baron lui avait accordé un répit:
-Malcolm, se méprenant à la douleur du
-comte, s'était flatté d'avoir porté ses
-souffrances au dernier degré, et avait
-ordonné qu'on le reconduisît à la tour.</p>
-
-<p>Une scène aussi atroce et aussi
-publique que celle qui venait d'avoir
-lieu au château de Dunbayne fut bientôt,
-dans les environs, le sujet de tous
-les entretiens. La comtesse l'apprit avec
-une étrange variété de circonstances
-qu'on y avait ajoutées; on l'assura
-même que son fils avait réellement péri.
-A cette accablante nouvelle, elle retomba
-dans sa première langueur.
-Marie était trop faible pour lui donner
-des soins semblables à ceux qu'elle lui
-avait déjà prodigués avec tant de zèle.
-Le médecin déclara que la maladie de
-la comtesse avait son siège dans l'ame,
-et était au-dessus de la portée de la
-science humaine. Un jour elle reçut
-une lettre dont la suscription était de la
-main d'Osbert: son &oelig;il reconnut les
-caractères, et brisant le cachet, avec
-empressement, elle apprit que son fils
-était toujours vivant, et qu'il ne désespérait
-pas de se jeter encore une fois
-à ses pieds. Il demandait que le reste
-de la tribu se réunît pour tenter sa
-délivrance; et apprenait dans quelle
-partie du château était sa prison.
-Osbert croyait qu'à l'aide de cordes et
-de longues échelles placées de la
-manière qu'il indiquait, il pourrait
-parvenir à se sauver. Cette lettre fut
-un excellent cordial pour la comtesse
-et pour Marie.</p>
-
-<p>Cependant Alleyn mettait un zèle
-infatigable à rassembler les compagnons
-qui devaient l'aider dans son entreprise.
-Dès qu'il fut informé que le
-comte avait démenti le bruit de sa mort,
-il se rendit au milieu de la tribu, et
-la pressa de ne point différer d'agir.
-Aucun des vassaux n'avait besoin
-d'être sollicité: c'était une cause
-chérie par eux, qu'il s'agissait de défendre,
-et la main de tous était prête.
-Les préparatifs furent bientôt terminés,
-et Alleyn, à la tête de ses amis, vint
-se joindre à la tribu.</p>
-
-<p>La comtesse contempla, une seconde
-fois du haut des murailles, le départ
-de ses vassaux qui allaient chercher des
-périls aussi certains que ceux auxquels
-ils s'étaient exposés une première fois.
-Cette scène rappela à son souvenir celle
-dont elle avait déjà été témoin. Elle
-éprouva les mêmes craintes, fit les
-mêmes v&oelig;ux; et quand l'éloignement
-eut dérobé la troupe à sa vue, elle
-rentra dans le château fondre en pleurs.
-Le c&oelig;ur de Marie était en proie à
-plusieurs sortes de peines. Incapable
-de se cacher plus long-tems à elle-même
-le tendre intérêt qu'elle prenait
-au départ d'Alleyn, son trouble en
-devint plus visible. En vain la comtesse
-cherchait à lui rendre quelque tranquillité.
-Marie, pénétrée de reconnaissance,
-et poussée d'ailleurs par la
-franchise naturelle de son caractère,
-souhaitait quelquefois de pouvoir
-prendre sur elle de confier sa faiblesse
-à sa mère (si l'on doit appeler faiblesse
-un sentiment qui tirait son origine
-de l'admiration excitée par de
-nobles et généreuses qualités). Mais
-toujours sa délicatesse et sa timidité
-l'arrêtaient au milieu de ses résolutions,
-et retenaient sur ses lèvres l'aveu prêt à
-lui échapper. Les peines de son ame
-altérèrent peu-à-peu sa santé; son médecin
-reconnut que son mal était dû
-à un chagrin qu'elle s'efforçait de réprimer;
-il indiqua comme le meilleur
-remède un ami dans le sein duquel
-elle pût déposer tous les secrets de
-son ame. Maltida n'eut alors aucune
-peine à deviner la cause de la maladie
-de sa fille: elle se rappela ses observations;
-et ce qu'elle avait d'abord
-soupçonné lui parut certain. Elle s'occupa
-à gagner sa confiance par des
-carresses douces et prévenantes. Marie,
-trouvant son silence peu généreux, se
-décida enfin à ne plus rien dissimuler à
-sa mère.</p>
-
-<p>Un jour que cette dernière la pressait
-tendrement contre son sein, elle lui
-déclara sa passion pour Alleyn. La
-comtesse n'avait rien de plus à c&oelig;ur
-que d'assurer le bonheur de sa fille; la
-générosité et les autres vertus du jeune
-montagnard la remplissaient elle-même
-d'admiration. Mais la fierté de son ame
-lui faisait rejeter toute idée d'alliance
-avec un homme d'une naissance aussi
-peu distinguée. L'attachement de sa
-fille lui parut ne devoir être qu'une impression
-passagère, enfantée par une
-imagination vive et exaltée, et elle ne
-doutait pas que ses conseils et le tems
-ne parvinssent à en triompher. Marie
-écouta sa mère avec tranquillité: sa
-raison applaudissait pendant que son
-c&oelig;ur gémissait; et elle prit le parti de
-combattre un sentiment qui devait causer
-tant de chagrin à elle et à sa famille.</p>
-
-<p>Mais les généreuses qualités d'Alleyn
-se représentaient sans cesse à sa mémoire
-avec tout leur éclat. Il lui était
-impossible de ne pas s'apercevoir qu'il
-était épris d'elle; elle appréciait tous
-ses combats, et sentait combien était
-grande la délicatesse qui l'avait porté
-à s'éloigner, dans un respectueux silence,
-de l'objet de sa passion. Elle
-recourut encore à sa mère pour l'aider
-à bannir une image destructive de son
-bonheur; la comtesse employait toute
-sorte de moyens pour lui faire oublier
-Alleyn; chaque heure, excepté celles
-réservées aux exercices nécessaires à
-la santé de Marie était employée à
-cultiver son esprit, et à perfectionner ses
-talens. Les soins de Maltida ne furent
-pas sans fruit; elle remarqua que sa fille
-commençait à recouvrer le repos de
-l'ame et la santé; Marie crut elle-même,
-quelquefois, avoir appris à oublier
-celui qui lui était si cher. Les précautions
-de la mère et les efforts de la fille,
-servirent au moins à tromper l'ennui des
-momens qui se passaient à attendre des
-nouvelles d'Alleyn et de son entreprise.</p>
-
-<p>Le château de Dunbayne était toujours
-le séjour du malheur: les vertus
-y gémissaient sous l'empire du crime;
-et le baron, déchiré par des passions
-opposées, était lui-même victime de
-leur puissance.</p>
-
-<p>Le comte avait été forcé de reconnaître
-que ses jours dépendaient du
-caprice d'un tyran. Son ame était préparée
-aux coups les plus cruels; mais
-cependant il concevait quelque espérance
-d'échapper lorsqu'il songeait à
-cette lettre qu'un de ses gardes, touché
-de compassion, s'était chargé de remettre
-à la comtesse. Dans cette attente,
-il passait toutes les heures à la grille
-de sa fenêtre; livré à la plus vive inquiétude
-il portait sa vue sur les montagnes
-éloignées, pour s'assurer s'il ne
-découvrirait pas la marche de sa tribu.
-Pendant qu'il était ainsi privé de soulagemens
-réels, ces montagnes devenaient
-pour lui la source d'un plaisir
-idéal. Souvent, dans les belles soirées
-d'été, il voyait, de sa fenêtre, se promener
-sur la terrasse située au bas de
-la tour, ces femmes dont l'aspect avait
-excité son admiration et sa pitié. Un
-jour qu'il était rempli d'espérance pour
-lui-même et de compassion pour elles,
-ses souffrances lui parurent s'être adoucies.
-Il conçut l'idée de faire connaître
-aux deux prisonnières qu'elles avaient
-un compagnon, et d'exciter leur intérêt.
-Le soleil se cachait derrière la cime des
-montagnes, et déjà l'ombre était descendue
-dans les vallons. La tranquillité
-de la soirée lui inspirait une douce
-mélancolie: il composa les stances qu'on
-va lire, et dès le soir suivant, vint les
-jetter sur la terrasse.</p>
-
-<p>«Salut, ô monts sacrés; vos sommets
-sont rafraîchis par les vents, et
-des sources d'eau jaillissent d'entre
-vos rochers. Le haut pin qui vous
-ombrage reçoit les premiers rayons du
-jour, et sa tête orgueilleuse est encore
-le dernier objet que frappe le soleil
-couchant.»</p>
-
-<p>«Salut, ô monts éloignés! salut,
-vallons formés par eux. Souvent l'imagination
-me découvre vos beautés
-que cachent les brouillards humides.
-Tandis que le berger enfle son chalumeau,
-ou que le poëte cède au plaisir de
-chanter, mon c&oelig;ur souffrant déplore
-la triste destinée qui m'accable.»</p>
-
-<p>«Trois fois heureuse l'heure où le
-crépuscule du soir vient envelopper
-de son ombre ces bois chéris. De paisibles
-accords se font entendre alors le
-long de la clairière: l'imagination les
-recueille à travers le murmure des
-vents; et les amans de cette divinité
-puissante prêtent une oreille charmée.»</p>
-
-<p>«O combien sont pénétrans ces
-sons! ils se prolongent dans les montagnes
-éloignées, et l'écho des cavernes,
-qui les répète, trouble le silence des
-déserts.»</p>
-
-<p>Osbert eut le plaisir de voir que le
-papier fut ramassé par les deux femmes
-qui se retirèrent immédiatement après
-dans le château.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE V.</h2>
-
-<p class="d"><i>Alleyn et la tribu d'Athlin se présentent
-devant le château de Dunbayne.&mdash;Malcolm
-fait amener Osbert sur les remparts,
-et menace de lui donner la mort
-si Alleyn et les siens ne se retirent pas;
-il offre de mettre Osbert en liberté, à
-condition qu'il obtiendra Marie en mariage.&mdash;Alleyn
-va au château d'Athlin
-porter les propositions de Malcolm.&mdash;Douleur
-de Maltida et de Marie.&mdash;Marie
-se décide à épouser Malcolm pour sauver
-la vie à son frère.&mdash;Alleyn est chargé
-par Maltida de demander à Malcolm un
-délai de quelques jours, au bout duquel
-elle doit donner sa réponse.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">L</span>e lendemain, à la pointe du jour,
-le comte aperçut un drapeau qui se
-montrait dans le lointain; son c&oelig;ur
-s'ouvrit à une espérance que l'événement
-confirma. C'étaient ses fidèles
-vassaux, conduits par Alleyn, qui
-s'avançaient pour cerner et attaquer le
-château. Leur petit nombre ne leur
-permettait pas d'oser se flatter de le
-réduire; mais ils croyaient, qu'au milieu
-du tumulte du combat, ils parviendraient
-à délivrer le comte. Les sentinelles
-crièrent sur eux dès qu'ils furent à une
-certaine distance, et l'alarme fut donnée
-de toutes parts. Dans le même moment
-les murailles se couvrirent de soldats.
-Le baron était présent et dirigeait lui-même
-les préparatifs de défense; il
-avait secrètement arrêté son plan. La
-tribu, environnant le fossé, dans lequel
-elle jetait des fascines, se préparait
-à l'attaque, et de hautes échelles s'avançaient
-pour faciliter l'escalade; le
-comte, à qui la joie et l'espérance
-avait donné une nouvelle force, trouva
-le moyen d'arracher un des barreaux
-de la grille: déjà il avait le pied posé
-sur la fenêtre, et était prêt à échapper,
-quand il fut saisi par les gardes de
-Malcolm, et emmené précipitamment
-hors de la prison. Pendant qu'il se
-livrait au désespoir et à l'indignation,
-on le conduisit sur la partie la plus
-élevée des remparts, d'où il put voir
-Alleyn et la tribu, et en être lui-même
-vu. A son aspect ses vassaux
-furent heureux; mais ils ne le furent
-qu'un moment, car ils remarquèrent que
-leur chef était chargé de chaînes, environné
-de gardes et suivi des instrumens
-de la mort. Animés par une dernière
-espérance, ils poussaient l'attaque
-avec une fureur redoublée, quand les
-trompettes du baron demandèrent un
-pour-parler. Alors ils suspendirent le
-combat; Malcolm parut sur le rempart,
-et Alleyn s'approcha pour l'entendre.
-«L'instant de l'attaque, s'écria le
-baron, sera celui de la mort de votre
-chef: si vous voulez que ses jours soyent
-conservés, cessez cet assaut; retirez-vous
-en paix, et portez à la comtesse
-le message suivant: «le baron Malcolm
-n'acceptera point d'autre rançon
-que la belle Marie, dont il brûle de
-faire sa femme. Si Maltida accède à
-cette proposition, Osbert est libre sur-le-champ;
-si elle la refuse, il est mort.»
-L'émotion du comte et d'Alleyn était
-inexprimable: le comte, plein d'un
-courage altier, s'empressa de rejeter
-ce vil marché. «Donne-moi la mort,
-s'écria-t-il, la maison d'Athlin ne peut
-se déshonorer par une alliance avec
-un meurtrier. Recommencez votre
-attaque, ô mes braves vassaux! vous
-ne pouvez plus sauver ma vie, du moins
-vous vengerez ma mort; je la préfère
-au déshonneur de ma famille.» Osbert
-n'avait point encore cessé de parler,
-qu'une double haie de gardes l'environna,
-et le cacha aux regards de la
-tribu.</p>
-
-<p>Alleyn, dont le c&oelig;ur était déchiré
-par des sentimens qui se combattaient,
-n'écouta que la voix de l'honneur; il
-désobéit aux ordres d'Osbert; et posant
-ses armes à terre, il déclara qu'il allait
-se rendre au château d'Athlin porter
-les propositions du baron. La tribu suivit
-l'exemple d'Alleyn, et quelques-uns
-de ses membres se préparèrent à l'accompagner:
-des vassaux si fidèles ne
-pouvaient céder aux exhortations du
-comte. Pour lui, il éprouva une vive
-douleur quand la nouvelle du départ
-d'Alleyn fut parvenue dans sa prison.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>La situation de celui-ci était affreuse;
-toute l'énergie de son ame suffisait à
-peine pour la supporter. Il se trouvait
-chargé d'un message dont le résultat
-devait être de plonger dans le désespoir
-une femme qu'il adorait, ou de
-donner la mort à l'ami qui lui était
-le plus cher.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Lorsqu'on annonça à la comtesse
-l'arrivée d'Alleyn, la joie et l'impatience
-s'emparèrent de son c&oelig;ur; elle
-ne doutait point que Malcolm ne l'envoyât
-offrir un accommodement; et il
-n'était point de rançon qu'elle ne fût
-disposée à donner pour acheter la liberté
-de son fils. Au son de la voix d'Alleyn,
-le trouble qui avait commencé à s'apaiser
-dans le sein de Marie se réveilla,
-il lui fut impossible de ne point reconnaître
-un amour qui ne devait lui permettre
-aucune espérance: en vain, au
-moment de revoir celui qui en était
-l'objet, tenta-t-elle de réprimer son
-émotion; sa rougeur indiquait l'état
-de son ame; et tous ses efforts pour
-cacher ses sentimens, ne servaient qu'à
-les faire paraître encore plus.</p>
-
-<p>Quand Alleyn parut devant la comtesse,
-ses forces étaient épuisées par
-une suite de l'agitation violente qu'il
-avait éprouvée. La sombre tristesse
-répandue sur son visage, la pâleur
-que lui donnait sa crainte, décélaient
-ses tourmens intérieurs; Maltida conçut
-à son aspect de vives alarmes sur le
-compte de son fils, et d'une voix tremblante
-s'informa de sa destinée. Alleyn
-se hâta de la rassurer; il eut soin
-d'employer les plus grandes précautions,
-lorsqu'il vint à s'acquitter de son message,
-et à faire le récit de la scène
-dont il avait été témoin. La résolution
-du baron parut un coup si terrible au
-c&oelig;ur de Marie qu'elle s'évanouit en
-l'apprenant. Alleyn courut la soutenir,
-et la comtesse, occupée de donner des
-secours à sa fille, se trouva un moment
-distraite de la douleur que cette nouvelle
-devait naturellement exciter en
-elle. Ce ne fut qu'avec beaucoup de
-peine que Marie fut rappelée à la vie,
-ou plutôt au sentiment de son infortune;
-mais il est impossible de se
-figurer, dans toute son étendue, la
-pénible situation de Maltida. Son c&oelig;ur
-partagé entre deux intérêts si puissans
-était devenu le siège du désordre et
-de l'effroi. De quelque côté qu'elle
-portât la vue, elle n'envisageait que
-malheur et destruction. Le meurtrier
-de son mari exigeait le sacrifice de sa
-fille, et de l'arrêt d'une mère dépendait
-le coup fatal qui menaçait son
-fils; elle lui donnait la mort, en rejettant
-la proposition de Malcolm; en
-l'acceptant, elle outrageait la mémoire
-de son mari lâchement égorgé, et
-s'exposait aux reproches de la vertu
-indignée. Une semblable alliance détruisait
-le bonheur de sa fille et l'honneur
-de sa maison. Il n'était plus
-permis de songer à délivrer Osbert par
-la force des armes, depuis que le baron
-avait déclaré que le moment de l'attaque
-serait celui de sa mort. L'honneur,
-l'humanité, la tendresse maternelle
-commandaient à Maltida de sauver
-son fils, et par une étrange opposition
-d'intérêts, ces mêmes vertus se
-réunissaient pour lui interdire le sacrifice
-qu'exigeait Malcolm. Jusqu'à ce jour
-un faible rayon d'espérance n'avait
-point cessé de se montrer à cette mère
-infortunée. Maintenant le désespoir
-l'enveloppait d'épaisses ténèbres, au
-travers desquelles elle ne découvrait
-que l'autel sur lequel un de ses enfans
-devait être immolé. Elle frémissait à
-la seule idée d'unir sa fille au meurtrier
-de son père, et savait aussi que la
-férocité du caractère de Malcolm suffisait
-seule pour corrompre le bonheur
-de la femme qui partagerait sa destinée.
-Dans sa douleur elle rejetait avec force
-l'échange que le baron proposait; mais
-le spectacle de son fils pâle, et perdant
-tout son sang au milieu des convulsions
-de la mort, se présentait tout-à-coup
-à son imagination, et lui causait
-une sorte de délire.</p>
-
-<p>Il se passait chez Marie un combat
-non moins violent; la nature lui avait
-donné un c&oelig;ur susceptible de toutes
-les affections tendres et délicates; son
-esprit saisissait avec facilité tous les
-rapports de la plus rigoureuse morale,
-et elle se conduisait constamment
-d'après les principes qu'elle s'était
-formés. Tous ces avantages n'étaient
-pas nécessaires, pour lui faire connaître
-la rigueur de son sort, qui eût été
-sentie par une ame commune; mais
-ils servaient à rendre son chagrin plus
-aigu; et à lui montrer, dans un jour
-plus éclatant, l'horreur de sa situation.
-Le souvenir de son père, le devoir
-imposé par la vertu, et l'amour qui
-faisait entendre sa voix tremblante,
-mais forte, parlaient seuls à son c&oelig;ur;
-l'idée de s'unir à Malcolm la remplissait
-d'effroi. Pouvait-elle recevoir
-une main fumante encore du sang de
-son père? pouvait-elle consentir à
-passer sa vie avec un homme qui avait
-tranché les jours de celui dont elle
-avait reçu l'existence, un homme qui
-serait toujours devant ses yeux un monument
-de son infortune et du déshonneur
-de sa famille, et dont l'aspect
-bannirait à jamais de son c&oelig;ur, toutes
-les affections douces et généreuses?
-Elle ne pouvait chérir les sentimens
-nobles et élevés, sans chérir le souvenir
-de son père et celui de son amant.
-Combien devait-elle être malheureuse,
-si elle était obligée d'effacer de sa mémoire
-l'image de la vertu pour espérer
-d'obtenir une affreuse tranquillité! Partout
-où ses tristes regards cherchaient
-du soulagement ils ne rencontraient que
-le désespoir. D'un côté elle se voyait
-ensevelie dans les bras d'un assassin: de
-l'autre c'était son frère, chargé de fers
-et attendant la mort, qui s'offrait à elle.
-Il lui était impossible de supporter ce
-tableau auquel l'imagination prêtait
-toutes les horreurs de la réalité. Cependant,
-au milieu de ses souffrances, elle
-considéra qu'il lui était possible de
-sauver son frère: alors elle s'attacha
-avec force à cette idée; puisqu'elle devait
-être malheureuse, elle résolut au
-moins de l'être avec noblesse, et de
-s'offrir elle-même pour victime, quand
-d'horribles conjonctures demandaient
-ce sacrifice.</p>
-
-<p>Remplie de ces idées, elle entra dans
-la chambre de la comtesse; elle s'empressa
-de lui annoncer sa résolution,
-et attendit, en tremblant, ce que sa
-mère allait décider.</p>
-
-<p>Maltida éprouva en ce moment une
-peine au-dessus de celles qu'elle avait
-ressenties jusqu'à ce jour; lors de la mort
-de son mari, qu'elle aimait avec tendresse,
-elle avait beaucoup souffert:
-la manière dont il avait péri avait concouru
-à rendre sa douleur plus vive;
-mais cet événement, bien que terrible,
-n'avait pas été accompagné de circonstances
-pareilles à celles où elle se trouvait;
-une force supérieure l'avait amené,
-lorsqu'elle l'avait appris, il n'était plus
-en son pouvoir de sauver son époux;
-elle n'avait pas eu à faire un choix effrayant
-entre des horreurs, à ratifier son
-infortune de sa propre bouche, et à
-empoisonner le reste de ses jours de
-souvenirs affreux. Quoique ce fût la
-puissance d'un tyran qui lui imposât ce
-choix, elle se l'attribuait en partie, et
-sa raison se troublait en songeant qu'elle
-était forcée de livrer elle-même sa fille
-à un état pire que la mort.</p>
-
-<p>Lorsque Marie se présenta devant
-elle, son ame épuisée par l'excès de sa
-douleur, était tombée dans un morne
-et silencieux désespoir. Insensible aux
-objets qui l'environnaient, elle l'était
-pour ainsi dire à ses propres maux, et
-elle entendit à peine sa fille. «Il vivra,
-s'écria Marie d'une voix faible et entrecoupée,
-je me sacrifierai.» A ces
-mots «il vivra,» la comtesse levant
-les yeux, promena autour d'elle un
-regard sombre qui prit tout-à-coup l'expression
-de la tendresse lorsqu'il fut
-arrêté sur Marie. Quelques larmes
-coulèrent sur ses joues, et furent comme
-la rosée du ciel, qui, tombant sur une
-plante flétrie, ranime sa feuille mourante.
-Ces larmes étaient les premières
-qu'elle eût versées depuis l'arrivée du
-fatal message. Elle envoya chercher
-Alleyn, avec qui elle voulait examiner
-s'il n'y avait pas quelque moyen d'arracher
-le comte de sa prison. Souvent,
-dans les grandes afflictions, lorsque
-la mort n'a point encore donné une
-triste certitude aux événemens, l'esprit
-s'élance au-delà de la sphère du possible
-pour courir après l'espérance, jusqu'à
-ce que l'affreuse réalité lui montre le
-néant de ses illusions. Il en était ainsi
-de Maltida; la violence de son chagrin,
-causé par la première nouvelle de son
-malheur, commençait à diminuer, et
-elle penchait à croire que sa situation
-n'était pas aussi désespérée qu'elle le
-lui avait paru d'abord. Son c&oelig;ur s'ouvrait
-à l'espoir qu'on pourrait procurer
-à Osbert une occasion de s'échapper.
-Alleyn entra en tremblant; il redoutait
-ce qu'on allait lui annoncer, et se proposait
-d'offrir de braver tous les dangers
-pour délivrer le comte. L'idée que
-Marie deviendrait la femme de Malcolm
-lui était horrible, et il la repoussait
-comme un poison capable d'arrêter
-dans son c&oelig;ur le mouvement de la vie.
-Il voulait à tout prix arracher Marie à
-cette calamité, et tirer le comte de sa
-prison. Le spectacle qui le frappa au
-moment où il aborda la comtesse, vint
-accroître son tourment; elle était
-étendue sur un sopha pâle et muette.
-Ses yeux qui ne voyaient rien étaient
-fixés sur une fenêtre en face d'elle.
-Toute sa contenance annonçait le désordre
-de son esprit, et elle fut quelque
-tems sans apercevoir Alleyn. Telle
-était la fluctuation de ses pensées, que
-si un rayon d'espérance traversait
-quelquefois les ténèbres qui l'enveloppaient,
-bientôt un retour sur elle-même
-le faisait évanouir. Marie, assise
-près d'elle, tenait sa main pressée contre
-son sein. La douleur avait répandu
-dans toute sa personne une langueur
-enchanteresse; elle s'efforçait d'exprimer
-de nouveau le douloureux parti
-qu'elle avait pris, mais sa voix tremblait,
-et la moitié de sa phrase expira
-sur ses lèvres: ses regards semblaient
-chercher à éviter Alleyn, comme un
-objet capable de lui faire abandonner
-son dessein. Il s'avança pour demander
-à la comtesse ce qu'elle voulait ordonner.
-«Je suis prête, dit en ce moment
-Marie, à me dévouer moi-même comme
-une victime à la vengeance du baron:
-j'aurai du moins sauvé mon frère.»
-Pendant qu'elle parlait ainsi, un froid
-mortel s'empara du c&oelig;ur d'Alleyn;
-et elle-même eut peine à achever,
-tout son corps frissonna; ses yeux se
-couvrirent d'un nuage épais, et elle
-tomba évanouie sur le sopha où elle
-était assise.</p>
-
-<p>Alleyn, en proie à toutes les angoisses
-du désespoir, le regard fixe et
-immobile, attendait dans le silence de
-l'inquiétude le moment de son retour
-à la vie; les secours qu'on lui prodiguait
-ne tardèrent pas à la faire
-revenir, et la joie qu'il en ressentit,
-lui fit un instant oublier sa situation;
-il pressa avec ardeur la main de Marie
-contre son sein. Cette fille infortunée
-qui avait à peine recouvré l'usage de
-ses sens, céda, sans s'en apercevoir,
-au premier mouvement de son c&oelig;ur,
-et un sourire expressif de la plus vive
-tendresse donna à Alleyn la certitude
-d'être aimé. Jusqu'ici le désespoir avait
-enchaîné sa passion; il se trouvait une
-trop grande distance entre lui et la
-s&oelig;ur d'Osbert, et sa modestie ne lui
-avait pas permis de s'imaginer qu'il
-eût assez de mérite pour attirer l'attention
-de l'adorable Marie. Peut-être
-aussi cette défiance de soi-même,
-si naturelle au véritable amour, avait-elle
-contribué à le tromper. Ce ne fut
-qu'alors que cette certitude lui procura
-la sensation la plus délicieuse qu'il
-eût encore éprouvée. Il oublia un
-instant la détresse de ses hôtes et son
-propre état; toutes ses idées s'évanouirent
-pour faire place à la nouvelle
-connaissance qu'il venait d'acquérir,
-et pendant quelques minutes il goûta
-la félicité la plus parfaite. La réflexion
-ne tarda cependant pas à ramener
-les noires pensées et leur sombre suite
-et à le replonger au plus profond de
-l'abyme.</p>
-
-<p>La comtesse avait alors repris assez
-de force pour s'entretenir du sujet
-qu'elle avait le plus à c&oelig;ur. L'idée
-d'une nouvelle tentative, pour la délivrance
-de son fils, n'avait pas échappé
-à Alleyn; il dit qu'il était prêt à
-affronter tous les dangers pour parvenir
-à ce but, et il parla d'un ton si
-assuré de la probabilité du succès,
-qu'il fit encore une fois renaître l'espérance
-dans le sein de Maltida; elle
-craignit néanmoins de se livrer trop
-précipitamment à un espoir si douteux.
-Il fut résolu qu'Alleyn se consulterait
-avec les hommes les plus habiles et les
-plus fidèles de la tribu, que l'âge ou
-les infirmités avaient jusqu'ici écartés
-du combat, sur les moyens les plus
-propres au succès de l'entreprise, et
-qu'il marcherait ensuite, sans délai,
-à la tête des combattans; qu'en attendant
-on enverrait un message au baron
-pour lui demander du tems, et lui
-annoncer qu'on lui ferait réponse sous
-quinze jours.</p>
-
-<p>Alleyn forma donc un conseil des
-gens les plus habiles de la tribu. On
-proposa divers projets dont le succès
-parut fort incertain. A la fin quelqu'un
-observa qu'il était possible qu'Osbert
-ne fût plus dans la tour, et que le lieu
-de sa détention fût changé: chose qu'il
-fallait d'abord savoir pour former un
-plan convenable. Il fut donc résolu
-de suspendre les délibérations jusqu'à
-ce qu'Alleyn se fût procuré les informations
-nécessaires, et en attendant,
-celui-ci fut chargé de délivrer à Malcolm
-le message de la comtesse. C'est
-pourquoi il se mit sur-le-champ en
-marche pour le château.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">CHAPITRE VI.</h2>
-
-<p class="d"><i>Translation d'Osbert dans une autre
-prison.&mdash;Message de Maltida à Malcolm.&mdash;Découverte
-d'un panneau mouvant
-par où l'on entre dans plusieurs
-vastes appartemens.&mdash;Osbert parvient
-à celui des deux prisonnières.&mdash;Leur
-surprise à la vue du comte.&mdash;Tendre
-intérêt de ce dernier pour leurs souffrances.
-Il demande et obtient la permission
-de renouveler sa visite.&mdash;Démarches
-d'Alleyn pour découvrir la
-prison du comte, et pour tâcher de l'en
-tirer.&mdash;Désertion de deux soldats du
-château de Malcolm qui viennent s'enrôler
-sous les bannières d'Alleyn.</i></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="huge">P</span>endant ce tems-là le château de
-Dunbayne était devenu le théâtre du
-triomphe et de la détresse. Fier de
-son projet, Malcolm voyait déjà Marie
-à ses pieds, tandis qu'Osbert éprouvait
-des tourmens plus cruels que la mort.
-Le baron était surpris que son invention
-ne lui eût pas encore suggéré ce
-moyen de torture. Pour la première
-fois l'amour eut pour lui des attraits,
-parce qu'il devenait l'instrument de sa
-vengeance, et que d'ailleurs la violence
-de sa passion lui avait représenté
-les charmes de Marie sous les couleurs
-les plus flatteuses. Il prit donc la ferme
-résolution de ne jamais relâcher le
-comte qu'aux conditions qu'il avait
-offertes, et par ce moyen de rendre
-la maison d'Athlin un monument éternel
-de son triomphe.</p>
-
-<p>Pour plus de sûreté, Osbert avait
-été transféré au centre du château dans
-un appartement vaste et sombre, et
-dont les fenêtres gothiques ne laissaient
-pénétrer de lumière qu'autant qu'il en
-fallait pour en apercevoir l'horreur.
-Ce n'était pas ce qui le tourmentait
-davantage; son c&oelig;ur éprouvait des
-douleurs bien plus aiguës. Un malheur
-aussi terrible que celui qui le menaçait
-ne s'était jamais offert à son
-imagination. Depuis long-tems familiarisé
-avec l'idée de la mort, il ne
-la regardait que comme un mal passager;
-mais voir sa famille dans l'ignominie,
-la voir contracter une alliance
-avec l'assassin de son père, cette pensée
-lui déchirait l'ame.</p>
-
-<p>Il craignait que la tendresse maternelle
-n'engageât Maltida à accepter les
-offres du baron, et il ne doutait pas
-que sa s&oelig;ur n'eût assez de grandeur
-d'ame pour se sacrifier, afin de lui
-sauver la vie. Il aurait écrit à la comtesse
-pour lui défendre d'accepter ces
-conditions, et lui déclarer sa ferme
-résolution de mourir; mais il n'avait
-aucun moyen de lui faire parvenir sa
-lettre; le garde, qui avait eu la générosité
-de faire passer sa première, ne
-paraissait plus. Le courage qui l'avait
-soutenu jusqu'ici ne l'abandonna pas
-dans ce moment critique. Accoutumé
-depuis long-tems à éprouver des contradictions
-sans nombre, il avait acquis
-l'art de les surmonter; les plus grands
-revers n'étaient point capables de
-l'abattre; la résistance ne servait qu'à lui
-donner plus de force et à faire paraître
-sa grande ame dans un jour plus éclatant.</p>
-
-<p>Alleyn venait de joindre la tribu,
-et faisait toute la diligence possible
-pour se procurer les informations nécessaires.
-Il apprit que le comte n'était
-plus dans la tour, mais il ne put découvrir
-dans quelle partie du château
-il était relégué; sur ce point on n'avait
-que des conjectures vagues et sans vraisemblance.
-Ce qui faisait croire qu'il
-n'avait pas été mis à mort, c'était la
-politique du baron dont le violent amour
-pour Marie n'était plus alors un mystère.
-Alleyn employa inutilement tous les
-stratagèmes que l'invention put lui suggérer
-pour découvrir la prison du
-comte. Enfin, forcé de remettre à
-Malcolm le message dont il était chargé,
-il demanda pour préliminaire qu'Osbert
-fût amené sur les remparts, afin de
-faire voir à ses vassaux qu'il était
-encore en vie. Il espérait que cette
-mesure lui fournirait quelque moyen
-de découvrir le lieu de sa détention,
-se proposant d'observer avec la plus
-scrupuleuse attention l'endroit où il se
-retirerait.</p>
-
-<p>Le comte parut sain et sauf sur les
-remparts. A sa vue ses vassaux firent
-retentir les airs de leurs cris pour témoigner
-leur allégresse; le baron était à
-ses côtés, et les regarda d'un air de
-mépris. Alleyn s'approcha des murailles
-et remit le message de Maltida. Osbert
-frémit de son contenu; il prévit qu'une
-délibération annonçait une soumission,
-Déchiré par cette pensée, il jura tout
-haut qu'il ne survivrait jamais à une
-pareille infamie; s'adressant ensuite à
-Alleyn, il lui commanda de retourner
-sur-le-champ vers la comtesse, et de
-lui dire de ne point se soumettre à
-des conditions aussi humiliantes, à
-moins qu'elle ne voulût sacrifier ses
-deux enfans à l'assassin de leur père.
-Ces paroles excitèrent un sourire de
-triomphe sur le visage du baron, et il
-se tourna en gardant un silence dédaigneux.
-Les gardes reconduisirent
-Osbert dans sa prison; mais tous les
-efforts de son ami, pour découvrir le
-chemin qu'ils prenaient, furent inutiles;
-la hauteur des murs les fit bientôt disparaître
-à ses yeux.</p>
-
-<p>Alleyn nous fournit un exemple de
-la fermeté et de la constance avec
-lesquelles une ame énergique poursuit
-un objet favori; des circonstances fâcheuses
-peuvent venir à la traverse,
-le manque de succès peut momentanément
-arrêter ses progrès; mais elle
-s'élève au-dessus de tout obstacle,
-et pour parvenir à ses fins, elle va
-même au-delà des bornes de la possibilité.
-Ce jeune homme ne désespérait
-pas encore; mais il ne savait de quelle
-manière il devait agir.</p>
-
-<p>En passant près d'une fenêtre, Osbert
-fut surpris d'y apercevoir deux dames:
-malgré l'agitation de son esprit, il les
-reconnut pour les mêmes personnes
-qu'il avait observées des grilles de la
-tour avec tant d'émotion, et qui avaient
-à-la-fois excité sa compassion et sa
-curiosité. Au milieu de sa détresse,
-la douceur et les grâces de la plus jeune
-avaient souvent occupé sa pensée,
-et il désirait ardemment connaître le
-sujet de sa douleur; car la mélancolie
-peinte sur son visage annonçait bien
-qu'elle était malheureuse. Elles observèrent
-Osbert lorsqu'il passa, et leurs
-yeux exprimèrent la pitié que sa situation
-leur inspirait. Il les fixa tendrement,
-et de retour dans sa prison, il fit de
-nouvelles questions sur leur compte;
-mais on continua de garder un silence
-inflexible à cet égard.</p>
-
-<p>Un jour qu'il était enseveli dans ses
-réflexions, ses yeux se fixèrent involontairement
-sur un panneau du lambris
-de sa prison: il remarqua qu'il était autrement
-fait que les autres et que sa projection
-était tant soit peu plus grande;
-une lueur d'espérance s'empara de son
-esprit, et il se leva pour l'examiner. Il
-vit qu'il était environné d'une fente, et
-en le poussant avec les mains, il s'ébranla.
-Certain qu'il y avait quelque
-chose de plus qu'un panneau, il y
-employa toute sa force; mais il ne
-produisit aucun autre effet. Après avoir
-inutilement tenté de l'enlever de différentes
-manières, il abandonna l'entreprise,
-et revint s'asseoir triste et désespéré.
-Plusieurs jours s'écoulèrent sans
-qu'il pensât davantage au lambris. Ne
-voulant cependant pas renoncer à cette
-dernière espérance, il fit un nouvel
-examen, et en s'efforçant d'ébranler
-le panneau, son pied donna par hasard
-contre un endroit qui le fit ouvrir à
-l'instant. Il y avait dans l'intérieur
-un ressort caché qui le tenait attaché,
-et en pressant une certaine partie du
-panneau, il s'ouvrait de lui-même;
-c'était cette partie que le pied du comte
-avait touchée.</p>
-
-<p>Cette découverte lui causa une joie
-inexprimable. Il vit alors devant lui
-un vaste appartement semblable à celui
-qui formait sa prison; ses fenêtres
-hautes et arquées étaient ornées de
-verre peint; son pavé était de marbre,
-et cet endroit paraissait être les restes
-d'une église abandonnée. Osbert traversa,
-en hésitant, sa longue nef, et
-parvint à une grosse porte de chêne à
-deux battans qui terminait cette pièce
-lugubre: il l'ouvrit et aperçut une longue
-et spacieuse galerie; ses fenêtres, aussi
-gothiques que celles de l'église, étaient
-couvertes d'un lierre épais qui en écartait
-pour ainsi dire la lumière. Il s'arrêta
-quelques tems à l'entrée, incertain s'il
-devait aller plus loin; il écouta, et
-n'entendant aucun bruit dans sa prison,
-il continua. La galerie aboutissait à
-gauche en tournant, à un grand escalier
-fort ancien et, en apparence, très-négligé,
-qui conduisait à une salle en
-bas; à droite était une porte basse et
-peu éclairée.</p>
-
-<p>Osbert craignant d'être découvert,
-passa l'escalier et ouvrit la porte. Alors
-une file de superbes appartemens
-magnifiquement meublés se présenta
-à ses yeux étonnés. Il suivit sans apercevoir
-qui que ce fût; mais, après
-avoir traversé la seconde chambre, il
-entendit les sanglots d'une personne
-qui pleurait. Il s'arrêta un moment,
-ne sachant s'il devait continuer; une
-curiosité irrésistible l'entraîna plus loin,
-et il entra dans un appartement où
-étaient assises les belles étrangères,
-dont la vue avait fait tant d'impression
-sur lui.</p>
-
-<p>La plus âgée des dames fondait en
-larmes, et sur une table à côté d'elle
-étaient une cassette et quelques papiers
-ouverts. La plus jeune était tellement
-occupée à un dessin, qu'elle ne fit pas
-attention à l'entrée du comte. Dès que
-la première l'eut aperçu, elle se leva
-tout en désordre, et la surprise qui
-éclata dans ses jeux semblait demander
-l'explication d'une visite si extraordinaire.
-Osbert, étonné de ce qu'il venait
-de voir, fit quelques pas en arrière,
-dans l'intention de se retirer; mais se
-rappelant que cette intrusion exigeait
-des excuses, il revint. La grace avec
-laquelle il s'excusa, confirma l'impression
-que sa figure avait faite sur l'esprit
-de Laure (tel était le nom de la
-jeune dame) qui, en levant la tête,
-laissa apercevoir une physionomie où
-l'on découvrait un heureux mélange de
-dignité et de douceur. Elle avait environ
-vingt ans, était de moyenne taille,
-extrêmement délicate et très-bien faite.
-Le coloris de sa jeunesse avait une
-teinte de mélancolie douce et réfléchie
-qui donnait une expression très-intéressante
-à ses grands yeux bleus; ses
-traits étaient en partie cachés par
-ses beaux cheveux bruns qui, après
-avoir formé nombre de boucles autour
-de son visage, descendaient sur son
-sein: toutes les grâces d'un sexe aimable
-étaient réunies dans sa personne,
-et la majesté naturelle de son
-maintien démontrait la pureté et la
-noblesse de son ame. Lorsqu'elle aperçut
-le comte, une faible rougeur se
-répandit sur ses joues, et elle quitta
-involontairement le dessin auquel elle
-était occupée.</p>
-
-<p>Si la simple vue de Laure fut
-capable de faire impression sur le c&oelig;ur
-d'Osbert, il en devint bien plus fortement
-épris quand il put contempler sa
-beauté. Il s'imagina que le baron charmé
-par ses attraits l'avait fait tomber dans
-quelques-uns de ses pièges et la retenait
-malgré elle dans le château. La
-tristesse peinte sur son visage et le mystère
-qui semblait l'environner, le confirmèrent
-dans cette conjecture. Plein
-de cette idée, ses souffrances lui inspirèrent
-la plus grande compassion, et
-l'amour qui brûlait alors dans son c&oelig;ur
-vint bientôt se réunir à ce sentiment. Dans
-ce moment il oublia le danger
-de sa situation; il oublia même qu'il
-était prisonnier, et, ne pensant qu'aux
-moyens d'adoucir les chagrins de cette
-infortunée, il ne se laissa point arrêter
-par une fausse délicatesse, et il résolut,
-s'il était possible, de connaître la cause
-de ses malheurs.</p>
-
-<p>S'adressant donc à la baronne: «Madame,
-dit-il, si je pouvais en aucune
-manière alléger des peines que je ne
-saurais affecter de ne point apercevoir
-et qui m'ont si vivement touché,
-je regarderais ce moment comme le
-plus heureux de ma vie; d'une vie,
-hélas! qui n'a déjà été que trop
-marquée au coin du malheur. Mais
-le malheur ne m'a point été inutile,
-puisqu'il m'a fait connaître la sympathie».
-La baronne n'ignorait pas
-le caractère et les malheurs du comte.
-Victime elle-même de l'oppression,
-elle savait plaindre les souffrances des
-autres. Elle avait toujours senti une
-tendre compassion pour les malheurs
-d'Osbert, et elle ne put s'empêcher de
-lui exprimer toute sa reconnaissance
-pour l'intérêt qu'il voulait bien prendre
-à ses chagrins. Elle lui témoigna sa surprise
-de le voir ainsi en liberté; mais
-apercevant les fers qu'il avait aux
-mains, elle tressaillit d'effroi et devina
-une partie de la vérité.</p>
-
-<p>Il lui raconta la découverte du panneau
-qui lui avait fait trouver le chemin
-de son appartement. L'idée de
-faciliter son évasion se présenta d'abord
-à l'esprit de la baronne; mais sa propre
-situation ne tarda pas à lui en faire
-voir l'inutilité, et elle fut contrainte
-d'abandonner une pensée que lui
-avaient inspirée la vénération qu'elle
-avait pour le caractère du feu comte, et
-l'intérêt qu'elle prenait à son fils;
-elle lui témoigna le plus vif chagrin de
-ne pouvoir le servir, et l'informa que
-sa fille et elle étaient aussi prisonnières;
-que leur liberté ne s'étendait pas au-delà
-des murs du château, et qu'il y
-avait quinze ans qu'elles étaient sous
-la verge de la tyrannie.</p>
-
-<p>Le comte exprima l'indignation que
-ce récit lui inspirait, assura la baronne
-qu'elle pouvait compter sur sa
-discrétion, et la pria, si cette relation
-ne lui était pas trop pénible, de l'informer
-au moins comment elle avait
-eu le malheur de tomber au pouvoir
-de Malcolm. La baronne craignant pour
-la sûreté d'Osbert, lui rappela le danger
-d'être découvert en restant plus long-tems
-hors de sa prison; et, le remerciant
-encore une fois de l'intérêt qu'il
-avait bien voulu prendre à ses souffrances,
-l'assura de ses souhaits les plus
-sincères pour sa délivrance, et lui promit
-que, si jamais l'occasion s'en présentait,
-elle lui ferait connaître les tristes
-particularités de ses aventures. Les yeux
-du comte lui témoignèrent sa reconnaissance
-d'une manière plus expressive que
-sa langue n'aurait pu le faire. Il demanda,
-en tremblant, la permission de renouveler
-ses visites, ce qui lui procurerait
-quelques intervalles de consolation
-pendant la triste captivité à laquelle il
-était condamné. La baronne, par pitié
-pour ses souffrances, consentit à sa demande.
-Osbert partit en jetant sur Laure
-un regard tendre et douloureux; il était
-néanmoins content de ce qui s'était passé
-et se retira dans sa prison en éprouvant
-un de ces momens de calme qui ne
-sont pas même étrangers aux malheureux.</p>
-
-<p>Il trouva tout tranquille, et après
-avoir soigneusement fermé le panneau,
-il s'assit pour réfléchir sur le passé et
-penser à l'avenir. Il se flatta que la
-découverte du panneau pourrait faciliter
-son évasion; les ombres du désespoir
-dont son esprit avait si récemment
-été enveloppé se dissipèrent peu-à-peu,
-et lui laissèrent entrevoir un horizon
-plus flatteur; mais, hélas! ces brillantes
-espérances s'évanouirent comme un
-songe. Il se rappela que ce château
-était environné de gardes dont la vigilance
-était assurée par la sévérité du
-baron; que les belles étrangères qui
-avaient pris un si tendre intérêt à son
-sort étaient comme lui prisonnières, et
-qu'il ne connaissait pas un soldat généreux
-qui voulût lui enseigner les passages
-secrets du château et l'accompagner
-dans sa fuite. Son imagination
-était pleine de l'image de Laure; en vain
-s'efforça-t-il de se cacher à lui-même
-la vérité, son c&oelig;ur trahissait constamment
-les sophismes de ses argumens.
-Il avait, sans le savoir, bu à la coupe de
-l'amour, et il était forcé d'avouer son
-indiscrétion. Il ne put cependant se
-résoudre à écarter de son c&oelig;ur ce poison
-délicieux; il ne put se résoudre à
-ne plus la voir. Les appréhensions pénibles
-pour sa sûreté qu'éprouverait
-la baronne, s'il ne profitait pas de la
-permission qu'il avait si ardemment
-sollicitée; le manque de respect que
-cette conduite manifesterait; la violente
-curiosité de connaître l'histoire de
-ses malheurs; le vif intérêt avec lequel
-il apprendrait quelles étaient les relations
-de Laure et du baron, et l'espoir
-extravagant et trompeur de pouvoir
-leur être utile, le déterminèrent à renouveler
-sa visite. Sous ces illusions
-il cachait le principal motif qui l'engageait
-à cette entrevue.</p>
-
-<p>Cependant Alleyn était de retour au
-château d'Athlin où il avait communiqué
-la résolution d'Osbert, qui n'avait
-servi qu'à aggraver la détresse des
-infortunées qui l'habitaient. Mais pour
-ne point leur faire perdre toute espérance,
-il leur avait caché que le comte
-n'était plus dans la tour; il méditait en
-silence et presque sans espoir sur les
-moyens de découvrir sa prison, et il
-tâchait de donner à la comtesse et à
-Marie une consolation à laquelle il ne
-pouvait lui-même prendre part. Il alla,
-sans perdre de tems, trouver les vieillards
-qu'il avait assemblés lors de son
-départ, et les informa du changement
-de prison du comte: circonstance qui
-devait pour le présent suspendre leurs
-délibérations. C'est pourquoi il les quitta
-et se rendit sur-le-champ auprès de la
-tribu, afin de continuer ses recherches.
-Tous les efforts que l'on fit pour
-se procurer les renseignemens nécessaires,
-furent inutiles.</p>
-
-<p>Le moment fixé pour la réponse de
-la comtesse approchait; le désespoir
-était peint sur tous les visages, tous
-les c&oelig;urs étaient déchirés des plus vives
-angoisses; lorsqu'un soir les sentinelles
-du camp furent alarmées par l'approche
-de quelques hommes dont la voix leur
-était inconnue; craignant une surprise,
-ils les entourèrent et les conduisirent
-à Alleyn. Ces prisonniers dirent que
-pour se soustraire à la tyrannie de Malcolm
-ils étaient venus se réfugier dans
-le camp de ses ennemis dont ils déploraient
-les malheurs et dont ils voulaient
-défendre la cause. Charmé de
-cette circonstance, sans cependant y
-croire absolument, Alleyn interrogea
-les soldats touchant la prison du comte.
-Il apprit qu'Osbert avait été transféré
-dans un endroit du château d'un accès
-très-difficile, et que tout plan d'évasion
-était impraticable, sans l'assistance
-de quelqu'un bien instruit de tous les
-détours et passages du bâtiment.</p>
-
-<p>Alleyn eut alors une perspective de
-succès que ses espérances les plus exagérées
-n'avaient encore pu lui présenter.
-Les soldats promirent solemnellement
-de l'aider de tout leur pouvoir; ils
-l'informèrent aussi qu'il y avait un mécontentement
-général parmi les vassaux
-du baron qui n'attendaient qu'un
-moment favorable pour secouer le joug
-de la tyrannie et reprendre les droits
-de la nature; que les soupçons de Malcolm
-l'excitaient à punir avec la dernière
-rigueur la moindre apparence d'inattention,
-et qu'étant eux-même condamnés
-à un châtiment très-sévère pour une
-faute légère, ils avaient tâché de s'y
-soustraire, ainsi qu'à l'oppression future
-de leur chef, par la désertion.</p>
-
-<p>Alleyn convoqua immédiatement
-un conseil devant lequel les soldats
-amenés répétèrent leurs premières assertions,
-et l'un d'eux ajouta qu'il avait
-un frère qui aurait déserté avec eux
-s'il n'avait point été, ce jour-là, de
-garde auprès du comte: ce qui lui
-avait fait craindre d'être découvert;
-il ajouta que son frère serait le lendemain
-de garde à la porte du petit pont-levis
-où il n'y avait que peu de sentinelles;
-qu'il courrait les risques de
-l'aller trouver, et qu'il était persuadé
-qu'il ne se refuserait pas à favoriser
-la délivrance du comte. A ces mots le
-c&oelig;ur d'Alleyn palpita de joie. Il promit
-à ce brave soldat une grande récompense
-pour lui et pour son frère, s'ils
-voulaient tous deux se charger de l'entreprise.
-Son compagnon connaissait
-parfaitement les passages souterrains
-du rocher; il offrit aussi ses services.
-Les espérances d'Alleyn devenaient à
-chaque instant plus fondées, et il aurait
-bien voulu dans ce moment pouvoir
-communiquer à la malheureuse famille
-d'Osbert la joie qui dilatait son c&oelig;ur.</p>
-
-<p>Le lendemain fut fixé pour commencer
-l'entreprise, et Jacques chargé
-de faire tous ses efforts pour gagner son
-frère. Ces préliminaires réglés, ils se
-séparèrent pour aller prendre du repos,
-mais Alleyn ne put fermer l'&oelig;il de la
-nuit: l'anxiété de l'attente s'empara de
-son esprit et remplit son imagination
-des visions les plus agréables; il se
-représentait la réunion du comte avec
-sa famille; il anticipait les remercimens
-qu'il allait recevoir de la part de
-l'aimable Marie, et il soupirait en réfléchissant
-que de simples remercimens
-étaient tout ce qu'il avait lieu d'espérer.</p>
-
-<p>A la fin le jour parut et offrit à la
-tribu une perspective bien différente
-que celle de la veille. Alleyn, impatient
-de connaître le résultat de la
-rencontre qui devait avoir lieu entre
-les deux frères, trouvait les heures trop
-longues. La nuit vint enfin seconder ses
-désirs. L'obscurité n'était interrompue
-que par la faible lueur de la lune qui
-perçait, de tems en tems, à travers les
-sombres nuages qui environnaient l'horizon.
-Le vent rompait par intervalles le
-silence des ténèbres. Alleyn épiait tous
-les mouvemens du château; les lumières
-disparurent successivement, l'horloge
-de la tour sonna une heure; tout paraissait
-tranquille au-dedans, et Jacques
-marcha vers le pont-levis. Ce pont
-était coupé par le milieu, et la partie du
-côté de la plaine était baissée; Jacques
-s'avança dessus et appela d'une voix
-basse, mais ferme, Edmund. Point de
-réponse: il commença à craindre que
-son frère n'eût déjà quitté le château.
-Il resta quelque tems en suspens avant
-de répéter son appel, et il entendit
-qu'on tirait doucement les verroux de
-la porte du pont-levis; alors Edmund
-parut.</p>
-
-<p>Il fut surpris de trouver Jacques et
-lui commanda de fuir à l'instant pour
-éviter le danger qui le menaçait. Le
-baron, irrité de la fréquente désertion
-de ses soldats, avait envoyé des gens
-à leur poursuite et promis des récompenses
-considérables à ceux qui arrêteraient
-les déserteurs. Ce discours
-n'eut aucun effet sur l'esprit de Jacques;
-il resta, résolu d'en venir à ses
-fins. Heureusement les sentinelles de
-garde avec Edmund étaient toutes ensevelies
-dans un profond sommeil, par
-l'effet d'une boisson qu'il leur avait administrée
-pour faciliter son évasion: ce
-qui fit que les deux frères continuèrent,
-à voix basse, leur conversation, sans
-être interrompus.</p>
-
-<p>Edmund ne voulait pas différer plus
-long-tems sa fuite, et n'avait point assez
-de fermeté pour courir les dangers de
-l'entreprise. L'appât de la récompense
-éveilla cependant son courage, et il se
-laissa persuader; il connaissait bien
-toutes les avenues souterraines du château;
-la seule difficulté qui restait à
-surmonter était de tromper la vigilance
-des autres sentinelles, et il ne croyait
-pas possible que le comte quittât sa
-prison sans être aperçu. Les soldats
-qui devaient, la nuit suivante, monter
-la garde avec lui, étaient dans d'autres
-parties du château qu'ils ne devaient
-quitter qu'au moment où on les placerait
-à la prison: il était donc difficile
-de leur administrer cette même potion
-qui avait engourdi les sens de ses camarades.
-Se fier à leur intégrité et s'efforcer
-de les séduire, eût été mettre sa vie à
-leur disposition et probablement aggraver
-les maux du comte. Ce projet était
-environné de trop de dangers pour le
-hasarder, et leur imagination ne leur
-en offrait point de plus probable.</p>
-
-<p>Il fut néanmoins convenu que, la
-nuit suivante, Edmund saisirait un moment
-favorable pour faire part au comte
-des desseins de ses amis et pour le consulter
-sur les moyens de les mettre à
-exécution. D'après cette résolution,
-Jacques revint sain et sauf à la tente
-d'Alleyn où étaient assemblés les chefs
-de la tribu qui attendaient son retour
-avec la plus vive inquiétude. Le rapport
-du soldat affaiblit considérablement
-les espérances de ce jeune homme;
-la vigilance avec laquelle la prison était
-gardée, paraissait rendre toute évasion
-impraticable. Il était cependant condamné
-à rester dans cette cruelle incertitude
-pendant près de trois jours, en
-attendant qu'Edmund fût de nouveau
-au poste du pont-levis et put communiquer
-avec son frère. Mais Alleyn ne
-se doutait pas d'une circonstance qui
-aurait absolument anéanti toutes ses
-espérances, et dont les suites pouvaient
-ruiner tous leurs projets. Une sentinelle
-postée sur la partie du rempart qui
-dominait le pont-levis avait été alarmée
-par le bruit des verroux, et, s'étant approchée
-des murailles, avait aperçu un
-homme sur la moitié du pont qui était
-au-delà du fossé, conversant avec quelqu'un
-de l'intérieur. Elle s'était avancée
-autant que les murailles le lui avaient
-permis, et avait fait tous ses efforts pour
-entendre ce qu'ils disaient. L'obscurité
-de la nuit l'avait empêchée de reconnaître
-la personne qui était sur le pont;
-mais elle avait très-bien distingué la voix
-d'Edmund. Fort surprise de ce qui se
-passait, elle donna toute son attention à
-découvrir le sujet de leur conversation.
-La distance que la moitié du pont levé
-laissait entre les deux frères, les obligeait
-de parler plus haut qu'ils n'auraient
-fait sans cette circonstance, et
-la sentinelle en entendit assez pour être
-instruite qu'ils se concertaient pour l'évasion
-du comte; que cette entreprise
-devait avoir lieu la nuit qu'Edmund
-serait de garde à la prison, et que
-quelques amis du comte l'attendraient
-dans les environs du château. Cet
-homme garda tout cela dans sa mémoire,
-et, le lendemain matin, il en
-fit part à ses camarades.</p>
-
-<p>Le lendemain, vers le soir, le comte,
-cédant à l'impulsion de son c&oelig;ur, ouvrit
-de nouveau son panneau, et s'avança
-vers les appartemens de la baronne.
-Elle le reçut avec des marques de satisfaction,
-tandis que le plaisir de l'innocence,
-peint sur le visage de Laure,
-témoignait que son c&oelig;ur, jusqu'ici en
-proie à la douleur, éprouvait dans ce
-moment une sensation délicieuse. Osbert
-lui rappela sa promesse, que le désir
-d'exciter la compassion de ceux que
-l'on estime et le plaisir mélancolique
-que l'on trouve à se retracer le tableau
-d'un bonheur passé, lui avaient fait
-donner. S'étant efforcée de composer
-ses esprits que le souvenir de ses souffrances
-passées avait ébranlé, elle lui
-fit la relation suivante.</p>
-
-
-<p class="c gap"><i>Fin de la première Partie.</i></p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Les châteaux d'Athlin et de Dunbayne
-(1/2), Histoire arrivée dans les Montagnes d'Écosse., by Ann Radcliffe
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CHÂTEAUX D'ATHLIN ET DE ***
-
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-refund. If you received the work electronically, the person or entity
-providing it to you may choose to give you a second opportunity to
-receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
-is also defective, you may demand a refund in writing without further
-opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
-interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- http://www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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