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-Project Gutenberg's Re^verie de Nouvel An, by Sidonie-Gabrielle Colette
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Re^verie de Nouvel An
-
-Author: Sidonie-Gabrielle Colette
-
-Contributor: Marcel Sauvage
-
-Release Date: September 7, 2020 [EBook #63144]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RE^VERIE DE NOUVEL AN ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
-
-
-
-
-
-LES CONTEMPORAINS
-
-Œuvres et Portraits du XXe Siècle
-
-REVERIE
-
-DE
-
-NOUVEL AN
-
-
-PAR
-
-COLETTE
-
-
-
-PARIS
-
-
-LIBRAIRIE STOCK
-
-PLACE DU THÉATRE-FRANÇAIS
-
-1923
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-REVERIE DE NOUVEL AN
-MALADE
-DIMANCHE
-RÉPIT
-J'AI CHAUD
-CONVALESCENCE
-
-
-
-
-COLETTE
-
-
-_Colette,--Mme Colette de Jouvenel,--fille d'un capitaine au 1er
-zouaves, est née le 28 janvier 1873, à Saint-Sauveur en Puiseye, dans
-l'Yonne_...
-
-_Il suffit d'ailleurs de connaître l'auteur de_ Chéri _et des_ Heures
-longues _pour savoir combien cette date est inexacte.--«Voyez sa joue
-en pomme, ses yeux en myosotis, sa lèvre en pétale de coquelicot...»
-pourrais-je répéter, d'un ton à peine moins vif, après Francis
-Jammes qui présentait au lecteur, dans la préface aux_ Sept Dialogues
-de bêtes, _la première, sans doute, de nos femmes de lettres._
-
-_Poétesse, disait-il._
-
-_Poétesse, à coup sûr, avec tout ce que ce titre demande de grâce,
-de musique et de fraîcheur, avec tout ce qu'il éveille et implique
-dans la pensée d'ombres et d'horizons mouvants, mais Colette, qui fut
-souple naguère, jusqu'à pouvoir, dans les music-halls, sous le feu des
-projecteurs, tâter sa nuque du bout de ses pieds, Colette a dédaigné
-l'étroit corset du poème traditionnel, l'impossible corset du mètre
-classique. Elle écrit, comme on échange, entre amis, de tendres et
-fragiles confidences, sur la vie, l'amour, les hommes, les bêtes et les
-plantes._
-
-«_Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas_...»
-
- *
-* *
-
-_La flamme si particulière, proche ou lointaine, jamais décolorée,
-jamais morte, qui brûle et danse au fond des livres de Colette, est le
-clair souvenir, d'abord de ses années d'enfance._
-
-«_Je suis née seule, nous confie-t-elle pour expliquer sa façon
-d'être et de sentir, j'ai grandi sans mère, frère ni sœur, au côté
-d'un père turbulent que j'aurais dû prendre sous ma tutelle, et j'ai
-vécu sans amis. Un tel isolement moral n'a-t-il pas recréé en moi cet
-esprit tout juste assez gai, tout juste assez triste, qui s'enflamme de
-peu et s'éteint de rien, pas bon, pas méchant, insociable en somme et
-plus proche des bêtes que des hommes._»
-
-_Plus proche des bêtes que des hommes... Je crois que le secret et le
-meilleur de Colette est ici. Elle nous indique, au tournant de chaque
-page, ce qu'il y a de primitif, de primesautier, de frais, en un mot ce
-qu'il y a d'animal dans la personne humaine._
-
-_Amour de l'homme pour la femme, instinct, «joie intelligente de la
-chair qui reconnaît immédiatement son maître», Colette a peint sans
-fausse honte ni cynisme l'âpre et nécessaire volupté des corps que le
-désir, pour une minute ou l'éternité, presse l'un contre l'autre_...
-
-_Toby-chien d'autre part avec Kiki-la-Doucette demeurent, parmi ses
-personnages à deux ou quatre pattes, ses héros favoris et les plus
-vivants._
-
- *
-* *
-
-_Il ne s'agit point ici de romans, d'aventures ni d'intrigues. Les
-sujets ne sont que des prétextes. Les livres de Colette, l'un après
-l'autre, constituent les mémoires d'une sensibilité que l'ombre d'un
-oiseau suffit à réveiller._
-
-_Mémoires d'une femme, sans fard ni pose. Mémoires du plus subjectif
-de nos écrivains. Recueils des sensations les plus subtiles, les plus
-profondes, présentées sans détours, sans ce curieux et troublant
-mélange d'abstraction et de réalité, sans cette transposition
-intellectuelle qui font le succès de nos plus jeunes auteurs, qui les
-caractérisent et qui déjà nous lassent._
-
-_Ici, tout est simple, clair, frémissant et chaud comme la révolte
-même de cette Lola qui s'écrie dans l'_Envers du Music-hall: «_Je ne
-suis pas une princesse enchaînée mais fine chienne, une vraie chienne,
-au cœur de chienne._»
-
- *
-* *
-
-_Colette cueille sans les tuer, chacune par son nom, les plantes et les
-herbes courbées sous la fuite du vent: l'oseille sauvage, la menthe
-amère, les vernes à la feuille froide, le chanvre rose et la
-saponaire._ Les Vrilles de la vigne.
-
-_Elle n'a point prêté aux bêtes une âme artificielle et symbolique.
-Elle s'est mise à quatre pattes pour mieux comprendre les chats que
-l'orage fait vibrer dans l'ombre, longuement, comme des musiques
-silencieuses. Elle s'est haussée sur la pointe des pieds pour mieux
-voir l'araignée des jardins le velours de sa panse en gousse d'ail et
-sa croix de Templier._ La Paix chez les bêtes.
-
-_Mère,--Colette a, je crois, une fille,--elle a pris part sagement,
-sans sourire, aux jeux et aux joies, aux doutes et aux douleurs des
-âmes à peine nées, bourgeons que froisse le moindre vent et qu'un
-rayon de soleil suffit à épanouir. Seule, elle a pu pénétrer et nous
-décrire l'univers étrange et miroitant des âmes enfantines._ La
-Maison éclairée.
-
-_Avec Willy,--le plus pauvre des collaborateurs et son mari pendant 13
-ans,--elle a bâti le roman de Claudine_: Claudine à l'école, Claudine
-s'en va, Claudine à Paris, Claudine en Ménage. _Histoire d'une
-fillette indépendante et volontaire qui veut, à son gré, mener sa
-barque. Histoire de la jeune fille moderne qui a le goût de la
-liberté, un plus grand besoin d'air et de mouvement et qui se moque du
-danger, des vrilles nocturnes du danger_...
-
-_Son dernier livre_: La Maison de Claudine _est comme l'écrin de ses
-plus tendres souvenirs._
-
- *
-* *
-
-_On a dit de Colette qu'elle écrit «comme les arbres poussent,
-comme les ruisseaux coulent, comme les fleurs s'épanouissent_...»
-
-_Lecteur, voici l'œuvre: un des plus beaux jardins de France._
-
-
-MARCEL SAUVAGE.
-
-
-
-
-REVERIE DE NOUVEL AN
-
-
-Toutes trois nous rentrons poudrées, moi, la petite bull et la bergère
-flamande...
-
-Il a neigé dans les plis de nos robes, j'ai des épaulettes blanches,
-un sucre impalpable fond au creux du mufle camard de Poucette, et la
-bergère flamande scintille toute, de son museau pointu à sa queue en
-massue.
-
-Nous étions sorties pour contempler la neige, la vraie neige et le vrai
-froid, raretés parisiennes, occasions, presque introuvables, de fin
-d'année... Dans mon quartier désert, nous avons couru comme trois
-folles, et les fortifications hospitalières, les fortifs décriées et
-mal connues, les rassurantes fortifs ont vu, de l'avenue des Ternes au
-boulevard Malesherbes, notre joie haletante de chiens lâchés. Du haut
-du talus, nous nous sommes penchées sur le fossé que comblait un
-crépuscule violâtre fouetté de tourbillons blancs; nous avons
-contemplé Levallois noir piqué de feux roses, derrière un voile
-chenillé de mille et mille mouches blanches, vivantes, froides comme
-des fleurs effeuillées, fondantes sur les lèvres, sur les yeux,
-retenues un moment aux cils, au duvet des joues... Nous avons gratté de
-nos dix pattes une neige intacte, friable, qui fuyait sous notre poids
-avec un crissement caressant de taffetas. Loin de tous les yeux, nous
-avons galopé, aboyé, happé la neige au vol, goûté sa suavité de
-sorbet vanillé et poussiéreux...
-
-Assises maintenant devant la grille ardente, nous nous taisons toutes
-trois. Le souvenir de la nuit, de la neige, du vent déchaîné
-derrière la porte, fond dans nos veines lentement et nous allons
-glisser à ce soudain sommeil qui récompense les marches longues...
-
-La bergère flamande, qui fume comme un bain de pieds, a retrouvé sa
-dignité de louve apprivoisée, son sérieux faux et courtois. D'une
-oreille, elle écoute le chuchotement de la neige au long des volets
-clos, de l'autre elle guette le tintement des cuillères dans l'office.
-Son nez effilé palpite, et ses yeux couleur de cuivre, ouverts droit
-sur le feu, bougent incessamment, de droite à gauche, de gauche à
-droite, comme si elle lisait... J'étudie, un peu défiante, cette
-nouvelle venue, cette chienne féminine et compliquée qui garde bien,
-rit rarement, se conduit en personne de sens et reçoit les ordres, les
-réprimandes sans mot dire, avec un regard impénétrable et plein
-d'arrière-pensées... Elle sait mentir, voler,--mais elle crie,
-surprise, comme une jeune fille effarouchée et se trouve presque mal
-d'émotion. Où prit-elle, cette petite louve au rein bas, cette fille
-des champs wallons, sa haine des gens mal mis et sa réserve
-aristocratique? Je lui offre sa place à mon feu et dans ma vie, et
-peut-être m'aimera-t-elle, elle qui sait déjà me défendre...
-
-Ma petite bull au cœur enfantin dort, foudroyée de sommeil, la fièvre
-au museau et aux pattes. La chatte grise n'ignore pas qu'il neige, et
-depuis le déjeuner je n'ai pas vu le bout de son nez, enfoui dans le
-poil de son ventre. Encore une fois me voici, comme au début de l'autre
-année, assise en face mon feu, de ma solitude, en face de moi-même...
-
-Une année de plus... À quoi bon les compter? Ce jour de l'An parisien
-ne me rappelle rien des premiers janvier de ma jeunesse; et qui pourrait
-me rendre la solennité puérile des jours de l'An d'autrefois? La forme
-des années a changé pour moi,--durant que, moi, je changeais. L'année
-n'est plus cette route ondulée, ce ruban déroulé qui, depuis Janvier,
-montait vers le printemps, montait, montait vers l'été pour s'y
-épanouir en calme plaine, en pré brûlant coupé d'ombres bleues,
-taché de géraniums éblouissants,--puis descendait vers un automne
-odorant, brumeux, fleurant le marécage, le fruit mûr et le
-gibier,--puis s'enfonçait vers un hiver sec, sonore, miroitant
-d'étangs gelés, de neige rose sous le soleil... Puis le ruban ondulé
-dévalait, vertigineux, jusqu'à se rompre net devant une date
-merveilleuse, isolée, suspendue entre les deux années comme une fleur
-de givre: le jour de l'An...
-
-Une enfant très aimée, entre des parents pas riches, et qui vivait à
-la campagne parmi des arbres et des livres, et qui n'a pas connu ni
-souhaité les jouets coûteux: voilà ce que je revois, en me penchant
-ce soir sur mon passé... Une enfant superstitieusement attachée aux
-fêtes des saisons, aux dates marquées par un cadeau, une fleur, un
-traditionnel gâteau... Une enfant qui d'instinct ennoblissait de
-paganisme les fêtes chrétiennes, amoureuse seulement du rameau de
-buis, de l'œuf rouge de Pâques, des roses effeuillées à la
-Fête-Dieu et des reposoirs,--syringas, aconits, camomilles,--du surgeon
-de noisetier sommé d'une petite croix, bénit à la messe de
-l'Ascension et planté sur la lisière du champ qu'il abrite de la
-grêle... Une fillette éprise du gâteau à six cornes, cuit et mangé
-le jour des Rameaux; de la crêpe, en carnaval; de l'odeur étouffante
-de l'église, pendant le mois de Marie...
-
-Vieux curé sans malice qui me donnâtes la communion, vous pensiez que
-cette enfant silencieuse, les yeux ouverts sur l'autel attendait le
-miracle, le mouvement insaisissable de l'écharpe bleue qui ceignait la
-Vierge? N'est-ce pas? J'étais si sage!... Il est bien vrai que je
-rêvais miracle, mais... pas les mêmes que vous. Engourdie par l'encens
-des fleurs chaudes, enchantée du parfum mortuaire, de la pourriture
-musquée des roses, j'habitais, cher homme sans malice, un paradis que
-vous n'imaginiez point, peuplé de mes dieux, de mes animaux parlants,
-de mes nymphes et de mes chèvre-pieds... Et je vous écoutais parler de
-votre enfer, en songeant à l'orgueil de l'homme qui, pour ses crimes
-d'un moment, inventa la géhenne éternelle... Ah! qu'il y a
-longtemps!...
-
-Ma solitude, cette neige de décembre, ce seuil d'une autre année, ne
-me rendront pas le frisson d'autrefois, alors que dans la nuit longue je
-guettais le frémissement lointain, mêlé aux battements de mon cœur,
-du tambour municipal, donnant, au petit matin du 1er janvier, l'aubade
-au village endormi... Ce tambour dans la nuit glacée, vers quatre
-heures, je le redoutais, je l'appelais du fond de mon lit d'enfant, avec
-une angoisse nerveuse proche des pleurs, les mâchoires serrées, le
-ventre contracté... Ce tambour seul, et non les douze coups de minuit,
-sonnait pour moi l'ouverture éclatante de la nouvelle année,
-l'avènement mystérieux après quoi haletait le monde entier, suspendu
-au premier _rrran_ du vieux tapin de mon village...
-
-Il passait, invisible dans le matin fermé, jetant aux murs son alerte
-et funèbre petite aubade, et derrière lui une vie recommençait, neuve
-et bondissante vers douze mois nouveaux... Délivrée, je sautais de mon
-lit à la chandelle, je courais vers les souhaits, les baisers, les
-bonbons, les livres à tranches d'or... J'ouvrais la porte aux
-boulangers portant les cent livres de pain et jusqu'à midi, grave,
-pénétrée d'une importance commerciale, je tendais à tous les
-pauvres, les vrais et les faux, le chanteau de pain et le décime qu'ils
-recevaient sans humilité et sans gratitude...
-
-Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant
-le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé,
-étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure,
-glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs,--coups d'éventail
-des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de
-cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet
-d'eau... O tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de
-vous rendre à moi! C'est mon visage d'autrefois que je cherche, dans ce
-miroir ovale saisi d'une main distraite, et non mon visage de femme, de
-femme jeune que sa jeunesse va, bientôt, quitter...
-
-Enchantée encore de mon rêve, je m'étonne d'avoir changé, d'avoir
-vieilli pendant que je rêvais... D'un pinceau ému je pourrais
-repeindre, sur ce visage-ci, celui d'une fraîche enfant roussie de
-soleil, rosée de froid, des joues élastiques achevées en un menton
-mince, des sourcils mobiles prompts à se plisser, une bouche dont les
-coins rusés démentent la courte lèvre ingénue... Hélas, ce n'est
-qu'un instant. Le velours adorable du pastel ressuscité s'effrite et
-s'envole... L'eau sombre du petit miroir retient seulement mon image qui
-est bien pareille, toute pareille à moi, marquée de légers coups
-d'ongle, finement gravée aux paupières, aux coins des lèvres, entre
-les sourcils têtus... Une image qui ne sourit ni ne s'attriste, et qui
-murmure, pour moi seule: «Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas
-des doigts suppliants, ne te révolte pas: il faut vieillir.
-Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme un
-cher refrain que tu chantes en toi-même, comme le rappel d'un départ
-nécessaire... Regarde-toi, regarde tes paupières, tes lèvres,
-soulève sur tes tempes les boucles de tes cheveux: déjà tu commences
-à t'éloigner de ta jeunesse; tu vas t'éloigner de ta vie, ne l'oublie
-pas, il faut vieillir!
-
-Éloigne-toi lentement, lentement, sans larmes; n'oublie rien! Emporte
-ta santé, ta gaîté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice
-qui t'a rendu la vie moins amère; n'oublie pas! Va t'en parée, va t'en
-douce, et ne t'arrête pas le long de la route irrésistible, tu
-l'essaierais en vain,--puisqu'il faut vieillir! Suis le chemin, et ne
-t'y couche que pour mourir. Et, quand tu t'étendras en travers du
-vertigineux ruban ondulé, si tu n'as pas laissé derrière toi, un à
-un, tes cheveux; en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un
-à un usés, si la poudre éternelle n'a pas, avant ta dernière heure,
-sevré tes yeux de la lumière merveilleuse--si tu as, jusqu'au bout,
-gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant,
-dors heureuse, dors privilégiée...»
-
-
-
-
-MALADE
-
-
-Comme chaque matin, une mince colonne lilas, une tige de lumière,
-debout, divise l'obscurité de la chambre. Elle s'étire, coupante,
-contre le fond brodé et sombre de mon rêve, un rêve de jardins à
-lourdes verdures, à feuillages bleus comme ceux des tapisseries, qui
-murmuraient pesamment sous un vent chaud... Je referme les yeux, avec
-l'espoir de joindre, par-dessus la hampe lumineuse, les deux panneaux
-somptueux de mon rêve. Une douleur précise, à la place des sourcils,
-m'éveille tout à fait. Mais le murmure orageux des feuillages bleus
-persiste dans mes oreilles.
-
-J'atteins la lampe, qui éclôt de l'ombre comme une courge rosée,
-traînant après elle ses vrilles sèches en fil de soie...
-
-Le battement douloureux persiste, là, derrière les sourcils. J'avale
-péniblement; quelque chose comme une petite arbouse râpeuse enfle dans
-ma gorge, et je ferme les mains, je cache mes ongles, pour éviter le
-contact des draps.
-
-Froid, chaud--frissons... Malade? Oui. Décidément, oui. Pas très
-malade--juste assez. J'éteins la lampe, et le tube lumineux, d'un bleu
-glacé qui rafraîchit ma fièvre, monte de nouveau entre les rideaux.
-Il est six heures.
-
-Malade... oh! oui, enfin, malade. Un peu de grippe sans doute? Je
-referme les yeux, et j'attends le commencement de cette journée comme
-si c'était ma fête. Toute une longue journée de faiblesse, de
-demi-sommeil, de caprices respectés, de diète gourmande! J'appelle
-déjà le parfum, autour de mon lit, de la verveine citronnelle--il y
-aura aussi, quand j'aurai faim, l'odeur du lait chaud vanillé, et de la
-pomme échaudée, givrée de sucre...
-
-Faut-il attendre que la maison s'éveille? Ou bien sonnerai-je, pour
-qu'on se hâte et qu'on s'effare, avec des bruits de mules claquantes
-dans l'escalier, des «Mon Dieu!» et des «Cela devait arriver, la
-grippe court...» Mieux vaut attendre, en guettant le jour qui grandit,
-le tapis qui s'éclaire et pâlit comme un étang... J'entends, mais
-vaguement, le roulement des voitures et les sonnailles des bouteilles
-pendues aux doigts du laitier... Le son profond d'une timbale grave,
-battue légèrement et régulièrement, assourdit mes oreilles et me
-sépare des bruits de la rue: c'est la monotone, l'agréable pédale de
-ma fièvre. Loin de chercher à m'en distraire, je la cultive, je la
-détaille, j'accommode à son rythme des airs faciles, des chansons de
-mon enfance... Ah! voici que, portée en musique vers les jardins que
-quitta mon songe, j'entrevois de nouveau les lourds feuillages bleus...
-
-... «Quoi? que voulez-vous? je dormais... Oui, vous voyez, je suis
-malade... Si, si, vraiment malade! Non, je ne veux rien, sinon que vous
-n'entriez pas tous à la fois dans ma chambre... Et ne touchez pas aux
-rideaux--oh! la grossièreté des gens bien portants!--avez-vous fini de
-les ouvrir et refermer, et d'agiter de grands drapeaux de clarté qui
-refroidissent toute la pièce?
-
-«Donnez-moi seulement... un verre d'eau glacée: je veux un verre tout
-uni, un gobelet sans défaut et sans parure, mince, plaisant aux lèvres
-et à la langue, plein d'une eau dansante et qui semble, à cause du
-plateau d'argent, un peu bleue--j'ai soif.
-
-«Non? Vous refusez? Eh! qu'ai-je à faire, moi fiévreuse, moi
-brûlante, de votre tisane qui sent le linge bouilli et le vieux
-bouquet? Disparaissez tous! je vous déteste. Je défends qu'on
-m'embrasse avec des nez froids, qu'on me touche avec des mains de
-gouvernante matinale, honnêtes et gercées...
-
-«Allez-vous-en! Toute seule, je goûte mieux l'agrément morose,
-délicat, d'être malade. Je me sens, aujourd'hui, si supérieure à
-vous tous! Des yeux fins, blessés, amoureux des lumières douces et des
-reflets étouffés--des oreilles sensibles, mobiles sous mes cheveux,
-inquiètes de tout bruit--une peau intelligente assez pour percevoir les
-défauts de la toile fine qui la couvre--et ce miraculeux odorat qui
-invente à son gré, dans la chambre, l'arome de la fleur d'oranger ou
-des bananes meurtries, ou du melon musqué, trop mûr, qui va se fendre
-et répandre une eau sanguine...
-
-«Il me semble que derrière la porte, vous devez être un peu envieux,
-vous qui ne savez pas jouer, comme je fais, avec le soleil de novembre
-qui coule lentement sur le toit, là-bas, au bout du jardin, avec la
-branche que chaque souffle incline et qui trempe, chaque fois, le bout
-de ses feuilles rouillées dans un vif rayon... Elle se relève, et
-l'ombre la teint en violet--elle se penche, et la voilà rose... Violet,
-rose... Rose, violet... Violet-bleu, comme les feuillages de mon
-rêve... Ils ne sont pas si loin, les feuillages bleus, puisque leur
-murmure marin emplit mes oreilles: aurai-je le temps, cette fois,
-d'habiter leurs ombrages?...
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-... «Qui est là? Qu'y a-t-il? Je dormais... Pourquoi me laisse-t-on
-seule? Depuis combien de temps m'abandonnez-vous, sans force pour
-appeler? Venez, secourez-moi... Oh! vous ne m'aimez pas... Qui donc a
-mis près de mon visage, pendant mon sommeil, ce bouquet de violettes?
-Donnez, que je le touche... Qu'il est vivant, et froid, et délicieux
-aux lèvres!... Vous êtes sortis? Il fait beau?... il fait beau sans
-moi... Oui, je sais, le trottoir était sec et bleuté, mes chiens ont
-couru devant vous dans l'allée du Bois, ils happaient les feuilles en
-rafale... Je suis jalouse... Ne me regardez pas: je voudrais être
-petite pour pleurer sans honte. Je n'aime plus être malade. Je suis
-sage: je boirai la potion amère, la tisane aussi. Je ne jetterai plus
-mes bras hors des couvertures...
-
-«Que la journée est longue! Est-ce l'heure, enfin, d'allumer les
-lampes? N'essayez pas de mentir: j'entendrai bien les enfants courir et
-crier en quittant l'école, et les galoches de la porteuse de pain, qui
-vient à cinq heures...
-
-«Dites, resteriez-vous ainsi fidèles auprès de moi, indulgents et
-grondeurs, si j'étais longtemps, longtemps malade? ou bien si j'étais
-vieille tout d'un coup, et prisonnière comme sont les vieilles gens?...
-Cela fait trembler, quand on y pense... Cela fait trembler... Pourquoi
-croyez-vous que c'est de fièvre que je tremble? Je tremble parce que
-c'est la mauvaise heure, entre chien et loup... Vite! allumez la lampe,
-et que sa lueur éloigne le chien fantôme et le loup revenant...
-
-«Vous voyez, maintenant je ne frissonne plus, depuis qu'elle brille
-toute ronde, énorme et rose, comme une coloquinte à l'écorce
-brodée... Le beau fruit, et de quel jardin fabuleux! Il tient encore à
-ses vrilles arrachées, vous voyez, traînantes sur la table, et
-peut-être qu'en fermant les yeux... attendez, oui, je vois la branche
-qui portait le fruit, et voici l'arbre après la branche, l'arbre bleu,
-enfin, enfin! et tout le jardin sombre, accablé de vent chaud,
-murmurant d'eau et de feuilles, le jardin de mon rêve, dont je demeure,
-depuis cette nuit, altérée...»
-
-
-
-
-DIMANCHE
-
-
-Qu'est-ce que tu as? Ne prends pas la peine, en me répondant: «Rien»,
-de remonter courageusement tous les traits de ton visage; l'instant
-d'après, les coins de ta bouche retombent, tes sourcils pèsent sur tes
-yeux, et ton menton me fait pitié. Je le sais, moi, ce que tu as.
-
-Tu as que c'est dimanche, et qu'il pleut. Si tu étais une femme, tu
-fondrais en larmes, parce qu'il pleut et que c'est dimanche, mais tu es
-un homme, et tu n'oses pas. Tu tends l'oreille vers le bruit de la pluie
-très fine, un bruit fourmillant de sable qui boit--tu regardes malgré
-toi la rue miroitante et les funèbres magasins fermés, et tu raidis
-tes pauvres nerfs d'homme, tu fredonnes un petit air, tu allumes une
-cigarette que tu oublies et qui refroidit entre tes doigts pendants...
-
-J'ai bien envie d'attendre que tu n'en puisses plus, que tu quêtes mon
-secours...
-
-Je suis méchante, dis? Non, mais c'est que j'aime tant ton geste
-enfantin de jeter les bras vers moi et de laisser rouler ta tête sur
-mon épaule, comme si tu me la donnais une fois pour toutes... Mais
-aujourd'hui il pleut si noir, et c'est tellement dimanche que je fais,
-avant que tu l'aies demandé, les trois signes magiques: clore les
-rideaux,--allumer la lampe,--disposer, sur le divan, parmi les coussins
-que tu préfères, mon épaule creusée pour ta joue, et mon bras prêt
-à se refermer sur ta nuque...
-
-Est-ce bien ainsi? pas encore? ne dis rien, attends que notre chaleur de
-bêtes fraternelles ait gagné les coussins. Lentement, lentement, la
-soie tiédit sous ma joue, sous mes reins, et ta tête s'abandonne peu
-à peu à mon épaule, et tout ton corps, à mon côté, se fait lourd
-et souple et répandu comme si tu fondais...
-
-Ne parle pas! J'entends, mieux que tes paroles, tes grands soupirs
-tremblants... Tu retiens ton souffle, tu crains d'achever le soupir en
-sanglot. Ah! si tu osais...
-
-Va, j'ai jeté sur la lampe mon écharpe bleutée; tu vois à peine, à
-travers les tiges d'un haut bouquet de chrysanthèmes, le feu
-dansant;--reste là, dans l'ombre,--oublie que je suis ton amie, oublie
-ton âge et même que je suis une femme, savoure l'humiliation et la
-douceur de redevenir, parce que c'est un dimanche de novembre, parce
-qu'il fait froid et qu'il pleut noir, un enfant nerveux, qui retourne
-invinciblement, innocemment, à la féminine chaleur, qui ne souhaite
-rien, hors l'abri vivant, hors l'immobile caresse de deux bras
-refermés.
-
-Reste là. Tu as retrouvé le berceau,--il te manque la chanson, ou le
-conte merveilleux... Je ne sais pas de contes. Et je n'inventerai même
-pas pour toi l'histoire heureuse d'une princesse fée qui aime un prince
-magicien. Car il n'y a pas de place pour l'amour dans ton cœur
-d'aujourd'hui, dans ton cœur d'orphelin.
-
-Je ne sais pas de contes... Te suffira-t-il, mon chuchotement contre ton
-oreille? Donne ta main, serre bien la mienne: elle te mène, sans
-bouger, vers des dimanches humbles que j'ai tant aimés. Tu nous vois,
-la main dans la main, et toujours plus petits, sur une route couleur de
-fer, pailletée de silex métallique--c'est une route de mon pays...
-
-Je te conduis doucement, parce que tu n'es qu'un joli enfant parisien,
-et je regarde, en marchant, ta main blanche dans ma petite patte
-hâlée, sèche de froid et rougie au bout des doigts. Elle a l'air, ma
-petite patte paysanne, d'une des feuilles qui demeurent aux haies,
-enluminées par l'automne...
-
-La route couleur de fer tourne ici, si court qu'on s'arrête surpris,
-devant un village imprévu... Mon Dieu, je t'emmène religieusement vers
-ma maison d'autrefois, petit enfant policé et qui ne t'étonnes guère,
-et peut-être que tu dis, pendant que je tremble sur le seuil retrouvé:
-«Ce n'est qu'une vieille maison...»
-
-Entre. Je vais t'expliquer. D'abord, tu comprends que c'est dimanche, à
-cause du parfum de chocolat qui dilate les narines, qui sucre la gorge
-délicieusement... Quand on s'éveille, voyons, et qu'on respire la
-chaude odeur du chocolat bouillant, on sait que c'est dimanche. On sait
-qu'il y a, à dix heures, des tasses roses, fêlées, sur la table, et
-des galettes feuilletées,--ici, tiens, dans la salle à manger,--et
-qu'on a la permission de supprimer le grand déjeuner de midi...
-Pourquoi? je ne saurais te dire... c'est une mode de mon enfance.
-
-Ne lève pas des yeux craintifs vers le plafond noir. Tout est
-tutélaire dans cette maison ancienne. Elle contient tant de merveilles!
-ce pot bleu chinois, par exemple, et la profonde embrasure de cette
-fenêtre, où le rideau, en retombant, me cache toute...
-
-Tu ne dis rien? Oh! petit garçon, je te montre un vase enchanté, dont
-la panse gronde de rêves captifs, la grotte mystérieuse où je
-m'enferme avec mes fantômes favoris, et tu restes froid, déçu, et ta
-main ne frémit pas dans la mienne? Je n'ose plus, maintenant, te mener
-dans ma chambre, te mener dans ma chambre à dormir où la glace est
-tendue d'une dentelle grise, plus fine qu'un voile de cheveux, qu'a
-tissée une grosse araignée des jardins, frileuse. Elle veille au
-milieu de sa toile, et je ne veux pas que tu l'inquiètes. Penche-toi
-sur le miroir: nos deux visages d'enfants, le tien pâle, le mien
-vermeil, rient derrière le double tulle... Ne t'arrête pas au banal
-petit lit blanc, mais plutôt au judas de bois qui perce la cloison:
-c'est par là que pénètre, à l'aube, ma chatte vagabonde; elle choit
-sur mon lit, froide, blanche et légère comme une brassée de neige, et
-s'endort sur mes pieds...
-
-Tu ne ris pas, petit compagnon blasé. Mais j'ai gardé, pour te
-conquérir, le jardin. Dès que j'ouvre la porte usée, dès que les
-deux marches branlantes ont remué sous nos pieds, ne sens-tu pas cette
-odeur de terre, de feuilles de noyer, de chrysanthèmes et de fumée? Tu
-flaires comme un chien novice, tu frissonnes... L'odeur amère d'un
-jardin de novembre, le saisissant silence dominical des bois d'où se
-sont retirés le bûcheron et la charrette, la route forestière
-détrempée où roule mollement une vague de brouillard,--tout cela est
-à nous jusqu'au soir, si tu veux, puisque c'est dimanche.
-
-Mais peut-être préféreras-tu mon dernier royaume et le plus hanté:
-l'antique fenil, voûté comme une église. Respire, avec moi, la
-poussière flottante du vieux foin, encore embaumée, plus excitante
-qu'un tabac fin. Nos éternuements aigus vont émouvoir un peuple
-argenté de rats, de chats minces à demi sauvages; des chauves-souris
-vont voler, un instant, dans le rayon de jour bleu qui fend, du plafond
-au sol, l'ombre veloutée... C'est à présent qu'il faut serrer ma main
-et réfugier, sous mes longs cheveux, ta tête lisse et noire de chaton
-bien léché...
-
-... Tu m'entends encore? Non, tu dors. Je veux bien garder ta lourde
-tête sur mon bras et t'écouter dormir. Mais je suis un peu jalouse.
-Parce qu'il me semble, à te voir insensible et les yeux clos, que tu es
-resté là-bas, dans un très vieux jardin de mon pays, et que ta main
-serre la rude petite main d'une enfant qui me ressemble...
-
-
-
-
-RÉPIT
-
-
-«--On t'a dit qu'en ton absence je vivais seule, farouche, et fidèle,
-avec un air d'impatience et d'attente?... Ne le crois pas. Je ne suis ni
-seule, ni fidèle. Et ce n'est pas toi que j'attends.
-
-«Ne t'irrite pas! Lis cette lettre jusqu'au bout. J'aime te braver
-quand tu es loin, quand tu ne peux rien contre moi, que serrer tes
-poings et briser un vase... J'aime te braver sans péril, et te voir à
-travers la distance, tout petit, courroucé et inoffensif: tu es le
-dogue, et moi, le chat en haut de l'arbre...
-
-«Je ne t'attends pas. On t'a dit que j'ouvrais hâtivement ma fenêtre,
-dès le lever du soleil, comme aux jours où tu marchais dans l'allée,
-chassant devant toi, jusqu'à mon balcon, ton ombre longue? On t'a
-menti. Si j'ai quitté mon lit, pâle, un peu égarée de sommeil, ce
-n'est pas que l'écho de ton pas m'appelât...Qu'elle est belle,
-l'allée blonde et vide! Nulle branche morte, nul fétu n'arrête mon
-regard qui s'y élance, et la barre bleue de ton ombre ne chemine plus
-sur le sable pur, qu'ont seules gaufré les petites serres des
-oiseaux...
-
-«J'attendais... cette heure-là, la première du jour, la mienne, celle
-que je ne partage avec personne. Je t'y laissais mordre juste le temps
-de t'accueillir, de te reprendre la fraîcheur, la rosée de ta course
-à travers les champs, et de refermer sur nous mes persiennes...
-Maintenant, l'aube est à moi seule, et seule je la savoure rose,
-emperlée, comme un fruit intact qu'ont dédaigné les hommes. C'est
-pour elle que je quitte mon sommeil, et mon rêve qui parfois
-t'appartient... Tu vois? éveillée, à peine, je te quitte, et pour te
-trahir...
-
-«T'a-t-on redit aussi que je descendais pieds nus, vers midi, jusqu'à
-la mer? On m'a épiée, n'est-ce pas? On t'a vanté ma solitude hostile,
-et la muette promenade sans but de mes pas sur la plage; on a plaint mon
-visage penché, puis soudain guetteur, tendu vers... Vers quoi? vers
-qui?... Oh! si tu avais pu entendre! je viens de rire, de rire comme
-jamais tu ne m'entends rire! C'est qu'il n'y a plus, sur la plage
-lissée par la vague, la moindre trace de tes jeux, de tes bonds, de ta
-jeune violence, il n'y a plus tes cris dans le vent, et ton élan de
-nageur ne brise plus la volute harmonieuse de la lame qui se dresse,
-s'incline, s'enroule comme une verte feuille transparente, se jette vers
-moi et fond à mes pieds...
-
-«T'attendre, te chercher? Pas ici, où rien ne se souvient de toi. La
-mer ne berce point de barque; la mouette qui pêchait, agrippée au flot
-et battant des ailes, s'est envolée. Le rocher rougeâtre, en forme de
-lion, se prolonge, violet, sous l'eau qui l'assaille. Se peut-il que tu
-aies dompté, sous ton talon nu, ce lion taciturne? Ce sable, qui craque
-en séchant comme une soie échauffée, tu l'as foulé, fouillé; il a
-bu sur toi ton parfum et le sel de la mer? Je me répète tout cela, en
-marchant à midi sur la plage, et je penche la tête, incrédule. Mais,
-parfois, je me retourne aussi, et je guette--comme les enfants qui
-s'effraient d'une histoire qu'ils inventent:--non, tu n'es pas
-là,--j'ai eu peur. Je croyais tout à coup te trouver là, avec ton air
-de vouloir me voler mes pensées... J'ai eu peur.
-
-«Il n'y a rien,--rien que la plage lisse qui grésille comme sous une
-flamme invisible, rien que les équilles de nacre qui percent le sable,
-sautent, repiquent du nez, ressortent, et cousent la grève de mille
-lacets étincelants et rompus... Il n'est que midi. Je n'ai pas fini de
-t'offenser, absent! Je cours vers la salle sombre, où le jour bleu se
-mire dans la table cirée, dans l'armoire à panse brune; sa fraîcheur
-sent la cave et le fruitier, à cause du cidre qui mousse dans la cruche
-et d'une poignée de fraises au creux d'une feuille de chou...
-
-«Un seul couvert. L'autre côté de la table, en face de moi, luit
-comme une flaque. Je n'y jetterai pas la rose, tu sais? que tu trouvais
-chaque matin, tiède, dans ton assiette. Je l'épingle à mon corsage,
-très haut, près de l'épaule, et je n'ai qu'à tourner un peu la tête
-pour m'y caresser les lèvres... Comme la fenêtre est large! Tu me la
-masquais à demi, et je n'avais jamais vu, jusqu'à présent, l'envers
-mauve, presque blanc, des fleurs de clématite, pendantes...
-
-«Je chantonne tout doucement, tout doucement, pour moi seule... La plus
-grosse fraise, la plus noire cerise, ce n'est plus dans ta bouche, mais
-dans la mienne, qu'elles fondent, délicieuses... Tu les convoitais si
-fort que je te les offrais, non par tendresse, mais par une sorte de
-pudeur civilisée...
-
-«Tout l'après-midi est devant moi comme une terrasse inclinée,
-rayonnante en haut et qui plonge, là-bas, dans le soir indistinct,
-couleur d'étang. C'est l'heure, te l'a-t-on dit? où je m'enferme.
-Réclusion jalouse, n'est-ce pas? méditation voluptueuse et triste
-d'une amante solitaire?... Qu'en sais-tu? Quels noms donner aux
-fantômes que je choie, quels conseillers me pressent, et pourrais-tu
-jurer que mon rêve a les traits de ton visage?... Doute de moi! doute
-de moi, toi qui as pu surprendre mes pleurs, et mon rire, toi que je
-fruste à tout moment, toi, que je baise en te nommant tout bas:
-«Étranger...»
-
-Jusqu'au soir, je te trahis! Mais, à la nuit, je te donne rendez-vous,
-et la pleine lune me retrouve au pied de l'arbre où délirait un
-rossignol, si enivré de son chant qu'il n'entendit ni nos pas, ni nos
-souffles, ni nos paroles mêlées... Aucun de mes jours ne ressemble au
-jour d'avant, mais une nuit de pleine lune est divinement pareille à
-une autre nuit de pleine lune...
-
-«À travers l'espace, par-dessus la mer et les montagnes, ton esprit
-vole-t-il au rendez-vous que je lui donne, auprès de l'arbre? J'y
-reviens, comme je l'ai promis, chancelante, car ma tête renversée
-cherche en vain le bras qui la soutenait... Je t'appelle--parce que je
-sais que tu ne viendras pas! Sous mes paupières fermées, je joue avec
-ton image, j'adoucis la couleur de ton regard, le son de ta voix, je
-taille à mon gré ta chevelure, et j'affine ta bouche, et je t'invente
-subtil, enjoué, indulgent et tendre--je te change, je te corrige...
-
-«Je te change... Peu à peu, et tout entier, et jusqu'au nom que tu
-portes... Et puis je m'en vais, furtive, honteuse, légère, comme si,
-entrée avec toi sous l'ombre de l'arbre, j'en sortais avec un
-inconnu...»
-
-
-
-
-J'AI CHAUD
-
-
-Ne me touche pas! j'ai chaud... Écarte-toi de moi! Mais ne reste pas
-ainsi debout sur le seuil: tu arrêtes, tu me voles le faible souffle
-qui bat, de la fenêtre à la porte, comme un lourd oiseau prisonnier...
-
-J'ai chaud. Je ne dors pas. Je regarde l'air noir de ma chambre close,
-où chemine un râteau d'or, aux dents égales, qui peigne lentement,
-l'herbe rase du tapis. Quand l'ombre rayée de la persienne atteindra le
-lit, je me lèverai,--peut-être... Jusqu'à cette heure-là, j'ai
-chaud.
-
-J'ai chaud. La chaleur m'occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle
-suffit à remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle
-que d'elle; je me plains d'elle avec passion et douceur, comme d'une
-caresse impitoyable. C'est elle--regarde!--qui m'a fait cette marque
-vive au menton, et cette joue giflée, et mes mains ne peuvent quitter
-ces gantelets, couleur de pain roux, qu'elle peignit sur ma peau. Et
-cette poignée de grains d'or, tout brûlants, qui m'a sablé le visage,
-c'est elle, c'est encore elle...
-
-Non, ne descends pas au jardin; tu me fatigues. Le gravier va craquer
-sous tes pas, et je croirai que tu écrases un lit de petites braises...
-Laisse! que j'entende le jet d'eau, qui gicle maigre et va tarir, et le
-halètement de la chienne couchée sur la pierre chaude. Ne bouge pas!
-Depuis ce matin, je guette, sous les feuilles évanouies de
-l'aristoloche, qui pendent molles comme des peaux, l'éveil du premier
-souffle de vent... Ah! j'ai chaud! Ah! entendre, autour de notre
-maison, le bruit soyeux, d'éventail ouvert et refermé, d'un pigeon qui
-vole!...
-
-Je n'aime déjà plus le drap fin et froissé, si frais tout à l'heure
-à mes talons nus. Mais au fond de ma chambre, il y a un miroir, tout
-bleu d'ombre, tout troublé de reflets...
-
-Quelle eau tentante et froide!
-
-Imagine, à t'y mirer, l'eau des étangs de mon pays! Ils dorment ainsi
-sous l'été, tièdes ici, glacés là par la fusée d'une source
-profonde. Ils sont opaques et bleuâtres, perfidement peuplés, et la
-couleuvre d'eau s'y enlace à la lige longue des nénuphars et des
-sagittaires... Ils sentent le jonc, la vase musquée, le chanvre vert...
-Rends-moi leur fraîcheur, leur brouillard où se berce la fièvre,
-rends-moi leur frisson,--j'ai si chaud!...
-
-Ou bien donne-moi--mais tu ne voudras pas!--un tout petit morceau de
-glace, dans le creux de l'oreille, et un autre là, sur mon bras, à la
-saignée... Tu ne veux pas? tu me laisses désirer en vain, tu me
-fatigues...
-
-Regarde, à présent, si la couleur du jour commence à changer, si les
-raies éblouissantes des persiennes deviennent bleues en bas, orangées
-en haut? Penche-toi sur le jardin, raconte-moi la chaleur comme on
-raconte une catastrophe!
-
-Le marronnier va mourir, dis? Il tend vers le ciel des feuilles frites,
-couleur d'écaille jaspée... Et rien ne pourra sauver les roses,
-saisies par la flamme avant d'éclore... Des roses... des roses
-mouillées, gonflées de pluie nocturne, froides à embrasser...
-
-Ah! quitte la fenêtre! reviens! trompe ma langueur en me parlant de
-fleurs penchées sous la pluie! Trompe-moi, disque l'orage, là-bas,
-enfle un dos violet, dis-moi que le vent, rampant, se dresse soudain
-contre la maison, en rebroussant la vigne et la glycine, dis que les
-premières gouttes, plombées, vont entrer, obliques, par la fenêtre
-ouverte!
-
-Je les boirai sur mes mains, j'y goûterai la poussière des routes
-lointaines, la fumée du nuage bas qui crève sur la ville...
-
-Souviens-toi du dernier orage, de l'eau amère qui chargeait les beaux
-soucis couleur de soleil, de la pluie sucrée que pleurait le
-chèvrefeuille, et de la chevelure du fenouil, poudrée d'argent, où
-nous sucions en mille gouttelettes la saveur d'une absinthe fine...
-
-Encore, encore! j'ai si chaud! Rappelle-moi le mercure vivace qui roule
-aux creux des capucines, quand l'averse s'éloigne, et sur la menthe
-pelucheuse... Évoque la rosée, la brise haute qui couche les cimes des
-arbres et ne touche pas mes cheveux... Évoque la mare cernée de
-moustiques et la ronde des rainettes... Oh! je voudrais, sur chaque
-main, le ventre froid d'une petite grenouille!... J'ai chaud, si tu
-savais... Parle encore...
-
-Parle encore guéris ma fièvre! Crée pour moi l'automne: donne-moi,
-d'avance, le raisin froid, qu'on cueille à l'aube, et les dernières
-fraises d'octobre, mûres d'un seul côté... Oui, il me faudrait, pour
-l'écraser dans mes mains sèches, une grappe de raisins oubliés sur la
-treille, un peu ridés de gelée... Si tu amenais, auprès de moi, deux
-beaux chiens au nez très frais?... Tu vois, je suis toute malade, je
-divague...
-
-Ne me quitte pas! assieds-toi, et lis-moi le conte qui commence par:
-«La princesse avait vu le jour dans un pays où la neige ne découvre
-jamais la terre, et son palais était fait de glace et de givre...» De
-givre, tu entends? de givre!... Quand je répète ce mot scintillant, il
-me semble que je mords dans une pelote de neige crissante, une belle
-pomme d'hiver façonnée par mes mains... Ah! j'ai chaud!...
-
-J'ai chaud, mais... quelque chose à remué dans l'air? Est-ce seulement
-cette guêpe blonde? Annonce-t-elle la fin de ce long jour? Je
-m'abandonne à toi. Appelle sur moi le nuage, le soir, le sommeil. Tes
-doigts sous ma nuque y démêlent un moite désordre de cheveux...
-
-Penche-toi, évente, de ton souffle, mes narines, et presse, contre mes
-dents, le sang acide de la groseille que tu mords... Je ne murmure
-presque plus, et tu ne saurais dire si c'est d'aise... Ne t'en vas pas
-si je dors: je feindrai d'ignorer que tu baises mes poignets et mes
-bras, rafraîchis, emperlés comme le col d'un alcarazas brun...
-
-
-
-
-CONVALESCENCE
-
-
-Vers Tunis... Tunis, c'est là-bas, plus loin que l'horizon visible,
-plus loin que cette claire brume lilas qui repose sur la mer et la fait,
-par contraste, plus sombre. Tunis... c'est tout blanc, n'est-ce pas?
-d'un blanc de sucre au soleil, et l'ombre des murs y est bleue, du même
-bleu que la mer, là-bas à l'horizon?... Tunis, c'est l'Afrique,
-c'est... comment dire? c'est l'éblouissante ville que je ne connais
-pas, la ville qui est _de l'autre côté de la mer!_
-
-Je voudrais ne jamais y arriver. Toute ma journée, je la passerai ici,
-à l'avant du bateau sur cette chaise-longue de rotin, déteinte et
-comme poncée par la vague et l'embrun. Je me refuse à secouer ma
-paresse de convalescente, même quand sonnera l'assourdissant gong des
-repas. Apportez-moi le riz créole, et les oranges, et les dattes, là,
-sur la couverture qui m'emmaillote jusqu'aux aisselles. Apportez-moi
-aussi le café brûlant, et laissez-moi tranquille, maintenant, toute
-seule sur le pont. Je ne veux plus voir personne...
-
-Le bateau roule très fort. Le mât, devant moi, s'incline avec lui, à
-gauche, puis à droite, et parcourt le ciel comme une longue aiguille
-hésitante. Ma tête oscille doucement et je vois tantôt à ma gauche,
-tantôt à ma droite, la mer se soulever et venir à ma rencontre,
-gaufrée de profonds sillons à crêtes blanches, et si lourde et d'un
-bleu si dense qu'elle donne confiance: ne marcherais-je pas sur ces
-eaux épaisses, comme sur un asphalte fouetté en train de se figer?
-
-Seule... et sur la mer sans bornes. Enfin! Le vent et le roulis ont
-balayé ce pont. On bavarde au salon, on bridge au fumoir, on geint dans
-les cabines. Seule, et déjà tout enivrée de balancement, de faiblesse
-convalescente, de demi-fièvre... Je regarde, étonnée, ma forme sous
-la couverture serrée, et mes pieds pointus, et mes mains inertes sous
-les gants épais. C'est moi, ce corps immobile? Et n'est-ce pas ainsi
-qu'on attache, les bras aux flancs et les genoux joints, ceux qui ont
-cessé pour jamais de se mouvoir, et qu'on verse à la mer, par-dessus
-ce parapet?
-
-
-Quelle douceur de songer à cela, ici, sereinement! Je ne souffre plus.
-Chaque effort du bateau me guérit davantage. La tête libre, et le
-corps si léger, et les yeux perdus... J'égale presque celle que je
-serai--plus tard, demain, dans un an, dans une heure?--quand mon libre
-esprit voguera sur la mer, délesté du poids qui dort sur cette
-chaise-longue...
-
-
-Hier encore, je souffrais. J'appelais, avec l'énergie des malades, la
-cessation de ma souffrance. J'espérais ma guérison, j'exigeais le
-_changement_--la vie. Aujourd'hui, je me repose, insensible comme ceux
-qui viennent de mourir. Mon souffle n'ouvre pas mes lèvres humides et
-froides d'une vapeur salée; le bateau seul respire, d'une longue, d'une
-lente et puissante haleine qui le couche à droite, qui le couche à
-gauche, qui enfonce son avant au profond de la vague, puis le relève
-ruisselant. Un sourd frémissement rythmé l'anime aussi comme les
-pulsations d'un cœur essoufflé.
-
-Qu'il est vivant, le bateau où s'éteint mon mal! Beau nageur blanc,
-comme tu emportes vite ma dépouille! Ma dépouille: j'appelle ainsi ce
-corps privé soudain de ce qui le tordait si passionnément sur un lit
-moite, ce corps si expressif dans sa souffrance, si révolté, qui
-luttait contre son mal, inconscient et vigoureux comme un serpent
-coupé!... Tu m'emportes guérie--comme si j'étais morte. Pas de
-souhait, pas de tourment, plus rien... Le vide, la sérénité vaincue
-de ceux qui ont fini d'espérer, fini de pâtir.
-
-Une nuée rousse, surgie du Nord invisible, derrière moi, traverse
-lentement le ciel. Sa couleur m'annonce la fin prochaine du jour, la fin
-du voyage, la fin de ma solitude... Quelque chose, en même temps, se
-lève sur ma pensée pure et stagnante: une nuée dont je ne puis dire
-si elle a forme de souvenir, de souci ou de regret; elle se dissipe
-avant de projeter sur un miroir étincelant et désert l'ombre d'un
-triste visage penché, ou d'une chimère cabrée, ou d'un combat
-amoureux...
-
-Le nuage roux se hâte et nous devance vers la rive qu'on ne voit pas...
-Le soleil descend, berçant sur mon visage aux yeux mi-clos l'ombre du
-mât. Le vent grandit par instants, puis retombe, et ses assauts
-irréguliers agitent, hors de mon bonnet de laine, un petit drapeau
-palpitant de cheveux. Cela est irritant comme la caresse taquine d'un
-doigt sur la joue, quand on dort... Je résiste, je ne veux pas de
-réveil. Ne peut-on chasser même ces oiseaux tournoyants, noirs sur le
-ciel d'un bleu frais de lavande? Leur vol fend l'azur autour de moi, si
-vif et si soudain que je tressaille, comme si la plume humide et pointue
-de leur aile m'avait atteinte. Ainsi tressaillais-je autrefois, au
-passage, dans l'air, de ce parfum... Quel parfum? Je l'ai oublié...
-
-J'ai oublié. Il y a, entre celle que je fus et celle qui est ici,
-couchée, vivante et refroidie comme une terre encore en fleurs d'où la
-chaleur se retire, il y a l'enchantement funèbre d'un long mal, il y a
-les insomnies, les féeries du délire, les heures des sommeils
-fiévreux... Ces pieds joints et paisibles ont usé de leurs ongles le
-drap qui les recouvrait, et ces narines, ces lèvres fermées ont
-imploré, ouvertes, tendues, le suc d'un fruit calmant, ou la bouffée
-du parfum oublié. La douleur et la joie, la musique, la couleur et
-l'odeur--autant de rayons affilés qui se brisaient sur moi, et comme
-j'en retentissais toute!...
-
-Le soleil descend, et je me trouble à découvrir que la mer est
-maintenant plus pâle que le ciel, la mer tout à l'heure chargée de
-noir et de bleu, et de savonneuse écume... Une lumière verte, claire
-et dorée, monte des sables mystérieux, et la vague se tait aux flancs
-du bateau blanc... Là-bas! qu'est-ce, là-bas? Un long nuage ondulé,
-où brillent des oiseaux de neige?
-
-Non, c'est la terre! Pouvais-je m'y tromper? Ne suis-je pas déjà
-debout, penchée toute vers le rivage qui vient lentement à nous,
-perçant les vapeurs où naissent peu à peu des villages blancs, des
-collines de jeune blé plus vertes que la mer?
-
-Je tremble, comme si une main irrésistible m'eût tirée d'un sommeil
-sans rêves. Je tremble sous le choc reconnu de la lumière, de
-l'émotion, de la joie, du parfum et du son, et je tends vers la chaude
-terre inconnue, comme si j'allais retrouver là-bas, là-bas, mais avec
-un visage ému, des yeux changeants pleins de souci et d'espoir, avec sa
-fièvre, avec son mal fécond en songes, celle qui gisait tout à
-l'heure, triste et guérie!...
-
-
-
-
-FIN
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Re^verie de Nouvel An, by Sidonie-Gabrielle Colette
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RE^VERIE DE NOUVEL AN ***
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-Project Gutenberg's Re^verie de Nouvel An, by Sidonie-Gabrielle Colette
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-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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-Title: Re^verie de Nouvel An
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-Author: Sidonie-Gabrielle Colette
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-Contributor: Marcel Sauvage
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-Release Date: September 7, 2020 [EBook #63144]
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-Language: French
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-Character set encoding: UTF-8
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-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RE^VERIE DE NOUVEL AN ***
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-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
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-<div class="figcenter" style="width: 500px;">
-<img src="images/reveries_cover.jpg" width="500" alt="" />
-</div>
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-<h4>LES CONTEMPORAINS</h4>
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-<h5>Œuvres et Portraits du XX<sup>e</sup> Siècle</h5>
-
-<h2>REVERIE<br />
-DE<br />
-NOUVEL AN</h2>
-
-
-<h5>PAR</h5>
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-<h3>COLETTE</h3>
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-
-<h4>PARIS</h4>
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-<h4>LIBRAIRIE STOCK</h4>
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-<h4>PLACE DU THÉATRE-FRANÇAIS</h4>
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-<h5>1923</h5>
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-<div class="figcenter" style="width: 400px;">
-<img src="images/figure01.jpg" width="400" alt="" />
-</div>
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-<hr class="r5" />
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-<h4>TABLE DES MATIÈRES</h4>
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-<p><a href="#REVERIE_DE_NOUVEL_AN">REVERIE DE NOUVEL AN</a><br />
-<a href="#MALADE">MALADE</a><br />
-<a href="#DIMANCHE">DIMANCHE</a><br />
-<a href="#REPIT">RÉPIT</a><br />
-<a href="#JAI_CHAUD">J'AI CHAUD</a><br />
-<a href="#CONVALESCENCE">CONVALESCENCE</a></p>
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-<h4>COLETTE</h4>
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-<p><i>Colette,&mdash;M<sup>me</sup> Colette de Jouvenel,&mdash;fille d'un
-capitaine au 1<sup>er</sup> zouaves, est née le 28 janvier 1873, à
-Saint-Sauveur en Puiseye, dans l'Yonne</i>...</p>
-
-<p><i>Il suffit d'ailleurs de connaître l'auteur de</i> Chéri <i>et des</i>
-Heures longues <i>pour savoir combien cette date est inexacte.&mdash;«Voyez
-sa joue en pomme, ses yeux en myosotis, sa lèvre en pétale de
-coquelicot...» pourrais-je répéter, d'un ton à peine moins vif, après
-Francis Jammes qui présentait au lecteur, dans la préface aux</i> Sept
-Dialogues de bêtes, <i>la première, sans doute, de nos femmes de
-lettres.</i></p>
-
-<p><i>Poétesse, disait-il.</i></p>
-
-<p><i>Poétesse, à coup sûr, avec tout ce que ce titre demande de grâce,
-de musique et de fraîcheur, avec tout ce qu'il éveille et implique
-dans la pensée d'ombres et d'horizons mouvants, mais Colette, qui fut
-souple naguère, jusqu'à pouvoir, dans les music-halls, sous le feu des
-projecteurs, tâter sa nuque du bout de ses pieds, Colette a dédaigné
-l'étroit corset du poème traditionnel, l'impossible corset du mètre
-classique. Elle écrit, comme on échange, entre amis, de tendres et
-fragiles confidences, sur la vie, l'amour, les hommes, les bêtes et les
-plantes.</i></p>
-
-<p>«<i>Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas</i>...»</p>
-
-<p class="center">&nbsp;*<br />
-*&nbsp;&nbsp;*</p>
-
-<p><i>La flamme si particulière, proche ou lointaine, jamais décolorée,
-jamais morte, qui brûle et danse au fond des livres de Colette, est le
-clair souvenir, d'abord de ses années d'enfance.</i></p>
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-<p>«<i>Je suis née seule, nous confie-t-elle pour expliquer sa façon
-d'être et de sentir, j'ai grandi sans mère, frère ni sœur, au côté
-d'un père turbulent que j'aurais dû prendre sous ma tutelle, et j'ai
-vécu sans amis. Un tel isolement moral n'a-t-il pas recréé en moi cet
-esprit tout juste assez gai, tout juste assez triste, qui s'enflamme de
-peu et s'éteint de rien, pas bon, pas méchant, insociable en somme et
-plus proche des bêtes que des hommes.</i>»</p>
-
-<p><i>Plus proche des bêtes que des hommes... Je crois que le secret et le
-meilleur de Colette est ici. Elle nous indique, au tournant de chaque
-page, ce qu'il y a de primitif, de primesautier, de frais, en un mot ce
-qu'il y a d'animal dans la personne humaine.</i></p>
-
-<p><i>Amour de l'homme pour la femme, instinct, «joie intelligente de la
-chair qui reconnaît immédiatement son maître», Colette a peint sans
-fausse honte ni cynisme l'âpre et nécessaire volupté des corps que le
-désir, pour une minute ou l'éternité, presse l'un contre l'autre</i>...</p>
-
-<p><i>Toby-chien d'autre part avec Kiki-la-Doucette demeurent, parmi ses
-personnages à deux ou quatre pattes, ses héros favoris et les plus
-vivants.</i></p>
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-<p class="center">&nbsp;*<br />
-*&nbsp;&nbsp;*</p>
-
-<p><i>Il ne s'agit point ici de romans, d'aventures ni d'intrigues. Les
-sujets ne sont que des prétextes. Les livres de Colette, l'un après
-l'autre, constituent les mémoires d'une sensibilité que l'ombre d'un
-oiseau suffit à réveiller.</i></p>
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-<p><i>Mémoires d'une femme, sans fard ni pose. Mémoires du plus subjectif
-de nos écrivains. Recueils des sensations les plus subtiles, les plus
-profondes, présentées sans détours, sans ce curieux et troublant
-mélange d'abstraction et de réalité, sans cette transposition
-intellectuelle qui font le succès de nos plus jeunes auteurs, qui les
-caractérisent et qui déjà nous lassent.</i></p>
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-<p><i>Ici, tout est simple, clair, frémissant et chaud comme la révolte
-même de cette Lola qui s'écrie dans l'</i>Envers du Music-hall: «<i>Je ne
-suis pas une princesse enchaînée mais fine chienne, une vraie chienne,
-au cœur de chienne.</i>»</p>
-
-<p class="center">&nbsp;*<br />
-*&nbsp;&nbsp;*</p>
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-<p><i>Colette cueille sans les tuer, chacune par son nom, les plantes et les
-herbes courbées sous la fuite du vent: l'oseille sauvage, la menthe
-amère, les vernes à la feuille froide, le chanvre rose et la
-saponaire.</i> Les Vrilles de la vigne.</p>
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-<p><i>Elle n'a point prêté aux bêtes une âme artificielle et symbolique.
-Elle s'est mise à quatre pattes pour mieux comprendre les chats que
-l'orage fait vibrer dans l'ombre, longuement, comme des musiques
-silencieuses. Elle s'est haussée sur la pointe des pieds pour mieux
-voir l'araignée des jardins le velours de sa panse en gousse d'ail et
-sa croix de Templier.</i> La Paix chez les bêtes.</p>
-
-<p><i>Mère,&mdash;Colette a, je crois, une fille,&mdash;elle a pris part
-sagement, sans sourire, aux jeux et aux joies, aux doutes et aux douleurs
-des âmes à peine nées, bourgeons que froisse le moindre vent et qu'un
-rayon de soleil suffit à épanouir. Seule, elle a pu pénétrer et nous
-décrire l'univers étrange et miroitant des âmes enfantines.</i> La
-Maison éclairée.</p>
-
-<p><i>Avec Willy,&mdash;le plus pauvre des collaborateurs et son mari pendant 13
-ans,&mdash;elle a bâti le roman de Claudine</i>: Claudine à l'école, Claudine
-s'en va, Claudine à Paris, Claudine en Ménage. <i>Histoire d'une
-fillette indépendante et volontaire qui veut, à son gré, mener sa
-barque. Histoire de la jeune fille moderne qui a le goût de la
-liberté, un plus grand besoin d'air et de mouvement et qui se moque du
-danger, des vrilles nocturnes du danger</i>...</p>
-
-<p><i>Son dernier livre</i>: La Maison de Claudine <i>est comme l'écrin de ses
-plus tendres souvenirs.</i></p>
-
-<p class="center">&nbsp;*<br />
-*&nbsp;&nbsp;*</p>
-
-<p><i>On a dit de Colette qu'elle écrit «comme les arbres poussent,
-comme les ruisseaux coulent, comme les fleurs s'épanouissent</i>...»</p>
-
-<p><i>Lecteur, voici l'œuvre: un des plus beaux jardins de France.</i></p>
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-<p style="margin-left: 60%;">MARCEL SAUVAGE.</p>
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-<hr class="r5" />
-
-<p><br /></p>
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-<h4><a id="REVERIE_DE_NOUVEL_AN">REVERIE DE NOUVEL AN</a></h4>
-
-
-<p>Toutes trois nous rentrons poudrées, moi, la petite bull et la bergère
-flamande...</p>
-
-<p>Il a neigé dans les plis de nos robes, j'ai des épaulettes blanches,
-un sucre impalpable fond au creux du mufle camard de Poucette, et la
-bergère flamande scintille toute, de son museau pointu à sa queue en
-massue.</p>
-
-<p>Nous étions sorties pour contempler la neige, la vraie neige et le vrai
-froid, raretés parisiennes, occasions, presque introuvables, de fin
-d'année... Dans mon quartier désert, nous avons couru comme trois
-folles, et les fortifications hospitalières, les fortifs décriées et
-mal connues, les rassurantes fortifs ont vu, de l'avenue des Ternes au
-boulevard Malesherbes, notre joie haletante de chiens lâchés. Du haut
-du talus, nous nous sommes penchées sur le fossé que comblait un
-crépuscule violâtre fouetté de tourbillons blancs; nous avons
-contemplé Levallois noir piqué de feux roses, derrière un voile
-chenillé de mille et mille mouches blanches, vivantes, froides comme
-des fleurs effeuillées, fondantes sur les lèvres, sur les yeux,
-retenues un moment aux cils, au duvet des joues... Nous avons gratté de
-nos dix pattes une neige intacte, friable, qui fuyait sous notre poids
-avec un crissement caressant de taffetas. Loin de tous les yeux, nous
-avons galopé, aboyé, happé la neige au vol, goûté sa suavité de
-sorbet vanillé et poussiéreux...</p>
-
-<p>Assises maintenant devant la grille ardente, nous nous taisons toutes
-trois. Le souvenir de la nuit, de la neige, du vent déchaîné
-derrière la porte, fond dans nos veines lentement et nous allons
-glisser à ce soudain sommeil qui récompense les marches longues...</p>
-
-<p>La bergère flamande, qui fume comme un bain de pieds, a retrouvé sa
-dignité de louve apprivoisée, son sérieux faux et courtois. D'une
-oreille, elle écoute le chuchotement de la neige au long des volets
-clos, de l'autre elle guette le tintement des cuillères dans l'office.
-Son nez effilé palpite, et ses yeux couleur de cuivre, ouverts droit
-sur le feu, bougent incessamment, de droite à gauche, de gauche à
-droite, comme si elle lisait... J'étudie, un peu défiante, cette
-nouvelle venue, cette chienne féminine et compliquée qui garde bien,
-rit rarement, se conduit en personne de sens et reçoit les ordres, les
-réprimandes sans mot dire, avec un regard impénétrable et plein
-d'arrière-pensées... Elle sait mentir, voler,&mdash;mais elle crie,
-surprise, comme une jeune fille effarouchée et se trouve presque mal
-d'émotion. Où prit-elle, cette petite louve au rein bas, cette fille
-des champs wallons, sa haine des gens mal mis et sa réserve
-aristocratique? Je lui offre sa place à mon feu et dans ma vie, et
-peut-être m'aimera-t-elle, elle qui sait déjà me défendre...</p>
-
-<p>Ma petite bull au cœur enfantin dort, foudroyée de sommeil, la fièvre
-au museau et aux pattes. La chatte grise n'ignore pas qu'il neige, et
-depuis le déjeuner je n'ai pas vu le bout de son nez, enfoui dans le
-poil de son ventre. Encore une fois me voici, comme au début de l'autre
-année, assise en face mon feu, de ma solitude, en face de moi-même...</p>
-
-<p>Une année de plus... À quoi bon les compter? Ce jour de l'An parisien
-ne me rappelle rien des premiers janvier de ma jeunesse; et qui pourrait
-me rendre la solennité puérile des jours de l'An d'autrefois? La forme
-des années a changé pour moi,&mdash;durant que, moi, je changeais. L'année
-n'est plus cette route ondulée, ce ruban déroulé qui, depuis Janvier,
-montait vers le printemps, montait, montait vers l'été pour s'y
-épanouir en calme plaine, en pré brûlant coupé d'ombres bleues,
-taché de géraniums éblouissants,&mdash;puis descendait vers un automne
-odorant, brumeux, fleurant le marécage, le fruit mûr et le
-gibier,&mdash;puis s'enfonçait vers un hiver sec, sonore, miroitant
-d'étangs gelés, de neige rose sous le soleil... Puis le ruban ondulé
-dévalait, vertigineux, jusqu'à se rompre net devant une date
-merveilleuse, isolée, suspendue entre les deux années comme une fleur
-de givre: le jour de l'An...</p>
-
-<p>Une enfant très aimée, entre des parents pas riches, et qui vivait à
-la campagne parmi des arbres et des livres, et qui n'a pas connu ni
-souhaité les jouets coûteux: voilà ce que je revois, en me penchant
-ce soir sur mon passé... Une enfant superstitieusement attachée aux
-fêtes des saisons, aux dates marquées par un cadeau, une fleur, un
-traditionnel gâteau... Une enfant qui d'instinct ennoblissait de
-paganisme les fêtes chrétiennes, amoureuse seulement du rameau de
-buis, de l'œuf rouge de Pâques, des roses effeuillées à la
-Fête-Dieu et des reposoirs,&mdash;syringas, aconits, camomilles,&mdash;du
-surgeon de noisetier sommé d'une petite croix, bénit à la messe de
-l'Ascension et planté sur la lisière du champ qu'il abrite de la
-grêle... Une fillette éprise du gâteau à six cornes, cuit et mangé
-le jour des Rameaux; de la crêpe, en carnaval; de l'odeur étouffante
-de l'église, pendant le mois de Marie...</p>
-
-<p>Vieux curé sans malice qui me donnâtes la communion, vous pensiez que
-cette enfant silencieuse, les yeux ouverts sur l'autel attendait le
-miracle, le mouvement insaisissable de l'écharpe bleue qui ceignait la
-Vierge? N'est-ce pas? J'étais si sage!... Il est bien vrai que je
-rêvais miracle, mais... pas les mêmes que vous. Engourdie par l'encens
-des fleurs chaudes, enchantée du parfum mortuaire, de la pourriture
-musquée des roses, j'habitais, cher homme sans malice, un paradis que
-vous n'imaginiez point, peuplé de mes dieux, de mes animaux parlants,
-de mes nymphes et de mes chèvre-pieds... Et je vous écoutais parler de
-votre enfer, en songeant à l'orgueil de l'homme qui, pour ses crimes
-d'un moment, inventa la géhenne éternelle... Ah! qu'il y a
-longtemps!...</p>
-
-<p>Ma solitude, cette neige de décembre, ce seuil d'une autre année, ne
-me rendront pas le frisson d'autrefois, alors que dans la nuit longue je
-guettais le frémissement lointain, mêlé aux battements de mon cœur,
-du tambour municipal, donnant, au petit matin du 1<sup>er</sup> janvier,
-l'aubade au village endormi... Ce tambour dans la nuit glacée, vers quatre
-heures, je le redoutais, je l'appelais du fond de mon lit d'enfant, avec
-une angoisse nerveuse proche des pleurs, les mâchoires serrées, le
-ventre contracté... Ce tambour seul, et non les douze coups de minuit,
-sonnait pour moi l'ouverture éclatante de la nouvelle année,
-l'avènement mystérieux après quoi haletait le monde entier, suspendu
-au premier <i>rrran</i> du vieux tapin de mon village...</p>
-
-<p>Il passait, invisible dans le matin fermé, jetant aux murs son alerte
-et funèbre petite aubade, et derrière lui une vie recommençait, neuve
-et bondissante vers douze mois nouveaux... Délivrée, je sautais de mon
-lit à la chandelle, je courais vers les souhaits, les baisers, les
-bonbons, les livres à tranches d'or... J'ouvrais la porte aux
-boulangers portant les cent livres de pain et jusqu'à midi, grave,
-pénétrée d'une importance commerciale, je tendais à tous les
-pauvres, les vrais et les faux, le chanteau de pain et le décime qu'ils
-recevaient sans humilité et sans gratitude...</p>
-
-<p>Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant
-le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé,
-étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure,
-glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs,&mdash;coups d'éventail
-des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de
-cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet
-d'eau... O tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de
-vous rendre à moi! C'est mon visage d'autrefois que je cherche, dans ce
-miroir ovale saisi d'une main distraite, et non mon visage de femme, de
-femme jeune que sa jeunesse va, bientôt, quitter...</p>
-
-<p>Enchantée encore de mon rêve, je m'étonne d'avoir changé, d'avoir
-vieilli pendant que je rêvais... D'un pinceau ému je pourrais
-repeindre, sur ce visage-ci, celui d'une fraîche enfant roussie de
-soleil, rosée de froid, des joues élastiques achevées en un menton
-mince, des sourcils mobiles prompts à se plisser, une bouche dont les
-coins rusés démentent la courte lèvre ingénue... Hélas, ce n'est
-qu'un instant. Le velours adorable du pastel ressuscité s'effrite et
-s'envole... L'eau sombre du petit miroir retient seulement mon image qui
-est bien pareille, toute pareille à moi, marquée de légers coups
-d'ongle, finement gravée aux paupières, aux coins des lèvres, entre
-les sourcils têtus... Une image qui ne sourit ni ne s'attriste, et qui
-murmure, pour moi seule: «Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas
-des doigts suppliants, ne te révolte pas: il faut vieillir.
-Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme un
-cher refrain que tu chantes en toi-même, comme le rappel d'un départ
-nécessaire... Regarde-toi, regarde tes paupières, tes lèvres,
-soulève sur tes tempes les boucles de tes cheveux: déjà tu commences
-à t'éloigner de ta jeunesse; tu vas t'éloigner de ta vie, ne l'oublie
-pas, il faut vieillir!</p>
-
-<p>Éloigne-toi lentement, lentement, sans larmes; n'oublie rien! Emporte
-ta santé, ta gaîté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice
-qui t'a rendu la vie moins amère; n'oublie pas! Va t'en parée, va t'en
-douce, et ne t'arrête pas le long de la route irrésistible, tu
-l'essaierais en vain,&mdash;puisqu'il faut vieillir! Suis le chemin, et ne
-t'y couche que pour mourir. Et, quand tu t'étendras en travers du
-vertigineux ruban ondulé, si tu n'as pas laissé derrière toi, un à
-un, tes cheveux; en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un
-à un usés, si la poudre éternelle n'a pas, avant ta dernière heure,
-sevré tes yeux de la lumière merveilleuse&mdash;si tu as, jusqu'au bout,
-gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant,
-dors heureuse, dors privilégiée...»</p>
-
-<p><br /><br /><br /></p>
-
-<h4><a id="MALADE">MALADE</a></h4>
-
-
-<p>Comme chaque matin, une mince colonne lilas, une tige de lumière,
-debout, divise l'obscurité de la chambre. Elle s'étire, coupante,
-contre le fond brodé et sombre de mon rêve, un rêve de jardins à
-lourdes verdures, à feuillages bleus comme ceux des tapisseries, qui
-murmuraient pesamment sous un vent chaud... Je referme les yeux, avec
-l'espoir de joindre, par-dessus la hampe lumineuse, les deux panneaux
-somptueux de mon rêve. Une douleur précise, à la place des sourcils,
-m'éveille tout à fait. Mais le murmure orageux des feuillages bleus
-persiste dans mes oreilles.</p>
-
-<p>J'atteins la lampe, qui éclôt de l'ombre comme une courge rosée,
-traînant après elle ses vrilles sèches en fil de soie...</p>
-
-<p>Le battement douloureux persiste, là, derrière les sourcils. J'avale
-péniblement; quelque chose comme une petite arbouse râpeuse enfle dans
-ma gorge, et je ferme les mains, je cache mes ongles, pour éviter le
-contact des draps.</p>
-
-<p>Froid, chaud&mdash;frissons... Malade? Oui. Décidément, oui. Pas très
-malade&mdash;juste assez. J'éteins la lampe, et le tube lumineux, d'un bleu
-glacé qui rafraîchit ma fièvre, monte de nouveau entre les rideaux.
-Il est six heures.</p>
-
-<p>Malade... oh! oui, enfin, malade. Un peu de grippe sans doute? Je
-referme les yeux, et j'attends le commencement de cette journée comme
-si c'était ma fête. Toute une longue journée de faiblesse, de
-demi-sommeil, de caprices respectés, de diète gourmande! J'appelle
-déjà le parfum, autour de mon lit, de la verveine citronnelle&mdash;il y
-aura aussi, quand j'aurai faim, l'odeur du lait chaud vanillé, et de la
-pomme échaudée, givrée de sucre...</p>
-
-<p>Faut-il attendre que la maison s'éveille? Ou bien sonnerai-je, pour
-qu'on se hâte et qu'on s'effare, avec des bruits de mules claquantes
-dans l'escalier, des «Mon Dieu!» et des «Cela devait arriver, la
-grippe court...» Mieux vaut attendre, en guettant le jour qui grandit,
-le tapis qui s'éclaire et pâlit comme un étang... J'entends, mais
-vaguement, le roulement des voitures et les sonnailles des bouteilles
-pendues aux doigts du laitier... Le son profond d'une timbale grave,
-battue légèrement et régulièrement, assourdit mes oreilles et me
-sépare des bruits de la rue: c'est la monotone, l'agréable pédale de
-ma fièvre. Loin de chercher à m'en distraire, je la cultive, je la
-détaille, j'accommode à son rythme des airs faciles, des chansons de
-mon enfance... Ah! voici que, portée en musique vers les jardins que
-quitta mon songe, j'entrevois de nouveau les lourds feuillages bleus...</p>
-
-<p>... «Quoi? que voulez-vous? je dormais... Oui, vous voyez, je suis
-malade... Si, si, vraiment malade! Non, je ne veux rien, sinon que vous
-n'entriez pas tous à la fois dans ma chambre... Et ne touchez pas aux
-rideaux&mdash;oh! la grossièreté des gens bien portants!&mdash;avez-vous
-fini de les ouvrir et refermer, et d'agiter de grands drapeaux de clarté
-qui refroidissent toute la pièce?</p>
-
-<p>«Donnez-moi seulement... un verre d'eau glacée: je veux un verre tout
-uni, un gobelet sans défaut et sans parure, mince, plaisant aux lèvres
-et à la langue, plein d'une eau dansante et qui semble, à cause du
-plateau d'argent, un peu bleue&mdash;j'ai soif.</p>
-
-<p>«Non? Vous refusez? Eh! qu'ai-je à faire, moi fiévreuse, moi
-brûlante, de votre tisane qui sent le linge bouilli et le vieux
-bouquet? Disparaissez tous! je vous déteste. Je défends qu'on
-m'embrasse avec des nez froids, qu'on me touche avec des mains de
-gouvernante matinale, honnêtes et gercées...</p>
-
-<p>«Allez-vous-en! Toute seule, je goûte mieux l'agrément morose,
-délicat, d'être malade. Je me sens, aujourd'hui, si supérieure à
-vous tous! Des yeux fins, blessés, amoureux des lumières douces et des
-reflets étouffés&mdash;des oreilles sensibles, mobiles sous mes cheveux,
-inquiètes de tout bruit&mdash;une peau intelligente assez pour percevoir les
-défauts de la toile fine qui la couvre&mdash;et ce miraculeux odorat qui
-invente à son gré, dans la chambre, l'arome de la fleur d'oranger ou
-des bananes meurtries, ou du melon musqué, trop mûr, qui va se fendre
-et répandre une eau sanguine...</p>
-
-<p>«Il me semble que derrière la porte, vous devez être un peu envieux,
-vous qui ne savez pas jouer, comme je fais, avec le soleil de novembre
-qui coule lentement sur le toit, là-bas, au bout du jardin, avec la
-branche que chaque souffle incline et qui trempe, chaque fois, le bout
-de ses feuilles rouillées dans un vif rayon... Elle se relève, et
-l'ombre la teint en violet&mdash;elle se penche, et la voilà rose... Violet,
-rose... Rose, violet... Violet-bleu, comme les feuillages de mon
-rêve... Ils ne sont pas si loin, les feuillages bleus, puisque leur
-murmure marin emplit mes oreilles: aurai-je le temps, cette fois,
-d'habiter leurs ombrages?...</p>
-
-<p class="center">. . . . . . . . . . . .</p>
-<p>... «Qui est là? Qu'y a-t-il? Je dormais... Pourquoi me laisse-t-on
-seule? Depuis combien de temps m'abandonnez-vous, sans force pour
-appeler? Venez, secourez-moi... Oh! vous ne m'aimez pas... Qui donc a
-mis près de mon visage, pendant mon sommeil, ce bouquet de violettes?
-Donnez, que je le touche... Qu'il est vivant, et froid, et délicieux
-aux lèvres!... Vous êtes sortis? Il fait beau?... il fait beau sans
-moi... Oui, je sais, le trottoir était sec et bleuté, mes chiens ont
-couru devant vous dans l'allée du Bois, ils happaient les feuilles en
-rafale... Je suis jalouse... Ne me regardez pas: je voudrais être
-petite pour pleurer sans honte. Je n'aime plus être malade. Je suis
-sage: je boirai la potion amère, la tisane aussi. Je ne jetterai plus
-mes bras hors des couvertures...</p>
-
-<p>«Que la journée est longue! Est-ce l'heure, enfin, d'allumer les
-lampes? N'essayez pas de mentir: j'entendrai bien les enfants courir et
-crier en quittant l'école, et les galoches de la porteuse de pain, qui
-vient à cinq heures...</p>
-
-<p>«Dites, resteriez-vous ainsi fidèles auprès de moi, indulgents et
-grondeurs, si j'étais longtemps, longtemps malade? ou bien si j'étais
-vieille tout d'un coup, et prisonnière comme sont les vieilles gens?...
-Cela fait trembler, quand on y pense... Cela fait trembler... Pourquoi
-croyez-vous que c'est de fièvre que je tremble? Je tremble parce que
-c'est la mauvaise heure, entre chien et loup... Vite! allumez la lampe,
-et que sa lueur éloigne le chien fantôme et le loup revenant...</p>
-
-<p>«Vous voyez, maintenant je ne frissonne plus, depuis qu'elle brille
-toute ronde, énorme et rose, comme une coloquinte à l'écorce
-brodée... Le beau fruit, et de quel jardin fabuleux! Il tient encore à
-ses vrilles arrachées, vous voyez, traînantes sur la table, et
-peut-être qu'en fermant les yeux... attendez, oui, je vois la branche
-qui portait le fruit, et voici l'arbre après la branche, l'arbre bleu,
-enfin, enfin! et tout le jardin sombre, accablé de vent chaud,
-murmurant d'eau et de feuilles, le jardin de mon rêve, dont je demeure,
-depuis cette nuit, altérée...»</p>
-
-<p><br /><br /><br /></p>
-
-<h4><a id="DIMANCHE">DIMANCHE</a></h4>
-
-
-<p>Qu'est-ce que tu as? Ne prends pas la peine, en me répondant: «Rien»,
-de remonter courageusement tous les traits de ton visage; l'instant
-d'après, les coins de ta bouche retombent, tes sourcils pèsent sur tes
-yeux, et ton menton me fait pitié. Je le sais, moi, ce que tu as.</p>
-
-<p>Tu as que c'est dimanche, et qu'il pleut. Si tu étais une femme, tu
-fondrais en larmes, parce qu'il pleut et que c'est dimanche, mais tu es
-un homme, et tu n'oses pas. Tu tends l'oreille vers le bruit de la pluie
-très fine, un bruit fourmillant de sable qui boit&mdash;tu regardes malgré
-toi la rue miroitante et les funèbres magasins fermés, et tu raidis
-tes pauvres nerfs d'homme, tu fredonnes un petit air, tu allumes une
-cigarette que tu oublies et qui refroidit entre tes doigts pendants...</p>
-
-<p>J'ai bien envie d'attendre que tu n'en puisses plus, que tu quêtes mon
-secours...</p>
-
-<p>Je suis méchante, dis? Non, mais c'est que j'aime tant ton geste
-enfantin de jeter les bras vers moi et de laisser rouler ta tête sur
-mon épaule, comme si tu me la donnais une fois pour toutes... Mais
-aujourd'hui il pleut si noir, et c'est tellement dimanche que je fais,
-avant que tu l'aies demandé, les trois signes magiques: clore les
-rideaux,&mdash;allumer la lampe,&mdash;disposer, sur le divan, parmi les
-coussins que tu préfères, mon épaule creusée pour ta joue, et mon bras
-prêt à se refermer sur ta nuque...</p>
-
-<p>Est-ce bien ainsi? pas encore? ne dis rien, attends que notre chaleur de
-bêtes fraternelles ait gagné les coussins. Lentement, lentement, la
-soie tiédit sous ma joue, sous mes reins, et ta tête s'abandonne peu
-à peu à mon épaule, et tout ton corps, à mon côté, se fait lourd
-et souple et répandu comme si tu fondais...</p>
-
-<p>Ne parle pas! J'entends, mieux que tes paroles, tes grands soupirs
-tremblants... Tu retiens ton souffle, tu crains d'achever le soupir en
-sanglot. Ah! si tu osais...</p>
-
-<p>Va, j'ai jeté sur la lampe mon écharpe bleutée; tu vois à peine, à
-travers les tiges d'un haut bouquet de chrysanthèmes, le feu
-dansant;&mdash;reste là, dans l'ombre,&mdash;oublie que je suis ton amie,
-oublie ton âge et même que je suis une femme, savoure l'humiliation et la
-douceur de redevenir, parce que c'est un dimanche de novembre, parce
-qu'il fait froid et qu'il pleut noir, un enfant nerveux, qui retourne
-invinciblement, innocemment, à la féminine chaleur, qui ne souhaite
-rien, hors l'abri vivant, hors l'immobile caresse de deux bras
-refermés.</p>
-
-<p>Reste là. Tu as retrouvé le berceau,&mdash;il te manque la chanson, ou le
-conte merveilleux... Je ne sais pas de contes. Et je n'inventerai même
-pas pour toi l'histoire heureuse d'une princesse fée qui aime un prince
-magicien. Car il n'y a pas de place pour l'amour dans ton cœur
-d'aujourd'hui, dans ton cœur d'orphelin.</p>
-
-<p>Je ne sais pas de contes... Te suffira-t-il, mon chuchotement contre ton
-oreille? Donne ta main, serre bien la mienne: elle te mène, sans
-bouger, vers des dimanches humbles que j'ai tant aimés. Tu nous vois,
-la main dans la main, et toujours plus petits, sur une route couleur de
-fer, pailletée de silex métallique&mdash;c'est une route de mon pays...</p>
-
-<p>Je te conduis doucement, parce que tu n'es qu'un joli enfant parisien,
-et je regarde, en marchant, ta main blanche dans ma petite patte
-hâlée, sèche de froid et rougie au bout des doigts. Elle a l'air, ma
-petite patte paysanne, d'une des feuilles qui demeurent aux haies,
-enluminées par l'automne...</p>
-
-<p>La route couleur de fer tourne ici, si court qu'on s'arrête surpris,
-devant un village imprévu... Mon Dieu, je t'emmène religieusement vers
-ma maison d'autrefois, petit enfant policé et qui ne t'étonnes guère,
-et peut-être que tu dis, pendant que je tremble sur le seuil retrouvé:
-«Ce n'est qu'une vieille maison...»</p>
-
-<p>Entre. Je vais t'expliquer. D'abord, tu comprends que c'est dimanche, à
-cause du parfum de chocolat qui dilate les narines, qui sucre la gorge
-délicieusement... Quand on s'éveille, voyons, et qu'on respire la
-chaude odeur du chocolat bouillant, on sait que c'est dimanche. On sait
-qu'il y a, à dix heures, des tasses roses, fêlées, sur la table, et
-des galettes feuilletées,&mdash;ici, tiens, dans la salle à manger,&mdash;et
-qu'on a la permission de supprimer le grand déjeuner de midi...
-Pourquoi? je ne saurais te dire... c'est une mode de mon enfance.</p>
-
-<p>Ne lève pas des yeux craintifs vers le plafond noir. Tout est
-tutélaire dans cette maison ancienne. Elle contient tant de merveilles!
-ce pot bleu chinois, par exemple, et la profonde embrasure de cette
-fenêtre, où le rideau, en retombant, me cache toute...</p>
-
-<p>Tu ne dis rien? Oh! petit garçon, je te montre un vase enchanté, dont
-la panse gronde de rêves captifs, la grotte mystérieuse où je
-m'enferme avec mes fantômes favoris, et tu restes froid, déçu, et ta
-main ne frémit pas dans la mienne? Je n'ose plus, maintenant, te mener
-dans ma chambre, te mener dans ma chambre à dormir où la glace est
-tendue d'une dentelle grise, plus fine qu'un voile de cheveux, qu'a
-tissée une grosse araignée des jardins, frileuse. Elle veille au
-milieu de sa toile, et je ne veux pas que tu l'inquiètes. Penche-toi
-sur le miroir: nos deux visages d'enfants, le tien pâle, le mien
-vermeil, rient derrière le double tulle... Ne t'arrête pas au banal
-petit lit blanc, mais plutôt au judas de bois qui perce la cloison:
-c'est par là que pénètre, à l'aube, ma chatte vagabonde; elle choit
-sur mon lit, froide, blanche et légère comme une brassée de neige, et
-s'endort sur mes pieds...</p>
-
-<p>Tu ne ris pas, petit compagnon blasé. Mais j'ai gardé, pour te
-conquérir, le jardin. Dès que j'ouvre la porte usée, dès que les
-deux marches branlantes ont remué sous nos pieds, ne sens-tu pas cette
-odeur de terre, de feuilles de noyer, de chrysanthèmes et de fumée? Tu
-flaires comme un chien novice, tu frissonnes... L'odeur amère d'un
-jardin de novembre, le saisissant silence dominical des bois d'où se
-sont retirés le bûcheron et la charrette, la route forestière
-détrempée où roule mollement une vague de brouillard,&mdash;tout cela est
-à nous jusqu'au soir, si tu veux, puisque c'est dimanche.</p>
-
-<p>Mais peut-être préféreras-tu mon dernier royaume et le plus hanté:
-l'antique fenil, voûté comme une église. Respire, avec moi, la
-poussière flottante du vieux foin, encore embaumée, plus excitante
-qu'un tabac fin. Nos éternuements aigus vont émouvoir un peuple
-argenté de rats, de chats minces à demi sauvages; des chauves-souris
-vont voler, un instant, dans le rayon de jour bleu qui fend, du plafond
-au sol, l'ombre veloutée... C'est à présent qu'il faut serrer ma main
-et réfugier, sous mes longs cheveux, ta tête lisse et noire de chaton
-bien léché...</p>
-
-<p>... Tu m'entends encore? Non, tu dors. Je veux bien garder ta lourde
-tête sur mon bras et t'écouter dormir. Mais je suis un peu jalouse.
-Parce qu'il me semble, à te voir insensible et les yeux clos, que tu es
-resté là-bas, dans un très vieux jardin de mon pays, et que ta main
-serre la rude petite main d'une enfant qui me ressemble...</p>
-
-<p><br /><br /><br /></p>
-
-<h4><a id="REPIT">RÉPIT</a></h4>
-
-
-<p>«&mdash;On t'a dit qu'en ton absence je vivais seule, farouche, et fidèle,
-avec un air d'impatience et d'attente?... Ne le crois pas. Je ne suis ni
-seule, ni fidèle. Et ce n'est pas toi que j'attends.</p>
-
-<p>«Ne t'irrite pas! Lis cette lettre jusqu'au bout. J'aime te braver
-quand tu es loin, quand tu ne peux rien contre moi, que serrer tes
-poings et briser un vase... J'aime te braver sans péril, et te voir à
-travers la distance, tout petit, courroucé et inoffensif: tu es le
-dogue, et moi, le chat en haut de l'arbre...</p>
-
-<p>«Je ne t'attends pas. On t'a dit que j'ouvrais hâtivement ma fenêtre,
-dès le lever du soleil, comme aux jours où tu marchais dans l'allée,
-chassant devant toi, jusqu'à mon balcon, ton ombre longue? On t'a
-menti. Si j'ai quitté mon lit, pâle, un peu égarée de sommeil, ce
-n'est pas que l'écho de ton pas m'appelât...Qu'elle est belle,
-l'allée blonde et vide! Nulle branche morte, nul fétu n'arrête mon
-regard qui s'y élance, et la barre bleue de ton ombre ne chemine plus
-sur le sable pur, qu'ont seules gaufré les petites serres des
-oiseaux...</p>
-
-<p>«J'attendais... cette heure-là, la première du jour, la mienne, celle
-que je ne partage avec personne. Je t'y laissais mordre juste le temps
-de t'accueillir, de te reprendre la fraîcheur, la rosée de ta course
-à travers les champs, et de refermer sur nous mes persiennes...
-Maintenant, l'aube est à moi seule, et seule je la savoure rose,
-emperlée, comme un fruit intact qu'ont dédaigné les hommes. C'est
-pour elle que je quitte mon sommeil, et mon rêve qui parfois
-t'appartient... Tu vois? éveillée, à peine, je te quitte, et pour te
-trahir...</p>
-
-<p>«T'a-t-on redit aussi que je descendais pieds nus, vers midi, jusqu'à
-la mer? On m'a épiée, n'est-ce pas? On t'a vanté ma solitude hostile,
-et la muette promenade sans but de mes pas sur la plage; on a plaint mon
-visage penché, puis soudain guetteur, tendu vers... Vers quoi? vers
-qui?... Oh! si tu avais pu entendre! je viens de rire, de rire comme
-jamais tu ne m'entends rire! C'est qu'il n'y a plus, sur la plage
-lissée par la vague, la moindre trace de tes jeux, de tes bonds, de ta
-jeune violence, il n'y a plus tes cris dans le vent, et ton élan de
-nageur ne brise plus la volute harmonieuse de la lame qui se dresse,
-s'incline, s'enroule comme une verte feuille transparente, se jette vers
-moi et fond à mes pieds...</p>
-
-<p>«T'attendre, te chercher? Pas ici, où rien ne se souvient de toi. La
-mer ne berce point de barque; la mouette qui pêchait, agrippée au flot
-et battant des ailes, s'est envolée. Le rocher rougeâtre, en forme de
-lion, se prolonge, violet, sous l'eau qui l'assaille. Se peut-il que tu
-aies dompté, sous ton talon nu, ce lion taciturne? Ce sable, qui craque
-en séchant comme une soie échauffée, tu l'as foulé, fouillé; il a
-bu sur toi ton parfum et le sel de la mer? Je me répète tout cela, en
-marchant à midi sur la plage, et je penche la tête, incrédule. Mais,
-parfois, je me retourne aussi, et je guette&mdash;comme les enfants qui
-s'effraient d'une histoire qu'ils inventent:&mdash;non, tu n'es pas
-là,&mdash;j'ai eu peur. Je croyais tout à coup te trouver là, avec ton air
-de vouloir me voler mes pensées... J'ai eu peur.</p>
-
-<p>«Il n'y a rien,&mdash;rien que la plage lisse qui grésille comme sous une
-flamme invisible, rien que les équilles de nacre qui percent le sable,
-sautent, repiquent du nez, ressortent, et cousent la grève de mille
-lacets étincelants et rompus... Il n'est que midi. Je n'ai pas fini de
-t'offenser, absent! Je cours vers la salle sombre, où le jour bleu se
-mire dans la table cirée, dans l'armoire à panse brune; sa fraîcheur
-sent la cave et le fruitier, à cause du cidre qui mousse dans la cruche
-et d'une poignée de fraises au creux d'une feuille de chou...</p>
-
-<p>«Un seul couvert. L'autre côté de la table, en face de moi, luit
-comme une flaque. Je n'y jetterai pas la rose, tu sais? que tu trouvais
-chaque matin, tiède, dans ton assiette. Je l'épingle à mon corsage,
-très haut, près de l'épaule, et je n'ai qu'à tourner un peu la tête
-pour m'y caresser les lèvres... Comme la fenêtre est large! Tu me la
-masquais à demi, et je n'avais jamais vu, jusqu'à présent, l'envers
-mauve, presque blanc, des fleurs de clématite, pendantes...</p>
-
-<p>«Je chantonne tout doucement, tout doucement, pour moi seule... La plus
-grosse fraise, la plus noire cerise, ce n'est plus dans ta bouche, mais
-dans la mienne, qu'elles fondent, délicieuses... Tu les convoitais si
-fort que je te les offrais, non par tendresse, mais par une sorte de
-pudeur civilisée...</p>
-
-<p>«Tout l'après-midi est devant moi comme une terrasse inclinée,
-rayonnante en haut et qui plonge, là-bas, dans le soir indistinct,
-couleur d'étang. C'est l'heure, te l'a-t-on dit? où je m'enferme.
-Réclusion jalouse, n'est-ce pas? méditation voluptueuse et triste
-d'une amante solitaire?... Qu'en sais-tu? Quels noms donner aux
-fantômes que je choie, quels conseillers me pressent, et pourrais-tu
-jurer que mon rêve a les traits de ton visage?... Doute de moi! doute
-de moi, toi qui as pu surprendre mes pleurs, et mon rire, toi que je
-fruste à tout moment, toi, que je baise en te nommant tout bas:
-«Étranger...»</p>
-
-<p>Jusqu'au soir, je te trahis! Mais, à la nuit, je te donne rendez-vous,
-et la pleine lune me retrouve au pied de l'arbre où délirait un
-rossignol, si enivré de son chant qu'il n'entendit ni nos pas, ni nos
-souffles, ni nos paroles mêlées... Aucun de mes jours ne ressemble au
-jour d'avant, mais une nuit de pleine lune est divinement pareille à
-une autre nuit de pleine lune...</p>
-
-<p>«À travers l'espace, par-dessus la mer et les montagnes, ton esprit
-vole-t-il au rendez-vous que je lui donne, auprès de l'arbre? J'y
-reviens, comme je l'ai promis, chancelante, car ma tête renversée
-cherche en vain le bras qui la soutenait... Je t'appelle&mdash;parce que je
-sais que tu ne viendras pas! Sous mes paupières fermées, je joue avec
-ton image, j'adoucis la couleur de ton regard, le son de ta voix, je
-taille à mon gré ta chevelure, et j'affine ta bouche, et je t'invente
-subtil, enjoué, indulgent et tendre&mdash;je te change, je te corrige...</p>
-
-<p>«Je te change... Peu à peu, et tout entier, et jusqu'au nom que tu
-portes... Et puis je m'en vais, furtive, honteuse, légère, comme si,
-entrée avec toi sous l'ombre de l'arbre, j'en sortais avec un
-inconnu...»</p>
-
-<p><br /><br /><br /></p>
-
-<h4><a id="JAI_CHAUD">J'AI CHAUD</a></h4>
-
-
-<p>Ne me touche pas! j'ai chaud... Écarte-toi de moi! Mais ne reste pas
-ainsi debout sur le seuil: tu arrêtes, tu me voles le faible souffle
-qui bat, de la fenêtre à la porte, comme un lourd oiseau prisonnier...</p>
-
-<p>J'ai chaud. Je ne dors pas. Je regarde l'air noir de ma chambre close,
-où chemine un râteau d'or, aux dents égales, qui peigne lentement,
-l'herbe rase du tapis. Quand l'ombre rayée de la persienne atteindra le
-lit, je me lèverai,&mdash;peut-être... Jusqu'à cette heure-là, j'ai
-chaud.</p>
-
-<p>J'ai chaud. La chaleur m'occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle
-suffit à remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle
-que d'elle; je me plains d'elle avec passion et douceur, comme d'une
-caresse impitoyable. C'est elle&mdash;regarde!&mdash;qui m'a fait cette marque
-vive au menton, et cette joue giflée, et mes mains ne peuvent quitter
-ces gantelets, couleur de pain roux, qu'elle peignit sur ma peau. Et
-cette poignée de grains d'or, tout brûlants, qui m'a sablé le visage,
-c'est elle, c'est encore elle...</p>
-
-<p>Non, ne descends pas au jardin; tu me fatigues. Le gravier va craquer
-sous tes pas, et je croirai que tu écrases un lit de petites braises...
-Laisse! que j'entende le jet d'eau, qui gicle maigre et va tarir, et le
-halètement de la chienne couchée sur la pierre chaude. Ne bouge pas!
-Depuis ce matin, je guette, sous les feuilles évanouies de
-l'aristoloche, qui pendent molles comme des peaux, l'éveil du premier
-souffle de vent... Ah! j'ai chaud! Ah! entendre, autour de notre
-maison, le bruit soyeux, d'éventail ouvert et refermé, d'un pigeon qui
-vole!...</p>
-
-<p>Je n'aime déjà plus le drap fin et froissé, si frais tout à l'heure
-à mes talons nus. Mais au fond de ma chambre, il y a un miroir, tout
-bleu d'ombre, tout troublé de reflets...</p>
-
-<p>Quelle eau tentante et froide!</p>
-
-<p>Imagine, à t'y mirer, l'eau des étangs de mon pays! Ils dorment ainsi
-sous l'été, tièdes ici, glacés là par la fusée d'une source
-profonde. Ils sont opaques et bleuâtres, perfidement peuplés, et la
-couleuvre d'eau s'y enlace à la lige longue des nénuphars et des
-sagittaires... Ils sentent le jonc, la vase musquée, le chanvre vert...
-Rends-moi leur fraîcheur, leur brouillard où se berce la fièvre,
-rends-moi leur frisson,&mdash;j'ai si chaud!...</p>
-
-<p>Ou bien donne-moi&mdash;mais tu ne voudras pas!&mdash;un tout petit
-morceau de glace, dans le creux de l'oreille, et un autre là, sur mon bras,
-à la saignée... Tu ne veux pas? tu me laisses désirer en vain, tu me
-fatigues...</p>
-
-<p>Regarde, à présent, si la couleur du jour commence à changer, si les
-raies éblouissantes des persiennes deviennent bleues en bas, orangées
-en haut? Penche-toi sur le jardin, raconte-moi la chaleur comme on
-raconte une catastrophe!</p>
-
-<p>Le marronnier va mourir, dis? Il tend vers le ciel des feuilles frites,
-couleur d'écaille jaspée... Et rien ne pourra sauver les roses,
-saisies par la flamme avant d'éclore... Des roses... des roses
-mouillées, gonflées de pluie nocturne, froides à embrasser...</p>
-
-<p>Ah! quitte la fenêtre! reviens! trompe ma langueur en me parlant de
-fleurs penchées sous la pluie! Trompe-moi, disque l'orage, là-bas,
-enfle un dos violet, dis-moi que le vent, rampant, se dresse soudain
-contre la maison, en rebroussant la vigne et la glycine, dis que les
-premières gouttes, plombées, vont entrer, obliques, par la fenêtre
-ouverte!</p>
-
-<p>Je les boirai sur mes mains, j'y goûterai la poussière des routes
-lointaines, la fumée du nuage bas qui crève sur la ville...</p>
-
-<p>Souviens-toi du dernier orage, de l'eau amère qui chargeait les beaux
-soucis couleur de soleil, de la pluie sucrée que pleurait le
-chèvrefeuille, et de la chevelure du fenouil, poudrée d'argent, où
-nous sucions en mille gouttelettes la saveur d'une absinthe fine...</p>
-
-<p>Encore, encore! j'ai si chaud! Rappelle-moi le mercure vivace qui roule
-aux creux des capucines, quand l'averse s'éloigne, et sur la menthe
-pelucheuse... Évoque la rosée, la brise haute qui couche les cimes des
-arbres et ne touche pas mes cheveux... Évoque la mare cernée de
-moustiques et la ronde des rainettes... Oh! je voudrais, sur chaque
-main, le ventre froid d'une petite grenouille!... J'ai chaud, si tu
-savais... Parle encore...</p>
-
-<p>Parle encore guéris ma fièvre! Crée pour moi l'automne: donne-moi,
-d'avance, le raisin froid, qu'on cueille à l'aube, et les dernières
-fraises d'octobre, mûres d'un seul côté... Oui, il me faudrait, pour
-l'écraser dans mes mains sèches, une grappe de raisins oubliés sur la
-treille, un peu ridés de gelée... Si tu amenais, auprès de moi, deux
-beaux chiens au nez très frais?... Tu vois, je suis toute malade, je
-divague...</p>
-
-<p>Ne me quitte pas! assieds-toi, et lis-moi le conte qui commence par:
-«La princesse avait vu le jour dans un pays où la neige ne découvre
-jamais la terre, et son palais était fait de glace et de givre...» De
-givre, tu entends? de givre!... Quand je répète ce mot scintillant, il
-me semble que je mords dans une pelote de neige crissante, une belle
-pomme d'hiver façonnée par mes mains... Ah! j'ai chaud!...</p>
-
-<p>J'ai chaud, mais... quelque chose à remué dans l'air? Est-ce seulement
-cette guêpe blonde? Annonce-t-elle la fin de ce long jour? Je
-m'abandonne à toi. Appelle sur moi le nuage, le soir, le sommeil. Tes
-doigts sous ma nuque y démêlent un moite désordre de cheveux...</p>
-
-<p>Penche-toi, évente, de ton souffle, mes narines, et presse, contre mes
-dents, le sang acide de la groseille que tu mords... Je ne murmure
-presque plus, et tu ne saurais dire si c'est d'aise... Ne t'en vas pas
-si je dors: je feindrai d'ignorer que tu baises mes poignets et mes
-bras, rafraîchis, emperlés comme le col d'un alcarazas brun...</p>
-
-<p><br /><br /><br /></p>
-
-<h4><a id="CONVALESCENCE">CONVALESCENCE</a></h4>
-
-
-<p>Vers Tunis... Tunis, c'est là-bas, plus loin que l'horizon visible,
-plus loin que cette claire brume lilas qui repose sur la mer et la fait,
-par contraste, plus sombre. Tunis... c'est tout blanc, n'est-ce pas?
-d'un blanc de sucre au soleil, et l'ombre des murs y est bleue, du même
-bleu que la mer, là-bas à l'horizon?... Tunis, c'est l'Afrique,
-c'est... comment dire? c'est l'éblouissante ville que je ne connais
-pas, la ville qui est <i>de l'autre côté de la mer!</i></p>
-
-<p>Je voudrais ne jamais y arriver. Toute ma journée, je la passerai ici,
-à l'avant du bateau sur cette chaise-longue de rotin, déteinte et
-comme poncée par la vague et l'embrun. Je me refuse à secouer ma
-paresse de convalescente, même quand sonnera l'assourdissant gong des
-repas. Apportez-moi le riz créole, et les oranges, et les dattes, là,
-sur la couverture qui m'emmaillote jusqu'aux aisselles. Apportez-moi
-aussi le café brûlant, et laissez-moi tranquille, maintenant, toute
-seule sur le pont. Je ne veux plus voir personne...</p>
-
-<p>Le bateau roule très fort. Le mât, devant moi, s'incline avec lui, à
-gauche, puis à droite, et parcourt le ciel comme une longue aiguille
-hésitante. Ma tête oscille doucement et je vois tantôt à ma gauche,
-tantôt à ma droite, la mer se soulever et venir à ma rencontre,
-gaufrée de profonds sillons à crêtes blanches, et si lourde et d'un
-bleu si dense qu'elle donne confiance: ne marcherais-je pas sur ces
-eaux épaisses, comme sur un asphalte fouetté en train de se figer?</p>
-
-<p>Seule... et sur la mer sans bornes. Enfin! Le vent et le roulis ont
-balayé ce pont. On bavarde au salon, on bridge au fumoir, on geint dans
-les cabines. Seule, et déjà tout enivrée de balancement, de faiblesse
-convalescente, de demi-fièvre... Je regarde, étonnée, ma forme sous
-la couverture serrée, et mes pieds pointus, et mes mains inertes sous
-les gants épais. C'est moi, ce corps immobile? Et n'est-ce pas ainsi
-qu'on attache, les bras aux flancs et les genoux joints, ceux qui ont
-cessé pour jamais de se mouvoir, et qu'on verse à la mer, par-dessus
-ce parapet?</p>
-
-<p><br /></p>
-
-<p>Quelle douceur de songer à cela, ici, sereinement! Je ne souffre plus.
-Chaque effort du bateau me guérit davantage. La tête libre, et le
-corps si léger, et les yeux perdus... J'égale presque celle que je
-serai&mdash;plus tard, demain, dans un an, dans une heure?&mdash;quand
-mon libre esprit voguera sur la mer, délesté du poids qui dort sur cette
-chaise-longue...</p>
-
-<p><br /></p>
-
-<p>Hier encore, je souffrais. J'appelais, avec l'énergie des malades, la
-cessation de ma souffrance. J'espérais ma guérison, j'exigeais le
-<i>changement</i>&mdash;la vie. Aujourd'hui, je me repose, insensible comme
-ceux qui viennent de mourir. Mon souffle n'ouvre pas mes lèvres humides et
-froides d'une vapeur salée; le bateau seul respire, d'une longue, d'une
-lente et puissante haleine qui le couche à droite, qui le couche à
-gauche, qui enfonce son avant au profond de la vague, puis le relève
-ruisselant. Un sourd frémissement rythmé l'anime aussi comme les
-pulsations d'un cœur essoufflé.</p>
-
-<p>Qu'il est vivant, le bateau où s'éteint mon mal! Beau nageur blanc,
-comme tu emportes vite ma dépouille! Ma dépouille: j'appelle ainsi ce
-corps privé soudain de ce qui le tordait si passionnément sur un lit
-moite, ce corps si expressif dans sa souffrance, si révolté, qui
-luttait contre son mal, inconscient et vigoureux comme un serpent
-coupé!... Tu m'emportes guérie&mdash;comme si j'étais morte. Pas de
-souhait, pas de tourment, plus rien... Le vide, la sérénité vaincue
-de ceux qui ont fini d'espérer, fini de pâtir.</p>
-
-<p>Une nuée rousse, surgie du Nord invisible, derrière moi, traverse
-lentement le ciel. Sa couleur m'annonce la fin prochaine du jour, la fin
-du voyage, la fin de ma solitude... Quelque chose, en même temps, se
-lève sur ma pensée pure et stagnante: une nuée dont je ne puis dire
-si elle a forme de souvenir, de souci ou de regret; elle se dissipe
-avant de projeter sur un miroir étincelant et désert l'ombre d'un
-triste visage penché, ou d'une chimère cabrée, ou d'un combat
-amoureux...</p>
-
-<p>Le nuage roux se hâte et nous devance vers la rive qu'on ne voit pas...
-Le soleil descend, berçant sur mon visage aux yeux mi-clos l'ombre du
-mât. Le vent grandit par instants, puis retombe, et ses assauts
-irréguliers agitent, hors de mon bonnet de laine, un petit drapeau
-palpitant de cheveux. Cela est irritant comme la caresse taquine d'un
-doigt sur la joue, quand on dort... Je résiste, je ne veux pas de
-réveil. Ne peut-on chasser même ces oiseaux tournoyants, noirs sur le
-ciel d'un bleu frais de lavande? Leur vol fend l'azur autour de moi, si
-vif et si soudain que je tressaille, comme si la plume humide et pointue
-de leur aile m'avait atteinte. Ainsi tressaillais-je autrefois, au
-passage, dans l'air, de ce parfum... Quel parfum? Je l'ai oublié...</p>
-
-<p>J'ai oublié. Il y a, entre celle que je fus et celle qui est ici,
-couchée, vivante et refroidie comme une terre encore en fleurs d'où la
-chaleur se retire, il y a l'enchantement funèbre d'un long mal, il y a
-les insomnies, les féeries du délire, les heures des sommeils
-fiévreux... Ces pieds joints et paisibles ont usé de leurs ongles le
-drap qui les recouvrait, et ces narines, ces lèvres fermées ont
-imploré, ouvertes, tendues, le suc d'un fruit calmant, ou la bouffée
-du parfum oublié. La douleur et la joie, la musique, la couleur et
-l'odeur&mdash;autant de rayons affilés qui se brisaient sur moi, et comme
-j'en retentissais toute!...</p>
-
-<p>Le soleil descend, et je me trouble à découvrir que la mer est
-maintenant plus pâle que le ciel, la mer tout à l'heure chargée de
-noir et de bleu, et de savonneuse écume... Une lumière verte, claire
-et dorée, monte des sables mystérieux, et la vague se tait aux flancs
-du bateau blanc... Là-bas! qu'est-ce, là-bas? Un long nuage ondulé,
-où brillent des oiseaux de neige?</p>
-
-<p>Non, c'est la terre! Pouvais-je m'y tromper? Ne suis-je pas déjà
-debout, penchée toute vers le rivage qui vient lentement à nous,
-perçant les vapeurs où naissent peu à peu des villages blancs, des
-collines de jeune blé plus vertes que la mer?</p>
-
-<p>Je tremble, comme si une main irrésistible m'eût tirée d'un sommeil
-sans rêves. Je tremble sous le choc reconnu de la lumière, de
-l'émotion, de la joie, du parfum et du son, et je tends vers la chaude
-terre inconnue, comme si j'allais retrouver là-bas, là-bas, mais avec
-un visage ému, des yeux changeants pleins de souci et d'espoir, avec sa
-fièvre, avec son mal fécond en songes, celle qui gisait tout à
-l'heure, triste et guérie!...</p>
-
-<p><br /></p>
-
-<h4>FIN</h4>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Re^verie de Nouvel An, by Sidonie-Gabrielle Colette
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RE^VERIE DE NOUVEL AN ***
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