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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: Éloge du pet - -Author: Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne - -Release Date: June 14, 2020 [EBook #62399] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU PET *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Christian Boissonnas and the -Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net -(This file was produced from images generously made -available by the Bibliothèque nationale de France -(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - - - -ÉLOGE DU PET, - -PRONONCÉ - -DANS LA SOCIÉTÉ - -DES FRANCS-PÉTEURS. - - _Difissâ nate pepedi._ - - -Profondément affligé de voir le Pet banni loin de ces murs, s'éloigner -de la société des hommes, en gémissant tout bas; ma douleur s'est -infiniment accrue, lorsque j'ai considéré que cette injuste -proscription étoit contraire à la conservation de la république, et -dans quel tems encore, respectables frères péteurs? dans un tems où, -selon notre ancienne coutume, nous célébrons la fête du _Carnaval_ et -du _Carême-prenant_. - -Est-il une action plus cruelle, plus déplorable, plus susceptible -d'arracher des pleurs même à des yeux de fer, que celle de chasser d'un -pays libre et de priver de toute société, non seulement le conservateur -de la liberté publique, mais encore, j'aurai le courage de le dire, -l'auteur, même de notre existence, l'arche de notre salut et les -délices du peuple; enfin, de le siffler, de le rassasier d'opprobres. -Quoi! il sera permis à d'autres pestes de différentes natures, telles -que les filles, les escrocs, les voleurs et les juifs, d'infecter nos -cités, tandis que le meilleur citoyen, celui dont il n'est personne qui -ne vante les bienfaits, n'aurait pas même la permission de rester en -_paix_ dans ses foyers, et d'y en respirer l'air natal! Est-il bien, -possible que les hommes soient parvenus à a un tel degré de folie et -d'aveuglement, que déjà c'en serait fait de mon illustre et malheureux -client, de son existence et de son nom, s'il n'avait trouvé dans votre -sein, honorables membres de notre bruyante société, des hommes assez -courageux, assez jaloux de leur liberté, pour vouloir défendre leur -_franc-péter_ contre la faction hypocrite et intolérante des _culs -serrés_, qui le proscrivent sans pudeur? - -L'entreprise la plus difficile sans doute, je l'avoue, est celle qui -a pour objet d'arracher aux vils esclaves de l'habitude et des vieux -préjugés érigés en opinion dominante, des coutumes bizarres qu'une -longue succession de siècles a consacrées, mais comme l'expérience nous -a pleinement démontré que l'ignorance et une aveugle jalousie opéraient -chez les hommes la variabilité des idées, je veux m'écrier avec Mahomet -et Voltaire: - - «Je viens après mille ans changer ces lois grossières». - -J'ai donc conçu la possibilité d'une heureuse innovation, à la faveur -de laquelle combattant et terrassant le préjugé qui, si longtems, a -jeté de l'odieux sur le _pet_, je veux le venger et lui rendre tous les -honneurs qui lui sont dûs. - -Je me flatte même de réussir, lorsque je vous aurai développé, d'une -manière claire et précise, sa naissance, son éducation, sa profonde -connaissance dans les arts libéraux, les qualités de son esprit, -l'éclat de sa vertu, sa dignité et la somme d'utilité qu'il présente -dans les affaires tant publiques que particulières. Les torrens de -lumières qui jailliront de mon discours et les richesses de mon -érudition, vont en un clin d'œil dissiper les épaisses vapeurs que la -calomnie a osé amonceler contre lui, trop bien, hélas! secondée dans -ses barbares projets, par la perfidie ou la stupidité de tous les -cerveaux mal organisés. Permettez-moi de tousser, moucher, éternuer, -cracher. D'abord je _pète_, et j'entre en matière. - - -ANTIQUITÉ DU PET. - -_Son origine._ - -Le premier objet qui se présente à mon esprit, mes chers frères, est -l'antiquité du PET. Or, je le demande, quel est l'homme si borné, si -lourd qu'il puisse être, qui ne conviendra pas que l'ancienneté du -<sc>Pet</sc> ne le cède en rien à celle de l'univers et des humains. -Vous le savez comme moi, je n'avais pas besoin de le dire, mais j'ai la -parole, laissez-moi faire de l'esprit. Je prouve donc. - -Aussitôt que le suprême architecte de tout ce qui existe eut paîtri -de ses divines mains cette superbe bête à deux pieds, sans plumes, -appellée HOMME, lorsqu'il eut soufflé dans le sein de cette masse, -encore inanimée et inerte, cet esprit subtil et igné qui lui donna la -vie et le mouvement,[1] lorsque cette faculté d'exister eut besoin -de se manifester au-dehors par l'exercice des fonctions animales, -croira-t-on que le modeleur éternel ait ignoré le point le plus -essentiel, et qu'il ait omis de donner à sa créature le moyen de -pousser au dehors, l'air intérieur, qui, intercepté dans les capsules, -nuisait à la perfection de son ouvrage? Ne voyons-nous pas le figuriste -employer tous ses soins pour empêcher les globules d'air de se glisser -entre le moule et la cire liquide qui doit se rassasier de l'empreinte? -Dieu pouvait-il ignorer ce premier élément de l'art de modeler? non, -sans doute. Ensuite, le premier homme, qui ne savait pas encore rougir -et ne connaissait pas les lois tyranniques de la civilité, a-t-il -pensé, croyez-vous, à comprimer, à étrangler au passage, cet air qui -ravageait son sein et cherchait impatiemment une issue? non, tout -s'accorde à nous faire croire qu'il péta au nez de celui qui venait de -lui donner l'existence, et que l'Être suprême, loin de s'en fâcher, fut -si content, d'avoir réussi, que pour récompenser son ouvrage, il forma -le projet de lui donner une compagne. Observez donc, chers frères, que -1^o. nous devons l'origine de la femme à un pet; 2^o. qu'Adam ayant -pété, avant que de parler, le PET est incontestablement plus ancien que -la parole. Sentez bien mon raisonnement. - -S'il vous fallait d'autres autorités pour vous convaincre que les -premiers humains firent usage du PET, bien longtems avant qu'ils se -servissent de la parole, j'invoquerais celle du savant Aristophanes, -qui, dans sa comédie _des Grenouilles_, dit que les hommes, dans les -premiers siècles d'une ignorance absolue, ne savaient faire autre chose -que _péter_ au nez de leurs concitoyens et faire même encore plus, -c'est-à-dire, pour parler plus proprement, - - In os oppedere et merdâ sodalem fœdare. - -comme faisait l'ange, chargé par le très-haut d'apporter à déjeûner à -Ezéchiel, qui, par parenthèse, devait faire grand cas du PET, puisque -ce qui le suit ordinairement ne lui déplaisait pas. - -La généalogie du PET est si claire, que si l'origine ci-dessus établie -ne vous convient pas, je vais lui en trouver une autre. La nature, -sur ce point, fut encore moins parcimonieuse envers mon héros; -son origine fut illustre. Je ne m'étayerai point des prétentions -hasardées de ceux qui le font descendre en droite ligne des _rectum_ de -Jupiter ou d'Orphée, nommés l'un _merdeux_, l'autre _fimo delibutus_, -c'est-à-dire, son synonime. Tout le monde sait que ses auteurs sont de -la noblesse la plus éclatante et la mieux acquise (ce qui est encore -plus rare), quoique la tradition qui nous l'enseigne ait éprouvé des -variantes et des critiques. - -Aristophanes, dans une autre de ses comédies, intitulée PLUTUS, le dit -fils d'un potage composé de pois et de riz: après avoir fait dire à -Plutus: «J'avais mangé à moi seul la plus forte partie du potage»; il -lui fait ajouter: «Je PÉTAI _d'une force incroyable, tant mon ventre -était enflé_.» - -Si on en doit croire Chamæléon, poëte de Pont, le PET est fils de la -fève. Il raconte à ce sujet qu'ayant vu certain jour un âne qui se -bourrait de fèves, il eut une si grande envie d'en manger aussi, que -le désir seul lui en tînt lieu et fit l'effet de l'aliment[2], chose -merveilleuse et qui donne un terrible échec à tous les docteurs qui ont -prétendu qu'il n'y avait pas d'effets sans cause. Ils m'objecteront que -le rire a la propriété d'engendrer le PET, et dans ce cas je ne dispute -plus; j'aime autant voir mon héros fils du rire, que des haricots; père -lui-même de la gaîté, comme je le dirai par la suite, il n'en est que -mieux le digne fils de son père. - -Télémachus d'Acharnie, faisait des fèves sa nourriture habituelle, afin -de péter plus souvent, convaincu de la vérité de ce vieux proverbe, -digne de l'école de Salerne. - - »Il faut pour vivre longtems, - »A son cul donner force vents. - -Diphile, médecin de Siphnos, l'une des Cyclades, attribue aux raves -l'honneur de la maternité: Zénon, chef de la secte stoïcienne, -l'accorde aux lupins; c'est pour cette raison qu'ayant promulgué la -loi qui accordait à tout le monde, de tel âge, de tel rang et de tel -sexe qu'il fût, la liberté de PÉTER la plus, illimitée; il fit plus, il -voulut se nourrir continuellement de ce légume, pour donner lui-même -un exemple qui la rendit respectable. Je veux donc, pour n'être pas -rebelle à l'autorité de tant de philosophes fameux, décerner le -privilège de cette heureuse fécondité aux oignons, à l'ail, aux fèves, -aux lupins, aux raves, au potage de pois et de riz, enfin à tous les -autres alimens _pneumatiques_, pour me servir de l'expression grecque, -ou _venteux_, si vous l'aimez mieux en français. - -Il est bien important, auguste Aréopage, que vous connaissiez -imperturbablement toutes, les ramifications, généalogiques de mon -héros, afin que l'éponge de notre jugement efface pour jamais les -taches dont la malignité de quelques hommes mal intentionnés essaierait -de le couvrir. Gardons-nous sur-tout d'assimiler ou de confondre le -PET pour lequel je parle, avec cet atôme de PET, débile et maigre -production de la _Polente_[3]; celui que Plaute a livré à l'ignominie, -sur la scène de Rome, dans la comédie qui a pour titre: CURCULIO, -et dont la parenté, un peu éloignée à la vérité, si toutefois elle -existe, peut déshonorer notre héros; car, il n'est pas fait encore -pour paraître sur la scène, quoiqu'au rapport de Plutarque, les -rois de Chypre aient fait la même chose, à leur retour en Phénicie, -lorsqu'Alexandre le Grand y étala orgueilleusement la pompe du -triomphe. Pourquoi notre héros n'aurait-il pas les honneurs du théâtre, -où il ne s'est encore glissé qu'_incognito_, puisqu'on y crache, que -l'on y tousse, que l'on s'y mouche, etc.? Néron, Héliogabale et autres -empereurs n'ont-ils pas aussi joué la comédie? Auguste n'a-t-il pas -déclaré que les acteurs étaient exempts du fouet? Tite-Live nous assure -que l'histrionnage ne déshonnorait point dans la Grèce. Macrobe va -plus loin. Nulle part les acteurs n'ont été flétris par le préjugé. -Mais supposons qu'il en ait été autrement; l'opprobre, s'il existait, -ne doit frapper que ceux qui se donnent en spectacle sur les planches, -sans y être forcés; or ce reproche ne pourrait être raisonnablement -fait à mon client, puisqu'il y a été conduit par violence, et mis en -action contre son gré, par un être de la plus vile condition, par un -glouton, un parasite effronté et un plat bouffon. - -Il est, par exemple, extraordinairement difficile de résoudre une -question qui a été longtems agitée et toujours sans succès: il -s'agit de donner à mon héros, un corps, une figure, de déterminer -sa taille, son port et sa couleur. Il faudrait pour expliquer tout -cela se servir du ministère d'un coq amoureux, et employer celui qui, -pardonnez-moi le terme, répand autour de lui les émanations les plus -sensibles à l'odorat, et étale avec plus de magnificence la pourpre -éclatante de son plumage. Cependant si, dans un doute de cette espèce, -il est permis de recourir aux conjectures, nous devons présumer, eu -égard à la très-petite ouverture de son logis, par laquelle il passe -pourtant encore très-à l'aise, nous devons, dis-je, croire, qu'il est -très-maigre et très-fluet. Nous pouvons sur ce point nous en rapporter -au témoignage de Catulle, de ce poëte charmant, le plus joyeux et le -plus plaisant des beaux esprits, à qui la nature bienfaisante avait -donné une vue si bonne et si perçante, qu'il a pu voir le pet subtil et -presqu'insensible de Libon.[4] - -O le plus fortuné des citoyens de Véronne! tu as eu l'honneur de voir -en face notre invisible héros! hélas! aucun de nous n'a eu ce privilège -glorieux et digne d'envie. Nous sommes trop profanes. Que dis-je, -nous!... disons plutôt que, de mémoire d'homme, les dieux n'ont fait -cette faveur à aucun être vivant. - -Quant à son idiôme, frères péteurs, c'est un autre prodige; semblable -au St.-Jean de l'Evangile, à nos docteurs en théologie, et à beaucoup -de nos orateurs modernes, tout le monde l'entend, personne ne peut le -comprendre. Dans quelque contrée de la terre que vous l'entendiez, -vous verrez avec étonnement qu'il parle dans un dialecte étranger, et -totalement hors la portée de l'intelligence humaine, ce qui déconcerte -tous les savans qui prétendent savoir toutes les langues, et le père -Bougeant lui-même, qui a si bien expliqué celle des oiseaux. C'est au -point que j'ai de la peine à convenir, qu'Aristophanes lui-même l'ait -entendu et compris, lui pourtant qui causait bien familièrement avec -lui et le quittait bien rarement; il dit dans sa comédie des _Nuées_: - -«Mon potage fait, dans mes entrailles, un bruit de tonnerre; c'est un -fracas épouvantable, qui d'abord s'annonce par le son de _pappax_, -bientôt, il redouble et l'on entend _pa-pap-pax_; et enfin, quand je -suis sur la chaise, c'est l'explosion terrible de pa-pa-pap-pax». - -Or: ces paroles, pleines de l'harmonie descriptive, ce n'était pas -devant quelques imbécilles, devant une poignée d'allemands épais et -grossiers, que le sublime Aristophanes les proférait, mais bien devant -le sage et immortel Socrate, qui goûtait ces choses bien mieux que -nous. Il est donc évident, frères péteurs, que le PET a un dialecte -à lui seul, et une éloquence qui lui est particulière; c'est donc -avec une souveraine injustice que ses détracteurs, pour le perdre -dans l'estime des hommes, l'accusent d'une bavarderie insignifiante, -et nous-mêmes d'une torpeur coupable et d'un défaut de sentiment. -Laissons, frères péteurs, ces hommes sans goût, déblatérer sans cesse -contre notre héros; et l'accuser de prononcer difficilement, de -bégayer, et d'avoir la langue pesante. Certes, il a trois dialectes -bien distincts. A son enfance, c'est PA-PAX, à son adolescence, c'est -PA-PA-PAX. A sa maturité, c'est PA-PA-PAP-PAX. - -Ce n'est pas une médiocre entreprise, pour la défense de notre client, -que de faire voir qu'il a reçu par son éducation, tous les principes de -la pudeur, de l'honnêteté, et que ses mœurs irréprochables répondent -à cette éducation. Ce n'est pas au milieu de la pompe et du bruit des -affaires publiques, que sa modestie est à l'aise, non; il ne se plut -jamais que dans la solitude du cabinet, éloigné du tumulte des cours -et des bruyantes assemblées: «Il s'est exilé du barreau et des palais -somptueux des citoyens puissans». - -Il savoit trop combien il est important de se mettre à l'abri du -froissement des affaires politiques, des haines civiles et des autres -dangers qui nous environnent, pour ne pas se contenter des douceurs -de la vie privée, comme Curius, et vivre sagement pour lui-même et -non pour des ingrats. Ajoutons à cela, qu'il était assuré d'être plus -utile à la république, (ce qui équivaut bien à la puissance), s'il -se dérobait à l'avide et maligne curiosité des scrutateurs de ses -habitudes particulières, et n'occupait les oreilles de ses concitoyens -que dans la juste proportion de ses forces. C'est ce prudent amour de -l'obscurité qui l'a décidé à préférer, pour demeure, les bains, les -boudoirs et les endroits les plus reculés d'un logis, enfin les lits, -comme le PET du jeune homme qu'Aristophanes nous représente enveloppé -de cinq couvertures. - -Si nous considérons sa moralité, sa bienveillance envers les citoyens, -n'est-elle pas la plus signalée? Je passe sous le silence tous les -services précieux qu'il a prodigués à tout le monde. Qui de vous, -frères péteurs, seroit assez ingrat, assez dénaturé, assez ignorant, -assez effronté, pour révoquer en doute la reconnaissance qu'il a -méritée de vous, de vos femmes, de vos enfans, de votre domestique, de -notre république, en un mot, de tout le genre humain? Ses bienfaits -sont si notoires que, non-seulement, les nations les plus éloignées -et les plus barbares avouent ce qu'elles lui doivent de gratitude, -mais encore les animaux, que leur instinct et leur nature portent à le -chérir. En effet, la truye entend-elle le PET, elle accourt soudain, à -son bruit, pour lui demander sa nourriture. - -Quoique l'amour de la solitude l'ait séquestré, il ne rougit pourtant -pas de se permettre quelque distraction, et de se glisser quelquefois -dans les assemblées publiques , pour s'y délasser, s'y mettre à -son aise, et y apporter le rire et la gaîté, qu'il partage avec ce -qui l'environne. Là, il se donne carrière au milieu de l'allégresse -générale; il se plaît au milieu de ces éclats du gros rire, qui bien -souvent brisent la barrière derrière laquelle il était caché. C'est ce -qui m'autorise à croire que l'immortel Démocrite, le plus grand rieur -de l'univers, sans contredit, en devait être par la même raison le plus -intrépide péteur. - -L'austère Brutus et l'éloquent Cicéron n'étaient pas plus jaloux de la -liberté que notre héros; car si l'on veut l'asservir ou l'emprisonner, -il soulève les pierres, brise les obstacles, les liens et les chaînes; -il se fait jour enfin, en faisant obéir les portes qu'on avait le mieux -fermées. - -Si nous voulons détailler les facultés intellectuelles du PET, et la -culture de son esprit, nous le trouverons certainement très-versé -dans tous les genres de sciences et d'arts libéraux. Un seul exemple -va prouver combien il était éloquent. Un jour que Métroclès, frère -d'Hypparchie[5], et disciple de Théophraste, était concentré dans la -méditation, il arriva, je ne sais comment, qu'ayant laissé échapper un -pet, il rougit et en eut tant de honte et de chagrin, qu'il s'enferma -chez lui, dans la ferme résolution de se laisser mourir de faim. Le -philosophe Cratès, son beau-frère, en ayant été informé, se rendit -auprès de lui, après avoir eu la précaution de manger des fèves et -des lupins en abondance. Il fit tomber la conversation sur un sujet -propre à faire diversion à la gravité de Métroclès, lui disant que ce -serait une chose absurde et inouïe qu'il ne fût pas permis d'obéir à -la nature, et qu'on dût se séparer de la société, parce qu'on a donné -un libre cours à un peu d'air. A la fin de son discours, l'orateur -lui-même lâche un pet énorme, pour joindre l'exemple au précepte -et consoler Métroclès, en lui associant un coupable. Le remède fit -merveille; Cratès, depuis ce tems, l'entendit, et Métroclès, rendu à -ses études, fit les plus grands progrès dans la philosophie. O pouvoir -étonnant de l'éloquence! Exploit digne d'une immortelle gloire! Cratès -savait bien que toutes ses paroles n'auraient aucun poids, s'il ne les -accompagnait de l'invincible éloquence du PET. Personne ne doutera que -le fameux philosophe Cratès ne se fût approvisionné des raisonnement -les plus victorieux, en entreprenant de combattre Métroclès, et -pourtant toutes ces dépenses étaient en pure perte, si la vertu du PET -ne fut venue à point donner de l'action et du mouvement à la langueur -des lieux communs et des verbiages oratoires. Une seule monosyllabe, -un seul son fit ce que Cratès n'eût pu opérer avec la plus riche et la -plus vaste réunion de sentences. - -On doutera moins encore que le PET n'excelle dans l'art musical, si -l'on veut bien lire le livre de Saint-Augustin, évêque d'Hyppone, _de -la cité de Dieu_; où il dit: «qu'il est beaucoup de gens qui ont l'art -de faire des pets si cadencés, si harmonieux et à volonté, qu'on serait -tenté de croire qu'ils chantent par cette partie de leur corps, et -ce qui est plus étonnant, ces pets n'ont aucune odeur, aucune suite -désagréable».[6] On peut associer à ces musiciens de nouvelle espèce, -ce germain qui accompagna Maximilien César et Philippe son fils, à leur -arrivée en Espagne. Il n'y avoit aucun chant qu'il n'exécutât avec -l'antipode de sa bouche. Aristote nous assure que la tourterelle pète -fréquemment, quand elle chante, ce qui a donné lieu au proverbe: _La -tourterelle chante_, lorsque quelqu'un donne carrière à son postérieur. -Nicarque a dit aussi fort à propos, qu'il y a dans le PET une certaine -mélodie confuse et naturelle. - -Tous ces avantages, frères péteurs, seraient d'une médiocre importance -à l'histoire et à la gloire de mon héros, s'ils étaient privés de -cette vertu qui régit les mœurs et devient la modératrice de toutes les -actions humaines. Mon client est si richement doué des belles qualités -du cœur, et des vertus Sociales, qu'on est tenté de le regarder comme -un prodige. Un trait de sa reconnaissance s'offre à mon esprit: il est -sans exemple qu'il ait jamais fait du mal à celui qui le laisse aller -librement; tant il est scrupuleux observateur de la justice et du droit -des gens. Semblable à Apollon, _ennemi des méchans_, il sauve du danger -quiconque est travaillé par un tumulte intérieur et une plénitude -fatigante qui menace ses jours. - -Qui ne sait pas que le PET est sur-tout recommandable par son respect -pour la religion, cette mère de toutes les autres vertus? Témélaque -d'Acharnie, pour l'avoir toujours à ses ordres, lui prodiguait les -alimens qui lui sont les plus agréables, et ne mangeait tous les -jours qu'une marmite de haricots, et cela, dans la seule vue de -pouvoir célébrer par l'harmonie du PET la fête annuelle des mangeurs -d'haricots[7]. O monument éternel de religion! mais pourquoi ne citer -que Télémaque? les femmes de l'Attique ne trouvèrent aucun encens, -aucun parfum plus digne d'être offert à l'honneur d'Apollon, que -l'odeur suave du PET. Et pour que les thuriféraires ne se trouvassent -jamais en défaut, il fut prescrit par une loi rigoureusement exécutée, -que les habitans ne se nourriraient rien que de légumes. - -On ne peut trop admirer ici la sobriété du PET, et combien il est -aisé de le nourrir. Heureux avec de l'ail, des lupins, des raves, -des oignons, des féverolles, et autres mêts vils et abjects de cette -espèce, il devient fort et vigoureux; il méprise les mets somptueux -et recherchés du luxe et de l'opulence, qui l'énerveraient et le -mèneraient au néant. - -Nul être vivant ne possède au même degré que mon client, cette -imperturbable équité qui consiste à donner à chacun ce qui lui -appartient, et à venger sévèrement les injustices. S'il prend à quelque -personne la coupable fantaisie de le comprimer, de l'étouffer, et de -l'arrêter dans sa marche, lorsqu'il veut sortir, il est si jaloux de -jouir de tous ses droits, si ardent à défendre sa liberté, qu'il donne -la torture au téméraire et pousserait son courroux jusqu'à lui donner -la mort. Je citerais, frères péteurs, mille exemples de ceci, mais -je crois plus sage de les passer sous le silence, pour ne pas vous -ennuyer. S'il veut en agir plus humainement, la vengeance qu'il tire -de cette audace, quoique plus douce, n'efface pas moins son injure. -Car, si après avoir fait tous ses efforts pour le neutraliser, en lui -opposant une porte bien fermée, on a réussi, il arrive que si, pour -amortir sa violence et suspendre sa course, on entr'œuvre tant soit peu -la porte; alors, nouveau protée, mon client change de sèxe, la mèche -est éventée, le crime découvert et une odeur, que le pet n'eut jamais, -annonce qu'il y a plus que du vent. - -Mon client soutient si bien son pouvoir et sa dignité, que s'il -s'apperçoit que quelque plaisant veuille faire ses gorges chaudes à -ses dépens et le mépriser, il devient furieux, jusqu'à ce qu'il ait -fait subir l'insolent la peine du talion. Je citerai pour exemple, -l'anecdote intéressante que Frédérick Dedekindt[8] a décrite, ainsi -qu'il suit. - -«Un grand orateur avoit été envoyé en ambassade auprès d'une nation -étrangère. Il avait à faire briller son éloquence devant un cercle de -dames et de demoiselles d'honneur qui entouraient la princesse devant -laquelle il parlait: lorsqu'il fut question de commencer sa harangue, -la timidité et l'inquiétude s'emparèrent de son ame, et il tint les -yeux baissés vers la terre. Il se remet néanmoins, et avant d'ouvrir -la bouche, il salue, comme c'est l'usage. Mais tandis que le pauvre -diable se courbe trop, cette posture donne passage à un vent de bonne -taille». Il ne se déconcerte cependant pas, et sans rougir, il poursuit -gravement son discours. L'auditoire fait semblant de n'avoir pas -entendu le fugitif, excepté une jeune fille qui ne put s'empêcher de -rire. Mais hélas! tandis qu'elle ne songe qu'à se donner carrière aux -dépens de l'orateur, elle oublie elle-même de serrer les fesses, et -trousse adroitement un pet si doux, si harmonieux, qu'on l'eût pris -pour le son d'une lyre. L'orateur qui l'a entendu, quittant son sujet -pour couvrir sa propre inadvertence, parle ainsi à cette assemblée de -demoiselles: «Allons, mesdames, continuez, chacune à votre tour, ne -vous gênez pas, car cela fait beaucoup de mal, et lorsque mon tour -reviendra, je m'acquitterai bien de cette besogne.—La demoiselle qui -avait d'abord ri, rougit jusqu'au blanc des yeux, et ne sçut plus de -quel côté tourner ses regards. L'assemblée entière partit unanimement -d'un grand éclat de rire qui acheva de la décontenancer, et la -harangue n'alla pas plus loin». Vous voyez, pères péteurs, combien mon -client fut prompt et sévère à punir l'insolente femelle qui s'était -si bien amusée à ses frais, sans réfléchir que pareil malheur pouvait -lui arriver. Qui est-ce qui n'a pas été à portée de se convaincre -de la magnanimité, de la sublimité d'esprit de mon client? Aussitôt -qu'il voit qu'un de ses compagnons est timide et tremblant, on le voit -honteux de tant de couardise, tout entreprendre pour abandonner un -indigne collègue, pour ne point paraître complice de sa poltronnerie -et de sa pusillanimité. C'est ce qu'a éprouvé cette vieille dont parle -Aristophanes, dans son _Plutus_, à qui la crainte faisait lâcher des -vents plus puans que des pets de chats, et l'homme, qui vessait de -peur, au rapport de Lucien. Voyant Aratus de Sycione tremblant et -chancelant à l'approche d'une bataille, il aima mieux l'abandonner que -de supporter la perte de sa propre estime, c'est au moins ce que nous -rapporte Plutarque, dans la vie de ce citoyen. Mais ce courage n'est -rien, mes chers auditeurs, auprès de ce qu'il fit, lorsque voyant le -dieu Priape lui-même épouvanté par la présence de quelques vieilles -sorcières, il le chassa de sa société, pétant d'une si grande force, -au rapport d'Horace, que l'on eût cru que c'était un outre que l'on -crévait. - -L'empereur Claude[9] a reconnu l'utilité du PET, dans une république, -et combien la santé des citoyens souffrirait de son absence, s'il ne -lui accordait le droit de bourgeoisie, après un long exil de la cité, -et ne le remettait pour ainsi dire à l'endroit d'où on l'avait enlevé. -Non-seulement il fut réintégré dans les droits de citoyen, mais encore -admis aux _banquets publics, et aux fêtes nationales_. L'empereur -exécuta ce qu'il avait longtems médité, et un arrêt fut rendu, par -lequel il était permis de donner l'essor et la liberté aux pets, dans -les festins. Certes, l'honneur d'être rappellé d'exil par un décret, -n'avait encore été fait à personne. Mais, hélas! lorsque la cruelle -mort eut enlevé à l'empereur romain le plus sage, la gloire qu'un tel -édit lui avait faite, mon client fut encore obligé de se séquestrer de -la société et du commerce des hommes, au grand détriment de l'existence -publique; car enfin, s'il avait été conservé dans la jouissance de tous -ses droits, et, si j'ose m'exprimer ainsi, dans les entrailles de la -république, une foule d'incommodités ne nous aurait jamais assaillis. -Claude avait été poussé à faire cette action de justice par les cris -unanimes et le danger de tous les citoyens, et il n'avait pu se refuser -à leur instance. Il se montra tellement le protecteur et l'ami de mon -héros, que l'usage de la voix l'abandonna, avant la faculté de mettre -mon client en action, j'ai pour garant de cette assertion Sénèque, qui, -dans l'apothéose de Claude, conte que lorsque cet empereur rendit le -dernier son de voix, on ne s'en apperçut que par un bruit épouvantable -sorti de la partie par laquelle il s'exprimait le mieux. - -Le PET n'est-il pas précisément l'air que nous respirons? n'est-ce pas -cet air-là que le chasseur Céphale, couché sous un arbre, sollicitait -si amoureusement? Céphale n'adressait point ses vœux à ce souffle -léger du zéphir, qui caresse les fleurs et diminue la chaleur de -l'atmosphère, mais bien à l'air que l'exercice et l'agitation de son -corps avaient fait résonner au-dedans de lui-même, et qu'à force de -caresses et de prières, il voulait attirer au-dehors; voilà ce qui -excita la jalousie de Procris. Eh quoi! pères péteurs! vous paraissez -incrédules? vous remuez la tête: c'est à tort: eh bien, opposez-vous -à son impétuosité, fermez-lui tout passage, et vous éprouverez -certainement que l'homme ne peut pas se passer de son ministère: je -ne parle pas seulement de cet air bruyant et mélodieux, mais de celui -qui s'échappe tout doucement et fait ses évolutions sans tambour, -ni trompette. Vous avez beau dire, aucun de vous ne vivrait un seul -jour sans lui. C'est à lui que nous devons rapporter entièrement -la conservation de nos familles, enfin une foule d'avantages que -nous ne pouvons nier sans nous rendre coupables du vice honteux de -l'ingratitude. A quoi bon citer, tous les bons offices qu'il nous rend -dans le cours de notre vie privée? - -Aristophanes, dans sa comédie des nuées, a dit: Mon derrière est une -trompette, et le mot est passé en proverbe. Or, je vous le demande, à -quoi servirait la trompette, sans l'être qui peut en sonner? A quoi bon -cette trompette, si le PET ne la remplissait de vent? Je me souviens -d'avoir vu et entendu un certain bossu, qui avait si bien le PET à -commandement, que, sans faire aucun effort, non-seulement il en faisait -tant qu'il voulait, mais qu'il les graduait comme le chant, les rendait -aigus ou flûtés, forts ou, presqu'insensibles. Il y a plus, il imitait -avec eux les sons de la trompette et du clairon, il donnait le signal -du combat, celui de la charge et celui de la retraite, comme s'il eût -été en présence de l'ennemi. - -Aucun de nous ne niera l'urgence de se procurer la vie et des moyens -de la gagner. Eh bien, une infinité de gens doivent à mon héros leur -existence et leur fortune. J'en vais donner un exemple. Il y avait à -Anvers un tabellion d'Amsterdam qui, toutes le semaines, voyageait, -tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Ceux qui ont vécu dans sa -familiarité, racontent qu'il était si versé dans l'art de péter, qu'il -le faisait comme et autant de fois qu'il le voulait, sans en rougir et -sans jamais se tromper. Un jour qu'il s'agissait de payer une mesure de -la plus excellente bierre, il convint avec son compagnon qu'elle serait -le prix de celui des deux qui ferait le plus de pets, en montant la -tour _Marianne_, qui est de la plus grande hauteur. Des arbitres sont -appellés, et les concurrens sont en marche. A chaque degré de cette -tour, qui en a six cents vingt-trois, le tabellion fit un pet, et dit -qu'il était prêt à en faire autant en la descendant, si son adversaire -voulait parier une autre mesure. Mon héros lui valut donc l'avantage -d'appaiser sa soif, sans altérer sa bourse; il pouvait arriver que -le tabellion, épuisé de chaleur et de soif, se trouvât dépourvu de -finances, et le PET lui fut très-utile. - -Je connais un mendiant, gueux de profession, qui, sachant donner à -ses pets la cadence et les variations musicales, se sert de ce moyen -pour gagner sa vie, en attrappant l'argent des curieux. On prétend -qu'il y a des personnes qui se servent du PET, comme d'un éventail et -d'un soufflet. Un homme de qualité étant à dîner avec un de ses amis, -l'invita à se donner de l'air, lorsque les domestiques qui servaient -à table furent congédiés. Celui-ci s'en défendit, alléguant qu'il -avait une manière toute particulière. Eh bien, dit le maître du logis, -faites-le à votre mode, comme vous l'entendrez. Le convive usant de la -permission, leva la cuisse droite et fit un pet, disant qu'il n'avait -pas d'autre manière de se rafraîchir. - -Rien n'est plus efficace que mon héros, pères péteurs, contre les -sorts, les enchantemens, les philtres et les amulettes. Son bruit a la -vertu d'épouvanter et de mettre en fuite les sorcières, les magiciennes -et les empoisonneuses. On en voit un exemple dans Horace. Lorsque -Canidie et Sagana évoquaient les ombres et exerçaient dans un jardin, -les affreux mystères de leurs noirs enchantemens, en présence de -Priape, ce dieu rempli de crainte fit un bruit semblable à l'explosion -d'un pet; alors, vous eussiez étouffé à force de rire, en voyant -l'odieux sacrifice interrompu, les sorcières épouvantées fuir à travers -la ville; Canidie en courant, laissait tomber ses dents, Sagana sa -haute coëffe, et toutes deux les herbes et les bandelettes enchantées -qu'elles avaient sur les bras. - -Il est démontré par l'expérience et par l'usage de plusieurs siècles, -pères péteurs, que ceux qui font le plus de cas du PET et lui donnent -la plus grande latitude possible, sont bien récompensés de leur amitié -pour lui, par une vie très-longue. Zénon de Chypre, lui-même, ce chef -de la secte stoïcienne, qui décréta qu'il était aussi permis de péter -que de roter, atteignit l'âge de soixante-douze ans, sans avoir jamais -éprouvé la moindre indisposition; il aurait vécu un siècle, s'il ne -s'était pas étranglé lui-même, pour terminer les douleurs que lui -causait une chute dangereuse qu'il avait faite. Cratès, ce philosophe -cynique, qui consola Métroclès, et le rendit à ses travaux, comme -nous l'avons raconté précédemment, mourut dans l'âge le plus avancé, -ou plutôt s'éteignit, comme une lampe. Métroclès lui-même, frère -d'Hypparchie, et qui au rapport de Laërce, donnait amplement carrière -à mon héros, pendant ses méditations philosophiques, ne mourut que -parce que las de vivre, il se fit étouffer, pour n'avoir pas les -incommodités de la décrépitude. - -De nos jours les Anglais ont bien rendu justice au PET, puisqu'au -rapport de Furetière, tom. 2. de son dictionnaire universel, un vassal, -dans le comté de Suffolck, devait faire devant le roi, tous les jours -de Noël, un saut, un ROT et un PET. - -A quatre ou cinq lieues de Caen, un particulier, par droit féodal, -a longtems exigé un pet et demi par chacun an. On voit encore dans -certains cabinets d'antiquaires des figures égyptiennes du dieu PET, -adoré à Pelouse.—Voy. _Chompré_, au mot _Crepitus ventris_. - -Ah! pères péteurs, il y a bien longtems que la race utile des portefaix -et des forts de la halle serait éteinte, si le secours de mon héros -ne les rafraîchissait et ne leur donnait la force de supporter leurs -charges. Aristophanes, dans ses _Nuées_, nous parle de Xanthias, qui, -près à succomber sous un fardeau trop pesant, invoque l'assistance -du dieu PET, en disant: ma charge est si forte que, si quelque ame -charitable ne vient me soulager, il faut que je pète. - -Petronianus Corax, homme de la même profession, se trouvant trop peu de -forces pour porter un fardeau, et recourant au pet, pour retrouver de -la vigueur, levoit la jambe avec facilité et lâchait un vent sonore, -qui répandait sur la route un tourbillon de vapeurs méphitiques. Je ne -suis pas le premier qui ait fait de l'utilité du PET la matière d'une -ample et sérieuse dissertation; des érudits célèbres l'ont faite avant -moi. Martial cite Symmaque en ces termes: «J'aimerais mieux t'entendre -péter, car Symmaque dit que c'est une chose tout-à-la-fois salutaire, -et qui provoque le rire et la gaîté.» - -J'ajouterai à ceci ce que Nicarque a dit autrefois: le PET conserve; et -de même que les Grecs avaient coutume de dire à quiconque éternuait, -_que les dieux te conservent!_ nous devons dire avec bien plus de -raison à celui qui est travaillé par une colique venteuse, _que le_ PET -_te conserve!_ - -C'est donc une chose inouïe que cette haine, cette jalousie de -quelques gens dépourvus de sens, qui, comblés des faveurs de mon -héros, et devant lui vouer la plus vive reconnaissance, je ne sais -par quelle fatalité attachée à lui seul, méprisent et sa personne et -jusqu'à son nom. S'ils sont par hasard obligés de parler de lui, on -les entend préluder par cette phrase banale: _sauf votre respect!_ O -dieux immortels! dans quelle ville vivons-nous? dans quel siècle! Ils -trouvent du mal dans la chose, ils en trouvent dans le mot! On trouve -le PET une chose honteuse! certes, ce sont eux-mêmes qui devraient être -honteux, ces ennemis de la vie des hommes et de la liberté publique! -Tullius, ce modèle de l'éloquence romaine, et qu'on peut appeller le -père et le prince des orateurs, a donné le nom de modestie à la liberté -des paroles, assurant que cette opinion lui est commune avec Zénon. En -effet, les Stoïciens avaient établi en principe que chaque chose doit -s'appeler par son nom; de-là cet apophtegme de leur école: le sage -parlera bien. Ils avaient sagement conclu qu'aucune expression n'est -par elle-même, ni déshonnête, ni obscène. Quel est donc le délire de -ces impies qui aiment mieux parler énigmatiquement et à mots couverts, -que de se rendre intelligibles! Aimerions-nous mieux l'autorité de -ces profanes insensés, que celle des respectables Stoïciens? Qu'ils -ne l'espèrent pas. Que dirai-je encore de la folie de ces autres, qui -se montrant favorables à mon héros, injurient d'une manière horrible, -maudissent et donnent au diable sa taciturne sœur; eh pour quelle -raison? parce qu'elle s'attache plutôt au nez qu'aux oreilles; et -qu'elle se glisse sans bruit, comme les sicaires, sans qu'il soit -possible de se défendre contre elle. Les Grecs l'ont nommée _Dolon_, ou -_Deolon_ pour la distinguer de son bruyant et libre frère, auquel ils -ont donné le nom de PORDEN.[10] - -Mais ceux qui blâment cette sœur ne font-ils pas autant de mal que -s'ils intentaient un procès criminel à la discrétion, à la modestie -et à la taciturnité, vertus dont les philosophes de l'antiquité -avaient fait la base de leur sagesse. O tems! ô mœurs! ô siècle -déplorable dans lequel la vertu même est érigée en crime! on outrage -le respect, la politesse, tandis qu'on devrait les combler d'éloges! -y aurait-il immodestie et impudence égales à celle d'interrompre un -grave entretien par un bruit soudain, qui scandaleusement provoque -les éclats de rire, et décontenance l'orateur? Non, certes, et vous -avez la méchanceté de donner à cette prudente sœur, les épithètes de -grossiére et d'irrévérente, lorsqu'elle est au contraire très-polie -et très-respectueuse?... Que puis-je ajouter, si j'ai réussi à les -convaincre de l'injustice des calomnies accumulées sur mon client! -N'ont-ils pas essayé de couvrir, d'opprobre sa personne, sa moralité et -ses habitudes, en les taxant de grossièreté et d'indécence? Cette sœur -injustement calomniée me paraît au contraire abonder dans leur sens, -si ce mot du sage Bias est vrai: le silence est une vertu louable, -dans ceux dont la vie est impure et scandaleuse. Pythagore disoit -aussi: _tais-toi, ou donne-nous quelque chose de meilleur que le -silence._ Or, que dirait-elle qui valût mieux que sa taciturnité? S'ils -m'objectent que ce vent incommode et blesse l'odorat, je répondrai -qu'il a cela de commun avec une nation entière, celle des _Parthes_, -qui ont tous l'haleine forte. Il pourrait dire, ce que jadis Euripide -répondit à Decamnichus, qui lui reprochait ce même défaut: Je ne fais -pas grand bruit, _mais je conserve beaucoup en moi_. - -Je mériterais, sans contredit, d'être regardé comme un avantageux, un -téméraire, si je prétendais, pères péteurs, à la gloire de n'oublier -aucune des qualités de mon héros; les anciens avaient de lui une -si haute idée, qu'ils ne trouvèrent pas de symbole plus vrai, plus -sûr, pour consacrer l'amitié, que la présence et la liberté de mon -client, ce qui a fait dire à Martial: «Je ne vois pas de meilleure -preuve, Crispus, de l'amitié que je te porte, que ton habitude de -péter en ma présence». Il fut aussi chez eux le symbole de l'opulence; -péter équivalait chez-eux à faire parade de ses richesses: ce qui -est confirmé par ce proverbe: il est mort en pétant. C'est encore ce -qu'entend Chrémylas, dans le _Plutus_, lorsqu'en parlant d'Argire, -le plus riche citoyen d'Athènes, et le plus grand péteur, il dit: -«N'est-ce pas son opulence qui l'enhardit à tant péter.» - -Nicarque, le plus ancien des auteurs d'épigrammes, voulant laisser à la -postérité un digne éloge du PET, ne trouva rien de plus convenable à -sa dignité, à sa bienfaisance, et à son autorité, que de le comparer à -la majesté royale. C'est ainsi qu'il s'exprime: «Le PET cause la mort -à une infinité de gens, lorsqu'il ne peut faire son explosion; il les -conserve, quand il s'échappe à plusieurs bonds. Or, s'il a droit de -vie et de mort sur les humains, pourra-t-on ne pas convenir que son -pouvoir égale celui des plus grands Rois». - -Aristophanes nous raconte qu'un citoyen voulant honorer son dieu, -trouva plus honorable de saluer la divinité avec un pet, qu'avec -des paroles; «car aussi-tôt, dit-il, que je sentis l'approche de la -divinité, je pétai d'une force miraculeuse». Les humains crurent qu'ils -ne rendraient jamais à mon héros la somme des honneurs qu'il mérite, -s'ils ne l'élevaient pas aux suprêmes honneurs de l'apothéose. C'est -pour cette raison que les Egyptiens, le peuple le plus sage et le -plus religieux de l'univers, le placèrent sur l'ALBUM[11] ou tableau -de leurs dieux, et lui décernèrent des autels, des temples, des -sacrifices, et des petits lits sur lequel on plaçait son simulacre. Si -quelqu'un, affligé d'une colique de vents, avait eu le bonheur de s'en -tirer par le secours de mon client, et d'échapper par là à une mort -certaine, pénétré de reconnaissance, il suspendait en _ex-voto_, dans -la chapelle de ce dieu indigète, un tableau où étaient gravés ces mots: - - CREPITUI VENTRIS CONSERVATORI. - DEO PROPITIO. - - QUOD AUXILIO EJUS PERICULO LIBERATUS. - N. N. M. F. BENEFICII MEMOR. - VOTUM SOLVIT ET DE SUO P. - -c'est-à-dire: - - AU PET CONSERVATEUR, - DIVINITÉ SECOURABLE, - N. (_un tel_) DÉLIVRÉ DU PÉRIL, - - PAR SON SECOURS; - ET RECONNAISSANT, - A OFFERT CE VŒU, DE SON ARGENT. - -Vous ferai-je, pères péteurs, l'énumération des hommes illustres, et -révérés de la postérité, qui ont joint à leur nom de famille, celui de -PEDO, qui, en latin, signifie _péter_, comme pour associer leur arbre -généalogique à celui de mon héros. Parmi eux se distingue l'antique -et noble famille des PEDO; Pedo Albinovanus, Pedonius Costa, Pedanius -Secundus, Asconius Pedianus, Pedius Consularis, Pedius Blœsus, Pedius -surnommé _Quintus_. L. Peduceus, Sextus Peduceus, M. Juventius Pedo, -M. Creperejus. Vous dirai-je combien de cités et de peuples ont -emprunté leur nom du sien? Combien de plantes et de fruits, comme le -_galeobdolon_, dont les feuilles triturées dans la main ont l'odeur -d'une vesse de fouine, et l'_ono-perdon_ qui a la propriété de faire -péter les ânes qui la mangent? à combien de proverbes il a donné lieu, -tels que ceux-ci: «_Mes pets ne sont pas de l'encens._—_Un pet ne sent -jamais mauvais pour celui qui le fait._—_Je tousse quand je pète._—_Tu -pètes comme un mort._—_C'est péter devant un sourd_,» et mille autres -qui doivent leur origine et leur gloire à leur analogie avec mon héros? - -Quoique toutes ces considérations soient plus que suffisantes pour -transmettre sa gloire à la postérité la plus reculée, je croirais -pourtant encore avoir oublié d'ajouter un fleuron à sa couronne, si -sa destinée n'était pas aussi celle de tous les auteurs ou ennemis de -la félicité privée. Car telle est la condition des choses humaines, -que les plus belles actions, les plus rares talens, et la puissance, -sont presque toujours en butte à la haine et aux coups de la plus -basse envie. De-là vient, je ne sais par quelle fatalité, que bien -loin de traiter notre héros avec le respect qui lui est dû, on est -assez méchant, assez injuste, pour se déchaîner contre lui d'une -manière outrageante, au mépris de la pudeur et des bienséances. On -fait sur-tout un crime à mon accusé d'affecter vilainement l'odorat -des assistans, de s'échapper, (comme on dit) sans compter avec l'hôte, -lorsqu'on veut le comprimer, et de causer une très-grande honte à -son gardien. Serait-ce avec raison qu'on le traiterait de fuyard et -de vagabond, parce qu'impatient du frein et jaloux à l'excès de sa -liberté, il s'échappe sans que son maître le sente? Toute personne, -douée d'un jugement sain, voit combien une telle accusation est futile -et inepte. Dans quelle contrée de l'univers trouverez-vous un homme -qui, englouti dans un cachot, et chargé de chaînes, ne fera pas des -efforts surnaturels; pour reconquérir cette douce liberté, l'objet de -tous ses vœux et de ses pleurs, et sera assez insensé pour la rejetter, -lorsqu'elle vient s'offrir à ses regards? - -Quelqu'un peut-il raisonnablement se plaindre de mon client, parce -qu'il aurait l'haleine un peu forte, si ce proverbe est vrai: que nos -pets sentent la rose pour nous. N'est-ce pas le comble de la barbarie -que de retenir en prison, d'étrangler cet innocent, et de le traiter -comme le plus grand scélérat, avant même qu'il ait été prévenu d'aucun -crime? quelle faute grave a-t-il commise pour qu'on lui défende de -jouir des avantages qui appartiennent à tous les êtres, de l'air -et de la liberté? Si mon discours déjà plus long qu'il ne faut, ne -m'avertissait de battre en retraite pour ne pas vous ennuyer, et vous -faire repentir de la bienveillance avec laquelle vous m'avez écouté -jusqu'ici, j'aurais, certes, beaucoup de choses encore à vous dire. Ah! -c'est à vous, pères péteurs, qu'il appartient de défendre l'accusé -contre les traits dont la calomnie l'accable. C'est à vous de rendre -à la liberté cet être précieux, les délices de la république, le -conservateur du peuple, et le plus ferme soutien de l'espèce humaine, -sur-tout dans ces jours d'abstinence, où le carême, par la nature des -alimens qu'il nous prescrit, nous expose aux plus grands dangers, si -l'accusé ne nous défendait avec chaleur. Que diraient les nations -étrangères, même les plus barbares, les pâtres eux-mêmes, et les -muletiers qui ont du respect pour le PET! Craignez que la postérité -ne vous accuse d'avoir laissé impunis les outrages qu'on lui fait. -Si les ennemis superstitieux et pétris de sots scrupules s'obstinent -à l'exiler, que, nouveaux Omar, ils jettent au feu la comédie des -Nuées, dans laquelle Aristophanes permet de péter. Celui que vous -jugez vous a rendu les plus grands services. Vous avez jusqu'ici -soutenu sa dignité, celle de notre ordre est inséparable de la sienne; -rappellez-le par un suffrage unanime. Si les exemples nationaux et -journaliers ne vous suffisent pas, rappellez-vous les étrangers et ces -Grecs les plus sages des mortels; Cratès et Zénon, les plus intrépides -champions du PET, qui tous deux lui ont assuré sa liberté par une loi; -Cratès chez les Cyniques, et Zénon dans la secte des Stoïciens, qui ne -différaient que par la robe. Si ce n'eût pas été un acte de justice, -croyez-vous que ces immortels philosophes, ces oracles de la vie -humaine, eussent rendu ce décret? Vous avez l'exemple de l'antiquité -pour guérir nos concitoyens de cette sotte honte attachée au PET. Vous -vous attachez mon client par les liens de la reconnaissance. Que vous -dirai-je enfin? vous assurez la conservation de la république, vous -resserrez les anneaux de la société, vous affranchissez la pudeur de -nos filles d'une foule de périls et d'embarras: vous affermissez la -tranquillité des femmes, des enfans, des familles, enfin vous mettez le -dernier sceau à votre réputation, à votre gloire, et à votre autorité. -J'ai dit. - -_Ici finit le latin d'Emm. Martinus._ - - -DE LA NATURE ET DES DIFFÉRENTES SORTES DE PETS. - -Le PET est un vent renfermé dans le bas ventre, causé par le -débordement d'une pituite attiédie, qu'une chaleur faible a atténuée -et détachée sans la dissoudre; un air comprimé qui cherchant à -s'échapper, parcourt les parties internes du corps, et sort enfin avec -précipitation, quand il trouve une issue que la bienséance empêche -de nommer. Sa définition est conforme aux règles les plus saines -de la philosophie, puisqu'elle renferme le genre, la matière et la -différence. - -Le pet sort par l'anus et en cela diffère du _rot_, ou rapport -espagnol, qui sort par la bouche, quoiqu'il soit le résultat des mêmes -causes. - -L'occasion se présente ici tout naturellement de parler du _rot_; il -va de pair avec le _pet_, quoiqu'au rapport de plusieurs, il soit plus -odieux que son analogue. Cependant on a vu à la cour de Louis XIV un -ambassadeur, au milieu de la splendeur et de la magnificence qu'étalait -à ses yeux étonnés l'auguste monarque français, lâcher un _rot_ des -plus mâles, et assurer que dans son pays le _rot_ faisait partie de -la noble gravité qui y régnait, ce qui lui a fait donner le nom de -_rapport espagnol_. - -Les femmes qui se serrent pour avoir la taille fine, sont sujettes à -péter beaucoup, selon le médecin _Fernel_, parce que leur intestin -_cœcum_ est si flatueux et si distendu, que les vents qu'il renferme -font autant de ravages qu'en faisaient autrefois ceux qu'Eole retenait -dans les montagnes d'Eolie; de sorte que, par leur moyen, on pourrait -entreprendre un long voyage sur mer: aussi est-ce avec beaucoup de -raison qu'un peintre joyeux a placé une femme entre un moulin à eau -par-devant, et un moulin à vent par-derrière, auxquels elle donne en -même-temps l'action de leur emploi. - -Le savant auteur de _l'art de péter_ a examiné s'il fallait mesurer le -PET, à l'aune, au pied, à la pinte, au boisseau, et voici la solution -de ce problème, donnée par un excellent chymiste. Si en enfonçant le -nez dans l'anus, de manière que la cloison du nez divisant l'anus -également, fasse de vos narines une paire de balances, vous sentez de -la pesanteur, en mesurant le PET qui sortira, il faut le prendre au -poids; s'il est dur, c'est à l'aune ou au pied; s'il est liquide, c'est -à la pinte; s'il est grumeleux, c'est au boisseau, etc. Si enfin, il -est trop petit, imitez les gentilshommes verriers, soufflez au moule, -jusqu'à ce qu'il ait acquis un volume raisonnable. - -Les grammairiens divisent les lettres en voyelles et consonnes; comme -nous faisons plus qu'eux profession de ne point effleurer la matière, -mais de la faire sentir et goûter, telle qu'elle est, nous divisons les -PETS en _vocaux_ et en _muets_ ou _vesses_ proprement dits. - -Les _Pets vocaux_ se nomment _pétards_. On peut consulter là-dessus -_Willichius Jodochus_, qui nous apprend que le _Pétard_ est un éclat -bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est _grand_ ou _petit_, -suivant les causes et les circonstances. Le grand est _pléni-vocal_, et -le petit _semi-vocal_. - -La grandeur du calibre d'où il sort, les alimens venteux dont ils -se nourrissent, et la médiocrité de la chaleur naturelle dans les -intestins, produisent chez les paysans le _grand Pet-pétard, ce phénix -des pets, semblable à l'explosion des canons, et aux pédales de -l'orgue, et dont la démonstration des tonnères, par Aristophanes ne -donnerait qu'une très-faible idée. - -Le vrai PET ou le _pet clair_ n'a point d'odeur, mais on le confond -avec le _pet muet_ ou _pet féminin_ et avec le _pet épais_ ou _pet de -maçon_, qui présente le plus hideux spectacle, et de-là cette injustice -que l'on fait à notre héros. - -Les _pets clairs_ sont _simples_ ou _composés_. Les _simples_ -consistent en un grand coup seul et momentané, Priape les compare à des -outres crevées. Ils ont lieu quand la matière est abondante, composée -de parties homogènes; quand la fissure d'où ils sortent est assez large -et quand celui qui les pousse est robuste. Les _composés_ partent par -éclats, et comme une décharge d'artillerie. On les nomme _diphtongues_ -et une personne robuste peut en faire vingt, tout d'une tire. - -Le pet est diphtongue, quand l'orifice est bien large, la matière -copieuse, les parties inégales et mêlées d'humeurs chaudes et tenues, -froides et épaisses. Alors s'opère une canonnade, où l'on distingue des -syllabes diphtonguées, comme pa pa, pax, pa-pa-pa, pax, et toujours -_crescendo_. Rien de plus joli, de plus récréatif que ce mécanisme -des pets diphtongues, quand l'anus est assez ample, et entouré d'un -_sphincter_ fort et élastique. C'est un de ces pets qui a fait fuir les -sorcières dont nous avons parlé, page 40 de cette dissertation. - - -_Terribles effets du pet diphtongue._ - -Le _pet diphtongue_ est plus terrible que le tonnère. S'il ne foudroie -pas, il étonne, rend les uns sourds et les autres hébêtés, et cela par -l'extrême compression de l'air, qui devenu libre, ébranle tellement -en sortant, les colonnes de l'air extérieur, qu'il peut détruire et -arracher en un clin d'œil les fibres les plus délicates du cerveau, -donner un mouvement de rotation à la tête, la faire tourner sur les -épaules comme une girouette, briser à la septième vertèbre l'étui de -la moëlle allongée, et par cette destruction, donner la mort. Hélas! -combien de poulets tués dans les œufs, combien de fœtus avortés ou -étouffés dans le sein de leurs mères, par la forte explosion du PET -diphtongue! plus puissant que les exorcismes, il a plus d'une fois fait -prendre la fuite au diable lui-même, et l'anecdote suivante, dont la -vérité est constante, en fournit un exemple. - -Le diable tourmentait depuis longtems un homme pour qu'il se donnât -à lui. Cet homme ne pouvant plus résister aux persécutions du -malin esprit, y consentit sous trois conditions qu'il lui proposa -sur-le-champ. 1^o. Il lui demanda une grande quantité d'or et d'argent; -il la reçut dans l'instant; 2^o. il exigea qu'il le rendît invisible, -le diable lui en enseigna les moyens et lui en fit faire l'expérience, -sans l'abandonner. Enfin, cet homme était fort embarrassé sur ce qu'il -lui proposerait en troisième lieu, qui pût mettre le diable dans -l'impossibilité de le satisfaire, et comme son génie ne lui fournissait -point à l'instant l'expédient qu'il en attendait, il fut saisi d'une -peur dont l'excès le servit par hasard fort heureusement, et le sauva -de sa griffe. On rapporte que dans ce moment critique, il lui échappa -un pet diphtongue, dont le tapage ressemblait à celui d'une décharge de -mousqueterie. Alors, saisissant avec présence d'esprit cette occasion, -il dit au diable: «Je veux que tu m'enfiles tous ces pets, et je suis -à toi». Le diable essaya l'enfilement, mais quoiqu'il présentât d'un -côté le trou de l'aiguille et qu'il tirât de l'autre à belles dents, -il ne put jamais en venir à bout. D'ailleurs, épouvanté par l'horrible -tintamarre de ce _pet_, que les échos avaient rédupliqué, confus, -forcené même de se voir pris pour dupe, il s'enfuit en lâchant une -vesse infernale qui infecta tous les environs, et délivra de la sorte -ce malheureux du danger éminent qu'il avait couru. - -Il est constant que dans tous les royaumes, républiques, villes, -villages, hameaux, familles, châteaux de campagnes, où il y a des -bonnes, des vieilles et des bergers, dans les livres et les histoires -anciennes, il y a eu une infinité de maisons délivrées des diables, -par le secours des _pets diphtongues_. Ce sont de petits _tonnères de -poche_; leur vertu et leur salubrité sont actives et rétroactives, ils -sont d'un prix infini; l'antiquité la plus reculée les a reconnus tels -de-là ce proverbe des romains: UN GROS PET VAUT UN TALENT. Or, si l'on -considère que le talent romain, valait 84 liv., 100 et 125 livres de -notre monnoie, j'observerai en passant qu'un gros pet est plus lucratif -qu'un beau poëme, car le tems est passé où un Alexandre donnait 480 -mille écus à Aristote pour son livre de la nature des animaux. Auteurs, -cessez d'écrire, puisque les arts ne vous nourrissent plus; mangez des -haricots et pétez. - -La nature des pets est variée à l'infini, suivant le climat, la -condition, et le moral des individus. Un habile observateur les a -classés de la manière suivante. - -1^o. _Pets départementaux._ Ceux-là ne sont pas si falsifiés que -ceux de Paris, où l'on raffine sur-tout. On ne les sert pas avec -tant d'étalage; mais ils sont naturels, et ont un petit goût salin, -semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement -l'appétit. - -2^o. PETS DE MÉNAGE. Nous apprenons, d'après les remarques d'une grande -ménagère de Pétersbourg, que ces pets sont d'un goût excellent dans -leur primeur, et que quand ils sont chauds, on les croque avec plaisir; -mais dès qu'ils sont rassis, ils perdent leur saveur, et ressemblent -aux pillules, qu'on ne prend que pour le besoin. - -3^o. PETS DE PUCELLE. On écrit de l'île des Amazones, que les pets -qu'on y fait sont d'un goût délicieux et fort recherchés. On dit qu'on -ne les trouve que dans ce pays, mais je n'en crois rien. Toutefois on -avoue qu'ils sont extrêmement rares; _rara avis in terris_. Voyez le -_Roman de la rose_. - -4^o. _Pets de maître en fait d'armes._ Les lettres du camp près -Constantinople, nous annoncent que les pets de ces escrimeurs sont -terribles, et qu'il ne fait pas bon de les sentir de trop près, -car, comme ils sont toujours plastronnés, on dit qu'il ne faut les -approcher que le _fleuret à la main_. - -5^o. _Pets de demoiselles._ Ce sont des mets exquis, sur-tout dans les -grandes villes, où on les prend pour du croquet à la fleur d'orange. Ce -pet est un _semi-vocal_ ou petit pet, composé d'une matière très-sèche -et très-déliée, qui se portant avec douceur le long du canal de sortie, -qui est fort étroit, soufflerait à peine une paille. Ce _pet_ n'allarme -point les nez sensuels, et n'est point indécent comme la vesse et le -pet de maçon. - -6^o. PETS DE JEUNES FILLES. Quand ils sont murs, ils ont un petit goût -de _revas-y_, qui flatte infiniment les véritables connaisseurs. - -7^o. _Pets de femmes mariées._ On aurait un long mémoire à transcrire -sur ces pets; mais on se contentera de la conclusion de l'auteur, et -l'on dira d'après lui, «qu'ils n'ont de goût que pour les amans, et -que les maris n'en font pas ordinairement grand cas». - -8^o. _Pets de bourgeoises._ Les bourgeois de Rouen et de Caen nous -ont envoyé une longue adresse en forme de dissertation, sur la nature -des pets de leurs femmes. Nous voudrions bien les satisfaire, en -imprimant en entier cette dissertation, mais les bornes que nous nous -sommes prescrites nous le défendent. Nous dirons en général que le pet -de bourgeoise est d'un assez bon fumet, lorsqu'il est bien dodu, et -proprement accommodé, et que faute d'autres, on peut très-bien s'en -contenter. - -9^o. _Pets de paysannes._ C'est ici le lieu de répondre à certains -mauvais plaisans qui ont perdu de réputation les pets de paysannes. On -nous mande des environs d'Orléans, qu'ils sont très-beaux et très-bien -faits; quoiqu'accommodés à la villageoise, ils sont encore de fort bon -goût. On assure aux voyageurs que c'est un véritable régal pour eux, -et qu'ils peuvent les avaler en toute sûreté, comme la _montmorency_, -et les gobets à courte-queue. - -10^o. _Pets de bergères._ Les bergères de la vallée de Tempé en -Thessalie, nous donnent avis que leurs pets ont le véritable fumet -du Pet, c'est-à-dire, qu'ils sentent le sauvageon, parce qu'ils sont -produits dans un terrein où il ne croît que des aromates, comme le -thim, le serpolet, la marjolaine, la sariette, etc., etc. Elles -entendent qu'on fasse une grande différence de leurs pets avec ceux -des autres bergères qui prennent naissance dans un terrain inculte: -la marque distinctive qu'elles enseignent pour les reconnaître et n'y -être pas trompé, c'est de faire comme on fait aux lapins de garenne, -c'est-à-dire, flairer au moule. - -11^o. _Pets de vieilles._ Le commerce de ceux-ci est si désagréable, -qu'on ne trouve point de marchand pour les négocier. On ne prétend -pourtant point pour cela empêcher personne d'y mettre le nez. Le -commerce est libre. - -12^o. _Pets de boulangers._ Nous recevons à leur sujet la note suivante -du Hâvre; la voici telle qu'un maître boulanger de cette ville nous la -transmet: - -«L'effort que fait l'ouvrier en faisant sa pâte, le ventre serré contre -le pétrin, rend les pets diphtongues. Ils se tiennent quelquefois comme -des hannetons, de sorte qu'on pourrait en avaler une douzaine, tout -d'une tîre.» Cette remarque est des plus savantes et de fort bonne -digestion. Ce pet est aspiré, ou petit pet _semi-vocal_, composé d'une -matière humide et obscure: pour en donner l'idée et le goût, je ne puis -mieux le comparer qu'à un pet d'oie: peu importe que le calibre qui le -produit, soit large ou étroit; il est si chétif qu'on sent bien que ce -n'est qu'un avorton. - -13^o. _Pets de potiers de terre._ Ces pets, sans contredit, sont faits -au tour, mais ils n'en sont pas meilleurs. Ils sont sales, puans, et -tiennent aux doigts. On ne peut pas les toucher, crainte de s'emberner. - -14^o. _Pets de tailleurs._ Ils sont ordinairement de très-bonne taille -et ont un goût de prunes, mais les noyaux sont à craindre. - -15^o. _Pets de géographe._ Ceux-là, semblables à des girouettes, -tournent à tout vent. Quelquefois cependant, ils s'arrêtent du côté du -nord, ce qui les rend perfides. - -16^o. _Pets de courtisannes._ Vous pouvez prendre la galerie noire -du Palais-Egalité, même tout le palais et les rues environnantes, si -vous voulez faire des dégustations et des expériences pneumatiques sur -cette nature de pets. On en trouve d'assez drôles; leur goût est assez -appétissant: ils crient toujours famine, en langue allemande: mais -prenez-y bien garde, il y a beaucoup d'alliage dans cette denrée. Si -vous se trouvez pas mieux, prenez-les au poinçon de Paris. - -17^o. _Les pets de cocus._ Il y en a de deux sortes. Les uns sont doux, -affables, mous, etc. Ce sont les pets des _cocus volontaires_; ils ne -sont pas malfaisans. Les autres sont brusques, sans raison et furieux. -Il faut s'en donner de garde; ils ressemblent au limaçon, qui ne sort -de sa coquille que les cornes les premières. _Fœnum habent in cornu._ -Heureusement les pets des cocus malgré eux sont excessivement rares, de -notre siècle, qui est celui de la tolérance et de la liberté. - -18^o. _Pets de savans._ Ces derniers sont précieux, non par leur -volume, mais par la noblesse du foyer d'où ils sortent. Ils sont aussi -très-rares, parce que les savans, rangés sur les banquettes du Palais -national des sciences et des arts, à l'Institut ou aux Conseils, -ne pouvant, dans une assemblée publique, interrompre une lecture -importante, pour donner l'essor à un pet, sont obligés de le féminiser -pour lui donner un passeport, et ne pas déranger l'ordre des travaux, -des lectures et des motions. Ils sont en revanche vigoureux, quand ils -sont les enfans de la solitude et de la liberté, car les savans de nos -jours mangent plus de fèves que de poulardes. - -Quant aux petits auteurs, comme moi, nous avons carte blanche dans le -cabinet; nous nous égayons par la bruyante harmonie du pet diphtongue; -elle nous fournit des idées, dans la composition de l'ode, et son bruit -se mêle agréablement à l'emphase avec laquelle nous récitons nos vers. -Le célèbre Boursault fit certainement beaucoup de jolis pets, et les -regarda avec beaucoup d'attention, pour les peindre avec autant de -vérité et de goût, qu'il l'a fait dans son _Mercure galant_. Certes, il -était plein de son sujet, quand il fait si bien dire à mon héros: - - Je suis un invisible corps, - Qui de bas lieu tire mon être; - Et je n'ose faire connoître; - Ni qui je suis, ni d'où je sors. - Quand on m'ôte la liberté, - Pour m'échapper, j'use d'adresse, - Et deviens femelle traîtresse, - De mâle que j'aurais été. - -19^o. _Pets de commis._ Après ceux des fournisseurs de la république, -ceux-ci sont les mieux nourris, et font honneur à la cuisine de leurs -auteurs. Aussi m'est-il arrivé plus d'une fois en fréquentant les -bureaux, d'entendre des salves de pets, dont les plumitifs indolens et -désœuvrés s'amusent à se saluer réciproquement. C'est à qui développera -la plus belle et la plus sonore basse-taille. C'est un concert brillant -et bien soutenu. Si ces messieurs n'ont rien de mieux à faire, ils -ont raison, il faut égayer l'ennui d'un bureau, et il vaut mieux péter -pour tuer le tems, que de médire, de faire des libelles, ou de mauvais -vers. D'ailleurs, j'ai amplement démontré les inconvénients terribles -qu'occasionnerait la crainte de péter; et je ne puis trop louer ceux -des commis laborieux qui, plus sages que Métroclès, dont j'ai parlé -ci-dessus, aiment mieux passer pour grossiers, en lâchant le captif, -que d'interrompre leur besogne, en allant péter dans le corridor, car -un proverbe dit: «il vaut mieux péter en compagnie, que de crever dans -un petit coin». - -L'anecdote suivante prouvera avec quelle sévérité mon héros punit ceux -qui veulent s'opposer à ce qu'il jouisse du droit imprescriptible de -citoyen français, libre et philosophe. - - -LES TROIS ACCIDENS[12]. - - Trop de crainte nous perd. Sans exorde plus ample, - Je vais en donner un exemple. - - Nicette tenait dans sa main - - Un œuf frais qu'elle allait porter à sa grand'mère - Le verglas qui couvrait la terre - La faisait chanceler tout le long du chemin. - Plus elle craint et moins elle est légère; - Certain vent importun alors la tourmenta, - Vent qu'elle eût bien voulu lâcher à la sourdine; - Elle apperçoit qu'on l'examine, - Et jusqu'au blanc des yeux le rouge lui monta. - Le malheur fut complet par défaut d'assurance, - Il survint un ruisseau qu'il fallut enjamber; - Nicette lève un pied, glisse, perd la cadence, - Et serrant bien les poings pour faire résistance, - PÉTA, créva son œuf, et se laissa tomber. - -20^o. _Pets d'acteurs et d'actrices._ - -J'ai déjà dit qu'ils ne paraissaient point sur la scène, mais puisqu'on -y fait paraître des chevaux, il est probable qu'on leur accordera le -même privilège: jusqu'à ce moment, ils s'y trouvent incognito et de -contrebande, comme ceux des savans, en changeant de sexe. Notre théâtre -offre tous les jours des innovations si heureuses dans le tragique, que -je ne serais pas surpris d'entendre une pétarade arrangée par _Méhul_, -_Gossec_ et _Chérubini_. - - -LE PET DU VILAIN. - -Rutebeuf, le plus célèbre parmi les Trouvers Picards, celui d'entr'eux -qui paraît avoir eu le plus d'esprit et d'imagination, n'a pas -dédaigné de prendre la défense du PET, dans un tems où l'orgueil de la -chevalerie, et la tyrannie féodale, accablaient de mépris les gens de -la campagne. Voici ce qu'il raconte: - -«Un villageois, malade d'une indigestion, est à toute extrémité: Satan, -selon sa coutume, envoie saisir l'ame, mais par dédain pour un objet si -peu important, il n'emploie à cette vile fonction que le plus simple -de ses satellites. Celui-ci n'imaginant pas que l'ame d'un _Vilain_ -dût sortir par le même passage que celle des autres, attache un sac à -la porte opposée; tout-à-coup une crise heureuse (le secours du dieu -PET,) soulage le malade. Le sot député voyant le sac se remplir, le -lie promptement et va le porter à son souverain; mais Satan maudissant -cette ame infecte, jure de n'en jamais recevoir qui ait habité un corps -de vilain. - -Or maintenant, ajoute Rutebeuf, malheureux sur la terre, chassés du -ciel, rebutés des enfers, je vous le demande, Messieurs, où iront ces -infortunés?...» - -Ce conte de Rutebeuf mérite d'être cité, quoiqu'il ne soit pas de -la bonne compagnie; il montre combien il a fallu d'efforts et de -philosophie pour ramener les hommes au respect qu'ils doivent à la -classe utile et respectable des cultivateurs. - -Parmi les écrivains anciens et modernes, qui ont écrit sur le _pet_ -et qui lui ont rendu les honneurs qu'il mérite, on peut citer -_Bebelle_, _Frischlin_, _Marot_ et _St.-Evremond_. L'aimable philosophe -St.-Evremond avait du PET une idée bien différente de celle que s'en -fait le vulgaire. Il l'appellait un soupir, et disait un jour à sa -maîtresse, devant laquelle il avait fait un PET: - - Mon cœur outré de déplaisirs, - Etait si gros de ses soupirs, - Voyant votre humeur si farouche; - Que l'un d'eux se voyant réduit - A n'oser sortir par la bouche, - Sortit par un autre conduit. - -L'immortel _Clément_ MAROT n'a pas dédaigné de travailler sur le -_cul_, sur le _pet_ et sur la _vesse_. Si je ne craignais de donner -à ce volume, trop d'étendue, (car j'ai encor d'autres choses à vous -dire) je rapporterais ici ses vers, mais pour ne pas remplir mon livre -de l'esprit des autres, je vous prie de voir, pour ce qui regarde le -cul, les blasons 24. et 34. tom. 3. édit. de la Haye, 1791. _in-12._, -le blason 35., pour le pet et la vesse, et le blason 24. si vous êtes -curieux d'y voir le c.. - -Parler du _pet_ sans parler du cul, c'est décrire Rome sans parler du -Capitole, il faut donc que je fasse son éloge en deux mots. Il est -certainement la plus noble partie du corps, puisqu'il a l'honneur de -se coucher le premier. C'est le cul qui répare tous les malheurs du -corps. C'est par lui que toutes les humeurs et venins sont purifiés, -et que l'on est rendu à la vie. La partie la plus essentielle de -l'homme, c'est le cul. On peut vous crever un œil, et même tous les -deux, sans que cela vous empêche de vivre. On peut vous couper les -bras et les jambes; on peut vous faire l'opération qui rendit Abailard -moine, on peut vous boucher les oreilles, et vous n'en vivrez pas -moins, mais si on vous bouche le cul, je vous défie de vivre seulement -quatre jours. Le supplice le plus cruel inventé par un tyran de l'Asie -était de faire attacher un esclave sur une selle, en lui bouchant le -derrière, et de le laisser dans cette posture, en lui donnant force -à manger, jusqu'à ce que cette constipation forcée l'eût suffoqué -lentement. Voyez le _Podicis encomium_, page 348 de _l'Amphitheâtrum -sapientiæ Socraticæ_, par _Gasp. Dornavius_. - - -QUESTION CHYMIQUE. - -_Esprit de pets pour enlever les taches de rousseur._ - -On demande s'il est possible en chymie de distiller un pet et d'en -tirer la quintessence. On a décidé pour l'affirmative, et il n'y a -point de doute que le cit. Quinq... si fameux par ses lampes, sa crème -de tartre, ses eaux odontalgique et virginale, etc., n'obtienne les -plus satisfaisans résultats de la distillation d'un PET. - -Il vient tout récemment de reconnaître, après un long travail, que le -pet est de la classe des esprits. Après avoir eu recours à son alambic, -voici comme il procéda. - -Il fit venir une hibernoise de son voisinage, c'est-à-dire, de la -halle, qui mange, à un repas, autant de viande que six rouliers en -mangeraient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son -appétit et la chaleur de son foie, gagne sa vie comme elle peut. Il -lui fit manger de la viande autant qu'elle en voulut et put manger, -avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni -vesser, sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un -de ces larges récipients, tels qu'on les emploie pour faire l'huile -de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à -péter par d'agréables carminatifs et lui faisant boire de l'eau d'anis, -enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique, capables de répondre -à son intention. L'opération s'est faite à souhait, c'est-à-dire, -très-copieusement. Alors, notre chymiste satisfait prit une certaine -substance huileuse ou balsamique dont il n'a pas voulu me dire le -nom, la jetta dans le récipient et fit condenser le tout au soleil -par circulation, ce qui produisit une quintessence merveilleuse. -Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourraient enlever -les taches de rousseur de la peau. Il en essaya le lendemain sur le -visage de plusieurs jolies harangères du marché aux poirées, qui -toutes perdirent sur-le-champ ces vilaines taches, et virent avec tout -le plaisir qu'on peut s'imaginer, leur teint blanchir à vue d'œil. -Les tendrons reconnaissans l'ont payé, dit-on, _in-cute_; c'est le -salaire qui pouvait le mieux payer le galant et salace pharmacien. -Alors, le journal de Paris, et des affiches disséminées avec profusion -ont préconisé cette utile découverte, digne de faire le pendant des -redingottes _à l'anglaise_ et des _dragées de Keiser_. On espère -donc que nos beautés en perruque blonde, en coëffures à la _Titus_, -à la _Caracalla_, feront une grande consommation de ce merveilleux -spécifique, si précieux sur-tout aux habituées de Tivoli, de l'Elysée, -d'Idalie, de Thélusson, de Paphos, Mousseaux, etc. Bref, elles feront -la fortune du pharmacien à qui elles élèveront des statues, comme à -un nouvel _Abdéker_, et à qui on ne pourra plus reprocher qu'il ne -connaissait que la carte des pays bas. - - -DU PET ARTIFICIEL. - -La plus précieuse observation que je puisse faire à l'avantage du -PET, est celle, non moins étonnante que vraie, de son utilité, dans -les mystères de la reine de Paphos et d'Amathonte. Cette déesse si -voluptueuse et si sensuelle, sachant bien que toutes les jouissances -qu'elle procure, seraient imparfaites, si la présence du dieu PET -ne leur donnait la dernière période, et voulant concilier avec ce -besoin, la délicatesse du sens olfactoire, chez ses prêtresses, a -inventé elle-même le PET _artificiel_, dont le but est de conserver, -dès son origine, ce qu'il a de réjouissant, en évitant ce qu'il -a de désagréable à l'odorat. Elle a voulu que le bruit du PET se -fondît agréablement avec celui des soupirs et des baisers, qu'il -assaisonne, et au moyen d'une petite vessie remplie de parfums, adaptée -ingénieusement sous.... mais le conte suivant va vous le dire: - - -LES DEUX PETS. - -CONTE. - - Tant s'en faut que toujours la fin d'une aventure - Réponde à son commencement; - Telle promet d'abord une volupté pure, - Qui se termine en un tourment. - Bien l'éprouva Damon, français et gentilhomme; - Car tout français se dit comte ou marquis, - Ou gentilhomme au moins en quittant son pays, - Et celui-ci se disait tel à Rome. - - Or, comme bien savez, un français n'est pas homme - A se laisser ronger d'ennuis; - Il choisit donc une Laïs, - Qui, moyennant certaine somme, - L'admit au rang des favoris. - A Rome comme ailleurs, femme qui sait son prix, - Ne livre rien sans savoir comme. - À demain, lui dit-elle, et selon vos désirs, - Je vous préparerai la voie - Qui conduit aux plus grands plaisirs; - Apportez seulement argent, vigueur et joie; - Et vous verrez beau jeu si la corde ne rompt. - Croyez que le galant ne manqua d'être prompt. - Au rendez-vous il la trouve parée, - De la façon que Cithérée - Reçoit le Dieu Mars dans ses bras, - Une moitié de ses appas - Se trouvait assez éclairée, - Pour que l'autre qu'on ne voit pas, - Par le galant fut désirée. - Un souper fin, tel qu'il le faut - Dans les plaisirs d'un tête à tête, - Fut le prélude de la fête - Que payait bien notre ribaud. - Ils mangèrent assez, mais ils ne burent guère, - Longue nuitée et court repas, - C'est ainsi qu'on fait à Cithère, - Lorsqu'on s'y prépare aux ébats; - Enfin notre bonne commère, - Reçut Damon entre les draps. - Ah! quelle volupté s'emparant du compère, - Le défrayait de ses ducats! - Tous ses sens occupés de l'amoureuse affaire, - A de si grands transports livraient son ame entière, - Qu'il paraissoit devenu fou. - Les amours libertins, regardant son derrière, - En un coin riaient tout leur saoul. - - Cependant la Laïs romaine, - Gagne son argent de son mieux, - Et d'un mouvement gracieux - Aide l'agent qui se démène, - Lorsque du souterrain tout d'un coup part un bruit - Qui de Damon l'oreille blesse. - Redoutant les effets de quelque odeur traîtresse, - Il allait quitter le déduit. - «Quoi! ce bruit vous fait peur, dit-elle, - «Sachez qu'on aime ici les plaisirs réunis. - »Continuez Damon: c'est un régal exquis, - »Que pour votre odorat a préparé mon zèle, - »Mettez sans crainte votre nez - »Dans les draps parfumés d'une essence nouvelle, - »Et ce bruit que vous soupçonnez, - «Est l'heureux signal qui l'appelle». - Il la croit, et fait bien alors de s'y fier. - Une délicate vessie, - Pleine de parfums d'Arabie, - Qu'avait pressée à propos son fessier, - Avait causé le bruit qui venait d'effrayer - Damon, dans le moment le plus doux de sa vie. - - On appelle cela PET ARTIFICIEL, - Ordinaire galanterie - De toute femme d'Italie, - Qui fait un trafic corporel. - - Cette volupté réunie, - Mit le comble au plaisir de l'amant sensuel; - Après un petit intervalle, - Notre brave et vigoureux mâle, - Se met à reprendre le jeu, - Qui, par malheur, dure si peu. - Un second bruit vient frapper son ouie; - Nez aussi-tôt de plonger dans le lit, - Pour cueillir à point tout le fruit - De la précieuse ambroisie. - Mais pour le coup ce fut un PET au naturel; - Qui, sortant chaudement de la région sale, Fit un atmosphère mortel - D'atômes imprégnés de matière fécale: - Pour surcroît de malheur encore plus cruel, - Un humide substanciel, - S'attachant à l'engin trop voisin de la source, - Abbattit sa vigueur et laissa sans ressource - L'amoureux qui maudit l'air pestilenciel, - Et dit en s'enfuyant. «Ah! de cette chrétienne - »Devais-je pas me défier? - »Et prévoir que le trou culier - »D'une femelle italienne, - »Ne pouvait être qu'un évier.» - -C'est à regret que j'obéis à la nécessité d'être historien fidèle, en -rapportant un conte aussi graveleux,[13] mais, ne devant passer sous -silence rien de ce qui a rapport à mon sujet, j'aime mieux encourir -le risque d'une imprudence, que de passer pour ignorant, dans une -matière où toute mon érudition doit être déployée. Au reste, _Bayle et -Brantôme_ en ont fait autant. D'ailleurs ce conte me donne occasion -d'apprendre aux lecteurs qu'il est du fameux abbé _Sabathier_ de -Castres, auteur des _Trois Siècles de Littérature_, des _Siècles -Payens_, des Mémoires de _miladi Kilmar_, et du _journal Politique -National_, en 1789. Aujourd'hui à Vienne. Tandis que j'y suis, je -citerai le trait suivant, cité par Nicodême Frischlin, (édit. de -_Strasbourg_. 1525. _in-16_.) - -Quelqu'un ayant lâché un vent au milieu d'une nombreuse société, un -de ses amis lui en fit reproche. Par Jupiter, répondit le péteur, il -y a longtems que mon derrière désire parler, il ne lui manque que ta -langue. Veux-tu la lui donner? - -Le trait de naïveté suivant, dans une fille d'auberge, plaira sans -doute aux plus graves personnages. - - -LE PET FRANÇAIS. - - Deux anglais arrivant dans un village en France, - Etaient de fatigue harrassés, - En outre fort embarassés, - Pour trouver un lieu de pitance; - Car tous les deux, ignorant le français, - Aux paysans parlaient anglais; - Les manans ne surent jamais - Aucun autre langage, - Que celui qu'on parle au village; - Cependant le curé plus sage, - Reconnoissant à leur baragouinage - Qu'ils avaient besoin de manger, - Et qu'ils cherchaient à se loger, - Lors par le bras vous les prend et les mène - A l'auberge la plus prochaine. - L'hôte les voyant arriver, - Et désirant chez lui les conserver, - Les saluant, en suivant sa marotte, - Il leur fait signe de s'asseoir, - Puis bientôt appelant Javotte: - Allons, dit-il, tire-moi cette botte; - Près d'eux on s'empressait, oh! dame! il fallait voir: - Chacun était jaloux de bien remplir sa tâche; - Mais en voulant tirer trop fort, - La Javotte fait un effort, - Et devant tout le monde, avec grand fracas, lâche - Ce qu'ordinairement avec soin chacun cache. - Le pauvre maître consterné, - En cas se trouvant très-peiné, - Lui dit: «Puante, eh bien! que veux-tu que l'on dise - »De notre honnêteté chez messieurs les Anglais? - —Mais qu'est-ce que ça fait, dit-elle avec franchise, - Ces deux messieurs n'savont pas le français. - -L'abbé de Marigny, a oublié dans son poëme sur le _pain béni_, dont -j'ai donné une édition, de nous raconter l'anecdote suivante. Elle -prouve que non-seulement _le Pet_ a le privilège d'égayer les sociétés, -mais que les plus augustes mystères de la religion ne sont pas à l'abri -de son humeur joviale et libre. - - -LE PET BÉNI. - -Une bonne villageoise rendait le pain béni. Un cierge à la main, les -barbes du bonnet et, la robe détroussées, elle était en présence du -célébrant, et flanquée du bédaut. Sa timidité naturelle s'augmenta, -lorsque le curé, pour payer son pain béni et son cierge, lui présenta -le cul d'une assiette d'étain à baiser. La bonne dame était sourde -passablement. Un PET assez ronflant qu'elle lâche, déconcerte la -gravité des ministres de son culte. Curé, bédaut, enfans de chœur, -suisse, enfin, chacun de ceux qui l'environne se serre les lèvres pour -ne pas rire aux éclats. La bonne femme qui n'a pas fait attention à -son échappée, croit que l'on rit de la petitesse de son pain béni, et -dit pour s'excuser: «Ce n'est pas ma faute, Mr. le Curé: si j'avais -eu du beurre et du sel, je l'aurais fait plus gros». Pour le coup, le -quiproquo fut si plaisant, que chacun n'y put tenir. Le service divin -fut interrompu, et bien en prit aux hommes d'église d'être obligés de -se tourner vers l'autel, pour ne pas scandaliser les fidèles par leur -rire qu'augmentait la contenance tranquille de la péteuse. - -J'ai dit qu'un pet avait mis en fuite des sorcières: il a quelquefois -eu le mérite d'épouvanter ces fiers anglais qui se croient les dieux -des mers, témoin le fait suivant rapporté par un anonyme. - - -LE PET ET LE POLITIQUE. - - Au café, de grands politiques, - Parlaient entr'eux des affaires publiques; - Tel à la guerre et tel à paix croyait. - Toutefois chacun convenait - Que la guerre serait certaine - Dès le premier coup de canon. - De la triste réflexion - Les pauvres gens très-fort en peine, - Pour mieux penser à cet objet, - Gardaient le plus profond silence. - Un d'eux qui, par ennui, de bien bon cœur dormoit, - Se retourne, s'agite, et lance un ferme pet. - Oh! parbleu, de ce coup je déserte de France, - Dit un milord, qui là pour lors était; - Vous l'avez entendu? l'hostilité commence. - -Non-seulement le Pet est le père de la gaîté, mais ce qui doit encore -le rendre recommandable aux républicains, il est celui de l'égalité. -Il rapproche les distances que l'orgueil a mises entre le maître et le -valet. Il rend le premier affable et donne de l'esprit au second. - -Un noble voulant s'amuser aux dépens de son laquais et l'embarrasser, -leva la cuisse et donna l'essor à un gros PET; puis s'adressant à -son domestique qui était présent: Cours après ce fuyard, dit-il, et -rapporte-le moi, mort ou vif. Vite, dépêche-toi, il me le faut. Le -valet, d'abord embarrassé, prend enfin son parti; il sort et rentre un -moment après.—Je l'ai trouvé, not' maître. En même-tems s'approchant -de lui, lâche un pet qui valait bien le premier, et lui dit: Le voilà! -le gentilhomme fronce le sourcil d'abord, et finit par rire à gorge -déployée. Je n'en finirais pas, et je ferais un volume _in-folio_, si, -nouveau _Calmet_, ou _Montfaucon_, je me livrais aux recherches des -traits historiques anciens et modernes, sur le pet. En voici un assez -piquant. - -Un jour, entre la poire et le fromage, des citoyens qui ne comptaient -des jours de leur vie que ceux qu'ils passaient à rire, proposaient -diverses questions à résoudre. Un prêtre de Louvain, nommé Antoine, et -un autre aussi plaisant que lui, agitaient la question de savoir quelle -est la plus noble partie du corps humain. Celui-ci nomme les yeux. -Celui-là le cœur. L'un dit que c'est le cerveau, tel autre dit autre -chose, et chacun motive son opinion du mieux qu'il peut. Antoine, quand -ce fut son tour, dit que c'est la bouche, et se fonde sur d'excellentes -raisons. Son adversaire lui répond que c'est la partie sur laquelle -nous nous asseyons. On réfute son avis, il persiste et le prouve en -disant que d'ordinaire c'est toujours l'homme le plus distingué de la -compagnie, qui s'assied le premier, que par conséquent c'est le cul -qui jouit exclusivement de ce privilège. Les convives applaudirent par -de grands éclats de rire à la justesse de son avis. Antoine vaincu -dissimule son humeur; mais quelques jours après, rencontrant au même -endroit, son adversaire, qui causait, tandis que l'on dressait le -couvert, il s'approche de lui et lui lance le pet le plus vigoureux. -Celui-ci se fâche. Va-t'en plus loin, vilain puant, lui dit-il, où -diable as-tu appris à vivre?...—Chez toi, répond Antoine, en riant. -Tu te fâches! eh pourquoi? si je t'avais salué de la bouche, tu me -l'aurais rendu bien poliment; et parce que je te salue, avec la partie -que toi-même as dit être la plus noble du corps humain, tu me traites -de cochon! je suis plus poli que toi qui ne me le rends pas. Ainsi, -Antoine, qui avait été vaincu dans la première occasion, eut cette fois -tous les rieurs de son côté. - -L'ingénieux St.-Evremont, ayant eu le malheur de faire un PET, en -présence de sa maîtresse, obtint son pardon, en lui envoyant les -stances suivantes. - - Unique objet de mes désirs, - Philis, faut-il que mes plaisirs - Pour rien se changent en supplices, - Et qu'au mépris de votre foi - Un pet efface les services - Que vous avez reçus de moi? - - Je sais bien, ô charmant objet, - Que vous avez quelque sujet - D'être pour moi toute de glace; - Et je confesse ingénument, - Puisque mon cul fait ma disgrace, - Qu'elle n'est pas sans fondement. - - Si pourtant cette extrême amour, - Dont j'eus des preuves chaque jour, - Pour un pet s'est changée en haine, - Vous ne pouviez jamais songer - A rompre une aussi forte chaîne, - Pour un objet aussi léger. - - S'il est vrai qu'on n'ose nier - La porte à chaque prisonnier, - Alors que la princesse passe: - Ce pet pouvait avec raison, - Vous demander la même grâce, - Puisqu'il se voyait en prison. - - S'il ne s'est pas fort bien conduit, - S'il a fait quelque peu de bruit, - Lorsqu'il se fraya cette voie, - C'est qu'il était si transporté - Qu'il fit en l'air un cri de joie, - En recouvrant sa liberté. - - Hélas! quand je viens à songer - A ce sujet faible et léger - Qui cause mon malheur extrême, - Je m'écrie en ma vive ardeur: - Fallait-il me mettre moi-même, - Près de vous en mauvaise odeur? - - Si pour un _pet_ fait au hasard - Votre cœur où j'ai tant de part, - Pour jamais de moi se retire, - Voulez-vous que dorénavant - Vous me donniez sujet de dire - Que vous changez au moindre vent? - -A ces jolis vers du délicat St.-Evremond, nous pouvons ajouter la -réponse du célèbre cardinal du Perron, à Henri IV, dans une semblable -circonstance. Ce prélat jouant aux échecs avec le monarque, lâcha un -_pet_ en même-tems qu'il plaçait un cavalier; il fit pardonner cette -liberté, en disant avec esprit: au moins, sire, ce cavalier n'est pas -parti sans trompette. - -C'est ainsi que le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en -Portugal, répara par un bon mot, une liberté pareille qu'il prit un -jour avec le roi Don Jean IV. Ce roi, dont il était le favori, lui -donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main, et le roi -restant confus et piqué de ce manque de respect: Sire, répond le -favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte, qu'on ne la -lui ouvre incontinent? Ce mot plut autant au roi que l'action l'avait -offensé. - -Buchanan avait été précepteur des enfans de M. de Brassac; comme -il était un jour à sa table, il lui arriva, en mangeant un potage -bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Mais sans se -déconcerter, il dit à ce vent qui était sorti malgré lui: Tu as bien -fait de sortir, car j'allais te brûler tout vif. - -Un abbé italien, très-sujet à lâcher des vents, se trouvant en -compagnie, en fit un très-intelligible, et jouant la surprise, se -retourna en parlant à son derrière.—Che impertinente, lui dit-il, -che indiscreto, parler cosi alto innanzi le Donne, è interrompere -scioccamente una bella conversazione. «Vous êtes un impertinent, -un indiscret, de parler si haut devant des dames, et d'interrompre -insolemment une belle conversation». - -Un consul à qui le même accident arriva, tandis qu'il haranguait Henri -le Grand, se tira aussi d'affaire avec esprit. Dès que le PET lui -fut échappé, il se retourna vers son derrière: Taisez-vous, dit-il, -sot que vous êtes, attendez du moins que j'aie fini. Le Prince, qui -aimait la plaisanterie, trouva celle-ci fort bonne, et fut content dit -harangueur. - -Tous les péteurs n'ont pas eu l'avantage de donner impunément l'essor à -mon héros; l'aventure que je vais raconter prouve qu'il en est qui ont -trouvé des gens grossiers, qui n'étaient pas disposés à en rire comme -nous. - -Un homme obligé, dans un cabaret, de partager son lit avec un voyageur, -l'avertit qu'il avait le ventre du monde le plus bruyant, et qu'il -faisait un tintamarre épouvantable. Vous serez, dit-il, canonné toute -là nuit par des vents horribles qui s'ouvrent le passage malgré -moi. L'autre lui répond: mon ventre est plus modeste que le vôtre, -mais il est plus traître. Vous serez incommodé toute la nuit par -des vents discrets qui ne feront à la vérité aucun bruit, mais qui -feront acheter chèrement leur discrétion à votre odorat. _Passe-moi -l'émétique, je te passe la saignée._ Les deux coucheurs convinrent donc -de se faire grâce mutuellement de leurs infirmités, mais le dernier -se proposait de se mettre à l'abri de la canonnade par un stratagème. -En effet, il prit un soufflet qu'il se mit entre les jambes, et dès -que le premier fit jouer son artillerie, il souffla tellement le -canonnier, que celui-ci fut obligé de quitter le lit, et d'aller porter -sa batterie ailleurs. «O ciel, dit-il, quels vents glacés! je crois que -cet homme a l'hiver dans le corps, je n'y puis plus tenir». - -Un homme dans une compagnie de gens de distinction, fut -très-déconcerté, lorsqu'un vent coulis éclatant, forçant la prison, -publia sa honte. Au moins, dit-il, vous ne direz pas que j'ai fait un -coup de ma tête. - -Un autre se trouvant dans un cercle nombreux, fit la même chose, et -s'écria: oh! pour celui-là, il est authentique, car c'est un pet passé -par-devant notaires. En effet on remarqua, en riant beaucoup, qu'il y -avait deux notaires dans la compagnie. - -Une jeune et belle héritière d'une des premières maisons d'Angleterre, -dansant à un bal de la cour un menuet avec un jeune officier -très-pauvre, lâcha un pet, et devint très-confuse. Le jeune militaire, -pour tirer la princesse d'embarras, joua la honte et parut si confus, -que toute la cour fut persuadée qu'il était le coupable. Il sortit donc -au milieu des ris et des huées, qu'il souffrit avec un courage digne -de Curtius. Ce généreux dévouement ne resta point sans récompense. La -riche héritière en fut si reconnaissante, qu'elle offrit ses attraits, -ses biens immenses et son amour à ce jeune héros, qui jamais n'eût osé -prétendre à ce degré? d'éclat, si un _pet_ ne lui eût fourni une si -favorable occasion. - - -DES SIGNES ET DES EFFETS PROCHAINS DU PET. - -On en compte de trois sortes; les _apodictiques_, les _nécessaires_ et -les _probables_. - -Les _apodictiques_ sont ceux dont la cause étant présente, annonce que -l'effet ne tardera pas à se manifester. Ainsi un homme qui aura mangé -des pois et d'autres légumes, des raisins, des figues nouvelles, qui -aura bu du vin doux, caressé sa femme ou sa maîtresse, peut s'attendre -à un signe prochain d'explosion. - -Les _nécessaires_ sont ceux où un second effet résulte du premier, -comme le tintamarre, la mauvaise odeur, etc. - -Enfin, les _probables_ sont ceux qui ne se rencontrent pas toujours, et -n'accompagnent pas ordinairement toutes les espèces de PETS, comme la -contraction, le bruit ou l'aboiement du ventre, la toux et les petites -ruses de chaises, d'éternuement ou de trépignements de pieds, pour ne -pas être reconnu péteur. A ce propos je citerai pour exemple le moine -dont il est question dans la pièce suivante: - - _Inter erat rasos abdomine venter anhelo - Forte olim ludi pars, Grobiane, tui. - Semper erat victu que satur potu que refertus, - Thura dabat mensis non adolenda diis. - Postici edebant male olentia sibila folles, - Multa quid? hic monachus nil nisi flatus erat. - Forsitan ad mensam cum Coenobiarcha sederet, - Atque unâ monachus carperet iste cibos; - Ecce velut displosa sonat vesica, decori - Oblitus, laxo podice grande crepat: - Tum crepitus fratrum bibulas ut transvolet aures, - Et strepitum pedibus dat, gravitur que screat. - Hic abbas, bone frater, ait, hoc transeat iste. - Et strepuere pedes et crepuere nates._ - -et cette épigramme citée par Rodolphe Gochlenius, sur quelqu'un qui -employait la même ruse. - - _Rasus erat, memini, cujus postica pet anum,_ - _Fistula spirabat semper odore gravi. - Forsan ut accubuit sumpturus prandia, ventris - Mittebat crassum crassa sabura sonum, - Atne quis missum posseœœt deprehendere bombum, - En strepitum moto concitat ipse pede. - Tunc strepitus non est crepitus, ridente sub ore, - Increpitans ventos, Coenobiarcha refert._ - -Il est donc important de prévenir les jeunes gens et les vieillards, de -s'accoutumer à ne point rougir, lorsqu'ils péteront, mais d'en rire les -premiers, pour égayer la conversation. - -On n'a point encore décidé si péter en pissant est un effet malin, ou -bénin. Moi je le crois bénin, et je me fonde sur l'axiôme assez vrai -qui dit: - - _Mingere cum bombis res est gratissima lumbis._ - -En effet, pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer. - -Cependant, il est ordinaire de pisser avant que de péter, parce que les -vents aident à la première opération en comprimant la vessie; ils se -manifestent ensuite. - -Comme il est des privations de tout genre, et qu'un assez grand nombre -de personnes ne pètent que rarement et très-difficilement, que par -conséquent il leur arrive une infinité d'accidents et de maladies, j'ai -pensé que je devais écrire pour eux, et placer ici les remèdes et les -moyens qui peuvent les exciter à rendre les vents qui les tourmentent. -Je dirai donc en deux mots, qu'il y a deux espèces de remèdes, pour -provoquer les vents, les _internes_ et les _externes_. - -Les _internes_ sont l'anis, le fenouil, les zédoaires, enfin tous -les carminatifs et les échauffans. Les _externes_ sont les clystères -et les suppositoires. Si l'on fait usage de tous les deux, on sera -certainement soulagé. - -On demande s'il y a analogie entre les sons, si on peut les marier -et en faire un ensemble de musique pétifique? On demande aussi -combien il y a de genres de pets, par rapport à la différence du -son? Quant à la première question, un musicien très-célèbre répond -du succès de la musique demandée, et promet incessamment un concert -de ce genre. A l'égard de la seconde question, on répond qu'il y a -soixante-deux sortes de sons parmi les PETS. Car, selon Cardan, le -podex peut produire et former quatre modes simples de pets, l'_aigu_, -le _grave_, le _réfléchi_, et le _libre_. De ces modes, il s'en forme -cinquante-huit, qui avec l'addition des quatre premiers, donne dans la -prononciation 62 sons, ou espèces différentes de _pets_. Les compte qui -voudra. _Qui potest capere, capiat._ - -Il y a trois causes principales de la variété de ces sons, savoir: la -_matière du vent_, la _nature du canal_ et la _force du sujet_. Si -la matière du vent est sèche, le son du PET est clair. Plus elle est -humide, plus il est obscur; plus elle est égale et de même nature, plus -il est simple; plus elle est hétérogène, plus il est multisonore. - -Si le canal est étroit, le son sera aigu; s'il est large, le son sera -grave. La preuve résulte de la grosseur ou de la délicatesse des -intestins, dont l'inanition ou la plénitude influe beaucoup sur le son, -car on sait que ce qui est vuide est plus sonore que ce qui est plein. -La troisième cause de la différence du son, consiste dans la vigueur du -sujet. Plus la nature pousse fortement et vigoureusement, plus le bruit -du pet est grand, plus il est étoffé. - -Il est donc clair que la différence des sons naît de la différence -des causes. On le prouve facilement par l'exemple des flûtes, des -trompettes et des flageolets. Une flûte à parois épaisses et larges, -donne son son obscur. Une flûte étroite et mince en rend un clair; -enfin, une flûte dont les parois tiennent le milieu entre l'épais et -le mince en rend un mitoyen. La constitution de l'agent est encore une -cause qui prouve cette assertion. Que quelqu'un, par exemple, qui a -le vent bon, embouche une trompette, il en tirera infailliblement des -sons très-forts, et le contraire arrivera, s'il a l'haleine faible -et courte. Disons donc que les instrumens à vent sont bien inventés -et bien utiles pour l'appréciation des pets. Par eux, on tire des -conjectures très-certaines. O admirables flûtes, tendres flageolets! -graves cors de chasse! etc. Vous êtes bien faits pour être cités dans -l'art de péter, quand on vous embouche mal; mais vous savez rendre une -raison juste d'un son perçant ou grave, quand une bouche habile vous -fait résonner. Soufflez donc habilement, musiciens. - -L'estime que m'inspire un confrère laborieux me fait une loi de citer -la nouvelle machine que vient d'inventer le cit. Regnier, membre du -Lycée des Arts, auteur d'une foule de découvertes utiles à l'humanité. -Son aëromètre, servant à fixer la durée et la force de l'air, peut -être employé, avec succès pour déterminer la nature et la force du PET, -et je n'ai pas dû le passer sous le silence. (Voyez l'annuaire du Lycée -des Arts, où l'on trouve tout, excepté mon nom, et je vous dirai un -autre jour le POURQUOI.) - - - QUESTION MUSICALE. DUO SINGULIER. BELLE INVENTION POUR FAIRE ENTENDRE - UN CONCERT A UN SOURD. - -Un savant allemand a proposé ici une question très-difficile à -résoudre; savoir s'il y a de la musique dans les PETS? _distinguo._ -Il y a de la musique dans les pets diphtongués, _concedo_: dans les -autres, _nego_. - -La musique que produisent les pets diphtongues, n'est pas de celle -qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de -sonore, comme d'un violon, d'une guitarre, d'un clavecin, etc. Elle ne -dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui se resserrant ou -s'élargissant, forme des sons graves, ou aigus. Les pets diphtongues -font seuls de la musique. - -Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avaient chacun un talent -qui nous amusait tous trois. L'un rotait tant qu'il voulait sur -différens tons, l'autre pétait de même. Le dernier, pour y mettre -plus d'élégance et de raffinement, se servait d'un petit clayon à -égouter les fromages, sur lequel il ajustait une feuille de papier; -puis s'asseyant dessus à nud, et tortillant les fesses, il rendait des -sons organiques et flûtés de toute espèce. La musique n'était pas à la -vérité très-harmonieuse, ni les modulations fort savantes; il serait -même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert, -et de faire aller ensemble, comme il faut, les bas et haut-dessus, les -tailles et basses-tailles, les hautes et basses-contres, mais un habile -compositeur pourrait en tirer un système musical digne d'être transmis -à la postérité, dans le poëme de l'espagnol _Yriarte_, sur cet art. -C'est une diatonique distribuée à la Pythagoricienne, dont on trouvera -les _chroma_, en serrant les dents, on réussirait certainement. Veut-on -obtenir des sons aigus? choisissez un corps rempli de fumées subtiles -et un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves? faites -jouer un ventre plein de fumées épaisses et un canal large. Le sac -à vents secs rendra les sons clairs, et le sac à vents humides, des -sons obscurs. Le bas ventre est une orgue polyphtongue, d'où l'on peut -tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropes ou modes de sons, -dont on choisira seulement ceux consacrés à l'agrément, tels que le -_lyxoleidien_, l'_hypolyxoleidien_, le _dorique_ et l'_hypadorique_. -Ce qui est trop sensible détruit le sentiment. _A sensibili in supremo -gradu destruitur sensibile_, c'est un axiôme de philosophie. On ne -fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire. Autrement, -on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de -Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts de Niagara ou de -Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font -avorter les femelles, avant qu'elles soient grosses. - -Avant de finir ce chapitre, je ne puis, en bon citoyen, me dispenser -de dédommager des torts de la nature ceux de mes amis envers lesquels -elle a usé de rigueur. Il s'agit de faire participer un sourd à cette -musique. - -Il prendra donc une pipe à fumer, en appliquera la tête à l'_anus_ d'un -concertant, et tiendra l'extrémité du tuyau entre les dents, comme -on tient une montre par le bouton pour en observer le battement. Par -le bénéfice de la contingence, il saisira tous les intervalles des -sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs -exemples dans _Cardan_ et _Baptiste Porta_, de Naples. Si quelqu'autre -personne qu'un sourd, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il -pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent. Alors, il recevra -toutes les sensations et toute la volupté qu'il en pourra prétendre. - - -DU PET MUET MAL-PROPREMENT DIT VESSE. DIAGNOSTIC ET PROGNOSTIC. - -Il s'agit maintenant de nous faire comprendre sans parler. Les -_pets_ muets vulgairement appellés _vesses_, n'ont point de son, -et se forment d'une petite quantité de vents très-humides. On les -nomme en latin VISIA, du verbe _visire_, en allemand _feistein_, et -en anglais _fitch_, ou _vetch_. Elles sont _sèches_ ou _foireuses_. -Les sèches sortent sans bruit, et n'entraînent point avec elles de -matière épaisse. Les _foireuses_ sont au contraire composées d'un vent -taciturne et obscur, et emportent toujours avec elles un peu de matière -liquide. Elles ont la vélocité d'une flèche ou de la foudre, et sont -insupportables par l'odeur fétide qu'elles exhalent. Jean Despautère a -dit qu'une liquide jointe à une muette dans la même syllabe, rend brève -la voyelle douteuse, ce qui signifie que l'effet de la vesse foireuse -est très-prompt. - -Un diable du pays latin voulant un jour lâcher un pet, et ne faisant -qu'une vesse foireuse, s'écria avec colère et indignation, en -maudissant la trahison de son derrière: _nusquam tuta fides?_ Il n'y a -donc plus de bonne foi dans le monde! On fait donc très-bien, quand on -craint ces vesses, de mettre bas les culottes, et de lever sa chemise, -avant de les lâcher. Il faut être sage, prudent et prévoyant. - -Les vesses foireuses sortant sans bruit, sont un signe qu'il n'y a pas -beaucoup de vents. La partie liquide qu'elles entraînent donne lieu -de croire qu'elles sont salutaires. Elles indiquent la maturité de la -matière, et qu'il est tems de soulager ses reins, suivant cet axiôme: - - _Maturum stercus est importabile pondus._ - - C'est un lourd fardeau que l'envie d'aller à la selle. - - -DE PETS OU VESSES AFFECTÉES ET INVOLONTAIRES. - -Le _pet affecté_ ne se passe guères parmi les honnêtes gens, si ce -n'est parmi ceux qui logent ensemble et qui couchent dans le même lit. -Alors, on affecte d'en lâcher pour se faire rire, ou pour se faire -pièce; on les pousse si dodus et si distincts, qu'on pourrait les -prendre pour des coups de couleuvrines. J'ai connu une dame qui se -couvrant l'anus avec sa chemise, s'approchait d'une chandelle récemment -éteinte, et pétant et vessant lentement et par gradation, la rallumait -avec la dernière adresse. Mais une autre qui la voulut imiter ne -réussit point, réduisit la mèche en une poudre ardente qui se dissipa -bientôt en l'air, et se brûla le derrière, tant il est vrai que: _Il -n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe_. Un amusement -très-joli, c'est de recevoir une vesse dans sa main, de l'approcher du -nez de celle ou de celui avec qui l'on est couché, pour les faire juger -du goût ou de l'espèce. - -Le _pet involontaire_ a lieu à l'insçû de celui qui lui donne l'être, -lorsqu'on est couché sur le dos, ou qu'on se baisse, ou qu'on fait -de grands éclats de rire, ou enfin, quand on éprouve de la crainte. -Celui-là est ordinairement excusable. - - -EFFETS UTILES DES PETS ET DES VESSES. - -Tout pet est salutaire par lui-même, en tant que l'on se débarrasse -d'un vent qui incommode. Cette évacuation détourne plusieurs maladies, -la fureur, la douleur hypocondriaque, la colique, les tranchées, la -passion iliaque, etc. Mais lorsqu'ils remontent, ou ne trouvent pas de -sortie, ils attaquent le cerveau par la prodigieuse quantité de vapeurs -qu'elles y portent, corrompent l'imagination, rendent mélancolique, -frénétique, et engendrent d'autres maladies très-fâcheuses. De-là, les -fluxions qui se forment par la distillation des fumées de ces météores -sinistres, et qui descendent dans les parties inférieures: heureux -quand on en est quitte pour la toux, et les catarrhes. Le plus grand -mal est d'être incapable de toute application, et rebuté par l'étude et -le travail. Partez comme moi de ce principe, cher lecteur, qu'il y a -une utilité particulière à péter; je vais en citer plusieurs exemples. - -Une dame, dans un cercle nombreux, est attaquée d'un mal de côté: -allarmée d'un accident si imprévu, elle quitte une fête qui semblait -n'être faite que pour elle, et dont elle était l'ornement. On s'agite, -on s'inquiète, on vole à son secours. La faculté s'assemble à la hâte, -consulte, raisonne, cherche la cause du mal, cite force auteurs, -s'informe de la conduite et du régime de la dame. La malade s'examine -et se rappelle qu'elle a imprudemment retenu un gros pet qui lui -demandait son congé. - -Une autre, sujette aux vents, retient douze gros _pets_ captifs, qui -successivement essaient de se faire jour. Elle se met à la torture, -pendant une longue séance, et se présente à une table bien servie, -croyant y faire figure. Qu'arrive-t-il? elle dévore des yeux des mets -auxquels elle ne peut toucher. Tout est plein, son estomach rempli de -vents, ne peut plus recevoir de nourriture. - -Un petit maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois -également contrefaits, font de leur corps une caverne d'Eole; ils -y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre ses doctes -entretiens, le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent -l'effort d'une violente tempête intestine, se roidissent contre sa -fureur. Pas un d'eux ne lâche le moindre pet; de retour chez eux, une -violente colique que toute la pharmacie ne peut appaiser, les abat -impitoyablement, et les met à deux doigts de la mort. - -Que de biens ne procure point un pet lâché à propos. Il dissipe tous -les symptômes d'une maladie sérieuse, il bannit toutes craintes et -tranquillise par sa présence les esprits allarmés. Tel se croyant -dangereusement malade, appelle tous les sectateurs de Galien, qui -tout-à-coup faisant un pet copieux, remercie la médecine, et se trouve -parfaitement guéri. Tel autre se lève avec un poids énorme sur -l'estomach, et sort du lit tout gonflé. Il n'a cependant fait la veille -aucun excès. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture, -s'inquiète, s'allarme; la nuit vient, et ne lui apporte que la faible -espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant où il se met au lit, une -tempête s'élève dans la basse région, les intestins émus semblent se -plaindre, et après de violentes secousses, un gros pet se fait jour et -laisse notre malade confus de s'être inquiété pour si peu de chose. - -Une femme esclave du préjugé n'avait jamais connu les avantages du Pet. -Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et de la médecine, -elle avait épuisé tous les remèdes. Eclairée enfin sur l'utilité du -Pet, elle pète librement et souvent; dès-lors, plus de douleurs, elle -jouit d'une santé parfaite. - -Si la _vesse_ trouble l'économie de la société par sa nature -malfaisante, le _Pet_ est son antidote. Il la détruit, et l'empêche -de paraître, lorsqu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un -passage, car il est évident, d'après tout ce que j'ai dit, qu'on ne -vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter, et que par-tout où se trouve -le frère aîné le Pet, sa sœur, la vesse ne peut se trouver. - -Je trouve dans un très-ancien manuscrit, la pièce suivante, qui n'est -pas sans mérite, et qui va très-bien à mon sujet. - - -AIR: _De la Reynie._ - - Ah! je prétends punir votre insolence, - Remarquez bien ce que vous avez fait: - Quoi, vous osez péter en ma présence, - Savez-vous bien où peut aller un pet? - -RÉPONSE. - - Un pauvre PET réduit à l'esclavage, - Las de souffrir une sale prison, - Est-il puni pour se faire un passage? - La liberté fut toujours de saison. - - Quoi, pour un PET échappé sans malice, - Ai-je péché contre les réglemens? - Déclarez-nous, grands juges de police, - Si vous voulez aussi régler les vents. - - Un PET est-il assez de conséquence, - Pour élever contre un cul tous nos sens? - Ce pauvre cul, quoique plein d'innocence, - Pour vous fléchir, vous donne de l'encens. - - Jamais un PET, soit dit sans vous déplaire, - Ne fut poussé plus méthodiquement, - J'avais aussi mes raisons pour le faire, - Car jamais PET ne fut sans fondement. - - Veillez, ô guet, à nettoyer les rues, - Réglez les jeux, la chair et le poisson; - Mais sur les culs vous n'avez point de vues, - Un cul peut tout dedans son caleçon. - - Que feriez-vous de nous en votre empire, - Disaient les vents du nord et du levant; - Vous qui grondez contre un simple zéphire - Qui par hasard est venu du Ponant? - - Appaisez donc, Monsieur, votre colère, - A quoi sert-il à moi de disputer? - Vous permettez à mon âne de braire, - Défendrez-vous à mon cul de PETER? - - Ah! si j'osais, mais je n'ose le dire, - Ou, si j'osais vous le dire tout bas; - Je n'en puis plus, mon mal de ventre empire, - Je vais... sous moi.... ne le sentez-vous pas? - -Ce serait une injustice de croire que les rires excités par le PET, -sont plutôt des signes de mépris et de pitié, que la marque d'une -véritable joie. Le PET contient en lui-même un agrément essentiel, -indépendant des lieux et des circonstances. - -Auprès d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui -va lui enlever un chef, un fils, un frère, un époux. Quel tableau -désespérant et terrible! tout-à-coup, un PET parti avec fracas du -lit du moribond, suspend la douleur des assistans, fait naître une -lueur d'espérance et excite encore au moins un sourire. Si, près -d'un moribond, où tout n'inspire que le deuil, le PET peut égayer -les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses -charmes? En effet, susceptible de diverses modifications, il varie ses -agrémens, et doit par-là plaire généralement. Tantôt précipité dans -sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon; -alors il plaît à l'homme de guerre; tantôt, retardé dans sa course, -gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il -imite les instrumens de musique. Bruyant quelquefois dans ses accords, -souvent flexible et moëlleux dans ses modulations, il doit plaire aux -ames sensibles, et presqu'à tous les hommes, car il en est peu qui -n'aiment pas la musique, puisque les brutes même en sont touchées. Le -PET étant agréable, son utilité particulière et générale étant bien -démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui -refuser son suffrage? Cicéron, liv. I. des Offices, dit: _Ce qui est -utile, agréable et honnête, est censé avoir une bonté et une valeur -réelle._ - -Loin de blâmer les péteurs, les anciens encourageaient au contraire -leurs disciples à ne se point gêner. Les Stoïciens dont la philosophie -était la plus épurée de ces tems-là, disaient que la devise des -hommes était, _à la liberté_. Les plus grands philosophes, et Cicéron -lui-même, préféraient la doctrine stoïque aux autres sectes qui -traitaient de la félicité de la vie humaine. Tous, par des argumens -sans réplique ont obligé leurs adversaires, de convenir que parmi -les préceptes les plus salutaires à la vie, non-seulement les pets, -mais encore les rots, devaient être libres. On peut voir ces argumens -dans la 9e. épître familière de Cicéron à PŒTE, 174, et l'on y verra, -entre une infinité de bons conseils, celui-ci: _Qu'il faut faire et -se conduire en tout selon que la nature l'exige._ Il est donc inutile -d'après cela, d'alléguer avec emphase les lois de la pudeur et de la -civilité qui, toutes respectables qu'elles sont, ne doivent pourtant -pas l'emporter sur la conservation de la santé et de la vie même. - -Mais enfin, s'il est encore quelqu'esclave de ce préjugé, sans le -dissuader de péter, nous allons lui donner le moyen de dissimuler au -moins son _pet_. Il aura donc soin de l'accompagner d'un vigoureux -_hem_, _hem_. Si ses poumons ne sont pas assez forts, il affectera un -grand éternuement; alors, il sera accueilli, fêté même de toute la -compagnie, et comblé de bénédictions. S'il ne peut ni l'un, ni l'autre, -il crachera bien fort, ou remuera bien fort sa chaise. S'il ne peut -faire tout cela, qu'il serre les fesses bien fort. La compression et -le resserrement du grand muscle de l'anus rendra femelle ce qui devait -être mâle. Cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce -qu'elle épargne à l'ouïe, mais je ne garantis pas des suites funestes -de cette ruse, et je conclus qu'il vaut mieux, comme l'archevêque -que je vais citer, appeller l'attention sur un autre objet, par une -transition ingénieuse: - - Notre archevêque Mitra, - Prélat de bonne figure, - Fit l'autre jour un gala, - Où l'on ne but point d'eau pure. - - Un chanoine gros et gras, - Et d'une épaisse encolure, - Fit le plaisir du repas; - J'en vais conter l'aventure. - - Assis sur son perroquet, - Siège étroit pour sa quarrure, - Il tomba sur le parquet, - Sans se faire une blessure. - - Etendu comme un crapaud, - Tout prêt à crever d'enflure, - Il nous lâcha bien et beau - Un vent de mauvaise augure. - - Au bruit de cet accident, - Chacun rit outre mesure, - Monseigneur dit gravement: - Buvons tous, je vous conjure. - -Dans le siècle dernier, une vieille femme, sourde comme un pot, -faisait ses prières dans l'église de Bonne-Nouvelle, à Paris. -Profondément baissée devant l'image de Marie, elle lâchait à plusieurs -reprises des _pets_ assez intelligibles. «Bonne femme, lui dit -charitablement quelqu'un qui, placé derrière elle, les recevait -de la première main, bonne femme, vous pétez... Ah! monsieur, -répliqua-t-elle, je vous demande bien pardon; j'ai le malheur d'être -sourde, et je croyais que c'était seulement des vesses». Il arriva la -même chose à Œthon, qui n'était pas sourd, au rapport de Martial, livre -12. épigr. 78., qui finit ainsi: - - »_Sed quamvis sibi caverit precando,_ - »_Compressis natibus Jovem et salutet,_ - »_Turbatus tamen, usque et usque pedit,_ - »_Mox_ Œthon, _deciesque, viciesque._ - -Mes lecteurs me sauront gré de leur offrir l'énigme suivante: - - »_Ante domum quidam, seclam coeco parat antro,_ - «_Proripere incautus, nil metuensque mali,_ - »_Nam se exissetratus, quidam arcte comprimit, ipsis_ - »_In foribus; clamor surgat ut inde gravis._ - -_SOLUTIO._ - - »_Absque sono flatus saepe affectatus acuto,_ - »_Non affectatum ventris it in crepitum._ - -_Henri_ BEBELLE, dont les facéties composées en 1506 sont si rares, que -M. de la Monnoye lui-même paraît n'en avoir eu aucune connaissance, -puisqu'il n'en dit rien, et que l'on ne trouve le titre de ce livre sur -aucun catalogue, nous a conservé le trait suivant: - -Un orateur lâcha un PET, en présence du grand Sigismond, duc -d'Autriche, qu'il haranguait: «Si vous voulez parler, dit-il en se -retournant vers son derrière, il faudra que je me taise». Puis, sans -faire paraître le moindre embarras, il continua sa harangue. Sa -présence d'esprit et son ton flegmatique, dans un moment si périlleux, -plurent tant à ce Prince qui aimait la gaîté, qu'il eut depuis lors -toutes sortes d'égards pour cet orateur facétieux. Voilà la fortune -d'un littérateur due à un pet. Il y a tant d'ouvrages encore meilleurs -que celui-ci, qui ont conduit l'auteur à l'hôpital! - -En voici encore un tiré du même auteur: - -Un prêtre baptisait un enfant. Lorsqu'il en fut à ces paroles de -l'exorcisme: _il fit de la boue avec son crachat_, la sage-femme qui -tenait l'enfant et qui se baissait pour ramasser de la poussière, lâcha -un pet énorme. Le prêtre étonné quitte sa lecture. «Voyez, dit-il aux -assistans, quelle est la force miraculeuse des paroles sacrées, j'ai -commandé à Satan de sortir, il est sorti, en remplissant l'air de sa -puanteur, comme vous devez le sentir». La femme déconcertée, et qui -n'a pas entendu ce qu'a dit le prêtre, dit que c'est l'enfant qui a -pété et non pas elle.—Que le mal Saint-Jean t'arde, répond l'autre -irrité. Car si tu es aussi impoli en naissant, en présence d'un prêtre -respectable et dans un lieu saint, que feras-tu donc, dans un âge -avancé?» - -Le père des Calembourgs, le fameux marquis de Bièvre, a dit plusieurs -choses très-plaisantes sur le Pet. Comme j'écris de mémoire, et que -cette partie de mon moral, jadis bien fournie, me manque souvent au -besoin, je citerai seulement cette plaisanterie. Quelqu'un disait dans -une société où il se trouvait, que la guerre était un terrible fléau, -mais qu'heureusement il courait des bruits de paix (de _pet_.) oh! pour -cela, dit le marquis, _ce n'est pas sans fondement_. L'orateur qui se -disposait à faire de l'esprit sur son texte, fut arrêté tout court, au -milieu de son vol, et tout le monde rit encore. (Le lecteur ne trouvera -pas à présent le mot très-neuf). - -Mais je m'aperçois avec chagrin que le nombre obligé des pages que doit -avoir mon volume, me force de finir, je remets donc à une autre édition -tout ce qui me reste à dire sur le PET, ou aux deux ouvrages indiqués -dans ma préface, si toutefois vous pouvez les trouver; et avant de -fermer le volume, je veux vous donner un conseil dont vous sentirez -toute l'importance. - -Si vous êtes dans un cercle nombreux, où un ignorant _incroyable_ -trouve le secret d'ennuyer, s'il vous assomme depuis une heure par -mille impertinences débitées en arrangeant sa cravatte, relevant ses -bottes, montrant ses dents, étalant ses grâces, soyez sûr que cet -impitoyable ennemi de la société ne pourra résister à l'attaque d'un -PET, qui l'arrêtera tout court, au milieu de l'éructation de ses -sottises, tirera tous les esprits de la captivité, en faisant diversion -au babil assassin de leur ennemi commun. - -S'il arrive qu'une assemblée brillante garde depuis deux heures un -silence plus morne que celui des anciens chartreux; si, les uns par -ignorance, les autres par timidité, enfin par cérémonie, on est près -de se séparer sans avoir prononcé un seul mot, soyez sûr que le PET -va ranimer tout le monde, épanouir les figures, dilater les cœurs, et -prodiguer tous les charmes d'une conversation enjouée, saupoudrée de -critique et de plaisanterie. D'où je conclus que le PET est le père de -la joie, de la santé, de l'esprit, et de la liberté. J'ai fini. Adieu. - - _Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt._ - -_P. S._ Il a paru, il y a longtemps, un _Art de péter_, parodié sur -l'art poëtique de Boileau, et une pièce intitulée: _Généalogie de -Milord PET_; mais il m'a été impossible de me procurer ces ouvrages. Il -vient de paroître une pièce intitulée _Caquire_, par M. de _Vessaire_, -parodiée de Zaïre, 1 vol. in-8^o. qui se trouve chez les mêmes -libraires. - - - - -RÉGLEMENT PROVISOIRE - -DE LA SOCIÉTÉ - -DES FRANCS-PÉTEURS. - - -Tout récipiendaire doit avoir un état au moins honnête, de l'aisance et -une sorte de crédit dans le monde. - -Il ne sera admis qu'aux deux tiers des suffrages. - -L'épreuve sera d'un an entier. - -On ne prendra point d'argent pour la réception d'un Franc-péteur. On -devrait payer au contraire les hommes assez courageux pour oser devenir -libres et procurer la liberté aux autres. - -Il faudra, pour être reçu, n'avoir pas moins de 24 ans, et pas plus de -60. - -On exige du récipiendaire une disposition marquée pour l'éloquence, et -sur-tout la connaissance de sa langue. - -Les Francs-péteurs n'auront au-dehors aucunes marques distinctives. -Dans leurs assemblées seulement, ils porteront au cou un ruban blanc, -au bout duquel pendra la figure en or de Zéphire, couronné de toutes -sortes de fleurs, avec cette devise: A LA LIBERTÉ. - -Le lieu des séances se nomme _Case_. - -La formule du serment pour être reçu, est conçue en ces termes: «Tenant -à grand honneur d'entrer dans la société des Francs-péteurs, je promets -une constante soumission à son directeur et une tendre amitié à tous -les frères. Ennemi déclaré du préjugé, je le combattrai en tous lieux, -en pétant librement, souvent et méthodiquement». - -Cette formule prononcée à haute voix sera suivie d'une canonnade ou -salve de pets, en signe d'allégresse. - -Les repas se font dans la salle du _Zéphire_ ou de la _Liberté_. - -Les discours d'éloquence ne seront prononcés que dans la _Case_, ainsi -que les bons poëmes et odes, à l'honneur du Pet. - -Les petits madrigaux, quatrains, épitres, stances et couplets ne seront -reçus qu'à table. - -Les Francs-péteurs ne feront des vers que dans l'intention de faire -ensuite de meilleure prose. - -Les applaudissemens ne se manifesteront que par le bruit des pets. -L'improbation, par le silence. - -Le recueil sera publié tous les ans, et marchera de pair avec celui des -mille et une autres sociétés en vogue. - -Tous les deux mois, on tiendra la _Case_ ordinaire. - -Le conseil tiendra tous les huit jours. - -Chaque année, le premier ventôse, époque où les vents impétueux -sont censés faire le plus de fracas, sera l'assemblée générale, où -les officiers de chaque case feront l'extrait des délibérations du -conseil; les trésoriers y rendront leurs comptes. Les réflexions et -observations seront proposées par écrit et signées de leur auteur. - -Chaque case est composée d'un directeur, d'un vice-gérent ou directeur -en second, d'un orateur, d'un foudroyant, d'un introducteur et d'un -trésorier. - -Tous les officiers composeront le conseil, et y appelleront les cinq -derniers officiers sortans de charge, avec les plus anciens frères; de -sorte qu'ils seront toujours au nombre de douze. - -Il n'y aura point de chef, ni de secrétaire-général, ou perpétuel, car -leur autorité balancerait d'abord et neutraliserait ensuite le pouvoir -de l'universalité. - -Il ne pourra y avoir absolument qu'une Case d'établie dans chaque -ville, excepté à Paris, où il y en aura trois, l'une au centre et les -deux autres répondantes à l'orient et à l'occident. - -Chaque Case ne pourra être composée que de trente sujets exclusivement. -Ils suffisent pour ramener à la liberté des concitoyens de bonne foi. - -La société aura des correspondans dans toutes les communes de la -République; et dans les pays étrangers, un chef de correspondance, -auquel tous les autres associés rendront compte de leurs opérations. - -On s'assemblera tous les deux mois, à 8 heures du matin, en été, et à -dix en hiver. On fera un dîner honnête, mais frugal. - -Il n'y aura point de frères du second ordre. - -_Nota._ Si la société a lieu, on donnera plus d'étendue à ce réglement, -mais le nom de la société ne changera pas. - - -FIN. - - - - -NOTE BIBLIOGRAPHIQUE. - - -Les littérateurs qui, comme moi, voudroient se délasser de travaux plus -sérieux, par la traduction des autres éloges comiques, seront bien aise -sans doute de connaître l'ouvrage suivant, dans lequel ils trouveront -une vaste carrière. - -Il est intitulé: AMPHITHEATRUM SAPIENTIÆ SOCRATICÆ JOCO-SERIÆ, hoc -est, _Encomia et commentaria auctorum quà veterum, quà recentiorum -propè omnium; quibus res, aut pro vilibus vulgò aut damnosis habitæ, -styli patrocinio vindicantur, exornantur: opus ad mysteria naturæ -discenda, ad omnem amœnitatem, sapientiam, virtutem, publicè privatèquè -utilissimum, in 2 tom. partim ex libris editis, partim manuscriptis -congestum tributumque, à GASPARE DORNAVIO philosopho et medico. -HANOVIÆ, typis Vechelianis, 1619, in-folio._ - -C'est dans ce recueil précieux que j'ai puisé une partie de mon éloge -du PET. - -Voy. pag. 349, _Rodolphi Goclenii problemata de crepitu ventris_; et -pag. 355, _De peditu ejusque speciebus, crepitu et visio, discursus -methodicus in theses digestus, autore Buldriano Sclopetario, Blesense. -Clareforti, apud Stancarum Cepollam, sub signo divi Blasii_, 1596. - -Parmi les éloges que contient ce recueil, et que nous n'avons pas -cités dans la préface de cet ouvrage, pour ne pas la rendre trop -longue, voici ceux qui nous paraissent les plus dignes de trouver des -traducteurs: - - De la Fourmi, par _Erasme Ebner_, page 80. - - De l'Araignée. _Ant. Thylesius._ 112. - - De la Puce de Cath. Desroches. _Barn. Brisson._ 27. - - Du Moucheron. _Virgile_ et _Jean Ja comot._ 113. - - Du Ver luisant. _Mich. Gehlerus._ 173. - - Des Vers. _Ulysse Aldrovandus._ 171. - - De la Paille. _Fred. Widebramus._ 232. - - De la Colombe. _Ulyss. Aldrovand._ 374. - - De la Boue. _Joan. Majoragius._ 173. - - Du Chêne. _Gasp. Dornavius._ 201. - - De la Barbe. _Ant. Hotomanni._ 318. - - Du Cygne. _Jean Passerat._ 373. - - Du Scarabée. _Gasp. Dornavius._ 126. - - Du Cheval. _Juste Lipse._ 489. - - Du Chien. _Philippe Camerarius._ 517. - - Du Lièvre. _Titus Strozza._ 602. - - De la Porte. _Jean Campanus._ 657. - - Des Huîtres. _Michael Mayer._ 613. - - Du Singe. _Daniel Heinsius._ 539. - - De la Petitesse. _Ericius Puteanus._ 772. - - Du Rire. _Par le même._ 777. - - Du Mercure. _Mich. Mayer._ 604. - - Du Fer. _Nicolas Monard._ 614. - - De l'Eléphant. _Juste Lipse._ 480. - - De l'Alouette. _Ulys. Aldrovand._ 466. - - Du Plongeon. _Jacq. Eyndius._ 468. - - De l'Hirondelle. _Par le même._ 457. - - De la Pie. _Par le même._ 465. - - De la Grue. 470. - - Du Geai. _Par le même._ 455. - - Du Corbeau. _Jov. Pontanus._ 454. - - De la Chouette. _Euricius Cordus._ 455. - - Du Veau. _Mich. Mayer._ 505. - - Du Mouton. _Par le même._ 504. - -_Nota._ Je me propose de publier ceux des _Poux_, de la _paille_, de la -_boue_, de la _cigogne_ et de l'_œuf_, si celui-ci a le succès que j'en -espère. - - - - -NOTES OMISES. - - -A la page 79. PET DE NONNE. - -Les nones ont donné le nom de PET à une de leurs pâtisseries les -plus exquises. Tout le monde connaît les _pets de nonne_, dont les -directeurs, les abbés, les pater et les prélats, étaient si friands et -toujours si bien approvisionnés. Ce PET est une espèce de croquignolle, -un beignet de forme globulaire, appelé en latin: _monialis crepitus_. - -A la page 106. - -Un homme se trouvant dans un cercle nombreux après le dîner, se -tenoit debout, appuyé sur la cheminée, et tournant le dos au feu, -comme cela se pratique assez ordinairement. La trop vive chaleur du -feu, qui l'incommodoit beaucoup, provoqua chez lui un vent des mieux -conditionnés. Il s'en excusa en homme d'esprit et sans se déconcerter: -«Je vous demande mille pardons, dit-il, mais je suis de la nature du -bois verd, quand je brûle, je pète». - - - - -POESIES - -_FUGITIVES_. - - -LA PUCE, - -_Traduite du latin d'Ovide_, - - Insecte imperceptible et pourtant redoutable, - Dont le dard importun plonge avec volupté - Sur la peau de satin qui couvre un sexe aimable, - Quels termes employer contre ta cruauté? - - De son sang le plus pur je te vois altérée, - Nuancer de son corps les roses et les lys, - D'un ébène inégal, d'une tache pourprée - Qui déparent l'éclat de ses membres polis. - - Lorsque d'une beauté qui doucement sommeille, - Tu ne respectes point les plus parfaits contours, - Je la vois tressaillir; elle bondit, s'éveille, - Et perd un songe heureux qu'inspiraient les amours. - - Errant impunément sur deux sphères de neige, - Tu parcours en tyran les états de Cypris, - Rien n'est inaccessible à ton cours sacrilège, - Par-tout tu fais du mal et te crois tout permis. - - Je souffre, j'en conviens, des mortelles blessures - Dont tu couvres les flancs de la beauté qui dort; - Sur ses appas secrets tes nombreuses morsures - Outragent un réduit fait pour un plus beau sort. - - Ah! pour te pardonner, il faut être toi-même, - Déjà ton ennemi, que ne suis-je le mien! - Que je meure, jaloux de ton pouvoir suprême, - Si bientôt je n'acquiers un sort égal au tien. - - Signalant sa bonté par un charmant prodige, - Si la nature en toi voulait me transformer! - Et puis me rendre moi: quels plaisirs! mais que dis-je? - Puce, je jouirais: mais, qu'est-ce sans aimer? - - N'importe, il faut calmer le feu qui me dévore, - Ne pourrai-je devoir à quelqu'enchantement, - Aux talens précieux du serpent d'Epidaure - L'ivresse que promet un si doux changement? - - Des philtres de Circé, des charmes de Médée - Le pouvoir est connu dans le vaste univers, - Je devrais à leur gloire, alors bien décidée, - Changeant d'être à mon gré, mes plaisirs les plus chers. - - Oh! comme profitant de la métamorphose, - Et sous son dernier voile adroitement caché, - Je serais à Cloé, quand sa paupière est close, - Sans lui faire de mal, fortement attaché! - - Ensuite, parcourant un plus sombre parage, - Je glisserais sans bruit vers le temple sacré, - Où nul autre avant moi n'a porté son hommage, - Où le trait de l'amour n'a jamais pénétré. - - Jusqu'à l'aube du jour poursuivant ma victoire, - Je redeviendrais homme, afin de mieux sentir; - J'appaiserais ma belle, en me couvrant de gloire, - En la persuadant de tout mon repentir. - - Mais, si de ce miracle effrayée et surprise, - Mon amante à mes feux opposant son courroux, - Appellait ses valets: alors, sans lâcher prise, - Je redeviendrais puce et les braverais tous. - - Ensuite avec Cloé, libre par leur absence, - De ma première forme empruntant le moyen, - Je prendrais à témoins les dieux, de ma constance, - Je saurais la réduire à ne refuser rien. - - Moitié gré, moitié force, enfin Cloé vaincue, - De ses trésors secrets me faisant l'abandon, - Dirait, en soupirant, languissante, abattue, - Ah! ne me quitte plus, et reçois ton pardon. - - -LA PUCE, - -_Traduite du latin de Nicolas_ MERCIER _de Poissy_[14]. - - AH! te voilà donc enfin prise! - Maudite puce, je te tiens, - Pour te perdre dans ma chemise - Tu prends d'inutiles moyens. - De mon repos vile adversaire, - Depuis assez longtemps ton dard, - Sur ma peau se donnant carrière, - Rend vains ma recherche et mon art. - O bonheur! viens donc, scélérate, - Il faut, puisque je suis vainqueur, - Que ma juste vengeance éclate - Et punisse enfin ta noirceur. - Oh! comme elle fait l'hypocrite! - Lorsque sur elle l'ongle pend, - Voyez comme, sans mouvement, - Du châtiment qu'elle mérite - Elle espère éloigner l'instant, - Me tromper et prendre la fuite. - Ton espoir est vain, tu mourras, - Perfide! rien de ma colère - Ne peut suspendre les éclats. - Mais avant tout, il faut me faire - L'aveu de tous tes attentats. - Dis, combien de fois tes morsures, - Le jour, la nuit, à tout propos, - Ont troublé par mille blessures, - Mes études et mon repos. - Tu ne dis rien, mais le silence - Me prouve encore ton offense. - Monstre! allons, donnez-moi de l'eau, - Du fer, du feu; que son supplice, - Sous cent formes toujours nouveau, - Bien lentement l'anéantisse. - Ces pattes, il faut les trancher; - Bon! noyons maintenant la tête, - Et livrons son corps au bûcher - Que j'ai construit d'une allumette. - - Ensuite, oubliant le délit, - D'un grain de millet je vais faire - La petite urne funéraire, - Dont le socle est le pied du lit. - Par cette succinte épitaphe, - Dans le style élégiographe, - Avertissons toutes ses sœurs - De mettre un terme à leurs noirceurs. - Je veux que leur troupe éperdue, - Tremble enfin et fuie à la vue - De ces épouvantables mots: - »Ci-gît, après de longs supplices, - »Une puce auteur de mes maux; - »Ainsi périront ses complices, - »Qui pourraient troubler mes travaux». - - -ÉPITRE AU PLAISIR. - - O toi, dont la sublime essence, - Les attraits, la douce influence - Nous annoncent de ton auteur - La sagesse et la bienfaisance, - Ame de la nature immense! - Salut! adorable enchanteur! - D'un ami des arts et des roses, - Qui cherche tes effets, tes causes, - Embellis les loisirs touchans, - De tes fleurs récemment écloses, - Des coloris dont tu disposes - Viens animer mes faibles chants. - - Plus habile à sentir qu'à peindre, - Je ne te cherche pas, sans craindre, - Au milieu de nos passions: - Je veux te contempler, t'atteindre, - Te savoir, te fixer, sans feindre - Tes profondes impressions. - Je pourrai manquer ton image, - Sur l'aîle d'un léger nuage, - Tu peux échapper à mes yeux; - Mais si de mon stérile hommage - Un seul sentiment est l'ouvrage, - Si j'attendris, je suis heureux. - - A des calculs métaphysiques, - A des discours scientifiques - D'Estaing[15] donnant un vaste essor, - Me laisse le cœur froid et vuide, - L'homme de t'embrasser avide, - En te voyant, te cherche encor. - Je veux à ses mains enfantines - Offrir des roses sans épines, - Et le sentier le plus riant; - D'ailleurs, de ta faveur suprême - Je ne jouirais plus moi-même, - On te perd en t'analysant. - - Quand, pour s'aimer dans son ouvrage, - Dieu construisit à son image - Le type des êtres divers, - Toi seul, par ta chaleur féconde, - Animas et peuplas du monde - Les mornes et trop froids déserts. - Avec l'astre dont la lumière - Embrase la nature entière, - Dieu te fit jaillir de ses mains; - Docile à ta voix salutaire, - Par toi des femmes la première - Charma le premier des humains. - - Alors, timide, alors sans aîles, - Riche des grâces naturelles, - Et pur, comme un rayon du jour, - Tu fus placé par la nature, - Sur une touffe de verdure, - Auprès de l'innocent amour; - Las des travaux de la campagne, - Auprès de sa chaste compagne - Abel te retrouvait le soir; - Des fruits offerts par la tendresse - De leurs feux tempéraient l'ivresse, - Lorsqu'entr'eux tu venais t'asseoir. - - Dans ses désirs insatiable - Bientôt, à ton instinct aimable - L'homme ennuyé ferma son cœur; - Son art, en construisant des villes, - Outrage et détruit tes asyles, - Un luxe insolent est vainqueur. - Pensant que tu ne peux suffire - A son bonheur, à son délire, - L'homme invente la volupté. - L'intérêt devient son complice, - Mais bientôt pour notre supplice - Naît l'affreuse satiété. - - Ah! tu n'es pas ce que nos vices, - Et nos erreurs, et nos caprices, - T'ont fait dans leur aveuglement; - Fils et charme de la nature, - Un comme elle et sans imposture, - Tu n'es que dans le sentiment. - Armé du flambeau des furies, - L'amour dans nos ames flétries - Distille un poison empesté; - Mais tu détestes ces contrées, - Ou le cynisme des Térées, - T'élève un trône ensanglanté. - - Les alcôves mystérieuses - Où d'extases voluptueuses - Se bercent d'insensés mortels, - Ces bals où la magnificence - Prodigue l'or à l'indécence - Ne furent jamais tes autels; - Avec tes étreintes si douces - Je ne confonds pas les secousses - D'une ardente velléité; - L'_incroyable_ parfumé d'ambre - - Te voit mourir dans l'antichambre, - Au boudoir tu n'as pas été. - - Quand, précédé par les haleines - Des zéphirs caressans nos plaines, - Mai riant vient tout rajeunir; - Avec lui tu viens dans nos âmes - Allumer de nouvelles flammes, - Et disposer tout à s'unir. - C'est toi seul dont la main brûlante - Fait germer, fait croître la plante, - Et la rend capable d'amour; - C'est toi qui, la rendant nubile, - Places sur sa tige fertile - L'époux qui la rend mère un jour. - - Dans une douce promenade - Rêver au bruit d'une cascade, - A tous les heureux qu'on a faits, - A ceux que l'on peut faire encore; - A l'orphelin qui nous implore - Rendre l'allégresse et la paix; - Sur les nuages qu'elle dore - Voir lentement poindre l'aurore - Qui va ranimer les forêts; - S'environner de la nature, - Voilà l'ivresse la plus pure! - O plaisir! voilà tes bienfaits! - - -A l'Auteur de GÉRARD DE VELSEN. - - Amsterdam, le 15 juin 1797. - -Le GÉRARD DE VELSEN que j'ai publié n'est que ma propre traduction -de votre original, entreprise dans les momens qui me restaient des -affaires publiques, en 1793, période où votre GÉRARD me vint en mains. -J'avais d'abord l'idée d'y ajouter quelques notes historiques,[16] mais -crainte d'être regardé comme voulant allumer une chandelle au soleil, -je m'en suis passé. D'ailleurs, la politique dans laquelle je me -trouvais comme enseveli ne m'en laissa guère le loisir. - -Agréez l'hommage que le devoir et le sentiment m'inspirent, et que je -m'empresse aussi de rendre aux rares talens qui vous distinguent si -glorieusement. Daignez m'accorder votre précieuse amitié, en me croyant -très-respectueusement, etc. - - GUILLAUME HOLTROP. - - -A L'AUTEUR - -_Des Nuits d'Hiver et de la Conciergerie._ - - De Vezoul, le 25 Prairial, an 5. - -Je lisais avant-hier vos _Nuits de la Conciergerie_,[17] mes sens -étaient émus, mon imagination exaltée; je jetais? quelques idées sur -le papier, j'y ajoutai des rimes, et c'est ce que j'ose vous offrir -aujourd'hui. Pardonnez ce faible hommage: souriez à l'essai d'un jeune -homme de seize ans qui demande et a besoin d'encouragement et d'exemple. - - Quelle âme sensible et naïve - A tracé ces sombres tableaux? - Quelle voix touchante et plaintive - Gémit au fond de ces cachots? - Quel pinceau!... quelle touche mâle! - Qu'il sait bien choisir ses couleurs! - Silence! son chagrin s'exhale! - Qu'il peint bien ses justes douleurs! - - O toi dont le tendre délire - Produit des accords si touchans; - Toi, dont l'harmonieuse lyre - Émeut, échauffe tous mes sens! - Et toi, sa compagne chérie, - Toi qui partageas ses malheurs, - Souffre que mon âme attendrie - Avec vous répande des pleurs. - - Quand sur l'émail de la prairie - Un doux songe te fait errer, - Avec toi, dans ta rêverie, - Oh! qu'il m'est doux de m'égarer! - Quand un autre songe t'inspire, - Te change en guerrier courageux, - A tes côtés je vois, j'admire - Mon pays libre et vertueux. - - Quand ta Joséphine inquiette - Vient te consoler en prison, - De mon cœur ma bouche interprète - Répète à chaque instant son nom. - Quand par un ordre sanguinaire, - Plongé vivant sous les tombeaux, - Tu nous retraces ta misère, - Je sens, je partage tes maux. - - Que tu sais bien de la nature - Nous peindre les rians attraits! - Que d'une ame innocente et pure - Tu sais bien nous offrir les traits! - Que ton simple et touchant ouvrage - Remplit mes sens de volupté! - Pardonne à ce trop faible hommage, - C'est le cœur seul qui l'a dicté. - - -RÉPONSE. - -A LA LETTRE PRÉCÉDENTE. - -Quoique votre trop flatteuse lettre, citoyen, et vos jolis couplets ne -soient signés que de la lettre initiale B....l, je crois avoir deviné -juste, en vous en croyant le père, et j'aime mieux courir le risque -d'une erreur, que d'une ingratitude. Recevez l'expression de toute -ma sensibilité: si la vérité ne dicte pas vos éloges, c'est au moins -l'amitié, et ce dernier sentiment m'est si cher, j'en ai tant besoin, -pour supporter mon infortune, que je lui pardonne tout. - - D'une captivité cruelle - Vous louez trop le triste fruit, - Mon cœur, au sot orgueil rebelle, - Par votre encens n'est pas séduit. - La complaisance maternelle - N'a jamais fasciné mes yeux. - Une éloquence naturelle - Est pour moi l'art le plus heureux. - - Souffrant, prêt à cesser de vivre, - Ai-je pu croire qu'à ces _Nuits_ - Le destin me ferait, survivre, - Et finirait mes longs ennuis? - Dans le sein d'une épouse chère - J'épanchais ma sombre terreur; - Je ne voulais qu'elle sur terre, - Pour confidente et pour lecteur. - - Le neuf thermidor me rappelle - A ses baisers, à son amour; - Je ne renaissais que par elle, - Pour elle je chéris le jour. - De mes mains, la reconnaissance - Laisse échapper le manuscrit. - Un voile sert mon impuissance, - Mais l'amour encor me trahit. - - C'est à vous de cueillir des palmes - Au Pinde, et la rose à Paphos, - Vous dont les jours sereins et calmes - S'écoulent dans un doux repos. - Seize ans, âme sensible, aisance, - Forces, talens, vous avez tout: - La carrière pour vous commence, - Moi, je suis las et suis au bout. - - -FIN. - - - - -NOTES: - -[1] Les savans ne nous ont pas dit si l'Être suprême souffla dans la -bouche d'Adam, pour l'animer, ou si ce fut dans, son antipode; cette -question était, pourtant, aussi digne de leurs recherches, que tant -d'autres inutiles. - -[2] Voilà un homme bien aisé à nourrir!... - -[3] La Polente est une bouillie faite avec de la farine d'orge brûlée. -Elle est encore en usage dans plusieurs contrées d'Italie. - -[4] Subtile et leve peditum Libonis. CATULLE. - -[5] Ce Métroclès qui rougit pour un pet, est bien différent de sa sœur, -qui, éprise pour le dégoûtant Cratès, non-seulement pétait bien en -compagnie, mais faisait en public, ce que n'osait faire au lit avec sa -femme le pudibond Louis IX. Voyez l'édition que j'ai donnée des amours -d'Hypparchie et Cratès. 1 vol. in-18. - -[6] Voy. le _Naudaeana_, pag. 102 et 103; Paris, 1701, in-12. _Fr. -Roger_ au voyage de la Terre Sainte, pag. 230, et les _Essais de -Montaigne_, liv. Ier. chap. 20, page 62 de l'édition in-8^o. - -[7] Elle se célébrait à Athènes au mois d'octobre. - -[8] _Frédérick DEDEKIND_, allemand, publia dans le seizième siècle -un ouvrage dans le goût de l'_Éloge de la folie_. C'est un éloge -ironique de l'impolitesse et de la grossièreté, intitulé: _GROBIANUS -sivè de incultis moribus et inurbanis gestibus_. _Francfort, 1558, -in-8^o._ L'auteur paraît avoir eu plus de finesse dans l'esprit que ses -contemporains n'en avaient alors. Il est rare de trouver ce poëme avec -le GROBIANA qui en est la suite; aussi le dictionnaire historique ne -parle-t-il pas de ce dernier poëme. - -[9] Voyez Suétone, vie de Claude César, chap. 32, page 274, _edit. -Patini_. - -Les Juifs prétendent que quand ils pètent en faisant leurs prières, -c'est un mauvais augure, et un bon, lorsqu'ils éternuent. Ils n'osent -ni péter, ni allumer leur feu le jour du sabbat. Les Turcs sont de même. - -[10] L'ancien saxon _Purten_ ou _Furten_, le haut allemand _Fartzen_, -et l'anglais _Fart_. - -[11] L'Album était une table blanchie sur laquelle les souverains -prêtres, à Rome, écrivaient les choses les plus remarquables qui se -passaient chaque année. C'était aussi un tableau sur lequel on écrivait -les noms des magistrats et des officiers. - -[12] Un poëte latin moderne a traduit ce joli petit conte, avec tant -d'élégance, que je ne puis résister au désir d'apprendre à ceux de mes -lecteurs qui aiment encore la langue des _Ovides_, des _Horaces_, des -_Santeuil_ et des _Sanadon_, qu'ils le trouveront imprimé dans mes -_Matinées du printems_ (tome 1, page 121) qui se vendent chez le même -libraire. - -[13] Voyez les quarts-d'heures d'un joyeux solitaire, 1 vol. -in-12....... - -[14] Nicolas MERCIER, de Poissy, professeur de troisième au collège de -Navarre, à Paris, et sous-principal des grammairiens, mort en 1657. -On a de lui 1^o. un _Manuel des Grammairiens_; 2^o. un poëme latin -intitulé: _De officiis Scolasticorum_; 3^o. une excellente édition -d'Erasme; 4^o. _De Conscribendo epigrammate, opus curiosum. _ 2 part. -Paris, 1653, in-8^o. belle édition, ornée d'un frontispice et du -portrait de l'auteur. - -La république des lettres compte beaucoup d'écrivains qui ont porté -le nom de Mercier: comme on confond tous les jours leurs ouvrages, -je donnerai quelque jour leur biographie, avec une dissertation -onomatique, sur l'origine de ce nom, dans la langue Celtique. - -[15] Voyez le recueil, que j'ai publié, des poëmes sur le Plaisir et la -Volupté; 2 vol. in-18, fig. - -[16] Ces notes qui n'existaient pas dans la première édition de -_Gérard de Velsen_, en 1793, se trouvent dans la seconde, qui est -très-augmentée et beaucoup plus correcte. - -[17] Cet ouvrage en 2 vol. _in-18_, se trouve chez les mêmes libraires. - - - - -TABLE des Matières. - - - _Notice des différens éloges._ Voyez la Préface. - - _Antiquité du PET._ 5 - - _Sa figure, sa taille, son langage, ses mœurs._ 14 - - _Musique et éloquence du PET._ 24 _à_ 37 - - _Arrêt de l'empereur Claude, qui donne pleine - liberté de péter en public._ 33 - - _Les deux péteurs d'Anvers._ 38 - - _Le PET fait fuir les sorcières._ 40 - - _Droits féodaux payés par un PET._ 42 - - _Éloge de la Vesse, et mot de Pythagore._ 47 - - _Comparaison du PET avec les rois._ 49 - - _Apothéose du PET chez les Egyptiens._ 50 - - _Plantes et familles qui ont pris leur nom du PET._ 52 - - _Du Rot, ou rapport espagnol, et anecdotes._ 58 - - _Procédés pour mesurer un PET._ 60 - - _De la nature et des différentes sortes de PETS, - au nombre de 26._ 61 _à_ 87 - - _Portrait du PET, par Boursault._ 76 - - _Les trois accidents. Conte._ 78 - - _Le soupir de St.-Evremont._ 81 - - _Éloge du Q._ 82 - - _Esprit de PET pour les taches de rousseur._ 84 - - _Le Pet français et le Pet béni._ 93 _et_ 95 - - _Le Pet et le Politique._ 97 - - _Le Pet rapporté par un valet._ 98 - - _Mot d'un prêtre de Louvain sur le PET._ 99 - - _Le Pet de St.-Evremond. Stances._ 101 - - _Pets excusés par un bon mot._ 102 à 103 - - _Le Péteur puni, et autres._ 105 - - _Des signes et effets prochains du PET._ 108 - - _Ruses pour couvrir un PET._ 109 - - _Remèdes qui provoquent les Pets._ 111 - - _Système musical de Pets._ 112 _à_ 119 - - _De la Vesse et des Pets involontaires._ 119 _à_ 122 - - _Effets utiles des Pets et Vesses._ 122 _à_ 127 - - _Requête en vers pour le PET._ 129 - - _Opinion des stoïciens, de Cicéron, et autres - philosophes en faveur du PET._ 123 _à_ 132 - - _Pet de chanoine bien dissimulé. Conte._ 133 - - _Le Pet d'une sourde pris peur une Vesse._ 134 - - _Facétie tirée de Henri Bebelle._ 135 - - _Le Pet de la sage-femme._ 136 - - _Mot du marq. de Bièvre sur des bruits de paix._ 137 - - _Conseils importuns contre l'ennui._ 138 - - _Règlement provisoire de la société des Francs-péteurs._ 140 - - _Note bibliographique des éloges comiques._ 145 - - _Poësies fugitives. La Puce, trad. d'Ovide._ 150 - - _La Puce, de Nic. Mercier_ 153 - - _Epître au Plaisir._ 156 - - _A l'Auteur de Gérard de Velsen._ 161 - - ————_des nuits d'hiver et de la Conciergerie._ 162 - - -_Fin de la table._ - - - - -NOTE DE TRANSCRIPTION - - Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été - corrigées. - - L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été conservées et - n'ont pas été harmonisées. - - L’accent circonflexe (^) dénote des caractères en exposant. - - Les mots en italiques sont _soulignés_. - - AUTRES CORRECTION - Page 56: paîtris --> pétris (et pétris de sots scrupules) - - VARIANTE INCHANGÉE - St.-Evremond et St.-Evremont. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Éloge du pet, by -Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU PET *** - -***** This file should be named 62399-0.txt or 62399-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/2/3/9/62399/ - -Produced by Laurent Vogel, Christian Boissonnas and the -Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net -(This file was produced from images generously made -available by the Bibliothèque nationale de France -(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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