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-The Project Gutenberg EBook of Éloge du pet, by
-Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-this ebook.
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-
-Title: Éloge du pet
-
-Author: Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
-
-Release Date: June 14, 2020 [EBook #62399]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU PET ***
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-
-Produced by Laurent Vogel, Christian Boissonnas and the
-Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net
-(This file was produced from images generously made
-available by the Bibliothèque nationale de France
-(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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-ÉLOGE DU PET,
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-PRONONCÉ
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-DANS LA SOCIÉTÉ
-
-DES FRANCS-PÉTEURS.
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- _Difissâ nate pepedi._
-
-
-Profondément affligé de voir le Pet banni loin de ces murs, s'éloigner
-de la société des hommes, en gémissant tout bas; ma douleur s'est
-infiniment accrue, lorsque j'ai considéré que cette injuste
-proscription étoit contraire à la conservation de la république, et
-dans quel tems encore, respectables frères péteurs? dans un tems où,
-selon notre ancienne coutume, nous célébrons la fête du _Carnaval_ et
-du _Carême-prenant_.
-
-Est-il une action plus cruelle, plus déplorable, plus susceptible
-d'arracher des pleurs même à des yeux de fer, que celle de chasser d'un
-pays libre et de priver de toute société, non seulement le conservateur
-de la liberté publique, mais encore, j'aurai le courage de le dire,
-l'auteur, même de notre existence, l'arche de notre salut et les
-délices du peuple; enfin, de le siffler, de le rassasier d'opprobres.
-Quoi! il sera permis à d'autres pestes de différentes natures, telles
-que les filles, les escrocs, les voleurs et les juifs, d'infecter nos
-cités, tandis que le meilleur citoyen, celui dont il n'est personne qui
-ne vante les bienfaits, n'aurait pas même la permission de rester en
-_paix_ dans ses foyers, et d'y en respirer l'air natal! Est-il bien,
-possible que les hommes soient parvenus à a un tel degré de folie et
-d'aveuglement, que déjà c'en serait fait de mon illustre et malheureux
-client, de son existence et de son nom, s'il n'avait trouvé dans votre
-sein, honorables membres de notre bruyante société, des hommes assez
-courageux, assez jaloux de leur liberté, pour vouloir défendre leur
-_franc-péter_ contre la faction hypocrite et intolérante des _culs
-serrés_, qui le proscrivent sans pudeur?
-
-L'entreprise la plus difficile sans doute, je l'avoue, est celle qui
-a pour objet d'arracher aux vils esclaves de l'habitude et des vieux
-préjugés érigés en opinion dominante, des coutumes bizarres qu'une
-longue succession de siècles a consacrées, mais comme l'expérience nous
-a pleinement démontré que l'ignorance et une aveugle jalousie opéraient
-chez les hommes la variabilité des idées, je veux m'écrier avec Mahomet
-et Voltaire:
-
- «Je viens après mille ans changer ces lois grossières».
-
-J'ai donc conçu la possibilité d'une heureuse innovation, à la faveur
-de laquelle combattant et terrassant le préjugé qui, si longtems, a
-jeté de l'odieux sur le _pet_, je veux le venger et lui rendre tous les
-honneurs qui lui sont dûs.
-
-Je me flatte même de réussir, lorsque je vous aurai développé, d'une
-manière claire et précise, sa naissance, son éducation, sa profonde
-connaissance dans les arts libéraux, les qualités de son esprit,
-l'éclat de sa vertu, sa dignité et la somme d'utilité qu'il présente
-dans les affaires tant publiques que particulières. Les torrens de
-lumières qui jailliront de mon discours et les richesses de mon
-érudition, vont en un clin d'œil dissiper les épaisses vapeurs que la
-calomnie a osé amonceler contre lui, trop bien, hélas! secondée dans
-ses barbares projets, par la perfidie ou la stupidité de tous les
-cerveaux mal organisés. Permettez-moi de tousser, moucher, éternuer,
-cracher. D'abord je _pète_, et j'entre en matière.
-
-
-ANTIQUITÉ DU PET.
-
-_Son origine._
-
-Le premier objet qui se présente à mon esprit, mes chers frères, est
-l'antiquité du PET. Or, je le demande, quel est l'homme si borné, si
-lourd qu'il puisse être, qui ne conviendra pas que l'ancienneté du
-<sc>Pet</sc> ne le cède en rien à celle de l'univers et des humains.
-Vous le savez comme moi, je n'avais pas besoin de le dire, mais j'ai la
-parole, laissez-moi faire de l'esprit. Je prouve donc.
-
-Aussitôt que le suprême architecte de tout ce qui existe eut paîtri
-de ses divines mains cette superbe bête à deux pieds, sans plumes,
-appellée HOMME, lorsqu'il eut soufflé dans le sein de cette masse,
-encore inanimée et inerte, cet esprit subtil et igné qui lui donna la
-vie et le mouvement,[1] lorsque cette faculté d'exister eut besoin
-de se manifester au-dehors par l'exercice des fonctions animales,
-croira-t-on que le modeleur éternel ait ignoré le point le plus
-essentiel, et qu'il ait omis de donner à sa créature le moyen de
-pousser au dehors, l'air intérieur, qui, intercepté dans les capsules,
-nuisait à la perfection de son ouvrage? Ne voyons-nous pas le figuriste
-employer tous ses soins pour empêcher les globules d'air de se glisser
-entre le moule et la cire liquide qui doit se rassasier de l'empreinte?
-Dieu pouvait-il ignorer ce premier élément de l'art de modeler? non,
-sans doute. Ensuite, le premier homme, qui ne savait pas encore rougir
-et ne connaissait pas les lois tyranniques de la civilité, a-t-il
-pensé, croyez-vous, à comprimer, à étrangler au passage, cet air qui
-ravageait son sein et cherchait impatiemment une issue? non, tout
-s'accorde à nous faire croire qu'il péta au nez de celui qui venait de
-lui donner l'existence, et que l'Être suprême, loin de s'en fâcher, fut
-si content, d'avoir réussi, que pour récompenser son ouvrage, il forma
-le projet de lui donner une compagne. Observez donc, chers frères, que
-1^o. nous devons l'origine de la femme à un pet; 2^o. qu'Adam ayant
-pété, avant que de parler, le PET est incontestablement plus ancien que
-la parole. Sentez bien mon raisonnement.
-
-S'il vous fallait d'autres autorités pour vous convaincre que les
-premiers humains firent usage du PET, bien longtems avant qu'ils se
-servissent de la parole, j'invoquerais celle du savant Aristophanes,
-qui, dans sa comédie _des Grenouilles_, dit que les hommes, dans les
-premiers siècles d'une ignorance absolue, ne savaient faire autre chose
-que _péter_ au nez de leurs concitoyens et faire même encore plus,
-c'est-à-dire, pour parler plus proprement,
-
- In os oppedere et merdâ sodalem fœdare.
-
-comme faisait l'ange, chargé par le très-haut d'apporter à déjeûner à
-Ezéchiel, qui, par parenthèse, devait faire grand cas du PET, puisque
-ce qui le suit ordinairement ne lui déplaisait pas.
-
-La généalogie du PET est si claire, que si l'origine ci-dessus établie
-ne vous convient pas, je vais lui en trouver une autre. La nature,
-sur ce point, fut encore moins parcimonieuse envers mon héros;
-son origine fut illustre. Je ne m'étayerai point des prétentions
-hasardées de ceux qui le font descendre en droite ligne des _rectum_ de
-Jupiter ou d'Orphée, nommés l'un _merdeux_, l'autre _fimo delibutus_,
-c'est-à-dire, son synonime. Tout le monde sait que ses auteurs sont de
-la noblesse la plus éclatante et la mieux acquise (ce qui est encore
-plus rare), quoique la tradition qui nous l'enseigne ait éprouvé des
-variantes et des critiques.
-
-Aristophanes, dans une autre de ses comédies, intitulée PLUTUS, le dit
-fils d'un potage composé de pois et de riz: après avoir fait dire à
-Plutus: «J'avais mangé à moi seul la plus forte partie du potage»; il
-lui fait ajouter: «Je PÉTAI _d'une force incroyable, tant mon ventre
-était enflé_.»
-
-Si on en doit croire Chamæléon, poëte de Pont, le PET est fils de la
-fève. Il raconte à ce sujet qu'ayant vu certain jour un âne qui se
-bourrait de fèves, il eut une si grande envie d'en manger aussi, que
-le désir seul lui en tînt lieu et fit l'effet de l'aliment[2], chose
-merveilleuse et qui donne un terrible échec à tous les docteurs qui ont
-prétendu qu'il n'y avait pas d'effets sans cause. Ils m'objecteront que
-le rire a la propriété d'engendrer le PET, et dans ce cas je ne dispute
-plus; j'aime autant voir mon héros fils du rire, que des haricots; père
-lui-même de la gaîté, comme je le dirai par la suite, il n'en est que
-mieux le digne fils de son père.
-
-Télémachus d'Acharnie, faisait des fèves sa nourriture habituelle, afin
-de péter plus souvent, convaincu de la vérité de ce vieux proverbe,
-digne de l'école de Salerne.
-
- »Il faut pour vivre longtems,
- »A son cul donner force vents.
-
-Diphile, médecin de Siphnos, l'une des Cyclades, attribue aux raves
-l'honneur de la maternité: Zénon, chef de la secte stoïcienne,
-l'accorde aux lupins; c'est pour cette raison qu'ayant promulgué la
-loi qui accordait à tout le monde, de tel âge, de tel rang et de tel
-sexe qu'il fût, la liberté de PÉTER la plus, illimitée; il fit plus, il
-voulut se nourrir continuellement de ce légume, pour donner lui-même
-un exemple qui la rendit respectable. Je veux donc, pour n'être pas
-rebelle à l'autorité de tant de philosophes fameux, décerner le
-privilège de cette heureuse fécondité aux oignons, à l'ail, aux fèves,
-aux lupins, aux raves, au potage de pois et de riz, enfin à tous les
-autres alimens _pneumatiques_, pour me servir de l'expression grecque,
-ou _venteux_, si vous l'aimez mieux en français.
-
-Il est bien important, auguste Aréopage, que vous connaissiez
-imperturbablement toutes, les ramifications, généalogiques de mon
-héros, afin que l'éponge de notre jugement efface pour jamais les
-taches dont la malignité de quelques hommes mal intentionnés essaierait
-de le couvrir. Gardons-nous sur-tout d'assimiler ou de confondre le
-PET pour lequel je parle, avec cet atôme de PET, débile et maigre
-production de la _Polente_[3]; celui que Plaute a livré à l'ignominie,
-sur la scène de Rome, dans la comédie qui a pour titre: CURCULIO,
-et dont la parenté, un peu éloignée à la vérité, si toutefois elle
-existe, peut déshonorer notre héros; car, il n'est pas fait encore
-pour paraître sur la scène, quoiqu'au rapport de Plutarque, les
-rois de Chypre aient fait la même chose, à leur retour en Phénicie,
-lorsqu'Alexandre le Grand y étala orgueilleusement la pompe du
-triomphe. Pourquoi notre héros n'aurait-il pas les honneurs du théâtre,
-où il ne s'est encore glissé qu'_incognito_, puisqu'on y crache, que
-l'on y tousse, que l'on s'y mouche, etc.? Néron, Héliogabale et autres
-empereurs n'ont-ils pas aussi joué la comédie? Auguste n'a-t-il pas
-déclaré que les acteurs étaient exempts du fouet? Tite-Live nous assure
-que l'histrionnage ne déshonnorait point dans la Grèce. Macrobe va
-plus loin. Nulle part les acteurs n'ont été flétris par le préjugé.
-Mais supposons qu'il en ait été autrement; l'opprobre, s'il existait,
-ne doit frapper que ceux qui se donnent en spectacle sur les planches,
-sans y être forcés; or ce reproche ne pourrait être raisonnablement
-fait à mon client, puisqu'il y a été conduit par violence, et mis en
-action contre son gré, par un être de la plus vile condition, par un
-glouton, un parasite effronté et un plat bouffon.
-
-Il est, par exemple, extraordinairement difficile de résoudre une
-question qui a été longtems agitée et toujours sans succès: il
-s'agit de donner à mon héros, un corps, une figure, de déterminer
-sa taille, son port et sa couleur. Il faudrait pour expliquer tout
-cela se servir du ministère d'un coq amoureux, et employer celui qui,
-pardonnez-moi le terme, répand autour de lui les émanations les plus
-sensibles à l'odorat, et étale avec plus de magnificence la pourpre
-éclatante de son plumage. Cependant si, dans un doute de cette espèce,
-il est permis de recourir aux conjectures, nous devons présumer, eu
-égard à la très-petite ouverture de son logis, par laquelle il passe
-pourtant encore très-à l'aise, nous devons, dis-je, croire, qu'il est
-très-maigre et très-fluet. Nous pouvons sur ce point nous en rapporter
-au témoignage de Catulle, de ce poëte charmant, le plus joyeux et le
-plus plaisant des beaux esprits, à qui la nature bienfaisante avait
-donné une vue si bonne et si perçante, qu'il a pu voir le pet subtil et
-presqu'insensible de Libon.[4]
-
-O le plus fortuné des citoyens de Véronne! tu as eu l'honneur de voir
-en face notre invisible héros! hélas! aucun de nous n'a eu ce privilège
-glorieux et digne d'envie. Nous sommes trop profanes. Que dis-je,
-nous!... disons plutôt que, de mémoire d'homme, les dieux n'ont fait
-cette faveur à aucun être vivant.
-
-Quant à son idiôme, frères péteurs, c'est un autre prodige; semblable
-au St.-Jean de l'Evangile, à nos docteurs en théologie, et à beaucoup
-de nos orateurs modernes, tout le monde l'entend, personne ne peut le
-comprendre. Dans quelque contrée de la terre que vous l'entendiez,
-vous verrez avec étonnement qu'il parle dans un dialecte étranger, et
-totalement hors la portée de l'intelligence humaine, ce qui déconcerte
-tous les savans qui prétendent savoir toutes les langues, et le père
-Bougeant lui-même, qui a si bien expliqué celle des oiseaux. C'est au
-point que j'ai de la peine à convenir, qu'Aristophanes lui-même l'ait
-entendu et compris, lui pourtant qui causait bien familièrement avec
-lui et le quittait bien rarement; il dit dans sa comédie des _Nuées_:
-
-«Mon potage fait, dans mes entrailles, un bruit de tonnerre; c'est un
-fracas épouvantable, qui d'abord s'annonce par le son de _pappax_,
-bientôt, il redouble et l'on entend _pa-pap-pax_; et enfin, quand je
-suis sur la chaise, c'est l'explosion terrible de pa-pa-pap-pax».
-
-Or: ces paroles, pleines de l'harmonie descriptive, ce n'était pas
-devant quelques imbécilles, devant une poignée d'allemands épais et
-grossiers, que le sublime Aristophanes les proférait, mais bien devant
-le sage et immortel Socrate, qui goûtait ces choses bien mieux que
-nous. Il est donc évident, frères péteurs, que le PET a un dialecte
-à lui seul, et une éloquence qui lui est particulière; c'est donc
-avec une souveraine injustice que ses détracteurs, pour le perdre
-dans l'estime des hommes, l'accusent d'une bavarderie insignifiante,
-et nous-mêmes d'une torpeur coupable et d'un défaut de sentiment.
-Laissons, frères péteurs, ces hommes sans goût, déblatérer sans cesse
-contre notre héros; et l'accuser de prononcer difficilement, de
-bégayer, et d'avoir la langue pesante. Certes, il a trois dialectes
-bien distincts. A son enfance, c'est PA-PAX, à son adolescence, c'est
-PA-PA-PAX. A sa maturité, c'est PA-PA-PAP-PAX.
-
-Ce n'est pas une médiocre entreprise, pour la défense de notre client,
-que de faire voir qu'il a reçu par son éducation, tous les principes de
-la pudeur, de l'honnêteté, et que ses mœurs irréprochables répondent
-à cette éducation. Ce n'est pas au milieu de la pompe et du bruit des
-affaires publiques, que sa modestie est à l'aise, non; il ne se plut
-jamais que dans la solitude du cabinet, éloigné du tumulte des cours
-et des bruyantes assemblées: «Il s'est exilé du barreau et des palais
-somptueux des citoyens puissans».
-
-Il savoit trop combien il est important de se mettre à l'abri du
-froissement des affaires politiques, des haines civiles et des autres
-dangers qui nous environnent, pour ne pas se contenter des douceurs
-de la vie privée, comme Curius, et vivre sagement pour lui-même et
-non pour des ingrats. Ajoutons à cela, qu'il était assuré d'être plus
-utile à la république, (ce qui équivaut bien à la puissance), s'il
-se dérobait à l'avide et maligne curiosité des scrutateurs de ses
-habitudes particulières, et n'occupait les oreilles de ses concitoyens
-que dans la juste proportion de ses forces. C'est ce prudent amour de
-l'obscurité qui l'a décidé à préférer, pour demeure, les bains, les
-boudoirs et les endroits les plus reculés d'un logis, enfin les lits,
-comme le PET du jeune homme qu'Aristophanes nous représente enveloppé
-de cinq couvertures.
-
-Si nous considérons sa moralité, sa bienveillance envers les citoyens,
-n'est-elle pas la plus signalée? Je passe sous le silence tous les
-services précieux qu'il a prodigués à tout le monde. Qui de vous,
-frères péteurs, seroit assez ingrat, assez dénaturé, assez ignorant,
-assez effronté, pour révoquer en doute la reconnaissance qu'il a
-méritée de vous, de vos femmes, de vos enfans, de votre domestique, de
-notre république, en un mot, de tout le genre humain? Ses bienfaits
-sont si notoires que, non-seulement, les nations les plus éloignées
-et les plus barbares avouent ce qu'elles lui doivent de gratitude,
-mais encore les animaux, que leur instinct et leur nature portent à le
-chérir. En effet, la truye entend-elle le PET, elle accourt soudain, à
-son bruit, pour lui demander sa nourriture.
-
-Quoique l'amour de la solitude l'ait séquestré, il ne rougit pourtant
-pas de se permettre quelque distraction, et de se glisser quelquefois
-dans les assemblées publiques , pour s'y délasser, s'y mettre à
-son aise, et y apporter le rire et la gaîté, qu'il partage avec ce
-qui l'environne. Là, il se donne carrière au milieu de l'allégresse
-générale; il se plaît au milieu de ces éclats du gros rire, qui bien
-souvent brisent la barrière derrière laquelle il était caché. C'est ce
-qui m'autorise à croire que l'immortel Démocrite, le plus grand rieur
-de l'univers, sans contredit, en devait être par la même raison le plus
-intrépide péteur.
-
-L'austère Brutus et l'éloquent Cicéron n'étaient pas plus jaloux de la
-liberté que notre héros; car si l'on veut l'asservir ou l'emprisonner,
-il soulève les pierres, brise les obstacles, les liens et les chaînes;
-il se fait jour enfin, en faisant obéir les portes qu'on avait le mieux
-fermées.
-
-Si nous voulons détailler les facultés intellectuelles du PET, et la
-culture de son esprit, nous le trouverons certainement très-versé
-dans tous les genres de sciences et d'arts libéraux. Un seul exemple
-va prouver combien il était éloquent. Un jour que Métroclès, frère
-d'Hypparchie[5], et disciple de Théophraste, était concentré dans la
-méditation, il arriva, je ne sais comment, qu'ayant laissé échapper un
-pet, il rougit et en eut tant de honte et de chagrin, qu'il s'enferma
-chez lui, dans la ferme résolution de se laisser mourir de faim. Le
-philosophe Cratès, son beau-frère, en ayant été informé, se rendit
-auprès de lui, après avoir eu la précaution de manger des fèves et
-des lupins en abondance. Il fit tomber la conversation sur un sujet
-propre à faire diversion à la gravité de Métroclès, lui disant que ce
-serait une chose absurde et inouïe qu'il ne fût pas permis d'obéir à
-la nature, et qu'on dût se séparer de la société, parce qu'on a donné
-un libre cours à un peu d'air. A la fin de son discours, l'orateur
-lui-même lâche un pet énorme, pour joindre l'exemple au précepte
-et consoler Métroclès, en lui associant un coupable. Le remède fit
-merveille; Cratès, depuis ce tems, l'entendit, et Métroclès, rendu à
-ses études, fit les plus grands progrès dans la philosophie. O pouvoir
-étonnant de l'éloquence! Exploit digne d'une immortelle gloire! Cratès
-savait bien que toutes ses paroles n'auraient aucun poids, s'il ne les
-accompagnait de l'invincible éloquence du PET. Personne ne doutera que
-le fameux philosophe Cratès ne se fût approvisionné des raisonnement
-les plus victorieux, en entreprenant de combattre Métroclès, et
-pourtant toutes ces dépenses étaient en pure perte, si la vertu du PET
-ne fut venue à point donner de l'action et du mouvement à la langueur
-des lieux communs et des verbiages oratoires. Une seule monosyllabe,
-un seul son fit ce que Cratès n'eût pu opérer avec la plus riche et la
-plus vaste réunion de sentences.
-
-On doutera moins encore que le PET n'excelle dans l'art musical, si
-l'on veut bien lire le livre de Saint-Augustin, évêque d'Hyppone, _de
-la cité de Dieu_; où il dit: «qu'il est beaucoup de gens qui ont l'art
-de faire des pets si cadencés, si harmonieux et à volonté, qu'on serait
-tenté de croire qu'ils chantent par cette partie de leur corps, et
-ce qui est plus étonnant, ces pets n'ont aucune odeur, aucune suite
-désagréable».[6] On peut associer à ces musiciens de nouvelle espèce,
-ce germain qui accompagna Maximilien César et Philippe son fils, à leur
-arrivée en Espagne. Il n'y avoit aucun chant qu'il n'exécutât avec
-l'antipode de sa bouche. Aristote nous assure que la tourterelle pète
-fréquemment, quand elle chante, ce qui a donné lieu au proverbe: _La
-tourterelle chante_, lorsque quelqu'un donne carrière à son postérieur.
-Nicarque a dit aussi fort à propos, qu'il y a dans le PET une certaine
-mélodie confuse et naturelle.
-
-Tous ces avantages, frères péteurs, seraient d'une médiocre importance
-à l'histoire et à la gloire de mon héros, s'ils étaient privés de
-cette vertu qui régit les mœurs et devient la modératrice de toutes les
-actions humaines. Mon client est si richement doué des belles qualités
-du cœur, et des vertus Sociales, qu'on est tenté de le regarder comme
-un prodige. Un trait de sa reconnaissance s'offre à mon esprit: il est
-sans exemple qu'il ait jamais fait du mal à celui qui le laisse aller
-librement; tant il est scrupuleux observateur de la justice et du droit
-des gens. Semblable à Apollon, _ennemi des méchans_, il sauve du danger
-quiconque est travaillé par un tumulte intérieur et une plénitude
-fatigante qui menace ses jours.
-
-Qui ne sait pas que le PET est sur-tout recommandable par son respect
-pour la religion, cette mère de toutes les autres vertus? Témélaque
-d'Acharnie, pour l'avoir toujours à ses ordres, lui prodiguait les
-alimens qui lui sont les plus agréables, et ne mangeait tous les
-jours qu'une marmite de haricots, et cela, dans la seule vue de
-pouvoir célébrer par l'harmonie du PET la fête annuelle des mangeurs
-d'haricots[7]. O monument éternel de religion! mais pourquoi ne citer
-que Télémaque? les femmes de l'Attique ne trouvèrent aucun encens,
-aucun parfum plus digne d'être offert à l'honneur d'Apollon, que
-l'odeur suave du PET. Et pour que les thuriféraires ne se trouvassent
-jamais en défaut, il fut prescrit par une loi rigoureusement exécutée,
-que les habitans ne se nourriraient rien que de légumes.
-
-On ne peut trop admirer ici la sobriété du PET, et combien il est
-aisé de le nourrir. Heureux avec de l'ail, des lupins, des raves,
-des oignons, des féverolles, et autres mêts vils et abjects de cette
-espèce, il devient fort et vigoureux; il méprise les mets somptueux
-et recherchés du luxe et de l'opulence, qui l'énerveraient et le
-mèneraient au néant.
-
-Nul être vivant ne possède au même degré que mon client, cette
-imperturbable équité qui consiste à donner à chacun ce qui lui
-appartient, et à venger sévèrement les injustices. S'il prend à quelque
-personne la coupable fantaisie de le comprimer, de l'étouffer, et de
-l'arrêter dans sa marche, lorsqu'il veut sortir, il est si jaloux de
-jouir de tous ses droits, si ardent à défendre sa liberté, qu'il donne
-la torture au téméraire et pousserait son courroux jusqu'à lui donner
-la mort. Je citerais, frères péteurs, mille exemples de ceci, mais
-je crois plus sage de les passer sous le silence, pour ne pas vous
-ennuyer. S'il veut en agir plus humainement, la vengeance qu'il tire
-de cette audace, quoique plus douce, n'efface pas moins son injure.
-Car, si après avoir fait tous ses efforts pour le neutraliser, en lui
-opposant une porte bien fermée, on a réussi, il arrive que si, pour
-amortir sa violence et suspendre sa course, on entr'œuvre tant soit peu
-la porte; alors, nouveau protée, mon client change de sèxe, la mèche
-est éventée, le crime découvert et une odeur, que le pet n'eut jamais,
-annonce qu'il y a plus que du vent.
-
-Mon client soutient si bien son pouvoir et sa dignité, que s'il
-s'apperçoit que quelque plaisant veuille faire ses gorges chaudes à
-ses dépens et le mépriser, il devient furieux, jusqu'à ce qu'il ait
-fait subir l'insolent la peine du talion. Je citerai pour exemple,
-l'anecdote intéressante que Frédérick Dedekindt[8] a décrite, ainsi
-qu'il suit.
-
-«Un grand orateur avoit été envoyé en ambassade auprès d'une nation
-étrangère. Il avait à faire briller son éloquence devant un cercle de
-dames et de demoiselles d'honneur qui entouraient la princesse devant
-laquelle il parlait: lorsqu'il fut question de commencer sa harangue,
-la timidité et l'inquiétude s'emparèrent de son ame, et il tint les
-yeux baissés vers la terre. Il se remet néanmoins, et avant d'ouvrir
-la bouche, il salue, comme c'est l'usage. Mais tandis que le pauvre
-diable se courbe trop, cette posture donne passage à un vent de bonne
-taille». Il ne se déconcerte cependant pas, et sans rougir, il poursuit
-gravement son discours. L'auditoire fait semblant de n'avoir pas
-entendu le fugitif, excepté une jeune fille qui ne put s'empêcher de
-rire. Mais hélas! tandis qu'elle ne songe qu'à se donner carrière aux
-dépens de l'orateur, elle oublie elle-même de serrer les fesses, et
-trousse adroitement un pet si doux, si harmonieux, qu'on l'eût pris
-pour le son d'une lyre. L'orateur qui l'a entendu, quittant son sujet
-pour couvrir sa propre inadvertence, parle ainsi à cette assemblée de
-demoiselles: «Allons, mesdames, continuez, chacune à votre tour, ne
-vous gênez pas, car cela fait beaucoup de mal, et lorsque mon tour
-reviendra, je m'acquitterai bien de cette besogne.—La demoiselle qui
-avait d'abord ri, rougit jusqu'au blanc des yeux, et ne sçut plus de
-quel côté tourner ses regards. L'assemblée entière partit unanimement
-d'un grand éclat de rire qui acheva de la décontenancer, et la
-harangue n'alla pas plus loin». Vous voyez, pères péteurs, combien mon
-client fut prompt et sévère à punir l'insolente femelle qui s'était
-si bien amusée à ses frais, sans réfléchir que pareil malheur pouvait
-lui arriver. Qui est-ce qui n'a pas été à portée de se convaincre
-de la magnanimité, de la sublimité d'esprit de mon client? Aussitôt
-qu'il voit qu'un de ses compagnons est timide et tremblant, on le voit
-honteux de tant de couardise, tout entreprendre pour abandonner un
-indigne collègue, pour ne point paraître complice de sa poltronnerie
-et de sa pusillanimité. C'est ce qu'a éprouvé cette vieille dont parle
-Aristophanes, dans son _Plutus_, à qui la crainte faisait lâcher des
-vents plus puans que des pets de chats, et l'homme, qui vessait de
-peur, au rapport de Lucien. Voyant Aratus de Sycione tremblant et
-chancelant à l'approche d'une bataille, il aima mieux l'abandonner que
-de supporter la perte de sa propre estime, c'est au moins ce que nous
-rapporte Plutarque, dans la vie de ce citoyen. Mais ce courage n'est
-rien, mes chers auditeurs, auprès de ce qu'il fit, lorsque voyant le
-dieu Priape lui-même épouvanté par la présence de quelques vieilles
-sorcières, il le chassa de sa société, pétant d'une si grande force,
-au rapport d'Horace, que l'on eût cru que c'était un outre que l'on
-crévait.
-
-L'empereur Claude[9] a reconnu l'utilité du PET, dans une république,
-et combien la santé des citoyens souffrirait de son absence, s'il ne
-lui accordait le droit de bourgeoisie, après un long exil de la cité,
-et ne le remettait pour ainsi dire à l'endroit d'où on l'avait enlevé.
-Non-seulement il fut réintégré dans les droits de citoyen, mais encore
-admis aux _banquets publics, et aux fêtes nationales_. L'empereur
-exécuta ce qu'il avait longtems médité, et un arrêt fut rendu, par
-lequel il était permis de donner l'essor et la liberté aux pets, dans
-les festins. Certes, l'honneur d'être rappellé d'exil par un décret,
-n'avait encore été fait à personne. Mais, hélas! lorsque la cruelle
-mort eut enlevé à l'empereur romain le plus sage, la gloire qu'un tel
-édit lui avait faite, mon client fut encore obligé de se séquestrer de
-la société et du commerce des hommes, au grand détriment de l'existence
-publique; car enfin, s'il avait été conservé dans la jouissance de tous
-ses droits, et, si j'ose m'exprimer ainsi, dans les entrailles de la
-république, une foule d'incommodités ne nous aurait jamais assaillis.
-Claude avait été poussé à faire cette action de justice par les cris
-unanimes et le danger de tous les citoyens, et il n'avait pu se refuser
-à leur instance. Il se montra tellement le protecteur et l'ami de mon
-héros, que l'usage de la voix l'abandonna, avant la faculté de mettre
-mon client en action, j'ai pour garant de cette assertion Sénèque, qui,
-dans l'apothéose de Claude, conte que lorsque cet empereur rendit le
-dernier son de voix, on ne s'en apperçut que par un bruit épouvantable
-sorti de la partie par laquelle il s'exprimait le mieux.
-
-Le PET n'est-il pas précisément l'air que nous respirons? n'est-ce pas
-cet air-là que le chasseur Céphale, couché sous un arbre, sollicitait
-si amoureusement? Céphale n'adressait point ses vœux à ce souffle
-léger du zéphir, qui caresse les fleurs et diminue la chaleur de
-l'atmosphère, mais bien à l'air que l'exercice et l'agitation de son
-corps avaient fait résonner au-dedans de lui-même, et qu'à force de
-caresses et de prières, il voulait attirer au-dehors; voilà ce qui
-excita la jalousie de Procris. Eh quoi! pères péteurs! vous paraissez
-incrédules? vous remuez la tête: c'est à tort: eh bien, opposez-vous
-à son impétuosité, fermez-lui tout passage, et vous éprouverez
-certainement que l'homme ne peut pas se passer de son ministère: je
-ne parle pas seulement de cet air bruyant et mélodieux, mais de celui
-qui s'échappe tout doucement et fait ses évolutions sans tambour,
-ni trompette. Vous avez beau dire, aucun de vous ne vivrait un seul
-jour sans lui. C'est à lui que nous devons rapporter entièrement
-la conservation de nos familles, enfin une foule d'avantages que
-nous ne pouvons nier sans nous rendre coupables du vice honteux de
-l'ingratitude. A quoi bon citer, tous les bons offices qu'il nous rend
-dans le cours de notre vie privée?
-
-Aristophanes, dans sa comédie des nuées, a dit: Mon derrière est une
-trompette, et le mot est passé en proverbe. Or, je vous le demande, à
-quoi servirait la trompette, sans l'être qui peut en sonner? A quoi bon
-cette trompette, si le PET ne la remplissait de vent? Je me souviens
-d'avoir vu et entendu un certain bossu, qui avait si bien le PET à
-commandement, que, sans faire aucun effort, non-seulement il en faisait
-tant qu'il voulait, mais qu'il les graduait comme le chant, les rendait
-aigus ou flûtés, forts ou, presqu'insensibles. Il y a plus, il imitait
-avec eux les sons de la trompette et du clairon, il donnait le signal
-du combat, celui de la charge et celui de la retraite, comme s'il eût
-été en présence de l'ennemi.
-
-Aucun de nous ne niera l'urgence de se procurer la vie et des moyens
-de la gagner. Eh bien, une infinité de gens doivent à mon héros leur
-existence et leur fortune. J'en vais donner un exemple. Il y avait à
-Anvers un tabellion d'Amsterdam qui, toutes le semaines, voyageait,
-tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Ceux qui ont vécu dans sa
-familiarité, racontent qu'il était si versé dans l'art de péter, qu'il
-le faisait comme et autant de fois qu'il le voulait, sans en rougir et
-sans jamais se tromper. Un jour qu'il s'agissait de payer une mesure de
-la plus excellente bierre, il convint avec son compagnon qu'elle serait
-le prix de celui des deux qui ferait le plus de pets, en montant la
-tour _Marianne_, qui est de la plus grande hauteur. Des arbitres sont
-appellés, et les concurrens sont en marche. A chaque degré de cette
-tour, qui en a six cents vingt-trois, le tabellion fit un pet, et dit
-qu'il était prêt à en faire autant en la descendant, si son adversaire
-voulait parier une autre mesure. Mon héros lui valut donc l'avantage
-d'appaiser sa soif, sans altérer sa bourse; il pouvait arriver que
-le tabellion, épuisé de chaleur et de soif, se trouvât dépourvu de
-finances, et le PET lui fut très-utile.
-
-Je connais un mendiant, gueux de profession, qui, sachant donner à
-ses pets la cadence et les variations musicales, se sert de ce moyen
-pour gagner sa vie, en attrappant l'argent des curieux. On prétend
-qu'il y a des personnes qui se servent du PET, comme d'un éventail et
-d'un soufflet. Un homme de qualité étant à dîner avec un de ses amis,
-l'invita à se donner de l'air, lorsque les domestiques qui servaient
-à table furent congédiés. Celui-ci s'en défendit, alléguant qu'il
-avait une manière toute particulière. Eh bien, dit le maître du logis,
-faites-le à votre mode, comme vous l'entendrez. Le convive usant de la
-permission, leva la cuisse droite et fit un pet, disant qu'il n'avait
-pas d'autre manière de se rafraîchir.
-
-Rien n'est plus efficace que mon héros, pères péteurs, contre les
-sorts, les enchantemens, les philtres et les amulettes. Son bruit a la
-vertu d'épouvanter et de mettre en fuite les sorcières, les magiciennes
-et les empoisonneuses. On en voit un exemple dans Horace. Lorsque
-Canidie et Sagana évoquaient les ombres et exerçaient dans un jardin,
-les affreux mystères de leurs noirs enchantemens, en présence de
-Priape, ce dieu rempli de crainte fit un bruit semblable à l'explosion
-d'un pet; alors, vous eussiez étouffé à force de rire, en voyant
-l'odieux sacrifice interrompu, les sorcières épouvantées fuir à travers
-la ville; Canidie en courant, laissait tomber ses dents, Sagana sa
-haute coëffe, et toutes deux les herbes et les bandelettes enchantées
-qu'elles avaient sur les bras.
-
-Il est démontré par l'expérience et par l'usage de plusieurs siècles,
-pères péteurs, que ceux qui font le plus de cas du PET et lui donnent
-la plus grande latitude possible, sont bien récompensés de leur amitié
-pour lui, par une vie très-longue. Zénon de Chypre, lui-même, ce chef
-de la secte stoïcienne, qui décréta qu'il était aussi permis de péter
-que de roter, atteignit l'âge de soixante-douze ans, sans avoir jamais
-éprouvé la moindre indisposition; il aurait vécu un siècle, s'il ne
-s'était pas étranglé lui-même, pour terminer les douleurs que lui
-causait une chute dangereuse qu'il avait faite. Cratès, ce philosophe
-cynique, qui consola Métroclès, et le rendit à ses travaux, comme
-nous l'avons raconté précédemment, mourut dans l'âge le plus avancé,
-ou plutôt s'éteignit, comme une lampe. Métroclès lui-même, frère
-d'Hypparchie, et qui au rapport de Laërce, donnait amplement carrière
-à mon héros, pendant ses méditations philosophiques, ne mourut que
-parce que las de vivre, il se fit étouffer, pour n'avoir pas les
-incommodités de la décrépitude.
-
-De nos jours les Anglais ont bien rendu justice au PET, puisqu'au
-rapport de Furetière, tom. 2. de son dictionnaire universel, un vassal,
-dans le comté de Suffolck, devait faire devant le roi, tous les jours
-de Noël, un saut, un ROT et un PET.
-
-A quatre ou cinq lieues de Caen, un particulier, par droit féodal,
-a longtems exigé un pet et demi par chacun an. On voit encore dans
-certains cabinets d'antiquaires des figures égyptiennes du dieu PET,
-adoré à Pelouse.—Voy. _Chompré_, au mot _Crepitus ventris_.
-
-Ah! pères péteurs, il y a bien longtems que la race utile des portefaix
-et des forts de la halle serait éteinte, si le secours de mon héros
-ne les rafraîchissait et ne leur donnait la force de supporter leurs
-charges. Aristophanes, dans ses _Nuées_, nous parle de Xanthias, qui,
-près à succomber sous un fardeau trop pesant, invoque l'assistance
-du dieu PET, en disant: ma charge est si forte que, si quelque ame
-charitable ne vient me soulager, il faut que je pète.
-
-Petronianus Corax, homme de la même profession, se trouvant trop peu de
-forces pour porter un fardeau, et recourant au pet, pour retrouver de
-la vigueur, levoit la jambe avec facilité et lâchait un vent sonore,
-qui répandait sur la route un tourbillon de vapeurs méphitiques. Je ne
-suis pas le premier qui ait fait de l'utilité du PET la matière d'une
-ample et sérieuse dissertation; des érudits célèbres l'ont faite avant
-moi. Martial cite Symmaque en ces termes: «J'aimerais mieux t'entendre
-péter, car Symmaque dit que c'est une chose tout-à-la-fois salutaire,
-et qui provoque le rire et la gaîté.»
-
-J'ajouterai à ceci ce que Nicarque a dit autrefois: le PET conserve; et
-de même que les Grecs avaient coutume de dire à quiconque éternuait,
-_que les dieux te conservent!_ nous devons dire avec bien plus de
-raison à celui qui est travaillé par une colique venteuse, _que le_ PET
-_te conserve!_
-
-C'est donc une chose inouïe que cette haine, cette jalousie de
-quelques gens dépourvus de sens, qui, comblés des faveurs de mon
-héros, et devant lui vouer la plus vive reconnaissance, je ne sais
-par quelle fatalité attachée à lui seul, méprisent et sa personne et
-jusqu'à son nom. S'ils sont par hasard obligés de parler de lui, on
-les entend préluder par cette phrase banale: _sauf votre respect!_ O
-dieux immortels! dans quelle ville vivons-nous? dans quel siècle! Ils
-trouvent du mal dans la chose, ils en trouvent dans le mot! On trouve
-le PET une chose honteuse! certes, ce sont eux-mêmes qui devraient être
-honteux, ces ennemis de la vie des hommes et de la liberté publique!
-Tullius, ce modèle de l'éloquence romaine, et qu'on peut appeller le
-père et le prince des orateurs, a donné le nom de modestie à la liberté
-des paroles, assurant que cette opinion lui est commune avec Zénon. En
-effet, les Stoïciens avaient établi en principe que chaque chose doit
-s'appeler par son nom; de-là cet apophtegme de leur école: le sage
-parlera bien. Ils avaient sagement conclu qu'aucune expression n'est
-par elle-même, ni déshonnête, ni obscène. Quel est donc le délire de
-ces impies qui aiment mieux parler énigmatiquement et à mots couverts,
-que de se rendre intelligibles! Aimerions-nous mieux l'autorité de
-ces profanes insensés, que celle des respectables Stoïciens? Qu'ils
-ne l'espèrent pas. Que dirai-je encore de la folie de ces autres, qui
-se montrant favorables à mon héros, injurient d'une manière horrible,
-maudissent et donnent au diable sa taciturne sœur; eh pour quelle
-raison? parce qu'elle s'attache plutôt au nez qu'aux oreilles; et
-qu'elle se glisse sans bruit, comme les sicaires, sans qu'il soit
-possible de se défendre contre elle. Les Grecs l'ont nommée _Dolon_, ou
-_Deolon_ pour la distinguer de son bruyant et libre frère, auquel ils
-ont donné le nom de PORDEN.[10]
-
-Mais ceux qui blâment cette sœur ne font-ils pas autant de mal que
-s'ils intentaient un procès criminel à la discrétion, à la modestie
-et à la taciturnité, vertus dont les philosophes de l'antiquité
-avaient fait la base de leur sagesse. O tems! ô mœurs! ô siècle
-déplorable dans lequel la vertu même est érigée en crime! on outrage
-le respect, la politesse, tandis qu'on devrait les combler d'éloges!
-y aurait-il immodestie et impudence égales à celle d'interrompre un
-grave entretien par un bruit soudain, qui scandaleusement provoque
-les éclats de rire, et décontenance l'orateur? Non, certes, et vous
-avez la méchanceté de donner à cette prudente sœur, les épithètes de
-grossiére et d'irrévérente, lorsqu'elle est au contraire très-polie
-et très-respectueuse?... Que puis-je ajouter, si j'ai réussi à les
-convaincre de l'injustice des calomnies accumulées sur mon client!
-N'ont-ils pas essayé de couvrir, d'opprobre sa personne, sa moralité et
-ses habitudes, en les taxant de grossièreté et d'indécence? Cette sœur
-injustement calomniée me paraît au contraire abonder dans leur sens,
-si ce mot du sage Bias est vrai: le silence est une vertu louable,
-dans ceux dont la vie est impure et scandaleuse. Pythagore disoit
-aussi: _tais-toi, ou donne-nous quelque chose de meilleur que le
-silence._ Or, que dirait-elle qui valût mieux que sa taciturnité? S'ils
-m'objectent que ce vent incommode et blesse l'odorat, je répondrai
-qu'il a cela de commun avec une nation entière, celle des _Parthes_,
-qui ont tous l'haleine forte. Il pourrait dire, ce que jadis Euripide
-répondit à Decamnichus, qui lui reprochait ce même défaut: Je ne fais
-pas grand bruit, _mais je conserve beaucoup en moi_.
-
-Je mériterais, sans contredit, d'être regardé comme un avantageux, un
-téméraire, si je prétendais, pères péteurs, à la gloire de n'oublier
-aucune des qualités de mon héros; les anciens avaient de lui une
-si haute idée, qu'ils ne trouvèrent pas de symbole plus vrai, plus
-sûr, pour consacrer l'amitié, que la présence et la liberté de mon
-client, ce qui a fait dire à Martial: «Je ne vois pas de meilleure
-preuve, Crispus, de l'amitié que je te porte, que ton habitude de
-péter en ma présence». Il fut aussi chez eux le symbole de l'opulence;
-péter équivalait chez-eux à faire parade de ses richesses: ce qui
-est confirmé par ce proverbe: il est mort en pétant. C'est encore ce
-qu'entend Chrémylas, dans le _Plutus_, lorsqu'en parlant d'Argire,
-le plus riche citoyen d'Athènes, et le plus grand péteur, il dit:
-«N'est-ce pas son opulence qui l'enhardit à tant péter.»
-
-Nicarque, le plus ancien des auteurs d'épigrammes, voulant laisser à la
-postérité un digne éloge du PET, ne trouva rien de plus convenable à
-sa dignité, à sa bienfaisance, et à son autorité, que de le comparer à
-la majesté royale. C'est ainsi qu'il s'exprime: «Le PET cause la mort
-à une infinité de gens, lorsqu'il ne peut faire son explosion; il les
-conserve, quand il s'échappe à plusieurs bonds. Or, s'il a droit de
-vie et de mort sur les humains, pourra-t-on ne pas convenir que son
-pouvoir égale celui des plus grands Rois».
-
-Aristophanes nous raconte qu'un citoyen voulant honorer son dieu,
-trouva plus honorable de saluer la divinité avec un pet, qu'avec
-des paroles; «car aussi-tôt, dit-il, que je sentis l'approche de la
-divinité, je pétai d'une force miraculeuse». Les humains crurent qu'ils
-ne rendraient jamais à mon héros la somme des honneurs qu'il mérite,
-s'ils ne l'élevaient pas aux suprêmes honneurs de l'apothéose. C'est
-pour cette raison que les Egyptiens, le peuple le plus sage et le
-plus religieux de l'univers, le placèrent sur l'ALBUM[11] ou tableau
-de leurs dieux, et lui décernèrent des autels, des temples, des
-sacrifices, et des petits lits sur lequel on plaçait son simulacre. Si
-quelqu'un, affligé d'une colique de vents, avait eu le bonheur de s'en
-tirer par le secours de mon client, et d'échapper par là à une mort
-certaine, pénétré de reconnaissance, il suspendait en _ex-voto_, dans
-la chapelle de ce dieu indigète, un tableau où étaient gravés ces mots:
-
- CREPITUI VENTRIS CONSERVATORI.
- DEO PROPITIO.
-
- QUOD AUXILIO EJUS PERICULO LIBERATUS.
- N. N. M. F. BENEFICII MEMOR.
- VOTUM SOLVIT ET DE SUO P.
-
-c'est-à-dire:
-
- AU PET CONSERVATEUR,
- DIVINITÉ SECOURABLE,
- N. (_un tel_) DÉLIVRÉ DU PÉRIL,
-
- PAR SON SECOURS;
- ET RECONNAISSANT,
- A OFFERT CE VŒU, DE SON ARGENT.
-
-Vous ferai-je, pères péteurs, l'énumération des hommes illustres, et
-révérés de la postérité, qui ont joint à leur nom de famille, celui de
-PEDO, qui, en latin, signifie _péter_, comme pour associer leur arbre
-généalogique à celui de mon héros. Parmi eux se distingue l'antique
-et noble famille des PEDO; Pedo Albinovanus, Pedonius Costa, Pedanius
-Secundus, Asconius Pedianus, Pedius Consularis, Pedius Blœsus, Pedius
-surnommé _Quintus_. L. Peduceus, Sextus Peduceus, M. Juventius Pedo,
-M. Creperejus. Vous dirai-je combien de cités et de peuples ont
-emprunté leur nom du sien? Combien de plantes et de fruits, comme le
-_galeobdolon_, dont les feuilles triturées dans la main ont l'odeur
-d'une vesse de fouine, et l'_ono-perdon_ qui a la propriété de faire
-péter les ânes qui la mangent? à combien de proverbes il a donné lieu,
-tels que ceux-ci: «_Mes pets ne sont pas de l'encens._—_Un pet ne sent
-jamais mauvais pour celui qui le fait._—_Je tousse quand je pète._—_Tu
-pètes comme un mort._—_C'est péter devant un sourd_,» et mille autres
-qui doivent leur origine et leur gloire à leur analogie avec mon héros?
-
-Quoique toutes ces considérations soient plus que suffisantes pour
-transmettre sa gloire à la postérité la plus reculée, je croirais
-pourtant encore avoir oublié d'ajouter un fleuron à sa couronne, si
-sa destinée n'était pas aussi celle de tous les auteurs ou ennemis de
-la félicité privée. Car telle est la condition des choses humaines,
-que les plus belles actions, les plus rares talens, et la puissance,
-sont presque toujours en butte à la haine et aux coups de la plus
-basse envie. De-là vient, je ne sais par quelle fatalité, que bien
-loin de traiter notre héros avec le respect qui lui est dû, on est
-assez méchant, assez injuste, pour se déchaîner contre lui d'une
-manière outrageante, au mépris de la pudeur et des bienséances. On
-fait sur-tout un crime à mon accusé d'affecter vilainement l'odorat
-des assistans, de s'échapper, (comme on dit) sans compter avec l'hôte,
-lorsqu'on veut le comprimer, et de causer une très-grande honte à
-son gardien. Serait-ce avec raison qu'on le traiterait de fuyard et
-de vagabond, parce qu'impatient du frein et jaloux à l'excès de sa
-liberté, il s'échappe sans que son maître le sente? Toute personne,
-douée d'un jugement sain, voit combien une telle accusation est futile
-et inepte. Dans quelle contrée de l'univers trouverez-vous un homme
-qui, englouti dans un cachot, et chargé de chaînes, ne fera pas des
-efforts surnaturels; pour reconquérir cette douce liberté, l'objet de
-tous ses vœux et de ses pleurs, et sera assez insensé pour la rejetter,
-lorsqu'elle vient s'offrir à ses regards?
-
-Quelqu'un peut-il raisonnablement se plaindre de mon client, parce
-qu'il aurait l'haleine un peu forte, si ce proverbe est vrai: que nos
-pets sentent la rose pour nous. N'est-ce pas le comble de la barbarie
-que de retenir en prison, d'étrangler cet innocent, et de le traiter
-comme le plus grand scélérat, avant même qu'il ait été prévenu d'aucun
-crime? quelle faute grave a-t-il commise pour qu'on lui défende de
-jouir des avantages qui appartiennent à tous les êtres, de l'air
-et de la liberté? Si mon discours déjà plus long qu'il ne faut, ne
-m'avertissait de battre en retraite pour ne pas vous ennuyer, et vous
-faire repentir de la bienveillance avec laquelle vous m'avez écouté
-jusqu'ici, j'aurais, certes, beaucoup de choses encore à vous dire. Ah!
-c'est à vous, pères péteurs, qu'il appartient de défendre l'accusé
-contre les traits dont la calomnie l'accable. C'est à vous de rendre
-à la liberté cet être précieux, les délices de la république, le
-conservateur du peuple, et le plus ferme soutien de l'espèce humaine,
-sur-tout dans ces jours d'abstinence, où le carême, par la nature des
-alimens qu'il nous prescrit, nous expose aux plus grands dangers, si
-l'accusé ne nous défendait avec chaleur. Que diraient les nations
-étrangères, même les plus barbares, les pâtres eux-mêmes, et les
-muletiers qui ont du respect pour le PET! Craignez que la postérité
-ne vous accuse d'avoir laissé impunis les outrages qu'on lui fait.
-Si les ennemis superstitieux et pétris de sots scrupules s'obstinent
-à l'exiler, que, nouveaux Omar, ils jettent au feu la comédie des
-Nuées, dans laquelle Aristophanes permet de péter. Celui que vous
-jugez vous a rendu les plus grands services. Vous avez jusqu'ici
-soutenu sa dignité, celle de notre ordre est inséparable de la sienne;
-rappellez-le par un suffrage unanime. Si les exemples nationaux et
-journaliers ne vous suffisent pas, rappellez-vous les étrangers et ces
-Grecs les plus sages des mortels; Cratès et Zénon, les plus intrépides
-champions du PET, qui tous deux lui ont assuré sa liberté par une loi;
-Cratès chez les Cyniques, et Zénon dans la secte des Stoïciens, qui ne
-différaient que par la robe. Si ce n'eût pas été un acte de justice,
-croyez-vous que ces immortels philosophes, ces oracles de la vie
-humaine, eussent rendu ce décret? Vous avez l'exemple de l'antiquité
-pour guérir nos concitoyens de cette sotte honte attachée au PET. Vous
-vous attachez mon client par les liens de la reconnaissance. Que vous
-dirai-je enfin? vous assurez la conservation de la république, vous
-resserrez les anneaux de la société, vous affranchissez la pudeur de
-nos filles d'une foule de périls et d'embarras: vous affermissez la
-tranquillité des femmes, des enfans, des familles, enfin vous mettez le
-dernier sceau à votre réputation, à votre gloire, et à votre autorité.
-J'ai dit.
-
-_Ici finit le latin d'Emm. Martinus._
-
-
-DE LA NATURE ET DES DIFFÉRENTES SORTES DE PETS.
-
-Le PET est un vent renfermé dans le bas ventre, causé par le
-débordement d'une pituite attiédie, qu'une chaleur faible a atténuée
-et détachée sans la dissoudre; un air comprimé qui cherchant à
-s'échapper, parcourt les parties internes du corps, et sort enfin avec
-précipitation, quand il trouve une issue que la bienséance empêche
-de nommer. Sa définition est conforme aux règles les plus saines
-de la philosophie, puisqu'elle renferme le genre, la matière et la
-différence.
-
-Le pet sort par l'anus et en cela diffère du _rot_, ou rapport
-espagnol, qui sort par la bouche, quoiqu'il soit le résultat des mêmes
-causes.
-
-L'occasion se présente ici tout naturellement de parler du _rot_; il
-va de pair avec le _pet_, quoiqu'au rapport de plusieurs, il soit plus
-odieux que son analogue. Cependant on a vu à la cour de Louis XIV un
-ambassadeur, au milieu de la splendeur et de la magnificence qu'étalait
-à ses yeux étonnés l'auguste monarque français, lâcher un _rot_ des
-plus mâles, et assurer que dans son pays le _rot_ faisait partie de
-la noble gravité qui y régnait, ce qui lui a fait donner le nom de
-_rapport espagnol_.
-
-Les femmes qui se serrent pour avoir la taille fine, sont sujettes à
-péter beaucoup, selon le médecin _Fernel_, parce que leur intestin
-_cœcum_ est si flatueux et si distendu, que les vents qu'il renferme
-font autant de ravages qu'en faisaient autrefois ceux qu'Eole retenait
-dans les montagnes d'Eolie; de sorte que, par leur moyen, on pourrait
-entreprendre un long voyage sur mer: aussi est-ce avec beaucoup de
-raison qu'un peintre joyeux a placé une femme entre un moulin à eau
-par-devant, et un moulin à vent par-derrière, auxquels elle donne en
-même-temps l'action de leur emploi.
-
-Le savant auteur de _l'art de péter_ a examiné s'il fallait mesurer le
-PET, à l'aune, au pied, à la pinte, au boisseau, et voici la solution
-de ce problème, donnée par un excellent chymiste. Si en enfonçant le
-nez dans l'anus, de manière que la cloison du nez divisant l'anus
-également, fasse de vos narines une paire de balances, vous sentez de
-la pesanteur, en mesurant le PET qui sortira, il faut le prendre au
-poids; s'il est dur, c'est à l'aune ou au pied; s'il est liquide, c'est
-à la pinte; s'il est grumeleux, c'est au boisseau, etc. Si enfin, il
-est trop petit, imitez les gentilshommes verriers, soufflez au moule,
-jusqu'à ce qu'il ait acquis un volume raisonnable.
-
-Les grammairiens divisent les lettres en voyelles et consonnes; comme
-nous faisons plus qu'eux profession de ne point effleurer la matière,
-mais de la faire sentir et goûter, telle qu'elle est, nous divisons les
-PETS en _vocaux_ et en _muets_ ou _vesses_ proprement dits.
-
-Les _Pets vocaux_ se nomment _pétards_. On peut consulter là-dessus
-_Willichius Jodochus_, qui nous apprend que le _Pétard_ est un éclat
-bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est _grand_ ou _petit_,
-suivant les causes et les circonstances. Le grand est _pléni-vocal_, et
-le petit _semi-vocal_.
-
-La grandeur du calibre d'où il sort, les alimens venteux dont ils
-se nourrissent, et la médiocrité de la chaleur naturelle dans les
-intestins, produisent chez les paysans le _grand Pet-pétard, ce phénix
-des pets, semblable à l'explosion des canons, et aux pédales de
-l'orgue, et dont la démonstration des tonnères, par Aristophanes ne
-donnerait qu'une très-faible idée.
-
-Le vrai PET ou le _pet clair_ n'a point d'odeur, mais on le confond
-avec le _pet muet_ ou _pet féminin_ et avec le _pet épais_ ou _pet de
-maçon_, qui présente le plus hideux spectacle, et de-là cette injustice
-que l'on fait à notre héros.
-
-Les _pets clairs_ sont _simples_ ou _composés_. Les _simples_
-consistent en un grand coup seul et momentané, Priape les compare à des
-outres crevées. Ils ont lieu quand la matière est abondante, composée
-de parties homogènes; quand la fissure d'où ils sortent est assez large
-et quand celui qui les pousse est robuste. Les _composés_ partent par
-éclats, et comme une décharge d'artillerie. On les nomme _diphtongues_
-et une personne robuste peut en faire vingt, tout d'une tire.
-
-Le pet est diphtongue, quand l'orifice est bien large, la matière
-copieuse, les parties inégales et mêlées d'humeurs chaudes et tenues,
-froides et épaisses. Alors s'opère une canonnade, où l'on distingue des
-syllabes diphtonguées, comme pa pa, pax, pa-pa-pa, pax, et toujours
-_crescendo_. Rien de plus joli, de plus récréatif que ce mécanisme
-des pets diphtongues, quand l'anus est assez ample, et entouré d'un
-_sphincter_ fort et élastique. C'est un de ces pets qui a fait fuir les
-sorcières dont nous avons parlé, page 40 de cette dissertation.
-
-
-_Terribles effets du pet diphtongue._
-
-Le _pet diphtongue_ est plus terrible que le tonnère. S'il ne foudroie
-pas, il étonne, rend les uns sourds et les autres hébêtés, et cela par
-l'extrême compression de l'air, qui devenu libre, ébranle tellement
-en sortant, les colonnes de l'air extérieur, qu'il peut détruire et
-arracher en un clin d'œil les fibres les plus délicates du cerveau,
-donner un mouvement de rotation à la tête, la faire tourner sur les
-épaules comme une girouette, briser à la septième vertèbre l'étui de
-la moëlle allongée, et par cette destruction, donner la mort. Hélas!
-combien de poulets tués dans les œufs, combien de fœtus avortés ou
-étouffés dans le sein de leurs mères, par la forte explosion du PET
-diphtongue! plus puissant que les exorcismes, il a plus d'une fois fait
-prendre la fuite au diable lui-même, et l'anecdote suivante, dont la
-vérité est constante, en fournit un exemple.
-
-Le diable tourmentait depuis longtems un homme pour qu'il se donnât
-à lui. Cet homme ne pouvant plus résister aux persécutions du
-malin esprit, y consentit sous trois conditions qu'il lui proposa
-sur-le-champ. 1^o. Il lui demanda une grande quantité d'or et d'argent;
-il la reçut dans l'instant; 2^o. il exigea qu'il le rendît invisible,
-le diable lui en enseigna les moyens et lui en fit faire l'expérience,
-sans l'abandonner. Enfin, cet homme était fort embarrassé sur ce qu'il
-lui proposerait en troisième lieu, qui pût mettre le diable dans
-l'impossibilité de le satisfaire, et comme son génie ne lui fournissait
-point à l'instant l'expédient qu'il en attendait, il fut saisi d'une
-peur dont l'excès le servit par hasard fort heureusement, et le sauva
-de sa griffe. On rapporte que dans ce moment critique, il lui échappa
-un pet diphtongue, dont le tapage ressemblait à celui d'une décharge de
-mousqueterie. Alors, saisissant avec présence d'esprit cette occasion,
-il dit au diable: «Je veux que tu m'enfiles tous ces pets, et je suis
-à toi». Le diable essaya l'enfilement, mais quoiqu'il présentât d'un
-côté le trou de l'aiguille et qu'il tirât de l'autre à belles dents,
-il ne put jamais en venir à bout. D'ailleurs, épouvanté par l'horrible
-tintamarre de ce _pet_, que les échos avaient rédupliqué, confus,
-forcené même de se voir pris pour dupe, il s'enfuit en lâchant une
-vesse infernale qui infecta tous les environs, et délivra de la sorte
-ce malheureux du danger éminent qu'il avait couru.
-
-Il est constant que dans tous les royaumes, républiques, villes,
-villages, hameaux, familles, châteaux de campagnes, où il y a des
-bonnes, des vieilles et des bergers, dans les livres et les histoires
-anciennes, il y a eu une infinité de maisons délivrées des diables,
-par le secours des _pets diphtongues_. Ce sont de petits _tonnères de
-poche_; leur vertu et leur salubrité sont actives et rétroactives, ils
-sont d'un prix infini; l'antiquité la plus reculée les a reconnus tels
-de-là ce proverbe des romains: UN GROS PET VAUT UN TALENT. Or, si l'on
-considère que le talent romain, valait 84 liv., 100 et 125 livres de
-notre monnoie, j'observerai en passant qu'un gros pet est plus lucratif
-qu'un beau poëme, car le tems est passé où un Alexandre donnait 480
-mille écus à Aristote pour son livre de la nature des animaux. Auteurs,
-cessez d'écrire, puisque les arts ne vous nourrissent plus; mangez des
-haricots et pétez.
-
-La nature des pets est variée à l'infini, suivant le climat, la
-condition, et le moral des individus. Un habile observateur les a
-classés de la manière suivante.
-
-1^o. _Pets départementaux._ Ceux-là ne sont pas si falsifiés que
-ceux de Paris, où l'on raffine sur-tout. On ne les sert pas avec
-tant d'étalage; mais ils sont naturels, et ont un petit goût salin,
-semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement
-l'appétit.
-
-2^o. PETS DE MÉNAGE. Nous apprenons, d'après les remarques d'une grande
-ménagère de Pétersbourg, que ces pets sont d'un goût excellent dans
-leur primeur, et que quand ils sont chauds, on les croque avec plaisir;
-mais dès qu'ils sont rassis, ils perdent leur saveur, et ressemblent
-aux pillules, qu'on ne prend que pour le besoin.
-
-3^o. PETS DE PUCELLE. On écrit de l'île des Amazones, que les pets
-qu'on y fait sont d'un goût délicieux et fort recherchés. On dit qu'on
-ne les trouve que dans ce pays, mais je n'en crois rien. Toutefois on
-avoue qu'ils sont extrêmement rares; _rara avis in terris_. Voyez le
-_Roman de la rose_.
-
-4^o. _Pets de maître en fait d'armes._ Les lettres du camp près
-Constantinople, nous annoncent que les pets de ces escrimeurs sont
-terribles, et qu'il ne fait pas bon de les sentir de trop près,
-car, comme ils sont toujours plastronnés, on dit qu'il ne faut les
-approcher que le _fleuret à la main_.
-
-5^o. _Pets de demoiselles._ Ce sont des mets exquis, sur-tout dans les
-grandes villes, où on les prend pour du croquet à la fleur d'orange. Ce
-pet est un _semi-vocal_ ou petit pet, composé d'une matière très-sèche
-et très-déliée, qui se portant avec douceur le long du canal de sortie,
-qui est fort étroit, soufflerait à peine une paille. Ce _pet_ n'allarme
-point les nez sensuels, et n'est point indécent comme la vesse et le
-pet de maçon.
-
-6^o. PETS DE JEUNES FILLES. Quand ils sont murs, ils ont un petit goût
-de _revas-y_, qui flatte infiniment les véritables connaisseurs.
-
-7^o. _Pets de femmes mariées._ On aurait un long mémoire à transcrire
-sur ces pets; mais on se contentera de la conclusion de l'auteur, et
-l'on dira d'après lui, «qu'ils n'ont de goût que pour les amans, et
-que les maris n'en font pas ordinairement grand cas».
-
-8^o. _Pets de bourgeoises._ Les bourgeois de Rouen et de Caen nous
-ont envoyé une longue adresse en forme de dissertation, sur la nature
-des pets de leurs femmes. Nous voudrions bien les satisfaire, en
-imprimant en entier cette dissertation, mais les bornes que nous nous
-sommes prescrites nous le défendent. Nous dirons en général que le pet
-de bourgeoise est d'un assez bon fumet, lorsqu'il est bien dodu, et
-proprement accommodé, et que faute d'autres, on peut très-bien s'en
-contenter.
-
-9^o. _Pets de paysannes._ C'est ici le lieu de répondre à certains
-mauvais plaisans qui ont perdu de réputation les pets de paysannes. On
-nous mande des environs d'Orléans, qu'ils sont très-beaux et très-bien
-faits; quoiqu'accommodés à la villageoise, ils sont encore de fort bon
-goût. On assure aux voyageurs que c'est un véritable régal pour eux,
-et qu'ils peuvent les avaler en toute sûreté, comme la _montmorency_,
-et les gobets à courte-queue.
-
-10^o. _Pets de bergères._ Les bergères de la vallée de Tempé en
-Thessalie, nous donnent avis que leurs pets ont le véritable fumet
-du Pet, c'est-à-dire, qu'ils sentent le sauvageon, parce qu'ils sont
-produits dans un terrein où il ne croît que des aromates, comme le
-thim, le serpolet, la marjolaine, la sariette, etc., etc. Elles
-entendent qu'on fasse une grande différence de leurs pets avec ceux
-des autres bergères qui prennent naissance dans un terrain inculte:
-la marque distinctive qu'elles enseignent pour les reconnaître et n'y
-être pas trompé, c'est de faire comme on fait aux lapins de garenne,
-c'est-à-dire, flairer au moule.
-
-11^o. _Pets de vieilles._ Le commerce de ceux-ci est si désagréable,
-qu'on ne trouve point de marchand pour les négocier. On ne prétend
-pourtant point pour cela empêcher personne d'y mettre le nez. Le
-commerce est libre.
-
-12^o. _Pets de boulangers._ Nous recevons à leur sujet la note suivante
-du Hâvre; la voici telle qu'un maître boulanger de cette ville nous la
-transmet:
-
-«L'effort que fait l'ouvrier en faisant sa pâte, le ventre serré contre
-le pétrin, rend les pets diphtongues. Ils se tiennent quelquefois comme
-des hannetons, de sorte qu'on pourrait en avaler une douzaine, tout
-d'une tîre.» Cette remarque est des plus savantes et de fort bonne
-digestion. Ce pet est aspiré, ou petit pet _semi-vocal_, composé d'une
-matière humide et obscure: pour en donner l'idée et le goût, je ne puis
-mieux le comparer qu'à un pet d'oie: peu importe que le calibre qui le
-produit, soit large ou étroit; il est si chétif qu'on sent bien que ce
-n'est qu'un avorton.
-
-13^o. _Pets de potiers de terre._ Ces pets, sans contredit, sont faits
-au tour, mais ils n'en sont pas meilleurs. Ils sont sales, puans, et
-tiennent aux doigts. On ne peut pas les toucher, crainte de s'emberner.
-
-14^o. _Pets de tailleurs._ Ils sont ordinairement de très-bonne taille
-et ont un goût de prunes, mais les noyaux sont à craindre.
-
-15^o. _Pets de géographe._ Ceux-là, semblables à des girouettes,
-tournent à tout vent. Quelquefois cependant, ils s'arrêtent du côté du
-nord, ce qui les rend perfides.
-
-16^o. _Pets de courtisannes._ Vous pouvez prendre la galerie noire
-du Palais-Egalité, même tout le palais et les rues environnantes, si
-vous voulez faire des dégustations et des expériences pneumatiques sur
-cette nature de pets. On en trouve d'assez drôles; leur goût est assez
-appétissant: ils crient toujours famine, en langue allemande: mais
-prenez-y bien garde, il y a beaucoup d'alliage dans cette denrée. Si
-vous se trouvez pas mieux, prenez-les au poinçon de Paris.
-
-17^o. _Les pets de cocus._ Il y en a de deux sortes. Les uns sont doux,
-affables, mous, etc. Ce sont les pets des _cocus volontaires_; ils ne
-sont pas malfaisans. Les autres sont brusques, sans raison et furieux.
-Il faut s'en donner de garde; ils ressemblent au limaçon, qui ne sort
-de sa coquille que les cornes les premières. _Fœnum habent in cornu._
-Heureusement les pets des cocus malgré eux sont excessivement rares, de
-notre siècle, qui est celui de la tolérance et de la liberté.
-
-18^o. _Pets de savans._ Ces derniers sont précieux, non par leur
-volume, mais par la noblesse du foyer d'où ils sortent. Ils sont aussi
-très-rares, parce que les savans, rangés sur les banquettes du Palais
-national des sciences et des arts, à l'Institut ou aux Conseils,
-ne pouvant, dans une assemblée publique, interrompre une lecture
-importante, pour donner l'essor à un pet, sont obligés de le féminiser
-pour lui donner un passeport, et ne pas déranger l'ordre des travaux,
-des lectures et des motions. Ils sont en revanche vigoureux, quand ils
-sont les enfans de la solitude et de la liberté, car les savans de nos
-jours mangent plus de fèves que de poulardes.
-
-Quant aux petits auteurs, comme moi, nous avons carte blanche dans le
-cabinet; nous nous égayons par la bruyante harmonie du pet diphtongue;
-elle nous fournit des idées, dans la composition de l'ode, et son bruit
-se mêle agréablement à l'emphase avec laquelle nous récitons nos vers.
-Le célèbre Boursault fit certainement beaucoup de jolis pets, et les
-regarda avec beaucoup d'attention, pour les peindre avec autant de
-vérité et de goût, qu'il l'a fait dans son _Mercure galant_. Certes, il
-était plein de son sujet, quand il fait si bien dire à mon héros:
-
- Je suis un invisible corps,
- Qui de bas lieu tire mon être;
- Et je n'ose faire connoître;
- Ni qui je suis, ni d'où je sors.
- Quand on m'ôte la liberté,
- Pour m'échapper, j'use d'adresse,
- Et deviens femelle traîtresse,
- De mâle que j'aurais été.
-
-19^o. _Pets de commis._ Après ceux des fournisseurs de la république,
-ceux-ci sont les mieux nourris, et font honneur à la cuisine de leurs
-auteurs. Aussi m'est-il arrivé plus d'une fois en fréquentant les
-bureaux, d'entendre des salves de pets, dont les plumitifs indolens et
-désœuvrés s'amusent à se saluer réciproquement. C'est à qui développera
-la plus belle et la plus sonore basse-taille. C'est un concert brillant
-et bien soutenu. Si ces messieurs n'ont rien de mieux à faire, ils
-ont raison, il faut égayer l'ennui d'un bureau, et il vaut mieux péter
-pour tuer le tems, que de médire, de faire des libelles, ou de mauvais
-vers. D'ailleurs, j'ai amplement démontré les inconvénients terribles
-qu'occasionnerait la crainte de péter; et je ne puis trop louer ceux
-des commis laborieux qui, plus sages que Métroclès, dont j'ai parlé
-ci-dessus, aiment mieux passer pour grossiers, en lâchant le captif,
-que d'interrompre leur besogne, en allant péter dans le corridor, car
-un proverbe dit: «il vaut mieux péter en compagnie, que de crever dans
-un petit coin».
-
-L'anecdote suivante prouvera avec quelle sévérité mon héros punit ceux
-qui veulent s'opposer à ce qu'il jouisse du droit imprescriptible de
-citoyen français, libre et philosophe.
-
-
-LES TROIS ACCIDENS[12].
-
- Trop de crainte nous perd. Sans exorde plus ample,
- Je vais en donner un exemple.
-
- Nicette tenait dans sa main
-
- Un œuf frais qu'elle allait porter à sa grand'mère
- Le verglas qui couvrait la terre
- La faisait chanceler tout le long du chemin.
- Plus elle craint et moins elle est légère;
- Certain vent importun alors la tourmenta,
- Vent qu'elle eût bien voulu lâcher à la sourdine;
- Elle apperçoit qu'on l'examine,
- Et jusqu'au blanc des yeux le rouge lui monta.
- Le malheur fut complet par défaut d'assurance,
- Il survint un ruisseau qu'il fallut enjamber;
- Nicette lève un pied, glisse, perd la cadence,
- Et serrant bien les poings pour faire résistance,
- PÉTA, créva son œuf, et se laissa tomber.
-
-20^o. _Pets d'acteurs et d'actrices._
-
-J'ai déjà dit qu'ils ne paraissaient point sur la scène, mais puisqu'on
-y fait paraître des chevaux, il est probable qu'on leur accordera le
-même privilège: jusqu'à ce moment, ils s'y trouvent incognito et de
-contrebande, comme ceux des savans, en changeant de sexe. Notre théâtre
-offre tous les jours des innovations si heureuses dans le tragique, que
-je ne serais pas surpris d'entendre une pétarade arrangée par _Méhul_,
-_Gossec_ et _Chérubini_.
-
-
-LE PET DU VILAIN.
-
-Rutebeuf, le plus célèbre parmi les Trouvers Picards, celui d'entr'eux
-qui paraît avoir eu le plus d'esprit et d'imagination, n'a pas
-dédaigné de prendre la défense du PET, dans un tems où l'orgueil de la
-chevalerie, et la tyrannie féodale, accablaient de mépris les gens de
-la campagne. Voici ce qu'il raconte:
-
-«Un villageois, malade d'une indigestion, est à toute extrémité: Satan,
-selon sa coutume, envoie saisir l'ame, mais par dédain pour un objet si
-peu important, il n'emploie à cette vile fonction que le plus simple
-de ses satellites. Celui-ci n'imaginant pas que l'ame d'un _Vilain_
-dût sortir par le même passage que celle des autres, attache un sac à
-la porte opposée; tout-à-coup une crise heureuse (le secours du dieu
-PET,) soulage le malade. Le sot député voyant le sac se remplir, le
-lie promptement et va le porter à son souverain; mais Satan maudissant
-cette ame infecte, jure de n'en jamais recevoir qui ait habité un corps
-de vilain.
-
-Or maintenant, ajoute Rutebeuf, malheureux sur la terre, chassés du
-ciel, rebutés des enfers, je vous le demande, Messieurs, où iront ces
-infortunés?...»
-
-Ce conte de Rutebeuf mérite d'être cité, quoiqu'il ne soit pas de
-la bonne compagnie; il montre combien il a fallu d'efforts et de
-philosophie pour ramener les hommes au respect qu'ils doivent à la
-classe utile et respectable des cultivateurs.
-
-Parmi les écrivains anciens et modernes, qui ont écrit sur le _pet_
-et qui lui ont rendu les honneurs qu'il mérite, on peut citer
-_Bebelle_, _Frischlin_, _Marot_ et _St.-Evremond_. L'aimable philosophe
-St.-Evremond avait du PET une idée bien différente de celle que s'en
-fait le vulgaire. Il l'appellait un soupir, et disait un jour à sa
-maîtresse, devant laquelle il avait fait un PET:
-
- Mon cœur outré de déplaisirs,
- Etait si gros de ses soupirs,
- Voyant votre humeur si farouche;
- Que l'un d'eux se voyant réduit
- A n'oser sortir par la bouche,
- Sortit par un autre conduit.
-
-L'immortel _Clément_ MAROT n'a pas dédaigné de travailler sur le
-_cul_, sur le _pet_ et sur la _vesse_. Si je ne craignais de donner
-à ce volume, trop d'étendue, (car j'ai encor d'autres choses à vous
-dire) je rapporterais ici ses vers, mais pour ne pas remplir mon livre
-de l'esprit des autres, je vous prie de voir, pour ce qui regarde le
-cul, les blasons 24. et 34. tom. 3. édit. de la Haye, 1791. _in-12._,
-le blason 35., pour le pet et la vesse, et le blason 24. si vous êtes
-curieux d'y voir le c..
-
-Parler du _pet_ sans parler du cul, c'est décrire Rome sans parler du
-Capitole, il faut donc que je fasse son éloge en deux mots. Il est
-certainement la plus noble partie du corps, puisqu'il a l'honneur de
-se coucher le premier. C'est le cul qui répare tous les malheurs du
-corps. C'est par lui que toutes les humeurs et venins sont purifiés,
-et que l'on est rendu à la vie. La partie la plus essentielle de
-l'homme, c'est le cul. On peut vous crever un œil, et même tous les
-deux, sans que cela vous empêche de vivre. On peut vous couper les
-bras et les jambes; on peut vous faire l'opération qui rendit Abailard
-moine, on peut vous boucher les oreilles, et vous n'en vivrez pas
-moins, mais si on vous bouche le cul, je vous défie de vivre seulement
-quatre jours. Le supplice le plus cruel inventé par un tyran de l'Asie
-était de faire attacher un esclave sur une selle, en lui bouchant le
-derrière, et de le laisser dans cette posture, en lui donnant force
-à manger, jusqu'à ce que cette constipation forcée l'eût suffoqué
-lentement. Voyez le _Podicis encomium_, page 348 de _l'Amphitheâtrum
-sapientiæ Socraticæ_, par _Gasp. Dornavius_.
-
-
-QUESTION CHYMIQUE.
-
-_Esprit de pets pour enlever les taches de rousseur._
-
-On demande s'il est possible en chymie de distiller un pet et d'en
-tirer la quintessence. On a décidé pour l'affirmative, et il n'y a
-point de doute que le cit. Quinq... si fameux par ses lampes, sa crème
-de tartre, ses eaux odontalgique et virginale, etc., n'obtienne les
-plus satisfaisans résultats de la distillation d'un PET.
-
-Il vient tout récemment de reconnaître, après un long travail, que le
-pet est de la classe des esprits. Après avoir eu recours à son alambic,
-voici comme il procéda.
-
-Il fit venir une hibernoise de son voisinage, c'est-à-dire, de la
-halle, qui mange, à un repas, autant de viande que six rouliers en
-mangeraient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son
-appétit et la chaleur de son foie, gagne sa vie comme elle peut. Il
-lui fit manger de la viande autant qu'elle en voulut et put manger,
-avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni
-vesser, sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un
-de ces larges récipients, tels qu'on les emploie pour faire l'huile
-de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à
-péter par d'agréables carminatifs et lui faisant boire de l'eau d'anis,
-enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique, capables de répondre
-à son intention. L'opération s'est faite à souhait, c'est-à-dire,
-très-copieusement. Alors, notre chymiste satisfait prit une certaine
-substance huileuse ou balsamique dont il n'a pas voulu me dire le
-nom, la jetta dans le récipient et fit condenser le tout au soleil
-par circulation, ce qui produisit une quintessence merveilleuse.
-Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourraient enlever
-les taches de rousseur de la peau. Il en essaya le lendemain sur le
-visage de plusieurs jolies harangères du marché aux poirées, qui
-toutes perdirent sur-le-champ ces vilaines taches, et virent avec tout
-le plaisir qu'on peut s'imaginer, leur teint blanchir à vue d'œil.
-Les tendrons reconnaissans l'ont payé, dit-on, _in-cute_; c'est le
-salaire qui pouvait le mieux payer le galant et salace pharmacien.
-Alors, le journal de Paris, et des affiches disséminées avec profusion
-ont préconisé cette utile découverte, digne de faire le pendant des
-redingottes _à l'anglaise_ et des _dragées de Keiser_. On espère
-donc que nos beautés en perruque blonde, en coëffures à la _Titus_,
-à la _Caracalla_, feront une grande consommation de ce merveilleux
-spécifique, si précieux sur-tout aux habituées de Tivoli, de l'Elysée,
-d'Idalie, de Thélusson, de Paphos, Mousseaux, etc. Bref, elles feront
-la fortune du pharmacien à qui elles élèveront des statues, comme à
-un nouvel _Abdéker_, et à qui on ne pourra plus reprocher qu'il ne
-connaissait que la carte des pays bas.
-
-
-DU PET ARTIFICIEL.
-
-La plus précieuse observation que je puisse faire à l'avantage du
-PET, est celle, non moins étonnante que vraie, de son utilité, dans
-les mystères de la reine de Paphos et d'Amathonte. Cette déesse si
-voluptueuse et si sensuelle, sachant bien que toutes les jouissances
-qu'elle procure, seraient imparfaites, si la présence du dieu PET
-ne leur donnait la dernière période, et voulant concilier avec ce
-besoin, la délicatesse du sens olfactoire, chez ses prêtresses, a
-inventé elle-même le PET _artificiel_, dont le but est de conserver,
-dès son origine, ce qu'il a de réjouissant, en évitant ce qu'il
-a de désagréable à l'odorat. Elle a voulu que le bruit du PET se
-fondît agréablement avec celui des soupirs et des baisers, qu'il
-assaisonne, et au moyen d'une petite vessie remplie de parfums, adaptée
-ingénieusement sous.... mais le conte suivant va vous le dire:
-
-
-LES DEUX PETS.
-
-CONTE.
-
- Tant s'en faut que toujours la fin d'une aventure
- Réponde à son commencement;
- Telle promet d'abord une volupté pure,
- Qui se termine en un tourment.
- Bien l'éprouva Damon, français et gentilhomme;
- Car tout français se dit comte ou marquis,
- Ou gentilhomme au moins en quittant son pays,
- Et celui-ci se disait tel à Rome.
-
- Or, comme bien savez, un français n'est pas homme
- A se laisser ronger d'ennuis;
- Il choisit donc une Laïs,
- Qui, moyennant certaine somme,
- L'admit au rang des favoris.
- A Rome comme ailleurs, femme qui sait son prix,
- Ne livre rien sans savoir comme.
- À demain, lui dit-elle, et selon vos désirs,
- Je vous préparerai la voie
- Qui conduit aux plus grands plaisirs;
- Apportez seulement argent, vigueur et joie;
- Et vous verrez beau jeu si la corde ne rompt.
- Croyez que le galant ne manqua d'être prompt.
- Au rendez-vous il la trouve parée,
- De la façon que Cithérée
- Reçoit le Dieu Mars dans ses bras,
- Une moitié de ses appas
- Se trouvait assez éclairée,
- Pour que l'autre qu'on ne voit pas,
- Par le galant fut désirée.
- Un souper fin, tel qu'il le faut
- Dans les plaisirs d'un tête à tête,
- Fut le prélude de la fête
- Que payait bien notre ribaud.
- Ils mangèrent assez, mais ils ne burent guère,
- Longue nuitée et court repas,
- C'est ainsi qu'on fait à Cithère,
- Lorsqu'on s'y prépare aux ébats;
- Enfin notre bonne commère,
- Reçut Damon entre les draps.
- Ah! quelle volupté s'emparant du compère,
- Le défrayait de ses ducats!
- Tous ses sens occupés de l'amoureuse affaire,
- A de si grands transports livraient son ame entière,
- Qu'il paraissoit devenu fou.
- Les amours libertins, regardant son derrière,
- En un coin riaient tout leur saoul.
-
- Cependant la Laïs romaine,
- Gagne son argent de son mieux,
- Et d'un mouvement gracieux
- Aide l'agent qui se démène,
- Lorsque du souterrain tout d'un coup part un bruit
- Qui de Damon l'oreille blesse.
- Redoutant les effets de quelque odeur traîtresse,
- Il allait quitter le déduit.
- «Quoi! ce bruit vous fait peur, dit-elle,
- «Sachez qu'on aime ici les plaisirs réunis.
- »Continuez Damon: c'est un régal exquis,
- »Que pour votre odorat a préparé mon zèle,
- »Mettez sans crainte votre nez
- »Dans les draps parfumés d'une essence nouvelle,
- »Et ce bruit que vous soupçonnez,
- «Est l'heureux signal qui l'appelle».
- Il la croit, et fait bien alors de s'y fier.
- Une délicate vessie,
- Pleine de parfums d'Arabie,
- Qu'avait pressée à propos son fessier,
- Avait causé le bruit qui venait d'effrayer
- Damon, dans le moment le plus doux de sa vie.
-
- On appelle cela PET ARTIFICIEL,
- Ordinaire galanterie
- De toute femme d'Italie,
- Qui fait un trafic corporel.
-
- Cette volupté réunie,
- Mit le comble au plaisir de l'amant sensuel;
- Après un petit intervalle,
- Notre brave et vigoureux mâle,
- Se met à reprendre le jeu,
- Qui, par malheur, dure si peu.
- Un second bruit vient frapper son ouie;
- Nez aussi-tôt de plonger dans le lit,
- Pour cueillir à point tout le fruit
- De la précieuse ambroisie.
- Mais pour le coup ce fut un PET au naturel;
- Qui, sortant chaudement de la région sale, Fit un atmosphère mortel
- D'atômes imprégnés de matière fécale:
- Pour surcroît de malheur encore plus cruel,
- Un humide substanciel,
- S'attachant à l'engin trop voisin de la source,
- Abbattit sa vigueur et laissa sans ressource
- L'amoureux qui maudit l'air pestilenciel,
- Et dit en s'enfuyant. «Ah! de cette chrétienne
- »Devais-je pas me défier?
- »Et prévoir que le trou culier
- »D'une femelle italienne,
- »Ne pouvait être qu'un évier.»
-
-C'est à regret que j'obéis à la nécessité d'être historien fidèle, en
-rapportant un conte aussi graveleux,[13] mais, ne devant passer sous
-silence rien de ce qui a rapport à mon sujet, j'aime mieux encourir
-le risque d'une imprudence, que de passer pour ignorant, dans une
-matière où toute mon érudition doit être déployée. Au reste, _Bayle et
-Brantôme_ en ont fait autant. D'ailleurs ce conte me donne occasion
-d'apprendre aux lecteurs qu'il est du fameux abbé _Sabathier_ de
-Castres, auteur des _Trois Siècles de Littérature_, des _Siècles
-Payens_, des Mémoires de _miladi Kilmar_, et du _journal Politique
-National_, en 1789. Aujourd'hui à Vienne. Tandis que j'y suis, je
-citerai le trait suivant, cité par Nicodême Frischlin, (édit. de
-_Strasbourg_. 1525. _in-16_.)
-
-Quelqu'un ayant lâché un vent au milieu d'une nombreuse société, un
-de ses amis lui en fit reproche. Par Jupiter, répondit le péteur, il
-y a longtems que mon derrière désire parler, il ne lui manque que ta
-langue. Veux-tu la lui donner?
-
-Le trait de naïveté suivant, dans une fille d'auberge, plaira sans
-doute aux plus graves personnages.
-
-
-LE PET FRANÇAIS.
-
- Deux anglais arrivant dans un village en France,
- Etaient de fatigue harrassés,
- En outre fort embarassés,
- Pour trouver un lieu de pitance;
- Car tous les deux, ignorant le français,
- Aux paysans parlaient anglais;
- Les manans ne surent jamais
- Aucun autre langage,
- Que celui qu'on parle au village;
- Cependant le curé plus sage,
- Reconnoissant à leur baragouinage
- Qu'ils avaient besoin de manger,
- Et qu'ils cherchaient à se loger,
- Lors par le bras vous les prend et les mène
- A l'auberge la plus prochaine.
- L'hôte les voyant arriver,
- Et désirant chez lui les conserver,
- Les saluant, en suivant sa marotte,
- Il leur fait signe de s'asseoir,
- Puis bientôt appelant Javotte:
- Allons, dit-il, tire-moi cette botte;
- Près d'eux on s'empressait, oh! dame! il fallait voir:
- Chacun était jaloux de bien remplir sa tâche;
- Mais en voulant tirer trop fort,
- La Javotte fait un effort,
- Et devant tout le monde, avec grand fracas, lâche
- Ce qu'ordinairement avec soin chacun cache.
- Le pauvre maître consterné,
- En cas se trouvant très-peiné,
- Lui dit: «Puante, eh bien! que veux-tu que l'on dise
- »De notre honnêteté chez messieurs les Anglais?
- —Mais qu'est-ce que ça fait, dit-elle avec franchise,
- Ces deux messieurs n'savont pas le français.
-
-L'abbé de Marigny, a oublié dans son poëme sur le _pain béni_, dont
-j'ai donné une édition, de nous raconter l'anecdote suivante. Elle
-prouve que non-seulement _le Pet_ a le privilège d'égayer les sociétés,
-mais que les plus augustes mystères de la religion ne sont pas à l'abri
-de son humeur joviale et libre.
-
-
-LE PET BÉNI.
-
-Une bonne villageoise rendait le pain béni. Un cierge à la main, les
-barbes du bonnet et, la robe détroussées, elle était en présence du
-célébrant, et flanquée du bédaut. Sa timidité naturelle s'augmenta,
-lorsque le curé, pour payer son pain béni et son cierge, lui présenta
-le cul d'une assiette d'étain à baiser. La bonne dame était sourde
-passablement. Un PET assez ronflant qu'elle lâche, déconcerte la
-gravité des ministres de son culte. Curé, bédaut, enfans de chœur,
-suisse, enfin, chacun de ceux qui l'environne se serre les lèvres pour
-ne pas rire aux éclats. La bonne femme qui n'a pas fait attention à
-son échappée, croit que l'on rit de la petitesse de son pain béni, et
-dit pour s'excuser: «Ce n'est pas ma faute, Mr. le Curé: si j'avais
-eu du beurre et du sel, je l'aurais fait plus gros». Pour le coup, le
-quiproquo fut si plaisant, que chacun n'y put tenir. Le service divin
-fut interrompu, et bien en prit aux hommes d'église d'être obligés de
-se tourner vers l'autel, pour ne pas scandaliser les fidèles par leur
-rire qu'augmentait la contenance tranquille de la péteuse.
-
-J'ai dit qu'un pet avait mis en fuite des sorcières: il a quelquefois
-eu le mérite d'épouvanter ces fiers anglais qui se croient les dieux
-des mers, témoin le fait suivant rapporté par un anonyme.
-
-
-LE PET ET LE POLITIQUE.
-
- Au café, de grands politiques,
- Parlaient entr'eux des affaires publiques;
- Tel à la guerre et tel à paix croyait.
- Toutefois chacun convenait
- Que la guerre serait certaine
- Dès le premier coup de canon.
- De la triste réflexion
- Les pauvres gens très-fort en peine,
- Pour mieux penser à cet objet,
- Gardaient le plus profond silence.
- Un d'eux qui, par ennui, de bien bon cœur dormoit,
- Se retourne, s'agite, et lance un ferme pet.
- Oh! parbleu, de ce coup je déserte de France,
- Dit un milord, qui là pour lors était;
- Vous l'avez entendu? l'hostilité commence.
-
-Non-seulement le Pet est le père de la gaîté, mais ce qui doit encore
-le rendre recommandable aux républicains, il est celui de l'égalité.
-Il rapproche les distances que l'orgueil a mises entre le maître et le
-valet. Il rend le premier affable et donne de l'esprit au second.
-
-Un noble voulant s'amuser aux dépens de son laquais et l'embarrasser,
-leva la cuisse et donna l'essor à un gros PET; puis s'adressant à
-son domestique qui était présent: Cours après ce fuyard, dit-il, et
-rapporte-le moi, mort ou vif. Vite, dépêche-toi, il me le faut. Le
-valet, d'abord embarrassé, prend enfin son parti; il sort et rentre un
-moment après.—Je l'ai trouvé, not' maître. En même-tems s'approchant
-de lui, lâche un pet qui valait bien le premier, et lui dit: Le voilà!
-le gentilhomme fronce le sourcil d'abord, et finit par rire à gorge
-déployée. Je n'en finirais pas, et je ferais un volume _in-folio_, si,
-nouveau _Calmet_, ou _Montfaucon_, je me livrais aux recherches des
-traits historiques anciens et modernes, sur le pet. En voici un assez
-piquant.
-
-Un jour, entre la poire et le fromage, des citoyens qui ne comptaient
-des jours de leur vie que ceux qu'ils passaient à rire, proposaient
-diverses questions à résoudre. Un prêtre de Louvain, nommé Antoine, et
-un autre aussi plaisant que lui, agitaient la question de savoir quelle
-est la plus noble partie du corps humain. Celui-ci nomme les yeux.
-Celui-là le cœur. L'un dit que c'est le cerveau, tel autre dit autre
-chose, et chacun motive son opinion du mieux qu'il peut. Antoine, quand
-ce fut son tour, dit que c'est la bouche, et se fonde sur d'excellentes
-raisons. Son adversaire lui répond que c'est la partie sur laquelle
-nous nous asseyons. On réfute son avis, il persiste et le prouve en
-disant que d'ordinaire c'est toujours l'homme le plus distingué de la
-compagnie, qui s'assied le premier, que par conséquent c'est le cul
-qui jouit exclusivement de ce privilège. Les convives applaudirent par
-de grands éclats de rire à la justesse de son avis. Antoine vaincu
-dissimule son humeur; mais quelques jours après, rencontrant au même
-endroit, son adversaire, qui causait, tandis que l'on dressait le
-couvert, il s'approche de lui et lui lance le pet le plus vigoureux.
-Celui-ci se fâche. Va-t'en plus loin, vilain puant, lui dit-il, où
-diable as-tu appris à vivre?...—Chez toi, répond Antoine, en riant.
-Tu te fâches! eh pourquoi? si je t'avais salué de la bouche, tu me
-l'aurais rendu bien poliment; et parce que je te salue, avec la partie
-que toi-même as dit être la plus noble du corps humain, tu me traites
-de cochon! je suis plus poli que toi qui ne me le rends pas. Ainsi,
-Antoine, qui avait été vaincu dans la première occasion, eut cette fois
-tous les rieurs de son côté.
-
-L'ingénieux St.-Evremont, ayant eu le malheur de faire un PET, en
-présence de sa maîtresse, obtint son pardon, en lui envoyant les
-stances suivantes.
-
- Unique objet de mes désirs,
- Philis, faut-il que mes plaisirs
- Pour rien se changent en supplices,
- Et qu'au mépris de votre foi
- Un pet efface les services
- Que vous avez reçus de moi?
-
- Je sais bien, ô charmant objet,
- Que vous avez quelque sujet
- D'être pour moi toute de glace;
- Et je confesse ingénument,
- Puisque mon cul fait ma disgrace,
- Qu'elle n'est pas sans fondement.
-
- Si pourtant cette extrême amour,
- Dont j'eus des preuves chaque jour,
- Pour un pet s'est changée en haine,
- Vous ne pouviez jamais songer
- A rompre une aussi forte chaîne,
- Pour un objet aussi léger.
-
- S'il est vrai qu'on n'ose nier
- La porte à chaque prisonnier,
- Alors que la princesse passe:
- Ce pet pouvait avec raison,
- Vous demander la même grâce,
- Puisqu'il se voyait en prison.
-
- S'il ne s'est pas fort bien conduit,
- S'il a fait quelque peu de bruit,
- Lorsqu'il se fraya cette voie,
- C'est qu'il était si transporté
- Qu'il fit en l'air un cri de joie,
- En recouvrant sa liberté.
-
- Hélas! quand je viens à songer
- A ce sujet faible et léger
- Qui cause mon malheur extrême,
- Je m'écrie en ma vive ardeur:
- Fallait-il me mettre moi-même,
- Près de vous en mauvaise odeur?
-
- Si pour un _pet_ fait au hasard
- Votre cœur où j'ai tant de part,
- Pour jamais de moi se retire,
- Voulez-vous que dorénavant
- Vous me donniez sujet de dire
- Que vous changez au moindre vent?
-
-A ces jolis vers du délicat St.-Evremond, nous pouvons ajouter la
-réponse du célèbre cardinal du Perron, à Henri IV, dans une semblable
-circonstance. Ce prélat jouant aux échecs avec le monarque, lâcha un
-_pet_ en même-tems qu'il plaçait un cavalier; il fit pardonner cette
-liberté, en disant avec esprit: au moins, sire, ce cavalier n'est pas
-parti sans trompette.
-
-C'est ainsi que le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en
-Portugal, répara par un bon mot, une liberté pareille qu'il prit un
-jour avec le roi Don Jean IV. Ce roi, dont il était le favori, lui
-donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main, et le roi
-restant confus et piqué de ce manque de respect: Sire, répond le
-favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte, qu'on ne la
-lui ouvre incontinent? Ce mot plut autant au roi que l'action l'avait
-offensé.
-
-Buchanan avait été précepteur des enfans de M. de Brassac; comme
-il était un jour à sa table, il lui arriva, en mangeant un potage
-bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Mais sans se
-déconcerter, il dit à ce vent qui était sorti malgré lui: Tu as bien
-fait de sortir, car j'allais te brûler tout vif.
-
-Un abbé italien, très-sujet à lâcher des vents, se trouvant en
-compagnie, en fit un très-intelligible, et jouant la surprise, se
-retourna en parlant à son derrière.—Che impertinente, lui dit-il,
-che indiscreto, parler cosi alto innanzi le Donne, è interrompere
-scioccamente una bella conversazione. «Vous êtes un impertinent,
-un indiscret, de parler si haut devant des dames, et d'interrompre
-insolemment une belle conversation».
-
-Un consul à qui le même accident arriva, tandis qu'il haranguait Henri
-le Grand, se tira aussi d'affaire avec esprit. Dès que le PET lui
-fut échappé, il se retourna vers son derrière: Taisez-vous, dit-il,
-sot que vous êtes, attendez du moins que j'aie fini. Le Prince, qui
-aimait la plaisanterie, trouva celle-ci fort bonne, et fut content dit
-harangueur.
-
-Tous les péteurs n'ont pas eu l'avantage de donner impunément l'essor à
-mon héros; l'aventure que je vais raconter prouve qu'il en est qui ont
-trouvé des gens grossiers, qui n'étaient pas disposés à en rire comme
-nous.
-
-Un homme obligé, dans un cabaret, de partager son lit avec un voyageur,
-l'avertit qu'il avait le ventre du monde le plus bruyant, et qu'il
-faisait un tintamarre épouvantable. Vous serez, dit-il, canonné toute
-là nuit par des vents horribles qui s'ouvrent le passage malgré
-moi. L'autre lui répond: mon ventre est plus modeste que le vôtre,
-mais il est plus traître. Vous serez incommodé toute la nuit par
-des vents discrets qui ne feront à la vérité aucun bruit, mais qui
-feront acheter chèrement leur discrétion à votre odorat. _Passe-moi
-l'émétique, je te passe la saignée._ Les deux coucheurs convinrent donc
-de se faire grâce mutuellement de leurs infirmités, mais le dernier
-se proposait de se mettre à l'abri de la canonnade par un stratagème.
-En effet, il prit un soufflet qu'il se mit entre les jambes, et dès
-que le premier fit jouer son artillerie, il souffla tellement le
-canonnier, que celui-ci fut obligé de quitter le lit, et d'aller porter
-sa batterie ailleurs. «O ciel, dit-il, quels vents glacés! je crois que
-cet homme a l'hiver dans le corps, je n'y puis plus tenir».
-
-Un homme dans une compagnie de gens de distinction, fut
-très-déconcerté, lorsqu'un vent coulis éclatant, forçant la prison,
-publia sa honte. Au moins, dit-il, vous ne direz pas que j'ai fait un
-coup de ma tête.
-
-Un autre se trouvant dans un cercle nombreux, fit la même chose, et
-s'écria: oh! pour celui-là, il est authentique, car c'est un pet passé
-par-devant notaires. En effet on remarqua, en riant beaucoup, qu'il y
-avait deux notaires dans la compagnie.
-
-Une jeune et belle héritière d'une des premières maisons d'Angleterre,
-dansant à un bal de la cour un menuet avec un jeune officier
-très-pauvre, lâcha un pet, et devint très-confuse. Le jeune militaire,
-pour tirer la princesse d'embarras, joua la honte et parut si confus,
-que toute la cour fut persuadée qu'il était le coupable. Il sortit donc
-au milieu des ris et des huées, qu'il souffrit avec un courage digne
-de Curtius. Ce généreux dévouement ne resta point sans récompense. La
-riche héritière en fut si reconnaissante, qu'elle offrit ses attraits,
-ses biens immenses et son amour à ce jeune héros, qui jamais n'eût osé
-prétendre à ce degré? d'éclat, si un _pet_ ne lui eût fourni une si
-favorable occasion.
-
-
-DES SIGNES ET DES EFFETS PROCHAINS DU PET.
-
-On en compte de trois sortes; les _apodictiques_, les _nécessaires_ et
-les _probables_.
-
-Les _apodictiques_ sont ceux dont la cause étant présente, annonce que
-l'effet ne tardera pas à se manifester. Ainsi un homme qui aura mangé
-des pois et d'autres légumes, des raisins, des figues nouvelles, qui
-aura bu du vin doux, caressé sa femme ou sa maîtresse, peut s'attendre
-à un signe prochain d'explosion.
-
-Les _nécessaires_ sont ceux où un second effet résulte du premier,
-comme le tintamarre, la mauvaise odeur, etc.
-
-Enfin, les _probables_ sont ceux qui ne se rencontrent pas toujours, et
-n'accompagnent pas ordinairement toutes les espèces de PETS, comme la
-contraction, le bruit ou l'aboiement du ventre, la toux et les petites
-ruses de chaises, d'éternuement ou de trépignements de pieds, pour ne
-pas être reconnu péteur. A ce propos je citerai pour exemple le moine
-dont il est question dans la pièce suivante:
-
- _Inter erat rasos abdomine venter anhelo
- Forte olim ludi pars, Grobiane, tui.
- Semper erat victu que satur potu que refertus,
- Thura dabat mensis non adolenda diis.
- Postici edebant male olentia sibila folles,
- Multa quid? hic monachus nil nisi flatus erat.
- Forsitan ad mensam cum Coenobiarcha sederet,
- Atque unâ monachus carperet iste cibos;
- Ecce velut displosa sonat vesica, decori
- Oblitus, laxo podice grande crepat:
- Tum crepitus fratrum bibulas ut transvolet aures,
- Et strepitum pedibus dat, gravitur que screat.
- Hic abbas, bone frater, ait, hoc transeat iste.
- Et strepuere pedes et crepuere nates._
-
-et cette épigramme citée par Rodolphe Gochlenius, sur quelqu'un qui
-employait la même ruse.
-
- _Rasus erat, memini, cujus postica pet anum,_
- _Fistula spirabat semper odore gravi.
- Forsan ut accubuit sumpturus prandia, ventris
- Mittebat crassum crassa sabura sonum,
- Atne quis missum posseœœt deprehendere bombum,
- En strepitum moto concitat ipse pede.
- Tunc strepitus non est crepitus, ridente sub ore,
- Increpitans ventos, Coenobiarcha refert._
-
-Il est donc important de prévenir les jeunes gens et les vieillards, de
-s'accoutumer à ne point rougir, lorsqu'ils péteront, mais d'en rire les
-premiers, pour égayer la conversation.
-
-On n'a point encore décidé si péter en pissant est un effet malin, ou
-bénin. Moi je le crois bénin, et je me fonde sur l'axiôme assez vrai
-qui dit:
-
- _Mingere cum bombis res est gratissima lumbis._
-
-En effet, pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer.
-
-Cependant, il est ordinaire de pisser avant que de péter, parce que les
-vents aident à la première opération en comprimant la vessie; ils se
-manifestent ensuite.
-
-Comme il est des privations de tout genre, et qu'un assez grand nombre
-de personnes ne pètent que rarement et très-difficilement, que par
-conséquent il leur arrive une infinité d'accidents et de maladies, j'ai
-pensé que je devais écrire pour eux, et placer ici les remèdes et les
-moyens qui peuvent les exciter à rendre les vents qui les tourmentent.
-Je dirai donc en deux mots, qu'il y a deux espèces de remèdes, pour
-provoquer les vents, les _internes_ et les _externes_.
-
-Les _internes_ sont l'anis, le fenouil, les zédoaires, enfin tous
-les carminatifs et les échauffans. Les _externes_ sont les clystères
-et les suppositoires. Si l'on fait usage de tous les deux, on sera
-certainement soulagé.
-
-On demande s'il y a analogie entre les sons, si on peut les marier
-et en faire un ensemble de musique pétifique? On demande aussi
-combien il y a de genres de pets, par rapport à la différence du
-son? Quant à la première question, un musicien très-célèbre répond
-du succès de la musique demandée, et promet incessamment un concert
-de ce genre. A l'égard de la seconde question, on répond qu'il y a
-soixante-deux sortes de sons parmi les PETS. Car, selon Cardan, le
-podex peut produire et former quatre modes simples de pets, l'_aigu_,
-le _grave_, le _réfléchi_, et le _libre_. De ces modes, il s'en forme
-cinquante-huit, qui avec l'addition des quatre premiers, donne dans la
-prononciation 62 sons, ou espèces différentes de _pets_. Les compte qui
-voudra. _Qui potest capere, capiat._
-
-Il y a trois causes principales de la variété de ces sons, savoir: la
-_matière du vent_, la _nature du canal_ et la _force du sujet_. Si
-la matière du vent est sèche, le son du PET est clair. Plus elle est
-humide, plus il est obscur; plus elle est égale et de même nature, plus
-il est simple; plus elle est hétérogène, plus il est multisonore.
-
-Si le canal est étroit, le son sera aigu; s'il est large, le son sera
-grave. La preuve résulte de la grosseur ou de la délicatesse des
-intestins, dont l'inanition ou la plénitude influe beaucoup sur le son,
-car on sait que ce qui est vuide est plus sonore que ce qui est plein.
-La troisième cause de la différence du son, consiste dans la vigueur du
-sujet. Plus la nature pousse fortement et vigoureusement, plus le bruit
-du pet est grand, plus il est étoffé.
-
-Il est donc clair que la différence des sons naît de la différence
-des causes. On le prouve facilement par l'exemple des flûtes, des
-trompettes et des flageolets. Une flûte à parois épaisses et larges,
-donne son son obscur. Une flûte étroite et mince en rend un clair;
-enfin, une flûte dont les parois tiennent le milieu entre l'épais et
-le mince en rend un mitoyen. La constitution de l'agent est encore une
-cause qui prouve cette assertion. Que quelqu'un, par exemple, qui a
-le vent bon, embouche une trompette, il en tirera infailliblement des
-sons très-forts, et le contraire arrivera, s'il a l'haleine faible
-et courte. Disons donc que les instrumens à vent sont bien inventés
-et bien utiles pour l'appréciation des pets. Par eux, on tire des
-conjectures très-certaines. O admirables flûtes, tendres flageolets!
-graves cors de chasse! etc. Vous êtes bien faits pour être cités dans
-l'art de péter, quand on vous embouche mal; mais vous savez rendre une
-raison juste d'un son perçant ou grave, quand une bouche habile vous
-fait résonner. Soufflez donc habilement, musiciens.
-
-L'estime que m'inspire un confrère laborieux me fait une loi de citer
-la nouvelle machine que vient d'inventer le cit. Regnier, membre du
-Lycée des Arts, auteur d'une foule de découvertes utiles à l'humanité.
-Son aëromètre, servant à fixer la durée et la force de l'air, peut
-être employé, avec succès pour déterminer la nature et la force du PET,
-et je n'ai pas dû le passer sous le silence. (Voyez l'annuaire du Lycée
-des Arts, où l'on trouve tout, excepté mon nom, et je vous dirai un
-autre jour le POURQUOI.)
-
-
- QUESTION MUSICALE. DUO SINGULIER. BELLE INVENTION POUR FAIRE ENTENDRE
- UN CONCERT A UN SOURD.
-
-Un savant allemand a proposé ici une question très-difficile à
-résoudre; savoir s'il y a de la musique dans les PETS? _distinguo._
-Il y a de la musique dans les pets diphtongués, _concedo_: dans les
-autres, _nego_.
-
-La musique que produisent les pets diphtongues, n'est pas de celle
-qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de
-sonore, comme d'un violon, d'une guitarre, d'un clavecin, etc. Elle ne
-dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui se resserrant ou
-s'élargissant, forme des sons graves, ou aigus. Les pets diphtongues
-font seuls de la musique.
-
-Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avaient chacun un talent
-qui nous amusait tous trois. L'un rotait tant qu'il voulait sur
-différens tons, l'autre pétait de même. Le dernier, pour y mettre
-plus d'élégance et de raffinement, se servait d'un petit clayon à
-égouter les fromages, sur lequel il ajustait une feuille de papier;
-puis s'asseyant dessus à nud, et tortillant les fesses, il rendait des
-sons organiques et flûtés de toute espèce. La musique n'était pas à la
-vérité très-harmonieuse, ni les modulations fort savantes; il serait
-même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert,
-et de faire aller ensemble, comme il faut, les bas et haut-dessus, les
-tailles et basses-tailles, les hautes et basses-contres, mais un habile
-compositeur pourrait en tirer un système musical digne d'être transmis
-à la postérité, dans le poëme de l'espagnol _Yriarte_, sur cet art.
-C'est une diatonique distribuée à la Pythagoricienne, dont on trouvera
-les _chroma_, en serrant les dents, on réussirait certainement. Veut-on
-obtenir des sons aigus? choisissez un corps rempli de fumées subtiles
-et un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves? faites
-jouer un ventre plein de fumées épaisses et un canal large. Le sac
-à vents secs rendra les sons clairs, et le sac à vents humides, des
-sons obscurs. Le bas ventre est une orgue polyphtongue, d'où l'on peut
-tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropes ou modes de sons,
-dont on choisira seulement ceux consacrés à l'agrément, tels que le
-_lyxoleidien_, l'_hypolyxoleidien_, le _dorique_ et l'_hypadorique_.
-Ce qui est trop sensible détruit le sentiment. _A sensibili in supremo
-gradu destruitur sensibile_, c'est un axiôme de philosophie. On ne
-fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire. Autrement,
-on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de
-Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts de Niagara ou de
-Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font
-avorter les femelles, avant qu'elles soient grosses.
-
-Avant de finir ce chapitre, je ne puis, en bon citoyen, me dispenser
-de dédommager des torts de la nature ceux de mes amis envers lesquels
-elle a usé de rigueur. Il s'agit de faire participer un sourd à cette
-musique.
-
-Il prendra donc une pipe à fumer, en appliquera la tête à l'_anus_ d'un
-concertant, et tiendra l'extrémité du tuyau entre les dents, comme
-on tient une montre par le bouton pour en observer le battement. Par
-le bénéfice de la contingence, il saisira tous les intervalles des
-sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs
-exemples dans _Cardan_ et _Baptiste Porta_, de Naples. Si quelqu'autre
-personne qu'un sourd, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il
-pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent. Alors, il recevra
-toutes les sensations et toute la volupté qu'il en pourra prétendre.
-
-
-DU PET MUET MAL-PROPREMENT DIT VESSE. DIAGNOSTIC ET PROGNOSTIC.
-
-Il s'agit maintenant de nous faire comprendre sans parler. Les
-_pets_ muets vulgairement appellés _vesses_, n'ont point de son,
-et se forment d'une petite quantité de vents très-humides. On les
-nomme en latin VISIA, du verbe _visire_, en allemand _feistein_, et
-en anglais _fitch_, ou _vetch_. Elles sont _sèches_ ou _foireuses_.
-Les sèches sortent sans bruit, et n'entraînent point avec elles de
-matière épaisse. Les _foireuses_ sont au contraire composées d'un vent
-taciturne et obscur, et emportent toujours avec elles un peu de matière
-liquide. Elles ont la vélocité d'une flèche ou de la foudre, et sont
-insupportables par l'odeur fétide qu'elles exhalent. Jean Despautère a
-dit qu'une liquide jointe à une muette dans la même syllabe, rend brève
-la voyelle douteuse, ce qui signifie que l'effet de la vesse foireuse
-est très-prompt.
-
-Un diable du pays latin voulant un jour lâcher un pet, et ne faisant
-qu'une vesse foireuse, s'écria avec colère et indignation, en
-maudissant la trahison de son derrière: _nusquam tuta fides?_ Il n'y a
-donc plus de bonne foi dans le monde! On fait donc très-bien, quand on
-craint ces vesses, de mettre bas les culottes, et de lever sa chemise,
-avant de les lâcher. Il faut être sage, prudent et prévoyant.
-
-Les vesses foireuses sortant sans bruit, sont un signe qu'il n'y a pas
-beaucoup de vents. La partie liquide qu'elles entraînent donne lieu
-de croire qu'elles sont salutaires. Elles indiquent la maturité de la
-matière, et qu'il est tems de soulager ses reins, suivant cet axiôme:
-
- _Maturum stercus est importabile pondus._
-
- C'est un lourd fardeau que l'envie d'aller à la selle.
-
-
-DE PETS OU VESSES AFFECTÉES ET INVOLONTAIRES.
-
-Le _pet affecté_ ne se passe guères parmi les honnêtes gens, si ce
-n'est parmi ceux qui logent ensemble et qui couchent dans le même lit.
-Alors, on affecte d'en lâcher pour se faire rire, ou pour se faire
-pièce; on les pousse si dodus et si distincts, qu'on pourrait les
-prendre pour des coups de couleuvrines. J'ai connu une dame qui se
-couvrant l'anus avec sa chemise, s'approchait d'une chandelle récemment
-éteinte, et pétant et vessant lentement et par gradation, la rallumait
-avec la dernière adresse. Mais une autre qui la voulut imiter ne
-réussit point, réduisit la mèche en une poudre ardente qui se dissipa
-bientôt en l'air, et se brûla le derrière, tant il est vrai que: _Il
-n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe_. Un amusement
-très-joli, c'est de recevoir une vesse dans sa main, de l'approcher du
-nez de celle ou de celui avec qui l'on est couché, pour les faire juger
-du goût ou de l'espèce.
-
-Le _pet involontaire_ a lieu à l'insçû de celui qui lui donne l'être,
-lorsqu'on est couché sur le dos, ou qu'on se baisse, ou qu'on fait
-de grands éclats de rire, ou enfin, quand on éprouve de la crainte.
-Celui-là est ordinairement excusable.
-
-
-EFFETS UTILES DES PETS ET DES VESSES.
-
-Tout pet est salutaire par lui-même, en tant que l'on se débarrasse
-d'un vent qui incommode. Cette évacuation détourne plusieurs maladies,
-la fureur, la douleur hypocondriaque, la colique, les tranchées, la
-passion iliaque, etc. Mais lorsqu'ils remontent, ou ne trouvent pas de
-sortie, ils attaquent le cerveau par la prodigieuse quantité de vapeurs
-qu'elles y portent, corrompent l'imagination, rendent mélancolique,
-frénétique, et engendrent d'autres maladies très-fâcheuses. De-là, les
-fluxions qui se forment par la distillation des fumées de ces météores
-sinistres, et qui descendent dans les parties inférieures: heureux
-quand on en est quitte pour la toux, et les catarrhes. Le plus grand
-mal est d'être incapable de toute application, et rebuté par l'étude et
-le travail. Partez comme moi de ce principe, cher lecteur, qu'il y a
-une utilité particulière à péter; je vais en citer plusieurs exemples.
-
-Une dame, dans un cercle nombreux, est attaquée d'un mal de côté:
-allarmée d'un accident si imprévu, elle quitte une fête qui semblait
-n'être faite que pour elle, et dont elle était l'ornement. On s'agite,
-on s'inquiète, on vole à son secours. La faculté s'assemble à la hâte,
-consulte, raisonne, cherche la cause du mal, cite force auteurs,
-s'informe de la conduite et du régime de la dame. La malade s'examine
-et se rappelle qu'elle a imprudemment retenu un gros pet qui lui
-demandait son congé.
-
-Une autre, sujette aux vents, retient douze gros _pets_ captifs, qui
-successivement essaient de se faire jour. Elle se met à la torture,
-pendant une longue séance, et se présente à une table bien servie,
-croyant y faire figure. Qu'arrive-t-il? elle dévore des yeux des mets
-auxquels elle ne peut toucher. Tout est plein, son estomach rempli de
-vents, ne peut plus recevoir de nourriture.
-
-Un petit maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois
-également contrefaits, font de leur corps une caverne d'Eole; ils
-y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre ses doctes
-entretiens, le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent
-l'effort d'une violente tempête intestine, se roidissent contre sa
-fureur. Pas un d'eux ne lâche le moindre pet; de retour chez eux, une
-violente colique que toute la pharmacie ne peut appaiser, les abat
-impitoyablement, et les met à deux doigts de la mort.
-
-Que de biens ne procure point un pet lâché à propos. Il dissipe tous
-les symptômes d'une maladie sérieuse, il bannit toutes craintes et
-tranquillise par sa présence les esprits allarmés. Tel se croyant
-dangereusement malade, appelle tous les sectateurs de Galien, qui
-tout-à-coup faisant un pet copieux, remercie la médecine, et se trouve
-parfaitement guéri. Tel autre se lève avec un poids énorme sur
-l'estomach, et sort du lit tout gonflé. Il n'a cependant fait la veille
-aucun excès. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture,
-s'inquiète, s'allarme; la nuit vient, et ne lui apporte que la faible
-espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant où il se met au lit, une
-tempête s'élève dans la basse région, les intestins émus semblent se
-plaindre, et après de violentes secousses, un gros pet se fait jour et
-laisse notre malade confus de s'être inquiété pour si peu de chose.
-
-Une femme esclave du préjugé n'avait jamais connu les avantages du Pet.
-Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et de la médecine,
-elle avait épuisé tous les remèdes. Eclairée enfin sur l'utilité du
-Pet, elle pète librement et souvent; dès-lors, plus de douleurs, elle
-jouit d'une santé parfaite.
-
-Si la _vesse_ trouble l'économie de la société par sa nature
-malfaisante, le _Pet_ est son antidote. Il la détruit, et l'empêche
-de paraître, lorsqu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un
-passage, car il est évident, d'après tout ce que j'ai dit, qu'on ne
-vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter, et que par-tout où se trouve
-le frère aîné le Pet, sa sœur, la vesse ne peut se trouver.
-
-Je trouve dans un très-ancien manuscrit, la pièce suivante, qui n'est
-pas sans mérite, et qui va très-bien à mon sujet.
-
-
-AIR: _De la Reynie._
-
- Ah! je prétends punir votre insolence,
- Remarquez bien ce que vous avez fait:
- Quoi, vous osez péter en ma présence,
- Savez-vous bien où peut aller un pet?
-
-RÉPONSE.
-
- Un pauvre PET réduit à l'esclavage,
- Las de souffrir une sale prison,
- Est-il puni pour se faire un passage?
- La liberté fut toujours de saison.
-
- Quoi, pour un PET échappé sans malice,
- Ai-je péché contre les réglemens?
- Déclarez-nous, grands juges de police,
- Si vous voulez aussi régler les vents.
-
- Un PET est-il assez de conséquence,
- Pour élever contre un cul tous nos sens?
- Ce pauvre cul, quoique plein d'innocence,
- Pour vous fléchir, vous donne de l'encens.
-
- Jamais un PET, soit dit sans vous déplaire,
- Ne fut poussé plus méthodiquement,
- J'avais aussi mes raisons pour le faire,
- Car jamais PET ne fut sans fondement.
-
- Veillez, ô guet, à nettoyer les rues,
- Réglez les jeux, la chair et le poisson;
- Mais sur les culs vous n'avez point de vues,
- Un cul peut tout dedans son caleçon.
-
- Que feriez-vous de nous en votre empire,
- Disaient les vents du nord et du levant;
- Vous qui grondez contre un simple zéphire
- Qui par hasard est venu du Ponant?
-
- Appaisez donc, Monsieur, votre colère,
- A quoi sert-il à moi de disputer?
- Vous permettez à mon âne de braire,
- Défendrez-vous à mon cul de PETER?
-
- Ah! si j'osais, mais je n'ose le dire,
- Ou, si j'osais vous le dire tout bas;
- Je n'en puis plus, mon mal de ventre empire,
- Je vais... sous moi.... ne le sentez-vous pas?
-
-Ce serait une injustice de croire que les rires excités par le PET,
-sont plutôt des signes de mépris et de pitié, que la marque d'une
-véritable joie. Le PET contient en lui-même un agrément essentiel,
-indépendant des lieux et des circonstances.
-
-Auprès d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui
-va lui enlever un chef, un fils, un frère, un époux. Quel tableau
-désespérant et terrible! tout-à-coup, un PET parti avec fracas du
-lit du moribond, suspend la douleur des assistans, fait naître une
-lueur d'espérance et excite encore au moins un sourire. Si, près
-d'un moribond, où tout n'inspire que le deuil, le PET peut égayer
-les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses
-charmes? En effet, susceptible de diverses modifications, il varie ses
-agrémens, et doit par-là plaire généralement. Tantôt précipité dans
-sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon;
-alors il plaît à l'homme de guerre; tantôt, retardé dans sa course,
-gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il
-imite les instrumens de musique. Bruyant quelquefois dans ses accords,
-souvent flexible et moëlleux dans ses modulations, il doit plaire aux
-ames sensibles, et presqu'à tous les hommes, car il en est peu qui
-n'aiment pas la musique, puisque les brutes même en sont touchées. Le
-PET étant agréable, son utilité particulière et générale étant bien
-démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui
-refuser son suffrage? Cicéron, liv. I. des Offices, dit: _Ce qui est
-utile, agréable et honnête, est censé avoir une bonté et une valeur
-réelle._
-
-Loin de blâmer les péteurs, les anciens encourageaient au contraire
-leurs disciples à ne se point gêner. Les Stoïciens dont la philosophie
-était la plus épurée de ces tems-là, disaient que la devise des
-hommes était, _à la liberté_. Les plus grands philosophes, et Cicéron
-lui-même, préféraient la doctrine stoïque aux autres sectes qui
-traitaient de la félicité de la vie humaine. Tous, par des argumens
-sans réplique ont obligé leurs adversaires, de convenir que parmi
-les préceptes les plus salutaires à la vie, non-seulement les pets,
-mais encore les rots, devaient être libres. On peut voir ces argumens
-dans la 9e. épître familière de Cicéron à PŒTE, 174, et l'on y verra,
-entre une infinité de bons conseils, celui-ci: _Qu'il faut faire et
-se conduire en tout selon que la nature l'exige._ Il est donc inutile
-d'après cela, d'alléguer avec emphase les lois de la pudeur et de la
-civilité qui, toutes respectables qu'elles sont, ne doivent pourtant
-pas l'emporter sur la conservation de la santé et de la vie même.
-
-Mais enfin, s'il est encore quelqu'esclave de ce préjugé, sans le
-dissuader de péter, nous allons lui donner le moyen de dissimuler au
-moins son _pet_. Il aura donc soin de l'accompagner d'un vigoureux
-_hem_, _hem_. Si ses poumons ne sont pas assez forts, il affectera un
-grand éternuement; alors, il sera accueilli, fêté même de toute la
-compagnie, et comblé de bénédictions. S'il ne peut ni l'un, ni l'autre,
-il crachera bien fort, ou remuera bien fort sa chaise. S'il ne peut
-faire tout cela, qu'il serre les fesses bien fort. La compression et
-le resserrement du grand muscle de l'anus rendra femelle ce qui devait
-être mâle. Cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce
-qu'elle épargne à l'ouïe, mais je ne garantis pas des suites funestes
-de cette ruse, et je conclus qu'il vaut mieux, comme l'archevêque
-que je vais citer, appeller l'attention sur un autre objet, par une
-transition ingénieuse:
-
- Notre archevêque Mitra,
- Prélat de bonne figure,
- Fit l'autre jour un gala,
- Où l'on ne but point d'eau pure.
-
- Un chanoine gros et gras,
- Et d'une épaisse encolure,
- Fit le plaisir du repas;
- J'en vais conter l'aventure.
-
- Assis sur son perroquet,
- Siège étroit pour sa quarrure,
- Il tomba sur le parquet,
- Sans se faire une blessure.
-
- Etendu comme un crapaud,
- Tout prêt à crever d'enflure,
- Il nous lâcha bien et beau
- Un vent de mauvaise augure.
-
- Au bruit de cet accident,
- Chacun rit outre mesure,
- Monseigneur dit gravement:
- Buvons tous, je vous conjure.
-
-Dans le siècle dernier, une vieille femme, sourde comme un pot,
-faisait ses prières dans l'église de Bonne-Nouvelle, à Paris.
-Profondément baissée devant l'image de Marie, elle lâchait à plusieurs
-reprises des _pets_ assez intelligibles. «Bonne femme, lui dit
-charitablement quelqu'un qui, placé derrière elle, les recevait
-de la première main, bonne femme, vous pétez... Ah! monsieur,
-répliqua-t-elle, je vous demande bien pardon; j'ai le malheur d'être
-sourde, et je croyais que c'était seulement des vesses». Il arriva la
-même chose à Œthon, qui n'était pas sourd, au rapport de Martial, livre
-12. épigr. 78., qui finit ainsi:
-
- »_Sed quamvis sibi caverit precando,_
- »_Compressis natibus Jovem et salutet,_
- »_Turbatus tamen, usque et usque pedit,_
- »_Mox_ Œthon, _deciesque, viciesque._
-
-Mes lecteurs me sauront gré de leur offrir l'énigme suivante:
-
- »_Ante domum quidam, seclam coeco parat antro,_
- «_Proripere incautus, nil metuensque mali,_
- »_Nam se exissetratus, quidam arcte comprimit, ipsis_
- »_In foribus; clamor surgat ut inde gravis._
-
-_SOLUTIO._
-
- »_Absque sono flatus saepe affectatus acuto,_
- »_Non affectatum ventris it in crepitum._
-
-_Henri_ BEBELLE, dont les facéties composées en 1506 sont si rares, que
-M. de la Monnoye lui-même paraît n'en avoir eu aucune connaissance,
-puisqu'il n'en dit rien, et que l'on ne trouve le titre de ce livre sur
-aucun catalogue, nous a conservé le trait suivant:
-
-Un orateur lâcha un PET, en présence du grand Sigismond, duc
-d'Autriche, qu'il haranguait: «Si vous voulez parler, dit-il en se
-retournant vers son derrière, il faudra que je me taise». Puis, sans
-faire paraître le moindre embarras, il continua sa harangue. Sa
-présence d'esprit et son ton flegmatique, dans un moment si périlleux,
-plurent tant à ce Prince qui aimait la gaîté, qu'il eut depuis lors
-toutes sortes d'égards pour cet orateur facétieux. Voilà la fortune
-d'un littérateur due à un pet. Il y a tant d'ouvrages encore meilleurs
-que celui-ci, qui ont conduit l'auteur à l'hôpital!
-
-En voici encore un tiré du même auteur:
-
-Un prêtre baptisait un enfant. Lorsqu'il en fut à ces paroles de
-l'exorcisme: _il fit de la boue avec son crachat_, la sage-femme qui
-tenait l'enfant et qui se baissait pour ramasser de la poussière, lâcha
-un pet énorme. Le prêtre étonné quitte sa lecture. «Voyez, dit-il aux
-assistans, quelle est la force miraculeuse des paroles sacrées, j'ai
-commandé à Satan de sortir, il est sorti, en remplissant l'air de sa
-puanteur, comme vous devez le sentir». La femme déconcertée, et qui
-n'a pas entendu ce qu'a dit le prêtre, dit que c'est l'enfant qui a
-pété et non pas elle.—Que le mal Saint-Jean t'arde, répond l'autre
-irrité. Car si tu es aussi impoli en naissant, en présence d'un prêtre
-respectable et dans un lieu saint, que feras-tu donc, dans un âge
-avancé?»
-
-Le père des Calembourgs, le fameux marquis de Bièvre, a dit plusieurs
-choses très-plaisantes sur le Pet. Comme j'écris de mémoire, et que
-cette partie de mon moral, jadis bien fournie, me manque souvent au
-besoin, je citerai seulement cette plaisanterie. Quelqu'un disait dans
-une société où il se trouvait, que la guerre était un terrible fléau,
-mais qu'heureusement il courait des bruits de paix (de _pet_.) oh! pour
-cela, dit le marquis, _ce n'est pas sans fondement_. L'orateur qui se
-disposait à faire de l'esprit sur son texte, fut arrêté tout court, au
-milieu de son vol, et tout le monde rit encore. (Le lecteur ne trouvera
-pas à présent le mot très-neuf).
-
-Mais je m'aperçois avec chagrin que le nombre obligé des pages que doit
-avoir mon volume, me force de finir, je remets donc à une autre édition
-tout ce qui me reste à dire sur le PET, ou aux deux ouvrages indiqués
-dans ma préface, si toutefois vous pouvez les trouver; et avant de
-fermer le volume, je veux vous donner un conseil dont vous sentirez
-toute l'importance.
-
-Si vous êtes dans un cercle nombreux, où un ignorant _incroyable_
-trouve le secret d'ennuyer, s'il vous assomme depuis une heure par
-mille impertinences débitées en arrangeant sa cravatte, relevant ses
-bottes, montrant ses dents, étalant ses grâces, soyez sûr que cet
-impitoyable ennemi de la société ne pourra résister à l'attaque d'un
-PET, qui l'arrêtera tout court, au milieu de l'éructation de ses
-sottises, tirera tous les esprits de la captivité, en faisant diversion
-au babil assassin de leur ennemi commun.
-
-S'il arrive qu'une assemblée brillante garde depuis deux heures un
-silence plus morne que celui des anciens chartreux; si, les uns par
-ignorance, les autres par timidité, enfin par cérémonie, on est près
-de se séparer sans avoir prononcé un seul mot, soyez sûr que le PET
-va ranimer tout le monde, épanouir les figures, dilater les cœurs, et
-prodiguer tous les charmes d'une conversation enjouée, saupoudrée de
-critique et de plaisanterie. D'où je conclus que le PET est le père de
-la joie, de la santé, de l'esprit, et de la liberté. J'ai fini. Adieu.
-
- _Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt._
-
-_P. S._ Il a paru, il y a longtemps, un _Art de péter_, parodié sur
-l'art poëtique de Boileau, et une pièce intitulée: _Généalogie de
-Milord PET_; mais il m'a été impossible de me procurer ces ouvrages. Il
-vient de paroître une pièce intitulée _Caquire_, par M. de _Vessaire_,
-parodiée de Zaïre, 1 vol. in-8^o. qui se trouve chez les mêmes
-libraires.
-
-
-
-
-RÉGLEMENT PROVISOIRE
-
-DE LA SOCIÉTÉ
-
-DES FRANCS-PÉTEURS.
-
-
-Tout récipiendaire doit avoir un état au moins honnête, de l'aisance et
-une sorte de crédit dans le monde.
-
-Il ne sera admis qu'aux deux tiers des suffrages.
-
-L'épreuve sera d'un an entier.
-
-On ne prendra point d'argent pour la réception d'un Franc-péteur. On
-devrait payer au contraire les hommes assez courageux pour oser devenir
-libres et procurer la liberté aux autres.
-
-Il faudra, pour être reçu, n'avoir pas moins de 24 ans, et pas plus de
-60.
-
-On exige du récipiendaire une disposition marquée pour l'éloquence, et
-sur-tout la connaissance de sa langue.
-
-Les Francs-péteurs n'auront au-dehors aucunes marques distinctives.
-Dans leurs assemblées seulement, ils porteront au cou un ruban blanc,
-au bout duquel pendra la figure en or de Zéphire, couronné de toutes
-sortes de fleurs, avec cette devise: A LA LIBERTÉ.
-
-Le lieu des séances se nomme _Case_.
-
-La formule du serment pour être reçu, est conçue en ces termes: «Tenant
-à grand honneur d'entrer dans la société des Francs-péteurs, je promets
-une constante soumission à son directeur et une tendre amitié à tous
-les frères. Ennemi déclaré du préjugé, je le combattrai en tous lieux,
-en pétant librement, souvent et méthodiquement».
-
-Cette formule prononcée à haute voix sera suivie d'une canonnade ou
-salve de pets, en signe d'allégresse.
-
-Les repas se font dans la salle du _Zéphire_ ou de la _Liberté_.
-
-Les discours d'éloquence ne seront prononcés que dans la _Case_, ainsi
-que les bons poëmes et odes, à l'honneur du Pet.
-
-Les petits madrigaux, quatrains, épitres, stances et couplets ne seront
-reçus qu'à table.
-
-Les Francs-péteurs ne feront des vers que dans l'intention de faire
-ensuite de meilleure prose.
-
-Les applaudissemens ne se manifesteront que par le bruit des pets.
-L'improbation, par le silence.
-
-Le recueil sera publié tous les ans, et marchera de pair avec celui des
-mille et une autres sociétés en vogue.
-
-Tous les deux mois, on tiendra la _Case_ ordinaire.
-
-Le conseil tiendra tous les huit jours.
-
-Chaque année, le premier ventôse, époque où les vents impétueux
-sont censés faire le plus de fracas, sera l'assemblée générale, où
-les officiers de chaque case feront l'extrait des délibérations du
-conseil; les trésoriers y rendront leurs comptes. Les réflexions et
-observations seront proposées par écrit et signées de leur auteur.
-
-Chaque case est composée d'un directeur, d'un vice-gérent ou directeur
-en second, d'un orateur, d'un foudroyant, d'un introducteur et d'un
-trésorier.
-
-Tous les officiers composeront le conseil, et y appelleront les cinq
-derniers officiers sortans de charge, avec les plus anciens frères; de
-sorte qu'ils seront toujours au nombre de douze.
-
-Il n'y aura point de chef, ni de secrétaire-général, ou perpétuel, car
-leur autorité balancerait d'abord et neutraliserait ensuite le pouvoir
-de l'universalité.
-
-Il ne pourra y avoir absolument qu'une Case d'établie dans chaque
-ville, excepté à Paris, où il y en aura trois, l'une au centre et les
-deux autres répondantes à l'orient et à l'occident.
-
-Chaque Case ne pourra être composée que de trente sujets exclusivement.
-Ils suffisent pour ramener à la liberté des concitoyens de bonne foi.
-
-La société aura des correspondans dans toutes les communes de la
-République; et dans les pays étrangers, un chef de correspondance,
-auquel tous les autres associés rendront compte de leurs opérations.
-
-On s'assemblera tous les deux mois, à 8 heures du matin, en été, et à
-dix en hiver. On fera un dîner honnête, mais frugal.
-
-Il n'y aura point de frères du second ordre.
-
-_Nota._ Si la société a lieu, on donnera plus d'étendue à ce réglement,
-mais le nom de la société ne changera pas.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
-
-
-Les littérateurs qui, comme moi, voudroient se délasser de travaux plus
-sérieux, par la traduction des autres éloges comiques, seront bien aise
-sans doute de connaître l'ouvrage suivant, dans lequel ils trouveront
-une vaste carrière.
-
-Il est intitulé: AMPHITHEATRUM SAPIENTIÆ SOCRATICÆ JOCO-SERIÆ, hoc
-est, _Encomia et commentaria auctorum quà veterum, quà recentiorum
-propè omnium; quibus res, aut pro vilibus vulgò aut damnosis habitæ,
-styli patrocinio vindicantur, exornantur: opus ad mysteria naturæ
-discenda, ad omnem amœnitatem, sapientiam, virtutem, publicè privatèquè
-utilissimum, in 2 tom. partim ex libris editis, partim manuscriptis
-congestum tributumque, à GASPARE DORNAVIO philosopho et medico.
-HANOVIÆ, typis Vechelianis, 1619, in-folio._
-
-C'est dans ce recueil précieux que j'ai puisé une partie de mon éloge
-du PET.
-
-Voy. pag. 349, _Rodolphi Goclenii problemata de crepitu ventris_; et
-pag. 355, _De peditu ejusque speciebus, crepitu et visio, discursus
-methodicus in theses digestus, autore Buldriano Sclopetario, Blesense.
-Clareforti, apud Stancarum Cepollam, sub signo divi Blasii_, 1596.
-
-Parmi les éloges que contient ce recueil, et que nous n'avons pas
-cités dans la préface de cet ouvrage, pour ne pas la rendre trop
-longue, voici ceux qui nous paraissent les plus dignes de trouver des
-traducteurs:
-
- De la Fourmi, par _Erasme Ebner_, page 80.
-
- De l'Araignée. _Ant. Thylesius._ 112.
-
- De la Puce de Cath. Desroches. _Barn. Brisson._ 27.
-
- Du Moucheron. _Virgile_ et _Jean Ja comot._ 113.
-
- Du Ver luisant. _Mich. Gehlerus._ 173.
-
- Des Vers. _Ulysse Aldrovandus._ 171.
-
- De la Paille. _Fred. Widebramus._ 232.
-
- De la Colombe. _Ulyss. Aldrovand._ 374.
-
- De la Boue. _Joan. Majoragius._ 173.
-
- Du Chêne. _Gasp. Dornavius._ 201.
-
- De la Barbe. _Ant. Hotomanni._ 318.
-
- Du Cygne. _Jean Passerat._ 373.
-
- Du Scarabée. _Gasp. Dornavius._ 126.
-
- Du Cheval. _Juste Lipse._ 489.
-
- Du Chien. _Philippe Camerarius._ 517.
-
- Du Lièvre. _Titus Strozza._ 602.
-
- De la Porte. _Jean Campanus._ 657.
-
- Des Huîtres. _Michael Mayer._ 613.
-
- Du Singe. _Daniel Heinsius._ 539.
-
- De la Petitesse. _Ericius Puteanus._ 772.
-
- Du Rire. _Par le même._ 777.
-
- Du Mercure. _Mich. Mayer._ 604.
-
- Du Fer. _Nicolas Monard._ 614.
-
- De l'Eléphant. _Juste Lipse._ 480.
-
- De l'Alouette. _Ulys. Aldrovand._ 466.
-
- Du Plongeon. _Jacq. Eyndius._ 468.
-
- De l'Hirondelle. _Par le même._ 457.
-
- De la Pie. _Par le même._ 465.
-
- De la Grue. 470.
-
- Du Geai. _Par le même._ 455.
-
- Du Corbeau. _Jov. Pontanus._ 454.
-
- De la Chouette. _Euricius Cordus._ 455.
-
- Du Veau. _Mich. Mayer._ 505.
-
- Du Mouton. _Par le même._ 504.
-
-_Nota._ Je me propose de publier ceux des _Poux_, de la _paille_, de la
-_boue_, de la _cigogne_ et de l'_œuf_, si celui-ci a le succès que j'en
-espère.
-
-
-
-
-NOTES OMISES.
-
-
-A la page 79. PET DE NONNE.
-
-Les nones ont donné le nom de PET à une de leurs pâtisseries les
-plus exquises. Tout le monde connaît les _pets de nonne_, dont les
-directeurs, les abbés, les pater et les prélats, étaient si friands et
-toujours si bien approvisionnés. Ce PET est une espèce de croquignolle,
-un beignet de forme globulaire, appelé en latin: _monialis crepitus_.
-
-A la page 106.
-
-Un homme se trouvant dans un cercle nombreux après le dîner, se
-tenoit debout, appuyé sur la cheminée, et tournant le dos au feu,
-comme cela se pratique assez ordinairement. La trop vive chaleur du
-feu, qui l'incommodoit beaucoup, provoqua chez lui un vent des mieux
-conditionnés. Il s'en excusa en homme d'esprit et sans se déconcerter:
-«Je vous demande mille pardons, dit-il, mais je suis de la nature du
-bois verd, quand je brûle, je pète».
-
-
-
-
-POESIES
-
-_FUGITIVES_.
-
-
-LA PUCE,
-
-_Traduite du latin d'Ovide_,
-
- Insecte imperceptible et pourtant redoutable,
- Dont le dard importun plonge avec volupté
- Sur la peau de satin qui couvre un sexe aimable,
- Quels termes employer contre ta cruauté?
-
- De son sang le plus pur je te vois altérée,
- Nuancer de son corps les roses et les lys,
- D'un ébène inégal, d'une tache pourprée
- Qui déparent l'éclat de ses membres polis.
-
- Lorsque d'une beauté qui doucement sommeille,
- Tu ne respectes point les plus parfaits contours,
- Je la vois tressaillir; elle bondit, s'éveille,
- Et perd un songe heureux qu'inspiraient les amours.
-
- Errant impunément sur deux sphères de neige,
- Tu parcours en tyran les états de Cypris,
- Rien n'est inaccessible à ton cours sacrilège,
- Par-tout tu fais du mal et te crois tout permis.
-
- Je souffre, j'en conviens, des mortelles blessures
- Dont tu couvres les flancs de la beauté qui dort;
- Sur ses appas secrets tes nombreuses morsures
- Outragent un réduit fait pour un plus beau sort.
-
- Ah! pour te pardonner, il faut être toi-même,
- Déjà ton ennemi, que ne suis-je le mien!
- Que je meure, jaloux de ton pouvoir suprême,
- Si bientôt je n'acquiers un sort égal au tien.
-
- Signalant sa bonté par un charmant prodige,
- Si la nature en toi voulait me transformer!
- Et puis me rendre moi: quels plaisirs! mais que dis-je?
- Puce, je jouirais: mais, qu'est-ce sans aimer?
-
- N'importe, il faut calmer le feu qui me dévore,
- Ne pourrai-je devoir à quelqu'enchantement,
- Aux talens précieux du serpent d'Epidaure
- L'ivresse que promet un si doux changement?
-
- Des philtres de Circé, des charmes de Médée
- Le pouvoir est connu dans le vaste univers,
- Je devrais à leur gloire, alors bien décidée,
- Changeant d'être à mon gré, mes plaisirs les plus chers.
-
- Oh! comme profitant de la métamorphose,
- Et sous son dernier voile adroitement caché,
- Je serais à Cloé, quand sa paupière est close,
- Sans lui faire de mal, fortement attaché!
-
- Ensuite, parcourant un plus sombre parage,
- Je glisserais sans bruit vers le temple sacré,
- Où nul autre avant moi n'a porté son hommage,
- Où le trait de l'amour n'a jamais pénétré.
-
- Jusqu'à l'aube du jour poursuivant ma victoire,
- Je redeviendrais homme, afin de mieux sentir;
- J'appaiserais ma belle, en me couvrant de gloire,
- En la persuadant de tout mon repentir.
-
- Mais, si de ce miracle effrayée et surprise,
- Mon amante à mes feux opposant son courroux,
- Appellait ses valets: alors, sans lâcher prise,
- Je redeviendrais puce et les braverais tous.
-
- Ensuite avec Cloé, libre par leur absence,
- De ma première forme empruntant le moyen,
- Je prendrais à témoins les dieux, de ma constance,
- Je saurais la réduire à ne refuser rien.
-
- Moitié gré, moitié force, enfin Cloé vaincue,
- De ses trésors secrets me faisant l'abandon,
- Dirait, en soupirant, languissante, abattue,
- Ah! ne me quitte plus, et reçois ton pardon.
-
-
-LA PUCE,
-
-_Traduite du latin de Nicolas_ MERCIER _de Poissy_[14].
-
- AH! te voilà donc enfin prise!
- Maudite puce, je te tiens,
- Pour te perdre dans ma chemise
- Tu prends d'inutiles moyens.
- De mon repos vile adversaire,
- Depuis assez longtemps ton dard,
- Sur ma peau se donnant carrière,
- Rend vains ma recherche et mon art.
- O bonheur! viens donc, scélérate,
- Il faut, puisque je suis vainqueur,
- Que ma juste vengeance éclate
- Et punisse enfin ta noirceur.
- Oh! comme elle fait l'hypocrite!
- Lorsque sur elle l'ongle pend,
- Voyez comme, sans mouvement,
- Du châtiment qu'elle mérite
- Elle espère éloigner l'instant,
- Me tromper et prendre la fuite.
- Ton espoir est vain, tu mourras,
- Perfide! rien de ma colère
- Ne peut suspendre les éclats.
- Mais avant tout, il faut me faire
- L'aveu de tous tes attentats.
- Dis, combien de fois tes morsures,
- Le jour, la nuit, à tout propos,
- Ont troublé par mille blessures,
- Mes études et mon repos.
- Tu ne dis rien, mais le silence
- Me prouve encore ton offense.
- Monstre! allons, donnez-moi de l'eau,
- Du fer, du feu; que son supplice,
- Sous cent formes toujours nouveau,
- Bien lentement l'anéantisse.
- Ces pattes, il faut les trancher;
- Bon! noyons maintenant la tête,
- Et livrons son corps au bûcher
- Que j'ai construit d'une allumette.
-
- Ensuite, oubliant le délit,
- D'un grain de millet je vais faire
- La petite urne funéraire,
- Dont le socle est le pied du lit.
- Par cette succinte épitaphe,
- Dans le style élégiographe,
- Avertissons toutes ses sœurs
- De mettre un terme à leurs noirceurs.
- Je veux que leur troupe éperdue,
- Tremble enfin et fuie à la vue
- De ces épouvantables mots:
- »Ci-gît, après de longs supplices,
- »Une puce auteur de mes maux;
- »Ainsi périront ses complices,
- »Qui pourraient troubler mes travaux».
-
-
-ÉPITRE AU PLAISIR.
-
- O toi, dont la sublime essence,
- Les attraits, la douce influence
- Nous annoncent de ton auteur
- La sagesse et la bienfaisance,
- Ame de la nature immense!
- Salut! adorable enchanteur!
- D'un ami des arts et des roses,
- Qui cherche tes effets, tes causes,
- Embellis les loisirs touchans,
- De tes fleurs récemment écloses,
- Des coloris dont tu disposes
- Viens animer mes faibles chants.
-
- Plus habile à sentir qu'à peindre,
- Je ne te cherche pas, sans craindre,
- Au milieu de nos passions:
- Je veux te contempler, t'atteindre,
- Te savoir, te fixer, sans feindre
- Tes profondes impressions.
- Je pourrai manquer ton image,
- Sur l'aîle d'un léger nuage,
- Tu peux échapper à mes yeux;
- Mais si de mon stérile hommage
- Un seul sentiment est l'ouvrage,
- Si j'attendris, je suis heureux.
-
- A des calculs métaphysiques,
- A des discours scientifiques
- D'Estaing[15] donnant un vaste essor,
- Me laisse le cœur froid et vuide,
- L'homme de t'embrasser avide,
- En te voyant, te cherche encor.
- Je veux à ses mains enfantines
- Offrir des roses sans épines,
- Et le sentier le plus riant;
- D'ailleurs, de ta faveur suprême
- Je ne jouirais plus moi-même,
- On te perd en t'analysant.
-
- Quand, pour s'aimer dans son ouvrage,
- Dieu construisit à son image
- Le type des êtres divers,
- Toi seul, par ta chaleur féconde,
- Animas et peuplas du monde
- Les mornes et trop froids déserts.
- Avec l'astre dont la lumière
- Embrase la nature entière,
- Dieu te fit jaillir de ses mains;
- Docile à ta voix salutaire,
- Par toi des femmes la première
- Charma le premier des humains.
-
- Alors, timide, alors sans aîles,
- Riche des grâces naturelles,
- Et pur, comme un rayon du jour,
- Tu fus placé par la nature,
- Sur une touffe de verdure,
- Auprès de l'innocent amour;
- Las des travaux de la campagne,
- Auprès de sa chaste compagne
- Abel te retrouvait le soir;
- Des fruits offerts par la tendresse
- De leurs feux tempéraient l'ivresse,
- Lorsqu'entr'eux tu venais t'asseoir.
-
- Dans ses désirs insatiable
- Bientôt, à ton instinct aimable
- L'homme ennuyé ferma son cœur;
- Son art, en construisant des villes,
- Outrage et détruit tes asyles,
- Un luxe insolent est vainqueur.
- Pensant que tu ne peux suffire
- A son bonheur, à son délire,
- L'homme invente la volupté.
- L'intérêt devient son complice,
- Mais bientôt pour notre supplice
- Naît l'affreuse satiété.
-
- Ah! tu n'es pas ce que nos vices,
- Et nos erreurs, et nos caprices,
- T'ont fait dans leur aveuglement;
- Fils et charme de la nature,
- Un comme elle et sans imposture,
- Tu n'es que dans le sentiment.
- Armé du flambeau des furies,
- L'amour dans nos ames flétries
- Distille un poison empesté;
- Mais tu détestes ces contrées,
- Ou le cynisme des Térées,
- T'élève un trône ensanglanté.
-
- Les alcôves mystérieuses
- Où d'extases voluptueuses
- Se bercent d'insensés mortels,
- Ces bals où la magnificence
- Prodigue l'or à l'indécence
- Ne furent jamais tes autels;
- Avec tes étreintes si douces
- Je ne confonds pas les secousses
- D'une ardente velléité;
- L'_incroyable_ parfumé d'ambre
-
- Te voit mourir dans l'antichambre,
- Au boudoir tu n'as pas été.
-
- Quand, précédé par les haleines
- Des zéphirs caressans nos plaines,
- Mai riant vient tout rajeunir;
- Avec lui tu viens dans nos âmes
- Allumer de nouvelles flammes,
- Et disposer tout à s'unir.
- C'est toi seul dont la main brûlante
- Fait germer, fait croître la plante,
- Et la rend capable d'amour;
- C'est toi qui, la rendant nubile,
- Places sur sa tige fertile
- L'époux qui la rend mère un jour.
-
- Dans une douce promenade
- Rêver au bruit d'une cascade,
- A tous les heureux qu'on a faits,
- A ceux que l'on peut faire encore;
- A l'orphelin qui nous implore
- Rendre l'allégresse et la paix;
- Sur les nuages qu'elle dore
- Voir lentement poindre l'aurore
- Qui va ranimer les forêts;
- S'environner de la nature,
- Voilà l'ivresse la plus pure!
- O plaisir! voilà tes bienfaits!
-
-
-A l'Auteur de GÉRARD DE VELSEN.
-
- Amsterdam, le 15 juin 1797.
-
-Le GÉRARD DE VELSEN que j'ai publié n'est que ma propre traduction
-de votre original, entreprise dans les momens qui me restaient des
-affaires publiques, en 1793, période où votre GÉRARD me vint en mains.
-J'avais d'abord l'idée d'y ajouter quelques notes historiques,[16] mais
-crainte d'être regardé comme voulant allumer une chandelle au soleil,
-je m'en suis passé. D'ailleurs, la politique dans laquelle je me
-trouvais comme enseveli ne m'en laissa guère le loisir.
-
-Agréez l'hommage que le devoir et le sentiment m'inspirent, et que je
-m'empresse aussi de rendre aux rares talens qui vous distinguent si
-glorieusement. Daignez m'accorder votre précieuse amitié, en me croyant
-très-respectueusement, etc.
-
- GUILLAUME HOLTROP.
-
-
-A L'AUTEUR
-
-_Des Nuits d'Hiver et de la Conciergerie._
-
- De Vezoul, le 25 Prairial, an 5.
-
-Je lisais avant-hier vos _Nuits de la Conciergerie_,[17] mes sens
-étaient émus, mon imagination exaltée; je jetais? quelques idées sur
-le papier, j'y ajoutai des rimes, et c'est ce que j'ose vous offrir
-aujourd'hui. Pardonnez ce faible hommage: souriez à l'essai d'un jeune
-homme de seize ans qui demande et a besoin d'encouragement et d'exemple.
-
- Quelle âme sensible et naïve
- A tracé ces sombres tableaux?
- Quelle voix touchante et plaintive
- Gémit au fond de ces cachots?
- Quel pinceau!... quelle touche mâle!
- Qu'il sait bien choisir ses couleurs!
- Silence! son chagrin s'exhale!
- Qu'il peint bien ses justes douleurs!
-
- O toi dont le tendre délire
- Produit des accords si touchans;
- Toi, dont l'harmonieuse lyre
- Émeut, échauffe tous mes sens!
- Et toi, sa compagne chérie,
- Toi qui partageas ses malheurs,
- Souffre que mon âme attendrie
- Avec vous répande des pleurs.
-
- Quand sur l'émail de la prairie
- Un doux songe te fait errer,
- Avec toi, dans ta rêverie,
- Oh! qu'il m'est doux de m'égarer!
- Quand un autre songe t'inspire,
- Te change en guerrier courageux,
- A tes côtés je vois, j'admire
- Mon pays libre et vertueux.
-
- Quand ta Joséphine inquiette
- Vient te consoler en prison,
- De mon cœur ma bouche interprète
- Répète à chaque instant son nom.
- Quand par un ordre sanguinaire,
- Plongé vivant sous les tombeaux,
- Tu nous retraces ta misère,
- Je sens, je partage tes maux.
-
- Que tu sais bien de la nature
- Nous peindre les rians attraits!
- Que d'une ame innocente et pure
- Tu sais bien nous offrir les traits!
- Que ton simple et touchant ouvrage
- Remplit mes sens de volupté!
- Pardonne à ce trop faible hommage,
- C'est le cœur seul qui l'a dicté.
-
-
-RÉPONSE.
-
-A LA LETTRE PRÉCÉDENTE.
-
-Quoique votre trop flatteuse lettre, citoyen, et vos jolis couplets ne
-soient signés que de la lettre initiale B....l, je crois avoir deviné
-juste, en vous en croyant le père, et j'aime mieux courir le risque
-d'une erreur, que d'une ingratitude. Recevez l'expression de toute
-ma sensibilité: si la vérité ne dicte pas vos éloges, c'est au moins
-l'amitié, et ce dernier sentiment m'est si cher, j'en ai tant besoin,
-pour supporter mon infortune, que je lui pardonne tout.
-
- D'une captivité cruelle
- Vous louez trop le triste fruit,
- Mon cœur, au sot orgueil rebelle,
- Par votre encens n'est pas séduit.
- La complaisance maternelle
- N'a jamais fasciné mes yeux.
- Une éloquence naturelle
- Est pour moi l'art le plus heureux.
-
- Souffrant, prêt à cesser de vivre,
- Ai-je pu croire qu'à ces _Nuits_
- Le destin me ferait, survivre,
- Et finirait mes longs ennuis?
- Dans le sein d'une épouse chère
- J'épanchais ma sombre terreur;
- Je ne voulais qu'elle sur terre,
- Pour confidente et pour lecteur.
-
- Le neuf thermidor me rappelle
- A ses baisers, à son amour;
- Je ne renaissais que par elle,
- Pour elle je chéris le jour.
- De mes mains, la reconnaissance
- Laisse échapper le manuscrit.
- Un voile sert mon impuissance,
- Mais l'amour encor me trahit.
-
- C'est à vous de cueillir des palmes
- Au Pinde, et la rose à Paphos,
- Vous dont les jours sereins et calmes
- S'écoulent dans un doux repos.
- Seize ans, âme sensible, aisance,
- Forces, talens, vous avez tout:
- La carrière pour vous commence,
- Moi, je suis las et suis au bout.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] Les savans ne nous ont pas dit si l'Être suprême souffla dans la
-bouche d'Adam, pour l'animer, ou si ce fut dans, son antipode; cette
-question était, pourtant, aussi digne de leurs recherches, que tant
-d'autres inutiles.
-
-[2] Voilà un homme bien aisé à nourrir!...
-
-[3] La Polente est une bouillie faite avec de la farine d'orge brûlée.
-Elle est encore en usage dans plusieurs contrées d'Italie.
-
-[4] Subtile et leve peditum Libonis. CATULLE.
-
-[5] Ce Métroclès qui rougit pour un pet, est bien différent de sa sœur,
-qui, éprise pour le dégoûtant Cratès, non-seulement pétait bien en
-compagnie, mais faisait en public, ce que n'osait faire au lit avec sa
-femme le pudibond Louis IX. Voyez l'édition que j'ai donnée des amours
-d'Hypparchie et Cratès. 1 vol. in-18.
-
-[6] Voy. le _Naudaeana_, pag. 102 et 103; Paris, 1701, in-12. _Fr.
-Roger_ au voyage de la Terre Sainte, pag. 230, et les _Essais de
-Montaigne_, liv. Ier. chap. 20, page 62 de l'édition in-8^o.
-
-[7] Elle se célébrait à Athènes au mois d'octobre.
-
-[8] _Frédérick DEDEKIND_, allemand, publia dans le seizième siècle
-un ouvrage dans le goût de l'_Éloge de la folie_. C'est un éloge
-ironique de l'impolitesse et de la grossièreté, intitulé: _GROBIANUS
-sivè de incultis moribus et inurbanis gestibus_. _Francfort, 1558,
-in-8^o._ L'auteur paraît avoir eu plus de finesse dans l'esprit que ses
-contemporains n'en avaient alors. Il est rare de trouver ce poëme avec
-le GROBIANA qui en est la suite; aussi le dictionnaire historique ne
-parle-t-il pas de ce dernier poëme.
-
-[9] Voyez Suétone, vie de Claude César, chap. 32, page 274, _edit.
-Patini_.
-
-Les Juifs prétendent que quand ils pètent en faisant leurs prières,
-c'est un mauvais augure, et un bon, lorsqu'ils éternuent. Ils n'osent
-ni péter, ni allumer leur feu le jour du sabbat. Les Turcs sont de même.
-
-[10] L'ancien saxon _Purten_ ou _Furten_, le haut allemand _Fartzen_,
-et l'anglais _Fart_.
-
-[11] L'Album était une table blanchie sur laquelle les souverains
-prêtres, à Rome, écrivaient les choses les plus remarquables qui se
-passaient chaque année. C'était aussi un tableau sur lequel on écrivait
-les noms des magistrats et des officiers.
-
-[12] Un poëte latin moderne a traduit ce joli petit conte, avec tant
-d'élégance, que je ne puis résister au désir d'apprendre à ceux de mes
-lecteurs qui aiment encore la langue des _Ovides_, des _Horaces_, des
-_Santeuil_ et des _Sanadon_, qu'ils le trouveront imprimé dans mes
-_Matinées du printems_ (tome 1, page 121) qui se vendent chez le même
-libraire.
-
-[13] Voyez les quarts-d'heures d'un joyeux solitaire, 1 vol.
-in-12.......
-
-[14] Nicolas MERCIER, de Poissy, professeur de troisième au collège de
-Navarre, à Paris, et sous-principal des grammairiens, mort en 1657.
-On a de lui 1^o. un _Manuel des Grammairiens_; 2^o. un poëme latin
-intitulé: _De officiis Scolasticorum_; 3^o. une excellente édition
-d'Erasme; 4^o. _De Conscribendo epigrammate, opus curiosum. _ 2 part.
-Paris, 1653, in-8^o. belle édition, ornée d'un frontispice et du
-portrait de l'auteur.
-
-La république des lettres compte beaucoup d'écrivains qui ont porté
-le nom de Mercier: comme on confond tous les jours leurs ouvrages,
-je donnerai quelque jour leur biographie, avec une dissertation
-onomatique, sur l'origine de ce nom, dans la langue Celtique.
-
-[15] Voyez le recueil, que j'ai publié, des poëmes sur le Plaisir et la
-Volupté; 2 vol. in-18, fig.
-
-[16] Ces notes qui n'existaient pas dans la première édition de
-_Gérard de Velsen_, en 1793, se trouvent dans la seconde, qui est
-très-augmentée et beaucoup plus correcte.
-
-[17] Cet ouvrage en 2 vol. _in-18_, se trouve chez les mêmes libraires.
-
-
-
-
-TABLE des Matières.
-
-
- _Notice des différens éloges._ Voyez la Préface.
-
- _Antiquité du PET._ 5
-
- _Sa figure, sa taille, son langage, ses mœurs._ 14
-
- _Musique et éloquence du PET._ 24 _à_ 37
-
- _Arrêt de l'empereur Claude, qui donne pleine
- liberté de péter en public._ 33
-
- _Les deux péteurs d'Anvers._ 38
-
- _Le PET fait fuir les sorcières._ 40
-
- _Droits féodaux payés par un PET._ 42
-
- _Éloge de la Vesse, et mot de Pythagore._ 47
-
- _Comparaison du PET avec les rois._ 49
-
- _Apothéose du PET chez les Egyptiens._ 50
-
- _Plantes et familles qui ont pris leur nom du PET._ 52
-
- _Du Rot, ou rapport espagnol, et anecdotes._ 58
-
- _Procédés pour mesurer un PET._ 60
-
- _De la nature et des différentes sortes de PETS,
- au nombre de 26._ 61 _à_ 87
-
- _Portrait du PET, par Boursault._ 76
-
- _Les trois accidents. Conte._ 78
-
- _Le soupir de St.-Evremont._ 81
-
- _Éloge du Q._ 82
-
- _Esprit de PET pour les taches de rousseur._ 84
-
- _Le Pet français et le Pet béni._ 93 _et_ 95
-
- _Le Pet et le Politique._ 97
-
- _Le Pet rapporté par un valet._ 98
-
- _Mot d'un prêtre de Louvain sur le PET._ 99
-
- _Le Pet de St.-Evremond. Stances._ 101
-
- _Pets excusés par un bon mot._ 102 à 103
-
- _Le Péteur puni, et autres._ 105
-
- _Des signes et effets prochains du PET._ 108
-
- _Ruses pour couvrir un PET._ 109
-
- _Remèdes qui provoquent les Pets._ 111
-
- _Système musical de Pets._ 112 _à_ 119
-
- _De la Vesse et des Pets involontaires._ 119 _à_ 122
-
- _Effets utiles des Pets et Vesses._ 122 _à_ 127
-
- _Requête en vers pour le PET._ 129
-
- _Opinion des stoïciens, de Cicéron, et autres
- philosophes en faveur du PET._ 123 _à_ 132
-
- _Pet de chanoine bien dissimulé. Conte._ 133
-
- _Le Pet d'une sourde pris peur une Vesse._ 134
-
- _Facétie tirée de Henri Bebelle._ 135
-
- _Le Pet de la sage-femme._ 136
-
- _Mot du marq. de Bièvre sur des bruits de paix._ 137
-
- _Conseils importuns contre l'ennui._ 138
-
- _Règlement provisoire de la société des Francs-péteurs._ 140
-
- _Note bibliographique des éloges comiques._ 145
-
- _Poësies fugitives. La Puce, trad. d'Ovide._ 150
-
- _La Puce, de Nic. Mercier_ 153
-
- _Epître au Plaisir._ 156
-
- _A l'Auteur de Gérard de Velsen._ 161
-
- ————_des nuits d'hiver et de la Conciergerie._ 162
-
-
-_Fin de la table._
-
-
-
-
-NOTE DE TRANSCRIPTION
-
- Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
- corrigées.
-
- L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été conservées et
- n'ont pas été harmonisées.
-
- L’accent circonflexe (^) dénote des caractères en exposant.
-
- Les mots en italiques sont _soulignés_.
-
- AUTRES CORRECTION
- Page 56: paîtris --> pétris (et pétris de sots scrupules)
-
- VARIANTE INCHANGÉE
- St.-Evremond et St.-Evremont.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Éloge du pet, by
-Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU PET ***
-
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-from people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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-date contact information can be found at the Foundation's web site and
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
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-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
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