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-Project Gutenberg's Le Martyre de Saint Sébastien, by Gabriele D'Annunzio
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll
-have to check the laws of the country where you are located before using
-this ebook.
-
-
-
-Title: Le Martyre de Saint Sébastien
-
-Author: Gabriele D'Annunzio
-
-Release Date: May 30, 2020 [EBook #62281]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN ***
-
-
-
-
-Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the
-Distributed Proofreading team at DP-test Italia. (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries.)
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- LE MARTYRE DE
- SAINT SEBASTIEN
-
- MYSTERE COMPOSE EN RYTHME
- FRANÇAIS PAR GABRIELE
- D'ANNUNZIO ET JOUE A
- PARIS SUR LA SCENE DU CHATELET
- LE XXII MAI MCMXI AVEC LA MUSIQUE
- DE CLAUDE DEBUSSY.
-
- A PARIS
- CHEZ CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS
-
-
-
-
-_Il a été tiré de cet ouvrage_
-
-CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE
-
-_tous numérotés._
-
-
-
-
-Droits de reproduction, de traduction et de représentations réservés
-pour tous les pays.
-
-
-Copyright, 1911, by CALMANN-LÉVY.
-
-
-La partition de M. CLAUDE DEBUSSY est en vente chez MM. DURAND et Cie,
-4, place de la Madeleine, Paris.
-
-
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-
-A MAURICE BARRÈS
-
-
-Un jour d'été, au pays des Marses, en ma terre d'Abruzzes, j'écoutais
-sous le portail d'une église un charmeur de serpents jouer son air
-magique sur un os de cerf à cinq trous qu'un ancêtre avait retrouvé,
-parmi des cendres, des verroteries et des orges, dans un de ces sauvages
-sépulcres qui sont les milliaires de la route romaine. C'était le
-dernier descendant d'une lignée sacerdotale qui de siècle en siècle
-avait fourni à la citerne du Sanctuaire les couleuvres sacrées. Seul il
-connaissait le «mode» que ses aïeux lui avaient transmis avec la flûte
-et avec la vertu. Au son du charme, la gent reptile s'agitait dans le
-sac de cuir en forme d'outre, suspendu à la dure épaule marquée du signe
-tutélaire. Et, dans le tremblement de la splendeur et de mon
-ressouvenir, je découvrais sur la montagne dangereuse comme le
-promontoire de Circé la citadelle ruinée des rois devins; et j'entendais
-le vent bruire dans les mêmes herbes que les magiciennes marses avaient
-broyées pour les matrones de Rome; et je sentais refluer du fond d'un
-exil infini, sur les oliviers et sur les rochers, la mélancolie du
-despote macédonien qui mourut captif dans la forteresse ardue. Et il me
-semblait de rentrer dans ma patrie primitive, avec une âme plus vaste
-que toutes mes pensées; et les notes grêles de la flûte funèbre me
-semblaient accompagner ce chant immortel des morts que tant de fois vous
-avez écouté à travers la plaine messine, ou dans le souffle léger de la
-rivière lorraine, ou sur la hauteur de Sainte-Odile entre la muraille
-druidique et le castel latin.
-
-Or le linteau du portail, sur ma tête, montrait l'empreinte de l'art
-roman du Languedoc. Ses rinceaux entremêlés de figurines rappelaient les
-chapiteaux du cloître de la Dalbade toulousaine. Des cannelures étaient
-creusées comme celles des socles chartrains; des moulures étaient
-traitées comme par le ciseau cistercien. La pierre noircie évoquait
-confusément les conquérants de la Pouille, les maîtres d'œuvre venus
-avec les chevaliers de Chypre, les colons français de l'Orient, tout un
-tumulte de puissances et de fatalités admirables.
-
-Je retrouvai quelques couleurs de ma rêverie, plus tard, sous les voûtes
-impériales de Castel del Monte; puis dans la chapelle palatine de
-Monreale illuminée, non par l'or des mosaïques, mais par le cœur du
-Saint roi; puis encore devant le tombeau de la reine Isabelle à Cosenza,
-où une pensée de l'Ile de France habite le front bombé de la Vierge que
-la gradine d'un tailleur d'images instruit à Saint-Denis travailla dans
-le tuf de Calabre.
-
-Vous connaissez l'émotion du bon ouvrier devant la qualité de la
-matière. Pour moi, je ne voudrais d'autre éloge que la parole de
-Francesco Francia dans l'acte de palper la statue de Jules II: «_Questa
-è una bella materia._» On sait que Michel-Ange se fâcha et répondit avec
-aigreur. Toutefois, que n'aurait-il donné pour un bloc de marbre grec
-couleur de froment! Je songe à mon délicat Laurana, quand il vint
-travailler dans votre Lorraine et qu'il s'enquit du grain de votre
-pierre. Je songe à ces Juste qui se francisèrent comme Jean Bologne
-s'italianisa. Il me plaît d'imaginer que le «pasteur d'éternelle
-mémoire» Joachim du Bellay, loin des nymphes angevines, quand il renonça
-au parler de France pour louer la gorge de la blanche Romaine, fut tenté
-par la mélodie de Pétrarque mais n'eut pas assez d'audace pour la
-moduler. Un plus joyeux voyageur, Rabelais, dédaignant les lauriers
-capitolins, pourvut de toutes sortes de salades papales les potagers de
-Geoffroi d'Estissac, les plus beaux qui fussent en Poitou.
-
-Qu'on me pardonne si, plus aventureux, j'ai voulu pour une fois me
-donner le plaisir magnifique de travailler avec mes outils les plus
-aiguisés une belle matière d'outre-monts.
-
- * * * * *
-
-Dirai-je que j'ai travaillé sans aide? Ma Muse nouvelle paraissait avoir
-le visage ardent et mélancolique de Valentine Visconti, duchesse de
-Touraine, dans la miniature de l'_Apparicion de maître Jehan de Meun_.
-En commençant mon Mystère, j'aperçus dans une lueur de présage la
-Milanaise sur son palefroi richement harnaché s'arrêter devant le
-Châtelet pour voir la sainte Allégorie représentée «par signes et sans
-paroles». En traitant de ma main la plus légère les rondels des
-offrandes, je me rappelai que Charles d'Orléans, le poète tout semblable
-à un pêcher couvert de fleurs roses et de givre cristallin, était né de
-cette Grâce lombarde. Elle berçait aussi sur ses tendres genoux le
-fameux bâtard qui devait se nommer Dunois pour la gloire, après avoir
-brillé dans la lumière de la Pucelle. Alors, entre arc et flèche, je me
-rappelai aussi que Jehanne à Compiègne avait avec elle une mince
-compagnie d'archers italiens commandée par Barlolomeo Baretta, quand
-auprès du pont l'archer picard la tira à bas de son cheval par la huque
-de velours d'or. Et je dis un jour à la Fille malade des fièvres: «Je
-vous enverrai, ma fille brûlante, à Domremy, sous le hêtre nommé le Beau
-May, vous baigner dans la fontaine des Groseillers où les fiévreux
-obtiennent guérison.» Mais elle répondait toujours: «Je ne veux pas être
-guérie.» Et alors j'entendais la voix de Valentine, infatigable à aimer,
-à souffrir et à se ressouvenir: «Plus hault.»
-
-Je vous avoue que, quand l'œuvre fut achevée, je fis vœu d'aller pèlerin
-à Chartres pour remirer les belles verrières et pour déposer le
-manuscrit inconnu, non sur l'autel, à la grâce de Dieu,--comme autrefois
-les pauvres filles chartraines en usaient avec leurs enfants
-malheureux--mais à l'angle méridional de l'église où est sculpté «l'âne
-qui joue de la vièle». Réconfort du printemps! Je n'avais jamais vu un
-ciel plus ample ni plus indulgent sur une plus silencieuse fécondité. La
-toute verte Beauce tremblait de douceur comme un seul fil d'herbe; et
-aux branches des pommiers fleuris les nuages paraissaient se retrousser
-comme de molles traînes aux mains vives de femmes prêtes à une estampie
-ou à une reverdie.
-
- «Bele, dont estes vos nee?»
- «De France sui la loee,
- du plus haut parage.
- Le rossignox est mon père...»
-
-Alors, en découvrant les deux flèches de pierre qui semblent percer le
-cœur même de l'Éternel, j'eus la foi du bon maître verrier qui pour la
-soudaine beauté de son œuvre transparente espère le rayon du soleil de
-Dieu.
-
- * * * * *
-
-Voici donc le livre, sauvé et pardonné. Je vous offre mes vers de France
-parce que j'aime vos proses d'Italie, mon cher Maurice Barrès. Ce poème
-composé dans le pays de Montaigne et de la forte résine, je vous le
-dédie parce que vous avez trouvé vos cadences les plus mélodieuses à
-Pise, à Sienne, à Parme, dans le sépulcre de Ravenne, dans les jardins
-de Lombardie. Mon Sébastien--que j'ai dessiné ayant sous les yeux cette
-plaquette d'Antonio del Pollaiuolo, où un svelte centaure domine du
-poitrail les archers à deux pieds--mon Sébastien parle, quelque part, du
-tendon de bête qui s'ajuste au fût de son arc doublé et qui s'y colle de
-façon à ne faire qu'un avec lui. Je pense au nerf animal dont se double
-la spiritualité de votre art. Je pense aussi, devant certaines de vos
-paroles, à ces divines abeilles prises dans l'ambre claire, qu'un de mes
-humanistes semble avoir célébrées en l'honneur de votre Muse dans un
-épigramme votif.
-
-Aucun ne pourra, certes, comme vous, comprendre le singulier plaisir que
-me donnèrent ma hardiesse et un si haut danger. Un soir, aux approches
-de Sparte, en vue du Taygète et de l'Eurotas, un seul mot rayonna sur
-l'héroïsme de votre esprit: «le plus beau de l'Occident». Il y a un
-autre mot de la grande espèce latine, qui ne me semble pas moins beau,
-puisque je veux le voir toujours coloré de mon meilleur sang et du sang
-de mes pairs: l'intrépidité.
-
-GABRIELE D'ANNUNZIO.
-
-
-
-
-ICI COMMENCE
-
-LE MYSTERE
-
-DE SAINT SEBASTIEN
-
-
-
-
-LE MESSAGER commence:
-
- _Le Dieu qui fict le firmement
- Et volsist naistre purement
- De la noble Virge Marie
- Veuillie garder la compagnie._
-
- _Au Nom de Dieu omnipotent
- Et des martyrs ensemblement
- Entrepris auons le mistayre
- Du pieux chiuallier debonayre
- De saincte vie et bon maintien
- Qui fust vray martir sans le tayre
- Cest Monsieur Sainct Sebastien
- Duquel par son tressaint moyen
- Verres jouer en ceste place
- De sa vie tout lentretien
- Moyen de Jesuschrist la grace._
-
-L'YSTOIRE DE MONSEIGNEUR SAINCT SEBASTIEN _jouée par les habitants
-Lanlevillar l'année courant_ M. V. LXVII _au moys de may_.
-
-
-
-
-NVNCIVS.
-
- Douces gens, un peu de silence!
-
- Soyez recueillis en présence
- de Dieu, comme dans la prière:
- car vous connaîtrez, par mystère,
- ici la très sainte souffrance
- de ce Martyr adolescent
- qui puise à jamais sa jouvence
- dans la fontaine de son sang.
- Par les Clous, l'Éponge et la Lance,
- très humblement nous vous prions.
- Béni soit-il, qui se taira
- et devant lui regardera
- «sans faire noyse ne tensons».
- Entendez, douces gens, les sons
- qui meuvent dans vos cœurs le rêve,
- avant que le voile se lève
- sur ce rouge amour infini.
-
- Au nom de Monseigneur Denis,
- au nom de Sainte Geneviève,
- par qui vos péchés sont bannis,
- («Dieu Père et Filz et Sains Esperis
- gart les habitans de Paris!»)
- nous vous prions très humblement
- que vous vouliez, en écoutant,
- vous souvenir de ce Miracle
- où la patronne secourable
- de la cité, la claire vierge,
- voit le démon éteindre un cierge
- d'un côté, pendant que de l'autre
- l'ange sans tache le rallume.
- Seule, entre la mèche qui fume
- et celle qui ard, jusqu'à l'aube
- l'âme blanchit dans la prière.
-
- L'artisan de ces cinq verrières,
- consacrées à Sébastien
- par sa Confrérie, se souvient
- de son démon et de son ange.
- Quand il colorait la louange
- du bel Archer avec la flamme,
- pour le remède de son âme,
- comme un maître verrier de Chartres,
- de Bourges, de Reims ou de Tours,
- parfois il voyait tour à tour
- l'un de ses puissants fourneaux ardre,
- l'autre fumer et s'obscurcir.
- Et il priait: «O Art de France!»
- sentant trembler son espérance
- dans le souffle de son désir.
- Et il rêvait: «Si j'ai le sort
- du pèlerin de Compostelle,
- si l'on me pend ou m'écartèle,
- qui soutiendra mon pauvre corps
- de ses mains saintes pour le rendre
- sain et sauf à mes compagnons?
- Ne vaut-il pas seul, pour la grâce,
- le Très-Haut Amour qui engendre
- tous les miracles?»
-
- Or le nom
- de cet ouvrier pèlerin,
- de ce Florentin en exil,
- qui bégaye en langue d'oïl
- comme le bon Brunet Latin,
- est tellement dur qu'on l'enchâsse
- mal dans la résille de plomb
- au bas du vitrail rouge et bleu.
- Est-il peut-être, plaise à Dieu,
- plus doux dans la langue du _si_.
-
- Mais l'autre est Claude Debussy,
- qui sonne frais comme les feuilles
- neuves sous l'averse nouvelle
- dans un verger d'Ile-de-France,
- où des amandiers sans amandes
- illuminent l'herbe alentour,
- dans un bosquet de Saint-Germain
- qui se souvient de Gabrielle,
- du Roi faune, et de leur amour:
- «Cher cœur, je vous voyrré demayn...»
- Mais l'autre est comme ces chandelles
- qui s'allument sur la vielle
- du jongleur de Rocamadour,
- comme cette contrée bénigne
- où Brigitte mène les cygnes,
- Gilles trait la biche sauvage,
- et la haie fleurit au passage
- de Sainte Ulphe de Picardie.
- La larme, à Vendôme enchâssée,
- que Jésus versa sur Lazare,
- devient innombrable rosée
- dont se pare toute prairie.
- Du haut ciel, tournant son visage
- d'Espoir vers Thomas incrédule,
- Marie lui jette sa ceinture
- qui devient une mélodie.
-
- Or c'est Claude qui la recueille
- sur la flûte en aile d'oiseau,
- sur la flûte de sept roseaux
- qu'il recompose et raffermit
- avec du lin d'aube ou d'amict
- puis avec des larmes de cierge
- pieusement il les enduit.
- Très douces gens, par lui, par lui,
- vous entendrez chanter la Vierge,
- qui est la couleur de l'aurore!
- Comme Zachée le publicain,
- il regarde passer Jésus
- de la cime d'un sycomore.
- Comme dans le vitrail de Tours
- Saint Martial, il verse l'eau
- vive sur les doigts du Sauveur.
- Comme dans le vitrail d'Angers,
- il laisse couler en ruisseau
- le sang précieux sur les fleurs.
- Comme Saint Sernin de Toulouse,
- il a vu briller le Jourdain
- sous les rayons de la colombe;
- et de la nef de Saint Brendan
- il a vu se dresser la Croix
- sur des îles d'azur sans nombre.
- Comme Madeleine en Provence,
- il mange le miel enivrant
- en souvenir de la Parole.
- Comme dans les ivoires francs,
- il montre la Terre et la Mer
- assistant le Dieu qui s'immole.
-
- Très douces gens, sons et chansons
- or entendez. Nous vous prions
- par Saint Denis et l'Oriflamme.
- Puis regardez que de ciel bleu,
- que de sang rouge, au nom de Dieu,
- pour le remède de votre âme!
-
-AMEN.
-
-
-
-
-LES CINQ MANSIONS
-
-
- I. LA COUR DES LYS.
-
- II. LA CHAMBRE MAGIQUE.
-
- III. LE CONCILE DES FAUX DIEUX.
-
- IV. LE LAURIER BLESSÉ.
-
- V. LE PARADIS.
-
-
-
-
-_LA PREMIERE MANSION_
-
-LA COUR DES LYS
-
-
-
-
-LES PERSONNAGES.
-
-
-LE SAINT.
-
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
-LES FRERES JUMEAUX MARC ET MARCELLIEN.
-
-LES CINQ VIERGES EPIONE, FLAVIE, JUNIE, TELESILLE, CHRYSILLE.
-
-LES QUATRE COMPAGNES DE CES VIERGES.
-
-LES NEUF COMPAGNONS DES JUMEAUX.
-
-THEODOTE.
-
-LE PREFET.
-
-SON FILS VITAL.
-
-L'AFFRANCHI GUDDENE.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
-L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.
-
-LA FEMME MUETTE.
-
-LA FEMME AVEUGLE.
-
-LE GREFFIER.
-
-LES APPARITEURS, LES HERAUTS, LES BOURREAUX.
-
-LES SACRIFICATEURS, LES VICTIMAIRES LES JOUEURS DE FLUTE.
-
-LES GENTILS, LES CHRETIENS, LES JUIFS,
-
-LES ESCLAVES.
-
-
-LES SEPT SERAPHINS.
-
-
-
-
-On aperçoit un portique intérieur, peint d'étranges peintures par des
-Gentils, avec le carmin, l'outremer et l'or, entre les bêtes de
-l'entablement bas et les feuillages des chapiteaux lourds, qui se mirent
-dans les dalles polies. Par les sept arcades du fond ouvertes sur des
-jardins bleus, on aperçoit de grandes gerbes de lys, dont les tiges
-semblent serrées en faisceau autour de la plus haute comme autour de la
-hache les verges des licteurs. Un autel de marbre, consacré aux Idoles,
-se dresse dans l'enceinte, avec ses têtes de boucs et ses guirlandes de
-fruits sculptées, avec ses rainures rougies par l'écoulement du sang et
-du vin, avec les orges, les aromates, les huiles apprêtés pour
-l'offrande.
-
-Au centre, en forme de parallélogramme, une couche épaisse de charbons
-et de tisons couvre les dalles, semblable à ces rangées de raisins ou de
-figues qu'on fait cuire au soleil sur des nattes de roseau. Des
-appariteurs, tout autour, avec des soufflets et des barres, rallument et
-remuent de temps en temps la braise qui pâlit.
-
-Les deux frères jumeaux, Marc et Marcellien, sont liés avec des cordes
-aux deux colonnes de la même arcade, l'un en face de l'autre. Le Préfet
-est assis dans son siège, sur une sorte d'estrade carrée; et près de lui
-se tient le greffier, avec ses tablettes enduites de cire. Devant lui
-sont les engins de torture, les ongles de fer, le chevalet, le carcan,
-les ceps, et les bourreaux. Accablé par la graisse, il halette et sue,
-tandis que des esclaves accroupis bercent ses pieds énormes, déformés
-par la podagre. Parfois, d'un mouvement de colère soudaine secouant sa
-somnolence, il frappe avec sa verge d'ivoire leurs dos nus.
-
-Sébastien, revêtu d'une armure légère, appuyé sur son grand arc, regarde
-en silence les jeunes martyrs. Les archers d'Emèse se tiennent derrière
-lui, avec des pennes d'aigle à leurs casques lisses et de longs carquois
-couverts de peau de panthère contre leurs reins cambrés.
-
-Une tourbe de plus en plus nombreuse et houleuse envahit le lieu de
-l'audience. Le chant des jumeaux domine le sourd grondement.
-
-Attachés aux colonnes, face à face, pâles et enivrés, ils renversent la
-tête pour chanter vers le ciel.
-
-
-CANTICVM GEMINORVM.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
- Frère, et que sera-t-il le monde
- allégé de tout notre amour?
- Dans mon âme ton cœur est lourd
- comme la pierre dans la fronde.
-
- 5 Je le pèse; au delà de l'Ombre
- je le jette vers le Grand Jour.
- Frère, que sera-t-il le monde
- allégé de tout notre amour?
-
- J'étais plus doux que la colombe,
- 10 tu es plus fauve que l'autour.
- Toujours, jamais! Jamais, toujours!
- Fer ne t'effraie, feu ne me dompte.
- Beau Christ, que serait-il le monde
- allégé de tout votre amour?
-
-LES GENTILS.
-
- 15 --Andronique, ils chantent leur hymne!
- --Ils louent leur roi supplicié!
- --Ils raillent ta faiblesse!
- --Étouffe
- le chant dans leur gorge!
- --Ils se jouent
- de toi, somnolent.
- --Ils méprisent
- 20 l'édit du très saint Empereur,
- et leurs dents ne sont pas brisées!
- -- Ils louent la charogne au gibet!
- -- Mais, s'ils chantent, ils reconnaissent
- Apollon.
- --Qu'ils sacrifient donc
- 25 au Délien.
- --Éveille-toi,
- Jule Andronique, éveille-toi!
- --Il dort dans sa chaire d'ivoire
- laissant dorloter sa podagre
- par ses esclaves délicats.
- 30 --Sébastien, Sébastien,
- ami d'Auguste, sois témoin!
- --C'est lui qui faiblit. Ils persistent.
- --Il n'a pas encore versé
- une goutte de leur sang vil,
- 35 ni même roussi leurs aisselles!
- --Il aime les lys et les truffes.
- --Mais tous ces lys nous empoisonnent.
- On suffoque.
- --Il mâche sa langue.
- --Non, il n'en a pas.
- --Il n'est pas
- 40 loquace, vraiment: aujourd'hui
- il n'a pas mangé des cigales
- pour se donner de l'appétit.
- --Ni des têtes de perroquets
- non plus.
- --Il n'est pas foudroyant:
- 45 il garde les pierres de foudre
- pour en saupoudrer les lentilles,
- à la mode d'Elagabale.
- --Par les Dioscures, tu aimes
- ces gémeaux qui n'ont pas d'étoile,
- 50 Jule Andronique.
- --Tu les aimes,
- tu les aimes.
- --Tu les ménages.
- --Il ne suffit pas qu'on en fasse
- des colonnes caryatides
- pour les regarder.
- --Maintenant,
- 55 qu'ils passent par tous les supplices
- --On n'a pas suivi l'ordre juste.
- --Au chevalet, d'abord; et puis
- aux fléaux garnis d'osselets;
- et puis au carcan et aux ceps,
- 60 et jusqu'au quatrième trou...
- --Sébastien, Sébastien,
- ami d'Auguste, sois témoin!
- --Qu'ils sacrifient ou bien qu'ils meurent.
- Il est temps.
- --Ces entrepreneurs
- 65 de jeux les réclament, après
- la sentence, pour les combats.
- --Qu'on le note sur les tablettes.
- --Tu n'as plus ton style, greffier?
- --Greffier, toi aussi, tu sommeilles.
- 70 --Persée! Persée!
- --Est-il chrétien?
- --Il songe à ses ancêtres rois,
- au triomphe de Paul-Emile.
- --Qu'est-ce qu'on attend? des prodiges?
- Qui va venir?
- --Qu'ils sacrifient
- 75 ou qu'ils périssent!
- --On sanglote.
- --C'est Cordule l'aveugle, c'est
- la femme d'Attale, qui pleure.
- --Elle beugle, Alcé la muette,
- Alcé, la femme de Venuste
- 80 le dépensier.
- --Elles sont folles.
- --Je vous dis que tous ces esclaves
- cachent des rouleaux dans les plis
- de leurs saies.
- --Quelqu'un va venir?
- Le soir approche, le soir tombe.
- 85 --Ne devaient-ils donc pas marcher,
- pieds nus, sur la braise? Il est temps.
- --On temporise. On contrevient
- à l'édit impérial.
- --Honte!
- --Le très saint Empereur t'ordonne
- 90 d'être sans merci, Andronique.
- --Il est temps.
- --Les charbons s'éteignent.
- --Soufflez! Soufflez!
-
-LES HERAUTS
-
- --Silence!
- --Silence!
- --Silence!
-
-LE PREFET.
-
- Je vais sévir. Appariteurs,
- 95 resserrez leurs liens! Je veux
- que l'un après l'autre on les hausse,
- qu'on les suspende aux deux colonnes,
- que leurs pieds joints n'aient plus d'appui.
-
-UNE VOIX.
-
- Leurs pieds sont joints comme les pieds
- 100 des Anges.
-
-LES GENTILS.
-
- --Quelle est cette voix?
- --Qui a parlé?
- --Qui a crié?
- --Il y a des chrétiens ici.
- --Qu'on cherche!
-
-LES HERAUTS.
-
- Silence!
-
-LE PREFET.
-
- Bourreaux,
- apprêtez les ongles de fer
- 105 pour leur labourer la poitrine;
- apportez des ciseaux, coupez
- leurs chevelures, puis rasez
- la peau de leurs crânes, posez
- sur elle des charbons ardents...
- 110 Non. Attendez. Ils sont tout pâles.
- Et j'ai pitié de leur jeunesse.
- Je veux dissiper leur démence.
- Ils vont fléchir.
-
-LES GENTILS.
-
- --Il a pitié! Il a pitié!
- 115 --Et jusqu'à quand, ô Andronique,
- auras-tu pitié? jusqu'à quand?
- --Es-tu Galiléen?
- --Demande
- donc au Guérisseur qu'il guérisse
- ta podagre noueuse!
- --Vite,
- 120 vite! Interroge!
- --Le soir vient.
- --Il retarde pour interrompre
- le jugement.
- --Qu'on le dénonce
- à César!
- --Qu'on l'accuse auprès
- du Maître!
- --Et il mâche sa langue!
- 125 --Sébastien, Sébastien,
- ami d'Auguste, sois témoin!
- --On veut éluder.
- --Qu'ils fléchissent
- donc, ou qu'ils brûlent!
- --Un seul mot:
- Sacrifie!
-
-LES HERAUTS.
-
- --Silence!
- --Silence!
-
-LE PREFET.
-
- 130 Jeune homme, celui de vous deux
- qui est moins forcené, jeune homme,
- veux-tu obéir aux préceptes
- divins? Es-tu prêt à offrir
- une victime et à manger
- 135 la viande immolée, à boire
- le vin des libations, comme
- l'ordonne le Maître immortel?
- Réponds au juge.
-
-MARC.
-
- Non, juge. Par le Dieu vivant,
- 140 non, je ne veux pas obéir.
- Je n'offrirai pas de victime,
- ni ne mangerai de viande,
- ni ne boirai de vin maudit.
- Mais je prie de toute mon âme,
- 145 afin que par toute ma chair
- lacérée, mutilée, broyée,
- dissoute dans la gueule rouge
- et de la bête et de la flamme,
- je devienne un seul sacrifice
- 150 au Dieu vivant.
-
-LE PRÉFET.
-
- Tu délires. Mais réponds-tu
- en ton nom? au nom de ton frère?
- Vous êtes deux.
-
-MARC.
-
- Nous sommes un. Tu vois. Nous sommes
- 155 un visage, un regard, un chant,
- un amour. Nous sommes un cœur
- trempé sept fois.
-
-LE PREFET.
-
- Sacrifie. Pense à ta jeunesse,
- à tes longs jours.
-
-MARC.
-
- 160 Je pense à mon éternité.
- Car je suis en face du ciel
- comme devant la mer vernale
- au lever des Pléiades belles.
- Et le gouvernail d'espérance
- 165 est dans mon poing.
-
-LE PRÉFET.
-
- C'est ta fièvre chaude qui chante.
- Sacrifie, sacrifie, jeune homme,
- si tu veux vivre.
-
-MARC.
-
- Je ne veux que mourir en Dieu.
- 170 Je cherche Celui qui pour nous
- est mort et je cherche Celui
- qui pour nous est ressuscité.
- Je hais ta viande et ton vin.
- Je mangerai le pain de Dieu
- 175 qui est la chair de Jésus roi
- né de la race de David.
- J'aurai pour breuvage son sang,
- qui est l'amour incorruptible.
- Je n'ai que cette faim, je n'ai
- 180 que cette soif.
-
-LE PREFET.
-
- Eh bien, je te ferai mourir.
- Mais n'espère pas que je t'aime
- assez pour t'enlever la vie
- d'un seul coup, fils de Théodote.
- 185 N'attends pas la mort par le glaive,
- la bonne mort.
-
-MARC.
-
- La pire sera la meilleure,
- pour plaire à Dieu.
-
-LE PREFET.
-
- Fol, tu t'imagines sans doute
- 190 que des femmelettes viendront,
- la nuit, chercher ton corps exsangue,
- l'embaumer dans les baumes rares,
- l'envelopper dans les lins purs
- et le célébrer dans les hymnes.
- 195 Je te détruirai par la flamme
- ou par la bête.
-
-MARC.
-
- Si je suis le froment de Dieu,
- ô vieillard, il faut que je sois
- moulu par la dent de la bête
- 200 pour devenir pain éternel.
- Et si je suis le témoignage
- de la Parole neuve, il faut
- que la pureté de la flamme
- me réduise en cendre innombrable
- 205 pour être épars à tous les vents
- qui portent les bonnes semences
- aux droits sillons.
-
-Ici le jeune fils du préfet, Vital, s'approche de la colonne.
-
-VITAL.
-
- O mon égal, écoute-moi.
- Tu es imberbe, tes cheveux
- 210 sont bouclés, tes muscles sont fiers,
- A la lutte, dans la palestre,
- tu m'as vaincu.
-
-MARC.
-
- Tu es le fils de l'égorgeur.
- T'ai-je renversé dans l'arène?
- 215 Mais je suis l'athlète du Christ.
- C'est maintenant que je combats
- le bon combat.
-
-VITAL.
-
- Écoute. Il est doux d'être né.
- Il est doux de voir la lumière,
- 220 d'attendre les soleils nouveaux.
- On va te crever les deux yeux,
- tes yeux si grands.
-
-MARC.
-
- Mon âme en a mille, semblable
- à l'aile ocellée du Cherub,
- 225 pour regarder sans battements
- la forge de tous les soleils.
- Tu es aveugle.
-
-VITAL.
-
- Tu chantais d'une voix sonore.
- On va te broyer les mâchoires,
- 230 faire de ta bouche une vaste
- plaie taciturne.
-
-MARC.
-
- Ma voix chantera toute nue,
- aux sommets les plus bleus du ciel,
- avant l'aurore, avant le cri
- 235 de l'alouette.
-
-VITAL.
-
- Regarde ton frère. Il est pâle.
- Il craint la souffrance et la mort.
- Il va pleurer.
-
-MARC.
-
- Il est pâle comme l'attente.
- 240 Il ne craint que le vain délai.
- Il va sourire.
-
-VITAL.
-
- Vous n'avez donc pas de sœur douce
- qui tisse avec des fils de pourpre
- vos vêtements?
-
-MARC.
-
- 245 Non, nous n'avons pas de sœur douce
- qui tisse avec des fils de pourpre
- nos vêtements.
-
-VITAL.
-
- Vous n'avez pas de père triste
- qui chancelle sous les douleurs
- 250 et les années?
-
-MARC.
-
- Nous n'avons pas de père. Seuls
- nous sommes, seuls, tout seuls avec
- un seul amour.
-
-VITAL.
-
- Et celle qui, pour chaque goutte
- 255 de lait qu'elle vous donna, verse
- trois larmes lourdes?
-
-MARC.
-
- Nous n'avons pas de mère. Seuls
- nous sommes, seuls, tout seuls avec
- un seul amour.
-
-VITAL.
-
- 260 Et qui sont donc ceux qui, la tête
- voilée, pleuraient pour vous, hier,
- ô mes égaux?
-
-MARC.
-
- Nous ne les connaissons point. Mais
- s'ils ont pleuré, s'ils pleurent, Dieu
- 265 s'en souviendra.
-
-Ici on voit couler le sang de la main gauche de Sébastien qui, appuyé
-sur son arc, dans une sorte de ravissement, regarde le jeune martyr.
-
-L'AFFRANCHI GUDDENE.
-
- Seigneur, seigneur, tu perds du sang!
- Entends-moi. De ta main ton sang
- dégoutte le long de ton arc,
- et tu n'en as cure. Entends-moi,
- 270 maître! Tu saignes.
-
-UNE VOIX.
-
- Archer, je vois une lueur
- autour de ton casque. Déjà
- tu t'illumines!
-
-GUDDENE.
-
- La corne de la coche perce
- 275 la paume de ta main. Si fort
- tu t'appuyais, seigneur! Comment
- ne sentais-tu pas la blessure?
- Quel est ton songe?
-
-LA VOIX.
-
- Que Dieu perpétue ton céleste
- 280 ravissement!
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Seigneur, tu t'es blessé! Tu souffres?
- --Ton arc t'a percé, ton arc même!
- --Femmes, femmes, donnez des lins
- pour étancher le sang qui coule.
- 285 --La fleur de ta veine est plus belle
- que l'anémone d'Adonis.
- --Donnez le dictame idéen!
- --Sur le fût de ton arc les gouttes
- brillent comme des escarboucles.
- 290 --Femmes, n'avez-vous pas de baume?
- --Il a dans le creux de sa main
- les anémones du Liban
- et les larmes de la déesse.
- --Femmes, donnez des lins! Parmi
- 295 vous, n'y a-t-il pas une esclave
- de Syrie? pas une Crétoise?
- --Qui t'apportera le dictame?
- --Tu es plus fort que la douleur.
- --Nous t'aimons, Seigneur, nous t'aimons.
- 300 --Chef à la belle chevelure,
- tes archers t'aiment.
- --Tes archers
- t'aiment.
- --Tu es beau.
- --Tu es beau
- comme Adonis.
-
-LE SAINT.
-
- Archers, laissez couler mon sang.
- 305 Il faut qu'il coule. Pas de lin,
- femmes, pas de baume. Laissez
- couler mon sang.
-
-Ici une femme, la tête voilée par le pan de son manteau, s'approche.
-D'un geste rapide, elle trempe un morceau de lin dans le sang de
-Sébastien; et elle s'efface, en silence.
-
-LES GENTILS.
-
- --On ne respire plus, ici!
- --On étouffe! On étouffe!
- --Où sont
- 310 les magiciens qui opèrent
- ces prestiges?
- --On renouvelle
- les sortilèges du Sorcier
- aux Trois Clous.
- --Andronique, ordonne
- que tous, ici, l'un après l'autre,
- 315 passent devant l'autel et jettent
- l'encens au feu des sacrifices.
- --Il y a des chrétiens partout,
- ici. Tu pourras les compter.
- --On étouffe! On étouffe comme
- 320 dans l'étuve.
- --Greffier, la cire
- de tes tablettes fond, et tout
- s'efface.
- --Et cette odeur de lys!
- Et cette odeur de lys!
- --Brisez
- donc les tiges! Fauchez les gerbes!
- 325 --Sébastien, Sébastien,
- ami d'Auguste, tu es seul
- à verser du sang.
- --La sueur
- coule, la cire fond; et tout
- s'efface.
- --On suffoque, on halette
- 330 dans une vapeur fauve.
- --Crie
- plus fort!
- --La folie du Solstice
- va éclater comme un orage.
- --Archers, archers, bandez vos arcs
- et faites un carnage.
- --L'œil
- 335 des esclaves est chaud de meurtre.
- --Et cette odeur de lys!
- --Fauchez
- les gerbes!
-
-Ici on entend venir, du fond des portiques, les appels de la mère
-infortunée.
-
- --La mère! La mère!
- --C'est elle!
- --Elle vient.
- --Elle accourt.
- --Écartez-vous!
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- 340 Mes fils! Mes fils! Mes fils chéris!
-
-Elle s'élance. Elle s'abat contre les colonnes. Anxieuse, elle palpe les
-corps des captifs pour reconnaître qu'ils sont encore sains.
-
- Enfants, enfants de mes entrailles,
- vous êtes sains, vous êtes saufs
- encore! Il n'y a pas de sang
- sur vous. J'entends le battement
- 345 de vos cœurs. On n'a pas encore
- meurtri vos chairs, brisé vos os.
- Que je vous touche, que je sente
- la vie de ma vie! Mais je n'ai
- que deux mains faibles; et vous êtes
- 350 l'un de l'autre distants. Je n'ai
- que deux pauvres bras, qui ne peuvent
- pas vous ravoir dans une même
- étreinte, ô vous qui avez bu
- au même sein. Et mon amour
- 355 se déchire entre vos deux peines,
- ô mes gémeaux!
-
-MARC.
-
- Ne me touche pas ainsi, femme.
- Ne parle pas. Ne pleure pas.
- Détourne tes yeux. Laisse-moi
- 360 immoler, pendant que l'autel
- est prêt. Laisse-moi recevoir
- la vraie vie. Ne viens pas corrompre
- ma volonté d'être à Dieu. Femme,
- détache tes mains de mon corps.
- 365 Je veux renaître.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- O cruel! Et c'est toi, c'est toi!
- On peut entendre ces paroles
- sans expirer. Qui comblera
- la mesure de la douleur?
- 370 et qui comblera la mesure
- des larmes? Oui, oui, mon enfant,
- mes mains ont senti que les cordes
- s'enfoncent dans ta chair. Je suis
- liée comme toi. J'ai partout
- 375 des sillons livides, des veines
- étranglées. Ta souffrance est mienne,
- en moi, comme si tu étais
- encore avec ton frère un nœud
- palpitant dans la profondeur
- 380 de mon espoir. Je suis ta mère,
- ta mère. Je te porte encore.
- Oui, je suis à nouveau chargée
- de vos poids. Je tressaille encore
- de vos sursauts.
-
-MARC.
-
- 385 Christ, je souffre pour ton nom!
- Mais tu l'as dit: «Si quelqu'un vient
- à moi et ne hait pas son père,
- sa mère, ses frères, ses sœurs,
- plus encore, sa propre vie,
- 390 il ne peut être mon disciple.»
- Seigneur Christ, je suis ton disciple.
- Je suis ton hostie. Je suis prêt.
- Exauce-moi!
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Il l'a dit! Ce Dieu, qui vous frappe
- 395 de démence, vous a donné
- ce commandement! Ah, je sais.
- Il a pris sur lui tous les crimes
- et toutes les infirmités
- du monde. Il est affreux. Il boit
- 400 le sang des enfants et des vierges.
- Il a saisi les sept enfants
- de Symphorose, les sept autres
- de Félicité, puis les sept
- vierges d'Ancyre...
-
-MARC.
-
- 405 Tais-toi! Tu blasphèmes. La mère
- criait: «Mes enfants, regardez
- en haut, combattez pour vos âmes.
- La mort est vie.»
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Ah, ce n'est pas vrai! On vous trompe,
- 410 on vous affole, on vous abreuve
- de je ne sais quel noir breuvage.
- Il y a des Thessaliennes
- qui mêlent des philtres atroces
- à l'écume de la cavale,
- 415 pour la fureur inguérissable.
- De quelles herbes souterraines,
- de quels fruits lugubres, de quelles
- racines arrachées au fond
- des paludes mornes où croissent
- 420 les pavots du sommeil sans yeux,
- et de quels poisons, et de quelles
- larmes, et de quelles sanies
- se broie le philtre qui vous donne
- cette ivresse de la douleur,
- 425 cette rage de la torture,
- cette frénésie de la mort?
- Qui vous a tendu le calice
- dans les ténèbres?
-
-MARCELLIEN.
-
- Mon frère, mon frère, je tremble.
- 430 Hélas! J'ai peur.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Je vous épiais dans ma chair,
- de toute ma force attentive,
- comme mon prodige incertain.
- Parfois les vieux Lares sourirent
- 435 de mon ombre, sous leurs guirlandes
- neuves, en songeant à la gousse
- qui cache le fruit géminé.
- Pour vous faire beaux, je mirais
- dans le temple et sous le portique
- 440 les images belles des dieux.
- Quand je sentis le double cœur
- battre dans mon âme, je vis
- les feux blancs des Gémeaux célestes
- éclairer mon âme et la nuit.
- 445 Ils brillaient au bout de mes songes
- comme sur les mâts des navires,
- quand pour vos bouches trop avides,
- enfants, le sommeil regonflait
- mes seins taris.
-
-MARCELLIEN.
-
- 450 Mon frère, mon frère, je tremble.
- Mon cœur se fond.
-
-MARC.
-
- Christ, je te loue. Sauve-moi!
- Garde mon âme, Christ Seigneur,
- que je ne sois pas confondu!
- 455 Exauce-moi!
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- O Marcellien, tu es doux.
- Tu étais la sœur de tes sœurs.
- La déesse berceuse ornait
- ton berceau de fraîche aubépine,
- 460 pour éloigner les rêves sombres.
- Pour suspendre ta bulle d'or
- à la poitrine des vieux Lares,
- te souvient-il? tu dérobas
- la bandelette virginale
- 465 qui rattachait le lin docile
- à la quenouille de Chrysille.
- Nous vîmes derrière la porte
- rire les marmousets espiègles
- dans leurs niches bleues. Tout à coup
- 470 tu rougissais comme l'ourlet
- de ta toge prétexte. Pense:
- tu viens à peine de quitter
- ta dépouille candide! Ils flairent,
- tes chiens tachetés, ils te cherchent
- 475 dans les coins de ta chambre peinte,
- et gémissent. Ils m'interrogent
- de leurs prunelles pâles comme
- la fumée. Dans la maison triste,
- on n'a plus tourné les clepsydres.
- 480 La poussière tombe. O enfant,
- tu reviendras.
-
-MARCELLIEN.
-
- Mère, mère douce, aie pitié!
- C'est Dieu que je perds, si je perds
- ce combat. Je veux être à Dieu.
- 485 Je veux mourir.
-
-Ici paraît Théodote, porté par ses serfs, la toge ramenée sur son
-visage, sans mot dire.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Honte sur nous! Honte sur nous!
- Regarde ce vieillard infirme
- qui se traîne aux bras des esclaves,
- la tête voilée. C'est toi, toi
- 490 qui le courbes, toi qui l'écrases.
- Regarde-le: car jamais plus
- il n'osera lever son front
- pour regarder homme vivant.
- Tu l'as ployé vers le sépulcre.
- 495 Et il aura ses funérailles,
- son linceul, ses baumes, sa tombe;
- il aura son repos, là où
- même le jeu des vents est mort
- autour des morts sans nom ni nombre.
- 500 Mais vous, mais vous, sans sépulture,
- larves noires et tourmentées,
- vous errerez sur le rivage
- du fleuve noir, dans l'éternelle
- nuit, à jamais...
-
-MARCELLIEN.
-
- 505 Frère, je crains. Mon âme fuit.
- Tu es muet. Dieu m'abandonne.
- Et la terreur la plus lointaine
- revient à moi. Je ne vois plus
- ta face, ô Christ!
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- 510 Mes fils, mes fils, voilà vos sœurs,
- vos cinq sœurs chéries, les cinq doigts
- de la main qui porte la rose;
- et les compagnes de leurs jeux;
- et vos égaux; et les offrandes
- 515 pour les dieux saints: le vin, le lait,
- l'huile, le miel, les fruits, les orges,
- les aromates, les guirlandes;
- et le bélier tout blanc, sans tache;
- et la chèvre blanche, sans tache;
- 520 et aussi des fioles pleines,
- des fioles comme des doigts,
- pleines du sel divin des larmes,
- tièdes de larmes.
-
-Les cinq sœurs paraissent suivies de quelques compagnes, en un chœur de
-neuf voix. Elles sont si jeunes que la dernière est presque une enfant.
-Légères et vives comme des oiseaux, pleines de grâces suppliantes et
-d'étonnements ingénus, elles apportent dans leurs mains et dans leurs
-yeux toutes les images de la vie belle.
-
-Un autre chœur de neuf jeunes hommes survient, traînant des hosties
-vivantes: un bouc aux cornes dorées, une chèvre ceinte d'une branche de
-peuplier.
-
-Les deux chœurs novénaires s'approchent en chantant, et entourent les
-deux colonnes où les pieds des captifs sont joints comme les pieds des
-Anges.
-
-CHORVS VIRGINVM.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
-LA PREMIERE.
-
- Par les bandelettes
- 525 qui serrent nos seins,
- par l'or qui nous ceint,
- les lins qui nous vêtent,
-
- gémeaux, gémeaux, faites
- l'offrande aux dieux saints,
- 530 par les bandelettes
- qui serrent nos seins!
-
- Voici l'huile prête,
- le lait et le vin;
- et le jonc marin
- 535 pour ceindre vos têtes
- et les bandelettes.
-
-LA SECONDE.
-
- A toi, Proserpine,
- le fuseau bien tors,
- la lampe à rebord
- 540 qui trois fois crépite,
-
- le fil qu'on dévide
- en songeant aux sorts,
- la poupée de cire
- que je berce encor,
-
- 545 la claire clepsydre,
- la navette d'or,
- tout ce que j'ai! Fors
- mon heur, mon délice:
- ma perdrix novice.
-
-LA TROISIEME.
-
- 550 Fors ma sauterelle
- qui vit, sans regret
- des amples guérets,
- dans sa claie si grêle,
-
- tout ce que j'ai, belle
- 555 Reine qui soumets
- nos âmes si frêles,
- je te le promets:
-
- le miroir, les peignes
- d'or, les osselets
- 560 d'argent, le filet,
- le bandeau, l'ombrelle.
- Fors ma sauterelle,
-
-LA QUATRIEME.
-
- Par les têtes noires
- des grands pavots roses
- 565 que le Fleuve arrose
- d'une eau sans mémoire,
-
- ne laisse pas boire
- ces lèvres écloses
- d'enfants doux qu'égare
- 570 la douleur sans cause,
-
- ô Fleur du Tartare,
- Vierge qui exauces
- les vierges moroses,
- par les têtes noires
- 575 des grands pavots roses!
-
-LA CINQUIEME.
-
- Et par la grenade
- et par les neuf grains
- tombés de l'écrin
- sur le noir rivage,
-
- 580 détourne ces âmes
- du Portail d'airain,
- et par la grenade
- et par les neuf grains,
-
- Épouse trop pâle
- 585 du Roi souterrain,
- ô toi qui étreins
- dans ta main trop pâle
- la sombre grenade!
-
-LA SIXIEME.
-
- Voici pour l'offerte
- 590 la grâce du mois:
- l'amande et la noix
- à l'écale verte,
-
- la figue entr'ouverte
- et le cône étroit.
- 595 Voici pour l'offerte
- la grâce du mois.
-
- J'ai, dès l'aube, experte
- du suc et du poids,
- cueilli de mes doigts
- 600 frais, en nymphe alerte,
- neuf fruits pour l'offerte.
-
-LA SEPTIEME.
-
- Voici des gâteaux
- au miel de l'Hymette,
- sur une tablette
- 605 en bois de bouleau.
-
- J'ai fait le gruau
- d'une main bien nette.
- Voici les gâteaux
- au miel de l'Hymette.
-
- 610 J'ai pour le fourneau
- quitté la navette.
- Et sur ma tablette
- bien lisse, tout chauds,
- voici mes gâteaux.
-
-LA HUITIEME.
-
- 615 Et voici la coupe
- que vous verserez,
- de vin soutiré
- sans remuer l'outre;
-
- le ligustre souple
- 620 et l'anet des prés
- pour ceindre la coupe
- que vous verserez;
-
- la résine rousse
- et le miel doré,
- 625 pour vous desserrer
- la bouche qui boude
- au bord de la coupe.
-
-LA NEUVIEME.
-
- La flûte d'agate,
- dont le son reluit,
- 630 je l'ai dans l'étui
- bien clos qui la cache.
-
- J'ai celle des Panes,
- aux tuyaux enduits
- de cire tenace
- 635 que mon air bleuit;
-
- et celle d'enfance,
- à deux trous, en buis,
- dont je joue la nuit,
- couchée dans la paille,
- 640 pour tromper la caille.
-
-CHORVS JUVENVM.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
-LE PREMIER.
-
- Des flûtes, des flûtes
- pour danser en rond!
- Et nous traînerons
- par la corde rude
-
- 645 le bélier hirsute
- qui cosse du front.
- Des flûtes, des flûtes
- pour danser en rond!
-
- Entre orteil et nuque
- 650 l'âme est un arc prompt.
- Et nous traînerons,
- la chèvre camuse.
- Des flûtes, des flûtes!
-
-LE SECOND.
-
- O dieux! Qu'on égorge
- 655 le taureau puissant
- et le bouc qui sent,
- hosties à l'œil torve!
-
- Que l'autel déborde
- de vin et de sang!
- 660 Qu'il soit une forge
- de feu rugissant!
-
- Qu'il crépite d'orges,
- qu'il fume d'encens!
- Que les dieux présents
- 665 reçoivent la force
- jaillie de cent gorges!
-
-LE TROISIEME.
-
- Par la pendaison
- de cet esclave ivre,
- qu'il est doux de vivre
- 670 près de l'échanson!
-
- O roue d'Ixion,
- ô roc de Sisyphe,
- grandeur du lion,
- beauté du supplice!
-
- 675 Par la pendaison
- de cet esclave ivre,
- qu'il est doux de vivre
- au vent des chansons!
- Salut, Ixion.
-
-LE QUATRIEME.
-
- 680 Que la vie est belle!
- Que les dieux sont beaux!
- Voici le Feu, l'Eau,
- l'Air, l'Ame, la Terre.
-
- Il y a l'arc, l'aile,
- 685 les jeux les travaux.
- Que la vie est belle!
- Que les dieux sont beaux!
-
- O douleur nouvelle
- éteins les flambeaux,
- 690 ouvre les tombeaux,
- ceins-toi d'asphodèle.
- Que la vie est belle!
-
-LE CINQUIEME.
-
- Venez au gymnase,
- gémeaux, voir sourire
- 695 le dieu palestrite
- coiffé du pétase.
-
- On lutte. On se rase,
- avec la strigile
- courbe, la peau grasse
- 700 de sueur et d'huile.
-
- On verse, du vase
- délicat d'argile
- qui pend, vin d'Égine
- bien frais dans la tasse.
- 705 Et on se délasse.
-
-LE SIXIEME.
-
- Vous êtes gémeaux.
- Tels les Tyndarides
- aux belles cnémides
- dompteurs de chevaux.
-
- 710 Ah, prendre aux naseaux
- l'étalon numide
- tout blanc, dont la peau
- est un feu humide;
-
- ceindre du fronteau,
- 715 tenir par la bride
- cette flamme lisse
- à quatre sabots;
- bondir au garrot!
-
-LE SEPTIEME.
-
- Il y a la gloire.
- 720 On dompte les hommes.
- On hume l'arome
- du laurier qu'on froisse.
-
- Et des reines noires
- suivent le Triomphe
- 725 On les apprivoise
- comme des lionnes.
-
- L'or de la Victoire
- creuse ta main moite.
- Une immense angoisse
- 730 gonfle ta gorgone.
- Io! C'est la gloire.
-
-LE HUITIEME.
-
- Il y a l'ivresse,
- de profonds celliers.
- On peut tout lier,
- 735 plier par un geste.
-
- Il y a l'ivresse,
- la fleur du pommier,
- des amours qu'on tresse
- en dansant nu-pieds;
-
- 740 la fleur de la fève,
- le col du ramier;
- l'Ourse, le Bouvier,
- Orion; les rêves;
- le tranchant du glaive.
-
-LE NEUVIEME.
-
- 745 Tu vois luire l'aube
- comme ta lueur.
- Rosée, fraîche sœur
- de la larme chaude!
-
- Des marchands de Rhodes
- 750 t'apportent, par cœur,
- de nouvelles odes
- comme du bonheur.
-
- Tu attends aux môles
- d'Ostie, le soir, leurs
- 755 nefs qui ont la Fleur
- sur la proue très haute.
- Tu flaires leurs baumes...
-
-Ici le courage des jeunes prisonniers commence à mollir. Marc lutte
-encore, fermant les paupières, serrant les lèvres, retenant son souffle,
-de peur qu'il ne lui échappe quelques paroles qui puissent le perdre.
-Mais Marcellien incline vers ses sœurs son visage tout humide de larmes;
-il les regarde, il les nomme par leurs noms si chers. Et elles cherchent
-à dénouer les nœuds rudes, se haussant sur la pointe des sandales,
-allègres et prestes.
-
-MARCELLIEN.
-
- Chrysille, Télésille, sœurs
- douces! Junie! Flavie! Mes sœurs,
- 760 que faites-vous? que faites-vous?
- Otez de mon front la guirlande!
- On ne peut pas nous délier,
- on ne peut pas, on ne peut pas.
- Ote la guirlande, Épione,
- 765 je te prie! Mes sœurs, mes sœurs douces,
- que faites-vous?
-
-LE PREFET.
-
- O jeunes hommes inculpés,
- Marc et Marcellien gémeaux
- de Théodote, voulez-vous
- 770 enfin obéir au clément
- Empereur? Réponds, Marc. Réponds,
- toi, Marcellien. Voulez-vous
- sacrifier aux dieux de Rome,
- aux douze dieux grands de l'Empire
- 775 et à l'effigie de César?
- Greffier, écris.
-
-Ici, tout à coup, Sébastien rompt son immobilité vigilante. Et le son
-inattendu de sa voix frappe de stupeur et de frayeur les hommes, comme
-l'éclat soudain du tonnerre.
-
-LE SAINT.
-
- Athlètes du Christ, répondez!
- Répondez la parole forte!
- Dardez la réponse de fer!
- 780 Je prends entre mes poings le rouge
- cœur nu de votre foi, mes frères,
- puisque vos poignets sont liés;
- et je le hausse vers le haut
- ciel où la couronne éternelle
- 785 est suspendue pour votre gloire.
- Je vous adjure, par le sang
- qui dégoutte de cette paume
- percée comme la paume sainte
- contre la barre de la Croix!
- 790 Dieu vous entend.
-
-Ici les jumeaux tournent vers le juge leurs fronts raffermis, et crient
-de leurs voix claires.
-
-MARC.
-
- Jamais. Je confesse le Christ.
-
-MARCELLIEN.
-
- Jamais. Je confesse le Christ.
-
-MARC.
-
- Jamais.
-
-MARCELLIEN.
-
- Jamais.
-
-Ici la tourbe païenne se soulève en tumulte.
-
-LES GENTILS.
-
- --La voûte s'écroule!
- --Les pierres
- 795 se fendent!
- --Tout est renversé.
- --Avez-vous entendu?
- --Tout est
- souillé, foulé.
- --Sébastien,
- Sébastien, quelle démence,
- quelle rage s'empare aussi
- 800 de toi?
- --Le chef des sagittaires,
- l'ami d'Auguste, est infidèle
- à son maître!
- --Regardez-le!
- Il est debout dans le délire.
- --Lui, l'ami d'Auguste, il exhorte
- 805 les coupables à mépriser
- l'édit!
- --Ils fléchissaient déjà,
- les jeunes gens.
- --Ils étaient prêts
- au sacrifice.
- --Il les enivre
- par la vue de son sang.
- --Il laisse
- 810 couler son sang pour simuler
- la crucifixion de l'Homme
- à tête d'âne.
- --Il a percé
- sa main gauche par artifice.
- Et il a invoqué la croix.
- 815 Avez-vous entendu?
- --J'entends,
- j'entends, moi, claquer les fouets
- des bestiaires. Aux lions!
- Aux lions!
- --Non, ce n'est pas vrai.
- Il est hors de lui-même. Il porte
- 820 un maléfice. N'avez-vous
- pas vu se rapprocher de lui
- soudain cette femme étrangère
- et tremper le lin dans la plaie?
- Il porte un maléfice occulte.
- 825 --Regardez-le! Regardez-le!
- --Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai.
- Toi, toi, bel Archer, toi, si beau!
- Toi, plus beau que l'adolescent
- de Bithynie, le Bien-aimé
- 830 d'Hadrien, le divinisé
- d'Égypte!
- --Il ressemble à Mercure
- souterrain qui hante la route
- inévitable.
- --Il a bondi
- du socle, frère des statues
- 835 divines.
- --Il a fait un songe.
- Il se réveille.
- --Secoue-toi!
- Tu es trop beau. Renie, renie
- ton sacrilège.
- --Viens! Allons,
- allons immoler des brebis
- 840 à Cérès qui porte les lois,
- au Soleil qui voit l'avenir.
- --Il faut boire, et frapper la terre
- d'un pied libre.
- --Va-t'en! Va-t'en!
- --On étouffe! On étouffe comme
- 845 dans l'étuve.
- --Et la puanteur
- des lys!
- --Et ce relent lugubre
- des offrandes non présentées!
- --Crie fort!
- --Les oreilles bourdonnent
- de murmures magiques.
- --Tous
- 850 ces esclaves puent, sentent pire
- que le bouc.
- --Et ne tracez pas
- des mots magiques sur les dalles.
- --Et ne parlez pas bas aux dieux
- infernaux.
- --O Chef, Chef cruel,
- 855 tu nous a trahis, tu nous as
- trahis pour cet Asiatique
- mort au gibet!
-
-Sébastien reste debout et inébranlable, sans répondre. La mère des
-confesseurs s'élance contre lui, désespérée.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- O maudit, maudit, tu m'arraches
- mes fils malheureux, mes enfants
- 860 égarés. Tu me les arraches
- quand ils allaient tendre leurs bras
- déliés vers toutes mes larmes
- souriantes, que je sentais
- refluer à mon sein aride
- 865 comme le lait de ma douleur!
- Qui es-tu? qui es-tu, si jeune
- et si terrible, mâle avec
- ce beau visage de Furie?
- Qui es-tu qui offres de rouges
- 870 cœurs à tes autels et promets
- des couronnes d'astres à ceux
- que tu traînes là-bas dans l'ombre
- où tout finit?
-
-Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur.
-
-LE SAINT.
-
- Je suis l'esclave de l'Amour.
- 875 Je suis le maître de la Mort,
- Femme, et je te connais. Je sais
- que je toucherai le cœur rouge
- au fond de ta poitrine aride
- qu'enfle le lait de la douleur.
- 880 Je te connais, femme. Tu es
- marquée du sceau mystérieux.
- Tu auras un jour ton martyre,
- ta couronne et ton allégresse.
- Il te regarde.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- 885 Qui me regarde? Tu m'effraies.
- Le frisson me traverse toute,
- comme une épée.
-
-LE SAINT.
-
- Il t'a choisie déjà. Tu trembles.
- Tu es élue.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- 890 Tu m'effraies Non, je ne veux pas!
- Que fais-tu de moi? que fais-tu
- de mon âme? mes fils, mes fils,
- vous me voyez, vous me voyez.
- Quelqu'un m'entraîne.
-
-LE SAINT.
-
- 895 C'est Lui, c'est Lui. Car du haut ciel
- Il fond et saisit, comme l'aigle
- foudroyant. Il saisit, soulève,
- emporte, dans les battements
- de sa grandeur.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- 900 Où est-il? où est-il? J'ai peur.
- J'ai peur de me retourner. Laisse,
- oh, laisse-moi reprendre haleine!
- Tu me vois: je suis pantelante.
- Mes fils, m'avez-vous appelée?
- 905 Dois-je venir? J'entends des cris,
- les cris de cet aigle, les cris
- du ravisseur. Il vous saisit,
- il vous soulève, il vous emporte,
- Faut-il venir? Faut-il mourir?
- 910 Me voici prête.
-
-Effarées, agitées, ses filles tendent vers elle leurs bras nus.
-
-LES CINQ VIERGES.
-
- O mère, mère!
-
-LE SAINT.
-
- Tu as proféré la parole!
- Femme, Il a parlé par tes lèvres
- Martyrs, avez-vous entendu?
- 915 Le ciel rayonne.
-
-LES CINQ VIERGES.
-
- --O mère, mère, qu'as-tu dit?
- --Tu nous déchires.
- --Tourne-toi!
- --Oh, regarde-nous! Tourne-toi
- vers tes filles épouvantées!
- 920 --Qui s'empare de toi? Quel mal
- te possède?
- --Regarde-nous!
- --Du dos de ta main tu essuies
- ta bouche qui s'emplit d'écume
- comme la bouche des sibylles.
- 925 --Ressaisis ton âme. Tu es
- la proie de l'Enchanteur.
- --Nous sommes
- toutes tremblantes.
- --O malheur!
- --O mère, mère!
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Qu'ai-je dit? qu'ai-je dit? Oh, non,
- 930 ne tremblez pas! Je vous regarde.
- Vous êtes toutes pâles, comme
- l'évanouissement des choses
- que nous tenions. Vous n'avez plus
- en vos mains les offrandes. Vous
- 935 me touchez avec vos mains vides.
- Vous n'avez plus ni fleurs ni fruits,
- ni les vases ni les corbeilles.
- Vous avez tout abandonné.
- Et les offrandes non offertes
- 940 gisent là, sur les dalles, comme
- des ordures. Mes dieux, mes dieux,
- où êtes-vous?
-
-CHRYSILLE.
-
- Mère, mère douce, rentrons,
- rentrons. Tu les retrouveras
- 945 près de la porte. Laisse-toi
- ramener. Ta litière est prête.
- Mère, tu souffres.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Et vous les abandonnerez
- là, eux aussi, comme les orges
- 950 et les huiles? Voyez, voyez
- les yeux de vos frères, voyez-
- les, grands ouverts, qui nous regardent!
- Est-ce que je leur avais fait
- des yeux si grands?
-
-Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur.
-
-LE SAINT.
-
- 955 Femme, tu ne rentreras pas
- dans ta maison.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Est-ce que je leur avais fait
- des yeux si grands?
-
-LE SAINT.
-
- Tu ne franchiras pas ce soir
- 960 ton seuil de pierre.
-
-LA MERE DOULOUREUSE,
-
- Ah, si grands que toute l'horreur
- en sort et tout le ciel y entre.
- Voyez, voyez!
-
-LE SAINT.
-
- Jamais plus tu ne reverras
- 965 les Lares derrière ta porte.
- Tu le savais.
-
-Ici les filles éclatent en pleurs.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- C'est vrai, c'est vrai. Je le savais.
- Je n'ai plus tourné la clepsydre.
- Je n'ai plus mesuré le temps
- 970 que par les gouttes très amères.
- J'ai pris dans l'âtre une poignée
- de cendre et je l'ai répandue
- sur mes cheveux. Salut, foyer!
- Et vous, filles infortunées,
- 975 qui étiez pareilles aux doigts
- de la main qui porte la rose,
- vous serez les cinq doigts béants
- de la main qui laisse l'empreinte
- ineffaçable sur le mur
- 980 fidèle, afin qu'on se souvienne
- du meurtre. Adieu.
-
-Ici les filles s'élancent pour la retenir et l'enlacent.
-
-LES CINQ VIERGES.
-
- --Non! Non!
- --Où vas-tu? où vas-tu?
- que feras-tu?
- --Entourez-la,
- entourez-la de vos bras, sœurs!
- 985 Elle est démente, elle est démente.
- --Pour t'enlever, il faut qu'on tranche
- nos poignets, qu'on coupe nos bras
- jusqu'aux aisselles.
- --O sœurs, sœurs,
- soyez fortes pour l'entraîner.
- 990 --O Bonne Déesse, redouble
- la force de notre amour.
- --Non,
- non, tu n'iras pas! Aie pitié!
- --Aie pitié! Comment pourrais-tu
- nous jeter ainsi à la honte
- 995 et au deuil infini?
- --Reviens,
- reviens avec nous au foyer!
- --Rien ne pourra nous séparer
- de toi, dans le nombre des jours.
- Je t'en fais serment!
- --Je t'en fais
- 1000 serment!
- --Et moi aussi!
- --Et moi
- aussi!
- --Toujours nous resterons
- nubiles, pour l'amour de toi,
- mère douce, auprès de ton âtre,
- auprès des Pénates voilées.
-
-Tenant d'une main leur mère égarée, elles ramènent de l'autre leurs
-voiles sur leurs têtes et prononcent à voix basse la parole de la
-consécration.
-
- 1005 --Je me dévoue.
- --Je me dévoue.
- --Je me dévoue.
- --Je me dévoue.
- --Je me dévoue.
-
-LE SAINT.
-
- Vierges, vierges, ne pleurez pas.
- Celui qui garde le foyer
- 1010 inextinguible a recueilli
- ces vœux. Vous aurez vos couronnes,
- en mangeant le doux fruit de vie
- d'entre les lèvres de la mort.
- Il n'y a pas d'autre douceur.
- 1015 Je vous le dis.
-
-La mère se tourne vers lui, dans l'horreur d'une vaine révolte.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- O Archer, Archer sans merci,
- et tu les prends, et tu les prends!
- Je sais. Je traîne à mes épaules
- une grappe lourde de vies
- 1020 condamnées. Elles crient déjà
- comme des victimes qu'étouffent
- mes voiles. Je suis Niobé,
- je suis du sang noir de Tantale,
- avec toute ma géniture.
- 1025 Archer, sous tes traits invisibles,
- Repais-toi de mes infortunes
- et rassasie-toi de mes deuils.
- O fécondité lamentable!
- La mort, la mort, de toute part
- 1030 la mort. L'amour de toute part
- l'affronte. C'est moi qui vous traîne,
- filles, c'est moi.
-
-LE SAINT.
-
- Il ne tue pas. Il vivifie.
- Qu'il te souvienne de la veuve
- 1035 de Tibur qui, par fer et feu,
- criait: «Mes enfants, regardez
- en haut, combattez pour vos âmes.
- La mort est vie.»
-
-LES CINQ VIERGES.
-
- --Non, nous ne voulons pas mourir!
- 1040 --Laisse-nous vivre, laisse-nous
- respirer encore!
- --Aie pitié
- de notre jeunesse.
- --Tu vois
- tu me vois, comme je suis jeune,
- ô mère. Je suis ta plus jeune.
- 1045 Je ne veux pas mourir. J'ai peur,
- j'ai peur.
- --Aie pitié! Laisse-nous
- à la lumière!
- --Il est si doux
- de voir la lumière, de voir
- le soleil; et nos dieux sont bons,
- 1050 nos dieux sont beaux!
-
-LA MERE DOULOUREUSE,
-
- Je ne peux plus les invoquer,
- je ne sais plus les implorer.
- Tout croule. Tout s'évanouit.
- Et mon cœur défaille, mon âme
- 1055 est éperdue.
-
-Ici d'une voix grave et ferme son fils Marc l'exhorte, dressant sa tête
-sur l'affaissement de son corps qui n'a plus de soutien sous les pieds
-liés.
-
-MARC.
-
- Mère, nous sommes en silence.
- Notre amour est crucifié.
- Sois avec elles.
-
-LA MERE DOULOUREUSE.
-
- Je viens, je viens. Je suis à vous.
-
-Par une volonté plus qu'humaine, elle s'arrache à l'étreinte de ses
-filles, qui poussent un cri unanime. Elle marche seule vers les deux
-colonnes vivantes.
-
- 1060 Je suis à vous. Me voici prête,
- mes fils. J'entends le battement
- de vos cœurs. On a retiré
- les soutiens de dessous vos pieds
- joints. Et j'entends le craquement
- 1065 de vos coudes, de vos genoux,
- de vos épaules. Je vous porte.
- Je suis chargée de vos deux poids.
- Où faut-il monter? où faut-il
- descendre? Je saurai sourire.
- 1070 Je saurai chanter. Me voici.
- J'ai votre faim, j'ai votre soif
- J'enfoncerai profondément
- ma bouche dans la plénitude
- de la mort. Hommes!
-
-Ici elle se tourne vers les magistrats, les assesseurs, les bourreaux.
-
- 1075 Hommes, je confesse le Christ.
- Je suis chrétienne. Qu'on me lie,
- qu'on me frappe. Je sais souffrir.
- Je veux mourir.
-
-Ici les cinq vierges se couvrent entièrement la tête, en se serrant
-l'une contre l'autre, près de leur père toujours enveloppé dans sa toge
-et taciturne.
-
-LE SAINT.
-
- Gloire, ô Christ roi!
-
-La multitude accrue s'agite, vocifère, alterne les imprécations et les
-invocations, les louanges et les outrages, les menaces et les
-prophéties, diverse et discordante. L'air s'assombrit. Des
-sacrificateurs jettent sur l'autel des poignées d'aromates. On entend
-parfois, dans une pause, des femmes sangloter.
-
-GENTILS ET CHRETIENS, QUELQUES JUIFS, LES ARCHERS ET LES ESCLAVES,
-HOMMES ET FEMMES. TOUT LE TUMULTE.
-
- 1080 --Sébastien, ami d'Auguste,
- tu travailles pour le pressoir!
- --Tu travailles pour le charnier!
- --O Archer impudent, tout oint
- de maléfices!
- --Maintenant
- 1085 on va les entendre chanter
- des paroles magiques, comme
- Ptolémée, comme Astion,
- pour te résister et te vaincre,
- ô somnolent!
- --Il est malade,
- 1090 il est endormi dans la graisse,
- de la nuque jusqu'au talon.
- --Puisque tout est dit maintenant,
- qu'on les tourmente.
- --Niobé!
- Niobé!
- --Et suspendez-la,
- 1095 entre ses gémeaux, au sommet
- de l'arcade, par une seule
- main!
- --Voyez Andronique. Il mâche
- sa langue bovine.
- --Il savoure
- la sueur salée qui ruisselle
- 1100 dans les rides de ses fanons.
- --Allons! Qu'on le secoue! Esclaves,
- pincez-le fort aux jambes, vous
- qui lui dorlotez sa podagre.
- --N'avez-vous pas honte, pourceaux?
- 1105 --Debout, debout les serfs! Debout
- les serfs! Les temps sont révolus.
- --Mère des martyrs, sois louée!
- --Non sur la cire des tablettes,
- mais ton nom est écrit déjà
- 1110 au livre de vie.
- --O sort humble
- et magnifique!
- --Je me courbe
- et je baise la terre, en signe
- de ton ventre, mère admirable.
- --Ils sont fous, ils sont fous. Des sacs,
- 1115 des sacs d'ellébore!
- --On étouffe.
- Tous les foins coupés du Solstice
- sont mis ici à fermenter?
- --En avez-vous, du foin, aux cornes!
- --Si c'est le Solstice, prenez
- 1120 les faucilles et moissonnez.
- --Ne tracez pas de mots magiques
- sur les dalles.
- --Levez les dalles,
- si vous osez, levez les dalles.
- Les morts vont surgir du charnier
- 1125 de César.
- --Et que les Romains
- sachent qu'ils ne sont que des hommes,
- rien que des hommes.
- --Criez fort,
- car votre Sauveur entendra.
- Est-il ivre ou somnolent comme
- 1130 ce bon juge, que son courroux
- ne se déchaîne contre nous?
- --O insensés, il était dieu
- et il est mort comme un larron.
- --On l'a souffleté.
- --Il avait
- 1135 une tunique sans couture.
- Les soldats l'ont jouée aux dés.
- --Taisez-vous! Taisez-vous! Le seul
- genou de Jésus se dressant
- du saint sépulcre vaut tout l'orbe
- 1140 de l'Empire.
- --Il faut un carnage.
- --On ne comprend plus rien.
- --Nous sommes
- tous enveloppés dans les rets
- de la mort.
- --Va-t'en! Je te frappe.
- --Ils font des onctions magiques.
- 1145 Prenez garde.
- --Tous ces esclaves
- cachent des rouleaux dans les plis
- de leurs sayons.
- --Il faut attendre.
- Le bois du gibet va fleurir.
- --Tuez! Tuez! Tuez!
- --Il faut
- 1150 la lourde épée ibérienne
- qui fatigue le baudrier.
- --Ardez-les ou bien ils vous ardent.
- --Un Phrygien a mis le feu
- à trois temples.
- --Qui crée, sinon
- 1155 le feu?
- --C'est la douleur qui crée.
- --Ah, c'est trop attendre. Pourquoi,
- pourquoi n'abrèges-tu pas l'heure?
- --Dieu viendra du Midi. Le Saint
- descendra du Mont Pharan.
- --Juif
- 1160 du Transtévère, tu pourras
- nous fournir des vitres cassées.
- --O Archer, je veux te bénir!
- --Archer de la vie, je bénis
- ton œil, ta main, ton arc, tes traits.
- 1165 --O Chef, Chef, tu nous as trahis,
- tu nous a trahis.
- --Tu seras
- sculpté dans le basalte noir,
- comme Antinoüs.
- --O divin!
- --Ton parfum est mort, Adonis.
- 1170 --Divin meurtrier, toi qui tues
- et suscites!
- --Qu'on lui arrache
- l'arc et le carquois!
- --Puisqu'il est
- maintenant marqué à la paume
- comme un larron, qu'on tranche aussi
- 1175 ses pouces!
- --Archer, n'aurais-tu pas
- Apollon pour complice?
- --Il porte
- le premier stigmate.
- --Il a fait
- le serment militaire. Il porte
- un autre stigmate. Il est traître.
- 1180 --Nul jour ne sera plus ce jour.
- --Ce n'est qu'un rêve.
- --Je m'en vais.
- Ma force est à bout.
- --O Beauté,
- Beauté, vivre et mourir pour toi!
- --Mangeons les offrandes qu'on laisse
- 1185 par terre, ces figues sabines.
- --On ne respire que des rêves,
- les rêves qu'enfantent les fièvres.
- --Sus! Que les buccins recourbés
- soufflent la bataille!
- --O Archers,
- 1190 bandez vos arcs et rangez-vous!
- --Les Niobides!
- --Minotaure,
- Minotaure d'Asie, gorgé
- de vierges et d'adolescents!
- --Elles suivront. On l'a écrit:
- 1195 «Une multitude de vierges
- suivra ses pas.»
- --Elles sont douces
- comme ce lait caillé.
- --O vierges,
- vierges, que ne puis-je vous faire
- mourir d'amour!
- --Et des bourreaux
- 1200 dans les prisons ont violé
- des vierges mortes!
- --Vous mordrez
- la cendre.
- --Il faut que tout autel
- surnage au sang des adorants.
- --Où est le Paradis?
- --Ouvrez
- 1205 vos portes, ouvrez donc vos portes;
- et le Roi de gloire entrera.
- --Dieu viendra du Midi. Le Saint
- descendra du Mont Pharan.
- --Juif
- de la porte Capène, viens
- 1210 nous vendre tes morceaux de verre.
- --Qu'on les écorche vifs avec
- des tessons de pots!
- --O dieux, dieux
- renversés, brisés, effacés
- en un jour!
- --Soufflez sur le feu!
- 1215 Attisez les charbons!
- --Va-t'en.
- Je nie.
- --Rome n'est que la truie
- qui se vautre.
- --Sur ce charnier
- fumant l'Empire pourrira.
- --Debout, les forts, les purs, les bons!
- 1220 --Hâtez le temps! Souvenez-vous!
- --Petit grec, petit grec, je suis
- ton maître.
- --O serf, ouvre ton âme
- pour voir, et tes poignets sont libres.
- --Les voies de l'immolation
- 1225 sont les plus sûres et le sang
- est inépuisable.
- --Oh l'horreur,
- l'horreur de l'immortalité!
- --Mangeons les offrandes. Mangeons
- ce raisin sec et ces olives
- 1230 en saumure.
- --Un fromage rond,
- un fond d'amphore, des gâteaux.
- --Regarde comme la denture
- de l'Éthiopien reluit!
- --Les sacrifices vous engraissent
- 1235 et le vin des libations
- vous fait trébucher.
- --Que le vin
- vous sorte des narines!
- --Jule,
- castrat de la Grande Déesse,
- qu'est-ce que tu fais sur l'estrade?
- 1240 N'as-tu pas même le fouet
- du Galle, garni d'osselets?
- --Il n'est malade que de crainte,
- il n'est ivre que de massique,
- stupéfié que par les truffes.
- 1245 --Appariteurs, soufflez, soufflez!
- --Attisez les charbons!
- --Qui donc
- le premier foulera la braise?
- --Voyez, voyez! Une des vierges
- voilée va rejoindre sa mère.
-
-Une des cinq vierges voilées se détache du groupe et marche lentement
-vers les colonnes vivantes.
-
- 1250 --Elle veut se perdre.
- --Épione,
- sois louée devant l'Éternel!
- --Mais ils connaissent des formules
- d'incantation qui préservent
- de la douleur.
- --Il faut les oindre
- 1255 de graisse vile, pour détruire
- leurs charmes.
- --Voici la seconde!
- --Sois louée par le chœur des Anges
- ô Flavie!
- --Elles étaient belles
- comme les yeux sont beaux avant
- 1260 de pleurer.
- --O dieu Minotaure!
- --L'homme a-t-il plus de larmes ou
- plus de gouttes de sang?
- --Amour,
- Amour, sauve-nous!
- --Mais c'est toi,
- Sébastien, qui les enchantes,
- 1265 qui les enivres.
- --Et tu seras
- sculpté dans le basalte noir,
- ô Archer, comme Antinoüs
- l'Inconsolable.
- --Il est très beau.
- Regardez-le! Regardez-le!
- 1270 --Et la troisième se détache
- et suit les autres.
- --Sois louée
- par les Trônes et les Ardeurs,
- Junie!
- --L'étoile des Gémeaux
- culmine, ô frères.
- --Honnie soit
- 1275 la chienne et toute sa portée!
- --Que ta langue ne se détache
- plus de ton palais ulcéré!
- --Non, vous n'allez pas prévaloir!
- --Jetez-les dehors! Jetez-les
- 1280 dehors! Ils puent.
- --Nous forcerons
- vos portes avec la cognée.
- --Aux tourments! La braise est à point.
- --Appariteurs, appariteurs,
- tout est donc prêt.
- --Et nous dirons:
- 1285 «Jamais assez! Jamais assez!»
- --La douleur est inépuisable.
- --Le son du Verbe fut semé
- dans la fertilité du meurtre.
- --Violences sur violences!
- 1290 --Jamais assez! Jamais assez!
- --Qui donc le premier foulera
- la braise vive?
-
-Ici, comme Sébastien est debout, près du feu bas, il s'offre.
-
-LE SAINT.
-
- Moi, le premier.
-
-La multitude ondoie. Les archers entourent leur chef aimé.
-
-LES HÉRAUTS.
-
- --Silence.
- --Silence.
- --Silence.
- 1295 Le juge parle.
-
-Jule Andronique, secoué par les assesseurs, fait des gestes vains. Les
-attestations des Asiatiques dominent la rumeur confuse.
-
-LE PREFET.
-
- Saisissez l'Archer! Où sont-ils
- les sorciers qui...
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Non! On ne peut pas!
- --Qu'on l'empêche
- qu'on l'empêche!
- --Il est libre encore.
- 1300 On ne l'a pas jugé. Personne
- encore ne peut le soumettre
- aux tourments; car il est un Chef,
- il est le Chef de la cohorte
- d'Emèse, il est l'ami d'Auguste.
- 1305 --Il faut qu'avant on le dénonce
- à l'Empereur.
- --Il faut qu'il soit
- jugé par César.
- --Et il faut
- qu'il soit dépouillé des insignes.
- --Qu'on l'empêche de se livrer
- 1310 à son délire.
-
-LE SAINT.
-
- Archers d'Emèse, archers d'Emèse,
- je le ferai.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Entendez le son de sa voix.
- On en tremble. Tout cœur tressaille.
- 1315 --Il est sacré par la Manie.
- --Il est hors de lui-même. Il porte
- un maléfice.
- --Il est la proie
- d'un rêve sauvage.
- --O Chef, Chef,
- rentre en toi-même!
- --Voyez-le.
- 1320 Comment pourrait-il se souiller
- de ce méfait, étant si beau?
- --Tu ne peux pas!
-
-LE SAINT.
-
- Archers, si jamais vous m'aimâtes,
- je le ferai.
-
-Ici un jeune homme à la voix harmonieuse lui adresse la suprême
-déprécation.
-
-L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.
-
- 1325 Tant que tu portes à ton poing
- l'arc d'Emèse garni d'ivoire
- et d'or, grand, doublé, à deux cornes,
- pur comme la lune nouvelle
- et criard comme l'hirondelle,
- 1330 (ô Sébastien intrépide,
- Chef à la belle chevelure,
- écoute-moi) tant que tu portes
- suspendu comme la cithare
- par la bande pourpre, plus haut
- 1335 que l'épaule gauche, le long
- carquois oblique à dix-huit dards,
- recouvert de peau de panthère,
- (ô Sébastien intrépide,
- Chef à la belle chevelure,
- 1340 écoute-moi) tant que tu portes
- dans le carquois à dix-huit dards
- neuf et neuf vies d'hommes certaines
- de ta certitude, seigneur,
- tu ne peux pas.
-
-LE SAINT.
-
- 1345 O Sanaé, voici mon arc.
- Je le serre dans cette main
- que perce un invisible clou.
- Il est doublé. Mais le tendon
- de bête, qui s'ajuste au fût
- 1350 et qui s'y colle de façon
- à ne faire qu'un avec lui,
- n'est pas inséparable comme
- ce filet de sang qui s'y fige,
- tu vois, de l'une à l'autre coche
- 1355 sans se noircir.
-
-L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.
-
- Nous demanderons aux devins
- et aux mages ce qu'un tel signe
- montre, seigneur.
-
-LE SAINT.
-
- Je le sais. Or, toi, considère
- 1360 la figure de l'arc, archer,
- puisque tu es marqué par Dieu
- qui t'a fait les deux yeux divers,
- l'un bleu, l'autre noir, comme jour
- et nuit. Tu clos un peu le noir
- 1365 quand tu vises le but, afin
- que ton regard soit tout pareil
- à l'air que traverse le trait.
- Je t'ai vu. Regarde. Cet arc
- figure la Trinité sainte.
- 1370 Le fût est le Père, la corde
- est l'Esprit, la flèche empennée
- est le Fils qui donna son sang.
- Et il n'y aura plus de taches,
- sauf la tache du sang tombé
- 1375 des mains et des pieds du Seigneur.
- Or, cet arc, je te le commets,
- et le témoignage vermeil
- qui rabaisse l'ivoire et l'or.
- Mais je veux lancer ma dernière
- 1380 flèche, ô Élus de la cohorte
- d'Emèse. A qui?
-
-Il prend le dard du carquois, par dessus son épaule. Un profond
-frémissement se propage dans la multitude entassée. On s'écarte, on
-recule.
-
-DES VOIX.
-
- --A qui?
- --A qui!
-
-LE PREFET.
-
- Appariteurs!
-
-LES VOIX.
-
- --Il a souri.
- --Écartez-vous!
- --Qui va-t-il viser?
- --Andronique,
- 1385 Andronique, prends garde à toi!
-
-Le goutteux souffle et renifle, dans l'effarement.
-
-LE PREFET.
-
- Appariteurs, désarmez-le,
- désarmez-le!
-
-VITAL.
-
- Sébastien,
- que veux-tu faire?
-
-Les Asiatiques protègent leur chef contre toute atteinte.
-
-LES VOIX.
-
- --Il a souri!
- --Car il est infaillible.
- --Archer
- 1390 vairon, ôte-lui l'arc!
- --Ils ont
- peur, ils ont peur.
- --Or qui va-t-il
- tuer?
- --Non! «Tu ne tueras point.»
- Il a dit: «Tu ne tueras point.»
-
-La quatrième des cinq vierges se détache de Théodote, auquel n'en reste
-plus qu'une seule.
-
- --Sois louée par tous les Archanges,
- 1395 ô Télésille!
-
-Sébastien, ayant bandé l'arc et encoché la flèche, se place entre les
-deux colonnes que charge la passion des deux frères. Il plie un genou à
-terre, la face vers le ciel.
-
-LE SAINT.
-
- Si je suis digne de servir
- Ton Fils, le Martyr des martyrs;
- si j'ai par ma flamme exalté
- sur le feu bas Ta vérité;
- 1400 si j'ai reçu du Christ Seigneur
- ce stigmate de Sa douleur
- dans ma main qui en est plus forte,
- Adonaï, Dieu des cohortes
- invincibles, Dieu des combats
- 1405 sans merci, ô Toi qui abats
- le cheval et le cavalier
- dans la mer, Toi qui sans bélier
- brises les murs des villes fausses,
- Dieu de la foudre, exauce, exauce
- 1410 cette prière qui s'aiguise
- au fer du dernier trait!
-
-Ici il ajuste le trait; puis, renversant le corps en arrière et
-soulevant tout le bras gauche, il tire de toute sa force la corde
-jusqu'à la grande veine du cou.
-
- Je vise.
-
-Il vise, les empennes contre l'œil.
-
- Mon Dieu, je te demande un signe,
- si je suis digne.
-
-Il décoche le trait vers le ciel pâle, entre les deux colonnes vivantes,
-au-dessus des lys splendides. Et il regarde, encore à genoux.
-
-Des hommes, des femmes accourent, se pressent, se tendent dans les
-entre-colonnements, en grande anxiété. Et tous ils regardent si la
-flèche ne retombe pas.
-
-DES VOIX.
-
- --On ne voit plus la flèche!
- --Oui,
- 1415 je la vois, je la vois.
- --Non. Elle
- va très haut, très haut, disparaît.
- --On ne la voit plus.
- --Attendez!
- --Silence!
-
-Ils retiennent leur souffle.
-
- --Elle va retomber!
- --Attendez!
- --Silence! Silence!
-
-Ils retiennent leur souffle.
-
- 1420 --Non, elle ne retombe pas!
- --La flèche ne retombe pas!
- --Rien ne retombe!
-
-LE SAINT.
-
- Gloire, ô Christ roi!
-
-Ici il se lève et se retourne.
-
- Et maintenant je me désarme!
- 1425 Je suis l'Archer certain du but.
- Sanaé, Sanaé, voici
- l'arc double, le carquois fourni
- de dix-sept sagettes ailées
- et le brassard où est gravée
- 1430 la figure zodiacale
- du Sagittaire criblé d'astres.
- Je te les commets. Je les offre
- à mes élus de la cohorte
- d'Emèse. Voici.
-
-Il donne à Sanaé l'arc, le carquois, le brassard. Une claire allégresse
-l'illumine. Tous les regards dans l'éblouissement sont fixés sur sa
-face. Il ne sent que l'ébriété de l'élection certaine.
-
- Je suis libre!
- 1435 Souvenez-vous. Je suis la Cible!
- Souvenez-vous de ce terrible
- espoir, et que je serai digne
- de demander à Dieu des signes
- plus éclatants.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- 1440 Sébastien! Sébastien!
- Sébastien!
-
-Derrière les appels des hommes on croit entendre d'autres voix, des voix
-chantantes, de divins échos épars dans l'espace lointain, diffus dans
-l'immensité du miracle céleste. Tout ici, l'effluve des lys, la fumée de
-l'oliban, la chaleur de la braise, l'anxiété des âmes, le silence de
-Vesper, tout devient mélodie mystérieuse.
-
-LE SAINT.
-
-Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.
-
- Mes frères, mes frères, j'entends
- le bruit des chaînes qui se brisent,
- le choc de la hache, l'éclat
- 1445 de la foudre, les quatre vents
- pleins de semences et de cris,
- le levain de l'espoir terrible!
- Mes frères, mes frères, j'entends
- la mélodie du saint combat,
- 1450 le chœur divin des sept fléaux,
- l'annonciation des astres,
- et la marche du nouveau dieu
- à côté de l'homme nouveau,
- et les lisières de la terre
- 1455 frémissantes comme les bords
- d'une bannière qu'on déplie,
- et le tonnerre qui relie
- dans les tombes, l'âme des morts
- aux os des morts!
-
-DES VOIX PARTOUT EPARSES.
-
- 1460 Sébastien, Sébastien,
- tu es témoin!
-
-Il semble que l'invocation du nom admirable soit portée par un chœur
-angélique, près et loin. Soutenu par ses esclaves, accompagné de la
-dernière de ses filles, Théodote va rejoindre le groupe dévoué, entre
-les colonnes saintes.
-
-UNE VOIX.
-
- Sois louée par les Chérubins,
- ô toi, la plus jeune, Chrysille!
- Toi, par les Dominations,
- 1465 ô Théodote, sois loué
- dans le haut ciel!
-
-Maintenant la mère douloureuse, le vieillard infirme et les cinq vierges
-occupent l'entre-colonnement et relient par la chaîne de leurs corps les
-deux âmes patientes. La force même du feu possède sauvagement l'Archer
-désarmé.
-
-LE SAINT.
-
- Soufflez de près, soufflez de près,
- vite, avec des soufflets de forge!
- Agenouillez-vous; et poussez
- 1470 vos haleines. Agenouillez-
- vous; appuyez-vous sur vos coudes,
- enflez vos joues, tendez vos lèvres,
- poussez tout le vent de vos âmes
- sur les tisons noirs. Que la flamme
- 1475 jaillisse, que les étincelles
- s'envolent comme des abeilles
- ivres, que l'ardeur en devienne
- sept fois plus ardente, ô Archers,
- Archers, si jamais vous m'aimâtes!
- 1480 Que votre amour je le connaisse
- enfin, à mesure de feu!
- Otez-moi grèves et cuissards,
- genouillères et solerets.
- Que je sois nu-pieds et nu-jambes,
- 1485 comme le vendangeur agile
- qui s'apprête à fouler les grappes
- rouges dans la cuve fumante!
- Apportez les sarments, les ceps,
- les branches, les racines mortes,
- 1490 les écailles des pins et tous
- les roseaux de tout le midi
- poudreux de soleil, pour la flamme
- soudaine, ô frères; et couvrez
- d'un grand bûcher les noirs tisons.
- 1495 Je danserai plus haut, plus haut
- que la flamme, sept fois plus haut.
- Je vous le dis.
-
-On lui ôte les solerets, les genouillères, les grèves, les cuissards. Il
-reste avec les pièces du tronc et des bras sur la nudité de ses longues
-jambes sveltes.
-
- Tueurs, voici, je me désarme.
- J'ai renoncé mon arc, lancé
- 1500 ma flèche dernière, quitté
- mon bon harnois. Et cependant,
- voyez, je brûle d'allégresse
- comme au début de la bataille
- quand les esprits dans le cœur tintent
- 1505 comme les dards dans le carquois
- et que le nerf tendu de toute
- force jusqu'au coin blanc de l'œil,
- jusqu'à la veine de la tempe
- chaude, crie comme l'hirondelle
- 1510 qui se souvient du sang de Thrace,
- ô meurtriers.
-
-Ici il s'avance vers les charbons embrasés. A chaque angle du
-parallélogramme, une couple d'esclaves éthiopiens se tient accroupie
-pour soutenir sur la voussure du double dos noir et huileux le grand
-soufflet de forge à bec de griffon. La rougeur de la braise empourpre
-tout le portique; mais déjà le soir tombe sur les jardins, qui en
-deviennent plus bleus. Les arcades se remplissent d'azur. Dans le sombre
-azur, les hautes gerbes des lys commencent à resplendir d'une candeur
-surnaturelle, comme si leurs faisceaux étaient serrés autour d'un esprit
-céleste.
-
-Tout à coup des cris éclatent, la multitude ondoie et gronde.
-
-DES VOIX JUBILANTES.
-
- --Miracle!
- --Miracle!
- --L'aveugle,
- l'aveugle, la femme d'Attale!
- --Miracle!
- --Miracle!
- --La femme
- 1515 de Venuste, Alcé la muette!
- --Écartez-vous!
-
-LA FEMME MUETTE.
-
- Tu es saint! Tu es saint! Je parle.
- Je te rends grâce.
-
-LA FEMME AVEUGLE.
-
- Tu es saint! Tu es saint! Je vois.
- 1520 Je te rends grâce.
-
-LES VOIX JUBILANTES.
-
- --Miracle!
- --Miracle!
- --Miracle!
- --O guérisseur!
- --Libérateur!
- --Tu prévaudras.
-
-Sébastien ne tourne pas la tête, ne semble pas entendre. Il est au bord
-de la braise comme à la lisière d'une prairie.
-
-LE SAINT.
-
- Me voici prêt, me voici prêt!
- 1525 Mes pieds sont nus pour la rosée
- du Seigneur, et nus mes genoux
- pour l'alternance merveilleuse.
- O gémeaux, accord de la double
- flûte, bras de la grande lyre,
- 1530 chantez la gloire du Christ roi,
- et notre amour! Chantez une hymne
- qui arde jusqu'à leurs oreilles
- scellées, jusqu'à leurs cœurs inertes!
- Frères, que serait-il le monde
- 1535 allégé de tout notre amour?
-
-Il entre dans le parallélogramme de feu. Et les premiers mouvements de
-la danse extatique allègent ses pieds comme si les Anges avaient noué à
-ses chevilles des talonnières invisibles.
-
- O doux miracle, doux miracle!
- Les lys! Les lys!
-
-Les engins de bois, de cuir, de fer et de vent accompagnent la danse
-avec une sorte de respiration titanique. Les jumeaux entonnent leur
-hymne. Les femmes et les esclaves sont entraînés dans le vertige de la
-douleur et de l'allégresse. On entend toujours le nom admirable, invoqué
-par des voix humaines et surhumaines.
-
-LES VOIX.
-
- Sébastien, Sébastien,
- tu es témoin!
-
-CANTICVM GEMINORVM.
-
- 1540 Hymnes, toute l'ombre s'efface.
- Dieu est et toujours sera Dieu.
- Célébrez Son Nom par le feu.
- Le soleil terrible est Sa face.
-
- Il vient. Il séchera Sa race
- 1545 vile, comme un marais boueux.
- Hymnes, toute l'ombre s'efface.
- Dieu est et toujours sera Dieu.
-
- Chantez les œuvres de Sa grâce,
- louez Ses œuvres, en tous lieux.
- 1550 Semez Son Nom mystérieux
- dans les poussières de l'Espace.
- Hymnes, toute l'ombre s'efface!
-
-Ici la mère se découvre, le vieillard se découvre; et ils regardent,
-ravis. Les cinq vierges apparaissent hors des voiles, avec des visages
-illuminés. Elles haussent la gorge comme des colombes, pour chanter le
-chant de leurs frères.
-
-LE SAINT.
-
- Je danse sur l'ardeur des lys.
- Gloire, ô Christ roi!
- 1555 Je foule la blancheur des lys.
- Gloire, ô Christ roi!
- Je presse la douceur des lys.
- Gloire, ô Christ roi!
-
-Ce que son âme crée, ses pieds l'effleurent. Il semble s'alanguir comme
-dans la danse ionienne, et tout à coup il se renverse et se retourne
-comme le guerrier qui dans la pyrrhique frappe du javelot le bouclier.
-
- J'ai les pieds nus dans la rosée!
- 1560 J'ai les pieds sur le blé qui pousse!
- Je bondis comme l'eau des sources!
- Je t'aime, Roi.
-
-Dans une ineffable ambiguïté, le délire alterne avec l'extase, l'ardeur
-avec la liesse, la saltation guerrière avec la jubilation nuptiale.
-Toutes les fraîcheurs qu'engendre le printemps de son âme, il les
-éprouve avec sa chair empourprée par le reflet de la braise. Mais, dans
-les entre-colonnements, les sept gerbes de lys ont l'aveuglant éclat des
-lumières séraphiques. Une mélodie indistincte semble surgir derrière
-l'hymne des sept enfants voués.
-
- C'est comme si j'avais une âme
- faite avec des feuilles de saule,
- 1565 comme si mes veines étaient
- faites de musique et d'aurore!
- C'est comme si je secouais
- un givre d'étoiles sonore!
- Je t'aime, Roi.
-
-Il n'y a plus que le délire et l'extase, n'y a plus que la rougeur des
-feux bas et la candeur des hauts lys. Maintenant la salutation
-séraphique surmonte l'hymne terrestre.
-
-CHORVS SERAPHICVS.
-
- 1570 Salut, ô Lumière,
- Lumière du Monde,
- Croix large et profonde,
- Très-haute Bannière,
- Hampe tutélaire
- 1575 et Verge fleurie,
- Signe de victoire
- et Palme de gloire
- et Arbre de vie!
-
-LE SAINT
-
- J'entends venir un autre chant.
- 1580 J'entends les sept luths éternels.
- Les lys font toute la lumière.
- Ils font toute la mélodie.
- Vous les fauchez, et ils renaissent.
- Vous les brisez, ils sont debout.
- 1585 Ils ont la tige impérissable.
- Voyez, voyez! Ils me regardent
- comme des Anges couverts d'yeux
- pour l'épouvante.
-
-Le rayonnement des grandes gerbes paradisiaques a vaincu la force des
-feux bas. Tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent sont frappés de
-stupeur et de terreur. Et la transfiguration s'accomplit. Sept
-Séraphins, sept Lumières de la hiérarchie lumineuse, surgissent des
-gerbes et s'avancent dans les entre-colonnements. Ils chantent:
-l'immensité de leurs voix semble la porte ouverte du Ciel.
-
- Voici les sept Témoins de Dieu,
- 1590 les Chefs de la Milice ardente.
-
-Les femmes, les esclaves, les magistrats, les soldats, les bourreaux,
-tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent, sont tombés, la face
-contre les dalles. Mais les jumeaux semblent faire un seul corps et une
-seule clarté avec les colonnes unanimes qui soutiennent le portique du
-Nouveau Jour.
-
- Tout le ciel chante!
-
-EXPLICIT
-
-PRIMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM INCRVENTVM
-
-
-
-
-_LA SECONDE MANSION_
-
-LA CHAMBRE MAGIQUE
-
-
-
-
-LES PERSONNAGES.
-
-
-LE SAINT.
-
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
-
-LES SEPT MAGICIENNES:
-
-PHOENISSE.
-
-ILAH.
-
-HASSUB.
-
-JARDANE.
-
-ATRENESTE.
-
-PHERORAS.
-
-HYALE.
-
-
-L'AFFRANCHI GUDDENE.
-
-L'ACOLYTE PHLEGON.
-
-LE LECTEUR EUTROPE.
-
-
-LES CATECHUMENES ADOLESCENTS:
-
-HERMYLE.
-
-GORGONE.
-
-ATHANASE.
-
-
-LES ZELATEURS:
-
-THEODULE.
-
-CYRIAQUE.
-
-NARCISSE.
-
-BASILE.
-
-
-L'EUNUQUE ZACHLAS.
-
-L'INTENDANT HELCITE.
-
-
-LES ESCLAVES:
-
-DEBIR.
-
-MENES.
-
-PANTENE.
-
-LUCIPOR.
-
-CORDULE.
-
-ALCE.
-
-NADAB.
-
-LE DECAN.
-
-
-LE COCHER DU CIRQUE.
-
-
-LA TOURBE DES ESCLAVES, DES AFFRANCHIS, DES NEOPHYTES, DES ZELATEURS.
-
-
-LA VOIX DE LA VIERGE ERIGONE.
-
-
-LA VOIX DE LA VIERGE MARIE.
-
-
-
-
-On aperçoit une voûte en ellipse, d'une matière si polie qu'elle renvoie
-toutes les images, à la façon d'un miroir concave. Une porte
-rectangulaire à deux vantaux, vaste comme le portail d'un temple, est
-fermée dans la paroi du fond. On y monte par sept degrés peints des
-couleurs planétaires, comme les sept étages de Ninive, les sept
-enceintes d'Ecbatane. Deux idoles solaires, deux colosses entièrement
-vêtus de spires serpentines jusqu'aux pieds onglés et ailés, tenant dans
-les deux mains deux clefs symétriques, supportent le linteau monolithe
-où est gravée une inscription chaldéenne. La face du Soleil et la face
-de la Lune brillent sur les vantaux de bronze aux gonds énormes.
-
-A droite et à gauche, percées dans la courbe extrême de la voûte qui
-retombe et s'appuie sur les dalles, deux issues basses, noires d'ombre,
-semblent les bouches de deux longs couloirs dédaléens.
-
-Des chaînes d'or enchaînent à sept cippes triangulaires sept femmes
-coiffées de mitres et habillées de robes traînantes. Chacune, dans la
-cavité de chaque cippe, entretient le feu coloré de chaque planète. Et,
-comme elles se penchent sur les creusets occultes, leurs visages se
-colorent diversement entre leurs tresses tordues en cornes de bélier. La
-magicienne de Saturne a le visage livide, presque noir; la magicienne de
-Jupiter l'a rouge clair; la magicienne de Mars, rouge sombre; la
-magicienne de Mercure, bleu; la magicienne de Vénus, changeant; la
-magicienne de la Lune, argenté; la magicienne du Soleil, tout or. A
-leurs pieds gisent des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles,
-des coupes, des tablettes. Et, penchées, elles épient les fusions
-sublimes, à travers leurs masques planétaires qui tour à tour s'avivent
-et pâlissent en dégradant par d'indicibles nuances.
-
-Comme la sirène qui souffle dans la nacre de la conque tordue, chacune
-chante profondément dans le charme de la pierre creuse.
-
-PHOENISSE.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
- Un nouveau Signe est dans l'espace.
- Un royaume trouve son roi.
- Le jour tremble. La nuit s'efface.
-
-ILAH.
-
- 1595 O Temps, ô Temps, sable fugace
- et goutte d'eau pâle qui choit!
- Un nouveau Signe est dans l'espace.
-
-HASSUB.
-
- O Rêve, entre la vie qui passe
- et la mort qui dure, isthme étroit!
- 1600 Le jour tremble. La nuit s'efface.
-
-JARDANE.
-
- Ame frêle dans la chair lasse,
- ivre d'espoir, folle d'effroi!
- Un nouveau Signe est dans l'espace.
-
-ATRENESTE.
-
- Il paraît. Qui est-ce qui lace
- 1605 la sandale de son pied droit?
- Le jour tremble. La nuit s'efface.
-
-PHERORAS.
-
- Il monte. Son front est la place
- de la lumière, qu'Il accroît.
- Un nouveau Signe est dans l'espace.
-
-HYALE.
-
- 1610 Les mers sont les bords de sa tasse,
- l'aube est une perle à son doigt.
- Le jour tremble. La nuit s'efface.
-
-PHOENISSE.
-
- Dans l'amour est toute la grâce.
- Le sourire est la seule loi.
- 1615 Un nouveau Signe est dans l'espace.
- Le jour tremble. La nuit s'efface.
-
-L'ombre qui tombe de la voûte est éclairée par les sept figures
-immobiles des Voyantes, comme par sept lampes magiques. Ici, soudain,
-éclate l'appel de Sébastien dans l'obscurité du dédale.
-
-LE SAINT.
-
- A moi, Guddène! A moi, Phlégon!
- J'ai trouvé l'issue. Entends-tu
- ma voix, Guddène? Les détours
- 1620 sont douteux. Ne t'égare pas!
-
-Il s'élance. Il a l'aspect farouche du destructeur. Un marteau pesant
-est à son poing, le marteau du tailleur de pierre, à deux têtes dont
-l'une armée de pointes pour entamer le bloc. Comme il découvre la grande
-porte, il monte impétueusement les marches de l'escalier.
-
- La porte! La porte! Je vais
- t'arracher de tes gonds scellés.
-
-Il frappe avec son marteau le vantail retentissant. Les femmes aux
-chaînes, sans détourner du cippe leur visage illuminé, jettent un cri
-d'effroi.
-
- Qui êtes-vous?
-
-Il est debout sur le septième degré, s'adossant au vantail du Soleil,
-qui semble porter dans son disque la tête juvénile pareille au chef du
-Baptiste dans le plat d'or suspendu.
-
-LES MAGICIENNES.
-
- Qui es-tu? Qui es-tu?
-
-LE SAINT.
-
- Vous êtes
- 1625 enchaînées à l'œuvre des charmes,
- magiciennes.
-
-Elles sont toutes frémissantes dans la fixité de leur vision, comme des
-arbustes feuillus qu'un vent bas agiterait sans mouvoir la fleur de la
-cime.
-
-LES MAGICIENNES.
-
- Nous avons vu, nous avons vu
- la grande image.
-
-PHERORAS.
-
- Mais nous ne pouvons pas encore
- 1630 nous détourner, seigneur, si même
- tu es un dieu.
-
-LE SAINT.
-
- Qui êtes-vous?
-
-HASSUB.
-
- Observe nos faces penchées.
- Nous gardons les feux des planètes.
- 1635 Vois-tu les aspects des métaux
- qu'elles engendrent, aux couleurs
- de nos faces?
-
-La réverbération du feu secret dans la cavité du cippe devient de plus
-en plus forte, suivant le rythme incantatoire. Une anxiété croissante
-exalte ou rompt la voix de celle qui évoque les aspects de l'avenir.
-
- Je suis Hassub.
- Je suis gardienne de Nabou,
- que les Latins nomment Mercure.
- 1640 Ne suis-je pas bleue comme l'ombre
- de l'âme où la pensée repose
- pareille à un éclair voilé,
- comme l'ombre où lente mûrit,
- pareille au saphir solitaire,
- 1645 la parole qui changera
- le monde et vaincra le tombeau?
- Mais d'où viens-tu? Quel dieu, quel maître
- apprit à tes lèvres si jeunes
- les blasphèmes impérissables?
- 1650 Qui est contre toi? Tout l'azur
- rayonne. Lumière! Lumière!
- Lumière! Tu te tiens debout,
- cambré comme l'arc de tes lèvres
- dans le sourire. Tu parais
- 1655 hérissé de rayons. Tu portes
- la couronne d'or et la palme.
- Ah, qui es-tu?
-
-Le feu s'éteint, la figure s'éteint comme les pierreries de la mitre.
-Semblable à une larve morne, la femme s'affaisse sur la dalle, contre le
-cippe, dans ses propres chaînes; et elle y reste accroupie, silencieuse,
-près des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes,
-des tablettes.
-
-PHOENISSE.
-
- Je suis Phœnisse, la gardienne
- de Dilbat qu'on nomme Vénus
- 1660 la déesse mère de Rome,
- la fleur de la vague fleurie,
- volupté d'hommes et de dieux.
- Tu la dédaignes! Ses statues
- s'écroulent. Regarde, regarde
- 1665 mon visage changeant! Mon cœur
- malade ondoie dans la mer chaude
- de Phénicie. L'écume est comme
- la bave des pleureuses lasses
- de crier leur désir. J'entends
- 1670 les lamentations des femmes
- qui déchirent tous les nuages
- du soir et du benjoin. Je vois
- le bel Adolescent couché
- sur le lit d'ébène. Une fraîche
- 1675 blessure est sur sa cuisse blême.
- Les femmes s'acharnent. Des roses
- naissent du sang, des anémones
- naissent des larmes. Il est mort,
- le Bien-aimé!
-
-Elle renverse la tête en arrière, éteinte. Elle s'écroule comme un
-monceau de cendres. Elle reste au pied du cippe, avec ses chaînes, comme
-l'esclave morte de fatigue qui s'abat au pied de la meule sans quitter
-la sangle.
-
-PHERORAS.
-
- 1680 De l'or! De l'or! Je vois de l'or
- qui resplendit, de l'or qui tombe,
- de l'or qui couvre et qui étouffe;
- des colliers, des anneaux, des torques,
- sans nombre, sans nombre; des choses
- 1685 étincelantes et pesantes
- sans nombre, le poids du trésor,
- le supplice du métal jaune;
- car je suis Phéroras, gardienne
- de Jupiter. Et l'Empereur
- 1690 te regarde, vers toi s'incline,
- halette. Tu as dans ton poing
- sa victoire d'or. Mais tu souffres,
- tu souffres. Sur toi le tonnerre
- triomphal des buccins résonne.
- 1695 Tu appelles ton dieu, tu nommes
- un seul dieu devant tous les dieux.
- Des hommes crient au sacrilège.
- Orphée! Orphée!
-
-Elle n'a plus de couleur. Toute blême, elle tend ses bras enchaînés;
-puis, elle semble se casser comme la tige du pavot frappé par la verge.
-A terre, elle incline la tête sur ses genoux soulevés.
-
-JARDANE.
-
- Apollon! Apollon! On coupe
- 1700 les cordes à la lyre, comme
- une chevelure tendue.
- On la tient par l'une des cornes
- d'ivoire, comme une victime,
- pour la mutiler. On entend
- 1705 des cris. Tu es impie, tu es
- impie. Tu offenses mon dieu.
- Je suis Jardane, la gardienne
- du grand luminaire Samas,
- nommé par les hommes Soleil,
- 1710 Paian Lyre-d'or, Arc-d'argent.
- La lyre heptacorde, figure
- des sphères chantantes, est-elle
- un gibet? Pourquoi étends-tu
- les deux bras, joins-tu les deux pieds
- 1715 comme les esclaves en croix?
- Tu pourrais encore être un dieu,
- avoir ton temple. Pourquoi donc
- veux-tu mourir?
-
-Elle s'abandonne sur le cippe éteint comme la pleureuse sur la stèle
-funèbre. Elle s'y accoude; elle appuie son front sans rayons sur ses
-poignets croisés.
-
-ILAH.
-
- Tu ne meurs pas, tu ne meurs pas
- 1720 de cette mort. Je sais mieux voir.
- Je vois jusqu'au plus obscur coin
- des douze lieux. Je suis Ilah.
- Je forge la lame de plomb.
- Je suis gardienne de Saturne,
- 1725 de la planète meurtrière.
- Les crimes rougissent les pieds
- vains du Temps qui foule sans bruit
- de gros caillots rouges et mous
- comme tes anémones. Suis-je
- 1730 livide, du menton au front,
- comme la violette ou comme
- la meurtrissure? Tu me troubles,
- tu me troubles. Les profondeurs
- tressaillent. Des ombres surgissent
- 1735 pareilles aux feuillages morts
- d'un arbre noir chassés de tombe
- en tombe par le vent stérile.
- Tu es resplendissant de plaies.
- Tu es comme criblé d'étoiles.
- 1740 Autour de toi des ailes battent.
- Tu as la couronne et la palme.
- Ah, qui es-tu?
-
-Obscurcie, elle palpite encore sur la dalle froide. Puis, elle compose
-en rond son long corps souple, comme le lévrier qui s'endort après la
-chasse.
-
-ATRENESTE.
-
- Que de fer! Que de fer! C'est Mars
- qui l'engendre, nommé Nergal
- 1745 outre mer. Je suis Atreneste,
- qui garde l'astre destructeur.
- J'ai dans une gaine une épée
- qui embaume des deux tranchants,
- parce qu'elle a coupé les herbes
- 1750 dans le jardin de Proserpine.
- Et tout le reste est sang et rouille.
- La nuit tombe. L'arbre est sans fleur.
- Et toute ton âme est sur toi
- comme de la pourpre sans plis.
- 1755 Pour quel amour, pour quel espoir,
- pour quelle éternité meurs-tu?
- Qui met son souffle entre ton cœur
- et tes lèvres? Je vois des fers
- aiguisés, des fers empennés.
- 1760 Le premier te frappe au genou,
- se fixe en tremblant dans le nœud
- de l'os; mais le dernier te perce
- d'outre en outre la veine chaude
- où le cou se joint à l'épaule...
- 1765 Tu souris! Tout le ciel vivant
- est suspendu comme un regard
- entre la larme de Vesper
- et ce sourire.
-
-Décolorée comme son charme, elle vacille et tombe sur ses genoux. Puis
-elle s'assied sur ses talons et demeure, les bras allongés sur ses
-cuisses, comme inanimée, semblable à ces vases funéraires dont le
-couvercle est une tête divine.
-
-HYALE.
-
- Ils dressent, ils dressent le corps
- 1770 vivant sur leur autel de pierre
- comme la statue sur le socle!
- Il n'a plus de sang, il est pur;
- car même les veines des dieux
- charrient la rougeur du désir
- 1775 plus salée que l'eau de la mer.
- Il n'a plus de sang, il est pur.
- Il est plus divin que le marbre,
- plus doux que la perle sculptée,
- plus pâle que toutes les choses
- 1780 les plus pâles. Je suis Hyale,
- la gardienne du luminaire
- exsangue que les mortels nomment
- Lune. Et à mes yeux sont connues
- toutes les pâleurs de la Terre,
- 1785 de la Mer, du Ciel, de l'Hadès,
- et des rêves,
-
-Lentement, lentement, dans le cippe cave, le métal lunaire se refroidit,
-bleuit, faiblit.
-
- de tous les rêves
- qui renaissent, de tous les rêves
- évanouis...
-
-La gardienne de Sin semble s'écouler le long de la pierre comme une
-nappe d'eau silencieuse et lisse. Une lueur vague hésite encore sur sa
-figure entourée de tresses violettes, semblable à la lueur des méduses
-marines. Elle reste ainsi effacée dans les plis de sa robe, les paumes
-creuses comme celles où l'on s'abreuve aux bords du Léthé.
-
-La voûte s'emplit de nuit souterraine. Le Jeune Homme, enveloppé de
-songes et de sorts, est encore debout contre la porte de bronze. Et,
-soudain, un chant pur se lève au delà du seuil infranchissable.
-
-ERIGONEIVM MELOS.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
- Je fauchais l'Épi de froment,
- 1790 oublieuse de l'asphodèle;
- mon âme, sous le ciel clément,
- était la sœur de l'hirondelle;
- mon ombre m'était presque une aile
- que je traînais dans la moisson.
- 1795 Et j'étais la Vierge, fidèle
- à mon ombre et à ma chanson.
-
-C'est le cristal doré d'une voix virginale qui se courbe sur l'âme comme
-un ciel d'août. Anxieux, le Jeune Homme écrase sa joue contre le
-vantail. Les Voyantes soulèvent leur tête grave de sommeil et
-l'inclinent vers la mélodie. Elles murmurent en rêve.
-
-HYALE.
-
- Elle est Erigone, la Vierge.
-
-PHOENISSE.
-
- Elle est Erigone.
-
-ATRENESTE.
-
- La Vierge
- à l'Épi d'or!
-
-LE SAINT.
-
- 1800 Gardienne de la porte close,
- créature d'enchantement,
- écoute-moi, femme ou démon,
- écoute! Je veux que tu m'ouvres,
- femme ou démon.
-
-ERIGONE.
-
- 1805 Enfant d'un mortel, qui es-tu?
- Je te vois à travers l'airain
- sonore. Je te vois. Tu es
- beau dans ta fleur, comme le dieu
- qui m'aima, le dieu bondissant
- 1810 porteur de thyrse.
-
-LE SAINT.
-
- Entends-moi! Je veux que tu m'ouvres,
- femme ou démon.
-
-ERIGONE.
-
- Tu as les yeux noirs et la longue
- chevelure du dieu cruel
- 1815 qui pressa sur ma nuque rose
- les trois grappes de la douleur,
- l'une après l'autre.
-
-LE SAINT.
-
- Fantôme, fantôme de charmes,
- je te conjure.
-
-ERIGONE.
-
- 1820 L'incantation de Setar
- me force. Je suis prisonnière.
- J'ai volé parmi les étoiles
- du Lion, portant mon épi
- d'or et mes larmes.
-
-LE SAINT.
-
- 1825 Fantôme, j'abattrai la porte;
- et le Roi de gloire entrera.
- Au secours, frères!
-
-Il descend les degrés et court vers l'issue noire, en brandissant le
-marteau.
-
- A mon aide!
- Où êtes-vous?
-
-Ici les lueurs des flambeaux éclairent l'issue. On entend des pas, des
-voix. Et l'affranchi Guddène, l'acolyte Phlégon, le lecteur Eutrope, les
-catéchumènes adolescents Hermyle, Gorgone, Athanase, d'autres briseurs
-d'idoles, Théodule, Cyriaque, Narcisse, Basile, armés de marteaux et de
-massues, font irruption dans l'ombre que les lueurs troubles agitent.
-Des esclaves les suivent, s'arrêtent, hésitants; d'autres surviennent,
-effrayés ou enivrés. On plante les flambeaux dans les poings de fer qui
-font saillie hors de la pierre.
-
-GUDDENE.
-
- Seigneur, seigneur, d'autres idoles,
- 1830 d'autres idoles, en grand nombre,
- découvertes dans la muraille
- double! Nous avons renversé
- les dieux d'airain, brisé les dieux
- de marbre, brûlé ceux de bois,
- 1835 arraché les plaques d'ivoire,
- écrasé les couronnes d'or,
- souillé toutes les bandelettes.
- Et il n'y a plus une idole
- chez Jule Andronique. Nous sommes
- 1840 las, seigneur. Nous mourons de soif.
- Nous avons tué tant de dieux,
- tant de démons!
-
-HERMYLE.
-
- Aucuns étaient beaux.
-
-GORGONE.
-
- Des regards
- sortaient de l'airain et du marbre.
-
-ATHANASE.
-
- 1845 J'ai vu couler du sang, des larmes.
-
-PHLEGON.
-
- C'était le vin, c'était le miel
- des offrandes.
-
-EUTROPE.
-
- Il ne faut pas
- les regarder.
-
-GUDDENE.
-
- Je détournais
- les yeux, en assénant les coups.
-
-LE SAINT.
-
- 1850 Voyez la porte!
-
-HERMYLE.
-
- Il y a des femmes couchées
- sur les dalles.
-
-ATHANASE.
-
- Avec des mitres.
-
-GORGONE.
-
- Elles ne remuent pas.
-
-ATHANASE.
-
- Sont-elles
- enchaînées?
-
-HERMYLE.
-
- Des magiciennes.
-
-LE SAINT.
-
- 1855 Il faut abattre cette porte.
-
-GUDDENE.
-
- Elle est d'airain.
-
-EUTROPE.
-
- Elle est massive.
-
-PHLEGON.
-
- Elle a des gonds inébranlables.
-
-BASILE.
-
- On ne distingue pas le joint
- des deux vantaux.
-
-NARCISSE.
-
- Ni la serrure.
-
-PHLEGON.
-
- 1860 Qui a la clef?
-
-GUDDENE.
-
- Où est la clef?
-
-EUTROPE.
-
- Qu'on appelle Zachlas l'eunuque!
-
-PHLEGON.
-
- Qu'on appelle Helcite!
-
-GORGONE.
-
- Sait-on
- ce qu'elle cache?
-
-BASILE.
-
- Un labyrinthe.
-
-THEODULE.
-
- Le laraire des dieux honteux.
-
-CYRIAQUE.
-
- 1865 Un cellier, peut-être.
-
-NARCISSE.
-
- Un trésor.
-
-GORGONE.
-
- Un tombeau.
-
-ATHANASE.
-
- Des monstres.
-
-HERMYLE.
-
- Un rêve.
-
-EUTROPE.
-
- Voilà le Syrien!
-
-LE SAINT.
-
- Helcite!
-
-On voit ici l'intendant de Jule Andronique percer la tourbe des serfs
-qui, de plus en plus épaisse, encombre les issues. Il est jaune et
-onctueux comme la cire, mince et flexible, avec de beaux yeux de lièvre
-agrandis par le fard et par l'angoisse.
-
- Donne la clef de cette porte.
- Ouvre, toi-même.
-
-HELCITE.
-
- 1870 O seigneur, mon maître est mourant.
- Il gémit dans sa couche. Il nomme
- ton nom. Il t'appelle, il t'adjure,
- seigneur. N'avais-tu pas promis
- de le guérir, s'il te laissait
- 1875 briser les images des dieux
- dans ses maisons, dans ses portiques,
- dans ses jardins? Tu es venu
- seul, à la tombée de la nuit;
- et, plus tard, d'autres destructeurs
- 1880 sont venus avec des marteaux
- bien plus lourds. Tu as renversé
- les statues, les autels. Tu as
- chargé d'épouvante et de crime
- la nuit. Nous sommes tous tremblants.
- 1885 On voit des larves, on entend
- des sanglots. Les esclaves hurlent
- dans l'ergastule, ou se rebellent,
- ou invoquent le changement.
- Nous avons perdu tous nos dieux,
- 1890 en vain. Mon maître, dans les nœuds
- de la douleur, t'appelle, toi
- qui as guéri l'aveugle, toi
- qui as consolé la muette,
- toi qui sur cette chair souffrante
- 1895 as fait pacte de délivrance
- sans le remplir!
-
-LE SAINT.
-
- Il est dans les nœuds de la fraude.
- Il est tout noué de mensonges.
- La Peur d'un côté de sa couche
- 1900 se tient, et la Ruse de l'autre.
- Tu vois, tu vois. Il me cachait
- les incantations, les charmes,
- les sortilèges et les philtres,
- et toutes ses magiciennes
- 1905 impures, avec tous ses rites
- impies. Tu vois.
-
-Il indique au Syrien les femmes abattues près des cippes.
-
-GUDDENE.
-
- Nous avons trouvé dans les niches,
- derrière les statues, des livres
- et des tablettes.
-
-PHLEGON.
-
- 1910 Un esclave nous a montré
- tout à l'heure, dans une chaise
- du maître, enlevant une planche
- d'ivoire, un amas de rouleaux
- magiques; puis des calcédoines
- 1915 gravées d'images et de chiffres;
- et puis des mains d'argent, des têtes
- d'argile crue...
-
-LE SAINT.
-
- Et ces sept femmes enchaînées?
- Réponds, Helcite.
-
-HELCITE.
-
- 1920 Seigneur, elles sont des captives
- de Sidon qui seules possèdent
- le secret des teintes en pourpre,
- réservées jadis aux grands prêtres
- et aux voiles du Temple. Il faut
- 1925 qu'on les enchaîne.
-
-LE SAINT.
-
- Homme, tu mens. Or, si ton maître
- veut se délivrer de ses maux,
- qu'il manifeste ce qu'il cache.
- Il me faut détruire avant l'aube,
- 1930 ici, toute œuvre des démons.
- La nuit est brève.
-
-HELCITE.
-
- Il y a des jardins, je pense,
- des jardins suspendus, avec
- ces arbres odorants d'où coule
- 1935 ce baume qu'on nomme sarran,
- plus doux que tous les aromates.
- Et personne autre n'a joui
- de ces arbres, fors le seigneur.
- Jamais je n'ai franchi ce seuil.
- 1940 Et je ne sais. Mais toi, peut-être,
- tu sais, Zachlas.
-
-L'Égyptien est debout, enveloppé d'un pagne bleu, un pied en avant, les
-deux mains ballantes.
-
-LE SAINT.
-
- Homme, tu mens.
-
-ZACHLAS.
-
- Ni moi non plus, je n'ai franchi
- ce seuil. Je sais qu'il n'y a pas
- 1945 de dieux, pas d'images divines,
- mais des merveilles, comme l'orgue
- hydraulique de l'empereur
- Néron, rétabli par Eunoste.
- Et, quand Jule était en Égypte,
- 1950 un homme de Phylace vint
- et dit qu'il voulait lui montrer
- le monstre disparu qu'on nomme
- Hippocentaure chez les Grecs,
- embaumé dans du miel. Je doute
- 1955 que cette merveille ne soit
- enfermée là...
-
-EUTROPE.
-
- Frappe-le, donc, au nom du Christ,
- frappe-le, cet adorateur
- du Chien et du Bœuf. Frappe fort!
- 1960 Il ose se jouer de toi.
- Qu'on le châtie!
-
-Des affranchis de la famille surviennent, l'un après l'autre,
-essoufflés, effarés.
-
-LES AFFRANCHIS.
-
- --O Helcite, Helcite! Zachlas!
- --Comment ne revenez-vous pas?
- --Il est à bout.
- --Seigneur, seigneur,
- 1965 il t'appelle. Viens le guérir!
- Tu l'as promis.
- --Viens l'arracher
- aux affres de la mort!
- --Son fils
- Vital te supplie, te conjure.
- --Comment pourrais-tu le trahir?
- 1970 --Tu as accompli la ruine.
- Accomplis enfin la promesse.
- --Partout est l'horreur et l'effroi.
- On ne marche plus. Les statues
- renversées encombrent les seuils.
- 1975 Des bûchers brûlent. Les esclaves
- se pressent traînant leurs malades.
- Les femmes pleurent. Les enfants
- crient. Tous les détours sont bouchés
- par cette masse lamentable
- 1980 que rien n'écarte ni n'arrête.
- Que feras-tu?
-
-LE SAINT.
-
- Laissez qu'ils viennent. Le Royaume
- des cieux est semblable au levain
- que la plus humble de ces serves
- 1985 cache dans trois muids de farine
- jusqu'à ce que toute la masse
- lève et fermente.
-
-UN DES AFFRANCHIS.
-
- Mais que feras-tu de ton hôte,
- ô destructeur?
-
-LE SAINT.
-
- 1990 Que cet homme, chef de maison,
- tire de son trésor des choses
- nouvelles et ne cache pas
- les anciennes. Le dieu nouveau
- le guérira.
-
-HELCITE.
-
- 1995 Or il veut qu'on ouvre la porte
- d'airain. Or il veut tout détruire
- Allez et portez le message
- à Vital, qu'il vienne et résolve.
-
-LES AFFRANCHIS.
-
- --Tu veux détruire le prodige
- 2000 de Setar, la Chambre magique!
- --On a dépensé des milliers
- de sesterces, pour l'établir.
- --Et de l'or, du cristal, du bronze,
- des verreries, des pierreries,
- 2005 sans nombre.
-
-HELCITE.
-
- Tais-toi! Tais-toi!
-
-LES AFFRANCHIS.
-
- C'est
- le Zodiaque circulaire,
- comme celui de Cléopâtre.
- --Et l'ordonnance des planètes
- les cercles de la géniture,
- 2010 les cycles des lieux.
- --O seigneur
- très saint, et comment pourrais-tu
- la détruire, cette merveille
- des merveilles?
- --Elle simule
- la lyre heptacorde d'Orphée.
- 2015 --On peut tout prédire et connaître
- par les tables des mouvements,
- par les combinaisons des signes.
-
-ZACHLAS.
-
- Taisez-vous! Taisez-vous!
-
-LES AFFRANCHIS.
-
- --Seigneur,
- non, tu ne la détruiras pas!
- 2020 --Elle contient les domiciles
- planétaires et les trigones
- et les décans, d'après les listes
- de Démophile.
- --Et le quadrant
- vital, avec les horoscopes
- 2025 aphètes de Ptolémée.
- --Sois
- juste! Sois clément!
- --On y trouve
- le Thème du Monde et de Rome,
- les domaines des Douze Signes,
- et les Douze Sorts hermétiques.
- 2030 --Parfois l'incantation force
- la Figure zodiacale
- à descendre, et la tient captive
- dans l'or, le cristal et l'airain.
- --La Vierge à l'Épi d'or, la femme
- 2035 couchée sur le cercle, la tête
- en avant, est bien ta patronne,
- seigneur. Pourrais-tu la frapper?
-
- --Elle protège les Chrétiens.
- --Peut-être, elle est la sœur des Anges
- 2040 révélateurs de l'Avenir.
- --Déjà tes Patriarches sont
- dans le Zodiaque, tes Anges
- dans les planètes.
- --Samael
- est l'Ange de Mars; Anael,
- 2045 l'Ange de Vénus; Gabriel,
- l'Ange de la Lune.
- --Setar
- le Mage, le grand astrologue
- théurge de la descendance
- de Bérose, a fondé cette œuvre
- 2050 dans la pierre et l'airain. Comment,
- comment pourras-tu la détruire,
- seigneur?
-
-LE SAINT.
-
- Je détruirai cette œuvre
- des démons. Je vaincrai la pierre
- et l'airain. J'abattrai la porte.
- 2055 Et le Roi de gloire entrera.
-
-UN DES AFFRANCHIS.
-
- Seigneur, trois Mages, cependant,
- se trouvèrent à la naissance
- du Christ. Dieu se servit d'un astre
- pour les avertir. Et, afin
- 2060 que le présage fût compris,
- ne dut-il pas observer toutes
- les Règles?
-
-LE SAINT.
-
- L'étoile des Mages
- vint annoncer la royauté
- nouvelle et la fin des démons.
-
-L'AFFRANCHI.
-
- 2065 Elle était un signe horoscope.
-
-LE SAINT.
-
- Elle fut clouée par mon Dieu
- au cœur vivant du Ciel, en gage
- de la parole radieuse
- parlée par la bouche de l'Oint.
- 2070 Tu la sauras.
-
-Par tous les détours du dédale, à la double issue, se prolonge la
-clameur du troupeau. Des malades paraissent, aux bras de leurs parents,
-agités, illuminés d'espoir.
-
-LES ESCLAVES.
-
- --A toi, nous venons tous à toi,
- seigneur!
- --Nous sommes tous à toi!
- --Nous t'avons attendu, berger!
- Berger, nous sommes ton troupeau.
- 2075 Garde-nous!
- --Nous avons veillé
- toute la nuit dans les ténèbres
- pour attendre le changement.
- --Plusieurs d'entre nous ont marqué
- l'heure d'attente avec les gouttes
- 2080 les plus tristes de leurs ulcères.
- --Nous avons crié, sangloté
- vers toi pour que tu nous rachètes
- et nous délivres, vers toi, maître,
- pour que tu nous guérisses et
- 2085 nous consoles.
- --Si nous pleurons,
- serons-nous consolés?
- --Tu vois:
- nous moulons le blé; mais la force
- nous broie, comme du blé mauvais,
- entre deux pierres.
- --Nous avons
- 2090 saigné, nous aussi, sous les verges,
- sous les lanières.
- --Si les dieux
- marchent sur les hommes, les hommes
- marchent sur nous, avec l'os dur
- de leur talon.
- --Jamais un dieu
- 2095 n'a rien fait pour nous soulager,
- ni jamais un homme. Celui
- que tu annonces, homme et dieu,
- que fera-t-il pour notre faim
- et pour notre soif, pour nos cœurs
- 2100 et pour nos poignets?
- --Apprends-nous
- le cri qui sera écouté,
- seigneur!
- --Apprends-nous la prière
- qui sera exaucée!
- --Tu as
- descellé les yeux de la femme
- 2105 d'Attale. Or elle te regarde.
- --Et tu as délié la langue
- d'Alcé, la femme de Venuste.
- Or elle te loue.
- --Nous voici,
- seigneur. Ne guéris pas le maître,
- 2110 mais guéris les serfs.
- --Si tu veux,
- seigneur, tu peux.
-
-LE SAINT.
-
- Hommes, m'avez-vous vu toucher
- de mes doigts les yeux de l'aveugle?
- Ai-je donc touché de mes doigts
- 2115 les lèvres d'Alcé? L'une a vu,
- l'autre a parlé; mais leur foi seule
- les a guéries. Votre foi seule
- vous guérira.
-
-LES ESCLAVES.
-
- Seigneur, nous voulons voir un signe
- 2120 de toi!
- --Un signe!
- --N'est-il pas
- le Guérisseur, celui dont tu
- nous apportes le témoignage?
- --N'est-il pas le Consolateur?
- Et ne viens-tu pas en son nom?
- 2125 --Tu as renversé les statues
- d'Asclépios, de Télesphore,
- d'Hygie, dispersé les offrandes
- votives, foulé les couronnes,
- brisé les tables de prodiges.
- 2130 Et tu veux nous laisser nos fièvres,
- nos plaies, nos ulcères, nos veines
- relâchées, nos os fléchis, tous
- nos maux et toutes nos souffrances!
- --Ton dieu n'est-il pas plus puissant
- 2135 que le petit dieu qui grelotte
- sous son capuchon?
- --Moi, je suis
- de Titane, et je suppliais
- Alexanor.
- --Et moi, je suis
- macédonien, et j'offrais
- 2140 à Darrhon mes vœux.
- --Mais ton dieu
- n'est-il pas le dieu des miracles?
- --Tu as renversé Apollon
- qui tue et qui guérit. Le tien
- ne tue jamais, guérit toujours.
- 2145 --Debir, Ménès, parlez, parlez,
- vous qui cachez dans vos poitrines
- les Écritures roulées.
- --Toi,
- Pantène.
- --Lucipor de Thrace,
- et toi.
- --Car on lit sous la lampe
- 2150 mourante, jusqu'à l'aube claire,
- toutes ses guérisons.
- --La femme
- d'Hur, courbée comme la glaneuse
- aux champs, qui n'avait jamais pu
- se redresser.
- --Et ce lépreux
- 2155 surgi tout blanc dans le soleil,
- quand Il venait de la Montagne.
- --Et ces hommes qui descendirent
- par l'ouverture faite au toit
- le paralytique étendu
- 2160 sur le grabat.
- --Et, aux pays
- des Gadaréniens, les deux
- démoniaques bondissant
- des sépulcres.
- --Et, quand déjà
- les joueurs de flûte venaient
- 2165 avec les pleureuses au deuil,
- l'enfant de Jaïre saisie
- par la main, tirée du sommeil.
- --Et, dans la contrée de Sidon,
- l'enfant de la Cananéenne,
- 2170 possédée de l'Esprit impur.
- --Et, sur la mer de Galilée,
- cette multitude sans pieds,
- sans mains, sans yeux, sans voix.
- --Et l'homme
- qui amena le lunatique
- 2175 fasciné par l'eau et le feu,
- disant: Aie pitié de mon fils.
- --Et, aux portes de Jéricho,
- le fils aveugle de Timée.
- --Et, dans la ville de Naïm,
- 2180 le fils de la veuve porté
- en terre, quand Il s'approcha,
- toucha le cercueil, et soudain
- le mort se dressa.
- --La main sèche
- fut saine.
- --Dans la Samarie,
- 2185 les dix lépreux ensemble furent
- purifiés.
- --L'homme malade
- depuis trente-huit ans, à la Porte
- des Brebis, toujours en attente
- sur la piscine, se leva
- 2190 et s'en alla.
- --Dans la maison
- du Pharisien, l'hydropique
- fut allégé de ses eaux tristes,
- soudainement.
- --L'Hémorroïsse,
- exsangue depuis douze années,
- 2195 n'eut qu'à le suivre et à toucher
- sa robe de lin.
- --Souviens-toi!
- Souviens-toi!
- --Toujours, au coucher
- du soleil, près des sources, près
- des citernes, sur les chemins,
- 2200 sur les rivages, sur les places
- publiques, on lui amenait
- des tourbes de démoniaques
- et d'infirmes. Il suffisait
- qu'ils disent: Aie pitié de moi!
- 2205 --Il crachait à terre, formait
- de la boue avec sa salive.
- --Qu'il te souvienne de Lazare,
- Ménès, toi qui as lu!
- --Lazare,
- l'homme de Béthanie!
- --Seigneur,
- 2210 et tu ne veux pas nous donner
- des signes!
- --Mais Thomas lui dit:
- «Il y a une seule chose.
- Nous voulons voir des morts couchés
- au fond des tombeaux, que tu aies
- 2215 ressuscités: et cela comme
- signe.»
- --L'apôtre demandait
- un signe!
- --Thomas lui disait:
- «Nous voulons voir des ossements
- qui se sont disjoints, comment ils
- 2220 se réuniront l'un à l'autre,
- en sorte qu'ils puissent parler.»
- --Que répondit-Il?
- --Quelle fut
- sa réponse?
- --«Thomas», dit-Il
- «viens avec moi. Les os disjoints
- 2225 se réunissant de nouveau,
- je te les montrerai. Viens donc,
- viens jusqu'à Béthanie, Didyme,
- viens. Je te montrerai les yeux
- de Lazare qui sont vidés
- 2230 par la pourriture. Didyme,
- viens avec moi. Les lèvres blêmes,
- déjà dissoutes sur les dents
- de Lazare, tu les verras
- remuer, tu les entendras
- 2235 parler. Viens avec moi, Didyme,
- jusqu'à Béthanie, si tu veux
- voir et entendre.»
-
-Sébastien bondit, dans un emportement soudain. Le Copte s'interrompt; et
-son teint de cuivre jaune semble se décolorer sous ses cheveux noirs et
-frisés, tandis que sa lèvre charnue tremble.
-
-LE SAINT.
-
- Esclaves, esclaves, oui, cœurs
- épaissis! Ménès, tu as lu,
- 2240 tu as bien lu, avec tes yeux
- ronds d'oiseau nocturne, oui, oui,
- je te le dis en vérité,
- tu as bien lu. «Viens avec moi,
- Didyme,» le Maître disait
- 2245 «si tu cherches à voir des os
- se rejoindre les uns aux autres,
- se dresser, marcher vers la porte
- du tombeau. Tu cherches des mains
- qui s'étendent, qui se soulèvent.
- 2250 Viens, je te montrerai les mains
- de Lazare liées de leurs
- bandelettes. Mon doux ami,
- viens avec moi; car je désire
- ce que tu as pensé. Les sœurs
- 2255 m'attendent.» Et ils s'en allèrent.
- Ils furent devant le tombeau.
- Et alors Didyme pleura.
- Mais Jésus avait une voix
- joyeuse comme une amertume
- 2260 puissante de songe et de vie.
- Saurez-vous jamais, ô esclaves,
- laquelle, de cette tristesse
- et de cette allégresse, était
- la plus amère? Et Il disait:
- 2265 «Doux ami, ne t'afflige pas.
- Tu veux le signe. Ote la pierre,
- et je ferai sortir celui
- qui est mort. Ne t'afflige pas.
- Enlève la pierre, Didyme.
- 2270 Regarde bien, regarde bien
- le mort, comme il dort. Viens et vois
- les ossements, comme ils reposent.
- Regarde bien celui qui dort,
- comme il est composé. Regarde
- 2275 chaque tache dans tous ses linges
- Didyme, avant que je ne jette
- l'appel qui le fera surgir.
- As-tu bien vu?» Thomas voyait
- à travers les pleurs et la honte.
- 2280 Tel le nouveau-né dans ses langes,
- tel le mort dans ses bandelettes.
- Et toute la vie paraissait
- blême. «Lazare, viens dehors!»
- Le genou surgit le premier.
-
-La voix semble rendre présent le prodige dans l'ombre chaude d'haleines.
-La tourbe des suppliants tressaille, saisie de terreur.
-
- 2285 Et toute la vie était comme
- toute la mort.
-
-La tourbe frissonne et recule, devant la vision blanche du Ressuscité
-dans son linceul.
-
-LES ESCLAVES.
-
- --Seigneur, seigneur, tu nous effraies!
- --Nous avons vu.
- --Nous avons vu.
- --Nous avons vu.
-
-LE SAINT.
-
- 2290 O misérables, attachés
- à la vie comme les tourteaux
- des olives à la couronne
- de la meule qu'ils souillent, comme
- dans le cellier froid les limaces
- 2295 à l'anse de l'amphore qu'elles
- engluent, pourquoi vous guérirais-je
- si, étant confesseurs du Christ,
- vous êtes les serfs de la peine,
- vous êtes voués aux métaux
- 2300 aux bûchers, aux bêtes, aux pires
- tourments? Croyez-vous que les crocs
- léonins sauront reconnaître
- les infirmités de vos os?
- J'épie vos cœurs.
-
-UN ESCLAVE.
-
- 2305 Pourquoi donc as-tu délié
- la langue d'Alcé la muette,
- seigneur? pourquoi?
-
-LE SAINT.
-
- Pour qu'elle puisse confesser,
- avec la parole mûrie
- 2310 dans l'affliction du silence,
- le dieu nouveau
-
-L'ESCLAVE.
-
- Pourquoi donc as-tu descellé
- les yeux de la femme d'Attale,
- seigneur? pourquoi?
-
-LE SAINT.
-
- 2315 Pour qu'elle puisse regarder
- le bourreau bien en face et voir
- sur la nativité de l'âme
- l'éclat du sang.
-
-L'ESCLAVE.
-
- Tu nous enseignes à souffrir
- 2320 et à mourir.
-
-LE SAINT.
-
- A renaître.
-
-L'ESCLAVE.
-
- Où renaîtrons-nous?
-
-LE SAINT.
-
- Dans le Royaume.
-
-L'ESCLAVE.
-
- Et où est-il,
- le Royaume?
-
-LE SAINT.
-
- Il est hors du monde.
-
-L'ESCLAVE.
-
- Montre-le-nous.
-
-LE SAINT.
-
- Et votre foi?
-
-L'ESCLAVE.
-
- 2325 Donne-nous un signe visible.
-
-LE SAINT.
-
- Le sourire.
-
-L'ESCLAVE.
-
- Mais quel sourire?
-
-LE SAINT.
-
- Hier, dans le prétoire, un serf
- comme toi, Cloanthe, pleurait
- sans bruit, sous les ongles de fer.
- 2330 On lui dit: «Tu pleures, Cloanthe.»
- Il répond: «Je ne pleure pas
- sur ma vie; mais mon corps est boue,
- et il en suinte des gouttes.»
- Quelqu'un n'a pas pleuré; c'est peu,
- 2335 il n'a pas répondu; c'est peu,
- il n'a pas remué; c'est peu,
- il a souri: des yeux, des lèvres,
- du front, de toute l'âme libre,
- de toute sa félicité
- 2340 immortelle, a souri, souri
- vers les cieux qui divinement
- furent pâles de ce sourire
- humain, comme d'une aube neuve,
- tout pâles de cette douleur
- 2345 souriante comme d'un jour
- surgi de plus loin que la Mer,
- d'une profondeur plus profonde
- que l'Orient!
-
-Sa parole est comme le brandon qui allume les chaumes, quand le vent
-souffle.
-
-ALCÉ.
-
- --Seigneur, seigneur, nous sourirons
- 2350 quand il faudra mourir.
-
-CORDULE.
-
- Seigneur,
- comme je te vois, que je voie
- face à face le Dieu vivant!
-
-LES ESCLAVES, LES BRISEURS D'IDOLES, LES ZELATEURS, LES CATECHUMENES.
-
- --Guerrier, nous sommes tous à toi,
- pour ta guerre!
- --Prends-nous, et sains
- 2355 et malades, avec nos forces
- et nos plaies.
- --Que nous soyons
- les dalles du chemin de gloire!
- --A l'aube, nous ne connaîtrons
- plus nos visages.
- --Connais-tu
- 2360 nos cœurs profonds?
- --Sébastien,
- archer du Christ, ô le plus beau
- entre les enfants des mortels,
- perce nos cœurs de ton regard.
- Voici. Nous t'ouvrons nos poitrines
- 2365 meurtries par la sangle des meules.
- --La mort est vie. Que nous soyons
- moulus comme froment de Dieu,
- pressés dans le pressoir de l'Oint!
- --Que nous soyons les affranchis
- 2370 du Christ.
- --Que nous puissions Le voir
- face à face!
- --Ah, c'est trop attendre
- --Nous ne pleurons que dans l'attente.
- Mais nous rirons quand il faudra
- combattre.
- --Abrège pour nous l'heure
- 2375 du saint combat!
- --C'est trop attendre.
- --Mais Il est terrible!
- --Il n'habite
- que les cœurs qu'il déchire.
- --Toute
- votre chair immonde est en faute
- devant Lui qui porte l'annonce
- 2380 des béatitudes célestes.
- --Il a dit: «Je suis doux. Mon joug
- est doux, mon fardeau est léger.»
- --Seigneur, puisque tu as brisé
- tous les dieux de sang et de fange,
- 2385 dresse devant nous Son image,
- pour que nous puissions L'adorer!
- --Est-Il beau? plus beau qu'Apollon?
- --Il apparaissait aux disciples.
- T'est-Il apparu?
- --Parle! Parle!
- 2390 --Réponds, seigneur!
-
-Le Jeune Homme est assis sur la plus haute marche de l'escalier
-septénaire qui monte à la porte. Une mortelle angoisse étreint son âme,
-étouffe sa voix.
-
-LE SAINT.
-
- Sa face est cachée, tout Son corps
- est voilé.
-
-LES MEMES.
-
- --Tu trembles, seigneur.
- --N'oses-tu pas Le découvrir?
- --N'as-tu pas l'Image cachée
- 2395 dans ta poitrine?
- --Écoute, écoute,
- seigneur: par la pierre brisée,
- par l'airain tordu, par le bois
- fendu, par ton impitoyable
- marteau, par ton bras destructeur,
- 2400 par le fer, par le feu, par cette
- nuit de vengeance, je t'adjure.
- Il n'y a plus un dieu debout
- devant nous. Dresse devant nous
- Son image, que nous puissions
- 2405 Le connaître, que nous puissions
- L'adorer, et que nous puissions
- Lui dire aussi: «Fils de David,
- ô Jésus, aie pitié de nous!»
-
-LE SAINT.
-
- Il n'a plus de corps, Il n'a plus
- 2410 de sang. Il a donné Son corps
- et Son sang pour les créatures.
-
-Les plus proches soufflent sur l'angoissé leur sombre ardeur. Les voix
-sont contenues mais frémissantes. Il semble que le vent oriental des
-apparitions courbe les têtes des néophytes, dans cette ombre qui est
-semblable à l'ombre des arénaires et des catacombes. Quelqu'un des plus
-jeunes, parfois, se retourne avec un sursaut de frayeur, comme Jean sur
-la route d'Emmaüs.
-
-LES MEMES.
-
- Comment donc est-Il apparu
- aux disciples avec Son corps
- et Son sang?
- --Il vint et se tint
- 2415 au milieu d'eux; Il leur montra
- Ses mains et Son côté.
- --Ils virent
- les meurtrissures.
- --Il souffla
- sur eux.
- --Ils dirent à Thomas:
- «Nous L'avons vu.»
- --Didyme alors
- 2420 répondit: «Si je ne mets pas
- le doigt dans la marque des clous
- et si je ne mets pas la main
- dans Son côté...»
- --Jésus revint
- alors et dit: «Mets donc ton doigt
- 2425 ici, Didyme. Mets ta main
- dans mon côté.»
- --Seigneur, seigneur,
- ah, pourquoi veux-tu nous cacher
- Sa figure?
- --Il dit: «Touchez-moi.
- Un Esprit n'a ni chair ni os,
- 2430 comme vous voyez que j'ai.»
- --Parle,
- seigneur, réponds. Quel est ton trouble?
- --N'est-ce pas vrai qu'il demanda
- quelque chose à manger?
- --Il prit
- le pain, le rompit. Il eut d'eux
- 2435 un morceau de poisson grillé.
- Et Il le prit et le mangea
- devant eux.
- --N'est-Il pas vivant?
- Il est vivant. Tu l'as bien dit.
- --Il entra chez les Onze, quand
- 2440 la porte était fermée. Seigneur,
- dis, ne pourrait-Il pas entrer
- par cette porte?
-
-Des regards se lèvent, comme si les paupières étaient renversées par les
-battements de l'attente.
-
-LE SAINT.
-
- Je mourrai, demain je mourrai.
- Je Le verrai. Si vous voulez
- 2445 Le voir...
-
-LES MEMES.
-
- --Hélas, seigneur, hélas,
- tu nous abuses! Ne vois-tu
- pas nos cœurs?
- --Comment pourrais-tu
- L'aimer de cet amour? Comment
- pourrais-tu fermer les yeux, être
- 2450 si blême, et dans toutes tes veines
- trembler d'un tel amour, si tu
- n'avais jamais connu Sa face?
- Car tu trembles.
-
-Tel le jet de la veine coupée, ou le débordement des pleurs, tel l'éclat
-de l'angoisse insoutenable.
-
-LE SAINT.
-
- Je tremble parce qu'en mon âme
- 2455 je porte le poids de l'opprobre.
- Ils L'ont frappé à coups de poings,
- ils L'ont tout meurtri de soufflets,
- ils ont craché sur Lui. Sa face
- est défigurée. Sur Ses joues
- 2460 coulent les crachats et le sang.
- Sa bouche est livide et gonflée.
- Ses dents sont toutes ébranlées.
- Et Ses paupières, et Ses yeux,
- hélas, hélas!
-
-Il est suffoqué par les sanglots. Il couvre de ses paumes sa pâleur
-d'agonie.
-
- 2465 Il est pire que le lépreux,
- Il est pire que le rebut
- du peuple, que le ver de terre
- qu'on écrase sous le talon.
- Hélas! Hélas!
-
-L'émoi serre la gorge des néophytes. Ils se regardent entre eux,
-éperdus.
-
-LES MEMES.
-
- 2470 --Est-ce vrai!
- --Seigneur, est-ce vrai!
- --Est-ce donc vrai, que Son aspect
- effraie et repousse, qu'Il est
- hideux à cause de nos crimes
- et de nos maux?
- --Est-ce donc vrai
- 2475 qu'Il est sans beauté?
- --La parole
- du Prophète s'est accomplie:
- «Il s'élèvera devant Lui
- comme le rejeton qui sort
- de la terre sèche.» Est-ce vrai?
- 2480 «Il est sans beauté, sans éclat.
- Nous L'avons vu sous le mépris,
- plus vil que le dernier des hommes:
- Homme de douleurs, de langueurs,
- expert en souffrances: Visage
- 2485 caché...»
- --Tu pleures!
- --Est-ce vrai?
- «Comme une brebis qui ne bêle
- pas devant celui qui la tond,
- Il n'a pas desserré la bouche
- dans Sa douleur.»
- --Mais n'est-Il pas
- 2490 redevenu Rayon de gloire,
- comme Il était sur la montagne
- avec Moïse, avec Elie
- et les torrents?
- --N'était-Il pas
- blanc et vermeil, beau entre mille,
- 2495 lorsque la divine Marie
- Le nourrissait?
-
-Cordule, Alcé, d'autres femmes, s'élancent.
-
- --Je te supplie,
- seigneur. Montre-nous la figure
- de la Vierge céleste!
-
-Les Voyantes tressaillent au pied des cippes triangulaires.
-Quelques-unes se dressent et prêtent l'oreille, comme si la mélodie
-d'Erigone traversait de nouveau les silences de leurs songes.
-
- --Dis,
- dis: n'est-elle pas la couleur
- 2500 du Printemps?
- --N'est-elle pas mère
- de toutes choses ineffables?
- --Ne vient-elle pas sur la route
- des planètes, domptant d'un pied
- léger les constellations
- 2505 funestes, comme une poussière
- dorée?
- --Quelles sont les offrandes
- qu'elle aime?
- --Seigneur, si tu dresses
- ses images, elles seront
- toujours fleuries.
- --O femmes, femmes,
- 2510 comme l'Autre est née de l'écume,
- elle est née de la douleur.
- --Vierge,
- elle n'avait que sang et larmes.
- Et, vierge, n'ayant pas de lait,
- elle ne donna que la fleur
- 2515 de son âme.
- --Le Fils a dit
- de la Mère: «Celui qui t'aime
- aime la Vie.»
- --Et Il a dit:
- «Salut, mon vêtement de gloire
- dont je me suis vêtu venant
- 2520 dans le monde.»
- --Or il est écrit
- au Livre: «Chacun Le verra
- portant la chair qu'Il a reçue
- de Marie la Vierge sans tache.»
- --Ah, qu'importe qu'il soit meurtri?
- 2525 Qu'importe qu'il soit tout sanglant
- et souillé? Combien doit-Il être
- beau toutefois, seigneur, si tu
- L'aimes d'un tel amour!
-
-Un esclave de la Mésopotamie s'approche, les sandales de sparterie
-dépassant à peine sa longue tunique violette. Et il parle bas, dans sa
-barbe exacte qui adhère à sa lèvre comme les tuyaux d'une syrinx
-d'ébène.
-
- --Seigneur,
- je suis de la terre nourrie
- 2530 par les deux Fleuves. A Edesse,
- je le sais, on pouvait encore
- voir la statue que les légats
- d'Abgar rapportèrent au roi.
- --Tu l'as vue, Nadab!
- --Elle était
- 2535 enfouie dans l'herbe sauvage,
- parmi les décombres.
- --Nadab,
- tu l'as vue!
- --Sa figure était
- polie par les ans et les eaux,
- semblable aux galets de la mer.
-
-Un catéchumène, cocher du Cirque, aux braies bigarrées, s'approche et
-parle bas.
-
- 2540 --Seigneur, je le sais. Une femme
- de Galaad, nommée Safan,
- vendeuse de baumes, a dit
- avoir vu de ses yeux l'empreinte
- de la Face au milieu du linge
- 2545 dont se servit l'Hémorroïsse
- quand elle essuya la sueur
- et le sang de Jésus montant
- au Calvaire.
-
-Un décan aveugle, chauve et débile, s'approche et parle bas.
-
- --Sébastien,
- tu peux me croire. Je suis sauf
- 2550 pour glorifier le Christ roi
- et ses Martyrs. Je me trouvais
- dans l'arénaire de la Voie
- Appienne, quand on boucha
- le souterrain avec des pierres
- 2555 et du sable. Les enterrés
- vivants purent voir deux images
- d'or que l'Acolyte porteur
- des saintes espèces disait
- avoir reçues du martyr grec
- 2560 Hadrias. Mais je suis aveugle.
- L'une représentait Jésus;
- et l'autre, Orphée...
-
-Ici, à l'une des issues, la tourbe s'agite. Des cris éclatent. On voit
-un mouvement d'hommes qui cherchent à entraîner une créature farouche.
-L'angoissé bondit et regarde, les yeux brûlés de larmes.
-
- --Sébastien,
- Sébastien, elle est ici,
- elle est ici, je te l'amène,
- 2565 la fille malade des fièvres!
-
-Des zélateurs accourent, des femmes s'élancent.
-
- --Qui est-elle?
- --Magdalâwit!
- --Mariamme!
- --On ne connaît pas
- son nom véritable.
- --Elle change
- toujours.
- --On l'appelle la Reine
- 2570 malade des fièvres.
- --O Reine!
- --Descends-tu des rois d'Idumée?
- --Elle descend de cet Hérode
- qui vint à Rome avec la fille
- d'Aristobule.
- --Elle descend
- 2575 d'Athronge, de ce roi berger
- qui par le légat de Syrie
- fut mis en croix avec deux mille
- rebelles.
- --Sébastien, c'est
- elle qui trempa le suaire
- 2580 dans le sang de ta main percée
- par la corne de l'arc, le jour
- de ta gloire!
- --Elle se débat.
- Elle veut s'échapper.
- --Répète
- au seigneur ce que tu as dit!
- 2585 --Elle l'a dit. J'ai entendu.
- --Ah, sauvage, sauvage! As-tu
- des griffes?
- --Seigneur, la voilà,
- la Reine malade des fièvres!
-
-Ils poussent devant eux une créature inconnue qui, se dégageant,
-s'arrête au milieu du cercle tumultueux. Elle y demeure, ployée comme
-une flamme basse sous la rafale. De sa voix sourde, elle semble encore
-résister.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Je ne veux pas être guérie.
-
-Elle est couverte d'une robe de pourpre flétrie comme une botte de
-pavots coupés. Elle porte une bandelette de pourpre autour de sa
-crinière noire et bleue.
-
-BASILE.
-
- 2590 Dis la chose! Dis cette chose!
-
-PHLEGON.
-
- Mais elle est folle.
-
-ATHANASE.
-
- On croit qu'elle est
- une Larve.
-
-LE SAINT.
-
- Parle, ma sœur.
-
-Elle met une paume contre ses lèvres, pour les empêcher de trembler.
-
-BASILE.
-
- Seigneur, elle a dit: «Je possède,
- moi, le linceul du Christ.»
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Non, non,
- 2595 je ne l'ai pas dit. C'est un rêve.
- J'ai dit: «Il n'y a point de paix.»
-
-LE SAINT.
-
- Sœur, je connais ta voix. Où l'ai-je
- entendue?
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Je suis une voix,
- seigneur; et mon cri se leva
- 2600 avant le jour pour t'annoncer.
- «Archer de la vie, je bénis
- ton œil, ta main, ton arc, tes traits.»
- Ce fut mon cri. Et je t'apporte,
- dans un cristal d'azur, un baume
- 2605 de Galaad.
-
-LE SAINT.
-
- Quel baume, sœur?
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Un doux baume de Galaad.
- Or quelqu'un va dire: «Pourquoi
- ne pas avoir vendu ce baume?
- Il vaut trois cents deniers.»
-
-LE SAINT.
-
- Ma sœur,
- 2610 tu es malade.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Chaque jour
- mes tempes sont prises par une
- fièvre nouvelle. Est-ce une honte,
- si ma vie brûle pour l'amour
- de l'Amour?
-
-LE SAINT.
-
- Tes yeux sont fardés,
- 2615 tes ongles sont peints.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES
-
- Ah, seigneur,
- j'effacerai, j'effacerai
- tout cela. Mais ne fut-il pas
- un Ange, Azaël, qui montra
- l'antimoine et le fard pour teindre
- 2620 les paupières? L'un de ces Anges
- qui choisirent des filles d'hommes
- et se souillèrent avec elles...
- Et il n'y aura plus de paix
- ni plus de pardon pour des veines
- 2625 qui charrient un sang si mêlé.
- Et j'ai entendu les reproches.
- Et j'ai vécu dans mon sommeil
- ce que je dis avec ma langue
- de chair. J'ai vu les sept planètes
- 2630 enchaînées, les astres qui ont
- transgressé le commandement
- de la Lumière à leur lever...
- Cela me revient de très loin.
- J'effacerai, j'effacerai
- 2635 par mes pleurs le fard de mes yeux.
-
-Ici elle s'arrête et semble se figer. Puis, d'un accent si étrange que
-tous les cœurs en tremblent, elle prononce les paroles qui font présente
-sa vision.
-
- Il était couché sur le lit
- bas, du côté de la fenêtre.
- Les ombres croisées du grillage
- tombaient sur Sa robe rayée.
- 2640 Lazare trempait un morceau
- de pain dans des herbes amères,
- mais sans le porter à sa bouche
- qui gardait le goût de la mort...
-
-Ici Sébastien se rapproche d'elle et la regarde de près. Il parle bas,
-comme s'il craignait de la réveiller.
-
-LE SAINT.
-
- Un Esprit l'habite. Un Esprit
- 2645 en elle parle. On sent partir
- d'elle la chaleur de sa fièvre
- comme une vertu. Qu'on l'écoute
- en silence.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Il était dans l'ombre
- de la mort, déjà solitaire.
- 2650 Bien qu'il y eut quelques doux fruits,
- Il flairait l'odeur de la terre
- et le remugle de la nuit
- dans la chevelure trop sombre
- de Lazare. Et j'étais sans voix;
- 2655 car j'avais découvert la croix
- que sur Son front la ride droite
- faisait avec les deux sourcils.
- Et mes yeux s'étaient obscurcis
- dans le fard des paupières. Moite
- 2660 j'étais et froide, dans ma fièvre,
- tour à tour comme dans l'écume
- et dans la cendre. Entre mes lèvres
- blêmes j'avais Son amertume
- et ma soif. Et, bien que mon sang
- 2665 dans mes tempes et dans ma gorge
- fût comme un tonnerre incessant,
- j'entendais le bruit de la meule
- en moi-même, comme si seule
- mon âme vive, et non cette orge,
- 2670 était broyée par le granit.
- «Je n'entends plus cette hirondelle,
- Marthe, qui avait fait son nid
- dans la chambre haute.» Ombre d'ailes,
- ombre d'ailes sur Ses mains pures!
- 2675 Je respirai les fleurs futures
- dans Sa voix. Mais Il regardait
- toujours Lazare, Il regardait
- toujours l'homme vivant et mort,
- cet œil morne sous la paupière
- 2680 jaune. Comme devant la pierre,
- soudain «Lazare, viens dehors!»
- Il cria de nouveau, tout pâle,
- devant la face sépulcrale
- courbée sur le triste repas.
- 2685 Lazare ne répondit pas,
- mais se retourna dans sa place.
-
- Et ils pleurèrent, face à face.
-
-Tous à l'entour palpitent, attentifs au souffle de l'Inspirée. La voix
-de Sébastien tremble, dans la profondeur des croyances.
-
-LE SAINT.
-
- O fiévreuse, où les as-tu vues,
- ces choses? Elles ne sont pas
- 2690 dans le Livre. Avec quel Esprit
- as-tu communié? Qui t'a
- donné l'âme qui t'illumine
- à travers ta faiblesse? Es-tu
- revenue du sommeil des siècles
- 2695 morts, dans ton aspect de sibylle
- tournée vers ce qui ne peut pas
- mourir?
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- O Saint, regarde-moi
- bien, regarde-moi de plus près,
- comme on tend les mains pour atteindre.
- 2700 Je suis le but qui est frappé
- et je suis le trait qui le frappe.
- Je sais des choses. J'ai appris
- des mystères. Et je connais
- ma faiblesse. Ils tremblaient d'effroi.
- 2705 Et Il leur dit: «Ne craignez rien,
- c'est moi. N'avez-vous pas connu
- votre faiblesse, maintenant?».
- A Simon Pierre, Il apparut
- sous l'aspect de la flamme; et Pierre
- 2710 s'enfuit. A Jean Il se montra
- sous la forme du cristal blanc,
- car Jean était vierge. A Philippe,
- sous l'aspect de la mer; à Jacques,
- sous l'aspect d'une épée tranchante;
- 2715 à Nathanael, sous l'aspect
- d'une colombe. Sous la forme
- d'un bœuf, à Thomas; à Matthieu,
- d'un enfant candide; à Thaddée,
- d'un épi plein. A Jacques fils
- 2720 d'Alphée, sous l'aspect de l'éclair.
- Hommes, ne demandiez-vous pas
- Ses images?
-
-Elle s'avance très lentement, les deux poignets croisés sur sa poitrine.
-Sébastien parle bas à son affranchi punique.
-
-LE SAINT.
-
- Guddène, apporte
- une torche pour éclairer
- sa face.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Et cet arbre qu'on prit
- 2725 pour crucifier le Sauveur,
- d'où vint-il? Un aigle, un grand aigle
- le déracina du jardin
- sis à l'orée de l'Orient,
- que vit Hénoch fils de Jared.
- 2730 Très haut il monta, de très haut
- le jeta dans Jérusalem.
- Et par cet arbre...
-
-Guddène a arraché l'un des flambeaux plantés dans les poings de la
-muraille; et, se rapprochant, il incline tout à coup la flamme sur le
-front de l'Inspirée, qui sursaute d'une frayeur subite.
-
- Ah, tu reviens,
- Arédrôs, Arédrôs, avec
- ton brandon terrible! Pourquoi
- 2735 reviens-tu? Ne m'as-tu donc pas
- assez profondément brûlé
- la poitrine, jusqu'au sommet
- du cœur? N'as-tu pas fait la place
- assez profonde pour la sainte
- 2740 relique?
-
-Sous la rougeur de la flamme, elle recule éperdument, les bras croisés
-de toute sa force contre sa gorge. Mais l'Archer, la saisissant par les
-poignets, défait la croix de chair et d'os.
-
-LE SAINT.
-
- O possédée, quel nom
- invoques-tu? Quelle est, quelle est
- ta terreur? Je veux que tu parles;
- je veux, je veux que tu me livres
- ton secret.
-
-Il la secoue et l'entraîne, avec une sauvage véhémence, se courbant sur
-la face convulsée qu'éclaire la torche ardente au poing de l'affranchi
-punique. Toute la tourbe, anxieuse et ivre de mystère, est tendue vers
-la lutte sacrée.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- 2745 Ah, laisse-moi! Lâche
- mes poignets! Ne sépare pas
- mes bras de ma gorge! C'est toi,
- je le savais, c'est toi, c'est toi
- l'Ange exilé. Tu me retrouves.
-
-LE SAINT.
-
- 2750 Que caches-tu dans ta poitrine?
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Non, tu ne vas pas ressaisir
- ce que tu as scellé. Je sens
- le clou à travers ta main gauche.
- Ce n'est pas ton heure, Arédrôs.
-
-LE SAINT.
-
- 2755 Je ne suis pas l'Ange exilé.
- Regarde-moi. Je suis l'Archer
- de Dieu. Et le Seigneur m'inspire.
- Ce que tu me caches, c'est Lui
- qui me l'envoie. Si tu résistes,
- 2760 il faut que je te force.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Il faut
- que tu me tues, que tu me cloues
- contre l'arbre, que tu m'arraches
- le cœur avec la chose sainte.
-
-Une angoisse soudaine rompt les coudes au ravisseur. Il desserre la
-prise. L'inconnue croise de nouveau les poignets meurtris.
-
-LE SAINT.
-
- O Christ Seigneur, serait-il vrai?
- 2765 O Seigneur Dieu, serait-il vrai?
- Mon âme défaille, mes os
- se disjoignent, mes yeux se voilent.
- Jésus, la force m'abandonne.
- A mon aide!
-
-La femme est immobile, la tête renversée en arrière, le feu de son âme
-entre ses dents. De nouveau, il la saisit.
-
- Ah, tu es brûlante
- 2770 comme le fer rougi. Dis-moi,
- créature de Dieu, dis-moi:
- serait-il vrai ce que ces hommes,
- ont cru entendre de ta bouche
- en feu?
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Toute ma honte, toute
- 2775 ma honte se transfigura,
- blanche, en un miracle d'amour.
-
-LE SAINT.
-
- Réponds! Tu l'as sur toi? Réponds!
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Car ma bouche avait retrouvé
- l'éponge aride mais encore
- 2780 toute amère de myrrhe; et cette
- éponge était encore au bout
- du roseau qui avait frappé
- la tête sainte.
-
-LE SAINT.
-
- Tu cherchais
- au pied de la Croix...
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- J'étais seule,
- 2785 j'étais seule. Ils étaient partis,
- tous. Pierre l'avait renié.
- Jacques d'Alphée s'était caché
- dans la ravine du Cédron;
- Philippe et Matthieu, dans la ville,
- 2790 pour sortir la nuit en secret;
- Barthélemi, avec Rakub
- le fils de sa sœur, et Didyme
- s'étaient éloignés sur un char.
- André avait fui par la porte
- 2795 du Fumier... J'étais revenue,
- seule. J'avais laissé mourante,
- près du suaire, Bérénice
- la femme guérie de la source
- de sang...
-
-LE SAINT.
-
- Le linceul, le linceul!
- 2800 Tu vis Joseph d'Arimathie
- et Nicodème envelopper
- le Corps...
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES
-
- C'était du lin d'Égypte
- léger comme du bysse.
-
-LE SAINT.
-
- Ici,
- dans ta poitrine, tu le caches!
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- 2805 Laisse-moi, laisse-moi, si tu
- n'es pas l'Ange!
-
-LE SAINT.
-
- Frères, mes frères,
- je le vois à travers la pourpre
- resplendir.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Mais quelles mains d'homme
- pourraient y toucher?
-
-LE SAINT.
-
- Seigneur Dieu!
-
-Envahi par la terreur sacrée, il lâche pour la seconde fois les poignets
-de la créature pantelante. Il tremble de tout son corps et vacille,
-devant la certitude redoutable. Effrayée, enivrée, la tourbe couve de
-tous ses yeux l'étrange larve de pourpre qui renferme la révélation. Au
-pied des cippes, les gardiennes des feux éteints écoutent, se traînant
-sur les genoux, de toute la longueur des chaînes.
-
- 2810 Et tu le portes sur ta chair
- moite de fièvre!
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Je ne suis qu'une plaie divine.
- Et Galaad n'a pas de baume
- pour moi qui L'oignis. Ma poitrine
- 2815 est au Seigneur, comme ta paume.
-
- J'étais près du sépulcre cave.
- Le Vigilant vint dans la nuit.
- C'était l'un des Anges esclaves.
- Je ne tremblais pas devant lui.
- 2820 Je n'étanchais pas mes pleurs. Toutes
- les eaux du monde étaient amères
- de moi. La vie semblait dissoute
- dans les fleuves de mes paupières.
- Les étoiles des cieux tremblants
- 2825 venaient s'éteindre à ma figure.
- Ma douleur était la ceinture
- du monde, comme l'Océan.
-
- Or les lins gisaient sur le sable.
- Et l'Ange dit: «Je te salue,
- 2830 ô Pleureuse. Tu es élue:
- car ta source est inépuisable.
- Pour garder ce qui de Lui reste
- ici, tu es élue. J'atteste
- le Dieu qui m'exile et me lie
- 2835 dans tous les liens de la terre
- pour tous les âges.» Sa folie
- le tachait comme une panthère
- aux taches de feu. «Mais n'espère
- pas de pitié.» Contre la roche
- 2840 funèbre j'étais accroupie,
- sans parole. «Il faut que j'expie
- tes larmes!» Il était tout proche.
- Et le brandon des incendies
- flamboyait très haut dans son poing.
- 2845 Il m'atterra. «J'atteste l'Oint
- que tu es impure.» Raidie
- de tous mes os, de tous mes nerfs,
- j'attendais et mon châtiment
- et ma gloire. Ses doigts de fer
- 2850 découvrirent alors ma gorge
- drue, comme les doigts d'un amant
- qui veut, d'un bourreau qui égorge.
- Et j'attendais. «O fille d'homme,
- cria-t-il «je te mortifie,
- 2855 te purifie, te glorifie,
- avec le brandon de Sodome.»
- Et le Déchu, qui par la faute
- connaissait la douceur des seins
- pâles, me marqua de son seing,
- 2860 brûlant ma chair jusques aux côtes.
-
- Je ne criai ni ne mordis.
- Quand le feu toucha le sommet
- de mon cœur, seul mon cœur bondit
- vers le feu. Muette, immobile,
- 2865 respirant l'horrible fumet,
- j'attendais. Et il dit: «Jubile;
- car la chose sainte a son lieu.
- Et tu auras le diadème
- royal, la pourpre de Sidon,
- 2870 et ta fièvre.» Il prit le sindon
- vide où Joseph et Nicodème
- avaient posé le Fils de Dieu.
- Il le plia sur ma poitrine.
- Et il dit: «Tu le garderas».
-
- 2875 Hommes, sous la croix de mes bras,
- je ne suis qu'une plaie divine.
-
-Elle se consacre. Elle semble avoir parlé par sa plaie même, comme par
-une bouche plus vive et plus profonde. Encore une fois la mélodie du
-saint combat a frappé les fronts, a percé les cœurs des néophytes.
-Guddène, qui derrière la révélatrice tenait le flambeau soulevé,
-maintenant le renverse et l'étouffe.
-
-Sébastien grandit dans la prière. Et quand il s'agenouille, il semble
-qu'il s'exhausse.
-
-LE SAINT.
-
- Messagère inconnue, créée
- ou non créée, que tu sois faite
- de tes fièvres ou de tes larmes,
- 2880 que tu portes en toi des forces
- qui te sauvent ou qui te damnent,
- larve de ce qui fut ou songe
- de ce qui jamais ne put être,
- je ne veux pas te conjurer
- 2885 et je ne veux pas te connaître.
- Dans ton mystère je ne vois
- qu'une seule chose, une seule,
- hors de ton souffle et de ta pourpre:
- le sein terrible de la Foi.
- 2890 Je te salue. Je me prosterne.
- J'atteste mon Espoir, j'atteste
- l'éternel Amour. Par le sang
- qui teint, par la larme qui lave,
- et par toutes ces âmes libres
- 2895 et par tous ces hommes esclaves,
- à genoux je te prie. Descelle
- la croix de tes bras et révèle
- les empreintes du Divin Corps.
-
-Ici, elle ouvre les bras, admirable.
-
-LA FILLE MALADE DES FIEVRES.
-
- Voici ma vie. Voici ma mort.
-
-Et de ses doigts elle écarte les plis de la pourpre sur sa poitrine, se
-couvrant d'une pâleur mortelle.
-
-Tandis que Sébastien se lève et s'approche, toute la tourbe, d'un
-mouvement irrésistible, entoure les deux personnes sacrées. On n'entend
-que la pesante haleine de l'angoisse, La vaste voûte est pleine d'ombre.
-La face du Soleil et la face de la Lune reluisent sur les vantaux
-d'airain. Les sept Voyantes se tiennent debout, avec toutes leurs
-chaînes tendues par l'anxiété de leurs âmes nouvelles. Et il semble que
-les assaille la puissance du Roi annoncé par leurs chants et par leurs
-charmes.
-
- _«Il monte. Son front est la place
- de la lumière, qu'Il accroît.
- Un nouveau Signe est dans l'espace»_
-
-La tourbe s'allonge, entre l'une et l'autre issues, avec un frémissement
-d'horreur sainte. Et, comme les échines des esclaves se courbent et que
-les genoux des zélateurs se plient, on aperçoit le Saint et l'Inspirée
-dans l'acte de dérouler et d'étendre le long Linceul du Christ. Eux
-aussi, ils s'agenouillent, chacun tenant par les deux mains le bord
-extrême. Et une lueur mystique éclaire tous les fronts penchés; parce
-que, des empreintes laissées par les membres sanglants et par les
-aromates funéraires, les deux images du Corps divin se forment peu à peu
-et s'avivent en lignes et en saillies de lumière. On entend de sourds
-gémissements, des sanglots étouffés, qui entrecoupent les paroles
-alternes, dites par l'âme de souffle plus que par la langue de chair.
-
-LA SAINTE.
-
-Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.
-
- 2900 Voyez Son corps ensanglanté,
- voyez l'horreur de Son supplice!
-
-LE SAINT.
-
- Voyez la plaie de Son côté,
- le sang qui coule sur Sa cuisse,
-
-LA SAINTE.
-
- Voyez les traces des fléaux
- 2905 armés de plombs sur Son échine.
-
-LE SAINT.
-
- Voyez sur Son front les grumeaux,
- là où mordirent les épines.
-
-LA SAINTE.
-
- Voyez Ses cheveux sur Son cou,
- mouillés par la sueur sanglante.
-
-LE SAINT.
-
- 2910 Voyez la blessure du clou
- qui Lui transperça les deux plantes.
-
-LA SAINTE.
-
- Voyez sur l'épaule de l'Oint
- marqué le poids de l'arbre infâme.
-
-LE SAINT.
-
- Voyez sur l'œil le coup de poing
- 2915 dont le valet scella son blâme.
-
-LA SAINTE.
-
- Hélas, Temple de la sublime
- Tristesse, où la Honte a craché!
-
-LE SAINT.
-
- Hélas, pleurez, pleurez vos crimes!
- Il est meurtri par nos péchés.
-
-LA SAINTE.
-
- 2920 Dieu, rends-nous pareils à ton corps!
-
-LE SAINT.
-
- Dieu, retrempe-nous dans la mort!
-
-LA SAINTE.
-
- Amour, que je sois assouvie!
- Seigneur Amour, voici ma vie.
-
-Elle défaille, elle se renverse et tombe, dans un grand soupir.
-
-Et soudain, la porte étant encore close, un chant se lève au delà du
-seuil infranchissable. Ce n'est plus le chant d'Erigone, la mélodie de
-la Vierge fille d'Icare «qui volait parmi les étoiles du Lion, portant
-son Épi d'or et ses larmes.» C'est le chant ineffable de la Vierge sans
-tache, de la Tige de Jessé, de la Mère du Sauveur.
-
-VOX CŒLESTIS.
-
- Qui pleure mon Enfant si doux,
- 2925 mon Lys fleuri dans la chair pure?
- Il est tout clair sur mes genoux,
- Il est sans tache et sans blessure.
- Voyez. Et dans ma chevelure
- tous les astres louent Sa clarté.
- 2930 Il éclaire de Sa figure
- ma tristesse et la nuit d'été.
-
-On entend, tout à coup, tomber les chaînes qui enchaînaient aux cippes
-les sept magiciennes planétaires. Les vantaux de la porte d'airain
-s'entr'ouvrent, laissant échapper une lumière éblouissante. Hassub,
-Jardane, Ilah et Phéroras montent les degrés aux sept couleurs et
-poussent les vastes vantaux qui sur leurs gonds résonnent comme une
-multitude de cymbales et de sistres. Dans une lumière éblouissante, la
-Chambre magique apparaît, avec tous ses signes, tous ses cercles, tous
-ses orbes, comme le simulacre fabuleux du nouveau Firmament et de
-l'antique Éther. Le Zodiaque tourne à la rencontre des planètes, chargé
-d'animaux, de monstres et de jeunesses. Le Bélier aux cornes torses est
-accroupi, morose, le mufle vers l'Occident; et le Taureau, tronqué à
-mi-corps, le front bas, semble lui être soudé, à la façon de ceux
-géminés de la Perse. Les Gémeaux imberbes, le couple fraternel des
-enfants du Cygne, sont assis ensemble, les pieds en avant, chaussés de
-hauts brodequins aux courroies entrelacées; et Pollux se détourne du
-Cancer à la carapace énorme, qui dans le marais de Lerne mordit l'orteil
-d'Hercule. Le Lion, celui que l'Alcide étouffa entre ses coudes à Némée,
-s'avance farouche, dans le sens du mouvement diurne. Le Scorpion, celui
-qu'Artémis envoya contre le chasseur fils de Neptune, ouvre ses serres
-cruelles vers la Balance qui penche. Le Sagittaire, déployant à son
-épaule d'homme sa nébride comme une aile, tend son arc grec et se cabre
-sur ses jarrets de cheval. Le Verseau gracieux, semblable à l'échanson
-Ganymède, se détourne du Capricorne à la queue trifide et renverse
-l'urne pleine, du côté des Poissons.
-
-Mais ce n'est plus Samas qui conduit les planètes et domine tous les
-domaines bleus. On aperçoit dans l'éblouissement les pieds divins de la
-Vierge mère du Sauveur posés sur le croissant de la Lune, et les bords
-étoilés de son manteau d'azur.
-
-On n'entend pas résonner la lyre heptacorde des Sphères accompagnant la
-Voix céleste; mais on se perd dans l'harmonie des myriades, dans le
-chœur infini des rayons. La lumière est nativité, béatitude et musique.
-
-Ravi par la Voix, comme dans un songe sans commencement et sans fin, le
-Saint monte les degrés, franchit le seuil; et, la tête renversée, les
-yeux levés vers le Croissant, s'abîme dans l'extase circulaire.
-
-Alors Jardane, Hyale et Phœnisse soulèvent le corps inerte de la
-créature errante qui garda dans la plaie inguérissable de sa poitrine la
-relique du Christ ressuscité: Atreneste par les épaules, Hyale par les
-pieds, Phœnisse par la ceinture, à la façon des Anges quand ils
-transportent dans les airs les dépouilles des jeunes Martyres. Et elles
-montent les sept degrés, avec leur mystique fardeau. Puis, inclinant
-leurs mitres qui flamboient, elles déposent sur le seuil de bronze la
-Fiévreuse couverte de pourpre et ceinte du bandeau royal.
-
-
-EXPLICIT
-
-SANCTAE SINDONIS INVENTIO.
-
-
-
-
-_LA TROISIEME MANSION_
-
-LE CONCILE
-
-DES FAUX DIEUX
-
-
-
-
-LES PERSONNAGES.
-
-
-LE SAINT.
-
-L'EMPEREUR.
-
-LES FEMMES DE BYBLOS.
-
-LES CITHAREDES.
-
-EURYALE.
-
-NICANOR.
-
-LES ORPHIQUES.
-
-LA TOURBE DES PRETRES, DES SACRIFICATEURS, DES VICTIMAIRES, DES AUGURES,
-DES MAGES, DES DEVINS, DES ASTROLOGUES, DES GRAMMAIRIENS, DES EUNUQUES.
-
-LES ARCHERS ASIATIQUES.
-
-LES ESCLAVES DE COULEURS DIVERSES
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
-VOX SOLA.
-
-
-
-
-On aperçoit le vaste laraire de l'Auguste, formé d'une salle pentagonale
-dent une paroi se creuse comme une sorte d'abside à la voûte lisse
-profondément dorée.
-
-Au centre du plafond à lacunars bleus, une ouverture circulaire qui se
-ferme au moyen d'un bouclier rond comme ceux des Curètes, manœuvré par
-des chaînes, laisse échapper la fumée des aromates. Les autres parois
-sont revêtues de planches d'ivoire versatiles, qui recouvrent les niches
-où sont cachées les théogonies sublimes et les conjonctions ineffables.
-Dans l'hémicycle, la multitude multiforme des dieux se dresse comme une
-cohorte exsangue en rangs serrés, faite de marbres, de métaux, de bois,
-d'argiles, de pierres fulgurales, de pâtes inconnues. Aux douze grands
-dieux de Rome, aux mille petits dieux latins des demeures, des
-carrefours, des étuves, des vergers, des celliers, des champs, des
-ports, des navires, et de tous les actes, de tous les aspects, de tous
-les instruments de la vie, et de tous les rites et de tous les mystères
-de la mort, des funérailles, de la sépulture, se mêlent les déités
-énormes des Ptolémées et des Achéménides, les Baals ardents de Syrie,
-les idoles raides à oreilles pointues, à bec, à museau, les sphinx, les
-apis, les cynocéphales transportés de la vallée du Nil par les Empereurs
-superstitieux, les Couples et les Triades farouches venus d'outre-mer
-avec les esclaves, les courtisanes, les marchands et les soldats.
-
-On découvre l'Ephésienne toute noire, hérissée de mamelles, avec l'éclat
-blanc de l'émail dans ses orbites, avec des lions sur ses épaules et des
-abeilles au pied de la gaine qui lui serre les jambes comme l'écorce
-d'un tronc enraciné. La Grande Mère de l'Ida couronnée de tours est
-assise, non sur son char, mais sur le navire qui remémore sa navigation
-triomphale à la bouche du Tibre. Le Zeus solaire de Doliché, qu'une
-tribu de forgerons créa des étincelles du fer rouge, debout sur un
-taureau, armé de la hache à double tranchant, porte l'armure du
-légionnaire romain.
-
-Mâ, la Bellone cappadocienne, abreuvée de sang dans les gorges du Taurus
-et sur les bords de l'Iris, rapportée comme un butin sacré par Sylla
-vainqueur de Mithridate, est couverte de taches rougeâtres, telle
-qu'elle apparut en songe au Dictateur. Isis aux cornes de vache, en robe
-de bysse, allaite l'enfant Horus sur ses genoux rigides; et entre les
-deux cornes une plaque ronde en forme de miroir imite la Lune. Un haut
-boisseau ombrage la chevelure massive d'Osiris. Mithra, le Médiateur, le
-seul, le chaste, le saint, que premièrement connurent les trirèmes de
-Pompée en guerre contre les pirates ciliciens, enfonce le couteau dans
-le poumon de la victime abattue.
-
-Et voilà Dusarès, venu du fond de l'Arabie; et Daltis, venu de
-l'Osrhoène au delà de l'Euphrate; et Balmarcodès, le Seigneur des
-danses, venu de Béryte; et Marnas de Gaza, le Maître des pluies; et
-Maïoumas, qui souffle le parfum du printemps oriental dans la fête
-nautique sur le rivage d'Ostie.
-
-Voilà Aziz, le «dieu fort» semblable au sidéral Lucifer fils de
-l'Aurore; et Malakbel, le «messager du Seigneur»; et le Hadad révéré par
-Antonin le Pieux; et ce Bêl, un dieu de Babylone, émigré à Palmyre,
-qu'Aurélien emmena à Rome avec la reine merveilleuse pour orner de l'une
-son triomphe et pour faire de l'autre le protecteur de ses légions.
-
-Voilà toutes les déités d'outre-mer, les Agitateurs et les Consolateurs
-d'Asie; qui savent la mort et la résurrection, les baptêmes et les
-pénitences, les promesses et les commandements, et la vie nouvelle et la
-vie éternelle, et l'ébriété de la douleur et la puissance du sang versé,
-et les liturgies des semaines saintes à l'équinoxe du printemps. Les
-esclaves chrétiens dans leur cœur anxieux reconnaissent la Colombe
-eucharistique auprès de l'Astarté infâme, et le saint Poisson auprès de
-l'Atargatis de Bambyce emportée par des prisonniers de guerre vendus à
-l'encan.
-
-Devant la multitude divine, des supports en bronze soutiennent
-l'Horoscope de l'Empereur, figuré sur un grand bas-relief représentant
-une conjonction de planètes dans le Lion. On y voit l'ordre des
-luminaires disposé sur les membres de l'animal, la Lune en croissant sur
-le poitrail, et sur le champ les trois planètes qui doivent leur force à
-leur chaleur, ainsi nommées: Πυρόεις Ἡρακλέους, Στίλβων Ἀπόλλωνος,
-Φαέθων Διός. Le long des parois lambrissées d'ivoire poli, une tourbe de
-prêtres, de sacrificateurs, de victimaires, de mages, de devins,
-d'astrologues, de grammairiens, d'eunuques se presse en silence, les
-yeux tournés vers le César. Il y a des Galles à la tunique blanche
-bordée de rouge, castrats aux joues fardées, aux cheveux nattés, aux
-yeux peints. Il y a des Isiaques en robe de bysse éclatante, avec des
-chaussures en feuilles de palmier, la tête rase et le haut du crâne plus
-luisant que les plaques d'ivoire. Il y en a d'autres vêtus de l'étole
-olympiaque peinte d'animaux de toutes sortes, avec des griffons sur les
-épaules et un diadème végétal en forme de rayons. Des pastophores
-soutiennent sur leurs bras des chapelles sacrées; des dadophores portent
-des torches; des hymnodes ont la flûte traversière avançant du côté de
-l'oreille droite; des ornatrices, chargées d'habiller les statues
-divines, ont entre leurs mains les ustensiles de la toilette. Un prêtre
-est chargé du poids des deux autels appelés «les secours»; un autre
-soulève un bras gauche à la paume ouverte; un autre, un van d'or plein
-d'aromates; un autre, un vase arrondi en forme de mamelle pour les
-libations de lait; un autre, l'urne au long bec et à l'anse ample où
-s'enroule l'aspic dressant sa tête écailleuse et son cou gonflé: l'urne
-inimitable qui contient l'eau sainte du Nil. Tous ils regardent
-l'Empereur.
-
-Derrière le siège du Tout-Puissant, neuf citharèdes grecs et le
-conducteur Euryale, debout, attendent le signal, tous en une seule ligne
-comme les colonnes doriques d'un propylée, les plis droits de leurs
-chitons étant pareils aux cannelures. Puisque les bras recourbés des
-grands heptacordes surmontent les figures et les guirlandes, chaque
-musicien ressemble à la tisseuse devant le métier vertical où sont
-tendus les fils de la chaîne. Tous ainsi, à travers les sept nerfs, ils
-regardent l'Empereur.
-
-Et il y a des Mithriastes, des Adoniastes, des Orphiques. Il y a
-beaucoup d'esclaves syriens, bruns et huilés comme les olives mûres pour
-le pressoir. Il y a des femmes d'Antioche, de Byblos; des archers de
-Tyr, d'Emèse, de Damas, de la Mésopotamie, de la Commagène, de l'Iturée:
-l'odeur même du sachet de myrrhe chauffé entre les mamelles stériles;
-l'odeur des arbustes roux qui craquent et fument à la lisière du Désert
-foulé par le désespoir de la princesse incestueuse; l'odeur du Liban
-rayé par les gommes coulantes, par les larmes de la veuve divine et par
-les eaux rouges du sang d'Adonis. Le désir de l'aridité lointaine,
-l'attente obscure d'une réapparition mystique, le souffle chaud de
-l'infatigable Astoreth semblent les troubler. Et tous, avec des yeux
-sombres, ils regardent l'Empereur.
-
-Le Maître est assis sur le siège insigne, au très haut dossier orné de
-deux Victoires d'or. Sébastien se tient debout, devant lui, muet.
-
-Et les grandes acclamations rythmées se suivent, prononcées à l'unisson
-par tous les assistants.
-
-TOUTES LES VOIX.
-
- --César Auguste, que les dieux
- te conservent!
- --César Auguste,
- Empereur très saint, que les dieux
- 2935 te gardent éternellement!
- --Que de toutes nos vies les dieux
- augmentent ta vie!
- --Bienheureux,
- bienheureux, sois toujours vainqueur,
- sois triomphateur à jamais!
- 2940 --Tu es le plus grand, le plus fort,
- le plus saint!
- --Puissions-nous mirer
- ta face pour notre bonheur
- éternel!
- --Puissions-nous entendre
- ta parole pour notre joie
- 2945 sans terme!
- --Mais délivre-nous
- des chrétiens, ô César Auguste!
- --Empereur, mais délivre-nous
- des chrétiens!
- --Très saint Empereur,
- mais délivre-nous des chrétiens!
- 2950 --Venge nos dieux!
- --Venge nos feux!
- --Venge nos temples!
-
-L'EMPEREUR.
-
- Salut, beau jeune homme! Salut,
- sagittaire à la chevelure
- d'hyacinthe! Je te salue,
- 2955 chef de la cohorte d'Emèse,
- qu'Apollon aime, en qui le dieu
- Porte-Lumière s'est complu!
- Par mon laurier, Sébastien,
- je t'aime aussi. Je veux, avant
- 2960 que tu ne parles, qu'on t'acclame.
- Je veux qu'on t'acclame. Vous tous
- à la louange infatigable,
- criez en rythme: «Que les dieux
- justes conservent ta beauté
- 2965 pour l'Empereur, Sébastien!»
- Criez en rythme.
-
-TOUTES LES VOIX.
-
- Que les dieux
- justes conservent ta beauté
- pour l'Empereur, Sébastien!
-
-Ici l'Archer se voile de sa chlamyde.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Tu te voiles de ta chlamyde!
- 2970 Tu te voiles comme la vierge
- qu'on outrage ou celle qu'on va
- égorger. Or je ne veux pas
- t'égorger. Découvre ta tête!
-
-Ici l'Archer se découvre.
-
- Je veux te couronner, devant
- 2975 tous les dieux.
-
-LE SAINT.
-
- César, j'ai déjà
- ma couronne.
-
-L'EMPEREUR.
-
- On ne la voit pas.
-
-LE SAINT.
-
- Tu ne peux pas la voir, Auguste,
- bien que tu aies des yeux de lynx.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Et pourquoi?
-
-LE SAINT.
-
- Parce qu'il faut d'autres
- 2980 yeux, armés d'une autre vertu,
-
-L'EMPEREUR.
-
- Où sont-ils les magiciens
- qui t'aident dans tes artifices
- et qui t'enseignent tes prestiges?
-
-LE SAINT.
-
- Je n'ai d'autre art que la prière.
-
-L'EMPEREUR.
-
- 2985 Est-il vrai que tu as dansé
- sur des charbons ardents?
-
-LE SAINT.
-
- César,
- non: sur une jonchée de lys.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Quand tu florissais dans ta grâce,
- je m'en souviens, tu dansais mieux
- 2990 que tout autre entre des épées
- nues. Parfois on lançait des flèches
- sous tes pieds bondissants. Aucune
- ne t'atteignit.
-
-LE SAINT.
-
- Je ne crains pas
- le fer.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Tu étais le Seigneur
- 2995 des danses venu de Béryte
- marine!
-
-Il le contemple, et il songe.
-
- Est-il vrai qu'au solstice
- tu as blessé le ciel?
-
-LE SAINT.
-
- Le ciel
- m'a blessé.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Femmes de Byblos,
- Mais fut-ce au solstice d'été,
- 3000 ou à l'équinoxe d'automne,
- que le dur sanglier blessa
- Adonis? Ne ressemble-t-il
- pas, cet archer, à votre jeune
- dieu, femmes?
-
-Les Syriennes répondent ensemble, d'une voix douce et voilée.
-
-LES FEMMES DE BYBLOS.
-
- Il est beau, César.
-
-L'EMPEREUR.
-
- 3005 Je ne crois pas, je ne veux pas
- croire aux délits dont on t'accuse,
- chef de ma cohorte légère.
- Tu es trop beau. Et il est juste
- qu'on te couronne, devant tous
- 3010 les dieux. Je ne veux pas savoir
- si tu fais des rêves. Je t'aime.
- Tu m'es cher. Dis: ne t'ai-je pas
- comblé d'honneurs, de bénéfices,
- d'ornements, d'heures glorieuses
- 3015 et de belles armes? Tu mènes
- mes archers d'Emèse, plus sveltes
- et plus dorés que ceux qui vinrent
- avec Elagabale aux cils
- peints, suivant le char de la Pierre
- 3020 noire traîné par les panthères
- odoriférantes. Ils sont
- les sagittaires du Soleil,
- qui est le seigneur de l'Empire.
- Comme nerfs à leurs arcs, ils ont
- 3025 des cordes de cithare; ils portent
- des rayons dans leurs longs carquois.
- Tu les mènes. Je t'ai donné
- mes plus belles Aigles. Je t'ai
- envoyé tuer des Barbares
- 3030 sur le Danube. Tu as eu
- des combats et des jeux. Toujours
- j'ai tourné vers toi le plus clair
- de mes visages.
-
-LE SAINT.
-
- Oui, tu m'as été libéral,
- 3035 seigneur.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Je ne veux pas savoir
- si tu fais des rêves étranges
- autour d'un roi de Saturnales,
- d'un esclave en tunique rouge,
- monarque d'un jour, qu'on immole
- 3040 sur l'autel de Saturne. Si
- je te nomme l'Enfant aux rêves,
- ce n'est pas pour t'égorger.
-
-Ici il quitte son siège; il marche vers le Jeune Homme; il le touche de
-sa main à l'épaule.
-
- Vois.
- J'ai là tous mes dieux.
-
-Il pousse un peu le Jeune Homme, le force à se retourner vers l'abside
-et à regarder la multitude des idoles.
-
- Vois. Regarde.
- Dans tous les marbres, les métaux,
- 3045 les bois, les argiles, les verres,
- et dans les pierres fulgurales
- qui sont les messages des nues,
- et dans les pâtes inconnues
- semblables aux ambres, aux nacres,
- 3050 aux labyrinthes les plus vains
- de la mer, j'ai les simulacres
- de tous les dieux; car le Divin,
- s'il rompt les peuples et les damne
- au carnage, au ban, à l'encan,
- 3055 s'il ceint les rois de son carcan,
- Antipater ou Epiphane,
- s'il pille les temples, profane
- les vases, défonce les vans,
- il redresse les Immortels
- 3060 d'entre les colonnes brisées,
- allumant de nouveaux autels
- au feu des villes embrasées.
-
-Il presse encore de sa main puissante l'épaule du Jeune Homme.
-
- Vois. Regarde la multitude
- des Formes, la forêt des Forces,
- 3065 Choisis. Il y en a de rudes
- comme les souches, les écorces,
- les racines. Il y en a
- de flexibles comme les feuilles,
- les fleurs, les tiges; car les fleurs
- 3070 les plus belles sont nées de leurs
- joies, de leurs tristesses, de leurs
- vengeances. Et Coré les cueille
- toujours dans la plaine d'Enna.
- Tu peux choisir pour ton offrande
- 3075 un dieu farouche, une déesse
- molle, du sang, du miel. Qu'on tresse
- d'anémone et de laurier-rose,
- sans bandelettes, deux guirlandes.
- Je veux ceindre l'Enfant morose
- 3080 et me ceindre avec lui.
-
-LE SAINT.
-
- César,
- sache que j'ai choisi mon dieu.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Le Soleil? Et je te ferai
- pontife du Soleil, au temple
- du Quirinal. J'ajouterai
- 3085 d'autres dépouilles aux dépouilles
- de Palmyre.
-
-LE SAINT.
-
- Celui, celui
- que tu nommes l'esclave rouge,
- le monarque d'un jour, le roi
- sanglant, je l'ai choisi de toute
- 3090 mon âme, au delà de mon âme.
-
-La colère de l'Auguste, mêlée de raillerie, est stridente comme un feu
-sous la grêle.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Il veut du sang, il veut du sang,
- cet éphèbe pâle, du sang,
- des souffrances et des ténèbres!
- Nous en avons, nous en avons.
- 3095 J'ai des dieux qu'on remplit de sang
- noir jusqu'à la couronne, comme
- on remplit de vin les amphores
- jusqu'au bord. Sur le Palatin
- et ici, j'ai des Phrygiens
- 3100 qui ululent, qui se flagellent
- avec des lanières armées
- de plombs, qui s'entaillent les bras
- à grands coups de glaive et de hache,
- qui s'évirent avec des pierres
- 3105 tranchantes, et même qui boivent
- la liqueur chaude longuement.
- En veux-tu? Qu'on l'initie donc
- au taurobole! Qu'on le couche
- dans la fosse, sous le plancher
- 3110 à mille fentes; qu'on égorge
- au-dessus de lui le taureau;
- et qu'il reçoive la rosée
- vermeille, jusqu'à la dernière
- goutte, sur tout son corps impur,
- 3115 comme le myste de Cybèle.
- Et tu seras rassasié!
-
-LE SAINT.
-
- Rassasie de cette souillure
- tous ces prêtres aux tambourins.
- Fais-les crier comme Thyades
- 3120 qui bondissent sur les collines
- déchirant leurs propres enfants!
- Je ne veux pas de ton bétail
- ni de tes bouchers, Empereur.
- Sur mon corps impur j'ai reçu
- 3125 un autre baptême: un baptême
- de rayons.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Le dieu rayonnant
- est un seul: Apollon Soleil!
-
-LE SAINT.
-
- Il est éteint comme un tison
- qu'on a plongé dans l'eau lustrale.
- 3130 Seul le Christ rayonne, l'Unique!
- Il régit dans sa main la force
- du ciel creux, comme le marin
- serre l'écoute de la voile.
- Entre vous et le jour, Il est.
- 3135 Entre vous et le soleil mort,
- Il est, Unique.
-
-Dans l'emportement de la fureur, l'Auguste se tourne vers les joueurs de
-lyre, invoque le coryphée, dominant de son tonnerre le tumulte des
-prêtres.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Cithares, cithares, cithares,
- faites la lumière, aveuglez
- l'impie! Euryale, Euryale,
- 3140 entonne l'hymne!
-
-Il marche vers son siège; et il se rassied, dans l'attitude de
-l'Olympien, dont il a joint le nom à son nom.
-
-LES CITHAREDES.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
- Paian, Lyre-d'or, Arc-d'argent,
- Seigneur de Délos et de Sminthe,
- beau Roi chevelu de lumière,
- ô Apollon...
-
-Telle une bande de lumière soudaine vibre à travers les tiges des blés
-et transmue en or glorieux leur sécheresse, tel le premier rayonnement
-de l'Ode semble parcourir la longue ordonnance des cithares et enflammer
-d'un même éclair toutes les cordes.
-
-LE SAINT.
-
- 3145 Cessez!
-
-D'un signe, il a interrompu les chanteurs qui renversaient la tête pour
-invoquer le nom du prophète delphien.
-
- Cessez, ô citharèdes
- d'un démon qui n'a plus de char,
- ni plus de traits, ni plus de nerfs
- à la lyre et à l'arc, ni plus
- de diadème sur la honte
- 3150 de son front. Silence! Silence!
-
-Une sorte d'annonciation mélodieuse, légère comme un murmure d'abeilles,
-semble se répandre dans le pentagone d'ivoire. L'Empereur assis, appuyé
-sur le coude, regarde le Jeune Homme, assemblant la stupeur et la fureur
-entre ses sourcils froncés.
-
- O vous qui me voyez inerme,
- je suis l'Archer certain du but.
- Je suis l'esclave de l'Amour.
- Je suis le Maître de la Mort.
- 3155 J'ai, d'un signe, étouffé le chant
- dans votre gorge et engourdi
- vos doigts. Écoutez l'autre lyre!
- Je vous adjure, au nom du Christ,
- par l'ombre de la Croix sanglante,
- 3160 par cette ombre qui vous recouvre.
- Vous en avez déjà la bouche
- pleine jusqu'aux poumons, chanteurs,
- vous qui vous haussiez sur l'orteil
- pour mâcher la lumière d'or.
- 3165 Broyez cette ombre.
-
-L'Empereur bondit.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Égorgez-le!
-
-Des sacrificateurs s'élancent comme des bourreaux.
-
- Non. Je veux rire.
- Je cherche des façons nouvelles.
- J'invente des modes nouveaux.
- Le long du palus pestilent
- 3170 où chantent les grenouilles noires,
- ce soir même, tu vas rejoindre
- ton Guérisseur de Galilée.
-
-Il rit; puis il s'emporte.
-
- Mais ne regarde pas ton maître!
- Tu es l'esclave des esclaves.
- 3175 Cache tes yeux peints de nuit bleue.
- Voile du pan de ta chlamyde
- ta pâleur phrygienne.
-
-Le Saint fait l'acte de s'envelopper le visage, comme dans le rite de la
-consécration.
-
- Non.
- Donnez-lui, sacrificateurs,
- une robe blanche, entourez
- 3180 de verveine et de bandelettes
- sa chevelure de joueuse
- de flûte; et qu'il ait pour compagne
- au sacrifice une colombe
- d'Amathonte.
-
-Les ordres du Maître et les mouvements des exécuteurs sont comme les
-éclairs et les foudres. Personne n'hésite ni ne réfléchit. La main
-souveraine semble les saisir comme des armes ou des outils, prêts à
-frapper ou à besogner. Le monosyllabe les arrête, les fige.
-
- Non. Des couronnes,
- 3185 des couronnes et des colliers,
- des couronnes rouges, de lourds
- colliers, des torques de Gaulois,
- des anneaux de soldats sabins,
- les boisseaux d'Annibal remplis
- 3190 de bagues sanglantes, sans nombre,
- sans nombre, pour l'ensevelir
- vivant sous les fleurs et les ors,
- comme Brennus fit de la vierge
- d'Ephèse, comme ces vainqueurs
- 3195 de Naxos firent de la vierge
- Polychrite après le carnage
- nocturne.
-
-Il atténue son emphase menaçante dans la similitude ingénieuse; et il
-regarde de côté ses rhéteurs et ses grammairiens, qui arrondissent la
-bouche et soulèvent les bras pour témoigner à l'Érudit leur
-émerveillement unanime. Il sourit, se rassied et contemple le héros
-imberbe, avec un étrange feu dans ses prunelles aiguës.
-
- Mais comme il est beau!
- Il est trop beau. Je veux qu'il chante,
- qu'il chante son extrême chant,
- 3200 tel le cygne hyperboréen,
- s'il a brisé l'essor de l'hymne
- à la syllabe la plus sainte.
- O Euryale, porte-lui
- la plus vaste de mes cithares,
- 3205 pour qu'après tu puisses clouer
- contre les deux cornes sonores
- le sacrilège ivre de myrrhe.
- C'est ce que je veux. Obéis.
- Que la cithare délienne
- 3210 soit le gibet de cet éphèbe.
- Car il est beau.
-
-Le conducteur du chœur s'avance, soutenant par la caisse une grande
-cithare chryséléphantine, belle et solennelle comme les simulacres
-gardés dans les Trésors des temples. Sept gemmes de couleurs diverses
-sont enchâssées, comme dans des chatons, dans les sept attaches des
-cordes sur la branche transversale en forme de joug; et une pure
-bandelette est attachée au côté droit, comme à la tempe d'une Muse
-vivante. Elle propage, dans son parcours, des ondes nombreuses. Tel le
-cygne fluvial, de sa poitrine gonflée par le même souffle qui ouvre en
-corolle ses ailes, émeut l'eau qui tout autour s'harmonise.
-
-Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.
-
-LE SAINT.
-
- Je suis mon sacrificateur.
- Je vous le dis.
-
-Il prend la cithare, il l'appuie sur sa hanche gauche; et, la tenant par
-l'une des cornes comme une victime, il la mutile avec le petit couteau
-des Agapes, qu'il avait caché dans les plis de son vêtement. On entend
-gémir les cordes coupées. Des imprécations, des implorations, des
-invocations surgissent de la tourbe fluctuante. L'Empereur reste assis,
-le torse tendu en avant, le regard fixe, dans une sorte de ravissement
-farouche, transporté par son âme avide de prodiges et de songes.
-
-LES ORPHIQUES.
-
- --Orphée! Orphée! Fils d'Apollon!
- 3215 --Fils de Calliope, tu vois:
- avec le couteau de l'Agape
- il vient de trancher les sept cordes!
- --Par les larmes des sept Pléiades,
- tuez l'impie!
-
-DES VOIX EPARSES.
-
- 3220 --Tronquez son chef!
- --De l'Hèbre au Tibre!
- --Donnez le supplice de Thrace
- à l'impie!
- --Liez par les tresses
- de ses cheveux son chef exsangue
- au joug de la Lyre! Mettez
- 3225 son tronc en lambeaux!
- --Jetez-le
- au Tibre!
- --Au Tibre!
- --A la Cloaque!
- --A la Cloaque!
-
-LES ORPHIQUES.
-
- Orphée, Orphée, approche, inspire
- ceux qui enseignent tes mystères,
- 3230 fils d'Apollon!
-
-Dans le laraire l'ombre devient effrayante. Des flamines jettent des
-poignées d'aromates sur la braise des autels. Les lueurs se reflètent
-dans la voûte dorée, sur la multitude divine. On voit briller les
-plaques, les disques, les croissants, tous les emblèmes, et les regards
-inflexibles des yeux d'émail. Des esclaves ont apporté des corbeilles
-remplies de couronnes et des boisseaux remplis de colliers. La cithare
-mutilée est étendue sur les dalles, au pied du Jeune Homme intrépide.
-
-LE SAINT.
-
- César, écoute l'autre lyre.
- Je ne chanterai pas mon hymne.
- Ah, j'ai trop d'amour sur mes lèvres
- pour chanter; et mon cœur m'étrangle
- 3235 jusqu'à ce que je ne l'entende
- plus. Qu'il t'en souvienne, César!
- Mais de la hampe de mon dard
- les Messagers du nouveau dieu
- ont fait leurs plectres invincibles.
- 3240 Écoute, écoute. La forêt
- de métal, de cèdre et de pierre,
- la forêt drue de tes idoles,
- va se courber, va s'écrouler
- sous le vent de la mélodie.
- 3245 César, César aux yeux de lynx,
- je danserai, je danserai,
- si je suis le Seigneur des danses
- venu de Béryte marine
- avec tes cargaisons d'épices,
- 3250 avec ta pourpre, avec ton bysse,
- avec tes parfums et tes vins.
- Pour tes mages et tes devins
- je danserai la Passion
- de ce Jeune Homme asiatique,
- 3255 de ce Prince supplicié:
- car la feuille de ton laurier
- est comme le fer de la lance
- qui lui perça le flanc anxieux.
- De la profondeur de tes yeux
- 3260 regarde. Écoute, et puis regarde.
- Ne tremble pas.
-
-Il recouvre de sa chlamyde la cithare mutilée. L'Empereur semble
-s'enivrer de chacun de ses gestes. Il se tend vers l'imberbe, il lui
-parle d'une voix soumise et ardente.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Sois un dieu. Je te ferai dieu.
- Tu auras des statues, des temples.
- Je t'aimerai.
-
-DES VOIX EPARSES.
-
- 3265 --Il apprête l'enchantement.
- --Il compose un charme lugubre.
- Il est beau, cependant, César.
- --César, plus la victime est belle,
- plus elle est agréable aux dieux.
- 3270 --Jetez la torche entre ses pieds.
- --Scellez sa bouche avec le feu.
- --Il a dans le creux de ses paumes
- la terre qui comble les tombes
- et les larmes de l'oliban.
- 3275 --Seigneur des danses!
-
-LE SAINT.
-
- César, regarde. Et souviens-toi
- de l'étoile qui fut clouée
- au cœur vivant du Ciel, en gage
- de la parole radieuse
- 3280 parlée par la bouche de l'Oint.
- Tu la sauras.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Dis la parole. Sois ce dieu.
- Je veux appeler de ton nom
- la plus lointaine des étoiles,
- 3285 ou la plus proche.
-
-LES FEMMES DE BYBLOS.
-
- --Comme il est beau! Comme il est beau!
- --Ses boucles sur son front têtu
- sont les grappes de la douleur.
- --Son regard est comme l'effluve
- 3290 du sommeil, la nue du benjoin.
- --Il sort du lit élyséen
- avec des pavots dans ses mains.
- --Tu es beau, tu es beau, Seigneur,
- semblable à l'anémone en fleur,
- 3295 pareil à l'Archer du Liban.
- --Seigneur des danses!
-
-Par ses pas, ses gestes, ses attitudes, les aspects de sa face
-douloureuse, l'angoisse de ses paroles étouffées, le Confesseur exprime
-le haut drame du Fils de l'homme autour de la chlamyde étendue, comme
-autour d'une dépouille sanglante.
-
-Par intervalles, les esprits de la musique le surmontent et le ploient
-comme le fleuve ploie le roseau et le saule. Il reste ainsi, courbé ou
-renversé, immobile comme un enfant de Niobé, tandis que la mélodie seule
-atteint les sommets indicibles. Ensuite, il se redresse et se
-transfigure. Il est plus pâle que les marbres et les ivoires, plus
-resplendissant que la lune sur le front d'Isis. Le métal de sa voix est
-transmué par la flamme du cœur profond.
-
-LE SAINT.
-
- Avez-vous vu celui que j'aime?
- L'avez-vous vu?
-
-Un frisson merveilleux court dans toutes les chairs humaines. Les
-prêtres, les mages, les musiciens, les archers, les esclaves ne sont
-qu'un seul regard allumé à la cime d'une seule attente. Et les femmes,
-moites de malaise, la gorge aride, semblent défaillir.
-
-Tout à coup, un grand silence plane sur l'ardeur de la vie. Celui qui
-apporte le témoignage des choses cachées est seul, sous l'espèce de
-l'Éternel. Sa voix est celle même de l'agonie sublime.
-
- Il dit alors: «Mon âme est triste
- 3300 jusqu'à la mort. Restez ici
- et veillez.» Et il se prosterne
- et dit dans sa prière: «Écarte
- cette coupe de moi, Seigneur.
- Toutefois, non comme je veux
- 3305 mais comme tu veux.» Sa sueur
- tombe comme gouttes de sang,
- trempe la terre.
-
-La sueur mortelle et le sang noir et les sursauts du supplice et les
-battements du flanc transpercé et le profond soupir, et les larmes de
-l'inconsolable amour, et le corps embaumé dans le linceul, et toutes les
-ténèbres: ces choses, il les contient, semblable au grain que verse le
-Van mystique, où tout est contenu. Or le souffle lugubre semble venir de
-loin, de la lointaine Asie desséchée, des côtes de la Phénicie, des
-gorges du Liban, des confins de l'Euphrate, des oasis du Désert. Les
-femmes syriennes tressaillent comme par la présence de leur dieu
-androgyne.
-
-LES FEMMES DE BYBLOS.
-
- Ah! Tu pleures le Bien-Aimé!
- Tu pleures l'Archer du Liban.
- 3310 O sœurs! O frères!
-
-Elles revoient le fleuve rougi par le sang du chasseur divin, et les
-catafalques funéraires dressés aux abords des Temples, et l'image du
-dieu mort enveloppé dans les baumes et les linges, et le cercueil orné
-d'anémones et de roses; et les cheveux épars, les ceintures dénouées,
-les robes déchirées, les larmes versées sur le seuil des portes ou le
-long des murailles saintes.
-
- Hélas! Tu pleures Adonis!
- O sœurs! O frères!
-
-Et les autres femmes s'émeuvent; et toutes les veines de la même race
-palpitent; et les bras se tendent, et les bouches se gonflent, et le
-Chœur se forme et gémit.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
- Hélas! Tu pleures Adonis!
- Il se meurt, le bel Adonis!
- 3315 Il est mort, le bel Adonis!
- Femmes, pleurez!
-
- Voyez le bel Adolescent
- couché dans la pourpre du sang.
- Donnez les baumes et l'encens,
- 3320 femmes! Pleurez!
-
- Voyez le sang couler de l'aine,
- le sang noir sur la cuisse blême.
- Mêlez à l'huile syrienne
- vos pleurs! Pleurez!
-
- 3325 Pleurez, ô femmes de Syrie,
- criez: «Hélas, ma Seigneurie!»
- Toutes les fleurs se sont flétries.
- Criez, pleurez!
-
-Le Chœur s'éteint. Et une voix solitaire semble surgir d'une profondeur
-infinie, ayant traversé toute la masse de la souffrance comme le souffle
-traverse le poumon.
-
-VOX SOLA.
-
- «Je souffre» gémit-il. Écoute!
- 3330 «Je souffre. Qu'ai-je fait? Je souffre
- et je saigne. Le monde est rouge
- de mon tourment.
-
- Ah, qu'ai-je fait? Qui m'a frappé?
- J'expire, je meurs. O Beauté,
- 3335 je meurs mais pour renaître impé-
- rissablement.»
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
- Il se meurt, le bel Adonis!
- Il est mort, le bel Adonis!
- Vierges, pleurez Adonis!
- 3340 Garçons, pleurez!
-
- Et vous, et vous, dans les couronnes
- rougissez de deuil, anémones!
- L'Époux descend à Perséphone.
- Eros, pleurez!
-
- 3345 Il descend vers les Noires Portes.
- Tout ce qui est beau, l'Hadès morne
- l'emporte. Renversez les torches,
- Eros! Pleurez!
-
- Pleurez, ô femmes de Syrie!
- 3350 Il va dans la pâle Prairie.
- Toutes les fleurs se sont flétries,
- hélas! Pleurez!
-
-Le Chœur s'éteint. L'Archer est haletant, éperdu. Il secoue sa
-chevelure, comme pour en faire tomber les anémones vénéneuses. D'une
-voix trouble qui passe à travers toute sa chair, il augmente sa propre
-frayeur.
-
-LE SAINT.
-
- Quel est ce jeune homme tout blanc
- assis a l'entrée du sépulcre?
- 3355 «Vous cherchez le crucifié.
- Et pourquoi cherchez-vous parmi
- les morts celui qui est vivant?»
- Or Il est là, debout. Il dit!
- «Ne pleurez plus.»
-
-Il est là, debout, lui-même. Il est le Ressuscité de la tombe rupestre.
-Descend-il du Golgotha? descend-il du Liban? Il est beau comme un dieu
-est beau. Une chaude et fauve lueur l'enveloppe, comme si un nuage en
-feu était venu de l'occident se mirer dans le bouclier soulevé qui
-laisse fuir par le soupirail la fumée des aromates.
-
-VOX SOLA.
-
- 3360 Cessez, ô pleureuses! Le monde
- est lumière, tel qu'il l'annonce.
- Il renaît dieu, vierge et jeune homme,
- le Florissant!
-
- Il est debout, le Désirable.
- 3365 Ses mains sont pleines de semences.
- Il va ramener dans ses danses
- chastes l'Absent.
-
- Il renaît, il se renouvelle,
- frère des Saisons jumelles,
- 3370 debout! La mort est immortelle,
- dieu, par ton sang.
-
-LES FEMMES DE BYBLOS.
-
- Le dieu! Le dieu! Voilà le dieu!
- Il est debout.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Il est un dieu, il est un dieu!
-
-Il bondit, ivre de prodige, de songe et de création. Ce cri fulgurant,
-jailli de sa poitrine oppressée, couvre toutes les voix, les éteint. Il
-s'approche de l'Etre mystérieux. Il lui parle dans le silence que les
-profondes haleines font pareil au silence des rivages. Maintenant il
-semble que la multitude exsangue des idoles soit plus vivante que la
-tourbe des humains.
-
- 3375 Tu es un dieu. Je te fais dieu,
- moi, le Maître de l'Univers,
- qui ai joint à mon nom le nom
- du Tonnant. Moi, je te fais dieu.
- Tout est licite à l'Empereur.
- 3380 Hadrien a déifié
- le Jeune Homme de Bithynie
- à la bouche mélancolique.
- Je veux te consacrer un temple
- un temple sur le Viminal,
- 3385 avec des trésors et des prêtres.
- Tu auras des autels toujours
- fumants, des offrandes opimes
- des louanges harmonieuses;
- et on parfumera de rose
- 3390 le marbre de tes simulacres
- comme à Délos.
-
-Le Jeune Homme est ébloui, vacillant, perdu dans une immense lumière
-vertigineuse comme la lumière du Désert embrasé où vibre le crissement
-des sauterelles. A-t-il, lui aussi, jeûné pendant quarante jours et
-quarante nuits? Il parle comme en songe, comme dans le délire de la
-faim.
-
-LE SAINT.
-
- Je souffre, je souffre. Les cieux
- s'évanouissent. Une main
- m'a pris par les cheveux. Quelqu'un
- 3395 a crié: «Béni soit le Roi
- qui vient au nom d'Adonaï!»
- Adonaï! Adonaï!
- Ai-je entendu?
-
-Les bêtes sauvages se sont enfuies dans les sables, les Anges se sont
-évanouis dans le soleil. Le Tentateur se rapproche.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Tu vas, cette nuit, apparaître
- 3400 aux yeux du peuple, dans les rues
- arrosées de safran punique,
- parmi la clameur des cohortes,
- au milieu de torches nombreuses
- comme mes désirs, sur un char
- 3405 traîné par des éléphants blancs,
- si haut qu'on abattra les Arcs
- de Triomphe sur ton passage,
- on ouvrira dans les murailles
- des brèches pour que tu n'inclines
- 3410 point ta tiare.
-
-Le Jeune Homme parle comme en songe, comme dans le délire de la soif.
-
-LE SAINT.
-
- Quelle splendeur sort de mes os?
- Suis-je lumière? «Qui me voit,
- voit celui qui m'a envoyé.»
- L'a-t-Il dit? Je souffre, je souffre.
- 3415 «Tu es mon fils, le Bien-Aimé.
- En toi je prends plaisir.» Peut-être,
- nous sommes un. Tout s'obscurcit.
- Les cieux s'évanouissent. Suis-je
- au faîte du Temple? au sommet
- 3420 du Mont, avec le Tentateur?
- «Si tu es le fils d'Elohim,
- jette-toi en bas.» O vertige!
- Il m'a saisi par les cheveux.
- «Maintenant mon âme est troublée;
- 3425 et que dirai-je, que dirai-je?»
- Ma vie s'évanouit. Les Anges
- sont loin, loin. J'entends d'autres voix.
- «Je te donnerai tout cela,
- si tu m'adores.»
-
-L'Empereur a enlevé l'une des deux Victoires d'or qui ornent le haut
-dossier de son siège. Et, dans sa main tendue vers le Déifié, il serre
-le globe qui soutient le pied léger de la déesse très désirable.
-
-L'EMPEREUR.
-
- 3430 Prends la Victoire impériale
- dans ton poing fort et décharné
- comme la griffe de mes aigles.
- Ce globe est l'orbe de la Terre
- et la pomme des Hespérides.
- 3435 Or tu es dieu, tu es César,
- tu es Prince de la Jeunesse:
- tu as la puissance et la joie,
- la merveille tissée des songes
- pour vêtir ton corps ambigu,
- 3440 les perles et le laurier-rose
- pour tes tempes étincelantes.
- Tu auras tout, tu auras tout.
- Je te donnerai les butins
- de toutes mes guerres d'Asie,
- 3445 de mon Asie profonde et chaude
- comme la gueule du lion
- et comme le cœur d'Alexandre.
- Moi vivant, je te léguerai
- l'empire. Tu seras le maître.
- 3450 Étant dieu pour rester lointain
- dans tes silences, tu seras
- empereur pour te rapprocher
- et pour t'agiter. Tu feras
- verser du sang, fonder des villes,
- 3455 ployer des rois, sécher des mers,
- chanter des poètes, mourir
- des héros, surgir des aurores
- inconnues du fond des douleurs
- inexpugnables. Tu auras
- 3460 le monde tremblant dans le creux
- de ta main comme l'alouette
- dans le sillon avant le jour.
- Ah, qui donc, des choses plus belles
- que toutes ces choses, qui donc
- 3465 te les donnera? Tends le poing,
- prends la Victoire!
-
-Lentement, lentement, comme en un songe, le Déifié tend son bras droit
-vers le donateur; et il reçoit dans la paume le simulacre de la déesse
-qui «seule rompt l'incertitude du combat». Il serre le globe entre ses
-doigts endurcis par le nerf de l'arc; et, renversant le front têtu
-qu'alourdissent les grappes de la douleur, il mire de dessous ses larges
-paupières l'Or triomphal dressé au bout de son bras rigide.
-
-L'Auguste s'abandonne à sa démence magnifique.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Chantez! Bondissez! Exultez!
- Que tous les marbres, tous les bronzes
- divins bondissent eux aussi
- 3470 comme le thiase d'Evan;
- car ce dieu renaît de l'abîme
- de mon cœur, avec mille noms,
- avec mille noms ineffables,
- et seul je ravis aux Puissances
- 3475 noires pour toujours sa beauté!
- Que, toute la nuit, le tonnerre
- triomphal des buccins résonne
- au sommet des saintes collines,
- jusqu'à ce que les joues éclatent,
- 3480 jusqu'à ce que tout l'éther soit
- un bouclier de Corybante,
- jusqu'à ce que ma Rome entende
- hurler vers les hauts Dioscures
- la Louve aux mamelles d'airain!
- 3485 Et vous, tracez le temple, Augures:
- annoncez l'étoile future
- au ciel romain!
-
-Le Déifié a tendu l'autre bras aussi; et il serre maintenant la Victoire
-impériale dans ses deux mains, si fort qu'on croirait entendre le métal
-craquer. Seul les soulèvements de sa poitrine indiquent la violence du
-combat invisible. Les lèvres sont ouvertes, comme la déchirure même de
-son âme vivante, sur ses dents fermées. Autour de lui, dans les fleurs,
-dans l'or, dans les parfums et dans la flamme, au son des cithares et
-des flûtes, les Adoniastes semblent mener l'orgie divine comme dans le
-temple de Byblos après le septième des jours funèbres, quand les femmes
-descendaient au port pour y recueillir la tête de papyrus jetée dans la
-mer par les Alexandrines et poussée par le courant jusqu'à la ville
-phénicienne.
-
-SEMICHORVS I.
-
- Io! Io! Adoniastes!
- O sœurs, ô frères, exultez!
- 3490 Le Seigneur est ressuscité!
- Il conduit la danse des astres.
-
- Io! Déliez vos cheveux,
- dénouez vos ceintures, femmes!
- Du noir Hadès où sont les âmes
- 3495 il nous revient, le Bienheureux.
-
-SEMICHORVS II.
-
- Tu es beau, tu es beau, Seigneur!
- Io! Salut, ô Bien-aimé!
- Tour à tour tu renais et meurs,
- Enfant de l'Immortalité.
-
- 3500 Donnez la rose et l'anémone,
- sang et larmes, au Florissant!
- Ceignez-le des mille couronnes
- germées des larmes et du sang!
-
-CHORVS.
-
- O neuve jeunesse du monde!
- 3505 Couronnez Cypris, couronnez
- Eros invaincu, couronnez
- trois fois Cybèle la profonde!
-
- Couronnez Pan au thorax bleu,
- le roi Pan aux deux cornes torses!
- 3510 Io, Pan! Pour toutes les forces,
- Io, couronnez tous les dieux!
-
-Le cri soudain et terrible du Ressuscité domine le chœur orgiastique.
-
-LE SAINT.
-
- Jésus, Jésus, Jésus, à moi!
- Au secours, Seigneur! A mon aide,
- ma force, ma flamme, mon Roi!
-
-De toute la hauteur de ses bras, il élève en l'air la Victoire, et la
-lance contre la mosaïque luisante, aux pieds de l'Auguste. Tous les
-bruits tombent. La voix du Confesseur a l'éclat des buccins.
-
- 3515 César, maudit, j'ai dans mon poing
- mon âme nue, victorieuse,
- splendide, aux six ailes de feu.
- J'ai brisé ton idole, j'ai
- brisé ton or, comme toi-même
- 3520 tu seras brisé, tu seras
- foulé. Tous tes os se séparent.
- Je vois le signe de la lèpre
- sur ton front de bouc. La nuit vient.
- L'entends-tu? La nuit rugit comme
- 3525 une lionne, déchirant
- les rets de ses nuages noirs.
- La Louve a peur.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Renversez-le! Renversez-le!
- Scellez sa bouche avec la torche!
- 3530 Faites de sa face une plaie
- fumante!
-
-Des hommes obéissent si vite qu'on entend la crépitation des flammes
-allongées par la véhémence du geste.
-
- Non!
-
-Il semble ronger de ses yeux voraces la figure du Jeune Homme. Il dompte
-sa fureur. Le Saint ramasse la chlamyde et s'enveloppe la tête comme
-dans le rite de la consécration. La cithare mutilée reluit à terre,
-découverte,
-
-DES VOIX EPARSES.
-
- --Auguste, Auguste, souviens-toi!
- --O Divin, venge ta cithare!
- --Venge Apollon!
-
-LES ORPHIQUES.
-
- 3535 Orphée! Orphée, caché, sonore,
- viens à ce sacrifice, Maître
- des visions!
-
-L'Auguste a dompté sa fureur. Il est grave comme un pontife quand il
-s'avance vers le Saint et le découvre, tirant la chlamyde par le bord.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Euryale, et toi, Nicanor,
- étendez-le sur la cithare.
- 3540 Ainsi. Ainsi. Mais doucement.
-
-Le Saint ne résiste pas: car son âme est transportée hors d'elle-même.
-
- Femmes de Byblos, les plus belles,
- venez le composer. Ainsi:
- entre les deux cornes d'ivoire,
- la tête contre le joug d'or;
- 3545 et sur sa poitrine le plectre.
- Ainsi. Ainsi. Très doucement.
- Et enroulez ses belles boucles
- autour des sept cordes coupées,
- très doucement.
-
-Le Saint ouvre les bras et joint les pieds, comme le Crucifié.
-
-LE SAINT.
-
- 3550 En vérité je vous le dis,
- si des frères secrets m'écoutent
- parmi les esclaves honteux
- qui doivent gémir sous les verges
- et attendent le changement:
- 3555 Jésus veut me glorifier.
-
- Moi et le Christ, nous sommes Un.
- J'ouvre les bras. Nous sommes Un,
- pour les Clous, la Lance et l'Éponge.
- Voici. J'ai soif; mon côté saigne;
- 3560 mes mains et mes pieds sont cloués.
- Gloire éternelle!
-
-L'EMPEREUR.
-
- Ne le touchez plus de vos doigts!
- L'art de sa démence est sublime.
- Le son de sa faute est divin.
- 3565 Certes, c'est la divinité
- de ma cithare, qui lui donne
- une fin si mélodieuse.
- Il meurt dans le mode dorique.
- Ne le touchez plus de vos doigts!
- 3570 Ne touchez pas à sa pâleur.
- Je ne veux pas ouvrir ses veines,
- bien qu'il se dise tout sanglant.
- Je songe à la vierge d'Ephèse,
- à cette fille naxienne...
- 3575 Mais il est pâle, Adoniastes,
- plus que vos images de cire
- après l'équinoxe d'automne,
- sur vos lits d'ébène, à Byblos.
- Il renaissait, et il se meurt.
- 3580 O pleureuses, pleurez encore!
- Il se meurt, l'Archer du Liban!
- O sagittaires chevelus,
- ô mes sagittaires d'Emèse,
- de Damas, de la Commagène,
- 3585 de Palmyre et de l'Iturée,
- il se meurt, le bel Adonis!
- Pleurez, pleurez!
-
-Dans un ton très bas la lamentation adonienne recommence. Des flamines
-jettent des poignées d'aromates sur la braise des autels. Les dadophores
-soulèvent leurs torches vers les idoles innombrables, qui vont recevoir
-le sacrifice. Les plaques, les disques, les croissants, tous les
-emblèmes, et les regards inflexibles des orbites d'émail, étincellent
-sous la voûte d'or; tandis que l'Empereur s'incline vers le Saint
-silencieux, pour le tenter.
-
- Par le haut Soleil invaincu,
- ô mourant, écoute l'Arbitre.
- 3590 Tout ce que j'ai voulu t'offrir,
- je le tiens dans ma main encore.
- Tu pourrais encore être un dieu,
- avoir ton temple.
-
-LE SAINT.
-
- Le Christ règne! Tu n'es que fange.
- 3595 La mort est vie.
-
-L'EMPEREUR.
-
- Étouffez-le sous les couronnes,
- étouffez-le sous les colliers,
- sous les fleurs, l'or et la musique,
- sous les désirs, l'or et les plaintes,
- 3600 car il est beau.
-
-On vide les corbeilles, on vide les muids. On ensevelit le Saint sous
-les colliers, comme la vierge d'Ephèse; on l'étouffe sous les couronnes,
-comme la vierge de Naxos. Les esclaves syriens renversent les flambeaux.
-Les archers d'Emèse, en commémoration de la Flèche qu'on ne vit pas
-retomber, plient un genou et bandent leurs grands arcs vers l'œil du
-ciel qui reluit, par la baie circulaire, à travers la fumée de l'oliban.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
- Il descend vers les Noires Portes.
- Tout ce qui est beau, l'Hadès morne
- l'emporte. Renversez les torches,
- Eros! Pleurez!
-
-EXPLICIT
-
-SECVNDVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM INCRVENTVM
-
-
-
-
-_LA QUATRIEME MANSION_
-
-LE LAURIER BLESSÉ
-
-
-
-
-LES PERSONNAGES.
-
-LE SAINT.
-
-SANAE.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
-LES ADONIASTES.
-
-LE BON PASTEUR.
-
-LES TROIS COUVEUSES DE CENDRES.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
-
-
-
-On aperçoit les antiques lauriers du bois d'Apollon, sur une colline
-ronde comme une mamelle. Ils sont drus et touffus à l'entour, sombres et
-immobiles comme leurs images votives de bronze offertes dans les
-sanctuaires. Leurs troncs, hérissés de feuilles aiguës comme les pointes
-des lances, surgissent contre le ciel latial où fument les longues
-traînées sulfureuses du jour fuyant. Ils entourent la clairière sainte
-qu'un autel triangulaire de pierre occupe, rongé par les années et les
-pluies, sans feu dans l'ombre. Trois femmes sont assises sur les
-monceaux des vieilles cendres, silencieusement enveloppées dans leurs
-manteaux noirs, les genoux entre leurs bras et la tête entre leurs
-genoux. Sont-elles les Parques filles de l'Erèbe, sans quenouille, sans
-fuseau, sans ciseaux? Sont-elles les Furies filles de la Terre, sans
-leurs fouets de couleuvres et sans leurs torches tartaréennes?
-Sont-elles les Grâces filles du Soleil, devenues décrépites et lugubres,
-couveuses de cendres? Comme des Sybilles ou comme des Suppliantes, elles
-semblent somnoler ou être accablées de fatigue et de malheur.
-
-De hautes tombes sont éparses dans la plaine latine; des aqueducs
-interminables chevauchent vers la cité et vers la nuit.
-
-On a dépouillé le Martyr pour l'attacher au tronc d'un grand laurier
-avec des cordes de sparte. Debout, les pieds nus sur les racines
-noueuses, il repose sur la tige svelte de sa jambe droite le poids de
-son corps lisse comme l'ivoire; et, les poignets liés au-dessus de sa
-tête, il ressemble au beau diadumène qui se ceint du bandeau.
-
-C'est aux Sagittaires d'Emèse que l'Auguste a ordonné de venger par les
-flèches le Soleil seigneur de l'Empire. Ils sont éperdus d'amour et de
-crainte. Sanaé, l'archer aux yeux vairons, est parmi eux. Il épie la
-plaine.
-
-SANAE.
-
- 3605 Ils sont loin, ils sont déjà loin!
- On n'aperçoit plus les chevaux
- de la turme. Une croupe blanche
- disparaît au détour, derrière
- les Tombeaux: le décurion.
- 3610 Il n'a jamais tourné la tête.
- Seigneur, nous allons maintenant
- te délier.
-
-LE SAINT.
-
- O Sanaé,
- tu ne te souviens plus! Tu as
- tout oublié. Que t'ai-je dit?
- 3615 «Souvenez-vous. Je suis la Cible.»
- Où est mon arc?
-
-SANAE.
-
- Nous t'avons sauvé, nous t'avons
- sauvé, seigneur, quand tu mourais
- étouffé sous l'or et les fleurs.
- 3620 Nous t'avons soustrait et caché,
- risquant nos têtes. Et tu as
- voulu de nouveau l'affronter,
- le Lion! Tu as de nouveau
- cherché le danger et la mort.
- 3625 Et le morne Hadès fait toujours
- ton envie.
-
-LE SAINT.
-
- Hélas, Sanaé,
- je t'avais élu, je t'avais
- élu!
-
-SANAE.
-
- Nous t'aimons, nous t'aimons,
- seigneur. Tu pouvais être un dieu.
- 3630 Mais tu es le dieu de nos songes,
- et le songe de nos jeunesses;
- car tous les nuages qui naissent
- de la mer nous sont des navires
- mystérieux pour t'enlever,
- 3635 pour t'emporter, pour faire voile
- avec tes sorts vers ton empire,
- vers ta fable, vers ta Colchide.
- Et nous voulons, ô déicide
- ivre d'immortalité, tendre
- 3640 à ta soif une pleine coupe
- de nepenthès et d'amaranthe
- pour qu'il ne te souvienne plus
- des douleurs et des épouvantes
- qui assiègent ton âme. Écoute,
- 3645 seigneur.
-
-LE SAINT.
-
- Pourquoi me trahis-tu?
- Je t'avais sacré. Tu étais
- marqué par Dieu, du double signe.
-
-SANAE.
-
- Écoute, écoute. Le soir tombe.
- Le fleuve est proche. Des rameurs
- 3650 sont prêts. Tu trouveras des voiles
- ciliciennes à Ostie.
-
-LE SAINT.
-
- Les voiles de Paul?
-
-SANAE.
-
- Et tu vas
- choisir ceux de nous qui viendront
- avec toi. Mais nous viendrons tous,
- 3655 après. Nous ne voulons servir
- que tes sorts, dans notre patrie
- qui est la tienne, dans la terre
- qui couve les songes des Rois
- et les promesses des Voyants.
-
-LE SAINT.
-
- 3660 O Sanaé, comment peux-tu
- espérer de troubler mon âme,
- si tu sais ce que j'aurais pu
- être?
-
-SANAE.
-
- Un dieu prisonnier.
-
-LE SAINT.
-
- Tendez,
- tendez vos arcs.
-
-SANAE.
-
- Rien qu'un esclave
- 3665 dieu.
-
-LE SAINT.
-
- Je meurs de ne pas mourir,
-
-SANAE.
-
- Rien qu'un simulacre lointain.
- Mais, si tu es sauf, si tu es
- libre, si tu es fort, si tu
- es pur, avec tout ton visage
- 3670 divin tourné vers l'Orient,
- vers l'héritage de ton âme,
- vers l'héritage de ton dieu,
- n'auras-tu pas une plus sainte
- guerre et une victoire plus
- 3675 grande que cette insatiable
- mort?
-
-LE SAINT.
-
- Je meurs de ne pas mourir.
-
-SANAE.
-
- César a dit: «Amenez-le
- au bois d'Apollon; liez-le
- au tronc du plus beau des lauriers;
- 3680 puis décochez contre son corps
- nu toutes vos flèches jusqu'à
- ce que vous vidiez les carquois,
- jusqu'à ce que son corps nu soit
- pareil au hérisson sauvage.»
-
-LE SAINT.
-
- 3685 Oui, Sanaé, oui, mes archers,
- c'est ce que je veux. Ce sera
- beau.
-
-SANAE.
-
- Mais César a dit: «Ensuite
- coupez sa belle chevelure
- et déposez-la sur l'autel,
- 3690 en expiation; coupez
- au laurier funeste un rameau
- flexible pour me l'apporter,
- pour que j'en fasse une couronne
- et que, sous son ombre, je pleure.
- 3695 Et livrez son cadavre aux femmes
- de Byblos, aux Adoniastes;
- puisque l'équinoxe d'automne
- vient avec le deuil relevant
- le catafalque du dieu mort.
- 3700 Peut-être il va revivre encore
- une fois, s'il est comme Hérile
- roi de Préneste, qui avait
- eu de sa mère les trois âmes
- et les trois armures qu'Evandre
- 3705 lui arracha.» Tu vas revivre,
- tu vas revivre!
-
-LE SAINT.
-
- Oui, je vais
- revivre.
-
-SANAE.
-
- Or il suffit qu'on coupe
- une chevelure de femme
- et qu'on apporte à l'Empereur
- 3710 le rameau de laurier.
-
-LE SAINT.
-
- Je vais
- revivre, Sanaé. J'atteste
- mon souffle et le ciel que je vais
- revivre; car il est devin,
- l'Empereur. Il a deviné.
- 3715 J'ai eu de ma mère trois âmes
- et trois armures, comme Hérile
- roi de Préneste. Attendez-moi.
- Demain, à l'heure de Vesper,
- au bord du fleuve attendez-moi,
- 3720 et je me montrerai à vous.
- Je vous montrerai mon visage
- tourné vers l'Orient. Alors
- vous serez prêts. Nous trouverons
- des voiles, des voiles gonflées
- 3725 par les vents certains, et des proues
- aiguisées comme le désir
- de la vie belle.
-
-SANAE.
-
- Nous serons
- avec toi, libres avec toi,
- libres avec toi sur la mer
- 3730 glorieuse!
-
-LE SAINT.
-
- Mais pour revivre,
- ô Archers, il faut que je meure,
- il faut que je meure.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- O Aimé,
- Aimé!
-
-LE SAINT.
-
- Il faut que mon destin
- s'accomplisse, que des mains d'hommes
- 3735 me tuent.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- Seigneur! Seigneur!
-
-LE SAINT.
-
- Vos mains.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- O Aimé!
-
-LE SAINT.
-
- Vos mains fraternelles.
-
-SANAE.
-
- Nous brisons nos arcs.
-
-LE SAINT.
-
- Tendez-les!
- Où est votre amour? Vous m'aimez,
- vous brûlez de servir mes sorts,
- 3740 et vous empêchez que mes sorts
- s'accomplissent, que cet anneau
- de mon éternité se ferme.
- Vous m'aimez, et vous n'exaltez
- pas mon mystère. Je vous dis
- 3745 que je vais revivre. N'ayez
- aucune crainte. En vérité
- je vous le dis.
-
-SANAE.
-
- Seigneur, nous allons donc tuer
- notre amour!
-
-LE SAINT.
-
- Il faut que chacun
- 3750 tue son amour pour qu'il revive
- sept fois plus ardent. O Archers,
- Archers, si jamais vous m'aimâtes,
- que votre amour je le connaisse
- encore, à mesure de fer!
- 3755 Je vous le dis, je vous le dis:
- celui qui plus profondément
- me blesse, plus profondément
- m'aime. Sanaé, souviens-toi!
- Souvenez-vous, Élus d'Emèse!
- 3760 Je vous avais commis cet arc
- où le fil de mon sang s'incruste
- de l'une à l'autre coche et luit.
- Voyez. Je sens que dans la paume
- de ma main le stigmate brûle,
- 3765 se rouvre et saigne.
-
-Un pasteur est apparu entre les branches des lauriers. Il porte une
-brebis autour de son cou, sur ses épaules, tenant deux pieds de la bête
-dans chacune de ses mains. Il reste debout, immobile, en silence, les
-yeux fixés sur le Martyr.
-
- O tremblement
- de mon âme! Je sens mon âme
- et l'arbre trembler jusqu'au bout
- des racines les plus cachées.
- Ne voyez-vous pas les trois femmes
- 3770 noires sursauter?
-
-SANAE.
-
- Quelles femmes,
- seigneur? Tu nous effraies.
-
-LE SAINT.
-
- Les trois
- femmes voilées qui sont assises
- au pied de l'autel.
-
-SANAE.
-
- Il n'y a,
- seigneur, que des monceaux de cendres.
- 3775 Il n'y a que les vieilles cendres
- accumulées des sacrifices.
-
-LE SAINT.
-
- Elles tressaillent. Je les vois.
-
-SANAE.
-
- Tu te trompes. Quelle épouvante
- te blanchit!
-
-Soudain, le Martyr a rencontré le regard du pasteur.
-
-LE SAINT.
-
- Parle bas. Ce n'est
- 3780 pas l'épouvante. Parle bas.
- Il est là, le Pasteur. Regarde.
-
-SANAE.
-
- Où est-il? Quel pasteur?
-
-LE SAINT.
-
- Il porte
- la brebis autour de son cou,
- sur ses épaules. Le vois-tu?
-
-SANAE.
-
- 3785 Seigneur, seigneur, quels sont tes rêves?
-
-LE SAINT.
-
- Il n'est plus là.
-
-L'apparition s'évanouit; mais l'ombre du Crucifié s'étend sur le laurier
-fatidique. Et l'ivresse du sang durera jusqu'au dernier soupir.
-
- Mon sang commence
- à couler, dans l'ombre qui croît.
- Les lauriers sont comme les lances
- hérissées autour de la Croix.
- 3790 Des profondeurs, des profondeurs
- j'appelle votre amour, Archers!
- Des profondeurs, des profondeurs
- je vous appelle! Rapprochez-
- vous. La nuit tombe. Il faut qu'on mire
- 3795 de près, de près, pour frapper juste.
- Lequel voudrai-je encore élire
- d'entre vous? Celui qui ajuste
- mieux que tout autre le plus âpre
- de ses dards et qui le décoche
- 3800 de telle force (son haleine
- toute entre ses dents, les empennes
- contre l'œil, le pouce à la tempe)
- qu'il blesse l'écorce de l'arbre
- me perçant de toute la hampe.
- 3805 Celui-là, certes, je saurai
- qu'il m'aime, qu'il m'aime à jamais.
-
-Chaque archer, la main tremblante, tire de dessous son épaule une flèche
-de son carquois.
-
- Sanaé, tu as mon arc. Viens,
- frère. Presse-le sur ma bouche,
- avant de le tendre. Qu'il touche
- 3810 mes lèvres et mon âme. Viens.
-
-Sanaé s'approche et tient soulevé devant le Chef l'arc où ce fil de
-sublime pourpre luit comme l'ivoire et l'or.
-
- Souviens-toi! Souvenez-vous! L'arc
- figure la Trinité sainte.
- Le fût est le Père, la corde
- est l'Esprit, la flèche empennée
- 3815 est le Fils qui donna son sang.
- Et il n'y aura plus de taches,
- sauf la tache du sang tombé
- des mains et des pieds du Sauveur.
-
-Il tend les lèvres; et l'archer vairon lui donne la poignée à baiser.
-Les lèvres pures s'attardent comme si elles buvaient à longues gorgées
-un plein calice. Or sa voix n'est qu'une flamme vertigineuse.
-
- Des profondeurs, des profondeurs
- 3820 j'appelle votre amour, Élus!
- Chaque flèche est pour le salut,
- afin que je puisse revivre.
- Ne tremblez pas, ne pleurez pas!
- Mais soyez ivres, soyez ivres
- 3825 de sang, comme dans les combats.
- Visez de près. Je suis la Cible.
- Des profondeurs, des profondeurs
- j'appelle votre amour terrible.
-
-On entend le chœur des Adoniastes, qui monte par la colline à travers
-les lauriers.
-
-Éperdument, un des archers, sous le regard qui le force, tire la corde
-et décoche. Le dard se fixe au genou, dans le nœud de l'os.
-
- Béni soit le premier! Bénie
- 3830 soit l'étoile première!
-
-Une sorte de subite démence semble s'emparer des Asiatiques, par la
-vertu de cette voix d'ivresse.
-
- Encore!
-
-De leurs lèvres blêmes buvant leurs larmes, ils ne visent pas le corps
-mais ils lancent leurs flèches vers la voix.
-
- Votre amour! Votre amour!
-
-Ils poussent des cris rauques et rompus, comme des dormants agités dans
-un combat aveugle contre un rêve monstrueux.
-
- Encore!
-
-Quelques-uns, tout à coup, laissent tomber leurs arcs, se plient sur
-leurs genoux; et sanglotent, le front contre la terre.
-
- Encore!
-
-D'autres, tout à coup, se renversent dans une convulsion d'épouvante qui
-agite leurs mâchoires comme le rire sardonien.
-
- Encore!
-
-D'autres ont vidé leurs carquois sur l'herbe et, tenant le faisceau des
-dards sous le pied gauche, s'abaissent d'un mouvement rapide et continu
-pour les prendre l'un après l'autre. Et ils tirent désespérément, comme
-s'ils n'avaient pas devant eux un corps lié à un arbre mais une
-multitude de cavaliers à désarçonner avant qu'ils n'arrivent et ne les
-écrasent sous les sabots de leurs étalons.
-
- Encore!
-
-Cette voix demandera-t-elle du fer toujours? Ils lancent toujours du
-fer, désespérés, hors d'eux-mêmes, dans une sorte d'étourdissement
-farouche, comme s'ils avaient sur leurs têtes, non le silence des
-feuilles, mais l'horreur d'une tour de siège incendiée sur ses roues
-tonnantes.
-
- Amour
- éternel!
-
-C'est le râle dans la gorge transpercée, le dernier soupir, le dernier
-sourire, le suprême appel. La belle tête s'incline sur l'épaule polie
-comme le marbre cynthien frotté de parfum: les ailerons d'un dard
-vibrent encore à l'aisselle. Le corps admirable s'affaisse, étirant les
-bras retenus par les liens.
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Seigneur!
- --Bien-aimé!
- --Seigneur!
- --Bien-aimé!
- --Bien-aimé!
-
-Ils appellent à grands cris leur amour expirant. Ils jettent leurs arcs,
-ils se tordent de désespoir, ils se traînent sur l'herbe jusqu'aux deux
-pieds inanimés, qu'ils baisent. Leurs chevelures s'accrochent aux
-empennes des hampes enfoncées dans les jeunes muscles.
-
-Et le chant des Adoniastes s'approche toujours. Maintenant le soir est
-céruléen comme le verre de Phénicie coloré par l'ocre bleue de Chypre.
-Des raies fauves le divisent; les noirs lauriers l'entaillent. On voit
-paraître les femmes de Byblos, les cheveux épars, les ceintures
-dénouées, les robes déchirées, traînant une litière d'ébène et de
-pourpre violette.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
-Magister Claudius sonum dedit.
-
- 3835 Il se meurt, le bel Adonis!
- Il est mort, le bel Adonis!
- O Vierges, pleurez Adonis!
- Garçons, pleurez!
-
- Pleurez, ô femmes de Syrie,
- 3840 criez: «Hélas, ma Seigneurie!»
- Toutes les fleurs se sont flétries.
- Criez, pleurez!
-
-D'autres femmes accourent. Elles portent des draps de pourpre rouge, des
-lins, des bandelettes, des vases d'onguents, des couronnes de cyprès,
-des «jardins d'Adonis». Elles entourent le laurier, elles s'empressent à
-défaire les nœuds des cordes. La lamentation se prolonge. Les couveuses
-de cendres ont disparu; et au pied de l'autel ne restent que les
-monceaux noirâtres.
-
-LES ADONIASTES.
-
- Hélas, ma Seigneurie! Hélas,
- ma Seigneurie!
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Hélas!
- --Hélas!
- 3845 --Qu'avons-nous fait!
- --Qu'avons-nous fait!
-
-SANAE.
-
- Nous avons tué notre amour!
-
-LES ARCHERS D'EMESE.
-
- --Il va revivre.
- --Il va revivre.
- --Femmes, doucement, doucement.
- --Il faut le délier.
- --Il faut
- 3850 le détacher de l'arbre.
- --Femmes,
- doucement.
- --Il respire encore.
- --Ne pleurez pas!
- --Voyez, voyez
- comme sa poitrine se gonfle!
- --Il respire, il soupire.
- --Femmes,
- 3855 ne pleurez pas. Il va revivre.
- --Il va revivre. Il nous l'a dit.
- --Il nous l'a dit.
- --Donnez des baumes,
- donnez des lins!
-
-Les cordes sont dénouées. Les bras retombent, La lamentation se
-prolonge.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
- Pleurez, ô femmes de Syrie!
- 3860 Il va dans la pâle Prairie.
- Toutes les fleurs se sont flétries,
- hélas! Pleurez!
-
-Tout à coup, les femmes qui reçoivent le corps dans leurs bras, voient
-les flèches s'évanouir comme des rayons dans les blessures. C'est le
-tronc du laurier d'Apollon qui maintenant est hérissé de tout ce fer.
-
-LES ADONIASTES.
-
- --Prodige!
- --Prodige!
- --Prodige!
- --Son corps se détache, laissant
- 3865 tous les dards au tronc du laurier!
- --Il n'a plus de flèches! Les hampes
- ont disparu dans les blessures
- comme un évanouissement
- de rayons!
- --Elles restent toutes
- 3870 dans l'arbre!
- --Prodige! Voyez:
- le laurier en est hérissé.
- --Voyez!
- --Seigneurie, Seigneurie,
- tu revivras, tu revivras!
- --Tu reviendras!
-
-SANAE.
-
- 3875 Archers, Archers, Élus d'Emèse,
- qu'on soulève le corps du Chef
- sur les fûts des arcs détendus
- et croisés. Qu'on le porte ainsi,
- sous les étoiles.
-
-Les femmes de Byblos ont déjà reçu sur leurs bras le corps divin
-enveloppé dans la pourpre. Elles marchent lentement vers la litière. Au
-delà de la colline sainte, dans la profondeur du soir, une clarté de
-perle se répand, semblable à celle qui précède le lever de la pleine
-lune.
-
-LES ADONIASTES.
-
- 3880 --Archers d'Emèse, nous avons
- notre litière, la litière
- d'ébène, la couche funèbre
- de nos Adonies.
-
- --Sanaé,
- le très saint Empereur accorde
- 3885 à la confrérie de Byblos
- d'enlever le corps, de dresser
- le catafalque pour le deuil.
- Et nous le coucherons dans notre
- litière, et nous l'emporterons,
- 3890 aux sons des flûtes, dans la nuit.
- Faites escorte.
- --Qu'on allume
- les torches de pin! Qu'on compose
- l'ordonnance funèbre! Et vous,
- aulètes, rangez-vous auprès
- 3895 de la litière.
-
-Les femmes placent le cadavre dans la couche, en gémissant. La
-lamentation du chœur n'a pas de pauses.
-
-CHORVS SYRIACVS.
-
- Il descend vers les Noires Portes.
- Tout ce qui est beau, l'Hadès morne
- l'emporte. Renversez les torches,
- Eros! Pleurez!
-
-Dans le ciel du soir la clarté insolite s'élargit comme si un astre
-précipité du firmament s'approchait pour incendier la plaine. Un grand
-cri se lève. La lamentation s'interrompt. L'ordonnance funèbre s'arrête,
-et demeure immobile devant le gouffre de la lumière ineffable. Les
-Portes du Paradis sont ouvertes à l'âme de Sébastien.
-
-EXPLICIT
-
-EXTREMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM CRVENTVM
-
-
-
-
-_LA CINQUIEME MANSION_
-
-LE PARADIS
-
-
-
-
-On découvre le jardin des clartés et des béatitudes, à l'orée de
-l'Orient qui produit tous les levers du soleil. Parmi les arbres du
-jardin, il y en a qui ressemblent à la grêle transparente, d'autres qui
-ressemblent à un vent ondoyant, d'autres qui ressemblent aux grappes des
-eaux vives. On y trouve toutes sortes de belles choses, que l'œil n'a
-jamais vues et que l'oreille n'a jamais entendues, qui ne montent pas au
-cœur de l'homme, et que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. On y
-voit des tabernacles de pyrope, des vêtements de lumière, des diadèmes
-de beauté. Il y a aussi des lances flamboyantes, des boucliers
-étincelants, des épées, des javelots et des dards de rais, des haches et
-des frondes de feu. Là aussi sont les croix lumineuses, les ostensoirs
-et les encensoirs d'or, de saphir, de jaspe, de calcédoine, de topaze,
-d'améthyste et de sardyon. On n'y distingue les Bienheureux que par le
-nombre et la couleur des étincelles qui s'envolent d'eux quand ils
-ouvrent la bouche pour louer le Très-Haut. On y reconnaît, au nombre des
-ailes et au son des parlers, les diverses sortes des Anges. Les premiers
-sont les Anges de la Face, qui seuls peuvent soutenir l'éclat de la Face
-de Dieu; ensuite viennent les Anges du service divin, les Trônes, les
-Dominations, les Seigneurs, les Ardeurs, les Puissances, les Myriades,
-les Princes, et bien d'autres. De même leurs louanges sont différentes.
-Il y en a trois sortes qui disent: «Saint», trois qui disent: «Loué»,
-trois qui disent: «Béni» et trois qui disent ce que ne peut entendre
-l'oreille d'un mortel.
-
-CHORVS MARTYRVM.
-
-Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.
-
- 3900 Gloire! Sous nos armures
- flamboyez, ô blessures!
- Qui est celui qui vient?
- Le Lys de la cohorte.
- Sa tige est la plus forte.
- 3905 Louez le nom qu'il porte;
- Sébastien!
-
-CHORVS VIRGINVM.
-
- Tu es loué. L'étoile
- de loin parle à l'étoile
- et dit un nom: le tien.
- 3910 Dieu te couronne. Toute
- la nuit comme une goutte
- à ton front est dissoute,
- Sebastien.
-
-CHORVS APOSTOLORVM.
-
- Tu es saint. Qui te nomme
- 3915 verra le Fils de l'Homme
- (sur son cœur Il te tient)
- sourire de ta grâce.
- Jean t'a donné sa place.
- Tu boiras dans sa tasse,
- 3920 Sébastien.
-
-CHORVS ANGELORVM.
-
- Tu es beau. Prends six ailes
- d'Ange et viens dans l'échelle
- des Feux musiciens
- chanter l'hymne nouvelle
- 3925 au Ciel qui se constelle
- de tes plaies immortelles,
- Sébastien.
-
-ANIMA SEBASTIANI.
-
- Je viens, je monte. J'ai des ailes.
- Tout est blanc. Mon sang est la manne
- 3930 qui blanchit le désert de Sin.
- Je suis la goutte, l'étincelle
- et le fétu. Je suis une âme,
- Seigneur, une âme dans ton sein.
-
-CHORVS SANCTORVM OMNIVM.
-
- Louez le Seigneur dans l'immensité de sa force,
- 3935 Louez le Seigneur sur le tympanon et sur l'orgue,
- Louez le Seigneur sur le sistre et sur la cymbale
- Louez le Seigneur sur la flûte et sur la cithare.
- Alleluia.
-
-
-EXPLICIT MYSTERIVM.
-
-
-St-Denis--Imp. J. Dardaillou--1.948-1-24
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Le Martyre de Saint Sébastien, by
-Gabriele D'Annunzio
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN ***
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-Project Gutenberg's Le Martyre de Saint Sbastien, by Gabriele D'Annunzio
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-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-
-
-Title: Le Martyre de Saint Sbastien
-
-Author: Gabriele D'Annunzio
-
-Release Date: May 30, 2020 [EBook #62281]
-
-Language: French
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-Character set encoding: ISO-8859-1
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-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SBASTIEN ***
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-
-
-
-Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the
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-<h1 class="red">LE MARTYRE DE<br />
-SAINT SEBASTIEN</h1>
-
-<div class="c"><div class="cnarr"><span class="small">MYSTERE COMPOSE EN RYTHME
-FRANAIS PAR</span> <span class="large red">GABRIELE
-D'ANNUNZIO</span> <span class="small">ET JOUE A
-PARIS</span> <span class="xsmall">SUR LA SCENE DU</span> <span class="small">CHATELET</span>
-<span class="xsmall">LE XXII MAI MCMXI AVEC LA MUSIQUE
-DE</span> <span class="large red">CLAUDE DEBUSSY</span>.</div></div>
-<div class="c"><img src="images/bois.jpg" alt="" /></div>
-<p class="c">A PARIS<br />
-<span class="xsmall">CHEZ CALMANN-LVY, DITEURS</span></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em"><i>Il a t tir de cet ouvrage</i><br />
-<span class="xsmall">CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE</span><br />
-<i>tous numrots.</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em small">Droits de reproduction, de traduction et de reprsentations
-rservs pour tous les pays.</p>
-
-
-<p class="c gap small">Copyright, 1911, by <span class="sc">Calmann-Lvy</span>.</p>
-
-
-<p class="c gap small">La partition de M. <span class="sc">Claude Debussy</span>
-est en vente chez
-MM. <span class="sc">Durand</span> et C<sup>ie</sup>, 4, place de la Madeleine, Paris.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2>A MAURICE BARRS</h2>
-
-
-<p class="italic">Un jour d't, au pays des Marses, en
-ma terre d'Abruzzes, j'coutais sous le portail
-d'une glise un charmeur de serpents
-jouer son air magique sur un os de cerf
-cinq trous qu'un anctre avait retrouv,
-parmi des cendres, des verroteries et des
-orges, dans un de ces sauvages spulcres qui
-sont les milliaires de la route romaine.
-C'tait le dernier descendant d'une ligne sacerdotale
-qui de sicle en sicle avait fourni
- la citerne du Sanctuaire les couleuvres
-sacres. Seul il connaissait le mode
-que ses aeux lui avaient transmis avec
-la flte et avec la vertu. Au son du charme,
-la gent reptile s'agitait dans le sac de cuir
-en forme d'outre, suspendu la dure
-paule marque du signe tutlaire. Et,
-dans le tremblement de la splendeur et de
-mon ressouvenir, je dcouvrais sur la
-montagne dangereuse comme le promontoire
-de Circ la citadelle ruine des rois
-devins; et j'entendais le vent bruire dans
-les mmes herbes que les magiciennes
-marses avaient broyes pour les matrones
-de Rome; et je sentais refluer du fond d'un
-exil infini, sur les oliviers et sur les rochers,
-la mlancolie du despote macdonien
-qui mourut captif dans la forteresse
-ardue. Et il me semblait de rentrer
-dans ma patrie primitive, avec une me
-plus vaste que toutes mes penses; et les
-notes grles de la flte funbre me semblaient
-accompagner ce chant immortel
-des morts que tant de fois vous avez cout
- travers la plaine messine, ou dans le
-souffle lger de la rivire lorraine, ou sur
-la hauteur de Sainte-Odile entre la muraille
-druidique et le castel latin.</p>
-
-<p class="italic">Or le linteau du portail, sur ma tte,
-montrait l'empreinte de l'art roman du
-Languedoc. Ses rinceaux entremls de
-figurines rappelaient les chapiteaux du
-clotre de la Dalbade toulousaine. Des cannelures
-taient creuses comme celles des
-socles chartrains; des moulures taient
-traites comme par le ciseau cistercien.
-La pierre noircie voquait confusment
-les conqurants de la Pouille, les matres
-d'&oelig;uvre venus avec les chevaliers de
-Chypre, les colons franais de l'Orient,
-tout un tumulte de puissances et de fatalits
-admirables.</p>
-
-<p class="italic">Je retrouvai quelques couleurs de ma
-rverie, plus tard, sous les votes impriales
-de Castel del Monte; puis dans la
-chapelle palatine de Monreale illumine,
-non par l'or des mosaques, mais par le
-c&oelig;ur du Saint roi; puis encore devant le
-tombeau de la reine Isabelle Cosenza, o
-une pense de l'Ile de France habite le
-front bomb de la Vierge que la gradine
-d'un tailleur d'images instruit Saint-Denis
-travailla dans le tuf de Calabre.</p>
-
-<p class="italic">Vous connaissez l'motion du bon ouvrier
-devant la qualit de la matire. Pour
-moi, je ne voudrais d'autre loge que la
-parole de Francesco Francia dans l'acte
-de palper la statue de Jules II: <i lang="it" xml:lang="it">Questa
- una bella materia.</i> On sait que Michel-Ange
-se fcha et rpondit avec aigreur.
-Toutefois, que n'aurait-il donn pour un
-bloc de marbre grec couleur de froment!
-Je songe mon dlicat Laurana, quand
-il vint travailler dans votre Lorraine et
-qu'il s'enquit du grain de votre pierre. Je
-songe ces Juste qui se francisrent
-comme Jean Bologne s'italianisa. Il me
-plat d'imaginer que le pasteur d'ternelle
-mmoire Joachim du Bellay, loin
-des nymphes angevines, quand il renona
-au parler de France pour louer la gorge
-de la blanche Romaine, fut tent par la
-mlodie de Ptrarque mais n'eut pas assez
-d'audace pour la moduler. Un plus joyeux
-voyageur, Rabelais, ddaignant les lauriers
-capitolins, pourvut de toutes sortes de
-salades papales les potagers de Geoffroi
-d'Estissac, les plus beaux qui fussent en
-Poitou.</p>
-
-<p class="italic">Qu'on me pardonne si, plus aventureux,
-j'ai voulu pour une fois me donner
-le plaisir magnifique de travailler avec mes
-outils les plus aiguiss une belle matire
-d'outre-monts.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="italic">Dirai-je que j'ai travaill sans aide?
-Ma Muse nouvelle paraissait avoir le visage
-ardent et mlancolique de Valentine
-Visconti, duchesse de Touraine, dans la
-miniature de l'<i>Apparicion de matre
-Jehan de Meun</i>. En commenant mon
-Mystre, j'aperus dans une lueur de prsage
-la Milanaise sur son palefroi richement
-harnach s'arrter devant le Chtelet
-pour voir la sainte Allgorie reprsente
-par signes et sans paroles. En traitant
-de ma main la plus lgre les rondels des
-offrandes, je me rappelai que Charles
-d'Orlans, le pote tout semblable un
-pcher couvert de fleurs roses et de givre
-cristallin, tait n de cette Grce lombarde.
-Elle berait aussi sur ses tendres genoux
-le fameux btard qui devait se nommer
-Dunois pour la gloire, aprs avoir brill
-dans la lumire de la Pucelle. Alors, entre
-arc et flche, je me rappelai aussi que
-Jehanne Compigne avait avec elle une
-mince compagnie d'archers italiens commande
-par Barlolomeo Baretta, quand
-auprs du pont l'archer picard la tira
-bas de son cheval par la huque de velours
-d'or. Et je dis un jour la Fille malade des
-fivres: Je vous enverrai, ma fille brlante,
- Domremy, sous le htre nomm le
-Beau May, vous baigner dans la fontaine
-des Groseillers o les fivreux obtiennent
-gurison. Mais elle rpondait toujours:
-Je ne veux pas tre gurie. Et alors
-j'entendais la voix de Valentine, infatigable
- aimer, souffrir et se ressouvenir:
-Plus hault.</p>
-
-<p class="italic">Je vous avoue que, quand l'&oelig;uvre fut
-acheve, je fis v&oelig;u d'aller plerin Chartres
-pour remirer les belles verrires et pour
-dposer le manuscrit inconnu, non sur
-l'autel, la grce de Dieu,&mdash;comme autrefois
-les pauvres filles chartraines en
-usaient avec leurs enfants malheureux&mdash;mais
- l'angle mridional de l'glise o est
-sculpt l'ne qui joue de la vile.
-Rconfort du printemps! Je n'avais
-jamais vu un ciel plus ample ni plus indulgent
-sur une plus silencieuse fcondit.
-La toute verte Beauce tremblait de
-douceur comme un seul fil d'herbe; et
-aux branches des pommiers fleuris les
-nuages paraissaient se retrousser comme
-de molles tranes aux mains vives de femmes
-prtes une estampie ou une reverdie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bele, dont estes vos nee?</div>
-<div class="verse">De France sui la loee,</div>
-<div class="verse">du plus haut parage.</div>
-<div class="verse">Le rossignox est mon pre&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="italic">Alors, en dcouvrant les deux flches de
-pierre qui semblent percer le c&oelig;ur mme
-de l'ternel, j'eus la foi du bon matre
-verrier qui pour la soudaine beaut de son
-&oelig;uvre transparente espre le rayon du
-soleil de Dieu.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p class="italic">Voici donc le livre, sauv et pardonn.
-Je vous offre mes vers de France parce
-que j'aime vos proses d'Italie, mon cher
-Maurice Barrs. Ce pome compos dans
-le pays de Montaigne et de la forte rsine,
-je vous le ddie parce que vous avez trouv
-vos cadences les plus mlodieuses Pise,
- Sienne, Parme, dans le spulcre de
-Ravenne, dans les jardins de Lombardie.
-Mon Sbastien&mdash;que j'ai dessin ayant
-sous les yeux cette plaquette d'Antonio
-del Pollaiuolo, o un svelte centaure domine
-du poitrail les archers deux pieds&mdash;mon
-Sbastien parle, quelque part, du
-tendon de bte qui s'ajuste au ft de son
-arc doubl et qui s'y colle de faon ne
-faire qu'un avec lui. Je pense au nerf
-animal dont se double la spiritualit de
-votre art. Je pense aussi, devant certaines
-de vos paroles, ces divines abeilles prises
-dans l'ambre claire, qu'un de mes humanistes
-semble avoir clbres en l'honneur
-de votre Muse dans un pigramme votif.</p>
-
-<p class="italic">Aucun ne pourra, certes, comme vous,
-comprendre le singulier plaisir que me
-donnrent ma hardiesse et un si haut
-danger. Un soir, aux approches de Sparte,
-en vue du Taygte et de l'Eurotas, un seul
-mot rayonna sur l'hrosme de votre esprit:
-le plus beau de l'Occident. Il y a un
-autre mot de la grande espce latine, qui
-ne me semble pas moins beau, puisque je
-veux le voir toujours color de mon meilleur
-sang et du sang de mes pairs: l'intrpidit.</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Gabriele d'Annunzio</span>.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">ICI COMMENCE<br />
-LE MYSTERE<br />
-DE SAINT SEBASTIEN</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em"><span class="small">LE MESSAGER</span> commence:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>Le Dieu qui fict le firmement</i></div>
-<div class="verse"><i>Et volsist naistre purement</i></div>
-<div class="verse"><i>De la noble Virge Marie</i></div>
-<div class="verse"><i>Veuillie garder la compagnie.</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Au Nom de Dieu omnipotent</i></div>
-<div class="verse"><i>Et des martyrs ensemblement</i></div>
-<div class="verse"><i>Entrepris auons le mistayre</i></div>
-<div class="verse"><i>Du pieux chiuallier debonayre</i></div>
-<div class="verse"><i>De saincte vie et bon maintien</i></div>
-<div class="verse"><i>Qui fust vray martir sans le tayre</i></div>
-<div class="verse"><i>Cest Monsieur Sainct Sebastien</i></div>
-<div class="verse"><i>Duquel par son tressaint moyen</i></div>
-<div class="verse"><i>Verres jouer en ceste place</i></div>
-<div class="verse"><i>De sa vie tout lentretien</i></div>
-<div class="verse"><i>Moyen de Jesuschrist la grace.</i></div>
-</div>
-
-<p>L'<small>YSTOIRE DE MONSEIGNEUR</small> S<small>AINCT</small>
-S<small>EBASTIEN</small> <i>joue par les habitants Lanlevillar
-l'anne courant</i> M. V. LXVII <i>au moys
-de may</i>.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em" lang="la" xml:lang="la">NVNCIVS.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Douces gens, un peu de silence!</div>
-
-<div class="verse stanza">Soyez recueillis en prsence</div>
-<div class="verse">de Dieu, comme dans la prire:</div>
-<div class="verse">car vous connatrez, par mystre,</div>
-<div class="verse">ici la trs sainte souffrance</div>
-<div class="verse">de ce Martyr adolescent</div>
-<div class="verse">qui puise jamais sa jouvence</div>
-<div class="verse">dans la fontaine de son sang.</div>
-<div class="verse">Par les Clous, l'ponge et la Lance,</div>
-<div class="verse">trs humblement nous vous prions.</div>
-<div class="verse">Bni soit-il, qui se taira</div>
-<div class="verse">et devant lui regardera</div>
-<div class="verse">sans faire noyse ne tensons.</div>
-<div class="verse">Entendez, douces gens, les sons</div>
-<div class="verse">qui meuvent dans vos c&oelig;urs le rve,</div>
-<div class="verse">avant que le voile se lve</div>
-<div class="verse">sur ce rouge amour infini.</div>
-
-<div class="verse stanza">Au nom de Monseigneur Denis,</div>
-<div class="verse">au nom de Sainte Genevive,</div>
-<div class="verse">par qui vos pchs sont bannis,</div>
-<div class="verse">(Dieu Pre et Filz et Sains Esperis</div>
-<div class="verse">gart les habitans de Paris!)</div>
-<div class="verse">nous vous prions trs humblement</div>
-<div class="verse">que vous vouliez, en coutant,</div>
-<div class="verse">vous souvenir de ce Miracle</div>
-<div class="verse">o la patronne secourable</div>
-<div class="verse">de la cit, la claire vierge,</div>
-<div class="verse">voit le dmon teindre un cierge</div>
-<div class="verse">d'un ct, pendant que de l'autre</div>
-<div class="verse">l'ange sans tache le rallume.</div>
-<div class="verse">Seule, entre la mche qui fume</div>
-<div class="verse">et celle qui ard, jusqu' l'aube</div>
-<div class="verse">l'me blanchit dans la prire.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'artisan de ces cinq verrires,</div>
-<div class="verse">consacres Sbastien</div>
-<div class="verse">par sa Confrrie, se souvient</div>
-<div class="verse">de son dmon et de son ange.</div>
-<div class="verse">Quand il colorait la louange</div>
-<div class="verse">du bel Archer avec la flamme,</div>
-<div class="verse">pour le remde de son me,</div>
-<div class="verse">comme un matre verrier de Chartres,</div>
-<div class="verse">de Bourges, de Reims ou de Tours,</div>
-<div class="verse">parfois il voyait tour tour</div>
-<div class="verse">l'un de ses puissants fourneaux ardre,</div>
-<div class="verse">l'autre fumer et s'obscurcir.</div>
-<div class="verse">Et il priait: O Art de France!</div>
-<div class="verse">sentant trembler son esprance</div>
-<div class="verse">dans le souffle de son dsir.</div>
-<div class="verse">Et il rvait: Si j'ai le sort</div>
-<div class="verse">du plerin de Compostelle,</div>
-<div class="verse">si l'on me pend ou m'cartle,</div>
-<div class="verse">qui soutiendra mon pauvre corps</div>
-<div class="verse">de ses mains saintes pour le rendre</div>
-<div class="verse">sain et sauf mes compagnons?</div>
-<div class="verse">Ne vaut-il pas seul, pour la grce,</div>
-<div class="verse">le Trs-Haut Amour qui engendre</div>
-<div class="verse">tous les miracles?</div>
-
-<div class="verse i5 stanza">Or le nom</div>
-<div class="verse">de cet ouvrier plerin,</div>
-<div class="verse">de ce Florentin en exil,</div>
-<div class="verse">qui bgaye en langue d'ol</div>
-<div class="verse">comme le bon Brunet Latin,</div>
-<div class="verse">est tellement dur qu'on l'enchsse</div>
-<div class="verse">mal dans la rsille de plomb</div>
-<div class="verse">au bas du vitrail rouge et bleu.</div>
-<div class="verse">Est-il peut-tre, plaise Dieu,</div>
-<div class="verse">plus doux dans la langue du <i lang="it" xml:lang="it">si</i>.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais l'autre est Claude Debussy,</div>
-<div class="verse">qui sonne frais comme les feuilles</div>
-<div class="verse">neuves sous l'averse nouvelle</div>
-<div class="verse">dans un verger d'Ile-de-France,</div>
-<div class="verse">o des amandiers sans amandes</div>
-<div class="verse">illuminent l'herbe alentour,</div>
-<div class="verse">dans un bosquet de Saint-Germain</div>
-<div class="verse">qui se souvient de Gabrielle,</div>
-<div class="verse">du Roi faune, et de leur amour:</div>
-<div class="verse">Cher c&oelig;ur, je vous voyrr demayn&hellip;</div>
-<div class="verse">Mais l'autre est comme ces chandelles</div>
-<div class="verse">qui s'allument sur la vielle</div>
-<div class="verse">du jongleur de Rocamadour,</div>
-<div class="verse">comme cette contre bnigne</div>
-<div class="verse">o Brigitte mne les cygnes,</div>
-<div class="verse">Gilles trait la biche sauvage,</div>
-<div class="verse">et la haie fleurit au passage</div>
-<div class="verse">de Sainte Ulphe de Picardie.</div>
-<div class="verse">La larme, Vendme enchsse,</div>
-<div class="verse">que Jsus versa sur Lazare,</div>
-<div class="verse">devient innombrable rose</div>
-<div class="verse">dont se pare toute prairie.</div>
-<div class="verse">Du haut ciel, tournant son visage</div>
-<div class="verse">d'Espoir vers Thomas incrdule,</div>
-<div class="verse">Marie lui jette sa ceinture</div>
-<div class="verse">qui devient une mlodie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Or c'est Claude qui la recueille</div>
-<div class="verse">sur la flte en aile d'oiseau,</div>
-<div class="verse">sur la flte de sept roseaux</div>
-<div class="verse">qu'il recompose et raffermit</div>
-<div class="verse">avec du lin d'aube ou d'amict</div>
-<div class="verse">puis avec des larmes de cierge</div>
-<div class="verse">pieusement il les enduit.</div>
-<div class="verse">Trs douces gens, par lui, par lui,</div>
-<div class="verse">vous entendrez chanter la Vierge,</div>
-<div class="verse">qui est la couleur de l'aurore!</div>
-<div class="verse">Comme Zache le publicain,</div>
-<div class="verse">il regarde passer Jsus</div>
-<div class="verse">de la cime d'un sycomore.</div>
-<div class="verse">Comme dans le vitrail de Tours</div>
-<div class="verse">Saint Martial, il verse l'eau</div>
-<div class="verse">vive sur les doigts du Sauveur.</div>
-<div class="verse">Comme dans le vitrail d'Angers,</div>
-<div class="verse">il laisse couler en ruisseau</div>
-<div class="verse">le sang prcieux sur les fleurs.</div>
-<div class="verse">Comme Saint Sernin de Toulouse,</div>
-<div class="verse">il a vu briller le Jourdain</div>
-<div class="verse">sous les rayons de la colombe;</div>
-<div class="verse">et de la nef de Saint Brendan</div>
-<div class="verse">il a vu se dresser la Croix</div>
-<div class="verse">sur des les d'azur sans nombre.</div>
-<div class="verse">Comme Madeleine en Provence,</div>
-<div class="verse">il mange le miel enivrant</div>
-<div class="verse">en souvenir de la Parole.</div>
-<div class="verse">Comme dans les ivoires francs,</div>
-<div class="verse">il montre la Terre et la Mer</div>
-<div class="verse">assistant le Dieu qui s'immole.</div>
-
-<div class="verse stanza">Trs douces gens, sons et chansons</div>
-<div class="verse">or entendez. Nous vous prions</div>
-<div class="verse">par Saint Denis et l'Oriflamme.</div>
-<div class="verse">Puis regardez que de ciel bleu,</div>
-<div class="verse">que de sang rouge, au nom de Dieu,</div>
-<div class="verse">pour le remde de votre me!</div>
-</div>
-
-<p class="c">AMEN.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">LES CINQ MANSIONS</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr><td><a href="#ch1">I.</a></td> <td>LA COUR DES LYS.</td></tr>
-<tr><td><a href="#ch2">II.</a></td> <td>LA CHAMBRE MAGIQUE.</td></tr>
-<tr><td><a href="#ch3">III.</a></td> <td>LE CONCILE DES FAUX DIEUX.</td></tr>
-<tr><td><a href="#ch4">IV.</a></td> <td>LE LAURIER BLESS.</td></tr>
-<tr><td><a href="#ch5">V.</a></td> <td>LE PARADIS.</td></tr>
-</table>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch1"><i class="small">LA PREMIERE MANSION</i><br />
-LA COUR DES LYS</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p>
-
-
-<p class="small ugap">LE SAINT.</p>
-
-
-<p class="ugap small drap">LA MERE DOULOUREUSE.</p>
-
-<p class="small drap">LES FRERES JUMEAUX MARC ET MARCELLIEN.</p>
-
-<p class="small drap">LES CINQ VIERGES EPIONE, FLAVIE,
-JUNIE, TELESILLE, CHRYSILLE.</p>
-
-<p class="small drap">LES QUATRE COMPAGNES DE CES VIERGES.</p>
-
-<p class="small drap">LES NEUF COMPAGNONS DES JUMEAUX.</p>
-
-<p class="small drap">THEODOTE.</p>
-
-<p class="small drap">LE PREFET.</p>
-
-<p class="small drap">SON FILS VITAL.</p>
-
-<p class="small drap">L'AFFRANCHI GUDDENE.</p>
-
-<p class="small drap">LES ARCHERS D'EMESE.</p>
-
-<p class="small drap">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</p>
-
-<p class="small drap">LA FEMME MUETTE.</p>
-
-<p class="small drap">LA FEMME AVEUGLE.</p>
-
-<p class="small drap">LE GREFFIER.</p>
-
-<p class="small drap">LES APPARITEURS, LES HERAUTS,
-LES BOURREAUX.</p>
-
-<p class="small drap">LES SACRIFICATEURS, LES VICTIMAIRES
-LES JOUEURS DE FLUTE.</p>
-
-<p class="small drap">LES GENTILS, LES CHRETIENS, LES JUIFS,</p>
-
-<p class="small drap">LES ESCLAVES.</p>
-
-
-<p class="ugap small drap">LES SEPT SERAPHINS.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em di">On aperoit un portique
-intrieur, peint d'tranges
-peintures par
-des Gentils, avec le
-carmin, l'outremer et
-l'or, entre les btes de
-l'entablement bas et
-les feuillages des chapiteaux
-lourds, qui se
-mirent dans les dalles polies. Par les sept arcades
-du fond ouvertes sur des jardins bleus,
-on aperoit de grandes gerbes de lys, dont les
-tiges semblent serres en faisceau autour de la
-plus haute comme autour de la hache les verges
-des licteurs. Un autel de marbre, consacr
-aux Idoles, se dresse dans l'enceinte, avec
-ses ttes de boucs et ses guirlandes de fruits
-sculptes, avec ses rainures rougies par l'coulement
-du sang et du vin, avec les orges, les
-aromates, les huiles apprts pour l'offrande.</p>
-
-<p class="di">Au centre, en forme de paralllogramme,
-une couche paisse de charbons et de tisons
-couvre les dalles, semblable ces ranges de
-raisins ou de figues qu'on fait cuire au soleil
-sur des nattes de roseau. Des appariteurs, tout
-autour, avec des soufflets et des barres,
-rallument et remuent de temps en temps la
-braise qui plit.</p>
-
-<p class="di">Les deux frres jumeaux, Marc et Marcellien,
-sont lis avec des cordes aux deux colonnes
-de la mme arcade, l'un en face de l'autre. Le
-Prfet est assis dans son sige, sur une sorte
-d'estrade carre; et prs de lui se tient le
-greffier, avec ses tablettes enduites de cire.
-Devant lui sont les engins de torture, les
-ongles de fer, le chevalet, le carcan, les ceps,
-et les bourreaux. Accabl par la graisse, il
-halette et sue, tandis que des esclaves accroupis
-bercent ses pieds normes, dforms par
-la podagre. Parfois, d'un mouvement de colre
-soudaine secouant sa somnolence, il frappe
-avec sa verge d'ivoire leurs dos nus.</p>
-
-<p class="di">Sbastien, revtu d'une armure lgre,
-appuy sur son grand arc, regarde en silence
-les jeunes martyrs. Les archers d'Emse
-se tiennent derrire lui, avec des pennes
-d'aigle leurs casques lisses et de longs
-carquois couverts de peau de panthre contre
-leurs reins cambrs.</p>
-
-<p class="di">Une tourbe de plus en plus nombreuse et
-houleuse envahit le lieu de l'audience. Le
-chant des jumeaux domine le sourd grondement.</p>
-
-<p class="di">Attachs aux colonnes, face face, ples et
-enivrs, ils renversent la tte pour chanter
-vers le ciel.</p>
-
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CANTICVM GEMINORVM.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Frre, et que sera-t-il le monde</div>
-<div class="verse">allg de tout notre amour?</div>
-<div class="verse">Dans mon me ton c&oelig;ur est lourd</div>
-<div class="verse">comme la pierre dans la fronde.</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>5</small></span>Je le pse; au del de l'Ombre</div>
-<div class="verse">je le jette vers le Grand Jour.</div>
-<div class="verse">Frre, que sera-t-il le monde</div>
-<div class="verse">allg de tout notre amour?</div>
-
-<div class="verse stanza">J'tais plus doux que la colombe,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>10</small></span>tu es plus fauve que l'autour.</div>
-<div class="verse">Toujours, jamais! Jamais, toujours!</div>
-<div class="verse">Fer ne t'effraie, feu ne me dompte.</div>
-<div class="verse">Beau Christ, que serait-il le monde</div>
-<div class="verse">allg de tout votre amour?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES GENTILS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>15</small></span>&mdash;Andronique, ils chantent leur hymne!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ils louent leur roi supplici!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ils raillent ta faiblesse!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;touffe</div>
-<div class="verse">le chant dans leur gorge!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Ils se jouent</div>
-<div class="verse">de toi, somnolent.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Ils mprisent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>20</small></span>l'dit du trs saint Empereur,</div>
-<div class="verse">et leurs dents ne sont pas brises!</div>
-<div class="verse">&mdash; Ils louent la charogne au gibet!</div>
-<div class="verse">&mdash; Mais, s'ils chantent, ils reconnaissent</div>
-<div class="verse">Apollon.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Qu'ils sacrifient donc</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>25</small></span>au Dlien.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;veille-toi,</div>
-<div class="verse">Jule Andronique, veille-toi!</div>
-<div class="verse">&mdash;Il dort dans sa chaire d'ivoire</div>
-<div class="verse">laissant dorloter sa podagre</div>
-<div class="verse">par ses esclaves dlicats.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>30</small></span>&mdash;Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div>
-<div class="verse">&mdash;C'est lui qui faiblit. Ils persistent.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il n'a pas encore vers</div>
-<div class="verse">une goutte de leur sang vil,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>35</small></span>ni mme roussi leurs aisselles!</div>
-<div class="verse">&mdash;Il aime les lys et les truffes.</div>
-<div class="verse">&mdash;Mais tous ces lys nous empoisonnent.</div>
-<div class="verse">On suffoque.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il mche sa langue.</div>
-<div class="verse">&mdash;Non, il n'en a pas.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il n'est pas</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>40</small></span>loquace, vraiment: aujourd'hui</div>
-<div class="verse">il n'a pas mang des cigales</div>
-<div class="verse">pour se donner de l'apptit.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ni des ttes de perroquets</div>
-<div class="verse">non plus.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Il n'est pas foudroyant:</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>45</small></span>il garde les pierres de foudre</div>
-<div class="verse">pour en saupoudrer les lentilles,</div>
-<div class="verse"> la mode d'Elagabale.</div>
-<div class="verse">&mdash;Par les Dioscures, tu aimes</div>
-<div class="verse">ces gmeaux qui n'ont pas d'toile,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>50</small></span>Jule Andronique.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Tu les aimes,</div>
-<div class="verse">tu les aimes.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Tu les mnages.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il ne suffit pas qu'on en fasse</div>
-<div class="verse">des colonnes caryatides</div>
-<div class="verse">pour les regarder.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Maintenant,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>55</small></span>qu'ils passent par tous les supplices</div>
-<div class="verse">&mdash;On n'a pas suivi l'ordre juste.</div>
-<div class="verse">&mdash;Au chevalet, d'abord; et puis</div>
-<div class="verse">aux flaux garnis d'osselets;</div>
-<div class="verse">et puis au carcan et aux ceps,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>60</small></span>et jusqu'au quatrime trou&hellip;</div>
-<div class="verse">&mdash;Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'ils sacrifient ou bien qu'ils meurent.</div>
-<div class="verse">Il est temps.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Ces entrepreneurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>65</small></span>de jeux les rclament, aprs</div>
-<div class="verse">la sentence, pour les combats.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'on le note sur les tablettes.</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu n'as plus ton style, greffier?</div>
-<div class="verse">&mdash;Greffier, toi aussi, tu sommeilles.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>70</small></span>&mdash;Perse! Perse!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Est-il chrtien?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il songe ses anctres rois,</div>
-<div class="verse">au triomphe de Paul-Emile.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'est-ce qu'on attend? des prodiges?</div>
-<div class="verse">Qui va venir?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qu'ils sacrifient</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>75</small></span>ou qu'ils prissent!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;On sanglote.</div>
-<div class="verse">&mdash;C'est Cordule l'aveugle, c'est</div>
-<div class="verse">la femme d'Attale, qui pleure.</div>
-<div class="verse">&mdash;Elle beugle, Alc la muette,</div>
-<div class="verse">Alc, la femme de Venuste</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>80</small></span>le dpensier.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Elles sont folles.</div>
-<div class="verse">&mdash;Je vous dis que tous ces esclaves</div>
-<div class="verse">cachent des rouleaux dans les plis</div>
-<div class="verse">de leurs saies.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Quelqu'un va venir?</div>
-<div class="verse">Le soir approche, le soir tombe.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>85</small></span>&mdash;Ne devaient-ils donc pas marcher,</div>
-<div class="verse">pieds nus, sur la braise? Il est temps.</div>
-<div class="verse">&mdash;On temporise. On contrevient</div>
-<div class="verse"> l'dit imprial.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Honte!</div>
-<div class="verse">&mdash;Le trs saint Empereur t'ordonne</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>90</small></span>d'tre sans merci, Andronique.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il est temps.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Les charbons s'teignent.</div>
-<div class="verse">&mdash;Soufflez! Soufflez!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES HERAUTS</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Silence!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Silence!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Silence!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je vais svir. Appariteurs,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>95</small></span>resserrez leurs liens! Je veux</div>
-<div class="verse">que l'un aprs l'autre on les hausse,</div>
-<div class="verse">qu'on les suspende aux deux colonnes,</div>
-<div class="verse">que leurs pieds joints n'aient plus d'appui.</div>
-</div>
-
-<div class="p">UNE VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Leurs pieds sont joints comme les pieds</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>100</small></span>des Anges.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES GENTILS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">&mdash;Quelle est cette voix?</div>
-<div class="verse">&mdash;Qui a parl?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qui a cri?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il y a des chrtiens ici.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'on cherche!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES HERAUTS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Silence!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Bourreaux,</div>
-<div class="verse">apprtez les ongles de fer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>105</small></span>pour leur labourer la poitrine;</div>
-<div class="verse">apportez des ciseaux, coupez</div>
-<div class="verse">leurs chevelures, puis rasez</div>
-<div class="verse">la peau de leurs crnes, posez</div>
-<div class="verse">sur elle des charbons ardents&hellip;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>110</small></span>Non. Attendez. Ils sont tout ples.</div>
-<div class="verse">Et j'ai piti de leur jeunesse.</div>
-<div class="verse">Je veux dissiper leur dmence.</div>
-<div class="verse">Ils vont flchir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES GENTILS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Il a piti! Il a piti!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>115</small></span>&mdash;Et jusqu' quand, Andronique,</div>
-<div class="verse">auras-tu piti? jusqu' quand?</div>
-<div class="verse">&mdash;Es-tu Galilen?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Demande</div>
-<div class="verse">donc au Gurisseur qu'il gurisse</div>
-<div class="verse">ta podagre noueuse!</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Vite,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>120</small></span>vite! Interroge!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Le soir vient.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il retarde pour interrompre</div>
-<div class="verse">le jugement.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qu'on le dnonce</div>
-<div class="verse"> Csar!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Qu'on l'accuse auprs</div>
-<div class="verse">du Matre!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Et il mche sa langue!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>125</small></span>&mdash;Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div>
-<div class="verse">&mdash;On veut luder.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Qu'ils flchissent</div>
-<div class="verse">donc, ou qu'ils brlent!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Un seul mot:</div>
-<div class="verse">Sacrifie!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES HERAUTS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">&mdash;Silence!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Silence!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>130</small></span>Jeune homme, celui de vous deux</div>
-<div class="verse">qui est moins forcen, jeune homme,</div>
-<div class="verse">veux-tu obir aux prceptes</div>
-<div class="verse">divins? Es-tu prt offrir</div>
-<div class="verse">une victime et manger</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>135</small></span>la viande immole, boire</div>
-<div class="verse">le vin des libations, comme</div>
-<div class="verse">l'ordonne le Matre immortel?</div>
-<div class="verse">Rponds au juge.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non, juge. Par le Dieu vivant,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>140</small></span>non, je ne veux pas obir.</div>
-<div class="verse">Je n'offrirai pas de victime,</div>
-<div class="verse">ni ne mangerai de viande,</div>
-<div class="verse">ni ne boirai de vin maudit.</div>
-<div class="verse">Mais je prie de toute mon me,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>145</small></span>afin que par toute ma chair</div>
-<div class="verse">lacre, mutile, broye,</div>
-<div class="verse">dissoute dans la gueule rouge</div>
-<div class="verse">et de la bte et de la flamme,</div>
-<div class="verse">je devienne un seul sacrifice</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>150</small></span>au Dieu vivant.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PRFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu dlires. Mais rponds-tu</div>
-<div class="verse">en ton nom? au nom de ton frre?</div>
-<div class="verse">Vous tes deux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous sommes un. Tu vois. Nous sommes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>155</small></span>un visage, un regard, un chant,</div>
-<div class="verse">un amour. Nous sommes un c&oelig;ur</div>
-<div class="verse">tremp sept fois.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sacrifie. Pense ta jeunesse,</div>
-<div class="verse"> tes longs jours.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>160</small></span>Je pense mon ternit.</div>
-<div class="verse">Car je suis en face du ciel</div>
-<div class="verse">comme devant la mer vernale</div>
-<div class="verse">au lever des Pliades belles.</div>
-<div class="verse">Et le gouvernail d'esprance</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>165</small></span>est dans mon poing.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PRFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est ta fivre chaude qui chante.</div>
-<div class="verse">Sacrifie, sacrifie, jeune homme,</div>
-<div class="verse">si tu veux vivre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne veux que mourir en Dieu.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>170</small></span>Je cherche Celui qui pour nous</div>
-<div class="verse">est mort et je cherche Celui</div>
-<div class="verse">qui pour nous est ressuscit.</div>
-<div class="verse">Je hais ta viande et ton vin.</div>
-<div class="verse">Je mangerai le pain de Dieu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>175</small></span>qui est la chair de Jsus roi</div>
-<div class="verse">n de la race de David.</div>
-<div class="verse">J'aurai pour breuvage son sang,</div>
-<div class="verse">qui est l'amour incorruptible.</div>
-<div class="verse">Je n'ai que cette faim, je n'ai</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>180</small></span>que cette soif.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Eh bien, je te ferai mourir.</div>
-<div class="verse">Mais n'espre pas que je t'aime</div>
-<div class="verse">assez pour t'enlever la vie</div>
-<div class="verse">d'un seul coup, fils de Thodote.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>185</small></span>N'attends pas la mort par le glaive,</div>
-<div class="verse">la bonne mort.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La pire sera la meilleure,</div>
-<div class="verse">pour plaire Dieu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fol, tu t'imagines sans doute</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>190</small></span>que des femmelettes viendront,</div>
-<div class="verse">la nuit, chercher ton corps exsangue,</div>
-<div class="verse">l'embaumer dans les baumes rares,</div>
-<div class="verse">l'envelopper dans les lins purs</div>
-<div class="verse">et le clbrer dans les hymnes.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>195</small></span>Je te dtruirai par la flamme</div>
-<div class="verse">ou par la bte.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si je suis le froment de Dieu,</div>
-<div class="verse"> vieillard, il faut que je sois</div>
-<div class="verse">moulu par la dent de la bte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>200</small></span>pour devenir pain ternel.</div>
-<div class="verse">Et si je suis le tmoignage</div>
-<div class="verse">de la Parole neuve, il faut</div>
-<div class="verse">que la puret de la flamme</div>
-<div class="verse">me rduise en cendre innombrable</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>205</small></span>pour tre pars tous les vents</div>
-<div class="verse">qui portent les bonnes semences</div>
-<div class="verse">aux droits sillons.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici le jeune fils du prfet, Vital, s'approche
-de la colonne.</p>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O mon gal, coute-moi.</div>
-<div class="verse">Tu es imberbe, tes cheveux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>210</small></span>sont boucls, tes muscles sont fiers,</div>
-<div class="verse">A la lutte, dans la palestre,</div>
-<div class="verse">tu m'as vaincu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es le fils de l'gorgeur.</div>
-<div class="verse">T'ai-je renvers dans l'arne?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>215</small></span>Mais je suis l'athlte du Christ.</div>
-<div class="verse">C'est maintenant que je combats</div>
-<div class="verse">le bon combat.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">coute. Il est doux d'tre n.</div>
-<div class="verse">Il est doux de voir la lumire,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>220</small></span>d'attendre les soleils nouveaux.</div>
-<div class="verse">On va te crever les deux yeux,</div>
-<div class="verse">tes yeux si grands.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon me en a mille, semblable</div>
-<div class="verse"> l'aile ocelle du Cherub,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>225</small></span>pour regarder sans battements</div>
-<div class="verse">la forge de tous les soleils.</div>
-<div class="verse">Tu es aveugle.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu chantais d'une voix sonore.</div>
-<div class="verse">On va te broyer les mchoires,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>230</small></span>faire de ta bouche une vaste</div>
-<div class="verse">plaie taciturne.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ma voix chantera toute nue,</div>
-<div class="verse">aux sommets les plus bleus du ciel,</div>
-<div class="verse">avant l'aurore, avant le cri</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>235</small></span>de l'alouette.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Regarde ton frre. Il est ple.</div>
-<div class="verse">Il craint la souffrance et la mort.</div>
-<div class="verse">Il va pleurer.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est ple comme l'attente.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>240</small></span>Il ne craint que le vain dlai.</div>
-<div class="verse">Il va sourire.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous n'avez donc pas de s&oelig;ur douce</div>
-<div class="verse">qui tisse avec des fils de pourpre</div>
-<div class="verse">vos vtements?</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>245</small></span>Non, nous n'avons pas de s&oelig;ur douce</div>
-<div class="verse">qui tisse avec des fils de pourpre</div>
-<div class="verse">nos vtements.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous n'avez pas de pre triste</div>
-<div class="verse">qui chancelle sous les douleurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>250</small></span>et les annes?</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous n'avons pas de pre. Seuls</div>
-<div class="verse">nous sommes, seuls, tout seuls avec</div>
-<div class="verse">un seul amour.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et celle qui, pour chaque goutte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>255</small></span>de lait qu'elle vous donna, verse</div>
-<div class="verse">trois larmes lourdes?</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous n'avons pas de mre. Seuls</div>
-<div class="verse">nous sommes, seuls, tout seuls avec</div>
-<div class="verse">un seul amour.</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>260</small></span>Et qui sont donc ceux qui, la tte</div>
-<div class="verse">voile, pleuraient pour vous, hier,</div>
-<div class="verse"> mes gaux?</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous ne les connaissons point. Mais</div>
-<div class="verse">s'ils ont pleur, s'ils pleurent, Dieu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>265</small></span>s'en souviendra.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici on voit couler le sang de la main gauche
-de Sbastien qui, appuy sur son arc, dans
-une sorte de ravissement, regarde le jeune
-martyr.</p>
-
-<div class="p">L'AFFRANCHI GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, seigneur, tu perds du sang!</div>
-<div class="verse">Entends-moi. De ta main ton sang</div>
-<div class="verse">dgoutte le long de ton arc,</div>
-<div class="verse">et tu n'en as cure. Entends-moi,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>270</small></span>matre! Tu saignes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">UNE VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Archer, je vois une lueur</div>
-<div class="verse">autour de ton casque. Dj</div>
-<div class="verse">tu t'illumines!</div>
-</div>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La corne de la coche perce</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>275</small></span>la paume de ta main. Si fort</div>
-<div class="verse">tu t'appuyais, seigneur! Comment</div>
-<div class="verse">ne sentais-tu pas la blessure?</div>
-<div class="verse">Quel est ton songe?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que Dieu perptue ton cleste</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>280</small></span>ravissement!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, tu t'es bless! Tu souffres?</div>
-<div class="verse">&mdash;Ton arc t'a perc, ton arc mme!</div>
-<div class="verse">&mdash;Femmes, femmes, donnez des lins</div>
-<div class="verse">pour tancher le sang qui coule.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>285</small></span>&mdash;La fleur de ta veine est plus belle</div>
-<div class="verse">que l'anmone d'Adonis.</div>
-<div class="verse">&mdash;Donnez le dictame iden!</div>
-<div class="verse">&mdash;Sur le ft de ton arc les gouttes</div>
-<div class="verse">brillent comme des escarboucles.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>290</small></span>&mdash;Femmes, n'avez-vous pas de baume?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il a dans le creux de sa main</div>
-<div class="verse">les anmones du Liban</div>
-<div class="verse">et les larmes de la desse.</div>
-<div class="verse">&mdash;Femmes, donnez des lins! Parmi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>295</small></span>vous, n'y a-t-il pas une esclave</div>
-<div class="verse">de Syrie? pas une Crtoise?</div>
-<div class="verse">&mdash;Qui t'apportera le dictame?</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu es plus fort que la douleur.</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous t'aimons, Seigneur, nous t'aimons.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>300</small></span>&mdash;Chef la belle chevelure,</div>
-<div class="verse">tes archers t'aiment.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Tes archers</div>
-<div class="verse">t'aiment.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Tu es beau.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Tu es beau</div>
-<div class="verse">comme Adonis.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Archers, laissez couler mon sang.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>305</small></span>Il faut qu'il coule. Pas de lin,</div>
-<div class="verse">femmes, pas de baume. Laissez</div>
-<div class="verse">couler mon sang.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici une femme, la tte voile par le pan de
-son manteau, s'approche. D'un geste rapide,
-elle trempe un morceau de lin dans le sang
-de Sbastien; et elle s'efface, en silence.</p>
-
-<div class="p">LES GENTILS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;On ne respire plus, ici!</div>
-<div class="verse">&mdash;On touffe! On touffe!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;O sont</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>310</small></span>les magiciens qui oprent</div>
-<div class="verse">ces prestiges?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;On renouvelle</div>
-<div class="verse">les sortilges du Sorcier</div>
-<div class="verse">aux Trois Clous.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Andronique, ordonne</div>
-<div class="verse">que tous, ici, l'un aprs l'autre,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>315</small></span>passent devant l'autel et jettent</div>
-<div class="verse">l'encens au feu des sacrifices.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il y a des chrtiens partout,</div>
-<div class="verse">ici. Tu pourras les compter.</div>
-<div class="verse">&mdash;On touffe! On touffe comme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>320</small></span>dans l'tuve.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Greffier, la cire</div>
-<div class="verse">de tes tablettes fond, et tout</div>
-<div class="verse">s'efface.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Et cette odeur de lys!</div>
-<div class="verse">Et cette odeur de lys!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Brisez</div>
-<div class="verse">donc les tiges! Fauchez les gerbes!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>325</small></span>&mdash;Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">ami d'Auguste, tu es seul</div>
-<div class="verse"> verser du sang.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;La sueur</div>
-<div class="verse">coule, la cire fond; et tout</div>
-<div class="verse">s'efface.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;On suffoque, on halette</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>330</small></span>dans une vapeur fauve.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Crie</div>
-<div class="verse">plus fort!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;La folie du Solstice</div>
-<div class="verse">va clater comme un orage.</div>
-<div class="verse">&mdash;Archers, archers, bandez vos arcs</div>
-<div class="verse">et faites un carnage.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;L'&oelig;il</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>335</small></span>des esclaves est chaud de meurtre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et cette odeur de lys!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Fauchez</div>
-<div class="verse">les gerbes!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici on entend venir, du fond des portiques,
-les appels de la mre infortune.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">&mdash;La mre! La mre!</div>
-<div class="verse">&mdash;C'est elle!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Elle vient.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Elle accourt.</div>
-<div class="verse">&mdash;cartez-vous!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>340</small></span>Mes fils! Mes fils! Mes fils chris!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle s'lance. Elle s'abat contre les colonnes.
-Anxieuse, elle palpe les corps des captifs
-pour reconnatre qu'ils sont encore sains.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Enfants, enfants de mes entrailles,</div>
-<div class="verse">vous tes sains, vous tes saufs</div>
-<div class="verse">encore! Il n'y a pas de sang</div>
-<div class="verse">sur vous. J'entends le battement</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>345</small></span>de vos c&oelig;urs. On n'a pas encore</div>
-<div class="verse">meurtri vos chairs, bris vos os.</div>
-<div class="verse">Que je vous touche, que je sente</div>
-<div class="verse">la vie de ma vie! Mais je n'ai</div>
-<div class="verse">que deux mains faibles; et vous tes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>350</small></span>l'un de l'autre distants. Je n'ai</div>
-<div class="verse">que deux pauvres bras, qui ne peuvent</div>
-<div class="verse">pas vous ravoir dans une mme</div>
-<div class="verse">treinte, vous qui avez bu</div>
-<div class="verse">au mme sein. Et mon amour</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>355</small></span>se dchire entre vos deux peines,</div>
-<div class="verse"> mes gmeaux!</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne me touche pas ainsi, femme.</div>
-<div class="verse">Ne parle pas. Ne pleure pas.</div>
-<div class="verse">Dtourne tes yeux. Laisse-moi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>360</small></span>immoler, pendant que l'autel</div>
-<div class="verse">est prt. Laisse-moi recevoir</div>
-<div class="verse">la vraie vie. Ne viens pas corrompre</div>
-<div class="verse">ma volont d'tre Dieu. Femme,</div>
-<div class="verse">dtache tes mains de mon corps.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>365</small></span>Je veux renatre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O cruel! Et c'est toi, c'est toi!</div>
-<div class="verse">On peut entendre ces paroles</div>
-<div class="verse">sans expirer. Qui comblera</div>
-<div class="verse">la mesure de la douleur?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>370</small></span>et qui comblera la mesure</div>
-<div class="verse">des larmes? Oui, oui, mon enfant,</div>
-<div class="verse">mes mains ont senti que les cordes</div>
-<div class="verse">s'enfoncent dans ta chair. Je suis</div>
-<div class="verse">lie comme toi. J'ai partout</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>375</small></span>des sillons livides, des veines</div>
-<div class="verse">trangles. Ta souffrance est mienne,</div>
-<div class="verse">en moi, comme si tu tais</div>
-<div class="verse">encore avec ton frre un n&oelig;ud</div>
-<div class="verse">palpitant dans la profondeur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>380</small></span>de mon espoir. Je suis ta mre,</div>
-<div class="verse">ta mre. Je te porte encore.</div>
-<div class="verse">Oui, je suis nouveau charge</div>
-<div class="verse">de vos poids. Je tressaille encore</div>
-<div class="verse">de vos sursauts.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>385</small></span>Christ, je souffre pour ton nom!</div>
-<div class="verse">Mais tu l'as dit: Si quelqu'un vient</div>
-<div class="verse"> moi et ne hait pas son pre,</div>
-<div class="verse">sa mre, ses frres, ses s&oelig;urs,</div>
-<div class="verse">plus encore, sa propre vie,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>390</small></span>il ne peut tre mon disciple.</div>
-<div class="verse">Seigneur Christ, je suis ton disciple.</div>
-<div class="verse">Je suis ton hostie. Je suis prt.</div>
-<div class="verse">Exauce-moi!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il l'a dit! Ce Dieu, qui vous frappe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>395</small></span>de dmence, vous a donn</div>
-<div class="verse">ce commandement! Ah, je sais.</div>
-<div class="verse">Il a pris sur lui tous les crimes</div>
-<div class="verse">et toutes les infirmits</div>
-<div class="verse">du monde. Il est affreux. Il boit</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>400</small></span>le sang des enfants et des vierges.</div>
-<div class="verse">Il a saisi les sept enfants</div>
-<div class="verse">de Symphorose, les sept autres</div>
-<div class="verse">de Flicit, puis les sept</div>
-<div class="verse">vierges d'Ancyre&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>405</small></span>Tais-toi! Tu blasphmes. La mre</div>
-<div class="verse">criait: Mes enfants, regardez</div>
-<div class="verse">en haut, combattez pour vos mes.</div>
-<div class="verse">La mort est vie.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah, ce n'est pas vrai! On vous trompe,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>410</small></span>on vous affole, on vous abreuve</div>
-<div class="verse">de je ne sais quel noir breuvage.</div>
-<div class="verse">Il y a des Thessaliennes</div>
-<div class="verse">qui mlent des philtres atroces</div>
-<div class="verse"> l'cume de la cavale,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>415</small></span>pour la fureur ingurissable.</div>
-<div class="verse">De quelles herbes souterraines,</div>
-<div class="verse">de quels fruits lugubres, de quelles</div>
-<div class="verse">racines arraches au fond</div>
-<div class="verse">des paludes mornes o croissent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>420</small></span>les pavots du sommeil sans yeux,</div>
-<div class="verse">et de quels poisons, et de quelles</div>
-<div class="verse">larmes, et de quelles sanies</div>
-<div class="verse">se broie le philtre qui vous donne</div>
-<div class="verse">cette ivresse de la douleur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>425</small></span>cette rage de la torture,</div>
-<div class="verse">cette frnsie de la mort?</div>
-<div class="verse">Qui vous a tendu le calice</div>
-<div class="verse">dans les tnbres?</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon frre, mon frre, je tremble.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>430</small></span>Hlas! J'ai peur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je vous piais dans ma chair,</div>
-<div class="verse">de toute ma force attentive,</div>
-<div class="verse">comme mon prodige incertain.</div>
-<div class="verse">Parfois les vieux Lares sourirent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>435</small></span>de mon ombre, sous leurs guirlandes</div>
-<div class="verse">neuves, en songeant la gousse</div>
-<div class="verse">qui cache le fruit gmin.</div>
-<div class="verse">Pour vous faire beaux, je mirais</div>
-<div class="verse">dans le temple et sous le portique</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>440</small></span>les images belles des dieux.</div>
-<div class="verse">Quand je sentis le double c&oelig;ur</div>
-<div class="verse">battre dans mon me, je vis</div>
-<div class="verse">les feux blancs des Gmeaux clestes</div>
-<div class="verse">clairer mon me et la nuit.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>445</small></span>Ils brillaient au bout de mes songes</div>
-<div class="verse">comme sur les mts des navires,</div>
-<div class="verse">quand pour vos bouches trop avides,</div>
-<div class="verse">enfants, le sommeil regonflait</div>
-<div class="verse">mes seins taris.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>450</small></span>Mon frre, mon frre, je tremble.</div>
-<div class="verse">Mon c&oelig;ur se fond.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Christ, je te loue. Sauve-moi!</div>
-<div class="verse">Garde mon me, Christ Seigneur,</div>
-<div class="verse">que je ne sois pas confondu!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>455</small></span>Exauce-moi!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Marcellien, tu es doux.</div>
-<div class="verse">Tu tais la s&oelig;ur de tes s&oelig;urs.</div>
-<div class="verse">La desse berceuse ornait</div>
-<div class="verse">ton berceau de frache aubpine,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>460</small></span>pour loigner les rves sombres.</div>
-<div class="verse">Pour suspendre ta bulle d'or</div>
-<div class="verse"> la poitrine des vieux Lares,</div>
-<div class="verse">te souvient-il? tu drobas</div>
-<div class="verse">la bandelette virginale</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>465</small></span>qui rattachait le lin docile</div>
-<div class="verse"> la quenouille de Chrysille.</div>
-<div class="verse">Nous vmes derrire la porte</div>
-<div class="verse">rire les marmousets espigles</div>
-<div class="verse">dans leurs niches bleues. Tout coup</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>470</small></span>tu rougissais comme l'ourlet</div>
-<div class="verse">de ta toge prtexte. Pense:</div>
-<div class="verse">tu viens peine de quitter</div>
-<div class="verse">ta dpouille candide! Ils flairent,</div>
-<div class="verse">tes chiens tachets, ils te cherchent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>475</small></span>dans les coins de ta chambre peinte,</div>
-<div class="verse">et gmissent. Ils m'interrogent</div>
-<div class="verse">de leurs prunelles ples comme</div>
-<div class="verse">la fume. Dans la maison triste,</div>
-<div class="verse">on n'a plus tourn les clepsydres.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>480</small></span>La poussire tombe. O enfant,</div>
-<div class="verse">tu reviendras.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mre, mre douce, aie piti!</div>
-<div class="verse">C'est Dieu que je perds, si je perds</div>
-<div class="verse">ce combat. Je veux tre Dieu.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>485</small></span>Je veux mourir.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici parat Thodote, port par ses serfs,
-la toge ramene sur son visage, sans mot dire.</p>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Honte sur nous! Honte sur nous!</div>
-<div class="verse">Regarde ce vieillard infirme</div>
-<div class="verse">qui se trane aux bras des esclaves,</div>
-<div class="verse">la tte voile. C'est toi, toi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>490</small></span>qui le courbes, toi qui l'crases.</div>
-<div class="verse">Regarde-le: car jamais plus</div>
-<div class="verse">il n'osera lever son front</div>
-<div class="verse">pour regarder homme vivant.</div>
-<div class="verse">Tu l'as ploy vers le spulcre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>495</small></span>Et il aura ses funrailles,</div>
-<div class="verse">son linceul, ses baumes, sa tombe;</div>
-<div class="verse">il aura son repos, l o</div>
-<div class="verse">mme le jeu des vents est mort</div>
-<div class="verse">autour des morts sans nom ni nombre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>500</small></span>Mais vous, mais vous, sans spulture,</div>
-<div class="verse">larves noires et tourmentes,</div>
-<div class="verse">vous errerez sur le rivage</div>
-<div class="verse">du fleuve noir, dans l'ternelle</div>
-<div class="verse">nuit, jamais&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>505</small></span>Frre, je crains. Mon me fuit.</div>
-<div class="verse">Tu es muet. Dieu m'abandonne.</div>
-<div class="verse">Et la terreur la plus lointaine</div>
-<div class="verse">revient moi. Je ne vois plus</div>
-<div class="verse">ta face, Christ!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>510</small></span>Mes fils, mes fils, voil vos s&oelig;urs,</div>
-<div class="verse">vos cinq s&oelig;urs chries, les cinq doigts</div>
-<div class="verse">de la main qui porte la rose;</div>
-<div class="verse">et les compagnes de leurs jeux;</div>
-<div class="verse">et vos gaux; et les offrandes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>515</small></span>pour les dieux saints: le vin, le lait,</div>
-<div class="verse">l'huile, le miel, les fruits, les orges,</div>
-<div class="verse">les aromates, les guirlandes;</div>
-<div class="verse">et le blier tout blanc, sans tache;</div>
-<div class="verse">et la chvre blanche, sans tache;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>520</small></span>et aussi des fioles pleines,</div>
-<div class="verse">des fioles comme des doigts,</div>
-<div class="verse">pleines du sel divin des larmes,</div>
-<div class="verse">tides de larmes.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les cinq s&oelig;urs paraissent suivies de quelques
-compagnes, en un ch&oelig;ur de neuf voix. Elles
-sont si jeunes que la dernire est presque une
-enfant. Lgres et vives comme des oiseaux,
-pleines de grces suppliantes et d'tonnements
-ingnus, elles apportent dans leurs mains et dans
-leurs yeux toutes les images de la vie belle.</p>
-
-<p class="di">Un autre ch&oelig;ur de neuf jeunes hommes
-survient, tranant des hosties vivantes: un
-bouc aux cornes dores, une chvre ceinte
-d'une branche de peuplier.</p>
-
-<p class="di">Les deux ch&oelig;urs novnaires s'approchent
-en chantant, et entourent les deux colonnes
-o les pieds des captifs sont joints comme les
-pieds des Anges.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS VIRGINVM.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="p2">LA PREMIERE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par les bandelettes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>525</small></span>qui serrent nos seins,</div>
-<div class="verse">par l'or qui nous ceint,</div>
-<div class="verse">les lins qui nous vtent,</div>
-
-<div class="verse stanza">gmeaux, gmeaux, faites</div>
-<div class="verse">l'offrande aux dieux saints,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>530</small></span>par les bandelettes</div>
-<div class="verse">qui serrent nos seins!</div>
-
-<div class="verse stanza">Voici l'huile prte,</div>
-<div class="verse">le lait et le vin;</div>
-<div class="verse">et le jonc marin</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>535</small></span>pour ceindre vos ttes</div>
-<div class="verse">et les bandelettes.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA SECONDE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A toi, Proserpine,</div>
-<div class="verse">le fuseau bien tors,</div>
-<div class="verse">la lampe rebord</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>540</small></span>qui trois fois crpite,</div>
-
-<div class="verse stanza">le fil qu'on dvide</div>
-<div class="verse">en songeant aux sorts,</div>
-<div class="verse">la poupe de cire</div>
-<div class="verse">que je berce encor,</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>545</small></span>la claire clepsydre,</div>
-<div class="verse">la navette d'or,</div>
-<div class="verse">tout ce que j'ai! Fors</div>
-<div class="verse">mon heur, mon dlice:</div>
-<div class="verse">ma perdrix novice.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA TROISIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>550</small></span>Fors ma sauterelle</div>
-<div class="verse">qui vit, sans regret</div>
-<div class="verse">des amples gurets,</div>
-<div class="verse">dans sa claie si grle,</div>
-
-<div class="verse stanza">tout ce que j'ai, belle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>555</small></span>Reine qui soumets</div>
-<div class="verse">nos mes si frles,</div>
-<div class="verse">je te le promets:</div>
-
-<div class="verse stanza">le miroir, les peignes</div>
-<div class="verse">d'or, les osselets</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>560</small></span>d'argent, le filet,</div>
-<div class="verse">le bandeau, l'ombrelle.</div>
-<div class="verse">Fors ma sauterelle,</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA QUATRIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par les ttes noires</div>
-<div class="verse">des grands pavots roses</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>565</small></span>que le Fleuve arrose</div>
-<div class="verse">d'une eau sans mmoire,</div>
-
-<div class="verse stanza">ne laisse pas boire</div>
-<div class="verse">ces lvres closes</div>
-<div class="verse">d'enfants doux qu'gare</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>570</small></span>la douleur sans cause,</div>
-
-<div class="verse stanza"> Fleur du Tartare,</div>
-<div class="verse">Vierge qui exauces</div>
-<div class="verse">les vierges moroses,</div>
-<div class="verse">par les ttes noires</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>575</small></span>des grands pavots roses!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA CINQUIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et par la grenade</div>
-<div class="verse">et par les neuf grains</div>
-<div class="verse">tombs de l'crin</div>
-<div class="verse">sur le noir rivage,</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>580</small></span>dtourne ces mes</div>
-<div class="verse">du Portail d'airain,</div>
-<div class="verse">et par la grenade</div>
-<div class="verse">et par les neuf grains,</div>
-
-<div class="verse stanza">pouse trop ple</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>585</small></span>du Roi souterrain,</div>
-<div class="verse"> toi qui treins</div>
-<div class="verse">dans ta main trop ple</div>
-<div class="verse">la sombre grenade!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA SIXIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici pour l'offerte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>590</small></span>la grce du mois:</div>
-<div class="verse">l'amande et la noix</div>
-<div class="verse"> l'cale verte,</div>
-
-<div class="verse stanza">la figue entr'ouverte</div>
-<div class="verse">et le cne troit.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>595</small></span>Voici pour l'offerte</div>
-<div class="verse">la grce du mois.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'ai, ds l'aube, experte</div>
-<div class="verse">du suc et du poids,</div>
-<div class="verse">cueilli de mes doigts</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>600</small></span>frais, en nymphe alerte,</div>
-<div class="verse">neuf fruits pour l'offerte.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA SEPTIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici des gteaux</div>
-<div class="verse">au miel de l'Hymette,</div>
-<div class="verse">sur une tablette</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>605</small></span>en bois de bouleau.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'ai fait le gruau</div>
-<div class="verse">d'une main bien nette.</div>
-<div class="verse">Voici les gteaux</div>
-<div class="verse">au miel de l'Hymette.</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>610</small></span>J'ai pour le fourneau</div>
-<div class="verse">quitt la navette.</div>
-<div class="verse">Et sur ma tablette</div>
-<div class="verse">bien lisse, tout chauds,</div>
-<div class="verse">voici mes gteaux.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA HUITIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>615</small></span>Et voici la coupe</div>
-<div class="verse">que vous verserez,</div>
-<div class="verse">de vin soutir</div>
-<div class="verse">sans remuer l'outre;</div>
-
-<div class="verse stanza">le ligustre souple</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>620</small></span>et l'anet des prs</div>
-<div class="verse">pour ceindre la coupe</div>
-<div class="verse">que vous verserez;</div>
-
-<div class="verse stanza">la rsine rousse</div>
-<div class="verse">et le miel dor,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>625</small></span>pour vous desserrer</div>
-<div class="verse">la bouche qui boude</div>
-<div class="verse">au bord de la coupe.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LA NEUVIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La flte d'agate,</div>
-<div class="verse">dont le son reluit,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>630</small></span>je l'ai dans l'tui</div>
-<div class="verse">bien clos qui la cache.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'ai celle des Panes,</div>
-<div class="verse">aux tuyaux enduits</div>
-<div class="verse">de cire tenace</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>635</small></span>que mon air bleuit;</div>
-
-<div class="verse stanza">et celle d'enfance,</div>
-<div class="verse"> deux trous, en buis,</div>
-<div class="verse">dont je joue la nuit,</div>
-<div class="verse">couche dans la paille,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>640</small></span>pour tromper la caille.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS JUVENVM.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="p2">LE PREMIER.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des fltes, des fltes</div>
-<div class="verse">pour danser en rond!</div>
-<div class="verse">Et nous tranerons</div>
-<div class="verse">par la corde rude</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>645</small></span>le blier hirsute</div>
-<div class="verse">qui cosse du front.</div>
-<div class="verse">Des fltes, des fltes</div>
-<div class="verse">pour danser en rond!</div>
-
-<div class="verse stanza">Entre orteil et nuque</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>650</small></span>l'me est un arc prompt.</div>
-<div class="verse">Et nous tranerons,</div>
-<div class="verse">la chvre camuse.</div>
-<div class="verse">Des fltes, des fltes!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE SECOND.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O dieux! Qu'on gorge</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>655</small></span>le taureau puissant</div>
-<div class="verse">et le bouc qui sent,</div>
-<div class="verse">hosties l'&oelig;il torve!</div>
-
-<div class="verse stanza">Que l'autel dborde</div>
-<div class="verse">de vin et de sang!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>660</small></span>Qu'il soit une forge</div>
-<div class="verse">de feu rugissant!</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu'il crpite d'orges,</div>
-<div class="verse">qu'il fume d'encens!</div>
-<div class="verse">Que les dieux prsents</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>665</small></span>reoivent la force</div>
-<div class="verse">jaillie de cent gorges!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE TROISIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par la pendaison</div>
-<div class="verse">de cet esclave ivre,</div>
-<div class="verse">qu'il est doux de vivre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>670</small></span>prs de l'chanson!</div>
-
-<div class="verse stanza">O roue d'Ixion,</div>
-<div class="verse"> roc de Sisyphe,</div>
-<div class="verse">grandeur du lion,</div>
-<div class="verse">beaut du supplice!</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>675</small></span>Par la pendaison</div>
-<div class="verse">de cet esclave ivre,</div>
-<div class="verse">qu'il est doux de vivre</div>
-<div class="verse">au vent des chansons!</div>
-<div class="verse">Salut, Ixion.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE QUATRIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>680</small></span>Que la vie est belle!</div>
-<div class="verse">Que les dieux sont beaux!</div>
-<div class="verse">Voici le Feu, l'Eau,</div>
-<div class="verse">l'Air, l'Ame, la Terre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il y a l'arc, l'aile,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>685</small></span>les jeux les travaux.</div>
-<div class="verse">Que la vie est belle!</div>
-<div class="verse">Que les dieux sont beaux!</div>
-
-<div class="verse stanza">O douleur nouvelle</div>
-<div class="verse">teins les flambeaux,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>690</small></span>ouvre les tombeaux,</div>
-<div class="verse">ceins-toi d'asphodle.</div>
-<div class="verse">Que la vie est belle!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE CINQUIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Venez au gymnase,</div>
-<div class="verse">gmeaux, voir sourire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>695</small></span>le dieu palestrite</div>
-<div class="verse">coiff du ptase.</div>
-
-<div class="verse stanza">On lutte. On se rase,</div>
-<div class="verse">avec la strigile</div>
-<div class="verse">courbe, la peau grasse</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>700</small></span>de sueur et d'huile.</div>
-
-<div class="verse stanza">On verse, du vase</div>
-<div class="verse">dlicat d'argile</div>
-<div class="verse">qui pend, vin d'gine</div>
-<div class="verse">bien frais dans la tasse.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>705</small></span>Et on se dlasse.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE SIXIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous tes gmeaux.</div>
-<div class="verse">Tels les Tyndarides</div>
-<div class="verse">aux belles cnmides</div>
-<div class="verse">dompteurs de chevaux.</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>710</small></span>Ah, prendre aux naseaux</div>
-<div class="verse">l'talon numide</div>
-<div class="verse">tout blanc, dont la peau</div>
-<div class="verse">est un feu humide;</div>
-
-<div class="verse stanza">ceindre du fronteau,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>715</small></span>tenir par la bride</div>
-<div class="verse">cette flamme lisse</div>
-<div class="verse"> quatre sabots;</div>
-<div class="verse">bondir au garrot!</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE SEPTIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il y a la gloire.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>720</small></span>On dompte les hommes.</div>
-<div class="verse">On hume l'arome</div>
-<div class="verse">du laurier qu'on froisse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et des reines noires</div>
-<div class="verse">suivent le Triomphe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>725</small></span>On les apprivoise</div>
-<div class="verse">comme des lionnes.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'or de la Victoire</div>
-<div class="verse">creuse ta main moite.</div>
-<div class="verse">Une immense angoisse</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>730</small></span>gonfle ta gorgone.</div>
-<div class="verse">Io! C'est la gloire.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE HUITIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il y a l'ivresse,</div>
-<div class="verse">de profonds celliers.</div>
-<div class="verse">On peut tout lier,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>735</small></span>plier par un geste.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il y a l'ivresse,</div>
-<div class="verse">la fleur du pommier,</div>
-<div class="verse">des amours qu'on tresse</div>
-<div class="verse">en dansant nu-pieds;</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>740</small></span>la fleur de la fve,</div>
-<div class="verse">le col du ramier;</div>
-<div class="verse">l'Ourse, le Bouvier,</div>
-<div class="verse">Orion; les rves;</div>
-<div class="verse">le tranchant du glaive.</div>
-</div>
-
-<div class="p2">LE NEUVIEME.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>745</small></span>Tu vois luire l'aube</div>
-<div class="verse">comme ta lueur.</div>
-<div class="verse">Rose, frache s&oelig;ur</div>
-<div class="verse">de la larme chaude!</div>
-
-<div class="verse stanza">Des marchands de Rhodes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>750</small></span>t'apportent, par c&oelig;ur,</div>
-<div class="verse">de nouvelles odes</div>
-<div class="verse">comme du bonheur.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tu attends aux mles</div>
-<div class="verse">d'Ostie, le soir, leurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>755</small></span>nefs qui ont la Fleur</div>
-<div class="verse">sur la proue trs haute.</div>
-<div class="verse">Tu flaires leurs baumes&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici le courage des jeunes prisonniers commence
- mollir. Marc lutte encore, fermant les
-paupires, serrant les lvres, retenant son
-souffle, de peur qu'il ne lui chappe quelques
-paroles qui puissent le perdre. Mais Marcellien
-incline vers ses s&oelig;urs son visage tout humide
-de larmes; il les regarde, il les nomme par
-leurs noms si chers. Et elles cherchent
-dnouer les n&oelig;uds rudes, se haussant sur la
-pointe des sandales, allgres et prestes.</p>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chrysille, Tlsille, s&oelig;urs</div>
-<div class="verse">douces! Junie! Flavie! Mes s&oelig;urs,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>760</small></span>que faites-vous? que faites-vous?</div>
-<div class="verse">Otez de mon front la guirlande!</div>
-<div class="verse">On ne peut pas nous dlier,</div>
-<div class="verse">on ne peut pas, on ne peut pas.</div>
-<div class="verse">Ote la guirlande, pione,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>765</small></span>je te prie! Mes s&oelig;urs, mes s&oelig;urs douces,</div>
-<div class="verse">que faites-vous?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O jeunes hommes inculps,</div>
-<div class="verse">Marc et Marcellien gmeaux</div>
-<div class="verse">de Thodote, voulez-vous</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>770</small></span>enfin obir au clment</div>
-<div class="verse">Empereur? Rponds, Marc. Rponds,</div>
-<div class="verse">toi, Marcellien. Voulez-vous</div>
-<div class="verse">sacrifier aux dieux de Rome,</div>
-<div class="verse">aux douze dieux grands de l'Empire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>775</small></span>et l'effigie de Csar?</div>
-<div class="verse">Greffier, cris.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici, tout coup, Sbastien rompt son immobilit
-vigilante. Et le son inattendu de sa
-voix frappe de stupeur et de frayeur les
-hommes, comme l'clat soudain du tonnerre.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Athltes du Christ, rpondez!</div>
-<div class="verse">Rpondez la parole forte!</div>
-<div class="verse">Dardez la rponse de fer!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>780</small></span>Je prends entre mes poings le rouge</div>
-<div class="verse">c&oelig;ur nu de votre foi, mes frres,</div>
-<div class="verse">puisque vos poignets sont lis;</div>
-<div class="verse">et je le hausse vers le haut</div>
-<div class="verse">ciel o la couronne ternelle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>785</small></span>est suspendue pour votre gloire.</div>
-<div class="verse">Je vous adjure, par le sang</div>
-<div class="verse">qui dgoutte de cette paume</div>
-<div class="verse">perce comme la paume sainte</div>
-<div class="verse">contre la barre de la Croix!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>790</small></span>Dieu vous entend.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici les jumeaux tournent vers le juge leurs
-fronts raffermis, et crient de leurs voix claires.</p>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jamais. Je confesse le Christ.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jamais. Je confesse le Christ.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jamais.</div>
-</div>
-
-<div class="p">MARCELLIEN.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Jamais.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici la tourbe paenne se soulve en tumulte.</p>
-
-<div class="p">LES GENTILS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;La vote s'croule!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Les pierres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>795</small></span>se fendent!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Tout est renvers.</div>
-<div class="verse">&mdash;Avez-vous entendu?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Tout est</div>
-<div class="verse">souill, foul.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Sbastien,</div>
-<div class="verse">Sbastien, quelle dmence,</div>
-<div class="verse">quelle rage s'empare aussi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>800</small></span>de toi?</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Le chef des sagittaires,</div>
-<div class="verse">l'ami d'Auguste, est infidle</div>
-<div class="verse"> son matre!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Regardez-le!</div>
-<div class="verse">Il est debout dans le dlire.</div>
-<div class="verse">&mdash;Lui, l'ami d'Auguste, il exhorte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>805</small></span>les coupables mpriser</div>
-<div class="verse">l'dit!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Ils flchissaient dj,</div>
-<div class="verse">les jeunes gens.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Ils taient prts</div>
-<div class="verse">au sacrifice.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il les enivre</div>
-<div class="verse">par la vue de son sang.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Il laisse</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>810</small></span>couler son sang pour simuler</div>
-<div class="verse">la crucifixion de l'Homme</div>
-<div class="verse"> tte d'ne.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il a perc</div>
-<div class="verse">sa main gauche par artifice.</div>
-<div class="verse">Et il a invoqu la croix.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>815</small></span>Avez-vous entendu?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;J'entends,</div>
-<div class="verse">j'entends, moi, claquer les fouets</div>
-<div class="verse">des bestiaires. Aux lions!</div>
-<div class="verse">Aux lions!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Non, ce n'est pas vrai.</div>
-<div class="verse">Il est hors de lui-mme. Il porte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>820</small></span>un malfice. N'avez-vous</div>
-<div class="verse">pas vu se rapprocher de lui</div>
-<div class="verse">soudain cette femme trangre</div>
-<div class="verse">et tremper le lin dans la plaie?</div>
-<div class="verse">Il porte un malfice occulte.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>825</small></span>&mdash;Regardez-le! Regardez-le!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai.</div>
-<div class="verse">Toi, toi, bel Archer, toi, si beau!</div>
-<div class="verse">Toi, plus beau que l'adolescent</div>
-<div class="verse">de Bithynie, le Bien-aim</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>830</small></span>d'Hadrien, le divinis</div>
-<div class="verse">d'gypte!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Il ressemble Mercure</div>
-<div class="verse">souterrain qui hante la route</div>
-<div class="verse">invitable.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il a bondi</div>
-<div class="verse">du socle, frre des statues</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>835</small></span>divines.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il a fait un songe.</div>
-<div class="verse">Il se rveille.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Secoue-toi!</div>
-<div class="verse">Tu es trop beau. Renie, renie</div>
-<div class="verse">ton sacrilge.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Viens! Allons,</div>
-<div class="verse">allons immoler des brebis</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>840</small></span> Crs qui porte les lois,</div>
-<div class="verse">au Soleil qui voit l'avenir.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il faut boire, et frapper la terre</div>
-<div class="verse">d'un pied libre.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Va-t'en! Va-t'en!</div>
-<div class="verse">&mdash;On touffe! On touffe comme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>845</small></span>dans l'tuve.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Et la puanteur</div>
-<div class="verse">des lys!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Et ce relent lugubre</div>
-<div class="verse">des offrandes non prsentes!</div>
-<div class="verse">&mdash;Crie fort!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Les oreilles bourdonnent</div>
-<div class="verse">de murmures magiques.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Tous</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>850</small></span>ces esclaves puent, sentent pire</div>
-<div class="verse">que le bouc.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Et ne tracez pas</div>
-<div class="verse">des mots magiques sur les dalles.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et ne parlez pas bas aux dieux</div>
-<div class="verse">infernaux.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;O Chef, Chef cruel,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>855</small></span>tu nous a trahis, tu nous as</div>
-<div class="verse">trahis pour cet Asiatique</div>
-<div class="verse">mort au gibet!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien reste debout et inbranlable,
-sans rpondre. La mre des confesseurs
-s'lance contre lui, dsespre.</p>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O maudit, maudit, tu m'arraches</div>
-<div class="verse">mes fils malheureux, mes enfants</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>860</small></span>gars. Tu me les arraches</div>
-<div class="verse">quand ils allaient tendre leurs bras</div>
-<div class="verse">dlis vers toutes mes larmes</div>
-<div class="verse">souriantes, que je sentais</div>
-<div class="verse">refluer mon sein aride</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>865</small></span>comme le lait de ma douleur!</div>
-<div class="verse">Qui es-tu? qui es-tu, si jeune</div>
-<div class="verse">et si terrible, mle avec</div>
-<div class="verse">ce beau visage de Furie?</div>
-<div class="verse">Qui es-tu qui offres de rouges</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>870</small></span>c&oelig;urs tes autels et promets</div>
-<div class="verse">des couronnes d'astres ceux</div>
-<div class="verse">que tu tranes l-bas dans l'ombre</div>
-<div class="verse">o tout finit?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien lui parle avec une imprieuse
-douceur.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je suis l'esclave de l'Amour.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>875</small></span>Je suis le matre de la Mort,</div>
-<div class="verse">Femme, et je te connais. Je sais</div>
-<div class="verse">que je toucherai le c&oelig;ur rouge</div>
-<div class="verse">au fond de ta poitrine aride</div>
-<div class="verse">qu'enfle le lait de la douleur.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>880</small></span>Je te connais, femme. Tu es</div>
-<div class="verse">marque du sceau mystrieux.</div>
-<div class="verse">Tu auras un jour ton martyre,</div>
-<div class="verse">ta couronne et ton allgresse.</div>
-<div class="verse">Il te regarde.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>885</small></span>Qui me regarde? Tu m'effraies.</div>
-<div class="verse">Le frisson me traverse toute,</div>
-<div class="verse">comme une pe.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il t'a choisie dj. Tu trembles.</div>
-<div class="verse">Tu es lue.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>890</small></span>Tu m'effraies Non, je ne veux pas!</div>
-<div class="verse">Que fais-tu de moi? que fais-tu</div>
-<div class="verse">de mon me? mes fils, mes fils,</div>
-<div class="verse">vous me voyez, vous me voyez.</div>
-<div class="verse">Quelqu'un m'entrane.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>895</small></span>C'est Lui, c'est Lui. Car du haut ciel</div>
-<div class="verse">Il fond et saisit, comme l'aigle</div>
-<div class="verse">foudroyant. Il saisit, soulve,</div>
-<div class="verse">emporte, dans les battements</div>
-<div class="verse">de sa grandeur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>900</small></span>O est-il? o est-il? J'ai peur.</div>
-<div class="verse">J'ai peur de me retourner. Laisse,</div>
-<div class="verse">oh, laisse-moi reprendre haleine!</div>
-<div class="verse">Tu me vois: je suis pantelante.</div>
-<div class="verse">Mes fils, m'avez-vous appele?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>905</small></span>Dois-je venir? J'entends des cris,</div>
-<div class="verse">les cris de cet aigle, les cris</div>
-<div class="verse">du ravisseur. Il vous saisit,</div>
-<div class="verse">il vous soulve, il vous emporte,</div>
-<div class="verse">Faut-il venir? Faut-il mourir?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>910</small></span>Me voici prte.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Effares, agites, ses filles tendent vers elle
-leurs bras nus.</p>
-
-<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O mre, mre!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu as profr la parole!</div>
-<div class="verse">Femme, Il a parl par tes lvres</div>
-<div class="verse">Martyrs, avez-vous entendu?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>915</small></span>Le ciel rayonne.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;O mre, mre, qu'as-tu dit?</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu nous dchires.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Tourne-toi!</div>
-<div class="verse">&mdash;Oh, regarde-nous! Tourne-toi</div>
-<div class="verse">vers tes filles pouvantes!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>920</small></span>&mdash;Qui s'empare de toi? Quel mal</div>
-<div class="verse">te possde?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Regarde-nous!</div>
-<div class="verse">&mdash;Du dos de ta main tu essuies</div>
-<div class="verse">ta bouche qui s'emplit d'cume</div>
-<div class="verse">comme la bouche des sibylles.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>925</small></span>&mdash;Ressaisis ton me. Tu es</div>
-<div class="verse">la proie de l'Enchanteur.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Nous sommes</div>
-<div class="verse">toutes tremblantes.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O malheur!</div>
-<div class="verse">&mdash;O mre, mre!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu'ai-je dit? qu'ai-je dit? Oh, non,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>930</small></span>ne tremblez pas! Je vous regarde.</div>
-<div class="verse">Vous tes toutes ples, comme</div>
-<div class="verse">l'vanouissement des choses</div>
-<div class="verse">que nous tenions. Vous n'avez plus</div>
-<div class="verse">en vos mains les offrandes. Vous</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>935</small></span>me touchez avec vos mains vides.</div>
-<div class="verse">Vous n'avez plus ni fleurs ni fruits,</div>
-<div class="verse">ni les vases ni les corbeilles.</div>
-<div class="verse">Vous avez tout abandonn.</div>
-<div class="verse">Et les offrandes non offertes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>940</small></span>gisent l, sur les dalles, comme</div>
-<div class="verse">des ordures. Mes dieux, mes dieux,</div>
-<div class="verse">o tes-vous?</div>
-</div>
-
-<div class="p">CHRYSILLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mre, mre douce, rentrons,</div>
-<div class="verse">rentrons. Tu les retrouveras</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>945</small></span>prs de la porte. Laisse-toi</div>
-<div class="verse">ramener. Ta litire est prte.</div>
-<div class="verse">Mre, tu souffres.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et vous les abandonnerez</div>
-<div class="verse">l, eux aussi, comme les orges</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>950</small></span>et les huiles? Voyez, voyez</div>
-<div class="verse">les yeux de vos frres, voyez-</div>
-<div class="verse">les, grands ouverts, qui nous regardent!</div>
-<div class="verse">Est-ce que je leur avais fait</div>
-<div class="verse">des yeux si grands?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien lui parle avec une imprieuse
-douceur.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>955</small></span>Femme, tu ne rentreras pas</div>
-<div class="verse">dans ta maison.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Est-ce que je leur avais fait</div>
-<div class="verse">des yeux si grands?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu ne franchiras pas ce soir</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>960</small></span>ton seuil de pierre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE,</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah, si grands que toute l'horreur</div>
-<div class="verse">en sort et tout le ciel y entre.</div>
-<div class="verse">Voyez, voyez!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jamais plus tu ne reverras</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>965</small></span>les Lares derrire ta porte.</div>
-<div class="verse">Tu le savais.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici les filles clatent en pleurs.</p>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est vrai, c'est vrai. Je le savais.</div>
-<div class="verse">Je n'ai plus tourn la clepsydre.</div>
-<div class="verse">Je n'ai plus mesur le temps</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>970</small></span>que par les gouttes trs amres.</div>
-<div class="verse">J'ai pris dans l'tre une poigne</div>
-<div class="verse">de cendre et je l'ai rpandue</div>
-<div class="verse">sur mes cheveux. Salut, foyer!</div>
-<div class="verse">Et vous, filles infortunes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>975</small></span>qui tiez pareilles aux doigts</div>
-<div class="verse">de la main qui porte la rose,</div>
-<div class="verse">vous serez les cinq doigts bants</div>
-<div class="verse">de la main qui laisse l'empreinte</div>
-<div class="verse">ineffaable sur le mur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>980</small></span>fidle, afin qu'on se souvienne</div>
-<div class="verse">du meurtre. Adieu.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici les filles s'lancent pour la retenir et
-l'enlacent.</p>
-
-<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Non! Non!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;O vas-tu? o vas-tu?</div>
-<div class="verse">que feras-tu?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Entourez-la,</div>
-<div class="verse">entourez-la de vos bras, s&oelig;urs!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>985</small></span>Elle est dmente, elle est dmente.</div>
-<div class="verse">&mdash;Pour t'enlever, il faut qu'on tranche</div>
-<div class="verse">nos poignets, qu'on coupe nos bras</div>
-<div class="verse">jusqu'aux aisselles.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O s&oelig;urs, s&oelig;urs,</div>
-<div class="verse">soyez fortes pour l'entraner.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>990</small></span>&mdash;O Bonne Desse, redouble</div>
-<div class="verse">la force de notre amour.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Non,</div>
-<div class="verse">non, tu n'iras pas! Aie piti!</div>
-<div class="verse">&mdash;Aie piti! Comment pourrais-tu</div>
-<div class="verse">nous jeter ainsi la honte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>995</small></span>et au deuil infini?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Reviens,</div>
-<div class="verse">reviens avec nous au foyer!</div>
-<div class="verse">&mdash;Rien ne pourra nous sparer</div>
-<div class="verse">de toi, dans le nombre des jours.</div>
-<div class="verse">Je t'en fais serment!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Je t'en fais</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1000</small></span>serment!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Et moi aussi!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Et moi</div>
-<div class="verse">aussi!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Toujours nous resterons</div>
-<div class="verse">nubiles, pour l'amour de toi,</div>
-<div class="verse">mre douce, auprs de ton tre,</div>
-<div class="verse">auprs des Pnates voiles.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Tenant d'une main leur mre gare, elles
-ramnent de l'autre leurs voiles sur leurs ttes
-et prononcent voix basse la parole de la
-conscration.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1005</small></span>&mdash;Je me dvoue.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Je me dvoue.</div>
-<div class="verse">&mdash;Je me dvoue.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Je me dvoue.</div>
-<div class="verse">&mdash;Je me dvoue.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vierges, vierges, ne pleurez pas.</div>
-<div class="verse">Celui qui garde le foyer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1010</small></span>inextinguible a recueilli</div>
-<div class="verse">ces v&oelig;ux. Vous aurez vos couronnes,</div>
-<div class="verse">en mangeant le doux fruit de vie</div>
-<div class="verse">d'entre les lvres de la mort.</div>
-<div class="verse">Il n'y a pas d'autre douceur.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1015</small></span>Je vous le dis.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La mre se tourne vers lui, dans l'horreur
-d'une vaine rvolte.</p>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Archer, Archer sans merci,</div>
-<div class="verse">et tu les prends, et tu les prends!</div>
-<div class="verse">Je sais. Je trane mes paules</div>
-<div class="verse">une grappe lourde de vies</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1020</small></span>condamnes. Elles crient dj</div>
-<div class="verse">comme des victimes qu'touffent</div>
-<div class="verse">mes voiles. Je suis Niob,</div>
-<div class="verse">je suis du sang noir de Tantale,</div>
-<div class="verse">avec toute ma gniture.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1025</small></span>Archer, sous tes traits invisibles,</div>
-<div class="verse">Repais-toi de mes infortunes</div>
-<div class="verse">et rassasie-toi de mes deuils.</div>
-<div class="verse">O fcondit lamentable!</div>
-<div class="verse">La mort, la mort, de toute part</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1030</small></span>la mort. L'amour de toute part</div>
-<div class="verse">l'affronte. C'est moi qui vous trane,</div>
-<div class="verse">filles, c'est moi.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il ne tue pas. Il vivifie.</div>
-<div class="verse">Qu'il te souvienne de la veuve</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1035</small></span>de Tibur qui, par fer et feu,</div>
-<div class="verse">criait: Mes enfants, regardez</div>
-<div class="verse">en haut, combattez pour vos mes.</div>
-<div class="verse">La mort est vie.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Non, nous ne voulons pas mourir!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1040</small></span>&mdash;Laisse-nous vivre, laisse-nous</div>
-<div class="verse">respirer encore!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Aie piti</div>
-<div class="verse">de notre jeunesse.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Tu vois</div>
-<div class="verse">tu me vois, comme je suis jeune,</div>
-<div class="verse"> mre. Je suis ta plus jeune.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1045</small></span>Je ne veux pas mourir. J'ai peur,</div>
-<div class="verse">j'ai peur.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Aie piti! Laisse-nous</div>
-<div class="verse"> la lumire!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il est si doux</div>
-<div class="verse">de voir la lumire, de voir</div>
-<div class="verse">le soleil; et nos dieux sont bons,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1050</small></span>nos dieux sont beaux!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE,</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne peux plus les invoquer,</div>
-<div class="verse">je ne sais plus les implorer.</div>
-<div class="verse">Tout croule. Tout s'vanouit.</div>
-<div class="verse">Et mon c&oelig;ur dfaille, mon me</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1055</small></span>est perdue.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici d'une voix grave et ferme son fils Marc
-l'exhorte, dressant sa tte sur l'affaissement
-de son corps qui n'a plus de soutien sous les
-pieds lis.</p>
-
-<div class="p">MARC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mre, nous sommes en silence.</div>
-<div class="verse">Notre amour est crucifi.</div>
-<div class="verse">Sois avec elles.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je viens, je viens. Je suis vous.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Par une volont plus qu'humaine, elle
-s'arrache l'treinte de ses filles, qui poussent
-un cri unanime. Elle marche seule vers les
-deux colonnes vivantes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1060</small></span>Je suis vous. Me voici prte,</div>
-<div class="verse">mes fils. J'entends le battement</div>
-<div class="verse">de vos c&oelig;urs. On a retir</div>
-<div class="verse">les soutiens de dessous vos pieds</div>
-<div class="verse">joints. Et j'entends le craquement</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1065</small></span>de vos coudes, de vos genoux,</div>
-<div class="verse">de vos paules. Je vous porte.</div>
-<div class="verse">Je suis charge de vos deux poids.</div>
-<div class="verse">O faut-il monter? o faut-il</div>
-<div class="verse">descendre? Je saurai sourire.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1070</small></span>Je saurai chanter. Me voici.</div>
-<div class="verse">J'ai votre faim, j'ai votre soif</div>
-<div class="verse">J'enfoncerai profondment</div>
-<div class="verse">ma bouche dans la plnitude</div>
-<div class="verse">de la mort. Hommes!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici elle se tourne vers les magistrats, les
-assesseurs, les bourreaux.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1075</small></span>Hommes, je confesse le Christ.</div>
-<div class="verse">Je suis chrtienne. Qu'on me lie,</div>
-<div class="verse">qu'on me frappe. Je sais souffrir.</div>
-<div class="verse">Je veux mourir.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici les cinq vierges se couvrent entirement
-la tte, en se serrant l'une contre l'autre, prs
-de leur pre toujours envelopp dans sa toge
-et taciturne.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div>
-</div>
-
-<p class="di">La multitude accrue s'agite, vocifre,
-alterne les imprcations et les invocations,
-les louanges et les outrages, les menaces et
-les prophties, diverse et discordante. L'air
-s'assombrit. Des sacrificateurs jettent sur
-l'autel des poignes d'aromates. On entend
-parfois, dans une pause, des femmes sangloter.</p>
-
-<div class="p">GENTILS ET CHRETIENS, QUELQUES
-JUIFS, LES ARCHERS ET LES
-ESCLAVES, HOMMES ET FEMMES.
-TOUT LE TUMULTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1080</small></span>&mdash;Sbastien, ami d'Auguste,</div>
-<div class="verse">tu travailles pour le pressoir!</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu travailles pour le charnier!</div>
-<div class="verse">&mdash;O Archer impudent, tout oint</div>
-<div class="verse">de malfices!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Maintenant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1085</small></span>on va les entendre chanter</div>
-<div class="verse">des paroles magiques, comme</div>
-<div class="verse">Ptolme, comme Astion,</div>
-<div class="verse">pour te rsister et te vaincre,</div>
-<div class="verse"> somnolent!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il est malade,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1090</small></span>il est endormi dans la graisse,</div>
-<div class="verse">de la nuque jusqu'au talon.</div>
-<div class="verse">&mdash;Puisque tout est dit maintenant,</div>
-<div class="verse">qu'on les tourmente.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Niob!</div>
-<div class="verse">Niob!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Et suspendez-la,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1095</small></span>entre ses gmeaux, au sommet</div>
-<div class="verse">de l'arcade, par une seule</div>
-<div class="verse">main!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Voyez Andronique. Il mche</div>
-<div class="verse">sa langue bovine.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il savoure</div>
-<div class="verse">la sueur sale qui ruisselle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1100</small></span>dans les rides de ses fanons.</div>
-<div class="verse">&mdash;Allons! Qu'on le secoue! Esclaves,</div>
-<div class="verse">pincez-le fort aux jambes, vous</div>
-<div class="verse">qui lui dorlotez sa podagre.</div>
-<div class="verse">&mdash;N'avez-vous pas honte, pourceaux?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1105</small></span>&mdash;Debout, debout les serfs! Debout</div>
-<div class="verse">les serfs! Les temps sont rvolus.</div>
-<div class="verse">&mdash;Mre des martyrs, sois loue!</div>
-<div class="verse">&mdash;Non sur la cire des tablettes,</div>
-<div class="verse">mais ton nom est crit dj</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1110</small></span>au livre de vie.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O sort humble</div>
-<div class="verse">et magnifique!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Je me courbe</div>
-<div class="verse">et je baise la terre, en signe</div>
-<div class="verse">de ton ventre, mre admirable.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ils sont fous, ils sont fous. Des sacs,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1115</small></span>des sacs d'ellbore!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;On touffe.</div>
-<div class="verse">Tous les foins coups du Solstice</div>
-<div class="verse">sont mis ici fermenter?</div>
-<div class="verse">&mdash;En avez-vous, du foin, aux cornes!</div>
-<div class="verse">&mdash;Si c'est le Solstice, prenez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1120</small></span>les faucilles et moissonnez.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ne tracez pas de mots magiques</div>
-<div class="verse">sur les dalles.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Levez les dalles,</div>
-<div class="verse">si vous osez, levez les dalles.</div>
-<div class="verse">Les morts vont surgir du charnier</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1125</small></span>de Csar.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Et que les Romains</div>
-<div class="verse">sachent qu'ils ne sont que des hommes,</div>
-<div class="verse">rien que des hommes.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Criez fort,</div>
-<div class="verse">car votre Sauveur entendra.</div>
-<div class="verse">Est-il ivre ou somnolent comme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1130</small></span>ce bon juge, que son courroux</div>
-<div class="verse">ne se dchane contre nous?</div>
-<div class="verse">&mdash;O insenss, il tait dieu</div>
-<div class="verse">et il est mort comme un larron.</div>
-<div class="verse">&mdash;On l'a soufflet.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il avait</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1135</small></span>une tunique sans couture.</div>
-<div class="verse">Les soldats l'ont joue aux ds.</div>
-<div class="verse">&mdash;Taisez-vous! Taisez-vous! Le seul</div>
-<div class="verse">genou de Jsus se dressant</div>
-<div class="verse">du saint spulcre vaut tout l'orbe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1140</small></span>de l'Empire.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il faut un carnage.</div>
-<div class="verse">&mdash;On ne comprend plus rien.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Nous sommes</div>
-<div class="verse">tous envelopps dans les rets</div>
-<div class="verse">de la mort.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Va-t'en! Je te frappe.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ils font des onctions magiques.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1145</small></span>Prenez garde.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Tous ces esclaves</div>
-<div class="verse">cachent des rouleaux dans les plis</div>
-<div class="verse">de leurs sayons.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il faut attendre.</div>
-<div class="verse">Le bois du gibet va fleurir.</div>
-<div class="verse">&mdash;Tuez! Tuez! Tuez!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Il faut</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1150</small></span>la lourde pe ibrienne</div>
-<div class="verse">qui fatigue le baudrier.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ardez-les ou bien ils vous ardent.</div>
-<div class="verse">&mdash;Un Phrygien a mis le feu</div>
-<div class="verse"> trois temples.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qui cre, sinon</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1155</small></span>le feu?</div>
-<div class="verse i2">&mdash;C'est la douleur qui cre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ah, c'est trop attendre. Pourquoi,</div>
-<div class="verse">pourquoi n'abrges-tu pas l'heure?</div>
-<div class="verse">&mdash;Dieu viendra du Midi. Le Saint</div>
-<div class="verse">descendra du Mont Pharan.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Juif</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1160</small></span>du Transtvre, tu pourras</div>
-<div class="verse">nous fournir des vitres casses.</div>
-<div class="verse">&mdash;O Archer, je veux te bnir!</div>
-<div class="verse">&mdash;Archer de la vie, je bnis</div>
-<div class="verse">ton &oelig;il, ta main, ton arc, tes traits.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1165</small></span>&mdash;O Chef, Chef, tu nous as trahis,</div>
-<div class="verse">tu nous a trahis.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Tu seras</div>
-<div class="verse">sculpt dans le basalte noir,</div>
-<div class="verse">comme Antinos.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O divin!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ton parfum est mort, Adonis.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1170</small></span>&mdash;Divin meurtrier, toi qui tues</div>
-<div class="verse">et suscites!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qu'on lui arrache</div>
-<div class="verse">l'arc et le carquois!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Puisqu'il est</div>
-<div class="verse">maintenant marqu la paume</div>
-<div class="verse">comme un larron, qu'on tranche aussi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1175</small></span>ses pouces!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Archer, n'aurais-tu pas</div>
-<div class="verse">Apollon pour complice?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Il porte</div>
-<div class="verse">le premier stigmate.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il a fait</div>
-<div class="verse">le serment militaire. Il porte</div>
-<div class="verse">un autre stigmate. Il est tratre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1180</small></span>&mdash;Nul jour ne sera plus ce jour.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ce n'est qu'un rve.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Je m'en vais.</div>
-<div class="verse">Ma force est bout.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O Beaut,</div>
-<div class="verse">Beaut, vivre et mourir pour toi!</div>
-<div class="verse">&mdash;Mangeons les offrandes qu'on laisse</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1185</small></span>par terre, ces figues sabines.</div>
-<div class="verse">&mdash;On ne respire que des rves,</div>
-<div class="verse">les rves qu'enfantent les fivres.</div>
-<div class="verse">&mdash;Sus! Que les buccins recourbs</div>
-<div class="verse">soufflent la bataille!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O Archers,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1190</small></span>bandez vos arcs et rangez-vous!</div>
-<div class="verse">&mdash;Les Niobides!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Minotaure,</div>
-<div class="verse">Minotaure d'Asie, gorg</div>
-<div class="verse">de vierges et d'adolescents!</div>
-<div class="verse">&mdash;Elles suivront. On l'a crit:</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1195</small></span>Une multitude de vierges</div>
-<div class="verse">suivra ses pas.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Elles sont douces</div>
-<div class="verse">comme ce lait caill.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;O vierges,</div>
-<div class="verse">vierges, que ne puis-je vous faire</div>
-<div class="verse">mourir d'amour!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et des bourreaux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1200</small></span>dans les prisons ont viol</div>
-<div class="verse">des vierges mortes!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Vous mordrez</div>
-<div class="verse">la cendre.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Il faut que tout autel</div>
-<div class="verse">surnage au sang des adorants.</div>
-<div class="verse">&mdash;O est le Paradis?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Ouvrez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1205</small></span>vos portes, ouvrez donc vos portes;</div>
-<div class="verse">et le Roi de gloire entrera.</div>
-<div class="verse">&mdash;Dieu viendra du Midi. Le Saint</div>
-<div class="verse">descendra du Mont Pharan.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Juif</div>
-<div class="verse">de la porte Capne, viens</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1210</small></span>nous vendre tes morceaux de verre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'on les corche vifs avec</div>
-<div class="verse">des tessons de pots!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O dieux, dieux</div>
-<div class="verse">renverss, briss, effacs</div>
-<div class="verse">en un jour!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Soufflez sur le feu!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1215</small></span>Attisez les charbons!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Va-t'en.</div>
-<div class="verse">Je nie.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Rome n'est que la truie</div>
-<div class="verse">qui se vautre.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Sur ce charnier</div>
-<div class="verse">fumant l'Empire pourrira.</div>
-<div class="verse">&mdash;Debout, les forts, les purs, les bons!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1220</small></span>&mdash;Htez le temps! Souvenez-vous!</div>
-<div class="verse">&mdash;Petit grec, petit grec, je suis</div>
-<div class="verse">ton matre.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;O serf, ouvre ton me</div>
-<div class="verse">pour voir, et tes poignets sont libres.</div>
-<div class="verse">&mdash;Les voies de l'immolation</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1225</small></span>sont les plus sres et le sang</div>
-<div class="verse">est inpuisable.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Oh l'horreur,</div>
-<div class="verse">l'horreur de l'immortalit!</div>
-<div class="verse">&mdash;Mangeons les offrandes. Mangeons</div>
-<div class="verse">ce raisin sec et ces olives</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1230</small></span>en saumure.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Un fromage rond,</div>
-<div class="verse">un fond d'amphore, des gteaux.</div>
-<div class="verse">&mdash;Regarde comme la denture</div>
-<div class="verse">de l'thiopien reluit!</div>
-<div class="verse">&mdash;Les sacrifices vous engraissent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1235</small></span>et le vin des libations</div>
-<div class="verse">vous fait trbucher.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Que le vin</div>
-<div class="verse">vous sorte des narines!</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Jule,</div>
-<div class="verse">castrat de la Grande Desse,</div>
-<div class="verse">qu'est-ce que tu fais sur l'estrade?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1240</small></span>N'as-tu pas mme le fouet</div>
-<div class="verse">du Galle, garni d'osselets?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il n'est malade que de crainte,</div>
-<div class="verse">il n'est ivre que de massique,</div>
-<div class="verse">stupfi que par les truffes.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1245</small></span>&mdash;Appariteurs, soufflez, soufflez!</div>
-<div class="verse">&mdash;Attisez les charbons!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Qui donc</div>
-<div class="verse">le premier foulera la braise?</div>
-<div class="verse">&mdash;Voyez, voyez! Une des vierges</div>
-<div class="verse">voile va rejoindre sa mre.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Une des cinq vierges voiles se dtache du
-groupe et marche lentement vers les colonnes
-vivantes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1250</small></span>&mdash;Elle veut se perdre.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;pione,</div>
-<div class="verse">sois loue devant l'ternel!</div>
-<div class="verse">&mdash;Mais ils connaissent des formules</div>
-<div class="verse">d'incantation qui prservent</div>
-<div class="verse">de la douleur.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il faut les oindre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1255</small></span>de graisse vile, pour dtruire</div>
-<div class="verse">leurs charmes.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Voici la seconde!</div>
-<div class="verse">&mdash;Sois loue par le ch&oelig;ur des Anges</div>
-<div class="verse"> Flavie!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Elles taient belles</div>
-<div class="verse">comme les yeux sont beaux avant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1260</small></span>de pleurer.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;O dieu Minotaure!</div>
-<div class="verse">&mdash;L'homme a-t-il plus de larmes ou</div>
-<div class="verse">plus de gouttes de sang?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Amour,</div>
-<div class="verse">Amour, sauve-nous!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Mais c'est toi,</div>
-<div class="verse">Sbastien, qui les enchantes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1265</small></span>qui les enivres.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et tu seras</div>
-<div class="verse">sculpt dans le basalte noir,</div>
-<div class="verse"> Archer, comme Antinos</div>
-<div class="verse">l'Inconsolable.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il est trs beau.</div>
-<div class="verse">Regardez-le! Regardez-le!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1270</small></span>&mdash;Et la troisime se dtache</div>
-<div class="verse">et suit les autres.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Sois loue</div>
-<div class="verse">par les Trnes et les Ardeurs,</div>
-<div class="verse">Junie!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;L'toile des Gmeaux</div>
-<div class="verse">culmine, frres.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Honnie soit</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1275</small></span>la chienne et toute sa porte!</div>
-<div class="verse">&mdash;Que ta langue ne se dtache</div>
-<div class="verse">plus de ton palais ulcr!</div>
-<div class="verse">&mdash;Non, vous n'allez pas prvaloir!</div>
-<div class="verse">&mdash;Jetez-les dehors! Jetez-les</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1280</small></span>dehors! Ils puent.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Nous forcerons</div>
-<div class="verse">vos portes avec la cogne.</div>
-<div class="verse">&mdash;Aux tourments! La braise est point.</div>
-<div class="verse">&mdash;Appariteurs, appariteurs,</div>
-<div class="verse">tout est donc prt.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et nous dirons:</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1285</small></span>Jamais assez! Jamais assez!</div>
-<div class="verse">&mdash;La douleur est inpuisable.</div>
-<div class="verse">&mdash;Le son du Verbe fut sem</div>
-<div class="verse">dans la fertilit du meurtre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Violences sur violences!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1290</small></span>&mdash;Jamais assez! Jamais assez!</div>
-<div class="verse">&mdash;Qui donc le premier foulera</div>
-<div class="verse">la braise vive?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici, comme Sbastien est debout, prs du
-feu bas, il s'offre.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Moi, le premier.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La multitude ondoie. Les archers entourent
-leur chef aim.</p>
-
-<div class="p">LES HRAUTS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Silence.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Silence.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Silence.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1295</small></span>Le juge parle.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Jule Andronique, secou par les assesseurs,
-fait des gestes vains. Les attestations des
-Asiatiques dominent la rumeur confuse.</p>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Saisissez l'Archer! O sont-ils</div>
-<div class="verse">les sorciers qui&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Non! On ne peut pas!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Qu'on l'empche</div>
-<div class="verse">qu'on l'empche!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il est libre encore.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1300</small></span>On ne l'a pas jug. Personne</div>
-<div class="verse">encore ne peut le soumettre</div>
-<div class="verse">aux tourments; car il est un Chef,</div>
-<div class="verse">il est le Chef de la cohorte</div>
-<div class="verse">d'Emse, il est l'ami d'Auguste.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1305</small></span>&mdash;Il faut qu'avant on le dnonce</div>
-<div class="verse"> l'Empereur.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il faut qu'il soit</div>
-<div class="verse">jug par Csar.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Et il faut</div>
-<div class="verse">qu'il soit dpouill des insignes.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'on l'empche de se livrer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1310</small></span> son dlire.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Archers d'Emse, archers d'Emse,</div>
-<div class="verse">je le ferai.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Entendez le son de sa voix.</div>
-<div class="verse">On en tremble. Tout c&oelig;ur tressaille.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1315</small></span>&mdash;Il est sacr par la Manie.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il est hors de lui-mme. Il porte</div>
-<div class="verse">un malfice.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il est la proie</div>
-<div class="verse">d'un rve sauvage.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O Chef, Chef,</div>
-<div class="verse">rentre en toi-mme!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Voyez-le.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1320</small></span>Comment pourrait-il se souiller</div>
-<div class="verse">de ce mfait, tant si beau?</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu ne peux pas!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes,</div>
-<div class="verse">je le ferai.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici un jeune homme la voix harmonieuse
-lui adresse la suprme dprcation.</p>
-
-<div class="p">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1325</small></span>Tant que tu portes ton poing</div>
-<div class="verse">l'arc d'Emse garni d'ivoire</div>
-<div class="verse">et d'or, grand, doubl, deux cornes,</div>
-<div class="verse">pur comme la lune nouvelle</div>
-<div class="verse">et criard comme l'hirondelle,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1330</small></span>( Sbastien intrpide,</div>
-<div class="verse">Chef la belle chevelure,</div>
-<div class="verse">coute-moi) tant que tu portes</div>
-<div class="verse">suspendu comme la cithare</div>
-<div class="verse">par la bande pourpre, plus haut</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1335</small></span>que l'paule gauche, le long</div>
-<div class="verse">carquois oblique dix-huit dards,</div>
-<div class="verse">recouvert de peau de panthre,</div>
-<div class="verse">( Sbastien intrpide,</div>
-<div class="verse">Chef la belle chevelure,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1340</small></span>coute-moi) tant que tu portes</div>
-<div class="verse">dans le carquois dix-huit dards</div>
-<div class="verse">neuf et neuf vies d'hommes certaines</div>
-<div class="verse">de ta certitude, seigneur,</div>
-<div class="verse">tu ne peux pas.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1345</small></span>O Sana, voici mon arc.</div>
-<div class="verse">Je le serre dans cette main</div>
-<div class="verse">que perce un invisible clou.</div>
-<div class="verse">Il est doubl. Mais le tendon</div>
-<div class="verse">de bte, qui s'ajuste au ft</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1350</small></span>et qui s'y colle de faon</div>
-<div class="verse"> ne faire qu'un avec lui,</div>
-<div class="verse">n'est pas insparable comme</div>
-<div class="verse">ce filet de sang qui s'y fige,</div>
-<div class="verse">tu vois, de l'une l'autre coche</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1355</small></span>sans se noircir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous demanderons aux devins</div>
-<div class="verse">et aux mages ce qu'un tel signe</div>
-<div class="verse">montre, seigneur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je le sais. Or, toi, considre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1360</small></span>la figure de l'arc, archer,</div>
-<div class="verse">puisque tu es marqu par Dieu</div>
-<div class="verse">qui t'a fait les deux yeux divers,</div>
-<div class="verse">l'un bleu, l'autre noir, comme jour</div>
-<div class="verse">et nuit. Tu clos un peu le noir</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1365</small></span>quand tu vises le but, afin</div>
-<div class="verse">que ton regard soit tout pareil</div>
-<div class="verse"> l'air que traverse le trait.</div>
-<div class="verse">Je t'ai vu. Regarde. Cet arc</div>
-<div class="verse">figure la Trinit sainte.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1370</small></span>Le ft est le Pre, la corde</div>
-<div class="verse">est l'Esprit, la flche empenne</div>
-<div class="verse">est le Fils qui donna son sang.</div>
-<div class="verse">Et il n'y aura plus de taches,</div>
-<div class="verse">sauf la tache du sang tomb</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1375</small></span>des mains et des pieds du Seigneur.</div>
-<div class="verse">Or, cet arc, je te le commets,</div>
-<div class="verse">et le tmoignage vermeil</div>
-<div class="verse">qui rabaisse l'ivoire et l'or.</div>
-<div class="verse">Mais je veux lancer ma dernire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1380</small></span>flche, lus de la cohorte</div>
-<div class="verse">d'Emse. A qui?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il prend le dard du carquois, par dessus son
-paule. Un profond frmissement se propage
-dans la multitude entasse. On s'carte, on
-recule.</p>
-
-<div class="p">DES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;A qui?</div>
-<div class="verse i2">&mdash;A qui!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Appariteurs!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Il a souri.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;cartez-vous!</div>
-<div class="verse">&mdash;Qui va-t-il viser?</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Andronique,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1385</small></span>Andronique, prends garde toi!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le goutteux souffle et renifle, dans l'effarement.</p>
-
-<div class="p">LE PREFET.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Appariteurs, dsarmez-le,</div>
-<div class="verse">dsarmez-le!</div>
-</div>
-
-<div class="p">VITAL.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Sbastien,</div>
-<div class="verse">que veux-tu faire?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les Asiatiques protgent leur chef contre
-toute atteinte.</p>
-
-<div class="p">LES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&mdash;Il a souri!</div>
-<div class="verse">&mdash;Car il est infaillible.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Archer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1390</small></span>vairon, te-lui l'arc!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Ils ont</div>
-<div class="verse">peur, ils ont peur.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Or qui va-t-il</div>
-<div class="verse">tuer?</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Non! Tu ne tueras point.</div>
-<div class="verse">Il a dit: Tu ne tueras point.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La quatrime des cinq vierges se dtache
-de Thodote, auquel n'en reste plus qu'une
-seule.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Sois loue par tous les Archanges,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1395</small></span> Tlsille!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien, ayant band l'arc et encoch
-la flche, se place entre les deux colonnes que
-charge la passion des deux frres. Il plie un
-genou terre, la face vers le ciel.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si je suis digne de servir</div>
-<div class="verse">Ton Fils, le Martyr des martyrs;</div>
-<div class="verse">si j'ai par ma flamme exalt</div>
-<div class="verse">sur le feu bas Ta vrit;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1400</small></span>si j'ai reu du Christ Seigneur</div>
-<div class="verse">ce stigmate de Sa douleur</div>
-<div class="verse">dans ma main qui en est plus forte,</div>
-<div class="verse">Adona, Dieu des cohortes</div>
-<div class="verse">invincibles, Dieu des combats</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1405</small></span>sans merci, Toi qui abats</div>
-<div class="verse">le cheval et le cavalier</div>
-<div class="verse">dans la mer, Toi qui sans blier</div>
-<div class="verse">brises les murs des villes fausses,</div>
-<div class="verse">Dieu de la foudre, exauce, exauce</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1410</small></span>cette prire qui s'aiguise</div>
-<div class="verse">au fer du dernier trait!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici il ajuste le trait; puis, renversant le
-corps en arrire et soulevant tout le bras gauche,
-il tire de toute sa force la corde jusqu' la
-grande veine du cou.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Je vise.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il vise, les empennes contre l'&oelig;il.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon Dieu, je te demande un signe,</div>
-<div class="verse">si je suis digne.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il dcoche le trait vers le ciel ple, entre
-les deux colonnes vivantes, au-dessus des
-lys splendides. Et il regarde, encore genoux.</p>
-
-<p class="di">Des hommes, des femmes accourent, se
-pressent, se tendent dans les entre-colonnements,
-en grande anxit. Et tous ils regardent
-si la flche ne retombe pas.</p>
-
-<div class="p">DES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;On ne voit plus la flche!</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Oui,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1415</small></span>je la vois, je la vois.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Non. Elle</div>
-<div class="verse">va trs haut, trs haut, disparat.</div>
-<div class="verse">&mdash;On ne la voit plus.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Attendez!</div>
-<div class="verse">&mdash;Silence!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ils retiennent leur souffle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">&mdash;Elle va retomber!</div>
-<div class="verse">&mdash;Attendez!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Silence! Silence!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ils retiennent leur souffle.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1420</small></span>&mdash;Non, elle ne retombe pas!</div>
-<div class="verse">&mdash;La flche ne retombe pas!</div>
-<div class="verse">&mdash;Rien ne retombe!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici il se lve et se retourne.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et maintenant je me dsarme!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1425</small></span>Je suis l'Archer certain du but.</div>
-<div class="verse">Sana, Sana, voici</div>
-<div class="verse">l'arc double, le carquois fourni</div>
-<div class="verse">de dix-sept sagettes ailes</div>
-<div class="verse">et le brassard o est grave</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1430</small></span>la figure zodiacale</div>
-<div class="verse">du Sagittaire cribl d'astres.</div>
-<div class="verse">Je te les commets. Je les offre</div>
-<div class="verse"> mes lus de la cohorte</div>
-<div class="verse">d'Emse. Voici.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il donne Sana l'arc, le carquois, le brassard.
-Une claire allgresse l'illumine. Tous
-les regards dans l'blouissement sont fixs
-sur sa face. Il ne sent que l'brit de l'lection
-certaine.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Je suis libre!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1435</small></span>Souvenez-vous. Je suis la Cible!</div>
-<div class="verse">Souvenez-vous de ce terrible</div>
-<div class="verse">espoir, et que je serai digne</div>
-<div class="verse">de demander Dieu des signes</div>
-<div class="verse">plus clatants.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1440</small></span>Sbastien! Sbastien!</div>
-<div class="verse">Sbastien!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Derrire les appels des hommes on croit
-entendre d'autres voix, des voix chantantes,
-de divins chos pars dans l'espace lointain,
-diffus dans l'immensit du miracle cleste.
-Tout ici, l'effluve des lys, la fume de
-l'oliban, la chaleur de la braise, l'anxit
-des mes, le silence de Vesper, tout devient
-mlodie mystrieuse.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mes frres, mes frres, j'entends</div>
-<div class="verse">le bruit des chanes qui se brisent,</div>
-<div class="verse">le choc de la hache, l'clat</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1445</small></span>de la foudre, les quatre vents</div>
-<div class="verse">pleins de semences et de cris,</div>
-<div class="verse">le levain de l'espoir terrible!</div>
-<div class="verse">Mes frres, mes frres, j'entends</div>
-<div class="verse">la mlodie du saint combat,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1450</small></span>le ch&oelig;ur divin des sept flaux,</div>
-<div class="verse">l'annonciation des astres,</div>
-<div class="verse">et la marche du nouveau dieu</div>
-<div class="verse"> ct de l'homme nouveau,</div>
-<div class="verse">et les lisires de la terre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1455</small></span>frmissantes comme les bords</div>
-<div class="verse">d'une bannire qu'on dplie,</div>
-<div class="verse">et le tonnerre qui relie</div>
-<div class="verse">dans les tombes, l'me des morts</div>
-<div class="verse">aux os des morts!</div>
-</div>
-
-<div class="p">DES VOIX PARTOUT EPARSES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1460</small></span>Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">tu es tmoin!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il semble que l'invocation du nom admirable
-soit porte par un ch&oelig;ur anglique, prs et
-loin. Soutenu par ses esclaves, accompagn
-de la dernire de ses filles, Thodote va
-rejoindre le groupe dvou, entre les colonnes
-saintes.</p>
-
-<div class="p">UNE VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sois loue par les Chrubins,</div>
-<div class="verse"> toi, la plus jeune, Chrysille!</div>
-<div class="verse">Toi, par les Dominations,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1465</small></span> Thodote, sois lou</div>
-<div class="verse">dans le haut ciel!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Maintenant la mre douloureuse, le vieillard
-infirme et les cinq vierges occupent l'entre-colonnement
-et relient par la chane de leurs
-corps les deux mes patientes. La force mme
-du feu possde sauvagement l'Archer dsarm.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Soufflez de prs, soufflez de prs,</div>
-<div class="verse">vite, avec des soufflets de forge!</div>
-<div class="verse">Agenouillez-vous; et poussez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1470</small></span>vos haleines. Agenouillez-</div>
-<div class="verse">vous; appuyez-vous sur vos coudes,</div>
-<div class="verse">enflez vos joues, tendez vos lvres,</div>
-<div class="verse">poussez tout le vent de vos mes</div>
-<div class="verse">sur les tisons noirs. Que la flamme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1475</small></span>jaillisse, que les tincelles</div>
-<div class="verse">s'envolent comme des abeilles</div>
-<div class="verse">ivres, que l'ardeur en devienne</div>
-<div class="verse">sept fois plus ardente, Archers,</div>
-<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1480</small></span>Que votre amour je le connaisse</div>
-<div class="verse">enfin, mesure de feu!</div>
-<div class="verse">Otez-moi grves et cuissards,</div>
-<div class="verse">genouillres et solerets.</div>
-<div class="verse">Que je sois nu-pieds et nu-jambes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1485</small></span>comme le vendangeur agile</div>
-<div class="verse">qui s'apprte fouler les grappes</div>
-<div class="verse">rouges dans la cuve fumante!</div>
-<div class="verse">Apportez les sarments, les ceps,</div>
-<div class="verse">les branches, les racines mortes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1490</small></span>les cailles des pins et tous</div>
-<div class="verse">les roseaux de tout le midi</div>
-<div class="verse">poudreux de soleil, pour la flamme</div>
-<div class="verse">soudaine, frres; et couvrez</div>
-<div class="verse">d'un grand bcher les noirs tisons.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1495</small></span>Je danserai plus haut, plus haut</div>
-<div class="verse">que la flamme, sept fois plus haut.</div>
-<div class="verse">Je vous le dis.</div>
-</div>
-
-<p class="di">On lui te les solerets, les genouillres, les
-grves, les cuissards. Il reste avec les pices
-du tronc et des bras sur la nudit de ses
-longues jambes sveltes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tueurs, voici, je me dsarme.</div>
-<div class="verse">J'ai renonc mon arc, lanc</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1500</small></span>ma flche dernire, quitt</div>
-<div class="verse">mon bon harnois. Et cependant,</div>
-<div class="verse">voyez, je brle d'allgresse</div>
-<div class="verse">comme au dbut de la bataille</div>
-<div class="verse">quand les esprits dans le c&oelig;ur tintent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1505</small></span>comme les dards dans le carquois</div>
-<div class="verse">et que le nerf tendu de toute</div>
-<div class="verse">force jusqu'au coin blanc de l'&oelig;il,</div>
-<div class="verse">jusqu' la veine de la tempe</div>
-<div class="verse">chaude, crie comme l'hirondelle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1510</small></span>qui se souvient du sang de Thrace,</div>
-<div class="verse"> meurtriers.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici il s'avance vers les charbons embrass.
-A chaque angle du paralllogramme, une
-couple d'esclaves thiopiens se tient accroupie
-pour soutenir sur la voussure du double dos
-noir et huileux le grand soufflet de forge
-bec de griffon. La rougeur de la braise empourpre
-tout le portique; mais dj le soir
-tombe sur les jardins, qui en deviennent plus
-bleus. Les arcades se remplissent d'azur.
-Dans le sombre azur, les hautes gerbes des lys
-commencent resplendir d'une candeur surnaturelle,
-comme si leurs faisceaux taient
-serrs autour d'un esprit cleste.</p>
-
-<p class="di">Tout coup des cris clatent, la multitude
-ondoie et gronde.</p>
-
-<div class="p">DES VOIX JUBILANTES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;L'aveugle,</div>
-<div class="verse">l'aveugle, la femme d'Attale!</div>
-<div class="verse">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;La femme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1515</small></span>de Venuste, Alc la muette!</div>
-<div class="verse">&mdash;cartez-vous!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FEMME MUETTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es saint! Tu es saint! Je parle.</div>
-<div class="verse">Je te rends grce.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FEMME AVEUGLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es saint! Tu es saint! Je vois.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1520</small></span>Je te rends grce.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES VOIX JUBILANTES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Miracle!</div>
-<div class="verse">&mdash;O gurisseur!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Librateur!</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu prvaudras.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien ne tourne pas la tte, ne semble
-pas entendre. Il est au bord de la braise comme
- la lisire d'une prairie.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Me voici prt, me voici prt!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1525</small></span>Mes pieds sont nus pour la rose</div>
-<div class="verse">du Seigneur, et nus mes genoux</div>
-<div class="verse">pour l'alternance merveilleuse.</div>
-<div class="verse">O gmeaux, accord de la double</div>
-<div class="verse">flte, bras de la grande lyre,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1530</small></span>chantez la gloire du Christ roi,</div>
-<div class="verse">et notre amour! Chantez une hymne</div>
-<div class="verse">qui arde jusqu' leurs oreilles</div>
-<div class="verse">scelles, jusqu' leurs c&oelig;urs inertes!</div>
-<div class="verse">Frres, que serait-il le monde</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1535</small></span>allg de tout notre amour?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il entre dans le paralllogramme de feu.
-Et les premiers mouvements de la danse
-extatique allgent ses pieds comme si les
-Anges avaient nou ses chevilles des talonnires
-invisibles.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O doux miracle, doux miracle!</div>
-<div class="verse">Les lys! Les lys!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les engins de bois, de cuir, de fer et de vent
-accompagnent la danse avec une sorte de
-respiration titanique. Les jumeaux entonnent
-leur hymne. Les femmes et les esclaves sont
-entrans dans le vertige de la douleur et de
-l'allgresse. On entend toujours le nom
-admirable, invoqu par des voix humaines
-et surhumaines.</p>
-
-<div class="p">LES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sbastien, Sbastien,</div>
-<div class="verse">tu es tmoin!</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CANTICVM GEMINORVM.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1540</small></span>Hymnes, toute l'ombre s'efface.</div>
-<div class="verse">Dieu est et toujours sera Dieu.</div>
-<div class="verse">Clbrez Son Nom par le feu.</div>
-<div class="verse">Le soleil terrible est Sa face.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il vient. Il schera Sa race</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1545</small></span>vile, comme un marais boueux.</div>
-<div class="verse">Hymnes, toute l'ombre s'efface.</div>
-<div class="verse">Dieu est et toujours sera Dieu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Chantez les &oelig;uvres de Sa grce,</div>
-<div class="verse">louez Ses &oelig;uvres, en tous lieux.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1550</small></span>Semez Son Nom mystrieux</div>
-<div class="verse">dans les poussires de l'Espace.</div>
-<div class="verse">Hymnes, toute l'ombre s'efface!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici la mre se dcouvre, le vieillard se
-dcouvre; et ils regardent, ravis. Les cinq
-vierges apparaissent hors des voiles, avec
-des visages illumins. Elles haussent la gorge
-comme des colombes, pour chanter le chant
-de leurs frres.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je danse sur l'ardeur des lys.</div>
-<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1555</small></span>Je foule la blancheur des lys.</div>
-<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div>
-<div class="verse">Je presse la douceur des lys.</div>
-<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ce que son me cre, ses pieds l'effleurent.
-Il semble s'alanguir comme dans la danse
-ionienne, et tout coup il se renverse et se
-retourne comme le guerrier qui dans la pyrrhique
-frappe du javelot le bouclier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J'ai les pieds nus dans la rose!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1560</small></span>J'ai les pieds sur le bl qui pousse!</div>
-<div class="verse">Je bondis comme l'eau des sources!</div>
-<div class="verse">Je t'aime, Roi.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dans une ineffable ambigut, le dlire
-alterne avec l'extase, l'ardeur avec la liesse,
-la saltation guerrire avec la jubilation nuptiale.
-Toutes les fracheurs qu'engendre le
-printemps de son me, il les prouve avec sa
-chair empourpre par le reflet de la braise.
-Mais, dans les entre-colonnements, les sept gerbes
-de lys ont l'aveuglant clat des lumires
-sraphiques. Une mlodie indistincte semble
-surgir derrire l'hymne des sept enfants vous.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est comme si j'avais une me</div>
-<div class="verse">faite avec des feuilles de saule,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1565</small></span>comme si mes veines taient</div>
-<div class="verse">faites de musique et d'aurore!</div>
-<div class="verse">C'est comme si je secouais</div>
-<div class="verse">un givre d'toiles sonore!</div>
-<div class="verse">Je t'aime, Roi.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il n'y a plus que le dlire et l'extase,
-n'y a plus que la rougeur des feux bas et la
-candeur des hauts lys. Maintenant la salutation
-sraphique surmonte l'hymne terrestre.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SERAPHICVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1570</small></span>Salut, Lumire,</div>
-<div class="verse">Lumire du Monde,</div>
-<div class="verse">Croix large et profonde,</div>
-<div class="verse">Trs-haute Bannire,</div>
-<div class="verse">Hampe tutlaire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1575</small></span>et Verge fleurie,</div>
-<div class="verse">Signe de victoire</div>
-<div class="verse">et Palme de gloire</div>
-<div class="verse">et Arbre de vie!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J'entends venir un autre chant.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1580</small></span>J'entends les sept luths ternels.</div>
-<div class="verse">Les lys font toute la lumire.</div>
-<div class="verse">Ils font toute la mlodie.</div>
-<div class="verse">Vous les fauchez, et ils renaissent.</div>
-<div class="verse">Vous les brisez, ils sont debout.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1585</small></span>Ils ont la tige imprissable.</div>
-<div class="verse">Voyez, voyez! Ils me regardent</div>
-<div class="verse">comme des Anges couverts d'yeux</div>
-<div class="verse">pour l'pouvante.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le rayonnement des grandes gerbes paradisiaques
-a vaincu la force des feux bas. Tous
-ceux qui voient, tous ceux qui entendent sont
-frapps de stupeur et de terreur. Et la transfiguration
-s'accomplit. Sept Sraphins, sept
-Lumires de la hirarchie lumineuse, surgissent
-des gerbes et s'avancent dans les entre-colonnements.
-Ils chantent: l'immensit de
-leurs voix semble la porte ouverte du Ciel.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici les sept Tmoins de Dieu,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1590</small></span>les Chefs de la Milice ardente.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les femmes, les esclaves, les magistrats,
-les soldats, les bourreaux, tous ceux qui voient,
-tous ceux qui entendent, sont tombs, la face
-contre les dalles. Mais les jumeaux semblent
-faire un seul corps et une seule clart avec les
-colonnes unanimes qui soutiennent le portique
-du Nouveau Jour.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tout le ciel chante!</div>
-</div>
-
-<p class="c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br />
-<span class="small">PRIMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM
-INCRVENTVM</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch2"><i class="small">LA SECONDE MANSION</i><br />
-LA CHAMBRE MAGIQUE</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p>
-
-
-<p class="small ugap">LE SAINT.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LES SEPT MAGICIENNES:</p>
-
-<p class="small">PHOENISSE.</p>
-
-<p class="small">ILAH.</p>
-
-<p class="small">HASSUB.</p>
-
-<p class="small">JARDANE.</p>
-
-<p class="small">ATRENESTE.</p>
-
-<p class="small">PHERORAS.</p>
-
-<p class="small">HYALE.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">L'AFFRANCHI GUDDENE.</p>
-
-<p class="small drap">L'ACOLYTE PHLEGON.</p>
-
-<p class="small drap">LE LECTEUR EUTROPE.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LES CATECHUMENES ADOLESCENTS:</p>
-
-<p class="small">HERMYLE.</p>
-
-<p class="small">GORGONE.</p>
-
-<p class="small">ATHANASE.</p>
-
-
-<p class="small ugap">LES ZELATEURS:</p>
-
-<p class="small">THEODULE.</p>
-
-<p class="small">CYRIAQUE.</p>
-
-<p class="small">NARCISSE.</p>
-
-<p class="small">BASILE.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">L'EUNUQUE ZACHLAS.</p>
-
-<p class="small drap">L'INTENDANT HELCITE.</p>
-
-
-<p class="small ugap">LES ESCLAVES:</p>
-
-<p class="small">DEBIR.</p>
-
-<p class="small">MENES.</p>
-
-<p class="small">PANTENE.</p>
-
-<p class="small">LUCIPOR.</p>
-
-<p class="small">CORDULE.</p>
-
-<p class="small">ALCE.</p>
-
-<p class="small">NADAB.</p>
-
-<p class="small">LE DECAN.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LE COCHER DU CIRQUE.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LA TOURBE DES ESCLAVES, DES
-AFFRANCHIS, DES NEOPHYTES, DES
-ZELATEURS.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LA VOIX DE LA VIERGE ERIGONE.</p>
-
-
-<p class="small drap ugap">LA VOIX DE LA VIERGE MARIE.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="di top4em">On aperoit une vote en
-ellipse, d'une matire
-si polie qu'elle renvoie
-toutes les images, la
-faon d'un miroir concave.
-Une porte rectangulaire
- deux vantaux,
-vaste comme le portail
-d'un temple, est ferme
-dans la paroi du fond. On y monte par
-sept degrs peints des couleurs plantaires,
-comme les sept tages de Ninive, les sept
-enceintes d'Ecbatane. Deux idoles solaires,
-deux colosses entirement vtus de spires serpentines
-jusqu'aux pieds ongls et ails,
-tenant dans les deux mains deux clefs symtriques,
-supportent le linteau monolithe o
-est grave une inscription chaldenne. La face
-du Soleil et la face de la Lune brillent sur les
-vantaux de bronze aux gonds normes.</p>
-
-<p class="di">A droite et gauche, perces dans la courbe
-extrme de la vote qui retombe et s'appuie
-sur les dalles, deux issues basses, noires
-d'ombre, semblent les bouches de deux longs
-couloirs ddalens.</p>
-
-<p class="di">Des chanes d'or enchanent sept cippes
-triangulaires sept femmes coiffes de mitres
-et habilles de robes tranantes. Chacune,
-dans la cavit de chaque cippe, entretient le
-feu color de chaque plante. Et, comme elles
-se penchent sur les creusets occultes, leurs
-visages se colorent diversement entre leurs
-tresses tordues en cornes de blier. La magicienne
-de Saturne a le visage livide, presque
-noir; la magicienne de Jupiter l'a rouge clair;
-la magicienne de Mars, rouge sombre; la
-magicienne de Mercure, bleu; la magicienne
-de Vnus, changeant; la magicienne de la
-Lune, argent; la magicienne du Soleil, tout
-or. A leurs pieds gisent des coffrets, des corbeilles,
-des urnes, des fioles, des coupes, des
-tablettes. Et, penches, elles pient les fusions
-sublimes, travers leurs masques plantaires
-qui tour tour s'avivent et plissent en dgradant
-par d'indicibles nuances.</p>
-
-<p class="di">Comme la sirne qui souffle dans la nacre
-de la conque tordue, chacune chante profondment
-dans le charme de la pierre creuse.</p>
-
-<div class="p">PHOENISSE.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div>
-<div class="verse">Un royaume trouve son roi.</div>
-<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ILAH.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1595</small></span>O Temps, Temps, sable fugace</div>
-<div class="verse">et goutte d'eau ple qui choit!</div>
-<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HASSUB.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Rve, entre la vie qui passe</div>
-<div class="verse">et la mort qui dure, isthme troit!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1600</small></span>Le jour tremble. La nuit s'efface.</div>
-</div>
-
-<div class="p">JARDANE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ame frle dans la chair lasse,</div>
-<div class="verse">ivre d'espoir, folle d'effroi!</div>
-<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATRENESTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il parat. Qui est-ce qui lace</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1605</small></span>la sandale de son pied droit?</div>
-<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHERORAS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il monte. Son front est la place</div>
-<div class="verse">de la lumire, qu'Il accrot.</div>
-<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HYALE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1610</small></span>Les mers sont les bords de sa tasse,</div>
-<div class="verse">l'aube est une perle son doigt.</div>
-<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHOENISSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans l'amour est toute la grce.</div>
-<div class="verse">Le sourire est la seule loi.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1615</small></span>Un nouveau Signe est dans l'espace.</div>
-<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'ombre qui tombe de la vote est claire
-par les sept figures immobiles des Voyantes,
-comme par sept lampes magiques. Ici, soudain,
-clate l'appel de Sbastien dans l'obscurit
-du ddale.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A moi, Guddne! A moi, Phlgon!</div>
-<div class="verse">J'ai trouv l'issue. Entends-tu</div>
-<div class="verse">ma voix, Guddne? Les dtours</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1620</small></span>sont douteux. Ne t'gare pas!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il s'lance. Il a l'aspect farouche du destructeur.
-Un marteau pesant est son poing, le
-marteau du tailleur de pierre, deux ttes
-dont l'une arme de pointes pour entamer
-le bloc. Comme il dcouvre la grande porte,
-il monte imptueusement les marches de
-l'escalier.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La porte! La porte! Je vais</div>
-<div class="verse">t'arracher de tes gonds scells.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il frappe avec son marteau le vantail
-retentissant. Les femmes aux chanes, sans
-dtourner du cippe leur visage illumin, jettent
-un cri d'effroi.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui tes-vous?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il est debout sur le septime degr, s'adossant
-au vantail du Soleil, qui semble porter
-dans son disque la tte juvnile pareille au
-chef du Baptiste dans le plat d'or suspendu.</p>
-
-<div class="p">LES MAGICIENNES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui es-tu? Qui es-tu?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Vous tes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1625</small></span>enchanes l'&oelig;uvre des charmes,</div>
-<div class="verse">magiciennes.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elles sont toutes frmissantes dans la
-fixit de leur vision, comme des arbustes
-feuillus qu'un vent bas agiterait sans mouvoir
-la fleur de la cime.</p>
-
-<div class="p">LES MAGICIENNES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous avons vu, nous avons vu</div>
-<div class="verse">la grande image.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHERORAS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais nous ne pouvons pas encore</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1630</small></span>nous dtourner, seigneur, si mme</div>
-<div class="verse">tu es un dieu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui tes-vous?</div>
-</div>
-
-<div class="p">HASSUB.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Observe nos faces penches.</div>
-<div class="verse">Nous gardons les feux des plantes.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1635</small></span>Vois-tu les aspects des mtaux</div>
-<div class="verse">qu'elles engendrent, aux couleurs</div>
-<div class="verse">de nos faces?</div>
-</div>
-
-<p class="di">La rverbration du feu secret dans la
-cavit du cippe devient de plus en plus forte,
-suivant le rythme incantatoire. Une anxit
-croissante exalte ou rompt la voix de celle
-qui voque les aspects de l'avenir.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Je suis Hassub.</div>
-<div class="verse">Je suis gardienne de Nabou,</div>
-<div class="verse">que les Latins nomment Mercure.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1640</small></span>Ne suis-je pas bleue comme l'ombre</div>
-<div class="verse">de l'me o la pense repose</div>
-<div class="verse">pareille un clair voil,</div>
-<div class="verse">comme l'ombre o lente mrit,</div>
-<div class="verse">pareille au saphir solitaire,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1645</small></span>la parole qui changera</div>
-<div class="verse">le monde et vaincra le tombeau?</div>
-<div class="verse">Mais d'o viens-tu? Quel dieu, quel matre</div>
-<div class="verse">apprit tes lvres si jeunes</div>
-<div class="verse">les blasphmes imprissables?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1650</small></span>Qui est contre toi? Tout l'azur</div>
-<div class="verse">rayonne. Lumire! Lumire!</div>
-<div class="verse">Lumire! Tu te tiens debout,</div>
-<div class="verse">cambr comme l'arc de tes lvres</div>
-<div class="verse">dans le sourire. Tu parais</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1655</small></span>hriss de rayons. Tu portes</div>
-<div class="verse">la couronne d'or et la palme.</div>
-<div class="verse">Ah, qui es-tu?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le feu s'teint, la figure s'teint comme les
-pierreries de la mitre. Semblable une larve
-morne, la femme s'affaisse sur la dalle, contre le
-cippe, dans ses propres chanes; et elle y
-reste accroupie, silencieuse, prs des coffrets,
-des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes,
-des tablettes.</p>
-
-<div class="p">PHOENISSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je suis Ph&oelig;nisse, la gardienne</div>
-<div class="verse">de Dilbat qu'on nomme Vnus</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1660</small></span>la desse mre de Rome,</div>
-<div class="verse">la fleur de la vague fleurie,</div>
-<div class="verse">volupt d'hommes et de dieux.</div>
-<div class="verse">Tu la ddaignes! Ses statues</div>
-<div class="verse">s'croulent. Regarde, regarde</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1665</small></span>mon visage changeant! Mon c&oelig;ur</div>
-<div class="verse">malade ondoie dans la mer chaude</div>
-<div class="verse">de Phnicie. L'cume est comme</div>
-<div class="verse">la bave des pleureuses lasses</div>
-<div class="verse">de crier leur dsir. J'entends</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1670</small></span>les lamentations des femmes</div>
-<div class="verse">qui dchirent tous les nuages</div>
-<div class="verse">du soir et du benjoin. Je vois</div>
-<div class="verse">le bel Adolescent couch</div>
-<div class="verse">sur le lit d'bne. Une frache</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1675</small></span>blessure est sur sa cuisse blme.</div>
-<div class="verse">Les femmes s'acharnent. Des roses</div>
-<div class="verse">naissent du sang, des anmones</div>
-<div class="verse">naissent des larmes. Il est mort,</div>
-<div class="verse">le Bien-aim!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle renverse la tte en arrire, teinte. Elle
-s'croule comme un monceau de cendres. Elle
-reste au pied du cippe, avec ses chanes,
-comme l'esclave morte de fatigue qui s'abat
-au pied de la meule sans quitter la sangle.</p>
-
-<div class="p">PHERORAS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1680</small></span>De l'or! De l'or! Je vois de l'or</div>
-<div class="verse">qui resplendit, de l'or qui tombe,</div>
-<div class="verse">de l'or qui couvre et qui touffe;</div>
-<div class="verse">des colliers, des anneaux, des torques,</div>
-<div class="verse">sans nombre, sans nombre; des choses</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1685</small></span>tincelantes et pesantes</div>
-<div class="verse">sans nombre, le poids du trsor,</div>
-<div class="verse">le supplice du mtal jaune;</div>
-<div class="verse">car je suis Phroras, gardienne</div>
-<div class="verse">de Jupiter. Et l'Empereur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1690</small></span>te regarde, vers toi s'incline,</div>
-<div class="verse">halette. Tu as dans ton poing</div>
-<div class="verse">sa victoire d'or. Mais tu souffres,</div>
-<div class="verse">tu souffres. Sur toi le tonnerre</div>
-<div class="verse">triomphal des buccins rsonne.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1695</small></span>Tu appelles ton dieu, tu nommes</div>
-<div class="verse">un seul dieu devant tous les dieux.</div>
-<div class="verse">Des hommes crient au sacrilge.</div>
-<div class="verse">Orphe! Orphe!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle n'a plus de couleur. Toute blme, elle
-tend ses bras enchans; puis, elle semble se
-casser comme la tige du pavot frapp par la
-verge. A terre, elle incline la tte sur ses
-genoux soulevs.</p>
-
-<div class="p">JARDANE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Apollon! Apollon! On coupe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1700</small></span>les cordes la lyre, comme</div>
-<div class="verse">une chevelure tendue.</div>
-<div class="verse">On la tient par l'une des cornes</div>
-<div class="verse">d'ivoire, comme une victime,</div>
-<div class="verse">pour la mutiler. On entend</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1705</small></span>des cris. Tu es impie, tu es</div>
-<div class="verse">impie. Tu offenses mon dieu.</div>
-<div class="verse">Je suis Jardane, la gardienne</div>
-<div class="verse">du grand luminaire Samas,</div>
-<div class="verse">nomm par les hommes Soleil,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1710</small></span>Paian Lyre-d'or, Arc-d'argent.</div>
-<div class="verse">La lyre heptacorde, figure</div>
-<div class="verse">des sphres chantantes, est-elle</div>
-<div class="verse">un gibet? Pourquoi tends-tu</div>
-<div class="verse">les deux bras, joins-tu les deux pieds</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1715</small></span>comme les esclaves en croix?</div>
-<div class="verse">Tu pourrais encore tre un dieu,</div>
-<div class="verse">avoir ton temple. Pourquoi donc</div>
-<div class="verse">veux-tu mourir?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle s'abandonne sur le cippe teint comme
-la pleureuse sur la stle funbre. Elle s'y
-accoude; elle appuie son front sans rayons
-sur ses poignets croiss.</p>
-
-<div class="p">ILAH.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu ne meurs pas, tu ne meurs pas</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1720</small></span>de cette mort. Je sais mieux voir.</div>
-<div class="verse">Je vois jusqu'au plus obscur coin</div>
-<div class="verse">des douze lieux. Je suis Ilah.</div>
-<div class="verse">Je forge la lame de plomb.</div>
-<div class="verse">Je suis gardienne de Saturne,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1725</small></span>de la plante meurtrire.</div>
-<div class="verse">Les crimes rougissent les pieds</div>
-<div class="verse">vains du Temps qui foule sans bruit</div>
-<div class="verse">de gros caillots rouges et mous</div>
-<div class="verse">comme tes anmones. Suis-je</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1730</small></span>livide, du menton au front,</div>
-<div class="verse">comme la violette ou comme</div>
-<div class="verse">la meurtrissure? Tu me troubles,</div>
-<div class="verse">tu me troubles. Les profondeurs</div>
-<div class="verse">tressaillent. Des ombres surgissent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1735</small></span>pareilles aux feuillages morts</div>
-<div class="verse">d'un arbre noir chasss de tombe</div>
-<div class="verse">en tombe par le vent strile.</div>
-<div class="verse">Tu es resplendissant de plaies.</div>
-<div class="verse">Tu es comme cribl d'toiles.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1740</small></span>Autour de toi des ailes battent.</div>
-<div class="verse">Tu as la couronne et la palme.</div>
-<div class="verse">Ah, qui es-tu?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Obscurcie, elle palpite encore sur la dalle
-froide. Puis, elle compose en rond son long
-corps souple, comme le lvrier qui s'endort
-aprs la chasse.</p>
-
-<div class="p">ATRENESTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que de fer! Que de fer! C'est Mars</div>
-<div class="verse">qui l'engendre, nomm Nergal</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1745</small></span>outre mer. Je suis Atreneste,</div>
-<div class="verse">qui garde l'astre destructeur.</div>
-<div class="verse">J'ai dans une gaine une pe</div>
-<div class="verse">qui embaume des deux tranchants,</div>
-<div class="verse">parce qu'elle a coup les herbes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1750</small></span>dans le jardin de Proserpine.</div>
-<div class="verse">Et tout le reste est sang et rouille.</div>
-<div class="verse">La nuit tombe. L'arbre est sans fleur.</div>
-<div class="verse">Et toute ton me est sur toi</div>
-<div class="verse">comme de la pourpre sans plis.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1755</small></span>Pour quel amour, pour quel espoir,</div>
-<div class="verse">pour quelle ternit meurs-tu?</div>
-<div class="verse">Qui met son souffle entre ton c&oelig;ur</div>
-<div class="verse">et tes lvres? Je vois des fers</div>
-<div class="verse">aiguiss, des fers empenns.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1760</small></span>Le premier te frappe au genou,</div>
-<div class="verse">se fixe en tremblant dans le n&oelig;ud</div>
-<div class="verse">de l'os; mais le dernier te perce</div>
-<div class="verse">d'outre en outre la veine chaude</div>
-<div class="verse">o le cou se joint l'paule&hellip;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1765</small></span>Tu souris! Tout le ciel vivant</div>
-<div class="verse">est suspendu comme un regard</div>
-<div class="verse">entre la larme de Vesper</div>
-<div class="verse">et ce sourire.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dcolore comme son charme, elle vacille
-et tombe sur ses genoux. Puis elle s'assied
-sur ses talons et demeure, les bras allongs
-sur ses cuisses, comme inanime, semblable
-ces vases funraires dont le couvercle est une
-tte divine.</p>
-
-<div class="p">HYALE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ils dressent, ils dressent le corps</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1770</small></span>vivant sur leur autel de pierre</div>
-<div class="verse">comme la statue sur le socle!</div>
-<div class="verse">Il n'a plus de sang, il est pur;</div>
-<div class="verse">car mme les veines des dieux</div>
-<div class="verse">charrient la rougeur du dsir</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1775</small></span>plus sale que l'eau de la mer.</div>
-<div class="verse">Il n'a plus de sang, il est pur.</div>
-<div class="verse">Il est plus divin que le marbre,</div>
-<div class="verse">plus doux que la perle sculpte,</div>
-<div class="verse">plus ple que toutes les choses</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1780</small></span>les plus ples. Je suis Hyale,</div>
-<div class="verse">la gardienne du luminaire</div>
-<div class="verse">exsangue que les mortels nomment</div>
-<div class="verse">Lune. Et mes yeux sont connues</div>
-<div class="verse">toutes les pleurs de la Terre,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1785</small></span>de la Mer, du Ciel, de l'Hads,</div>
-<div class="verse">et des rves,</div>
-</div>
-
-<p class="di">Lentement, lentement, dans le cippe cave,
-le mtal lunaire se refroidit, bleuit, faiblit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">de tous les rves</div>
-<div class="verse">qui renaissent, de tous les rves</div>
-<div class="verse">vanouis&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">La gardienne de Sin semble s'couler le
-long de la pierre comme une nappe d'eau
-silencieuse et lisse. Une lueur vague hsite
-encore sur sa figure entoure de tresses violettes,
-semblable la lueur des mduses
-marines. Elle reste ainsi efface dans les plis
-de sa robe, les paumes creuses comme celles
-o l'on s'abreuve aux bords du Lth.</p>
-
-<p class="di">La vote s'emplit de nuit souterraine. Le
-Jeune Homme, envelopp de songes et de
-sorts, est encore debout contre la porte de
-bronze. Et, soudain, un chant pur se lve
-au del du seuil infranchissable.</p>
-
-<div class="p">ERIGONEIVM MELOS.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je fauchais l'pi de froment,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1790</small></span>oublieuse de l'asphodle;</div>
-<div class="verse">mon me, sous le ciel clment,</div>
-<div class="verse">tait la s&oelig;ur de l'hirondelle;</div>
-<div class="verse">mon ombre m'tait presque une aile</div>
-<div class="verse">que je tranais dans la moisson.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1795</small></span>Et j'tais la Vierge, fidle</div>
-<div class="verse"> mon ombre et ma chanson.</div>
-</div>
-
-<p class="di">C'est le cristal dor d'une voix virginale
-qui se courbe sur l'me comme un ciel d'aot.
-Anxieux, le Jeune Homme crase sa joue
-contre le vantail. Les Voyantes soulvent leur
-tte grave de sommeil et l'inclinent vers la
-mlodie. Elles murmurent en rve.</p>
-
-<div class="p">HYALE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle est Erigone, la Vierge.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHOENISSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle est Erigone.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATRENESTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">La Vierge</div>
-<div class="verse"> l'pi d'or!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1800</small></span>Gardienne de la porte close,</div>
-<div class="verse">crature d'enchantement,</div>
-<div class="verse">coute-moi, femme ou dmon,</div>
-<div class="verse">coute! Je veux que tu m'ouvres,</div>
-<div class="verse">femme ou dmon.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ERIGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1805</small></span>Enfant d'un mortel, qui es-tu?</div>
-<div class="verse">Je te vois travers l'airain</div>
-<div class="verse">sonore. Je te vois. Tu es</div>
-<div class="verse">beau dans ta fleur, comme le dieu</div>
-<div class="verse">qui m'aima, le dieu bondissant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1810</small></span>porteur de thyrse.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Entends-moi! Je veux que tu m'ouvres,</div>
-<div class="verse">femme ou dmon.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ERIGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu as les yeux noirs et la longue</div>
-<div class="verse">chevelure du dieu cruel</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1815</small></span>qui pressa sur ma nuque rose</div>
-<div class="verse">les trois grappes de la douleur,</div>
-<div class="verse">l'une aprs l'autre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Fantme, fantme de charmes,</div>
-<div class="verse">je te conjure.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ERIGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1820</small></span>L'incantation de Setar</div>
-<div class="verse">me force. Je suis prisonnire.</div>
-<div class="verse">J'ai vol parmi les toiles</div>
-<div class="verse">du Lion, portant mon pi</div>
-<div class="verse">d'or et mes larmes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1825</small></span>Fantme, j'abattrai la porte;</div>
-<div class="verse">et le Roi de gloire entrera.</div>
-<div class="verse">Au secours, frres!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il descend les degrs et court vers l'issue
-noire, en brandissant le marteau.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">A mon aide!</div>
-<div class="verse">O tes-vous?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici les lueurs des flambeaux clairent l'issue.
-On entend des pas, des voix. Et l'affranchi
-Guddne, l'acolyte Phlgon, le lecteur Eutrope,
-les catchumnes adolescents Hermyle,
-Gorgone, Athanase, d'autres briseurs d'idoles,
-Thodule, Cyriaque, Narcisse, Basile, arms
-de marteaux et de massues, font irruption dans
-l'ombre que les lueurs troubles agitent. Des
-esclaves les suivent, s'arrtent, hsitants;
-d'autres surviennent, effrays ou enivrs. On
-plante les flambeaux dans les poings de fer
-qui font saillie hors de la pierre.</p>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, seigneur, d'autres idoles,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1830</small></span>d'autres idoles, en grand nombre,</div>
-<div class="verse">dcouvertes dans la muraille</div>
-<div class="verse">double! Nous avons renvers</div>
-<div class="verse">les dieux d'airain, bris les dieux</div>
-<div class="verse">de marbre, brl ceux de bois,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1835</small></span>arrach les plaques d'ivoire,</div>
-<div class="verse">cras les couronnes d'or,</div>
-<div class="verse">souill toutes les bandelettes.</div>
-<div class="verse">Et il n'y a plus une idole</div>
-<div class="verse">chez Jule Andronique. Nous sommes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1840</small></span>las, seigneur. Nous mourons de soif.</div>
-<div class="verse">Nous avons tu tant de dieux,</div>
-<div class="verse">tant de dmons!</div>
-</div>
-
-<div class="p">HERMYLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aucuns taient beaux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">GORGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Des regards</div>
-<div class="verse">sortaient de l'airain et du marbre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATHANASE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1845</small></span>J'ai vu couler du sang, des larmes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'tait le vin, c'tait le miel</div>
-<div class="verse">des offrandes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">EUTROPE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Il ne faut pas</div>
-<div class="verse">les regarder.</div>
-</div>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Je dtournais</div>
-<div class="verse">les yeux, en assnant les coups.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1850</small></span>Voyez la porte!</div>
-</div>
-
-<div class="p">HERMYLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il y a des femmes couches</div>
-<div class="verse">sur les dalles.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATHANASE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Avec des mitres.</div>
-</div>
-
-<div class="p">GORGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elles ne remuent pas.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATHANASE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Sont-elles</div>
-<div class="verse">enchanes?</div>
-</div>
-
-<div class="p">HERMYLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Des magiciennes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1855</small></span>Il faut abattre cette porte.</div>
-</div>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle est d'airain.</div>
-</div>
-
-<div class="p">EUTROPE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle est massive.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle a des gonds inbranlables.</div>
-</div>
-
-<div class="p">BASILE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On ne distingue pas le joint</div>
-<div class="verse">des deux vantaux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">NARCISSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Ni la serrure.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1860</small></span>Qui a la clef?</div>
-</div>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">O est la clef?</div>
-</div>
-
-<div class="p">EUTROPE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu'on appelle Zachlas l'eunuque!</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu'on appelle Helcite!</div>
-</div>
-
-<div class="p">GORGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Sait-on</div>
-<div class="verse">ce qu'elle cache?</div>
-</div>
-
-<div class="p">BASILE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Un labyrinthe.</div>
-</div>
-
-<div class="p">THEODULE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le laraire des dieux honteux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">CYRIAQUE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1865</small></span>Un cellier, peut-tre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">NARCISSE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Un trsor.</div>
-</div>
-
-<div class="p">GORGONE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un tombeau.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATHANASE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Des monstres.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HERMYLE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Un rve.</div>
-</div>
-
-<div class="p">EUTROPE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voil le Syrien!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Helcite!</div>
-</div>
-
-<p class="di">On voit ici l'intendant de Jule Andronique
-percer la tourbe des serfs qui, de plus
-en plus paisse, encombre les issues. Il est
-jaune et onctueux comme la cire, mince et
-flexible, avec de beaux yeux de livre agrandis
-par le fard et par l'angoisse.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Donne la clef de cette porte.</div>
-<div class="verse">Ouvre, toi-mme.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HELCITE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1870</small></span>O seigneur, mon matre est mourant.</div>
-<div class="verse">Il gmit dans sa couche. Il nomme</div>
-<div class="verse">ton nom. Il t'appelle, il t'adjure,</div>
-<div class="verse">seigneur. N'avais-tu pas promis</div>
-<div class="verse">de le gurir, s'il te laissait</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1875</small></span>briser les images des dieux</div>
-<div class="verse">dans ses maisons, dans ses portiques,</div>
-<div class="verse">dans ses jardins? Tu es venu</div>
-<div class="verse">seul, la tombe de la nuit;</div>
-<div class="verse">et, plus tard, d'autres destructeurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1880</small></span>sont venus avec des marteaux</div>
-<div class="verse">bien plus lourds. Tu as renvers</div>
-<div class="verse">les statues, les autels. Tu as</div>
-<div class="verse">charg d'pouvante et de crime</div>
-<div class="verse">la nuit. Nous sommes tous tremblants.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1885</small></span>On voit des larves, on entend</div>
-<div class="verse">des sanglots. Les esclaves hurlent</div>
-<div class="verse">dans l'ergastule, ou se rebellent,</div>
-<div class="verse">ou invoquent le changement.</div>
-<div class="verse">Nous avons perdu tous nos dieux,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1890</small></span>en vain. Mon matre, dans les n&oelig;uds</div>
-<div class="verse">de la douleur, t'appelle, toi</div>
-<div class="verse">qui as guri l'aveugle, toi</div>
-<div class="verse">qui as consol la muette,</div>
-<div class="verse">toi qui sur cette chair souffrante</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1895</small></span>as fait pacte de dlivrance</div>
-<div class="verse">sans le remplir!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est dans les n&oelig;uds de la fraude.</div>
-<div class="verse">Il est tout nou de mensonges.</div>
-<div class="verse">La Peur d'un ct de sa couche</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1900</small></span>se tient, et la Ruse de l'autre.</div>
-<div class="verse">Tu vois, tu vois. Il me cachait</div>
-<div class="verse">les incantations, les charmes,</div>
-<div class="verse">les sortilges et les philtres,</div>
-<div class="verse">et toutes ses magiciennes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1905</small></span>impures, avec tous ses rites</div>
-<div class="verse">impies. Tu vois.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il indique au Syrien les femmes abattues
-prs des cippes.</p>
-
-<div class="p">GUDDENE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous avons trouv dans les niches,</div>
-<div class="verse">derrire les statues, des livres</div>
-<div class="verse">et des tablettes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1910</small></span>Un esclave nous a montr</div>
-<div class="verse">tout l'heure, dans une chaise</div>
-<div class="verse">du matre, enlevant une planche</div>
-<div class="verse">d'ivoire, un amas de rouleaux</div>
-<div class="verse">magiques; puis des calcdoines</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1915</small></span>graves d'images et de chiffres;</div>
-<div class="verse">et puis des mains d'argent, des ttes</div>
-<div class="verse">d'argile crue&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et ces sept femmes enchanes?</div>
-<div class="verse">Rponds, Helcite.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HELCITE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1920</small></span>Seigneur, elles sont des captives</div>
-<div class="verse">de Sidon qui seules possdent</div>
-<div class="verse">le secret des teintes en pourpre,</div>
-<div class="verse">rserves jadis aux grands prtres</div>
-<div class="verse">et aux voiles du Temple. Il faut</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1925</small></span>qu'on les enchane.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Homme, tu mens. Or, si ton matre</div>
-<div class="verse">veut se dlivrer de ses maux,</div>
-<div class="verse">qu'il manifeste ce qu'il cache.</div>
-<div class="verse">Il me faut dtruire avant l'aube,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1930</small></span>ici, toute &oelig;uvre des dmons.</div>
-<div class="verse">La nuit est brve.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HELCITE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il y a des jardins, je pense,</div>
-<div class="verse">des jardins suspendus, avec</div>
-<div class="verse">ces arbres odorants d'o coule</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1935</small></span>ce baume qu'on nomme sarran,</div>
-<div class="verse">plus doux que tous les aromates.</div>
-<div class="verse">Et personne autre n'a joui</div>
-<div class="verse">de ces arbres, fors le seigneur.</div>
-<div class="verse">Jamais je n'ai franchi ce seuil.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1940</small></span>Et je ne sais. Mais toi, peut-tre,</div>
-<div class="verse">tu sais, Zachlas.</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'gyptien est debout, envelopp d'un
-pagne bleu, un pied en avant, les deux mains
-ballantes.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Homme, tu mens.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ZACHLAS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ni moi non plus, je n'ai franchi</div>
-<div class="verse">ce seuil. Je sais qu'il n'y a pas</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1945</small></span>de dieux, pas d'images divines,</div>
-<div class="verse">mais des merveilles, comme l'orgue</div>
-<div class="verse">hydraulique de l'empereur</div>
-<div class="verse">Nron, rtabli par Eunoste.</div>
-<div class="verse">Et, quand Jule tait en gypte,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1950</small></span>un homme de Phylace vint</div>
-<div class="verse">et dit qu'il voulait lui montrer</div>
-<div class="verse">le monstre disparu qu'on nomme</div>
-<div class="verse">Hippocentaure chez les Grecs,</div>
-<div class="verse">embaum dans du miel. Je doute</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1955</small></span>que cette merveille ne soit</div>
-<div class="verse">enferme l&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">EUTROPE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Frappe-le, donc, au nom du Christ,</div>
-<div class="verse">frappe-le, cet adorateur</div>
-<div class="verse">du Chien et du B&oelig;uf. Frappe fort!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1960</small></span>Il ose se jouer de toi.</div>
-<div class="verse">Qu'on le chtie!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Des affranchis de la famille surviennent,
-l'un aprs l'autre, essouffls, effars.</p>
-
-<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;O Helcite, Helcite! Zachlas!</div>
-<div class="verse">&mdash;Comment ne revenez-vous pas?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il est bout.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Seigneur, seigneur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1965</small></span>il t'appelle. Viens le gurir!</div>
-<div class="verse">Tu l'as promis.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Viens l'arracher</div>
-<div class="verse">aux affres de la mort!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Son fils</div>
-<div class="verse">Vital te supplie, te conjure.</div>
-<div class="verse">&mdash;Comment pourrais-tu le trahir?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1970</small></span>&mdash;Tu as accompli la ruine.</div>
-<div class="verse">Accomplis enfin la promesse.</div>
-<div class="verse">&mdash;Partout est l'horreur et l'effroi.</div>
-<div class="verse">On ne marche plus. Les statues</div>
-<div class="verse">renverses encombrent les seuils.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1975</small></span>Des bchers brlent. Les esclaves</div>
-<div class="verse">se pressent tranant leurs malades.</div>
-<div class="verse">Les femmes pleurent. Les enfants</div>
-<div class="verse">crient. Tous les dtours sont bouchs</div>
-<div class="verse">par cette masse lamentable</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1980</small></span>que rien n'carte ni n'arrte.</div>
-<div class="verse">Que feras-tu?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Laissez qu'ils viennent. Le Royaume</div>
-<div class="verse">des cieux est semblable au levain</div>
-<div class="verse">que la plus humble de ces serves</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1985</small></span>cache dans trois muids de farine</div>
-<div class="verse">jusqu' ce que toute la masse</div>
-<div class="verse">lve et fermente.</div>
-</div>
-
-<div class="p">UN DES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais que feras-tu de ton hte,</div>
-<div class="verse"> destructeur?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1990</small></span>Que cet homme, chef de maison,</div>
-<div class="verse">tire de son trsor des choses</div>
-<div class="verse">nouvelles et ne cache pas</div>
-<div class="verse">les anciennes. Le dieu nouveau</div>
-<div class="verse">le gurira.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HELCITE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>1995</small></span>Or il veut qu'on ouvre la porte</div>
-<div class="verse">d'airain. Or il veut tout dtruire</div>
-<div class="verse">Allez et portez le message</div>
-<div class="verse"> Vital, qu'il vienne et rsolve.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Tu veux dtruire le prodige</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2000</small></span>de Setar, la Chambre magique!</div>
-<div class="verse">&mdash;On a dpens des milliers</div>
-<div class="verse">de sesterces, pour l'tablir.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et de l'or, du cristal, du bronze,</div>
-<div class="verse">des verreries, des pierreries,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2005</small></span>sans nombre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">HELCITE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Tais-toi! Tais-toi!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i7">C'est</div>
-<div class="verse">le Zodiaque circulaire,</div>
-<div class="verse">comme celui de Cloptre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et l'ordonnance des plantes</div>
-<div class="verse">les cercles de la gniture,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2010</small></span>les cycles des lieux.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;O seigneur</div>
-<div class="verse">trs saint, et comment pourrais-tu</div>
-<div class="verse">la dtruire, cette merveille</div>
-<div class="verse">des merveilles?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Elle simule</div>
-<div class="verse">la lyre heptacorde d'Orphe.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2015</small></span>&mdash;On peut tout prdire et connatre</div>
-<div class="verse">par les tables des mouvements,</div>
-<div class="verse">par les combinaisons des signes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ZACHLAS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Taisez-vous! Taisez-vous!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">&mdash;Seigneur,</div>
-<div class="verse">non, tu ne la dtruiras pas!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2020</small></span>&mdash;Elle contient les domiciles</div>
-<div class="verse">plantaires et les trigones</div>
-<div class="verse">et les dcans, d'aprs les listes</div>
-<div class="verse">de Dmophile.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et le quadrant</div>
-<div class="verse">vital, avec les horoscopes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2025</small></span>aphtes de Ptolme.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Sois</div>
-<div class="verse">juste! Sois clment!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;On y trouve</div>
-<div class="verse">le Thme du Monde et de Rome,</div>
-<div class="verse">les domaines des Douze Signes,</div>
-<div class="verse">et les Douze Sorts hermtiques.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2030</small></span>&mdash;Parfois l'incantation force</div>
-<div class="verse">la Figure zodiacale</div>
-<div class="verse"> descendre, et la tient captive</div>
-<div class="verse">dans l'or, le cristal et l'airain.</div>
-<div class="verse">&mdash;La Vierge l'pi d'or, la femme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2035</small></span>couche sur le cercle, la tte</div>
-<div class="verse">en avant, est bien ta patronne,</div>
-<div class="verse">seigneur. Pourrais-tu la frapper?</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;Elle protge les Chrtiens.</div>
-<div class="verse">&mdash;Peut-tre, elle est la s&oelig;ur des Anges</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2040</small></span>rvlateurs de l'Avenir.</div>
-<div class="verse">&mdash;Dj tes Patriarches sont</div>
-<div class="verse">dans le Zodiaque, tes Anges</div>
-<div class="verse">dans les plantes.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Samael</div>
-<div class="verse">est l'Ange de Mars; Anael,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2045</small></span>l'Ange de Vnus; Gabriel,</div>
-<div class="verse">l'Ange de la Lune.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Setar</div>
-<div class="verse">le Mage, le grand astrologue</div>
-<div class="verse">thurge de la descendance</div>
-<div class="verse">de Brose, a fond cette &oelig;uvre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2050</small></span>dans la pierre et l'airain. Comment,</div>
-<div class="verse">comment pourras-tu la dtruire,</div>
-<div class="verse">seigneur?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je dtruirai cette &oelig;uvre</div>
-<div class="verse">des dmons. Je vaincrai la pierre</div>
-<div class="verse">et l'airain. J'abattrai la porte.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2055</small></span>Et le Roi de gloire entrera.</div>
-</div>
-
-<div class="p">UN DES AFFRANCHIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, trois Mages, cependant,</div>
-<div class="verse">se trouvrent la naissance</div>
-<div class="verse">du Christ. Dieu se servit d'un astre</div>
-<div class="verse">pour les avertir. Et, afin</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2060</small></span>que le prsage ft compris,</div>
-<div class="verse">ne dut-il pas observer toutes</div>
-<div class="verse">les Rgles?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">L'toile des Mages</div>
-<div class="verse">vint annoncer la royaut</div>
-<div class="verse">nouvelle et la fin des dmons.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'AFFRANCHI.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2065</small></span>Elle tait un signe horoscope.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elle fut cloue par mon Dieu</div>
-<div class="verse">au c&oelig;ur vivant du Ciel, en gage</div>
-<div class="verse">de la parole radieuse</div>
-<div class="verse">parle par la bouche de l'Oint.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2070</small></span>Tu la sauras.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Par tous les dtours du ddale, la double
-issue, se prolonge la clameur du troupeau.
-Des malades paraissent, aux bras de leurs
-parents, agits, illumins d'espoir.</p>
-
-<div class="p">LES ESCLAVES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;A toi, nous venons tous toi,</div>
-<div class="verse">seigneur!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Nous sommes tous toi!</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous t'avons attendu, berger!</div>
-<div class="verse">Berger, nous sommes ton troupeau.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2075</small></span>Garde-nous!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Nous avons veill</div>
-<div class="verse">toute la nuit dans les tnbres</div>
-<div class="verse">pour attendre le changement.</div>
-<div class="verse">&mdash;Plusieurs d'entre nous ont marqu</div>
-<div class="verse">l'heure d'attente avec les gouttes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2080</small></span>les plus tristes de leurs ulcres.</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous avons cri, sanglot</div>
-<div class="verse">vers toi pour que tu nous rachtes</div>
-<div class="verse">et nous dlivres, vers toi, matre,</div>
-<div class="verse">pour que tu nous gurisses et</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2085</small></span>nous consoles.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Si nous pleurons,</div>
-<div class="verse">serons-nous consols?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Tu vois:</div>
-<div class="verse">nous moulons le bl; mais la force</div>
-<div class="verse">nous broie, comme du bl mauvais,</div>
-<div class="verse">entre deux pierres.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Nous avons</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2090</small></span>saign, nous aussi, sous les verges,</div>
-<div class="verse">sous les lanires.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Si les dieux</div>
-<div class="verse">marchent sur les hommes, les hommes</div>
-<div class="verse">marchent sur nous, avec l'os dur</div>
-<div class="verse">de leur talon.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Jamais un dieu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2095</small></span>n'a rien fait pour nous soulager,</div>
-<div class="verse">ni jamais un homme. Celui</div>
-<div class="verse">que tu annonces, homme et dieu,</div>
-<div class="verse">que fera-t-il pour notre faim</div>
-<div class="verse">et pour notre soif, pour nos c&oelig;urs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2100</small></span>et pour nos poignets?</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Apprends-nous</div>
-<div class="verse">le cri qui sera cout,</div>
-<div class="verse">seigneur!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Apprends-nous la prire</div>
-<div class="verse">qui sera exauce!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Tu as</div>
-<div class="verse">descell les yeux de la femme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2105</small></span>d'Attale. Or elle te regarde.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et tu as dli la langue</div>
-<div class="verse">d'Alc, la femme de Venuste.</div>
-<div class="verse">Or elle te loue.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Nous voici,</div>
-<div class="verse">seigneur. Ne guris pas le matre,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2110</small></span>mais guris les serfs.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Si tu veux,</div>
-<div class="verse">seigneur, tu peux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hommes, m'avez-vous vu toucher</div>
-<div class="verse">de mes doigts les yeux de l'aveugle?</div>
-<div class="verse">Ai-je donc touch de mes doigts</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2115</small></span>les lvres d'Alc? L'une a vu,</div>
-<div class="verse">l'autre a parl; mais leur foi seule</div>
-<div class="verse">les a guries. Votre foi seule</div>
-<div class="verse">vous gurira.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ESCLAVES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, nous voulons voir un signe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2120</small></span>de toi!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Un signe!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;N'est-il pas</div>
-<div class="verse">le Gurisseur, celui dont tu</div>
-<div class="verse">nous apportes le tmoignage?</div>
-<div class="verse">&mdash;N'est-il pas le Consolateur?</div>
-<div class="verse">Et ne viens-tu pas en son nom?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2125</small></span>&mdash;Tu as renvers les statues</div>
-<div class="verse">d'Asclpios, de Tlesphore,</div>
-<div class="verse">d'Hygie, dispers les offrandes</div>
-<div class="verse">votives, foul les couronnes,</div>
-<div class="verse">bris les tables de prodiges.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2130</small></span>Et tu veux nous laisser nos fivres,</div>
-<div class="verse">nos plaies, nos ulcres, nos veines</div>
-<div class="verse">relches, nos os flchis, tous</div>
-<div class="verse">nos maux et toutes nos souffrances!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ton dieu n'est-il pas plus puissant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2135</small></span>que le petit dieu qui grelotte</div>
-<div class="verse">sous son capuchon?</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Moi, je suis</div>
-<div class="verse">de Titane, et je suppliais</div>
-<div class="verse">Alexanor.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et moi, je suis</div>
-<div class="verse">macdonien, et j'offrais</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2140</small></span> Darrhon mes v&oelig;ux.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Mais ton dieu</div>
-<div class="verse">n'est-il pas le dieu des miracles?</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu as renvers Apollon</div>
-<div class="verse">qui tue et qui gurit. Le tien</div>
-<div class="verse">ne tue jamais, gurit toujours.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2145</small></span>&mdash;Debir, Mns, parlez, parlez,</div>
-<div class="verse">vous qui cachez dans vos poitrines</div>
-<div class="verse">les critures roules.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Toi,</div>
-<div class="verse">Pantne.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Lucipor de Thrace,</div>
-<div class="verse">et toi.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Car on lit sous la lampe</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2150</small></span>mourante, jusqu' l'aube claire,</div>
-<div class="verse">toutes ses gurisons.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;La femme</div>
-<div class="verse">d'Hur, courbe comme la glaneuse</div>
-<div class="verse">aux champs, qui n'avait jamais pu</div>
-<div class="verse">se redresser.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et ce lpreux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2155</small></span>surgi tout blanc dans le soleil,</div>
-<div class="verse">quand Il venait de la Montagne.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et ces hommes qui descendirent</div>
-<div class="verse">par l'ouverture faite au toit</div>
-<div class="verse">le paralytique tendu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2160</small></span>sur le grabat.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et, aux pays</div>
-<div class="verse">des Gadarniens, les deux</div>
-<div class="verse">dmoniaques bondissant</div>
-<div class="verse">des spulcres.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et, quand dj</div>
-<div class="verse">les joueurs de flte venaient</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2165</small></span>avec les pleureuses au deuil,</div>
-<div class="verse">l'enfant de Jare saisie</div>
-<div class="verse">par la main, tire du sommeil.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et, dans la contre de Sidon,</div>
-<div class="verse">l'enfant de la Cananenne,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2170</small></span>possde de l'Esprit impur.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et, sur la mer de Galile,</div>
-<div class="verse">cette multitude sans pieds,</div>
-<div class="verse">sans mains, sans yeux, sans voix.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Et l'homme</div>
-<div class="verse">qui amena le lunatique</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2175</small></span>fascin par l'eau et le feu,</div>
-<div class="verse">disant: Aie piti de mon fils.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et, aux portes de Jricho,</div>
-<div class="verse">le fils aveugle de Time.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et, dans la ville de Nam,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2180</small></span>le fils de la veuve port</div>
-<div class="verse">en terre, quand Il s'approcha,</div>
-<div class="verse">toucha le cercueil, et soudain</div>
-<div class="verse">le mort se dressa.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;La main sche</div>
-<div class="verse">fut saine.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Dans la Samarie,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2185</small></span>les dix lpreux ensemble furent</div>
-<div class="verse">purifis.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;L'homme malade</div>
-<div class="verse">depuis trente-huit ans, la Porte</div>
-<div class="verse">des Brebis, toujours en attente</div>
-<div class="verse">sur la piscine, se leva</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2190</small></span>et s'en alla.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Dans la maison</div>
-<div class="verse">du Pharisien, l'hydropique</div>
-<div class="verse">fut allg de ses eaux tristes,</div>
-<div class="verse">soudainement.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;L'Hmorrosse,</div>
-<div class="verse">exsangue depuis douze annes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2195</small></span>n'eut qu' le suivre et toucher</div>
-<div class="verse">sa robe de lin.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Souviens-toi!</div>
-<div class="verse">Souviens-toi!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Toujours, au coucher</div>
-<div class="verse">du soleil, prs des sources, prs</div>
-<div class="verse">des citernes, sur les chemins,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2200</small></span>sur les rivages, sur les places</div>
-<div class="verse">publiques, on lui amenait</div>
-<div class="verse">des tourbes de dmoniaques</div>
-<div class="verse">et d'infirmes. Il suffisait</div>
-<div class="verse">qu'ils disent: Aie piti de moi!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2205</small></span>&mdash;Il crachait terre, formait</div>
-<div class="verse">de la boue avec sa salive.</div>
-<div class="verse">&mdash;Qu'il te souvienne de Lazare,</div>
-<div class="verse">Mns, toi qui as lu!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Lazare,</div>
-<div class="verse">l'homme de Bthanie!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Seigneur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2210</small></span>et tu ne veux pas nous donner</div>
-<div class="verse">des signes!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Mais Thomas lui dit:</div>
-<div class="verse">Il y a une seule chose.</div>
-<div class="verse">Nous voulons voir des morts couchs</div>
-<div class="verse">au fond des tombeaux, que tu aies</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2215</small></span>ressuscits: et cela comme</div>
-<div class="verse">signe.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;L'aptre demandait</div>
-<div class="verse">un signe!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Thomas lui disait:</div>
-<div class="verse">Nous voulons voir des ossements</div>
-<div class="verse">qui se sont disjoints, comment ils</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2220</small></span>se runiront l'un l'autre,</div>
-<div class="verse">en sorte qu'ils puissent parler.</div>
-<div class="verse">&mdash;Que rpondit-Il?</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Quelle fut</div>
-<div class="verse">sa rponse?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Thomas, dit-Il</div>
-<div class="verse">viens avec moi. Les os disjoints</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2225</small></span>se runissant de nouveau,</div>
-<div class="verse">je te les montrerai. Viens donc,</div>
-<div class="verse">viens jusqu' Bthanie, Didyme,</div>
-<div class="verse">viens. Je te montrerai les yeux</div>
-<div class="verse">de Lazare qui sont vids</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2230</small></span>par la pourriture. Didyme,</div>
-<div class="verse">viens avec moi. Les lvres blmes,</div>
-<div class="verse">dj dissoutes sur les dents</div>
-<div class="verse">de Lazare, tu les verras</div>
-<div class="verse">remuer, tu les entendras</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2235</small></span>parler. Viens avec moi, Didyme,</div>
-<div class="verse">jusqu' Bthanie, si tu veux</div>
-<div class="verse">voir et entendre.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sbastien bondit, dans un emportement
-soudain. Le Copte s'interrompt; et son teint
-de cuivre jaune semble se dcolorer sous ses
-cheveux noirs et friss, tandis que sa lvre
-charnue tremble.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Esclaves, esclaves, oui, c&oelig;urs</div>
-<div class="verse">paissis! Mns, tu as lu,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2240</small></span>tu as bien lu, avec tes yeux</div>
-<div class="verse">ronds d'oiseau nocturne, oui, oui,</div>
-<div class="verse">je te le dis en vrit,</div>
-<div class="verse">tu as bien lu. Viens avec moi,</div>
-<div class="verse">Didyme, le Matre disait</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2245</small></span>si tu cherches voir des os</div>
-<div class="verse">se rejoindre les uns aux autres,</div>
-<div class="verse">se dresser, marcher vers la porte</div>
-<div class="verse">du tombeau. Tu cherches des mains</div>
-<div class="verse">qui s'tendent, qui se soulvent.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2250</small></span>Viens, je te montrerai les mains</div>
-<div class="verse">de Lazare lies de leurs</div>
-<div class="verse">bandelettes. Mon doux ami,</div>
-<div class="verse">viens avec moi; car je dsire</div>
-<div class="verse">ce que tu as pens. Les s&oelig;urs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2255</small></span>m'attendent. Et ils s'en allrent.</div>
-<div class="verse">Ils furent devant le tombeau.</div>
-<div class="verse">Et alors Didyme pleura.</div>
-<div class="verse">Mais Jsus avait une voix</div>
-<div class="verse">joyeuse comme une amertume</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2260</small></span>puissante de songe et de vie.</div>
-<div class="verse">Saurez-vous jamais, esclaves,</div>
-<div class="verse">laquelle, de cette tristesse</div>
-<div class="verse">et de cette allgresse, tait</div>
-<div class="verse">la plus amre? Et Il disait:</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2265</small></span>Doux ami, ne t'afflige pas.</div>
-<div class="verse">Tu veux le signe. Ote la pierre,</div>
-<div class="verse">et je ferai sortir celui</div>
-<div class="verse">qui est mort. Ne t'afflige pas.</div>
-<div class="verse">Enlve la pierre, Didyme.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2270</small></span>Regarde bien, regarde bien</div>
-<div class="verse">le mort, comme il dort. Viens et vois</div>
-<div class="verse">les ossements, comme ils reposent.</div>
-<div class="verse">Regarde bien celui qui dort,</div>
-<div class="verse">comme il est compos. Regarde</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2275</small></span>chaque tache dans tous ses linges</div>
-<div class="verse">Didyme, avant que je ne jette</div>
-<div class="verse">l'appel qui le fera surgir.</div>
-<div class="verse">As-tu bien vu? Thomas voyait</div>
-<div class="verse"> travers les pleurs et la honte.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2280</small></span>Tel le nouveau-n dans ses langes,</div>
-<div class="verse">tel le mort dans ses bandelettes.</div>
-<div class="verse">Et toute la vie paraissait</div>
-<div class="verse">blme. Lazare, viens dehors!</div>
-<div class="verse">Le genou surgit le premier.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La voix semble rendre prsent le prodige
-dans l'ombre chaude d'haleines. La tourbe des
-suppliants tressaille, saisie de terreur.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2285</small></span>Et toute la vie tait comme</div>
-<div class="verse">toute la mort.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La tourbe frissonne et recule, devant la
-vision blanche du Ressuscit dans son linceul.</p>
-
-<div class="p">LES ESCLAVES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, seigneur, tu nous effraies!</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous avons vu.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Nous avons vu.</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous avons vu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2290</small></span>O misrables, attachs</div>
-<div class="verse"> la vie comme les tourteaux</div>
-<div class="verse">des olives la couronne</div>
-<div class="verse">de la meule qu'ils souillent, comme</div>
-<div class="verse">dans le cellier froid les limaces</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2295</small></span> l'anse de l'amphore qu'elles</div>
-<div class="verse">engluent, pourquoi vous gurirais-je</div>
-<div class="verse">si, tant confesseurs du Christ,</div>
-<div class="verse">vous tes les serfs de la peine,</div>
-<div class="verse">vous tes vous aux mtaux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2300</small></span>aux bchers, aux btes, aux pires</div>
-<div class="verse">tourments? Croyez-vous que les crocs</div>
-<div class="verse">lonins sauront reconnatre</div>
-<div class="verse">les infirmits de vos os?</div>
-<div class="verse">J'pie vos c&oelig;urs.</div>
-</div>
-
-<div class="p">UN ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2305</small></span>Pourquoi donc as-tu dli</div>
-<div class="verse">la langue d'Alc la muette,</div>
-<div class="verse">seigneur? pourquoi?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour qu'elle puisse confesser,</div>
-<div class="verse">avec la parole mrie</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2310</small></span>dans l'affliction du silence,</div>
-<div class="verse">le dieu nouveau</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pourquoi donc as-tu descell</div>
-<div class="verse">les yeux de la femme d'Attale,</div>
-<div class="verse">seigneur? pourquoi?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2315</small></span>Pour qu'elle puisse regarder</div>
-<div class="verse">le bourreau bien en face et voir</div>
-<div class="verse">sur la nativit de l'me</div>
-<div class="verse">l'clat du sang.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu nous enseignes souffrir</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2320</small></span>et mourir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A renatre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">O renatrons-nous?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans le Royaume.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Et o est-il,</div>
-<div class="verse">le Royaume?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Il est hors du monde.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Montre-le-nous.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Et votre foi?</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2325</small></span>Donne-nous un signe visible.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le sourire.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'ESCLAVE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Mais quel sourire?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hier, dans le prtoire, un serf</div>
-<div class="verse">comme toi, Cloanthe, pleurait</div>
-<div class="verse">sans bruit, sous les ongles de fer.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2330</small></span>On lui dit: Tu pleures, Cloanthe.</div>
-<div class="verse">Il rpond: Je ne pleure pas</div>
-<div class="verse">sur ma vie; mais mon corps est boue,</div>
-<div class="verse">et il en suinte des gouttes.</div>
-<div class="verse">Quelqu'un n'a pas pleur; c'est peu,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2335</small></span>il n'a pas rpondu; c'est peu,</div>
-<div class="verse">il n'a pas remu; c'est peu,</div>
-<div class="verse">il a souri: des yeux, des lvres,</div>
-<div class="verse">du front, de toute l'me libre,</div>
-<div class="verse">de toute sa flicit</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2340</small></span>immortelle, a souri, souri</div>
-<div class="verse">vers les cieux qui divinement</div>
-<div class="verse">furent ples de ce sourire</div>
-<div class="verse">humain, comme d'une aube neuve,</div>
-<div class="verse">tout ples de cette douleur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2345</small></span>souriante comme d'un jour</div>
-<div class="verse">surgi de plus loin que la Mer,</div>
-<div class="verse">d'une profondeur plus profonde</div>
-<div class="verse">que l'Orient!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sa parole est comme le brandon qui allume
-les chaumes, quand le vent souffle.</p>
-
-<div class="p">ALC.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, seigneur, nous sourirons</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2350</small></span>quand il faudra mourir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">CORDULE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Seigneur,</div>
-<div class="verse">comme je te vois, que je voie</div>
-<div class="verse">face face le Dieu vivant!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ESCLAVES, LES BRISEURS
-D'IDOLES, LES ZELATEURS,
-LES CATECHUMENES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Guerrier, nous sommes tous toi,</div>
-<div class="verse">pour ta guerre!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Prends-nous, et sains</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2355</small></span>et malades, avec nos forces</div>
-<div class="verse">et nos plaies.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Que nous soyons</div>
-<div class="verse">les dalles du chemin de gloire!</div>
-<div class="verse">&mdash;A l'aube, nous ne connatrons</div>
-<div class="verse">plus nos visages.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Connais-tu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2360</small></span>nos c&oelig;urs profonds?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Sbastien,</div>
-<div class="verse">archer du Christ, le plus beau</div>
-<div class="verse">entre les enfants des mortels,</div>
-<div class="verse">perce nos c&oelig;urs de ton regard.</div>
-<div class="verse">Voici. Nous t'ouvrons nos poitrines</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2365</small></span>meurtries par la sangle des meules.</div>
-<div class="verse">&mdash;La mort est vie. Que nous soyons</div>
-<div class="verse">moulus comme froment de Dieu,</div>
-<div class="verse">presss dans le pressoir de l'Oint!</div>
-<div class="verse">&mdash;Que nous soyons les affranchis</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2370</small></span>du Christ.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Que nous puissions Le voir</div>
-<div class="verse">face face!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Ah, c'est trop attendre</div>
-<div class="verse">&mdash;Nous ne pleurons que dans l'attente.</div>
-<div class="verse">Mais nous rirons quand il faudra</div>
-<div class="verse">combattre.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Abrge pour nous l'heure</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2375</small></span>du saint combat!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;C'est trop attendre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Mais Il est terrible!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il n'habite</div>
-<div class="verse">que les c&oelig;urs qu'il dchire.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Toute</div>
-<div class="verse">votre chair immonde est en faute</div>
-<div class="verse">devant Lui qui porte l'annonce</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2380</small></span>des batitudes clestes.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il a dit: Je suis doux. Mon joug</div>
-<div class="verse">est doux, mon fardeau est lger.</div>
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, puisque tu as bris</div>
-<div class="verse">tous les dieux de sang et de fange,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2385</small></span>dresse devant nous Son image,</div>
-<div class="verse">pour que nous puissions L'adorer!</div>
-<div class="verse">&mdash;Est-Il beau? plus beau qu'Apollon?</div>
-<div class="verse">&mdash;Il apparaissait aux disciples.</div>
-<div class="verse">T'est-Il apparu?</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Parle! Parle!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2390</small></span>&mdash;Rponds, seigneur!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Jeune Homme est assis sur la plus haute
-marche de l'escalier septnaire qui monte
-la porte. Une mortelle angoisse treint son
-me, touffe sa voix.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sa face est cache, tout Son corps</div>
-<div class="verse">est voil.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES MEMES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">&mdash;Tu trembles, seigneur.</div>
-<div class="verse">&mdash;N'oses-tu pas Le dcouvrir?</div>
-<div class="verse">&mdash;N'as-tu pas l'Image cache</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2395</small></span>dans ta poitrine?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;coute, coute,</div>
-<div class="verse">seigneur: par la pierre brise,</div>
-<div class="verse">par l'airain tordu, par le bois</div>
-<div class="verse">fendu, par ton impitoyable</div>
-<div class="verse">marteau, par ton bras destructeur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2400</small></span>par le fer, par le feu, par cette</div>
-<div class="verse">nuit de vengeance, je t'adjure.</div>
-<div class="verse">Il n'y a plus un dieu debout</div>
-<div class="verse">devant nous. Dresse devant nous</div>
-<div class="verse">Son image, que nous puissions</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2405</small></span>Le connatre, que nous puissions</div>
-<div class="verse">L'adorer, et que nous puissions</div>
-<div class="verse">Lui dire aussi: Fils de David,</div>
-<div class="verse"> Jsus, aie piti de nous!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il n'a plus de corps, Il n'a plus</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2410</small></span>de sang. Il a donn Son corps</div>
-<div class="verse">et Son sang pour les cratures.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les plus proches soufflent sur l'angoiss
-leur sombre ardeur. Les voix sont contenues
-mais frmissantes. Il semble que le vent oriental
-des apparitions courbe les ttes des
-nophytes, dans cette ombre qui est semblable
- l'ombre des arnaires et des catacombes.
-Quelqu'un des plus jeunes, parfois, se retourne
-avec un sursaut de frayeur, comme Jean sur
-la route d'Emmas.</p>
-
-<div class="p">LES MEMES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comment donc est-Il apparu</div>
-<div class="verse">aux disciples avec Son corps</div>
-<div class="verse">et Son sang?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il vint et se tint</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2415</small></span>au milieu d'eux; Il leur montra</div>
-<div class="verse">Ses mains et Son ct.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Ils virent</div>
-<div class="verse">les meurtrissures.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Il souffla</div>
-<div class="verse">sur eux.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Ils dirent Thomas:</div>
-<div class="verse">Nous L'avons vu.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Didyme alors</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2420</small></span>rpondit: Si je ne mets pas</div>
-<div class="verse">le doigt dans la marque des clous</div>
-<div class="verse">et si je ne mets pas la main</div>
-<div class="verse">dans Son ct&hellip;</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Jsus revint</div>
-<div class="verse">alors et dit: Mets donc ton doigt</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2425</small></span>ici, Didyme. Mets ta main</div>
-<div class="verse">dans mon ct.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Seigneur, seigneur,</div>
-<div class="verse">ah, pourquoi veux-tu nous cacher</div>
-<div class="verse">Sa figure?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il dit: Touchez-moi.</div>
-<div class="verse">Un Esprit n'a ni chair ni os,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2430</small></span>comme vous voyez que j'ai.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Parle,</div>
-<div class="verse">seigneur, rponds. Quel est ton trouble?</div>
-<div class="verse">&mdash;N'est-ce pas vrai qu'il demanda</div>
-<div class="verse">quelque chose manger?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Il prit</div>
-<div class="verse">le pain, le rompit. Il eut d'eux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2435</small></span>un morceau de poisson grill.</div>
-<div class="verse">Et Il le prit et le mangea</div>
-<div class="verse">devant eux.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;N'est-Il pas vivant?</div>
-<div class="verse">Il est vivant. Tu l'as bien dit.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il entra chez les Onze, quand</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2440</small></span>la porte tait ferme. Seigneur,</div>
-<div class="verse">dis, ne pourrait-Il pas entrer</div>
-<div class="verse">par cette porte?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Des regards se lvent, comme si les paupires
-taient renverses par les battements
-de l'attente.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je mourrai, demain je mourrai.</div>
-<div class="verse">Je Le verrai. Si vous voulez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2445</small></span>Le voir&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES MEMES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">&mdash;Hlas, seigneur, hlas,</div>
-<div class="verse">tu nous abuses! Ne vois-tu</div>
-<div class="verse">pas nos c&oelig;urs?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Comment pourrais-tu</div>
-<div class="verse">L'aimer de cet amour? Comment</div>
-<div class="verse">pourrais-tu fermer les yeux, tre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2450</small></span>si blme, et dans toutes tes veines</div>
-<div class="verse">trembler d'un tel amour, si tu</div>
-<div class="verse">n'avais jamais connu Sa face?</div>
-<div class="verse">Car tu trembles.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Tel le jet de la veine coupe, ou le dbordement
-des pleurs, tel l'clat de l'angoisse
-insoutenable.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je tremble parce qu'en mon me</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2455</small></span>je porte le poids de l'opprobre.</div>
-<div class="verse">Ils L'ont frapp coups de poings,</div>
-<div class="verse">ils L'ont tout meurtri de soufflets,</div>
-<div class="verse">ils ont crach sur Lui. Sa face</div>
-<div class="verse">est dfigure. Sur Ses joues</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2460</small></span>coulent les crachats et le sang.</div>
-<div class="verse">Sa bouche est livide et gonfle.</div>
-<div class="verse">Ses dents sont toutes branles.</div>
-<div class="verse">Et Ses paupires, et Ses yeux,</div>
-<div class="verse">hlas, hlas!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il est suffoqu par les sanglots. Il couvre de
-ses paumes sa pleur d'agonie.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2465</small></span>Il est pire que le lpreux,</div>
-<div class="verse">Il est pire que le rebut</div>
-<div class="verse">du peuple, que le ver de terre</div>
-<div class="verse">qu'on crase sous le talon.</div>
-<div class="verse">Hlas! Hlas!</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'moi serre la gorge des nophytes. Ils se
-regardent entre eux, perdus.</p>
-
-<div class="p">LES MEMES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2470</small></span>&mdash;Est-ce vrai!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Seigneur, est-ce vrai!</div>
-<div class="verse">&mdash;Est-ce donc vrai, que Son aspect</div>
-<div class="verse">effraie et repousse, qu'Il est</div>
-<div class="verse">hideux cause de nos crimes</div>
-<div class="verse">et de nos maux?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Est-ce donc vrai</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2475</small></span>qu'Il est sans beaut?</div>
-<div class="verse i6">&mdash;La parole</div>
-<div class="verse">du Prophte s'est accomplie:</div>
-<div class="verse">Il s'lvera devant Lui</div>
-<div class="verse">comme le rejeton qui sort</div>
-<div class="verse">de la terre sche. Est-ce vrai?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2480</small></span>Il est sans beaut, sans clat.</div>
-<div class="verse">Nous L'avons vu sous le mpris,</div>
-<div class="verse">plus vil que le dernier des hommes:</div>
-<div class="verse">Homme de douleurs, de langueurs,</div>
-<div class="verse">expert en souffrances: Visage</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2485</small></span>cach&hellip;</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Tu pleures!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Est-ce vrai?</div>
-<div class="verse">Comme une brebis qui ne ble</div>
-<div class="verse">pas devant celui qui la tond,</div>
-<div class="verse">Il n'a pas desserr la bouche</div>
-<div class="verse">dans Sa douleur.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Mais n'est-Il pas</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2490</small></span>redevenu Rayon de gloire,</div>
-<div class="verse">comme Il tait sur la montagne</div>
-<div class="verse">avec Mose, avec Elie</div>
-<div class="verse">et les torrents?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;N'tait-Il pas</div>
-<div class="verse">blanc et vermeil, beau entre mille,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2495</small></span>lorsque la divine Marie</div>
-<div class="verse">Le nourrissait?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Cordule, Alc, d'autres femmes, s'lancent.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&mdash;Je te supplie,</div>
-<div class="verse">seigneur. Montre-nous la figure</div>
-<div class="verse">de la Vierge cleste!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les Voyantes tressaillent au pied des cippes
-triangulaires. Quelques-unes se dressent et
-prtent l'oreille, comme si la mlodie d'Erigone
-traversait de nouveau les silences de
-leurs songes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i7">&mdash;Dis,</div>
-<div class="verse">dis: n'est-elle pas la couleur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2500</small></span>du Printemps?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;N'est-elle pas mre</div>
-<div class="verse">de toutes choses ineffables?</div>
-<div class="verse">&mdash;Ne vient-elle pas sur la route</div>
-<div class="verse">des plantes, domptant d'un pied</div>
-<div class="verse">lger les constellations</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2505</small></span>funestes, comme une poussire</div>
-<div class="verse">dore?</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Quelles sont les offrandes</div>
-<div class="verse">qu'elle aime?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Seigneur, si tu dresses</div>
-<div class="verse">ses images, elles seront</div>
-<div class="verse">toujours fleuries.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;O femmes, femmes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2510</small></span>comme l'Autre est ne de l'cume,</div>
-<div class="verse">elle est ne de la douleur.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Vierge,</div>
-<div class="verse">elle n'avait que sang et larmes.</div>
-<div class="verse">Et, vierge, n'ayant pas de lait,</div>
-<div class="verse">elle ne donna que la fleur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2515</small></span>de son me.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Le Fils a dit</div>
-<div class="verse">de la Mre: Celui qui t'aime</div>
-<div class="verse">aime la Vie.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Et Il a dit:</div>
-<div class="verse">Salut, mon vtement de gloire</div>
-<div class="verse">dont je me suis vtu venant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2520</small></span>dans le monde.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Or il est crit</div>
-<div class="verse">au Livre: Chacun Le verra</div>
-<div class="verse">portant la chair qu'Il a reue</div>
-<div class="verse">de Marie la Vierge sans tache.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ah, qu'importe qu'il soit meurtri?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2525</small></span>Qu'importe qu'il soit tout sanglant</div>
-<div class="verse">et souill? Combien doit-Il tre</div>
-<div class="verse">beau toutefois, seigneur, si tu</div>
-<div class="verse">L'aimes d'un tel amour!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Un esclave de la Msopotamie s'approche,
-les sandales de sparterie dpassant peine sa
-longue tunique violette. Et il parle bas, dans
-sa barbe exacte qui adhre sa lvre comme
-les tuyaux d'une syrinx d'bne.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">&mdash;Seigneur,</div>
-<div class="verse">je suis de la terre nourrie</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2530</small></span>par les deux Fleuves. A Edesse,</div>
-<div class="verse">je le sais, on pouvait encore</div>
-<div class="verse">voir la statue que les lgats</div>
-<div class="verse">d'Abgar rapportrent au roi.</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu l'as vue, Nadab!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Elle tait</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2535</small></span>enfouie dans l'herbe sauvage,</div>
-<div class="verse">parmi les dcombres.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Nadab,</div>
-<div class="verse">tu l'as vue!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Sa figure tait</div>
-<div class="verse">polie par les ans et les eaux,</div>
-<div class="verse">semblable aux galets de la mer.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Un catchumne, cocher du Cirque, aux
-braies bigarres, s'approche et parle bas.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2540</small></span>&mdash;Seigneur, je le sais. Une femme</div>
-<div class="verse">de Galaad, nomme Safan,</div>
-<div class="verse">vendeuse de baumes, a dit</div>
-<div class="verse">avoir vu de ses yeux l'empreinte</div>
-<div class="verse">de la Face au milieu du linge</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2545</small></span>dont se servit l'Hmorrosse</div>
-<div class="verse">quand elle essuya la sueur</div>
-<div class="verse">et le sang de Jsus montant</div>
-<div class="verse">au Calvaire.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Un dcan aveugle, chauve et dbile, s'approche
-et parle bas.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&mdash;Sbastien,</div>
-<div class="verse">tu peux me croire. Je suis sauf</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2550</small></span>pour glorifier le Christ roi</div>
-<div class="verse">et ses Martyrs. Je me trouvais</div>
-<div class="verse">dans l'arnaire de la Voie</div>
-<div class="verse">Appienne, quand on boucha</div>
-<div class="verse">le souterrain avec des pierres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2555</small></span>et du sable. Les enterrs</div>
-<div class="verse">vivants purent voir deux images</div>
-<div class="verse">d'or que l'Acolyte porteur</div>
-<div class="verse">des saintes espces disait</div>
-<div class="verse">avoir reues du martyr grec</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2560</small></span>Hadrias. Mais je suis aveugle.</div>
-<div class="verse">L'une reprsentait Jsus;</div>
-<div class="verse">et l'autre, Orphe&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici, l'une des issues, la tourbe s'agite. Des
-cris clatent. On voit un mouvement d'hommes
-qui cherchent entraner une crature farouche.
-L'angoiss bondit et regarde, les yeux
-brls de larmes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&mdash;Sbastien,</div>
-<div class="verse">Sbastien, elle est ici,</div>
-<div class="verse">elle est ici, je te l'amne,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2565</small></span>la fille malade des fivres!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Des zlateurs accourent, des femmes s'lancent.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Qui est-elle?</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Magdalwit!</div>
-<div class="verse">&mdash;Mariamme!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;On ne connat pas</div>
-<div class="verse">son nom vritable.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Elle change</div>
-<div class="verse">toujours.</div>
-<div class="verse i2">&mdash;On l'appelle la Reine</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2570</small></span>malade des fivres.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;O Reine!</div>
-<div class="verse">&mdash;Descends-tu des rois d'Idume?</div>
-<div class="verse">&mdash;Elle descend de cet Hrode</div>
-<div class="verse">qui vint Rome avec la fille</div>
-<div class="verse">d'Aristobule.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Elle descend</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2575</small></span>d'Athronge, de ce roi berger</div>
-<div class="verse">qui par le lgat de Syrie</div>
-<div class="verse">fut mis en croix avec deux mille</div>
-<div class="verse">rebelles.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Sbastien, c'est</div>
-<div class="verse">elle qui trempa le suaire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2580</small></span>dans le sang de ta main perce</div>
-<div class="verse">par la corne de l'arc, le jour</div>
-<div class="verse">de ta gloire!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Elle se dbat.</div>
-<div class="verse">Elle veut s'chapper.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Rpte</div>
-<div class="verse">au seigneur ce que tu as dit!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2585</small></span>&mdash;Elle l'a dit. J'ai entendu.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ah, sauvage, sauvage! As-tu</div>
-<div class="verse">des griffes?</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Seigneur, la voil,</div>
-<div class="verse">la Reine malade des fivres!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ils poussent devant eux une crature inconnue
-qui, se dgageant, s'arrte au milieu
-du cercle tumultueux. Elle y demeure, ploye
-comme une flamme basse sous la rafale. De
-sa voix sourde, elle semble encore rsister.</p>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne veux pas tre gurie.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle est couverte d'une robe de pourpre
-fltrie comme une botte de pavots coups.
-Elle porte une bandelette de pourpre autour
-de sa crinire noire et bleue.</p>
-
-<div class="p">BASILE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2590</small></span>Dis la chose! Dis cette chose!</div>
-</div>
-
-<div class="p">PHLEGON.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais elle est folle.</div>
-</div>
-
-<div class="p">ATHANASE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">On croit qu'elle est</div>
-<div class="verse">une Larve.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Parle, ma s&oelig;ur.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle met une paume contre ses lvres, pour
-les empcher de trembler.</p>
-
-<div class="p">BASILE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, elle a dit: Je possde,</div>
-<div class="verse">moi, le linceul du Christ.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Non, non,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2595</small></span>je ne l'ai pas dit. C'est un rve.</div>
-<div class="verse">J'ai dit: Il n'y a point de paix.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">S&oelig;ur, je connais ta voix. O l'ai-je</div>
-<div class="verse">entendue?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Je suis une voix,</div>
-<div class="verse">seigneur; et mon cri se leva</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2600</small></span>avant le jour pour t'annoncer.</div>
-<div class="verse">Archer de la vie, je bnis</div>
-<div class="verse">ton &oelig;il, ta main, ton arc, tes traits.</div>
-<div class="verse">Ce fut mon cri. Et je t'apporte,</div>
-<div class="verse">dans un cristal d'azur, un baume</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2605</small></span>de Galaad.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Quel baume, s&oelig;ur?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un doux baume de Galaad.</div>
-<div class="verse">Or quelqu'un va dire: Pourquoi</div>
-<div class="verse">ne pas avoir vendu ce baume?</div>
-<div class="verse">Il vaut trois cents deniers.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Ma s&oelig;ur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2610</small></span>tu es malade.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Chaque jour</div>
-<div class="verse">mes tempes sont prises par une</div>
-<div class="verse">fivre nouvelle. Est-ce une honte,</div>
-<div class="verse">si ma vie brle pour l'amour</div>
-<div class="verse">de l'Amour?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Tes yeux sont fards,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2615</small></span>tes ongles sont peints.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Ah, seigneur,</div>
-<div class="verse">j'effacerai, j'effacerai</div>
-<div class="verse">tout cela. Mais ne fut-il pas</div>
-<div class="verse">un Ange, Azal, qui montra</div>
-<div class="verse">l'antimoine et le fard pour teindre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2620</small></span>les paupires? L'un de ces Anges</div>
-<div class="verse">qui choisirent des filles d'hommes</div>
-<div class="verse">et se souillrent avec elles&hellip;</div>
-<div class="verse">Et il n'y aura plus de paix</div>
-<div class="verse">ni plus de pardon pour des veines</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2625</small></span>qui charrient un sang si ml.</div>
-<div class="verse">Et j'ai entendu les reproches.</div>
-<div class="verse">Et j'ai vcu dans mon sommeil</div>
-<div class="verse">ce que je dis avec ma langue</div>
-<div class="verse">de chair. J'ai vu les sept plantes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2630</small></span>enchanes, les astres qui ont</div>
-<div class="verse">transgress le commandement</div>
-<div class="verse">de la Lumire leur lever&hellip;</div>
-<div class="verse">Cela me revient de trs loin.</div>
-<div class="verse">J'effacerai, j'effacerai</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2635</small></span>par mes pleurs le fard de mes yeux.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici elle s'arrte et semble se figer. Puis, d'un
-accent si trange que tous les c&oelig;urs en tremblent,
-elle prononce les paroles qui font prsente
-sa vision.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il tait couch sur le lit</div>
-<div class="verse">bas, du ct de la fentre.</div>
-<div class="verse">Les ombres croises du grillage</div>
-<div class="verse">tombaient sur Sa robe raye.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2640</small></span>Lazare trempait un morceau</div>
-<div class="verse">de pain dans des herbes amres,</div>
-<div class="verse">mais sans le porter sa bouche</div>
-<div class="verse">qui gardait le got de la mort&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici Sbastien se rapproche d'elle et la regarde
-de prs. Il parle bas, comme s'il craignait de
-la rveiller.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un Esprit l'habite. Un Esprit</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2645</small></span>en elle parle. On sent partir</div>
-<div class="verse">d'elle la chaleur de sa fivre</div>
-<div class="verse">comme une vertu. Qu'on l'coute</div>
-<div class="verse">en silence.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Il tait dans l'ombre</div>
-<div class="verse">de la mort, dj solitaire.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2650</small></span>Bien qu'il y eut quelques doux fruits,</div>
-<div class="verse">Il flairait l'odeur de la terre</div>
-<div class="verse">et le remugle de la nuit</div>
-<div class="verse">dans la chevelure trop sombre</div>
-<div class="verse">de Lazare. Et j'tais sans voix;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2655</small></span>car j'avais dcouvert la croix</div>
-<div class="verse">que sur Son front la ride droite</div>
-<div class="verse">faisait avec les deux sourcils.</div>
-<div class="verse">Et mes yeux s'taient obscurcis</div>
-<div class="verse">dans le fard des paupires. Moite</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2660</small></span>j'tais et froide, dans ma fivre,</div>
-<div class="verse">tour tour comme dans l'cume</div>
-<div class="verse">et dans la cendre. Entre mes lvres</div>
-<div class="verse">blmes j'avais Son amertume</div>
-<div class="verse">et ma soif. Et, bien que mon sang</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2665</small></span>dans mes tempes et dans ma gorge</div>
-<div class="verse">ft comme un tonnerre incessant,</div>
-<div class="verse">j'entendais le bruit de la meule</div>
-<div class="verse">en moi-mme, comme si seule</div>
-<div class="verse">mon me vive, et non cette orge,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2670</small></span>tait broye par le granit.</div>
-<div class="verse">Je n'entends plus cette hirondelle,</div>
-<div class="verse">Marthe, qui avait fait son nid</div>
-<div class="verse">dans la chambre haute. Ombre d'ailes,</div>
-<div class="verse">ombre d'ailes sur Ses mains pures!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2675</small></span>Je respirai les fleurs futures</div>
-<div class="verse">dans Sa voix. Mais Il regardait</div>
-<div class="verse">toujours Lazare, Il regardait</div>
-<div class="verse">toujours l'homme vivant et mort,</div>
-<div class="verse">cet &oelig;il morne sous la paupire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2680</small></span>jaune. Comme devant la pierre,</div>
-<div class="verse">soudain Lazare, viens dehors!</div>
-<div class="verse">Il cria de nouveau, tout ple,</div>
-<div class="verse">devant la face spulcrale</div>
-<div class="verse">courbe sur le triste repas.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2685</small></span>Lazare ne rpondit pas,</div>
-<div class="verse">mais se retourna dans sa place.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ils pleurrent, face face.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Tous l'entour palpitent, attentifs au
-souffle de l'Inspire. La voix de Sbastien
-tremble, dans la profondeur des croyances.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O fivreuse, o les as-tu vues,</div>
-<div class="verse">ces choses? Elles ne sont pas</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2690</small></span>dans le Livre. Avec quel Esprit</div>
-<div class="verse">as-tu communi? Qui t'a</div>
-<div class="verse">donn l'me qui t'illumine</div>
-<div class="verse"> travers ta faiblesse? Es-tu</div>
-<div class="verse">revenue du sommeil des sicles</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2695</small></span>morts, dans ton aspect de sibylle</div>
-<div class="verse">tourne vers ce qui ne peut pas</div>
-<div class="verse">mourir?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O Saint, regarde-moi</div>
-<div class="verse">bien, regarde-moi de plus prs,</div>
-<div class="verse">comme on tend les mains pour atteindre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2700</small></span>Je suis le but qui est frapp</div>
-<div class="verse">et je suis le trait qui le frappe.</div>
-<div class="verse">Je sais des choses. J'ai appris</div>
-<div class="verse">des mystres. Et je connais</div>
-<div class="verse">ma faiblesse. Ils tremblaient d'effroi.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2705</small></span>Et Il leur dit: Ne craignez rien,</div>
-<div class="verse">c'est moi. N'avez-vous pas connu</div>
-<div class="verse">votre faiblesse, maintenant?.</div>
-<div class="verse">A Simon Pierre, Il apparut</div>
-<div class="verse">sous l'aspect de la flamme; et Pierre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2710</small></span>s'enfuit. A Jean Il se montra</div>
-<div class="verse">sous la forme du cristal blanc,</div>
-<div class="verse">car Jean tait vierge. A Philippe,</div>
-<div class="verse">sous l'aspect de la mer; Jacques,</div>
-<div class="verse">sous l'aspect d'une pe tranchante;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2715</small></span> Nathanael, sous l'aspect</div>
-<div class="verse">d'une colombe. Sous la forme</div>
-<div class="verse">d'un b&oelig;uf, Thomas; Matthieu,</div>
-<div class="verse">d'un enfant candide; Thadde,</div>
-<div class="verse">d'un pi plein. A Jacques fils</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2720</small></span>d'Alphe, sous l'aspect de l'clair.</div>
-<div class="verse">Hommes, ne demandiez-vous pas</div>
-<div class="verse">Ses images?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle s'avance trs lentement, les deux
-poignets croiss sur sa poitrine. Sbastien
-parle bas son affranchi punique.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Guddne, apporte</div>
-<div class="verse">une torche pour clairer</div>
-<div class="verse">sa face.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Et cet arbre qu'on prit</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2725</small></span>pour crucifier le Sauveur,</div>
-<div class="verse">d'o vint-il? Un aigle, un grand aigle</div>
-<div class="verse">le dracina du jardin</div>
-<div class="verse">sis l'ore de l'Orient,</div>
-<div class="verse">que vit Hnoch fils de Jared.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2730</small></span>Trs haut il monta, de trs haut</div>
-<div class="verse">le jeta dans Jrusalem.</div>
-<div class="verse">Et par cet arbre&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">Guddne a arrach l'un des flambeaux
-plants dans les poings de la muraille; et, se
-rapprochant, il incline tout coup la flamme
-sur le front de l'Inspire, qui sursaute d'une
-frayeur subite.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Ah, tu reviens,</div>
-<div class="verse">Ardrs, Ardrs, avec</div>
-<div class="verse">ton brandon terrible! Pourquoi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2735</small></span>reviens-tu? Ne m'as-tu donc pas</div>
-<div class="verse">assez profondment brl</div>
-<div class="verse">la poitrine, jusqu'au sommet</div>
-<div class="verse">du c&oelig;ur? N'as-tu pas fait la place</div>
-<div class="verse">assez profonde pour la sainte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2740</small></span>relique?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sous la rougeur de la flamme, elle recule
-perdument, les bras croiss de toute sa force
-contre sa gorge. Mais l'Archer, la saisissant
-par les poignets, dfait la croix de chair et
-d'os.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O possde, quel nom</div>
-<div class="verse">invoques-tu? Quelle est, quelle est</div>
-<div class="verse">ta terreur? Je veux que tu parles;</div>
-<div class="verse">je veux, je veux que tu me livres</div>
-<div class="verse">ton secret.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il la secoue et l'entrane, avec une sauvage
-vhmence, se courbant sur la face convulse
-qu'claire la torche ardente au poing de
-l'affranchi punique. Toute la tourbe, anxieuse
-et ivre de mystre, est tendue vers la lutte
-sacre.</p>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2745</small></span>Ah, laisse-moi! Lche</div>
-<div class="verse">mes poignets! Ne spare pas</div>
-<div class="verse">mes bras de ma gorge! C'est toi,</div>
-<div class="verse">je le savais, c'est toi, c'est toi</div>
-<div class="verse">l'Ange exil. Tu me retrouves.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2750</small></span>Que caches-tu dans ta poitrine?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non, tu ne vas pas ressaisir</div>
-<div class="verse">ce que tu as scell. Je sens</div>
-<div class="verse">le clou travers ta main gauche.</div>
-<div class="verse">Ce n'est pas ton heure, Ardrs.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2755</small></span>Je ne suis pas l'Ange exil.</div>
-<div class="verse">Regarde-moi. Je suis l'Archer</div>
-<div class="verse">de Dieu. Et le Seigneur m'inspire.</div>
-<div class="verse">Ce que tu me caches, c'est Lui</div>
-<div class="verse">qui me l'envoie. Si tu rsistes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2760</small></span>il faut que je te force.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Il faut</div>
-<div class="verse">que tu me tues, que tu me cloues</div>
-<div class="verse">contre l'arbre, que tu m'arraches</div>
-<div class="verse">le c&oelig;ur avec la chose sainte.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Une angoisse soudaine rompt les coudes au
-ravisseur. Il desserre la prise. L'inconnue
-croise de nouveau les poignets meurtris.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Christ Seigneur, serait-il vrai?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2765</small></span>O Seigneur Dieu, serait-il vrai?</div>
-<div class="verse">Mon me dfaille, mes os</div>
-<div class="verse">se disjoignent, mes yeux se voilent.</div>
-<div class="verse">Jsus, la force m'abandonne.</div>
-<div class="verse">A mon aide!</div>
-</div>
-
-<p class="di">La femme est immobile, la tte renverse
-en arrire, le feu de son me entre ses dents.
-De nouveau, il la saisit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Ah, tu es brlante</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2770</small></span>comme le fer rougi. Dis-moi,</div>
-<div class="verse">crature de Dieu, dis-moi:</div>
-<div class="verse">serait-il vrai ce que ces hommes,</div>
-<div class="verse">ont cru entendre de ta bouche</div>
-<div class="verse">en feu?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Toute ma honte, toute</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2775</small></span>ma honte se transfigura,</div>
-<div class="verse">blanche, en un miracle d'amour.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rponds! Tu l'as sur toi? Rponds!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Car ma bouche avait retrouv</div>
-<div class="verse">l'ponge aride mais encore</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2780</small></span>toute amre de myrrhe; et cette</div>
-<div class="verse">ponge tait encore au bout</div>
-<div class="verse">du roseau qui avait frapp</div>
-<div class="verse">la tte sainte.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Tu cherchais</div>
-<div class="verse">au pied de la Croix&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">J'tais seule,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2785</small></span>j'tais seule. Ils taient partis,</div>
-<div class="verse">tous. Pierre l'avait reni.</div>
-<div class="verse">Jacques d'Alphe s'tait cach</div>
-<div class="verse">dans la ravine du Cdron;</div>
-<div class="verse">Philippe et Matthieu, dans la ville,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2790</small></span>pour sortir la nuit en secret;</div>
-<div class="verse">Barthlemi, avec Rakub</div>
-<div class="verse">le fils de sa s&oelig;ur, et Didyme</div>
-<div class="verse">s'taient loigns sur un char.</div>
-<div class="verse">Andr avait fui par la porte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2795</small></span>du Fumier&hellip; J'tais revenue,</div>
-<div class="verse">seule. J'avais laiss mourante,</div>
-<div class="verse">prs du suaire, Brnice</div>
-<div class="verse">la femme gurie de la source</div>
-<div class="verse">de sang&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le linceul, le linceul!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2800</small></span>Tu vis Joseph d'Arimathie</div>
-<div class="verse">et Nicodme envelopper</div>
-<div class="verse">le Corps&hellip;</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">C'tait du lin d'gypte</div>
-<div class="verse">lger comme du bysse.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Ici,</div>
-<div class="verse">dans ta poitrine, tu le caches!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2805</small></span>Laisse-moi, laisse-moi, si tu</div>
-<div class="verse">n'es pas l'Ange!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Frres, mes frres,</div>
-<div class="verse">je le vois travers la pourpre</div>
-<div class="verse">resplendir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Mais quelles mains d'homme</div>
-<div class="verse">pourraient y toucher?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Seigneur Dieu!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Envahi par la terreur sacre, il lche pour
-la seconde fois les poignets de la crature
-pantelante. Il tremble de tout son corps et
-vacille, devant la certitude redoutable. Effraye,
-enivre, la tourbe couve de tous ses
-yeux l'trange larve de pourpre qui renferme
-la rvlation. Au pied des cippes, les gardiennes
-des feux teints coutent, se tranant sur les
-genoux, de toute la longueur des chanes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2810</small></span>Et tu le portes sur ta chair</div>
-<div class="verse">moite de fivre!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne suis qu'une plaie divine.</div>
-<div class="verse">Et Galaad n'a pas de baume</div>
-<div class="verse">pour moi qui L'oignis. Ma poitrine</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2815</small></span>est au Seigneur, comme ta paume.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'tais prs du spulcre cave.</div>
-<div class="verse">Le Vigilant vint dans la nuit.</div>
-<div class="verse">C'tait l'un des Anges esclaves.</div>
-<div class="verse">Je ne tremblais pas devant lui.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2820</small></span>Je n'tanchais pas mes pleurs. Toutes</div>
-<div class="verse">les eaux du monde taient amres</div>
-<div class="verse">de moi. La vie semblait dissoute</div>
-<div class="verse">dans les fleuves de mes paupires.</div>
-<div class="verse">Les toiles des cieux tremblants</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2825</small></span>venaient s'teindre ma figure.</div>
-<div class="verse">Ma douleur tait la ceinture</div>
-<div class="verse">du monde, comme l'Ocan.</div>
-
-<div class="verse stanza">Or les lins gisaient sur le sable.</div>
-<div class="verse">Et l'Ange dit: Je te salue,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2830</small></span> Pleureuse. Tu es lue:</div>
-<div class="verse">car ta source est inpuisable.</div>
-<div class="verse">Pour garder ce qui de Lui reste</div>
-<div class="verse">ici, tu es lue. J'atteste</div>
-<div class="verse">le Dieu qui m'exile et me lie</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2835</small></span>dans tous les liens de la terre</div>
-<div class="verse">pour tous les ges. Sa folie</div>
-<div class="verse">le tachait comme une panthre</div>
-<div class="verse">aux taches de feu. Mais n'espre</div>
-<div class="verse">pas de piti. Contre la roche</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2840</small></span>funbre j'tais accroupie,</div>
-<div class="verse">sans parole. Il faut que j'expie</div>
-<div class="verse">tes larmes! Il tait tout proche.</div>
-<div class="verse">Et le brandon des incendies</div>
-<div class="verse">flamboyait trs haut dans son poing.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2845</small></span>Il m'atterra. J'atteste l'Oint</div>
-<div class="verse">que tu es impure. Raidie</div>
-<div class="verse">de tous mes os, de tous mes nerfs,</div>
-<div class="verse">j'attendais et mon chtiment</div>
-<div class="verse">et ma gloire. Ses doigts de fer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2850</small></span>dcouvrirent alors ma gorge</div>
-<div class="verse">drue, comme les doigts d'un amant</div>
-<div class="verse">qui veut, d'un bourreau qui gorge.</div>
-<div class="verse">Et j'attendais. O fille d'homme,</div>
-<div class="verse">cria-t-il je te mortifie,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2855</small></span>te purifie, te glorifie,</div>
-<div class="verse">avec le brandon de Sodome.</div>
-<div class="verse">Et le Dchu, qui par la faute</div>
-<div class="verse">connaissait la douceur des seins</div>
-<div class="verse">ples, me marqua de son seing,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2860</small></span>brlant ma chair jusques aux ctes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je ne criai ni ne mordis.</div>
-<div class="verse">Quand le feu toucha le sommet</div>
-<div class="verse">de mon c&oelig;ur, seul mon c&oelig;ur bondit</div>
-<div class="verse">vers le feu. Muette, immobile,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2865</small></span>respirant l'horrible fumet,</div>
-<div class="verse">j'attendais. Et il dit: Jubile;</div>
-<div class="verse">car la chose sainte a son lieu.</div>
-<div class="verse">Et tu auras le diadme</div>
-<div class="verse">royal, la pourpre de Sidon,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2870</small></span>et ta fivre. Il prit le sindon</div>
-<div class="verse">vide o Joseph et Nicodme</div>
-<div class="verse">avaient pos le Fils de Dieu.</div>
-<div class="verse">Il le plia sur ma poitrine.</div>
-<div class="verse">Et il dit: Tu le garderas.</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>2875</small></span>Hommes, sous la croix de mes bras,</div>
-<div class="verse">je ne suis qu'une plaie divine.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle se consacre. Elle semble avoir parl
-par sa plaie mme, comme par une bouche plus
-vive et plus profonde. Encore une fois la
-mlodie du saint combat a frapp les fronts,
-a perc les c&oelig;urs des nophytes. Guddne,
-qui derrire la rvlatrice tenait le flambeau
-soulev, maintenant le renverse et l'touffe.</p>
-
-<p class="di">Sbastien grandit dans la prire. Et quand
-il s'agenouille, il semble qu'il s'exhausse.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Messagre inconnue, cre</div>
-<div class="verse">ou non cre, que tu sois faite</div>
-<div class="verse">de tes fivres ou de tes larmes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2880</small></span>que tu portes en toi des forces</div>
-<div class="verse">qui te sauvent ou qui te damnent,</div>
-<div class="verse">larve de ce qui fut ou songe</div>
-<div class="verse">de ce qui jamais ne put tre,</div>
-<div class="verse">je ne veux pas te conjurer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2885</small></span>et je ne veux pas te connatre.</div>
-<div class="verse">Dans ton mystre je ne vois</div>
-<div class="verse">qu'une seule chose, une seule,</div>
-<div class="verse">hors de ton souffle et de ta pourpre:</div>
-<div class="verse">le sein terrible de la Foi.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2890</small></span>Je te salue. Je me prosterne.</div>
-<div class="verse">J'atteste mon Espoir, j'atteste</div>
-<div class="verse">l'ternel Amour. Par le sang</div>
-<div class="verse">qui teint, par la larme qui lave,</div>
-<div class="verse">et par toutes ces mes libres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2895</small></span>et par tous ces hommes esclaves,</div>
-<div class="verse"> genoux je te prie. Descelle</div>
-<div class="verse">la croix de tes bras et rvle</div>
-<div class="verse">les empreintes du Divin Corps.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici, elle ouvre les bras, admirable.</p>
-
-<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici ma vie. Voici ma mort.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Et de ses doigts elle carte les plis de la
-pourpre sur sa poitrine, se couvrant d'une
-pleur mortelle.</p>
-
-<p class="di">Tandis que Sbastien se lve et s'approche,
-toute la tourbe, d'un mouvement irrsistible,
-entoure les deux personnes sacres. On n'entend
-que la pesante haleine de l'angoisse, La
-vaste vote est pleine d'ombre. La face du
-Soleil et la face de la Lune reluisent sur les
-vantaux d'airain. Les sept Voyantes se
-tiennent debout, avec toutes leurs chanes
-tendues par l'anxit de leurs mes nouvelles.
-Et il semble que les assaille la puissance du Roi
-annonc par leurs chants et par leurs charmes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i class="small i2">Il monte. Son front est la place</i></div>
-<div class="verse"><i class="small i2">de la lumire, qu'Il accrot.</i></div>
-<div class="verse"><i class="small i2">Un nouveau Signe est dans l'espace</i></div>
-</div>
-
-<p class="di">La tourbe s'allonge, entre l'une et l'autre
-issues, avec un frmissement d'horreur sainte.
-Et, comme les chines des esclaves se courbent
-et que les genoux des zlateurs se plient, on
-aperoit le Saint et l'Inspire dans l'acte de
-drouler et d'tendre le long Linceul du Christ.
-Eux aussi, ils s'agenouillent, chacun tenant
-par les deux mains le bord extrme. Et une
-lueur mystique claire tous les fronts penchs;
-parce que, des empreintes laisses par les
-membres sanglants et par les aromates funraires,
-les deux images du Corps divin se
-forment peu peu et s'avivent en lignes et en
-saillies de lumire. On entend de sourds gmissements,
-des sanglots touffs, qui entrecoupent
-les paroles alternes, dites par l'me de souffle
-plus que par la langue de chair.</p>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2900</small></span>Voyez Son corps ensanglant,</div>
-<div class="verse">voyez l'horreur de Son supplice!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez la plaie de Son ct,</div>
-<div class="verse">le sang qui coule sur Sa cuisse,</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez les traces des flaux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2905</small></span>arms de plombs sur Son chine.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez sur Son front les grumeaux,</div>
-<div class="verse">l o mordirent les pines.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez Ses cheveux sur Son cou,</div>
-<div class="verse">mouills par la sueur sanglante.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2910</small></span>Voyez la blessure du clou</div>
-<div class="verse">qui Lui transpera les deux plantes.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez sur l'paule de l'Oint</div>
-<div class="verse">marqu le poids de l'arbre infme.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voyez sur l'&oelig;il le coup de poing</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2915</small></span>dont le valet scella son blme.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hlas, Temple de la sublime</div>
-<div class="verse">Tristesse, o la Honte a crach!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hlas, pleurez, pleurez vos crimes!</div>
-<div class="verse">Il est meurtri par nos pchs.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2920</small></span>Dieu, rends-nous pareils ton corps!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dieu, retrempe-nous dans la mort!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LA SAINTE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Amour, que je sois assouvie!</div>
-<div class="verse">Seigneur Amour, voici ma vie.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elle dfaille, elle se renverse et tombe, dans
-un grand soupir.</p>
-
-<p class="di">Et soudain, la porte tant encore close,
-un chant se lve au del du seuil infranchissable.
-Ce n'est plus le chant d'Erigone, la
-mlodie de la Vierge fille d'Icare qui volait
-parmi les toiles du Lion, portant son pi
-d'or et ses larmes. C'est le chant ineffable de
-la Vierge sans tache, de la Tige de Jess,
-de la Mre du Sauveur.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX C&OElig;LESTIS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui pleure mon Enfant si doux,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2925</small></span>mon Lys fleuri dans la chair pure?</div>
-<div class="verse">Il est tout clair sur mes genoux,</div>
-<div class="verse">Il est sans tache et sans blessure.</div>
-<div class="verse">Voyez. Et dans ma chevelure</div>
-<div class="verse">tous les astres louent Sa clart.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2930</small></span>Il claire de Sa figure</div>
-<div class="verse">ma tristesse et la nuit d't.</div>
-</div>
-
-<p class="di">On entend, tout coup, tomber les chanes
-qui enchanaient aux cippes les sept magiciennes
-plantaires. Les vantaux de la porte
-d'airain s'entr'ouvrent, laissant chapper une
-lumire blouissante. Hassub, Jardane, Ilah
-et Phroras montent les degrs aux sept
-couleurs et poussent les vastes vantaux qui
-sur leurs gonds rsonnent comme une multitude
-de cymbales et de sistres. Dans une
-lumire blouissante, la Chambre magique
-apparat, avec tous ses signes, tous ses cercles,
-tous ses orbes, comme le simulacre fabuleux
-du nouveau Firmament et de l'antique ther.
-Le Zodiaque tourne la rencontre des plantes,
-charg d'animaux, de monstres et de
-jeunesses. Le Blier aux cornes torses est
-accroupi, morose, le mufle vers l'Occident;
-et le Taureau, tronqu mi-corps, le front bas,
-semble lui tre soud, la faon de ceux
-gmins de la Perse. Les Gmeaux imberbes,
-le couple fraternel des enfants du Cygne, sont
-assis ensemble, les pieds en avant, chausss
-de hauts brodequins aux courroies entrelaces;
-et Pollux se dtourne du Cancer la
-carapace norme, qui dans le marais de Lerne
-mordit l'orteil d'Hercule. Le Lion, celui que
-l'Alcide touffa entre ses coudes Nme,
-s'avance farouche, dans le sens du mouvement
-diurne. Le Scorpion, celui qu'Artmis envoya
-contre le chasseur fils de Neptune, ouvre ses
-serres cruelles vers la Balance qui penche.
-Le Sagittaire, dployant son paule d'homme
-sa nbride comme une aile, tend son arc grec
-et se cabre sur ses jarrets de cheval. Le
-Verseau gracieux, semblable l'chanson
-Ganymde, se dtourne du Capricorne la
-queue trifide et renverse l'urne pleine, du ct
-des Poissons.</p>
-
-<p class="di">Mais ce n'est plus Samas qui conduit les
-plantes et domine tous les domaines bleus.
-On aperoit dans l'blouissement les pieds
-divins de la Vierge mre du Sauveur poss
-sur le croissant de la Lune, et les bords toils
-de son manteau d'azur.</p>
-
-<p class="di">On n'entend pas rsonner la lyre heptacorde
-des Sphres accompagnant la Voix cleste;
-mais on se perd dans l'harmonie des myriades,
-dans le ch&oelig;ur infini des rayons. La lumire
-est nativit, batitude et musique.</p>
-
-<p class="di">Ravi par la Voix, comme dans un songe
-sans commencement et sans fin, le Saint monte
-les degrs, franchit le seuil; et, la tte renverse,
-les yeux levs vers le Croissant, s'abme
-dans l'extase circulaire.</p>
-
-<p class="di">Alors Jardane, Hyale et Ph&oelig;nisse soulvent
-le corps inerte de la crature errante
-qui garda dans la plaie ingurissable de sa
-poitrine la relique du Christ ressuscit:
-Atreneste par les paules, Hyale par les pieds,
-Ph&oelig;nisse par la ceinture, la faon des Anges
-quand ils transportent dans les airs les dpouilles
-des jeunes Martyres. Et elles montent
-les sept degrs, avec leur mystique fardeau.
-Puis, inclinant leurs mitres qui flamboient,
-elles dposent sur le seuil de bronze la Fivreuse
-couverte de pourpre et ceinte du bandeau
-royal.</p>
-
-
-<p class="gap c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br />
-<span class="small">SANCTAE SINDONIS INVENTIO.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch3"><i class="small">LA TROISIEME MANSION</i><br />
-LE CONCILE<br />
-DES FAUX DIEUX</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p>
-
-
-<p class="small ugap">LE SAINT.</p>
-
-<p class="small ugap">L'EMPEREUR.</p>
-
-<p class="small ugap">LES FEMMES DE BYBLOS.</p>
-
-<p class="small">LES CITHAREDES.</p>
-
-<p class="small">EURYALE.</p>
-
-<p class="small">NICANOR.</p>
-
-<p class="small">LES ORPHIQUES.</p>
-
-<p class="small drap">LA TOURBE DES PRETRES, DES SACRIFICATEURS,
-DES VICTIMAIRES, DES AUGURES,
-DES MAGES, DES DEVINS, DES ASTROLOGUES,
-DES GRAMMAIRIENS, DES EUNUQUES.</p>
-
-<p class="small">LES ARCHERS ASIATIQUES.</p>
-
-<p class="small drap">LES ESCLAVES DE COULEURS DIVERSES</p>
-
-<p class="small ugap" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</p>
-
-<p class="small" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em di">On aperoit le vaste laraire
-de l'Auguste,
-form d'une salle pentagonale
-dent une paroi
-se creuse comme
-une sorte d'abside la
-vote lisse profondment
-dore.</p>
-
-<p class="di">Au centre du plafond
- lacunars bleus, une ouverture circulaire qui
-se ferme au moyen d'un bouclier rond comme
-ceux des Curtes, man&oelig;uvr par des chanes,
-laisse chapper la fume des aromates. Les
-autres parois sont revtues de planches d'ivoire
-versatiles, qui recouvrent les niches o sont
-caches les thogonies sublimes et les conjonctions
-ineffables. Dans l'hmicycle, la multitude
-multiforme des dieux se dresse comme une
-cohorte exsangue en rangs serrs, faite de marbres,
-de mtaux, de bois, d'argiles, de pierres
-fulgurales, de ptes inconnues. Aux douze
-grands dieux de Rome, aux mille petits dieux
-latins des demeures, des carrefours, des tuves,
-des vergers, des celliers, des champs, des ports,
-des navires, et de tous les actes, de tous les
-aspects, de tous les instruments de la vie, et
-de tous les rites et de tous les mystres de la
-mort, des funrailles, de la spulture, se mlent
-les dits normes des Ptolmes et des Achmnides,
-les Baals ardents de Syrie, les idoles
-raides oreilles pointues, bec, museau, les
-sphinx, les apis, les cynocphales transports
-de la valle du Nil par les Empereurs superstitieux,
-les Couples et les Triades farouches venus
-d'outre-mer avec les esclaves, les courtisanes,
-les marchands et les soldats.</p>
-
-<p class="di">On dcouvre l'Ephsienne toute noire,
-hrisse de mamelles, avec l'clat blanc de
-l'mail dans ses orbites, avec des lions sur ses
-paules et des abeilles au pied de la gaine
-qui lui serre les jambes comme l'corce d'un
-tronc enracin. La Grande Mre de l'Ida
-couronne de tours est assise, non sur son
-char, mais sur le navire qui remmore sa navigation
-triomphale la bouche du Tibre. Le
-Zeus solaire de Dolich, qu'une tribu de forgerons
-cra des tincelles du fer rouge, debout
-sur un taureau, arm de la hache double
-tranchant, porte l'armure du lgionnaire
-romain.</p>
-
-<p class="di">M, la Bellone cappadocienne, abreuve de
-sang dans les gorges du Taurus et sur les bords
-de l'Iris, rapporte comme un butin sacr par
-Sylla vainqueur de Mithridate, est couverte
-de taches rougetres, telle qu'elle apparut en
-songe au Dictateur. Isis aux cornes de vache,
-en robe de bysse, allaite l'enfant Horus sur ses
-genoux rigides; et entre les deux cornes une
-plaque ronde en forme de miroir imite la
-Lune. Un haut boisseau ombrage la chevelure
-massive d'Osiris. Mithra, le Mdiateur, le seul,
-le chaste, le saint, que premirement connurent
-les trirmes de Pompe en guerre contre
-les pirates ciliciens, enfonce le couteau dans
-le poumon de la victime abattue.</p>
-
-<p class="di">Et voil Dusars, venu du fond de l'Arabie;
-et Daltis, venu de l'Osrhone au del de l'Euphrate;
-et Balmarcods, le Seigneur des
-danses, venu de Bryte; et Marnas de Gaza,
-le Matre des pluies; et Maoumas, qui souffle
-le parfum du printemps oriental dans la fte
-nautique sur le rivage d'Ostie.</p>
-
-<p class="di">Voil Aziz, le dieu fort semblable au
-sidral Lucifer fils de l'Aurore; et Malakbel,
-le messager du Seigneur; et le Hadad rvr
-par Antonin le Pieux; et ce Bl, un dieu de
-Babylone, migr Palmyre, qu'Aurlien
-emmena Rome avec la reine merveilleuse
-pour orner de l'une son triomphe et pour faire
-de l'autre le protecteur de ses lgions.</p>
-
-<p class="di">Voil toutes les dits d'outre-mer, les Agitateurs
-et les Consolateurs d'Asie; qui savent la
-mort et la rsurrection, les baptmes et les
-pnitences, les promesses et les commandements,
-et la vie nouvelle et la vie ternelle,
-et l'brit de la douleur et la puissance du
-sang vers, et les liturgies des semaines saintes
- l'quinoxe du printemps. Les esclaves chrtiens
-dans leur c&oelig;ur anxieux reconnaissent
-la Colombe eucharistique auprs de l'Astart
-infme, et le saint Poisson auprs de l'Atargatis
-de Bambyce emporte par des prisonniers
-de guerre vendus l'encan.</p>
-
-<p class="di">Devant la multitude divine, des supports
-en bronze soutiennent l'Horoscope de l'Empereur,
-figur sur un grand bas-relief reprsentant
-une conjonction de plantes dans
-le Lion. On y voit l'ordre des luminaires dispos
-sur les membres de l'animal, la Lune en
-croissant sur le poitrail, et sur le champ les
-trois plantes qui doivent leur force leur
-chaleur, ainsi nommes:
-&Pi;&upsilon;&rho;&#8057;&epsilon;&iota;&sigmaf;
-&#7977;&rho;&alpha;&kappa;&lambda;&#8051;&omicron;&upsilon;&sigmaf;,
-&Sigma;&tau;&#8055;&lambda;&beta;&omega;&nu;
-&#7944;&pi;&#8057;&lambda;&lambda;&omega;&nu;&omicron;&sigmaf;,
-&Phi;&alpha;&#8051;&theta;&omega;&nu;
-&Delta;&iota;&#8057;&sigmaf;.
-Le long des
-parois lambrisses d'ivoire poli, une tourbe de
-prtres, de sacrificateurs, de victimaires, de
-mages, de devins, d'astrologues, de grammairiens,
-d'eunuques se presse en silence,
-les yeux tourns vers le Csar. Il y a des
-Galles la tunique blanche borde de rouge,
-castrats aux joues fardes, aux cheveux natts,
-aux yeux peints. Il y a des Isiaques en robe
-de bysse clatante, avec des chaussures en
-feuilles de palmier, la tte rase et le haut du
-crne plus luisant que les plaques d'ivoire. Il y
-en a d'autres vtus de l'tole olympiaque peinte
-d'animaux de toutes sortes, avec des griffons
-sur les paules et un diadme vgtal en forme
-de rayons. Des pastophores soutiennent sur
-leurs bras des chapelles sacres; des dadophores
-portent des torches; des hymnodes ont la
-flte traversire avanant du ct de l'oreille
-droite; des ornatrices, charges d'habiller les
-statues divines, ont entre leurs mains les ustensiles
-de la toilette. Un prtre est charg du
-poids des deux autels appels les secours; un
-autre soulve un bras gauche la paume ouverte;
-un autre, un van d'or plein d'aromates;
-un autre, un vase arrondi en forme de mamelle
-pour les libations de lait; un autre, l'urne
-au long bec et l'anse ample o s'enroule
-l'aspic dressant sa tte cailleuse et son cou
-gonfl: l'urne inimitable qui contient l'eau
-sainte du Nil. Tous ils regardent l'Empereur.</p>
-
-<p class="di">Derrire le sige du Tout-Puissant, neuf
-cithardes grecs et le conducteur Euryale,
-debout, attendent le signal, tous en une
-seule ligne comme les colonnes doriques d'un
-propyle, les plis droits de leurs chitons tant
-pareils aux cannelures. Puisque les bras recourbs
-des grands heptacordes surmontent les
-figures et les guirlandes, chaque musicien
-ressemble la tisseuse devant le mtier
-vertical o sont tendus les fils de la chane.
-Tous ainsi, travers les sept nerfs, ils regardent
-l'Empereur.</p>
-
-<p class="di">Et il y a des Mithriastes, des Adoniastes,
-des Orphiques. Il y a beaucoup d'esclaves
-syriens, bruns et huils comme les olives
-mres pour le pressoir. Il y a des femmes
-d'Antioche, de Byblos; des archers de Tyr,
-d'Emse, de Damas, de la Msopotamie, de la
-Commagne, de l'Iture: l'odeur mme du
-sachet de myrrhe chauff entre les mamelles
-striles; l'odeur des arbustes roux qui craquent
-et fument la lisire du Dsert foul par
-le dsespoir de la princesse incestueuse;
-l'odeur du Liban ray par les gommes coulantes,
-par les larmes de la veuve divine et
-par les eaux rouges du sang d'Adonis. Le dsir
-de l'aridit lointaine, l'attente obscure d'une
-rapparition mystique, le souffle chaud de
-l'infatigable Astoreth semblent les troubler.
-Et tous, avec des yeux sombres, ils regardent
-l'Empereur.</p>
-
-<p class="di">Le Matre est assis sur le sige insigne, au
-trs haut dossier orn de deux Victoires d'or.
-Sbastien se tient debout, devant lui, muet.</p>
-
-<p class="di">Et les grandes acclamations rythmes se
-suivent, prononces l'unisson par tous les
-assistants.</p>
-
-<div class="p">TOUTES LES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Csar Auguste, que les dieux</div>
-<div class="verse">te conservent!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Csar Auguste,</div>
-<div class="verse">Empereur trs saint, que les dieux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2935</small></span>te gardent ternellement!</div>
-<div class="verse">&mdash;Que de toutes nos vies les dieux</div>
-<div class="verse">augmentent ta vie!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Bienheureux,</div>
-<div class="verse">bienheureux, sois toujours vainqueur,</div>
-<div class="verse">sois triomphateur jamais!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2940</small></span>&mdash;Tu es le plus grand, le plus fort,</div>
-<div class="verse">le plus saint!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Puissions-nous mirer</div>
-<div class="verse">ta face pour notre bonheur</div>
-<div class="verse">ternel!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Puissions-nous entendre</div>
-<div class="verse">ta parole pour notre joie</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2945</small></span>sans terme!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Mais dlivre-nous</div>
-<div class="verse">des chrtiens, Csar Auguste!</div>
-<div class="verse">&mdash;Empereur, mais dlivre-nous</div>
-<div class="verse">des chrtiens!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Trs saint Empereur,</div>
-<div class="verse">mais dlivre-nous des chrtiens!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2950</small></span>&mdash;Venge nos dieux!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Venge nos feux!</div>
-<div class="verse">&mdash;Venge nos temples!</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Salut, beau jeune homme! Salut,</div>
-<div class="verse">sagittaire la chevelure</div>
-<div class="verse">d'hyacinthe! Je te salue,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2955</small></span>chef de la cohorte d'Emse,</div>
-<div class="verse">qu'Apollon aime, en qui le dieu</div>
-<div class="verse">Porte-Lumire s'est complu!</div>
-<div class="verse">Par mon laurier, Sbastien,</div>
-<div class="verse">je t'aime aussi. Je veux, avant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2960</small></span>que tu ne parles, qu'on t'acclame.</div>
-<div class="verse">Je veux qu'on t'acclame. Vous tous</div>
-<div class="verse"> la louange infatigable,</div>
-<div class="verse">criez en rythme: Que les dieux</div>
-<div class="verse">justes conservent ta beaut</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2965</small></span>pour l'Empereur, Sbastien!</div>
-<div class="verse">Criez en rythme.</div>
-</div>
-
-<div class="p">TOUTES LES VOIX.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Que les dieux</div>
-<div class="verse">justes conservent ta beaut</div>
-<div class="verse">pour l'Empereur, Sbastien!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici l'Archer se voile de sa chlamyde.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu te voiles de ta chlamyde!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2970</small></span>Tu te voiles comme la vierge</div>
-<div class="verse">qu'on outrage ou celle qu'on va</div>
-<div class="verse">gorger. Or je ne veux pas</div>
-<div class="verse">t'gorger. Dcouvre ta tte!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici l'Archer se dcouvre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je veux te couronner, devant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2975</small></span>tous les dieux.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Csar, j'ai dj</div>
-<div class="verse">ma couronne.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">On ne la voit pas.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu ne peux pas la voir, Auguste,</div>
-<div class="verse">bien que tu aies des yeux de lynx.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et pourquoi?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Parce qu'il faut d'autres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2980</small></span>yeux, arms d'une autre vertu,</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O sont-ils les magiciens</div>
-<div class="verse">qui t'aident dans tes artifices</div>
-<div class="verse">et qui t'enseignent tes prestiges?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je n'ai d'autre art que la prire.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2985</small></span>Est-il vrai que tu as dans</div>
-<div class="verse">sur des charbons ardents?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Csar,</div>
-<div class="verse">non: sur une jonche de lys.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand tu florissais dans ta grce,</div>
-<div class="verse">je m'en souviens, tu dansais mieux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2990</small></span>que tout autre entre des pes</div>
-<div class="verse">nues. Parfois on lanait des flches</div>
-<div class="verse">sous tes pieds bondissants. Aucune</div>
-<div class="verse">ne t'atteignit.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Je ne crains pas</div>
-<div class="verse">le fer.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Tu tais le Seigneur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>2995</small></span>des danses venu de Bryte</div>
-<div class="verse">marine!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il le contemple, et il songe.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Est-il vrai qu'au solstice</div>
-<div class="verse">tu as bless le ciel?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Le ciel</div>
-<div class="verse">m'a bless.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Femmes de Byblos,</div>
-<div class="verse">Mais fut-ce au solstice d't,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3000</small></span>ou l'quinoxe d'automne,</div>
-<div class="verse">que le dur sanglier blessa</div>
-<div class="verse">Adonis? Ne ressemble-t-il</div>
-<div class="verse">pas, cet archer, votre jeune</div>
-<div class="verse">dieu, femmes?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les Syriennes rpondent ensemble, d'une
-voix douce et voile.</p>
-
-<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Il est beau, Csar.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3005</small></span>Je ne crois pas, je ne veux pas</div>
-<div class="verse">croire aux dlits dont on t'accuse,</div>
-<div class="verse">chef de ma cohorte lgre.</div>
-<div class="verse">Tu es trop beau. Et il est juste</div>
-<div class="verse">qu'on te couronne, devant tous</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3010</small></span>les dieux. Je ne veux pas savoir</div>
-<div class="verse">si tu fais des rves. Je t'aime.</div>
-<div class="verse">Tu m'es cher. Dis: ne t'ai-je pas</div>
-<div class="verse">combl d'honneurs, de bnfices,</div>
-<div class="verse">d'ornements, d'heures glorieuses</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3015</small></span>et de belles armes? Tu mnes</div>
-<div class="verse">mes archers d'Emse, plus sveltes</div>
-<div class="verse">et plus dors que ceux qui vinrent</div>
-<div class="verse">avec Elagabale aux cils</div>
-<div class="verse">peints, suivant le char de la Pierre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3020</small></span>noire tran par les panthres</div>
-<div class="verse">odorifrantes. Ils sont</div>
-<div class="verse">les sagittaires du Soleil,</div>
-<div class="verse">qui est le seigneur de l'Empire.</div>
-<div class="verse">Comme nerfs leurs arcs, ils ont</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3025</small></span>des cordes de cithare; ils portent</div>
-<div class="verse">des rayons dans leurs longs carquois.</div>
-<div class="verse">Tu les mnes. Je t'ai donn</div>
-<div class="verse">mes plus belles Aigles. Je t'ai</div>
-<div class="verse">envoy tuer des Barbares</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3030</small></span>sur le Danube. Tu as eu</div>
-<div class="verse">des combats et des jeux. Toujours</div>
-<div class="verse">j'ai tourn vers toi le plus clair</div>
-<div class="verse">de mes visages.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Oui, tu m'as t libral,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3035</small></span>seigneur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je ne veux pas savoir</div>
-<div class="verse">si tu fais des rves tranges</div>
-<div class="verse">autour d'un roi de Saturnales,</div>
-<div class="verse">d'un esclave en tunique rouge,</div>
-<div class="verse">monarque d'un jour, qu'on immole</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3040</small></span>sur l'autel de Saturne. Si</div>
-<div class="verse">je te nomme l'Enfant aux rves,</div>
-<div class="verse">ce n'est pas pour t'gorger.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ici il quitte son sige; il marche vers le
-Jeune Homme; il le touche de sa main
-l'paule.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i7">Vois.</div>
-<div class="verse">J'ai l tous mes dieux.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il pousse un peu le Jeune Homme, le force
-se retourner vers l'abside et regarder la multitude
-des idoles.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Vois. Regarde.</div>
-<div class="verse">Dans tous les marbres, les mtaux,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3045</small></span>les bois, les argiles, les verres,</div>
-<div class="verse">et dans les pierres fulgurales</div>
-<div class="verse">qui sont les messages des nues,</div>
-<div class="verse">et dans les ptes inconnues</div>
-<div class="verse">semblables aux ambres, aux nacres,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3050</small></span>aux labyrinthes les plus vains</div>
-<div class="verse">de la mer, j'ai les simulacres</div>
-<div class="verse">de tous les dieux; car le Divin,</div>
-<div class="verse">s'il rompt les peuples et les damne</div>
-<div class="verse">au carnage, au ban, l'encan,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3055</small></span>s'il ceint les rois de son carcan,</div>
-<div class="verse">Antipater ou Epiphane,</div>
-<div class="verse">s'il pille les temples, profane</div>
-<div class="verse">les vases, dfonce les vans,</div>
-<div class="verse">il redresse les Immortels</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3060</small></span>d'entre les colonnes brises,</div>
-<div class="verse">allumant de nouveaux autels</div>
-<div class="verse">au feu des villes embrases.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il presse encore de sa main puissante
-l'paule du Jeune Homme.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vois. Regarde la multitude</div>
-<div class="verse">des Formes, la fort des Forces,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3065</small></span>Choisis. Il y en a de rudes</div>
-<div class="verse">comme les souches, les corces,</div>
-<div class="verse">les racines. Il y en a</div>
-<div class="verse">de flexibles comme les feuilles,</div>
-<div class="verse">les fleurs, les tiges; car les fleurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3070</small></span>les plus belles sont nes de leurs</div>
-<div class="verse">joies, de leurs tristesses, de leurs</div>
-<div class="verse">vengeances. Et Cor les cueille</div>
-<div class="verse">toujours dans la plaine d'Enna.</div>
-<div class="verse">Tu peux choisir pour ton offrande</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3075</small></span>un dieu farouche, une desse</div>
-<div class="verse">molle, du sang, du miel. Qu'on tresse</div>
-<div class="verse">d'anmone et de laurier-rose,</div>
-<div class="verse">sans bandelettes, deux guirlandes.</div>
-<div class="verse">Je veux ceindre l'Enfant morose</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3080</small></span>et me ceindre avec lui.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Csar,</div>
-<div class="verse">sache que j'ai choisi mon dieu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Soleil? Et je te ferai</div>
-<div class="verse">pontife du Soleil, au temple</div>
-<div class="verse">du Quirinal. J'ajouterai</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3085</small></span>d'autres dpouilles aux dpouilles</div>
-<div class="verse">de Palmyre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Celui, celui</div>
-<div class="verse">que tu nommes l'esclave rouge,</div>
-<div class="verse">le monarque d'un jour, le roi</div>
-<div class="verse">sanglant, je l'ai choisi de toute</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3090</small></span>mon me, au del de mon me.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La colre de l'Auguste, mle de raillerie, est
-stridente comme un feu sous la grle.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il veut du sang, il veut du sang,</div>
-<div class="verse">cet phbe ple, du sang,</div>
-<div class="verse">des souffrances et des tnbres!</div>
-<div class="verse">Nous en avons, nous en avons.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3095</small></span>J'ai des dieux qu'on remplit de sang</div>
-<div class="verse">noir jusqu' la couronne, comme</div>
-<div class="verse">on remplit de vin les amphores</div>
-<div class="verse">jusqu'au bord. Sur le Palatin</div>
-<div class="verse">et ici, j'ai des Phrygiens</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3100</small></span>qui ululent, qui se flagellent</div>
-<div class="verse">avec des lanires armes</div>
-<div class="verse">de plombs, qui s'entaillent les bras</div>
-<div class="verse"> grands coups de glaive et de hache,</div>
-<div class="verse">qui s'virent avec des pierres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3105</small></span>tranchantes, et mme qui boivent</div>
-<div class="verse">la liqueur chaude longuement.</div>
-<div class="verse">En veux-tu? Qu'on l'initie donc</div>
-<div class="verse">au taurobole! Qu'on le couche</div>
-<div class="verse">dans la fosse, sous le plancher</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3110</small></span> mille fentes; qu'on gorge</div>
-<div class="verse">au-dessus de lui le taureau;</div>
-<div class="verse">et qu'il reoive la rose</div>
-<div class="verse">vermeille, jusqu' la dernire</div>
-<div class="verse">goutte, sur tout son corps impur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3115</small></span>comme le myste de Cyble.</div>
-<div class="verse">Et tu seras rassasi!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rassasie de cette souillure</div>
-<div class="verse">tous ces prtres aux tambourins.</div>
-<div class="verse">Fais-les crier comme Thyades</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3120</small></span>qui bondissent sur les collines</div>
-<div class="verse">dchirant leurs propres enfants!</div>
-<div class="verse">Je ne veux pas de ton btail</div>
-<div class="verse">ni de tes bouchers, Empereur.</div>
-<div class="verse">Sur mon corps impur j'ai reu</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3125</small></span>un autre baptme: un baptme</div>
-<div class="verse">de rayons.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Le dieu rayonnant</div>
-<div class="verse">est un seul: Apollon Soleil!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est teint comme un tison</div>
-<div class="verse">qu'on a plong dans l'eau lustrale.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3130</small></span>Seul le Christ rayonne, l'Unique!</div>
-<div class="verse">Il rgit dans sa main la force</div>
-<div class="verse">du ciel creux, comme le marin</div>
-<div class="verse">serre l'coute de la voile.</div>
-<div class="verse">Entre vous et le jour, Il est.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3135</small></span>Entre vous et le soleil mort,</div>
-<div class="verse">Il est, Unique.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dans l'emportement de la fureur, l'Auguste
-se tourne vers les joueurs de lyre, invoque
-le coryphe, dominant de son tonnerre le
-tumulte des prtres.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cithares, cithares, cithares,</div>
-<div class="verse">faites la lumire, aveuglez</div>
-<div class="verse">l'impie! Euryale, Euryale,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3140</small></span>entonne l'hymne!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il marche vers son sige; et il se rassied,
-dans l'attitude de l'Olympien, dont il a joint le
-nom son nom.</p>
-
-<div class="p">LES CITHAREDES.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Paian, Lyre-d'or, Arc-d'argent,</div>
-<div class="verse">Seigneur de Dlos et de Sminthe,</div>
-<div class="verse">beau Roi chevelu de lumire,</div>
-<div class="verse"> Apollon&hellip;</div>
-</div>
-
-<p class="di">Telle une bande de lumire soudaine vibre
- travers les tiges des bls et transmue en or
-glorieux leur scheresse, tel le premier rayonnement
-de l'Ode semble parcourir la longue
-ordonnance des cithares et enflammer d'un
-mme clair toutes les cordes.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3145</small></span>Cessez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">D'un signe, il a interrompu les chanteurs
-qui renversaient la tte pour invoquer le
-nom du prophte delphien.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Cessez, cithardes</div>
-<div class="verse">d'un dmon qui n'a plus de char,</div>
-<div class="verse">ni plus de traits, ni plus de nerfs</div>
-<div class="verse"> la lyre et l'arc, ni plus</div>
-<div class="verse">de diadme sur la honte</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3150</small></span>de son front. Silence! Silence!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Une sorte d'annonciation mlodieuse, lgre
-comme un murmure d'abeilles, semble se
-rpandre dans le pentagone d'ivoire. L'Empereur
-assis, appuy sur le coude, regarde le
-Jeune Homme, assemblant la stupeur et la
-fureur entre ses sourcils froncs.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O vous qui me voyez inerme,</div>
-<div class="verse">je suis l'Archer certain du but.</div>
-<div class="verse">Je suis l'esclave de l'Amour.</div>
-<div class="verse">Je suis le Matre de la Mort.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3155</small></span>J'ai, d'un signe, touff le chant</div>
-<div class="verse">dans votre gorge et engourdi</div>
-<div class="verse">vos doigts. coutez l'autre lyre!</div>
-<div class="verse">Je vous adjure, au nom du Christ,</div>
-<div class="verse">par l'ombre de la Croix sanglante,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3160</small></span>par cette ombre qui vous recouvre.</div>
-<div class="verse">Vous en avez dj la bouche</div>
-<div class="verse">pleine jusqu'aux poumons, chanteurs,</div>
-<div class="verse">vous qui vous haussiez sur l'orteil</div>
-<div class="verse">pour mcher la lumire d'or.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3165</small></span>Broyez cette ombre.</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'Empereur bondit.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">gorgez-le!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Des sacrificateurs s'lancent comme des
-bourreaux.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Non. Je veux rire.</div>
-<div class="verse">Je cherche des faons nouvelles.</div>
-<div class="verse">J'invente des modes nouveaux.</div>
-<div class="verse">Le long du palus pestilent</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3170</small></span>o chantent les grenouilles noires,</div>
-<div class="verse">ce soir mme, tu vas rejoindre</div>
-<div class="verse">ton Gurisseur de Galile.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il rit; puis il s'emporte.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mais ne regarde pas ton matre!</div>
-<div class="verse">Tu es l'esclave des esclaves.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3175</small></span>Cache tes yeux peints de nuit bleue.</div>
-<div class="verse">Voile du pan de ta chlamyde</div>
-<div class="verse">ta pleur phrygienne.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Saint fait l'acte de s'envelopper le visage,
-comme dans le rite de la conscration.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i7">Non.</div>
-<div class="verse">Donnez-lui, sacrificateurs,</div>
-<div class="verse">une robe blanche, entourez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3180</small></span>de verveine et de bandelettes</div>
-<div class="verse">sa chevelure de joueuse</div>
-<div class="verse">de flte; et qu'il ait pour compagne</div>
-<div class="verse">au sacrifice une colombe</div>
-<div class="verse">d'Amathonte.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les ordres du Matre et les mouvements des
-excuteurs sont comme les clairs et les foudres.
-Personne n'hsite ni ne rflchit. La main souveraine
-semble les saisir comme des armes ou des
-outils, prts frapper ou besogner. Le monosyllabe
-les arrte, les fige.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Non. Des couronnes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3185</small></span>des couronnes et des colliers,</div>
-<div class="verse">des couronnes rouges, de lourds</div>
-<div class="verse">colliers, des torques de Gaulois,</div>
-<div class="verse">des anneaux de soldats sabins,</div>
-<div class="verse">les boisseaux d'Annibal remplis</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3190</small></span>de bagues sanglantes, sans nombre,</div>
-<div class="verse">sans nombre, pour l'ensevelir</div>
-<div class="verse">vivant sous les fleurs et les ors,</div>
-<div class="verse">comme Brennus fit de la vierge</div>
-<div class="verse">d'Ephse, comme ces vainqueurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3195</small></span>de Naxos firent de la vierge</div>
-<div class="verse">Polychrite aprs le carnage</div>
-<div class="verse">nocturne.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il attnue son emphase menaante dans la
-similitude ingnieuse; et il regarde de ct
-ses rhteurs et ses grammairiens, qui arrondissent
-la bouche et soulvent les bras pour
-tmoigner l'rudit leur merveillement
-unanime. Il sourit, se rassied et contemple le
-hros imberbe, avec un trange feu dans ses
-prunelles aigus.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Mais comme il est beau!</div>
-<div class="verse">Il est trop beau. Je veux qu'il chante,</div>
-<div class="verse">qu'il chante son extrme chant,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3200</small></span>tel le cygne hyperboren,</div>
-<div class="verse">s'il a bris l'essor de l'hymne</div>
-<div class="verse"> la syllabe la plus sainte.</div>
-<div class="verse">O Euryale, porte-lui</div>
-<div class="verse">la plus vaste de mes cithares,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3205</small></span>pour qu'aprs tu puisses clouer</div>
-<div class="verse">contre les deux cornes sonores</div>
-<div class="verse">le sacrilge ivre de myrrhe.</div>
-<div class="verse">C'est ce que je veux. Obis.</div>
-<div class="verse">Que la cithare dlienne</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3210</small></span>soit le gibet de cet phbe.</div>
-<div class="verse">Car il est beau.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le conducteur du ch&oelig;ur s'avance, soutenant
-par la caisse une grande cithare chryslphantine,
-belle et solennelle comme les simulacres
-gards dans les Trsors des temples.
-Sept gemmes de couleurs diverses sont enchsses,
-comme dans des chatons, dans les sept
-attaches des cordes sur la branche transversale
-en forme de joug; et une pure bandelette
-est attache au ct droit, comme la tempe
-d'une Muse vivante. Elle propage, dans son
-parcours, des ondes nombreuses. Tel le cygne
-fluvial, de sa poitrine gonfle par le mme
-souffle qui ouvre en corolle ses ailes, meut l'eau
-qui tout autour s'harmonise.</p>
-
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je suis mon sacrificateur.</div>
-<div class="verse">Je vous le dis.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il prend la cithare, il l'appuie sur sa hanche
-gauche; et, la tenant par l'une des cornes
-comme une victime, il la mutile avec le petit
-couteau des Agapes, qu'il avait cach dans les
-plis de son vtement. On entend gmir les
-cordes coupes. Des imprcations, des implorations,
-des invocations surgissent de la
-tourbe fluctuante. L'Empereur reste assis,
-le torse tendu en avant, le regard fixe, dans une
-sorte de ravissement farouche, transport par
-son me avide de prodiges et de songes.</p>
-
-<div class="p">LES ORPHIQUES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Orphe! Orphe! Fils d'Apollon!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3215</small></span>&mdash;Fils de Calliope, tu vois:</div>
-<div class="verse">avec le couteau de l'Agape</div>
-<div class="verse">il vient de trancher les sept cordes!</div>
-<div class="verse">&mdash;Par les larmes des sept Pliades,</div>
-<div class="verse">tuez l'impie!</div>
-</div>
-
-<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3220</small></span>&mdash;Tronquez son chef!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;De l'Hbre au Tibre!</div>
-<div class="verse">&mdash;Donnez le supplice de Thrace</div>
-<div class="verse"> l'impie!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Liez par les tresses</div>
-<div class="verse">de ses cheveux son chef exsangue</div>
-<div class="verse">au joug de la Lyre! Mettez</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3225</small></span>son tronc en lambeaux!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Jetez-le</div>
-<div class="verse">au Tibre!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Au Tibre!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;A la Cloaque!</div>
-<div class="verse">&mdash;A la Cloaque!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ORPHIQUES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Orphe, Orphe, approche, inspire</div>
-<div class="verse">ceux qui enseignent tes mystres,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3230</small></span>fils d'Apollon!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dans le laraire l'ombre devient effrayante.
-Des flamines jettent des poignes d'aromates
-sur la braise des autels. Les lueurs se refltent
-dans la vote dore, sur la multitude divine.
-On voit briller les plaques, les disques, les
-croissants, tous les emblmes, et les regards
-inflexibles des yeux d'mail. Des esclaves
-ont apport des corbeilles remplies de couronnes
-et des boisseaux remplis de colliers. La cithare
-mutile est tendue sur les dalles, au pied du
-Jeune Homme intrpide.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Csar, coute l'autre lyre.</div>
-<div class="verse">Je ne chanterai pas mon hymne.</div>
-<div class="verse">Ah, j'ai trop d'amour sur mes lvres</div>
-<div class="verse">pour chanter; et mon c&oelig;ur m'trangle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3235</small></span>jusqu' ce que je ne l'entende</div>
-<div class="verse">plus. Qu'il t'en souvienne, Csar!</div>
-<div class="verse">Mais de la hampe de mon dard</div>
-<div class="verse">les Messagers du nouveau dieu</div>
-<div class="verse">ont fait leurs plectres invincibles.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3240</small></span>coute, coute. La fort</div>
-<div class="verse">de mtal, de cdre et de pierre,</div>
-<div class="verse">la fort drue de tes idoles,</div>
-<div class="verse">va se courber, va s'crouler</div>
-<div class="verse">sous le vent de la mlodie.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3245</small></span>Csar, Csar aux yeux de lynx,</div>
-<div class="verse">je danserai, je danserai,</div>
-<div class="verse">si je suis le Seigneur des danses</div>
-<div class="verse">venu de Bryte marine</div>
-<div class="verse">avec tes cargaisons d'pices,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3250</small></span>avec ta pourpre, avec ton bysse,</div>
-<div class="verse">avec tes parfums et tes vins.</div>
-<div class="verse">Pour tes mages et tes devins</div>
-<div class="verse">je danserai la Passion</div>
-<div class="verse">de ce Jeune Homme asiatique,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3255</small></span>de ce Prince supplici:</div>
-<div class="verse">car la feuille de ton laurier</div>
-<div class="verse">est comme le fer de la lance</div>
-<div class="verse">qui lui pera le flanc anxieux.</div>
-<div class="verse">De la profondeur de tes yeux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3260</small></span>regarde. coute, et puis regarde.</div>
-<div class="verse">Ne tremble pas.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il recouvre de sa chlamyde la cithare mutile.
-L'Empereur semble s'enivrer de chacun
-de ses gestes. Il se tend vers l'imberbe, il lui
-parle d'une voix soumise et ardente.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sois un dieu. Je te ferai dieu.</div>
-<div class="verse">Tu auras des statues, des temples.</div>
-<div class="verse">Je t'aimerai.</div>
-</div>
-
-<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3265</small></span>&mdash;Il apprte l'enchantement.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il compose un charme lugubre.</div>
-<div class="verse">Il est beau, cependant, Csar.</div>
-<div class="verse">&mdash;Csar, plus la victime est belle,</div>
-<div class="verse">plus elle est agrable aux dieux.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3270</small></span>&mdash;Jetez la torche entre ses pieds.</div>
-<div class="verse">&mdash;Scellez sa bouche avec le feu.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il a dans le creux de ses paumes</div>
-<div class="verse">la terre qui comble les tombes</div>
-<div class="verse">et les larmes de l'oliban.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3275</small></span>&mdash;Seigneur des danses!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Csar, regarde. Et souviens-toi</div>
-<div class="verse">de l'toile qui fut cloue</div>
-<div class="verse">au c&oelig;ur vivant du Ciel, en gage</div>
-<div class="verse">de la parole radieuse</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3280</small></span>parle par la bouche de l'Oint.</div>
-<div class="verse">Tu la sauras.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dis la parole. Sois ce dieu.</div>
-<div class="verse">Je veux appeler de ton nom</div>
-<div class="verse">la plus lointaine des toiles,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3285</small></span>ou la plus proche.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Comme il est beau! Comme il est beau!</div>
-<div class="verse">&mdash;Ses boucles sur son front ttu</div>
-<div class="verse">sont les grappes de la douleur.</div>
-<div class="verse">&mdash;Son regard est comme l'effluve</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3290</small></span>du sommeil, la nue du benjoin.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il sort du lit lysen</div>
-<div class="verse">avec des pavots dans ses mains.</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu es beau, tu es beau, Seigneur,</div>
-<div class="verse">semblable l'anmone en fleur,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3295</small></span>pareil l'Archer du Liban.</div>
-<div class="verse">&mdash;Seigneur des danses!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Par ses pas, ses gestes, ses attitudes, les
-aspects de sa face douloureuse, l'angoisse
-de ses paroles touffes, le Confesseur exprime
-le haut drame du Fils de l'homme autour de
-la chlamyde tendue, comme autour d'une
-dpouille sanglante.</p>
-
-<p class="di">Par intervalles, les esprits de la musique le
-surmontent et le ploient comme le fleuve
-ploie le roseau et le saule. Il reste ainsi, courb
-ou renvers, immobile comme un enfant de
-Niob, tandis que la mlodie seule atteint
-les sommets indicibles. Ensuite, il se redresse et
-se transfigure. Il est plus ple que les marbres
-et les ivoires, plus resplendissant que la lune
-sur le front d'Isis. Le mtal de sa voix est
-transmu par la flamme du c&oelig;ur profond.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Avez-vous vu celui que j'aime?</div>
-<div class="verse">L'avez-vous vu?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Un frisson merveilleux court dans toutes
-les chairs humaines. Les prtres, les mages,
-les musiciens, les archers, les esclaves ne sont
-qu'un seul regard allum la cime d'une seule
-attente. Et les femmes, moites de malaise,
-la gorge aride, semblent dfaillir.</p>
-
-<p class="di">Tout coup, un grand silence plane sur
-l'ardeur de la vie. Celui qui apporte le tmoignage
-des choses caches est seul, sous l'espce
-de l'ternel. Sa voix est celle mme de
-l'agonie sublime.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il dit alors: Mon me est triste</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3300</small></span>jusqu' la mort. Restez ici</div>
-<div class="verse">et veillez. Et il se prosterne</div>
-<div class="verse">et dit dans sa prire: carte</div>
-<div class="verse">cette coupe de moi, Seigneur.</div>
-<div class="verse">Toutefois, non comme je veux</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3305</small></span>mais comme tu veux. Sa sueur</div>
-<div class="verse">tombe comme gouttes de sang,</div>
-<div class="verse">trempe la terre.</div>
-</div>
-
-<p class="di">La sueur mortelle et le sang noir et les sursauts
-du supplice et les battements du flanc
-transperc et le profond soupir, et les larmes
-de l'inconsolable amour, et le corps embaum
-dans le linceul, et toutes les tnbres: ces
-choses, il les contient, semblable au grain que
-verse le Van mystique, o tout est contenu.
-Or le souffle lugubre semble venir de loin, de
-la lointaine Asie dessche, des ctes de la
-Phnicie, des gorges du Liban, des confins
-de l'Euphrate, des oasis du Dsert. Les femmes
-syriennes tressaillent comme par la prsence
-de leur dieu androgyne.</p>
-
-<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah! Tu pleures le Bien-Aim!</div>
-<div class="verse">Tu pleures l'Archer du Liban.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3310</small></span>O s&oelig;urs! O frres!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Elles revoient le fleuve rougi par le sang du
-chasseur divin, et les catafalques funraires
-dresss aux abords des Temples, et l'image
-du dieu mort envelopp dans les baumes et
-les linges, et le cercueil orn d'anmones et de
-roses; et les cheveux pars, les ceintures dnoues,
-les robes dchires, les larmes verses
-sur le seuil des portes ou le long des murailles
-saintes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hlas! Tu pleures Adonis!</div>
-<div class="verse">O s&oelig;urs! O frres!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Et les autres femmes s'meuvent; et
-toutes les veines de la mme race palpitent;
-et les bras se tendent, et les bouches se gonflent,
-et le Ch&oelig;ur se forme et gmit.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hlas! Tu pleures Adonis!</div>
-<div class="verse">Il se meurt, le bel Adonis!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3315</small></span>Il est mort, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">Femmes, pleurez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Voyez le bel Adolescent</div>
-<div class="verse">couch dans la pourpre du sang.</div>
-<div class="verse">Donnez les baumes et l'encens,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3320</small></span>femmes! Pleurez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Voyez le sang couler de l'aine,</div>
-<div class="verse">le sang noir sur la cuisse blme.</div>
-<div class="verse">Mlez l'huile syrienne</div>
-<div class="verse">vos pleurs! Pleurez!</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3325</small></span>Pleurez, femmes de Syrie,</div>
-<div class="verse">criez: Hlas, ma Seigneurie!</div>
-<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries.</div>
-<div class="verse">Criez, pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Ch&oelig;ur s'teint. Et une voix solitaire
-semble surgir d'une profondeur infinie, ayant
-travers toute la masse de la souffrance comme
-le souffle traverse le poumon.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je souffre gmit-il. coute!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3330</small></span>Je souffre. Qu'ai-je fait? Je souffre</div>
-<div class="verse">et je saigne. Le monde est rouge</div>
-<div class="verse">de mon tourment.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah, qu'ai-je fait? Qui m'a frapp?</div>
-<div class="verse">J'expire, je meurs. O Beaut,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3335</small></span>je meurs mais pour renatre imp-</div>
-<div class="verse">rissablement.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il se meurt, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">Il est mort, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">Vierges, pleurez Adonis!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3340</small></span>Garons, pleurez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et vous, et vous, dans les couronnes</div>
-<div class="verse">rougissez de deuil, anmones!</div>
-<div class="verse">L'poux descend Persphone.</div>
-<div class="verse">Eros, pleurez!</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3345</small></span>Il descend vers les Noires Portes.</div>
-<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div>
-<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div>
-<div class="verse">Eros! Pleurez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Pleurez, femmes de Syrie!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3350</small></span>Il va dans la ple Prairie.</div>
-<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries,</div>
-<div class="verse">hlas! Pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Ch&oelig;ur s'teint. L'Archer est haletant,
-perdu. Il secoue sa chevelure, comme pour
-en faire tomber les anmones vnneuses.
-D'une voix trouble qui passe travers toute
-sa chair, il augmente sa propre frayeur.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quel est ce jeune homme tout blanc</div>
-<div class="verse">assis a l'entre du spulcre?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3355</small></span>Vous cherchez le crucifi.</div>
-<div class="verse">Et pourquoi cherchez-vous parmi</div>
-<div class="verse">les morts celui qui est vivant?</div>
-<div class="verse">Or Il est l, debout. Il dit!</div>
-<div class="verse">Ne pleurez plus.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il est l, debout, lui-mme. Il est le Ressuscit
-de la tombe rupestre. Descend-il du
-Golgotha? descend-il du Liban? Il est beau
-comme un dieu est beau. Une chaude et
-fauve lueur l'enveloppe, comme si un nuage
-en feu tait venu de l'occident se mirer dans
-le bouclier soulev qui laisse fuir par le soupirail
-la fume des aromates.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3360</small></span>Cessez, pleureuses! Le monde</div>
-<div class="verse">est lumire, tel qu'il l'annonce.</div>
-<div class="verse">Il renat dieu, vierge et jeune homme,</div>
-<div class="verse">le Florissant!</div>
-
-<div class="verse stanza">Il est debout, le Dsirable.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3365</small></span>Ses mains sont pleines de semences.</div>
-<div class="verse">Il va ramener dans ses danses</div>
-<div class="verse">chastes l'Absent.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il renat, il se renouvelle,</div>
-<div class="verse">frre des Saisons jumelles,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3370</small></span>debout! La mort est immortelle,</div>
-<div class="verse">dieu, par ton sang.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le dieu! Le dieu! Voil le dieu!</div>
-<div class="verse">Il est debout.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est un dieu, il est un dieu!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il bondit, ivre de prodige, de songe et de
-cration. Ce cri fulgurant, jailli de sa poitrine
-oppresse, couvre toutes les voix, les teint.
-Il s'approche de l'Etre mystrieux. Il lui parle
-dans le silence que les profondes haleines font
-pareil au silence des rivages. Maintenant il
-semble que la multitude exsangue des idoles
-soit plus vivante que la tourbe des humains.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3375</small></span>Tu es un dieu. Je te fais dieu,</div>
-<div class="verse">moi, le Matre de l'Univers,</div>
-<div class="verse">qui ai joint mon nom le nom</div>
-<div class="verse">du Tonnant. Moi, je te fais dieu.</div>
-<div class="verse">Tout est licite l'Empereur.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3380</small></span>Hadrien a difi</div>
-<div class="verse">le Jeune Homme de Bithynie</div>
-<div class="verse"> la bouche mlancolique.</div>
-<div class="verse">Je veux te consacrer un temple</div>
-<div class="verse">un temple sur le Viminal,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3385</small></span>avec des trsors et des prtres.</div>
-<div class="verse">Tu auras des autels toujours</div>
-<div class="verse">fumants, des offrandes opimes</div>
-<div class="verse">des louanges harmonieuses;</div>
-<div class="verse">et on parfumera de rose</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3390</small></span>le marbre de tes simulacres</div>
-<div class="verse">comme Dlos.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Jeune Homme est bloui, vacillant, perdu
-dans une immense lumire vertigineuse comme
-la lumire du Dsert embras o vibre le
-crissement des sauterelles. A-t-il, lui aussi,
-jen pendant quarante jours et quarante
-nuits? Il parle comme en songe, comme dans
-le dlire de la faim.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je souffre, je souffre. Les cieux</div>
-<div class="verse">s'vanouissent. Une main</div>
-<div class="verse">m'a pris par les cheveux. Quelqu'un</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3395</small></span>a cri: Bni soit le Roi</div>
-<div class="verse">qui vient au nom d'Adona!</div>
-<div class="verse">Adona! Adona!</div>
-<div class="verse">Ai-je entendu?</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les btes sauvages se sont enfuies dans
-les sables, les Anges se sont vanouis dans le
-soleil. Le Tentateur se rapproche.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu vas, cette nuit, apparatre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3400</small></span>aux yeux du peuple, dans les rues</div>
-<div class="verse">arroses de safran punique,</div>
-<div class="verse">parmi la clameur des cohortes,</div>
-<div class="verse">au milieu de torches nombreuses</div>
-<div class="verse">comme mes dsirs, sur un char</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3405</small></span>tran par des lphants blancs,</div>
-<div class="verse">si haut qu'on abattra les Arcs</div>
-<div class="verse">de Triomphe sur ton passage,</div>
-<div class="verse">on ouvrira dans les murailles</div>
-<div class="verse">des brches pour que tu n'inclines</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3410</small></span>point ta tiare.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Jeune Homme parle comme en songe,
-comme dans le dlire de la soif.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quelle splendeur sort de mes os?</div>
-<div class="verse">Suis-je lumire? Qui me voit,</div>
-<div class="verse">voit celui qui m'a envoy.</div>
-<div class="verse">L'a-t-Il dit? Je souffre, je souffre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3415</small></span>Tu es mon fils, le Bien-Aim.</div>
-<div class="verse">En toi je prends plaisir. Peut-tre,</div>
-<div class="verse">nous sommes un. Tout s'obscurcit.</div>
-<div class="verse">Les cieux s'vanouissent. Suis-je</div>
-<div class="verse">au fate du Temple? au sommet</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3420</small></span>du Mont, avec le Tentateur?</div>
-<div class="verse">Si tu es le fils d'Elohim,</div>
-<div class="verse">jette-toi en bas. O vertige!</div>
-<div class="verse">Il m'a saisi par les cheveux.</div>
-<div class="verse">Maintenant mon me est trouble;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3425</small></span>et que dirai-je, que dirai-je?</div>
-<div class="verse">Ma vie s'vanouit. Les Anges</div>
-<div class="verse">sont loin, loin. J'entends d'autres voix.</div>
-<div class="verse">Je te donnerai tout cela,</div>
-<div class="verse">si tu m'adores.</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'Empereur a enlev l'une des deux Victoires
-d'or qui ornent le haut dossier de son
-sige. Et, dans sa main tendue vers le Difi,
-il serre le globe qui soutient le pied lger de
-la desse trs dsirable.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3430</small></span>Prends la Victoire impriale</div>
-<div class="verse">dans ton poing fort et dcharn</div>
-<div class="verse">comme la griffe de mes aigles.</div>
-<div class="verse">Ce globe est l'orbe de la Terre</div>
-<div class="verse">et la pomme des Hesprides.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3435</small></span>Or tu es dieu, tu es Csar,</div>
-<div class="verse">tu es Prince de la Jeunesse:</div>
-<div class="verse">tu as la puissance et la joie,</div>
-<div class="verse">la merveille tisse des songes</div>
-<div class="verse">pour vtir ton corps ambigu,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3440</small></span>les perles et le laurier-rose</div>
-<div class="verse">pour tes tempes tincelantes.</div>
-<div class="verse">Tu auras tout, tu auras tout.</div>
-<div class="verse">Je te donnerai les butins</div>
-<div class="verse">de toutes mes guerres d'Asie,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3445</small></span>de mon Asie profonde et chaude</div>
-<div class="verse">comme la gueule du lion</div>
-<div class="verse">et comme le c&oelig;ur d'Alexandre.</div>
-<div class="verse">Moi vivant, je te lguerai</div>
-<div class="verse">l'empire. Tu seras le matre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3450</small></span>tant dieu pour rester lointain</div>
-<div class="verse">dans tes silences, tu seras</div>
-<div class="verse">empereur pour te rapprocher</div>
-<div class="verse">et pour t'agiter. Tu feras</div>
-<div class="verse">verser du sang, fonder des villes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3455</small></span>ployer des rois, scher des mers,</div>
-<div class="verse">chanter des potes, mourir</div>
-<div class="verse">des hros, surgir des aurores</div>
-<div class="verse">inconnues du fond des douleurs</div>
-<div class="verse">inexpugnables. Tu auras</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3460</small></span>le monde tremblant dans le creux</div>
-<div class="verse">de ta main comme l'alouette</div>
-<div class="verse">dans le sillon avant le jour.</div>
-<div class="verse">Ah, qui donc, des choses plus belles</div>
-<div class="verse">que toutes ces choses, qui donc</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3465</small></span>te les donnera? Tends le poing,</div>
-<div class="verse">prends la Victoire!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Lentement, lentement, comme en un songe,
-le Difi tend son bras droit vers le donateur;
-et il reoit dans la paume le simulacre de la
-desse qui seule rompt l'incertitude du
-combat. Il serre le globe entre ses doigts
-endurcis par le nerf de l'arc; et, renversant le
-front ttu qu'alourdissent les grappes de la
-douleur, il mire de dessous ses larges paupires
-l'Or triomphal dress au bout de son bras
-rigide.</p>
-
-<p class="di">L'Auguste s'abandonne sa dmence
-magnifique.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Chantez! Bondissez! Exultez!</div>
-<div class="verse">Que tous les marbres, tous les bronzes</div>
-<div class="verse">divins bondissent eux aussi</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3470</small></span>comme le thiase d'Evan;</div>
-<div class="verse">car ce dieu renat de l'abme</div>
-<div class="verse">de mon c&oelig;ur, avec mille noms,</div>
-<div class="verse">avec mille noms ineffables,</div>
-<div class="verse">et seul je ravis aux Puissances</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3475</small></span>noires pour toujours sa beaut!</div>
-<div class="verse">Que, toute la nuit, le tonnerre</div>
-<div class="verse">triomphal des buccins rsonne</div>
-<div class="verse">au sommet des saintes collines,</div>
-<div class="verse">jusqu' ce que les joues clatent,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3480</small></span>jusqu' ce que tout l'ther soit</div>
-<div class="verse">un bouclier de Corybante,</div>
-<div class="verse">jusqu' ce que ma Rome entende</div>
-<div class="verse">hurler vers les hauts Dioscures</div>
-<div class="verse">la Louve aux mamelles d'airain!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3485</small></span>Et vous, tracez le temple, Augures:</div>
-<div class="verse">annoncez l'toile future</div>
-<div class="verse">au ciel romain!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Difi a tendu l'autre bras aussi; et il
-serre maintenant la Victoire impriale dans
-ses deux mains, si fort qu'on croirait entendre
-le mtal craquer. Seul les soulvements de sa
-poitrine indiquent la violence du combat
-invisible. Les lvres sont ouvertes, comme
-la dchirure mme de son me vivante, sur
-ses dents fermes. Autour de lui, dans les
-fleurs, dans l'or, dans les parfums et dans la
-flamme, au son des cithares et des fltes,
-les Adoniastes semblent mener l'orgie divine
-comme dans le temple de Byblos aprs le
-septime des jours funbres, quand les femmes
-descendaient au port pour y recueillir la tte
-de papyrus jete dans la mer par les Alexandrines
-et pousse par le courant jusqu' la ville
-phnicienne.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">SEMICHORVS I.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Io! Io! Adoniastes!</div>
-<div class="verse">O s&oelig;urs, frres, exultez!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3490</small></span>Le Seigneur est ressuscit!</div>
-<div class="verse">Il conduit la danse des astres.</div>
-
-<div class="verse stanza">Io! Dliez vos cheveux,</div>
-<div class="verse">dnouez vos ceintures, femmes!</div>
-<div class="verse">Du noir Hads o sont les mes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3495</small></span>il nous revient, le Bienheureux.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">SEMICHORVS II.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es beau, tu es beau, Seigneur!</div>
-<div class="verse">Io! Salut, Bien-aim!</div>
-<div class="verse">Tour tour tu renais et meurs,</div>
-<div class="verse">Enfant de l'Immortalit.</div>
-
-<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3500</small></span>Donnez la rose et l'anmone,</div>
-<div class="verse">sang et larmes, au Florissant!</div>
-<div class="verse">Ceignez-le des mille couronnes</div>
-<div class="verse">germes des larmes et du sang!</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O neuve jeunesse du monde!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3505</small></span>Couronnez Cypris, couronnez</div>
-<div class="verse">Eros invaincu, couronnez</div>
-<div class="verse">trois fois Cyble la profonde!</div>
-
-<div class="verse stanza">Couronnez Pan au thorax bleu,</div>
-<div class="verse">le roi Pan aux deux cornes torses!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3510</small></span>Io, Pan! Pour toutes les forces,</div>
-<div class="verse">Io, couronnez tous les dieux!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le cri soudain et terrible du Ressuscit
-domine le ch&oelig;ur orgiastique.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jsus, Jsus, Jsus, moi!</div>
-<div class="verse">Au secours, Seigneur! A mon aide,</div>
-<div class="verse">ma force, ma flamme, mon Roi!</div>
-</div>
-
-<p class="di">De toute la hauteur de ses bras, il lve en
-l'air la Victoire, et la lance contre la mosaque
-luisante, aux pieds de l'Auguste. Tous les bruits
-tombent. La voix du Confesseur a l'clat des
-buccins.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3515</small></span>Csar, maudit, j'ai dans mon poing</div>
-<div class="verse">mon me nue, victorieuse,</div>
-<div class="verse">splendide, aux six ailes de feu.</div>
-<div class="verse">J'ai bris ton idole, j'ai</div>
-<div class="verse">bris ton or, comme toi-mme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3520</small></span>tu seras bris, tu seras</div>
-<div class="verse">foul. Tous tes os se sparent.</div>
-<div class="verse">Je vois le signe de la lpre</div>
-<div class="verse">sur ton front de bouc. La nuit vient.</div>
-<div class="verse">L'entends-tu? La nuit rugit comme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3525</small></span>une lionne, dchirant</div>
-<div class="verse">les rets de ses nuages noirs.</div>
-<div class="verse">La Louve a peur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Renversez-le! Renversez-le!</div>
-<div class="verse">Scellez sa bouche avec la torche!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3530</small></span>Faites de sa face une plaie</div>
-<div class="verse">fumante!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Des hommes obissent si vite qu'on entend
-la crpitation des flammes allonges par la
-vhmence du geste.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Non!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il semble ronger de ses yeux voraces la
-figure du Jeune Homme. Il dompte sa fureur.
-Le Saint ramasse la chlamyde et s'enveloppe
-la tte comme dans le rite de la conscration.
-La cithare mutile reluit terre, dcouverte,</p>
-
-<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Auguste, Auguste, souviens-toi!</div>
-<div class="verse">&mdash;O Divin, venge ta cithare!</div>
-<div class="verse">&mdash;Venge Apollon!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ORPHIQUES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3535</small></span>Orphe! Orphe, cach, sonore,</div>
-<div class="verse">viens ce sacrifice, Matre</div>
-<div class="verse">des visions!</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'Auguste a dompt sa fureur. Il est grave
-comme un pontife quand il s'avance vers le
-Saint et le dcouvre, tirant la chlamyde
-par le bord.</p>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Euryale, et toi, Nicanor,</div>
-<div class="verse">tendez-le sur la cithare.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3540</small></span>Ainsi. Ainsi. Mais doucement.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Saint ne rsiste pas: car son me est
-transporte hors d'elle-mme.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Femmes de Byblos, les plus belles,</div>
-<div class="verse">venez le composer. Ainsi:</div>
-<div class="verse">entre les deux cornes d'ivoire,</div>
-<div class="verse">la tte contre le joug d'or;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3545</small></span>et sur sa poitrine le plectre.</div>
-<div class="verse">Ainsi. Ainsi. Trs doucement.</div>
-<div class="verse">Et enroulez ses belles boucles</div>
-<div class="verse">autour des sept cordes coupes,</div>
-<div class="verse">trs doucement.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Le Saint ouvre les bras et joint les pieds,
-comme le Crucifi.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3550</small></span>En vrit je vous le dis,</div>
-<div class="verse">si des frres secrets m'coutent</div>
-<div class="verse">parmi les esclaves honteux</div>
-<div class="verse">qui doivent gmir sous les verges</div>
-<div class="verse">et attendent le changement:</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3555</small></span>Jsus veut me glorifier.</div>
-
-<div class="verse stanza">Moi et le Christ, nous sommes Un.</div>
-<div class="verse">J'ouvre les bras. Nous sommes Un,</div>
-<div class="verse">pour les Clous, la Lance et l'ponge.</div>
-<div class="verse">Voici. J'ai soif; mon ct saigne;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3560</small></span>mes mains et mes pieds sont clous.</div>
-<div class="verse">Gloire ternelle!</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ne le touchez plus de vos doigts!</div>
-<div class="verse">L'art de sa dmence est sublime.</div>
-<div class="verse">Le son de sa faute est divin.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3565</small></span>Certes, c'est la divinit</div>
-<div class="verse">de ma cithare, qui lui donne</div>
-<div class="verse">une fin si mlodieuse.</div>
-<div class="verse">Il meurt dans le mode dorique.</div>
-<div class="verse">Ne le touchez plus de vos doigts!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3570</small></span>Ne touchez pas sa pleur.</div>
-<div class="verse">Je ne veux pas ouvrir ses veines,</div>
-<div class="verse">bien qu'il se dise tout sanglant.</div>
-<div class="verse">Je songe la vierge d'Ephse,</div>
-<div class="verse"> cette fille naxienne&hellip;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3575</small></span>Mais il est ple, Adoniastes,</div>
-<div class="verse">plus que vos images de cire</div>
-<div class="verse">aprs l'quinoxe d'automne,</div>
-<div class="verse">sur vos lits d'bne, Byblos.</div>
-<div class="verse">Il renaissait, et il se meurt.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3580</small></span>O pleureuses, pleurez encore!</div>
-<div class="verse">Il se meurt, l'Archer du Liban!</div>
-<div class="verse">O sagittaires chevelus,</div>
-<div class="verse"> mes sagittaires d'Emse,</div>
-<div class="verse">de Damas, de la Commagne,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3585</small></span>de Palmyre et de l'Iture,</div>
-<div class="verse">il se meurt, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">Pleurez, pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dans un ton trs bas la lamentation adonienne
-recommence. Des flamines jettent des
-poignes d'aromates sur la braise des autels.
-Les dadophores soulvent leurs torches vers
-les idoles innombrables, qui vont recevoir le
-sacrifice. Les plaques, les disques, les croissants,
-tous les emblmes, et les regards
-inflexibles des orbites d'mail, tincellent sous
-la vote d'or; tandis que l'Empereur s'incline
-vers le Saint silencieux, pour le tenter.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par le haut Soleil invaincu,</div>
-<div class="verse"> mourant, coute l'Arbitre.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3590</small></span>Tout ce que j'ai voulu t'offrir,</div>
-<div class="verse">je le tiens dans ma main encore.</div>
-<div class="verse">Tu pourrais encore tre un dieu,</div>
-<div class="verse">avoir ton temple.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le Christ rgne! Tu n'es que fange.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3595</small></span>La mort est vie.</div>
-</div>
-
-<div class="p">L'EMPEREUR.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">touffez-le sous les couronnes,</div>
-<div class="verse">touffez-le sous les colliers,</div>
-<div class="verse">sous les fleurs, l'or et la musique,</div>
-<div class="verse">sous les dsirs, l'or et les plaintes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3600</small></span>car il est beau.</div>
-</div>
-
-<p class="di">On vide les corbeilles, on vide les muids. On
-ensevelit le Saint sous les colliers, comme la
-vierge d'Ephse; on l'touffe sous les couronnes,
-comme la vierge de Naxos. Les esclaves
-syriens renversent les flambeaux. Les archers
-d'Emse, en commmoration de la Flche
-qu'on ne vit pas retomber, plient un genou et
-bandent leurs grands arcs vers l'&oelig;il du ciel
-qui reluit, par la baie circulaire, travers la
-fume de l'oliban.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il descend vers les Noires Portes.</div>
-<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div>
-<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div>
-<div class="verse">Eros! Pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br />
-<span class="small">SECVNDVM SANCTI SEBASTIANI
-SVPPLICIVM INCRVENTVM</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch4"><i class="small">LA QUATRIEME MANSION</i><br />
-LE LAURIER BLESS</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p>
-
-<p class="small ugap">LE SAINT.</p>
-
-<p class="small ugap">SANAE.</p>
-
-<p class="small ugap">LES ARCHERS D'EMESE.</p>
-
-<p class="small">LES ADONIASTES.</p>
-
-<p class="small ugap">LE BON PASTEUR.</p>
-
-<p class="small ugap">LES TROIS COUVEUSES DE CENDRES.</p>
-
-<p class="small ugap" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="di top4em">On aperoit les antiques
-lauriers du bois d'Apollon,
-sur une colline
-ronde comme une mamelle.
-Ils sont drus et
-touffus l'entour, sombres
-et immobiles
-comme leurs images votives
-de bronze offertes
-dans les sanctuaires. Leurs troncs, hrisss de
-feuilles aigus comme les pointes des lances,
-surgissent contre le ciel latial o fument les
-longues tranes sulfureuses du jour fuyant.
-Ils entourent la clairire sainte qu'un autel
-triangulaire de pierre occupe, rong par les
-annes et les pluies, sans feu dans l'ombre.
-Trois femmes sont assises sur les monceaux
-des vieilles cendres, silencieusement enveloppes
-dans leurs manteaux noirs, les genoux
-entre leurs bras et la tte entre leurs genoux.
-Sont-elles les Parques filles de l'Erbe, sans
-quenouille, sans fuseau, sans ciseaux? Sont-elles
-les Furies filles de la Terre, sans leurs
-fouets de couleuvres et sans leurs torches
-tartarennes? Sont-elles les Grces filles du
-Soleil, devenues dcrpites et lugubres, couveuses
-de cendres? Comme des Sybilles ou
-comme des Suppliantes, elles semblent somnoler
-ou tre accables de fatigue et de malheur.</p>
-
-<p class="di">De hautes tombes sont parses dans la
-plaine latine; des aqueducs interminables
-chevauchent vers la cit et vers la nuit.</p>
-
-<p class="di">On a dpouill le Martyr pour l'attacher
-au tronc d'un grand laurier avec des cordes
-de sparte. Debout, les pieds nus sur les racines
-noueuses, il repose sur la tige svelte de sa
-jambe droite le poids de son corps lisse comme
-l'ivoire; et, les poignets lis au-dessus de sa
-tte, il ressemble au beau diadumne qui se
-ceint du bandeau.</p>
-
-<p class="di">C'est aux Sagittaires d'Emse que l'Auguste
-a ordonn de venger par les flches le Soleil
-seigneur de l'Empire. Ils sont perdus d'amour
-et de crainte. Sana, l'archer aux yeux vairons,
-est parmi eux. Il pie la plaine.</p>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3605</small></span>Ils sont loin, ils sont dj loin!</div>
-<div class="verse">On n'aperoit plus les chevaux</div>
-<div class="verse">de la turme. Une croupe blanche</div>
-<div class="verse">disparat au dtour, derrire</div>
-<div class="verse">les Tombeaux: le dcurion.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3610</small></span>Il n'a jamais tourn la tte.</div>
-<div class="verse">Seigneur, nous allons maintenant</div>
-<div class="verse">te dlier.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">O Sana,</div>
-<div class="verse">tu ne te souviens plus! Tu as</div>
-<div class="verse">tout oubli. Que t'ai-je dit?</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3615</small></span>Souvenez-vous. Je suis la Cible.</div>
-<div class="verse">O est mon arc?</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous t'avons sauv, nous t'avons</div>
-<div class="verse">sauv, seigneur, quand tu mourais</div>
-<div class="verse">touff sous l'or et les fleurs.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3620</small></span>Nous t'avons soustrait et cach,</div>
-<div class="verse">risquant nos ttes. Et tu as</div>
-<div class="verse">voulu de nouveau l'affronter,</div>
-<div class="verse">le Lion! Tu as de nouveau</div>
-<div class="verse">cherch le danger et la mort.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3625</small></span>Et le morne Hads fait toujours</div>
-<div class="verse">ton envie.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Hlas, Sana,</div>
-<div class="verse">je t'avais lu, je t'avais</div>
-<div class="verse">lu!</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Nous t'aimons, nous t'aimons,</div>
-<div class="verse">seigneur. Tu pouvais tre un dieu.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3630</small></span>Mais tu es le dieu de nos songes,</div>
-<div class="verse">et le songe de nos jeunesses;</div>
-<div class="verse">car tous les nuages qui naissent</div>
-<div class="verse">de la mer nous sont des navires</div>
-<div class="verse">mystrieux pour t'enlever,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3635</small></span>pour t'emporter, pour faire voile</div>
-<div class="verse">avec tes sorts vers ton empire,</div>
-<div class="verse">vers ta fable, vers ta Colchide.</div>
-<div class="verse">Et nous voulons, dicide</div>
-<div class="verse">ivre d'immortalit, tendre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3640</small></span> ta soif une pleine coupe</div>
-<div class="verse">de nepenths et d'amaranthe</div>
-<div class="verse">pour qu'il ne te souvienne plus</div>
-<div class="verse">des douleurs et des pouvantes</div>
-<div class="verse">qui assigent ton me. coute,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3645</small></span>seigneur.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Pourquoi me trahis-tu?</div>
-<div class="verse">Je t'avais sacr. Tu tais</div>
-<div class="verse">marqu par Dieu, du double signe.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">coute, coute. Le soir tombe.</div>
-<div class="verse">Le fleuve est proche. Des rameurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3650</small></span>sont prts. Tu trouveras des voiles</div>
-<div class="verse">ciliciennes Ostie.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les voiles de Paul?</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Et tu vas</div>
-<div class="verse">choisir ceux de nous qui viendront</div>
-<div class="verse">avec toi. Mais nous viendrons tous,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3655</small></span>aprs. Nous ne voulons servir</div>
-<div class="verse">que tes sorts, dans notre patrie</div>
-<div class="verse">qui est la tienne, dans la terre</div>
-<div class="verse">qui couve les songes des Rois</div>
-<div class="verse">et les promesses des Voyants.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3660</small></span>O Sana, comment peux-tu</div>
-<div class="verse">esprer de troubler mon me,</div>
-<div class="verse">si tu sais ce que j'aurais pu</div>
-<div class="verse">tre?</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Un dieu prisonnier.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Tendez,</div>
-<div class="verse">tendez vos arcs.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Rien qu'un esclave</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3665</small></span>dieu.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Je meurs de ne pas mourir,</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rien qu'un simulacre lointain.</div>
-<div class="verse">Mais, si tu es sauf, si tu es</div>
-<div class="verse">libre, si tu es fort, si tu</div>
-<div class="verse">es pur, avec tout ton visage</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3670</small></span>divin tourn vers l'Orient,</div>
-<div class="verse">vers l'hritage de ton me,</div>
-<div class="verse">vers l'hritage de ton dieu,</div>
-<div class="verse">n'auras-tu pas une plus sainte</div>
-<div class="verse">guerre et une victoire plus</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3675</small></span>grande que cette insatiable</div>
-<div class="verse">mort?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Je meurs de ne pas mourir.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Csar a dit: Amenez-le</div>
-<div class="verse">au bois d'Apollon; liez-le</div>
-<div class="verse">au tronc du plus beau des lauriers;</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3680</small></span>puis dcochez contre son corps</div>
-<div class="verse">nu toutes vos flches jusqu'</div>
-<div class="verse">ce que vous vidiez les carquois,</div>
-<div class="verse">jusqu' ce que son corps nu soit</div>
-<div class="verse">pareil au hrisson sauvage.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3685</small></span>Oui, Sana, oui, mes archers,</div>
-<div class="verse">c'est ce que je veux. Ce sera</div>
-<div class="verse">beau.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Mais Csar a dit: Ensuite</div>
-<div class="verse">coupez sa belle chevelure</div>
-<div class="verse">et dposez-la sur l'autel,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3690</small></span>en expiation; coupez</div>
-<div class="verse">au laurier funeste un rameau</div>
-<div class="verse">flexible pour me l'apporter,</div>
-<div class="verse">pour que j'en fasse une couronne</div>
-<div class="verse">et que, sous son ombre, je pleure.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3695</small></span>Et livrez son cadavre aux femmes</div>
-<div class="verse">de Byblos, aux Adoniastes;</div>
-<div class="verse">puisque l'quinoxe d'automne</div>
-<div class="verse">vient avec le deuil relevant</div>
-<div class="verse">le catafalque du dieu mort.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3700</small></span>Peut-tre il va revivre encore</div>
-<div class="verse">une fois, s'il est comme Hrile</div>
-<div class="verse">roi de Prneste, qui avait</div>
-<div class="verse">eu de sa mre les trois mes</div>
-<div class="verse">et les trois armures qu'Evandre</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3705</small></span>lui arracha. Tu vas revivre,</div>
-<div class="verse">tu vas revivre!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Oui, je vais</div>
-<div class="verse">revivre.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Or il suffit qu'on coupe</div>
-<div class="verse">une chevelure de femme</div>
-<div class="verse">et qu'on apporte l'Empereur</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3710</small></span>le rameau de laurier.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Je vais</div>
-<div class="verse">revivre, Sana. J'atteste</div>
-<div class="verse">mon souffle et le ciel que je vais</div>
-<div class="verse">revivre; car il est devin,</div>
-<div class="verse">l'Empereur. Il a devin.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3715</small></span>J'ai eu de ma mre trois mes</div>
-<div class="verse">et trois armures, comme Hrile</div>
-<div class="verse">roi de Prneste. Attendez-moi.</div>
-<div class="verse">Demain, l'heure de Vesper,</div>
-<div class="verse">au bord du fleuve attendez-moi,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3720</small></span>et je me montrerai vous.</div>
-<div class="verse">Je vous montrerai mon visage</div>
-<div class="verse">tourn vers l'Orient. Alors</div>
-<div class="verse">vous serez prts. Nous trouverons</div>
-<div class="verse">des voiles, des voiles gonfles</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3725</small></span>par les vents certains, et des proues</div>
-<div class="verse">aiguises comme le dsir</div>
-<div class="verse">de la vie belle.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Nous serons</div>
-<div class="verse">avec toi, libres avec toi,</div>
-<div class="verse">libres avec toi sur la mer</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3730</small></span>glorieuse!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Mais pour revivre,</div>
-<div class="verse"> Archers, il faut que je meure,</div>
-<div class="verse">il faut que je meure.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">O Aim,</div>
-<div class="verse">Aim!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Il faut que mon destin</div>
-<div class="verse">s'accomplisse, que des mains d'hommes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3735</small></span>me tuent.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Seigneur! Seigneur!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Vos mains.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Aim!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Vos mains fraternelles.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous brisons nos arcs.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Tendez-les!</div>
-<div class="verse">O est votre amour? Vous m'aimez,</div>
-<div class="verse">vous brlez de servir mes sorts,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3740</small></span>et vous empchez que mes sorts</div>
-<div class="verse">s'accomplissent, que cet anneau</div>
-<div class="verse">de mon ternit se ferme.</div>
-<div class="verse">Vous m'aimez, et vous n'exaltez</div>
-<div class="verse">pas mon mystre. Je vous dis</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3745</small></span>que je vais revivre. N'ayez</div>
-<div class="verse">aucune crainte. En vrit</div>
-<div class="verse">je vous le dis.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Seigneur, nous allons donc tuer</div>
-<div class="verse">notre amour!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Il faut que chacun</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3750</small></span>tue son amour pour qu'il revive</div>
-<div class="verse">sept fois plus ardent. O Archers,</div>
-<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes,</div>
-<div class="verse">que votre amour je le connaisse</div>
-<div class="verse">encore, mesure de fer!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3755</small></span>Je vous le dis, je vous le dis:</div>
-<div class="verse">celui qui plus profondment</div>
-<div class="verse">me blesse, plus profondment</div>
-<div class="verse">m'aime. Sana, souviens-toi!</div>
-<div class="verse">Souvenez-vous, lus d'Emse!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3760</small></span>Je vous avais commis cet arc</div>
-<div class="verse">o le fil de mon sang s'incruste</div>
-<div class="verse">de l'une l'autre coche et luit.</div>
-<div class="verse">Voyez. Je sens que dans la paume</div>
-<div class="verse">de ma main le stigmate brle,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3765</small></span>se rouvre et saigne.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Un pasteur est apparu entre les branches
-des lauriers. Il porte une brebis autour de son
-cou, sur ses paules, tenant deux pieds de la
-bte dans chacune de ses mains. Il reste debout,
-immobile, en silence, les yeux fixs sur le
-Martyr.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">O tremblement</div>
-<div class="verse">de mon me! Je sens mon me</div>
-<div class="verse">et l'arbre trembler jusqu'au bout</div>
-<div class="verse">des racines les plus caches.</div>
-<div class="verse">Ne voyez-vous pas les trois femmes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3770</small></span>noires sursauter?</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Quelles femmes,</div>
-<div class="verse">seigneur? Tu nous effraies.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Les trois</div>
-<div class="verse">femmes voiles qui sont assises</div>
-<div class="verse">au pied de l'autel.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i5">Il n'y a,</div>
-<div class="verse">seigneur, que des monceaux de cendres.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3775</small></span>Il n'y a que les vieilles cendres</div>
-<div class="verse">accumules des sacrifices.</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Elles tressaillent. Je les vois.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu te trompes. Quelle pouvante</div>
-<div class="verse">te blanchit!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Soudain, le Martyr a rencontr le regard
-du pasteur.</p>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Parle bas. Ce n'est</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3780</small></span>pas l'pouvante. Parle bas.</div>
-<div class="verse">Il est l, le Pasteur. Regarde.</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O est-il? Quel pasteur?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Il porte</div>
-<div class="verse">la brebis autour de son cou,</div>
-<div class="verse">sur ses paules. Le vois-tu?</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3785</small></span>Seigneur, seigneur, quels sont tes rves?</div>
-</div>
-
-<div class="p">LE SAINT.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il n'est plus l.</div>
-</div>
-
-<p class="di">L'apparition s'vanouit; mais l'ombre du
-Crucifi s'tend sur le laurier fatidique. Et
-l'ivresse du sang durera jusqu'au dernier
-soupir.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Mon sang commence</div>
-<div class="verse"> couler, dans l'ombre qui crot.</div>
-<div class="verse">Les lauriers sont comme les lances</div>
-<div class="verse">hrisses autour de la Croix.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3790</small></span>Des profondeurs, des profondeurs</div>
-<div class="verse">j'appelle votre amour, Archers!</div>
-<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div>
-<div class="verse">je vous appelle! Rapprochez-</div>
-<div class="verse">vous. La nuit tombe. Il faut qu'on mire</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3795</small></span>de prs, de prs, pour frapper juste.</div>
-<div class="verse">Lequel voudrai-je encore lire</div>
-<div class="verse">d'entre vous? Celui qui ajuste</div>
-<div class="verse">mieux que tout autre le plus pre</div>
-<div class="verse">de ses dards et qui le dcoche</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3800</small></span>de telle force (son haleine</div>
-<div class="verse">toute entre ses dents, les empennes</div>
-<div class="verse">contre l'&oelig;il, le pouce la tempe)</div>
-<div class="verse">qu'il blesse l'corce de l'arbre</div>
-<div class="verse">me perant de toute la hampe.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3805</small></span>Celui-l, certes, je saurai</div>
-<div class="verse">qu'il m'aime, qu'il m'aime jamais.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Chaque archer, la main tremblante, tire
-de dessous son paule une flche de son
-carquois.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sana, tu as mon arc. Viens,</div>
-<div class="verse">frre. Presse-le sur ma bouche,</div>
-<div class="verse">avant de le tendre. Qu'il touche</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3810</small></span>mes lvres et mon me. Viens.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Sana s'approche et tient soulev devant le
-Chef l'arc o ce fil de sublime pourpre luit
-comme l'ivoire et l'or.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Souviens-toi! Souvenez-vous! L'arc</div>
-<div class="verse">figure la Trinit sainte.</div>
-<div class="verse">Le ft est le Pre, la corde</div>
-<div class="verse">est l'Esprit, la flche empenne</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3815</small></span>est le Fils qui donna son sang.</div>
-<div class="verse">Et il n'y aura plus de taches,</div>
-<div class="verse">sauf la tache du sang tomb</div>
-<div class="verse">des mains et des pieds du Sauveur.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Il tend les lvres; et l'archer vairon lui
-donne la poigne baiser. Les lvres pures
-s'attardent comme si elles buvaient longues
-gorges un plein calice. Or sa voix n'est qu'une
-flamme vertigineuse.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3820</small></span>j'appelle votre amour, lus!</div>
-<div class="verse">Chaque flche est pour le salut,</div>
-<div class="verse">afin que je puisse revivre.</div>
-<div class="verse">Ne tremblez pas, ne pleurez pas!</div>
-<div class="verse">Mais soyez ivres, soyez ivres</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3825</small></span>de sang, comme dans les combats.</div>
-<div class="verse">Visez de prs. Je suis la Cible.</div>
-<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div>
-<div class="verse">j'appelle votre amour terrible.</div>
-</div>
-
-<p class="di">On entend le ch&oelig;ur des Adoniastes, qui
-monte par la colline travers les lauriers.</p>
-
-<p class="di">perdument, un des archers, sous le regard
-qui le force, tire la corde et dcoche. Le dard
-se fixe au genou, dans le n&oelig;ud de l'os.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bni soit le premier! Bnie</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3830</small></span>soit l'toile premire!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Une sorte de subite dmence semble s'emparer
-des Asiatiques, par la vertu de cette
-voix d'ivresse.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Encore!</div>
-</div>
-
-<p class="di">De leurs lvres blmes buvant leurs larmes,
-ils ne visent pas le corps mais ils lancent leurs
-flches vers la voix.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Votre amour! Votre amour!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ils poussent des cris rauques et rompus,
-comme des dormants agits dans un combat
-aveugle contre un rve monstrueux.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Encore!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Quelques-uns, tout coup, laissent tomber
-leurs arcs, se plient sur leurs genoux; et sanglotent,
-le front contre la terre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Encore!</div>
-</div>
-
-<p class="di">D'autres, tout coup, se renversent dans
-une convulsion d'pouvante qui agite leurs
-mchoires comme le rire sardonien.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Encore!</div>
-</div>
-
-<p class="di">D'autres ont vid leurs carquois sur l'herbe
-et, tenant le faisceau des dards sous le pied
-gauche, s'abaissent d'un mouvement rapide
-et continu pour les prendre l'un aprs l'autre.
-Et ils tirent dsesprment, comme s'ils
-n'avaient pas devant eux un corps li un
-arbre mais une multitude de cavaliers
-dsaronner avant qu'ils n'arrivent et ne les
-crasent sous les sabots de leurs talons.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">Encore!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Cette voix demandera-t-elle du fer toujours?
-Ils lancent toujours du fer, dsesprs, hors
-d'eux-mmes, dans une sorte d'tourdissement
-farouche, comme s'ils avaient sur leurs
-ttes, non le silence des feuilles, mais l'horreur
-d'une tour de sige incendie sur ses roues
-tonnantes.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">Amour</div>
-<div class="verse">ternel!</div>
-</div>
-
-<p class="di">C'est le rle dans la gorge transperce, le
-dernier soupir, le dernier sourire, le suprme
-appel. La belle tte s'incline sur l'paule polie
-comme le marbre cynthien frott de parfum:
-les ailerons d'un dard vibrent encore l'aisselle.
-Le corps admirable s'affaisse, tirant les
-bras retenus par les liens.</p>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">&mdash;Seigneur!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Bien-aim!</div>
-<div class="verse">&mdash;Seigneur!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Bien-aim!</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Bien-aim!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Ils appellent grands cris leur amour expirant.
-Ils jettent leurs arcs, ils se tordent de
-dsespoir, ils se tranent sur l'herbe jusqu'aux
-deux pieds inanims, qu'ils baisent. Leurs
-chevelures s'accrochent aux empennes des
-hampes enfonces dans les jeunes muscles.</p>
-
-<p class="di">Et le chant des Adoniastes s'approche
-toujours. Maintenant le soir est crulen comme
-le verre de Phnicie color par l'ocre bleue de
-Chypre. Des raies fauves le divisent; les noirs
-lauriers l'entaillent. On voit paratre les femmes
-de Byblos, les cheveux pars, les ceintures
-dnoues, les robes dchires, tranant une
-litire d'bne et de pourpre violette.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3835</small></span>Il se meurt, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">Il est mort, le bel Adonis!</div>
-<div class="verse">O Vierges, pleurez Adonis!</div>
-<div class="verse">Garons, pleurez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Pleurez, femmes de Syrie,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3840</small></span>criez: Hlas, ma Seigneurie!</div>
-<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries.</div>
-<div class="verse">Criez, pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">D'autres femmes accourent. Elles portent
-des draps de pourpre rouge, des lins, des bandelettes,
-des vases d'onguents, des couronnes
-de cyprs, des jardins d'Adonis. Elles
-entourent le laurier, elles s'empressent
-dfaire les n&oelig;uds des cordes. La lamentation
-se prolonge. Les couveuses de cendres ont
-disparu; et au pied de l'autel ne restent que
-les monceaux noirtres.</p>
-
-<div class="p">LES ADONIASTES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Hlas, ma Seigneurie! Hlas,</div>
-<div class="verse">ma Seigneurie!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i4">&mdash;Hlas!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Hlas!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3845</small></span>&mdash;Qu'avons-nous fait!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Qu'avons-nous fait!</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nous avons tu notre amour!</div>
-</div>
-
-<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Il va revivre.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Il va revivre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Femmes, doucement, doucement.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il faut le dlier.</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Il faut</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3850</small></span>le dtacher de l'arbre.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Femmes,</div>
-<div class="verse">doucement.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Il respire encore.</div>
-<div class="verse">&mdash;Ne pleurez pas!</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Voyez, voyez</div>
-<div class="verse">comme sa poitrine se gonfle!</div>
-<div class="verse">&mdash;Il respire, il soupire.</div>
-<div class="verse i7">&mdash;Femmes,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3855</small></span>ne pleurez pas. Il va revivre.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il va revivre. Il nous l'a dit.</div>
-<div class="verse">&mdash;Il nous l'a dit.</div>
-<div class="verse i4">&mdash;Donnez des baumes,</div>
-<div class="verse">donnez des lins!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les cordes sont dnoues. Les bras retombent,
-La lamentation se prolonge.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pleurez, femmes de Syrie!</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3860</small></span>Il va dans la ple Prairie.</div>
-<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries,</div>
-<div class="verse">hlas! Pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Tout coup, les femmes qui reoivent le corps
-dans leurs bras, voient les flches s'vanouir
-comme des rayons dans les blessures. C'est
-le tronc du laurier d'Apollon qui maintenant
-est hriss de tout ce fer.</p>
-
-<div class="p">LES ADONIASTES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Prodige!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Prodige!</div>
-<div class="verse i6">&mdash;Prodige!</div>
-<div class="verse">&mdash;Son corps se dtache, laissant</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3865</small></span>tous les dards au tronc du laurier!</div>
-<div class="verse">&mdash;Il n'a plus de flches! Les hampes</div>
-<div class="verse">ont disparu dans les blessures</div>
-<div class="verse">comme un vanouissement</div>
-<div class="verse">de rayons!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Elles restent toutes</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3870</small></span>dans l'arbre!</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Prodige! Voyez:</div>
-<div class="verse">le laurier en est hriss.</div>
-<div class="verse">&mdash;Voyez!</div>
-<div class="verse i2">&mdash;Seigneurie, Seigneurie,</div>
-<div class="verse">tu revivras, tu revivras!</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu reviendras!</div>
-</div>
-
-<div class="p">SANAE.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3875</small></span>Archers, Archers, lus d'Emse,</div>
-<div class="verse">qu'on soulve le corps du Chef</div>
-<div class="verse">sur les fts des arcs dtendus</div>
-<div class="verse">et croiss. Qu'on le porte ainsi,</div>
-<div class="verse">sous les toiles.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les femmes de Byblos ont dj reu sur
-leurs bras le corps divin envelopp dans la
-pourpre. Elles marchent lentement vers la
-litire. Au del de la colline sainte, dans la
-profondeur du soir, une clart de perle se
-rpand, semblable celle qui prcde le lever
-de la pleine lune.</p>
-
-<div class="p">LES ADONIASTES.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3880</small></span>&mdash;Archers d'Emse, nous avons</div>
-<div class="verse">notre litire, la litire</div>
-<div class="verse">d'bne, la couche funbre</div>
-<div class="verse">de nos Adonies.</div>
-
-<div class="verse i5 stanza">&mdash;Sana,</div>
-<div class="verse">le trs saint Empereur accorde</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3885</small></span> la confrrie de Byblos</div>
-<div class="verse">d'enlever le corps, de dresser</div>
-<div class="verse">le catafalque pour le deuil.</div>
-<div class="verse">Et nous le coucherons dans notre</div>
-<div class="verse">litire, et nous l'emporterons,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3890</small></span>aux sons des fltes, dans la nuit.</div>
-<div class="verse">Faites escorte.</div>
-<div class="verse i5">&mdash;Qu'on allume</div>
-<div class="verse">les torches de pin! Qu'on compose</div>
-<div class="verse">l'ordonnance funbre! Et vous,</div>
-<div class="verse">aultes, rangez-vous auprs</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3895</small></span>de la litire.</div>
-</div>
-
-<p class="di">Les femmes placent le cadavre dans la
-couche, en gmissant. La lamentation du
-ch&oelig;ur n'a pas de pauses.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il descend vers les Noires Portes.</div>
-<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div>
-<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div>
-<div class="verse">Eros! Pleurez!</div>
-</div>
-
-<p class="di">Dans le ciel du soir la clart insolite s'largit
-comme si un astre prcipit du firmament
-s'approchait pour incendier la plaine. Un grand
-cri se lve. La lamentation s'interrompt.
-L'ordonnance funbre s'arrte, et demeure
-immobile devant le gouffre de la lumire
-ineffable. Les Portes du Paradis sont ouvertes
- l'me de Sbastien.</p>
-
-<p class="c gap" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br />
-<span class="small">EXTREMVM SANCTI SEBASTIANI
-SVPPLICIVM CRVENTVM</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="ch5"><i class="small">LA CINQUIEME MANSION</i><br />
-LE PARADIS</h2>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="di top4em">On dcouvre le jardin des
-clarts et des batitudes,
- l'ore de l'Orient
-qui produit tous les
-levers du soleil. Parmi
-les arbres du jardin, il
-y en a qui ressemblent
- la grle transparente,
-d'autres qui ressemblent
- un vent ondoyant, d'autres qui ressemblent
-aux grappes des eaux vives. On y
-trouve toutes sortes de belles choses, que
-l'&oelig;il n'a jamais vues et que l'oreille n'a jamais
-entendues, qui ne montent pas au c&oelig;ur de
-l'homme, et que Dieu a prpares pour ceux
-qui l'aiment. On y voit des tabernacles de
-pyrope, des vtements de lumire, des diadmes
-de beaut. Il y a aussi des lances
-flamboyantes, des boucliers tincelants, des
-pes, des javelots et des dards de rais, des
-haches et des frondes de feu. L aussi sont les
-croix lumineuses, les ostensoirs et les encensoirs
-d'or, de saphir, de jaspe, de calcdoine,
-de topaze, d'amthyste et de sardyon. On n'y
-distingue les Bienheureux que par le nombre
-et la couleur des tincelles qui s'envolent d'eux
-quand ils ouvrent la bouche pour louer le
-Trs-Haut. On y reconnat, au nombre des
-ailes et au son des parlers, les diverses sortes
-des Anges. Les premiers sont les Anges de la
-Face, qui seuls peuvent soutenir l'clat de la
-Face de Dieu; ensuite viennent les Anges du
-service divin, les Trnes, les Dominations, les
-Seigneurs, les Ardeurs, les Puissances, les
-Myriades, les Princes, et bien d'autres. De
-mme leurs louanges sont diffrentes. Il y en a
-trois sortes qui disent: Saint, trois qui
-disent: Lou, trois qui disent: Bni
-et trois qui disent ce que ne peut entendre
-l'oreille d'un mortel.</p>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS MARTYRVM.</div>
-<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister
-Claudius
-sonum
-dedit
-usque
-ad finem.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3900</small></span>Gloire! Sous nos armures</div>
-<div class="verse">flamboyez, blessures!</div>
-<div class="verse">Qui est celui qui vient?</div>
-<div class="verse">Le Lys de la cohorte.</div>
-<div class="verse">Sa tige est la plus forte.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3905</small></span>Louez le nom qu'il porte;</div>
-<div class="verse">Sbastien!</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS VIRGINVM.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es lou. L'toile</div>
-<div class="verse">de loin parle l'toile</div>
-<div class="verse">et dit un nom: le tien.</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3910</small></span>Dieu te couronne. Toute</div>
-<div class="verse">la nuit comme une goutte</div>
-<div class="verse"> ton front est dissoute,</div>
-<div class="verse">Sebastien.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS APOSTOLORVM.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es saint. Qui te nomme</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3915</small></span>verra le Fils de l'Homme</div>
-<div class="verse">(sur son c&oelig;ur Il te tient)</div>
-<div class="verse">sourire de ta grce.</div>
-<div class="verse">Jean t'a donn sa place.</div>
-<div class="verse">Tu boiras dans sa tasse,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3920</small></span>Sbastien.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS ANGELORVM.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tu es beau. Prends six ailes</div>
-<div class="verse">d'Ange et viens dans l'chelle</div>
-<div class="verse">des Feux musiciens</div>
-<div class="verse">chanter l'hymne nouvelle</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3925</small></span>au Ciel qui se constelle</div>
-<div class="verse">de tes plaies immortelles,</div>
-<div class="verse">Sbastien.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">ANIMA SEBASTIANI.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je viens, je monte. J'ai des ailes.</div>
-<div class="verse">Tout est blanc. Mon sang est la manne</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3930</small></span>qui blanchit le dsert de Sin.</div>
-<div class="verse">Je suis la goutte, l'tincelle</div>
-<div class="verse">et le ftu. Je suis une me,</div>
-<div class="verse">Seigneur, une me dans ton sein.</div>
-</div>
-
-<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SANCTORVM OMNIVM.</div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Louez le Seigneur dans l'immensit de sa force,</div>
-<div class="versen"><span class="vn"><small>3935</small></span>Louez le Seigneur sur le tympanon et sur l'orgue,</div>
-<div class="verse">Louez le Seigneur sur le sistre et sur la cymbale</div>
-<div class="verse">Louez le Seigneur sur la flte et sur la cithare.</div>
-<div class="verse">Alleluia.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c gap" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT MYSTERIVM.</p>
-
-
-<p class="c gap small">St-Denis&mdash;Imp. J. Dardaillou&mdash;1.948-1-24</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Le Martyre de Saint Sbastien, by
-Gabriele D'Annunzio
-
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