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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: Le Martyre de Saint Sébastien - -Author: Gabriele D'Annunzio - -Release Date: May 30, 2020 [EBook #62281] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN *** - - - - -Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the -Distributed Proofreading team at DP-test Italia. (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries.) - - - - - - - - - - LE MARTYRE DE - SAINT SEBASTIEN - - MYSTERE COMPOSE EN RYTHME - FRANÇAIS PAR GABRIELE - D'ANNUNZIO ET JOUE A - PARIS SUR LA SCENE DU CHATELET - LE XXII MAI MCMXI AVEC LA MUSIQUE - DE CLAUDE DEBUSSY. - - A PARIS - CHEZ CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS - - - - -_Il a été tiré de cet ouvrage_ - -CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE - -_tous numérotés._ - - - - -Droits de reproduction, de traduction et de représentations réservés -pour tous les pays. - - -Copyright, 1911, by CALMANN-LÉVY. - - -La partition de M. CLAUDE DEBUSSY est en vente chez MM. DURAND et Cie, -4, place de la Madeleine, Paris. - - - - -A MAURICE BARRÈS - - -Un jour d'été, au pays des Marses, en ma terre d'Abruzzes, j'écoutais -sous le portail d'une église un charmeur de serpents jouer son air -magique sur un os de cerf à cinq trous qu'un ancêtre avait retrouvé, -parmi des cendres, des verroteries et des orges, dans un de ces sauvages -sépulcres qui sont les milliaires de la route romaine. C'était le -dernier descendant d'une lignée sacerdotale qui de siècle en siècle -avait fourni à la citerne du Sanctuaire les couleuvres sacrées. Seul il -connaissait le «mode» que ses aïeux lui avaient transmis avec la flûte -et avec la vertu. Au son du charme, la gent reptile s'agitait dans le -sac de cuir en forme d'outre, suspendu à la dure épaule marquée du signe -tutélaire. Et, dans le tremblement de la splendeur et de mon -ressouvenir, je découvrais sur la montagne dangereuse comme le -promontoire de Circé la citadelle ruinée des rois devins; et j'entendais -le vent bruire dans les mêmes herbes que les magiciennes marses avaient -broyées pour les matrones de Rome; et je sentais refluer du fond d'un -exil infini, sur les oliviers et sur les rochers, la mélancolie du -despote macédonien qui mourut captif dans la forteresse ardue. Et il me -semblait de rentrer dans ma patrie primitive, avec une âme plus vaste -que toutes mes pensées; et les notes grêles de la flûte funèbre me -semblaient accompagner ce chant immortel des morts que tant de fois vous -avez écouté à travers la plaine messine, ou dans le souffle léger de la -rivière lorraine, ou sur la hauteur de Sainte-Odile entre la muraille -druidique et le castel latin. - -Or le linteau du portail, sur ma tête, montrait l'empreinte de l'art -roman du Languedoc. Ses rinceaux entremêlés de figurines rappelaient les -chapiteaux du cloître de la Dalbade toulousaine. Des cannelures étaient -creusées comme celles des socles chartrains; des moulures étaient -traitées comme par le ciseau cistercien. La pierre noircie évoquait -confusément les conquérants de la Pouille, les maîtres d'œuvre venus -avec les chevaliers de Chypre, les colons français de l'Orient, tout un -tumulte de puissances et de fatalités admirables. - -Je retrouvai quelques couleurs de ma rêverie, plus tard, sous les voûtes -impériales de Castel del Monte; puis dans la chapelle palatine de -Monreale illuminée, non par l'or des mosaïques, mais par le cœur du -Saint roi; puis encore devant le tombeau de la reine Isabelle à Cosenza, -où une pensée de l'Ile de France habite le front bombé de la Vierge que -la gradine d'un tailleur d'images instruit à Saint-Denis travailla dans -le tuf de Calabre. - -Vous connaissez l'émotion du bon ouvrier devant la qualité de la -matière. Pour moi, je ne voudrais d'autre éloge que la parole de -Francesco Francia dans l'acte de palper la statue de Jules II: «_Questa -è una bella materia._» On sait que Michel-Ange se fâcha et répondit avec -aigreur. Toutefois, que n'aurait-il donné pour un bloc de marbre grec -couleur de froment! Je songe à mon délicat Laurana, quand il vint -travailler dans votre Lorraine et qu'il s'enquit du grain de votre -pierre. Je songe à ces Juste qui se francisèrent comme Jean Bologne -s'italianisa. Il me plaît d'imaginer que le «pasteur d'éternelle -mémoire» Joachim du Bellay, loin des nymphes angevines, quand il renonça -au parler de France pour louer la gorge de la blanche Romaine, fut tenté -par la mélodie de Pétrarque mais n'eut pas assez d'audace pour la -moduler. Un plus joyeux voyageur, Rabelais, dédaignant les lauriers -capitolins, pourvut de toutes sortes de salades papales les potagers de -Geoffroi d'Estissac, les plus beaux qui fussent en Poitou. - -Qu'on me pardonne si, plus aventureux, j'ai voulu pour une fois me -donner le plaisir magnifique de travailler avec mes outils les plus -aiguisés une belle matière d'outre-monts. - - * * * * * - -Dirai-je que j'ai travaillé sans aide? Ma Muse nouvelle paraissait avoir -le visage ardent et mélancolique de Valentine Visconti, duchesse de -Touraine, dans la miniature de l'_Apparicion de maître Jehan de Meun_. -En commençant mon Mystère, j'aperçus dans une lueur de présage la -Milanaise sur son palefroi richement harnaché s'arrêter devant le -Châtelet pour voir la sainte Allégorie représentée «par signes et sans -paroles». En traitant de ma main la plus légère les rondels des -offrandes, je me rappelai que Charles d'Orléans, le poète tout semblable -à un pêcher couvert de fleurs roses et de givre cristallin, était né de -cette Grâce lombarde. Elle berçait aussi sur ses tendres genoux le -fameux bâtard qui devait se nommer Dunois pour la gloire, après avoir -brillé dans la lumière de la Pucelle. Alors, entre arc et flèche, je me -rappelai aussi que Jehanne à Compiègne avait avec elle une mince -compagnie d'archers italiens commandée par Barlolomeo Baretta, quand -auprès du pont l'archer picard la tira à bas de son cheval par la huque -de velours d'or. Et je dis un jour à la Fille malade des fièvres: «Je -vous enverrai, ma fille brûlante, à Domremy, sous le hêtre nommé le Beau -May, vous baigner dans la fontaine des Groseillers où les fiévreux -obtiennent guérison.» Mais elle répondait toujours: «Je ne veux pas être -guérie.» Et alors j'entendais la voix de Valentine, infatigable à aimer, -à souffrir et à se ressouvenir: «Plus hault.» - -Je vous avoue que, quand l'œuvre fut achevée, je fis vœu d'aller pèlerin -à Chartres pour remirer les belles verrières et pour déposer le -manuscrit inconnu, non sur l'autel, à la grâce de Dieu,--comme autrefois -les pauvres filles chartraines en usaient avec leurs enfants -malheureux--mais à l'angle méridional de l'église où est sculpté «l'âne -qui joue de la vièle». Réconfort du printemps! Je n'avais jamais vu un -ciel plus ample ni plus indulgent sur une plus silencieuse fécondité. La -toute verte Beauce tremblait de douceur comme un seul fil d'herbe; et -aux branches des pommiers fleuris les nuages paraissaient se retrousser -comme de molles traînes aux mains vives de femmes prêtes à une estampie -ou à une reverdie. - - «Bele, dont estes vos nee?» - «De France sui la loee, - du plus haut parage. - Le rossignox est mon père...» - -Alors, en découvrant les deux flèches de pierre qui semblent percer le -cœur même de l'Éternel, j'eus la foi du bon maître verrier qui pour la -soudaine beauté de son œuvre transparente espère le rayon du soleil de -Dieu. - - * * * * * - -Voici donc le livre, sauvé et pardonné. Je vous offre mes vers de France -parce que j'aime vos proses d'Italie, mon cher Maurice Barrès. Ce poème -composé dans le pays de Montaigne et de la forte résine, je vous le -dédie parce que vous avez trouvé vos cadences les plus mélodieuses à -Pise, à Sienne, à Parme, dans le sépulcre de Ravenne, dans les jardins -de Lombardie. Mon Sébastien--que j'ai dessiné ayant sous les yeux cette -plaquette d'Antonio del Pollaiuolo, où un svelte centaure domine du -poitrail les archers à deux pieds--mon Sébastien parle, quelque part, du -tendon de bête qui s'ajuste au fût de son arc doublé et qui s'y colle de -façon à ne faire qu'un avec lui. Je pense au nerf animal dont se double -la spiritualité de votre art. Je pense aussi, devant certaines de vos -paroles, à ces divines abeilles prises dans l'ambre claire, qu'un de mes -humanistes semble avoir célébrées en l'honneur de votre Muse dans un -épigramme votif. - -Aucun ne pourra, certes, comme vous, comprendre le singulier plaisir que -me donnèrent ma hardiesse et un si haut danger. Un soir, aux approches -de Sparte, en vue du Taygète et de l'Eurotas, un seul mot rayonna sur -l'héroïsme de votre esprit: «le plus beau de l'Occident». Il y a un -autre mot de la grande espèce latine, qui ne me semble pas moins beau, -puisque je veux le voir toujours coloré de mon meilleur sang et du sang -de mes pairs: l'intrépidité. - -GABRIELE D'ANNUNZIO. - - - - -ICI COMMENCE - -LE MYSTERE - -DE SAINT SEBASTIEN - - - - -LE MESSAGER commence: - - _Le Dieu qui fict le firmement - Et volsist naistre purement - De la noble Virge Marie - Veuillie garder la compagnie._ - - _Au Nom de Dieu omnipotent - Et des martyrs ensemblement - Entrepris auons le mistayre - Du pieux chiuallier debonayre - De saincte vie et bon maintien - Qui fust vray martir sans le tayre - Cest Monsieur Sainct Sebastien - Duquel par son tressaint moyen - Verres jouer en ceste place - De sa vie tout lentretien - Moyen de Jesuschrist la grace._ - -L'YSTOIRE DE MONSEIGNEUR SAINCT SEBASTIEN _jouée par les habitants -Lanlevillar l'année courant_ M. V. LXVII _au moys de may_. - - - - -NVNCIVS. - - Douces gens, un peu de silence! - - Soyez recueillis en présence - de Dieu, comme dans la prière: - car vous connaîtrez, par mystère, - ici la très sainte souffrance - de ce Martyr adolescent - qui puise à jamais sa jouvence - dans la fontaine de son sang. - Par les Clous, l'Éponge et la Lance, - très humblement nous vous prions. - Béni soit-il, qui se taira - et devant lui regardera - «sans faire noyse ne tensons». - Entendez, douces gens, les sons - qui meuvent dans vos cœurs le rêve, - avant que le voile se lève - sur ce rouge amour infini. - - Au nom de Monseigneur Denis, - au nom de Sainte Geneviève, - par qui vos péchés sont bannis, - («Dieu Père et Filz et Sains Esperis - gart les habitans de Paris!») - nous vous prions très humblement - que vous vouliez, en écoutant, - vous souvenir de ce Miracle - où la patronne secourable - de la cité, la claire vierge, - voit le démon éteindre un cierge - d'un côté, pendant que de l'autre - l'ange sans tache le rallume. - Seule, entre la mèche qui fume - et celle qui ard, jusqu'à l'aube - l'âme blanchit dans la prière. - - L'artisan de ces cinq verrières, - consacrées à Sébastien - par sa Confrérie, se souvient - de son démon et de son ange. - Quand il colorait la louange - du bel Archer avec la flamme, - pour le remède de son âme, - comme un maître verrier de Chartres, - de Bourges, de Reims ou de Tours, - parfois il voyait tour à tour - l'un de ses puissants fourneaux ardre, - l'autre fumer et s'obscurcir. - Et il priait: «O Art de France!» - sentant trembler son espérance - dans le souffle de son désir. - Et il rêvait: «Si j'ai le sort - du pèlerin de Compostelle, - si l'on me pend ou m'écartèle, - qui soutiendra mon pauvre corps - de ses mains saintes pour le rendre - sain et sauf à mes compagnons? - Ne vaut-il pas seul, pour la grâce, - le Très-Haut Amour qui engendre - tous les miracles?» - - Or le nom - de cet ouvrier pèlerin, - de ce Florentin en exil, - qui bégaye en langue d'oïl - comme le bon Brunet Latin, - est tellement dur qu'on l'enchâsse - mal dans la résille de plomb - au bas du vitrail rouge et bleu. - Est-il peut-être, plaise à Dieu, - plus doux dans la langue du _si_. - - Mais l'autre est Claude Debussy, - qui sonne frais comme les feuilles - neuves sous l'averse nouvelle - dans un verger d'Ile-de-France, - où des amandiers sans amandes - illuminent l'herbe alentour, - dans un bosquet de Saint-Germain - qui se souvient de Gabrielle, - du Roi faune, et de leur amour: - «Cher cœur, je vous voyrré demayn...» - Mais l'autre est comme ces chandelles - qui s'allument sur la vielle - du jongleur de Rocamadour, - comme cette contrée bénigne - où Brigitte mène les cygnes, - Gilles trait la biche sauvage, - et la haie fleurit au passage - de Sainte Ulphe de Picardie. - La larme, à Vendôme enchâssée, - que Jésus versa sur Lazare, - devient innombrable rosée - dont se pare toute prairie. - Du haut ciel, tournant son visage - d'Espoir vers Thomas incrédule, - Marie lui jette sa ceinture - qui devient une mélodie. - - Or c'est Claude qui la recueille - sur la flûte en aile d'oiseau, - sur la flûte de sept roseaux - qu'il recompose et raffermit - avec du lin d'aube ou d'amict - puis avec des larmes de cierge - pieusement il les enduit. - Très douces gens, par lui, par lui, - vous entendrez chanter la Vierge, - qui est la couleur de l'aurore! - Comme Zachée le publicain, - il regarde passer Jésus - de la cime d'un sycomore. - Comme dans le vitrail de Tours - Saint Martial, il verse l'eau - vive sur les doigts du Sauveur. - Comme dans le vitrail d'Angers, - il laisse couler en ruisseau - le sang précieux sur les fleurs. - Comme Saint Sernin de Toulouse, - il a vu briller le Jourdain - sous les rayons de la colombe; - et de la nef de Saint Brendan - il a vu se dresser la Croix - sur des îles d'azur sans nombre. - Comme Madeleine en Provence, - il mange le miel enivrant - en souvenir de la Parole. - Comme dans les ivoires francs, - il montre la Terre et la Mer - assistant le Dieu qui s'immole. - - Très douces gens, sons et chansons - or entendez. Nous vous prions - par Saint Denis et l'Oriflamme. - Puis regardez que de ciel bleu, - que de sang rouge, au nom de Dieu, - pour le remède de votre âme! - -AMEN. - - - - -LES CINQ MANSIONS - - - I. LA COUR DES LYS. - - II. LA CHAMBRE MAGIQUE. - - III. LE CONCILE DES FAUX DIEUX. - - IV. LE LAURIER BLESSÉ. - - V. LE PARADIS. - - - - -_LA PREMIERE MANSION_ - -LA COUR DES LYS - - - - -LES PERSONNAGES. - - -LE SAINT. - - -LA MERE DOULOUREUSE. - -LES FRERES JUMEAUX MARC ET MARCELLIEN. - -LES CINQ VIERGES EPIONE, FLAVIE, JUNIE, TELESILLE, CHRYSILLE. - -LES QUATRE COMPAGNES DE CES VIERGES. - -LES NEUF COMPAGNONS DES JUMEAUX. - -THEODOTE. - -LE PREFET. - -SON FILS VITAL. - -L'AFFRANCHI GUDDENE. - -LES ARCHERS D'EMESE. - -L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS. - -LA FEMME MUETTE. - -LA FEMME AVEUGLE. - -LE GREFFIER. - -LES APPARITEURS, LES HERAUTS, LES BOURREAUX. - -LES SACRIFICATEURS, LES VICTIMAIRES LES JOUEURS DE FLUTE. - -LES GENTILS, LES CHRETIENS, LES JUIFS, - -LES ESCLAVES. - - -LES SEPT SERAPHINS. - - - - -On aperçoit un portique intérieur, peint d'étranges peintures par des -Gentils, avec le carmin, l'outremer et l'or, entre les bêtes de -l'entablement bas et les feuillages des chapiteaux lourds, qui se mirent -dans les dalles polies. Par les sept arcades du fond ouvertes sur des -jardins bleus, on aperçoit de grandes gerbes de lys, dont les tiges -semblent serrées en faisceau autour de la plus haute comme autour de la -hache les verges des licteurs. Un autel de marbre, consacré aux Idoles, -se dresse dans l'enceinte, avec ses têtes de boucs et ses guirlandes de -fruits sculptées, avec ses rainures rougies par l'écoulement du sang et -du vin, avec les orges, les aromates, les huiles apprêtés pour -l'offrande. - -Au centre, en forme de parallélogramme, une couche épaisse de charbons -et de tisons couvre les dalles, semblable à ces rangées de raisins ou de -figues qu'on fait cuire au soleil sur des nattes de roseau. Des -appariteurs, tout autour, avec des soufflets et des barres, rallument et -remuent de temps en temps la braise qui pâlit. - -Les deux frères jumeaux, Marc et Marcellien, sont liés avec des cordes -aux deux colonnes de la même arcade, l'un en face de l'autre. Le Préfet -est assis dans son siège, sur une sorte d'estrade carrée; et près de lui -se tient le greffier, avec ses tablettes enduites de cire. Devant lui -sont les engins de torture, les ongles de fer, le chevalet, le carcan, -les ceps, et les bourreaux. Accablé par la graisse, il halette et sue, -tandis que des esclaves accroupis bercent ses pieds énormes, déformés -par la podagre. Parfois, d'un mouvement de colère soudaine secouant sa -somnolence, il frappe avec sa verge d'ivoire leurs dos nus. - -Sébastien, revêtu d'une armure légère, appuyé sur son grand arc, regarde -en silence les jeunes martyrs. Les archers d'Emèse se tiennent derrière -lui, avec des pennes d'aigle à leurs casques lisses et de longs carquois -couverts de peau de panthère contre leurs reins cambrés. - -Une tourbe de plus en plus nombreuse et houleuse envahit le lieu de -l'audience. Le chant des jumeaux domine le sourd grondement. - -Attachés aux colonnes, face à face, pâles et enivrés, ils renversent la -tête pour chanter vers le ciel. - - -CANTICVM GEMINORVM. - -Magister Claudius sonum dedit. - - Frère, et que sera-t-il le monde - allégé de tout notre amour? - Dans mon âme ton cœur est lourd - comme la pierre dans la fronde. - - 5 Je le pèse; au delà de l'Ombre - je le jette vers le Grand Jour. - Frère, que sera-t-il le monde - allégé de tout notre amour? - - J'étais plus doux que la colombe, - 10 tu es plus fauve que l'autour. - Toujours, jamais! Jamais, toujours! - Fer ne t'effraie, feu ne me dompte. - Beau Christ, que serait-il le monde - allégé de tout votre amour? - -LES GENTILS. - - 15 --Andronique, ils chantent leur hymne! - --Ils louent leur roi supplicié! - --Ils raillent ta faiblesse! - --Étouffe - le chant dans leur gorge! - --Ils se jouent - de toi, somnolent. - --Ils méprisent - 20 l'édit du très saint Empereur, - et leurs dents ne sont pas brisées! - -- Ils louent la charogne au gibet! - -- Mais, s'ils chantent, ils reconnaissent - Apollon. - --Qu'ils sacrifient donc - 25 au Délien. - --Éveille-toi, - Jule Andronique, éveille-toi! - --Il dort dans sa chaire d'ivoire - laissant dorloter sa podagre - par ses esclaves délicats. - 30 --Sébastien, Sébastien, - ami d'Auguste, sois témoin! - --C'est lui qui faiblit. Ils persistent. - --Il n'a pas encore versé - une goutte de leur sang vil, - 35 ni même roussi leurs aisselles! - --Il aime les lys et les truffes. - --Mais tous ces lys nous empoisonnent. - On suffoque. - --Il mâche sa langue. - --Non, il n'en a pas. - --Il n'est pas - 40 loquace, vraiment: aujourd'hui - il n'a pas mangé des cigales - pour se donner de l'appétit. - --Ni des têtes de perroquets - non plus. - --Il n'est pas foudroyant: - 45 il garde les pierres de foudre - pour en saupoudrer les lentilles, - à la mode d'Elagabale. - --Par les Dioscures, tu aimes - ces gémeaux qui n'ont pas d'étoile, - 50 Jule Andronique. - --Tu les aimes, - tu les aimes. - --Tu les ménages. - --Il ne suffit pas qu'on en fasse - des colonnes caryatides - pour les regarder. - --Maintenant, - 55 qu'ils passent par tous les supplices - --On n'a pas suivi l'ordre juste. - --Au chevalet, d'abord; et puis - aux fléaux garnis d'osselets; - et puis au carcan et aux ceps, - 60 et jusqu'au quatrième trou... - --Sébastien, Sébastien, - ami d'Auguste, sois témoin! - --Qu'ils sacrifient ou bien qu'ils meurent. - Il est temps. - --Ces entrepreneurs - 65 de jeux les réclament, après - la sentence, pour les combats. - --Qu'on le note sur les tablettes. - --Tu n'as plus ton style, greffier? - --Greffier, toi aussi, tu sommeilles. - 70 --Persée! Persée! - --Est-il chrétien? - --Il songe à ses ancêtres rois, - au triomphe de Paul-Emile. - --Qu'est-ce qu'on attend? des prodiges? - Qui va venir? - --Qu'ils sacrifient - 75 ou qu'ils périssent! - --On sanglote. - --C'est Cordule l'aveugle, c'est - la femme d'Attale, qui pleure. - --Elle beugle, Alcé la muette, - Alcé, la femme de Venuste - 80 le dépensier. - --Elles sont folles. - --Je vous dis que tous ces esclaves - cachent des rouleaux dans les plis - de leurs saies. - --Quelqu'un va venir? - Le soir approche, le soir tombe. - 85 --Ne devaient-ils donc pas marcher, - pieds nus, sur la braise? Il est temps. - --On temporise. On contrevient - à l'édit impérial. - --Honte! - --Le très saint Empereur t'ordonne - 90 d'être sans merci, Andronique. - --Il est temps. - --Les charbons s'éteignent. - --Soufflez! Soufflez! - -LES HERAUTS - - --Silence! - --Silence! - --Silence! - -LE PREFET. - - Je vais sévir. Appariteurs, - 95 resserrez leurs liens! Je veux - que l'un après l'autre on les hausse, - qu'on les suspende aux deux colonnes, - que leurs pieds joints n'aient plus d'appui. - -UNE VOIX. - - Leurs pieds sont joints comme les pieds - 100 des Anges. - -LES GENTILS. - - --Quelle est cette voix? - --Qui a parlé? - --Qui a crié? - --Il y a des chrétiens ici. - --Qu'on cherche! - -LES HERAUTS. - - Silence! - -LE PREFET. - - Bourreaux, - apprêtez les ongles de fer - 105 pour leur labourer la poitrine; - apportez des ciseaux, coupez - leurs chevelures, puis rasez - la peau de leurs crânes, posez - sur elle des charbons ardents... - 110 Non. Attendez. Ils sont tout pâles. - Et j'ai pitié de leur jeunesse. - Je veux dissiper leur démence. - Ils vont fléchir. - -LES GENTILS. - - --Il a pitié! Il a pitié! - 115 --Et jusqu'à quand, ô Andronique, - auras-tu pitié? jusqu'à quand? - --Es-tu Galiléen? - --Demande - donc au Guérisseur qu'il guérisse - ta podagre noueuse! - --Vite, - 120 vite! Interroge! - --Le soir vient. - --Il retarde pour interrompre - le jugement. - --Qu'on le dénonce - à César! - --Qu'on l'accuse auprès - du Maître! - --Et il mâche sa langue! - 125 --Sébastien, Sébastien, - ami d'Auguste, sois témoin! - --On veut éluder. - --Qu'ils fléchissent - donc, ou qu'ils brûlent! - --Un seul mot: - Sacrifie! - -LES HERAUTS. - - --Silence! - --Silence! - -LE PREFET. - - 130 Jeune homme, celui de vous deux - qui est moins forcené, jeune homme, - veux-tu obéir aux préceptes - divins? Es-tu prêt à offrir - une victime et à manger - 135 la viande immolée, à boire - le vin des libations, comme - l'ordonne le Maître immortel? - Réponds au juge. - -MARC. - - Non, juge. Par le Dieu vivant, - 140 non, je ne veux pas obéir. - Je n'offrirai pas de victime, - ni ne mangerai de viande, - ni ne boirai de vin maudit. - Mais je prie de toute mon âme, - 145 afin que par toute ma chair - lacérée, mutilée, broyée, - dissoute dans la gueule rouge - et de la bête et de la flamme, - je devienne un seul sacrifice - 150 au Dieu vivant. - -LE PRÉFET. - - Tu délires. Mais réponds-tu - en ton nom? au nom de ton frère? - Vous êtes deux. - -MARC. - - Nous sommes un. Tu vois. Nous sommes - 155 un visage, un regard, un chant, - un amour. Nous sommes un cœur - trempé sept fois. - -LE PREFET. - - Sacrifie. Pense à ta jeunesse, - à tes longs jours. - -MARC. - - 160 Je pense à mon éternité. - Car je suis en face du ciel - comme devant la mer vernale - au lever des Pléiades belles. - Et le gouvernail d'espérance - 165 est dans mon poing. - -LE PRÉFET. - - C'est ta fièvre chaude qui chante. - Sacrifie, sacrifie, jeune homme, - si tu veux vivre. - -MARC. - - Je ne veux que mourir en Dieu. - 170 Je cherche Celui qui pour nous - est mort et je cherche Celui - qui pour nous est ressuscité. - Je hais ta viande et ton vin. - Je mangerai le pain de Dieu - 175 qui est la chair de Jésus roi - né de la race de David. - J'aurai pour breuvage son sang, - qui est l'amour incorruptible. - Je n'ai que cette faim, je n'ai - 180 que cette soif. - -LE PREFET. - - Eh bien, je te ferai mourir. - Mais n'espère pas que je t'aime - assez pour t'enlever la vie - d'un seul coup, fils de Théodote. - 185 N'attends pas la mort par le glaive, - la bonne mort. - -MARC. - - La pire sera la meilleure, - pour plaire à Dieu. - -LE PREFET. - - Fol, tu t'imagines sans doute - 190 que des femmelettes viendront, - la nuit, chercher ton corps exsangue, - l'embaumer dans les baumes rares, - l'envelopper dans les lins purs - et le célébrer dans les hymnes. - 195 Je te détruirai par la flamme - ou par la bête. - -MARC. - - Si je suis le froment de Dieu, - ô vieillard, il faut que je sois - moulu par la dent de la bête - 200 pour devenir pain éternel. - Et si je suis le témoignage - de la Parole neuve, il faut - que la pureté de la flamme - me réduise en cendre innombrable - 205 pour être épars à tous les vents - qui portent les bonnes semences - aux droits sillons. - -Ici le jeune fils du préfet, Vital, s'approche de la colonne. - -VITAL. - - O mon égal, écoute-moi. - Tu es imberbe, tes cheveux - 210 sont bouclés, tes muscles sont fiers, - A la lutte, dans la palestre, - tu m'as vaincu. - -MARC. - - Tu es le fils de l'égorgeur. - T'ai-je renversé dans l'arène? - 215 Mais je suis l'athlète du Christ. - C'est maintenant que je combats - le bon combat. - -VITAL. - - Écoute. Il est doux d'être né. - Il est doux de voir la lumière, - 220 d'attendre les soleils nouveaux. - On va te crever les deux yeux, - tes yeux si grands. - -MARC. - - Mon âme en a mille, semblable - à l'aile ocellée du Cherub, - 225 pour regarder sans battements - la forge de tous les soleils. - Tu es aveugle. - -VITAL. - - Tu chantais d'une voix sonore. - On va te broyer les mâchoires, - 230 faire de ta bouche une vaste - plaie taciturne. - -MARC. - - Ma voix chantera toute nue, - aux sommets les plus bleus du ciel, - avant l'aurore, avant le cri - 235 de l'alouette. - -VITAL. - - Regarde ton frère. Il est pâle. - Il craint la souffrance et la mort. - Il va pleurer. - -MARC. - - Il est pâle comme l'attente. - 240 Il ne craint que le vain délai. - Il va sourire. - -VITAL. - - Vous n'avez donc pas de sœur douce - qui tisse avec des fils de pourpre - vos vêtements? - -MARC. - - 245 Non, nous n'avons pas de sœur douce - qui tisse avec des fils de pourpre - nos vêtements. - -VITAL. - - Vous n'avez pas de père triste - qui chancelle sous les douleurs - 250 et les années? - -MARC. - - Nous n'avons pas de père. Seuls - nous sommes, seuls, tout seuls avec - un seul amour. - -VITAL. - - Et celle qui, pour chaque goutte - 255 de lait qu'elle vous donna, verse - trois larmes lourdes? - -MARC. - - Nous n'avons pas de mère. Seuls - nous sommes, seuls, tout seuls avec - un seul amour. - -VITAL. - - 260 Et qui sont donc ceux qui, la tête - voilée, pleuraient pour vous, hier, - ô mes égaux? - -MARC. - - Nous ne les connaissons point. Mais - s'ils ont pleuré, s'ils pleurent, Dieu - 265 s'en souviendra. - -Ici on voit couler le sang de la main gauche de Sébastien qui, appuyé -sur son arc, dans une sorte de ravissement, regarde le jeune martyr. - -L'AFFRANCHI GUDDENE. - - Seigneur, seigneur, tu perds du sang! - Entends-moi. De ta main ton sang - dégoutte le long de ton arc, - et tu n'en as cure. Entends-moi, - 270 maître! Tu saignes. - -UNE VOIX. - - Archer, je vois une lueur - autour de ton casque. Déjà - tu t'illumines! - -GUDDENE. - - La corne de la coche perce - 275 la paume de ta main. Si fort - tu t'appuyais, seigneur! Comment - ne sentais-tu pas la blessure? - Quel est ton songe? - -LA VOIX. - - Que Dieu perpétue ton céleste - 280 ravissement! - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Seigneur, tu t'es blessé! Tu souffres? - --Ton arc t'a percé, ton arc même! - --Femmes, femmes, donnez des lins - pour étancher le sang qui coule. - 285 --La fleur de ta veine est plus belle - que l'anémone d'Adonis. - --Donnez le dictame idéen! - --Sur le fût de ton arc les gouttes - brillent comme des escarboucles. - 290 --Femmes, n'avez-vous pas de baume? - --Il a dans le creux de sa main - les anémones du Liban - et les larmes de la déesse. - --Femmes, donnez des lins! Parmi - 295 vous, n'y a-t-il pas une esclave - de Syrie? pas une Crétoise? - --Qui t'apportera le dictame? - --Tu es plus fort que la douleur. - --Nous t'aimons, Seigneur, nous t'aimons. - 300 --Chef à la belle chevelure, - tes archers t'aiment. - --Tes archers - t'aiment. - --Tu es beau. - --Tu es beau - comme Adonis. - -LE SAINT. - - Archers, laissez couler mon sang. - 305 Il faut qu'il coule. Pas de lin, - femmes, pas de baume. Laissez - couler mon sang. - -Ici une femme, la tête voilée par le pan de son manteau, s'approche. -D'un geste rapide, elle trempe un morceau de lin dans le sang de -Sébastien; et elle s'efface, en silence. - -LES GENTILS. - - --On ne respire plus, ici! - --On étouffe! On étouffe! - --Où sont - 310 les magiciens qui opèrent - ces prestiges? - --On renouvelle - les sortilèges du Sorcier - aux Trois Clous. - --Andronique, ordonne - que tous, ici, l'un après l'autre, - 315 passent devant l'autel et jettent - l'encens au feu des sacrifices. - --Il y a des chrétiens partout, - ici. Tu pourras les compter. - --On étouffe! On étouffe comme - 320 dans l'étuve. - --Greffier, la cire - de tes tablettes fond, et tout - s'efface. - --Et cette odeur de lys! - Et cette odeur de lys! - --Brisez - donc les tiges! Fauchez les gerbes! - 325 --Sébastien, Sébastien, - ami d'Auguste, tu es seul - à verser du sang. - --La sueur - coule, la cire fond; et tout - s'efface. - --On suffoque, on halette - 330 dans une vapeur fauve. - --Crie - plus fort! - --La folie du Solstice - va éclater comme un orage. - --Archers, archers, bandez vos arcs - et faites un carnage. - --L'œil - 335 des esclaves est chaud de meurtre. - --Et cette odeur de lys! - --Fauchez - les gerbes! - -Ici on entend venir, du fond des portiques, les appels de la mère -infortunée. - - --La mère! La mère! - --C'est elle! - --Elle vient. - --Elle accourt. - --Écartez-vous! - -LA MERE DOULOUREUSE. - - 340 Mes fils! Mes fils! Mes fils chéris! - -Elle s'élance. Elle s'abat contre les colonnes. Anxieuse, elle palpe les -corps des captifs pour reconnaître qu'ils sont encore sains. - - Enfants, enfants de mes entrailles, - vous êtes sains, vous êtes saufs - encore! Il n'y a pas de sang - sur vous. J'entends le battement - 345 de vos cœurs. On n'a pas encore - meurtri vos chairs, brisé vos os. - Que je vous touche, que je sente - la vie de ma vie! Mais je n'ai - que deux mains faibles; et vous êtes - 350 l'un de l'autre distants. Je n'ai - que deux pauvres bras, qui ne peuvent - pas vous ravoir dans une même - étreinte, ô vous qui avez bu - au même sein. Et mon amour - 355 se déchire entre vos deux peines, - ô mes gémeaux! - -MARC. - - Ne me touche pas ainsi, femme. - Ne parle pas. Ne pleure pas. - Détourne tes yeux. Laisse-moi - 360 immoler, pendant que l'autel - est prêt. Laisse-moi recevoir - la vraie vie. Ne viens pas corrompre - ma volonté d'être à Dieu. Femme, - détache tes mains de mon corps. - 365 Je veux renaître. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - O cruel! Et c'est toi, c'est toi! - On peut entendre ces paroles - sans expirer. Qui comblera - la mesure de la douleur? - 370 et qui comblera la mesure - des larmes? Oui, oui, mon enfant, - mes mains ont senti que les cordes - s'enfoncent dans ta chair. Je suis - liée comme toi. J'ai partout - 375 des sillons livides, des veines - étranglées. Ta souffrance est mienne, - en moi, comme si tu étais - encore avec ton frère un nœud - palpitant dans la profondeur - 380 de mon espoir. Je suis ta mère, - ta mère. Je te porte encore. - Oui, je suis à nouveau chargée - de vos poids. Je tressaille encore - de vos sursauts. - -MARC. - - 385 Christ, je souffre pour ton nom! - Mais tu l'as dit: «Si quelqu'un vient - à moi et ne hait pas son père, - sa mère, ses frères, ses sœurs, - plus encore, sa propre vie, - 390 il ne peut être mon disciple.» - Seigneur Christ, je suis ton disciple. - Je suis ton hostie. Je suis prêt. - Exauce-moi! - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Il l'a dit! Ce Dieu, qui vous frappe - 395 de démence, vous a donné - ce commandement! Ah, je sais. - Il a pris sur lui tous les crimes - et toutes les infirmités - du monde. Il est affreux. Il boit - 400 le sang des enfants et des vierges. - Il a saisi les sept enfants - de Symphorose, les sept autres - de Félicité, puis les sept - vierges d'Ancyre... - -MARC. - - 405 Tais-toi! Tu blasphèmes. La mère - criait: «Mes enfants, regardez - en haut, combattez pour vos âmes. - La mort est vie.» - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Ah, ce n'est pas vrai! On vous trompe, - 410 on vous affole, on vous abreuve - de je ne sais quel noir breuvage. - Il y a des Thessaliennes - qui mêlent des philtres atroces - à l'écume de la cavale, - 415 pour la fureur inguérissable. - De quelles herbes souterraines, - de quels fruits lugubres, de quelles - racines arrachées au fond - des paludes mornes où croissent - 420 les pavots du sommeil sans yeux, - et de quels poisons, et de quelles - larmes, et de quelles sanies - se broie le philtre qui vous donne - cette ivresse de la douleur, - 425 cette rage de la torture, - cette frénésie de la mort? - Qui vous a tendu le calice - dans les ténèbres? - -MARCELLIEN. - - Mon frère, mon frère, je tremble. - 430 Hélas! J'ai peur. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Je vous épiais dans ma chair, - de toute ma force attentive, - comme mon prodige incertain. - Parfois les vieux Lares sourirent - 435 de mon ombre, sous leurs guirlandes - neuves, en songeant à la gousse - qui cache le fruit géminé. - Pour vous faire beaux, je mirais - dans le temple et sous le portique - 440 les images belles des dieux. - Quand je sentis le double cœur - battre dans mon âme, je vis - les feux blancs des Gémeaux célestes - éclairer mon âme et la nuit. - 445 Ils brillaient au bout de mes songes - comme sur les mâts des navires, - quand pour vos bouches trop avides, - enfants, le sommeil regonflait - mes seins taris. - -MARCELLIEN. - - 450 Mon frère, mon frère, je tremble. - Mon cœur se fond. - -MARC. - - Christ, je te loue. Sauve-moi! - Garde mon âme, Christ Seigneur, - que je ne sois pas confondu! - 455 Exauce-moi! - -LA MERE DOULOUREUSE. - - O Marcellien, tu es doux. - Tu étais la sœur de tes sœurs. - La déesse berceuse ornait - ton berceau de fraîche aubépine, - 460 pour éloigner les rêves sombres. - Pour suspendre ta bulle d'or - à la poitrine des vieux Lares, - te souvient-il? tu dérobas - la bandelette virginale - 465 qui rattachait le lin docile - à la quenouille de Chrysille. - Nous vîmes derrière la porte - rire les marmousets espiègles - dans leurs niches bleues. Tout à coup - 470 tu rougissais comme l'ourlet - de ta toge prétexte. Pense: - tu viens à peine de quitter - ta dépouille candide! Ils flairent, - tes chiens tachetés, ils te cherchent - 475 dans les coins de ta chambre peinte, - et gémissent. Ils m'interrogent - de leurs prunelles pâles comme - la fumée. Dans la maison triste, - on n'a plus tourné les clepsydres. - 480 La poussière tombe. O enfant, - tu reviendras. - -MARCELLIEN. - - Mère, mère douce, aie pitié! - C'est Dieu que je perds, si je perds - ce combat. Je veux être à Dieu. - 485 Je veux mourir. - -Ici paraît Théodote, porté par ses serfs, la toge ramenée sur son -visage, sans mot dire. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Honte sur nous! Honte sur nous! - Regarde ce vieillard infirme - qui se traîne aux bras des esclaves, - la tête voilée. C'est toi, toi - 490 qui le courbes, toi qui l'écrases. - Regarde-le: car jamais plus - il n'osera lever son front - pour regarder homme vivant. - Tu l'as ployé vers le sépulcre. - 495 Et il aura ses funérailles, - son linceul, ses baumes, sa tombe; - il aura son repos, là où - même le jeu des vents est mort - autour des morts sans nom ni nombre. - 500 Mais vous, mais vous, sans sépulture, - larves noires et tourmentées, - vous errerez sur le rivage - du fleuve noir, dans l'éternelle - nuit, à jamais... - -MARCELLIEN. - - 505 Frère, je crains. Mon âme fuit. - Tu es muet. Dieu m'abandonne. - Et la terreur la plus lointaine - revient à moi. Je ne vois plus - ta face, ô Christ! - -LA MERE DOULOUREUSE. - - 510 Mes fils, mes fils, voilà vos sœurs, - vos cinq sœurs chéries, les cinq doigts - de la main qui porte la rose; - et les compagnes de leurs jeux; - et vos égaux; et les offrandes - 515 pour les dieux saints: le vin, le lait, - l'huile, le miel, les fruits, les orges, - les aromates, les guirlandes; - et le bélier tout blanc, sans tache; - et la chèvre blanche, sans tache; - 520 et aussi des fioles pleines, - des fioles comme des doigts, - pleines du sel divin des larmes, - tièdes de larmes. - -Les cinq sœurs paraissent suivies de quelques compagnes, en un chœur de -neuf voix. Elles sont si jeunes que la dernière est presque une enfant. -Légères et vives comme des oiseaux, pleines de grâces suppliantes et -d'étonnements ingénus, elles apportent dans leurs mains et dans leurs -yeux toutes les images de la vie belle. - -Un autre chœur de neuf jeunes hommes survient, traînant des hosties -vivantes: un bouc aux cornes dorées, une chèvre ceinte d'une branche de -peuplier. - -Les deux chœurs novénaires s'approchent en chantant, et entourent les -deux colonnes où les pieds des captifs sont joints comme les pieds des -Anges. - -CHORVS VIRGINVM. - -Magister Claudius sonum dedit. - -LA PREMIERE. - - Par les bandelettes - 525 qui serrent nos seins, - par l'or qui nous ceint, - les lins qui nous vêtent, - - gémeaux, gémeaux, faites - l'offrande aux dieux saints, - 530 par les bandelettes - qui serrent nos seins! - - Voici l'huile prête, - le lait et le vin; - et le jonc marin - 535 pour ceindre vos têtes - et les bandelettes. - -LA SECONDE. - - A toi, Proserpine, - le fuseau bien tors, - la lampe à rebord - 540 qui trois fois crépite, - - le fil qu'on dévide - en songeant aux sorts, - la poupée de cire - que je berce encor, - - 545 la claire clepsydre, - la navette d'or, - tout ce que j'ai! Fors - mon heur, mon délice: - ma perdrix novice. - -LA TROISIEME. - - 550 Fors ma sauterelle - qui vit, sans regret - des amples guérets, - dans sa claie si grêle, - - tout ce que j'ai, belle - 555 Reine qui soumets - nos âmes si frêles, - je te le promets: - - le miroir, les peignes - d'or, les osselets - 560 d'argent, le filet, - le bandeau, l'ombrelle. - Fors ma sauterelle, - -LA QUATRIEME. - - Par les têtes noires - des grands pavots roses - 565 que le Fleuve arrose - d'une eau sans mémoire, - - ne laisse pas boire - ces lèvres écloses - d'enfants doux qu'égare - 570 la douleur sans cause, - - ô Fleur du Tartare, - Vierge qui exauces - les vierges moroses, - par les têtes noires - 575 des grands pavots roses! - -LA CINQUIEME. - - Et par la grenade - et par les neuf grains - tombés de l'écrin - sur le noir rivage, - - 580 détourne ces âmes - du Portail d'airain, - et par la grenade - et par les neuf grains, - - Épouse trop pâle - 585 du Roi souterrain, - ô toi qui étreins - dans ta main trop pâle - la sombre grenade! - -LA SIXIEME. - - Voici pour l'offerte - 590 la grâce du mois: - l'amande et la noix - à l'écale verte, - - la figue entr'ouverte - et le cône étroit. - 595 Voici pour l'offerte - la grâce du mois. - - J'ai, dès l'aube, experte - du suc et du poids, - cueilli de mes doigts - 600 frais, en nymphe alerte, - neuf fruits pour l'offerte. - -LA SEPTIEME. - - Voici des gâteaux - au miel de l'Hymette, - sur une tablette - 605 en bois de bouleau. - - J'ai fait le gruau - d'une main bien nette. - Voici les gâteaux - au miel de l'Hymette. - - 610 J'ai pour le fourneau - quitté la navette. - Et sur ma tablette - bien lisse, tout chauds, - voici mes gâteaux. - -LA HUITIEME. - - 615 Et voici la coupe - que vous verserez, - de vin soutiré - sans remuer l'outre; - - le ligustre souple - 620 et l'anet des prés - pour ceindre la coupe - que vous verserez; - - la résine rousse - et le miel doré, - 625 pour vous desserrer - la bouche qui boude - au bord de la coupe. - -LA NEUVIEME. - - La flûte d'agate, - dont le son reluit, - 630 je l'ai dans l'étui - bien clos qui la cache. - - J'ai celle des Panes, - aux tuyaux enduits - de cire tenace - 635 que mon air bleuit; - - et celle d'enfance, - à deux trous, en buis, - dont je joue la nuit, - couchée dans la paille, - 640 pour tromper la caille. - -CHORVS JUVENVM. - -Magister Claudius sonum dedit. - -LE PREMIER. - - Des flûtes, des flûtes - pour danser en rond! - Et nous traînerons - par la corde rude - - 645 le bélier hirsute - qui cosse du front. - Des flûtes, des flûtes - pour danser en rond! - - Entre orteil et nuque - 650 l'âme est un arc prompt. - Et nous traînerons, - la chèvre camuse. - Des flûtes, des flûtes! - -LE SECOND. - - O dieux! Qu'on égorge - 655 le taureau puissant - et le bouc qui sent, - hosties à l'œil torve! - - Que l'autel déborde - de vin et de sang! - 660 Qu'il soit une forge - de feu rugissant! - - Qu'il crépite d'orges, - qu'il fume d'encens! - Que les dieux présents - 665 reçoivent la force - jaillie de cent gorges! - -LE TROISIEME. - - Par la pendaison - de cet esclave ivre, - qu'il est doux de vivre - 670 près de l'échanson! - - O roue d'Ixion, - ô roc de Sisyphe, - grandeur du lion, - beauté du supplice! - - 675 Par la pendaison - de cet esclave ivre, - qu'il est doux de vivre - au vent des chansons! - Salut, Ixion. - -LE QUATRIEME. - - 680 Que la vie est belle! - Que les dieux sont beaux! - Voici le Feu, l'Eau, - l'Air, l'Ame, la Terre. - - Il y a l'arc, l'aile, - 685 les jeux les travaux. - Que la vie est belle! - Que les dieux sont beaux! - - O douleur nouvelle - éteins les flambeaux, - 690 ouvre les tombeaux, - ceins-toi d'asphodèle. - Que la vie est belle! - -LE CINQUIEME. - - Venez au gymnase, - gémeaux, voir sourire - 695 le dieu palestrite - coiffé du pétase. - - On lutte. On se rase, - avec la strigile - courbe, la peau grasse - 700 de sueur et d'huile. - - On verse, du vase - délicat d'argile - qui pend, vin d'Égine - bien frais dans la tasse. - 705 Et on se délasse. - -LE SIXIEME. - - Vous êtes gémeaux. - Tels les Tyndarides - aux belles cnémides - dompteurs de chevaux. - - 710 Ah, prendre aux naseaux - l'étalon numide - tout blanc, dont la peau - est un feu humide; - - ceindre du fronteau, - 715 tenir par la bride - cette flamme lisse - à quatre sabots; - bondir au garrot! - -LE SEPTIEME. - - Il y a la gloire. - 720 On dompte les hommes. - On hume l'arome - du laurier qu'on froisse. - - Et des reines noires - suivent le Triomphe - 725 On les apprivoise - comme des lionnes. - - L'or de la Victoire - creuse ta main moite. - Une immense angoisse - 730 gonfle ta gorgone. - Io! C'est la gloire. - -LE HUITIEME. - - Il y a l'ivresse, - de profonds celliers. - On peut tout lier, - 735 plier par un geste. - - Il y a l'ivresse, - la fleur du pommier, - des amours qu'on tresse - en dansant nu-pieds; - - 740 la fleur de la fève, - le col du ramier; - l'Ourse, le Bouvier, - Orion; les rêves; - le tranchant du glaive. - -LE NEUVIEME. - - 745 Tu vois luire l'aube - comme ta lueur. - Rosée, fraîche sœur - de la larme chaude! - - Des marchands de Rhodes - 750 t'apportent, par cœur, - de nouvelles odes - comme du bonheur. - - Tu attends aux môles - d'Ostie, le soir, leurs - 755 nefs qui ont la Fleur - sur la proue très haute. - Tu flaires leurs baumes... - -Ici le courage des jeunes prisonniers commence à mollir. Marc lutte -encore, fermant les paupières, serrant les lèvres, retenant son souffle, -de peur qu'il ne lui échappe quelques paroles qui puissent le perdre. -Mais Marcellien incline vers ses sœurs son visage tout humide de larmes; -il les regarde, il les nomme par leurs noms si chers. Et elles cherchent -à dénouer les nœuds rudes, se haussant sur la pointe des sandales, -allègres et prestes. - -MARCELLIEN. - - Chrysille, Télésille, sœurs - douces! Junie! Flavie! Mes sœurs, - 760 que faites-vous? que faites-vous? - Otez de mon front la guirlande! - On ne peut pas nous délier, - on ne peut pas, on ne peut pas. - Ote la guirlande, Épione, - 765 je te prie! Mes sœurs, mes sœurs douces, - que faites-vous? - -LE PREFET. - - O jeunes hommes inculpés, - Marc et Marcellien gémeaux - de Théodote, voulez-vous - 770 enfin obéir au clément - Empereur? Réponds, Marc. Réponds, - toi, Marcellien. Voulez-vous - sacrifier aux dieux de Rome, - aux douze dieux grands de l'Empire - 775 et à l'effigie de César? - Greffier, écris. - -Ici, tout à coup, Sébastien rompt son immobilité vigilante. Et le son -inattendu de sa voix frappe de stupeur et de frayeur les hommes, comme -l'éclat soudain du tonnerre. - -LE SAINT. - - Athlètes du Christ, répondez! - Répondez la parole forte! - Dardez la réponse de fer! - 780 Je prends entre mes poings le rouge - cœur nu de votre foi, mes frères, - puisque vos poignets sont liés; - et je le hausse vers le haut - ciel où la couronne éternelle - 785 est suspendue pour votre gloire. - Je vous adjure, par le sang - qui dégoutte de cette paume - percée comme la paume sainte - contre la barre de la Croix! - 790 Dieu vous entend. - -Ici les jumeaux tournent vers le juge leurs fronts raffermis, et crient -de leurs voix claires. - -MARC. - - Jamais. Je confesse le Christ. - -MARCELLIEN. - - Jamais. Je confesse le Christ. - -MARC. - - Jamais. - -MARCELLIEN. - - Jamais. - -Ici la tourbe païenne se soulève en tumulte. - -LES GENTILS. - - --La voûte s'écroule! - --Les pierres - 795 se fendent! - --Tout est renversé. - --Avez-vous entendu? - --Tout est - souillé, foulé. - --Sébastien, - Sébastien, quelle démence, - quelle rage s'empare aussi - 800 de toi? - --Le chef des sagittaires, - l'ami d'Auguste, est infidèle - à son maître! - --Regardez-le! - Il est debout dans le délire. - --Lui, l'ami d'Auguste, il exhorte - 805 les coupables à mépriser - l'édit! - --Ils fléchissaient déjà, - les jeunes gens. - --Ils étaient prêts - au sacrifice. - --Il les enivre - par la vue de son sang. - --Il laisse - 810 couler son sang pour simuler - la crucifixion de l'Homme - à tête d'âne. - --Il a percé - sa main gauche par artifice. - Et il a invoqué la croix. - 815 Avez-vous entendu? - --J'entends, - j'entends, moi, claquer les fouets - des bestiaires. Aux lions! - Aux lions! - --Non, ce n'est pas vrai. - Il est hors de lui-même. Il porte - 820 un maléfice. N'avez-vous - pas vu se rapprocher de lui - soudain cette femme étrangère - et tremper le lin dans la plaie? - Il porte un maléfice occulte. - 825 --Regardez-le! Regardez-le! - --Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. - Toi, toi, bel Archer, toi, si beau! - Toi, plus beau que l'adolescent - de Bithynie, le Bien-aimé - 830 d'Hadrien, le divinisé - d'Égypte! - --Il ressemble à Mercure - souterrain qui hante la route - inévitable. - --Il a bondi - du socle, frère des statues - 835 divines. - --Il a fait un songe. - Il se réveille. - --Secoue-toi! - Tu es trop beau. Renie, renie - ton sacrilège. - --Viens! Allons, - allons immoler des brebis - 840 à Cérès qui porte les lois, - au Soleil qui voit l'avenir. - --Il faut boire, et frapper la terre - d'un pied libre. - --Va-t'en! Va-t'en! - --On étouffe! On étouffe comme - 845 dans l'étuve. - --Et la puanteur - des lys! - --Et ce relent lugubre - des offrandes non présentées! - --Crie fort! - --Les oreilles bourdonnent - de murmures magiques. - --Tous - 850 ces esclaves puent, sentent pire - que le bouc. - --Et ne tracez pas - des mots magiques sur les dalles. - --Et ne parlez pas bas aux dieux - infernaux. - --O Chef, Chef cruel, - 855 tu nous a trahis, tu nous as - trahis pour cet Asiatique - mort au gibet! - -Sébastien reste debout et inébranlable, sans répondre. La mère des -confesseurs s'élance contre lui, désespérée. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - O maudit, maudit, tu m'arraches - mes fils malheureux, mes enfants - 860 égarés. Tu me les arraches - quand ils allaient tendre leurs bras - déliés vers toutes mes larmes - souriantes, que je sentais - refluer à mon sein aride - 865 comme le lait de ma douleur! - Qui es-tu? qui es-tu, si jeune - et si terrible, mâle avec - ce beau visage de Furie? - Qui es-tu qui offres de rouges - 870 cœurs à tes autels et promets - des couronnes d'astres à ceux - que tu traînes là-bas dans l'ombre - où tout finit? - -Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur. - -LE SAINT. - - Je suis l'esclave de l'Amour. - 875 Je suis le maître de la Mort, - Femme, et je te connais. Je sais - que je toucherai le cœur rouge - au fond de ta poitrine aride - qu'enfle le lait de la douleur. - 880 Je te connais, femme. Tu es - marquée du sceau mystérieux. - Tu auras un jour ton martyre, - ta couronne et ton allégresse. - Il te regarde. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - 885 Qui me regarde? Tu m'effraies. - Le frisson me traverse toute, - comme une épée. - -LE SAINT. - - Il t'a choisie déjà. Tu trembles. - Tu es élue. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - 890 Tu m'effraies Non, je ne veux pas! - Que fais-tu de moi? que fais-tu - de mon âme? mes fils, mes fils, - vous me voyez, vous me voyez. - Quelqu'un m'entraîne. - -LE SAINT. - - 895 C'est Lui, c'est Lui. Car du haut ciel - Il fond et saisit, comme l'aigle - foudroyant. Il saisit, soulève, - emporte, dans les battements - de sa grandeur. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - 900 Où est-il? où est-il? J'ai peur. - J'ai peur de me retourner. Laisse, - oh, laisse-moi reprendre haleine! - Tu me vois: je suis pantelante. - Mes fils, m'avez-vous appelée? - 905 Dois-je venir? J'entends des cris, - les cris de cet aigle, les cris - du ravisseur. Il vous saisit, - il vous soulève, il vous emporte, - Faut-il venir? Faut-il mourir? - 910 Me voici prête. - -Effarées, agitées, ses filles tendent vers elle leurs bras nus. - -LES CINQ VIERGES. - - O mère, mère! - -LE SAINT. - - Tu as proféré la parole! - Femme, Il a parlé par tes lèvres - Martyrs, avez-vous entendu? - 915 Le ciel rayonne. - -LES CINQ VIERGES. - - --O mère, mère, qu'as-tu dit? - --Tu nous déchires. - --Tourne-toi! - --Oh, regarde-nous! Tourne-toi - vers tes filles épouvantées! - 920 --Qui s'empare de toi? Quel mal - te possède? - --Regarde-nous! - --Du dos de ta main tu essuies - ta bouche qui s'emplit d'écume - comme la bouche des sibylles. - 925 --Ressaisis ton âme. Tu es - la proie de l'Enchanteur. - --Nous sommes - toutes tremblantes. - --O malheur! - --O mère, mère! - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Qu'ai-je dit? qu'ai-je dit? Oh, non, - 930 ne tremblez pas! Je vous regarde. - Vous êtes toutes pâles, comme - l'évanouissement des choses - que nous tenions. Vous n'avez plus - en vos mains les offrandes. Vous - 935 me touchez avec vos mains vides. - Vous n'avez plus ni fleurs ni fruits, - ni les vases ni les corbeilles. - Vous avez tout abandonné. - Et les offrandes non offertes - 940 gisent là, sur les dalles, comme - des ordures. Mes dieux, mes dieux, - où êtes-vous? - -CHRYSILLE. - - Mère, mère douce, rentrons, - rentrons. Tu les retrouveras - 945 près de la porte. Laisse-toi - ramener. Ta litière est prête. - Mère, tu souffres. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Et vous les abandonnerez - là, eux aussi, comme les orges - 950 et les huiles? Voyez, voyez - les yeux de vos frères, voyez- - les, grands ouverts, qui nous regardent! - Est-ce que je leur avais fait - des yeux si grands? - -Sébastien lui parle avec une impérieuse douceur. - -LE SAINT. - - 955 Femme, tu ne rentreras pas - dans ta maison. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Est-ce que je leur avais fait - des yeux si grands? - -LE SAINT. - - Tu ne franchiras pas ce soir - 960 ton seuil de pierre. - -LA MERE DOULOUREUSE, - - Ah, si grands que toute l'horreur - en sort et tout le ciel y entre. - Voyez, voyez! - -LE SAINT. - - Jamais plus tu ne reverras - 965 les Lares derrière ta porte. - Tu le savais. - -Ici les filles éclatent en pleurs. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - C'est vrai, c'est vrai. Je le savais. - Je n'ai plus tourné la clepsydre. - Je n'ai plus mesuré le temps - 970 que par les gouttes très amères. - J'ai pris dans l'âtre une poignée - de cendre et je l'ai répandue - sur mes cheveux. Salut, foyer! - Et vous, filles infortunées, - 975 qui étiez pareilles aux doigts - de la main qui porte la rose, - vous serez les cinq doigts béants - de la main qui laisse l'empreinte - ineffaçable sur le mur - 980 fidèle, afin qu'on se souvienne - du meurtre. Adieu. - -Ici les filles s'élancent pour la retenir et l'enlacent. - -LES CINQ VIERGES. - - --Non! Non! - --Où vas-tu? où vas-tu? - que feras-tu? - --Entourez-la, - entourez-la de vos bras, sœurs! - 985 Elle est démente, elle est démente. - --Pour t'enlever, il faut qu'on tranche - nos poignets, qu'on coupe nos bras - jusqu'aux aisselles. - --O sœurs, sœurs, - soyez fortes pour l'entraîner. - 990 --O Bonne Déesse, redouble - la force de notre amour. - --Non, - non, tu n'iras pas! Aie pitié! - --Aie pitié! Comment pourrais-tu - nous jeter ainsi à la honte - 995 et au deuil infini? - --Reviens, - reviens avec nous au foyer! - --Rien ne pourra nous séparer - de toi, dans le nombre des jours. - Je t'en fais serment! - --Je t'en fais - 1000 serment! - --Et moi aussi! - --Et moi - aussi! - --Toujours nous resterons - nubiles, pour l'amour de toi, - mère douce, auprès de ton âtre, - auprès des Pénates voilées. - -Tenant d'une main leur mère égarée, elles ramènent de l'autre leurs -voiles sur leurs têtes et prononcent à voix basse la parole de la -consécration. - - 1005 --Je me dévoue. - --Je me dévoue. - --Je me dévoue. - --Je me dévoue. - --Je me dévoue. - -LE SAINT. - - Vierges, vierges, ne pleurez pas. - Celui qui garde le foyer - 1010 inextinguible a recueilli - ces vœux. Vous aurez vos couronnes, - en mangeant le doux fruit de vie - d'entre les lèvres de la mort. - Il n'y a pas d'autre douceur. - 1015 Je vous le dis. - -La mère se tourne vers lui, dans l'horreur d'une vaine révolte. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - O Archer, Archer sans merci, - et tu les prends, et tu les prends! - Je sais. Je traîne à mes épaules - une grappe lourde de vies - 1020 condamnées. Elles crient déjà - comme des victimes qu'étouffent - mes voiles. Je suis Niobé, - je suis du sang noir de Tantale, - avec toute ma géniture. - 1025 Archer, sous tes traits invisibles, - Repais-toi de mes infortunes - et rassasie-toi de mes deuils. - O fécondité lamentable! - La mort, la mort, de toute part - 1030 la mort. L'amour de toute part - l'affronte. C'est moi qui vous traîne, - filles, c'est moi. - -LE SAINT. - - Il ne tue pas. Il vivifie. - Qu'il te souvienne de la veuve - 1035 de Tibur qui, par fer et feu, - criait: «Mes enfants, regardez - en haut, combattez pour vos âmes. - La mort est vie.» - -LES CINQ VIERGES. - - --Non, nous ne voulons pas mourir! - 1040 --Laisse-nous vivre, laisse-nous - respirer encore! - --Aie pitié - de notre jeunesse. - --Tu vois - tu me vois, comme je suis jeune, - ô mère. Je suis ta plus jeune. - 1045 Je ne veux pas mourir. J'ai peur, - j'ai peur. - --Aie pitié! Laisse-nous - à la lumière! - --Il est si doux - de voir la lumière, de voir - le soleil; et nos dieux sont bons, - 1050 nos dieux sont beaux! - -LA MERE DOULOUREUSE, - - Je ne peux plus les invoquer, - je ne sais plus les implorer. - Tout croule. Tout s'évanouit. - Et mon cœur défaille, mon âme - 1055 est éperdue. - -Ici d'une voix grave et ferme son fils Marc l'exhorte, dressant sa tête -sur l'affaissement de son corps qui n'a plus de soutien sous les pieds -liés. - -MARC. - - Mère, nous sommes en silence. - Notre amour est crucifié. - Sois avec elles. - -LA MERE DOULOUREUSE. - - Je viens, je viens. Je suis à vous. - -Par une volonté plus qu'humaine, elle s'arrache à l'étreinte de ses -filles, qui poussent un cri unanime. Elle marche seule vers les deux -colonnes vivantes. - - 1060 Je suis à vous. Me voici prête, - mes fils. J'entends le battement - de vos cœurs. On a retiré - les soutiens de dessous vos pieds - joints. Et j'entends le craquement - 1065 de vos coudes, de vos genoux, - de vos épaules. Je vous porte. - Je suis chargée de vos deux poids. - Où faut-il monter? où faut-il - descendre? Je saurai sourire. - 1070 Je saurai chanter. Me voici. - J'ai votre faim, j'ai votre soif - J'enfoncerai profondément - ma bouche dans la plénitude - de la mort. Hommes! - -Ici elle se tourne vers les magistrats, les assesseurs, les bourreaux. - - 1075 Hommes, je confesse le Christ. - Je suis chrétienne. Qu'on me lie, - qu'on me frappe. Je sais souffrir. - Je veux mourir. - -Ici les cinq vierges se couvrent entièrement la tête, en se serrant -l'une contre l'autre, près de leur père toujours enveloppé dans sa toge -et taciturne. - -LE SAINT. - - Gloire, ô Christ roi! - -La multitude accrue s'agite, vocifère, alterne les imprécations et les -invocations, les louanges et les outrages, les menaces et les -prophéties, diverse et discordante. L'air s'assombrit. Des -sacrificateurs jettent sur l'autel des poignées d'aromates. On entend -parfois, dans une pause, des femmes sangloter. - -GENTILS ET CHRETIENS, QUELQUES JUIFS, LES ARCHERS ET LES ESCLAVES, -HOMMES ET FEMMES. TOUT LE TUMULTE. - - 1080 --Sébastien, ami d'Auguste, - tu travailles pour le pressoir! - --Tu travailles pour le charnier! - --O Archer impudent, tout oint - de maléfices! - --Maintenant - 1085 on va les entendre chanter - des paroles magiques, comme - Ptolémée, comme Astion, - pour te résister et te vaincre, - ô somnolent! - --Il est malade, - 1090 il est endormi dans la graisse, - de la nuque jusqu'au talon. - --Puisque tout est dit maintenant, - qu'on les tourmente. - --Niobé! - Niobé! - --Et suspendez-la, - 1095 entre ses gémeaux, au sommet - de l'arcade, par une seule - main! - --Voyez Andronique. Il mâche - sa langue bovine. - --Il savoure - la sueur salée qui ruisselle - 1100 dans les rides de ses fanons. - --Allons! Qu'on le secoue! Esclaves, - pincez-le fort aux jambes, vous - qui lui dorlotez sa podagre. - --N'avez-vous pas honte, pourceaux? - 1105 --Debout, debout les serfs! Debout - les serfs! Les temps sont révolus. - --Mère des martyrs, sois louée! - --Non sur la cire des tablettes, - mais ton nom est écrit déjà - 1110 au livre de vie. - --O sort humble - et magnifique! - --Je me courbe - et je baise la terre, en signe - de ton ventre, mère admirable. - --Ils sont fous, ils sont fous. Des sacs, - 1115 des sacs d'ellébore! - --On étouffe. - Tous les foins coupés du Solstice - sont mis ici à fermenter? - --En avez-vous, du foin, aux cornes! - --Si c'est le Solstice, prenez - 1120 les faucilles et moissonnez. - --Ne tracez pas de mots magiques - sur les dalles. - --Levez les dalles, - si vous osez, levez les dalles. - Les morts vont surgir du charnier - 1125 de César. - --Et que les Romains - sachent qu'ils ne sont que des hommes, - rien que des hommes. - --Criez fort, - car votre Sauveur entendra. - Est-il ivre ou somnolent comme - 1130 ce bon juge, que son courroux - ne se déchaîne contre nous? - --O insensés, il était dieu - et il est mort comme un larron. - --On l'a souffleté. - --Il avait - 1135 une tunique sans couture. - Les soldats l'ont jouée aux dés. - --Taisez-vous! Taisez-vous! Le seul - genou de Jésus se dressant - du saint sépulcre vaut tout l'orbe - 1140 de l'Empire. - --Il faut un carnage. - --On ne comprend plus rien. - --Nous sommes - tous enveloppés dans les rets - de la mort. - --Va-t'en! Je te frappe. - --Ils font des onctions magiques. - 1145 Prenez garde. - --Tous ces esclaves - cachent des rouleaux dans les plis - de leurs sayons. - --Il faut attendre. - Le bois du gibet va fleurir. - --Tuez! Tuez! Tuez! - --Il faut - 1150 la lourde épée ibérienne - qui fatigue le baudrier. - --Ardez-les ou bien ils vous ardent. - --Un Phrygien a mis le feu - à trois temples. - --Qui crée, sinon - 1155 le feu? - --C'est la douleur qui crée. - --Ah, c'est trop attendre. Pourquoi, - pourquoi n'abrèges-tu pas l'heure? - --Dieu viendra du Midi. Le Saint - descendra du Mont Pharan. - --Juif - 1160 du Transtévère, tu pourras - nous fournir des vitres cassées. - --O Archer, je veux te bénir! - --Archer de la vie, je bénis - ton œil, ta main, ton arc, tes traits. - 1165 --O Chef, Chef, tu nous as trahis, - tu nous a trahis. - --Tu seras - sculpté dans le basalte noir, - comme Antinoüs. - --O divin! - --Ton parfum est mort, Adonis. - 1170 --Divin meurtrier, toi qui tues - et suscites! - --Qu'on lui arrache - l'arc et le carquois! - --Puisqu'il est - maintenant marqué à la paume - comme un larron, qu'on tranche aussi - 1175 ses pouces! - --Archer, n'aurais-tu pas - Apollon pour complice? - --Il porte - le premier stigmate. - --Il a fait - le serment militaire. Il porte - un autre stigmate. Il est traître. - 1180 --Nul jour ne sera plus ce jour. - --Ce n'est qu'un rêve. - --Je m'en vais. - Ma force est à bout. - --O Beauté, - Beauté, vivre et mourir pour toi! - --Mangeons les offrandes qu'on laisse - 1185 par terre, ces figues sabines. - --On ne respire que des rêves, - les rêves qu'enfantent les fièvres. - --Sus! Que les buccins recourbés - soufflent la bataille! - --O Archers, - 1190 bandez vos arcs et rangez-vous! - --Les Niobides! - --Minotaure, - Minotaure d'Asie, gorgé - de vierges et d'adolescents! - --Elles suivront. On l'a écrit: - 1195 «Une multitude de vierges - suivra ses pas.» - --Elles sont douces - comme ce lait caillé. - --O vierges, - vierges, que ne puis-je vous faire - mourir d'amour! - --Et des bourreaux - 1200 dans les prisons ont violé - des vierges mortes! - --Vous mordrez - la cendre. - --Il faut que tout autel - surnage au sang des adorants. - --Où est le Paradis? - --Ouvrez - 1205 vos portes, ouvrez donc vos portes; - et le Roi de gloire entrera. - --Dieu viendra du Midi. Le Saint - descendra du Mont Pharan. - --Juif - de la porte Capène, viens - 1210 nous vendre tes morceaux de verre. - --Qu'on les écorche vifs avec - des tessons de pots! - --O dieux, dieux - renversés, brisés, effacés - en un jour! - --Soufflez sur le feu! - 1215 Attisez les charbons! - --Va-t'en. - Je nie. - --Rome n'est que la truie - qui se vautre. - --Sur ce charnier - fumant l'Empire pourrira. - --Debout, les forts, les purs, les bons! - 1220 --Hâtez le temps! Souvenez-vous! - --Petit grec, petit grec, je suis - ton maître. - --O serf, ouvre ton âme - pour voir, et tes poignets sont libres. - --Les voies de l'immolation - 1225 sont les plus sûres et le sang - est inépuisable. - --Oh l'horreur, - l'horreur de l'immortalité! - --Mangeons les offrandes. Mangeons - ce raisin sec et ces olives - 1230 en saumure. - --Un fromage rond, - un fond d'amphore, des gâteaux. - --Regarde comme la denture - de l'Éthiopien reluit! - --Les sacrifices vous engraissent - 1235 et le vin des libations - vous fait trébucher. - --Que le vin - vous sorte des narines! - --Jule, - castrat de la Grande Déesse, - qu'est-ce que tu fais sur l'estrade? - 1240 N'as-tu pas même le fouet - du Galle, garni d'osselets? - --Il n'est malade que de crainte, - il n'est ivre que de massique, - stupéfié que par les truffes. - 1245 --Appariteurs, soufflez, soufflez! - --Attisez les charbons! - --Qui donc - le premier foulera la braise? - --Voyez, voyez! Une des vierges - voilée va rejoindre sa mère. - -Une des cinq vierges voilées se détache du groupe et marche lentement -vers les colonnes vivantes. - - 1250 --Elle veut se perdre. - --Épione, - sois louée devant l'Éternel! - --Mais ils connaissent des formules - d'incantation qui préservent - de la douleur. - --Il faut les oindre - 1255 de graisse vile, pour détruire - leurs charmes. - --Voici la seconde! - --Sois louée par le chœur des Anges - ô Flavie! - --Elles étaient belles - comme les yeux sont beaux avant - 1260 de pleurer. - --O dieu Minotaure! - --L'homme a-t-il plus de larmes ou - plus de gouttes de sang? - --Amour, - Amour, sauve-nous! - --Mais c'est toi, - Sébastien, qui les enchantes, - 1265 qui les enivres. - --Et tu seras - sculpté dans le basalte noir, - ô Archer, comme Antinoüs - l'Inconsolable. - --Il est très beau. - Regardez-le! Regardez-le! - 1270 --Et la troisième se détache - et suit les autres. - --Sois louée - par les Trônes et les Ardeurs, - Junie! - --L'étoile des Gémeaux - culmine, ô frères. - --Honnie soit - 1275 la chienne et toute sa portée! - --Que ta langue ne se détache - plus de ton palais ulcéré! - --Non, vous n'allez pas prévaloir! - --Jetez-les dehors! Jetez-les - 1280 dehors! Ils puent. - --Nous forcerons - vos portes avec la cognée. - --Aux tourments! La braise est à point. - --Appariteurs, appariteurs, - tout est donc prêt. - --Et nous dirons: - 1285 «Jamais assez! Jamais assez!» - --La douleur est inépuisable. - --Le son du Verbe fut semé - dans la fertilité du meurtre. - --Violences sur violences! - 1290 --Jamais assez! Jamais assez! - --Qui donc le premier foulera - la braise vive? - -Ici, comme Sébastien est debout, près du feu bas, il s'offre. - -LE SAINT. - - Moi, le premier. - -La multitude ondoie. Les archers entourent leur chef aimé. - -LES HÉRAUTS. - - --Silence. - --Silence. - --Silence. - 1295 Le juge parle. - -Jule Andronique, secoué par les assesseurs, fait des gestes vains. Les -attestations des Asiatiques dominent la rumeur confuse. - -LE PREFET. - - Saisissez l'Archer! Où sont-ils - les sorciers qui... - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Non! On ne peut pas! - --Qu'on l'empêche - qu'on l'empêche! - --Il est libre encore. - 1300 On ne l'a pas jugé. Personne - encore ne peut le soumettre - aux tourments; car il est un Chef, - il est le Chef de la cohorte - d'Emèse, il est l'ami d'Auguste. - 1305 --Il faut qu'avant on le dénonce - à l'Empereur. - --Il faut qu'il soit - jugé par César. - --Et il faut - qu'il soit dépouillé des insignes. - --Qu'on l'empêche de se livrer - 1310 à son délire. - -LE SAINT. - - Archers d'Emèse, archers d'Emèse, - je le ferai. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Entendez le son de sa voix. - On en tremble. Tout cœur tressaille. - 1315 --Il est sacré par la Manie. - --Il est hors de lui-même. Il porte - un maléfice. - --Il est la proie - d'un rêve sauvage. - --O Chef, Chef, - rentre en toi-même! - --Voyez-le. - 1320 Comment pourrait-il se souiller - de ce méfait, étant si beau? - --Tu ne peux pas! - -LE SAINT. - - Archers, si jamais vous m'aimâtes, - je le ferai. - -Ici un jeune homme à la voix harmonieuse lui adresse la suprême -déprécation. - -L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS. - - 1325 Tant que tu portes à ton poing - l'arc d'Emèse garni d'ivoire - et d'or, grand, doublé, à deux cornes, - pur comme la lune nouvelle - et criard comme l'hirondelle, - 1330 (ô Sébastien intrépide, - Chef à la belle chevelure, - écoute-moi) tant que tu portes - suspendu comme la cithare - par la bande pourpre, plus haut - 1335 que l'épaule gauche, le long - carquois oblique à dix-huit dards, - recouvert de peau de panthère, - (ô Sébastien intrépide, - Chef à la belle chevelure, - 1340 écoute-moi) tant que tu portes - dans le carquois à dix-huit dards - neuf et neuf vies d'hommes certaines - de ta certitude, seigneur, - tu ne peux pas. - -LE SAINT. - - 1345 O Sanaé, voici mon arc. - Je le serre dans cette main - que perce un invisible clou. - Il est doublé. Mais le tendon - de bête, qui s'ajuste au fût - 1350 et qui s'y colle de façon - à ne faire qu'un avec lui, - n'est pas inséparable comme - ce filet de sang qui s'y fige, - tu vois, de l'une à l'autre coche - 1355 sans se noircir. - -L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS. - - Nous demanderons aux devins - et aux mages ce qu'un tel signe - montre, seigneur. - -LE SAINT. - - Je le sais. Or, toi, considère - 1360 la figure de l'arc, archer, - puisque tu es marqué par Dieu - qui t'a fait les deux yeux divers, - l'un bleu, l'autre noir, comme jour - et nuit. Tu clos un peu le noir - 1365 quand tu vises le but, afin - que ton regard soit tout pareil - à l'air que traverse le trait. - Je t'ai vu. Regarde. Cet arc - figure la Trinité sainte. - 1370 Le fût est le Père, la corde - est l'Esprit, la flèche empennée - est le Fils qui donna son sang. - Et il n'y aura plus de taches, - sauf la tache du sang tombé - 1375 des mains et des pieds du Seigneur. - Or, cet arc, je te le commets, - et le témoignage vermeil - qui rabaisse l'ivoire et l'or. - Mais je veux lancer ma dernière - 1380 flèche, ô Élus de la cohorte - d'Emèse. A qui? - -Il prend le dard du carquois, par dessus son épaule. Un profond -frémissement se propage dans la multitude entassée. On s'écarte, on -recule. - -DES VOIX. - - --A qui? - --A qui! - -LE PREFET. - - Appariteurs! - -LES VOIX. - - --Il a souri. - --Écartez-vous! - --Qui va-t-il viser? - --Andronique, - 1385 Andronique, prends garde à toi! - -Le goutteux souffle et renifle, dans l'effarement. - -LE PREFET. - - Appariteurs, désarmez-le, - désarmez-le! - -VITAL. - - Sébastien, - que veux-tu faire? - -Les Asiatiques protègent leur chef contre toute atteinte. - -LES VOIX. - - --Il a souri! - --Car il est infaillible. - --Archer - 1390 vairon, ôte-lui l'arc! - --Ils ont - peur, ils ont peur. - --Or qui va-t-il - tuer? - --Non! «Tu ne tueras point.» - Il a dit: «Tu ne tueras point.» - -La quatrième des cinq vierges se détache de Théodote, auquel n'en reste -plus qu'une seule. - - --Sois louée par tous les Archanges, - 1395 ô Télésille! - -Sébastien, ayant bandé l'arc et encoché la flèche, se place entre les -deux colonnes que charge la passion des deux frères. Il plie un genou à -terre, la face vers le ciel. - -LE SAINT. - - Si je suis digne de servir - Ton Fils, le Martyr des martyrs; - si j'ai par ma flamme exalté - sur le feu bas Ta vérité; - 1400 si j'ai reçu du Christ Seigneur - ce stigmate de Sa douleur - dans ma main qui en est plus forte, - Adonaï, Dieu des cohortes - invincibles, Dieu des combats - 1405 sans merci, ô Toi qui abats - le cheval et le cavalier - dans la mer, Toi qui sans bélier - brises les murs des villes fausses, - Dieu de la foudre, exauce, exauce - 1410 cette prière qui s'aiguise - au fer du dernier trait! - -Ici il ajuste le trait; puis, renversant le corps en arrière et -soulevant tout le bras gauche, il tire de toute sa force la corde -jusqu'à la grande veine du cou. - - Je vise. - -Il vise, les empennes contre l'œil. - - Mon Dieu, je te demande un signe, - si je suis digne. - -Il décoche le trait vers le ciel pâle, entre les deux colonnes vivantes, -au-dessus des lys splendides. Et il regarde, encore à genoux. - -Des hommes, des femmes accourent, se pressent, se tendent dans les -entre-colonnements, en grande anxiété. Et tous ils regardent si la -flèche ne retombe pas. - -DES VOIX. - - --On ne voit plus la flèche! - --Oui, - 1415 je la vois, je la vois. - --Non. Elle - va très haut, très haut, disparaît. - --On ne la voit plus. - --Attendez! - --Silence! - -Ils retiennent leur souffle. - - --Elle va retomber! - --Attendez! - --Silence! Silence! - -Ils retiennent leur souffle. - - 1420 --Non, elle ne retombe pas! - --La flèche ne retombe pas! - --Rien ne retombe! - -LE SAINT. - - Gloire, ô Christ roi! - -Ici il se lève et se retourne. - - Et maintenant je me désarme! - 1425 Je suis l'Archer certain du but. - Sanaé, Sanaé, voici - l'arc double, le carquois fourni - de dix-sept sagettes ailées - et le brassard où est gravée - 1430 la figure zodiacale - du Sagittaire criblé d'astres. - Je te les commets. Je les offre - à mes élus de la cohorte - d'Emèse. Voici. - -Il donne à Sanaé l'arc, le carquois, le brassard. Une claire allégresse -l'illumine. Tous les regards dans l'éblouissement sont fixés sur sa -face. Il ne sent que l'ébriété de l'élection certaine. - - Je suis libre! - 1435 Souvenez-vous. Je suis la Cible! - Souvenez-vous de ce terrible - espoir, et que je serai digne - de demander à Dieu des signes - plus éclatants. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - 1440 Sébastien! Sébastien! - Sébastien! - -Derrière les appels des hommes on croit entendre d'autres voix, des voix -chantantes, de divins échos épars dans l'espace lointain, diffus dans -l'immensité du miracle céleste. Tout ici, l'effluve des lys, la fumée de -l'oliban, la chaleur de la braise, l'anxiété des âmes, le silence de -Vesper, tout devient mélodie mystérieuse. - -LE SAINT. - -Magister Claudius sonum dedit usque ad finem. - - Mes frères, mes frères, j'entends - le bruit des chaînes qui se brisent, - le choc de la hache, l'éclat - 1445 de la foudre, les quatre vents - pleins de semences et de cris, - le levain de l'espoir terrible! - Mes frères, mes frères, j'entends - la mélodie du saint combat, - 1450 le chœur divin des sept fléaux, - l'annonciation des astres, - et la marche du nouveau dieu - à côté de l'homme nouveau, - et les lisières de la terre - 1455 frémissantes comme les bords - d'une bannière qu'on déplie, - et le tonnerre qui relie - dans les tombes, l'âme des morts - aux os des morts! - -DES VOIX PARTOUT EPARSES. - - 1460 Sébastien, Sébastien, - tu es témoin! - -Il semble que l'invocation du nom admirable soit portée par un chœur -angélique, près et loin. Soutenu par ses esclaves, accompagné de la -dernière de ses filles, Théodote va rejoindre le groupe dévoué, entre -les colonnes saintes. - -UNE VOIX. - - Sois louée par les Chérubins, - ô toi, la plus jeune, Chrysille! - Toi, par les Dominations, - 1465 ô Théodote, sois loué - dans le haut ciel! - -Maintenant la mère douloureuse, le vieillard infirme et les cinq vierges -occupent l'entre-colonnement et relient par la chaîne de leurs corps les -deux âmes patientes. La force même du feu possède sauvagement l'Archer -désarmé. - -LE SAINT. - - Soufflez de près, soufflez de près, - vite, avec des soufflets de forge! - Agenouillez-vous; et poussez - 1470 vos haleines. Agenouillez- - vous; appuyez-vous sur vos coudes, - enflez vos joues, tendez vos lèvres, - poussez tout le vent de vos âmes - sur les tisons noirs. Que la flamme - 1475 jaillisse, que les étincelles - s'envolent comme des abeilles - ivres, que l'ardeur en devienne - sept fois plus ardente, ô Archers, - Archers, si jamais vous m'aimâtes! - 1480 Que votre amour je le connaisse - enfin, à mesure de feu! - Otez-moi grèves et cuissards, - genouillères et solerets. - Que je sois nu-pieds et nu-jambes, - 1485 comme le vendangeur agile - qui s'apprête à fouler les grappes - rouges dans la cuve fumante! - Apportez les sarments, les ceps, - les branches, les racines mortes, - 1490 les écailles des pins et tous - les roseaux de tout le midi - poudreux de soleil, pour la flamme - soudaine, ô frères; et couvrez - d'un grand bûcher les noirs tisons. - 1495 Je danserai plus haut, plus haut - que la flamme, sept fois plus haut. - Je vous le dis. - -On lui ôte les solerets, les genouillères, les grèves, les cuissards. Il -reste avec les pièces du tronc et des bras sur la nudité de ses longues -jambes sveltes. - - Tueurs, voici, je me désarme. - J'ai renoncé mon arc, lancé - 1500 ma flèche dernière, quitté - mon bon harnois. Et cependant, - voyez, je brûle d'allégresse - comme au début de la bataille - quand les esprits dans le cœur tintent - 1505 comme les dards dans le carquois - et que le nerf tendu de toute - force jusqu'au coin blanc de l'œil, - jusqu'à la veine de la tempe - chaude, crie comme l'hirondelle - 1510 qui se souvient du sang de Thrace, - ô meurtriers. - -Ici il s'avance vers les charbons embrasés. A chaque angle du -parallélogramme, une couple d'esclaves éthiopiens se tient accroupie -pour soutenir sur la voussure du double dos noir et huileux le grand -soufflet de forge à bec de griffon. La rougeur de la braise empourpre -tout le portique; mais déjà le soir tombe sur les jardins, qui en -deviennent plus bleus. Les arcades se remplissent d'azur. Dans le sombre -azur, les hautes gerbes des lys commencent à resplendir d'une candeur -surnaturelle, comme si leurs faisceaux étaient serrés autour d'un esprit -céleste. - -Tout à coup des cris éclatent, la multitude ondoie et gronde. - -DES VOIX JUBILANTES. - - --Miracle! - --Miracle! - --L'aveugle, - l'aveugle, la femme d'Attale! - --Miracle! - --Miracle! - --La femme - 1515 de Venuste, Alcé la muette! - --Écartez-vous! - -LA FEMME MUETTE. - - Tu es saint! Tu es saint! Je parle. - Je te rends grâce. - -LA FEMME AVEUGLE. - - Tu es saint! Tu es saint! Je vois. - 1520 Je te rends grâce. - -LES VOIX JUBILANTES. - - --Miracle! - --Miracle! - --Miracle! - --O guérisseur! - --Libérateur! - --Tu prévaudras. - -Sébastien ne tourne pas la tête, ne semble pas entendre. Il est au bord -de la braise comme à la lisière d'une prairie. - -LE SAINT. - - Me voici prêt, me voici prêt! - 1525 Mes pieds sont nus pour la rosée - du Seigneur, et nus mes genoux - pour l'alternance merveilleuse. - O gémeaux, accord de la double - flûte, bras de la grande lyre, - 1530 chantez la gloire du Christ roi, - et notre amour! Chantez une hymne - qui arde jusqu'à leurs oreilles - scellées, jusqu'à leurs cœurs inertes! - Frères, que serait-il le monde - 1535 allégé de tout notre amour? - -Il entre dans le parallélogramme de feu. Et les premiers mouvements de -la danse extatique allègent ses pieds comme si les Anges avaient noué à -ses chevilles des talonnières invisibles. - - O doux miracle, doux miracle! - Les lys! Les lys! - -Les engins de bois, de cuir, de fer et de vent accompagnent la danse -avec une sorte de respiration titanique. Les jumeaux entonnent leur -hymne. Les femmes et les esclaves sont entraînés dans le vertige de la -douleur et de l'allégresse. On entend toujours le nom admirable, invoqué -par des voix humaines et surhumaines. - -LES VOIX. - - Sébastien, Sébastien, - tu es témoin! - -CANTICVM GEMINORVM. - - 1540 Hymnes, toute l'ombre s'efface. - Dieu est et toujours sera Dieu. - Célébrez Son Nom par le feu. - Le soleil terrible est Sa face. - - Il vient. Il séchera Sa race - 1545 vile, comme un marais boueux. - Hymnes, toute l'ombre s'efface. - Dieu est et toujours sera Dieu. - - Chantez les œuvres de Sa grâce, - louez Ses œuvres, en tous lieux. - 1550 Semez Son Nom mystérieux - dans les poussières de l'Espace. - Hymnes, toute l'ombre s'efface! - -Ici la mère se découvre, le vieillard se découvre; et ils regardent, -ravis. Les cinq vierges apparaissent hors des voiles, avec des visages -illuminés. Elles haussent la gorge comme des colombes, pour chanter le -chant de leurs frères. - -LE SAINT. - - Je danse sur l'ardeur des lys. - Gloire, ô Christ roi! - 1555 Je foule la blancheur des lys. - Gloire, ô Christ roi! - Je presse la douceur des lys. - Gloire, ô Christ roi! - -Ce que son âme crée, ses pieds l'effleurent. Il semble s'alanguir comme -dans la danse ionienne, et tout à coup il se renverse et se retourne -comme le guerrier qui dans la pyrrhique frappe du javelot le bouclier. - - J'ai les pieds nus dans la rosée! - 1560 J'ai les pieds sur le blé qui pousse! - Je bondis comme l'eau des sources! - Je t'aime, Roi. - -Dans une ineffable ambiguïté, le délire alterne avec l'extase, l'ardeur -avec la liesse, la saltation guerrière avec la jubilation nuptiale. -Toutes les fraîcheurs qu'engendre le printemps de son âme, il les -éprouve avec sa chair empourprée par le reflet de la braise. Mais, dans -les entre-colonnements, les sept gerbes de lys ont l'aveuglant éclat des -lumières séraphiques. Une mélodie indistincte semble surgir derrière -l'hymne des sept enfants voués. - - C'est comme si j'avais une âme - faite avec des feuilles de saule, - 1565 comme si mes veines étaient - faites de musique et d'aurore! - C'est comme si je secouais - un givre d'étoiles sonore! - Je t'aime, Roi. - -Il n'y a plus que le délire et l'extase, n'y a plus que la rougeur des -feux bas et la candeur des hauts lys. Maintenant la salutation -séraphique surmonte l'hymne terrestre. - -CHORVS SERAPHICVS. - - 1570 Salut, ô Lumière, - Lumière du Monde, - Croix large et profonde, - Très-haute Bannière, - Hampe tutélaire - 1575 et Verge fleurie, - Signe de victoire - et Palme de gloire - et Arbre de vie! - -LE SAINT - - J'entends venir un autre chant. - 1580 J'entends les sept luths éternels. - Les lys font toute la lumière. - Ils font toute la mélodie. - Vous les fauchez, et ils renaissent. - Vous les brisez, ils sont debout. - 1585 Ils ont la tige impérissable. - Voyez, voyez! Ils me regardent - comme des Anges couverts d'yeux - pour l'épouvante. - -Le rayonnement des grandes gerbes paradisiaques a vaincu la force des -feux bas. Tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent sont frappés de -stupeur et de terreur. Et la transfiguration s'accomplit. Sept -Séraphins, sept Lumières de la hiérarchie lumineuse, surgissent des -gerbes et s'avancent dans les entre-colonnements. Ils chantent: -l'immensité de leurs voix semble la porte ouverte du Ciel. - - Voici les sept Témoins de Dieu, - 1590 les Chefs de la Milice ardente. - -Les femmes, les esclaves, les magistrats, les soldats, les bourreaux, -tous ceux qui voient, tous ceux qui entendent, sont tombés, la face -contre les dalles. Mais les jumeaux semblent faire un seul corps et une -seule clarté avec les colonnes unanimes qui soutiennent le portique du -Nouveau Jour. - - Tout le ciel chante! - -EXPLICIT - -PRIMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM INCRVENTVM - - - - -_LA SECONDE MANSION_ - -LA CHAMBRE MAGIQUE - - - - -LES PERSONNAGES. - - -LE SAINT. - - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - -LES SEPT MAGICIENNES: - -PHOENISSE. - -ILAH. - -HASSUB. - -JARDANE. - -ATRENESTE. - -PHERORAS. - -HYALE. - - -L'AFFRANCHI GUDDENE. - -L'ACOLYTE PHLEGON. - -LE LECTEUR EUTROPE. - - -LES CATECHUMENES ADOLESCENTS: - -HERMYLE. - -GORGONE. - -ATHANASE. - - -LES ZELATEURS: - -THEODULE. - -CYRIAQUE. - -NARCISSE. - -BASILE. - - -L'EUNUQUE ZACHLAS. - -L'INTENDANT HELCITE. - - -LES ESCLAVES: - -DEBIR. - -MENES. - -PANTENE. - -LUCIPOR. - -CORDULE. - -ALCE. - -NADAB. - -LE DECAN. - - -LE COCHER DU CIRQUE. - - -LA TOURBE DES ESCLAVES, DES AFFRANCHIS, DES NEOPHYTES, DES ZELATEURS. - - -LA VOIX DE LA VIERGE ERIGONE. - - -LA VOIX DE LA VIERGE MARIE. - - - - -On aperçoit une voûte en ellipse, d'une matière si polie qu'elle renvoie -toutes les images, à la façon d'un miroir concave. Une porte -rectangulaire à deux vantaux, vaste comme le portail d'un temple, est -fermée dans la paroi du fond. On y monte par sept degrés peints des -couleurs planétaires, comme les sept étages de Ninive, les sept -enceintes d'Ecbatane. Deux idoles solaires, deux colosses entièrement -vêtus de spires serpentines jusqu'aux pieds onglés et ailés, tenant dans -les deux mains deux clefs symétriques, supportent le linteau monolithe -où est gravée une inscription chaldéenne. La face du Soleil et la face -de la Lune brillent sur les vantaux de bronze aux gonds énormes. - -A droite et à gauche, percées dans la courbe extrême de la voûte qui -retombe et s'appuie sur les dalles, deux issues basses, noires d'ombre, -semblent les bouches de deux longs couloirs dédaléens. - -Des chaînes d'or enchaînent à sept cippes triangulaires sept femmes -coiffées de mitres et habillées de robes traînantes. Chacune, dans la -cavité de chaque cippe, entretient le feu coloré de chaque planète. Et, -comme elles se penchent sur les creusets occultes, leurs visages se -colorent diversement entre leurs tresses tordues en cornes de bélier. La -magicienne de Saturne a le visage livide, presque noir; la magicienne de -Jupiter l'a rouge clair; la magicienne de Mars, rouge sombre; la -magicienne de Mercure, bleu; la magicienne de Vénus, changeant; la -magicienne de la Lune, argenté; la magicienne du Soleil, tout or. A -leurs pieds gisent des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles, -des coupes, des tablettes. Et, penchées, elles épient les fusions -sublimes, à travers leurs masques planétaires qui tour à tour s'avivent -et pâlissent en dégradant par d'indicibles nuances. - -Comme la sirène qui souffle dans la nacre de la conque tordue, chacune -chante profondément dans le charme de la pierre creuse. - -PHOENISSE. - -Magister Claudius sonum dedit. - - Un nouveau Signe est dans l'espace. - Un royaume trouve son roi. - Le jour tremble. La nuit s'efface. - -ILAH. - - 1595 O Temps, ô Temps, sable fugace - et goutte d'eau pâle qui choit! - Un nouveau Signe est dans l'espace. - -HASSUB. - - O Rêve, entre la vie qui passe - et la mort qui dure, isthme étroit! - 1600 Le jour tremble. La nuit s'efface. - -JARDANE. - - Ame frêle dans la chair lasse, - ivre d'espoir, folle d'effroi! - Un nouveau Signe est dans l'espace. - -ATRENESTE. - - Il paraît. Qui est-ce qui lace - 1605 la sandale de son pied droit? - Le jour tremble. La nuit s'efface. - -PHERORAS. - - Il monte. Son front est la place - de la lumière, qu'Il accroît. - Un nouveau Signe est dans l'espace. - -HYALE. - - 1610 Les mers sont les bords de sa tasse, - l'aube est une perle à son doigt. - Le jour tremble. La nuit s'efface. - -PHOENISSE. - - Dans l'amour est toute la grâce. - Le sourire est la seule loi. - 1615 Un nouveau Signe est dans l'espace. - Le jour tremble. La nuit s'efface. - -L'ombre qui tombe de la voûte est éclairée par les sept figures -immobiles des Voyantes, comme par sept lampes magiques. Ici, soudain, -éclate l'appel de Sébastien dans l'obscurité du dédale. - -LE SAINT. - - A moi, Guddène! A moi, Phlégon! - J'ai trouvé l'issue. Entends-tu - ma voix, Guddène? Les détours - 1620 sont douteux. Ne t'égare pas! - -Il s'élance. Il a l'aspect farouche du destructeur. Un marteau pesant -est à son poing, le marteau du tailleur de pierre, à deux têtes dont -l'une armée de pointes pour entamer le bloc. Comme il découvre la grande -porte, il monte impétueusement les marches de l'escalier. - - La porte! La porte! Je vais - t'arracher de tes gonds scellés. - -Il frappe avec son marteau le vantail retentissant. Les femmes aux -chaînes, sans détourner du cippe leur visage illuminé, jettent un cri -d'effroi. - - Qui êtes-vous? - -Il est debout sur le septième degré, s'adossant au vantail du Soleil, -qui semble porter dans son disque la tête juvénile pareille au chef du -Baptiste dans le plat d'or suspendu. - -LES MAGICIENNES. - - Qui es-tu? Qui es-tu? - -LE SAINT. - - Vous êtes - 1625 enchaînées à l'œuvre des charmes, - magiciennes. - -Elles sont toutes frémissantes dans la fixité de leur vision, comme des -arbustes feuillus qu'un vent bas agiterait sans mouvoir la fleur de la -cime. - -LES MAGICIENNES. - - Nous avons vu, nous avons vu - la grande image. - -PHERORAS. - - Mais nous ne pouvons pas encore - 1630 nous détourner, seigneur, si même - tu es un dieu. - -LE SAINT. - - Qui êtes-vous? - -HASSUB. - - Observe nos faces penchées. - Nous gardons les feux des planètes. - 1635 Vois-tu les aspects des métaux - qu'elles engendrent, aux couleurs - de nos faces? - -La réverbération du feu secret dans la cavité du cippe devient de plus -en plus forte, suivant le rythme incantatoire. Une anxiété croissante -exalte ou rompt la voix de celle qui évoque les aspects de l'avenir. - - Je suis Hassub. - Je suis gardienne de Nabou, - que les Latins nomment Mercure. - 1640 Ne suis-je pas bleue comme l'ombre - de l'âme où la pensée repose - pareille à un éclair voilé, - comme l'ombre où lente mûrit, - pareille au saphir solitaire, - 1645 la parole qui changera - le monde et vaincra le tombeau? - Mais d'où viens-tu? Quel dieu, quel maître - apprit à tes lèvres si jeunes - les blasphèmes impérissables? - 1650 Qui est contre toi? Tout l'azur - rayonne. Lumière! Lumière! - Lumière! Tu te tiens debout, - cambré comme l'arc de tes lèvres - dans le sourire. Tu parais - 1655 hérissé de rayons. Tu portes - la couronne d'or et la palme. - Ah, qui es-tu? - -Le feu s'éteint, la figure s'éteint comme les pierreries de la mitre. -Semblable à une larve morne, la femme s'affaisse sur la dalle, contre le -cippe, dans ses propres chaînes; et elle y reste accroupie, silencieuse, -près des coffrets, des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes, -des tablettes. - -PHOENISSE. - - Je suis Phœnisse, la gardienne - de Dilbat qu'on nomme Vénus - 1660 la déesse mère de Rome, - la fleur de la vague fleurie, - volupté d'hommes et de dieux. - Tu la dédaignes! Ses statues - s'écroulent. Regarde, regarde - 1665 mon visage changeant! Mon cœur - malade ondoie dans la mer chaude - de Phénicie. L'écume est comme - la bave des pleureuses lasses - de crier leur désir. J'entends - 1670 les lamentations des femmes - qui déchirent tous les nuages - du soir et du benjoin. Je vois - le bel Adolescent couché - sur le lit d'ébène. Une fraîche - 1675 blessure est sur sa cuisse blême. - Les femmes s'acharnent. Des roses - naissent du sang, des anémones - naissent des larmes. Il est mort, - le Bien-aimé! - -Elle renverse la tête en arrière, éteinte. Elle s'écroule comme un -monceau de cendres. Elle reste au pied du cippe, avec ses chaînes, comme -l'esclave morte de fatigue qui s'abat au pied de la meule sans quitter -la sangle. - -PHERORAS. - - 1680 De l'or! De l'or! Je vois de l'or - qui resplendit, de l'or qui tombe, - de l'or qui couvre et qui étouffe; - des colliers, des anneaux, des torques, - sans nombre, sans nombre; des choses - 1685 étincelantes et pesantes - sans nombre, le poids du trésor, - le supplice du métal jaune; - car je suis Phéroras, gardienne - de Jupiter. Et l'Empereur - 1690 te regarde, vers toi s'incline, - halette. Tu as dans ton poing - sa victoire d'or. Mais tu souffres, - tu souffres. Sur toi le tonnerre - triomphal des buccins résonne. - 1695 Tu appelles ton dieu, tu nommes - un seul dieu devant tous les dieux. - Des hommes crient au sacrilège. - Orphée! Orphée! - -Elle n'a plus de couleur. Toute blême, elle tend ses bras enchaînés; -puis, elle semble se casser comme la tige du pavot frappé par la verge. -A terre, elle incline la tête sur ses genoux soulevés. - -JARDANE. - - Apollon! Apollon! On coupe - 1700 les cordes à la lyre, comme - une chevelure tendue. - On la tient par l'une des cornes - d'ivoire, comme une victime, - pour la mutiler. On entend - 1705 des cris. Tu es impie, tu es - impie. Tu offenses mon dieu. - Je suis Jardane, la gardienne - du grand luminaire Samas, - nommé par les hommes Soleil, - 1710 Paian Lyre-d'or, Arc-d'argent. - La lyre heptacorde, figure - des sphères chantantes, est-elle - un gibet? Pourquoi étends-tu - les deux bras, joins-tu les deux pieds - 1715 comme les esclaves en croix? - Tu pourrais encore être un dieu, - avoir ton temple. Pourquoi donc - veux-tu mourir? - -Elle s'abandonne sur le cippe éteint comme la pleureuse sur la stèle -funèbre. Elle s'y accoude; elle appuie son front sans rayons sur ses -poignets croisés. - -ILAH. - - Tu ne meurs pas, tu ne meurs pas - 1720 de cette mort. Je sais mieux voir. - Je vois jusqu'au plus obscur coin - des douze lieux. Je suis Ilah. - Je forge la lame de plomb. - Je suis gardienne de Saturne, - 1725 de la planète meurtrière. - Les crimes rougissent les pieds - vains du Temps qui foule sans bruit - de gros caillots rouges et mous - comme tes anémones. Suis-je - 1730 livide, du menton au front, - comme la violette ou comme - la meurtrissure? Tu me troubles, - tu me troubles. Les profondeurs - tressaillent. Des ombres surgissent - 1735 pareilles aux feuillages morts - d'un arbre noir chassés de tombe - en tombe par le vent stérile. - Tu es resplendissant de plaies. - Tu es comme criblé d'étoiles. - 1740 Autour de toi des ailes battent. - Tu as la couronne et la palme. - Ah, qui es-tu? - -Obscurcie, elle palpite encore sur la dalle froide. Puis, elle compose -en rond son long corps souple, comme le lévrier qui s'endort après la -chasse. - -ATRENESTE. - - Que de fer! Que de fer! C'est Mars - qui l'engendre, nommé Nergal - 1745 outre mer. Je suis Atreneste, - qui garde l'astre destructeur. - J'ai dans une gaine une épée - qui embaume des deux tranchants, - parce qu'elle a coupé les herbes - 1750 dans le jardin de Proserpine. - Et tout le reste est sang et rouille. - La nuit tombe. L'arbre est sans fleur. - Et toute ton âme est sur toi - comme de la pourpre sans plis. - 1755 Pour quel amour, pour quel espoir, - pour quelle éternité meurs-tu? - Qui met son souffle entre ton cœur - et tes lèvres? Je vois des fers - aiguisés, des fers empennés. - 1760 Le premier te frappe au genou, - se fixe en tremblant dans le nœud - de l'os; mais le dernier te perce - d'outre en outre la veine chaude - où le cou se joint à l'épaule... - 1765 Tu souris! Tout le ciel vivant - est suspendu comme un regard - entre la larme de Vesper - et ce sourire. - -Décolorée comme son charme, elle vacille et tombe sur ses genoux. Puis -elle s'assied sur ses talons et demeure, les bras allongés sur ses -cuisses, comme inanimée, semblable à ces vases funéraires dont le -couvercle est une tête divine. - -HYALE. - - Ils dressent, ils dressent le corps - 1770 vivant sur leur autel de pierre - comme la statue sur le socle! - Il n'a plus de sang, il est pur; - car même les veines des dieux - charrient la rougeur du désir - 1775 plus salée que l'eau de la mer. - Il n'a plus de sang, il est pur. - Il est plus divin que le marbre, - plus doux que la perle sculptée, - plus pâle que toutes les choses - 1780 les plus pâles. Je suis Hyale, - la gardienne du luminaire - exsangue que les mortels nomment - Lune. Et à mes yeux sont connues - toutes les pâleurs de la Terre, - 1785 de la Mer, du Ciel, de l'Hadès, - et des rêves, - -Lentement, lentement, dans le cippe cave, le métal lunaire se refroidit, -bleuit, faiblit. - - de tous les rêves - qui renaissent, de tous les rêves - évanouis... - -La gardienne de Sin semble s'écouler le long de la pierre comme une -nappe d'eau silencieuse et lisse. Une lueur vague hésite encore sur sa -figure entourée de tresses violettes, semblable à la lueur des méduses -marines. Elle reste ainsi effacée dans les plis de sa robe, les paumes -creuses comme celles où l'on s'abreuve aux bords du Léthé. - -La voûte s'emplit de nuit souterraine. Le Jeune Homme, enveloppé de -songes et de sorts, est encore debout contre la porte de bronze. Et, -soudain, un chant pur se lève au delà du seuil infranchissable. - -ERIGONEIVM MELOS. - -Magister Claudius sonum dedit. - - Je fauchais l'Épi de froment, - 1790 oublieuse de l'asphodèle; - mon âme, sous le ciel clément, - était la sœur de l'hirondelle; - mon ombre m'était presque une aile - que je traînais dans la moisson. - 1795 Et j'étais la Vierge, fidèle - à mon ombre et à ma chanson. - -C'est le cristal doré d'une voix virginale qui se courbe sur l'âme comme -un ciel d'août. Anxieux, le Jeune Homme écrase sa joue contre le -vantail. Les Voyantes soulèvent leur tête grave de sommeil et -l'inclinent vers la mélodie. Elles murmurent en rêve. - -HYALE. - - Elle est Erigone, la Vierge. - -PHOENISSE. - - Elle est Erigone. - -ATRENESTE. - - La Vierge - à l'Épi d'or! - -LE SAINT. - - 1800 Gardienne de la porte close, - créature d'enchantement, - écoute-moi, femme ou démon, - écoute! Je veux que tu m'ouvres, - femme ou démon. - -ERIGONE. - - 1805 Enfant d'un mortel, qui es-tu? - Je te vois à travers l'airain - sonore. Je te vois. Tu es - beau dans ta fleur, comme le dieu - qui m'aima, le dieu bondissant - 1810 porteur de thyrse. - -LE SAINT. - - Entends-moi! Je veux que tu m'ouvres, - femme ou démon. - -ERIGONE. - - Tu as les yeux noirs et la longue - chevelure du dieu cruel - 1815 qui pressa sur ma nuque rose - les trois grappes de la douleur, - l'une après l'autre. - -LE SAINT. - - Fantôme, fantôme de charmes, - je te conjure. - -ERIGONE. - - 1820 L'incantation de Setar - me force. Je suis prisonnière. - J'ai volé parmi les étoiles - du Lion, portant mon épi - d'or et mes larmes. - -LE SAINT. - - 1825 Fantôme, j'abattrai la porte; - et le Roi de gloire entrera. - Au secours, frères! - -Il descend les degrés et court vers l'issue noire, en brandissant le -marteau. - - A mon aide! - Où êtes-vous? - -Ici les lueurs des flambeaux éclairent l'issue. On entend des pas, des -voix. Et l'affranchi Guddène, l'acolyte Phlégon, le lecteur Eutrope, les -catéchumènes adolescents Hermyle, Gorgone, Athanase, d'autres briseurs -d'idoles, Théodule, Cyriaque, Narcisse, Basile, armés de marteaux et de -massues, font irruption dans l'ombre que les lueurs troubles agitent. -Des esclaves les suivent, s'arrêtent, hésitants; d'autres surviennent, -effrayés ou enivrés. On plante les flambeaux dans les poings de fer qui -font saillie hors de la pierre. - -GUDDENE. - - Seigneur, seigneur, d'autres idoles, - 1830 d'autres idoles, en grand nombre, - découvertes dans la muraille - double! Nous avons renversé - les dieux d'airain, brisé les dieux - de marbre, brûlé ceux de bois, - 1835 arraché les plaques d'ivoire, - écrasé les couronnes d'or, - souillé toutes les bandelettes. - Et il n'y a plus une idole - chez Jule Andronique. Nous sommes - 1840 las, seigneur. Nous mourons de soif. - Nous avons tué tant de dieux, - tant de démons! - -HERMYLE. - - Aucuns étaient beaux. - -GORGONE. - - Des regards - sortaient de l'airain et du marbre. - -ATHANASE. - - 1845 J'ai vu couler du sang, des larmes. - -PHLEGON. - - C'était le vin, c'était le miel - des offrandes. - -EUTROPE. - - Il ne faut pas - les regarder. - -GUDDENE. - - Je détournais - les yeux, en assénant les coups. - -LE SAINT. - - 1850 Voyez la porte! - -HERMYLE. - - Il y a des femmes couchées - sur les dalles. - -ATHANASE. - - Avec des mitres. - -GORGONE. - - Elles ne remuent pas. - -ATHANASE. - - Sont-elles - enchaînées? - -HERMYLE. - - Des magiciennes. - -LE SAINT. - - 1855 Il faut abattre cette porte. - -GUDDENE. - - Elle est d'airain. - -EUTROPE. - - Elle est massive. - -PHLEGON. - - Elle a des gonds inébranlables. - -BASILE. - - On ne distingue pas le joint - des deux vantaux. - -NARCISSE. - - Ni la serrure. - -PHLEGON. - - 1860 Qui a la clef? - -GUDDENE. - - Où est la clef? - -EUTROPE. - - Qu'on appelle Zachlas l'eunuque! - -PHLEGON. - - Qu'on appelle Helcite! - -GORGONE. - - Sait-on - ce qu'elle cache? - -BASILE. - - Un labyrinthe. - -THEODULE. - - Le laraire des dieux honteux. - -CYRIAQUE. - - 1865 Un cellier, peut-être. - -NARCISSE. - - Un trésor. - -GORGONE. - - Un tombeau. - -ATHANASE. - - Des monstres. - -HERMYLE. - - Un rêve. - -EUTROPE. - - Voilà le Syrien! - -LE SAINT. - - Helcite! - -On voit ici l'intendant de Jule Andronique percer la tourbe des serfs -qui, de plus en plus épaisse, encombre les issues. Il est jaune et -onctueux comme la cire, mince et flexible, avec de beaux yeux de lièvre -agrandis par le fard et par l'angoisse. - - Donne la clef de cette porte. - Ouvre, toi-même. - -HELCITE. - - 1870 O seigneur, mon maître est mourant. - Il gémit dans sa couche. Il nomme - ton nom. Il t'appelle, il t'adjure, - seigneur. N'avais-tu pas promis - de le guérir, s'il te laissait - 1875 briser les images des dieux - dans ses maisons, dans ses portiques, - dans ses jardins? Tu es venu - seul, à la tombée de la nuit; - et, plus tard, d'autres destructeurs - 1880 sont venus avec des marteaux - bien plus lourds. Tu as renversé - les statues, les autels. Tu as - chargé d'épouvante et de crime - la nuit. Nous sommes tous tremblants. - 1885 On voit des larves, on entend - des sanglots. Les esclaves hurlent - dans l'ergastule, ou se rebellent, - ou invoquent le changement. - Nous avons perdu tous nos dieux, - 1890 en vain. Mon maître, dans les nœuds - de la douleur, t'appelle, toi - qui as guéri l'aveugle, toi - qui as consolé la muette, - toi qui sur cette chair souffrante - 1895 as fait pacte de délivrance - sans le remplir! - -LE SAINT. - - Il est dans les nœuds de la fraude. - Il est tout noué de mensonges. - La Peur d'un côté de sa couche - 1900 se tient, et la Ruse de l'autre. - Tu vois, tu vois. Il me cachait - les incantations, les charmes, - les sortilèges et les philtres, - et toutes ses magiciennes - 1905 impures, avec tous ses rites - impies. Tu vois. - -Il indique au Syrien les femmes abattues près des cippes. - -GUDDENE. - - Nous avons trouvé dans les niches, - derrière les statues, des livres - et des tablettes. - -PHLEGON. - - 1910 Un esclave nous a montré - tout à l'heure, dans une chaise - du maître, enlevant une planche - d'ivoire, un amas de rouleaux - magiques; puis des calcédoines - 1915 gravées d'images et de chiffres; - et puis des mains d'argent, des têtes - d'argile crue... - -LE SAINT. - - Et ces sept femmes enchaînées? - Réponds, Helcite. - -HELCITE. - - 1920 Seigneur, elles sont des captives - de Sidon qui seules possèdent - le secret des teintes en pourpre, - réservées jadis aux grands prêtres - et aux voiles du Temple. Il faut - 1925 qu'on les enchaîne. - -LE SAINT. - - Homme, tu mens. Or, si ton maître - veut se délivrer de ses maux, - qu'il manifeste ce qu'il cache. - Il me faut détruire avant l'aube, - 1930 ici, toute œuvre des démons. - La nuit est brève. - -HELCITE. - - Il y a des jardins, je pense, - des jardins suspendus, avec - ces arbres odorants d'où coule - 1935 ce baume qu'on nomme sarran, - plus doux que tous les aromates. - Et personne autre n'a joui - de ces arbres, fors le seigneur. - Jamais je n'ai franchi ce seuil. - 1940 Et je ne sais. Mais toi, peut-être, - tu sais, Zachlas. - -L'Égyptien est debout, enveloppé d'un pagne bleu, un pied en avant, les -deux mains ballantes. - -LE SAINT. - - Homme, tu mens. - -ZACHLAS. - - Ni moi non plus, je n'ai franchi - ce seuil. Je sais qu'il n'y a pas - 1945 de dieux, pas d'images divines, - mais des merveilles, comme l'orgue - hydraulique de l'empereur - Néron, rétabli par Eunoste. - Et, quand Jule était en Égypte, - 1950 un homme de Phylace vint - et dit qu'il voulait lui montrer - le monstre disparu qu'on nomme - Hippocentaure chez les Grecs, - embaumé dans du miel. Je doute - 1955 que cette merveille ne soit - enfermée là... - -EUTROPE. - - Frappe-le, donc, au nom du Christ, - frappe-le, cet adorateur - du Chien et du Bœuf. Frappe fort! - 1960 Il ose se jouer de toi. - Qu'on le châtie! - -Des affranchis de la famille surviennent, l'un après l'autre, -essoufflés, effarés. - -LES AFFRANCHIS. - - --O Helcite, Helcite! Zachlas! - --Comment ne revenez-vous pas? - --Il est à bout. - --Seigneur, seigneur, - 1965 il t'appelle. Viens le guérir! - Tu l'as promis. - --Viens l'arracher - aux affres de la mort! - --Son fils - Vital te supplie, te conjure. - --Comment pourrais-tu le trahir? - 1970 --Tu as accompli la ruine. - Accomplis enfin la promesse. - --Partout est l'horreur et l'effroi. - On ne marche plus. Les statues - renversées encombrent les seuils. - 1975 Des bûchers brûlent. Les esclaves - se pressent traînant leurs malades. - Les femmes pleurent. Les enfants - crient. Tous les détours sont bouchés - par cette masse lamentable - 1980 que rien n'écarte ni n'arrête. - Que feras-tu? - -LE SAINT. - - Laissez qu'ils viennent. Le Royaume - des cieux est semblable au levain - que la plus humble de ces serves - 1985 cache dans trois muids de farine - jusqu'à ce que toute la masse - lève et fermente. - -UN DES AFFRANCHIS. - - Mais que feras-tu de ton hôte, - ô destructeur? - -LE SAINT. - - 1990 Que cet homme, chef de maison, - tire de son trésor des choses - nouvelles et ne cache pas - les anciennes. Le dieu nouveau - le guérira. - -HELCITE. - - 1995 Or il veut qu'on ouvre la porte - d'airain. Or il veut tout détruire - Allez et portez le message - à Vital, qu'il vienne et résolve. - -LES AFFRANCHIS. - - --Tu veux détruire le prodige - 2000 de Setar, la Chambre magique! - --On a dépensé des milliers - de sesterces, pour l'établir. - --Et de l'or, du cristal, du bronze, - des verreries, des pierreries, - 2005 sans nombre. - -HELCITE. - - Tais-toi! Tais-toi! - -LES AFFRANCHIS. - - C'est - le Zodiaque circulaire, - comme celui de Cléopâtre. - --Et l'ordonnance des planètes - les cercles de la géniture, - 2010 les cycles des lieux. - --O seigneur - très saint, et comment pourrais-tu - la détruire, cette merveille - des merveilles? - --Elle simule - la lyre heptacorde d'Orphée. - 2015 --On peut tout prédire et connaître - par les tables des mouvements, - par les combinaisons des signes. - -ZACHLAS. - - Taisez-vous! Taisez-vous! - -LES AFFRANCHIS. - - --Seigneur, - non, tu ne la détruiras pas! - 2020 --Elle contient les domiciles - planétaires et les trigones - et les décans, d'après les listes - de Démophile. - --Et le quadrant - vital, avec les horoscopes - 2025 aphètes de Ptolémée. - --Sois - juste! Sois clément! - --On y trouve - le Thème du Monde et de Rome, - les domaines des Douze Signes, - et les Douze Sorts hermétiques. - 2030 --Parfois l'incantation force - la Figure zodiacale - à descendre, et la tient captive - dans l'or, le cristal et l'airain. - --La Vierge à l'Épi d'or, la femme - 2035 couchée sur le cercle, la tête - en avant, est bien ta patronne, - seigneur. Pourrais-tu la frapper? - - --Elle protège les Chrétiens. - --Peut-être, elle est la sœur des Anges - 2040 révélateurs de l'Avenir. - --Déjà tes Patriarches sont - dans le Zodiaque, tes Anges - dans les planètes. - --Samael - est l'Ange de Mars; Anael, - 2045 l'Ange de Vénus; Gabriel, - l'Ange de la Lune. - --Setar - le Mage, le grand astrologue - théurge de la descendance - de Bérose, a fondé cette œuvre - 2050 dans la pierre et l'airain. Comment, - comment pourras-tu la détruire, - seigneur? - -LE SAINT. - - Je détruirai cette œuvre - des démons. Je vaincrai la pierre - et l'airain. J'abattrai la porte. - 2055 Et le Roi de gloire entrera. - -UN DES AFFRANCHIS. - - Seigneur, trois Mages, cependant, - se trouvèrent à la naissance - du Christ. Dieu se servit d'un astre - pour les avertir. Et, afin - 2060 que le présage fût compris, - ne dut-il pas observer toutes - les Règles? - -LE SAINT. - - L'étoile des Mages - vint annoncer la royauté - nouvelle et la fin des démons. - -L'AFFRANCHI. - - 2065 Elle était un signe horoscope. - -LE SAINT. - - Elle fut clouée par mon Dieu - au cœur vivant du Ciel, en gage - de la parole radieuse - parlée par la bouche de l'Oint. - 2070 Tu la sauras. - -Par tous les détours du dédale, à la double issue, se prolonge la -clameur du troupeau. Des malades paraissent, aux bras de leurs parents, -agités, illuminés d'espoir. - -LES ESCLAVES. - - --A toi, nous venons tous à toi, - seigneur! - --Nous sommes tous à toi! - --Nous t'avons attendu, berger! - Berger, nous sommes ton troupeau. - 2075 Garde-nous! - --Nous avons veillé - toute la nuit dans les ténèbres - pour attendre le changement. - --Plusieurs d'entre nous ont marqué - l'heure d'attente avec les gouttes - 2080 les plus tristes de leurs ulcères. - --Nous avons crié, sangloté - vers toi pour que tu nous rachètes - et nous délivres, vers toi, maître, - pour que tu nous guérisses et - 2085 nous consoles. - --Si nous pleurons, - serons-nous consolés? - --Tu vois: - nous moulons le blé; mais la force - nous broie, comme du blé mauvais, - entre deux pierres. - --Nous avons - 2090 saigné, nous aussi, sous les verges, - sous les lanières. - --Si les dieux - marchent sur les hommes, les hommes - marchent sur nous, avec l'os dur - de leur talon. - --Jamais un dieu - 2095 n'a rien fait pour nous soulager, - ni jamais un homme. Celui - que tu annonces, homme et dieu, - que fera-t-il pour notre faim - et pour notre soif, pour nos cœurs - 2100 et pour nos poignets? - --Apprends-nous - le cri qui sera écouté, - seigneur! - --Apprends-nous la prière - qui sera exaucée! - --Tu as - descellé les yeux de la femme - 2105 d'Attale. Or elle te regarde. - --Et tu as délié la langue - d'Alcé, la femme de Venuste. - Or elle te loue. - --Nous voici, - seigneur. Ne guéris pas le maître, - 2110 mais guéris les serfs. - --Si tu veux, - seigneur, tu peux. - -LE SAINT. - - Hommes, m'avez-vous vu toucher - de mes doigts les yeux de l'aveugle? - Ai-je donc touché de mes doigts - 2115 les lèvres d'Alcé? L'une a vu, - l'autre a parlé; mais leur foi seule - les a guéries. Votre foi seule - vous guérira. - -LES ESCLAVES. - - Seigneur, nous voulons voir un signe - 2120 de toi! - --Un signe! - --N'est-il pas - le Guérisseur, celui dont tu - nous apportes le témoignage? - --N'est-il pas le Consolateur? - Et ne viens-tu pas en son nom? - 2125 --Tu as renversé les statues - d'Asclépios, de Télesphore, - d'Hygie, dispersé les offrandes - votives, foulé les couronnes, - brisé les tables de prodiges. - 2130 Et tu veux nous laisser nos fièvres, - nos plaies, nos ulcères, nos veines - relâchées, nos os fléchis, tous - nos maux et toutes nos souffrances! - --Ton dieu n'est-il pas plus puissant - 2135 que le petit dieu qui grelotte - sous son capuchon? - --Moi, je suis - de Titane, et je suppliais - Alexanor. - --Et moi, je suis - macédonien, et j'offrais - 2140 à Darrhon mes vœux. - --Mais ton dieu - n'est-il pas le dieu des miracles? - --Tu as renversé Apollon - qui tue et qui guérit. Le tien - ne tue jamais, guérit toujours. - 2145 --Debir, Ménès, parlez, parlez, - vous qui cachez dans vos poitrines - les Écritures roulées. - --Toi, - Pantène. - --Lucipor de Thrace, - et toi. - --Car on lit sous la lampe - 2150 mourante, jusqu'à l'aube claire, - toutes ses guérisons. - --La femme - d'Hur, courbée comme la glaneuse - aux champs, qui n'avait jamais pu - se redresser. - --Et ce lépreux - 2155 surgi tout blanc dans le soleil, - quand Il venait de la Montagne. - --Et ces hommes qui descendirent - par l'ouverture faite au toit - le paralytique étendu - 2160 sur le grabat. - --Et, aux pays - des Gadaréniens, les deux - démoniaques bondissant - des sépulcres. - --Et, quand déjà - les joueurs de flûte venaient - 2165 avec les pleureuses au deuil, - l'enfant de Jaïre saisie - par la main, tirée du sommeil. - --Et, dans la contrée de Sidon, - l'enfant de la Cananéenne, - 2170 possédée de l'Esprit impur. - --Et, sur la mer de Galilée, - cette multitude sans pieds, - sans mains, sans yeux, sans voix. - --Et l'homme - qui amena le lunatique - 2175 fasciné par l'eau et le feu, - disant: Aie pitié de mon fils. - --Et, aux portes de Jéricho, - le fils aveugle de Timée. - --Et, dans la ville de Naïm, - 2180 le fils de la veuve porté - en terre, quand Il s'approcha, - toucha le cercueil, et soudain - le mort se dressa. - --La main sèche - fut saine. - --Dans la Samarie, - 2185 les dix lépreux ensemble furent - purifiés. - --L'homme malade - depuis trente-huit ans, à la Porte - des Brebis, toujours en attente - sur la piscine, se leva - 2190 et s'en alla. - --Dans la maison - du Pharisien, l'hydropique - fut allégé de ses eaux tristes, - soudainement. - --L'Hémorroïsse, - exsangue depuis douze années, - 2195 n'eut qu'à le suivre et à toucher - sa robe de lin. - --Souviens-toi! - Souviens-toi! - --Toujours, au coucher - du soleil, près des sources, près - des citernes, sur les chemins, - 2200 sur les rivages, sur les places - publiques, on lui amenait - des tourbes de démoniaques - et d'infirmes. Il suffisait - qu'ils disent: Aie pitié de moi! - 2205 --Il crachait à terre, formait - de la boue avec sa salive. - --Qu'il te souvienne de Lazare, - Ménès, toi qui as lu! - --Lazare, - l'homme de Béthanie! - --Seigneur, - 2210 et tu ne veux pas nous donner - des signes! - --Mais Thomas lui dit: - «Il y a une seule chose. - Nous voulons voir des morts couchés - au fond des tombeaux, que tu aies - 2215 ressuscités: et cela comme - signe.» - --L'apôtre demandait - un signe! - --Thomas lui disait: - «Nous voulons voir des ossements - qui se sont disjoints, comment ils - 2220 se réuniront l'un à l'autre, - en sorte qu'ils puissent parler.» - --Que répondit-Il? - --Quelle fut - sa réponse? - --«Thomas», dit-Il - «viens avec moi. Les os disjoints - 2225 se réunissant de nouveau, - je te les montrerai. Viens donc, - viens jusqu'à Béthanie, Didyme, - viens. Je te montrerai les yeux - de Lazare qui sont vidés - 2230 par la pourriture. Didyme, - viens avec moi. Les lèvres blêmes, - déjà dissoutes sur les dents - de Lazare, tu les verras - remuer, tu les entendras - 2235 parler. Viens avec moi, Didyme, - jusqu'à Béthanie, si tu veux - voir et entendre.» - -Sébastien bondit, dans un emportement soudain. Le Copte s'interrompt; et -son teint de cuivre jaune semble se décolorer sous ses cheveux noirs et -frisés, tandis que sa lèvre charnue tremble. - -LE SAINT. - - Esclaves, esclaves, oui, cœurs - épaissis! Ménès, tu as lu, - 2240 tu as bien lu, avec tes yeux - ronds d'oiseau nocturne, oui, oui, - je te le dis en vérité, - tu as bien lu. «Viens avec moi, - Didyme,» le Maître disait - 2245 «si tu cherches à voir des os - se rejoindre les uns aux autres, - se dresser, marcher vers la porte - du tombeau. Tu cherches des mains - qui s'étendent, qui se soulèvent. - 2250 Viens, je te montrerai les mains - de Lazare liées de leurs - bandelettes. Mon doux ami, - viens avec moi; car je désire - ce que tu as pensé. Les sœurs - 2255 m'attendent.» Et ils s'en allèrent. - Ils furent devant le tombeau. - Et alors Didyme pleura. - Mais Jésus avait une voix - joyeuse comme une amertume - 2260 puissante de songe et de vie. - Saurez-vous jamais, ô esclaves, - laquelle, de cette tristesse - et de cette allégresse, était - la plus amère? Et Il disait: - 2265 «Doux ami, ne t'afflige pas. - Tu veux le signe. Ote la pierre, - et je ferai sortir celui - qui est mort. Ne t'afflige pas. - Enlève la pierre, Didyme. - 2270 Regarde bien, regarde bien - le mort, comme il dort. Viens et vois - les ossements, comme ils reposent. - Regarde bien celui qui dort, - comme il est composé. Regarde - 2275 chaque tache dans tous ses linges - Didyme, avant que je ne jette - l'appel qui le fera surgir. - As-tu bien vu?» Thomas voyait - à travers les pleurs et la honte. - 2280 Tel le nouveau-né dans ses langes, - tel le mort dans ses bandelettes. - Et toute la vie paraissait - blême. «Lazare, viens dehors!» - Le genou surgit le premier. - -La voix semble rendre présent le prodige dans l'ombre chaude d'haleines. -La tourbe des suppliants tressaille, saisie de terreur. - - 2285 Et toute la vie était comme - toute la mort. - -La tourbe frissonne et recule, devant la vision blanche du Ressuscité -dans son linceul. - -LES ESCLAVES. - - --Seigneur, seigneur, tu nous effraies! - --Nous avons vu. - --Nous avons vu. - --Nous avons vu. - -LE SAINT. - - 2290 O misérables, attachés - à la vie comme les tourteaux - des olives à la couronne - de la meule qu'ils souillent, comme - dans le cellier froid les limaces - 2295 à l'anse de l'amphore qu'elles - engluent, pourquoi vous guérirais-je - si, étant confesseurs du Christ, - vous êtes les serfs de la peine, - vous êtes voués aux métaux - 2300 aux bûchers, aux bêtes, aux pires - tourments? Croyez-vous que les crocs - léonins sauront reconnaître - les infirmités de vos os? - J'épie vos cœurs. - -UN ESCLAVE. - - 2305 Pourquoi donc as-tu délié - la langue d'Alcé la muette, - seigneur? pourquoi? - -LE SAINT. - - Pour qu'elle puisse confesser, - avec la parole mûrie - 2310 dans l'affliction du silence, - le dieu nouveau - -L'ESCLAVE. - - Pourquoi donc as-tu descellé - les yeux de la femme d'Attale, - seigneur? pourquoi? - -LE SAINT. - - 2315 Pour qu'elle puisse regarder - le bourreau bien en face et voir - sur la nativité de l'âme - l'éclat du sang. - -L'ESCLAVE. - - Tu nous enseignes à souffrir - 2320 et à mourir. - -LE SAINT. - - A renaître. - -L'ESCLAVE. - - Où renaîtrons-nous? - -LE SAINT. - - Dans le Royaume. - -L'ESCLAVE. - - Et où est-il, - le Royaume? - -LE SAINT. - - Il est hors du monde. - -L'ESCLAVE. - - Montre-le-nous. - -LE SAINT. - - Et votre foi? - -L'ESCLAVE. - - 2325 Donne-nous un signe visible. - -LE SAINT. - - Le sourire. - -L'ESCLAVE. - - Mais quel sourire? - -LE SAINT. - - Hier, dans le prétoire, un serf - comme toi, Cloanthe, pleurait - sans bruit, sous les ongles de fer. - 2330 On lui dit: «Tu pleures, Cloanthe.» - Il répond: «Je ne pleure pas - sur ma vie; mais mon corps est boue, - et il en suinte des gouttes.» - Quelqu'un n'a pas pleuré; c'est peu, - 2335 il n'a pas répondu; c'est peu, - il n'a pas remué; c'est peu, - il a souri: des yeux, des lèvres, - du front, de toute l'âme libre, - de toute sa félicité - 2340 immortelle, a souri, souri - vers les cieux qui divinement - furent pâles de ce sourire - humain, comme d'une aube neuve, - tout pâles de cette douleur - 2345 souriante comme d'un jour - surgi de plus loin que la Mer, - d'une profondeur plus profonde - que l'Orient! - -Sa parole est comme le brandon qui allume les chaumes, quand le vent -souffle. - -ALCÉ. - - --Seigneur, seigneur, nous sourirons - 2350 quand il faudra mourir. - -CORDULE. - - Seigneur, - comme je te vois, que je voie - face à face le Dieu vivant! - -LES ESCLAVES, LES BRISEURS D'IDOLES, LES ZELATEURS, LES CATECHUMENES. - - --Guerrier, nous sommes tous à toi, - pour ta guerre! - --Prends-nous, et sains - 2355 et malades, avec nos forces - et nos plaies. - --Que nous soyons - les dalles du chemin de gloire! - --A l'aube, nous ne connaîtrons - plus nos visages. - --Connais-tu - 2360 nos cœurs profonds? - --Sébastien, - archer du Christ, ô le plus beau - entre les enfants des mortels, - perce nos cœurs de ton regard. - Voici. Nous t'ouvrons nos poitrines - 2365 meurtries par la sangle des meules. - --La mort est vie. Que nous soyons - moulus comme froment de Dieu, - pressés dans le pressoir de l'Oint! - --Que nous soyons les affranchis - 2370 du Christ. - --Que nous puissions Le voir - face à face! - --Ah, c'est trop attendre - --Nous ne pleurons que dans l'attente. - Mais nous rirons quand il faudra - combattre. - --Abrège pour nous l'heure - 2375 du saint combat! - --C'est trop attendre. - --Mais Il est terrible! - --Il n'habite - que les cœurs qu'il déchire. - --Toute - votre chair immonde est en faute - devant Lui qui porte l'annonce - 2380 des béatitudes célestes. - --Il a dit: «Je suis doux. Mon joug - est doux, mon fardeau est léger.» - --Seigneur, puisque tu as brisé - tous les dieux de sang et de fange, - 2385 dresse devant nous Son image, - pour que nous puissions L'adorer! - --Est-Il beau? plus beau qu'Apollon? - --Il apparaissait aux disciples. - T'est-Il apparu? - --Parle! Parle! - 2390 --Réponds, seigneur! - -Le Jeune Homme est assis sur la plus haute marche de l'escalier -septénaire qui monte à la porte. Une mortelle angoisse étreint son âme, -étouffe sa voix. - -LE SAINT. - - Sa face est cachée, tout Son corps - est voilé. - -LES MEMES. - - --Tu trembles, seigneur. - --N'oses-tu pas Le découvrir? - --N'as-tu pas l'Image cachée - 2395 dans ta poitrine? - --Écoute, écoute, - seigneur: par la pierre brisée, - par l'airain tordu, par le bois - fendu, par ton impitoyable - marteau, par ton bras destructeur, - 2400 par le fer, par le feu, par cette - nuit de vengeance, je t'adjure. - Il n'y a plus un dieu debout - devant nous. Dresse devant nous - Son image, que nous puissions - 2405 Le connaître, que nous puissions - L'adorer, et que nous puissions - Lui dire aussi: «Fils de David, - ô Jésus, aie pitié de nous!» - -LE SAINT. - - Il n'a plus de corps, Il n'a plus - 2410 de sang. Il a donné Son corps - et Son sang pour les créatures. - -Les plus proches soufflent sur l'angoissé leur sombre ardeur. Les voix -sont contenues mais frémissantes. Il semble que le vent oriental des -apparitions courbe les têtes des néophytes, dans cette ombre qui est -semblable à l'ombre des arénaires et des catacombes. Quelqu'un des plus -jeunes, parfois, se retourne avec un sursaut de frayeur, comme Jean sur -la route d'Emmaüs. - -LES MEMES. - - Comment donc est-Il apparu - aux disciples avec Son corps - et Son sang? - --Il vint et se tint - 2415 au milieu d'eux; Il leur montra - Ses mains et Son côté. - --Ils virent - les meurtrissures. - --Il souffla - sur eux. - --Ils dirent à Thomas: - «Nous L'avons vu.» - --Didyme alors - 2420 répondit: «Si je ne mets pas - le doigt dans la marque des clous - et si je ne mets pas la main - dans Son côté...» - --Jésus revint - alors et dit: «Mets donc ton doigt - 2425 ici, Didyme. Mets ta main - dans mon côté.» - --Seigneur, seigneur, - ah, pourquoi veux-tu nous cacher - Sa figure? - --Il dit: «Touchez-moi. - Un Esprit n'a ni chair ni os, - 2430 comme vous voyez que j'ai.» - --Parle, - seigneur, réponds. Quel est ton trouble? - --N'est-ce pas vrai qu'il demanda - quelque chose à manger? - --Il prit - le pain, le rompit. Il eut d'eux - 2435 un morceau de poisson grillé. - Et Il le prit et le mangea - devant eux. - --N'est-Il pas vivant? - Il est vivant. Tu l'as bien dit. - --Il entra chez les Onze, quand - 2440 la porte était fermée. Seigneur, - dis, ne pourrait-Il pas entrer - par cette porte? - -Des regards se lèvent, comme si les paupières étaient renversées par les -battements de l'attente. - -LE SAINT. - - Je mourrai, demain je mourrai. - Je Le verrai. Si vous voulez - 2445 Le voir... - -LES MEMES. - - --Hélas, seigneur, hélas, - tu nous abuses! Ne vois-tu - pas nos cœurs? - --Comment pourrais-tu - L'aimer de cet amour? Comment - pourrais-tu fermer les yeux, être - 2450 si blême, et dans toutes tes veines - trembler d'un tel amour, si tu - n'avais jamais connu Sa face? - Car tu trembles. - -Tel le jet de la veine coupée, ou le débordement des pleurs, tel l'éclat -de l'angoisse insoutenable. - -LE SAINT. - - Je tremble parce qu'en mon âme - 2455 je porte le poids de l'opprobre. - Ils L'ont frappé à coups de poings, - ils L'ont tout meurtri de soufflets, - ils ont craché sur Lui. Sa face - est défigurée. Sur Ses joues - 2460 coulent les crachats et le sang. - Sa bouche est livide et gonflée. - Ses dents sont toutes ébranlées. - Et Ses paupières, et Ses yeux, - hélas, hélas! - -Il est suffoqué par les sanglots. Il couvre de ses paumes sa pâleur -d'agonie. - - 2465 Il est pire que le lépreux, - Il est pire que le rebut - du peuple, que le ver de terre - qu'on écrase sous le talon. - Hélas! Hélas! - -L'émoi serre la gorge des néophytes. Ils se regardent entre eux, -éperdus. - -LES MEMES. - - 2470 --Est-ce vrai! - --Seigneur, est-ce vrai! - --Est-ce donc vrai, que Son aspect - effraie et repousse, qu'Il est - hideux à cause de nos crimes - et de nos maux? - --Est-ce donc vrai - 2475 qu'Il est sans beauté? - --La parole - du Prophète s'est accomplie: - «Il s'élèvera devant Lui - comme le rejeton qui sort - de la terre sèche.» Est-ce vrai? - 2480 «Il est sans beauté, sans éclat. - Nous L'avons vu sous le mépris, - plus vil que le dernier des hommes: - Homme de douleurs, de langueurs, - expert en souffrances: Visage - 2485 caché...» - --Tu pleures! - --Est-ce vrai? - «Comme une brebis qui ne bêle - pas devant celui qui la tond, - Il n'a pas desserré la bouche - dans Sa douleur.» - --Mais n'est-Il pas - 2490 redevenu Rayon de gloire, - comme Il était sur la montagne - avec Moïse, avec Elie - et les torrents? - --N'était-Il pas - blanc et vermeil, beau entre mille, - 2495 lorsque la divine Marie - Le nourrissait? - -Cordule, Alcé, d'autres femmes, s'élancent. - - --Je te supplie, - seigneur. Montre-nous la figure - de la Vierge céleste! - -Les Voyantes tressaillent au pied des cippes triangulaires. -Quelques-unes se dressent et prêtent l'oreille, comme si la mélodie -d'Erigone traversait de nouveau les silences de leurs songes. - - --Dis, - dis: n'est-elle pas la couleur - 2500 du Printemps? - --N'est-elle pas mère - de toutes choses ineffables? - --Ne vient-elle pas sur la route - des planètes, domptant d'un pied - léger les constellations - 2505 funestes, comme une poussière - dorée? - --Quelles sont les offrandes - qu'elle aime? - --Seigneur, si tu dresses - ses images, elles seront - toujours fleuries. - --O femmes, femmes, - 2510 comme l'Autre est née de l'écume, - elle est née de la douleur. - --Vierge, - elle n'avait que sang et larmes. - Et, vierge, n'ayant pas de lait, - elle ne donna que la fleur - 2515 de son âme. - --Le Fils a dit - de la Mère: «Celui qui t'aime - aime la Vie.» - --Et Il a dit: - «Salut, mon vêtement de gloire - dont je me suis vêtu venant - 2520 dans le monde.» - --Or il est écrit - au Livre: «Chacun Le verra - portant la chair qu'Il a reçue - de Marie la Vierge sans tache.» - --Ah, qu'importe qu'il soit meurtri? - 2525 Qu'importe qu'il soit tout sanglant - et souillé? Combien doit-Il être - beau toutefois, seigneur, si tu - L'aimes d'un tel amour! - -Un esclave de la Mésopotamie s'approche, les sandales de sparterie -dépassant à peine sa longue tunique violette. Et il parle bas, dans sa -barbe exacte qui adhère à sa lèvre comme les tuyaux d'une syrinx -d'ébène. - - --Seigneur, - je suis de la terre nourrie - 2530 par les deux Fleuves. A Edesse, - je le sais, on pouvait encore - voir la statue que les légats - d'Abgar rapportèrent au roi. - --Tu l'as vue, Nadab! - --Elle était - 2535 enfouie dans l'herbe sauvage, - parmi les décombres. - --Nadab, - tu l'as vue! - --Sa figure était - polie par les ans et les eaux, - semblable aux galets de la mer. - -Un catéchumène, cocher du Cirque, aux braies bigarrées, s'approche et -parle bas. - - 2540 --Seigneur, je le sais. Une femme - de Galaad, nommée Safan, - vendeuse de baumes, a dit - avoir vu de ses yeux l'empreinte - de la Face au milieu du linge - 2545 dont se servit l'Hémorroïsse - quand elle essuya la sueur - et le sang de Jésus montant - au Calvaire. - -Un décan aveugle, chauve et débile, s'approche et parle bas. - - --Sébastien, - tu peux me croire. Je suis sauf - 2550 pour glorifier le Christ roi - et ses Martyrs. Je me trouvais - dans l'arénaire de la Voie - Appienne, quand on boucha - le souterrain avec des pierres - 2555 et du sable. Les enterrés - vivants purent voir deux images - d'or que l'Acolyte porteur - des saintes espèces disait - avoir reçues du martyr grec - 2560 Hadrias. Mais je suis aveugle. - L'une représentait Jésus; - et l'autre, Orphée... - -Ici, à l'une des issues, la tourbe s'agite. Des cris éclatent. On voit -un mouvement d'hommes qui cherchent à entraîner une créature farouche. -L'angoissé bondit et regarde, les yeux brûlés de larmes. - - --Sébastien, - Sébastien, elle est ici, - elle est ici, je te l'amène, - 2565 la fille malade des fièvres! - -Des zélateurs accourent, des femmes s'élancent. - - --Qui est-elle? - --Magdalâwit! - --Mariamme! - --On ne connaît pas - son nom véritable. - --Elle change - toujours. - --On l'appelle la Reine - 2570 malade des fièvres. - --O Reine! - --Descends-tu des rois d'Idumée? - --Elle descend de cet Hérode - qui vint à Rome avec la fille - d'Aristobule. - --Elle descend - 2575 d'Athronge, de ce roi berger - qui par le légat de Syrie - fut mis en croix avec deux mille - rebelles. - --Sébastien, c'est - elle qui trempa le suaire - 2580 dans le sang de ta main percée - par la corne de l'arc, le jour - de ta gloire! - --Elle se débat. - Elle veut s'échapper. - --Répète - au seigneur ce que tu as dit! - 2585 --Elle l'a dit. J'ai entendu. - --Ah, sauvage, sauvage! As-tu - des griffes? - --Seigneur, la voilà, - la Reine malade des fièvres! - -Ils poussent devant eux une créature inconnue qui, se dégageant, -s'arrête au milieu du cercle tumultueux. Elle y demeure, ployée comme -une flamme basse sous la rafale. De sa voix sourde, elle semble encore -résister. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Je ne veux pas être guérie. - -Elle est couverte d'une robe de pourpre flétrie comme une botte de -pavots coupés. Elle porte une bandelette de pourpre autour de sa -crinière noire et bleue. - -BASILE. - - 2590 Dis la chose! Dis cette chose! - -PHLEGON. - - Mais elle est folle. - -ATHANASE. - - On croit qu'elle est - une Larve. - -LE SAINT. - - Parle, ma sœur. - -Elle met une paume contre ses lèvres, pour les empêcher de trembler. - -BASILE. - - Seigneur, elle a dit: «Je possède, - moi, le linceul du Christ.» - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Non, non, - 2595 je ne l'ai pas dit. C'est un rêve. - J'ai dit: «Il n'y a point de paix.» - -LE SAINT. - - Sœur, je connais ta voix. Où l'ai-je - entendue? - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Je suis une voix, - seigneur; et mon cri se leva - 2600 avant le jour pour t'annoncer. - «Archer de la vie, je bénis - ton œil, ta main, ton arc, tes traits.» - Ce fut mon cri. Et je t'apporte, - dans un cristal d'azur, un baume - 2605 de Galaad. - -LE SAINT. - - Quel baume, sœur? - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Un doux baume de Galaad. - Or quelqu'un va dire: «Pourquoi - ne pas avoir vendu ce baume? - Il vaut trois cents deniers.» - -LE SAINT. - - Ma sœur, - 2610 tu es malade. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Chaque jour - mes tempes sont prises par une - fièvre nouvelle. Est-ce une honte, - si ma vie brûle pour l'amour - de l'Amour? - -LE SAINT. - - Tes yeux sont fardés, - 2615 tes ongles sont peints. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES - - Ah, seigneur, - j'effacerai, j'effacerai - tout cela. Mais ne fut-il pas - un Ange, Azaël, qui montra - l'antimoine et le fard pour teindre - 2620 les paupières? L'un de ces Anges - qui choisirent des filles d'hommes - et se souillèrent avec elles... - Et il n'y aura plus de paix - ni plus de pardon pour des veines - 2625 qui charrient un sang si mêlé. - Et j'ai entendu les reproches. - Et j'ai vécu dans mon sommeil - ce que je dis avec ma langue - de chair. J'ai vu les sept planètes - 2630 enchaînées, les astres qui ont - transgressé le commandement - de la Lumière à leur lever... - Cela me revient de très loin. - J'effacerai, j'effacerai - 2635 par mes pleurs le fard de mes yeux. - -Ici elle s'arrête et semble se figer. Puis, d'un accent si étrange que -tous les cœurs en tremblent, elle prononce les paroles qui font présente -sa vision. - - Il était couché sur le lit - bas, du côté de la fenêtre. - Les ombres croisées du grillage - tombaient sur Sa robe rayée. - 2640 Lazare trempait un morceau - de pain dans des herbes amères, - mais sans le porter à sa bouche - qui gardait le goût de la mort... - -Ici Sébastien se rapproche d'elle et la regarde de près. Il parle bas, -comme s'il craignait de la réveiller. - -LE SAINT. - - Un Esprit l'habite. Un Esprit - 2645 en elle parle. On sent partir - d'elle la chaleur de sa fièvre - comme une vertu. Qu'on l'écoute - en silence. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Il était dans l'ombre - de la mort, déjà solitaire. - 2650 Bien qu'il y eut quelques doux fruits, - Il flairait l'odeur de la terre - et le remugle de la nuit - dans la chevelure trop sombre - de Lazare. Et j'étais sans voix; - 2655 car j'avais découvert la croix - que sur Son front la ride droite - faisait avec les deux sourcils. - Et mes yeux s'étaient obscurcis - dans le fard des paupières. Moite - 2660 j'étais et froide, dans ma fièvre, - tour à tour comme dans l'écume - et dans la cendre. Entre mes lèvres - blêmes j'avais Son amertume - et ma soif. Et, bien que mon sang - 2665 dans mes tempes et dans ma gorge - fût comme un tonnerre incessant, - j'entendais le bruit de la meule - en moi-même, comme si seule - mon âme vive, et non cette orge, - 2670 était broyée par le granit. - «Je n'entends plus cette hirondelle, - Marthe, qui avait fait son nid - dans la chambre haute.» Ombre d'ailes, - ombre d'ailes sur Ses mains pures! - 2675 Je respirai les fleurs futures - dans Sa voix. Mais Il regardait - toujours Lazare, Il regardait - toujours l'homme vivant et mort, - cet œil morne sous la paupière - 2680 jaune. Comme devant la pierre, - soudain «Lazare, viens dehors!» - Il cria de nouveau, tout pâle, - devant la face sépulcrale - courbée sur le triste repas. - 2685 Lazare ne répondit pas, - mais se retourna dans sa place. - - Et ils pleurèrent, face à face. - -Tous à l'entour palpitent, attentifs au souffle de l'Inspirée. La voix -de Sébastien tremble, dans la profondeur des croyances. - -LE SAINT. - - O fiévreuse, où les as-tu vues, - ces choses? Elles ne sont pas - 2690 dans le Livre. Avec quel Esprit - as-tu communié? Qui t'a - donné l'âme qui t'illumine - à travers ta faiblesse? Es-tu - revenue du sommeil des siècles - 2695 morts, dans ton aspect de sibylle - tournée vers ce qui ne peut pas - mourir? - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - O Saint, regarde-moi - bien, regarde-moi de plus près, - comme on tend les mains pour atteindre. - 2700 Je suis le but qui est frappé - et je suis le trait qui le frappe. - Je sais des choses. J'ai appris - des mystères. Et je connais - ma faiblesse. Ils tremblaient d'effroi. - 2705 Et Il leur dit: «Ne craignez rien, - c'est moi. N'avez-vous pas connu - votre faiblesse, maintenant?». - A Simon Pierre, Il apparut - sous l'aspect de la flamme; et Pierre - 2710 s'enfuit. A Jean Il se montra - sous la forme du cristal blanc, - car Jean était vierge. A Philippe, - sous l'aspect de la mer; à Jacques, - sous l'aspect d'une épée tranchante; - 2715 à Nathanael, sous l'aspect - d'une colombe. Sous la forme - d'un bœuf, à Thomas; à Matthieu, - d'un enfant candide; à Thaddée, - d'un épi plein. A Jacques fils - 2720 d'Alphée, sous l'aspect de l'éclair. - Hommes, ne demandiez-vous pas - Ses images? - -Elle s'avance très lentement, les deux poignets croisés sur sa poitrine. -Sébastien parle bas à son affranchi punique. - -LE SAINT. - - Guddène, apporte - une torche pour éclairer - sa face. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Et cet arbre qu'on prit - 2725 pour crucifier le Sauveur, - d'où vint-il? Un aigle, un grand aigle - le déracina du jardin - sis à l'orée de l'Orient, - que vit Hénoch fils de Jared. - 2730 Très haut il monta, de très haut - le jeta dans Jérusalem. - Et par cet arbre... - -Guddène a arraché l'un des flambeaux plantés dans les poings de la -muraille; et, se rapprochant, il incline tout à coup la flamme sur le -front de l'Inspirée, qui sursaute d'une frayeur subite. - - Ah, tu reviens, - Arédrôs, Arédrôs, avec - ton brandon terrible! Pourquoi - 2735 reviens-tu? Ne m'as-tu donc pas - assez profondément brûlé - la poitrine, jusqu'au sommet - du cœur? N'as-tu pas fait la place - assez profonde pour la sainte - 2740 relique? - -Sous la rougeur de la flamme, elle recule éperdument, les bras croisés -de toute sa force contre sa gorge. Mais l'Archer, la saisissant par les -poignets, défait la croix de chair et d'os. - -LE SAINT. - - O possédée, quel nom - invoques-tu? Quelle est, quelle est - ta terreur? Je veux que tu parles; - je veux, je veux que tu me livres - ton secret. - -Il la secoue et l'entraîne, avec une sauvage véhémence, se courbant sur -la face convulsée qu'éclaire la torche ardente au poing de l'affranchi -punique. Toute la tourbe, anxieuse et ivre de mystère, est tendue vers -la lutte sacrée. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - 2745 Ah, laisse-moi! Lâche - mes poignets! Ne sépare pas - mes bras de ma gorge! C'est toi, - je le savais, c'est toi, c'est toi - l'Ange exilé. Tu me retrouves. - -LE SAINT. - - 2750 Que caches-tu dans ta poitrine? - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Non, tu ne vas pas ressaisir - ce que tu as scellé. Je sens - le clou à travers ta main gauche. - Ce n'est pas ton heure, Arédrôs. - -LE SAINT. - - 2755 Je ne suis pas l'Ange exilé. - Regarde-moi. Je suis l'Archer - de Dieu. Et le Seigneur m'inspire. - Ce que tu me caches, c'est Lui - qui me l'envoie. Si tu résistes, - 2760 il faut que je te force. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Il faut - que tu me tues, que tu me cloues - contre l'arbre, que tu m'arraches - le cœur avec la chose sainte. - -Une angoisse soudaine rompt les coudes au ravisseur. Il desserre la -prise. L'inconnue croise de nouveau les poignets meurtris. - -LE SAINT. - - O Christ Seigneur, serait-il vrai? - 2765 O Seigneur Dieu, serait-il vrai? - Mon âme défaille, mes os - se disjoignent, mes yeux se voilent. - Jésus, la force m'abandonne. - A mon aide! - -La femme est immobile, la tête renversée en arrière, le feu de son âme -entre ses dents. De nouveau, il la saisit. - - Ah, tu es brûlante - 2770 comme le fer rougi. Dis-moi, - créature de Dieu, dis-moi: - serait-il vrai ce que ces hommes, - ont cru entendre de ta bouche - en feu? - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Toute ma honte, toute - 2775 ma honte se transfigura, - blanche, en un miracle d'amour. - -LE SAINT. - - Réponds! Tu l'as sur toi? Réponds! - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Car ma bouche avait retrouvé - l'éponge aride mais encore - 2780 toute amère de myrrhe; et cette - éponge était encore au bout - du roseau qui avait frappé - la tête sainte. - -LE SAINT. - - Tu cherchais - au pied de la Croix... - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - J'étais seule, - 2785 j'étais seule. Ils étaient partis, - tous. Pierre l'avait renié. - Jacques d'Alphée s'était caché - dans la ravine du Cédron; - Philippe et Matthieu, dans la ville, - 2790 pour sortir la nuit en secret; - Barthélemi, avec Rakub - le fils de sa sœur, et Didyme - s'étaient éloignés sur un char. - André avait fui par la porte - 2795 du Fumier... J'étais revenue, - seule. J'avais laissé mourante, - près du suaire, Bérénice - la femme guérie de la source - de sang... - -LE SAINT. - - Le linceul, le linceul! - 2800 Tu vis Joseph d'Arimathie - et Nicodème envelopper - le Corps... - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES - - C'était du lin d'Égypte - léger comme du bysse. - -LE SAINT. - - Ici, - dans ta poitrine, tu le caches! - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - 2805 Laisse-moi, laisse-moi, si tu - n'es pas l'Ange! - -LE SAINT. - - Frères, mes frères, - je le vois à travers la pourpre - resplendir. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Mais quelles mains d'homme - pourraient y toucher? - -LE SAINT. - - Seigneur Dieu! - -Envahi par la terreur sacrée, il lâche pour la seconde fois les poignets -de la créature pantelante. Il tremble de tout son corps et vacille, -devant la certitude redoutable. Effrayée, enivrée, la tourbe couve de -tous ses yeux l'étrange larve de pourpre qui renferme la révélation. Au -pied des cippes, les gardiennes des feux éteints écoutent, se traînant -sur les genoux, de toute la longueur des chaînes. - - 2810 Et tu le portes sur ta chair - moite de fièvre! - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Je ne suis qu'une plaie divine. - Et Galaad n'a pas de baume - pour moi qui L'oignis. Ma poitrine - 2815 est au Seigneur, comme ta paume. - - J'étais près du sépulcre cave. - Le Vigilant vint dans la nuit. - C'était l'un des Anges esclaves. - Je ne tremblais pas devant lui. - 2820 Je n'étanchais pas mes pleurs. Toutes - les eaux du monde étaient amères - de moi. La vie semblait dissoute - dans les fleuves de mes paupières. - Les étoiles des cieux tremblants - 2825 venaient s'éteindre à ma figure. - Ma douleur était la ceinture - du monde, comme l'Océan. - - Or les lins gisaient sur le sable. - Et l'Ange dit: «Je te salue, - 2830 ô Pleureuse. Tu es élue: - car ta source est inépuisable. - Pour garder ce qui de Lui reste - ici, tu es élue. J'atteste - le Dieu qui m'exile et me lie - 2835 dans tous les liens de la terre - pour tous les âges.» Sa folie - le tachait comme une panthère - aux taches de feu. «Mais n'espère - pas de pitié.» Contre la roche - 2840 funèbre j'étais accroupie, - sans parole. «Il faut que j'expie - tes larmes!» Il était tout proche. - Et le brandon des incendies - flamboyait très haut dans son poing. - 2845 Il m'atterra. «J'atteste l'Oint - que tu es impure.» Raidie - de tous mes os, de tous mes nerfs, - j'attendais et mon châtiment - et ma gloire. Ses doigts de fer - 2850 découvrirent alors ma gorge - drue, comme les doigts d'un amant - qui veut, d'un bourreau qui égorge. - Et j'attendais. «O fille d'homme, - cria-t-il «je te mortifie, - 2855 te purifie, te glorifie, - avec le brandon de Sodome.» - Et le Déchu, qui par la faute - connaissait la douceur des seins - pâles, me marqua de son seing, - 2860 brûlant ma chair jusques aux côtes. - - Je ne criai ni ne mordis. - Quand le feu toucha le sommet - de mon cœur, seul mon cœur bondit - vers le feu. Muette, immobile, - 2865 respirant l'horrible fumet, - j'attendais. Et il dit: «Jubile; - car la chose sainte a son lieu. - Et tu auras le diadème - royal, la pourpre de Sidon, - 2870 et ta fièvre.» Il prit le sindon - vide où Joseph et Nicodème - avaient posé le Fils de Dieu. - Il le plia sur ma poitrine. - Et il dit: «Tu le garderas». - - 2875 Hommes, sous la croix de mes bras, - je ne suis qu'une plaie divine. - -Elle se consacre. Elle semble avoir parlé par sa plaie même, comme par -une bouche plus vive et plus profonde. Encore une fois la mélodie du -saint combat a frappé les fronts, a percé les cœurs des néophytes. -Guddène, qui derrière la révélatrice tenait le flambeau soulevé, -maintenant le renverse et l'étouffe. - -Sébastien grandit dans la prière. Et quand il s'agenouille, il semble -qu'il s'exhausse. - -LE SAINT. - - Messagère inconnue, créée - ou non créée, que tu sois faite - de tes fièvres ou de tes larmes, - 2880 que tu portes en toi des forces - qui te sauvent ou qui te damnent, - larve de ce qui fut ou songe - de ce qui jamais ne put être, - je ne veux pas te conjurer - 2885 et je ne veux pas te connaître. - Dans ton mystère je ne vois - qu'une seule chose, une seule, - hors de ton souffle et de ta pourpre: - le sein terrible de la Foi. - 2890 Je te salue. Je me prosterne. - J'atteste mon Espoir, j'atteste - l'éternel Amour. Par le sang - qui teint, par la larme qui lave, - et par toutes ces âmes libres - 2895 et par tous ces hommes esclaves, - à genoux je te prie. Descelle - la croix de tes bras et révèle - les empreintes du Divin Corps. - -Ici, elle ouvre les bras, admirable. - -LA FILLE MALADE DES FIEVRES. - - Voici ma vie. Voici ma mort. - -Et de ses doigts elle écarte les plis de la pourpre sur sa poitrine, se -couvrant d'une pâleur mortelle. - -Tandis que Sébastien se lève et s'approche, toute la tourbe, d'un -mouvement irrésistible, entoure les deux personnes sacrées. On n'entend -que la pesante haleine de l'angoisse, La vaste voûte est pleine d'ombre. -La face du Soleil et la face de la Lune reluisent sur les vantaux -d'airain. Les sept Voyantes se tiennent debout, avec toutes leurs -chaînes tendues par l'anxiété de leurs âmes nouvelles. Et il semble que -les assaille la puissance du Roi annoncé par leurs chants et par leurs -charmes. - - _«Il monte. Son front est la place - de la lumière, qu'Il accroît. - Un nouveau Signe est dans l'espace»_ - -La tourbe s'allonge, entre l'une et l'autre issues, avec un frémissement -d'horreur sainte. Et, comme les échines des esclaves se courbent et que -les genoux des zélateurs se plient, on aperçoit le Saint et l'Inspirée -dans l'acte de dérouler et d'étendre le long Linceul du Christ. Eux -aussi, ils s'agenouillent, chacun tenant par les deux mains le bord -extrême. Et une lueur mystique éclaire tous les fronts penchés; parce -que, des empreintes laissées par les membres sanglants et par les -aromates funéraires, les deux images du Corps divin se forment peu à peu -et s'avivent en lignes et en saillies de lumière. On entend de sourds -gémissements, des sanglots étouffés, qui entrecoupent les paroles -alternes, dites par l'âme de souffle plus que par la langue de chair. - -LA SAINTE. - -Magister Claudius sonum dedit usque ad finem. - - 2900 Voyez Son corps ensanglanté, - voyez l'horreur de Son supplice! - -LE SAINT. - - Voyez la plaie de Son côté, - le sang qui coule sur Sa cuisse, - -LA SAINTE. - - Voyez les traces des fléaux - 2905 armés de plombs sur Son échine. - -LE SAINT. - - Voyez sur Son front les grumeaux, - là où mordirent les épines. - -LA SAINTE. - - Voyez Ses cheveux sur Son cou, - mouillés par la sueur sanglante. - -LE SAINT. - - 2910 Voyez la blessure du clou - qui Lui transperça les deux plantes. - -LA SAINTE. - - Voyez sur l'épaule de l'Oint - marqué le poids de l'arbre infâme. - -LE SAINT. - - Voyez sur l'œil le coup de poing - 2915 dont le valet scella son blâme. - -LA SAINTE. - - Hélas, Temple de la sublime - Tristesse, où la Honte a craché! - -LE SAINT. - - Hélas, pleurez, pleurez vos crimes! - Il est meurtri par nos péchés. - -LA SAINTE. - - 2920 Dieu, rends-nous pareils à ton corps! - -LE SAINT. - - Dieu, retrempe-nous dans la mort! - -LA SAINTE. - - Amour, que je sois assouvie! - Seigneur Amour, voici ma vie. - -Elle défaille, elle se renverse et tombe, dans un grand soupir. - -Et soudain, la porte étant encore close, un chant se lève au delà du -seuil infranchissable. Ce n'est plus le chant d'Erigone, la mélodie de -la Vierge fille d'Icare «qui volait parmi les étoiles du Lion, portant -son Épi d'or et ses larmes.» C'est le chant ineffable de la Vierge sans -tache, de la Tige de Jessé, de la Mère du Sauveur. - -VOX CŒLESTIS. - - Qui pleure mon Enfant si doux, - 2925 mon Lys fleuri dans la chair pure? - Il est tout clair sur mes genoux, - Il est sans tache et sans blessure. - Voyez. Et dans ma chevelure - tous les astres louent Sa clarté. - 2930 Il éclaire de Sa figure - ma tristesse et la nuit d'été. - -On entend, tout à coup, tomber les chaînes qui enchaînaient aux cippes -les sept magiciennes planétaires. Les vantaux de la porte d'airain -s'entr'ouvrent, laissant échapper une lumière éblouissante. Hassub, -Jardane, Ilah et Phéroras montent les degrés aux sept couleurs et -poussent les vastes vantaux qui sur leurs gonds résonnent comme une -multitude de cymbales et de sistres. Dans une lumière éblouissante, la -Chambre magique apparaît, avec tous ses signes, tous ses cercles, tous -ses orbes, comme le simulacre fabuleux du nouveau Firmament et de -l'antique Éther. Le Zodiaque tourne à la rencontre des planètes, chargé -d'animaux, de monstres et de jeunesses. Le Bélier aux cornes torses est -accroupi, morose, le mufle vers l'Occident; et le Taureau, tronqué à -mi-corps, le front bas, semble lui être soudé, à la façon de ceux -géminés de la Perse. Les Gémeaux imberbes, le couple fraternel des -enfants du Cygne, sont assis ensemble, les pieds en avant, chaussés de -hauts brodequins aux courroies entrelacées; et Pollux se détourne du -Cancer à la carapace énorme, qui dans le marais de Lerne mordit l'orteil -d'Hercule. Le Lion, celui que l'Alcide étouffa entre ses coudes à Némée, -s'avance farouche, dans le sens du mouvement diurne. Le Scorpion, celui -qu'Artémis envoya contre le chasseur fils de Neptune, ouvre ses serres -cruelles vers la Balance qui penche. Le Sagittaire, déployant à son -épaule d'homme sa nébride comme une aile, tend son arc grec et se cabre -sur ses jarrets de cheval. Le Verseau gracieux, semblable à l'échanson -Ganymède, se détourne du Capricorne à la queue trifide et renverse -l'urne pleine, du côté des Poissons. - -Mais ce n'est plus Samas qui conduit les planètes et domine tous les -domaines bleus. On aperçoit dans l'éblouissement les pieds divins de la -Vierge mère du Sauveur posés sur le croissant de la Lune, et les bords -étoilés de son manteau d'azur. - -On n'entend pas résonner la lyre heptacorde des Sphères accompagnant la -Voix céleste; mais on se perd dans l'harmonie des myriades, dans le -chœur infini des rayons. La lumière est nativité, béatitude et musique. - -Ravi par la Voix, comme dans un songe sans commencement et sans fin, le -Saint monte les degrés, franchit le seuil; et, la tête renversée, les -yeux levés vers le Croissant, s'abîme dans l'extase circulaire. - -Alors Jardane, Hyale et Phœnisse soulèvent le corps inerte de la -créature errante qui garda dans la plaie inguérissable de sa poitrine la -relique du Christ ressuscité: Atreneste par les épaules, Hyale par les -pieds, Phœnisse par la ceinture, à la façon des Anges quand ils -transportent dans les airs les dépouilles des jeunes Martyres. Et elles -montent les sept degrés, avec leur mystique fardeau. Puis, inclinant -leurs mitres qui flamboient, elles déposent sur le seuil de bronze la -Fiévreuse couverte de pourpre et ceinte du bandeau royal. - - -EXPLICIT - -SANCTAE SINDONIS INVENTIO. - - - - -_LA TROISIEME MANSION_ - -LE CONCILE - -DES FAUX DIEUX - - - - -LES PERSONNAGES. - - -LE SAINT. - -L'EMPEREUR. - -LES FEMMES DE BYBLOS. - -LES CITHAREDES. - -EURYALE. - -NICANOR. - -LES ORPHIQUES. - -LA TOURBE DES PRETRES, DES SACRIFICATEURS, DES VICTIMAIRES, DES AUGURES, -DES MAGES, DES DEVINS, DES ASTROLOGUES, DES GRAMMAIRIENS, DES EUNUQUES. - -LES ARCHERS ASIATIQUES. - -LES ESCLAVES DE COULEURS DIVERSES - -CHORVS SYRIACVS. - -VOX SOLA. - - - - -On aperçoit le vaste laraire de l'Auguste, formé d'une salle pentagonale -dent une paroi se creuse comme une sorte d'abside à la voûte lisse -profondément dorée. - -Au centre du plafond à lacunars bleus, une ouverture circulaire qui se -ferme au moyen d'un bouclier rond comme ceux des Curètes, manœuvré par -des chaînes, laisse échapper la fumée des aromates. Les autres parois -sont revêtues de planches d'ivoire versatiles, qui recouvrent les niches -où sont cachées les théogonies sublimes et les conjonctions ineffables. -Dans l'hémicycle, la multitude multiforme des dieux se dresse comme une -cohorte exsangue en rangs serrés, faite de marbres, de métaux, de bois, -d'argiles, de pierres fulgurales, de pâtes inconnues. Aux douze grands -dieux de Rome, aux mille petits dieux latins des demeures, des -carrefours, des étuves, des vergers, des celliers, des champs, des -ports, des navires, et de tous les actes, de tous les aspects, de tous -les instruments de la vie, et de tous les rites et de tous les mystères -de la mort, des funérailles, de la sépulture, se mêlent les déités -énormes des Ptolémées et des Achéménides, les Baals ardents de Syrie, -les idoles raides à oreilles pointues, à bec, à museau, les sphinx, les -apis, les cynocéphales transportés de la vallée du Nil par les Empereurs -superstitieux, les Couples et les Triades farouches venus d'outre-mer -avec les esclaves, les courtisanes, les marchands et les soldats. - -On découvre l'Ephésienne toute noire, hérissée de mamelles, avec l'éclat -blanc de l'émail dans ses orbites, avec des lions sur ses épaules et des -abeilles au pied de la gaine qui lui serre les jambes comme l'écorce -d'un tronc enraciné. La Grande Mère de l'Ida couronnée de tours est -assise, non sur son char, mais sur le navire qui remémore sa navigation -triomphale à la bouche du Tibre. Le Zeus solaire de Doliché, qu'une -tribu de forgerons créa des étincelles du fer rouge, debout sur un -taureau, armé de la hache à double tranchant, porte l'armure du -légionnaire romain. - -Mâ, la Bellone cappadocienne, abreuvée de sang dans les gorges du Taurus -et sur les bords de l'Iris, rapportée comme un butin sacré par Sylla -vainqueur de Mithridate, est couverte de taches rougeâtres, telle -qu'elle apparut en songe au Dictateur. Isis aux cornes de vache, en robe -de bysse, allaite l'enfant Horus sur ses genoux rigides; et entre les -deux cornes une plaque ronde en forme de miroir imite la Lune. Un haut -boisseau ombrage la chevelure massive d'Osiris. Mithra, le Médiateur, le -seul, le chaste, le saint, que premièrement connurent les trirèmes de -Pompée en guerre contre les pirates ciliciens, enfonce le couteau dans -le poumon de la victime abattue. - -Et voilà Dusarès, venu du fond de l'Arabie; et Daltis, venu de -l'Osrhoène au delà de l'Euphrate; et Balmarcodès, le Seigneur des -danses, venu de Béryte; et Marnas de Gaza, le Maître des pluies; et -Maïoumas, qui souffle le parfum du printemps oriental dans la fête -nautique sur le rivage d'Ostie. - -Voilà Aziz, le «dieu fort» semblable au sidéral Lucifer fils de -l'Aurore; et Malakbel, le «messager du Seigneur»; et le Hadad révéré par -Antonin le Pieux; et ce Bêl, un dieu de Babylone, émigré à Palmyre, -qu'Aurélien emmena à Rome avec la reine merveilleuse pour orner de l'une -son triomphe et pour faire de l'autre le protecteur de ses légions. - -Voilà toutes les déités d'outre-mer, les Agitateurs et les Consolateurs -d'Asie; qui savent la mort et la résurrection, les baptêmes et les -pénitences, les promesses et les commandements, et la vie nouvelle et la -vie éternelle, et l'ébriété de la douleur et la puissance du sang versé, -et les liturgies des semaines saintes à l'équinoxe du printemps. Les -esclaves chrétiens dans leur cœur anxieux reconnaissent la Colombe -eucharistique auprès de l'Astarté infâme, et le saint Poisson auprès de -l'Atargatis de Bambyce emportée par des prisonniers de guerre vendus à -l'encan. - -Devant la multitude divine, des supports en bronze soutiennent -l'Horoscope de l'Empereur, figuré sur un grand bas-relief représentant -une conjonction de planètes dans le Lion. On y voit l'ordre des -luminaires disposé sur les membres de l'animal, la Lune en croissant sur -le poitrail, et sur le champ les trois planètes qui doivent leur force à -leur chaleur, ainsi nommées: Πυρόεις Ἡρακλέους, Στίλβων Ἀπόλλωνος, -Φαέθων Διός. Le long des parois lambrissées d'ivoire poli, une tourbe de -prêtres, de sacrificateurs, de victimaires, de mages, de devins, -d'astrologues, de grammairiens, d'eunuques se presse en silence, les -yeux tournés vers le César. Il y a des Galles à la tunique blanche -bordée de rouge, castrats aux joues fardées, aux cheveux nattés, aux -yeux peints. Il y a des Isiaques en robe de bysse éclatante, avec des -chaussures en feuilles de palmier, la tête rase et le haut du crâne plus -luisant que les plaques d'ivoire. Il y en a d'autres vêtus de l'étole -olympiaque peinte d'animaux de toutes sortes, avec des griffons sur les -épaules et un diadème végétal en forme de rayons. Des pastophores -soutiennent sur leurs bras des chapelles sacrées; des dadophores portent -des torches; des hymnodes ont la flûte traversière avançant du côté de -l'oreille droite; des ornatrices, chargées d'habiller les statues -divines, ont entre leurs mains les ustensiles de la toilette. Un prêtre -est chargé du poids des deux autels appelés «les secours»; un autre -soulève un bras gauche à la paume ouverte; un autre, un van d'or plein -d'aromates; un autre, un vase arrondi en forme de mamelle pour les -libations de lait; un autre, l'urne au long bec et à l'anse ample où -s'enroule l'aspic dressant sa tête écailleuse et son cou gonflé: l'urne -inimitable qui contient l'eau sainte du Nil. Tous ils regardent -l'Empereur. - -Derrière le siège du Tout-Puissant, neuf citharèdes grecs et le -conducteur Euryale, debout, attendent le signal, tous en une seule ligne -comme les colonnes doriques d'un propylée, les plis droits de leurs -chitons étant pareils aux cannelures. Puisque les bras recourbés des -grands heptacordes surmontent les figures et les guirlandes, chaque -musicien ressemble à la tisseuse devant le métier vertical où sont -tendus les fils de la chaîne. Tous ainsi, à travers les sept nerfs, ils -regardent l'Empereur. - -Et il y a des Mithriastes, des Adoniastes, des Orphiques. Il y a -beaucoup d'esclaves syriens, bruns et huilés comme les olives mûres pour -le pressoir. Il y a des femmes d'Antioche, de Byblos; des archers de -Tyr, d'Emèse, de Damas, de la Mésopotamie, de la Commagène, de l'Iturée: -l'odeur même du sachet de myrrhe chauffé entre les mamelles stériles; -l'odeur des arbustes roux qui craquent et fument à la lisière du Désert -foulé par le désespoir de la princesse incestueuse; l'odeur du Liban -rayé par les gommes coulantes, par les larmes de la veuve divine et par -les eaux rouges du sang d'Adonis. Le désir de l'aridité lointaine, -l'attente obscure d'une réapparition mystique, le souffle chaud de -l'infatigable Astoreth semblent les troubler. Et tous, avec des yeux -sombres, ils regardent l'Empereur. - -Le Maître est assis sur le siège insigne, au très haut dossier orné de -deux Victoires d'or. Sébastien se tient debout, devant lui, muet. - -Et les grandes acclamations rythmées se suivent, prononcées à l'unisson -par tous les assistants. - -TOUTES LES VOIX. - - --César Auguste, que les dieux - te conservent! - --César Auguste, - Empereur très saint, que les dieux - 2935 te gardent éternellement! - --Que de toutes nos vies les dieux - augmentent ta vie! - --Bienheureux, - bienheureux, sois toujours vainqueur, - sois triomphateur à jamais! - 2940 --Tu es le plus grand, le plus fort, - le plus saint! - --Puissions-nous mirer - ta face pour notre bonheur - éternel! - --Puissions-nous entendre - ta parole pour notre joie - 2945 sans terme! - --Mais délivre-nous - des chrétiens, ô César Auguste! - --Empereur, mais délivre-nous - des chrétiens! - --Très saint Empereur, - mais délivre-nous des chrétiens! - 2950 --Venge nos dieux! - --Venge nos feux! - --Venge nos temples! - -L'EMPEREUR. - - Salut, beau jeune homme! Salut, - sagittaire à la chevelure - d'hyacinthe! Je te salue, - 2955 chef de la cohorte d'Emèse, - qu'Apollon aime, en qui le dieu - Porte-Lumière s'est complu! - Par mon laurier, Sébastien, - je t'aime aussi. Je veux, avant - 2960 que tu ne parles, qu'on t'acclame. - Je veux qu'on t'acclame. Vous tous - à la louange infatigable, - criez en rythme: «Que les dieux - justes conservent ta beauté - 2965 pour l'Empereur, Sébastien!» - Criez en rythme. - -TOUTES LES VOIX. - - Que les dieux - justes conservent ta beauté - pour l'Empereur, Sébastien! - -Ici l'Archer se voile de sa chlamyde. - -L'EMPEREUR. - - Tu te voiles de ta chlamyde! - 2970 Tu te voiles comme la vierge - qu'on outrage ou celle qu'on va - égorger. Or je ne veux pas - t'égorger. Découvre ta tête! - -Ici l'Archer se découvre. - - Je veux te couronner, devant - 2975 tous les dieux. - -LE SAINT. - - César, j'ai déjà - ma couronne. - -L'EMPEREUR. - - On ne la voit pas. - -LE SAINT. - - Tu ne peux pas la voir, Auguste, - bien que tu aies des yeux de lynx. - -L'EMPEREUR. - - Et pourquoi? - -LE SAINT. - - Parce qu'il faut d'autres - 2980 yeux, armés d'une autre vertu, - -L'EMPEREUR. - - Où sont-ils les magiciens - qui t'aident dans tes artifices - et qui t'enseignent tes prestiges? - -LE SAINT. - - Je n'ai d'autre art que la prière. - -L'EMPEREUR. - - 2985 Est-il vrai que tu as dansé - sur des charbons ardents? - -LE SAINT. - - César, - non: sur une jonchée de lys. - -L'EMPEREUR. - - Quand tu florissais dans ta grâce, - je m'en souviens, tu dansais mieux - 2990 que tout autre entre des épées - nues. Parfois on lançait des flèches - sous tes pieds bondissants. Aucune - ne t'atteignit. - -LE SAINT. - - Je ne crains pas - le fer. - -L'EMPEREUR. - - Tu étais le Seigneur - 2995 des danses venu de Béryte - marine! - -Il le contemple, et il songe. - - Est-il vrai qu'au solstice - tu as blessé le ciel? - -LE SAINT. - - Le ciel - m'a blessé. - -L'EMPEREUR. - - Femmes de Byblos, - Mais fut-ce au solstice d'été, - 3000 ou à l'équinoxe d'automne, - que le dur sanglier blessa - Adonis? Ne ressemble-t-il - pas, cet archer, à votre jeune - dieu, femmes? - -Les Syriennes répondent ensemble, d'une voix douce et voilée. - -LES FEMMES DE BYBLOS. - - Il est beau, César. - -L'EMPEREUR. - - 3005 Je ne crois pas, je ne veux pas - croire aux délits dont on t'accuse, - chef de ma cohorte légère. - Tu es trop beau. Et il est juste - qu'on te couronne, devant tous - 3010 les dieux. Je ne veux pas savoir - si tu fais des rêves. Je t'aime. - Tu m'es cher. Dis: ne t'ai-je pas - comblé d'honneurs, de bénéfices, - d'ornements, d'heures glorieuses - 3015 et de belles armes? Tu mènes - mes archers d'Emèse, plus sveltes - et plus dorés que ceux qui vinrent - avec Elagabale aux cils - peints, suivant le char de la Pierre - 3020 noire traîné par les panthères - odoriférantes. Ils sont - les sagittaires du Soleil, - qui est le seigneur de l'Empire. - Comme nerfs à leurs arcs, ils ont - 3025 des cordes de cithare; ils portent - des rayons dans leurs longs carquois. - Tu les mènes. Je t'ai donné - mes plus belles Aigles. Je t'ai - envoyé tuer des Barbares - 3030 sur le Danube. Tu as eu - des combats et des jeux. Toujours - j'ai tourné vers toi le plus clair - de mes visages. - -LE SAINT. - - Oui, tu m'as été libéral, - 3035 seigneur. - -L'EMPEREUR. - - Je ne veux pas savoir - si tu fais des rêves étranges - autour d'un roi de Saturnales, - d'un esclave en tunique rouge, - monarque d'un jour, qu'on immole - 3040 sur l'autel de Saturne. Si - je te nomme l'Enfant aux rêves, - ce n'est pas pour t'égorger. - -Ici il quitte son siège; il marche vers le Jeune Homme; il le touche de -sa main à l'épaule. - - Vois. - J'ai là tous mes dieux. - -Il pousse un peu le Jeune Homme, le force à se retourner vers l'abside -et à regarder la multitude des idoles. - - Vois. Regarde. - Dans tous les marbres, les métaux, - 3045 les bois, les argiles, les verres, - et dans les pierres fulgurales - qui sont les messages des nues, - et dans les pâtes inconnues - semblables aux ambres, aux nacres, - 3050 aux labyrinthes les plus vains - de la mer, j'ai les simulacres - de tous les dieux; car le Divin, - s'il rompt les peuples et les damne - au carnage, au ban, à l'encan, - 3055 s'il ceint les rois de son carcan, - Antipater ou Epiphane, - s'il pille les temples, profane - les vases, défonce les vans, - il redresse les Immortels - 3060 d'entre les colonnes brisées, - allumant de nouveaux autels - au feu des villes embrasées. - -Il presse encore de sa main puissante l'épaule du Jeune Homme. - - Vois. Regarde la multitude - des Formes, la forêt des Forces, - 3065 Choisis. Il y en a de rudes - comme les souches, les écorces, - les racines. Il y en a - de flexibles comme les feuilles, - les fleurs, les tiges; car les fleurs - 3070 les plus belles sont nées de leurs - joies, de leurs tristesses, de leurs - vengeances. Et Coré les cueille - toujours dans la plaine d'Enna. - Tu peux choisir pour ton offrande - 3075 un dieu farouche, une déesse - molle, du sang, du miel. Qu'on tresse - d'anémone et de laurier-rose, - sans bandelettes, deux guirlandes. - Je veux ceindre l'Enfant morose - 3080 et me ceindre avec lui. - -LE SAINT. - - César, - sache que j'ai choisi mon dieu. - -L'EMPEREUR. - - Le Soleil? Et je te ferai - pontife du Soleil, au temple - du Quirinal. J'ajouterai - 3085 d'autres dépouilles aux dépouilles - de Palmyre. - -LE SAINT. - - Celui, celui - que tu nommes l'esclave rouge, - le monarque d'un jour, le roi - sanglant, je l'ai choisi de toute - 3090 mon âme, au delà de mon âme. - -La colère de l'Auguste, mêlée de raillerie, est stridente comme un feu -sous la grêle. - -L'EMPEREUR. - - Il veut du sang, il veut du sang, - cet éphèbe pâle, du sang, - des souffrances et des ténèbres! - Nous en avons, nous en avons. - 3095 J'ai des dieux qu'on remplit de sang - noir jusqu'à la couronne, comme - on remplit de vin les amphores - jusqu'au bord. Sur le Palatin - et ici, j'ai des Phrygiens - 3100 qui ululent, qui se flagellent - avec des lanières armées - de plombs, qui s'entaillent les bras - à grands coups de glaive et de hache, - qui s'évirent avec des pierres - 3105 tranchantes, et même qui boivent - la liqueur chaude longuement. - En veux-tu? Qu'on l'initie donc - au taurobole! Qu'on le couche - dans la fosse, sous le plancher - 3110 à mille fentes; qu'on égorge - au-dessus de lui le taureau; - et qu'il reçoive la rosée - vermeille, jusqu'à la dernière - goutte, sur tout son corps impur, - 3115 comme le myste de Cybèle. - Et tu seras rassasié! - -LE SAINT. - - Rassasie de cette souillure - tous ces prêtres aux tambourins. - Fais-les crier comme Thyades - 3120 qui bondissent sur les collines - déchirant leurs propres enfants! - Je ne veux pas de ton bétail - ni de tes bouchers, Empereur. - Sur mon corps impur j'ai reçu - 3125 un autre baptême: un baptême - de rayons. - -L'EMPEREUR. - - Le dieu rayonnant - est un seul: Apollon Soleil! - -LE SAINT. - - Il est éteint comme un tison - qu'on a plongé dans l'eau lustrale. - 3130 Seul le Christ rayonne, l'Unique! - Il régit dans sa main la force - du ciel creux, comme le marin - serre l'écoute de la voile. - Entre vous et le jour, Il est. - 3135 Entre vous et le soleil mort, - Il est, Unique. - -Dans l'emportement de la fureur, l'Auguste se tourne vers les joueurs de -lyre, invoque le coryphée, dominant de son tonnerre le tumulte des -prêtres. - -L'EMPEREUR. - - Cithares, cithares, cithares, - faites la lumière, aveuglez - l'impie! Euryale, Euryale, - 3140 entonne l'hymne! - -Il marche vers son siège; et il se rassied, dans l'attitude de -l'Olympien, dont il a joint le nom à son nom. - -LES CITHAREDES. - -Magister Claudius sonum dedit. - - Paian, Lyre-d'or, Arc-d'argent, - Seigneur de Délos et de Sminthe, - beau Roi chevelu de lumière, - ô Apollon... - -Telle une bande de lumière soudaine vibre à travers les tiges des blés -et transmue en or glorieux leur sécheresse, tel le premier rayonnement -de l'Ode semble parcourir la longue ordonnance des cithares et enflammer -d'un même éclair toutes les cordes. - -LE SAINT. - - 3145 Cessez! - -D'un signe, il a interrompu les chanteurs qui renversaient la tête pour -invoquer le nom du prophète delphien. - - Cessez, ô citharèdes - d'un démon qui n'a plus de char, - ni plus de traits, ni plus de nerfs - à la lyre et à l'arc, ni plus - de diadème sur la honte - 3150 de son front. Silence! Silence! - -Une sorte d'annonciation mélodieuse, légère comme un murmure d'abeilles, -semble se répandre dans le pentagone d'ivoire. L'Empereur assis, appuyé -sur le coude, regarde le Jeune Homme, assemblant la stupeur et la fureur -entre ses sourcils froncés. - - O vous qui me voyez inerme, - je suis l'Archer certain du but. - Je suis l'esclave de l'Amour. - Je suis le Maître de la Mort. - 3155 J'ai, d'un signe, étouffé le chant - dans votre gorge et engourdi - vos doigts. Écoutez l'autre lyre! - Je vous adjure, au nom du Christ, - par l'ombre de la Croix sanglante, - 3160 par cette ombre qui vous recouvre. - Vous en avez déjà la bouche - pleine jusqu'aux poumons, chanteurs, - vous qui vous haussiez sur l'orteil - pour mâcher la lumière d'or. - 3165 Broyez cette ombre. - -L'Empereur bondit. - -L'EMPEREUR. - - Égorgez-le! - -Des sacrificateurs s'élancent comme des bourreaux. - - Non. Je veux rire. - Je cherche des façons nouvelles. - J'invente des modes nouveaux. - Le long du palus pestilent - 3170 où chantent les grenouilles noires, - ce soir même, tu vas rejoindre - ton Guérisseur de Galilée. - -Il rit; puis il s'emporte. - - Mais ne regarde pas ton maître! - Tu es l'esclave des esclaves. - 3175 Cache tes yeux peints de nuit bleue. - Voile du pan de ta chlamyde - ta pâleur phrygienne. - -Le Saint fait l'acte de s'envelopper le visage, comme dans le rite de la -consécration. - - Non. - Donnez-lui, sacrificateurs, - une robe blanche, entourez - 3180 de verveine et de bandelettes - sa chevelure de joueuse - de flûte; et qu'il ait pour compagne - au sacrifice une colombe - d'Amathonte. - -Les ordres du Maître et les mouvements des exécuteurs sont comme les -éclairs et les foudres. Personne n'hésite ni ne réfléchit. La main -souveraine semble les saisir comme des armes ou des outils, prêts à -frapper ou à besogner. Le monosyllabe les arrête, les fige. - - Non. Des couronnes, - 3185 des couronnes et des colliers, - des couronnes rouges, de lourds - colliers, des torques de Gaulois, - des anneaux de soldats sabins, - les boisseaux d'Annibal remplis - 3190 de bagues sanglantes, sans nombre, - sans nombre, pour l'ensevelir - vivant sous les fleurs et les ors, - comme Brennus fit de la vierge - d'Ephèse, comme ces vainqueurs - 3195 de Naxos firent de la vierge - Polychrite après le carnage - nocturne. - -Il atténue son emphase menaçante dans la similitude ingénieuse; et il -regarde de côté ses rhéteurs et ses grammairiens, qui arrondissent la -bouche et soulèvent les bras pour témoigner à l'Érudit leur -émerveillement unanime. Il sourit, se rassied et contemple le héros -imberbe, avec un étrange feu dans ses prunelles aiguës. - - Mais comme il est beau! - Il est trop beau. Je veux qu'il chante, - qu'il chante son extrême chant, - 3200 tel le cygne hyperboréen, - s'il a brisé l'essor de l'hymne - à la syllabe la plus sainte. - O Euryale, porte-lui - la plus vaste de mes cithares, - 3205 pour qu'après tu puisses clouer - contre les deux cornes sonores - le sacrilège ivre de myrrhe. - C'est ce que je veux. Obéis. - Que la cithare délienne - 3210 soit le gibet de cet éphèbe. - Car il est beau. - -Le conducteur du chœur s'avance, soutenant par la caisse une grande -cithare chryséléphantine, belle et solennelle comme les simulacres -gardés dans les Trésors des temples. Sept gemmes de couleurs diverses -sont enchâssées, comme dans des chatons, dans les sept attaches des -cordes sur la branche transversale en forme de joug; et une pure -bandelette est attachée au côté droit, comme à la tempe d'une Muse -vivante. Elle propage, dans son parcours, des ondes nombreuses. Tel le -cygne fluvial, de sa poitrine gonflée par le même souffle qui ouvre en -corolle ses ailes, émeut l'eau qui tout autour s'harmonise. - -Magister Claudius sonum dedit usque ad finem. - -LE SAINT. - - Je suis mon sacrificateur. - Je vous le dis. - -Il prend la cithare, il l'appuie sur sa hanche gauche; et, la tenant par -l'une des cornes comme une victime, il la mutile avec le petit couteau -des Agapes, qu'il avait caché dans les plis de son vêtement. On entend -gémir les cordes coupées. Des imprécations, des implorations, des -invocations surgissent de la tourbe fluctuante. L'Empereur reste assis, -le torse tendu en avant, le regard fixe, dans une sorte de ravissement -farouche, transporté par son âme avide de prodiges et de songes. - -LES ORPHIQUES. - - --Orphée! Orphée! Fils d'Apollon! - 3215 --Fils de Calliope, tu vois: - avec le couteau de l'Agape - il vient de trancher les sept cordes! - --Par les larmes des sept Pléiades, - tuez l'impie! - -DES VOIX EPARSES. - - 3220 --Tronquez son chef! - --De l'Hèbre au Tibre! - --Donnez le supplice de Thrace - à l'impie! - --Liez par les tresses - de ses cheveux son chef exsangue - au joug de la Lyre! Mettez - 3225 son tronc en lambeaux! - --Jetez-le - au Tibre! - --Au Tibre! - --A la Cloaque! - --A la Cloaque! - -LES ORPHIQUES. - - Orphée, Orphée, approche, inspire - ceux qui enseignent tes mystères, - 3230 fils d'Apollon! - -Dans le laraire l'ombre devient effrayante. Des flamines jettent des -poignées d'aromates sur la braise des autels. Les lueurs se reflètent -dans la voûte dorée, sur la multitude divine. On voit briller les -plaques, les disques, les croissants, tous les emblèmes, et les regards -inflexibles des yeux d'émail. Des esclaves ont apporté des corbeilles -remplies de couronnes et des boisseaux remplis de colliers. La cithare -mutilée est étendue sur les dalles, au pied du Jeune Homme intrépide. - -LE SAINT. - - César, écoute l'autre lyre. - Je ne chanterai pas mon hymne. - Ah, j'ai trop d'amour sur mes lèvres - pour chanter; et mon cœur m'étrangle - 3235 jusqu'à ce que je ne l'entende - plus. Qu'il t'en souvienne, César! - Mais de la hampe de mon dard - les Messagers du nouveau dieu - ont fait leurs plectres invincibles. - 3240 Écoute, écoute. La forêt - de métal, de cèdre et de pierre, - la forêt drue de tes idoles, - va se courber, va s'écrouler - sous le vent de la mélodie. - 3245 César, César aux yeux de lynx, - je danserai, je danserai, - si je suis le Seigneur des danses - venu de Béryte marine - avec tes cargaisons d'épices, - 3250 avec ta pourpre, avec ton bysse, - avec tes parfums et tes vins. - Pour tes mages et tes devins - je danserai la Passion - de ce Jeune Homme asiatique, - 3255 de ce Prince supplicié: - car la feuille de ton laurier - est comme le fer de la lance - qui lui perça le flanc anxieux. - De la profondeur de tes yeux - 3260 regarde. Écoute, et puis regarde. - Ne tremble pas. - -Il recouvre de sa chlamyde la cithare mutilée. L'Empereur semble -s'enivrer de chacun de ses gestes. Il se tend vers l'imberbe, il lui -parle d'une voix soumise et ardente. - -L'EMPEREUR. - - Sois un dieu. Je te ferai dieu. - Tu auras des statues, des temples. - Je t'aimerai. - -DES VOIX EPARSES. - - 3265 --Il apprête l'enchantement. - --Il compose un charme lugubre. - Il est beau, cependant, César. - --César, plus la victime est belle, - plus elle est agréable aux dieux. - 3270 --Jetez la torche entre ses pieds. - --Scellez sa bouche avec le feu. - --Il a dans le creux de ses paumes - la terre qui comble les tombes - et les larmes de l'oliban. - 3275 --Seigneur des danses! - -LE SAINT. - - César, regarde. Et souviens-toi - de l'étoile qui fut clouée - au cœur vivant du Ciel, en gage - de la parole radieuse - 3280 parlée par la bouche de l'Oint. - Tu la sauras. - -L'EMPEREUR. - - Dis la parole. Sois ce dieu. - Je veux appeler de ton nom - la plus lointaine des étoiles, - 3285 ou la plus proche. - -LES FEMMES DE BYBLOS. - - --Comme il est beau! Comme il est beau! - --Ses boucles sur son front têtu - sont les grappes de la douleur. - --Son regard est comme l'effluve - 3290 du sommeil, la nue du benjoin. - --Il sort du lit élyséen - avec des pavots dans ses mains. - --Tu es beau, tu es beau, Seigneur, - semblable à l'anémone en fleur, - 3295 pareil à l'Archer du Liban. - --Seigneur des danses! - -Par ses pas, ses gestes, ses attitudes, les aspects de sa face -douloureuse, l'angoisse de ses paroles étouffées, le Confesseur exprime -le haut drame du Fils de l'homme autour de la chlamyde étendue, comme -autour d'une dépouille sanglante. - -Par intervalles, les esprits de la musique le surmontent et le ploient -comme le fleuve ploie le roseau et le saule. Il reste ainsi, courbé ou -renversé, immobile comme un enfant de Niobé, tandis que la mélodie seule -atteint les sommets indicibles. Ensuite, il se redresse et se -transfigure. Il est plus pâle que les marbres et les ivoires, plus -resplendissant que la lune sur le front d'Isis. Le métal de sa voix est -transmué par la flamme du cœur profond. - -LE SAINT. - - Avez-vous vu celui que j'aime? - L'avez-vous vu? - -Un frisson merveilleux court dans toutes les chairs humaines. Les -prêtres, les mages, les musiciens, les archers, les esclaves ne sont -qu'un seul regard allumé à la cime d'une seule attente. Et les femmes, -moites de malaise, la gorge aride, semblent défaillir. - -Tout à coup, un grand silence plane sur l'ardeur de la vie. Celui qui -apporte le témoignage des choses cachées est seul, sous l'espèce de -l'Éternel. Sa voix est celle même de l'agonie sublime. - - Il dit alors: «Mon âme est triste - 3300 jusqu'à la mort. Restez ici - et veillez.» Et il se prosterne - et dit dans sa prière: «Écarte - cette coupe de moi, Seigneur. - Toutefois, non comme je veux - 3305 mais comme tu veux.» Sa sueur - tombe comme gouttes de sang, - trempe la terre. - -La sueur mortelle et le sang noir et les sursauts du supplice et les -battements du flanc transpercé et le profond soupir, et les larmes de -l'inconsolable amour, et le corps embaumé dans le linceul, et toutes les -ténèbres: ces choses, il les contient, semblable au grain que verse le -Van mystique, où tout est contenu. Or le souffle lugubre semble venir de -loin, de la lointaine Asie desséchée, des côtes de la Phénicie, des -gorges du Liban, des confins de l'Euphrate, des oasis du Désert. Les -femmes syriennes tressaillent comme par la présence de leur dieu -androgyne. - -LES FEMMES DE BYBLOS. - - Ah! Tu pleures le Bien-Aimé! - Tu pleures l'Archer du Liban. - 3310 O sœurs! O frères! - -Elles revoient le fleuve rougi par le sang du chasseur divin, et les -catafalques funéraires dressés aux abords des Temples, et l'image du -dieu mort enveloppé dans les baumes et les linges, et le cercueil orné -d'anémones et de roses; et les cheveux épars, les ceintures dénouées, -les robes déchirées, les larmes versées sur le seuil des portes ou le -long des murailles saintes. - - Hélas! Tu pleures Adonis! - O sœurs! O frères! - -Et les autres femmes s'émeuvent; et toutes les veines de la même race -palpitent; et les bras se tendent, et les bouches se gonflent, et le -Chœur se forme et gémit. - -CHORVS SYRIACVS. - - Hélas! Tu pleures Adonis! - Il se meurt, le bel Adonis! - 3315 Il est mort, le bel Adonis! - Femmes, pleurez! - - Voyez le bel Adolescent - couché dans la pourpre du sang. - Donnez les baumes et l'encens, - 3320 femmes! Pleurez! - - Voyez le sang couler de l'aine, - le sang noir sur la cuisse blême. - Mêlez à l'huile syrienne - vos pleurs! Pleurez! - - 3325 Pleurez, ô femmes de Syrie, - criez: «Hélas, ma Seigneurie!» - Toutes les fleurs se sont flétries. - Criez, pleurez! - -Le Chœur s'éteint. Et une voix solitaire semble surgir d'une profondeur -infinie, ayant traversé toute la masse de la souffrance comme le souffle -traverse le poumon. - -VOX SOLA. - - «Je souffre» gémit-il. Écoute! - 3330 «Je souffre. Qu'ai-je fait? Je souffre - et je saigne. Le monde est rouge - de mon tourment. - - Ah, qu'ai-je fait? Qui m'a frappé? - J'expire, je meurs. O Beauté, - 3335 je meurs mais pour renaître impé- - rissablement.» - -CHORVS SYRIACVS. - - Il se meurt, le bel Adonis! - Il est mort, le bel Adonis! - Vierges, pleurez Adonis! - 3340 Garçons, pleurez! - - Et vous, et vous, dans les couronnes - rougissez de deuil, anémones! - L'Époux descend à Perséphone. - Eros, pleurez! - - 3345 Il descend vers les Noires Portes. - Tout ce qui est beau, l'Hadès morne - l'emporte. Renversez les torches, - Eros! Pleurez! - - Pleurez, ô femmes de Syrie! - 3350 Il va dans la pâle Prairie. - Toutes les fleurs se sont flétries, - hélas! Pleurez! - -Le Chœur s'éteint. L'Archer est haletant, éperdu. Il secoue sa -chevelure, comme pour en faire tomber les anémones vénéneuses. D'une -voix trouble qui passe à travers toute sa chair, il augmente sa propre -frayeur. - -LE SAINT. - - Quel est ce jeune homme tout blanc - assis a l'entrée du sépulcre? - 3355 «Vous cherchez le crucifié. - Et pourquoi cherchez-vous parmi - les morts celui qui est vivant?» - Or Il est là, debout. Il dit! - «Ne pleurez plus.» - -Il est là, debout, lui-même. Il est le Ressuscité de la tombe rupestre. -Descend-il du Golgotha? descend-il du Liban? Il est beau comme un dieu -est beau. Une chaude et fauve lueur l'enveloppe, comme si un nuage en -feu était venu de l'occident se mirer dans le bouclier soulevé qui -laisse fuir par le soupirail la fumée des aromates. - -VOX SOLA. - - 3360 Cessez, ô pleureuses! Le monde - est lumière, tel qu'il l'annonce. - Il renaît dieu, vierge et jeune homme, - le Florissant! - - Il est debout, le Désirable. - 3365 Ses mains sont pleines de semences. - Il va ramener dans ses danses - chastes l'Absent. - - Il renaît, il se renouvelle, - frère des Saisons jumelles, - 3370 debout! La mort est immortelle, - dieu, par ton sang. - -LES FEMMES DE BYBLOS. - - Le dieu! Le dieu! Voilà le dieu! - Il est debout. - -L'EMPEREUR. - - Il est un dieu, il est un dieu! - -Il bondit, ivre de prodige, de songe et de création. Ce cri fulgurant, -jailli de sa poitrine oppressée, couvre toutes les voix, les éteint. Il -s'approche de l'Etre mystérieux. Il lui parle dans le silence que les -profondes haleines font pareil au silence des rivages. Maintenant il -semble que la multitude exsangue des idoles soit plus vivante que la -tourbe des humains. - - 3375 Tu es un dieu. Je te fais dieu, - moi, le Maître de l'Univers, - qui ai joint à mon nom le nom - du Tonnant. Moi, je te fais dieu. - Tout est licite à l'Empereur. - 3380 Hadrien a déifié - le Jeune Homme de Bithynie - à la bouche mélancolique. - Je veux te consacrer un temple - un temple sur le Viminal, - 3385 avec des trésors et des prêtres. - Tu auras des autels toujours - fumants, des offrandes opimes - des louanges harmonieuses; - et on parfumera de rose - 3390 le marbre de tes simulacres - comme à Délos. - -Le Jeune Homme est ébloui, vacillant, perdu dans une immense lumière -vertigineuse comme la lumière du Désert embrasé où vibre le crissement -des sauterelles. A-t-il, lui aussi, jeûné pendant quarante jours et -quarante nuits? Il parle comme en songe, comme dans le délire de la -faim. - -LE SAINT. - - Je souffre, je souffre. Les cieux - s'évanouissent. Une main - m'a pris par les cheveux. Quelqu'un - 3395 a crié: «Béni soit le Roi - qui vient au nom d'Adonaï!» - Adonaï! Adonaï! - Ai-je entendu? - -Les bêtes sauvages se sont enfuies dans les sables, les Anges se sont -évanouis dans le soleil. Le Tentateur se rapproche. - -L'EMPEREUR. - - Tu vas, cette nuit, apparaître - 3400 aux yeux du peuple, dans les rues - arrosées de safran punique, - parmi la clameur des cohortes, - au milieu de torches nombreuses - comme mes désirs, sur un char - 3405 traîné par des éléphants blancs, - si haut qu'on abattra les Arcs - de Triomphe sur ton passage, - on ouvrira dans les murailles - des brèches pour que tu n'inclines - 3410 point ta tiare. - -Le Jeune Homme parle comme en songe, comme dans le délire de la soif. - -LE SAINT. - - Quelle splendeur sort de mes os? - Suis-je lumière? «Qui me voit, - voit celui qui m'a envoyé.» - L'a-t-Il dit? Je souffre, je souffre. - 3415 «Tu es mon fils, le Bien-Aimé. - En toi je prends plaisir.» Peut-être, - nous sommes un. Tout s'obscurcit. - Les cieux s'évanouissent. Suis-je - au faîte du Temple? au sommet - 3420 du Mont, avec le Tentateur? - «Si tu es le fils d'Elohim, - jette-toi en bas.» O vertige! - Il m'a saisi par les cheveux. - «Maintenant mon âme est troublée; - 3425 et que dirai-je, que dirai-je?» - Ma vie s'évanouit. Les Anges - sont loin, loin. J'entends d'autres voix. - «Je te donnerai tout cela, - si tu m'adores.» - -L'Empereur a enlevé l'une des deux Victoires d'or qui ornent le haut -dossier de son siège. Et, dans sa main tendue vers le Déifié, il serre -le globe qui soutient le pied léger de la déesse très désirable. - -L'EMPEREUR. - - 3430 Prends la Victoire impériale - dans ton poing fort et décharné - comme la griffe de mes aigles. - Ce globe est l'orbe de la Terre - et la pomme des Hespérides. - 3435 Or tu es dieu, tu es César, - tu es Prince de la Jeunesse: - tu as la puissance et la joie, - la merveille tissée des songes - pour vêtir ton corps ambigu, - 3440 les perles et le laurier-rose - pour tes tempes étincelantes. - Tu auras tout, tu auras tout. - Je te donnerai les butins - de toutes mes guerres d'Asie, - 3445 de mon Asie profonde et chaude - comme la gueule du lion - et comme le cœur d'Alexandre. - Moi vivant, je te léguerai - l'empire. Tu seras le maître. - 3450 Étant dieu pour rester lointain - dans tes silences, tu seras - empereur pour te rapprocher - et pour t'agiter. Tu feras - verser du sang, fonder des villes, - 3455 ployer des rois, sécher des mers, - chanter des poètes, mourir - des héros, surgir des aurores - inconnues du fond des douleurs - inexpugnables. Tu auras - 3460 le monde tremblant dans le creux - de ta main comme l'alouette - dans le sillon avant le jour. - Ah, qui donc, des choses plus belles - que toutes ces choses, qui donc - 3465 te les donnera? Tends le poing, - prends la Victoire! - -Lentement, lentement, comme en un songe, le Déifié tend son bras droit -vers le donateur; et il reçoit dans la paume le simulacre de la déesse -qui «seule rompt l'incertitude du combat». Il serre le globe entre ses -doigts endurcis par le nerf de l'arc; et, renversant le front têtu -qu'alourdissent les grappes de la douleur, il mire de dessous ses larges -paupières l'Or triomphal dressé au bout de son bras rigide. - -L'Auguste s'abandonne à sa démence magnifique. - -L'EMPEREUR. - - Chantez! Bondissez! Exultez! - Que tous les marbres, tous les bronzes - divins bondissent eux aussi - 3470 comme le thiase d'Evan; - car ce dieu renaît de l'abîme - de mon cœur, avec mille noms, - avec mille noms ineffables, - et seul je ravis aux Puissances - 3475 noires pour toujours sa beauté! - Que, toute la nuit, le tonnerre - triomphal des buccins résonne - au sommet des saintes collines, - jusqu'à ce que les joues éclatent, - 3480 jusqu'à ce que tout l'éther soit - un bouclier de Corybante, - jusqu'à ce que ma Rome entende - hurler vers les hauts Dioscures - la Louve aux mamelles d'airain! - 3485 Et vous, tracez le temple, Augures: - annoncez l'étoile future - au ciel romain! - -Le Déifié a tendu l'autre bras aussi; et il serre maintenant la Victoire -impériale dans ses deux mains, si fort qu'on croirait entendre le métal -craquer. Seul les soulèvements de sa poitrine indiquent la violence du -combat invisible. Les lèvres sont ouvertes, comme la déchirure même de -son âme vivante, sur ses dents fermées. Autour de lui, dans les fleurs, -dans l'or, dans les parfums et dans la flamme, au son des cithares et -des flûtes, les Adoniastes semblent mener l'orgie divine comme dans le -temple de Byblos après le septième des jours funèbres, quand les femmes -descendaient au port pour y recueillir la tête de papyrus jetée dans la -mer par les Alexandrines et poussée par le courant jusqu'à la ville -phénicienne. - -SEMICHORVS I. - - Io! Io! Adoniastes! - O sœurs, ô frères, exultez! - 3490 Le Seigneur est ressuscité! - Il conduit la danse des astres. - - Io! Déliez vos cheveux, - dénouez vos ceintures, femmes! - Du noir Hadès où sont les âmes - 3495 il nous revient, le Bienheureux. - -SEMICHORVS II. - - Tu es beau, tu es beau, Seigneur! - Io! Salut, ô Bien-aimé! - Tour à tour tu renais et meurs, - Enfant de l'Immortalité. - - 3500 Donnez la rose et l'anémone, - sang et larmes, au Florissant! - Ceignez-le des mille couronnes - germées des larmes et du sang! - -CHORVS. - - O neuve jeunesse du monde! - 3505 Couronnez Cypris, couronnez - Eros invaincu, couronnez - trois fois Cybèle la profonde! - - Couronnez Pan au thorax bleu, - le roi Pan aux deux cornes torses! - 3510 Io, Pan! Pour toutes les forces, - Io, couronnez tous les dieux! - -Le cri soudain et terrible du Ressuscité domine le chœur orgiastique. - -LE SAINT. - - Jésus, Jésus, Jésus, à moi! - Au secours, Seigneur! A mon aide, - ma force, ma flamme, mon Roi! - -De toute la hauteur de ses bras, il élève en l'air la Victoire, et la -lance contre la mosaïque luisante, aux pieds de l'Auguste. Tous les -bruits tombent. La voix du Confesseur a l'éclat des buccins. - - 3515 César, maudit, j'ai dans mon poing - mon âme nue, victorieuse, - splendide, aux six ailes de feu. - J'ai brisé ton idole, j'ai - brisé ton or, comme toi-même - 3520 tu seras brisé, tu seras - foulé. Tous tes os se séparent. - Je vois le signe de la lèpre - sur ton front de bouc. La nuit vient. - L'entends-tu? La nuit rugit comme - 3525 une lionne, déchirant - les rets de ses nuages noirs. - La Louve a peur. - -L'EMPEREUR. - - Renversez-le! Renversez-le! - Scellez sa bouche avec la torche! - 3530 Faites de sa face une plaie - fumante! - -Des hommes obéissent si vite qu'on entend la crépitation des flammes -allongées par la véhémence du geste. - - Non! - -Il semble ronger de ses yeux voraces la figure du Jeune Homme. Il dompte -sa fureur. Le Saint ramasse la chlamyde et s'enveloppe la tête comme -dans le rite de la consécration. La cithare mutilée reluit à terre, -découverte, - -DES VOIX EPARSES. - - --Auguste, Auguste, souviens-toi! - --O Divin, venge ta cithare! - --Venge Apollon! - -LES ORPHIQUES. - - 3535 Orphée! Orphée, caché, sonore, - viens à ce sacrifice, Maître - des visions! - -L'Auguste a dompté sa fureur. Il est grave comme un pontife quand il -s'avance vers le Saint et le découvre, tirant la chlamyde par le bord. - -L'EMPEREUR. - - Euryale, et toi, Nicanor, - étendez-le sur la cithare. - 3540 Ainsi. Ainsi. Mais doucement. - -Le Saint ne résiste pas: car son âme est transportée hors d'elle-même. - - Femmes de Byblos, les plus belles, - venez le composer. Ainsi: - entre les deux cornes d'ivoire, - la tête contre le joug d'or; - 3545 et sur sa poitrine le plectre. - Ainsi. Ainsi. Très doucement. - Et enroulez ses belles boucles - autour des sept cordes coupées, - très doucement. - -Le Saint ouvre les bras et joint les pieds, comme le Crucifié. - -LE SAINT. - - 3550 En vérité je vous le dis, - si des frères secrets m'écoutent - parmi les esclaves honteux - qui doivent gémir sous les verges - et attendent le changement: - 3555 Jésus veut me glorifier. - - Moi et le Christ, nous sommes Un. - J'ouvre les bras. Nous sommes Un, - pour les Clous, la Lance et l'Éponge. - Voici. J'ai soif; mon côté saigne; - 3560 mes mains et mes pieds sont cloués. - Gloire éternelle! - -L'EMPEREUR. - - Ne le touchez plus de vos doigts! - L'art de sa démence est sublime. - Le son de sa faute est divin. - 3565 Certes, c'est la divinité - de ma cithare, qui lui donne - une fin si mélodieuse. - Il meurt dans le mode dorique. - Ne le touchez plus de vos doigts! - 3570 Ne touchez pas à sa pâleur. - Je ne veux pas ouvrir ses veines, - bien qu'il se dise tout sanglant. - Je songe à la vierge d'Ephèse, - à cette fille naxienne... - 3575 Mais il est pâle, Adoniastes, - plus que vos images de cire - après l'équinoxe d'automne, - sur vos lits d'ébène, à Byblos. - Il renaissait, et il se meurt. - 3580 O pleureuses, pleurez encore! - Il se meurt, l'Archer du Liban! - O sagittaires chevelus, - ô mes sagittaires d'Emèse, - de Damas, de la Commagène, - 3585 de Palmyre et de l'Iturée, - il se meurt, le bel Adonis! - Pleurez, pleurez! - -Dans un ton très bas la lamentation adonienne recommence. Des flamines -jettent des poignées d'aromates sur la braise des autels. Les dadophores -soulèvent leurs torches vers les idoles innombrables, qui vont recevoir -le sacrifice. Les plaques, les disques, les croissants, tous les -emblèmes, et les regards inflexibles des orbites d'émail, étincellent -sous la voûte d'or; tandis que l'Empereur s'incline vers le Saint -silencieux, pour le tenter. - - Par le haut Soleil invaincu, - ô mourant, écoute l'Arbitre. - 3590 Tout ce que j'ai voulu t'offrir, - je le tiens dans ma main encore. - Tu pourrais encore être un dieu, - avoir ton temple. - -LE SAINT. - - Le Christ règne! Tu n'es que fange. - 3595 La mort est vie. - -L'EMPEREUR. - - Étouffez-le sous les couronnes, - étouffez-le sous les colliers, - sous les fleurs, l'or et la musique, - sous les désirs, l'or et les plaintes, - 3600 car il est beau. - -On vide les corbeilles, on vide les muids. On ensevelit le Saint sous -les colliers, comme la vierge d'Ephèse; on l'étouffe sous les couronnes, -comme la vierge de Naxos. Les esclaves syriens renversent les flambeaux. -Les archers d'Emèse, en commémoration de la Flèche qu'on ne vit pas -retomber, plient un genou et bandent leurs grands arcs vers l'œil du -ciel qui reluit, par la baie circulaire, à travers la fumée de l'oliban. - -CHORVS SYRIACVS. - - Il descend vers les Noires Portes. - Tout ce qui est beau, l'Hadès morne - l'emporte. Renversez les torches, - Eros! Pleurez! - -EXPLICIT - -SECVNDVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM INCRVENTVM - - - - -_LA QUATRIEME MANSION_ - -LE LAURIER BLESSÉ - - - - -LES PERSONNAGES. - -LE SAINT. - -SANAE. - -LES ARCHERS D'EMESE. - -LES ADONIASTES. - -LE BON PASTEUR. - -LES TROIS COUVEUSES DE CENDRES. - -CHORVS SYRIACVS. - - - - -On aperçoit les antiques lauriers du bois d'Apollon, sur une colline -ronde comme une mamelle. Ils sont drus et touffus à l'entour, sombres et -immobiles comme leurs images votives de bronze offertes dans les -sanctuaires. Leurs troncs, hérissés de feuilles aiguës comme les pointes -des lances, surgissent contre le ciel latial où fument les longues -traînées sulfureuses du jour fuyant. Ils entourent la clairière sainte -qu'un autel triangulaire de pierre occupe, rongé par les années et les -pluies, sans feu dans l'ombre. Trois femmes sont assises sur les -monceaux des vieilles cendres, silencieusement enveloppées dans leurs -manteaux noirs, les genoux entre leurs bras et la tête entre leurs -genoux. Sont-elles les Parques filles de l'Erèbe, sans quenouille, sans -fuseau, sans ciseaux? Sont-elles les Furies filles de la Terre, sans -leurs fouets de couleuvres et sans leurs torches tartaréennes? -Sont-elles les Grâces filles du Soleil, devenues décrépites et lugubres, -couveuses de cendres? Comme des Sybilles ou comme des Suppliantes, elles -semblent somnoler ou être accablées de fatigue et de malheur. - -De hautes tombes sont éparses dans la plaine latine; des aqueducs -interminables chevauchent vers la cité et vers la nuit. - -On a dépouillé le Martyr pour l'attacher au tronc d'un grand laurier -avec des cordes de sparte. Debout, les pieds nus sur les racines -noueuses, il repose sur la tige svelte de sa jambe droite le poids de -son corps lisse comme l'ivoire; et, les poignets liés au-dessus de sa -tête, il ressemble au beau diadumène qui se ceint du bandeau. - -C'est aux Sagittaires d'Emèse que l'Auguste a ordonné de venger par les -flèches le Soleil seigneur de l'Empire. Ils sont éperdus d'amour et de -crainte. Sanaé, l'archer aux yeux vairons, est parmi eux. Il épie la -plaine. - -SANAE. - - 3605 Ils sont loin, ils sont déjà loin! - On n'aperçoit plus les chevaux - de la turme. Une croupe blanche - disparaît au détour, derrière - les Tombeaux: le décurion. - 3610 Il n'a jamais tourné la tête. - Seigneur, nous allons maintenant - te délier. - -LE SAINT. - - O Sanaé, - tu ne te souviens plus! Tu as - tout oublié. Que t'ai-je dit? - 3615 «Souvenez-vous. Je suis la Cible.» - Où est mon arc? - -SANAE. - - Nous t'avons sauvé, nous t'avons - sauvé, seigneur, quand tu mourais - étouffé sous l'or et les fleurs. - 3620 Nous t'avons soustrait et caché, - risquant nos têtes. Et tu as - voulu de nouveau l'affronter, - le Lion! Tu as de nouveau - cherché le danger et la mort. - 3625 Et le morne Hadès fait toujours - ton envie. - -LE SAINT. - - Hélas, Sanaé, - je t'avais élu, je t'avais - élu! - -SANAE. - - Nous t'aimons, nous t'aimons, - seigneur. Tu pouvais être un dieu. - 3630 Mais tu es le dieu de nos songes, - et le songe de nos jeunesses; - car tous les nuages qui naissent - de la mer nous sont des navires - mystérieux pour t'enlever, - 3635 pour t'emporter, pour faire voile - avec tes sorts vers ton empire, - vers ta fable, vers ta Colchide. - Et nous voulons, ô déicide - ivre d'immortalité, tendre - 3640 à ta soif une pleine coupe - de nepenthès et d'amaranthe - pour qu'il ne te souvienne plus - des douleurs et des épouvantes - qui assiègent ton âme. Écoute, - 3645 seigneur. - -LE SAINT. - - Pourquoi me trahis-tu? - Je t'avais sacré. Tu étais - marqué par Dieu, du double signe. - -SANAE. - - Écoute, écoute. Le soir tombe. - Le fleuve est proche. Des rameurs - 3650 sont prêts. Tu trouveras des voiles - ciliciennes à Ostie. - -LE SAINT. - - Les voiles de Paul? - -SANAE. - - Et tu vas - choisir ceux de nous qui viendront - avec toi. Mais nous viendrons tous, - 3655 après. Nous ne voulons servir - que tes sorts, dans notre patrie - qui est la tienne, dans la terre - qui couve les songes des Rois - et les promesses des Voyants. - -LE SAINT. - - 3660 O Sanaé, comment peux-tu - espérer de troubler mon âme, - si tu sais ce que j'aurais pu - être? - -SANAE. - - Un dieu prisonnier. - -LE SAINT. - - Tendez, - tendez vos arcs. - -SANAE. - - Rien qu'un esclave - 3665 dieu. - -LE SAINT. - - Je meurs de ne pas mourir, - -SANAE. - - Rien qu'un simulacre lointain. - Mais, si tu es sauf, si tu es - libre, si tu es fort, si tu - es pur, avec tout ton visage - 3670 divin tourné vers l'Orient, - vers l'héritage de ton âme, - vers l'héritage de ton dieu, - n'auras-tu pas une plus sainte - guerre et une victoire plus - 3675 grande que cette insatiable - mort? - -LE SAINT. - - Je meurs de ne pas mourir. - -SANAE. - - César a dit: «Amenez-le - au bois d'Apollon; liez-le - au tronc du plus beau des lauriers; - 3680 puis décochez contre son corps - nu toutes vos flèches jusqu'à - ce que vous vidiez les carquois, - jusqu'à ce que son corps nu soit - pareil au hérisson sauvage.» - -LE SAINT. - - 3685 Oui, Sanaé, oui, mes archers, - c'est ce que je veux. Ce sera - beau. - -SANAE. - - Mais César a dit: «Ensuite - coupez sa belle chevelure - et déposez-la sur l'autel, - 3690 en expiation; coupez - au laurier funeste un rameau - flexible pour me l'apporter, - pour que j'en fasse une couronne - et que, sous son ombre, je pleure. - 3695 Et livrez son cadavre aux femmes - de Byblos, aux Adoniastes; - puisque l'équinoxe d'automne - vient avec le deuil relevant - le catafalque du dieu mort. - 3700 Peut-être il va revivre encore - une fois, s'il est comme Hérile - roi de Préneste, qui avait - eu de sa mère les trois âmes - et les trois armures qu'Evandre - 3705 lui arracha.» Tu vas revivre, - tu vas revivre! - -LE SAINT. - - Oui, je vais - revivre. - -SANAE. - - Or il suffit qu'on coupe - une chevelure de femme - et qu'on apporte à l'Empereur - 3710 le rameau de laurier. - -LE SAINT. - - Je vais - revivre, Sanaé. J'atteste - mon souffle et le ciel que je vais - revivre; car il est devin, - l'Empereur. Il a deviné. - 3715 J'ai eu de ma mère trois âmes - et trois armures, comme Hérile - roi de Préneste. Attendez-moi. - Demain, à l'heure de Vesper, - au bord du fleuve attendez-moi, - 3720 et je me montrerai à vous. - Je vous montrerai mon visage - tourné vers l'Orient. Alors - vous serez prêts. Nous trouverons - des voiles, des voiles gonflées - 3725 par les vents certains, et des proues - aiguisées comme le désir - de la vie belle. - -SANAE. - - Nous serons - avec toi, libres avec toi, - libres avec toi sur la mer - 3730 glorieuse! - -LE SAINT. - - Mais pour revivre, - ô Archers, il faut que je meure, - il faut que je meure. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - O Aimé, - Aimé! - -LE SAINT. - - Il faut que mon destin - s'accomplisse, que des mains d'hommes - 3735 me tuent. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - Seigneur! Seigneur! - -LE SAINT. - - Vos mains. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - O Aimé! - -LE SAINT. - - Vos mains fraternelles. - -SANAE. - - Nous brisons nos arcs. - -LE SAINT. - - Tendez-les! - Où est votre amour? Vous m'aimez, - vous brûlez de servir mes sorts, - 3740 et vous empêchez que mes sorts - s'accomplissent, que cet anneau - de mon éternité se ferme. - Vous m'aimez, et vous n'exaltez - pas mon mystère. Je vous dis - 3745 que je vais revivre. N'ayez - aucune crainte. En vérité - je vous le dis. - -SANAE. - - Seigneur, nous allons donc tuer - notre amour! - -LE SAINT. - - Il faut que chacun - 3750 tue son amour pour qu'il revive - sept fois plus ardent. O Archers, - Archers, si jamais vous m'aimâtes, - que votre amour je le connaisse - encore, à mesure de fer! - 3755 Je vous le dis, je vous le dis: - celui qui plus profondément - me blesse, plus profondément - m'aime. Sanaé, souviens-toi! - Souvenez-vous, Élus d'Emèse! - 3760 Je vous avais commis cet arc - où le fil de mon sang s'incruste - de l'une à l'autre coche et luit. - Voyez. Je sens que dans la paume - de ma main le stigmate brûle, - 3765 se rouvre et saigne. - -Un pasteur est apparu entre les branches des lauriers. Il porte une -brebis autour de son cou, sur ses épaules, tenant deux pieds de la bête -dans chacune de ses mains. Il reste debout, immobile, en silence, les -yeux fixés sur le Martyr. - - O tremblement - de mon âme! Je sens mon âme - et l'arbre trembler jusqu'au bout - des racines les plus cachées. - Ne voyez-vous pas les trois femmes - 3770 noires sursauter? - -SANAE. - - Quelles femmes, - seigneur? Tu nous effraies. - -LE SAINT. - - Les trois - femmes voilées qui sont assises - au pied de l'autel. - -SANAE. - - Il n'y a, - seigneur, que des monceaux de cendres. - 3775 Il n'y a que les vieilles cendres - accumulées des sacrifices. - -LE SAINT. - - Elles tressaillent. Je les vois. - -SANAE. - - Tu te trompes. Quelle épouvante - te blanchit! - -Soudain, le Martyr a rencontré le regard du pasteur. - -LE SAINT. - - Parle bas. Ce n'est - 3780 pas l'épouvante. Parle bas. - Il est là, le Pasteur. Regarde. - -SANAE. - - Où est-il? Quel pasteur? - -LE SAINT. - - Il porte - la brebis autour de son cou, - sur ses épaules. Le vois-tu? - -SANAE. - - 3785 Seigneur, seigneur, quels sont tes rêves? - -LE SAINT. - - Il n'est plus là. - -L'apparition s'évanouit; mais l'ombre du Crucifié s'étend sur le laurier -fatidique. Et l'ivresse du sang durera jusqu'au dernier soupir. - - Mon sang commence - à couler, dans l'ombre qui croît. - Les lauriers sont comme les lances - hérissées autour de la Croix. - 3790 Des profondeurs, des profondeurs - j'appelle votre amour, Archers! - Des profondeurs, des profondeurs - je vous appelle! Rapprochez- - vous. La nuit tombe. Il faut qu'on mire - 3795 de près, de près, pour frapper juste. - Lequel voudrai-je encore élire - d'entre vous? Celui qui ajuste - mieux que tout autre le plus âpre - de ses dards et qui le décoche - 3800 de telle force (son haleine - toute entre ses dents, les empennes - contre l'œil, le pouce à la tempe) - qu'il blesse l'écorce de l'arbre - me perçant de toute la hampe. - 3805 Celui-là, certes, je saurai - qu'il m'aime, qu'il m'aime à jamais. - -Chaque archer, la main tremblante, tire de dessous son épaule une flèche -de son carquois. - - Sanaé, tu as mon arc. Viens, - frère. Presse-le sur ma bouche, - avant de le tendre. Qu'il touche - 3810 mes lèvres et mon âme. Viens. - -Sanaé s'approche et tient soulevé devant le Chef l'arc où ce fil de -sublime pourpre luit comme l'ivoire et l'or. - - Souviens-toi! Souvenez-vous! L'arc - figure la Trinité sainte. - Le fût est le Père, la corde - est l'Esprit, la flèche empennée - 3815 est le Fils qui donna son sang. - Et il n'y aura plus de taches, - sauf la tache du sang tombé - des mains et des pieds du Sauveur. - -Il tend les lèvres; et l'archer vairon lui donne la poignée à baiser. -Les lèvres pures s'attardent comme si elles buvaient à longues gorgées -un plein calice. Or sa voix n'est qu'une flamme vertigineuse. - - Des profondeurs, des profondeurs - 3820 j'appelle votre amour, Élus! - Chaque flèche est pour le salut, - afin que je puisse revivre. - Ne tremblez pas, ne pleurez pas! - Mais soyez ivres, soyez ivres - 3825 de sang, comme dans les combats. - Visez de près. Je suis la Cible. - Des profondeurs, des profondeurs - j'appelle votre amour terrible. - -On entend le chœur des Adoniastes, qui monte par la colline à travers -les lauriers. - -Éperdument, un des archers, sous le regard qui le force, tire la corde -et décoche. Le dard se fixe au genou, dans le nœud de l'os. - - Béni soit le premier! Bénie - 3830 soit l'étoile première! - -Une sorte de subite démence semble s'emparer des Asiatiques, par la -vertu de cette voix d'ivresse. - - Encore! - -De leurs lèvres blêmes buvant leurs larmes, ils ne visent pas le corps -mais ils lancent leurs flèches vers la voix. - - Votre amour! Votre amour! - -Ils poussent des cris rauques et rompus, comme des dormants agités dans -un combat aveugle contre un rêve monstrueux. - - Encore! - -Quelques-uns, tout à coup, laissent tomber leurs arcs, se plient sur -leurs genoux; et sanglotent, le front contre la terre. - - Encore! - -D'autres, tout à coup, se renversent dans une convulsion d'épouvante qui -agite leurs mâchoires comme le rire sardonien. - - Encore! - -D'autres ont vidé leurs carquois sur l'herbe et, tenant le faisceau des -dards sous le pied gauche, s'abaissent d'un mouvement rapide et continu -pour les prendre l'un après l'autre. Et ils tirent désespérément, comme -s'ils n'avaient pas devant eux un corps lié à un arbre mais une -multitude de cavaliers à désarçonner avant qu'ils n'arrivent et ne les -écrasent sous les sabots de leurs étalons. - - Encore! - -Cette voix demandera-t-elle du fer toujours? Ils lancent toujours du -fer, désespérés, hors d'eux-mêmes, dans une sorte d'étourdissement -farouche, comme s'ils avaient sur leurs têtes, non le silence des -feuilles, mais l'horreur d'une tour de siège incendiée sur ses roues -tonnantes. - - Amour - éternel! - -C'est le râle dans la gorge transpercée, le dernier soupir, le dernier -sourire, le suprême appel. La belle tête s'incline sur l'épaule polie -comme le marbre cynthien frotté de parfum: les ailerons d'un dard -vibrent encore à l'aisselle. Le corps admirable s'affaisse, étirant les -bras retenus par les liens. - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Seigneur! - --Bien-aimé! - --Seigneur! - --Bien-aimé! - --Bien-aimé! - -Ils appellent à grands cris leur amour expirant. Ils jettent leurs arcs, -ils se tordent de désespoir, ils se traînent sur l'herbe jusqu'aux deux -pieds inanimés, qu'ils baisent. Leurs chevelures s'accrochent aux -empennes des hampes enfoncées dans les jeunes muscles. - -Et le chant des Adoniastes s'approche toujours. Maintenant le soir est -céruléen comme le verre de Phénicie coloré par l'ocre bleue de Chypre. -Des raies fauves le divisent; les noirs lauriers l'entaillent. On voit -paraître les femmes de Byblos, les cheveux épars, les ceintures -dénouées, les robes déchirées, traînant une litière d'ébène et de -pourpre violette. - -CHORVS SYRIACVS. - -Magister Claudius sonum dedit. - - 3835 Il se meurt, le bel Adonis! - Il est mort, le bel Adonis! - O Vierges, pleurez Adonis! - Garçons, pleurez! - - Pleurez, ô femmes de Syrie, - 3840 criez: «Hélas, ma Seigneurie!» - Toutes les fleurs se sont flétries. - Criez, pleurez! - -D'autres femmes accourent. Elles portent des draps de pourpre rouge, des -lins, des bandelettes, des vases d'onguents, des couronnes de cyprès, -des «jardins d'Adonis». Elles entourent le laurier, elles s'empressent à -défaire les nœuds des cordes. La lamentation se prolonge. Les couveuses -de cendres ont disparu; et au pied de l'autel ne restent que les -monceaux noirâtres. - -LES ADONIASTES. - - Hélas, ma Seigneurie! Hélas, - ma Seigneurie! - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Hélas! - --Hélas! - 3845 --Qu'avons-nous fait! - --Qu'avons-nous fait! - -SANAE. - - Nous avons tué notre amour! - -LES ARCHERS D'EMESE. - - --Il va revivre. - --Il va revivre. - --Femmes, doucement, doucement. - --Il faut le délier. - --Il faut - 3850 le détacher de l'arbre. - --Femmes, - doucement. - --Il respire encore. - --Ne pleurez pas! - --Voyez, voyez - comme sa poitrine se gonfle! - --Il respire, il soupire. - --Femmes, - 3855 ne pleurez pas. Il va revivre. - --Il va revivre. Il nous l'a dit. - --Il nous l'a dit. - --Donnez des baumes, - donnez des lins! - -Les cordes sont dénouées. Les bras retombent, La lamentation se -prolonge. - -CHORVS SYRIACVS. - - Pleurez, ô femmes de Syrie! - 3860 Il va dans la pâle Prairie. - Toutes les fleurs se sont flétries, - hélas! Pleurez! - -Tout à coup, les femmes qui reçoivent le corps dans leurs bras, voient -les flèches s'évanouir comme des rayons dans les blessures. C'est le -tronc du laurier d'Apollon qui maintenant est hérissé de tout ce fer. - -LES ADONIASTES. - - --Prodige! - --Prodige! - --Prodige! - --Son corps se détache, laissant - 3865 tous les dards au tronc du laurier! - --Il n'a plus de flèches! Les hampes - ont disparu dans les blessures - comme un évanouissement - de rayons! - --Elles restent toutes - 3870 dans l'arbre! - --Prodige! Voyez: - le laurier en est hérissé. - --Voyez! - --Seigneurie, Seigneurie, - tu revivras, tu revivras! - --Tu reviendras! - -SANAE. - - 3875 Archers, Archers, Élus d'Emèse, - qu'on soulève le corps du Chef - sur les fûts des arcs détendus - et croisés. Qu'on le porte ainsi, - sous les étoiles. - -Les femmes de Byblos ont déjà reçu sur leurs bras le corps divin -enveloppé dans la pourpre. Elles marchent lentement vers la litière. Au -delà de la colline sainte, dans la profondeur du soir, une clarté de -perle se répand, semblable à celle qui précède le lever de la pleine -lune. - -LES ADONIASTES. - - 3880 --Archers d'Emèse, nous avons - notre litière, la litière - d'ébène, la couche funèbre - de nos Adonies. - - --Sanaé, - le très saint Empereur accorde - 3885 à la confrérie de Byblos - d'enlever le corps, de dresser - le catafalque pour le deuil. - Et nous le coucherons dans notre - litière, et nous l'emporterons, - 3890 aux sons des flûtes, dans la nuit. - Faites escorte. - --Qu'on allume - les torches de pin! Qu'on compose - l'ordonnance funèbre! Et vous, - aulètes, rangez-vous auprès - 3895 de la litière. - -Les femmes placent le cadavre dans la couche, en gémissant. La -lamentation du chœur n'a pas de pauses. - -CHORVS SYRIACVS. - - Il descend vers les Noires Portes. - Tout ce qui est beau, l'Hadès morne - l'emporte. Renversez les torches, - Eros! Pleurez! - -Dans le ciel du soir la clarté insolite s'élargit comme si un astre -précipité du firmament s'approchait pour incendier la plaine. Un grand -cri se lève. La lamentation s'interrompt. L'ordonnance funèbre s'arrête, -et demeure immobile devant le gouffre de la lumière ineffable. Les -Portes du Paradis sont ouvertes à l'âme de Sébastien. - -EXPLICIT - -EXTREMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM CRVENTVM - - - - -_LA CINQUIEME MANSION_ - -LE PARADIS - - - - -On découvre le jardin des clartés et des béatitudes, à l'orée de -l'Orient qui produit tous les levers du soleil. Parmi les arbres du -jardin, il y en a qui ressemblent à la grêle transparente, d'autres qui -ressemblent à un vent ondoyant, d'autres qui ressemblent aux grappes des -eaux vives. On y trouve toutes sortes de belles choses, que l'œil n'a -jamais vues et que l'oreille n'a jamais entendues, qui ne montent pas au -cœur de l'homme, et que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. On y -voit des tabernacles de pyrope, des vêtements de lumière, des diadèmes -de beauté. Il y a aussi des lances flamboyantes, des boucliers -étincelants, des épées, des javelots et des dards de rais, des haches et -des frondes de feu. Là aussi sont les croix lumineuses, les ostensoirs -et les encensoirs d'or, de saphir, de jaspe, de calcédoine, de topaze, -d'améthyste et de sardyon. On n'y distingue les Bienheureux que par le -nombre et la couleur des étincelles qui s'envolent d'eux quand ils -ouvrent la bouche pour louer le Très-Haut. On y reconnaît, au nombre des -ailes et au son des parlers, les diverses sortes des Anges. Les premiers -sont les Anges de la Face, qui seuls peuvent soutenir l'éclat de la Face -de Dieu; ensuite viennent les Anges du service divin, les Trônes, les -Dominations, les Seigneurs, les Ardeurs, les Puissances, les Myriades, -les Princes, et bien d'autres. De même leurs louanges sont différentes. -Il y en a trois sortes qui disent: «Saint», trois qui disent: «Loué», -trois qui disent: «Béni» et trois qui disent ce que ne peut entendre -l'oreille d'un mortel. - -CHORVS MARTYRVM. - -Magister Claudius sonum dedit usque ad finem. - - 3900 Gloire! Sous nos armures - flamboyez, ô blessures! - Qui est celui qui vient? - Le Lys de la cohorte. - Sa tige est la plus forte. - 3905 Louez le nom qu'il porte; - Sébastien! - -CHORVS VIRGINVM. - - Tu es loué. L'étoile - de loin parle à l'étoile - et dit un nom: le tien. - 3910 Dieu te couronne. Toute - la nuit comme une goutte - à ton front est dissoute, - Sebastien. - -CHORVS APOSTOLORVM. - - Tu es saint. Qui te nomme - 3915 verra le Fils de l'Homme - (sur son cœur Il te tient) - sourire de ta grâce. - Jean t'a donné sa place. - Tu boiras dans sa tasse, - 3920 Sébastien. - -CHORVS ANGELORVM. - - Tu es beau. Prends six ailes - d'Ange et viens dans l'échelle - des Feux musiciens - chanter l'hymne nouvelle - 3925 au Ciel qui se constelle - de tes plaies immortelles, - Sébastien. - -ANIMA SEBASTIANI. - - Je viens, je monte. J'ai des ailes. - Tout est blanc. Mon sang est la manne - 3930 qui blanchit le désert de Sin. - Je suis la goutte, l'étincelle - et le fétu. Je suis une âme, - Seigneur, une âme dans ton sein. - -CHORVS SANCTORVM OMNIVM. - - Louez le Seigneur dans l'immensité de sa force, - 3935 Louez le Seigneur sur le tympanon et sur l'orgue, - Louez le Seigneur sur le sistre et sur la cymbale - Louez le Seigneur sur la flûte et sur la cithare. - Alleluia. - - -EXPLICIT MYSTERIVM. - - -St-Denis--Imp. J. Dardaillou--1.948-1-24 - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Le Martyre de Saint Sébastien, by -Gabriele D'Annunzio - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN *** - -***** This file should be named 62281-0.txt or 62281-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/2/2/8/62281/ - -Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the -Distributed Proofreading team at DP-test Italia. (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/62281-0.zip b/old/62281-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 2e07afc..0000000 --- a/old/62281-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/62281-h.zip b/old/62281-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index c9dfea3..0000000 --- a/old/62281-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/62281-h/62281-h.htm b/old/62281-h/62281-h.htm deleted file mode 100644 index 5d4daef..0000000 --- a/old/62281-h/62281-h.htm +++ /dev/null @@ -1,9310 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Le martyre de Saint Sbastien, by Gabriele d'Annunzio. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - -p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; - margin: .3em 0;} - -h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } -h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } - -div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; -margin: 1em 0; } - -div.cnarr { display: inline-block; text-align: center; max-width: 20em; } - -.large { font-size: 130%; } -.small, small { font-size: 90%; } -.xsmall { font-size: 70%; } - -.italic { font-style: italic; } -.italic i, .italic em { font-style: normal; } -i sup, .italic sup { padding-left: .25em; } - -.sc { font-variant: small-caps; } -.red { color: #d00; } - -.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 3em; } - -.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } -.stanza { margin-top: 1em; } -.verse { padding-left: 3em; text-indent: -3em; } -.versen { padding-left: 3em; text-indent: -5.5em; } -.i1 { text-indent: -1.5em; } -.i2 { text-indent: 0; } -.i3 { text-indent: 1.5em; } -.i4 { text-indent: 3em; } -.i5 { text-indent: 4.5em; } -.i6 { text-indent: 6em; } -.i7 { text-indent: 7.5em; } - - - -.vn { display: inline-block; text-indent: 0; text-align: right; - width: 2.5em; } -.vn small { font-size: 70%; padding: 0 .7em 0 0; } - -.p { margin: 1.5em 0 .5em 0; } -.p2 { margin: 1.5em 0 .5em 0; font-size: 80%; } -.di { font-size: 90%; } - -.side { margin: .5em 0 .5em 35%; text-align: right; font-size: 90%; - font-style: italic; } - - -.sign { margin: 1em 5% 1em 0; text-align: right; } - -hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } - - - -a { text-decoration: none; } - -sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; } - -li { list-style: none; } - -table { margin: 1em auto; } -td { vertical-align: top; } - - -.ugap { margin-top: 1em; } -div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } -.break, .chapter { margin-top: 4em; } - -img { max-width: 100%; } - -@media screen { - body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } -} - -@media handheld { - .break, .chapter { page-break-before: always; } - .top4em { padding-top: 4em; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - -</style> -</head> -<body> - - -<pre> - -Project Gutenberg's Le Martyre de Saint Sbastien, by Gabriele D'Annunzio - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. 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(This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries.) - - - - - - -</pre> - -<h1 class="red">LE MARTYRE DE<br /> -SAINT SEBASTIEN</h1> - -<div class="c"><div class="cnarr"><span class="small">MYSTERE COMPOSE EN RYTHME -FRANAIS PAR</span> <span class="large red">GABRIELE -D'ANNUNZIO</span> <span class="small">ET JOUE A -PARIS</span> <span class="xsmall">SUR LA SCENE DU</span> <span class="small">CHATELET</span> -<span class="xsmall">LE XXII MAI MCMXI AVEC LA MUSIQUE -DE</span> <span class="large red">CLAUDE DEBUSSY</span>.</div></div> -<div class="c"><img src="images/bois.jpg" alt="" /></div> -<p class="c">A PARIS<br /> -<span class="xsmall">CHEZ CALMANN-LVY, DITEURS</span></p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em"><i>Il a t tir de cet ouvrage</i><br /> -<span class="xsmall">CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE</span><br /> -<i>tous numrots.</i></p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em small">Droits de reproduction, de traduction et de reprsentations -rservs pour tous les pays.</p> - - -<p class="c gap small">Copyright, 1911, by <span class="sc">Calmann-Lvy</span>.</p> - - -<p class="c gap small">La partition de M. <span class="sc">Claude Debussy</span> -est en vente chez -MM. <span class="sc">Durand</span> et C<sup>ie</sup>, 4, place de la Madeleine, Paris.</p> - -<div class="break"></div> - -<h2>A MAURICE BARRS</h2> - - -<p class="italic">Un jour d't, au pays des Marses, en -ma terre d'Abruzzes, j'coutais sous le portail -d'une glise un charmeur de serpents -jouer son air magique sur un os de cerf -cinq trous qu'un anctre avait retrouv, -parmi des cendres, des verroteries et des -orges, dans un de ces sauvages spulcres qui -sont les milliaires de la route romaine. -C'tait le dernier descendant d'une ligne sacerdotale -qui de sicle en sicle avait fourni - la citerne du Sanctuaire les couleuvres -sacres. Seul il connaissait le mode -que ses aeux lui avaient transmis avec -la flte et avec la vertu. Au son du charme, -la gent reptile s'agitait dans le sac de cuir -en forme d'outre, suspendu la dure -paule marque du signe tutlaire. Et, -dans le tremblement de la splendeur et de -mon ressouvenir, je dcouvrais sur la -montagne dangereuse comme le promontoire -de Circ la citadelle ruine des rois -devins; et j'entendais le vent bruire dans -les mmes herbes que les magiciennes -marses avaient broyes pour les matrones -de Rome; et je sentais refluer du fond d'un -exil infini, sur les oliviers et sur les rochers, -la mlancolie du despote macdonien -qui mourut captif dans la forteresse -ardue. Et il me semblait de rentrer -dans ma patrie primitive, avec une me -plus vaste que toutes mes penses; et les -notes grles de la flte funbre me semblaient -accompagner ce chant immortel -des morts que tant de fois vous avez cout - travers la plaine messine, ou dans le -souffle lger de la rivire lorraine, ou sur -la hauteur de Sainte-Odile entre la muraille -druidique et le castel latin.</p> - -<p class="italic">Or le linteau du portail, sur ma tte, -montrait l'empreinte de l'art roman du -Languedoc. Ses rinceaux entremls de -figurines rappelaient les chapiteaux du -clotre de la Dalbade toulousaine. Des cannelures -taient creuses comme celles des -socles chartrains; des moulures taient -traites comme par le ciseau cistercien. -La pierre noircie voquait confusment -les conqurants de la Pouille, les matres -d'œuvre venus avec les chevaliers de -Chypre, les colons franais de l'Orient, -tout un tumulte de puissances et de fatalits -admirables.</p> - -<p class="italic">Je retrouvai quelques couleurs de ma -rverie, plus tard, sous les votes impriales -de Castel del Monte; puis dans la -chapelle palatine de Monreale illumine, -non par l'or des mosaques, mais par le -cœur du Saint roi; puis encore devant le -tombeau de la reine Isabelle Cosenza, o -une pense de l'Ile de France habite le -front bomb de la Vierge que la gradine -d'un tailleur d'images instruit Saint-Denis -travailla dans le tuf de Calabre.</p> - -<p class="italic">Vous connaissez l'motion du bon ouvrier -devant la qualit de la matire. Pour -moi, je ne voudrais d'autre loge que la -parole de Francesco Francia dans l'acte -de palper la statue de Jules II: <i lang="it" xml:lang="it">Questa - una bella materia.</i> On sait que Michel-Ange -se fcha et rpondit avec aigreur. -Toutefois, que n'aurait-il donn pour un -bloc de marbre grec couleur de froment! -Je songe mon dlicat Laurana, quand -il vint travailler dans votre Lorraine et -qu'il s'enquit du grain de votre pierre. Je -songe ces Juste qui se francisrent -comme Jean Bologne s'italianisa. Il me -plat d'imaginer que le pasteur d'ternelle -mmoire Joachim du Bellay, loin -des nymphes angevines, quand il renona -au parler de France pour louer la gorge -de la blanche Romaine, fut tent par la -mlodie de Ptrarque mais n'eut pas assez -d'audace pour la moduler. Un plus joyeux -voyageur, Rabelais, ddaignant les lauriers -capitolins, pourvut de toutes sortes de -salades papales les potagers de Geoffroi -d'Estissac, les plus beaux qui fussent en -Poitou.</p> - -<p class="italic">Qu'on me pardonne si, plus aventureux, -j'ai voulu pour une fois me donner -le plaisir magnifique de travailler avec mes -outils les plus aiguiss une belle matire -d'outre-monts.</p> - -<hr /> - - -<p class="italic">Dirai-je que j'ai travaill sans aide? -Ma Muse nouvelle paraissait avoir le visage -ardent et mlancolique de Valentine -Visconti, duchesse de Touraine, dans la -miniature de l'<i>Apparicion de matre -Jehan de Meun</i>. En commenant mon -Mystre, j'aperus dans une lueur de prsage -la Milanaise sur son palefroi richement -harnach s'arrter devant le Chtelet -pour voir la sainte Allgorie reprsente -par signes et sans paroles. En traitant -de ma main la plus lgre les rondels des -offrandes, je me rappelai que Charles -d'Orlans, le pote tout semblable un -pcher couvert de fleurs roses et de givre -cristallin, tait n de cette Grce lombarde. -Elle berait aussi sur ses tendres genoux -le fameux btard qui devait se nommer -Dunois pour la gloire, aprs avoir brill -dans la lumire de la Pucelle. Alors, entre -arc et flche, je me rappelai aussi que -Jehanne Compigne avait avec elle une -mince compagnie d'archers italiens commande -par Barlolomeo Baretta, quand -auprs du pont l'archer picard la tira -bas de son cheval par la huque de velours -d'or. Et je dis un jour la Fille malade des -fivres: Je vous enverrai, ma fille brlante, - Domremy, sous le htre nomm le -Beau May, vous baigner dans la fontaine -des Groseillers o les fivreux obtiennent -gurison. Mais elle rpondait toujours: -Je ne veux pas tre gurie. Et alors -j'entendais la voix de Valentine, infatigable - aimer, souffrir et se ressouvenir: -Plus hault.</p> - -<p class="italic">Je vous avoue que, quand l'œuvre fut -acheve, je fis vœu d'aller plerin Chartres -pour remirer les belles verrires et pour -dposer le manuscrit inconnu, non sur -l'autel, la grce de Dieu,—comme autrefois -les pauvres filles chartraines en -usaient avec leurs enfants malheureux—mais - l'angle mridional de l'glise o est -sculpt l'ne qui joue de la vile. -Rconfort du printemps! Je n'avais -jamais vu un ciel plus ample ni plus indulgent -sur une plus silencieuse fcondit. -La toute verte Beauce tremblait de -douceur comme un seul fil d'herbe; et -aux branches des pommiers fleuris les -nuages paraissaient se retrousser comme -de molles tranes aux mains vives de femmes -prtes une estampie ou une reverdie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Bele, dont estes vos nee?</div> -<div class="verse">De France sui la loee,</div> -<div class="verse">du plus haut parage.</div> -<div class="verse">Le rossignox est mon pre…</div> -</div> - -<p class="italic">Alors, en dcouvrant les deux flches de -pierre qui semblent percer le cœur mme -de l'ternel, j'eus la foi du bon matre -verrier qui pour la soudaine beaut de son -œuvre transparente espre le rayon du -soleil de Dieu.</p> - -<hr /> - - -<p class="italic">Voici donc le livre, sauv et pardonn. -Je vous offre mes vers de France parce -que j'aime vos proses d'Italie, mon cher -Maurice Barrs. Ce pome compos dans -le pays de Montaigne et de la forte rsine, -je vous le ddie parce que vous avez trouv -vos cadences les plus mlodieuses Pise, - Sienne, Parme, dans le spulcre de -Ravenne, dans les jardins de Lombardie. -Mon Sbastien—que j'ai dessin ayant -sous les yeux cette plaquette d'Antonio -del Pollaiuolo, o un svelte centaure domine -du poitrail les archers deux pieds—mon -Sbastien parle, quelque part, du -tendon de bte qui s'ajuste au ft de son -arc doubl et qui s'y colle de faon ne -faire qu'un avec lui. Je pense au nerf -animal dont se double la spiritualit de -votre art. Je pense aussi, devant certaines -de vos paroles, ces divines abeilles prises -dans l'ambre claire, qu'un de mes humanistes -semble avoir clbres en l'honneur -de votre Muse dans un pigramme votif.</p> - -<p class="italic">Aucun ne pourra, certes, comme vous, -comprendre le singulier plaisir que me -donnrent ma hardiesse et un si haut -danger. Un soir, aux approches de Sparte, -en vue du Taygte et de l'Eurotas, un seul -mot rayonna sur l'hrosme de votre esprit: -le plus beau de l'Occident. Il y a un -autre mot de la grande espce latine, qui -ne me semble pas moins beau, puisque je -veux le voir toujours color de mon meilleur -sang et du sang de mes pairs: l'intrpidit.</p> - -<p class="sign"><span class="sc">Gabriele d'Annunzio</span>.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">ICI COMMENCE<br /> -LE MYSTERE<br /> -DE SAINT SEBASTIEN</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em"><span class="small">LE MESSAGER</span> commence:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i>Le Dieu qui fict le firmement</i></div> -<div class="verse"><i>Et volsist naistre purement</i></div> -<div class="verse"><i>De la noble Virge Marie</i></div> -<div class="verse"><i>Veuillie garder la compagnie.</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Au Nom de Dieu omnipotent</i></div> -<div class="verse"><i>Et des martyrs ensemblement</i></div> -<div class="verse"><i>Entrepris auons le mistayre</i></div> -<div class="verse"><i>Du pieux chiuallier debonayre</i></div> -<div class="verse"><i>De saincte vie et bon maintien</i></div> -<div class="verse"><i>Qui fust vray martir sans le tayre</i></div> -<div class="verse"><i>Cest Monsieur Sainct Sebastien</i></div> -<div class="verse"><i>Duquel par son tressaint moyen</i></div> -<div class="verse"><i>Verres jouer en ceste place</i></div> -<div class="verse"><i>De sa vie tout lentretien</i></div> -<div class="verse"><i>Moyen de Jesuschrist la grace.</i></div> -</div> - -<p>L'<small>YSTOIRE DE MONSEIGNEUR</small> S<small>AINCT</small> -S<small>EBASTIEN</small> <i>joue par les habitants Lanlevillar -l'anne courant</i> M. V. LXVII <i>au moys -de may</i>.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em" lang="la" xml:lang="la">NVNCIVS.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Douces gens, un peu de silence!</div> - -<div class="verse stanza">Soyez recueillis en prsence</div> -<div class="verse">de Dieu, comme dans la prire:</div> -<div class="verse">car vous connatrez, par mystre,</div> -<div class="verse">ici la trs sainte souffrance</div> -<div class="verse">de ce Martyr adolescent</div> -<div class="verse">qui puise jamais sa jouvence</div> -<div class="verse">dans la fontaine de son sang.</div> -<div class="verse">Par les Clous, l'ponge et la Lance,</div> -<div class="verse">trs humblement nous vous prions.</div> -<div class="verse">Bni soit-il, qui se taira</div> -<div class="verse">et devant lui regardera</div> -<div class="verse">sans faire noyse ne tensons.</div> -<div class="verse">Entendez, douces gens, les sons</div> -<div class="verse">qui meuvent dans vos cœurs le rve,</div> -<div class="verse">avant que le voile se lve</div> -<div class="verse">sur ce rouge amour infini.</div> - -<div class="verse stanza">Au nom de Monseigneur Denis,</div> -<div class="verse">au nom de Sainte Genevive,</div> -<div class="verse">par qui vos pchs sont bannis,</div> -<div class="verse">(Dieu Pre et Filz et Sains Esperis</div> -<div class="verse">gart les habitans de Paris!)</div> -<div class="verse">nous vous prions trs humblement</div> -<div class="verse">que vous vouliez, en coutant,</div> -<div class="verse">vous souvenir de ce Miracle</div> -<div class="verse">o la patronne secourable</div> -<div class="verse">de la cit, la claire vierge,</div> -<div class="verse">voit le dmon teindre un cierge</div> -<div class="verse">d'un ct, pendant que de l'autre</div> -<div class="verse">l'ange sans tache le rallume.</div> -<div class="verse">Seule, entre la mche qui fume</div> -<div class="verse">et celle qui ard, jusqu' l'aube</div> -<div class="verse">l'me blanchit dans la prire.</div> - -<div class="verse stanza">L'artisan de ces cinq verrires,</div> -<div class="verse">consacres Sbastien</div> -<div class="verse">par sa Confrrie, se souvient</div> -<div class="verse">de son dmon et de son ange.</div> -<div class="verse">Quand il colorait la louange</div> -<div class="verse">du bel Archer avec la flamme,</div> -<div class="verse">pour le remde de son me,</div> -<div class="verse">comme un matre verrier de Chartres,</div> -<div class="verse">de Bourges, de Reims ou de Tours,</div> -<div class="verse">parfois il voyait tour tour</div> -<div class="verse">l'un de ses puissants fourneaux ardre,</div> -<div class="verse">l'autre fumer et s'obscurcir.</div> -<div class="verse">Et il priait: O Art de France!</div> -<div class="verse">sentant trembler son esprance</div> -<div class="verse">dans le souffle de son dsir.</div> -<div class="verse">Et il rvait: Si j'ai le sort</div> -<div class="verse">du plerin de Compostelle,</div> -<div class="verse">si l'on me pend ou m'cartle,</div> -<div class="verse">qui soutiendra mon pauvre corps</div> -<div class="verse">de ses mains saintes pour le rendre</div> -<div class="verse">sain et sauf mes compagnons?</div> -<div class="verse">Ne vaut-il pas seul, pour la grce,</div> -<div class="verse">le Trs-Haut Amour qui engendre</div> -<div class="verse">tous les miracles?</div> - -<div class="verse i5 stanza">Or le nom</div> -<div class="verse">de cet ouvrier plerin,</div> -<div class="verse">de ce Florentin en exil,</div> -<div class="verse">qui bgaye en langue d'ol</div> -<div class="verse">comme le bon Brunet Latin,</div> -<div class="verse">est tellement dur qu'on l'enchsse</div> -<div class="verse">mal dans la rsille de plomb</div> -<div class="verse">au bas du vitrail rouge et bleu.</div> -<div class="verse">Est-il peut-tre, plaise Dieu,</div> -<div class="verse">plus doux dans la langue du <i lang="it" xml:lang="it">si</i>.</div> - -<div class="verse stanza">Mais l'autre est Claude Debussy,</div> -<div class="verse">qui sonne frais comme les feuilles</div> -<div class="verse">neuves sous l'averse nouvelle</div> -<div class="verse">dans un verger d'Ile-de-France,</div> -<div class="verse">o des amandiers sans amandes</div> -<div class="verse">illuminent l'herbe alentour,</div> -<div class="verse">dans un bosquet de Saint-Germain</div> -<div class="verse">qui se souvient de Gabrielle,</div> -<div class="verse">du Roi faune, et de leur amour:</div> -<div class="verse">Cher cœur, je vous voyrr demayn…</div> -<div class="verse">Mais l'autre est comme ces chandelles</div> -<div class="verse">qui s'allument sur la vielle</div> -<div class="verse">du jongleur de Rocamadour,</div> -<div class="verse">comme cette contre bnigne</div> -<div class="verse">o Brigitte mne les cygnes,</div> -<div class="verse">Gilles trait la biche sauvage,</div> -<div class="verse">et la haie fleurit au passage</div> -<div class="verse">de Sainte Ulphe de Picardie.</div> -<div class="verse">La larme, Vendme enchsse,</div> -<div class="verse">que Jsus versa sur Lazare,</div> -<div class="verse">devient innombrable rose</div> -<div class="verse">dont se pare toute prairie.</div> -<div class="verse">Du haut ciel, tournant son visage</div> -<div class="verse">d'Espoir vers Thomas incrdule,</div> -<div class="verse">Marie lui jette sa ceinture</div> -<div class="verse">qui devient une mlodie.</div> - -<div class="verse stanza">Or c'est Claude qui la recueille</div> -<div class="verse">sur la flte en aile d'oiseau,</div> -<div class="verse">sur la flte de sept roseaux</div> -<div class="verse">qu'il recompose et raffermit</div> -<div class="verse">avec du lin d'aube ou d'amict</div> -<div class="verse">puis avec des larmes de cierge</div> -<div class="verse">pieusement il les enduit.</div> -<div class="verse">Trs douces gens, par lui, par lui,</div> -<div class="verse">vous entendrez chanter la Vierge,</div> -<div class="verse">qui est la couleur de l'aurore!</div> -<div class="verse">Comme Zache le publicain,</div> -<div class="verse">il regarde passer Jsus</div> -<div class="verse">de la cime d'un sycomore.</div> -<div class="verse">Comme dans le vitrail de Tours</div> -<div class="verse">Saint Martial, il verse l'eau</div> -<div class="verse">vive sur les doigts du Sauveur.</div> -<div class="verse">Comme dans le vitrail d'Angers,</div> -<div class="verse">il laisse couler en ruisseau</div> -<div class="verse">le sang prcieux sur les fleurs.</div> -<div class="verse">Comme Saint Sernin de Toulouse,</div> -<div class="verse">il a vu briller le Jourdain</div> -<div class="verse">sous les rayons de la colombe;</div> -<div class="verse">et de la nef de Saint Brendan</div> -<div class="verse">il a vu se dresser la Croix</div> -<div class="verse">sur des les d'azur sans nombre.</div> -<div class="verse">Comme Madeleine en Provence,</div> -<div class="verse">il mange le miel enivrant</div> -<div class="verse">en souvenir de la Parole.</div> -<div class="verse">Comme dans les ivoires francs,</div> -<div class="verse">il montre la Terre et la Mer</div> -<div class="verse">assistant le Dieu qui s'immole.</div> - -<div class="verse stanza">Trs douces gens, sons et chansons</div> -<div class="verse">or entendez. Nous vous prions</div> -<div class="verse">par Saint Denis et l'Oriflamme.</div> -<div class="verse">Puis regardez que de ciel bleu,</div> -<div class="verse">que de sang rouge, au nom de Dieu,</div> -<div class="verse">pour le remde de votre me!</div> -</div> - -<p class="c">AMEN.</p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak">LES CINQ MANSIONS</h2> - - -<table summary=""> -<tr><td><a href="#ch1">I.</a></td> <td>LA COUR DES LYS.</td></tr> -<tr><td><a href="#ch2">II.</a></td> <td>LA CHAMBRE MAGIQUE.</td></tr> -<tr><td><a href="#ch3">III.</a></td> <td>LE CONCILE DES FAUX DIEUX.</td></tr> -<tr><td><a href="#ch4">IV.</a></td> <td>LE LAURIER BLESS.</td></tr> -<tr><td><a href="#ch5">V.</a></td> <td>LE PARADIS.</td></tr> -</table> -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch1"><i class="small">LA PREMIERE MANSION</i><br /> -LA COUR DES LYS</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p> - - -<p class="small ugap">LE SAINT.</p> - - -<p class="ugap small drap">LA MERE DOULOUREUSE.</p> - -<p class="small drap">LES FRERES JUMEAUX MARC ET MARCELLIEN.</p> - -<p class="small drap">LES CINQ VIERGES EPIONE, FLAVIE, -JUNIE, TELESILLE, CHRYSILLE.</p> - -<p class="small drap">LES QUATRE COMPAGNES DE CES VIERGES.</p> - -<p class="small drap">LES NEUF COMPAGNONS DES JUMEAUX.</p> - -<p class="small drap">THEODOTE.</p> - -<p class="small drap">LE PREFET.</p> - -<p class="small drap">SON FILS VITAL.</p> - -<p class="small drap">L'AFFRANCHI GUDDENE.</p> - -<p class="small drap">LES ARCHERS D'EMESE.</p> - -<p class="small drap">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</p> - -<p class="small drap">LA FEMME MUETTE.</p> - -<p class="small drap">LA FEMME AVEUGLE.</p> - -<p class="small drap">LE GREFFIER.</p> - -<p class="small drap">LES APPARITEURS, LES HERAUTS, -LES BOURREAUX.</p> - -<p class="small drap">LES SACRIFICATEURS, LES VICTIMAIRES -LES JOUEURS DE FLUTE.</p> - -<p class="small drap">LES GENTILS, LES CHRETIENS, LES JUIFS,</p> - -<p class="small drap">LES ESCLAVES.</p> - - -<p class="ugap small drap">LES SEPT SERAPHINS.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em di">On aperoit un portique -intrieur, peint d'tranges -peintures par -des Gentils, avec le -carmin, l'outremer et -l'or, entre les btes de -l'entablement bas et -les feuillages des chapiteaux -lourds, qui se -mirent dans les dalles polies. Par les sept arcades -du fond ouvertes sur des jardins bleus, -on aperoit de grandes gerbes de lys, dont les -tiges semblent serres en faisceau autour de la -plus haute comme autour de la hache les verges -des licteurs. Un autel de marbre, consacr -aux Idoles, se dresse dans l'enceinte, avec -ses ttes de boucs et ses guirlandes de fruits -sculptes, avec ses rainures rougies par l'coulement -du sang et du vin, avec les orges, les -aromates, les huiles apprts pour l'offrande.</p> - -<p class="di">Au centre, en forme de paralllogramme, -une couche paisse de charbons et de tisons -couvre les dalles, semblable ces ranges de -raisins ou de figues qu'on fait cuire au soleil -sur des nattes de roseau. Des appariteurs, tout -autour, avec des soufflets et des barres, -rallument et remuent de temps en temps la -braise qui plit.</p> - -<p class="di">Les deux frres jumeaux, Marc et Marcellien, -sont lis avec des cordes aux deux colonnes -de la mme arcade, l'un en face de l'autre. Le -Prfet est assis dans son sige, sur une sorte -d'estrade carre; et prs de lui se tient le -greffier, avec ses tablettes enduites de cire. -Devant lui sont les engins de torture, les -ongles de fer, le chevalet, le carcan, les ceps, -et les bourreaux. Accabl par la graisse, il -halette et sue, tandis que des esclaves accroupis -bercent ses pieds normes, dforms par -la podagre. Parfois, d'un mouvement de colre -soudaine secouant sa somnolence, il frappe -avec sa verge d'ivoire leurs dos nus.</p> - -<p class="di">Sbastien, revtu d'une armure lgre, -appuy sur son grand arc, regarde en silence -les jeunes martyrs. Les archers d'Emse -se tiennent derrire lui, avec des pennes -d'aigle leurs casques lisses et de longs -carquois couverts de peau de panthre contre -leurs reins cambrs.</p> - -<p class="di">Une tourbe de plus en plus nombreuse et -houleuse envahit le lieu de l'audience. Le -chant des jumeaux domine le sourd grondement.</p> - -<p class="di">Attachs aux colonnes, face face, ples et -enivrs, ils renversent la tte pour chanter -vers le ciel.</p> - - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CANTICVM GEMINORVM.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Frre, et que sera-t-il le monde</div> -<div class="verse">allg de tout notre amour?</div> -<div class="verse">Dans mon me ton cœur est lourd</div> -<div class="verse">comme la pierre dans la fronde.</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>5</small></span>Je le pse; au del de l'Ombre</div> -<div class="verse">je le jette vers le Grand Jour.</div> -<div class="verse">Frre, que sera-t-il le monde</div> -<div class="verse">allg de tout notre amour?</div> - -<div class="verse stanza">J'tais plus doux que la colombe,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>10</small></span>tu es plus fauve que l'autour.</div> -<div class="verse">Toujours, jamais! Jamais, toujours!</div> -<div class="verse">Fer ne t'effraie, feu ne me dompte.</div> -<div class="verse">Beau Christ, que serait-il le monde</div> -<div class="verse">allg de tout votre amour?</div> -</div> - -<div class="p">LES GENTILS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>15</small></span>—Andronique, ils chantent leur hymne!</div> -<div class="verse">—Ils louent leur roi supplici!</div> -<div class="verse">—Ils raillent ta faiblesse!</div> -<div class="verse i6">—touffe</div> -<div class="verse">le chant dans leur gorge!</div> -<div class="verse i5">—Ils se jouent</div> -<div class="verse">de toi, somnolent.</div> -<div class="verse i5">—Ils mprisent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>20</small></span>l'dit du trs saint Empereur,</div> -<div class="verse">et leurs dents ne sont pas brises!</div> -<div class="verse">— Ils louent la charogne au gibet!</div> -<div class="verse">— Mais, s'ils chantent, ils reconnaissent</div> -<div class="verse">Apollon.</div> -<div class="verse i3">—Qu'ils sacrifient donc</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>25</small></span>au Dlien.</div> -<div class="verse i4">—veille-toi,</div> -<div class="verse">Jule Andronique, veille-toi!</div> -<div class="verse">—Il dort dans sa chaire d'ivoire</div> -<div class="verse">laissant dorloter sa podagre</div> -<div class="verse">par ses esclaves dlicats.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>30</small></span>—Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div> -<div class="verse">—C'est lui qui faiblit. Ils persistent.</div> -<div class="verse">—Il n'a pas encore vers</div> -<div class="verse">une goutte de leur sang vil,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>35</small></span>ni mme roussi leurs aisselles!</div> -<div class="verse">—Il aime les lys et les truffes.</div> -<div class="verse">—Mais tous ces lys nous empoisonnent.</div> -<div class="verse">On suffoque.</div> -<div class="verse i3">—Il mche sa langue.</div> -<div class="verse">—Non, il n'en a pas.</div> -<div class="verse i5">—Il n'est pas</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>40</small></span>loquace, vraiment: aujourd'hui</div> -<div class="verse">il n'a pas mang des cigales</div> -<div class="verse">pour se donner de l'apptit.</div> -<div class="verse">—Ni des ttes de perroquets</div> -<div class="verse">non plus.</div> -<div class="verse i2">—Il n'est pas foudroyant:</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>45</small></span>il garde les pierres de foudre</div> -<div class="verse">pour en saupoudrer les lentilles,</div> -<div class="verse"> la mode d'Elagabale.</div> -<div class="verse">—Par les Dioscures, tu aimes</div> -<div class="verse">ces gmeaux qui n'ont pas d'toile,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>50</small></span>Jule Andronique.</div> -<div class="verse i5">—Tu les aimes,</div> -<div class="verse">tu les aimes.</div> -<div class="verse i4">—Tu les mnages.</div> -<div class="verse">—Il ne suffit pas qu'on en fasse</div> -<div class="verse">des colonnes caryatides</div> -<div class="verse">pour les regarder.</div> -<div class="verse i5">—Maintenant,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>55</small></span>qu'ils passent par tous les supplices</div> -<div class="verse">—On n'a pas suivi l'ordre juste.</div> -<div class="verse">—Au chevalet, d'abord; et puis</div> -<div class="verse">aux flaux garnis d'osselets;</div> -<div class="verse">et puis au carcan et aux ceps,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>60</small></span>et jusqu'au quatrime trou…</div> -<div class="verse">—Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div> -<div class="verse">—Qu'ils sacrifient ou bien qu'ils meurent.</div> -<div class="verse">Il est temps.</div> -<div class="verse i3">—Ces entrepreneurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>65</small></span>de jeux les rclament, aprs</div> -<div class="verse">la sentence, pour les combats.</div> -<div class="verse">—Qu'on le note sur les tablettes.</div> -<div class="verse">—Tu n'as plus ton style, greffier?</div> -<div class="verse">—Greffier, toi aussi, tu sommeilles.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>70</small></span>—Perse! Perse!</div> -<div class="verse i4">—Est-il chrtien?</div> -<div class="verse">—Il songe ses anctres rois,</div> -<div class="verse">au triomphe de Paul-Emile.</div> -<div class="verse">—Qu'est-ce qu'on attend? des prodiges?</div> -<div class="verse">Qui va venir?</div> -<div class="verse i4">—Qu'ils sacrifient</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>75</small></span>ou qu'ils prissent!</div> -<div class="verse i5">—On sanglote.</div> -<div class="verse">—C'est Cordule l'aveugle, c'est</div> -<div class="verse">la femme d'Attale, qui pleure.</div> -<div class="verse">—Elle beugle, Alc la muette,</div> -<div class="verse">Alc, la femme de Venuste</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>80</small></span>le dpensier.</div> -<div class="verse i4">—Elles sont folles.</div> -<div class="verse">—Je vous dis que tous ces esclaves</div> -<div class="verse">cachent des rouleaux dans les plis</div> -<div class="verse">de leurs saies.</div> -<div class="verse i3">—Quelqu'un va venir?</div> -<div class="verse">Le soir approche, le soir tombe.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>85</small></span>—Ne devaient-ils donc pas marcher,</div> -<div class="verse">pieds nus, sur la braise? Il est temps.</div> -<div class="verse">—On temporise. On contrevient</div> -<div class="verse"> l'dit imprial.</div> -<div class="verse i7">—Honte!</div> -<div class="verse">—Le trs saint Empereur t'ordonne</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>90</small></span>d'tre sans merci, Andronique.</div> -<div class="verse">—Il est temps.</div> -<div class="verse i3">—Les charbons s'teignent.</div> -<div class="verse">—Soufflez! Soufflez!</div> -</div> - -<div class="p">LES HERAUTS</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Silence!</div> -<div class="verse i3">—Silence!</div> -<div class="verse i6">—Silence!</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je vais svir. Appariteurs,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>95</small></span>resserrez leurs liens! Je veux</div> -<div class="verse">que l'un aprs l'autre on les hausse,</div> -<div class="verse">qu'on les suspende aux deux colonnes,</div> -<div class="verse">que leurs pieds joints n'aient plus d'appui.</div> -</div> - -<div class="p">UNE VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Leurs pieds sont joints comme les pieds</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>100</small></span>des Anges.</div> -</div> - -<div class="p">LES GENTILS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">—Quelle est cette voix?</div> -<div class="verse">—Qui a parl?</div> -<div class="verse i4">—Qui a cri?</div> -<div class="verse">—Il y a des chrtiens ici.</div> -<div class="verse">—Qu'on cherche!</div> -</div> - -<div class="p">LES HERAUTS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Silence!</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Bourreaux,</div> -<div class="verse">apprtez les ongles de fer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>105</small></span>pour leur labourer la poitrine;</div> -<div class="verse">apportez des ciseaux, coupez</div> -<div class="verse">leurs chevelures, puis rasez</div> -<div class="verse">la peau de leurs crnes, posez</div> -<div class="verse">sur elle des charbons ardents…</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>110</small></span>Non. Attendez. Ils sont tout ples.</div> -<div class="verse">Et j'ai piti de leur jeunesse.</div> -<div class="verse">Je veux dissiper leur dmence.</div> -<div class="verse">Ils vont flchir.</div> -</div> - -<div class="p">LES GENTILS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Il a piti! Il a piti!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>115</small></span>—Et jusqu' quand, Andronique,</div> -<div class="verse">auras-tu piti? jusqu' quand?</div> -<div class="verse">—Es-tu Galilen?</div> -<div class="verse i6">—Demande</div> -<div class="verse">donc au Gurisseur qu'il gurisse</div> -<div class="verse">ta podagre noueuse!</div> -<div class="verse i7">—Vite,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>120</small></span>vite! Interroge!</div> -<div class="verse i5">—Le soir vient.</div> -<div class="verse">—Il retarde pour interrompre</div> -<div class="verse">le jugement.</div> -<div class="verse i4">—Qu'on le dnonce</div> -<div class="verse"> Csar!</div> -<div class="verse i3">—Qu'on l'accuse auprs</div> -<div class="verse">du Matre!</div> -<div class="verse i2">—Et il mche sa langue!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>125</small></span>—Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">ami d'Auguste, sois tmoin!</div> -<div class="verse">—On veut luder.</div> -<div class="verse i5">—Qu'ils flchissent</div> -<div class="verse">donc, ou qu'ils brlent!</div> -<div class="verse i5">—Un seul mot:</div> -<div class="verse">Sacrifie!</div> -</div> - -<div class="p">LES HERAUTS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">—Silence!</div> -<div class="verse i6">—Silence!</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>130</small></span>Jeune homme, celui de vous deux</div> -<div class="verse">qui est moins forcen, jeune homme,</div> -<div class="verse">veux-tu obir aux prceptes</div> -<div class="verse">divins? Es-tu prt offrir</div> -<div class="verse">une victime et manger</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>135</small></span>la viande immole, boire</div> -<div class="verse">le vin des libations, comme</div> -<div class="verse">l'ordonne le Matre immortel?</div> -<div class="verse">Rponds au juge.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Non, juge. Par le Dieu vivant,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>140</small></span>non, je ne veux pas obir.</div> -<div class="verse">Je n'offrirai pas de victime,</div> -<div class="verse">ni ne mangerai de viande,</div> -<div class="verse">ni ne boirai de vin maudit.</div> -<div class="verse">Mais je prie de toute mon me,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>145</small></span>afin que par toute ma chair</div> -<div class="verse">lacre, mutile, broye,</div> -<div class="verse">dissoute dans la gueule rouge</div> -<div class="verse">et de la bte et de la flamme,</div> -<div class="verse">je devienne un seul sacrifice</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>150</small></span>au Dieu vivant.</div> -</div> - -<div class="p">LE PRFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu dlires. Mais rponds-tu</div> -<div class="verse">en ton nom? au nom de ton frre?</div> -<div class="verse">Vous tes deux.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous sommes un. Tu vois. Nous sommes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>155</small></span>un visage, un regard, un chant,</div> -<div class="verse">un amour. Nous sommes un cœur</div> -<div class="verse">tremp sept fois.</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sacrifie. Pense ta jeunesse,</div> -<div class="verse"> tes longs jours.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>160</small></span>Je pense mon ternit.</div> -<div class="verse">Car je suis en face du ciel</div> -<div class="verse">comme devant la mer vernale</div> -<div class="verse">au lever des Pliades belles.</div> -<div class="verse">Et le gouvernail d'esprance</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>165</small></span>est dans mon poing.</div> -</div> - -<div class="p">LE PRFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est ta fivre chaude qui chante.</div> -<div class="verse">Sacrifie, sacrifie, jeune homme,</div> -<div class="verse">si tu veux vivre.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne veux que mourir en Dieu.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>170</small></span>Je cherche Celui qui pour nous</div> -<div class="verse">est mort et je cherche Celui</div> -<div class="verse">qui pour nous est ressuscit.</div> -<div class="verse">Je hais ta viande et ton vin.</div> -<div class="verse">Je mangerai le pain de Dieu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>175</small></span>qui est la chair de Jsus roi</div> -<div class="verse">n de la race de David.</div> -<div class="verse">J'aurai pour breuvage son sang,</div> -<div class="verse">qui est l'amour incorruptible.</div> -<div class="verse">Je n'ai que cette faim, je n'ai</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>180</small></span>que cette soif.</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Eh bien, je te ferai mourir.</div> -<div class="verse">Mais n'espre pas que je t'aime</div> -<div class="verse">assez pour t'enlever la vie</div> -<div class="verse">d'un seul coup, fils de Thodote.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>185</small></span>N'attends pas la mort par le glaive,</div> -<div class="verse">la bonne mort.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">La pire sera la meilleure,</div> -<div class="verse">pour plaire Dieu.</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Fol, tu t'imagines sans doute</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>190</small></span>que des femmelettes viendront,</div> -<div class="verse">la nuit, chercher ton corps exsangue,</div> -<div class="verse">l'embaumer dans les baumes rares,</div> -<div class="verse">l'envelopper dans les lins purs</div> -<div class="verse">et le clbrer dans les hymnes.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>195</small></span>Je te dtruirai par la flamme</div> -<div class="verse">ou par la bte.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Si je suis le froment de Dieu,</div> -<div class="verse"> vieillard, il faut que je sois</div> -<div class="verse">moulu par la dent de la bte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>200</small></span>pour devenir pain ternel.</div> -<div class="verse">Et si je suis le tmoignage</div> -<div class="verse">de la Parole neuve, il faut</div> -<div class="verse">que la puret de la flamme</div> -<div class="verse">me rduise en cendre innombrable</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>205</small></span>pour tre pars tous les vents</div> -<div class="verse">qui portent les bonnes semences</div> -<div class="verse">aux droits sillons.</div> -</div> - -<p class="di">Ici le jeune fils du prfet, Vital, s'approche -de la colonne.</p> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O mon gal, coute-moi.</div> -<div class="verse">Tu es imberbe, tes cheveux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>210</small></span>sont boucls, tes muscles sont fiers,</div> -<div class="verse">A la lutte, dans la palestre,</div> -<div class="verse">tu m'as vaincu.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es le fils de l'gorgeur.</div> -<div class="verse">T'ai-je renvers dans l'arne?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>215</small></span>Mais je suis l'athlte du Christ.</div> -<div class="verse">C'est maintenant que je combats</div> -<div class="verse">le bon combat.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">coute. Il est doux d'tre n.</div> -<div class="verse">Il est doux de voir la lumire,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>220</small></span>d'attendre les soleils nouveaux.</div> -<div class="verse">On va te crever les deux yeux,</div> -<div class="verse">tes yeux si grands.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mon me en a mille, semblable</div> -<div class="verse"> l'aile ocelle du Cherub,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>225</small></span>pour regarder sans battements</div> -<div class="verse">la forge de tous les soleils.</div> -<div class="verse">Tu es aveugle.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu chantais d'une voix sonore.</div> -<div class="verse">On va te broyer les mchoires,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>230</small></span>faire de ta bouche une vaste</div> -<div class="verse">plaie taciturne.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ma voix chantera toute nue,</div> -<div class="verse">aux sommets les plus bleus du ciel,</div> -<div class="verse">avant l'aurore, avant le cri</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>235</small></span>de l'alouette.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Regarde ton frre. Il est ple.</div> -<div class="verse">Il craint la souffrance et la mort.</div> -<div class="verse">Il va pleurer.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il est ple comme l'attente.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>240</small></span>Il ne craint que le vain dlai.</div> -<div class="verse">Il va sourire.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous n'avez donc pas de sœur douce</div> -<div class="verse">qui tisse avec des fils de pourpre</div> -<div class="verse">vos vtements?</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>245</small></span>Non, nous n'avons pas de sœur douce</div> -<div class="verse">qui tisse avec des fils de pourpre</div> -<div class="verse">nos vtements.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous n'avez pas de pre triste</div> -<div class="verse">qui chancelle sous les douleurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>250</small></span>et les annes?</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous n'avons pas de pre. Seuls</div> -<div class="verse">nous sommes, seuls, tout seuls avec</div> -<div class="verse">un seul amour.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et celle qui, pour chaque goutte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>255</small></span>de lait qu'elle vous donna, verse</div> -<div class="verse">trois larmes lourdes?</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous n'avons pas de mre. Seuls</div> -<div class="verse">nous sommes, seuls, tout seuls avec</div> -<div class="verse">un seul amour.</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>260</small></span>Et qui sont donc ceux qui, la tte</div> -<div class="verse">voile, pleuraient pour vous, hier,</div> -<div class="verse"> mes gaux?</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous ne les connaissons point. Mais</div> -<div class="verse">s'ils ont pleur, s'ils pleurent, Dieu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>265</small></span>s'en souviendra.</div> -</div> - -<p class="di">Ici on voit couler le sang de la main gauche -de Sbastien qui, appuy sur son arc, dans -une sorte de ravissement, regarde le jeune -martyr.</p> - -<div class="p">L'AFFRANCHI GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, seigneur, tu perds du sang!</div> -<div class="verse">Entends-moi. De ta main ton sang</div> -<div class="verse">dgoutte le long de ton arc,</div> -<div class="verse">et tu n'en as cure. Entends-moi,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>270</small></span>matre! Tu saignes.</div> -</div> - -<div class="p">UNE VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Archer, je vois une lueur</div> -<div class="verse">autour de ton casque. Dj</div> -<div class="verse">tu t'illumines!</div> -</div> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">La corne de la coche perce</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>275</small></span>la paume de ta main. Si fort</div> -<div class="verse">tu t'appuyais, seigneur! Comment</div> -<div class="verse">ne sentais-tu pas la blessure?</div> -<div class="verse">Quel est ton songe?</div> -</div> - -<div class="p">LA VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que Dieu perptue ton cleste</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>280</small></span>ravissement!</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Seigneur, tu t'es bless! Tu souffres?</div> -<div class="verse">—Ton arc t'a perc, ton arc mme!</div> -<div class="verse">—Femmes, femmes, donnez des lins</div> -<div class="verse">pour tancher le sang qui coule.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>285</small></span>—La fleur de ta veine est plus belle</div> -<div class="verse">que l'anmone d'Adonis.</div> -<div class="verse">—Donnez le dictame iden!</div> -<div class="verse">—Sur le ft de ton arc les gouttes</div> -<div class="verse">brillent comme des escarboucles.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>290</small></span>—Femmes, n'avez-vous pas de baume?</div> -<div class="verse">—Il a dans le creux de sa main</div> -<div class="verse">les anmones du Liban</div> -<div class="verse">et les larmes de la desse.</div> -<div class="verse">—Femmes, donnez des lins! Parmi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>295</small></span>vous, n'y a-t-il pas une esclave</div> -<div class="verse">de Syrie? pas une Crtoise?</div> -<div class="verse">—Qui t'apportera le dictame?</div> -<div class="verse">—Tu es plus fort que la douleur.</div> -<div class="verse">—Nous t'aimons, Seigneur, nous t'aimons.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>300</small></span>—Chef la belle chevelure,</div> -<div class="verse">tes archers t'aiment.</div> -<div class="verse i5">—Tes archers</div> -<div class="verse">t'aiment.</div> -<div class="verse i2">—Tu es beau.</div> -<div class="verse i5">—Tu es beau</div> -<div class="verse">comme Adonis.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Archers, laissez couler mon sang.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>305</small></span>Il faut qu'il coule. Pas de lin,</div> -<div class="verse">femmes, pas de baume. Laissez</div> -<div class="verse">couler mon sang.</div> -</div> - -<p class="di">Ici une femme, la tte voile par le pan de -son manteau, s'approche. D'un geste rapide, -elle trempe un morceau de lin dans le sang -de Sbastien; et elle s'efface, en silence.</p> - -<div class="p">LES GENTILS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—On ne respire plus, ici!</div> -<div class="verse">—On touffe! On touffe!</div> -<div class="verse i6">—O sont</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>310</small></span>les magiciens qui oprent</div> -<div class="verse">ces prestiges?</div> -<div class="verse i4">—On renouvelle</div> -<div class="verse">les sortilges du Sorcier</div> -<div class="verse">aux Trois Clous.</div> -<div class="verse i3">—Andronique, ordonne</div> -<div class="verse">que tous, ici, l'un aprs l'autre,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>315</small></span>passent devant l'autel et jettent</div> -<div class="verse">l'encens au feu des sacrifices.</div> -<div class="verse">—Il y a des chrtiens partout,</div> -<div class="verse">ici. Tu pourras les compter.</div> -<div class="verse">—On touffe! On touffe comme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>320</small></span>dans l'tuve.</div> -<div class="verse i4">—Greffier, la cire</div> -<div class="verse">de tes tablettes fond, et tout</div> -<div class="verse">s'efface.</div> -<div class="verse i2">—Et cette odeur de lys!</div> -<div class="verse">Et cette odeur de lys!</div> -<div class="verse i6">—Brisez</div> -<div class="verse">donc les tiges! Fauchez les gerbes!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>325</small></span>—Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">ami d'Auguste, tu es seul</div> -<div class="verse"> verser du sang.</div> -<div class="verse i5">—La sueur</div> -<div class="verse">coule, la cire fond; et tout</div> -<div class="verse">s'efface.</div> -<div class="verse i2">—On suffoque, on halette</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>330</small></span>dans une vapeur fauve.</div> -<div class="verse i7">—Crie</div> -<div class="verse">plus fort!</div> -<div class="verse i2">—La folie du Solstice</div> -<div class="verse">va clater comme un orage.</div> -<div class="verse">—Archers, archers, bandez vos arcs</div> -<div class="verse">et faites un carnage.</div> -<div class="verse i7">—L'œil</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>335</small></span>des esclaves est chaud de meurtre.</div> -<div class="verse">—Et cette odeur de lys!</div> -<div class="verse i6">—Fauchez</div> -<div class="verse">les gerbes!</div> -</div> - -<p class="di">Ici on entend venir, du fond des portiques, -les appels de la mre infortune.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">—La mre! La mre!</div> -<div class="verse">—C'est elle!</div> -<div class="verse i2">—Elle vient.</div> -<div class="verse i5">—Elle accourt.</div> -<div class="verse">—cartez-vous!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>340</small></span>Mes fils! Mes fils! Mes fils chris!</div> -</div> - -<p class="di">Elle s'lance. Elle s'abat contre les colonnes. -Anxieuse, elle palpe les corps des captifs -pour reconnatre qu'ils sont encore sains.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Enfants, enfants de mes entrailles,</div> -<div class="verse">vous tes sains, vous tes saufs</div> -<div class="verse">encore! Il n'y a pas de sang</div> -<div class="verse">sur vous. J'entends le battement</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>345</small></span>de vos cœurs. On n'a pas encore</div> -<div class="verse">meurtri vos chairs, bris vos os.</div> -<div class="verse">Que je vous touche, que je sente</div> -<div class="verse">la vie de ma vie! Mais je n'ai</div> -<div class="verse">que deux mains faibles; et vous tes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>350</small></span>l'un de l'autre distants. Je n'ai</div> -<div class="verse">que deux pauvres bras, qui ne peuvent</div> -<div class="verse">pas vous ravoir dans une mme</div> -<div class="verse">treinte, vous qui avez bu</div> -<div class="verse">au mme sein. Et mon amour</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>355</small></span>se dchire entre vos deux peines,</div> -<div class="verse"> mes gmeaux!</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ne me touche pas ainsi, femme.</div> -<div class="verse">Ne parle pas. Ne pleure pas.</div> -<div class="verse">Dtourne tes yeux. Laisse-moi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>360</small></span>immoler, pendant que l'autel</div> -<div class="verse">est prt. Laisse-moi recevoir</div> -<div class="verse">la vraie vie. Ne viens pas corrompre</div> -<div class="verse">ma volont d'tre Dieu. Femme,</div> -<div class="verse">dtache tes mains de mon corps.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>365</small></span>Je veux renatre.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O cruel! Et c'est toi, c'est toi!</div> -<div class="verse">On peut entendre ces paroles</div> -<div class="verse">sans expirer. Qui comblera</div> -<div class="verse">la mesure de la douleur?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>370</small></span>et qui comblera la mesure</div> -<div class="verse">des larmes? Oui, oui, mon enfant,</div> -<div class="verse">mes mains ont senti que les cordes</div> -<div class="verse">s'enfoncent dans ta chair. Je suis</div> -<div class="verse">lie comme toi. J'ai partout</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>375</small></span>des sillons livides, des veines</div> -<div class="verse">trangles. Ta souffrance est mienne,</div> -<div class="verse">en moi, comme si tu tais</div> -<div class="verse">encore avec ton frre un nœud</div> -<div class="verse">palpitant dans la profondeur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>380</small></span>de mon espoir. Je suis ta mre,</div> -<div class="verse">ta mre. Je te porte encore.</div> -<div class="verse">Oui, je suis nouveau charge</div> -<div class="verse">de vos poids. Je tressaille encore</div> -<div class="verse">de vos sursauts.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>385</small></span>Christ, je souffre pour ton nom!</div> -<div class="verse">Mais tu l'as dit: Si quelqu'un vient</div> -<div class="verse"> moi et ne hait pas son pre,</div> -<div class="verse">sa mre, ses frres, ses sœurs,</div> -<div class="verse">plus encore, sa propre vie,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>390</small></span>il ne peut tre mon disciple.</div> -<div class="verse">Seigneur Christ, je suis ton disciple.</div> -<div class="verse">Je suis ton hostie. Je suis prt.</div> -<div class="verse">Exauce-moi!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il l'a dit! Ce Dieu, qui vous frappe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>395</small></span>de dmence, vous a donn</div> -<div class="verse">ce commandement! Ah, je sais.</div> -<div class="verse">Il a pris sur lui tous les crimes</div> -<div class="verse">et toutes les infirmits</div> -<div class="verse">du monde. Il est affreux. Il boit</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>400</small></span>le sang des enfants et des vierges.</div> -<div class="verse">Il a saisi les sept enfants</div> -<div class="verse">de Symphorose, les sept autres</div> -<div class="verse">de Flicit, puis les sept</div> -<div class="verse">vierges d'Ancyre…</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>405</small></span>Tais-toi! Tu blasphmes. La mre</div> -<div class="verse">criait: Mes enfants, regardez</div> -<div class="verse">en haut, combattez pour vos mes.</div> -<div class="verse">La mort est vie.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ah, ce n'est pas vrai! On vous trompe,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>410</small></span>on vous affole, on vous abreuve</div> -<div class="verse">de je ne sais quel noir breuvage.</div> -<div class="verse">Il y a des Thessaliennes</div> -<div class="verse">qui mlent des philtres atroces</div> -<div class="verse"> l'cume de la cavale,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>415</small></span>pour la fureur ingurissable.</div> -<div class="verse">De quelles herbes souterraines,</div> -<div class="verse">de quels fruits lugubres, de quelles</div> -<div class="verse">racines arraches au fond</div> -<div class="verse">des paludes mornes o croissent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>420</small></span>les pavots du sommeil sans yeux,</div> -<div class="verse">et de quels poisons, et de quelles</div> -<div class="verse">larmes, et de quelles sanies</div> -<div class="verse">se broie le philtre qui vous donne</div> -<div class="verse">cette ivresse de la douleur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>425</small></span>cette rage de la torture,</div> -<div class="verse">cette frnsie de la mort?</div> -<div class="verse">Qui vous a tendu le calice</div> -<div class="verse">dans les tnbres?</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mon frre, mon frre, je tremble.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>430</small></span>Hlas! J'ai peur.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je vous piais dans ma chair,</div> -<div class="verse">de toute ma force attentive,</div> -<div class="verse">comme mon prodige incertain.</div> -<div class="verse">Parfois les vieux Lares sourirent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>435</small></span>de mon ombre, sous leurs guirlandes</div> -<div class="verse">neuves, en songeant la gousse</div> -<div class="verse">qui cache le fruit gmin.</div> -<div class="verse">Pour vous faire beaux, je mirais</div> -<div class="verse">dans le temple et sous le portique</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>440</small></span>les images belles des dieux.</div> -<div class="verse">Quand je sentis le double cœur</div> -<div class="verse">battre dans mon me, je vis</div> -<div class="verse">les feux blancs des Gmeaux clestes</div> -<div class="verse">clairer mon me et la nuit.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>445</small></span>Ils brillaient au bout de mes songes</div> -<div class="verse">comme sur les mts des navires,</div> -<div class="verse">quand pour vos bouches trop avides,</div> -<div class="verse">enfants, le sommeil regonflait</div> -<div class="verse">mes seins taris.</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>450</small></span>Mon frre, mon frre, je tremble.</div> -<div class="verse">Mon cœur se fond.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Christ, je te loue. Sauve-moi!</div> -<div class="verse">Garde mon me, Christ Seigneur,</div> -<div class="verse">que je ne sois pas confondu!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>455</small></span>Exauce-moi!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Marcellien, tu es doux.</div> -<div class="verse">Tu tais la sœur de tes sœurs.</div> -<div class="verse">La desse berceuse ornait</div> -<div class="verse">ton berceau de frache aubpine,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>460</small></span>pour loigner les rves sombres.</div> -<div class="verse">Pour suspendre ta bulle d'or</div> -<div class="verse"> la poitrine des vieux Lares,</div> -<div class="verse">te souvient-il? tu drobas</div> -<div class="verse">la bandelette virginale</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>465</small></span>qui rattachait le lin docile</div> -<div class="verse"> la quenouille de Chrysille.</div> -<div class="verse">Nous vmes derrire la porte</div> -<div class="verse">rire les marmousets espigles</div> -<div class="verse">dans leurs niches bleues. Tout coup</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>470</small></span>tu rougissais comme l'ourlet</div> -<div class="verse">de ta toge prtexte. Pense:</div> -<div class="verse">tu viens peine de quitter</div> -<div class="verse">ta dpouille candide! Ils flairent,</div> -<div class="verse">tes chiens tachets, ils te cherchent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>475</small></span>dans les coins de ta chambre peinte,</div> -<div class="verse">et gmissent. Ils m'interrogent</div> -<div class="verse">de leurs prunelles ples comme</div> -<div class="verse">la fume. Dans la maison triste,</div> -<div class="verse">on n'a plus tourn les clepsydres.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>480</small></span>La poussire tombe. O enfant,</div> -<div class="verse">tu reviendras.</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mre, mre douce, aie piti!</div> -<div class="verse">C'est Dieu que je perds, si je perds</div> -<div class="verse">ce combat. Je veux tre Dieu.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>485</small></span>Je veux mourir.</div> -</div> - -<p class="di">Ici parat Thodote, port par ses serfs, -la toge ramene sur son visage, sans mot dire.</p> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Honte sur nous! Honte sur nous!</div> -<div class="verse">Regarde ce vieillard infirme</div> -<div class="verse">qui se trane aux bras des esclaves,</div> -<div class="verse">la tte voile. C'est toi, toi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>490</small></span>qui le courbes, toi qui l'crases.</div> -<div class="verse">Regarde-le: car jamais plus</div> -<div class="verse">il n'osera lever son front</div> -<div class="verse">pour regarder homme vivant.</div> -<div class="verse">Tu l'as ploy vers le spulcre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>495</small></span>Et il aura ses funrailles,</div> -<div class="verse">son linceul, ses baumes, sa tombe;</div> -<div class="verse">il aura son repos, l o</div> -<div class="verse">mme le jeu des vents est mort</div> -<div class="verse">autour des morts sans nom ni nombre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>500</small></span>Mais vous, mais vous, sans spulture,</div> -<div class="verse">larves noires et tourmentes,</div> -<div class="verse">vous errerez sur le rivage</div> -<div class="verse">du fleuve noir, dans l'ternelle</div> -<div class="verse">nuit, jamais…</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>505</small></span>Frre, je crains. Mon me fuit.</div> -<div class="verse">Tu es muet. Dieu m'abandonne.</div> -<div class="verse">Et la terreur la plus lointaine</div> -<div class="verse">revient moi. Je ne vois plus</div> -<div class="verse">ta face, Christ!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>510</small></span>Mes fils, mes fils, voil vos sœurs,</div> -<div class="verse">vos cinq sœurs chries, les cinq doigts</div> -<div class="verse">de la main qui porte la rose;</div> -<div class="verse">et les compagnes de leurs jeux;</div> -<div class="verse">et vos gaux; et les offrandes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>515</small></span>pour les dieux saints: le vin, le lait,</div> -<div class="verse">l'huile, le miel, les fruits, les orges,</div> -<div class="verse">les aromates, les guirlandes;</div> -<div class="verse">et le blier tout blanc, sans tache;</div> -<div class="verse">et la chvre blanche, sans tache;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>520</small></span>et aussi des fioles pleines,</div> -<div class="verse">des fioles comme des doigts,</div> -<div class="verse">pleines du sel divin des larmes,</div> -<div class="verse">tides de larmes.</div> -</div> - -<p class="di">Les cinq sœurs paraissent suivies de quelques -compagnes, en un chœur de neuf voix. Elles -sont si jeunes que la dernire est presque une -enfant. Lgres et vives comme des oiseaux, -pleines de grces suppliantes et d'tonnements -ingnus, elles apportent dans leurs mains et dans -leurs yeux toutes les images de la vie belle.</p> - -<p class="di">Un autre chœur de neuf jeunes hommes -survient, tranant des hosties vivantes: un -bouc aux cornes dores, une chvre ceinte -d'une branche de peuplier.</p> - -<p class="di">Les deux chœurs novnaires s'approchent -en chantant, et entourent les deux colonnes -o les pieds des captifs sont joints comme les -pieds des Anges.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS VIRGINVM.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="p2">LA PREMIERE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Par les bandelettes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>525</small></span>qui serrent nos seins,</div> -<div class="verse">par l'or qui nous ceint,</div> -<div class="verse">les lins qui nous vtent,</div> - -<div class="verse stanza">gmeaux, gmeaux, faites</div> -<div class="verse">l'offrande aux dieux saints,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>530</small></span>par les bandelettes</div> -<div class="verse">qui serrent nos seins!</div> - -<div class="verse stanza">Voici l'huile prte,</div> -<div class="verse">le lait et le vin;</div> -<div class="verse">et le jonc marin</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>535</small></span>pour ceindre vos ttes</div> -<div class="verse">et les bandelettes.</div> -</div> - -<div class="p2">LA SECONDE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">A toi, Proserpine,</div> -<div class="verse">le fuseau bien tors,</div> -<div class="verse">la lampe rebord</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>540</small></span>qui trois fois crpite,</div> - -<div class="verse stanza">le fil qu'on dvide</div> -<div class="verse">en songeant aux sorts,</div> -<div class="verse">la poupe de cire</div> -<div class="verse">que je berce encor,</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>545</small></span>la claire clepsydre,</div> -<div class="verse">la navette d'or,</div> -<div class="verse">tout ce que j'ai! Fors</div> -<div class="verse">mon heur, mon dlice:</div> -<div class="verse">ma perdrix novice.</div> -</div> - -<div class="p2">LA TROISIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>550</small></span>Fors ma sauterelle</div> -<div class="verse">qui vit, sans regret</div> -<div class="verse">des amples gurets,</div> -<div class="verse">dans sa claie si grle,</div> - -<div class="verse stanza">tout ce que j'ai, belle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>555</small></span>Reine qui soumets</div> -<div class="verse">nos mes si frles,</div> -<div class="verse">je te le promets:</div> - -<div class="verse stanza">le miroir, les peignes</div> -<div class="verse">d'or, les osselets</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>560</small></span>d'argent, le filet,</div> -<div class="verse">le bandeau, l'ombrelle.</div> -<div class="verse">Fors ma sauterelle,</div> -</div> - -<div class="p2">LA QUATRIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Par les ttes noires</div> -<div class="verse">des grands pavots roses</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>565</small></span>que le Fleuve arrose</div> -<div class="verse">d'une eau sans mmoire,</div> - -<div class="verse stanza">ne laisse pas boire</div> -<div class="verse">ces lvres closes</div> -<div class="verse">d'enfants doux qu'gare</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>570</small></span>la douleur sans cause,</div> - -<div class="verse stanza"> Fleur du Tartare,</div> -<div class="verse">Vierge qui exauces</div> -<div class="verse">les vierges moroses,</div> -<div class="verse">par les ttes noires</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>575</small></span>des grands pavots roses!</div> -</div> - -<div class="p2">LA CINQUIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et par la grenade</div> -<div class="verse">et par les neuf grains</div> -<div class="verse">tombs de l'crin</div> -<div class="verse">sur le noir rivage,</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>580</small></span>dtourne ces mes</div> -<div class="verse">du Portail d'airain,</div> -<div class="verse">et par la grenade</div> -<div class="verse">et par les neuf grains,</div> - -<div class="verse stanza">pouse trop ple</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>585</small></span>du Roi souterrain,</div> -<div class="verse"> toi qui treins</div> -<div class="verse">dans ta main trop ple</div> -<div class="verse">la sombre grenade!</div> -</div> - -<div class="p2">LA SIXIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voici pour l'offerte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>590</small></span>la grce du mois:</div> -<div class="verse">l'amande et la noix</div> -<div class="verse"> l'cale verte,</div> - -<div class="verse stanza">la figue entr'ouverte</div> -<div class="verse">et le cne troit.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>595</small></span>Voici pour l'offerte</div> -<div class="verse">la grce du mois.</div> - -<div class="verse stanza">J'ai, ds l'aube, experte</div> -<div class="verse">du suc et du poids,</div> -<div class="verse">cueilli de mes doigts</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>600</small></span>frais, en nymphe alerte,</div> -<div class="verse">neuf fruits pour l'offerte.</div> -</div> - -<div class="p2">LA SEPTIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voici des gteaux</div> -<div class="verse">au miel de l'Hymette,</div> -<div class="verse">sur une tablette</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>605</small></span>en bois de bouleau.</div> - -<div class="verse stanza">J'ai fait le gruau</div> -<div class="verse">d'une main bien nette.</div> -<div class="verse">Voici les gteaux</div> -<div class="verse">au miel de l'Hymette.</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>610</small></span>J'ai pour le fourneau</div> -<div class="verse">quitt la navette.</div> -<div class="verse">Et sur ma tablette</div> -<div class="verse">bien lisse, tout chauds,</div> -<div class="verse">voici mes gteaux.</div> -</div> - -<div class="p2">LA HUITIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>615</small></span>Et voici la coupe</div> -<div class="verse">que vous verserez,</div> -<div class="verse">de vin soutir</div> -<div class="verse">sans remuer l'outre;</div> - -<div class="verse stanza">le ligustre souple</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>620</small></span>et l'anet des prs</div> -<div class="verse">pour ceindre la coupe</div> -<div class="verse">que vous verserez;</div> - -<div class="verse stanza">la rsine rousse</div> -<div class="verse">et le miel dor,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>625</small></span>pour vous desserrer</div> -<div class="verse">la bouche qui boude</div> -<div class="verse">au bord de la coupe.</div> -</div> - -<div class="p2">LA NEUVIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">La flte d'agate,</div> -<div class="verse">dont le son reluit,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>630</small></span>je l'ai dans l'tui</div> -<div class="verse">bien clos qui la cache.</div> - -<div class="verse stanza">J'ai celle des Panes,</div> -<div class="verse">aux tuyaux enduits</div> -<div class="verse">de cire tenace</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>635</small></span>que mon air bleuit;</div> - -<div class="verse stanza">et celle d'enfance,</div> -<div class="verse"> deux trous, en buis,</div> -<div class="verse">dont je joue la nuit,</div> -<div class="verse">couche dans la paille,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>640</small></span>pour tromper la caille.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS JUVENVM.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="p2">LE PREMIER.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Des fltes, des fltes</div> -<div class="verse">pour danser en rond!</div> -<div class="verse">Et nous tranerons</div> -<div class="verse">par la corde rude</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>645</small></span>le blier hirsute</div> -<div class="verse">qui cosse du front.</div> -<div class="verse">Des fltes, des fltes</div> -<div class="verse">pour danser en rond!</div> - -<div class="verse stanza">Entre orteil et nuque</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>650</small></span>l'me est un arc prompt.</div> -<div class="verse">Et nous tranerons,</div> -<div class="verse">la chvre camuse.</div> -<div class="verse">Des fltes, des fltes!</div> -</div> - -<div class="p2">LE SECOND.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O dieux! Qu'on gorge</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>655</small></span>le taureau puissant</div> -<div class="verse">et le bouc qui sent,</div> -<div class="verse">hosties l'œil torve!</div> - -<div class="verse stanza">Que l'autel dborde</div> -<div class="verse">de vin et de sang!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>660</small></span>Qu'il soit une forge</div> -<div class="verse">de feu rugissant!</div> - -<div class="verse stanza">Qu'il crpite d'orges,</div> -<div class="verse">qu'il fume d'encens!</div> -<div class="verse">Que les dieux prsents</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>665</small></span>reoivent la force</div> -<div class="verse">jaillie de cent gorges!</div> -</div> - -<div class="p2">LE TROISIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Par la pendaison</div> -<div class="verse">de cet esclave ivre,</div> -<div class="verse">qu'il est doux de vivre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>670</small></span>prs de l'chanson!</div> - -<div class="verse stanza">O roue d'Ixion,</div> -<div class="verse"> roc de Sisyphe,</div> -<div class="verse">grandeur du lion,</div> -<div class="verse">beaut du supplice!</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>675</small></span>Par la pendaison</div> -<div class="verse">de cet esclave ivre,</div> -<div class="verse">qu'il est doux de vivre</div> -<div class="verse">au vent des chansons!</div> -<div class="verse">Salut, Ixion.</div> -</div> - -<div class="p2">LE QUATRIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>680</small></span>Que la vie est belle!</div> -<div class="verse">Que les dieux sont beaux!</div> -<div class="verse">Voici le Feu, l'Eau,</div> -<div class="verse">l'Air, l'Ame, la Terre.</div> - -<div class="verse stanza">Il y a l'arc, l'aile,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>685</small></span>les jeux les travaux.</div> -<div class="verse">Que la vie est belle!</div> -<div class="verse">Que les dieux sont beaux!</div> - -<div class="verse stanza">O douleur nouvelle</div> -<div class="verse">teins les flambeaux,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>690</small></span>ouvre les tombeaux,</div> -<div class="verse">ceins-toi d'asphodle.</div> -<div class="verse">Que la vie est belle!</div> -</div> - -<div class="p2">LE CINQUIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Venez au gymnase,</div> -<div class="verse">gmeaux, voir sourire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>695</small></span>le dieu palestrite</div> -<div class="verse">coiff du ptase.</div> - -<div class="verse stanza">On lutte. On se rase,</div> -<div class="verse">avec la strigile</div> -<div class="verse">courbe, la peau grasse</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>700</small></span>de sueur et d'huile.</div> - -<div class="verse stanza">On verse, du vase</div> -<div class="verse">dlicat d'argile</div> -<div class="verse">qui pend, vin d'gine</div> -<div class="verse">bien frais dans la tasse.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>705</small></span>Et on se dlasse.</div> -</div> - -<div class="p2">LE SIXIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous tes gmeaux.</div> -<div class="verse">Tels les Tyndarides</div> -<div class="verse">aux belles cnmides</div> -<div class="verse">dompteurs de chevaux.</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>710</small></span>Ah, prendre aux naseaux</div> -<div class="verse">l'talon numide</div> -<div class="verse">tout blanc, dont la peau</div> -<div class="verse">est un feu humide;</div> - -<div class="verse stanza">ceindre du fronteau,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>715</small></span>tenir par la bride</div> -<div class="verse">cette flamme lisse</div> -<div class="verse"> quatre sabots;</div> -<div class="verse">bondir au garrot!</div> -</div> - -<div class="p2">LE SEPTIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il y a la gloire.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>720</small></span>On dompte les hommes.</div> -<div class="verse">On hume l'arome</div> -<div class="verse">du laurier qu'on froisse.</div> - -<div class="verse stanza">Et des reines noires</div> -<div class="verse">suivent le Triomphe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>725</small></span>On les apprivoise</div> -<div class="verse">comme des lionnes.</div> - -<div class="verse stanza">L'or de la Victoire</div> -<div class="verse">creuse ta main moite.</div> -<div class="verse">Une immense angoisse</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>730</small></span>gonfle ta gorgone.</div> -<div class="verse">Io! C'est la gloire.</div> -</div> - -<div class="p2">LE HUITIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il y a l'ivresse,</div> -<div class="verse">de profonds celliers.</div> -<div class="verse">On peut tout lier,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>735</small></span>plier par un geste.</div> - -<div class="verse stanza">Il y a l'ivresse,</div> -<div class="verse">la fleur du pommier,</div> -<div class="verse">des amours qu'on tresse</div> -<div class="verse">en dansant nu-pieds;</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>740</small></span>la fleur de la fve,</div> -<div class="verse">le col du ramier;</div> -<div class="verse">l'Ourse, le Bouvier,</div> -<div class="verse">Orion; les rves;</div> -<div class="verse">le tranchant du glaive.</div> -</div> - -<div class="p2">LE NEUVIEME.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>745</small></span>Tu vois luire l'aube</div> -<div class="verse">comme ta lueur.</div> -<div class="verse">Rose, frache sœur</div> -<div class="verse">de la larme chaude!</div> - -<div class="verse stanza">Des marchands de Rhodes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>750</small></span>t'apportent, par cœur,</div> -<div class="verse">de nouvelles odes</div> -<div class="verse">comme du bonheur.</div> - -<div class="verse stanza">Tu attends aux mles</div> -<div class="verse">d'Ostie, le soir, leurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>755</small></span>nefs qui ont la Fleur</div> -<div class="verse">sur la proue trs haute.</div> -<div class="verse">Tu flaires leurs baumes…</div> -</div> - -<p class="di">Ici le courage des jeunes prisonniers commence - mollir. Marc lutte encore, fermant les -paupires, serrant les lvres, retenant son -souffle, de peur qu'il ne lui chappe quelques -paroles qui puissent le perdre. Mais Marcellien -incline vers ses sœurs son visage tout humide -de larmes; il les regarde, il les nomme par -leurs noms si chers. Et elles cherchent -dnouer les nœuds rudes, se haussant sur la -pointe des sandales, allgres et prestes.</p> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Chrysille, Tlsille, sœurs</div> -<div class="verse">douces! Junie! Flavie! Mes sœurs,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>760</small></span>que faites-vous? que faites-vous?</div> -<div class="verse">Otez de mon front la guirlande!</div> -<div class="verse">On ne peut pas nous dlier,</div> -<div class="verse">on ne peut pas, on ne peut pas.</div> -<div class="verse">Ote la guirlande, pione,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>765</small></span>je te prie! Mes sœurs, mes sœurs douces,</div> -<div class="verse">que faites-vous?</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O jeunes hommes inculps,</div> -<div class="verse">Marc et Marcellien gmeaux</div> -<div class="verse">de Thodote, voulez-vous</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>770</small></span>enfin obir au clment</div> -<div class="verse">Empereur? Rponds, Marc. Rponds,</div> -<div class="verse">toi, Marcellien. Voulez-vous</div> -<div class="verse">sacrifier aux dieux de Rome,</div> -<div class="verse">aux douze dieux grands de l'Empire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>775</small></span>et l'effigie de Csar?</div> -<div class="verse">Greffier, cris.</div> -</div> - -<p class="di">Ici, tout coup, Sbastien rompt son immobilit -vigilante. Et le son inattendu de sa -voix frappe de stupeur et de frayeur les -hommes, comme l'clat soudain du tonnerre.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Athltes du Christ, rpondez!</div> -<div class="verse">Rpondez la parole forte!</div> -<div class="verse">Dardez la rponse de fer!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>780</small></span>Je prends entre mes poings le rouge</div> -<div class="verse">cœur nu de votre foi, mes frres,</div> -<div class="verse">puisque vos poignets sont lis;</div> -<div class="verse">et je le hausse vers le haut</div> -<div class="verse">ciel o la couronne ternelle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>785</small></span>est suspendue pour votre gloire.</div> -<div class="verse">Je vous adjure, par le sang</div> -<div class="verse">qui dgoutte de cette paume</div> -<div class="verse">perce comme la paume sainte</div> -<div class="verse">contre la barre de la Croix!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>790</small></span>Dieu vous entend.</div> -</div> - -<p class="di">Ici les jumeaux tournent vers le juge leurs -fronts raffermis, et crient de leurs voix claires.</p> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jamais. Je confesse le Christ.</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jamais. Je confesse le Christ.</div> -</div> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jamais.</div> -</div> - -<div class="p">MARCELLIEN.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Jamais.</div> -</div> - -<p class="di">Ici la tourbe paenne se soulve en tumulte.</p> - -<div class="p">LES GENTILS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—La vote s'croule!</div> -<div class="verse i6">—Les pierres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>795</small></span>se fendent!</div> -<div class="verse i3">—Tout est renvers.</div> -<div class="verse">—Avez-vous entendu?</div> -<div class="verse i6">—Tout est</div> -<div class="verse">souill, foul.</div> -<div class="verse i4">—Sbastien,</div> -<div class="verse">Sbastien, quelle dmence,</div> -<div class="verse">quelle rage s'empare aussi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>800</small></span>de toi?</div> -<div class="verse i2">—Le chef des sagittaires,</div> -<div class="verse">l'ami d'Auguste, est infidle</div> -<div class="verse"> son matre!</div> -<div class="verse i4">—Regardez-le!</div> -<div class="verse">Il est debout dans le dlire.</div> -<div class="verse">—Lui, l'ami d'Auguste, il exhorte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>805</small></span>les coupables mpriser</div> -<div class="verse">l'dit!</div> -<div class="verse i2">—Ils flchissaient dj,</div> -<div class="verse">les jeunes gens.</div> -<div class="verse i4">—Ils taient prts</div> -<div class="verse">au sacrifice.</div> -<div class="verse i4">—Il les enivre</div> -<div class="verse">par la vue de son sang.</div> -<div class="verse i6">—Il laisse</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>810</small></span>couler son sang pour simuler</div> -<div class="verse">la crucifixion de l'Homme</div> -<div class="verse"> tte d'ne.</div> -<div class="verse i4">—Il a perc</div> -<div class="verse">sa main gauche par artifice.</div> -<div class="verse">Et il a invoqu la croix.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>815</small></span>Avez-vous entendu?</div> -<div class="verse i6">—J'entends,</div> -<div class="verse">j'entends, moi, claquer les fouets</div> -<div class="verse">des bestiaires. Aux lions!</div> -<div class="verse">Aux lions!</div> -<div class="verse i3">—Non, ce n'est pas vrai.</div> -<div class="verse">Il est hors de lui-mme. Il porte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>820</small></span>un malfice. N'avez-vous</div> -<div class="verse">pas vu se rapprocher de lui</div> -<div class="verse">soudain cette femme trangre</div> -<div class="verse">et tremper le lin dans la plaie?</div> -<div class="verse">Il porte un malfice occulte.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>825</small></span>—Regardez-le! Regardez-le!</div> -<div class="verse">—Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai.</div> -<div class="verse">Toi, toi, bel Archer, toi, si beau!</div> -<div class="verse">Toi, plus beau que l'adolescent</div> -<div class="verse">de Bithynie, le Bien-aim</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>830</small></span>d'Hadrien, le divinis</div> -<div class="verse">d'gypte!</div> -<div class="verse i2">—Il ressemble Mercure</div> -<div class="verse">souterrain qui hante la route</div> -<div class="verse">invitable.</div> -<div class="verse i4">—Il a bondi</div> -<div class="verse">du socle, frre des statues</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>835</small></span>divines.</div> -<div class="verse i3">—Il a fait un songe.</div> -<div class="verse">Il se rveille.</div> -<div class="verse i5">—Secoue-toi!</div> -<div class="verse">Tu es trop beau. Renie, renie</div> -<div class="verse">ton sacrilge.</div> -<div class="verse i5">—Viens! Allons,</div> -<div class="verse">allons immoler des brebis</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>840</small></span> Crs qui porte les lois,</div> -<div class="verse">au Soleil qui voit l'avenir.</div> -<div class="verse">—Il faut boire, et frapper la terre</div> -<div class="verse">d'un pied libre.</div> -<div class="verse i4">—Va-t'en! Va-t'en!</div> -<div class="verse">—On touffe! On touffe comme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>845</small></span>dans l'tuve.</div> -<div class="verse i3">—Et la puanteur</div> -<div class="verse">des lys!</div> -<div class="verse i2">—Et ce relent lugubre</div> -<div class="verse">des offrandes non prsentes!</div> -<div class="verse">—Crie fort!</div> -<div class="verse i2">—Les oreilles bourdonnent</div> -<div class="verse">de murmures magiques.</div> -<div class="verse i7">—Tous</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>850</small></span>ces esclaves puent, sentent pire</div> -<div class="verse">que le bouc.</div> -<div class="verse i3">—Et ne tracez pas</div> -<div class="verse">des mots magiques sur les dalles.</div> -<div class="verse">—Et ne parlez pas bas aux dieux</div> -<div class="verse">infernaux.</div> -<div class="verse i3">—O Chef, Chef cruel,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>855</small></span>tu nous a trahis, tu nous as</div> -<div class="verse">trahis pour cet Asiatique</div> -<div class="verse">mort au gibet!</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien reste debout et inbranlable, -sans rpondre. La mre des confesseurs -s'lance contre lui, dsespre.</p> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O maudit, maudit, tu m'arraches</div> -<div class="verse">mes fils malheureux, mes enfants</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>860</small></span>gars. Tu me les arraches</div> -<div class="verse">quand ils allaient tendre leurs bras</div> -<div class="verse">dlis vers toutes mes larmes</div> -<div class="verse">souriantes, que je sentais</div> -<div class="verse">refluer mon sein aride</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>865</small></span>comme le lait de ma douleur!</div> -<div class="verse">Qui es-tu? qui es-tu, si jeune</div> -<div class="verse">et si terrible, mle avec</div> -<div class="verse">ce beau visage de Furie?</div> -<div class="verse">Qui es-tu qui offres de rouges</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>870</small></span>cœurs tes autels et promets</div> -<div class="verse">des couronnes d'astres ceux</div> -<div class="verse">que tu tranes l-bas dans l'ombre</div> -<div class="verse">o tout finit?</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien lui parle avec une imprieuse -douceur.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je suis l'esclave de l'Amour.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>875</small></span>Je suis le matre de la Mort,</div> -<div class="verse">Femme, et je te connais. Je sais</div> -<div class="verse">que je toucherai le cœur rouge</div> -<div class="verse">au fond de ta poitrine aride</div> -<div class="verse">qu'enfle le lait de la douleur.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>880</small></span>Je te connais, femme. Tu es</div> -<div class="verse">marque du sceau mystrieux.</div> -<div class="verse">Tu auras un jour ton martyre,</div> -<div class="verse">ta couronne et ton allgresse.</div> -<div class="verse">Il te regarde.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>885</small></span>Qui me regarde? Tu m'effraies.</div> -<div class="verse">Le frisson me traverse toute,</div> -<div class="verse">comme une pe.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il t'a choisie dj. Tu trembles.</div> -<div class="verse">Tu es lue.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>890</small></span>Tu m'effraies Non, je ne veux pas!</div> -<div class="verse">Que fais-tu de moi? que fais-tu</div> -<div class="verse">de mon me? mes fils, mes fils,</div> -<div class="verse">vous me voyez, vous me voyez.</div> -<div class="verse">Quelqu'un m'entrane.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>895</small></span>C'est Lui, c'est Lui. Car du haut ciel</div> -<div class="verse">Il fond et saisit, comme l'aigle</div> -<div class="verse">foudroyant. Il saisit, soulve,</div> -<div class="verse">emporte, dans les battements</div> -<div class="verse">de sa grandeur.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>900</small></span>O est-il? o est-il? J'ai peur.</div> -<div class="verse">J'ai peur de me retourner. Laisse,</div> -<div class="verse">oh, laisse-moi reprendre haleine!</div> -<div class="verse">Tu me vois: je suis pantelante.</div> -<div class="verse">Mes fils, m'avez-vous appele?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>905</small></span>Dois-je venir? J'entends des cris,</div> -<div class="verse">les cris de cet aigle, les cris</div> -<div class="verse">du ravisseur. Il vous saisit,</div> -<div class="verse">il vous soulve, il vous emporte,</div> -<div class="verse">Faut-il venir? Faut-il mourir?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>910</small></span>Me voici prte.</div> -</div> - -<p class="di">Effares, agites, ses filles tendent vers elle -leurs bras nus.</p> - -<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O mre, mre!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu as profr la parole!</div> -<div class="verse">Femme, Il a parl par tes lvres</div> -<div class="verse">Martyrs, avez-vous entendu?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>915</small></span>Le ciel rayonne.</div> -</div> - -<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—O mre, mre, qu'as-tu dit?</div> -<div class="verse">—Tu nous dchires.</div> -<div class="verse i5">—Tourne-toi!</div> -<div class="verse">—Oh, regarde-nous! Tourne-toi</div> -<div class="verse">vers tes filles pouvantes!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>920</small></span>—Qui s'empare de toi? Quel mal</div> -<div class="verse">te possde?</div> -<div class="verse i4">—Regarde-nous!</div> -<div class="verse">—Du dos de ta main tu essuies</div> -<div class="verse">ta bouche qui s'emplit d'cume</div> -<div class="verse">comme la bouche des sibylles.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>925</small></span>—Ressaisis ton me. Tu es</div> -<div class="verse">la proie de l'Enchanteur.</div> -<div class="verse i6">—Nous sommes</div> -<div class="verse">toutes tremblantes.</div> -<div class="verse i5">—O malheur!</div> -<div class="verse">—O mre, mre!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qu'ai-je dit? qu'ai-je dit? Oh, non,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>930</small></span>ne tremblez pas! Je vous regarde.</div> -<div class="verse">Vous tes toutes ples, comme</div> -<div class="verse">l'vanouissement des choses</div> -<div class="verse">que nous tenions. Vous n'avez plus</div> -<div class="verse">en vos mains les offrandes. Vous</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>935</small></span>me touchez avec vos mains vides.</div> -<div class="verse">Vous n'avez plus ni fleurs ni fruits,</div> -<div class="verse">ni les vases ni les corbeilles.</div> -<div class="verse">Vous avez tout abandonn.</div> -<div class="verse">Et les offrandes non offertes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>940</small></span>gisent l, sur les dalles, comme</div> -<div class="verse">des ordures. Mes dieux, mes dieux,</div> -<div class="verse">o tes-vous?</div> -</div> - -<div class="p">CHRYSILLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mre, mre douce, rentrons,</div> -<div class="verse">rentrons. Tu les retrouveras</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>945</small></span>prs de la porte. Laisse-toi</div> -<div class="verse">ramener. Ta litire est prte.</div> -<div class="verse">Mre, tu souffres.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et vous les abandonnerez</div> -<div class="verse">l, eux aussi, comme les orges</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>950</small></span>et les huiles? Voyez, voyez</div> -<div class="verse">les yeux de vos frres, voyez-</div> -<div class="verse">les, grands ouverts, qui nous regardent!</div> -<div class="verse">Est-ce que je leur avais fait</div> -<div class="verse">des yeux si grands?</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien lui parle avec une imprieuse -douceur.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>955</small></span>Femme, tu ne rentreras pas</div> -<div class="verse">dans ta maison.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Est-ce que je leur avais fait</div> -<div class="verse">des yeux si grands?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu ne franchiras pas ce soir</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>960</small></span>ton seuil de pierre.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE,</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ah, si grands que toute l'horreur</div> -<div class="verse">en sort et tout le ciel y entre.</div> -<div class="verse">Voyez, voyez!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jamais plus tu ne reverras</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>965</small></span>les Lares derrire ta porte.</div> -<div class="verse">Tu le savais.</div> -</div> - -<p class="di">Ici les filles clatent en pleurs.</p> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est vrai, c'est vrai. Je le savais.</div> -<div class="verse">Je n'ai plus tourn la clepsydre.</div> -<div class="verse">Je n'ai plus mesur le temps</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>970</small></span>que par les gouttes trs amres.</div> -<div class="verse">J'ai pris dans l'tre une poigne</div> -<div class="verse">de cendre et je l'ai rpandue</div> -<div class="verse">sur mes cheveux. Salut, foyer!</div> -<div class="verse">Et vous, filles infortunes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>975</small></span>qui tiez pareilles aux doigts</div> -<div class="verse">de la main qui porte la rose,</div> -<div class="verse">vous serez les cinq doigts bants</div> -<div class="verse">de la main qui laisse l'empreinte</div> -<div class="verse">ineffaable sur le mur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>980</small></span>fidle, afin qu'on se souvienne</div> -<div class="verse">du meurtre. Adieu.</div> -</div> - -<p class="di">Ici les filles s'lancent pour la retenir et -l'enlacent.</p> - -<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Non! Non!</div> -<div class="verse i2">—O vas-tu? o vas-tu?</div> -<div class="verse">que feras-tu?</div> -<div class="verse i4">—Entourez-la,</div> -<div class="verse">entourez-la de vos bras, sœurs!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>985</small></span>Elle est dmente, elle est dmente.</div> -<div class="verse">—Pour t'enlever, il faut qu'on tranche</div> -<div class="verse">nos poignets, qu'on coupe nos bras</div> -<div class="verse">jusqu'aux aisselles.</div> -<div class="verse i5">—O sœurs, sœurs,</div> -<div class="verse">soyez fortes pour l'entraner.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>990</small></span>—O Bonne Desse, redouble</div> -<div class="verse">la force de notre amour.</div> -<div class="verse i7">—Non,</div> -<div class="verse">non, tu n'iras pas! Aie piti!</div> -<div class="verse">—Aie piti! Comment pourrais-tu</div> -<div class="verse">nous jeter ainsi la honte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>995</small></span>et au deuil infini?</div> -<div class="verse i6">—Reviens,</div> -<div class="verse">reviens avec nous au foyer!</div> -<div class="verse">—Rien ne pourra nous sparer</div> -<div class="verse">de toi, dans le nombre des jours.</div> -<div class="verse">Je t'en fais serment!</div> -<div class="verse i5">—Je t'en fais</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1000</small></span>serment!</div> -<div class="verse i2">—Et moi aussi!</div> -<div class="verse i6">—Et moi</div> -<div class="verse">aussi!</div> -<div class="verse i2">—Toujours nous resterons</div> -<div class="verse">nubiles, pour l'amour de toi,</div> -<div class="verse">mre douce, auprs de ton tre,</div> -<div class="verse">auprs des Pnates voiles.</div> -</div> - -<p class="di">Tenant d'une main leur mre gare, elles -ramnent de l'autre leurs voiles sur leurs ttes -et prononcent voix basse la parole de la -conscration.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1005</small></span>—Je me dvoue.</div> -<div class="verse i4">—Je me dvoue.</div> -<div class="verse">—Je me dvoue.</div> -<div class="verse i4">—Je me dvoue.</div> -<div class="verse">—Je me dvoue.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vierges, vierges, ne pleurez pas.</div> -<div class="verse">Celui qui garde le foyer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1010</small></span>inextinguible a recueilli</div> -<div class="verse">ces vœux. Vous aurez vos couronnes,</div> -<div class="verse">en mangeant le doux fruit de vie</div> -<div class="verse">d'entre les lvres de la mort.</div> -<div class="verse">Il n'y a pas d'autre douceur.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1015</small></span>Je vous le dis.</div> -</div> - -<p class="di">La mre se tourne vers lui, dans l'horreur -d'une vaine rvolte.</p> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Archer, Archer sans merci,</div> -<div class="verse">et tu les prends, et tu les prends!</div> -<div class="verse">Je sais. Je trane mes paules</div> -<div class="verse">une grappe lourde de vies</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1020</small></span>condamnes. Elles crient dj</div> -<div class="verse">comme des victimes qu'touffent</div> -<div class="verse">mes voiles. Je suis Niob,</div> -<div class="verse">je suis du sang noir de Tantale,</div> -<div class="verse">avec toute ma gniture.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1025</small></span>Archer, sous tes traits invisibles,</div> -<div class="verse">Repais-toi de mes infortunes</div> -<div class="verse">et rassasie-toi de mes deuils.</div> -<div class="verse">O fcondit lamentable!</div> -<div class="verse">La mort, la mort, de toute part</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1030</small></span>la mort. L'amour de toute part</div> -<div class="verse">l'affronte. C'est moi qui vous trane,</div> -<div class="verse">filles, c'est moi.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il ne tue pas. Il vivifie.</div> -<div class="verse">Qu'il te souvienne de la veuve</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1035</small></span>de Tibur qui, par fer et feu,</div> -<div class="verse">criait: Mes enfants, regardez</div> -<div class="verse">en haut, combattez pour vos mes.</div> -<div class="verse">La mort est vie.</div> -</div> - -<div class="p">LES CINQ VIERGES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Non, nous ne voulons pas mourir!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1040</small></span>—Laisse-nous vivre, laisse-nous</div> -<div class="verse">respirer encore!</div> -<div class="verse i5">—Aie piti</div> -<div class="verse">de notre jeunesse.</div> -<div class="verse i6">—Tu vois</div> -<div class="verse">tu me vois, comme je suis jeune,</div> -<div class="verse"> mre. Je suis ta plus jeune.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1045</small></span>Je ne veux pas mourir. J'ai peur,</div> -<div class="verse">j'ai peur.</div> -<div class="verse i2">—Aie piti! Laisse-nous</div> -<div class="verse"> la lumire!</div> -<div class="verse i4">—Il est si doux</div> -<div class="verse">de voir la lumire, de voir</div> -<div class="verse">le soleil; et nos dieux sont bons,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1050</small></span>nos dieux sont beaux!</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE,</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne peux plus les invoquer,</div> -<div class="verse">je ne sais plus les implorer.</div> -<div class="verse">Tout croule. Tout s'vanouit.</div> -<div class="verse">Et mon cœur dfaille, mon me</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1055</small></span>est perdue.</div> -</div> - -<p class="di">Ici d'une voix grave et ferme son fils Marc -l'exhorte, dressant sa tte sur l'affaissement -de son corps qui n'a plus de soutien sous les -pieds lis.</p> - -<div class="p">MARC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mre, nous sommes en silence.</div> -<div class="verse">Notre amour est crucifi.</div> -<div class="verse">Sois avec elles.</div> -</div> - -<div class="p">LA MERE DOULOUREUSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je viens, je viens. Je suis vous.</div> -</div> - -<p class="di">Par une volont plus qu'humaine, elle -s'arrache l'treinte de ses filles, qui poussent -un cri unanime. Elle marche seule vers les -deux colonnes vivantes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1060</small></span>Je suis vous. Me voici prte,</div> -<div class="verse">mes fils. J'entends le battement</div> -<div class="verse">de vos cœurs. On a retir</div> -<div class="verse">les soutiens de dessous vos pieds</div> -<div class="verse">joints. Et j'entends le craquement</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1065</small></span>de vos coudes, de vos genoux,</div> -<div class="verse">de vos paules. Je vous porte.</div> -<div class="verse">Je suis charge de vos deux poids.</div> -<div class="verse">O faut-il monter? o faut-il</div> -<div class="verse">descendre? Je saurai sourire.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1070</small></span>Je saurai chanter. Me voici.</div> -<div class="verse">J'ai votre faim, j'ai votre soif</div> -<div class="verse">J'enfoncerai profondment</div> -<div class="verse">ma bouche dans la plnitude</div> -<div class="verse">de la mort. Hommes!</div> -</div> - -<p class="di">Ici elle se tourne vers les magistrats, les -assesseurs, les bourreaux.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1075</small></span>Hommes, je confesse le Christ.</div> -<div class="verse">Je suis chrtienne. Qu'on me lie,</div> -<div class="verse">qu'on me frappe. Je sais souffrir.</div> -<div class="verse">Je veux mourir.</div> -</div> - -<p class="di">Ici les cinq vierges se couvrent entirement -la tte, en se serrant l'une contre l'autre, prs -de leur pre toujours envelopp dans sa toge -et taciturne.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div> -</div> - -<p class="di">La multitude accrue s'agite, vocifre, -alterne les imprcations et les invocations, -les louanges et les outrages, les menaces et -les prophties, diverse et discordante. L'air -s'assombrit. Des sacrificateurs jettent sur -l'autel des poignes d'aromates. On entend -parfois, dans une pause, des femmes sangloter.</p> - -<div class="p">GENTILS ET CHRETIENS, QUELQUES -JUIFS, LES ARCHERS ET LES -ESCLAVES, HOMMES ET FEMMES. -TOUT LE TUMULTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1080</small></span>—Sbastien, ami d'Auguste,</div> -<div class="verse">tu travailles pour le pressoir!</div> -<div class="verse">—Tu travailles pour le charnier!</div> -<div class="verse">—O Archer impudent, tout oint</div> -<div class="verse">de malfices!</div> -<div class="verse i5">—Maintenant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1085</small></span>on va les entendre chanter</div> -<div class="verse">des paroles magiques, comme</div> -<div class="verse">Ptolme, comme Astion,</div> -<div class="verse">pour te rsister et te vaincre,</div> -<div class="verse"> somnolent!</div> -<div class="verse i4">—Il est malade,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1090</small></span>il est endormi dans la graisse,</div> -<div class="verse">de la nuque jusqu'au talon.</div> -<div class="verse">—Puisque tout est dit maintenant,</div> -<div class="verse">qu'on les tourmente.</div> -<div class="verse i5">—Niob!</div> -<div class="verse">Niob!</div> -<div class="verse i3">—Et suspendez-la,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1095</small></span>entre ses gmeaux, au sommet</div> -<div class="verse">de l'arcade, par une seule</div> -<div class="verse">main!</div> -<div class="verse i2">—Voyez Andronique. Il mche</div> -<div class="verse">sa langue bovine.</div> -<div class="verse i5">—Il savoure</div> -<div class="verse">la sueur sale qui ruisselle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1100</small></span>dans les rides de ses fanons.</div> -<div class="verse">—Allons! Qu'on le secoue! Esclaves,</div> -<div class="verse">pincez-le fort aux jambes, vous</div> -<div class="verse">qui lui dorlotez sa podagre.</div> -<div class="verse">—N'avez-vous pas honte, pourceaux?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1105</small></span>—Debout, debout les serfs! Debout</div> -<div class="verse">les serfs! Les temps sont rvolus.</div> -<div class="verse">—Mre des martyrs, sois loue!</div> -<div class="verse">—Non sur la cire des tablettes,</div> -<div class="verse">mais ton nom est crit dj</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1110</small></span>au livre de vie.</div> -<div class="verse i5">—O sort humble</div> -<div class="verse">et magnifique!</div> -<div class="verse i5">—Je me courbe</div> -<div class="verse">et je baise la terre, en signe</div> -<div class="verse">de ton ventre, mre admirable.</div> -<div class="verse">—Ils sont fous, ils sont fous. Des sacs,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1115</small></span>des sacs d'ellbore!</div> -<div class="verse i5">—On touffe.</div> -<div class="verse">Tous les foins coups du Solstice</div> -<div class="verse">sont mis ici fermenter?</div> -<div class="verse">—En avez-vous, du foin, aux cornes!</div> -<div class="verse">—Si c'est le Solstice, prenez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1120</small></span>les faucilles et moissonnez.</div> -<div class="verse">—Ne tracez pas de mots magiques</div> -<div class="verse">sur les dalles.</div> -<div class="verse i4">—Levez les dalles,</div> -<div class="verse">si vous osez, levez les dalles.</div> -<div class="verse">Les morts vont surgir du charnier</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1125</small></span>de Csar.</div> -<div class="verse i3">—Et que les Romains</div> -<div class="verse">sachent qu'ils ne sont que des hommes,</div> -<div class="verse">rien que des hommes.</div> -<div class="verse i5">—Criez fort,</div> -<div class="verse">car votre Sauveur entendra.</div> -<div class="verse">Est-il ivre ou somnolent comme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1130</small></span>ce bon juge, que son courroux</div> -<div class="verse">ne se dchane contre nous?</div> -<div class="verse">—O insenss, il tait dieu</div> -<div class="verse">et il est mort comme un larron.</div> -<div class="verse">—On l'a soufflet.</div> -<div class="verse i5">—Il avait</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1135</small></span>une tunique sans couture.</div> -<div class="verse">Les soldats l'ont joue aux ds.</div> -<div class="verse">—Taisez-vous! Taisez-vous! Le seul</div> -<div class="verse">genou de Jsus se dressant</div> -<div class="verse">du saint spulcre vaut tout l'orbe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1140</small></span>de l'Empire.</div> -<div class="verse i3">—Il faut un carnage.</div> -<div class="verse">—On ne comprend plus rien.</div> -<div class="verse i6">—Nous sommes</div> -<div class="verse">tous envelopps dans les rets</div> -<div class="verse">de la mort.</div> -<div class="verse i3">—Va-t'en! Je te frappe.</div> -<div class="verse">—Ils font des onctions magiques.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1145</small></span>Prenez garde.</div> -<div class="verse i4">—Tous ces esclaves</div> -<div class="verse">cachent des rouleaux dans les plis</div> -<div class="verse">de leurs sayons.</div> -<div class="verse i4">—Il faut attendre.</div> -<div class="verse">Le bois du gibet va fleurir.</div> -<div class="verse">—Tuez! Tuez! Tuez!</div> -<div class="verse i6">—Il faut</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1150</small></span>la lourde pe ibrienne</div> -<div class="verse">qui fatigue le baudrier.</div> -<div class="verse">—Ardez-les ou bien ils vous ardent.</div> -<div class="verse">—Un Phrygien a mis le feu</div> -<div class="verse"> trois temples.</div> -<div class="verse i4">—Qui cre, sinon</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1155</small></span>le feu?</div> -<div class="verse i2">—C'est la douleur qui cre.</div> -<div class="verse">—Ah, c'est trop attendre. Pourquoi,</div> -<div class="verse">pourquoi n'abrges-tu pas l'heure?</div> -<div class="verse">—Dieu viendra du Midi. Le Saint</div> -<div class="verse">descendra du Mont Pharan.</div> -<div class="verse i7">—Juif</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1160</small></span>du Transtvre, tu pourras</div> -<div class="verse">nous fournir des vitres casses.</div> -<div class="verse">—O Archer, je veux te bnir!</div> -<div class="verse">—Archer de la vie, je bnis</div> -<div class="verse">ton œil, ta main, ton arc, tes traits.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1165</small></span>—O Chef, Chef, tu nous as trahis,</div> -<div class="verse">tu nous a trahis.</div> -<div class="verse i5">—Tu seras</div> -<div class="verse">sculpt dans le basalte noir,</div> -<div class="verse">comme Antinos.</div> -<div class="verse i5">—O divin!</div> -<div class="verse">—Ton parfum est mort, Adonis.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1170</small></span>—Divin meurtrier, toi qui tues</div> -<div class="verse">et suscites!</div> -<div class="verse i4">—Qu'on lui arrache</div> -<div class="verse">l'arc et le carquois!</div> -<div class="verse i5">—Puisqu'il est</div> -<div class="verse">maintenant marqu la paume</div> -<div class="verse">comme un larron, qu'on tranche aussi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1175</small></span>ses pouces!</div> -<div class="verse i2">—Archer, n'aurais-tu pas</div> -<div class="verse">Apollon pour complice?</div> -<div class="verse i6">—Il porte</div> -<div class="verse">le premier stigmate.</div> -<div class="verse i5">—Il a fait</div> -<div class="verse">le serment militaire. Il porte</div> -<div class="verse">un autre stigmate. Il est tratre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1180</small></span>—Nul jour ne sera plus ce jour.</div> -<div class="verse">—Ce n'est qu'un rve.</div> -<div class="verse i5">—Je m'en vais.</div> -<div class="verse">Ma force est bout.</div> -<div class="verse i5">—O Beaut,</div> -<div class="verse">Beaut, vivre et mourir pour toi!</div> -<div class="verse">—Mangeons les offrandes qu'on laisse</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1185</small></span>par terre, ces figues sabines.</div> -<div class="verse">—On ne respire que des rves,</div> -<div class="verse">les rves qu'enfantent les fivres.</div> -<div class="verse">—Sus! Que les buccins recourbs</div> -<div class="verse">soufflent la bataille!</div> -<div class="verse i5">—O Archers,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1190</small></span>bandez vos arcs et rangez-vous!</div> -<div class="verse">—Les Niobides!</div> -<div class="verse i5">—Minotaure,</div> -<div class="verse">Minotaure d'Asie, gorg</div> -<div class="verse">de vierges et d'adolescents!</div> -<div class="verse">—Elles suivront. On l'a crit:</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1195</small></span>Une multitude de vierges</div> -<div class="verse">suivra ses pas.</div> -<div class="verse i4">—Elles sont douces</div> -<div class="verse">comme ce lait caill.</div> -<div class="verse i6">—O vierges,</div> -<div class="verse">vierges, que ne puis-je vous faire</div> -<div class="verse">mourir d'amour!</div> -<div class="verse i4">—Et des bourreaux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1200</small></span>dans les prisons ont viol</div> -<div class="verse">des vierges mortes!</div> -<div class="verse i5">—Vous mordrez</div> -<div class="verse">la cendre.</div> -<div class="verse i2">—Il faut que tout autel</div> -<div class="verse">surnage au sang des adorants.</div> -<div class="verse">—O est le Paradis?</div> -<div class="verse i6">—Ouvrez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1205</small></span>vos portes, ouvrez donc vos portes;</div> -<div class="verse">et le Roi de gloire entrera.</div> -<div class="verse">—Dieu viendra du Midi. Le Saint</div> -<div class="verse">descendra du Mont Pharan.</div> -<div class="verse i7">—Juif</div> -<div class="verse">de la porte Capne, viens</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1210</small></span>nous vendre tes morceaux de verre.</div> -<div class="verse">—Qu'on les corche vifs avec</div> -<div class="verse">des tessons de pots!</div> -<div class="verse i5">—O dieux, dieux</div> -<div class="verse">renverss, briss, effacs</div> -<div class="verse">en un jour!</div> -<div class="verse i3">—Soufflez sur le feu!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1215</small></span>Attisez les charbons!</div> -<div class="verse i6">—Va-t'en.</div> -<div class="verse">Je nie.</div> -<div class="verse i2">—Rome n'est que la truie</div> -<div class="verse">qui se vautre.</div> -<div class="verse i4">—Sur ce charnier</div> -<div class="verse">fumant l'Empire pourrira.</div> -<div class="verse">—Debout, les forts, les purs, les bons!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1220</small></span>—Htez le temps! Souvenez-vous!</div> -<div class="verse">—Petit grec, petit grec, je suis</div> -<div class="verse">ton matre.</div> -<div class="verse i2">—O serf, ouvre ton me</div> -<div class="verse">pour voir, et tes poignets sont libres.</div> -<div class="verse">—Les voies de l'immolation</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1225</small></span>sont les plus sres et le sang</div> -<div class="verse">est inpuisable.</div> -<div class="verse i5">—Oh l'horreur,</div> -<div class="verse">l'horreur de l'immortalit!</div> -<div class="verse">—Mangeons les offrandes. Mangeons</div> -<div class="verse">ce raisin sec et ces olives</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1230</small></span>en saumure.</div> -<div class="verse i3">—Un fromage rond,</div> -<div class="verse">un fond d'amphore, des gteaux.</div> -<div class="verse">—Regarde comme la denture</div> -<div class="verse">de l'thiopien reluit!</div> -<div class="verse">—Les sacrifices vous engraissent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1235</small></span>et le vin des libations</div> -<div class="verse">vous fait trbucher.</div> -<div class="verse i5">—Que le vin</div> -<div class="verse">vous sorte des narines!</div> -<div class="verse i7">—Jule,</div> -<div class="verse">castrat de la Grande Desse,</div> -<div class="verse">qu'est-ce que tu fais sur l'estrade?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1240</small></span>N'as-tu pas mme le fouet</div> -<div class="verse">du Galle, garni d'osselets?</div> -<div class="verse">—Il n'est malade que de crainte,</div> -<div class="verse">il n'est ivre que de massique,</div> -<div class="verse">stupfi que par les truffes.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1245</small></span>—Appariteurs, soufflez, soufflez!</div> -<div class="verse">—Attisez les charbons!</div> -<div class="verse i6">—Qui donc</div> -<div class="verse">le premier foulera la braise?</div> -<div class="verse">—Voyez, voyez! Une des vierges</div> -<div class="verse">voile va rejoindre sa mre.</div> -</div> - -<p class="di">Une des cinq vierges voiles se dtache du -groupe et marche lentement vers les colonnes -vivantes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1250</small></span>—Elle veut se perdre.</div> -<div class="verse i5">—pione,</div> -<div class="verse">sois loue devant l'ternel!</div> -<div class="verse">—Mais ils connaissent des formules</div> -<div class="verse">d'incantation qui prservent</div> -<div class="verse">de la douleur.</div> -<div class="verse i4">—Il faut les oindre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1255</small></span>de graisse vile, pour dtruire</div> -<div class="verse">leurs charmes.</div> -<div class="verse i3">—Voici la seconde!</div> -<div class="verse">—Sois loue par le chœur des Anges</div> -<div class="verse"> Flavie!</div> -<div class="verse i3">—Elles taient belles</div> -<div class="verse">comme les yeux sont beaux avant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1260</small></span>de pleurer.</div> -<div class="verse i3">—O dieu Minotaure!</div> -<div class="verse">—L'homme a-t-il plus de larmes ou</div> -<div class="verse">plus de gouttes de sang?</div> -<div class="verse i6">—Amour,</div> -<div class="verse">Amour, sauve-nous!</div> -<div class="verse i5">—Mais c'est toi,</div> -<div class="verse">Sbastien, qui les enchantes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1265</small></span>qui les enivres.</div> -<div class="verse i4">—Et tu seras</div> -<div class="verse">sculpt dans le basalte noir,</div> -<div class="verse"> Archer, comme Antinos</div> -<div class="verse">l'Inconsolable.</div> -<div class="verse i4">—Il est trs beau.</div> -<div class="verse">Regardez-le! Regardez-le!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1270</small></span>—Et la troisime se dtache</div> -<div class="verse">et suit les autres.</div> -<div class="verse i5">—Sois loue</div> -<div class="verse">par les Trnes et les Ardeurs,</div> -<div class="verse">Junie!</div> -<div class="verse i2">—L'toile des Gmeaux</div> -<div class="verse">culmine, frres.</div> -<div class="verse i5">—Honnie soit</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1275</small></span>la chienne et toute sa porte!</div> -<div class="verse">—Que ta langue ne se dtache</div> -<div class="verse">plus de ton palais ulcr!</div> -<div class="verse">—Non, vous n'allez pas prvaloir!</div> -<div class="verse">—Jetez-les dehors! Jetez-les</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1280</small></span>dehors! Ils puent.</div> -<div class="verse i4">—Nous forcerons</div> -<div class="verse">vos portes avec la cogne.</div> -<div class="verse">—Aux tourments! La braise est point.</div> -<div class="verse">—Appariteurs, appariteurs,</div> -<div class="verse">tout est donc prt.</div> -<div class="verse i4">—Et nous dirons:</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1285</small></span>Jamais assez! Jamais assez!</div> -<div class="verse">—La douleur est inpuisable.</div> -<div class="verse">—Le son du Verbe fut sem</div> -<div class="verse">dans la fertilit du meurtre.</div> -<div class="verse">—Violences sur violences!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1290</small></span>—Jamais assez! Jamais assez!</div> -<div class="verse">—Qui donc le premier foulera</div> -<div class="verse">la braise vive?</div> -</div> - -<p class="di">Ici, comme Sbastien est debout, prs du -feu bas, il s'offre.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Moi, le premier.</div> -</div> - -<p class="di">La multitude ondoie. Les archers entourent -leur chef aim.</p> - -<div class="p">LES HRAUTS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Silence.</div> -<div class="verse i3">—Silence.</div> -<div class="verse i6">—Silence.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1295</small></span>Le juge parle.</div> -</div> - -<p class="di">Jule Andronique, secou par les assesseurs, -fait des gestes vains. Les attestations des -Asiatiques dominent la rumeur confuse.</p> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Saisissez l'Archer! O sont-ils</div> -<div class="verse">les sorciers qui…</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Non! On ne peut pas!</div> -<div class="verse i5">—Qu'on l'empche</div> -<div class="verse">qu'on l'empche!</div> -<div class="verse i3">—Il est libre encore.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1300</small></span>On ne l'a pas jug. Personne</div> -<div class="verse">encore ne peut le soumettre</div> -<div class="verse">aux tourments; car il est un Chef,</div> -<div class="verse">il est le Chef de la cohorte</div> -<div class="verse">d'Emse, il est l'ami d'Auguste.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1305</small></span>—Il faut qu'avant on le dnonce</div> -<div class="verse"> l'Empereur.</div> -<div class="verse i4">—Il faut qu'il soit</div> -<div class="verse">jug par Csar.</div> -<div class="verse i5">—Et il faut</div> -<div class="verse">qu'il soit dpouill des insignes.</div> -<div class="verse">—Qu'on l'empche de se livrer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1310</small></span> son dlire.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Archers d'Emse, archers d'Emse,</div> -<div class="verse">je le ferai.</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Entendez le son de sa voix.</div> -<div class="verse">On en tremble. Tout cœur tressaille.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1315</small></span>—Il est sacr par la Manie.</div> -<div class="verse">—Il est hors de lui-mme. Il porte</div> -<div class="verse">un malfice.</div> -<div class="verse i4">—Il est la proie</div> -<div class="verse">d'un rve sauvage.</div> -<div class="verse i5">—O Chef, Chef,</div> -<div class="verse">rentre en toi-mme!</div> -<div class="verse i5">—Voyez-le.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1320</small></span>Comment pourrait-il se souiller</div> -<div class="verse">de ce mfait, tant si beau?</div> -<div class="verse">—Tu ne peux pas!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes,</div> -<div class="verse">je le ferai.</div> -</div> - -<p class="di">Ici un jeune homme la voix harmonieuse -lui adresse la suprme dprcation.</p> - -<div class="p">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1325</small></span>Tant que tu portes ton poing</div> -<div class="verse">l'arc d'Emse garni d'ivoire</div> -<div class="verse">et d'or, grand, doubl, deux cornes,</div> -<div class="verse">pur comme la lune nouvelle</div> -<div class="verse">et criard comme l'hirondelle,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1330</small></span>( Sbastien intrpide,</div> -<div class="verse">Chef la belle chevelure,</div> -<div class="verse">coute-moi) tant que tu portes</div> -<div class="verse">suspendu comme la cithare</div> -<div class="verse">par la bande pourpre, plus haut</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1335</small></span>que l'paule gauche, le long</div> -<div class="verse">carquois oblique dix-huit dards,</div> -<div class="verse">recouvert de peau de panthre,</div> -<div class="verse">( Sbastien intrpide,</div> -<div class="verse">Chef la belle chevelure,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1340</small></span>coute-moi) tant que tu portes</div> -<div class="verse">dans le carquois dix-huit dards</div> -<div class="verse">neuf et neuf vies d'hommes certaines</div> -<div class="verse">de ta certitude, seigneur,</div> -<div class="verse">tu ne peux pas.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1345</small></span>O Sana, voici mon arc.</div> -<div class="verse">Je le serre dans cette main</div> -<div class="verse">que perce un invisible clou.</div> -<div class="verse">Il est doubl. Mais le tendon</div> -<div class="verse">de bte, qui s'ajuste au ft</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1350</small></span>et qui s'y colle de faon</div> -<div class="verse"> ne faire qu'un avec lui,</div> -<div class="verse">n'est pas insparable comme</div> -<div class="verse">ce filet de sang qui s'y fige,</div> -<div class="verse">tu vois, de l'une l'autre coche</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1355</small></span>sans se noircir.</div> -</div> - -<div class="p">L'ARCHER AUX YEUX VAIRONS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous demanderons aux devins</div> -<div class="verse">et aux mages ce qu'un tel signe</div> -<div class="verse">montre, seigneur.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je le sais. Or, toi, considre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1360</small></span>la figure de l'arc, archer,</div> -<div class="verse">puisque tu es marqu par Dieu</div> -<div class="verse">qui t'a fait les deux yeux divers,</div> -<div class="verse">l'un bleu, l'autre noir, comme jour</div> -<div class="verse">et nuit. Tu clos un peu le noir</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1365</small></span>quand tu vises le but, afin</div> -<div class="verse">que ton regard soit tout pareil</div> -<div class="verse"> l'air que traverse le trait.</div> -<div class="verse">Je t'ai vu. Regarde. Cet arc</div> -<div class="verse">figure la Trinit sainte.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1370</small></span>Le ft est le Pre, la corde</div> -<div class="verse">est l'Esprit, la flche empenne</div> -<div class="verse">est le Fils qui donna son sang.</div> -<div class="verse">Et il n'y aura plus de taches,</div> -<div class="verse">sauf la tache du sang tomb</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1375</small></span>des mains et des pieds du Seigneur.</div> -<div class="verse">Or, cet arc, je te le commets,</div> -<div class="verse">et le tmoignage vermeil</div> -<div class="verse">qui rabaisse l'ivoire et l'or.</div> -<div class="verse">Mais je veux lancer ma dernire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1380</small></span>flche, lus de la cohorte</div> -<div class="verse">d'Emse. A qui?</div> -</div> - -<p class="di">Il prend le dard du carquois, par dessus son -paule. Un profond frmissement se propage -dans la multitude entasse. On s'carte, on -recule.</p> - -<div class="p">DES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—A qui?</div> -<div class="verse i2">—A qui!</div> -</div> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Appariteurs!</div> -</div> - -<div class="p">LES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Il a souri.</div> -<div class="verse i4">—cartez-vous!</div> -<div class="verse">—Qui va-t-il viser?</div> -<div class="verse i5">—Andronique,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1385</small></span>Andronique, prends garde toi!</div> -</div> - -<p class="di">Le goutteux souffle et renifle, dans l'effarement.</p> - -<div class="p">LE PREFET.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Appariteurs, dsarmez-le,</div> -<div class="verse">dsarmez-le!</div> -</div> - -<div class="p">VITAL.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Sbastien,</div> -<div class="verse">que veux-tu faire?</div> -</div> - -<p class="di">Les Asiatiques protgent leur chef contre -toute atteinte.</p> - -<div class="p">LES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">—Il a souri!</div> -<div class="verse">—Car il est infaillible.</div> -<div class="verse i6">—Archer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1390</small></span>vairon, te-lui l'arc!</div> -<div class="verse i6">—Ils ont</div> -<div class="verse">peur, ils ont peur.</div> -<div class="verse i4">—Or qui va-t-il</div> -<div class="verse">tuer?</div> -<div class="verse i2">—Non! Tu ne tueras point.</div> -<div class="verse">Il a dit: Tu ne tueras point.</div> -</div> - -<p class="di">La quatrime des cinq vierges se dtache -de Thodote, auquel n'en reste plus qu'une -seule.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Sois loue par tous les Archanges,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1395</small></span> Tlsille!</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien, ayant band l'arc et encoch -la flche, se place entre les deux colonnes que -charge la passion des deux frres. Il plie un -genou terre, la face vers le ciel.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Si je suis digne de servir</div> -<div class="verse">Ton Fils, le Martyr des martyrs;</div> -<div class="verse">si j'ai par ma flamme exalt</div> -<div class="verse">sur le feu bas Ta vrit;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1400</small></span>si j'ai reu du Christ Seigneur</div> -<div class="verse">ce stigmate de Sa douleur</div> -<div class="verse">dans ma main qui en est plus forte,</div> -<div class="verse">Adona, Dieu des cohortes</div> -<div class="verse">invincibles, Dieu des combats</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1405</small></span>sans merci, Toi qui abats</div> -<div class="verse">le cheval et le cavalier</div> -<div class="verse">dans la mer, Toi qui sans blier</div> -<div class="verse">brises les murs des villes fausses,</div> -<div class="verse">Dieu de la foudre, exauce, exauce</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1410</small></span>cette prire qui s'aiguise</div> -<div class="verse">au fer du dernier trait!</div> -</div> - -<p class="di">Ici il ajuste le trait; puis, renversant le -corps en arrire et soulevant tout le bras gauche, -il tire de toute sa force la corde jusqu' la -grande veine du cou.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Je vise.</div> -</div> - -<p class="di">Il vise, les empennes contre l'œil.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mon Dieu, je te demande un signe,</div> -<div class="verse">si je suis digne.</div> -</div> - -<p class="di">Il dcoche le trait vers le ciel ple, entre -les deux colonnes vivantes, au-dessus des -lys splendides. Et il regarde, encore genoux.</p> - -<p class="di">Des hommes, des femmes accourent, se -pressent, se tendent dans les entre-colonnements, -en grande anxit. Et tous ils regardent -si la flche ne retombe pas.</p> - -<div class="p">DES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—On ne voit plus la flche!</div> -<div class="verse i7">—Oui,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1415</small></span>je la vois, je la vois.</div> -<div class="verse i6">—Non. Elle</div> -<div class="verse">va trs haut, trs haut, disparat.</div> -<div class="verse">—On ne la voit plus.</div> -<div class="verse i5">—Attendez!</div> -<div class="verse">—Silence!</div> -</div> - -<p class="di">Ils retiennent leur souffle.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">—Elle va retomber!</div> -<div class="verse">—Attendez!</div> -<div class="verse i3">—Silence! Silence!</div> -</div> - -<p class="di">Ils retiennent leur souffle.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1420</small></span>—Non, elle ne retombe pas!</div> -<div class="verse">—La flche ne retombe pas!</div> -<div class="verse">—Rien ne retombe!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div> -</div> - -<p class="di">Ici il se lve et se retourne.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et maintenant je me dsarme!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1425</small></span>Je suis l'Archer certain du but.</div> -<div class="verse">Sana, Sana, voici</div> -<div class="verse">l'arc double, le carquois fourni</div> -<div class="verse">de dix-sept sagettes ailes</div> -<div class="verse">et le brassard o est grave</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1430</small></span>la figure zodiacale</div> -<div class="verse">du Sagittaire cribl d'astres.</div> -<div class="verse">Je te les commets. Je les offre</div> -<div class="verse"> mes lus de la cohorte</div> -<div class="verse">d'Emse. Voici.</div> -</div> - -<p class="di">Il donne Sana l'arc, le carquois, le brassard. -Une claire allgresse l'illumine. Tous -les regards dans l'blouissement sont fixs -sur sa face. Il ne sent que l'brit de l'lection -certaine.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Je suis libre!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1435</small></span>Souvenez-vous. Je suis la Cible!</div> -<div class="verse">Souvenez-vous de ce terrible</div> -<div class="verse">espoir, et que je serai digne</div> -<div class="verse">de demander Dieu des signes</div> -<div class="verse">plus clatants.</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1440</small></span>Sbastien! Sbastien!</div> -<div class="verse">Sbastien!</div> -</div> - -<p class="di">Derrire les appels des hommes on croit -entendre d'autres voix, des voix chantantes, -de divins chos pars dans l'espace lointain, -diffus dans l'immensit du miracle cleste. -Tout ici, l'effluve des lys, la fume de -l'oliban, la chaleur de la braise, l'anxit -des mes, le silence de Vesper, tout devient -mlodie mystrieuse.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mes frres, mes frres, j'entends</div> -<div class="verse">le bruit des chanes qui se brisent,</div> -<div class="verse">le choc de la hache, l'clat</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1445</small></span>de la foudre, les quatre vents</div> -<div class="verse">pleins de semences et de cris,</div> -<div class="verse">le levain de l'espoir terrible!</div> -<div class="verse">Mes frres, mes frres, j'entends</div> -<div class="verse">la mlodie du saint combat,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1450</small></span>le chœur divin des sept flaux,</div> -<div class="verse">l'annonciation des astres,</div> -<div class="verse">et la marche du nouveau dieu</div> -<div class="verse"> ct de l'homme nouveau,</div> -<div class="verse">et les lisires de la terre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1455</small></span>frmissantes comme les bords</div> -<div class="verse">d'une bannire qu'on dplie,</div> -<div class="verse">et le tonnerre qui relie</div> -<div class="verse">dans les tombes, l'me des morts</div> -<div class="verse">aux os des morts!</div> -</div> - -<div class="p">DES VOIX PARTOUT EPARSES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1460</small></span>Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">tu es tmoin!</div> -</div> - -<p class="di">Il semble que l'invocation du nom admirable -soit porte par un chœur anglique, prs et -loin. Soutenu par ses esclaves, accompagn -de la dernire de ses filles, Thodote va -rejoindre le groupe dvou, entre les colonnes -saintes.</p> - -<div class="p">UNE VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sois loue par les Chrubins,</div> -<div class="verse"> toi, la plus jeune, Chrysille!</div> -<div class="verse">Toi, par les Dominations,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1465</small></span> Thodote, sois lou</div> -<div class="verse">dans le haut ciel!</div> -</div> - -<p class="di">Maintenant la mre douloureuse, le vieillard -infirme et les cinq vierges occupent l'entre-colonnement -et relient par la chane de leurs -corps les deux mes patientes. La force mme -du feu possde sauvagement l'Archer dsarm.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Soufflez de prs, soufflez de prs,</div> -<div class="verse">vite, avec des soufflets de forge!</div> -<div class="verse">Agenouillez-vous; et poussez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1470</small></span>vos haleines. Agenouillez-</div> -<div class="verse">vous; appuyez-vous sur vos coudes,</div> -<div class="verse">enflez vos joues, tendez vos lvres,</div> -<div class="verse">poussez tout le vent de vos mes</div> -<div class="verse">sur les tisons noirs. Que la flamme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1475</small></span>jaillisse, que les tincelles</div> -<div class="verse">s'envolent comme des abeilles</div> -<div class="verse">ivres, que l'ardeur en devienne</div> -<div class="verse">sept fois plus ardente, Archers,</div> -<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1480</small></span>Que votre amour je le connaisse</div> -<div class="verse">enfin, mesure de feu!</div> -<div class="verse">Otez-moi grves et cuissards,</div> -<div class="verse">genouillres et solerets.</div> -<div class="verse">Que je sois nu-pieds et nu-jambes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1485</small></span>comme le vendangeur agile</div> -<div class="verse">qui s'apprte fouler les grappes</div> -<div class="verse">rouges dans la cuve fumante!</div> -<div class="verse">Apportez les sarments, les ceps,</div> -<div class="verse">les branches, les racines mortes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1490</small></span>les cailles des pins et tous</div> -<div class="verse">les roseaux de tout le midi</div> -<div class="verse">poudreux de soleil, pour la flamme</div> -<div class="verse">soudaine, frres; et couvrez</div> -<div class="verse">d'un grand bcher les noirs tisons.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1495</small></span>Je danserai plus haut, plus haut</div> -<div class="verse">que la flamme, sept fois plus haut.</div> -<div class="verse">Je vous le dis.</div> -</div> - -<p class="di">On lui te les solerets, les genouillres, les -grves, les cuissards. Il reste avec les pices -du tronc et des bras sur la nudit de ses -longues jambes sveltes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tueurs, voici, je me dsarme.</div> -<div class="verse">J'ai renonc mon arc, lanc</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1500</small></span>ma flche dernire, quitt</div> -<div class="verse">mon bon harnois. Et cependant,</div> -<div class="verse">voyez, je brle d'allgresse</div> -<div class="verse">comme au dbut de la bataille</div> -<div class="verse">quand les esprits dans le cœur tintent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1505</small></span>comme les dards dans le carquois</div> -<div class="verse">et que le nerf tendu de toute</div> -<div class="verse">force jusqu'au coin blanc de l'œil,</div> -<div class="verse">jusqu' la veine de la tempe</div> -<div class="verse">chaude, crie comme l'hirondelle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1510</small></span>qui se souvient du sang de Thrace,</div> -<div class="verse"> meurtriers.</div> -</div> - -<p class="di">Ici il s'avance vers les charbons embrass. -A chaque angle du paralllogramme, une -couple d'esclaves thiopiens se tient accroupie -pour soutenir sur la voussure du double dos -noir et huileux le grand soufflet de forge -bec de griffon. La rougeur de la braise empourpre -tout le portique; mais dj le soir -tombe sur les jardins, qui en deviennent plus -bleus. Les arcades se remplissent d'azur. -Dans le sombre azur, les hautes gerbes des lys -commencent resplendir d'une candeur surnaturelle, -comme si leurs faisceaux taient -serrs autour d'un esprit cleste.</p> - -<p class="di">Tout coup des cris clatent, la multitude -ondoie et gronde.</p> - -<div class="p">DES VOIX JUBILANTES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Miracle!</div> -<div class="verse i3">—Miracle!</div> -<div class="verse i6">—L'aveugle,</div> -<div class="verse">l'aveugle, la femme d'Attale!</div> -<div class="verse">—Miracle!</div> -<div class="verse i3">—Miracle!</div> -<div class="verse i6">—La femme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1515</small></span>de Venuste, Alc la muette!</div> -<div class="verse">—cartez-vous!</div> -</div> - -<div class="p">LA FEMME MUETTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es saint! Tu es saint! Je parle.</div> -<div class="verse">Je te rends grce.</div> -</div> - -<div class="p">LA FEMME AVEUGLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es saint! Tu es saint! Je vois.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1520</small></span>Je te rends grce.</div> -</div> - -<div class="p">LES VOIX JUBILANTES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Miracle!</div> -<div class="verse i3">—Miracle!</div> -<div class="verse i6">—Miracle!</div> -<div class="verse">—O gurisseur!</div> -<div class="verse i4">—Librateur!</div> -<div class="verse">—Tu prvaudras.</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien ne tourne pas la tte, ne semble -pas entendre. Il est au bord de la braise comme - la lisire d'une prairie.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Me voici prt, me voici prt!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1525</small></span>Mes pieds sont nus pour la rose</div> -<div class="verse">du Seigneur, et nus mes genoux</div> -<div class="verse">pour l'alternance merveilleuse.</div> -<div class="verse">O gmeaux, accord de la double</div> -<div class="verse">flte, bras de la grande lyre,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1530</small></span>chantez la gloire du Christ roi,</div> -<div class="verse">et notre amour! Chantez une hymne</div> -<div class="verse">qui arde jusqu' leurs oreilles</div> -<div class="verse">scelles, jusqu' leurs cœurs inertes!</div> -<div class="verse">Frres, que serait-il le monde</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1535</small></span>allg de tout notre amour?</div> -</div> - -<p class="di">Il entre dans le paralllogramme de feu. -Et les premiers mouvements de la danse -extatique allgent ses pieds comme si les -Anges avaient nou ses chevilles des talonnires -invisibles.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O doux miracle, doux miracle!</div> -<div class="verse">Les lys! Les lys!</div> -</div> - -<p class="di">Les engins de bois, de cuir, de fer et de vent -accompagnent la danse avec une sorte de -respiration titanique. Les jumeaux entonnent -leur hymne. Les femmes et les esclaves sont -entrans dans le vertige de la douleur et de -l'allgresse. On entend toujours le nom -admirable, invoqu par des voix humaines -et surhumaines.</p> - -<div class="p">LES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sbastien, Sbastien,</div> -<div class="verse">tu es tmoin!</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CANTICVM GEMINORVM.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1540</small></span>Hymnes, toute l'ombre s'efface.</div> -<div class="verse">Dieu est et toujours sera Dieu.</div> -<div class="verse">Clbrez Son Nom par le feu.</div> -<div class="verse">Le soleil terrible est Sa face.</div> - -<div class="verse stanza">Il vient. Il schera Sa race</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1545</small></span>vile, comme un marais boueux.</div> -<div class="verse">Hymnes, toute l'ombre s'efface.</div> -<div class="verse">Dieu est et toujours sera Dieu.</div> - -<div class="verse stanza">Chantez les œuvres de Sa grce,</div> -<div class="verse">louez Ses œuvres, en tous lieux.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1550</small></span>Semez Son Nom mystrieux</div> -<div class="verse">dans les poussires de l'Espace.</div> -<div class="verse">Hymnes, toute l'ombre s'efface!</div> -</div> - -<p class="di">Ici la mre se dcouvre, le vieillard se -dcouvre; et ils regardent, ravis. Les cinq -vierges apparaissent hors des voiles, avec -des visages illumins. Elles haussent la gorge -comme des colombes, pour chanter le chant -de leurs frres.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je danse sur l'ardeur des lys.</div> -<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1555</small></span>Je foule la blancheur des lys.</div> -<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div> -<div class="verse">Je presse la douceur des lys.</div> -<div class="verse">Gloire, Christ roi!</div> -</div> - -<p class="di">Ce que son me cre, ses pieds l'effleurent. -Il semble s'alanguir comme dans la danse -ionienne, et tout coup il se renverse et se -retourne comme le guerrier qui dans la pyrrhique -frappe du javelot le bouclier.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">J'ai les pieds nus dans la rose!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1560</small></span>J'ai les pieds sur le bl qui pousse!</div> -<div class="verse">Je bondis comme l'eau des sources!</div> -<div class="verse">Je t'aime, Roi.</div> -</div> - -<p class="di">Dans une ineffable ambigut, le dlire -alterne avec l'extase, l'ardeur avec la liesse, -la saltation guerrire avec la jubilation nuptiale. -Toutes les fracheurs qu'engendre le -printemps de son me, il les prouve avec sa -chair empourpre par le reflet de la braise. -Mais, dans les entre-colonnements, les sept gerbes -de lys ont l'aveuglant clat des lumires -sraphiques. Une mlodie indistincte semble -surgir derrire l'hymne des sept enfants vous.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est comme si j'avais une me</div> -<div class="verse">faite avec des feuilles de saule,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1565</small></span>comme si mes veines taient</div> -<div class="verse">faites de musique et d'aurore!</div> -<div class="verse">C'est comme si je secouais</div> -<div class="verse">un givre d'toiles sonore!</div> -<div class="verse">Je t'aime, Roi.</div> -</div> - -<p class="di">Il n'y a plus que le dlire et l'extase, -n'y a plus que la rougeur des feux bas et la -candeur des hauts lys. Maintenant la salutation -sraphique surmonte l'hymne terrestre.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SERAPHICVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1570</small></span>Salut, Lumire,</div> -<div class="verse">Lumire du Monde,</div> -<div class="verse">Croix large et profonde,</div> -<div class="verse">Trs-haute Bannire,</div> -<div class="verse">Hampe tutlaire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1575</small></span>et Verge fleurie,</div> -<div class="verse">Signe de victoire</div> -<div class="verse">et Palme de gloire</div> -<div class="verse">et Arbre de vie!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">J'entends venir un autre chant.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1580</small></span>J'entends les sept luths ternels.</div> -<div class="verse">Les lys font toute la lumire.</div> -<div class="verse">Ils font toute la mlodie.</div> -<div class="verse">Vous les fauchez, et ils renaissent.</div> -<div class="verse">Vous les brisez, ils sont debout.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1585</small></span>Ils ont la tige imprissable.</div> -<div class="verse">Voyez, voyez! Ils me regardent</div> -<div class="verse">comme des Anges couverts d'yeux</div> -<div class="verse">pour l'pouvante.</div> -</div> - -<p class="di">Le rayonnement des grandes gerbes paradisiaques -a vaincu la force des feux bas. Tous -ceux qui voient, tous ceux qui entendent sont -frapps de stupeur et de terreur. Et la transfiguration -s'accomplit. Sept Sraphins, sept -Lumires de la hirarchie lumineuse, surgissent -des gerbes et s'avancent dans les entre-colonnements. -Ils chantent: l'immensit de -leurs voix semble la porte ouverte du Ciel.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voici les sept Tmoins de Dieu,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1590</small></span>les Chefs de la Milice ardente.</div> -</div> - -<p class="di">Les femmes, les esclaves, les magistrats, -les soldats, les bourreaux, tous ceux qui voient, -tous ceux qui entendent, sont tombs, la face -contre les dalles. Mais les jumeaux semblent -faire un seul corps et une seule clart avec les -colonnes unanimes qui soutiennent le portique -du Nouveau Jour.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tout le ciel chante!</div> -</div> - -<p class="c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br /> -<span class="small">PRIMVM SANCTI SEBASTIANI SVPPLICIVM -INCRVENTVM</span></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch2"><i class="small">LA SECONDE MANSION</i><br /> -LA CHAMBRE MAGIQUE</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p> - - -<p class="small ugap">LE SAINT.</p> - - -<p class="small drap ugap">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</p> - - -<p class="small drap ugap">LES SEPT MAGICIENNES:</p> - -<p class="small">PHOENISSE.</p> - -<p class="small">ILAH.</p> - -<p class="small">HASSUB.</p> - -<p class="small">JARDANE.</p> - -<p class="small">ATRENESTE.</p> - -<p class="small">PHERORAS.</p> - -<p class="small">HYALE.</p> - - -<p class="small drap ugap">L'AFFRANCHI GUDDENE.</p> - -<p class="small drap">L'ACOLYTE PHLEGON.</p> - -<p class="small drap">LE LECTEUR EUTROPE.</p> - - -<p class="small drap ugap">LES CATECHUMENES ADOLESCENTS:</p> - -<p class="small">HERMYLE.</p> - -<p class="small">GORGONE.</p> - -<p class="small">ATHANASE.</p> - - -<p class="small ugap">LES ZELATEURS:</p> - -<p class="small">THEODULE.</p> - -<p class="small">CYRIAQUE.</p> - -<p class="small">NARCISSE.</p> - -<p class="small">BASILE.</p> - - -<p class="small drap ugap">L'EUNUQUE ZACHLAS.</p> - -<p class="small drap">L'INTENDANT HELCITE.</p> - - -<p class="small ugap">LES ESCLAVES:</p> - -<p class="small">DEBIR.</p> - -<p class="small">MENES.</p> - -<p class="small">PANTENE.</p> - -<p class="small">LUCIPOR.</p> - -<p class="small">CORDULE.</p> - -<p class="small">ALCE.</p> - -<p class="small">NADAB.</p> - -<p class="small">LE DECAN.</p> - - -<p class="small drap ugap">LE COCHER DU CIRQUE.</p> - - -<p class="small drap ugap">LA TOURBE DES ESCLAVES, DES -AFFRANCHIS, DES NEOPHYTES, DES -ZELATEURS.</p> - - -<p class="small drap ugap">LA VOIX DE LA VIERGE ERIGONE.</p> - - -<p class="small drap ugap">LA VOIX DE LA VIERGE MARIE.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="di top4em">On aperoit une vote en -ellipse, d'une matire -si polie qu'elle renvoie -toutes les images, la -faon d'un miroir concave. -Une porte rectangulaire - deux vantaux, -vaste comme le portail -d'un temple, est ferme -dans la paroi du fond. On y monte par -sept degrs peints des couleurs plantaires, -comme les sept tages de Ninive, les sept -enceintes d'Ecbatane. Deux idoles solaires, -deux colosses entirement vtus de spires serpentines -jusqu'aux pieds ongls et ails, -tenant dans les deux mains deux clefs symtriques, -supportent le linteau monolithe o -est grave une inscription chaldenne. La face -du Soleil et la face de la Lune brillent sur les -vantaux de bronze aux gonds normes.</p> - -<p class="di">A droite et gauche, perces dans la courbe -extrme de la vote qui retombe et s'appuie -sur les dalles, deux issues basses, noires -d'ombre, semblent les bouches de deux longs -couloirs ddalens.</p> - -<p class="di">Des chanes d'or enchanent sept cippes -triangulaires sept femmes coiffes de mitres -et habilles de robes tranantes. Chacune, -dans la cavit de chaque cippe, entretient le -feu color de chaque plante. Et, comme elles -se penchent sur les creusets occultes, leurs -visages se colorent diversement entre leurs -tresses tordues en cornes de blier. La magicienne -de Saturne a le visage livide, presque -noir; la magicienne de Jupiter l'a rouge clair; -la magicienne de Mars, rouge sombre; la -magicienne de Mercure, bleu; la magicienne -de Vnus, changeant; la magicienne de la -Lune, argent; la magicienne du Soleil, tout -or. A leurs pieds gisent des coffrets, des corbeilles, -des urnes, des fioles, des coupes, des -tablettes. Et, penches, elles pient les fusions -sublimes, travers leurs masques plantaires -qui tour tour s'avivent et plissent en dgradant -par d'indicibles nuances.</p> - -<p class="di">Comme la sirne qui souffle dans la nacre -de la conque tordue, chacune chante profondment -dans le charme de la pierre creuse.</p> - -<div class="p">PHOENISSE.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div> -<div class="verse">Un royaume trouve son roi.</div> -<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div> -</div> - -<div class="p">ILAH.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1595</small></span>O Temps, Temps, sable fugace</div> -<div class="verse">et goutte d'eau ple qui choit!</div> -<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div> -</div> - -<div class="p">HASSUB.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Rve, entre la vie qui passe</div> -<div class="verse">et la mort qui dure, isthme troit!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1600</small></span>Le jour tremble. La nuit s'efface.</div> -</div> - -<div class="p">JARDANE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ame frle dans la chair lasse,</div> -<div class="verse">ivre d'espoir, folle d'effroi!</div> -<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div> -</div> - -<div class="p">ATRENESTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il parat. Qui est-ce qui lace</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1605</small></span>la sandale de son pied droit?</div> -<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div> -</div> - -<div class="p">PHERORAS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il monte. Son front est la place</div> -<div class="verse">de la lumire, qu'Il accrot.</div> -<div class="verse">Un nouveau Signe est dans l'espace.</div> -</div> - -<div class="p">HYALE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1610</small></span>Les mers sont les bords de sa tasse,</div> -<div class="verse">l'aube est une perle son doigt.</div> -<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div> -</div> - -<div class="p">PHOENISSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dans l'amour est toute la grce.</div> -<div class="verse">Le sourire est la seule loi.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1615</small></span>Un nouveau Signe est dans l'espace.</div> -<div class="verse">Le jour tremble. La nuit s'efface.</div> -</div> - -<p class="di">L'ombre qui tombe de la vote est claire -par les sept figures immobiles des Voyantes, -comme par sept lampes magiques. Ici, soudain, -clate l'appel de Sbastien dans l'obscurit -du ddale.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">A moi, Guddne! A moi, Phlgon!</div> -<div class="verse">J'ai trouv l'issue. Entends-tu</div> -<div class="verse">ma voix, Guddne? Les dtours</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1620</small></span>sont douteux. Ne t'gare pas!</div> -</div> - -<p class="di">Il s'lance. Il a l'aspect farouche du destructeur. -Un marteau pesant est son poing, le -marteau du tailleur de pierre, deux ttes -dont l'une arme de pointes pour entamer -le bloc. Comme il dcouvre la grande porte, -il monte imptueusement les marches de -l'escalier.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La porte! La porte! Je vais</div> -<div class="verse">t'arracher de tes gonds scells.</div> -</div> - -<p class="di">Il frappe avec son marteau le vantail -retentissant. Les femmes aux chanes, sans -dtourner du cippe leur visage illumin, jettent -un cri d'effroi.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qui tes-vous?</div> -</div> - -<p class="di">Il est debout sur le septime degr, s'adossant -au vantail du Soleil, qui semble porter -dans son disque la tte juvnile pareille au -chef du Baptiste dans le plat d'or suspendu.</p> - -<div class="p">LES MAGICIENNES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qui es-tu? Qui es-tu?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Vous tes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1625</small></span>enchanes l'œuvre des charmes,</div> -<div class="verse">magiciennes.</div> -</div> - -<p class="di">Elles sont toutes frmissantes dans la -fixit de leur vision, comme des arbustes -feuillus qu'un vent bas agiterait sans mouvoir -la fleur de la cime.</p> - -<div class="p">LES MAGICIENNES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous avons vu, nous avons vu</div> -<div class="verse">la grande image.</div> -</div> - -<div class="p">PHERORAS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mais nous ne pouvons pas encore</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1630</small></span>nous dtourner, seigneur, si mme</div> -<div class="verse">tu es un dieu.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qui tes-vous?</div> -</div> - -<div class="p">HASSUB.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Observe nos faces penches.</div> -<div class="verse">Nous gardons les feux des plantes.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1635</small></span>Vois-tu les aspects des mtaux</div> -<div class="verse">qu'elles engendrent, aux couleurs</div> -<div class="verse">de nos faces?</div> -</div> - -<p class="di">La rverbration du feu secret dans la -cavit du cippe devient de plus en plus forte, -suivant le rythme incantatoire. Une anxit -croissante exalte ou rompt la voix de celle -qui voque les aspects de l'avenir.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Je suis Hassub.</div> -<div class="verse">Je suis gardienne de Nabou,</div> -<div class="verse">que les Latins nomment Mercure.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1640</small></span>Ne suis-je pas bleue comme l'ombre</div> -<div class="verse">de l'me o la pense repose</div> -<div class="verse">pareille un clair voil,</div> -<div class="verse">comme l'ombre o lente mrit,</div> -<div class="verse">pareille au saphir solitaire,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1645</small></span>la parole qui changera</div> -<div class="verse">le monde et vaincra le tombeau?</div> -<div class="verse">Mais d'o viens-tu? Quel dieu, quel matre</div> -<div class="verse">apprit tes lvres si jeunes</div> -<div class="verse">les blasphmes imprissables?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1650</small></span>Qui est contre toi? Tout l'azur</div> -<div class="verse">rayonne. Lumire! Lumire!</div> -<div class="verse">Lumire! Tu te tiens debout,</div> -<div class="verse">cambr comme l'arc de tes lvres</div> -<div class="verse">dans le sourire. Tu parais</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1655</small></span>hriss de rayons. Tu portes</div> -<div class="verse">la couronne d'or et la palme.</div> -<div class="verse">Ah, qui es-tu?</div> -</div> - -<p class="di">Le feu s'teint, la figure s'teint comme les -pierreries de la mitre. Semblable une larve -morne, la femme s'affaisse sur la dalle, contre le -cippe, dans ses propres chanes; et elle y -reste accroupie, silencieuse, prs des coffrets, -des corbeilles, des urnes, des fioles, des coupes, -des tablettes.</p> - -<div class="p">PHOENISSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je suis Phœnisse, la gardienne</div> -<div class="verse">de Dilbat qu'on nomme Vnus</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1660</small></span>la desse mre de Rome,</div> -<div class="verse">la fleur de la vague fleurie,</div> -<div class="verse">volupt d'hommes et de dieux.</div> -<div class="verse">Tu la ddaignes! Ses statues</div> -<div class="verse">s'croulent. Regarde, regarde</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1665</small></span>mon visage changeant! Mon cœur</div> -<div class="verse">malade ondoie dans la mer chaude</div> -<div class="verse">de Phnicie. L'cume est comme</div> -<div class="verse">la bave des pleureuses lasses</div> -<div class="verse">de crier leur dsir. J'entends</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1670</small></span>les lamentations des femmes</div> -<div class="verse">qui dchirent tous les nuages</div> -<div class="verse">du soir et du benjoin. Je vois</div> -<div class="verse">le bel Adolescent couch</div> -<div class="verse">sur le lit d'bne. Une frache</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1675</small></span>blessure est sur sa cuisse blme.</div> -<div class="verse">Les femmes s'acharnent. Des roses</div> -<div class="verse">naissent du sang, des anmones</div> -<div class="verse">naissent des larmes. Il est mort,</div> -<div class="verse">le Bien-aim!</div> -</div> - -<p class="di">Elle renverse la tte en arrire, teinte. Elle -s'croule comme un monceau de cendres. Elle -reste au pied du cippe, avec ses chanes, -comme l'esclave morte de fatigue qui s'abat -au pied de la meule sans quitter la sangle.</p> - -<div class="p">PHERORAS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1680</small></span>De l'or! De l'or! Je vois de l'or</div> -<div class="verse">qui resplendit, de l'or qui tombe,</div> -<div class="verse">de l'or qui couvre et qui touffe;</div> -<div class="verse">des colliers, des anneaux, des torques,</div> -<div class="verse">sans nombre, sans nombre; des choses</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1685</small></span>tincelantes et pesantes</div> -<div class="verse">sans nombre, le poids du trsor,</div> -<div class="verse">le supplice du mtal jaune;</div> -<div class="verse">car je suis Phroras, gardienne</div> -<div class="verse">de Jupiter. Et l'Empereur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1690</small></span>te regarde, vers toi s'incline,</div> -<div class="verse">halette. Tu as dans ton poing</div> -<div class="verse">sa victoire d'or. Mais tu souffres,</div> -<div class="verse">tu souffres. Sur toi le tonnerre</div> -<div class="verse">triomphal des buccins rsonne.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1695</small></span>Tu appelles ton dieu, tu nommes</div> -<div class="verse">un seul dieu devant tous les dieux.</div> -<div class="verse">Des hommes crient au sacrilge.</div> -<div class="verse">Orphe! Orphe!</div> -</div> - -<p class="di">Elle n'a plus de couleur. Toute blme, elle -tend ses bras enchans; puis, elle semble se -casser comme la tige du pavot frapp par la -verge. A terre, elle incline la tte sur ses -genoux soulevs.</p> - -<div class="p">JARDANE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Apollon! Apollon! On coupe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1700</small></span>les cordes la lyre, comme</div> -<div class="verse">une chevelure tendue.</div> -<div class="verse">On la tient par l'une des cornes</div> -<div class="verse">d'ivoire, comme une victime,</div> -<div class="verse">pour la mutiler. On entend</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1705</small></span>des cris. Tu es impie, tu es</div> -<div class="verse">impie. Tu offenses mon dieu.</div> -<div class="verse">Je suis Jardane, la gardienne</div> -<div class="verse">du grand luminaire Samas,</div> -<div class="verse">nomm par les hommes Soleil,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1710</small></span>Paian Lyre-d'or, Arc-d'argent.</div> -<div class="verse">La lyre heptacorde, figure</div> -<div class="verse">des sphres chantantes, est-elle</div> -<div class="verse">un gibet? Pourquoi tends-tu</div> -<div class="verse">les deux bras, joins-tu les deux pieds</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1715</small></span>comme les esclaves en croix?</div> -<div class="verse">Tu pourrais encore tre un dieu,</div> -<div class="verse">avoir ton temple. Pourquoi donc</div> -<div class="verse">veux-tu mourir?</div> -</div> - -<p class="di">Elle s'abandonne sur le cippe teint comme -la pleureuse sur la stle funbre. Elle s'y -accoude; elle appuie son front sans rayons -sur ses poignets croiss.</p> - -<div class="p">ILAH.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu ne meurs pas, tu ne meurs pas</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1720</small></span>de cette mort. Je sais mieux voir.</div> -<div class="verse">Je vois jusqu'au plus obscur coin</div> -<div class="verse">des douze lieux. Je suis Ilah.</div> -<div class="verse">Je forge la lame de plomb.</div> -<div class="verse">Je suis gardienne de Saturne,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1725</small></span>de la plante meurtrire.</div> -<div class="verse">Les crimes rougissent les pieds</div> -<div class="verse">vains du Temps qui foule sans bruit</div> -<div class="verse">de gros caillots rouges et mous</div> -<div class="verse">comme tes anmones. Suis-je</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1730</small></span>livide, du menton au front,</div> -<div class="verse">comme la violette ou comme</div> -<div class="verse">la meurtrissure? Tu me troubles,</div> -<div class="verse">tu me troubles. Les profondeurs</div> -<div class="verse">tressaillent. Des ombres surgissent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1735</small></span>pareilles aux feuillages morts</div> -<div class="verse">d'un arbre noir chasss de tombe</div> -<div class="verse">en tombe par le vent strile.</div> -<div class="verse">Tu es resplendissant de plaies.</div> -<div class="verse">Tu es comme cribl d'toiles.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1740</small></span>Autour de toi des ailes battent.</div> -<div class="verse">Tu as la couronne et la palme.</div> -<div class="verse">Ah, qui es-tu?</div> -</div> - -<p class="di">Obscurcie, elle palpite encore sur la dalle -froide. Puis, elle compose en rond son long -corps souple, comme le lvrier qui s'endort -aprs la chasse.</p> - -<div class="p">ATRENESTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Que de fer! Que de fer! C'est Mars</div> -<div class="verse">qui l'engendre, nomm Nergal</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1745</small></span>outre mer. Je suis Atreneste,</div> -<div class="verse">qui garde l'astre destructeur.</div> -<div class="verse">J'ai dans une gaine une pe</div> -<div class="verse">qui embaume des deux tranchants,</div> -<div class="verse">parce qu'elle a coup les herbes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1750</small></span>dans le jardin de Proserpine.</div> -<div class="verse">Et tout le reste est sang et rouille.</div> -<div class="verse">La nuit tombe. L'arbre est sans fleur.</div> -<div class="verse">Et toute ton me est sur toi</div> -<div class="verse">comme de la pourpre sans plis.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1755</small></span>Pour quel amour, pour quel espoir,</div> -<div class="verse">pour quelle ternit meurs-tu?</div> -<div class="verse">Qui met son souffle entre ton cœur</div> -<div class="verse">et tes lvres? Je vois des fers</div> -<div class="verse">aiguiss, des fers empenns.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1760</small></span>Le premier te frappe au genou,</div> -<div class="verse">se fixe en tremblant dans le nœud</div> -<div class="verse">de l'os; mais le dernier te perce</div> -<div class="verse">d'outre en outre la veine chaude</div> -<div class="verse">o le cou se joint l'paule…</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1765</small></span>Tu souris! Tout le ciel vivant</div> -<div class="verse">est suspendu comme un regard</div> -<div class="verse">entre la larme de Vesper</div> -<div class="verse">et ce sourire.</div> -</div> - -<p class="di">Dcolore comme son charme, elle vacille -et tombe sur ses genoux. Puis elle s'assied -sur ses talons et demeure, les bras allongs -sur ses cuisses, comme inanime, semblable -ces vases funraires dont le couvercle est une -tte divine.</p> - -<div class="p">HYALE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ils dressent, ils dressent le corps</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1770</small></span>vivant sur leur autel de pierre</div> -<div class="verse">comme la statue sur le socle!</div> -<div class="verse">Il n'a plus de sang, il est pur;</div> -<div class="verse">car mme les veines des dieux</div> -<div class="verse">charrient la rougeur du dsir</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1775</small></span>plus sale que l'eau de la mer.</div> -<div class="verse">Il n'a plus de sang, il est pur.</div> -<div class="verse">Il est plus divin que le marbre,</div> -<div class="verse">plus doux que la perle sculpte,</div> -<div class="verse">plus ple que toutes les choses</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1780</small></span>les plus ples. Je suis Hyale,</div> -<div class="verse">la gardienne du luminaire</div> -<div class="verse">exsangue que les mortels nomment</div> -<div class="verse">Lune. Et mes yeux sont connues</div> -<div class="verse">toutes les pleurs de la Terre,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1785</small></span>de la Mer, du Ciel, de l'Hads,</div> -<div class="verse">et des rves,</div> -</div> - -<p class="di">Lentement, lentement, dans le cippe cave, -le mtal lunaire se refroidit, bleuit, faiblit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">de tous les rves</div> -<div class="verse">qui renaissent, de tous les rves</div> -<div class="verse">vanouis…</div> -</div> - -<p class="di">La gardienne de Sin semble s'couler le -long de la pierre comme une nappe d'eau -silencieuse et lisse. Une lueur vague hsite -encore sur sa figure entoure de tresses violettes, -semblable la lueur des mduses -marines. Elle reste ainsi efface dans les plis -de sa robe, les paumes creuses comme celles -o l'on s'abreuve aux bords du Lth.</p> - -<p class="di">La vote s'emplit de nuit souterraine. Le -Jeune Homme, envelopp de songes et de -sorts, est encore debout contre la porte de -bronze. Et, soudain, un chant pur se lve -au del du seuil infranchissable.</p> - -<div class="p">ERIGONEIVM MELOS.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je fauchais l'pi de froment,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1790</small></span>oublieuse de l'asphodle;</div> -<div class="verse">mon me, sous le ciel clment,</div> -<div class="verse">tait la sœur de l'hirondelle;</div> -<div class="verse">mon ombre m'tait presque une aile</div> -<div class="verse">que je tranais dans la moisson.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1795</small></span>Et j'tais la Vierge, fidle</div> -<div class="verse"> mon ombre et ma chanson.</div> -</div> - -<p class="di">C'est le cristal dor d'une voix virginale -qui se courbe sur l'me comme un ciel d'aot. -Anxieux, le Jeune Homme crase sa joue -contre le vantail. Les Voyantes soulvent leur -tte grave de sommeil et l'inclinent vers la -mlodie. Elles murmurent en rve.</p> - -<div class="p">HYALE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle est Erigone, la Vierge.</div> -</div> - -<div class="p">PHOENISSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle est Erigone.</div> -</div> - -<div class="p">ATRENESTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">La Vierge</div> -<div class="verse"> l'pi d'or!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1800</small></span>Gardienne de la porte close,</div> -<div class="verse">crature d'enchantement,</div> -<div class="verse">coute-moi, femme ou dmon,</div> -<div class="verse">coute! Je veux que tu m'ouvres,</div> -<div class="verse">femme ou dmon.</div> -</div> - -<div class="p">ERIGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1805</small></span>Enfant d'un mortel, qui es-tu?</div> -<div class="verse">Je te vois travers l'airain</div> -<div class="verse">sonore. Je te vois. Tu es</div> -<div class="verse">beau dans ta fleur, comme le dieu</div> -<div class="verse">qui m'aima, le dieu bondissant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1810</small></span>porteur de thyrse.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Entends-moi! Je veux que tu m'ouvres,</div> -<div class="verse">femme ou dmon.</div> -</div> - -<div class="p">ERIGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu as les yeux noirs et la longue</div> -<div class="verse">chevelure du dieu cruel</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1815</small></span>qui pressa sur ma nuque rose</div> -<div class="verse">les trois grappes de la douleur,</div> -<div class="verse">l'une aprs l'autre.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Fantme, fantme de charmes,</div> -<div class="verse">je te conjure.</div> -</div> - -<div class="p">ERIGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1820</small></span>L'incantation de Setar</div> -<div class="verse">me force. Je suis prisonnire.</div> -<div class="verse">J'ai vol parmi les toiles</div> -<div class="verse">du Lion, portant mon pi</div> -<div class="verse">d'or et mes larmes.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1825</small></span>Fantme, j'abattrai la porte;</div> -<div class="verse">et le Roi de gloire entrera.</div> -<div class="verse">Au secours, frres!</div> -</div> - -<p class="di">Il descend les degrs et court vers l'issue -noire, en brandissant le marteau.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">A mon aide!</div> -<div class="verse">O tes-vous?</div> -</div> - -<p class="di">Ici les lueurs des flambeaux clairent l'issue. -On entend des pas, des voix. Et l'affranchi -Guddne, l'acolyte Phlgon, le lecteur Eutrope, -les catchumnes adolescents Hermyle, -Gorgone, Athanase, d'autres briseurs d'idoles, -Thodule, Cyriaque, Narcisse, Basile, arms -de marteaux et de massues, font irruption dans -l'ombre que les lueurs troubles agitent. Des -esclaves les suivent, s'arrtent, hsitants; -d'autres surviennent, effrays ou enivrs. On -plante les flambeaux dans les poings de fer -qui font saillie hors de la pierre.</p> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, seigneur, d'autres idoles,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1830</small></span>d'autres idoles, en grand nombre,</div> -<div class="verse">dcouvertes dans la muraille</div> -<div class="verse">double! Nous avons renvers</div> -<div class="verse">les dieux d'airain, bris les dieux</div> -<div class="verse">de marbre, brl ceux de bois,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1835</small></span>arrach les plaques d'ivoire,</div> -<div class="verse">cras les couronnes d'or,</div> -<div class="verse">souill toutes les bandelettes.</div> -<div class="verse">Et il n'y a plus une idole</div> -<div class="verse">chez Jule Andronique. Nous sommes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1840</small></span>las, seigneur. Nous mourons de soif.</div> -<div class="verse">Nous avons tu tant de dieux,</div> -<div class="verse">tant de dmons!</div> -</div> - -<div class="p">HERMYLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Aucuns taient beaux.</div> -</div> - -<div class="p">GORGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Des regards</div> -<div class="verse">sortaient de l'airain et du marbre.</div> -</div> - -<div class="p">ATHANASE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1845</small></span>J'ai vu couler du sang, des larmes.</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'tait le vin, c'tait le miel</div> -<div class="verse">des offrandes.</div> -</div> - -<div class="p">EUTROPE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Il ne faut pas</div> -<div class="verse">les regarder.</div> -</div> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Je dtournais</div> -<div class="verse">les yeux, en assnant les coups.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1850</small></span>Voyez la porte!</div> -</div> - -<div class="p">HERMYLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il y a des femmes couches</div> -<div class="verse">sur les dalles.</div> -</div> - -<div class="p">ATHANASE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Avec des mitres.</div> -</div> - -<div class="p">GORGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elles ne remuent pas.</div> -</div> - -<div class="p">ATHANASE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Sont-elles</div> -<div class="verse">enchanes?</div> -</div> - -<div class="p">HERMYLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Des magiciennes.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1855</small></span>Il faut abattre cette porte.</div> -</div> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle est d'airain.</div> -</div> - -<div class="p">EUTROPE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle est massive.</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle a des gonds inbranlables.</div> -</div> - -<div class="p">BASILE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">On ne distingue pas le joint</div> -<div class="verse">des deux vantaux.</div> -</div> - -<div class="p">NARCISSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Ni la serrure.</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1860</small></span>Qui a la clef?</div> -</div> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">O est la clef?</div> -</div> - -<div class="p">EUTROPE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qu'on appelle Zachlas l'eunuque!</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qu'on appelle Helcite!</div> -</div> - -<div class="p">GORGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Sait-on</div> -<div class="verse">ce qu'elle cache?</div> -</div> - -<div class="p">BASILE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Un labyrinthe.</div> -</div> - -<div class="p">THEODULE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le laraire des dieux honteux.</div> -</div> - -<div class="p">CYRIAQUE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1865</small></span>Un cellier, peut-tre.</div> -</div> - -<div class="p">NARCISSE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Un trsor.</div> -</div> - -<div class="p">GORGONE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un tombeau.</div> -</div> - -<div class="p">ATHANASE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Des monstres.</div> -</div> - -<div class="p">HERMYLE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Un rve.</div> -</div> - -<div class="p">EUTROPE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voil le Syrien!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Helcite!</div> -</div> - -<p class="di">On voit ici l'intendant de Jule Andronique -percer la tourbe des serfs qui, de plus -en plus paisse, encombre les issues. Il est -jaune et onctueux comme la cire, mince et -flexible, avec de beaux yeux de livre agrandis -par le fard et par l'angoisse.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Donne la clef de cette porte.</div> -<div class="verse">Ouvre, toi-mme.</div> -</div> - -<div class="p">HELCITE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1870</small></span>O seigneur, mon matre est mourant.</div> -<div class="verse">Il gmit dans sa couche. Il nomme</div> -<div class="verse">ton nom. Il t'appelle, il t'adjure,</div> -<div class="verse">seigneur. N'avais-tu pas promis</div> -<div class="verse">de le gurir, s'il te laissait</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1875</small></span>briser les images des dieux</div> -<div class="verse">dans ses maisons, dans ses portiques,</div> -<div class="verse">dans ses jardins? Tu es venu</div> -<div class="verse">seul, la tombe de la nuit;</div> -<div class="verse">et, plus tard, d'autres destructeurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1880</small></span>sont venus avec des marteaux</div> -<div class="verse">bien plus lourds. Tu as renvers</div> -<div class="verse">les statues, les autels. Tu as</div> -<div class="verse">charg d'pouvante et de crime</div> -<div class="verse">la nuit. Nous sommes tous tremblants.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1885</small></span>On voit des larves, on entend</div> -<div class="verse">des sanglots. Les esclaves hurlent</div> -<div class="verse">dans l'ergastule, ou se rebellent,</div> -<div class="verse">ou invoquent le changement.</div> -<div class="verse">Nous avons perdu tous nos dieux,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1890</small></span>en vain. Mon matre, dans les nœuds</div> -<div class="verse">de la douleur, t'appelle, toi</div> -<div class="verse">qui as guri l'aveugle, toi</div> -<div class="verse">qui as consol la muette,</div> -<div class="verse">toi qui sur cette chair souffrante</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1895</small></span>as fait pacte de dlivrance</div> -<div class="verse">sans le remplir!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il est dans les nœuds de la fraude.</div> -<div class="verse">Il est tout nou de mensonges.</div> -<div class="verse">La Peur d'un ct de sa couche</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1900</small></span>se tient, et la Ruse de l'autre.</div> -<div class="verse">Tu vois, tu vois. Il me cachait</div> -<div class="verse">les incantations, les charmes,</div> -<div class="verse">les sortilges et les philtres,</div> -<div class="verse">et toutes ses magiciennes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1905</small></span>impures, avec tous ses rites</div> -<div class="verse">impies. Tu vois.</div> -</div> - -<p class="di">Il indique au Syrien les femmes abattues -prs des cippes.</p> - -<div class="p">GUDDENE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous avons trouv dans les niches,</div> -<div class="verse">derrire les statues, des livres</div> -<div class="verse">et des tablettes.</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1910</small></span>Un esclave nous a montr</div> -<div class="verse">tout l'heure, dans une chaise</div> -<div class="verse">du matre, enlevant une planche</div> -<div class="verse">d'ivoire, un amas de rouleaux</div> -<div class="verse">magiques; puis des calcdoines</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1915</small></span>graves d'images et de chiffres;</div> -<div class="verse">et puis des mains d'argent, des ttes</div> -<div class="verse">d'argile crue…</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et ces sept femmes enchanes?</div> -<div class="verse">Rponds, Helcite.</div> -</div> - -<div class="p">HELCITE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1920</small></span>Seigneur, elles sont des captives</div> -<div class="verse">de Sidon qui seules possdent</div> -<div class="verse">le secret des teintes en pourpre,</div> -<div class="verse">rserves jadis aux grands prtres</div> -<div class="verse">et aux voiles du Temple. Il faut</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1925</small></span>qu'on les enchane.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Homme, tu mens. Or, si ton matre</div> -<div class="verse">veut se dlivrer de ses maux,</div> -<div class="verse">qu'il manifeste ce qu'il cache.</div> -<div class="verse">Il me faut dtruire avant l'aube,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1930</small></span>ici, toute œuvre des dmons.</div> -<div class="verse">La nuit est brve.</div> -</div> - -<div class="p">HELCITE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il y a des jardins, je pense,</div> -<div class="verse">des jardins suspendus, avec</div> -<div class="verse">ces arbres odorants d'o coule</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1935</small></span>ce baume qu'on nomme sarran,</div> -<div class="verse">plus doux que tous les aromates.</div> -<div class="verse">Et personne autre n'a joui</div> -<div class="verse">de ces arbres, fors le seigneur.</div> -<div class="verse">Jamais je n'ai franchi ce seuil.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1940</small></span>Et je ne sais. Mais toi, peut-tre,</div> -<div class="verse">tu sais, Zachlas.</div> -</div> - -<p class="di">L'gyptien est debout, envelopp d'un -pagne bleu, un pied en avant, les deux mains -ballantes.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Homme, tu mens.</div> -</div> - -<div class="p">ZACHLAS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ni moi non plus, je n'ai franchi</div> -<div class="verse">ce seuil. Je sais qu'il n'y a pas</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1945</small></span>de dieux, pas d'images divines,</div> -<div class="verse">mais des merveilles, comme l'orgue</div> -<div class="verse">hydraulique de l'empereur</div> -<div class="verse">Nron, rtabli par Eunoste.</div> -<div class="verse">Et, quand Jule tait en gypte,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1950</small></span>un homme de Phylace vint</div> -<div class="verse">et dit qu'il voulait lui montrer</div> -<div class="verse">le monstre disparu qu'on nomme</div> -<div class="verse">Hippocentaure chez les Grecs,</div> -<div class="verse">embaum dans du miel. Je doute</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1955</small></span>que cette merveille ne soit</div> -<div class="verse">enferme l…</div> -</div> - -<div class="p">EUTROPE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Frappe-le, donc, au nom du Christ,</div> -<div class="verse">frappe-le, cet adorateur</div> -<div class="verse">du Chien et du Bœuf. Frappe fort!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1960</small></span>Il ose se jouer de toi.</div> -<div class="verse">Qu'on le chtie!</div> -</div> - -<p class="di">Des affranchis de la famille surviennent, -l'un aprs l'autre, essouffls, effars.</p> - -<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—O Helcite, Helcite! Zachlas!</div> -<div class="verse">—Comment ne revenez-vous pas?</div> -<div class="verse">—Il est bout.</div> -<div class="verse i4">—Seigneur, seigneur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1965</small></span>il t'appelle. Viens le gurir!</div> -<div class="verse">Tu l'as promis.</div> -<div class="verse i4">—Viens l'arracher</div> -<div class="verse">aux affres de la mort!</div> -<div class="verse i6">—Son fils</div> -<div class="verse">Vital te supplie, te conjure.</div> -<div class="verse">—Comment pourrais-tu le trahir?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1970</small></span>—Tu as accompli la ruine.</div> -<div class="verse">Accomplis enfin la promesse.</div> -<div class="verse">—Partout est l'horreur et l'effroi.</div> -<div class="verse">On ne marche plus. Les statues</div> -<div class="verse">renverses encombrent les seuils.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1975</small></span>Des bchers brlent. Les esclaves</div> -<div class="verse">se pressent tranant leurs malades.</div> -<div class="verse">Les femmes pleurent. Les enfants</div> -<div class="verse">crient. Tous les dtours sont bouchs</div> -<div class="verse">par cette masse lamentable</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1980</small></span>que rien n'carte ni n'arrte.</div> -<div class="verse">Que feras-tu?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Laissez qu'ils viennent. Le Royaume</div> -<div class="verse">des cieux est semblable au levain</div> -<div class="verse">que la plus humble de ces serves</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1985</small></span>cache dans trois muids de farine</div> -<div class="verse">jusqu' ce que toute la masse</div> -<div class="verse">lve et fermente.</div> -</div> - -<div class="p">UN DES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mais que feras-tu de ton hte,</div> -<div class="verse"> destructeur?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1990</small></span>Que cet homme, chef de maison,</div> -<div class="verse">tire de son trsor des choses</div> -<div class="verse">nouvelles et ne cache pas</div> -<div class="verse">les anciennes. Le dieu nouveau</div> -<div class="verse">le gurira.</div> -</div> - -<div class="p">HELCITE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>1995</small></span>Or il veut qu'on ouvre la porte</div> -<div class="verse">d'airain. Or il veut tout dtruire</div> -<div class="verse">Allez et portez le message</div> -<div class="verse"> Vital, qu'il vienne et rsolve.</div> -</div> - -<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Tu veux dtruire le prodige</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2000</small></span>de Setar, la Chambre magique!</div> -<div class="verse">—On a dpens des milliers</div> -<div class="verse">de sesterces, pour l'tablir.</div> -<div class="verse">—Et de l'or, du cristal, du bronze,</div> -<div class="verse">des verreries, des pierreries,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2005</small></span>sans nombre.</div> -</div> - -<div class="p">HELCITE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Tais-toi! Tais-toi!</div> -</div> - -<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i7">C'est</div> -<div class="verse">le Zodiaque circulaire,</div> -<div class="verse">comme celui de Cloptre.</div> -<div class="verse">—Et l'ordonnance des plantes</div> -<div class="verse">les cercles de la gniture,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2010</small></span>les cycles des lieux.</div> -<div class="verse i5">—O seigneur</div> -<div class="verse">trs saint, et comment pourrais-tu</div> -<div class="verse">la dtruire, cette merveille</div> -<div class="verse">des merveilles?</div> -<div class="verse i4">—Elle simule</div> -<div class="verse">la lyre heptacorde d'Orphe.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2015</small></span>—On peut tout prdire et connatre</div> -<div class="verse">par les tables des mouvements,</div> -<div class="verse">par les combinaisons des signes.</div> -</div> - -<div class="p">ZACHLAS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Taisez-vous! Taisez-vous!</div> -</div> - -<div class="p">LES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">—Seigneur,</div> -<div class="verse">non, tu ne la dtruiras pas!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2020</small></span>—Elle contient les domiciles</div> -<div class="verse">plantaires et les trigones</div> -<div class="verse">et les dcans, d'aprs les listes</div> -<div class="verse">de Dmophile.</div> -<div class="verse i4">—Et le quadrant</div> -<div class="verse">vital, avec les horoscopes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2025</small></span>aphtes de Ptolme.</div> -<div class="verse i7">—Sois</div> -<div class="verse">juste! Sois clment!</div> -<div class="verse i3">—On y trouve</div> -<div class="verse">le Thme du Monde et de Rome,</div> -<div class="verse">les domaines des Douze Signes,</div> -<div class="verse">et les Douze Sorts hermtiques.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2030</small></span>—Parfois l'incantation force</div> -<div class="verse">la Figure zodiacale</div> -<div class="verse"> descendre, et la tient captive</div> -<div class="verse">dans l'or, le cristal et l'airain.</div> -<div class="verse">—La Vierge l'pi d'or, la femme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2035</small></span>couche sur le cercle, la tte</div> -<div class="verse">en avant, est bien ta patronne,</div> -<div class="verse">seigneur. Pourrais-tu la frapper?</div> - -<div class="verse stanza">—Elle protge les Chrtiens.</div> -<div class="verse">—Peut-tre, elle est la sœur des Anges</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2040</small></span>rvlateurs de l'Avenir.</div> -<div class="verse">—Dj tes Patriarches sont</div> -<div class="verse">dans le Zodiaque, tes Anges</div> -<div class="verse">dans les plantes.</div> -<div class="verse i5">—Samael</div> -<div class="verse">est l'Ange de Mars; Anael,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2045</small></span>l'Ange de Vnus; Gabriel,</div> -<div class="verse">l'Ange de la Lune.</div> -<div class="verse i6">—Setar</div> -<div class="verse">le Mage, le grand astrologue</div> -<div class="verse">thurge de la descendance</div> -<div class="verse">de Brose, a fond cette œuvre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2050</small></span>dans la pierre et l'airain. Comment,</div> -<div class="verse">comment pourras-tu la dtruire,</div> -<div class="verse">seigneur?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Je dtruirai cette œuvre</div> -<div class="verse">des dmons. Je vaincrai la pierre</div> -<div class="verse">et l'airain. J'abattrai la porte.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2055</small></span>Et le Roi de gloire entrera.</div> -</div> - -<div class="p">UN DES AFFRANCHIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, trois Mages, cependant,</div> -<div class="verse">se trouvrent la naissance</div> -<div class="verse">du Christ. Dieu se servit d'un astre</div> -<div class="verse">pour les avertir. Et, afin</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2060</small></span>que le prsage ft compris,</div> -<div class="verse">ne dut-il pas observer toutes</div> -<div class="verse">les Rgles?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">L'toile des Mages</div> -<div class="verse">vint annoncer la royaut</div> -<div class="verse">nouvelle et la fin des dmons.</div> -</div> - -<div class="p">L'AFFRANCHI.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2065</small></span>Elle tait un signe horoscope.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elle fut cloue par mon Dieu</div> -<div class="verse">au cœur vivant du Ciel, en gage</div> -<div class="verse">de la parole radieuse</div> -<div class="verse">parle par la bouche de l'Oint.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2070</small></span>Tu la sauras.</div> -</div> - -<p class="di">Par tous les dtours du ddale, la double -issue, se prolonge la clameur du troupeau. -Des malades paraissent, aux bras de leurs -parents, agits, illumins d'espoir.</p> - -<div class="p">LES ESCLAVES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—A toi, nous venons tous toi,</div> -<div class="verse">seigneur!</div> -<div class="verse i2">—Nous sommes tous toi!</div> -<div class="verse">—Nous t'avons attendu, berger!</div> -<div class="verse">Berger, nous sommes ton troupeau.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2075</small></span>Garde-nous!</div> -<div class="verse i3">—Nous avons veill</div> -<div class="verse">toute la nuit dans les tnbres</div> -<div class="verse">pour attendre le changement.</div> -<div class="verse">—Plusieurs d'entre nous ont marqu</div> -<div class="verse">l'heure d'attente avec les gouttes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2080</small></span>les plus tristes de leurs ulcres.</div> -<div class="verse">—Nous avons cri, sanglot</div> -<div class="verse">vers toi pour que tu nous rachtes</div> -<div class="verse">et nous dlivres, vers toi, matre,</div> -<div class="verse">pour que tu nous gurisses et</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2085</small></span>nous consoles.</div> -<div class="verse i4">—Si nous pleurons,</div> -<div class="verse">serons-nous consols?</div> -<div class="verse i6">—Tu vois:</div> -<div class="verse">nous moulons le bl; mais la force</div> -<div class="verse">nous broie, comme du bl mauvais,</div> -<div class="verse">entre deux pierres.</div> -<div class="verse i5">—Nous avons</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2090</small></span>saign, nous aussi, sous les verges,</div> -<div class="verse">sous les lanires.</div> -<div class="verse i5">—Si les dieux</div> -<div class="verse">marchent sur les hommes, les hommes</div> -<div class="verse">marchent sur nous, avec l'os dur</div> -<div class="verse">de leur talon.</div> -<div class="verse i4">—Jamais un dieu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2095</small></span>n'a rien fait pour nous soulager,</div> -<div class="verse">ni jamais un homme. Celui</div> -<div class="verse">que tu annonces, homme et dieu,</div> -<div class="verse">que fera-t-il pour notre faim</div> -<div class="verse">et pour notre soif, pour nos cœurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2100</small></span>et pour nos poignets?</div> -<div class="verse i5">—Apprends-nous</div> -<div class="verse">le cri qui sera cout,</div> -<div class="verse">seigneur!</div> -<div class="verse i2">—Apprends-nous la prire</div> -<div class="verse">qui sera exauce!</div> -<div class="verse i6">—Tu as</div> -<div class="verse">descell les yeux de la femme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2105</small></span>d'Attale. Or elle te regarde.</div> -<div class="verse">—Et tu as dli la langue</div> -<div class="verse">d'Alc, la femme de Venuste.</div> -<div class="verse">Or elle te loue.</div> -<div class="verse i5">—Nous voici,</div> -<div class="verse">seigneur. Ne guris pas le matre,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2110</small></span>mais guris les serfs.</div> -<div class="verse i5">—Si tu veux,</div> -<div class="verse">seigneur, tu peux.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hommes, m'avez-vous vu toucher</div> -<div class="verse">de mes doigts les yeux de l'aveugle?</div> -<div class="verse">Ai-je donc touch de mes doigts</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2115</small></span>les lvres d'Alc? L'une a vu,</div> -<div class="verse">l'autre a parl; mais leur foi seule</div> -<div class="verse">les a guries. Votre foi seule</div> -<div class="verse">vous gurira.</div> -</div> - -<div class="p">LES ESCLAVES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, nous voulons voir un signe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2120</small></span>de toi!</div> -<div class="verse i2">—Un signe!</div> -<div class="verse i5">—N'est-il pas</div> -<div class="verse">le Gurisseur, celui dont tu</div> -<div class="verse">nous apportes le tmoignage?</div> -<div class="verse">—N'est-il pas le Consolateur?</div> -<div class="verse">Et ne viens-tu pas en son nom?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2125</small></span>—Tu as renvers les statues</div> -<div class="verse">d'Asclpios, de Tlesphore,</div> -<div class="verse">d'Hygie, dispers les offrandes</div> -<div class="verse">votives, foul les couronnes,</div> -<div class="verse">bris les tables de prodiges.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2130</small></span>Et tu veux nous laisser nos fivres,</div> -<div class="verse">nos plaies, nos ulcres, nos veines</div> -<div class="verse">relches, nos os flchis, tous</div> -<div class="verse">nos maux et toutes nos souffrances!</div> -<div class="verse">—Ton dieu n'est-il pas plus puissant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2135</small></span>que le petit dieu qui grelotte</div> -<div class="verse">sous son capuchon?</div> -<div class="verse i5">—Moi, je suis</div> -<div class="verse">de Titane, et je suppliais</div> -<div class="verse">Alexanor.</div> -<div class="verse i4">—Et moi, je suis</div> -<div class="verse">macdonien, et j'offrais</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2140</small></span> Darrhon mes vœux.</div> -<div class="verse i5">—Mais ton dieu</div> -<div class="verse">n'est-il pas le dieu des miracles?</div> -<div class="verse">—Tu as renvers Apollon</div> -<div class="verse">qui tue et qui gurit. Le tien</div> -<div class="verse">ne tue jamais, gurit toujours.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2145</small></span>—Debir, Mns, parlez, parlez,</div> -<div class="verse">vous qui cachez dans vos poitrines</div> -<div class="verse">les critures roules.</div> -<div class="verse i7">—Toi,</div> -<div class="verse">Pantne.</div> -<div class="verse i3">—Lucipor de Thrace,</div> -<div class="verse">et toi.</div> -<div class="verse i2">—Car on lit sous la lampe</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2150</small></span>mourante, jusqu' l'aube claire,</div> -<div class="verse">toutes ses gurisons.</div> -<div class="verse i6">—La femme</div> -<div class="verse">d'Hur, courbe comme la glaneuse</div> -<div class="verse">aux champs, qui n'avait jamais pu</div> -<div class="verse">se redresser.</div> -<div class="verse i4">—Et ce lpreux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2155</small></span>surgi tout blanc dans le soleil,</div> -<div class="verse">quand Il venait de la Montagne.</div> -<div class="verse">—Et ces hommes qui descendirent</div> -<div class="verse">par l'ouverture faite au toit</div> -<div class="verse">le paralytique tendu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2160</small></span>sur le grabat.</div> -<div class="verse i4">—Et, aux pays</div> -<div class="verse">des Gadarniens, les deux</div> -<div class="verse">dmoniaques bondissant</div> -<div class="verse">des spulcres.</div> -<div class="verse i4">—Et, quand dj</div> -<div class="verse">les joueurs de flte venaient</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2165</small></span>avec les pleureuses au deuil,</div> -<div class="verse">l'enfant de Jare saisie</div> -<div class="verse">par la main, tire du sommeil.</div> -<div class="verse">—Et, dans la contre de Sidon,</div> -<div class="verse">l'enfant de la Cananenne,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2170</small></span>possde de l'Esprit impur.</div> -<div class="verse">—Et, sur la mer de Galile,</div> -<div class="verse">cette multitude sans pieds,</div> -<div class="verse">sans mains, sans yeux, sans voix.</div> -<div class="verse i6">—Et l'homme</div> -<div class="verse">qui amena le lunatique</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2175</small></span>fascin par l'eau et le feu,</div> -<div class="verse">disant: Aie piti de mon fils.</div> -<div class="verse">—Et, aux portes de Jricho,</div> -<div class="verse">le fils aveugle de Time.</div> -<div class="verse">—Et, dans la ville de Nam,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2180</small></span>le fils de la veuve port</div> -<div class="verse">en terre, quand Il s'approcha,</div> -<div class="verse">toucha le cercueil, et soudain</div> -<div class="verse">le mort se dressa.</div> -<div class="verse i5">—La main sche</div> -<div class="verse">fut saine.</div> -<div class="verse i3">—Dans la Samarie,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2185</small></span>les dix lpreux ensemble furent</div> -<div class="verse">purifis.</div> -<div class="verse i4">—L'homme malade</div> -<div class="verse">depuis trente-huit ans, la Porte</div> -<div class="verse">des Brebis, toujours en attente</div> -<div class="verse">sur la piscine, se leva</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2190</small></span>et s'en alla.</div> -<div class="verse i4">—Dans la maison</div> -<div class="verse">du Pharisien, l'hydropique</div> -<div class="verse">fut allg de ses eaux tristes,</div> -<div class="verse">soudainement.</div> -<div class="verse i4">—L'Hmorrosse,</div> -<div class="verse">exsangue depuis douze annes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2195</small></span>n'eut qu' le suivre et toucher</div> -<div class="verse">sa robe de lin.</div> -<div class="verse i5">—Souviens-toi!</div> -<div class="verse">Souviens-toi!</div> -<div class="verse i3">—Toujours, au coucher</div> -<div class="verse">du soleil, prs des sources, prs</div> -<div class="verse">des citernes, sur les chemins,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2200</small></span>sur les rivages, sur les places</div> -<div class="verse">publiques, on lui amenait</div> -<div class="verse">des tourbes de dmoniaques</div> -<div class="verse">et d'infirmes. Il suffisait</div> -<div class="verse">qu'ils disent: Aie piti de moi!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2205</small></span>—Il crachait terre, formait</div> -<div class="verse">de la boue avec sa salive.</div> -<div class="verse">—Qu'il te souvienne de Lazare,</div> -<div class="verse">Mns, toi qui as lu!</div> -<div class="verse i6">—Lazare,</div> -<div class="verse">l'homme de Bthanie!</div> -<div class="verse i6">—Seigneur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2210</small></span>et tu ne veux pas nous donner</div> -<div class="verse">des signes!</div> -<div class="verse i3">—Mais Thomas lui dit:</div> -<div class="verse">Il y a une seule chose.</div> -<div class="verse">Nous voulons voir des morts couchs</div> -<div class="verse">au fond des tombeaux, que tu aies</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2215</small></span>ressuscits: et cela comme</div> -<div class="verse">signe.</div> -<div class="verse i2">—L'aptre demandait</div> -<div class="verse">un signe!</div> -<div class="verse i3">—Thomas lui disait:</div> -<div class="verse">Nous voulons voir des ossements</div> -<div class="verse">qui se sont disjoints, comment ils</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2220</small></span>se runiront l'un l'autre,</div> -<div class="verse">en sorte qu'ils puissent parler.</div> -<div class="verse">—Que rpondit-Il?</div> -<div class="verse i5">—Quelle fut</div> -<div class="verse">sa rponse?</div> -<div class="verse i4">—Thomas, dit-Il</div> -<div class="verse">viens avec moi. Les os disjoints</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2225</small></span>se runissant de nouveau,</div> -<div class="verse">je te les montrerai. Viens donc,</div> -<div class="verse">viens jusqu' Bthanie, Didyme,</div> -<div class="verse">viens. Je te montrerai les yeux</div> -<div class="verse">de Lazare qui sont vids</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2230</small></span>par la pourriture. Didyme,</div> -<div class="verse">viens avec moi. Les lvres blmes,</div> -<div class="verse">dj dissoutes sur les dents</div> -<div class="verse">de Lazare, tu les verras</div> -<div class="verse">remuer, tu les entendras</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2235</small></span>parler. Viens avec moi, Didyme,</div> -<div class="verse">jusqu' Bthanie, si tu veux</div> -<div class="verse">voir et entendre.</div> -</div> - -<p class="di">Sbastien bondit, dans un emportement -soudain. Le Copte s'interrompt; et son teint -de cuivre jaune semble se dcolorer sous ses -cheveux noirs et friss, tandis que sa lvre -charnue tremble.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Esclaves, esclaves, oui, cœurs</div> -<div class="verse">paissis! Mns, tu as lu,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2240</small></span>tu as bien lu, avec tes yeux</div> -<div class="verse">ronds d'oiseau nocturne, oui, oui,</div> -<div class="verse">je te le dis en vrit,</div> -<div class="verse">tu as bien lu. Viens avec moi,</div> -<div class="verse">Didyme, le Matre disait</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2245</small></span>si tu cherches voir des os</div> -<div class="verse">se rejoindre les uns aux autres,</div> -<div class="verse">se dresser, marcher vers la porte</div> -<div class="verse">du tombeau. Tu cherches des mains</div> -<div class="verse">qui s'tendent, qui se soulvent.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2250</small></span>Viens, je te montrerai les mains</div> -<div class="verse">de Lazare lies de leurs</div> -<div class="verse">bandelettes. Mon doux ami,</div> -<div class="verse">viens avec moi; car je dsire</div> -<div class="verse">ce que tu as pens. Les sœurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2255</small></span>m'attendent. Et ils s'en allrent.</div> -<div class="verse">Ils furent devant le tombeau.</div> -<div class="verse">Et alors Didyme pleura.</div> -<div class="verse">Mais Jsus avait une voix</div> -<div class="verse">joyeuse comme une amertume</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2260</small></span>puissante de songe et de vie.</div> -<div class="verse">Saurez-vous jamais, esclaves,</div> -<div class="verse">laquelle, de cette tristesse</div> -<div class="verse">et de cette allgresse, tait</div> -<div class="verse">la plus amre? Et Il disait:</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2265</small></span>Doux ami, ne t'afflige pas.</div> -<div class="verse">Tu veux le signe. Ote la pierre,</div> -<div class="verse">et je ferai sortir celui</div> -<div class="verse">qui est mort. Ne t'afflige pas.</div> -<div class="verse">Enlve la pierre, Didyme.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2270</small></span>Regarde bien, regarde bien</div> -<div class="verse">le mort, comme il dort. Viens et vois</div> -<div class="verse">les ossements, comme ils reposent.</div> -<div class="verse">Regarde bien celui qui dort,</div> -<div class="verse">comme il est compos. Regarde</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2275</small></span>chaque tache dans tous ses linges</div> -<div class="verse">Didyme, avant que je ne jette</div> -<div class="verse">l'appel qui le fera surgir.</div> -<div class="verse">As-tu bien vu? Thomas voyait</div> -<div class="verse"> travers les pleurs et la honte.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2280</small></span>Tel le nouveau-n dans ses langes,</div> -<div class="verse">tel le mort dans ses bandelettes.</div> -<div class="verse">Et toute la vie paraissait</div> -<div class="verse">blme. Lazare, viens dehors!</div> -<div class="verse">Le genou surgit le premier.</div> -</div> - -<p class="di">La voix semble rendre prsent le prodige -dans l'ombre chaude d'haleines. La tourbe des -suppliants tressaille, saisie de terreur.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2285</small></span>Et toute la vie tait comme</div> -<div class="verse">toute la mort.</div> -</div> - -<p class="di">La tourbe frissonne et recule, devant la -vision blanche du Ressuscit dans son linceul.</p> - -<div class="p">LES ESCLAVES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Seigneur, seigneur, tu nous effraies!</div> -<div class="verse">—Nous avons vu.</div> -<div class="verse i4">—Nous avons vu.</div> -<div class="verse">—Nous avons vu.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2290</small></span>O misrables, attachs</div> -<div class="verse"> la vie comme les tourteaux</div> -<div class="verse">des olives la couronne</div> -<div class="verse">de la meule qu'ils souillent, comme</div> -<div class="verse">dans le cellier froid les limaces</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2295</small></span> l'anse de l'amphore qu'elles</div> -<div class="verse">engluent, pourquoi vous gurirais-je</div> -<div class="verse">si, tant confesseurs du Christ,</div> -<div class="verse">vous tes les serfs de la peine,</div> -<div class="verse">vous tes vous aux mtaux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2300</small></span>aux bchers, aux btes, aux pires</div> -<div class="verse">tourments? Croyez-vous que les crocs</div> -<div class="verse">lonins sauront reconnatre</div> -<div class="verse">les infirmits de vos os?</div> -<div class="verse">J'pie vos cœurs.</div> -</div> - -<div class="p">UN ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2305</small></span>Pourquoi donc as-tu dli</div> -<div class="verse">la langue d'Alc la muette,</div> -<div class="verse">seigneur? pourquoi?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pour qu'elle puisse confesser,</div> -<div class="verse">avec la parole mrie</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2310</small></span>dans l'affliction du silence,</div> -<div class="verse">le dieu nouveau</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pourquoi donc as-tu descell</div> -<div class="verse">les yeux de la femme d'Attale,</div> -<div class="verse">seigneur? pourquoi?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2315</small></span>Pour qu'elle puisse regarder</div> -<div class="verse">le bourreau bien en face et voir</div> -<div class="verse">sur la nativit de l'me</div> -<div class="verse">l'clat du sang.</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu nous enseignes souffrir</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2320</small></span>et mourir.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">A renatre.</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">O renatrons-nous?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dans le Royaume.</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Et o est-il,</div> -<div class="verse">le Royaume?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Il est hors du monde.</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Montre-le-nous.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Et votre foi?</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2325</small></span>Donne-nous un signe visible.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le sourire.</div> -</div> - -<div class="p">L'ESCLAVE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Mais quel sourire?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hier, dans le prtoire, un serf</div> -<div class="verse">comme toi, Cloanthe, pleurait</div> -<div class="verse">sans bruit, sous les ongles de fer.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2330</small></span>On lui dit: Tu pleures, Cloanthe.</div> -<div class="verse">Il rpond: Je ne pleure pas</div> -<div class="verse">sur ma vie; mais mon corps est boue,</div> -<div class="verse">et il en suinte des gouttes.</div> -<div class="verse">Quelqu'un n'a pas pleur; c'est peu,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2335</small></span>il n'a pas rpondu; c'est peu,</div> -<div class="verse">il n'a pas remu; c'est peu,</div> -<div class="verse">il a souri: des yeux, des lvres,</div> -<div class="verse">du front, de toute l'me libre,</div> -<div class="verse">de toute sa flicit</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2340</small></span>immortelle, a souri, souri</div> -<div class="verse">vers les cieux qui divinement</div> -<div class="verse">furent ples de ce sourire</div> -<div class="verse">humain, comme d'une aube neuve,</div> -<div class="verse">tout ples de cette douleur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2345</small></span>souriante comme d'un jour</div> -<div class="verse">surgi de plus loin que la Mer,</div> -<div class="verse">d'une profondeur plus profonde</div> -<div class="verse">que l'Orient!</div> -</div> - -<p class="di">Sa parole est comme le brandon qui allume -les chaumes, quand le vent souffle.</p> - -<div class="p">ALC.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Seigneur, seigneur, nous sourirons</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2350</small></span>quand il faudra mourir.</div> -</div> - -<div class="p">CORDULE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Seigneur,</div> -<div class="verse">comme je te vois, que je voie</div> -<div class="verse">face face le Dieu vivant!</div> -</div> - -<div class="p">LES ESCLAVES, LES BRISEURS -D'IDOLES, LES ZELATEURS, -LES CATECHUMENES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Guerrier, nous sommes tous toi,</div> -<div class="verse">pour ta guerre!</div> -<div class="verse i4">—Prends-nous, et sains</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2355</small></span>et malades, avec nos forces</div> -<div class="verse">et nos plaies.</div> -<div class="verse i4">—Que nous soyons</div> -<div class="verse">les dalles du chemin de gloire!</div> -<div class="verse">—A l'aube, nous ne connatrons</div> -<div class="verse">plus nos visages.</div> -<div class="verse i5">—Connais-tu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2360</small></span>nos cœurs profonds?</div> -<div class="verse i4">—Sbastien,</div> -<div class="verse">archer du Christ, le plus beau</div> -<div class="verse">entre les enfants des mortels,</div> -<div class="verse">perce nos cœurs de ton regard.</div> -<div class="verse">Voici. Nous t'ouvrons nos poitrines</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2365</small></span>meurtries par la sangle des meules.</div> -<div class="verse">—La mort est vie. Que nous soyons</div> -<div class="verse">moulus comme froment de Dieu,</div> -<div class="verse">presss dans le pressoir de l'Oint!</div> -<div class="verse">—Que nous soyons les affranchis</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2370</small></span>du Christ.</div> -<div class="verse i2">—Que nous puissions Le voir</div> -<div class="verse">face face!</div> -<div class="verse i3">—Ah, c'est trop attendre</div> -<div class="verse">—Nous ne pleurons que dans l'attente.</div> -<div class="verse">Mais nous rirons quand il faudra</div> -<div class="verse">combattre.</div> -<div class="verse i2">—Abrge pour nous l'heure</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2375</small></span>du saint combat!</div> -<div class="verse i4">—C'est trop attendre.</div> -<div class="verse">—Mais Il est terrible!</div> -<div class="verse i5">—Il n'habite</div> -<div class="verse">que les cœurs qu'il dchire.</div> -<div class="verse i7">—Toute</div> -<div class="verse">votre chair immonde est en faute</div> -<div class="verse">devant Lui qui porte l'annonce</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2380</small></span>des batitudes clestes.</div> -<div class="verse">—Il a dit: Je suis doux. Mon joug</div> -<div class="verse">est doux, mon fardeau est lger.</div> -<div class="verse">—Seigneur, puisque tu as bris</div> -<div class="verse">tous les dieux de sang et de fange,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2385</small></span>dresse devant nous Son image,</div> -<div class="verse">pour que nous puissions L'adorer!</div> -<div class="verse">—Est-Il beau? plus beau qu'Apollon?</div> -<div class="verse">—Il apparaissait aux disciples.</div> -<div class="verse">T'est-Il apparu?</div> -<div class="verse i5">—Parle! Parle!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2390</small></span>—Rponds, seigneur!</div> -</div> - -<p class="di">Le Jeune Homme est assis sur la plus haute -marche de l'escalier septnaire qui monte -la porte. Une mortelle angoisse treint son -me, touffe sa voix.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sa face est cache, tout Son corps</div> -<div class="verse">est voil.</div> -</div> - -<div class="p">LES MEMES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">—Tu trembles, seigneur.</div> -<div class="verse">—N'oses-tu pas Le dcouvrir?</div> -<div class="verse">—N'as-tu pas l'Image cache</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2395</small></span>dans ta poitrine?</div> -<div class="verse i4">—coute, coute,</div> -<div class="verse">seigneur: par la pierre brise,</div> -<div class="verse">par l'airain tordu, par le bois</div> -<div class="verse">fendu, par ton impitoyable</div> -<div class="verse">marteau, par ton bras destructeur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2400</small></span>par le fer, par le feu, par cette</div> -<div class="verse">nuit de vengeance, je t'adjure.</div> -<div class="verse">Il n'y a plus un dieu debout</div> -<div class="verse">devant nous. Dresse devant nous</div> -<div class="verse">Son image, que nous puissions</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2405</small></span>Le connatre, que nous puissions</div> -<div class="verse">L'adorer, et que nous puissions</div> -<div class="verse">Lui dire aussi: Fils de David,</div> -<div class="verse"> Jsus, aie piti de nous!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il n'a plus de corps, Il n'a plus</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2410</small></span>de sang. Il a donn Son corps</div> -<div class="verse">et Son sang pour les cratures.</div> -</div> - -<p class="di">Les plus proches soufflent sur l'angoiss -leur sombre ardeur. Les voix sont contenues -mais frmissantes. Il semble que le vent oriental -des apparitions courbe les ttes des -nophytes, dans cette ombre qui est semblable - l'ombre des arnaires et des catacombes. -Quelqu'un des plus jeunes, parfois, se retourne -avec un sursaut de frayeur, comme Jean sur -la route d'Emmas.</p> - -<div class="p">LES MEMES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Comment donc est-Il apparu</div> -<div class="verse">aux disciples avec Son corps</div> -<div class="verse">et Son sang?</div> -<div class="verse i3">—Il vint et se tint</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2415</small></span>au milieu d'eux; Il leur montra</div> -<div class="verse">Ses mains et Son ct.</div> -<div class="verse i6">—Ils virent</div> -<div class="verse">les meurtrissures.</div> -<div class="verse i5">—Il souffla</div> -<div class="verse">sur eux.</div> -<div class="verse i2">—Ils dirent Thomas:</div> -<div class="verse">Nous L'avons vu.</div> -<div class="verse i4">—Didyme alors</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2420</small></span>rpondit: Si je ne mets pas</div> -<div class="verse">le doigt dans la marque des clous</div> -<div class="verse">et si je ne mets pas la main</div> -<div class="verse">dans Son ct…</div> -<div class="verse i4">—Jsus revint</div> -<div class="verse">alors et dit: Mets donc ton doigt</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2425</small></span>ici, Didyme. Mets ta main</div> -<div class="verse">dans mon ct.</div> -<div class="verse i4">—Seigneur, seigneur,</div> -<div class="verse">ah, pourquoi veux-tu nous cacher</div> -<div class="verse">Sa figure?</div> -<div class="verse i3">—Il dit: Touchez-moi.</div> -<div class="verse">Un Esprit n'a ni chair ni os,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2430</small></span>comme vous voyez que j'ai.</div> -<div class="verse i7">—Parle,</div> -<div class="verse">seigneur, rponds. Quel est ton trouble?</div> -<div class="verse">—N'est-ce pas vrai qu'il demanda</div> -<div class="verse">quelque chose manger?</div> -<div class="verse i6">—Il prit</div> -<div class="verse">le pain, le rompit. Il eut d'eux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2435</small></span>un morceau de poisson grill.</div> -<div class="verse">Et Il le prit et le mangea</div> -<div class="verse">devant eux.</div> -<div class="verse i3">—N'est-Il pas vivant?</div> -<div class="verse">Il est vivant. Tu l'as bien dit.</div> -<div class="verse">—Il entra chez les Onze, quand</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2440</small></span>la porte tait ferme. Seigneur,</div> -<div class="verse">dis, ne pourrait-Il pas entrer</div> -<div class="verse">par cette porte?</div> -</div> - -<p class="di">Des regards se lvent, comme si les paupires -taient renverses par les battements -de l'attente.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je mourrai, demain je mourrai.</div> -<div class="verse">Je Le verrai. Si vous voulez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2445</small></span>Le voir…</div> -</div> - -<div class="p">LES MEMES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">—Hlas, seigneur, hlas,</div> -<div class="verse">tu nous abuses! Ne vois-tu</div> -<div class="verse">pas nos cœurs?</div> -<div class="verse i3">—Comment pourrais-tu</div> -<div class="verse">L'aimer de cet amour? Comment</div> -<div class="verse">pourrais-tu fermer les yeux, tre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2450</small></span>si blme, et dans toutes tes veines</div> -<div class="verse">trembler d'un tel amour, si tu</div> -<div class="verse">n'avais jamais connu Sa face?</div> -<div class="verse">Car tu trembles.</div> -</div> - -<p class="di">Tel le jet de la veine coupe, ou le dbordement -des pleurs, tel l'clat de l'angoisse -insoutenable.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je tremble parce qu'en mon me</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2455</small></span>je porte le poids de l'opprobre.</div> -<div class="verse">Ils L'ont frapp coups de poings,</div> -<div class="verse">ils L'ont tout meurtri de soufflets,</div> -<div class="verse">ils ont crach sur Lui. Sa face</div> -<div class="verse">est dfigure. Sur Ses joues</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2460</small></span>coulent les crachats et le sang.</div> -<div class="verse">Sa bouche est livide et gonfle.</div> -<div class="verse">Ses dents sont toutes branles.</div> -<div class="verse">Et Ses paupires, et Ses yeux,</div> -<div class="verse">hlas, hlas!</div> -</div> - -<p class="di">Il est suffoqu par les sanglots. Il couvre de -ses paumes sa pleur d'agonie.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2465</small></span>Il est pire que le lpreux,</div> -<div class="verse">Il est pire que le rebut</div> -<div class="verse">du peuple, que le ver de terre</div> -<div class="verse">qu'on crase sous le talon.</div> -<div class="verse">Hlas! Hlas!</div> -</div> - -<p class="di">L'moi serre la gorge des nophytes. Ils se -regardent entre eux, perdus.</p> - -<div class="p">LES MEMES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2470</small></span>—Est-ce vrai!</div> -<div class="verse i3">—Seigneur, est-ce vrai!</div> -<div class="verse">—Est-ce donc vrai, que Son aspect</div> -<div class="verse">effraie et repousse, qu'Il est</div> -<div class="verse">hideux cause de nos crimes</div> -<div class="verse">et de nos maux?</div> -<div class="verse i4">—Est-ce donc vrai</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2475</small></span>qu'Il est sans beaut?</div> -<div class="verse i6">—La parole</div> -<div class="verse">du Prophte s'est accomplie:</div> -<div class="verse">Il s'lvera devant Lui</div> -<div class="verse">comme le rejeton qui sort</div> -<div class="verse">de la terre sche. Est-ce vrai?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2480</small></span>Il est sans beaut, sans clat.</div> -<div class="verse">Nous L'avons vu sous le mpris,</div> -<div class="verse">plus vil que le dernier des hommes:</div> -<div class="verse">Homme de douleurs, de langueurs,</div> -<div class="verse">expert en souffrances: Visage</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2485</small></span>cach…</div> -<div class="verse i2">—Tu pleures!</div> -<div class="verse i5">—Est-ce vrai?</div> -<div class="verse">Comme une brebis qui ne ble</div> -<div class="verse">pas devant celui qui la tond,</div> -<div class="verse">Il n'a pas desserr la bouche</div> -<div class="verse">dans Sa douleur.</div> -<div class="verse i4">—Mais n'est-Il pas</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2490</small></span>redevenu Rayon de gloire,</div> -<div class="verse">comme Il tait sur la montagne</div> -<div class="verse">avec Mose, avec Elie</div> -<div class="verse">et les torrents?</div> -<div class="verse i4">—N'tait-Il pas</div> -<div class="verse">blanc et vermeil, beau entre mille,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2495</small></span>lorsque la divine Marie</div> -<div class="verse">Le nourrissait?</div> -</div> - -<p class="di">Cordule, Alc, d'autres femmes, s'lancent.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">—Je te supplie,</div> -<div class="verse">seigneur. Montre-nous la figure</div> -<div class="verse">de la Vierge cleste!</div> -</div> - -<p class="di">Les Voyantes tressaillent au pied des cippes -triangulaires. Quelques-unes se dressent et -prtent l'oreille, comme si la mlodie d'Erigone -traversait de nouveau les silences de -leurs songes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i7">—Dis,</div> -<div class="verse">dis: n'est-elle pas la couleur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2500</small></span>du Printemps?</div> -<div class="verse i3">—N'est-elle pas mre</div> -<div class="verse">de toutes choses ineffables?</div> -<div class="verse">—Ne vient-elle pas sur la route</div> -<div class="verse">des plantes, domptant d'un pied</div> -<div class="verse">lger les constellations</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2505</small></span>funestes, comme une poussire</div> -<div class="verse">dore?</div> -<div class="verse i2">—Quelles sont les offrandes</div> -<div class="verse">qu'elle aime?</div> -<div class="verse i3">—Seigneur, si tu dresses</div> -<div class="verse">ses images, elles seront</div> -<div class="verse">toujours fleuries.</div> -<div class="verse i4">—O femmes, femmes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2510</small></span>comme l'Autre est ne de l'cume,</div> -<div class="verse">elle est ne de la douleur.</div> -<div class="verse i7">—Vierge,</div> -<div class="verse">elle n'avait que sang et larmes.</div> -<div class="verse">Et, vierge, n'ayant pas de lait,</div> -<div class="verse">elle ne donna que la fleur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2515</small></span>de son me.</div> -<div class="verse i4">—Le Fils a dit</div> -<div class="verse">de la Mre: Celui qui t'aime</div> -<div class="verse">aime la Vie.</div> -<div class="verse i4">—Et Il a dit:</div> -<div class="verse">Salut, mon vtement de gloire</div> -<div class="verse">dont je me suis vtu venant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2520</small></span>dans le monde.</div> -<div class="verse i3">—Or il est crit</div> -<div class="verse">au Livre: Chacun Le verra</div> -<div class="verse">portant la chair qu'Il a reue</div> -<div class="verse">de Marie la Vierge sans tache.</div> -<div class="verse">—Ah, qu'importe qu'il soit meurtri?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2525</small></span>Qu'importe qu'il soit tout sanglant</div> -<div class="verse">et souill? Combien doit-Il tre</div> -<div class="verse">beau toutefois, seigneur, si tu</div> -<div class="verse">L'aimes d'un tel amour!</div> -</div> - -<p class="di">Un esclave de la Msopotamie s'approche, -les sandales de sparterie dpassant peine sa -longue tunique violette. Et il parle bas, dans -sa barbe exacte qui adhre sa lvre comme -les tuyaux d'une syrinx d'bne.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">—Seigneur,</div> -<div class="verse">je suis de la terre nourrie</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2530</small></span>par les deux Fleuves. A Edesse,</div> -<div class="verse">je le sais, on pouvait encore</div> -<div class="verse">voir la statue que les lgats</div> -<div class="verse">d'Abgar rapportrent au roi.</div> -<div class="verse">—Tu l'as vue, Nadab!</div> -<div class="verse i6">—Elle tait</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2535</small></span>enfouie dans l'herbe sauvage,</div> -<div class="verse">parmi les dcombres.</div> -<div class="verse i6">—Nadab,</div> -<div class="verse">tu l'as vue!</div> -<div class="verse i3">—Sa figure tait</div> -<div class="verse">polie par les ans et les eaux,</div> -<div class="verse">semblable aux galets de la mer.</div> -</div> - -<p class="di">Un catchumne, cocher du Cirque, aux -braies bigarres, s'approche et parle bas.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2540</small></span>—Seigneur, je le sais. Une femme</div> -<div class="verse">de Galaad, nomme Safan,</div> -<div class="verse">vendeuse de baumes, a dit</div> -<div class="verse">avoir vu de ses yeux l'empreinte</div> -<div class="verse">de la Face au milieu du linge</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2545</small></span>dont se servit l'Hmorrosse</div> -<div class="verse">quand elle essuya la sueur</div> -<div class="verse">et le sang de Jsus montant</div> -<div class="verse">au Calvaire.</div> -</div> - -<p class="di">Un dcan aveugle, chauve et dbile, s'approche -et parle bas.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">—Sbastien,</div> -<div class="verse">tu peux me croire. Je suis sauf</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2550</small></span>pour glorifier le Christ roi</div> -<div class="verse">et ses Martyrs. Je me trouvais</div> -<div class="verse">dans l'arnaire de la Voie</div> -<div class="verse">Appienne, quand on boucha</div> -<div class="verse">le souterrain avec des pierres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2555</small></span>et du sable. Les enterrs</div> -<div class="verse">vivants purent voir deux images</div> -<div class="verse">d'or que l'Acolyte porteur</div> -<div class="verse">des saintes espces disait</div> -<div class="verse">avoir reues du martyr grec</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2560</small></span>Hadrias. Mais je suis aveugle.</div> -<div class="verse">L'une reprsentait Jsus;</div> -<div class="verse">et l'autre, Orphe…</div> -</div> - -<p class="di">Ici, l'une des issues, la tourbe s'agite. Des -cris clatent. On voit un mouvement d'hommes -qui cherchent entraner une crature farouche. -L'angoiss bondit et regarde, les yeux -brls de larmes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">—Sbastien,</div> -<div class="verse">Sbastien, elle est ici,</div> -<div class="verse">elle est ici, je te l'amne,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2565</small></span>la fille malade des fivres!</div> -</div> - -<p class="di">Des zlateurs accourent, des femmes s'lancent.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Qui est-elle?</div> -<div class="verse i4">—Magdalwit!</div> -<div class="verse">—Mariamme!</div> -<div class="verse i3">—On ne connat pas</div> -<div class="verse">son nom vritable.</div> -<div class="verse i6">—Elle change</div> -<div class="verse">toujours.</div> -<div class="verse i2">—On l'appelle la Reine</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2570</small></span>malade des fivres.</div> -<div class="verse i6">—O Reine!</div> -<div class="verse">—Descends-tu des rois d'Idume?</div> -<div class="verse">—Elle descend de cet Hrode</div> -<div class="verse">qui vint Rome avec la fille</div> -<div class="verse">d'Aristobule.</div> -<div class="verse i4">—Elle descend</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2575</small></span>d'Athronge, de ce roi berger</div> -<div class="verse">qui par le lgat de Syrie</div> -<div class="verse">fut mis en croix avec deux mille</div> -<div class="verse">rebelles.</div> -<div class="verse i3">—Sbastien, c'est</div> -<div class="verse">elle qui trempa le suaire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2580</small></span>dans le sang de ta main perce</div> -<div class="verse">par la corne de l'arc, le jour</div> -<div class="verse">de ta gloire!</div> -<div class="verse i3">—Elle se dbat.</div> -<div class="verse">Elle veut s'chapper.</div> -<div class="verse i6">—Rpte</div> -<div class="verse">au seigneur ce que tu as dit!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2585</small></span>—Elle l'a dit. J'ai entendu.</div> -<div class="verse">—Ah, sauvage, sauvage! As-tu</div> -<div class="verse">des griffes?</div> -<div class="verse i3">—Seigneur, la voil,</div> -<div class="verse">la Reine malade des fivres!</div> -</div> - -<p class="di">Ils poussent devant eux une crature inconnue -qui, se dgageant, s'arrte au milieu -du cercle tumultueux. Elle y demeure, ploye -comme une flamme basse sous la rafale. De -sa voix sourde, elle semble encore rsister.</p> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne veux pas tre gurie.</div> -</div> - -<p class="di">Elle est couverte d'une robe de pourpre -fltrie comme une botte de pavots coups. -Elle porte une bandelette de pourpre autour -de sa crinire noire et bleue.</p> - -<div class="p">BASILE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2590</small></span>Dis la chose! Dis cette chose!</div> -</div> - -<div class="p">PHLEGON.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mais elle est folle.</div> -</div> - -<div class="p">ATHANASE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">On croit qu'elle est</div> -<div class="verse">une Larve.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Parle, ma sœur.</div> -</div> - -<p class="di">Elle met une paume contre ses lvres, pour -les empcher de trembler.</p> - -<div class="p">BASILE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, elle a dit: Je possde,</div> -<div class="verse">moi, le linceul du Christ.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Non, non,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2595</small></span>je ne l'ai pas dit. C'est un rve.</div> -<div class="verse">J'ai dit: Il n'y a point de paix.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sœur, je connais ta voix. O l'ai-je</div> -<div class="verse">entendue?</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Je suis une voix,</div> -<div class="verse">seigneur; et mon cri se leva</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2600</small></span>avant le jour pour t'annoncer.</div> -<div class="verse">Archer de la vie, je bnis</div> -<div class="verse">ton œil, ta main, ton arc, tes traits.</div> -<div class="verse">Ce fut mon cri. Et je t'apporte,</div> -<div class="verse">dans un cristal d'azur, un baume</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2605</small></span>de Galaad.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Quel baume, sœur?</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un doux baume de Galaad.</div> -<div class="verse">Or quelqu'un va dire: Pourquoi</div> -<div class="verse">ne pas avoir vendu ce baume?</div> -<div class="verse">Il vaut trois cents deniers.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Ma sœur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2610</small></span>tu es malade.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Chaque jour</div> -<div class="verse">mes tempes sont prises par une</div> -<div class="verse">fivre nouvelle. Est-ce une honte,</div> -<div class="verse">si ma vie brle pour l'amour</div> -<div class="verse">de l'Amour?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Tes yeux sont fards,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2615</small></span>tes ongles sont peints.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Ah, seigneur,</div> -<div class="verse">j'effacerai, j'effacerai</div> -<div class="verse">tout cela. Mais ne fut-il pas</div> -<div class="verse">un Ange, Azal, qui montra</div> -<div class="verse">l'antimoine et le fard pour teindre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2620</small></span>les paupires? L'un de ces Anges</div> -<div class="verse">qui choisirent des filles d'hommes</div> -<div class="verse">et se souillrent avec elles…</div> -<div class="verse">Et il n'y aura plus de paix</div> -<div class="verse">ni plus de pardon pour des veines</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2625</small></span>qui charrient un sang si ml.</div> -<div class="verse">Et j'ai entendu les reproches.</div> -<div class="verse">Et j'ai vcu dans mon sommeil</div> -<div class="verse">ce que je dis avec ma langue</div> -<div class="verse">de chair. J'ai vu les sept plantes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2630</small></span>enchanes, les astres qui ont</div> -<div class="verse">transgress le commandement</div> -<div class="verse">de la Lumire leur lever…</div> -<div class="verse">Cela me revient de trs loin.</div> -<div class="verse">J'effacerai, j'effacerai</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2635</small></span>par mes pleurs le fard de mes yeux.</div> -</div> - -<p class="di">Ici elle s'arrte et semble se figer. Puis, d'un -accent si trange que tous les cœurs en tremblent, -elle prononce les paroles qui font prsente -sa vision.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il tait couch sur le lit</div> -<div class="verse">bas, du ct de la fentre.</div> -<div class="verse">Les ombres croises du grillage</div> -<div class="verse">tombaient sur Sa robe raye.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2640</small></span>Lazare trempait un morceau</div> -<div class="verse">de pain dans des herbes amres,</div> -<div class="verse">mais sans le porter sa bouche</div> -<div class="verse">qui gardait le got de la mort…</div> -</div> - -<p class="di">Ici Sbastien se rapproche d'elle et la regarde -de prs. Il parle bas, comme s'il craignait de -la rveiller.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un Esprit l'habite. Un Esprit</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2645</small></span>en elle parle. On sent partir</div> -<div class="verse">d'elle la chaleur de sa fivre</div> -<div class="verse">comme une vertu. Qu'on l'coute</div> -<div class="verse">en silence.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Il tait dans l'ombre</div> -<div class="verse">de la mort, dj solitaire.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2650</small></span>Bien qu'il y eut quelques doux fruits,</div> -<div class="verse">Il flairait l'odeur de la terre</div> -<div class="verse">et le remugle de la nuit</div> -<div class="verse">dans la chevelure trop sombre</div> -<div class="verse">de Lazare. Et j'tais sans voix;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2655</small></span>car j'avais dcouvert la croix</div> -<div class="verse">que sur Son front la ride droite</div> -<div class="verse">faisait avec les deux sourcils.</div> -<div class="verse">Et mes yeux s'taient obscurcis</div> -<div class="verse">dans le fard des paupires. Moite</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2660</small></span>j'tais et froide, dans ma fivre,</div> -<div class="verse">tour tour comme dans l'cume</div> -<div class="verse">et dans la cendre. Entre mes lvres</div> -<div class="verse">blmes j'avais Son amertume</div> -<div class="verse">et ma soif. Et, bien que mon sang</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2665</small></span>dans mes tempes et dans ma gorge</div> -<div class="verse">ft comme un tonnerre incessant,</div> -<div class="verse">j'entendais le bruit de la meule</div> -<div class="verse">en moi-mme, comme si seule</div> -<div class="verse">mon me vive, et non cette orge,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2670</small></span>tait broye par le granit.</div> -<div class="verse">Je n'entends plus cette hirondelle,</div> -<div class="verse">Marthe, qui avait fait son nid</div> -<div class="verse">dans la chambre haute. Ombre d'ailes,</div> -<div class="verse">ombre d'ailes sur Ses mains pures!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2675</small></span>Je respirai les fleurs futures</div> -<div class="verse">dans Sa voix. Mais Il regardait</div> -<div class="verse">toujours Lazare, Il regardait</div> -<div class="verse">toujours l'homme vivant et mort,</div> -<div class="verse">cet œil morne sous la paupire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2680</small></span>jaune. Comme devant la pierre,</div> -<div class="verse">soudain Lazare, viens dehors!</div> -<div class="verse">Il cria de nouveau, tout ple,</div> -<div class="verse">devant la face spulcrale</div> -<div class="verse">courbe sur le triste repas.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2685</small></span>Lazare ne rpondit pas,</div> -<div class="verse">mais se retourna dans sa place.</div> - -<div class="verse stanza">Et ils pleurrent, face face.</div> -</div> - -<p class="di">Tous l'entour palpitent, attentifs au -souffle de l'Inspire. La voix de Sbastien -tremble, dans la profondeur des croyances.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O fivreuse, o les as-tu vues,</div> -<div class="verse">ces choses? Elles ne sont pas</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2690</small></span>dans le Livre. Avec quel Esprit</div> -<div class="verse">as-tu communi? Qui t'a</div> -<div class="verse">donn l'me qui t'illumine</div> -<div class="verse"> travers ta faiblesse? Es-tu</div> -<div class="verse">revenue du sommeil des sicles</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2695</small></span>morts, dans ton aspect de sibylle</div> -<div class="verse">tourne vers ce qui ne peut pas</div> -<div class="verse">mourir?</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">O Saint, regarde-moi</div> -<div class="verse">bien, regarde-moi de plus prs,</div> -<div class="verse">comme on tend les mains pour atteindre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2700</small></span>Je suis le but qui est frapp</div> -<div class="verse">et je suis le trait qui le frappe.</div> -<div class="verse">Je sais des choses. J'ai appris</div> -<div class="verse">des mystres. Et je connais</div> -<div class="verse">ma faiblesse. Ils tremblaient d'effroi.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2705</small></span>Et Il leur dit: Ne craignez rien,</div> -<div class="verse">c'est moi. N'avez-vous pas connu</div> -<div class="verse">votre faiblesse, maintenant?.</div> -<div class="verse">A Simon Pierre, Il apparut</div> -<div class="verse">sous l'aspect de la flamme; et Pierre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2710</small></span>s'enfuit. A Jean Il se montra</div> -<div class="verse">sous la forme du cristal blanc,</div> -<div class="verse">car Jean tait vierge. A Philippe,</div> -<div class="verse">sous l'aspect de la mer; Jacques,</div> -<div class="verse">sous l'aspect d'une pe tranchante;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2715</small></span> Nathanael, sous l'aspect</div> -<div class="verse">d'une colombe. Sous la forme</div> -<div class="verse">d'un bœuf, Thomas; Matthieu,</div> -<div class="verse">d'un enfant candide; Thadde,</div> -<div class="verse">d'un pi plein. A Jacques fils</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2720</small></span>d'Alphe, sous l'aspect de l'clair.</div> -<div class="verse">Hommes, ne demandiez-vous pas</div> -<div class="verse">Ses images?</div> -</div> - -<p class="di">Elle s'avance trs lentement, les deux -poignets croiss sur sa poitrine. Sbastien -parle bas son affranchi punique.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Guddne, apporte</div> -<div class="verse">une torche pour clairer</div> -<div class="verse">sa face.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Et cet arbre qu'on prit</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2725</small></span>pour crucifier le Sauveur,</div> -<div class="verse">d'o vint-il? Un aigle, un grand aigle</div> -<div class="verse">le dracina du jardin</div> -<div class="verse">sis l'ore de l'Orient,</div> -<div class="verse">que vit Hnoch fils de Jared.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2730</small></span>Trs haut il monta, de trs haut</div> -<div class="verse">le jeta dans Jrusalem.</div> -<div class="verse">Et par cet arbre…</div> -</div> - -<p class="di">Guddne a arrach l'un des flambeaux -plants dans les poings de la muraille; et, se -rapprochant, il incline tout coup la flamme -sur le front de l'Inspire, qui sursaute d'une -frayeur subite.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Ah, tu reviens,</div> -<div class="verse">Ardrs, Ardrs, avec</div> -<div class="verse">ton brandon terrible! Pourquoi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2735</small></span>reviens-tu? Ne m'as-tu donc pas</div> -<div class="verse">assez profondment brl</div> -<div class="verse">la poitrine, jusqu'au sommet</div> -<div class="verse">du cœur? N'as-tu pas fait la place</div> -<div class="verse">assez profonde pour la sainte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2740</small></span>relique?</div> -</div> - -<p class="di">Sous la rougeur de la flamme, elle recule -perdument, les bras croiss de toute sa force -contre sa gorge. Mais l'Archer, la saisissant -par les poignets, dfait la croix de chair et -d'os.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">O possde, quel nom</div> -<div class="verse">invoques-tu? Quelle est, quelle est</div> -<div class="verse">ta terreur? Je veux que tu parles;</div> -<div class="verse">je veux, je veux que tu me livres</div> -<div class="verse">ton secret.</div> -</div> - -<p class="di">Il la secoue et l'entrane, avec une sauvage -vhmence, se courbant sur la face convulse -qu'claire la torche ardente au poing de -l'affranchi punique. Toute la tourbe, anxieuse -et ivre de mystre, est tendue vers la lutte -sacre.</p> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2745</small></span>Ah, laisse-moi! Lche</div> -<div class="verse">mes poignets! Ne spare pas</div> -<div class="verse">mes bras de ma gorge! C'est toi,</div> -<div class="verse">je le savais, c'est toi, c'est toi</div> -<div class="verse">l'Ange exil. Tu me retrouves.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2750</small></span>Que caches-tu dans ta poitrine?</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Non, tu ne vas pas ressaisir</div> -<div class="verse">ce que tu as scell. Je sens</div> -<div class="verse">le clou travers ta main gauche.</div> -<div class="verse">Ce n'est pas ton heure, Ardrs.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2755</small></span>Je ne suis pas l'Ange exil.</div> -<div class="verse">Regarde-moi. Je suis l'Archer</div> -<div class="verse">de Dieu. Et le Seigneur m'inspire.</div> -<div class="verse">Ce que tu me caches, c'est Lui</div> -<div class="verse">qui me l'envoie. Si tu rsistes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2760</small></span>il faut que je te force.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Il faut</div> -<div class="verse">que tu me tues, que tu me cloues</div> -<div class="verse">contre l'arbre, que tu m'arraches</div> -<div class="verse">le cœur avec la chose sainte.</div> -</div> - -<p class="di">Une angoisse soudaine rompt les coudes au -ravisseur. Il desserre la prise. L'inconnue -croise de nouveau les poignets meurtris.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Christ Seigneur, serait-il vrai?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2765</small></span>O Seigneur Dieu, serait-il vrai?</div> -<div class="verse">Mon me dfaille, mes os</div> -<div class="verse">se disjoignent, mes yeux se voilent.</div> -<div class="verse">Jsus, la force m'abandonne.</div> -<div class="verse">A mon aide!</div> -</div> - -<p class="di">La femme est immobile, la tte renverse -en arrire, le feu de son me entre ses dents. -De nouveau, il la saisit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Ah, tu es brlante</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2770</small></span>comme le fer rougi. Dis-moi,</div> -<div class="verse">crature de Dieu, dis-moi:</div> -<div class="verse">serait-il vrai ce que ces hommes,</div> -<div class="verse">ont cru entendre de ta bouche</div> -<div class="verse">en feu?</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Toute ma honte, toute</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2775</small></span>ma honte se transfigura,</div> -<div class="verse">blanche, en un miracle d'amour.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Rponds! Tu l'as sur toi? Rponds!</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Car ma bouche avait retrouv</div> -<div class="verse">l'ponge aride mais encore</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2780</small></span>toute amre de myrrhe; et cette</div> -<div class="verse">ponge tait encore au bout</div> -<div class="verse">du roseau qui avait frapp</div> -<div class="verse">la tte sainte.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Tu cherchais</div> -<div class="verse">au pied de la Croix…</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">J'tais seule,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2785</small></span>j'tais seule. Ils taient partis,</div> -<div class="verse">tous. Pierre l'avait reni.</div> -<div class="verse">Jacques d'Alphe s'tait cach</div> -<div class="verse">dans la ravine du Cdron;</div> -<div class="verse">Philippe et Matthieu, dans la ville,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2790</small></span>pour sortir la nuit en secret;</div> -<div class="verse">Barthlemi, avec Rakub</div> -<div class="verse">le fils de sa sœur, et Didyme</div> -<div class="verse">s'taient loigns sur un char.</div> -<div class="verse">Andr avait fui par la porte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2795</small></span>du Fumier… J'tais revenue,</div> -<div class="verse">seule. J'avais laiss mourante,</div> -<div class="verse">prs du suaire, Brnice</div> -<div class="verse">la femme gurie de la source</div> -<div class="verse">de sang…</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Le linceul, le linceul!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2800</small></span>Tu vis Joseph d'Arimathie</div> -<div class="verse">et Nicodme envelopper</div> -<div class="verse">le Corps…</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">C'tait du lin d'gypte</div> -<div class="verse">lger comme du bysse.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Ici,</div> -<div class="verse">dans ta poitrine, tu le caches!</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2805</small></span>Laisse-moi, laisse-moi, si tu</div> -<div class="verse">n'es pas l'Ange!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Frres, mes frres,</div> -<div class="verse">je le vois travers la pourpre</div> -<div class="verse">resplendir.</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Mais quelles mains d'homme</div> -<div class="verse">pourraient y toucher?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Seigneur Dieu!</div> -</div> - -<p class="di">Envahi par la terreur sacre, il lche pour -la seconde fois les poignets de la crature -pantelante. Il tremble de tout son corps et -vacille, devant la certitude redoutable. Effraye, -enivre, la tourbe couve de tous ses -yeux l'trange larve de pourpre qui renferme -la rvlation. Au pied des cippes, les gardiennes -des feux teints coutent, se tranant sur les -genoux, de toute la longueur des chanes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2810</small></span>Et tu le portes sur ta chair</div> -<div class="verse">moite de fivre!</div> -</div> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne suis qu'une plaie divine.</div> -<div class="verse">Et Galaad n'a pas de baume</div> -<div class="verse">pour moi qui L'oignis. Ma poitrine</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2815</small></span>est au Seigneur, comme ta paume.</div> - -<div class="verse stanza">J'tais prs du spulcre cave.</div> -<div class="verse">Le Vigilant vint dans la nuit.</div> -<div class="verse">C'tait l'un des Anges esclaves.</div> -<div class="verse">Je ne tremblais pas devant lui.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2820</small></span>Je n'tanchais pas mes pleurs. Toutes</div> -<div class="verse">les eaux du monde taient amres</div> -<div class="verse">de moi. La vie semblait dissoute</div> -<div class="verse">dans les fleuves de mes paupires.</div> -<div class="verse">Les toiles des cieux tremblants</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2825</small></span>venaient s'teindre ma figure.</div> -<div class="verse">Ma douleur tait la ceinture</div> -<div class="verse">du monde, comme l'Ocan.</div> - -<div class="verse stanza">Or les lins gisaient sur le sable.</div> -<div class="verse">Et l'Ange dit: Je te salue,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2830</small></span> Pleureuse. Tu es lue:</div> -<div class="verse">car ta source est inpuisable.</div> -<div class="verse">Pour garder ce qui de Lui reste</div> -<div class="verse">ici, tu es lue. J'atteste</div> -<div class="verse">le Dieu qui m'exile et me lie</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2835</small></span>dans tous les liens de la terre</div> -<div class="verse">pour tous les ges. Sa folie</div> -<div class="verse">le tachait comme une panthre</div> -<div class="verse">aux taches de feu. Mais n'espre</div> -<div class="verse">pas de piti. Contre la roche</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2840</small></span>funbre j'tais accroupie,</div> -<div class="verse">sans parole. Il faut que j'expie</div> -<div class="verse">tes larmes! Il tait tout proche.</div> -<div class="verse">Et le brandon des incendies</div> -<div class="verse">flamboyait trs haut dans son poing.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2845</small></span>Il m'atterra. J'atteste l'Oint</div> -<div class="verse">que tu es impure. Raidie</div> -<div class="verse">de tous mes os, de tous mes nerfs,</div> -<div class="verse">j'attendais et mon chtiment</div> -<div class="verse">et ma gloire. Ses doigts de fer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2850</small></span>dcouvrirent alors ma gorge</div> -<div class="verse">drue, comme les doigts d'un amant</div> -<div class="verse">qui veut, d'un bourreau qui gorge.</div> -<div class="verse">Et j'attendais. O fille d'homme,</div> -<div class="verse">cria-t-il je te mortifie,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2855</small></span>te purifie, te glorifie,</div> -<div class="verse">avec le brandon de Sodome.</div> -<div class="verse">Et le Dchu, qui par la faute</div> -<div class="verse">connaissait la douceur des seins</div> -<div class="verse">ples, me marqua de son seing,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2860</small></span>brlant ma chair jusques aux ctes.</div> - -<div class="verse stanza">Je ne criai ni ne mordis.</div> -<div class="verse">Quand le feu toucha le sommet</div> -<div class="verse">de mon cœur, seul mon cœur bondit</div> -<div class="verse">vers le feu. Muette, immobile,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2865</small></span>respirant l'horrible fumet,</div> -<div class="verse">j'attendais. Et il dit: Jubile;</div> -<div class="verse">car la chose sainte a son lieu.</div> -<div class="verse">Et tu auras le diadme</div> -<div class="verse">royal, la pourpre de Sidon,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2870</small></span>et ta fivre. Il prit le sindon</div> -<div class="verse">vide o Joseph et Nicodme</div> -<div class="verse">avaient pos le Fils de Dieu.</div> -<div class="verse">Il le plia sur ma poitrine.</div> -<div class="verse">Et il dit: Tu le garderas.</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>2875</small></span>Hommes, sous la croix de mes bras,</div> -<div class="verse">je ne suis qu'une plaie divine.</div> -</div> - -<p class="di">Elle se consacre. Elle semble avoir parl -par sa plaie mme, comme par une bouche plus -vive et plus profonde. Encore une fois la -mlodie du saint combat a frapp les fronts, -a perc les cœurs des nophytes. Guddne, -qui derrire la rvlatrice tenait le flambeau -soulev, maintenant le renverse et l'touffe.</p> - -<p class="di">Sbastien grandit dans la prire. Et quand -il s'agenouille, il semble qu'il s'exhausse.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Messagre inconnue, cre</div> -<div class="verse">ou non cre, que tu sois faite</div> -<div class="verse">de tes fivres ou de tes larmes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2880</small></span>que tu portes en toi des forces</div> -<div class="verse">qui te sauvent ou qui te damnent,</div> -<div class="verse">larve de ce qui fut ou songe</div> -<div class="verse">de ce qui jamais ne put tre,</div> -<div class="verse">je ne veux pas te conjurer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2885</small></span>et je ne veux pas te connatre.</div> -<div class="verse">Dans ton mystre je ne vois</div> -<div class="verse">qu'une seule chose, une seule,</div> -<div class="verse">hors de ton souffle et de ta pourpre:</div> -<div class="verse">le sein terrible de la Foi.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2890</small></span>Je te salue. Je me prosterne.</div> -<div class="verse">J'atteste mon Espoir, j'atteste</div> -<div class="verse">l'ternel Amour. Par le sang</div> -<div class="verse">qui teint, par la larme qui lave,</div> -<div class="verse">et par toutes ces mes libres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2895</small></span>et par tous ces hommes esclaves,</div> -<div class="verse"> genoux je te prie. Descelle</div> -<div class="verse">la croix de tes bras et rvle</div> -<div class="verse">les empreintes du Divin Corps.</div> -</div> - -<p class="di">Ici, elle ouvre les bras, admirable.</p> - -<div class="p">LA FILLE MALADE DES FIEVRES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voici ma vie. Voici ma mort.</div> -</div> - -<p class="di">Et de ses doigts elle carte les plis de la -pourpre sur sa poitrine, se couvrant d'une -pleur mortelle.</p> - -<p class="di">Tandis que Sbastien se lve et s'approche, -toute la tourbe, d'un mouvement irrsistible, -entoure les deux personnes sacres. On n'entend -que la pesante haleine de l'angoisse, La -vaste vote est pleine d'ombre. La face du -Soleil et la face de la Lune reluisent sur les -vantaux d'airain. Les sept Voyantes se -tiennent debout, avec toutes leurs chanes -tendues par l'anxit de leurs mes nouvelles. -Et il semble que les assaille la puissance du Roi -annonc par leurs chants et par leurs charmes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i class="small i2">Il monte. Son front est la place</i></div> -<div class="verse"><i class="small i2">de la lumire, qu'Il accrot.</i></div> -<div class="verse"><i class="small i2">Un nouveau Signe est dans l'espace</i></div> -</div> - -<p class="di">La tourbe s'allonge, entre l'une et l'autre -issues, avec un frmissement d'horreur sainte. -Et, comme les chines des esclaves se courbent -et que les genoux des zlateurs se plient, on -aperoit le Saint et l'Inspire dans l'acte de -drouler et d'tendre le long Linceul du Christ. -Eux aussi, ils s'agenouillent, chacun tenant -par les deux mains le bord extrme. Et une -lueur mystique claire tous les fronts penchs; -parce que, des empreintes laisses par les -membres sanglants et par les aromates funraires, -les deux images du Corps divin se -forment peu peu et s'avivent en lignes et en -saillies de lumire. On entend de sourds gmissements, -des sanglots touffs, qui entrecoupent -les paroles alternes, dites par l'me de souffle -plus que par la langue de chair.</p> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2900</small></span>Voyez Son corps ensanglant,</div> -<div class="verse">voyez l'horreur de Son supplice!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez la plaie de Son ct,</div> -<div class="verse">le sang qui coule sur Sa cuisse,</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez les traces des flaux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2905</small></span>arms de plombs sur Son chine.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez sur Son front les grumeaux,</div> -<div class="verse">l o mordirent les pines.</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez Ses cheveux sur Son cou,</div> -<div class="verse">mouills par la sueur sanglante.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2910</small></span>Voyez la blessure du clou</div> -<div class="verse">qui Lui transpera les deux plantes.</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez sur l'paule de l'Oint</div> -<div class="verse">marqu le poids de l'arbre infme.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voyez sur l'œil le coup de poing</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2915</small></span>dont le valet scella son blme.</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hlas, Temple de la sublime</div> -<div class="verse">Tristesse, o la Honte a crach!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hlas, pleurez, pleurez vos crimes!</div> -<div class="verse">Il est meurtri par nos pchs.</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2920</small></span>Dieu, rends-nous pareils ton corps!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dieu, retrempe-nous dans la mort!</div> -</div> - -<div class="p">LA SAINTE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Amour, que je sois assouvie!</div> -<div class="verse">Seigneur Amour, voici ma vie.</div> -</div> - -<p class="di">Elle dfaille, elle se renverse et tombe, dans -un grand soupir.</p> - -<p class="di">Et soudain, la porte tant encore close, -un chant se lve au del du seuil infranchissable. -Ce n'est plus le chant d'Erigone, la -mlodie de la Vierge fille d'Icare qui volait -parmi les toiles du Lion, portant son pi -d'or et ses larmes. C'est le chant ineffable de -la Vierge sans tache, de la Tige de Jess, -de la Mre du Sauveur.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX CŒLESTIS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qui pleure mon Enfant si doux,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2925</small></span>mon Lys fleuri dans la chair pure?</div> -<div class="verse">Il est tout clair sur mes genoux,</div> -<div class="verse">Il est sans tache et sans blessure.</div> -<div class="verse">Voyez. Et dans ma chevelure</div> -<div class="verse">tous les astres louent Sa clart.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2930</small></span>Il claire de Sa figure</div> -<div class="verse">ma tristesse et la nuit d't.</div> -</div> - -<p class="di">On entend, tout coup, tomber les chanes -qui enchanaient aux cippes les sept magiciennes -plantaires. Les vantaux de la porte -d'airain s'entr'ouvrent, laissant chapper une -lumire blouissante. Hassub, Jardane, Ilah -et Phroras montent les degrs aux sept -couleurs et poussent les vastes vantaux qui -sur leurs gonds rsonnent comme une multitude -de cymbales et de sistres. Dans une -lumire blouissante, la Chambre magique -apparat, avec tous ses signes, tous ses cercles, -tous ses orbes, comme le simulacre fabuleux -du nouveau Firmament et de l'antique ther. -Le Zodiaque tourne la rencontre des plantes, -charg d'animaux, de monstres et de -jeunesses. Le Blier aux cornes torses est -accroupi, morose, le mufle vers l'Occident; -et le Taureau, tronqu mi-corps, le front bas, -semble lui tre soud, la faon de ceux -gmins de la Perse. Les Gmeaux imberbes, -le couple fraternel des enfants du Cygne, sont -assis ensemble, les pieds en avant, chausss -de hauts brodequins aux courroies entrelaces; -et Pollux se dtourne du Cancer la -carapace norme, qui dans le marais de Lerne -mordit l'orteil d'Hercule. Le Lion, celui que -l'Alcide touffa entre ses coudes Nme, -s'avance farouche, dans le sens du mouvement -diurne. Le Scorpion, celui qu'Artmis envoya -contre le chasseur fils de Neptune, ouvre ses -serres cruelles vers la Balance qui penche. -Le Sagittaire, dployant son paule d'homme -sa nbride comme une aile, tend son arc grec -et se cabre sur ses jarrets de cheval. Le -Verseau gracieux, semblable l'chanson -Ganymde, se dtourne du Capricorne la -queue trifide et renverse l'urne pleine, du ct -des Poissons.</p> - -<p class="di">Mais ce n'est plus Samas qui conduit les -plantes et domine tous les domaines bleus. -On aperoit dans l'blouissement les pieds -divins de la Vierge mre du Sauveur poss -sur le croissant de la Lune, et les bords toils -de son manteau d'azur.</p> - -<p class="di">On n'entend pas rsonner la lyre heptacorde -des Sphres accompagnant la Voix cleste; -mais on se perd dans l'harmonie des myriades, -dans le chœur infini des rayons. La lumire -est nativit, batitude et musique.</p> - -<p class="di">Ravi par la Voix, comme dans un songe -sans commencement et sans fin, le Saint monte -les degrs, franchit le seuil; et, la tte renverse, -les yeux levs vers le Croissant, s'abme -dans l'extase circulaire.</p> - -<p class="di">Alors Jardane, Hyale et Phœnisse soulvent -le corps inerte de la crature errante -qui garda dans la plaie ingurissable de sa -poitrine la relique du Christ ressuscit: -Atreneste par les paules, Hyale par les pieds, -Phœnisse par la ceinture, la faon des Anges -quand ils transportent dans les airs les dpouilles -des jeunes Martyres. Et elles montent -les sept degrs, avec leur mystique fardeau. -Puis, inclinant leurs mitres qui flamboient, -elles dposent sur le seuil de bronze la Fivreuse -couverte de pourpre et ceinte du bandeau -royal.</p> - - -<p class="gap c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br /> -<span class="small">SANCTAE SINDONIS INVENTIO.</span></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch3"><i class="small">LA TROISIEME MANSION</i><br /> -LE CONCILE<br /> -DES FAUX DIEUX</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p> - - -<p class="small ugap">LE SAINT.</p> - -<p class="small ugap">L'EMPEREUR.</p> - -<p class="small ugap">LES FEMMES DE BYBLOS.</p> - -<p class="small">LES CITHAREDES.</p> - -<p class="small">EURYALE.</p> - -<p class="small">NICANOR.</p> - -<p class="small">LES ORPHIQUES.</p> - -<p class="small drap">LA TOURBE DES PRETRES, DES SACRIFICATEURS, -DES VICTIMAIRES, DES AUGURES, -DES MAGES, DES DEVINS, DES ASTROLOGUES, -DES GRAMMAIRIENS, DES EUNUQUES.</p> - -<p class="small">LES ARCHERS ASIATIQUES.</p> - -<p class="small drap">LES ESCLAVES DE COULEURS DIVERSES</p> - -<p class="small ugap" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</p> - -<p class="small" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em di">On aperoit le vaste laraire -de l'Auguste, -form d'une salle pentagonale -dent une paroi -se creuse comme -une sorte d'abside la -vote lisse profondment -dore.</p> - -<p class="di">Au centre du plafond - lacunars bleus, une ouverture circulaire qui -se ferme au moyen d'un bouclier rond comme -ceux des Curtes, manœuvr par des chanes, -laisse chapper la fume des aromates. Les -autres parois sont revtues de planches d'ivoire -versatiles, qui recouvrent les niches o sont -caches les thogonies sublimes et les conjonctions -ineffables. Dans l'hmicycle, la multitude -multiforme des dieux se dresse comme une -cohorte exsangue en rangs serrs, faite de marbres, -de mtaux, de bois, d'argiles, de pierres -fulgurales, de ptes inconnues. Aux douze -grands dieux de Rome, aux mille petits dieux -latins des demeures, des carrefours, des tuves, -des vergers, des celliers, des champs, des ports, -des navires, et de tous les actes, de tous les -aspects, de tous les instruments de la vie, et -de tous les rites et de tous les mystres de la -mort, des funrailles, de la spulture, se mlent -les dits normes des Ptolmes et des Achmnides, -les Baals ardents de Syrie, les idoles -raides oreilles pointues, bec, museau, les -sphinx, les apis, les cynocphales transports -de la valle du Nil par les Empereurs superstitieux, -les Couples et les Triades farouches venus -d'outre-mer avec les esclaves, les courtisanes, -les marchands et les soldats.</p> - -<p class="di">On dcouvre l'Ephsienne toute noire, -hrisse de mamelles, avec l'clat blanc de -l'mail dans ses orbites, avec des lions sur ses -paules et des abeilles au pied de la gaine -qui lui serre les jambes comme l'corce d'un -tronc enracin. La Grande Mre de l'Ida -couronne de tours est assise, non sur son -char, mais sur le navire qui remmore sa navigation -triomphale la bouche du Tibre. Le -Zeus solaire de Dolich, qu'une tribu de forgerons -cra des tincelles du fer rouge, debout -sur un taureau, arm de la hache double -tranchant, porte l'armure du lgionnaire -romain.</p> - -<p class="di">M, la Bellone cappadocienne, abreuve de -sang dans les gorges du Taurus et sur les bords -de l'Iris, rapporte comme un butin sacr par -Sylla vainqueur de Mithridate, est couverte -de taches rougetres, telle qu'elle apparut en -songe au Dictateur. Isis aux cornes de vache, -en robe de bysse, allaite l'enfant Horus sur ses -genoux rigides; et entre les deux cornes une -plaque ronde en forme de miroir imite la -Lune. Un haut boisseau ombrage la chevelure -massive d'Osiris. Mithra, le Mdiateur, le seul, -le chaste, le saint, que premirement connurent -les trirmes de Pompe en guerre contre -les pirates ciliciens, enfonce le couteau dans -le poumon de la victime abattue.</p> - -<p class="di">Et voil Dusars, venu du fond de l'Arabie; -et Daltis, venu de l'Osrhone au del de l'Euphrate; -et Balmarcods, le Seigneur des -danses, venu de Bryte; et Marnas de Gaza, -le Matre des pluies; et Maoumas, qui souffle -le parfum du printemps oriental dans la fte -nautique sur le rivage d'Ostie.</p> - -<p class="di">Voil Aziz, le dieu fort semblable au -sidral Lucifer fils de l'Aurore; et Malakbel, -le messager du Seigneur; et le Hadad rvr -par Antonin le Pieux; et ce Bl, un dieu de -Babylone, migr Palmyre, qu'Aurlien -emmena Rome avec la reine merveilleuse -pour orner de l'une son triomphe et pour faire -de l'autre le protecteur de ses lgions.</p> - -<p class="di">Voil toutes les dits d'outre-mer, les Agitateurs -et les Consolateurs d'Asie; qui savent la -mort et la rsurrection, les baptmes et les -pnitences, les promesses et les commandements, -et la vie nouvelle et la vie ternelle, -et l'brit de la douleur et la puissance du -sang vers, et les liturgies des semaines saintes - l'quinoxe du printemps. Les esclaves chrtiens -dans leur cœur anxieux reconnaissent -la Colombe eucharistique auprs de l'Astart -infme, et le saint Poisson auprs de l'Atargatis -de Bambyce emporte par des prisonniers -de guerre vendus l'encan.</p> - -<p class="di">Devant la multitude divine, des supports -en bronze soutiennent l'Horoscope de l'Empereur, -figur sur un grand bas-relief reprsentant -une conjonction de plantes dans -le Lion. On y voit l'ordre des luminaires dispos -sur les membres de l'animal, la Lune en -croissant sur le poitrail, et sur le champ les -trois plantes qui doivent leur force leur -chaleur, ainsi nommes: -Πυρόεις -Ἡρακλέους, -Στίλβων -Ἀπόλλωνος, -Φαέθων -Διός. -Le long des -parois lambrisses d'ivoire poli, une tourbe de -prtres, de sacrificateurs, de victimaires, de -mages, de devins, d'astrologues, de grammairiens, -d'eunuques se presse en silence, -les yeux tourns vers le Csar. Il y a des -Galles la tunique blanche borde de rouge, -castrats aux joues fardes, aux cheveux natts, -aux yeux peints. Il y a des Isiaques en robe -de bysse clatante, avec des chaussures en -feuilles de palmier, la tte rase et le haut du -crne plus luisant que les plaques d'ivoire. Il y -en a d'autres vtus de l'tole olympiaque peinte -d'animaux de toutes sortes, avec des griffons -sur les paules et un diadme vgtal en forme -de rayons. Des pastophores soutiennent sur -leurs bras des chapelles sacres; des dadophores -portent des torches; des hymnodes ont la -flte traversire avanant du ct de l'oreille -droite; des ornatrices, charges d'habiller les -statues divines, ont entre leurs mains les ustensiles -de la toilette. Un prtre est charg du -poids des deux autels appels les secours; un -autre soulve un bras gauche la paume ouverte; -un autre, un van d'or plein d'aromates; -un autre, un vase arrondi en forme de mamelle -pour les libations de lait; un autre, l'urne -au long bec et l'anse ample o s'enroule -l'aspic dressant sa tte cailleuse et son cou -gonfl: l'urne inimitable qui contient l'eau -sainte du Nil. Tous ils regardent l'Empereur.</p> - -<p class="di">Derrire le sige du Tout-Puissant, neuf -cithardes grecs et le conducteur Euryale, -debout, attendent le signal, tous en une -seule ligne comme les colonnes doriques d'un -propyle, les plis droits de leurs chitons tant -pareils aux cannelures. Puisque les bras recourbs -des grands heptacordes surmontent les -figures et les guirlandes, chaque musicien -ressemble la tisseuse devant le mtier -vertical o sont tendus les fils de la chane. -Tous ainsi, travers les sept nerfs, ils regardent -l'Empereur.</p> - -<p class="di">Et il y a des Mithriastes, des Adoniastes, -des Orphiques. Il y a beaucoup d'esclaves -syriens, bruns et huils comme les olives -mres pour le pressoir. Il y a des femmes -d'Antioche, de Byblos; des archers de Tyr, -d'Emse, de Damas, de la Msopotamie, de la -Commagne, de l'Iture: l'odeur mme du -sachet de myrrhe chauff entre les mamelles -striles; l'odeur des arbustes roux qui craquent -et fument la lisire du Dsert foul par -le dsespoir de la princesse incestueuse; -l'odeur du Liban ray par les gommes coulantes, -par les larmes de la veuve divine et -par les eaux rouges du sang d'Adonis. Le dsir -de l'aridit lointaine, l'attente obscure d'une -rapparition mystique, le souffle chaud de -l'infatigable Astoreth semblent les troubler. -Et tous, avec des yeux sombres, ils regardent -l'Empereur.</p> - -<p class="di">Le Matre est assis sur le sige insigne, au -trs haut dossier orn de deux Victoires d'or. -Sbastien se tient debout, devant lui, muet.</p> - -<p class="di">Et les grandes acclamations rythmes se -suivent, prononces l'unisson par tous les -assistants.</p> - -<div class="p">TOUTES LES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Csar Auguste, que les dieux</div> -<div class="verse">te conservent!</div> -<div class="verse i4">—Csar Auguste,</div> -<div class="verse">Empereur trs saint, que les dieux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2935</small></span>te gardent ternellement!</div> -<div class="verse">—Que de toutes nos vies les dieux</div> -<div class="verse">augmentent ta vie!</div> -<div class="verse i5">—Bienheureux,</div> -<div class="verse">bienheureux, sois toujours vainqueur,</div> -<div class="verse">sois triomphateur jamais!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2940</small></span>—Tu es le plus grand, le plus fort,</div> -<div class="verse">le plus saint!</div> -<div class="verse i3">—Puissions-nous mirer</div> -<div class="verse">ta face pour notre bonheur</div> -<div class="verse">ternel!</div> -<div class="verse i3">—Puissions-nous entendre</div> -<div class="verse">ta parole pour notre joie</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2945</small></span>sans terme!</div> -<div class="verse i3">—Mais dlivre-nous</div> -<div class="verse">des chrtiens, Csar Auguste!</div> -<div class="verse">—Empereur, mais dlivre-nous</div> -<div class="verse">des chrtiens!</div> -<div class="verse i3">—Trs saint Empereur,</div> -<div class="verse">mais dlivre-nous des chrtiens!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2950</small></span>—Venge nos dieux!</div> -<div class="verse i4">—Venge nos feux!</div> -<div class="verse">—Venge nos temples!</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Salut, beau jeune homme! Salut,</div> -<div class="verse">sagittaire la chevelure</div> -<div class="verse">d'hyacinthe! Je te salue,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2955</small></span>chef de la cohorte d'Emse,</div> -<div class="verse">qu'Apollon aime, en qui le dieu</div> -<div class="verse">Porte-Lumire s'est complu!</div> -<div class="verse">Par mon laurier, Sbastien,</div> -<div class="verse">je t'aime aussi. Je veux, avant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2960</small></span>que tu ne parles, qu'on t'acclame.</div> -<div class="verse">Je veux qu'on t'acclame. Vous tous</div> -<div class="verse"> la louange infatigable,</div> -<div class="verse">criez en rythme: Que les dieux</div> -<div class="verse">justes conservent ta beaut</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2965</small></span>pour l'Empereur, Sbastien!</div> -<div class="verse">Criez en rythme.</div> -</div> - -<div class="p">TOUTES LES VOIX.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Que les dieux</div> -<div class="verse">justes conservent ta beaut</div> -<div class="verse">pour l'Empereur, Sbastien!</div> -</div> - -<p class="di">Ici l'Archer se voile de sa chlamyde.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu te voiles de ta chlamyde!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2970</small></span>Tu te voiles comme la vierge</div> -<div class="verse">qu'on outrage ou celle qu'on va</div> -<div class="verse">gorger. Or je ne veux pas</div> -<div class="verse">t'gorger. Dcouvre ta tte!</div> -</div> - -<p class="di">Ici l'Archer se dcouvre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je veux te couronner, devant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2975</small></span>tous les dieux.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Csar, j'ai dj</div> -<div class="verse">ma couronne.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">On ne la voit pas.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu ne peux pas la voir, Auguste,</div> -<div class="verse">bien que tu aies des yeux de lynx.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et pourquoi?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Parce qu'il faut d'autres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2980</small></span>yeux, arms d'une autre vertu,</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O sont-ils les magiciens</div> -<div class="verse">qui t'aident dans tes artifices</div> -<div class="verse">et qui t'enseignent tes prestiges?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je n'ai d'autre art que la prire.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2985</small></span>Est-il vrai que tu as dans</div> -<div class="verse">sur des charbons ardents?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Csar,</div> -<div class="verse">non: sur une jonche de lys.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quand tu florissais dans ta grce,</div> -<div class="verse">je m'en souviens, tu dansais mieux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2990</small></span>que tout autre entre des pes</div> -<div class="verse">nues. Parfois on lanait des flches</div> -<div class="verse">sous tes pieds bondissants. Aucune</div> -<div class="verse">ne t'atteignit.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Je ne crains pas</div> -<div class="verse">le fer.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Tu tais le Seigneur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>2995</small></span>des danses venu de Bryte</div> -<div class="verse">marine!</div> -</div> - -<p class="di">Il le contemple, et il songe.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Est-il vrai qu'au solstice</div> -<div class="verse">tu as bless le ciel?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Le ciel</div> -<div class="verse">m'a bless.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Femmes de Byblos,</div> -<div class="verse">Mais fut-ce au solstice d't,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3000</small></span>ou l'quinoxe d'automne,</div> -<div class="verse">que le dur sanglier blessa</div> -<div class="verse">Adonis? Ne ressemble-t-il</div> -<div class="verse">pas, cet archer, votre jeune</div> -<div class="verse">dieu, femmes?</div> -</div> - -<p class="di">Les Syriennes rpondent ensemble, d'une -voix douce et voile.</p> - -<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Il est beau, Csar.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3005</small></span>Je ne crois pas, je ne veux pas</div> -<div class="verse">croire aux dlits dont on t'accuse,</div> -<div class="verse">chef de ma cohorte lgre.</div> -<div class="verse">Tu es trop beau. Et il est juste</div> -<div class="verse">qu'on te couronne, devant tous</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3010</small></span>les dieux. Je ne veux pas savoir</div> -<div class="verse">si tu fais des rves. Je t'aime.</div> -<div class="verse">Tu m'es cher. Dis: ne t'ai-je pas</div> -<div class="verse">combl d'honneurs, de bnfices,</div> -<div class="verse">d'ornements, d'heures glorieuses</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3015</small></span>et de belles armes? Tu mnes</div> -<div class="verse">mes archers d'Emse, plus sveltes</div> -<div class="verse">et plus dors que ceux qui vinrent</div> -<div class="verse">avec Elagabale aux cils</div> -<div class="verse">peints, suivant le char de la Pierre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3020</small></span>noire tran par les panthres</div> -<div class="verse">odorifrantes. Ils sont</div> -<div class="verse">les sagittaires du Soleil,</div> -<div class="verse">qui est le seigneur de l'Empire.</div> -<div class="verse">Comme nerfs leurs arcs, ils ont</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3025</small></span>des cordes de cithare; ils portent</div> -<div class="verse">des rayons dans leurs longs carquois.</div> -<div class="verse">Tu les mnes. Je t'ai donn</div> -<div class="verse">mes plus belles Aigles. Je t'ai</div> -<div class="verse">envoy tuer des Barbares</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3030</small></span>sur le Danube. Tu as eu</div> -<div class="verse">des combats et des jeux. Toujours</div> -<div class="verse">j'ai tourn vers toi le plus clair</div> -<div class="verse">de mes visages.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Oui, tu m'as t libral,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3035</small></span>seigneur.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Je ne veux pas savoir</div> -<div class="verse">si tu fais des rves tranges</div> -<div class="verse">autour d'un roi de Saturnales,</div> -<div class="verse">d'un esclave en tunique rouge,</div> -<div class="verse">monarque d'un jour, qu'on immole</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3040</small></span>sur l'autel de Saturne. Si</div> -<div class="verse">je te nomme l'Enfant aux rves,</div> -<div class="verse">ce n'est pas pour t'gorger.</div> -</div> - -<p class="di">Ici il quitte son sige; il marche vers le -Jeune Homme; il le touche de sa main -l'paule.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i7">Vois.</div> -<div class="verse">J'ai l tous mes dieux.</div> -</div> - -<p class="di">Il pousse un peu le Jeune Homme, le force -se retourner vers l'abside et regarder la multitude -des idoles.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Vois. Regarde.</div> -<div class="verse">Dans tous les marbres, les mtaux,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3045</small></span>les bois, les argiles, les verres,</div> -<div class="verse">et dans les pierres fulgurales</div> -<div class="verse">qui sont les messages des nues,</div> -<div class="verse">et dans les ptes inconnues</div> -<div class="verse">semblables aux ambres, aux nacres,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3050</small></span>aux labyrinthes les plus vains</div> -<div class="verse">de la mer, j'ai les simulacres</div> -<div class="verse">de tous les dieux; car le Divin,</div> -<div class="verse">s'il rompt les peuples et les damne</div> -<div class="verse">au carnage, au ban, l'encan,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3055</small></span>s'il ceint les rois de son carcan,</div> -<div class="verse">Antipater ou Epiphane,</div> -<div class="verse">s'il pille les temples, profane</div> -<div class="verse">les vases, dfonce les vans,</div> -<div class="verse">il redresse les Immortels</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3060</small></span>d'entre les colonnes brises,</div> -<div class="verse">allumant de nouveaux autels</div> -<div class="verse">au feu des villes embrases.</div> -</div> - -<p class="di">Il presse encore de sa main puissante -l'paule du Jeune Homme.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vois. Regarde la multitude</div> -<div class="verse">des Formes, la fort des Forces,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3065</small></span>Choisis. Il y en a de rudes</div> -<div class="verse">comme les souches, les corces,</div> -<div class="verse">les racines. Il y en a</div> -<div class="verse">de flexibles comme les feuilles,</div> -<div class="verse">les fleurs, les tiges; car les fleurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3070</small></span>les plus belles sont nes de leurs</div> -<div class="verse">joies, de leurs tristesses, de leurs</div> -<div class="verse">vengeances. Et Cor les cueille</div> -<div class="verse">toujours dans la plaine d'Enna.</div> -<div class="verse">Tu peux choisir pour ton offrande</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3075</small></span>un dieu farouche, une desse</div> -<div class="verse">molle, du sang, du miel. Qu'on tresse</div> -<div class="verse">d'anmone et de laurier-rose,</div> -<div class="verse">sans bandelettes, deux guirlandes.</div> -<div class="verse">Je veux ceindre l'Enfant morose</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3080</small></span>et me ceindre avec lui.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Csar,</div> -<div class="verse">sache que j'ai choisi mon dieu.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le Soleil? Et je te ferai</div> -<div class="verse">pontife du Soleil, au temple</div> -<div class="verse">du Quirinal. J'ajouterai</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3085</small></span>d'autres dpouilles aux dpouilles</div> -<div class="verse">de Palmyre.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Celui, celui</div> -<div class="verse">que tu nommes l'esclave rouge,</div> -<div class="verse">le monarque d'un jour, le roi</div> -<div class="verse">sanglant, je l'ai choisi de toute</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3090</small></span>mon me, au del de mon me.</div> -</div> - -<p class="di">La colre de l'Auguste, mle de raillerie, est -stridente comme un feu sous la grle.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il veut du sang, il veut du sang,</div> -<div class="verse">cet phbe ple, du sang,</div> -<div class="verse">des souffrances et des tnbres!</div> -<div class="verse">Nous en avons, nous en avons.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3095</small></span>J'ai des dieux qu'on remplit de sang</div> -<div class="verse">noir jusqu' la couronne, comme</div> -<div class="verse">on remplit de vin les amphores</div> -<div class="verse">jusqu'au bord. Sur le Palatin</div> -<div class="verse">et ici, j'ai des Phrygiens</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3100</small></span>qui ululent, qui se flagellent</div> -<div class="verse">avec des lanires armes</div> -<div class="verse">de plombs, qui s'entaillent les bras</div> -<div class="verse"> grands coups de glaive et de hache,</div> -<div class="verse">qui s'virent avec des pierres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3105</small></span>tranchantes, et mme qui boivent</div> -<div class="verse">la liqueur chaude longuement.</div> -<div class="verse">En veux-tu? Qu'on l'initie donc</div> -<div class="verse">au taurobole! Qu'on le couche</div> -<div class="verse">dans la fosse, sous le plancher</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3110</small></span> mille fentes; qu'on gorge</div> -<div class="verse">au-dessus de lui le taureau;</div> -<div class="verse">et qu'il reoive la rose</div> -<div class="verse">vermeille, jusqu' la dernire</div> -<div class="verse">goutte, sur tout son corps impur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3115</small></span>comme le myste de Cyble.</div> -<div class="verse">Et tu seras rassasi!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Rassasie de cette souillure</div> -<div class="verse">tous ces prtres aux tambourins.</div> -<div class="verse">Fais-les crier comme Thyades</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3120</small></span>qui bondissent sur les collines</div> -<div class="verse">dchirant leurs propres enfants!</div> -<div class="verse">Je ne veux pas de ton btail</div> -<div class="verse">ni de tes bouchers, Empereur.</div> -<div class="verse">Sur mon corps impur j'ai reu</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3125</small></span>un autre baptme: un baptme</div> -<div class="verse">de rayons.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Le dieu rayonnant</div> -<div class="verse">est un seul: Apollon Soleil!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il est teint comme un tison</div> -<div class="verse">qu'on a plong dans l'eau lustrale.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3130</small></span>Seul le Christ rayonne, l'Unique!</div> -<div class="verse">Il rgit dans sa main la force</div> -<div class="verse">du ciel creux, comme le marin</div> -<div class="verse">serre l'coute de la voile.</div> -<div class="verse">Entre vous et le jour, Il est.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3135</small></span>Entre vous et le soleil mort,</div> -<div class="verse">Il est, Unique.</div> -</div> - -<p class="di">Dans l'emportement de la fureur, l'Auguste -se tourne vers les joueurs de lyre, invoque -le coryphe, dominant de son tonnerre le -tumulte des prtres.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Cithares, cithares, cithares,</div> -<div class="verse">faites la lumire, aveuglez</div> -<div class="verse">l'impie! Euryale, Euryale,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3140</small></span>entonne l'hymne!</div> -</div> - -<p class="di">Il marche vers son sige; et il se rassied, -dans l'attitude de l'Olympien, dont il a joint le -nom son nom.</p> - -<div class="p">LES CITHAREDES.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Paian, Lyre-d'or, Arc-d'argent,</div> -<div class="verse">Seigneur de Dlos et de Sminthe,</div> -<div class="verse">beau Roi chevelu de lumire,</div> -<div class="verse"> Apollon…</div> -</div> - -<p class="di">Telle une bande de lumire soudaine vibre - travers les tiges des bls et transmue en or -glorieux leur scheresse, tel le premier rayonnement -de l'Ode semble parcourir la longue -ordonnance des cithares et enflammer d'un -mme clair toutes les cordes.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3145</small></span>Cessez!</div> -</div> - -<p class="di">D'un signe, il a interrompu les chanteurs -qui renversaient la tte pour invoquer le -nom du prophte delphien.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Cessez, cithardes</div> -<div class="verse">d'un dmon qui n'a plus de char,</div> -<div class="verse">ni plus de traits, ni plus de nerfs</div> -<div class="verse"> la lyre et l'arc, ni plus</div> -<div class="verse">de diadme sur la honte</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3150</small></span>de son front. Silence! Silence!</div> -</div> - -<p class="di">Une sorte d'annonciation mlodieuse, lgre -comme un murmure d'abeilles, semble se -rpandre dans le pentagone d'ivoire. L'Empereur -assis, appuy sur le coude, regarde le -Jeune Homme, assemblant la stupeur et la -fureur entre ses sourcils froncs.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O vous qui me voyez inerme,</div> -<div class="verse">je suis l'Archer certain du but.</div> -<div class="verse">Je suis l'esclave de l'Amour.</div> -<div class="verse">Je suis le Matre de la Mort.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3155</small></span>J'ai, d'un signe, touff le chant</div> -<div class="verse">dans votre gorge et engourdi</div> -<div class="verse">vos doigts. coutez l'autre lyre!</div> -<div class="verse">Je vous adjure, au nom du Christ,</div> -<div class="verse">par l'ombre de la Croix sanglante,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3160</small></span>par cette ombre qui vous recouvre.</div> -<div class="verse">Vous en avez dj la bouche</div> -<div class="verse">pleine jusqu'aux poumons, chanteurs,</div> -<div class="verse">vous qui vous haussiez sur l'orteil</div> -<div class="verse">pour mcher la lumire d'or.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3165</small></span>Broyez cette ombre.</div> -</div> - -<p class="di">L'Empereur bondit.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">gorgez-le!</div> -</div> - -<p class="di">Des sacrificateurs s'lancent comme des -bourreaux.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Non. Je veux rire.</div> -<div class="verse">Je cherche des faons nouvelles.</div> -<div class="verse">J'invente des modes nouveaux.</div> -<div class="verse">Le long du palus pestilent</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3170</small></span>o chantent les grenouilles noires,</div> -<div class="verse">ce soir mme, tu vas rejoindre</div> -<div class="verse">ton Gurisseur de Galile.</div> -</div> - -<p class="di">Il rit; puis il s'emporte.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mais ne regarde pas ton matre!</div> -<div class="verse">Tu es l'esclave des esclaves.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3175</small></span>Cache tes yeux peints de nuit bleue.</div> -<div class="verse">Voile du pan de ta chlamyde</div> -<div class="verse">ta pleur phrygienne.</div> -</div> - -<p class="di">Le Saint fait l'acte de s'envelopper le visage, -comme dans le rite de la conscration.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i7">Non.</div> -<div class="verse">Donnez-lui, sacrificateurs,</div> -<div class="verse">une robe blanche, entourez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3180</small></span>de verveine et de bandelettes</div> -<div class="verse">sa chevelure de joueuse</div> -<div class="verse">de flte; et qu'il ait pour compagne</div> -<div class="verse">au sacrifice une colombe</div> -<div class="verse">d'Amathonte.</div> -</div> - -<p class="di">Les ordres du Matre et les mouvements des -excuteurs sont comme les clairs et les foudres. -Personne n'hsite ni ne rflchit. La main souveraine -semble les saisir comme des armes ou des -outils, prts frapper ou besogner. Le monosyllabe -les arrte, les fige.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Non. Des couronnes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3185</small></span>des couronnes et des colliers,</div> -<div class="verse">des couronnes rouges, de lourds</div> -<div class="verse">colliers, des torques de Gaulois,</div> -<div class="verse">des anneaux de soldats sabins,</div> -<div class="verse">les boisseaux d'Annibal remplis</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3190</small></span>de bagues sanglantes, sans nombre,</div> -<div class="verse">sans nombre, pour l'ensevelir</div> -<div class="verse">vivant sous les fleurs et les ors,</div> -<div class="verse">comme Brennus fit de la vierge</div> -<div class="verse">d'Ephse, comme ces vainqueurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3195</small></span>de Naxos firent de la vierge</div> -<div class="verse">Polychrite aprs le carnage</div> -<div class="verse">nocturne.</div> -</div> - -<p class="di">Il attnue son emphase menaante dans la -similitude ingnieuse; et il regarde de ct -ses rhteurs et ses grammairiens, qui arrondissent -la bouche et soulvent les bras pour -tmoigner l'rudit leur merveillement -unanime. Il sourit, se rassied et contemple le -hros imberbe, avec un trange feu dans ses -prunelles aigus.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Mais comme il est beau!</div> -<div class="verse">Il est trop beau. Je veux qu'il chante,</div> -<div class="verse">qu'il chante son extrme chant,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3200</small></span>tel le cygne hyperboren,</div> -<div class="verse">s'il a bris l'essor de l'hymne</div> -<div class="verse"> la syllabe la plus sainte.</div> -<div class="verse">O Euryale, porte-lui</div> -<div class="verse">la plus vaste de mes cithares,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3205</small></span>pour qu'aprs tu puisses clouer</div> -<div class="verse">contre les deux cornes sonores</div> -<div class="verse">le sacrilge ivre de myrrhe.</div> -<div class="verse">C'est ce que je veux. Obis.</div> -<div class="verse">Que la cithare dlienne</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3210</small></span>soit le gibet de cet phbe.</div> -<div class="verse">Car il est beau.</div> -</div> - -<p class="di">Le conducteur du chœur s'avance, soutenant -par la caisse une grande cithare chryslphantine, -belle et solennelle comme les simulacres -gards dans les Trsors des temples. -Sept gemmes de couleurs diverses sont enchsses, -comme dans des chatons, dans les sept -attaches des cordes sur la branche transversale -en forme de joug; et une pure bandelette -est attache au ct droit, comme la tempe -d'une Muse vivante. Elle propage, dans son -parcours, des ondes nombreuses. Tel le cygne -fluvial, de sa poitrine gonfle par le mme -souffle qui ouvre en corolle ses ailes, meut l'eau -qui tout autour s'harmonise.</p> - -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit usque ad finem.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je suis mon sacrificateur.</div> -<div class="verse">Je vous le dis.</div> -</div> - -<p class="di">Il prend la cithare, il l'appuie sur sa hanche -gauche; et, la tenant par l'une des cornes -comme une victime, il la mutile avec le petit -couteau des Agapes, qu'il avait cach dans les -plis de son vtement. On entend gmir les -cordes coupes. Des imprcations, des implorations, -des invocations surgissent de la -tourbe fluctuante. L'Empereur reste assis, -le torse tendu en avant, le regard fixe, dans une -sorte de ravissement farouche, transport par -son me avide de prodiges et de songes.</p> - -<div class="p">LES ORPHIQUES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Orphe! Orphe! Fils d'Apollon!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3215</small></span>—Fils de Calliope, tu vois:</div> -<div class="verse">avec le couteau de l'Agape</div> -<div class="verse">il vient de trancher les sept cordes!</div> -<div class="verse">—Par les larmes des sept Pliades,</div> -<div class="verse">tuez l'impie!</div> -</div> - -<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3220</small></span>—Tronquez son chef!</div> -<div class="verse i4">—De l'Hbre au Tibre!</div> -<div class="verse">—Donnez le supplice de Thrace</div> -<div class="verse"> l'impie!</div> -<div class="verse i3">—Liez par les tresses</div> -<div class="verse">de ses cheveux son chef exsangue</div> -<div class="verse">au joug de la Lyre! Mettez</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3225</small></span>son tronc en lambeaux!</div> -<div class="verse i5">—Jetez-le</div> -<div class="verse">au Tibre!</div> -<div class="verse i2">—Au Tibre!</div> -<div class="verse i4">—A la Cloaque!</div> -<div class="verse">—A la Cloaque!</div> -</div> - -<div class="p">LES ORPHIQUES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Orphe, Orphe, approche, inspire</div> -<div class="verse">ceux qui enseignent tes mystres,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3230</small></span>fils d'Apollon!</div> -</div> - -<p class="di">Dans le laraire l'ombre devient effrayante. -Des flamines jettent des poignes d'aromates -sur la braise des autels. Les lueurs se refltent -dans la vote dore, sur la multitude divine. -On voit briller les plaques, les disques, les -croissants, tous les emblmes, et les regards -inflexibles des yeux d'mail. Des esclaves -ont apport des corbeilles remplies de couronnes -et des boisseaux remplis de colliers. La cithare -mutile est tendue sur les dalles, au pied du -Jeune Homme intrpide.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Csar, coute l'autre lyre.</div> -<div class="verse">Je ne chanterai pas mon hymne.</div> -<div class="verse">Ah, j'ai trop d'amour sur mes lvres</div> -<div class="verse">pour chanter; et mon cœur m'trangle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3235</small></span>jusqu' ce que je ne l'entende</div> -<div class="verse">plus. Qu'il t'en souvienne, Csar!</div> -<div class="verse">Mais de la hampe de mon dard</div> -<div class="verse">les Messagers du nouveau dieu</div> -<div class="verse">ont fait leurs plectres invincibles.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3240</small></span>coute, coute. La fort</div> -<div class="verse">de mtal, de cdre et de pierre,</div> -<div class="verse">la fort drue de tes idoles,</div> -<div class="verse">va se courber, va s'crouler</div> -<div class="verse">sous le vent de la mlodie.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3245</small></span>Csar, Csar aux yeux de lynx,</div> -<div class="verse">je danserai, je danserai,</div> -<div class="verse">si je suis le Seigneur des danses</div> -<div class="verse">venu de Bryte marine</div> -<div class="verse">avec tes cargaisons d'pices,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3250</small></span>avec ta pourpre, avec ton bysse,</div> -<div class="verse">avec tes parfums et tes vins.</div> -<div class="verse">Pour tes mages et tes devins</div> -<div class="verse">je danserai la Passion</div> -<div class="verse">de ce Jeune Homme asiatique,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3255</small></span>de ce Prince supplici:</div> -<div class="verse">car la feuille de ton laurier</div> -<div class="verse">est comme le fer de la lance</div> -<div class="verse">qui lui pera le flanc anxieux.</div> -<div class="verse">De la profondeur de tes yeux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3260</small></span>regarde. coute, et puis regarde.</div> -<div class="verse">Ne tremble pas.</div> -</div> - -<p class="di">Il recouvre de sa chlamyde la cithare mutile. -L'Empereur semble s'enivrer de chacun -de ses gestes. Il se tend vers l'imberbe, il lui -parle d'une voix soumise et ardente.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sois un dieu. Je te ferai dieu.</div> -<div class="verse">Tu auras des statues, des temples.</div> -<div class="verse">Je t'aimerai.</div> -</div> - -<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3265</small></span>—Il apprte l'enchantement.</div> -<div class="verse">—Il compose un charme lugubre.</div> -<div class="verse">Il est beau, cependant, Csar.</div> -<div class="verse">—Csar, plus la victime est belle,</div> -<div class="verse">plus elle est agrable aux dieux.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3270</small></span>—Jetez la torche entre ses pieds.</div> -<div class="verse">—Scellez sa bouche avec le feu.</div> -<div class="verse">—Il a dans le creux de ses paumes</div> -<div class="verse">la terre qui comble les tombes</div> -<div class="verse">et les larmes de l'oliban.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3275</small></span>—Seigneur des danses!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Csar, regarde. Et souviens-toi</div> -<div class="verse">de l'toile qui fut cloue</div> -<div class="verse">au cœur vivant du Ciel, en gage</div> -<div class="verse">de la parole radieuse</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3280</small></span>parle par la bouche de l'Oint.</div> -<div class="verse">Tu la sauras.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Dis la parole. Sois ce dieu.</div> -<div class="verse">Je veux appeler de ton nom</div> -<div class="verse">la plus lointaine des toiles,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3285</small></span>ou la plus proche.</div> -</div> - -<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Comme il est beau! Comme il est beau!</div> -<div class="verse">—Ses boucles sur son front ttu</div> -<div class="verse">sont les grappes de la douleur.</div> -<div class="verse">—Son regard est comme l'effluve</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3290</small></span>du sommeil, la nue du benjoin.</div> -<div class="verse">—Il sort du lit lysen</div> -<div class="verse">avec des pavots dans ses mains.</div> -<div class="verse">—Tu es beau, tu es beau, Seigneur,</div> -<div class="verse">semblable l'anmone en fleur,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3295</small></span>pareil l'Archer du Liban.</div> -<div class="verse">—Seigneur des danses!</div> -</div> - -<p class="di">Par ses pas, ses gestes, ses attitudes, les -aspects de sa face douloureuse, l'angoisse -de ses paroles touffes, le Confesseur exprime -le haut drame du Fils de l'homme autour de -la chlamyde tendue, comme autour d'une -dpouille sanglante.</p> - -<p class="di">Par intervalles, les esprits de la musique le -surmontent et le ploient comme le fleuve -ploie le roseau et le saule. Il reste ainsi, courb -ou renvers, immobile comme un enfant de -Niob, tandis que la mlodie seule atteint -les sommets indicibles. Ensuite, il se redresse et -se transfigure. Il est plus ple que les marbres -et les ivoires, plus resplendissant que la lune -sur le front d'Isis. Le mtal de sa voix est -transmu par la flamme du cœur profond.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Avez-vous vu celui que j'aime?</div> -<div class="verse">L'avez-vous vu?</div> -</div> - -<p class="di">Un frisson merveilleux court dans toutes -les chairs humaines. Les prtres, les mages, -les musiciens, les archers, les esclaves ne sont -qu'un seul regard allum la cime d'une seule -attente. Et les femmes, moites de malaise, -la gorge aride, semblent dfaillir.</p> - -<p class="di">Tout coup, un grand silence plane sur -l'ardeur de la vie. Celui qui apporte le tmoignage -des choses caches est seul, sous l'espce -de l'ternel. Sa voix est celle mme de -l'agonie sublime.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il dit alors: Mon me est triste</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3300</small></span>jusqu' la mort. Restez ici</div> -<div class="verse">et veillez. Et il se prosterne</div> -<div class="verse">et dit dans sa prire: carte</div> -<div class="verse">cette coupe de moi, Seigneur.</div> -<div class="verse">Toutefois, non comme je veux</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3305</small></span>mais comme tu veux. Sa sueur</div> -<div class="verse">tombe comme gouttes de sang,</div> -<div class="verse">trempe la terre.</div> -</div> - -<p class="di">La sueur mortelle et le sang noir et les sursauts -du supplice et les battements du flanc -transperc et le profond soupir, et les larmes -de l'inconsolable amour, et le corps embaum -dans le linceul, et toutes les tnbres: ces -choses, il les contient, semblable au grain que -verse le Van mystique, o tout est contenu. -Or le souffle lugubre semble venir de loin, de -la lointaine Asie dessche, des ctes de la -Phnicie, des gorges du Liban, des confins -de l'Euphrate, des oasis du Dsert. Les femmes -syriennes tressaillent comme par la prsence -de leur dieu androgyne.</p> - -<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ah! Tu pleures le Bien-Aim!</div> -<div class="verse">Tu pleures l'Archer du Liban.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3310</small></span>O sœurs! O frres!</div> -</div> - -<p class="di">Elles revoient le fleuve rougi par le sang du -chasseur divin, et les catafalques funraires -dresss aux abords des Temples, et l'image -du dieu mort envelopp dans les baumes et -les linges, et le cercueil orn d'anmones et de -roses; et les cheveux pars, les ceintures dnoues, -les robes dchires, les larmes verses -sur le seuil des portes ou le long des murailles -saintes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hlas! Tu pleures Adonis!</div> -<div class="verse">O sœurs! O frres!</div> -</div> - -<p class="di">Et les autres femmes s'meuvent; et -toutes les veines de la mme race palpitent; -et les bras se tendent, et les bouches se gonflent, -et le Chœur se forme et gmit.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hlas! Tu pleures Adonis!</div> -<div class="verse">Il se meurt, le bel Adonis!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3315</small></span>Il est mort, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">Femmes, pleurez!</div> - -<div class="verse stanza">Voyez le bel Adolescent</div> -<div class="verse">couch dans la pourpre du sang.</div> -<div class="verse">Donnez les baumes et l'encens,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3320</small></span>femmes! Pleurez!</div> - -<div class="verse stanza">Voyez le sang couler de l'aine,</div> -<div class="verse">le sang noir sur la cuisse blme.</div> -<div class="verse">Mlez l'huile syrienne</div> -<div class="verse">vos pleurs! Pleurez!</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3325</small></span>Pleurez, femmes de Syrie,</div> -<div class="verse">criez: Hlas, ma Seigneurie!</div> -<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries.</div> -<div class="verse">Criez, pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">Le Chœur s'teint. Et une voix solitaire -semble surgir d'une profondeur infinie, ayant -travers toute la masse de la souffrance comme -le souffle traverse le poumon.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je souffre gmit-il. coute!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3330</small></span>Je souffre. Qu'ai-je fait? Je souffre</div> -<div class="verse">et je saigne. Le monde est rouge</div> -<div class="verse">de mon tourment.</div> - -<div class="verse stanza">Ah, qu'ai-je fait? Qui m'a frapp?</div> -<div class="verse">J'expire, je meurs. O Beaut,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3335</small></span>je meurs mais pour renatre imp-</div> -<div class="verse">rissablement.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il se meurt, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">Il est mort, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">Vierges, pleurez Adonis!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3340</small></span>Garons, pleurez!</div> - -<div class="verse stanza">Et vous, et vous, dans les couronnes</div> -<div class="verse">rougissez de deuil, anmones!</div> -<div class="verse">L'poux descend Persphone.</div> -<div class="verse">Eros, pleurez!</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3345</small></span>Il descend vers les Noires Portes.</div> -<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div> -<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div> -<div class="verse">Eros! Pleurez!</div> - -<div class="verse stanza">Pleurez, femmes de Syrie!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3350</small></span>Il va dans la ple Prairie.</div> -<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries,</div> -<div class="verse">hlas! Pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">Le Chœur s'teint. L'Archer est haletant, -perdu. Il secoue sa chevelure, comme pour -en faire tomber les anmones vnneuses. -D'une voix trouble qui passe travers toute -sa chair, il augmente sa propre frayeur.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quel est ce jeune homme tout blanc</div> -<div class="verse">assis a l'entre du spulcre?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3355</small></span>Vous cherchez le crucifi.</div> -<div class="verse">Et pourquoi cherchez-vous parmi</div> -<div class="verse">les morts celui qui est vivant?</div> -<div class="verse">Or Il est l, debout. Il dit!</div> -<div class="verse">Ne pleurez plus.</div> -</div> - -<p class="di">Il est l, debout, lui-mme. Il est le Ressuscit -de la tombe rupestre. Descend-il du -Golgotha? descend-il du Liban? Il est beau -comme un dieu est beau. Une chaude et -fauve lueur l'enveloppe, comme si un nuage -en feu tait venu de l'occident se mirer dans -le bouclier soulev qui laisse fuir par le soupirail -la fume des aromates.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">VOX SOLA.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3360</small></span>Cessez, pleureuses! Le monde</div> -<div class="verse">est lumire, tel qu'il l'annonce.</div> -<div class="verse">Il renat dieu, vierge et jeune homme,</div> -<div class="verse">le Florissant!</div> - -<div class="verse stanza">Il est debout, le Dsirable.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3365</small></span>Ses mains sont pleines de semences.</div> -<div class="verse">Il va ramener dans ses danses</div> -<div class="verse">chastes l'Absent.</div> - -<div class="verse stanza">Il renat, il se renouvelle,</div> -<div class="verse">frre des Saisons jumelles,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3370</small></span>debout! La mort est immortelle,</div> -<div class="verse">dieu, par ton sang.</div> -</div> - -<div class="p">LES FEMMES DE BYBLOS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le dieu! Le dieu! Voil le dieu!</div> -<div class="verse">Il est debout.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il est un dieu, il est un dieu!</div> -</div> - -<p class="di">Il bondit, ivre de prodige, de songe et de -cration. Ce cri fulgurant, jailli de sa poitrine -oppresse, couvre toutes les voix, les teint. -Il s'approche de l'Etre mystrieux. Il lui parle -dans le silence que les profondes haleines font -pareil au silence des rivages. Maintenant il -semble que la multitude exsangue des idoles -soit plus vivante que la tourbe des humains.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3375</small></span>Tu es un dieu. Je te fais dieu,</div> -<div class="verse">moi, le Matre de l'Univers,</div> -<div class="verse">qui ai joint mon nom le nom</div> -<div class="verse">du Tonnant. Moi, je te fais dieu.</div> -<div class="verse">Tout est licite l'Empereur.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3380</small></span>Hadrien a difi</div> -<div class="verse">le Jeune Homme de Bithynie</div> -<div class="verse"> la bouche mlancolique.</div> -<div class="verse">Je veux te consacrer un temple</div> -<div class="verse">un temple sur le Viminal,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3385</small></span>avec des trsors et des prtres.</div> -<div class="verse">Tu auras des autels toujours</div> -<div class="verse">fumants, des offrandes opimes</div> -<div class="verse">des louanges harmonieuses;</div> -<div class="verse">et on parfumera de rose</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3390</small></span>le marbre de tes simulacres</div> -<div class="verse">comme Dlos.</div> -</div> - -<p class="di">Le Jeune Homme est bloui, vacillant, perdu -dans une immense lumire vertigineuse comme -la lumire du Dsert embras o vibre le -crissement des sauterelles. A-t-il, lui aussi, -jen pendant quarante jours et quarante -nuits? Il parle comme en songe, comme dans -le dlire de la faim.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je souffre, je souffre. Les cieux</div> -<div class="verse">s'vanouissent. Une main</div> -<div class="verse">m'a pris par les cheveux. Quelqu'un</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3395</small></span>a cri: Bni soit le Roi</div> -<div class="verse">qui vient au nom d'Adona!</div> -<div class="verse">Adona! Adona!</div> -<div class="verse">Ai-je entendu?</div> -</div> - -<p class="di">Les btes sauvages se sont enfuies dans -les sables, les Anges se sont vanouis dans le -soleil. Le Tentateur se rapproche.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu vas, cette nuit, apparatre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3400</small></span>aux yeux du peuple, dans les rues</div> -<div class="verse">arroses de safran punique,</div> -<div class="verse">parmi la clameur des cohortes,</div> -<div class="verse">au milieu de torches nombreuses</div> -<div class="verse">comme mes dsirs, sur un char</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3405</small></span>tran par des lphants blancs,</div> -<div class="verse">si haut qu'on abattra les Arcs</div> -<div class="verse">de Triomphe sur ton passage,</div> -<div class="verse">on ouvrira dans les murailles</div> -<div class="verse">des brches pour que tu n'inclines</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3410</small></span>point ta tiare.</div> -</div> - -<p class="di">Le Jeune Homme parle comme en songe, -comme dans le dlire de la soif.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Quelle splendeur sort de mes os?</div> -<div class="verse">Suis-je lumire? Qui me voit,</div> -<div class="verse">voit celui qui m'a envoy.</div> -<div class="verse">L'a-t-Il dit? Je souffre, je souffre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3415</small></span>Tu es mon fils, le Bien-Aim.</div> -<div class="verse">En toi je prends plaisir. Peut-tre,</div> -<div class="verse">nous sommes un. Tout s'obscurcit.</div> -<div class="verse">Les cieux s'vanouissent. Suis-je</div> -<div class="verse">au fate du Temple? au sommet</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3420</small></span>du Mont, avec le Tentateur?</div> -<div class="verse">Si tu es le fils d'Elohim,</div> -<div class="verse">jette-toi en bas. O vertige!</div> -<div class="verse">Il m'a saisi par les cheveux.</div> -<div class="verse">Maintenant mon me est trouble;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3425</small></span>et que dirai-je, que dirai-je?</div> -<div class="verse">Ma vie s'vanouit. Les Anges</div> -<div class="verse">sont loin, loin. J'entends d'autres voix.</div> -<div class="verse">Je te donnerai tout cela,</div> -<div class="verse">si tu m'adores.</div> -</div> - -<p class="di">L'Empereur a enlev l'une des deux Victoires -d'or qui ornent le haut dossier de son -sige. Et, dans sa main tendue vers le Difi, -il serre le globe qui soutient le pied lger de -la desse trs dsirable.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3430</small></span>Prends la Victoire impriale</div> -<div class="verse">dans ton poing fort et dcharn</div> -<div class="verse">comme la griffe de mes aigles.</div> -<div class="verse">Ce globe est l'orbe de la Terre</div> -<div class="verse">et la pomme des Hesprides.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3435</small></span>Or tu es dieu, tu es Csar,</div> -<div class="verse">tu es Prince de la Jeunesse:</div> -<div class="verse">tu as la puissance et la joie,</div> -<div class="verse">la merveille tisse des songes</div> -<div class="verse">pour vtir ton corps ambigu,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3440</small></span>les perles et le laurier-rose</div> -<div class="verse">pour tes tempes tincelantes.</div> -<div class="verse">Tu auras tout, tu auras tout.</div> -<div class="verse">Je te donnerai les butins</div> -<div class="verse">de toutes mes guerres d'Asie,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3445</small></span>de mon Asie profonde et chaude</div> -<div class="verse">comme la gueule du lion</div> -<div class="verse">et comme le cœur d'Alexandre.</div> -<div class="verse">Moi vivant, je te lguerai</div> -<div class="verse">l'empire. Tu seras le matre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3450</small></span>tant dieu pour rester lointain</div> -<div class="verse">dans tes silences, tu seras</div> -<div class="verse">empereur pour te rapprocher</div> -<div class="verse">et pour t'agiter. Tu feras</div> -<div class="verse">verser du sang, fonder des villes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3455</small></span>ployer des rois, scher des mers,</div> -<div class="verse">chanter des potes, mourir</div> -<div class="verse">des hros, surgir des aurores</div> -<div class="verse">inconnues du fond des douleurs</div> -<div class="verse">inexpugnables. Tu auras</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3460</small></span>le monde tremblant dans le creux</div> -<div class="verse">de ta main comme l'alouette</div> -<div class="verse">dans le sillon avant le jour.</div> -<div class="verse">Ah, qui donc, des choses plus belles</div> -<div class="verse">que toutes ces choses, qui donc</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3465</small></span>te les donnera? Tends le poing,</div> -<div class="verse">prends la Victoire!</div> -</div> - -<p class="di">Lentement, lentement, comme en un songe, -le Difi tend son bras droit vers le donateur; -et il reoit dans la paume le simulacre de la -desse qui seule rompt l'incertitude du -combat. Il serre le globe entre ses doigts -endurcis par le nerf de l'arc; et, renversant le -front ttu qu'alourdissent les grappes de la -douleur, il mire de dessous ses larges paupires -l'Or triomphal dress au bout de son bras -rigide.</p> - -<p class="di">L'Auguste s'abandonne sa dmence -magnifique.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Chantez! Bondissez! Exultez!</div> -<div class="verse">Que tous les marbres, tous les bronzes</div> -<div class="verse">divins bondissent eux aussi</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3470</small></span>comme le thiase d'Evan;</div> -<div class="verse">car ce dieu renat de l'abme</div> -<div class="verse">de mon cœur, avec mille noms,</div> -<div class="verse">avec mille noms ineffables,</div> -<div class="verse">et seul je ravis aux Puissances</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3475</small></span>noires pour toujours sa beaut!</div> -<div class="verse">Que, toute la nuit, le tonnerre</div> -<div class="verse">triomphal des buccins rsonne</div> -<div class="verse">au sommet des saintes collines,</div> -<div class="verse">jusqu' ce que les joues clatent,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3480</small></span>jusqu' ce que tout l'ther soit</div> -<div class="verse">un bouclier de Corybante,</div> -<div class="verse">jusqu' ce que ma Rome entende</div> -<div class="verse">hurler vers les hauts Dioscures</div> -<div class="verse">la Louve aux mamelles d'airain!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3485</small></span>Et vous, tracez le temple, Augures:</div> -<div class="verse">annoncez l'toile future</div> -<div class="verse">au ciel romain!</div> -</div> - -<p class="di">Le Difi a tendu l'autre bras aussi; et il -serre maintenant la Victoire impriale dans -ses deux mains, si fort qu'on croirait entendre -le mtal craquer. Seul les soulvements de sa -poitrine indiquent la violence du combat -invisible. Les lvres sont ouvertes, comme -la dchirure mme de son me vivante, sur -ses dents fermes. Autour de lui, dans les -fleurs, dans l'or, dans les parfums et dans la -flamme, au son des cithares et des fltes, -les Adoniastes semblent mener l'orgie divine -comme dans le temple de Byblos aprs le -septime des jours funbres, quand les femmes -descendaient au port pour y recueillir la tte -de papyrus jete dans la mer par les Alexandrines -et pousse par le courant jusqu' la ville -phnicienne.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">SEMICHORVS I.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Io! Io! Adoniastes!</div> -<div class="verse">O sœurs, frres, exultez!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3490</small></span>Le Seigneur est ressuscit!</div> -<div class="verse">Il conduit la danse des astres.</div> - -<div class="verse stanza">Io! Dliez vos cheveux,</div> -<div class="verse">dnouez vos ceintures, femmes!</div> -<div class="verse">Du noir Hads o sont les mes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3495</small></span>il nous revient, le Bienheureux.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">SEMICHORVS II.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es beau, tu es beau, Seigneur!</div> -<div class="verse">Io! Salut, Bien-aim!</div> -<div class="verse">Tour tour tu renais et meurs,</div> -<div class="verse">Enfant de l'Immortalit.</div> - -<div class="versen stanza"><span class="vn"><small>3500</small></span>Donnez la rose et l'anmone,</div> -<div class="verse">sang et larmes, au Florissant!</div> -<div class="verse">Ceignez-le des mille couronnes</div> -<div class="verse">germes des larmes et du sang!</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O neuve jeunesse du monde!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3505</small></span>Couronnez Cypris, couronnez</div> -<div class="verse">Eros invaincu, couronnez</div> -<div class="verse">trois fois Cyble la profonde!</div> - -<div class="verse stanza">Couronnez Pan au thorax bleu,</div> -<div class="verse">le roi Pan aux deux cornes torses!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3510</small></span>Io, Pan! Pour toutes les forces,</div> -<div class="verse">Io, couronnez tous les dieux!</div> -</div> - -<p class="di">Le cri soudain et terrible du Ressuscit -domine le chœur orgiastique.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Jsus, Jsus, Jsus, moi!</div> -<div class="verse">Au secours, Seigneur! A mon aide,</div> -<div class="verse">ma force, ma flamme, mon Roi!</div> -</div> - -<p class="di">De toute la hauteur de ses bras, il lve en -l'air la Victoire, et la lance contre la mosaque -luisante, aux pieds de l'Auguste. Tous les bruits -tombent. La voix du Confesseur a l'clat des -buccins.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3515</small></span>Csar, maudit, j'ai dans mon poing</div> -<div class="verse">mon me nue, victorieuse,</div> -<div class="verse">splendide, aux six ailes de feu.</div> -<div class="verse">J'ai bris ton idole, j'ai</div> -<div class="verse">bris ton or, comme toi-mme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3520</small></span>tu seras bris, tu seras</div> -<div class="verse">foul. Tous tes os se sparent.</div> -<div class="verse">Je vois le signe de la lpre</div> -<div class="verse">sur ton front de bouc. La nuit vient.</div> -<div class="verse">L'entends-tu? La nuit rugit comme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3525</small></span>une lionne, dchirant</div> -<div class="verse">les rets de ses nuages noirs.</div> -<div class="verse">La Louve a peur.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Renversez-le! Renversez-le!</div> -<div class="verse">Scellez sa bouche avec la torche!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3530</small></span>Faites de sa face une plaie</div> -<div class="verse">fumante!</div> -</div> - -<p class="di">Des hommes obissent si vite qu'on entend -la crpitation des flammes allonges par la -vhmence du geste.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Non!</div> -</div> - -<p class="di">Il semble ronger de ses yeux voraces la -figure du Jeune Homme. Il dompte sa fureur. -Le Saint ramasse la chlamyde et s'enveloppe -la tte comme dans le rite de la conscration. -La cithare mutile reluit terre, dcouverte,</p> - -<div class="p">DES VOIX EPARSES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Auguste, Auguste, souviens-toi!</div> -<div class="verse">—O Divin, venge ta cithare!</div> -<div class="verse">—Venge Apollon!</div> -</div> - -<div class="p">LES ORPHIQUES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3535</small></span>Orphe! Orphe, cach, sonore,</div> -<div class="verse">viens ce sacrifice, Matre</div> -<div class="verse">des visions!</div> -</div> - -<p class="di">L'Auguste a dompt sa fureur. Il est grave -comme un pontife quand il s'avance vers le -Saint et le dcouvre, tirant la chlamyde -par le bord.</p> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Euryale, et toi, Nicanor,</div> -<div class="verse">tendez-le sur la cithare.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3540</small></span>Ainsi. Ainsi. Mais doucement.</div> -</div> - -<p class="di">Le Saint ne rsiste pas: car son me est -transporte hors d'elle-mme.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Femmes de Byblos, les plus belles,</div> -<div class="verse">venez le composer. Ainsi:</div> -<div class="verse">entre les deux cornes d'ivoire,</div> -<div class="verse">la tte contre le joug d'or;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3545</small></span>et sur sa poitrine le plectre.</div> -<div class="verse">Ainsi. Ainsi. Trs doucement.</div> -<div class="verse">Et enroulez ses belles boucles</div> -<div class="verse">autour des sept cordes coupes,</div> -<div class="verse">trs doucement.</div> -</div> - -<p class="di">Le Saint ouvre les bras et joint les pieds, -comme le Crucifi.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3550</small></span>En vrit je vous le dis,</div> -<div class="verse">si des frres secrets m'coutent</div> -<div class="verse">parmi les esclaves honteux</div> -<div class="verse">qui doivent gmir sous les verges</div> -<div class="verse">et attendent le changement:</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3555</small></span>Jsus veut me glorifier.</div> - -<div class="verse stanza">Moi et le Christ, nous sommes Un.</div> -<div class="verse">J'ouvre les bras. Nous sommes Un,</div> -<div class="verse">pour les Clous, la Lance et l'ponge.</div> -<div class="verse">Voici. J'ai soif; mon ct saigne;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3560</small></span>mes mains et mes pieds sont clous.</div> -<div class="verse">Gloire ternelle!</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Ne le touchez plus de vos doigts!</div> -<div class="verse">L'art de sa dmence est sublime.</div> -<div class="verse">Le son de sa faute est divin.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3565</small></span>Certes, c'est la divinit</div> -<div class="verse">de ma cithare, qui lui donne</div> -<div class="verse">une fin si mlodieuse.</div> -<div class="verse">Il meurt dans le mode dorique.</div> -<div class="verse">Ne le touchez plus de vos doigts!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3570</small></span>Ne touchez pas sa pleur.</div> -<div class="verse">Je ne veux pas ouvrir ses veines,</div> -<div class="verse">bien qu'il se dise tout sanglant.</div> -<div class="verse">Je songe la vierge d'Ephse,</div> -<div class="verse"> cette fille naxienne…</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3575</small></span>Mais il est ple, Adoniastes,</div> -<div class="verse">plus que vos images de cire</div> -<div class="verse">aprs l'quinoxe d'automne,</div> -<div class="verse">sur vos lits d'bne, Byblos.</div> -<div class="verse">Il renaissait, et il se meurt.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3580</small></span>O pleureuses, pleurez encore!</div> -<div class="verse">Il se meurt, l'Archer du Liban!</div> -<div class="verse">O sagittaires chevelus,</div> -<div class="verse"> mes sagittaires d'Emse,</div> -<div class="verse">de Damas, de la Commagne,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3585</small></span>de Palmyre et de l'Iture,</div> -<div class="verse">il se meurt, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">Pleurez, pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">Dans un ton trs bas la lamentation adonienne -recommence. Des flamines jettent des -poignes d'aromates sur la braise des autels. -Les dadophores soulvent leurs torches vers -les idoles innombrables, qui vont recevoir le -sacrifice. Les plaques, les disques, les croissants, -tous les emblmes, et les regards -inflexibles des orbites d'mail, tincellent sous -la vote d'or; tandis que l'Empereur s'incline -vers le Saint silencieux, pour le tenter.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Par le haut Soleil invaincu,</div> -<div class="verse"> mourant, coute l'Arbitre.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3590</small></span>Tout ce que j'ai voulu t'offrir,</div> -<div class="verse">je le tiens dans ma main encore.</div> -<div class="verse">Tu pourrais encore tre un dieu,</div> -<div class="verse">avoir ton temple.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le Christ rgne! Tu n'es que fange.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3595</small></span>La mort est vie.</div> -</div> - -<div class="p">L'EMPEREUR.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">touffez-le sous les couronnes,</div> -<div class="verse">touffez-le sous les colliers,</div> -<div class="verse">sous les fleurs, l'or et la musique,</div> -<div class="verse">sous les dsirs, l'or et les plaintes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3600</small></span>car il est beau.</div> -</div> - -<p class="di">On vide les corbeilles, on vide les muids. On -ensevelit le Saint sous les colliers, comme la -vierge d'Ephse; on l'touffe sous les couronnes, -comme la vierge de Naxos. Les esclaves -syriens renversent les flambeaux. Les archers -d'Emse, en commmoration de la Flche -qu'on ne vit pas retomber, plient un genou et -bandent leurs grands arcs vers l'œil du ciel -qui reluit, par la baie circulaire, travers la -fume de l'oliban.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il descend vers les Noires Portes.</div> -<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div> -<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div> -<div class="verse">Eros! Pleurez!</div> -</div> - -<p class="c" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br /> -<span class="small">SECVNDVM SANCTI SEBASTIANI -SVPPLICIVM INCRVENTVM</span></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch4"><i class="small">LA QUATRIEME MANSION</i><br /> -LE LAURIER BLESS</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="top4em">LES PERSONNAGES.</p> - -<p class="small ugap">LE SAINT.</p> - -<p class="small ugap">SANAE.</p> - -<p class="small ugap">LES ARCHERS D'EMESE.</p> - -<p class="small">LES ADONIASTES.</p> - -<p class="small ugap">LE BON PASTEUR.</p> - -<p class="small ugap">LES TROIS COUVEUSES DE CENDRES.</p> - -<p class="small ugap" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="di top4em">On aperoit les antiques -lauriers du bois d'Apollon, -sur une colline -ronde comme une mamelle. -Ils sont drus et -touffus l'entour, sombres -et immobiles -comme leurs images votives -de bronze offertes -dans les sanctuaires. Leurs troncs, hrisss de -feuilles aigus comme les pointes des lances, -surgissent contre le ciel latial o fument les -longues tranes sulfureuses du jour fuyant. -Ils entourent la clairire sainte qu'un autel -triangulaire de pierre occupe, rong par les -annes et les pluies, sans feu dans l'ombre. -Trois femmes sont assises sur les monceaux -des vieilles cendres, silencieusement enveloppes -dans leurs manteaux noirs, les genoux -entre leurs bras et la tte entre leurs genoux. -Sont-elles les Parques filles de l'Erbe, sans -quenouille, sans fuseau, sans ciseaux? Sont-elles -les Furies filles de la Terre, sans leurs -fouets de couleuvres et sans leurs torches -tartarennes? Sont-elles les Grces filles du -Soleil, devenues dcrpites et lugubres, couveuses -de cendres? Comme des Sybilles ou -comme des Suppliantes, elles semblent somnoler -ou tre accables de fatigue et de malheur.</p> - -<p class="di">De hautes tombes sont parses dans la -plaine latine; des aqueducs interminables -chevauchent vers la cit et vers la nuit.</p> - -<p class="di">On a dpouill le Martyr pour l'attacher -au tronc d'un grand laurier avec des cordes -de sparte. Debout, les pieds nus sur les racines -noueuses, il repose sur la tige svelte de sa -jambe droite le poids de son corps lisse comme -l'ivoire; et, les poignets lis au-dessus de sa -tte, il ressemble au beau diadumne qui se -ceint du bandeau.</p> - -<p class="di">C'est aux Sagittaires d'Emse que l'Auguste -a ordonn de venger par les flches le Soleil -seigneur de l'Empire. Ils sont perdus d'amour -et de crainte. Sana, l'archer aux yeux vairons, -est parmi eux. Il pie la plaine.</p> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3605</small></span>Ils sont loin, ils sont dj loin!</div> -<div class="verse">On n'aperoit plus les chevaux</div> -<div class="verse">de la turme. Une croupe blanche</div> -<div class="verse">disparat au dtour, derrire</div> -<div class="verse">les Tombeaux: le dcurion.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3610</small></span>Il n'a jamais tourn la tte.</div> -<div class="verse">Seigneur, nous allons maintenant</div> -<div class="verse">te dlier.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">O Sana,</div> -<div class="verse">tu ne te souviens plus! Tu as</div> -<div class="verse">tout oubli. Que t'ai-je dit?</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3615</small></span>Souvenez-vous. Je suis la Cible.</div> -<div class="verse">O est mon arc?</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous t'avons sauv, nous t'avons</div> -<div class="verse">sauv, seigneur, quand tu mourais</div> -<div class="verse">touff sous l'or et les fleurs.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3620</small></span>Nous t'avons soustrait et cach,</div> -<div class="verse">risquant nos ttes. Et tu as</div> -<div class="verse">voulu de nouveau l'affronter,</div> -<div class="verse">le Lion! Tu as de nouveau</div> -<div class="verse">cherch le danger et la mort.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3625</small></span>Et le morne Hads fait toujours</div> -<div class="verse">ton envie.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Hlas, Sana,</div> -<div class="verse">je t'avais lu, je t'avais</div> -<div class="verse">lu!</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Nous t'aimons, nous t'aimons,</div> -<div class="verse">seigneur. Tu pouvais tre un dieu.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3630</small></span>Mais tu es le dieu de nos songes,</div> -<div class="verse">et le songe de nos jeunesses;</div> -<div class="verse">car tous les nuages qui naissent</div> -<div class="verse">de la mer nous sont des navires</div> -<div class="verse">mystrieux pour t'enlever,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3635</small></span>pour t'emporter, pour faire voile</div> -<div class="verse">avec tes sorts vers ton empire,</div> -<div class="verse">vers ta fable, vers ta Colchide.</div> -<div class="verse">Et nous voulons, dicide</div> -<div class="verse">ivre d'immortalit, tendre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3640</small></span> ta soif une pleine coupe</div> -<div class="verse">de nepenths et d'amaranthe</div> -<div class="verse">pour qu'il ne te souvienne plus</div> -<div class="verse">des douleurs et des pouvantes</div> -<div class="verse">qui assigent ton me. coute,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3645</small></span>seigneur.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Pourquoi me trahis-tu?</div> -<div class="verse">Je t'avais sacr. Tu tais</div> -<div class="verse">marqu par Dieu, du double signe.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">coute, coute. Le soir tombe.</div> -<div class="verse">Le fleuve est proche. Des rameurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3650</small></span>sont prts. Tu trouveras des voiles</div> -<div class="verse">ciliciennes Ostie.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les voiles de Paul?</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Et tu vas</div> -<div class="verse">choisir ceux de nous qui viendront</div> -<div class="verse">avec toi. Mais nous viendrons tous,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3655</small></span>aprs. Nous ne voulons servir</div> -<div class="verse">que tes sorts, dans notre patrie</div> -<div class="verse">qui est la tienne, dans la terre</div> -<div class="verse">qui couve les songes des Rois</div> -<div class="verse">et les promesses des Voyants.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3660</small></span>O Sana, comment peux-tu</div> -<div class="verse">esprer de troubler mon me,</div> -<div class="verse">si tu sais ce que j'aurais pu</div> -<div class="verse">tre?</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Un dieu prisonnier.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Tendez,</div> -<div class="verse">tendez vos arcs.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Rien qu'un esclave</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3665</small></span>dieu.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Je meurs de ne pas mourir,</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Rien qu'un simulacre lointain.</div> -<div class="verse">Mais, si tu es sauf, si tu es</div> -<div class="verse">libre, si tu es fort, si tu</div> -<div class="verse">es pur, avec tout ton visage</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3670</small></span>divin tourn vers l'Orient,</div> -<div class="verse">vers l'hritage de ton me,</div> -<div class="verse">vers l'hritage de ton dieu,</div> -<div class="verse">n'auras-tu pas une plus sainte</div> -<div class="verse">guerre et une victoire plus</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3675</small></span>grande que cette insatiable</div> -<div class="verse">mort?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Je meurs de ne pas mourir.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Csar a dit: Amenez-le</div> -<div class="verse">au bois d'Apollon; liez-le</div> -<div class="verse">au tronc du plus beau des lauriers;</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3680</small></span>puis dcochez contre son corps</div> -<div class="verse">nu toutes vos flches jusqu'</div> -<div class="verse">ce que vous vidiez les carquois,</div> -<div class="verse">jusqu' ce que son corps nu soit</div> -<div class="verse">pareil au hrisson sauvage.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3685</small></span>Oui, Sana, oui, mes archers,</div> -<div class="verse">c'est ce que je veux. Ce sera</div> -<div class="verse">beau.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Mais Csar a dit: Ensuite</div> -<div class="verse">coupez sa belle chevelure</div> -<div class="verse">et dposez-la sur l'autel,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3690</small></span>en expiation; coupez</div> -<div class="verse">au laurier funeste un rameau</div> -<div class="verse">flexible pour me l'apporter,</div> -<div class="verse">pour que j'en fasse une couronne</div> -<div class="verse">et que, sous son ombre, je pleure.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3695</small></span>Et livrez son cadavre aux femmes</div> -<div class="verse">de Byblos, aux Adoniastes;</div> -<div class="verse">puisque l'quinoxe d'automne</div> -<div class="verse">vient avec le deuil relevant</div> -<div class="verse">le catafalque du dieu mort.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3700</small></span>Peut-tre il va revivre encore</div> -<div class="verse">une fois, s'il est comme Hrile</div> -<div class="verse">roi de Prneste, qui avait</div> -<div class="verse">eu de sa mre les trois mes</div> -<div class="verse">et les trois armures qu'Evandre</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3705</small></span>lui arracha. Tu vas revivre,</div> -<div class="verse">tu vas revivre!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Oui, je vais</div> -<div class="verse">revivre.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Or il suffit qu'on coupe</div> -<div class="verse">une chevelure de femme</div> -<div class="verse">et qu'on apporte l'Empereur</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3710</small></span>le rameau de laurier.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Je vais</div> -<div class="verse">revivre, Sana. J'atteste</div> -<div class="verse">mon souffle et le ciel que je vais</div> -<div class="verse">revivre; car il est devin,</div> -<div class="verse">l'Empereur. Il a devin.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3715</small></span>J'ai eu de ma mre trois mes</div> -<div class="verse">et trois armures, comme Hrile</div> -<div class="verse">roi de Prneste. Attendez-moi.</div> -<div class="verse">Demain, l'heure de Vesper,</div> -<div class="verse">au bord du fleuve attendez-moi,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3720</small></span>et je me montrerai vous.</div> -<div class="verse">Je vous montrerai mon visage</div> -<div class="verse">tourn vers l'Orient. Alors</div> -<div class="verse">vous serez prts. Nous trouverons</div> -<div class="verse">des voiles, des voiles gonfles</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3725</small></span>par les vents certains, et des proues</div> -<div class="verse">aiguises comme le dsir</div> -<div class="verse">de la vie belle.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Nous serons</div> -<div class="verse">avec toi, libres avec toi,</div> -<div class="verse">libres avec toi sur la mer</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3730</small></span>glorieuse!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Mais pour revivre,</div> -<div class="verse"> Archers, il faut que je meure,</div> -<div class="verse">il faut que je meure.</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">O Aim,</div> -<div class="verse">Aim!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Il faut que mon destin</div> -<div class="verse">s'accomplisse, que des mains d'hommes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3735</small></span>me tuent.</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Seigneur! Seigneur!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Vos mains.</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Aim!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Vos mains fraternelles.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous brisons nos arcs.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Tendez-les!</div> -<div class="verse">O est votre amour? Vous m'aimez,</div> -<div class="verse">vous brlez de servir mes sorts,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3740</small></span>et vous empchez que mes sorts</div> -<div class="verse">s'accomplissent, que cet anneau</div> -<div class="verse">de mon ternit se ferme.</div> -<div class="verse">Vous m'aimez, et vous n'exaltez</div> -<div class="verse">pas mon mystre. Je vous dis</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3745</small></span>que je vais revivre. N'ayez</div> -<div class="verse">aucune crainte. En vrit</div> -<div class="verse">je vous le dis.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Seigneur, nous allons donc tuer</div> -<div class="verse">notre amour!</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Il faut que chacun</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3750</small></span>tue son amour pour qu'il revive</div> -<div class="verse">sept fois plus ardent. O Archers,</div> -<div class="verse">Archers, si jamais vous m'aimtes,</div> -<div class="verse">que votre amour je le connaisse</div> -<div class="verse">encore, mesure de fer!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3755</small></span>Je vous le dis, je vous le dis:</div> -<div class="verse">celui qui plus profondment</div> -<div class="verse">me blesse, plus profondment</div> -<div class="verse">m'aime. Sana, souviens-toi!</div> -<div class="verse">Souvenez-vous, lus d'Emse!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3760</small></span>Je vous avais commis cet arc</div> -<div class="verse">o le fil de mon sang s'incruste</div> -<div class="verse">de l'une l'autre coche et luit.</div> -<div class="verse">Voyez. Je sens que dans la paume</div> -<div class="verse">de ma main le stigmate brle,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3765</small></span>se rouvre et saigne.</div> -</div> - -<p class="di">Un pasteur est apparu entre les branches -des lauriers. Il porte une brebis autour de son -cou, sur ses paules, tenant deux pieds de la -bte dans chacune de ses mains. Il reste debout, -immobile, en silence, les yeux fixs sur le -Martyr.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">O tremblement</div> -<div class="verse">de mon me! Je sens mon me</div> -<div class="verse">et l'arbre trembler jusqu'au bout</div> -<div class="verse">des racines les plus caches.</div> -<div class="verse">Ne voyez-vous pas les trois femmes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3770</small></span>noires sursauter?</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Quelles femmes,</div> -<div class="verse">seigneur? Tu nous effraies.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Les trois</div> -<div class="verse">femmes voiles qui sont assises</div> -<div class="verse">au pied de l'autel.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i5">Il n'y a,</div> -<div class="verse">seigneur, que des monceaux de cendres.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3775</small></span>Il n'y a que les vieilles cendres</div> -<div class="verse">accumules des sacrifices.</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Elles tressaillent. Je les vois.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu te trompes. Quelle pouvante</div> -<div class="verse">te blanchit!</div> -</div> - -<p class="di">Soudain, le Martyr a rencontr le regard -du pasteur.</p> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Parle bas. Ce n'est</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3780</small></span>pas l'pouvante. Parle bas.</div> -<div class="verse">Il est l, le Pasteur. Regarde.</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">O est-il? Quel pasteur?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Il porte</div> -<div class="verse">la brebis autour de son cou,</div> -<div class="verse">sur ses paules. Le vois-tu?</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3785</small></span>Seigneur, seigneur, quels sont tes rves?</div> -</div> - -<div class="p">LE SAINT.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il n'est plus l.</div> -</div> - -<p class="di">L'apparition s'vanouit; mais l'ombre du -Crucifi s'tend sur le laurier fatidique. Et -l'ivresse du sang durera jusqu'au dernier -soupir.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Mon sang commence</div> -<div class="verse"> couler, dans l'ombre qui crot.</div> -<div class="verse">Les lauriers sont comme les lances</div> -<div class="verse">hrisses autour de la Croix.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3790</small></span>Des profondeurs, des profondeurs</div> -<div class="verse">j'appelle votre amour, Archers!</div> -<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div> -<div class="verse">je vous appelle! Rapprochez-</div> -<div class="verse">vous. La nuit tombe. Il faut qu'on mire</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3795</small></span>de prs, de prs, pour frapper juste.</div> -<div class="verse">Lequel voudrai-je encore lire</div> -<div class="verse">d'entre vous? Celui qui ajuste</div> -<div class="verse">mieux que tout autre le plus pre</div> -<div class="verse">de ses dards et qui le dcoche</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3800</small></span>de telle force (son haleine</div> -<div class="verse">toute entre ses dents, les empennes</div> -<div class="verse">contre l'œil, le pouce la tempe)</div> -<div class="verse">qu'il blesse l'corce de l'arbre</div> -<div class="verse">me perant de toute la hampe.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3805</small></span>Celui-l, certes, je saurai</div> -<div class="verse">qu'il m'aime, qu'il m'aime jamais.</div> -</div> - -<p class="di">Chaque archer, la main tremblante, tire -de dessous son paule une flche de son -carquois.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sana, tu as mon arc. Viens,</div> -<div class="verse">frre. Presse-le sur ma bouche,</div> -<div class="verse">avant de le tendre. Qu'il touche</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3810</small></span>mes lvres et mon me. Viens.</div> -</div> - -<p class="di">Sana s'approche et tient soulev devant le -Chef l'arc o ce fil de sublime pourpre luit -comme l'ivoire et l'or.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Souviens-toi! Souvenez-vous! L'arc</div> -<div class="verse">figure la Trinit sainte.</div> -<div class="verse">Le ft est le Pre, la corde</div> -<div class="verse">est l'Esprit, la flche empenne</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3815</small></span>est le Fils qui donna son sang.</div> -<div class="verse">Et il n'y aura plus de taches,</div> -<div class="verse">sauf la tache du sang tomb</div> -<div class="verse">des mains et des pieds du Sauveur.</div> -</div> - -<p class="di">Il tend les lvres; et l'archer vairon lui -donne la poigne baiser. Les lvres pures -s'attardent comme si elles buvaient longues -gorges un plein calice. Or sa voix n'est qu'une -flamme vertigineuse.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3820</small></span>j'appelle votre amour, lus!</div> -<div class="verse">Chaque flche est pour le salut,</div> -<div class="verse">afin que je puisse revivre.</div> -<div class="verse">Ne tremblez pas, ne pleurez pas!</div> -<div class="verse">Mais soyez ivres, soyez ivres</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3825</small></span>de sang, comme dans les combats.</div> -<div class="verse">Visez de prs. Je suis la Cible.</div> -<div class="verse">Des profondeurs, des profondeurs</div> -<div class="verse">j'appelle votre amour terrible.</div> -</div> - -<p class="di">On entend le chœur des Adoniastes, qui -monte par la colline travers les lauriers.</p> - -<p class="di">perdument, un des archers, sous le regard -qui le force, tire la corde et dcoche. Le dard -se fixe au genou, dans le nœud de l'os.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Bni soit le premier! Bnie</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3830</small></span>soit l'toile premire!</div> -</div> - -<p class="di">Une sorte de subite dmence semble s'emparer -des Asiatiques, par la vertu de cette -voix d'ivresse.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Encore!</div> -</div> - -<p class="di">De leurs lvres blmes buvant leurs larmes, -ils ne visent pas le corps mais ils lancent leurs -flches vers la voix.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Votre amour! Votre amour!</div> -</div> - -<p class="di">Ils poussent des cris rauques et rompus, -comme des dormants agits dans un combat -aveugle contre un rve monstrueux.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Encore!</div> -</div> - -<p class="di">Quelques-uns, tout coup, laissent tomber -leurs arcs, se plient sur leurs genoux; et sanglotent, -le front contre la terre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Encore!</div> -</div> - -<p class="di">D'autres, tout coup, se renversent dans -une convulsion d'pouvante qui agite leurs -mchoires comme le rire sardonien.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Encore!</div> -</div> - -<p class="di">D'autres ont vid leurs carquois sur l'herbe -et, tenant le faisceau des dards sous le pied -gauche, s'abaissent d'un mouvement rapide -et continu pour les prendre l'un aprs l'autre. -Et ils tirent dsesprment, comme s'ils -n'avaient pas devant eux un corps li un -arbre mais une multitude de cavaliers -dsaronner avant qu'ils n'arrivent et ne les -crasent sous les sabots de leurs talons.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">Encore!</div> -</div> - -<p class="di">Cette voix demandera-t-elle du fer toujours? -Ils lancent toujours du fer, dsesprs, hors -d'eux-mmes, dans une sorte d'tourdissement -farouche, comme s'ils avaient sur leurs -ttes, non le silence des feuilles, mais l'horreur -d'une tour de sige incendie sur ses roues -tonnantes.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">Amour</div> -<div class="verse">ternel!</div> -</div> - -<p class="di">C'est le rle dans la gorge transperce, le -dernier soupir, le dernier sourire, le suprme -appel. La belle tte s'incline sur l'paule polie -comme le marbre cynthien frott de parfum: -les ailerons d'un dard vibrent encore l'aisselle. -Le corps admirable s'affaisse, tirant les -bras retenus par les liens.</p> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">—Seigneur!</div> -<div class="verse i5">—Bien-aim!</div> -<div class="verse">—Seigneur!</div> -<div class="verse i2">—Bien-aim!</div> -<div class="verse i5">—Bien-aim!</div> -</div> - -<p class="di">Ils appellent grands cris leur amour expirant. -Ils jettent leurs arcs, ils se tordent de -dsespoir, ils se tranent sur l'herbe jusqu'aux -deux pieds inanims, qu'ils baisent. Leurs -chevelures s'accrochent aux empennes des -hampes enfonces dans les jeunes muscles.</p> - -<p class="di">Et le chant des Adoniastes s'approche -toujours. Maintenant le soir est crulen comme -le verre de Phnicie color par l'ocre bleue de -Chypre. Des raies fauves le divisent; les noirs -lauriers l'entaillent. On voit paratre les femmes -de Byblos, les cheveux pars, les ceintures -dnoues, les robes dchires, tranant une -litire d'bne et de pourpre violette.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister Claudius sonum dedit.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3835</small></span>Il se meurt, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">Il est mort, le bel Adonis!</div> -<div class="verse">O Vierges, pleurez Adonis!</div> -<div class="verse">Garons, pleurez!</div> - -<div class="verse stanza">Pleurez, femmes de Syrie,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3840</small></span>criez: Hlas, ma Seigneurie!</div> -<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries.</div> -<div class="verse">Criez, pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">D'autres femmes accourent. Elles portent -des draps de pourpre rouge, des lins, des bandelettes, -des vases d'onguents, des couronnes -de cyprs, des jardins d'Adonis. Elles -entourent le laurier, elles s'empressent -dfaire les nœuds des cordes. La lamentation -se prolonge. Les couveuses de cendres ont -disparu; et au pied de l'autel ne restent que -les monceaux noirtres.</p> - -<div class="p">LES ADONIASTES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Hlas, ma Seigneurie! Hlas,</div> -<div class="verse">ma Seigneurie!</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse i4">—Hlas!</div> -<div class="verse i6">—Hlas!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3845</small></span>—Qu'avons-nous fait!</div> -<div class="verse i4">—Qu'avons-nous fait!</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nous avons tu notre amour!</div> -</div> - -<div class="p">LES ARCHERS D'EMESE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Il va revivre.</div> -<div class="verse i4">—Il va revivre.</div> -<div class="verse">—Femmes, doucement, doucement.</div> -<div class="verse">—Il faut le dlier.</div> -<div class="verse i6">—Il faut</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3850</small></span>le dtacher de l'arbre.</div> -<div class="verse i7">—Femmes,</div> -<div class="verse">doucement.</div> -<div class="verse i3">—Il respire encore.</div> -<div class="verse">—Ne pleurez pas!</div> -<div class="verse i4">—Voyez, voyez</div> -<div class="verse">comme sa poitrine se gonfle!</div> -<div class="verse">—Il respire, il soupire.</div> -<div class="verse i7">—Femmes,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3855</small></span>ne pleurez pas. Il va revivre.</div> -<div class="verse">—Il va revivre. Il nous l'a dit.</div> -<div class="verse">—Il nous l'a dit.</div> -<div class="verse i4">—Donnez des baumes,</div> -<div class="verse">donnez des lins!</div> -</div> - -<p class="di">Les cordes sont dnoues. Les bras retombent, -La lamentation se prolonge.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pleurez, femmes de Syrie!</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3860</small></span>Il va dans la ple Prairie.</div> -<div class="verse">Toutes les fleurs se sont fltries,</div> -<div class="verse">hlas! Pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">Tout coup, les femmes qui reoivent le corps -dans leurs bras, voient les flches s'vanouir -comme des rayons dans les blessures. C'est -le tronc du laurier d'Apollon qui maintenant -est hriss de tout ce fer.</p> - -<div class="p">LES ADONIASTES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Prodige!</div> -<div class="verse i3">—Prodige!</div> -<div class="verse i6">—Prodige!</div> -<div class="verse">—Son corps se dtache, laissant</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3865</small></span>tous les dards au tronc du laurier!</div> -<div class="verse">—Il n'a plus de flches! Les hampes</div> -<div class="verse">ont disparu dans les blessures</div> -<div class="verse">comme un vanouissement</div> -<div class="verse">de rayons!</div> -<div class="verse i3">—Elles restent toutes</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3870</small></span>dans l'arbre!</div> -<div class="verse i3">—Prodige! Voyez:</div> -<div class="verse">le laurier en est hriss.</div> -<div class="verse">—Voyez!</div> -<div class="verse i2">—Seigneurie, Seigneurie,</div> -<div class="verse">tu revivras, tu revivras!</div> -<div class="verse">—Tu reviendras!</div> -</div> - -<div class="p">SANAE.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3875</small></span>Archers, Archers, lus d'Emse,</div> -<div class="verse">qu'on soulve le corps du Chef</div> -<div class="verse">sur les fts des arcs dtendus</div> -<div class="verse">et croiss. Qu'on le porte ainsi,</div> -<div class="verse">sous les toiles.</div> -</div> - -<p class="di">Les femmes de Byblos ont dj reu sur -leurs bras le corps divin envelopp dans la -pourpre. Elles marchent lentement vers la -litire. Au del de la colline sainte, dans la -profondeur du soir, une clart de perle se -rpand, semblable celle qui prcde le lever -de la pleine lune.</p> - -<div class="p">LES ADONIASTES.</div> -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3880</small></span>—Archers d'Emse, nous avons</div> -<div class="verse">notre litire, la litire</div> -<div class="verse">d'bne, la couche funbre</div> -<div class="verse">de nos Adonies.</div> - -<div class="verse i5 stanza">—Sana,</div> -<div class="verse">le trs saint Empereur accorde</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3885</small></span> la confrrie de Byblos</div> -<div class="verse">d'enlever le corps, de dresser</div> -<div class="verse">le catafalque pour le deuil.</div> -<div class="verse">Et nous le coucherons dans notre</div> -<div class="verse">litire, et nous l'emporterons,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3890</small></span>aux sons des fltes, dans la nuit.</div> -<div class="verse">Faites escorte.</div> -<div class="verse i5">—Qu'on allume</div> -<div class="verse">les torches de pin! Qu'on compose</div> -<div class="verse">l'ordonnance funbre! Et vous,</div> -<div class="verse">aultes, rangez-vous auprs</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3895</small></span>de la litire.</div> -</div> - -<p class="di">Les femmes placent le cadavre dans la -couche, en gmissant. La lamentation du -chœur n'a pas de pauses.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SYRIACVS.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Il descend vers les Noires Portes.</div> -<div class="verse">Tout ce qui est beau, l'Hads morne</div> -<div class="verse">l'emporte. Renversez les torches,</div> -<div class="verse">Eros! Pleurez!</div> -</div> - -<p class="di">Dans le ciel du soir la clart insolite s'largit -comme si un astre prcipit du firmament -s'approchait pour incendier la plaine. Un grand -cri se lve. La lamentation s'interrompt. -L'ordonnance funbre s'arrte, et demeure -immobile devant le gouffre de la lumire -ineffable. Les Portes du Paradis sont ouvertes - l'me de Sbastien.</p> - -<p class="c gap" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT<br /> -<span class="small">EXTREMVM SANCTI SEBASTIANI -SVPPLICIVM CRVENTVM</span></p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" id="ch5"><i class="small">LA CINQUIEME MANSION</i><br /> -LE PARADIS</h2> - -<div class="break"></div> - -<p class="di top4em">On dcouvre le jardin des -clarts et des batitudes, - l'ore de l'Orient -qui produit tous les -levers du soleil. Parmi -les arbres du jardin, il -y en a qui ressemblent - la grle transparente, -d'autres qui ressemblent - un vent ondoyant, d'autres qui ressemblent -aux grappes des eaux vives. On y -trouve toutes sortes de belles choses, que -l'œil n'a jamais vues et que l'oreille n'a jamais -entendues, qui ne montent pas au cœur de -l'homme, et que Dieu a prpares pour ceux -qui l'aiment. On y voit des tabernacles de -pyrope, des vtements de lumire, des diadmes -de beaut. Il y a aussi des lances -flamboyantes, des boucliers tincelants, des -pes, des javelots et des dards de rais, des -haches et des frondes de feu. L aussi sont les -croix lumineuses, les ostensoirs et les encensoirs -d'or, de saphir, de jaspe, de calcdoine, -de topaze, d'amthyste et de sardyon. On n'y -distingue les Bienheureux que par le nombre -et la couleur des tincelles qui s'envolent d'eux -quand ils ouvrent la bouche pour louer le -Trs-Haut. On y reconnat, au nombre des -ailes et au son des parlers, les diverses sortes -des Anges. Les premiers sont les Anges de la -Face, qui seuls peuvent soutenir l'clat de la -Face de Dieu; ensuite viennent les Anges du -service divin, les Trnes, les Dominations, les -Seigneurs, les Ardeurs, les Puissances, les -Myriades, les Princes, et bien d'autres. De -mme leurs louanges sont diffrentes. Il y en a -trois sortes qui disent: Saint, trois qui -disent: Lou, trois qui disent: Bni -et trois qui disent ce que ne peut entendre -l'oreille d'un mortel.</p> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS MARTYRVM.</div> -<p class="side" lang="la" xml:lang="la">Magister -Claudius -sonum -dedit -usque -ad finem.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3900</small></span>Gloire! Sous nos armures</div> -<div class="verse">flamboyez, blessures!</div> -<div class="verse">Qui est celui qui vient?</div> -<div class="verse">Le Lys de la cohorte.</div> -<div class="verse">Sa tige est la plus forte.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3905</small></span>Louez le nom qu'il porte;</div> -<div class="verse">Sbastien!</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS VIRGINVM.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es lou. L'toile</div> -<div class="verse">de loin parle l'toile</div> -<div class="verse">et dit un nom: le tien.</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3910</small></span>Dieu te couronne. Toute</div> -<div class="verse">la nuit comme une goutte</div> -<div class="verse"> ton front est dissoute,</div> -<div class="verse">Sebastien.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS APOSTOLORVM.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es saint. Qui te nomme</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3915</small></span>verra le Fils de l'Homme</div> -<div class="verse">(sur son cœur Il te tient)</div> -<div class="verse">sourire de ta grce.</div> -<div class="verse">Jean t'a donn sa place.</div> -<div class="verse">Tu boiras dans sa tasse,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3920</small></span>Sbastien.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS ANGELORVM.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Tu es beau. Prends six ailes</div> -<div class="verse">d'Ange et viens dans l'chelle</div> -<div class="verse">des Feux musiciens</div> -<div class="verse">chanter l'hymne nouvelle</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3925</small></span>au Ciel qui se constelle</div> -<div class="verse">de tes plaies immortelles,</div> -<div class="verse">Sbastien.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">ANIMA SEBASTIANI.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je viens, je monte. J'ai des ailes.</div> -<div class="verse">Tout est blanc. Mon sang est la manne</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3930</small></span>qui blanchit le dsert de Sin.</div> -<div class="verse">Je suis la goutte, l'tincelle</div> -<div class="verse">et le ftu. Je suis une me,</div> -<div class="verse">Seigneur, une me dans ton sein.</div> -</div> - -<div class="p" lang="la" xml:lang="la">CHORVS SANCTORVM OMNIVM.</div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Louez le Seigneur dans l'immensit de sa force,</div> -<div class="versen"><span class="vn"><small>3935</small></span>Louez le Seigneur sur le tympanon et sur l'orgue,</div> -<div class="verse">Louez le Seigneur sur le sistre et sur la cymbale</div> -<div class="verse">Louez le Seigneur sur la flte et sur la cithare.</div> -<div class="verse">Alleluia.</div> -</div> - - -<p class="c gap" lang="la" xml:lang="la">EXPLICIT MYSTERIVM.</p> - - -<p class="c gap small">St-Denis—Imp. J. Dardaillou—1.948-1-24</p> - - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Le Martyre de Saint Sbastien, by -Gabriele D'Annunzio - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARTYRE DE SAINT SBASTIEN *** - -***** This file should be named 62281-h.htm or 62281-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/2/2/8/62281/ - -Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the -Distributed Proofreading team at DP-test Italia. (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. 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Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/62281-h/images/bois.jpg b/old/62281-h/images/bois.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 910165c..0000000 --- a/old/62281-h/images/bois.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/62281-h/images/cover.jpg b/old/62281-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 62bdee7..0000000 --- a/old/62281-h/images/cover.jpg +++ /dev/null |
