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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Jehan de Paris - varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles - VIII et Louis XII - -Author: Jules Renouvier - -Release Date: February 20, 2020 [EBook #61458] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS *** - - - - -Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/American Libraries.) - - - - - - - - - - - - -JEHAN DE PARIS. - - - - - TIRE A 214 EXEMPLAIRES: - - 200, papier teinté à l'antique. - 10, papier vergé de Hollande. - 4, peau de vélin. - -LYON, - -IMPRIMERIE DE LOUIS PERRIN. - - - - -[Illustration: MARIE D'ANGLETERRE (page 25.)] - - - - - JEHAN DE PARIS - - VARLET DE CHAMBRE ET PEINTRE ORDINAIRE - DES ROIS CHARLES VIII ET LOUIS XII. - - PAR - J. RENOUVIER - - Précédé - d'une notice biographique sur la vie & les ouvrages - & de la bibliographie complète des oeuvres de M. Renouvier. - - PAR - GEORGES DUPLESSIS. - - [Marque d'imprimeur: A L'AVENTURE AUGUSTE AUBRY] - - PARIS, - Chez AUGUSTE AUBRY, - L'un des libraires de la Société des Bibliophiles françois, - RUE DAUPHINE, 16. - - 1861. - - - - -_NOTICE_ - -SUR - -M. JULES RENOUVIER. - - -C'est une tâche difficile & douce tout à la fois d'avoir à parler d'un -savant auquel des goûts communs vous unissaient, & qui voulut bien vous -témoigner une affectueuse bienveillance. M. Jules Renouvier, que la mort -vient de ravir, avait une de ces organisations solides pour lesquelles -le travail est en même temps la plus grande joie & la plus agréable -occupation; ses études concouraient d'ailleurs toutes à un même but, la -recherche du beau & du vrai. Né le 13 décembre 1804, M. J. Renouvier -avait fait d'excellentes études à Montpellier, & loin de s'empresser de -produire, il passa sa jeunesse à s'instruire, & ne songea à publier que -lorsqu'il fut certain que ses travaux pourraient être de quelque -utilité. Il mit au jour bien timidement, en 1835 seulement, deux -brochures, _Des vieilles maisons de Montpellier_, & _Notice sur les -manuscrits de la commune de Montpellier_. Brochures qui, sans avoir une -importance considérable, ne laissaient pas que faire pressentir un -esprit étendu & des vues élevées. - -C'était vers l'étude de l'archéologie que les premiers travaux de M. -Renouvier se portèrent de préférence, & c'est l'architecture qui attira -tout d'abord son attention. Les époques de lutte étaient celles que M. -Renouvier semblait affectionner; il pensait, & en cela il nous paraît -être absolument dans le vrai, qu'après une commotion violente, en même -temps que les hommes se renouvellent, en même temps que les idées -changent ou se modifient, l'art, lui aussi, trouve une force nouvelle & -inaugure volontiers une renaissance. A ces époques tourmentées de -l'existence, l'artiste possède une audace que les temps de calme & de -paix ne sauraient faire naître en lui. L'architecture gothique marque -précisément une de ces époques révolutionnaires, elle naît à la suite de -dissensions politiques, & tente avec succès de venir remplacer la -barbarie dans laquelle l'art était plongé depuis plusieurs siècles[1]. -Après des considérations générales sur l'architecture gothique, -considérations dans lesquelles les connaissances approfondies de M. -Renouvier apparaissent pleinement, l'auteur envisage spécialement le -progrès de cet art dans le midi de la France, & publie le résultat de -ses observations dans _Les Anciennes Eglises du département de -l'Hérault_, dans _Les Monuments de quelques anciens diocèses du -Bas-Languedoc_, dans _Les Maîtres tailleurs de pierre & autres artistes -de Montpellier_[2] & même dans un ouvrage où la France n'est plus en -jeu, _Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie_ -(Pise, Florence, Rome & Naples), 1841. - - [1] M. Renouvier allait encore publier un autre ouvrage relatif - également à une époque de transition: _l'Art pendant l'époque - révolutionnaire_. Ce soin est dévolu à sa famille. - - [2] Cet ouvrage fut publié en collaboration de M. Ricard. - -La révolution de 1848 détourna pour quelques instants M. Renouvier de -ses chères études; les devoirs du citoyen passèrent avant les goûts de -l'homme privé, & le savant archéologue accepta la place de Commissaire -du Gouvernement provisoire qui lui fut offerte. Les hautes qualités du -fonctionnaire public se firent jour immédiatement, & le Département de -l'Hérault envoya M. Renouvier le représenter à l'Assemblée Constituante. -Même au milieu des travaux que ses nouvelles fonctions lui imposaient, -M. J. Renouvier n'oublia pas ses études antérieures; il fut chargé par -la Commission de faire un _Rapport sur le chapitre du Ministère de -l'intérieur relatif aux Musées nationaux_, rapport que nous n'avons pas -eu l'occasion de lire, mais dans lequel, au dire de personnes bien -informées, le goût éclairé de M. J. Renouvier se faisait toujours -remarquer. - -Rendu bientôt à la vie civile, M. Renouvier se mit en devoir de -continuer ses études de prédilection, & l'histoire mal connue encore de -l'art de la gravure attira ses instincts curieux. Il se mit à l'oeuvre -avec l'ardeur d'un néophyte, poursuivit ses recherches avec passion, & -composa le meilleur ouvrage qui ait paru jusqu'à ce jour sur les -graveurs & sur les gravures, _Des Types & des manières des maîtres -graveurs, depuis l'origine de cet art jusqu'en 1648 (1853-1856)_. - -Doué d'un esprit investigateur & possesseur d'une érudition variée, M. -J. Renouvier rassembla tous les documents qui pouvaient concourir à son -oeuvre. Il mit à contribution toutes les Bibliothèques de l'Europe, -examina avec soin les collections particulières, qu'on était toujours -heureux de lui ouvrir, &, fort de ces notes prises dans un but sagement -conçu & bien défini, il sut se prémunir contre le désir trop commun de -paraître érudit. Plus que personne, cependant, il possédait une -érudition complète, mais il sut précisément se servir de cette érudition -pour en tirer un jugement net sur les types & les manières des maîtres -graveurs. Il faut un peu avoir étudié les mêmes questions que M. J. -Renouvier pour se rendre un compte exact du savoir nécessité pour -rédiger ces quatre volumes in-4º; au premier abord, ils pourraient -paraître composés facilement & presque sans labeur, tant l'érudition est -cachée à l'ombre d'une critique sage & mesurée. Quiconque a tenté -d'élucider un point de l'histoire, si minime qu'il soit, connaît les -difficultés immenses qui se présentent à chaque pas: les documents -absolument contradictoires, les renseignements faux dont fourmillent -tous les ouvrages parus antérieurement, paraissent destinés à rebuter -les plus courageux; M. Renouvier semble s'être roidi contre tous ces -obstacles: il a demandé aux oeuvres elles-mêmes leur nationalité & leur -origine, & guidé par son goût, il a su assigner à chaque artiste le rang -qu'il mérite réellement; il a comparé la _manière_ de l'un avec la -_manière_ de l'autre, & a établi un ordre, une classification qui -restera comme un monument. - -Depuis la publication de ce précieux ouvrage, chaque année M. Renouvier -mettait au jour quelque opuscule intéressant: _Une Passion de 1446_, -_Gérard de saint Jean de Harlem_, _des gravures sur bois dans les livres -d'Antoine Vérard_ & quelques autres brochures furent publiées à -Montpellier ou à Paris. Il y a deux mois à peine, il apportait avec lui -à Paris un nouveau volume qui devait, hélas! être le dernier. C'était -une _Histoire de l'origine & des progrès de la Gravure dans les Pays-Bas -& en Allemagne, jusqu'à la fin du quinzième siècle_. Que de recherches -il a fallu pour découvrir tous ces documents épars en France & en -Angleterre, à Leipsic, à Amsterdam, à Vienne, à Cologne & à Bale! Quelle -science d'assimilation il avait fallu déployer pour grouper, pour ainsi -dire de mémoire, les artistes d'un même terroir, les graveurs d'une même -contrée. M. Renouvier se tira à son grand honneur de cette tâche -difficile[3]; il sut attribuer à chacun une part d'éloges & une part de -blâme convenable; il sut tenir compte des obstacles surmontés & des -victoires remportées, & il se disposait à nous donner un travail -analogue sur la France & sur l'Italie, lorsque la mort est venue le -ravir à sa famille, à ses amis & à la science. Perte fatale & -irréparable! Arrivé à tout l'épanouissement de son savoir, M. Jules -Renouvier, que son abord bienveillant avait rendu sympathique à tous, -eût pu continuer longtemps encore à faire profiter de son érudition les -amis de l'art; il eût pu mettre à exécution les nombreux travaux qu'il -préparait de longue date, &, grâce à lui, la Gravure longtemps délaissée -par les historiens de l'art, eût pris dans l'histoire la place -importante qu'elle est digne d'y occuper. - - [3] Ce mémoire fut couronné par l'Académie royale de Belgique, dans sa - séance du 23 septembre 1859. - - - - -BIBLIOGRAPHIE - -_des ouvrages & opuscules de J. Renouvier._ - - -Des vieilles maisons de Montpellier. Montpellier, 1835, in-8º de 24 -pag., 2 planches. - - -Notice sur les manuscrits de la commune de Montpellier, 1835, in-8º de -32 p. Publication anonyme. - - -Monuments de quelques anciens diocèses du Bas-Languedoc, expliqués dans -leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après -nature & lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1840, 1 -vol. in-4º tiré à 100 exemplaires. - -Cet ouvrage a commencé à paraître en 1835. - - -Monuments divers pris dans quelques diocèses du Bas-Languedoc, expliqués -dans leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés -d'après nature & lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, -1841, broch. in-4º. - - -Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie: Pise, -Florence, Rome, Naples (août, septembre & octobre 1839). Caen. Hardel, -1841, in-8º de 18 feuilles. (Extrait du _Bulletin Monumental_, t. VII.) - - -Notice sur Philippe de Saint-Paul. Montpellier, 1841, in-8º. - - -Avec la collaboration de Ricard: Des maîtres Tailleurs de pierre & des -autres Artistes gothiques de Montpellier. Montpellier & Paris. Dumoulin, -1844, in-4º, fig. - - -Idées pour une classification générale des monuments par M. J. -Renouvier. Montpellier. Bohem, 1847, in-4º. (Extrait des _Mémoires de -l'Académie des Sciences & Lettres de Montpellier_.) - - -Rapport sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux Musées -nationaux. Paris, de l'imprimerie de l'Assemblée constituante, 1848, -in-4º de 20 pages. - - -Les Grisettes de race. Montpellier, L. Christin, s. d., 1851, in-8º de 8 -pag. Publication anonyme. (Tiré à 50 exemplaires.) - - -Des Types & des Manières des maîtres graveurs. Montpellier. Bohem. -1853-1856. 4 vol. in-4º. - - -De Lyon à la Méditerranée, par J.-B. Laurens, avec la collaboration de -plusieurs hommes de lettres. 2e livraison.--Le musée de Montpellier, -texte par M. Jules Renouvier. Paris. Martinon, 1855, in-8º de 24 p. fig. - -Cette brochure a été réimprimée, avec de nombreux changements, dans la -_Gazette des Beaux-Arts_. - - -Les peintres & les enlumineurs du roi René.--Une Passion de 1446, suite -de gravures au burin, les premières avec date. Montpellier. Jean Martel, -1857, in-4º (Extrait des _Publications de la Société Archéologique de -Montpellier_, nºs 24 & 25). - - -Les Peintres de l'ancienne école hollandaise.--Gérard de Saint-Jean de -Harlem & le tableau de la Résurrection de Lazare. Paris. Rapilly, 1857, -in-8º. - - -Des gravures en bois dans les livres d'Anthoine Vérard, maître libraire, -imprimeur, enlumineur & tailleur sur bois de Paris. Aubry, impr. de L. -Perrin, 1859, in-8º. 2 planches grav. sur bois. (La Mort & l'Amoureux. -La Mort & l'Usurier.) - - -Histoire de l'origine & des progrès de la gravure dans les Pays-Bas & en -Allemagne jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Jules Renouvier. -(Mémoire couronné par l'Académie royale de Belgique, le 23 septembre -1859.) Bruxelles. Hayez, 1860. Planche de monogrammes. - - -Notices archéologiques, extraites du _Bulletin monumental_ de M. de -Caumont: - -1. Du Style ogival & de son introduction dans le Sud-Est de la France. - -2. Excursion monumentale dans les Pyrénées. - -3. Essai de classification des Eglises d'Auvergne. Caen. Hardel, 1837, -in-8º de 24 pag. - -4. Notice sur la peinture sur verre & sur mur dans le Midi de la France. -Caen, 1839, in-8º. - - -Notices archéologiques extraites des publications de la _Société -Archéologique de Montpellier_: - -1. Des anciennes Eglises du département de l'Hérault, 1re & 2e partie. - -2. Sur les fenêtres de la rue des Rayles. - -3. Des Fonts de Vias. - -4. Sur une figurine en terre cuite du Cabinet archéologique de -Montpellier, par M. J. Renouvier. In-4º s. d. - - -Notices publiées dans la _Revue du Midi_: - -1. Raphaël ou Ghirlandaio (p. 82-89, 2e série, 1843). - -2. Etudes, moeurs & modes archéologiques (p. 181-199, même série & même -année). - - -Articles publiés dans la _Gazette des Beaux-Arts_: - -1. Les Origines de la Gravure en France, 1er avril 1859. - -2. La Tête en cire du Musée Wicar, à Lille, 15 septembre 1859. - -3. Le Musée de Montpellier, 1er janvier 1860. - -4. Sous le pseudonyme de Xavier Nogaret. Exposition de Montpellier, 1er -juin 1860. - -5. Des découvertes nouvelles d'Estampes sur bois & sur métal de -l'Allemagne (le peintre graveur de M. Passavant), 15 septembre 1860. - - -Notice publiée dans les _Archives de l'Art français_: - -Jean Troy, directeur de l'Académie de peinture de Montpellier. - - -Article paru dans la _Revue universelle des Arts_: - -Les Estampes de Geoffroy Tory & sa marque de graveur. Tome 5, p. 510. - - - - -AVANT-PROPOS. - - -Nous publions la notice de Jehan de Paris, telle que M. Renouvier l'a -écrite; il nous eût été fort difficile, d'ailleurs, d'en agir autrement, -car les meilleures sources avaient été consultées & mises à profit. Nous -avons pensé utile seulement d'ajouter comme appendice à ce travail, -l'intéressante dissertation que M. J. Renouvier publia dans le _Journal -des Beaux-Arts_ (Anvers 1859), sur le portrait d'Agnès Sorel, attribué à -Jean Fouquet, & exposé au musée d'Anvers. Peu de personnes ont été à -même de lire ce travail, dans lequel se remarque à un haut degré la -critique sûre & toujours clairvoyante de M. Renouvier. - -Après cette étude sur Jehan de Paris, qui vient elle-même à la suite -d'une notice sur Antoine Vérard, deux autres brochures sur des sujets -analogues seront successivement publiées: _Les Gravures sur bois dans -les livres d'Heures de Simon Vostre_, & _des Portraits d'auteurs dans -les livres du quinzième siècle_. Nous sommes heureux d'annoncer que -l'important travail que M. Jules Renouvier préparait depuis longtemps -sur _l'Art & ses institutions pendant la période révolutionnaire_ verra -le jour. Tous les véritables amis de l'art se réjouiront avec nous de -cette bonne nouvelle, & se joindront également à nous, nous en avons -l'assurance, pour remercier la famille de M. Renouvier de cette pensée -généreuse. - -G. D. - - - - -JEHAN DE PARIS, - -_varlet de chambre - -& peintre ordinaire des rois Charles VIII & Louis XII._ - - -Entre les poètes & les peintres qui nous vinrent des Pays-Bas au moment -de la décadence de la maison de Bourgogne, la gloire a fait d'étranges -méprises. Les uns obtinrent facilement une célébrité qui nous semble -usurpée; les autres tombèrent aussitôt dans un oubli que nous avons à -coeur de racheter. Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc -de finances, secrétaire indiciaire & historiographe des trois plus -puissantes dames de son temps, Madame Anne de France, Marguerite -d'Autriche & Anne de Bretagne, est l'un des plus assommants -versificateurs de complaintes historiques & allégoriques qui chantèrent -les règnes de Charles VIII & de Louis XII; ni l'amitié de Guillaume -Cretin, ni le témoignage de Pasquier, d'après lequel il est «le premier -qui à bonnes enseignes donna vogue à notre poésie,» ni les éloges de -Clément Marot[4] qui confesse avoir appris de lui _la couppe féminine_, -c'est-à-dire l'élision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il -fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des allégories -évoquées par sa muse, sont la Peinture & l'Orfévrerie; parmi les -personnes dont il a gardé mémoire, sont des artistes; le patron le plus -cher qu'il nomme dans ses épîtres est un peintre, l'un des plus -excellents de notre école primitive, Jehan de Paris: ces mérites, -uniques dans un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom -auprès des éplucheurs d'histoire & d'esthétique. Je ne suis pas le -premier qui le prenne pour texte à ses gloses. - - [4] - - Adieu la main qui de Flandre en la France - Tira jadis Jean Lemaire belgeois - Qui l'âme avait d'Homère le gregeois. - - (Epître à Madame de Soubise. _OEuvres de Clément Marot_. La Haye, - 1731, 6 vol. in-12, t. II, p. 183.) - -Dans le plus ancien de ses ouvrages, _le Temple d'honneur & de -vertu_[5], qui est une déploration de la mort du sire de Beaujeu -adressée à Madame Anne de France, l'auteur parle des encouragements -qu'il avait reçus de Jehan de Paris «qui par le bénéfice de sa main -heureuse, dit-il, a mérité envers les roys & princes estre estimé un -second Appelles en paincture.» Vers le même temps, en composant une -autre complainte sur la mort de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, qui -eut lieu en 1503, sous le titre de _la Plainte du désiré_[6], il mit en -scène la Peinture & la Rhétorique pour chanter alternativement les -louanges du prince. Au milieu du fatras qui sert de discours à la -Peinture, on a remarqué une tirade[7] où passent les noms des peintres -les plus célèbres que peut trouver le poète: d'abord ceux qui étaient -déjà morts, mais dont la réputation était encore entière, puis ceux qui -vivaient en Flandre, en Italie & en France: - - _J'ay pinceaux mille & brosses & ostils - Et si se nay Parrhase ou Appelles - Dont le nom bruyt par mémoires anciennes - J'ay des esprits récents & nouvellets - Plus ennoblis par leurs beaux pincelets - Que Marmion iadis de Valenciennes - Ou que Fouquet qui tant eut gloires siennes, - Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand - Ou Johannes qui fut tant élégant._ - - [5] Paris, Michel Lenoir, 1504, très-petit in-fol. goth. - - [6] Publiée avec la _Légende des Vénitiens_. Lyon, Jean de Vingle, - 1509, & Paris, Geoffroy de Marnef, 1512. - - [7] Mariette l'avait déjà transcrite dans son _Abecedario_, en notant - soigneusement les détails donnés par Lemaire sur Jehan Perreal. - _Abecedario_, t. IV, p. 113. Elle a été reproduite depuis par M. de - Laborde.--_La Renaissance_, t. I, p. 161. - -Le premier qui est invoqué ici après les anciens est Simon Marmion, de -Valenciennes, peintre, miniaturiste & écrivain, que nous connaissons -déjà par quelques comptes, qui, en 1453, fit un tableau pour le plaidoir -de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens[8], &, en 1466, fut occupé à «ystorier & -mettre en fourme» un bréviaire pour le duc de Bourgogne[9]. Il mourut en -1489, à Valenciennes, où Molinet composa son épitaphe. Après viennent -deux Français: Jehan Fouquet, le plus connu maintenant de tous nos -peintres gothiques[10], & Jehan Poyer ou Poyet, enlumineur & historieur -des Heures d'Anne de Bretagne[11]; les trois autres sont des Flamands -bien connus: Rogier Van der Weyden, de Bruges ou de Bruxelles, Hugo Van -der Goes, de Gand, & Hans Memling. Le nom de Johannes conviendrait aussi -à Jean Van Eyck, qui souvent n'a pas d'autre désignation que ce prénom -latin, ainsi qu'on le voit sur ses tableaux, sur sa tombe dans l'église -de Saint-Donat, à Bruges, dans les comptes des ducs de Bourgogne & dans -les inventaires de Marguerite d'Autriche. Mais ici nous croyons qu'il -peut s'appliquer à Jean Memling, qui venait de mourir en 1499, & dont la -réputation avait même éclipsé celle de son maître. Il se pourrait aussi -que l'auteur les confondît tous deux; il y en eut bien d'autres -confondus sous ce nom de Jean, le plus commun parmi les peintres du -quinzième siècle, parce que saint Jean était, après saint Luc, le patron -le plus fréquenté de leur confrérie. - - [8] _Recherches historiques sur les ouvrages exécutés dans la ville - d'Amiens pendant les XIVe, XVe & XVIe siècles_, par H. Dusevel. - Amiens, 1858, in-8, p. 25. - - [9] _Les ducs de Bourgogne_, par M. de Laborde, t. I, p. 496. - - [10] M. le C. de Bastard. _Peintures & ornements des manuscrits_, - Paris, 1835, gr. in-fol., & les _Manuscrits français_ de la - bibliothèque du roi, par M. P. Paris. Paris, 1838, in-8, t. II, p. - 265.--De Laborde, _la Renaissance des Arts_, t. Ier. Paris, 1850, - in-8, p. 155.--Vallet de Viriville, _Revue de Paris_, 1er août 1857, - t. XXXVIII, p. 409. - - [11] De Laborde, _les ducs de Bourgogne_, t. I, p. 24. _La - Renaissance_, t. I, p. 273.--Leroux de Lincy, _Gazette des - Beaux-Arts_, 1er mai 1850, in-8. - -Voici maintenant les artistes vivants interpellés par la Peinture: - - _Besoignez donc, mes alumpnes modernes - Mes blancs enfans nourris de ma mamelle: - Toy, Léonard qui a graces supernes - Gentil Bellin dont les los sont éternes - Et Perrusin qui si bien couleurs mesle. - Et toi, Jehan Hay, ta noble main chome elle - Vien voir nature avec Jehan de Paris - Pour lui donner umbraige & esperits._ - -Ne regardons pas aux rimes, admirons la sûreté de goût de Lemaire qui, -entre tous les Italiens arrivés de son temps à la gloire, désigne dans -les trois écoles capitales ceux que la postérité a si bien acceptés: -Léonard de Vinci, Bellini & Pérugin. Ce ne peut pas être un petit -honneur que la place qu'il va donner à côté d'eux à un Flamand & à un -Français. Ce Jehan Hay, que personne n'a révélé, ne peut être en effet -que Jehannet, le père de François Clouet, dit aussi Jehannet, le second -des quatre Clouet ou Jehannet aujourd'hui connus. Les supputations -ingénieuses de MM. de Laborde & de Freville[12] ont établi sa résidence -à Tours en 1522, & sa mort en 1541. La plus ancienne mention que l'on -ait trouvée de lui est de 1518, mais depuis longtemps déjà il était venu -de Belgique avec son père, & Jehan Lemaire devait être en rapport avec -lui. Il était, à la dernière date que nous avons donnée, peintre en -titre d'office à côté de Jehan de Paris. Pourquoi donne-t-on ici une -orthographe différente d'un nom aussi connu? Parce que la variété -d'orthographe dans les noms propres n'est pas seulement licite dans la -grammaire gothique, elle est de bon ton & comme un agrément de plus du -discours, toujours porté à l'amphibologie. Le nom de Jehannet est écrit -dans les documents: Jehannot, Janet, Jainet & Jennet; une variation de -plus marquée de l'accent belge n'a pas de quoi surprendre. L'auteur -lui-même se nomme dans ses livres Jean Le Maire & Jehan Le Maistre. -Vainement on chercherait quelque application plus sortable parmi les -peintres du nom de Hay, Haie & de La Haye[13]; en s'arrêtant à celle-ci, -on obéit, non pas seulement à la lettre, mais à l'esprit même du poète -qui, dans cette invitation à l'étude de la nature, n'a pu associer à -Jehan de Paris qu'un peintre tel que Jehannet. Ses vers ne valent pas -sans doute ceux des poètes de la grande pléiade qui célébrèrent François -Clouet; ils ne manquent pas pourtant de quelque sentiment au milieu de -leurs grands mots. Je ne sais si l'auteur comprenait comme nous ceux -d'_ombraige_ & d'_esperits_ par lesquels il termine; mais ne sont-ils -pas les deux termes auxquels viennent aboutir toutes les doctrines de la -peinture: la lumière & l'expression? - - [12] _La Renaissance_, t. I, p. 13.--_Additions_, p. 367.--_Archives - de l'Art français_, t. III, p. 97, 287. - - [13] On le trouve écrit Jehan Jay, dans le texte donné dans - l'_Abecedario_ de Mariette, mais c'est une faute de copie ou - d'impression. - -Au service de Marguerite d'Autriche, Jean Lemaire, qui avait su inspirer -à sa maîtresse assez de goût poétique pour qu'elle voulût s'essayer à -rimer, donna carrière à sa verve. Il chanta Marguerite Auguste dans deux -épîtres joyeuses qui avaient compromis sa réputation de chasteté auprès -des savants, qui ne s'étaient pas aperçus que l'_Amant verd_, objet des -privautés de la princesse, n'était pas le pauvre poète, mais un -perroquet. Il la célébra encore dans une suite de poésies intitulées _la -Couronne margaritique_, où l'orfévrerie & les artistes ont un rôle -important. Cette pièce n'a été publiée qu'après la mort de l'auteur[14], -mais, par sa composition, elle se rapporte à une date qui ne peut pas -être éloignée des précédentes, ni très-postérieure à l'année 1504 où -Marguerite perdit son mari, Philibert de Savoie. Elle est comme -l'inauguration de son illustre veuvage. - - [14] Dans l'édition des _Illustrations de Gaule & singularités de - Troyes_.--Lyon, Jean de Tournes, 1549, in-fol. - -Par _Couronne margaritique_, l'auteur entend un ouvrage d'orfévrerie -allégorique, dont la déesse Vertu fait le plan, dont le portrait ou -dessin est tracé par la peintresse antique Marcia, & qui est exécuté par -Mérite, orfèvre des dieux. Les peintres les plus fameux des Pays-Bas & -de la France viennent admirer le dessin entre les mains de Mérite, un -orfèvre de Valenciennes, Gilles Steclin, se présente pour y travailler; -Mérite convie également à son oeuvre le père de celui-ci, Hans Steclin, -de Cologne, & les orfèvres les plus en renom de tous pays. - -Je me dispenserai de citer ici ce long morceau qui a été plusieurs fois -reproduit[15], je veux seulement faire la liste des artistes qui y sont -énumérés, en ajoutant l'interprétation des noms adoptés par l'écrivain -qui ne sont pas tous connus. Voici d'abord les peintres qui sont, pour -les premiers seulement, les mêmes que dans la _Plainte du désiré_: -maistre Roger; Fouquet; Hugues de Gand; Johannes; Marmion; Dierick de -Louvain, il est connu aussi sous le nom de Dierick, de Harlem & de -Stuerbout; maistre Hans de Bruges. Ici Lemaire ne confond plus Jean Van -Eyck & Jean Memling; par Hans de Bruges, il ne peut entendre, en effet, -que Memling, longtemps appelé Hemling, & désigné autrefois par le nom de -maistre Hans dans les registres des confréries de Bruges, & dans -l'inventaire des tableaux de Marguerite d'Autriche. Maistre Hugues -Martin, de Francfort, nous voyons ici Martin Schongauer, ou le beau -Martin, qui eut tant d'appellations différentes: Hipsch, Hubsch, Bel & -Bellus, Schoen & Schongauer, de Colmar, de Kalemback & d'ailleurs. -Damiens Nicolas, c'est Colin d'Amiens, peintre de Louis XI, en 1482[16]; -maistre Loys de Tournay, celui-ci est resté parmi les inconnus d'une -ville qui fournit quelques peintres à des travaux de commande -locale[17]. Baudouyn de Bailleul, c'est encore un Flamand, mais on ne -trouve un nom pareil dans les comptes des ducs de Bourgogne que, vers -1420[18]. Lemaire le désigne comme _faisant patrons_, c'est-à-dire -dessinateur. Jacques Lombard de Mons, je n'ai rien trouvé sur son -compte; Lieven d'Anvers, celui-ci est connu comme peintre d'architecture -& de vitraux, dessinateur de gravures sur bois & miniaturiste; il -travaillait vers 1460. On l'appela aussi Lievin de Witt & Lievin de -Gand, si toutefois il n'y a pas là deux artistes, point qui n'est point -encore éclairci[19]. - - [15] De Laborde, _les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 25.--Crowe & - Cavalcaselle, _The early flemish painters_. London, 1857, in-12, p. - 330.--Haizen, _Archiv. für die zeichnenden Künste_, t. XVI, 1859, - in-8.--Alvin, _Revue universelle des Arts_, 1859, t. IX, p. 204. - - [16] _La Renaissance_, t. I, p. 59. - - [17] _The early flemish painters_, London, 1857, in-12, p. 232.--Je ne - sais sur quel fondement M. Wauters l'interprète par le nom de - Daret.--_Revue universelle des Arts_, t. II, 1855, in-8, p. 6. On - trouve un peintre de ce nom employé par Charles-le-Téméraire & venu - de Tournay à Bruges, mais il a pour prénom Jacques. Document publié - par M. Michiels, _Histoire de la peinture flamande_. Bruxelles, - 1845, t. II, p. 412. - - [18] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 164, 172. - - [19] Passavant, _Recherches sur l'ancienne école de peinture - flamande_.--_Messager des sciences historiques de Gand_, 1841, in-8, - p. 324, & 1842, p. 247.--_Des types & des manières des maîtres - graveurs_, XVIe siècle, 1854, in-4, p. 152. - -L'orfèvre principal, chargé du travail de la _Couronne margaritique_, -est le Vallencelois Gilles Steclin, auquel est adjoint son père Hans -Steclin de Colongne. Les noms de ces artistes ont été relevés par M. de -Laborde dans les comptes des ducs de Bourgogne, Hance Steclin en 1438, -Gilles Steclin en 1482[20]. M. Harzen a conjecturé que ce dernier -pouvait être le graveur connu sous le nom du maître de 1466, qui -marquait ses estampes de cette date & des lettres E & G S, qui -s'appliqueraient au prénom latin ou vulgaire Egidius ou Gilles, & au nom -de l'artiste Stechin ou Steclin, corruption de Stecher, orfèvre[21]. Si -cette ingénieuse conjecture, à laquelle, pour ma part, je ne fais pas -d'objection, était vérifiée, notre historiographe aurait doublement -mérité de l'histoire de l'art en signalant, entre les orfèvres des -Pays-Bas, celui qui devait, par ses estampes, vivre plus longtemps -qu'aucun autre, bien qu'il ne fût alors plus connu par ses orfévreries. -Voici les noms des autres orfèvres à l'approbation desquels Mérite -soumet ensuite le portrait de sa couronne. On y voit des artistes de -provinces fort diverses; un seul est célèbre, les autres n'auront pas -d'autre souvenir que celui qu'a bien voulu leur octroyer le poète: -Adrien Mangot, de Tours[22]; Romain Christophe Hiérémie; il ne faut pas -voir là trois noms, comme l'indiquent quelques commentateurs, mais un -seul artiste, Cristoforo Geremia ou Hieremia, qui était de Rome, -orfèvre-ciseleur, & qui travaillait vers 1470[23]; Donatel de Florence; -Petit Antoine de Bourdeaux; Jean de Nimègue; Robert Lenoble, -Bourguignon[24]; Margeric d'Avignon; Corneille, Gantois; Jean de Rouen. - - [20] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 360, 534. - - [21] Einige Worte über den sogenannten «Meister von 1466». _Archiv. - für die zeichnenden Künste_, V. 1859, in-8.--Quelques notes sur le - maître de 1466, trad. & annot. par M. Alvin, _Revue universelle des - Arts_, t. IX, 1859, in-8. - - [22] Il était orfèvre de Louis XI en 1474, & travailla par l'ordre du - roi à une châsse de Saint-Martin de Tours. _La Renaissance_, t. I, - p. 58. - - [23] Zani, _Enciclopedia delle belle arti_, P. 1, t. IX, p. 349. - - [24] _La Renaissance_, t. I, p. 60. - -La fiction de la _Couronne margaritique_, toute d'apothéose, ne -mentionne que des artistes morts à l'époque où écrivait le poète. C'est -pour cela qu'il n'y a pas nommé Jehan de Paris, & non pas par -ingratitude, comme on l'en a accusé[25]: On va voir que celui-ci tint -toujours une place considérable dans ses ouvrages; mais rassemblons -d'abord nos renseignements historiques sur le peintre. - - [25] _La Renaissance_, t. I, p. 186. - -On rencontre le nom de Jehan de Paris, en 1483, dans la fourrière de la -reine Charlotte, femme de Louis XI. Il a le titre de varlet de chambre, -& il est là en compagnie de plusieurs artistes: Martin Lailly, libraire; -Anthoine Legru, joueur de luth; Lambert Dufey, orfèvre, tous aux gages -de six vingts livres[26]. - - [26] Godefroy, _Histoire de Charles VIII_. Paris, 1684, in-fol., page - 366. - -Cependant il n'est pas certain que ce soit là notre artiste. Le nom de -Jehan de Paris a été porté par d'autres avant lui, sans compter le héros -de la _Bibliothèque bleue_, & celui dont Rabelais a fait dans son Enfer -un gresseur de bottes. En 1455, il était déjà parmi les gens & officiers -du duc d'Orléans[27]. D'un autre côté, on ne le trouve pas sur les -listes que nous avons des officiers de la maison de Charles VIII en -1490. M. de Laborde ne l'a pas trouvé non plus dans les comptes de cette -époque[28]. Bien que Jehan de Paris soit considéré avec raison comme -l'un des quatre grands peintres primitifs, & mis en parallèle avec -Fouquet, Lichtemon & Bourdichon; bien qu'il soit qualifié du titre de -peintre de Charles VIII, & cité comme tel dans les _Contes de la reine -de Navarre_, ce n'est qu'à Lyon qu'on voit commencer sa carrière. - - [27] _Les Ducs de Bourgogne_, t. III, page 372. - - [28] _La Renaissance_, t. I, page 183. - -Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal chargé par la -ville de Lyon des travaux de décoration & de représentation pour -l'entrée de Charles VIII; on en a récemment trouvé, dans les archives de -la ville[29], les comptes écrits & signés de sa main. On voit par ces -comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons & rhétorique des -histoires qui furent représentées, & que d'autres peintres nommés -Dominique, Jacques le Catelan & Philipeaux y avaient aussi besogné à des -ouvrages qui ne seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres. Ils -reçoivent salaire pour avoir monté un lion dans un grand tupin de terre, -& avoir ensuite assorti le poil & les peaux dudit lion; pour avoir fait -des costumes: une robe pour le Soleil, deux habits pour le berger & -France; & même pour avoir rempli des rôles: saint Michel, le Serpent, le -Diable; «celui qui fit le Diable & qui cuida brûler,» Jacques le Catelan -besongna à la cité de Jérusalem & peignit l'eschaffaut de la place de -l'Herberie. - - [29] M. Rolle, archiviste-adjoint, qui se propose de les publier, a - bien voulu m'en communiquer des extraits & me donner le fac-simile - de la signature du peintre, que l'on trouvera ici. - -[Illustration] - -En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal de l'entrée -du roi & de la reine Anne de Bretagne à Lyon. Les comptes en existent -encore dans les archives de la ville. - -Dans les histoires ou mystères représentés à cette occasion, c'est un -auteur, maître Anthoine Chevalet, qui avait composé la poésie & -versification[30]; M. Péricaud a conjecturé que le sujet de ces mystères -était l'histoire de saint Christophe, parce que Chevalet composa un -mystère sous ce titre, qui fut représenté & imprimé plus tard à -Grenoble. Mais les mystères dont il s'agit ici ne sont, selon toute -apparence, que des suites de tableaux peints sur des rouleaux de toile -ou de papier, & accompagnés de légendes versifiées, que l'on dressait à -certaines places, dans les entrées solennelles, & qui sont appelés par -les chroniqueurs mystères sur échaffauts. Ils étaient mêlés aussi de -représentations plus réelles, où des personnes vivantes, de belles -demoiselles de la ville venaient représenter des personnages -allégoriques, & réciter aux royaux assistants les dictons versifiés en -leur honneur. Le peintre intervenait même pour ordonner leurs -habillements. Mais il ne s'agit point encore ici de mystères joués sur -une scène par des acteurs. C'est après ces travaux que Jehan de Paris -paraît attaché au service du roi comme varlet de chambre & compris dans -sa chirurgie[31]. A ce titre, il fut exempté de toutes tailles & -subsides dans la ville. Il voyagea avec la cour en Italie; il séjourna à -Amboise, en revenant souvent à Lyon, où le roi était fort attiré, comme -on sait, par la bonne grâce des dames lyonnaises[32]. - - [30] _Bibliographie lyonnaise du quinzième siècle_, par M. Péricaud. - Lyon, 1851, in-8, p. 9.--3e partie, Lyon, 1853, in-8, p. - 20.--_Notice sur Jehan Perreal_. Lyon 1858, in-8. - - [31] L'état des officiers de la maison de Charles VIII en 1495 porte - au nombre des chirurgiens Jean Bricet, dit de Paris. _Histoire de - Charles VIII_, p. 705. - - [32] _Histoire veritable de la ville de Lyon_, par Claude de Rubys. - Lyon, 1604, in-fol., p. 348. - -En 1496, Jehan de Paris est le premier signataire des statuts de la -corporation des peintres, tailleurs d'images & verriers de Lyon, qui -furent confirmés par ordonnance royale[33], & qui sont le document de ce -genre le plus explicite que nous ayons pour le quinzième siècle. Nous -verrons qu'il n'est pas le seul artiste distingué qui figurât dans cette -corporation. - - [33] _Ordonnances des rois de France_, t. XX, p. 570.--_Histoire des - anciennes corporations d'arts & métiers_, par Ouin Lacroix. Rouen, - 1850, in-8, p. 741. - -Anne de Bretagne fit une seconde entrée à Lyon en avril 1499. Les -comptes de cette entrée, qui ont été conservés dans le recueil des -manuscrits de Guichenon[34], nous donnent d'abord les noms des artistes -qui firent la belle médaille à l'effigie du roi & de la reine: -_Lugdunensi Republica gaudente bis Anna regnante benigne sic fui -conflata 1499_; ils s'y montrent les rivaux de Pisano & de Sperandro. Ce -sont maistre Nicolas Leclerc, tailleur d'Ymages, & Jean de -Saint-Priest[35] «pour la taille & façon des pourtraicts & molles faits -pour la médaille,» & Jehan Lepère, orfèvre, pour les pièces en or, en -argent, en cuivre & en plomb qui en furent fondues. Ils nous donnent -ensuite le poète qui fit la rhétorique des personnages & mystères de -l'entrée, Jenin de Beaujeu; les ouvriers qui dressèrent les échafauds & -les tapisseries & arrangèrent les chapelles; ceux qui habillèrent les -jeunes filles chargées d'y représenter les sibylles; le carrier Pierre -Gayen & l'écrivain maistre Yvonnet, qui avaient fait sur des feuilles de -papier collé les _chappeaux de buys_, les _roleaux_ ou _rollets_ ornés -de devises & d'hermines que portaient ces sibylles, & qu'elles -débitaient au passage de la reine. - - [34] _Recueil de pièces curieuses pour servir à l'histoire_, 1661, 34 - vol. in-fol., t. XXXI, nº 85; Bibliothèque de la Faculté de médecine - de Montpellier. Cette liasse de 34 pièces est en grande partie - publiée par M. G. de Soultrait,--_Revue numismatique_, année 1855, - in-8, p. 48, & _Revue du Lyonnais_, année 1857, in-8, p. 105 à 129. - - [35] Ces noms, que M. de Soultrait a vainement cherchés dans les - ouvrages sur les médaillistes du moyen-âge, se trouvent dans les - statuts des peintres de Lyon de 1496. - -Ils donnent enfin le nom du peintre qui avait donné le dessin de ces -rollets des sibylles & qui en acheva l'ornementation: «Maistre Jehan, le -peintre, & son vallet, pour les avoir arrondis de coleurs trassez & -coppez.» - -Beaucoup mieux que dans les relations officielles des Entrées royales -imprimées au seizième siècle, on voit dans ces menus devis de costumiers -la mise en scène des mystères sur échafauds par l'intervention -enchevêtrée des artistes gothiques. La part y est bien faite au cartier, -à l'écrivain, au peintre. - -Celui-ci, qui ne peut être que Jehan de Paris, a de plus signalé sa -présence par une circonstance rare qui n'a point encore été remarquée: -au dos d'un de ses comptes, il a griffonné à la plume deux petites têtes -& un mascaron, distraction d'artiste qui reste précieuse pour sa -promptitude; on en jugera par ce fac-simile: - -[Illustration] - -Ces griffonnages étaient si bien dans les habitudes du peintre, qu'on en -a trouvé un autre exemple dans les comptes de 1493, où M. -l'archiviste-adjoint a relevé le dessin d'une botte dans son étrier & -ses éperons. - -Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put faire Jehan de -Paris à la suite de Charles VIII en Italie; mais les livres gros & -petits imprimés sur cette campagne, depuis le _Vergier d'honneur_, -d'André Delavigne, jusqu'aux _Nouvelles du Roy en sa ville de Naples_, -contiennent des gravures sur bois, où plusieurs sujets ont assez -d'actualité pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins. -J'essaierai ailleurs d'en donner une indication plus précise; on doit -encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent les petits -livres publiés sur la mort de Charles VIII, l'avénement de Louis XII, -son sacre à Reims, son entrée à Paris, & ses _Nouvelles de Milan_. Le -chroniqueur «qui suivoit la cour de Louis XII pour savoir des nouvelles -& icelles rediger par écrit,» nous a parlé d'un de ses ouvrages[36]. On -racontait à Milan, en 1501, qu'il était né un enfant monstrueux qui -avait deux visages avec un membre viril au front & au menton. On avait -voulu étouffer le fait avec l'enfant, mais les matrones l'ébruitèrent; -les grands clercs, consultés, en donnèrent une explication plus morale -que congrue: «Or, avoit Jehan de Paris pourtrait la figure du dit -monstre après le naturel, laquelle montra au roi & à plusieurs autres, -desquels je fus.» Nos anciens artistes saisissaient volontiers les -occasions d'étudier la nature, même dans ses écarts, & de servir la -curiosité publique. On connaît de ces monstres plusieurs gravures -italiennes & allemandes. Notre Français se rencontra ici avec un peintre -de grand nom. Léonard de Vinci, selon le témoignage de Lomazzo[37], fit -aussi à Milan le dessin d'un enfant monstrueux. La description qu'il en -donne se rapporte trop bien à celle de Jean d'Auton pour qu'on ne puisse -douter que ce ne soit le même que dessina Jehan de Paris. - - [36] _Chroniques de Jean d'Auton_, publiées par M. P. Lacroix. Paris, - Techener, 4 vol. in-8, t. I, p. 326. - - [37] _Tractato dell' arte della pittura_. Milano, 1585, in-4, p. 637. - -Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait suivi Charles -VIII, & il y a lieu de lui faire une grande part dans les gravures qui -accompagnèrent les livrets publiés sur cette campagne. On en signale -dans les _Lettres nouvelles de Milan_[38], imprimées vers 1500 avec des -vers de Pierre Gringore. - - [38] _Manuel du Libraire_, t. II, p. 462 &. t. III, p. 114. - -Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore ici de Jean -Lemaire. Il avait commencé, étant encore au service de Marguerite -d'Autriche, la publication de son livre fabuleux, historique & poétique, -intitulé _les Illustrations de Gaule & singularités de Troye_[39], & il -le poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne, avec les -mêmes qualités de secrétaire indiciaire & historiographe. C'est là -qu'avec les dédicaces aux deux princesses & avec les poésies en leur -honneur, se trouvent les épîtres à maistre Jehan Perreal de Paris, -painctre & varlet de chambre ordinaire du roi, qu'il appelle son -singulier patron & protecteur, son chier ami, le bon ami du roi, & notre -second Zeuxis en paincture. L'auteur n'y fait aucune allusion aux -figures qui décorent son livre, si ce n'est pour dire qu'elles sont bien -nécessaires à son propos, mais on peut bien soupçonner que le cher -artiste n'y fut pas tout à fait étranger; leur publication, presque -simultanée à Lyon & à Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures -consistent en sept planches, dont deux ne sont qu'une répétition -agrandie, auxquelles viennent s'ajouter les marques des imprimeurs dans -les diverses éditions. - - [39] La première édition fut donnée à Lyon par Etienne Baland, avec un - privilége du roi daté de Lyon 1509, une dédicace à Marguerite - d'Autriche, & une épître à Jehan Perreal datée de 1510. La seconde - fut imprimée à Paris pour maistre Jean Lemaire, indiciaire & - historiographe de la royne, par Geoffroy de Marnef, 1512 & 1513. Il - y en eut d'autres en 1525, 1528 & 1529 avec les mêmes planches - reproduites ou copiées. - -Les _armoiries de l'auteur_ fort compliquées avec sa devise: _De peu -assez_. - -Les _armoiries d'Anne de Bretagne_, écus accolés de France & de Bretagne -au-dessus d'un pré où broutent des vaches, avec la devise: _Vivite -felices_. - -_Noé ou Janus & Titea sa femme, réparateurs du genre humain_, dans un -navire. - -_Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, & Araxa, reine de -Scythie, demi-femme & demi-serpent_, représentations appropriées aux -premiers chapitres du texte. - -Les _armoiries de Marguerite d'Autriche_ avec sa devise: _Fortune -infortune fors une_. - -Ces planches sont gravées avec régularité & fermeté sans trop de -pesanteur, bien que les détails y soient crument exprimés. Le dessin -indique une manière sage, où le plus gros des façons italiennes est déjà -imité. La plus remarquable par la composition & par la taille, est celle -qui fut ajoutée à l'édition de Marnef. On y voit représentée la reine -Anne sur son trône, à l'angle d'une enceinte formée de panneaux & d'un -terrain fleuri; devant la reine, s'ébattent trois demoiselles, &, à ses -pieds, est la figure de la Puissance accompagnée d'un ange qui lui -présente un livre. La reine est accoutrée à l'antique, avec les cheveux -épars & la couronne sur la tête. Le caractère tout païen de la -composition est encore marqué par le Mercure gaulois qui figure dans le -fond, & par l'inscription au devant du trône DIVE IVNONI ARMORICE -SACRVM. Les miniaturistes n'avaient guère représenté la reine Anne que -devant son prie-dieu; les graveurs sur bois la représentèrent en Junon. -C'est sous son règne que la Renaissance avait fait son plus grand -mouvement, & Jehan de Paris en avait été l'un des plus actifs -promoteurs; ce ne peut être que lui, attaché plus particulièrement à la -reine comme valet de chambre & garde de la vaisselle[40], ami & patron -de son historiographe, qui a donné le dessin de cette apothéose. Nous -verrons que ce n'est pas le seul portrait d'elle qu'il eut à faire. - - [40] _La Renaissance des Arts_. Additions au t. I, p. 748. - -A la suite des _Illustrations de Gaule_ parurent chez Geoffroy de Marnef -d'autres opuscules, en prose & en vers, de Jehan Lemaire, & c'est dans -l'épître qui accompagne l'un de ces opuscules, _la Légende des -Vénitiens_, factum en faveur de la ligue de Cambrai, que ce lisent les -détails les plus intéressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte -les travaux en Italie à la suite du roi. «De sa main mercuriale il a -satisfait par grant industrie à la curiosité de son office & à la -récréation des yeux de sa très chrétienne Majesté, en paignant & -représentant à la propre existence, tant artificielle comme naturelle, -dont il surpasse aujourd'hui tous les citramountains, les cités, les -villes, chasteaux de la conqueste & l'assiette d'iceulx, la volubilité -des fleuves, l'inégalité des montaignes, la planure du territoire, -l'ordre & le désordre de la bataille, l'horreur des gisans en occision -sanguinolente, la misérableté des mutilés nagans entre mort & vie, -l'effroy des fuyans, l'ardeur & impétuosité des vainqueurs, & -l'exaltation & hilarité des triomphans; & se les ymaiges & painctures -sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien -exprimant & suaviloquente. Par quoy à son prochain retour, nous envoyant -ses belles oeuvres, ou escoutant sa vive voix, ferons accroire à nous -mêmes avoir été présens à tout.» - -En rapportant cette description des tableaux & des dessins de Jehan de -Paris, M. de Laborde a pensé qu'ils avaient été sans doute utilisés par -les sculpteurs du tombeau de Louis XII[41]. On sait, en effet, que Jehan -Juste en exécutant ce monument, en 1518, avait placé au soubassement des -bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII à Milan, le passage des -montagnes de Gênes & la bataille d'Aignadel. On sait aussi que ces -sculptures étaient traitées à la façon des peintres, avec des plans -successifs, des fonds, des ciels & des paysages. Nous avons indiqué, -d'un autre côté, les livres d'histoire & de nouvelles où se trouvent des -planches de batailles & de siéges, qui, dans leurs petites proportions, -se rapportent à peu près aux descriptions de l'auteur. Il ne nous manque -qu'un fil pour en faire une attribution plus précise. - - [41] _La Renaissance_, t. I, p. 186. - -L'entreprise la plus considérable à laquelle Jehan de Paris fut appelé à -prendre part, est l'église de Brou. Il résulte de lettres & de documents -récemment découverts[42], qu'il fut le premier architecte de cet -édifice, l'un des derniers bijoux de l'art gothique. Recommandé par -Lemaire à Marguerite d'Autriche lorsqu'elle voulut honorer la sépulture -de son mari par un monument somptueux, il fournit, de 1506 à 1511, les -plans de l'église, les modèles des statues, les ordonnances, portraits & -tableaux d'après lesquels travaillèrent les plus habiles artistes: -Michiel Coulombe, tailleur d'ymaiges du roi Louis XII, & ses neveux, -Guillaume Regnault, aussi tailleur d'ymaiges; François Coulombe, -enlumineur, son disciple; Jehan de Chartres, tailleur d'ymaiges de la -duchesse de Bourbon, & d'autres tels que maistre Henriet, maistre Jehan -de Lorraine[43]. - - [42] Lettres trouvées par M. Leglay dans les archives du département - du Nord, _Analectes historiques_. Paris & Lille, 1838, in-8. Lettre - mentionnée par M. Bernard: _Geoffroy Tory_. Paris, 1857, in-8, p. - 35. - - [43] Marché publié, par M. de Laborde. _La Renaissance_, t. I, p. 187. - -Dans un écrit de Michiel Coulombe lui-même, daté de 1511, accusant -divers reçus de Jehan Lemaire, & donnant des détails précieux sur la -sépulture du duc Philibert de Savoie, mari de Marguerite, duchesse de -Bourgogne, on voit que cet artiste se servait des belles ordonnances, -des portraits & des tableaux faits de la main de Jehan Perreal de Paris, -d'après lesquels il travaillait lui & ses neveux à ses ouvrages de -sculpture[44]. - - [44] Ecrit publié par M. Leglay, _Analectes historiques_, p. 13. - -Malheureusement il perdit ensuite la faveur de Marguerite, auprès de qui -Lemaire ne pouvait plus l'appuyer, & il fut supplanté, en 1513, dans la -direction des travaux de Brou par un architecte belge, Louis Van Bughen. -Celui-ci apporta beaucoup de modifications aux plans primitifs, & y -employa beaucoup d'ouvriers de son pays[45]. Le monument aurait été -certainement d'un style plus italianisé si les projets de l'architecte -français avaient été suivis. - - [45] _Histoire de l'église de Brou_, par M. Jules Baux. Lyon, 1854, - in-8, p. 188. - -A la mort d'Anne de Bretagne, en 1513, Jehan de Paris fut chargé des -travaux de peinture usités en ces circonstances. Dans la _Commémoration_ -& la complaincte publiées sur cette mort par le hérault d'armes -Bretaigne[46], il est cité deux fois: d'abord comme l'un de ceux qui, à -Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine, &, -ensuite, pour avoir besoingné à la saincte & remembrance faicte près du -vif après la face de la reine, qui à Paris fut portée sur un drap d'or -par les quatre présidents de la cour. Chaque fois le narrateur ajoute -qu'il ouvra moult à toutes les affaires de la conduite de la reine -défunte, de Blois, à Paris. Les manuscrits qui ont été conservés de -cette _Commémoration_ contiennent une dizaine de miniatures, où l'on -peut prendre une idée de ces représentations funéraires. On y voit le -corps de la reine exposé en son lit de parement, la face découverte, -dans la salle d'honneur du château de Blois, entourée des principaux -assistants, sa mise au cercueil, le lit posé dans la salle de deuil & -dans l'église Saint-Sauveur hors du château; puis le corps de la reine -porté en l'église de Paris par les quatre présidents, & le coeur d'or -émaillé contenant son coeur, exposé dans la chapelle ardente. Il n'y a -pour tout mérite dans ces miniatures qu'une certaine vérité de -physionomie & de costume; elles sont d'une pratique trop dégradée pour -qu'on y reconnaisse la main du peintre en titre de ces funérailles; on -peut y reconnaître cependant des réductions faites à la grosse des -patrons qu'il avait exécutés. - - [46] Commémoration & advertissement de la mort de très-chrétienne... - Madame Anne, deux fois reine de France... & complaincte que fait - Bretaigne son premier hérault. Manuscrits de la Bibliothèque nat. Il - y en a six exemplaires (nºs 9709, 9710, 9711, 9712, 9713, 1 & 2) qui - reproduisent avec peu de différences d'exécution dans leurs - miniatures, au nombre d'une dizaine, les mêmes représentations. Les - plus soignés sont les numéros 9709 & 9711; le texte de cette - relation a été publié par MM. Merlet & de Gombert. Paris, Aubry, - 1858, pet. in-8. (_Trésor des p. rares & inéd._) - -D'après les comptes de la cour qui nous restent, le peintre du roi -paraît employé à des travaux fort divers & plus humbles que ceux que -nous venons de voir. Au second mariage de Louis XII, en 1514, il eut la -direction des cousturiers chargés d'accoutrer à la mode de France la -nouvelle reine, Marie d'Angleterre. Aux obsèques du roi, qui vinrent -l'année d'après, il fit «la peinterie & l'armoirie des écussons avec -ordre, couronne & timbre[47].» Nous pouvons prendre quelque idée de la -manière dont ces costumes & ces peinteries étaient arrangés, dans les -planches qui accompagnent les livrets des _Entrées de Marie -d'Angleterre_[48] & de l'_Obsèque du feu roy Loys douzième_[49]. Dans -une _Epître consolatoire_ sur la mort du roi, adressée à Marie -d'Angleterre par le révérend docteur Moncetto de Castillione[50], -imprimée par Henri Estienne en 1515, se trouve un portrait de la reine -qui sort de la routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait -l'original s'était inspiré de ces portraits de Milanaises que l'on -trouve gravés dans l'école de Léonard de Vinci. La tête, bien que -dessinée avec trop de sécheresse, & une pratique éloignée du naturel, -n'est pas sans agrément; les lisses de la chevelure relevés de -passefillons, la coiffe & le chaperon jetés en arrière & arrondis en -diadème de passementerie & de joyaux, le buste décolleté jusqu'à la -moitié du sein, orné d'un collier; n'est-ce point la mode que Jehan -Perreal était allé donner aux cousturiers de la reine? En plaçant son -portrait ainsi arrangé dans un livre qui célèbre sa douleur de veuve, le -graveur s'excuse de lui laisser un air aussi mondain. Marie, la reine -blanche de France, n'est point ainsi, dit-il; elle aurait dû être peinte -en habits de deuil, mais le peintre ne l'avait pas vue en noir. - - [47] _La Renaissance_, t. I, p. 188, 190, 191. - - [48] _Entrées de Marie d'Angleterre à Abbeville & à Paris_, publiées - par M. Cocheris. Paris, Aubry, 1859, in-12. - - [49] _Obsèques du feu roi Loys douzième de ce nom_, petit - in-8.--Brunet, _Manuel du libraire_, t. III, p. 544. - - [50] _Epistola consolatoria de morte Ludovici XII per modum dyalogi, - edita a magistro Joanne Benedicto Moncetto de Castellione aretino... - in ædibus Henrici Stephani, chalcographiæ artis peritissimi regione - schole decretorum moram trahentis_. M.D.XV. Pet. in-4, 16 f. - -_Maria Francorum alba regina non sic. Sed pullata depingenda veniebat -verum hanc atratam pictor non viderat._ Ces mots sont écrits en deux -lignes en marge de la planche, dont la taille décèle dans sa sobriété -beaucoup d'habitude de main. On l'a suivie d'aussi près qu'on l'a pu -dans la copie qui en est donnée en tête de cette brochure. - -En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estienne, je me suis demandé -si cet imprimeur, le chef de l'illustre famille des Estienne, qui se -qualifie de très-habile dans l'art chalcographique, n'employa pas dans -d'autres livres des planches dont le dessin viendrait de la même source, -& j'en ai trouvé quelques-unes qui se rapprochent de celles des Heures, -& d'autres qui méritent d'être remarquées[51]. Ce sont des titres à -encadrements qui ne sont pas sans analogie avec ce qui précède. Des -entrelacements de méandres compliqués de couronnes & de fleurons, où -jouent des enfants & des anges, & que surmonte l'écu de l'Université, -des portiques historiés des figures du pape & de l'empereur dessinées -avec sûreté & gravées d'une taille très-sobre, ressortant sur un fond -criblé. Ces titres sont nouveaux dans l'imprimerie française, & imités -de ceux des livres de Milan & de Venise; la composition en est encore -assez distinguée pour faire supposer la main d'un maître. On n'en -pourrait dire autant des titres dans le genre italien, qui -s'installèrent bientôt dans les in-folios de tant d'autres libraires. - - [51] _De Puritate conceptionis B. M. Virginis libri duo, a Josse - Chlictone_. Parisiis, 1513, in-4.--_Eusebii Cesariensis episcopi - chronicon_. Parisiis, 1518, in-4.--_Promptuarium divini juris & - utriusque humani a Joanne Montholonio_. Parisiis, 1520, in-fol. - -Jehan Perreal, dit de Paris, est porté sur les comptes, pour la dernière -fois, en 1522, mais nous apprenons par d'autres documents qu'il eut une -commission à Lyon en 1525, & qu'il vivait encore en 1527[52]; il mourut -bientôt après cette époque. D'autres poètes que Lemaire cite avaient été -les amis de notre peintre & l'ont invoqué dans leurs vers. Guillaume -Cretin le met en compagnie des célébrités qu'il appelle, après les -muses, au secours de sa verve en défaut[53]. Marot a honoré sa mort dans -un rondeau, où nous apprenons qu'il avait des soeurs adonnées aussi à la -peinture: - - Pleurez l'amy Perreal qui est mort... - Et vous ses soeurs dont maint beau tableau sort - Praindre vous faut pleurantes son grief sort[54]. - - [52] Bréghot du Lut. _Mélanges biographiques & littéraires_. Lyon, - 1828, in-8, p. 335.--Péricaud, _Notice sur Jehan Perreal_, p. 6. - - [53] - - Secourez-moi & Bigne & Villebresme - Jehan de Paris, Marot & de La Vigne - Je ne puis plus à peine escryre ligne. - - (Complainte sur la mort de Guillaume Bissipat.) - - [54] _OEuvres de Clément Marot_. t. II, p. 385. La Haye, 1731, 6 vol. - in-12. On ne connaît pas précisément l'époque de ce vingt-sixième - rondeau: Aux amys & soeurs de feu Claude Perreal, Lyonnois. Il est - placé, par les éditeurs, de 1525 à 1529. M. de Laborde, qui l'a cité - dans la _Renaissance_, a déjà remarqué qu'il ne pouvait s'appliquer - qu'à Jehan Perreal, & que le prénom de Claude n'était qu'une faute - de copiste. - -A-t-il pu être oublié dans la liste rimée que le chanoine Pelerin donna -en 1521 dans sa _Perspective artificielle_? Pour ne pas le croire, je me -décide à l'y trouver sous le nom altéré de Jehan Joly. Quelque éloignée -que soit cette interprétation, on n'en trouve pas de meilleure; elle n'a -rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes beaucoup plus -fantasque que celles que nous avons vues, & dont personne n'a donné -encore la restitution[55]. - - [55] La dernière mention qui est faite de cette liste dans les - _Archives de l'Art français_, t. VI, p. 65, indique les auteurs qui - l'avaient déjà reproduite, MM. Paul Lacroix, de Chennevieres, de - Laborde, sans en aborder le commentaire. Je l'essaierai ailleurs en - traitant des livres à gravures sur bois de la Lorraine. - -Un dernier témoignage, le plus glorieux, est venu de Geoffroy Tory. -Quand cet excellent artiste composa son _Champfleury_, parmi ses lettres -à imitation du corps humain, il plaça un I & un K, avec des jambages -figurés par un homme les bras & les jambes écartés, dont le dessin lui -avait été donné par Perreal. «Figure que j'ay faicte, dit-il, après -celle que ung mien seigneur & bon amy Jehan Perreal autrement dit Jehan -de Paris, varlet de chambre & excellent peintre des rois Charles -huitiesme, Louis douziesme & François premier, m'a communiquée & baillée -moult bien pourtraicte de sa main[56].» Comme ces lettres ressemblent à -plusieurs autres qui se trouvent dans l'ouvrage, notamment au deuxième -livre, M. Bernard a pensé que Perreal avait fourni la majeure partie de -ces dessins, &, partant, qu'il avait été le maître de Tory[57]. Le -graveur emprunta des dessins à d'autres, tels que Simon du Mans, qu'il -nomme au commencement de son livre, & auquel il paraît autant attaché -qu'à Perreal, mais il était lui-même bon dessinateur & il ne fit pour -son livre que des emprunts très-partiels. A les regarder de près, les -figures de Perreal que nous avons citées se distinguent de la plupart -des autres par un dessin plus modéré. En les prenant pour terme de -comparaison, il n'est pas aussi facile que l'a cru M. Bernard de lui -attribuer certaines planches des Henry de Vostre & de Tory[58]. Ici, -plus encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent. - - [56] _Champfleury_, à Paris, sur le Petit-Pont, à l'enseigne du - _Pot-Cassé_, in-fol. (1529), p. XXXVIII, vº. - - [57] _Geoffroy Tory_, par M. Bernard. Paris, 1857, in-8, p. 11, 20, - 34. - - [58] _Ibid._, p. 114. - -Les Heures de Simon Vostre, dans les éditions à calendrier de 1507, -montrent, par les grands sujets de leurs planches comme par leurs -encadrements, un changement de manière qui est, m'a-t-il semblé, le -troisième dans le développement compliqué de leur ornementation. Ce -changement est surtout indiqué par une imitation italienne dans les -édifices & dans les figures. Jehan de Paris ne fut certainement pas -étranger à cette évolution de nos graveurs d'Heures; j'y reconnaîtrais -d'autant plus sa main, que la manière en est encore modérée. Elle fut -remplacée bientôt par une manière d'imitation italienne beaucoup plus -intense. On en juge par les mêmes Heures où les trois planches signées -d'un G & attribuées avec raison à Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui -diffère des précédentes & innove encore sur toutes celles qu'on -rencontre dans les Heures de Vostre. Il nous paraît donc impossible de -suivre plus loin M. Bernard[59], lorsqu'il attribue à Perreal des -vignettes qui sont prises dans les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui -sont d'une façon tout à fait différente. Dans l'histoire des anciens -artistes, que nous réédifions avec peine mais avec passion, il y a -quelque chose de plus triste que l'ignorance où nous sommes réduits -souvent des oeuvres véritables: c'est la méprise à laquelle nous sommes -exposés des oeuvres apocryphes. - - [59] _Geoffroy Tory_, p. 139. - -Les ambiguités où nous restons touchant les oeuvres de Jehan de Paris -seraient fort réduites, si l'on pouvait fixer sa manière d'après quelque -tableau. On lui attribue quelquefois un tableau du musée de Cluny, la -_Messe de saint Grégoire_, dyptique avec trois donateurs sous la -protection de saint Jean-Baptiste & trois donatrices sous la protection -de sainte Geneviève, dans les volets de gauche & de droite. Cette -peinture, avec des types ronds & vulgaires, des tons peu harmonieux, des -édifices italianisés, des murs de briques & des toits d'ardoises très -inclinés, appartient, en effet, à l'école française de la fin du -quinzième siècle. - - - - -APPENDICE - -SUR - -UN TABLEAU DU MUSEE D'ANVERS REPRESENTANT LA VIERGE SOUS LES TRAITS -D'AGNES SOREL, PEINT PAR FOUQUET. - - -Le musée d'Anvers possède, parmi les trésors de la salle Van Ertborn, un -tableau de Jehan Fouquet de Tours. La chance est assez rare & assez -enviée par nous, qui n'en avons pas tout à fait autant au Louvre, pour -qu'on veuille appeler sur ce sujet un peu plus de curiosité. Distraits -par toutes les beautés qui garnissent cette salle & les autres, les -curieux ont dû passer souvent devant celle-ci sans lui rendre l'hommage -dont elle est digne. C'est _la Vierge & l'Enfant-Jésus_, du dyptique de -Notre-Dame de Melun, dont l'autre partie, le portrait d'Etienne -Chevalier, est à Francfort. La première fois que je vis ce tableau, en -1852, il n'avait été porté dans l'excellent Catalogue publié par le -Conseil d'administration de l'Académie royale des Beaux-Arts, que sous -le titre d'Ecole inconnue[60], & il se trouvait placé à cette élévation -où l'on dérobe ordinairement à la vue les pauvres honteux des musées. Ce -n'est qu'au bout de ma lorgnette que j'y reconnus un maître gothique & -une de nos beautés françaises. Mieux informée depuis, l'Administration a -donné au tableau sa véritable attribution & une meilleure place[61]. -C'est là que revoyant, en 1852, _la Madone Sorelle_, & distinguant bien -Jehan Fouquet, qui m'était alors un peu moins inconnu, j'ai fait voeu -d'un article que je ne saurais mieux placer que dans le _Journal des -Beaux-Arts_. - - [60] _Catalogue du musée d'Anvers_, nº 106. - - [61] _Cat._ 2e édition. 1857, nº 154. - -Mon but n'est pas de revenir sur les recherches faites à propos de Jehan -Fouquet & de ses tableaux, ni sur les discussions soulevées par -l'attribution & par le sujet de celui-ci; les titres du dyptique de -Melun, contestés d'abord par M. Waagen & par M. Niel, ont été établis -par MM. Eugène Grésy[62], Léon de Laborde[63] & Vallet de Viriville[64]. - - [62] _Recherches sur les sépultures de Notre-Dame de Melun_, 1845, - in-8. - - [63] _La Renaissance des Arts à la cour de France, 1855_, in-8, p. 699 - & suiv. - - [64] _Revue de Paris_, t. XXXVIII.--_Illustration_, 3 mai 1856. - -Les _Recherches_ de M. Grésy, publiées dès 1845, sont d'autant plus -probantes, qu'il ne connaissait pas le tableau d'Anvers. Il a puisé dans -une ancienne estampe une reproduction du dyptique qui se trouve -parfaitement conforme au tableau, & qui ne donne pas seulement la figure -principale, comme toutes les autres reproductions peintes ou gravées qui -en ont été faites pour répandre le portrait d'Agnès Sorel, mais la -composition entière avec l'Enfant-Jésus & avec l'entourage d'anges. - -Les discussions me paraissent épuisées aussi par la critique de M. de -Laborde, qui a pu comparer le tableau d'Anvers avec les autres ouvrages -de Fouquet, avec les crayons que l'on a du portrait d'Agnès Sorel & avec -les textes qui ont gardé un si vif souvenir de cette beauté célèbre. -C'est donc hors de propos qu'en acceptant les conditions de M. de -Laborde, le rédacteur du Catalogue d'Anvers s'est fait un scrupule -d'admettre la véracité de la tradition quant au fait du portrait, & -s'est refusé à accuser Fouquet de cette grave inconvenance; -l'inconvenance n'est que pour ceux qui veulent bien s'en scandaliser; -l'habitude des préraphaélites était de prendre leurs modèles dans la -réalité même, que les moeurs leur donnaient très-crument; l'idéal ne -venait qu'après, & souvent si peu intense, qu'il ne dissimulait rien de -ces modèles réels. Aux faits qui ont été cités pour justifier Fouquet, -j'ajouterai quelques exemples pris, en Italie & en France, parmi des -peintres venus avant & après lui. Fra Filippo Lippi, chargé de peindre -une _Nativité_ pour les religieuses de Sainte-Catherine, à Prato, avait -pris pour modèle une de leurs novices, Lucrezia Buti, que, par cette -occasion, il arracha à ses devoirs[65]. Botticello, dans un tableau -peint pour l'église Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence, a représenté les -trois Mages sous les traits des trois Médicis: Côme l'Ancien, Laurent & -Julien[66]. Pinturrichio avait peint, dans une salle du Vatican, une -Madone devant laquelle Alexandre VI se tenait en adoration, & qui -n'était autre que la signora Giulia Farnèse[67]; enfin, il y a en -Angleterre une peinture qui représente François Ier à vingt-trois ans, -en Jésus-Christ, avec le nimbe & la croix de roseau. On n'a pas craint -de l'attribuer à Léonard de Vinci[68], mais elle est sans doute de -quelque peintre français placé sous l'influence de ce maître. - - [65] Vasari, édit. de la _Société des Amateurs des Beaux-Arts_. - Florence, 1848, t. IV, p. 14. Ce tableau est aujourd'hui au Louvre. - - [66] Vasari, t. V, p. 116. - - [67] Vasari, t. V, p. 269. - - [68] Lithographiée par Day & Haghée: _Taken from the original picture - by Leonard de Vinci in the possession of S. Lewis Pocock esq._ - -Cependant M. Vallet de Viriville, qui est revenu sur cette discussion en -recherchant tout l'oeuvre de Fouquet, n'a pas voulu reconnaître -l'originalité du tableau d'Anvers; l'exécution lui semble trop lourde, -trop vulgaire & de tout point trop médiocre pour qu'il lui paraisse -permis d'y reconnaître la touche si distinguée de Jehan Fouquet; ce ne -peut être, suivant lui, qu'une copie remontant au seizième siècle. C'est -ce jugement, trop accrédité peut-être par les journaux où il a été -inséré, que je tiendrais à redresser. L'auteur nous informe qu'il a dans -son cabinet une copie peinte à l'huile, d'après laquelle a été faite la -chromolithographie publiée dans _le Moyen-Age & la Renaissance_; ne -serait-ce pas sur cette copie, plutôt que sur le tableau même qu'il -aurait formé son opinion? Pour toute personne habituée à regarder les -tableaux gothiques, à les aimer, jamais ouvrage ne fut mieux que celui -d'Anvers, marqué des qualités d'un peintre original & des façons du -quinzième siècle. - -On remarquera d'abord le système de cette peinture en grisaille dans les -chairs & les draperies, à peine nuancée de quelques taches, rouges aux -lèvres & aux joues, blanches dans les rehauts des plis, mais relevées -par les corps bleus & rouges des anges, les dorures de la chaise & des -joyaux; ce système rappelle l'exécution de certaines miniatures fort -connues dans l'école des miniaturistes français, & porte un caractère -hiératique qui corrige ce que la nudité du buste présenterait -d'inconvenant. On voudra bien ensuite concéder au peintre sa façon de -traiter les enfants, dont les corps & les membres paraissent bourrés -comme des poupées, & lorsqu'on se sera familiarisé enfin avec le type de -femme dont il était ici préoccupé, un front bombé, une ligne de nez -concave, une bouche mignonne & lippue, un menton petit, type qui a plus -de réalité que de beauté, & une réalité aussi éloignée de la nature -italienne que de la nature flamande, la manière du peintre apparaîtra -avec toutes ses qualités: finesse du contour, élégance des formes du -corps, modelé des mains, résolution des étoffes dans les plis épais de -la robe & dans le voile léger qui recouvre la partie inférieure du front -& vient retomber sur le manteau d'hermine détaché des épaules. Cette -manière, aussi sûre qu'originale, ne convient qu'à un peintre de premier -ordre pour son temps & pour son pays, tel que fut Jehan Fouquet; -d'autres temps & d'autres pays ont eu mieux, mais à chacun son lot; le -plus heureux résultat de l'esthétique historique est de le reconnaître, -dans le musée même où sont réunis tant de chefs-d'oeuvre différents. A -côté du _Calvaire_ d'Antonello de Messine, & des _Sept Sacrements_ de -Roger Van der Weyden; à quelques pas de l'_Ensevelissement du Christ_ de -Quentin Mathys & de l'_Adoration des Mages_ de Bernard Van Orley, de la -_Présentation à saint Pierre_ de Titien, & du _Christ entre les deux -larrons_ de Rubens, il y a encore dans la _Madone_ du peintre gothique -de Tours une parcelle de ce secret que l'art & le génie tiennent en -réserve sous tant de formes & à tant de degrés. - - - - -EN VENTE CHEZ LE MEME LIBRAIRE: - - - Des Gravures en bois dans les livres d'ANTHOINE VERARD, maître - Libraire, Imprimeur, Enlumineur & Tailleur sur bois, de Paris. - 1485-1512. Par J. Renouvier, in-8, 2 planches. (_Il n'en reste - que quelques exemplaires._) 5 fr. - Papier de Hollande 8 - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS *** - -***** This file should be named 61458-8.txt or 61458-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/4/5/61458/ - -Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/American Libraries.) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Jehan de Paris - varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles - VIII et Louis XII - -Author: Jules Renouvier - -Release Date: February 20, 2020 [EBook #61458] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS *** - - - - -Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/American Libraries.) - - - - - - -</pre> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em">JEHAN DE PARIS.</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em">TIRE A 214 EXEMPLAIRES:</p> - -<table summary=""> -<tr><td class="r">200,</td> <td>papier teinté à l'antique.</td></tr> -<tr><td class="r">10,</td> <td>papier vergé de Hollande.</td></tr> -<tr><td class="r">4,</td> <td>peau de vélin.</td></tr> -</table> -<p class="c gap">LYON,<br /> -<span class="xsmall">IMPRIMERIE DE LOUIS PERRIN.</span></p> - -<div class="break"></div> - -<div class="figc"><img src="images/illu1.png" alt="[Illustration]" /></div> -<div class="legende">MARIE D'ANGLETERRE (<a href="#page_25">page 25.</a>)</div> -<div class="break"></div> - - -<h1>JEHAN DE PARIS</h1> - -<p class="small c">VARLET DE CHAMBRE ET PEINTRE ORDINAIRE -DES ROIS CHARLES VIII ET LOUIS XII.</p> - -<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br /> -<span class="xlarge">J. RENOUVIER</span></p> - -<p class="c">Précédé<br /> -<span class="small">d'une notice biographique sur la vie & les ouvrages -& de la bibliographie complète des œuvres de M. Renouvier.</span></p> - -<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br /> -GEORGES DUPLESSIS.</p> - -<div class="c"><img src="images/aubry.png" alt="" /></div> -<p class="c"><span class="large">PARIS,</span><br /> -<span class="small"><span class="sc">Chez</span> AUGUSTE AUBRY,<br /> -L'un des libraires de la Société des Bibliophiles françois,</span><br /> -<span class="xsmall">RUE DAUPHINE</span><span class="small">, 16.</span></p> - -<p class="c">1861.</p> - -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/illu2.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak"><i>NOTICE</i><br /> -<span class="xsmall">SUR</span><br /> -M. JULES RENOUVIER.</h2> - -<div class="dcap italic"><img class="dcap" src="images/capc.png" alt="C" /></div> -<p class="noindent italic"><span class="uc">'est</span> une tâche difficile & douce tout à la -fois d'avoir à parler d'un savant auquel des -goûts communs vous unissaient, & qui voulut -bien vous témoigner une affectueuse bienveillance. -M. Jules Renouvier, que la mort -vient de ravir, avait une de ces organisations solides pour lesquelles -le travail est en même temps la plus grande joie & la -plus agréable occupation; ses études concouraient d'ailleurs -toutes à un même but, la recherche du beau & du vrai. Né le -13 décembre 1804, M. J. Renouvier avait fait d'excellentes -études à Montpellier, & loin de s'empresser de produire, il -passa sa jeunesse à s'instruire, & ne songea à publier que lorsqu'il -fut certain que ses travaux pourraient être de quelque utilité. -Il mit au jour bien timidement, en 1835 seulement, deux -brochures, <i>Des vieilles maisons de Montpellier</i>, & <i>Notice -sur les manuscrits de la commune de Montpellier</i>. Brochures -qui, sans avoir une importance considérable, ne laissaient -pas que faire pressentir un esprit étendu & des vues élevées.</p> - -<p class="italic">C'était vers l'étude de l'archéologie que les premiers travaux -de M. Renouvier se portèrent de préférence, & c'est l'architecture -qui attira tout d'abord son attention. Les époques de -lutte étaient celles que M. Renouvier semblait affectionner; -il pensait, & en cela il nous paraît être absolument dans le -vrai, qu'après une commotion violente, en même temps que les -hommes se renouvellent, en même temps que les idées changent -ou se modifient, l'art, lui aussi, trouve une force nouvelle & -inaugure volontiers une renaissance. A ces époques tourmentées -de l'existence, l'artiste possède une audace que les temps de -calme & de paix ne sauraient faire naître en lui. L'architecture -gothique marque précisément une de ces époques révolutionnaires, -elle naît à la suite de dissensions politiques, & tente avec -succès de venir remplacer la barbarie dans laquelle l'art était -plongé depuis plusieurs siècles<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. Après des considérations -générales sur l'architecture gothique, considérations dans lesquelles -les connaissances approfondies de M. Renouvier apparaissent -pleinement, l'auteur envisage spécialement le progrès -de cet art dans le midi de la France, & publie le résultat de -ses observations dans <i>Les Anciennes Eglises du département -de l'Hérault</i>, dans <i>Les Monuments de quelques anciens -diocèses du Bas-Languedoc</i>, dans <i>Les Maîtres tailleurs -de pierre & autres artistes de Montpellier</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> & même -dans un ouvrage où la France n'est plus en jeu, <i>Notes sur les -monuments gothiques de quelques villes d'Italie</i> (Pise, -Florence, Rome & Naples), 1841.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <span class="italic">M. Renouvier allait encore publier -un autre ouvrage relatif également -à une époque de transition: <i>l'Art -pendant l'époque révolutionnaire</i>. Ce -soin est dévolu à sa famille.</span></p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <span class="italic">Cet ouvrage fut publié en collaboration de M. Ricard.</span></p> -</div> -<p class="italic">La révolution de 1848 détourna pour quelques instants -M. Renouvier de ses chères études; les devoirs du citoyen passèrent -avant les goûts de l'homme privé, & le savant archéologue -accepta la place de Commissaire du Gouvernement provisoire -qui lui fut offerte. Les hautes qualités du fonctionnaire -public se firent jour immédiatement, & le Département de l'Hérault -envoya M. Renouvier le représenter à l'Assemblée Constituante. -Même au milieu des travaux que ses nouvelles fonctions -lui imposaient, M. J. Renouvier n'oublia pas ses études -antérieures; il fut chargé par la Commission de faire un <i>Rapport -sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux -Musées nationaux</i>, rapport que nous n'avons pas eu l'occasion -de lire, mais dans lequel, au dire de personnes bien informées, -le goût éclairé de M. J. Renouvier se faisait toujours remarquer.</p> - -<p class="italic">Rendu bientôt à la vie civile, M. Renouvier se mit en devoir -de continuer ses études de prédilection, & l'histoire mal -connue encore de l'art de la gravure attira ses instincts curieux. -Il se mit à l'œuvre avec l'ardeur d'un néophyte, poursuivit ses -recherches avec passion, & composa le meilleur ouvrage qui ait -paru jusqu'à ce jour sur les graveurs & sur les gravures, <i>Des -Types & des manières des maîtres graveurs, depuis l'origine -de cet art jusqu'en 1648 (1853-1856)</i>.</p> - -<p class="italic">Doué d'un esprit investigateur & possesseur d'une érudition -variée, M. J. Renouvier rassembla tous les documents qui -pouvaient concourir à son œuvre. Il mit à contribution toutes -les Bibliothèques de l'Europe, examina avec soin les collections -particulières, qu'on était toujours heureux de lui ouvrir, &, fort -de ces notes prises dans un but sagement conçu & bien défini, -il sut se prémunir contre le désir trop commun de paraître érudit. -Plus que personne, cependant, il possédait une érudition -complète, mais il sut précisément se servir de cette érudition -pour en tirer un jugement net sur les types & les manières des -maîtres graveurs. Il faut un peu avoir étudié les mêmes questions -que M. J. Renouvier pour se rendre un compte exact du -savoir nécessité pour rédiger ces quatre volumes in-4<sup>o</sup>; au premier -abord, ils pourraient paraître composés facilement & presque -sans labeur, tant l'érudition est cachée à l'ombre d'une critique -sage & mesurée. Quiconque a tenté d'élucider un point -de l'histoire, si minime qu'il soit, connaît les difficultés immenses -qui se présentent à chaque pas: les documents absolument -contradictoires, les renseignements faux dont fourmillent tous -les ouvrages parus antérieurement, paraissent destinés à rebuter -les plus courageux; M. Renouvier semble s'être roidi contre -tous ces obstacles: il a demandé aux œuvres elles-mêmes leur -nationalité & leur origine, & guidé par son goût, il a su assigner -à chaque artiste le rang qu'il mérite réellement; il a comparé -la <i>manière</i> de l'un avec la <i>manière</i> de l'autre, & a établi -un ordre, une classification qui restera comme un monument.</p> - -<p class="italic">Depuis la publication de ce précieux ouvrage, chaque année -M. Renouvier mettait au jour quelque opuscule intéressant: -<i>Une Passion de 1446</i>, <i>Gérard de saint Jean de Harlem</i>, -<i>des gravures sur bois dans les livres d'Antoine Vérard</i> & -quelques autres brochures furent publiées à Montpellier ou -à Paris. Il y a deux mois à peine, il apportait avec lui à -Paris un nouveau volume qui devait, hélas! être le dernier. -C'était une <i>Histoire de l'origine & des progrès de la Gravure -dans les Pays-Bas & en Allemagne, jusqu'à la fin du -quinzième siècle</i>. Que de recherches il a fallu pour découvrir -tous ces documents épars en France & en Angleterre, à Leipsic, -à Amsterdam, à Vienne, à Cologne & à Bale! Quelle science -d'assimilation il avait fallu déployer pour grouper, pour ainsi -dire de mémoire, les artistes d'un même terroir, les graveurs -d'une même contrée. M. Renouvier se tira à son grand honneur -de cette tâche difficile<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>; il sut attribuer à chacun une part -d'éloges & une part de blâme convenable; il sut tenir compte -des obstacles surmontés & des victoires remportées, & il se disposait -à nous donner un travail analogue sur la France & sur -l'Italie, lorsque la mort est venue le ravir à sa famille, à ses -amis & à la science. Perte fatale & irréparable! Arrivé à tout -l'épanouissement de son savoir, M. Jules Renouvier, que son -abord bienveillant avait rendu sympathique à tous, eût pu continuer -longtemps encore à faire profiter de son érudition les amis -de l'art; il eût pu mettre à exécution les nombreux travaux qu'il -préparait de longue date, &, grâce à lui, la Gravure longtemps -délaissée par les historiens de l'art, eût pris dans l'histoire la -place importante qu'elle est digne d'y occuper.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <span class="italic">Ce mémoire fut couronné par -l'Académie royale de Belgique, dans sa -séance du 23 septembre 1859.</span></p> -</div> -<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div> -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak">BIBLIOGRAPHIE<br /> -<i>des ouvrages & opuscules de J. Renouvier.</i></h2> - - -<p>Des vieilles maisons de Montpellier. Montpellier, 1835, in-8<sup>o</sup> de 24 pag., -2 planches.</p> - - -<p class="ugap">Notice sur les manuscrits de la commune de Montpellier, 1835, in-8<sup>o</sup> de -32 p. Publication anonyme.</p> - - -<p class="ugap">Monuments de quelques anciens diocèses du Bas-Languedoc, expliqués dans -leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après nature & -lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1840, 1 vol. in-4<sup>o</sup> tiré -à 100 exemplaires.</p> - -<p>Cet ouvrage a commencé à paraître en 1835.</p> - - -<p class="ugap">Monuments divers pris dans quelques diocèses du Bas-Languedoc, expliqués -dans leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après -nature & lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1841, broch. -in-4<sup>o</sup>.</p> - - -<p class="ugap">Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie: Pise, Florence, -Rome, Naples (août, septembre & octobre 1839). Caen. Hardel, 1841, -in-8<sup>o</sup> de 18 feuilles. (Extrait du <i>Bulletin Monumental</i>, t. <small>VII</small>.)</p> - - -<p class="ugap">Notice sur Philippe de Saint-Paul. Montpellier, 1841, in-8<sup>o</sup>.</p> - - -<p class="ugap">Avec la collaboration de Ricard: Des maîtres Tailleurs de pierre & des -autres Artistes gothiques de Montpellier. Montpellier & Paris. Dumoulin, -1844, in-4<sup>o</sup>, fig.</p> - - -<p class="ugap">Idées pour une classification générale des monuments par M. J. Renouvier. -Montpellier. Bohem, 1847, in-4<sup>o</sup>. (Extrait des <i>Mémoires de l'Académie des -Sciences & Lettres de Montpellier</i>.)</p> - - -<p class="ugap">Rapport sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux Musées nationaux. -Paris, de l'imprimerie de l'Assemblée constituante, 1848, in-4<sup>o</sup> de 20 -pages.</p> - - -<p class="ugap">Les Grisettes de race. Montpellier, L. Christin, s. d., 1851, in-8<sup>o</sup> de 8 pag. -Publication anonyme. (Tiré à 50 exemplaires.)</p> - - -<p class="ugap">Des Types & des Manières des maîtres graveurs. Montpellier. Bohem. 1853-1856. -4 vol. in-4<sup>o</sup>.</p> - - -<p class="ugap">De Lyon à la Méditerranée, par J.-B. Laurens, avec la collaboration de -plusieurs hommes de lettres. 2<sup>e</sup> livraison.—Le musée de Montpellier, texte -par M. Jules Renouvier. Paris. Martinon, 1855, in-8<sup>o</sup> de 24 p. fig.</p> - -<p>Cette brochure a été réimprimée, avec de nombreux changements, dans -la <i>Gazette des Beaux-Arts</i>.</p> - - -<p class="ugap">Les peintres & les enlumineurs du roi René.—Une Passion de 1446, suite -de gravures au burin, les premières avec date. Montpellier. Jean Martel, -1857, in-4<sup>o</sup> (Extrait des <i>Publications de la Société Archéologique de Montpellier</i>, -n<sup>os</sup> 24 & 25).</p> - - -<p class="ugap">Les Peintres de l'ancienne école hollandaise.—Gérard de Saint-Jean de -Harlem & le tableau de la Résurrection de Lazare. Paris. Rapilly, 1857, in-8<sup>o</sup>.</p> - - -<p class="ugap">Des gravures en bois dans les livres d'Anthoine Vérard, maître libraire, -imprimeur, enlumineur & tailleur sur bois de Paris. Aubry, impr. de L. Perrin, -1859, in-8<sup>o</sup>. 2 planches grav. sur bois. (La Mort & l'Amoureux. La Mort & -l'Usurier.)</p> - - -<p class="ugap">Histoire de l'origine & des progrès de la gravure dans les Pays-Bas & en -Allemagne jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Jules Renouvier. (Mémoire -couronné par l'Académie royale de Belgique, le 23 septembre 1859.) Bruxelles. -Hayez, 1860. Planche de monogrammes.</p> - - -<p class="ugap">Notices archéologiques, extraites du <i>Bulletin monumental</i> de M. de Caumont:</p> - -<ul><li>1. Du Style ogival & de son introduction dans le Sud-Est de la France.</li> -<li>2. Excursion monumentale dans les Pyrénées.</li> -<li>3. Essai de classification des Eglises d'Auvergne. Caen. Hardel, 1837, in-8<sup>o</sup> -de 24 pag.</li> -<li>4. Notice sur la peinture sur verre & sur mur dans le Midi de la France. -Caen, 1839, in-8<sup>o</sup>.</li></ul> - -<p class="ugap">Notices archéologiques extraites des publications de la <i>Société Archéologique -de Montpellier</i>:</p> - -<ul><li>1. Des anciennes Eglises du département de l'Hérault, 1<sup>re</sup> & 2<sup>e</sup> partie.</li> -<li>2. Sur les fenêtres de la rue des Rayles.</li> -<li>3. Des Fonts de Vias.</li> -<li>4. Sur une figurine en terre cuite du Cabinet archéologique de Montpellier, -par M. J. Renouvier. In-4<sup>o</sup> s. d.</li></ul> - -<p class="ugap">Notices publiées dans la <i>Revue du Midi</i>:</p> - -<ul><li>1. Raphaël ou Ghirlandaio (p. 82-89, 2<sup>e</sup> série, 1843).</li> -<li>2. Etudes, mœurs & modes archéologiques (p. 181-199, même série & -même année).</li></ul> - -<p class="ugap">Articles publiés dans la <i>Gazette des Beaux-Arts</i>:</p> - -<ul><li>1. Les Origines de la Gravure en France, 1<sup>er</sup> avril 1859.</li> -<li>2. La Tête en cire du Musée Wicar, à Lille, 15 septembre 1859.</li> -<li>3. Le Musée de Montpellier, 1<sup>er</sup> janvier 1860.</li> -<li>4. Sous le pseudonyme de Xavier Nogaret. Exposition de Montpellier, -1<sup>er</sup> juin 1860.</li> -<li>5. Des découvertes nouvelles d'Estampes sur bois & sur métal de l'Allemagne -(le peintre graveur de M. Passavant), 15 septembre 1860.</li></ul> - -<p class="ugap">Notice publiée dans les <i>Archives de l'Art français</i>:</p> - -<p>Jean Troy, directeur de l'Académie de peinture de Montpellier.</p> - - -<p class="ugap">Article paru dans la <i>Revue universelle des Arts</i>:</p> - -<p>Les Estampes de Geoffroy Tory & sa marque de graveur. Tome 5, p. 510.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu5.png" alt="" /></div> -<div class="break"></div> -<div class="c"><img src="images/illu6.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak">AVANT-PROPOS.</h2> - - -<p>Nous publions la notice de Jehan de -Paris, telle que M. Renouvier l'a écrite; -il nous eût été fort difficile, d'ailleurs, -d'en agir autrement, car les meilleures sources -avaient été consultées & mises à profit. Nous -avons pensé utile seulement d'ajouter comme -appendice à ce travail, l'intéressante dissertation -que M. J. Renouvier publia dans le <i>Journal -des Beaux-Arts</i> (Anvers 1859), sur le -portrait d'Agnès Sorel, attribué à Jean Fouquet, -& exposé au musée d'Anvers. Peu de personnes -ont été à même de lire ce travail, dans -lequel se remarque à un haut degré la critique -sûre & toujours clairvoyante de M. Renouvier.</p> - -<p>Après cette étude sur Jehan de Paris, qui -vient elle-même à la suite d'une notice sur Antoine -Vérard, deux autres brochures sur des sujets -analogues seront successivement publiées: -<i>Les Gravures sur bois dans les livres d'Heures -de Simon Vostre</i>, & <i>des Portraits d'auteurs dans -les livres du quinzième siècle</i>. Nous sommes heureux -d'annoncer que l'important travail que -M. Jules Renouvier préparait depuis longtemps -sur <i>l'Art & ses institutions pendant la période -révolutionnaire</i> verra le jour. Tous les véritables -amis de l'art se réjouiront avec nous de -cette bonne nouvelle, & se joindront également -à nous, nous en avons l'assurance, pour -remercier la famille de M. Renouvier de cette -pensée généreuse.</p> - -<p class="sign">G. D.</p> - -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu7.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak">JEHAN DE PARIS,<br /> -<i>varlet de chambre<br /> -& peintre ordinaire des rois Charles VIII & Louis XII.</i></h2> - - -<p>Entre les poètes & les peintres qui nous vinrent -des Pays-Bas au moment de la décadence de la -maison de Bourgogne, la gloire a fait d'étranges -méprises. Les uns obtinrent facilement une célébrité -qui nous semble usurpée; les autres tombèrent aussitôt -dans un oubli que nous avons à cœur de racheter. -Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc de -finances, secrétaire indiciaire & historiographe des trois -plus puissantes dames de son temps, Madame Anne de -France, Marguerite d'Autriche & Anne de Bretagne, est -l'un des plus assommants versificateurs de complaintes -historiques & allégoriques qui chantèrent les règnes de -Charles VIII & de Louis XII; ni l'amitié de Guillaume -Cretin, ni le témoignage de Pasquier, d'après lequel il -est «le premier qui à bonnes enseignes donna vogue à -notre poésie,» ni les éloges de Clément Marot<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> qui -confesse avoir appris de lui <i>la couppe féminine</i>, c'est-à-dire -l'élision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il -fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des -allégories évoquées par sa muse, sont la Peinture & l'Orfévrerie; -parmi les personnes dont il a gardé mémoire, -sont des artistes; le patron le plus cher qu'il nomme dans -ses épîtres est un peintre, l'un des plus excellents de notre -école primitive, Jehan de Paris: ces mérites, uniques dans -un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom -auprès des éplucheurs d'histoire & d'esthétique. Je ne -suis pas le premier qui le prenne pour texte à ses gloses.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Adieu la main qui de Flandre en la France</div> -<div class="verse">Tira jadis Jean Lemaire belgeois</div> -<div class="verse">Qui l'âme avait d'Homère le gregeois.</div> -</div> - -<p>(Epître à Madame de Soubise. <i>Œuvres -de Clément Marot</i>. La Haye, 1731, -6 vol. in-12, t. <small>II</small>, p. 183.)</p> -</div> -<p>Dans le plus ancien de ses ouvrages, <i>le Temple d'honneur -& de vertu</i><a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, qui est une déploration de la mort du sire -de Beaujeu adressée à Madame Anne de France, l'auteur -parle des encouragements qu'il avait reçus de Jehan de -Paris «qui par le bénéfice de sa main heureuse, dit-il, a -mérité envers les roys & princes estre estimé un second -Appelles en paincture.» Vers le même temps, en composant -une autre complainte sur la mort de Louis de Luxembourg, -comte de Ligny, qui eut lieu en 1503, sous le titre -de <i>la Plainte du désiré</i><a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, il mit en scène la Peinture & -la Rhétorique pour chanter alternativement les louanges -du prince. Au milieu du fatras qui sert de discours à la -Peinture, on a remarqué une tirade<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> où passent les -noms des peintres les plus célèbres que peut trouver le -poète: d'abord ceux qui étaient déjà morts, mais dont la -réputation était encore entière, puis ceux qui vivaient en -Flandre, en Italie & en France:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i>J'ay pinceaux mille & brosses & ostils</i></div> -<div class="verse"><i>Et si se nay Parrhase ou Appelles</i></div> -<div class="verse"><i>Dont le nom bruyt par mémoires anciennes</i></div> -<div class="verse"><i>J'ay des esprits récents & nouvellets</i></div> -<div class="verse"><i>Plus ennoblis par leurs beaux pincelets</i></div> -<div class="verse"><i>Que Marmion iadis de Valenciennes</i></div> -<div class="verse"><i>Ou que Fouquet qui tant eut gloires siennes,</i></div> -<div class="verse"><i>Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand</i></div> -<div class="verse"><i>Ou Johannes qui fut tant élégant.</i></div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Paris, Michel Lenoir, 1504, -très-petit in-fol. goth.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Publiée avec la <i>Légende des -Vénitiens</i>. Lyon, Jean de Vingle, 1509, -& Paris, Geoffroy de Marnef, 1512.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Mariette l'avait déjà transcrite -dans son <i>Abecedario</i>, en notant soigneusement -les détails donnés par -Lemaire sur Jehan Perreal. <i>Abecedario</i>, -t. <small>IV</small>, p. 113. Elle a été reproduite -depuis par M. de Laborde.—<i>La -Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 161.</p> -</div> -<p>Le premier qui est invoqué ici après les anciens est -Simon Marmion, de Valenciennes, peintre, miniaturiste -& écrivain, que nous connaissons déjà par quelques -comptes, qui, en 1453, fit un tableau pour le plaidoir -de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, &, en 1466, fut occupé -à «ystorier & mettre en fourme» un bréviaire pour -le duc de Bourgogne<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>. Il mourut en 1489, à Valenciennes, -où Molinet composa son épitaphe. Après viennent -deux Français: Jehan Fouquet, le plus connu maintenant -de tous nos peintres gothiques<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, & Jehan Poyer ou Poyet, -enlumineur & historieur des Heures d'Anne de Bretagne<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>; -les trois autres sont des Flamands bien connus: -Rogier Van der Weyden, de Bruges ou de Bruxelles, -Hugo Van der Goes, de Gand, & Hans Memling. Le nom -de Johannes conviendrait aussi à Jean Van Eyck, qui souvent -n'a pas d'autre désignation que ce prénom latin, -ainsi qu'on le voit sur ses tableaux, sur sa tombe dans -l'église de Saint-Donat, à Bruges, dans les comptes des -ducs de Bourgogne & dans les inventaires de Marguerite -d'Autriche. Mais ici nous croyons qu'il peut s'appliquer à -Jean Memling, qui venait de mourir en 1499, & dont la -réputation avait même éclipsé celle de son maître. Il se -pourrait aussi que l'auteur les confondît tous deux; il y -en eut bien d'autres confondus sous ce nom de Jean, le -plus commun parmi les peintres du quinzième siècle, parce -que saint Jean était, après saint Luc, le patron le plus -fréquenté de leur confrérie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Recherches historiques sur les -ouvrages exécutés dans la ville d'Amiens -pendant les <small>XIV</small><sup>e</sup>, <small>XV</small><sup>e</sup> & <small>XVI</small><sup>e</sup> -siècles</i>, par H. Dusevel. Amiens, 1858, -in-8, p. 25.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Les ducs de Bourgogne</i>, par -M. de Laborde, t. <small>I</small>, p. 496.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> M. le C. de Bastard. <i>Peintures -& ornements des manuscrits</i>, Paris, -1835, gr. in-fol., & les <i>Manuscrits -français</i> de la bibliothèque du roi, -par M. P. Paris. Paris, 1838, in-8, -t. <small>II</small>, p. 265.—De Laborde, <i>la Renaissance -des Arts</i>, t. <small>I</small><sup>er</sup>. Paris, 1850, -in-8, p. 155.—Vallet de Viriville, -<i>Revue de Paris</i>, 1<sup>er</sup> août 1857, -t. <small>XXXVIII</small>, p. 409.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> De Laborde, <i>les ducs de Bourgogne</i>, -t. <small>I</small>, p. 24. <i>La Renaissance</i>, -t. <small>I</small>, p. 273.—Leroux de Lincy, -<i>Gazette des Beaux-Arts</i>, 1<sup>er</sup> mai 1850, -in-8.</p> -</div> -<p>Voici maintenant les artistes vivants interpellés par la -Peinture:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i>Besoignez donc, mes alumpnes modernes</i></div> -<div class="verse"><i>Mes blancs enfans nourris de ma mamelle:</i></div> -<div class="verse"><i>Toy, Léonard qui a graces supernes</i></div> -<div class="verse"><i>Gentil Bellin dont les los sont éternes</i></div> -<div class="verse"><i>Et Perrusin qui si bien couleurs mesle.</i></div> -<div class="verse"><i>Et toi, Jehan Hay, ta noble main chome elle</i></div> -<div class="verse"><i>Vien voir nature avec Jehan de Paris</i></div> -<div class="verse"><i>Pour lui donner umbraige & esperits.</i></div> -</div> - -<p>Ne regardons pas aux rimes, admirons la sûreté de goût -de Lemaire qui, entre tous les Italiens arrivés de son temps -à la gloire, désigne dans les trois écoles capitales ceux -que la postérité a si bien acceptés: Léonard de Vinci, -Bellini & Pérugin. Ce ne peut pas être un petit honneur -que la place qu'il va donner à côté d'eux à un Flamand -& à un Français. Ce Jehan Hay, que personne n'a révélé, -ne peut être en effet que Jehannet, le père de François -Clouet, dit aussi Jehannet, le second des quatre Clouet -ou Jehannet aujourd'hui connus. Les supputations ingénieuses -de MM. de Laborde & de Freville<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ont établi -sa résidence à Tours en 1522, & sa mort en 1541. La -plus ancienne mention que l'on ait trouvée de lui est de -1518, mais depuis longtemps déjà il était venu de Belgique -avec son père, & Jehan Lemaire devait être en rapport -avec lui. Il était, à la dernière date que nous avons -donnée, peintre en titre d'office à côté de Jehan de Paris. -Pourquoi donne-t-on ici une orthographe différente -d'un nom aussi connu? Parce que la variété d'orthographe -dans les noms propres n'est pas seulement licite dans la -grammaire gothique, elle est de bon ton & comme un -agrément de plus du discours, toujours porté à l'amphibologie. -Le nom de Jehannet est écrit dans les documents: -Jehannot, Janet, Jainet & Jennet; une variation de plus -marquée de l'accent belge n'a pas de quoi surprendre. -L'auteur lui-même se nomme dans ses livres Jean Le Maire -& Jehan Le Maistre. Vainement on chercherait quelque -application plus sortable parmi les peintres du nom de -Hay, Haie & de La Haye<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>; en s'arrêtant à celle-ci, on -obéit, non pas seulement à la lettre, mais à l'esprit même -du poète qui, dans cette invitation à l'étude de la nature, -n'a pu associer à Jehan de Paris qu'un peintre tel que Jehannet. -Ses vers ne valent pas sans doute ceux des poètes -de la grande pléiade qui célébrèrent François Clouet; ils -ne manquent pas pourtant de quelque sentiment au milieu -de leurs grands mots. Je ne sais si l'auteur comprenait -comme nous ceux d'<i>ombraige</i> & d'<i>esperits</i> par lesquels il -termine; mais ne sont-ils pas les deux termes auxquels -viennent aboutir toutes les doctrines de la peinture: la -lumière & l'expression?</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 13.—<i>Additions</i>, -p. 367.—<i>Archives de -l'Art français</i>, t. <small>III</small>, p. 97, 287.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> On le trouve écrit Jehan Jay, -dans le texte donné dans l'<i>Abecedario</i> -de Mariette, mais c'est une faute de -copie ou d'impression.</p> -</div> -<p>Au service de Marguerite d'Autriche, Jean Lemaire, -qui avait su inspirer à sa maîtresse assez de goût poétique -pour qu'elle voulût s'essayer à rimer, donna carrière à sa -verve. Il chanta Marguerite Auguste dans deux épîtres -joyeuses qui avaient compromis sa réputation de chasteté -auprès des savants, qui ne s'étaient pas aperçus que -l'<i>Amant verd</i>, objet des privautés de la princesse, n'était -pas le pauvre poète, mais un perroquet. Il la célébra encore -dans une suite de poésies intitulées <i>la Couronne margaritique</i>, -où l'orfévrerie & les artistes ont un rôle important. -Cette pièce n'a été publiée qu'après la mort de l'auteur<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>, -mais, par sa composition, elle se rapporte à une -date qui ne peut pas être éloignée des précédentes, ni -très-postérieure à l'année 1504 où Marguerite perdit son -mari, Philibert de Savoie. Elle est comme l'inauguration -de son illustre veuvage.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Dans l'édition des <i>Illustrations -de Gaule & singularités de Troyes</i>.—Lyon, -Jean de Tournes, 1549, -in-fol.</p> -</div> -<p>Par <i>Couronne margaritique</i>, l'auteur entend un ouvrage -d'orfévrerie allégorique, dont la déesse Vertu fait le plan, -dont le portrait ou dessin est tracé par la peintresse antique -Marcia, & qui est exécuté par Mérite, orfèvre des -dieux. Les peintres les plus fameux des Pays-Bas & de la -France viennent admirer le dessin entre les mains de Mérite, -un orfèvre de Valenciennes, Gilles Steclin, se présente -pour y travailler; Mérite convie également à son -œuvre le père de celui-ci, Hans Steclin, de Cologne, & -les orfèvres les plus en renom de tous pays.</p> - -<p>Je me dispenserai de citer ici ce long morceau qui a été -plusieurs fois reproduit<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, je veux seulement faire la liste -des artistes qui y sont énumérés, en ajoutant l'interprétation -des noms adoptés par l'écrivain qui ne sont pas tous -connus. Voici d'abord les peintres qui sont, pour les -premiers seulement, les mêmes que dans la <i>Plainte du désiré</i>: -maistre Roger; Fouquet; Hugues de Gand; Johannes; -Marmion; Dierick de Louvain, il est connu aussi -sous le nom de Dierick, de Harlem & de Stuerbout; maistre -Hans de Bruges. Ici Lemaire ne confond plus Jean Van -Eyck & Jean Memling; par Hans de Bruges, il ne peut -entendre, en effet, que Memling, longtemps appelé -Hemling, & désigné autrefois par le nom de maistre Hans -dans les registres des confréries de Bruges, & dans l'inventaire -des tableaux de Marguerite d'Autriche. Maistre -Hugues Martin, de Francfort, nous voyons ici Martin -Schongauer, ou le beau Martin, qui eut tant d'appellations -différentes: Hipsch, Hubsch, Bel & Bellus, Schoen -& Schongauer, de Colmar, de Kalemback & d'ailleurs. -Damiens Nicolas, c'est Colin d'Amiens, peintre de -Louis XI, en 1482<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>; maistre Loys de Tournay, celui-ci -est resté parmi les inconnus d'une ville qui fournit -quelques peintres à des travaux de commande locale<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>. -Baudouyn de Bailleul, c'est encore un Flamand, mais on -ne trouve un nom pareil dans les comptes des ducs de Bourgogne -que, vers 1420<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Lemaire le désigne comme -<i>faisant patrons</i>, c'est-à-dire dessinateur. Jacques Lombard -de Mons, je n'ai rien trouvé sur son compte; Lieven -d'Anvers, celui-ci est connu comme peintre d'architecture -& de vitraux, dessinateur de gravures sur bois & miniaturiste; -il travaillait vers 1460. On l'appela aussi Lievin de -Witt & Lievin de Gand, si toutefois il n'y a pas là deux -artistes, point qui n'est point encore éclairci<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> De Laborde, <i>les Ducs de Bourgogne</i>, -t. <small>I</small>, p. 25.—Crowe & Cavalcaselle, -<i lang="en" xml:lang="en">The early flemish painters</i>. -London, 1857, in-12, p. 330.—Haizen, -<i lang="de" xml:lang="de">Archiv. für die zeichnenden -Künste</i>, t. <small>XVI</small>, 1859, in-8.—Alvin, -<i>Revue universelle des Arts</i>, 1859, t. <small>IX</small>, -p. 204.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 59.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> <i lang="en" xml:lang="en">The early flemish painters</i>, London, -1857, in-12, p. 232.—Je ne -sais sur quel fondement M. Wauters -l'interprète par le nom de Daret.—<i>Revue -universelle des Arts</i>, t. <small>II</small>, 1855, -in-8, p. 6. On trouve un peintre de -ce nom employé par Charles-le-Téméraire -& venu de Tournay à Bruges, -mais il a pour prénom Jacques. Document -publié par M. Michiels, <i>Histoire -de la peinture flamande</i>. Bruxelles, -1845, t. <small>II</small>, p. 412.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>I</small>, -p. 164, 172.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Passavant, <i>Recherches sur l'ancienne -école de peinture flamande</i>.—<i>Messager -des sciences historiques de -Gand</i>, 1841, in-8, p. 324, & 1842, -p. 247.—<i>Des types & des manières -des maîtres graveurs</i>, <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, 1854, -in-4, p. 152.</p> -</div> -<p>L'orfèvre principal, chargé du travail de la <i>Couronne -margaritique</i>, est le Vallencelois Gilles Steclin, auquel est -adjoint son père Hans Steclin de Colongne. Les noms de -ces artistes ont été relevés par M. de Laborde dans les -comptes des ducs de Bourgogne, Hance Steclin en 1438, -Gilles Steclin en 1482<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. M. Harzen a conjecturé que -ce dernier pouvait être le graveur connu sous le nom du -maître de 1466, qui marquait ses estampes de cette date -& des lettres E & G S, qui s'appliqueraient au prénom latin -ou vulgaire Egidius ou Gilles, & au nom de l'artiste -Stechin ou Steclin, corruption de Stecher, orfèvre<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>. Si -cette ingénieuse conjecture, à laquelle, pour ma part, -je ne fais pas d'objection, était vérifiée, notre historiographe -aurait doublement mérité de l'histoire de l'art en -signalant, entre les orfèvres des Pays-Bas, celui qui devait, -par ses estampes, vivre plus longtemps qu'aucun autre, -bien qu'il ne fût alors plus connu par ses orfévreries. -Voici les noms des autres orfèvres à l'approbation desquels -Mérite soumet ensuite le portrait de sa couronne. On y -voit des artistes de provinces fort diverses; un seul est -célèbre, les autres n'auront pas d'autre souvenir que celui -qu'a bien voulu leur octroyer le poète: Adrien Mangot, -de Tours<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>; Romain Christophe Hiérémie; il ne faut -pas voir là trois noms, comme l'indiquent quelques commentateurs, -mais un seul artiste, Cristoforo Geremia ou -Hieremia, qui était de Rome, orfèvre-ciseleur, & qui travaillait -vers 1470<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>; Donatel de Florence; Petit Antoine -de Bourdeaux; Jean de Nimègue; Robert Lenoble, -Bourguignon<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>; Margeric d'Avignon; Corneille, Gantois; -Jean de Rouen.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>I</small>, -p. 360, 534.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <span lang="de" xml:lang="de">Einige Worte über den sogenannten -«Meister von 1466». <i>Archiv. für -die zeichnenden Künste</i></span>, V. 1859, in-8.—Quelques -notes sur le maître de -1466, trad. & annot. par M. Alvin, -<i>Revue universelle des Arts</i>, t. <small>IX</small>, 1859, -in-8.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Il était orfèvre de Louis XI en -1474, & travailla par l'ordre du roi à -une châsse de Saint-Martin de Tours. -<i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 58.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Zani, <i lang="it" xml:lang="it">Enciclopedia delle belle -arti</i>, P. 1, t. <small>IX</small>, p. 349.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 60.</p> -</div> -<p>La fiction de la <i>Couronne margaritique</i>, toute d'apothéose, -ne mentionne que des artistes morts à l'époque -où écrivait le poète. C'est pour cela qu'il n'y a pas nommé -Jehan de Paris, & non pas par ingratitude, comme on l'en -a accusé<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>: On va voir que celui-ci tint toujours une -place considérable dans ses ouvrages; mais rassemblons -d'abord nos renseignements historiques sur le peintre.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 186.</p> -</div> -<p>On rencontre le nom de Jehan de Paris, en 1483, dans -la fourrière de la reine Charlotte, femme de Louis XI. -Il a le titre de varlet de chambre, & il est là en compagnie -de plusieurs artistes: Martin Lailly, libraire; Anthoine -Legru, joueur de luth; Lambert Dufey, orfèvre, tous aux -gages de six vingts livres<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Godefroy, <i>Histoire de Charles -VIII</i>. Paris, 1684, in-fol., page -366.</p> -</div> -<p>Cependant il n'est pas certain que ce soit là notre artiste. -Le nom de Jehan de Paris a été porté par d'autres -avant lui, sans compter le héros de la <i>Bibliothèque bleue</i>, -& celui dont Rabelais a fait dans son Enfer un gresseur -de bottes. En 1455, il était déjà parmi les gens & officiers -du duc d'Orléans<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. D'un autre côté, on ne le -trouve pas sur les listes que nous avons des officiers de la -maison de Charles VIII en 1490. M. de Laborde ne l'a -pas trouvé non plus dans les comptes de cette époque<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>. -Bien que Jehan de Paris soit considéré avec raison comme -l'un des quatre grands peintres primitifs, & mis en parallèle -avec Fouquet, Lichtemon & Bourdichon; bien qu'il -soit qualifié du titre de peintre de Charles VIII, & cité -comme tel dans les <i>Contes de la reine de Navarre</i>, ce n'est -qu'à Lyon qu'on voit commencer sa carrière.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>III</small>, -page 372.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, page 183.</p> -</div> -<p>Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal -chargé par la ville de Lyon des travaux de décoration -& de représentation pour l'entrée de Charles VIII; on -en a récemment trouvé, dans les archives de la ville<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, -les comptes écrits & signés de sa main. On voit par ces -comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons & rhétorique -des histoires qui furent représentées, & que d'autres -peintres nommés Dominique, Jacques le Catelan & -Philipeaux y avaient aussi besogné à des ouvrages qui ne -seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres. Ils reçoivent -salaire pour avoir monté un lion dans un grand tupin -de terre, & avoir ensuite assorti le poil & les peaux -dudit lion; pour avoir fait des costumes: une robe pour -le Soleil, deux habits pour le berger & France; & même -pour avoir rempli des rôles: saint Michel, le Serpent, le -Diable; «celui qui fit le Diable & qui cuida brûler,» -Jacques le Catelan besongna à la cité de Jérusalem & -peignit l'eschaffaut de la place de l'Herberie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> M. Rolle, archiviste-adjoint, -qui se propose de les publier, a bien -voulu m'en communiquer des extraits -& me donner le fac-simile de la signature -du peintre, que l'on trouvera -ici.</p> -</div> -<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="[Illustration]" /></div> -<p>En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal -de l'entrée du roi & de la reine Anne de Bretagne à -Lyon. Les comptes en existent encore dans les archives -de la ville.</p> - -<p>Dans les histoires ou mystères représentés à cette occasion, -c'est un auteur, maître Anthoine Chevalet, qui avait -composé la poésie & versification<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>; M. Péricaud a conjecturé -que le sujet de ces mystères était l'histoire de saint -Christophe, parce que Chevalet composa un mystère sous -ce titre, qui fut représenté & imprimé plus tard à Grenoble. -Mais les mystères dont il s'agit ici ne sont, selon -toute apparence, que des suites de tableaux peints sur des -rouleaux de toile ou de papier, & accompagnés de légendes -versifiées, que l'on dressait à certaines places, dans -les entrées solennelles, & qui sont appelés par les chroniqueurs -mystères sur échaffauts. Ils étaient mêlés aussi de -représentations plus réelles, où des personnes vivantes, -de belles demoiselles de la ville venaient représenter des -personnages allégoriques, & réciter aux royaux assistants -les dictons versifiés en leur honneur. Le peintre intervenait -même pour ordonner leurs habillements. Mais il ne -s'agit point encore ici de mystères joués sur une scène par -des acteurs. C'est après ces travaux que Jehan de Paris -paraît attaché au service du roi comme varlet de chambre -& compris dans sa chirurgie<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. A ce titre, il fut -exempté de toutes tailles & subsides dans la ville. Il -voyagea avec la cour en Italie; il séjourna à Amboise, en -revenant souvent à Lyon, où le roi était fort attiré, -comme on sait, par la bonne grâce des dames lyonnaises<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <i>Bibliographie lyonnaise du quinzième -siècle</i>, par M. Péricaud. Lyon, -1851, in-8, p. 9.—3<sup>e</sup> partie, Lyon, -1853, in-8, p. 20.—<i>Notice sur -Jehan Perreal</i>. Lyon 1858, in-8.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> L'état des officiers de la maison -de Charles VIII en 1495 porte au -nombre des chirurgiens Jean Bricet, -dit de Paris. <i>Histoire de Charles VIII</i>, -p. 705.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Histoire veritable de la ville de -Lyon</i>, par Claude de Rubys. Lyon, -1604, in-fol., p. 348.</p> -</div> -<p>En 1496, Jehan de Paris est le premier signataire des -statuts de la corporation des peintres, tailleurs d'images -& verriers de Lyon, qui furent confirmés par ordonnance -royale<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>, & qui sont le document de ce genre le plus -explicite que nous ayons pour le quinzième siècle. Nous -verrons qu'il n'est pas le seul artiste distingué qui figurât -dans cette corporation.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>Ordonnances des rois de France</i>, -t. <small>XX</small>, p. 570.—<i>Histoire des anciennes -corporations d'arts & métiers</i>, par -Ouin Lacroix. Rouen, 1850, in-8, -p. 741.</p> -</div> -<p>Anne de Bretagne fit une seconde entrée à Lyon en -avril 1499. Les comptes de cette entrée, qui ont été conservés -dans le recueil des manuscrits de Guichenon<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>, -nous donnent d'abord les noms des artistes qui firent la -belle médaille à l'effigie du roi & de la reine: <i lang="la" xml:lang="la">Lugdunensi -Republica gaudente bis Anna regnante benigne sic fui conflata -1499</i>; ils s'y montrent les rivaux de Pisano & de Sperandro. -Ce sont maistre Nicolas Leclerc, tailleur d'Ymages, -& Jean de Saint-Priest<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a> «pour la taille & façon -des pourtraicts & molles faits pour la médaille,» & Jehan -Lepère, orfèvre, pour les pièces en or, en argent, en cuivre -& en plomb qui en furent fondues. Ils nous donnent -ensuite le poète qui fit la rhétorique des personnages & -mystères de l'entrée, Jenin de Beaujeu; les ouvriers qui -dressèrent les échafauds & les tapisseries & arrangèrent les -chapelles; ceux qui habillèrent les jeunes filles chargées -d'y représenter les sibylles; le carrier Pierre Gayen & -l'écrivain maistre Yvonnet, qui avaient fait sur des -feuilles de papier collé les <i>chappeaux de buys</i>, les <i>roleaux</i> -ou <i>rollets</i> ornés de devises & d'hermines que portaient -ces sibylles, & qu'elles débitaient au passage de la -reine.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <i>Recueil de pièces curieuses pour -servir à l'histoire</i>, 1661, 34 vol. in-fol., -t. <small>XXXI</small>, n<sup>o</sup> 85; Bibliothèque de -la Faculté de médecine de Montpellier. -Cette liasse de 34 pièces est en grande -partie publiée par M. G. de Soultrait,—<i>Revue -numismatique</i>, année 1855, -in-8, p. 48, & <i>Revue du Lyonnais</i>, année -1857, in-8, p. 105 à 129.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Ces noms, que M. de Soultrait -a vainement cherchés dans les ouvrages -sur les médaillistes du moyen-âge, -se trouvent dans les statuts des peintres -de Lyon de 1496.</p> -</div> -<p>Ils donnent enfin le nom du peintre qui avait donné -le dessin de ces rollets des sibylles & qui en acheva -l'ornementation: «Maistre Jehan, le peintre, & son vallet, -pour les avoir arrondis de coleurs trassez & coppez.»</p> - -<p>Beaucoup mieux que dans les relations officielles des -Entrées royales imprimées au seizième siècle, on voit -dans ces menus devis de costumiers la mise en scène des -mystères sur échafauds par l'intervention enchevêtrée des -artistes gothiques. La part y est bien faite au cartier, à -l'écrivain, au peintre.</p> - -<p>Celui-ci, qui ne peut être que Jehan de Paris, a de plus -signalé sa présence par une circonstance rare qui n'a point -encore été remarquée: au dos d'un de ses comptes, il a -griffonné à la plume deux petites têtes & un mascaron, -distraction d'artiste qui reste précieuse pour sa promptitude; -on en jugera par ce fac-simile:</p> - -<div class="c"><img src="images/illu9.png" alt="[Illustration]" /></div> -<p>Ces griffonnages étaient si bien dans les habitudes -du peintre, qu'on en a trouvé un autre exemple dans les -comptes de 1493, où M. l'archiviste-adjoint a relevé le -dessin d'une botte dans son étrier & ses éperons.</p> - -<p>Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put -faire Jehan de Paris à la suite de Charles VIII en Italie; -mais les livres gros & petits imprimés sur cette campagne, -depuis le <i>Vergier d'honneur</i>, d'André Delavigne, jusqu'aux -<i>Nouvelles du Roy en sa ville de Naples</i>, contiennent des -gravures sur bois, où plusieurs sujets ont assez d'actualité -pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins. J'essaierai -ailleurs d'en donner une indication plus précise; on doit -encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent -les petits livres publiés sur la mort de Charles VIII, -l'avénement de Louis XII, son sacre à Reims, son entrée -à Paris, & ses <i>Nouvelles de Milan</i>. Le chroniqueur «qui -suivoit la cour de Louis XII pour savoir des nouvelles & -icelles rediger par écrit,» nous a parlé d'un de ses ouvrages<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. -On racontait à Milan, en 1501, qu'il était né un -enfant monstrueux qui avait deux visages avec un membre -viril au front & au menton. On avait voulu étouffer le fait -avec l'enfant, mais les matrones l'ébruitèrent; les grands -clercs, consultés, en donnèrent une explication plus morale -que congrue: «Or, avoit Jehan de Paris pourtrait la figure -du dit monstre après le naturel, laquelle montra au roi & -à plusieurs autres, desquels je fus.» Nos anciens artistes -saisissaient volontiers les occasions d'étudier la nature, -même dans ses écarts, & de servir la curiosité publique. -On connaît de ces monstres plusieurs gravures italiennes -& allemandes. Notre Français se rencontra ici avec un -peintre de grand nom. Léonard de Vinci, selon le témoignage -de Lomazzo<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>, fit aussi à Milan le dessin d'un enfant -monstrueux. La description qu'il en donne se rapporte -trop bien à celle de Jean d'Auton pour qu'on ne -puisse douter que ce ne soit le même que dessina Jehan -de Paris.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Chroniques de Jean d'Auton</i>, -publiées par M. P. Lacroix. Paris, -Techener, 4 vol. in-8, t. <small>I</small>, p. 326.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i lang="it" xml:lang="it">Tractato dell' arte della pittura</i>. -<span lang="it" xml:lang="it">Milano</span>, 1585, in-4, p. 637.</p> -</div> -<p>Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait -suivi Charles VIII, & il y a lieu de lui faire une grande -part dans les gravures qui accompagnèrent les livrets publiés -sur cette campagne. On en signale dans les <i>Lettres -nouvelles de Milan</i><a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, imprimées vers 1500 avec des vers -de Pierre Gringore.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Manuel du Libraire</i>, t. <small>II</small>, p. 462 -&. t. <small>III</small>, p. 114.</p> -</div> -<p>Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore -ici de Jean Lemaire. Il avait commencé, étant encore -au service de Marguerite d'Autriche, la publication de -son livre fabuleux, historique & poétique, intitulé <i>les -Illustrations de Gaule & singularités de Troye</i><a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, & il le -poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne, -avec les mêmes qualités de secrétaire indiciaire & historiographe. -C'est là qu'avec les dédicaces aux deux princesses -& avec les poésies en leur honneur, se trouvent les -épîtres à maistre Jehan Perreal de Paris, painctre & varlet -de chambre ordinaire du roi, qu'il appelle son singulier -patron & protecteur, son chier ami, le bon ami du roi, -& notre second Zeuxis en paincture. L'auteur n'y fait aucune -allusion aux figures qui décorent son livre, si ce n'est -pour dire qu'elles sont bien nécessaires à son propos, mais -on peut bien soupçonner que le cher artiste n'y fut pas -tout à fait étranger; leur publication, presque simultanée -à Lyon & à Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures -consistent en sept planches, dont deux ne sont -qu'une répétition agrandie, auxquelles viennent s'ajouter -les marques des imprimeurs dans les diverses éditions.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> La première édition fut donnée -à Lyon par Etienne Baland, avec un -privilége du roi daté de Lyon 1509, -une dédicace à Marguerite d'Autriche, -& une épître à Jehan Perreal datée de -1510. La seconde fut imprimée à Paris -pour maistre Jean Lemaire, indiciaire -& historiographe de la royne, -par Geoffroy de Marnef, 1512 & 1513. -Il y en eut d'autres en 1525, 1528 & -1529 avec les mêmes planches reproduites -ou copiées.</p> -</div> -<p>Les <i>armoiries de l'auteur</i> fort compliquées avec sa devise: -<i>De peu assez</i>.</p> - -<p>Les <i>armoiries d'Anne de Bretagne</i>, écus accolés de France -& de Bretagne au-dessus d'un pré où broutent des vaches, -avec la devise: <i lang="la" xml:lang="la">Vivite felices</i>.</p> - -<p><i>Noé ou Janus & Titea sa femme, réparateurs du genre -humain</i>, dans un navire.</p> - -<p><i>Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, & Araxa, -reine de Scythie, demi-femme & demi-serpent</i>, représentations -appropriées aux premiers chapitres du texte.</p> - -<p>Les <i>armoiries de Marguerite d'Autriche</i> avec sa devise: -<i>Fortune infortune fors une</i>.</p> - -<p>Ces planches sont gravées avec régularité & fermeté -sans trop de pesanteur, bien que les détails y soient crument -exprimés. Le dessin indique une manière sage, où -le plus gros des façons italiennes est déjà imité. La plus -remarquable par la composition & par la taille, est celle -qui fut ajoutée à l'édition de Marnef. On y voit représentée -la reine Anne sur son trône, à l'angle d'une enceinte -formée de panneaux & d'un terrain fleuri; devant -la reine, s'ébattent trois demoiselles, &, à ses pieds, est -la figure de la Puissance accompagnée d'un ange qui lui -présente un livre. La reine est accoutrée à l'antique, avec -les cheveux épars & la couronne sur la tête. Le caractère -tout païen de la composition est encore marqué par le -Mercure gaulois qui figure dans le fond, & par l'inscription -au devant du trône <span class="small" lang="la" xml:lang="la">DIVE IVNONI ARMORICE SACRVM</span>. -Les miniaturistes n'avaient guère représenté la reine Anne -que devant son prie-dieu; les graveurs sur bois la représentèrent -en Junon. C'est sous son règne que la Renaissance -avait fait son plus grand mouvement, & Jehan de Paris -en avait été l'un des plus actifs promoteurs; ce ne peut -être que lui, attaché plus particulièrement à la reine -comme valet de chambre & garde de la vaisselle<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, ami -& patron de son historiographe, qui a donné le dessin de -cette apothéose. Nous verrons que ce n'est pas le seul -portrait d'elle qu'il eut à faire.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>La Renaissance des Arts</i>. Additions au t. <small>I</small>, p. 748.</p> -</div> -<p>A la suite des <i>Illustrations de Gaule</i> parurent chez Geoffroy -de Marnef d'autres opuscules, en prose & en vers, de -Jehan Lemaire, & c'est dans l'épître qui accompagne l'un -de ces opuscules, <i>la Légende des Vénitiens</i>, factum en faveur -de la ligue de Cambrai, que ce lisent les détails les -plus intéressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte -les travaux en Italie à la suite du roi. «De sa main mercuriale -il a satisfait par grant industrie à la curiosité de son -office & à la récréation des yeux de sa très chrétienne Majesté, -en paignant & représentant à la propre existence, -tant artificielle comme naturelle, dont il surpasse aujourd'hui -tous les citramountains, les cités, les villes, chasteaux -de la conqueste & l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, -l'inégalité des montaignes, la planure du territoire, -l'ordre & le désordre de la bataille, l'horreur des gisans -en occision sanguinolente, la misérableté des mutilés nagans -entre mort & vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur & -impétuosité des vainqueurs, & l'exaltation & hilarité des -triomphans; & se les ymaiges & painctures sont muettes, -il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant -& suaviloquente. Par quoy à son prochain retour, -nous envoyant ses belles œuvres, ou escoutant sa vive -voix, ferons accroire à nous mêmes avoir été présens à -tout.»</p> - -<p>En rapportant cette description des tableaux & des -dessins de Jehan de Paris, M. de Laborde a pensé qu'ils -avaient été sans doute utilisés par les sculpteurs du tombeau -de Louis XII<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. On sait, en effet, que Jehan Juste -en exécutant ce monument, en 1518, avait placé au soubassement -des bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII -à Milan, le passage des montagnes de Gênes & la bataille -d'Aignadel. On sait aussi que ces sculptures étaient traitées -à la façon des peintres, avec des plans successifs, des -fonds, des ciels & des paysages. Nous avons indiqué, -d'un autre côté, les livres d'histoire & de nouvelles où se -trouvent des planches de batailles & de siéges, qui, dans -leurs petites proportions, se rapportent à peu près aux -descriptions de l'auteur. Il ne nous manque qu'un fil pour -en faire une attribution plus précise.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 186.</p> -</div> -<p>L'entreprise la plus considérable à laquelle Jehan de -Paris fut appelé à prendre part, est l'église de Brou. Il résulte -de lettres & de documents récemment découverts<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, -qu'il fut le premier architecte de cet édifice, l'un des derniers -bijoux de l'art gothique. Recommandé par Lemaire -à Marguerite d'Autriche lorsqu'elle voulut honorer la sépulture -de son mari par un monument somptueux, il fournit, -de 1506 à 1511, les plans de l'église, les modèles -des statues, les ordonnances, portraits & tableaux d'après -lesquels travaillèrent les plus habiles artistes: Michiel Coulombe, -tailleur d'ymaiges du roi Louis XII, & ses neveux, -Guillaume Regnault, aussi tailleur d'ymaiges; François -Coulombe, enlumineur, son disciple; Jehan de Chartres, -tailleur d'ymaiges de la duchesse de Bourbon, & d'autres -tels que maistre Henriet, maistre Jehan de Lorraine<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Lettres trouvées par M. Leglay -dans les archives du département du -Nord, <i>Analectes historiques</i>. Paris & -Lille, 1838, in-8. Lettre mentionnée -par M. Bernard: <i>Geoffroy Tory</i>. Paris, -1857, in-8, p. 35.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Marché publié, par M. de Laborde. -<i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 187.</p> -</div> -<p>Dans un écrit de Michiel Coulombe lui-même, daté -de 1511, accusant divers reçus de Jehan Lemaire, & donnant -des détails précieux sur la sépulture du duc Philibert -de Savoie, mari de Marguerite, duchesse de Bourgogne, -on voit que cet artiste se servait des belles ordonnances, -des portraits & des tableaux faits de la main de Jehan -Perreal de Paris, d'après lesquels il travaillait lui & ses -neveux à ses ouvrages de sculpture<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Ecrit publié par M. Leglay, -<i>Analectes historiques</i>, p. 13.</p> -</div> -<p>Malheureusement il perdit ensuite la faveur de Marguerite, -auprès de qui Lemaire ne pouvait plus l'appuyer, & -il fut supplanté, en 1513, dans la direction des travaux -de Brou par un architecte belge, Louis Van Bughen. Celui-ci -apporta beaucoup de modifications aux plans primitifs, -& y employa beaucoup d'ouvriers de son pays<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>. -Le monument aurait été certainement d'un style plus italianisé -si les projets de l'architecte français avaient été -suivis.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Histoire de l'église de Brou</i>, par -M. Jules Baux. Lyon, 1854, in-8, -p. 188.</p> -</div> -<p>A la mort d'Anne de Bretagne, en 1513, Jehan de -Paris fut chargé des travaux de peinture usités en ces circonstances. -Dans la <i>Commémoration</i> & la complaincte publiées -sur cette mort par le hérault d'armes Bretaigne<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>, -il est cité deux fois: d'abord comme l'un de ceux qui, à -Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine, -&, ensuite, pour avoir besoingné à la saincte & remembrance -faicte près du vif après la face de la reine, qui à -Paris fut portée sur un drap d'or par les quatre présidents -de la cour. Chaque fois le narrateur ajoute qu'il ouvra -moult à toutes les affaires de la conduite de la reine défunte, -de Blois, à Paris. Les manuscrits qui ont été conservés -de cette <i>Commémoration</i> contiennent une dizaine -de miniatures, où l'on peut prendre une idée de ces représentations -funéraires. On y voit le corps de la reine -exposé en son lit de parement, la face découverte, dans -la salle d'honneur du château de Blois, entourée des principaux -assistants, sa mise au cercueil, le lit posé dans la -salle de deuil & dans l'église Saint-Sauveur hors du château; -puis le corps de la reine porté en l'église de Paris -par les quatre présidents, & le cœur d'or émaillé contenant -son cœur, exposé dans la chapelle ardente. Il n'y a -pour tout mérite dans ces miniatures qu'une certaine vérité -de physionomie & de costume; elles sont d'une pratique -trop dégradée pour qu'on y reconnaisse la main du -peintre en titre de ces funérailles; on peut y reconnaître -cependant des réductions faites à la grosse des patrons qu'il -avait exécutés.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Commémoration & advertissement -de la mort de très-chrétienne… -Madame Anne, deux fois reine de -France… & complaincte que fait Bretaigne -son premier hérault. Manuscrits -de la Bibliothèque nat. Il y en a -six exemplaires (n<sup>os</sup> 9709, 9710, 9711, -9712, 9713, 1 & 2) qui reproduisent -avec peu de différences d'exécution -dans leurs miniatures, au nombre -d'une dizaine, les mêmes représentations. -Les plus soignés sont les numéros -9709 & 9711; le texte de cette -relation a été publié par MM. Merlet -& de Gombert. Paris, Aubry, 1858, -pet. in-8. (<i>Trésor des p. rares & inéd.</i>)</p> -</div> -<p>D'après les comptes de la cour qui nous restent, le peintre -du roi paraît employé à des travaux fort divers & plus -humbles que ceux que nous venons de voir. Au second -mariage de Louis XII, en 1514, il eut la direction des -cousturiers chargés d'accoutrer à la mode de France la -nouvelle reine, Marie d'Angleterre. Aux obsèques du roi, -qui vinrent l'année d'après, il fit «la peinterie & l'armoirie -des écussons avec ordre, couronne & timbre<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.» -Nous pouvons prendre quelque idée de la manière dont -ces costumes & ces peinteries étaient arrangés, dans les -planches qui accompagnent les livrets des <i>Entrées de -Marie d'Angleterre</i><a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> & de l'<i>Obsèque du feu roy Loys -douzième</i><a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>. Dans une <i>Epître consolatoire</i> sur la mort du -roi, adressée à Marie d'Angleterre par le révérend docteur -Moncetto de Castillione<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, imprimée par Henri Estienne -en 1515, se trouve un portrait de la reine qui sort de la -routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait -l'original s'était inspiré de ces portraits de Milanaises que -l'on trouve gravés dans l'école de Léonard de Vinci. La -tête, bien que dessinée avec trop de sécheresse, & une -pratique éloignée du naturel, n'est pas sans agrément; les -lisses de la chevelure relevés de passefillons, la coiffe & -le chaperon jetés en arrière & arrondis en diadème de -passementerie & de joyaux, le buste décolleté jusqu'à la -moitié du sein, orné d'un collier; n'est-ce point la mode -que Jehan Perreal était allé donner aux cousturiers de la -reine? En plaçant son portrait ainsi arrangé dans un livre -qui célèbre sa douleur de veuve, le graveur s'excuse de -lui laisser un air aussi mondain. Marie, la reine blanche -de France, n'est point ainsi, dit-il; elle aurait dû être -peinte en habits de deuil, mais le peintre ne l'avait pas -vue en noir.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 188, -190, 191.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Entrées de Marie d'Angleterre -à Abbeville & à Paris</i>, publiées par -M. Cocheris. Paris, Aubry, 1859, -in-12.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <i>Obsèques du feu roi Loys douzième -de ce nom</i>, petit in-8.—Brunet, -<i>Manuel du libraire</i>, t. <small>III</small>, p. 544.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Epistola consolatoria de morte -Ludovici XII per modum dyalogi, edita -a magistro Joanne Benedicto Moncetto -de Castellione aretino… in ædibus -Henrici Stephani, chalcographiæ artis -peritissimi regione schole decretorum -moram trahentis</i>. M.D.XV. Pet. in-4, -16 f.</p> -</div> -<p id="page_25"><i lang="la" xml:lang="la">Maria Francorum alba regina non sic. Sed pullata depingenda -veniebat verum hanc atratam pictor non viderat.</i> Ces -mots sont écrits en deux lignes en marge de la planche, -dont la taille décèle dans sa sobriété beaucoup d'habitude -de main. On l'a suivie d'aussi près qu'on l'a pu dans la -copie qui en est donnée en tête de cette brochure.</p> - -<p>En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estienne, -je me suis demandé si cet imprimeur, le chef de l'illustre -famille des Estienne, qui se qualifie de très-habile dans -l'art chalcographique, n'employa pas dans d'autres livres -des planches dont le dessin viendrait de la même source, -& j'en ai trouvé quelques-unes qui se rapprochent de -celles des Heures, & d'autres qui méritent d'être remarquées<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>. -Ce sont des titres à encadrements qui ne sont -pas sans analogie avec ce qui précède. Des entrelacements -de méandres compliqués de couronnes & de fleurons, où -jouent des enfants & des anges, & que surmonte l'écu de -l'Université, des portiques historiés des figures du pape & -de l'empereur dessinées avec sûreté & gravées d'une taille -très-sobre, ressortant sur un fond criblé. Ces titres sont -nouveaux dans l'imprimerie française, & imités de ceux -des livres de Milan & de Venise; la composition en est -encore assez distinguée pour faire supposer la main d'un -maître. On n'en pourrait dire autant des titres dans le -genre italien, qui s'installèrent bientôt dans les in-folios -de tant d'autres libraires.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>De Puritate conceptionis B. M. -Virginis libri duo, a Josse Chlictone</i>. -Parisiis, 1513, in-4.—<i>Eusebii Cesariensis -episcopi chronicon</i>. Parisiis, 1518, -in-4.—<i>Promptuarium divini juris & -utriusque humani a Joanne Montholonio</i>. -Parisiis, 1520, in-fol.</span></p> -</div> -<p>Jehan Perreal, dit de Paris, est porté sur les comptes, pour -la dernière fois, en 1522, mais nous apprenons par d'autres -documents qu'il eut une commission à Lyon en 1525, -& qu'il vivait encore en 1527<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>; il mourut bientôt après -cette époque. D'autres poètes que Lemaire cite avaient -été les amis de notre peintre & l'ont invoqué dans leurs -vers. Guillaume Cretin le met en compagnie des célébrités -qu'il appelle, après les muses, au secours de sa verve -en défaut<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>. Marot a honoré sa mort dans un rondeau, -où nous apprenons qu'il avait des sœurs adonnées aussi -à la peinture:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Pleurez l'amy Perreal qui est mort…</div> -<div class="verse">Et vous ses sœurs dont maint beau tableau sort</div> -<div class="verse">Praindre vous faut pleurantes son grief sort<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Bréghot du Lut. <i>Mélanges biographiques -& littéraires</i>. Lyon, 1828, -in-8, p. 335.—Péricaud, <i>Notice sur -Jehan Perreal</i>, p. 6.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a></p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Secourez-moi & Bigne & Villebresme</div> -<div class="verse">Jehan de Paris, Marot & de La Vigne</div> -<div class="verse">Je ne puis plus à peine escryre ligne.</div> -</div> - -<p>(Complainte sur la mort de Guillaume -Bissipat.)</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> <i>Œuvres de Clément Marot</i>. -t. <small>II</small>, p. 385. La Haye, 1731, 6 vol. -in-12. On ne connaît pas précisément -l'époque de ce vingt-sixième rondeau: -Aux amys & sœurs de feu Claude Perreal, -Lyonnois. Il est placé, par les -éditeurs, de 1525 à 1529. M. de Laborde, -qui l'a cité dans la <i>Renaissance</i>, -a déjà remarqué qu'il ne pouvait -s'appliquer qu'à Jehan Perreal, & que -le prénom de Claude n'était qu'une -faute de copiste.</p> -</div> -<p>A-t-il pu être oublié dans la liste rimée que le chanoine -Pelerin donna en 1521 dans sa <i>Perspective artificielle</i>? Pour -ne pas le croire, je me décide à l'y trouver sous le nom -altéré de Jehan Joly. Quelque éloignée que soit cette interprétation, -on n'en trouve pas de meilleure; elle n'a -rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes -beaucoup plus fantasque que celles que nous avons vues, -& dont personne n'a donné encore la restitution<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> La dernière mention qui est -faite de cette liste dans les <i>Archives -de l'Art français</i>, t. <small>VI</small>, p. 65, indique -les auteurs qui l'avaient déjà reproduite, -MM. Paul Lacroix, de Chennevieres, -de Laborde, sans en aborder -le commentaire. Je l'essaierai ailleurs -en traitant des livres à gravures sur -bois de la Lorraine.</p> -</div> -<p>Un dernier témoignage, le plus glorieux, est venu de -Geoffroy Tory. Quand cet excellent artiste composa son -<i>Champfleury</i>, parmi ses lettres à imitation du corps humain, -il plaça un I & un K, avec des jambages figurés par un -homme les bras & les jambes écartés, dont le dessin lui -avait été donné par Perreal. «Figure que j'ay faicte, dit-il, -après celle que ung mien seigneur & bon amy Jehan -Perreal autrement dit Jehan de Paris, varlet de chambre -& excellent peintre des rois Charles huitiesme, Louis -douziesme & François premier, m'a communiquée & -baillée moult bien pourtraicte de sa main<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.» Comme -ces lettres ressemblent à plusieurs autres qui se trouvent -dans l'ouvrage, notamment au deuxième livre, M. Bernard -a pensé que Perreal avait fourni la majeure partie de -ces dessins, &, partant, qu'il avait été le maître de Tory<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>. -Le graveur emprunta des dessins à d'autres, tels que -Simon du Mans, qu'il nomme au commencement de son -livre, & auquel il paraît autant attaché qu'à Perreal, mais -il était lui-même bon dessinateur & il ne fit pour son livre -que des emprunts très-partiels. A les regarder de près, -les figures de Perreal que nous avons citées se distinguent -de la plupart des autres par un dessin plus modéré. En -les prenant pour terme de comparaison, il n'est pas aussi -facile que l'a cru M. Bernard de lui attribuer certaines -planches des Henry de Vostre & de Tory<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>. Ici, plus -encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Champfleury</i>, à Paris, sur le -Petit-Pont, à l'enseigne du <i>Pot-Cassé</i>, -in-fol. (1529), p. <small>XXXVIII</small>, v<sup>o</sup>.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Geoffroy Tory</i>, par M. Bernard. -Paris, 1857, in-8, p. 11, 20, 34.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 114.</p> -</div> -<p>Les Heures de Simon Vostre, dans les éditions à calendrier -de 1507, montrent, par les grands sujets de leurs -planches comme par leurs encadrements, un changement -de manière qui est, m'a-t-il semblé, le troisième dans le -développement compliqué de leur ornementation. Ce -changement est surtout indiqué par une imitation italienne -dans les édifices & dans les figures. Jehan de Paris -ne fut certainement pas étranger à cette évolution de -nos graveurs d'Heures; j'y reconnaîtrais d'autant plus sa -main, que la manière en est encore modérée. Elle fut -remplacée bientôt par une manière d'imitation italienne -beaucoup plus intense. On en juge par les mêmes Heures -où les trois planches signées d'un G & attribuées avec -raison à Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui diffère des -précédentes & innove encore sur toutes celles qu'on -rencontre dans les Heures de Vostre. Il nous paraît -donc impossible de suivre plus loin M. Bernard<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, lorsqu'il -attribue à Perreal des vignettes qui sont prises dans -les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui sont d'une façon -tout à fait différente. Dans l'histoire des anciens artistes, -que nous réédifions avec peine mais avec passion, -il y a quelque chose de plus triste que l'ignorance où nous -sommes réduits souvent des œuvres véritables: c'est la -méprise à laquelle nous sommes exposés des œuvres apocryphes.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <i>Geoffroy Tory</i>, p. 139.</p> -</div> -<p>Les ambiguités où nous restons touchant les œuvres -de Jehan de Paris seraient fort réduites, si l'on pouvait -fixer sa manière d'après quelque tableau. On lui attribue -quelquefois un tableau du musée de Cluny, la <i>Messe de -saint Grégoire</i>, dyptique avec trois donateurs sous la protection -de saint Jean-Baptiste & trois donatrices sous la -protection de sainte Geneviève, dans les volets de gauche -& de droite. Cette peinture, avec des types ronds & vulgaires, -des tons peu harmonieux, des édifices italianisés, -des murs de briques & des toits d'ardoises très inclinés, -appartient, en effet, à l'école française de la fin du quinzième -siècle.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu10.png" alt="" /></div> -<div class="chapter"></div> -<div class="c"><img src="images/illu11.png" alt="" /></div> -<h2 class="nobreak">APPENDICE<br /> -<span class="xsmall">SUR</span><br /> -<span class="small">UN TABLEAU DU MUSEE D'ANVERS REPRESENTANT LA VIERGE -SOUS LES TRAITS D'AGNES SOREL, PEINT PAR FOUQUET.</span></h2> - - -<p>Le musée d'Anvers possède, parmi les trésors de la -salle Van Ertborn, un tableau de Jehan Fouquet de -Tours. La chance est assez rare & assez enviée par -nous, qui n'en avons pas tout à fait autant au -Louvre, pour qu'on veuille appeler sur ce sujet un peu plus -de curiosité. Distraits par toutes les beautés qui garnissent -cette salle & les autres, les curieux ont dû passer souvent -devant celle-ci sans lui rendre l'hommage dont elle est -digne. C'est <i>la Vierge & l'Enfant-Jésus</i>, du dyptique de -Notre-Dame de Melun, dont l'autre partie, le portrait -d'Etienne Chevalier, est à Francfort. La première fois que -je vis ce tableau, en 1852, il n'avait été porté dans l'excellent -Catalogue publié par le Conseil d'administration -de l'Académie royale des Beaux-Arts, que sous le titre -d'Ecole inconnue<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, & il se trouvait placé à cette élévation -où l'on dérobe ordinairement à la vue les pauvres -honteux des musées. Ce n'est qu'au bout de ma lorgnette -que j'y reconnus un maître gothique & une de nos beautés -françaises. Mieux informée depuis, l'Administration a -donné au tableau sa véritable attribution & une meilleure -place<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>. C'est là que revoyant, en 1852, <i>la Madone -Sorelle</i>, & distinguant bien Jehan Fouquet, qui m'était -alors un peu moins inconnu, j'ai fait vœu d'un article que -je ne saurais mieux placer que dans le <i>Journal des Beaux-Arts</i>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Catalogue du musée d'Anvers</i>, -n<sup>o</sup> 106.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>Cat.</i> 2<sup>e</sup> édition. 1857, n<sup>o</sup> 154.</p> -</div> -<p>Mon but n'est pas de revenir sur les recherches faites à -propos de Jehan Fouquet & de ses tableaux, ni sur les -discussions soulevées par l'attribution & par le sujet de -celui-ci; les titres du dyptique de Melun, contestés d'abord -par M. Waagen & par M. Niel, ont été établis par -MM. Eugène Grésy<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>, Léon de Laborde<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> & Vallet -de Viriville<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Recherches sur les sépultures de -Notre-Dame de Melun</i>, 1845, in-8.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>La Renaissance des Arts à la -cour de France, 1855</i>, in-8, p. 699 -& suiv.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Revue de Paris</i>, t. <small>XXXVIII</small>.—<i>Illustration</i>, -3 mai 1856.</p> -</div> -<p>Les <i>Recherches</i> de M. Grésy, publiées dès 1845, sont -d'autant plus probantes, qu'il ne connaissait pas le tableau -d'Anvers. Il a puisé dans une ancienne estampe une -reproduction du dyptique qui se trouve parfaitement conforme -au tableau, & qui ne donne pas seulement la figure -principale, comme toutes les autres reproductions peintes -ou gravées qui en ont été faites pour répandre le portrait -d'Agnès Sorel, mais la composition entière avec l'Enfant-Jésus -& avec l'entourage d'anges.</p> - -<p>Les discussions me paraissent épuisées aussi par la critique -de M. de Laborde, qui a pu comparer le tableau d'Anvers -avec les autres ouvrages de Fouquet, avec les crayons -que l'on a du portrait d'Agnès Sorel & avec les textes -qui ont gardé un si vif souvenir de cette beauté célèbre. -C'est donc hors de propos qu'en acceptant les conditions -de M. de Laborde, le rédacteur du Catalogue d'Anvers -s'est fait un scrupule d'admettre la véracité de la tradition -quant au fait du portrait, & s'est refusé à accuser Fouquet -de cette grave inconvenance; l'inconvenance n'est que -pour ceux qui veulent bien s'en scandaliser; l'habitude -des préraphaélites était de prendre leurs modèles dans la -réalité même, que les mœurs leur donnaient très-crument; -l'idéal ne venait qu'après, & souvent si peu intense, qu'il -ne dissimulait rien de ces modèles réels. Aux faits qui ont -été cités pour justifier Fouquet, j'ajouterai quelques exemples -pris, en Italie & en France, parmi des peintres venus -avant & après lui. Fra Filippo Lippi, chargé de peindre -une <i>Nativité</i> pour les religieuses de Sainte-Catherine, à -Prato, avait pris pour modèle une de leurs novices, Lucrezia -Buti, que, par cette occasion, il arracha à ses devoirs<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>. -Botticello, dans un tableau peint pour l'église -Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence, a représenté les trois -Mages sous les traits des trois Médicis: Côme l'Ancien, -Laurent & Julien<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>. Pinturrichio avait peint, dans une -salle du Vatican, une Madone devant laquelle Alexandre -VI se tenait en adoration, & qui n'était autre que la -signora Giulia Farnèse<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>; enfin, il y a en Angleterre -une peinture qui représente François I<sup>er</sup> à vingt-trois ans, -en Jésus-Christ, avec le nimbe & la croix de roseau. On -n'a pas craint de l'attribuer à Léonard de Vinci<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, mais -elle est sans doute de quelque peintre français placé sous -l'influence de ce maître.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Vasari, édit. de la <i>Société des -Amateurs des Beaux-Arts</i>. Florence, -1848, t. <small>IV</small>, p. 14. Ce tableau est -aujourd'hui au Louvre.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Vasari, t. <small>V</small>, p. 116.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> Vasari, t. <small>V</small>, p. 269.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> Lithographiée par Day & Haghée: -<i lang="en" xml:lang="en">Taken from the original picture -by Leonard de Vinci in the possession -of S. Lewis Pocock esq.</i></p> -</div> -<p>Cependant M. Vallet de Viriville, qui est revenu sur -cette discussion en recherchant tout l'œuvre de Fouquet, -n'a pas voulu reconnaître l'originalité du tableau d'Anvers; -l'exécution lui semble trop lourde, trop vulgaire & -de tout point trop médiocre pour qu'il lui paraisse permis -d'y reconnaître la touche si distinguée de Jehan Fouquet; -ce ne peut être, suivant lui, qu'une copie remontant au -seizième siècle. C'est ce jugement, trop accrédité peut-être -par les journaux où il a été inséré, que je tiendrais -à redresser. L'auteur nous informe qu'il a dans son cabinet -une copie peinte à l'huile, d'après laquelle a été faite la chromolithographie -publiée dans <i>le Moyen-Age & la Renaissance</i>; -ne serait-ce pas sur cette copie, plutôt que sur le -tableau même qu'il aurait formé son opinion? Pour toute -personne habituée à regarder les tableaux gothiques, à -les aimer, jamais ouvrage ne fut mieux que celui d'Anvers, -marqué des qualités d'un peintre original & des façons -du quinzième siècle.</p> - -<p>On remarquera d'abord le système de cette peinture en -grisaille dans les chairs & les draperies, à peine nuancée -de quelques taches, rouges aux lèvres & aux joues, blanches -dans les rehauts des plis, mais relevées par les corps -bleus & rouges des anges, les dorures de la chaise & des -joyaux; ce système rappelle l'exécution de certaines miniatures -fort connues dans l'école des miniaturistes français, -& porte un caractère hiératique qui corrige ce que -la nudité du buste présenterait d'inconvenant. On voudra -bien ensuite concéder au peintre sa façon de traiter les -enfants, dont les corps & les membres paraissent bourrés -comme des poupées, & lorsqu'on se sera familiarisé enfin -avec le type de femme dont il était ici préoccupé, un front -bombé, une ligne de nez concave, une bouche mignonne -& lippue, un menton petit, type qui a plus de réalité que -de beauté, & une réalité aussi éloignée de la nature italienne -que de la nature flamande, la manière du peintre -apparaîtra avec toutes ses qualités: finesse du contour, -élégance des formes du corps, modelé des mains, résolution -des étoffes dans les plis épais de la robe & dans le -voile léger qui recouvre la partie inférieure du front & -vient retomber sur le manteau d'hermine détaché des -épaules. Cette manière, aussi sûre qu'originale, ne convient -qu'à un peintre de premier ordre pour son temps & -pour son pays, tel que fut Jehan Fouquet; d'autres temps -& d'autres pays ont eu mieux, mais à chacun son lot; le -plus heureux résultat de l'esthétique historique est de le reconnaître, -dans le musée même où sont réunis tant de -chefs-d'œuvre différents. A côté du <i>Calvaire</i> d'Antonello -de Messine, & des <i>Sept Sacrements</i> de Roger Van der -Weyden; à quelques pas de l'<i>Ensevelissement du Christ</i> -de Quentin Mathys & de l'<i>Adoration des Mages</i> de Bernard -Van Orley, de la <i>Présentation à saint Pierre</i> de Titien, -& du <i>Christ entre les deux larrons</i> de Rubens, il y a -encore dans la <i>Madone</i> du peintre gothique de Tours -une parcelle de ce secret que l'art & le génie tiennent en -réserve sous tant de formes & à tant de degrés.</p> - -<div class="c"><img src="images/illu12.png" alt="" /></div> -<div class="break"></div> -<div class="c top4em"><img src="images/illu13.png" alt="" /></div> -<div class="break"></div> - -<p class="c large top4em">EN VENTE CHEZ LE MEME LIBRAIRE:</p> - - -<table summary=""> -<tr> -<td class="drap">Des Gravures en bois dans les livres d'ANTHOINE VERARD, -maître Libraire, Imprimeur, Enlumineur & Tailleur sur bois, de -Paris. 1485-1512. Par J. Renouvier, in-8, 2 planches. (<i>Il n'en -reste que quelques exemplaires.</i>)</td> -<td class="bot">5 fr.</td> -</tr> -<tr> -<td class="left15em">Papier de Hollande</td> -<td class="bot">8</td> -</tr> -</table> - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS *** - -***** This file should be named 61458-h.htm or 61458-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/4/5/61458/ - -Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/American Libraries.) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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