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-The Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Jehan de Paris
- varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles
- VIII et Louis XII
-
-Author: Jules Renouvier
-
-Release Date: February 20, 2020 [EBook #61458]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/American Libraries.)
-
-
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-
-
-
-
-JEHAN DE PARIS.
-
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-
-
- TIRE A 214 EXEMPLAIRES:
-
- 200, papier teinté à l'antique.
- 10, papier vergé de Hollande.
- 4, peau de vélin.
-
-LYON,
-
-IMPRIMERIE DE LOUIS PERRIN.
-
-
-
-
-[Illustration: MARIE D'ANGLETERRE (page 25.)]
-
-
-
-
- JEHAN DE PARIS
-
- VARLET DE CHAMBRE ET PEINTRE ORDINAIRE
- DES ROIS CHARLES VIII ET LOUIS XII.
-
- PAR
- J. RENOUVIER
-
- Précédé
- d'une notice biographique sur la vie & les ouvrages
- & de la bibliographie complète des oeuvres de M. Renouvier.
-
- PAR
- GEORGES DUPLESSIS.
-
- [Marque d'imprimeur: A L'AVENTURE AUGUSTE AUBRY]
-
- PARIS,
- Chez AUGUSTE AUBRY,
- L'un des libraires de la Société des Bibliophiles françois,
- RUE DAUPHINE, 16.
-
- 1861.
-
-
-
-
-_NOTICE_
-
-SUR
-
-M. JULES RENOUVIER.
-
-
-C'est une tâche difficile & douce tout à la fois d'avoir à parler d'un
-savant auquel des goûts communs vous unissaient, & qui voulut bien vous
-témoigner une affectueuse bienveillance. M. Jules Renouvier, que la mort
-vient de ravir, avait une de ces organisations solides pour lesquelles
-le travail est en même temps la plus grande joie & la plus agréable
-occupation; ses études concouraient d'ailleurs toutes à un même but, la
-recherche du beau & du vrai. Né le 13 décembre 1804, M. J. Renouvier
-avait fait d'excellentes études à Montpellier, & loin de s'empresser de
-produire, il passa sa jeunesse à s'instruire, & ne songea à publier que
-lorsqu'il fut certain que ses travaux pourraient être de quelque
-utilité. Il mit au jour bien timidement, en 1835 seulement, deux
-brochures, _Des vieilles maisons de Montpellier_, & _Notice sur les
-manuscrits de la commune de Montpellier_. Brochures qui, sans avoir une
-importance considérable, ne laissaient pas que faire pressentir un
-esprit étendu & des vues élevées.
-
-C'était vers l'étude de l'archéologie que les premiers travaux de M.
-Renouvier se portèrent de préférence, & c'est l'architecture qui attira
-tout d'abord son attention. Les époques de lutte étaient celles que M.
-Renouvier semblait affectionner; il pensait, & en cela il nous paraît
-être absolument dans le vrai, qu'après une commotion violente, en même
-temps que les hommes se renouvellent, en même temps que les idées
-changent ou se modifient, l'art, lui aussi, trouve une force nouvelle &
-inaugure volontiers une renaissance. A ces époques tourmentées de
-l'existence, l'artiste possède une audace que les temps de calme & de
-paix ne sauraient faire naître en lui. L'architecture gothique marque
-précisément une de ces époques révolutionnaires, elle naît à la suite de
-dissensions politiques, & tente avec succès de venir remplacer la
-barbarie dans laquelle l'art était plongé depuis plusieurs siècles[1].
-Après des considérations générales sur l'architecture gothique,
-considérations dans lesquelles les connaissances approfondies de M.
-Renouvier apparaissent pleinement, l'auteur envisage spécialement le
-progrès de cet art dans le midi de la France, & publie le résultat de
-ses observations dans _Les Anciennes Eglises du département de
-l'Hérault_, dans _Les Monuments de quelques anciens diocèses du
-Bas-Languedoc_, dans _Les Maîtres tailleurs de pierre & autres artistes
-de Montpellier_[2] & même dans un ouvrage où la France n'est plus en
-jeu, _Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie_
-(Pise, Florence, Rome & Naples), 1841.
-
- [1] M. Renouvier allait encore publier un autre ouvrage relatif
- également à une époque de transition: _l'Art pendant l'époque
- révolutionnaire_. Ce soin est dévolu à sa famille.
-
- [2] Cet ouvrage fut publié en collaboration de M. Ricard.
-
-La révolution de 1848 détourna pour quelques instants M. Renouvier de
-ses chères études; les devoirs du citoyen passèrent avant les goûts de
-l'homme privé, & le savant archéologue accepta la place de Commissaire
-du Gouvernement provisoire qui lui fut offerte. Les hautes qualités du
-fonctionnaire public se firent jour immédiatement, & le Département de
-l'Hérault envoya M. Renouvier le représenter à l'Assemblée Constituante.
-Même au milieu des travaux que ses nouvelles fonctions lui imposaient,
-M. J. Renouvier n'oublia pas ses études antérieures; il fut chargé par
-la Commission de faire un _Rapport sur le chapitre du Ministère de
-l'intérieur relatif aux Musées nationaux_, rapport que nous n'avons pas
-eu l'occasion de lire, mais dans lequel, au dire de personnes bien
-informées, le goût éclairé de M. J. Renouvier se faisait toujours
-remarquer.
-
-Rendu bientôt à la vie civile, M. Renouvier se mit en devoir de
-continuer ses études de prédilection, & l'histoire mal connue encore de
-l'art de la gravure attira ses instincts curieux. Il se mit à l'oeuvre
-avec l'ardeur d'un néophyte, poursuivit ses recherches avec passion, &
-composa le meilleur ouvrage qui ait paru jusqu'à ce jour sur les
-graveurs & sur les gravures, _Des Types & des manières des maîtres
-graveurs, depuis l'origine de cet art jusqu'en 1648 (1853-1856)_.
-
-Doué d'un esprit investigateur & possesseur d'une érudition variée, M.
-J. Renouvier rassembla tous les documents qui pouvaient concourir à son
-oeuvre. Il mit à contribution toutes les Bibliothèques de l'Europe,
-examina avec soin les collections particulières, qu'on était toujours
-heureux de lui ouvrir, &, fort de ces notes prises dans un but sagement
-conçu & bien défini, il sut se prémunir contre le désir trop commun de
-paraître érudit. Plus que personne, cependant, il possédait une
-érudition complète, mais il sut précisément se servir de cette érudition
-pour en tirer un jugement net sur les types & les manières des maîtres
-graveurs. Il faut un peu avoir étudié les mêmes questions que M. J.
-Renouvier pour se rendre un compte exact du savoir nécessité pour
-rédiger ces quatre volumes in-4º; au premier abord, ils pourraient
-paraître composés facilement & presque sans labeur, tant l'érudition est
-cachée à l'ombre d'une critique sage & mesurée. Quiconque a tenté
-d'élucider un point de l'histoire, si minime qu'il soit, connaît les
-difficultés immenses qui se présentent à chaque pas: les documents
-absolument contradictoires, les renseignements faux dont fourmillent
-tous les ouvrages parus antérieurement, paraissent destinés à rebuter
-les plus courageux; M. Renouvier semble s'être roidi contre tous ces
-obstacles: il a demandé aux oeuvres elles-mêmes leur nationalité & leur
-origine, & guidé par son goût, il a su assigner à chaque artiste le rang
-qu'il mérite réellement; il a comparé la _manière_ de l'un avec la
-_manière_ de l'autre, & a établi un ordre, une classification qui
-restera comme un monument.
-
-Depuis la publication de ce précieux ouvrage, chaque année M. Renouvier
-mettait au jour quelque opuscule intéressant: _Une Passion de 1446_,
-_Gérard de saint Jean de Harlem_, _des gravures sur bois dans les livres
-d'Antoine Vérard_ & quelques autres brochures furent publiées à
-Montpellier ou à Paris. Il y a deux mois à peine, il apportait avec lui
-à Paris un nouveau volume qui devait, hélas! être le dernier. C'était
-une _Histoire de l'origine & des progrès de la Gravure dans les Pays-Bas
-& en Allemagne, jusqu'à la fin du quinzième siècle_. Que de recherches
-il a fallu pour découvrir tous ces documents épars en France & en
-Angleterre, à Leipsic, à Amsterdam, à Vienne, à Cologne & à Bale! Quelle
-science d'assimilation il avait fallu déployer pour grouper, pour ainsi
-dire de mémoire, les artistes d'un même terroir, les graveurs d'une même
-contrée. M. Renouvier se tira à son grand honneur de cette tâche
-difficile[3]; il sut attribuer à chacun une part d'éloges & une part de
-blâme convenable; il sut tenir compte des obstacles surmontés & des
-victoires remportées, & il se disposait à nous donner un travail
-analogue sur la France & sur l'Italie, lorsque la mort est venue le
-ravir à sa famille, à ses amis & à la science. Perte fatale &
-irréparable! Arrivé à tout l'épanouissement de son savoir, M. Jules
-Renouvier, que son abord bienveillant avait rendu sympathique à tous,
-eût pu continuer longtemps encore à faire profiter de son érudition les
-amis de l'art; il eût pu mettre à exécution les nombreux travaux qu'il
-préparait de longue date, &, grâce à lui, la Gravure longtemps délaissée
-par les historiens de l'art, eût pris dans l'histoire la place
-importante qu'elle est digne d'y occuper.
-
- [3] Ce mémoire fut couronné par l'Académie royale de Belgique, dans sa
- séance du 23 septembre 1859.
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-_des ouvrages & opuscules de J. Renouvier._
-
-
-Des vieilles maisons de Montpellier. Montpellier, 1835, in-8º de 24
-pag., 2 planches.
-
-
-Notice sur les manuscrits de la commune de Montpellier, 1835, in-8º de
-32 p. Publication anonyme.
-
-
-Monuments de quelques anciens diocèses du Bas-Languedoc, expliqués dans
-leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après
-nature & lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1840, 1
-vol. in-4º tiré à 100 exemplaires.
-
-Cet ouvrage a commencé à paraître en 1835.
-
-
-Monuments divers pris dans quelques diocèses du Bas-Languedoc, expliqués
-dans leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessinés
-d'après nature & lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel,
-1841, broch. in-4º.
-
-
-Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie: Pise,
-Florence, Rome, Naples (août, septembre & octobre 1839). Caen. Hardel,
-1841, in-8º de 18 feuilles. (Extrait du _Bulletin Monumental_, t. VII.)
-
-
-Notice sur Philippe de Saint-Paul. Montpellier, 1841, in-8º.
-
-
-Avec la collaboration de Ricard: Des maîtres Tailleurs de pierre & des
-autres Artistes gothiques de Montpellier. Montpellier & Paris. Dumoulin,
-1844, in-4º, fig.
-
-
-Idées pour une classification générale des monuments par M. J.
-Renouvier. Montpellier. Bohem, 1847, in-4º. (Extrait des _Mémoires de
-l'Académie des Sciences & Lettres de Montpellier_.)
-
-
-Rapport sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux Musées
-nationaux. Paris, de l'imprimerie de l'Assemblée constituante, 1848,
-in-4º de 20 pages.
-
-
-Les Grisettes de race. Montpellier, L. Christin, s. d., 1851, in-8º de 8
-pag. Publication anonyme. (Tiré à 50 exemplaires.)
-
-
-Des Types & des Manières des maîtres graveurs. Montpellier. Bohem.
-1853-1856. 4 vol. in-4º.
-
-
-De Lyon à la Méditerranée, par J.-B. Laurens, avec la collaboration de
-plusieurs hommes de lettres. 2e livraison.--Le musée de Montpellier,
-texte par M. Jules Renouvier. Paris. Martinon, 1855, in-8º de 24 p. fig.
-
-Cette brochure a été réimprimée, avec de nombreux changements, dans la
-_Gazette des Beaux-Arts_.
-
-
-Les peintres & les enlumineurs du roi René.--Une Passion de 1446, suite
-de gravures au burin, les premières avec date. Montpellier. Jean Martel,
-1857, in-4º (Extrait des _Publications de la Société Archéologique de
-Montpellier_, nºs 24 & 25).
-
-
-Les Peintres de l'ancienne école hollandaise.--Gérard de Saint-Jean de
-Harlem & le tableau de la Résurrection de Lazare. Paris. Rapilly, 1857,
-in-8º.
-
-
-Des gravures en bois dans les livres d'Anthoine Vérard, maître libraire,
-imprimeur, enlumineur & tailleur sur bois de Paris. Aubry, impr. de L.
-Perrin, 1859, in-8º. 2 planches grav. sur bois. (La Mort & l'Amoureux.
-La Mort & l'Usurier.)
-
-
-Histoire de l'origine & des progrès de la gravure dans les Pays-Bas & en
-Allemagne jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Jules Renouvier.
-(Mémoire couronné par l'Académie royale de Belgique, le 23 septembre
-1859.) Bruxelles. Hayez, 1860. Planche de monogrammes.
-
-
-Notices archéologiques, extraites du _Bulletin monumental_ de M. de
-Caumont:
-
-1. Du Style ogival & de son introduction dans le Sud-Est de la France.
-
-2. Excursion monumentale dans les Pyrénées.
-
-3. Essai de classification des Eglises d'Auvergne. Caen. Hardel, 1837,
-in-8º de 24 pag.
-
-4. Notice sur la peinture sur verre & sur mur dans le Midi de la France.
-Caen, 1839, in-8º.
-
-
-Notices archéologiques extraites des publications de la _Société
-Archéologique de Montpellier_:
-
-1. Des anciennes Eglises du département de l'Hérault, 1re & 2e partie.
-
-2. Sur les fenêtres de la rue des Rayles.
-
-3. Des Fonts de Vias.
-
-4. Sur une figurine en terre cuite du Cabinet archéologique de
-Montpellier, par M. J. Renouvier. In-4º s. d.
-
-
-Notices publiées dans la _Revue du Midi_:
-
-1. Raphaël ou Ghirlandaio (p. 82-89, 2e série, 1843).
-
-2. Etudes, moeurs & modes archéologiques (p. 181-199, même série & même
-année).
-
-
-Articles publiés dans la _Gazette des Beaux-Arts_:
-
-1. Les Origines de la Gravure en France, 1er avril 1859.
-
-2. La Tête en cire du Musée Wicar, à Lille, 15 septembre 1859.
-
-3. Le Musée de Montpellier, 1er janvier 1860.
-
-4. Sous le pseudonyme de Xavier Nogaret. Exposition de Montpellier, 1er
-juin 1860.
-
-5. Des découvertes nouvelles d'Estampes sur bois & sur métal de
-l'Allemagne (le peintre graveur de M. Passavant), 15 septembre 1860.
-
-
-Notice publiée dans les _Archives de l'Art français_:
-
-Jean Troy, directeur de l'Académie de peinture de Montpellier.
-
-
-Article paru dans la _Revue universelle des Arts_:
-
-Les Estampes de Geoffroy Tory & sa marque de graveur. Tome 5, p. 510.
-
-
-
-
-AVANT-PROPOS.
-
-
-Nous publions la notice de Jehan de Paris, telle que M. Renouvier l'a
-écrite; il nous eût été fort difficile, d'ailleurs, d'en agir autrement,
-car les meilleures sources avaient été consultées & mises à profit. Nous
-avons pensé utile seulement d'ajouter comme appendice à ce travail,
-l'intéressante dissertation que M. J. Renouvier publia dans le _Journal
-des Beaux-Arts_ (Anvers 1859), sur le portrait d'Agnès Sorel, attribué à
-Jean Fouquet, & exposé au musée d'Anvers. Peu de personnes ont été à
-même de lire ce travail, dans lequel se remarque à un haut degré la
-critique sûre & toujours clairvoyante de M. Renouvier.
-
-Après cette étude sur Jehan de Paris, qui vient elle-même à la suite
-d'une notice sur Antoine Vérard, deux autres brochures sur des sujets
-analogues seront successivement publiées: _Les Gravures sur bois dans
-les livres d'Heures de Simon Vostre_, & _des Portraits d'auteurs dans
-les livres du quinzième siècle_. Nous sommes heureux d'annoncer que
-l'important travail que M. Jules Renouvier préparait depuis longtemps
-sur _l'Art & ses institutions pendant la période révolutionnaire_ verra
-le jour. Tous les véritables amis de l'art se réjouiront avec nous de
-cette bonne nouvelle, & se joindront également à nous, nous en avons
-l'assurance, pour remercier la famille de M. Renouvier de cette pensée
-généreuse.
-
-G. D.
-
-
-
-
-JEHAN DE PARIS,
-
-_varlet de chambre
-
-& peintre ordinaire des rois Charles VIII & Louis XII._
-
-
-Entre les poètes & les peintres qui nous vinrent des Pays-Bas au moment
-de la décadence de la maison de Bourgogne, la gloire a fait d'étranges
-méprises. Les uns obtinrent facilement une célébrité qui nous semble
-usurpée; les autres tombèrent aussitôt dans un oubli que nous avons à
-coeur de racheter. Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc
-de finances, secrétaire indiciaire & historiographe des trois plus
-puissantes dames de son temps, Madame Anne de France, Marguerite
-d'Autriche & Anne de Bretagne, est l'un des plus assommants
-versificateurs de complaintes historiques & allégoriques qui chantèrent
-les règnes de Charles VIII & de Louis XII; ni l'amitié de Guillaume
-Cretin, ni le témoignage de Pasquier, d'après lequel il est «le premier
-qui à bonnes enseignes donna vogue à notre poésie,» ni les éloges de
-Clément Marot[4] qui confesse avoir appris de lui _la couppe féminine_,
-c'est-à-dire l'élision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il
-fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des allégories
-évoquées par sa muse, sont la Peinture & l'Orfévrerie; parmi les
-personnes dont il a gardé mémoire, sont des artistes; le patron le plus
-cher qu'il nomme dans ses épîtres est un peintre, l'un des plus
-excellents de notre école primitive, Jehan de Paris: ces mérites,
-uniques dans un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom
-auprès des éplucheurs d'histoire & d'esthétique. Je ne suis pas le
-premier qui le prenne pour texte à ses gloses.
-
- [4]
-
- Adieu la main qui de Flandre en la France
- Tira jadis Jean Lemaire belgeois
- Qui l'âme avait d'Homère le gregeois.
-
- (Epître à Madame de Soubise. _OEuvres de Clément Marot_. La Haye,
- 1731, 6 vol. in-12, t. II, p. 183.)
-
-Dans le plus ancien de ses ouvrages, _le Temple d'honneur & de
-vertu_[5], qui est une déploration de la mort du sire de Beaujeu
-adressée à Madame Anne de France, l'auteur parle des encouragements
-qu'il avait reçus de Jehan de Paris «qui par le bénéfice de sa main
-heureuse, dit-il, a mérité envers les roys & princes estre estimé un
-second Appelles en paincture.» Vers le même temps, en composant une
-autre complainte sur la mort de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, qui
-eut lieu en 1503, sous le titre de _la Plainte du désiré_[6], il mit en
-scène la Peinture & la Rhétorique pour chanter alternativement les
-louanges du prince. Au milieu du fatras qui sert de discours à la
-Peinture, on a remarqué une tirade[7] où passent les noms des peintres
-les plus célèbres que peut trouver le poète: d'abord ceux qui étaient
-déjà morts, mais dont la réputation était encore entière, puis ceux qui
-vivaient en Flandre, en Italie & en France:
-
- _J'ay pinceaux mille & brosses & ostils
- Et si se nay Parrhase ou Appelles
- Dont le nom bruyt par mémoires anciennes
- J'ay des esprits récents & nouvellets
- Plus ennoblis par leurs beaux pincelets
- Que Marmion iadis de Valenciennes
- Ou que Fouquet qui tant eut gloires siennes,
- Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand
- Ou Johannes qui fut tant élégant._
-
- [5] Paris, Michel Lenoir, 1504, très-petit in-fol. goth.
-
- [6] Publiée avec la _Légende des Vénitiens_. Lyon, Jean de Vingle,
- 1509, & Paris, Geoffroy de Marnef, 1512.
-
- [7] Mariette l'avait déjà transcrite dans son _Abecedario_, en notant
- soigneusement les détails donnés par Lemaire sur Jehan Perreal.
- _Abecedario_, t. IV, p. 113. Elle a été reproduite depuis par M. de
- Laborde.--_La Renaissance_, t. I, p. 161.
-
-Le premier qui est invoqué ici après les anciens est Simon Marmion, de
-Valenciennes, peintre, miniaturiste & écrivain, que nous connaissons
-déjà par quelques comptes, qui, en 1453, fit un tableau pour le plaidoir
-de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens[8], &, en 1466, fut occupé à «ystorier &
-mettre en fourme» un bréviaire pour le duc de Bourgogne[9]. Il mourut en
-1489, à Valenciennes, où Molinet composa son épitaphe. Après viennent
-deux Français: Jehan Fouquet, le plus connu maintenant de tous nos
-peintres gothiques[10], & Jehan Poyer ou Poyet, enlumineur & historieur
-des Heures d'Anne de Bretagne[11]; les trois autres sont des Flamands
-bien connus: Rogier Van der Weyden, de Bruges ou de Bruxelles, Hugo Van
-der Goes, de Gand, & Hans Memling. Le nom de Johannes conviendrait aussi
-à Jean Van Eyck, qui souvent n'a pas d'autre désignation que ce prénom
-latin, ainsi qu'on le voit sur ses tableaux, sur sa tombe dans l'église
-de Saint-Donat, à Bruges, dans les comptes des ducs de Bourgogne & dans
-les inventaires de Marguerite d'Autriche. Mais ici nous croyons qu'il
-peut s'appliquer à Jean Memling, qui venait de mourir en 1499, & dont la
-réputation avait même éclipsé celle de son maître. Il se pourrait aussi
-que l'auteur les confondît tous deux; il y en eut bien d'autres
-confondus sous ce nom de Jean, le plus commun parmi les peintres du
-quinzième siècle, parce que saint Jean était, après saint Luc, le patron
-le plus fréquenté de leur confrérie.
-
- [8] _Recherches historiques sur les ouvrages exécutés dans la ville
- d'Amiens pendant les XIVe, XVe & XVIe siècles_, par H. Dusevel.
- Amiens, 1858, in-8, p. 25.
-
- [9] _Les ducs de Bourgogne_, par M. de Laborde, t. I, p. 496.
-
- [10] M. le C. de Bastard. _Peintures & ornements des manuscrits_,
- Paris, 1835, gr. in-fol., & les _Manuscrits français_ de la
- bibliothèque du roi, par M. P. Paris. Paris, 1838, in-8, t. II, p.
- 265.--De Laborde, _la Renaissance des Arts_, t. Ier. Paris, 1850,
- in-8, p. 155.--Vallet de Viriville, _Revue de Paris_, 1er août 1857,
- t. XXXVIII, p. 409.
-
- [11] De Laborde, _les ducs de Bourgogne_, t. I, p. 24. _La
- Renaissance_, t. I, p. 273.--Leroux de Lincy, _Gazette des
- Beaux-Arts_, 1er mai 1850, in-8.
-
-Voici maintenant les artistes vivants interpellés par la Peinture:
-
- _Besoignez donc, mes alumpnes modernes
- Mes blancs enfans nourris de ma mamelle:
- Toy, Léonard qui a graces supernes
- Gentil Bellin dont les los sont éternes
- Et Perrusin qui si bien couleurs mesle.
- Et toi, Jehan Hay, ta noble main chome elle
- Vien voir nature avec Jehan de Paris
- Pour lui donner umbraige & esperits._
-
-Ne regardons pas aux rimes, admirons la sûreté de goût de Lemaire qui,
-entre tous les Italiens arrivés de son temps à la gloire, désigne dans
-les trois écoles capitales ceux que la postérité a si bien acceptés:
-Léonard de Vinci, Bellini & Pérugin. Ce ne peut pas être un petit
-honneur que la place qu'il va donner à côté d'eux à un Flamand & à un
-Français. Ce Jehan Hay, que personne n'a révélé, ne peut être en effet
-que Jehannet, le père de François Clouet, dit aussi Jehannet, le second
-des quatre Clouet ou Jehannet aujourd'hui connus. Les supputations
-ingénieuses de MM. de Laborde & de Freville[12] ont établi sa résidence
-à Tours en 1522, & sa mort en 1541. La plus ancienne mention que l'on
-ait trouvée de lui est de 1518, mais depuis longtemps déjà il était venu
-de Belgique avec son père, & Jehan Lemaire devait être en rapport avec
-lui. Il était, à la dernière date que nous avons donnée, peintre en
-titre d'office à côté de Jehan de Paris. Pourquoi donne-t-on ici une
-orthographe différente d'un nom aussi connu? Parce que la variété
-d'orthographe dans les noms propres n'est pas seulement licite dans la
-grammaire gothique, elle est de bon ton & comme un agrément de plus du
-discours, toujours porté à l'amphibologie. Le nom de Jehannet est écrit
-dans les documents: Jehannot, Janet, Jainet & Jennet; une variation de
-plus marquée de l'accent belge n'a pas de quoi surprendre. L'auteur
-lui-même se nomme dans ses livres Jean Le Maire & Jehan Le Maistre.
-Vainement on chercherait quelque application plus sortable parmi les
-peintres du nom de Hay, Haie & de La Haye[13]; en s'arrêtant à celle-ci,
-on obéit, non pas seulement à la lettre, mais à l'esprit même du poète
-qui, dans cette invitation à l'étude de la nature, n'a pu associer à
-Jehan de Paris qu'un peintre tel que Jehannet. Ses vers ne valent pas
-sans doute ceux des poètes de la grande pléiade qui célébrèrent François
-Clouet; ils ne manquent pas pourtant de quelque sentiment au milieu de
-leurs grands mots. Je ne sais si l'auteur comprenait comme nous ceux
-d'_ombraige_ & d'_esperits_ par lesquels il termine; mais ne sont-ils
-pas les deux termes auxquels viennent aboutir toutes les doctrines de la
-peinture: la lumière & l'expression?
-
- [12] _La Renaissance_, t. I, p. 13.--_Additions_, p. 367.--_Archives
- de l'Art français_, t. III, p. 97, 287.
-
- [13] On le trouve écrit Jehan Jay, dans le texte donné dans
- l'_Abecedario_ de Mariette, mais c'est une faute de copie ou
- d'impression.
-
-Au service de Marguerite d'Autriche, Jean Lemaire, qui avait su inspirer
-à sa maîtresse assez de goût poétique pour qu'elle voulût s'essayer à
-rimer, donna carrière à sa verve. Il chanta Marguerite Auguste dans deux
-épîtres joyeuses qui avaient compromis sa réputation de chasteté auprès
-des savants, qui ne s'étaient pas aperçus que l'_Amant verd_, objet des
-privautés de la princesse, n'était pas le pauvre poète, mais un
-perroquet. Il la célébra encore dans une suite de poésies intitulées _la
-Couronne margaritique_, où l'orfévrerie & les artistes ont un rôle
-important. Cette pièce n'a été publiée qu'après la mort de l'auteur[14],
-mais, par sa composition, elle se rapporte à une date qui ne peut pas
-être éloignée des précédentes, ni très-postérieure à l'année 1504 où
-Marguerite perdit son mari, Philibert de Savoie. Elle est comme
-l'inauguration de son illustre veuvage.
-
- [14] Dans l'édition des _Illustrations de Gaule & singularités de
- Troyes_.--Lyon, Jean de Tournes, 1549, in-fol.
-
-Par _Couronne margaritique_, l'auteur entend un ouvrage d'orfévrerie
-allégorique, dont la déesse Vertu fait le plan, dont le portrait ou
-dessin est tracé par la peintresse antique Marcia, & qui est exécuté par
-Mérite, orfèvre des dieux. Les peintres les plus fameux des Pays-Bas &
-de la France viennent admirer le dessin entre les mains de Mérite, un
-orfèvre de Valenciennes, Gilles Steclin, se présente pour y travailler;
-Mérite convie également à son oeuvre le père de celui-ci, Hans Steclin,
-de Cologne, & les orfèvres les plus en renom de tous pays.
-
-Je me dispenserai de citer ici ce long morceau qui a été plusieurs fois
-reproduit[15], je veux seulement faire la liste des artistes qui y sont
-énumérés, en ajoutant l'interprétation des noms adoptés par l'écrivain
-qui ne sont pas tous connus. Voici d'abord les peintres qui sont, pour
-les premiers seulement, les mêmes que dans la _Plainte du désiré_:
-maistre Roger; Fouquet; Hugues de Gand; Johannes; Marmion; Dierick de
-Louvain, il est connu aussi sous le nom de Dierick, de Harlem & de
-Stuerbout; maistre Hans de Bruges. Ici Lemaire ne confond plus Jean Van
-Eyck & Jean Memling; par Hans de Bruges, il ne peut entendre, en effet,
-que Memling, longtemps appelé Hemling, & désigné autrefois par le nom de
-maistre Hans dans les registres des confréries de Bruges, & dans
-l'inventaire des tableaux de Marguerite d'Autriche. Maistre Hugues
-Martin, de Francfort, nous voyons ici Martin Schongauer, ou le beau
-Martin, qui eut tant d'appellations différentes: Hipsch, Hubsch, Bel &
-Bellus, Schoen & Schongauer, de Colmar, de Kalemback & d'ailleurs.
-Damiens Nicolas, c'est Colin d'Amiens, peintre de Louis XI, en 1482[16];
-maistre Loys de Tournay, celui-ci est resté parmi les inconnus d'une
-ville qui fournit quelques peintres à des travaux de commande
-locale[17]. Baudouyn de Bailleul, c'est encore un Flamand, mais on ne
-trouve un nom pareil dans les comptes des ducs de Bourgogne que, vers
-1420[18]. Lemaire le désigne comme _faisant patrons_, c'est-à-dire
-dessinateur. Jacques Lombard de Mons, je n'ai rien trouvé sur son
-compte; Lieven d'Anvers, celui-ci est connu comme peintre d'architecture
-& de vitraux, dessinateur de gravures sur bois & miniaturiste; il
-travaillait vers 1460. On l'appela aussi Lievin de Witt & Lievin de
-Gand, si toutefois il n'y a pas là deux artistes, point qui n'est point
-encore éclairci[19].
-
- [15] De Laborde, _les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 25.--Crowe &
- Cavalcaselle, _The early flemish painters_. London, 1857, in-12, p.
- 330.--Haizen, _Archiv. für die zeichnenden Künste_, t. XVI, 1859,
- in-8.--Alvin, _Revue universelle des Arts_, 1859, t. IX, p. 204.
-
- [16] _La Renaissance_, t. I, p. 59.
-
- [17] _The early flemish painters_, London, 1857, in-12, p. 232.--Je ne
- sais sur quel fondement M. Wauters l'interprète par le nom de
- Daret.--_Revue universelle des Arts_, t. II, 1855, in-8, p. 6. On
- trouve un peintre de ce nom employé par Charles-le-Téméraire & venu
- de Tournay à Bruges, mais il a pour prénom Jacques. Document publié
- par M. Michiels, _Histoire de la peinture flamande_. Bruxelles,
- 1845, t. II, p. 412.
-
- [18] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 164, 172.
-
- [19] Passavant, _Recherches sur l'ancienne école de peinture
- flamande_.--_Messager des sciences historiques de Gand_, 1841, in-8,
- p. 324, & 1842, p. 247.--_Des types & des manières des maîtres
- graveurs_, XVIe siècle, 1854, in-4, p. 152.
-
-L'orfèvre principal, chargé du travail de la _Couronne margaritique_,
-est le Vallencelois Gilles Steclin, auquel est adjoint son père Hans
-Steclin de Colongne. Les noms de ces artistes ont été relevés par M. de
-Laborde dans les comptes des ducs de Bourgogne, Hance Steclin en 1438,
-Gilles Steclin en 1482[20]. M. Harzen a conjecturé que ce dernier
-pouvait être le graveur connu sous le nom du maître de 1466, qui
-marquait ses estampes de cette date & des lettres E & G S, qui
-s'appliqueraient au prénom latin ou vulgaire Egidius ou Gilles, & au nom
-de l'artiste Stechin ou Steclin, corruption de Stecher, orfèvre[21]. Si
-cette ingénieuse conjecture, à laquelle, pour ma part, je ne fais pas
-d'objection, était vérifiée, notre historiographe aurait doublement
-mérité de l'histoire de l'art en signalant, entre les orfèvres des
-Pays-Bas, celui qui devait, par ses estampes, vivre plus longtemps
-qu'aucun autre, bien qu'il ne fût alors plus connu par ses orfévreries.
-Voici les noms des autres orfèvres à l'approbation desquels Mérite
-soumet ensuite le portrait de sa couronne. On y voit des artistes de
-provinces fort diverses; un seul est célèbre, les autres n'auront pas
-d'autre souvenir que celui qu'a bien voulu leur octroyer le poète:
-Adrien Mangot, de Tours[22]; Romain Christophe Hiérémie; il ne faut pas
-voir là trois noms, comme l'indiquent quelques commentateurs, mais un
-seul artiste, Cristoforo Geremia ou Hieremia, qui était de Rome,
-orfèvre-ciseleur, & qui travaillait vers 1470[23]; Donatel de Florence;
-Petit Antoine de Bourdeaux; Jean de Nimègue; Robert Lenoble,
-Bourguignon[24]; Margeric d'Avignon; Corneille, Gantois; Jean de Rouen.
-
- [20] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 360, 534.
-
- [21] Einige Worte über den sogenannten «Meister von 1466». _Archiv.
- für die zeichnenden Künste_, V. 1859, in-8.--Quelques notes sur le
- maître de 1466, trad. & annot. par M. Alvin, _Revue universelle des
- Arts_, t. IX, 1859, in-8.
-
- [22] Il était orfèvre de Louis XI en 1474, & travailla par l'ordre du
- roi à une châsse de Saint-Martin de Tours. _La Renaissance_, t. I,
- p. 58.
-
- [23] Zani, _Enciclopedia delle belle arti_, P. 1, t. IX, p. 349.
-
- [24] _La Renaissance_, t. I, p. 60.
-
-La fiction de la _Couronne margaritique_, toute d'apothéose, ne
-mentionne que des artistes morts à l'époque où écrivait le poète. C'est
-pour cela qu'il n'y a pas nommé Jehan de Paris, & non pas par
-ingratitude, comme on l'en a accusé[25]: On va voir que celui-ci tint
-toujours une place considérable dans ses ouvrages; mais rassemblons
-d'abord nos renseignements historiques sur le peintre.
-
- [25] _La Renaissance_, t. I, p. 186.
-
-On rencontre le nom de Jehan de Paris, en 1483, dans la fourrière de la
-reine Charlotte, femme de Louis XI. Il a le titre de varlet de chambre,
-& il est là en compagnie de plusieurs artistes: Martin Lailly, libraire;
-Anthoine Legru, joueur de luth; Lambert Dufey, orfèvre, tous aux gages
-de six vingts livres[26].
-
- [26] Godefroy, _Histoire de Charles VIII_. Paris, 1684, in-fol., page
- 366.
-
-Cependant il n'est pas certain que ce soit là notre artiste. Le nom de
-Jehan de Paris a été porté par d'autres avant lui, sans compter le héros
-de la _Bibliothèque bleue_, & celui dont Rabelais a fait dans son Enfer
-un gresseur de bottes. En 1455, il était déjà parmi les gens & officiers
-du duc d'Orléans[27]. D'un autre côté, on ne le trouve pas sur les
-listes que nous avons des officiers de la maison de Charles VIII en
-1490. M. de Laborde ne l'a pas trouvé non plus dans les comptes de cette
-époque[28]. Bien que Jehan de Paris soit considéré avec raison comme
-l'un des quatre grands peintres primitifs, & mis en parallèle avec
-Fouquet, Lichtemon & Bourdichon; bien qu'il soit qualifié du titre de
-peintre de Charles VIII, & cité comme tel dans les _Contes de la reine
-de Navarre_, ce n'est qu'à Lyon qu'on voit commencer sa carrière.
-
- [27] _Les Ducs de Bourgogne_, t. III, page 372.
-
- [28] _La Renaissance_, t. I, page 183.
-
-Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal chargé par la
-ville de Lyon des travaux de décoration & de représentation pour
-l'entrée de Charles VIII; on en a récemment trouvé, dans les archives de
-la ville[29], les comptes écrits & signés de sa main. On voit par ces
-comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons & rhétorique des
-histoires qui furent représentées, & que d'autres peintres nommés
-Dominique, Jacques le Catelan & Philipeaux y avaient aussi besogné à des
-ouvrages qui ne seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres. Ils
-reçoivent salaire pour avoir monté un lion dans un grand tupin de terre,
-& avoir ensuite assorti le poil & les peaux dudit lion; pour avoir fait
-des costumes: une robe pour le Soleil, deux habits pour le berger &
-France; & même pour avoir rempli des rôles: saint Michel, le Serpent, le
-Diable; «celui qui fit le Diable & qui cuida brûler,» Jacques le Catelan
-besongna à la cité de Jérusalem & peignit l'eschaffaut de la place de
-l'Herberie.
-
- [29] M. Rolle, archiviste-adjoint, qui se propose de les publier, a
- bien voulu m'en communiquer des extraits & me donner le fac-simile
- de la signature du peintre, que l'on trouvera ici.
-
-[Illustration]
-
-En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal de l'entrée
-du roi & de la reine Anne de Bretagne à Lyon. Les comptes en existent
-encore dans les archives de la ville.
-
-Dans les histoires ou mystères représentés à cette occasion, c'est un
-auteur, maître Anthoine Chevalet, qui avait composé la poésie &
-versification[30]; M. Péricaud a conjecturé que le sujet de ces mystères
-était l'histoire de saint Christophe, parce que Chevalet composa un
-mystère sous ce titre, qui fut représenté & imprimé plus tard à
-Grenoble. Mais les mystères dont il s'agit ici ne sont, selon toute
-apparence, que des suites de tableaux peints sur des rouleaux de toile
-ou de papier, & accompagnés de légendes versifiées, que l'on dressait à
-certaines places, dans les entrées solennelles, & qui sont appelés par
-les chroniqueurs mystères sur échaffauts. Ils étaient mêlés aussi de
-représentations plus réelles, où des personnes vivantes, de belles
-demoiselles de la ville venaient représenter des personnages
-allégoriques, & réciter aux royaux assistants les dictons versifiés en
-leur honneur. Le peintre intervenait même pour ordonner leurs
-habillements. Mais il ne s'agit point encore ici de mystères joués sur
-une scène par des acteurs. C'est après ces travaux que Jehan de Paris
-paraît attaché au service du roi comme varlet de chambre & compris dans
-sa chirurgie[31]. A ce titre, il fut exempté de toutes tailles &
-subsides dans la ville. Il voyagea avec la cour en Italie; il séjourna à
-Amboise, en revenant souvent à Lyon, où le roi était fort attiré, comme
-on sait, par la bonne grâce des dames lyonnaises[32].
-
- [30] _Bibliographie lyonnaise du quinzième siècle_, par M. Péricaud.
- Lyon, 1851, in-8, p. 9.--3e partie, Lyon, 1853, in-8, p.
- 20.--_Notice sur Jehan Perreal_. Lyon 1858, in-8.
-
- [31] L'état des officiers de la maison de Charles VIII en 1495 porte
- au nombre des chirurgiens Jean Bricet, dit de Paris. _Histoire de
- Charles VIII_, p. 705.
-
- [32] _Histoire veritable de la ville de Lyon_, par Claude de Rubys.
- Lyon, 1604, in-fol., p. 348.
-
-En 1496, Jehan de Paris est le premier signataire des statuts de la
-corporation des peintres, tailleurs d'images & verriers de Lyon, qui
-furent confirmés par ordonnance royale[33], & qui sont le document de ce
-genre le plus explicite que nous ayons pour le quinzième siècle. Nous
-verrons qu'il n'est pas le seul artiste distingué qui figurât dans cette
-corporation.
-
- [33] _Ordonnances des rois de France_, t. XX, p. 570.--_Histoire des
- anciennes corporations d'arts & métiers_, par Ouin Lacroix. Rouen,
- 1850, in-8, p. 741.
-
-Anne de Bretagne fit une seconde entrée à Lyon en avril 1499. Les
-comptes de cette entrée, qui ont été conservés dans le recueil des
-manuscrits de Guichenon[34], nous donnent d'abord les noms des artistes
-qui firent la belle médaille à l'effigie du roi & de la reine:
-_Lugdunensi Republica gaudente bis Anna regnante benigne sic fui
-conflata 1499_; ils s'y montrent les rivaux de Pisano & de Sperandro. Ce
-sont maistre Nicolas Leclerc, tailleur d'Ymages, & Jean de
-Saint-Priest[35] «pour la taille & façon des pourtraicts & molles faits
-pour la médaille,» & Jehan Lepère, orfèvre, pour les pièces en or, en
-argent, en cuivre & en plomb qui en furent fondues. Ils nous donnent
-ensuite le poète qui fit la rhétorique des personnages & mystères de
-l'entrée, Jenin de Beaujeu; les ouvriers qui dressèrent les échafauds &
-les tapisseries & arrangèrent les chapelles; ceux qui habillèrent les
-jeunes filles chargées d'y représenter les sibylles; le carrier Pierre
-Gayen & l'écrivain maistre Yvonnet, qui avaient fait sur des feuilles de
-papier collé les _chappeaux de buys_, les _roleaux_ ou _rollets_ ornés
-de devises & d'hermines que portaient ces sibylles, & qu'elles
-débitaient au passage de la reine.
-
- [34] _Recueil de pièces curieuses pour servir à l'histoire_, 1661, 34
- vol. in-fol., t. XXXI, nº 85; Bibliothèque de la Faculté de médecine
- de Montpellier. Cette liasse de 34 pièces est en grande partie
- publiée par M. G. de Soultrait,--_Revue numismatique_, année 1855,
- in-8, p. 48, & _Revue du Lyonnais_, année 1857, in-8, p. 105 à 129.
-
- [35] Ces noms, que M. de Soultrait a vainement cherchés dans les
- ouvrages sur les médaillistes du moyen-âge, se trouvent dans les
- statuts des peintres de Lyon de 1496.
-
-Ils donnent enfin le nom du peintre qui avait donné le dessin de ces
-rollets des sibylles & qui en acheva l'ornementation: «Maistre Jehan, le
-peintre, & son vallet, pour les avoir arrondis de coleurs trassez &
-coppez.»
-
-Beaucoup mieux que dans les relations officielles des Entrées royales
-imprimées au seizième siècle, on voit dans ces menus devis de costumiers
-la mise en scène des mystères sur échafauds par l'intervention
-enchevêtrée des artistes gothiques. La part y est bien faite au cartier,
-à l'écrivain, au peintre.
-
-Celui-ci, qui ne peut être que Jehan de Paris, a de plus signalé sa
-présence par une circonstance rare qui n'a point encore été remarquée:
-au dos d'un de ses comptes, il a griffonné à la plume deux petites têtes
-& un mascaron, distraction d'artiste qui reste précieuse pour sa
-promptitude; on en jugera par ce fac-simile:
-
-[Illustration]
-
-Ces griffonnages étaient si bien dans les habitudes du peintre, qu'on en
-a trouvé un autre exemple dans les comptes de 1493, où M.
-l'archiviste-adjoint a relevé le dessin d'une botte dans son étrier &
-ses éperons.
-
-Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put faire Jehan de
-Paris à la suite de Charles VIII en Italie; mais les livres gros &
-petits imprimés sur cette campagne, depuis le _Vergier d'honneur_,
-d'André Delavigne, jusqu'aux _Nouvelles du Roy en sa ville de Naples_,
-contiennent des gravures sur bois, où plusieurs sujets ont assez
-d'actualité pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins.
-J'essaierai ailleurs d'en donner une indication plus précise; on doit
-encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent les petits
-livres publiés sur la mort de Charles VIII, l'avénement de Louis XII,
-son sacre à Reims, son entrée à Paris, & ses _Nouvelles de Milan_. Le
-chroniqueur «qui suivoit la cour de Louis XII pour savoir des nouvelles
-& icelles rediger par écrit,» nous a parlé d'un de ses ouvrages[36]. On
-racontait à Milan, en 1501, qu'il était né un enfant monstrueux qui
-avait deux visages avec un membre viril au front & au menton. On avait
-voulu étouffer le fait avec l'enfant, mais les matrones l'ébruitèrent;
-les grands clercs, consultés, en donnèrent une explication plus morale
-que congrue: «Or, avoit Jehan de Paris pourtrait la figure du dit
-monstre après le naturel, laquelle montra au roi & à plusieurs autres,
-desquels je fus.» Nos anciens artistes saisissaient volontiers les
-occasions d'étudier la nature, même dans ses écarts, & de servir la
-curiosité publique. On connaît de ces monstres plusieurs gravures
-italiennes & allemandes. Notre Français se rencontra ici avec un peintre
-de grand nom. Léonard de Vinci, selon le témoignage de Lomazzo[37], fit
-aussi à Milan le dessin d'un enfant monstrueux. La description qu'il en
-donne se rapporte trop bien à celle de Jean d'Auton pour qu'on ne puisse
-douter que ce ne soit le même que dessina Jehan de Paris.
-
- [36] _Chroniques de Jean d'Auton_, publiées par M. P. Lacroix. Paris,
- Techener, 4 vol. in-8, t. I, p. 326.
-
- [37] _Tractato dell' arte della pittura_. Milano, 1585, in-4, p. 637.
-
-Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait suivi Charles
-VIII, & il y a lieu de lui faire une grande part dans les gravures qui
-accompagnèrent les livrets publiés sur cette campagne. On en signale
-dans les _Lettres nouvelles de Milan_[38], imprimées vers 1500 avec des
-vers de Pierre Gringore.
-
- [38] _Manuel du Libraire_, t. II, p. 462 &. t. III, p. 114.
-
-Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore ici de Jean
-Lemaire. Il avait commencé, étant encore au service de Marguerite
-d'Autriche, la publication de son livre fabuleux, historique & poétique,
-intitulé _les Illustrations de Gaule & singularités de Troye_[39], & il
-le poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne, avec les
-mêmes qualités de secrétaire indiciaire & historiographe. C'est là
-qu'avec les dédicaces aux deux princesses & avec les poésies en leur
-honneur, se trouvent les épîtres à maistre Jehan Perreal de Paris,
-painctre & varlet de chambre ordinaire du roi, qu'il appelle son
-singulier patron & protecteur, son chier ami, le bon ami du roi, & notre
-second Zeuxis en paincture. L'auteur n'y fait aucune allusion aux
-figures qui décorent son livre, si ce n'est pour dire qu'elles sont bien
-nécessaires à son propos, mais on peut bien soupçonner que le cher
-artiste n'y fut pas tout à fait étranger; leur publication, presque
-simultanée à Lyon & à Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures
-consistent en sept planches, dont deux ne sont qu'une répétition
-agrandie, auxquelles viennent s'ajouter les marques des imprimeurs dans
-les diverses éditions.
-
- [39] La première édition fut donnée à Lyon par Etienne Baland, avec un
- privilége du roi daté de Lyon 1509, une dédicace à Marguerite
- d'Autriche, & une épître à Jehan Perreal datée de 1510. La seconde
- fut imprimée à Paris pour maistre Jean Lemaire, indiciaire &
- historiographe de la royne, par Geoffroy de Marnef, 1512 & 1513. Il
- y en eut d'autres en 1525, 1528 & 1529 avec les mêmes planches
- reproduites ou copiées.
-
-Les _armoiries de l'auteur_ fort compliquées avec sa devise: _De peu
-assez_.
-
-Les _armoiries d'Anne de Bretagne_, écus accolés de France & de Bretagne
-au-dessus d'un pré où broutent des vaches, avec la devise: _Vivite
-felices_.
-
-_Noé ou Janus & Titea sa femme, réparateurs du genre humain_, dans un
-navire.
-
-_Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, & Araxa, reine de
-Scythie, demi-femme & demi-serpent_, représentations appropriées aux
-premiers chapitres du texte.
-
-Les _armoiries de Marguerite d'Autriche_ avec sa devise: _Fortune
-infortune fors une_.
-
-Ces planches sont gravées avec régularité & fermeté sans trop de
-pesanteur, bien que les détails y soient crument exprimés. Le dessin
-indique une manière sage, où le plus gros des façons italiennes est déjà
-imité. La plus remarquable par la composition & par la taille, est celle
-qui fut ajoutée à l'édition de Marnef. On y voit représentée la reine
-Anne sur son trône, à l'angle d'une enceinte formée de panneaux & d'un
-terrain fleuri; devant la reine, s'ébattent trois demoiselles, &, à ses
-pieds, est la figure de la Puissance accompagnée d'un ange qui lui
-présente un livre. La reine est accoutrée à l'antique, avec les cheveux
-épars & la couronne sur la tête. Le caractère tout païen de la
-composition est encore marqué par le Mercure gaulois qui figure dans le
-fond, & par l'inscription au devant du trône DIVE IVNONI ARMORICE
-SACRVM. Les miniaturistes n'avaient guère représenté la reine Anne que
-devant son prie-dieu; les graveurs sur bois la représentèrent en Junon.
-C'est sous son règne que la Renaissance avait fait son plus grand
-mouvement, & Jehan de Paris en avait été l'un des plus actifs
-promoteurs; ce ne peut être que lui, attaché plus particulièrement à la
-reine comme valet de chambre & garde de la vaisselle[40], ami & patron
-de son historiographe, qui a donné le dessin de cette apothéose. Nous
-verrons que ce n'est pas le seul portrait d'elle qu'il eut à faire.
-
- [40] _La Renaissance des Arts_. Additions au t. I, p. 748.
-
-A la suite des _Illustrations de Gaule_ parurent chez Geoffroy de Marnef
-d'autres opuscules, en prose & en vers, de Jehan Lemaire, & c'est dans
-l'épître qui accompagne l'un de ces opuscules, _la Légende des
-Vénitiens_, factum en faveur de la ligue de Cambrai, que ce lisent les
-détails les plus intéressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte
-les travaux en Italie à la suite du roi. «De sa main mercuriale il a
-satisfait par grant industrie à la curiosité de son office & à la
-récréation des yeux de sa très chrétienne Majesté, en paignant &
-représentant à la propre existence, tant artificielle comme naturelle,
-dont il surpasse aujourd'hui tous les citramountains, les cités, les
-villes, chasteaux de la conqueste & l'assiette d'iceulx, la volubilité
-des fleuves, l'inégalité des montaignes, la planure du territoire,
-l'ordre & le désordre de la bataille, l'horreur des gisans en occision
-sanguinolente, la misérableté des mutilés nagans entre mort & vie,
-l'effroy des fuyans, l'ardeur & impétuosité des vainqueurs, &
-l'exaltation & hilarité des triomphans; & se les ymaiges & painctures
-sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien
-exprimant & suaviloquente. Par quoy à son prochain retour, nous envoyant
-ses belles oeuvres, ou escoutant sa vive voix, ferons accroire à nous
-mêmes avoir été présens à tout.»
-
-En rapportant cette description des tableaux & des dessins de Jehan de
-Paris, M. de Laborde a pensé qu'ils avaient été sans doute utilisés par
-les sculpteurs du tombeau de Louis XII[41]. On sait, en effet, que Jehan
-Juste en exécutant ce monument, en 1518, avait placé au soubassement des
-bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII à Milan, le passage des
-montagnes de Gênes & la bataille d'Aignadel. On sait aussi que ces
-sculptures étaient traitées à la façon des peintres, avec des plans
-successifs, des fonds, des ciels & des paysages. Nous avons indiqué,
-d'un autre côté, les livres d'histoire & de nouvelles où se trouvent des
-planches de batailles & de siéges, qui, dans leurs petites proportions,
-se rapportent à peu près aux descriptions de l'auteur. Il ne nous manque
-qu'un fil pour en faire une attribution plus précise.
-
- [41] _La Renaissance_, t. I, p. 186.
-
-L'entreprise la plus considérable à laquelle Jehan de Paris fut appelé à
-prendre part, est l'église de Brou. Il résulte de lettres & de documents
-récemment découverts[42], qu'il fut le premier architecte de cet
-édifice, l'un des derniers bijoux de l'art gothique. Recommandé par
-Lemaire à Marguerite d'Autriche lorsqu'elle voulut honorer la sépulture
-de son mari par un monument somptueux, il fournit, de 1506 à 1511, les
-plans de l'église, les modèles des statues, les ordonnances, portraits &
-tableaux d'après lesquels travaillèrent les plus habiles artistes:
-Michiel Coulombe, tailleur d'ymaiges du roi Louis XII, & ses neveux,
-Guillaume Regnault, aussi tailleur d'ymaiges; François Coulombe,
-enlumineur, son disciple; Jehan de Chartres, tailleur d'ymaiges de la
-duchesse de Bourbon, & d'autres tels que maistre Henriet, maistre Jehan
-de Lorraine[43].
-
- [42] Lettres trouvées par M. Leglay dans les archives du département
- du Nord, _Analectes historiques_. Paris & Lille, 1838, in-8. Lettre
- mentionnée par M. Bernard: _Geoffroy Tory_. Paris, 1857, in-8, p.
- 35.
-
- [43] Marché publié, par M. de Laborde. _La Renaissance_, t. I, p. 187.
-
-Dans un écrit de Michiel Coulombe lui-même, daté de 1511, accusant
-divers reçus de Jehan Lemaire, & donnant des détails précieux sur la
-sépulture du duc Philibert de Savoie, mari de Marguerite, duchesse de
-Bourgogne, on voit que cet artiste se servait des belles ordonnances,
-des portraits & des tableaux faits de la main de Jehan Perreal de Paris,
-d'après lesquels il travaillait lui & ses neveux à ses ouvrages de
-sculpture[44].
-
- [44] Ecrit publié par M. Leglay, _Analectes historiques_, p. 13.
-
-Malheureusement il perdit ensuite la faveur de Marguerite, auprès de qui
-Lemaire ne pouvait plus l'appuyer, & il fut supplanté, en 1513, dans la
-direction des travaux de Brou par un architecte belge, Louis Van Bughen.
-Celui-ci apporta beaucoup de modifications aux plans primitifs, & y
-employa beaucoup d'ouvriers de son pays[45]. Le monument aurait été
-certainement d'un style plus italianisé si les projets de l'architecte
-français avaient été suivis.
-
- [45] _Histoire de l'église de Brou_, par M. Jules Baux. Lyon, 1854,
- in-8, p. 188.
-
-A la mort d'Anne de Bretagne, en 1513, Jehan de Paris fut chargé des
-travaux de peinture usités en ces circonstances. Dans la _Commémoration_
-& la complaincte publiées sur cette mort par le hérault d'armes
-Bretaigne[46], il est cité deux fois: d'abord comme l'un de ceux qui, à
-Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine, &,
-ensuite, pour avoir besoingné à la saincte & remembrance faicte près du
-vif après la face de la reine, qui à Paris fut portée sur un drap d'or
-par les quatre présidents de la cour. Chaque fois le narrateur ajoute
-qu'il ouvra moult à toutes les affaires de la conduite de la reine
-défunte, de Blois, à Paris. Les manuscrits qui ont été conservés de
-cette _Commémoration_ contiennent une dizaine de miniatures, où l'on
-peut prendre une idée de ces représentations funéraires. On y voit le
-corps de la reine exposé en son lit de parement, la face découverte,
-dans la salle d'honneur du château de Blois, entourée des principaux
-assistants, sa mise au cercueil, le lit posé dans la salle de deuil &
-dans l'église Saint-Sauveur hors du château; puis le corps de la reine
-porté en l'église de Paris par les quatre présidents, & le coeur d'or
-émaillé contenant son coeur, exposé dans la chapelle ardente. Il n'y a
-pour tout mérite dans ces miniatures qu'une certaine vérité de
-physionomie & de costume; elles sont d'une pratique trop dégradée pour
-qu'on y reconnaisse la main du peintre en titre de ces funérailles; on
-peut y reconnaître cependant des réductions faites à la grosse des
-patrons qu'il avait exécutés.
-
- [46] Commémoration & advertissement de la mort de très-chrétienne...
- Madame Anne, deux fois reine de France... & complaincte que fait
- Bretaigne son premier hérault. Manuscrits de la Bibliothèque nat. Il
- y en a six exemplaires (nºs 9709, 9710, 9711, 9712, 9713, 1 & 2) qui
- reproduisent avec peu de différences d'exécution dans leurs
- miniatures, au nombre d'une dizaine, les mêmes représentations. Les
- plus soignés sont les numéros 9709 & 9711; le texte de cette
- relation a été publié par MM. Merlet & de Gombert. Paris, Aubry,
- 1858, pet. in-8. (_Trésor des p. rares & inéd._)
-
-D'après les comptes de la cour qui nous restent, le peintre du roi
-paraît employé à des travaux fort divers & plus humbles que ceux que
-nous venons de voir. Au second mariage de Louis XII, en 1514, il eut la
-direction des cousturiers chargés d'accoutrer à la mode de France la
-nouvelle reine, Marie d'Angleterre. Aux obsèques du roi, qui vinrent
-l'année d'après, il fit «la peinterie & l'armoirie des écussons avec
-ordre, couronne & timbre[47].» Nous pouvons prendre quelque idée de la
-manière dont ces costumes & ces peinteries étaient arrangés, dans les
-planches qui accompagnent les livrets des _Entrées de Marie
-d'Angleterre_[48] & de l'_Obsèque du feu roy Loys douzième_[49]. Dans
-une _Epître consolatoire_ sur la mort du roi, adressée à Marie
-d'Angleterre par le révérend docteur Moncetto de Castillione[50],
-imprimée par Henri Estienne en 1515, se trouve un portrait de la reine
-qui sort de la routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait
-l'original s'était inspiré de ces portraits de Milanaises que l'on
-trouve gravés dans l'école de Léonard de Vinci. La tête, bien que
-dessinée avec trop de sécheresse, & une pratique éloignée du naturel,
-n'est pas sans agrément; les lisses de la chevelure relevés de
-passefillons, la coiffe & le chaperon jetés en arrière & arrondis en
-diadème de passementerie & de joyaux, le buste décolleté jusqu'à la
-moitié du sein, orné d'un collier; n'est-ce point la mode que Jehan
-Perreal était allé donner aux cousturiers de la reine? En plaçant son
-portrait ainsi arrangé dans un livre qui célèbre sa douleur de veuve, le
-graveur s'excuse de lui laisser un air aussi mondain. Marie, la reine
-blanche de France, n'est point ainsi, dit-il; elle aurait dû être peinte
-en habits de deuil, mais le peintre ne l'avait pas vue en noir.
-
- [47] _La Renaissance_, t. I, p. 188, 190, 191.
-
- [48] _Entrées de Marie d'Angleterre à Abbeville & à Paris_, publiées
- par M. Cocheris. Paris, Aubry, 1859, in-12.
-
- [49] _Obsèques du feu roi Loys douzième de ce nom_, petit
- in-8.--Brunet, _Manuel du libraire_, t. III, p. 544.
-
- [50] _Epistola consolatoria de morte Ludovici XII per modum dyalogi,
- edita a magistro Joanne Benedicto Moncetto de Castellione aretino...
- in ædibus Henrici Stephani, chalcographiæ artis peritissimi regione
- schole decretorum moram trahentis_. M.D.XV. Pet. in-4, 16 f.
-
-_Maria Francorum alba regina non sic. Sed pullata depingenda veniebat
-verum hanc atratam pictor non viderat._ Ces mots sont écrits en deux
-lignes en marge de la planche, dont la taille décèle dans sa sobriété
-beaucoup d'habitude de main. On l'a suivie d'aussi près qu'on l'a pu
-dans la copie qui en est donnée en tête de cette brochure.
-
-En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estienne, je me suis demandé
-si cet imprimeur, le chef de l'illustre famille des Estienne, qui se
-qualifie de très-habile dans l'art chalcographique, n'employa pas dans
-d'autres livres des planches dont le dessin viendrait de la même source,
-& j'en ai trouvé quelques-unes qui se rapprochent de celles des Heures,
-& d'autres qui méritent d'être remarquées[51]. Ce sont des titres à
-encadrements qui ne sont pas sans analogie avec ce qui précède. Des
-entrelacements de méandres compliqués de couronnes & de fleurons, où
-jouent des enfants & des anges, & que surmonte l'écu de l'Université,
-des portiques historiés des figures du pape & de l'empereur dessinées
-avec sûreté & gravées d'une taille très-sobre, ressortant sur un fond
-criblé. Ces titres sont nouveaux dans l'imprimerie française, & imités
-de ceux des livres de Milan & de Venise; la composition en est encore
-assez distinguée pour faire supposer la main d'un maître. On n'en
-pourrait dire autant des titres dans le genre italien, qui
-s'installèrent bientôt dans les in-folios de tant d'autres libraires.
-
- [51] _De Puritate conceptionis B. M. Virginis libri duo, a Josse
- Chlictone_. Parisiis, 1513, in-4.--_Eusebii Cesariensis episcopi
- chronicon_. Parisiis, 1518, in-4.--_Promptuarium divini juris &
- utriusque humani a Joanne Montholonio_. Parisiis, 1520, in-fol.
-
-Jehan Perreal, dit de Paris, est porté sur les comptes, pour la dernière
-fois, en 1522, mais nous apprenons par d'autres documents qu'il eut une
-commission à Lyon en 1525, & qu'il vivait encore en 1527[52]; il mourut
-bientôt après cette époque. D'autres poètes que Lemaire cite avaient été
-les amis de notre peintre & l'ont invoqué dans leurs vers. Guillaume
-Cretin le met en compagnie des célébrités qu'il appelle, après les
-muses, au secours de sa verve en défaut[53]. Marot a honoré sa mort dans
-un rondeau, où nous apprenons qu'il avait des soeurs adonnées aussi à la
-peinture:
-
- Pleurez l'amy Perreal qui est mort...
- Et vous ses soeurs dont maint beau tableau sort
- Praindre vous faut pleurantes son grief sort[54].
-
- [52] Bréghot du Lut. _Mélanges biographiques & littéraires_. Lyon,
- 1828, in-8, p. 335.--Péricaud, _Notice sur Jehan Perreal_, p. 6.
-
- [53]
-
- Secourez-moi & Bigne & Villebresme
- Jehan de Paris, Marot & de La Vigne
- Je ne puis plus à peine escryre ligne.
-
- (Complainte sur la mort de Guillaume Bissipat.)
-
- [54] _OEuvres de Clément Marot_. t. II, p. 385. La Haye, 1731, 6 vol.
- in-12. On ne connaît pas précisément l'époque de ce vingt-sixième
- rondeau: Aux amys & soeurs de feu Claude Perreal, Lyonnois. Il est
- placé, par les éditeurs, de 1525 à 1529. M. de Laborde, qui l'a cité
- dans la _Renaissance_, a déjà remarqué qu'il ne pouvait s'appliquer
- qu'à Jehan Perreal, & que le prénom de Claude n'était qu'une faute
- de copiste.
-
-A-t-il pu être oublié dans la liste rimée que le chanoine Pelerin donna
-en 1521 dans sa _Perspective artificielle_? Pour ne pas le croire, je me
-décide à l'y trouver sous le nom altéré de Jehan Joly. Quelque éloignée
-que soit cette interprétation, on n'en trouve pas de meilleure; elle n'a
-rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes beaucoup plus
-fantasque que celles que nous avons vues, & dont personne n'a donné
-encore la restitution[55].
-
- [55] La dernière mention qui est faite de cette liste dans les
- _Archives de l'Art français_, t. VI, p. 65, indique les auteurs qui
- l'avaient déjà reproduite, MM. Paul Lacroix, de Chennevieres, de
- Laborde, sans en aborder le commentaire. Je l'essaierai ailleurs en
- traitant des livres à gravures sur bois de la Lorraine.
-
-Un dernier témoignage, le plus glorieux, est venu de Geoffroy Tory.
-Quand cet excellent artiste composa son _Champfleury_, parmi ses lettres
-à imitation du corps humain, il plaça un I & un K, avec des jambages
-figurés par un homme les bras & les jambes écartés, dont le dessin lui
-avait été donné par Perreal. «Figure que j'ay faicte, dit-il, après
-celle que ung mien seigneur & bon amy Jehan Perreal autrement dit Jehan
-de Paris, varlet de chambre & excellent peintre des rois Charles
-huitiesme, Louis douziesme & François premier, m'a communiquée & baillée
-moult bien pourtraicte de sa main[56].» Comme ces lettres ressemblent à
-plusieurs autres qui se trouvent dans l'ouvrage, notamment au deuxième
-livre, M. Bernard a pensé que Perreal avait fourni la majeure partie de
-ces dessins, &, partant, qu'il avait été le maître de Tory[57]. Le
-graveur emprunta des dessins à d'autres, tels que Simon du Mans, qu'il
-nomme au commencement de son livre, & auquel il paraît autant attaché
-qu'à Perreal, mais il était lui-même bon dessinateur & il ne fit pour
-son livre que des emprunts très-partiels. A les regarder de près, les
-figures de Perreal que nous avons citées se distinguent de la plupart
-des autres par un dessin plus modéré. En les prenant pour terme de
-comparaison, il n'est pas aussi facile que l'a cru M. Bernard de lui
-attribuer certaines planches des Henry de Vostre & de Tory[58]. Ici,
-plus encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent.
-
- [56] _Champfleury_, à Paris, sur le Petit-Pont, à l'enseigne du
- _Pot-Cassé_, in-fol. (1529), p. XXXVIII, vº.
-
- [57] _Geoffroy Tory_, par M. Bernard. Paris, 1857, in-8, p. 11, 20,
- 34.
-
- [58] _Ibid._, p. 114.
-
-Les Heures de Simon Vostre, dans les éditions à calendrier de 1507,
-montrent, par les grands sujets de leurs planches comme par leurs
-encadrements, un changement de manière qui est, m'a-t-il semblé, le
-troisième dans le développement compliqué de leur ornementation. Ce
-changement est surtout indiqué par une imitation italienne dans les
-édifices & dans les figures. Jehan de Paris ne fut certainement pas
-étranger à cette évolution de nos graveurs d'Heures; j'y reconnaîtrais
-d'autant plus sa main, que la manière en est encore modérée. Elle fut
-remplacée bientôt par une manière d'imitation italienne beaucoup plus
-intense. On en juge par les mêmes Heures où les trois planches signées
-d'un G & attribuées avec raison à Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui
-diffère des précédentes & innove encore sur toutes celles qu'on
-rencontre dans les Heures de Vostre. Il nous paraît donc impossible de
-suivre plus loin M. Bernard[59], lorsqu'il attribue à Perreal des
-vignettes qui sont prises dans les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui
-sont d'une façon tout à fait différente. Dans l'histoire des anciens
-artistes, que nous réédifions avec peine mais avec passion, il y a
-quelque chose de plus triste que l'ignorance où nous sommes réduits
-souvent des oeuvres véritables: c'est la méprise à laquelle nous sommes
-exposés des oeuvres apocryphes.
-
- [59] _Geoffroy Tory_, p. 139.
-
-Les ambiguités où nous restons touchant les oeuvres de Jehan de Paris
-seraient fort réduites, si l'on pouvait fixer sa manière d'après quelque
-tableau. On lui attribue quelquefois un tableau du musée de Cluny, la
-_Messe de saint Grégoire_, dyptique avec trois donateurs sous la
-protection de saint Jean-Baptiste & trois donatrices sous la protection
-de sainte Geneviève, dans les volets de gauche & de droite. Cette
-peinture, avec des types ronds & vulgaires, des tons peu harmonieux, des
-édifices italianisés, des murs de briques & des toits d'ardoises très
-inclinés, appartient, en effet, à l'école française de la fin du
-quinzième siècle.
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-SUR
-
-UN TABLEAU DU MUSEE D'ANVERS REPRESENTANT LA VIERGE SOUS LES TRAITS
-D'AGNES SOREL, PEINT PAR FOUQUET.
-
-
-Le musée d'Anvers possède, parmi les trésors de la salle Van Ertborn, un
-tableau de Jehan Fouquet de Tours. La chance est assez rare & assez
-enviée par nous, qui n'en avons pas tout à fait autant au Louvre, pour
-qu'on veuille appeler sur ce sujet un peu plus de curiosité. Distraits
-par toutes les beautés qui garnissent cette salle & les autres, les
-curieux ont dû passer souvent devant celle-ci sans lui rendre l'hommage
-dont elle est digne. C'est _la Vierge & l'Enfant-Jésus_, du dyptique de
-Notre-Dame de Melun, dont l'autre partie, le portrait d'Etienne
-Chevalier, est à Francfort. La première fois que je vis ce tableau, en
-1852, il n'avait été porté dans l'excellent Catalogue publié par le
-Conseil d'administration de l'Académie royale des Beaux-Arts, que sous
-le titre d'Ecole inconnue[60], & il se trouvait placé à cette élévation
-où l'on dérobe ordinairement à la vue les pauvres honteux des musées. Ce
-n'est qu'au bout de ma lorgnette que j'y reconnus un maître gothique &
-une de nos beautés françaises. Mieux informée depuis, l'Administration a
-donné au tableau sa véritable attribution & une meilleure place[61].
-C'est là que revoyant, en 1852, _la Madone Sorelle_, & distinguant bien
-Jehan Fouquet, qui m'était alors un peu moins inconnu, j'ai fait voeu
-d'un article que je ne saurais mieux placer que dans le _Journal des
-Beaux-Arts_.
-
- [60] _Catalogue du musée d'Anvers_, nº 106.
-
- [61] _Cat._ 2e édition. 1857, nº 154.
-
-Mon but n'est pas de revenir sur les recherches faites à propos de Jehan
-Fouquet & de ses tableaux, ni sur les discussions soulevées par
-l'attribution & par le sujet de celui-ci; les titres du dyptique de
-Melun, contestés d'abord par M. Waagen & par M. Niel, ont été établis
-par MM. Eugène Grésy[62], Léon de Laborde[63] & Vallet de Viriville[64].
-
- [62] _Recherches sur les sépultures de Notre-Dame de Melun_, 1845,
- in-8.
-
- [63] _La Renaissance des Arts à la cour de France, 1855_, in-8, p. 699
- & suiv.
-
- [64] _Revue de Paris_, t. XXXVIII.--_Illustration_, 3 mai 1856.
-
-Les _Recherches_ de M. Grésy, publiées dès 1845, sont d'autant plus
-probantes, qu'il ne connaissait pas le tableau d'Anvers. Il a puisé dans
-une ancienne estampe une reproduction du dyptique qui se trouve
-parfaitement conforme au tableau, & qui ne donne pas seulement la figure
-principale, comme toutes les autres reproductions peintes ou gravées qui
-en ont été faites pour répandre le portrait d'Agnès Sorel, mais la
-composition entière avec l'Enfant-Jésus & avec l'entourage d'anges.
-
-Les discussions me paraissent épuisées aussi par la critique de M. de
-Laborde, qui a pu comparer le tableau d'Anvers avec les autres ouvrages
-de Fouquet, avec les crayons que l'on a du portrait d'Agnès Sorel & avec
-les textes qui ont gardé un si vif souvenir de cette beauté célèbre.
-C'est donc hors de propos qu'en acceptant les conditions de M. de
-Laborde, le rédacteur du Catalogue d'Anvers s'est fait un scrupule
-d'admettre la véracité de la tradition quant au fait du portrait, &
-s'est refusé à accuser Fouquet de cette grave inconvenance;
-l'inconvenance n'est que pour ceux qui veulent bien s'en scandaliser;
-l'habitude des préraphaélites était de prendre leurs modèles dans la
-réalité même, que les moeurs leur donnaient très-crument; l'idéal ne
-venait qu'après, & souvent si peu intense, qu'il ne dissimulait rien de
-ces modèles réels. Aux faits qui ont été cités pour justifier Fouquet,
-j'ajouterai quelques exemples pris, en Italie & en France, parmi des
-peintres venus avant & après lui. Fra Filippo Lippi, chargé de peindre
-une _Nativité_ pour les religieuses de Sainte-Catherine, à Prato, avait
-pris pour modèle une de leurs novices, Lucrezia Buti, que, par cette
-occasion, il arracha à ses devoirs[65]. Botticello, dans un tableau
-peint pour l'église Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence, a représenté les
-trois Mages sous les traits des trois Médicis: Côme l'Ancien, Laurent &
-Julien[66]. Pinturrichio avait peint, dans une salle du Vatican, une
-Madone devant laquelle Alexandre VI se tenait en adoration, & qui
-n'était autre que la signora Giulia Farnèse[67]; enfin, il y a en
-Angleterre une peinture qui représente François Ier à vingt-trois ans,
-en Jésus-Christ, avec le nimbe & la croix de roseau. On n'a pas craint
-de l'attribuer à Léonard de Vinci[68], mais elle est sans doute de
-quelque peintre français placé sous l'influence de ce maître.
-
- [65] Vasari, édit. de la _Société des Amateurs des Beaux-Arts_.
- Florence, 1848, t. IV, p. 14. Ce tableau est aujourd'hui au Louvre.
-
- [66] Vasari, t. V, p. 116.
-
- [67] Vasari, t. V, p. 269.
-
- [68] Lithographiée par Day & Haghée: _Taken from the original picture
- by Leonard de Vinci in the possession of S. Lewis Pocock esq._
-
-Cependant M. Vallet de Viriville, qui est revenu sur cette discussion en
-recherchant tout l'oeuvre de Fouquet, n'a pas voulu reconnaître
-l'originalité du tableau d'Anvers; l'exécution lui semble trop lourde,
-trop vulgaire & de tout point trop médiocre pour qu'il lui paraisse
-permis d'y reconnaître la touche si distinguée de Jehan Fouquet; ce ne
-peut être, suivant lui, qu'une copie remontant au seizième siècle. C'est
-ce jugement, trop accrédité peut-être par les journaux où il a été
-inséré, que je tiendrais à redresser. L'auteur nous informe qu'il a dans
-son cabinet une copie peinte à l'huile, d'après laquelle a été faite la
-chromolithographie publiée dans _le Moyen-Age & la Renaissance_; ne
-serait-ce pas sur cette copie, plutôt que sur le tableau même qu'il
-aurait formé son opinion? Pour toute personne habituée à regarder les
-tableaux gothiques, à les aimer, jamais ouvrage ne fut mieux que celui
-d'Anvers, marqué des qualités d'un peintre original & des façons du
-quinzième siècle.
-
-On remarquera d'abord le système de cette peinture en grisaille dans les
-chairs & les draperies, à peine nuancée de quelques taches, rouges aux
-lèvres & aux joues, blanches dans les rehauts des plis, mais relevées
-par les corps bleus & rouges des anges, les dorures de la chaise & des
-joyaux; ce système rappelle l'exécution de certaines miniatures fort
-connues dans l'école des miniaturistes français, & porte un caractère
-hiératique qui corrige ce que la nudité du buste présenterait
-d'inconvenant. On voudra bien ensuite concéder au peintre sa façon de
-traiter les enfants, dont les corps & les membres paraissent bourrés
-comme des poupées, & lorsqu'on se sera familiarisé enfin avec le type de
-femme dont il était ici préoccupé, un front bombé, une ligne de nez
-concave, une bouche mignonne & lippue, un menton petit, type qui a plus
-de réalité que de beauté, & une réalité aussi éloignée de la nature
-italienne que de la nature flamande, la manière du peintre apparaîtra
-avec toutes ses qualités: finesse du contour, élégance des formes du
-corps, modelé des mains, résolution des étoffes dans les plis épais de
-la robe & dans le voile léger qui recouvre la partie inférieure du front
-& vient retomber sur le manteau d'hermine détaché des épaules. Cette
-manière, aussi sûre qu'originale, ne convient qu'à un peintre de premier
-ordre pour son temps & pour son pays, tel que fut Jehan Fouquet;
-d'autres temps & d'autres pays ont eu mieux, mais à chacun son lot; le
-plus heureux résultat de l'esthétique historique est de le reconnaître,
-dans le musée même où sont réunis tant de chefs-d'oeuvre différents. A
-côté du _Calvaire_ d'Antonello de Messine, & des _Sept Sacrements_ de
-Roger Van der Weyden; à quelques pas de l'_Ensevelissement du Christ_ de
-Quentin Mathys & de l'_Adoration des Mages_ de Bernard Van Orley, de la
-_Présentation à saint Pierre_ de Titien, & du _Christ entre les deux
-larrons_ de Rubens, il y a encore dans la _Madone_ du peintre gothique
-de Tours une parcelle de ce secret que l'art & le génie tiennent en
-réserve sous tant de formes & à tant de degrés.
-
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-EN VENTE CHEZ LE MEME LIBRAIRE:
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- Des Gravures en bois dans les livres d'ANTHOINE VERARD, maître
- Libraire, Imprimeur, Enlumineur & Tailleur sur bois, de Paris.
- 1485-1512. Par J. Renouvier, in-8, 2 planches. (_Il n'en reste
- que quelques exemplaires._) 5 fr.
- Papier de Hollande 8
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS ***
-
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-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
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-electronic works. See paragraph 1.E below.
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-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
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- The Project Gutenberg eBook of Jean de Paris, by J. renouvier.
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-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-Title: Jehan de Paris
- varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles
- VIII et Louis XII
-
-Author: Jules Renouvier
-
-Release Date: February 20, 2020 [EBook #61458]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Laurent Vogel and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/American Libraries.)
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-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em">JEHAN DE PARIS.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em">TIRE A 214 EXEMPLAIRES:</p>
-
-<table summary="">
-<tr><td class="r">200,</td> <td>papier teinté à l'antique.</td></tr>
-<tr><td class="r">10,</td> <td>papier vergé de Hollande.</td></tr>
-<tr><td class="r">4,</td> <td>peau de vélin.</td></tr>
-</table>
-<p class="c gap">LYON,<br />
-<span class="xsmall">IMPRIMERIE DE LOUIS PERRIN.</span></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<div class="figc"><img src="images/illu1.png" alt="[Illustration]" /></div>
-<div class="legende">MARIE D'ANGLETERRE (<a href="#page_25">page 25.</a>)</div>
-<div class="break"></div>
-
-
-<h1>JEHAN DE PARIS</h1>
-
-<p class="small c">VARLET DE CHAMBRE ET PEINTRE ORDINAIRE
-DES ROIS CHARLES VIII ET LOUIS XII.</p>
-
-<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br />
-<span class="xlarge">J. RENOUVIER</span></p>
-
-<p class="c">Précédé<br />
-<span class="small">d'une notice biographique sur la vie &amp; les ouvrages
-&amp; de la bibliographie complète des &oelig;uvres de M. Renouvier.</span></p>
-
-<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br />
-GEORGES DUPLESSIS.</p>
-
-<div class="c"><img src="images/aubry.png" alt="" /></div>
-<p class="c"><span class="large">PARIS,</span><br />
-<span class="small"><span class="sc">Chez</span> AUGUSTE AUBRY,<br />
-L'un des libraires de la Société des Bibliophiles françois,</span><br />
-<span class="xsmall">RUE DAUPHINE</span><span class="small">, 16.</span></p>
-
-<p class="c">1861.</p>
-
-<div class="break"></div>
-<div class="c"><img src="images/illu2.png" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak"><i>NOTICE</i><br />
-<span class="xsmall">SUR</span><br />
-M. JULES RENOUVIER.</h2>
-
-<div class="dcap italic"><img class="dcap" src="images/capc.png" alt="C" /></div>
-<p class="noindent italic"><span class="uc">'est</span> une tâche difficile &amp; douce tout à la
-fois d'avoir à parler d'un savant auquel des
-goûts communs vous unissaient, &amp; qui voulut
-bien vous témoigner une affectueuse bienveillance.
-M. Jules Renouvier, que la mort
-vient de ravir, avait une de ces organisations solides pour lesquelles
-le travail est en même temps la plus grande joie &amp; la
-plus agréable occupation; ses études concouraient d'ailleurs
-toutes à un même but, la recherche du beau &amp; du vrai. Né le
-13 décembre 1804, M. J. Renouvier avait fait d'excellentes
-études à Montpellier, &amp; loin de s'empresser de produire, il
-passa sa jeunesse à s'instruire, &amp; ne songea à publier que lorsqu'il
-fut certain que ses travaux pourraient être de quelque utilité.
-Il mit au jour bien timidement, en 1835 seulement, deux
-brochures, <i>Des vieilles maisons de Montpellier</i>, &amp; <i>Notice
-sur les manuscrits de la commune de Montpellier</i>. Brochures
-qui, sans avoir une importance considérable, ne laissaient
-pas que faire pressentir un esprit étendu &amp; des vues élevées.</p>
-
-<p class="italic">C'était vers l'étude de l'archéologie que les premiers travaux
-de M. Renouvier se portèrent de préférence, &amp; c'est l'architecture
-qui attira tout d'abord son attention. Les époques de
-lutte étaient celles que M. Renouvier semblait affectionner;
-il pensait, &amp; en cela il nous paraît être absolument dans le
-vrai, qu'après une commotion violente, en même temps que les
-hommes se renouvellent, en même temps que les idées changent
-ou se modifient, l'art, lui aussi, trouve une force nouvelle &amp;
-inaugure volontiers une renaissance. A ces époques tourmentées
-de l'existence, l'artiste possède une audace que les temps de
-calme &amp; de paix ne sauraient faire naître en lui. L'architecture
-gothique marque précisément une de ces époques révolutionnaires,
-elle naît à la suite de dissensions politiques, &amp; tente avec
-succès de venir remplacer la barbarie dans laquelle l'art était
-plongé depuis plusieurs siècles<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. Après des considérations
-générales sur l'architecture gothique, considérations dans lesquelles
-les connaissances approfondies de M. Renouvier apparaissent
-pleinement, l'auteur envisage spécialement le progrès
-de cet art dans le midi de la France, &amp; publie le résultat de
-ses observations dans <i>Les Anciennes Eglises du département
-de l'Hérault</i>, dans <i>Les Monuments de quelques anciens
-diocèses du Bas-Languedoc</i>, dans <i>Les Maîtres tailleurs
-de pierre &amp; autres artistes de Montpellier</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> &amp; même
-dans un ouvrage où la France n'est plus en jeu, <i>Notes sur les
-monuments gothiques de quelques villes d'Italie</i> (Pise,
-Florence, Rome &amp; Naples), 1841.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <span class="italic">M. Renouvier allait encore publier
-un autre ouvrage relatif également
-à une époque de transition: <i>l'Art
-pendant l'époque révolutionnaire</i>. Ce
-soin est dévolu à sa famille.</span></p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <span class="italic">Cet ouvrage fut publié en collaboration de M. Ricard.</span></p>
-</div>
-<p class="italic">La révolution de 1848 détourna pour quelques instants
-M. Renouvier de ses chères études; les devoirs du citoyen passèrent
-avant les goûts de l'homme privé, &amp; le savant archéologue
-accepta la place de Commissaire du Gouvernement provisoire
-qui lui fut offerte. Les hautes qualités du fonctionnaire
-public se firent jour immédiatement, &amp; le Département de l'Hérault
-envoya M. Renouvier le représenter à l'Assemblée Constituante.
-Même au milieu des travaux que ses nouvelles fonctions
-lui imposaient, M. J. Renouvier n'oublia pas ses études
-antérieures; il fut chargé par la Commission de faire un <i>Rapport
-sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux
-Musées nationaux</i>, rapport que nous n'avons pas eu l'occasion
-de lire, mais dans lequel, au dire de personnes bien informées,
-le goût éclairé de M. J. Renouvier se faisait toujours remarquer.</p>
-
-<p class="italic">Rendu bientôt à la vie civile, M. Renouvier se mit en devoir
-de continuer ses études de prédilection, &amp; l'histoire mal
-connue encore de l'art de la gravure attira ses instincts curieux.
-Il se mit à l'&oelig;uvre avec l'ardeur d'un néophyte, poursuivit ses
-recherches avec passion, &amp; composa le meilleur ouvrage qui ait
-paru jusqu'à ce jour sur les graveurs &amp; sur les gravures, <i>Des
-Types &amp; des manières des maîtres graveurs, depuis l'origine
-de cet art jusqu'en 1648 (1853-1856)</i>.</p>
-
-<p class="italic">Doué d'un esprit investigateur &amp; possesseur d'une érudition
-variée, M. J. Renouvier rassembla tous les documents qui
-pouvaient concourir à son &oelig;uvre. Il mit à contribution toutes
-les Bibliothèques de l'Europe, examina avec soin les collections
-particulières, qu'on était toujours heureux de lui ouvrir, &amp;, fort
-de ces notes prises dans un but sagement conçu &amp; bien défini,
-il sut se prémunir contre le désir trop commun de paraître érudit.
-Plus que personne, cependant, il possédait une érudition
-complète, mais il sut précisément se servir de cette érudition
-pour en tirer un jugement net sur les types &amp; les manières des
-maîtres graveurs. Il faut un peu avoir étudié les mêmes questions
-que M. J. Renouvier pour se rendre un compte exact du
-savoir nécessité pour rédiger ces quatre volumes in-4<sup>o</sup>; au premier
-abord, ils pourraient paraître composés facilement &amp; presque
-sans labeur, tant l'érudition est cachée à l'ombre d'une critique
-sage &amp; mesurée. Quiconque a tenté d'élucider un point
-de l'histoire, si minime qu'il soit, connaît les difficultés immenses
-qui se présentent à chaque pas: les documents absolument
-contradictoires, les renseignements faux dont fourmillent tous
-les ouvrages parus antérieurement, paraissent destinés à rebuter
-les plus courageux; M. Renouvier semble s'être roidi contre
-tous ces obstacles: il a demandé aux &oelig;uvres elles-mêmes leur
-nationalité &amp; leur origine, &amp; guidé par son goût, il a su assigner
-à chaque artiste le rang qu'il mérite réellement; il a comparé
-la <i>manière</i> de l'un avec la <i>manière</i> de l'autre, &amp; a établi
-un ordre, une classification qui restera comme un monument.</p>
-
-<p class="italic">Depuis la publication de ce précieux ouvrage, chaque année
-M. Renouvier mettait au jour quelque opuscule intéressant:
-<i>Une Passion de 1446</i>, <i>Gérard de saint Jean de Harlem</i>,
-<i>des gravures sur bois dans les livres d'Antoine Vérard</i> &amp;
-quelques autres brochures furent publiées à Montpellier ou
-à Paris. Il y a deux mois à peine, il apportait avec lui à
-Paris un nouveau volume qui devait, hélas! être le dernier.
-C'était une <i>Histoire de l'origine &amp; des progrès de la Gravure
-dans les Pays-Bas &amp; en Allemagne, jusqu'à la fin du
-quinzième siècle</i>. Que de recherches il a fallu pour découvrir
-tous ces documents épars en France &amp; en Angleterre, à Leipsic,
-à Amsterdam, à Vienne, à Cologne &amp; à Bale! Quelle science
-d'assimilation il avait fallu déployer pour grouper, pour ainsi
-dire de mémoire, les artistes d'un même terroir, les graveurs
-d'une même contrée. M. Renouvier se tira à son grand honneur
-de cette tâche difficile<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>; il sut attribuer à chacun une part
-d'éloges &amp; une part de blâme convenable; il sut tenir compte
-des obstacles surmontés &amp; des victoires remportées, &amp; il se disposait
-à nous donner un travail analogue sur la France &amp; sur
-l'Italie, lorsque la mort est venue le ravir à sa famille, à ses
-amis &amp; à la science. Perte fatale &amp; irréparable! Arrivé à tout
-l'épanouissement de son savoir, M. Jules Renouvier, que son
-abord bienveillant avait rendu sympathique à tous, eût pu continuer
-longtemps encore à faire profiter de son érudition les amis
-de l'art; il eût pu mettre à exécution les nombreux travaux qu'il
-préparait de longue date, &amp;, grâce à lui, la Gravure longtemps
-délaissée par les historiens de l'art, eût pris dans l'histoire la
-place importante qu'elle est digne d'y occuper.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <span class="italic">Ce mémoire fut couronné par
-l'Académie royale de Belgique, dans sa
-séance du 23 septembre 1859.</span></p>
-</div>
-<div class="c"><img src="images/illu3.png" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<div class="c"><img src="images/illu4.png" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak">BIBLIOGRAPHIE<br />
-<i>des ouvrages &amp; opuscules de J. Renouvier.</i></h2>
-
-
-<p>Des vieilles maisons de Montpellier. Montpellier, 1835, in-8<sup>o</sup> de 24 pag.,
-2 planches.</p>
-
-
-<p class="ugap">Notice sur les manuscrits de la commune de Montpellier, 1835, in-8<sup>o</sup> de
-32 p. Publication anonyme.</p>
-
-
-<p class="ugap">Monuments de quelques anciens diocèses du Bas-Languedoc, expliqués dans
-leur histoire &amp; leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après nature &amp;
-lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1840, 1 vol. in-4<sup>o</sup> tiré
-à 100 exemplaires.</p>
-
-<p>Cet ouvrage a commencé à paraître en 1835.</p>
-
-
-<p class="ugap">Monuments divers pris dans quelques diocèses du Bas-Languedoc, expliqués
-dans leur histoire &amp; leur architecture par J. Renouvier, dessinés d'après
-nature &amp; lithographiés par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1841, broch.
-in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-
-<p class="ugap">Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie: Pise, Florence,
-Rome, Naples (août, septembre &amp; octobre 1839). Caen. Hardel, 1841,
-in-8<sup>o</sup> de 18 feuilles. (Extrait du <i>Bulletin Monumental</i>, t. <small>VII</small>.)</p>
-
-
-<p class="ugap">Notice sur Philippe de Saint-Paul. Montpellier, 1841, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-
-<p class="ugap">Avec la collaboration de Ricard: Des maîtres Tailleurs de pierre &amp; des
-autres Artistes gothiques de Montpellier. Montpellier &amp; Paris. Dumoulin,
-1844, in-4<sup>o</sup>, fig.</p>
-
-
-<p class="ugap">Idées pour une classification générale des monuments par M. J. Renouvier.
-Montpellier. Bohem, 1847, in-4<sup>o</sup>. (Extrait des <i>Mémoires de l'Académie des
-Sciences &amp; Lettres de Montpellier</i>.)</p>
-
-
-<p class="ugap">Rapport sur le chapitre du Ministère de l'intérieur relatif aux Musées nationaux.
-Paris, de l'imprimerie de l'Assemblée constituante, 1848, in-4<sup>o</sup> de 20
-pages.</p>
-
-
-<p class="ugap">Les Grisettes de race. Montpellier, L. Christin, s. d., 1851, in-8<sup>o</sup> de 8 pag.
-Publication anonyme. (Tiré à 50 exemplaires.)</p>
-
-
-<p class="ugap">Des Types &amp; des Manières des maîtres graveurs. Montpellier. Bohem. 1853-1856.
-4 vol. in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-
-<p class="ugap">De Lyon à la Méditerranée, par J.-B. Laurens, avec la collaboration de
-plusieurs hommes de lettres. 2<sup>e</sup> livraison.&mdash;Le musée de Montpellier, texte
-par M. Jules Renouvier. Paris. Martinon, 1855, in-8<sup>o</sup> de 24 p. fig.</p>
-
-<p>Cette brochure a été réimprimée, avec de nombreux changements, dans
-la <i>Gazette des Beaux-Arts</i>.</p>
-
-
-<p class="ugap">Les peintres &amp; les enlumineurs du roi René.&mdash;Une Passion de 1446, suite
-de gravures au burin, les premières avec date. Montpellier. Jean Martel,
-1857, in-4<sup>o</sup> (Extrait des <i>Publications de la Société Archéologique de Montpellier</i>,
-n<sup>os</sup> 24 &amp; 25).</p>
-
-
-<p class="ugap">Les Peintres de l'ancienne école hollandaise.&mdash;Gérard de Saint-Jean de
-Harlem &amp; le tableau de la Résurrection de Lazare. Paris. Rapilly, 1857, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-
-<p class="ugap">Des gravures en bois dans les livres d'Anthoine Vérard, maître libraire,
-imprimeur, enlumineur &amp; tailleur sur bois de Paris. Aubry, impr. de L. Perrin,
-1859, in-8<sup>o</sup>. 2 planches grav. sur bois. (La Mort &amp; l'Amoureux. La Mort &amp;
-l'Usurier.)</p>
-
-
-<p class="ugap">Histoire de l'origine &amp; des progrès de la gravure dans les Pays-Bas &amp; en
-Allemagne jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Jules Renouvier. (Mémoire
-couronné par l'Académie royale de Belgique, le 23 septembre 1859.) Bruxelles.
-Hayez, 1860. Planche de monogrammes.</p>
-
-
-<p class="ugap">Notices archéologiques, extraites du <i>Bulletin monumental</i> de M. de Caumont:</p>
-
-<ul><li>1. Du Style ogival &amp; de son introduction dans le Sud-Est de la France.</li>
-<li>2. Excursion monumentale dans les Pyrénées.</li>
-<li>3. Essai de classification des Eglises d'Auvergne. Caen. Hardel, 1837, in-8<sup>o</sup>
-de 24 pag.</li>
-<li>4. Notice sur la peinture sur verre &amp; sur mur dans le Midi de la France.
-Caen, 1839, in-8<sup>o</sup>.</li></ul>
-
-<p class="ugap">Notices archéologiques extraites des publications de la <i>Société Archéologique
-de Montpellier</i>:</p>
-
-<ul><li>1. Des anciennes Eglises du département de l'Hérault, 1<sup>re</sup> &amp; 2<sup>e</sup> partie.</li>
-<li>2. Sur les fenêtres de la rue des Rayles.</li>
-<li>3. Des Fonts de Vias.</li>
-<li>4. Sur une figurine en terre cuite du Cabinet archéologique de Montpellier,
-par M. J. Renouvier. In-4<sup>o</sup> s. d.</li></ul>
-
-<p class="ugap">Notices publiées dans la <i>Revue du Midi</i>:</p>
-
-<ul><li>1. Raphaël ou Ghirlandaio (p. 82-89, 2<sup>e</sup> série, 1843).</li>
-<li>2. Etudes, m&oelig;urs &amp; modes archéologiques (p. 181-199, même série &amp;
-même année).</li></ul>
-
-<p class="ugap">Articles publiés dans la <i>Gazette des Beaux-Arts</i>:</p>
-
-<ul><li>1. Les Origines de la Gravure en France, 1<sup>er</sup> avril 1859.</li>
-<li>2. La Tête en cire du Musée Wicar, à Lille, 15 septembre 1859.</li>
-<li>3. Le Musée de Montpellier, 1<sup>er</sup> janvier 1860.</li>
-<li>4. Sous le pseudonyme de Xavier Nogaret. Exposition de Montpellier,
-1<sup>er</sup> juin 1860.</li>
-<li>5. Des découvertes nouvelles d'Estampes sur bois &amp; sur métal de l'Allemagne
-(le peintre graveur de M. Passavant), 15 septembre 1860.</li></ul>
-
-<p class="ugap">Notice publiée dans les <i>Archives de l'Art français</i>:</p>
-
-<p>Jean Troy, directeur de l'Académie de peinture de Montpellier.</p>
-
-
-<p class="ugap">Article paru dans la <i>Revue universelle des Arts</i>:</p>
-
-<p>Les Estampes de Geoffroy Tory &amp; sa marque de graveur. Tome 5, p. 510.</p>
-
-<div class="c"><img src="images/illu5.png" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<div class="c"><img src="images/illu6.png" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak">AVANT-PROPOS.</h2>
-
-
-<p>Nous publions la notice de Jehan de
-Paris, telle que M. Renouvier l'a écrite;
-il nous eût été fort difficile, d'ailleurs,
-d'en agir autrement, car les meilleures sources
-avaient été consultées &amp; mises à profit. Nous
-avons pensé utile seulement d'ajouter comme
-appendice à ce travail, l'intéressante dissertation
-que M. J. Renouvier publia dans le <i>Journal
-des Beaux-Arts</i> (Anvers 1859), sur le
-portrait d'Agnès Sorel, attribué à Jean Fouquet,
-&amp; exposé au musée d'Anvers. Peu de personnes
-ont été à même de lire ce travail, dans
-lequel se remarque à un haut degré la critique
-sûre &amp; toujours clairvoyante de M. Renouvier.</p>
-
-<p>Après cette étude sur Jehan de Paris, qui
-vient elle-même à la suite d'une notice sur Antoine
-Vérard, deux autres brochures sur des sujets
-analogues seront successivement publiées:
-<i>Les Gravures sur bois dans les livres d'Heures
-de Simon Vostre</i>, &amp; <i>des Portraits d'auteurs dans
-les livres du quinzième siècle</i>. Nous sommes heureux
-d'annoncer que l'important travail que
-M. Jules Renouvier préparait depuis longtemps
-sur <i>l'Art &amp; ses institutions pendant la période
-révolutionnaire</i> verra le jour. Tous les véritables
-amis de l'art se réjouiront avec nous de
-cette bonne nouvelle, &amp; se joindront également
-à nous, nous en avons l'assurance, pour
-remercier la famille de M. Renouvier de cette
-pensée généreuse.</p>
-
-<p class="sign">G. D.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="c"><img src="images/illu7.png" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak">JEHAN DE PARIS,<br />
-<i>varlet de chambre<br />
-&amp; peintre ordinaire des rois Charles VIII &amp; Louis XII.</i></h2>
-
-
-<p>Entre les poètes &amp; les peintres qui nous vinrent
-des Pays-Bas au moment de la décadence de la
-maison de Bourgogne, la gloire a fait d'étranges
-méprises. Les uns obtinrent facilement une célébrité
-qui nous semble usurpée; les autres tombèrent aussitôt
-dans un oubli que nous avons à c&oelig;ur de racheter.
-Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc de
-finances, secrétaire indiciaire &amp; historiographe des trois
-plus puissantes dames de son temps, Madame Anne de
-France, Marguerite d'Autriche &amp; Anne de Bretagne, est
-l'un des plus assommants versificateurs de complaintes
-historiques &amp; allégoriques qui chantèrent les règnes de
-Charles VIII &amp; de Louis XII; ni l'amitié de Guillaume
-Cretin, ni le témoignage de Pasquier, d'après lequel il
-est «le premier qui à bonnes enseignes donna vogue à
-notre poésie,» ni les éloges de Clément Marot<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> qui
-confesse avoir appris de lui <i>la couppe féminine</i>, c'est-à-dire
-l'élision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il
-fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des
-allégories évoquées par sa muse, sont la Peinture &amp; l'Orfévrerie;
-parmi les personnes dont il a gardé mémoire,
-sont des artistes; le patron le plus cher qu'il nomme dans
-ses épîtres est un peintre, l'un des plus excellents de notre
-école primitive, Jehan de Paris: ces mérites, uniques dans
-un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom
-auprès des éplucheurs d'histoire &amp; d'esthétique. Je ne
-suis pas le premier qui le prenne pour texte à ses gloses.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Adieu la main qui de Flandre en la France</div>
-<div class="verse">Tira jadis Jean Lemaire belgeois</div>
-<div class="verse">Qui l'âme avait d'Homère le gregeois.</div>
-</div>
-
-<p>(Epître à Madame de Soubise. <i>&OElig;uvres
-de Clément Marot</i>. La Haye, 1731,
-6 vol. in-12, t. <small>II</small>, p. 183.)</p>
-</div>
-<p>Dans le plus ancien de ses ouvrages, <i>le Temple d'honneur
-&amp; de vertu</i><a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, qui est une déploration de la mort du sire
-de Beaujeu adressée à Madame Anne de France, l'auteur
-parle des encouragements qu'il avait reçus de Jehan de
-Paris «qui par le bénéfice de sa main heureuse, dit-il, a
-mérité envers les roys &amp; princes estre estimé un second
-Appelles en paincture.» Vers le même temps, en composant
-une autre complainte sur la mort de Louis de Luxembourg,
-comte de Ligny, qui eut lieu en 1503, sous le titre
-de <i>la Plainte du désiré</i><a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, il mit en scène la Peinture &amp;
-la Rhétorique pour chanter alternativement les louanges
-du prince. Au milieu du fatras qui sert de discours à la
-Peinture, on a remarqué une tirade<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> où passent les
-noms des peintres les plus célèbres que peut trouver le
-poète: d'abord ceux qui étaient déjà morts, mais dont la
-réputation était encore entière, puis ceux qui vivaient en
-Flandre, en Italie &amp; en France:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>J'ay pinceaux mille &amp; brosses &amp; ostils</i></div>
-<div class="verse"><i>Et si se nay Parrhase ou Appelles</i></div>
-<div class="verse"><i>Dont le nom bruyt par mémoires anciennes</i></div>
-<div class="verse"><i>J'ay des esprits récents &amp; nouvellets</i></div>
-<div class="verse"><i>Plus ennoblis par leurs beaux pincelets</i></div>
-<div class="verse"><i>Que Marmion iadis de Valenciennes</i></div>
-<div class="verse"><i>Ou que Fouquet qui tant eut gloires siennes,</i></div>
-<div class="verse"><i>Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand</i></div>
-<div class="verse"><i>Ou Johannes qui fut tant élégant.</i></div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Paris, Michel Lenoir, 1504,
-très-petit in-fol. goth.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Publiée avec la <i>Légende des
-Vénitiens</i>. Lyon, Jean de Vingle, 1509,
-&amp; Paris, Geoffroy de Marnef, 1512.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Mariette l'avait déjà transcrite
-dans son <i>Abecedario</i>, en notant soigneusement
-les détails donnés par
-Lemaire sur Jehan Perreal. <i>Abecedario</i>,
-t. <small>IV</small>, p. 113. Elle a été reproduite
-depuis par M. de Laborde.&mdash;<i>La
-Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 161.</p>
-</div>
-<p>Le premier qui est invoqué ici après les anciens est
-Simon Marmion, de Valenciennes, peintre, miniaturiste
-&amp; écrivain, que nous connaissons déjà par quelques
-comptes, qui, en 1453, fit un tableau pour le plaidoir
-de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, &amp;, en 1466, fut occupé
-à «ystorier &amp; mettre en fourme» un bréviaire pour
-le duc de Bourgogne<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>. Il mourut en 1489, à Valenciennes,
-où Molinet composa son épitaphe. Après viennent
-deux Français: Jehan Fouquet, le plus connu maintenant
-de tous nos peintres gothiques<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, &amp; Jehan Poyer ou Poyet,
-enlumineur &amp; historieur des Heures d'Anne de Bretagne<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>;
-les trois autres sont des Flamands bien connus:
-Rogier Van der Weyden, de Bruges ou de Bruxelles,
-Hugo Van der Goes, de Gand, &amp; Hans Memling. Le nom
-de Johannes conviendrait aussi à Jean Van Eyck, qui souvent
-n'a pas d'autre désignation que ce prénom latin,
-ainsi qu'on le voit sur ses tableaux, sur sa tombe dans
-l'église de Saint-Donat, à Bruges, dans les comptes des
-ducs de Bourgogne &amp; dans les inventaires de Marguerite
-d'Autriche. Mais ici nous croyons qu'il peut s'appliquer à
-Jean Memling, qui venait de mourir en 1499, &amp; dont la
-réputation avait même éclipsé celle de son maître. Il se
-pourrait aussi que l'auteur les confondît tous deux; il y
-en eut bien d'autres confondus sous ce nom de Jean, le
-plus commun parmi les peintres du quinzième siècle, parce
-que saint Jean était, après saint Luc, le patron le plus
-fréquenté de leur confrérie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Recherches historiques sur les
-ouvrages exécutés dans la ville d'Amiens
-pendant les <small>XIV</small><sup>e</sup>, <small>XV</small><sup>e</sup> &amp; <small>XVI</small><sup>e</sup>
-siècles</i>, par H. Dusevel. Amiens, 1858,
-in-8, p. 25.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Les ducs de Bourgogne</i>, par
-M. de Laborde, t. <small>I</small>, p. 496.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> M. le C. de Bastard. <i>Peintures
-&amp; ornements des manuscrits</i>, Paris,
-1835, gr. in-fol., &amp; les <i>Manuscrits
-français</i> de la bibliothèque du roi,
-par M. P. Paris. Paris, 1838, in-8,
-t. <small>II</small>, p. 265.&mdash;De Laborde, <i>la Renaissance
-des Arts</i>, t. <small>I</small><sup>er</sup>. Paris, 1850,
-in-8, p. 155.&mdash;Vallet de Viriville,
-<i>Revue de Paris</i>, 1<sup>er</sup> août 1857,
-t. <small>XXXVIII</small>, p. 409.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> De Laborde, <i>les ducs de Bourgogne</i>,
-t. <small>I</small>, p. 24. <i>La Renaissance</i>,
-t. <small>I</small>, p. 273.&mdash;Leroux de Lincy,
-<i>Gazette des Beaux-Arts</i>, 1<sup>er</sup> mai 1850,
-in-8.</p>
-</div>
-<p>Voici maintenant les artistes vivants interpellés par la
-Peinture:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>Besoignez donc, mes alumpnes modernes</i></div>
-<div class="verse"><i>Mes blancs enfans nourris de ma mamelle:</i></div>
-<div class="verse"><i>Toy, Léonard qui a graces supernes</i></div>
-<div class="verse"><i>Gentil Bellin dont les los sont éternes</i></div>
-<div class="verse"><i>Et Perrusin qui si bien couleurs mesle.</i></div>
-<div class="verse"><i>Et toi, Jehan Hay, ta noble main chome elle</i></div>
-<div class="verse"><i>Vien voir nature avec Jehan de Paris</i></div>
-<div class="verse"><i>Pour lui donner umbraige &amp; esperits.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ne regardons pas aux rimes, admirons la sûreté de goût
-de Lemaire qui, entre tous les Italiens arrivés de son temps
-à la gloire, désigne dans les trois écoles capitales ceux
-que la postérité a si bien acceptés: Léonard de Vinci,
-Bellini &amp; Pérugin. Ce ne peut pas être un petit honneur
-que la place qu'il va donner à côté d'eux à un Flamand
-&amp; à un Français. Ce Jehan Hay, que personne n'a révélé,
-ne peut être en effet que Jehannet, le père de François
-Clouet, dit aussi Jehannet, le second des quatre Clouet
-ou Jehannet aujourd'hui connus. Les supputations ingénieuses
-de MM. de Laborde &amp; de Freville<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ont établi
-sa résidence à Tours en 1522, &amp; sa mort en 1541. La
-plus ancienne mention que l'on ait trouvée de lui est de
-1518, mais depuis longtemps déjà il était venu de Belgique
-avec son père, &amp; Jehan Lemaire devait être en rapport
-avec lui. Il était, à la dernière date que nous avons
-donnée, peintre en titre d'office à côté de Jehan de Paris.
-Pourquoi donne-t-on ici une orthographe différente
-d'un nom aussi connu? Parce que la variété d'orthographe
-dans les noms propres n'est pas seulement licite dans la
-grammaire gothique, elle est de bon ton &amp; comme un
-agrément de plus du discours, toujours porté à l'amphibologie.
-Le nom de Jehannet est écrit dans les documents:
-Jehannot, Janet, Jainet &amp; Jennet; une variation de plus
-marquée de l'accent belge n'a pas de quoi surprendre.
-L'auteur lui-même se nomme dans ses livres Jean Le Maire
-&amp; Jehan Le Maistre. Vainement on chercherait quelque
-application plus sortable parmi les peintres du nom de
-Hay, Haie &amp; de La Haye<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>; en s'arrêtant à celle-ci, on
-obéit, non pas seulement à la lettre, mais à l'esprit même
-du poète qui, dans cette invitation à l'étude de la nature,
-n'a pu associer à Jehan de Paris qu'un peintre tel que Jehannet.
-Ses vers ne valent pas sans doute ceux des poètes
-de la grande pléiade qui célébrèrent François Clouet; ils
-ne manquent pas pourtant de quelque sentiment au milieu
-de leurs grands mots. Je ne sais si l'auteur comprenait
-comme nous ceux d'<i>ombraige</i> &amp; d'<i>esperits</i> par lesquels il
-termine; mais ne sont-ils pas les deux termes auxquels
-viennent aboutir toutes les doctrines de la peinture: la
-lumière &amp; l'expression?</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 13.&mdash;<i>Additions</i>,
-p. 367.&mdash;<i>Archives de
-l'Art français</i>, t. <small>III</small>, p. 97, 287.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> On le trouve écrit Jehan Jay,
-dans le texte donné dans l'<i>Abecedario</i>
-de Mariette, mais c'est une faute de
-copie ou d'impression.</p>
-</div>
-<p>Au service de Marguerite d'Autriche, Jean Lemaire,
-qui avait su inspirer à sa maîtresse assez de goût poétique
-pour qu'elle voulût s'essayer à rimer, donna carrière à sa
-verve. Il chanta Marguerite Auguste dans deux épîtres
-joyeuses qui avaient compromis sa réputation de chasteté
-auprès des savants, qui ne s'étaient pas aperçus que
-l'<i>Amant verd</i>, objet des privautés de la princesse, n'était
-pas le pauvre poète, mais un perroquet. Il la célébra encore
-dans une suite de poésies intitulées <i>la Couronne margaritique</i>,
-où l'orfévrerie &amp; les artistes ont un rôle important.
-Cette pièce n'a été publiée qu'après la mort de l'auteur<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>,
-mais, par sa composition, elle se rapporte à une
-date qui ne peut pas être éloignée des précédentes, ni
-très-postérieure à l'année 1504 où Marguerite perdit son
-mari, Philibert de Savoie. Elle est comme l'inauguration
-de son illustre veuvage.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Dans l'édition des <i>Illustrations
-de Gaule &amp; singularités de Troyes</i>.&mdash;Lyon,
-Jean de Tournes, 1549,
-in-fol.</p>
-</div>
-<p>Par <i>Couronne margaritique</i>, l'auteur entend un ouvrage
-d'orfévrerie allégorique, dont la déesse Vertu fait le plan,
-dont le portrait ou dessin est tracé par la peintresse antique
-Marcia, &amp; qui est exécuté par Mérite, orfèvre des
-dieux. Les peintres les plus fameux des Pays-Bas &amp; de la
-France viennent admirer le dessin entre les mains de Mérite,
-un orfèvre de Valenciennes, Gilles Steclin, se présente
-pour y travailler; Mérite convie également à son
-&oelig;uvre le père de celui-ci, Hans Steclin, de Cologne, &amp;
-les orfèvres les plus en renom de tous pays.</p>
-
-<p>Je me dispenserai de citer ici ce long morceau qui a été
-plusieurs fois reproduit<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, je veux seulement faire la liste
-des artistes qui y sont énumérés, en ajoutant l'interprétation
-des noms adoptés par l'écrivain qui ne sont pas tous
-connus. Voici d'abord les peintres qui sont, pour les
-premiers seulement, les mêmes que dans la <i>Plainte du désiré</i>:
-maistre Roger; Fouquet; Hugues de Gand; Johannes;
-Marmion; Dierick de Louvain, il est connu aussi
-sous le nom de Dierick, de Harlem &amp; de Stuerbout; maistre
-Hans de Bruges. Ici Lemaire ne confond plus Jean Van
-Eyck &amp; Jean Memling; par Hans de Bruges, il ne peut
-entendre, en effet, que Memling, longtemps appelé
-Hemling, &amp; désigné autrefois par le nom de maistre Hans
-dans les registres des confréries de Bruges, &amp; dans l'inventaire
-des tableaux de Marguerite d'Autriche. Maistre
-Hugues Martin, de Francfort, nous voyons ici Martin
-Schongauer, ou le beau Martin, qui eut tant d'appellations
-différentes: Hipsch, Hubsch, Bel &amp; Bellus, Schoen
-&amp; Schongauer, de Colmar, de Kalemback &amp; d'ailleurs.
-Damiens Nicolas, c'est Colin d'Amiens, peintre de
-Louis XI, en 1482<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>; maistre Loys de Tournay, celui-ci
-est resté parmi les inconnus d'une ville qui fournit
-quelques peintres à des travaux de commande locale<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.
-Baudouyn de Bailleul, c'est encore un Flamand, mais on
-ne trouve un nom pareil dans les comptes des ducs de Bourgogne
-que, vers 1420<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Lemaire le désigne comme
-<i>faisant patrons</i>, c'est-à-dire dessinateur. Jacques Lombard
-de Mons, je n'ai rien trouvé sur son compte; Lieven
-d'Anvers, celui-ci est connu comme peintre d'architecture
-&amp; de vitraux, dessinateur de gravures sur bois &amp; miniaturiste;
-il travaillait vers 1460. On l'appela aussi Lievin de
-Witt &amp; Lievin de Gand, si toutefois il n'y a pas là deux
-artistes, point qui n'est point encore éclairci<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> De Laborde, <i>les Ducs de Bourgogne</i>,
-t. <small>I</small>, p. 25.&mdash;Crowe &amp; Cavalcaselle,
-<i lang="en" xml:lang="en">The early flemish painters</i>.
-London, 1857, in-12, p. 330.&mdash;Haizen,
-<i lang="de" xml:lang="de">Archiv. für die zeichnenden
-Künste</i>, t. <small>XVI</small>, 1859, in-8.&mdash;Alvin,
-<i>Revue universelle des Arts</i>, 1859, t. <small>IX</small>,
-p. 204.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 59.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> <i lang="en" xml:lang="en">The early flemish painters</i>, London,
-1857, in-12, p. 232.&mdash;Je ne
-sais sur quel fondement M. Wauters
-l'interprète par le nom de Daret.&mdash;<i>Revue
-universelle des Arts</i>, t. <small>II</small>, 1855,
-in-8, p. 6. On trouve un peintre de
-ce nom employé par Charles-le-Téméraire
-&amp; venu de Tournay à Bruges,
-mais il a pour prénom Jacques. Document
-publié par M. Michiels, <i>Histoire
-de la peinture flamande</i>. Bruxelles,
-1845, t. <small>II</small>, p. 412.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>I</small>,
-p. 164, 172.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Passavant, <i>Recherches sur l'ancienne
-école de peinture flamande</i>.&mdash;<i>Messager
-des sciences historiques de
-Gand</i>, 1841, in-8, p. 324, &amp; 1842,
-p. 247.&mdash;<i>Des types &amp; des manières
-des maîtres graveurs</i>, <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, 1854,
-in-4, p. 152.</p>
-</div>
-<p>L'orfèvre principal, chargé du travail de la <i>Couronne
-margaritique</i>, est le Vallencelois Gilles Steclin, auquel est
-adjoint son père Hans Steclin de Colongne. Les noms de
-ces artistes ont été relevés par M. de Laborde dans les
-comptes des ducs de Bourgogne, Hance Steclin en 1438,
-Gilles Steclin en 1482<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. M. Harzen a conjecturé que
-ce dernier pouvait être le graveur connu sous le nom du
-maître de 1466, qui marquait ses estampes de cette date
-&amp; des lettres E &amp; G S, qui s'appliqueraient au prénom latin
-ou vulgaire Egidius ou Gilles, &amp; au nom de l'artiste
-Stechin ou Steclin, corruption de Stecher, orfèvre<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>. Si
-cette ingénieuse conjecture, à laquelle, pour ma part,
-je ne fais pas d'objection, était vérifiée, notre historiographe
-aurait doublement mérité de l'histoire de l'art en
-signalant, entre les orfèvres des Pays-Bas, celui qui devait,
-par ses estampes, vivre plus longtemps qu'aucun autre,
-bien qu'il ne fût alors plus connu par ses orfévreries.
-Voici les noms des autres orfèvres à l'approbation desquels
-Mérite soumet ensuite le portrait de sa couronne. On y
-voit des artistes de provinces fort diverses; un seul est
-célèbre, les autres n'auront pas d'autre souvenir que celui
-qu'a bien voulu leur octroyer le poète: Adrien Mangot,
-de Tours<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>; Romain Christophe Hiérémie; il ne faut
-pas voir là trois noms, comme l'indiquent quelques commentateurs,
-mais un seul artiste, Cristoforo Geremia ou
-Hieremia, qui était de Rome, orfèvre-ciseleur, &amp; qui travaillait
-vers 1470<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>; Donatel de Florence; Petit Antoine
-de Bourdeaux; Jean de Nimègue; Robert Lenoble,
-Bourguignon<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>; Margeric d'Avignon; Corneille, Gantois;
-Jean de Rouen.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>I</small>,
-p. 360, 534.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <span lang="de" xml:lang="de">Einige Worte über den sogenannten
-«Meister von 1466». <i>Archiv. für
-die zeichnenden Künste</i></span>, V. 1859, in-8.&mdash;Quelques
-notes sur le maître de
-1466, trad. &amp; annot. par M. Alvin,
-<i>Revue universelle des Arts</i>, t. <small>IX</small>, 1859,
-in-8.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Il était orfèvre de Louis XI en
-1474, &amp; travailla par l'ordre du roi à
-une châsse de Saint-Martin de Tours.
-<i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 58.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Zani, <i lang="it" xml:lang="it">Enciclopedia delle belle
-arti</i>, P. 1, t. <small>IX</small>, p. 349.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 60.</p>
-</div>
-<p>La fiction de la <i>Couronne margaritique</i>, toute d'apothéose,
-ne mentionne que des artistes morts à l'époque
-où écrivait le poète. C'est pour cela qu'il n'y a pas nommé
-Jehan de Paris, &amp; non pas par ingratitude, comme on l'en
-a accusé<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>: On va voir que celui-ci tint toujours une
-place considérable dans ses ouvrages; mais rassemblons
-d'abord nos renseignements historiques sur le peintre.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 186.</p>
-</div>
-<p>On rencontre le nom de Jehan de Paris, en 1483, dans
-la fourrière de la reine Charlotte, femme de Louis XI.
-Il a le titre de varlet de chambre, &amp; il est là en compagnie
-de plusieurs artistes: Martin Lailly, libraire; Anthoine
-Legru, joueur de luth; Lambert Dufey, orfèvre, tous aux
-gages de six vingts livres<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Godefroy, <i>Histoire de Charles
-VIII</i>. Paris, 1684, in-fol., page
-366.</p>
-</div>
-<p>Cependant il n'est pas certain que ce soit là notre artiste.
-Le nom de Jehan de Paris a été porté par d'autres
-avant lui, sans compter le héros de la <i>Bibliothèque bleue</i>,
-&amp; celui dont Rabelais a fait dans son Enfer un gresseur
-de bottes. En 1455, il était déjà parmi les gens &amp; officiers
-du duc d'Orléans<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. D'un autre côté, on ne le
-trouve pas sur les listes que nous avons des officiers de la
-maison de Charles VIII en 1490. M. de Laborde ne l'a
-pas trouvé non plus dans les comptes de cette époque<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>.
-Bien que Jehan de Paris soit considéré avec raison comme
-l'un des quatre grands peintres primitifs, &amp; mis en parallèle
-avec Fouquet, Lichtemon &amp; Bourdichon; bien qu'il
-soit qualifié du titre de peintre de Charles VIII, &amp; cité
-comme tel dans les <i>Contes de la reine de Navarre</i>, ce n'est
-qu'à Lyon qu'on voit commencer sa carrière.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Les Ducs de Bourgogne</i>, t. <small>III</small>,
-page 372.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, page 183.</p>
-</div>
-<p>Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal
-chargé par la ville de Lyon des travaux de décoration
-&amp; de représentation pour l'entrée de Charles VIII; on
-en a récemment trouvé, dans les archives de la ville<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>,
-les comptes écrits &amp; signés de sa main. On voit par ces
-comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons &amp; rhétorique
-des histoires qui furent représentées, &amp; que d'autres
-peintres nommés Dominique, Jacques le Catelan &amp;
-Philipeaux y avaient aussi besogné à des ouvrages qui ne
-seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres. Ils reçoivent
-salaire pour avoir monté un lion dans un grand tupin
-de terre, &amp; avoir ensuite assorti le poil &amp; les peaux
-dudit lion; pour avoir fait des costumes: une robe pour
-le Soleil, deux habits pour le berger &amp; France; &amp; même
-pour avoir rempli des rôles: saint Michel, le Serpent, le
-Diable; «celui qui fit le Diable &amp; qui cuida brûler,»
-Jacques le Catelan besongna à la cité de Jérusalem &amp;
-peignit l'eschaffaut de la place de l'Herberie.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> M. Rolle, archiviste-adjoint,
-qui se propose de les publier, a bien
-voulu m'en communiquer des extraits
-&amp; me donner le fac-simile de la signature
-du peintre, que l'on trouvera
-ici.</p>
-</div>
-<div class="c"><img src="images/illu8.png" alt="[Illustration]" /></div>
-<p>En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal
-de l'entrée du roi &amp; de la reine Anne de Bretagne à
-Lyon. Les comptes en existent encore dans les archives
-de la ville.</p>
-
-<p>Dans les histoires ou mystères représentés à cette occasion,
-c'est un auteur, maître Anthoine Chevalet, qui avait
-composé la poésie &amp; versification<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>; M. Péricaud a conjecturé
-que le sujet de ces mystères était l'histoire de saint
-Christophe, parce que Chevalet composa un mystère sous
-ce titre, qui fut représenté &amp; imprimé plus tard à Grenoble.
-Mais les mystères dont il s'agit ici ne sont, selon
-toute apparence, que des suites de tableaux peints sur des
-rouleaux de toile ou de papier, &amp; accompagnés de légendes
-versifiées, que l'on dressait à certaines places, dans
-les entrées solennelles, &amp; qui sont appelés par les chroniqueurs
-mystères sur échaffauts. Ils étaient mêlés aussi de
-représentations plus réelles, où des personnes vivantes,
-de belles demoiselles de la ville venaient représenter des
-personnages allégoriques, &amp; réciter aux royaux assistants
-les dictons versifiés en leur honneur. Le peintre intervenait
-même pour ordonner leurs habillements. Mais il ne
-s'agit point encore ici de mystères joués sur une scène par
-des acteurs. C'est après ces travaux que Jehan de Paris
-paraît attaché au service du roi comme varlet de chambre
-&amp; compris dans sa chirurgie<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. A ce titre, il fut
-exempté de toutes tailles &amp; subsides dans la ville. Il
-voyagea avec la cour en Italie; il séjourna à Amboise, en
-revenant souvent à Lyon, où le roi était fort attiré,
-comme on sait, par la bonne grâce des dames lyonnaises<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <i>Bibliographie lyonnaise du quinzième
-siècle</i>, par M. Péricaud. Lyon,
-1851, in-8, p. 9.&mdash;3<sup>e</sup> partie, Lyon,
-1853, in-8, p. 20.&mdash;<i>Notice sur
-Jehan Perreal</i>. Lyon 1858, in-8.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> L'état des officiers de la maison
-de Charles VIII en 1495 porte au
-nombre des chirurgiens Jean Bricet,
-dit de Paris. <i>Histoire de Charles VIII</i>,
-p. 705.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Histoire veritable de la ville de
-Lyon</i>, par Claude de Rubys. Lyon,
-1604, in-fol., p. 348.</p>
-</div>
-<p>En 1496, Jehan de Paris est le premier signataire des
-statuts de la corporation des peintres, tailleurs d'images
-&amp; verriers de Lyon, qui furent confirmés par ordonnance
-royale<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>, &amp; qui sont le document de ce genre le plus
-explicite que nous ayons pour le quinzième siècle. Nous
-verrons qu'il n'est pas le seul artiste distingué qui figurât
-dans cette corporation.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>Ordonnances des rois de France</i>,
-t. <small>XX</small>, p. 570.&mdash;<i>Histoire des anciennes
-corporations d'arts &amp; métiers</i>, par
-Ouin Lacroix. Rouen, 1850, in-8,
-p. 741.</p>
-</div>
-<p>Anne de Bretagne fit une seconde entrée à Lyon en
-avril 1499. Les comptes de cette entrée, qui ont été conservés
-dans le recueil des manuscrits de Guichenon<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>,
-nous donnent d'abord les noms des artistes qui firent la
-belle médaille à l'effigie du roi &amp; de la reine: <i lang="la" xml:lang="la">Lugdunensi
-Republica gaudente bis Anna regnante benigne sic fui conflata
-1499</i>; ils s'y montrent les rivaux de Pisano &amp; de Sperandro.
-Ce sont maistre Nicolas Leclerc, tailleur d'Ymages,
-&amp; Jean de Saint-Priest<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a> «pour la taille &amp; façon
-des pourtraicts &amp; molles faits pour la médaille,» &amp; Jehan
-Lepère, orfèvre, pour les pièces en or, en argent, en cuivre
-&amp; en plomb qui en furent fondues. Ils nous donnent
-ensuite le poète qui fit la rhétorique des personnages &amp;
-mystères de l'entrée, Jenin de Beaujeu; les ouvriers qui
-dressèrent les échafauds &amp; les tapisseries &amp; arrangèrent les
-chapelles; ceux qui habillèrent les jeunes filles chargées
-d'y représenter les sibylles; le carrier Pierre Gayen &amp;
-l'écrivain maistre Yvonnet, qui avaient fait sur des
-feuilles de papier collé les <i>chappeaux de buys</i>, les <i>roleaux</i>
-ou <i>rollets</i> ornés de devises &amp; d'hermines que portaient
-ces sibylles, &amp; qu'elles débitaient au passage de la
-reine.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <i>Recueil de pièces curieuses pour
-servir à l'histoire</i>, 1661, 34 vol. in-fol.,
-t. <small>XXXI</small>, n<sup>o</sup> 85; Bibliothèque de
-la Faculté de médecine de Montpellier.
-Cette liasse de 34 pièces est en grande
-partie publiée par M. G. de Soultrait,&mdash;<i>Revue
-numismatique</i>, année 1855,
-in-8, p. 48, &amp; <i>Revue du Lyonnais</i>, année
-1857, in-8, p. 105 à 129.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Ces noms, que M. de Soultrait
-a vainement cherchés dans les ouvrages
-sur les médaillistes du moyen-âge,
-se trouvent dans les statuts des peintres
-de Lyon de 1496.</p>
-</div>
-<p>Ils donnent enfin le nom du peintre qui avait donné
-le dessin de ces rollets des sibylles &amp; qui en acheva
-l'ornementation: «Maistre Jehan, le peintre, &amp; son vallet,
-pour les avoir arrondis de coleurs trassez &amp; coppez.»</p>
-
-<p>Beaucoup mieux que dans les relations officielles des
-Entrées royales imprimées au seizième siècle, on voit
-dans ces menus devis de costumiers la mise en scène des
-mystères sur échafauds par l'intervention enchevêtrée des
-artistes gothiques. La part y est bien faite au cartier, à
-l'écrivain, au peintre.</p>
-
-<p>Celui-ci, qui ne peut être que Jehan de Paris, a de plus
-signalé sa présence par une circonstance rare qui n'a point
-encore été remarquée: au dos d'un de ses comptes, il a
-griffonné à la plume deux petites têtes &amp; un mascaron,
-distraction d'artiste qui reste précieuse pour sa promptitude;
-on en jugera par ce fac-simile:</p>
-
-<div class="c"><img src="images/illu9.png" alt="[Illustration]" /></div>
-<p>Ces griffonnages étaient si bien dans les habitudes
-du peintre, qu'on en a trouvé un autre exemple dans les
-comptes de 1493, où M. l'archiviste-adjoint a relevé le
-dessin d'une botte dans son étrier &amp; ses éperons.</p>
-
-<p>Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put
-faire Jehan de Paris à la suite de Charles VIII en Italie;
-mais les livres gros &amp; petits imprimés sur cette campagne,
-depuis le <i>Vergier d'honneur</i>, d'André Delavigne, jusqu'aux
-<i>Nouvelles du Roy en sa ville de Naples</i>, contiennent des
-gravures sur bois, où plusieurs sujets ont assez d'actualité
-pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins. J'essaierai
-ailleurs d'en donner une indication plus précise; on doit
-encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent
-les petits livres publiés sur la mort de Charles VIII,
-l'avénement de Louis XII, son sacre à Reims, son entrée
-à Paris, &amp; ses <i>Nouvelles de Milan</i>. Le chroniqueur «qui
-suivoit la cour de Louis XII pour savoir des nouvelles &amp;
-icelles rediger par écrit,» nous a parlé d'un de ses ouvrages<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.
-On racontait à Milan, en 1501, qu'il était né un
-enfant monstrueux qui avait deux visages avec un membre
-viril au front &amp; au menton. On avait voulu étouffer le fait
-avec l'enfant, mais les matrones l'ébruitèrent; les grands
-clercs, consultés, en donnèrent une explication plus morale
-que congrue: «Or, avoit Jehan de Paris pourtrait la figure
-du dit monstre après le naturel, laquelle montra au roi &amp;
-à plusieurs autres, desquels je fus.» Nos anciens artistes
-saisissaient volontiers les occasions d'étudier la nature,
-même dans ses écarts, &amp; de servir la curiosité publique.
-On connaît de ces monstres plusieurs gravures italiennes
-&amp; allemandes. Notre Français se rencontra ici avec un
-peintre de grand nom. Léonard de Vinci, selon le témoignage
-de Lomazzo<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>, fit aussi à Milan le dessin d'un enfant
-monstrueux. La description qu'il en donne se rapporte
-trop bien à celle de Jean d'Auton pour qu'on ne
-puisse douter que ce ne soit le même que dessina Jehan
-de Paris.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Chroniques de Jean d'Auton</i>,
-publiées par M. P. Lacroix. Paris,
-Techener, 4 vol. in-8, t. <small>I</small>, p. 326.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i lang="it" xml:lang="it">Tractato dell' arte della pittura</i>.
-<span lang="it" xml:lang="it">Milano</span>, 1585, in-4, p. 637.</p>
-</div>
-<p>Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait
-suivi Charles VIII, &amp; il y a lieu de lui faire une grande
-part dans les gravures qui accompagnèrent les livrets publiés
-sur cette campagne. On en signale dans les <i>Lettres
-nouvelles de Milan</i><a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, imprimées vers 1500 avec des vers
-de Pierre Gringore.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Manuel du Libraire</i>, t. <small>II</small>, p. 462
-&amp;. t. <small>III</small>, p. 114.</p>
-</div>
-<p>Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore
-ici de Jean Lemaire. Il avait commencé, étant encore
-au service de Marguerite d'Autriche, la publication de
-son livre fabuleux, historique &amp; poétique, intitulé <i>les
-Illustrations de Gaule &amp; singularités de Troye</i><a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, &amp; il le
-poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne,
-avec les mêmes qualités de secrétaire indiciaire &amp; historiographe.
-C'est là qu'avec les dédicaces aux deux princesses
-&amp; avec les poésies en leur honneur, se trouvent les
-épîtres à maistre Jehan Perreal de Paris, painctre &amp; varlet
-de chambre ordinaire du roi, qu'il appelle son singulier
-patron &amp; protecteur, son chier ami, le bon ami du roi,
-&amp; notre second Zeuxis en paincture. L'auteur n'y fait aucune
-allusion aux figures qui décorent son livre, si ce n'est
-pour dire qu'elles sont bien nécessaires à son propos, mais
-on peut bien soupçonner que le cher artiste n'y fut pas
-tout à fait étranger; leur publication, presque simultanée
-à Lyon &amp; à Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures
-consistent en sept planches, dont deux ne sont
-qu'une répétition agrandie, auxquelles viennent s'ajouter
-les marques des imprimeurs dans les diverses éditions.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> La première édition fut donnée
-à Lyon par Etienne Baland, avec un
-privilége du roi daté de Lyon 1509,
-une dédicace à Marguerite d'Autriche,
-&amp; une épître à Jehan Perreal datée de
-1510. La seconde fut imprimée à Paris
-pour maistre Jean Lemaire, indiciaire
-&amp; historiographe de la royne,
-par Geoffroy de Marnef, 1512 &amp; 1513.
-Il y en eut d'autres en 1525, 1528 &amp;
-1529 avec les mêmes planches reproduites
-ou copiées.</p>
-</div>
-<p>Les <i>armoiries de l'auteur</i> fort compliquées avec sa devise:
-<i>De peu assez</i>.</p>
-
-<p>Les <i>armoiries d'Anne de Bretagne</i>, écus accolés de France
-&amp; de Bretagne au-dessus d'un pré où broutent des vaches,
-avec la devise: <i lang="la" xml:lang="la">Vivite felices</i>.</p>
-
-<p><i>Noé ou Janus &amp; Titea sa femme, réparateurs du genre
-humain</i>, dans un navire.</p>
-
-<p><i>Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, &amp; Araxa,
-reine de Scythie, demi-femme &amp; demi-serpent</i>, représentations
-appropriées aux premiers chapitres du texte.</p>
-
-<p>Les <i>armoiries de Marguerite d'Autriche</i> avec sa devise:
-<i>Fortune infortune fors une</i>.</p>
-
-<p>Ces planches sont gravées avec régularité &amp; fermeté
-sans trop de pesanteur, bien que les détails y soient crument
-exprimés. Le dessin indique une manière sage, où
-le plus gros des façons italiennes est déjà imité. La plus
-remarquable par la composition &amp; par la taille, est celle
-qui fut ajoutée à l'édition de Marnef. On y voit représentée
-la reine Anne sur son trône, à l'angle d'une enceinte
-formée de panneaux &amp; d'un terrain fleuri; devant
-la reine, s'ébattent trois demoiselles, &amp;, à ses pieds, est
-la figure de la Puissance accompagnée d'un ange qui lui
-présente un livre. La reine est accoutrée à l'antique, avec
-les cheveux épars &amp; la couronne sur la tête. Le caractère
-tout païen de la composition est encore marqué par le
-Mercure gaulois qui figure dans le fond, &amp; par l'inscription
-au devant du trône <span class="small" lang="la" xml:lang="la">DIVE IVNONI ARMORICE SACRVM</span>.
-Les miniaturistes n'avaient guère représenté la reine Anne
-que devant son prie-dieu; les graveurs sur bois la représentèrent
-en Junon. C'est sous son règne que la Renaissance
-avait fait son plus grand mouvement, &amp; Jehan de Paris
-en avait été l'un des plus actifs promoteurs; ce ne peut
-être que lui, attaché plus particulièrement à la reine
-comme valet de chambre &amp; garde de la vaisselle<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, ami
-&amp; patron de son historiographe, qui a donné le dessin de
-cette apothéose. Nous verrons que ce n'est pas le seul
-portrait d'elle qu'il eut à faire.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>La Renaissance des Arts</i>. Additions au t. <small>I</small>, p. 748.</p>
-</div>
-<p>A la suite des <i>Illustrations de Gaule</i> parurent chez Geoffroy
-de Marnef d'autres opuscules, en prose &amp; en vers, de
-Jehan Lemaire, &amp; c'est dans l'épître qui accompagne l'un
-de ces opuscules, <i>la Légende des Vénitiens</i>, factum en faveur
-de la ligue de Cambrai, que ce lisent les détails les
-plus intéressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte
-les travaux en Italie à la suite du roi. «De sa main mercuriale
-il a satisfait par grant industrie à la curiosité de son
-office &amp; à la récréation des yeux de sa très chrétienne Majesté,
-en paignant &amp; représentant à la propre existence,
-tant artificielle comme naturelle, dont il surpasse aujourd'hui
-tous les citramountains, les cités, les villes, chasteaux
-de la conqueste &amp; l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves,
-l'inégalité des montaignes, la planure du territoire,
-l'ordre &amp; le désordre de la bataille, l'horreur des gisans
-en occision sanguinolente, la misérableté des mutilés nagans
-entre mort &amp; vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur &amp;
-impétuosité des vainqueurs, &amp; l'exaltation &amp; hilarité des
-triomphans; &amp; se les ymaiges &amp; painctures sont muettes,
-il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant
-&amp; suaviloquente. Par quoy à son prochain retour,
-nous envoyant ses belles &oelig;uvres, ou escoutant sa vive
-voix, ferons accroire à nous mêmes avoir été présens à
-tout.»</p>
-
-<p>En rapportant cette description des tableaux &amp; des
-dessins de Jehan de Paris, M. de Laborde a pensé qu'ils
-avaient été sans doute utilisés par les sculpteurs du tombeau
-de Louis XII<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. On sait, en effet, que Jehan Juste
-en exécutant ce monument, en 1518, avait placé au soubassement
-des bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII
-à Milan, le passage des montagnes de Gênes &amp; la bataille
-d'Aignadel. On sait aussi que ces sculptures étaient traitées
-à la façon des peintres, avec des plans successifs, des
-fonds, des ciels &amp; des paysages. Nous avons indiqué,
-d'un autre côté, les livres d'histoire &amp; de nouvelles où se
-trouvent des planches de batailles &amp; de siéges, qui, dans
-leurs petites proportions, se rapportent à peu près aux
-descriptions de l'auteur. Il ne nous manque qu'un fil pour
-en faire une attribution plus précise.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 186.</p>
-</div>
-<p>L'entreprise la plus considérable à laquelle Jehan de
-Paris fut appelé à prendre part, est l'église de Brou. Il résulte
-de lettres &amp; de documents récemment découverts<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>,
-qu'il fut le premier architecte de cet édifice, l'un des derniers
-bijoux de l'art gothique. Recommandé par Lemaire
-à Marguerite d'Autriche lorsqu'elle voulut honorer la sépulture
-de son mari par un monument somptueux, il fournit,
-de 1506 à 1511, les plans de l'église, les modèles
-des statues, les ordonnances, portraits &amp; tableaux d'après
-lesquels travaillèrent les plus habiles artistes: Michiel Coulombe,
-tailleur d'ymaiges du roi Louis XII, &amp; ses neveux,
-Guillaume Regnault, aussi tailleur d'ymaiges; François
-Coulombe, enlumineur, son disciple; Jehan de Chartres,
-tailleur d'ymaiges de la duchesse de Bourbon, &amp; d'autres
-tels que maistre Henriet, maistre Jehan de Lorraine<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Lettres trouvées par M. Leglay
-dans les archives du département du
-Nord, <i>Analectes historiques</i>. Paris &amp;
-Lille, 1838, in-8. Lettre mentionnée
-par M. Bernard: <i>Geoffroy Tory</i>. Paris,
-1857, in-8, p. 35.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Marché publié, par M. de Laborde.
-<i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 187.</p>
-</div>
-<p>Dans un écrit de Michiel Coulombe lui-même, daté
-de 1511, accusant divers reçus de Jehan Lemaire, &amp; donnant
-des détails précieux sur la sépulture du duc Philibert
-de Savoie, mari de Marguerite, duchesse de Bourgogne,
-on voit que cet artiste se servait des belles ordonnances,
-des portraits &amp; des tableaux faits de la main de Jehan
-Perreal de Paris, d'après lesquels il travaillait lui &amp; ses
-neveux à ses ouvrages de sculpture<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Ecrit publié par M. Leglay,
-<i>Analectes historiques</i>, p. 13.</p>
-</div>
-<p>Malheureusement il perdit ensuite la faveur de Marguerite,
-auprès de qui Lemaire ne pouvait plus l'appuyer, &amp;
-il fut supplanté, en 1513, dans la direction des travaux
-de Brou par un architecte belge, Louis Van Bughen. Celui-ci
-apporta beaucoup de modifications aux plans primitifs,
-&amp; y employa beaucoup d'ouvriers de son pays<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.
-Le monument aurait été certainement d'un style plus italianisé
-si les projets de l'architecte français avaient été
-suivis.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Histoire de l'église de Brou</i>, par
-M. Jules Baux. Lyon, 1854, in-8,
-p. 188.</p>
-</div>
-<p>A la mort d'Anne de Bretagne, en 1513, Jehan de
-Paris fut chargé des travaux de peinture usités en ces circonstances.
-Dans la <i>Commémoration</i> &amp; la complaincte publiées
-sur cette mort par le hérault d'armes Bretaigne<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>,
-il est cité deux fois: d'abord comme l'un de ceux qui, à
-Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine,
-&amp;, ensuite, pour avoir besoingné à la saincte &amp; remembrance
-faicte près du vif après la face de la reine, qui à
-Paris fut portée sur un drap d'or par les quatre présidents
-de la cour. Chaque fois le narrateur ajoute qu'il ouvra
-moult à toutes les affaires de la conduite de la reine défunte,
-de Blois, à Paris. Les manuscrits qui ont été conservés
-de cette <i>Commémoration</i> contiennent une dizaine
-de miniatures, où l'on peut prendre une idée de ces représentations
-funéraires. On y voit le corps de la reine
-exposé en son lit de parement, la face découverte, dans
-la salle d'honneur du château de Blois, entourée des principaux
-assistants, sa mise au cercueil, le lit posé dans la
-salle de deuil &amp; dans l'église Saint-Sauveur hors du château;
-puis le corps de la reine porté en l'église de Paris
-par les quatre présidents, &amp; le c&oelig;ur d'or émaillé contenant
-son c&oelig;ur, exposé dans la chapelle ardente. Il n'y a
-pour tout mérite dans ces miniatures qu'une certaine vérité
-de physionomie &amp; de costume; elles sont d'une pratique
-trop dégradée pour qu'on y reconnaisse la main du
-peintre en titre de ces funérailles; on peut y reconnaître
-cependant des réductions faites à la grosse des patrons qu'il
-avait exécutés.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Commémoration &amp; advertissement
-de la mort de très-chrétienne&hellip;
-Madame Anne, deux fois reine de
-France&hellip; &amp; complaincte que fait Bretaigne
-son premier hérault. Manuscrits
-de la Bibliothèque nat. Il y en a
-six exemplaires (n<sup>os</sup> 9709, 9710, 9711,
-9712, 9713, 1 &amp; 2) qui reproduisent
-avec peu de différences d'exécution
-dans leurs miniatures, au nombre
-d'une dizaine, les mêmes représentations.
-Les plus soignés sont les numéros
-9709 &amp; 9711; le texte de cette
-relation a été publié par MM. Merlet
-&amp; de Gombert. Paris, Aubry, 1858,
-pet. in-8. (<i>Trésor des p. rares &amp; inéd.</i>)</p>
-</div>
-<p>D'après les comptes de la cour qui nous restent, le peintre
-du roi paraît employé à des travaux fort divers &amp; plus
-humbles que ceux que nous venons de voir. Au second
-mariage de Louis XII, en 1514, il eut la direction des
-cousturiers chargés d'accoutrer à la mode de France la
-nouvelle reine, Marie d'Angleterre. Aux obsèques du roi,
-qui vinrent l'année d'après, il fit «la peinterie &amp; l'armoirie
-des écussons avec ordre, couronne &amp; timbre<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.»
-Nous pouvons prendre quelque idée de la manière dont
-ces costumes &amp; ces peinteries étaient arrangés, dans les
-planches qui accompagnent les livrets des <i>Entrées de
-Marie d'Angleterre</i><a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> &amp; de l'<i>Obsèque du feu roy Loys
-douzième</i><a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>. Dans une <i>Epître consolatoire</i> sur la mort du
-roi, adressée à Marie d'Angleterre par le révérend docteur
-Moncetto de Castillione<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, imprimée par Henri Estienne
-en 1515, se trouve un portrait de la reine qui sort de la
-routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait
-l'original s'était inspiré de ces portraits de Milanaises que
-l'on trouve gravés dans l'école de Léonard de Vinci. La
-tête, bien que dessinée avec trop de sécheresse, &amp; une
-pratique éloignée du naturel, n'est pas sans agrément; les
-lisses de la chevelure relevés de passefillons, la coiffe &amp;
-le chaperon jetés en arrière &amp; arrondis en diadème de
-passementerie &amp; de joyaux, le buste décolleté jusqu'à la
-moitié du sein, orné d'un collier; n'est-ce point la mode
-que Jehan Perreal était allé donner aux cousturiers de la
-reine? En plaçant son portrait ainsi arrangé dans un livre
-qui célèbre sa douleur de veuve, le graveur s'excuse de
-lui laisser un air aussi mondain. Marie, la reine blanche
-de France, n'est point ainsi, dit-il; elle aurait dû être
-peinte en habits de deuil, mais le peintre ne l'avait pas
-vue en noir.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>La Renaissance</i>, t. <small>I</small>, p. 188,
-190, 191.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Entrées de Marie d'Angleterre
-à Abbeville &amp; à Paris</i>, publiées par
-M. Cocheris. Paris, Aubry, 1859,
-in-12.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <i>Obsèques du feu roi Loys douzième
-de ce nom</i>, petit in-8.&mdash;Brunet,
-<i>Manuel du libraire</i>, t. <small>III</small>, p. 544.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Epistola consolatoria de morte
-Ludovici XII per modum dyalogi, edita
-a magistro Joanne Benedicto Moncetto
-de Castellione aretino&hellip; in ædibus
-Henrici Stephani, chalcographiæ artis
-peritissimi regione schole decretorum
-moram trahentis</i>. M.D.XV. Pet. in-4,
-16 f.</p>
-</div>
-<p id="page_25"><i lang="la" xml:lang="la">Maria Francorum alba regina non sic. Sed pullata depingenda
-veniebat verum hanc atratam pictor non viderat.</i> Ces
-mots sont écrits en deux lignes en marge de la planche,
-dont la taille décèle dans sa sobriété beaucoup d'habitude
-de main. On l'a suivie d'aussi près qu'on l'a pu dans la
-copie qui en est donnée en tête de cette brochure.</p>
-
-<p>En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estienne,
-je me suis demandé si cet imprimeur, le chef de l'illustre
-famille des Estienne, qui se qualifie de très-habile dans
-l'art chalcographique, n'employa pas dans d'autres livres
-des planches dont le dessin viendrait de la même source,
-&amp; j'en ai trouvé quelques-unes qui se rapprochent de
-celles des Heures, &amp; d'autres qui méritent d'être remarquées<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.
-Ce sont des titres à encadrements qui ne sont
-pas sans analogie avec ce qui précède. Des entrelacements
-de méandres compliqués de couronnes &amp; de fleurons, où
-jouent des enfants &amp; des anges, &amp; que surmonte l'écu de
-l'Université, des portiques historiés des figures du pape &amp;
-de l'empereur dessinées avec sûreté &amp; gravées d'une taille
-très-sobre, ressortant sur un fond criblé. Ces titres sont
-nouveaux dans l'imprimerie française, &amp; imités de ceux
-des livres de Milan &amp; de Venise; la composition en est
-encore assez distinguée pour faire supposer la main d'un
-maître. On n'en pourrait dire autant des titres dans le
-genre italien, qui s'installèrent bientôt dans les in-folios
-de tant d'autres libraires.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>De Puritate conceptionis B. M.
-Virginis libri duo, a Josse Chlictone</i>.
-Parisiis, 1513, in-4.&mdash;<i>Eusebii Cesariensis
-episcopi chronicon</i>. Parisiis, 1518,
-in-4.&mdash;<i>Promptuarium divini juris &amp;
-utriusque humani a Joanne Montholonio</i>.
-Parisiis, 1520, in-fol.</span></p>
-</div>
-<p>Jehan Perreal, dit de Paris, est porté sur les comptes, pour
-la dernière fois, en 1522, mais nous apprenons par d'autres
-documents qu'il eut une commission à Lyon en 1525,
-&amp; qu'il vivait encore en 1527<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>; il mourut bientôt après
-cette époque. D'autres poètes que Lemaire cite avaient
-été les amis de notre peintre &amp; l'ont invoqué dans leurs
-vers. Guillaume Cretin le met en compagnie des célébrités
-qu'il appelle, après les muses, au secours de sa verve
-en défaut<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>. Marot a honoré sa mort dans un rondeau,
-où nous apprenons qu'il avait des s&oelig;urs adonnées aussi
-à la peinture:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pleurez l'amy Perreal qui est mort&hellip;</div>
-<div class="verse">Et vous ses s&oelig;urs dont maint beau tableau sort</div>
-<div class="verse">Praindre vous faut pleurantes son grief sort<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Bréghot du Lut. <i>Mélanges biographiques
-&amp; littéraires</i>. Lyon, 1828,
-in-8, p. 335.&mdash;Péricaud, <i>Notice sur
-Jehan Perreal</i>, p. 6.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Secourez-moi &amp; Bigne &amp; Villebresme</div>
-<div class="verse">Jehan de Paris, Marot &amp; de La Vigne</div>
-<div class="verse">Je ne puis plus à peine escryre ligne.</div>
-</div>
-
-<p>(Complainte sur la mort de Guillaume
-Bissipat.)</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> <i>&OElig;uvres de Clément Marot</i>.
-t. <small>II</small>, p. 385. La Haye, 1731, 6 vol.
-in-12. On ne connaît pas précisément
-l'époque de ce vingt-sixième rondeau:
-Aux amys &amp; s&oelig;urs de feu Claude Perreal,
-Lyonnois. Il est placé, par les
-éditeurs, de 1525 à 1529. M. de Laborde,
-qui l'a cité dans la <i>Renaissance</i>,
-a déjà remarqué qu'il ne pouvait
-s'appliquer qu'à Jehan Perreal, &amp; que
-le prénom de Claude n'était qu'une
-faute de copiste.</p>
-</div>
-<p>A-t-il pu être oublié dans la liste rimée que le chanoine
-Pelerin donna en 1521 dans sa <i>Perspective artificielle</i>? Pour
-ne pas le croire, je me décide à l'y trouver sous le nom
-altéré de Jehan Joly. Quelque éloignée que soit cette interprétation,
-on n'en trouve pas de meilleure; elle n'a
-rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes
-beaucoup plus fantasque que celles que nous avons vues,
-&amp; dont personne n'a donné encore la restitution<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> La dernière mention qui est
-faite de cette liste dans les <i>Archives
-de l'Art français</i>, t. <small>VI</small>, p. 65, indique
-les auteurs qui l'avaient déjà reproduite,
-MM. Paul Lacroix, de Chennevieres,
-de Laborde, sans en aborder
-le commentaire. Je l'essaierai ailleurs
-en traitant des livres à gravures sur
-bois de la Lorraine.</p>
-</div>
-<p>Un dernier témoignage, le plus glorieux, est venu de
-Geoffroy Tory. Quand cet excellent artiste composa son
-<i>Champfleury</i>, parmi ses lettres à imitation du corps humain,
-il plaça un I &amp; un K, avec des jambages figurés par un
-homme les bras &amp; les jambes écartés, dont le dessin lui
-avait été donné par Perreal. «Figure que j'ay faicte, dit-il,
-après celle que ung mien seigneur &amp; bon amy Jehan
-Perreal autrement dit Jehan de Paris, varlet de chambre
-&amp; excellent peintre des rois Charles huitiesme, Louis
-douziesme &amp; François premier, m'a communiquée &amp;
-baillée moult bien pourtraicte de sa main<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.» Comme
-ces lettres ressemblent à plusieurs autres qui se trouvent
-dans l'ouvrage, notamment au deuxième livre, M. Bernard
-a pensé que Perreal avait fourni la majeure partie de
-ces dessins, &amp;, partant, qu'il avait été le maître de Tory<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.
-Le graveur emprunta des dessins à d'autres, tels que
-Simon du Mans, qu'il nomme au commencement de son
-livre, &amp; auquel il paraît autant attaché qu'à Perreal, mais
-il était lui-même bon dessinateur &amp; il ne fit pour son livre
-que des emprunts très-partiels. A les regarder de près,
-les figures de Perreal que nous avons citées se distinguent
-de la plupart des autres par un dessin plus modéré. En
-les prenant pour terme de comparaison, il n'est pas aussi
-facile que l'a cru M. Bernard de lui attribuer certaines
-planches des Henry de Vostre &amp; de Tory<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>. Ici, plus
-encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Champfleury</i>, à Paris, sur le
-Petit-Pont, à l'enseigne du <i>Pot-Cassé</i>,
-in-fol. (1529), p. <small>XXXVIII</small>, v<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Geoffroy Tory</i>, par M. Bernard.
-Paris, 1857, in-8, p. 11, 20, 34.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 114.</p>
-</div>
-<p>Les Heures de Simon Vostre, dans les éditions à calendrier
-de 1507, montrent, par les grands sujets de leurs
-planches comme par leurs encadrements, un changement
-de manière qui est, m'a-t-il semblé, le troisième dans le
-développement compliqué de leur ornementation. Ce
-changement est surtout indiqué par une imitation italienne
-dans les édifices &amp; dans les figures. Jehan de Paris
-ne fut certainement pas étranger à cette évolution de
-nos graveurs d'Heures; j'y reconnaîtrais d'autant plus sa
-main, que la manière en est encore modérée. Elle fut
-remplacée bientôt par une manière d'imitation italienne
-beaucoup plus intense. On en juge par les mêmes Heures
-où les trois planches signées d'un G &amp; attribuées avec
-raison à Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui diffère des
-précédentes &amp; innove encore sur toutes celles qu'on
-rencontre dans les Heures de Vostre. Il nous paraît
-donc impossible de suivre plus loin M. Bernard<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, lorsqu'il
-attribue à Perreal des vignettes qui sont prises dans
-les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui sont d'une façon
-tout à fait différente. Dans l'histoire des anciens artistes,
-que nous réédifions avec peine mais avec passion,
-il y a quelque chose de plus triste que l'ignorance où nous
-sommes réduits souvent des &oelig;uvres véritables: c'est la
-méprise à laquelle nous sommes exposés des &oelig;uvres apocryphes.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <i>Geoffroy Tory</i>, p. 139.</p>
-</div>
-<p>Les ambiguités où nous restons touchant les &oelig;uvres
-de Jehan de Paris seraient fort réduites, si l'on pouvait
-fixer sa manière d'après quelque tableau. On lui attribue
-quelquefois un tableau du musée de Cluny, la <i>Messe de
-saint Grégoire</i>, dyptique avec trois donateurs sous la protection
-de saint Jean-Baptiste &amp; trois donatrices sous la
-protection de sainte Geneviève, dans les volets de gauche
-&amp; de droite. Cette peinture, avec des types ronds &amp; vulgaires,
-des tons peu harmonieux, des édifices italianisés,
-des murs de briques &amp; des toits d'ardoises très inclinés,
-appartient, en effet, à l'école française de la fin du quinzième
-siècle.</p>
-
-<div class="c"><img src="images/illu10.png" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-<div class="c"><img src="images/illu11.png" alt="" /></div>
-<h2 class="nobreak">APPENDICE<br />
-<span class="xsmall">SUR</span><br />
-<span class="small">UN TABLEAU DU MUSEE D'ANVERS REPRESENTANT LA VIERGE
-SOUS LES TRAITS D'AGNES SOREL, PEINT PAR FOUQUET.</span></h2>
-
-
-<p>Le musée d'Anvers possède, parmi les trésors de la
-salle Van Ertborn, un tableau de Jehan Fouquet de
-Tours. La chance est assez rare &amp; assez enviée par
-nous, qui n'en avons pas tout à fait autant au
-Louvre, pour qu'on veuille appeler sur ce sujet un peu plus
-de curiosité. Distraits par toutes les beautés qui garnissent
-cette salle &amp; les autres, les curieux ont dû passer souvent
-devant celle-ci sans lui rendre l'hommage dont elle est
-digne. C'est <i>la Vierge &amp; l'Enfant-Jésus</i>, du dyptique de
-Notre-Dame de Melun, dont l'autre partie, le portrait
-d'Etienne Chevalier, est à Francfort. La première fois que
-je vis ce tableau, en 1852, il n'avait été porté dans l'excellent
-Catalogue publié par le Conseil d'administration
-de l'Académie royale des Beaux-Arts, que sous le titre
-d'Ecole inconnue<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, &amp; il se trouvait placé à cette élévation
-où l'on dérobe ordinairement à la vue les pauvres
-honteux des musées. Ce n'est qu'au bout de ma lorgnette
-que j'y reconnus un maître gothique &amp; une de nos beautés
-françaises. Mieux informée depuis, l'Administration a
-donné au tableau sa véritable attribution &amp; une meilleure
-place<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>. C'est là que revoyant, en 1852, <i>la Madone
-Sorelle</i>, &amp; distinguant bien Jehan Fouquet, qui m'était
-alors un peu moins inconnu, j'ai fait v&oelig;u d'un article que
-je ne saurais mieux placer que dans le <i>Journal des Beaux-Arts</i>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Catalogue du musée d'Anvers</i>,
-n<sup>o</sup> 106.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>Cat.</i> 2<sup>e</sup> édition. 1857, n<sup>o</sup> 154.</p>
-</div>
-<p>Mon but n'est pas de revenir sur les recherches faites à
-propos de Jehan Fouquet &amp; de ses tableaux, ni sur les
-discussions soulevées par l'attribution &amp; par le sujet de
-celui-ci; les titres du dyptique de Melun, contestés d'abord
-par M. Waagen &amp; par M. Niel, ont été établis par
-MM. Eugène Grésy<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>, Léon de Laborde<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> &amp; Vallet
-de Viriville<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Recherches sur les sépultures de
-Notre-Dame de Melun</i>, 1845, in-8.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>La Renaissance des Arts à la
-cour de France, 1855</i>, in-8, p. 699
-&amp; suiv.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Revue de Paris</i>, t. <small>XXXVIII</small>.&mdash;<i>Illustration</i>,
-3 mai 1856.</p>
-</div>
-<p>Les <i>Recherches</i> de M. Grésy, publiées dès 1845, sont
-d'autant plus probantes, qu'il ne connaissait pas le tableau
-d'Anvers. Il a puisé dans une ancienne estampe une
-reproduction du dyptique qui se trouve parfaitement conforme
-au tableau, &amp; qui ne donne pas seulement la figure
-principale, comme toutes les autres reproductions peintes
-ou gravées qui en ont été faites pour répandre le portrait
-d'Agnès Sorel, mais la composition entière avec l'Enfant-Jésus
-&amp; avec l'entourage d'anges.</p>
-
-<p>Les discussions me paraissent épuisées aussi par la critique
-de M. de Laborde, qui a pu comparer le tableau d'Anvers
-avec les autres ouvrages de Fouquet, avec les crayons
-que l'on a du portrait d'Agnès Sorel &amp; avec les textes
-qui ont gardé un si vif souvenir de cette beauté célèbre.
-C'est donc hors de propos qu'en acceptant les conditions
-de M. de Laborde, le rédacteur du Catalogue d'Anvers
-s'est fait un scrupule d'admettre la véracité de la tradition
-quant au fait du portrait, &amp; s'est refusé à accuser Fouquet
-de cette grave inconvenance; l'inconvenance n'est que
-pour ceux qui veulent bien s'en scandaliser; l'habitude
-des préraphaélites était de prendre leurs modèles dans la
-réalité même, que les m&oelig;urs leur donnaient très-crument;
-l'idéal ne venait qu'après, &amp; souvent si peu intense, qu'il
-ne dissimulait rien de ces modèles réels. Aux faits qui ont
-été cités pour justifier Fouquet, j'ajouterai quelques exemples
-pris, en Italie &amp; en France, parmi des peintres venus
-avant &amp; après lui. Fra Filippo Lippi, chargé de peindre
-une <i>Nativité</i> pour les religieuses de Sainte-Catherine, à
-Prato, avait pris pour modèle une de leurs novices, Lucrezia
-Buti, que, par cette occasion, il arracha à ses devoirs<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.
-Botticello, dans un tableau peint pour l'église
-Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence, a représenté les trois
-Mages sous les traits des trois Médicis: Côme l'Ancien,
-Laurent &amp; Julien<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>. Pinturrichio avait peint, dans une
-salle du Vatican, une Madone devant laquelle Alexandre
-VI se tenait en adoration, &amp; qui n'était autre que la
-signora Giulia Farnèse<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>; enfin, il y a en Angleterre
-une peinture qui représente François I<sup>er</sup> à vingt-trois ans,
-en Jésus-Christ, avec le nimbe &amp; la croix de roseau. On
-n'a pas craint de l'attribuer à Léonard de Vinci<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, mais
-elle est sans doute de quelque peintre français placé sous
-l'influence de ce maître.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Vasari, édit. de la <i>Société des
-Amateurs des Beaux-Arts</i>. Florence,
-1848, t. <small>IV</small>, p. 14. Ce tableau est
-aujourd'hui au Louvre.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Vasari, t. <small>V</small>, p. 116.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> Vasari, t. <small>V</small>, p. 269.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> Lithographiée par Day &amp; Haghée:
-<i lang="en" xml:lang="en">Taken from the original picture
-by Leonard de Vinci in the possession
-of S. Lewis Pocock esq.</i></p>
-</div>
-<p>Cependant M. Vallet de Viriville, qui est revenu sur
-cette discussion en recherchant tout l'&oelig;uvre de Fouquet,
-n'a pas voulu reconnaître l'originalité du tableau d'Anvers;
-l'exécution lui semble trop lourde, trop vulgaire &amp;
-de tout point trop médiocre pour qu'il lui paraisse permis
-d'y reconnaître la touche si distinguée de Jehan Fouquet;
-ce ne peut être, suivant lui, qu'une copie remontant au
-seizième siècle. C'est ce jugement, trop accrédité peut-être
-par les journaux où il a été inséré, que je tiendrais
-à redresser. L'auteur nous informe qu'il a dans son cabinet
-une copie peinte à l'huile, d'après laquelle a été faite la chromolithographie
-publiée dans <i>le Moyen-Age &amp; la Renaissance</i>;
-ne serait-ce pas sur cette copie, plutôt que sur le
-tableau même qu'il aurait formé son opinion? Pour toute
-personne habituée à regarder les tableaux gothiques, à
-les aimer, jamais ouvrage ne fut mieux que celui d'Anvers,
-marqué des qualités d'un peintre original &amp; des façons
-du quinzième siècle.</p>
-
-<p>On remarquera d'abord le système de cette peinture en
-grisaille dans les chairs &amp; les draperies, à peine nuancée
-de quelques taches, rouges aux lèvres &amp; aux joues, blanches
-dans les rehauts des plis, mais relevées par les corps
-bleus &amp; rouges des anges, les dorures de la chaise &amp; des
-joyaux; ce système rappelle l'exécution de certaines miniatures
-fort connues dans l'école des miniaturistes français,
-&amp; porte un caractère hiératique qui corrige ce que
-la nudité du buste présenterait d'inconvenant. On voudra
-bien ensuite concéder au peintre sa façon de traiter les
-enfants, dont les corps &amp; les membres paraissent bourrés
-comme des poupées, &amp; lorsqu'on se sera familiarisé enfin
-avec le type de femme dont il était ici préoccupé, un front
-bombé, une ligne de nez concave, une bouche mignonne
-&amp; lippue, un menton petit, type qui a plus de réalité que
-de beauté, &amp; une réalité aussi éloignée de la nature italienne
-que de la nature flamande, la manière du peintre
-apparaîtra avec toutes ses qualités: finesse du contour,
-élégance des formes du corps, modelé des mains, résolution
-des étoffes dans les plis épais de la robe &amp; dans le
-voile léger qui recouvre la partie inférieure du front &amp;
-vient retomber sur le manteau d'hermine détaché des
-épaules. Cette manière, aussi sûre qu'originale, ne convient
-qu'à un peintre de premier ordre pour son temps &amp;
-pour son pays, tel que fut Jehan Fouquet; d'autres temps
-&amp; d'autres pays ont eu mieux, mais à chacun son lot; le
-plus heureux résultat de l'esthétique historique est de le reconnaître,
-dans le musée même où sont réunis tant de
-chefs-d'&oelig;uvre différents. A côté du <i>Calvaire</i> d'Antonello
-de Messine, &amp; des <i>Sept Sacrements</i> de Roger Van der
-Weyden; à quelques pas de l'<i>Ensevelissement du Christ</i>
-de Quentin Mathys &amp; de l'<i>Adoration des Mages</i> de Bernard
-Van Orley, de la <i>Présentation à saint Pierre</i> de Titien,
-&amp; du <i>Christ entre les deux larrons</i> de Rubens, il y a
-encore dans la <i>Madone</i> du peintre gothique de Tours
-une parcelle de ce secret que l'art &amp; le génie tiennent en
-réserve sous tant de formes &amp; à tant de degrés.</p>
-
-<div class="c"><img src="images/illu12.png" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-<div class="c top4em"><img src="images/illu13.png" alt="" /></div>
-<div class="break"></div>
-
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-<table summary="">
-<tr>
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-</tr>
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-</tr>
-</table>
-
-
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-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEHAN DE PARIS ***
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