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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: Poésies religieuses - Préface de J. K. Huÿsmans - -Author: Paul Verlaine - -Contributor: Joris-Karl Huysmans - -Release Date: December 28, 2019 [EBook #61039] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES *** - - - - -Produced by Laurent Vogel (from images generously made -available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - - - - - PAUL VERLAINE - - POÉSIES - RELIGIEUSES - - PRÉFACE - de J.-K. HUYSMANS - - PARIS - LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR - A. MESSEIN Succr - 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19 - - MCMIV - - - - -A LA MÊME LIBRAIRIE - - -CHARLES MORICE - - Du sens religieux de la poésie. Un volume grand in-18 3 fr. »» - - Paul Verlaine. _L'Homme et l'OEuvre._ Un volume in-18 Jésus 3 fr. 50 - - - - -IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE: - -_15 exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 15_ - - - - -PRÉFACE - -DE - -J.-K. HUYSMANS - - -Mon intention n'est pas, en ces quelques pages, de parler, au point de -vue littéraire, de l'oeuvre de Verlaine. Cette étude a été mainte fois -faite et, moi-même, il y a bien longtemps, en 1884, dans «A Rebours», -alors que personne ne se souciait de l'écrivain disparu dans une -tourmente, j'ai noté et tâché d'expliquer l'oeuvre singulière de cet -homme qui, après Victor Hugo, Baudelaire et Leconte de Lisle, est un de -ceux dont l'influence fut la plus décisive sur la génération des poètes -de notre temps. - -Aujourd'hui, à propos de ce recueil de vers exclusivement religieux, -extraits des volumes de «Sagesse», d'«Amour», de «Bonheur», de -«Liturgies intimes» auxquels sont jointes quelques pièces posthumes, je -voudrais simplement m'occuper de Verlaine, au point de vue catholique, -essayer de dissiper le malentendu qui existe entre lui et les fidèles -restés défiants pour sa personne et pour ses livres, faire comprendre, -si cela était possible, qu'il ne fut pas l'impénitent pécheur qu'ils -présument, affirmer enfin que l'Église a eu en lui le plus grand poète -dont elle se puisse enorgueillir, depuis le Moyen-Age. - -Unique, en effet, à travers les siècles, il a retrouvé ces accents -d'humilité et de candeur, ces prières dolentes et transies, ces -allégresses de petit enfant, oubliés depuis ce retour à l'orgueil du -paganisme que fut la Renaissance. - -Et cette ingénuité presque populaire, cette contrition si vraiment -touchante, il les a traduites dans une langue étrangement évocatrice, -avec ses détours et ses ellipses, une langue très peu compliquée et très -bistournée, à la fois, usant de rythmes nouveaux ou rajeunis, achevant, -après Victor Hugo et de Banville, de rompre les anciens gaufriers de la -métrique, pour y substituer des moules d'une forme très particulière, -des estampes très spéciales, aux touches à peine appuyées, aux -empreintes tout juste perçues. - -Parti, de ses premiers essais, de Baudelaire et de Leconte de Lisle, en -quelques poèmes de Banville et, pour l'expression un peu mièvre de -certaines doléances de sentiments humains, de Mme Desbordes-Valmore -qu'il admirait peut-être plus que de raison, Verlaine n'avait pas tardé -à secouer l'inévitable joug des débuts et sa personnalité s'était -résolument attestée «lorsqu'il avait su exprimer de délicieuses -confidences, à mi-voix, au crépuscule; seul, il avait su laisser deviner -certains au-delà troublants d'âme, des chuchotements si bas de pensées, -des aveux murmurés, si interrompus que l'oreille qui les percevait -demeurait hésitante, coulant à l'âme des langueurs avivées par le -mystère de ce souffle plus deviné que senti». - -Et je citais en exemple, à la suite de ces lignes d'«A Rebours», une -strophe célèbre maintenant des «Fêtes galantes». L'on pourrait y ajouter -le sonnet des «Poèmes saturniens» «mon Rêve familier» dont le tercet -final est une décisive merveille: - - Son regard est pareil au regard des statues - Et pour sa voix lointaine et calme et grave, elle a - L'inflexion des voix chères qui se sont tues. - -Mais il n'a point usé que dans ses pièces profanes de ce mode -d'enchantement; nous le retrouvons dans «Sagesse», au cours même des -vers compris dans le présent volume. - - Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne - Tant il fait doux par ce soir monotone - Où se dorlote un paysage lent. - -Et ceux-ci encore: - - C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat - Qu'il faudrait que mon âme en panne naviguât - Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste. - -Ne dégagent-ils pas les derniers vers de ces deux tercets une sorte de -langoureuse consomption et de mélancolique vertige qui agit de même -qu'une incantation dont l'occulte sortilège nous échappe? Évidemment, -Verlaine est de tous les poètes celui qui est allé jusqu'aux extrêmes -confins de la poésie, là où elle s'évapore et où l'art de la musique -commence. - -Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, de Banville, pour en -citer quatre, se sont avancés, eux, jusqu'aux limites de la littérature -et ont atteint la frontière de la peinture. Leurs mots peignent, -suggèrent, mieux peut-être que les couleurs matérielles des peintres, -les teintes et les lignes. Verlaine par une autre route a rejoint les -douaires de l'art musical qui, plus éloquent par la force de son -expression, pour traduire les cris de la douleur et de la joie, de -l'admiration et de la crainte, est aussi, à cause même de ses contours -imprécis et flottants, plus apte que la poésie à exprimer les sensations -confuses de l'âme, ses vagues appétences, ses fugaces aises, ses subtils -tourments. - -La personnalité de Verlaine était entière déjà dans ses premiers livres; -il l'a gardée intacte après sa conversion; il a mis au service de son -repentir cette forme acquise et qui était toute prête et plus appropriée -que toute autre pour narrer les attendrissantes douceurs des Retours et -il a pu présenter ainsi à Celui qui pardonne un bouquet de fleurs -mystiques d'un tel arôme qu'il faut, pour en découvrir un autre aussi -délicieusement odorant, remonter au temps de François Villon et aussi de -Gaston Phoebus, de ce comte de Foix dont les prières sont de si -familières excuses et de si touchantes plaintes. - -Je n'ai pas à raconter ici la vie de Verlaine; il l'a décrite, en -partie, lui-même, dans le verbiage d'une prose plus incorrecte encore -que badine; il suffit de noter que dans l'une des plus sinistres crises -de son existence, il se convertit. - -Cette conversion qui eut lieu, pendant sa détention à la prison de Mons, -il l'a relatée dans un volume intitulé «Mes Prisons». - - «Jésus, dit-il, comment vous y prîtes-vous pour me prendre? ah! - - «Un matin, le bon directeur lui-même entra dans ma cellule: - - «Mon pauvre ami, me dit-il, je vous apporte un mauvais message; du - courage, lisez. - -C'était un jugement de séparation de corps et de biens prononcé contre -lui en faveur de sa femme par le tribunal civil de la Seine. - -Et Verlaine ajoute: - - «Je tombai en larmes, sur mon pauvre dos, sur mon pauvre lit.» - -Et, en une sorte de coup de fouet, la première stupeur passée, il se -prosternait aux pieds du crucifix et, avec l'aide d'un brave prêtre, -l'aumônier de la maison qui le confessa, il renversa de fond en comble -sa vie. - -C'est alors qu'il écrivit «Sagesse». - -Sa peine d'emprisonnement purgée, il quitta la Belgique et revint en -France. Le public ne le connaissait guère.--Personne ne se douta qu'une -librairie catholique venait de faire paraître ce livre admirable, né -dans une prison. «Sagesse» fut à peine mis en vente, si toutefois il le -fut; son titre ne fut même pas inscrit sur les catalogues de la pieuse -librairie qui se borna à mettre simplement sur la couverture sa marque -et son nom. Puis, peu à peu ce recueil s'insinua dans le monde des -lettres et fut lu par les profanes; les catholiques continuèrent de -l'ignorer et lorsque, plus tard, quelques-uns s'aventurèrent à le lire, -les bruits les plus fâcheux couraient sur le compte du malheureux poète. -On parlait d'ivrognerie, de fréquentations inavouables, de séjours dans -des hôtels louches, de stages dans les hôpitaux; il n'en fallut pas -davantage pour faire nier l'authenticité d'une conversion très réelle, -pourtant, n'en déplaise à cette atrabilaire ganache du nom de Doumic qui -ne veut y voir «qu'une forme de l'énervement, qu'un cas de sensualité -triste». - -Pourquoi ne pas le dire, la situation d'outlaw de Verlaine dans le monde -des croyants qui ne l'a pas lu, dure encore. J'ai entendu de braves gens -déplorer même que l'on osât s'entretenir de poésie religieuse à propos -d'un homme qu'une autre acariâtre mazette, un sieur Mordau, médecin juif -et monomane de la folie, représentait «comme un effrayant dégénéré au -crâne asymétrique et au visage mongoloïde, un vagabond impulsif et un -dipsomane qui a subi la prison pour un égarement érotique, un rêveur -émotif, débile d'esprit, qui lutte douloureusement contre ses mauvais -instincts et trouve dans sa détresse parfois des accents de plaintes -touchantes, un mystique, dont la conscience fumeuse est parcourue de -représentations de Dieu et de ses saints, un radoteur dont le langage -incohérent, les expressions sans signification et les images bizarres -révèlent l'absence de toute idée nette dans l'esprit». - -Dans ce portrait où le médicastre allemand assouvit surtout sa haine -contre les mystiques qu'il traite «d'ennemis de la Société de la pire -espèce», il ressort malgré tout cette vérité que «Verlaine lutta -douloureusement contre ses mauvais instincts». Oui, il a lutté; il a -été, la plupart du temps, vaincu; et après? quel est le catholique qui -se croirait le droit de lui jeter la première pierre? - -Et c'est à cela que j'en voulais venir, pour tâcher d'expliquer la bonne -foi du poète et les difficultés matérielles qui surgirent lorsqu'il -désira s'évader de cette geôle de vices qui le détint jusqu'à sa mort. - -Verlaine, nous l'avons dit, s'est converti sous le coup d'une implacable -souffrance; c'est un des moyens dont Dieu se sert le plus souvent pour -ramener à lui les âmes. «La bonne souffrance», elle a été célébrée en de -très émouvantes pages par un autre bon poète, François Coppée qui s'est, -lui aussi, converti sous l'empreinte de la douleur, après une autre vie, -par exemple! - -La conversion de Verlaine fut donc entière. Il vécut alors dans sa -cellule l'existence nouvelle des péchés déliés par le repentir et absous -par le pardon; il ne fut plus le prisonnier mécontent des hommes mais le -captif énamouré de Dieu; il éprouva les douceurs de cet été de la -Saint-Martin de l'âme que le Seigneur réserve à la vieillesse rajeunie -des siens; ce furent, pendant des semaines, des effusions de prières, -des joies mouillées de larmes; comme tous les convertis, il fut gâté par -la Vierge, roulé dans des langes de tendresse; il eut une avance -d'hoirie sur les allégresses du ciel et il finit par juger la peine de -sa détention trop courte. Aussi peut-on affirmer que sa résolution de -vivre désormais honnêtement fut sincère. - -Cette résolution, il l'a mal tenue, mais ses rechutes se comprennent -pour peu que l'on veuille y réfléchir. - -Personne ne fut plus mal armé que lui pour la lutte. Il était un grand -enfant dont les accès de volonté ne duraient point. Il était, avec cela, -jusqu'à un certain point, inconscient, lorsqu'il avait bu; c'est là, -disons-le, la véritable cause de ses malheurs; il était épris des -vertiges que suscite l'ingestion de cette sorte d'eau de bain de Barèges -anisé, qui s'appelle l'absinthe; elle décageait, en lui, hélas! une bête -malfaisante livrée sans défense à l'Esprit du Mal. Il le déplorait, se -jurait de ne plus reboire et il rebuvait. Il n'eût pas certainement -commis à jeun ces excès qui éloignèrent justement de lui sa femme et -légitimèrent sa villégiature dans une maison de force. Pauvre Verlaine! -en une page où il remâche les herbes amères du passé, il s'écrie: «cette -absinthe, quelle horreur! quand j'y pense d'alors... et d'un depuis qui -n'est pas loin, assez loin pour ma dignité, pour ma santé, pour ma -dignité, pourtant plus encore, quand j'y pense vraiment!» - -Il est évidemment facile pour les gens sobres de déclarer que l'on peut -se guérir de cette maladie. Cela est possible, mais alors il aurait -fallu que Verlaine vécût dans un autre milieu et cela, il ne le pouvait -pas. - -Si vous envisagez, en effet, sans parti-pris, sa situation, vous -reconnaîtrez qu'il lui était bien malaisé de sortir de l'impasse où la -misère l'avait acculé. - -Il n'avait aucune fortune et était incapable de gagner son pain avec sa -plume. Si beaux qu'ils soient, les volumes de vers n'alimentent point, à -de rares exceptions près, leurs auteurs. Il écrivait, d'autre part, -assez mal en prose et n'était nullement journaliste. Il ne pouvait donc -songer à s'assurer la pâtée et le gîte, en plaçant des articles. - -Il fallait alors, direz-vous, qu'il fît comme tant d'autres, qu'il -exerçât une profession plus ou moins lucrative pour subvenir à ses -besoins? Eh! il a donné, après son retour de Belgique, des leçons! mais -ce morne négoce fut bientôt arrêté par l'état précaire de ses jambes. -Ravagé par les rhumatismes, il claudiquait, se traînait sur une canne, -restait, pendant des mois, étendu sur le dos, n'avait en dernière -ressource que l'hôpital, lorsque ses infirmités s'aggravaient trop. - -La misère, d'autre part, l'obligeait à loger dans des hôtels indignes et -à subir des promiscuités dont il devait presque se montrer -reconnaissant. Les filles du peuple, si tombées qu'elles puissent être, -ont très souvent bon coeur. Ses voisines de chambre prirent sans doute -parfois pitié de cet impotent et, entre deux promenades, s'installèrent -chez lui pour qu'il s'ennuyât moins. Il en était de même des bohêmes -désoeuvrés du quartier latin. Fiers de fréquenter un homme dont le nom -était connu, ils tuaient le temps près de son lit; et c'étaient des -prétextes à boire, encouragés peut-être par le crédit des tenanciers de -ces sortes de bouges dont le bas est d'habitude occupé par un comptoir -où se débitent des verres de folie liquide pour quelques sous. - -Comment le malheureux eût-il fait pour se soustraire à ces jougs quasi -charitables et comment, une fois sur pieds, eût-il pu repousser l'amitié -de gens qui lui avaient rendu de petits services, alors qu'il était -alité, dans l'impossibilité de se remuer? - -Ses traverses viennent aussi de là; la tentation alcoolique et charnelle -était trop proche, trop continue, pour qu'il n'y cédât point. - -Il eût fallu l'arracher de ces guêpiers, mais on l'y rencontrait -rarement seul et il était difficile de lui montrer sa déchéance dans ce -milieu de ribotes dont le contact suggérait aussitôt, si peu bégueule -que l'on fût, une idée de fuite. Quelques amis plus sûrs tâchèrent -cependant de le sauver, mais ils furent assourdis par l'antienne sans -cesse répétée des brindes; et, d'ailleurs, on doit l'avouer, sous la -pression des vapeurs de l'absinthe, Verlaine était indocile et buté; -non, ce qu'il eût fallu, c'eût été de trouver un prêtre, embrasé par -l'amour des âmes, qui pût prendre de l'influence sur lui et -l'accueillir, comme la brebis perdue, lorsque, ayant recouvré la raison -et las de lui-même, il s'acheminait en boitant vers l'Église. Dieu ne -lui a pas dispensé ce prêtre... - -Et puis... et puis... le goût de la solitude qui l'aurait pu préserver -de ces hontes, est rare même chez ceux dont l'existence est, et réglée -et douce. C'est une chose bien frappante que de voir, chez les artistes -surtout, combien peu peuvent rester seuls avec eux-mêmes dans une -chambre. Le besoin de causer, de se divertir les obsède à un tel point -qu'ils préfèrent la compagnie du premier venu au silence de l'isolement. -Un peu de vanité aussi, sans doute, s'en mêle, le désir de briller entre -confrères et d'étonner, le prétexte même, parfois plausible, de faire -jaillir des idées et des expressions, en vue d'un travail à -entreprendre, dans le ferraillement des controverses et l'escrime des -mots. - -Mais la solitude, excellente pour quelques-uns, est, il sied de -l'ajouter, pernicieuse pour beaucoup d'autres. L'aurait-elle été pour -Verlaine? il le croyait; dans un de ses livres, il l'invective, -déclarant «qu'elle porte malheur et est, par précellence, mauvaise, -détestable, abominable conseillère». - -Elle ne l'eût pas plus mal conseillé, en tout cas, que ce genre de monde -qui l'entourait et au café et au lit! - -Mais d'abord, nous l'avons expliqué, l'isolement dans un hôtel -était--qu'il lui plût ou non--impossible; dans les garnis de bas étage -où les infirmités vous clouent, dans la misère qui vous oblige à des -crédits et à des emprunts, l'on subit plus sa destinée qu'on ne la fait. - -Telle fut sa situation. Je n'ai pas à excuser ses passions maladives, -j'ai à dire simplement--puisque ce volume s'adresse exclusivement aux -catholiques--que le pauvre Verlaine fut plus à plaindre qu'à vitupérer. -Il fut d'autant plus à plaindre qu'il avait des réveils de conscience, -des remords, qu'il souffrait de cette existence à jamais gâchée. Ah! -soyez assurés qu'il n'était point, dans ses moments lucides, altier et -céruléen! il pleurait de dégoût sur lui-même; peut-être même buvait-il -alors, comme tant d'autres, pour oublier. - -Il ne se reprenait vraiment qu'en prison ou à l'hôpital; là il était -bridé; c'est dans ces géhennes qu'il a composé ses poèmes mystiques; et -l'on en arrive à regretter--et pour lui et pour nous--qu'il n'ait pas -été plus souvent séquestré; mais voilà un souhait dont il nous eût été, -de son vivant, peu reconnaissant, je suppose. - -Les catholiques savent maintenant à quoi s'en tenir. Ils ont affaire à -un homme plus malheureux que coupable et qui mérite toute leur pitié. Il -fut un peu, de même que Villon, le faune des mauvais gîtes, mais, ainsi -que lui, il eut la foi et il a magnifiquement chanté le Refuge des -pécheurs, la Vierge. - - Je ne veux plus penser qu'à ma Mère Marie, - Siège de la sagesse et source des pardons. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Marie immaculée, amour essentiel, - Logique de la foi cordiale et vivace, - En vous aimant, qu'est-il de bon que je ne fasse, - En vous aimant du seul amour, Porte du ciel? - -Et encore: - - Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre - A Lui qu'en vous, sans plus aucun détour subtil - Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il! - -Mais, à quoi bon citer des fragments? ces pièces figurent au complet -dans ce volume et jamais de plus touchantes louanges n'ont été tressées -à la gloire de Celle qui prépare les voies et remet les âmes à la fois -lénifiées et éplorées, entre les mains de son Fils. - -Elle fut généreuse pour lui et il lui demeura fidèle. Toutes ses chutes -ne l'empêchèrent pas de la prier; et, en vérité, ce sont de splendides -gerbes de prières que ces poésies d'humilité, que ces chants d'amour, -bondis d'une âme où, en dépit de tant de fautes, le Seigneur s'est plu. - -Et cela se conçoit. Jésus n'avait-il pas fait, de cette âme débile, une -âme prédestinée, une âme d'élection; ne lui avait-il pas départi le don -superbe de la poésie, car Verlaine ne fut pas, comme tant de grimauds de -nos jours, un versificateur plus ou moins adroit mais bien un vrai et un -grand poète. Et, à ce propos, une réflexion étrange, désagréable même, -si l'on veut, s'impose. Il semble que les seuls gens de talent qui -existent parmi les catholiques, soient des convertis, à commencer par -Châteaubriand et par Veuillot. Il est à remarquer aussi que tous ceux -qui ont utilement défendu l'Église et sa politique, n'ont pas été élevés -par elle. Lacordaire, de Montalembert, de Falloux, de Broglie, Hello, -Coppée, Drumont, Brunetière, sont tous sortis de l'Université, pas un -seul des écoles cléricales. Mais alors cette impuissance des disciples -des congréganistes à quoi tient-elle? - -Elle tient, je présume, à l'esprit étroit, au bégueulisme fou, à la -crainte des idées, à la panique des mots; on leur cache tout de la vie -et on les apeure avant de les lancer dans la mêlée. Ils ont, avec cela, -le sentiment religieux amorti par l'accoutumance; ils perdent les forces -Eucharistiques par l'abus qu'ils en font; ils ne croient plus que par -routine et, pris de scrupules, à la pensée de se défendre, ils se -terrent, n'osant bouger, de peur de pécher contre la charité ou de -perdre leur reste de foi; ou bien alors, ils sautent d'un extrême à -l'autre, se révoltent et n'ont plus qu'un but, se venger sur leurs -maîtres de la compression qu'ils ont, pendant toute leur jeunesse, -subie. - -Si nous nous plaçons, au point de vue plus particulier de l'art, nous -pouvons convenir qu'il est à peu près impossible à des hommes -disciplinés de la sorte de dégager le talent dont ils pourraient être -nantis, de sa bulbe. Le talent a besoin pour jaillir de stimulants; il a -besoin aussi pour pousser de grand air. C'est en lisant et en regardant -autour de soi, sans baisser continuellement les yeux, que l'on se -façonne des idées et que l'on acquiert une forme. Il est donc -indispensable d'étudier au moins le style des auteurs profanes, -puisqu'ils sont les seuls qui en aient un; les autres ignorent la moitié -des mots de la langue française et ils en sont encore à rabâcher -l'idiome épuisé et corrompu par les redites, du XVIIe siècle. - -L'Église n'a, par conséquent, en fait d'artistes, que ceux qui viennent -à elle, équipés de toutes pièces et qui mettent les armes dont ils ont -appris à se servir dans le camp opposé, à son service. Il faut avoir -vécu pour pouvoir écrire. Mais alors, le talent serait le fruit du -péché? je veux m'efforcer de ne point le croire; mais si nous -admettions, pour une minute, la véracité de cette hypothèse, quelle -miséricorde et quelle indulgence devraient avoir les catholiques pour -ces pauvres convertis auxquels Dieu a réparti de si périlleux dons! - -Pour être juste, il sied de convenir qu'à l'heure actuelle, un souffle -de liberté et de franchise a quand même pénétré dans les écoles -congréganistes et dans les séminaires. Nombre de jeunes gens refusent de -se laisser crever littérairement les yeux et ils n'en sont plus, pour -étancher leur soif de poésie religieuse, à tourner le robinet des eaux -tièdes de Lamartine; j'en sais qui lisent avec délices les oeuvres -mystiques de Verlaine. - -Dans la tempête rationaliste si maladroitement déchaînée sur ces pieux -asiles, ces lectures ne peuvent être que roboratives et salutaires, car -elles effluent, à pleines pages, la bonne simplesse et la foi. - -Des pièces admirables, telles que cette série de sonnets dans lesquels -le poète raconte les entretiens de l'âme avec Dieu, raffermiraient -vraiment les ferveurs ébranlées et c'est pourquoi nous croyons accomplir -une bonne oeuvre en éditant ce livre. - -C'était, il y a bien longtemps déjà, le souhait du P. Pacheu qui, dans -un volume intitulé «de Dante à Verlaine», avait pris courageusement la -défense de l'artiste, alors qu'il était honni par le clan impeccable, -comme on sait, des catholiques. - -Demandant un recueil des poésies religieuses de Verlaine, il disait: -«Cette meilleure part de lui-même, cette chapelle offusquée par des -masures mal famées, il faut la dégager de ses entours, pour la sauver de -l'oubli». - -Ainsi fut fait. - -Verlaine est maintenant mort, il a trépassé chrétiennement, avec l'aide -d'un prêtre. Les croyants auxquels nous offrons cet unique eucologe de -prières modernes, n'ont plus qu'à profiter de ses péchés, car s'il ne -les avait pas commis, il n'aurait point écrit dans les larmes les plus -beaux poèmes de repentir et les plus belles suppliques rimées qui -existent. - -Ils seraient ingrats s'ils ne priaient pour le pauvre poète, qui, après -avoir souffert pour leur bien, en somme, leur apporte, en ces temps -découragés, un si cordial réconfort. - -J. K. HUYSMANS. - - - - -POÉSIES RELIGIEUSES - - - - -SAGESSE - - -I - - Bon chevalier masqué qui chevauche en silence, - Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance. - - Le sang de mon vieux coeur n'a fait qu'un jet vermeil, - Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil. - - L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche - Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche. - - Alors le chevalier Malheur s'est rapproché, - Il a mis pied à terre et sa main m'a touché. - - Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure - Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure. - - Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer - Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier - - Et voici que, fervent d'une candeur divine, - Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine! - - Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu, - Comme un homme qui voit des visions de Dieu. - - Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête, - En s'éloignant, me fit un signe de la tête - - Et me cria (j'entends _encore_ cette voix): - «Au moins, prudence! Car c'est bon pour une fois.» - - -II - - J'avais peiné comme Sisyphe - Et comme Hercule travaillé - Contre la chair qui se rebiffe. - - J'avais lutté, j'avais baillé - Des coups à trancher des montagnes, - Et comme Achille ferraillé. - - Farouche ami qui m'accompagnes, - Tu le sais, courage païen, - Si nous en fîmes des campagnes. - - Si nous avons négligé rien - Dans cette guerre exténuante, - Si nous avons travaillé bien! - - Le tout en vain: l'âpre géante - A mon effort de tout côté - Opposait sa ruse ambiante, - - Et toujours un lâche abrité - Dans mes conseils qu'il environne - Livrait les clés de la cité. - - Que ma chance fût male ou bonne, - Toujours un parti de mon coeur - Ouvrait sa porte à la Gorgone. - - Toujours l'ennemi suborneur - Savait envelopper d'un piège - Même la victoire et l'honneur! - - J'étais le vaincu qu'on assiège, - Prêt à vendre son sang bien cher, - Quand, blanche en vêtements de neige, - - Toute belle au front humble et fier, - Une dame vint sur la nue, - Qui d'un signe fit fuir la Chair. - - Dans une tempête inconnue - De rage et de cris inhumains, - Et déchirant sa gorge nue, - - Le Monstre reprit ses chemins - Par les bois pleins d'amours affreuses, - Et la dame, joignant les mains: - - --«Mon pauvre combattant qui creuses, - Dit-elle, ce dilemme en vain, - Trêve aux victoires malheureuses! - - «Il t'arrive un secours divin - Dont je suis sûre messagère - Pour ton salut, possible enfin!» - - --«O ma Dame dont la voix chère - Encourage un blessé jaloux - De voir finir l'atroce guerre, - - Vous qui parlez d'un ton si doux - En m'annonçant de bonnes choses, - Ma Dame, qui donc êtes-vous?» - - --J'étais née avant toutes causes - Et je verrai la fin de tous - Les effets, étoiles et roses. - - «En même temps, bonne, sur vous, - Hommes faibles et pauvres femmes, - Je pleure, et je vous trouve fous! - - «Je pleure sur vos tristes âmes, - J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur - D'elles, et de leurs voeux infâmes! - - «O ceci n'est pas le bonheur, - Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime, - Veillez, crainte du Suborneur, - - «Veillez, crainte du Jour suprême! - Qui je suis? me demandais-tu. - Mon nom courbe les anges même, - - «Je suis le coeur de la vertu, - Je suis l'âme de la sagesse, - Mon nom brûle l'Enfer têtu; - - «Je suis la douceur qui redresse, - J'aime tous et n'accuse aucun, - Mon nom, seul, se nomme promesse, - - «Je suis l'unique hôte opportun, - Je parle au Roi le vrai langage - Du matin rose et du soir brun, - - «Je suis la PRIÈRE, et mon gage - C'est ton vice en déroute au loin; - Ma condition: «Toi, sois sage.» - - --«Oui, ma Dame, et soyez témoin!» - - -III - - Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares? - Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr, - Toi que voilà fumant de maussades cigares, - Noir, projetant une ombre absurde sur le mur? - - Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures, - Ta grimace est la même et ton deuil est pareil: - Telle la lune vue à travers des mâtures, - Telle la vieille mer sous le jeune soleil, - - Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves! - Mais voyons, et dis-nous les récits devinés, - Ces désillusions pleurant le long des fleuves, - Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés, - - Ces femmes! Dis les gaz, et l'horreur identique - Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins, - Et dis l'Amour et dis encor la Politique - Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains. - - Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même - Traînassant ta faiblesse et ta simplicité - Partout où l'on bataille et partout où l'on aime, - D'une façon si triste et folle, en vérité! - - A-t-on assez puni cette lourde innocence? - Qu'en dis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes pleurs, - Qui les a bus? Et quelle âme qui les recense - Console ce qu'on peut appeler tes malheurs? - - Ah les autres, ah toi! Crédule à qui te flatte, - Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi) - Je ne sais quelle mort légère et délicate? - Ah toi, l'espèce d'ange avec ce voeu transi! - - Mais maintenant les plans, les buts? Es-tu de force, - Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le coeur? - L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce, - Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur. - - Si gauche encore! avec l'aggravation d'être - Une sorte à présent d'idyllique engourdi - Qui surveille le ciel bête par la fenêtre - Ouverte aux yeux matois du démon de midi. - - Si le même dans cette extrême décadence! - Enfin!--Mais à ta place un être avec du sens, - Payant les violons voudrait mener la danse, - Au risque d'alarmer quelque peu les passants. - - N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme, - Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil, - Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme - Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil? - - Un ou plusieurs? Si oui, tant mieux! Et pars bien vite - En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix - Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite - La haine inassouvie et repue à la fois... - - Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde - Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant - S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde, - Et pour n'être pas dupe il faut être méchant. - - --Sagesse humaine, ah! j'ai les yeux sur d'autres choses, - Et parmi ce passé dont ta voix décrivait - L'ennui, pour des conseils encore plus moroses, - Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait. - - Dans tous les mouvements bizarres de ma vie, - De mes «malheurs», selon le moment et le lieu, - Des autres et de moi, de la route suivie, - Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu. - - Si je me sens puni, c'est que je le dois être. - Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien. - Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître - Le pardon et la paix promis à tout Chrétien. - - Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure, - Mais pour ne l'être pas durant l'éternité, - Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure, - Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté. - - -IV - - Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême, - Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime, - La force et la santé comme le pain et l'eau, - Cet avenir enfin, décrit dans le tableau - De ce passé plus clair que le jeu des marées, - Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées - Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas! - La malédiction de n'être jamais las - Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire, - L'enfant prodigue avec des gestes de satyre! - Nul avertissement, douloureux ou moqueur, - Ne prévaut sur l'élan funeste de ton coeur. - Tu flânes à travers péril et ridicule, - Avec l'irresponsable audace d'un Hercule - Dont les travaux seraient fous, nécessairement. - L'amitié--dame!--a tu son reproche clément, - Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême, - Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème. - La patrie oubliée est dure au fils affreux, - Et le monde alentour dresse ses buissons creux - Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes. - Maintenant il te faut passer devant les portes, - Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien, - Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien. - Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage! - Mais tu vas, la pensée obscure de l'image - D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant - Athée (avec la foule!) et jaloux de l'instant, - Tout appétit parmi ces appétits féroces, - Épris de la fadaise actuelle, mots, noces - Et festins, la «Science», et «l'esprit de Paris», - Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris, - Imbécile! et niant le soleil qui t'aveugle! - Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle - Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré, - Et les vices de tout le monde ont émigré - Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole. - Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole - Est morte de l'argot et du ricanement, - Et d'avoir rabâché les bourdes du moment. - Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée, - Ne saurait accueillir la plus petite idée, - Et patauge parmi l'égoïsme ambiant, - En quête d'on ne peut dire quel vil néant! - Seul, entre les débris honnis de ton désastre, - L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre - Et fait au criminel un prestige odieux, - Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux, - Il regarde la Faute et rit de s'y complaire. - - --Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère! - - -V - - O vous, comme un qui boite au loin. Chagrins et Joies, - Toi, coeur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, - C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui - De nos sens, aussi bien les ombres que les proies. - - Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d'oies - Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui, - Bon voyage! Et le Rire, et, plus vielle que lui, - Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies! - - Et le reste!--Un doux vide, un grand renoncement, - Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément, - Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse... - - Et voyez! notre coeur qui saignait sous l'orgueil, - Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil - A la vie, en faveur d'une mort précieuse! - - -VI - - Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme, - Et les voici vibrer aux cuivres du couchant. - Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ: - Une tentation des pires. Fuis l'infâme. - - Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme, - Battant toute vendange aux collines, couchant - Toute moisson de la vallée, et ravageant - Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame. - - O pâlis, et va-t'en, lente et joignant les mains. - Si ces hiers allaient manger nos beaux demains? - Si la vieille folie était encore en route? - - Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer? - Un assaut furieux, le suprême sans doute! - O, va prier contre l'orage, va prier. - - -VII - - La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles - Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour: - Rester gai quand le jour, triste, succède au jour, - Être fort, et s'user en circonstances viles, - - N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes - Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour, - Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour - L'accomplissement vil de tâches puériles, - - Dormir chez les pécheurs étant un pénitent; - N'aimer que le silence et converser pourtant - Le temps si grand dans la patience si grande, - - Le scrupule naïf aux repentirs têtus, - Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus! - --Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande! - - -VIII - - Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie! - O n'avoir pas suivi les leçons de Rollin, - N'être pas né dans le grand siècle à son déclin, - Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie, - - Quand Maintenon jetait sur la France ravie - L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin, - Et royale abritait la veuve et l'orphelin, - Quand l'étude de la prière était suivie, - - Quand poète et docteur, simplement, bonnement, - Communiaient avec des ferveurs de novices, - Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices, - - Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant - D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses - En louant Dieu, comme Garo, de toutes choses! - - -IX - - Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste! - C'est vers le Moyen Age énorme et délicat - Qu'il faudrait que mon coeur en panne naviguât, - Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste. - - Roi, politicien, moine, artisan, chimiste, - Architecte, soldat, médecin, avocat, - Quel temps! Oui, que mon coeur naufragé rembarquât - Pour toute cette force ardente, souple, artiste! - - Et là que j'eusse part--quelconque, chez les rois - Ou bien ailleurs, n'importe,--à la chose vitale, - Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits, - - Haute théologie et solide morale, - Guidé par la folie unique de la Croix - Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale! - - -X - - Petits amis qui sûtes nous prouver - Par A plus B que deux et deux font quatre, - Mais qui depuis voulez parachever - Une victoire où l'on se laissait battre, - - Et couronner vos conquêtes d'un coup - Par ce soufflet à la mémoire humaine; - «Dieu ne vous a révélé rien du tout, - Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine, - - Que le profil et que l'allongement - Sur tous les murs que la peur édifie, - De votre pur et simple mouvement, - Et nous dictons cette philosophie.» - - --Frères trop chers, laissez-nous rire un peu, - Nous les fervents d'une logique rance, - Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu - Et mettons notre espoir dans l'Espérance, - - Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi, - Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème, - Rire du vieux Satan stupide ainsi, - Pleurer sur cet Adam dupe quand même! - - Frère de nous qui payons vos orgueils, - Tous fils du même Amour, ah! la science, - Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils - Naïfs ou non, c'est notre méfiance - - Ou notre confiance aux seuls Récits, - C'est notre oreille ouverte toute grande - Ou tristement fermée au Mot précis! - Frères, lâchez la science gourmande - - Qui veut voler sur les ceps défendus - Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître. - Lâchez son bras qui vous tient attendus - Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître, - - Mais qui sont l'oeuvre affreuse du péché, - Car nous, les fils attentifs de l'Histoire, - Nous tenons pour l'honneur jamais taché - De la Tradition, supplice et gloire! - - Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant - Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme, - Et prédisant aux crimes d'à _présent_ - La peine immense ou le pardon énorme. - - Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours, - Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes - Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts, - Et puisqu'il est des repentirs sublimes, - - Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien: - Que deux et deux fassent quatre, à merveille! - Riens innocents, mais des riens moins que rien, - La dernière heure étant là qui surveille - - Tout autre soin dans l'homme en vérité! - Gardez que trop chercher ne vous séduise - Loin d'une sage et forte humilité... - Le seul savant, c'est encore Moïse. - - -XI - - Or, vous voici promus, petits amis, - Depuis les temps de ma lettre première, - Promus, disais-je, aux fiers emplois promis - A votre thèse, en ces jours de lumière. - - Vous voici rois de France! A votre tour! - (Rois à plusieurs d'une France postiche, - Mais rois de fait et non sans quelque amour - D'un trône lourd avec un budget riche.) - - A l'oeuvre, amis petits! Nous avons droit - De vous y voir, payant de notre poche, - Et d'être un peu réjouis à l'endroit - De votre état sans peur et sans reproche. - - Sans peur? Du maître? O le maître, mais c'est - L'Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre, - Total, le peuple, «un âne» fort «qui s'est - Cabré», pour vous espoir clair, puis fait sombre. - - Cabré comme une chèvre, c'est le mot. - Et votre bras, saignant jusqu'à l'aisselle, - S'efforce en vain: fort comme Béhémot, - Le monstre tire... et votre peur est telle - - Quand l'âne brait, que le voilà parti - Qui par les dents vous boute cent ruades - En forme de reproche bien senti... - Courez après, frottant vos reins malades! - - O Peuple, nous t'aimons immensément: - N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante - En proie à tout ce qui sait et qui ment? - N'es-tu donc pas l'immensité souffrante? - - La charité nous fait chercher tes maux, - La foi nous guide à travers tes ténèbres. - On t'a rendu semblable aux animaux, - Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres. - - L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf, - Nabuchodonosor, et te fait paître, - Ane obstiné, mouton buté, dur boeuf, - Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre! - - O paysan cassé sur tes sillons, - Pâle ouvrier qu'esquinte la machine, - Membres sacrés de Jésus-Christ, allons, - Relevez-vous, honorez votre échine, - - Portez l'amour qu'il faut à vos bras forts, - Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde, - Respectez-les, fuyez ces chemins tors, - Fermez l'oreille à ce conseil immonde, - - Redevenez les Français d'autrefois, - Fils de l'Église, et dignes de vos pères! - O s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois, - Leurs os sueraient de honte aux cimetières. - - --Vous, nos tyrans minuscules d'un jour, - L'énormité des actes rend les princes - Surtout de souche impure, et malgré cour - Et splendeur et le faste, encor plus minces,-- - - Laissez le règne et rentrez dans le rang. - Aussi bien l'heure est proche où la tourmente - Vous va donner des loisirs, et tout blanc - L'avenir flotte avec sa fleur charmante - - Sur la Bastille absurde où vous teniez - La France aux fers d'un blasphème et d'un schisme, - Et la chronique en de cléments Téniers - Déjà vous peint allant au catéchisme. - - -XII - - Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons - Selon votre coutume, - O Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons - Pour comble d'amertume. - - Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur, - Et sa règle chérie, - Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur - Dans toute la patrie! - - Vous reviendrez, après ces glorieux exils, - Après des moissons d'âmes, - Après avoir prié pour ceux-ci, fussent-ils - Encore plus infâmes, - - Après avoir couvert les îles et la mer - De votre ombre si douce - Et réjoui le ciel et consterné l'enfer, - Béni qui vous repousse, - - Béni qui vous dépouille au cri de liberté, - Béni l'impie en armes, - Et l'enfant qu'il vous prend des bras,--et racheté - Nos crimes par vos larmes! - - Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu, - Vous êtes l'espérance. - A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu - Le salut pour la France! - -Variante au 6e vers: Avec sa fleur chérie, - - -XIII - - On n'offense que Dieu qui seul pardonne. - - Mais - On contriste son frère, on l'afflige, on le blesse. - On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse, - Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix - Des simples, et donner au monde sa pâture, - Scandale, coeurs perdus, gros mots et rire épais. - - Le plus souvent par un effet de la nature - Des choses, ce péché trouve son châtiment - Même ici-bas, féroce et long communément. - Mais l'_Amour_ tout-puissant donne à la créature - Le sens de son malheur qui mène au repentir - Par une route lente et haute, mais très sûre. - - Alors un grand désir, un seul, vient investir - Le pénitent, après les premières alarmes, - Et c'est d'humilier son front devant les larmes - De naguère, sans rien qui pourrait amortir - Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes - Comme un soldat vaincu, triste, de bonne foi. - - O ma soeur, qui m'avez puni, pardonnez-moi! - - -XIV - - Voix de l'Orgueil: un cri puissant, comme d'un cor. - Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or. - On trébuche à travers des chaleurs d'incendie... - Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor. - - Voix de la Haine: cloche en mer, fausse, assourdie - De neige lente. Il fait si froid! Lourde, affadie, - La vie a peur et court follement sur le quai - Loin de la cloche qui devient plus assourdie. - - Voix de la Chair: un gros tapage fatigué. - Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai. - Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces - Où vient mourir le gros tapage fatigué. - - Voix d'Autrui: des lointains dans les brouillards. Des noces - Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces. - Et tout le cirque des civilisations - Au son trotte-menu du violon des noces. - - Colères, soupirs noirs, regrets, tentations - Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions - Pour l'assourdissement des silences honnêtes, - Colères, soupirs noirs, regrets, tentations, - - Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes! - Sentences, mots en vain, métaphores mal faites, - Toute la rhétorique en fuite des péchés, - Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes! - - Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés. - Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés - Que nourrit la douceur de la Parole forte, - Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez! - - Mourez parmi la voix que la prière emporte - Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte - Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, - Mourez parmi la voix que la prière apporte, - - Mourez parmi la voix terrible de l'Amour! - - -XV - - Va ton chemin sans plus t'inquiéter! - La route est droite et tu n'as qu'à monter, - Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille - Et l'arme unique au cas d'une bataille, - La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi. - - Surtout il faut garder toute espérance, - Qu'importe un peu de nuit et de souffrance? - La route est bonne et la mort est au bout. - Oui, garde toute espérance surtout, - La mort là-bas te dresse un lit de joie. - - Et fais-toi doux de toute la douceur. - La vie est laide, encore c'est ta soeur. - Simple, gravis la côte et même chante - Pour écarter la prudence méchante - Dont la voix basse est pour tenter ta foi. - - Simple comme un enfant, gravis la côte, - Humble comme un pécheur qui hait la faute, - Chante, et même sois gai, pour défier - L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer - Afin que tu t'endormes sur la voie. - - Ris du vieux piège et du vieux séducteur, - Puisque la Paix est là, sur la hauteur, - Qui luit parmi les fanfares de gloire. - Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire, - Déjà l'Ange Gardien étend sur toi - - Joyeusement des ailes de victoire. - - -XVI - - Pourquoi triste, ô mon âme, - Triste jusqu'à la mort, - Quand l'effort te réclame, - Quand le suprême effort - Est là qui te réclame? - - Ah! tes mains que tu tords - Au lieu d'être à la tâche, - Tes lèvres que tu mords - Et leur silence lâche, - Et tes yeux qui sont morts! - - N'as-tu pas l'espérance - De la fidélité, - Et, pour plus d'assurance - Dans la sécurité, - N'as-tu pas la souffrance? - - Mais chasse le sommeil - Et ce rêve qui pleure. - Grand jour et plein soleil! - Vois, il est plus que l'heure: - Le ciel bruit vermeil, - - Et la lumière crue - Découpant d'un trait noir - Toute chose apparue - Te montre le Devoir - Et sa forme bourrue. - - Marche à lui vivement, - Tu verras disparaître - Tout aspect inclément - De sa manière d'être, - Avec l'éloignement. - - C'est le dépositaire - Qui te garde un trésor - D'amour et de mystère, - Plus précieux que l'or, - Plus sûr que rien sur terre: - - Les biens qu'on ne voit pas, - Toute joie inouïe, - Votre paix, saints combats, - L'extase épanouie - Et l'oubli d'ici-bas, - - Et l'oubli d'ici-bas! - - -XVII - - Né l'enfant des grandes villes - Et des révoltes serviles, - J'ai là, tout cherché, trouvé - De tout appétit rêvé. - Mais, puisque rien n'en demeure, - - J'ai dit un adieu léger - A tout ce qui peut changer, - Au plaisir, au bonheur même, - Et même à tout ce que j'aime - Hors de vous, mon doux Seigneur! - - La Croix m'a pris sur ses ailes - Qui m'emporte aux meilleurs zèles, - Silence, expiation, - Et l'âpre vocation - Pour la vertu qui s'ignore. - - Douce, chère Humilité, - Arrose ma charité, - Trempe-la de tes eaux vives. - O mon coeur, que tu ne vives - Qu'aux fins d'une bonne mort! - - -XVIII - - L'âme antique était rude et vaine - Et ne voyait dans la douleur - Que l'acuité de la peine - Ou l'étonnement du malheur. - - L'art, sa figure la plus claire, - Traduit ce double sentiment - Par deux grands types de la Mère - En proie au suprême tourment. - - C'est la vieille reine de Troie: - Tous ses fils sont morts par le fer. - Alors ce deuil brutal aboie - Et glapit au bord de la mer. - - Elle court le long du rivage, - Bavant vers le flot écumant, - Hirsute, criade, sauvage, - La chienne littéralement!... - - Et c'est Niobé qui s'effare - Et garde fixement des yeux - Sur les dalles de pierre rare - Ses enfants tués par les dieux. - - Le souffle expire sur sa bouche. - Elle meurt dans un geste fou. - Ce n'est plus qu'un marbre farouche - Là transporté nul ne sait d'où!... - - La douleur chrétienne est immense, - Elle, comme le coeur humain, - Elle souffre, puis elle pense, - Et calme poursuit son chemin. - - Elle est debout sur le Calvaire - Pleine de larmes et sans cris. - C'est également une mère, - Mais quelle mère de quel fils! - - Elle participe au Supplice - Qui sauve toute nation, - Attendrissant le sacrifice - Par sa vaste compassion. - - Et comme tous sont les fils d'elle, - Sur le monde et sur sa langueur - Toute la charité ruisselle - Des sept blessures de son coeur, - - Au jour qu'il faudra, pour la gloire - Des cieux enfin tout grands ouverts, - Ceux qui surent et purent croire, - Bons et doux, sauf au seul Pervers, - - Ceux-là vers la joie infinie - Sur la colline de Sion - Monteront d'une aile bénie - Aux plis de son assomption. - - - - -II - - -I - - O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour - Et la blessure est encore vibrante, - O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour. - - O mon Dieu, votre crainte m'a frappé - Et la brûlure est encor là qui tonne, - O mon Dieu, votre crainte m'a frappé. - - O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil - Et votre gloire en moi s'est installée, - O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil. - - Noyez mon âme aux flots de votre Vin, - Fondez ma vie au Pain de votre table, - Noyez mon âme aux flots de votre Vin. - - Voici mon sang que je n'ai pas versé, - Voici ma chair indigne de souffrance, - Voici mon sang que je n'ai pas versé. - - Voici mon front qui n'a pu que rougir, - Pour l'escabeau de vos pieds adorables, - Voici mon front qui n'a pu que rougir. - - Voici mes mains qui n'ont pas travaillé, - Pour les charbons ardents et l'encens rare, - Voici mes mains qui n'ont pas travaillé. - - Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain, - Pour palpiter aux ronces du Calvaire, - Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain. - - Voici mes pieds, frivoles voyageurs, - Pour accourir au cri de votre grâce, - Voici mes pieds, frivoles voyageurs. - - Voici ma voix, bruit maussade et menteur, - Pour les reproches de la Pénitence, - Voici ma voix, bruit maussade et menteur. - - Voici mes yeux, luminaires d'erreur. - Pour être éteints aux pleurs de la prière, - Voici mes yeux, luminaires d'erreur. - - Hélas, Vous, Dieu d'offrande et de pardon, - Quel est le puits de mon ingratitude, - Hélas! Vous, Dieu d'offrande et de pardon, - - Dieu de terreur et Dieu de sainteté, - Hélas! ce noir abîme de mon crime, - Dieu de terreur et Dieu de sainteté, - - Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur, - Toutes mes peurs, toutes mes ignorances, - Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur, - - Vous connaissez tout cela, tout cela, - Et que je suis plus pauvre que personne, - Vous connaissez tout cela, tout cela. - - Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne. - - -II - - Je ne veux plus aimer que ma mère Marie. - Tous les autres amours sont de commandement. - Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement - Pourra les allumer aux coeurs qui l'ont chérie. - - C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis, - C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice, - Et la douceur de coeur et le zèle au service, - Comme je la priais, Elle les a permis. - - Et comme j'étais faible et bien méchant encore, - Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins, - Elle baissa mes yeux et me joignit les mains, - Et m'enseigna les mots par lesquels on adore. - - C'est par Elle que j'ai voulu de ces chagrins, - C'est pour Elle que j'ai mon coeur dans les Cinq Plaies, - Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies, - Comme je l'invoquais, Elle en ceignit mes reins. - - Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie, - Siège de la sagesse et source des pardons, - Mère de France aussi, de qui nous attendons - Inébranlablement l'honneur de la patrie. - - Marie Immaculée, amour essentiel. - Logique de la foi cordiale et vivace, - En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse, - En vous aimant du seul amour, Porte du ciel? - - -III - - Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret, - Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence, - Le coeur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance, - Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît, - - Vous accueillez d'un geste exquis telles pensées - Qui ne marchent qu'en ordre et font le moindre bruit, - Votre main, toujours prête à la chute du fruit, - patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées. - - Et si l'immense amour de vos commandements - Embrasse et presse tous en sa sollicitude, - Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude - Et le travail des plus humbles recueillements. - - Le pécheur, s'il prétend vous connaître et vous plaire, - O vous qui nous aimant si fort parliez si peu, - Doit et peut, à tout temps du jour comme en tout lieu, - Bien faire obscurément son devoir et se taire, - - Se taire pour le monde, un pur sénat de fous, - Se taire sur autrui, des âmes précieuses, - Car nous taire vous plaît, même aux heures pieuses, - Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous. - - Donnez-leur le silence et l'amour du mystère, - O Dieu glorifieur du bien fait en secret, - A ces timides moins transis qu'il ne paraît, - Et l'horreur, et le pli des choses de la terre. - - Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation, - Toute force, douceur, l'ordre et l'intelligence, - Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence - De l'Agneau formidable en la neuve Sion, - - Afin qu'ils puissent dire: «Au moins nous sûmes croire» - Et que l'Agneau terrible, ayant tout supputé, - Leur réponde: «Venez, vous avez mérité, - Pacifiques, ma paix, et, douloureux, ma gloire.» - - -IV - -I - - Mon Dieu m'a dit: «Mon fils, il faut m'aimer, tu vois - Mon flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne, - Et mes pieds offensés que Madeleine baigne - De larmes, et mes bras douloureux sous le poids - - De tes péchés, et mes mains! Et tu vois la croix, - Tu vois les clous, le fiel, l'éponge et tout t'enseigne - A n'aimer, en ce monde amer où la chair règne, - Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix. - - Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même, - O mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit, - Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit? - - N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême - Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits, - Lamentable ami qui me cherches où je suis?» - -II - - J'ai répondu: «Seigneur, vous avez dit mon âme. - C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas. - Mais vous aimer! Voyez comme je suis en bas, - Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme - - Vous, la source de paix que toute soif réclame, - Hélas! Voyez un peu mes tristes combats! - Oserai-je adorer la trace de vos pas, - Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme? - - Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements, - Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte, - Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte, - - O vous, fontaine calme, amère aux seuls amants - De leur damnation, ô vous toute lumière - Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière!» - -III - - --Il faut m'aimer! Je suis l'universel Baiser, - Je suis cette paupière et je suis cette lèvre - Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre - Qui t'agite, c'est moi toujours! il faut oser - - M'aimer! Oui, mon amour monte sans biaiser - Jusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre, - Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre, - Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser. - - O ma nuit claire! ô tes yeux dans mon clair de lune! - O ce lit de lumière et d'eau parmi la brune! - Toute cette innocence et tout ce reposoir! - - Aime-moi! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes, - Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir, - Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes! - -IV - - --Seigneur, c'est trop? Vraiment je n'ose. Aimer qui? Vous? - Oh! non! Je tremble et n'ose. Oh! vous aimer je n'ose, - Je ne veux pas! Je suis indigne. Vous, la Rose - Immense des purs vents de l'Amour, ô Vous, tous - - Les coeurs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux - D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose - Sur la seule fleur d'une innocence mi-close - Quoi, _moi_, _moi_, pouvoir _Vous_ aimer. Êtes-vous fous[1], - - Père, Fils, Esprit? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche, - Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche - Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût, - - Vue, ouïe, et dans tout son être--hélas! dans tout - Son espoir et dans tout son remords que l'extase - D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase? - - [1] Saint Augustin. - -V - - --Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais, - Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme, - Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome, - Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets. - - Mon amour est le feu qui dévore à jamais - Toute chair insensée, et l'évapore comme - Un parfum,--et c'est le déluge qui consomme - En son flot tout mauvais germe que je semais, - - Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée - Et que par un miracle effrayant de bonté - Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté. - - Aime. Sors de ta nuit. Aime. C'est ma pensée - De toute éternité, pauvre âme délaissée, - Que tu dusses m'aimer, moi seul qui suis resté! - -VI - - --Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute. - Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment - Moi, ceci, me ferais-je, ô mon Dieu, votre amant, - O Justice que la vertu des bons redoute? - - Oui, comment? Car voici que s'ébranle la voûte - Où mon coeur creusait son ensevelissement - Et que je sens fluer à moi le firmament, - Et je vous dis: de vous à moi quelle est la route? - - Tendez-moi votre main, que je puisse lever - Cette chair accroupie et cet esprit malade. - Mais recevoir jamais la céleste accolade, - - Est-ce possible? Un jour, pouvoir la retrouver - Dans votre sein, sur votre coeur qui fut le nôtre, - La place où reposa la tête de l'apôtre? - -VII - - --Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui, - Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise - De ton coeur vers les bras ouverts de mon Église, - Comme la guêpe vole au lis épanoui. - - Approche-toi de mon oreille. Épanches-y - L'humiliation d'une brave franchise. - Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise - Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi. - - Puis franchement et simplement viens à ma table. - Et je t'y bénirai d'un repas délectable - Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté, - - Et tu boiras le Vin de la vigne immuable - Dont la force, dont la douceur, dont la bonté - Feront germer ton sang à l'immortalité. - - * * * * * - - Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère - D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison, - Et surtout reviens très souvent dans ma maison, - Pour y participer au Vin qui désaltère, - - Au Pain sans qui la vie est une trahison, - Pour y prier mon Père et supplier ma Mère - Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre, - D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison, - - D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence, - D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence, - Enfin, de devenir un peu semblable à moi - - Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate - Et de Judas et de Pierre, pareil à toi - Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate! - - * * * * * - - Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs - Si doux qu'ils sont encore d'ineffables délices, - Je te ferai goûter sur terre mes prémices, - La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs - - Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs - Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice - Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse, - Et que sonnent les angélus roses et noirs, - - En attendant l'assomption dans ma lumière, - L'éveil sans fin dans ma charité coutumière, - La musique de mes louanges à jamais, - - Et l'extase perpétuelle et la science. - Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance - De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais! - -VIII - - --Ah! Seigneur, qu'ai-je? Hélas! me voici tout en larmes - D'une joie extraordinaire: votre voix - Me fait comme du bien et du mal à la fois, - Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes. - - Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes - D'un clairon pour des champs de bataille où je vois - Des anges bleus et blancs portés sur des pavois, - Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes. - - J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi. - Je suis indigne, mais je sais votre clémence. - Ah! quel effort, mais quelle ardeur! Et me voici - - Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble immense - Brouille l'espoir que votre voix me révéla, - Et j'aspire en tremblant. - -IX - - --Pauvre âme, c'est cela! - - -V - - Désormais le Sage, puni - Pour avoir trop aimé les choses, - Rendu prudent à l'infini, - Mais franc de scrupules moroses, - - Et d'ailleurs retournant au Dieu - Qui fit les yeux et la lumière, - L'honneur, la gloire, et tout le peu - Qu'a son âme de candeur fière, - - Le Sage peut dorénavant - Assister aux scènes du monde, - Et suivre la chanson du vent, - Et contempler la mer profonde. - - Il ira, calme, et passera - Dans la férocité des villes, - Comme un mondain à l'Opéra - Qui sort blasé des danses viles. - - Même,--et pour tenir abaissé - L'orgueil, qui fit son âme veuve. - Il remontera le passé, - Ce passé, comme un mauvais fleuve! - - Il reverra l'herbe des bords, - Il entendra le flot qui pleure - Sur le bonheur mort et les torts - De cette date et de cette heure!... - - Il aimera les cieux, les champs, - La bonté, l'ordre et l'harmonie, - Et sera doux, même aux méchants - Afin que leur mort soit bénie. - - Délicat et non exclusif, - Il sera du jour où nous sommes: - Son coeur, plutôt contemplatif, - Pourtant saura l'oeuvre des hommes. - - Mais, revenu des passions, - Un peu méfiant des «usages», - A vos civilisations - Préférera les paysages. - - -VI - - Du fond du grabat - As-tu vu l'étoile - Que l'hiver dévoile? - Comme ton coeur bat, - Comme cette idée, - Regret ou désir, - Ravage à plaisir - Ta tête obsédée, - Pauvre tête en feu, - Pauvre coeur sans dieu, - L'ortie et l'herbette - Au bas du rempart - D'où l'appel frais part - D'une aigre trompette, - Le vent du coteau, - La Meuse, la goutte - Qu'on boit sur la route - A chaque écriteau, - Les sèves qu'on hume, - Les pipes qu'on fume! - - Un rêve de froid: - «Que c'est beau la neige - Et tout son cortège - Dans leur cadre étroit! - Oh! tes blancs arcanes, - Nouvelle Archangel, - Mirage éternel - De mes caravanes! - Oh! ton chaste ciel, - Nouvelle Archangel!» - Cette ville sombre! - Tout est crainte ici... - Le ciel est transi - D'éclairer tant d'ombre. - Les pas que tu fais - Parmi ces bruyères - Lèvent des poussières - Au souffle mauvais... - Voyageur si triste, - Tu suis quelle piste? - - C'est l'ivresse à mort, - C'est la noire orgie, - C'est l'amer effort - De ton énergie - Vers l'oubli dolent - De la voix intime, - C'est le seuil du crime, - C'est l'essor sanglant. - --Oh! fuis la chimère: - Ta mère, ta mère! - Quelle est cette voix - Qui ment et qui flatte! - «Ah! la tête plate, - Vipère des bois!» - Pardon et mystère. - Laisse ça dormir. - Qui peut, sans frémir. - Juger sur la terre? - «Ah! pourtant, pourtant, - Ce monstre impudent!» - - La mer! Puisse-t-elle - Laver ta rancoeur, - La mer au grand coeur, - Ton aïeule, celle - Qui chante en berçant - Ton angoisse atroce, - La mer, doux colosse - Au sein innocent, - Grondeuse infinie - De ton ironie! - Tu vis sans savoir! - Tu verses ton âme, - Ton lait et ta flamme - Dans quel désespoir? - Ton sang qui s'amasse - En une fleur d'or - N'est pas prêt encor - A la dédicace. - Attends quelque peu, - Ceci n'est que jeu. - - Cette frénésie - T'initie au but. - D'ailleurs, le salut - Viendra d'un Messie - Dont tu ne sens plus - Depuis bien des lieues - Les effluves bleues - Sous tes bras perclus, - Naufragé d'un rêve - Qui n'a pas de grève! - Vis en attendant - L'heure toute proche. - Ne sois pas prudent. - Trêve à tout reproche. - Fais ce que tu veux. - Une main te guide - A travers le vide - Affreux de tes voeux. - Un peu de courage, - C'est le bon orage. - - Voici le Malheur - Dans sa plénitude. - Mais à sa main rude - Quelle belle fleur! - «La brûlante épine!» - Un lys est moins blanc, - «Elle m'entre au flanc.» - Et l'odeur divine! - «Elle m'entre au coeur.» - Le parfum vainqueur! - «Pourtant je regrette, - Pourtant je me meurs, - Pourtant ces deux coeurs...» - Lève un peu la tête: - «Eh bien, c'est la Croix.» - Lève un peu ton âme - De ce monde infâme. - «Est-ce que je crois?» - Qu'en sais-tu? La Bête - Ignore sa tête, - - La Chair et le Sang - Méconnaissent l'Acte. - «Mais j'ai fait un pacte - Qui va m'enlaçant - A la faute noire, - Je me dois à mon - Tenace démon: - Je ne veux point croire. - Je n'ai pas besoin - De rêver si loin! - «Aussi bien j'écoute - Des sons d'autrefois. - Vipère des bois, - Encor sur ma route? - Cette fois tu mords.» - Laisse cette bête. - Que fait au poète? - Que sont des coeurs morts? - Ah! plutôt oublie - Ta propre folie. - - Ah! plutôt, surtout, - Douceur, patience, - Mi-voix et nuance, - Et paix jusqu'au bout! - Aussi bon que sage, - Simple autant que bon, - Soumets ta raison - Au plus pauvre adage, - Naïf et discret, - Heureux en secret! - Ah! surtout, terrasse - Ton orgueil cruel, - Implore la grâce - D'être un pur Abel, - Finis l'odyssée - Dans le repentir - D'un humble martyr, - D'une humble pensée. - Regarde au-dessus... - «Est-ce vous, JÉSUS?» - - -VII - - Le ciel est, par-dessus le toit, - Si bleu, si calme! - Un arbre, par-dessus le toit - Berce sa palme. - - La cloche dans le ciel qu'on voit - Doucement tinte. - Un oiseau sur l'arbre qu'on voit - Chante sa plainte. - - Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, - Simple et tranquille. - Cette paisible rumeur-là - Vient de la ville. - - --Qu'as-tu fait, ô toi que voilà - Pleurant sans cesse, - Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, - De ta jeunesse? - - -VIII - - Le son du cor s'afflige vers les bois - D'une douleur on veut croire orpheline - Qui vient mourir au bas de la colline - Parmi la bise errant en courts abois. - - L'âme du loup pleure dans cette voix - Qui monte avec le soleil qui décline, - D'une agonie on veut croire câline - Et qui ravit et qui navre à la fois. - - Pour faire mieux cette plainte assoupie - La neige tombe à longs traits de charpie - A travers le couchant sanguinolent, - - Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne, - Tant il fait doux par ce soir monotone - Où se dorlote un paysage lent. - - -IX - - La tristesse, la langueur du corps humain - M'attendrissent, me fléchissent, m'apitoient, - Ah! surtout quand des sommeils noirs le foudroient. - Quand les draps zèbrent la peau, foulent la main! - - Et que mièvre dans la fièvre du demain, - Tiède encor du bain de sueur qui décroît, - Comme un oiseau qui grelotte sous un toit! - Et les pieds, toujours douloureux du chemin, - - Et le sein, marqué d'un double coup de poing, - Et la bouche, une blessure rouge encor, - Et la chair frémissante, frêle décor, - - Et les yeux, les pauvres yeux si beaux où point - La douleur de voir encore du fini!... - Triste corps! Combien faible et combien puni! - - -X - - La bise se rue à travers - Les buissons tout noirs et tout verts, - Glaçant la neige éparpillée, - Dans la campagne ensoleillée. - L'odeur est aigre près des bois, - L'horizon chante avec des voix, - Les coqs des clochers des villages - Luisent crûment sur les nuages. - C'est délicieux de marcher - A travers ce brouillard léger - Qu'un vent taquin parfois retrousse. - Ah! fi de mon vieux feu qui tousse! - J'ai des fourmis plein les talons. - Debout, mon âme, vite, allons! - C'est le printemps sévère encore, - Mais qui par instant s'édulcore - D'un souffle tiède juste assez - Pour mieux sentir les froids passés - Et penser au Dieu de clémence... - Va, mon âme, à l'espoir immense! - - -XI - - Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées! - L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées, - Douceur de coeur avec sévérité d'esprit, - Et cette vigilance, et le calme prescrit, - Et toutes!--Mais encor lentes, bien éveillées, - Bien d'aplomb, mais encor timides, débrouillées - A peine du lourd rêve et de la tiède nuit. - C'est à qui de vous va plus gauche, l'une suit - L'autre, et toutes ont peur du vaste clair de lune. - «Telles, quand des brebis sortent d'un clos. C'est une, - Puis deux, puis trois. Le reste est là, les yeux baissés, - La tête à terre, et l'air des plus embarrassés, - Faisant ce que fait leur chef de file: il s'arrête, - Elles s'arrêtent tour à tour, posant leur tête - Sur son dos, simplement et sans savoir pourquoi[2].» - Votre pasteur, ô mes brebis, ce n'est pas moi, - C'est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes, - Lui qui vous tint longtemps et si longtemps là closes, - Mais qui vous délivra de sa main au temps vrai. - Suivez-le. Sa houlette est bonne. - Et je serai, - Sous sa voix toujours douce à votre ennui qui bêle, - Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidèle. - - [2] DANIEL, _Le Purgatoire_. - - -XII - - L'échelonnement des haies - Moutonne à l'infini, mer - Claire dans le brouillard clair - Qui sent bon les jeunes baies. - - Des arbres et des moulins - Sont légers sous le vert tendre - Où vient s'ébattre et s'étendre - L'agilité des poulains. - - Dans ce vague d'un Dimanche - Voici se jouer aussi - De grandes brebis aussi - Douces que leur laine blanche. - - Tout à l'heure déferlait - L'onde, roulée en volutes, - De cloches comme des flûtes - Dans le ciel comme du lait. - - -XIII - - L'immensité de l'humanité, - Le Temps passé vivace et bon père, - Une entreprise à jamais prospère: - Quelle puissante et calme cité! - - Il semble ici qu'on vit dans l'histoire, - Tout est plus fort que l'homme d'un jour. - De lourds rideaux d'atmosphère noire - Font richement la nuit alentour. - - O civilisés que civilise - L'Ordre obéi, le Respect sacré! - O dans ce champ si bien préparé - Cette moisson de la Seule Église! - - -XIV - - La mer est plus belle - Que les cathédrales, - Nourrice fidèle, - Berceuse de râles, - La mer sur qui prie - La Vierge Marie! - - Elle a tous les dons - Terribles et doux. - J'entends ses pardons - Gronder ses courroux. - Cette immensité - N'a rien d'entêté. - - O! si patiente, - Même quand méchante! - Un souffle ami hante - La vague, et nous chante: - «Vous sans espérance, - Mourez sans souffrance!» - - Et puis sous les cieux - Qui s'y rient plus clairs, - Elle a des airs bleus, - Roses, gris et verts... - Plus belle que tous, - Meilleure que nous! - - -XV - - La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches - Où rage le soleil comme en pays conquis. - Tous les vices ont leur tanière, les exquis - Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches. - - Des odeurs! Des bruits vains! Où que vague le coeur, - Toujours ce poudroiement vertigineux de sable, - Toujours ce remuement de la chose coupable - Dans cette solitude où s'écoeure le coeur! - - De près, de loin, le Sage aura sa thébaïde - Parmi le fade ennui qui monte de ceci, - D'autant plus âpre et plus sanctifiante aussi, - Que deux parts de son âme y pleurent, dans ce vide! - - -XVI - - Toutes les amours de la terre - Laissent au coeur du délétère - Et de l'affreusement amer, - Fraternelles et conjugales, - Paternelles et filiales, - Civiques et nationales, - Les charnelles, les idéales. - Toutes ont la guêpe et le ver. - - La mort prend ton père et ta mère, - Ton frère trahira son frère, - Ta femme flaire un autre époux, - Ton enfant, on te l'aliène, - Ton peuple, il se pille ou s'enchaîne - Et l'étranger y pond sa haine, - Ta chair s'irrite et tourne obscène, - Ton âme flue en rêves fous. - - Mais, dit Jésus, aime, n'importe! - Puis, de toute illusion morte - Fais un cortège, forme un choeur, - Va devant, tel aux champs le pâtre, - Tel le coryphée au théâtre, - Tel le vrai prêtre ou l'idolâtre, - Tels les grands-parents près de l'âtre, - Oui, que devant aille ton coeur! - - Et que toutes ces voix dolentes - S'élèvent rapides ou lentes, - Aigres ou douces, composant - A la gloire de Ma souffrance - Instrument de ta délivrance, - Condiment de ton espérance - Et mets de ta propre navrance, - L'hymne qui te sied à présent! - - -XVII - - Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit - La reine d'ici-bas, et littéralement! - Elle dit peu de mots de ce gouvernement - Et ne s'arrête point aux détails de surcroît; - - Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie - Et croie, est ceci dont elle la complimente; - Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente. - Puis le pauvre-de-coeur décide et suit sa voie. - - Qui l'en empêchera? De voeux il n'en a plus - Que celui d'être un jour au nombre des élus, - Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain, - - Prodigue et dédaigneux, sur tous, des choses eues, - Mais accumulateur des seules choses sues, - De quel si fier sujet, et libre, quelle reine! - - -XVIII - - C'est la fête du blé, c'est la fête du pain - Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses! - Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain - De lumière si blanc que les ombres sont roses. - - L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux - Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère. - La plaine, tout au loin couverte de travaux, - Change de face à chaque instant, gaie et sévère. - - Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement - Sous le soleil tranquille, auteur des moissons mûres, - Et qui travaille encore imperturbablement - A gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures. - - Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin, - Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne - L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin. - Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne! - - Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins, - Fruit de la force humaine en tous lieux répartie, - Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins - La Chair et le Sang pour le calice et l'hostie! - - - - -AMOUR - - -PRIÈRE DU MATIN - - O Seigneur, exaucez et dictez ma prière, - Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté, - Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière, - Et qui m'avez aimé de toute éternité. - - Car--ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère - Miséricordieux, que, cent fois médité, - Toujours il confondit ma raison qu'il atterre,-- - Oui, vous m'avez aimé de toute éternité, - - Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière, - Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi, - Dès avant l'univers, dès avant la lumière, - Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci. - - Exaucez ma prière après l'avoir formée - De gratitude immense et des plus humbles voeux, - Comme un poète scande une ode bien-aimée, - Comme une mère baise un fils sur les cheveux. - - Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire - Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur - Parmi les hommes durs sous une loi sévère, - Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur, - - Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie - Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints, - O donnez-moi la foi très forte, que je croie - Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins; - - Et donnez-moi la foi très douce que j'estime - N'avoir de haine juste et sainte que pour moi, - Que j'aime le pécheur en détestant son crime, - Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi; - - Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure - Sur l'impropriété de tant de maux soufferts, - Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure - Lâchement gaspillée aux efforts que je perds; - - Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance - Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur; - Donnez, juste Seigneur, avec la confiance, - Donnez la méfiance à votre serviteur: - - Que je ne sois jamais un objet de censure - Dans l'action pieuse et le juste discours; - Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure; - D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours; - - Faites que mon exemple amène à vous connaître - Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous, - Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître, - Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous; - - Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires, - L'homme, la patience et ce devoir dicté, - Aura fructifié de mon mieux dans vos serres, - Laissez-moi vous aimer en toute charité, - - Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses - Aimer jusqu'à la mort votre perfection, - Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses, - Jusqu'à la mort du coeur, orgueil et passion, - - Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle - Que votre volonté dès longtemps appelait - Vers l'humilité sainte éternellement belle, - Mais lui gardait son rêve infernalement laid, - - Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques, - Spéculation creuse et calculs impuissants, - Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques. - Ah! tuez mon esprit, et mon coeur et mes sens! - - Place à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie - Que tout est vanité fors elle-même en Dieu; - Place à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie - Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu! - - Et que cette âme soit la servante très douce - Avant d'être l'épouse au trône non pareil. - Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse - Où ce petit oiseau se baigne de soleil, - - La paisible oraison comme la fraîche étable - Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins - D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable - Et que juin fait crier l'insecte dans les foins, - - L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule, - Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités. - Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle - Un ruisseau toujours clair d'austères vérités: - - La mort, le noir péché, la pénitence blanche, - L'occasion à fuir et la grâce à guetter; - Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche - Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter: - - Mortification spirituelle, épreuve - Du feu par le désir et de l'eau par le pleur - Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve - D'un amour que doit seule aviver la douleur, - - Sécheresses ainsi que des trombes de sable - En travers du torrent où luttent ses bras lourds, - Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable - Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours, - - Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle, - Et la vague bientôt porterait doucement - L'âme persévérante et son amour fidèle - Aux pieds de votre Amour fidèle, ô Dieu clément! - - La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes - Me ressusciterait à votre éternité. - Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes - Et bénissez l'effort de ma débilité! - - Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez à parfaire - L'oeuvre de votre coeur adorable, en sauvant - L'âme que rachetaient les affres du Calvaire; - Père, considérez le prix de votre enfant. - - -ÉCRIT EN 1875 - -A EDMOND LEPELLETIER - - J'ai naguère habité le meilleur des châteaux - Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux: - Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes, - Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles. - Le mur, étant de brique extérieurement, - Luisait rouge au soleil de ce site dormant, - Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure, - Tendait légèrement la voûte intérieure. - O diane des yeux qui vont parler au coeur, - O réveil pour les sens éperdus de langueur, - Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches, - Innocence et fierté des choses, couleurs blanches! - Parmi des escaliers en vrille, tout aciers - Et cuivres, luxes brefs encore émaciés, - Cette blancheur bleuâtre et si douce à m'en croire, - Que relevait un peu la longue plinthe noire, - S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur - Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur. - Une chambre bien close, une table, une chaise, - Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise, - Du jour suffisamment et de l'espace assez, - Tel fut mon lot durant les longs mois là passés, - Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace, - Ni le reste, et du point de vue où je me place, - Maintenant que voici le monde de retour, - Ah! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour! - Car c'était bien la paix réelle et respectable, - Ce lit dur, cette chaise unique et cette table, - La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi, - Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi, - Qui glissait lentement en teintes apaisées, - Au lieu de ce grand jour diffus de vos croisées. - Car à quoi bon le vain appareil et l'ennui - Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui, - (Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre) - Et pourquoi cet effroi de rester solitaire - Qui pique le troupeau des hommes d'à présent, - Comme si leur commerce était bien suffisant? - Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie, - Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie. - (O fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux! - O bonté d'être cru plus malheureux que tous!) - Je partageais les jours de cette solitude - Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude, - Que délassait un peu de travail manuel. - Ainsi les Saints! J'avais aussi ma part de ciel, - Surtout quand, revenant au jour, si proche encore, - Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore - En la luxure lâche aux farces sans pardon, - Je pouvais supputer tout le prix de ce don: - N'être plus là, parmi les choses de la foule, - S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule, - Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés, - N'être plus là, compter au rang des coeurs cachés, - Des coeurs discrets que Dieu fait siens dans le silence, - Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance - Du plus bas au plus haut en essors bien réglés, - Humble, prudent, béni, la croissance des blés!-- - D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire. - Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère - Apportait mes repas et repartait muet. - Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait - Qu'une horloge au coeur clair qui battait à coups larges. - C'était la liberté (la seule!) sans ses charges, - C'était la dignité dans la sécurité! - O lieu presque aussitôt regretté que quitté, - Château, château magique où mon âme s'est faite, - Frais séjour où se vint apaiser la tempête - De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang, - Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc, - Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres - Et désaltère encor l'arrière-soif des fièvres, - O sois béni, château d'où me voilà sorti - Prêt à la vie, armé de douceur et nanti - De la Foi, pain et sel et manteau pour la route - Si déserte, si rude et si longue, sans doute, - Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets. - Et soit aimé l'AUTEUR de la Grâce, à jamais! - -(Stickney, Angleterre.) - - -UN CONTE - -A J.-K. HUYSMANS - - Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme - Et comme un soldat répand son sang pour la patrie, - Je voudrais pouvoir mettre mon coeur avec mon âme - Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie. - - Mais je suis, hélas! un pauvre pécheur trop indigne, - Ma voix hurlerait parmi le choeur des voix des justes: - Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne, - Elle pourrait offenser des oreilles augustes. - - Il faut un coeur pur comme l'eau qui jaillit des roches, - Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème, - Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches - Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème, - - Il faut tout cela pour oser dire vos louanges, - O vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée, - Vous, blanche à travers les battements d'ailes des anges, - Qui posez vos pieds sur notre terre consolée. - - Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre - Comment il advint qu'une âme des plus égarées, - Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre, - Revint au bercail des Innocences ignorées. - - Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe, - Eau claire du coeur après le feu vierge de l'âme, - Paupière de grâce sur la prunelle éblouie, - Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame! - - Ce fut un amant dans toute la force du terme: - Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge, - Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme, - Et le sang d'un coeur, cire vermeille pour son cierge! - - Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique - Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise, - Et comme un forçat qui remâche une vieille chique - Il aimait le jus flasque de la mécréantise. - - Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues, - Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières; - Bon que les amours premières fussent disparues, - Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières. - - Ce fut, et quel préjudice! un Parisien fade, - Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires - Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade - Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires; - - Race de théâtre et de boutique dont les vices - Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée, - Lèveraient le coeur à des sauvages, leurs complices, - Race de trottoir, race d'égout et de fumée! - - Enfin un sot, un infatué de ce temps bête - (Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière) - Et par-dessus tout une folle tête inquiète, - Un coeur à tous vents, vraiment mais vilement sincère. - - Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire, - Dans quelque coin bien discret et sûr de ce coeur même, - Il avait gardé comme qui dirait la mémoire - D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime. - - Avait-il,--et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable, - Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle - Votre nom, Marie, et votre titre vénérable, - Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle? - - Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore, - Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste, - Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore - En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste. - - Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites - Folles à ce point d'en devenir trop maladroites, - Si bien que les tribunaux s'en mirent,--et les suites! - Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes? - - Cellules! Prisons humanitaires! il faut taire - Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie... - Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère, - O Marie, ô vous, de toute éternité choisie? - - Puis il se tourna vers votre Fils et vers Sa Mère. - O qu'il fut heureux, mais là promptement, tout de suite! - Que de larmes, quelle joie, ô Mère! et pour vous plaire, - Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte - - Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices, - Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme la Science, - Et les rires et les sourires où tu te plisses, - Lèvre des petits exégètes de l'incroyance! - - Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène - Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire, - Implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine, - L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère! - - O qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde - Qu'adorer obscurément la mystique sagesse, - Qu'aimer le coeur de Jésus dans l'extase profonde - De penser à vous en même temps pendant la Messe. - - O faites cela, faites cette grâce à cette âme, - O vous, vierge Mère, ô vous Marie Immaculée, - Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame, - Qui posez vos pieds sur notre terre consolée. - - -BOURNEMOUTH - -A FRANCIS POICTEVIN - - Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage, - L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins, - Avec la ville autour déguisée en village: - Chalets éparpillés rouges dans le feuillage - Et les blanches villas des stations de bains. - - Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère, - Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir - Et redescend en fins bosquets où la lumière - Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière - Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir. - - A gauche la tour lourde (elle attend une flèche) - Se dresse d'une église invisible d'ici, - L'estacade très loin; haute, la tour, et sèche: - C'est bien l'anglicanisme impérieux et rêche - A qui l'essor du coeur vers le ciel manque aussi. - - Il fait un de ces temps ainsi que je les aime, - Ni brume ni soleil! le soleil deviné, - Pressenti, du brouillard mourant, dansant à même - Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème; - L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané. - - De la tour protestante il part un chant de cloche, - Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois, - Instinctive harmonie allant de proche en proche, - Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche, - Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix; - - Bruit immense et bien doux que le long bois écoute! - La musique n'est pas plus belle. Cela vient - Lentement sur la mer qui chante et frémit toute, - Comme sous une armée au pas sonne une route - Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde retient. - - La sonnerie est morte. Une rouge traînée - De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer, - L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année - Ensanglante là-bas la ville couronnée - De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair. - - Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade - Frissonne et le ressac a gémi dans son bois - Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade - Sur un rythme brutal comme l'ennui maussade - Qui martelait mes jours coupables d'autrefois: - - Solitude du coeur dans le vide de l'âme, - Le combat de la mer et des vents de l'hiver, - L'orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame, - Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme, - Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!... - - Voici trois tintements comme trois coups de flûtes, - Trois encor, trois encor! l'_Angélus_ oublié - Se souvient, le voici qui dit: Paix à ces luttes! - Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes, - Une vierge a conçu, le monde est délié! - - Ainsi Dieu parle par la voix de _sa_ chapelle - Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois... - O Rome, ô Mère! Cri, geste qui nous rappelle - Sans cesse au bonheur seul et donne au coeur rebelle - Et triste le conseil pratique de la Croix. - - --La nuit est de velours. L'estacade laissée - Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait, - Une route assez droite heureusement tracée - Guide jusque chez moi ma retraite pressée - Dans ce noir absolu sous le long bois muet. - - -THERE - -A ÉMILE LE BRUN - - «Angels», seul coin luisant dans ce Londres du soir, - Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule, - C'est drôle que, semblable à tel très dur espoir, - Ton souvenir m'obsède et puissamment enroule - Autour de mon esprit un regret rouge et noir: - - Devantures, chansons, omnibus et les danses - Dans le demi-brouillard où flue un goût de rhum, - Décence, toutefois, le souci des cadences, - Et même dans l'ivresse un certain décorum, - Jusqu'à l'heure où la brume et la nuit se font denses. - - «Angels»! jours déjà loin, soleils morts, flots taris; - Mes vieux péchés longtemps ont rôdé par tes voies, - Tout soudain rougissant, misère! et tout surpris - De se plaire vraiment à tes honnêtes joies, - Eux pour tout le contraire arrivés de Paris! - - Souvent l'incompressible Enfance ainsi se joue, - Fût-ce dans ce rapport infinitésimal, - Du monstre intérieur qui nous crispe la joue - Au froid ricanement de la haine et du mal, - Ou gonfle notre lèvre amère en lourde moue. - - L'Enfance baptismale émerge du pécheur, - Inattendue, alerte, et nargue ce farouche - D'un sourire non sans franchise ou sans fraîcheur, - Qui vient, quoi qu'il en ait, se poser sur sa bouche - A lui, par un prodige exquisement vengeur. - - C'est la Grâce qui passe aimable et nous fait signe. - O la simplicité primitive, elle encor! - Cher recommencement bien humble! Fuite insigne - De l'heure vers l'azur mûrisseur de fruits d'or! - «Angels»! ô nom _revu_, calme et frais comme un cygne! - - -UN CRUCIFIX - -A GERMAIN NOUVEAU - -Église Saint-Géry, Arras. - - Au bout d'un bas-côté de l'église gothique, - Contre le mur que vient baiser le jour mystique - D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux, - Le Crucifix se dresse, ineffablement doux, - Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées, - Et la gloire d'or sombre en langues échancrées - Flue autour de la tête et des bras étendus, - Tels quatre vols de flamme en un seul confondus. - La statue est en bois, de grandeur naturelle, - Légèrement teintée, et l'on croirait sur elle - Voir s'arrêter la vie à l'instant qu'on la voit. - Merveille d'art pieux, celui qui la fit doit - N'avoir fait qu'elle et s'être éteint dans la victoire - D'être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire. - «Voilà l'homme!» Robuste et délicat pourtant. - C'est bien le corps qu'il faut pour avoir souffert tant, - Et c'est bien la poitrine où bat le Coeur immense: - Par les lèvres le souffle expirant dit: «Clémence», - Tant l'artiste les a disjointes saintement, - Et les bras grands ouverts prouvent le Dieu clément; - La couronne d'épine est énorme et cruelle - Sur le front inclinant sa pâleur fraternelle - Vers l'ignorance humaine et l'erreur du pécheur, - Tandis que, pour noyer le scrupule empêcheur - D'aimer et d'espérer comme la Foi l'enseigne, - Les pieds saignent, les mains saignent, le côté saigne; - On sent qu'il s'offre au Père en toute charité, - Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté, - Pour spécialement sauver vos âmes tristes, - Pharisiens naïfs, sincères jansénistes! - --Un ami qui passait, bon peintre et bon chrétien - Et bon poète aussi--les trois s'accordent bien-- - Vit cette oeuvre sublime, en fit une copie - Exquise, et surprenant mon regard qui l'épie, - Très gracieusement chez moi vint l'oublier. - Et j'ai rimé ces vers pour le remercier.-- - -Août 1880 - - -UN VEUF PARLE - - Je vois un groupe sur la mer. - Quelle mer? Celle de mes larmes. - Mes yeux mouillés du vent amer - Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes - Sont deux étoiles sur la mer. - - C'est une toute jeune femme - Et son enfant déjà tout grand - Dans une barque où nul ne rame, - Sans mât ni voile, en plein courant... - Un jeune garçon, une femme! - - En plein courant dans l'ouragan! - L'enfant se cramponne à sa mère - Qui ne sait plus où, non plus qu'en..., - Ni plus rien, et qui, folle, espère - En le courant, en l'ouragan. - - Espérez en Dieu, pauvre folle, - Crois en notre Père, petit. - La tempête qui vous désole, - Mon coeur de là-haut vous prédit - Qu'elle va cesser, petit, folle! - - Et paix au groupe sur la mer, - Sur cette mer de bonnes larmes! - Mes yeux joyeux dans le ciel clair, - Par cette nuit sans plus d'alarmes, - Sont deux bons anges sur la mer. - -1878 - - -IL PARLE ENCORE - - Ni pardon ni répit, dit le monde, - Plus de place au sénat du loisir! - On rend grâce et justice au désir - Qui te prend d'une paix si profonde, - Et l'on eût fait trêve avec plaisir, - Mais la guerre est jalouse: il faut vivre - Ou mourir du combat qui t'enivre. - - Aussi bien tes voeux sont absolus - Quand notre art est un mol équilibre. - Nous donnons un sens large au mot: libre, - Et ton sens va: Vite ou jamais plus. - Ta prière est un ordre qui vibre; - Alors nous, indolents conseilleurs, - Que te dire, excepté: Cherche ailleurs? - - Et je vois l'Orgueil et la Luxure - Parmi la réponse: tel un cor - Dans l'éclat fané d'un vil décor, - Prêtant sa rage à la flûte impure. - Quel décor connu mais triste encor! - C'est la ville où se caille et se lie - Ce passé qu'on boit jusqu'à la lie, - - C'est Paris banal, maussade et blanc, - Qui chantonne une ariette vieille - En cuvant sa «noce» de la veille - Comme un invalide sur un banc. - La Luxure me dit à l'oreille: - Bonhomme, on vous a déjà donné. - Et l'Orgueil se tait comme un damné. - - O Jésus, vous voyez que la porte - Est fermée au Devoir qui frappait, - Et que l'on s'écarte à mon aspect. - Je n'ai plus qu'à prier pour la morte. - Mais l'agneau, bénissez qui le paît! - Que le thym soit doux à sa bouchette! - Que le loup respecte la houlette! - - Et puis, bon pasteur, paissez mon coeur: - Il est seul désormais sur la terre, - Et l'horreur de rester solitaire - Le distrait en l'étrange langueur - D'un espoir qui ne veut pas se taire, - Et l'appelle aux prés qu'il ne faut pas. - Donnez-lui de n'aller qu'en vos pas. - -1879. - - -SAINT GRAAL - -A LÉON BLOY - - Parfois je sens, mourant des temps où nous vivons, - Mon immense douleur s'enivrer d'espérance. - En vain l'heure honteuse ouvre des trous profonds, - En vain bâillent sous nous les désastres sans fonds - Pour engloutir l'abus de notre âpre souffrance, - Le sang de Jésus-Christ ruisselle sur la France. - - Le précieux Sang coule à flots de ses autels - Non encor renversés, et coulerait encore - Le fussent-ils, et quand nos malheurs seraient tels - Que les plus forts, cédant à ces effrois mortels, - Eux-mêmes subiraient la loi qui déshonore, - De l'ombre des cachots il jaillirait encore, - - Il coulerait encor des pierres des cachots, - Descellerait l'horreur des ciments, doux et rouge - Suintement, torrent patient d'oraisons, - D'expiation forte et de bonnes raisons - Contre les lâchetés et les «feux sur qui bouge!» - Et toute guillotine et cette Gueuse rouge...! - - Torrent d'amour du Dieu d'amour et de douceur, - Fût-ce parmi l'horreur de ce monde moqueur, - Fleuve rafraîchissant de feu qui désaltère, - Source vive où s'en vient ressusciter le coeur - Même de l'assassin, même de l'adultère, - Salut de la patrie, ô sang qui désaltère! - - -ANGÉLUS DE MIDI - - Je suis dur comme un juif et têtu comme lui, - Littéral, ne faisant le bien qu'avec ennui, - Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible; - - Mon esprit s'ouvre et s'offre, on dirait une cible; - Je ne puis plus compter les chutes de mon coeur; - La charité se fane aux doigts de la langueur; - - L'ennemi m'investit d'un fossé d'eau dormante; - Un parti de mon être a peur et parlemente: - Il me faut à tout prix un secours prompt et fort. - - Ce fort secours, c'est vous, maîtresse de la mort - Et reine de la vie, ô Vierge immaculée, - Qui tendez vers Jésus la Face constellée - Pour lui montrer le Sein de toutes les douleurs - Et tendez vers nos pas, vers nos ris, vers nos pleurs - Et vers nos vanités douloureuses les paumes - Lumineuses, les Mains répandeuses de baumes. - Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien - Dans le chaste combat du Sage et du Chrétien; - Priez pour mon courage et pour qu'il persévère, - Pour de la patience, en cette longue guerre, - A supporter le froid et le chaud des saisons; - Écartez le fléau des mauvaises raisons; - Rendez-moi simple et fort, inaccessible aux larmes, - Indomptable à la peur; mettez-moi sous les armes, - Que j'écrase, puisqu'il le faut, et broie enfin - Tous les vains appétits, et la soif et la faim, - Et l'amour sensuel, cette chose cruelle, - Et la haine encore plus cruelle et sensuelle, - Faites-moi le soldat rapide de vos voeux, - Que pour vous obéir soit le rien que je peux. - Que ce que vous voulez soit tout ce que je puisse! - J'immolerai comme en un calme sacrifice - Sur votre autel honni jadis, baisé depuis, - Le mauvais que je fus, le lâche que je suis. - La sale vanité de l'or qu'on a, l'envie - D'en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie - Pour soi, quel soi! l'affreux besoin de plaire aux gens, - L'affreux besoin de plaire aux gens trop indulgents, - Hommes prompts aux complots, femmes tôt adultères, - Tous préjugés, mourez sous mes mains militaires! - Mais pour qu'un bien beau fruit récompense ma paix, - Fleurisse dans tout moi la fleur des divins Mais, - Votre amour, Mère tendre, et votre culte tendre. - Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre - A lui qu'en vous sans plus aucun détour subtil, - Et mourir avec vous tout près. - - Ainsi soit-il! - - -A VICTOR HUGO - -EN LUI ENVOYANT «SAGESSE» - - Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu - Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire: - Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire, - Votre oeuvre, je l'aimais d'un amour ingénu. - - Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu. - J'aime Dieu, son Église, et ma vie est de croire - Tout ce que vous tenez, hélas! pour dérisoire, - Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu. - - J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière. - Tout petit que je suis j'avais aussi le droit - D'une évolution, la bonne, la dernière. - - Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit - L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine, - Car vous me fûtes doux en des heures de peine. - - -SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE - -JOUR DE LA CANONISATION - - Comme l'Église est bonne en ce siècle de haine, - D'orgueil et d'avarice et de tous les péchés, - D'exalter aujourd'hui le caché des cachés, - Le doux entre les doux à l'ignorance humaine - - Et le mortifié sans pair que la Foi mène, - Saignant de pénitence et blanc d'extase, chez - Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés, - Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine, - - Comme un autre Alexis, comme un autre François, - Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois - Pratiquant la douceur, l'horreur de l'Évangile! - - Et pour ainsi montrer au monde qu'il a tort - Et que les pieds crus d'or et d'argent sont d'argile, - Comme l'Église est tendre et que Jésus est fort! - - -PARABOLES - - Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien - Dans ces temps de féroce ignorance et de haine; - Mais donnez-moi la force et l'audace sereine - De vous être à toujours fidèle comme un chien, - - De vous être l'agneau destiné qui suit bien - Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine, - Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine, - Au maître, quand il veut utiliser ce bien, - - Le poisson, pour servir au Fils de monogramme, - L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta, - Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta. - - Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme, - En ces temps de révolte et de duplicité - Fait son humble devoir avec simplicité. - - -SONNET HÉROIQUE - - La Gueule parle: «L'or, et puis encore l'or, - Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande, - Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande - Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor!» - - La Panse dit: «A moi la chute du trésor! - La viande, et les vins fins, et l'or, toute provende, - A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande - Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor!» - - L'oeil est de pur cristal dans les suifs de la face: - Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux, - Seule perfection parmi tous les défauts. - - L'Ame attend vainement un remords efficace, - Et dans l'impénitence agonise de faim - Et de soif, et sanglote en pensant à LA FIN. - - -PENSÉE DU SOIR - -A ERNEST RAYNAUD - - Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil, - Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil, - Ou bien errant, semblable aux formes que suscite - Le rêve, par l'horreur du paysage scythe, - Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux, - S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus, - Le poète de l'art d'Aimer, le tendre Ovide - Embrasse l'horizon d'un long regard avide - Et contemple la mer immense tristement. - - Le cheveu poussé rare et gris que le tourment - Des bises va mêlant sur le front qui se plisse, - L'habit troué livrant la chair au froid, complice, - Sous l'aigreur du sourcil tordu, l'oeil terne et las, - La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas! - Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire - Disent une sinistre et lamentable histoire - D'amour excessif, d'âpre envie et de fureur - Et quelque responsabilité d'Empereur. - Ovide morne pense à Rome et puis encore - A Rome que sa gloire illusoire décore. - - Or, Jésus! vous m'avez justement obscurci: - Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci. - - - - -BONHEUR - - -I - - L'incroyable, l'unique horreur de pardonner, - Quand l'offense et le tort ont eu cette envergure, - Est un royal effort qui peut faire figure - Pour le souci de plaire et le soin d'étonner; - - L'orgueil, qu'il faut, se doit prévaloir sans scrupule - Et s'endormir pur, fort des péchés expiés, - Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds - Sur cette humanité toute honte et crapule - - Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut - Au coeur qu'un rien émeut, tel sous des doigts un luth, - Faire un peu de repos dans l'entier sacrifice. - - Paix à ce coeur enfin de bonne volonté - Qui ne veut battre plus que vers la Charité, - Et que votre plaisir, ô Jésus, s'assouvisse. - - -II - - La vie est bien sévère - A cet homme trop gai: - Plus le vin dans le verre - Pour le sang fatigué, - - Plus l'huile dans la lampe - Pour les yeux et la main, - Plus l'envieux qui rampe - Pour l'orgueil surhumain, - - Plus l'épouse choisie - Pour vivre et pour mourir, - En qui l'on s'extasie - Pour s'aider à souffrir, - - Hélas! et plus les femmes - Pour le coeur et la chair, - Plus la Foi, sel des âmes, - Pour la peur de l'Enfer, - - Et ni plus l'Espérance - Pour le ciel mérité - Par combien de souffrance! - Rien. Si. La Charité. - - Le pardon des offenses - Comme un déchirement, - L'abandon des vengeances - Comme un délaissement, - - Changer au mieux le pire, - A la méchanceté - Déployant son empire, - Opposer la bonté, - - Peser, se rendre compte. - Faire la part de tous, - Boire la bonne honte, - Être toujours plus doux... - - Quelque chaleur va luire - Pour le coeur fatigué, - La vie enfin sourire - A cet homme trop gai. - - Et puisque je pardonne, - Mon Dieu, pardonnez-moi, - Ornant l'âme enfin bonne - D'espérance et de foi. - - -III - - Après la chose faite, après le coup porté - Après le joug très dur librement accepté, - Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre, - Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire, - Après la bonne haine et la chère rancoeur, - Le rêve de tenir, implacable vainqueur, - Les ennemis du coeur et de l'âme et les autres; - De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres - De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher, - Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher! - Alors on est content comme au sortir d'un rêve, - On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève - Un abcès de sottise et d'erreur, et voici - Que de l'éternité, symbole en raccourci - Toute une plénitude afflue, alme et s'installe, - L'être palpite entier dans la forme totale, - Et la chair est moins faible et l'esprit moins prompt; - Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront - Le lys du faire pur, celui du chaste dire, - Et, si daigne Jésus, la rose du martyre. - Alors on trouve, ô Dieu si lent à vous venger, - Combien doux est le joug et le fardeau léger! - - Charité, la plus forte entre toutes les Forces, - Tu veux dire, saint piège aux célestes amorces, - Les mains tendres du fort, de l'heureux et du grand - Autour du sort plaintif du faible et du souffrant. - Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie - Ou jaloux, et ton nom encore signifie - Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement, - Et ce tact virginal, et l'ange exactement! - Mais l'ange est innocent, essence bienheureuse, - Il n'a point à passer par notre vie affreuse - Et toi, Vertu sans pair, presqu'Une, n'es-tu pas - Humaine en même temps que divine, ici-bas? - Aussi la conscience a dû, pour des fins sûres, - Surtout sentir en toi le pardon des injures. - - Par toi nous devenons semblables à Jésus - Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus, - Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Rome, - A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme, - N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté, - Et, par Lui, tu nous fais croire en l'éternité. - - -IV - - De plus, cette ignorance de Vous! - Avoir des yeux et ne pas vous voir, - Une âme et ne pas vous concevoir. - Un esprit sans nouvelles de Vous! - - O temps, ô moeurs qu'il en soit ainsi, - Et que ce vase de belles fleurs, - Qu'un tel vase, précieux d'ailleurs, - De la plus belle se passe ainsi! - - Religion, unique raison, - Et seule règle et loi, piété, - Rien, là, de vous n'a jamais été, - Pas un penser juste, une oraison! - - Aussi cette ignorance de tout! - Et de soi-même, droits et devoirs - Et des autres, leurs justes pouvoirs, - Leur action légitime et tout! - - Jusqu'à méconnaître en moi quel nom, - Quel titre augural et de par Dieu! - Et six ans passés à plaire à Dieu, - Vertu réelle, effort bel et bon! - - Jusqu'à ne pas se douter vraiment - Du tour affreux et plus que cruel - Qu'un sot grief, à peine réel, - Inflige à ses revanches vraiment. - - Éclairez ces ténèbres de mort, - C'est votre créature après tout. - L'ignorance invincible l'absout. - Bah! claire et bonne lui soit la mort. - - -V - - L'homme pauvre de coeur est-il si rare, en somme? - Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme, - Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui, - Ou le seront quand l'heure opportune aura lui. - Conçus dans l'agonie épuisée et plaintive - De deux désirs que, seul, un feu brutal avive, - Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi, - Qu'une larme de quoi! que pleure quoi! dans quoi! - Nés parmi la douleur, le sang et la sanie - Nus, de corps sans instinct et d'âme sans génie - Pour grandir et souffrir par l'âme et par le corps, - Vivant au jour le jour, bernés de voeux discors, - Pour mourir dans l'horreur fatale et la détresse, - Quoi de nous, dès qu'en nous la question se dresse? - Quoi? qu'un être capable au plus de moins que peu - En dehors du besoin d'aimer et de voir Dieu - Et quelque chose, au front, du fond du coeur te monte - Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte, - Quelque chose, on dirait, d'encore incomplété, - Mais dont la Charité ferait l'Humilité. - Lors, à quelqu'un vraiment de nature ingénue - Sa conscience n'a qu'à dire: continue, - Si la chair n'arrivait à son tour, en disant: - Arrête, et c'est la guerre en ce juste à présent. - Mais tout n'est pas perdu malgré le coup si rude: - Car la chair avant tout est chose d'habitude, - Elle peut se plier et doit s'acclimater. - C'est son droit, son devoir, la loi de la mater - Selon les strictes lois de la bonne nature. - Or la nature est simple, elle admet la culture, - Elle procède avec douceur, calme et lenteur. - Ton corps est un lutteur, fais-le vivre en lutteur, - Sobre et chaste abhorrant, l'excès de toute sorte, - Femme qui le détourne et vin qui le transporte - Et la paresse pire encore que l'excès. - Enfin pacifié, puis apaisé,--tu sais - Quels sacrements il faut pour cette tâche intense, - Et c'est l'Eucharistie après la Pénitence,-- - Ce corps allégé, libre et presque glorieux, - Dûment redevenu, dûment laborieux, - Va se rompre au plutôt, s'assouplir au service - De ton esprit d'amour, d'offre et de sacrifice, - Subira les saisons et les privations, - Enfin sera le temple embaumé d'actions - De grâce, d'encens pur et de vertus chrétiennes, - Et tout retentissant de psaumes et d'antiennes - Qu'habite l'Esprit-Saint et que daigne Jésus - Visiter comparable aux bons rois bien reçus. - De ce moment, toi, pauvre avec pleine assurance, - Après avoir prié pour la persévérance, - Car, docte charité tout d'abord pense à soi, - Puise au gouffre infini de la Foi--plus de foi-- - Que jamais et présente à Dieu ton voeu bien tendre, - Bien ardent, bien formel et de voir et d'entendre - Les hommes t'imiter, même te dépasser - Dans la course au salut, et pour mieux les pousser - A ces fins que le ciel en extase contemple, - Bien humble, (souviens-toi!) prêcheur, prêche d'exemple! - - -VI - - Bon pauvre, ton vêtement est léger - Comme une brume, - Oui, mais aussi ton coeur, il est léger - Comme une plume, - Ton libre coeur qui n'a qu'à plaire à Dieu, - Ton coeur bien quitte - De toute dette humaine, en quelque lieu - Que l'homme habite, - Ta part de plaisir et d'aise paraît - Peu suffisante. - Ta conscience, en revanche, apparaît - Satisfaisante, - Ta conscience que, précisément, - Tes malheurs mêmes - Ont dégagée, en ce juste moment, - Des soins suprêmes. - Ton boire et ton manger sont, je le crains, - Tristes et mornes; - Seulement ton corps faible a, dans ses reins, - Sans fin ni bornes, - Des forces d'abstinence et de refus - Très glorieuses, - Et des ailes vers les cieux entrevus - Impérieuses. - Ta tête, franche de mets et de vin, - Toute pensée, - Tout intellect, conforme au plan divin, - Haut redressée, - Ta tête est prête à tout enseignement - De la parole - Et, de l'exemple de Jésus clément - Et bénévole. - Et de Jésus terrible, prêt au pleur - Qu'il faut qu'on verse, - A l'affront vil qui poigne, à la douleur - Lente qui perce, - Le monde pour toi seul, le monde affreux - Devient possible, - T'environnant, toi qu'il croit malheureux, - D'oubli paisible, - Même t'ayant d'étonnantes douceurs - Et ces caresses! - Les femmes qui sont parfois d'âpres soeurs, - D'aigres maîtresses, - Et de douloureux compagnons toujours - Ou toujours presque, - Te jaugeant malfringant, aux gestes lourds, - Un peu grotesque, - Tout à fait incapable de n'aimer - Qu'à les voir belles. - Qu'à les trouver bonnes et de n'aimer - Qu'elles en elles, - Et le pesant si léger que ce n'est - Rien de le dire, - Te dispenseront, tous comptes au net, - De leur sourire. - Et te voilà libre, à dîner, en roi. - Seul à ta table, - Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi, - Plus détestable? - L'assassin, l'escroc et l'humble voleur - Qui n'y voient guère - De nuance, t'épargnent comme leur - Plus jeune frère. - Des vertus surérogatoires, la - Prudence humaine, - (L'autre, la cardinale, ah! celle-là - Que Dieu t'y mène!) - L'amabilité, l'affabilité - Quasi célestes, - Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté, - Franches, modestes, - Nimbent le destin, que Dieu te voulut - Tendre et sévère, - Dans l'intérêt surtout de ton salut, - A bien parfaire - Et pour ange contre le lourd méchant - Toujours stupide - La clairvoyance te guide en marchant, - Fine et rapide, - La clairvoyance, qui n'est pas du tout - La Méfiance - Et qui plutôt serait pour sommer tout, - La Prévoyance, - Élicitant les gens de prime-saut - Sous les grimaces - Faisant sortir la sottise du sot, - Trouvant des traces. - Et médusant la curiosité - De l'hypocrite - Par un regard entre les yeux planté - Qui brûle vite... - Et s'il ose rester des ennemis - A ta misère, - Pardonne-leur, ainsi que l'a promis - Ton Notre-Père... - Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui, - Prends cette avance. - Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui - Seul qu'on offense. - - -VII - -_Écrit en 1888._ - - Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière - M'a logé cette fois, peut-être la dernière - Et la dernière c'est la bonne--à l'hôpital! - De mon rêve à ceci le réveil est brutal - Mais explicable par le fait d'une voleuse, - (Dont l'histoire posthume est, dit-on, graveleuse) - Du fait d'un rhumatisme aussi, moindre détail; - Puis d'un gîte où l'on est qu'importe le portail? - J'y suis, j'y vis. «Non, j'y végète», on rectifie; - On se trompe. J'y vis dans le strict de la vie, - Le pain qu'il faut, pas trop de vin, et mieux couché! - Évidemment j'expie un très ancien péché - (Très ancien?) dont mon sang a des fois la secousse, - Et la pénitence est relativement douce - Dans le martyrologe et sur l'armorial - Des poètes, peut-être un peu proverbial. - C'est un lieu comme un autre, on en prend l'habitude: - A prison bonne enfant longanime Latude. - Sans compter qu'au rimeur, pour en parler, alors! - Pauvre et fier, il ne reste qu'à mourir dehors - Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices, - Et mourir pour mourir, Muse qui me respices, - Autant le faire ici qu'ailleurs, et même mieux, - Sinon qu'ici l'on est tout «laïque», les vieux - Abus sont réformés et le «citoyen», libre! - Et fort! doit, ou l'État perdrait son équilibre, - Avec ça qu'il n'est pas à cheval sur un pal!-- - Mourir dans les bras du Conseil Municipal, - Mal rassurante et pas assez édifiante - Conclusion pour tel, qu'un voeu mystique hante, - Moi par exemple, j'en forme l'aveu sans fard, - Me dût-on traiter d'âne ou d'impudent cafard. - La conversation, dans ce modeste asile, - Ne m'est pas autrement pénible et difficile! - Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots, - Du moins ont conservé, malgré tous les assauts - Que «l'Instruction» livre à leur tête obsédée, - Quelque saveur encor de parole et d'idée; - La Révolution, qu'il faut toujours citer - Et condamner, n'a pu complètement gâter - Leur trivialité non sans grâce et sincère. - Même je les préfère aux mufles de ma sphère - Certes! et je subis leur choc sans trop d'émoi. - Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi - Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires - A (comme moi) des espèces de solitaires, - Espèce de couvent moins cet espoir chrétien! - Le monde est tel qu'ici je n'ai besoin de rien - Et que j'y resterais, ma foi, toute ma vie, - Sans grands jaloux, j'espère, et pour sûr, sans envie! - Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut, - Je n'avais quelque chose à faire, que Dieu veut. - - -VIII - - Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde. - - Ah! soyez ce que pense une foule bavarde - Ou ce que le penseur lui-même dit de vous. - Bassement orgueilleux, haineusement jaloux, - Avares, impurs, durs, la vérité vous garde. - Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde - Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau, - Tant la doctrine exacte et du Bien et du Beau - Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes. - Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes - Ou guindés vers l'honneur pharisaïque alors, - Qu'importe, si Jésus, plus fort que des coeurs morts, - Règne par vos dehors du reste incontestables? - Cultes respectueux, formules respectables, - Un emploi libéral et franc des Sacrements - (Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements, - Parmi plus d'une bonne et délicate chose, - Laissé tomber l'affreux jansénisme morose) - Et ce seul mot sur votre enseigne: Charité! - Mal gracieux, sans goût aucun, même affecté, - Pour si peu que ce soit d'art et de poésie, - Incapables d'un bout de lecture choisie, - D'un regard attentif, d'une oreille en arrêt - Pis qu'inconsciemment hostiles, on dirait, - A tout ce qui, dans l'homme et fleurit et s'allume, - Plus lourds que les marteaux et plus lourds qu'une enclume. - Sans même l'étincelle et le bruit triomphant, - Que fait? si Jésus a, pour séduire l'enfant - Et le sage qu'est l'homme en sa double énergie, - Votre théologie et votre liturgie? - D'ailleurs maints d'entre vous, troupeau trié déjà, - Valent mieux que le monde autour qui vous jugea, - Lisent clair, visent droit, entendent net en somme, - Vivent et pensent, plus que non pas un autre homme, - Que tels, mes chers lecteurs, que moi cet écrivain, - Tant leur science est courte et tant mon art est vain! - C'est vrai qu'il sort de vous, comme de votre Maître, - Quand même une vertu qui vous fait reconnaître. - Elle offusque les sots, ameute les méchants, - Remplis les bons d'émois révérents et touchants, - Force indéfinissable ayant de tout en elle, - Comme surnaturelle et comme naturelle, - Mystérieuse et dont vous allez investis, - Grands par comparaison chez les peuples petits. - Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes - Les choses qu'il faut être en l'affre de vos routes. - Si vous ne l'êtes pas, du moins vous paraissez - Tels qu'il faut et semblez dans ce zèle empressés, - Poussant votre industrie et votre économie, - Depuis la sainteté jusqu'à la bonhomie. - - Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité! - Bonhomie, on doit dire en choeur, et sainteté! - Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence, - Mais c'est surtout ce siècle et surtout cette France, - Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu? - Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu, - Seul bienfait apparent de la grâce invisible - Sur la France insensée et le siècle insensible, - Siècle de fer et France, hélas! toute de nerfs, - France d'où détalant partout comme des cerfs, - Les principes, respect, l'honneur de sa parole, - Famille, probité, filent en bande folle, - Siècle d'âpreté juive et d'ennuis protestants, - Noyant tout, le superbe et l'exquis des instants, - Au remous gris de mers de chiffres et de phrases. - Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes, - Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu'au jour, - Jusqu'à l'heure du coeur expirant vers l'amour - Divin, pour refleurir éternel dans la même - Charité loin de cette épreuve froide et blême. - Et puis, en la minute obscure des adieux, - Flambez, torches d'encens, et rallumez nos yeux - A l'unique Beauté, toute bonne et puissante, - Brûlez ce qui n'est plus la prière innocente, - L'aspiration sainte et le repentir vrai! - - Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai! - - -IX - - Guerrière, militaire et virile en tout point, - La sainte Chasteté que Dieu voit la première, - De toutes les vertus marchant dans sa lumière - Après la Charité distante presque point, - - Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone - A travers l'aventure et l'erreur du Devoir, - Ses yeux grands ouverts pleins du dessein de bien voir, - Son corps robuste et beau digne d'emplir un trône, - - Son corps robuste et nu balancé noblement, - Entre une tête haute et des jambes sereines, - Du port majestueux qui sied aux seules reines, - Et sa candeur la vêt du plus beau vêtement. - - Elle sait ce qu'il faut qu'elle sache des choses, - Entre autres que Jésus a fait l'homme de chair - Et mis dans notre sang un charme doux-amer - D'où doivent découler nos naissances moroses, - - Et que l'amour charnel est bénit en des cas. - Elle préside alors et sourit à ces fêtes, - Dévêt la jeune épouse avec ses mains honnêtes - Et la mène à l'époux par des tours délicats. - - Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime, - Guide pour le baiser et l'acte et le repos - Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos - Et désormais va vivre entre eux leur ange intime. - - Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté, - --Bien agir fait s'unir les voeux et les nivelle,-- - Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle - Thébaïde à chacun la sainte Chasteté. - - Sans quitter les Amants, par un charmant miracle, - Vole et vient rafraîchir l'Intacte et l'Impollu - De gais parfums de fleurs comme s'il avait plu - D'un bon orage sur l'un et sur l'autre habitacle, - - Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair - La cellule du Moine et celle de la Nonne, - Car s'il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonne - Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair. - - Elle dit à ces chers enfants de l'Innocence: - Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin - Que vous n'ayez pas fait tous ces travaux en vain, - Humilité, douceur et céleste ignorance! - - Enfin elle va chez la Veuve et chez le Veuf, - Chez le vieux Débauché, chez l'Amoureuse vieille, - Et leur tient des discours qui sont une merveille - Et leur refait, à force d'art, un corps tout neuf. - - Et quand alors elle a fini son tour du monde, - Tour du monde ubiquiste, invisible et présent, - Elle court à son point de départ en faisant - Tel grand détour, espoir d'espérance profonde; - - Et ce point de départ est un lieu bien connu, - Eden même: là sous le chêne et vers la rose, - Puisqu'il paraît qu'il n'a pas faire autre chose, - Rit et gazouille un beau petit enfant tout nu. - - -X - - Un projet de mon âge mûr - Me tint six ans l'âme ravie: - C'était, d'après un plan bien sûr, - De réédifier ma vie. - - Vie encor vivante après tout, - Insuffisamment ruinée, - Avec ses murs toujours debout - Que respecte la graminée, - - Murs de vraie et franche vertu, - Fondations intactes certes, - Fronton battu, non abattu, - Sans noirs lichens ni mousses vertes, - - L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait, - Le repentir quand c'était brave, - Douceur parfois comme le lait, - Fierté souvent comme la lave. - - Or, durant ces deux fois trois ans, - L'essai fut bon, grand le courage. - L'oeuvre en aspects forts et plaisants - Montait, tenant tête à l'orage. - - Un air de grâce et de respect - Magnifiait les calmes lignes - De l'édifice que drapait - L'éclat de la neige et des cygnes... - - Furieux mais insidieux, - Voici l'essaim des mauvais anges - Rayant le pur, le radieux - Paysage de vols étranges, - - Salissant d'outrages sans nom, - Obscénités basses et fades, - De mon renaissant Parthénon - Les portiques et les façades, - - Tandis que quelques-uns d'entre eux, - Minant le sol, sapant la base, - S'apprêtent, par un art affreux, - A faire de tout table rase. - - Ce sont, véniels et mortels, - Tous les péchés des catéchismes - Et bien d'autres encore, tels - Qu'ils font les sophismes des schismes. - - La Luxure aux tours sans merci, - L'affreuse Avarice morale, - La Paresse morale aussi, - L'Envie à la dent sépulcrale, - - La Colère hors des combats, - La Gourmandise, rage, ivresse, - L'Orgueil, alors qu'il ne faut pas, - Sans compter la sourde détresse - - Des vices à peine entrevus, - Dans la conscience scrutée, - Hideur brouillée et tas confus, - Tourbe brouillante et ballottée. - - Mais quoi! n'est-ce pas toujours vous, - Démon femelle, triple peste, - Pire flot de tout ce remous, - Pire ordure que tout le reste, - - Vous toujours, vil cri de haro, - Qui me proclame et me diffame, - Gueuse inepte, lâche bourreau, - Horrible, horrible, horrible femme? - - Vous, l'insultant mensonge noir, - La haine longue, l'affront rance, - Vous qui seriez le désespoir, - Si la foi n'était l'Espérance. - - Et l'Espérance le pardon, - Et ce pardon une vengeance. - Mais quel voluptueux pardon, - Quelle savoureuse vengeance! - - Et tous trois, espérance et foi - Et pardon, chassant la séquelle - Infernale de devant moi, - Protégeront de leur tutelle - - Les nobles travaux qu'a repris - Ma bonne volonté calmée, - Pour grâce à des grâces sans prix, - Achever l'oeuvre bien-aimée - - Toute de marbre précieux - En ordonnance solennelle - Bien par-delà les derniers cieux, - Jusque dans la vie éternelle. - - -XI - - Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair: - Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher, - Pour ton combat avec les contingences vaines; - Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines; - Mais vis, vis pour souffrir, souffre pour expier, - Expie et va-t'en vivre et puis reviens prier, - Prier pour le courage et la persévérance - De vivre dans ce siècle, hélas! et cette France, - Siècle et France ignorants et tristement railleurs. - (Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs - Et la solution est autre du problème.) - Sois de chair et même aime cette chair, la même - Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux, - Et dans le Très Saint-Sacrement si précieux - Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle - De ta chair vénérable en sa moindre parcelle - Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel; - Car ce mystère, l'Incarnation, est tel, - Par l'exégèse autour comme par sa nature; - Qu'il fait égale au Créateur la créature, - Cependant que, par un miracle encor plus grand, - L'Eucharistie, elle, les confond et les rend - Identiques. Or cette chair expiatoire, - Fais-t'en une arme douloureuse de victoire - Sur l'orgueil que Satan peut d'elle t'inspirer - Pour l'orgueil qu'à jamais tu peux considérer - Comme le prix suprême et le but enviable. - Tout le reste n'est rien que malice du diable! - Alors, oui, sois de bronze impassible, revêts - L'armure inaccessible à braver le Mauvais, - Pudeur, Calme, Respect, Silence et Vigilance. - Puis sois de marbre, et pur, sous le heaume qui lance - Par ses trous le regard de tes yeux assurés, - Marche à pas révérents sur les parvis sacrés. - - -XII - - Seigneur, vous m'avez laissé vivre - Pour m'éprouver jusqu'à la fin. - Vous châtiez cette chair ivre, - Par la douleur et par la faim! - Et Vous permîtes que le diable - Tentât mon âme misérable - Comme l'âme forte de Job, - Puis Vous m'avez envoyé l'ange - Qui gagea le combat étrange - Avec le grand aïeul Jacob - - Mon enfance, elle fut joyeuse: - Or, je naquis choyé, béni - Et je crûs, chair insoucieuse, - Jusqu'au temps du trouble infini - Qui nous prend comme une tempête, - Nous poussant comme par la tête - Vers l'abîme et prêts à tomber; - Quant à moi, puisqu'il faut le dire, - Mes sens affreux et leur délire - Allaient me faire succomber, - - Quand Vous parûtes, Dieu de grâce - Qui savez tout bien arranger, - Qui Vous mettez bien à la place, - L'auteur et l'ôteur du danger, - Vous me punîtes par moi-même - D'un supplice cru le suprême - (Oui, ma pauvre âme le croyait) - Mais qui n'était au fond rien qu'une - Perche tendue, ô qu'opportune! - A mon salut qui se noyait. - - Comprises les dures délices, - J'ai marché dans le droit sentier, - Y cueillant sous des cieux propices - Pleine paix et bonheur entier, - Paix de remplir enfin ma tâche, - Bonheur de n'être plus un lâche - Épris des seules voluptés - De l'orgueil et de la luxure, - Et cette fleur, l'extase pure - Des bons projets exécutés. - - C'est alors que la mort commence - Son oeuvre inexpiable? Non, - Mais qui me saisit de démence - Bien qu'encor criant Votre nom. - L'Ami me meurt, aussi la Mère, - Une rancune plus qu'amère - Me piétine en ce dur moment - Et me cantonne en la misère, - Dans la littérale misère, - Du froid et du délaissement! - - Tout s'en mêle: la maladie - Vient en aide à l'autre fléau. - Le guignon, comme un incendie - Dans un pays où manque l'eau, - Ravage et dévaste ma vie, - Traînant à sa suite l'envie, - L'ordre, l'obscène trahison, - La sale pitié dérisoire, - Jusqu'à cette rumeur de gloire - Comme une insulte à la raison! - - Ces mystères, je les pénètre, - Tous les motifs, je les connais. - Oui, certes, Vous êtes le maître - Dont les rigueurs sont les bienfaits. - Mais, ô Vous, donnez-moi la force, - Donnez, comme à l'arbre l'écorce. - Comme l'instinct à l'animal, - Donnez à ce coeur votre ouvrage, - Seigneur, la force et le courage - Pour le bien et contre le mal. - - Mais, hélas! je ratiocine - Sur mes fautes et mes douleurs, - Espèce de mauvais Racine - Analysant jusqu'à mes pleurs. - Dans ma raison mal assagie - Je fais de la psychologie - Au lieu d'être un coeur pénitent - Tout simple et tout aimable en somme, - Sans plus l'astuce du vieil homme - Et sans plus l'orgueil protestant... - - Je crois en l'Église romaine, - Catholique, apostolique et - La seule humaine qui nous mène - Au but que Jésus indiquait, - La seule divine qui porte - Notre croix jusques à la porte - Des libres cieux enfin ouverts, - Qui la porte par vos bras même, - O grand Crucifié suprême - Donnant pour nous vos maux soufferts. - - Je crois en la toute-présense, - A la messe de Jésus-Christ, - Je crois à la toute-puissance - Du Sang que pour nous il offrit - Et qu'il offre au seul Juge encore - Par ce mystère que j'adore - Qui fait qu'un homme vain, menteur, - Pourvu qu'il porte le vrai signe - Qui le consacre entre tous digne, - Puisse créer le Créateur. - - Je confesse la Vierge unique, - Reine de la neuve Sion, - Portant aux plis de sa tunique - La grâce et l'intercession. - Elle protège l'innocence, - Accueille la résipiscence, - Et debout quand tous à genoux, - Impètre le pardon du Père - Pour le pécheur qui désespère... - Mère du fils, priez pour nous! - - -XIII - - La neige à travers la brume - Tombe et tapisse sans bruit - Le chemin creux qui conduit - A l'église où l'on allume - Pour la messe de minuit. - - Londres sombre flambe et fume: - O la chère qui s'y cuit - Et la boisson qui s'ensuit! - C'est Christmas et sa coutume - De minuit jusqu'à minuit. - - Sur la plume et le bitume, - Paris bruit et jouit. - Ripaille et Plaisant déduit - Sur le bitume et la plume - S'exaspèrent dès minuit. - - Le malade en l'amertume - De l'hospice où le poursuit - Un espoir toujours détruit - S'épouvante et se consume - Dans le noir d'un long minuit... - - La cloche au son clair d'enclume - Dans la cour fine qui luit, - Loin du péché qui nous nuit, - Nous appelle en grand costume - A la messe de minuit. - - -XIV - - O! j'ai froid d'un froid de glace, - O! je brûle à toute place! - - Mes os vont se cariant, - Des blessures vont criant; - - Mes ennemis pleins de joie - Ont fait de moi quelle proie! - - Mon coeur, ma tête et mes reins - Souffrent de maux souverains. - - Tout me fuit, adieu ma gloire! - Est-ce donc le Purgatoire? - - Ou si c'est l'enfer ce lieu - Ne me parlant plus de Dieu? - - --L'indignité de ton sort - Est le plaisir d'un plus Fort. - - Dieu plus juste, et plus Habile - Que ce toi-même débile. - - Tu souffres de tel mal profond - Que des volontés te font, - - Plus bénignes que la tienne - Si mal et si peu chrétienne, - - Tes humiliations - Sont des bénédictions - - Et ces mornes sécheresses - Où tu te désintéresses - - De purs avertissements - Descendus de cieux aimants - - Tes ennemis sont les anges - Moins cruels et moins étranges - - Que bons inconsciemment, - D'un Seigneur rude et clément. - - Aime tes croix et tes plaies, - Il est saint que tu les aies. - - Face aux terribles courroux, - Bénis et tombe à genoux. - - Fer qui coupe et voix qui tance, - C'est la bonne Pénitence. - - Sous la glace et dans le feu - Tu retrouveras ton Dieu. - - -XV - - Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché - Argumente. - - Dieu vit au sein d'un coeur caché, - Non d'un esprit épars, en milliers de pages, - En millions de mots hardis comme des pages, - A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer, - Et d'un scandale tel, précisément tout fier. - Il faut pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite, - Suivre le long sentier, gravir la pente étroite, - Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux, - Sans un geste au surplus, même agréable aux yeux, - Laisser à d'autres l'art et la littérature - Et ne vivre que juste à même la nature - Tu pratiquais jadis et naguère ces us - Content de reposer à l'ombre de Jésus - Y pansant de vin, d'huile de lin tes blessures - Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t'assures - En la gloire profane et le renom païen, - Comme si tout cela n'était pas trois fois rien, - Comme si tel beau vers, telle phrase sonore, - Chantait mieux qu'un grillon, brillait plus qu'un fulgore. - Va, risque ton salut, ton salut racheté - Un temps, par une vie autre, c'est vérité, - Que celle de tes ans primes, enfance molle, - Age pubère fou, jeunesse molle et folle - Risque ton âme, objet de tes soins d'autrefois - Pour quels triomphes vains sur quels banals pavois! - Malheureux! - - Je réponds avec raison, je pense: - Je n'attends, je ne veux pas d'autre récompense - A ce mien grand effort d'écrire de mon mieux - Que l'amitié du jeune et l'estime du vieux - Lettrés qui sont au fond les seules belles âmes, - Car où prendre un public en ces foules infâmes - D'idiotie en haut et folles par en bas? - Ou,--le trouver ou pas, le mériter ou pas, - Le conserver ou pas!--l'assentiment d'un être - Simple, naïf et bon, sans même le connaître - Que par ce seul lien comme immatériel, - C'est tout mon attentat au seul devoir réel, - Essentiel: gagner le ciel par les mérites, - Et je doute, Jésus pieux, que tu t'irrites - Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien - Étalant ses péchés au pilori chrétien; - Tu ne suscites pas l'aspic et la couleuvre - Contre un poème ou contre un poète. Ton oeuvre, - Consolant les ennuis de ce morne séjour - Par un concert de foi, d'espérance et d'amour; - Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre, - Le don aussi, sans quoi je meurs! de faire un livre, - Une oeuvre où s'attestât toute ma quantité, - Toute, bien mal, la force et l'orgueil révolté - Des sens et leur colère encore qui sont la même - Luxure au fond et bien la faiblesse suprême, - Et la mysticité, l'amour d'aller au ciel - Par le seul graduel du juste graduel, - Douceur et charité, seule toute-puissance. - Tu m'as donné ce don, et par reconnaissance - J'en use librement, qu'on me blâme, tant pis. - Quant à quêter les voix, quant à téter les pis - De dame Renommée, à ses heures marâtre, - Fi! - - Mais pour en finir, leur foyer ou son âtre - Souffrent-ils de mon cas? Quelle poutre en mon oeil, - Quelle paille en votre oeil de ce fait? De quel deuil, - De quel scandale vers ou proses sont-ils cause - Dont cela vaille un peu la peine qu'on en cause? - - -XVI - - Après le départ des cloches - Au milieu du GLORIA, - - Dès l'heure ordinaire des vêpres - On consacre les Saintes Huiles - Qu'escorte ensuite un long cortège - De pontifes et de lévites. - Il pluvine, il neigeotte, - L'hiver vide sa hotte. - - Le tabernacle bâille, vide, - L'autel, tout nu, n'a plus de cierges, - De grands draps noirs pendent aux grilles, - Les orgues saintes sont muettes. - Du brouillard danse à même - Le ciel encore blême. - - On dispense à flots d'eau bénite, - Toutes cires sont allumées, - Et de solennelle musique - S'enfle au choeur et monte au jubé, - Un clair soleil qui grise - Réchauffe l'âpre bise. - - GLORIA! Voici les cloches - Revenir! ALLELUIA! - - -XVII - - L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses - Font souvent ma parole et mon regard moroses. - - Mais d'avoir conscience et souci dans tel cas - Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas. - - Alors mon discours chante et mes yeux de sourire - Où la divine certitude vient de luire - - Et la divine patience met son sel - Dans mon long bon conseil d'usage universel. - - Car non pas tout à fait par un effet de l'âge - A mes heures je suis une façon de sage, - - Presque un sage sans trop d'emphase ou d'embarras, - Répandant quelque bien et faisant des ingrats. - - Or néanmoins la vie et son morne problème - Rendent parfois ma voix maussade et mon front blême, - - De ces tentations je me sauve à nouveau - En des moralités juste à mon seul niveau; - - Et c'est d'un examen méthodique et sévère, - Dieu qui sondez les reins! que je me considère, - - Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers, - Tel un juge interroge à fond des prisonniers. - - Je poursuis à ce point l'humeur de mon scrupule - Que des gens ont parlé qui m'ont dit ridicule. - - N'importe! en ces moments est-ce d'humilité? - Je me semble béni de quelque charité, - - De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme, - De quelque encore charité.--Folie en somme! - - Nous ne sommes rien. Dieu c'est tout. Dieu nous créa, - Dieu nous sauve. Voilà! Voici mon aléa: - - Prier obstinément. Plonger dans la prière, - C'est se tremper aux flots d'une bonne rivière, - - C'est faire de son être un parfait instrument - Pour combattre le mal et courber l'élément. - - Prier intensément. Rester dans la prière - C'est s'armer pour l'élan et s'assurer derrière - - C'est de paraître doux et ferme pour autrui - Conformément à ce qu'on se rend envers lui. - - La prière nous sauve après nous faire vivre, - Elle est le gage sûr et le mot qui délivre. - - Elle est l'ange et la dame, elle est la grande soeur - Pleine d'amour sévère et de forte douceur. - - La prière a des pieds légers comme des ailes; - Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles; - - La prière est sagace; elle pense, elle voit, - Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit. - - Elle ne peut nier, étant par excellence - La crainte salutaire et l'effort en silence, - - Elle est universelle et sanglotte ou sourit, - Vole avec le génie et court avec l'esprit. - - Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine - Sa langue est indifféremment grecque ou latine, - - Ou vulgaire, ou patoise, argotique s'il faut! - Car souvent plus elle est en bas, mieux elle vaut. - - Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire, - O Seigneur, donnez-moi de m'élever de terre - - En l'humble voeu que seul peut former un enfant - Vers votre volonté d'après comme d'avant. - - Telle action quelconque en tel temps de ma vie - Et que cette action quelconque soit suivie - - D'un abandon complet en vous que formulât - Le plus simple et le plus ponctuel postulat, - - Juste pour la nécessité quotidienne - En attendant toujours sans fin, ma mort chrétienne. - - -XVIII - -A MONSIEUR BORÉLY. - - Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour». - Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse, - Déjà loin dans mon OEuvre étrange qui se presse - Et dévale, flot plus amer de jour en jour. - - Qu'en dire, sinon: «Poor Yorick!» ou mieux «poor - Lelian!» et pauvre âme à tout faire, faiblesse, - Mollesse par des fois et caresse et paresse, - Ou tout à coup partie en guerre comme pour - - Tout casser d'un passé si pur, si chastement - Ordonné par la beauté des calmes pensées, - Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées. - - Puis il revient, mon OEuvre, las d'un tel ahan, - Pénitent, et tombant à genoux mains dressées... - Priez avec et pour le pauvre Lelian! - - -XIX - - Or tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur, - - Oppose au siècle un front de courage et d'honneur - Bande ton coeur moins faible au fond que tu ne crois, - Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix. - Ceins, sinon l'innocence, hélas! et la candeur, - Du moins la tempérance et du moins la pudeur, - Et dans le bon combat contre péchés et maux - S'il faut, eh bien, emprunte à certains animaux, - Béhémos et Léviathan, prudents qu'ils sont, - Les armures pour la défensive qu'ils ont, - Puisque ton cas, pour l'offensive, est superflu. - Abdique les airs martiaux où tu t'es plu. - Laisse l'épée et te confie au bouclier. - Carapace-toi bien, comme d'un bon acier, - De discrétion fine et de fort quant-à-moi. - - Puis, quand tu voudras r'attaquer, reprends la Foi! - - -XX - - Les plus belles voix - De la Confrérie - Célèbrent le mois - Heureux de Marie. - O les douces voix! - - Monsieur le curé - L'a dit à la Messe: - C'est le mois sacré. - Écoutons sans cesse - Monsieur le Curé. - - Faut nous distinguer, - Faut, mesdemoiselles, - Bien dire et fuguer - Les hymnes nouvelles. - Faut nous distinguer, - - Bien dire et filer - Les motets antiques, - Bien dire et couler - Les anciens cantiques, - Filer et couler. - - Dieu nous bénira, - Nous et nos familles. - Marie ouïra - Les voeux de ses filles, - Dieu nous bénira. - - Elle est la bonté, - C'est comme la Mère - Dans la Trinité, - La Fille et la Mère. - Elle est la bonté, - - La compassion, - Sans fin et sans trêve, - L'intercession - Qu'appuie et soulève - La compassion. - - Avant le salut, - Chantons ses louanges. - Pendant le salut, - Chantons ses louanges. - Après le salut, - - Chantons ses louanges. - - -XXI - - L'autel bas s'orne de hautes mauves, - La chasuble blanche est toute en fleurs, - A travers les pâles vitraux jaunes - Le soleil se répand comme un fleuve; - - On chante au graduel: FI-LI-A! - D'une voix si lentement joyeuse - Qu'il faudrait croire que c'est l'extase - D'à-jamais voir la Reine des cieux; - - Le sermon du tremblotant vicaire - Est gentil plus que par un dimanche, - Qui dit que pour s'élever dans l'air - Faut être humble et de foi cordiale; - - Il ajoute, le cher vieux bonhomme, - Que la gloire ultime est réservée, - Sur tous ceux qui vivent dans la pompe, - Aux pauvres d'esprit et de monnaie; - - On sort de l'église, après les vêpres, - Pour la procession si touchante - Qui a nom: du Voeu de Louis Treize: - C'est le cas de prier pour la France. - - -XXII - - L'amour de la Patrie est le premier amour - Et le dernier amour après l'amour de Dieu, - C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour - Où notre regard luit comme un céleste feu, - - C'est le jour baptismal aux paupières divines - De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles - Frais-écloses, c'est l'air emplissant les poitrines - En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles! - - L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas - Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit. - Et douce, désaltère encore ses repas - D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit. - - Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille - Et ce pendant que croît sa chair pleine de grâce, - Son âme se répand par delà la famille - Et cherche une âme soeur, une chair qu'il enlace; - - Et quand il a trouvé cette âme et cette chair, - Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs - Qui germeront aussi le jardin jeune et cher - Des générations d'ici, non pas d'ailleurs. - - L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche, - S'en vont chacun un peu de son côté. La femme, - Gardienne du foyer tout le jour sans relâche, - La nuit garde l'honneur comme une chaste flamme; - - L'homme vaque aux durs soins du dehors: les travaux, - La parole à porter,--sûr de ce qu'elle vaut,-- - Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux, - Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut. - - Tous deux, si pacifique est leur course terrestre, - Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie; - Mais que le noir démon, la Guerre, essore l'oestre, - Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie, - - Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol - Nourricier,--imitant les peuples de tous bords, - Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol, - La France de Quatre-vingt-treize, l'homme alors, - - Magnifié soudain, à son oeuvre se hausse - Et tragique et classique et très fort et très calme, - Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse, - Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme. - - S'il survit, il reprend le train de tous les jours - Élève ses enfants dans la crainte du dieu - Des ancêtres, et va refleurir ses amours - Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu. - - L'âge mûr est celui des sévères pensées, - Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses, - C'est l'heure aussi des justes haines amassées, - Et quand sur la place publique, habits et blouses, - - Les citoyens discords dans d'honnêtes combats - (Et combien douloureux à leur fraternité!) - S'arrachent les devoirs et les droits, ô non pas - Pour le lucre, mais pour une stricte équité, - - II prend parti, pleurant de tuer, mais terrible - Et tuant sans merci, comme en d'autres batailles, - Le sang autour de lui giclant comme d'un crible, - Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles. - - Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré. - Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas, - D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré - Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas. - - Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire, - La terre sera douce à cet enfant fidèle - Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire, - Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'elle. - - Mais quoi donc, le poète, à moins d'être chrétien, - (Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu'il soit) - Comment en ces temps-ci ce très fier peut-il bien - Aimer la France ainsi qu'il doit comme il la voit, - - Dépravée, insensée, une fille, une folle - Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules - Et l'honneur ataval et, l'antique parole, - La parlant en argot pour des sottises seules, - - L'amour, l'évaporant en homicides vils - D'où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort, - Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils! - Prête à mourir d'ailleurs de quelle lâche mort! - - Lui-même que Dieu voit être un pur patriote - L'affamant aujourd'hui, le prescrivant naguère, - Pour n'avoir pas voulu boire comme un ilote - Le gros vin du scandale au verre du vulgaire, - - Le dénonçant aux sots pires que les méchants, - Bourreaux mesquins, non moins d'ailleurs que tels méchants - Pire que tous, à cause, ô honte! que ses chants - Faisaient honte à plusieurs à cause de leurs chants, - - Enfin, méconnaissant et l'heure et le génie - Jusqu'à ce péché noir entre tous ceux de l'homme, - Jusqu'à ce plongeon dans toute l'ignominie - D'insulter l'ange comme en l'unique Sodome! - - Mais le poète est un chrétien qui dit: «Non pas!» - A ces comme velléités d'être tenté - Vers les déclamations par la Pauvreté, - Et d'elles dans l'horreur du premier mauvais pas. - - «Non pas!» puis s'adressant à la Vierge Marie: - «O vous, reine de France et de toute la terre, - Vous qui fidèlement gardez notre patrie - Depuis les premiers temps jusqu'à cette heure austère - - Où chacun a besoin du courage de dix - S'il veut garder sa foi par ses pertes de fois, - La pratiquer tout simplement, ainsi jadis, - Puis y mourir tout simplement, comme autrefois! - - Depuis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres - Profilant leur prière immense et solennelle - Jusqu'aux mois de Marie, échos des soirs champêtres - Sourire de l'Église aux coeurs vierges en elle, - - Depuis que notre culte intronisait nos rois, - Depuis que notre sang teignait votre pennon - Jusqu'au jour où quel Dogme à travers tant d'effrois - Ajoutait quel honneur encore à votre nom, - - Vous qui, multipliant miracles et promesses, - De la Sainte-Chandelle à la Salette et Lourdes, - Daignez faire chez nous éclore des prouesses - Même en ces temps d'horreur d'État louches et sourdes, - - Mère, sauvez la France, intercédez pour nous, - Donnez-nous la foi vive et surtout l'humble foi, - Que l'âme de tous nos aïeux brûle en nous tous - Pour la vie et la mort, au foyer, dans la loi, - - Dans le lit conjugal, sur la couche dernière, - Simple et forte et sincère et bellement naïve, - Pour qu'en les chocs prévus, virils à sa manière, - Qui fut la bonne quand elle dut être active, - - Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons - En exemple, lavant hier par aujourd'hui - Et faits, après l'horreur, l'honneur des nations, - Et s'il nous veut vainqueurs nous le soyons pour lui.» - - -XXIII - - Immédiatement après le salut somptueux, - Le luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques, - Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur - Par les clercs et le peuple saisi de mélancolie. - - Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale, - Répandu par tous les campaniles du diocèse, - Et plane et pleure sur les villes et sur la campagne - Dans la nuit tôt venue en la saison arriérée. - - Chacun s'en fut coucher reconduit par la voix dolente - Et douce à l'infini de l'airain commémoratoire - Qui va bercer le sommeil un peu triste des vivants - Du souvenir des décédés de toutes les paroisses. - - -XXIV - - La cathédrale est majestueuse - Que j'imagine en pleine campagne - Sur quelque affluent de quelque Meuse - Non loin de l'Océan qu'il regagne, - - L'Océan pas vu que je devine - Par l'air chargé de sels et d'aromes. - La croix est d'or dans la nuit divine - D'entre l'envol des tours et des dômes; - - Des Angélus font aux campaniles - Une couronne d'argent qui chante; - De blancs hibous, aux longs cris graciles, - Tournent sans fin de sorte charmante; - - Des processions jeunes et claires - Vont et viennent de porches sans nombre, - Soie et perles de vivants rosaires, - Rogations pour de chers fruits d'ombre. - - Ce n'est pas un rêve ni la vie, - C'est ma belle et ma chaste pensée, - Si vous voulez ma philosophie, - Ma mort choisie ainsi déguisée. - - -XXV - - Voix de Gabriel - Chez l'humble Marie, - Cloches de Noël, - Dans la nuit fleurie, - Siècles, célébrez - Mes sens délivrés! - - Martyrs, troupe blanche, - Et les confesseurs, - Fruits d'or de la branche, - Vous, frères et soeurs, - Vierges dans la gloire, - Chantez ma victoire! - - Les Saints ignorés, - Vertus qu'on méprise, - Qui nous sauverez - Par votre entremise, - Priez que la foi - Demeure humble en moi. - - Pécheurs, par le monde, - Qui vous repentez, - Dans l'ardeur profonde - D'être rachetés, - Or, je vous contemple, - Donnez-moi l'exemple. - - Nature, animaux, - Eaux, plantes et pierres, - Vos simples travaux - Sont d'humbles prières, - Vous obéissez: - - Pour Dieu c'est assez. - - - - -LITURGIES INTIMES - - -ASPERGES ME - -I - - Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main - Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce, - Je puis, si mon dessein est pur devant sa face, - Purifier autrui passant sur mon chemin. - - Je puis, si ma prière est de celles qu'allège - L'Humilité du poids d'un désir languissant - Comme un païen peut baptiser en cas pressant, - Laver mon prochain, le blanchir plus que la neige. - - Prenez pitié de moi, Seigneur, suivant l'effet - Miséricordieux de vos mansuétudes, - Veuillez bander mon coeur, coeur aux épreuves rudes, - Que le zèle pour votre maison soulevait. - - Faites-moi prospérer dans mes voeux charitables, - Et pour cela, suivant le rite respecté, - Gloire à la Trinité durant l'éternité. - Gloire à Dieu dans les cieux les plus inabordables, - - Gloire au Père, fauteur et gouverneur de tout, - Au Fils, créateur et sauveur, juge et partie, - Au Saint-Esprit, de qui la lumière est sortie - Par quel rayon?--ainsi qu'une eau lustrale, mon sang bout,-- - - Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main... - - -AVENT - -II - - «Dans les Avents», comme l'on dit - Chez mes pays qui sont rustiques - Et qui patoisent un petit - Entre autres usages antiques, - - «Dans les Avents les côs chantont», - Toute la nuit, grâce à la lune - «Clartive» alors, et dont le front - S'argente et cuivre dès la brune - - Jusqu'à l'aube en peu d'ombre et ces - Chante-clair, clair comme un beau rêve, - Proclament jusques à l'excès - Le soleil... qui plus tard se lève, - - Trop tard pour ceux qui sont reclus - Au poulailler,--tout comme une âme - Ne tendant que vers les élus, - Dans le péché, prison infâme,-- - - Et comme une âme les bons coqs, - Vigilants, tels au temps de Pierre, - Souffrent, mais, en dépit des chocs - D'ombre, chantent, et l'âme espère. - - -NOËL - -III - - Petit Jésus qu'il nous faut être, - Si nous voulons voir Dieu le Père, - Accordez-nous d'alors renaître - - En purs bébés, nus, sans repaire - Qu'une étable, et sans compagnie - Qu'une âne et qu'un boeuf, humble paire; - - D'avoir l'ignorance infinie - Et l'immense toute-faiblesse - Par quoi l'humble enfance est bénie; - - De n'agir sans qu'un rien ne blesse - Notre chair pourtant innocente - Encor même d'une caresse, - - Sans que notre oeil chétif ne sente - Douloureusement l'éclat même - De l'aube à peine pâlissante, - - Du soir venant, lueur suprême, - Sans éprouver aucune envie - Que d'un long sommeil tiède et blême... - - En purs bébés que l'âpre vie - Destine,--pour quel but sévère - Ou bienheureux?--foule asservie - - Ou troupe libre, à quel calvaire? - - -SAINTS INNOCENTS - -IV - - Cruel Hérode, noir Péché, - De tes sept glaives tu poursuis - Les innocents, lesquels je suis - Dans mes cinq sens,--et, qu'empêché - Me voici pour, las! me défendre! - - L'argile dont Dieu les forma, - Leur faiblesse à ces tristes sens - Par quoi je suis les innocents - Que l'on immole dans Rama, - Trahissent leur âge trop tendre. - - Nulle fuite. Mais mon Sauveur, - Assumant mon sort et ma mort, - Vit en Égypte dont il sort - A temps pour l'insigne faveur - Qu'il me fait de donner sa vie - - Et sa pensée à mon bonheur - Éternel, et, par l'action - Sûre de l'absolution - De son prêtre à lui, le Seigneur, - Ressuscite ma chair ravie. - - -CIRCONCISION - -V - - Petit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair - Pour obéir au premier précepte de la Loi, - Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer, - Vous offrir les prémices aussi de notre foi. - - Pour obéir, nous autres, à votre obéissance, - Nous apportons sur l'autel le parfait hommage - De nos péchés pénitents à votre innocence, - Sur l'autel blanc où votre sang si pur, notre otage, - - Coule mystiquement comme il coula littéral - Au Golgotha, comme il stilla, pas plus réel - Mais littéral aussi, ce jour, dont le rituel - Retient l'anniversaire cruel et lilial, - - Et nous circoncisons nos coeurs suivant votre exemple, - Et nous voudrons ressembler à Vous-même, qui fîtes - Le vieux Siméon, dans la solennité du temple, - Exhaler vers vous une allégresse sans limites. - - L'ancien Adam qui se désolait dans son espoir - Toujours remis d'enfin voir, de ses yeux, nous meilleurs, - Nous très doux sans plus d'ire rouge ou d'orgueil noir, - Va chanter un fier cantique de joie et de pleurs, - - Et dans les cieux les bienheureux et bienheureuses - S'éjouiront plus que de coutume, et les anges, - Pour ce que cette année, elle à peine dans les langes, - Dès son premier souffle, a ces haleines amoureuses. - - -ROIS - -VI - - La myrrhe, l'or et l'encens - Sont des présents moins aimables - Que de plus humbles présents - Offerts aux Yeux adorables - Qui souriront plutôt mieux - A de simples voeux pieux. - - Le voyage des Rois Mages - Certes agrée au Seigneur. - Il accepte ces hommages - Et les tient en haut honneur; - Mais d'un pécheur qui s'amende - Pour lui la gloire est plus grande. - - Dans ce sublime concours - D'adorations premières, - Jésus goûtera toujours - Davantage les prières - Des misérables et leur - Garde un royaume meilleur. - - Les anges et les archanges, - Qui réveillent les bergers, - Voix d'espoir et de louanges - Aux hommes encouragés, - Priment dans l'azur sans voile - La miraculeuse étoile... - - Riches, pauvres, faisons-nous - Néant devant toi, le Maître, - De Ton saint nom seuls jaloux: - Tu sauras bien reconnaître - Et magnifier les tiens, - Riches, pauvres, tous chrétiens. - - -KYRIE ELEISON - -VII - - Ayez pitié de nous, Seigneur! - Christ, ayez pitié de nous! - - Donnez-nous la victoire et l'honneur - Sur l'ennemi de nous tous. - Ayez pitié de nous, Seigneur. - - Rendez-nous plus croyants et plus doux - Loin du Péché suborneur, - Christ, ayez pitié de nous. - - Criblez-nous comme fait le vanneur - Du grain dont il est jaloux. - Ayez pitié de nous, Seigneur. - - Nous vous en supplions à genoux, - Ouvrez-nous par la Foi le Bonheur. - Christ, ayez pitié de nous. - - Ouvrez-nous par l'Amour le Bonheur, - Nous vous en prions à genoux. - Ayez pitié de nous, Seigneur. - - Seigneur, par l'Espérance, ouvrez-nous, - Christ, ouvrez-nous le Bonheur. - Christ, ayez pitié de nous. - - Ayez pitié de nous, Seigneur! - - -GLORIA IN EXCELSIS - -VIII - - Gloire à Dieu dans les hauteurs, - Paix aux hommes sur la terre! - - Aux hommes qui l'attendaient - Dans leur bonne volonté. - - Le salut vient sur la terre... - Gloire à Dieu dans les hauteurs! - - Nous te louons, bénissons, - Adorons, glorifions, - - Te rendons grâce et merci - De cette gloire infinie! - - Seigneur, Dieu, roi du ciel, - Père, Puissance éternelle, - - O Fils unique de Dieu, - Agneau de Dieu, Fils du père, - - Vous effacez les péchés: - Vous aurez pitié de nous. - - Vous effacez les péchés: - Vous écouterez nos voeux. - - Vous, à la droite du Père, - Vous aurez pitié de nous. - - Car vous êtes le seul Saint, - Seul Seigneur et seul Très Haut, - - O Jésus, qui fûtes oint - De très loin et de très haut, - - Dieu des cieux, avec l'Esprit, - Dans le Père, - - Ainsi soit-il. - - -CREDO - -IX - - Je crois ce que l'Église catholique - M'enseigna dès l'âge d'entendement: - Que Dieu le Père est le fauteur unique - Et le régulateur absolument - De toute chose invisible et visible, - Et que, par un mystère indéfectible, - - Il engendra, ne fit pas Jésus-Christ - Son Fils unique avant que la lumière - Ne fût créée, et qu'il était écrit - Que celui-ci mourrait de mort amère, - Pour nous sauver du malheur immortel - Sur le Calvaire et, depuis, sur l'Autel; - - Enfin que l'Esprit saint, lequel procède - Et du Père et du Fils et qui parlait - Par les prophètes, et ma foi qui s'aide - De charité croit le dogme complet - De l'Église de Rome, au saint baptême, - En la vie éternelle. - Voeu suprême. - - -ASCENSION - -X - - Jésus au ciel est monté - Pour vous envoyer sa grâce: - Espérance et charité, - Foi qui jamais ne se lasse, - - Patience et tous les dons - Que l'esprit porte en ses flammes, - Et les trésors de pardons, - De zèle au salut des âmes, - - De courage durant les - Tentations de ce monde, - Ah! surtout, oui, devant les - Tentations de ce monde, - - Ces scandales étalés - Tour à tour beaux puis immondes, - Pauvres coeurs écartelés, - Tristes âmes vagabondes! - - Jésus au ciel est monté, - Mais en nous laissant son ombre: - L'Évangile répété - Sans cesse aux peuples sans nombre. - - Jésus au ciel est monté - Pour mieux veiller, Lui, fait homme, - Sur notre fragilité - Qu'il éprouva... Mais nous, comme - - Jésus au ciel est monté - Notre nuit n'y pourrait suivre - Avant la mort sa clarté: - Ah! d'esprit allons y vivre! - - -VENI, SANCTE... - -XI - - «Esprit-Saint, descendez en» ceux - Qui raillent l'antique cantique - Où les simples mettent leurs voeux - Sur la plus naïve musique. - - Versez les sept dons de la foi, - Versez, «esprit d'intelligence», - Dans les âmes toutes au moi - Surtout l'amour et l'indulgence - - Et le goût de la pauvreté - Tant des autres que de soi-même: - Qu'ils comprennent la charité - Puisqu'ils sont l'élite et la crème. - - Qu'ils estiment leur rire sot, - Visant, non le dogme immuable, - Mais l'humble et le faible (un assaut - Dont le capitaine est le Diable). - - Au lieu d'ainsi le profaner, - Ce cantique de nos ancêtres, - Qu'ils le méditent, pour donner - Le bon exemple, eux, les grands maîtres. - - Et, tandis qu'ils seront en train - D'édifier le paupérisme - D'esprit et d'argent, qu'ils réin- - Tègrent un peu le Catéchisme. - - -JUIN - -XII - - Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l'Amour, - Juin, pendant quel le coeur en fleur et l'âme en flamme - Se sont épanouis dans la splendeur du jour - Parmi des chants et des parfums d'épithalame, - - Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Coeur, - Mois splendide du Sang réel, de la Chair vraie, - Pendant quel l'herbe mûre offre à l'été vainqueur - Un champ clos où le blé triomphe de l'ivraie, - - Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs, - Remémorés de la Présence non-pareille, - Nous sentons ravigorés en retours vengeurs - Contre Satan, pour des triomphes que surveille - - Du ciel là-haut, et sur terre, de l'ostensoir, - L'adoré, l'adorable Amour sanglant et chaste, - Et du sein douloureux où gîte notre espoir - Le Coeur, le Coeur brûlant que le désir dévaste, - - Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté - Essentielle, de leur gagner la victoire - Éternelle. Et l'encens de l'immuable été - Monte mystiquement en des douceurs de gloire. - - -SANCTUS - -XIII - - Saint est l'homme au sortir du baptême, - Petit enfant humble et ne tétant pas même, - Et si pur alors qu'il est la pureté suprême. - - Saint est l'homme après l'Eucharistie. - La chair de Jésus a sa chair investie - De force sage et de divine modestie. - - Saint l'homme quand clos ses jours débiles, - Dans l'heur et dans le pardon des Saintes Huiles, - Et l'essor soudain vers des séjours enfin tranquilles. - - Les cieux sont pleins, Juste, de ta gloire. - La terre en bas vénérera ta mémoire, - Béni soit celui qui vient au Nom qu'il nous faut croire! - - Hosanna sur terre et dans les cieux. - Deux fois hosanna pour l'homme glorieux! - Trois fois hosanna pour Dieu miséricordieux. - - -IMMACULÉE CONCEPTION - -XIV - - Vous fûtes conçue immaculée, - Ainsi l'Église l'a constaté - Pour faire notre âme consolée - Et notre fois plus fort conseillée, - Et notre esprit plus ferme et bandé. - - La raison veut ce dogme et l'assume. - La charité l'embrasse et s'y tient, - Et Satan grince et l'enfer écume - Et hurle: «L'Ève prédite vient - Dont le Serpent saura l'amertume.» - - Sous la tutelle et dans l'onction - De votre chaste et sainte mère Anne, - Vous grandissez en perfection - Jusqu'à votre présentation - Au temple saint, loin du bruit profane, - - Du monde vain que fuira Jésus - Et, comme lui, toute au pauvre monde, - Vous atteignez dans de pieux us - L'époque où, dans sa pitié profonde, - Dieu veut que de vous sorte Jésus. - - L'ange qui vous salua la mère - Du Rédempteur que Dieu nous donnait - Ne troubla pas votre candeur fière - Qui dit comme Dieu de la lumière: - «Ce que vous m'annoncez me soit fait.» - - Et tout le temps que vivra le Maître, - Vous le passerez obscurément, - Sans rien vouloir savoir ou connaître - Que de l'aimer comme il daigne l'être, - Jusqu'à sa mort, prise saintement. - - Aussi, quand vous-même rendez l'âme, - Pendant à votre conception - Immaculée, un décret proclame - Pour vous la tombe un séjour infâme, - Vous soustrait à la corruption, - - Et vous enlève au séjour de gloire - D'où vous régnez sur l'Ange et sur nous, - Participant à toute l'histoire - De notre vie intime et de tous - Les hauts débats de la grande histoire. - - -DÉVOTIONS - -XV - - Sécheresse maligne et coupable langueur, - Il n'est remède encore à vos tristesses noires - Que telles dévotions surérogatoires, - Comme des mois de Marie et du Sacré-Coeur, - - Éclat et parfum purs de fleurs rouges et bleues, - Par quoi l'âme qu'endeuille un ennui morfondu, - Tout soudain s'éveille à l'enthousiasme dû - Et sent ressusciter ses allégresses feues, - - Cantiques frais et blancs de vierges comme aux temps - Premiers, quand les chrétiens étaient toute innocence, - Hymnes brûlants d'une théologie intense - Dans la sanglante ardeur des cierges palpitants; - - Comme le chemin de la Croix, baisers et larmes, - Argent et neige et noir d'or des Vendredis Saints, - Lent cortège à genoux dans la paix des tocsins, - _Stabats_ sévères indiciblement aux si doux charmes, - - Et la dévotion, aussi, du chapelet, - Grains enflammés de chaste délire où s'embrase - L'ennui souvent, où parfois l'excès de l'extase - Se consumait au feu des _Ave_ qui roulait; - - Et celle enfin des saints locaux, Martin de France, - Et Geneviève de Paris, saints du pays - Et des villes et des villages, obéis - Et vénérés avec chacun son espérance - - Et son exemple et son précepte bien donné, - Ses miracles!--O moeurs plus intimes du culte, - Eh oui, c'est encor vous, en dépit de l'insulte, - Qui nous sauvez, peut-être, à tel moment donné. - - -AGNUS DEI - -XVI - - L'agneau cherche l'amère bruyère, - C'est le sel et non le sucre qu'il préfère, - Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière. - - Quand il veut un but, rien ne l'arrête, - Brusque, il fonce avec des grands coups de sa tête, - Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète... - - Agneau de Dieu, qui sauves les hommes, - Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes, - Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes, - - Donne-nous la paix et non la guerre, - O l'agneau terrible en ta juste colère, - O toi, seul Agneau, Dieu le seul fils de Dieu le Père. - - -TOUSSAINT - -XVII - - Ces vrais vivants qui sont les saints, - Et les vrais morts qui seront nous, - C'est notre double fête à tous, - Comme la fleur de nos desseins, - - Comme le drapeau symbolique - Que l'ouvrier plante gaîment - Au faîte neuf du bâtiment, - Mais, au lieu de pierre et de brique, - - C'est de notre chair qu'il s'agit, - Et de notre âme en ce nôtre oeuvre - Qui, narguant la vieille couleuvre, - A force de travaux surgit. - - Notre âme et notre chair domptées - Par la truelle et le ciment - Du patient renoncement - Et des heures dûment comptées. - - Mais il est des âmes encor, - Il est des chairs encore comme - En chantier, qu'à tort on dénomme - Les morts, puisqu'ils vivent, trésor - - Au repos, mais que nos prières - Seulement peuvent monnayer - Pour, l'architecte, l'employer - Aux grandes dépenses dernières. - - Prions, entre les morts, pour maints - De la terre et du Purgatoire, - Prions de façon méritoire - Ceux de là-haut qui sont les saints. - - -IN INITIO - -XVIII - - Chez mes pays, qui sont rustiques - Dans tel cas simplement pieux, - Voire un peu superstitieux, - Entre autres pratiques antiques, - - Sur la tête du paysan, - Rite profond, vaste symbole, - Le prêtre, étendant son étole, - Dit l'évangile de saint Jean: - - «Au commencement était le Verbe - «Et le Verbe était en Dieu. - «Et le verbe était Dieu.» - Ainsi va le texte superbe, - - S'épanchant en ondes de claire - Vérité sur l'humaine erreur, - Lavant l'immondice et l'horreur, - Et la luxure et la colère, - - Et les sept péchés, et d'un flux - Tout parfumé d'odeurs divines, - Rafraîchissant jusqu'aux racines - L'arbre du bien, sec et perclus, - - Et déracinant sous sa force - L'arbre du mal et du malheur - Naguère tout en sève, en fleur, - En fruit, du feuillage à l'écorce. - - O Jean, le plus grand, après l'autre - Jean, le Baptiste, des grands saints, - Priez pour moi le Sein des seins - Où vous dormiez, étant apôtre! - - O, comme pour le paysan, - Sur ma tête frivole et folle, - Bon prêtre étendant ton étole, - Dis l'évangile de saint Jean. - - -VÊPRES RUSTIQUES - -XIX - - Le dernier coup de vêpres a sonné: l'on tinte. - Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sainte. - - Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais! - C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès. - - On allume les six grands cierges, l'on apporte - Le ciboire pour le salut. Voici la porte - - De la sacristie entr'ouverte, et l'on voit bien - S'habiller les enfants de choeur et le doyen. - - Voici venir le court cortège et les deux chantres - Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres. - - Une clochette retentit et le clergé - S'agenouille devant l'autel, dûment rangé. - - Une prière est murmurée à voix si basse - Qu'on entend comme un vol de bons anges qui passe. - - Le prêtre, se signant, adjure le Seigneur, - Et les clers, se signant, appellent le Seigneur. - - Et chacun exaltant la Trinité, commence, - Prophète-roi, David, ta psalmodie immense: - - «Le Seigneur dit...» «Je vous louerai...» «Qu'heureux les saints...» - «Fils, louez le Seigneur...» et, vibrant par essaims, - - Les versets de ce chant militaire et mystique: - «Quand Israël sortit d'Égypte...» Et la musique - - Du grêle harmonium et du vaste plain-chant! - L'Église s'est remplie. Il fait tiède. L'argent - - Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre - Et des pauvres tombe à bruit doux dans l'aumônière. - - L'hymme propre et _Magnificat_ aux flots d'encens! - Une langueur céleste envahit tous les sens. - - Au court sermon qui suit sur un thème un peu rance, - On somnole sans trop pourtant d'irrévérence. - - Le soleil luit faisant un nimbe mordoré, - Le vieux saint du village est tout transfiguré. - - Ça sent bon. On dirait des fleurs très anciennes. - S'exhalant, lentes, dans le latin des antiennes. - - Et le Salut ayant béni l'humble troupeau - Des fidèles, on rejoint meilleurs le hameau. - - Le soir on soupe mieux, et quand la nuit invite - Au sommeil, on s'endort bien à l'aise et plus vite. - - -COMPLIES EN VILLE - -XX - - Au sortir de Paris on entre à Notre-Dame. - Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés, - L'affreux soleil criard à l'ombre qui se pâme, - - Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés, - Et l'adoration à l'infini s'étire - En des récitatifs lentement en-allés, - - Vêpres sont dites, et l'autel noir ne fait luire - Que six cierges, après les flammes du Salut - Dont l'encens rôde encor mêlé des goûts de cire. - - Un clerc a lu: _Jube, domne_, comme fallut, - Et l'orage du fond des stalles se déchaîne - De rude psalmodie au même instant qu'il lut, - - Le bon orage frais sous la voûte hautaine - Où le jour tamisé par les Saints et les Rois - Des rosaces oscille en volute sereine. - - Cela parle de paix de l'âme, des effrois - De la nuit dissipés par l'acte et la prière. - L'espérance s'enroule autour des piliers froids. - - C'est la suprême joie, et l'extrême lumière - Concentrée aux rais de la seule Vérité, - Et le vieux Siméon dit l'extase dernière! - - Recommandons notre âme au Dieu de vérité. - - -PRUDENCE - -XXI - - Contrition parfaite, - Les anges sont en fêtes - Mieux d'un pêcheur contrit que d'un juste qui meurt. - - Bon propos, la victoire - Préparée et la gloire - Presque déjà dans l'au-delà sans choc ni heurt. - - Absolution sainte - Savourée avec crainte - D'en être indigne encor, d'en peut-être abuser. - - Rentrée emmi le monde - Et son horreur profonde - Avec un coeur d'amour qui ne sait biaiser, - - Car c'est l'amour divine - Qui prévoit et devine - Les pièges, le manège et les tours du Péché. - - Garde à toi tout de même, - Gare au trompeur suprême, - Chrétien certes fidèle encore qu'empêché - - Par l'extase première - D'avoir vu la Lumière, - Et les yeux éblouis et tous les sens tremblants. - - O chrétien nouveau, prie - A la Vierge Marie, - Et marche vers la bonne mort à pas bien lents. - - -PÉNITENCE - -XXII - - La luxure, ce moins terrible des péchés, - Ces deux pires de tous, l'Avarice et l'Envie, - La Gourmandise, abus risible de la vie, - Toi, Paresse, leur mère à tous, à ces péchés, - - Et la Colère, presque belle en sa hideur, - Avec de faux reflets d'héroïsme, on veut croire, - Et l'Orgueil son grand frère à la gloire illusoire - Et tous dans leur révolte horrible et leur hideur, - - Pénitence, presque innocence, tu les vaincs, - Tu les poursuis, tu les arrêtes et les captes, - Sauvant les âmes, par l'excellence des actes, - De l'Enfer et de ses milices que tu vaincs. - - Oui, tu nous dictes et fait faire d'excellents - Actes à cause de l'excellence des causes, - Épanouissant, sur les épines de roses - Que la Prière après vient cueillir à pas lents, - - Pénitence, du fond de mes crimes affreux, - Luxure, orgueil, colère et toute la filière, - J'invoque ton secours, Vertu particulière, - Seule agréable à Dieu qui voit mon coeur affreux. - - -OPPORTET HÆRESES ESSE - -XXIII - - _Opportet hæreses esse._ - Car il faut, en effet, encore, - Que notre foi, donc, s'édulcore - _Opportet hæreses esse._ - - Il fallait quelque humilité, - Ma Foi qui poses et grimaces, - Afin que tu t'édulcorasses; - Et l'hérésiarque entêté - - T'a tenté, ne nous dis pas non, - Jusque vers les pires péchés, - T'entraînant du doute impur chez - Le Diable t'ouvrant son fanon. - - Or maintenant, courage! assez - De larmes sur l'erreur d'un jour, - Songe au pardon du Dieu d'amour. - _Opportet hæredes esse._ - - -FINAL - - _J'ai fait ces vers bien qu'un bien indigne pécheur, - O bien indigne, après tant de grâces données, - Lâchement, salement, froidement piétinées - Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur._ - - _J'ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor, - A votre gloire douce encore qui me tente - Toujours, en attendant la formidable attente - Ou de votre courroux ou de ta gloire encor,_ - - _Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché, - Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt! - Je me rementerais de votre amour, plutôt, - Que de mon effrayant et vil et laid péché,_ - - _Jésus qui sus bénir ma folle indignité, - Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature, - Et dès avant le temps, choisis dans la nature, - Créateur, moi, ceci, pourri d'indignité!_ - - _Aussi, Jésus! avec un immense remords - Et plein de tels sanglots! à cause de mes fautes, - Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes, - Les pieds pleins de cloques et les usages morts,_ - - _Les usages? Du coeur, de la tête, de tout - Mon être on dirait cloué de paralysie - Navrant en même temps ma pauvre poésie - Qui ne s'exhale plus, mais qui reste debout_ - - _Comme frappée, ainsi le troupeau par l'orage, - Berger en tête, et si fidèle nonobstant - Mon coeur est là, Seigneur, qui t'adore d'autant - Que tu m'aimes encore ainsi parmi l'orage._ - - _Mon coeur est un troupeau dissipé par l'autan - Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle - Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, giffle - D'une dent suffisante et dure assez l'engeance_ - - _Affreuse que je suis, troupeau qui m'en allai - Vers une monstrueuse et solitaire voie, - O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie! - Votre pacage simple en les prés où j'allai_ - - _Naguère, et le lin pur qu'il faut et qu'il fallut, - Et la contrition, hélas! si nécessaire, - Et si vous voulez bien accepter ma misère, - La voici! faites-la, telle, hélas! qu'il fallut._ - - - - -VERS POSTHUMES - - -ACTE DE FOI - - «Le seul savant c'est encore Moïse»! - Ainsi disais-je et pensais-je autrefois, - Et quand j'y pense encore et, sans surprise, - Me le redis avec la même voix, - - Ma conviction, que tous les problèmes - Étalés en vain à mon oeil naïf - N'ont point mise à mal, séducteurs suprêmes, - T'affirme à nouveau, dogme primitif. - - La doctrine profane et l'art profane - Ont quelque bon, mais, s'ils agissent seuls, - C'est comme des spectres sous des linceuls. - - La Genèse est claire, elle est diaphane, - Et par elle je crois avec ardeur - En Dieu, mon fauteur et mon créateur. - - -PAQUES - - _Dic, nobis, Maria quem vidisti in via._ - - De Rome, hier matin, les cloches revenues, - Exhalent un concert glorieux dans les nues. - - L'écho puissant qui flue et tombe de la tour, - Vient magnifier l'air et la terre à leur tour. - - L'oiseau, sanctifié par l'or des salves saintes - Lui-même entonne un hymne aimable et las de plaintes, - - Clame l'alléluia sur un air de chanson, - Dans l'arbre, au ras des prés, et parmi le buisson. - - L'alouette, un motet au bec, s'est envolée; - Le rossignol a salué l'aube emperlée - - D'accents énamourés d'un amour plus brûlant, - Et comme lumineux d'un bonheur calme et lent, - - Le printemps, né d'hier, allègrement frissonne; - La nature frémit d'aise, et voici que sonne - - Partout dans la campagne, au coeur des vieux beffrois, - De l'altier campanile et du palais des rois, - - Et de tous les fracas religieux des villes, - Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles, - - Le frais appel pour l'alme célébration - De l'almissime jour de résurrection... - - La colombe vole au sillon et l'agneau broute. - Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route? - - Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé... - C'est le Seigneur «en Galilée il est allé!» - - --Ah! que le coeur n'est-il lavé dans l'or du fleuve, - Sanctifiée en l'or des cloches l'âme veuve! - - Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau, - Blanc comme la colombe en ce clair renouveau - - Et que l'homme, jadis conscience introublée, - N'est-il en route encore pour la Galilée! - - -ASSOMPTION - - Aujourd'hui c'est ma fête et j'ai droit à des fleurs - (Sous mon autre prénom je n'ai droit qu'à mes pleurs), - Car sachez-le bien tous, je m'appelle Marie - Et sous le nom puissant d'une mère chérie - Je me sens protégé du mal et du péché - Qui m'avaient investi grâce au bien négligé. - Je me sais à l'abri d'un monde que j'abhorre - Et dont je ne saurais me séparer encore, - Je me crois défendu contre tout choc et heurt - Par ce nom qui s'en vient prier lorsque l'on meurt. - En ce jour merveilleux de triomphe et de gloire, - Il me semble que j'ai ma part de la victoire. - O ma femme, entrons donc joyeux, c'est notre droit - Dans le bonheur heureux... et le devoir qu'on doit. - - -PRIÈRE - - Me voici devant Vous, contrit comme il le faut. - Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie - Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie - Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut - A mes yeux mieux que tout, et l'espoir et la joie. - - Elle est bonne, elle me connaît depuis des ans. - Nous eûmes des jours noirs, amers, jaloux, coupables, - Mais nous allions sans trêve aux fins inéluctables, - Balancés, ballottés, en proie à tous jusants - Sur la mer où luisaient les astres favorables: - - Franchise, lassitude affreuse du péché - Sans esprit de retour, et pardons l'un à l'autre... - Or, ce commencement de paix n'est-il point vôtre, - Jésus, qui vous plaisez au repentir caché? - Exaucez notre voeu qui n'est plus que le vôtre. - - -LE CHARME DU VENDREDI SAINT - - La cathédrale est grise admirablement, - Tandis que le jour luit adorablement - Et que les arbres sont verts tout doucement. - - Les paysans sont naïfs et de province - Pour la plupart parents, dont la toilette grince, - De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince - - De les promener autour du fameux monument - Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village, - Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment - Et va, comme un peu vil dans le sillage - - Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment - D'une clientèle amusante en diable, - Qui file néanmoins, dévots irrémédiables, - Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement. - -Paris, jeudi 30 mars 1893. - - -II - - Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure - Des fins arbres du quai bordant la beauté pure - Et forte de la cathédrale on dirait en guipure - - De pierre, on croit, immémoriale et si dure! - Les cloches de la veille ont fui (leur âme, au moins, - S'est tue) et pendent, patients témoins - Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins, - - Enfin, elles reviennent (ou, du moins, leur âme - Planant sur les villes légères et les autres) - Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres - A travers les humanités chastes et les infâmes, - - Dans la nef désolée où seulement les flammes - Des ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres, - S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes - Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres. - -Vendredi, 31 mars 1893. - - -EX IMO - - O Jésus, vous m'avez puni moralement - Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance, - Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance. - O Jésus, vous me punissez physiquement. - - L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille, - La console, la plaint, lui sourit, la guérit - Par une claire, simple et logique merveille. - La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit - - Le «Fiat lux», le créateur de la nature, - Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous - Plein de douceur, mais lors faisait la créature - Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux. - - La Science, un souci vénérable, tâtonne, - Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir, - Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne, - Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir, - - Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme - De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur, - Tu dirais, pour un bien pourtant; mais quel énorme - Effort souvent infructueux, chair de malheur! - - Chair, mystère plus noir et plus mélancolique - Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu _te voulut - Et tu fus_, et tu vis, comment? au vent oblique - Des funestes saisons et du mal qui t'élut. - - Et tu fus, et tu vis, comment! miracle frêle, - Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu - De plaisir mêlé d'amertume et de querelle. - Oui, pourquoi toi? - - Jésus répond: «Pour être enfin - Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse - Et d'amour et plus tard glorieuse au divin - Séjour définitif de liesse et de largesse! - - Encore un peu de temps, souffre encore un instant, - Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science - Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant, - Ne perds jamais cette vertu, la confiance! - - La confiance en moi seul! Et je te le dis - Encore: patiente et m'offre ta souffrance. - Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis, - Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance. - - L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi, - Il est bonté: c'est le bon Dieu de ton enfance. - Souffre encore un instant et garde bien la foi, - La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance. - - Suis humble et souffre en paix, autant que tu pourras. - Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde. - Qui le sait mieux que moi? Lorsque tu souffriras - Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde, - - Et de mon agonie et du reste? Allons, vois. - C'est fait. Le mal n'est plus: tu peux vivre dans l'aise - Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise, - Au soleil, et mourir et renaître à ma voix.» - -8 août 1893, hôpital Broussais. - - -FIN - - - - -TABLE - - - Préface de J. K. HUYSMANS I à XXIV - - SAGESSE - - I - - I. Bon chevalier masqué qui chevauche en silence 3 - II. J'avais peiné comme Sisyphe 6 - III. Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares? 9 - IV. Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême 13 - V. O vous, comme un qui botte au loin, Chagrins et Joies 16 - VI. Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme 17 - VII. La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles 18 - VIII. Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie 19 - IX. Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste 20 - X. Petits amis, qui sûtes nous prouver 21 - XI. Or, vous voici promus, petits amis 24 - XII. Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons 27 - XIII. On n'offense que Dieu qui seul pardonne 29 - XIV. Voix de l'Orgueil; un cri puissant comme d'un cor 31 - XV. Va ton chemin sans plus t'inquiéter! 33 - XVI. Pourquoi triste, ô mon âme 35 - XVII. Né l'enfant des grandes villes 37 - XVIII. L'âme antique était rude et vaine 39 - - II - - I. O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour 42 - II. Je ne veux plus aimer que ma mère Marie 45 - III. Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret 47 - IV. Mon Dieu m'a dit: Mon fils, il faut m'aimer 40 - V. Désormais le Sage puni 58 - VI. Du fond du grabat 60 - VII. Le ciel est, par dessus le toit 67 - VIII. Le son du cor s'afflige vers les bois 68 - IX. La tristesse, langueur du corps humain 69 - X. La bise se rue à travers 70 - XI. Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées! 71 - XII. L'échelonnement des haies 73 - XIII. L'immensité de l'humanité 74 - XIV. La mer est plus belle 75 - XV. La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches 77 - XVI. Toutes les amours de la terre 78 - XVII. Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit 80 - XVIII. C'est la fête du blé, c'est la fête du pain 81 - - AMOUR - - Prière du matin 85 - Écrit en 1875 90 - Un conte 94 - Bournemouth 98 - There 101 - Un crucifix 103 - Un veuf parle 105 - Il parle encore 107 - Saint Graal 109 - Angélus de midi 111 - A Victor Hugo 114 - Saint Benoit-Joseph Labre 115 - Paraboles 116 - Sonnet héroïque 117 - Pensée du soir 118 - - BONHEUR - - I. L'incroyable, l'unique horreur de pardonner 123 - II. La vie est bien sévère 124 - III. Après la chose faite, après le coup porté 120 - IV. De plus, cette ignorance de Vous! 128 - V. L'homme pauvre du coeur est-il si rare, en somme 130 - VI. Bon pauvre, ton vêtement est léger 131 - VII. Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière 135 - VIII. Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde 140 - IX. Guerrière, militaire et virile en tout point 143 - X. Un projet de mon âge mûr 140 - XI. Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair 150 - XII. Seigneur, vous m'avez laissé vivre 152 - XIII. La neige à travers la brume 157 - XIV. O! J'ai froid d'un froid de glace 159 - XV. Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché 162 - XVI. Après le départ des cloches 165 - XVII. L'ennui de vivre avec le monde et dans les choses 167 - XVIII. Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour» 171 - XIX. Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur 172 - XX. Les plus belles voix 175 - XXI. L'autel bas s'orne de hautes mauves 175 - XXII. L'amour de la Patrie est le premier amour 177 - XXIII. Immédiatement après le salut somptueux 183 - XXIV. La cathédrale est majestueuse 184 - XXV. Voix de Gabriel 186 - - LITURGIES INTIMES - - I. Asperges me 191 - II. Avent 193 - III. Noël 195 - IV. Saints innocents 197 - V. Circoncision 199 - VI. Rois 201 - VII. Kyrie Eleison 203 - VIII. Gloria in excelsis 205 - IX. Credo 207 - X. Ascension 209 - XI. Veni sancte 211 - XII. Juin 213 - XIII. Sanctus 215 - XIV. Immaculée conception 217 - XV. Dévotions 219 - XVI. Agnus Dei 221 - XVII. Toussaint 222 - XVIII. In initio 224 - XIX. Vêpres rustiques 226 - XX. Complies en ville 229 - XXI. Prudence 231 - XXII. Pénitence 233 - XXIII. Opportet hæreses esse 235 - XXIV. Final 237 - - VERS POSTHUMES - - Acte de Foi 241 - Pâques 242 - Assomption 244 - Prière 245 - Le Charme du Vendredi Saint I 246 - -- II 247 - Ex imo 248 - - - - - _ACHEVÉ D'IMPRIMER_ - Le sept mars mil neuf cent quatre - PAR - BUSSIÈRE - A SAINT-AMAND (CHER) - pour le compte - DE - M. A. MESSEIN - _éditeur_ - 19, QUAI SAINT-MICHEL - PARIS (Ve) - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES *** - -***** This file should be named 61039-8.txt or 61039-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/0/3/61039/ - -Produced by Laurent Vogel (from images generously made -available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/61039-8.zip b/old/61039-8.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 80db5d6..0000000 --- a/old/61039-8.zip +++ /dev/null diff --git a/old/61039-h.zip b/old/61039-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 1ccab6f..0000000 --- a/old/61039-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/61039-h/61039-h.htm b/old/61039-h/61039-h.htm deleted file mode 100644 index 3b98160..0000000 --- a/old/61039-h/61039-h.htm +++ /dev/null @@ -1,6983 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - -hr { margin: 1em 10%; width: 20%; } - -h1 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 1em 0 1em 0; } -h2 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 4em 0 2em 0; } -h3 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 4em 0 2em 0; } -h4 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 2em 0 1em 0; } - -hr { margin: 1em 40%; width: 20%; } - -.titre { text-align: center; font-size: 150%; text-indent: 0; - line-height: 1.5em} - -p { text-align: justify; margin: .3em 0; text-indent: 1.5em; } - -sup, .fnanchor { font-size: .7em; vertical-align: top; font-style: normal; - font-weight: normal; font-variant: normal; } -p.c sup { vertical-align: .6em; } -i sup { padding-left: .25em; } - -.sc { font-variant: small-caps; } -.small { font-size: 85%; } -.xsmall { font-size: 75%; } -.large { font-size: 120%; } -.sans-serif { font-family: sans-serif; } - -.date { text-align: left; margin: 1em 10%; font-size: 95%; } -.lieu { text-align: right; margin: 1em 10%; font-size: 95%; } -.sign { text-align: right; text-indent: 0; margin: 1em 5% 1em 20%; } -p.c, div.c { text-align: center; text-indent: 0; margin: 1em 0; line-height: 1.5em; } -p.r { text-align: right; } - -.poetry { margin: 1em 10%; } -.stanza { margin-top: 1em; } -.verse { text-indent: -3em; padding-left: 3em; } - -.i1 { margin-left: 5%; } -.i2 { margin-left: 10%; } -.i3 { margin-left: 15%; } -.i4 { margin-left: 20%; } -.i5 { margin-left: 25%; } -.i6 { margin-left: 30%; } -.i8 { margin-left: 40%; } -.i11 { margin-left: 55%; } - - -a { text-decoration: none; } -.footnote { margin: 1em 0 1em 20%; font-size: 90%; } -.label { } - -table { margin: 1em auto; } -td { text-align: left; vertical-align: top; padding: 0 .2em; } -td.drap { text-align: justify; text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; } -td.num { text-align: right; vertical-align: bottom; } -td.bot { vertical-align: bottom; width: 4em; } -td.r { text-align: right; } -td.c { text-align: center; } -td.titre1 { padding: 1.5em 0; text-align: center; font-size: 120%; } -td.titre2 { padding: 1em 0; text-align: center; } -td.width-4em { width: 3.5em; } - -ul, li { list-style-type: none; } - - -.break, .chapter { margin-top: 5em; } -.gap { margin-top: 2.5em; } - -@media screen { - body { margin: 0 auto; width: 80%; max-width: 40em; } -} - -@media handheld { - body { margin: 0 0; width: 100%; } - .top4em { padding-top: 4em; } - .break, .chapter { page-break-before: always; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - -</style> -</head> -<body> - - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. 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HUŸSMANS</b></p> - -<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br /> -LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR<br /> -<b>A. MESSEIN Succ<sup>r</sup></b> -19, <span class="xsmall">QUAI SAINT-MICHEL</span>, 19</p> - -<p class="c xsmall">MCMIV</p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak">A LA MÊME LIBRAIRIE</h2> - - -<p class="c gap large"><b>CHARLES MORICE</b></p> - -<table summary=""> -<tr> -<td class="drap"><b>Du sens religieux de la poésie.</b> -Un volume grand in-18</td> -<td class="bot">3 fr. »»</td> -</tr> -<tr> -<td class="drap"><b>Paul Verlaine.</b> <i>L'Homme et l'Œuvre.</i> -Un volume in-18 Jésus</td> -<td class="bot">3 fr. 50</td> -</tr> -</table> -<div class="break"></div> - -<p class="c xsmall top4em">IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE:</p> - -<p class="c"><i>15 exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 15</i></p> - -<div class="break"></div> - -<h2 class="nobreak" id="preface">PRÉFACE<br /> -<span class="xsmall">DE</span><br /> -J.-K. HUŸSMANS</h2> - - -<p>Mon intention n'est pas, en ces quelques -pages, de parler, au point de vue littéraire, de -l'œuvre de Verlaine. Cette étude a été mainte fois -faite et, moi-même, il y a bien longtemps, en -1884, dans «A Rebours», alors que personne ne -se souciait de l'écrivain disparu dans une tourmente, -j'ai noté et tâché d'expliquer l'œuvre singulière de -cet homme qui, après Victor Hugo, Baudelaire et -Leconte de Lisle, est un de ceux dont l'influence fut -la plus décisive sur la génération des poètes de -notre temps.</p> - -<p>Aujourd'hui, à propos de ce recueil de vers exclusivement -religieux, extraits des volumes de «Sagesse», -d'«Amour», de «Bonheur», de «Liturgies -intimes» auxquels sont jointes quelques -pièces posthumes, je voudrais simplement m'occuper -de Verlaine, au point de vue catholique, -essayer de dissiper le malentendu qui existe entre lui -et les fidèles restés défiants pour sa personne et pour -ses livres, faire comprendre, si cela était possible, -qu'il ne fut pas l'impénitent pécheur qu'ils présument, -affirmer enfin que l'Église a eu en lui le -plus grand poète dont elle se puisse enorgueillir, -depuis le Moyen-Age.</p> - -<p>Unique, en effet, à travers les siècles, il a retrouvé -ces accents d'humilité et de candeur, ces -prières dolentes et transies, ces allégresses de petit -enfant, oubliés depuis ce retour à l'orgueil du paganisme -que fut la Renaissance.</p> - -<p>Et cette ingénuité presque populaire, cette contrition -si vraiment touchante, il les a traduites dans -une langue étrangement évocatrice, avec ses détours -et ses ellipses, une langue très peu compliquée et -très bistournée, à la fois, usant de rythmes nouveaux -ou rajeunis, achevant, après Victor Hugo et -de Banville, de rompre les anciens gaufriers de la -métrique, pour y substituer des moules d'une forme -très particulière, des estampes très spéciales, aux -touches à peine appuyées, aux empreintes tout juste -perçues.</p> - -<p>Parti, de ses premiers essais, de Baudelaire et de -Leconte de Lisle, en quelques poèmes de Banville -et, pour l'expression un peu mièvre de certaines -doléances de sentiments humains, de M<sup>me</sup> Desbordes-Valmore -qu'il admirait peut-être plus que de raison, -Verlaine n'avait pas tardé à secouer l'inévitable joug -des débuts et sa personnalité s'était résolument attestée -«lorsqu'il avait su exprimer de délicieuses -confidences, à mi-voix, au crépuscule; seul, il avait -su laisser deviner certains au-delà troublants d'âme, -des chuchotements si bas de pensées, des aveux -murmurés, si interrompus que l'oreille qui les percevait -demeurait hésitante, coulant à l'âme des langueurs -avivées par le mystère de ce souffle plus deviné -que senti».</p> - -<p>Et je citais en exemple, à la suite de ces lignes -d'«A Rebours», une strophe célèbre maintenant -des «Fêtes galantes». L'on pourrait y ajouter le -sonnet des «Poèmes saturniens» «mon Rêve familier» -dont le tercet final est une décisive merveille:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Son regard est pareil au regard des statues</div> -<div class="verse">Et pour sa voix lointaine et calme et grave, elle a</div> -<div class="verse">L'inflexion des voix chères qui se sont tues.</div> -</div> - -<p>Mais il n'a point usé que dans ses pièces profanes -de ce mode d'enchantement; nous le retrouvons dans -«Sagesse», au cours même des vers compris -dans le présent volume.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne</div> -<div class="verse">Tant il fait doux par ce soir monotone</div> -<div class="verse">Où se dorlote un paysage lent.</div> -</div> - -<p>Et ceux-ci encore:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat</div> -<div class="verse">Qu'il faudrait que mon âme en panne naviguât</div> -<div class="verse">Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.</div> -</div> - -<p>Ne dégagent-ils pas les derniers vers de ces deux -tercets une sorte de langoureuse consomption et de -mélancolique vertige qui agit de même qu'une incantation -dont l'occulte sortilège nous échappe? -Évidemment, Verlaine est de tous les poètes celui -qui est allé jusqu'aux extrêmes confins de la poésie, -là où elle s'évapore et où l'art de la musique commence.</p> - -<p>Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de -Lisle, de Banville, pour en citer quatre, se sont -avancés, eux, jusqu'aux limites de la littérature et -ont atteint la frontière de la peinture. Leurs mots -peignent, suggèrent, mieux peut-être que les couleurs -matérielles des peintres, les teintes et les -lignes. Verlaine par une autre route a rejoint les -douaires de l'art musical qui, plus éloquent par la -force de son expression, pour traduire les cris de -la douleur et de la joie, de l'admiration et de la -crainte, est aussi, à cause même de ses contours -imprécis et flottants, plus apte que la poésie à exprimer -les sensations confuses de l'âme, ses vagues -appétences, ses fugaces aises, ses subtils tourments.</p> - -<p>La personnalité de Verlaine était entière déjà dans -ses premiers livres; il l'a gardée intacte après sa -conversion; il a mis au service de son repentir cette -forme acquise et qui était toute prête et plus appropriée -que toute autre pour narrer les attendrissantes -douceurs des Retours et il a pu présenter ainsi à -Celui qui pardonne un bouquet de fleurs mystiques -d'un tel arôme qu'il faut, pour en découvrir un autre -aussi délicieusement odorant, remonter au temps -de François Villon et aussi de Gaston Phœbus, de -ce comte de Foix dont les prières sont de si familières -excuses et de si touchantes plaintes.</p> - -<p>Je n'ai pas à raconter ici la vie de Verlaine; il l'a -décrite, en partie, lui-même, dans le verbiage d'une -prose plus incorrecte encore que badine; il suffit -de noter que dans l'une des plus sinistres crises de -son existence, il se convertit.</p> - -<p>Cette conversion qui eut lieu, pendant sa détention -à la prison de Mons, il l'a relatée dans un volume -intitulé «Mes Prisons».</p> - -<blockquote> -<p>«Jésus, dit-il, comment vous y prîtes-vous pour me prendre? ah!</p> - -<p>«Un matin, le bon directeur lui-même entra dans ma cellule:</p> - -<p>«Mon pauvre ami, me dit-il, je vous apporte un mauvais -message; du courage, lisez.</p> -</blockquote> - -<p>C'était un jugement de séparation de corps et de -biens prononcé contre lui en faveur de sa femme -par le tribunal civil de la Seine.</p> - -<p>Et Verlaine ajoute:</p> - -<blockquote> -<p>«Je tombai en larmes, sur mon pauvre dos, sur mon -pauvre lit.»</p> -</blockquote> - -<p>Et, en une sorte de coup de fouet, la première -stupeur passée, il se prosternait aux pieds du crucifix -et, avec l'aide d'un brave prêtre, l'aumônier -de la maison qui le confessa, il renversa de fond en -comble sa vie.</p> - -<p>C'est alors qu'il écrivit «Sagesse».</p> - -<p>Sa peine d'emprisonnement purgée, il quitta la -Belgique et revint en France. Le public ne le connaissait -guère.—Personne ne se douta qu'une librairie -catholique venait de faire paraître ce livre -admirable, né dans une prison. «Sagesse» fut à -peine mis en vente, si toutefois il le fut; son titre -ne fut même pas inscrit sur les catalogues de la pieuse -librairie qui se borna à mettre simplement sur la -couverture sa marque et son nom. Puis, peu à peu -ce recueil s'insinua dans le monde des lettres et fut -lu par les profanes; les catholiques continuèrent de -l'ignorer et lorsque, plus tard, quelques-uns s'aventurèrent -à le lire, les bruits les plus fâcheux couraient -sur le compte du malheureux poète. On parlait -d'ivrognerie, de fréquentations inavouables, de -séjours dans des hôtels louches, de stages dans les -hôpitaux; il n'en fallut pas davantage pour faire -nier l'authenticité d'une conversion très réelle, -pourtant, n'en déplaise à cette atrabilaire ganache du -nom de Doumic qui ne veut y voir «qu'une forme -de l'énervement, qu'un cas de sensualité triste».</p> - -<p>Pourquoi ne pas le dire, la situation d'outlaw de -Verlaine dans le monde des croyants qui ne l'a pas -lu, dure encore. J'ai entendu de braves gens déplorer -même que l'on osât s'entretenir de poésie religieuse -à propos d'un homme qu'une autre acariâtre mazette, -un sieur Mordau, médecin juif et monomane -de la folie, représentait «comme un effrayant dégénéré -au crâne asymétrique et au visage mongoloïde, -un vagabond impulsif et un dipsomane qui a -subi la prison pour un égarement érotique, un -rêveur émotif, débile d'esprit, qui lutte douloureusement -contre ses mauvais instincts et trouve dans -sa détresse parfois des accents de plaintes touchantes, -un mystique, dont la conscience fumeuse est parcourue -de représentations de Dieu et de ses saints, -un radoteur dont le langage incohérent, les expressions -sans signification et les images bizarres révèlent -l'absence de toute idée nette dans l'esprit».</p> - -<p>Dans ce portrait où le médicastre allemand assouvit -surtout sa haine contre les mystiques qu'il -traite «d'ennemis de la Société de la pire espèce», -il ressort malgré tout cette vérité que «Verlaine -lutta douloureusement contre ses mauvais instincts». -Oui, il a lutté; il a été, la plupart du temps, vaincu; -et après? quel est le catholique qui se croirait le -droit de lui jeter la première pierre?</p> - -<p>Et c'est à cela que j'en voulais venir, pour tâcher -d'expliquer la bonne foi du poète et les difficultés -matérielles qui surgirent lorsqu'il désira s'évader de -cette geôle de vices qui le détint jusqu'à sa mort.</p> - -<p>Verlaine, nous l'avons dit, s'est converti sous le -coup d'une implacable souffrance; c'est un des -moyens dont Dieu se sert le plus souvent pour -ramener à lui les âmes. «La bonne souffrance», -elle a été célébrée en de très émouvantes pages par -un autre bon poète, François Coppée qui s'est, lui -aussi, converti sous l'empreinte de la douleur, après -une autre vie, par exemple!</p> - -<p>La conversion de Verlaine fut donc entière. Il -vécut alors dans sa cellule l'existence nouvelle des -péchés déliés par le repentir et absous par le pardon; -il ne fut plus le prisonnier mécontent des hommes -mais le captif énamouré de Dieu; il éprouva les -douceurs de cet été de la Saint-Martin de l'âme que -le Seigneur réserve à la vieillesse rajeunie des siens; -ce furent, pendant des semaines, des effusions de -prières, des joies mouillées de larmes; comme tous -les convertis, il fut gâté par la Vierge, roulé dans -des langes de tendresse; il eut une avance d'hoirie -sur les allégresses du ciel et il finit par juger la -peine de sa détention trop courte. Aussi peut-on -affirmer que sa résolution de vivre désormais honnêtement -fut sincère.</p> - -<p>Cette résolution, il l'a mal tenue, mais ses rechutes -se comprennent pour peu que l'on veuille y réfléchir.</p> - -<p>Personne ne fut plus mal armé que lui pour la -lutte. Il était un grand enfant dont les accès de -volonté ne duraient point. Il était, avec cela, jusqu'à -un certain point, inconscient, lorsqu'il avait bu; -c'est là, disons-le, la véritable cause de ses malheurs; -il était épris des vertiges que suscite l'ingestion de -cette sorte d'eau de bain de Barèges anisé, qui -s'appelle l'absinthe; elle décageait, en lui, hélas! -une bête malfaisante livrée sans défense à l'Esprit -du Mal. Il le déplorait, se jurait de ne plus reboire -et il rebuvait. Il n'eût pas certainement commis à -jeun ces excès qui éloignèrent justement de lui sa -femme et légitimèrent sa villégiature dans une maison -de force. Pauvre Verlaine! en une page où il -remâche les herbes amères du passé, il s'écrie: -«cette absinthe, quelle horreur! quand j'y pense -d'alors… et d'un depuis qui n'est pas loin, assez -loin pour ma dignité, pour ma santé, pour ma dignité, -pourtant plus encore, quand j'y pense vraiment!»</p> - -<p>Il est évidemment facile pour les gens sobres de -déclarer que l'on peut se guérir de cette maladie. -Cela est possible, mais alors il aurait fallu que -Verlaine vécût dans un autre milieu et cela, il ne -le pouvait pas.</p> - -<p>Si vous envisagez, en effet, sans parti-pris, sa -situation, vous reconnaîtrez qu'il lui était bien malaisé -de sortir de l'impasse où la misère l'avait acculé.</p> - -<p>Il n'avait aucune fortune et était incapable de -gagner son pain avec sa plume. Si beaux qu'ils -soient, les volumes de vers n'alimentent point, à -de rares exceptions près, leurs auteurs. Il écrivait, -d'autre part, assez mal en prose et n'était nullement -journaliste. Il ne pouvait donc songer à s'assurer -la pâtée et le gîte, en plaçant des articles.</p> - -<p>Il fallait alors, direz-vous, qu'il fît comme tant -d'autres, qu'il exerçât une profession plus ou moins -lucrative pour subvenir à ses besoins? Eh! il a donné, -après son retour de Belgique, des leçons! mais ce -morne négoce fut bientôt arrêté par l'état précaire -de ses jambes. Ravagé par les rhumatismes, il claudiquait, -se traînait sur une canne, restait, pendant -des mois, étendu sur le dos, n'avait en dernière -ressource que l'hôpital, lorsque ses infirmités s'aggravaient -trop.</p> - -<p>La misère, d'autre part, l'obligeait à loger dans -des hôtels indignes et à subir des promiscuités dont -il devait presque se montrer reconnaissant. Les -filles du peuple, si tombées qu'elles puissent être, -ont très souvent bon cœur. Ses voisines de chambre -prirent sans doute parfois pitié de cet impotent et, -entre deux promenades, s'installèrent chez lui pour -qu'il s'ennuyât moins. Il en était de même des bohêmes -désœuvrés du quartier latin. Fiers de fréquenter -un homme dont le nom était connu, ils -tuaient le temps près de son lit; et c'étaient des -prétextes à boire, encouragés peut-être par le crédit -des tenanciers de ces sortes de bouges dont le bas est -d'habitude occupé par un comptoir où se débitent -des verres de folie liquide pour quelques sous.</p> - -<p>Comment le malheureux eût-il fait pour se soustraire -à ces jougs quasi charitables et comment, -une fois sur pieds, eût-il pu repousser l'amitié de -gens qui lui avaient rendu de petits services, alors -qu'il était alité, dans l'impossibilité de se remuer?</p> - -<p>Ses traverses viennent aussi de là; la tentation -alcoolique et charnelle était trop proche, trop continue, -pour qu'il n'y cédât point.</p> - -<p>Il eût fallu l'arracher de ces guêpiers, mais on l'y -rencontrait rarement seul et il était difficile de lui -montrer sa déchéance dans ce milieu de ribotes -dont le contact suggérait aussitôt, si peu bégueule -que l'on fût, une idée de fuite. Quelques amis plus -sûrs tâchèrent cependant de le sauver, mais ils -furent assourdis par l'antienne sans cesse répétée des -brindes; et, d'ailleurs, on doit l'avouer, sous la pression -des vapeurs de l'absinthe, Verlaine était indocile -et buté; non, ce qu'il eût fallu, c'eût été de -trouver un prêtre, embrasé par l'amour des âmes, -qui pût prendre de l'influence sur lui et l'accueillir, -comme la brebis perdue, lorsque, ayant recouvré la -raison et las de lui-même, il s'acheminait en boitant -vers l'Église. Dieu ne lui a pas dispensé ce prêtre…</p> - -<p>Et puis… et puis… le goût de la solitude qui -l'aurait pu préserver de ces hontes, est rare même -chez ceux dont l'existence est, et réglée et douce. -C'est une chose bien frappante que de voir, chez les -artistes surtout, combien peu peuvent rester seuls -avec eux-mêmes dans une chambre. Le besoin de -causer, de se divertir les obsède à un tel point qu'ils -préfèrent la compagnie du premier venu au silence -de l'isolement. Un peu de vanité aussi, sans doute, -s'en mêle, le désir de briller entre confrères et d'étonner, -le prétexte même, parfois plausible, de faire -jaillir des idées et des expressions, en vue d'un travail -à entreprendre, dans le ferraillement des controverses -et l'escrime des mots.</p> - -<p>Mais la solitude, excellente pour quelques-uns, -est, il sied de l'ajouter, pernicieuse pour beaucoup -d'autres. L'aurait-elle été pour Verlaine? il le croyait; -dans un de ses livres, il l'invective, déclarant -«qu'elle porte malheur et est, par précellence, -mauvaise, détestable, abominable conseillère».</p> - -<p>Elle ne l'eût pas plus mal conseillé, en tout cas, -que ce genre de monde qui l'entourait et au café et -au lit!</p> - -<p>Mais d'abord, nous l'avons expliqué, l'isolement -dans un hôtel était—qu'il lui plût ou non—impossible; -dans les garnis de bas étage où les infirmités -vous clouent, dans la misère qui vous oblige -à des crédits et à des emprunts, l'on subit plus sa -destinée qu'on ne la fait.</p> - -<p>Telle fut sa situation. Je n'ai pas à excuser ses -passions maladives, j'ai à dire simplement—puisque -ce volume s'adresse exclusivement aux catholiques—que -le pauvre Verlaine fut plus à plaindre -qu'à vitupérer. Il fut d'autant plus à plaindre qu'il -avait des réveils de conscience, des remords, qu'il -souffrait de cette existence à jamais gâchée. Ah! -soyez assurés qu'il n'était point, dans ses moments -lucides, altier et céruléen! il pleurait de dégoût sur -lui-même; peut-être même buvait-il alors, comme -tant d'autres, pour oublier.</p> - -<p>Il ne se reprenait vraiment qu'en prison ou à -l'hôpital; là il était bridé; c'est dans ces géhennes -qu'il a composé ses poèmes mystiques; et l'on en -arrive à regretter—et pour lui et pour nous—qu'il -n'ait pas été plus souvent séquestré; mais -voilà un souhait dont il nous eût été, de son vivant, -peu reconnaissant, je suppose.</p> - -<p>Les catholiques savent maintenant à quoi s'en -tenir. Ils ont affaire à un homme plus malheureux -que coupable et qui mérite toute leur pitié. Il fut -un peu, de même que Villon, le faune des mauvais -gîtes, mais, ainsi que lui, il eut la foi et il a magnifiquement -chanté le Refuge des pécheurs, la -Vierge.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne veux plus penser qu'à ma Mère Marie,</div> -<div class="verse">Siège de la sagesse et source des pardons.</div> -<div class="verse">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div> -<div class="verse">Marie immaculée, amour essentiel,</div> -<div class="verse">Logique de la foi cordiale et vivace,</div> -<div class="verse">En vous aimant, qu'est-il de bon que je ne fasse,</div> -<div class="verse">En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?</div> -</div> - -<p>Et encore:</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien.</div> -<div class="verse">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div> -<div class="verse">Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre</div> -<div class="verse">A Lui qu'en vous, sans plus aucun détour subtil</div> -<div class="verse">Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il!</div> -</div> - -<p>Mais, à quoi bon citer des fragments? ces pièces -figurent au complet dans ce volume et jamais de -plus touchantes louanges n'ont été tressées à la -gloire de Celle qui prépare les voies et remet les -âmes à la fois lénifiées et éplorées, entre les mains -de son Fils.</p> - -<p>Elle fut généreuse pour lui et il lui demeura -fidèle. Toutes ses chutes ne l'empêchèrent pas de la -prier; et, en vérité, ce sont de splendides gerbes de -prières que ces poésies d'humilité, que ces chants -d'amour, bondis d'une âme où, en dépit de tant de -fautes, le Seigneur s'est plu.</p> - -<p>Et cela se conçoit. Jésus n'avait-il pas fait, de -cette âme débile, une âme prédestinée, une âme -d'élection; ne lui avait-il pas départi le don superbe -de la poésie, car Verlaine ne fut pas, comme -tant de grimauds de nos jours, un versificateur plus -ou moins adroit mais bien un vrai et un grand poète. -Et, à ce propos, une réflexion étrange, désagréable -même, si l'on veut, s'impose. Il semble que les seuls -gens de talent qui existent parmi les catholiques, -soient des convertis, à commencer par Châteaubriand -et par Veuillot. Il est à remarquer aussi que -tous ceux qui ont utilement défendu l'Église et sa -politique, n'ont pas été élevés par elle. Lacordaire, -de Montalembert, de Falloux, de Broglie, Hello, -Coppée, Drumont, Brunetière, sont tous sortis de -l'Université, pas un seul des écoles cléricales. Mais -alors cette impuissance des disciples des congréganistes -à quoi tient-elle?</p> - -<p>Elle tient, je présume, à l'esprit étroit, au bégueulisme -fou, à la crainte des idées, à la panique -des mots; on leur cache tout de la vie et on les -apeure avant de les lancer dans la mêlée. Ils ont, -avec cela, le sentiment religieux amorti par l'accoutumance; -ils perdent les forces Eucharistiques par -l'abus qu'ils en font; ils ne croient plus que par -routine et, pris de scrupules, à la pensée de se défendre, -ils se terrent, n'osant bouger, de peur de -pécher contre la charité ou de perdre leur reste de -foi; ou bien alors, ils sautent d'un extrême à -l'autre, se révoltent et n'ont plus qu'un but, se -venger sur leurs maîtres de la compression qu'ils -ont, pendant toute leur jeunesse, subie.</p> - -<p>Si nous nous plaçons, au point de vue plus particulier -de l'art, nous pouvons convenir qu'il est à -peu près impossible à des hommes disciplinés de la -sorte de dégager le talent dont ils pourraient être -nantis, de sa bulbe. Le talent a besoin pour jaillir -de stimulants; il a besoin aussi pour pousser de -grand air. C'est en lisant et en regardant autour de -soi, sans baisser continuellement les yeux, que l'on -se façonne des idées et que l'on acquiert une forme. -Il est donc indispensable d'étudier au moins le -style des auteurs profanes, puisqu'ils sont les seuls -qui en aient un; les autres ignorent la moitié des -mots de la langue française et ils en sont encore à -rabâcher l'idiome épuisé et corrompu par les redites, -du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle.</p> - -<p>L'Église n'a, par conséquent, en fait d'artistes, -que ceux qui viennent à elle, équipés de toutes -pièces et qui mettent les armes dont ils ont appris à -se servir dans le camp opposé, à son service. Il -faut avoir vécu pour pouvoir écrire. Mais alors, le -talent serait le fruit du péché? je veux m'efforcer de -ne point le croire; mais si nous admettions, pour -une minute, la véracité de cette hypothèse, quelle -miséricorde et quelle indulgence devraient avoir les -catholiques pour ces pauvres convertis auxquels -Dieu a réparti de si périlleux dons!</p> - -<p>Pour être juste, il sied de convenir qu'à l'heure -actuelle, un souffle de liberté et de franchise a -quand même pénétré dans les écoles congréganistes -et dans les séminaires. Nombre de jeunes gens refusent -de se laisser crever littérairement les yeux et -ils n'en sont plus, pour étancher leur soif de poésie -religieuse, à tourner le robinet des eaux tièdes de -Lamartine; j'en sais qui lisent avec délices les -œuvres mystiques de Verlaine.</p> - -<p>Dans la tempête rationaliste si maladroitement -déchaînée sur ces pieux asiles, ces lectures ne -peuvent être que roboratives et salutaires, car elles -effluent, à pleines pages, la bonne simplesse et la -foi.</p> - -<p>Des pièces admirables, telles que cette série -de sonnets dans lesquels le poète raconte les -entretiens de l'âme avec Dieu, raffermiraient vraiment -les ferveurs ébranlées et c'est pourquoi nous -croyons accomplir une bonne œuvre en éditant ce -livre.</p> - -<p>C'était, il y a bien longtemps déjà, le souhait du -P. Pacheu qui, dans un volume intitulé «de Dante -à Verlaine», avait pris courageusement la défense -de l'artiste, alors qu'il était honni par le clan impeccable, -comme on sait, des catholiques.</p> - -<p>Demandant un recueil des poésies religieuses de -Verlaine, il disait: «Cette meilleure part de lui-même, -cette chapelle offusquée par des masures -mal famées, il faut la dégager de ses entours, pour -la sauver de l'oubli».</p> - -<p>Ainsi fut fait.</p> - -<p>Verlaine est maintenant mort, il a trépassé chrétiennement, -avec l'aide d'un prêtre. Les croyants -auxquels nous offrons cet unique eucologe de prières -modernes, n'ont plus qu'à profiter de ses péchés, -car s'il ne les avait pas commis, il n'aurait point -écrit dans les larmes les plus beaux poèmes de repentir -et les plus belles suppliques rimées qui -existent.</p> - -<p>Ils seraient ingrats s'ils ne priaient pour le -pauvre poète, qui, après avoir souffert pour leur -bien, en somme, leur apporte, en ces temps découragés, -un si cordial réconfort.</p> - -<p class="sign"><span class="sc">J. K. Huysmans</span>.</p> - - -<div class="chapter"></div> -<div class="titre">POÉSIES RELIGIEUSES</div> - - - -<h2 class="nobreak">SAGESSE</h2> - - -<h3 id="p1p1">I</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,</div> -<div class="verse">Le Malheur a percé mon vieux cœur de sa lance.</div> - -<div class="verse stanza">Le sang de mon vieux cœur n'a fait qu'un jet vermeil,</div> -<div class="verse">Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.</div> - -<div class="verse stanza">L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche</div> -<div class="verse">Et mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche.</div> - -<div class="verse stanza">Alors le chevalier Malheur s'est rapproché,</div> -<div class="verse">Il a mis pied à terre et sa main m'a touché.</div> - -<div class="verse stanza">Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure</div> -<div class="verse">Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.</div> - -<div class="verse stanza">Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer</div> -<div class="verse">Un cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier</div> - -<div class="verse stanza">Et voici que, fervent d'une candeur divine,</div> -<div class="verse">Tout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine!</div> - -<div class="verse stanza">Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,</div> -<div class="verse">Comme un homme qui voit des visions de Dieu.</div> - -<div class="verse stanza">Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,</div> -<div class="verse">En s'éloignant, me fit un signe de la tête</div> - -<div class="verse stanza">Et me cria (j'entends <i>encore</i> cette voix):</div> -<div class="verse">«Au moins, prudence! Car c'est bon pour une fois.»</div> -</div> - - -<h3 id="p1p2">II</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">J'avais peiné comme Sisyphe</div> -<div class="verse i2">Et comme Hercule travaillé</div> -<div class="verse i2">Contre la chair qui se rebiffe.</div> - -<div class="verse i2 stanza">J'avais lutté, j'avais baillé</div> -<div class="verse i2">Des coups à trancher des montagnes,</div> -<div class="verse i2">Et comme Achille ferraillé.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Farouche ami qui m'accompagnes,</div> -<div class="verse i2">Tu le sais, courage païen,</div> -<div class="verse i2">Si nous en fîmes des campagnes.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Si nous avons négligé rien</div> -<div class="verse i2">Dans cette guerre exténuante,</div> -<div class="verse i2">Si nous avons travaillé bien!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le tout en vain: l'âpre géante</div> -<div class="verse i2">A mon effort de tout côté</div> -<div class="verse i2">Opposait sa ruse ambiante,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et toujours un lâche abrité</div> -<div class="verse i2">Dans mes conseils qu'il environne</div> -<div class="verse i2">Livrait les clés de la cité.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Que ma chance fût male ou bonne,</div> -<div class="verse i2">Toujours un parti de mon cœur</div> -<div class="verse i2">Ouvrait sa porte à la Gorgone.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Toujours l'ennemi suborneur</div> -<div class="verse i2">Savait envelopper d'un piège</div> -<div class="verse i2">Même la victoire et l'honneur!</div> - -<div class="verse i2 stanza">J'étais le vaincu qu'on assiège,</div> -<div class="verse i2">Prêt à vendre son sang bien cher,</div> -<div class="verse i2">Quand, blanche en vêtements de neige,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Toute belle au front humble et fier,</div> -<div class="verse i2">Une dame vint sur la nue,</div> -<div class="verse i2">Qui d'un signe fit fuir la Chair.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dans une tempête inconnue</div> -<div class="verse i2">De rage et de cris inhumains,</div> -<div class="verse i2">Et déchirant sa gorge nue,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le Monstre reprit ses chemins</div> -<div class="verse i2">Par les bois pleins d'amours affreuses,</div> -<div class="verse i2">Et la dame, joignant les mains:</div> - -<div class="verse i2 stanza">—«Mon pauvre combattant qui creuses,</div> -<div class="verse i2">Dit-elle, ce dilemme en vain,</div> -<div class="verse i2">Trêve aux victoires malheureuses!</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Il t'arrive un secours divin</div> -<div class="verse i2">Dont je suis sûre messagère</div> -<div class="verse i2">Pour ton salut, possible enfin!»</div> - -<div class="verse i2 stanza">—«O ma Dame dont la voix chère</div> -<div class="verse i2">Encourage un blessé jaloux</div> -<div class="verse i2">De voir finir l'atroce guerre,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous qui parlez d'un ton si doux</div> -<div class="verse i2">En m'annonçant de bonnes choses,</div> -<div class="verse i2">Ma Dame, qui donc êtes-vous?»</div> - -<div class="verse i2 stanza">—J'étais née avant toutes causes</div> -<div class="verse i2">Et je verrai la fin de tous</div> -<div class="verse i2">Les effets, étoiles et roses.</div> - -<div class="verse i2 stanza">«En même temps, bonne, sur vous,</div> -<div class="verse i2">Hommes faibles et pauvres femmes,</div> -<div class="verse i2">Je pleure, et je vous trouve fous!</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Je pleure sur vos tristes âmes,</div> -<div class="verse i2">J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur</div> -<div class="verse i2">D'elles, et de leurs vœux infâmes!</div> - -<div class="verse i2 stanza">«O ceci n'est pas le bonheur,</div> -<div class="verse i2">Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime,</div> -<div class="verse i2">Veillez, crainte du Suborneur,</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Veillez, crainte du Jour suprême!</div> -<div class="verse i2">Qui je suis? me demandais-tu.</div> -<div class="verse i2">Mon nom courbe les anges même,</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Je suis le cœur de la vertu,</div> -<div class="verse i2">Je suis l'âme de la sagesse,</div> -<div class="verse i2">Mon nom brûle l'Enfer têtu;</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Je suis la douceur qui redresse,</div> -<div class="verse i2">J'aime tous et n'accuse aucun,</div> -<div class="verse i2">Mon nom, seul, se nomme promesse,</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Je suis l'unique hôte opportun,</div> -<div class="verse i2">Je parle au Roi le vrai langage</div> -<div class="verse i2">Du matin rose et du soir brun,</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Je suis la <span class="sc">Prière</span>, et mon gage</div> -<div class="verse i2">C'est ton vice en déroute au loin;</div> -<div class="verse i2">Ma condition: «Toi, sois sage.»</div> - -<div class="verse i2 stanza">—«Oui, ma Dame, et soyez témoin!»</div> -</div> - - -<h3 id="p1p3">III</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares?</div> -<div class="verse">Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,</div> -<div class="verse">Toi que voilà fumant de maussades cigares,</div> -<div class="verse">Noir, projetant une ombre absurde sur le mur?</div> - -<div class="verse stanza">Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,</div> -<div class="verse">Ta grimace est la même et ton deuil est pareil:</div> -<div class="verse">Telle la lune vue à travers des mâtures,</div> -<div class="verse">Telle la vieille mer sous le jeune soleil,</div> - -<div class="verse stanza">Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves!</div> -<div class="verse">Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,</div> -<div class="verse">Ces désillusions pleurant le long des fleuves,</div> -<div class="verse">Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,</div> - -<div class="verse stanza">Ces femmes! Dis les gaz, et l'horreur identique</div> -<div class="verse">Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,</div> -<div class="verse">Et dis l'Amour et dis encor la Politique</div> -<div class="verse">Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.</div> - -<div class="verse stanza">Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même</div> -<div class="verse">Traînassant ta faiblesse et ta simplicité</div> -<div class="verse">Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,</div> -<div class="verse">D'une façon si triste et folle, en vérité!</div> - -<div class="verse stanza">A-t-on assez puni cette lourde innocence?</div> -<div class="verse">Qu'en dis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes pleurs,</div> -<div class="verse">Qui les a bus? Et quelle âme qui les recense</div> -<div class="verse">Console ce qu'on peut appeler tes malheurs?</div> - -<div class="verse stanza">Ah les autres, ah toi! Crédule à qui te flatte,</div> -<div class="verse">Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)</div> -<div class="verse">Je ne sais quelle mort légère et délicate?</div> -<div class="verse">Ah toi, l'espèce d'ange avec ce vœu transi!</div> - -<div class="verse stanza">Mais maintenant les plans, les buts? Es-tu de force,</div> -<div class="verse">Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le cœur?</div> -<div class="verse">L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,</div> -<div class="verse">Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.</div> - -<div class="verse stanza">Si gauche encore! avec l'aggravation d'être</div> -<div class="verse">Une sorte à présent d'idyllique engourdi</div> -<div class="verse">Qui surveille le ciel bête par la fenêtre</div> -<div class="verse">Ouverte aux yeux matois du démon de midi.</div> - -<div class="verse stanza">Si le même dans cette extrême décadence!</div> -<div class="verse">Enfin!—Mais à ta place un être avec du sens,</div> -<div class="verse">Payant les violons voudrait mener la danse,</div> -<div class="verse">Au risque d'alarmer quelque peu les passants.</div> - -<div class="verse stanza">N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,</div> -<div class="verse">Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,</div> -<div class="verse">Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme</div> -<div class="verse">Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil?</div> - -<div class="verse stanza">Un ou plusieurs? Si oui, tant mieux! Et pars bien vite</div> -<div class="verse">En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix</div> -<div class="verse">Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite</div> -<div class="verse">La haine inassouvie et repue à la fois…</div> - -<div class="verse stanza">Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde</div> -<div class="verse">Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant</div> -<div class="verse">S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,</div> -<div class="verse">Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.</div> - -<div class="verse stanza">—Sagesse humaine, ah! j'ai les yeux sur d'autres choses,</div> -<div class="verse">Et parmi ce passé dont ta voix décrivait</div> -<div class="verse">L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,</div> -<div class="verse">Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.</div> - -<div class="verse stanza">Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,</div> -<div class="verse">De mes «malheurs», selon le moment et le lieu,</div> -<div class="verse">Des autres et de moi, de la route suivie,</div> -<div class="verse">Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.</div> - -<div class="verse stanza">Si je me sens puni, c'est que je le dois être.</div> -<div class="verse">Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.</div> -<div class="verse">Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître</div> -<div class="verse">Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.</div> - -<div class="verse stanza">Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,</div> -<div class="verse">Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,</div> -<div class="verse">Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,</div> -<div class="verse">Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.</div> -</div> - - -<h3 id="p1p4">IV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême,</div> -<div class="verse">Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime,</div> -<div class="verse">La force et la santé comme le pain et l'eau,</div> -<div class="verse">Cet avenir enfin, décrit dans le tableau</div> -<div class="verse">De ce passé plus clair que le jeu des marées,</div> -<div class="verse">Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées</div> -<div class="verse">Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas!</div> -<div class="verse">La malédiction de n'être jamais las</div> -<div class="verse">Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire,</div> -<div class="verse">L'enfant prodigue avec des gestes de satyre!</div> -<div class="verse">Nul avertissement, douloureux ou moqueur,</div> -<div class="verse">Ne prévaut sur l'élan funeste de ton cœur.</div> -<div class="verse">Tu flânes à travers péril et ridicule,</div> -<div class="verse">Avec l'irresponsable audace d'un Hercule</div> -<div class="verse">Dont les travaux seraient fous, nécessairement.</div> -<div class="verse">L'amitié—dame!—a tu son reproche clément,</div> -<div class="verse">Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,</div> -<div class="verse">Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème.</div> -<div class="verse">La patrie oubliée est dure au fils affreux,</div> -<div class="verse">Et le monde alentour dresse ses buissons creux</div> -<div class="verse">Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes.</div> -<div class="verse">Maintenant il te faut passer devant les portes,</div> -<div class="verse">Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien,</div> -<div class="verse">Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien.</div> -<div class="verse">Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage!</div> -<div class="verse">Mais tu vas, la pensée obscure de l'image</div> -<div class="verse">D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant</div> -<div class="verse">Athée (avec la foule!) et jaloux de l'instant,</div> -<div class="verse">Tout appétit parmi ces appétits féroces,</div> -<div class="verse">Épris de la fadaise actuelle, mots, noces</div> -<div class="verse">Et festins, la «Science», et «l'esprit de Paris»,</div> -<div class="verse">Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,</div> -<div class="verse">Imbécile! et niant le soleil qui t'aveugle!</div> -<div class="verse">Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle</div> -<div class="verse">Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré,</div> -<div class="verse">Et les vices de tout le monde ont émigré</div> -<div class="verse">Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole.</div> -<div class="verse">Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole</div> -<div class="verse">Est morte de l'argot et du ricanement,</div> -<div class="verse">Et d'avoir rabâché les bourdes du moment.</div> -<div class="verse">Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée,</div> -<div class="verse">Ne saurait accueillir la plus petite idée,</div> -<div class="verse">Et patauge parmi l'égoïsme ambiant,</div> -<div class="verse">En quête d'on ne peut dire quel vil néant!</div> -<div class="verse">Seul, entre les débris honnis de ton désastre,</div> -<div class="verse">L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre</div> -<div class="verse">Et fait au criminel un prestige odieux,</div> -<div class="verse">Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,</div> -<div class="verse">Il regarde la Faute et rit de s'y complaire.</div> - -<div class="verse stanza">—Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p5">V</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O vous, comme un qui boite au loin. Chagrins et Joies,</div> -<div class="verse">Toi, cœur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui,</div> -<div class="verse">C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui</div> -<div class="verse">De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.</div> - -<div class="verse stanza">Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d'oies</div> -<div class="verse">Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,</div> -<div class="verse">Bon voyage! Et le Rire, et, plus vielle que lui,</div> -<div class="verse">Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies!</div> - -<div class="verse stanza">Et le reste!—Un doux vide, un grand renoncement,</div> -<div class="verse">Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément,</div> -<div class="verse">Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse…</div> - -<div class="verse stanza">Et voyez! notre cœur qui saignait sous l'orgueil,</div> -<div class="verse">Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil</div> -<div class="verse">A la vie, en faveur d'une mort précieuse!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p6">VI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,</div> -<div class="verse">Et les voici vibrer aux cuivres du couchant.</div> -<div class="verse">Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ:</div> -<div class="verse">Une tentation des pires. Fuis l'infâme.</div> - -<div class="verse stanza">Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,</div> -<div class="verse">Battant toute vendange aux collines, couchant</div> -<div class="verse">Toute moisson de la vallée, et ravageant</div> -<div class="verse">Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.</div> - -<div class="verse stanza">O pâlis, et va-t'en, lente et joignant les mains.</div> -<div class="verse">Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?</div> -<div class="verse">Si la vieille folie était encore en route?</div> - -<div class="verse stanza">Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?</div> -<div class="verse">Un assaut furieux, le suprême sans doute!</div> -<div class="verse">O, va prier contre l'orage, va prier.</div> -</div> - - -<h3 id="p1p7">VII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles</div> -<div class="verse">Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d'amour:</div> -<div class="verse">Rester gai quand le jour, triste, succède au jour,</div> -<div class="verse">Être fort, et s'user en circonstances viles,</div> - -<div class="verse stanza">N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes</div> -<div class="verse">Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,</div> -<div class="verse">Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour</div> -<div class="verse">L'accomplissement vil de tâches puériles,</div> - -<div class="verse stanza">Dormir chez les pécheurs étant un pénitent;</div> -<div class="verse">N'aimer que le silence et converser pourtant</div> -<div class="verse">Le temps si grand dans la patience si grande,</div> - -<div class="verse stanza">Le scrupule naïf aux repentirs têtus,</div> -<div class="verse">Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus!</div> -<div class="verse">—Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p8">VIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie!</div> -<div class="verse">O n'avoir pas suivi les leçons de Rollin,</div> -<div class="verse">N'être pas né dans le grand siècle à son déclin,</div> -<div class="verse">Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie,</div> - -<div class="verse stanza">Quand Maintenon jetait sur la France ravie</div> -<div class="verse">L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin,</div> -<div class="verse">Et royale abritait la veuve et l'orphelin,</div> -<div class="verse">Quand l'étude de la prière était suivie,</div> - -<div class="verse stanza">Quand poète et docteur, simplement, bonnement,</div> -<div class="verse">Communiaient avec des ferveurs de novices,</div> -<div class="verse">Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,</div> - -<div class="verse stanza">Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant</div> -<div class="verse">D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses</div> -<div class="verse">En louant Dieu, comme Garo, de toutes choses!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p9">IX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste!</div> -<div class="verse">C'est vers le Moyen Age énorme et délicat</div> -<div class="verse">Qu'il faudrait que mon cœur en panne naviguât,</div> -<div class="verse">Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.</div> - -<div class="verse stanza">Roi, politicien, moine, artisan, chimiste,</div> -<div class="verse">Architecte, soldat, médecin, avocat,</div> -<div class="verse">Quel temps! Oui, que mon cœur naufragé rembarquât</div> -<div class="verse">Pour toute cette force ardente, souple, artiste!</div> - -<div class="verse stanza">Et là que j'eusse part—quelconque, chez les rois</div> -<div class="verse">Ou bien ailleurs, n'importe,—à la chose vitale,</div> -<div class="verse">Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,</div> - -<div class="verse stanza">Haute théologie et solide morale,</div> -<div class="verse">Guidé par la folie unique de la Croix</div> -<div class="verse">Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p10">X</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Petits amis qui sûtes nous prouver</div> -<div class="verse i1">Par A plus B que deux et deux font quatre,</div> -<div class="verse i1">Mais qui depuis voulez parachever</div> -<div class="verse i1">Une victoire où l'on se laissait battre,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et couronner vos conquêtes d'un coup</div> -<div class="verse i1">Par ce soufflet à la mémoire humaine;</div> -<div class="verse i1">«Dieu ne vous a révélé rien du tout,</div> -<div class="verse i1">Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Que le profil et que l'allongement</div> -<div class="verse i1">Sur tous les murs que la peur édifie,</div> -<div class="verse i1">De votre pur et simple mouvement,</div> -<div class="verse i1">Et nous dictons cette philosophie.»</div> - -<div class="verse i1 stanza">—Frères trop chers, laissez-nous rire un peu,</div> -<div class="verse i1">Nous les fervents d'une logique rance,</div> -<div class="verse i1">Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu</div> -<div class="verse i1">Et mettons notre espoir dans l'Espérance,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi,</div> -<div class="verse i1">Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème,</div> -<div class="verse i1">Rire du vieux Satan stupide ainsi,</div> -<div class="verse i1">Pleurer sur cet Adam dupe quand même!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Frère de nous qui payons vos orgueils,</div> -<div class="verse i1">Tous fils du même Amour, ah! la science,</div> -<div class="verse i1">Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils</div> -<div class="verse i1">Naïfs ou non, c'est notre méfiance</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ou notre confiance aux seuls Récits,</div> -<div class="verse i1">C'est notre oreille ouverte toute grande</div> -<div class="verse i1">Ou tristement fermée au Mot précis!</div> -<div class="verse i1">Frères, lâchez la science gourmande</div> - -<div class="verse i1 stanza">Qui veut voler sur les ceps défendus</div> -<div class="verse i1">Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître.</div> -<div class="verse i1">Lâchez son bras qui vous tient attendus</div> -<div class="verse i1">Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Mais qui sont l'œuvre affreuse du péché,</div> -<div class="verse i1">Car nous, les fils attentifs de l'Histoire,</div> -<div class="verse i1">Nous tenons pour l'honneur jamais taché</div> -<div class="verse i1">De la Tradition, supplice et gloire!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant</div> -<div class="verse i1">Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme,</div> -<div class="verse i1">Et prédisant aux crimes d'à <i>présent</i></div> -<div class="verse i1">La peine immense ou le pardon énorme.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours,</div> -<div class="verse i1">Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes</div> -<div class="verse i1">Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts,</div> -<div class="verse i1">Et puisqu'il est des repentirs sublimes,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien:</div> -<div class="verse i1">Que deux et deux fassent quatre, à merveille!</div> -<div class="verse i1">Riens innocents, mais des riens moins que rien,</div> -<div class="verse i1">La dernière heure étant là qui surveille</div> - -<div class="verse i1 stanza">Tout autre soin dans l'homme en vérité!</div> -<div class="verse i1">Gardez que trop chercher ne vous séduise</div> -<div class="verse i1">Loin d'une sage et forte humilité…</div> -<div class="verse i1">Le seul savant, c'est encore Moïse.</div> -</div> - - -<h3 id="p1p11">XI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Or, vous voici promus, petits amis,</div> -<div class="verse i1">Depuis les temps de ma lettre première,</div> -<div class="verse i1">Promus, disais-je, aux fiers emplois promis</div> -<div class="verse i1">A votre thèse, en ces jours de lumière.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Vous voici rois de France! A votre tour!</div> -<div class="verse i1">(Rois à plusieurs d'une France postiche,</div> -<div class="verse i1">Mais rois de fait et non sans quelque amour</div> -<div class="verse i1">D'un trône lourd avec un budget riche.)</div> - -<div class="verse i1 stanza">A l'œuvre, amis petits! Nous avons droit</div> -<div class="verse i1">De vous y voir, payant de notre poche,</div> -<div class="verse i1">Et d'être un peu réjouis à l'endroit</div> -<div class="verse i1">De votre état sans peur et sans reproche.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Sans peur? Du maître? O le maître, mais c'est</div> -<div class="verse i1">L'Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre,</div> -<div class="verse i1">Total, le peuple, «un âne» fort «qui s'est</div> -<div class="verse i1">Cabré», pour vous espoir clair, puis fait sombre.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Cabré comme une chèvre, c'est le mot.</div> -<div class="verse i1">Et votre bras, saignant jusqu'à l'aisselle,</div> -<div class="verse i1">S'efforce en vain: fort comme Béhémot,</div> -<div class="verse i1">Le monstre tire… et votre peur est telle</div> - -<div class="verse i1 stanza">Quand l'âne brait, que le voilà parti</div> -<div class="verse i1">Qui par les dents vous boute cent ruades</div> -<div class="verse i1">En forme de reproche bien senti…</div> -<div class="verse i1">Courez après, frottant vos reins malades!</div> - -<div class="verse i1 stanza">O Peuple, nous t'aimons immensément:</div> -<div class="verse i1">N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante</div> -<div class="verse i1">En proie à tout ce qui sait et qui ment?</div> -<div class="verse i1">N'es-tu donc pas l'immensité souffrante?</div> - -<div class="verse i1 stanza">La charité nous fait chercher tes maux,</div> -<div class="verse i1">La foi nous guide à travers tes ténèbres.</div> -<div class="verse i1">On t'a rendu semblable aux animaux,</div> -<div class="verse i1">Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.</div> - -<div class="verse i1 stanza">L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf,</div> -<div class="verse i1">Nabuchodonosor, et te fait paître,</div> -<div class="verse i1">Ane obstiné, mouton buté, dur bœuf,</div> -<div class="verse i1">Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre!</div> - -<div class="verse i1 stanza">O paysan cassé sur tes sillons,</div> -<div class="verse i1">Pâle ouvrier qu'esquinte la machine,</div> -<div class="verse i1">Membres sacrés de Jésus-Christ, allons,</div> -<div class="verse i1">Relevez-vous, honorez votre échine,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Portez l'amour qu'il faut à vos bras forts,</div> -<div class="verse i1">Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde,</div> -<div class="verse i1">Respectez-les, fuyez ces chemins tors,</div> -<div class="verse i1">Fermez l'oreille à ce conseil immonde,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Redevenez les Français d'autrefois,</div> -<div class="verse i1">Fils de l'Église, et dignes de vos pères!</div> -<div class="verse i1">O s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois,</div> -<div class="verse i1">Leurs os sueraient de honte aux cimetières.</div> - -<div class="verse i1 stanza">—Vous, nos tyrans minuscules d'un jour,</div> -<div class="verse i1">L'énormité des actes rend les princes</div> -<div class="verse i1">Surtout de souche impure, et malgré cour</div> -<div class="verse i1">Et splendeur et le faste, encor plus minces,—</div> - -<div class="verse i1 stanza">Laissez le règne et rentrez dans le rang.</div> -<div class="verse i1">Aussi bien l'heure est proche où la tourmente</div> -<div class="verse i1">Vous va donner des loisirs, et tout blanc</div> -<div class="verse i1">L'avenir flotte avec sa fleur charmante</div> - -<div class="verse i1 stanza">Sur la Bastille absurde où vous teniez</div> -<div class="verse i1">La France aux fers d'un blasphème et d'un schisme,</div> -<div class="verse i1">Et la chronique en de cléments Téniers</div> -<div class="verse i1">Déjà vous peint allant au catéchisme.</div> -</div> - - -<h3 id="p1p12">XII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons</div> -<div class="verse i3">Selon votre coutume,</div> -<div class="verse">O Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons</div> -<div class="verse i3">Pour comble d'amertume.</div> - -<div class="verse stanza">Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur,</div> -<div class="verse i3">Et sa règle chérie,</div> -<div class="verse">Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur</div> -<div class="verse i3">Dans toute la patrie!</div> - -<div class="verse stanza">Vous reviendrez, après ces glorieux exils,</div> -<div class="verse i3">Après des moissons d'âmes,</div> -<div class="verse">Après avoir prié pour ceux-ci, fussent-ils</div> -<div class="verse i3">Encore plus infâmes,</div> - -<div class="verse stanza">Après avoir couvert les îles et la mer</div> -<div class="verse i3">De votre ombre si douce</div> -<div class="verse">Et réjoui le ciel et consterné l'enfer,</div> -<div class="verse i3">Béni qui vous repousse,</div> - -<div class="verse stanza">Béni qui vous dépouille au cri de liberté,</div> -<div class="verse i3">Béni l'impie en armes,</div> -<div class="verse">Et l'enfant qu'il vous prend des bras,—et racheté</div> -<div class="verse i3">Nos crimes par vos larmes!</div> - -<div class="verse stanza">Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu,</div> -<div class="verse i3">Vous êtes l'espérance.</div> -<div class="verse">A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu</div> -<div class="verse i3">Le salut pour la France!</div> -</div> - -<p class="small">Variante au 6<sup>e</sup> vers: Avec sa fleur chérie,</p> - - -<h3 id="p1p13">XIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">On n'offense que Dieu qui seul pardonne.</div> - -<div class="verse i11 stanza">Mais</div> -<div class="verse">On contriste son frère, on l'afflige, on le blesse.</div> -<div class="verse">On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse,</div> -<div class="verse">Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix</div> -<div class="verse">Des simples, et donner au monde sa pâture,</div> -<div class="verse">Scandale, cœurs perdus, gros mots et rire épais.</div> - -<div class="verse stanza">Le plus souvent par un effet de la nature</div> -<div class="verse">Des choses, ce péché trouve son châtiment</div> -<div class="verse">Même ici-bas, féroce et long communément.</div> -<div class="verse">Mais l'<i>Amour</i> tout-puissant donne à la créature</div> -<div class="verse">Le sens de son malheur qui mène au repentir</div> -<div class="verse">Par une route lente et haute, mais très sûre.</div> - -<div class="verse stanza">Alors un grand désir, un seul, vient investir</div> -<div class="verse">Le pénitent, après les premières alarmes,</div> -<div class="verse">Et c'est d'humilier son front devant les larmes</div> -<div class="verse">De naguère, sans rien qui pourrait amortir</div> -<div class="verse">Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes</div> -<div class="verse">Comme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.</div> - -<div class="verse stanza">O ma sœur, qui m'avez puni, pardonnez-moi!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p14">XIV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Voix de l'Orgueil: un cri puissant, comme d'un cor.</div> -<div class="verse">Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or.</div> -<div class="verse">On trébuche à travers des chaleurs d'incendie…</div> -<div class="verse">Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor.</div> - -<div class="verse stanza">Voix de la Haine: cloche en mer, fausse, assourdie</div> -<div class="verse">De neige lente. Il fait si froid! Lourde, affadie,</div> -<div class="verse">La vie a peur et court follement sur le quai</div> -<div class="verse">Loin de la cloche qui devient plus assourdie.</div> - -<div class="verse stanza">Voix de la Chair: un gros tapage fatigué.</div> -<div class="verse">Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai.</div> -<div class="verse">Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces</div> -<div class="verse">Où vient mourir le gros tapage fatigué.</div> - -<div class="verse stanza">Voix d'Autrui: des lointains dans les brouillards. Des noces</div> -<div class="verse">Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces.</div> -<div class="verse">Et tout le cirque des civilisations</div> -<div class="verse">Au son trotte-menu du violon des noces.</div> - -<div class="verse stanza">Colères, soupirs noirs, regrets, tentations</div> -<div class="verse">Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions</div> -<div class="verse">Pour l'assourdissement des silences honnêtes,</div> -<div class="verse">Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,</div> - -<div class="verse stanza">Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!</div> -<div class="verse">Sentences, mots en vain, métaphores mal faites,</div> -<div class="verse">Toute la rhétorique en fuite des péchés,</div> -<div class="verse">Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!</div> - -<div class="verse stanza">Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.</div> -<div class="verse">Mourez à nous, mourez aux humbles vœux cachés</div> -<div class="verse">Que nourrit la douceur de la Parole forte,</div> -<div class="verse">Car notre cœur n'est plus de ceux que vous cherchez!</div> - -<div class="verse stanza">Mourez parmi la voix que la prière emporte</div> -<div class="verse">Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte</div> -<div class="verse">Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour,</div> -<div class="verse">Mourez parmi la voix que la prière apporte,</div> - -<div class="verse stanza">Mourez parmi la voix terrible de l'Amour!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p15">XV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Va ton chemin sans plus t'inquiéter!</div> -<div class="verse i1">La route est droite et tu n'as qu'à monter,</div> -<div class="verse i1">Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille</div> -<div class="verse i1">Et l'arme unique au cas d'une bataille,</div> -<div class="verse i1">La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Surtout il faut garder toute espérance,</div> -<div class="verse i1">Qu'importe un peu de nuit et de souffrance?</div> -<div class="verse i1">La route est bonne et la mort est au bout.</div> -<div class="verse i1">Oui, garde toute espérance surtout,</div> -<div class="verse i1">La mort là-bas te dresse un lit de joie.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et fais-toi doux de toute la douceur.</div> -<div class="verse i1">La vie est laide, encore c'est ta sœur.</div> -<div class="verse i1">Simple, gravis la côte et même chante</div> -<div class="verse i1">Pour écarter la prudence méchante</div> -<div class="verse i1">Dont la voix basse est pour tenter ta foi.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Simple comme un enfant, gravis la côte,</div> -<div class="verse i1">Humble comme un pécheur qui hait la faute,</div> -<div class="verse i1">Chante, et même sois gai, pour défier</div> -<div class="verse i1">L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer</div> -<div class="verse i1">Afin que tu t'endormes sur la voie.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ris du vieux piège et du vieux séducteur,</div> -<div class="verse i1">Puisque la Paix est là, sur la hauteur,</div> -<div class="verse i1">Qui luit parmi les fanfares de gloire.</div> -<div class="verse i1">Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire,</div> -<div class="verse i1">Déjà l'Ange Gardien étend sur toi</div> - -<div class="verse i1 stanza">Joyeusement des ailes de victoire.</div> -</div> - - -<h3 id="p1p16">XVI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Pourquoi triste, ô mon âme,</div> -<div class="verse i3">Triste jusqu'à la mort,</div> -<div class="verse i3">Quand l'effort te réclame,</div> -<div class="verse i3">Quand le suprême effort</div> -<div class="verse i3">Est là qui te réclame?</div> - -<div class="verse i3 stanza">Ah! tes mains que tu tords</div> -<div class="verse i3">Au lieu d'être à la tâche,</div> -<div class="verse i3">Tes lèvres que tu mords</div> -<div class="verse i3">Et leur silence lâche,</div> -<div class="verse i3">Et tes yeux qui sont morts!</div> - -<div class="verse i3 stanza">N'as-tu pas l'espérance</div> -<div class="verse i3">De la fidélité,</div> -<div class="verse i3">Et, pour plus d'assurance</div> -<div class="verse i3">Dans la sécurité,</div> -<div class="verse i3">N'as-tu pas la souffrance?</div> - -<div class="verse i3 stanza">Mais chasse le sommeil</div> -<div class="verse i3">Et ce rêve qui pleure.</div> -<div class="verse i3">Grand jour et plein soleil!</div> -<div class="verse i3">Vois, il est plus que l'heure:</div> -<div class="verse i3">Le ciel bruit vermeil,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Et la lumière crue</div> -<div class="verse i3">Découpant d'un trait noir</div> -<div class="verse i3">Toute chose apparue</div> -<div class="verse i3">Te montre le Devoir</div> -<div class="verse i3">Et sa forme bourrue.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Marche à lui vivement,</div> -<div class="verse i3">Tu verras disparaître</div> -<div class="verse i3">Tout aspect inclément</div> -<div class="verse i3">De sa manière d'être,</div> -<div class="verse i3">Avec l'éloignement.</div> - -<div class="verse i3 stanza">C'est le dépositaire</div> -<div class="verse i3">Qui te garde un trésor</div> -<div class="verse i3">D'amour et de mystère,</div> -<div class="verse i3">Plus précieux que l'or,</div> -<div class="verse i3">Plus sûr que rien sur terre:</div> - -<div class="verse i3 stanza">Les biens qu'on ne voit pas,</div> -<div class="verse i3">Toute joie inouïe,</div> -<div class="verse i3">Votre paix, saints combats,</div> -<div class="verse i3">L'extase épanouie</div> -<div class="verse i3">Et l'oubli d'ici-bas,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Et l'oubli d'ici-bas!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p17">XVII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Né l'enfant des grandes villes</div> -<div class="verse i2">Et des révoltes serviles,</div> -<div class="verse i2">J'ai là, tout cherché, trouvé</div> -<div class="verse i2">De tout appétit rêvé.</div> -<div class="verse i2">Mais, puisque rien n'en demeure,</div> - -<div class="verse i2 stanza">J'ai dit un adieu léger</div> -<div class="verse i2">A tout ce qui peut changer,</div> -<div class="verse i2">Au plaisir, au bonheur même,</div> -<div class="verse i2">Et même à tout ce que j'aime</div> -<div class="verse i2">Hors de vous, mon doux Seigneur!</div> - -<div class="verse i2 stanza">La Croix m'a pris sur ses ailes</div> -<div class="verse i2">Qui m'emporte aux meilleurs zèles,</div> -<div class="verse i2">Silence, expiation,</div> -<div class="verse i2">Et l'âpre vocation</div> -<div class="verse i2">Pour la vertu qui s'ignore.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Douce, chère Humilité,</div> -<div class="verse i2">Arrose ma charité,</div> -<div class="verse i2">Trempe-la de tes eaux vives.</div> -<div class="verse i2">O mon cœur, que tu ne vives</div> -<div class="verse i2">Qu'aux fins d'une bonne mort!</div> -</div> - - -<h3 id="p1p18">XVIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">L'âme antique était rude et vaine</div> -<div class="verse i2">Et ne voyait dans la douleur</div> -<div class="verse i2">Que l'acuité de la peine</div> -<div class="verse i2">Ou l'étonnement du malheur.</div> - -<div class="verse i2 stanza">L'art, sa figure la plus claire,</div> -<div class="verse i2">Traduit ce double sentiment</div> -<div class="verse i2">Par deux grands types de la Mère</div> -<div class="verse i2">En proie au suprême tourment.</div> - -<div class="verse i2 stanza">C'est la vieille reine de Troie:</div> -<div class="verse i2">Tous ses fils sont morts par le fer.</div> -<div class="verse i2">Alors ce deuil brutal aboie</div> -<div class="verse i2">Et glapit au bord de la mer.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Elle court le long du rivage,</div> -<div class="verse i2">Bavant vers le flot écumant,</div> -<div class="verse i2">Hirsute, criade, sauvage,</div> -<div class="verse i2">La chienne littéralement!…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et c'est Niobé qui s'effare</div> -<div class="verse i2">Et garde fixement des yeux</div> -<div class="verse i2">Sur les dalles de pierre rare</div> -<div class="verse i2">Ses enfants tués par les dieux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le souffle expire sur sa bouche.</div> -<div class="verse i2">Elle meurt dans un geste fou.</div> -<div class="verse i2">Ce n'est plus qu'un marbre farouche</div> -<div class="verse i2">Là transporté nul ne sait d'où!…</div> - -<div class="verse i2 stanza">La douleur chrétienne est immense,</div> -<div class="verse i2">Elle, comme le cœur humain,</div> -<div class="verse i2">Elle souffre, puis elle pense,</div> -<div class="verse i2">Et calme poursuit son chemin.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Elle est debout sur le Calvaire</div> -<div class="verse i2">Pleine de larmes et sans cris.</div> -<div class="verse i2">C'est également une mère,</div> -<div class="verse i2">Mais quelle mère de quel fils!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Elle participe au Supplice</div> -<div class="verse i2">Qui sauve toute nation,</div> -<div class="verse i2">Attendrissant le sacrifice</div> -<div class="verse i2">Par sa vaste compassion.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et comme tous sont les fils d'elle,</div> -<div class="verse i2">Sur le monde et sur sa langueur</div> -<div class="verse i2">Toute la charité ruisselle</div> -<div class="verse i2">Des sept blessures de son cœur,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Au jour qu'il faudra, pour la gloire</div> -<div class="verse i2">Des cieux enfin tout grands ouverts,</div> -<div class="verse i2">Ceux qui surent et purent croire,</div> -<div class="verse i2">Bons et doux, sauf au seul Pervers,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ceux-là vers la joie infinie</div> -<div class="verse i2">Sur la colline de Sion</div> -<div class="verse i2">Monteront d'une aile bénie</div> -<div class="verse i2">Aux plis de son assomption.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak" title="SAGESSE II">II</h2> - - -<h3 id="p2p1">I</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour</div> -<div class="verse i1">Et la blessure est encore vibrante,</div> -<div class="verse i1">O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.</div> - -<div class="verse i1 stanza">O mon Dieu, votre crainte m'a frappé</div> -<div class="verse i1">Et la brûlure est encor là qui tonne,</div> -<div class="verse i1">O mon Dieu, votre crainte m'a frappé.</div> - -<div class="verse i1 stanza">O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil</div> -<div class="verse i1">Et votre gloire en moi s'est installée,</div> -<div class="verse i1">O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Noyez mon âme aux flots de votre Vin,</div> -<div class="verse i1">Fondez ma vie au Pain de votre table,</div> -<div class="verse i1">Noyez mon âme aux flots de votre Vin.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mon sang que je n'ai pas versé,</div> -<div class="verse i1">Voici ma chair indigne de souffrance,</div> -<div class="verse i1">Voici mon sang que je n'ai pas versé.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mon front qui n'a pu que rougir,</div> -<div class="verse i1">Pour l'escabeau de vos pieds adorables,</div> -<div class="verse i1">Voici mon front qui n'a pu que rougir.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mes mains qui n'ont pas travaillé,</div> -<div class="verse i1">Pour les charbons ardents et l'encens rare,</div> -<div class="verse i1">Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain,</div> -<div class="verse i1">Pour palpiter aux ronces du Calvaire,</div> -<div class="verse i1">Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mes pieds, frivoles voyageurs,</div> -<div class="verse i1">Pour accourir au cri de votre grâce,</div> -<div class="verse i1">Voici mes pieds, frivoles voyageurs.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici ma voix, bruit maussade et menteur,</div> -<div class="verse i1">Pour les reproches de la Pénitence,</div> -<div class="verse i1">Voici ma voix, bruit maussade et menteur.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Voici mes yeux, luminaires d'erreur.</div> -<div class="verse i1">Pour être éteints aux pleurs de la prière,</div> -<div class="verse i1">Voici mes yeux, luminaires d'erreur.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Hélas, Vous, Dieu d'offrande et de pardon,</div> -<div class="verse i1">Quel est le puits de mon ingratitude,</div> -<div class="verse i1">Hélas! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Dieu de terreur et Dieu de sainteté,</div> -<div class="verse i1">Hélas! ce noir abîme de mon crime,</div> -<div class="verse i1">Dieu de terreur et Dieu de sainteté,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,</div> -<div class="verse i1">Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,</div> -<div class="verse i1">Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Vous connaissez tout cela, tout cela,</div> -<div class="verse i1">Et que je suis plus pauvre que personne,</div> -<div class="verse i1">Vous connaissez tout cela, tout cela.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.</div> -</div> - - -<h3 id="p2p2">II</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.</div> -<div class="verse">Tous les autres amours sont de commandement.</div> -<div class="verse">Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement</div> -<div class="verse">Pourra les allumer aux cœurs qui l'ont chérie.</div> - -<div class="verse stanza">C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis,</div> -<div class="verse">C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice,</div> -<div class="verse">Et la douceur de cœur et le zèle au service,</div> -<div class="verse">Comme je la priais, Elle les a permis.</div> - -<div class="verse stanza">Et comme j'étais faible et bien méchant encore,</div> -<div class="verse">Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,</div> -<div class="verse">Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,</div> -<div class="verse">Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.</div> - -<div class="verse stanza">C'est par Elle que j'ai voulu de ces chagrins,</div> -<div class="verse">C'est pour Elle que j'ai mon cœur dans les Cinq Plaies,</div> -<div class="verse">Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,</div> -<div class="verse">Comme je l'invoquais, Elle en ceignit mes reins.</div> - -<div class="verse stanza">Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie,</div> -<div class="verse">Siège de la sagesse et source des pardons,</div> -<div class="verse">Mère de France aussi, de qui nous attendons</div> -<div class="verse">Inébranlablement l'honneur de la patrie.</div> - -<div class="verse stanza">Marie Immaculée, amour essentiel.</div> -<div class="verse">Logique de la foi cordiale et vivace,</div> -<div class="verse">En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse,</div> -<div class="verse">En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?</div> -</div> - - -<h3 id="p2p3">III</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous êtes calme, vous voulez un vœu discret,</div> -<div class="verse">Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence,</div> -<div class="verse">Le cœur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance,</div> -<div class="verse">Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît,</div> - -<div class="verse stanza">Vous accueillez d'un geste exquis telles pensées</div> -<div class="verse">Qui ne marchent qu'en ordre et font le moindre bruit,</div> -<div class="verse">Votre main, toujours prête à la chute du fruit,</div> -<div class="verse">patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées.</div> - -<div class="verse stanza">Et si l'immense amour de vos commandements</div> -<div class="verse">Embrasse et presse tous en sa sollicitude,</div> -<div class="verse">Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude</div> -<div class="verse">Et le travail des plus humbles recueillements.</div> - -<div class="verse stanza">Le pécheur, s'il prétend vous connaître et vous plaire,</div> -<div class="verse">O vous qui nous aimant si fort parliez si peu,</div> -<div class="verse">Doit et peut, à tout temps du jour comme en tout lieu,</div> -<div class="verse">Bien faire obscurément son devoir et se taire,</div> - -<div class="verse stanza">Se taire pour le monde, un pur sénat de fous,</div> -<div class="verse">Se taire sur autrui, des âmes précieuses,</div> -<div class="verse">Car nous taire vous plaît, même aux heures pieuses,</div> -<div class="verse">Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous.</div> - -<div class="verse stanza">Donnez-leur le silence et l'amour du mystère,</div> -<div class="verse">O Dieu glorifieur du bien fait en secret,</div> -<div class="verse">A ces timides moins transis qu'il ne paraît,</div> -<div class="verse">Et l'horreur, et le pli des choses de la terre.</div> - -<div class="verse stanza">Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation,</div> -<div class="verse">Toute force, douceur, l'ordre et l'intelligence,</div> -<div class="verse">Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence</div> -<div class="verse">De l'Agneau formidable en la neuve Sion,</div> - -<div class="verse stanza">Afin qu'ils puissent dire: «Au moins nous sûmes croire»</div> -<div class="verse">Et que l'Agneau terrible, ayant tout supputé,</div> -<div class="verse">Leur réponde: «Venez, vous avez mérité,</div> -<div class="verse">Pacifiques, ma paix, et, douloureux, ma gloire.»</div> -</div> - - -<h3 id="p2p4">IV</h3> - -<h4>I</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mon Dieu m'a dit: «Mon fils, il faut m'aimer, tu vois</div> -<div class="verse">Mon flanc percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne,</div> -<div class="verse">Et mes pieds offensés que Madeleine baigne</div> -<div class="verse">De larmes, et mes bras douloureux sous le poids</div> - -<div class="verse stanza">De tes péchés, et mes mains! Et tu vois la croix,</div> -<div class="verse">Tu vois les clous, le fiel, l'éponge et tout t'enseigne</div> -<div class="verse">A n'aimer, en ce monde amer où la chair règne,</div> -<div class="verse">Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.</div> - -<div class="verse stanza">Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même,</div> -<div class="verse">O mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit,</div> -<div class="verse">Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit?</div> - -<div class="verse stanza">N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême</div> -<div class="verse">Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits,</div> -<div class="verse">Lamentable ami qui me cherches où je suis?»</div> -</div> - -<h4>II</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">J'ai répondu: «Seigneur, vous avez dit mon âme.</div> -<div class="verse">C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.</div> -<div class="verse">Mais vous aimer! Voyez comme je suis en bas,</div> -<div class="verse">Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme</div> - -<div class="verse stanza">Vous, la source de paix que toute soif réclame,</div> -<div class="verse">Hélas! Voyez un peu mes tristes combats!</div> -<div class="verse">Oserai-je adorer la trace de vos pas,</div> -<div class="verse">Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme?</div> - -<div class="verse stanza">Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,</div> -<div class="verse">Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte,</div> -<div class="verse">Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,</div> - -<div class="verse stanza">O vous, fontaine calme, amère aux seuls amants</div> -<div class="verse">De leur damnation, ô vous toute lumière</div> -<div class="verse">Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière!»</div> -</div> - -<h4>III</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Il faut m'aimer! Je suis l'universel Baiser,</div> -<div class="verse">Je suis cette paupière et je suis cette lèvre</div> -<div class="verse">Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre</div> -<div class="verse">Qui t'agite, c'est moi toujours! il faut oser</div> - -<div class="verse stanza">M'aimer! Oui, mon amour monte sans biaiser</div> -<div class="verse">Jusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre,</div> -<div class="verse">Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre,</div> -<div class="verse">Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser.</div> - -<div class="verse stanza">O ma nuit claire! ô tes yeux dans mon clair de lune!</div> -<div class="verse">O ce lit de lumière et d'eau parmi la brune!</div> -<div class="verse">Toute cette innocence et tout ce reposoir!</div> - -<div class="verse stanza">Aime-moi! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,</div> -<div class="verse">Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir,</div> -<div class="verse">Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes!</div> -</div> - -<h4>IV</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Seigneur, c'est trop? Vraiment je n'ose. Aimer qui? Vous?</div> -<div class="verse">Oh! non! Je tremble et n'ose. Oh! vous aimer je n'ose,</div> -<div class="verse">Je ne veux pas! Je suis indigne. Vous, la Rose</div> -<div class="verse">Immense des purs vents de l'Amour, ô Vous, tous</div> - -<div class="verse stanza">Les cœurs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux</div> -<div class="verse">D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose</div> -<div class="verse">Sur la seule fleur d'une innocence mi-close</div> -<div class="verse">Quoi, <i>moi</i>, <i>moi</i>, pouvoir <i>Vous</i> aimer. Êtes-vous fous<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>,</div> - -<div class="verse stanza">Père, Fils, Esprit? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche,</div> -<div class="verse">Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche</div> -<div class="verse">Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût,</div> - -<div class="verse stanza">Vue, ouïe, et dans tout son être—hélas! dans tout</div> -<div class="verse">Son espoir et dans tout son remords que l'extase</div> -<div class="verse">D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase?</div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Saint Augustin.</p> -</div> -<h4>V</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais,</div> -<div class="verse">Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme,</div> -<div class="verse">Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome,</div> -<div class="verse">Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.</div> - -<div class="verse stanza">Mon amour est le feu qui dévore à jamais</div> -<div class="verse">Toute chair insensée, et l'évapore comme</div> -<div class="verse">Un parfum,—et c'est le déluge qui consomme</div> -<div class="verse">En son flot tout mauvais germe que je semais,</div> - -<div class="verse stanza">Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée</div> -<div class="verse">Et que par un miracle effrayant de bonté</div> -<div class="verse">Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.</div> - -<div class="verse stanza">Aime. Sors de ta nuit. Aime. C'est ma pensée</div> -<div class="verse">De toute éternité, pauvre âme délaissée,</div> -<div class="verse">Que tu dusses m'aimer, moi seul qui suis resté!</div> -</div> - -<h4>VI</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.</div> -<div class="verse">Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment</div> -<div class="verse">Moi, ceci, me ferais-je, ô mon Dieu, votre amant,</div> -<div class="verse">O Justice que la vertu des bons redoute?</div> - -<div class="verse stanza">Oui, comment? Car voici que s'ébranle la voûte</div> -<div class="verse">Où mon cœur creusait son ensevelissement</div> -<div class="verse">Et que je sens fluer à moi le firmament,</div> -<div class="verse">Et je vous dis: de vous à moi quelle est la route?</div> - -<div class="verse stanza">Tendez-moi votre main, que je puisse lever</div> -<div class="verse">Cette chair accroupie et cet esprit malade.</div> -<div class="verse">Mais recevoir jamais la céleste accolade,</div> - -<div class="verse stanza">Est-ce possible? Un jour, pouvoir la retrouver</div> -<div class="verse">Dans votre sein, sur votre cœur qui fut le nôtre,</div> -<div class="verse">La place où reposa la tête de l'apôtre?</div> -</div> - -<h4>VII</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,</div> -<div class="verse">Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise</div> -<div class="verse">De ton cœur vers les bras ouverts de mon Église,</div> -<div class="verse">Comme la guêpe vole au lis épanoui.</div> - -<div class="verse stanza">Approche-toi de mon oreille. Épanches-y</div> -<div class="verse">L'humiliation d'une brave franchise.</div> -<div class="verse">Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise</div> -<div class="verse">Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.</div> - -<div class="verse stanza">Puis franchement et simplement viens à ma table.</div> -<div class="verse">Et je t'y bénirai d'un repas délectable</div> -<div class="verse">Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,</div> - -<div class="verse stanza">Et tu boiras le Vin de la vigne immuable</div> -<div class="verse">Dont la force, dont la douceur, dont la bonté</div> -<div class="verse">Feront germer ton sang à l'immortalité.</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère</div> -<div class="verse">D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,</div> -<div class="verse">Et surtout reviens très souvent dans ma maison,</div> -<div class="verse">Pour y participer au Vin qui désaltère,</div> - -<div class="verse stanza">Au Pain sans qui la vie est une trahison,</div> -<div class="verse">Pour y prier mon Père et supplier ma Mère</div> -<div class="verse">Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,</div> -<div class="verse">D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,</div> - -<div class="verse stanza">D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,</div> -<div class="verse">D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,</div> -<div class="verse">Enfin, de devenir un peu semblable à moi</div> - -<div class="verse stanza">Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate</div> -<div class="verse">Et de Judas et de Pierre, pareil à toi</div> -<div class="verse">Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!</div> -</div> - -<hr /> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs</div> -<div class="verse">Si doux qu'ils sont encore d'ineffables délices,</div> -<div class="verse">Je te ferai goûter sur terre mes prémices,</div> -<div class="verse">La paix du cœur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs</div> - -<div class="verse stanza">Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs</div> -<div class="verse">Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice</div> -<div class="verse">Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,</div> -<div class="verse">Et que sonnent les angélus roses et noirs,</div> - -<div class="verse stanza">En attendant l'assomption dans ma lumière,</div> -<div class="verse">L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,</div> -<div class="verse">La musique de mes louanges à jamais,</div> - -<div class="verse stanza">Et l'extase perpétuelle et la science.</div> -<div class="verse">Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance</div> -<div class="verse">De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais!</div> -</div> - -<h4>VIII</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">—Ah! Seigneur, qu'ai-je? Hélas! me voici tout en larmes</div> -<div class="verse">D'une joie extraordinaire: votre voix</div> -<div class="verse">Me fait comme du bien et du mal à la fois,</div> -<div class="verse">Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.</div> - -<div class="verse stanza">Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes</div> -<div class="verse">D'un clairon pour des champs de bataille où je vois</div> -<div class="verse">Des anges bleus et blancs portés sur des pavois,</div> -<div class="verse">Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes.</div> - -<div class="verse stanza">J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi.</div> -<div class="verse">Je suis indigne, mais je sais votre clémence.</div> -<div class="verse">Ah! quel effort, mais quelle ardeur! Et me voici</div> - -<div class="verse stanza">Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble immense</div> -<div class="verse">Brouille l'espoir que votre voix me révéla,</div> -<div class="verse">Et j'aspire en tremblant.</div> -</div> - -<h4>IX</h4> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i6">—Pauvre âme, c'est cela!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p5">V</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Désormais le Sage, puni</div> -<div class="verse i2">Pour avoir trop aimé les choses,</div> -<div class="verse i2">Rendu prudent à l'infini,</div> -<div class="verse i2">Mais franc de scrupules moroses,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et d'ailleurs retournant au Dieu</div> -<div class="verse i2">Qui fit les yeux et la lumière,</div> -<div class="verse i2">L'honneur, la gloire, et tout le peu</div> -<div class="verse i2">Qu'a son âme de candeur fière,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le Sage peut dorénavant</div> -<div class="verse i2">Assister aux scènes du monde,</div> -<div class="verse i2">Et suivre la chanson du vent,</div> -<div class="verse i2">Et contempler la mer profonde.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il ira, calme, et passera</div> -<div class="verse i2">Dans la férocité des villes,</div> -<div class="verse i2">Comme un mondain à l'Opéra</div> -<div class="verse i2">Qui sort blasé des danses viles.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Même,—et pour tenir abaissé</div> -<div class="verse i2">L'orgueil, qui fit son âme veuve.</div> -<div class="verse i2">Il remontera le passé,</div> -<div class="verse i2">Ce passé, comme un mauvais fleuve!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il reverra l'herbe des bords,</div> -<div class="verse i2">Il entendra le flot qui pleure</div> -<div class="verse i2">Sur le bonheur mort et les torts</div> -<div class="verse i2">De cette date et de cette heure!…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Il aimera les cieux, les champs,</div> -<div class="verse i2">La bonté, l'ordre et l'harmonie,</div> -<div class="verse i2">Et sera doux, même aux méchants</div> -<div class="verse i2">Afin que leur mort soit bénie.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Délicat et non exclusif,</div> -<div class="verse i2">Il sera du jour où nous sommes:</div> -<div class="verse i2">Son cœur, plutôt contemplatif,</div> -<div class="verse i2">Pourtant saura l'œuvre des hommes.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mais, revenu des passions,</div> -<div class="verse i2">Un peu méfiant des «usages»,</div> -<div class="verse i2">A vos civilisations</div> -<div class="verse i2">Préférera les paysages.</div> -</div> - - -<h3 id="p2p6">VI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Du fond du grabat</div> -<div class="verse i3">As-tu vu l'étoile</div> -<div class="verse i3">Que l'hiver dévoile?</div> -<div class="verse i3">Comme ton cœur bat,</div> -<div class="verse i3">Comme cette idée,</div> -<div class="verse i3">Regret ou désir,</div> -<div class="verse i3">Ravage à plaisir</div> -<div class="verse i3">Ta tête obsédée,</div> -<div class="verse i3">Pauvre tête en feu,</div> -<div class="verse i3">Pauvre cœur sans dieu,</div> -<div class="verse i3">L'ortie et l'herbette</div> -<div class="verse i3">Au bas du rempart</div> -<div class="verse i3">D'où l'appel frais part</div> -<div class="verse i3">D'une aigre trompette,</div> -<div class="verse i3">Le vent du coteau,</div> -<div class="verse i3">La Meuse, la goutte</div> -<div class="verse i3">Qu'on boit sur la route</div> -<div class="verse i3">A chaque écriteau,</div> -<div class="verse i3">Les sèves qu'on hume,</div> -<div class="verse i3">Les pipes qu'on fume!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Un rêve de froid:</div> -<div class="verse i3">«Que c'est beau la neige</div> -<div class="verse i3">Et tout son cortège</div> -<div class="verse i3">Dans leur cadre étroit!</div> -<div class="verse i3">Oh! tes blancs arcanes,</div> -<div class="verse i3">Nouvelle Archangel,</div> -<div class="verse i3">Mirage éternel</div> -<div class="verse i3">De mes caravanes!</div> -<div class="verse i3">Oh! ton chaste ciel,</div> -<div class="verse i3">Nouvelle Archangel!»</div> -<div class="verse i3">Cette ville sombre!</div> -<div class="verse i3">Tout est crainte ici…</div> -<div class="verse i3">Le ciel est transi</div> -<div class="verse i3">D'éclairer tant d'ombre.</div> -<div class="verse i3">Les pas que tu fais</div> -<div class="verse i3">Parmi ces bruyères</div> -<div class="verse i3">Lèvent des poussières</div> -<div class="verse i3">Au souffle mauvais…</div> -<div class="verse i3">Voyageur si triste,</div> -<div class="verse i3">Tu suis quelle piste?</div> - -<div class="verse i3 stanza">C'est l'ivresse à mort,</div> -<div class="verse i3">C'est la noire orgie,</div> -<div class="verse i3">C'est l'amer effort</div> -<div class="verse i3">De ton énergie</div> -<div class="verse i3">Vers l'oubli dolent</div> -<div class="verse i3">De la voix intime,</div> -<div class="verse i3">C'est le seuil du crime,</div> -<div class="verse i3">C'est l'essor sanglant.</div> -<div class="verse i3">—Oh! fuis la chimère:</div> -<div class="verse i3">Ta mère, ta mère!</div> -<div class="verse i3">Quelle est cette voix</div> -<div class="verse i3">Qui ment et qui flatte!</div> -<div class="verse i3">«Ah! la tête plate,</div> -<div class="verse i3">Vipère des bois!»</div> -<div class="verse i3">Pardon et mystère.</div> -<div class="verse i3">Laisse ça dormir.</div> -<div class="verse i3">Qui peut, sans frémir.</div> -<div class="verse i3">Juger sur la terre?</div> -<div class="verse i3">«Ah! pourtant, pourtant,</div> -<div class="verse i3">Ce monstre impudent!»</div> - -<div class="verse i3 stanza">La mer! Puisse-t-elle</div> -<div class="verse i3">Laver ta rancœur,</div> -<div class="verse i3">La mer au grand cœur,</div> -<div class="verse i3">Ton aïeule, celle</div> -<div class="verse i3">Qui chante en berçant</div> -<div class="verse i3">Ton angoisse atroce,</div> -<div class="verse i3">La mer, doux colosse</div> -<div class="verse i3">Au sein innocent,</div> -<div class="verse i3">Grondeuse infinie</div> -<div class="verse i3">De ton ironie!</div> -<div class="verse i3">Tu vis sans savoir!</div> -<div class="verse i3">Tu verses ton âme,</div> -<div class="verse i3">Ton lait et ta flamme</div> -<div class="verse i3">Dans quel désespoir?</div> -<div class="verse i3">Ton sang qui s'amasse</div> -<div class="verse i3">En une fleur d'or</div> -<div class="verse i3">N'est pas prêt encor</div> -<div class="verse i3">A la dédicace.</div> -<div class="verse i3">Attends quelque peu,</div> -<div class="verse i3">Ceci n'est que jeu.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Cette frénésie</div> -<div class="verse i3">T'initie au but.</div> -<div class="verse i3">D'ailleurs, le salut</div> -<div class="verse i3">Viendra d'un Messie</div> -<div class="verse i3">Dont tu ne sens plus</div> -<div class="verse i3">Depuis bien des lieues</div> -<div class="verse i3">Les effluves bleues</div> -<div class="verse i3">Sous tes bras perclus,</div> -<div class="verse i3">Naufragé d'un rêve</div> -<div class="verse i3">Qui n'a pas de grève!</div> -<div class="verse i3">Vis en attendant</div> -<div class="verse i3">L'heure toute proche.</div> -<div class="verse i3">Ne sois pas prudent.</div> -<div class="verse i3">Trêve à tout reproche.</div> -<div class="verse i3">Fais ce que tu veux.</div> -<div class="verse i3">Une main te guide</div> -<div class="verse i3">A travers le vide</div> -<div class="verse i3">Affreux de tes vœux.</div> -<div class="verse i3">Un peu de courage,</div> -<div class="verse i3">C'est le bon orage.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Voici le Malheur</div> -<div class="verse i3">Dans sa plénitude.</div> -<div class="verse i3">Mais à sa main rude</div> -<div class="verse i3">Quelle belle fleur!</div> -<div class="verse i3">«La brûlante épine!»</div> -<div class="verse i3">Un lys est moins blanc,</div> -<div class="verse i3">«Elle m'entre au flanc.»</div> -<div class="verse i3">Et l'odeur divine!</div> -<div class="verse i3">«Elle m'entre au cœur.»</div> -<div class="verse i3">Le parfum vainqueur!</div> -<div class="verse i3">«Pourtant je regrette,</div> -<div class="verse i3">Pourtant je me meurs,</div> -<div class="verse i3">Pourtant ces deux cœurs…»</div> -<div class="verse i3">Lève un peu la tête:</div> -<div class="verse i3">«Eh bien, c'est la Croix.»</div> -<div class="verse i3">Lève un peu ton âme</div> -<div class="verse i3">De ce monde infâme.</div> -<div class="verse i3">«Est-ce que je crois?»</div> -<div class="verse i3">Qu'en sais-tu? La Bête</div> -<div class="verse i3">Ignore sa tête,</div> - -<div class="verse i3 stanza">La Chair et le Sang</div> -<div class="verse i3">Méconnaissent l'Acte.</div> -<div class="verse i3">«Mais j'ai fait un pacte</div> -<div class="verse i3">Qui va m'enlaçant</div> -<div class="verse i3">A la faute noire,</div> -<div class="verse i3">Je me dois à mon</div> -<div class="verse i3">Tenace démon:</div> -<div class="verse i3">Je ne veux point croire.</div> -<div class="verse i3">Je n'ai pas besoin</div> -<div class="verse i3">De rêver si loin!</div> -<div class="verse i3">«Aussi bien j'écoute</div> -<div class="verse i3">Des sons d'autrefois.</div> -<div class="verse i3">Vipère des bois,</div> -<div class="verse i3">Encor sur ma route?</div> -<div class="verse i3">Cette fois tu mords.»</div> -<div class="verse i3">Laisse cette bête.</div> -<div class="verse i3">Que fait au poète?</div> -<div class="verse i3">Que sont des cœurs morts?</div> -<div class="verse i3">Ah! plutôt oublie</div> -<div class="verse i3">Ta propre folie.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Ah! plutôt, surtout,</div> -<div class="verse i3">Douceur, patience,</div> -<div class="verse i3">Mi-voix et nuance,</div> -<div class="verse i3">Et paix jusqu'au bout!</div> -<div class="verse i3">Aussi bon que sage,</div> -<div class="verse i3">Simple autant que bon,</div> -<div class="verse i3">Soumets ta raison</div> -<div class="verse i3">Au plus pauvre adage,</div> -<div class="verse i3">Naïf et discret,</div> -<div class="verse i3">Heureux en secret!</div> -<div class="verse i3">Ah! surtout, terrasse</div> -<div class="verse i3">Ton orgueil cruel,</div> -<div class="verse i3">Implore la grâce</div> -<div class="verse i3">D'être un pur Abel,</div> -<div class="verse i3">Finis l'odyssée</div> -<div class="verse i3">Dans le repentir</div> -<div class="verse i3">D'un humble martyr,</div> -<div class="verse i3">D'une humble pensée.</div> -<div class="verse i3">Regarde au-dessus…</div> -<div class="verse i3">«Est-ce vous, <span class="sc">Jésus</span>?»</div> -</div> - - -<h3 id="p2p7">VII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Le ciel est, par-dessus le toit,</div> -<div class="verse i4">Si bleu, si calme!</div> -<div class="verse i2">Un arbre, par-dessus le toit</div> -<div class="verse i4">Berce sa palme.</div> - -<div class="verse i2 stanza">La cloche dans le ciel qu'on voit</div> -<div class="verse i4">Doucement tinte.</div> -<div class="verse i2">Un oiseau sur l'arbre qu'on voit</div> -<div class="verse i4">Chante sa plainte.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,</div> -<div class="verse i4">Simple et tranquille.</div> -<div class="verse i2">Cette paisible rumeur-là</div> -<div class="verse i4">Vient de la ville.</div> - -<div class="verse i2 stanza">—Qu'as-tu fait, ô toi que voilà</div> -<div class="verse i4">Pleurant sans cesse,</div> -<div class="verse i2">Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,</div> -<div class="verse i4">De ta jeunesse?</div> -</div> - - -<h3 id="p2p8">VIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Le son du cor s'afflige vers les bois</div> -<div class="verse i1">D'une douleur on veut croire orpheline</div> -<div class="verse i1">Qui vient mourir au bas de la colline</div> -<div class="verse i1">Parmi la bise errant en courts abois.</div> - -<div class="verse i1 stanza">L'âme du loup pleure dans cette voix</div> -<div class="verse i1">Qui monte avec le soleil qui décline,</div> -<div class="verse i1">D'une agonie on veut croire câline</div> -<div class="verse i1">Et qui ravit et qui navre à la fois.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Pour faire mieux cette plainte assoupie</div> -<div class="verse i1">La neige tombe à longs traits de charpie</div> -<div class="verse i1">A travers le couchant sanguinolent,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,</div> -<div class="verse i1">Tant il fait doux par ce soir monotone</div> -<div class="verse i1">Où se dorlote un paysage lent.</div> -</div> - - -<h3 id="p2p9">IX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La tristesse, la langueur du corps humain</div> -<div class="verse">M'attendrissent, me fléchissent, m'apitoient,</div> -<div class="verse">Ah! surtout quand des sommeils noirs le foudroient.</div> -<div class="verse">Quand les draps zèbrent la peau, foulent la main!</div> - -<div class="verse stanza">Et que mièvre dans la fièvre du demain,</div> -<div class="verse">Tiède encor du bain de sueur qui décroît,</div> -<div class="verse">Comme un oiseau qui grelotte sous un toit!</div> -<div class="verse">Et les pieds, toujours douloureux du chemin,</div> - -<div class="verse stanza">Et le sein, marqué d'un double coup de poing,</div> -<div class="verse">Et la bouche, une blessure rouge encor,</div> -<div class="verse">Et la chair frémissante, frêle décor,</div> - -<div class="verse stanza">Et les yeux, les pauvres yeux si beaux où point</div> -<div class="verse">La douleur de voir encore du fini!…</div> -<div class="verse">Triste corps! Combien faible et combien puni!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p10">X</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">La bise se rue à travers</div> -<div class="verse i2">Les buissons tout noirs et tout verts,</div> -<div class="verse i2">Glaçant la neige éparpillée,</div> -<div class="verse i2">Dans la campagne ensoleillée.</div> -<div class="verse i2">L'odeur est aigre près des bois,</div> -<div class="verse i2">L'horizon chante avec des voix,</div> -<div class="verse i2">Les coqs des clochers des villages</div> -<div class="verse i2">Luisent crûment sur les nuages.</div> -<div class="verse i2">C'est délicieux de marcher</div> -<div class="verse i2">A travers ce brouillard léger</div> -<div class="verse i2">Qu'un vent taquin parfois retrousse.</div> -<div class="verse i2">Ah! fi de mon vieux feu qui tousse!</div> -<div class="verse i2">J'ai des fourmis plein les talons.</div> -<div class="verse i2">Debout, mon âme, vite, allons!</div> -<div class="verse i2">C'est le printemps sévère encore,</div> -<div class="verse i2">Mais qui par instant s'édulcore</div> -<div class="verse i2">D'un souffle tiède juste assez</div> -<div class="verse i2">Pour mieux sentir les froids passés</div> -<div class="verse i2">Et penser au Dieu de clémence…</div> -<div class="verse i2">Va, mon âme, à l'espoir immense!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p11">XI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées!</div> -<div class="verse">L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées,</div> -<div class="verse">Douceur de cœur avec sévérité d'esprit,</div> -<div class="verse">Et cette vigilance, et le calme prescrit,</div> -<div class="verse">Et toutes!—Mais encor lentes, bien éveillées,</div> -<div class="verse">Bien d'aplomb, mais encor timides, débrouillées</div> -<div class="verse">A peine du lourd rêve et de la tiède nuit.</div> -<div class="verse">C'est à qui de vous va plus gauche, l'une suit</div> -<div class="verse">L'autre, et toutes ont peur du vaste clair de lune.</div> -<div class="verse">«Telles, quand des brebis sortent d'un clos. C'est une,</div> -<div class="verse">Puis deux, puis trois. Le reste est là, les yeux baissés,</div> -<div class="verse">La tête à terre, et l'air des plus embarrassés,</div> -<div class="verse">Faisant ce que fait leur chef de file: il s'arrête,</div> -<div class="verse">Elles s'arrêtent tour à tour, posant leur tête</div> -<div class="verse">Sur son dos, simplement et sans savoir pourquoi<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.»</div> -<div class="verse">Votre pasteur, ô mes brebis, ce n'est pas moi,</div> -<div class="verse">C'est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes,</div> -<div class="verse">Lui qui vous tint longtemps et si longtemps là closes,</div> -<div class="verse">Mais qui vous délivra de sa main au temps vrai.</div> -<div class="verse">Suivez-le. Sa houlette est bonne.</div> -<div class="verse i8">Et je serai,</div> -<div class="verse">Sous sa voix toujours douce à votre ennui qui bêle,</div> -<div class="verse">Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidèle.</div> -</div> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <span class="sc">Daniel</span>, <i>Le Purgatoire</i>.</p> -</div> - -<h3 id="p2p12">XII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">L'échelonnement des haies</div> -<div class="verse i2">Moutonne à l'infini, mer</div> -<div class="verse i2">Claire dans le brouillard clair</div> -<div class="verse i2">Qui sent bon les jeunes baies.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Des arbres et des moulins</div> -<div class="verse i2">Sont légers sous le vert tendre</div> -<div class="verse i2">Où vient s'ébattre et s'étendre</div> -<div class="verse i2">L'agilité des poulains.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dans ce vague d'un Dimanche</div> -<div class="verse i2">Voici se jouer aussi</div> -<div class="verse i2">De grandes brebis aussi</div> -<div class="verse i2">Douces que leur laine blanche.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tout à l'heure déferlait</div> -<div class="verse i2">L'onde, roulée en volutes,</div> -<div class="verse i2">De cloches comme des flûtes</div> -<div class="verse i2">Dans le ciel comme du lait.</div> -</div> - - -<h3 id="p2p13">XIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">L'immensité de l'humanité,</div> -<div class="verse i1">Le Temps passé vivace et bon père,</div> -<div class="verse i1">Une entreprise à jamais prospère:</div> -<div class="verse i1">Quelle puissante et calme cité!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il semble ici qu'on vit dans l'histoire,</div> -<div class="verse i1">Tout est plus fort que l'homme d'un jour.</div> -<div class="verse i1">De lourds rideaux d'atmosphère noire</div> -<div class="verse i1">Font richement la nuit alentour.</div> - -<div class="verse i1 stanza">O civilisés que civilise</div> -<div class="verse i1">L'Ordre obéi, le Respect sacré!</div> -<div class="verse i1">O dans ce champ si bien préparé</div> -<div class="verse i1">Cette moisson de la Seule Église!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p14">XIV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">La mer est plus belle</div> -<div class="verse i3">Que les cathédrales,</div> -<div class="verse i3">Nourrice fidèle,</div> -<div class="verse i3">Berceuse de râles,</div> -<div class="verse i3">La mer sur qui prie</div> -<div class="verse i3">La Vierge Marie!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Elle a tous les dons</div> -<div class="verse i3">Terribles et doux.</div> -<div class="verse i3">J'entends ses pardons</div> -<div class="verse i3">Gronder ses courroux.</div> -<div class="verse i3">Cette immensité</div> -<div class="verse i3">N'a rien d'entêté.</div> - -<div class="verse i3 stanza">O! si patiente,</div> -<div class="verse i3">Même quand méchante!</div> -<div class="verse i3">Un souffle ami hante</div> -<div class="verse i3">La vague, et nous chante:</div> -<div class="verse i3">«Vous sans espérance,</div> -<div class="verse i3">Mourez sans souffrance!»</div> - -<div class="verse i3 stanza">Et puis sous les cieux</div> -<div class="verse i3">Qui s'y rient plus clairs,</div> -<div class="verse i3">Elle a des airs bleus,</div> -<div class="verse i3">Roses, gris et verts…</div> -<div class="verse i3">Plus belle que tous,</div> -<div class="verse i3">Meilleure que nous!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p15">XV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches</div> -<div class="verse">Où rage le soleil comme en pays conquis.</div> -<div class="verse">Tous les vices ont leur tanière, les exquis</div> -<div class="verse">Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches.</div> - -<div class="verse stanza">Des odeurs! Des bruits vains! Où que vague le cœur,</div> -<div class="verse">Toujours ce poudroiement vertigineux de sable,</div> -<div class="verse">Toujours ce remuement de la chose coupable</div> -<div class="verse">Dans cette solitude où s'écœure le cœur!</div> - -<div class="verse stanza">De près, de loin, le Sage aura sa thébaïde</div> -<div class="verse">Parmi le fade ennui qui monte de ceci,</div> -<div class="verse">D'autant plus âpre et plus sanctifiante aussi,</div> -<div class="verse">Que deux parts de son âme y pleurent, dans ce vide!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p16">XVI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Toutes les amours de la terre</div> -<div class="verse i2">Laissent au cœur du délétère</div> -<div class="verse i2">Et de l'affreusement amer,</div> -<div class="verse i2">Fraternelles et conjugales,</div> -<div class="verse i2">Paternelles et filiales,</div> -<div class="verse i2">Civiques et nationales,</div> -<div class="verse i2">Les charnelles, les idéales.</div> -<div class="verse i2">Toutes ont la guêpe et le ver.</div> - -<div class="verse i2 stanza">La mort prend ton père et ta mère,</div> -<div class="verse i2">Ton frère trahira son frère,</div> -<div class="verse i2">Ta femme flaire un autre époux,</div> -<div class="verse i2">Ton enfant, on te l'aliène,</div> -<div class="verse i2">Ton peuple, il se pille ou s'enchaîne</div> -<div class="verse i2">Et l'étranger y pond sa haine,</div> -<div class="verse i2">Ta chair s'irrite et tourne obscène,</div> -<div class="verse i2">Ton âme flue en rêves fous.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mais, dit Jésus, aime, n'importe!</div> -<div class="verse i2">Puis, de toute illusion morte</div> -<div class="verse i2">Fais un cortège, forme un chœur,</div> -<div class="verse i2">Va devant, tel aux champs le pâtre,</div> -<div class="verse i2">Tel le coryphée au théâtre,</div> -<div class="verse i2">Tel le vrai prêtre ou l'idolâtre,</div> -<div class="verse i2">Tels les grands-parents près de l'âtre,</div> -<div class="verse i2">Oui, que devant aille ton cœur!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et que toutes ces voix dolentes</div> -<div class="verse i2">S'élèvent rapides ou lentes,</div> -<div class="verse i2">Aigres ou douces, composant</div> -<div class="verse i2">A la gloire de Ma souffrance</div> -<div class="verse i2">Instrument de ta délivrance,</div> -<div class="verse i2">Condiment de ton espérance</div> -<div class="verse i2">Et mets de ta propre navrance,</div> -<div class="verse i2">L'hymne qui te sied à présent!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p17">XVII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit</div> -<div class="verse">La reine d'ici-bas, et littéralement!</div> -<div class="verse">Elle dit peu de mots de ce gouvernement</div> -<div class="verse">Et ne s'arrête point aux détails de surcroît;</div> - -<div class="verse stanza">Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie</div> -<div class="verse">Et croie, est ceci dont elle la complimente;</div> -<div class="verse">Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente.</div> -<div class="verse">Puis le pauvre-de-cœur décide et suit sa voie.</div> - -<div class="verse stanza">Qui l'en empêchera? De vœux il n'en a plus</div> -<div class="verse">Que celui d'être un jour au nombre des élus,</div> -<div class="verse">Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain,</div> - -<div class="verse stanza">Prodigue et dédaigneux, sur tous, des choses eues,</div> -<div class="verse">Mais accumulateur des seules choses sues,</div> -<div class="verse">De quel si fier sujet, et libre, quelle reine!</div> -</div> - - -<h3 id="p2p18">XVIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">C'est la fête du blé, c'est la fête du pain</div> -<div class="verse">Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!</div> -<div class="verse">Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain</div> -<div class="verse">De lumière si blanc que les ombres sont roses.</div> - -<div class="verse stanza">L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux</div> -<div class="verse">Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère.</div> -<div class="verse">La plaine, tout au loin couverte de travaux,</div> -<div class="verse">Change de face à chaque instant, gaie et sévère.</div> - -<div class="verse stanza">Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement</div> -<div class="verse">Sous le soleil tranquille, auteur des moissons mûres,</div> -<div class="verse">Et qui travaille encore imperturbablement</div> -<div class="verse">A gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.</div> - -<div class="verse stanza">Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,</div> -<div class="verse">Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne</div> -<div class="verse">L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.</div> -<div class="verse">Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne!</div> - -<div class="verse stanza">Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,</div> -<div class="verse">Fruit de la force humaine en tous lieux répartie,</div> -<div class="verse">Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins</div> -<div class="verse">La Chair et le Sang pour le calice et l'hostie!</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">AMOUR</h2> - - -<h3 id="p3p1">PRIÈRE DU MATIN</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Seigneur, exaucez et dictez ma prière,</div> -<div class="verse">Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,</div> -<div class="verse">Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,</div> -<div class="verse">Et qui m'avez aimé de toute éternité.</div> - -<div class="verse stanza">Car—ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère</div> -<div class="verse">Miséricordieux, que, cent fois médité,</div> -<div class="verse">Toujours il confondit ma raison qu'il atterre,—</div> -<div class="verse">Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,</div> - -<div class="verse stanza">Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière,</div> -<div class="verse">Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,</div> -<div class="verse">Dès avant l'univers, dès avant la lumière,</div> -<div class="verse">Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.</div> - -<div class="verse stanza">Exaucez ma prière après l'avoir formée</div> -<div class="verse">De gratitude immense et des plus humbles vœux,</div> -<div class="verse">Comme un poète scande une ode bien-aimée,</div> -<div class="verse">Comme une mère baise un fils sur les cheveux.</div> - -<div class="verse stanza">Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire</div> -<div class="verse">Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur</div> -<div class="verse">Parmi les hommes durs sous une loi sévère,</div> -<div class="verse">Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,</div> - -<div class="verse stanza">Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie</div> -<div class="verse">Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints,</div> -<div class="verse">O donnez-moi la foi très forte, que je croie</div> -<div class="verse">Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins;</div> - -<div class="verse stanza">Et donnez-moi la foi très douce que j'estime</div> -<div class="verse">N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,</div> -<div class="verse">Que j'aime le pécheur en détestant son crime,</div> -<div class="verse">Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi;</div> - -<div class="verse stanza">Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure</div> -<div class="verse">Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,</div> -<div class="verse">Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure</div> -<div class="verse">Lâchement gaspillée aux efforts que je perds;</div> - -<div class="verse stanza">Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance</div> -<div class="verse">Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur;</div> -<div class="verse">Donnez, juste Seigneur, avec la confiance,</div> -<div class="verse">Donnez la méfiance à votre serviteur:</div> - -<div class="verse stanza">Que je ne sois jamais un objet de censure</div> -<div class="verse">Dans l'action pieuse et le juste discours;</div> -<div class="verse">Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure;</div> -<div class="verse">D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours;</div> - -<div class="verse stanza">Faites que mon exemple amène à vous connaître</div> -<div class="verse">Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,</div> -<div class="verse">Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,</div> -<div class="verse">Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;</div> - -<div class="verse stanza">Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,</div> -<div class="verse">L'homme, la patience et ce devoir dicté,</div> -<div class="verse">Aura fructifié de mon mieux dans vos serres,</div> -<div class="verse">Laissez-moi vous aimer en toute charité,</div> - -<div class="verse stanza">Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses</div> -<div class="verse">Aimer jusqu'à la mort votre perfection,</div> -<div class="verse">Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,</div> -<div class="verse">Jusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion,</div> - -<div class="verse stanza">Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle</div> -<div class="verse">Que votre volonté dès longtemps appelait</div> -<div class="verse">Vers l'humilité sainte éternellement belle,</div> -<div class="verse">Mais lui gardait son rêve infernalement laid,</div> - -<div class="verse stanza">Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,</div> -<div class="verse">Spéculation creuse et calculs impuissants,</div> -<div class="verse">Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques.</div> -<div class="verse">Ah! tuez mon esprit, et mon cœur et mes sens!</div> - -<div class="verse stanza">Place à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie</div> -<div class="verse">Que tout est vanité fors elle-même en Dieu;</div> -<div class="verse">Place à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie</div> -<div class="verse">Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!</div> - -<div class="verse stanza">Et que cette âme soit la servante très douce</div> -<div class="verse">Avant d'être l'épouse au trône non pareil.</div> -<div class="verse">Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse</div> -<div class="verse">Où ce petit oiseau se baigne de soleil,</div> - -<div class="verse stanza">La paisible oraison comme la fraîche étable</div> -<div class="verse">Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins</div> -<div class="verse">D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable</div> -<div class="verse">Et que juin fait crier l'insecte dans les foins,</div> - -<div class="verse stanza">L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,</div> -<div class="verse">Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.</div> -<div class="verse">Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle</div> -<div class="verse">Un ruisseau toujours clair d'austères vérités:</div> - -<div class="verse stanza">La mort, le noir péché, la pénitence blanche,</div> -<div class="verse">L'occasion à fuir et la grâce à guetter;</div> -<div class="verse">Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche</div> -<div class="verse">Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter:</div> - -<div class="verse stanza">Mortification spirituelle, épreuve</div> -<div class="verse">Du feu par le désir et de l'eau par le pleur</div> -<div class="verse">Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve</div> -<div class="verse">D'un amour que doit seule aviver la douleur,</div> - -<div class="verse stanza">Sécheresses ainsi que des trombes de sable</div> -<div class="verse">En travers du torrent où luttent ses bras lourds,</div> -<div class="verse">Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable</div> -<div class="verse">Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,</div> - -<div class="verse stanza">Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,</div> -<div class="verse">Et la vague bientôt porterait doucement</div> -<div class="verse">L'âme persévérante et son amour fidèle</div> -<div class="verse">Aux pieds de votre Amour fidèle, ô Dieu clément!</div> - -<div class="verse stanza">La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes</div> -<div class="verse">Me ressusciterait à votre éternité.</div> -<div class="verse">Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes</div> -<div class="verse">Et bénissez l'effort de ma débilité!</div> - -<div class="verse stanza">Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez à parfaire</div> -<div class="verse">L'œuvre de votre cœur adorable, en sauvant</div> -<div class="verse">L'âme que rachetaient les affres du Calvaire;</div> -<div class="verse">Père, considérez le prix de votre enfant.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p2">ÉCRIT EN 1875</h3> - -<p class="c small">A EDMOND LEPELLETIER</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">J'ai naguère habité le meilleur des châteaux</div> -<div class="verse">Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux:</div> -<div class="verse">Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,</div> -<div class="verse">Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.</div> -<div class="verse">Le mur, étant de brique extérieurement,</div> -<div class="verse">Luisait rouge au soleil de ce site dormant,</div> -<div class="verse">Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure,</div> -<div class="verse">Tendait légèrement la voûte intérieure.</div> -<div class="verse">O diane des yeux qui vont parler au cœur,</div> -<div class="verse">O réveil pour les sens éperdus de langueur,</div> -<div class="verse">Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches,</div> -<div class="verse">Innocence et fierté des choses, couleurs blanches!</div> -<div class="verse">Parmi des escaliers en vrille, tout aciers</div> -<div class="verse">Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,</div> -<div class="verse">Cette blancheur bleuâtre et si douce à m'en croire,</div> -<div class="verse">Que relevait un peu la longue plinthe noire,</div> -<div class="verse">S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur</div> -<div class="verse">Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur.</div> -<div class="verse">Une chambre bien close, une table, une chaise,</div> -<div class="verse">Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise,</div> -<div class="verse">Du jour suffisamment et de l'espace assez,</div> -<div class="verse">Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,</div> -<div class="verse">Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,</div> -<div class="verse">Ni le reste, et du point de vue où je me place,</div> -<div class="verse">Maintenant que voici le monde de retour,</div> -<div class="verse">Ah! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour!</div> -<div class="verse">Car c'était bien la paix réelle et respectable,</div> -<div class="verse">Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,</div> -<div class="verse">La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi,</div> -<div class="verse">Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi,</div> -<div class="verse">Qui glissait lentement en teintes apaisées,</div> -<div class="verse">Au lieu de ce grand jour diffus de vos croisées.</div> -<div class="verse">Car à quoi bon le vain appareil et l'ennui</div> -<div class="verse">Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui,</div> -<div class="verse">(Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)</div> -<div class="verse">Et pourquoi cet effroi de rester solitaire</div> -<div class="verse">Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,</div> -<div class="verse">Comme si leur commerce était bien suffisant?</div> -<div class="verse">Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie,</div> -<div class="verse">Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.</div> -<div class="verse">(O fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux!</div> -<div class="verse">O bonté d'être cru plus malheureux que tous!)</div> -<div class="verse">Je partageais les jours de cette solitude</div> -<div class="verse">Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,</div> -<div class="verse">Que délassait un peu de travail manuel.</div> -<div class="verse">Ainsi les Saints! J'avais aussi ma part de ciel,</div> -<div class="verse">Surtout quand, revenant au jour, si proche encore,</div> -<div class="verse">Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore</div> -<div class="verse">En la luxure lâche aux farces sans pardon,</div> -<div class="verse">Je pouvais supputer tout le prix de ce don:</div> -<div class="verse">N'être plus là, parmi les choses de la foule,</div> -<div class="verse">S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule,</div> -<div class="verse">Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés,</div> -<div class="verse">N'être plus là, compter au rang des cœurs cachés,</div> -<div class="verse">Des cœurs discrets que Dieu fait siens dans le silence,</div> -<div class="verse">Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance</div> -<div class="verse">Du plus bas au plus haut en essors bien réglés,</div> -<div class="verse">Humble, prudent, béni, la croissance des blés!—</div> -<div class="verse">D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire.</div> -<div class="verse">Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère</div> -<div class="verse">Apportait mes repas et repartait muet.</div> -<div class="verse">Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait</div> -<div class="verse">Qu'une horloge au cœur clair qui battait à coups larges.</div> -<div class="verse">C'était la liberté (la seule!) sans ses charges,</div> -<div class="verse">C'était la dignité dans la sécurité!</div> -<div class="verse">O lieu presque aussitôt regretté que quitté,</div> -<div class="verse">Château, château magique où mon âme s'est faite,</div> -<div class="verse">Frais séjour où se vint apaiser la tempête</div> -<div class="verse">De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang,</div> -<div class="verse">Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc,</div> -<div class="verse">Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres</div> -<div class="verse">Et désaltère encor l'arrière-soif des fièvres,</div> -<div class="verse">O sois béni, château d'où me voilà sorti</div> -<div class="verse">Prêt à la vie, armé de douceur et nanti</div> -<div class="verse">De la Foi, pain et sel et manteau pour la route</div> -<div class="verse">Si déserte, si rude et si longue, sans doute,</div> -<div class="verse">Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets.</div> -<div class="verse">Et soit aimé l'<span class="sc">Auteur</span> de la Grâce, à jamais!</div> -</div> - -<p class="date">(Stickney, Angleterre.)</p> - - -<h3 id="p3p3">UN CONTE</h3> - -<p class="c small">A J.-K. HUYSMANS</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme</div> -<div class="verse">Et comme un soldat répand son sang pour la patrie,</div> -<div class="verse">Je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon âme</div> -<div class="verse">Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.</div> - -<div class="verse stanza">Mais je suis, hélas! un pauvre pécheur trop indigne,</div> -<div class="verse">Ma voix hurlerait parmi le chœur des voix des justes:</div> -<div class="verse">Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne,</div> -<div class="verse">Elle pourrait offenser des oreilles augustes.</div> - -<div class="verse stanza">Il faut un cœur pur comme l'eau qui jaillit des roches,</div> -<div class="verse">Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème,</div> -<div class="verse">Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches</div> -<div class="verse">Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,</div> - -<div class="verse stanza">Il faut tout cela pour oser dire vos louanges,</div> -<div class="verse">O vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,</div> -<div class="verse">Vous, blanche à travers les battements d'ailes des anges,</div> -<div class="verse">Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.</div> - -<div class="verse stanza">Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre</div> -<div class="verse">Comment il advint qu'une âme des plus égarées,</div> -<div class="verse">Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre,</div> -<div class="verse">Revint au bercail des Innocences ignorées.</div> - -<div class="verse stanza">Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe,</div> -<div class="verse">Eau claire du cœur après le feu vierge de l'âme,</div> -<div class="verse">Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,</div> -<div class="verse">Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame!</div> - -<div class="verse stanza">Ce fut un amant dans toute la force du terme:</div> -<div class="verse">Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,</div> -<div class="verse">Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme,</div> -<div class="verse">Et le sang d'un cœur, cire vermeille pour son cierge!</div> - -<div class="verse stanza">Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique</div> -<div class="verse">Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise,</div> -<div class="verse">Et comme un forçat qui remâche une vieille chique</div> -<div class="verse">Il aimait le jus flasque de la mécréantise.</div> - -<div class="verse stanza">Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues,</div> -<div class="verse">Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières;</div> -<div class="verse">Bon que les amours premières fussent disparues,</div> -<div class="verse">Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.</div> - -<div class="verse stanza">Ce fut, et quel préjudice! un Parisien fade,</div> -<div class="verse">Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires</div> -<div class="verse">Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade</div> -<div class="verse">Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires;</div> - -<div class="verse stanza">Race de théâtre et de boutique dont les vices</div> -<div class="verse">Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,</div> -<div class="verse">Lèveraient le cœur à des sauvages, leurs complices,</div> -<div class="verse">Race de trottoir, race d'égout et de fumée!</div> - -<div class="verse stanza">Enfin un sot, un infatué de ce temps bête</div> -<div class="verse">(Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière)</div> -<div class="verse">Et par-dessus tout une folle tête inquiète,</div> -<div class="verse">Un cœur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.</div> - -<div class="verse stanza">Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire,</div> -<div class="verse">Dans quelque coin bien discret et sûr de ce cœur même,</div> -<div class="verse">Il avait gardé comme qui dirait la mémoire</div> -<div class="verse">D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime.</div> - -<div class="verse stanza">Avait-il,—et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable,</div> -<div class="verse">Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle</div> -<div class="verse">Votre nom, Marie, et votre titre vénérable,</div> -<div class="verse">Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle?</div> - -<div class="verse stanza">Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore,</div> -<div class="verse">Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste,</div> -<div class="verse">Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore</div> -<div class="verse">En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste.</div> - -<div class="verse stanza">Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites</div> -<div class="verse">Folles à ce point d'en devenir trop maladroites,</div> -<div class="verse">Si bien que les tribunaux s'en mirent,—et les suites!</div> -<div class="verse">Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes?</div> - -<div class="verse stanza">Cellules! Prisons humanitaires! il faut taire</div> -<div class="verse">Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie…</div> -<div class="verse">Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère,</div> -<div class="verse">O Marie, ô vous, de toute éternité choisie?</div> - -<div class="verse stanza">Puis il se tourna vers votre Fils et vers Sa Mère.</div> -<div class="verse">O qu'il fut heureux, mais là promptement, tout de suite!</div> -<div class="verse">Que de larmes, quelle joie, ô Mère! et pour vous plaire,</div> -<div class="verse">Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte</div> - -<div class="verse stanza">Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices,</div> -<div class="verse">Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme la Science,</div> -<div class="verse">Et les rires et les sourires où tu te plisses,</div> -<div class="verse">Lèvre des petits exégètes de l'incroyance!</div> - -<div class="verse stanza">Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène</div> -<div class="verse">Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire,</div> -<div class="verse">Implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine,</div> -<div class="verse">L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère!</div> - -<div class="verse stanza">O qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde</div> -<div class="verse">Qu'adorer obscurément la mystique sagesse,</div> -<div class="verse">Qu'aimer le cœur de Jésus dans l'extase profonde</div> -<div class="verse">De penser à vous en même temps pendant la Messe.</div> - -<div class="verse stanza">O faites cela, faites cette grâce à cette âme,</div> -<div class="verse">O vous, vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,</div> -<div class="verse">Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame,</div> -<div class="verse">Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p4">BOURNEMOUTH</h3> - -<p class="c small">A FRANCIS POICTEVIN</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage,</div> -<div class="verse">L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins,</div> -<div class="verse">Avec la ville autour déguisée en village:</div> -<div class="verse">Chalets éparpillés rouges dans le feuillage</div> -<div class="verse">Et les blanches villas des stations de bains.</div> - -<div class="verse stanza">Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère,</div> -<div class="verse">Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir</div> -<div class="verse">Et redescend en fins bosquets où la lumière</div> -<div class="verse">Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière</div> -<div class="verse">Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.</div> - -<div class="verse stanza">A gauche la tour lourde (elle attend une flèche)</div> -<div class="verse">Se dresse d'une église invisible d'ici,</div> -<div class="verse">L'estacade très loin; haute, la tour, et sèche:</div> -<div class="verse">C'est bien l'anglicanisme impérieux et rêche</div> -<div class="verse">A qui l'essor du cœur vers le ciel manque aussi.</div> - -<div class="verse stanza">Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,</div> -<div class="verse">Ni brume ni soleil! le soleil deviné,</div> -<div class="verse">Pressenti, du brouillard mourant, dansant à même</div> -<div class="verse">Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème;</div> -<div class="verse">L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané.</div> - -<div class="verse stanza">De la tour protestante il part un chant de cloche,</div> -<div class="verse">Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,</div> -<div class="verse">Instinctive harmonie allant de proche en proche,</div> -<div class="verse">Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,</div> -<div class="verse">Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix;</div> - -<div class="verse stanza">Bruit immense et bien doux que le long bois écoute!</div> -<div class="verse">La musique n'est pas plus belle. Cela vient</div> -<div class="verse">Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,</div> -<div class="verse">Comme sous une armée au pas sonne une route</div> -<div class="verse">Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde retient.</div> - -<div class="verse stanza">La sonnerie est morte. Une rouge traînée</div> -<div class="verse">De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer,</div> -<div class="verse">L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année</div> -<div class="verse">Ensanglante là-bas la ville couronnée</div> -<div class="verse">De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair.</div> - -<div class="verse stanza">Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade</div> -<div class="verse">Frissonne et le ressac a gémi dans son bois</div> -<div class="verse">Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade</div> -<div class="verse">Sur un rythme brutal comme l'ennui maussade</div> -<div class="verse">Qui martelait mes jours coupables d'autrefois:</div> - -<div class="verse stanza">Solitude du cœur dans le vide de l'âme,</div> -<div class="verse">Le combat de la mer et des vents de l'hiver,</div> -<div class="verse">L'orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame,</div> -<div class="verse">Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme,</div> -<div class="verse">Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!…</div> - -<div class="verse stanza">Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,</div> -<div class="verse">Trois encor, trois encor! l'<i>Angélus</i> oublié</div> -<div class="verse">Se souvient, le voici qui dit: Paix à ces luttes!</div> -<div class="verse">Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes,</div> -<div class="verse">Une vierge a conçu, le monde est délié!</div> - -<div class="verse stanza">Ainsi Dieu parle par la voix de <i>sa</i> chapelle</div> -<div class="verse">Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois…</div> -<div class="verse">O Rome, ô Mère! Cri, geste qui nous rappelle</div> -<div class="verse">Sans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelle</div> -<div class="verse">Et triste le conseil pratique de la Croix.</div> - -<div class="verse stanza">—La nuit est de velours. L'estacade laissée</div> -<div class="verse">Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait,</div> -<div class="verse">Une route assez droite heureusement tracée</div> -<div class="verse">Guide jusque chez moi ma retraite pressée</div> -<div class="verse">Dans ce noir absolu sous le long bois muet.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p5">THERE</h3> - -<p class="c small">A ÉMILE LE BRUN</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">«Angels», seul coin luisant dans ce Londres du soir,</div> -<div class="verse">Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule,</div> -<div class="verse">C'est drôle que, semblable à tel très dur espoir,</div> -<div class="verse">Ton souvenir m'obsède et puissamment enroule</div> -<div class="verse">Autour de mon esprit un regret rouge et noir:</div> - -<div class="verse stanza">Devantures, chansons, omnibus et les danses</div> -<div class="verse">Dans le demi-brouillard où flue un goût de rhum,</div> -<div class="verse">Décence, toutefois, le souci des cadences,</div> -<div class="verse">Et même dans l'ivresse un certain décorum,</div> -<div class="verse">Jusqu'à l'heure où la brume et la nuit se font denses.</div> - -<div class="verse stanza">«Angels»! jours déjà loin, soleils morts, flots taris;</div> -<div class="verse">Mes vieux péchés longtemps ont rôdé par tes voies,</div> -<div class="verse">Tout soudain rougissant, misère! et tout surpris</div> -<div class="verse">De se plaire vraiment à tes honnêtes joies,</div> -<div class="verse">Eux pour tout le contraire arrivés de Paris!</div> - -<div class="verse stanza">Souvent l'incompressible Enfance ainsi se joue,</div> -<div class="verse">Fût-ce dans ce rapport infinitésimal,</div> -<div class="verse">Du monstre intérieur qui nous crispe la joue</div> -<div class="verse">Au froid ricanement de la haine et du mal,</div> -<div class="verse">Ou gonfle notre lèvre amère en lourde moue.</div> - -<div class="verse stanza">L'Enfance baptismale émerge du pécheur,</div> -<div class="verse">Inattendue, alerte, et nargue ce farouche</div> -<div class="verse">D'un sourire non sans franchise ou sans fraîcheur,</div> -<div class="verse">Qui vient, quoi qu'il en ait, se poser sur sa bouche</div> -<div class="verse">A lui, par un prodige exquisement vengeur.</div> - -<div class="verse stanza">C'est la Grâce qui passe aimable et nous fait signe.</div> -<div class="verse">O la simplicité primitive, elle encor!</div> -<div class="verse">Cher recommencement bien humble! Fuite insigne</div> -<div class="verse">De l'heure vers l'azur mûrisseur de fruits d'or!</div> -<div class="verse">«Angels»! ô nom <i>revu</i>, calme et frais comme un cygne!</div> -</div> - - -<h3 id="p3p6">UN CRUCIFIX</h3> - -<p class="c small">A GERMAIN NOUVEAU</p> - -<p class="lieu">Église Saint-Géry, Arras.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Au bout d'un bas-côté de l'église gothique,</div> -<div class="verse">Contre le mur que vient baiser le jour mystique</div> -<div class="verse">D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux,</div> -<div class="verse">Le Crucifix se dresse, ineffablement doux,</div> -<div class="verse">Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées,</div> -<div class="verse">Et la gloire d'or sombre en langues échancrées</div> -<div class="verse">Flue autour de la tête et des bras étendus,</div> -<div class="verse">Tels quatre vols de flamme en un seul confondus.</div> -<div class="verse">La statue est en bois, de grandeur naturelle,</div> -<div class="verse">Légèrement teintée, et l'on croirait sur elle</div> -<div class="verse">Voir s'arrêter la vie à l'instant qu'on la voit.</div> -<div class="verse">Merveille d'art pieux, celui qui la fit doit</div> -<div class="verse">N'avoir fait qu'elle et s'être éteint dans la victoire</div> -<div class="verse">D'être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire.</div> -<div class="verse">«Voilà l'homme!» Robuste et délicat pourtant.</div> -<div class="verse">C'est bien le corps qu'il faut pour avoir souffert tant,</div> -<div class="verse">Et c'est bien la poitrine où bat le Cœur immense:</div> -<div class="verse">Par les lèvres le souffle expirant dit: «Clémence»,</div> -<div class="verse">Tant l'artiste les a disjointes saintement,</div> -<div class="verse">Et les bras grands ouverts prouvent le Dieu clément;</div> -<div class="verse">La couronne d'épine est énorme et cruelle</div> -<div class="verse">Sur le front inclinant sa pâleur fraternelle</div> -<div class="verse">Vers l'ignorance humaine et l'erreur du pécheur,</div> -<div class="verse">Tandis que, pour noyer le scrupule empêcheur</div> -<div class="verse">D'aimer et d'espérer comme la Foi l'enseigne,</div> -<div class="verse">Les pieds saignent, les mains saignent, le côté saigne;</div> -<div class="verse">On sent qu'il s'offre au Père en toute charité,</div> -<div class="verse">Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté,</div> -<div class="verse">Pour spécialement sauver vos âmes tristes,</div> -<div class="verse">Pharisiens naïfs, sincères jansénistes!</div> -<div class="verse">—Un ami qui passait, bon peintre et bon chrétien</div> -<div class="verse">Et bon poète aussi—les trois s'accordent bien—</div> -<div class="verse">Vit cette œuvre sublime, en fit une copie</div> -<div class="verse">Exquise, et surprenant mon regard qui l'épie,</div> -<div class="verse">Très gracieusement chez moi vint l'oublier.</div> -<div class="verse">Et j'ai rimé ces vers pour le remercier.—</div> -</div> - -<p class="date">Août 1880</p> - - -<h3 id="p3p7">UN VEUF PARLE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Je vois un groupe sur la mer.</div> -<div class="verse i2">Quelle mer? Celle de mes larmes.</div> -<div class="verse i2">Mes yeux mouillés du vent amer</div> -<div class="verse i2">Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes</div> -<div class="verse i2">Sont deux étoiles sur la mer.</div> - -<div class="verse i2 stanza">C'est une toute jeune femme</div> -<div class="verse i2">Et son enfant déjà tout grand</div> -<div class="verse i2">Dans une barque où nul ne rame,</div> -<div class="verse i2">Sans mât ni voile, en plein courant…</div> -<div class="verse i2">Un jeune garçon, une femme!</div> - -<div class="verse i2 stanza">En plein courant dans l'ouragan!</div> -<div class="verse i2">L'enfant se cramponne à sa mère</div> -<div class="verse i2">Qui ne sait plus où, non plus qu'en…,</div> -<div class="verse i2">Ni plus rien, et qui, folle, espère</div> -<div class="verse i2">En le courant, en l'ouragan.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Espérez en Dieu, pauvre folle,</div> -<div class="verse i2">Crois en notre Père, petit.</div> -<div class="verse i2">La tempête qui vous désole,</div> -<div class="verse i2">Mon cœur de là-haut vous prédit</div> -<div class="verse i2">Qu'elle va cesser, petit, folle!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et paix au groupe sur la mer,</div> -<div class="verse i2">Sur cette mer de bonnes larmes!</div> -<div class="verse i2">Mes yeux joyeux dans le ciel clair,</div> -<div class="verse i2">Par cette nuit sans plus d'alarmes,</div> -<div class="verse i2">Sont deux bons anges sur la mer.</div> -</div> - -<p class="date">1878</p> - - -<h3 id="p3p8">IL PARLE ENCORE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Ni pardon ni répit, dit le monde,</div> -<div class="verse i1">Plus de place au sénat du loisir!</div> -<div class="verse i1">On rend grâce et justice au désir</div> -<div class="verse i1">Qui te prend d'une paix si profonde,</div> -<div class="verse i1">Et l'on eût fait trêve avec plaisir,</div> -<div class="verse i1">Mais la guerre est jalouse: il faut vivre</div> -<div class="verse i1">Ou mourir du combat qui t'enivre.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Aussi bien tes vœux sont absolus</div> -<div class="verse i1">Quand notre art est un mol équilibre.</div> -<div class="verse i1">Nous donnons un sens large au mot: libre,</div> -<div class="verse i1">Et ton sens va: Vite ou jamais plus.</div> -<div class="verse i1">Ta prière est un ordre qui vibre;</div> -<div class="verse i1">Alors nous, indolents conseilleurs,</div> -<div class="verse i1">Que te dire, excepté: Cherche ailleurs?</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et je vois l'Orgueil et la Luxure</div> -<div class="verse i1">Parmi la réponse: tel un cor</div> -<div class="verse i1">Dans l'éclat fané d'un vil décor,</div> -<div class="verse i1">Prêtant sa rage à la flûte impure.</div> -<div class="verse i1">Quel décor connu mais triste encor!</div> -<div class="verse i1">C'est la ville où se caille et se lie</div> -<div class="verse i1">Ce passé qu'on boit jusqu'à la lie,</div> - -<div class="verse i1 stanza">C'est Paris banal, maussade et blanc,</div> -<div class="verse i1">Qui chantonne une ariette vieille</div> -<div class="verse i1">En cuvant sa «noce» de la veille</div> -<div class="verse i1">Comme un invalide sur un banc.</div> -<div class="verse i1">La Luxure me dit à l'oreille:</div> -<div class="verse i1">Bonhomme, on vous a déjà donné.</div> -<div class="verse i1">Et l'Orgueil se tait comme un damné.</div> - -<div class="verse i1 stanza">O Jésus, vous voyez que la porte</div> -<div class="verse i1">Est fermée au Devoir qui frappait,</div> -<div class="verse i1">Et que l'on s'écarte à mon aspect.</div> -<div class="verse i1">Je n'ai plus qu'à prier pour la morte.</div> -<div class="verse i1">Mais l'agneau, bénissez qui le paît!</div> -<div class="verse i1">Que le thym soit doux à sa bouchette!</div> -<div class="verse i1">Que le loup respecte la houlette!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et puis, bon pasteur, paissez mon cœur:</div> -<div class="verse i1">Il est seul désormais sur la terre,</div> -<div class="verse i1">Et l'horreur de rester solitaire</div> -<div class="verse i1">Le distrait en l'étrange langueur</div> -<div class="verse i1">D'un espoir qui ne veut pas se taire,</div> -<div class="verse i1">Et l'appelle aux prés qu'il ne faut pas.</div> -<div class="verse i1">Donnez-lui de n'aller qu'en vos pas.</div> -</div> - -<p class="date">1879.</p> - - -<h3 id="p3p9">SAINT GRAAL</h3> - -<p class="c small">A LÉON BLOY</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Parfois je sens, mourant des temps où nous vivons,</div> -<div class="verse">Mon immense douleur s'enivrer d'espérance.</div> -<div class="verse">En vain l'heure honteuse ouvre des trous profonds,</div> -<div class="verse">En vain bâillent sous nous les désastres sans fonds</div> -<div class="verse">Pour engloutir l'abus de notre âpre souffrance,</div> -<div class="verse">Le sang de Jésus-Christ ruisselle sur la France.</div> - -<div class="verse stanza">Le précieux Sang coule à flots de ses autels</div> -<div class="verse">Non encor renversés, et coulerait encore</div> -<div class="verse">Le fussent-ils, et quand nos malheurs seraient tels</div> -<div class="verse">Que les plus forts, cédant à ces effrois mortels,</div> -<div class="verse">Eux-mêmes subiraient la loi qui déshonore,</div> -<div class="verse">De l'ombre des cachots il jaillirait encore,</div> - -<div class="verse stanza">Il coulerait encor des pierres des cachots,</div> -<div class="verse">Descellerait l'horreur des ciments, doux et rouge</div> -<div class="verse">Suintement, torrent patient d'oraisons,</div> -<div class="verse">D'expiation forte et de bonnes raisons</div> -<div class="verse">Contre les lâchetés et les «feux sur qui bouge!»</div> -<div class="verse">Et toute guillotine et cette Gueuse rouge…!</div> - -<div class="verse stanza">Torrent d'amour du Dieu d'amour et de douceur,</div> -<div class="verse">Fût-ce parmi l'horreur de ce monde moqueur,</div> -<div class="verse">Fleuve rafraîchissant de feu qui désaltère,</div> -<div class="verse">Source vive où s'en vient ressusciter le cœur</div> -<div class="verse">Même de l'assassin, même de l'adultère,</div> -<div class="verse">Salut de la patrie, ô sang qui désaltère!</div> -</div> - - -<h3 id="p3p10">ANGÉLUS DE MIDI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Je suis dur comme un juif et têtu comme lui,</div> -<div class="verse">Littéral, ne faisant le bien qu'avec ennui,</div> -<div class="verse">Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible;</div> - -<div class="verse stanza">Mon esprit s'ouvre et s'offre, on dirait une cible;</div> -<div class="verse">Je ne puis plus compter les chutes de mon cœur;</div> -<div class="verse">La charité se fane aux doigts de la langueur;</div> - -<div class="verse stanza">L'ennemi m'investit d'un fossé d'eau dormante;</div> -<div class="verse">Un parti de mon être a peur et parlemente:</div> -<div class="verse">Il me faut à tout prix un secours prompt et fort.</div> - -<div class="verse stanza">Ce fort secours, c'est vous, maîtresse de la mort</div> -<div class="verse">Et reine de la vie, ô Vierge immaculée,</div> -<div class="verse">Qui tendez vers Jésus la Face constellée</div> -<div class="verse">Pour lui montrer le Sein de toutes les douleurs</div> -<div class="verse">Et tendez vers nos pas, vers nos ris, vers nos pleurs</div> -<div class="verse">Et vers nos vanités douloureuses les paumes</div> -<div class="verse">Lumineuses, les Mains répandeuses de baumes.</div> -<div class="verse">Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien</div> -<div class="verse">Dans le chaste combat du Sage et du Chrétien;</div> -<div class="verse">Priez pour mon courage et pour qu'il persévère,</div> -<div class="verse">Pour de la patience, en cette longue guerre,</div> -<div class="verse">A supporter le froid et le chaud des saisons;</div> -<div class="verse">Écartez le fléau des mauvaises raisons;</div> -<div class="verse">Rendez-moi simple et fort, inaccessible aux larmes,</div> -<div class="verse">Indomptable à la peur; mettez-moi sous les armes,</div> -<div class="verse">Que j'écrase, puisqu'il le faut, et broie enfin</div> -<div class="verse">Tous les vains appétits, et la soif et la faim,</div> -<div class="verse">Et l'amour sensuel, cette chose cruelle,</div> -<div class="verse">Et la haine encore plus cruelle et sensuelle,</div> -<div class="verse">Faites-moi le soldat rapide de vos vœux,</div> -<div class="verse">Que pour vous obéir soit le rien que je peux.</div> -<div class="verse">Que ce que vous voulez soit tout ce que je puisse!</div> -<div class="verse">J'immolerai comme en un calme sacrifice</div> -<div class="verse">Sur votre autel honni jadis, baisé depuis,</div> -<div class="verse">Le mauvais que je fus, le lâche que je suis.</div> -<div class="verse">La sale vanité de l'or qu'on a, l'envie</div> -<div class="verse">D'en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie</div> -<div class="verse">Pour soi, quel soi! l'affreux besoin de plaire aux gens,</div> -<div class="verse">L'affreux besoin de plaire aux gens trop indulgents,</div> -<div class="verse">Hommes prompts aux complots, femmes tôt adultères,</div> -<div class="verse">Tous préjugés, mourez sous mes mains militaires!</div> -<div class="verse">Mais pour qu'un bien beau fruit récompense ma paix,</div> -<div class="verse">Fleurisse dans tout moi la fleur des divins Mais,</div> -<div class="verse">Votre amour, Mère tendre, et votre culte tendre.</div> -<div class="verse">Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre</div> -<div class="verse">A lui qu'en vous sans plus aucun détour subtil,</div> -<div class="verse">Et mourir avec vous tout près.</div> - -<div class="verse i8 stanza">Ainsi soit-il!</div> -</div> - - -<h3 id="p3p11">A VICTOR HUGO</h3> - -<p class="c small">EN LUI ENVOYANT «SAGESSE»</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu</div> -<div class="verse">Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire:</div> -<div class="verse">Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,</div> -<div class="verse">Votre œuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.</div> - -<div class="verse stanza">Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu.</div> -<div class="verse">J'aime Dieu, son Église, et ma vie est de croire</div> -<div class="verse">Tout ce que vous tenez, hélas! pour dérisoire,</div> -<div class="verse">Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.</div> - -<div class="verse stanza">J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.</div> -<div class="verse">Tout petit que je suis j'avais aussi le droit</div> -<div class="verse">D'une évolution, la bonne, la dernière.</div> - -<div class="verse stanza">Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit</div> -<div class="verse">L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine,</div> -<div class="verse">Car vous me fûtes doux en des heures de peine.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p12">SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE</h3> - -<p class="c small">JOUR DE LA CANONISATION</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Comme l'Église est bonne en ce siècle de haine,</div> -<div class="verse">D'orgueil et d'avarice et de tous les péchés,</div> -<div class="verse">D'exalter aujourd'hui le caché des cachés,</div> -<div class="verse">Le doux entre les doux à l'ignorance humaine</div> - -<div class="verse stanza">Et le mortifié sans pair que la Foi mène,</div> -<div class="verse">Saignant de pénitence et blanc d'extase, chez</div> -<div class="verse">Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,</div> -<div class="verse">Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,</div> - -<div class="verse stanza">Comme un autre Alexis, comme un autre François,</div> -<div class="verse">Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois</div> -<div class="verse">Pratiquant la douceur, l'horreur de l'Évangile!</div> - -<div class="verse stanza">Et pour ainsi montrer au monde qu'il a tort</div> -<div class="verse">Et que les pieds crus d'or et d'argent sont d'argile,</div> -<div class="verse">Comme l'Église est tendre et que Jésus est fort!</div> -</div> - - -<h3 id="p3p13">PARABOLES</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien</div> -<div class="verse">Dans ces temps de féroce ignorance et de haine;</div> -<div class="verse">Mais donnez-moi la force et l'audace sereine</div> -<div class="verse">De vous être à toujours fidèle comme un chien,</div> - -<div class="verse stanza">De vous être l'agneau destiné qui suit bien</div> -<div class="verse">Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine,</div> -<div class="verse">Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine,</div> -<div class="verse">Au maître, quand il veut utiliser ce bien,</div> - -<div class="verse stanza">Le poisson, pour servir au Fils de monogramme,</div> -<div class="verse">L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta,</div> -<div class="verse">Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta.</div> - -<div class="verse stanza">Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme,</div> -<div class="verse">En ces temps de révolte et de duplicité</div> -<div class="verse">Fait son humble devoir avec simplicité.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p14">SONNET HÉROIQUE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La Gueule parle: «L'or, et puis encore l'or,</div> -<div class="verse">Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,</div> -<div class="verse">Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande</div> -<div class="verse">Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor!»</div> - -<div class="verse stanza">La Panse dit: «A moi la chute du trésor!</div> -<div class="verse">La viande, et les vins fins, et l'or, toute provende,</div> -<div class="verse">A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande</div> -<div class="verse">Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor!»</div> - -<div class="verse stanza">L'œil est de pur cristal dans les suifs de la face:</div> -<div class="verse">Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,</div> -<div class="verse">Seule perfection parmi tous les défauts.</div> - -<div class="verse stanza">L'Ame attend vainement un remords efficace,</div> -<div class="verse">Et dans l'impénitence agonise de faim</div> -<div class="verse">Et de soif, et sanglote en pensant à <span class="sc">La Fin</span>.</div> -</div> - - -<h3 id="p3p15">PENSÉE DU SOIR</h3> - -<p class="c small">A ERNEST RAYNAUD</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil,</div> -<div class="verse">Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil,</div> -<div class="verse">Ou bien errant, semblable aux formes que suscite</div> -<div class="verse">Le rêve, par l'horreur du paysage scythe,</div> -<div class="verse">Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux,</div> -<div class="verse">S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus,</div> -<div class="verse">Le poète de l'art d'Aimer, le tendre Ovide</div> -<div class="verse">Embrasse l'horizon d'un long regard avide</div> -<div class="verse">Et contemple la mer immense tristement.</div> - -<div class="verse stanza">Le cheveu poussé rare et gris que le tourment</div> -<div class="verse">Des bises va mêlant sur le front qui se plisse,</div> -<div class="verse">L'habit troué livrant la chair au froid, complice,</div> -<div class="verse">Sous l'aigreur du sourcil tordu, l'œil terne et las,</div> -<div class="verse">La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas!</div> -<div class="verse">Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire</div> -<div class="verse">Disent une sinistre et lamentable histoire</div> -<div class="verse">D'amour excessif, d'âpre envie et de fureur</div> -<div class="verse">Et quelque responsabilité d'Empereur.</div> -<div class="verse">Ovide morne pense à Rome et puis encore</div> -<div class="verse">A Rome que sa gloire illusoire décore.</div> - -<div class="verse stanza">Or, Jésus! vous m'avez justement obscurci:</div> -<div class="verse">Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">BONHEUR</h2> - - -<h3 id="p4p1">I</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'incroyable, l'unique horreur de pardonner,</div> -<div class="verse">Quand l'offense et le tort ont eu cette envergure,</div> -<div class="verse">Est un royal effort qui peut faire figure</div> -<div class="verse">Pour le souci de plaire et le soin d'étonner;</div> - -<div class="verse stanza">L'orgueil, qu'il faut, se doit prévaloir sans scrupule</div> -<div class="verse">Et s'endormir pur, fort des péchés expiés,</div> -<div class="verse">Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds</div> -<div class="verse">Sur cette humanité toute honte et crapule</div> - -<div class="verse stanza">Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut</div> -<div class="verse">Au cœur qu'un rien émeut, tel sous des doigts un luth,</div> -<div class="verse">Faire un peu de repos dans l'entier sacrifice.</div> - -<div class="verse stanza">Paix à ce cœur enfin de bonne volonté</div> -<div class="verse">Qui ne veut battre plus que vers la Charité,</div> -<div class="verse">Et que votre plaisir, ô Jésus, s'assouvisse.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p2">II</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">La vie est bien sévère</div> -<div class="verse i3">A cet homme trop gai:</div> -<div class="verse i3">Plus le vin dans le verre</div> -<div class="verse i3">Pour le sang fatigué,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Plus l'huile dans la lampe</div> -<div class="verse i3">Pour les yeux et la main,</div> -<div class="verse i3">Plus l'envieux qui rampe</div> -<div class="verse i3">Pour l'orgueil surhumain,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Plus l'épouse choisie</div> -<div class="verse i3">Pour vivre et pour mourir,</div> -<div class="verse i3">En qui l'on s'extasie</div> -<div class="verse i3">Pour s'aider à souffrir,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Hélas! et plus les femmes</div> -<div class="verse i3">Pour le cœur et la chair,</div> -<div class="verse i3">Plus la Foi, sel des âmes,</div> -<div class="verse i3">Pour la peur de l'Enfer,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Et ni plus l'Espérance</div> -<div class="verse i3">Pour le ciel mérité</div> -<div class="verse i3">Par combien de souffrance!</div> -<div class="verse i3">Rien. Si. La Charité.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Le pardon des offenses</div> -<div class="verse i3">Comme un déchirement,</div> -<div class="verse i3">L'abandon des vengeances</div> -<div class="verse i3">Comme un délaissement,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Changer au mieux le pire,</div> -<div class="verse i3">A la méchanceté</div> -<div class="verse i3">Déployant son empire,</div> -<div class="verse i3">Opposer la bonté,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Peser, se rendre compte.</div> -<div class="verse i3">Faire la part de tous,</div> -<div class="verse i3">Boire la bonne honte,</div> -<div class="verse i3">Être toujours plus doux…</div> - -<div class="verse i3 stanza">Quelque chaleur va luire</div> -<div class="verse i3">Pour le cœur fatigué,</div> -<div class="verse i3">La vie enfin sourire</div> -<div class="verse i3">A cet homme trop gai.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Et puisque je pardonne,</div> -<div class="verse i3">Mon Dieu, pardonnez-moi,</div> -<div class="verse i3">Ornant l'âme enfin bonne</div> -<div class="verse i3">D'espérance et de foi.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p3">III</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Après la chose faite, après le coup porté</div> -<div class="verse">Après le joug très dur librement accepté,</div> -<div class="verse">Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre,</div> -<div class="verse">Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire,</div> -<div class="verse">Après la bonne haine et la chère rancœur,</div> -<div class="verse">Le rêve de tenir, implacable vainqueur,</div> -<div class="verse">Les ennemis du cœur et de l'âme et les autres;</div> -<div class="verse">De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres</div> -<div class="verse">De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher,</div> -<div class="verse">Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher!</div> -<div class="verse">Alors on est content comme au sortir d'un rêve,</div> -<div class="verse">On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève</div> -<div class="verse">Un abcès de sottise et d'erreur, et voici</div> -<div class="verse">Que de l'éternité, symbole en raccourci</div> -<div class="verse">Toute une plénitude afflue, alme et s'installe,</div> -<div class="verse">L'être palpite entier dans la forme totale,</div> -<div class="verse">Et la chair est moins faible et l'esprit moins prompt;</div> -<div class="verse">Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront</div> -<div class="verse">Le lys du faire pur, celui du chaste dire,</div> -<div class="verse">Et, si daigne Jésus, la rose du martyre.</div> -<div class="verse">Alors on trouve, ô Dieu si lent à vous venger,</div> -<div class="verse">Combien doux est le joug et le fardeau léger!</div> - -<div class="verse stanza">Charité, la plus forte entre toutes les Forces,</div> -<div class="verse">Tu veux dire, saint piège aux célestes amorces,</div> -<div class="verse">Les mains tendres du fort, de l'heureux et du grand</div> -<div class="verse">Autour du sort plaintif du faible et du souffrant.</div> -<div class="verse">Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie</div> -<div class="verse">Ou jaloux, et ton nom encore signifie</div> -<div class="verse">Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement,</div> -<div class="verse">Et ce tact virginal, et l'ange exactement!</div> -<div class="verse">Mais l'ange est innocent, essence bienheureuse,</div> -<div class="verse">Il n'a point à passer par notre vie affreuse</div> -<div class="verse">Et toi, Vertu sans pair, presqu'Une, n'es-tu pas</div> -<div class="verse">Humaine en même temps que divine, ici-bas?</div> -<div class="verse">Aussi la conscience a dû, pour des fins sûres,</div> -<div class="verse">Surtout sentir en toi le pardon des injures.</div> - -<div class="verse stanza">Par toi nous devenons semblables à Jésus</div> -<div class="verse">Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus,</div> -<div class="verse">Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Rome,</div> -<div class="verse">A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme,</div> -<div class="verse">N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté,</div> -<div class="verse">Et, par Lui, tu nous fais croire en l'éternité.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p4">IV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">De plus, cette ignorance de Vous!</div> -<div class="verse i1">Avoir des yeux et ne pas vous voir,</div> -<div class="verse i1">Une âme et ne pas vous concevoir.</div> -<div class="verse i1">Un esprit sans nouvelles de Vous!</div> - -<div class="verse i1 stanza">O temps, ô mœurs qu'il en soit ainsi,</div> -<div class="verse i1">Et que ce vase de belles fleurs,</div> -<div class="verse i1">Qu'un tel vase, précieux d'ailleurs,</div> -<div class="verse i1">De la plus belle se passe ainsi!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Religion, unique raison,</div> -<div class="verse i1">Et seule règle et loi, piété,</div> -<div class="verse i1">Rien, là, de vous n'a jamais été,</div> -<div class="verse i1">Pas un penser juste, une oraison!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Aussi cette ignorance de tout!</div> -<div class="verse i1">Et de soi-même, droits et devoirs</div> -<div class="verse i1">Et des autres, leurs justes pouvoirs,</div> -<div class="verse i1">Leur action légitime et tout!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Jusqu'à méconnaître en moi quel nom,</div> -<div class="verse i1">Quel titre augural et de par Dieu!</div> -<div class="verse i1">Et six ans passés à plaire à Dieu,</div> -<div class="verse i1">Vertu réelle, effort bel et bon!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Jusqu'à ne pas se douter vraiment</div> -<div class="verse i1">Du tour affreux et plus que cruel</div> -<div class="verse i1">Qu'un sot grief, à peine réel,</div> -<div class="verse i1">Inflige à ses revanches vraiment.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Éclairez ces ténèbres de mort,</div> -<div class="verse i1">C'est votre créature après tout.</div> -<div class="verse i1">L'ignorance invincible l'absout.</div> -<div class="verse i1">Bah! claire et bonne lui soit la mort.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p5">V</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'homme pauvre de cœur est-il si rare, en somme?</div> -<div class="verse">Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme,</div> -<div class="verse">Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui,</div> -<div class="verse">Ou le seront quand l'heure opportune aura lui.</div> -<div class="verse">Conçus dans l'agonie épuisée et plaintive</div> -<div class="verse">De deux désirs que, seul, un feu brutal avive,</div> -<div class="verse">Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi,</div> -<div class="verse">Qu'une larme de quoi! que pleure quoi! dans quoi!</div> -<div class="verse">Nés parmi la douleur, le sang et la sanie</div> -<div class="verse">Nus, de corps sans instinct et d'âme sans génie</div> -<div class="verse">Pour grandir et souffrir par l'âme et par le corps,</div> -<div class="verse">Vivant au jour le jour, bernés de vœux discors,</div> -<div class="verse">Pour mourir dans l'horreur fatale et la détresse,</div> -<div class="verse">Quoi de nous, dès qu'en nous la question se dresse?</div> -<div class="verse">Quoi? qu'un être capable au plus de moins que peu</div> -<div class="verse">En dehors du besoin d'aimer et de voir Dieu</div> -<div class="verse">Et quelque chose, au front, du fond du cœur te monte</div> -<div class="verse">Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,</div> -<div class="verse">Quelque chose, on dirait, d'encore incomplété,</div> -<div class="verse">Mais dont la Charité ferait l'Humilité.</div> -<div class="verse">Lors, à quelqu'un vraiment de nature ingénue</div> -<div class="verse">Sa conscience n'a qu'à dire: continue,</div> -<div class="verse">Si la chair n'arrivait à son tour, en disant:</div> -<div class="verse">Arrête, et c'est la guerre en ce juste à présent.</div> -<div class="verse">Mais tout n'est pas perdu malgré le coup si rude:</div> -<div class="verse">Car la chair avant tout est chose d'habitude,</div> -<div class="verse">Elle peut se plier et doit s'acclimater.</div> -<div class="verse">C'est son droit, son devoir, la loi de la mater</div> -<div class="verse">Selon les strictes lois de la bonne nature.</div> -<div class="verse">Or la nature est simple, elle admet la culture,</div> -<div class="verse">Elle procède avec douceur, calme et lenteur.</div> -<div class="verse">Ton corps est un lutteur, fais-le vivre en lutteur,</div> -<div class="verse">Sobre et chaste abhorrant, l'excès de toute sorte,</div> -<div class="verse">Femme qui le détourne et vin qui le transporte</div> -<div class="verse">Et la paresse pire encore que l'excès.</div> -<div class="verse">Enfin pacifié, puis apaisé,—tu sais</div> -<div class="verse">Quels sacrements il faut pour cette tâche intense,</div> -<div class="verse">Et c'est l'Eucharistie après la Pénitence,—</div> -<div class="verse">Ce corps allégé, libre et presque glorieux,</div> -<div class="verse">Dûment redevenu, dûment laborieux,</div> -<div class="verse">Va se rompre au plutôt, s'assouplir au service</div> -<div class="verse">De ton esprit d'amour, d'offre et de sacrifice,</div> -<div class="verse">Subira les saisons et les privations,</div> -<div class="verse">Enfin sera le temple embaumé d'actions</div> -<div class="verse">De grâce, d'encens pur et de vertus chrétiennes,</div> -<div class="verse">Et tout retentissant de psaumes et d'antiennes</div> -<div class="verse">Qu'habite l'Esprit-Saint et que daigne Jésus</div> -<div class="verse">Visiter comparable aux bons rois bien reçus.</div> -<div class="verse">De ce moment, toi, pauvre avec pleine assurance,</div> -<div class="verse">Après avoir prié pour la persévérance,</div> -<div class="verse">Car, docte charité tout d'abord pense à soi,</div> -<div class="verse">Puise au gouffre infini de la Foi—plus de foi—</div> -<div class="verse">Que jamais et présente à Dieu ton vœu bien tendre,</div> -<div class="verse">Bien ardent, bien formel et de voir et d'entendre</div> -<div class="verse">Les hommes t'imiter, même te dépasser</div> -<div class="verse">Dans la course au salut, et pour mieux les pousser</div> -<div class="verse">A ces fins que le ciel en extase contemple,</div> -<div class="verse">Bien humble, (souviens-toi!) prêcheur, prêche d'exemple!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p6">VI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Bon pauvre, ton vêtement est léger</div> -<div class="verse i4">Comme une brume,</div> -<div class="verse i1">Oui, mais aussi ton cœur, il est léger</div> -<div class="verse i4">Comme une plume,</div> -<div class="verse i1">Ton libre cœur qui n'a qu'à plaire à Dieu,</div> -<div class="verse i4">Ton cœur bien quitte</div> -<div class="verse i1">De toute dette humaine, en quelque lieu</div> -<div class="verse i4">Que l'homme habite,</div> -<div class="verse i1">Ta part de plaisir et d'aise paraît</div> -<div class="verse i4">Peu suffisante.</div> -<div class="verse i1">Ta conscience, en revanche, apparaît</div> -<div class="verse i4">Satisfaisante,</div> -<div class="verse i1">Ta conscience que, précisément,</div> -<div class="verse i4">Tes malheurs mêmes</div> -<div class="verse i1">Ont dégagée, en ce juste moment,</div> -<div class="verse i4">Des soins suprêmes.</div> -<div class="verse i1">Ton boire et ton manger sont, je le crains,</div> -<div class="verse i4">Tristes et mornes;</div> -<div class="verse i1">Seulement ton corps faible a, dans ses reins,</div> -<div class="verse i4">Sans fin ni bornes,</div> -<div class="verse i1">Des forces d'abstinence et de refus</div> -<div class="verse i4">Très glorieuses,</div> -<div class="verse i1">Et des ailes vers les cieux entrevus</div> -<div class="verse i4">Impérieuses.</div> -<div class="verse i1">Ta tête, franche de mets et de vin,</div> -<div class="verse i4">Toute pensée,</div> -<div class="verse i1">Tout intellect, conforme au plan divin,</div> -<div class="verse i4">Haut redressée,</div> -<div class="verse i1">Ta tête est prête à tout enseignement</div> -<div class="verse i4">De la parole</div> -<div class="verse i1">Et, de l'exemple de Jésus clément</div> -<div class="verse i4">Et bénévole.</div> -<div class="verse i1">Et de Jésus terrible, prêt au pleur</div> -<div class="verse i4">Qu'il faut qu'on verse,</div> -<div class="verse i1">A l'affront vil qui poigne, à la douleur</div> -<div class="verse i4">Lente qui perce,</div> -<div class="verse i1">Le monde pour toi seul, le monde affreux</div> -<div class="verse i4">Devient possible,</div> -<div class="verse i1">T'environnant, toi qu'il croit malheureux,</div> -<div class="verse i4">D'oubli paisible,</div> -<div class="verse i1">Même t'ayant d'étonnantes douceurs</div> -<div class="verse i4">Et ces caresses!</div> -<div class="verse i1">Les femmes qui sont parfois d'âpres sœurs,</div> -<div class="verse i4">D'aigres maîtresses,</div> -<div class="verse i1">Et de douloureux compagnons toujours</div> -<div class="verse i4">Ou toujours presque,</div> -<div class="verse i1">Te jaugeant malfringant, aux gestes lourds,</div> -<div class="verse i4">Un peu grotesque,</div> -<div class="verse i1">Tout à fait incapable de n'aimer</div> -<div class="verse i4">Qu'à les voir belles.</div> -<div class="verse i1">Qu'à les trouver bonnes et de n'aimer</div> -<div class="verse i4">Qu'elles en elles,</div> -<div class="verse i1">Et le pesant si léger que ce n'est</div> -<div class="verse i4">Rien de le dire,</div> -<div class="verse i1">Te dispenseront, tous comptes au net,</div> -<div class="verse i4">De leur sourire.</div> -<div class="verse i1">Et te voilà libre, à dîner, en roi.</div> -<div class="verse i4">Seul à ta table,</div> -<div class="verse i1">Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi,</div> -<div class="verse i4">Plus détestable?</div> -<div class="verse i1">L'assassin, l'escroc et l'humble voleur</div> -<div class="verse i4">Qui n'y voient guère</div> -<div class="verse i1">De nuance, t'épargnent comme leur</div> -<div class="verse i4">Plus jeune frère.</div> -<div class="verse i1">Des vertus surérogatoires, la</div> -<div class="verse i4">Prudence humaine,</div> -<div class="verse i1">(L'autre, la cardinale, ah! celle-là</div> -<div class="verse i4">Que Dieu t'y mène!)</div> -<div class="verse i1">L'amabilité, l'affabilité</div> -<div class="verse i4">Quasi célestes,</div> -<div class="verse i1">Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté,</div> -<div class="verse i4">Franches, modestes,</div> -<div class="verse i1">Nimbent le destin, que Dieu te voulut</div> -<div class="verse i4">Tendre et sévère,</div> -<div class="verse i1">Dans l'intérêt surtout de ton salut,</div> -<div class="verse i4">A bien parfaire</div> -<div class="verse i1">Et pour ange contre le lourd méchant</div> -<div class="verse i4">Toujours stupide</div> -<div class="verse i1">La clairvoyance te guide en marchant,</div> -<div class="verse i4">Fine et rapide,</div> -<div class="verse i1">La clairvoyance, qui n'est pas du tout</div> -<div class="verse i4">La Méfiance</div> -<div class="verse i1">Et qui plutôt serait pour sommer tout,</div> -<div class="verse i4">La Prévoyance,</div> -<div class="verse i1">Élicitant les gens de prime-saut</div> -<div class="verse i4">Sous les grimaces</div> -<div class="verse i1">Faisant sortir la sottise du sot,</div> -<div class="verse i4">Trouvant des traces.</div> -<div class="verse i1">Et médusant la curiosité</div> -<div class="verse i4">De l'hypocrite</div> -<div class="verse i1">Par un regard entre les yeux planté</div> -<div class="verse i4">Qui brûle vite…</div> -<div class="verse i1">Et s'il ose rester des ennemis</div> -<div class="verse i4">A ta misère,</div> -<div class="verse i1">Pardonne-leur, ainsi que l'a promis</div> -<div class="verse i4">Ton Notre-Père…</div> -<div class="verse i1">Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui,</div> -<div class="verse i4">Prends cette avance.</div> -<div class="verse i1">Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui</div> -<div class="verse i4">Seul qu'on offense.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p7">VII</h3> - -<div class="date"><i>Écrit en 1888.</i></div> -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière</div> -<div class="verse">M'a logé cette fois, peut-être la dernière</div> -<div class="verse">Et la dernière c'est la bonne—à l'hôpital!</div> -<div class="verse">De mon rêve à ceci le réveil est brutal</div> -<div class="verse">Mais explicable par le fait d'une voleuse,</div> -<div class="verse">(Dont l'histoire posthume est, dit-on, graveleuse)</div> -<div class="verse">Du fait d'un rhumatisme aussi, moindre détail;</div> -<div class="verse">Puis d'un gîte où l'on est qu'importe le portail?</div> -<div class="verse">J'y suis, j'y vis. «Non, j'y végète», on rectifie;</div> -<div class="verse">On se trompe. J'y vis dans le strict de la vie,</div> -<div class="verse">Le pain qu'il faut, pas trop de vin, et mieux couché!</div> -<div class="verse">Évidemment j'expie un très ancien péché</div> -<div class="verse">(Très ancien?) dont mon sang a des fois la secousse,</div> -<div class="verse">Et la pénitence est relativement douce</div> -<div class="verse">Dans le martyrologe et sur l'armorial</div> -<div class="verse">Des poètes, peut-être un peu proverbial.</div> -<div class="verse">C'est un lieu comme un autre, on en prend l'habitude:</div> -<div class="verse">A prison bonne enfant longanime Latude.</div> -<div class="verse">Sans compter qu'au rimeur, pour en parler, alors!</div> -<div class="verse">Pauvre et fier, il ne reste qu'à mourir dehors</div> -<div class="verse">Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices,</div> -<div class="verse">Et mourir pour mourir, Muse qui me respices,</div> -<div class="verse">Autant le faire ici qu'ailleurs, et même mieux,</div> -<div class="verse">Sinon qu'ici l'on est tout «laïque», les vieux</div> -<div class="verse">Abus sont réformés et le «citoyen», libre!</div> -<div class="verse">Et fort! doit, ou l'État perdrait son équilibre,</div> -<div class="verse">Avec ça qu'il n'est pas à cheval sur un pal!—</div> -<div class="verse">Mourir dans les bras du Conseil Municipal,</div> -<div class="verse">Mal rassurante et pas assez édifiante</div> -<div class="verse">Conclusion pour tel, qu'un vœu mystique hante,</div> -<div class="verse">Moi par exemple, j'en forme l'aveu sans fard,</div> -<div class="verse">Me dût-on traiter d'âne ou d'impudent cafard.</div> -<div class="verse">La conversation, dans ce modeste asile,</div> -<div class="verse">Ne m'est pas autrement pénible et difficile!</div> -<div class="verse">Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots,</div> -<div class="verse">Du moins ont conservé, malgré tous les assauts</div> -<div class="verse">Que «l'Instruction» livre à leur tête obsédée,</div> -<div class="verse">Quelque saveur encor de parole et d'idée;</div> -<div class="verse">La Révolution, qu'il faut toujours citer</div> -<div class="verse">Et condamner, n'a pu complètement gâter</div> -<div class="verse">Leur trivialité non sans grâce et sincère.</div> -<div class="verse">Même je les préfère aux mufles de ma sphère</div> -<div class="verse">Certes! et je subis leur choc sans trop d'émoi.</div> -<div class="verse">Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi</div> -<div class="verse">Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires</div> -<div class="verse">A (comme moi) des espèces de solitaires,</div> -<div class="verse">Espèce de couvent moins cet espoir chrétien!</div> -<div class="verse">Le monde est tel qu'ici je n'ai besoin de rien</div> -<div class="verse">Et que j'y resterais, ma foi, toute ma vie,</div> -<div class="verse">Sans grands jaloux, j'espère, et pour sûr, sans envie!</div> -<div class="verse">Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut,</div> -<div class="verse">Je n'avais quelque chose à faire, que Dieu veut.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p8">VIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde.</div> - -<div class="verse stanza">Ah! soyez ce que pense une foule bavarde</div> -<div class="verse">Ou ce que le penseur lui-même dit de vous.</div> -<div class="verse">Bassement orgueilleux, haineusement jaloux,</div> -<div class="verse">Avares, impurs, durs, la vérité vous garde.</div> -<div class="verse">Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde</div> -<div class="verse">Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau,</div> -<div class="verse">Tant la doctrine exacte et du Bien et du Beau</div> -<div class="verse">Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes.</div> -<div class="verse">Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes</div> -<div class="verse">Ou guindés vers l'honneur pharisaïque alors,</div> -<div class="verse">Qu'importe, si Jésus, plus fort que des cœurs morts,</div> -<div class="verse">Règne par vos dehors du reste incontestables?</div> -<div class="verse">Cultes respectueux, formules respectables,</div> -<div class="verse">Un emploi libéral et franc des Sacrements</div> -<div class="verse">(Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements,</div> -<div class="verse">Parmi plus d'une bonne et délicate chose,</div> -<div class="verse">Laissé tomber l'affreux jansénisme morose)</div> -<div class="verse">Et ce seul mot sur votre enseigne: Charité!</div> -<div class="verse">Mal gracieux, sans goût aucun, même affecté,</div> -<div class="verse">Pour si peu que ce soit d'art et de poésie,</div> -<div class="verse">Incapables d'un bout de lecture choisie,</div> -<div class="verse">D'un regard attentif, d'une oreille en arrêt</div> -<div class="verse">Pis qu'inconsciemment hostiles, on dirait,</div> -<div class="verse">A tout ce qui, dans l'homme et fleurit et s'allume,</div> -<div class="verse">Plus lourds que les marteaux et plus lourds qu'une enclume.</div> -<div class="verse">Sans même l'étincelle et le bruit triomphant,</div> -<div class="verse">Que fait? si Jésus a, pour séduire l'enfant</div> -<div class="verse">Et le sage qu'est l'homme en sa double énergie,</div> -<div class="verse">Votre théologie et votre liturgie?</div> -<div class="verse">D'ailleurs maints d'entre vous, troupeau trié déjà,</div> -<div class="verse">Valent mieux que le monde autour qui vous jugea,</div> -<div class="verse">Lisent clair, visent droit, entendent net en somme,</div> -<div class="verse">Vivent et pensent, plus que non pas un autre homme,</div> -<div class="verse">Que tels, mes chers lecteurs, que moi cet écrivain,</div> -<div class="verse">Tant leur science est courte et tant mon art est vain!</div> -<div class="verse">C'est vrai qu'il sort de vous, comme de votre Maître,</div> -<div class="verse">Quand même une vertu qui vous fait reconnaître.</div> -<div class="verse">Elle offusque les sots, ameute les méchants,</div> -<div class="verse">Remplis les bons d'émois révérents et touchants,</div> -<div class="verse">Force indéfinissable ayant de tout en elle,</div> -<div class="verse">Comme surnaturelle et comme naturelle,</div> -<div class="verse">Mystérieuse et dont vous allez investis,</div> -<div class="verse">Grands par comparaison chez les peuples petits.</div> -<div class="verse">Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes</div> -<div class="verse">Les choses qu'il faut être en l'affre de vos routes.</div> -<div class="verse">Si vous ne l'êtes pas, du moins vous paraissez</div> -<div class="verse">Tels qu'il faut et semblez dans ce zèle empressés,</div> -<div class="verse">Poussant votre industrie et votre économie,</div> -<div class="verse">Depuis la sainteté jusqu'à la bonhomie.</div> - -<div class="verse stanza">Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité!</div> -<div class="verse">Bonhomie, on doit dire en chœur, et sainteté!</div> -<div class="verse">Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence,</div> -<div class="verse">Mais c'est surtout ce siècle et surtout cette France,</div> -<div class="verse">Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu?</div> -<div class="verse">Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu,</div> -<div class="verse">Seul bienfait apparent de la grâce invisible</div> -<div class="verse">Sur la France insensée et le siècle insensible,</div> -<div class="verse">Siècle de fer et France, hélas! toute de nerfs,</div> -<div class="verse">France d'où détalant partout comme des cerfs,</div> -<div class="verse">Les principes, respect, l'honneur de sa parole,</div> -<div class="verse">Famille, probité, filent en bande folle,</div> -<div class="verse">Siècle d'âpreté juive et d'ennuis protestants,</div> -<div class="verse">Noyant tout, le superbe et l'exquis des instants,</div> -<div class="verse">Au remous gris de mers de chiffres et de phrases.</div> -<div class="verse">Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,</div> -<div class="verse">Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu'au jour,</div> -<div class="verse">Jusqu'à l'heure du cœur expirant vers l'amour</div> -<div class="verse">Divin, pour refleurir éternel dans la même</div> -<div class="verse">Charité loin de cette épreuve froide et blême.</div> -<div class="verse">Et puis, en la minute obscure des adieux,</div> -<div class="verse">Flambez, torches d'encens, et rallumez nos yeux</div> -<div class="verse">A l'unique Beauté, toute bonne et puissante,</div> -<div class="verse">Brûlez ce qui n'est plus la prière innocente,</div> -<div class="verse">L'aspiration sainte et le repentir vrai!</div> - -<div class="verse stanza">Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p9">IX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Guerrière, militaire et virile en tout point,</div> -<div class="verse">La sainte Chasteté que Dieu voit la première,</div> -<div class="verse">De toutes les vertus marchant dans sa lumière</div> -<div class="verse">Après la Charité distante presque point,</div> - -<div class="verse stanza">Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone</div> -<div class="verse">A travers l'aventure et l'erreur du Devoir,</div> -<div class="verse">Ses yeux grands ouverts pleins du dessein de bien voir,</div> -<div class="verse">Son corps robuste et beau digne d'emplir un trône,</div> - -<div class="verse stanza">Son corps robuste et nu balancé noblement,</div> -<div class="verse">Entre une tête haute et des jambes sereines,</div> -<div class="verse">Du port majestueux qui sied aux seules reines,</div> -<div class="verse">Et sa candeur la vêt du plus beau vêtement.</div> - -<div class="verse stanza">Elle sait ce qu'il faut qu'elle sache des choses,</div> -<div class="verse">Entre autres que Jésus a fait l'homme de chair</div> -<div class="verse">Et mis dans notre sang un charme doux-amer</div> -<div class="verse">D'où doivent découler nos naissances moroses,</div> - -<div class="verse stanza">Et que l'amour charnel est bénit en des cas.</div> -<div class="verse">Elle préside alors et sourit à ces fêtes,</div> -<div class="verse">Dévêt la jeune épouse avec ses mains honnêtes</div> -<div class="verse">Et la mène à l'époux par des tours délicats.</div> - -<div class="verse stanza">Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime,</div> -<div class="verse">Guide pour le baiser et l'acte et le repos</div> -<div class="verse">Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos</div> -<div class="verse">Et désormais va vivre entre eux leur ange intime.</div> - -<div class="verse stanza">Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté,</div> -<div class="verse">—Bien agir fait s'unir les vœux et les nivelle,—</div> -<div class="verse">Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle</div> -<div class="verse">Thébaïde à chacun la sainte Chasteté.</div> - -<div class="verse stanza">Sans quitter les Amants, par un charmant miracle,</div> -<div class="verse">Vole et vient rafraîchir l'Intacte et l'Impollu</div> -<div class="verse">De gais parfums de fleurs comme s'il avait plu</div> -<div class="verse">D'un bon orage sur l'un et sur l'autre habitacle,</div> - -<div class="verse stanza">Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair</div> -<div class="verse">La cellule du Moine et celle de la Nonne,</div> -<div class="verse">Car s'il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonne</div> -<div class="verse">Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair.</div> - -<div class="verse stanza">Elle dit à ces chers enfants de l'Innocence:</div> -<div class="verse">Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin</div> -<div class="verse">Que vous n'ayez pas fait tous ces travaux en vain,</div> -<div class="verse">Humilité, douceur et céleste ignorance!</div> - -<div class="verse stanza">Enfin elle va chez la Veuve et chez le Veuf,</div> -<div class="verse">Chez le vieux Débauché, chez l'Amoureuse vieille,</div> -<div class="verse">Et leur tient des discours qui sont une merveille</div> -<div class="verse">Et leur refait, à force d'art, un corps tout neuf.</div> - -<div class="verse stanza">Et quand alors elle a fini son tour du monde,</div> -<div class="verse">Tour du monde ubiquiste, invisible et présent,</div> -<div class="verse">Elle court à son point de départ en faisant</div> -<div class="verse">Tel grand détour, espoir d'espérance profonde;</div> - -<div class="verse stanza">Et ce point de départ est un lieu bien connu,</div> -<div class="verse">Eden même: là sous le chêne et vers la rose,</div> -<div class="verse">Puisqu'il paraît qu'il n'a pas faire autre chose,</div> -<div class="verse">Rit et gazouille un beau petit enfant tout nu.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p10">X</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Un projet de mon âge mûr</div> -<div class="verse i2">Me tint six ans l'âme ravie:</div> -<div class="verse i2">C'était, d'après un plan bien sûr,</div> -<div class="verse i2">De réédifier ma vie.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vie encor vivante après tout,</div> -<div class="verse i2">Insuffisamment ruinée,</div> -<div class="verse i2">Avec ses murs toujours debout</div> -<div class="verse i2">Que respecte la graminée,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Murs de vraie et franche vertu,</div> -<div class="verse i2">Fondations intactes certes,</div> -<div class="verse i2">Fronton battu, non abattu,</div> -<div class="verse i2">Sans noirs lichens ni mousses vertes,</div> - -<div class="verse i2 stanza">L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait,</div> -<div class="verse i2">Le repentir quand c'était brave,</div> -<div class="verse i2">Douceur parfois comme le lait,</div> -<div class="verse i2">Fierté souvent comme la lave.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Or, durant ces deux fois trois ans,</div> -<div class="verse i2">L'essai fut bon, grand le courage.</div> -<div class="verse i2">L'œuvre en aspects forts et plaisants</div> -<div class="verse i2">Montait, tenant tête à l'orage.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Un air de grâce et de respect</div> -<div class="verse i2">Magnifiait les calmes lignes</div> -<div class="verse i2">De l'édifice que drapait</div> -<div class="verse i2">L'éclat de la neige et des cygnes…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Furieux mais insidieux,</div> -<div class="verse i2">Voici l'essaim des mauvais anges</div> -<div class="verse i2">Rayant le pur, le radieux</div> -<div class="verse i2">Paysage de vols étranges,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Salissant d'outrages sans nom,</div> -<div class="verse i2">Obscénités basses et fades,</div> -<div class="verse i2">De mon renaissant Parthénon</div> -<div class="verse i2">Les portiques et les façades,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tandis que quelques-uns d'entre eux,</div> -<div class="verse i2">Minant le sol, sapant la base,</div> -<div class="verse i2">S'apprêtent, par un art affreux,</div> -<div class="verse i2">A faire de tout table rase.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ce sont, véniels et mortels,</div> -<div class="verse i2">Tous les péchés des catéchismes</div> -<div class="verse i2">Et bien d'autres encore, tels</div> -<div class="verse i2">Qu'ils font les sophismes des schismes.</div> - -<div class="verse i2 stanza">La Luxure aux tours sans merci,</div> -<div class="verse i2">L'affreuse Avarice morale,</div> -<div class="verse i2">La Paresse morale aussi,</div> -<div class="verse i2">L'Envie à la dent sépulcrale,</div> - -<div class="verse i2 stanza">La Colère hors des combats,</div> -<div class="verse i2">La Gourmandise, rage, ivresse,</div> -<div class="verse i2">L'Orgueil, alors qu'il ne faut pas,</div> -<div class="verse i2">Sans compter la sourde détresse</div> - -<div class="verse i2 stanza">Des vices à peine entrevus,</div> -<div class="verse i2">Dans la conscience scrutée,</div> -<div class="verse i2">Hideur brouillée et tas confus,</div> -<div class="verse i2">Tourbe brouillante et ballottée.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mais quoi! n'est-ce pas toujours vous,</div> -<div class="verse i2">Démon femelle, triple peste,</div> -<div class="verse i2">Pire flot de tout ce remous,</div> -<div class="verse i2">Pire ordure que tout le reste,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous toujours, vil cri de haro,</div> -<div class="verse i2">Qui me proclame et me diffame,</div> -<div class="verse i2">Gueuse inepte, lâche bourreau,</div> -<div class="verse i2">Horrible, horrible, horrible femme?</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous, l'insultant mensonge noir,</div> -<div class="verse i2">La haine longue, l'affront rance,</div> -<div class="verse i2">Vous qui seriez le désespoir,</div> -<div class="verse i2">Si la foi n'était l'Espérance.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et l'Espérance le pardon,</div> -<div class="verse i2">Et ce pardon une vengeance.</div> -<div class="verse i2">Mais quel voluptueux pardon,</div> -<div class="verse i2">Quelle savoureuse vengeance!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et tous trois, espérance et foi</div> -<div class="verse i2">Et pardon, chassant la séquelle</div> -<div class="verse i2">Infernale de devant moi,</div> -<div class="verse i2">Protégeront de leur tutelle</div> - -<div class="verse i2 stanza">Les nobles travaux qu'a repris</div> -<div class="verse i2">Ma bonne volonté calmée,</div> -<div class="verse i2">Pour grâce à des grâces sans prix,</div> -<div class="verse i2">Achever l'œuvre bien-aimée</div> - -<div class="verse i2 stanza">Toute de marbre précieux</div> -<div class="verse i2">En ordonnance solennelle</div> -<div class="verse i2">Bien par-delà les derniers cieux,</div> -<div class="verse i2">Jusque dans la vie éternelle.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p11">XI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair:</div> -<div class="verse">Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher,</div> -<div class="verse">Pour ton combat avec les contingences vaines;</div> -<div class="verse">Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines;</div> -<div class="verse">Mais vis, vis pour souffrir, souffre pour expier,</div> -<div class="verse">Expie et va-t'en vivre et puis reviens prier,</div> -<div class="verse">Prier pour le courage et la persévérance</div> -<div class="verse">De vivre dans ce siècle, hélas! et cette France,</div> -<div class="verse">Siècle et France ignorants et tristement railleurs.</div> -<div class="verse">(Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs</div> -<div class="verse">Et la solution est autre du problème.)</div> -<div class="verse">Sois de chair et même aime cette chair, la même</div> -<div class="verse">Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux,</div> -<div class="verse">Et dans le Très Saint-Sacrement si précieux</div> -<div class="verse">Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle</div> -<div class="verse">De ta chair vénérable en sa moindre parcelle</div> -<div class="verse">Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel;</div> -<div class="verse">Car ce mystère, l'Incarnation, est tel,</div> -<div class="verse">Par l'exégèse autour comme par sa nature;</div> -<div class="verse">Qu'il fait égale au Créateur la créature,</div> -<div class="verse">Cependant que, par un miracle encor plus grand,</div> -<div class="verse">L'Eucharistie, elle, les confond et les rend</div> -<div class="verse">Identiques. Or cette chair expiatoire,</div> -<div class="verse">Fais-t'en une arme douloureuse de victoire</div> -<div class="verse">Sur l'orgueil que Satan peut d'elle t'inspirer</div> -<div class="verse">Pour l'orgueil qu'à jamais tu peux considérer</div> -<div class="verse">Comme le prix suprême et le but enviable.</div> -<div class="verse">Tout le reste n'est rien que malice du diable!</div> -<div class="verse">Alors, oui, sois de bronze impassible, revêts</div> -<div class="verse">L'armure inaccessible à braver le Mauvais,</div> -<div class="verse">Pudeur, Calme, Respect, Silence et Vigilance.</div> -<div class="verse">Puis sois de marbre, et pur, sous le heaume qui lance</div> -<div class="verse">Par ses trous le regard de tes yeux assurés,</div> -<div class="verse">Marche à pas révérents sur les parvis sacrés.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p12">XII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Seigneur, vous m'avez laissé vivre</div> -<div class="verse i2">Pour m'éprouver jusqu'à la fin.</div> -<div class="verse i2">Vous châtiez cette chair ivre,</div> -<div class="verse i2">Par la douleur et par la faim!</div> -<div class="verse i2">Et Vous permîtes que le diable</div> -<div class="verse i2">Tentât mon âme misérable</div> -<div class="verse i2">Comme l'âme forte de Job,</div> -<div class="verse i2">Puis Vous m'avez envoyé l'ange</div> -<div class="verse i2">Qui gagea le combat étrange</div> -<div class="verse i2">Avec le grand aïeul Jacob</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mon enfance, elle fut joyeuse:</div> -<div class="verse i2">Or, je naquis choyé, béni</div> -<div class="verse i2">Et je crûs, chair insoucieuse,</div> -<div class="verse i2">Jusqu'au temps du trouble infini</div> -<div class="verse i2">Qui nous prend comme une tempête,</div> -<div class="verse i2">Nous poussant comme par la tête</div> -<div class="verse i2">Vers l'abîme et prêts à tomber;</div> -<div class="verse i2">Quant à moi, puisqu'il faut le dire,</div> -<div class="verse i2">Mes sens affreux et leur délire</div> -<div class="verse i2">Allaient me faire succomber,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Quand Vous parûtes, Dieu de grâce</div> -<div class="verse i2">Qui savez tout bien arranger,</div> -<div class="verse i2">Qui Vous mettez bien à la place,</div> -<div class="verse i2">L'auteur et l'ôteur du danger,</div> -<div class="verse i2">Vous me punîtes par moi-même</div> -<div class="verse i2">D'un supplice cru le suprême</div> -<div class="verse i2">(Oui, ma pauvre âme le croyait)</div> -<div class="verse i2">Mais qui n'était au fond rien qu'une</div> -<div class="verse i2">Perche tendue, ô qu'opportune!</div> -<div class="verse i2">A mon salut qui se noyait.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Comprises les dures délices,</div> -<div class="verse i2">J'ai marché dans le droit sentier,</div> -<div class="verse i2">Y cueillant sous des cieux propices</div> -<div class="verse i2">Pleine paix et bonheur entier,</div> -<div class="verse i2">Paix de remplir enfin ma tâche,</div> -<div class="verse i2">Bonheur de n'être plus un lâche</div> -<div class="verse i2">Épris des seules voluptés</div> -<div class="verse i2">De l'orgueil et de la luxure,</div> -<div class="verse i2">Et cette fleur, l'extase pure</div> -<div class="verse i2">Des bons projets exécutés.</div> - -<div class="verse i2 stanza">C'est alors que la mort commence</div> -<div class="verse i2">Son œuvre inexpiable? Non,</div> -<div class="verse i2">Mais qui me saisit de démence</div> -<div class="verse i2">Bien qu'encor criant Votre nom.</div> -<div class="verse i2">L'Ami me meurt, aussi la Mère,</div> -<div class="verse i2">Une rancune plus qu'amère</div> -<div class="verse i2">Me piétine en ce dur moment</div> -<div class="verse i2">Et me cantonne en la misère,</div> -<div class="verse i2">Dans la littérale misère,</div> -<div class="verse i2">Du froid et du délaissement!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tout s'en mêle: la maladie</div> -<div class="verse i2">Vient en aide à l'autre fléau.</div> -<div class="verse i2">Le guignon, comme un incendie</div> -<div class="verse i2">Dans un pays où manque l'eau,</div> -<div class="verse i2">Ravage et dévaste ma vie,</div> -<div class="verse i2">Traînant à sa suite l'envie,</div> -<div class="verse i2">L'ordre, l'obscène trahison,</div> -<div class="verse i2">La sale pitié dérisoire,</div> -<div class="verse i2">Jusqu'à cette rumeur de gloire</div> -<div class="verse i2">Comme une insulte à la raison!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ces mystères, je les pénètre,</div> -<div class="verse i2">Tous les motifs, je les connais.</div> -<div class="verse i2">Oui, certes, Vous êtes le maître</div> -<div class="verse i2">Dont les rigueurs sont les bienfaits.</div> -<div class="verse i2">Mais, ô Vous, donnez-moi la force,</div> -<div class="verse i2">Donnez, comme à l'arbre l'écorce.</div> -<div class="verse i2">Comme l'instinct à l'animal,</div> -<div class="verse i2">Donnez à ce cœur votre ouvrage,</div> -<div class="verse i2">Seigneur, la force et le courage</div> -<div class="verse i2">Pour le bien et contre le mal.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mais, hélas! je ratiocine</div> -<div class="verse i2">Sur mes fautes et mes douleurs,</div> -<div class="verse i2">Espèce de mauvais Racine</div> -<div class="verse i2">Analysant jusqu'à mes pleurs.</div> -<div class="verse i2">Dans ma raison mal assagie</div> -<div class="verse i2">Je fais de la psychologie</div> -<div class="verse i2">Au lieu d'être un cœur pénitent</div> -<div class="verse i2">Tout simple et tout aimable en somme,</div> -<div class="verse i2">Sans plus l'astuce du vieil homme</div> -<div class="verse i2">Et sans plus l'orgueil protestant…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Je crois en l'Église romaine,</div> -<div class="verse i2">Catholique, apostolique et</div> -<div class="verse i2">La seule humaine qui nous mène</div> -<div class="verse i2">Au but que Jésus indiquait,</div> -<div class="verse i2">La seule divine qui porte</div> -<div class="verse i2">Notre croix jusques à la porte</div> -<div class="verse i2">Des libres cieux enfin ouverts,</div> -<div class="verse i2">Qui la porte par vos bras même,</div> -<div class="verse i2">O grand Crucifié suprême</div> -<div class="verse i2">Donnant pour nous vos maux soufferts.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Je crois en la toute-présense,</div> -<div class="verse i2">A la messe de Jésus-Christ,</div> -<div class="verse i2">Je crois à la toute-puissance</div> -<div class="verse i2">Du Sang que pour nous il offrit</div> -<div class="verse i2">Et qu'il offre au seul Juge encore</div> -<div class="verse i2">Par ce mystère que j'adore</div> -<div class="verse i2">Qui fait qu'un homme vain, menteur,</div> -<div class="verse i2">Pourvu qu'il porte le vrai signe</div> -<div class="verse i2">Qui le consacre entre tous digne,</div> -<div class="verse i2">Puisse créer le Créateur.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Je confesse la Vierge unique,</div> -<div class="verse i2">Reine de la neuve Sion,</div> -<div class="verse i2">Portant aux plis de sa tunique</div> -<div class="verse i2">La grâce et l'intercession.</div> -<div class="verse i2">Elle protège l'innocence,</div> -<div class="verse i2">Accueille la résipiscence,</div> -<div class="verse i2">Et debout quand tous à genoux,</div> -<div class="verse i2">Impètre le pardon du Père</div> -<div class="verse i2">Pour le pécheur qui désespère…</div> -<div class="verse i2">Mère du fils, priez pour nous!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p13">XIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">La neige à travers la brume</div> -<div class="verse i2">Tombe et tapisse sans bruit</div> -<div class="verse i2">Le chemin creux qui conduit</div> -<div class="verse i2">A l'église où l'on allume</div> -<div class="verse i2">Pour la messe de minuit.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Londres sombre flambe et fume:</div> -<div class="verse i2">O la chère qui s'y cuit</div> -<div class="verse i2">Et la boisson qui s'ensuit!</div> -<div class="verse i2">C'est Christmas et sa coutume</div> -<div class="verse i2">De minuit jusqu'à minuit.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Sur la plume et le bitume,</div> -<div class="verse i2">Paris bruit et jouit.</div> -<div class="verse i2">Ripaille et Plaisant déduit</div> -<div class="verse i2">Sur le bitume et la plume</div> -<div class="verse i2">S'exaspèrent dès minuit.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le malade en l'amertume</div> -<div class="verse i2">De l'hospice où le poursuit</div> -<div class="verse i2">Un espoir toujours détruit</div> -<div class="verse i2">S'épouvante et se consume</div> -<div class="verse i2">Dans le noir d'un long minuit…</div> - -<div class="verse i2 stanza">La cloche au son clair d'enclume</div> -<div class="verse i2">Dans la cour fine qui luit,</div> -<div class="verse i2">Loin du péché qui nous nuit,</div> -<div class="verse i2">Nous appelle en grand costume</div> -<div class="verse i2">A la messe de minuit.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h3 id="p4p14">XIV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">O! j'ai froid d'un froid de glace,</div> -<div class="verse i2">O! je brûle à toute place!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mes os vont se cariant,</div> -<div class="verse i2">Des blessures vont criant;</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mes ennemis pleins de joie</div> -<div class="verse i2">Ont fait de moi quelle proie!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mon cœur, ma tête et mes reins</div> -<div class="verse i2">Souffrent de maux souverains.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tout me fuit, adieu ma gloire!</div> -<div class="verse i2">Est-ce donc le Purgatoire?</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ou si c'est l'enfer ce lieu</div> -<div class="verse i2">Ne me parlant plus de Dieu?</div> - -<div class="verse i2 stanza">—L'indignité de ton sort</div> -<div class="verse i2">Est le plaisir d'un plus Fort.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dieu plus juste, et plus Habile</div> -<div class="verse i2">Que ce toi-même débile.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tu souffres de tel mal profond</div> -<div class="verse i2">Que des volontés te font,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Plus bénignes que la tienne</div> -<div class="verse i2">Si mal et si peu chrétienne,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tes humiliations</div> -<div class="verse i2">Sont des bénédictions</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et ces mornes sécheresses</div> -<div class="verse i2">Où tu te désintéresses</div> - -<div class="verse i2 stanza">De purs avertissements</div> -<div class="verse i2">Descendus de cieux aimants</div> - -<div class="verse i2 stanza">Tes ennemis sont les anges</div> -<div class="verse i2">Moins cruels et moins étranges</div> - -<div class="verse i2 stanza">Que bons inconsciemment,</div> -<div class="verse i2">D'un Seigneur rude et clément.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Aime tes croix et tes plaies,</div> -<div class="verse i2">Il est saint que tu les aies.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Face aux terribles courroux,</div> -<div class="verse i2">Bénis et tombe à genoux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Fer qui coupe et voix qui tance,</div> -<div class="verse i2">C'est la bonne Pénitence.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Sous la glace et dans le feu</div> -<div class="verse i2">Tu retrouveras ton Dieu.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p15">XV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché</div> -<div class="verse">Argumente.</div> - -<div class="verse i4 stanza">Dieu vit au sein d'un cœur caché,</div> -<div class="verse">Non d'un esprit épars, en milliers de pages,</div> -<div class="verse">En millions de mots hardis comme des pages,</div> -<div class="verse">A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer,</div> -<div class="verse">Et d'un scandale tel, précisément tout fier.</div> -<div class="verse">Il faut pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite,</div> -<div class="verse">Suivre le long sentier, gravir la pente étroite,</div> -<div class="verse">Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux,</div> -<div class="verse">Sans un geste au surplus, même agréable aux yeux,</div> -<div class="verse">Laisser à d'autres l'art et la littérature</div> -<div class="verse">Et ne vivre que juste à même la nature</div> -<div class="verse">Tu pratiquais jadis et naguère ces us</div> -<div class="verse">Content de reposer à l'ombre de Jésus</div> -<div class="verse">Y pansant de vin, d'huile de lin tes blessures</div> -<div class="verse">Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t'assures</div> -<div class="verse">En la gloire profane et le renom païen,</div> -<div class="verse">Comme si tout cela n'était pas trois fois rien,</div> -<div class="verse">Comme si tel beau vers, telle phrase sonore,</div> -<div class="verse">Chantait mieux qu'un grillon, brillait plus qu'un fulgore.</div> -<div class="verse">Va, risque ton salut, ton salut racheté</div> -<div class="verse">Un temps, par une vie autre, c'est vérité,</div> -<div class="verse">Que celle de tes ans primes, enfance molle,</div> -<div class="verse">Age pubère fou, jeunesse molle et folle</div> -<div class="verse">Risque ton âme, objet de tes soins d'autrefois</div> -<div class="verse">Pour quels triomphes vains sur quels banals pavois!</div> -<div class="verse">Malheureux!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Je réponds avec raison, je pense:</div> -<div class="verse">Je n'attends, je ne veux pas d'autre récompense</div> -<div class="verse">A ce mien grand effort d'écrire de mon mieux</div> -<div class="verse">Que l'amitié du jeune et l'estime du vieux</div> -<div class="verse">Lettrés qui sont au fond les seules belles âmes,</div> -<div class="verse">Car où prendre un public en ces foules infâmes</div> -<div class="verse">D'idiotie en haut et folles par en bas?</div> -<div class="verse">Ou,—le trouver ou pas, le mériter ou pas,</div> -<div class="verse">Le conserver ou pas!—l'assentiment d'un être</div> -<div class="verse">Simple, naïf et bon, sans même le connaître</div> -<div class="verse">Que par ce seul lien comme immatériel,</div> -<div class="verse">C'est tout mon attentat au seul devoir réel,</div> -<div class="verse">Essentiel: gagner le ciel par les mérites,</div> -<div class="verse">Et je doute, Jésus pieux, que tu t'irrites</div> -<div class="verse">Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien</div> -<div class="verse">Étalant ses péchés au pilori chrétien;</div> -<div class="verse">Tu ne suscites pas l'aspic et la couleuvre</div> -<div class="verse">Contre un poème ou contre un poète. Ton œuvre,</div> -<div class="verse">Consolant les ennuis de ce morne séjour</div> -<div class="verse">Par un concert de foi, d'espérance et d'amour;</div> -<div class="verse">Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre,</div> -<div class="verse">Le don aussi, sans quoi je meurs! de faire un livre,</div> -<div class="verse">Une œuvre où s'attestât toute ma quantité,</div> -<div class="verse">Toute, bien mal, la force et l'orgueil révolté</div> -<div class="verse">Des sens et leur colère encore qui sont la même</div> -<div class="verse">Luxure au fond et bien la faiblesse suprême,</div> -<div class="verse">Et la mysticité, l'amour d'aller au ciel</div> -<div class="verse">Par le seul graduel du juste graduel,</div> -<div class="verse">Douceur et charité, seule toute-puissance.</div> -<div class="verse">Tu m'as donné ce don, et par reconnaissance</div> -<div class="verse">J'en use librement, qu'on me blâme, tant pis.</div> -<div class="verse">Quant à quêter les voix, quant à téter les pis</div> -<div class="verse">De dame Renommée, à ses heures marâtre,</div> -<div class="verse">Fi!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Mais pour en finir, leur foyer ou son âtre</div> -<div class="verse">Souffrent-ils de mon cas? Quelle poutre en mon œil,</div> -<div class="verse">Quelle paille en votre œil de ce fait? De quel deuil,</div> -<div class="verse">De quel scandale vers ou proses sont-ils cause</div> -<div class="verse">Dont cela vaille un peu la peine qu'on en cause?</div> -</div> - - -<h3 id="p4p16">XVI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Après le départ des cloches</div> -<div class="verse i2">Au milieu du <span class="sc">Gloria</span>,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dès l'heure ordinaire des vêpres</div> -<div class="verse i2">On consacre les Saintes Huiles</div> -<div class="verse i2">Qu'escorte ensuite un long cortège</div> -<div class="verse i2">De pontifes et de lévites.</div> -<div class="verse i3">Il pluvine, il neigeotte,</div> -<div class="verse i3">L'hiver vide sa hotte.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le tabernacle bâille, vide,</div> -<div class="verse i2">L'autel, tout nu, n'a plus de cierges,</div> -<div class="verse i2">De grands draps noirs pendent aux grilles,</div> -<div class="verse i2">Les orgues saintes sont muettes.</div> -<div class="verse i3">Du brouillard danse à même</div> -<div class="verse i3">Le ciel encore blême.</div> - -<div class="verse i2 stanza">On dispense à flots d'eau bénite,</div> -<div class="verse i2">Toutes cires sont allumées,</div> -<div class="verse i2">Et de solennelle musique</div> -<div class="verse i2">S'enfle au chœur et monte au jubé,</div> -<div class="verse i3">Un clair soleil qui grise</div> -<div class="verse i3">Réchauffe l'âpre bise.</div> - -<div class="verse i2 stanza"><span class="sc">Gloria</span>! Voici les cloches</div> -<div class="verse i2">Revenir! <span class="sc">Alleluia</span>!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p17">XVII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses</div> -<div class="verse">Font souvent ma parole et mon regard moroses.</div> - -<div class="verse stanza">Mais d'avoir conscience et souci dans tel cas</div> -<div class="verse">Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.</div> - -<div class="verse stanza">Alors mon discours chante et mes yeux de sourire</div> -<div class="verse">Où la divine certitude vient de luire</div> - -<div class="verse stanza">Et la divine patience met son sel</div> -<div class="verse">Dans mon long bon conseil d'usage universel.</div> - -<div class="verse stanza">Car non pas tout à fait par un effet de l'âge</div> -<div class="verse">A mes heures je suis une façon de sage,</div> - -<div class="verse stanza">Presque un sage sans trop d'emphase ou d'embarras,</div> -<div class="verse">Répandant quelque bien et faisant des ingrats.</div> - -<div class="verse stanza">Or néanmoins la vie et son morne problème</div> -<div class="verse">Rendent parfois ma voix maussade et mon front blême,</div> - -<div class="verse stanza">De ces tentations je me sauve à nouveau</div> -<div class="verse">En des moralités juste à mon seul niveau;</div> - -<div class="verse stanza">Et c'est d'un examen méthodique et sévère,</div> -<div class="verse">Dieu qui sondez les reins! que je me considère,</div> - -<div class="verse stanza">Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,</div> -<div class="verse">Tel un juge interroge à fond des prisonniers.</div> - -<div class="verse stanza">Je poursuis à ce point l'humeur de mon scrupule</div> -<div class="verse">Que des gens ont parlé qui m'ont dit ridicule.</div> - -<div class="verse stanza">N'importe! en ces moments est-ce d'humilité?</div> -<div class="verse">Je me semble béni de quelque charité,</div> - -<div class="verse stanza">De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme,</div> -<div class="verse">De quelque encore charité.—Folie en somme!</div> - -<div class="verse stanza">Nous ne sommes rien. Dieu c'est tout. Dieu nous créa,</div> -<div class="verse">Dieu nous sauve. Voilà! Voici mon aléa:</div> - -<div class="verse stanza">Prier obstinément. Plonger dans la prière,</div> -<div class="verse">C'est se tremper aux flots d'une bonne rivière,</div> - -<div class="verse stanza">C'est faire de son être un parfait instrument</div> -<div class="verse">Pour combattre le mal et courber l'élément.</div> - -<div class="verse stanza">Prier intensément. Rester dans la prière</div> -<div class="verse">C'est s'armer pour l'élan et s'assurer derrière</div> - -<div class="verse stanza">C'est de paraître doux et ferme pour autrui</div> -<div class="verse">Conformément à ce qu'on se rend envers lui.</div> - -<div class="verse stanza">La prière nous sauve après nous faire vivre,</div> -<div class="verse">Elle est le gage sûr et le mot qui délivre.</div> - -<div class="verse stanza">Elle est l'ange et la dame, elle est la grande sœur</div> -<div class="verse">Pleine d'amour sévère et de forte douceur.</div> - -<div class="verse stanza">La prière a des pieds légers comme des ailes;</div> -<div class="verse">Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles;</div> - -<div class="verse stanza">La prière est sagace; elle pense, elle voit,</div> -<div class="verse">Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.</div> - -<div class="verse stanza">Elle ne peut nier, étant par excellence</div> -<div class="verse">La crainte salutaire et l'effort en silence,</div> - -<div class="verse stanza">Elle est universelle et sanglotte ou sourit,</div> -<div class="verse">Vole avec le génie et court avec l'esprit.</div> - -<div class="verse stanza">Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine</div> -<div class="verse">Sa langue est indifféremment grecque ou latine,</div> - -<div class="verse stanza">Ou vulgaire, ou patoise, argotique s'il faut!</div> -<div class="verse">Car souvent plus elle est en bas, mieux elle vaut.</div> - -<div class="verse stanza">Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,</div> -<div class="verse">O Seigneur, donnez-moi de m'élever de terre</div> - -<div class="verse stanza">En l'humble vœu que seul peut former un enfant</div> -<div class="verse">Vers votre volonté d'après comme d'avant.</div> - -<div class="verse stanza">Telle action quelconque en tel temps de ma vie</div> -<div class="verse">Et que cette action quelconque soit suivie</div> - -<div class="verse stanza">D'un abandon complet en vous que formulât</div> -<div class="verse">Le plus simple et le plus ponctuel postulat,</div> - -<div class="verse stanza">Juste pour la nécessité quotidienne</div> -<div class="verse">En attendant toujours sans fin, ma mort chrétienne.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p18">XVIII</h3> - -<p class="c small">A MONSIEUR BORÉLY.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour».</div> -<div class="verse">Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse,</div> -<div class="verse">Déjà loin dans mon Œuvre étrange qui se presse</div> -<div class="verse">Et dévale, flot plus amer de jour en jour.</div> - -<div class="verse stanza">Qu'en dire, sinon: «<span lang="en" xml:lang="en">Poor Yorick</span>!» ou mieux «<span lang="en" xml:lang="en">poor</span></div> -<div class="verse">Lelian!» et pauvre âme à tout faire, faiblesse,</div> -<div class="verse">Mollesse par des fois et caresse et paresse,</div> -<div class="verse">Ou tout à coup partie en guerre comme pour</div> - -<div class="verse stanza">Tout casser d'un passé si pur, si chastement</div> -<div class="verse">Ordonné par la beauté des calmes pensées,</div> -<div class="verse">Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées.</div> - -<div class="verse stanza">Puis il revient, mon Œuvre, las d'un tel ahan,</div> -<div class="verse">Pénitent, et tombant à genoux mains dressées…</div> -<div class="verse">Priez avec et pour le pauvre Lelian!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p19">XIX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Or tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur,</div> - -<div class="verse stanza">Oppose au siècle un front de courage et d'honneur</div> -<div class="verse">Bande ton cœur moins faible au fond que tu ne crois,</div> -<div class="verse">Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix.</div> -<div class="verse">Ceins, sinon l'innocence, hélas! et la candeur,</div> -<div class="verse">Du moins la tempérance et du moins la pudeur,</div> -<div class="verse">Et dans le bon combat contre péchés et maux</div> -<div class="verse">S'il faut, eh bien, emprunte à certains animaux,</div> -<div class="verse">Béhémos et Léviathan, prudents qu'ils sont,</div> -<div class="verse">Les armures pour la défensive qu'ils ont,</div> -<div class="verse">Puisque ton cas, pour l'offensive, est superflu.</div> -<div class="verse">Abdique les airs martiaux où tu t'es plu.</div> -<div class="verse">Laisse l'épée et te confie au bouclier.</div> -<div class="verse">Carapace-toi bien, comme d'un bon acier,</div> -<div class="verse">De discrétion fine et de fort quant-à-moi.</div> - -<div class="verse stanza">Puis, quand tu voudras r'attaquer, reprends la Foi!</div> -</div> - - -<h3 id="p4p20">XX</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Les plus belles voix</div> -<div class="verse i3">De la Confrérie</div> -<div class="verse i3">Célèbrent le mois</div> -<div class="verse i3">Heureux de Marie.</div> -<div class="verse i3">O les douces voix!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Monsieur le curé</div> -<div class="verse i3">L'a dit à la Messe:</div> -<div class="verse i3">C'est le mois sacré.</div> -<div class="verse i3">Écoutons sans cesse</div> -<div class="verse i3">Monsieur le Curé.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Faut nous distinguer,</div> -<div class="verse i3">Faut, mesdemoiselles,</div> -<div class="verse i3">Bien dire et fuguer</div> -<div class="verse i3">Les hymnes nouvelles.</div> -<div class="verse i3">Faut nous distinguer,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Bien dire et filer</div> -<div class="verse i3">Les motets antiques,</div> -<div class="verse i3">Bien dire et couler</div> -<div class="verse i3">Les anciens cantiques,</div> -<div class="verse i3">Filer et couler.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Dieu nous bénira,</div> -<div class="verse i3">Nous et nos familles.</div> -<div class="verse i3">Marie ouïra</div> -<div class="verse i3">Les vœux de ses filles,</div> -<div class="verse i3">Dieu nous bénira.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Elle est la bonté,</div> -<div class="verse i3">C'est comme la Mère</div> -<div class="verse i3">Dans la Trinité,</div> -<div class="verse i3">La Fille et la Mère.</div> -<div class="verse i3">Elle est la bonté,</div> - -<div class="verse i3 stanza">La compassion,</div> -<div class="verse i3">Sans fin et sans trêve,</div> -<div class="verse i3">L'intercession</div> -<div class="verse i3">Qu'appuie et soulève</div> -<div class="verse i3">La compassion.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Avant le salut,</div> -<div class="verse i3">Chantons ses louanges.</div> -<div class="verse i3">Pendant le salut,</div> -<div class="verse i3">Chantons ses louanges.</div> -<div class="verse i3">Après le salut,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Chantons ses louanges.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p21">XXI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">L'autel bas s'orne de hautes mauves,</div> -<div class="verse i1">La chasuble blanche est toute en fleurs,</div> -<div class="verse i1">A travers les pâles vitraux jaunes</div> -<div class="verse i1">Le soleil se répand comme un fleuve;</div> - -<div class="verse i1 stanza">On chante au graduel: <span class="sc">Fi-li-a</span>!</div> -<div class="verse i1">D'une voix si lentement joyeuse</div> -<div class="verse i1">Qu'il faudrait croire que c'est l'extase</div> -<div class="verse i1">D'à-jamais voir la Reine des cieux;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Le sermon du tremblotant vicaire</div> -<div class="verse i1">Est gentil plus que par un dimanche,</div> -<div class="verse i1">Qui dit que pour s'élever dans l'air</div> -<div class="verse i1">Faut être humble et de foi cordiale;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il ajoute, le cher vieux bonhomme,</div> -<div class="verse i1">Que la gloire ultime est réservée,</div> -<div class="verse i1">Sur tous ceux qui vivent dans la pompe,</div> -<div class="verse i1">Aux pauvres d'esprit et de monnaie;</div> - -<div class="verse i1 stanza">On sort de l'église, après les vêpres,</div> -<div class="verse i1">Pour la procession si touchante</div> -<div class="verse i1">Qui a nom: du Vœu de Louis Treize:</div> -<div class="verse i1">C'est le cas de prier pour la France.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p22">XXII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">L'amour de la Patrie est le premier amour</div> -<div class="verse">Et le dernier amour après l'amour de Dieu,</div> -<div class="verse">C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour</div> -<div class="verse">Où notre regard luit comme un céleste feu,</div> - -<div class="verse stanza">C'est le jour baptismal aux paupières divines</div> -<div class="verse">De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles</div> -<div class="verse">Frais-écloses, c'est l'air emplissant les poitrines</div> -<div class="verse">En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles!</div> - -<div class="verse stanza">L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas</div> -<div class="verse">Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit.</div> -<div class="verse">Et douce, désaltère encore ses repas</div> -<div class="verse">D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit.</div> - -<div class="verse stanza">Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille</div> -<div class="verse">Et ce pendant que croît sa chair pleine de grâce,</div> -<div class="verse">Son âme se répand par delà la famille</div> -<div class="verse">Et cherche une âme sœur, une chair qu'il enlace;</div> - -<div class="verse stanza">Et quand il a trouvé cette âme et cette chair,</div> -<div class="verse">Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs</div> -<div class="verse">Qui germeront aussi le jardin jeune et cher</div> -<div class="verse">Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.</div> - -<div class="verse stanza">L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche,</div> -<div class="verse">S'en vont chacun un peu de son côté. La femme,</div> -<div class="verse">Gardienne du foyer tout le jour sans relâche,</div> -<div class="verse">La nuit garde l'honneur comme une chaste flamme;</div> - -<div class="verse stanza">L'homme vaque aux durs soins du dehors: les travaux,</div> -<div class="verse">La parole à porter,—sûr de ce qu'elle vaut,—</div> -<div class="verse">Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux,</div> -<div class="verse">Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut.</div> - -<div class="verse stanza">Tous deux, si pacifique est leur course terrestre,</div> -<div class="verse">Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie;</div> -<div class="verse">Mais que le noir démon, la Guerre, essore l'œstre,</div> -<div class="verse">Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie,</div> - -<div class="verse stanza">Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol</div> -<div class="verse">Nourricier,—imitant les peuples de tous bords,</div> -<div class="verse">Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol,</div> -<div class="verse">La France de Quatre-vingt-treize, l'homme alors,</div> - -<div class="verse stanza">Magnifié soudain, à son œuvre se hausse</div> -<div class="verse">Et tragique et classique et très fort et très calme,</div> -<div class="verse">Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse,</div> -<div class="verse">Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme.</div> - -<div class="verse stanza">S'il survit, il reprend le train de tous les jours</div> -<div class="verse">Élève ses enfants dans la crainte du dieu</div> -<div class="verse">Des ancêtres, et va refleurir ses amours</div> -<div class="verse">Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.</div> - -<div class="verse stanza">L'âge mûr est celui des sévères pensées,</div> -<div class="verse">Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses,</div> -<div class="verse">C'est l'heure aussi des justes haines amassées,</div> -<div class="verse">Et quand sur la place publique, habits et blouses,</div> - -<div class="verse stanza">Les citoyens discords dans d'honnêtes combats</div> -<div class="verse">(Et combien douloureux à leur fraternité!)</div> -<div class="verse">S'arrachent les devoirs et les droits, ô non pas</div> -<div class="verse">Pour le lucre, mais pour une stricte équité,</div> - -<div class="verse stanza">II prend parti, pleurant de tuer, mais terrible</div> -<div class="verse">Et tuant sans merci, comme en d'autres batailles,</div> -<div class="verse">Le sang autour de lui giclant comme d'un crible,</div> -<div class="verse">Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.</div> - -<div class="verse stanza">Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré.</div> -<div class="verse">Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas,</div> -<div class="verse">D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré</div> -<div class="verse">Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.</div> - -<div class="verse stanza">Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire,</div> -<div class="verse">La terre sera douce à cet enfant fidèle</div> -<div class="verse">Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire,</div> -<div class="verse">Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'elle.</div> - -<div class="verse stanza">Mais quoi donc, le poète, à moins d'être chrétien,</div> -<div class="verse">(Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu'il soit)</div> -<div class="verse">Comment en ces temps-ci ce très fier peut-il bien</div> -<div class="verse">Aimer la France ainsi qu'il doit comme il la voit,</div> - -<div class="verse stanza">Dépravée, insensée, une fille, une folle</div> -<div class="verse">Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules</div> -<div class="verse">Et l'honneur ataval et, l'antique parole,</div> -<div class="verse">La parlant en argot pour des sottises seules,</div> - -<div class="verse stanza">L'amour, l'évaporant en homicides vils</div> -<div class="verse">D'où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort,</div> -<div class="verse">Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils!</div> -<div class="verse">Prête à mourir d'ailleurs de quelle lâche mort!</div> - -<div class="verse stanza">Lui-même que Dieu voit être un pur patriote</div> -<div class="verse">L'affamant aujourd'hui, le prescrivant naguère,</div> -<div class="verse">Pour n'avoir pas voulu boire comme un ilote</div> -<div class="verse">Le gros vin du scandale au verre du vulgaire,</div> - -<div class="verse stanza">Le dénonçant aux sots pires que les méchants,</div> -<div class="verse">Bourreaux mesquins, non moins d'ailleurs que tels méchants</div> -<div class="verse">Pire que tous, à cause, ô honte! que ses chants</div> -<div class="verse">Faisaient honte à plusieurs à cause de leurs chants,</div> - -<div class="verse stanza">Enfin, méconnaissant et l'heure et le génie</div> -<div class="verse">Jusqu'à ce péché noir entre tous ceux de l'homme,</div> -<div class="verse">Jusqu'à ce plongeon dans toute l'ignominie</div> -<div class="verse">D'insulter l'ange comme en l'unique Sodome!</div> - -<div class="verse stanza">Mais le poète est un chrétien qui dit: «Non pas!»</div> -<div class="verse">A ces comme velléités d'être tenté</div> -<div class="verse">Vers les déclamations par la Pauvreté,</div> -<div class="verse">Et d'elles dans l'horreur du premier mauvais pas.</div> - -<div class="verse stanza">«Non pas!» puis s'adressant à la Vierge Marie:</div> -<div class="verse">«O vous, reine de France et de toute la terre,</div> -<div class="verse">Vous qui fidèlement gardez notre patrie</div> -<div class="verse">Depuis les premiers temps jusqu'à cette heure austère</div> - -<div class="verse stanza">Où chacun a besoin du courage de dix</div> -<div class="verse">S'il veut garder sa foi par ses pertes de fois,</div> -<div class="verse">La pratiquer tout simplement, ainsi jadis,</div> -<div class="verse">Puis y mourir tout simplement, comme autrefois!</div> - -<div class="verse stanza">Depuis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres</div> -<div class="verse">Profilant leur prière immense et solennelle</div> -<div class="verse">Jusqu'aux mois de Marie, échos des soirs champêtres</div> -<div class="verse">Sourire de l'Église aux cœurs vierges en elle,</div> - -<div class="verse stanza">Depuis que notre culte intronisait nos rois,</div> -<div class="verse">Depuis que notre sang teignait votre pennon</div> -<div class="verse">Jusqu'au jour où quel Dogme à travers tant d'effrois</div> -<div class="verse">Ajoutait quel honneur encore à votre nom,</div> - -<div class="verse stanza">Vous qui, multipliant miracles et promesses,</div> -<div class="verse">De la Sainte-Chandelle à la Salette et Lourdes,</div> -<div class="verse">Daignez faire chez nous éclore des prouesses</div> -<div class="verse">Même en ces temps d'horreur d'État louches et sourdes,</div> - -<div class="verse stanza">Mère, sauvez la France, intercédez pour nous,</div> -<div class="verse">Donnez-nous la foi vive et surtout l'humble foi,</div> -<div class="verse">Que l'âme de tous nos aïeux brûle en nous tous</div> -<div class="verse">Pour la vie et la mort, au foyer, dans la loi,</div> - -<div class="verse stanza">Dans le lit conjugal, sur la couche dernière,</div> -<div class="verse">Simple et forte et sincère et bellement naïve,</div> -<div class="verse">Pour qu'en les chocs prévus, virils à sa manière,</div> -<div class="verse">Qui fut la bonne quand elle dut être active,</div> - -<div class="verse stanza">Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons</div> -<div class="verse">En exemple, lavant hier par aujourd'hui</div> -<div class="verse">Et faits, après l'horreur, l'honneur des nations,</div> -<div class="verse">Et s'il nous veut vainqueurs nous le soyons pour lui.»</div> -</div> - - -<h3 id="p4p23">XXIII</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Immédiatement après le salut somptueux,</div> -<div class="verse">Le luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques,</div> -<div class="verse">Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur</div> -<div class="verse">Par les clercs et le peuple saisi de mélancolie.</div> - -<div class="verse stanza">Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale,</div> -<div class="verse">Répandu par tous les campaniles du diocèse,</div> -<div class="verse">Et plane et pleure sur les villes et sur la campagne</div> -<div class="verse">Dans la nuit tôt venue en la saison arriérée.</div> - -<div class="verse stanza">Chacun s'en fut coucher reconduit par la voix dolente</div> -<div class="verse">Et douce à l'infini de l'airain commémoratoire</div> -<div class="verse">Qui va bercer le sommeil un peu triste des vivants</div> -<div class="verse">Du souvenir des décédés de toutes les paroisses.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p24">XXIV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">La cathédrale est majestueuse</div> -<div class="verse i1">Que j'imagine en pleine campagne</div> -<div class="verse i1">Sur quelque affluent de quelque Meuse</div> -<div class="verse i1">Non loin de l'Océan qu'il regagne,</div> - -<div class="verse i1 stanza">L'Océan pas vu que je devine</div> -<div class="verse i1">Par l'air chargé de sels et d'aromes.</div> -<div class="verse i1">La croix est d'or dans la nuit divine</div> -<div class="verse i1">D'entre l'envol des tours et des dômes;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Des Angélus font aux campaniles</div> -<div class="verse i1">Une couronne d'argent qui chante;</div> -<div class="verse i1">De blancs hibous, aux longs cris graciles,</div> -<div class="verse i1">Tournent sans fin de sorte charmante;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Des processions jeunes et claires</div> -<div class="verse i1">Vont et viennent de porches sans nombre,</div> -<div class="verse i1">Soie et perles de vivants rosaires,</div> -<div class="verse i1">Rogations pour de chers fruits d'ombre.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ce n'est pas un rêve ni la vie,</div> -<div class="verse i1">C'est ma belle et ma chaste pensée,</div> -<div class="verse i1">Si vous voulez ma philosophie,</div> -<div class="verse i1">Ma mort choisie ainsi déguisée.</div> -</div> - - -<h3 id="p4p25">XXV</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Voix de Gabriel</div> -<div class="verse i3">Chez l'humble Marie,</div> -<div class="verse i3">Cloches de Noël,</div> -<div class="verse i3">Dans la nuit fleurie,</div> -<div class="verse i3">Siècles, célébrez</div> -<div class="verse i3">Mes sens délivrés!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Martyrs, troupe blanche,</div> -<div class="verse i3">Et les confesseurs,</div> -<div class="verse i3">Fruits d'or de la branche,</div> -<div class="verse i3">Vous, frères et sœurs,</div> -<div class="verse i3">Vierges dans la gloire,</div> -<div class="verse i3">Chantez ma victoire!</div> - -<div class="verse i3 stanza">Les Saints ignorés,</div> -<div class="verse i3">Vertus qu'on méprise,</div> -<div class="verse i3">Qui nous sauverez</div> -<div class="verse i3">Par votre entremise,</div> -<div class="verse i3">Priez que la foi</div> -<div class="verse i3">Demeure humble en moi.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Pécheurs, par le monde,</div> -<div class="verse i3">Qui vous repentez,</div> -<div class="verse i3">Dans l'ardeur profonde</div> -<div class="verse i3">D'être rachetés,</div> -<div class="verse i3">Or, je vous contemple,</div> -<div class="verse i3">Donnez-moi l'exemple.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Nature, animaux,</div> -<div class="verse i3">Eaux, plantes et pierres,</div> -<div class="verse i3">Vos simples travaux</div> -<div class="verse i3">Sont d'humbles prières,</div> -<div class="verse i3">Vous obéissez:</div> - -<div class="verse i3 stanza">Pour Dieu c'est assez.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">LITURGIES INTIMES</h2> - - -<h3 id="p5p1" title="I. ASPERGES ME">ASPERGES ME</h3> - -<p class="c small">I</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main</div> -<div class="verse">Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce,</div> -<div class="verse">Je puis, si mon dessein est pur devant sa face,</div> -<div class="verse">Purifier autrui passant sur mon chemin.</div> - -<div class="verse stanza">Je puis, si ma prière est de celles qu'allège</div> -<div class="verse">L'Humilité du poids d'un désir languissant</div> -<div class="verse">Comme un païen peut baptiser en cas pressant,</div> -<div class="verse">Laver mon prochain, le blanchir plus que la neige.</div> - -<div class="verse stanza">Prenez pitié de moi, Seigneur, suivant l'effet</div> -<div class="verse">Miséricordieux de vos mansuétudes,</div> -<div class="verse">Veuillez bander mon cœur, cœur aux épreuves rudes,</div> -<div class="verse">Que le zèle pour votre maison soulevait.</div> - -<div class="verse stanza">Faites-moi prospérer dans mes vœux charitables,</div> -<div class="verse">Et pour cela, suivant le rite respecté,</div> -<div class="verse">Gloire à la Trinité durant l'éternité.</div> -<div class="verse">Gloire à Dieu dans les cieux les plus inabordables,</div> - -<div class="verse stanza">Gloire au Père, fauteur et gouverneur de tout,</div> -<div class="verse">Au Fils, créateur et sauveur, juge et partie,</div> -<div class="verse">Au Saint-Esprit, de qui la lumière est sortie</div> -<div class="verse">Par quel rayon?—ainsi qu'une eau lustrale, mon sang bout,—</div> - -<div class="verse stanza">Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main…</div> -</div> - - -<h3 id="p5p2" title="II. AVENT">AVENT</h3> - -<p class="c small">II</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">«Dans les Avents», comme l'on dit</div> -<div class="verse i2">Chez mes pays qui sont rustiques</div> -<div class="verse i2">Et qui patoisent un petit</div> -<div class="verse i2">Entre autres usages antiques,</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Dans les Avents les côs chantont»,</div> -<div class="verse i2">Toute la nuit, grâce à la lune</div> -<div class="verse i2">«Clartive» alors, et dont le front</div> -<div class="verse i2">S'argente et cuivre dès la brune</div> - -<div class="verse i2 stanza">Jusqu'à l'aube en peu d'ombre et ces</div> -<div class="verse i2">Chante-clair, clair comme un beau rêve,</div> -<div class="verse i2">Proclament jusques à l'excès</div> -<div class="verse i2">Le soleil… qui plus tard se lève,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Trop tard pour ceux qui sont reclus</div> -<div class="verse i2">Au poulailler,—tout comme une âme</div> -<div class="verse i2">Ne tendant que vers les élus,</div> -<div class="verse i2">Dans le péché, prison infâme,—</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et comme une âme les bons coqs,</div> -<div class="verse i2">Vigilants, tels au temps de Pierre,</div> -<div class="verse i2">Souffrent, mais, en dépit des chocs</div> -<div class="verse i2">D'ombre, chantent, et l'âme espère.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p3" title="III. NOËL">NOËL</h3> - -<p class="c small">III</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Petit Jésus qu'il nous faut être,</div> -<div class="verse i2">Si nous voulons voir Dieu le Père,</div> -<div class="verse i2">Accordez-nous d'alors renaître</div> - -<div class="verse i2 stanza">En purs bébés, nus, sans repaire</div> -<div class="verse i2">Qu'une étable, et sans compagnie</div> -<div class="verse i2">Qu'une âne et qu'un bœuf, humble paire;</div> - -<div class="verse i2 stanza">D'avoir l'ignorance infinie</div> -<div class="verse i2">Et l'immense toute-faiblesse</div> -<div class="verse i2">Par quoi l'humble enfance est bénie;</div> - -<div class="verse i2 stanza">De n'agir sans qu'un rien ne blesse</div> -<div class="verse i2">Notre chair pourtant innocente</div> -<div class="verse i2">Encor même d'une caresse,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Sans que notre œil chétif ne sente</div> -<div class="verse i2">Douloureusement l'éclat même</div> -<div class="verse i2">De l'aube à peine pâlissante,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Du soir venant, lueur suprême,</div> -<div class="verse i2">Sans éprouver aucune envie</div> -<div class="verse i2">Que d'un long sommeil tiède et blême…</div> - -<div class="verse i2 stanza">En purs bébés que l'âpre vie</div> -<div class="verse i2">Destine,—pour quel but sévère</div> -<div class="verse i2">Ou bienheureux?—foule asservie</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ou troupe libre, à quel calvaire?</div> -</div> - - -<h3 id="p5p4" title="IV. SAINTS INNOCENTS">SAINTS INNOCENTS</h3> - -<p class="c small">IV</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Cruel Hérode, noir Péché,</div> -<div class="verse i2">De tes sept glaives tu poursuis</div> -<div class="verse i2">Les innocents, lesquels je suis</div> -<div class="verse i2">Dans mes cinq sens,—et, qu'empêché</div> -<div class="verse i2">Me voici pour, las! me défendre!</div> - -<div class="verse i2 stanza">L'argile dont Dieu les forma,</div> -<div class="verse i2">Leur faiblesse à ces tristes sens</div> -<div class="verse i2">Par quoi je suis les innocents</div> -<div class="verse i2">Que l'on immole dans Rama,</div> -<div class="verse i2">Trahissent leur âge trop tendre.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Nulle fuite. Mais mon Sauveur,</div> -<div class="verse i2">Assumant mon sort et ma mort,</div> -<div class="verse i2">Vit en Égypte dont il sort</div> -<div class="verse i2">A temps pour l'insigne faveur</div> -<div class="verse i2">Qu'il me fait de donner sa vie</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et sa pensée à mon bonheur</div> -<div class="verse i2">Éternel, et, par l'action</div> -<div class="verse i2">Sûre de l'absolution</div> -<div class="verse i2">De son prêtre à lui, le Seigneur,</div> -<div class="verse i2">Ressuscite ma chair ravie.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p5" title="V. CIRCONCISION">CIRCONCISION</h3> - -<p class="c small">V</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Petit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair</div> -<div class="verse">Pour obéir au premier précepte de la Loi,</div> -<div class="verse">Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer,</div> -<div class="verse">Vous offrir les prémices aussi de notre foi.</div> - -<div class="verse stanza">Pour obéir, nous autres, à votre obéissance,</div> -<div class="verse">Nous apportons sur l'autel le parfait hommage</div> -<div class="verse">De nos péchés pénitents à votre innocence,</div> -<div class="verse">Sur l'autel blanc où votre sang si pur, notre otage,</div> - -<div class="verse stanza">Coule mystiquement comme il coula littéral</div> -<div class="verse">Au Golgotha, comme il stilla, pas plus réel</div> -<div class="verse">Mais littéral aussi, ce jour, dont le rituel</div> -<div class="verse">Retient l'anniversaire cruel et lilial,</div> - -<div class="verse stanza">Et nous circoncisons nos cœurs suivant votre exemple,</div> -<div class="verse">Et nous voudrons ressembler à Vous-même, qui fîtes</div> -<div class="verse">Le vieux Siméon, dans la solennité du temple,</div> -<div class="verse">Exhaler vers vous une allégresse sans limites.</div> - -<div class="verse stanza">L'ancien Adam qui se désolait dans son espoir</div> -<div class="verse">Toujours remis d'enfin voir, de ses yeux, nous meilleurs,</div> -<div class="verse">Nous très doux sans plus d'ire rouge ou d'orgueil noir,</div> -<div class="verse">Va chanter un fier cantique de joie et de pleurs,</div> - -<div class="verse stanza">Et dans les cieux les bienheureux et bienheureuses</div> -<div class="verse">S'éjouiront plus que de coutume, et les anges,</div> -<div class="verse">Pour ce que cette année, elle à peine dans les langes,</div> -<div class="verse">Dès son premier souffle, a ces haleines amoureuses.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p6" title="VI. ROIS">ROIS</h3> - -<p class="c small">VI</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">La myrrhe, l'or et l'encens</div> -<div class="verse i2">Sont des présents moins aimables</div> -<div class="verse i2">Que de plus humbles présents</div> -<div class="verse i2">Offerts aux Yeux adorables</div> -<div class="verse i2">Qui souriront plutôt mieux</div> -<div class="verse i2">A de simples vœux pieux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le voyage des Rois Mages</div> -<div class="verse i2">Certes agrée au Seigneur.</div> -<div class="verse i2">Il accepte ces hommages</div> -<div class="verse i2">Et les tient en haut honneur;</div> -<div class="verse i2">Mais d'un pécheur qui s'amende</div> -<div class="verse i2">Pour lui la gloire est plus grande.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dans ce sublime concours</div> -<div class="verse i2">D'adorations premières,</div> -<div class="verse i2">Jésus goûtera toujours</div> -<div class="verse i2">Davantage les prières</div> -<div class="verse i2">Des misérables et leur</div> -<div class="verse i2">Garde un royaume meilleur.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Les anges et les archanges,</div> -<div class="verse i2">Qui réveillent les bergers,</div> -<div class="verse i2">Voix d'espoir et de louanges</div> -<div class="verse i2">Aux hommes encouragés,</div> -<div class="verse i2">Priment dans l'azur sans voile</div> -<div class="verse i2">La miraculeuse étoile…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Riches, pauvres, faisons-nous</div> -<div class="verse i2">Néant devant toi, le Maître,</div> -<div class="verse i2">De Ton saint nom seuls jaloux:</div> -<div class="verse i2">Tu sauras bien reconnaître</div> -<div class="verse i2">Et magnifier les tiens,</div> -<div class="verse i2">Riches, pauvres, tous chrétiens.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p7" title="VII. KYRIE ELEISON">KYRIE ELEISON</h3> - -<p class="c small">VII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur!</div> -<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous!</div> - -<div class="verse i1 stanza">Donnez-nous la victoire et l'honneur</div> -<div class="verse i2">Sur l'ennemi de nous tous.</div> -<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Rendez-nous plus croyants et plus doux</div> -<div class="verse i2">Loin du Péché suborneur,</div> -<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Criblez-nous comme fait le vanneur</div> -<div class="verse i2">Du grain dont il est jaloux.</div> -<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Nous vous en supplions à genoux,</div> -<div class="verse i1">Ouvrez-nous par la Foi le Bonheur.</div> -<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ouvrez-nous par l'Amour le Bonheur,</div> -<div class="verse i2">Nous vous en prions à genoux.</div> -<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Seigneur, par l'Espérance, ouvrez-nous,</div> -<div class="verse i2">Christ, ouvrez-nous le Bonheur.</div> -<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ayez pitié de nous, Seigneur!</div> -</div> - - -<h3 id="p5p8" title="VIII. GLORIA IN EXCELSIS">GLORIA IN EXCELSIS</h3> - -<p class="c small">VIII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Gloire à Dieu dans les hauteurs,</div> -<div class="verse i2">Paix aux hommes sur la terre!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Aux hommes qui l'attendaient</div> -<div class="verse i2">Dans leur bonne volonté.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Le salut vient sur la terre…</div> -<div class="verse i2">Gloire à Dieu dans les hauteurs!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Nous te louons, bénissons,</div> -<div class="verse i2">Adorons, glorifions,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Te rendons grâce et merci</div> -<div class="verse i2">De cette gloire infinie!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Seigneur, Dieu, roi du ciel,</div> -<div class="verse i2">Père, Puissance éternelle,</div> - -<div class="verse i2 stanza">O Fils unique de Dieu,</div> -<div class="verse i2">Agneau de Dieu, Fils du père,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous effacez les péchés:</div> -<div class="verse i2">Vous aurez pitié de nous.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous effacez les péchés:</div> -<div class="verse i2">Vous écouterez nos vœux.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Vous, à la droite du Père,</div> -<div class="verse i2">Vous aurez pitié de nous.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Car vous êtes le seul Saint,</div> -<div class="verse i2">Seul Seigneur et seul Très Haut,</div> - -<div class="verse i2 stanza">O Jésus, qui fûtes oint</div> -<div class="verse i2">De très loin et de très haut,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Dieu des cieux, avec l'Esprit,</div> -<div class="verse i2">Dans le Père,</div> - -<div class="verse i5 stanza">Ainsi soit-il.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p9" title="IX. CREDO">CREDO</h3> - -<p class="c small">IX</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Je crois ce que l'Église catholique</div> -<div class="verse i1">M'enseigna dès l'âge d'entendement:</div> -<div class="verse i1">Que Dieu le Père est le fauteur unique</div> -<div class="verse i1">Et le régulateur absolument</div> -<div class="verse i1">De toute chose invisible et visible,</div> -<div class="verse i1">Et que, par un mystère indéfectible,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Il engendra, ne fit pas Jésus-Christ</div> -<div class="verse i1">Son Fils unique avant que la lumière</div> -<div class="verse i1">Ne fût créée, et qu'il était écrit</div> -<div class="verse i1">Que celui-ci mourrait de mort amère,</div> -<div class="verse i1">Pour nous sauver du malheur immortel</div> -<div class="verse i1">Sur le Calvaire et, depuis, sur l'Autel;</div> - -<div class="verse i1 stanza">Enfin que l'Esprit saint, lequel procède</div> -<div class="verse i1">Et du Père et du Fils et qui parlait</div> -<div class="verse i1">Par les prophètes, et ma foi qui s'aide</div> -<div class="verse i1">De charité croit le dogme complet</div> -<div class="verse i1">De l'Église de Rome, au saint baptême,</div> -<div class="verse i1">En la vie éternelle.</div> -<div class="verse i8">Vœu suprême.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p10" title="X. ASCENSION">ASCENSION</h3> - -<p class="c small">X</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Jésus au ciel est monté</div> -<div class="verse i2">Pour vous envoyer sa grâce:</div> -<div class="verse i2">Espérance et charité,</div> -<div class="verse i2">Foi qui jamais ne se lasse,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Patience et tous les dons</div> -<div class="verse i2">Que l'esprit porte en ses flammes,</div> -<div class="verse i2">Et les trésors de pardons,</div> -<div class="verse i2">De zèle au salut des âmes,</div> - -<div class="verse i2 stanza">De courage durant les</div> -<div class="verse i2">Tentations de ce monde,</div> -<div class="verse i2">Ah! surtout, oui, devant les</div> -<div class="verse i2">Tentations de ce monde,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Ces scandales étalés</div> -<div class="verse i2">Tour à tour beaux puis immondes,</div> -<div class="verse i2">Pauvres cœurs écartelés,</div> -<div class="verse i2">Tristes âmes vagabondes!</div> - -<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté,</div> -<div class="verse i2">Mais en nous laissant son ombre:</div> -<div class="verse i2">L'Évangile répété</div> -<div class="verse i2">Sans cesse aux peuples sans nombre.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté</div> -<div class="verse i2">Pour mieux veiller, Lui, fait homme,</div> -<div class="verse i2">Sur notre fragilité</div> -<div class="verse i2">Qu'il éprouva… Mais nous, comme</div> - -<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté</div> -<div class="verse i2">Notre nuit n'y pourrait suivre</div> -<div class="verse i2">Avant la mort sa clarté:</div> -<div class="verse i2">Ah! d'esprit allons y vivre!</div> -</div> - - -<h3 id="p5p11" title="XI. VENI, SANCTE…">VENI, SANCTE…</h3> - -<p class="c small">XI</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">«Esprit-Saint, descendez en» ceux</div> -<div class="verse i2">Qui raillent l'antique cantique</div> -<div class="verse i2">Où les simples mettent leurs vœux</div> -<div class="verse i2">Sur la plus naïve musique.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Versez les sept dons de la foi,</div> -<div class="verse i2">Versez, «esprit d'intelligence»,</div> -<div class="verse i2">Dans les âmes toutes au moi</div> -<div class="verse i2">Surtout l'amour et l'indulgence</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et le goût de la pauvreté</div> -<div class="verse i2">Tant des autres que de soi-même:</div> -<div class="verse i2">Qu'ils comprennent la charité</div> -<div class="verse i2">Puisqu'ils sont l'élite et la crème.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Qu'ils estiment leur rire sot,</div> -<div class="verse i2">Visant, non le dogme immuable,</div> -<div class="verse i2">Mais l'humble et le faible (un assaut</div> -<div class="verse i2">Dont le capitaine est le Diable).</div> - -<div class="verse i2 stanza">Au lieu d'ainsi le profaner,</div> -<div class="verse i2">Ce cantique de nos ancêtres,</div> -<div class="verse i2">Qu'ils le méditent, pour donner</div> -<div class="verse i2">Le bon exemple, eux, les grands maîtres.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et, tandis qu'ils seront en train</div> -<div class="verse i2">D'édifier le paupérisme</div> -<div class="verse i2">D'esprit et d'argent, qu'ils réin-</div> -<div class="verse i2">Tègrent un peu le Catéchisme.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p12" title="XII. JUIN">JUIN</h3> - -<p class="c small">XII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l'Amour,</div> -<div class="verse">Juin, pendant quel le cœur en fleur et l'âme en flamme</div> -<div class="verse">Se sont épanouis dans la splendeur du jour</div> -<div class="verse">Parmi des chants et des parfums d'épithalame,</div> - -<div class="verse stanza">Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,</div> -<div class="verse">Mois splendide du Sang réel, de la Chair vraie,</div> -<div class="verse">Pendant quel l'herbe mûre offre à l'été vainqueur</div> -<div class="verse">Un champ clos où le blé triomphe de l'ivraie,</div> - -<div class="verse stanza">Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,</div> -<div class="verse">Remémorés de la Présence non-pareille,</div> -<div class="verse">Nous sentons ravigorés en retours vengeurs</div> -<div class="verse">Contre Satan, pour des triomphes que surveille</div> - -<div class="verse stanza">Du ciel là-haut, et sur terre, de l'ostensoir,</div> -<div class="verse">L'adoré, l'adorable Amour sanglant et chaste,</div> -<div class="verse">Et du sein douloureux où gîte notre espoir</div> -<div class="verse">Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,</div> - -<div class="verse stanza">Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté</div> -<div class="verse">Essentielle, de leur gagner la victoire</div> -<div class="verse">Éternelle. Et l'encens de l'immuable été</div> -<div class="verse">Monte mystiquement en des douceurs de gloire.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p13" title="XIII. SANCTUS">SANCTUS</h3> - -<p class="c small">XIII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Saint est l'homme au sortir du baptême,</div> -<div class="verse">Petit enfant humble et ne tétant pas même,</div> -<div class="verse">Et si pur alors qu'il est la pureté suprême.</div> - -<div class="verse stanza">Saint est l'homme après l'Eucharistie.</div> -<div class="verse">La chair de Jésus a sa chair investie</div> -<div class="verse">De force sage et de divine modestie.</div> - -<div class="verse stanza">Saint l'homme quand clos ses jours débiles,</div> -<div class="verse">Dans l'heur et dans le pardon des Saintes Huiles,</div> -<div class="verse">Et l'essor soudain vers des séjours enfin tranquilles.</div> - -<div class="verse stanza">Les cieux sont pleins, Juste, de ta gloire.</div> -<div class="verse">La terre en bas vénérera ta mémoire,</div> -<div class="verse">Béni soit celui qui vient au Nom qu'il nous faut croire!</div> - -<div class="verse stanza">Hosanna sur terre et dans les cieux.</div> -<div class="verse">Deux fois hosanna pour l'homme glorieux!</div> -<div class="verse">Trois fois hosanna pour Dieu miséricordieux.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p14" title="XIV. IMMACULÉE CONCEPTION">IMMACULÉE CONCEPTION</h3> - -<p class="c small">XIV</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">Vous fûtes conçue immaculée,</div> -<div class="verse i1">Ainsi l'Église l'a constaté</div> -<div class="verse i1">Pour faire notre âme consolée</div> -<div class="verse i1">Et notre fois plus fort conseillée,</div> -<div class="verse i1">Et notre esprit plus ferme et bandé.</div> - -<div class="verse i1 stanza">La raison veut ce dogme et l'assume.</div> -<div class="verse i1">La charité l'embrasse et s'y tient,</div> -<div class="verse i1">Et Satan grince et l'enfer écume</div> -<div class="verse i1">Et hurle: «L'Ève prédite vient</div> -<div class="verse i1">Dont le Serpent saura l'amertume.»</div> - -<div class="verse i1 stanza">Sous la tutelle et dans l'onction</div> -<div class="verse i1">De votre chaste et sainte mère Anne,</div> -<div class="verse i1">Vous grandissez en perfection</div> -<div class="verse i1">Jusqu'à votre présentation</div> -<div class="verse i1">Au temple saint, loin du bruit profane,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Du monde vain que fuira Jésus</div> -<div class="verse i1">Et, comme lui, toute au pauvre monde,</div> -<div class="verse i1">Vous atteignez dans de pieux us</div> -<div class="verse i1">L'époque où, dans sa pitié profonde,</div> -<div class="verse i1">Dieu veut que de vous sorte Jésus.</div> - -<div class="verse i1 stanza">L'ange qui vous salua la mère</div> -<div class="verse i1">Du Rédempteur que Dieu nous donnait</div> -<div class="verse i1">Ne troubla pas votre candeur fière</div> -<div class="verse i1">Qui dit comme Dieu de la lumière:</div> -<div class="verse i1">«Ce que vous m'annoncez me soit fait.»</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et tout le temps que vivra le Maître,</div> -<div class="verse i1">Vous le passerez obscurément,</div> -<div class="verse i1">Sans rien vouloir savoir ou connaître</div> -<div class="verse i1">Que de l'aimer comme il daigne l'être,</div> -<div class="verse i1">Jusqu'à sa mort, prise saintement.</div> - -<div class="verse i1 stanza">Aussi, quand vous-même rendez l'âme,</div> -<div class="verse i1">Pendant à votre conception</div> -<div class="verse i1">Immaculée, un décret proclame</div> -<div class="verse i1">Pour vous la tombe un séjour infâme,</div> -<div class="verse i1">Vous soustrait à la corruption,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Et vous enlève au séjour de gloire</div> -<div class="verse i1">D'où vous régnez sur l'Ange et sur nous,</div> -<div class="verse i1">Participant à toute l'histoire</div> -<div class="verse i1">De notre vie intime et de tous</div> -<div class="verse i1">Les hauts débats de la grande histoire.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p15" title="XV. DÉVOTIONS">DÉVOTIONS</h3> - -<p class="c small">XV</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Sécheresse maligne et coupable langueur,</div> -<div class="verse">Il n'est remède encore à vos tristesses noires</div> -<div class="verse">Que telles dévotions surérogatoires,</div> -<div class="verse">Comme des mois de Marie et du Sacré-Cœur,</div> - -<div class="verse stanza">Éclat et parfum purs de fleurs rouges et bleues,</div> -<div class="verse">Par quoi l'âme qu'endeuille un ennui morfondu,</div> -<div class="verse">Tout soudain s'éveille à l'enthousiasme dû</div> -<div class="verse">Et sent ressusciter ses allégresses feues,</div> - -<div class="verse stanza">Cantiques frais et blancs de vierges comme aux temps</div> -<div class="verse">Premiers, quand les chrétiens étaient toute innocence,</div> -<div class="verse">Hymnes brûlants d'une théologie intense</div> -<div class="verse">Dans la sanglante ardeur des cierges palpitants;</div> - -<div class="verse stanza">Comme le chemin de la Croix, baisers et larmes,</div> -<div class="verse">Argent et neige et noir d'or des Vendredis Saints,</div> -<div class="verse">Lent cortège à genoux dans la paix des tocsins,</div> -<div class="verse"><i>Stabats</i> sévères indiciblement aux si doux charmes,</div> - -<div class="verse stanza">Et la dévotion, aussi, du chapelet,</div> -<div class="verse">Grains enflammés de chaste délire où s'embrase</div> -<div class="verse">L'ennui souvent, où parfois l'excès de l'extase</div> -<div class="verse">Se consumait au feu des <i>Ave</i> qui roulait;</div> - -<div class="verse stanza">Et celle enfin des saints locaux, Martin de France,</div> -<div class="verse">Et Geneviève de Paris, saints du pays</div> -<div class="verse">Et des villes et des villages, obéis</div> -<div class="verse">Et vénérés avec chacun son espérance</div> - -<div class="verse stanza">Et son exemple et son précepte bien donné,</div> -<div class="verse">Ses miracles!—O mœurs plus intimes du culte,</div> -<div class="verse">Eh oui, c'est encor vous, en dépit de l'insulte,</div> -<div class="verse">Qui nous sauvez, peut-être, à tel moment donné.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p16" title="XVI. AGNUS DEI">AGNUS DEI</h3> - -<p class="c small">XVI</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">L'agneau cherche l'amère bruyère,</div> -<div class="verse i1">C'est le sel et non le sucre qu'il préfère,</div> -<div class="verse">Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Quand il veut un but, rien ne l'arrête,</div> -<div class="verse i1">Brusque, il fonce avec des grands coups de sa tête,</div> -<div class="verse">Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète…</div> - -<div class="verse i2 stanza">Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,</div> -<div class="verse i1">Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes,</div> -<div class="verse">Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Donne-nous la paix et non la guerre,</div> -<div class="verse i1">O l'agneau terrible en ta juste colère,</div> -<div class="verse">O toi, seul Agneau, Dieu le seul fils de Dieu le Père.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p17" title="XVII. TOUSSAINT">TOUSSAINT</h3> - -<p class="c small">XVII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Ces vrais vivants qui sont les saints,</div> -<div class="verse i2">Et les vrais morts qui seront nous,</div> -<div class="verse i2">C'est notre double fête à tous,</div> -<div class="verse i2">Comme la fleur de nos desseins,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Comme le drapeau symbolique</div> -<div class="verse i2">Que l'ouvrier plante gaîment</div> -<div class="verse i2">Au faîte neuf du bâtiment,</div> -<div class="verse i2">Mais, au lieu de pierre et de brique,</div> - -<div class="verse i2 stanza">C'est de notre chair qu'il s'agit,</div> -<div class="verse i2">Et de notre âme en ce nôtre œuvre</div> -<div class="verse i2">Qui, narguant la vieille couleuvre,</div> -<div class="verse i2">A force de travaux surgit.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Notre âme et notre chair domptées</div> -<div class="verse i2">Par la truelle et le ciment</div> -<div class="verse i2">Du patient renoncement</div> -<div class="verse i2">Et des heures dûment comptées.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Mais il est des âmes encor,</div> -<div class="verse i2">Il est des chairs encore comme</div> -<div class="verse i2">En chantier, qu'à tort on dénomme</div> -<div class="verse i2">Les morts, puisqu'ils vivent, trésor</div> - -<div class="verse i2 stanza">Au repos, mais que nos prières</div> -<div class="verse i2">Seulement peuvent monnayer</div> -<div class="verse i2">Pour, l'architecte, l'employer</div> -<div class="verse i2">Aux grandes dépenses dernières.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Prions, entre les morts, pour maints</div> -<div class="verse i2">De la terre et du Purgatoire,</div> -<div class="verse i2">Prions de façon méritoire</div> -<div class="verse i2">Ceux de là-haut qui sont les saints.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p18" title="XVIII. IN INITIO">IN INITIO</h3> - -<p class="c small">XVIII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2">Chez mes pays, qui sont rustiques</div> -<div class="verse i2">Dans tel cas simplement pieux,</div> -<div class="verse i2">Voire un peu superstitieux,</div> -<div class="verse i2">Entre autres pratiques antiques,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Sur la tête du paysan,</div> -<div class="verse i2">Rite profond, vaste symbole,</div> -<div class="verse i2">Le prêtre, étendant son étole,</div> -<div class="verse i2">Dit l'évangile de saint Jean:</div> - -<div class="verse i2 stanza">«Au commencement était le Verbe</div> -<div class="verse i2">«Et le Verbe était en Dieu.</div> -<div class="verse i2">«Et le verbe était Dieu.»</div> -<div class="verse i2">Ainsi va le texte superbe,</div> - -<div class="verse i2 stanza">S'épanchant en ondes de claire</div> -<div class="verse i2">Vérité sur l'humaine erreur,</div> -<div class="verse i2">Lavant l'immondice et l'horreur,</div> -<div class="verse i2">Et la luxure et la colère,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et les sept péchés, et d'un flux</div> -<div class="verse i2">Tout parfumé d'odeurs divines,</div> -<div class="verse i2">Rafraîchissant jusqu'aux racines</div> -<div class="verse i2">L'arbre du bien, sec et perclus,</div> - -<div class="verse i2 stanza">Et déracinant sous sa force</div> -<div class="verse i2">L'arbre du mal et du malheur</div> -<div class="verse i2">Naguère tout en sève, en fleur,</div> -<div class="verse i2">En fruit, du feuillage à l'écorce.</div> - -<div class="verse i2 stanza">O Jean, le plus grand, après l'autre</div> -<div class="verse i2">Jean, le Baptiste, des grands saints,</div> -<div class="verse i2">Priez pour moi le Sein des seins</div> -<div class="verse i2">Où vous dormiez, étant apôtre!</div> - -<div class="verse i2 stanza">O, comme pour le paysan,</div> -<div class="verse i2">Sur ma tête frivole et folle,</div> -<div class="verse i2">Bon prêtre étendant ton étole,</div> -<div class="verse i2">Dis l'évangile de saint Jean.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p19" title="XIX. VÊPRES RUSTIQUES">VÊPRES RUSTIQUES</h3> - -<p class="c small">XIX</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le dernier coup de vêpres a sonné: l'on tinte.</div> -<div class="verse">Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sainte.</div> - -<div class="verse stanza">Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais!</div> -<div class="verse">C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès.</div> - -<div class="verse stanza">On allume les six grands cierges, l'on apporte</div> -<div class="verse">Le ciboire pour le salut. Voici la porte</div> - -<div class="verse stanza">De la sacristie entr'ouverte, et l'on voit bien</div> -<div class="verse">S'habiller les enfants de chœur et le doyen.</div> - -<div class="verse stanza">Voici venir le court cortège et les deux chantres</div> -<div class="verse">Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres.</div> - -<div class="verse stanza">Une clochette retentit et le clergé</div> -<div class="verse">S'agenouille devant l'autel, dûment rangé.</div> - -<div class="verse stanza">Une prière est murmurée à voix si basse</div> -<div class="verse">Qu'on entend comme un vol de bons anges qui passe.</div> - -<div class="verse stanza">Le prêtre, se signant, adjure le Seigneur,</div> -<div class="verse">Et les clers, se signant, appellent le Seigneur.</div> - -<div class="verse stanza">Et chacun exaltant la Trinité, commence,</div> -<div class="verse">Prophète-roi, David, ta psalmodie immense:</div> - -<div class="verse stanza">«Le Seigneur dit…» «Je vous louerai…» «Qu'heureux les saints…»</div> -<div class="verse">«Fils, louez le Seigneur…» et, vibrant par essaims,</div> - -<div class="verse stanza">Les versets de ce chant militaire et mystique:</div> -<div class="verse">«Quand Israël sortit d'Égypte…» Et la musique</div> - -<div class="verse stanza">Du grêle harmonium et du vaste plain-chant!</div> -<div class="verse">L'Église s'est remplie. Il fait tiède. L'argent</div> - -<div class="verse stanza">Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre</div> -<div class="verse">Et des pauvres tombe à bruit doux dans l'aumônière.</div> - -<div class="verse stanza">L'hymme propre et <i>Magnificat</i> aux flots d'encens!</div> -<div class="verse">Une langueur céleste envahit tous les sens.</div> - -<div class="verse stanza">Au court sermon qui suit sur un thème un peu rance,</div> -<div class="verse">On somnole sans trop pourtant d'irrévérence.</div> - -<div class="verse stanza">Le soleil luit faisant un nimbe mordoré,</div> -<div class="verse">Le vieux saint du village est tout transfiguré.</div> - -<div class="verse stanza">Ça sent bon. On dirait des fleurs très anciennes.</div> -<div class="verse">S'exhalant, lentes, dans le latin des antiennes.</div> - -<div class="verse stanza">Et le Salut ayant béni l'humble troupeau</div> -<div class="verse">Des fidèles, on rejoint meilleurs le hameau.</div> - -<div class="verse stanza">Le soir on soupe mieux, et quand la nuit invite</div> -<div class="verse">Au sommeil, on s'endort bien à l'aise et plus vite.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p20" title="XX. COMPLIES EN VILLE">COMPLIES EN VILLE</h3> - -<p class="c small">XX</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Au sortir de Paris on entre à Notre-Dame.</div> -<div class="verse">Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés,</div> -<div class="verse">L'affreux soleil criard à l'ombre qui se pâme,</div> - -<div class="verse stanza">Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés,</div> -<div class="verse">Et l'adoration à l'infini s'étire</div> -<div class="verse">En des récitatifs lentement en-allés,</div> - -<div class="verse stanza">Vêpres sont dites, et l'autel noir ne fait luire</div> -<div class="verse">Que six cierges, après les flammes du Salut</div> -<div class="verse">Dont l'encens rôde encor mêlé des goûts de cire.</div> - -<div class="verse stanza">Un clerc a lu: <i>Jube, domne</i>, comme fallut,</div> -<div class="verse">Et l'orage du fond des stalles se déchaîne</div> -<div class="verse">De rude psalmodie au même instant qu'il lut,</div> - -<div class="verse stanza">Le bon orage frais sous la voûte hautaine</div> -<div class="verse">Où le jour tamisé par les Saints et les Rois</div> -<div class="verse">Des rosaces oscille en volute sereine.</div> - -<div class="verse stanza">Cela parle de paix de l'âme, des effrois</div> -<div class="verse">De la nuit dissipés par l'acte et la prière.</div> -<div class="verse">L'espérance s'enroule autour des piliers froids.</div> - -<div class="verse stanza">C'est la suprême joie, et l'extrême lumière</div> -<div class="verse">Concentrée aux rais de la seule Vérité,</div> -<div class="verse">Et le vieux Siméon dit l'extase dernière!</div> - -<div class="verse stanza">Recommandons notre âme au Dieu de vérité.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p21" title="XXI. PRUDENCE">PRUDENCE</h3> - -<p class="c small">XXI</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i3">Contrition parfaite,</div> -<div class="verse i3">Les anges sont en fêtes</div> -<div class="verse">Mieux d'un pêcheur contrit que d'un juste qui meurt.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Bon propos, la victoire</div> -<div class="verse i3">Préparée et la gloire</div> -<div class="verse">Presque déjà dans l'au-delà sans choc ni heurt.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Absolution sainte</div> -<div class="verse i3">Savourée avec crainte</div> -<div class="verse">D'en être indigne encor, d'en peut-être abuser.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Rentrée emmi le monde</div> -<div class="verse i3">Et son horreur profonde</div> -<div class="verse">Avec un cœur d'amour qui ne sait biaiser,</div> - -<div class="verse i3 stanza">Car c'est l'amour divine</div> -<div class="verse i3">Qui prévoit et devine</div> -<div class="verse">Les pièges, le manège et les tours du Péché.</div> - -<div class="verse i3 stanza">Garde à toi tout de même,</div> -<div class="verse i3">Gare au trompeur suprême,</div> -<div class="verse">Chrétien certes fidèle encore qu'empêché</div> - -<div class="verse i3 stanza">Par l'extase première</div> -<div class="verse i3">D'avoir vu la Lumière,</div> -<div class="verse">Et les yeux éblouis et tous les sens tremblants.</div> - -<div class="verse i3 stanza">O chrétien nouveau, prie</div> -<div class="verse i3">A la Vierge Marie,</div> -<div class="verse">Et marche vers la bonne mort à pas bien lents.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p22" title="XXII. PÉNITENCE">PÉNITENCE</h3> - -<p class="c small">XXII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La luxure, ce moins terrible des péchés,</div> -<div class="verse">Ces deux pires de tous, l'Avarice et l'Envie,</div> -<div class="verse">La Gourmandise, abus risible de la vie,</div> -<div class="verse">Toi, Paresse, leur mère à tous, à ces péchés,</div> - -<div class="verse stanza">Et la Colère, presque belle en sa hideur,</div> -<div class="verse">Avec de faux reflets d'héroïsme, on veut croire,</div> -<div class="verse">Et l'Orgueil son grand frère à la gloire illusoire</div> -<div class="verse">Et tous dans leur révolte horrible et leur hideur,</div> - -<div class="verse stanza">Pénitence, presque innocence, tu les vaincs,</div> -<div class="verse">Tu les poursuis, tu les arrêtes et les captes,</div> -<div class="verse">Sauvant les âmes, par l'excellence des actes,</div> -<div class="verse">De l'Enfer et de ses milices que tu vaincs.</div> - -<div class="verse stanza">Oui, tu nous dictes et fait faire d'excellents</div> -<div class="verse">Actes à cause de l'excellence des causes,</div> -<div class="verse">Épanouissant, sur les épines de roses</div> -<div class="verse">Que la Prière après vient cueillir à pas lents,</div> - -<div class="verse stanza">Pénitence, du fond de mes crimes affreux,</div> -<div class="verse">Luxure, orgueil, colère et toute la filière,</div> -<div class="verse">J'invoque ton secours, Vertu particulière,</div> -<div class="verse">Seule agréable à Dieu qui voit mon cœur affreux.</div> -</div> - - -<h3 id="p5p23" title="XXIII. OPPORTET HÆRESES ESSE">OPPORTET HÆRESES ESSE</h3> - -<p class="c small">XXIII</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæreses esse.</i></div> -<div class="verse i2">Car il faut, en effet, encore,</div> -<div class="verse i2">Que notre foi, donc, s'édulcore</div> -<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæreses esse.</i></div> - -<div class="verse i2 stanza">Il fallait quelque humilité,</div> -<div class="verse i2">Ma Foi qui poses et grimaces,</div> -<div class="verse i2">Afin que tu t'édulcorasses;</div> -<div class="verse i2">Et l'hérésiarque entêté</div> - -<div class="verse i2 stanza">T'a tenté, ne nous dis pas non,</div> -<div class="verse i2">Jusque vers les pires péchés,</div> -<div class="verse i2">T'entraînant du doute impur chez</div> -<div class="verse i2">Le Diable t'ouvrant son fanon.</div> - -<div class="verse i2 stanza">Or maintenant, courage! assez</div> -<div class="verse i2">De larmes sur l'erreur d'un jour,</div> -<div class="verse i2">Songe au pardon du Dieu d'amour.</div> -<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæredes esse.</i></div> -</div> - - -<h3 id="p5p24" title="XXIV. FINAL">FINAL</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse"><i>J'ai fait ces vers bien qu'un bien indigne pécheur,</i></div> -<div class="verse"><i>O bien indigne, après tant de grâces données,</i></div> -<div class="verse"><i>Lâchement, salement, froidement piétinées</i></div> -<div class="verse"><i>Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur.</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>J'ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor,</i></div> -<div class="verse"><i>A votre gloire douce encore qui me tente</i></div> -<div class="verse"><i>Toujours, en attendant la formidable attente</i></div> -<div class="verse"><i>Ou de votre courroux ou de ta gloire encor,</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché,</i></div> -<div class="verse"><i>Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt!</i></div> -<div class="verse"><i>Je me rementerais de votre amour, plutôt,</i></div> -<div class="verse"><i>Que de mon effrayant et vil et laid péché,</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Jésus qui sus bénir ma folle indignité,</i></div> -<div class="verse"><i>Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature,</i></div> -<div class="verse"><i>Et dès avant le temps, choisis dans la nature,</i></div> -<div class="verse"><i>Créateur, moi, ceci, pourri d'indignité!</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Aussi, Jésus! avec un immense remords</i></div> -<div class="verse"><i>Et plein de tels sanglots! à cause de mes fautes,</i></div> -<div class="verse"><i>Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes,</i></div> -<div class="verse"><i>Les pieds pleins de cloques et les usages morts,</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Les usages? Du cœur, de la tête, de tout</i></div> -<div class="verse"><i>Mon être on dirait cloué de paralysie</i></div> -<div class="verse"><i>Navrant en même temps ma pauvre poésie</i></div> -<div class="verse"><i>Qui ne s'exhale plus, mais qui reste debout</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Comme frappée, ainsi le troupeau par l'orage,</i></div> -<div class="verse"><i>Berger en tête, et si fidèle nonobstant</i></div> -<div class="verse"><i>Mon cœur est là, Seigneur, qui t'adore d'autant</i></div> -<div class="verse"><i>Que tu m'aimes encore ainsi parmi l'orage.</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Mon cœur est un troupeau dissipé par l'autan</i></div> -<div class="verse"><i>Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle</i></div> -<div class="verse"><i>Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, giffle</i></div> -<div class="verse"><i>D'une dent suffisante et dure assez l'engeance</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Affreuse que je suis, troupeau qui m'en allai</i></div> -<div class="verse"><i>Vers une monstrueuse et solitaire voie,</i></div> -<div class="verse"><i>O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie!</i></div> -<div class="verse"><i>Votre pacage simple en les prés où j'allai</i></div> - -<div class="verse stanza"><i>Naguère, et le lin pur qu'il faut et qu'il fallut,</i></div> -<div class="verse"><i>Et la contrition, hélas! si nécessaire,</i></div> -<div class="verse"><i>Et si vous voulez bien accepter ma misère,</i></div> -<div class="verse"><i>La voici! faites-la, telle, hélas! qu'il fallut.</i></div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2>VERS POSTHUMES</h2> - - -<h3 id="p6p1">ACTE DE FOI</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse i1">«Le seul savant c'est encore Moïse»!</div> -<div class="verse i1">Ainsi disais-je et pensais-je autrefois,</div> -<div class="verse i1">Et quand j'y pense encore et, sans surprise,</div> -<div class="verse i1">Me le redis avec la même voix,</div> - -<div class="verse i1 stanza">Ma conviction, que tous les problèmes</div> -<div class="verse i1">Étalés en vain à mon œil naïf</div> -<div class="verse i1">N'ont point mise à mal, séducteurs suprêmes,</div> -<div class="verse i1">T'affirme à nouveau, dogme primitif.</div> - -<div class="verse i1 stanza">La doctrine profane et l'art profane</div> -<div class="verse i1">Ont quelque bon, mais, s'ils agissent seuls,</div> -<div class="verse i1">C'est comme des spectres sous des linceuls.</div> - -<div class="verse i1 stanza">La Genèse est claire, elle est diaphane,</div> -<div class="verse i1">Et par elle je crois avec ardeur</div> -<div class="verse i1">En Dieu, mon fauteur et mon créateur.</div> -</div> - - -<h3 id="p6p2">PAQUES</h3> - -<blockquote> -<p class="r"><i lang="la" xml:lang="la">Dic, nobis, Maria<br /> -quem vidisti in via.</i></p> -</blockquote> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">De Rome, hier matin, les cloches revenues,</div> -<div class="verse">Exhalent un concert glorieux dans les nues.</div> - -<div class="verse stanza">L'écho puissant qui flue et tombe de la tour,</div> -<div class="verse">Vient magnifier l'air et la terre à leur tour.</div> - -<div class="verse stanza">L'oiseau, sanctifié par l'or des salves saintes</div> -<div class="verse">Lui-même entonne un hymne aimable et las de plaintes,</div> - -<div class="verse stanza">Clame l'alléluia sur un air de chanson,</div> -<div class="verse">Dans l'arbre, au ras des prés, et parmi le buisson.</div> - -<div class="verse stanza">L'alouette, un motet au bec, s'est envolée;</div> -<div class="verse">Le rossignol a salué l'aube emperlée</div> - -<div class="verse stanza">D'accents énamourés d'un amour plus brûlant,</div> -<div class="verse">Et comme lumineux d'un bonheur calme et lent,</div> - -<div class="verse stanza">Le printemps, né d'hier, allègrement frissonne;</div> -<div class="verse">La nature frémit d'aise, et voici que sonne</div> - -<div class="verse stanza">Partout dans la campagne, au cœur des vieux beffrois,</div> -<div class="verse">De l'altier campanile et du palais des rois,</div> - -<div class="verse stanza">Et de tous les fracas religieux des villes,</div> -<div class="verse">Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles,</div> - -<div class="verse stanza">Le frais appel pour l'alme célébration</div> -<div class="verse">De l'almissime jour de résurrection…</div> - -<div class="verse stanza">La colombe vole au sillon et l'agneau broute.</div> -<div class="verse">Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route?</div> - -<div class="verse stanza">Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé…</div> -<div class="verse">C'est le Seigneur «en Galilée il est allé!»</div> - -<div class="verse stanza">—Ah! que le cœur n'est-il lavé dans l'or du fleuve,</div> -<div class="verse">Sanctifiée en l'or des cloches l'âme veuve!</div> - -<div class="verse stanza">Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau,</div> -<div class="verse">Blanc comme la colombe en ce clair renouveau</div> - -<div class="verse stanza">Et que l'homme, jadis conscience introublée,</div> -<div class="verse">N'est-il en route encore pour la Galilée!</div> -</div> - - -<h3 id="p6p3">ASSOMPTION</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Aujourd'hui c'est ma fête et j'ai droit à des fleurs</div> -<div class="verse">(Sous mon autre prénom je n'ai droit qu'à mes pleurs),</div> -<div class="verse">Car sachez-le bien tous, je m'appelle Marie</div> -<div class="verse">Et sous le nom puissant d'une mère chérie</div> -<div class="verse">Je me sens protégé du mal et du péché</div> -<div class="verse">Qui m'avaient investi grâce au bien négligé.</div> -<div class="verse">Je me sais à l'abri d'un monde que j'abhorre</div> -<div class="verse">Et dont je ne saurais me séparer encore,</div> -<div class="verse">Je me crois défendu contre tout choc et heurt</div> -<div class="verse">Par ce nom qui s'en vient prier lorsque l'on meurt.</div> -<div class="verse">En ce jour merveilleux de triomphe et de gloire,</div> -<div class="verse">Il me semble que j'ai ma part de la victoire.</div> -<div class="verse">O ma femme, entrons donc joyeux, c'est notre droit</div> -<div class="verse">Dans le bonheur heureux… et le devoir qu'on doit.</div> -</div> - - -<h3 id="p6p4">PRIÈRE</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Me voici devant Vous, contrit comme il le faut.</div> -<div class="verse">Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie</div> -<div class="verse">Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie</div> -<div class="verse">Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut</div> -<div class="verse">A mes yeux mieux que tout, et l'espoir et la joie.</div> - -<div class="verse stanza">Elle est bonne, elle me connaît depuis des ans.</div> -<div class="verse">Nous eûmes des jours noirs, amers, jaloux, coupables,</div> -<div class="verse">Mais nous allions sans trêve aux fins inéluctables,</div> -<div class="verse">Balancés, ballottés, en proie à tous jusants</div> -<div class="verse">Sur la mer où luisaient les astres favorables:</div> - -<div class="verse stanza">Franchise, lassitude affreuse du péché</div> -<div class="verse">Sans esprit de retour, et pardons l'un à l'autre…</div> -<div class="verse">Or, ce commencement de paix n'est-il point vôtre,</div> -<div class="verse">Jésus, qui vous plaisez au repentir caché?</div> -<div class="verse">Exaucez notre vœu qui n'est plus que le vôtre.</div> -</div> - - -<h3 id="p6p5">LE CHARME DU VENDREDI SAINT</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">La cathédrale est grise admirablement,</div> -<div class="verse">Tandis que le jour luit adorablement</div> -<div class="verse">Et que les arbres sont verts tout doucement.</div> - -<div class="verse stanza">Les paysans sont naïfs et de province</div> -<div class="verse">Pour la plupart parents, dont la toilette grince,</div> -<div class="verse">De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince</div> - -<div class="verse stanza">De les promener autour du fameux monument</div> -<div class="verse">Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village,</div> -<div class="verse">Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment</div> -<div class="verse">Et va, comme un peu vil dans le sillage</div> - -<div class="verse stanza">Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment</div> -<div class="verse">D'une clientèle amusante en diable,</div> -<div class="verse">Qui file néanmoins, dévots irrémédiables,</div> -<div class="verse">Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement.</div> -</div> - -<div class="date">Paris, jeudi 30 mars 1893.</div> - -<h3 id="p6p6" title="LE CHARME DU VENDREDI SAINT II">II</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure</div> -<div class="verse">Des fins arbres du quai bordant la beauté pure</div> -<div class="verse">Et forte de la cathédrale on dirait en guipure</div> - -<div class="verse stanza">De pierre, on croit, immémoriale et si dure!</div> -<div class="verse">Les cloches de la veille ont fui (leur âme, au moins,</div> -<div class="verse">S'est tue) et pendent, patients témoins</div> -<div class="verse">Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins,</div> - -<div class="verse stanza">Enfin, elles reviennent (ou, du moins, leur âme</div> -<div class="verse">Planant sur les villes légères et les autres)</div> -<div class="verse">Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres</div> -<div class="verse">A travers les humanités chastes et les infâmes,</div> - -<div class="verse stanza">Dans la nef désolée où seulement les flammes</div> -<div class="verse">Des ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres,</div> -<div class="verse">S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes</div> -<div class="verse">Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres.</div> -</div> - -<div class="date">Vendredi, 31 mars 1893.</div> - -<h3 id="p6p7">EX IMO</h3> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">O Jésus, vous m'avez puni moralement</div> -<div class="verse">Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance,</div> -<div class="verse">Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance.</div> -<div class="verse">O Jésus, vous me punissez physiquement.</div> - -<div class="verse stanza">L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille,</div> -<div class="verse">La console, la plaint, lui sourit, la guérit</div> -<div class="verse">Par une claire, simple et logique merveille.</div> -<div class="verse">La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit</div> - -<div class="verse stanza">Le «Fiat lux», le créateur de la nature,</div> -<div class="verse">Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous</div> -<div class="verse">Plein de douceur, mais lors faisait la créature</div> -<div class="verse">Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.</div> - -<div class="verse stanza">La Science, un souci vénérable, tâtonne,</div> -<div class="verse">Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir,</div> -<div class="verse">Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne,</div> -<div class="verse">Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,</div> - -<div class="verse stanza">Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme</div> -<div class="verse">De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur,</div> -<div class="verse">Tu dirais, pour un bien pourtant; mais quel énorme</div> -<div class="verse">Effort souvent infructueux, chair de malheur!</div> - -<div class="verse stanza">Chair, mystère plus noir et plus mélancolique</div> -<div class="verse">Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu <i>te voulut</i></div> -<div class="verse"><i>Et tu fus</i>, et tu vis, comment? au vent oblique</div> -<div class="verse">Des funestes saisons et du mal qui t'élut.</div> - -<div class="verse stanza">Et tu fus, et tu vis, comment! miracle frêle,</div> -<div class="verse">Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu</div> -<div class="verse">De plaisir mêlé d'amertume et de querelle.</div> -<div class="verse">Oui, pourquoi toi?</div> - -<div class="verse i4 stanza">Jésus répond: «Pour être enfin</div> -<div class="verse">Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse</div> -<div class="verse">Et d'amour et plus tard glorieuse au divin</div> -<div class="verse">Séjour définitif de liesse et de largesse!</div> - -<div class="verse stanza">Encore un peu de temps, souffre encore un instant,</div> -<div class="verse">Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science</div> -<div class="verse">Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant,</div> -<div class="verse">Ne perds jamais cette vertu, la confiance!</div> - -<div class="verse stanza">La confiance en moi seul! Et je te le dis</div> -<div class="verse">Encore: patiente et m'offre ta souffrance.</div> -<div class="verse">Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis,</div> -<div class="verse">Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance.</div> - -<div class="verse stanza">L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi,</div> -<div class="verse">Il est bonté: c'est le bon Dieu de ton enfance.</div> -<div class="verse">Souffre encore un instant et garde bien la foi,</div> -<div class="verse">La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance.</div> - -<div class="verse stanza">Suis humble et souffre en paix, autant que tu pourras.</div> -<div class="verse">Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde.</div> -<div class="verse">Qui le sait mieux que moi? Lorsque tu souffriras</div> -<div class="verse">Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,</div> - -<div class="verse stanza">Et de mon agonie et du reste? Allons, vois.</div> -<div class="verse">C'est fait. Le mal n'est plus: tu peux vivre dans l'aise</div> -<div class="verse">Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise,</div> -<div class="verse">Au soleil, et mourir et renaître à ma voix.»</div> -</div> - -<div class="date">8 août 1893, hôpital Broussais.</div> - -<p class="c gap small">FIN</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2>TABLE</h2> - - -<table summary=""> -<tr> -<td class="width-4em"> </td> <td> </td> <td> </td> <td> </td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3"><span class="sc">Préface de J. K. HUYSMANS</span></td> -<td class="num"><a href="#preface"><small>I</small> à <small>XXIV</small></a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre1">SAGESSE</td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre2">I</td> -</tr> -<tr> -<td class="width-4em">I.</td> -<td colspan="2" class="drap">Bon chevalier masqué qui chevauche en silence</td> -<td class="num"><a href="#p1p1">3</a></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td colspan="2" class="drap">J'avais peiné comme Sisyphe</td> -<td class="num"><a href="#p1p2">6</a></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td colspan="2" class="drap">Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares?</td> -<td class="num"><a href="#p1p3">9</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême</td> -<td class="num"><a href="#p1p4">13</a></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td colspan="2" class="drap">O vous, comme un qui botte au loin, Chagrins et Joies</td> -<td class="num"><a href="#p1p5">16</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme</td> -<td class="num"><a href="#p1p6">17</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td colspan="2" class="drap">La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles</td> -<td class="num"><a href="#p1p7">18</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie</td> -<td class="num"><a href="#p1p8">19</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td colspan="2" class="drap">Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste</td> -<td class="num"><a href="#p1p9">20</a></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td colspan="2" class="drap">Petits amis, qui sûtes nous prouver</td> -<td class="num"><a href="#p1p10">21</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Or, vous voici promus, petits amis</td> -<td class="num"><a href="#p1p11">24</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons</td> -<td class="num"><a href="#p1p12">27</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">On n'offense que Dieu qui seul pardonne</td> -<td class="num"><a href="#p1p13">29</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Voix de l'Orgueil; un cri puissant comme d'un cor</td> -<td class="num"><a href="#p1p14">31</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Va ton chemin sans plus t'inquiéter!</td> -<td class="num"><a href="#p1p15">33</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Pourquoi triste, ô mon âme</td> -<td class="num"><a href="#p1p16">35</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Né l'enfant des grandes villes</td> -<td class="num"><a href="#p1p17">37</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'âme antique était rude et vaine</td> -<td class="num"><a href="#p1p18">39</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre2">II</td> -</tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td colspan="2" class="drap">O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour</td> -<td class="num"><a href="#p2p1">42</a></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td colspan="2" class="drap">Je ne veux plus aimer que ma mère Marie</td> -<td class="num"><a href="#p2p2">45</a></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td colspan="2" class="drap">Vous êtes calme, vous voulez un vœu discret</td> -<td class="num"><a href="#p2p3">47</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Mon Dieu m'a dit: Mon fils, il faut m'aimer</td> -<td class="num"><a href="#p2p4">40</a></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td colspan="2" class="drap">Désormais le Sage puni</td> -<td class="num"><a href="#p2p5">58</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Du fond du grabat</td> -<td class="num"><a href="#p2p6">60</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Le ciel est, par dessus le toit</td> -<td class="num"><a href="#p2p7">67</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Le son du cor s'afflige vers les bois</td> -<td class="num"><a href="#p2p8">68</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td colspan="2" class="drap">La tristesse, langueur du corps humain</td> -<td class="num"><a href="#p2p9">69</a></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td colspan="2" class="drap">La bise se rue à travers</td> -<td class="num"><a href="#p2p10">70</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées!</td> -<td class="num"><a href="#p2p11">71</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XII.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'échelonnement des haies</td> -<td class="num"><a href="#p2p12">73</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'immensité de l'humanité</td> -<td class="num"><a href="#p2p13">74</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIV.</td> -<td colspan="2" class="drap">La mer est plus belle</td> -<td class="num"><a href="#p2p14">75</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XV.</td> -<td colspan="2" class="drap">La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches</td> -<td class="num"><a href="#p2p15">77</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Toutes les amours de la terre</td> -<td class="num"><a href="#p2p16">78</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit</td> -<td class="num"><a href="#p2p17">80</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">C'est la fête du blé, c'est la fête du pain</td> -<td class="num"><a href="#p2p18">81</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre1">AMOUR</td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Prière du matin</td> -<td class="num"><a href="#p3p1">85</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Écrit en 1875</td> -<td class="num"><a href="#p3p2">90</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Un conte</td> -<td class="num"><a href="#p3p3">94</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Bournemouth</td> -<td class="num"><a href="#p3p4">98</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc" lang="en" xml:lang="en">There</td> -<td class="num"><a href="#p3p5">101</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Un crucifix</td> -<td class="num"><a href="#p3p6">103</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Un veuf parle</td> -<td class="num"><a href="#p3p7">105</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Il parle encore</td> -<td class="num"><a href="#p3p8">107</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Saint Graal</td> -<td class="num"><a href="#p3p9">109</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Angélus de midi</td> -<td class="num"><a href="#p3p10">111</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">A Victor Hugo</td> -<td class="num"><a href="#p3p11">114</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Saint Benoit-Joseph Labre</td> -<td class="num"><a href="#p3p12">115</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Paraboles</td> -<td class="num"><a href="#p3p13">116</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Sonnet héroïque</td> -<td class="num"><a href="#p3p14">117</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3" class="sc">Pensée du soir</td> -<td class="num"><a href="#p3p15">118</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre1">BONHEUR</td> -</tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'incroyable, l'unique horreur de pardonner</td> -<td class="num"><a href="#p4p1">123</a></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td colspan="2" class="drap">La vie est bien sévère</td> -<td class="num"><a href="#p4p2">124</a></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td colspan="2" class="drap">Après la chose faite, après le coup porté</td> -<td class="num"><a href="#p4p3">120</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td colspan="2" class="drap">De plus, cette ignorance de Vous!</td> -<td class="num"><a href="#p4p4">128</a></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'homme pauvre du cœur est-il si rare, en somme</td> -<td class="num"><a href="#p4p5">130</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Bon pauvre, ton vêtement est léger</td> -<td class="num"><a href="#p4p6">131</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière</td> -<td class="num"><a href="#p4p7">135</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde</td> -<td class="num"><a href="#p4p8">140</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td colspan="2" class="drap">Guerrière, militaire et virile en tout point</td> -<td class="num"><a href="#p4p9">143</a></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td colspan="2" class="drap">Un projet de mon âge mûr</td> -<td class="num"><a href="#p4p10">140</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair</td> -<td class="num"><a href="#p4p11">150</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Seigneur, vous m'avez laissé vivre</td> -<td class="num"><a href="#p4p12">152</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">La neige à travers la brume</td> -<td class="num"><a href="#p4p13">157</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIV.</td> -<td colspan="2" class="drap">O! J'ai froid d'un froid de glace</td> -<td class="num"><a href="#p4p14">159</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché</td> -<td class="num"><a href="#p4p15">162</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVI.</td> -<td colspan="2" class="drap">Après le départ des cloches</td> -<td class="num"><a href="#p4p16">165</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVII.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'ennui de vivre avec le monde et dans les choses</td> -<td class="num"><a href="#p4p17">167</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour»</td> -<td class="num"><a href="#p4p18">171</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIX.</td> -<td colspan="2" class="drap">Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur</td> -<td class="num"><a href="#p4p19">172</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XX.</td> -<td colspan="2" class="drap">Les plus belles voix</td> -<td class="num"><a href="#p4p20">175</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXI.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'autel bas s'orne de hautes mauves</td> -<td class="num"><a href="#p4p21">175</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXII.</td> -<td colspan="2" class="drap">L'amour de la Patrie est le premier amour</td> -<td class="num"><a href="#p4p22">177</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXIII.</td> -<td colspan="2" class="drap">Immédiatement après le salut somptueux</td> -<td class="num"><a href="#p4p23">183</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXIV.</td> -<td colspan="2" class="drap">La cathédrale est majestueuse</td> -<td class="num"><a href="#p4p24">184</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXV.</td> -<td colspan="2" class="drap">Voix de Gabriel</td> -<td class="num"><a href="#p4p25">186</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre1">LITURGIES INTIMES</td> -</tr> -<tr> -<td>I.</td> -<td colspan="2" class="sc">Asperges me</td> -<td class="num"><a href="#p5p1">191</a></td> -</tr> -<tr> -<td>II.</td> -<td colspan="2" class="sc">Avent</td> -<td class="num"><a href="#p5p2">193</a></td> -</tr> -<tr> -<td>III.</td> -<td colspan="2" class="sc">Noël</td> -<td class="num"><a href="#p5p3">195</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IV.</td> -<td colspan="2" class="sc">Saints innocents</td> -<td class="num"><a href="#p5p4">197</a></td> -</tr> -<tr> -<td>V.</td> -<td colspan="2" class="sc">Circoncision</td> -<td class="num"><a href="#p5p5">199</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VI.</td> -<td colspan="2" class="sc">Rois</td> -<td class="num"><a href="#p5p6">201</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Kyrie Eleison</td> -<td class="num"><a href="#p5p7">203</a></td> -</tr> -<tr> -<td>VIII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Gloria in excelsis</td> -<td class="num"><a href="#p5p8">205</a></td> -</tr> -<tr> -<td>IX.</td> -<td colspan="2" class="sc">Credo</td> -<td class="num"><a href="#p5p9">207</a></td> -</tr> -<tr> -<td>X.</td> -<td colspan="2" class="sc">Ascension</td> -<td class="num"><a href="#p5p10">209</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XI.</td> -<td colspan="2" class="sc">Veni sancte</td> -<td class="num"><a href="#p5p11">211</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Juin</td> -<td class="num"><a href="#p5p12">213</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Sanctus</td> -<td class="num"><a href="#p5p13">215</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIV.</td> -<td colspan="2" class="sc">Immaculée conception</td> -<td class="num"><a href="#p5p14">217</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XV.</td> -<td colspan="2" class="sc">Dévotions</td> -<td class="num"><a href="#p5p15">219</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVI.</td> -<td colspan="2" class="sc">Agnus Dei</td> -<td class="num"><a href="#p5p16">221</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Toussaint</td> -<td class="num"><a href="#p5p17">222</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XVIII.</td> -<td colspan="2" class="sc">In initio</td> -<td class="num"><a href="#p5p18">224</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XIX.</td> -<td colspan="2" class="sc">Vêpres rustiques</td> -<td class="num"><a href="#p5p19">226</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XX.</td> -<td colspan="2" class="sc">Complies en ville</td> -<td class="num"><a href="#p5p20">229</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXI.</td> -<td colspan="2" class="sc">Prudence</td> -<td class="num"><a href="#p5p21">231</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Pénitence</td> -<td class="num"><a href="#p5p22">233</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXIII.</td> -<td colspan="2" class="sc">Opportet hæreses esse</td> -<td class="num"><a href="#p5p23">235</a></td> -</tr> -<tr> -<td>XXIV.</td> -<td colspan="2" class="sc">Final</td> -<td class="num"><a href="#p5p24">237</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="4" class="titre1">VERS POSTHUMES</td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3">Acte de Foi</td> -<td class="num"><a href="#p6p1">241</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3">Pâques</td> -<td class="num"><a href="#p6p2">242</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3">Assomption</td> -<td class="num"><a href="#p6p3">244</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3">Prière</td> -<td class="num"><a href="#p6p4">245</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2">Le Charme du Vendredi Saint.</td> -<td>I</td> -<td class="num"><a href="#p6p5">246</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="2" class="c">—</td> -<td>II</td> -<td class="num"><a href="#p6p6">247</a></td> -</tr> -<tr> -<td colspan="3">Ex imo</td> -<td class="num"><a href="#p6p7">248</a></td> -</tr> -</table> -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em"><i>ACHEVÉ D'IMPRIMER</i><br /> -Le sept mars mil neuf cent quatre<br /> -<span class="small">PAR</span><br /> -<span class="large">BUSSIÈRE</span><br /> -<span class="small">A SAINT-AMAND (CHER)</span><br /> -pour le compte<br /> -<span class="small">DE</span><br /> -<span class="large">M. A. MESSEIN</span><br /> -<i>éditeur</i><br /> -19, <span class="small">QUAI SAINT-MICHEL</span><br /> -PARIS (V<sup>e</sup>)</p> - - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES *** - -***** This file should be named 61039-h.htm or 61039-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/1/0/3/61039/ - -Produced by Laurent Vogel (from images generously made -available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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