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-The Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll
-have to check the laws of the country where you are located before using
-this ebook.
-
-
-
-Title: Poésies religieuses
- Préface de J. K. Huÿsmans
-
-Author: Paul Verlaine
-
-Contributor: Joris-Karl Huysmans
-
-Release Date: December 28, 2019 [EBook #61039]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES ***
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-
-Produced by Laurent Vogel (from images generously made
-available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
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- PAUL VERLAINE
-
- POÉSIES
- RELIGIEUSES
-
- PRÉFACE
- de J.-K. HUYSMANS
-
- PARIS
- LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR
- A. MESSEIN Succr
- 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
-
- MCMIV
-
-
-
-
-A LA MÊME LIBRAIRIE
-
-
-CHARLES MORICE
-
- Du sens religieux de la poésie. Un volume grand in-18 3 fr. »»
-
- Paul Verlaine. _L'Homme et l'OEuvre._ Un volume in-18 Jésus 3 fr. 50
-
-
-
-
-IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE:
-
-_15 exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 15_
-
-
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-
-PRÉFACE
-
-DE
-
-J.-K. HUYSMANS
-
-
-Mon intention n'est pas, en ces quelques pages, de parler, au point de
-vue littéraire, de l'oeuvre de Verlaine. Cette étude a été mainte fois
-faite et, moi-même, il y a bien longtemps, en 1884, dans «A Rebours»,
-alors que personne ne se souciait de l'écrivain disparu dans une
-tourmente, j'ai noté et tâché d'expliquer l'oeuvre singulière de cet
-homme qui, après Victor Hugo, Baudelaire et Leconte de Lisle, est un de
-ceux dont l'influence fut la plus décisive sur la génération des poètes
-de notre temps.
-
-Aujourd'hui, à propos de ce recueil de vers exclusivement religieux,
-extraits des volumes de «Sagesse», d'«Amour», de «Bonheur», de
-«Liturgies intimes» auxquels sont jointes quelques pièces posthumes, je
-voudrais simplement m'occuper de Verlaine, au point de vue catholique,
-essayer de dissiper le malentendu qui existe entre lui et les fidèles
-restés défiants pour sa personne et pour ses livres, faire comprendre,
-si cela était possible, qu'il ne fut pas l'impénitent pécheur qu'ils
-présument, affirmer enfin que l'Église a eu en lui le plus grand poète
-dont elle se puisse enorgueillir, depuis le Moyen-Age.
-
-Unique, en effet, à travers les siècles, il a retrouvé ces accents
-d'humilité et de candeur, ces prières dolentes et transies, ces
-allégresses de petit enfant, oubliés depuis ce retour à l'orgueil du
-paganisme que fut la Renaissance.
-
-Et cette ingénuité presque populaire, cette contrition si vraiment
-touchante, il les a traduites dans une langue étrangement évocatrice,
-avec ses détours et ses ellipses, une langue très peu compliquée et très
-bistournée, à la fois, usant de rythmes nouveaux ou rajeunis, achevant,
-après Victor Hugo et de Banville, de rompre les anciens gaufriers de la
-métrique, pour y substituer des moules d'une forme très particulière,
-des estampes très spéciales, aux touches à peine appuyées, aux
-empreintes tout juste perçues.
-
-Parti, de ses premiers essais, de Baudelaire et de Leconte de Lisle, en
-quelques poèmes de Banville et, pour l'expression un peu mièvre de
-certaines doléances de sentiments humains, de Mme Desbordes-Valmore
-qu'il admirait peut-être plus que de raison, Verlaine n'avait pas tardé
-à secouer l'inévitable joug des débuts et sa personnalité s'était
-résolument attestée «lorsqu'il avait su exprimer de délicieuses
-confidences, à mi-voix, au crépuscule; seul, il avait su laisser deviner
-certains au-delà troublants d'âme, des chuchotements si bas de pensées,
-des aveux murmurés, si interrompus que l'oreille qui les percevait
-demeurait hésitante, coulant à l'âme des langueurs avivées par le
-mystère de ce souffle plus deviné que senti».
-
-Et je citais en exemple, à la suite de ces lignes d'«A Rebours», une
-strophe célèbre maintenant des «Fêtes galantes». L'on pourrait y ajouter
-le sonnet des «Poèmes saturniens» «mon Rêve familier» dont le tercet
-final est une décisive merveille:
-
- Son regard est pareil au regard des statues
- Et pour sa voix lointaine et calme et grave, elle a
- L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
-
-Mais il n'a point usé que dans ses pièces profanes de ce mode
-d'enchantement; nous le retrouvons dans «Sagesse», au cours même des
-vers compris dans le présent volume.
-
- Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne
- Tant il fait doux par ce soir monotone
- Où se dorlote un paysage lent.
-
-Et ceux-ci encore:
-
- C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat
- Qu'il faudrait que mon âme en panne naviguât
- Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.
-
-Ne dégagent-ils pas les derniers vers de ces deux tercets une sorte de
-langoureuse consomption et de mélancolique vertige qui agit de même
-qu'une incantation dont l'occulte sortilège nous échappe? Évidemment,
-Verlaine est de tous les poètes celui qui est allé jusqu'aux extrêmes
-confins de la poésie, là où elle s'évapore et où l'art de la musique
-commence.
-
-Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, de Banville, pour en
-citer quatre, se sont avancés, eux, jusqu'aux limites de la littérature
-et ont atteint la frontière de la peinture. Leurs mots peignent,
-suggèrent, mieux peut-être que les couleurs matérielles des peintres,
-les teintes et les lignes. Verlaine par une autre route a rejoint les
-douaires de l'art musical qui, plus éloquent par la force de son
-expression, pour traduire les cris de la douleur et de la joie, de
-l'admiration et de la crainte, est aussi, à cause même de ses contours
-imprécis et flottants, plus apte que la poésie à exprimer les sensations
-confuses de l'âme, ses vagues appétences, ses fugaces aises, ses subtils
-tourments.
-
-La personnalité de Verlaine était entière déjà dans ses premiers livres;
-il l'a gardée intacte après sa conversion; il a mis au service de son
-repentir cette forme acquise et qui était toute prête et plus appropriée
-que toute autre pour narrer les attendrissantes douceurs des Retours et
-il a pu présenter ainsi à Celui qui pardonne un bouquet de fleurs
-mystiques d'un tel arôme qu'il faut, pour en découvrir un autre aussi
-délicieusement odorant, remonter au temps de François Villon et aussi de
-Gaston Phoebus, de ce comte de Foix dont les prières sont de si
-familières excuses et de si touchantes plaintes.
-
-Je n'ai pas à raconter ici la vie de Verlaine; il l'a décrite, en
-partie, lui-même, dans le verbiage d'une prose plus incorrecte encore
-que badine; il suffit de noter que dans l'une des plus sinistres crises
-de son existence, il se convertit.
-
-Cette conversion qui eut lieu, pendant sa détention à la prison de Mons,
-il l'a relatée dans un volume intitulé «Mes Prisons».
-
- «Jésus, dit-il, comment vous y prîtes-vous pour me prendre? ah!
-
- «Un matin, le bon directeur lui-même entra dans ma cellule:
-
- «Mon pauvre ami, me dit-il, je vous apporte un mauvais message; du
- courage, lisez.
-
-C'était un jugement de séparation de corps et de biens prononcé contre
-lui en faveur de sa femme par le tribunal civil de la Seine.
-
-Et Verlaine ajoute:
-
- «Je tombai en larmes, sur mon pauvre dos, sur mon pauvre lit.»
-
-Et, en une sorte de coup de fouet, la première stupeur passée, il se
-prosternait aux pieds du crucifix et, avec l'aide d'un brave prêtre,
-l'aumônier de la maison qui le confessa, il renversa de fond en comble
-sa vie.
-
-C'est alors qu'il écrivit «Sagesse».
-
-Sa peine d'emprisonnement purgée, il quitta la Belgique et revint en
-France. Le public ne le connaissait guère.--Personne ne se douta qu'une
-librairie catholique venait de faire paraître ce livre admirable, né
-dans une prison. «Sagesse» fut à peine mis en vente, si toutefois il le
-fut; son titre ne fut même pas inscrit sur les catalogues de la pieuse
-librairie qui se borna à mettre simplement sur la couverture sa marque
-et son nom. Puis, peu à peu ce recueil s'insinua dans le monde des
-lettres et fut lu par les profanes; les catholiques continuèrent de
-l'ignorer et lorsque, plus tard, quelques-uns s'aventurèrent à le lire,
-les bruits les plus fâcheux couraient sur le compte du malheureux poète.
-On parlait d'ivrognerie, de fréquentations inavouables, de séjours dans
-des hôtels louches, de stages dans les hôpitaux; il n'en fallut pas
-davantage pour faire nier l'authenticité d'une conversion très réelle,
-pourtant, n'en déplaise à cette atrabilaire ganache du nom de Doumic qui
-ne veut y voir «qu'une forme de l'énervement, qu'un cas de sensualité
-triste».
-
-Pourquoi ne pas le dire, la situation d'outlaw de Verlaine dans le monde
-des croyants qui ne l'a pas lu, dure encore. J'ai entendu de braves gens
-déplorer même que l'on osât s'entretenir de poésie religieuse à propos
-d'un homme qu'une autre acariâtre mazette, un sieur Mordau, médecin juif
-et monomane de la folie, représentait «comme un effrayant dégénéré au
-crâne asymétrique et au visage mongoloïde, un vagabond impulsif et un
-dipsomane qui a subi la prison pour un égarement érotique, un rêveur
-émotif, débile d'esprit, qui lutte douloureusement contre ses mauvais
-instincts et trouve dans sa détresse parfois des accents de plaintes
-touchantes, un mystique, dont la conscience fumeuse est parcourue de
-représentations de Dieu et de ses saints, un radoteur dont le langage
-incohérent, les expressions sans signification et les images bizarres
-révèlent l'absence de toute idée nette dans l'esprit».
-
-Dans ce portrait où le médicastre allemand assouvit surtout sa haine
-contre les mystiques qu'il traite «d'ennemis de la Société de la pire
-espèce», il ressort malgré tout cette vérité que «Verlaine lutta
-douloureusement contre ses mauvais instincts». Oui, il a lutté; il a
-été, la plupart du temps, vaincu; et après? quel est le catholique qui
-se croirait le droit de lui jeter la première pierre?
-
-Et c'est à cela que j'en voulais venir, pour tâcher d'expliquer la bonne
-foi du poète et les difficultés matérielles qui surgirent lorsqu'il
-désira s'évader de cette geôle de vices qui le détint jusqu'à sa mort.
-
-Verlaine, nous l'avons dit, s'est converti sous le coup d'une implacable
-souffrance; c'est un des moyens dont Dieu se sert le plus souvent pour
-ramener à lui les âmes. «La bonne souffrance», elle a été célébrée en de
-très émouvantes pages par un autre bon poète, François Coppée qui s'est,
-lui aussi, converti sous l'empreinte de la douleur, après une autre vie,
-par exemple!
-
-La conversion de Verlaine fut donc entière. Il vécut alors dans sa
-cellule l'existence nouvelle des péchés déliés par le repentir et absous
-par le pardon; il ne fut plus le prisonnier mécontent des hommes mais le
-captif énamouré de Dieu; il éprouva les douceurs de cet été de la
-Saint-Martin de l'âme que le Seigneur réserve à la vieillesse rajeunie
-des siens; ce furent, pendant des semaines, des effusions de prières,
-des joies mouillées de larmes; comme tous les convertis, il fut gâté par
-la Vierge, roulé dans des langes de tendresse; il eut une avance
-d'hoirie sur les allégresses du ciel et il finit par juger la peine de
-sa détention trop courte. Aussi peut-on affirmer que sa résolution de
-vivre désormais honnêtement fut sincère.
-
-Cette résolution, il l'a mal tenue, mais ses rechutes se comprennent
-pour peu que l'on veuille y réfléchir.
-
-Personne ne fut plus mal armé que lui pour la lutte. Il était un grand
-enfant dont les accès de volonté ne duraient point. Il était, avec cela,
-jusqu'à un certain point, inconscient, lorsqu'il avait bu; c'est là,
-disons-le, la véritable cause de ses malheurs; il était épris des
-vertiges que suscite l'ingestion de cette sorte d'eau de bain de Barèges
-anisé, qui s'appelle l'absinthe; elle décageait, en lui, hélas! une bête
-malfaisante livrée sans défense à l'Esprit du Mal. Il le déplorait, se
-jurait de ne plus reboire et il rebuvait. Il n'eût pas certainement
-commis à jeun ces excès qui éloignèrent justement de lui sa femme et
-légitimèrent sa villégiature dans une maison de force. Pauvre Verlaine!
-en une page où il remâche les herbes amères du passé, il s'écrie: «cette
-absinthe, quelle horreur! quand j'y pense d'alors... et d'un depuis qui
-n'est pas loin, assez loin pour ma dignité, pour ma santé, pour ma
-dignité, pourtant plus encore, quand j'y pense vraiment!»
-
-Il est évidemment facile pour les gens sobres de déclarer que l'on peut
-se guérir de cette maladie. Cela est possible, mais alors il aurait
-fallu que Verlaine vécût dans un autre milieu et cela, il ne le pouvait
-pas.
-
-Si vous envisagez, en effet, sans parti-pris, sa situation, vous
-reconnaîtrez qu'il lui était bien malaisé de sortir de l'impasse où la
-misère l'avait acculé.
-
-Il n'avait aucune fortune et était incapable de gagner son pain avec sa
-plume. Si beaux qu'ils soient, les volumes de vers n'alimentent point, à
-de rares exceptions près, leurs auteurs. Il écrivait, d'autre part,
-assez mal en prose et n'était nullement journaliste. Il ne pouvait donc
-songer à s'assurer la pâtée et le gîte, en plaçant des articles.
-
-Il fallait alors, direz-vous, qu'il fît comme tant d'autres, qu'il
-exerçât une profession plus ou moins lucrative pour subvenir à ses
-besoins? Eh! il a donné, après son retour de Belgique, des leçons! mais
-ce morne négoce fut bientôt arrêté par l'état précaire de ses jambes.
-Ravagé par les rhumatismes, il claudiquait, se traînait sur une canne,
-restait, pendant des mois, étendu sur le dos, n'avait en dernière
-ressource que l'hôpital, lorsque ses infirmités s'aggravaient trop.
-
-La misère, d'autre part, l'obligeait à loger dans des hôtels indignes et
-à subir des promiscuités dont il devait presque se montrer
-reconnaissant. Les filles du peuple, si tombées qu'elles puissent être,
-ont très souvent bon coeur. Ses voisines de chambre prirent sans doute
-parfois pitié de cet impotent et, entre deux promenades, s'installèrent
-chez lui pour qu'il s'ennuyât moins. Il en était de même des bohêmes
-désoeuvrés du quartier latin. Fiers de fréquenter un homme dont le nom
-était connu, ils tuaient le temps près de son lit; et c'étaient des
-prétextes à boire, encouragés peut-être par le crédit des tenanciers de
-ces sortes de bouges dont le bas est d'habitude occupé par un comptoir
-où se débitent des verres de folie liquide pour quelques sous.
-
-Comment le malheureux eût-il fait pour se soustraire à ces jougs quasi
-charitables et comment, une fois sur pieds, eût-il pu repousser l'amitié
-de gens qui lui avaient rendu de petits services, alors qu'il était
-alité, dans l'impossibilité de se remuer?
-
-Ses traverses viennent aussi de là; la tentation alcoolique et charnelle
-était trop proche, trop continue, pour qu'il n'y cédât point.
-
-Il eût fallu l'arracher de ces guêpiers, mais on l'y rencontrait
-rarement seul et il était difficile de lui montrer sa déchéance dans ce
-milieu de ribotes dont le contact suggérait aussitôt, si peu bégueule
-que l'on fût, une idée de fuite. Quelques amis plus sûrs tâchèrent
-cependant de le sauver, mais ils furent assourdis par l'antienne sans
-cesse répétée des brindes; et, d'ailleurs, on doit l'avouer, sous la
-pression des vapeurs de l'absinthe, Verlaine était indocile et buté;
-non, ce qu'il eût fallu, c'eût été de trouver un prêtre, embrasé par
-l'amour des âmes, qui pût prendre de l'influence sur lui et
-l'accueillir, comme la brebis perdue, lorsque, ayant recouvré la raison
-et las de lui-même, il s'acheminait en boitant vers l'Église. Dieu ne
-lui a pas dispensé ce prêtre...
-
-Et puis... et puis... le goût de la solitude qui l'aurait pu préserver
-de ces hontes, est rare même chez ceux dont l'existence est, et réglée
-et douce. C'est une chose bien frappante que de voir, chez les artistes
-surtout, combien peu peuvent rester seuls avec eux-mêmes dans une
-chambre. Le besoin de causer, de se divertir les obsède à un tel point
-qu'ils préfèrent la compagnie du premier venu au silence de l'isolement.
-Un peu de vanité aussi, sans doute, s'en mêle, le désir de briller entre
-confrères et d'étonner, le prétexte même, parfois plausible, de faire
-jaillir des idées et des expressions, en vue d'un travail à
-entreprendre, dans le ferraillement des controverses et l'escrime des
-mots.
-
-Mais la solitude, excellente pour quelques-uns, est, il sied de
-l'ajouter, pernicieuse pour beaucoup d'autres. L'aurait-elle été pour
-Verlaine? il le croyait; dans un de ses livres, il l'invective,
-déclarant «qu'elle porte malheur et est, par précellence, mauvaise,
-détestable, abominable conseillère».
-
-Elle ne l'eût pas plus mal conseillé, en tout cas, que ce genre de monde
-qui l'entourait et au café et au lit!
-
-Mais d'abord, nous l'avons expliqué, l'isolement dans un hôtel
-était--qu'il lui plût ou non--impossible; dans les garnis de bas étage
-où les infirmités vous clouent, dans la misère qui vous oblige à des
-crédits et à des emprunts, l'on subit plus sa destinée qu'on ne la fait.
-
-Telle fut sa situation. Je n'ai pas à excuser ses passions maladives,
-j'ai à dire simplement--puisque ce volume s'adresse exclusivement aux
-catholiques--que le pauvre Verlaine fut plus à plaindre qu'à vitupérer.
-Il fut d'autant plus à plaindre qu'il avait des réveils de conscience,
-des remords, qu'il souffrait de cette existence à jamais gâchée. Ah!
-soyez assurés qu'il n'était point, dans ses moments lucides, altier et
-céruléen! il pleurait de dégoût sur lui-même; peut-être même buvait-il
-alors, comme tant d'autres, pour oublier.
-
-Il ne se reprenait vraiment qu'en prison ou à l'hôpital; là il était
-bridé; c'est dans ces géhennes qu'il a composé ses poèmes mystiques; et
-l'on en arrive à regretter--et pour lui et pour nous--qu'il n'ait pas
-été plus souvent séquestré; mais voilà un souhait dont il nous eût été,
-de son vivant, peu reconnaissant, je suppose.
-
-Les catholiques savent maintenant à quoi s'en tenir. Ils ont affaire à
-un homme plus malheureux que coupable et qui mérite toute leur pitié. Il
-fut un peu, de même que Villon, le faune des mauvais gîtes, mais, ainsi
-que lui, il eut la foi et il a magnifiquement chanté le Refuge des
-pécheurs, la Vierge.
-
- Je ne veux plus penser qu'à ma Mère Marie,
- Siège de la sagesse et source des pardons.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Marie immaculée, amour essentiel,
- Logique de la foi cordiale et vivace,
- En vous aimant, qu'est-il de bon que je ne fasse,
- En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?
-
-Et encore:
-
- Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien.
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre
- A Lui qu'en vous, sans plus aucun détour subtil
- Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il!
-
-Mais, à quoi bon citer des fragments? ces pièces figurent au complet
-dans ce volume et jamais de plus touchantes louanges n'ont été tressées
-à la gloire de Celle qui prépare les voies et remet les âmes à la fois
-lénifiées et éplorées, entre les mains de son Fils.
-
-Elle fut généreuse pour lui et il lui demeura fidèle. Toutes ses chutes
-ne l'empêchèrent pas de la prier; et, en vérité, ce sont de splendides
-gerbes de prières que ces poésies d'humilité, que ces chants d'amour,
-bondis d'une âme où, en dépit de tant de fautes, le Seigneur s'est plu.
-
-Et cela se conçoit. Jésus n'avait-il pas fait, de cette âme débile, une
-âme prédestinée, une âme d'élection; ne lui avait-il pas départi le don
-superbe de la poésie, car Verlaine ne fut pas, comme tant de grimauds de
-nos jours, un versificateur plus ou moins adroit mais bien un vrai et un
-grand poète. Et, à ce propos, une réflexion étrange, désagréable même,
-si l'on veut, s'impose. Il semble que les seuls gens de talent qui
-existent parmi les catholiques, soient des convertis, à commencer par
-Châteaubriand et par Veuillot. Il est à remarquer aussi que tous ceux
-qui ont utilement défendu l'Église et sa politique, n'ont pas été élevés
-par elle. Lacordaire, de Montalembert, de Falloux, de Broglie, Hello,
-Coppée, Drumont, Brunetière, sont tous sortis de l'Université, pas un
-seul des écoles cléricales. Mais alors cette impuissance des disciples
-des congréganistes à quoi tient-elle?
-
-Elle tient, je présume, à l'esprit étroit, au bégueulisme fou, à la
-crainte des idées, à la panique des mots; on leur cache tout de la vie
-et on les apeure avant de les lancer dans la mêlée. Ils ont, avec cela,
-le sentiment religieux amorti par l'accoutumance; ils perdent les forces
-Eucharistiques par l'abus qu'ils en font; ils ne croient plus que par
-routine et, pris de scrupules, à la pensée de se défendre, ils se
-terrent, n'osant bouger, de peur de pécher contre la charité ou de
-perdre leur reste de foi; ou bien alors, ils sautent d'un extrême à
-l'autre, se révoltent et n'ont plus qu'un but, se venger sur leurs
-maîtres de la compression qu'ils ont, pendant toute leur jeunesse,
-subie.
-
-Si nous nous plaçons, au point de vue plus particulier de l'art, nous
-pouvons convenir qu'il est à peu près impossible à des hommes
-disciplinés de la sorte de dégager le talent dont ils pourraient être
-nantis, de sa bulbe. Le talent a besoin pour jaillir de stimulants; il a
-besoin aussi pour pousser de grand air. C'est en lisant et en regardant
-autour de soi, sans baisser continuellement les yeux, que l'on se
-façonne des idées et que l'on acquiert une forme. Il est donc
-indispensable d'étudier au moins le style des auteurs profanes,
-puisqu'ils sont les seuls qui en aient un; les autres ignorent la moitié
-des mots de la langue française et ils en sont encore à rabâcher
-l'idiome épuisé et corrompu par les redites, du XVIIe siècle.
-
-L'Église n'a, par conséquent, en fait d'artistes, que ceux qui viennent
-à elle, équipés de toutes pièces et qui mettent les armes dont ils ont
-appris à se servir dans le camp opposé, à son service. Il faut avoir
-vécu pour pouvoir écrire. Mais alors, le talent serait le fruit du
-péché? je veux m'efforcer de ne point le croire; mais si nous
-admettions, pour une minute, la véracité de cette hypothèse, quelle
-miséricorde et quelle indulgence devraient avoir les catholiques pour
-ces pauvres convertis auxquels Dieu a réparti de si périlleux dons!
-
-Pour être juste, il sied de convenir qu'à l'heure actuelle, un souffle
-de liberté et de franchise a quand même pénétré dans les écoles
-congréganistes et dans les séminaires. Nombre de jeunes gens refusent de
-se laisser crever littérairement les yeux et ils n'en sont plus, pour
-étancher leur soif de poésie religieuse, à tourner le robinet des eaux
-tièdes de Lamartine; j'en sais qui lisent avec délices les oeuvres
-mystiques de Verlaine.
-
-Dans la tempête rationaliste si maladroitement déchaînée sur ces pieux
-asiles, ces lectures ne peuvent être que roboratives et salutaires, car
-elles effluent, à pleines pages, la bonne simplesse et la foi.
-
-Des pièces admirables, telles que cette série de sonnets dans lesquels
-le poète raconte les entretiens de l'âme avec Dieu, raffermiraient
-vraiment les ferveurs ébranlées et c'est pourquoi nous croyons accomplir
-une bonne oeuvre en éditant ce livre.
-
-C'était, il y a bien longtemps déjà, le souhait du P. Pacheu qui, dans
-un volume intitulé «de Dante à Verlaine», avait pris courageusement la
-défense de l'artiste, alors qu'il était honni par le clan impeccable,
-comme on sait, des catholiques.
-
-Demandant un recueil des poésies religieuses de Verlaine, il disait:
-«Cette meilleure part de lui-même, cette chapelle offusquée par des
-masures mal famées, il faut la dégager de ses entours, pour la sauver de
-l'oubli».
-
-Ainsi fut fait.
-
-Verlaine est maintenant mort, il a trépassé chrétiennement, avec l'aide
-d'un prêtre. Les croyants auxquels nous offrons cet unique eucologe de
-prières modernes, n'ont plus qu'à profiter de ses péchés, car s'il ne
-les avait pas commis, il n'aurait point écrit dans les larmes les plus
-beaux poèmes de repentir et les plus belles suppliques rimées qui
-existent.
-
-Ils seraient ingrats s'ils ne priaient pour le pauvre poète, qui, après
-avoir souffert pour leur bien, en somme, leur apporte, en ces temps
-découragés, un si cordial réconfort.
-
-J. K. HUYSMANS.
-
-
-
-
-POÉSIES RELIGIEUSES
-
-
-
-
-SAGESSE
-
-
-I
-
- Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
- Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.
-
- Le sang de mon vieux coeur n'a fait qu'un jet vermeil,
- Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.
-
- L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche
- Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche.
-
- Alors le chevalier Malheur s'est rapproché,
- Il a mis pied à terre et sa main m'a touché.
-
- Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure
- Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.
-
- Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer
- Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier
-
- Et voici que, fervent d'une candeur divine,
- Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine!
-
- Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,
- Comme un homme qui voit des visions de Dieu.
-
- Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,
- En s'éloignant, me fit un signe de la tête
-
- Et me cria (j'entends _encore_ cette voix):
- «Au moins, prudence! Car c'est bon pour une fois.»
-
-
-II
-
- J'avais peiné comme Sisyphe
- Et comme Hercule travaillé
- Contre la chair qui se rebiffe.
-
- J'avais lutté, j'avais baillé
- Des coups à trancher des montagnes,
- Et comme Achille ferraillé.
-
- Farouche ami qui m'accompagnes,
- Tu le sais, courage païen,
- Si nous en fîmes des campagnes.
-
- Si nous avons négligé rien
- Dans cette guerre exténuante,
- Si nous avons travaillé bien!
-
- Le tout en vain: l'âpre géante
- A mon effort de tout côté
- Opposait sa ruse ambiante,
-
- Et toujours un lâche abrité
- Dans mes conseils qu'il environne
- Livrait les clés de la cité.
-
- Que ma chance fût male ou bonne,
- Toujours un parti de mon coeur
- Ouvrait sa porte à la Gorgone.
-
- Toujours l'ennemi suborneur
- Savait envelopper d'un piège
- Même la victoire et l'honneur!
-
- J'étais le vaincu qu'on assiège,
- Prêt à vendre son sang bien cher,
- Quand, blanche en vêtements de neige,
-
- Toute belle au front humble et fier,
- Une dame vint sur la nue,
- Qui d'un signe fit fuir la Chair.
-
- Dans une tempête inconnue
- De rage et de cris inhumains,
- Et déchirant sa gorge nue,
-
- Le Monstre reprit ses chemins
- Par les bois pleins d'amours affreuses,
- Et la dame, joignant les mains:
-
- --«Mon pauvre combattant qui creuses,
- Dit-elle, ce dilemme en vain,
- Trêve aux victoires malheureuses!
-
- «Il t'arrive un secours divin
- Dont je suis sûre messagère
- Pour ton salut, possible enfin!»
-
- --«O ma Dame dont la voix chère
- Encourage un blessé jaloux
- De voir finir l'atroce guerre,
-
- Vous qui parlez d'un ton si doux
- En m'annonçant de bonnes choses,
- Ma Dame, qui donc êtes-vous?»
-
- --J'étais née avant toutes causes
- Et je verrai la fin de tous
- Les effets, étoiles et roses.
-
- «En même temps, bonne, sur vous,
- Hommes faibles et pauvres femmes,
- Je pleure, et je vous trouve fous!
-
- «Je pleure sur vos tristes âmes,
- J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur
- D'elles, et de leurs voeux infâmes!
-
- «O ceci n'est pas le bonheur,
- Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime,
- Veillez, crainte du Suborneur,
-
- «Veillez, crainte du Jour suprême!
- Qui je suis? me demandais-tu.
- Mon nom courbe les anges même,
-
- «Je suis le coeur de la vertu,
- Je suis l'âme de la sagesse,
- Mon nom brûle l'Enfer têtu;
-
- «Je suis la douceur qui redresse,
- J'aime tous et n'accuse aucun,
- Mon nom, seul, se nomme promesse,
-
- «Je suis l'unique hôte opportun,
- Je parle au Roi le vrai langage
- Du matin rose et du soir brun,
-
- «Je suis la PRIÈRE, et mon gage
- C'est ton vice en déroute au loin;
- Ma condition: «Toi, sois sage.»
-
- --«Oui, ma Dame, et soyez témoin!»
-
-
-III
-
- Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares?
- Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,
- Toi que voilà fumant de maussades cigares,
- Noir, projetant une ombre absurde sur le mur?
-
- Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,
- Ta grimace est la même et ton deuil est pareil:
- Telle la lune vue à travers des mâtures,
- Telle la vieille mer sous le jeune soleil,
-
- Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves!
- Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,
- Ces désillusions pleurant le long des fleuves,
- Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,
-
- Ces femmes! Dis les gaz, et l'horreur identique
- Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,
- Et dis l'Amour et dis encor la Politique
- Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.
-
- Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même
- Traînassant ta faiblesse et ta simplicité
- Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,
- D'une façon si triste et folle, en vérité!
-
- A-t-on assez puni cette lourde innocence?
- Qu'en dis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes pleurs,
- Qui les a bus? Et quelle âme qui les recense
- Console ce qu'on peut appeler tes malheurs?
-
- Ah les autres, ah toi! Crédule à qui te flatte,
- Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)
- Je ne sais quelle mort légère et délicate?
- Ah toi, l'espèce d'ange avec ce voeu transi!
-
- Mais maintenant les plans, les buts? Es-tu de force,
- Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le coeur?
- L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,
- Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.
-
- Si gauche encore! avec l'aggravation d'être
- Une sorte à présent d'idyllique engourdi
- Qui surveille le ciel bête par la fenêtre
- Ouverte aux yeux matois du démon de midi.
-
- Si le même dans cette extrême décadence!
- Enfin!--Mais à ta place un être avec du sens,
- Payant les violons voudrait mener la danse,
- Au risque d'alarmer quelque peu les passants.
-
- N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,
- Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,
- Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme
- Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil?
-
- Un ou plusieurs? Si oui, tant mieux! Et pars bien vite
- En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix
- Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite
- La haine inassouvie et repue à la fois...
-
- Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde
- Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant
- S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,
- Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.
-
- --Sagesse humaine, ah! j'ai les yeux sur d'autres choses,
- Et parmi ce passé dont ta voix décrivait
- L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,
- Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.
-
- Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,
- De mes «malheurs», selon le moment et le lieu,
- Des autres et de moi, de la route suivie,
- Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.
-
- Si je me sens puni, c'est que je le dois être.
- Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.
- Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître
- Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.
-
- Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,
- Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,
- Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,
- Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.
-
-
-IV
-
- Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême,
- Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime,
- La force et la santé comme le pain et l'eau,
- Cet avenir enfin, décrit dans le tableau
- De ce passé plus clair que le jeu des marées,
- Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées
- Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas!
- La malédiction de n'être jamais las
- Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire,
- L'enfant prodigue avec des gestes de satyre!
- Nul avertissement, douloureux ou moqueur,
- Ne prévaut sur l'élan funeste de ton coeur.
- Tu flânes à travers péril et ridicule,
- Avec l'irresponsable audace d'un Hercule
- Dont les travaux seraient fous, nécessairement.
- L'amitié--dame!--a tu son reproche clément,
- Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,
- Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème.
- La patrie oubliée est dure au fils affreux,
- Et le monde alentour dresse ses buissons creux
- Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes.
- Maintenant il te faut passer devant les portes,
- Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien,
- Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien.
- Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage!
- Mais tu vas, la pensée obscure de l'image
- D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant
- Athée (avec la foule!) et jaloux de l'instant,
- Tout appétit parmi ces appétits féroces,
- Épris de la fadaise actuelle, mots, noces
- Et festins, la «Science», et «l'esprit de Paris»,
- Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,
- Imbécile! et niant le soleil qui t'aveugle!
- Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle
- Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré,
- Et les vices de tout le monde ont émigré
- Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole.
- Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole
- Est morte de l'argot et du ricanement,
- Et d'avoir rabâché les bourdes du moment.
- Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée,
- Ne saurait accueillir la plus petite idée,
- Et patauge parmi l'égoïsme ambiant,
- En quête d'on ne peut dire quel vil néant!
- Seul, entre les débris honnis de ton désastre,
- L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre
- Et fait au criminel un prestige odieux,
- Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,
- Il regarde la Faute et rit de s'y complaire.
-
- --Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère!
-
-
-V
-
- O vous, comme un qui boite au loin. Chagrins et Joies,
- Toi, coeur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui,
- C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui
- De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.
-
- Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d'oies
- Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,
- Bon voyage! Et le Rire, et, plus vielle que lui,
- Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies!
-
- Et le reste!--Un doux vide, un grand renoncement,
- Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément,
- Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse...
-
- Et voyez! notre coeur qui saignait sous l'orgueil,
- Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil
- A la vie, en faveur d'une mort précieuse!
-
-
-VI
-
- Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
- Et les voici vibrer aux cuivres du couchant.
- Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ:
- Une tentation des pires. Fuis l'infâme.
-
- Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,
- Battant toute vendange aux collines, couchant
- Toute moisson de la vallée, et ravageant
- Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.
-
- O pâlis, et va-t'en, lente et joignant les mains.
- Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
- Si la vieille folie était encore en route?
-
- Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
- Un assaut furieux, le suprême sans doute!
- O, va prier contre l'orage, va prier.
-
-
-VII
-
- La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
- Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour:
- Rester gai quand le jour, triste, succède au jour,
- Être fort, et s'user en circonstances viles,
-
- N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes
- Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,
- Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour
- L'accomplissement vil de tâches puériles,
-
- Dormir chez les pécheurs étant un pénitent;
- N'aimer que le silence et converser pourtant
- Le temps si grand dans la patience si grande,
-
- Le scrupule naïf aux repentirs têtus,
- Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus!
- --Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande!
-
-
-VIII
-
- Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie!
- O n'avoir pas suivi les leçons de Rollin,
- N'être pas né dans le grand siècle à son déclin,
- Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie,
-
- Quand Maintenon jetait sur la France ravie
- L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin,
- Et royale abritait la veuve et l'orphelin,
- Quand l'étude de la prière était suivie,
-
- Quand poète et docteur, simplement, bonnement,
- Communiaient avec des ferveurs de novices,
- Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,
-
- Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant
- D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses
- En louant Dieu, comme Garo, de toutes choses!
-
-
-IX
-
- Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste!
- C'est vers le Moyen Age énorme et délicat
- Qu'il faudrait que mon coeur en panne naviguât,
- Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.
-
- Roi, politicien, moine, artisan, chimiste,
- Architecte, soldat, médecin, avocat,
- Quel temps! Oui, que mon coeur naufragé rembarquât
- Pour toute cette force ardente, souple, artiste!
-
- Et là que j'eusse part--quelconque, chez les rois
- Ou bien ailleurs, n'importe,--à la chose vitale,
- Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,
-
- Haute théologie et solide morale,
- Guidé par la folie unique de la Croix
- Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!
-
-
-X
-
- Petits amis qui sûtes nous prouver
- Par A plus B que deux et deux font quatre,
- Mais qui depuis voulez parachever
- Une victoire où l'on se laissait battre,
-
- Et couronner vos conquêtes d'un coup
- Par ce soufflet à la mémoire humaine;
- «Dieu ne vous a révélé rien du tout,
- Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine,
-
- Que le profil et que l'allongement
- Sur tous les murs que la peur édifie,
- De votre pur et simple mouvement,
- Et nous dictons cette philosophie.»
-
- --Frères trop chers, laissez-nous rire un peu,
- Nous les fervents d'une logique rance,
- Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu
- Et mettons notre espoir dans l'Espérance,
-
- Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi,
- Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème,
- Rire du vieux Satan stupide ainsi,
- Pleurer sur cet Adam dupe quand même!
-
- Frère de nous qui payons vos orgueils,
- Tous fils du même Amour, ah! la science,
- Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils
- Naïfs ou non, c'est notre méfiance
-
- Ou notre confiance aux seuls Récits,
- C'est notre oreille ouverte toute grande
- Ou tristement fermée au Mot précis!
- Frères, lâchez la science gourmande
-
- Qui veut voler sur les ceps défendus
- Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître.
- Lâchez son bras qui vous tient attendus
- Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître,
-
- Mais qui sont l'oeuvre affreuse du péché,
- Car nous, les fils attentifs de l'Histoire,
- Nous tenons pour l'honneur jamais taché
- De la Tradition, supplice et gloire!
-
- Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant
- Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme,
- Et prédisant aux crimes d'à _présent_
- La peine immense ou le pardon énorme.
-
- Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours,
- Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes
- Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts,
- Et puisqu'il est des repentirs sublimes,
-
- Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien:
- Que deux et deux fassent quatre, à merveille!
- Riens innocents, mais des riens moins que rien,
- La dernière heure étant là qui surveille
-
- Tout autre soin dans l'homme en vérité!
- Gardez que trop chercher ne vous séduise
- Loin d'une sage et forte humilité...
- Le seul savant, c'est encore Moïse.
-
-
-XI
-
- Or, vous voici promus, petits amis,
- Depuis les temps de ma lettre première,
- Promus, disais-je, aux fiers emplois promis
- A votre thèse, en ces jours de lumière.
-
- Vous voici rois de France! A votre tour!
- (Rois à plusieurs d'une France postiche,
- Mais rois de fait et non sans quelque amour
- D'un trône lourd avec un budget riche.)
-
- A l'oeuvre, amis petits! Nous avons droit
- De vous y voir, payant de notre poche,
- Et d'être un peu réjouis à l'endroit
- De votre état sans peur et sans reproche.
-
- Sans peur? Du maître? O le maître, mais c'est
- L'Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre,
- Total, le peuple, «un âne» fort «qui s'est
- Cabré», pour vous espoir clair, puis fait sombre.
-
- Cabré comme une chèvre, c'est le mot.
- Et votre bras, saignant jusqu'à l'aisselle,
- S'efforce en vain: fort comme Béhémot,
- Le monstre tire... et votre peur est telle
-
- Quand l'âne brait, que le voilà parti
- Qui par les dents vous boute cent ruades
- En forme de reproche bien senti...
- Courez après, frottant vos reins malades!
-
- O Peuple, nous t'aimons immensément:
- N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante
- En proie à tout ce qui sait et qui ment?
- N'es-tu donc pas l'immensité souffrante?
-
- La charité nous fait chercher tes maux,
- La foi nous guide à travers tes ténèbres.
- On t'a rendu semblable aux animaux,
- Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.
-
- L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf,
- Nabuchodonosor, et te fait paître,
- Ane obstiné, mouton buté, dur boeuf,
- Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre!
-
- O paysan cassé sur tes sillons,
- Pâle ouvrier qu'esquinte la machine,
- Membres sacrés de Jésus-Christ, allons,
- Relevez-vous, honorez votre échine,
-
- Portez l'amour qu'il faut à vos bras forts,
- Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde,
- Respectez-les, fuyez ces chemins tors,
- Fermez l'oreille à ce conseil immonde,
-
- Redevenez les Français d'autrefois,
- Fils de l'Église, et dignes de vos pères!
- O s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois,
- Leurs os sueraient de honte aux cimetières.
-
- --Vous, nos tyrans minuscules d'un jour,
- L'énormité des actes rend les princes
- Surtout de souche impure, et malgré cour
- Et splendeur et le faste, encor plus minces,--
-
- Laissez le règne et rentrez dans le rang.
- Aussi bien l'heure est proche où la tourmente
- Vous va donner des loisirs, et tout blanc
- L'avenir flotte avec sa fleur charmante
-
- Sur la Bastille absurde où vous teniez
- La France aux fers d'un blasphème et d'un schisme,
- Et la chronique en de cléments Téniers
- Déjà vous peint allant au catéchisme.
-
-
-XII
-
- Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons
- Selon votre coutume,
- O Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons
- Pour comble d'amertume.
-
- Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur,
- Et sa règle chérie,
- Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur
- Dans toute la patrie!
-
- Vous reviendrez, après ces glorieux exils,
- Après des moissons d'âmes,
- Après avoir prié pour ceux-ci, fussent-ils
- Encore plus infâmes,
-
- Après avoir couvert les îles et la mer
- De votre ombre si douce
- Et réjoui le ciel et consterné l'enfer,
- Béni qui vous repousse,
-
- Béni qui vous dépouille au cri de liberté,
- Béni l'impie en armes,
- Et l'enfant qu'il vous prend des bras,--et racheté
- Nos crimes par vos larmes!
-
- Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu,
- Vous êtes l'espérance.
- A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu
- Le salut pour la France!
-
-Variante au 6e vers: Avec sa fleur chérie,
-
-
-XIII
-
- On n'offense que Dieu qui seul pardonne.
-
- Mais
- On contriste son frère, on l'afflige, on le blesse.
- On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse,
- Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix
- Des simples, et donner au monde sa pâture,
- Scandale, coeurs perdus, gros mots et rire épais.
-
- Le plus souvent par un effet de la nature
- Des choses, ce péché trouve son châtiment
- Même ici-bas, féroce et long communément.
- Mais l'_Amour_ tout-puissant donne à la créature
- Le sens de son malheur qui mène au repentir
- Par une route lente et haute, mais très sûre.
-
- Alors un grand désir, un seul, vient investir
- Le pénitent, après les premières alarmes,
- Et c'est d'humilier son front devant les larmes
- De naguère, sans rien qui pourrait amortir
- Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes
- Comme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.
-
- O ma soeur, qui m'avez puni, pardonnez-moi!
-
-
-XIV
-
- Voix de l'Orgueil: un cri puissant, comme d'un cor.
- Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or.
- On trébuche à travers des chaleurs d'incendie...
- Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor.
-
- Voix de la Haine: cloche en mer, fausse, assourdie
- De neige lente. Il fait si froid! Lourde, affadie,
- La vie a peur et court follement sur le quai
- Loin de la cloche qui devient plus assourdie.
-
- Voix de la Chair: un gros tapage fatigué.
- Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai.
- Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces
- Où vient mourir le gros tapage fatigué.
-
- Voix d'Autrui: des lointains dans les brouillards. Des noces
- Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces.
- Et tout le cirque des civilisations
- Au son trotte-menu du violon des noces.
-
- Colères, soupirs noirs, regrets, tentations
- Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions
- Pour l'assourdissement des silences honnêtes,
- Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,
-
- Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!
- Sentences, mots en vain, métaphores mal faites,
- Toute la rhétorique en fuite des péchés,
- Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!
-
- Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.
- Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés
- Que nourrit la douceur de la Parole forte,
- Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez!
-
- Mourez parmi la voix que la prière emporte
- Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte
- Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour,
- Mourez parmi la voix que la prière apporte,
-
- Mourez parmi la voix terrible de l'Amour!
-
-
-XV
-
- Va ton chemin sans plus t'inquiéter!
- La route est droite et tu n'as qu'à monter,
- Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille
- Et l'arme unique au cas d'une bataille,
- La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.
-
- Surtout il faut garder toute espérance,
- Qu'importe un peu de nuit et de souffrance?
- La route est bonne et la mort est au bout.
- Oui, garde toute espérance surtout,
- La mort là-bas te dresse un lit de joie.
-
- Et fais-toi doux de toute la douceur.
- La vie est laide, encore c'est ta soeur.
- Simple, gravis la côte et même chante
- Pour écarter la prudence méchante
- Dont la voix basse est pour tenter ta foi.
-
- Simple comme un enfant, gravis la côte,
- Humble comme un pécheur qui hait la faute,
- Chante, et même sois gai, pour défier
- L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer
- Afin que tu t'endormes sur la voie.
-
- Ris du vieux piège et du vieux séducteur,
- Puisque la Paix est là, sur la hauteur,
- Qui luit parmi les fanfares de gloire.
- Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire,
- Déjà l'Ange Gardien étend sur toi
-
- Joyeusement des ailes de victoire.
-
-
-XVI
-
- Pourquoi triste, ô mon âme,
- Triste jusqu'à la mort,
- Quand l'effort te réclame,
- Quand le suprême effort
- Est là qui te réclame?
-
- Ah! tes mains que tu tords
- Au lieu d'être à la tâche,
- Tes lèvres que tu mords
- Et leur silence lâche,
- Et tes yeux qui sont morts!
-
- N'as-tu pas l'espérance
- De la fidélité,
- Et, pour plus d'assurance
- Dans la sécurité,
- N'as-tu pas la souffrance?
-
- Mais chasse le sommeil
- Et ce rêve qui pleure.
- Grand jour et plein soleil!
- Vois, il est plus que l'heure:
- Le ciel bruit vermeil,
-
- Et la lumière crue
- Découpant d'un trait noir
- Toute chose apparue
- Te montre le Devoir
- Et sa forme bourrue.
-
- Marche à lui vivement,
- Tu verras disparaître
- Tout aspect inclément
- De sa manière d'être,
- Avec l'éloignement.
-
- C'est le dépositaire
- Qui te garde un trésor
- D'amour et de mystère,
- Plus précieux que l'or,
- Plus sûr que rien sur terre:
-
- Les biens qu'on ne voit pas,
- Toute joie inouïe,
- Votre paix, saints combats,
- L'extase épanouie
- Et l'oubli d'ici-bas,
-
- Et l'oubli d'ici-bas!
-
-
-XVII
-
- Né l'enfant des grandes villes
- Et des révoltes serviles,
- J'ai là, tout cherché, trouvé
- De tout appétit rêvé.
- Mais, puisque rien n'en demeure,
-
- J'ai dit un adieu léger
- A tout ce qui peut changer,
- Au plaisir, au bonheur même,
- Et même à tout ce que j'aime
- Hors de vous, mon doux Seigneur!
-
- La Croix m'a pris sur ses ailes
- Qui m'emporte aux meilleurs zèles,
- Silence, expiation,
- Et l'âpre vocation
- Pour la vertu qui s'ignore.
-
- Douce, chère Humilité,
- Arrose ma charité,
- Trempe-la de tes eaux vives.
- O mon coeur, que tu ne vives
- Qu'aux fins d'une bonne mort!
-
-
-XVIII
-
- L'âme antique était rude et vaine
- Et ne voyait dans la douleur
- Que l'acuité de la peine
- Ou l'étonnement du malheur.
-
- L'art, sa figure la plus claire,
- Traduit ce double sentiment
- Par deux grands types de la Mère
- En proie au suprême tourment.
-
- C'est la vieille reine de Troie:
- Tous ses fils sont morts par le fer.
- Alors ce deuil brutal aboie
- Et glapit au bord de la mer.
-
- Elle court le long du rivage,
- Bavant vers le flot écumant,
- Hirsute, criade, sauvage,
- La chienne littéralement!...
-
- Et c'est Niobé qui s'effare
- Et garde fixement des yeux
- Sur les dalles de pierre rare
- Ses enfants tués par les dieux.
-
- Le souffle expire sur sa bouche.
- Elle meurt dans un geste fou.
- Ce n'est plus qu'un marbre farouche
- Là transporté nul ne sait d'où!...
-
- La douleur chrétienne est immense,
- Elle, comme le coeur humain,
- Elle souffre, puis elle pense,
- Et calme poursuit son chemin.
-
- Elle est debout sur le Calvaire
- Pleine de larmes et sans cris.
- C'est également une mère,
- Mais quelle mère de quel fils!
-
- Elle participe au Supplice
- Qui sauve toute nation,
- Attendrissant le sacrifice
- Par sa vaste compassion.
-
- Et comme tous sont les fils d'elle,
- Sur le monde et sur sa langueur
- Toute la charité ruisselle
- Des sept blessures de son coeur,
-
- Au jour qu'il faudra, pour la gloire
- Des cieux enfin tout grands ouverts,
- Ceux qui surent et purent croire,
- Bons et doux, sauf au seul Pervers,
-
- Ceux-là vers la joie infinie
- Sur la colline de Sion
- Monteront d'une aile bénie
- Aux plis de son assomption.
-
-
-
-
-II
-
-
-I
-
- O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour
- Et la blessure est encore vibrante,
- O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.
-
- O mon Dieu, votre crainte m'a frappé
- Et la brûlure est encor là qui tonne,
- O mon Dieu, votre crainte m'a frappé.
-
- O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil
- Et votre gloire en moi s'est installée,
- O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.
-
- Noyez mon âme aux flots de votre Vin,
- Fondez ma vie au Pain de votre table,
- Noyez mon âme aux flots de votre Vin.
-
- Voici mon sang que je n'ai pas versé,
- Voici ma chair indigne de souffrance,
- Voici mon sang que je n'ai pas versé.
-
- Voici mon front qui n'a pu que rougir,
- Pour l'escabeau de vos pieds adorables,
- Voici mon front qui n'a pu que rougir.
-
- Voici mes mains qui n'ont pas travaillé,
- Pour les charbons ardents et l'encens rare,
- Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.
-
- Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain,
- Pour palpiter aux ronces du Calvaire,
- Voici mon coeur qui n'a battu qu'en vain.
-
- Voici mes pieds, frivoles voyageurs,
- Pour accourir au cri de votre grâce,
- Voici mes pieds, frivoles voyageurs.
-
- Voici ma voix, bruit maussade et menteur,
- Pour les reproches de la Pénitence,
- Voici ma voix, bruit maussade et menteur.
-
- Voici mes yeux, luminaires d'erreur.
- Pour être éteints aux pleurs de la prière,
- Voici mes yeux, luminaires d'erreur.
-
- Hélas, Vous, Dieu d'offrande et de pardon,
- Quel est le puits de mon ingratitude,
- Hélas! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,
-
- Dieu de terreur et Dieu de sainteté,
- Hélas! ce noir abîme de mon crime,
- Dieu de terreur et Dieu de sainteté,
-
- Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,
- Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,
- Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,
-
- Vous connaissez tout cela, tout cela,
- Et que je suis plus pauvre que personne,
- Vous connaissez tout cela, tout cela.
-
- Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.
-
-
-II
-
- Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
- Tous les autres amours sont de commandement.
- Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement
- Pourra les allumer aux coeurs qui l'ont chérie.
-
- C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis,
- C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice,
- Et la douceur de coeur et le zèle au service,
- Comme je la priais, Elle les a permis.
-
- Et comme j'étais faible et bien méchant encore,
- Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,
- Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,
- Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.
-
- C'est par Elle que j'ai voulu de ces chagrins,
- C'est pour Elle que j'ai mon coeur dans les Cinq Plaies,
- Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
- Comme je l'invoquais, Elle en ceignit mes reins.
-
- Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie,
- Siège de la sagesse et source des pardons,
- Mère de France aussi, de qui nous attendons
- Inébranlablement l'honneur de la patrie.
-
- Marie Immaculée, amour essentiel.
- Logique de la foi cordiale et vivace,
- En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse,
- En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?
-
-
-III
-
- Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret,
- Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence,
- Le coeur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance,
- Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît,
-
- Vous accueillez d'un geste exquis telles pensées
- Qui ne marchent qu'en ordre et font le moindre bruit,
- Votre main, toujours prête à la chute du fruit,
- patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées.
-
- Et si l'immense amour de vos commandements
- Embrasse et presse tous en sa sollicitude,
- Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude
- Et le travail des plus humbles recueillements.
-
- Le pécheur, s'il prétend vous connaître et vous plaire,
- O vous qui nous aimant si fort parliez si peu,
- Doit et peut, à tout temps du jour comme en tout lieu,
- Bien faire obscurément son devoir et se taire,
-
- Se taire pour le monde, un pur sénat de fous,
- Se taire sur autrui, des âmes précieuses,
- Car nous taire vous plaît, même aux heures pieuses,
- Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous.
-
- Donnez-leur le silence et l'amour du mystère,
- O Dieu glorifieur du bien fait en secret,
- A ces timides moins transis qu'il ne paraît,
- Et l'horreur, et le pli des choses de la terre.
-
- Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation,
- Toute force, douceur, l'ordre et l'intelligence,
- Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence
- De l'Agneau formidable en la neuve Sion,
-
- Afin qu'ils puissent dire: «Au moins nous sûmes croire»
- Et que l'Agneau terrible, ayant tout supputé,
- Leur réponde: «Venez, vous avez mérité,
- Pacifiques, ma paix, et, douloureux, ma gloire.»
-
-
-IV
-
-I
-
- Mon Dieu m'a dit: «Mon fils, il faut m'aimer, tu vois
- Mon flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne,
- Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
- De larmes, et mes bras douloureux sous le poids
-
- De tes péchés, et mes mains! Et tu vois la croix,
- Tu vois les clous, le fiel, l'éponge et tout t'enseigne
- A n'aimer, en ce monde amer où la chair règne,
- Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.
-
- Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même,
- O mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit,
- Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit?
-
- N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
- Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
- Lamentable ami qui me cherches où je suis?»
-
-II
-
- J'ai répondu: «Seigneur, vous avez dit mon âme.
- C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.
- Mais vous aimer! Voyez comme je suis en bas,
- Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme
-
- Vous, la source de paix que toute soif réclame,
- Hélas! Voyez un peu mes tristes combats!
- Oserai-je adorer la trace de vos pas,
- Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme?
-
- Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,
- Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte,
- Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,
-
- O vous, fontaine calme, amère aux seuls amants
- De leur damnation, ô vous toute lumière
- Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière!»
-
-III
-
- --Il faut m'aimer! Je suis l'universel Baiser,
- Je suis cette paupière et je suis cette lèvre
- Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre
- Qui t'agite, c'est moi toujours! il faut oser
-
- M'aimer! Oui, mon amour monte sans biaiser
- Jusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre,
- Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre,
- Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser.
-
- O ma nuit claire! ô tes yeux dans mon clair de lune!
- O ce lit de lumière et d'eau parmi la brune!
- Toute cette innocence et tout ce reposoir!
-
- Aime-moi! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,
- Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir,
- Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes!
-
-IV
-
- --Seigneur, c'est trop? Vraiment je n'ose. Aimer qui? Vous?
- Oh! non! Je tremble et n'ose. Oh! vous aimer je n'ose,
- Je ne veux pas! Je suis indigne. Vous, la Rose
- Immense des purs vents de l'Amour, ô Vous, tous
-
- Les coeurs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux
- D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose
- Sur la seule fleur d'une innocence mi-close
- Quoi, _moi_, _moi_, pouvoir _Vous_ aimer. Êtes-vous fous[1],
-
- Père, Fils, Esprit? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche,
- Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche
- Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût,
-
- Vue, ouïe, et dans tout son être--hélas! dans tout
- Son espoir et dans tout son remords que l'extase
- D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase?
-
- [1] Saint Augustin.
-
-V
-
- --Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais,
- Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme,
- Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome,
- Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.
-
- Mon amour est le feu qui dévore à jamais
- Toute chair insensée, et l'évapore comme
- Un parfum,--et c'est le déluge qui consomme
- En son flot tout mauvais germe que je semais,
-
- Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée
- Et que par un miracle effrayant de bonté
- Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.
-
- Aime. Sors de ta nuit. Aime. C'est ma pensée
- De toute éternité, pauvre âme délaissée,
- Que tu dusses m'aimer, moi seul qui suis resté!
-
-VI
-
- --Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.
- Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment
- Moi, ceci, me ferais-je, ô mon Dieu, votre amant,
- O Justice que la vertu des bons redoute?
-
- Oui, comment? Car voici que s'ébranle la voûte
- Où mon coeur creusait son ensevelissement
- Et que je sens fluer à moi le firmament,
- Et je vous dis: de vous à moi quelle est la route?
-
- Tendez-moi votre main, que je puisse lever
- Cette chair accroupie et cet esprit malade.
- Mais recevoir jamais la céleste accolade,
-
- Est-ce possible? Un jour, pouvoir la retrouver
- Dans votre sein, sur votre coeur qui fut le nôtre,
- La place où reposa la tête de l'apôtre?
-
-VII
-
- --Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,
- Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise
- De ton coeur vers les bras ouverts de mon Église,
- Comme la guêpe vole au lis épanoui.
-
- Approche-toi de mon oreille. Épanches-y
- L'humiliation d'une brave franchise.
- Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise
- Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.
-
- Puis franchement et simplement viens à ma table.
- Et je t'y bénirai d'un repas délectable
- Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,
-
- Et tu boiras le Vin de la vigne immuable
- Dont la force, dont la douceur, dont la bonté
- Feront germer ton sang à l'immortalité.
-
- * * * * *
-
- Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère
- D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,
- Et surtout reviens très souvent dans ma maison,
- Pour y participer au Vin qui désaltère,
-
- Au Pain sans qui la vie est une trahison,
- Pour y prier mon Père et supplier ma Mère
- Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,
- D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,
-
- D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,
- D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,
- Enfin, de devenir un peu semblable à moi
-
- Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate
- Et de Judas et de Pierre, pareil à toi
- Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!
-
- * * * * *
-
- Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs
- Si doux qu'ils sont encore d'ineffables délices,
- Je te ferai goûter sur terre mes prémices,
- La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs
-
- Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs
- Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice
- Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,
- Et que sonnent les angélus roses et noirs,
-
- En attendant l'assomption dans ma lumière,
- L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,
- La musique de mes louanges à jamais,
-
- Et l'extase perpétuelle et la science.
- Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance
- De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais!
-
-VIII
-
- --Ah! Seigneur, qu'ai-je? Hélas! me voici tout en larmes
- D'une joie extraordinaire: votre voix
- Me fait comme du bien et du mal à la fois,
- Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.
-
- Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes
- D'un clairon pour des champs de bataille où je vois
- Des anges bleus et blancs portés sur des pavois,
- Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes.
-
- J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi.
- Je suis indigne, mais je sais votre clémence.
- Ah! quel effort, mais quelle ardeur! Et me voici
-
- Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble immense
- Brouille l'espoir que votre voix me révéla,
- Et j'aspire en tremblant.
-
-IX
-
- --Pauvre âme, c'est cela!
-
-
-V
-
- Désormais le Sage, puni
- Pour avoir trop aimé les choses,
- Rendu prudent à l'infini,
- Mais franc de scrupules moroses,
-
- Et d'ailleurs retournant au Dieu
- Qui fit les yeux et la lumière,
- L'honneur, la gloire, et tout le peu
- Qu'a son âme de candeur fière,
-
- Le Sage peut dorénavant
- Assister aux scènes du monde,
- Et suivre la chanson du vent,
- Et contempler la mer profonde.
-
- Il ira, calme, et passera
- Dans la férocité des villes,
- Comme un mondain à l'Opéra
- Qui sort blasé des danses viles.
-
- Même,--et pour tenir abaissé
- L'orgueil, qui fit son âme veuve.
- Il remontera le passé,
- Ce passé, comme un mauvais fleuve!
-
- Il reverra l'herbe des bords,
- Il entendra le flot qui pleure
- Sur le bonheur mort et les torts
- De cette date et de cette heure!...
-
- Il aimera les cieux, les champs,
- La bonté, l'ordre et l'harmonie,
- Et sera doux, même aux méchants
- Afin que leur mort soit bénie.
-
- Délicat et non exclusif,
- Il sera du jour où nous sommes:
- Son coeur, plutôt contemplatif,
- Pourtant saura l'oeuvre des hommes.
-
- Mais, revenu des passions,
- Un peu méfiant des «usages»,
- A vos civilisations
- Préférera les paysages.
-
-
-VI
-
- Du fond du grabat
- As-tu vu l'étoile
- Que l'hiver dévoile?
- Comme ton coeur bat,
- Comme cette idée,
- Regret ou désir,
- Ravage à plaisir
- Ta tête obsédée,
- Pauvre tête en feu,
- Pauvre coeur sans dieu,
- L'ortie et l'herbette
- Au bas du rempart
- D'où l'appel frais part
- D'une aigre trompette,
- Le vent du coteau,
- La Meuse, la goutte
- Qu'on boit sur la route
- A chaque écriteau,
- Les sèves qu'on hume,
- Les pipes qu'on fume!
-
- Un rêve de froid:
- «Que c'est beau la neige
- Et tout son cortège
- Dans leur cadre étroit!
- Oh! tes blancs arcanes,
- Nouvelle Archangel,
- Mirage éternel
- De mes caravanes!
- Oh! ton chaste ciel,
- Nouvelle Archangel!»
- Cette ville sombre!
- Tout est crainte ici...
- Le ciel est transi
- D'éclairer tant d'ombre.
- Les pas que tu fais
- Parmi ces bruyères
- Lèvent des poussières
- Au souffle mauvais...
- Voyageur si triste,
- Tu suis quelle piste?
-
- C'est l'ivresse à mort,
- C'est la noire orgie,
- C'est l'amer effort
- De ton énergie
- Vers l'oubli dolent
- De la voix intime,
- C'est le seuil du crime,
- C'est l'essor sanglant.
- --Oh! fuis la chimère:
- Ta mère, ta mère!
- Quelle est cette voix
- Qui ment et qui flatte!
- «Ah! la tête plate,
- Vipère des bois!»
- Pardon et mystère.
- Laisse ça dormir.
- Qui peut, sans frémir.
- Juger sur la terre?
- «Ah! pourtant, pourtant,
- Ce monstre impudent!»
-
- La mer! Puisse-t-elle
- Laver ta rancoeur,
- La mer au grand coeur,
- Ton aïeule, celle
- Qui chante en berçant
- Ton angoisse atroce,
- La mer, doux colosse
- Au sein innocent,
- Grondeuse infinie
- De ton ironie!
- Tu vis sans savoir!
- Tu verses ton âme,
- Ton lait et ta flamme
- Dans quel désespoir?
- Ton sang qui s'amasse
- En une fleur d'or
- N'est pas prêt encor
- A la dédicace.
- Attends quelque peu,
- Ceci n'est que jeu.
-
- Cette frénésie
- T'initie au but.
- D'ailleurs, le salut
- Viendra d'un Messie
- Dont tu ne sens plus
- Depuis bien des lieues
- Les effluves bleues
- Sous tes bras perclus,
- Naufragé d'un rêve
- Qui n'a pas de grève!
- Vis en attendant
- L'heure toute proche.
- Ne sois pas prudent.
- Trêve à tout reproche.
- Fais ce que tu veux.
- Une main te guide
- A travers le vide
- Affreux de tes voeux.
- Un peu de courage,
- C'est le bon orage.
-
- Voici le Malheur
- Dans sa plénitude.
- Mais à sa main rude
- Quelle belle fleur!
- «La brûlante épine!»
- Un lys est moins blanc,
- «Elle m'entre au flanc.»
- Et l'odeur divine!
- «Elle m'entre au coeur.»
- Le parfum vainqueur!
- «Pourtant je regrette,
- Pourtant je me meurs,
- Pourtant ces deux coeurs...»
- Lève un peu la tête:
- «Eh bien, c'est la Croix.»
- Lève un peu ton âme
- De ce monde infâme.
- «Est-ce que je crois?»
- Qu'en sais-tu? La Bête
- Ignore sa tête,
-
- La Chair et le Sang
- Méconnaissent l'Acte.
- «Mais j'ai fait un pacte
- Qui va m'enlaçant
- A la faute noire,
- Je me dois à mon
- Tenace démon:
- Je ne veux point croire.
- Je n'ai pas besoin
- De rêver si loin!
- «Aussi bien j'écoute
- Des sons d'autrefois.
- Vipère des bois,
- Encor sur ma route?
- Cette fois tu mords.»
- Laisse cette bête.
- Que fait au poète?
- Que sont des coeurs morts?
- Ah! plutôt oublie
- Ta propre folie.
-
- Ah! plutôt, surtout,
- Douceur, patience,
- Mi-voix et nuance,
- Et paix jusqu'au bout!
- Aussi bon que sage,
- Simple autant que bon,
- Soumets ta raison
- Au plus pauvre adage,
- Naïf et discret,
- Heureux en secret!
- Ah! surtout, terrasse
- Ton orgueil cruel,
- Implore la grâce
- D'être un pur Abel,
- Finis l'odyssée
- Dans le repentir
- D'un humble martyr,
- D'une humble pensée.
- Regarde au-dessus...
- «Est-ce vous, JÉSUS?»
-
-
-VII
-
- Le ciel est, par-dessus le toit,
- Si bleu, si calme!
- Un arbre, par-dessus le toit
- Berce sa palme.
-
- La cloche dans le ciel qu'on voit
- Doucement tinte.
- Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
- Chante sa plainte.
-
- Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
- Simple et tranquille.
- Cette paisible rumeur-là
- Vient de la ville.
-
- --Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
- Pleurant sans cesse,
- Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
- De ta jeunesse?
-
-
-VIII
-
- Le son du cor s'afflige vers les bois
- D'une douleur on veut croire orpheline
- Qui vient mourir au bas de la colline
- Parmi la bise errant en courts abois.
-
- L'âme du loup pleure dans cette voix
- Qui monte avec le soleil qui décline,
- D'une agonie on veut croire câline
- Et qui ravit et qui navre à la fois.
-
- Pour faire mieux cette plainte assoupie
- La neige tombe à longs traits de charpie
- A travers le couchant sanguinolent,
-
- Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,
- Tant il fait doux par ce soir monotone
- Où se dorlote un paysage lent.
-
-
-IX
-
- La tristesse, la langueur du corps humain
- M'attendrissent, me fléchissent, m'apitoient,
- Ah! surtout quand des sommeils noirs le foudroient.
- Quand les draps zèbrent la peau, foulent la main!
-
- Et que mièvre dans la fièvre du demain,
- Tiède encor du bain de sueur qui décroît,
- Comme un oiseau qui grelotte sous un toit!
- Et les pieds, toujours douloureux du chemin,
-
- Et le sein, marqué d'un double coup de poing,
- Et la bouche, une blessure rouge encor,
- Et la chair frémissante, frêle décor,
-
- Et les yeux, les pauvres yeux si beaux où point
- La douleur de voir encore du fini!...
- Triste corps! Combien faible et combien puni!
-
-
-X
-
- La bise se rue à travers
- Les buissons tout noirs et tout verts,
- Glaçant la neige éparpillée,
- Dans la campagne ensoleillée.
- L'odeur est aigre près des bois,
- L'horizon chante avec des voix,
- Les coqs des clochers des villages
- Luisent crûment sur les nuages.
- C'est délicieux de marcher
- A travers ce brouillard léger
- Qu'un vent taquin parfois retrousse.
- Ah! fi de mon vieux feu qui tousse!
- J'ai des fourmis plein les talons.
- Debout, mon âme, vite, allons!
- C'est le printemps sévère encore,
- Mais qui par instant s'édulcore
- D'un souffle tiède juste assez
- Pour mieux sentir les froids passés
- Et penser au Dieu de clémence...
- Va, mon âme, à l'espoir immense!
-
-
-XI
-
- Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées!
- L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées,
- Douceur de coeur avec sévérité d'esprit,
- Et cette vigilance, et le calme prescrit,
- Et toutes!--Mais encor lentes, bien éveillées,
- Bien d'aplomb, mais encor timides, débrouillées
- A peine du lourd rêve et de la tiède nuit.
- C'est à qui de vous va plus gauche, l'une suit
- L'autre, et toutes ont peur du vaste clair de lune.
- «Telles, quand des brebis sortent d'un clos. C'est une,
- Puis deux, puis trois. Le reste est là, les yeux baissés,
- La tête à terre, et l'air des plus embarrassés,
- Faisant ce que fait leur chef de file: il s'arrête,
- Elles s'arrêtent tour à tour, posant leur tête
- Sur son dos, simplement et sans savoir pourquoi[2].»
- Votre pasteur, ô mes brebis, ce n'est pas moi,
- C'est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes,
- Lui qui vous tint longtemps et si longtemps là closes,
- Mais qui vous délivra de sa main au temps vrai.
- Suivez-le. Sa houlette est bonne.
- Et je serai,
- Sous sa voix toujours douce à votre ennui qui bêle,
- Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidèle.
-
- [2] DANIEL, _Le Purgatoire_.
-
-
-XII
-
- L'échelonnement des haies
- Moutonne à l'infini, mer
- Claire dans le brouillard clair
- Qui sent bon les jeunes baies.
-
- Des arbres et des moulins
- Sont légers sous le vert tendre
- Où vient s'ébattre et s'étendre
- L'agilité des poulains.
-
- Dans ce vague d'un Dimanche
- Voici se jouer aussi
- De grandes brebis aussi
- Douces que leur laine blanche.
-
- Tout à l'heure déferlait
- L'onde, roulée en volutes,
- De cloches comme des flûtes
- Dans le ciel comme du lait.
-
-
-XIII
-
- L'immensité de l'humanité,
- Le Temps passé vivace et bon père,
- Une entreprise à jamais prospère:
- Quelle puissante et calme cité!
-
- Il semble ici qu'on vit dans l'histoire,
- Tout est plus fort que l'homme d'un jour.
- De lourds rideaux d'atmosphère noire
- Font richement la nuit alentour.
-
- O civilisés que civilise
- L'Ordre obéi, le Respect sacré!
- O dans ce champ si bien préparé
- Cette moisson de la Seule Église!
-
-
-XIV
-
- La mer est plus belle
- Que les cathédrales,
- Nourrice fidèle,
- Berceuse de râles,
- La mer sur qui prie
- La Vierge Marie!
-
- Elle a tous les dons
- Terribles et doux.
- J'entends ses pardons
- Gronder ses courroux.
- Cette immensité
- N'a rien d'entêté.
-
- O! si patiente,
- Même quand méchante!
- Un souffle ami hante
- La vague, et nous chante:
- «Vous sans espérance,
- Mourez sans souffrance!»
-
- Et puis sous les cieux
- Qui s'y rient plus clairs,
- Elle a des airs bleus,
- Roses, gris et verts...
- Plus belle que tous,
- Meilleure que nous!
-
-
-XV
-
- La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches
- Où rage le soleil comme en pays conquis.
- Tous les vices ont leur tanière, les exquis
- Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches.
-
- Des odeurs! Des bruits vains! Où que vague le coeur,
- Toujours ce poudroiement vertigineux de sable,
- Toujours ce remuement de la chose coupable
- Dans cette solitude où s'écoeure le coeur!
-
- De près, de loin, le Sage aura sa thébaïde
- Parmi le fade ennui qui monte de ceci,
- D'autant plus âpre et plus sanctifiante aussi,
- Que deux parts de son âme y pleurent, dans ce vide!
-
-
-XVI
-
- Toutes les amours de la terre
- Laissent au coeur du délétère
- Et de l'affreusement amer,
- Fraternelles et conjugales,
- Paternelles et filiales,
- Civiques et nationales,
- Les charnelles, les idéales.
- Toutes ont la guêpe et le ver.
-
- La mort prend ton père et ta mère,
- Ton frère trahira son frère,
- Ta femme flaire un autre époux,
- Ton enfant, on te l'aliène,
- Ton peuple, il se pille ou s'enchaîne
- Et l'étranger y pond sa haine,
- Ta chair s'irrite et tourne obscène,
- Ton âme flue en rêves fous.
-
- Mais, dit Jésus, aime, n'importe!
- Puis, de toute illusion morte
- Fais un cortège, forme un choeur,
- Va devant, tel aux champs le pâtre,
- Tel le coryphée au théâtre,
- Tel le vrai prêtre ou l'idolâtre,
- Tels les grands-parents près de l'âtre,
- Oui, que devant aille ton coeur!
-
- Et que toutes ces voix dolentes
- S'élèvent rapides ou lentes,
- Aigres ou douces, composant
- A la gloire de Ma souffrance
- Instrument de ta délivrance,
- Condiment de ton espérance
- Et mets de ta propre navrance,
- L'hymne qui te sied à présent!
-
-
-XVII
-
- Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit
- La reine d'ici-bas, et littéralement!
- Elle dit peu de mots de ce gouvernement
- Et ne s'arrête point aux détails de surcroît;
-
- Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie
- Et croie, est ceci dont elle la complimente;
- Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente.
- Puis le pauvre-de-coeur décide et suit sa voie.
-
- Qui l'en empêchera? De voeux il n'en a plus
- Que celui d'être un jour au nombre des élus,
- Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain,
-
- Prodigue et dédaigneux, sur tous, des choses eues,
- Mais accumulateur des seules choses sues,
- De quel si fier sujet, et libre, quelle reine!
-
-
-XVIII
-
- C'est la fête du blé, c'est la fête du pain
- Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!
- Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain
- De lumière si blanc que les ombres sont roses.
-
- L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux
- Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère.
- La plaine, tout au loin couverte de travaux,
- Change de face à chaque instant, gaie et sévère.
-
- Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement
- Sous le soleil tranquille, auteur des moissons mûres,
- Et qui travaille encore imperturbablement
- A gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.
-
- Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,
- Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne
- L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.
- Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne!
-
- Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,
- Fruit de la force humaine en tous lieux répartie,
- Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins
- La Chair et le Sang pour le calice et l'hostie!
-
-
-
-
-AMOUR
-
-
-PRIÈRE DU MATIN
-
- O Seigneur, exaucez et dictez ma prière,
- Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,
- Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,
- Et qui m'avez aimé de toute éternité.
-
- Car--ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère
- Miséricordieux, que, cent fois médité,
- Toujours il confondit ma raison qu'il atterre,--
- Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,
-
- Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière,
- Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,
- Dès avant l'univers, dès avant la lumière,
- Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.
-
- Exaucez ma prière après l'avoir formée
- De gratitude immense et des plus humbles voeux,
- Comme un poète scande une ode bien-aimée,
- Comme une mère baise un fils sur les cheveux.
-
- Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire
- Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur
- Parmi les hommes durs sous une loi sévère,
- Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,
-
- Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie
- Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints,
- O donnez-moi la foi très forte, que je croie
- Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins;
-
- Et donnez-moi la foi très douce que j'estime
- N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,
- Que j'aime le pécheur en détestant son crime,
- Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi;
-
- Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure
- Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,
- Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure
- Lâchement gaspillée aux efforts que je perds;
-
- Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance
- Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur;
- Donnez, juste Seigneur, avec la confiance,
- Donnez la méfiance à votre serviteur:
-
- Que je ne sois jamais un objet de censure
- Dans l'action pieuse et le juste discours;
- Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure;
- D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours;
-
- Faites que mon exemple amène à vous connaître
- Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,
- Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,
- Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;
-
- Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,
- L'homme, la patience et ce devoir dicté,
- Aura fructifié de mon mieux dans vos serres,
- Laissez-moi vous aimer en toute charité,
-
- Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses
- Aimer jusqu'à la mort votre perfection,
- Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,
- Jusqu'à la mort du coeur, orgueil et passion,
-
- Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle
- Que votre volonté dès longtemps appelait
- Vers l'humilité sainte éternellement belle,
- Mais lui gardait son rêve infernalement laid,
-
- Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,
- Spéculation creuse et calculs impuissants,
- Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques.
- Ah! tuez mon esprit, et mon coeur et mes sens!
-
- Place à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie
- Que tout est vanité fors elle-même en Dieu;
- Place à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie
- Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!
-
- Et que cette âme soit la servante très douce
- Avant d'être l'épouse au trône non pareil.
- Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse
- Où ce petit oiseau se baigne de soleil,
-
- La paisible oraison comme la fraîche étable
- Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins
- D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable
- Et que juin fait crier l'insecte dans les foins,
-
- L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,
- Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.
- Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle
- Un ruisseau toujours clair d'austères vérités:
-
- La mort, le noir péché, la pénitence blanche,
- L'occasion à fuir et la grâce à guetter;
- Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche
- Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter:
-
- Mortification spirituelle, épreuve
- Du feu par le désir et de l'eau par le pleur
- Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve
- D'un amour que doit seule aviver la douleur,
-
- Sécheresses ainsi que des trombes de sable
- En travers du torrent où luttent ses bras lourds,
- Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable
- Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,
-
- Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,
- Et la vague bientôt porterait doucement
- L'âme persévérante et son amour fidèle
- Aux pieds de votre Amour fidèle, ô Dieu clément!
-
- La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes
- Me ressusciterait à votre éternité.
- Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes
- Et bénissez l'effort de ma débilité!
-
- Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez à parfaire
- L'oeuvre de votre coeur adorable, en sauvant
- L'âme que rachetaient les affres du Calvaire;
- Père, considérez le prix de votre enfant.
-
-
-ÉCRIT EN 1875
-
-A EDMOND LEPELLETIER
-
- J'ai naguère habité le meilleur des châteaux
- Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux:
- Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,
- Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.
- Le mur, étant de brique extérieurement,
- Luisait rouge au soleil de ce site dormant,
- Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure,
- Tendait légèrement la voûte intérieure.
- O diane des yeux qui vont parler au coeur,
- O réveil pour les sens éperdus de langueur,
- Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches,
- Innocence et fierté des choses, couleurs blanches!
- Parmi des escaliers en vrille, tout aciers
- Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,
- Cette blancheur bleuâtre et si douce à m'en croire,
- Que relevait un peu la longue plinthe noire,
- S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur
- Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur.
- Une chambre bien close, une table, une chaise,
- Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise,
- Du jour suffisamment et de l'espace assez,
- Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,
- Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,
- Ni le reste, et du point de vue où je me place,
- Maintenant que voici le monde de retour,
- Ah! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour!
- Car c'était bien la paix réelle et respectable,
- Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,
- La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi,
- Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi,
- Qui glissait lentement en teintes apaisées,
- Au lieu de ce grand jour diffus de vos croisées.
- Car à quoi bon le vain appareil et l'ennui
- Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui,
- (Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)
- Et pourquoi cet effroi de rester solitaire
- Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,
- Comme si leur commerce était bien suffisant?
- Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie,
- Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.
- (O fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux!
- O bonté d'être cru plus malheureux que tous!)
- Je partageais les jours de cette solitude
- Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,
- Que délassait un peu de travail manuel.
- Ainsi les Saints! J'avais aussi ma part de ciel,
- Surtout quand, revenant au jour, si proche encore,
- Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore
- En la luxure lâche aux farces sans pardon,
- Je pouvais supputer tout le prix de ce don:
- N'être plus là, parmi les choses de la foule,
- S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule,
- Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés,
- N'être plus là, compter au rang des coeurs cachés,
- Des coeurs discrets que Dieu fait siens dans le silence,
- Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance
- Du plus bas au plus haut en essors bien réglés,
- Humble, prudent, béni, la croissance des blés!--
- D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire.
- Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère
- Apportait mes repas et repartait muet.
- Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait
- Qu'une horloge au coeur clair qui battait à coups larges.
- C'était la liberté (la seule!) sans ses charges,
- C'était la dignité dans la sécurité!
- O lieu presque aussitôt regretté que quitté,
- Château, château magique où mon âme s'est faite,
- Frais séjour où se vint apaiser la tempête
- De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang,
- Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc,
- Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres
- Et désaltère encor l'arrière-soif des fièvres,
- O sois béni, château d'où me voilà sorti
- Prêt à la vie, armé de douceur et nanti
- De la Foi, pain et sel et manteau pour la route
- Si déserte, si rude et si longue, sans doute,
- Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets.
- Et soit aimé l'AUTEUR de la Grâce, à jamais!
-
-(Stickney, Angleterre.)
-
-
-UN CONTE
-
-A J.-K. HUYSMANS
-
- Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme
- Et comme un soldat répand son sang pour la patrie,
- Je voudrais pouvoir mettre mon coeur avec mon âme
- Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.
-
- Mais je suis, hélas! un pauvre pécheur trop indigne,
- Ma voix hurlerait parmi le choeur des voix des justes:
- Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne,
- Elle pourrait offenser des oreilles augustes.
-
- Il faut un coeur pur comme l'eau qui jaillit des roches,
- Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème,
- Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches
- Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,
-
- Il faut tout cela pour oser dire vos louanges,
- O vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,
- Vous, blanche à travers les battements d'ailes des anges,
- Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.
-
- Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre
- Comment il advint qu'une âme des plus égarées,
- Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre,
- Revint au bercail des Innocences ignorées.
-
- Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe,
- Eau claire du coeur après le feu vierge de l'âme,
- Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,
- Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame!
-
- Ce fut un amant dans toute la force du terme:
- Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,
- Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme,
- Et le sang d'un coeur, cire vermeille pour son cierge!
-
- Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique
- Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise,
- Et comme un forçat qui remâche une vieille chique
- Il aimait le jus flasque de la mécréantise.
-
- Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues,
- Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières;
- Bon que les amours premières fussent disparues,
- Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.
-
- Ce fut, et quel préjudice! un Parisien fade,
- Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires
- Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade
- Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires;
-
- Race de théâtre et de boutique dont les vices
- Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,
- Lèveraient le coeur à des sauvages, leurs complices,
- Race de trottoir, race d'égout et de fumée!
-
- Enfin un sot, un infatué de ce temps bête
- (Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière)
- Et par-dessus tout une folle tête inquiète,
- Un coeur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.
-
- Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire,
- Dans quelque coin bien discret et sûr de ce coeur même,
- Il avait gardé comme qui dirait la mémoire
- D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime.
-
- Avait-il,--et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable,
- Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle
- Votre nom, Marie, et votre titre vénérable,
- Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle?
-
- Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore,
- Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste,
- Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore
- En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste.
-
- Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites
- Folles à ce point d'en devenir trop maladroites,
- Si bien que les tribunaux s'en mirent,--et les suites!
- Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes?
-
- Cellules! Prisons humanitaires! il faut taire
- Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie...
- Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère,
- O Marie, ô vous, de toute éternité choisie?
-
- Puis il se tourna vers votre Fils et vers Sa Mère.
- O qu'il fut heureux, mais là promptement, tout de suite!
- Que de larmes, quelle joie, ô Mère! et pour vous plaire,
- Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte
-
- Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices,
- Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme la Science,
- Et les rires et les sourires où tu te plisses,
- Lèvre des petits exégètes de l'incroyance!
-
- Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène
- Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire,
- Implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine,
- L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère!
-
- O qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde
- Qu'adorer obscurément la mystique sagesse,
- Qu'aimer le coeur de Jésus dans l'extase profonde
- De penser à vous en même temps pendant la Messe.
-
- O faites cela, faites cette grâce à cette âme,
- O vous, vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,
- Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame,
- Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.
-
-
-BOURNEMOUTH
-
-A FRANCIS POICTEVIN
-
- Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage,
- L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins,
- Avec la ville autour déguisée en village:
- Chalets éparpillés rouges dans le feuillage
- Et les blanches villas des stations de bains.
-
- Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère,
- Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir
- Et redescend en fins bosquets où la lumière
- Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière
- Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.
-
- A gauche la tour lourde (elle attend une flèche)
- Se dresse d'une église invisible d'ici,
- L'estacade très loin; haute, la tour, et sèche:
- C'est bien l'anglicanisme impérieux et rêche
- A qui l'essor du coeur vers le ciel manque aussi.
-
- Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,
- Ni brume ni soleil! le soleil deviné,
- Pressenti, du brouillard mourant, dansant à même
- Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème;
- L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané.
-
- De la tour protestante il part un chant de cloche,
- Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,
- Instinctive harmonie allant de proche en proche,
- Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,
- Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix;
-
- Bruit immense et bien doux que le long bois écoute!
- La musique n'est pas plus belle. Cela vient
- Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,
- Comme sous une armée au pas sonne une route
- Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde retient.
-
- La sonnerie est morte. Une rouge traînée
- De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer,
- L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année
- Ensanglante là-bas la ville couronnée
- De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair.
-
- Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade
- Frissonne et le ressac a gémi dans son bois
- Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade
- Sur un rythme brutal comme l'ennui maussade
- Qui martelait mes jours coupables d'autrefois:
-
- Solitude du coeur dans le vide de l'âme,
- Le combat de la mer et des vents de l'hiver,
- L'orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame,
- Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme,
- Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!...
-
- Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,
- Trois encor, trois encor! l'_Angélus_ oublié
- Se souvient, le voici qui dit: Paix à ces luttes!
- Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes,
- Une vierge a conçu, le monde est délié!
-
- Ainsi Dieu parle par la voix de _sa_ chapelle
- Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois...
- O Rome, ô Mère! Cri, geste qui nous rappelle
- Sans cesse au bonheur seul et donne au coeur rebelle
- Et triste le conseil pratique de la Croix.
-
- --La nuit est de velours. L'estacade laissée
- Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait,
- Une route assez droite heureusement tracée
- Guide jusque chez moi ma retraite pressée
- Dans ce noir absolu sous le long bois muet.
-
-
-THERE
-
-A ÉMILE LE BRUN
-
- «Angels», seul coin luisant dans ce Londres du soir,
- Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule,
- C'est drôle que, semblable à tel très dur espoir,
- Ton souvenir m'obsède et puissamment enroule
- Autour de mon esprit un regret rouge et noir:
-
- Devantures, chansons, omnibus et les danses
- Dans le demi-brouillard où flue un goût de rhum,
- Décence, toutefois, le souci des cadences,
- Et même dans l'ivresse un certain décorum,
- Jusqu'à l'heure où la brume et la nuit se font denses.
-
- «Angels»! jours déjà loin, soleils morts, flots taris;
- Mes vieux péchés longtemps ont rôdé par tes voies,
- Tout soudain rougissant, misère! et tout surpris
- De se plaire vraiment à tes honnêtes joies,
- Eux pour tout le contraire arrivés de Paris!
-
- Souvent l'incompressible Enfance ainsi se joue,
- Fût-ce dans ce rapport infinitésimal,
- Du monstre intérieur qui nous crispe la joue
- Au froid ricanement de la haine et du mal,
- Ou gonfle notre lèvre amère en lourde moue.
-
- L'Enfance baptismale émerge du pécheur,
- Inattendue, alerte, et nargue ce farouche
- D'un sourire non sans franchise ou sans fraîcheur,
- Qui vient, quoi qu'il en ait, se poser sur sa bouche
- A lui, par un prodige exquisement vengeur.
-
- C'est la Grâce qui passe aimable et nous fait signe.
- O la simplicité primitive, elle encor!
- Cher recommencement bien humble! Fuite insigne
- De l'heure vers l'azur mûrisseur de fruits d'or!
- «Angels»! ô nom _revu_, calme et frais comme un cygne!
-
-
-UN CRUCIFIX
-
-A GERMAIN NOUVEAU
-
-Église Saint-Géry, Arras.
-
- Au bout d'un bas-côté de l'église gothique,
- Contre le mur que vient baiser le jour mystique
- D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux,
- Le Crucifix se dresse, ineffablement doux,
- Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées,
- Et la gloire d'or sombre en langues échancrées
- Flue autour de la tête et des bras étendus,
- Tels quatre vols de flamme en un seul confondus.
- La statue est en bois, de grandeur naturelle,
- Légèrement teintée, et l'on croirait sur elle
- Voir s'arrêter la vie à l'instant qu'on la voit.
- Merveille d'art pieux, celui qui la fit doit
- N'avoir fait qu'elle et s'être éteint dans la victoire
- D'être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire.
- «Voilà l'homme!» Robuste et délicat pourtant.
- C'est bien le corps qu'il faut pour avoir souffert tant,
- Et c'est bien la poitrine où bat le Coeur immense:
- Par les lèvres le souffle expirant dit: «Clémence»,
- Tant l'artiste les a disjointes saintement,
- Et les bras grands ouverts prouvent le Dieu clément;
- La couronne d'épine est énorme et cruelle
- Sur le front inclinant sa pâleur fraternelle
- Vers l'ignorance humaine et l'erreur du pécheur,
- Tandis que, pour noyer le scrupule empêcheur
- D'aimer et d'espérer comme la Foi l'enseigne,
- Les pieds saignent, les mains saignent, le côté saigne;
- On sent qu'il s'offre au Père en toute charité,
- Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté,
- Pour spécialement sauver vos âmes tristes,
- Pharisiens naïfs, sincères jansénistes!
- --Un ami qui passait, bon peintre et bon chrétien
- Et bon poète aussi--les trois s'accordent bien--
- Vit cette oeuvre sublime, en fit une copie
- Exquise, et surprenant mon regard qui l'épie,
- Très gracieusement chez moi vint l'oublier.
- Et j'ai rimé ces vers pour le remercier.--
-
-Août 1880
-
-
-UN VEUF PARLE
-
- Je vois un groupe sur la mer.
- Quelle mer? Celle de mes larmes.
- Mes yeux mouillés du vent amer
- Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes
- Sont deux étoiles sur la mer.
-
- C'est une toute jeune femme
- Et son enfant déjà tout grand
- Dans une barque où nul ne rame,
- Sans mât ni voile, en plein courant...
- Un jeune garçon, une femme!
-
- En plein courant dans l'ouragan!
- L'enfant se cramponne à sa mère
- Qui ne sait plus où, non plus qu'en...,
- Ni plus rien, et qui, folle, espère
- En le courant, en l'ouragan.
-
- Espérez en Dieu, pauvre folle,
- Crois en notre Père, petit.
- La tempête qui vous désole,
- Mon coeur de là-haut vous prédit
- Qu'elle va cesser, petit, folle!
-
- Et paix au groupe sur la mer,
- Sur cette mer de bonnes larmes!
- Mes yeux joyeux dans le ciel clair,
- Par cette nuit sans plus d'alarmes,
- Sont deux bons anges sur la mer.
-
-1878
-
-
-IL PARLE ENCORE
-
- Ni pardon ni répit, dit le monde,
- Plus de place au sénat du loisir!
- On rend grâce et justice au désir
- Qui te prend d'une paix si profonde,
- Et l'on eût fait trêve avec plaisir,
- Mais la guerre est jalouse: il faut vivre
- Ou mourir du combat qui t'enivre.
-
- Aussi bien tes voeux sont absolus
- Quand notre art est un mol équilibre.
- Nous donnons un sens large au mot: libre,
- Et ton sens va: Vite ou jamais plus.
- Ta prière est un ordre qui vibre;
- Alors nous, indolents conseilleurs,
- Que te dire, excepté: Cherche ailleurs?
-
- Et je vois l'Orgueil et la Luxure
- Parmi la réponse: tel un cor
- Dans l'éclat fané d'un vil décor,
- Prêtant sa rage à la flûte impure.
- Quel décor connu mais triste encor!
- C'est la ville où se caille et se lie
- Ce passé qu'on boit jusqu'à la lie,
-
- C'est Paris banal, maussade et blanc,
- Qui chantonne une ariette vieille
- En cuvant sa «noce» de la veille
- Comme un invalide sur un banc.
- La Luxure me dit à l'oreille:
- Bonhomme, on vous a déjà donné.
- Et l'Orgueil se tait comme un damné.
-
- O Jésus, vous voyez que la porte
- Est fermée au Devoir qui frappait,
- Et que l'on s'écarte à mon aspect.
- Je n'ai plus qu'à prier pour la morte.
- Mais l'agneau, bénissez qui le paît!
- Que le thym soit doux à sa bouchette!
- Que le loup respecte la houlette!
-
- Et puis, bon pasteur, paissez mon coeur:
- Il est seul désormais sur la terre,
- Et l'horreur de rester solitaire
- Le distrait en l'étrange langueur
- D'un espoir qui ne veut pas se taire,
- Et l'appelle aux prés qu'il ne faut pas.
- Donnez-lui de n'aller qu'en vos pas.
-
-1879.
-
-
-SAINT GRAAL
-
-A LÉON BLOY
-
- Parfois je sens, mourant des temps où nous vivons,
- Mon immense douleur s'enivrer d'espérance.
- En vain l'heure honteuse ouvre des trous profonds,
- En vain bâillent sous nous les désastres sans fonds
- Pour engloutir l'abus de notre âpre souffrance,
- Le sang de Jésus-Christ ruisselle sur la France.
-
- Le précieux Sang coule à flots de ses autels
- Non encor renversés, et coulerait encore
- Le fussent-ils, et quand nos malheurs seraient tels
- Que les plus forts, cédant à ces effrois mortels,
- Eux-mêmes subiraient la loi qui déshonore,
- De l'ombre des cachots il jaillirait encore,
-
- Il coulerait encor des pierres des cachots,
- Descellerait l'horreur des ciments, doux et rouge
- Suintement, torrent patient d'oraisons,
- D'expiation forte et de bonnes raisons
- Contre les lâchetés et les «feux sur qui bouge!»
- Et toute guillotine et cette Gueuse rouge...!
-
- Torrent d'amour du Dieu d'amour et de douceur,
- Fût-ce parmi l'horreur de ce monde moqueur,
- Fleuve rafraîchissant de feu qui désaltère,
- Source vive où s'en vient ressusciter le coeur
- Même de l'assassin, même de l'adultère,
- Salut de la patrie, ô sang qui désaltère!
-
-
-ANGÉLUS DE MIDI
-
- Je suis dur comme un juif et têtu comme lui,
- Littéral, ne faisant le bien qu'avec ennui,
- Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible;
-
- Mon esprit s'ouvre et s'offre, on dirait une cible;
- Je ne puis plus compter les chutes de mon coeur;
- La charité se fane aux doigts de la langueur;
-
- L'ennemi m'investit d'un fossé d'eau dormante;
- Un parti de mon être a peur et parlemente:
- Il me faut à tout prix un secours prompt et fort.
-
- Ce fort secours, c'est vous, maîtresse de la mort
- Et reine de la vie, ô Vierge immaculée,
- Qui tendez vers Jésus la Face constellée
- Pour lui montrer le Sein de toutes les douleurs
- Et tendez vers nos pas, vers nos ris, vers nos pleurs
- Et vers nos vanités douloureuses les paumes
- Lumineuses, les Mains répandeuses de baumes.
- Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien
- Dans le chaste combat du Sage et du Chrétien;
- Priez pour mon courage et pour qu'il persévère,
- Pour de la patience, en cette longue guerre,
- A supporter le froid et le chaud des saisons;
- Écartez le fléau des mauvaises raisons;
- Rendez-moi simple et fort, inaccessible aux larmes,
- Indomptable à la peur; mettez-moi sous les armes,
- Que j'écrase, puisqu'il le faut, et broie enfin
- Tous les vains appétits, et la soif et la faim,
- Et l'amour sensuel, cette chose cruelle,
- Et la haine encore plus cruelle et sensuelle,
- Faites-moi le soldat rapide de vos voeux,
- Que pour vous obéir soit le rien que je peux.
- Que ce que vous voulez soit tout ce que je puisse!
- J'immolerai comme en un calme sacrifice
- Sur votre autel honni jadis, baisé depuis,
- Le mauvais que je fus, le lâche que je suis.
- La sale vanité de l'or qu'on a, l'envie
- D'en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie
- Pour soi, quel soi! l'affreux besoin de plaire aux gens,
- L'affreux besoin de plaire aux gens trop indulgents,
- Hommes prompts aux complots, femmes tôt adultères,
- Tous préjugés, mourez sous mes mains militaires!
- Mais pour qu'un bien beau fruit récompense ma paix,
- Fleurisse dans tout moi la fleur des divins Mais,
- Votre amour, Mère tendre, et votre culte tendre.
- Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre
- A lui qu'en vous sans plus aucun détour subtil,
- Et mourir avec vous tout près.
-
- Ainsi soit-il!
-
-
-A VICTOR HUGO
-
-EN LUI ENVOYANT «SAGESSE»
-
- Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu
- Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire:
- Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,
- Votre oeuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.
-
- Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu.
- J'aime Dieu, son Église, et ma vie est de croire
- Tout ce que vous tenez, hélas! pour dérisoire,
- Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.
-
- J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.
- Tout petit que je suis j'avais aussi le droit
- D'une évolution, la bonne, la dernière.
-
- Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit
- L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine,
- Car vous me fûtes doux en des heures de peine.
-
-
-SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE
-
-JOUR DE LA CANONISATION
-
- Comme l'Église est bonne en ce siècle de haine,
- D'orgueil et d'avarice et de tous les péchés,
- D'exalter aujourd'hui le caché des cachés,
- Le doux entre les doux à l'ignorance humaine
-
- Et le mortifié sans pair que la Foi mène,
- Saignant de pénitence et blanc d'extase, chez
- Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,
- Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,
-
- Comme un autre Alexis, comme un autre François,
- Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois
- Pratiquant la douceur, l'horreur de l'Évangile!
-
- Et pour ainsi montrer au monde qu'il a tort
- Et que les pieds crus d'or et d'argent sont d'argile,
- Comme l'Église est tendre et que Jésus est fort!
-
-
-PARABOLES
-
- Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien
- Dans ces temps de féroce ignorance et de haine;
- Mais donnez-moi la force et l'audace sereine
- De vous être à toujours fidèle comme un chien,
-
- De vous être l'agneau destiné qui suit bien
- Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine,
- Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine,
- Au maître, quand il veut utiliser ce bien,
-
- Le poisson, pour servir au Fils de monogramme,
- L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta,
- Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta.
-
- Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme,
- En ces temps de révolte et de duplicité
- Fait son humble devoir avec simplicité.
-
-
-SONNET HÉROIQUE
-
- La Gueule parle: «L'or, et puis encore l'or,
- Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,
- Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande
- Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor!»
-
- La Panse dit: «A moi la chute du trésor!
- La viande, et les vins fins, et l'or, toute provende,
- A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande
- Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor!»
-
- L'oeil est de pur cristal dans les suifs de la face:
- Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,
- Seule perfection parmi tous les défauts.
-
- L'Ame attend vainement un remords efficace,
- Et dans l'impénitence agonise de faim
- Et de soif, et sanglote en pensant à LA FIN.
-
-
-PENSÉE DU SOIR
-
-A ERNEST RAYNAUD
-
- Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil,
- Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil,
- Ou bien errant, semblable aux formes que suscite
- Le rêve, par l'horreur du paysage scythe,
- Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux,
- S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus,
- Le poète de l'art d'Aimer, le tendre Ovide
- Embrasse l'horizon d'un long regard avide
- Et contemple la mer immense tristement.
-
- Le cheveu poussé rare et gris que le tourment
- Des bises va mêlant sur le front qui se plisse,
- L'habit troué livrant la chair au froid, complice,
- Sous l'aigreur du sourcil tordu, l'oeil terne et las,
- La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas!
- Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire
- Disent une sinistre et lamentable histoire
- D'amour excessif, d'âpre envie et de fureur
- Et quelque responsabilité d'Empereur.
- Ovide morne pense à Rome et puis encore
- A Rome que sa gloire illusoire décore.
-
- Or, Jésus! vous m'avez justement obscurci:
- Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci.
-
-
-
-
-BONHEUR
-
-
-I
-
- L'incroyable, l'unique horreur de pardonner,
- Quand l'offense et le tort ont eu cette envergure,
- Est un royal effort qui peut faire figure
- Pour le souci de plaire et le soin d'étonner;
-
- L'orgueil, qu'il faut, se doit prévaloir sans scrupule
- Et s'endormir pur, fort des péchés expiés,
- Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds
- Sur cette humanité toute honte et crapule
-
- Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut
- Au coeur qu'un rien émeut, tel sous des doigts un luth,
- Faire un peu de repos dans l'entier sacrifice.
-
- Paix à ce coeur enfin de bonne volonté
- Qui ne veut battre plus que vers la Charité,
- Et que votre plaisir, ô Jésus, s'assouvisse.
-
-
-II
-
- La vie est bien sévère
- A cet homme trop gai:
- Plus le vin dans le verre
- Pour le sang fatigué,
-
- Plus l'huile dans la lampe
- Pour les yeux et la main,
- Plus l'envieux qui rampe
- Pour l'orgueil surhumain,
-
- Plus l'épouse choisie
- Pour vivre et pour mourir,
- En qui l'on s'extasie
- Pour s'aider à souffrir,
-
- Hélas! et plus les femmes
- Pour le coeur et la chair,
- Plus la Foi, sel des âmes,
- Pour la peur de l'Enfer,
-
- Et ni plus l'Espérance
- Pour le ciel mérité
- Par combien de souffrance!
- Rien. Si. La Charité.
-
- Le pardon des offenses
- Comme un déchirement,
- L'abandon des vengeances
- Comme un délaissement,
-
- Changer au mieux le pire,
- A la méchanceté
- Déployant son empire,
- Opposer la bonté,
-
- Peser, se rendre compte.
- Faire la part de tous,
- Boire la bonne honte,
- Être toujours plus doux...
-
- Quelque chaleur va luire
- Pour le coeur fatigué,
- La vie enfin sourire
- A cet homme trop gai.
-
- Et puisque je pardonne,
- Mon Dieu, pardonnez-moi,
- Ornant l'âme enfin bonne
- D'espérance et de foi.
-
-
-III
-
- Après la chose faite, après le coup porté
- Après le joug très dur librement accepté,
- Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre,
- Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire,
- Après la bonne haine et la chère rancoeur,
- Le rêve de tenir, implacable vainqueur,
- Les ennemis du coeur et de l'âme et les autres;
- De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres
- De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher,
- Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher!
- Alors on est content comme au sortir d'un rêve,
- On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève
- Un abcès de sottise et d'erreur, et voici
- Que de l'éternité, symbole en raccourci
- Toute une plénitude afflue, alme et s'installe,
- L'être palpite entier dans la forme totale,
- Et la chair est moins faible et l'esprit moins prompt;
- Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront
- Le lys du faire pur, celui du chaste dire,
- Et, si daigne Jésus, la rose du martyre.
- Alors on trouve, ô Dieu si lent à vous venger,
- Combien doux est le joug et le fardeau léger!
-
- Charité, la plus forte entre toutes les Forces,
- Tu veux dire, saint piège aux célestes amorces,
- Les mains tendres du fort, de l'heureux et du grand
- Autour du sort plaintif du faible et du souffrant.
- Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie
- Ou jaloux, et ton nom encore signifie
- Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement,
- Et ce tact virginal, et l'ange exactement!
- Mais l'ange est innocent, essence bienheureuse,
- Il n'a point à passer par notre vie affreuse
- Et toi, Vertu sans pair, presqu'Une, n'es-tu pas
- Humaine en même temps que divine, ici-bas?
- Aussi la conscience a dû, pour des fins sûres,
- Surtout sentir en toi le pardon des injures.
-
- Par toi nous devenons semblables à Jésus
- Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus,
- Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Rome,
- A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme,
- N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté,
- Et, par Lui, tu nous fais croire en l'éternité.
-
-
-IV
-
- De plus, cette ignorance de Vous!
- Avoir des yeux et ne pas vous voir,
- Une âme et ne pas vous concevoir.
- Un esprit sans nouvelles de Vous!
-
- O temps, ô moeurs qu'il en soit ainsi,
- Et que ce vase de belles fleurs,
- Qu'un tel vase, précieux d'ailleurs,
- De la plus belle se passe ainsi!
-
- Religion, unique raison,
- Et seule règle et loi, piété,
- Rien, là, de vous n'a jamais été,
- Pas un penser juste, une oraison!
-
- Aussi cette ignorance de tout!
- Et de soi-même, droits et devoirs
- Et des autres, leurs justes pouvoirs,
- Leur action légitime et tout!
-
- Jusqu'à méconnaître en moi quel nom,
- Quel titre augural et de par Dieu!
- Et six ans passés à plaire à Dieu,
- Vertu réelle, effort bel et bon!
-
- Jusqu'à ne pas se douter vraiment
- Du tour affreux et plus que cruel
- Qu'un sot grief, à peine réel,
- Inflige à ses revanches vraiment.
-
- Éclairez ces ténèbres de mort,
- C'est votre créature après tout.
- L'ignorance invincible l'absout.
- Bah! claire et bonne lui soit la mort.
-
-
-V
-
- L'homme pauvre de coeur est-il si rare, en somme?
- Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme,
- Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui,
- Ou le seront quand l'heure opportune aura lui.
- Conçus dans l'agonie épuisée et plaintive
- De deux désirs que, seul, un feu brutal avive,
- Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi,
- Qu'une larme de quoi! que pleure quoi! dans quoi!
- Nés parmi la douleur, le sang et la sanie
- Nus, de corps sans instinct et d'âme sans génie
- Pour grandir et souffrir par l'âme et par le corps,
- Vivant au jour le jour, bernés de voeux discors,
- Pour mourir dans l'horreur fatale et la détresse,
- Quoi de nous, dès qu'en nous la question se dresse?
- Quoi? qu'un être capable au plus de moins que peu
- En dehors du besoin d'aimer et de voir Dieu
- Et quelque chose, au front, du fond du coeur te monte
- Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,
- Quelque chose, on dirait, d'encore incomplété,
- Mais dont la Charité ferait l'Humilité.
- Lors, à quelqu'un vraiment de nature ingénue
- Sa conscience n'a qu'à dire: continue,
- Si la chair n'arrivait à son tour, en disant:
- Arrête, et c'est la guerre en ce juste à présent.
- Mais tout n'est pas perdu malgré le coup si rude:
- Car la chair avant tout est chose d'habitude,
- Elle peut se plier et doit s'acclimater.
- C'est son droit, son devoir, la loi de la mater
- Selon les strictes lois de la bonne nature.
- Or la nature est simple, elle admet la culture,
- Elle procède avec douceur, calme et lenteur.
- Ton corps est un lutteur, fais-le vivre en lutteur,
- Sobre et chaste abhorrant, l'excès de toute sorte,
- Femme qui le détourne et vin qui le transporte
- Et la paresse pire encore que l'excès.
- Enfin pacifié, puis apaisé,--tu sais
- Quels sacrements il faut pour cette tâche intense,
- Et c'est l'Eucharistie après la Pénitence,--
- Ce corps allégé, libre et presque glorieux,
- Dûment redevenu, dûment laborieux,
- Va se rompre au plutôt, s'assouplir au service
- De ton esprit d'amour, d'offre et de sacrifice,
- Subira les saisons et les privations,
- Enfin sera le temple embaumé d'actions
- De grâce, d'encens pur et de vertus chrétiennes,
- Et tout retentissant de psaumes et d'antiennes
- Qu'habite l'Esprit-Saint et que daigne Jésus
- Visiter comparable aux bons rois bien reçus.
- De ce moment, toi, pauvre avec pleine assurance,
- Après avoir prié pour la persévérance,
- Car, docte charité tout d'abord pense à soi,
- Puise au gouffre infini de la Foi--plus de foi--
- Que jamais et présente à Dieu ton voeu bien tendre,
- Bien ardent, bien formel et de voir et d'entendre
- Les hommes t'imiter, même te dépasser
- Dans la course au salut, et pour mieux les pousser
- A ces fins que le ciel en extase contemple,
- Bien humble, (souviens-toi!) prêcheur, prêche d'exemple!
-
-
-VI
-
- Bon pauvre, ton vêtement est léger
- Comme une brume,
- Oui, mais aussi ton coeur, il est léger
- Comme une plume,
- Ton libre coeur qui n'a qu'à plaire à Dieu,
- Ton coeur bien quitte
- De toute dette humaine, en quelque lieu
- Que l'homme habite,
- Ta part de plaisir et d'aise paraît
- Peu suffisante.
- Ta conscience, en revanche, apparaît
- Satisfaisante,
- Ta conscience que, précisément,
- Tes malheurs mêmes
- Ont dégagée, en ce juste moment,
- Des soins suprêmes.
- Ton boire et ton manger sont, je le crains,
- Tristes et mornes;
- Seulement ton corps faible a, dans ses reins,
- Sans fin ni bornes,
- Des forces d'abstinence et de refus
- Très glorieuses,
- Et des ailes vers les cieux entrevus
- Impérieuses.
- Ta tête, franche de mets et de vin,
- Toute pensée,
- Tout intellect, conforme au plan divin,
- Haut redressée,
- Ta tête est prête à tout enseignement
- De la parole
- Et, de l'exemple de Jésus clément
- Et bénévole.
- Et de Jésus terrible, prêt au pleur
- Qu'il faut qu'on verse,
- A l'affront vil qui poigne, à la douleur
- Lente qui perce,
- Le monde pour toi seul, le monde affreux
- Devient possible,
- T'environnant, toi qu'il croit malheureux,
- D'oubli paisible,
- Même t'ayant d'étonnantes douceurs
- Et ces caresses!
- Les femmes qui sont parfois d'âpres soeurs,
- D'aigres maîtresses,
- Et de douloureux compagnons toujours
- Ou toujours presque,
- Te jaugeant malfringant, aux gestes lourds,
- Un peu grotesque,
- Tout à fait incapable de n'aimer
- Qu'à les voir belles.
- Qu'à les trouver bonnes et de n'aimer
- Qu'elles en elles,
- Et le pesant si léger que ce n'est
- Rien de le dire,
- Te dispenseront, tous comptes au net,
- De leur sourire.
- Et te voilà libre, à dîner, en roi.
- Seul à ta table,
- Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi,
- Plus détestable?
- L'assassin, l'escroc et l'humble voleur
- Qui n'y voient guère
- De nuance, t'épargnent comme leur
- Plus jeune frère.
- Des vertus surérogatoires, la
- Prudence humaine,
- (L'autre, la cardinale, ah! celle-là
- Que Dieu t'y mène!)
- L'amabilité, l'affabilité
- Quasi célestes,
- Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté,
- Franches, modestes,
- Nimbent le destin, que Dieu te voulut
- Tendre et sévère,
- Dans l'intérêt surtout de ton salut,
- A bien parfaire
- Et pour ange contre le lourd méchant
- Toujours stupide
- La clairvoyance te guide en marchant,
- Fine et rapide,
- La clairvoyance, qui n'est pas du tout
- La Méfiance
- Et qui plutôt serait pour sommer tout,
- La Prévoyance,
- Élicitant les gens de prime-saut
- Sous les grimaces
- Faisant sortir la sottise du sot,
- Trouvant des traces.
- Et médusant la curiosité
- De l'hypocrite
- Par un regard entre les yeux planté
- Qui brûle vite...
- Et s'il ose rester des ennemis
- A ta misère,
- Pardonne-leur, ainsi que l'a promis
- Ton Notre-Père...
- Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui,
- Prends cette avance.
- Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui
- Seul qu'on offense.
-
-
-VII
-
-_Écrit en 1888._
-
- Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière
- M'a logé cette fois, peut-être la dernière
- Et la dernière c'est la bonne--à l'hôpital!
- De mon rêve à ceci le réveil est brutal
- Mais explicable par le fait d'une voleuse,
- (Dont l'histoire posthume est, dit-on, graveleuse)
- Du fait d'un rhumatisme aussi, moindre détail;
- Puis d'un gîte où l'on est qu'importe le portail?
- J'y suis, j'y vis. «Non, j'y végète», on rectifie;
- On se trompe. J'y vis dans le strict de la vie,
- Le pain qu'il faut, pas trop de vin, et mieux couché!
- Évidemment j'expie un très ancien péché
- (Très ancien?) dont mon sang a des fois la secousse,
- Et la pénitence est relativement douce
- Dans le martyrologe et sur l'armorial
- Des poètes, peut-être un peu proverbial.
- C'est un lieu comme un autre, on en prend l'habitude:
- A prison bonne enfant longanime Latude.
- Sans compter qu'au rimeur, pour en parler, alors!
- Pauvre et fier, il ne reste qu'à mourir dehors
- Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices,
- Et mourir pour mourir, Muse qui me respices,
- Autant le faire ici qu'ailleurs, et même mieux,
- Sinon qu'ici l'on est tout «laïque», les vieux
- Abus sont réformés et le «citoyen», libre!
- Et fort! doit, ou l'État perdrait son équilibre,
- Avec ça qu'il n'est pas à cheval sur un pal!--
- Mourir dans les bras du Conseil Municipal,
- Mal rassurante et pas assez édifiante
- Conclusion pour tel, qu'un voeu mystique hante,
- Moi par exemple, j'en forme l'aveu sans fard,
- Me dût-on traiter d'âne ou d'impudent cafard.
- La conversation, dans ce modeste asile,
- Ne m'est pas autrement pénible et difficile!
- Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots,
- Du moins ont conservé, malgré tous les assauts
- Que «l'Instruction» livre à leur tête obsédée,
- Quelque saveur encor de parole et d'idée;
- La Révolution, qu'il faut toujours citer
- Et condamner, n'a pu complètement gâter
- Leur trivialité non sans grâce et sincère.
- Même je les préfère aux mufles de ma sphère
- Certes! et je subis leur choc sans trop d'émoi.
- Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi
- Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires
- A (comme moi) des espèces de solitaires,
- Espèce de couvent moins cet espoir chrétien!
- Le monde est tel qu'ici je n'ai besoin de rien
- Et que j'y resterais, ma foi, toute ma vie,
- Sans grands jaloux, j'espère, et pour sûr, sans envie!
- Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut,
- Je n'avais quelque chose à faire, que Dieu veut.
-
-
-VIII
-
- Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde.
-
- Ah! soyez ce que pense une foule bavarde
- Ou ce que le penseur lui-même dit de vous.
- Bassement orgueilleux, haineusement jaloux,
- Avares, impurs, durs, la vérité vous garde.
- Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde
- Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau,
- Tant la doctrine exacte et du Bien et du Beau
- Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes.
- Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes
- Ou guindés vers l'honneur pharisaïque alors,
- Qu'importe, si Jésus, plus fort que des coeurs morts,
- Règne par vos dehors du reste incontestables?
- Cultes respectueux, formules respectables,
- Un emploi libéral et franc des Sacrements
- (Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements,
- Parmi plus d'une bonne et délicate chose,
- Laissé tomber l'affreux jansénisme morose)
- Et ce seul mot sur votre enseigne: Charité!
- Mal gracieux, sans goût aucun, même affecté,
- Pour si peu que ce soit d'art et de poésie,
- Incapables d'un bout de lecture choisie,
- D'un regard attentif, d'une oreille en arrêt
- Pis qu'inconsciemment hostiles, on dirait,
- A tout ce qui, dans l'homme et fleurit et s'allume,
- Plus lourds que les marteaux et plus lourds qu'une enclume.
- Sans même l'étincelle et le bruit triomphant,
- Que fait? si Jésus a, pour séduire l'enfant
- Et le sage qu'est l'homme en sa double énergie,
- Votre théologie et votre liturgie?
- D'ailleurs maints d'entre vous, troupeau trié déjà,
- Valent mieux que le monde autour qui vous jugea,
- Lisent clair, visent droit, entendent net en somme,
- Vivent et pensent, plus que non pas un autre homme,
- Que tels, mes chers lecteurs, que moi cet écrivain,
- Tant leur science est courte et tant mon art est vain!
- C'est vrai qu'il sort de vous, comme de votre Maître,
- Quand même une vertu qui vous fait reconnaître.
- Elle offusque les sots, ameute les méchants,
- Remplis les bons d'émois révérents et touchants,
- Force indéfinissable ayant de tout en elle,
- Comme surnaturelle et comme naturelle,
- Mystérieuse et dont vous allez investis,
- Grands par comparaison chez les peuples petits.
- Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes
- Les choses qu'il faut être en l'affre de vos routes.
- Si vous ne l'êtes pas, du moins vous paraissez
- Tels qu'il faut et semblez dans ce zèle empressés,
- Poussant votre industrie et votre économie,
- Depuis la sainteté jusqu'à la bonhomie.
-
- Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité!
- Bonhomie, on doit dire en choeur, et sainteté!
- Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence,
- Mais c'est surtout ce siècle et surtout cette France,
- Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu?
- Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu,
- Seul bienfait apparent de la grâce invisible
- Sur la France insensée et le siècle insensible,
- Siècle de fer et France, hélas! toute de nerfs,
- France d'où détalant partout comme des cerfs,
- Les principes, respect, l'honneur de sa parole,
- Famille, probité, filent en bande folle,
- Siècle d'âpreté juive et d'ennuis protestants,
- Noyant tout, le superbe et l'exquis des instants,
- Au remous gris de mers de chiffres et de phrases.
- Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,
- Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu'au jour,
- Jusqu'à l'heure du coeur expirant vers l'amour
- Divin, pour refleurir éternel dans la même
- Charité loin de cette épreuve froide et blême.
- Et puis, en la minute obscure des adieux,
- Flambez, torches d'encens, et rallumez nos yeux
- A l'unique Beauté, toute bonne et puissante,
- Brûlez ce qui n'est plus la prière innocente,
- L'aspiration sainte et le repentir vrai!
-
- Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai!
-
-
-IX
-
- Guerrière, militaire et virile en tout point,
- La sainte Chasteté que Dieu voit la première,
- De toutes les vertus marchant dans sa lumière
- Après la Charité distante presque point,
-
- Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone
- A travers l'aventure et l'erreur du Devoir,
- Ses yeux grands ouverts pleins du dessein de bien voir,
- Son corps robuste et beau digne d'emplir un trône,
-
- Son corps robuste et nu balancé noblement,
- Entre une tête haute et des jambes sereines,
- Du port majestueux qui sied aux seules reines,
- Et sa candeur la vêt du plus beau vêtement.
-
- Elle sait ce qu'il faut qu'elle sache des choses,
- Entre autres que Jésus a fait l'homme de chair
- Et mis dans notre sang un charme doux-amer
- D'où doivent découler nos naissances moroses,
-
- Et que l'amour charnel est bénit en des cas.
- Elle préside alors et sourit à ces fêtes,
- Dévêt la jeune épouse avec ses mains honnêtes
- Et la mène à l'époux par des tours délicats.
-
- Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime,
- Guide pour le baiser et l'acte et le repos
- Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos
- Et désormais va vivre entre eux leur ange intime.
-
- Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté,
- --Bien agir fait s'unir les voeux et les nivelle,--
- Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle
- Thébaïde à chacun la sainte Chasteté.
-
- Sans quitter les Amants, par un charmant miracle,
- Vole et vient rafraîchir l'Intacte et l'Impollu
- De gais parfums de fleurs comme s'il avait plu
- D'un bon orage sur l'un et sur l'autre habitacle,
-
- Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair
- La cellule du Moine et celle de la Nonne,
- Car s'il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonne
- Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair.
-
- Elle dit à ces chers enfants de l'Innocence:
- Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin
- Que vous n'ayez pas fait tous ces travaux en vain,
- Humilité, douceur et céleste ignorance!
-
- Enfin elle va chez la Veuve et chez le Veuf,
- Chez le vieux Débauché, chez l'Amoureuse vieille,
- Et leur tient des discours qui sont une merveille
- Et leur refait, à force d'art, un corps tout neuf.
-
- Et quand alors elle a fini son tour du monde,
- Tour du monde ubiquiste, invisible et présent,
- Elle court à son point de départ en faisant
- Tel grand détour, espoir d'espérance profonde;
-
- Et ce point de départ est un lieu bien connu,
- Eden même: là sous le chêne et vers la rose,
- Puisqu'il paraît qu'il n'a pas faire autre chose,
- Rit et gazouille un beau petit enfant tout nu.
-
-
-X
-
- Un projet de mon âge mûr
- Me tint six ans l'âme ravie:
- C'était, d'après un plan bien sûr,
- De réédifier ma vie.
-
- Vie encor vivante après tout,
- Insuffisamment ruinée,
- Avec ses murs toujours debout
- Que respecte la graminée,
-
- Murs de vraie et franche vertu,
- Fondations intactes certes,
- Fronton battu, non abattu,
- Sans noirs lichens ni mousses vertes,
-
- L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait,
- Le repentir quand c'était brave,
- Douceur parfois comme le lait,
- Fierté souvent comme la lave.
-
- Or, durant ces deux fois trois ans,
- L'essai fut bon, grand le courage.
- L'oeuvre en aspects forts et plaisants
- Montait, tenant tête à l'orage.
-
- Un air de grâce et de respect
- Magnifiait les calmes lignes
- De l'édifice que drapait
- L'éclat de la neige et des cygnes...
-
- Furieux mais insidieux,
- Voici l'essaim des mauvais anges
- Rayant le pur, le radieux
- Paysage de vols étranges,
-
- Salissant d'outrages sans nom,
- Obscénités basses et fades,
- De mon renaissant Parthénon
- Les portiques et les façades,
-
- Tandis que quelques-uns d'entre eux,
- Minant le sol, sapant la base,
- S'apprêtent, par un art affreux,
- A faire de tout table rase.
-
- Ce sont, véniels et mortels,
- Tous les péchés des catéchismes
- Et bien d'autres encore, tels
- Qu'ils font les sophismes des schismes.
-
- La Luxure aux tours sans merci,
- L'affreuse Avarice morale,
- La Paresse morale aussi,
- L'Envie à la dent sépulcrale,
-
- La Colère hors des combats,
- La Gourmandise, rage, ivresse,
- L'Orgueil, alors qu'il ne faut pas,
- Sans compter la sourde détresse
-
- Des vices à peine entrevus,
- Dans la conscience scrutée,
- Hideur brouillée et tas confus,
- Tourbe brouillante et ballottée.
-
- Mais quoi! n'est-ce pas toujours vous,
- Démon femelle, triple peste,
- Pire flot de tout ce remous,
- Pire ordure que tout le reste,
-
- Vous toujours, vil cri de haro,
- Qui me proclame et me diffame,
- Gueuse inepte, lâche bourreau,
- Horrible, horrible, horrible femme?
-
- Vous, l'insultant mensonge noir,
- La haine longue, l'affront rance,
- Vous qui seriez le désespoir,
- Si la foi n'était l'Espérance.
-
- Et l'Espérance le pardon,
- Et ce pardon une vengeance.
- Mais quel voluptueux pardon,
- Quelle savoureuse vengeance!
-
- Et tous trois, espérance et foi
- Et pardon, chassant la séquelle
- Infernale de devant moi,
- Protégeront de leur tutelle
-
- Les nobles travaux qu'a repris
- Ma bonne volonté calmée,
- Pour grâce à des grâces sans prix,
- Achever l'oeuvre bien-aimée
-
- Toute de marbre précieux
- En ordonnance solennelle
- Bien par-delà les derniers cieux,
- Jusque dans la vie éternelle.
-
-
-XI
-
- Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair:
- Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher,
- Pour ton combat avec les contingences vaines;
- Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines;
- Mais vis, vis pour souffrir, souffre pour expier,
- Expie et va-t'en vivre et puis reviens prier,
- Prier pour le courage et la persévérance
- De vivre dans ce siècle, hélas! et cette France,
- Siècle et France ignorants et tristement railleurs.
- (Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs
- Et la solution est autre du problème.)
- Sois de chair et même aime cette chair, la même
- Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux,
- Et dans le Très Saint-Sacrement si précieux
- Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle
- De ta chair vénérable en sa moindre parcelle
- Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel;
- Car ce mystère, l'Incarnation, est tel,
- Par l'exégèse autour comme par sa nature;
- Qu'il fait égale au Créateur la créature,
- Cependant que, par un miracle encor plus grand,
- L'Eucharistie, elle, les confond et les rend
- Identiques. Or cette chair expiatoire,
- Fais-t'en une arme douloureuse de victoire
- Sur l'orgueil que Satan peut d'elle t'inspirer
- Pour l'orgueil qu'à jamais tu peux considérer
- Comme le prix suprême et le but enviable.
- Tout le reste n'est rien que malice du diable!
- Alors, oui, sois de bronze impassible, revêts
- L'armure inaccessible à braver le Mauvais,
- Pudeur, Calme, Respect, Silence et Vigilance.
- Puis sois de marbre, et pur, sous le heaume qui lance
- Par ses trous le regard de tes yeux assurés,
- Marche à pas révérents sur les parvis sacrés.
-
-
-XII
-
- Seigneur, vous m'avez laissé vivre
- Pour m'éprouver jusqu'à la fin.
- Vous châtiez cette chair ivre,
- Par la douleur et par la faim!
- Et Vous permîtes que le diable
- Tentât mon âme misérable
- Comme l'âme forte de Job,
- Puis Vous m'avez envoyé l'ange
- Qui gagea le combat étrange
- Avec le grand aïeul Jacob
-
- Mon enfance, elle fut joyeuse:
- Or, je naquis choyé, béni
- Et je crûs, chair insoucieuse,
- Jusqu'au temps du trouble infini
- Qui nous prend comme une tempête,
- Nous poussant comme par la tête
- Vers l'abîme et prêts à tomber;
- Quant à moi, puisqu'il faut le dire,
- Mes sens affreux et leur délire
- Allaient me faire succomber,
-
- Quand Vous parûtes, Dieu de grâce
- Qui savez tout bien arranger,
- Qui Vous mettez bien à la place,
- L'auteur et l'ôteur du danger,
- Vous me punîtes par moi-même
- D'un supplice cru le suprême
- (Oui, ma pauvre âme le croyait)
- Mais qui n'était au fond rien qu'une
- Perche tendue, ô qu'opportune!
- A mon salut qui se noyait.
-
- Comprises les dures délices,
- J'ai marché dans le droit sentier,
- Y cueillant sous des cieux propices
- Pleine paix et bonheur entier,
- Paix de remplir enfin ma tâche,
- Bonheur de n'être plus un lâche
- Épris des seules voluptés
- De l'orgueil et de la luxure,
- Et cette fleur, l'extase pure
- Des bons projets exécutés.
-
- C'est alors que la mort commence
- Son oeuvre inexpiable? Non,
- Mais qui me saisit de démence
- Bien qu'encor criant Votre nom.
- L'Ami me meurt, aussi la Mère,
- Une rancune plus qu'amère
- Me piétine en ce dur moment
- Et me cantonne en la misère,
- Dans la littérale misère,
- Du froid et du délaissement!
-
- Tout s'en mêle: la maladie
- Vient en aide à l'autre fléau.
- Le guignon, comme un incendie
- Dans un pays où manque l'eau,
- Ravage et dévaste ma vie,
- Traînant à sa suite l'envie,
- L'ordre, l'obscène trahison,
- La sale pitié dérisoire,
- Jusqu'à cette rumeur de gloire
- Comme une insulte à la raison!
-
- Ces mystères, je les pénètre,
- Tous les motifs, je les connais.
- Oui, certes, Vous êtes le maître
- Dont les rigueurs sont les bienfaits.
- Mais, ô Vous, donnez-moi la force,
- Donnez, comme à l'arbre l'écorce.
- Comme l'instinct à l'animal,
- Donnez à ce coeur votre ouvrage,
- Seigneur, la force et le courage
- Pour le bien et contre le mal.
-
- Mais, hélas! je ratiocine
- Sur mes fautes et mes douleurs,
- Espèce de mauvais Racine
- Analysant jusqu'à mes pleurs.
- Dans ma raison mal assagie
- Je fais de la psychologie
- Au lieu d'être un coeur pénitent
- Tout simple et tout aimable en somme,
- Sans plus l'astuce du vieil homme
- Et sans plus l'orgueil protestant...
-
- Je crois en l'Église romaine,
- Catholique, apostolique et
- La seule humaine qui nous mène
- Au but que Jésus indiquait,
- La seule divine qui porte
- Notre croix jusques à la porte
- Des libres cieux enfin ouverts,
- Qui la porte par vos bras même,
- O grand Crucifié suprême
- Donnant pour nous vos maux soufferts.
-
- Je crois en la toute-présense,
- A la messe de Jésus-Christ,
- Je crois à la toute-puissance
- Du Sang que pour nous il offrit
- Et qu'il offre au seul Juge encore
- Par ce mystère que j'adore
- Qui fait qu'un homme vain, menteur,
- Pourvu qu'il porte le vrai signe
- Qui le consacre entre tous digne,
- Puisse créer le Créateur.
-
- Je confesse la Vierge unique,
- Reine de la neuve Sion,
- Portant aux plis de sa tunique
- La grâce et l'intercession.
- Elle protège l'innocence,
- Accueille la résipiscence,
- Et debout quand tous à genoux,
- Impètre le pardon du Père
- Pour le pécheur qui désespère...
- Mère du fils, priez pour nous!
-
-
-XIII
-
- La neige à travers la brume
- Tombe et tapisse sans bruit
- Le chemin creux qui conduit
- A l'église où l'on allume
- Pour la messe de minuit.
-
- Londres sombre flambe et fume:
- O la chère qui s'y cuit
- Et la boisson qui s'ensuit!
- C'est Christmas et sa coutume
- De minuit jusqu'à minuit.
-
- Sur la plume et le bitume,
- Paris bruit et jouit.
- Ripaille et Plaisant déduit
- Sur le bitume et la plume
- S'exaspèrent dès minuit.
-
- Le malade en l'amertume
- De l'hospice où le poursuit
- Un espoir toujours détruit
- S'épouvante et se consume
- Dans le noir d'un long minuit...
-
- La cloche au son clair d'enclume
- Dans la cour fine qui luit,
- Loin du péché qui nous nuit,
- Nous appelle en grand costume
- A la messe de minuit.
-
-
-XIV
-
- O! j'ai froid d'un froid de glace,
- O! je brûle à toute place!
-
- Mes os vont se cariant,
- Des blessures vont criant;
-
- Mes ennemis pleins de joie
- Ont fait de moi quelle proie!
-
- Mon coeur, ma tête et mes reins
- Souffrent de maux souverains.
-
- Tout me fuit, adieu ma gloire!
- Est-ce donc le Purgatoire?
-
- Ou si c'est l'enfer ce lieu
- Ne me parlant plus de Dieu?
-
- --L'indignité de ton sort
- Est le plaisir d'un plus Fort.
-
- Dieu plus juste, et plus Habile
- Que ce toi-même débile.
-
- Tu souffres de tel mal profond
- Que des volontés te font,
-
- Plus bénignes que la tienne
- Si mal et si peu chrétienne,
-
- Tes humiliations
- Sont des bénédictions
-
- Et ces mornes sécheresses
- Où tu te désintéresses
-
- De purs avertissements
- Descendus de cieux aimants
-
- Tes ennemis sont les anges
- Moins cruels et moins étranges
-
- Que bons inconsciemment,
- D'un Seigneur rude et clément.
-
- Aime tes croix et tes plaies,
- Il est saint que tu les aies.
-
- Face aux terribles courroux,
- Bénis et tombe à genoux.
-
- Fer qui coupe et voix qui tance,
- C'est la bonne Pénitence.
-
- Sous la glace et dans le feu
- Tu retrouveras ton Dieu.
-
-
-XV
-
- Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché
- Argumente.
-
- Dieu vit au sein d'un coeur caché,
- Non d'un esprit épars, en milliers de pages,
- En millions de mots hardis comme des pages,
- A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer,
- Et d'un scandale tel, précisément tout fier.
- Il faut pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite,
- Suivre le long sentier, gravir la pente étroite,
- Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux,
- Sans un geste au surplus, même agréable aux yeux,
- Laisser à d'autres l'art et la littérature
- Et ne vivre que juste à même la nature
- Tu pratiquais jadis et naguère ces us
- Content de reposer à l'ombre de Jésus
- Y pansant de vin, d'huile de lin tes blessures
- Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t'assures
- En la gloire profane et le renom païen,
- Comme si tout cela n'était pas trois fois rien,
- Comme si tel beau vers, telle phrase sonore,
- Chantait mieux qu'un grillon, brillait plus qu'un fulgore.
- Va, risque ton salut, ton salut racheté
- Un temps, par une vie autre, c'est vérité,
- Que celle de tes ans primes, enfance molle,
- Age pubère fou, jeunesse molle et folle
- Risque ton âme, objet de tes soins d'autrefois
- Pour quels triomphes vains sur quels banals pavois!
- Malheureux!
-
- Je réponds avec raison, je pense:
- Je n'attends, je ne veux pas d'autre récompense
- A ce mien grand effort d'écrire de mon mieux
- Que l'amitié du jeune et l'estime du vieux
- Lettrés qui sont au fond les seules belles âmes,
- Car où prendre un public en ces foules infâmes
- D'idiotie en haut et folles par en bas?
- Ou,--le trouver ou pas, le mériter ou pas,
- Le conserver ou pas!--l'assentiment d'un être
- Simple, naïf et bon, sans même le connaître
- Que par ce seul lien comme immatériel,
- C'est tout mon attentat au seul devoir réel,
- Essentiel: gagner le ciel par les mérites,
- Et je doute, Jésus pieux, que tu t'irrites
- Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien
- Étalant ses péchés au pilori chrétien;
- Tu ne suscites pas l'aspic et la couleuvre
- Contre un poème ou contre un poète. Ton oeuvre,
- Consolant les ennuis de ce morne séjour
- Par un concert de foi, d'espérance et d'amour;
- Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre,
- Le don aussi, sans quoi je meurs! de faire un livre,
- Une oeuvre où s'attestât toute ma quantité,
- Toute, bien mal, la force et l'orgueil révolté
- Des sens et leur colère encore qui sont la même
- Luxure au fond et bien la faiblesse suprême,
- Et la mysticité, l'amour d'aller au ciel
- Par le seul graduel du juste graduel,
- Douceur et charité, seule toute-puissance.
- Tu m'as donné ce don, et par reconnaissance
- J'en use librement, qu'on me blâme, tant pis.
- Quant à quêter les voix, quant à téter les pis
- De dame Renommée, à ses heures marâtre,
- Fi!
-
- Mais pour en finir, leur foyer ou son âtre
- Souffrent-ils de mon cas? Quelle poutre en mon oeil,
- Quelle paille en votre oeil de ce fait? De quel deuil,
- De quel scandale vers ou proses sont-ils cause
- Dont cela vaille un peu la peine qu'on en cause?
-
-
-XVI
-
- Après le départ des cloches
- Au milieu du GLORIA,
-
- Dès l'heure ordinaire des vêpres
- On consacre les Saintes Huiles
- Qu'escorte ensuite un long cortège
- De pontifes et de lévites.
- Il pluvine, il neigeotte,
- L'hiver vide sa hotte.
-
- Le tabernacle bâille, vide,
- L'autel, tout nu, n'a plus de cierges,
- De grands draps noirs pendent aux grilles,
- Les orgues saintes sont muettes.
- Du brouillard danse à même
- Le ciel encore blême.
-
- On dispense à flots d'eau bénite,
- Toutes cires sont allumées,
- Et de solennelle musique
- S'enfle au choeur et monte au jubé,
- Un clair soleil qui grise
- Réchauffe l'âpre bise.
-
- GLORIA! Voici les cloches
- Revenir! ALLELUIA!
-
-
-XVII
-
- L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses
- Font souvent ma parole et mon regard moroses.
-
- Mais d'avoir conscience et souci dans tel cas
- Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.
-
- Alors mon discours chante et mes yeux de sourire
- Où la divine certitude vient de luire
-
- Et la divine patience met son sel
- Dans mon long bon conseil d'usage universel.
-
- Car non pas tout à fait par un effet de l'âge
- A mes heures je suis une façon de sage,
-
- Presque un sage sans trop d'emphase ou d'embarras,
- Répandant quelque bien et faisant des ingrats.
-
- Or néanmoins la vie et son morne problème
- Rendent parfois ma voix maussade et mon front blême,
-
- De ces tentations je me sauve à nouveau
- En des moralités juste à mon seul niveau;
-
- Et c'est d'un examen méthodique et sévère,
- Dieu qui sondez les reins! que je me considère,
-
- Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,
- Tel un juge interroge à fond des prisonniers.
-
- Je poursuis à ce point l'humeur de mon scrupule
- Que des gens ont parlé qui m'ont dit ridicule.
-
- N'importe! en ces moments est-ce d'humilité?
- Je me semble béni de quelque charité,
-
- De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme,
- De quelque encore charité.--Folie en somme!
-
- Nous ne sommes rien. Dieu c'est tout. Dieu nous créa,
- Dieu nous sauve. Voilà! Voici mon aléa:
-
- Prier obstinément. Plonger dans la prière,
- C'est se tremper aux flots d'une bonne rivière,
-
- C'est faire de son être un parfait instrument
- Pour combattre le mal et courber l'élément.
-
- Prier intensément. Rester dans la prière
- C'est s'armer pour l'élan et s'assurer derrière
-
- C'est de paraître doux et ferme pour autrui
- Conformément à ce qu'on se rend envers lui.
-
- La prière nous sauve après nous faire vivre,
- Elle est le gage sûr et le mot qui délivre.
-
- Elle est l'ange et la dame, elle est la grande soeur
- Pleine d'amour sévère et de forte douceur.
-
- La prière a des pieds légers comme des ailes;
- Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles;
-
- La prière est sagace; elle pense, elle voit,
- Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.
-
- Elle ne peut nier, étant par excellence
- La crainte salutaire et l'effort en silence,
-
- Elle est universelle et sanglotte ou sourit,
- Vole avec le génie et court avec l'esprit.
-
- Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine
- Sa langue est indifféremment grecque ou latine,
-
- Ou vulgaire, ou patoise, argotique s'il faut!
- Car souvent plus elle est en bas, mieux elle vaut.
-
- Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,
- O Seigneur, donnez-moi de m'élever de terre
-
- En l'humble voeu que seul peut former un enfant
- Vers votre volonté d'après comme d'avant.
-
- Telle action quelconque en tel temps de ma vie
- Et que cette action quelconque soit suivie
-
- D'un abandon complet en vous que formulât
- Le plus simple et le plus ponctuel postulat,
-
- Juste pour la nécessité quotidienne
- En attendant toujours sans fin, ma mort chrétienne.
-
-
-XVIII
-
-A MONSIEUR BORÉLY.
-
- Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour».
- Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse,
- Déjà loin dans mon OEuvre étrange qui se presse
- Et dévale, flot plus amer de jour en jour.
-
- Qu'en dire, sinon: «Poor Yorick!» ou mieux «poor
- Lelian!» et pauvre âme à tout faire, faiblesse,
- Mollesse par des fois et caresse et paresse,
- Ou tout à coup partie en guerre comme pour
-
- Tout casser d'un passé si pur, si chastement
- Ordonné par la beauté des calmes pensées,
- Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées.
-
- Puis il revient, mon OEuvre, las d'un tel ahan,
- Pénitent, et tombant à genoux mains dressées...
- Priez avec et pour le pauvre Lelian!
-
-
-XIX
-
- Or tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur,
-
- Oppose au siècle un front de courage et d'honneur
- Bande ton coeur moins faible au fond que tu ne crois,
- Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix.
- Ceins, sinon l'innocence, hélas! et la candeur,
- Du moins la tempérance et du moins la pudeur,
- Et dans le bon combat contre péchés et maux
- S'il faut, eh bien, emprunte à certains animaux,
- Béhémos et Léviathan, prudents qu'ils sont,
- Les armures pour la défensive qu'ils ont,
- Puisque ton cas, pour l'offensive, est superflu.
- Abdique les airs martiaux où tu t'es plu.
- Laisse l'épée et te confie au bouclier.
- Carapace-toi bien, comme d'un bon acier,
- De discrétion fine et de fort quant-à-moi.
-
- Puis, quand tu voudras r'attaquer, reprends la Foi!
-
-
-XX
-
- Les plus belles voix
- De la Confrérie
- Célèbrent le mois
- Heureux de Marie.
- O les douces voix!
-
- Monsieur le curé
- L'a dit à la Messe:
- C'est le mois sacré.
- Écoutons sans cesse
- Monsieur le Curé.
-
- Faut nous distinguer,
- Faut, mesdemoiselles,
- Bien dire et fuguer
- Les hymnes nouvelles.
- Faut nous distinguer,
-
- Bien dire et filer
- Les motets antiques,
- Bien dire et couler
- Les anciens cantiques,
- Filer et couler.
-
- Dieu nous bénira,
- Nous et nos familles.
- Marie ouïra
- Les voeux de ses filles,
- Dieu nous bénira.
-
- Elle est la bonté,
- C'est comme la Mère
- Dans la Trinité,
- La Fille et la Mère.
- Elle est la bonté,
-
- La compassion,
- Sans fin et sans trêve,
- L'intercession
- Qu'appuie et soulève
- La compassion.
-
- Avant le salut,
- Chantons ses louanges.
- Pendant le salut,
- Chantons ses louanges.
- Après le salut,
-
- Chantons ses louanges.
-
-
-XXI
-
- L'autel bas s'orne de hautes mauves,
- La chasuble blanche est toute en fleurs,
- A travers les pâles vitraux jaunes
- Le soleil se répand comme un fleuve;
-
- On chante au graduel: FI-LI-A!
- D'une voix si lentement joyeuse
- Qu'il faudrait croire que c'est l'extase
- D'à-jamais voir la Reine des cieux;
-
- Le sermon du tremblotant vicaire
- Est gentil plus que par un dimanche,
- Qui dit que pour s'élever dans l'air
- Faut être humble et de foi cordiale;
-
- Il ajoute, le cher vieux bonhomme,
- Que la gloire ultime est réservée,
- Sur tous ceux qui vivent dans la pompe,
- Aux pauvres d'esprit et de monnaie;
-
- On sort de l'église, après les vêpres,
- Pour la procession si touchante
- Qui a nom: du Voeu de Louis Treize:
- C'est le cas de prier pour la France.
-
-
-XXII
-
- L'amour de la Patrie est le premier amour
- Et le dernier amour après l'amour de Dieu,
- C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour
- Où notre regard luit comme un céleste feu,
-
- C'est le jour baptismal aux paupières divines
- De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles
- Frais-écloses, c'est l'air emplissant les poitrines
- En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles!
-
- L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas
- Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit.
- Et douce, désaltère encore ses repas
- D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit.
-
- Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille
- Et ce pendant que croît sa chair pleine de grâce,
- Son âme se répand par delà la famille
- Et cherche une âme soeur, une chair qu'il enlace;
-
- Et quand il a trouvé cette âme et cette chair,
- Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs
- Qui germeront aussi le jardin jeune et cher
- Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.
-
- L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche,
- S'en vont chacun un peu de son côté. La femme,
- Gardienne du foyer tout le jour sans relâche,
- La nuit garde l'honneur comme une chaste flamme;
-
- L'homme vaque aux durs soins du dehors: les travaux,
- La parole à porter,--sûr de ce qu'elle vaut,--
- Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux,
- Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut.
-
- Tous deux, si pacifique est leur course terrestre,
- Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie;
- Mais que le noir démon, la Guerre, essore l'oestre,
- Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie,
-
- Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol
- Nourricier,--imitant les peuples de tous bords,
- Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol,
- La France de Quatre-vingt-treize, l'homme alors,
-
- Magnifié soudain, à son oeuvre se hausse
- Et tragique et classique et très fort et très calme,
- Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse,
- Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme.
-
- S'il survit, il reprend le train de tous les jours
- Élève ses enfants dans la crainte du dieu
- Des ancêtres, et va refleurir ses amours
- Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.
-
- L'âge mûr est celui des sévères pensées,
- Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses,
- C'est l'heure aussi des justes haines amassées,
- Et quand sur la place publique, habits et blouses,
-
- Les citoyens discords dans d'honnêtes combats
- (Et combien douloureux à leur fraternité!)
- S'arrachent les devoirs et les droits, ô non pas
- Pour le lucre, mais pour une stricte équité,
-
- II prend parti, pleurant de tuer, mais terrible
- Et tuant sans merci, comme en d'autres batailles,
- Le sang autour de lui giclant comme d'un crible,
- Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.
-
- Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré.
- Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas,
- D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré
- Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.
-
- Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire,
- La terre sera douce à cet enfant fidèle
- Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire,
- Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'elle.
-
- Mais quoi donc, le poète, à moins d'être chrétien,
- (Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu'il soit)
- Comment en ces temps-ci ce très fier peut-il bien
- Aimer la France ainsi qu'il doit comme il la voit,
-
- Dépravée, insensée, une fille, une folle
- Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules
- Et l'honneur ataval et, l'antique parole,
- La parlant en argot pour des sottises seules,
-
- L'amour, l'évaporant en homicides vils
- D'où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort,
- Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils!
- Prête à mourir d'ailleurs de quelle lâche mort!
-
- Lui-même que Dieu voit être un pur patriote
- L'affamant aujourd'hui, le prescrivant naguère,
- Pour n'avoir pas voulu boire comme un ilote
- Le gros vin du scandale au verre du vulgaire,
-
- Le dénonçant aux sots pires que les méchants,
- Bourreaux mesquins, non moins d'ailleurs que tels méchants
- Pire que tous, à cause, ô honte! que ses chants
- Faisaient honte à plusieurs à cause de leurs chants,
-
- Enfin, méconnaissant et l'heure et le génie
- Jusqu'à ce péché noir entre tous ceux de l'homme,
- Jusqu'à ce plongeon dans toute l'ignominie
- D'insulter l'ange comme en l'unique Sodome!
-
- Mais le poète est un chrétien qui dit: «Non pas!»
- A ces comme velléités d'être tenté
- Vers les déclamations par la Pauvreté,
- Et d'elles dans l'horreur du premier mauvais pas.
-
- «Non pas!» puis s'adressant à la Vierge Marie:
- «O vous, reine de France et de toute la terre,
- Vous qui fidèlement gardez notre patrie
- Depuis les premiers temps jusqu'à cette heure austère
-
- Où chacun a besoin du courage de dix
- S'il veut garder sa foi par ses pertes de fois,
- La pratiquer tout simplement, ainsi jadis,
- Puis y mourir tout simplement, comme autrefois!
-
- Depuis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres
- Profilant leur prière immense et solennelle
- Jusqu'aux mois de Marie, échos des soirs champêtres
- Sourire de l'Église aux coeurs vierges en elle,
-
- Depuis que notre culte intronisait nos rois,
- Depuis que notre sang teignait votre pennon
- Jusqu'au jour où quel Dogme à travers tant d'effrois
- Ajoutait quel honneur encore à votre nom,
-
- Vous qui, multipliant miracles et promesses,
- De la Sainte-Chandelle à la Salette et Lourdes,
- Daignez faire chez nous éclore des prouesses
- Même en ces temps d'horreur d'État louches et sourdes,
-
- Mère, sauvez la France, intercédez pour nous,
- Donnez-nous la foi vive et surtout l'humble foi,
- Que l'âme de tous nos aïeux brûle en nous tous
- Pour la vie et la mort, au foyer, dans la loi,
-
- Dans le lit conjugal, sur la couche dernière,
- Simple et forte et sincère et bellement naïve,
- Pour qu'en les chocs prévus, virils à sa manière,
- Qui fut la bonne quand elle dut être active,
-
- Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons
- En exemple, lavant hier par aujourd'hui
- Et faits, après l'horreur, l'honneur des nations,
- Et s'il nous veut vainqueurs nous le soyons pour lui.»
-
-
-XXIII
-
- Immédiatement après le salut somptueux,
- Le luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques,
- Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur
- Par les clercs et le peuple saisi de mélancolie.
-
- Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale,
- Répandu par tous les campaniles du diocèse,
- Et plane et pleure sur les villes et sur la campagne
- Dans la nuit tôt venue en la saison arriérée.
-
- Chacun s'en fut coucher reconduit par la voix dolente
- Et douce à l'infini de l'airain commémoratoire
- Qui va bercer le sommeil un peu triste des vivants
- Du souvenir des décédés de toutes les paroisses.
-
-
-XXIV
-
- La cathédrale est majestueuse
- Que j'imagine en pleine campagne
- Sur quelque affluent de quelque Meuse
- Non loin de l'Océan qu'il regagne,
-
- L'Océan pas vu que je devine
- Par l'air chargé de sels et d'aromes.
- La croix est d'or dans la nuit divine
- D'entre l'envol des tours et des dômes;
-
- Des Angélus font aux campaniles
- Une couronne d'argent qui chante;
- De blancs hibous, aux longs cris graciles,
- Tournent sans fin de sorte charmante;
-
- Des processions jeunes et claires
- Vont et viennent de porches sans nombre,
- Soie et perles de vivants rosaires,
- Rogations pour de chers fruits d'ombre.
-
- Ce n'est pas un rêve ni la vie,
- C'est ma belle et ma chaste pensée,
- Si vous voulez ma philosophie,
- Ma mort choisie ainsi déguisée.
-
-
-XXV
-
- Voix de Gabriel
- Chez l'humble Marie,
- Cloches de Noël,
- Dans la nuit fleurie,
- Siècles, célébrez
- Mes sens délivrés!
-
- Martyrs, troupe blanche,
- Et les confesseurs,
- Fruits d'or de la branche,
- Vous, frères et soeurs,
- Vierges dans la gloire,
- Chantez ma victoire!
-
- Les Saints ignorés,
- Vertus qu'on méprise,
- Qui nous sauverez
- Par votre entremise,
- Priez que la foi
- Demeure humble en moi.
-
- Pécheurs, par le monde,
- Qui vous repentez,
- Dans l'ardeur profonde
- D'être rachetés,
- Or, je vous contemple,
- Donnez-moi l'exemple.
-
- Nature, animaux,
- Eaux, plantes et pierres,
- Vos simples travaux
- Sont d'humbles prières,
- Vous obéissez:
-
- Pour Dieu c'est assez.
-
-
-
-
-LITURGIES INTIMES
-
-
-ASPERGES ME
-
-I
-
- Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main
- Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce,
- Je puis, si mon dessein est pur devant sa face,
- Purifier autrui passant sur mon chemin.
-
- Je puis, si ma prière est de celles qu'allège
- L'Humilité du poids d'un désir languissant
- Comme un païen peut baptiser en cas pressant,
- Laver mon prochain, le blanchir plus que la neige.
-
- Prenez pitié de moi, Seigneur, suivant l'effet
- Miséricordieux de vos mansuétudes,
- Veuillez bander mon coeur, coeur aux épreuves rudes,
- Que le zèle pour votre maison soulevait.
-
- Faites-moi prospérer dans mes voeux charitables,
- Et pour cela, suivant le rite respecté,
- Gloire à la Trinité durant l'éternité.
- Gloire à Dieu dans les cieux les plus inabordables,
-
- Gloire au Père, fauteur et gouverneur de tout,
- Au Fils, créateur et sauveur, juge et partie,
- Au Saint-Esprit, de qui la lumière est sortie
- Par quel rayon?--ainsi qu'une eau lustrale, mon sang bout,--
-
- Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main...
-
-
-AVENT
-
-II
-
- «Dans les Avents», comme l'on dit
- Chez mes pays qui sont rustiques
- Et qui patoisent un petit
- Entre autres usages antiques,
-
- «Dans les Avents les côs chantont»,
- Toute la nuit, grâce à la lune
- «Clartive» alors, et dont le front
- S'argente et cuivre dès la brune
-
- Jusqu'à l'aube en peu d'ombre et ces
- Chante-clair, clair comme un beau rêve,
- Proclament jusques à l'excès
- Le soleil... qui plus tard se lève,
-
- Trop tard pour ceux qui sont reclus
- Au poulailler,--tout comme une âme
- Ne tendant que vers les élus,
- Dans le péché, prison infâme,--
-
- Et comme une âme les bons coqs,
- Vigilants, tels au temps de Pierre,
- Souffrent, mais, en dépit des chocs
- D'ombre, chantent, et l'âme espère.
-
-
-NOËL
-
-III
-
- Petit Jésus qu'il nous faut être,
- Si nous voulons voir Dieu le Père,
- Accordez-nous d'alors renaître
-
- En purs bébés, nus, sans repaire
- Qu'une étable, et sans compagnie
- Qu'une âne et qu'un boeuf, humble paire;
-
- D'avoir l'ignorance infinie
- Et l'immense toute-faiblesse
- Par quoi l'humble enfance est bénie;
-
- De n'agir sans qu'un rien ne blesse
- Notre chair pourtant innocente
- Encor même d'une caresse,
-
- Sans que notre oeil chétif ne sente
- Douloureusement l'éclat même
- De l'aube à peine pâlissante,
-
- Du soir venant, lueur suprême,
- Sans éprouver aucune envie
- Que d'un long sommeil tiède et blême...
-
- En purs bébés que l'âpre vie
- Destine,--pour quel but sévère
- Ou bienheureux?--foule asservie
-
- Ou troupe libre, à quel calvaire?
-
-
-SAINTS INNOCENTS
-
-IV
-
- Cruel Hérode, noir Péché,
- De tes sept glaives tu poursuis
- Les innocents, lesquels je suis
- Dans mes cinq sens,--et, qu'empêché
- Me voici pour, las! me défendre!
-
- L'argile dont Dieu les forma,
- Leur faiblesse à ces tristes sens
- Par quoi je suis les innocents
- Que l'on immole dans Rama,
- Trahissent leur âge trop tendre.
-
- Nulle fuite. Mais mon Sauveur,
- Assumant mon sort et ma mort,
- Vit en Égypte dont il sort
- A temps pour l'insigne faveur
- Qu'il me fait de donner sa vie
-
- Et sa pensée à mon bonheur
- Éternel, et, par l'action
- Sûre de l'absolution
- De son prêtre à lui, le Seigneur,
- Ressuscite ma chair ravie.
-
-
-CIRCONCISION
-
-V
-
- Petit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair
- Pour obéir au premier précepte de la Loi,
- Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer,
- Vous offrir les prémices aussi de notre foi.
-
- Pour obéir, nous autres, à votre obéissance,
- Nous apportons sur l'autel le parfait hommage
- De nos péchés pénitents à votre innocence,
- Sur l'autel blanc où votre sang si pur, notre otage,
-
- Coule mystiquement comme il coula littéral
- Au Golgotha, comme il stilla, pas plus réel
- Mais littéral aussi, ce jour, dont le rituel
- Retient l'anniversaire cruel et lilial,
-
- Et nous circoncisons nos coeurs suivant votre exemple,
- Et nous voudrons ressembler à Vous-même, qui fîtes
- Le vieux Siméon, dans la solennité du temple,
- Exhaler vers vous une allégresse sans limites.
-
- L'ancien Adam qui se désolait dans son espoir
- Toujours remis d'enfin voir, de ses yeux, nous meilleurs,
- Nous très doux sans plus d'ire rouge ou d'orgueil noir,
- Va chanter un fier cantique de joie et de pleurs,
-
- Et dans les cieux les bienheureux et bienheureuses
- S'éjouiront plus que de coutume, et les anges,
- Pour ce que cette année, elle à peine dans les langes,
- Dès son premier souffle, a ces haleines amoureuses.
-
-
-ROIS
-
-VI
-
- La myrrhe, l'or et l'encens
- Sont des présents moins aimables
- Que de plus humbles présents
- Offerts aux Yeux adorables
- Qui souriront plutôt mieux
- A de simples voeux pieux.
-
- Le voyage des Rois Mages
- Certes agrée au Seigneur.
- Il accepte ces hommages
- Et les tient en haut honneur;
- Mais d'un pécheur qui s'amende
- Pour lui la gloire est plus grande.
-
- Dans ce sublime concours
- D'adorations premières,
- Jésus goûtera toujours
- Davantage les prières
- Des misérables et leur
- Garde un royaume meilleur.
-
- Les anges et les archanges,
- Qui réveillent les bergers,
- Voix d'espoir et de louanges
- Aux hommes encouragés,
- Priment dans l'azur sans voile
- La miraculeuse étoile...
-
- Riches, pauvres, faisons-nous
- Néant devant toi, le Maître,
- De Ton saint nom seuls jaloux:
- Tu sauras bien reconnaître
- Et magnifier les tiens,
- Riches, pauvres, tous chrétiens.
-
-
-KYRIE ELEISON
-
-VII
-
- Ayez pitié de nous, Seigneur!
- Christ, ayez pitié de nous!
-
- Donnez-nous la victoire et l'honneur
- Sur l'ennemi de nous tous.
- Ayez pitié de nous, Seigneur.
-
- Rendez-nous plus croyants et plus doux
- Loin du Péché suborneur,
- Christ, ayez pitié de nous.
-
- Criblez-nous comme fait le vanneur
- Du grain dont il est jaloux.
- Ayez pitié de nous, Seigneur.
-
- Nous vous en supplions à genoux,
- Ouvrez-nous par la Foi le Bonheur.
- Christ, ayez pitié de nous.
-
- Ouvrez-nous par l'Amour le Bonheur,
- Nous vous en prions à genoux.
- Ayez pitié de nous, Seigneur.
-
- Seigneur, par l'Espérance, ouvrez-nous,
- Christ, ouvrez-nous le Bonheur.
- Christ, ayez pitié de nous.
-
- Ayez pitié de nous, Seigneur!
-
-
-GLORIA IN EXCELSIS
-
-VIII
-
- Gloire à Dieu dans les hauteurs,
- Paix aux hommes sur la terre!
-
- Aux hommes qui l'attendaient
- Dans leur bonne volonté.
-
- Le salut vient sur la terre...
- Gloire à Dieu dans les hauteurs!
-
- Nous te louons, bénissons,
- Adorons, glorifions,
-
- Te rendons grâce et merci
- De cette gloire infinie!
-
- Seigneur, Dieu, roi du ciel,
- Père, Puissance éternelle,
-
- O Fils unique de Dieu,
- Agneau de Dieu, Fils du père,
-
- Vous effacez les péchés:
- Vous aurez pitié de nous.
-
- Vous effacez les péchés:
- Vous écouterez nos voeux.
-
- Vous, à la droite du Père,
- Vous aurez pitié de nous.
-
- Car vous êtes le seul Saint,
- Seul Seigneur et seul Très Haut,
-
- O Jésus, qui fûtes oint
- De très loin et de très haut,
-
- Dieu des cieux, avec l'Esprit,
- Dans le Père,
-
- Ainsi soit-il.
-
-
-CREDO
-
-IX
-
- Je crois ce que l'Église catholique
- M'enseigna dès l'âge d'entendement:
- Que Dieu le Père est le fauteur unique
- Et le régulateur absolument
- De toute chose invisible et visible,
- Et que, par un mystère indéfectible,
-
- Il engendra, ne fit pas Jésus-Christ
- Son Fils unique avant que la lumière
- Ne fût créée, et qu'il était écrit
- Que celui-ci mourrait de mort amère,
- Pour nous sauver du malheur immortel
- Sur le Calvaire et, depuis, sur l'Autel;
-
- Enfin que l'Esprit saint, lequel procède
- Et du Père et du Fils et qui parlait
- Par les prophètes, et ma foi qui s'aide
- De charité croit le dogme complet
- De l'Église de Rome, au saint baptême,
- En la vie éternelle.
- Voeu suprême.
-
-
-ASCENSION
-
-X
-
- Jésus au ciel est monté
- Pour vous envoyer sa grâce:
- Espérance et charité,
- Foi qui jamais ne se lasse,
-
- Patience et tous les dons
- Que l'esprit porte en ses flammes,
- Et les trésors de pardons,
- De zèle au salut des âmes,
-
- De courage durant les
- Tentations de ce monde,
- Ah! surtout, oui, devant les
- Tentations de ce monde,
-
- Ces scandales étalés
- Tour à tour beaux puis immondes,
- Pauvres coeurs écartelés,
- Tristes âmes vagabondes!
-
- Jésus au ciel est monté,
- Mais en nous laissant son ombre:
- L'Évangile répété
- Sans cesse aux peuples sans nombre.
-
- Jésus au ciel est monté
- Pour mieux veiller, Lui, fait homme,
- Sur notre fragilité
- Qu'il éprouva... Mais nous, comme
-
- Jésus au ciel est monté
- Notre nuit n'y pourrait suivre
- Avant la mort sa clarté:
- Ah! d'esprit allons y vivre!
-
-
-VENI, SANCTE...
-
-XI
-
- «Esprit-Saint, descendez en» ceux
- Qui raillent l'antique cantique
- Où les simples mettent leurs voeux
- Sur la plus naïve musique.
-
- Versez les sept dons de la foi,
- Versez, «esprit d'intelligence»,
- Dans les âmes toutes au moi
- Surtout l'amour et l'indulgence
-
- Et le goût de la pauvreté
- Tant des autres que de soi-même:
- Qu'ils comprennent la charité
- Puisqu'ils sont l'élite et la crème.
-
- Qu'ils estiment leur rire sot,
- Visant, non le dogme immuable,
- Mais l'humble et le faible (un assaut
- Dont le capitaine est le Diable).
-
- Au lieu d'ainsi le profaner,
- Ce cantique de nos ancêtres,
- Qu'ils le méditent, pour donner
- Le bon exemple, eux, les grands maîtres.
-
- Et, tandis qu'ils seront en train
- D'édifier le paupérisme
- D'esprit et d'argent, qu'ils réin-
- Tègrent un peu le Catéchisme.
-
-
-JUIN
-
-XII
-
- Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l'Amour,
- Juin, pendant quel le coeur en fleur et l'âme en flamme
- Se sont épanouis dans la splendeur du jour
- Parmi des chants et des parfums d'épithalame,
-
- Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Coeur,
- Mois splendide du Sang réel, de la Chair vraie,
- Pendant quel l'herbe mûre offre à l'été vainqueur
- Un champ clos où le blé triomphe de l'ivraie,
-
- Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,
- Remémorés de la Présence non-pareille,
- Nous sentons ravigorés en retours vengeurs
- Contre Satan, pour des triomphes que surveille
-
- Du ciel là-haut, et sur terre, de l'ostensoir,
- L'adoré, l'adorable Amour sanglant et chaste,
- Et du sein douloureux où gîte notre espoir
- Le Coeur, le Coeur brûlant que le désir dévaste,
-
- Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté
- Essentielle, de leur gagner la victoire
- Éternelle. Et l'encens de l'immuable été
- Monte mystiquement en des douceurs de gloire.
-
-
-SANCTUS
-
-XIII
-
- Saint est l'homme au sortir du baptême,
- Petit enfant humble et ne tétant pas même,
- Et si pur alors qu'il est la pureté suprême.
-
- Saint est l'homme après l'Eucharistie.
- La chair de Jésus a sa chair investie
- De force sage et de divine modestie.
-
- Saint l'homme quand clos ses jours débiles,
- Dans l'heur et dans le pardon des Saintes Huiles,
- Et l'essor soudain vers des séjours enfin tranquilles.
-
- Les cieux sont pleins, Juste, de ta gloire.
- La terre en bas vénérera ta mémoire,
- Béni soit celui qui vient au Nom qu'il nous faut croire!
-
- Hosanna sur terre et dans les cieux.
- Deux fois hosanna pour l'homme glorieux!
- Trois fois hosanna pour Dieu miséricordieux.
-
-
-IMMACULÉE CONCEPTION
-
-XIV
-
- Vous fûtes conçue immaculée,
- Ainsi l'Église l'a constaté
- Pour faire notre âme consolée
- Et notre fois plus fort conseillée,
- Et notre esprit plus ferme et bandé.
-
- La raison veut ce dogme et l'assume.
- La charité l'embrasse et s'y tient,
- Et Satan grince et l'enfer écume
- Et hurle: «L'Ève prédite vient
- Dont le Serpent saura l'amertume.»
-
- Sous la tutelle et dans l'onction
- De votre chaste et sainte mère Anne,
- Vous grandissez en perfection
- Jusqu'à votre présentation
- Au temple saint, loin du bruit profane,
-
- Du monde vain que fuira Jésus
- Et, comme lui, toute au pauvre monde,
- Vous atteignez dans de pieux us
- L'époque où, dans sa pitié profonde,
- Dieu veut que de vous sorte Jésus.
-
- L'ange qui vous salua la mère
- Du Rédempteur que Dieu nous donnait
- Ne troubla pas votre candeur fière
- Qui dit comme Dieu de la lumière:
- «Ce que vous m'annoncez me soit fait.»
-
- Et tout le temps que vivra le Maître,
- Vous le passerez obscurément,
- Sans rien vouloir savoir ou connaître
- Que de l'aimer comme il daigne l'être,
- Jusqu'à sa mort, prise saintement.
-
- Aussi, quand vous-même rendez l'âme,
- Pendant à votre conception
- Immaculée, un décret proclame
- Pour vous la tombe un séjour infâme,
- Vous soustrait à la corruption,
-
- Et vous enlève au séjour de gloire
- D'où vous régnez sur l'Ange et sur nous,
- Participant à toute l'histoire
- De notre vie intime et de tous
- Les hauts débats de la grande histoire.
-
-
-DÉVOTIONS
-
-XV
-
- Sécheresse maligne et coupable langueur,
- Il n'est remède encore à vos tristesses noires
- Que telles dévotions surérogatoires,
- Comme des mois de Marie et du Sacré-Coeur,
-
- Éclat et parfum purs de fleurs rouges et bleues,
- Par quoi l'âme qu'endeuille un ennui morfondu,
- Tout soudain s'éveille à l'enthousiasme dû
- Et sent ressusciter ses allégresses feues,
-
- Cantiques frais et blancs de vierges comme aux temps
- Premiers, quand les chrétiens étaient toute innocence,
- Hymnes brûlants d'une théologie intense
- Dans la sanglante ardeur des cierges palpitants;
-
- Comme le chemin de la Croix, baisers et larmes,
- Argent et neige et noir d'or des Vendredis Saints,
- Lent cortège à genoux dans la paix des tocsins,
- _Stabats_ sévères indiciblement aux si doux charmes,
-
- Et la dévotion, aussi, du chapelet,
- Grains enflammés de chaste délire où s'embrase
- L'ennui souvent, où parfois l'excès de l'extase
- Se consumait au feu des _Ave_ qui roulait;
-
- Et celle enfin des saints locaux, Martin de France,
- Et Geneviève de Paris, saints du pays
- Et des villes et des villages, obéis
- Et vénérés avec chacun son espérance
-
- Et son exemple et son précepte bien donné,
- Ses miracles!--O moeurs plus intimes du culte,
- Eh oui, c'est encor vous, en dépit de l'insulte,
- Qui nous sauvez, peut-être, à tel moment donné.
-
-
-AGNUS DEI
-
-XVI
-
- L'agneau cherche l'amère bruyère,
- C'est le sel et non le sucre qu'il préfère,
- Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière.
-
- Quand il veut un but, rien ne l'arrête,
- Brusque, il fonce avec des grands coups de sa tête,
- Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète...
-
- Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,
- Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes,
- Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes,
-
- Donne-nous la paix et non la guerre,
- O l'agneau terrible en ta juste colère,
- O toi, seul Agneau, Dieu le seul fils de Dieu le Père.
-
-
-TOUSSAINT
-
-XVII
-
- Ces vrais vivants qui sont les saints,
- Et les vrais morts qui seront nous,
- C'est notre double fête à tous,
- Comme la fleur de nos desseins,
-
- Comme le drapeau symbolique
- Que l'ouvrier plante gaîment
- Au faîte neuf du bâtiment,
- Mais, au lieu de pierre et de brique,
-
- C'est de notre chair qu'il s'agit,
- Et de notre âme en ce nôtre oeuvre
- Qui, narguant la vieille couleuvre,
- A force de travaux surgit.
-
- Notre âme et notre chair domptées
- Par la truelle et le ciment
- Du patient renoncement
- Et des heures dûment comptées.
-
- Mais il est des âmes encor,
- Il est des chairs encore comme
- En chantier, qu'à tort on dénomme
- Les morts, puisqu'ils vivent, trésor
-
- Au repos, mais que nos prières
- Seulement peuvent monnayer
- Pour, l'architecte, l'employer
- Aux grandes dépenses dernières.
-
- Prions, entre les morts, pour maints
- De la terre et du Purgatoire,
- Prions de façon méritoire
- Ceux de là-haut qui sont les saints.
-
-
-IN INITIO
-
-XVIII
-
- Chez mes pays, qui sont rustiques
- Dans tel cas simplement pieux,
- Voire un peu superstitieux,
- Entre autres pratiques antiques,
-
- Sur la tête du paysan,
- Rite profond, vaste symbole,
- Le prêtre, étendant son étole,
- Dit l'évangile de saint Jean:
-
- «Au commencement était le Verbe
- «Et le Verbe était en Dieu.
- «Et le verbe était Dieu.»
- Ainsi va le texte superbe,
-
- S'épanchant en ondes de claire
- Vérité sur l'humaine erreur,
- Lavant l'immondice et l'horreur,
- Et la luxure et la colère,
-
- Et les sept péchés, et d'un flux
- Tout parfumé d'odeurs divines,
- Rafraîchissant jusqu'aux racines
- L'arbre du bien, sec et perclus,
-
- Et déracinant sous sa force
- L'arbre du mal et du malheur
- Naguère tout en sève, en fleur,
- En fruit, du feuillage à l'écorce.
-
- O Jean, le plus grand, après l'autre
- Jean, le Baptiste, des grands saints,
- Priez pour moi le Sein des seins
- Où vous dormiez, étant apôtre!
-
- O, comme pour le paysan,
- Sur ma tête frivole et folle,
- Bon prêtre étendant ton étole,
- Dis l'évangile de saint Jean.
-
-
-VÊPRES RUSTIQUES
-
-XIX
-
- Le dernier coup de vêpres a sonné: l'on tinte.
- Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sainte.
-
- Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais!
- C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès.
-
- On allume les six grands cierges, l'on apporte
- Le ciboire pour le salut. Voici la porte
-
- De la sacristie entr'ouverte, et l'on voit bien
- S'habiller les enfants de choeur et le doyen.
-
- Voici venir le court cortège et les deux chantres
- Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres.
-
- Une clochette retentit et le clergé
- S'agenouille devant l'autel, dûment rangé.
-
- Une prière est murmurée à voix si basse
- Qu'on entend comme un vol de bons anges qui passe.
-
- Le prêtre, se signant, adjure le Seigneur,
- Et les clers, se signant, appellent le Seigneur.
-
- Et chacun exaltant la Trinité, commence,
- Prophète-roi, David, ta psalmodie immense:
-
- «Le Seigneur dit...» «Je vous louerai...» «Qu'heureux les saints...»
- «Fils, louez le Seigneur...» et, vibrant par essaims,
-
- Les versets de ce chant militaire et mystique:
- «Quand Israël sortit d'Égypte...» Et la musique
-
- Du grêle harmonium et du vaste plain-chant!
- L'Église s'est remplie. Il fait tiède. L'argent
-
- Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre
- Et des pauvres tombe à bruit doux dans l'aumônière.
-
- L'hymme propre et _Magnificat_ aux flots d'encens!
- Une langueur céleste envahit tous les sens.
-
- Au court sermon qui suit sur un thème un peu rance,
- On somnole sans trop pourtant d'irrévérence.
-
- Le soleil luit faisant un nimbe mordoré,
- Le vieux saint du village est tout transfiguré.
-
- Ça sent bon. On dirait des fleurs très anciennes.
- S'exhalant, lentes, dans le latin des antiennes.
-
- Et le Salut ayant béni l'humble troupeau
- Des fidèles, on rejoint meilleurs le hameau.
-
- Le soir on soupe mieux, et quand la nuit invite
- Au sommeil, on s'endort bien à l'aise et plus vite.
-
-
-COMPLIES EN VILLE
-
-XX
-
- Au sortir de Paris on entre à Notre-Dame.
- Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés,
- L'affreux soleil criard à l'ombre qui se pâme,
-
- Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés,
- Et l'adoration à l'infini s'étire
- En des récitatifs lentement en-allés,
-
- Vêpres sont dites, et l'autel noir ne fait luire
- Que six cierges, après les flammes du Salut
- Dont l'encens rôde encor mêlé des goûts de cire.
-
- Un clerc a lu: _Jube, domne_, comme fallut,
- Et l'orage du fond des stalles se déchaîne
- De rude psalmodie au même instant qu'il lut,
-
- Le bon orage frais sous la voûte hautaine
- Où le jour tamisé par les Saints et les Rois
- Des rosaces oscille en volute sereine.
-
- Cela parle de paix de l'âme, des effrois
- De la nuit dissipés par l'acte et la prière.
- L'espérance s'enroule autour des piliers froids.
-
- C'est la suprême joie, et l'extrême lumière
- Concentrée aux rais de la seule Vérité,
- Et le vieux Siméon dit l'extase dernière!
-
- Recommandons notre âme au Dieu de vérité.
-
-
-PRUDENCE
-
-XXI
-
- Contrition parfaite,
- Les anges sont en fêtes
- Mieux d'un pêcheur contrit que d'un juste qui meurt.
-
- Bon propos, la victoire
- Préparée et la gloire
- Presque déjà dans l'au-delà sans choc ni heurt.
-
- Absolution sainte
- Savourée avec crainte
- D'en être indigne encor, d'en peut-être abuser.
-
- Rentrée emmi le monde
- Et son horreur profonde
- Avec un coeur d'amour qui ne sait biaiser,
-
- Car c'est l'amour divine
- Qui prévoit et devine
- Les pièges, le manège et les tours du Péché.
-
- Garde à toi tout de même,
- Gare au trompeur suprême,
- Chrétien certes fidèle encore qu'empêché
-
- Par l'extase première
- D'avoir vu la Lumière,
- Et les yeux éblouis et tous les sens tremblants.
-
- O chrétien nouveau, prie
- A la Vierge Marie,
- Et marche vers la bonne mort à pas bien lents.
-
-
-PÉNITENCE
-
-XXII
-
- La luxure, ce moins terrible des péchés,
- Ces deux pires de tous, l'Avarice et l'Envie,
- La Gourmandise, abus risible de la vie,
- Toi, Paresse, leur mère à tous, à ces péchés,
-
- Et la Colère, presque belle en sa hideur,
- Avec de faux reflets d'héroïsme, on veut croire,
- Et l'Orgueil son grand frère à la gloire illusoire
- Et tous dans leur révolte horrible et leur hideur,
-
- Pénitence, presque innocence, tu les vaincs,
- Tu les poursuis, tu les arrêtes et les captes,
- Sauvant les âmes, par l'excellence des actes,
- De l'Enfer et de ses milices que tu vaincs.
-
- Oui, tu nous dictes et fait faire d'excellents
- Actes à cause de l'excellence des causes,
- Épanouissant, sur les épines de roses
- Que la Prière après vient cueillir à pas lents,
-
- Pénitence, du fond de mes crimes affreux,
- Luxure, orgueil, colère et toute la filière,
- J'invoque ton secours, Vertu particulière,
- Seule agréable à Dieu qui voit mon coeur affreux.
-
-
-OPPORTET HÆRESES ESSE
-
-XXIII
-
- _Opportet hæreses esse._
- Car il faut, en effet, encore,
- Que notre foi, donc, s'édulcore
- _Opportet hæreses esse._
-
- Il fallait quelque humilité,
- Ma Foi qui poses et grimaces,
- Afin que tu t'édulcorasses;
- Et l'hérésiarque entêté
-
- T'a tenté, ne nous dis pas non,
- Jusque vers les pires péchés,
- T'entraînant du doute impur chez
- Le Diable t'ouvrant son fanon.
-
- Or maintenant, courage! assez
- De larmes sur l'erreur d'un jour,
- Songe au pardon du Dieu d'amour.
- _Opportet hæredes esse._
-
-
-FINAL
-
- _J'ai fait ces vers bien qu'un bien indigne pécheur,
- O bien indigne, après tant de grâces données,
- Lâchement, salement, froidement piétinées
- Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur._
-
- _J'ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor,
- A votre gloire douce encore qui me tente
- Toujours, en attendant la formidable attente
- Ou de votre courroux ou de ta gloire encor,_
-
- _Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché,
- Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt!
- Je me rementerais de votre amour, plutôt,
- Que de mon effrayant et vil et laid péché,_
-
- _Jésus qui sus bénir ma folle indignité,
- Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature,
- Et dès avant le temps, choisis dans la nature,
- Créateur, moi, ceci, pourri d'indignité!_
-
- _Aussi, Jésus! avec un immense remords
- Et plein de tels sanglots! à cause de mes fautes,
- Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes,
- Les pieds pleins de cloques et les usages morts,_
-
- _Les usages? Du coeur, de la tête, de tout
- Mon être on dirait cloué de paralysie
- Navrant en même temps ma pauvre poésie
- Qui ne s'exhale plus, mais qui reste debout_
-
- _Comme frappée, ainsi le troupeau par l'orage,
- Berger en tête, et si fidèle nonobstant
- Mon coeur est là, Seigneur, qui t'adore d'autant
- Que tu m'aimes encore ainsi parmi l'orage._
-
- _Mon coeur est un troupeau dissipé par l'autan
- Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle
- Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, giffle
- D'une dent suffisante et dure assez l'engeance_
-
- _Affreuse que je suis, troupeau qui m'en allai
- Vers une monstrueuse et solitaire voie,
- O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie!
- Votre pacage simple en les prés où j'allai_
-
- _Naguère, et le lin pur qu'il faut et qu'il fallut,
- Et la contrition, hélas! si nécessaire,
- Et si vous voulez bien accepter ma misère,
- La voici! faites-la, telle, hélas! qu'il fallut._
-
-
-
-
-VERS POSTHUMES
-
-
-ACTE DE FOI
-
- «Le seul savant c'est encore Moïse»!
- Ainsi disais-je et pensais-je autrefois,
- Et quand j'y pense encore et, sans surprise,
- Me le redis avec la même voix,
-
- Ma conviction, que tous les problèmes
- Étalés en vain à mon oeil naïf
- N'ont point mise à mal, séducteurs suprêmes,
- T'affirme à nouveau, dogme primitif.
-
- La doctrine profane et l'art profane
- Ont quelque bon, mais, s'ils agissent seuls,
- C'est comme des spectres sous des linceuls.
-
- La Genèse est claire, elle est diaphane,
- Et par elle je crois avec ardeur
- En Dieu, mon fauteur et mon créateur.
-
-
-PAQUES
-
- _Dic, nobis, Maria quem vidisti in via._
-
- De Rome, hier matin, les cloches revenues,
- Exhalent un concert glorieux dans les nues.
-
- L'écho puissant qui flue et tombe de la tour,
- Vient magnifier l'air et la terre à leur tour.
-
- L'oiseau, sanctifié par l'or des salves saintes
- Lui-même entonne un hymne aimable et las de plaintes,
-
- Clame l'alléluia sur un air de chanson,
- Dans l'arbre, au ras des prés, et parmi le buisson.
-
- L'alouette, un motet au bec, s'est envolée;
- Le rossignol a salué l'aube emperlée
-
- D'accents énamourés d'un amour plus brûlant,
- Et comme lumineux d'un bonheur calme et lent,
-
- Le printemps, né d'hier, allègrement frissonne;
- La nature frémit d'aise, et voici que sonne
-
- Partout dans la campagne, au coeur des vieux beffrois,
- De l'altier campanile et du palais des rois,
-
- Et de tous les fracas religieux des villes,
- Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles,
-
- Le frais appel pour l'alme célébration
- De l'almissime jour de résurrection...
-
- La colombe vole au sillon et l'agneau broute.
- Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route?
-
- Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé...
- C'est le Seigneur «en Galilée il est allé!»
-
- --Ah! que le coeur n'est-il lavé dans l'or du fleuve,
- Sanctifiée en l'or des cloches l'âme veuve!
-
- Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau,
- Blanc comme la colombe en ce clair renouveau
-
- Et que l'homme, jadis conscience introublée,
- N'est-il en route encore pour la Galilée!
-
-
-ASSOMPTION
-
- Aujourd'hui c'est ma fête et j'ai droit à des fleurs
- (Sous mon autre prénom je n'ai droit qu'à mes pleurs),
- Car sachez-le bien tous, je m'appelle Marie
- Et sous le nom puissant d'une mère chérie
- Je me sens protégé du mal et du péché
- Qui m'avaient investi grâce au bien négligé.
- Je me sais à l'abri d'un monde que j'abhorre
- Et dont je ne saurais me séparer encore,
- Je me crois défendu contre tout choc et heurt
- Par ce nom qui s'en vient prier lorsque l'on meurt.
- En ce jour merveilleux de triomphe et de gloire,
- Il me semble que j'ai ma part de la victoire.
- O ma femme, entrons donc joyeux, c'est notre droit
- Dans le bonheur heureux... et le devoir qu'on doit.
-
-
-PRIÈRE
-
- Me voici devant Vous, contrit comme il le faut.
- Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie
- Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie
- Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut
- A mes yeux mieux que tout, et l'espoir et la joie.
-
- Elle est bonne, elle me connaît depuis des ans.
- Nous eûmes des jours noirs, amers, jaloux, coupables,
- Mais nous allions sans trêve aux fins inéluctables,
- Balancés, ballottés, en proie à tous jusants
- Sur la mer où luisaient les astres favorables:
-
- Franchise, lassitude affreuse du péché
- Sans esprit de retour, et pardons l'un à l'autre...
- Or, ce commencement de paix n'est-il point vôtre,
- Jésus, qui vous plaisez au repentir caché?
- Exaucez notre voeu qui n'est plus que le vôtre.
-
-
-LE CHARME DU VENDREDI SAINT
-
- La cathédrale est grise admirablement,
- Tandis que le jour luit adorablement
- Et que les arbres sont verts tout doucement.
-
- Les paysans sont naïfs et de province
- Pour la plupart parents, dont la toilette grince,
- De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince
-
- De les promener autour du fameux monument
- Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village,
- Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment
- Et va, comme un peu vil dans le sillage
-
- Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment
- D'une clientèle amusante en diable,
- Qui file néanmoins, dévots irrémédiables,
- Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement.
-
-Paris, jeudi 30 mars 1893.
-
-
-II
-
- Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure
- Des fins arbres du quai bordant la beauté pure
- Et forte de la cathédrale on dirait en guipure
-
- De pierre, on croit, immémoriale et si dure!
- Les cloches de la veille ont fui (leur âme, au moins,
- S'est tue) et pendent, patients témoins
- Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins,
-
- Enfin, elles reviennent (ou, du moins, leur âme
- Planant sur les villes légères et les autres)
- Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres
- A travers les humanités chastes et les infâmes,
-
- Dans la nef désolée où seulement les flammes
- Des ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres,
- S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes
- Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres.
-
-Vendredi, 31 mars 1893.
-
-
-EX IMO
-
- O Jésus, vous m'avez puni moralement
- Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance,
- Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance.
- O Jésus, vous me punissez physiquement.
-
- L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille,
- La console, la plaint, lui sourit, la guérit
- Par une claire, simple et logique merveille.
- La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit
-
- Le «Fiat lux», le créateur de la nature,
- Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous
- Plein de douceur, mais lors faisait la créature
- Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.
-
- La Science, un souci vénérable, tâtonne,
- Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir,
- Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne,
- Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,
-
- Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme
- De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur,
- Tu dirais, pour un bien pourtant; mais quel énorme
- Effort souvent infructueux, chair de malheur!
-
- Chair, mystère plus noir et plus mélancolique
- Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu _te voulut
- Et tu fus_, et tu vis, comment? au vent oblique
- Des funestes saisons et du mal qui t'élut.
-
- Et tu fus, et tu vis, comment! miracle frêle,
- Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu
- De plaisir mêlé d'amertume et de querelle.
- Oui, pourquoi toi?
-
- Jésus répond: «Pour être enfin
- Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse
- Et d'amour et plus tard glorieuse au divin
- Séjour définitif de liesse et de largesse!
-
- Encore un peu de temps, souffre encore un instant,
- Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science
- Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant,
- Ne perds jamais cette vertu, la confiance!
-
- La confiance en moi seul! Et je te le dis
- Encore: patiente et m'offre ta souffrance.
- Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis,
- Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance.
-
- L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi,
- Il est bonté: c'est le bon Dieu de ton enfance.
- Souffre encore un instant et garde bien la foi,
- La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance.
-
- Suis humble et souffre en paix, autant que tu pourras.
- Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde.
- Qui le sait mieux que moi? Lorsque tu souffriras
- Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,
-
- Et de mon agonie et du reste? Allons, vois.
- C'est fait. Le mal n'est plus: tu peux vivre dans l'aise
- Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise,
- Au soleil, et mourir et renaître à ma voix.»
-
-8 août 1893, hôpital Broussais.
-
-
-FIN
-
-
-
-
-TABLE
-
-
- Préface de J. K. HUYSMANS I à XXIV
-
- SAGESSE
-
- I
-
- I. Bon chevalier masqué qui chevauche en silence 3
- II. J'avais peiné comme Sisyphe 6
- III. Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares? 9
- IV. Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême 13
- V. O vous, comme un qui botte au loin, Chagrins et Joies 16
- VI. Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme 17
- VII. La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles 18
- VIII. Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie 19
- IX. Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste 20
- X. Petits amis, qui sûtes nous prouver 21
- XI. Or, vous voici promus, petits amis 24
- XII. Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons 27
- XIII. On n'offense que Dieu qui seul pardonne 29
- XIV. Voix de l'Orgueil; un cri puissant comme d'un cor 31
- XV. Va ton chemin sans plus t'inquiéter! 33
- XVI. Pourquoi triste, ô mon âme 35
- XVII. Né l'enfant des grandes villes 37
- XVIII. L'âme antique était rude et vaine 39
-
- II
-
- I. O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour 42
- II. Je ne veux plus aimer que ma mère Marie 45
- III. Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret 47
- IV. Mon Dieu m'a dit: Mon fils, il faut m'aimer 40
- V. Désormais le Sage puni 58
- VI. Du fond du grabat 60
- VII. Le ciel est, par dessus le toit 67
- VIII. Le son du cor s'afflige vers les bois 68
- IX. La tristesse, langueur du corps humain 69
- X. La bise se rue à travers 70
- XI. Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées! 71
- XII. L'échelonnement des haies 73
- XIII. L'immensité de l'humanité 74
- XIV. La mer est plus belle 75
- XV. La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches 77
- XVI. Toutes les amours de la terre 78
- XVII. Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit 80
- XVIII. C'est la fête du blé, c'est la fête du pain 81
-
- AMOUR
-
- Prière du matin 85
- Écrit en 1875 90
- Un conte 94
- Bournemouth 98
- There 101
- Un crucifix 103
- Un veuf parle 105
- Il parle encore 107
- Saint Graal 109
- Angélus de midi 111
- A Victor Hugo 114
- Saint Benoit-Joseph Labre 115
- Paraboles 116
- Sonnet héroïque 117
- Pensée du soir 118
-
- BONHEUR
-
- I. L'incroyable, l'unique horreur de pardonner 123
- II. La vie est bien sévère 124
- III. Après la chose faite, après le coup porté 120
- IV. De plus, cette ignorance de Vous! 128
- V. L'homme pauvre du coeur est-il si rare, en somme 130
- VI. Bon pauvre, ton vêtement est léger 131
- VII. Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière 135
- VIII. Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde 140
- IX. Guerrière, militaire et virile en tout point 143
- X. Un projet de mon âge mûr 140
- XI. Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair 150
- XII. Seigneur, vous m'avez laissé vivre 152
- XIII. La neige à travers la brume 157
- XIV. O! J'ai froid d'un froid de glace 159
- XV. Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché 162
- XVI. Après le départ des cloches 165
- XVII. L'ennui de vivre avec le monde et dans les choses 167
- XVIII. Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour» 171
- XIX. Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur 172
- XX. Les plus belles voix 175
- XXI. L'autel bas s'orne de hautes mauves 175
- XXII. L'amour de la Patrie est le premier amour 177
- XXIII. Immédiatement après le salut somptueux 183
- XXIV. La cathédrale est majestueuse 184
- XXV. Voix de Gabriel 186
-
- LITURGIES INTIMES
-
- I. Asperges me 191
- II. Avent 193
- III. Noël 195
- IV. Saints innocents 197
- V. Circoncision 199
- VI. Rois 201
- VII. Kyrie Eleison 203
- VIII. Gloria in excelsis 205
- IX. Credo 207
- X. Ascension 209
- XI. Veni sancte 211
- XII. Juin 213
- XIII. Sanctus 215
- XIV. Immaculée conception 217
- XV. Dévotions 219
- XVI. Agnus Dei 221
- XVII. Toussaint 222
- XVIII. In initio 224
- XIX. Vêpres rustiques 226
- XX. Complies en ville 229
- XXI. Prudence 231
- XXII. Pénitence 233
- XXIII. Opportet hæreses esse 235
- XXIV. Final 237
-
- VERS POSTHUMES
-
- Acte de Foi 241
- Pâques 242
- Assomption 244
- Prière 245
- Le Charme du Vendredi Saint I 246
- -- II 247
- Ex imo 248
-
-
-
-
- _ACHEVÉ D'IMPRIMER_
- Le sept mars mil neuf cent quatre
- PAR
- BUSSIÈRE
- A SAINT-AMAND (CHER)
- pour le compte
- DE
- M. A. MESSEIN
- _éditeur_
- 19, QUAI SAINT-MICHEL
- PARIS (Ve)
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES ***
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-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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-
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-</head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-have to check the laws of the country where you are located before using
-this ebook.
-
-
-
-Title: Poésies religieuses
- Préface de J. K. Huÿsmans
-
-Author: Paul Verlaine
-
-Contributor: Joris-Karl Huysmans
-
-Release Date: December 28, 2019 [EBook #61039]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES RELIGIEUSES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel (from images generously made
-available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-<p class="c"><b class="sans-serif">PAUL VERLAINE</b></p>
-
-<h1>POÉSIES<br />
-<span class="large">RELIGIEUSES</span></h1>
-
-<p class="c"><span class="small sans-serif">PRÉFACE</span><br />
-<b class="large">de J.-K. HU&Yuml;SMANS</b></p>
-
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR<br />
-<b>A. MESSEIN Succ<sup>r</sup></b>
-19, <span class="xsmall">QUAI SAINT-MICHEL</span>, 19</p>
-
-<p class="c xsmall">MCMIV</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak">A LA MÊME LIBRAIRIE</h2>
-
-
-<p class="c gap large"><b>CHARLES MORICE</b></p>
-
-<table summary="">
-<tr>
-<td class="drap"><b>Du sens religieux de la poésie.</b>
-Un volume grand in-18</td>
-<td class="bot">3 fr. »»</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><b>Paul Verlaine.</b> <i>L'Homme et l'&OElig;uvre.</i>
-Un volume in-18 Jésus</td>
-<td class="bot">3 fr. 50</td>
-</tr>
-</table>
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c xsmall top4em">IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE:</p>
-
-<p class="c"><i>15 exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 15</i></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<h2 class="nobreak" id="preface">PRÉFACE<br />
-<span class="xsmall">DE</span><br />
-J.-K. HU&Yuml;SMANS</h2>
-
-
-<p>Mon intention n'est pas, en ces quelques
-pages, de parler, au point de vue littéraire, de
-l'&oelig;uvre de Verlaine. Cette étude a été mainte fois
-faite et, moi-même, il y a bien longtemps, en
-1884, dans «A Rebours», alors que personne ne
-se souciait de l'écrivain disparu dans une tourmente,
-j'ai noté et tâché d'expliquer l'&oelig;uvre singulière de
-cet homme qui, après Victor Hugo, Baudelaire et
-Leconte de Lisle, est un de ceux dont l'influence fut
-la plus décisive sur la génération des poètes de
-notre temps.</p>
-
-<p>Aujourd'hui, à propos de ce recueil de vers exclusivement
-religieux, extraits des volumes de «Sagesse»,
-d'«Amour», de «Bonheur», de «Liturgies
-intimes» auxquels sont jointes quelques
-pièces posthumes, je voudrais simplement m'occuper
-de Verlaine, au point de vue catholique,
-essayer de dissiper le malentendu qui existe entre lui
-et les fidèles restés défiants pour sa personne et pour
-ses livres, faire comprendre, si cela était possible,
-qu'il ne fut pas l'impénitent pécheur qu'ils présument,
-affirmer enfin que l'Église a eu en lui le
-plus grand poète dont elle se puisse enorgueillir,
-depuis le Moyen-Age.</p>
-
-<p>Unique, en effet, à travers les siècles, il a retrouvé
-ces accents d'humilité et de candeur, ces
-prières dolentes et transies, ces allégresses de petit
-enfant, oubliés depuis ce retour à l'orgueil du paganisme
-que fut la Renaissance.</p>
-
-<p>Et cette ingénuité presque populaire, cette contrition
-si vraiment touchante, il les a traduites dans
-une langue étrangement évocatrice, avec ses détours
-et ses ellipses, une langue très peu compliquée et
-très bistournée, à la fois, usant de rythmes nouveaux
-ou rajeunis, achevant, après Victor Hugo et
-de Banville, de rompre les anciens gaufriers de la
-métrique, pour y substituer des moules d'une forme
-très particulière, des estampes très spéciales, aux
-touches à peine appuyées, aux empreintes tout juste
-perçues.</p>
-
-<p>Parti, de ses premiers essais, de Baudelaire et de
-Leconte de Lisle, en quelques poèmes de Banville
-et, pour l'expression un peu mièvre de certaines
-doléances de sentiments humains, de M<sup>me</sup> Desbordes-Valmore
-qu'il admirait peut-être plus que de raison,
-Verlaine n'avait pas tardé à secouer l'inévitable joug
-des débuts et sa personnalité s'était résolument attestée
-«lorsqu'il avait su exprimer de délicieuses
-confidences, à mi-voix, au crépuscule; seul, il avait
-su laisser deviner certains au-delà troublants d'âme,
-des chuchotements si bas de pensées, des aveux
-murmurés, si interrompus que l'oreille qui les percevait
-demeurait hésitante, coulant à l'âme des langueurs
-avivées par le mystère de ce souffle plus deviné
-que senti».</p>
-
-<p>Et je citais en exemple, à la suite de ces lignes
-d'«A Rebours», une strophe célèbre maintenant
-des «Fêtes galantes». L'on pourrait y ajouter le
-sonnet des «Poèmes saturniens» «mon Rêve familier»
-dont le tercet final est une décisive merveille:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Son regard est pareil au regard des statues</div>
-<div class="verse">Et pour sa voix lointaine et calme et grave, elle a</div>
-<div class="verse">L'inflexion des voix chères qui se sont tues.</div>
-</div>
-
-<p>Mais il n'a point usé que dans ses pièces profanes
-de ce mode d'enchantement; nous le retrouvons dans
-«Sagesse», au cours même des vers compris
-dans le présent volume.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne</div>
-<div class="verse">Tant il fait doux par ce soir monotone</div>
-<div class="verse">Où se dorlote un paysage lent.</div>
-</div>
-
-<p>Et ceux-ci encore:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat</div>
-<div class="verse">Qu'il faudrait que mon âme en panne naviguât</div>
-<div class="verse">Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.</div>
-</div>
-
-<p>Ne dégagent-ils pas les derniers vers de ces deux
-tercets une sorte de langoureuse consomption et de
-mélancolique vertige qui agit de même qu'une incantation
-dont l'occulte sortilège nous échappe?
-Évidemment, Verlaine est de tous les poètes celui
-qui est allé jusqu'aux extrêmes confins de la poésie,
-là où elle s'évapore et où l'art de la musique commence.</p>
-
-<p>Victor Hugo, Théophile Gautier, Leconte de
-Lisle, de Banville, pour en citer quatre, se sont
-avancés, eux, jusqu'aux limites de la littérature et
-ont atteint la frontière de la peinture. Leurs mots
-peignent, suggèrent, mieux peut-être que les couleurs
-matérielles des peintres, les teintes et les
-lignes. Verlaine par une autre route a rejoint les
-douaires de l'art musical qui, plus éloquent par la
-force de son expression, pour traduire les cris de
-la douleur et de la joie, de l'admiration et de la
-crainte, est aussi, à cause même de ses contours
-imprécis et flottants, plus apte que la poésie à exprimer
-les sensations confuses de l'âme, ses vagues
-appétences, ses fugaces aises, ses subtils tourments.</p>
-
-<p>La personnalité de Verlaine était entière déjà dans
-ses premiers livres; il l'a gardée intacte après sa
-conversion; il a mis au service de son repentir cette
-forme acquise et qui était toute prête et plus appropriée
-que toute autre pour narrer les attendrissantes
-douceurs des Retours et il a pu présenter ainsi à
-Celui qui pardonne un bouquet de fleurs mystiques
-d'un tel arôme qu'il faut, pour en découvrir un autre
-aussi délicieusement odorant, remonter au temps
-de François Villon et aussi de Gaston Ph&oelig;bus, de
-ce comte de Foix dont les prières sont de si familières
-excuses et de si touchantes plaintes.</p>
-
-<p>Je n'ai pas à raconter ici la vie de Verlaine; il l'a
-décrite, en partie, lui-même, dans le verbiage d'une
-prose plus incorrecte encore que badine; il suffit
-de noter que dans l'une des plus sinistres crises de
-son existence, il se convertit.</p>
-
-<p>Cette conversion qui eut lieu, pendant sa détention
-à la prison de Mons, il l'a relatée dans un volume
-intitulé «Mes Prisons».</p>
-
-<blockquote>
-<p>«Jésus, dit-il, comment vous y prîtes-vous pour me prendre? ah!</p>
-
-<p>«Un matin, le bon directeur lui-même entra dans ma cellule:</p>
-
-<p>«Mon pauvre ami, me dit-il, je vous apporte un mauvais
-message; du courage, lisez.</p>
-</blockquote>
-
-<p>C'était un jugement de séparation de corps et de
-biens prononcé contre lui en faveur de sa femme
-par le tribunal civil de la Seine.</p>
-
-<p>Et Verlaine ajoute:</p>
-
-<blockquote>
-<p>«Je tombai en larmes, sur mon pauvre dos, sur mon
-pauvre lit.»</p>
-</blockquote>
-
-<p>Et, en une sorte de coup de fouet, la première
-stupeur passée, il se prosternait aux pieds du crucifix
-et, avec l'aide d'un brave prêtre, l'aumônier
-de la maison qui le confessa, il renversa de fond en
-comble sa vie.</p>
-
-<p>C'est alors qu'il écrivit «Sagesse».</p>
-
-<p>Sa peine d'emprisonnement purgée, il quitta la
-Belgique et revint en France. Le public ne le connaissait
-guère.&mdash;Personne ne se douta qu'une librairie
-catholique venait de faire paraître ce livre
-admirable, né dans une prison. «Sagesse» fut à
-peine mis en vente, si toutefois il le fut; son titre
-ne fut même pas inscrit sur les catalogues de la pieuse
-librairie qui se borna à mettre simplement sur la
-couverture sa marque et son nom. Puis, peu à peu
-ce recueil s'insinua dans le monde des lettres et fut
-lu par les profanes; les catholiques continuèrent de
-l'ignorer et lorsque, plus tard, quelques-uns s'aventurèrent
-à le lire, les bruits les plus fâcheux couraient
-sur le compte du malheureux poète. On parlait
-d'ivrognerie, de fréquentations inavouables, de
-séjours dans des hôtels louches, de stages dans les
-hôpitaux; il n'en fallut pas davantage pour faire
-nier l'authenticité d'une conversion très réelle,
-pourtant, n'en déplaise à cette atrabilaire ganache du
-nom de Doumic qui ne veut y voir «qu'une forme
-de l'énervement, qu'un cas de sensualité triste».</p>
-
-<p>Pourquoi ne pas le dire, la situation d'outlaw de
-Verlaine dans le monde des croyants qui ne l'a pas
-lu, dure encore. J'ai entendu de braves gens déplorer
-même que l'on osât s'entretenir de poésie religieuse
-à propos d'un homme qu'une autre acariâtre mazette,
-un sieur Mordau, médecin juif et monomane
-de la folie, représentait «comme un effrayant dégénéré
-au crâne asymétrique et au visage mongoloïde,
-un vagabond impulsif et un dipsomane qui a
-subi la prison pour un égarement érotique, un
-rêveur émotif, débile d'esprit, qui lutte douloureusement
-contre ses mauvais instincts et trouve dans
-sa détresse parfois des accents de plaintes touchantes,
-un mystique, dont la conscience fumeuse est parcourue
-de représentations de Dieu et de ses saints,
-un radoteur dont le langage incohérent, les expressions
-sans signification et les images bizarres révèlent
-l'absence de toute idée nette dans l'esprit».</p>
-
-<p>Dans ce portrait où le médicastre allemand assouvit
-surtout sa haine contre les mystiques qu'il
-traite «d'ennemis de la Société de la pire espèce»,
-il ressort malgré tout cette vérité que «Verlaine
-lutta douloureusement contre ses mauvais instincts».
-Oui, il a lutté; il a été, la plupart du temps, vaincu;
-et après? quel est le catholique qui se croirait le
-droit de lui jeter la première pierre?</p>
-
-<p>Et c'est à cela que j'en voulais venir, pour tâcher
-d'expliquer la bonne foi du poète et les difficultés
-matérielles qui surgirent lorsqu'il désira s'évader de
-cette geôle de vices qui le détint jusqu'à sa mort.</p>
-
-<p>Verlaine, nous l'avons dit, s'est converti sous le
-coup d'une implacable souffrance; c'est un des
-moyens dont Dieu se sert le plus souvent pour
-ramener à lui les âmes. «La bonne souffrance»,
-elle a été célébrée en de très émouvantes pages par
-un autre bon poète, François Coppée qui s'est, lui
-aussi, converti sous l'empreinte de la douleur, après
-une autre vie, par exemple!</p>
-
-<p>La conversion de Verlaine fut donc entière. Il
-vécut alors dans sa cellule l'existence nouvelle des
-péchés déliés par le repentir et absous par le pardon;
-il ne fut plus le prisonnier mécontent des hommes
-mais le captif énamouré de Dieu; il éprouva les
-douceurs de cet été de la Saint-Martin de l'âme que
-le Seigneur réserve à la vieillesse rajeunie des siens;
-ce furent, pendant des semaines, des effusions de
-prières, des joies mouillées de larmes; comme tous
-les convertis, il fut gâté par la Vierge, roulé dans
-des langes de tendresse; il eut une avance d'hoirie
-sur les allégresses du ciel et il finit par juger la
-peine de sa détention trop courte. Aussi peut-on
-affirmer que sa résolution de vivre désormais honnêtement
-fut sincère.</p>
-
-<p>Cette résolution, il l'a mal tenue, mais ses rechutes
-se comprennent pour peu que l'on veuille y réfléchir.</p>
-
-<p>Personne ne fut plus mal armé que lui pour la
-lutte. Il était un grand enfant dont les accès de
-volonté ne duraient point. Il était, avec cela, jusqu'à
-un certain point, inconscient, lorsqu'il avait bu;
-c'est là, disons-le, la véritable cause de ses malheurs;
-il était épris des vertiges que suscite l'ingestion de
-cette sorte d'eau de bain de Barèges anisé, qui
-s'appelle l'absinthe; elle décageait, en lui, hélas!
-une bête malfaisante livrée sans défense à l'Esprit
-du Mal. Il le déplorait, se jurait de ne plus reboire
-et il rebuvait. Il n'eût pas certainement commis à
-jeun ces excès qui éloignèrent justement de lui sa
-femme et légitimèrent sa villégiature dans une maison
-de force. Pauvre Verlaine! en une page où il
-remâche les herbes amères du passé, il s'écrie:
-«cette absinthe, quelle horreur! quand j'y pense
-d'alors&hellip; et d'un depuis qui n'est pas loin, assez
-loin pour ma dignité, pour ma santé, pour ma dignité,
-pourtant plus encore, quand j'y pense vraiment!»</p>
-
-<p>Il est évidemment facile pour les gens sobres de
-déclarer que l'on peut se guérir de cette maladie.
-Cela est possible, mais alors il aurait fallu que
-Verlaine vécût dans un autre milieu et cela, il ne
-le pouvait pas.</p>
-
-<p>Si vous envisagez, en effet, sans parti-pris, sa
-situation, vous reconnaîtrez qu'il lui était bien malaisé
-de sortir de l'impasse où la misère l'avait acculé.</p>
-
-<p>Il n'avait aucune fortune et était incapable de
-gagner son pain avec sa plume. Si beaux qu'ils
-soient, les volumes de vers n'alimentent point, à
-de rares exceptions près, leurs auteurs. Il écrivait,
-d'autre part, assez mal en prose et n'était nullement
-journaliste. Il ne pouvait donc songer à s'assurer
-la pâtée et le gîte, en plaçant des articles.</p>
-
-<p>Il fallait alors, direz-vous, qu'il fît comme tant
-d'autres, qu'il exerçât une profession plus ou moins
-lucrative pour subvenir à ses besoins? Eh! il a donné,
-après son retour de Belgique, des leçons! mais ce
-morne négoce fut bientôt arrêté par l'état précaire
-de ses jambes. Ravagé par les rhumatismes, il claudiquait,
-se traînait sur une canne, restait, pendant
-des mois, étendu sur le dos, n'avait en dernière
-ressource que l'hôpital, lorsque ses infirmités s'aggravaient
-trop.</p>
-
-<p>La misère, d'autre part, l'obligeait à loger dans
-des hôtels indignes et à subir des promiscuités dont
-il devait presque se montrer reconnaissant. Les
-filles du peuple, si tombées qu'elles puissent être,
-ont très souvent bon c&oelig;ur. Ses voisines de chambre
-prirent sans doute parfois pitié de cet impotent et,
-entre deux promenades, s'installèrent chez lui pour
-qu'il s'ennuyât moins. Il en était de même des bohêmes
-dés&oelig;uvrés du quartier latin. Fiers de fréquenter
-un homme dont le nom était connu, ils
-tuaient le temps près de son lit; et c'étaient des
-prétextes à boire, encouragés peut-être par le crédit
-des tenanciers de ces sortes de bouges dont le bas est
-d'habitude occupé par un comptoir où se débitent
-des verres de folie liquide pour quelques sous.</p>
-
-<p>Comment le malheureux eût-il fait pour se soustraire
-à ces jougs quasi charitables et comment,
-une fois sur pieds, eût-il pu repousser l'amitié de
-gens qui lui avaient rendu de petits services, alors
-qu'il était alité, dans l'impossibilité de se remuer?</p>
-
-<p>Ses traverses viennent aussi de là; la tentation
-alcoolique et charnelle était trop proche, trop continue,
-pour qu'il n'y cédât point.</p>
-
-<p>Il eût fallu l'arracher de ces guêpiers, mais on l'y
-rencontrait rarement seul et il était difficile de lui
-montrer sa déchéance dans ce milieu de ribotes
-dont le contact suggérait aussitôt, si peu bégueule
-que l'on fût, une idée de fuite. Quelques amis plus
-sûrs tâchèrent cependant de le sauver, mais ils
-furent assourdis par l'antienne sans cesse répétée des
-brindes; et, d'ailleurs, on doit l'avouer, sous la pression
-des vapeurs de l'absinthe, Verlaine était indocile
-et buté; non, ce qu'il eût fallu, c'eût été de
-trouver un prêtre, embrasé par l'amour des âmes,
-qui pût prendre de l'influence sur lui et l'accueillir,
-comme la brebis perdue, lorsque, ayant recouvré la
-raison et las de lui-même, il s'acheminait en boitant
-vers l'Église. Dieu ne lui a pas dispensé ce prêtre&hellip;</p>
-
-<p>Et puis&hellip; et puis&hellip; le goût de la solitude qui
-l'aurait pu préserver de ces hontes, est rare même
-chez ceux dont l'existence est, et réglée et douce.
-C'est une chose bien frappante que de voir, chez les
-artistes surtout, combien peu peuvent rester seuls
-avec eux-mêmes dans une chambre. Le besoin de
-causer, de se divertir les obsède à un tel point qu'ils
-préfèrent la compagnie du premier venu au silence
-de l'isolement. Un peu de vanité aussi, sans doute,
-s'en mêle, le désir de briller entre confrères et d'étonner,
-le prétexte même, parfois plausible, de faire
-jaillir des idées et des expressions, en vue d'un travail
-à entreprendre, dans le ferraillement des controverses
-et l'escrime des mots.</p>
-
-<p>Mais la solitude, excellente pour quelques-uns,
-est, il sied de l'ajouter, pernicieuse pour beaucoup
-d'autres. L'aurait-elle été pour Verlaine? il le croyait;
-dans un de ses livres, il l'invective, déclarant
-«qu'elle porte malheur et est, par précellence,
-mauvaise, détestable, abominable conseillère».</p>
-
-<p>Elle ne l'eût pas plus mal conseillé, en tout cas,
-que ce genre de monde qui l'entourait et au café et
-au lit!</p>
-
-<p>Mais d'abord, nous l'avons expliqué, l'isolement
-dans un hôtel était&mdash;qu'il lui plût ou non&mdash;impossible;
-dans les garnis de bas étage où les infirmités
-vous clouent, dans la misère qui vous oblige
-à des crédits et à des emprunts, l'on subit plus sa
-destinée qu'on ne la fait.</p>
-
-<p>Telle fut sa situation. Je n'ai pas à excuser ses
-passions maladives, j'ai à dire simplement&mdash;puisque
-ce volume s'adresse exclusivement aux catholiques&mdash;que
-le pauvre Verlaine fut plus à plaindre
-qu'à vitupérer. Il fut d'autant plus à plaindre qu'il
-avait des réveils de conscience, des remords, qu'il
-souffrait de cette existence à jamais gâchée. Ah!
-soyez assurés qu'il n'était point, dans ses moments
-lucides, altier et céruléen! il pleurait de dégoût sur
-lui-même; peut-être même buvait-il alors, comme
-tant d'autres, pour oublier.</p>
-
-<p>Il ne se reprenait vraiment qu'en prison ou à
-l'hôpital; là il était bridé; c'est dans ces géhennes
-qu'il a composé ses poèmes mystiques; et l'on en
-arrive à regretter&mdash;et pour lui et pour nous&mdash;qu'il
-n'ait pas été plus souvent séquestré; mais
-voilà un souhait dont il nous eût été, de son vivant,
-peu reconnaissant, je suppose.</p>
-
-<p>Les catholiques savent maintenant à quoi s'en
-tenir. Ils ont affaire à un homme plus malheureux
-que coupable et qui mérite toute leur pitié. Il fut
-un peu, de même que Villon, le faune des mauvais
-gîtes, mais, ainsi que lui, il eut la foi et il a magnifiquement
-chanté le Refuge des pécheurs, la
-Vierge.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne veux plus penser qu'à ma Mère Marie,</div>
-<div class="verse">Siège de la sagesse et source des pardons.</div>
-<div class="verse">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div>
-<div class="verse">Marie immaculée, amour essentiel,</div>
-<div class="verse">Logique de la foi cordiale et vivace,</div>
-<div class="verse">En vous aimant, qu'est-il de bon que je ne fasse,</div>
-<div class="verse">En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?</div>
-</div>
-
-<p>Et encore:</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien.</div>
-<div class="verse">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div>
-<div class="verse">Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre</div>
-<div class="verse">A Lui qu'en vous, sans plus aucun détour subtil</div>
-<div class="verse">Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il!</div>
-</div>
-
-<p>Mais, à quoi bon citer des fragments? ces pièces
-figurent au complet dans ce volume et jamais de
-plus touchantes louanges n'ont été tressées à la
-gloire de Celle qui prépare les voies et remet les
-âmes à la fois lénifiées et éplorées, entre les mains
-de son Fils.</p>
-
-<p>Elle fut généreuse pour lui et il lui demeura
-fidèle. Toutes ses chutes ne l'empêchèrent pas de la
-prier; et, en vérité, ce sont de splendides gerbes de
-prières que ces poésies d'humilité, que ces chants
-d'amour, bondis d'une âme où, en dépit de tant de
-fautes, le Seigneur s'est plu.</p>
-
-<p>Et cela se conçoit. Jésus n'avait-il pas fait, de
-cette âme débile, une âme prédestinée, une âme
-d'élection; ne lui avait-il pas départi le don superbe
-de la poésie, car Verlaine ne fut pas, comme
-tant de grimauds de nos jours, un versificateur plus
-ou moins adroit mais bien un vrai et un grand poète.
-Et, à ce propos, une réflexion étrange, désagréable
-même, si l'on veut, s'impose. Il semble que les seuls
-gens de talent qui existent parmi les catholiques,
-soient des convertis, à commencer par Châteaubriand
-et par Veuillot. Il est à remarquer aussi que
-tous ceux qui ont utilement défendu l'Église et sa
-politique, n'ont pas été élevés par elle. Lacordaire,
-de Montalembert, de Falloux, de Broglie, Hello,
-Coppée, Drumont, Brunetière, sont tous sortis de
-l'Université, pas un seul des écoles cléricales. Mais
-alors cette impuissance des disciples des congréganistes
-à quoi tient-elle?</p>
-
-<p>Elle tient, je présume, à l'esprit étroit, au bégueulisme
-fou, à la crainte des idées, à la panique
-des mots; on leur cache tout de la vie et on les
-apeure avant de les lancer dans la mêlée. Ils ont,
-avec cela, le sentiment religieux amorti par l'accoutumance;
-ils perdent les forces Eucharistiques par
-l'abus qu'ils en font; ils ne croient plus que par
-routine et, pris de scrupules, à la pensée de se défendre,
-ils se terrent, n'osant bouger, de peur de
-pécher contre la charité ou de perdre leur reste de
-foi; ou bien alors, ils sautent d'un extrême à
-l'autre, se révoltent et n'ont plus qu'un but, se
-venger sur leurs maîtres de la compression qu'ils
-ont, pendant toute leur jeunesse, subie.</p>
-
-<p>Si nous nous plaçons, au point de vue plus particulier
-de l'art, nous pouvons convenir qu'il est à
-peu près impossible à des hommes disciplinés de la
-sorte de dégager le talent dont ils pourraient être
-nantis, de sa bulbe. Le talent a besoin pour jaillir
-de stimulants; il a besoin aussi pour pousser de
-grand air. C'est en lisant et en regardant autour de
-soi, sans baisser continuellement les yeux, que l'on
-se façonne des idées et que l'on acquiert une forme.
-Il est donc indispensable d'étudier au moins le
-style des auteurs profanes, puisqu'ils sont les seuls
-qui en aient un; les autres ignorent la moitié des
-mots de la langue française et ils en sont encore à
-rabâcher l'idiome épuisé et corrompu par les redites,
-du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>L'Église n'a, par conséquent, en fait d'artistes,
-que ceux qui viennent à elle, équipés de toutes
-pièces et qui mettent les armes dont ils ont appris à
-se servir dans le camp opposé, à son service. Il
-faut avoir vécu pour pouvoir écrire. Mais alors, le
-talent serait le fruit du péché? je veux m'efforcer de
-ne point le croire; mais si nous admettions, pour
-une minute, la véracité de cette hypothèse, quelle
-miséricorde et quelle indulgence devraient avoir les
-catholiques pour ces pauvres convertis auxquels
-Dieu a réparti de si périlleux dons!</p>
-
-<p>Pour être juste, il sied de convenir qu'à l'heure
-actuelle, un souffle de liberté et de franchise a
-quand même pénétré dans les écoles congréganistes
-et dans les séminaires. Nombre de jeunes gens refusent
-de se laisser crever littérairement les yeux et
-ils n'en sont plus, pour étancher leur soif de poésie
-religieuse, à tourner le robinet des eaux tièdes de
-Lamartine; j'en sais qui lisent avec délices les
-&oelig;uvres mystiques de Verlaine.</p>
-
-<p>Dans la tempête rationaliste si maladroitement
-déchaînée sur ces pieux asiles, ces lectures ne
-peuvent être que roboratives et salutaires, car elles
-effluent, à pleines pages, la bonne simplesse et la
-foi.</p>
-
-<p>Des pièces admirables, telles que cette série
-de sonnets dans lesquels le poète raconte les
-entretiens de l'âme avec Dieu, raffermiraient vraiment
-les ferveurs ébranlées et c'est pourquoi nous
-croyons accomplir une bonne &oelig;uvre en éditant ce
-livre.</p>
-
-<p>C'était, il y a bien longtemps déjà, le souhait du
-P. Pacheu qui, dans un volume intitulé «de Dante
-à Verlaine», avait pris courageusement la défense
-de l'artiste, alors qu'il était honni par le clan impeccable,
-comme on sait, des catholiques.</p>
-
-<p>Demandant un recueil des poésies religieuses de
-Verlaine, il disait: «Cette meilleure part de lui-même,
-cette chapelle offusquée par des masures
-mal famées, il faut la dégager de ses entours, pour
-la sauver de l'oubli».</p>
-
-<p>Ainsi fut fait.</p>
-
-<p>Verlaine est maintenant mort, il a trépassé chrétiennement,
-avec l'aide d'un prêtre. Les croyants
-auxquels nous offrons cet unique eucologe de prières
-modernes, n'ont plus qu'à profiter de ses péchés,
-car s'il ne les avait pas commis, il n'aurait point
-écrit dans les larmes les plus beaux poèmes de repentir
-et les plus belles suppliques rimées qui
-existent.</p>
-
-<p>Ils seraient ingrats s'ils ne priaient pour le
-pauvre poète, qui, après avoir souffert pour leur
-bien, en somme, leur apporte, en ces temps découragés,
-un si cordial réconfort.</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">J. K. Huysmans</span>.</p>
-
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="titre">POÉSIES RELIGIEUSES</div>
-
-
-
-<h2 class="nobreak">SAGESSE</h2>
-
-
-<h3 id="p1p1">I</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,</div>
-<div class="verse">Le Malheur a percé mon vieux c&oelig;ur de sa lance.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le sang de mon vieux c&oelig;ur n'a fait qu'un jet vermeil,</div>
-<div class="verse">Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche</div>
-<div class="verse">Et mon vieux c&oelig;ur est mort dans un frisson farouche.</div>
-
-<div class="verse stanza">Alors le chevalier Malheur s'est rapproché,</div>
-<div class="verse">Il a mis pied à terre et sa main m'a touché.</div>
-
-<div class="verse stanza">Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure</div>
-<div class="verse">Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer</div>
-<div class="verse">Un c&oelig;ur me renaissait, tout un c&oelig;ur pur et fier</div>
-
-<div class="verse stanza">Et voici que, fervent d'une candeur divine,</div>
-<div class="verse">Tout un c&oelig;ur jeune et bon battit dans ma poitrine!</div>
-
-<div class="verse stanza">Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,</div>
-<div class="verse">Comme un homme qui voit des visions de Dieu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,</div>
-<div class="verse">En s'éloignant, me fit un signe de la tête</div>
-
-<div class="verse stanza">Et me cria (j'entends <i>encore</i> cette voix):</div>
-<div class="verse">«Au moins, prudence! Car c'est bon pour une fois.»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p2">II</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">J'avais peiné comme Sisyphe</div>
-<div class="verse i2">Et comme Hercule travaillé</div>
-<div class="verse i2">Contre la chair qui se rebiffe.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'avais lutté, j'avais baillé</div>
-<div class="verse i2">Des coups à trancher des montagnes,</div>
-<div class="verse i2">Et comme Achille ferraillé.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Farouche ami qui m'accompagnes,</div>
-<div class="verse i2">Tu le sais, courage païen,</div>
-<div class="verse i2">Si nous en fîmes des campagnes.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Si nous avons négligé rien</div>
-<div class="verse i2">Dans cette guerre exténuante,</div>
-<div class="verse i2">Si nous avons travaillé bien!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le tout en vain: l'âpre géante</div>
-<div class="verse i2">A mon effort de tout côté</div>
-<div class="verse i2">Opposait sa ruse ambiante,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et toujours un lâche abrité</div>
-<div class="verse i2">Dans mes conseils qu'il environne</div>
-<div class="verse i2">Livrait les clés de la cité.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Que ma chance fût male ou bonne,</div>
-<div class="verse i2">Toujours un parti de mon c&oelig;ur</div>
-<div class="verse i2">Ouvrait sa porte à la Gorgone.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Toujours l'ennemi suborneur</div>
-<div class="verse i2">Savait envelopper d'un piège</div>
-<div class="verse i2">Même la victoire et l'honneur!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'étais le vaincu qu'on assiège,</div>
-<div class="verse i2">Prêt à vendre son sang bien cher,</div>
-<div class="verse i2">Quand, blanche en vêtements de neige,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Toute belle au front humble et fier,</div>
-<div class="verse i2">Une dame vint sur la nue,</div>
-<div class="verse i2">Qui d'un signe fit fuir la Chair.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans une tempête inconnue</div>
-<div class="verse i2">De rage et de cris inhumains,</div>
-<div class="verse i2">Et déchirant sa gorge nue,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le Monstre reprit ses chemins</div>
-<div class="verse i2">Par les bois pleins d'amours affreuses,</div>
-<div class="verse i2">Et la dame, joignant les mains:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;«Mon pauvre combattant qui creuses,</div>
-<div class="verse i2">Dit-elle, ce dilemme en vain,</div>
-<div class="verse i2">Trêve aux victoires malheureuses!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Il t'arrive un secours divin</div>
-<div class="verse i2">Dont je suis sûre messagère</div>
-<div class="verse i2">Pour ton salut, possible enfin!»</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;«O ma Dame dont la voix chère</div>
-<div class="verse i2">Encourage un blessé jaloux</div>
-<div class="verse i2">De voir finir l'atroce guerre,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous qui parlez d'un ton si doux</div>
-<div class="verse i2">En m'annonçant de bonnes choses,</div>
-<div class="verse i2">Ma Dame, qui donc êtes-vous?»</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;J'étais née avant toutes causes</div>
-<div class="verse i2">Et je verrai la fin de tous</div>
-<div class="verse i2">Les effets, étoiles et roses.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«En même temps, bonne, sur vous,</div>
-<div class="verse i2">Hommes faibles et pauvres femmes,</div>
-<div class="verse i2">Je pleure, et je vous trouve fous!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Je pleure sur vos tristes âmes,</div>
-<div class="verse i2">J'ai l'amour d'elles, j'ai la peur</div>
-<div class="verse i2">D'elles, et de leurs v&oelig;ux infâmes!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«O ceci n'est pas le bonheur,</div>
-<div class="verse i2">Veillez, Quelqu'un l'a dit que j'aime,</div>
-<div class="verse i2">Veillez, crainte du Suborneur,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Veillez, crainte du Jour suprême!</div>
-<div class="verse i2">Qui je suis? me demandais-tu.</div>
-<div class="verse i2">Mon nom courbe les anges même,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Je suis le c&oelig;ur de la vertu,</div>
-<div class="verse i2">Je suis l'âme de la sagesse,</div>
-<div class="verse i2">Mon nom brûle l'Enfer têtu;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Je suis la douceur qui redresse,</div>
-<div class="verse i2">J'aime tous et n'accuse aucun,</div>
-<div class="verse i2">Mon nom, seul, se nomme promesse,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Je suis l'unique hôte opportun,</div>
-<div class="verse i2">Je parle au Roi le vrai langage</div>
-<div class="verse i2">Du matin rose et du soir brun,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Je suis la <span class="sc">Prière</span>, et mon gage</div>
-<div class="verse i2">C'est ton vice en déroute au loin;</div>
-<div class="verse i2">Ma condition: «Toi, sois sage.»</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;«Oui, ma Dame, et soyez témoin!»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p3">III</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares?</div>
-<div class="verse">Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr,</div>
-<div class="verse">Toi que voilà fumant de maussades cigares,</div>
-<div class="verse">Noir, projetant une ombre absurde sur le mur?</div>
-
-<div class="verse stanza">Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,</div>
-<div class="verse">Ta grimace est la même et ton deuil est pareil:</div>
-<div class="verse">Telle la lune vue à travers des mâtures,</div>
-<div class="verse">Telle la vieille mer sous le jeune soleil,</div>
-
-<div class="verse stanza">Tel l'ancien cimetière aux tombes toujours neuves!</div>
-<div class="verse">Mais voyons, et dis-nous les récits devinés,</div>
-<div class="verse">Ces désillusions pleurant le long des fleuves,</div>
-<div class="verse">Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés,</div>
-
-<div class="verse stanza">Ces femmes! Dis les gaz, et l'horreur identique</div>
-<div class="verse">Du mal toujours, du laid partout sur tes chemins,</div>
-<div class="verse">Et dis l'Amour et dis encor la Politique</div>
-<div class="verse">Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et puis surtout ne va pas t'oublier toi-même</div>
-<div class="verse">Traînassant ta faiblesse et ta simplicité</div>
-<div class="verse">Partout où l'on bataille et partout où l'on aime,</div>
-<div class="verse">D'une façon si triste et folle, en vérité!</div>
-
-<div class="verse stanza">A-t-on assez puni cette lourde innocence?</div>
-<div class="verse">Qu'en dis-tu? L'homme est dur, mais la femme? Et tes pleurs,</div>
-<div class="verse">Qui les a bus? Et quelle âme qui les recense</div>
-<div class="verse">Console ce qu'on peut appeler tes malheurs?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah les autres, ah toi! Crédule à qui te flatte,</div>
-<div class="verse">Toi qui rêvais (c'était trop excessif, aussi)</div>
-<div class="verse">Je ne sais quelle mort légère et délicate?</div>
-<div class="verse">Ah toi, l'espèce d'ange avec ce v&oelig;u transi!</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais maintenant les plans, les buts? Es-tu de force,</div>
-<div class="verse">Ou si d'avoir pleuré t'a détrempé le c&oelig;ur?</div>
-<div class="verse">L'arbre est tendre s'il faut juger d'après l'écorce,</div>
-<div class="verse">Et tes aspects ne sont pas ceux d'un grand vainqueur.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si gauche encore! avec l'aggravation d'être</div>
-<div class="verse">Une sorte à présent d'idyllique engourdi</div>
-<div class="verse">Qui surveille le ciel bête par la fenêtre</div>
-<div class="verse">Ouverte aux yeux matois du démon de midi.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si le même dans cette extrême décadence!</div>
-<div class="verse">Enfin!&mdash;Mais à ta place un être avec du sens,</div>
-<div class="verse">Payant les violons voudrait mener la danse,</div>
-<div class="verse">Au risque d'alarmer quelque peu les passants.</div>
-
-<div class="verse stanza">N'as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,</div>
-<div class="verse">Un beau vice à tirer comme un sabre au soleil,</div>
-<div class="verse">Quelque vice joyeux, effronté, qui s'enflamme</div>
-<div class="verse">Et vibre, et darde rouge au front du ciel vermeil?</div>
-
-<div class="verse stanza">Un ou plusieurs? Si oui, tant mieux! Et pars bien vite</div>
-<div class="verse">En guerre, et bats d'estoc et de taille, sans choix</div>
-<div class="verse">Surtout, et mets ce masque indolent où s'abrite</div>
-<div class="verse">La haine inassouvie et repue à la fois&hellip;</div>
-
-<div class="verse stanza">Il faut n'être pas dupe en ce farceur de monde</div>
-<div class="verse">Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant</div>
-<div class="verse">S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde,</div>
-<div class="verse">Et pour n'être pas dupe il faut être méchant.</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;Sagesse humaine, ah! j'ai les yeux sur d'autres choses,</div>
-<div class="verse">Et parmi ce passé dont ta voix décrivait</div>
-<div class="verse">L'ennui, pour des conseils encore plus moroses,</div>
-<div class="verse">Je ne me souviens plus que du mal que j'ai fait.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,</div>
-<div class="verse">De mes «malheurs», selon le moment et le lieu,</div>
-<div class="verse">Des autres et de moi, de la route suivie,</div>
-<div class="verse">Je n'ai rien retenu que la grâce de Dieu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Si je me sens puni, c'est que je le dois être.</div>
-<div class="verse">Ni l'homme ni la femme ici ne sont pour rien.</div>
-<div class="verse">Mais j'ai le ferme espoir d'un jour pouvoir connaître</div>
-<div class="verse">Le pardon et la paix promis à tout Chrétien.</div>
-
-<div class="verse stanza">Bien de n'être pas dupe en ce monde d'une heure,</div>
-<div class="verse">Mais pour ne l'être pas durant l'éternité,</div>
-<div class="verse">Ce qu'il faut à tout prix qui règne et qui demeure,</div>
-<div class="verse">Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p4">IV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême,</div>
-<div class="verse">Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime,</div>
-<div class="verse">La force et la santé comme le pain et l'eau,</div>
-<div class="verse">Cet avenir enfin, décrit dans le tableau</div>
-<div class="verse">De ce passé plus clair que le jeu des marées,</div>
-<div class="verse">Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées</div>
-<div class="verse">Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas!</div>
-<div class="verse">La malédiction de n'être jamais las</div>
-<div class="verse">Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire,</div>
-<div class="verse">L'enfant prodigue avec des gestes de satyre!</div>
-<div class="verse">Nul avertissement, douloureux ou moqueur,</div>
-<div class="verse">Ne prévaut sur l'élan funeste de ton c&oelig;ur.</div>
-<div class="verse">Tu flânes à travers péril et ridicule,</div>
-<div class="verse">Avec l'irresponsable audace d'un Hercule</div>
-<div class="verse">Dont les travaux seraient fous, nécessairement.</div>
-<div class="verse">L'amitié&mdash;dame!&mdash;a tu son reproche clément,</div>
-<div class="verse">Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,</div>
-<div class="verse">Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème.</div>
-<div class="verse">La patrie oubliée est dure au fils affreux,</div>
-<div class="verse">Et le monde alentour dresse ses buissons creux</div>
-<div class="verse">Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes.</div>
-<div class="verse">Maintenant il te faut passer devant les portes,</div>
-<div class="verse">Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien,</div>
-<div class="verse">Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien.</div>
-<div class="verse">Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage!</div>
-<div class="verse">Mais tu vas, la pensée obscure de l'image</div>
-<div class="verse">D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant</div>
-<div class="verse">Athée (avec la foule!) et jaloux de l'instant,</div>
-<div class="verse">Tout appétit parmi ces appétits féroces,</div>
-<div class="verse">Épris de la fadaise actuelle, mots, noces</div>
-<div class="verse">Et festins, la «Science», et «l'esprit de Paris»,</div>
-<div class="verse">Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,</div>
-<div class="verse">Imbécile! et niant le soleil qui t'aveugle!</div>
-<div class="verse">Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle</div>
-<div class="verse">Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré,</div>
-<div class="verse">Et les vices de tout le monde ont émigré</div>
-<div class="verse">Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole.</div>
-<div class="verse">Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole</div>
-<div class="verse">Est morte de l'argot et du ricanement,</div>
-<div class="verse">Et d'avoir rabâché les bourdes du moment.</div>
-<div class="verse">Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée,</div>
-<div class="verse">Ne saurait accueillir la plus petite idée,</div>
-<div class="verse">Et patauge parmi l'égoïsme ambiant,</div>
-<div class="verse">En quête d'on ne peut dire quel vil néant!</div>
-<div class="verse">Seul, entre les débris honnis de ton désastre,</div>
-<div class="verse">L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre</div>
-<div class="verse">Et fait au criminel un prestige odieux,</div>
-<div class="verse">Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,</div>
-<div class="verse">Il regarde la Faute et rit de s'y complaire.</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p5">V</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O vous, comme un qui boite au loin. Chagrins et Joies,</div>
-<div class="verse">Toi, c&oelig;ur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui,</div>
-<div class="verse">C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui</div>
-<div class="verse">De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.</div>
-
-<div class="verse stanza">Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d'oies</div>
-<div class="verse">Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,</div>
-<div class="verse">Bon voyage! Et le Rire, et, plus vielle que lui,</div>
-<div class="verse">Toi, Tristesse noyée au vieux noir que tu broies!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le reste!&mdash;Un doux vide, un grand renoncement,</div>
-<div class="verse">Quelqu'un en nous qui sent la paix immensément,</div>
-<div class="verse">Une candeur d'âme d'une fraîcheur délicieuse&hellip;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et voyez! notre c&oelig;ur qui saignait sous l'orgueil,</div>
-<div class="verse">Il flambe dans l'amour, et s'en va faire accueil</div>
-<div class="verse">A la vie, en faveur d'une mort précieuse!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p6">VI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,</div>
-<div class="verse">Et les voici vibrer aux cuivres du couchant.</div>
-<div class="verse">Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ:</div>
-<div class="verse">Une tentation des pires. Fuis l'infâme.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,</div>
-<div class="verse">Battant toute vendange aux collines, couchant</div>
-<div class="verse">Toute moisson de la vallée, et ravageant</div>
-<div class="verse">Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.</div>
-
-<div class="verse stanza">O pâlis, et va-t'en, lente et joignant les mains.</div>
-<div class="verse">Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?</div>
-<div class="verse">Si la vieille folie était encore en route?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?</div>
-<div class="verse">Un assaut furieux, le suprême sans doute!</div>
-<div class="verse">O, va prier contre l'orage, va prier.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p7">VII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles</div>
-<div class="verse">Est une &oelig;uvre de choix qui veut beaucoup d'amour:</div>
-<div class="verse">Rester gai quand le jour, triste, succède au jour,</div>
-<div class="verse">Être fort, et s'user en circonstances viles,</div>
-
-<div class="verse stanza">N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes</div>
-<div class="verse">Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour,</div>
-<div class="verse">Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour</div>
-<div class="verse">L'accomplissement vil de tâches puériles,</div>
-
-<div class="verse stanza">Dormir chez les pécheurs étant un pénitent;</div>
-<div class="verse">N'aimer que le silence et converser pourtant</div>
-<div class="verse">Le temps si grand dans la patience si grande,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le scrupule naïf aux repentirs têtus,</div>
-<div class="verse">Et tous ces soins autour de ces pauvres vertus!</div>
-<div class="verse">&mdash;Fi, dit l'Ange Gardien, de l'orgueil qui marchande!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p8">VIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie!</div>
-<div class="verse">O n'avoir pas suivi les leçons de Rollin,</div>
-<div class="verse">N'être pas né dans le grand siècle à son déclin,</div>
-<div class="verse">Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie,</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand Maintenon jetait sur la France ravie</div>
-<div class="verse">L'ombre douce et la paix de ces coiffes de lin,</div>
-<div class="verse">Et royale abritait la veuve et l'orphelin,</div>
-<div class="verse">Quand l'étude de la prière était suivie,</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand poète et docteur, simplement, bonnement,</div>
-<div class="verse">Communiaient avec des ferveurs de novices,</div>
-<div class="verse">Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant</div>
-<div class="verse">D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses</div>
-<div class="verse">En louant Dieu, comme Garo, de toutes choses!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p9">IX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste!</div>
-<div class="verse">C'est vers le Moyen Age énorme et délicat</div>
-<div class="verse">Qu'il faudrait que mon c&oelig;ur en panne naviguât,</div>
-<div class="verse">Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.</div>
-
-<div class="verse stanza">Roi, politicien, moine, artisan, chimiste,</div>
-<div class="verse">Architecte, soldat, médecin, avocat,</div>
-<div class="verse">Quel temps! Oui, que mon c&oelig;ur naufragé rembarquât</div>
-<div class="verse">Pour toute cette force ardente, souple, artiste!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et là que j'eusse part&mdash;quelconque, chez les rois</div>
-<div class="verse">Ou bien ailleurs, n'importe,&mdash;à la chose vitale,</div>
-<div class="verse">Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,</div>
-
-<div class="verse stanza">Haute théologie et solide morale,</div>
-<div class="verse">Guidé par la folie unique de la Croix</div>
-<div class="verse">Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p10">X</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Petits amis qui sûtes nous prouver</div>
-<div class="verse i1">Par A plus B que deux et deux font quatre,</div>
-<div class="verse i1">Mais qui depuis voulez parachever</div>
-<div class="verse i1">Une victoire où l'on se laissait battre,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et couronner vos conquêtes d'un coup</div>
-<div class="verse i1">Par ce soufflet à la mémoire humaine;</div>
-<div class="verse i1">«Dieu ne vous a révélé rien du tout,</div>
-<div class="verse i1">Car nous disions qu'il n'est que l'ombre vaine,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Que le profil et que l'allongement</div>
-<div class="verse i1">Sur tous les murs que la peur édifie,</div>
-<div class="verse i1">De votre pur et simple mouvement,</div>
-<div class="verse i1">Et nous dictons cette philosophie.»</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">&mdash;Frères trop chers, laissez-nous rire un peu,</div>
-<div class="verse i1">Nous les fervents d'une logique rance,</div>
-<div class="verse i1">Qui justement n'avons de foi qu'en Dieu</div>
-<div class="verse i1">Et mettons notre espoir dans l'Espérance,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi,</div>
-<div class="verse i1">Pleurer sur vous, rire du vieux blasphème,</div>
-<div class="verse i1">Rire du vieux Satan stupide ainsi,</div>
-<div class="verse i1">Pleurer sur cet Adam dupe quand même!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Frère de nous qui payons vos orgueils,</div>
-<div class="verse i1">Tous fils du même Amour, ah! la science,</div>
-<div class="verse i1">Allons donc, allez donc, c'est nos cercueils</div>
-<div class="verse i1">Naïfs ou non, c'est notre méfiance</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ou notre confiance aux seuls Récits,</div>
-<div class="verse i1">C'est notre oreille ouverte toute grande</div>
-<div class="verse i1">Ou tristement fermée au Mot précis!</div>
-<div class="verse i1">Frères, lâchez la science gourmande</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Qui veut voler sur les ceps défendus</div>
-<div class="verse i1">Le fruit sanglant qu'il ne faut pas connaître.</div>
-<div class="verse i1">Lâchez son bras qui vous tient attendus</div>
-<div class="verse i1">Pour des enfers que Dieu n'a pas fait naître,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais qui sont l'&oelig;uvre affreuse du péché,</div>
-<div class="verse i1">Car nous, les fils attentifs de l'Histoire,</div>
-<div class="verse i1">Nous tenons pour l'honneur jamais taché</div>
-<div class="verse i1">De la Tradition, supplice et gloire!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant</div>
-<div class="verse i1">Qu'ils ont vu Dieu sous telle ou telle forme,</div>
-<div class="verse i1">Et prédisant aux crimes d'à <i>présent</i></div>
-<div class="verse i1">La peine immense ou le pardon énorme.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Puisqu'ils avaient vu Dieu présent toujours,</div>
-<div class="verse i1">Puisqu'ils ne mentaient pas, puisque nos crimes</div>
-<div class="verse i1">Vont effrayants, puisque vos yeux sont courts,</div>
-<div class="verse i1">Et puisqu'il est des repentirs sublimes,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien:</div>
-<div class="verse i1">Que deux et deux fassent quatre, à merveille!</div>
-<div class="verse i1">Riens innocents, mais des riens moins que rien,</div>
-<div class="verse i1">La dernière heure étant là qui surveille</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Tout autre soin dans l'homme en vérité!</div>
-<div class="verse i1">Gardez que trop chercher ne vous séduise</div>
-<div class="verse i1">Loin d'une sage et forte humilité&hellip;</div>
-<div class="verse i1">Le seul savant, c'est encore Moïse.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p11">XI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Or, vous voici promus, petits amis,</div>
-<div class="verse i1">Depuis les temps de ma lettre première,</div>
-<div class="verse i1">Promus, disais-je, aux fiers emplois promis</div>
-<div class="verse i1">A votre thèse, en ces jours de lumière.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous voici rois de France! A votre tour!</div>
-<div class="verse i1">(Rois à plusieurs d'une France postiche,</div>
-<div class="verse i1">Mais rois de fait et non sans quelque amour</div>
-<div class="verse i1">D'un trône lourd avec un budget riche.)</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">A l'&oelig;uvre, amis petits! Nous avons droit</div>
-<div class="verse i1">De vous y voir, payant de notre poche,</div>
-<div class="verse i1">Et d'être un peu réjouis à l'endroit</div>
-<div class="verse i1">De votre état sans peur et sans reproche.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Sans peur? Du maître? O le maître, mais c'est</div>
-<div class="verse i1">L'Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre,</div>
-<div class="verse i1">Total, le peuple, «un âne» fort «qui s'est</div>
-<div class="verse i1">Cabré», pour vous espoir clair, puis fait sombre.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Cabré comme une chèvre, c'est le mot.</div>
-<div class="verse i1">Et votre bras, saignant jusqu'à l'aisselle,</div>
-<div class="verse i1">S'efforce en vain: fort comme Béhémot,</div>
-<div class="verse i1">Le monstre tire&hellip; et votre peur est telle</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Quand l'âne brait, que le voilà parti</div>
-<div class="verse i1">Qui par les dents vous boute cent ruades</div>
-<div class="verse i1">En forme de reproche bien senti&hellip;</div>
-<div class="verse i1">Courez après, frottant vos reins malades!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O Peuple, nous t'aimons immensément:</div>
-<div class="verse i1">N'es-tu donc pas la pauvre âme ignorante</div>
-<div class="verse i1">En proie à tout ce qui sait et qui ment?</div>
-<div class="verse i1">N'es-tu donc pas l'immensité souffrante?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La charité nous fait chercher tes maux,</div>
-<div class="verse i1">La foi nous guide à travers tes ténèbres.</div>
-<div class="verse i1">On t'a rendu semblable aux animaux,</div>
-<div class="verse i1">Moins leur candeur, et plein d'instincts funèbres.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">L'orgueil t'a pris en ce quatre-vingt-neuf,</div>
-<div class="verse i1">Nabuchodonosor, et te fait paître,</div>
-<div class="verse i1">Ane obstiné, mouton buté, dur b&oelig;uf,</div>
-<div class="verse i1">Broutant pouvoir, famille, soldat, prêtre!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O paysan cassé sur tes sillons,</div>
-<div class="verse i1">Pâle ouvrier qu'esquinte la machine,</div>
-<div class="verse i1">Membres sacrés de Jésus-Christ, allons,</div>
-<div class="verse i1">Relevez-vous, honorez votre échine,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Portez l'amour qu'il faut à vos bras forts,</div>
-<div class="verse i1">Vos pieds vaillants sont les plus beaux du monde,</div>
-<div class="verse i1">Respectez-les, fuyez ces chemins tors,</div>
-<div class="verse i1">Fermez l'oreille à ce conseil immonde,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Redevenez les Français d'autrefois,</div>
-<div class="verse i1">Fils de l'Église, et dignes de vos pères!</div>
-<div class="verse i1">O s'ils savaient ceux-ci sur vos pavois,</div>
-<div class="verse i1">Leurs os sueraient de honte aux cimetières.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">&mdash;Vous, nos tyrans minuscules d'un jour,</div>
-<div class="verse i1">L'énormité des actes rend les princes</div>
-<div class="verse i1">Surtout de souche impure, et malgré cour</div>
-<div class="verse i1">Et splendeur et le faste, encor plus minces,&mdash;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Laissez le règne et rentrez dans le rang.</div>
-<div class="verse i1">Aussi bien l'heure est proche où la tourmente</div>
-<div class="verse i1">Vous va donner des loisirs, et tout blanc</div>
-<div class="verse i1">L'avenir flotte avec sa fleur charmante</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Sur la Bastille absurde où vous teniez</div>
-<div class="verse i1">La France aux fers d'un blasphème et d'un schisme,</div>
-<div class="verse i1">Et la chronique en de cléments Téniers</div>
-<div class="verse i1">Déjà vous peint allant au catéchisme.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p12">XII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons</div>
-<div class="verse i3">Selon votre coutume,</div>
-<div class="verse">O Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons</div>
-<div class="verse i3">Pour comble d'amertume.</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur,</div>
-<div class="verse i3">Et sa règle chérie,</div>
-<div class="verse">Et que de pleurs joyeux, et quels cris de bonheur</div>
-<div class="verse i3">Dans toute la patrie!</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous reviendrez, après ces glorieux exils,</div>
-<div class="verse i3">Après des moissons d'âmes,</div>
-<div class="verse">Après avoir prié pour ceux-ci, fussent-ils</div>
-<div class="verse i3">Encore plus infâmes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Après avoir couvert les îles et la mer</div>
-<div class="verse i3">De votre ombre si douce</div>
-<div class="verse">Et réjoui le ciel et consterné l'enfer,</div>
-<div class="verse i3">Béni qui vous repousse,</div>
-
-<div class="verse stanza">Béni qui vous dépouille au cri de liberté,</div>
-<div class="verse i3">Béni l'impie en armes,</div>
-<div class="verse">Et l'enfant qu'il vous prend des bras,&mdash;et racheté</div>
-<div class="verse i3">Nos crimes par vos larmes!</div>
-
-<div class="verse stanza">Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu,</div>
-<div class="verse i3">Vous êtes l'espérance.</div>
-<div class="verse">A tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu</div>
-<div class="verse i3">Le salut pour la France!</div>
-</div>
-
-<p class="small">Variante au 6<sup>e</sup> vers: Avec sa fleur chérie,</p>
-
-
-<h3 id="p1p13">XIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">On n'offense que Dieu qui seul pardonne.</div>
-
-<div class="verse i11 stanza">Mais</div>
-<div class="verse">On contriste son frère, on l'afflige, on le blesse.</div>
-<div class="verse">On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse,</div>
-<div class="verse">Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix</div>
-<div class="verse">Des simples, et donner au monde sa pâture,</div>
-<div class="verse">Scandale, c&oelig;urs perdus, gros mots et rire épais.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le plus souvent par un effet de la nature</div>
-<div class="verse">Des choses, ce péché trouve son châtiment</div>
-<div class="verse">Même ici-bas, féroce et long communément.</div>
-<div class="verse">Mais l'<i>Amour</i> tout-puissant donne à la créature</div>
-<div class="verse">Le sens de son malheur qui mène au repentir</div>
-<div class="verse">Par une route lente et haute, mais très sûre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Alors un grand désir, un seul, vient investir</div>
-<div class="verse">Le pénitent, après les premières alarmes,</div>
-<div class="verse">Et c'est d'humilier son front devant les larmes</div>
-<div class="verse">De naguère, sans rien qui pourrait amortir</div>
-<div class="verse">Le coup droit pour l'orgueil, et de rendre les armes</div>
-<div class="verse">Comme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.</div>
-
-<div class="verse stanza">O ma s&oelig;ur, qui m'avez puni, pardonnez-moi!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p14">XIV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voix de l'Orgueil: un cri puissant, comme d'un cor.</div>
-<div class="verse">Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or.</div>
-<div class="verse">On trébuche à travers des chaleurs d'incendie&hellip;</div>
-<div class="verse">Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voix de la Haine: cloche en mer, fausse, assourdie</div>
-<div class="verse">De neige lente. Il fait si froid! Lourde, affadie,</div>
-<div class="verse">La vie a peur et court follement sur le quai</div>
-<div class="verse">Loin de la cloche qui devient plus assourdie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voix de la Chair: un gros tapage fatigué.</div>
-<div class="verse">Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai.</div>
-<div class="verse">Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces</div>
-<div class="verse">Où vient mourir le gros tapage fatigué.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voix d'Autrui: des lointains dans les brouillards. Des noces</div>
-<div class="verse">Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces.</div>
-<div class="verse">Et tout le cirque des civilisations</div>
-<div class="verse">Au son trotte-menu du violon des noces.</div>
-
-<div class="verse stanza">Colères, soupirs noirs, regrets, tentations</div>
-<div class="verse">Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions</div>
-<div class="verse">Pour l'assourdissement des silences honnêtes,</div>
-<div class="verse">Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!</div>
-<div class="verse">Sentences, mots en vain, métaphores mal faites,</div>
-<div class="verse">Toute la rhétorique en fuite des péchés,</div>
-<div class="verse">Ah! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes!</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.</div>
-<div class="verse">Mourez à nous, mourez aux humbles v&oelig;ux cachés</div>
-<div class="verse">Que nourrit la douceur de la Parole forte,</div>
-<div class="verse">Car notre c&oelig;ur n'est plus de ceux que vous cherchez!</div>
-
-<div class="verse stanza">Mourez parmi la voix que la prière emporte</div>
-<div class="verse">Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte</div>
-<div class="verse">Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour,</div>
-<div class="verse">Mourez parmi la voix que la prière apporte,</div>
-
-<div class="verse stanza">Mourez parmi la voix terrible de l'Amour!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p15">XV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Va ton chemin sans plus t'inquiéter!</div>
-<div class="verse i1">La route est droite et tu n'as qu'à monter,</div>
-<div class="verse i1">Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille</div>
-<div class="verse i1">Et l'arme unique au cas d'une bataille,</div>
-<div class="verse i1">La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Surtout il faut garder toute espérance,</div>
-<div class="verse i1">Qu'importe un peu de nuit et de souffrance?</div>
-<div class="verse i1">La route est bonne et la mort est au bout.</div>
-<div class="verse i1">Oui, garde toute espérance surtout,</div>
-<div class="verse i1">La mort là-bas te dresse un lit de joie.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et fais-toi doux de toute la douceur.</div>
-<div class="verse i1">La vie est laide, encore c'est ta s&oelig;ur.</div>
-<div class="verse i1">Simple, gravis la côte et même chante</div>
-<div class="verse i1">Pour écarter la prudence méchante</div>
-<div class="verse i1">Dont la voix basse est pour tenter ta foi.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Simple comme un enfant, gravis la côte,</div>
-<div class="verse i1">Humble comme un pécheur qui hait la faute,</div>
-<div class="verse i1">Chante, et même sois gai, pour défier</div>
-<div class="verse i1">L'ennui que l'ennemi peut t'envoyer</div>
-<div class="verse i1">Afin que tu t'endormes sur la voie.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ris du vieux piège et du vieux séducteur,</div>
-<div class="verse i1">Puisque la Paix est là, sur la hauteur,</div>
-<div class="verse i1">Qui luit parmi les fanfares de gloire.</div>
-<div class="verse i1">Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire,</div>
-<div class="verse i1">Déjà l'Ange Gardien étend sur toi</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Joyeusement des ailes de victoire.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p16">XVI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Pourquoi triste, ô mon âme,</div>
-<div class="verse i3">Triste jusqu'à la mort,</div>
-<div class="verse i3">Quand l'effort te réclame,</div>
-<div class="verse i3">Quand le suprême effort</div>
-<div class="verse i3">Est là qui te réclame?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ah! tes mains que tu tords</div>
-<div class="verse i3">Au lieu d'être à la tâche,</div>
-<div class="verse i3">Tes lèvres que tu mords</div>
-<div class="verse i3">Et leur silence lâche,</div>
-<div class="verse i3">Et tes yeux qui sont morts!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">N'as-tu pas l'espérance</div>
-<div class="verse i3">De la fidélité,</div>
-<div class="verse i3">Et, pour plus d'assurance</div>
-<div class="verse i3">Dans la sécurité,</div>
-<div class="verse i3">N'as-tu pas la souffrance?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Mais chasse le sommeil</div>
-<div class="verse i3">Et ce rêve qui pleure.</div>
-<div class="verse i3">Grand jour et plein soleil!</div>
-<div class="verse i3">Vois, il est plus que l'heure:</div>
-<div class="verse i3">Le ciel bruit vermeil,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et la lumière crue</div>
-<div class="verse i3">Découpant d'un trait noir</div>
-<div class="verse i3">Toute chose apparue</div>
-<div class="verse i3">Te montre le Devoir</div>
-<div class="verse i3">Et sa forme bourrue.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Marche à lui vivement,</div>
-<div class="verse i3">Tu verras disparaître</div>
-<div class="verse i3">Tout aspect inclément</div>
-<div class="verse i3">De sa manière d'être,</div>
-<div class="verse i3">Avec l'éloignement.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">C'est le dépositaire</div>
-<div class="verse i3">Qui te garde un trésor</div>
-<div class="verse i3">D'amour et de mystère,</div>
-<div class="verse i3">Plus précieux que l'or,</div>
-<div class="verse i3">Plus sûr que rien sur terre:</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Les biens qu'on ne voit pas,</div>
-<div class="verse i3">Toute joie inouïe,</div>
-<div class="verse i3">Votre paix, saints combats,</div>
-<div class="verse i3">L'extase épanouie</div>
-<div class="verse i3">Et l'oubli d'ici-bas,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et l'oubli d'ici-bas!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p17">XVII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Né l'enfant des grandes villes</div>
-<div class="verse i2">Et des révoltes serviles,</div>
-<div class="verse i2">J'ai là, tout cherché, trouvé</div>
-<div class="verse i2">De tout appétit rêvé.</div>
-<div class="verse i2">Mais, puisque rien n'en demeure,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J'ai dit un adieu léger</div>
-<div class="verse i2">A tout ce qui peut changer,</div>
-<div class="verse i2">Au plaisir, au bonheur même,</div>
-<div class="verse i2">Et même à tout ce que j'aime</div>
-<div class="verse i2">Hors de vous, mon doux Seigneur!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La Croix m'a pris sur ses ailes</div>
-<div class="verse i2">Qui m'emporte aux meilleurs zèles,</div>
-<div class="verse i2">Silence, expiation,</div>
-<div class="verse i2">Et l'âpre vocation</div>
-<div class="verse i2">Pour la vertu qui s'ignore.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Douce, chère Humilité,</div>
-<div class="verse i2">Arrose ma charité,</div>
-<div class="verse i2">Trempe-la de tes eaux vives.</div>
-<div class="verse i2">O mon c&oelig;ur, que tu ne vives</div>
-<div class="verse i2">Qu'aux fins d'une bonne mort!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p1p18">XVIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L'âme antique était rude et vaine</div>
-<div class="verse i2">Et ne voyait dans la douleur</div>
-<div class="verse i2">Que l'acuité de la peine</div>
-<div class="verse i2">Ou l'étonnement du malheur.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L'art, sa figure la plus claire,</div>
-<div class="verse i2">Traduit ce double sentiment</div>
-<div class="verse i2">Par deux grands types de la Mère</div>
-<div class="verse i2">En proie au suprême tourment.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C'est la vieille reine de Troie:</div>
-<div class="verse i2">Tous ses fils sont morts par le fer.</div>
-<div class="verse i2">Alors ce deuil brutal aboie</div>
-<div class="verse i2">Et glapit au bord de la mer.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle court le long du rivage,</div>
-<div class="verse i2">Bavant vers le flot écumant,</div>
-<div class="verse i2">Hirsute, criade, sauvage,</div>
-<div class="verse i2">La chienne littéralement!&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et c'est Niobé qui s'effare</div>
-<div class="verse i2">Et garde fixement des yeux</div>
-<div class="verse i2">Sur les dalles de pierre rare</div>
-<div class="verse i2">Ses enfants tués par les dieux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le souffle expire sur sa bouche.</div>
-<div class="verse i2">Elle meurt dans un geste fou.</div>
-<div class="verse i2">Ce n'est plus qu'un marbre farouche</div>
-<div class="verse i2">Là transporté nul ne sait d'où!&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La douleur chrétienne est immense,</div>
-<div class="verse i2">Elle, comme le c&oelig;ur humain,</div>
-<div class="verse i2">Elle souffre, puis elle pense,</div>
-<div class="verse i2">Et calme poursuit son chemin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle est debout sur le Calvaire</div>
-<div class="verse i2">Pleine de larmes et sans cris.</div>
-<div class="verse i2">C'est également une mère,</div>
-<div class="verse i2">Mais quelle mère de quel fils!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle participe au Supplice</div>
-<div class="verse i2">Qui sauve toute nation,</div>
-<div class="verse i2">Attendrissant le sacrifice</div>
-<div class="verse i2">Par sa vaste compassion.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et comme tous sont les fils d'elle,</div>
-<div class="verse i2">Sur le monde et sur sa langueur</div>
-<div class="verse i2">Toute la charité ruisselle</div>
-<div class="verse i2">Des sept blessures de son c&oelig;ur,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au jour qu'il faudra, pour la gloire</div>
-<div class="verse i2">Des cieux enfin tout grands ouverts,</div>
-<div class="verse i2">Ceux qui surent et purent croire,</div>
-<div class="verse i2">Bons et doux, sauf au seul Pervers,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ceux-là vers la joie infinie</div>
-<div class="verse i2">Sur la colline de Sion</div>
-<div class="verse i2">Monteront d'une aile bénie</div>
-<div class="verse i2">Aux plis de son assomption.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak" title="SAGESSE II">II</h2>
-
-
-<h3 id="p2p1">I</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour</div>
-<div class="verse i1">Et la blessure est encore vibrante,</div>
-<div class="verse i1">O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O mon Dieu, votre crainte m'a frappé</div>
-<div class="verse i1">Et la brûlure est encor là qui tonne,</div>
-<div class="verse i1">O mon Dieu, votre crainte m'a frappé.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil</div>
-<div class="verse i1">Et votre gloire en moi s'est installée,</div>
-<div class="verse i1">O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Noyez mon âme aux flots de votre Vin,</div>
-<div class="verse i1">Fondez ma vie au Pain de votre table,</div>
-<div class="verse i1">Noyez mon âme aux flots de votre Vin.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mon sang que je n'ai pas versé,</div>
-<div class="verse i1">Voici ma chair indigne de souffrance,</div>
-<div class="verse i1">Voici mon sang que je n'ai pas versé.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mon front qui n'a pu que rougir,</div>
-<div class="verse i1">Pour l'escabeau de vos pieds adorables,</div>
-<div class="verse i1">Voici mon front qui n'a pu que rougir.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mes mains qui n'ont pas travaillé,</div>
-<div class="verse i1">Pour les charbons ardents et l'encens rare,</div>
-<div class="verse i1">Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mon c&oelig;ur qui n'a battu qu'en vain,</div>
-<div class="verse i1">Pour palpiter aux ronces du Calvaire,</div>
-<div class="verse i1">Voici mon c&oelig;ur qui n'a battu qu'en vain.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mes pieds, frivoles voyageurs,</div>
-<div class="verse i1">Pour accourir au cri de votre grâce,</div>
-<div class="verse i1">Voici mes pieds, frivoles voyageurs.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici ma voix, bruit maussade et menteur,</div>
-<div class="verse i1">Pour les reproches de la Pénitence,</div>
-<div class="verse i1">Voici ma voix, bruit maussade et menteur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Voici mes yeux, luminaires d'erreur.</div>
-<div class="verse i1">Pour être éteints aux pleurs de la prière,</div>
-<div class="verse i1">Voici mes yeux, luminaires d'erreur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Hélas, Vous, Dieu d'offrande et de pardon,</div>
-<div class="verse i1">Quel est le puits de mon ingratitude,</div>
-<div class="verse i1">Hélas! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Dieu de terreur et Dieu de sainteté,</div>
-<div class="verse i1">Hélas! ce noir abîme de mon crime,</div>
-<div class="verse i1">Dieu de terreur et Dieu de sainteté,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,</div>
-<div class="verse i1">Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,</div>
-<div class="verse i1">Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Vous connaissez tout cela, tout cela,</div>
-<div class="verse i1">Et que je suis plus pauvre que personne,</div>
-<div class="verse i1">Vous connaissez tout cela, tout cela.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p2">II</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.</div>
-<div class="verse">Tous les autres amours sont de commandement.</div>
-<div class="verse">Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement</div>
-<div class="verse">Pourra les allumer aux c&oelig;urs qui l'ont chérie.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis,</div>
-<div class="verse">C'est par Elle que j'ai voué ce sacrifice,</div>
-<div class="verse">Et la douceur de c&oelig;ur et le zèle au service,</div>
-<div class="verse">Comme je la priais, Elle les a permis.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et comme j'étais faible et bien méchant encore,</div>
-<div class="verse">Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,</div>
-<div class="verse">Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,</div>
-<div class="verse">Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est par Elle que j'ai voulu de ces chagrins,</div>
-<div class="verse">C'est pour Elle que j'ai mon c&oelig;ur dans les Cinq Plaies,</div>
-<div class="verse">Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,</div>
-<div class="verse">Comme je l'invoquais, Elle en ceignit mes reins.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie,</div>
-<div class="verse">Siège de la sagesse et source des pardons,</div>
-<div class="verse">Mère de France aussi, de qui nous attendons</div>
-<div class="verse">Inébranlablement l'honneur de la patrie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Marie Immaculée, amour essentiel.</div>
-<div class="verse">Logique de la foi cordiale et vivace,</div>
-<div class="verse">En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse,</div>
-<div class="verse">En vous aimant du seul amour, Porte du ciel?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p3">III</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous êtes calme, vous voulez un v&oelig;u discret,</div>
-<div class="verse">Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence,</div>
-<div class="verse">Le c&oelig;ur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance,</div>
-<div class="verse">Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît,</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous accueillez d'un geste exquis telles pensées</div>
-<div class="verse">Qui ne marchent qu'en ordre et font le moindre bruit,</div>
-<div class="verse">Votre main, toujours prête à la chute du fruit,</div>
-<div class="verse">patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et si l'immense amour de vos commandements</div>
-<div class="verse">Embrasse et presse tous en sa sollicitude,</div>
-<div class="verse">Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude</div>
-<div class="verse">Et le travail des plus humbles recueillements.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le pécheur, s'il prétend vous connaître et vous plaire,</div>
-<div class="verse">O vous qui nous aimant si fort parliez si peu,</div>
-<div class="verse">Doit et peut, à tout temps du jour comme en tout lieu,</div>
-<div class="verse">Bien faire obscurément son devoir et se taire,</div>
-
-<div class="verse stanza">Se taire pour le monde, un pur sénat de fous,</div>
-<div class="verse">Se taire sur autrui, des âmes précieuses,</div>
-<div class="verse">Car nous taire vous plaît, même aux heures pieuses,</div>
-<div class="verse">Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous.</div>
-
-<div class="verse stanza">Donnez-leur le silence et l'amour du mystère,</div>
-<div class="verse">O Dieu glorifieur du bien fait en secret,</div>
-<div class="verse">A ces timides moins transis qu'il ne paraît,</div>
-<div class="verse">Et l'horreur, et le pli des choses de la terre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation,</div>
-<div class="verse">Toute force, douceur, l'ordre et l'intelligence,</div>
-<div class="verse">Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence</div>
-<div class="verse">De l'Agneau formidable en la neuve Sion,</div>
-
-<div class="verse stanza">Afin qu'ils puissent dire: «Au moins nous sûmes croire»</div>
-<div class="verse">Et que l'Agneau terrible, ayant tout supputé,</div>
-<div class="verse">Leur réponde: «Venez, vous avez mérité,</div>
-<div class="verse">Pacifiques, ma paix, et, douloureux, ma gloire.»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p4">IV</h3>
-
-<h4>I</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mon Dieu m'a dit: «Mon fils, il faut m'aimer, tu vois</div>
-<div class="verse">Mon flanc percé, mon c&oelig;ur qui rayonne et qui saigne,</div>
-<div class="verse">Et mes pieds offensés que Madeleine baigne</div>
-<div class="verse">De larmes, et mes bras douloureux sous le poids</div>
-
-<div class="verse stanza">De tes péchés, et mes mains! Et tu vois la croix,</div>
-<div class="verse">Tu vois les clous, le fiel, l'éponge et tout t'enseigne</div>
-<div class="verse">A n'aimer, en ce monde amer où la chair règne,</div>
-<div class="verse">Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même,</div>
-<div class="verse">O mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit,</div>
-<div class="verse">Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit?</div>
-
-<div class="verse stanza">N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême</div>
-<div class="verse">Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits,</div>
-<div class="verse">Lamentable ami qui me cherches où je suis?»</div>
-</div>
-
-<h4>II</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J'ai répondu: «Seigneur, vous avez dit mon âme.</div>
-<div class="verse">C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.</div>
-<div class="verse">Mais vous aimer! Voyez comme je suis en bas,</div>
-<div class="verse">Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous, la source de paix que toute soif réclame,</div>
-<div class="verse">Hélas! Voyez un peu mes tristes combats!</div>
-<div class="verse">Oserai-je adorer la trace de vos pas,</div>
-<div class="verse">Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme?</div>
-
-<div class="verse stanza">Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,</div>
-<div class="verse">Je voudrais que votre ombre au moins vêtît ma honte,</div>
-<div class="verse">Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,</div>
-
-<div class="verse stanza">O vous, fontaine calme, amère aux seuls amants</div>
-<div class="verse">De leur damnation, ô vous toute lumière</div>
-<div class="verse">Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière!»</div>
-</div>
-
-<h4>III</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Il faut m'aimer! Je suis l'universel Baiser,</div>
-<div class="verse">Je suis cette paupière et je suis cette lèvre</div>
-<div class="verse">Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre</div>
-<div class="verse">Qui t'agite, c'est moi toujours! il faut oser</div>
-
-<div class="verse stanza">M'aimer! Oui, mon amour monte sans biaiser</div>
-<div class="verse">Jusqu'où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre,</div>
-<div class="verse">Et t'emportera, comme un aigle vole un lièvre,</div>
-<div class="verse">Vers des serpolets qu'un ciel cher vient arroser.</div>
-
-<div class="verse stanza">O ma nuit claire! ô tes yeux dans mon clair de lune!</div>
-<div class="verse">O ce lit de lumière et d'eau parmi la brune!</div>
-<div class="verse">Toute cette innocence et tout ce reposoir!</div>
-
-<div class="verse stanza">Aime-moi! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,</div>
-<div class="verse">Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir,</div>
-<div class="verse">Mais je ne veux d'abord que pouvoir que tu m'aimes!</div>
-</div>
-
-<h4>IV</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, c'est trop? Vraiment je n'ose. Aimer qui? Vous?</div>
-<div class="verse">Oh! non! Je tremble et n'ose. Oh! vous aimer je n'ose,</div>
-<div class="verse">Je ne veux pas! Je suis indigne. Vous, la Rose</div>
-<div class="verse">Immense des purs vents de l'Amour, ô Vous, tous</div>
-
-<div class="verse stanza">Les c&oelig;urs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux</div>
-<div class="verse">D'Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose</div>
-<div class="verse">Sur la seule fleur d'une innocence mi-close</div>
-<div class="verse">Quoi, <i>moi</i>, <i>moi</i>, pouvoir <i>Vous</i> aimer. Êtes-vous fous<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>,</div>
-
-<div class="verse stanza">Père, Fils, Esprit? Moi, ce pécheur-ci, ce lâche,</div>
-<div class="verse">Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche</div>
-<div class="verse">Et n'a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût,</div>
-
-<div class="verse stanza">Vue, ouïe, et dans tout son être&mdash;hélas! dans tout</div>
-<div class="verse">Son espoir et dans tout son remords que l'extase</div>
-<div class="verse">D'une caresse où le seul vieil Adam s'embrase?</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Saint Augustin.</p>
-</div>
-<h4>V</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Il faut m'aimer. Je suis ces Fous que tu nommais,</div>
-<div class="verse">Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme,</div>
-<div class="verse">Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome,</div>
-<div class="verse">Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mon amour est le feu qui dévore à jamais</div>
-<div class="verse">Toute chair insensée, et l'évapore comme</div>
-<div class="verse">Un parfum,&mdash;et c'est le déluge qui consomme</div>
-<div class="verse">En son flot tout mauvais germe que je semais,</div>
-
-<div class="verse stanza">Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée</div>
-<div class="verse">Et que par un miracle effrayant de bonté</div>
-<div class="verse">Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.</div>
-
-<div class="verse stanza">Aime. Sors de ta nuit. Aime. C'est ma pensée</div>
-<div class="verse">De toute éternité, pauvre âme délaissée,</div>
-<div class="verse">Que tu dusses m'aimer, moi seul qui suis resté!</div>
-</div>
-
-<h4>VI</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.</div>
-<div class="verse">Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment</div>
-<div class="verse">Moi, ceci, me ferais-je, ô mon Dieu, votre amant,</div>
-<div class="verse">O Justice que la vertu des bons redoute?</div>
-
-<div class="verse stanza">Oui, comment? Car voici que s'ébranle la voûte</div>
-<div class="verse">Où mon c&oelig;ur creusait son ensevelissement</div>
-<div class="verse">Et que je sens fluer à moi le firmament,</div>
-<div class="verse">Et je vous dis: de vous à moi quelle est la route?</div>
-
-<div class="verse stanza">Tendez-moi votre main, que je puisse lever</div>
-<div class="verse">Cette chair accroupie et cet esprit malade.</div>
-<div class="verse">Mais recevoir jamais la céleste accolade,</div>
-
-<div class="verse stanza">Est-ce possible? Un jour, pouvoir la retrouver</div>
-<div class="verse">Dans votre sein, sur votre c&oelig;ur qui fut le nôtre,</div>
-<div class="verse">La place où reposa la tête de l'apôtre?</div>
-</div>
-
-<h4>VII</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,</div>
-<div class="verse">Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise</div>
-<div class="verse">De ton c&oelig;ur vers les bras ouverts de mon Église,</div>
-<div class="verse">Comme la guêpe vole au lis épanoui.</div>
-
-<div class="verse stanza">Approche-toi de mon oreille. Épanches-y</div>
-<div class="verse">L'humiliation d'une brave franchise.</div>
-<div class="verse">Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise</div>
-<div class="verse">Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis franchement et simplement viens à ma table.</div>
-<div class="verse">Et je t'y bénirai d'un repas délectable</div>
-<div class="verse">Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tu boiras le Vin de la vigne immuable</div>
-<div class="verse">Dont la force, dont la douceur, dont la bonté</div>
-<div class="verse">Feront germer ton sang à l'immortalité.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère</div>
-<div class="verse">D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,</div>
-<div class="verse">Et surtout reviens très souvent dans ma maison,</div>
-<div class="verse">Pour y participer au Vin qui désaltère,</div>
-
-<div class="verse stanza">Au Pain sans qui la vie est une trahison,</div>
-<div class="verse">Pour y prier mon Père et supplier ma Mère</div>
-<div class="verse">Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,</div>
-<div class="verse">D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,</div>
-
-<div class="verse stanza">D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,</div>
-<div class="verse">D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,</div>
-<div class="verse">Enfin, de devenir un peu semblable à moi</div>
-
-<div class="verse stanza">Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate</div>
-<div class="verse">Et de Judas et de Pierre, pareil à toi</div>
-<div class="verse">Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs</div>
-<div class="verse">Si doux qu'ils sont encore d'ineffables délices,</div>
-<div class="verse">Je te ferai goûter sur terre mes prémices,</div>
-<div class="verse">La paix du c&oelig;ur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs</div>
-
-<div class="verse stanza">Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs</div>
-<div class="verse">Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice</div>
-<div class="verse">Éternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,</div>
-<div class="verse">Et que sonnent les angélus roses et noirs,</div>
-
-<div class="verse stanza">En attendant l'assomption dans ma lumière,</div>
-<div class="verse">L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,</div>
-<div class="verse">La musique de mes louanges à jamais,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et l'extase perpétuelle et la science.</div>
-<div class="verse">Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance</div>
-<div class="verse">De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais!</div>
-</div>
-
-<h4>VIII</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">&mdash;Ah! Seigneur, qu'ai-je? Hélas! me voici tout en larmes</div>
-<div class="verse">D'une joie extraordinaire: votre voix</div>
-<div class="verse">Me fait comme du bien et du mal à la fois,</div>
-<div class="verse">Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes</div>
-<div class="verse">D'un clairon pour des champs de bataille où je vois</div>
-<div class="verse">Des anges bleus et blancs portés sur des pavois,</div>
-<div class="verse">Et ce clairon m'enlève en de fières alarmes.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi.</div>
-<div class="verse">Je suis indigne, mais je sais votre clémence.</div>
-<div class="verse">Ah! quel effort, mais quelle ardeur! Et me voici</div>
-
-<div class="verse stanza">Plein d'une humble prière, encor qu'un trouble immense</div>
-<div class="verse">Brouille l'espoir que votre voix me révéla,</div>
-<div class="verse">Et j'aspire en tremblant.</div>
-</div>
-
-<h4>IX</h4>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i6">&mdash;Pauvre âme, c'est cela!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p5">V</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Désormais le Sage, puni</div>
-<div class="verse i2">Pour avoir trop aimé les choses,</div>
-<div class="verse i2">Rendu prudent à l'infini,</div>
-<div class="verse i2">Mais franc de scrupules moroses,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et d'ailleurs retournant au Dieu</div>
-<div class="verse i2">Qui fit les yeux et la lumière,</div>
-<div class="verse i2">L'honneur, la gloire, et tout le peu</div>
-<div class="verse i2">Qu'a son âme de candeur fière,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le Sage peut dorénavant</div>
-<div class="verse i2">Assister aux scènes du monde,</div>
-<div class="verse i2">Et suivre la chanson du vent,</div>
-<div class="verse i2">Et contempler la mer profonde.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il ira, calme, et passera</div>
-<div class="verse i2">Dans la férocité des villes,</div>
-<div class="verse i2">Comme un mondain à l'Opéra</div>
-<div class="verse i2">Qui sort blasé des danses viles.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Même,&mdash;et pour tenir abaissé</div>
-<div class="verse i2">L'orgueil, qui fit son âme veuve.</div>
-<div class="verse i2">Il remontera le passé,</div>
-<div class="verse i2">Ce passé, comme un mauvais fleuve!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il reverra l'herbe des bords,</div>
-<div class="verse i2">Il entendra le flot qui pleure</div>
-<div class="verse i2">Sur le bonheur mort et les torts</div>
-<div class="verse i2">De cette date et de cette heure!&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il aimera les cieux, les champs,</div>
-<div class="verse i2">La bonté, l'ordre et l'harmonie,</div>
-<div class="verse i2">Et sera doux, même aux méchants</div>
-<div class="verse i2">Afin que leur mort soit bénie.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Délicat et non exclusif,</div>
-<div class="verse i2">Il sera du jour où nous sommes:</div>
-<div class="verse i2">Son c&oelig;ur, plutôt contemplatif,</div>
-<div class="verse i2">Pourtant saura l'&oelig;uvre des hommes.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais, revenu des passions,</div>
-<div class="verse i2">Un peu méfiant des «usages»,</div>
-<div class="verse i2">A vos civilisations</div>
-<div class="verse i2">Préférera les paysages.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p6">VI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Du fond du grabat</div>
-<div class="verse i3">As-tu vu l'étoile</div>
-<div class="verse i3">Que l'hiver dévoile?</div>
-<div class="verse i3">Comme ton c&oelig;ur bat,</div>
-<div class="verse i3">Comme cette idée,</div>
-<div class="verse i3">Regret ou désir,</div>
-<div class="verse i3">Ravage à plaisir</div>
-<div class="verse i3">Ta tête obsédée,</div>
-<div class="verse i3">Pauvre tête en feu,</div>
-<div class="verse i3">Pauvre c&oelig;ur sans dieu,</div>
-<div class="verse i3">L'ortie et l'herbette</div>
-<div class="verse i3">Au bas du rempart</div>
-<div class="verse i3">D'où l'appel frais part</div>
-<div class="verse i3">D'une aigre trompette,</div>
-<div class="verse i3">Le vent du coteau,</div>
-<div class="verse i3">La Meuse, la goutte</div>
-<div class="verse i3">Qu'on boit sur la route</div>
-<div class="verse i3">A chaque écriteau,</div>
-<div class="verse i3">Les sèves qu'on hume,</div>
-<div class="verse i3">Les pipes qu'on fume!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Un rêve de froid:</div>
-<div class="verse i3">«Que c'est beau la neige</div>
-<div class="verse i3">Et tout son cortège</div>
-<div class="verse i3">Dans leur cadre étroit!</div>
-<div class="verse i3">Oh! tes blancs arcanes,</div>
-<div class="verse i3">Nouvelle Archangel,</div>
-<div class="verse i3">Mirage éternel</div>
-<div class="verse i3">De mes caravanes!</div>
-<div class="verse i3">Oh! ton chaste ciel,</div>
-<div class="verse i3">Nouvelle Archangel!»</div>
-<div class="verse i3">Cette ville sombre!</div>
-<div class="verse i3">Tout est crainte ici&hellip;</div>
-<div class="verse i3">Le ciel est transi</div>
-<div class="verse i3">D'éclairer tant d'ombre.</div>
-<div class="verse i3">Les pas que tu fais</div>
-<div class="verse i3">Parmi ces bruyères</div>
-<div class="verse i3">Lèvent des poussières</div>
-<div class="verse i3">Au souffle mauvais&hellip;</div>
-<div class="verse i3">Voyageur si triste,</div>
-<div class="verse i3">Tu suis quelle piste?</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">C'est l'ivresse à mort,</div>
-<div class="verse i3">C'est la noire orgie,</div>
-<div class="verse i3">C'est l'amer effort</div>
-<div class="verse i3">De ton énergie</div>
-<div class="verse i3">Vers l'oubli dolent</div>
-<div class="verse i3">De la voix intime,</div>
-<div class="verse i3">C'est le seuil du crime,</div>
-<div class="verse i3">C'est l'essor sanglant.</div>
-<div class="verse i3">&mdash;Oh! fuis la chimère:</div>
-<div class="verse i3">Ta mère, ta mère!</div>
-<div class="verse i3">Quelle est cette voix</div>
-<div class="verse i3">Qui ment et qui flatte!</div>
-<div class="verse i3">«Ah! la tête plate,</div>
-<div class="verse i3">Vipère des bois!»</div>
-<div class="verse i3">Pardon et mystère.</div>
-<div class="verse i3">Laisse ça dormir.</div>
-<div class="verse i3">Qui peut, sans frémir.</div>
-<div class="verse i3">Juger sur la terre?</div>
-<div class="verse i3">«Ah! pourtant, pourtant,</div>
-<div class="verse i3">Ce monstre impudent!»</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La mer! Puisse-t-elle</div>
-<div class="verse i3">Laver ta ranc&oelig;ur,</div>
-<div class="verse i3">La mer au grand c&oelig;ur,</div>
-<div class="verse i3">Ton aïeule, celle</div>
-<div class="verse i3">Qui chante en berçant</div>
-<div class="verse i3">Ton angoisse atroce,</div>
-<div class="verse i3">La mer, doux colosse</div>
-<div class="verse i3">Au sein innocent,</div>
-<div class="verse i3">Grondeuse infinie</div>
-<div class="verse i3">De ton ironie!</div>
-<div class="verse i3">Tu vis sans savoir!</div>
-<div class="verse i3">Tu verses ton âme,</div>
-<div class="verse i3">Ton lait et ta flamme</div>
-<div class="verse i3">Dans quel désespoir?</div>
-<div class="verse i3">Ton sang qui s'amasse</div>
-<div class="verse i3">En une fleur d'or</div>
-<div class="verse i3">N'est pas prêt encor</div>
-<div class="verse i3">A la dédicace.</div>
-<div class="verse i3">Attends quelque peu,</div>
-<div class="verse i3">Ceci n'est que jeu.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Cette frénésie</div>
-<div class="verse i3">T'initie au but.</div>
-<div class="verse i3">D'ailleurs, le salut</div>
-<div class="verse i3">Viendra d'un Messie</div>
-<div class="verse i3">Dont tu ne sens plus</div>
-<div class="verse i3">Depuis bien des lieues</div>
-<div class="verse i3">Les effluves bleues</div>
-<div class="verse i3">Sous tes bras perclus,</div>
-<div class="verse i3">Naufragé d'un rêve</div>
-<div class="verse i3">Qui n'a pas de grève!</div>
-<div class="verse i3">Vis en attendant</div>
-<div class="verse i3">L'heure toute proche.</div>
-<div class="verse i3">Ne sois pas prudent.</div>
-<div class="verse i3">Trêve à tout reproche.</div>
-<div class="verse i3">Fais ce que tu veux.</div>
-<div class="verse i3">Une main te guide</div>
-<div class="verse i3">A travers le vide</div>
-<div class="verse i3">Affreux de tes v&oelig;ux.</div>
-<div class="verse i3">Un peu de courage,</div>
-<div class="verse i3">C'est le bon orage.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Voici le Malheur</div>
-<div class="verse i3">Dans sa plénitude.</div>
-<div class="verse i3">Mais à sa main rude</div>
-<div class="verse i3">Quelle belle fleur!</div>
-<div class="verse i3">«La brûlante épine!»</div>
-<div class="verse i3">Un lys est moins blanc,</div>
-<div class="verse i3">«Elle m'entre au flanc.»</div>
-<div class="verse i3">Et l'odeur divine!</div>
-<div class="verse i3">«Elle m'entre au c&oelig;ur.»</div>
-<div class="verse i3">Le parfum vainqueur!</div>
-<div class="verse i3">«Pourtant je regrette,</div>
-<div class="verse i3">Pourtant je me meurs,</div>
-<div class="verse i3">Pourtant ces deux c&oelig;urs&hellip;»</div>
-<div class="verse i3">Lève un peu la tête:</div>
-<div class="verse i3">«Eh bien, c'est la Croix.»</div>
-<div class="verse i3">Lève un peu ton âme</div>
-<div class="verse i3">De ce monde infâme.</div>
-<div class="verse i3">«Est-ce que je crois?»</div>
-<div class="verse i3">Qu'en sais-tu? La Bête</div>
-<div class="verse i3">Ignore sa tête,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La Chair et le Sang</div>
-<div class="verse i3">Méconnaissent l'Acte.</div>
-<div class="verse i3">«Mais j'ai fait un pacte</div>
-<div class="verse i3">Qui va m'enlaçant</div>
-<div class="verse i3">A la faute noire,</div>
-<div class="verse i3">Je me dois à mon</div>
-<div class="verse i3">Tenace démon:</div>
-<div class="verse i3">Je ne veux point croire.</div>
-<div class="verse i3">Je n'ai pas besoin</div>
-<div class="verse i3">De rêver si loin!</div>
-<div class="verse i3">«Aussi bien j'écoute</div>
-<div class="verse i3">Des sons d'autrefois.</div>
-<div class="verse i3">Vipère des bois,</div>
-<div class="verse i3">Encor sur ma route?</div>
-<div class="verse i3">Cette fois tu mords.»</div>
-<div class="verse i3">Laisse cette bête.</div>
-<div class="verse i3">Que fait au poète?</div>
-<div class="verse i3">Que sont des c&oelig;urs morts?</div>
-<div class="verse i3">Ah! plutôt oublie</div>
-<div class="verse i3">Ta propre folie.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ah! plutôt, surtout,</div>
-<div class="verse i3">Douceur, patience,</div>
-<div class="verse i3">Mi-voix et nuance,</div>
-<div class="verse i3">Et paix jusqu'au bout!</div>
-<div class="verse i3">Aussi bon que sage,</div>
-<div class="verse i3">Simple autant que bon,</div>
-<div class="verse i3">Soumets ta raison</div>
-<div class="verse i3">Au plus pauvre adage,</div>
-<div class="verse i3">Naïf et discret,</div>
-<div class="verse i3">Heureux en secret!</div>
-<div class="verse i3">Ah! surtout, terrasse</div>
-<div class="verse i3">Ton orgueil cruel,</div>
-<div class="verse i3">Implore la grâce</div>
-<div class="verse i3">D'être un pur Abel,</div>
-<div class="verse i3">Finis l'odyssée</div>
-<div class="verse i3">Dans le repentir</div>
-<div class="verse i3">D'un humble martyr,</div>
-<div class="verse i3">D'une humble pensée.</div>
-<div class="verse i3">Regarde au-dessus&hellip;</div>
-<div class="verse i3">«Est-ce vous, <span class="sc">Jésus</span>?»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p7">VII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le ciel est, par-dessus le toit,</div>
-<div class="verse i4">Si bleu, si calme!</div>
-<div class="verse i2">Un arbre, par-dessus le toit</div>
-<div class="verse i4">Berce sa palme.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La cloche dans le ciel qu'on voit</div>
-<div class="verse i4">Doucement tinte.</div>
-<div class="verse i2">Un oiseau sur l'arbre qu'on voit</div>
-<div class="verse i4">Chante sa plainte.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,</div>
-<div class="verse i4">Simple et tranquille.</div>
-<div class="verse i2">Cette paisible rumeur-là</div>
-<div class="verse i4">Vient de la ville.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;Qu'as-tu fait, ô toi que voilà</div>
-<div class="verse i4">Pleurant sans cesse,</div>
-<div class="verse i2">Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,</div>
-<div class="verse i4">De ta jeunesse?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p8">VIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Le son du cor s'afflige vers les bois</div>
-<div class="verse i1">D'une douleur on veut croire orpheline</div>
-<div class="verse i1">Qui vient mourir au bas de la colline</div>
-<div class="verse i1">Parmi la bise errant en courts abois.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">L'âme du loup pleure dans cette voix</div>
-<div class="verse i1">Qui monte avec le soleil qui décline,</div>
-<div class="verse i1">D'une agonie on veut croire câline</div>
-<div class="verse i1">Et qui ravit et qui navre à la fois.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Pour faire mieux cette plainte assoupie</div>
-<div class="verse i1">La neige tombe à longs traits de charpie</div>
-<div class="verse i1">A travers le couchant sanguinolent,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,</div>
-<div class="verse i1">Tant il fait doux par ce soir monotone</div>
-<div class="verse i1">Où se dorlote un paysage lent.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p9">IX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La tristesse, la langueur du corps humain</div>
-<div class="verse">M'attendrissent, me fléchissent, m'apitoient,</div>
-<div class="verse">Ah! surtout quand des sommeils noirs le foudroient.</div>
-<div class="verse">Quand les draps zèbrent la peau, foulent la main!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que mièvre dans la fièvre du demain,</div>
-<div class="verse">Tiède encor du bain de sueur qui décroît,</div>
-<div class="verse">Comme un oiseau qui grelotte sous un toit!</div>
-<div class="verse">Et les pieds, toujours douloureux du chemin,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le sein, marqué d'un double coup de poing,</div>
-<div class="verse">Et la bouche, une blessure rouge encor,</div>
-<div class="verse">Et la chair frémissante, frêle décor,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et les yeux, les pauvres yeux si beaux où point</div>
-<div class="verse">La douleur de voir encore du fini!&hellip;</div>
-<div class="verse">Triste corps! Combien faible et combien puni!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p10">X</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La bise se rue à travers</div>
-<div class="verse i2">Les buissons tout noirs et tout verts,</div>
-<div class="verse i2">Glaçant la neige éparpillée,</div>
-<div class="verse i2">Dans la campagne ensoleillée.</div>
-<div class="verse i2">L'odeur est aigre près des bois,</div>
-<div class="verse i2">L'horizon chante avec des voix,</div>
-<div class="verse i2">Les coqs des clochers des villages</div>
-<div class="verse i2">Luisent crûment sur les nuages.</div>
-<div class="verse i2">C'est délicieux de marcher</div>
-<div class="verse i2">A travers ce brouillard léger</div>
-<div class="verse i2">Qu'un vent taquin parfois retrousse.</div>
-<div class="verse i2">Ah! fi de mon vieux feu qui tousse!</div>
-<div class="verse i2">J'ai des fourmis plein les talons.</div>
-<div class="verse i2">Debout, mon âme, vite, allons!</div>
-<div class="verse i2">C'est le printemps sévère encore,</div>
-<div class="verse i2">Mais qui par instant s'édulcore</div>
-<div class="verse i2">D'un souffle tiède juste assez</div>
-<div class="verse i2">Pour mieux sentir les froids passés</div>
-<div class="verse i2">Et penser au Dieu de clémence&hellip;</div>
-<div class="verse i2">Va, mon âme, à l'espoir immense!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p11">XI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées!</div>
-<div class="verse">L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées,</div>
-<div class="verse">Douceur de c&oelig;ur avec sévérité d'esprit,</div>
-<div class="verse">Et cette vigilance, et le calme prescrit,</div>
-<div class="verse">Et toutes!&mdash;Mais encor lentes, bien éveillées,</div>
-<div class="verse">Bien d'aplomb, mais encor timides, débrouillées</div>
-<div class="verse">A peine du lourd rêve et de la tiède nuit.</div>
-<div class="verse">C'est à qui de vous va plus gauche, l'une suit</div>
-<div class="verse">L'autre, et toutes ont peur du vaste clair de lune.</div>
-<div class="verse">«Telles, quand des brebis sortent d'un clos. C'est une,</div>
-<div class="verse">Puis deux, puis trois. Le reste est là, les yeux baissés,</div>
-<div class="verse">La tête à terre, et l'air des plus embarrassés,</div>
-<div class="verse">Faisant ce que fait leur chef de file: il s'arrête,</div>
-<div class="verse">Elles s'arrêtent tour à tour, posant leur tête</div>
-<div class="verse">Sur son dos, simplement et sans savoir pourquoi<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.»</div>
-<div class="verse">Votre pasteur, ô mes brebis, ce n'est pas moi,</div>
-<div class="verse">C'est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes,</div>
-<div class="verse">Lui qui vous tint longtemps et si longtemps là closes,</div>
-<div class="verse">Mais qui vous délivra de sa main au temps vrai.</div>
-<div class="verse">Suivez-le. Sa houlette est bonne.</div>
-<div class="verse i8">Et je serai,</div>
-<div class="verse">Sous sa voix toujours douce à votre ennui qui bêle,</div>
-<div class="verse">Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidèle.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <span class="sc">Daniel</span>, <i>Le Purgatoire</i>.</p>
-</div>
-
-<h3 id="p2p12">XII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L'échelonnement des haies</div>
-<div class="verse i2">Moutonne à l'infini, mer</div>
-<div class="verse i2">Claire dans le brouillard clair</div>
-<div class="verse i2">Qui sent bon les jeunes baies.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Des arbres et des moulins</div>
-<div class="verse i2">Sont légers sous le vert tendre</div>
-<div class="verse i2">Où vient s'ébattre et s'étendre</div>
-<div class="verse i2">L'agilité des poulains.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans ce vague d'un Dimanche</div>
-<div class="verse i2">Voici se jouer aussi</div>
-<div class="verse i2">De grandes brebis aussi</div>
-<div class="verse i2">Douces que leur laine blanche.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tout à l'heure déferlait</div>
-<div class="verse i2">L'onde, roulée en volutes,</div>
-<div class="verse i2">De cloches comme des flûtes</div>
-<div class="verse i2">Dans le ciel comme du lait.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p13">XIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">L'immensité de l'humanité,</div>
-<div class="verse i1">Le Temps passé vivace et bon père,</div>
-<div class="verse i1">Une entreprise à jamais prospère:</div>
-<div class="verse i1">Quelle puissante et calme cité!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Il semble ici qu'on vit dans l'histoire,</div>
-<div class="verse i1">Tout est plus fort que l'homme d'un jour.</div>
-<div class="verse i1">De lourds rideaux d'atmosphère noire</div>
-<div class="verse i1">Font richement la nuit alentour.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O civilisés que civilise</div>
-<div class="verse i1">L'Ordre obéi, le Respect sacré!</div>
-<div class="verse i1">O dans ce champ si bien préparé</div>
-<div class="verse i1">Cette moisson de la Seule Église!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p14">XIV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">La mer est plus belle</div>
-<div class="verse i3">Que les cathédrales,</div>
-<div class="verse i3">Nourrice fidèle,</div>
-<div class="verse i3">Berceuse de râles,</div>
-<div class="verse i3">La mer sur qui prie</div>
-<div class="verse i3">La Vierge Marie!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Elle a tous les dons</div>
-<div class="verse i3">Terribles et doux.</div>
-<div class="verse i3">J'entends ses pardons</div>
-<div class="verse i3">Gronder ses courroux.</div>
-<div class="verse i3">Cette immensité</div>
-<div class="verse i3">N'a rien d'entêté.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">O! si patiente,</div>
-<div class="verse i3">Même quand méchante!</div>
-<div class="verse i3">Un souffle ami hante</div>
-<div class="verse i3">La vague, et nous chante:</div>
-<div class="verse i3">«Vous sans espérance,</div>
-<div class="verse i3">Mourez sans souffrance!»</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et puis sous les cieux</div>
-<div class="verse i3">Qui s'y rient plus clairs,</div>
-<div class="verse i3">Elle a des airs bleus,</div>
-<div class="verse i3">Roses, gris et verts&hellip;</div>
-<div class="verse i3">Plus belle que tous,</div>
-<div class="verse i3">Meilleure que nous!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p15">XV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches</div>
-<div class="verse">Où rage le soleil comme en pays conquis.</div>
-<div class="verse">Tous les vices ont leur tanière, les exquis</div>
-<div class="verse">Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches.</div>
-
-<div class="verse stanza">Des odeurs! Des bruits vains! Où que vague le c&oelig;ur,</div>
-<div class="verse">Toujours ce poudroiement vertigineux de sable,</div>
-<div class="verse">Toujours ce remuement de la chose coupable</div>
-<div class="verse">Dans cette solitude où s'éc&oelig;ure le c&oelig;ur!</div>
-
-<div class="verse stanza">De près, de loin, le Sage aura sa thébaïde</div>
-<div class="verse">Parmi le fade ennui qui monte de ceci,</div>
-<div class="verse">D'autant plus âpre et plus sanctifiante aussi,</div>
-<div class="verse">Que deux parts de son âme y pleurent, dans ce vide!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p16">XVI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Toutes les amours de la terre</div>
-<div class="verse i2">Laissent au c&oelig;ur du délétère</div>
-<div class="verse i2">Et de l'affreusement amer,</div>
-<div class="verse i2">Fraternelles et conjugales,</div>
-<div class="verse i2">Paternelles et filiales,</div>
-<div class="verse i2">Civiques et nationales,</div>
-<div class="verse i2">Les charnelles, les idéales.</div>
-<div class="verse i2">Toutes ont la guêpe et le ver.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La mort prend ton père et ta mère,</div>
-<div class="verse i2">Ton frère trahira son frère,</div>
-<div class="verse i2">Ta femme flaire un autre époux,</div>
-<div class="verse i2">Ton enfant, on te l'aliène,</div>
-<div class="verse i2">Ton peuple, il se pille ou s'enchaîne</div>
-<div class="verse i2">Et l'étranger y pond sa haine,</div>
-<div class="verse i2">Ta chair s'irrite et tourne obscène,</div>
-<div class="verse i2">Ton âme flue en rêves fous.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais, dit Jésus, aime, n'importe!</div>
-<div class="verse i2">Puis, de toute illusion morte</div>
-<div class="verse i2">Fais un cortège, forme un ch&oelig;ur,</div>
-<div class="verse i2">Va devant, tel aux champs le pâtre,</div>
-<div class="verse i2">Tel le coryphée au théâtre,</div>
-<div class="verse i2">Tel le vrai prêtre ou l'idolâtre,</div>
-<div class="verse i2">Tels les grands-parents près de l'âtre,</div>
-<div class="verse i2">Oui, que devant aille ton c&oelig;ur!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et que toutes ces voix dolentes</div>
-<div class="verse i2">S'élèvent rapides ou lentes,</div>
-<div class="verse i2">Aigres ou douces, composant</div>
-<div class="verse i2">A la gloire de Ma souffrance</div>
-<div class="verse i2">Instrument de ta délivrance,</div>
-<div class="verse i2">Condiment de ton espérance</div>
-<div class="verse i2">Et mets de ta propre navrance,</div>
-<div class="verse i2">L'hymne qui te sied à présent!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p17">XVII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit</div>
-<div class="verse">La reine d'ici-bas, et littéralement!</div>
-<div class="verse">Elle dit peu de mots de ce gouvernement</div>
-<div class="verse">Et ne s'arrête point aux détails de surcroît;</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie</div>
-<div class="verse">Et croie, est ceci dont elle la complimente;</div>
-<div class="verse">Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente.</div>
-<div class="verse">Puis le pauvre-de-c&oelig;ur décide et suit sa voie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Qui l'en empêchera? De v&oelig;ux il n'en a plus</div>
-<div class="verse">Que celui d'être un jour au nombre des élus,</div>
-<div class="verse">Tout-puissant serviteur, tout-puissant souverain,</div>
-
-<div class="verse stanza">Prodigue et dédaigneux, sur tous, des choses eues,</div>
-<div class="verse">Mais accumulateur des seules choses sues,</div>
-<div class="verse">De quel si fier sujet, et libre, quelle reine!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p2p18">XVIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C'est la fête du blé, c'est la fête du pain</div>
-<div class="verse">Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!</div>
-<div class="verse">Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain</div>
-<div class="verse">De lumière si blanc que les ombres sont roses.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux</div>
-<div class="verse">Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère.</div>
-<div class="verse">La plaine, tout au loin couverte de travaux,</div>
-<div class="verse">Change de face à chaque instant, gaie et sévère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement</div>
-<div class="verse">Sous le soleil tranquille, auteur des moissons mûres,</div>
-<div class="verse">Et qui travaille encore imperturbablement</div>
-<div class="verse">A gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.</div>
-
-<div class="verse stanza">Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,</div>
-<div class="verse">Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne</div>
-<div class="verse">L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.</div>
-<div class="verse">Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne!</div>
-
-<div class="verse stanza">Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,</div>
-<div class="verse">Fruit de la force humaine en tous lieux répartie,</div>
-<div class="verse">Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins</div>
-<div class="verse">La Chair et le Sang pour le calice et l'hostie!</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">AMOUR</h2>
-
-
-<h3 id="p3p1">PRIÈRE DU MATIN</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Seigneur, exaucez et dictez ma prière,</div>
-<div class="verse">Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,</div>
-<div class="verse">Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,</div>
-<div class="verse">Et qui m'avez aimé de toute éternité.</div>
-
-<div class="verse stanza">Car&mdash;ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère</div>
-<div class="verse">Miséricordieux, que, cent fois médité,</div>
-<div class="verse">Toujours il confondit ma raison qu'il atterre,&mdash;</div>
-<div class="verse">Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,</div>
-
-<div class="verse stanza">Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière,</div>
-<div class="verse">Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,</div>
-<div class="verse">Dès avant l'univers, dès avant la lumière,</div>
-<div class="verse">Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.</div>
-
-<div class="verse stanza">Exaucez ma prière après l'avoir formée</div>
-<div class="verse">De gratitude immense et des plus humbles v&oelig;ux,</div>
-<div class="verse">Comme un poète scande une ode bien-aimée,</div>
-<div class="verse">Comme une mère baise un fils sur les cheveux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire</div>
-<div class="verse">Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur</div>
-<div class="verse">Parmi les hommes durs sous une loi sévère,</div>
-<div class="verse">Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie</div>
-<div class="verse">Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints,</div>
-<div class="verse">O donnez-moi la foi très forte, que je croie</div>
-<div class="verse">Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et donnez-moi la foi très douce que j'estime</div>
-<div class="verse">N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,</div>
-<div class="verse">Que j'aime le pécheur en détestant son crime,</div>
-<div class="verse">Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure</div>
-<div class="verse">Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,</div>
-<div class="verse">Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure</div>
-<div class="verse">Lâchement gaspillée aux efforts que je perds;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance</div>
-<div class="verse">Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur;</div>
-<div class="verse">Donnez, juste Seigneur, avec la confiance,</div>
-<div class="verse">Donnez la méfiance à votre serviteur:</div>
-
-<div class="verse stanza">Que je ne sois jamais un objet de censure</div>
-<div class="verse">Dans l'action pieuse et le juste discours;</div>
-<div class="verse">Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure;</div>
-<div class="verse">D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours;</div>
-
-<div class="verse stanza">Faites que mon exemple amène à vous connaître</div>
-<div class="verse">Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,</div>
-<div class="verse">Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,</div>
-<div class="verse">Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,</div>
-<div class="verse">L'homme, la patience et ce devoir dicté,</div>
-<div class="verse">Aura fructifié de mon mieux dans vos serres,</div>
-<div class="verse">Laissez-moi vous aimer en toute charité,</div>
-
-<div class="verse stanza">Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses</div>
-<div class="verse">Aimer jusqu'à la mort votre perfection,</div>
-<div class="verse">Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,</div>
-<div class="verse">Jusqu'à la mort du c&oelig;ur, orgueil et passion,</div>
-
-<div class="verse stanza">Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle</div>
-<div class="verse">Que votre volonté dès longtemps appelait</div>
-<div class="verse">Vers l'humilité sainte éternellement belle,</div>
-<div class="verse">Mais lui gardait son rêve infernalement laid,</div>
-
-<div class="verse stanza">Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,</div>
-<div class="verse">Spéculation creuse et calculs impuissants,</div>
-<div class="verse">Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques.</div>
-<div class="verse">Ah! tuez mon esprit, et mon c&oelig;ur et mes sens!</div>
-
-<div class="verse stanza">Place à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie</div>
-<div class="verse">Que tout est vanité fors elle-même en Dieu;</div>
-<div class="verse">Place à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie</div>
-<div class="verse">Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que cette âme soit la servante très douce</div>
-<div class="verse">Avant d'être l'épouse au trône non pareil.</div>
-<div class="verse">Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse</div>
-<div class="verse">Où ce petit oiseau se baigne de soleil,</div>
-
-<div class="verse stanza">La paisible oraison comme la fraîche étable</div>
-<div class="verse">Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins</div>
-<div class="verse">D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable</div>
-<div class="verse">Et que juin fait crier l'insecte dans les foins,</div>
-
-<div class="verse stanza">L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,</div>
-<div class="verse">Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.</div>
-<div class="verse">Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle</div>
-<div class="verse">Un ruisseau toujours clair d'austères vérités:</div>
-
-<div class="verse stanza">La mort, le noir péché, la pénitence blanche,</div>
-<div class="verse">L'occasion à fuir et la grâce à guetter;</div>
-<div class="verse">Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche</div>
-<div class="verse">Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter:</div>
-
-<div class="verse stanza">Mortification spirituelle, épreuve</div>
-<div class="verse">Du feu par le désir et de l'eau par le pleur</div>
-<div class="verse">Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve</div>
-<div class="verse">D'un amour que doit seule aviver la douleur,</div>
-
-<div class="verse stanza">Sécheresses ainsi que des trombes de sable</div>
-<div class="verse">En travers du torrent où luttent ses bras lourds,</div>
-<div class="verse">Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable</div>
-<div class="verse">Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,</div>
-<div class="verse">Et la vague bientôt porterait doucement</div>
-<div class="verse">L'âme persévérante et son amour fidèle</div>
-<div class="verse">Aux pieds de votre Amour fidèle, ô Dieu clément!</div>
-
-<div class="verse stanza">La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes</div>
-<div class="verse">Me ressusciterait à votre éternité.</div>
-<div class="verse">Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes</div>
-<div class="verse">Et bénissez l'effort de ma débilité!</div>
-
-<div class="verse stanza">Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez à parfaire</div>
-<div class="verse">L'&oelig;uvre de votre c&oelig;ur adorable, en sauvant</div>
-<div class="verse">L'âme que rachetaient les affres du Calvaire;</div>
-<div class="verse">Père, considérez le prix de votre enfant.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p2">ÉCRIT EN 1875</h3>
-
-<p class="c small">A EDMOND LEPELLETIER</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J'ai naguère habité le meilleur des châteaux</div>
-<div class="verse">Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux:</div>
-<div class="verse">Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,</div>
-<div class="verse">Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.</div>
-<div class="verse">Le mur, étant de brique extérieurement,</div>
-<div class="verse">Luisait rouge au soleil de ce site dormant,</div>
-<div class="verse">Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure,</div>
-<div class="verse">Tendait légèrement la voûte intérieure.</div>
-<div class="verse">O diane des yeux qui vont parler au c&oelig;ur,</div>
-<div class="verse">O réveil pour les sens éperdus de langueur,</div>
-<div class="verse">Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches,</div>
-<div class="verse">Innocence et fierté des choses, couleurs blanches!</div>
-<div class="verse">Parmi des escaliers en vrille, tout aciers</div>
-<div class="verse">Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,</div>
-<div class="verse">Cette blancheur bleuâtre et si douce à m'en croire,</div>
-<div class="verse">Que relevait un peu la longue plinthe noire,</div>
-<div class="verse">S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur</div>
-<div class="verse">Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur.</div>
-<div class="verse">Une chambre bien close, une table, une chaise,</div>
-<div class="verse">Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise,</div>
-<div class="verse">Du jour suffisamment et de l'espace assez,</div>
-<div class="verse">Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,</div>
-<div class="verse">Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,</div>
-<div class="verse">Ni le reste, et du point de vue où je me place,</div>
-<div class="verse">Maintenant que voici le monde de retour,</div>
-<div class="verse">Ah! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour!</div>
-<div class="verse">Car c'était bien la paix réelle et respectable,</div>
-<div class="verse">Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,</div>
-<div class="verse">La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi,</div>
-<div class="verse">Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi,</div>
-<div class="verse">Qui glissait lentement en teintes apaisées,</div>
-<div class="verse">Au lieu de ce grand jour diffus de vos croisées.</div>
-<div class="verse">Car à quoi bon le vain appareil et l'ennui</div>
-<div class="verse">Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui,</div>
-<div class="verse">(Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)</div>
-<div class="verse">Et pourquoi cet effroi de rester solitaire</div>
-<div class="verse">Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,</div>
-<div class="verse">Comme si leur commerce était bien suffisant?</div>
-<div class="verse">Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie,</div>
-<div class="verse">Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.</div>
-<div class="verse">(O fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux!</div>
-<div class="verse">O bonté d'être cru plus malheureux que tous!)</div>
-<div class="verse">Je partageais les jours de cette solitude</div>
-<div class="verse">Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,</div>
-<div class="verse">Que délassait un peu de travail manuel.</div>
-<div class="verse">Ainsi les Saints! J'avais aussi ma part de ciel,</div>
-<div class="verse">Surtout quand, revenant au jour, si proche encore,</div>
-<div class="verse">Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore</div>
-<div class="verse">En la luxure lâche aux farces sans pardon,</div>
-<div class="verse">Je pouvais supputer tout le prix de ce don:</div>
-<div class="verse">N'être plus là, parmi les choses de la foule,</div>
-<div class="verse">S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule,</div>
-<div class="verse">Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés,</div>
-<div class="verse">N'être plus là, compter au rang des c&oelig;urs cachés,</div>
-<div class="verse">Des c&oelig;urs discrets que Dieu fait siens dans le silence,</div>
-<div class="verse">Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance</div>
-<div class="verse">Du plus bas au plus haut en essors bien réglés,</div>
-<div class="verse">Humble, prudent, béni, la croissance des blés!&mdash;</div>
-<div class="verse">D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire.</div>
-<div class="verse">Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère</div>
-<div class="verse">Apportait mes repas et repartait muet.</div>
-<div class="verse">Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait</div>
-<div class="verse">Qu'une horloge au c&oelig;ur clair qui battait à coups larges.</div>
-<div class="verse">C'était la liberté (la seule!) sans ses charges,</div>
-<div class="verse">C'était la dignité dans la sécurité!</div>
-<div class="verse">O lieu presque aussitôt regretté que quitté,</div>
-<div class="verse">Château, château magique où mon âme s'est faite,</div>
-<div class="verse">Frais séjour où se vint apaiser la tempête</div>
-<div class="verse">De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang,</div>
-<div class="verse">Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc,</div>
-<div class="verse">Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres</div>
-<div class="verse">Et désaltère encor l'arrière-soif des fièvres,</div>
-<div class="verse">O sois béni, château d'où me voilà sorti</div>
-<div class="verse">Prêt à la vie, armé de douceur et nanti</div>
-<div class="verse">De la Foi, pain et sel et manteau pour la route</div>
-<div class="verse">Si déserte, si rude et si longue, sans doute,</div>
-<div class="verse">Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets.</div>
-<div class="verse">Et soit aimé l'<span class="sc">Auteur</span> de la Grâce, à jamais!</div>
-</div>
-
-<p class="date">(Stickney, Angleterre.)</p>
-
-
-<h3 id="p3p3">UN CONTE</h3>
-
-<p class="c small">A J.-K. HUYSMANS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme</div>
-<div class="verse">Et comme un soldat répand son sang pour la patrie,</div>
-<div class="verse">Je voudrais pouvoir mettre mon c&oelig;ur avec mon âme</div>
-<div class="verse">Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais je suis, hélas! un pauvre pécheur trop indigne,</div>
-<div class="verse">Ma voix hurlerait parmi le ch&oelig;ur des voix des justes:</div>
-<div class="verse">Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne,</div>
-<div class="verse">Elle pourrait offenser des oreilles augustes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il faut un c&oelig;ur pur comme l'eau qui jaillit des roches,</div>
-<div class="verse">Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème,</div>
-<div class="verse">Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches</div>
-<div class="verse">Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,</div>
-
-<div class="verse stanza">Il faut tout cela pour oser dire vos louanges,</div>
-<div class="verse">O vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,</div>
-<div class="verse">Vous, blanche à travers les battements d'ailes des anges,</div>
-<div class="verse">Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre</div>
-<div class="verse">Comment il advint qu'une âme des plus égarées,</div>
-<div class="verse">Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre,</div>
-<div class="verse">Revint au bercail des Innocences ignorées.</div>
-
-<div class="verse stanza">Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe,</div>
-<div class="verse">Eau claire du c&oelig;ur après le feu vierge de l'âme,</div>
-<div class="verse">Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,</div>
-<div class="verse">Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame!</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fut un amant dans toute la force du terme:</div>
-<div class="verse">Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,</div>
-<div class="verse">Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme,</div>
-<div class="verse">Et le sang d'un c&oelig;ur, cire vermeille pour son cierge!</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique</div>
-<div class="verse">Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise,</div>
-<div class="verse">Et comme un forçat qui remâche une vieille chique</div>
-<div class="verse">Il aimait le jus flasque de la mécréantise.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues,</div>
-<div class="verse">Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières;</div>
-<div class="verse">Bon que les amours premières fussent disparues,</div>
-<div class="verse">Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fut, et quel préjudice! un Parisien fade,</div>
-<div class="verse">Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires</div>
-<div class="verse">Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade</div>
-<div class="verse">Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires;</div>
-
-<div class="verse stanza">Race de théâtre et de boutique dont les vices</div>
-<div class="verse">Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,</div>
-<div class="verse">Lèveraient le c&oelig;ur à des sauvages, leurs complices,</div>
-<div class="verse">Race de trottoir, race d'égout et de fumée!</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin un sot, un infatué de ce temps bête</div>
-<div class="verse">(Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière)</div>
-<div class="verse">Et par-dessus tout une folle tête inquiète,</div>
-<div class="verse">Un c&oelig;ur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire,</div>
-<div class="verse">Dans quelque coin bien discret et sûr de ce c&oelig;ur même,</div>
-<div class="verse">Il avait gardé comme qui dirait la mémoire</div>
-<div class="verse">D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime.</div>
-
-<div class="verse stanza">Avait-il,&mdash;et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable,</div>
-<div class="verse">Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle</div>
-<div class="verse">Votre nom, Marie, et votre titre vénérable,</div>
-<div class="verse">Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore,</div>
-<div class="verse">Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste,</div>
-<div class="verse">Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore</div>
-<div class="verse">En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste.</div>
-
-<div class="verse stanza">Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites</div>
-<div class="verse">Folles à ce point d'en devenir trop maladroites,</div>
-<div class="verse">Si bien que les tribunaux s'en mirent,&mdash;et les suites!</div>
-<div class="verse">Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes?</div>
-
-<div class="verse stanza">Cellules! Prisons humanitaires! il faut taire</div>
-<div class="verse">Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie&hellip;</div>
-<div class="verse">Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère,</div>
-<div class="verse">O Marie, ô vous, de toute éternité choisie?</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis il se tourna vers votre Fils et vers Sa Mère.</div>
-<div class="verse">O qu'il fut heureux, mais là promptement, tout de suite!</div>
-<div class="verse">Que de larmes, quelle joie, ô Mère! et pour vous plaire,</div>
-<div class="verse">Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices,</div>
-<div class="verse">Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme la Science,</div>
-<div class="verse">Et les rires et les sourires où tu te plisses,</div>
-<div class="verse">Lèvre des petits exégètes de l'incroyance!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène</div>
-<div class="verse">Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire,</div>
-<div class="verse">Implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine,</div>
-<div class="verse">L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère!</div>
-
-<div class="verse stanza">O qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde</div>
-<div class="verse">Qu'adorer obscurément la mystique sagesse,</div>
-<div class="verse">Qu'aimer le c&oelig;ur de Jésus dans l'extase profonde</div>
-<div class="verse">De penser à vous en même temps pendant la Messe.</div>
-
-<div class="verse stanza">O faites cela, faites cette grâce à cette âme,</div>
-<div class="verse">O vous, vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,</div>
-<div class="verse">Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame,</div>
-<div class="verse">Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p4">BOURNEMOUTH</h3>
-
-<p class="c small">A FRANCIS POICTEVIN</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage,</div>
-<div class="verse">L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins,</div>
-<div class="verse">Avec la ville autour déguisée en village:</div>
-<div class="verse">Chalets éparpillés rouges dans le feuillage</div>
-<div class="verse">Et les blanches villas des stations de bains.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère,</div>
-<div class="verse">Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir</div>
-<div class="verse">Et redescend en fins bosquets où la lumière</div>
-<div class="verse">Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière</div>
-<div class="verse">Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.</div>
-
-<div class="verse stanza">A gauche la tour lourde (elle attend une flèche)</div>
-<div class="verse">Se dresse d'une église invisible d'ici,</div>
-<div class="verse">L'estacade très loin; haute, la tour, et sèche:</div>
-<div class="verse">C'est bien l'anglicanisme impérieux et rêche</div>
-<div class="verse">A qui l'essor du c&oelig;ur vers le ciel manque aussi.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,</div>
-<div class="verse">Ni brume ni soleil! le soleil deviné,</div>
-<div class="verse">Pressenti, du brouillard mourant, dansant à même</div>
-<div class="verse">Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème;</div>
-<div class="verse">L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané.</div>
-
-<div class="verse stanza">De la tour protestante il part un chant de cloche,</div>
-<div class="verse">Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,</div>
-<div class="verse">Instinctive harmonie allant de proche en proche,</div>
-<div class="verse">Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,</div>
-<div class="verse">Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix;</div>
-
-<div class="verse stanza">Bruit immense et bien doux que le long bois écoute!</div>
-<div class="verse">La musique n'est pas plus belle. Cela vient</div>
-<div class="verse">Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,</div>
-<div class="verse">Comme sous une armée au pas sonne une route</div>
-<div class="verse">Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde retient.</div>
-
-<div class="verse stanza">La sonnerie est morte. Une rouge traînée</div>
-<div class="verse">De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer,</div>
-<div class="verse">L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année</div>
-<div class="verse">Ensanglante là-bas la ville couronnée</div>
-<div class="verse">De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade</div>
-<div class="verse">Frissonne et le ressac a gémi dans son bois</div>
-<div class="verse">Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade</div>
-<div class="verse">Sur un rythme brutal comme l'ennui maussade</div>
-<div class="verse">Qui martelait mes jours coupables d'autrefois:</div>
-
-<div class="verse stanza">Solitude du c&oelig;ur dans le vide de l'âme,</div>
-<div class="verse">Le combat de la mer et des vents de l'hiver,</div>
-<div class="verse">L'orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame,</div>
-<div class="verse">Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme,</div>
-<div class="verse">Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!&hellip;</div>
-
-<div class="verse stanza">Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,</div>
-<div class="verse">Trois encor, trois encor! l'<i>Angélus</i> oublié</div>
-<div class="verse">Se souvient, le voici qui dit: Paix à ces luttes!</div>
-<div class="verse">Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes,</div>
-<div class="verse">Une vierge a conçu, le monde est délié!</div>
-
-<div class="verse stanza">Ainsi Dieu parle par la voix de <i>sa</i> chapelle</div>
-<div class="verse">Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois&hellip;</div>
-<div class="verse">O Rome, ô Mère! Cri, geste qui nous rappelle</div>
-<div class="verse">Sans cesse au bonheur seul et donne au c&oelig;ur rebelle</div>
-<div class="verse">Et triste le conseil pratique de la Croix.</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;La nuit est de velours. L'estacade laissée</div>
-<div class="verse">Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait,</div>
-<div class="verse">Une route assez droite heureusement tracée</div>
-<div class="verse">Guide jusque chez moi ma retraite pressée</div>
-<div class="verse">Dans ce noir absolu sous le long bois muet.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p5">THERE</h3>
-
-<p class="c small">A ÉMILE LE BRUN</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">«Angels», seul coin luisant dans ce Londres du soir,</div>
-<div class="verse">Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule,</div>
-<div class="verse">C'est drôle que, semblable à tel très dur espoir,</div>
-<div class="verse">Ton souvenir m'obsède et puissamment enroule</div>
-<div class="verse">Autour de mon esprit un regret rouge et noir:</div>
-
-<div class="verse stanza">Devantures, chansons, omnibus et les danses</div>
-<div class="verse">Dans le demi-brouillard où flue un goût de rhum,</div>
-<div class="verse">Décence, toutefois, le souci des cadences,</div>
-<div class="verse">Et même dans l'ivresse un certain décorum,</div>
-<div class="verse">Jusqu'à l'heure où la brume et la nuit se font denses.</div>
-
-<div class="verse stanza">«Angels»! jours déjà loin, soleils morts, flots taris;</div>
-<div class="verse">Mes vieux péchés longtemps ont rôdé par tes voies,</div>
-<div class="verse">Tout soudain rougissant, misère! et tout surpris</div>
-<div class="verse">De se plaire vraiment à tes honnêtes joies,</div>
-<div class="verse">Eux pour tout le contraire arrivés de Paris!</div>
-
-<div class="verse stanza">Souvent l'incompressible Enfance ainsi se joue,</div>
-<div class="verse">Fût-ce dans ce rapport infinitésimal,</div>
-<div class="verse">Du monstre intérieur qui nous crispe la joue</div>
-<div class="verse">Au froid ricanement de la haine et du mal,</div>
-<div class="verse">Ou gonfle notre lèvre amère en lourde moue.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'Enfance baptismale émerge du pécheur,</div>
-<div class="verse">Inattendue, alerte, et nargue ce farouche</div>
-<div class="verse">D'un sourire non sans franchise ou sans fraîcheur,</div>
-<div class="verse">Qui vient, quoi qu'il en ait, se poser sur sa bouche</div>
-<div class="verse">A lui, par un prodige exquisement vengeur.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est la Grâce qui passe aimable et nous fait signe.</div>
-<div class="verse">O la simplicité primitive, elle encor!</div>
-<div class="verse">Cher recommencement bien humble! Fuite insigne</div>
-<div class="verse">De l'heure vers l'azur mûrisseur de fruits d'or!</div>
-<div class="verse">«Angels»! ô nom <i>revu</i>, calme et frais comme un cygne!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p6">UN CRUCIFIX</h3>
-
-<p class="c small">A GERMAIN NOUVEAU</p>
-
-<p class="lieu">Église Saint-Géry, Arras.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au bout d'un bas-côté de l'église gothique,</div>
-<div class="verse">Contre le mur que vient baiser le jour mystique</div>
-<div class="verse">D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux,</div>
-<div class="verse">Le Crucifix se dresse, ineffablement doux,</div>
-<div class="verse">Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées,</div>
-<div class="verse">Et la gloire d'or sombre en langues échancrées</div>
-<div class="verse">Flue autour de la tête et des bras étendus,</div>
-<div class="verse">Tels quatre vols de flamme en un seul confondus.</div>
-<div class="verse">La statue est en bois, de grandeur naturelle,</div>
-<div class="verse">Légèrement teintée, et l'on croirait sur elle</div>
-<div class="verse">Voir s'arrêter la vie à l'instant qu'on la voit.</div>
-<div class="verse">Merveille d'art pieux, celui qui la fit doit</div>
-<div class="verse">N'avoir fait qu'elle et s'être éteint dans la victoire</div>
-<div class="verse">D'être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire.</div>
-<div class="verse">«Voilà l'homme!» Robuste et délicat pourtant.</div>
-<div class="verse">C'est bien le corps qu'il faut pour avoir souffert tant,</div>
-<div class="verse">Et c'est bien la poitrine où bat le C&oelig;ur immense:</div>
-<div class="verse">Par les lèvres le souffle expirant dit: «Clémence»,</div>
-<div class="verse">Tant l'artiste les a disjointes saintement,</div>
-<div class="verse">Et les bras grands ouverts prouvent le Dieu clément;</div>
-<div class="verse">La couronne d'épine est énorme et cruelle</div>
-<div class="verse">Sur le front inclinant sa pâleur fraternelle</div>
-<div class="verse">Vers l'ignorance humaine et l'erreur du pécheur,</div>
-<div class="verse">Tandis que, pour noyer le scrupule empêcheur</div>
-<div class="verse">D'aimer et d'espérer comme la Foi l'enseigne,</div>
-<div class="verse">Les pieds saignent, les mains saignent, le côté saigne;</div>
-<div class="verse">On sent qu'il s'offre au Père en toute charité,</div>
-<div class="verse">Ce vrai Christ catholique éperdu de bonté,</div>
-<div class="verse">Pour spécialement sauver vos âmes tristes,</div>
-<div class="verse">Pharisiens naïfs, sincères jansénistes!</div>
-<div class="verse">&mdash;Un ami qui passait, bon peintre et bon chrétien</div>
-<div class="verse">Et bon poète aussi&mdash;les trois s'accordent bien&mdash;</div>
-<div class="verse">Vit cette &oelig;uvre sublime, en fit une copie</div>
-<div class="verse">Exquise, et surprenant mon regard qui l'épie,</div>
-<div class="verse">Très gracieusement chez moi vint l'oublier.</div>
-<div class="verse">Et j'ai rimé ces vers pour le remercier.&mdash;</div>
-</div>
-
-<p class="date">Août 1880</p>
-
-
-<h3 id="p3p7">UN VEUF PARLE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je vois un groupe sur la mer.</div>
-<div class="verse i2">Quelle mer? Celle de mes larmes.</div>
-<div class="verse i2">Mes yeux mouillés du vent amer</div>
-<div class="verse i2">Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes</div>
-<div class="verse i2">Sont deux étoiles sur la mer.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C'est une toute jeune femme</div>
-<div class="verse i2">Et son enfant déjà tout grand</div>
-<div class="verse i2">Dans une barque où nul ne rame,</div>
-<div class="verse i2">Sans mât ni voile, en plein courant&hellip;</div>
-<div class="verse i2">Un jeune garçon, une femme!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">En plein courant dans l'ouragan!</div>
-<div class="verse i2">L'enfant se cramponne à sa mère</div>
-<div class="verse i2">Qui ne sait plus où, non plus qu'en&hellip;,</div>
-<div class="verse i2">Ni plus rien, et qui, folle, espère</div>
-<div class="verse i2">En le courant, en l'ouragan.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Espérez en Dieu, pauvre folle,</div>
-<div class="verse i2">Crois en notre Père, petit.</div>
-<div class="verse i2">La tempête qui vous désole,</div>
-<div class="verse i2">Mon c&oelig;ur de là-haut vous prédit</div>
-<div class="verse i2">Qu'elle va cesser, petit, folle!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et paix au groupe sur la mer,</div>
-<div class="verse i2">Sur cette mer de bonnes larmes!</div>
-<div class="verse i2">Mes yeux joyeux dans le ciel clair,</div>
-<div class="verse i2">Par cette nuit sans plus d'alarmes,</div>
-<div class="verse i2">Sont deux bons anges sur la mer.</div>
-</div>
-
-<p class="date">1878</p>
-
-
-<h3 id="p3p8">IL PARLE ENCORE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Ni pardon ni répit, dit le monde,</div>
-<div class="verse i1">Plus de place au sénat du loisir!</div>
-<div class="verse i1">On rend grâce et justice au désir</div>
-<div class="verse i1">Qui te prend d'une paix si profonde,</div>
-<div class="verse i1">Et l'on eût fait trêve avec plaisir,</div>
-<div class="verse i1">Mais la guerre est jalouse: il faut vivre</div>
-<div class="verse i1">Ou mourir du combat qui t'enivre.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Aussi bien tes v&oelig;ux sont absolus</div>
-<div class="verse i1">Quand notre art est un mol équilibre.</div>
-<div class="verse i1">Nous donnons un sens large au mot: libre,</div>
-<div class="verse i1">Et ton sens va: Vite ou jamais plus.</div>
-<div class="verse i1">Ta prière est un ordre qui vibre;</div>
-<div class="verse i1">Alors nous, indolents conseilleurs,</div>
-<div class="verse i1">Que te dire, excepté: Cherche ailleurs?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et je vois l'Orgueil et la Luxure</div>
-<div class="verse i1">Parmi la réponse: tel un cor</div>
-<div class="verse i1">Dans l'éclat fané d'un vil décor,</div>
-<div class="verse i1">Prêtant sa rage à la flûte impure.</div>
-<div class="verse i1">Quel décor connu mais triste encor!</div>
-<div class="verse i1">C'est la ville où se caille et se lie</div>
-<div class="verse i1">Ce passé qu'on boit jusqu'à la lie,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">C'est Paris banal, maussade et blanc,</div>
-<div class="verse i1">Qui chantonne une ariette vieille</div>
-<div class="verse i1">En cuvant sa «noce» de la veille</div>
-<div class="verse i1">Comme un invalide sur un banc.</div>
-<div class="verse i1">La Luxure me dit à l'oreille:</div>
-<div class="verse i1">Bonhomme, on vous a déjà donné.</div>
-<div class="verse i1">Et l'Orgueil se tait comme un damné.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O Jésus, vous voyez que la porte</div>
-<div class="verse i1">Est fermée au Devoir qui frappait,</div>
-<div class="verse i1">Et que l'on s'écarte à mon aspect.</div>
-<div class="verse i1">Je n'ai plus qu'à prier pour la morte.</div>
-<div class="verse i1">Mais l'agneau, bénissez qui le paît!</div>
-<div class="verse i1">Que le thym soit doux à sa bouchette!</div>
-<div class="verse i1">Que le loup respecte la houlette!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et puis, bon pasteur, paissez mon c&oelig;ur:</div>
-<div class="verse i1">Il est seul désormais sur la terre,</div>
-<div class="verse i1">Et l'horreur de rester solitaire</div>
-<div class="verse i1">Le distrait en l'étrange langueur</div>
-<div class="verse i1">D'un espoir qui ne veut pas se taire,</div>
-<div class="verse i1">Et l'appelle aux prés qu'il ne faut pas.</div>
-<div class="verse i1">Donnez-lui de n'aller qu'en vos pas.</div>
-</div>
-
-<p class="date">1879.</p>
-
-
-<h3 id="p3p9">SAINT GRAAL</h3>
-
-<p class="c small">A LÉON BLOY</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Parfois je sens, mourant des temps où nous vivons,</div>
-<div class="verse">Mon immense douleur s'enivrer d'espérance.</div>
-<div class="verse">En vain l'heure honteuse ouvre des trous profonds,</div>
-<div class="verse">En vain bâillent sous nous les désastres sans fonds</div>
-<div class="verse">Pour engloutir l'abus de notre âpre souffrance,</div>
-<div class="verse">Le sang de Jésus-Christ ruisselle sur la France.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le précieux Sang coule à flots de ses autels</div>
-<div class="verse">Non encor renversés, et coulerait encore</div>
-<div class="verse">Le fussent-ils, et quand nos malheurs seraient tels</div>
-<div class="verse">Que les plus forts, cédant à ces effrois mortels,</div>
-<div class="verse">Eux-mêmes subiraient la loi qui déshonore,</div>
-<div class="verse">De l'ombre des cachots il jaillirait encore,</div>
-
-<div class="verse stanza">Il coulerait encor des pierres des cachots,</div>
-<div class="verse">Descellerait l'horreur des ciments, doux et rouge</div>
-<div class="verse">Suintement, torrent patient d'oraisons,</div>
-<div class="verse">D'expiation forte et de bonnes raisons</div>
-<div class="verse">Contre les lâchetés et les «feux sur qui bouge!»</div>
-<div class="verse">Et toute guillotine et cette Gueuse rouge&hellip;!</div>
-
-<div class="verse stanza">Torrent d'amour du Dieu d'amour et de douceur,</div>
-<div class="verse">Fût-ce parmi l'horreur de ce monde moqueur,</div>
-<div class="verse">Fleuve rafraîchissant de feu qui désaltère,</div>
-<div class="verse">Source vive où s'en vient ressusciter le c&oelig;ur</div>
-<div class="verse">Même de l'assassin, même de l'adultère,</div>
-<div class="verse">Salut de la patrie, ô sang qui désaltère!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p10">ANGÉLUS DE MIDI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je suis dur comme un juif et têtu comme lui,</div>
-<div class="verse">Littéral, ne faisant le bien qu'avec ennui,</div>
-<div class="verse">Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible;</div>
-
-<div class="verse stanza">Mon esprit s'ouvre et s'offre, on dirait une cible;</div>
-<div class="verse">Je ne puis plus compter les chutes de mon c&oelig;ur;</div>
-<div class="verse">La charité se fane aux doigts de la langueur;</div>
-
-<div class="verse stanza">L'ennemi m'investit d'un fossé d'eau dormante;</div>
-<div class="verse">Un parti de mon être a peur et parlemente:</div>
-<div class="verse">Il me faut à tout prix un secours prompt et fort.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce fort secours, c'est vous, maîtresse de la mort</div>
-<div class="verse">Et reine de la vie, ô Vierge immaculée,</div>
-<div class="verse">Qui tendez vers Jésus la Face constellée</div>
-<div class="verse">Pour lui montrer le Sein de toutes les douleurs</div>
-<div class="verse">Et tendez vers nos pas, vers nos ris, vers nos pleurs</div>
-<div class="verse">Et vers nos vanités douloureuses les paumes</div>
-<div class="verse">Lumineuses, les Mains répandeuses de baumes.</div>
-<div class="verse">Marie, ayez pitié de moi qui ne vaux rien</div>
-<div class="verse">Dans le chaste combat du Sage et du Chrétien;</div>
-<div class="verse">Priez pour mon courage et pour qu'il persévère,</div>
-<div class="verse">Pour de la patience, en cette longue guerre,</div>
-<div class="verse">A supporter le froid et le chaud des saisons;</div>
-<div class="verse">Écartez le fléau des mauvaises raisons;</div>
-<div class="verse">Rendez-moi simple et fort, inaccessible aux larmes,</div>
-<div class="verse">Indomptable à la peur; mettez-moi sous les armes,</div>
-<div class="verse">Que j'écrase, puisqu'il le faut, et broie enfin</div>
-<div class="verse">Tous les vains appétits, et la soif et la faim,</div>
-<div class="verse">Et l'amour sensuel, cette chose cruelle,</div>
-<div class="verse">Et la haine encore plus cruelle et sensuelle,</div>
-<div class="verse">Faites-moi le soldat rapide de vos v&oelig;ux,</div>
-<div class="verse">Que pour vous obéir soit le rien que je peux.</div>
-<div class="verse">Que ce que vous voulez soit tout ce que je puisse!</div>
-<div class="verse">J'immolerai comme en un calme sacrifice</div>
-<div class="verse">Sur votre autel honni jadis, baisé depuis,</div>
-<div class="verse">Le mauvais que je fus, le lâche que je suis.</div>
-<div class="verse">La sale vanité de l'or qu'on a, l'envie</div>
-<div class="verse">D'en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie</div>
-<div class="verse">Pour soi, quel soi! l'affreux besoin de plaire aux gens,</div>
-<div class="verse">L'affreux besoin de plaire aux gens trop indulgents,</div>
-<div class="verse">Hommes prompts aux complots, femmes tôt adultères,</div>
-<div class="verse">Tous préjugés, mourez sous mes mains militaires!</div>
-<div class="verse">Mais pour qu'un bien beau fruit récompense ma paix,</div>
-<div class="verse">Fleurisse dans tout moi la fleur des divins Mais,</div>
-<div class="verse">Votre amour, Mère tendre, et votre culte tendre.</div>
-<div class="verse">Ah! vous aimer, n'aimer Dieu que par vous, ne tendre</div>
-<div class="verse">A lui qu'en vous sans plus aucun détour subtil,</div>
-<div class="verse">Et mourir avec vous tout près.</div>
-
-<div class="verse i8 stanza">Ainsi soit-il!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p11">A VICTOR HUGO</h3>
-
-<p class="c small">EN LUI ENVOYANT «SAGESSE»</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu</div>
-<div class="verse">Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire:</div>
-<div class="verse">Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,</div>
-<div class="verse">Votre &oelig;uvre, je l'aimais d'un amour ingénu.</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu.</div>
-<div class="verse">J'aime Dieu, son Église, et ma vie est de croire</div>
-<div class="verse">Tout ce que vous tenez, hélas! pour dérisoire,</div>
-<div class="verse">Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.</div>
-
-<div class="verse stanza">J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.</div>
-<div class="verse">Tout petit que je suis j'avais aussi le droit</div>
-<div class="verse">D'une évolution, la bonne, la dernière.</div>
-
-<div class="verse stanza">Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit</div>
-<div class="verse">L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine,</div>
-<div class="verse">Car vous me fûtes doux en des heures de peine.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p12">SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE</h3>
-
-<p class="c small">JOUR DE LA CANONISATION</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme l'Église est bonne en ce siècle de haine,</div>
-<div class="verse">D'orgueil et d'avarice et de tous les péchés,</div>
-<div class="verse">D'exalter aujourd'hui le caché des cachés,</div>
-<div class="verse">Le doux entre les doux à l'ignorance humaine</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le mortifié sans pair que la Foi mène,</div>
-<div class="verse">Saignant de pénitence et blanc d'extase, chez</div>
-<div class="verse">Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,</div>
-<div class="verse">Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,</div>
-
-<div class="verse stanza">Comme un autre Alexis, comme un autre François,</div>
-<div class="verse">Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois</div>
-<div class="verse">Pratiquant la douceur, l'horreur de l'Évangile!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et pour ainsi montrer au monde qu'il a tort</div>
-<div class="verse">Et que les pieds crus d'or et d'argent sont d'argile,</div>
-<div class="verse">Comme l'Église est tendre et que Jésus est fort!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p13">PARABOLES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien</div>
-<div class="verse">Dans ces temps de féroce ignorance et de haine;</div>
-<div class="verse">Mais donnez-moi la force et l'audace sereine</div>
-<div class="verse">De vous être à toujours fidèle comme un chien,</div>
-
-<div class="verse stanza">De vous être l'agneau destiné qui suit bien</div>
-<div class="verse">Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine,</div>
-<div class="verse">Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine,</div>
-<div class="verse">Au maître, quand il veut utiliser ce bien,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le poisson, pour servir au Fils de monogramme,</div>
-<div class="verse">L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta,</div>
-<div class="verse">Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta.</div>
-
-<div class="verse stanza">Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme,</div>
-<div class="verse">En ces temps de révolte et de duplicité</div>
-<div class="verse">Fait son humble devoir avec simplicité.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p14">SONNET HÉROIQUE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La Gueule parle: «L'or, et puis encore l'or,</div>
-<div class="verse">Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,</div>
-<div class="verse">Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande</div>
-<div class="verse">Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor!»</div>
-
-<div class="verse stanza">La Panse dit: «A moi la chute du trésor!</div>
-<div class="verse">La viande, et les vins fins, et l'or, toute provende,</div>
-<div class="verse">A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande</div>
-<div class="verse">Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor!»</div>
-
-<div class="verse stanza">L'&oelig;il est de pur cristal dans les suifs de la face:</div>
-<div class="verse">Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,</div>
-<div class="verse">Seule perfection parmi tous les défauts.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'Ame attend vainement un remords efficace,</div>
-<div class="verse">Et dans l'impénitence agonise de faim</div>
-<div class="verse">Et de soif, et sanglote en pensant à <span class="sc">La Fin</span>.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p3p15">PENSÉE DU SOIR</h3>
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-<p class="c small">A ERNEST RAYNAUD</p>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse">Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil,</div>
-<div class="verse">Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil,</div>
-<div class="verse">Ou bien errant, semblable aux formes que suscite</div>
-<div class="verse">Le rêve, par l'horreur du paysage scythe,</div>
-<div class="verse">Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux,</div>
-<div class="verse">S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus,</div>
-<div class="verse">Le poète de l'art d'Aimer, le tendre Ovide</div>
-<div class="verse">Embrasse l'horizon d'un long regard avide</div>
-<div class="verse">Et contemple la mer immense tristement.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le cheveu poussé rare et gris que le tourment</div>
-<div class="verse">Des bises va mêlant sur le front qui se plisse,</div>
-<div class="verse">L'habit troué livrant la chair au froid, complice,</div>
-<div class="verse">Sous l'aigreur du sourcil tordu, l'&oelig;il terne et las,</div>
-<div class="verse">La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas!</div>
-<div class="verse">Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire</div>
-<div class="verse">Disent une sinistre et lamentable histoire</div>
-<div class="verse">D'amour excessif, d'âpre envie et de fureur</div>
-<div class="verse">Et quelque responsabilité d'Empereur.</div>
-<div class="verse">Ovide morne pense à Rome et puis encore</div>
-<div class="verse">A Rome que sa gloire illusoire décore.</div>
-
-<div class="verse stanza">Or, Jésus! vous m'avez justement obscurci:</div>
-<div class="verse">Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci.</div>
-</div>
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-<div class="chapter"></div>
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-<h2 class="nobreak">BONHEUR</h2>
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-<h3 id="p4p1">I</h3>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'incroyable, l'unique horreur de pardonner,</div>
-<div class="verse">Quand l'offense et le tort ont eu cette envergure,</div>
-<div class="verse">Est un royal effort qui peut faire figure</div>
-<div class="verse">Pour le souci de plaire et le soin d'étonner;</div>
-
-<div class="verse stanza">L'orgueil, qu'il faut, se doit prévaloir sans scrupule</div>
-<div class="verse">Et s'endormir pur, fort des péchés expiés,</div>
-<div class="verse">Doux, le front dans les cieux reconquis, et les pieds</div>
-<div class="verse">Sur cette humanité toute honte et crapule</div>
-
-<div class="verse stanza">Ou plutôt et surtout, gloire à Dieu qui voulut</div>
-<div class="verse">Au c&oelig;ur qu'un rien émeut, tel sous des doigts un luth,</div>
-<div class="verse">Faire un peu de repos dans l'entier sacrifice.</div>
-
-<div class="verse stanza">Paix à ce c&oelig;ur enfin de bonne volonté</div>
-<div class="verse">Qui ne veut battre plus que vers la Charité,</div>
-<div class="verse">Et que votre plaisir, ô Jésus, s'assouvisse.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p2">II</h3>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">La vie est bien sévère</div>
-<div class="verse i3">A cet homme trop gai:</div>
-<div class="verse i3">Plus le vin dans le verre</div>
-<div class="verse i3">Pour le sang fatigué,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Plus l'huile dans la lampe</div>
-<div class="verse i3">Pour les yeux et la main,</div>
-<div class="verse i3">Plus l'envieux qui rampe</div>
-<div class="verse i3">Pour l'orgueil surhumain,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Plus l'épouse choisie</div>
-<div class="verse i3">Pour vivre et pour mourir,</div>
-<div class="verse i3">En qui l'on s'extasie</div>
-<div class="verse i3">Pour s'aider à souffrir,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Hélas! et plus les femmes</div>
-<div class="verse i3">Pour le c&oelig;ur et la chair,</div>
-<div class="verse i3">Plus la Foi, sel des âmes,</div>
-<div class="verse i3">Pour la peur de l'Enfer,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et ni plus l'Espérance</div>
-<div class="verse i3">Pour le ciel mérité</div>
-<div class="verse i3">Par combien de souffrance!</div>
-<div class="verse i3">Rien. Si. La Charité.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Le pardon des offenses</div>
-<div class="verse i3">Comme un déchirement,</div>
-<div class="verse i3">L'abandon des vengeances</div>
-<div class="verse i3">Comme un délaissement,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Changer au mieux le pire,</div>
-<div class="verse i3">A la méchanceté</div>
-<div class="verse i3">Déployant son empire,</div>
-<div class="verse i3">Opposer la bonté,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Peser, se rendre compte.</div>
-<div class="verse i3">Faire la part de tous,</div>
-<div class="verse i3">Boire la bonne honte,</div>
-<div class="verse i3">Être toujours plus doux&hellip;</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Quelque chaleur va luire</div>
-<div class="verse i3">Pour le c&oelig;ur fatigué,</div>
-<div class="verse i3">La vie enfin sourire</div>
-<div class="verse i3">A cet homme trop gai.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Et puisque je pardonne,</div>
-<div class="verse i3">Mon Dieu, pardonnez-moi,</div>
-<div class="verse i3">Ornant l'âme enfin bonne</div>
-<div class="verse i3">D'espérance et de foi.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p3">III</h3>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse">Après la chose faite, après le coup porté</div>
-<div class="verse">Après le joug très dur librement accepté,</div>
-<div class="verse">Et le fardeau, plus lourd que le ciel et la terre,</div>
-<div class="verse">Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire,</div>
-<div class="verse">Après la bonne haine et la chère ranc&oelig;ur,</div>
-<div class="verse">Le rêve de tenir, implacable vainqueur,</div>
-<div class="verse">Les ennemis du c&oelig;ur et de l'âme et les autres;</div>
-<div class="verse">De voir couler des pleurs plus affreux que les nôtres</div>
-<div class="verse">De leurs yeux dont on est le Moïse au rocher,</div>
-<div class="verse">Tout ce train mis en fuite, et courez le chercher!</div>
-<div class="verse">Alors on est content comme au sortir d'un rêve,</div>
-<div class="verse">On se retrouve net, clair, simple, on sent que crève</div>
-<div class="verse">Un abcès de sottise et d'erreur, et voici</div>
-<div class="verse">Que de l'éternité, symbole en raccourci</div>
-<div class="verse">Toute une plénitude afflue, alme et s'installe,</div>
-<div class="verse">L'être palpite entier dans la forme totale,</div>
-<div class="verse">Et la chair est moins faible et l'esprit moins prompt;</div>
-<div class="verse">Désormais, on le sait, on s'y tient, fleuriront</div>
-<div class="verse">Le lys du faire pur, celui du chaste dire,</div>
-<div class="verse">Et, si daigne Jésus, la rose du martyre.</div>
-<div class="verse">Alors on trouve, ô Dieu si lent à vous venger,</div>
-<div class="verse">Combien doux est le joug et le fardeau léger!</div>
-
-<div class="verse stanza">Charité, la plus forte entre toutes les Forces,</div>
-<div class="verse">Tu veux dire, saint piège aux célestes amorces,</div>
-<div class="verse">Les mains tendres du fort, de l'heureux et du grand</div>
-<div class="verse">Autour du sort plaintif du faible et du souffrant.</div>
-<div class="verse">Le regard franc du riche au pauvre exempt d'envie</div>
-<div class="verse">Ou jaloux, et ton nom encore signifie</div>
-<div class="verse">Quelle douceur choisie, et quel droit dévouement,</div>
-<div class="verse">Et ce tact virginal, et l'ange exactement!</div>
-<div class="verse">Mais l'ange est innocent, essence bienheureuse,</div>
-<div class="verse">Il n'a point à passer par notre vie affreuse</div>
-<div class="verse">Et toi, Vertu sans pair, presqu'Une, n'es-tu pas</div>
-<div class="verse">Humaine en même temps que divine, ici-bas?</div>
-<div class="verse">Aussi la conscience a dû, pour des fins sûres,</div>
-<div class="verse">Surtout sentir en toi le pardon des injures.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par toi nous devenons semblables à Jésus</div>
-<div class="verse">Portant sa croix infâme et qui, cloué dessus,</div>
-<div class="verse">Priait pour ses bourreaux d'Israël et de Rome,</div>
-<div class="verse">A Jésus qui, du moins, homme avec tout d'un homme,</div>
-<div class="verse">N'avait, lui, jamais eu de torts de son côté,</div>
-<div class="verse">Et, par Lui, tu nous fais croire en l'éternité.</div>
-</div>
-
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-<h3 id="p4p4">IV</h3>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">De plus, cette ignorance de Vous!</div>
-<div class="verse i1">Avoir des yeux et ne pas vous voir,</div>
-<div class="verse i1">Une âme et ne pas vous concevoir.</div>
-<div class="verse i1">Un esprit sans nouvelles de Vous!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">O temps, ô m&oelig;urs qu'il en soit ainsi,</div>
-<div class="verse i1">Et que ce vase de belles fleurs,</div>
-<div class="verse i1">Qu'un tel vase, précieux d'ailleurs,</div>
-<div class="verse i1">De la plus belle se passe ainsi!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Religion, unique raison,</div>
-<div class="verse i1">Et seule règle et loi, piété,</div>
-<div class="verse i1">Rien, là, de vous n'a jamais été,</div>
-<div class="verse i1">Pas un penser juste, une oraison!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Aussi cette ignorance de tout!</div>
-<div class="verse i1">Et de soi-même, droits et devoirs</div>
-<div class="verse i1">Et des autres, leurs justes pouvoirs,</div>
-<div class="verse i1">Leur action légitime et tout!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Jusqu'à méconnaître en moi quel nom,</div>
-<div class="verse i1">Quel titre augural et de par Dieu!</div>
-<div class="verse i1">Et six ans passés à plaire à Dieu,</div>
-<div class="verse i1">Vertu réelle, effort bel et bon!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Jusqu'à ne pas se douter vraiment</div>
-<div class="verse i1">Du tour affreux et plus que cruel</div>
-<div class="verse i1">Qu'un sot grief, à peine réel,</div>
-<div class="verse i1">Inflige à ses revanches vraiment.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Éclairez ces ténèbres de mort,</div>
-<div class="verse i1">C'est votre créature après tout.</div>
-<div class="verse i1">L'ignorance invincible l'absout.</div>
-<div class="verse i1">Bah! claire et bonne lui soit la mort.</div>
-</div>
-
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-<h3 id="p4p5">V</h3>
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-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'homme pauvre de c&oelig;ur est-il si rare, en somme?</div>
-<div class="verse">Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme,</div>
-<div class="verse">Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui,</div>
-<div class="verse">Ou le seront quand l'heure opportune aura lui.</div>
-<div class="verse">Conçus dans l'agonie épuisée et plaintive</div>
-<div class="verse">De deux désirs que, seul, un feu brutal avive,</div>
-<div class="verse">Sans vestige autre nôtre, à travers cet émoi,</div>
-<div class="verse">Qu'une larme de quoi! que pleure quoi! dans quoi!</div>
-<div class="verse">Nés parmi la douleur, le sang et la sanie</div>
-<div class="verse">Nus, de corps sans instinct et d'âme sans génie</div>
-<div class="verse">Pour grandir et souffrir par l'âme et par le corps,</div>
-<div class="verse">Vivant au jour le jour, bernés de v&oelig;ux discors,</div>
-<div class="verse">Pour mourir dans l'horreur fatale et la détresse,</div>
-<div class="verse">Quoi de nous, dès qu'en nous la question se dresse?</div>
-<div class="verse">Quoi? qu'un être capable au plus de moins que peu</div>
-<div class="verse">En dehors du besoin d'aimer et de voir Dieu</div>
-<div class="verse">Et quelque chose, au front, du fond du c&oelig;ur te monte</div>
-<div class="verse">Qui ressemble à la crainte et qui tient de la honte,</div>
-<div class="verse">Quelque chose, on dirait, d'encore incomplété,</div>
-<div class="verse">Mais dont la Charité ferait l'Humilité.</div>
-<div class="verse">Lors, à quelqu'un vraiment de nature ingénue</div>
-<div class="verse">Sa conscience n'a qu'à dire: continue,</div>
-<div class="verse">Si la chair n'arrivait à son tour, en disant:</div>
-<div class="verse">Arrête, et c'est la guerre en ce juste à présent.</div>
-<div class="verse">Mais tout n'est pas perdu malgré le coup si rude:</div>
-<div class="verse">Car la chair avant tout est chose d'habitude,</div>
-<div class="verse">Elle peut se plier et doit s'acclimater.</div>
-<div class="verse">C'est son droit, son devoir, la loi de la mater</div>
-<div class="verse">Selon les strictes lois de la bonne nature.</div>
-<div class="verse">Or la nature est simple, elle admet la culture,</div>
-<div class="verse">Elle procède avec douceur, calme et lenteur.</div>
-<div class="verse">Ton corps est un lutteur, fais-le vivre en lutteur,</div>
-<div class="verse">Sobre et chaste abhorrant, l'excès de toute sorte,</div>
-<div class="verse">Femme qui le détourne et vin qui le transporte</div>
-<div class="verse">Et la paresse pire encore que l'excès.</div>
-<div class="verse">Enfin pacifié, puis apaisé,&mdash;tu sais</div>
-<div class="verse">Quels sacrements il faut pour cette tâche intense,</div>
-<div class="verse">Et c'est l'Eucharistie après la Pénitence,&mdash;</div>
-<div class="verse">Ce corps allégé, libre et presque glorieux,</div>
-<div class="verse">Dûment redevenu, dûment laborieux,</div>
-<div class="verse">Va se rompre au plutôt, s'assouplir au service</div>
-<div class="verse">De ton esprit d'amour, d'offre et de sacrifice,</div>
-<div class="verse">Subira les saisons et les privations,</div>
-<div class="verse">Enfin sera le temple embaumé d'actions</div>
-<div class="verse">De grâce, d'encens pur et de vertus chrétiennes,</div>
-<div class="verse">Et tout retentissant de psaumes et d'antiennes</div>
-<div class="verse">Qu'habite l'Esprit-Saint et que daigne Jésus</div>
-<div class="verse">Visiter comparable aux bons rois bien reçus.</div>
-<div class="verse">De ce moment, toi, pauvre avec pleine assurance,</div>
-<div class="verse">Après avoir prié pour la persévérance,</div>
-<div class="verse">Car, docte charité tout d'abord pense à soi,</div>
-<div class="verse">Puise au gouffre infini de la Foi&mdash;plus de foi&mdash;</div>
-<div class="verse">Que jamais et présente à Dieu ton v&oelig;u bien tendre,</div>
-<div class="verse">Bien ardent, bien formel et de voir et d'entendre</div>
-<div class="verse">Les hommes t'imiter, même te dépasser</div>
-<div class="verse">Dans la course au salut, et pour mieux les pousser</div>
-<div class="verse">A ces fins que le ciel en extase contemple,</div>
-<div class="verse">Bien humble, (souviens-toi!) prêcheur, prêche d'exemple!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p6">VI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Bon pauvre, ton vêtement est léger</div>
-<div class="verse i4">Comme une brume,</div>
-<div class="verse i1">Oui, mais aussi ton c&oelig;ur, il est léger</div>
-<div class="verse i4">Comme une plume,</div>
-<div class="verse i1">Ton libre c&oelig;ur qui n'a qu'à plaire à Dieu,</div>
-<div class="verse i4">Ton c&oelig;ur bien quitte</div>
-<div class="verse i1">De toute dette humaine, en quelque lieu</div>
-<div class="verse i4">Que l'homme habite,</div>
-<div class="verse i1">Ta part de plaisir et d'aise paraît</div>
-<div class="verse i4">Peu suffisante.</div>
-<div class="verse i1">Ta conscience, en revanche, apparaît</div>
-<div class="verse i4">Satisfaisante,</div>
-<div class="verse i1">Ta conscience que, précisément,</div>
-<div class="verse i4">Tes malheurs mêmes</div>
-<div class="verse i1">Ont dégagée, en ce juste moment,</div>
-<div class="verse i4">Des soins suprêmes.</div>
-<div class="verse i1">Ton boire et ton manger sont, je le crains,</div>
-<div class="verse i4">Tristes et mornes;</div>
-<div class="verse i1">Seulement ton corps faible a, dans ses reins,</div>
-<div class="verse i4">Sans fin ni bornes,</div>
-<div class="verse i1">Des forces d'abstinence et de refus</div>
-<div class="verse i4">Très glorieuses,</div>
-<div class="verse i1">Et des ailes vers les cieux entrevus</div>
-<div class="verse i4">Impérieuses.</div>
-<div class="verse i1">Ta tête, franche de mets et de vin,</div>
-<div class="verse i4">Toute pensée,</div>
-<div class="verse i1">Tout intellect, conforme au plan divin,</div>
-<div class="verse i4">Haut redressée,</div>
-<div class="verse i1">Ta tête est prête à tout enseignement</div>
-<div class="verse i4">De la parole</div>
-<div class="verse i1">Et, de l'exemple de Jésus clément</div>
-<div class="verse i4">Et bénévole.</div>
-<div class="verse i1">Et de Jésus terrible, prêt au pleur</div>
-<div class="verse i4">Qu'il faut qu'on verse,</div>
-<div class="verse i1">A l'affront vil qui poigne, à la douleur</div>
-<div class="verse i4">Lente qui perce,</div>
-<div class="verse i1">Le monde pour toi seul, le monde affreux</div>
-<div class="verse i4">Devient possible,</div>
-<div class="verse i1">T'environnant, toi qu'il croit malheureux,</div>
-<div class="verse i4">D'oubli paisible,</div>
-<div class="verse i1">Même t'ayant d'étonnantes douceurs</div>
-<div class="verse i4">Et ces caresses!</div>
-<div class="verse i1">Les femmes qui sont parfois d'âpres s&oelig;urs,</div>
-<div class="verse i4">D'aigres maîtresses,</div>
-<div class="verse i1">Et de douloureux compagnons toujours</div>
-<div class="verse i4">Ou toujours presque,</div>
-<div class="verse i1">Te jaugeant malfringant, aux gestes lourds,</div>
-<div class="verse i4">Un peu grotesque,</div>
-<div class="verse i1">Tout à fait incapable de n'aimer</div>
-<div class="verse i4">Qu'à les voir belles.</div>
-<div class="verse i1">Qu'à les trouver bonnes et de n'aimer</div>
-<div class="verse i4">Qu'elles en elles,</div>
-<div class="verse i1">Et le pesant si léger que ce n'est</div>
-<div class="verse i4">Rien de le dire,</div>
-<div class="verse i1">Te dispenseront, tous comptes au net,</div>
-<div class="verse i4">De leur sourire.</div>
-<div class="verse i1">Et te voilà libre, à dîner, en roi.</div>
-<div class="verse i4">Seul à ta table,</div>
-<div class="verse i1">Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi,</div>
-<div class="verse i4">Plus détestable?</div>
-<div class="verse i1">L'assassin, l'escroc et l'humble voleur</div>
-<div class="verse i4">Qui n'y voient guère</div>
-<div class="verse i1">De nuance, t'épargnent comme leur</div>
-<div class="verse i4">Plus jeune frère.</div>
-<div class="verse i1">Des vertus surérogatoires, la</div>
-<div class="verse i4">Prudence humaine,</div>
-<div class="verse i1">(L'autre, la cardinale, ah! celle-là</div>
-<div class="verse i4">Que Dieu t'y mène!)</div>
-<div class="verse i1">L'amabilité, l'affabilité</div>
-<div class="verse i4">Quasi célestes,</div>
-<div class="verse i1">Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté,</div>
-<div class="verse i4">Franches, modestes,</div>
-<div class="verse i1">Nimbent le destin, que Dieu te voulut</div>
-<div class="verse i4">Tendre et sévère,</div>
-<div class="verse i1">Dans l'intérêt surtout de ton salut,</div>
-<div class="verse i4">A bien parfaire</div>
-<div class="verse i1">Et pour ange contre le lourd méchant</div>
-<div class="verse i4">Toujours stupide</div>
-<div class="verse i1">La clairvoyance te guide en marchant,</div>
-<div class="verse i4">Fine et rapide,</div>
-<div class="verse i1">La clairvoyance, qui n'est pas du tout</div>
-<div class="verse i4">La Méfiance</div>
-<div class="verse i1">Et qui plutôt serait pour sommer tout,</div>
-<div class="verse i4">La Prévoyance,</div>
-<div class="verse i1">Élicitant les gens de prime-saut</div>
-<div class="verse i4">Sous les grimaces</div>
-<div class="verse i1">Faisant sortir la sottise du sot,</div>
-<div class="verse i4">Trouvant des traces.</div>
-<div class="verse i1">Et médusant la curiosité</div>
-<div class="verse i4">De l'hypocrite</div>
-<div class="verse i1">Par un regard entre les yeux planté</div>
-<div class="verse i4">Qui brûle vite&hellip;</div>
-<div class="verse i1">Et s'il ose rester des ennemis</div>
-<div class="verse i4">A ta misère,</div>
-<div class="verse i1">Pardonne-leur, ainsi que l'a promis</div>
-<div class="verse i4">Ton Notre-Père&hellip;</div>
-<div class="verse i1">Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui,</div>
-<div class="verse i4">Prends cette avance.</div>
-<div class="verse i1">Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui</div>
-<div class="verse i4">Seul qu'on offense.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p7">VII</h3>
-
-<div class="date"><i>Écrit en 1888.</i></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière</div>
-<div class="verse">M'a logé cette fois, peut-être la dernière</div>
-<div class="verse">Et la dernière c'est la bonne&mdash;à l'hôpital!</div>
-<div class="verse">De mon rêve à ceci le réveil est brutal</div>
-<div class="verse">Mais explicable par le fait d'une voleuse,</div>
-<div class="verse">(Dont l'histoire posthume est, dit-on, graveleuse)</div>
-<div class="verse">Du fait d'un rhumatisme aussi, moindre détail;</div>
-<div class="verse">Puis d'un gîte où l'on est qu'importe le portail?</div>
-<div class="verse">J'y suis, j'y vis. «Non, j'y végète», on rectifie;</div>
-<div class="verse">On se trompe. J'y vis dans le strict de la vie,</div>
-<div class="verse">Le pain qu'il faut, pas trop de vin, et mieux couché!</div>
-<div class="verse">Évidemment j'expie un très ancien péché</div>
-<div class="verse">(Très ancien?) dont mon sang a des fois la secousse,</div>
-<div class="verse">Et la pénitence est relativement douce</div>
-<div class="verse">Dans le martyrologe et sur l'armorial</div>
-<div class="verse">Des poètes, peut-être un peu proverbial.</div>
-<div class="verse">C'est un lieu comme un autre, on en prend l'habitude:</div>
-<div class="verse">A prison bonne enfant longanime Latude.</div>
-<div class="verse">Sans compter qu'au rimeur, pour en parler, alors!</div>
-<div class="verse">Pauvre et fier, il ne reste qu'à mourir dehors</div>
-<div class="verse">Ou tout comme, en ces temps vraiment trop peu propices,</div>
-<div class="verse">Et mourir pour mourir, Muse qui me respices,</div>
-<div class="verse">Autant le faire ici qu'ailleurs, et même mieux,</div>
-<div class="verse">Sinon qu'ici l'on est tout «laïque», les vieux</div>
-<div class="verse">Abus sont réformés et le «citoyen», libre!</div>
-<div class="verse">Et fort! doit, ou l'État perdrait son équilibre,</div>
-<div class="verse">Avec ça qu'il n'est pas à cheval sur un pal!&mdash;</div>
-<div class="verse">Mourir dans les bras du Conseil Municipal,</div>
-<div class="verse">Mal rassurante et pas assez édifiante</div>
-<div class="verse">Conclusion pour tel, qu'un v&oelig;u mystique hante,</div>
-<div class="verse">Moi par exemple, j'en forme l'aveu sans fard,</div>
-<div class="verse">Me dût-on traiter d'âne ou d'impudent cafard.</div>
-<div class="verse">La conversation, dans ce modeste asile,</div>
-<div class="verse">Ne m'est pas autrement pénible et difficile!</div>
-<div class="verse">Ces braves gens, que le Journal rend un peu sots,</div>
-<div class="verse">Du moins ont conservé, malgré tous les assauts</div>
-<div class="verse">Que «l'Instruction» livre à leur tête obsédée,</div>
-<div class="verse">Quelque saveur encor de parole et d'idée;</div>
-<div class="verse">La Révolution, qu'il faut toujours citer</div>
-<div class="verse">Et condamner, n'a pu complètement gâter</div>
-<div class="verse">Leur trivialité non sans grâce et sincère.</div>
-<div class="verse">Même je les préfère aux mufles de ma sphère</div>
-<div class="verse">Certes! et je subis leur choc sans trop d'émoi.</div>
-<div class="verse">Leur vice et leur vertu sont juste à point pour moi</div>
-<div class="verse">Les goûter et me plaire en ces lieux salutaires</div>
-<div class="verse">A (comme moi) des espèces de solitaires,</div>
-<div class="verse">Espèce de couvent moins cet espoir chrétien!</div>
-<div class="verse">Le monde est tel qu'ici je n'ai besoin de rien</div>
-<div class="verse">Et que j'y resterais, ma foi, toute ma vie,</div>
-<div class="verse">Sans grands jaloux, j'espère, et pour sûr, sans envie!</div>
-<div class="verse">Si, dès guéri, si je guéris, car tout se peut,</div>
-<div class="verse">Je n'avais quelque chose à faire, que Dieu veut.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p8">VIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah! soyez ce que pense une foule bavarde</div>
-<div class="verse">Ou ce que le penseur lui-même dit de vous.</div>
-<div class="verse">Bassement orgueilleux, haineusement jaloux,</div>
-<div class="verse">Avares, impurs, durs, la vérité vous garde.</div>
-<div class="verse">Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde</div>
-<div class="verse">Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau,</div>
-<div class="verse">Tant la doctrine exacte et du Bien et du Beau</div>
-<div class="verse">Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes.</div>
-<div class="verse">Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes</div>
-<div class="verse">Ou guindés vers l'honneur pharisaïque alors,</div>
-<div class="verse">Qu'importe, si Jésus, plus fort que des c&oelig;urs morts,</div>
-<div class="verse">Règne par vos dehors du reste incontestables?</div>
-<div class="verse">Cultes respectueux, formules respectables,</div>
-<div class="verse">Un emploi libéral et franc des Sacrements</div>
-<div class="verse">(Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements,</div>
-<div class="verse">Parmi plus d'une bonne et délicate chose,</div>
-<div class="verse">Laissé tomber l'affreux jansénisme morose)</div>
-<div class="verse">Et ce seul mot sur votre enseigne: Charité!</div>
-<div class="verse">Mal gracieux, sans goût aucun, même affecté,</div>
-<div class="verse">Pour si peu que ce soit d'art et de poésie,</div>
-<div class="verse">Incapables d'un bout de lecture choisie,</div>
-<div class="verse">D'un regard attentif, d'une oreille en arrêt</div>
-<div class="verse">Pis qu'inconsciemment hostiles, on dirait,</div>
-<div class="verse">A tout ce qui, dans l'homme et fleurit et s'allume,</div>
-<div class="verse">Plus lourds que les marteaux et plus lourds qu'une enclume.</div>
-<div class="verse">Sans même l'étincelle et le bruit triomphant,</div>
-<div class="verse">Que fait? si Jésus a, pour séduire l'enfant</div>
-<div class="verse">Et le sage qu'est l'homme en sa double énergie,</div>
-<div class="verse">Votre théologie et votre liturgie?</div>
-<div class="verse">D'ailleurs maints d'entre vous, troupeau trié déjà,</div>
-<div class="verse">Valent mieux que le monde autour qui vous jugea,</div>
-<div class="verse">Lisent clair, visent droit, entendent net en somme,</div>
-<div class="verse">Vivent et pensent, plus que non pas un autre homme,</div>
-<div class="verse">Que tels, mes chers lecteurs, que moi cet écrivain,</div>
-<div class="verse">Tant leur science est courte et tant mon art est vain!</div>
-<div class="verse">C'est vrai qu'il sort de vous, comme de votre Maître,</div>
-<div class="verse">Quand même une vertu qui vous fait reconnaître.</div>
-<div class="verse">Elle offusque les sots, ameute les méchants,</div>
-<div class="verse">Remplis les bons d'émois révérents et touchants,</div>
-<div class="verse">Force indéfinissable ayant de tout en elle,</div>
-<div class="verse">Comme surnaturelle et comme naturelle,</div>
-<div class="verse">Mystérieuse et dont vous allez investis,</div>
-<div class="verse">Grands par comparaison chez les peuples petits.</div>
-<div class="verse">Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes</div>
-<div class="verse">Les choses qu'il faut être en l'affre de vos routes.</div>
-<div class="verse">Si vous ne l'êtes pas, du moins vous paraissez</div>
-<div class="verse">Tels qu'il faut et semblez dans ce zèle empressés,</div>
-<div class="verse">Poussant votre industrie et votre économie,</div>
-<div class="verse">Depuis la sainteté jusqu'à la bonhomie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité!</div>
-<div class="verse">Bonhomie, on doit dire en ch&oelig;ur, et sainteté!</div>
-<div class="verse">Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence,</div>
-<div class="verse">Mais c'est surtout ce siècle et surtout cette France,</div>
-<div class="verse">Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu?</div>
-<div class="verse">Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu,</div>
-<div class="verse">Seul bienfait apparent de la grâce invisible</div>
-<div class="verse">Sur la France insensée et le siècle insensible,</div>
-<div class="verse">Siècle de fer et France, hélas! toute de nerfs,</div>
-<div class="verse">France d'où détalant partout comme des cerfs,</div>
-<div class="verse">Les principes, respect, l'honneur de sa parole,</div>
-<div class="verse">Famille, probité, filent en bande folle,</div>
-<div class="verse">Siècle d'âpreté juive et d'ennuis protestants,</div>
-<div class="verse">Noyant tout, le superbe et l'exquis des instants,</div>
-<div class="verse">Au remous gris de mers de chiffres et de phrases.</div>
-<div class="verse">Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,</div>
-<div class="verse">Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu'au jour,</div>
-<div class="verse">Jusqu'à l'heure du c&oelig;ur expirant vers l'amour</div>
-<div class="verse">Divin, pour refleurir éternel dans la même</div>
-<div class="verse">Charité loin de cette épreuve froide et blême.</div>
-<div class="verse">Et puis, en la minute obscure des adieux,</div>
-<div class="verse">Flambez, torches d'encens, et rallumez nos yeux</div>
-<div class="verse">A l'unique Beauté, toute bonne et puissante,</div>
-<div class="verse">Brûlez ce qui n'est plus la prière innocente,</div>
-<div class="verse">L'aspiration sainte et le repentir vrai!</div>
-
-<div class="verse stanza">Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p9">IX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Guerrière, militaire et virile en tout point,</div>
-<div class="verse">La sainte Chasteté que Dieu voit la première,</div>
-<div class="verse">De toutes les vertus marchant dans sa lumière</div>
-<div class="verse">Après la Charité distante presque point,</div>
-
-<div class="verse stanza">Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone</div>
-<div class="verse">A travers l'aventure et l'erreur du Devoir,</div>
-<div class="verse">Ses yeux grands ouverts pleins du dessein de bien voir,</div>
-<div class="verse">Son corps robuste et beau digne d'emplir un trône,</div>
-
-<div class="verse stanza">Son corps robuste et nu balancé noblement,</div>
-<div class="verse">Entre une tête haute et des jambes sereines,</div>
-<div class="verse">Du port majestueux qui sied aux seules reines,</div>
-<div class="verse">Et sa candeur la vêt du plus beau vêtement.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle sait ce qu'il faut qu'elle sache des choses,</div>
-<div class="verse">Entre autres que Jésus a fait l'homme de chair</div>
-<div class="verse">Et mis dans notre sang un charme doux-amer</div>
-<div class="verse">D'où doivent découler nos naissances moroses,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que l'amour charnel est bénit en des cas.</div>
-<div class="verse">Elle préside alors et sourit à ces fêtes,</div>
-<div class="verse">Dévêt la jeune épouse avec ses mains honnêtes</div>
-<div class="verse">Et la mène à l'époux par des tours délicats.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle entre dans leur lit, lève le linge ultime,</div>
-<div class="verse">Guide pour le baiser et l'acte et le repos</div>
-<div class="verse">Leurs corps voluptueux aux fins de bons propos</div>
-<div class="verse">Et désormais va vivre entre eux leur ange intime.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis au-dessus du couple ou plutôt à côté,</div>
-<div class="verse">&mdash;Bien agir fait s'unir les v&oelig;ux et les nivelle,&mdash;</div>
-<div class="verse">Vers le Vierge et la Vierge isolés dans leur belle</div>
-<div class="verse">Thébaïde à chacun la sainte Chasteté.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sans quitter les Amants, par un charmant miracle,</div>
-<div class="verse">Vole et vient rafraîchir l'Intacte et l'Impollu</div>
-<div class="verse">De gais parfums de fleurs comme s'il avait plu</div>
-<div class="verse">D'un bon orage sur l'un et sur l'autre habitacle,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et vêt de chaleur douce au point et de jour clair</div>
-<div class="verse">La cellule du Moine et celle de la Nonne,</div>
-<div class="verse">Car s'il nous faut souffrir pour que Dieu nous pardonne</div>
-<div class="verse">Du moins Dieu veut punir, non torturer la chair.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle dit à ces chers enfants de l'Innocence:</div>
-<div class="verse">Dormez, veillez, priez. Priez surtout, afin</div>
-<div class="verse">Que vous n'ayez pas fait tous ces travaux en vain,</div>
-<div class="verse">Humilité, douceur et céleste ignorance!</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin elle va chez la Veuve et chez le Veuf,</div>
-<div class="verse">Chez le vieux Débauché, chez l'Amoureuse vieille,</div>
-<div class="verse">Et leur tient des discours qui sont une merveille</div>
-<div class="verse">Et leur refait, à force d'art, un corps tout neuf.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et quand alors elle a fini son tour du monde,</div>
-<div class="verse">Tour du monde ubiquiste, invisible et présent,</div>
-<div class="verse">Elle court à son point de départ en faisant</div>
-<div class="verse">Tel grand détour, espoir d'espérance profonde;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ce point de départ est un lieu bien connu,</div>
-<div class="verse">Eden même: là sous le chêne et vers la rose,</div>
-<div class="verse">Puisqu'il paraît qu'il n'a pas faire autre chose,</div>
-<div class="verse">Rit et gazouille un beau petit enfant tout nu.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p10">X</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Un projet de mon âge mûr</div>
-<div class="verse i2">Me tint six ans l'âme ravie:</div>
-<div class="verse i2">C'était, d'après un plan bien sûr,</div>
-<div class="verse i2">De réédifier ma vie.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vie encor vivante après tout,</div>
-<div class="verse i2">Insuffisamment ruinée,</div>
-<div class="verse i2">Avec ses murs toujours debout</div>
-<div class="verse i2">Que respecte la graminée,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Murs de vraie et franche vertu,</div>
-<div class="verse i2">Fondations intactes certes,</div>
-<div class="verse i2">Fronton battu, non abattu,</div>
-<div class="verse i2">Sans noirs lichens ni mousses vertes,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait,</div>
-<div class="verse i2">Le repentir quand c'était brave,</div>
-<div class="verse i2">Douceur parfois comme le lait,</div>
-<div class="verse i2">Fierté souvent comme la lave.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Or, durant ces deux fois trois ans,</div>
-<div class="verse i2">L'essai fut bon, grand le courage.</div>
-<div class="verse i2">L'&oelig;uvre en aspects forts et plaisants</div>
-<div class="verse i2">Montait, tenant tête à l'orage.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Un air de grâce et de respect</div>
-<div class="verse i2">Magnifiait les calmes lignes</div>
-<div class="verse i2">De l'édifice que drapait</div>
-<div class="verse i2">L'éclat de la neige et des cygnes&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Furieux mais insidieux,</div>
-<div class="verse i2">Voici l'essaim des mauvais anges</div>
-<div class="verse i2">Rayant le pur, le radieux</div>
-<div class="verse i2">Paysage de vols étranges,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Salissant d'outrages sans nom,</div>
-<div class="verse i2">Obscénités basses et fades,</div>
-<div class="verse i2">De mon renaissant Parthénon</div>
-<div class="verse i2">Les portiques et les façades,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tandis que quelques-uns d'entre eux,</div>
-<div class="verse i2">Minant le sol, sapant la base,</div>
-<div class="verse i2">S'apprêtent, par un art affreux,</div>
-<div class="verse i2">A faire de tout table rase.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ce sont, véniels et mortels,</div>
-<div class="verse i2">Tous les péchés des catéchismes</div>
-<div class="verse i2">Et bien d'autres encore, tels</div>
-<div class="verse i2">Qu'ils font les sophismes des schismes.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La Luxure aux tours sans merci,</div>
-<div class="verse i2">L'affreuse Avarice morale,</div>
-<div class="verse i2">La Paresse morale aussi,</div>
-<div class="verse i2">L'Envie à la dent sépulcrale,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La Colère hors des combats,</div>
-<div class="verse i2">La Gourmandise, rage, ivresse,</div>
-<div class="verse i2">L'Orgueil, alors qu'il ne faut pas,</div>
-<div class="verse i2">Sans compter la sourde détresse</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Des vices à peine entrevus,</div>
-<div class="verse i2">Dans la conscience scrutée,</div>
-<div class="verse i2">Hideur brouillée et tas confus,</div>
-<div class="verse i2">Tourbe brouillante et ballottée.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais quoi! n'est-ce pas toujours vous,</div>
-<div class="verse i2">Démon femelle, triple peste,</div>
-<div class="verse i2">Pire flot de tout ce remous,</div>
-<div class="verse i2">Pire ordure que tout le reste,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous toujours, vil cri de haro,</div>
-<div class="verse i2">Qui me proclame et me diffame,</div>
-<div class="verse i2">Gueuse inepte, lâche bourreau,</div>
-<div class="verse i2">Horrible, horrible, horrible femme?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous, l'insultant mensonge noir,</div>
-<div class="verse i2">La haine longue, l'affront rance,</div>
-<div class="verse i2">Vous qui seriez le désespoir,</div>
-<div class="verse i2">Si la foi n'était l'Espérance.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et l'Espérance le pardon,</div>
-<div class="verse i2">Et ce pardon une vengeance.</div>
-<div class="verse i2">Mais quel voluptueux pardon,</div>
-<div class="verse i2">Quelle savoureuse vengeance!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et tous trois, espérance et foi</div>
-<div class="verse i2">Et pardon, chassant la séquelle</div>
-<div class="verse i2">Infernale de devant moi,</div>
-<div class="verse i2">Protégeront de leur tutelle</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les nobles travaux qu'a repris</div>
-<div class="verse i2">Ma bonne volonté calmée,</div>
-<div class="verse i2">Pour grâce à des grâces sans prix,</div>
-<div class="verse i2">Achever l'&oelig;uvre bien-aimée</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Toute de marbre précieux</div>
-<div class="verse i2">En ordonnance solennelle</div>
-<div class="verse i2">Bien par-delà les derniers cieux,</div>
-<div class="verse i2">Jusque dans la vie éternelle.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p11">XI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair:</div>
-<div class="verse">Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher,</div>
-<div class="verse">Pour ton combat avec les contingences vaines;</div>
-<div class="verse">Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines;</div>
-<div class="verse">Mais vis, vis pour souffrir, souffre pour expier,</div>
-<div class="verse">Expie et va-t'en vivre et puis reviens prier,</div>
-<div class="verse">Prier pour le courage et la persévérance</div>
-<div class="verse">De vivre dans ce siècle, hélas! et cette France,</div>
-<div class="verse">Siècle et France ignorants et tristement railleurs.</div>
-<div class="verse">(Mais le règne est plus haut et la patrie ailleurs</div>
-<div class="verse">Et la solution est autre du problème.)</div>
-<div class="verse">Sois de chair et même aime cette chair, la même</div>
-<div class="verse">Que celle de Jésus sur terre et dans les cieux,</div>
-<div class="verse">Et dans le Très Saint-Sacrement si précieux</div>
-<div class="verse">Qu'il n'est de comparable à sa valeur que celle</div>
-<div class="verse">De ta chair vénérable en sa moindre parcelle</div>
-<div class="verse">Et dans le moindre grain de l'Hostie à l'autel;</div>
-<div class="verse">Car ce mystère, l'Incarnation, est tel,</div>
-<div class="verse">Par l'exégèse autour comme par sa nature;</div>
-<div class="verse">Qu'il fait égale au Créateur la créature,</div>
-<div class="verse">Cependant que, par un miracle encor plus grand,</div>
-<div class="verse">L'Eucharistie, elle, les confond et les rend</div>
-<div class="verse">Identiques. Or cette chair expiatoire,</div>
-<div class="verse">Fais-t'en une arme douloureuse de victoire</div>
-<div class="verse">Sur l'orgueil que Satan peut d'elle t'inspirer</div>
-<div class="verse">Pour l'orgueil qu'à jamais tu peux considérer</div>
-<div class="verse">Comme le prix suprême et le but enviable.</div>
-<div class="verse">Tout le reste n'est rien que malice du diable!</div>
-<div class="verse">Alors, oui, sois de bronze impassible, revêts</div>
-<div class="verse">L'armure inaccessible à braver le Mauvais,</div>
-<div class="verse">Pudeur, Calme, Respect, Silence et Vigilance.</div>
-<div class="verse">Puis sois de marbre, et pur, sous le heaume qui lance</div>
-<div class="verse">Par ses trous le regard de tes yeux assurés,</div>
-<div class="verse">Marche à pas révérents sur les parvis sacrés.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p12">XII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Seigneur, vous m'avez laissé vivre</div>
-<div class="verse i2">Pour m'éprouver jusqu'à la fin.</div>
-<div class="verse i2">Vous châtiez cette chair ivre,</div>
-<div class="verse i2">Par la douleur et par la faim!</div>
-<div class="verse i2">Et Vous permîtes que le diable</div>
-<div class="verse i2">Tentât mon âme misérable</div>
-<div class="verse i2">Comme l'âme forte de Job,</div>
-<div class="verse i2">Puis Vous m'avez envoyé l'ange</div>
-<div class="verse i2">Qui gagea le combat étrange</div>
-<div class="verse i2">Avec le grand aïeul Jacob</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mon enfance, elle fut joyeuse:</div>
-<div class="verse i2">Or, je naquis choyé, béni</div>
-<div class="verse i2">Et je crûs, chair insoucieuse,</div>
-<div class="verse i2">Jusqu'au temps du trouble infini</div>
-<div class="verse i2">Qui nous prend comme une tempête,</div>
-<div class="verse i2">Nous poussant comme par la tête</div>
-<div class="verse i2">Vers l'abîme et prêts à tomber;</div>
-<div class="verse i2">Quant à moi, puisqu'il faut le dire,</div>
-<div class="verse i2">Mes sens affreux et leur délire</div>
-<div class="verse i2">Allaient me faire succomber,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand Vous parûtes, Dieu de grâce</div>
-<div class="verse i2">Qui savez tout bien arranger,</div>
-<div class="verse i2">Qui Vous mettez bien à la place,</div>
-<div class="verse i2">L'auteur et l'ôteur du danger,</div>
-<div class="verse i2">Vous me punîtes par moi-même</div>
-<div class="verse i2">D'un supplice cru le suprême</div>
-<div class="verse i2">(Oui, ma pauvre âme le croyait)</div>
-<div class="verse i2">Mais qui n'était au fond rien qu'une</div>
-<div class="verse i2">Perche tendue, ô qu'opportune!</div>
-<div class="verse i2">A mon salut qui se noyait.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Comprises les dures délices,</div>
-<div class="verse i2">J'ai marché dans le droit sentier,</div>
-<div class="verse i2">Y cueillant sous des cieux propices</div>
-<div class="verse i2">Pleine paix et bonheur entier,</div>
-<div class="verse i2">Paix de remplir enfin ma tâche,</div>
-<div class="verse i2">Bonheur de n'être plus un lâche</div>
-<div class="verse i2">Épris des seules voluptés</div>
-<div class="verse i2">De l'orgueil et de la luxure,</div>
-<div class="verse i2">Et cette fleur, l'extase pure</div>
-<div class="verse i2">Des bons projets exécutés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C'est alors que la mort commence</div>
-<div class="verse i2">Son &oelig;uvre inexpiable? Non,</div>
-<div class="verse i2">Mais qui me saisit de démence</div>
-<div class="verse i2">Bien qu'encor criant Votre nom.</div>
-<div class="verse i2">L'Ami me meurt, aussi la Mère,</div>
-<div class="verse i2">Une rancune plus qu'amère</div>
-<div class="verse i2">Me piétine en ce dur moment</div>
-<div class="verse i2">Et me cantonne en la misère,</div>
-<div class="verse i2">Dans la littérale misère,</div>
-<div class="verse i2">Du froid et du délaissement!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tout s'en mêle: la maladie</div>
-<div class="verse i2">Vient en aide à l'autre fléau.</div>
-<div class="verse i2">Le guignon, comme un incendie</div>
-<div class="verse i2">Dans un pays où manque l'eau,</div>
-<div class="verse i2">Ravage et dévaste ma vie,</div>
-<div class="verse i2">Traînant à sa suite l'envie,</div>
-<div class="verse i2">L'ordre, l'obscène trahison,</div>
-<div class="verse i2">La sale pitié dérisoire,</div>
-<div class="verse i2">Jusqu'à cette rumeur de gloire</div>
-<div class="verse i2">Comme une insulte à la raison!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ces mystères, je les pénètre,</div>
-<div class="verse i2">Tous les motifs, je les connais.</div>
-<div class="verse i2">Oui, certes, Vous êtes le maître</div>
-<div class="verse i2">Dont les rigueurs sont les bienfaits.</div>
-<div class="verse i2">Mais, ô Vous, donnez-moi la force,</div>
-<div class="verse i2">Donnez, comme à l'arbre l'écorce.</div>
-<div class="verse i2">Comme l'instinct à l'animal,</div>
-<div class="verse i2">Donnez à ce c&oelig;ur votre ouvrage,</div>
-<div class="verse i2">Seigneur, la force et le courage</div>
-<div class="verse i2">Pour le bien et contre le mal.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais, hélas! je ratiocine</div>
-<div class="verse i2">Sur mes fautes et mes douleurs,</div>
-<div class="verse i2">Espèce de mauvais Racine</div>
-<div class="verse i2">Analysant jusqu'à mes pleurs.</div>
-<div class="verse i2">Dans ma raison mal assagie</div>
-<div class="verse i2">Je fais de la psychologie</div>
-<div class="verse i2">Au lieu d'être un c&oelig;ur pénitent</div>
-<div class="verse i2">Tout simple et tout aimable en somme,</div>
-<div class="verse i2">Sans plus l'astuce du vieil homme</div>
-<div class="verse i2">Et sans plus l'orgueil protestant&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je crois en l'Église romaine,</div>
-<div class="verse i2">Catholique, apostolique et</div>
-<div class="verse i2">La seule humaine qui nous mène</div>
-<div class="verse i2">Au but que Jésus indiquait,</div>
-<div class="verse i2">La seule divine qui porte</div>
-<div class="verse i2">Notre croix jusques à la porte</div>
-<div class="verse i2">Des libres cieux enfin ouverts,</div>
-<div class="verse i2">Qui la porte par vos bras même,</div>
-<div class="verse i2">O grand Crucifié suprême</div>
-<div class="verse i2">Donnant pour nous vos maux soufferts.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je crois en la toute-présense,</div>
-<div class="verse i2">A la messe de Jésus-Christ,</div>
-<div class="verse i2">Je crois à la toute-puissance</div>
-<div class="verse i2">Du Sang que pour nous il offrit</div>
-<div class="verse i2">Et qu'il offre au seul Juge encore</div>
-<div class="verse i2">Par ce mystère que j'adore</div>
-<div class="verse i2">Qui fait qu'un homme vain, menteur,</div>
-<div class="verse i2">Pourvu qu'il porte le vrai signe</div>
-<div class="verse i2">Qui le consacre entre tous digne,</div>
-<div class="verse i2">Puisse créer le Créateur.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je confesse la Vierge unique,</div>
-<div class="verse i2">Reine de la neuve Sion,</div>
-<div class="verse i2">Portant aux plis de sa tunique</div>
-<div class="verse i2">La grâce et l'intercession.</div>
-<div class="verse i2">Elle protège l'innocence,</div>
-<div class="verse i2">Accueille la résipiscence,</div>
-<div class="verse i2">Et debout quand tous à genoux,</div>
-<div class="verse i2">Impètre le pardon du Père</div>
-<div class="verse i2">Pour le pécheur qui désespère&hellip;</div>
-<div class="verse i2">Mère du fils, priez pour nous!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p13">XIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La neige à travers la brume</div>
-<div class="verse i2">Tombe et tapisse sans bruit</div>
-<div class="verse i2">Le chemin creux qui conduit</div>
-<div class="verse i2">A l'église où l'on allume</div>
-<div class="verse i2">Pour la messe de minuit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Londres sombre flambe et fume:</div>
-<div class="verse i2">O la chère qui s'y cuit</div>
-<div class="verse i2">Et la boisson qui s'ensuit!</div>
-<div class="verse i2">C'est Christmas et sa coutume</div>
-<div class="verse i2">De minuit jusqu'à minuit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sur la plume et le bitume,</div>
-<div class="verse i2">Paris bruit et jouit.</div>
-<div class="verse i2">Ripaille et Plaisant déduit</div>
-<div class="verse i2">Sur le bitume et la plume</div>
-<div class="verse i2">S'exaspèrent dès minuit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le malade en l'amertume</div>
-<div class="verse i2">De l'hospice où le poursuit</div>
-<div class="verse i2">Un espoir toujours détruit</div>
-<div class="verse i2">S'épouvante et se consume</div>
-<div class="verse i2">Dans le noir d'un long minuit&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La cloche au son clair d'enclume</div>
-<div class="verse i2">Dans la cour fine qui luit,</div>
-<div class="verse i2">Loin du péché qui nous nuit,</div>
-<div class="verse i2">Nous appelle en grand costume</div>
-<div class="verse i2">A la messe de minuit.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h3 id="p4p14">XIV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O! j'ai froid d'un froid de glace,</div>
-<div class="verse i2">O! je brûle à toute place!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mes os vont se cariant,</div>
-<div class="verse i2">Des blessures vont criant;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mes ennemis pleins de joie</div>
-<div class="verse i2">Ont fait de moi quelle proie!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mon c&oelig;ur, ma tête et mes reins</div>
-<div class="verse i2">Souffrent de maux souverains.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tout me fuit, adieu ma gloire!</div>
-<div class="verse i2">Est-ce donc le Purgatoire?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ou si c'est l'enfer ce lieu</div>
-<div class="verse i2">Ne me parlant plus de Dieu?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">&mdash;L'indignité de ton sort</div>
-<div class="verse i2">Est le plaisir d'un plus Fort.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dieu plus juste, et plus Habile</div>
-<div class="verse i2">Que ce toi-même débile.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tu souffres de tel mal profond</div>
-<div class="verse i2">Que des volontés te font,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Plus bénignes que la tienne</div>
-<div class="verse i2">Si mal et si peu chrétienne,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tes humiliations</div>
-<div class="verse i2">Sont des bénédictions</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et ces mornes sécheresses</div>
-<div class="verse i2">Où tu te désintéresses</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">De purs avertissements</div>
-<div class="verse i2">Descendus de cieux aimants</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tes ennemis sont les anges</div>
-<div class="verse i2">Moins cruels et moins étranges</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Que bons inconsciemment,</div>
-<div class="verse i2">D'un Seigneur rude et clément.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aime tes croix et tes plaies,</div>
-<div class="verse i2">Il est saint que tu les aies.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Face aux terribles courroux,</div>
-<div class="verse i2">Bénis et tombe à genoux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Fer qui coupe et voix qui tance,</div>
-<div class="verse i2">C'est la bonne Pénitence.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sous la glace et dans le feu</div>
-<div class="verse i2">Tu retrouveras ton Dieu.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p15">XV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché</div>
-<div class="verse">Argumente.</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">Dieu vit au sein d'un c&oelig;ur caché,</div>
-<div class="verse">Non d'un esprit épars, en milliers de pages,</div>
-<div class="verse">En millions de mots hardis comme des pages,</div>
-<div class="verse">A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer,</div>
-<div class="verse">Et d'un scandale tel, précisément tout fier.</div>
-<div class="verse">Il faut pour plaire à Dieu, pour apaiser sa droite,</div>
-<div class="verse">Suivre le long sentier, gravir la pente étroite,</div>
-<div class="verse">Sans un soupir de trop, fût-il mélodieux,</div>
-<div class="verse">Sans un geste au surplus, même agréable aux yeux,</div>
-<div class="verse">Laisser à d'autres l'art et la littérature</div>
-<div class="verse">Et ne vivre que juste à même la nature</div>
-<div class="verse">Tu pratiquais jadis et naguère ces us</div>
-<div class="verse">Content de reposer à l'ombre de Jésus</div>
-<div class="verse">Y pansant de vin, d'huile de lin tes blessures</div>
-<div class="verse">Et maintenant, ingrat à la Croix, tu t'assures</div>
-<div class="verse">En la gloire profane et le renom païen,</div>
-<div class="verse">Comme si tout cela n'était pas trois fois rien,</div>
-<div class="verse">Comme si tel beau vers, telle phrase sonore,</div>
-<div class="verse">Chantait mieux qu'un grillon, brillait plus qu'un fulgore.</div>
-<div class="verse">Va, risque ton salut, ton salut racheté</div>
-<div class="verse">Un temps, par une vie autre, c'est vérité,</div>
-<div class="verse">Que celle de tes ans primes, enfance molle,</div>
-<div class="verse">Age pubère fou, jeunesse molle et folle</div>
-<div class="verse">Risque ton âme, objet de tes soins d'autrefois</div>
-<div class="verse">Pour quels triomphes vains sur quels banals pavois!</div>
-<div class="verse">Malheureux!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Je réponds avec raison, je pense:</div>
-<div class="verse">Je n'attends, je ne veux pas d'autre récompense</div>
-<div class="verse">A ce mien grand effort d'écrire de mon mieux</div>
-<div class="verse">Que l'amitié du jeune et l'estime du vieux</div>
-<div class="verse">Lettrés qui sont au fond les seules belles âmes,</div>
-<div class="verse">Car où prendre un public en ces foules infâmes</div>
-<div class="verse">D'idiotie en haut et folles par en bas?</div>
-<div class="verse">Ou,&mdash;le trouver ou pas, le mériter ou pas,</div>
-<div class="verse">Le conserver ou pas!&mdash;l'assentiment d'un être</div>
-<div class="verse">Simple, naïf et bon, sans même le connaître</div>
-<div class="verse">Que par ce seul lien comme immatériel,</div>
-<div class="verse">C'est tout mon attentat au seul devoir réel,</div>
-<div class="verse">Essentiel: gagner le ciel par les mérites,</div>
-<div class="verse">Et je doute, Jésus pieux, que tu t'irrites</div>
-<div class="verse">Pour quelque doux rimeur chantant ta gloire ou bien</div>
-<div class="verse">Étalant ses péchés au pilori chrétien;</div>
-<div class="verse">Tu ne suscites pas l'aspic et la couleuvre</div>
-<div class="verse">Contre un poème ou contre un poète. Ton &oelig;uvre,</div>
-<div class="verse">Consolant les ennuis de ce morne séjour</div>
-<div class="verse">Par un concert de foi, d'espérance et d'amour;</div>
-<div class="verse">Puis ne me fis-tu pas, avec le don de vivre,</div>
-<div class="verse">Le don aussi, sans quoi je meurs! de faire un livre,</div>
-<div class="verse">Une &oelig;uvre où s'attestât toute ma quantité,</div>
-<div class="verse">Toute, bien mal, la force et l'orgueil révolté</div>
-<div class="verse">Des sens et leur colère encore qui sont la même</div>
-<div class="verse">Luxure au fond et bien la faiblesse suprême,</div>
-<div class="verse">Et la mysticité, l'amour d'aller au ciel</div>
-<div class="verse">Par le seul graduel du juste graduel,</div>
-<div class="verse">Douceur et charité, seule toute-puissance.</div>
-<div class="verse">Tu m'as donné ce don, et par reconnaissance</div>
-<div class="verse">J'en use librement, qu'on me blâme, tant pis.</div>
-<div class="verse">Quant à quêter les voix, quant à téter les pis</div>
-<div class="verse">De dame Renommée, à ses heures marâtre,</div>
-<div class="verse">Fi!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Mais pour en finir, leur foyer ou son âtre</div>
-<div class="verse">Souffrent-ils de mon cas? Quelle poutre en mon &oelig;il,</div>
-<div class="verse">Quelle paille en votre &oelig;il de ce fait? De quel deuil,</div>
-<div class="verse">De quel scandale vers ou proses sont-ils cause</div>
-<div class="verse">Dont cela vaille un peu la peine qu'on en cause?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p16">XVI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Après le départ des cloches</div>
-<div class="verse i2">Au milieu du <span class="sc">Gloria</span>,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dès l'heure ordinaire des vêpres</div>
-<div class="verse i2">On consacre les Saintes Huiles</div>
-<div class="verse i2">Qu'escorte ensuite un long cortège</div>
-<div class="verse i2">De pontifes et de lévites.</div>
-<div class="verse i3">Il pluvine, il neigeotte,</div>
-<div class="verse i3">L'hiver vide sa hotte.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le tabernacle bâille, vide,</div>
-<div class="verse i2">L'autel, tout nu, n'a plus de cierges,</div>
-<div class="verse i2">De grands draps noirs pendent aux grilles,</div>
-<div class="verse i2">Les orgues saintes sont muettes.</div>
-<div class="verse i3">Du brouillard danse à même</div>
-<div class="verse i3">Le ciel encore blême.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">On dispense à flots d'eau bénite,</div>
-<div class="verse i2">Toutes cires sont allumées,</div>
-<div class="verse i2">Et de solennelle musique</div>
-<div class="verse i2">S'enfle au ch&oelig;ur et monte au jubé,</div>
-<div class="verse i3">Un clair soleil qui grise</div>
-<div class="verse i3">Réchauffe l'âpre bise.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza"><span class="sc">Gloria</span>! Voici les cloches</div>
-<div class="verse i2">Revenir! <span class="sc">Alleluia</span>!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p17">XVII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'ennui de vivre avec les gens et dans les choses</div>
-<div class="verse">Font souvent ma parole et mon regard moroses.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais d'avoir conscience et souci dans tel cas</div>
-<div class="verse">Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.</div>
-
-<div class="verse stanza">Alors mon discours chante et mes yeux de sourire</div>
-<div class="verse">Où la divine certitude vient de luire</div>
-
-<div class="verse stanza">Et la divine patience met son sel</div>
-<div class="verse">Dans mon long bon conseil d'usage universel.</div>
-
-<div class="verse stanza">Car non pas tout à fait par un effet de l'âge</div>
-<div class="verse">A mes heures je suis une façon de sage,</div>
-
-<div class="verse stanza">Presque un sage sans trop d'emphase ou d'embarras,</div>
-<div class="verse">Répandant quelque bien et faisant des ingrats.</div>
-
-<div class="verse stanza">Or néanmoins la vie et son morne problème</div>
-<div class="verse">Rendent parfois ma voix maussade et mon front blême,</div>
-
-<div class="verse stanza">De ces tentations je me sauve à nouveau</div>
-<div class="verse">En des moralités juste à mon seul niveau;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et c'est d'un examen méthodique et sévère,</div>
-<div class="verse">Dieu qui sondez les reins! que je me considère,</div>
-
-<div class="verse stanza">Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,</div>
-<div class="verse">Tel un juge interroge à fond des prisonniers.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je poursuis à ce point l'humeur de mon scrupule</div>
-<div class="verse">Que des gens ont parlé qui m'ont dit ridicule.</div>
-
-<div class="verse stanza">N'importe! en ces moments est-ce d'humilité?</div>
-<div class="verse">Je me semble béni de quelque charité,</div>
-
-<div class="verse stanza">De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme,</div>
-<div class="verse">De quelque encore charité.&mdash;Folie en somme!</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous ne sommes rien. Dieu c'est tout. Dieu nous créa,</div>
-<div class="verse">Dieu nous sauve. Voilà! Voici mon aléa:</div>
-
-<div class="verse stanza">Prier obstinément. Plonger dans la prière,</div>
-<div class="verse">C'est se tremper aux flots d'une bonne rivière,</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est faire de son être un parfait instrument</div>
-<div class="verse">Pour combattre le mal et courber l'élément.</div>
-
-<div class="verse stanza">Prier intensément. Rester dans la prière</div>
-<div class="verse">C'est s'armer pour l'élan et s'assurer derrière</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est de paraître doux et ferme pour autrui</div>
-<div class="verse">Conformément à ce qu'on se rend envers lui.</div>
-
-<div class="verse stanza">La prière nous sauve après nous faire vivre,</div>
-<div class="verse">Elle est le gage sûr et le mot qui délivre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle est l'ange et la dame, elle est la grande s&oelig;ur</div>
-<div class="verse">Pleine d'amour sévère et de forte douceur.</div>
-
-<div class="verse stanza">La prière a des pieds légers comme des ailes;</div>
-<div class="verse">Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles;</div>
-
-<div class="verse stanza">La prière est sagace; elle pense, elle voit,</div>
-<div class="verse">Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle ne peut nier, étant par excellence</div>
-<div class="verse">La crainte salutaire et l'effort en silence,</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle est universelle et sanglotte ou sourit,</div>
-<div class="verse">Vole avec le génie et court avec l'esprit.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle est ésotérique ou bégaie, enfantine</div>
-<div class="verse">Sa langue est indifféremment grecque ou latine,</div>
-
-<div class="verse stanza">Ou vulgaire, ou patoise, argotique s'il faut!</div>
-<div class="verse">Car souvent plus elle est en bas, mieux elle vaut.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,</div>
-<div class="verse">O Seigneur, donnez-moi de m'élever de terre</div>
-
-<div class="verse stanza">En l'humble v&oelig;u que seul peut former un enfant</div>
-<div class="verse">Vers votre volonté d'après comme d'avant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Telle action quelconque en tel temps de ma vie</div>
-<div class="verse">Et que cette action quelconque soit suivie</div>
-
-<div class="verse stanza">D'un abandon complet en vous que formulât</div>
-<div class="verse">Le plus simple et le plus ponctuel postulat,</div>
-
-<div class="verse stanza">Juste pour la nécessité quotidienne</div>
-<div class="verse">En attendant toujours sans fin, ma mort chrétienne.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p18">XVIII</h3>
-
-<p class="c small">A MONSIEUR BORÉLY.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour».</div>
-<div class="verse">Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse,</div>
-<div class="verse">Déjà loin dans mon &OElig;uvre étrange qui se presse</div>
-<div class="verse">Et dévale, flot plus amer de jour en jour.</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu'en dire, sinon: «<span lang="en" xml:lang="en">Poor Yorick</span>!» ou mieux «<span lang="en" xml:lang="en">poor</span></div>
-<div class="verse">Lelian!» et pauvre âme à tout faire, faiblesse,</div>
-<div class="verse">Mollesse par des fois et caresse et paresse,</div>
-<div class="verse">Ou tout à coup partie en guerre comme pour</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout casser d'un passé si pur, si chastement</div>
-<div class="verse">Ordonné par la beauté des calmes pensées,</div>
-<div class="verse">Et pour damner tant d'heures en Dieu dépensées.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis il revient, mon &OElig;uvre, las d'un tel ahan,</div>
-<div class="verse">Pénitent, et tombant à genoux mains dressées&hellip;</div>
-<div class="verse">Priez avec et pour le pauvre Lelian!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p19">XIX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Or tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur,</div>
-
-<div class="verse stanza">Oppose au siècle un front de courage et d'honneur</div>
-<div class="verse">Bande ton c&oelig;ur moins faible au fond que tu ne crois,</div>
-<div class="verse">Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix.</div>
-<div class="verse">Ceins, sinon l'innocence, hélas! et la candeur,</div>
-<div class="verse">Du moins la tempérance et du moins la pudeur,</div>
-<div class="verse">Et dans le bon combat contre péchés et maux</div>
-<div class="verse">S'il faut, eh bien, emprunte à certains animaux,</div>
-<div class="verse">Béhémos et Léviathan, prudents qu'ils sont,</div>
-<div class="verse">Les armures pour la défensive qu'ils ont,</div>
-<div class="verse">Puisque ton cas, pour l'offensive, est superflu.</div>
-<div class="verse">Abdique les airs martiaux où tu t'es plu.</div>
-<div class="verse">Laisse l'épée et te confie au bouclier.</div>
-<div class="verse">Carapace-toi bien, comme d'un bon acier,</div>
-<div class="verse">De discrétion fine et de fort quant-à-moi.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis, quand tu voudras r'attaquer, reprends la Foi!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p20">XX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Les plus belles voix</div>
-<div class="verse i3">De la Confrérie</div>
-<div class="verse i3">Célèbrent le mois</div>
-<div class="verse i3">Heureux de Marie.</div>
-<div class="verse i3">O les douces voix!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Monsieur le curé</div>
-<div class="verse i3">L'a dit à la Messe:</div>
-<div class="verse i3">C'est le mois sacré.</div>
-<div class="verse i3">Écoutons sans cesse</div>
-<div class="verse i3">Monsieur le Curé.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Faut nous distinguer,</div>
-<div class="verse i3">Faut, mesdemoiselles,</div>
-<div class="verse i3">Bien dire et fuguer</div>
-<div class="verse i3">Les hymnes nouvelles.</div>
-<div class="verse i3">Faut nous distinguer,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Bien dire et filer</div>
-<div class="verse i3">Les motets antiques,</div>
-<div class="verse i3">Bien dire et couler</div>
-<div class="verse i3">Les anciens cantiques,</div>
-<div class="verse i3">Filer et couler.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Dieu nous bénira,</div>
-<div class="verse i3">Nous et nos familles.</div>
-<div class="verse i3">Marie ouïra</div>
-<div class="verse i3">Les v&oelig;ux de ses filles,</div>
-<div class="verse i3">Dieu nous bénira.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Elle est la bonté,</div>
-<div class="verse i3">C'est comme la Mère</div>
-<div class="verse i3">Dans la Trinité,</div>
-<div class="verse i3">La Fille et la Mère.</div>
-<div class="verse i3">Elle est la bonté,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La compassion,</div>
-<div class="verse i3">Sans fin et sans trêve,</div>
-<div class="verse i3">L'intercession</div>
-<div class="verse i3">Qu'appuie et soulève</div>
-<div class="verse i3">La compassion.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Avant le salut,</div>
-<div class="verse i3">Chantons ses louanges.</div>
-<div class="verse i3">Pendant le salut,</div>
-<div class="verse i3">Chantons ses louanges.</div>
-<div class="verse i3">Après le salut,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Chantons ses louanges.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p21">XXI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">L'autel bas s'orne de hautes mauves,</div>
-<div class="verse i1">La chasuble blanche est toute en fleurs,</div>
-<div class="verse i1">A travers les pâles vitraux jaunes</div>
-<div class="verse i1">Le soleil se répand comme un fleuve;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">On chante au graduel: <span class="sc">Fi-li-a</span>!</div>
-<div class="verse i1">D'une voix si lentement joyeuse</div>
-<div class="verse i1">Qu'il faudrait croire que c'est l'extase</div>
-<div class="verse i1">D'à-jamais voir la Reine des cieux;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Le sermon du tremblotant vicaire</div>
-<div class="verse i1">Est gentil plus que par un dimanche,</div>
-<div class="verse i1">Qui dit que pour s'élever dans l'air</div>
-<div class="verse i1">Faut être humble et de foi cordiale;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Il ajoute, le cher vieux bonhomme,</div>
-<div class="verse i1">Que la gloire ultime est réservée,</div>
-<div class="verse i1">Sur tous ceux qui vivent dans la pompe,</div>
-<div class="verse i1">Aux pauvres d'esprit et de monnaie;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">On sort de l'église, après les vêpres,</div>
-<div class="verse i1">Pour la procession si touchante</div>
-<div class="verse i1">Qui a nom: du V&oelig;u de Louis Treize:</div>
-<div class="verse i1">C'est le cas de prier pour la France.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p22">XXII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L'amour de la Patrie est le premier amour</div>
-<div class="verse">Et le dernier amour après l'amour de Dieu,</div>
-<div class="verse">C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour</div>
-<div class="verse">Où notre regard luit comme un céleste feu,</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est le jour baptismal aux paupières divines</div>
-<div class="verse">De l'enfant, la rumeur de l'aurore aux oreilles</div>
-<div class="verse">Frais-écloses, c'est l'air emplissant les poitrines</div>
-<div class="verse">En fleur, l'air printanier rempli d'odeurs vermeilles!</div>
-
-<div class="verse stanza">L'enfant grandit, il sent la terre sous ses pas</div>
-<div class="verse">Qui le porte, le berce, et, bonne, le nourrit.</div>
-<div class="verse">Et douce, désaltère encore ses repas</div>
-<div class="verse">D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille</div>
-<div class="verse">Et ce pendant que croît sa chair pleine de grâce,</div>
-<div class="verse">Son âme se répand par delà la famille</div>
-<div class="verse">Et cherche une âme s&oelig;ur, une chair qu'il enlace;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et quand il a trouvé cette âme et cette chair,</div>
-<div class="verse">Il naît d'autres enfants encore, fleurs de fleurs</div>
-<div class="verse">Qui germeront aussi le jardin jeune et cher</div>
-<div class="verse">Des générations d'ici, non pas d'ailleurs.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'homme et la femme ayant l'un et l'autre leur tâche,</div>
-<div class="verse">S'en vont chacun un peu de son côté. La femme,</div>
-<div class="verse">Gardienne du foyer tout le jour sans relâche,</div>
-<div class="verse">La nuit garde l'honneur comme une chaste flamme;</div>
-
-<div class="verse stanza">L'homme vaque aux durs soins du dehors: les travaux,</div>
-<div class="verse">La parole à porter,&mdash;sûr de ce qu'elle vaut,&mdash;</div>
-<div class="verse">Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux,</div>
-<div class="verse">Et la nuit le ramène entre les bras qu'il faut.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tous deux, si pacifique est leur course terrestre,</div>
-<div class="verse">Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie;</div>
-<div class="verse">Mais que le noir démon, la Guerre, essore l'&oelig;stre,</div>
-<div class="verse">Que l'air natal s'empourpre aux reflets de tuerie,</div>
-
-<div class="verse stanza">Que l'étranger mette son pied sur le vieux sol</div>
-<div class="verse">Nourricier,&mdash;imitant les peuples de tous bords,</div>
-<div class="verse">Saragosse, Moscou, le Russe, l'Espagnol,</div>
-<div class="verse">La France de Quatre-vingt-treize, l'homme alors,</div>
-
-<div class="verse stanza">Magnifié soudain, à son &oelig;uvre se hausse</div>
-<div class="verse">Et tragique et classique et très fort et très calme,</div>
-<div class="verse">Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse,</div>
-<div class="verse">Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme.</div>
-
-<div class="verse stanza">S'il survit, il reprend le train de tous les jours</div>
-<div class="verse">Élève ses enfants dans la crainte du dieu</div>
-<div class="verse">Des ancêtres, et va refleurir ses amours</div>
-<div class="verse">Aux flancs de l'épousée éprise du fier jeu.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'âge mûr est celui des sévères pensées,</div>
-<div class="verse">Des espoirs soucieux, des amitiés jalouses,</div>
-<div class="verse">C'est l'heure aussi des justes haines amassées,</div>
-<div class="verse">Et quand sur la place publique, habits et blouses,</div>
-
-<div class="verse stanza">Les citoyens discords dans d'honnêtes combats</div>
-<div class="verse">(Et combien douloureux à leur fraternité!)</div>
-<div class="verse">S'arrachent les devoirs et les droits, ô non pas</div>
-<div class="verse">Pour le lucre, mais pour une stricte équité,</div>
-
-<div class="verse stanza">II prend parti, pleurant de tuer, mais terrible</div>
-<div class="verse">Et tuant sans merci, comme en d'autres batailles,</div>
-<div class="verse">Le sang autour de lui giclant comme d'un crible,</div>
-<div class="verse">Une atroce fureur, pourtant sainte, aux entrailles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tué, son nom, célèbre ou non, reste honoré.</div>
-<div class="verse">Proscrit ou non, il meurt heureux, dans tous les cas,</div>
-<div class="verse">D'avoir voué sa vie et tout au Lieu Sacré</div>
-<div class="verse">Qui le fit homme et tout, de joyeux petit gas.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sa veuve et ses petits garderont sa mémoire,</div>
-<div class="verse">La terre sera douce à cet enfant fidèle</div>
-<div class="verse">Où le vent pur de la Patrie, en plis de gloire,</div>
-<div class="verse">Frissonnera comme un drapeau tout fleurant d'elle.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais quoi donc, le poète, à moins d'être chrétien,</div>
-<div class="verse">(Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu'il soit)</div>
-<div class="verse">Comment en ces temps-ci ce très fier peut-il bien</div>
-<div class="verse">Aimer la France ainsi qu'il doit comme il la voit,</div>
-
-<div class="verse stanza">Dépravée, insensée, une fille, une folle</div>
-<div class="verse">Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules</div>
-<div class="verse">Et l'honneur ataval et, l'antique parole,</div>
-<div class="verse">La parlant en argot pour des sottises seules,</div>
-
-<div class="verse stanza">L'amour, l'évaporant en homicides vils</div>
-<div class="verse">D'où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort,</div>
-<div class="verse">Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils!</div>
-<div class="verse">Prête à mourir d'ailleurs de quelle lâche mort!</div>
-
-<div class="verse stanza">Lui-même que Dieu voit être un pur patriote</div>
-<div class="verse">L'affamant aujourd'hui, le prescrivant naguère,</div>
-<div class="verse">Pour n'avoir pas voulu boire comme un ilote</div>
-<div class="verse">Le gros vin du scandale au verre du vulgaire,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le dénonçant aux sots pires que les méchants,</div>
-<div class="verse">Bourreaux mesquins, non moins d'ailleurs que tels méchants</div>
-<div class="verse">Pire que tous, à cause, ô honte! que ses chants</div>
-<div class="verse">Faisaient honte à plusieurs à cause de leurs chants,</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin, méconnaissant et l'heure et le génie</div>
-<div class="verse">Jusqu'à ce péché noir entre tous ceux de l'homme,</div>
-<div class="verse">Jusqu'à ce plongeon dans toute l'ignominie</div>
-<div class="verse">D'insulter l'ange comme en l'unique Sodome!</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais le poète est un chrétien qui dit: «Non pas!»</div>
-<div class="verse">A ces comme velléités d'être tenté</div>
-<div class="verse">Vers les déclamations par la Pauvreté,</div>
-<div class="verse">Et d'elles dans l'horreur du premier mauvais pas.</div>
-
-<div class="verse stanza">«Non pas!» puis s'adressant à la Vierge Marie:</div>
-<div class="verse">«O vous, reine de France et de toute la terre,</div>
-<div class="verse">Vous qui fidèlement gardez notre patrie</div>
-<div class="verse">Depuis les premiers temps jusqu'à cette heure austère</div>
-
-<div class="verse stanza">Où chacun a besoin du courage de dix</div>
-<div class="verse">S'il veut garder sa foi par ses pertes de fois,</div>
-<div class="verse">La pratiquer tout simplement, ainsi jadis,</div>
-<div class="verse">Puis y mourir tout simplement, comme autrefois!</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis les Notre-Dame au-dessus des ancêtres</div>
-<div class="verse">Profilant leur prière immense et solennelle</div>
-<div class="verse">Jusqu'aux mois de Marie, échos des soirs champêtres</div>
-<div class="verse">Sourire de l'Église aux c&oelig;urs vierges en elle,</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis que notre culte intronisait nos rois,</div>
-<div class="verse">Depuis que notre sang teignait votre pennon</div>
-<div class="verse">Jusqu'au jour où quel Dogme à travers tant d'effrois</div>
-<div class="verse">Ajoutait quel honneur encore à votre nom,</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous qui, multipliant miracles et promesses,</div>
-<div class="verse">De la Sainte-Chandelle à la Salette et Lourdes,</div>
-<div class="verse">Daignez faire chez nous éclore des prouesses</div>
-<div class="verse">Même en ces temps d'horreur d'État louches et sourdes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Mère, sauvez la France, intercédez pour nous,</div>
-<div class="verse">Donnez-nous la foi vive et surtout l'humble foi,</div>
-<div class="verse">Que l'âme de tous nos aïeux brûle en nous tous</div>
-<div class="verse">Pour la vie et la mort, au foyer, dans la loi,</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans le lit conjugal, sur la couche dernière,</div>
-<div class="verse">Simple et forte et sincère et bellement naïve,</div>
-<div class="verse">Pour qu'en les chocs prévus, virils à sa manière,</div>
-<div class="verse">Qui fut la bonne quand elle dut être active,</div>
-
-<div class="verse stanza">Si Dieu nous veut vaincus, du moins nous le soyons</div>
-<div class="verse">En exemple, lavant hier par aujourd'hui</div>
-<div class="verse">Et faits, après l'horreur, l'honneur des nations,</div>
-<div class="verse">Et s'il nous veut vainqueurs nous le soyons pour lui.»</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p23">XXIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Immédiatement après le salut somptueux,</div>
-<div class="verse">Le luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques,</div>
-<div class="verse">Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur</div>
-<div class="verse">Par les clercs et le peuple saisi de mélancolie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un glas lent se répand des clochers de la cathédrale,</div>
-<div class="verse">Répandu par tous les campaniles du diocèse,</div>
-<div class="verse">Et plane et pleure sur les villes et sur la campagne</div>
-<div class="verse">Dans la nuit tôt venue en la saison arriérée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Chacun s'en fut coucher reconduit par la voix dolente</div>
-<div class="verse">Et douce à l'infini de l'airain commémoratoire</div>
-<div class="verse">Qui va bercer le sommeil un peu triste des vivants</div>
-<div class="verse">Du souvenir des décédés de toutes les paroisses.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p24">XXIV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">La cathédrale est majestueuse</div>
-<div class="verse i1">Que j'imagine en pleine campagne</div>
-<div class="verse i1">Sur quelque affluent de quelque Meuse</div>
-<div class="verse i1">Non loin de l'Océan qu'il regagne,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">L'Océan pas vu que je devine</div>
-<div class="verse i1">Par l'air chargé de sels et d'aromes.</div>
-<div class="verse i1">La croix est d'or dans la nuit divine</div>
-<div class="verse i1">D'entre l'envol des tours et des dômes;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Des Angélus font aux campaniles</div>
-<div class="verse i1">Une couronne d'argent qui chante;</div>
-<div class="verse i1">De blancs hibous, aux longs cris graciles,</div>
-<div class="verse i1">Tournent sans fin de sorte charmante;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Des processions jeunes et claires</div>
-<div class="verse i1">Vont et viennent de porches sans nombre,</div>
-<div class="verse i1">Soie et perles de vivants rosaires,</div>
-<div class="verse i1">Rogations pour de chers fruits d'ombre.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ce n'est pas un rêve ni la vie,</div>
-<div class="verse i1">C'est ma belle et ma chaste pensée,</div>
-<div class="verse i1">Si vous voulez ma philosophie,</div>
-<div class="verse i1">Ma mort choisie ainsi déguisée.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p4p25">XXV</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Voix de Gabriel</div>
-<div class="verse i3">Chez l'humble Marie,</div>
-<div class="verse i3">Cloches de Noël,</div>
-<div class="verse i3">Dans la nuit fleurie,</div>
-<div class="verse i3">Siècles, célébrez</div>
-<div class="verse i3">Mes sens délivrés!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Martyrs, troupe blanche,</div>
-<div class="verse i3">Et les confesseurs,</div>
-<div class="verse i3">Fruits d'or de la branche,</div>
-<div class="verse i3">Vous, frères et s&oelig;urs,</div>
-<div class="verse i3">Vierges dans la gloire,</div>
-<div class="verse i3">Chantez ma victoire!</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Les Saints ignorés,</div>
-<div class="verse i3">Vertus qu'on méprise,</div>
-<div class="verse i3">Qui nous sauverez</div>
-<div class="verse i3">Par votre entremise,</div>
-<div class="verse i3">Priez que la foi</div>
-<div class="verse i3">Demeure humble en moi.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Pécheurs, par le monde,</div>
-<div class="verse i3">Qui vous repentez,</div>
-<div class="verse i3">Dans l'ardeur profonde</div>
-<div class="verse i3">D'être rachetés,</div>
-<div class="verse i3">Or, je vous contemple,</div>
-<div class="verse i3">Donnez-moi l'exemple.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Nature, animaux,</div>
-<div class="verse i3">Eaux, plantes et pierres,</div>
-<div class="verse i3">Vos simples travaux</div>
-<div class="verse i3">Sont d'humbles prières,</div>
-<div class="verse i3">Vous obéissez:</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Pour Dieu c'est assez.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">LITURGIES INTIMES</h2>
-
-
-<h3 id="p5p1" title="I. ASPERGES ME">ASPERGES ME</h3>
-
-<p class="c small">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main</div>
-<div class="verse">Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce,</div>
-<div class="verse">Je puis, si mon dessein est pur devant sa face,</div>
-<div class="verse">Purifier autrui passant sur mon chemin.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je puis, si ma prière est de celles qu'allège</div>
-<div class="verse">L'Humilité du poids d'un désir languissant</div>
-<div class="verse">Comme un païen peut baptiser en cas pressant,</div>
-<div class="verse">Laver mon prochain, le blanchir plus que la neige.</div>
-
-<div class="verse stanza">Prenez pitié de moi, Seigneur, suivant l'effet</div>
-<div class="verse">Miséricordieux de vos mansuétudes,</div>
-<div class="verse">Veuillez bander mon c&oelig;ur, c&oelig;ur aux épreuves rudes,</div>
-<div class="verse">Que le zèle pour votre maison soulevait.</div>
-
-<div class="verse stanza">Faites-moi prospérer dans mes v&oelig;ux charitables,</div>
-<div class="verse">Et pour cela, suivant le rite respecté,</div>
-<div class="verse">Gloire à la Trinité durant l'éternité.</div>
-<div class="verse">Gloire à Dieu dans les cieux les plus inabordables,</div>
-
-<div class="verse stanza">Gloire au Père, fauteur et gouverneur de tout,</div>
-<div class="verse">Au Fils, créateur et sauveur, juge et partie,</div>
-<div class="verse">Au Saint-Esprit, de qui la lumière est sortie</div>
-<div class="verse">Par quel rayon?&mdash;ainsi qu'une eau lustrale, mon sang bout,&mdash;</div>
-
-<div class="verse stanza">Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main&hellip;</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p2" title="II. AVENT">AVENT</h3>
-
-<p class="c small">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">«Dans les Avents», comme l'on dit</div>
-<div class="verse i2">Chez mes pays qui sont rustiques</div>
-<div class="verse i2">Et qui patoisent un petit</div>
-<div class="verse i2">Entre autres usages antiques,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Dans les Avents les côs chantont»,</div>
-<div class="verse i2">Toute la nuit, grâce à la lune</div>
-<div class="verse i2">«Clartive» alors, et dont le front</div>
-<div class="verse i2">S'argente et cuivre dès la brune</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jusqu'à l'aube en peu d'ombre et ces</div>
-<div class="verse i2">Chante-clair, clair comme un beau rêve,</div>
-<div class="verse i2">Proclament jusques à l'excès</div>
-<div class="verse i2">Le soleil&hellip; qui plus tard se lève,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Trop tard pour ceux qui sont reclus</div>
-<div class="verse i2">Au poulailler,&mdash;tout comme une âme</div>
-<div class="verse i2">Ne tendant que vers les élus,</div>
-<div class="verse i2">Dans le péché, prison infâme,&mdash;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et comme une âme les bons coqs,</div>
-<div class="verse i2">Vigilants, tels au temps de Pierre,</div>
-<div class="verse i2">Souffrent, mais, en dépit des chocs</div>
-<div class="verse i2">D'ombre, chantent, et l'âme espère.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p3" title="III. NOËL">NOËL</h3>
-
-<p class="c small">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Petit Jésus qu'il nous faut être,</div>
-<div class="verse i2">Si nous voulons voir Dieu le Père,</div>
-<div class="verse i2">Accordez-nous d'alors renaître</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">En purs bébés, nus, sans repaire</div>
-<div class="verse i2">Qu'une étable, et sans compagnie</div>
-<div class="verse i2">Qu'une âne et qu'un b&oelig;uf, humble paire;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">D'avoir l'ignorance infinie</div>
-<div class="verse i2">Et l'immense toute-faiblesse</div>
-<div class="verse i2">Par quoi l'humble enfance est bénie;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">De n'agir sans qu'un rien ne blesse</div>
-<div class="verse i2">Notre chair pourtant innocente</div>
-<div class="verse i2">Encor même d'une caresse,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sans que notre &oelig;il chétif ne sente</div>
-<div class="verse i2">Douloureusement l'éclat même</div>
-<div class="verse i2">De l'aube à peine pâlissante,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Du soir venant, lueur suprême,</div>
-<div class="verse i2">Sans éprouver aucune envie</div>
-<div class="verse i2">Que d'un long sommeil tiède et blême&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">En purs bébés que l'âpre vie</div>
-<div class="verse i2">Destine,&mdash;pour quel but sévère</div>
-<div class="verse i2">Ou bienheureux?&mdash;foule asservie</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ou troupe libre, à quel calvaire?</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p4" title="IV. SAINTS INNOCENTS">SAINTS INNOCENTS</h3>
-
-<p class="c small">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Cruel Hérode, noir Péché,</div>
-<div class="verse i2">De tes sept glaives tu poursuis</div>
-<div class="verse i2">Les innocents, lesquels je suis</div>
-<div class="verse i2">Dans mes cinq sens,&mdash;et, qu'empêché</div>
-<div class="verse i2">Me voici pour, las! me défendre!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">L'argile dont Dieu les forma,</div>
-<div class="verse i2">Leur faiblesse à ces tristes sens</div>
-<div class="verse i2">Par quoi je suis les innocents</div>
-<div class="verse i2">Que l'on immole dans Rama,</div>
-<div class="verse i2">Trahissent leur âge trop tendre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nulle fuite. Mais mon Sauveur,</div>
-<div class="verse i2">Assumant mon sort et ma mort,</div>
-<div class="verse i2">Vit en Égypte dont il sort</div>
-<div class="verse i2">A temps pour l'insigne faveur</div>
-<div class="verse i2">Qu'il me fait de donner sa vie</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et sa pensée à mon bonheur</div>
-<div class="verse i2">Éternel, et, par l'action</div>
-<div class="verse i2">Sûre de l'absolution</div>
-<div class="verse i2">De son prêtre à lui, le Seigneur,</div>
-<div class="verse i2">Ressuscite ma chair ravie.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p5" title="V. CIRCONCISION">CIRCONCISION</h3>
-
-<p class="c small">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Petit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair</div>
-<div class="verse">Pour obéir au premier précepte de la Loi,</div>
-<div class="verse">Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer,</div>
-<div class="verse">Vous offrir les prémices aussi de notre foi.</div>
-
-<div class="verse stanza">Pour obéir, nous autres, à votre obéissance,</div>
-<div class="verse">Nous apportons sur l'autel le parfait hommage</div>
-<div class="verse">De nos péchés pénitents à votre innocence,</div>
-<div class="verse">Sur l'autel blanc où votre sang si pur, notre otage,</div>
-
-<div class="verse stanza">Coule mystiquement comme il coula littéral</div>
-<div class="verse">Au Golgotha, comme il stilla, pas plus réel</div>
-<div class="verse">Mais littéral aussi, ce jour, dont le rituel</div>
-<div class="verse">Retient l'anniversaire cruel et lilial,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et nous circoncisons nos c&oelig;urs suivant votre exemple,</div>
-<div class="verse">Et nous voudrons ressembler à Vous-même, qui fîtes</div>
-<div class="verse">Le vieux Siméon, dans la solennité du temple,</div>
-<div class="verse">Exhaler vers vous une allégresse sans limites.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'ancien Adam qui se désolait dans son espoir</div>
-<div class="verse">Toujours remis d'enfin voir, de ses yeux, nous meilleurs,</div>
-<div class="verse">Nous très doux sans plus d'ire rouge ou d'orgueil noir,</div>
-<div class="verse">Va chanter un fier cantique de joie et de pleurs,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et dans les cieux les bienheureux et bienheureuses</div>
-<div class="verse">S'éjouiront plus que de coutume, et les anges,</div>
-<div class="verse">Pour ce que cette année, elle à peine dans les langes,</div>
-<div class="verse">Dès son premier souffle, a ces haleines amoureuses.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p6" title="VI. ROIS">ROIS</h3>
-
-<p class="c small">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La myrrhe, l'or et l'encens</div>
-<div class="verse i2">Sont des présents moins aimables</div>
-<div class="verse i2">Que de plus humbles présents</div>
-<div class="verse i2">Offerts aux Yeux adorables</div>
-<div class="verse i2">Qui souriront plutôt mieux</div>
-<div class="verse i2">A de simples v&oelig;ux pieux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le voyage des Rois Mages</div>
-<div class="verse i2">Certes agrée au Seigneur.</div>
-<div class="verse i2">Il accepte ces hommages</div>
-<div class="verse i2">Et les tient en haut honneur;</div>
-<div class="verse i2">Mais d'un pécheur qui s'amende</div>
-<div class="verse i2">Pour lui la gloire est plus grande.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans ce sublime concours</div>
-<div class="verse i2">D'adorations premières,</div>
-<div class="verse i2">Jésus goûtera toujours</div>
-<div class="verse i2">Davantage les prières</div>
-<div class="verse i2">Des misérables et leur</div>
-<div class="verse i2">Garde un royaume meilleur.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les anges et les archanges,</div>
-<div class="verse i2">Qui réveillent les bergers,</div>
-<div class="verse i2">Voix d'espoir et de louanges</div>
-<div class="verse i2">Aux hommes encouragés,</div>
-<div class="verse i2">Priment dans l'azur sans voile</div>
-<div class="verse i2">La miraculeuse étoile&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Riches, pauvres, faisons-nous</div>
-<div class="verse i2">Néant devant toi, le Maître,</div>
-<div class="verse i2">De Ton saint nom seuls jaloux:</div>
-<div class="verse i2">Tu sauras bien reconnaître</div>
-<div class="verse i2">Et magnifier les tiens,</div>
-<div class="verse i2">Riches, pauvres, tous chrétiens.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p7" title="VII. KYRIE ELEISON">KYRIE ELEISON</h3>
-
-<p class="c small">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur!</div>
-<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous!</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Donnez-nous la victoire et l'honneur</div>
-<div class="verse i2">Sur l'ennemi de nous tous.</div>
-<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Rendez-nous plus croyants et plus doux</div>
-<div class="verse i2">Loin du Péché suborneur,</div>
-<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Criblez-nous comme fait le vanneur</div>
-<div class="verse i2">Du grain dont il est jaloux.</div>
-<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Nous vous en supplions à genoux,</div>
-<div class="verse i1">Ouvrez-nous par la Foi le Bonheur.</div>
-<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ouvrez-nous par l'Amour le Bonheur,</div>
-<div class="verse i2">Nous vous en prions à genoux.</div>
-<div class="verse i2">Ayez pitié de nous, Seigneur.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Seigneur, par l'Espérance, ouvrez-nous,</div>
-<div class="verse i2">Christ, ouvrez-nous le Bonheur.</div>
-<div class="verse i2">Christ, ayez pitié de nous.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ayez pitié de nous, Seigneur!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p8" title="VIII. GLORIA IN EXCELSIS">GLORIA IN EXCELSIS</h3>
-
-<p class="c small">VIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Gloire à Dieu dans les hauteurs,</div>
-<div class="verse i2">Paix aux hommes sur la terre!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aux hommes qui l'attendaient</div>
-<div class="verse i2">Dans leur bonne volonté.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le salut vient sur la terre&hellip;</div>
-<div class="verse i2">Gloire à Dieu dans les hauteurs!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nous te louons, bénissons,</div>
-<div class="verse i2">Adorons, glorifions,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Te rendons grâce et merci</div>
-<div class="verse i2">De cette gloire infinie!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Seigneur, Dieu, roi du ciel,</div>
-<div class="verse i2">Père, Puissance éternelle,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">O Fils unique de Dieu,</div>
-<div class="verse i2">Agneau de Dieu, Fils du père,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous effacez les péchés:</div>
-<div class="verse i2">Vous aurez pitié de nous.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous effacez les péchés:</div>
-<div class="verse i2">Vous écouterez nos v&oelig;ux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous, à la droite du Père,</div>
-<div class="verse i2">Vous aurez pitié de nous.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Car vous êtes le seul Saint,</div>
-<div class="verse i2">Seul Seigneur et seul Très Haut,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">O Jésus, qui fûtes oint</div>
-<div class="verse i2">De très loin et de très haut,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dieu des cieux, avec l'Esprit,</div>
-<div class="verse i2">Dans le Père,</div>
-
-<div class="verse i5 stanza">Ainsi soit-il.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p9" title="IX. CREDO">CREDO</h3>
-
-<p class="c small">IX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Je crois ce que l'Église catholique</div>
-<div class="verse i1">M'enseigna dès l'âge d'entendement:</div>
-<div class="verse i1">Que Dieu le Père est le fauteur unique</div>
-<div class="verse i1">Et le régulateur absolument</div>
-<div class="verse i1">De toute chose invisible et visible,</div>
-<div class="verse i1">Et que, par un mystère indéfectible,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Il engendra, ne fit pas Jésus-Christ</div>
-<div class="verse i1">Son Fils unique avant que la lumière</div>
-<div class="verse i1">Ne fût créée, et qu'il était écrit</div>
-<div class="verse i1">Que celui-ci mourrait de mort amère,</div>
-<div class="verse i1">Pour nous sauver du malheur immortel</div>
-<div class="verse i1">Sur le Calvaire et, depuis, sur l'Autel;</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Enfin que l'Esprit saint, lequel procède</div>
-<div class="verse i1">Et du Père et du Fils et qui parlait</div>
-<div class="verse i1">Par les prophètes, et ma foi qui s'aide</div>
-<div class="verse i1">De charité croit le dogme complet</div>
-<div class="verse i1">De l'Église de Rome, au saint baptême,</div>
-<div class="verse i1">En la vie éternelle.</div>
-<div class="verse i8">V&oelig;u suprême.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p10" title="X. ASCENSION">ASCENSION</h3>
-
-<p class="c small">X</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Jésus au ciel est monté</div>
-<div class="verse i2">Pour vous envoyer sa grâce:</div>
-<div class="verse i2">Espérance et charité,</div>
-<div class="verse i2">Foi qui jamais ne se lasse,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Patience et tous les dons</div>
-<div class="verse i2">Que l'esprit porte en ses flammes,</div>
-<div class="verse i2">Et les trésors de pardons,</div>
-<div class="verse i2">De zèle au salut des âmes,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">De courage durant les</div>
-<div class="verse i2">Tentations de ce monde,</div>
-<div class="verse i2">Ah! surtout, oui, devant les</div>
-<div class="verse i2">Tentations de ce monde,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ces scandales étalés</div>
-<div class="verse i2">Tour à tour beaux puis immondes,</div>
-<div class="verse i2">Pauvres c&oelig;urs écartelés,</div>
-<div class="verse i2">Tristes âmes vagabondes!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté,</div>
-<div class="verse i2">Mais en nous laissant son ombre:</div>
-<div class="verse i2">L'Évangile répété</div>
-<div class="verse i2">Sans cesse aux peuples sans nombre.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté</div>
-<div class="verse i2">Pour mieux veiller, Lui, fait homme,</div>
-<div class="verse i2">Sur notre fragilité</div>
-<div class="verse i2">Qu'il éprouva&hellip; Mais nous, comme</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jésus au ciel est monté</div>
-<div class="verse i2">Notre nuit n'y pourrait suivre</div>
-<div class="verse i2">Avant la mort sa clarté:</div>
-<div class="verse i2">Ah! d'esprit allons y vivre!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p11" title="XI. VENI, SANCTE&hellip;">VENI, SANCTE&hellip;</h3>
-
-<p class="c small">XI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">«Esprit-Saint, descendez en» ceux</div>
-<div class="verse i2">Qui raillent l'antique cantique</div>
-<div class="verse i2">Où les simples mettent leurs v&oelig;ux</div>
-<div class="verse i2">Sur la plus naïve musique.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Versez les sept dons de la foi,</div>
-<div class="verse i2">Versez, «esprit d'intelligence»,</div>
-<div class="verse i2">Dans les âmes toutes au moi</div>
-<div class="verse i2">Surtout l'amour et l'indulgence</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et le goût de la pauvreté</div>
-<div class="verse i2">Tant des autres que de soi-même:</div>
-<div class="verse i2">Qu'ils comprennent la charité</div>
-<div class="verse i2">Puisqu'ils sont l'élite et la crème.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu'ils estiment leur rire sot,</div>
-<div class="verse i2">Visant, non le dogme immuable,</div>
-<div class="verse i2">Mais l'humble et le faible (un assaut</div>
-<div class="verse i2">Dont le capitaine est le Diable).</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au lieu d'ainsi le profaner,</div>
-<div class="verse i2">Ce cantique de nos ancêtres,</div>
-<div class="verse i2">Qu'ils le méditent, pour donner</div>
-<div class="verse i2">Le bon exemple, eux, les grands maîtres.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et, tandis qu'ils seront en train</div>
-<div class="verse i2">D'édifier le paupérisme</div>
-<div class="verse i2">D'esprit et d'argent, qu'ils réin-</div>
-<div class="verse i2">Tègrent un peu le Catéchisme.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p12" title="XII. JUIN">JUIN</h3>
-
-<p class="c small">XII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l'Amour,</div>
-<div class="verse">Juin, pendant quel le c&oelig;ur en fleur et l'âme en flamme</div>
-<div class="verse">Se sont épanouis dans la splendeur du jour</div>
-<div class="verse">Parmi des chants et des parfums d'épithalame,</div>
-
-<div class="verse stanza">Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-C&oelig;ur,</div>
-<div class="verse">Mois splendide du Sang réel, de la Chair vraie,</div>
-<div class="verse">Pendant quel l'herbe mûre offre à l'été vainqueur</div>
-<div class="verse">Un champ clos où le blé triomphe de l'ivraie,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,</div>
-<div class="verse">Remémorés de la Présence non-pareille,</div>
-<div class="verse">Nous sentons ravigorés en retours vengeurs</div>
-<div class="verse">Contre Satan, pour des triomphes que surveille</div>
-
-<div class="verse stanza">Du ciel là-haut, et sur terre, de l'ostensoir,</div>
-<div class="verse">L'adoré, l'adorable Amour sanglant et chaste,</div>
-<div class="verse">Et du sein douloureux où gîte notre espoir</div>
-<div class="verse">Le C&oelig;ur, le C&oelig;ur brûlant que le désir dévaste,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté</div>
-<div class="verse">Essentielle, de leur gagner la victoire</div>
-<div class="verse">Éternelle. Et l'encens de l'immuable été</div>
-<div class="verse">Monte mystiquement en des douceurs de gloire.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p13" title="XIII. SANCTUS">SANCTUS</h3>
-
-<p class="c small">XIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Saint est l'homme au sortir du baptême,</div>
-<div class="verse">Petit enfant humble et ne tétant pas même,</div>
-<div class="verse">Et si pur alors qu'il est la pureté suprême.</div>
-
-<div class="verse stanza">Saint est l'homme après l'Eucharistie.</div>
-<div class="verse">La chair de Jésus a sa chair investie</div>
-<div class="verse">De force sage et de divine modestie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Saint l'homme quand clos ses jours débiles,</div>
-<div class="verse">Dans l'heur et dans le pardon des Saintes Huiles,</div>
-<div class="verse">Et l'essor soudain vers des séjours enfin tranquilles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les cieux sont pleins, Juste, de ta gloire.</div>
-<div class="verse">La terre en bas vénérera ta mémoire,</div>
-<div class="verse">Béni soit celui qui vient au Nom qu'il nous faut croire!</div>
-
-<div class="verse stanza">Hosanna sur terre et dans les cieux.</div>
-<div class="verse">Deux fois hosanna pour l'homme glorieux!</div>
-<div class="verse">Trois fois hosanna pour Dieu miséricordieux.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p14" title="XIV. IMMACULÉE CONCEPTION">IMMACULÉE CONCEPTION</h3>
-
-<p class="c small">XIV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Vous fûtes conçue immaculée,</div>
-<div class="verse i1">Ainsi l'Église l'a constaté</div>
-<div class="verse i1">Pour faire notre âme consolée</div>
-<div class="verse i1">Et notre fois plus fort conseillée,</div>
-<div class="verse i1">Et notre esprit plus ferme et bandé.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La raison veut ce dogme et l'assume.</div>
-<div class="verse i1">La charité l'embrasse et s'y tient,</div>
-<div class="verse i1">Et Satan grince et l'enfer écume</div>
-<div class="verse i1">Et hurle: «L'Ève prédite vient</div>
-<div class="verse i1">Dont le Serpent saura l'amertume.»</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Sous la tutelle et dans l'onction</div>
-<div class="verse i1">De votre chaste et sainte mère Anne,</div>
-<div class="verse i1">Vous grandissez en perfection</div>
-<div class="verse i1">Jusqu'à votre présentation</div>
-<div class="verse i1">Au temple saint, loin du bruit profane,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Du monde vain que fuira Jésus</div>
-<div class="verse i1">Et, comme lui, toute au pauvre monde,</div>
-<div class="verse i1">Vous atteignez dans de pieux us</div>
-<div class="verse i1">L'époque où, dans sa pitié profonde,</div>
-<div class="verse i1">Dieu veut que de vous sorte Jésus.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">L'ange qui vous salua la mère</div>
-<div class="verse i1">Du Rédempteur que Dieu nous donnait</div>
-<div class="verse i1">Ne troubla pas votre candeur fière</div>
-<div class="verse i1">Qui dit comme Dieu de la lumière:</div>
-<div class="verse i1">«Ce que vous m'annoncez me soit fait.»</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et tout le temps que vivra le Maître,</div>
-<div class="verse i1">Vous le passerez obscurément,</div>
-<div class="verse i1">Sans rien vouloir savoir ou connaître</div>
-<div class="verse i1">Que de l'aimer comme il daigne l'être,</div>
-<div class="verse i1">Jusqu'à sa mort, prise saintement.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Aussi, quand vous-même rendez l'âme,</div>
-<div class="verse i1">Pendant à votre conception</div>
-<div class="verse i1">Immaculée, un décret proclame</div>
-<div class="verse i1">Pour vous la tombe un séjour infâme,</div>
-<div class="verse i1">Vous soustrait à la corruption,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Et vous enlève au séjour de gloire</div>
-<div class="verse i1">D'où vous régnez sur l'Ange et sur nous,</div>
-<div class="verse i1">Participant à toute l'histoire</div>
-<div class="verse i1">De notre vie intime et de tous</div>
-<div class="verse i1">Les hauts débats de la grande histoire.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p15" title="XV. DÉVOTIONS">DÉVOTIONS</h3>
-
-<p class="c small">XV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sécheresse maligne et coupable langueur,</div>
-<div class="verse">Il n'est remède encore à vos tristesses noires</div>
-<div class="verse">Que telles dévotions surérogatoires,</div>
-<div class="verse">Comme des mois de Marie et du Sacré-C&oelig;ur,</div>
-
-<div class="verse stanza">Éclat et parfum purs de fleurs rouges et bleues,</div>
-<div class="verse">Par quoi l'âme qu'endeuille un ennui morfondu,</div>
-<div class="verse">Tout soudain s'éveille à l'enthousiasme dû</div>
-<div class="verse">Et sent ressusciter ses allégresses feues,</div>
-
-<div class="verse stanza">Cantiques frais et blancs de vierges comme aux temps</div>
-<div class="verse">Premiers, quand les chrétiens étaient toute innocence,</div>
-<div class="verse">Hymnes brûlants d'une théologie intense</div>
-<div class="verse">Dans la sanglante ardeur des cierges palpitants;</div>
-
-<div class="verse stanza">Comme le chemin de la Croix, baisers et larmes,</div>
-<div class="verse">Argent et neige et noir d'or des Vendredis Saints,</div>
-<div class="verse">Lent cortège à genoux dans la paix des tocsins,</div>
-<div class="verse"><i>Stabats</i> sévères indiciblement aux si doux charmes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et la dévotion, aussi, du chapelet,</div>
-<div class="verse">Grains enflammés de chaste délire où s'embrase</div>
-<div class="verse">L'ennui souvent, où parfois l'excès de l'extase</div>
-<div class="verse">Se consumait au feu des <i>Ave</i> qui roulait;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et celle enfin des saints locaux, Martin de France,</div>
-<div class="verse">Et Geneviève de Paris, saints du pays</div>
-<div class="verse">Et des villes et des villages, obéis</div>
-<div class="verse">Et vénérés avec chacun son espérance</div>
-
-<div class="verse stanza">Et son exemple et son précepte bien donné,</div>
-<div class="verse">Ses miracles!&mdash;O m&oelig;urs plus intimes du culte,</div>
-<div class="verse">Eh oui, c'est encor vous, en dépit de l'insulte,</div>
-<div class="verse">Qui nous sauvez, peut-être, à tel moment donné.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p16" title="XVI. AGNUS DEI">AGNUS DEI</h3>
-
-<p class="c small">XVI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">L'agneau cherche l'amère bruyère,</div>
-<div class="verse i1">C'est le sel et non le sucre qu'il préfère,</div>
-<div class="verse">Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand il veut un but, rien ne l'arrête,</div>
-<div class="verse i1">Brusque, il fonce avec des grands coups de sa tête,</div>
-<div class="verse">Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète&hellip;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,</div>
-<div class="verse i1">Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes,</div>
-<div class="verse">Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Donne-nous la paix et non la guerre,</div>
-<div class="verse i1">O l'agneau terrible en ta juste colère,</div>
-<div class="verse">O toi, seul Agneau, Dieu le seul fils de Dieu le Père.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p17" title="XVII. TOUSSAINT">TOUSSAINT</h3>
-
-<p class="c small">XVII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ces vrais vivants qui sont les saints,</div>
-<div class="verse i2">Et les vrais morts qui seront nous,</div>
-<div class="verse i2">C'est notre double fête à tous,</div>
-<div class="verse i2">Comme la fleur de nos desseins,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Comme le drapeau symbolique</div>
-<div class="verse i2">Que l'ouvrier plante gaîment</div>
-<div class="verse i2">Au faîte neuf du bâtiment,</div>
-<div class="verse i2">Mais, au lieu de pierre et de brique,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C'est de notre chair qu'il s'agit,</div>
-<div class="verse i2">Et de notre âme en ce nôtre &oelig;uvre</div>
-<div class="verse i2">Qui, narguant la vieille couleuvre,</div>
-<div class="verse i2">A force de travaux surgit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Notre âme et notre chair domptées</div>
-<div class="verse i2">Par la truelle et le ciment</div>
-<div class="verse i2">Du patient renoncement</div>
-<div class="verse i2">Et des heures dûment comptées.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais il est des âmes encor,</div>
-<div class="verse i2">Il est des chairs encore comme</div>
-<div class="verse i2">En chantier, qu'à tort on dénomme</div>
-<div class="verse i2">Les morts, puisqu'ils vivent, trésor</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au repos, mais que nos prières</div>
-<div class="verse i2">Seulement peuvent monnayer</div>
-<div class="verse i2">Pour, l'architecte, l'employer</div>
-<div class="verse i2">Aux grandes dépenses dernières.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Prions, entre les morts, pour maints</div>
-<div class="verse i2">De la terre et du Purgatoire,</div>
-<div class="verse i2">Prions de façon méritoire</div>
-<div class="verse i2">Ceux de là-haut qui sont les saints.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p18" title="XVIII. IN INITIO">IN INITIO</h3>
-
-<p class="c small">XVIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Chez mes pays, qui sont rustiques</div>
-<div class="verse i2">Dans tel cas simplement pieux,</div>
-<div class="verse i2">Voire un peu superstitieux,</div>
-<div class="verse i2">Entre autres pratiques antiques,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sur la tête du paysan,</div>
-<div class="verse i2">Rite profond, vaste symbole,</div>
-<div class="verse i2">Le prêtre, étendant son étole,</div>
-<div class="verse i2">Dit l'évangile de saint Jean:</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">«Au commencement était le Verbe</div>
-<div class="verse i2">«Et le Verbe était en Dieu.</div>
-<div class="verse i2">«Et le verbe était Dieu.»</div>
-<div class="verse i2">Ainsi va le texte superbe,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">S'épanchant en ondes de claire</div>
-<div class="verse i2">Vérité sur l'humaine erreur,</div>
-<div class="verse i2">Lavant l'immondice et l'horreur,</div>
-<div class="verse i2">Et la luxure et la colère,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et les sept péchés, et d'un flux</div>
-<div class="verse i2">Tout parfumé d'odeurs divines,</div>
-<div class="verse i2">Rafraîchissant jusqu'aux racines</div>
-<div class="verse i2">L'arbre du bien, sec et perclus,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et déracinant sous sa force</div>
-<div class="verse i2">L'arbre du mal et du malheur</div>
-<div class="verse i2">Naguère tout en sève, en fleur,</div>
-<div class="verse i2">En fruit, du feuillage à l'écorce.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">O Jean, le plus grand, après l'autre</div>
-<div class="verse i2">Jean, le Baptiste, des grands saints,</div>
-<div class="verse i2">Priez pour moi le Sein des seins</div>
-<div class="verse i2">Où vous dormiez, étant apôtre!</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">O, comme pour le paysan,</div>
-<div class="verse i2">Sur ma tête frivole et folle,</div>
-<div class="verse i2">Bon prêtre étendant ton étole,</div>
-<div class="verse i2">Dis l'évangile de saint Jean.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p19" title="XIX. VÊPRES RUSTIQUES">VÊPRES RUSTIQUES</h3>
-
-<p class="c small">XIX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le dernier coup de vêpres a sonné: l'on tinte.</div>
-<div class="verse">Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sainte.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais!</div>
-<div class="verse">C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès.</div>
-
-<div class="verse stanza">On allume les six grands cierges, l'on apporte</div>
-<div class="verse">Le ciboire pour le salut. Voici la porte</div>
-
-<div class="verse stanza">De la sacristie entr'ouverte, et l'on voit bien</div>
-<div class="verse">S'habiller les enfants de ch&oelig;ur et le doyen.</div>
-
-<div class="verse stanza">Voici venir le court cortège et les deux chantres</div>
-<div class="verse">Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres.</div>
-
-<div class="verse stanza">Une clochette retentit et le clergé</div>
-<div class="verse">S'agenouille devant l'autel, dûment rangé.</div>
-
-<div class="verse stanza">Une prière est murmurée à voix si basse</div>
-<div class="verse">Qu'on entend comme un vol de bons anges qui passe.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le prêtre, se signant, adjure le Seigneur,</div>
-<div class="verse">Et les clers, se signant, appellent le Seigneur.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et chacun exaltant la Trinité, commence,</div>
-<div class="verse">Prophète-roi, David, ta psalmodie immense:</div>
-
-<div class="verse stanza">«Le Seigneur dit&hellip;» «Je vous louerai&hellip;» «Qu'heureux les saints&hellip;»</div>
-<div class="verse">«Fils, louez le Seigneur&hellip;» et, vibrant par essaims,</div>
-
-<div class="verse stanza">Les versets de ce chant militaire et mystique:</div>
-<div class="verse">«Quand Israël sortit d'Égypte&hellip;» Et la musique</div>
-
-<div class="verse stanza">Du grêle harmonium et du vaste plain-chant!</div>
-<div class="verse">L'Église s'est remplie. Il fait tiède. L'argent</div>
-
-<div class="verse stanza">Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre</div>
-<div class="verse">Et des pauvres tombe à bruit doux dans l'aumônière.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'hymme propre et <i>Magnificat</i> aux flots d'encens!</div>
-<div class="verse">Une langueur céleste envahit tous les sens.</div>
-
-<div class="verse stanza">Au court sermon qui suit sur un thème un peu rance,</div>
-<div class="verse">On somnole sans trop pourtant d'irrévérence.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le soleil luit faisant un nimbe mordoré,</div>
-<div class="verse">Le vieux saint du village est tout transfiguré.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ça sent bon. On dirait des fleurs très anciennes.</div>
-<div class="verse">S'exhalant, lentes, dans le latin des antiennes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le Salut ayant béni l'humble troupeau</div>
-<div class="verse">Des fidèles, on rejoint meilleurs le hameau.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le soir on soupe mieux, et quand la nuit invite</div>
-<div class="verse">Au sommeil, on s'endort bien à l'aise et plus vite.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p20" title="XX. COMPLIES EN VILLE">COMPLIES EN VILLE</h3>
-
-<p class="c small">XX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au sortir de Paris on entre à Notre-Dame.</div>
-<div class="verse">Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés,</div>
-<div class="verse">L'affreux soleil criard à l'ombre qui se pâme,</div>
-
-<div class="verse stanza">Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés,</div>
-<div class="verse">Et l'adoration à l'infini s'étire</div>
-<div class="verse">En des récitatifs lentement en-allés,</div>
-
-<div class="verse stanza">Vêpres sont dites, et l'autel noir ne fait luire</div>
-<div class="verse">Que six cierges, après les flammes du Salut</div>
-<div class="verse">Dont l'encens rôde encor mêlé des goûts de cire.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un clerc a lu: <i>Jube, domne</i>, comme fallut,</div>
-<div class="verse">Et l'orage du fond des stalles se déchaîne</div>
-<div class="verse">De rude psalmodie au même instant qu'il lut,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le bon orage frais sous la voûte hautaine</div>
-<div class="verse">Où le jour tamisé par les Saints et les Rois</div>
-<div class="verse">Des rosaces oscille en volute sereine.</div>
-
-<div class="verse stanza">Cela parle de paix de l'âme, des effrois</div>
-<div class="verse">De la nuit dissipés par l'acte et la prière.</div>
-<div class="verse">L'espérance s'enroule autour des piliers froids.</div>
-
-<div class="verse stanza">C'est la suprême joie, et l'extrême lumière</div>
-<div class="verse">Concentrée aux rais de la seule Vérité,</div>
-<div class="verse">Et le vieux Siméon dit l'extase dernière!</div>
-
-<div class="verse stanza">Recommandons notre âme au Dieu de vérité.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p21" title="XXI. PRUDENCE">PRUDENCE</h3>
-
-<p class="c small">XXI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Contrition parfaite,</div>
-<div class="verse i3">Les anges sont en fêtes</div>
-<div class="verse">Mieux d'un pêcheur contrit que d'un juste qui meurt.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Bon propos, la victoire</div>
-<div class="verse i3">Préparée et la gloire</div>
-<div class="verse">Presque déjà dans l'au-delà sans choc ni heurt.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Absolution sainte</div>
-<div class="verse i3">Savourée avec crainte</div>
-<div class="verse">D'en être indigne encor, d'en peut-être abuser.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Rentrée emmi le monde</div>
-<div class="verse i3">Et son horreur profonde</div>
-<div class="verse">Avec un c&oelig;ur d'amour qui ne sait biaiser,</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Car c'est l'amour divine</div>
-<div class="verse i3">Qui prévoit et devine</div>
-<div class="verse">Les pièges, le manège et les tours du Péché.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Garde à toi tout de même,</div>
-<div class="verse i3">Gare au trompeur suprême,</div>
-<div class="verse">Chrétien certes fidèle encore qu'empêché</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Par l'extase première</div>
-<div class="verse i3">D'avoir vu la Lumière,</div>
-<div class="verse">Et les yeux éblouis et tous les sens tremblants.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">O chrétien nouveau, prie</div>
-<div class="verse i3">A la Vierge Marie,</div>
-<div class="verse">Et marche vers la bonne mort à pas bien lents.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p22" title="XXII. PÉNITENCE">PÉNITENCE</h3>
-
-<p class="c small">XXII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La luxure, ce moins terrible des péchés,</div>
-<div class="verse">Ces deux pires de tous, l'Avarice et l'Envie,</div>
-<div class="verse">La Gourmandise, abus risible de la vie,</div>
-<div class="verse">Toi, Paresse, leur mère à tous, à ces péchés,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et la Colère, presque belle en sa hideur,</div>
-<div class="verse">Avec de faux reflets d'héroïsme, on veut croire,</div>
-<div class="verse">Et l'Orgueil son grand frère à la gloire illusoire</div>
-<div class="verse">Et tous dans leur révolte horrible et leur hideur,</div>
-
-<div class="verse stanza">Pénitence, presque innocence, tu les vaincs,</div>
-<div class="verse">Tu les poursuis, tu les arrêtes et les captes,</div>
-<div class="verse">Sauvant les âmes, par l'excellence des actes,</div>
-<div class="verse">De l'Enfer et de ses milices que tu vaincs.</div>
-
-<div class="verse stanza">Oui, tu nous dictes et fait faire d'excellents</div>
-<div class="verse">Actes à cause de l'excellence des causes,</div>
-<div class="verse">Épanouissant, sur les épines de roses</div>
-<div class="verse">Que la Prière après vient cueillir à pas lents,</div>
-
-<div class="verse stanza">Pénitence, du fond de mes crimes affreux,</div>
-<div class="verse">Luxure, orgueil, colère et toute la filière,</div>
-<div class="verse">J'invoque ton secours, Vertu particulière,</div>
-<div class="verse">Seule agréable à Dieu qui voit mon c&oelig;ur affreux.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p23" title="XXIII. OPPORTET HÆRESES ESSE">OPPORTET HÆRESES ESSE</h3>
-
-<p class="c small">XXIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæreses esse.</i></div>
-<div class="verse i2">Car il faut, en effet, encore,</div>
-<div class="verse i2">Que notre foi, donc, s'édulcore</div>
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæreses esse.</i></div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il fallait quelque humilité,</div>
-<div class="verse i2">Ma Foi qui poses et grimaces,</div>
-<div class="verse i2">Afin que tu t'édulcorasses;</div>
-<div class="verse i2">Et l'hérésiarque entêté</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">T'a tenté, ne nous dis pas non,</div>
-<div class="verse i2">Jusque vers les pires péchés,</div>
-<div class="verse i2">T'entraînant du doute impur chez</div>
-<div class="verse i2">Le Diable t'ouvrant son fanon.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Or maintenant, courage! assez</div>
-<div class="verse i2">De larmes sur l'erreur d'un jour,</div>
-<div class="verse i2">Songe au pardon du Dieu d'amour.</div>
-<div class="verse i2"><i lang="la" xml:lang="la">Opportet hæredes esse.</i></div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p5p24" title="XXIV. FINAL">FINAL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>J'ai fait ces vers bien qu'un bien indigne pécheur,</i></div>
-<div class="verse"><i>O bien indigne, après tant de grâces données,</i></div>
-<div class="verse"><i>Lâchement, salement, froidement piétinées</i></div>
-<div class="verse"><i>Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur.</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>J'ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor,</i></div>
-<div class="verse"><i>A votre gloire douce encore qui me tente</i></div>
-<div class="verse"><i>Toujours, en attendant la formidable attente</i></div>
-<div class="verse"><i>Ou de votre courroux ou de ta gloire encor,</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché,</i></div>
-<div class="verse"><i>Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt!</i></div>
-<div class="verse"><i>Je me rementerais de votre amour, plutôt,</i></div>
-<div class="verse"><i>Que de mon effrayant et vil et laid péché,</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Jésus qui sus bénir ma folle indignité,</i></div>
-<div class="verse"><i>Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature,</i></div>
-<div class="verse"><i>Et dès avant le temps, choisis dans la nature,</i></div>
-<div class="verse"><i>Créateur, moi, ceci, pourri d'indignité!</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Aussi, Jésus! avec un immense remords</i></div>
-<div class="verse"><i>Et plein de tels sanglots! à cause de mes fautes,</i></div>
-<div class="verse"><i>Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes,</i></div>
-<div class="verse"><i>Les pieds pleins de cloques et les usages morts,</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Les usages? Du c&oelig;ur, de la tête, de tout</i></div>
-<div class="verse"><i>Mon être on dirait cloué de paralysie</i></div>
-<div class="verse"><i>Navrant en même temps ma pauvre poésie</i></div>
-<div class="verse"><i>Qui ne s'exhale plus, mais qui reste debout</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Comme frappée, ainsi le troupeau par l'orage,</i></div>
-<div class="verse"><i>Berger en tête, et si fidèle nonobstant</i></div>
-<div class="verse"><i>Mon c&oelig;ur est là, Seigneur, qui t'adore d'autant</i></div>
-<div class="verse"><i>Que tu m'aimes encore ainsi parmi l'orage.</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Mon c&oelig;ur est un troupeau dissipé par l'autan</i></div>
-<div class="verse"><i>Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle</i></div>
-<div class="verse"><i>Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, giffle</i></div>
-<div class="verse"><i>D'une dent suffisante et dure assez l'engeance</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Affreuse que je suis, troupeau qui m'en allai</i></div>
-<div class="verse"><i>Vers une monstrueuse et solitaire voie,</i></div>
-<div class="verse"><i>O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie!</i></div>
-<div class="verse"><i>Votre pacage simple en les prés où j'allai</i></div>
-
-<div class="verse stanza"><i>Naguère, et le lin pur qu'il faut et qu'il fallut,</i></div>
-<div class="verse"><i>Et la contrition, hélas! si nécessaire,</i></div>
-<div class="verse"><i>Et si vous voulez bien accepter ma misère,</i></div>
-<div class="verse"><i>La voici! faites-la, telle, hélas! qu'il fallut.</i></div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2>VERS POSTHUMES</h2>
-
-
-<h3 id="p6p1">ACTE DE FOI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">«Le seul savant c'est encore Moïse»!</div>
-<div class="verse i1">Ainsi disais-je et pensais-je autrefois,</div>
-<div class="verse i1">Et quand j'y pense encore et, sans surprise,</div>
-<div class="verse i1">Me le redis avec la même voix,</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Ma conviction, que tous les problèmes</div>
-<div class="verse i1">Étalés en vain à mon &oelig;il naïf</div>
-<div class="verse i1">N'ont point mise à mal, séducteurs suprêmes,</div>
-<div class="verse i1">T'affirme à nouveau, dogme primitif.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La doctrine profane et l'art profane</div>
-<div class="verse i1">Ont quelque bon, mais, s'ils agissent seuls,</div>
-<div class="verse i1">C'est comme des spectres sous des linceuls.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">La Genèse est claire, elle est diaphane,</div>
-<div class="verse i1">Et par elle je crois avec ardeur</div>
-<div class="verse i1">En Dieu, mon fauteur et mon créateur.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p6p2">PAQUES</h3>
-
-<blockquote>
-<p class="r"><i lang="la" xml:lang="la">Dic, nobis, Maria<br />
-quem vidisti in via.</i></p>
-</blockquote>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De Rome, hier matin, les cloches revenues,</div>
-<div class="verse">Exhalent un concert glorieux dans les nues.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'écho puissant qui flue et tombe de la tour,</div>
-<div class="verse">Vient magnifier l'air et la terre à leur tour.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'oiseau, sanctifié par l'or des salves saintes</div>
-<div class="verse">Lui-même entonne un hymne aimable et las de plaintes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Clame l'alléluia sur un air de chanson,</div>
-<div class="verse">Dans l'arbre, au ras des prés, et parmi le buisson.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'alouette, un motet au bec, s'est envolée;</div>
-<div class="verse">Le rossignol a salué l'aube emperlée</div>
-
-<div class="verse stanza">D'accents énamourés d'un amour plus brûlant,</div>
-<div class="verse">Et comme lumineux d'un bonheur calme et lent,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le printemps, né d'hier, allègrement frissonne;</div>
-<div class="verse">La nature frémit d'aise, et voici que sonne</div>
-
-<div class="verse stanza">Partout dans la campagne, au c&oelig;ur des vieux beffrois,</div>
-<div class="verse">De l'altier campanile et du palais des rois,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et de tous les fracas religieux des villes,</div>
-<div class="verse">Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le frais appel pour l'alme célébration</div>
-<div class="verse">De l'almissime jour de résurrection&hellip;</div>
-
-<div class="verse stanza">La colombe vole au sillon et l'agneau broute.</div>
-<div class="verse">Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route?</div>
-
-<div class="verse stanza">Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé&hellip;</div>
-<div class="verse">C'est le Seigneur «en Galilée il est allé!»</div>
-
-<div class="verse stanza">&mdash;Ah! que le c&oelig;ur n'est-il lavé dans l'or du fleuve,</div>
-<div class="verse">Sanctifiée en l'or des cloches l'âme veuve!</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau,</div>
-<div class="verse">Blanc comme la colombe en ce clair renouveau</div>
-
-<div class="verse stanza">Et que l'homme, jadis conscience introublée,</div>
-<div class="verse">N'est-il en route encore pour la Galilée!</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p6p3">ASSOMPTION</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Aujourd'hui c'est ma fête et j'ai droit à des fleurs</div>
-<div class="verse">(Sous mon autre prénom je n'ai droit qu'à mes pleurs),</div>
-<div class="verse">Car sachez-le bien tous, je m'appelle Marie</div>
-<div class="verse">Et sous le nom puissant d'une mère chérie</div>
-<div class="verse">Je me sens protégé du mal et du péché</div>
-<div class="verse">Qui m'avaient investi grâce au bien négligé.</div>
-<div class="verse">Je me sais à l'abri d'un monde que j'abhorre</div>
-<div class="verse">Et dont je ne saurais me séparer encore,</div>
-<div class="verse">Je me crois défendu contre tout choc et heurt</div>
-<div class="verse">Par ce nom qui s'en vient prier lorsque l'on meurt.</div>
-<div class="verse">En ce jour merveilleux de triomphe et de gloire,</div>
-<div class="verse">Il me semble que j'ai ma part de la victoire.</div>
-<div class="verse">O ma femme, entrons donc joyeux, c'est notre droit</div>
-<div class="verse">Dans le bonheur heureux&hellip; et le devoir qu'on doit.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p6p4">PRIÈRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Me voici devant Vous, contrit comme il le faut.</div>
-<div class="verse">Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie</div>
-<div class="verse">Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie</div>
-<div class="verse">Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut</div>
-<div class="verse">A mes yeux mieux que tout, et l'espoir et la joie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Elle est bonne, elle me connaît depuis des ans.</div>
-<div class="verse">Nous eûmes des jours noirs, amers, jaloux, coupables,</div>
-<div class="verse">Mais nous allions sans trêve aux fins inéluctables,</div>
-<div class="verse">Balancés, ballottés, en proie à tous jusants</div>
-<div class="verse">Sur la mer où luisaient les astres favorables:</div>
-
-<div class="verse stanza">Franchise, lassitude affreuse du péché</div>
-<div class="verse">Sans esprit de retour, et pardons l'un à l'autre&hellip;</div>
-<div class="verse">Or, ce commencement de paix n'est-il point vôtre,</div>
-<div class="verse">Jésus, qui vous plaisez au repentir caché?</div>
-<div class="verse">Exaucez notre v&oelig;u qui n'est plus que le vôtre.</div>
-</div>
-
-
-<h3 id="p6p5">LE CHARME DU VENDREDI SAINT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La cathédrale est grise admirablement,</div>
-<div class="verse">Tandis que le jour luit adorablement</div>
-<div class="verse">Et que les arbres sont verts tout doucement.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les paysans sont naïfs et de province</div>
-<div class="verse">Pour la plupart parents, dont la toilette grince,</div>
-<div class="verse">De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince</div>
-
-<div class="verse stanza">De les promener autour du fameux monument</div>
-<div class="verse">Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village,</div>
-<div class="verse">Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment</div>
-<div class="verse">Et va, comme un peu vil dans le sillage</div>
-
-<div class="verse stanza">Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment</div>
-<div class="verse">D'une clientèle amusante en diable,</div>
-<div class="verse">Qui file néanmoins, dévots irrémédiables,</div>
-<div class="verse">Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement.</div>
-</div>
-
-<div class="date">Paris, jeudi 30 mars 1893.</div>
-
-<h3 id="p6p6" title="LE CHARME DU VENDREDI SAINT II">II</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure</div>
-<div class="verse">Des fins arbres du quai bordant la beauté pure</div>
-<div class="verse">Et forte de la cathédrale on dirait en guipure</div>
-
-<div class="verse stanza">De pierre, on croit, immémoriale et si dure!</div>
-<div class="verse">Les cloches de la veille ont fui (leur âme, au moins,</div>
-<div class="verse">S'est tue) et pendent, patients témoins</div>
-<div class="verse">Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins,</div>
-
-<div class="verse stanza">Enfin, elles reviennent (ou, du moins, leur âme</div>
-<div class="verse">Planant sur les villes légères et les autres)</div>
-<div class="verse">Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres</div>
-<div class="verse">A travers les humanités chastes et les infâmes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans la nef désolée où seulement les flammes</div>
-<div class="verse">Des ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres,</div>
-<div class="verse">S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes</div>
-<div class="verse">Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres.</div>
-</div>
-
-<div class="date">Vendredi, 31 mars 1893.</div>
-
-<h3 id="p6p7">EX IMO</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Jésus, vous m'avez puni moralement</div>
-<div class="verse">Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance,</div>
-<div class="verse">Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance.</div>
-<div class="verse">O Jésus, vous me punissez physiquement.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille,</div>
-<div class="verse">La console, la plaint, lui sourit, la guérit</div>
-<div class="verse">Par une claire, simple et logique merveille.</div>
-<div class="verse">La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit</div>
-
-<div class="verse stanza">Le «Fiat lux», le créateur de la nature,</div>
-<div class="verse">Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous</div>
-<div class="verse">Plein de douceur, mais lors faisait la créature</div>
-<div class="verse">Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.</div>
-
-<div class="verse stanza">La Science, un souci vénérable, tâtonne,</div>
-<div class="verse">Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir,</div>
-<div class="verse">Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne,</div>
-<div class="verse">Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,</div>
-
-<div class="verse stanza">Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme</div>
-<div class="verse">De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur,</div>
-<div class="verse">Tu dirais, pour un bien pourtant; mais quel énorme</div>
-<div class="verse">Effort souvent infructueux, chair de malheur!</div>
-
-<div class="verse stanza">Chair, mystère plus noir et plus mélancolique</div>
-<div class="verse">Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu <i>te voulut</i></div>
-<div class="verse"><i>Et tu fus</i>, et tu vis, comment? au vent oblique</div>
-<div class="verse">Des funestes saisons et du mal qui t'élut.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tu fus, et tu vis, comment! miracle frêle,</div>
-<div class="verse">Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu</div>
-<div class="verse">De plaisir mêlé d'amertume et de querelle.</div>
-<div class="verse">Oui, pourquoi toi?</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">Jésus répond: «Pour être enfin</div>
-<div class="verse">Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse</div>
-<div class="verse">Et d'amour et plus tard glorieuse au divin</div>
-<div class="verse">Séjour définitif de liesse et de largesse!</div>
-
-<div class="verse stanza">Encore un peu de temps, souffre encore un instant,</div>
-<div class="verse">Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science</div>
-<div class="verse">Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant,</div>
-<div class="verse">Ne perds jamais cette vertu, la confiance!</div>
-
-<div class="verse stanza">La confiance en moi seul! Et je te le dis</div>
-<div class="verse">Encore: patiente et m'offre ta souffrance.</div>
-<div class="verse">Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis,</div>
-<div class="verse">Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance.</div>
-
-<div class="verse stanza">L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi,</div>
-<div class="verse">Il est bonté: c'est le bon Dieu de ton enfance.</div>
-<div class="verse">Souffre encore un instant et garde bien la foi,</div>
-<div class="verse">La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance.</div>
-
-<div class="verse stanza">Suis humble et souffre en paix, autant que tu pourras.</div>
-<div class="verse">Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde.</div>
-<div class="verse">Qui le sait mieux que moi? Lorsque tu souffriras</div>
-<div class="verse">Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,</div>
-
-<div class="verse stanza">Et de mon agonie et du reste? Allons, vois.</div>
-<div class="verse">C'est fait. Le mal n'est plus: tu peux vivre dans l'aise</div>
-<div class="verse">Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise,</div>
-<div class="verse">Au soleil, et mourir et renaître à ma voix.»</div>
-</div>
-
-<div class="date">8 août 1893, hôpital Broussais.</div>
-
-<p class="c gap small">FIN</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2>TABLE</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr>
-<td class="width-4em">&nbsp;</td> <td>&nbsp;</td> <td>&nbsp;</td> <td>&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3"><span class="sc">Préface de J. K. HUYSMANS</span></td>
-<td class="num"><a href="#preface"><small>I</small> à <small>XXIV</small></a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre1">SAGESSE</td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre2">I</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="width-4em">I.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Bon chevalier masqué qui chevauche en silence</td>
-<td class="num"><a href="#p1p1">3</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>II.</td>
-<td colspan="2" class="drap">J'avais peiné comme Sisyphe</td>
-<td class="num"><a href="#p1p2">6</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>III.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares?</td>
-<td class="num"><a href="#p1p3">9</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Malheureux! Tous les dons, la gloire du baptême</td>
-<td class="num"><a href="#p1p4">13</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>V.</td>
-<td colspan="2" class="drap">O vous, comme un qui botte au loin, Chagrins et Joies</td>
-<td class="num"><a href="#p1p5">16</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme</td>
-<td class="num"><a href="#p1p6">17</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles</td>
-<td class="num"><a href="#p1p7">18</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie</td>
-<td class="num"><a href="#p1p8">19</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IX.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Non. Il fut gallican, ce siècle, et janséniste</td>
-<td class="num"><a href="#p1p9">20</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>X.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Petits amis, qui sûtes nous prouver</td>
-<td class="num"><a href="#p1p10">21</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Or, vous voici promus, petits amis</td>
-<td class="num"><a href="#p1p11">24</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardons</td>
-<td class="num"><a href="#p1p12">27</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">On n'offense que Dieu qui seul pardonne</td>
-<td class="num"><a href="#p1p13">29</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Voix de l'Orgueil; un cri puissant comme d'un cor</td>
-<td class="num"><a href="#p1p14">31</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Va ton chemin sans plus t'inquiéter!</td>
-<td class="num"><a href="#p1p15">33</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Pourquoi triste, ô mon âme</td>
-<td class="num"><a href="#p1p16">35</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Né l'enfant des grandes villes</td>
-<td class="num"><a href="#p1p17">37</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'âme antique était rude et vaine</td>
-<td class="num"><a href="#p1p18">39</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre2">II</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>I.</td>
-<td colspan="2" class="drap">O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour</td>
-<td class="num"><a href="#p2p1">42</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>II.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Je ne veux plus aimer que ma mère Marie</td>
-<td class="num"><a href="#p2p2">45</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>III.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Vous êtes calme, vous voulez un v&oelig;u discret</td>
-<td class="num"><a href="#p2p3">47</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Mon Dieu m'a dit: Mon fils, il faut m'aimer</td>
-<td class="num"><a href="#p2p4">40</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>V.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Désormais le Sage puni</td>
-<td class="num"><a href="#p2p5">58</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Du fond du grabat</td>
-<td class="num"><a href="#p2p6">60</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Le ciel est, par dessus le toit</td>
-<td class="num"><a href="#p2p7">67</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Le son du cor s'afflige vers les bois</td>
-<td class="num"><a href="#p2p8">68</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IX.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La tristesse, langueur du corps humain</td>
-<td class="num"><a href="#p2p9">69</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>X.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La bise se rue à travers</td>
-<td class="num"><a href="#p2p10">70</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Vous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées!</td>
-<td class="num"><a href="#p2p11">71</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'échelonnement des haies</td>
-<td class="num"><a href="#p2p12">73</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'immensité de l'humanité</td>
-<td class="num"><a href="#p2p13">74</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La mer est plus belle</td>
-<td class="num"><a href="#p2p14">75</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La «grande ville». Un tas criard de pierres blanches</td>
-<td class="num"><a href="#p2p15">77</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Toutes les amours de la terre</td>
-<td class="num"><a href="#p2p16">78</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit</td>
-<td class="num"><a href="#p2p17">80</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">C'est la fête du blé, c'est la fête du pain</td>
-<td class="num"><a href="#p2p18">81</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre1">AMOUR</td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Prière du matin</td>
-<td class="num"><a href="#p3p1">85</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Écrit en 1875</td>
-<td class="num"><a href="#p3p2">90</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Un conte</td>
-<td class="num"><a href="#p3p3">94</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Bournemouth</td>
-<td class="num"><a href="#p3p4">98</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc" lang="en" xml:lang="en">There</td>
-<td class="num"><a href="#p3p5">101</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Un crucifix</td>
-<td class="num"><a href="#p3p6">103</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Un veuf parle</td>
-<td class="num"><a href="#p3p7">105</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Il parle encore</td>
-<td class="num"><a href="#p3p8">107</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Saint Graal</td>
-<td class="num"><a href="#p3p9">109</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Angélus de midi</td>
-<td class="num"><a href="#p3p10">111</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">A Victor Hugo</td>
-<td class="num"><a href="#p3p11">114</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Saint Benoit-Joseph Labre</td>
-<td class="num"><a href="#p3p12">115</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Paraboles</td>
-<td class="num"><a href="#p3p13">116</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Sonnet héroïque</td>
-<td class="num"><a href="#p3p14">117</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3" class="sc">Pensée du soir</td>
-<td class="num"><a href="#p3p15">118</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre1">BONHEUR</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>I.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'incroyable, l'unique horreur de pardonner</td>
-<td class="num"><a href="#p4p1">123</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>II.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La vie est bien sévère</td>
-<td class="num"><a href="#p4p2">124</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>III.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Après la chose faite, après le coup porté</td>
-<td class="num"><a href="#p4p3">120</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">De plus, cette ignorance de Vous!</td>
-<td class="num"><a href="#p4p4">128</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>V.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'homme pauvre du c&oelig;ur est-il si rare, en somme</td>
-<td class="num"><a href="#p4p5">130</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Bon pauvre, ton vêtement est léger</td>
-<td class="num"><a href="#p4p6">131</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Le «sort» fantasque qui me gâte à sa manière</td>
-<td class="num"><a href="#p4p7">135</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde</td>
-<td class="num"><a href="#p4p8">140</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IX.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Guerrière, militaire et virile en tout point</td>
-<td class="num"><a href="#p4p9">143</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>X.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Un projet de mon âge mûr</td>
-<td class="num"><a href="#p4p10">140</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Sois de bronze et de marbre et surtout sois de chair</td>
-<td class="num"><a href="#p4p11">150</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Seigneur, vous m'avez laissé vivre</td>
-<td class="num"><a href="#p4p12">152</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La neige à travers la brume</td>
-<td class="num"><a href="#p4p13">157</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">O! J'ai froid d'un froid de glace</td>
-<td class="num"><a href="#p4p14">159</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Un scrupule qui m'a l'air sot comme un péché</td>
-<td class="num"><a href="#p4p15">162</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Après le départ des cloches</td>
-<td class="num"><a href="#p4p16">165</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'ennui de vivre avec le monde et dans les choses</td>
-<td class="num"><a href="#p4p17">167</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Vous m'avez demandé quelques vers sur «Amour»</td>
-<td class="num"><a href="#p4p18">171</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIX.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Or, tu n'es pas vaincu, sinon par le Seigneur</td>
-<td class="num"><a href="#p4p19">172</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XX.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Les plus belles voix</td>
-<td class="num"><a href="#p4p20">175</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXI.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'autel bas s'orne de hautes mauves</td>
-<td class="num"><a href="#p4p21">175</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">L'amour de la Patrie est le premier amour</td>
-<td class="num"><a href="#p4p22">177</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXIII.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Immédiatement après le salut somptueux</td>
-<td class="num"><a href="#p4p23">183</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXIV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">La cathédrale est majestueuse</td>
-<td class="num"><a href="#p4p24">184</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXV.</td>
-<td colspan="2" class="drap">Voix de Gabriel</td>
-<td class="num"><a href="#p4p25">186</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre1">LITURGIES INTIMES</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>I.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Asperges me</td>
-<td class="num"><a href="#p5p1">191</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>II.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Avent</td>
-<td class="num"><a href="#p5p2">193</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>III.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Noël</td>
-<td class="num"><a href="#p5p3">195</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IV.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Saints innocents</td>
-<td class="num"><a href="#p5p4">197</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>V.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Circoncision</td>
-<td class="num"><a href="#p5p5">199</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VI.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Rois</td>
-<td class="num"><a href="#p5p6">201</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Kyrie Eleison</td>
-<td class="num"><a href="#p5p7">203</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>VIII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Gloria in excelsis</td>
-<td class="num"><a href="#p5p8">205</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>IX.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Credo</td>
-<td class="num"><a href="#p5p9">207</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>X.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Ascension</td>
-<td class="num"><a href="#p5p10">209</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XI.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Veni sancte</td>
-<td class="num"><a href="#p5p11">211</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Juin</td>
-<td class="num"><a href="#p5p12">213</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Sanctus</td>
-<td class="num"><a href="#p5p13">215</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIV.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Immaculée conception</td>
-<td class="num"><a href="#p5p14">217</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XV.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Dévotions</td>
-<td class="num"><a href="#p5p15">219</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVI.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Agnus Dei</td>
-<td class="num"><a href="#p5p16">221</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Toussaint</td>
-<td class="num"><a href="#p5p17">222</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XVIII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">In initio</td>
-<td class="num"><a href="#p5p18">224</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XIX.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Vêpres rustiques</td>
-<td class="num"><a href="#p5p19">226</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XX.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Complies en ville</td>
-<td class="num"><a href="#p5p20">229</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXI.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Prudence</td>
-<td class="num"><a href="#p5p21">231</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Pénitence</td>
-<td class="num"><a href="#p5p22">233</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXIII.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Opportet hæreses esse</td>
-<td class="num"><a href="#p5p23">235</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td>XXIV.</td>
-<td colspan="2" class="sc">Final</td>
-<td class="num"><a href="#p5p24">237</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="4" class="titre1">VERS POSTHUMES</td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">Acte de Foi</td>
-<td class="num"><a href="#p6p1">241</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">Pâques</td>
-<td class="num"><a href="#p6p2">242</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">Assomption</td>
-<td class="num"><a href="#p6p3">244</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">Prière</td>
-<td class="num"><a href="#p6p4">245</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="2">Le Charme du Vendredi Saint.</td>
-<td>I</td>
-<td class="num"><a href="#p6p5">246</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="2" class="c">&mdash;</td>
-<td>II</td>
-<td class="num"><a href="#p6p6">247</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">Ex imo</td>
-<td class="num"><a href="#p6p7">248</a></td>
-</tr>
-</table>
-<div class="break"></div>
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-End of the Project Gutenberg EBook of Poésies religieuses, by Paul Verlaine
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-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
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-electronic works. See paragraph 1.E below.
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-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
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-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
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-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
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-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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