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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Le Canapé couleur de feu, par M. de *** - -Author: Jean-Louis Fougeret de Montbron - -Release Date: December 14, 2019 [EBook #60918] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CANAPÉ COULEUR DE FEU *** - - - - -Produced by René Galluvot (from images generously made -available by the Bibliothèque nationale de France -(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - - -</pre> - -<h1><span class="small">LE</span><br /> -<b class="large">CANAPÉ,</b><br /> -COULEUR<br /> -DE FEU.</h1> - -<p class="c"><i>Par M. de ***</i></p> - -<p class="c gap">A AMSTERDAM,<br /> -Par la Compagnie des Libraires.</p> - -<p class="c">M. DCC. XLI.</p> - - -<div class="chapter"></div> -<p class="c break line-height-2em">LE<br /> -<span class="xlarge g">CANAPÉ.</span></p> - - - - -<h2 class="nobreak">CHAPITRE PREMIER.<br /> -<i>La Vergogne du Procureur, & le changement -merveilleux du Canapé.</i></h2> - - -<p>Un Procureur qui avoit -consumé toute -sa jeunesse à ruïner de pauvres -Plaideurs, voulant, -comme l'on dit, faire une -fin, résolut de consacrer à -l'himen quelques années -qui lui restoient à vivre. Il -jetta, pour cet effet, les -yeux sur la veuve d'un de ses -Confreres: elle étoit jeune, <a id="cor1"></a>& -de figure à faire naître des -desirs aux plus insensibles. -Aussi ses charmes donnérent-ils -si vivement dans la -visiére de Maître Grapignan, -que pour s'épargner -la peine de soupirer en vain, -il fut lui offrir sa vieille personne, -& par dessus le marché -cinquante mille écus, -qui étoient le reste de ses -petites épargnes. La Dame -comptant, comme de raison, -enterrer bien-tôt celui-ci -avec l'autre, n'hésita point -à lui donner la main. On célébra -les nôces: quant à la -cérémonie & au banquet, -tout alla au mieux. Tandis -que les parens & amis des -Conjoints tintamaroient à -la maniére de gens qui ne -se sont jamais vûs, & qui -s'entretiennent avec cordialité -d'un bout de chambre -à l'autre, le nouveau Couple -s'éclipsa, & fut se retrancher -dans le cabinet de -toilette préparé pour Madame.</p> - -<p>La porte soigneusement -barricadée, & la portiére par-dessus; -Monsieur de la chicane, -crachant d'avance le -cotton, conduit sa fringante -épouse sur un canapé, où -la belle, avantageusement -postée, se prépare à lui en -donner pour ses vieilles -menteries, & pour son argent. -Mon Dieu, dit-elle, -mon ami, quelle chaleur il -fait aujourd'hui! En vérité -on étouffe. C'est, répond-il, -que nous sommes dans les -jours caniculaires. Voici, -<a id="cor2"></a>continua-t'elle en se couchant -à demi, un admirable canapé -pour la commodité. -Oui, repart-il, rien n'est -plus commode. J'y fais la -méridienne depuis dix ans.</p> - -<p>Cependant Madame quitte -son fichu, & dévoile des -appas qui ressuscitent l'humanité -du Procureur. Il s'émancipe, -il tâte, il baise, -il tressaille… enfin déboutonnant -& baissant son haut-de-chausse, -il lui léve la jupe, -& se met en posture de -lui faire gagner son douaire. -Mais inutilement, après -avoir sué sang & eau, & fait -craquer le canapé pendant -une heure, il est contraint -d'abandonner la besogne.</p> - -<p>Comme on se rajustoit -tristement de part & d'autre, -pour aller rejoindre la -compagnie, on entendit un -cri de joie, & tout-à-coup -le canapé changeant de forme, -prit celle d'un jeune -homme parfaitement beau -& bien fait. Miséricorde! -s'écria le Procureur plus effrayé -de cette merveille -que sa femme: êtes-vous -l'ame de quelque malheureux -qui auroit besoin de -priéres? Je n'ai besoin de -rien, répondit l'inconnu, -& je ne suis point un revenant -comme vous l'imaginez. -Je n'ai pas cessé de vivre, -quoique j'aie été métamorphosé: -& si vous daignez -me prêter une oreille -attentive, je vous conterai -mon avanture, aussi-bien -vous dois-je cette satisfaction, -puisque c'est à vous -à qui je suis redevable d'avoir -recouvré mon premier -état. Ha! dit la nouvelle -mariée, je vous en conjure… -mais nous n'avons plus de -canapé, & je ne vois ici -qu'un siége; mon ami, vas-en -chercher deux autres. -Oh! parbleu, Madame, dit -le nouvel hôte, il seroit honteux -que vous fussiez entrée -ici sans étrenner; je profiterai, -s'il vous plaît, des instans -que votre mari <a id="cor3"></a>nous -laisse. Quoique je serve depuis -si long-temps de siége -à autrui, je suis assez reposé -sur l'article pour vous -donner en bref un témoignage -du respect & de la -consideration que j'ai pour -vous. Il dit, & fit les choses -si promptement, que le -Procureur ne s'apperçut de -rien à son retour.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2>CHAPITRE II.<br /> -<i>Du Pays de l'inconnu, & -de ce qui occasionna sa -metamorphose.</i></h2> - - -<p>Quand le trio fut assis, -l'inconnu se moucha, -cracha & rompit le silence -en ces termes: je suis un -Gentilhomme des environs -de Liege, allié aux meilleures -Maisons du Pays. Mes -biens sont situés sur les bords -de la Meuse, auprès des Ardennes. -Je ne vous dirai pas -mon nom, parce que je ne -crois point que cela soit -bien essentiel; & puis il y a -si long-temps que je suis canapé, -que je ne sçai trop si -je m'en souviendrois au juste. -Ainsi je me nommerai, si -vous le trouvez bon, le Chevalier -Commode, à cause -de la commodité que tant -d'honnêtes gens, y compris -Monsieur & Madame, ont -trouvée chez moi, lorsque -j'étois fait pour la mollesse, -le repos & les plaisirs des -deux sexes.</p> - -<p>Je n'avois de passe-temps, -jadis, que la chasse: dès le -matin j'entrois dans la forêt, -& je n'en sortois rarement -que le soir; tantôt je prenois -des oiseaux à la pipée, tantôt -à la gluë, une autre fois -aux filets: en un mot le seul -amusement que j'eusse au -monde je sçavois le varier, -de maniére que je ne m'ennuyois -jamais. Un jour que -je m'étois plus fatigué que -de coutume, je m'endormis -sous une feuillée épaisse. De -ma vie, il m'en souvient encore, -je n'eus, en dormant, -de songes plus agréables: à -la vérité j'étois bien en état -d'en avoir de semblables, -n'ayant alors qu'environ -18. ans. Je m'éveillai enivré -de ces plaisirs que l'on -sent & que l'on ne définit -pas. Mais quelle fut ma surprise -lorsque je vis à côté de -moi une charmante personne, -dont l'image adorable -m'avoit occupé si délicieusement -pendant mon sommeil. -Elle sçavoit trop bien -lire dans les cœurs, pour ne -point voir ce qui se passoit -alors dans le mien: entraîné -par l'amour, retenu par la -crainte, je voulois parler & -n'osois. Ces mouvemens divers -lui expliquoient mieux -ce qui se passoit dans mon -ame, que tout ce que la parole -auroit pû me suggerer -de plus délicat & de plus -tendre, & mes yeux interprétes -fidéles de mes sentimens, -lui tinrent un langage -si pressant, qu'elle eut -pitié de moi & me parla ainsi:</p> - -<p>Vous êtes étonné, sans doute, -de voir une fille de -ma sorte dans ces lieux sauvages -& déserts? Ma foi, -Madame, dis-je en me levant, -on le seroit à moins. Ce -n'est guéres l'usage de trouver -des personnes de votre -figure, & parée comme vous -l'êtes dans les Forêts: je ne -sçai si ceci est un rêve. -Non, reprit-elle, vous ne -fûtes jamais plus éveillé; fiez-vous -<a id="cor4"></a>en à moi, je m'y connois: -à la bonne heure, repartis-je, -mais ne pourrois-je sçavoir -à qui j'ai l'honneur de -parler maintenant? A la Fée -Printaniére, répondit-elle, -premiere Dame de compagnie -de la Fée Crapaudine, -qui régne depuis six cents -ans dans les Ardennes. Voilà, -dis-je, pour une Souveraine, -un vilain nom. Oh! si -vous la <a id="cor5"></a>voyiez, repartit Printaniére, -vous trouveriez que -son nom quadre assez bien -avec sa figure. Mais pussiez-vous -ne la voir jamais! que -je meure, répondis-je, s'il -m'en prend envie sur l'idée -que vous m'en donnez. Ah! -poursuivit-elle en soûpirant, -& laissant échaper quelques -larmes, vous ne la verrez -peut-être que trop tôt pour -votre malheur & le mien; -car il est inutile de vous cacher -que je vous aime; & -le sort qui vous menace ne -me <a id="cor6"></a>permet pas de vous laisser -ignorer plus long-temps -mon ardeur.</p> - -<p>Crapaudine vous vit ces -jours passez tirer des Merles -avec la Sarbacane, votre -bonne mine & votre dextérité -lui ont tellement gagné -l'ame, qu'elle a résolu -de vous enlever & de vous -faire tireur ordinaire de ses -plaisirs. Parbleu, répondis-je -en colére, que Madame Crapaudine -cherche ses tireurs -où il lui plaira, je tire pour -mon amusement &… Hélas! -interrompit Printaniere, -elle seroit femme à vous -faire tirer pour le sien jusqu'à -vous mettre sur les dents; -car elle ménage si peu son -monde! Ce ne seroit point -la fatigue qui me rebuteroit -à son service, repliquai-je, si -elle étoit aussi aimable que -vous, & je fixerois volontiers -mon bonheur au plaisir -d'être attaché à une personne -de votre mérite. Eh! -bien, reprit Printaniére, -<a id="cor7"></a>me regardant tendrement, -il ne tient qu'à vous d'être -heureux: Mais déterminez-vous -promtement, & voyez -si vous voulez me suivre, -tandis qu'il est encore tems. -Si Crapaudine arrivoit, je -ne serois point Maîtresse de -vous secourir. Ah! mon adorable -Fée, m'écriai-je, pour -fuïr un pareil monstre & vivre -sous vos loix, j'irai, s'il le -faut, dans les climats les plus -éloignés. Ce n'est pas la peine, -dit Printaniére, Crapaudine -nous découvriroit, -fussions-nous au centre de la -terre; d'ailleurs ma destinée -me fixe à sa cour: je ne puis -m'en éloigner sans ses ordres. -Mais je sçais un moyen -de vous avoir toûjours auprès -de moi, même à ses -yeux. Il n'est question que -de sçavoir si vous m'aimez -assez pour vous résoudre à -être métamorphosé en petit -épagneüil. J'y consens, à -condition, néanmoins, que -quand nous serons dans votre -appartement, je reprendrai -ma forme ordinaire. -Voilà qui est fait, repartit -Printaniere: en même temps -elle me donne un coup de -baguette & me transporte -à travers les airs sous la figure -du plus <a id="cor8"></a>joli petit chien -du monde.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE III.<br /> -<i>Arrivée de Commode au -Palais de Crapaudine; -& comme il y fut accueilli -par les autres -femmes de sa Cour.</i></h2> - - -<p>Nous arrivâmes en -deux minutes trente -& une secondes à l'appartement -de Crapaudine. Printaniere -ne m'avoit pas trompé -en me disant que son -nom quadroit avec sa figure. -La Princesse avoit environ -quatre pieds de haut sur -trois de large, de petits yeux -louches & fistuleux, tendres -& languissans à ravir; le -front petit & triangulaire, -les sourcils & les cheveux du -plus beau roux du monde; -les jouës pendantes & livides, -mais appétissantes; une -bouche d'une grandeur très-honnête, -parée d'une demi-douzaine -de dents, couleur -de chocolat, le tout merveilleusement -assorti, avec -le plus aimable petit nez -pointu qu'on puisse voir, -ayant au cou une légere -cicatrice d'écroüelles, qui -ne paroissoit presque pas, -& deux grossissimes tetons -mulâtres, qui n'en faisoient -qu'un par l'étroite union -que la nature avoit mise entr'eux, -lesquels étoient étayés -& retenus par une crevée -à l'épreuve.</p> - -<p>Crapaudine assise alors -dans une maniere de chaire -curule, très-basse, à cause -de ses petites jambes, & prodigieusement -évasée, eu égard -à l'énorme largeur de -ses fesses, s'amusoit avec ses -femmes à éplucher des oignons -pour une salade de -pissant-lits, qu'elle avoit pris -la peine de cueillir, de ses -propres mains, sur les remparts -du Château. Eh bien! -dit-elle d'une voix de basse-contre -à Printaniere, avez-vous -vû mon tireur de merles? -Non, Madame, j'ai parcouru -toute la forêt, & -quelque éxactes qu'aient été -mes recherches, je n'ai pû -en apprendre de nouvelles. -Allez, ma mie, répondit -Crapaudine, vous ne serez -jamais qu'une sotte: on trouve -toujours un homme -quand on veut le trouver: -& si vous aviez bien cherché… -mais je ferai moi-même -mes commissions. -Que demain avant l'aurore -tous mes équipages soient -prêts pour la chasse, nous -verrons si j'aurai meilleur -nez que vous. Tarare, voulus-je -dire; & au lieu de tarare, -je ne fis qu'aboyer. Oh! -oh! demanda la Princesse, -d'où vous vient ce petit animal? -Madame, dit Printaniere, -il y a quelque tems -que je l'ai: une Bohémienne, -en reconnoissance de -quelque service que je lui -ai rendu, m'en a fait present. -Sçait-il faire quelque -chose? Oüi, Madame, il -danse, il saute, il rapporte. -Eh! quel nom lui donnez-vous? -Celui de Bacha. Mettez-le -à terre, que je le -voye. Venez ici Bacha. Mais -au lieu d'obéir, je me mis -à lui montrer les dents, & -me retranchai sous les jupes -de mon aimable Maîtresse, -où je vis d'avance une -partie des charmes que -je me promettois d'inventorier -à mon aise lorsque je -serois chez elle. Excusez, -Madame, dit Printaniere, -il est un peu sauvage quand -il ne connoît pas son monde. -Ce qu'il y a pourtant de vrai, -c'est que je ne l'étois point -alors pour ma belle Fée, -quoique je ne la connusse -que depuis quelques momens. -Je m'élançois le long -des ses jambes, je lui baisois -les genoux; & mes petites -pattes & ma langue alloient -fourageant où elles pouvoient -atteindre.</p> - -<p>Cependant la Princesse -ayant achevé d'éplucher ses -oignons, on mit sur table, -& j'eus l'honneur d'être present -à son souper, qui consistoit -en un haricot aux navets -pour entrée, une oye -grasse pour rôt, accompagné -de <a id="cor9"></a>sa salade, & pour entremets -un cervelat de la rue -des Barres, avec deux plats -de dessert, composé d'un -demi-quarteron de poires -de Martin sec, & d'un morceau -de fromage de Brie, -exhalant une odeur tout-à-fait -semblable à celle dont -Henry IV. faisoit si grand -cas. Tandis que Crapaudine -repaissoit ainsi, toutes les -Dames du Palais me mangeoient -de caresse, l'une me -donnoit du bonbon, l'autre -des petits patés à la crasse -de quelques mies qui tomboient -de dessus la nappe; -celle-ci me passoit la main -sur le dos, celle-là sous le -ventre, une autre m'essuïoit -les yeux avec mes longues -oreilles; (car c'est le défaut -des chiens d'être toujours -chassieux) enfin, de ma vie -je ne fus si bien fêté.</p> - -<p>La Princesse ayant cessé -de manger & dit ses graces, -elle fila environ une demi-bobine -de soie par maniére -de récréation, après quoi -on la deshabilla & elle se -mit au lit. Quand on nous -eut congédiés, chacune de -ces Dames vouloit me mener -coucher avec elle; mais -cela n'étant ni du goût de -Printaniere, ni du mien, -nous les quittâmes, & fûmes -nous enfermer dans notre -appartement, où ayant -repris ma forme, j'emploïai -mon temps à toute autre -chose qu'à lécher, comme -je faisois un instant auparavant. -Heureux! si je l'avois -moins bien employé! je vivrois -peut-être encore avec -cette charmante Fée; mais -il falloit remplir l'ordre de -notre destin.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE IV.<br /> -<i>Les nouveaux Amans pris -en flagrant délit: la disgrace -de Printaniere, & -la métamorphose de Commode -en canapé pour avoir -fait à la Princesse -un affront que le <a id="cor9a"></a>sexe ne -pardonne pas.</i></h2> - - -<p>Nous passâmes les -deux tiers de la nuit -plongé dans ce que l'amour -a de plus délicieux & de plus -exquis. Cependant la fatigue -nous arrachant à des -plaisirs dont il nous étoit impossible -de nous rassasier, le -sommeil s'empara de nos -sens; & ayant oublié qu'il -y avoit chasse le lendemain, -nous dormîmes si bien, que -Crapaudine nous surprit, -Printaniere & moi, sous la -même couverture. Mon infortunée -Maîtresse fut sur le -champ disgraciée & transportée -dans les airs je ne -sçais où. Pour moi, la Princesse -m'enferma elle-même -dans une chambre voisine -de son appartement. J'y avois -déja passé les deux plus -cruelles heures de ma vie, -en déplorant plus la perte -de l'objet de mon ardeur, -que celle de ma liberté, lorsque -Crapaudine entra dans -une espece de deshabillé, à -dessein, sans doute, de me -séduire.</p> - -<p>Eh bien! Monsieur le tireur -de merles, dit-elle en m'abordant -& fermant scrupuleusement -le verroux, vous -venez donc débaucher nos -filles? Sçavez-vous qu'aucun -mortel jusqu'en ce jour -n'eut l'audace de s'introduire -dans ce Palais impunément, -& que je devrois punir -votre témérité? Ma foi, -répondis-je, Madame, c'est -votre faute. Que ne me laissiez-vous -prendre mes merles -en repos? Et qui vous en -a empêché, reprit-elle en se -donnant des graces? Vraiment, -repliquai-je, nous -sçavons le dessein que vous -aviez sur notre personne, & -ce n'a été que pour l'éluder -que je me suis laissé enlever. -Ah! petit traître, s'écria-t'elle, -imitant le faucet! voilà -donc de vos tours? Quoi? -vous sçavez que je vous aime, -& au mépris de ma tendresse, -de mon rang & de -mes charmes… A l'égard -de vos charmes, interrompis-je, -je n'en avois qu'une -légére idée au portrait que -Printaniere m'en a fait; mais -à present que je les vois en -original, je leur rends toute -la justice qui leur est dûë. -Oh! vous convenez donc de -la différence qu'il y a de moi -à cette petite étourdie, dont -vous vous étiez coëffé? Assurément, -répondis-je, vous -ne vous ressemblez en aucune -façon. Çà, continua-t'elle -en se haussant sur la -pointe des pieds pour me -caresser le menton, ce n'est -point assez que vous reconnoissiez -ce que je vaut, il -faut m'en donner des preuves. -Eh! quelles preuves, -Madame, éxigez-vous de -moi? Mais… dit-elle en -s'inclinant dans une bergere, -& me tirant entre ses -bras, il est des choses que la -modestie ne nous permet -pas d'expliquer: c'est à vous -de les <a id="cor10"></a>deviner. <a id="cor11"></a>Puis la passion -la suffoquant, elle balbutia -mainte autre belle -phrase que je n'entendis pas. -Cependant je ne sçais comment -cela se fit: je me trouvai -la culotte presque sur les -talons, dans un état passablement -honnête; & par un -charme inconcevable, je me -mettois en devoir de la besogner, -lorsqu'un lacet de -nompareille, qui contenoit -sa gorge, venant à rompre, -me fit tomber deux tetons -énormes au-dessous de la -ceinture. Cet accident me -tira de l'enchantement où -le diable m'avoit jetté; & à -l'aspect d'une joüissance si -monstrueuse, je ne me <a id="cor12"></a>retrouvai -plus.</p> - -<p>Crapaudine néanmoins -ayant peine à quitter prise, -me serroit toujours étroitement, -& se trémoussoit sous -moi de son mieux. Mais ses -efforts n'aboutissant à rien, -l'amour fit tout-à-coup place -à la rage: & l'inhumaine -me détachant sur la poitrine -un des meilleurs coups de -poing qui se soit jamais donné; -je me fis, en tombant à -dix pas de là, une bosse à la -tête & une contusion au derriere -dont je me ressens encore -aujourd'hui, faute d'avoir -été pansé dans le temps. -Enfin Crapaudine me lançant, -de ses petits yeux chassieux, -des regards à faire -dresser les cheveux de frayeur, -me prononça cet Arrêt.</p> - -<p>Pour expier l'injure que -tu m'as faite, dit-elle, on -prendra désormais sur toi les -plaisirs que tu n'as pû me -procurer. Tu serviras indistinctement -à tout le monde, -maître & valet; chacun -te fera gémir sous les secousses -qu'il te donnera; & -tu ne recouvreras ta premiére -forme, que lorsqu'entre -tes bras on aura commis -une faute égale à la tienne.</p> - -<p>En même temps elle me -<a id="cor13"></a>crache au visage; & avant -que je pusse m'essuyer, je -me trouvai canapé: incontinent -après je fus emporté -par quatre génies à Paris, -& exposé en vente sur le -Pont-Saint-Michel.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE V.<br /> -<i>Une celebre embocheuse de -filles achete le canapé; -un Abbé recommandable -par ses exploits d'amour, -en a l'étrenne.</i></h2> - - -<p>Il n'est pas, continua le -Chevalier Commode, -que vous n'ayez oüi parler -de la Fillon, cette femme -si recommandable par les -plaisirs clandestins qu'elle -procuroit à tout le monde -en bien païant. Ce fut à elle à -qui je fus adjugé par enchere; -& l'on me plaça, aussitôt -mon arrivée, dans un cabinet -préparé pour les joyeux -ébats. Comme la Fillon étoit -extrêmement achalandée, -je n'y fus pas long-tems -sans étrenner.</p> - -<p>Le premier que j'eus l'honneur -de porter, fut un Abbé, -que ses talens à récréer le -beau sexe, ont fait parvenir -à la Prélature. J'avouë -que de mes jours je ne fus -secoué si vigoureusement & -à tant de reprises. Est-il possible, -interrompit le Procureur, -que gens de cette -robbe fréquentent de semblables -endroits? Eh! pourquoi -non, reprit le Chevalier? -<a id="cor14"></a>L'affublement apostolique -est-il un préservatif -contre l'incontinence? Si -vous le croyez, que vous -êtes dans l'erreur! Mettez-vous -en tête que la plûpart -de ceux qui embrassent cet -état, n'ont en vûë que de se -procurer une vie tranquille -& voluptueuse: éxempts de -tous les embarras de ce monde, -ils n'en connoissent que -les plaisirs; & c'est pour -se les assurer, qu'ils se sont -imposés la loi du célibat. A -leur habit évangélique, toutes -les portes sont ouvertes: -ils s'insinuent adroitement -dans le sein des familles, & -s'en rendent tôt ou tard les -maîtres; de pauvres maris -se voient contraints, pour -entretenir la paix dans <a id="cor15"></a>le -ménage, <a id="cor16"></a>d'inviter les caffarts -à boire leur vin; heureux encore -si on les en quitte à si bon -marché! Mais tandis qu'ils -sont occupés du soin de leurs -affaires, que n'ont-ils point -à redouter des manœuvres -de ces pieux fainéants. Fy, -fy, s'écria la Procureuse, -j'aimerois mieux recevoir -chez moi le Régiment des -Gardes qu'un homme d'Eglise. -Ma mie, dit le Procureur, -ne voïons ni les uns, -ni les autres, ce sont de -mauvaises connoissances. -Oh! mon fils ce que j'en dis -n'est que pour vous prouver -combien je suis éloignée -d'avoir de liaison avec aucun -<a id="cor17"></a>membre du Clergé. Il -ne faut jurer de rien, répondit -Commode, si vous -aviez connu celui qui me -remua de si bonne grace, -vous auriez eu bien de la -peine à lui refuser votre estime: -au moins suis-je <a id="cor18"></a>très-persuadé -qu'il n'y a point -de femmes à la Cour qui ne -lui ayent accordé la leur; & -vous conviendrez qu'elles -y sont connoisseuses en mérite, -autant & plus qu'ici. -C'étoit donc un homme -bien rare, dit <a id="cor19"></a>la Procureuse -d'un ton de convoitise? Rare -au point, que si j'avois eu -souvent affaire à gens aussi -déterminés, je n'y aurois -jamais résisté, eussai-je été -de fer: & j'avouë à sa gloire, -que pendant plusieurs assemblées -du Clergé, où j'ai -eu l'honneur d'être exercé -par tous les gros Abbés & -Monseigneurs du Monde, -je n'en ai jamais trouvé de -si francs sur l'article, pas -même chez Messieurs du -grand Couvent. Quoy? s'écria -le Procureur, vous aviez -la pratique des Cordeliers? -qu'y a-t-il d'extraordinaire -à cela? nous avions celle de -tous les Ordres Réguliers & -Séculiers de la Ville; & bien -nous <a id="cor20"></a>en prenoit; car les -gens du bel air nous escroquoient -si fréquemment que -nous aurions été contraints -mille fois à fermer boutique, -sans les secours quotidiens -dont l'Eglise nous -gratifioit. Aussi le Sacerdoce -étoit-il toûjours servi par -préférence aux autres états. -Dès qu'il se presentoit un -pucelage à dénicher, c'étoit -un Prélat, ou quelque -Prieur bien renté qu'on en -accommodoit. A propos -d'aubaine de cette espece, -il faut que je vous fasse part -de l'entretien d'un Doyen -de Chapitre avec une jeune -personne dont il eut les -prémices.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE VI.<br /> -<i>Le préambule du saint homme -& ce qui s'ensuit.</i></h2> - - -<p>Eh bien! ma chere enfant, -disoit le pieux -Ribaud en la faisant asseoir -sur moi à côté de lui; quel -âge avez-vous? J'ai quatorze -ans, Monsieur. Et vous -n'avez encore vû personne? -Qui que ce soit. Tant mieux; -car tout dépend de la façon -dont on entre dans le monde: -c'est le commencement -de la vie qui décide pour -tout le reste. A l'âge où vous -êtes, il est difficile de débuter -comme il faut, si l'on -n'est dirigé & conduit par -d'honnêtes gens: quel malheur -pour vous, ma fille, -si vous étiez tombée entre -les mains de quelqu'homme -du siécle! Eh! mais, -Monsieur, que m'en seroit-il -arrivé, je vous prie? Ce -qu'il arrive à ceux qui reçoivent -de mauvais principes; -vous vous seriez égarée. -L'esprit de débauche & -de libertinage est si généralement -répandu chez les -mondains, qu'on risque tout -à les fréquenter. Ce sont la -plûpart des traîtres qui vous -ayant ravi votre innocence, -vous abandonnent ou vous -entraînent avec eux dans les -voies de l'iniquité. Voilà -bien du préambule pour dépuceler -une fille, interrompit -le Procureur. En ces sortes -de rencontres, répondit -le Chevalier, il est quelquefois -essentiel de préambuler, -souvent on ne recule -que pour mieux sauter. -D'ailleurs quoique l'on soit -d'Eglise, ne vous imaginez -pas que l'on en vaille davantage; -si cela étoit, chacun -voudroit en être; le métier -est déja si bon par lui-même: -& puis quand le Sacerdoce -communiqueroit les -facultés prolifiques, ne faut-il -pas que toute chose prenne -fin? Un chef de Chapitre -n'est point censé ordinairement -un jeune Clerc. Cependant -donnez-vous patience, -& vous verrez qu'il -ne s'en tint pas à son Prône. -La modestie, continua -Monsieur le Doyen en posant -une main sur l'épaule -de la femelle, & laissant échaper, -comme par hazard, -deux de ses doigts entre la -chair & le fichu, la modestie -est la vertu la plus nécessaire -au sexe; elle ajoute -à ses perfections & diminuë -ses défauts: une jolie personne -l'est doublement, -quand, loin de s'enorgueillir -des avantages dont la nature -l'a favorisée, elle les estime -toujours au-dessous de -ce qu'ils sont, & ne se presse -jamais de les faire connoître. -Vous êtes dans ce cas-là -maintenant, ou je suis bien -trompé; votre fichu derobbe -aux yeux des choses qui -doivent être fort belles, à -en juger par ce qui n'est point -caché. Monsieur dit la nouvelle -proselite, cela vous -plait à dire, je n'ai rien de -beau. Oh! je gage que si, -répond l'homme de Dieu en -lui découvrant un côté de -la gorge. Comment diable, -s'écria-t-il émerveillé -de ce qu'il voyoit, vous -n'avez rien de beau! Ah! -friponne! vous serez fouettée. -Puis le paillard la <a id="cor21"></a>couche -de son long, lui leve la -chemise; & lui ayant claqué -préalablement les fesses, -il me fit plier un instant -après sous ses efforts: les -obstacles enfin augmentant -son courage, j'entendis faire -deux ou trois fois ouf à -la fille; & je n'entendis plus -rien, preuve qu'il n'y avoit -plus rien à faire. Il lui trouva, -sans doute, des allures -telles qu'il les lui falloit; car -il nous l'enleva dès ce jour: -mais de peur d'être tôt ou -tard embarrassé pour les frais -de gésine, il la fit épouser -à un riche benet de ses -amis; au moyen de quoi le -bon Prêtre fut déchargé de -tout. Peste dit le Procureur, -l'expédient n'est pas d'un -mal-à-droit. Bon, repartit -Commode, il n'y a rien de -plus ordinaire que ces sortes -de tours de la part de -Messieurs les gens d'Eglise: -c'est pour eux que l'on se -marie, quand on prend femme -de leurs mains. Vous -devez avoir été témoin de -scénes bien originales, dit -la Procureuse, dans une semblable -maison? Oui répond -le Chevalier, & ce sont les -Ecclésiastiques qui y ont -joué les plus grands rôles. -Je vais vous en conter une -assez singuliere: mais respirons -un peu auparavant.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE VII.<br /> -<i>D'un Abbé qui se faisoit fouetter, -pour réveiller en lui la -partie brutale.</i></h2> - - -<p>Commode ayant pris -du tabac, & éternué -cinq ou six fois, parce qu'il -avoit perdu l'usage de cette -poudre céphalique, dont la -principale vertu est de barbouiller -le nez, continua à -parler ainsi:</p> - -<p>Comme je ne devois reprendre -ma premiere forme -qu'aux conditions que -vous sçavez, je ne demandois -pas mieux que d'avoir -de la pratique malgré la fatigue -que cela me causoit, -mettant toujours mon espoir -en l'insuffisance de quelque -passe-volant. Un jour donc -que je m'ennuyois d'être -seul, il entra dans mon cabinet -une jeune Demoiselle, -& peu-à-près un Abbé qui -pouvoit avoir environ la cinquantaine. -Les portes étant -soigneusement fermées, les -rideaux tirés, & tout jusqu'au -moindre petit trou -bouché avec précaution; la -fille lui cria d'un ton couroucé: -D'où venez-vous, libertin? -Ne vous ai-je pas -défendu de sortir sans ma -permission? Ma chere mere, -<a id="cor22"></a>répond l'Abbé d'un air -soumis, & contrefaisant au -mieux l'Ecolier; je viens du -Catéchisme. Du Catéchisme, -effronté! à l'heure qu'il -est! vous êtes un menteur: -En même tems elle lui lâche -deux ou trois soufflets & autant -de coups de pied dans -le derriere. Voïons, voïons, -dit-elle, si vous avez profité. -Combien y a-t-il de péchés -mortels? Il y en a… -Il y en a, ma chere mere, je -ne m'en souviens pas. Comment, -fripon que vous êtes, -vous ne connoissez pas vos -péchés mortels! Oh, je vous -apprendrai à les connoître, -moi. Allons vite, à genoux. -Ah! ma chere maman, s'écria-t'il, -je vous demande -pardon, je les étudierai. Non, -non, repliqua-t-elle, s'étant -munie d'une poignée de -verges, vous aurez le fouet: -culottes bas. L'Abbé après -quelque legére résistance -découvre l'échantillon d'un -derriére jaune, sec & ridé. -Oh! poursuivit la fille, cela -ne suffit pas, il faut tout voir. -Puis elle lui attache la chemise -aux épaules & lui baisse -la culotte aux jarets. Enfin -dès qu'il eut reçû environ -une demi-douzaine de coups, -il <a id="cor23"></a>feignit de vouloir les esquiver -avec les mains, mais -elle les lui lia par devant & -l'étrilla ensuite jusqu'au sang. -Quel diable de ragoût, dit -le Procureur! Et qu'arriva-t'il -de cela, s'il vous plaît? -Qu'il pensa me rompre les -reins au même instant sur sa -fouetteuse, & que jamais on -ne s'acquitta d'un exploit de -cette espece aussi <a id="cor24"></a>vigoureusement. -Mais devinez ce -qu'il fit pour procéder au second? -Que sçais-je, répondit -le Procureur, il mangea -peut-être une pomme de rénette -& bût un verre d'eau -par-dessus. Point du tout, -poursuivit le Chevalier, il -ne fit que changer de rôle: -au lieu d'Ecolier, il devint -Maître, & la Maîtresse devint -Ecoliere. De façon, dit -la Procureuse, que la Maîtresse -fut fouettée à son tour. -Justement, répartit Commode, -l'Abbé, pour se remettre -en humeur, donna -une legére teinte d'incarnat -au derriere le plus blanc & -le plus appétissant du monde. -Il faut avouer, ajouta la -Procureuse, que voilà un -secret de ressuciter les puissances -bien singulier & bien -bizarre. Vous vous trompez, -répliqua le Chevalier, -rien n'est plus naturel & plus -de mode aujourd'hui: cela -s'appelle la cérémonie; & -il n'y a pas jusqu'aux moindres -Communautés consacrées -à Venus où l'on ne -trouve toujours provision de -verges pour ceux qui sont -dans ce train-là. Il n'est pas -douteux que la cérémonie, -puisque cérémonie y a, ne -mette le sang en mouvement; -& c'est pour les personnes -difficiles à émouvoir, -que la chose a été imaginée. -Les effets en sont si prompts -& si miraculeux, que je serois -peut-être encore Canapé -maintenant, si Monsieur -en avoit essayé avant de tenter -l'aventure. Male-peste, -s'écria le Procureur, je ne -suis pas si fou: J'ai été étrillé -en ma jeunesse à saint Lazare, -mais autant qu'il m'en -souvient, cette cérémonie -alors n'étoit rien moins qu'amusante -pour moi. Vraiment, -je le <a id="cor25"></a>crois bien, répondit -Commode. Quelle -comparaison! la main d'un -grand coquin de Frere Lai -n'a point la vertu de celle -d'une jolie femme: si vous -aviez été aussi bien aux Feuillantines -qu'à saint Lazare, -je gage que vous n'auriez -jamais voulu en sortir, & -que vous vous seriez aisément -habitué aux corrections -que de jeunes & fringantes -Sœurs vous auroient -données. En voici assez, dit -la Procureuse, sur l'article -de la cérémonie & de son -excellence. Tant & si peu -que vous voudrez, répondit -le Chevalier, quand je -vous ennuierai, faites-moi -l'honneur de m'avertir. Vous -n'êtes point fait, répartit civilement -le Procureur, pour -ennuier personne, & nous -avons tant de plaisir, Madame -& moi, à vous entendre, -que si nous ne craignions -d'abuser de votre complaisance, -nous vous prierions -de nous raconter quelqu'autre -chose. Volontiers, reprit -Commode, écoutez cette -avanture-ci.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE VIII.<br /> -<i>Quatre Moines se trouvent -chez la Fillon sans -le sçavoir, & y font par -occasion ce que l'on fait -en si bon lieu.</i></h2> - - -<p>Deux Mousquetaires assiégés -un matin par -quatre Moines qui venoient -leur demander à dîner, firent -entendre <a id="cor26"></a>aux Reverends, -qu'il seroit plus convenable -qu'ils mengeassent -en maison bourgeoise, qu'à -l'hôtel où la Jeunesse dissolue -& peu dévote ne rendoit -pas toujours ce qu'elle -devoit à gens d'un caractere -aussi respectable que le -leur. Les Peres flattés des égards -que ces Messieurs paroissoient -avoir pour eux, -défererent à leur sentiment; -& consentirent, pourvû que -la chére fût bonne à les suivre -par-tout où ils voudroient. -En quel endroit -mener ces canailles-là, dit -l'un des Mousquetaires, à -l'oreille de son camarade? -Te voilà bien embarrassé, répondit-il: -Parbleu, il n'y -a pas tant de cérémonie à -faire; menons-les chez la -Fillon, personne ne joue -mieux le rôle d'honnête femme -qu'elle; il lui sera facile -d'en imposer à de pareils nigauts, -qui, vraisemblablement, -ne la connoissent pas. -Il n'est question que de la -dire parente de l'un de nous, -& de lui supposer un nom. -Nous l'appellerons, si tu -veux, la Comtesse de Grandfond. -Oui dà, répartit l'autre, -cela fait un beau nom. -Messieurs, dit-il, haussant la -voix, nous irons dîner chez -la Comtesse de Grandfond, -tante du Baron. Nous y serons -bien reçus, je vous jure; -c'est une Dame qui fait parfaitement -les honneurs de -chez elle. A l'égard du cérémonial, -que cela ne vous inquiéte -pas: Vous ne serez -gênez en aucune maniere, -vous boirez à votre soif, & -vous aurez la liberté d'aller -pisser dès l'entre-mets, -si l'envie vous en prend; ce -qui n'est pas une bagatelle, -d'autant plus que dans les -tables bien réglées, c'est une -espece d'indécence d'y aller -avant le dessert. Ma foi, répondit -un des Peres, je me -mocque de l'indécence; -quand j'ai quelque besoin, -je ne me retiendrois pas -pour le Pape. N'est-il point -du dernier ridicule de s'asservir -à de sottes & frivoles -bienséances qui ne tendent -qu'à la destruction du genre -humain? Pour moi, Messieurs, -j'aime mieux braver -le préjugé que d'en être le -martyr. Tandis que sa Reverence -s'expliquoit ainsi, -on avoit dépêché un Grison -à la Fillon pour la pressentir -sur le personnage qu'elle devoit -faire, moyennant quoi -la scéne fut jouée au naturel.</p> - -<p>En vérité, mon Neveu, -dit-elle, voyant arriver la -Compagnie, vous n'êtes -point raisonnable de m'amener -ces Messieurs sans m'en -donner avis. Je suis honteuse -de n'avoir que mon ordinaire -à leur offrir. Madame, -répondit d'un ton grivois un -des Moines; à petit manger -bien boire: nous nous accomoderons -de ce qu'il y aura. -Bon, bon, répondit le prétendu -Neveu, ne prenons -pas les paroles de ma tante -à la lettre, elle se plaît parfois -à tromper son monde, -&… Sçavez-vous, interrompit -la Fillon, que Mesdemoiselles -Finelame & du -Déduit sont des nôtres? -Morbleu tantpis, répartit -l'autre Mousquetaire, les -Reverends Peres le trouveront -peut-être mauvais, elles -sont si jeunes… Vous vous -mocquez, s'écrierent-ils -tous ensemble, la compagnie -des Dames ne nous fait -point de peur: vraiment, -plus on est de foux, plus on -rit, il suffit qu'elles soient de -votre connoissance, pour -que nous soyons charmés -de les voir. Les Enfroqués -ne languirent pas long tems -dans l'attente, les Belles parurent -au moment même; -& le feu de paillardise qui -sortit alors de leurs yeux, -fit connoître aux autres le -plaisir que leur faisoit l'arrivée -de deux Convives de -cette espece. La Fillon fit -donner des siéges, & pendant -que le dîner se préparoit, -on tint une conversation -très-intéressante sur les -plus beaux lieux communs -du monde, en quoi les Anachorétes -ne manquerent -pas de déployer leur érudition -Monastique. Par exemple, -entre les questions qui -furent mises sur le tapis, -celle de la puanteur des urines -après qu'on a mangé des -asperges fut débattue avec -toute la chaleur & l'esprit -imaginable: on disserta -beaucoup aussi sur les choux-fleurs -qui ne font pas le même -effet, quoique l'eau dans -<a id="cor27"></a>laquelle on les fait cuire devienne -infecte au point de -n'en pouvoir supporter l'odeur. -Un des Peres, Prédicateur -de son métier, dit à -ce sujet, des choses au-dessus -de la portée humaine. Il -étoit en train de résoudre -une question encore plus -embarassante, lorsqu'on vint -avertir qu'on avoit servi. La -dispute, si j'ai bonne mémoire, -rouloit en ce moment -sur les épinards & la -farce à l'ozeille: les uns -vouloient que la farce à l'ozeille -tînt le ventre plus libre -que les épinards, les autres -soutenoient le contraire, -& chacun défendoit son -avis avec toute la subtilité & -l'éloquence que requeroit -une matiére aussi épineuse; -mais comme le potage refroidissoit, -la question resta -indécise, & l'on fut se -mettre à table.</p> - -<p>Il falloit voir de quel -cœur les bons Religieux officioient. -Alors on avoit -beau les exciter à parler, -leurs réponses n'étoient jamais -que oui & non, ou -simplement un signe de tête.</p> - -<p>Cependant vers la fin du -repas, la Fillon sortit, sous -prétexte de quelques affaires. -Les Frapparts qui n'avoient -encore rien dit aux -Demoiselles, tant à cause du -plaisir de manger dont ils -s'étoient constamment occupés -jusqu'au dessert, que -par la crainte de déplaire à -la Dame du logis, s'égayerent -peu à peu, & quelques -verres de Champagne achevant -de les coëffer, les -Mousquetaires en enfermerent -un dans mon cabinet -avec l'une des deux Princesses. -Le Reverend Pere Prédicateur -qui avoit conservé -le plus de sang froid, quoiqu'il -eût sablé plus que personne, -courut à la porte exhorter -son camarade à la -continence, Pere Pia, s'écrioit-il, -craignez l'Ange -séducteur & les piéges qu'il -vous tend. Paroles en l'air; -Pere Pia étoit déja sur moi, -s'agitant & se demenant -comme un possedé. Enfin, -chacun eut son tour, & le -Prédicateur lui-même entraîné -par l'exemple, succomba -à la tentation, ainsi -que les autres. Il prit le bon -parti, dit le Procureur: Pas -tant bon, répliqua Commode, -il y gagna un rhûme de -chaleur dont la cure lui coûta -le profit de deux ou trois -années de Sermons de Carême.</p> - -<p>Mais pour revenir au Pere -Pia, l'un des Mousquetaires -faisant mine de caresser -la Demoiselle à qui il venoit -de prodiguer son encens; -Ah! Monsieur, s'écria-t'il: -Par pitié, ne nous enviez pas -ce petit quart-d'heure de récréation: -Vous autres gens -du monde, vous en trouvez -les occasions quand il vous -plaît, cela ne vous manque -pas plus que le boire & le -manger; mais de pauvres -diables de Moines, tels que -nous, n'ont pas cet avantage: -Nous sommes comptables -au Public & à nos Communautés -de la moindre de -nos démarches. Hélas! si -vous nous empêchez de profiter -de cette aubaine-ci, il -ne s'en presentera peut-être -point une semblable de six -mois: Mettez-vous un moment -en notre place, six -mois de jeûne pour gens de -bon appétit, cela fait une -bien cruelle épreuve. A d'autres, -cria le Mousquetaire, -vous n'en faites jamais de si -longue. Je vous demande -pardon, répartit Pere Pia, -jusqu'à ce que nous soyons -dans les Dignités de l'Ordre, -on observe notre conduite -de plus près que vous -ne l'imaginez: Nos Supérieurs -sont des tyrans qui -n'en veulent que pour eux.</p> - -<p>De si sages & judicieuses -remontrances furent reçues -comme elles devoient l'être, -continua le Chevalier, & les -Moines & les filles ayant sacrifié -à Venus & à Bacchus -jusqu'à n'en pouvoir plus; -on termina la fête en les -mettant tous à la porte dans -l'état où ils étoient. Cela -n'est guéres charitable, dit la -Procureuse. Ah! les coquins! -repartit Commode, plut à -Dieu les eût-on renvoyés -avec cent coups <a id="cor28"></a>d'étrivieres: -ils m'ont tellement -contaminé & disloqué ce -jour là, que la Fillon me jugeant -incapable de servir -davantage, fut obligée de -se défaire de moi.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2>CHAPITRE IX.<br /> -<i>Des joueurs de convulsions achetent -le canapé.</i></h2> - - -<p>La sort me fit tomber -dans une maison de -convulsionaires; mais -j'avois été si maltraité dans -ma premiére condition, qu'on -me réduisit presque en -canel à la troisiéme ou quatriéme -séance; de façon que -mes nouveaux hôtes songerent -encore à me réformer… -Oh! parbleu, interrompit -le Procureur, puisque vous -avez été chez des convulsionaires, -vous voudrez bien -nous apprendre ce que sont -au juste ces gens-là; on en -dit des choses si merveilleuses! -Merveilleuses pour -les sots, répondit Commode, -car les personnes éclairées -& impartiales, ne seront jamais -dupes de leurs friponneries. -C'est une espece d'enthousiastes -ou de fous, comme -il vous plaira, détachés -d'une secte à laquelle il étoit -difficile autrefois de refuser -son estime, mais qui s'est -dégradée par de mauvaises -parades qu'elle fit representer, -il y a quelques années, -dans un lieu saint, & s'est -rendue chez les honnêtes -gens aussi méprisable que -son antagoniste.</p> - -<p>Comme la sagesse du gouvernement -ne se <a id="cor29"></a>préta point -aux trivélinades de ces Farceurs, -ils firent depuis plusieurs -bandes, & s'assemblerent -dans des maisons particulieres, -où ils continuent -à jouer leurs fanatiques scénes. -Mais, demanda la Procureuse: -Quels avantages -prétendent-ils tirer de toutes -ces folies? Ceux d'en imposer -au peuple crédule, de -gagner sa confiance & de se -rendre dans la suite, s'il est -possible, un parti considerable. -L'honneur d'être à la -tête d'une Secte pour ces -sortes de gens affublés de -noir, n'est pas moins flatteur -& délicieux que celui -d'avoir le commandement -général d'une armée. La vaine -gloire & l'ostentation -sont les mêmes dans le cœur -de tous les hommes; elles -ne font que changer d'objets -selon les diverses professions -qu'ils embrassent. Vous -n'avez donc rien trouvé, -poursuivit la Procureuse, de -fort extraordinaire dans ce -que font ces sortes de Bateleurs? -Non, en verité, répliqua -Commode, leurs plus -beaux tours de force, d'adresse -& d'équilibre, ne valent -pas, à beaucoup près, -ceux de la Troupe des sieurs -Colin & Restier, & je puis -vous assurer, que le premier -Convulsionaire du monde, -n'est pas digne d'être mis en -parallele avec le dernier Sauteur -de la Foire. Songez-vous, -dit le Procureur, que -vous offensez une infinité -d'honnêtes gens par un parallele -aussi inégal? Il ne l'est -pas tant que vous le croyez, -répartit le Chevalier; s'il y -a des personnes d'un rang -distingué qui se mêlent de -convulsioner, on peut vous -en citer qui dansent sur la -corde, voltigent, marchent -sur les mains & hazardent le -saut périlleux sur des matelats: -Jamais les Seigneurs -n'ont eu tant d'émulation -qu'aujourd'hui pour tous les -exercices, excepté pour -ceux qui conviennent à leur -état. Cela est bien louable, -reprit le Procureur. Au -moins, continua Commode, -tout le mal qui peut arriver -d'un goût si extravagant, -c'est de se casser le -cou; & dans la societé quelques -cous de plus ou de -moins ne font pas une affaire. -Mais, morbleu, s'étudier -à gâter la cervelle du pauvre -monde par <a id="cor30"></a>de sacriléges histrionades, -c'est ce que je -ne puis digérer; & si j'en -étois crû… Vous n'êtes -point l'Apôtre des Convulsionaires, -interrompit la -Procureuse. Ce seroit l'être -d'une bande de Scélerats, -répliqua le Chevalier. Combien -de jolies filles ne m'ont -ils pas fait passer sur le corps, -pour n'y faire autre chose -que des grimaces & des contorsions -horribles! Vraiment, -dit le Procureur, ce -n'étoit point là votre compte: -Je ne suis pas surpris que -vous soyez si mécontent; -avec des personnages de -cette espece, vous auriez -pû mieux employer votre -tems. Il est vrai, répondit -Commode, mais c'étoit ma -destinée de n'être plus employé -au déduit que chez -vous, comme vous allez -voir.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2 class="nobreak">CHAPITRE X.<br /> -<i>Le Canapé vendu à une -Dévote, les peines & les -mortifications qu'il essuye -à son service.</i></h2> - - -<p>Je vous ai déja dit que -mon dernier exercice de -chez la Fillon m'ayant réduit -dans un état qui faisoit -pitié, il n'étoit pas possible -que je demeurasse long-tems -où la fatigue étoit si grande: -aussi me vendit-on bien-tôt. -Ce fut une dévôte qui -m'acheta: cela faisoit une -condition tranquille, à la verité, -mais ennuieuse au-delà -de toute expression.</p> - -<p>Ma très-révérente & dégoutante -Maîtresse me fit -placer dans sa chambre, de -sorte que j'avois l'avantage -d'être toûjours en sa présence, -& celui de l'entendre -faire ses oraisons. Tout -son train & sa compagnie ordinaire -consistoient en une -idiote de servante, un chat, -un chien & un vieux Directeur -qui l'aidoit charitablement -à médire de son prochain, -& à manger son revenu. -Cet homme-là étoit -bien complaisant, dit la Procureuse; -tous ceux de sa -profession le sont extraordinairement, -repartit le -Chevalier, sur tout quand ils -trouvent leur avantage à -l'être: celui-ci n'eut point à -se repentir de l'avoir été; -car la bonne Dame lui légua -tout son bien au préjudice -d'un frere qui n'étoit rien -moins qu'à son aise. Quoi, -cette malheureuse se piquoit -de pieté & commit -une injustice aussi criante! -Que vous <a id="cor31"></a>connoissez peu les -priviléges de la dévotion, -s'écria Commode! ce qui seroit -inique pour des profanes, -tels que <a id="cor32"></a>nous, ne l'est -nullement pour les dévôts. -Ils ont fait un concordat -avec le Ciel qui les dispense -de bien faire. Une action -dont la noirceur révolteroit -l'humanité chez les -gens ordinaires devient, par -leur crédit, une action digne -d'être gravée dans les -fastes & proposée à l'univers -pour exemple. Et quel étoit, -demanda le Procureur, votre -emploi dans cette Boutique? -je servois à tout hormis -à l'essentiel, répondit le -Chevalier; & jamais le nom -de Commode ne me convint -mieux qu'en ce lieu-là.</p> - -<p>Monsieur Ventru, c'étoit -le nom du Directeur, gromeloit -ordinairement son -Breviaire sur moi, ou y reposoit -sa sainte personne après -le repas; & le bon-homme -ayant le défaut, ainsi -que ses semblables, de manger -un peu goulument, donnoit, -sans façon, carriere à -son ventre, & m'empoisonnoit -tous les jours par les -vapeurs d'une fausse digestion. -La peste soit du bouc, -dit le Procureur, en se portant -la main au nez! Ce n'est -point là le pire, continua -Commode, la Dévôte prenoit -journellement un anodin; -& comme vous sçavez -que cela ne se prend -pas si exactement qu'il ne -s'en échape toujours quelque -chose, j'avois la mortification -d'humer ce qu'elle -ne pouvoit retenir. Il arriva -même un jour, que je pensai -être noyé par la méprise -de la Servante: c'étoit elle -qui étoit chargée du soin -d'abreuver le derriere de -Madame. L'innocente Jeanne -ayant mal pris cette fois -là ses dimensions, lui échauda -le canal de l'urétre & ses -dépendances. La bonne Dame, -peu habituée à être injectée -en pareil endroit, serra -les fesses, & emporta la -canulle d'un coup de croupe; -de maniere que je ne -perdis pas une goutte de la -décoction. Et que fit-on à la -pauvre Jeanne, demanda le -Procureur, pour l'expiation -d'une semblable faute? On -la condamna à recevoir -vingt coups d'étriviéres; laquelle -Sentence M. Ventru -prit la peine d'exécuter dans -la minute; & ce fut sur moi -que la tragédie se passa. -Jeanne reconnoissant son -crime se coucha modestement, -& livra son derriere -à la merci du vieux Directeur, -qui, malgré sa résignation, -ne lui fit grace de -rien. Ces gens d'Eglise, dit -la Procureuse, sont sans pitié. -Il est vrai, répartit Commode; -la dureté de cœur est -un défaut qu'on leur reproche -avec justice; mais en -telle circonstance, un homme -du monde n'auroit pas -été plus traitable: Jeanne -étoit jeune & jolie, elle avoit -la peau belle & de l'embonpoint: -Tant de charmes -flattoient trop la vûe pour -ne pas mettre à profit les instans -où il étoit permis de -les admirer; & comme cela -ne se pouvoit faire <a id="cor33"></a>décemment -qu'à l'occasion de la peine -infligée à la patiente, le bon-homme -Ventru ne se pressoit -pas de finir, & comptoit -distinctement tous les coups -qu'il lâchoit, ainsi que tout -paillard, Prêtre ou non, auroit -fait en sa place… La -pauvre fille! interrompit le -Procureur, il falloit qu'elle -eût bien de la patience. Par -sangbleu, repliqua le Chevalier, -il falloit que j'en eusse -bien davantage moi. Ce -n'étoit point assez que je -fusse sans-cesse infecté & sali -par les deux plus vilains -derrieres de France, j'étois -encore le souffre-douleur des -bêtes de la maison. Théatre -éternel des querelles du -chien & du chat, j'avois toujours -à pâtir de leur mesintelligence. -Le moindre petit -os à ronger, allumoit entr'eux -une guerre civile dans -laquelle j'héritois d'ordinaire -<a id="cor34"></a>maints coups de griffes & -de dents: Maître Minet, -même en sa meilleure humeur, -aiguisant nonchalamment -ses ongles crochus -sur ma peau, me découpoit -chaque jour quelque partie -du corps. Et Monsieur est -témoin que j'étois presque -en lambeaux, lorsque Madame -eut la courtoisie de -prendre congé de ce monde, -pour aller en l'autre.</p> - - -<div class="chapter" /> -<h2>CHAPITRE XI.<br /> -<i>Le Canapé entre chez le -Procureur, & y recouvre -sa premiére forme au bout -de dix ans.</i></h2> - - -<p>Délabré & déguenillé, -comme je l'étois alors, -il n'y avoit qu'un Philosophe, -ou un homme ennemi -de l'ostentation tel que -vous, qui pût se charger -d'un aussi mauvais meuble -que moi. Enfin, vous fûtes -assez modeste pour ne me -pas juger indigne de décorer -votre cabinet. Eh! Mais, -dit le Procureur, vous n'aviez -pas mauvaise façon, -quand ma niéce vous eut racommodé, -vous étiez comme -tout neuf. Tudieu, repartit -le Chevalier, vous parlez -d'une fille d'un grand merite; -je n'ai jamais vû coudre -& tricoter de meilleure grace. -Avouez, Papa, que vous -en étiez un peu féru, & qu'il -n'a point tenu à vous d'avoir -quelques privautés incestueuses -avec elle. Vous souvenez-vous -d'un jour que la -trouvant endormie sur moi, -vous lui glissâtes une main -sous la jupe? Oh! répliqua-t-il, -c'étoit seulement pour -voir si elle étoit chatoüilleuse. -Votre Maître-Clerc, reprit -Commode, eut la même -curiosité un matin que -vous étiez au Palais: Je -croyois, ma foi, qu'elle -étoit en létargie. Quoi? poussa-t-il -les choses assez-loin -pour… Belle demande! Il -s'y prit si legerement, qu'il -fit tout ce que vous aviez -envie de faire; & il n'y eut -que cela qui l'éveilla. Ah, la -coquine! Peut-on avoir le -sommeil si dur? J'aurois répondu, -sur ma tête, de la sagesse -de cette fille-là. Mais, -repartit le Chevalier, vous -n'auriez point eu tort, Mademoiselle -votre niéce <a id="cor35"></a>fesoit -une fille aussi sage qu'une -autre. Comment, morbleu, -vous appellez sage -une malheureuse qui s'abandonne -à un faquin de Clerc… -Eh! sçait-on ce que l'on fait -quand on dort? Dès que la -raison & le jugement ne sont -point de la partie, toutes les -actions sont indifferentes; -or vous sçavez que dans -le sommeil on extravague -plus qu'on ne raisonne… A -la bonne-heure, interrompit -l'homme de chicane, il -est tout simple d'extravaguer -en dormant; mais que -l'on fasse des enfans sans s'en -appercevoir, c'est ce qu'on -ne me persuadera point. -Vraiment, répondit Commode, -je ne dis pas que votre -niéce ne se soit point apperçue -de quelque chose, -mais la besogne étoit déjà si -avancée, lorsqu'elle s'avisa -de le sentir, qu'il y auroit <a id="cor36"></a>eu -du ridicule à elle de vouloir -l'interrompre.</p> - -<p>Le Chevalier avoit à peine -cessé de parler, qu'on -heurta à la porte du cabinet. -C'étoient plusieurs aimables -de la nôce, qui s'impatientant -de ne pas voir les -nouveaux mariez, les plaisantoient -à travers la serrure -& leur lâchoient mille jolies -petites saillies bourgeoises -sur la longueur de leur -tête à tête.</p> - -<p>Commode qui n'avoit plus -rien, ou très-peu de chose -à dire, n'ayant entendu que -le jargon barbare des Coutumes, -pendant qu'il étoit -chez le Procureur, fut charmé -d'avoir un honnête prétexte -de se taire. Il vouloit -prendre congé de Monsieur -& de Madame: mais on le -retint de force, & il fut du -souper: on prétend même -que la Procureuse trouva -moyen de l'introduire dans -sa chambre; & que tandis -que reposoit le bon-homme -à qui l'on avoit eu la précaution -de faire prendre un -breuvage soporatif, ils veillerent -tous deux au grand -contentement l'un de l'autre.</p> - -<p>Cependant le Chevalier -aspirant au bonheur de revoir -ses foyers, comme un -Picard qui a la maladie du -Pays; partit quelques jours -après malgré les larmes de -la Procureuse, & les promesses -qu'elle lui fit de l'épouser -aussitôt qu'elle auroit -expédié son nouveau -mari.</p> - -<p>Le destin avoit arrêté qu'il -retournât à ses premiéres amours; -& la Fée Printaniere -devoit être la recompense -de toutes les peines qu'il -avoit souffertes pour elle.</p> - -<p>Le célébre Auteur de l'Almanach -de Liége, homme -digne de foi, si jamais il en -fût, assure qu'il la retrouva -fidéle. Quoiqu'il en soit Crapaudine -consentit à leur mariage, -à condition, néanmoins, -que Commode, avant -toute chose, répareroit -amplement la faute qui -avoit causé ses disgraces. Le -pas étoit glissant; il y avoit -tout à craindre qu'il ne faillît -encore. Printaniére qui -sçavoit qu'à toute sorte d'éxercices -un peu d'habitude -est nécessaire (elle ignoroit, -sans doute, que la Procureuse -y avoit pourvû) se hata -de lui donner quelques -leçons, puis lui ayant fait -prudemment avaler une demi-douzaine -d'œufs frais, -avec deux cuillerées de garu, -elle le conduisit chez -Crapaudine.</p> - -<p>La Princesse avoit eu soin -de se précautionner d'un -double lacet: pour soutenir -le poids immense de sa gorge, -soupçonnant que la -chute imprévue d'une aussi -grande quantité d'apas pouvoit -jadis avoir causé au -Chevalier la distraction dont -elle l'avoit puni si rigoureusement.</p> - -<p>Elle étoit mise à ravir. -Coëffure en papillon, croix -à la dévôte & pendeloques -de <a id="cor37"></a>strass, robbe & jupon de -taffetas gorge de pigeon en -falbalas, chaussure à l'Angloise, -panier du Pont-au-Change, -& tant de jolies -choses relevées par deux -grandes mouches sur les -temples avec un petit œil -de vermillon.</p> - -<p>Commode ne put s'empêcher -de faire un éclat de -rire, la voyant ainsi parée. -Heureusement son Altesse, -qui avoit très-bonne opinion -d'elle-même, attribua -ce mouvement de guaïté -au plaisir qu'il avoit de la -revoir. De maniere qu'il fut -très-bien accueilli. Enfin, -grace au garu & aux œufs -frais, il obtint son pardon, -& deux jours après son mariage -ayant été declaré avec -Printaniere, Crapaudine, -pour l'attacher à sa maison; -créa la Charge de Grand Sarbacanier -de la Couronne, -dont elle le revêtit à -cause des talens extraordinaires -qu'il avoit montrés -autrefois pour le noble exercice -de la Sarbacane.</p> - - -<p class="c gap">FIN.</p> - - -<div class="chapter"></div><div class="trnote"> -<h2>Note sur la transcription électronique</h2> - -<p>On a reproduit à l'identique l'orthographe de l'original imprimé.</p> - -<p>On a appliqué l'intégralité des corrections manuscrites présentes sur -l'exemplaire original (8<sup>o</sup> B 19150 / B.L. 14468 de la bibliothèque de -l'Arsenal), qui rapprochent le texte d'autres éditions de l'époque, et -dont voici le détail:</p> - -<ul> -<li>ajout de "&" (jeune, <a href="#cor1">& de</a> figure à faire naître)</li> -<li>continua-t-'il > continua-t'elle (<a href="#cor2">continua-t'elle</a> en se couchant)</li> -<li>vous > nous (des instans que votre mari <a href="#cor3">nous</a> laisse)</li> -<li>ajout de "en" (fiez-vous <a href="#cor4">en</a> à moi)</li> -<li>l'avouez, vous trouverez > la voyiez, vous trouveriez -(Oh! si vous <a href="#cor5">la voyiez</a>, vous trouveriez)</li> -<li>promet > permet (le sort qui vous menace ne me <a href="#cor6">permet</a> pas)</li> -<li>& me > me (Eh! bien, reprit Printaniére, <a href="#cor7">me</a> regardant tendrement)</li> -<li>ajout de "joli" (la figure du plus <a href="#cor8">joli</a> petit chien)</li> -<li>de salade > de sa salade (accompagné de <a href="#cor9">sa</a> salade)</li> -<li>sene > sexe (un affront que le <a href="#cor9a">sexe</a> ne pardonne pas)</li> -<li>deriver > deviner (c'est à vous de les <a href="#cor10">deviner</a>)</li> -<li>Pour > Puis (<a href="#cor11">Puis</a> la passion la suffoquant)</li> -<li>détournai > retrouvai (je ne me <a href="#cor12">retrouvai</a> plus)</li> -<li>cracha > crache (En même temps elle me <a href="#cor13">crache</a> au visage)</li> -<li>affablement > affublement (L'<a href="#cor14">affublement</a> apostolique)</li> -<li>leur > le (pour entretenir la paix dans <a href="#cor15">le</a> ménage)</li> -<li>d'eviter > d'inviter (<a href="#cor16">d'inviter</a> les caffarts à boire leur vin)</li> -<li>membe > membre (d'avoir de liaison avec aucun <a href="#cor17">membre</a> du Clergé)</li> -<li>très-persuadée > très-persuadé (au moins suis-je <a href="#cor18">très-persuadé</a>)</li> -<li>le Procureur … courtoisie > la Procureuse … convoitise -(un homme bien rare, dit <a href="#cor19">la Procureuse</a> d'un ton de convoitise)</li> -<li>ajout de "en" (& bien nous <a href="#cor20">en</a> prenoit; car les gens du bel air)</li> -<li>coucha … leva > couche … > leve -(le paillard la <a href="#cor21">couche</a> de son long, lui leve la chemise)</li> -<li>reprond > répond (Ma chere mere, <a href="#cor22">répond</a> l'Abbé d'un air soumis)</li> -<li>feignoit > feignit (il <a href="#cor23">feignit</a> de vouloir les esquiver avec les mains)</li> -<li>rigoureusement > vigoureusement (de cette espece aussi <a href="#cor24">vigoureusement</a>)</li> -<li>vois > crois (je le <a href="#cor25">crois</a> bien, répondit Commode)</li> -<li>à un Reverend > aux Reverends (firent entendre <a href="#cor26">aux Reverends</a>)</li> -<li>lequel > laquel[le] (l'eau dans <a href="#cor27">laquelle</a> on les fait cuire)</li> -<li>de d'étrivieres > d'étrivieres (avec cent coups <a href="#cor28">d'étrivieres</a>)</li> -<li>porta > préta (la sagesse du gouvernement ne se <a href="#cor29">préta</a> point)</li> -<li>des > de (par <a href="#cor30">de</a> sacriléges histrionades)</li> -<li>connoissiez > connoissez (Que vous <a href="#cor31">connoissez</a> peu les priviléges)</li> -<li>vous > nous (ce qui seroit inique pour des profanes, tels que <a href="#cor32">nous</a>)</li> -<li>duement > decemment (ne se pouvoit faire <a href="#cor33">decemment</a>)</li> -<li>de maints > maints (j'héritois d'ordinaire <a href="#cor34">maints</a> coups de griffes)</li> -<li>feroit > fesoit (votre niéce <a href="#cor35">fesoit</a> une fille aussi sage)</li> -<li>ajout de "eu" (qu'il y auroit <a href="#cor36">eu</a> du ridicule à elle de vouloir)</li> -<li>starfs > strass (pendeloques de <a href="#cor37">strass</a>, robbe & jupon)</li> -</ul> -</div> - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Le Canapé couleur de feu, par M. de ***, by -Jean-Louis Fougeret de Montbron - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CANAPÉ COULEUR DE FEU *** - -***** This file should be named 60918-h.htm or 60918-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/9/1/60918/ - -Produced by René Galluvot (from images generously made -available by the Bibliothèque nationale de France -(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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