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-Project Gutenberg's Les Parisiennes d'à présent, by Georges Montorgueil
-
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-
-Title: Les Parisiennes d'à présent
-
-Author: Georges Montorgueil
-
-Illustrator: Henri Boutet
-
-Release Date: November 5, 2019 [EBook #60635]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES PARISIENNES D' PRÉSENT ***
-
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-
-Produced by Clarity, Hans Pieterse and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
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- Note sur la transcription: L'orthographe d'origine a été
- conservée et n'a pas été harmonisée, mais quelques erreurs
- clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
- Le texte marqué =Texte= est imprimé en gras dans l'original.
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- LES PARISIENNES
- D’A PRÉSENT
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- JUSTIFICATION DU TIRAGE
-
- _Cet ouvrage et été tiré à huit cent dix exemplaires numérotés:_
-
- Nos 1 à 60.--Exemplaires sur papier des Manufactures impériales
- du Japon avec tirage à part sur chine de toutes les illustrations.
-
- Nos 61 à 810.--Exemplaires sur beau papier vélin.
-
- Nº =684=
-
-
- Tous droits réservés.
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- _L’ANNÉE FÉMININE_
-
- (1896)
-
- LES PARISIENNES
- D’A PRÉSENT
-
- TEXTE DE GEORGES MONTORGUEIL
-
- ILLUSTRATIONS
- DE
- HENRI BOUTET
-
- [Illustration]
-
- PARIS
- H. FLOURY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- 1, BOULEVARD DES CAPUCINES, 1
-
- 1897
-
-
-
-
-[Illustration]
-
-_La femme était la femme et s’estimait ambitieuse à prétendre l’être
-assez. Elle se gardait de disputer à l’homme ses apanages, ne se
-souciant que des siens. Il lui était suffisant de s’exercer à l’art de
-plaire ou d’aimer: par expériences et récits d’aïeules, connaissant
-que l’amour est le souverain maître qui asservit à ses lois jusqu’aux
-lois. Il lui est venu d’autres visées. Elle prétend à une émancipation
-sociale et politique qui l’égalera à l’homme en droits. C’est l’assaut
-livré au vieux code et au vieil usage._
-
-_Les années 1896-97 marquent une étape décisive dans cette direction._
-
-_Cependant le mouvement féministe n’est pas tout le mouvement féminin.
-La vie parisienne a sacrifié comme devant aux agitations qui lui sont
-chères, aux imprévus de la mode, du goût et du scandale. L’observateur
-qui note, au jour le jour, les multiples épisodes dans lesquels la
-femme a joué un rôle essentiel n’a été que surpris de voir quelle place
-la campagne émancipatrice tenait tout à coup dans les esprits et dans
-les faits._
-
-_En sorte que son carnet, pour ce qu’il est simplement fidèle, pourrait
-être dit le_ Carnet d’un féministe.
-
-_Et maintenant, pour les revendicatrices et les autres, Boutet, à votre
-crayon! Enlevez de verve vos croquis, durant qu’elles passent..._
-
-_--J’ai toujours pris mon temps, répond Boutet. La femme est
-complaisante à qui s’attarde pour elle; et j’en suis encore à trouver
-celle qui, se sachant regardée, ne pose pas._
-
-[Illustration]
-
-
-
-
-LES PARISIENNES D’A PRÉSENT
-
-
-[Illustration]
-
-=2 Avril.=--Les femmes demandent, et ce n’est que justice, à
-prendre leur part de l’élaboration des lois. Il y a des lois qui
-président au mouvement de leur toilette, à la forme de leurs chapeaux,
-à l’arrangement de leurs chignons, à la mode de leurs bijoux, elles les
-connaissent, les subissent, et ne les font pas.
-
-
-=3 Avril.=--Le cheval est la plus noble conquête de l’homme; la
-femme est la plus noble conquête du cheval. Ces deux êtres: la femme
-et le cheval, étaient faits pour se rapprocher. Chez chacun, belle
-prestance, amour du collier, goût de l’éperon et confiance dans les
-rênes à ne savoir, sans rênes, où se diriger. Amazone, la femme est
-la centauresse. En voiture, l’harmonie est parfaite entre sa personne
-et l’attelage. Nul mécompte n’était venu refroidir des rapports
-que les hippodromes n’avaient que resserrés. Les nouvelles idées
-d’émancipation--au cheval inconnues--ont accusé quelques divergences de
-caractère. La femme refuse le mors, regimbe contre l’éperon et prétend
-se conduire seule.
-
-Elle va en bicyclette. Elle ira demain en automobile--automobile à son
-tour, indépendante et se suffisant, sans maître, ni dieu.
-
-
-[Illustration]
-
-=5 Avril.=--Un prestigieux poète, M. Jean Lorrain, a conté un
-conte délicieux que de belles filles miment aux Folies-Bergère,
-_l’Araignée d’or_. L’araignée est Mme Liane de Pougy.
-
-Elle n’est pas de Pougy. En entrant en galanterie, après un court
-noviciat sous son nom d’épouse, elle a pris ce titre. Mais si elle
-n’est de Pougy elle est bien Liane pour sa souple beauté et ses
-enlacements.
-
-Elle a tendu sa toile sur Paris. Les moucherons s’y prennent, fascinés,
-englués, dans les fils invisibles et ténus, depuis le petit fondeur
-chaud comme caille, jusqu’à l’immortel qui donne le spectacle depuis
-qu’il n’en fait plus.
-
-Oh! oui, l’araignée d’or, fait de tout l’or qu’elle aspira et qu’elle
-dégorge.
-
-Sa fonction est nettement sociale. Un tel être inassouvi et charmant
-est appelé à l’heure voulue. Une fortune s’est édifiée, scandaleuse,
-de l’épargne de tous perfidement drainée. L’habileté financière en a
-fait un bloc qui échoit à quelque héritier naturel mais médiocre. Pour
-le mériter, il ne s’est donné que la peine de naître. Il est riche
-et connaît l’embarras des richesses. Attends, petit, elle va venir.
-Elle tendra sa toile. Tu y tomberas. Elle sucera ton or. Et c’est par
-là qu’elle est nécessaire, car elle le dégorgera ensuite aux quatre
-coins de sa toile, de Paris, du monde. Liane est un puissant moteur de
-justice sociale; elle refait la répartition. Les tiens ont pris: elle
-rend.
-
-[Illustration]
-
-
-[Illustration]
-
-=8 Avril.=--A Maisons-Laffitte, les jeunes filles ont élu une
-rosière. Cette localité goûte la vie conjugale: on s’y marie avec
-empressement. On n’a pu trouver que trente et une demoiselles au-dessus
-de vingt ans qui fussent en état de célibat, ce qui est tenu pour état
-de virginité. Réunies à la mairie, après quelques échanges de vues,
-elles sont allées au scrutin.
-
-Les électeurs mâles imiteront ces mineures électrices à qui l’exercice
-des droits civiques est refusé. Ils connaîtront d’elles ce qu’est
-une campagne électorale sans calomnies ni injures. Des femmes que
-la loi n’admet pas à voter, ils apprendront à pratiquer sagement le
-vote. Au second tour, sans s’être couvertes de fange, les électrices
-avaient désigné leur élue. Elle méritait cet honneur, travailleuse,
-d’irréprochables mœurs, soutien des siens et, de plus, jolie fille.
-
-Les femmes, en leurs comices, n’égarent point leurs suffrages. Elles
-vont droit à celle que la logique patronne: blanchisseuses de Paris
-qu’elles élisent leur reine, ou célibataires de Maisons-Laffitte leur
-rosière.
-
-
-[Illustration]
-
-=9 Avril.=--Les femmes sont réunies dans la salle des Sociétés
-savantes. Elles tiennent un Congrès. C’est un spectacle que les
-esprits superficiels espéraient folâtre. Quelques jeunes gens, en
-hostilité de la femme émancipée ou par amour du boucan, se groupent
-au sommet de l’amphithéâtre, dans l’ombre. Ils s’en tiendront au
-rôle d’interrupteurs. Il s’essaient dans quelques facéties; ils
-sont quelconques. Les cris de bête leur sont plus naturels; on s’y
-méprendrait.
-
-Au bureau, l’on voit déjà s’empresser l’active et ordonnée Mme
-Potonié-Pierre, la souple slave Marya Cheliga, la fougueuse Mme
-Bonnevial, l’intrépide Mme Vincent, si affairée qu’elle est toujours en
-sueur. Les voix de la salle désignent pour la présidence Mme Pognon, à
-côté de Mme Feresse Deraisme.
-
-Mme Pognon est en sa plénitude agréablement blonde; la voix douce et
-persuasive, élégante d’expression. Son nom soulève une protestation
-véhémente; deux bras se lèvent et s’agitent: une vieille dame les
-mène. C’est Mme Léonie Rouzade lançant l’anathème. Elle dénonce le
-bourgeoisisme de Mme Pognon, propriétaire d’un _Family Hotel_. Elle
-est tragique et sombre, et dans toute sa petite personne sèche vêtue
-d’alpaga fait penser à un drapeau noir flottant sur une barricade.
-
-A son côté, un vieillard se tient coi, peureux comme un enfant. Il
-s’efface, très timide, les yeux à terre, les mains aux genoux: c’est M.
-Rouzade. Mme Rouzade parle de l’état de servitude dans lequel la femme
-est tenue par l’homme, ce despote,--et son geste désigne M. Rouzade
-pelotonné et muet.
-
-
-=10 Avril.=--Notre statisticien officiel, M. Bertillon, jette
-un cri d’alarme. La colonne des naissances est cette année, pour la
-première fois, inférieure à celle des décès. Au train où nous allons,
-calcule-t-il, il n’y aura plus de Français en France dans deux siècles.
-
-[Illustration]
-
-La faute en est aux mœurs. On n’a point d’enfants parce qu’on n’en
-veut point. Le couple est un maximum; au-dessus, le gendre est suspect
-d’inconvenance et la bru se fait remarquer.
-
-La maternité n’impose plus le respect. Les anciens s’écartaient sur le
-passage des femmes enceintes; nous faisons des mots sur leur tournure.
-Les femmes ne sont pas les dernières à ridiculiser les déformations
-physiques d’une taille que la maternité élargit. Elles raillent autrui
-et sont confuses, d’elles-mêmes. «Non, moi, ce que j’ai l’air, ma
-chère, avec ça. Je n’ose pas sortir.»
-
-Les femmes plus actives à se répandre en des tâches qui les appellent
-à l’extérieur, assujetties aux heures fixes et publiques des emplois,
-sans même les scrupules frivoles de la coquetterie, affectent la
-crainte des maternités répétées. Ce sont des accidents dont leur
-situation risque de souffrir, tuant leur gain. Quand leur cercle
-d’action se restreignait au foyer, elles ignoraient ces affres
-légitimes.
-
-Une autre cause d’émancipation a frappé la femme de stérilité. Elle
-a repoussé comme humiliantes et seulement dignes d’Agnès les pudeurs
-réservées à l’épouse. Elle s’est affranchie du respect par où le mari
-la distinguait des cyniques maîtresses. Il lui épargnait les privautés
-stériles et les bonheurs énervants, et tout le piment des étreintes
-blasées. Soupçonnant d’autres choses, éduquée par les propos des
-coureuses d’avant-garde, ouverte aux sous-entendus du livre, elle a
-voulu être initiée. Elle l’est. Si savante désormais, elle ne redoute
-plus le plaisir que le devoir complique. Sa maternité est une surprise.
-«Les enfants qui nous viennent, disait l’une d’elles, sont vraiment des
-petits rusés.»
-
-A chaque siècle sa philosophie. Les femmes du XVIIIe lisaient
-Jean-Jacques. C’est la brochure de Malthus-Robin qui occupe le chevet
-des nôtres. Elles ont une excuse: ce sont les hommes qui la leur ont
-apportée.
-
-
-=11 Avril.=--Le congrès féminin épuise un ordre du jour trop
-copieux. Il a mis à l’étude des questions qui ne se passent point
-de la connaissance du Code. D’où des discussions âpres et confuses.
-Les étrangères, venues nombreuses, sévères et dignes, point banales,
-emporteront de cette assemblée une impression désenchantée. La faute
-en est aux hommes plus qu’aux femmes. Ils sont envahissants. Ils
-discourent, sonores, fastidieux et vides, et allongent les débats sans
-les éclairer.
-
-Les femmes les souffrent, par orgueil. L’émancipation, qui passa
-longtemps pour disgraciée et inapte à plaire--si ce n’est à M. de
-Gasté--n’est point fâchée de ses conquêtes. Ses congrès ne sont encore
-que des flirts, et elle y affiche volontiers ses amants.
-
-
-[Illustration]
-
-=17 Avril.=--Au banquet qui a suivi les travaux du congrès
-féminin, Mme Pognon a porté un toast à la bicyclette.
-
-C’est par la bicyclette que se fera l’émancipation de la femme. L’œuvre
-d’affranchissement est en bonne voie. La bicyclette égalitaire et
-niveleuse a créé un troisième sexe.
-
-Ce n’est pas un homme, que ce passant en culotte bouffante, le mollet
-libre, la taille dégagée et coiffée d’un canotier ou d’une tyrolienne,
-ou même d’une simple casquette de chef de gare. Est-ce une femme?
-
-Le pied hardi, la démarche vive, les mains dans les poches, vaquant
-à son gré et sans compagnon, s’attablant aux terrasses, les jambes
-croisées, le verbe osé: c’est une bicycliste.
-
-C’est la femme affranchie du décorum, délivrée de la tapisserie
-de Pénélope qui n’avançait pas; lancée à l’aventure, loin du nid;
-agrémentée d’organes de métal préjudiciables aux autres. Elle a gagné
-sur sa bécane le procès du costume. Elle se vêt en homme, et ses jambes
-devenues manivelles ont activé la roue qui la déplace.
-
-«A la bicyclette! a dit Mme Pognon, qui a le toast spirituel et franc;
-à celle qui nous libérera!»
-
-
-=30 Avril.=--«VERNISSAGE, _s. m._, action de vernir, résultat de
-cette action. VERNIR, enduire de vernis. _Vernir des cuirs_, _vernir
-un parquet_, _vernir des tableaux_.» (Dictionnaire Larousse.) J’ai été
-au vernissage--comme tout le monde. Je n’ai vu vernir ni des tableaux,
-ni des cuirs, ni des parquets. Qu’est-ce qu’un vernissage où l’on
-ne vernit point? Attendez. Le dictionnaire nous révèle encore que
-_vernir_ se dit au figuré et signifie donner une apparence flatteuse,
-brillante: «les éloges des journaux vernissent les auteurs et leurs
-ouvrages».
-
-C’est bien un vernissage que la répétition générale du Salon,
-seulement ce ne sont pas les tableaux, mais les peintres que l’on
-vernit--_Vernir, donner une apparence flatteuse, brillante_.--«Mon
-cher, tous mes compliments: c’est un morceau admirable.--Tu sais... là,
-sans blague... eh bien, ta machine, ça y est!»
-
-C’est dans le grand hall, dont les jours sont comptés, l’éclosion
-annuelle de fleurs rares, de fleurs étranges, de nuances qui affolent,
-de parfums qui grisent. La mode, ce jour-là, est là, toute audace
-dehors. Elle se lance. Ce que la fantaisie peut rêver, elles l’ont
-rêvé, les Parisiennes si excentriques avec tant de justesse et si
-mesurées dans ce qui est sans mesure. On les regarde; non les œuvres.
-
-[Illustration]
-
-Les statues ne sont point jalouses des hommages prodigués aux modèles.
-Elles disent: «Faites-vous admirer, beautés éphémères: vous n’avez
-qu’un jour. Le temps a pris hypothèque sur vos lignes orgueilleuses.
-Nous avons l’immortalité possible. Les ans destructeurs ne nous
-réservent pas le chagrin des décrépitudes. Nous irons aussi loin
-qu’il plaira à la destinée, toujours aussi jeunes, et si nous fûmes
-conçues dans la perfection, toujours aussi parfaites. Vous serez
-moins qu’une poignée de cendres, que nous nous dresserons encore pour
-l’admiration des hommes dans la splendeur intégrale de nos chastes
-nudités.»
-
-On pourrait répondre à ces filles de marbre qu’elles sont bien vaines
-de s’imaginer revivre pour elles seules. Elles ne seront que le reflet
-de la beauté défunte de nos contemporaines. Elles témoigneront devant
-les siècles futurs quelles enchanteresses de l’art étaient les femmes
-à chapeaux extravagants, en robes fourreau et à plis mystiques, qui
-vivaient en l’an 1895, quand, devant l’artiste, elles n’avaient ni
-chapeaux extravagants, ni robes à fourreau à plis mystiques.
-
-On chuchote, on se pousse devant la Danseuse de Falguière, qui n’a que
-ses oreilles vêtues et de leurs bandeaux. On dit le nom du modèle,
-célèbre à l’Opéra. C’est un portrait. «Nue, toute nue... Oh! serait-ce
-possible? elle aurait posé nue!»
-
-Et tout le corps de ballet, saisi d’une pudeur collective, pique un
-fard.
-
-
-[Illustration]
-
-=9 Mai.=--Des fleurs qui font peur, ces orchidées. Magnifiques et
-hideuses. Leur turgescente splendeur est comme l’aveu éhonté d’un sexe.
-Elles ont des couleurs nacrées d’entrailles, des bleus gris d’intestins
-chauds, des pourpres de sang fumant. On ne saurait dire si elles sont
-nées sous les baisers du printemps ou le scalpel de Dupuytren. Elles
-ne fleurissent pas: on les opère. Elles sont comme autant d’exceptions
-pathologiques. Il y a là des anomalies et des interversions. Dans la
-tiédeur moite des serres fiévreuses, comme des rêves malsains ont rampé
-leurs tiges; la fleur s’y ouvrit, quelque désir l’y invitant. Et elle
-apparut dans sa gloire, obscène et pâmée.
-
-Une femme approche-t-elle sa bouche de ces corolles de luxure, sans que
-passe devant nos yeux l’image des cités maudites aux caresses perdues?
-
-
-=12 Mai.=--Il y a une question de Mérode, comme il y a une
-question d’Orient. Cette «danseuse» du Salon dont le corps frissonnant
-de vie est d’une humaine, est-ce Mérode sans voile? La ballerine
-a-t-elle renouvelé, pour Falguière, l’audace de Pauline Borghèse posant
-devant Canova? Le sculpteur le nie, et le modèle, en pleure, toute
-confuse de ces clameurs, qui atteignent à l’aigu.
-
-[Illustration]
-
-Elle ne cherchait point le scandale, c’est le scandale qui l’a
-cherchée. Petit être d’ingénuité et de charme, dans ses clairs regards,
-où la calomnie met des perles, on lit la sérénité persistante d’une âme
-d’enfant.
-
-Elle s’effarouche de ce fracas malveillant, car son front apparu entre
-les rideaux noirs de ses cheveux est un front qui rougit encore.
-
-Elle n’a point posé. Elle le dit. Sa dénégation esquisse les gestes
-grêles et un peu javanais que nous connaissons à la danseuse de
-marbre. Eût-elle même posé que nos railleries se devraient taire--nos
-railleries banales qui la harcèlent.
-
-Se dévoiler? Et après? N’est-ce pas revenir à la chaste et robuste
-nature? Mérode se lamente, et de quoi? Vêtue, elle est belle; nue, elle
-serait la Beauté.
-
-
-[Illustration]
-
-=20 Mai.=--Mlle Couesdon prédit toujours, monorime, l’avenir entre
-ses repas.
-
- Un trésor est caché
- De grands maux vont arriver
- Un prince blanc s’est montré
- Y a du sang sur le plancher;
- C’est dans l’estomac que vous souffrez;
- Bonsoir, l’ange est fatigué.
-
-Le public aussi, semble-t-il. Puis, à Tilly, on parle d’une vachère à
-qui la Vierge est apparue. La foi qui court au nouveau miracle délaisse
-un peu l’ancien.
-
-
-=22 Mai.=--_L’Avant-Courrière_ obtient de la Chambre une
-significative réforme. La femme, dans un prochain avenir, pourra
-disposer de son salaire.
-
-N’était-il point choquant de penser qu’un homme paresseux et brutal,
-fût-ce pour l’aller boire au cabaret, pouvait exiger du patron le gain
-de l’épouse?
-
-Il convient de distinguer entre ce que la loi permet et ce que les
-mœurs réprouvent. Le peuple a sa moralité particulière qui est sa loi
-constante, sa jurisprudence usuelle; et il était admis que l’ouvrière
-touchât son gain. Le mari, usant d’un droit inique, passait à l’état
-d’exception. L’exception même c’était trop: d’accord. Les femmes la
-font disparaître: c’est une victoire.
-
-Mais cette victoire n’aura de résultat qu’en ce sens qu’elle sera
-symbolique.
-
-
-[Illustration]
-
-=27 Mai.=--Quelles sont les trois plus belles de nos actrices? a
-demandé l’_Éclair_. Paris, s’étant mis un accent circonflexe sur l’a, a
-consenti, comme jadis le berger du Mont Ida, à attribuer la pomme à la
-plus belle. Le suffrage universel a désigné Cléo de Mérode, Vanda de
-Boncza et Sybil-Sanderson,--trois étrangères de naissance ou d’origine.
-
-Les juges s’en sont tenus aux traits d’une photographie, Brantôme
-voulait, pour se prononcer, un plus vaste champ de comparaison. Il
-ne disait belle femme que celle qui avait trois choses blanches: le
-teint, les jambes et les dents; trois rondes: le cou, l’avant-bras et
-les chevilles; trois larges: le front, les yeux, les hanches; trois
-petites: les oreilles, la poitrine et... Si minutieux, rencontrait-il
-jamais la beauté parfaite? Non, sans doute, mais il se donnait tant de
-plaisir à la seulement chercher--surtout la dernière.
-
-
-=28 Mai.=--Le miracle est à Tilly-sur-Seules. Une gardeuse de
-vaches a audience de la Vierge. Le rendez-vous est dans un champ, près
-d’une haie qui se vêt d’une vapeur mystérieuse. La voyante n’est point
-quelque nonne diaphane qui, d’avoir fleuri la mère immaculée, dans son
-rêve enfantera la virginale image; c’est une fille épaisse et vulgaire,
-libre en ses propos d’étables. Elle vaque aux soins des bestiaux,
-remue son fumier, et sa fourche au repos, vient au champ. Elle s’y
-agenouille, et l’expression commune de sa face s’éclaire, s’idéalise.
-Dans l’extase qui la transfigure, ses yeux s’emplissent du divin. Elle
-commence, entre ses dents qui se choquent, des mots entrecoupés dans
-lesquels on croit comprendre que la Vierge est là. La vierge s’en
-retourne, et les prunelles de la voyante suivent, angoissées, sa fuite
-dans le ciel.
-
-[Illustration]
-
-C’est fini. L’extatique est redevenue la vachère. Les fervents la
-pressent de questions. Elle s’y dérobe, rude et brutale. De son extase,
-il ne lui reste qu’une lourde migraine.
-
-O jeune fille élue entre les élues, ô toi, à qui la vierge apparaît;
-ô toi, qui as l’ineffable douceur de recueillir le son de sa voix,
-donne-nous de ta jouissance céleste une impression qui te vienne du
-souvenir.--«J’ai qu’la tête è m’pète! et pis v’là!»
-
-
-=30 Mai.=--Le Congrès féminin de Berlin est, disent les journaux,
-d’une tenue parfaite. Les femmes de France y sont allées; elles s’y
-expriment convenablement. L’auditoire, privé du concours des spirituels
-de profession, écoute, faisant crédit aux doctrines confuses, aux rêves
-nébuleux. Les congressistes motionnent, fiévreuses, touchantes par
-leurs bonnes intentions. C’est un grand pas en avant.
-
-Si la femme tout de même triomphait, qu’adviendrait-il?
-
-On se le demandait, en lisant les dépêches de Berlin, ce soir, dans
-une brasserie du faubourg Montmartre, où les noctambules s’achèvent.
-L’un après l’autre, on dévisageait sous le masque blafard des stériles
-fatigues les buveurs qui étaient là, stupides, niais, alcooliques
-invétérés. Pas un qui se souciât des fiers problèmes que, là-bas, les
-femmes agitaient, pas un que l’avenir de sa race troublât.
-
-C’étaient des électeurs--à part deux ou trois récidivistes qui, ayant
-fait pis que pendre, en étaient réduits à être traités comme des
-femmes. Tout ça votait; mais les mères exactes, les épouses régulières
-et les jeunes filles instruites ne votent pas. Elles n’ont pas à
-prétendre à un privilège dont la loi n’écarte ni les imbéciles, ni les
-ivrognes, ni tous ces mâles qui étaient là et qu’on n’aurait pas voulu
-rencontrer la nuit au coin d’une urne.
-
-
-=1er Juin.=--Ce ne sont point les idées qui manquent aux femmes:
-quand elles n’en ont pas, il y a toujours quelqu’un qui leur en donne.
-
-Mme Duclerc se flatte d’en avoir une qui est macabre mais peu banale.
-
-Au concert baptisé du nom de la dame de céans, la chanteuse qui
-commence la série des chants reste la bouche ouverte, sans émettre la
-fausse note qui constitue l’originalité de son répertoire. Là, devant
-elle, un pendu se balance.
-
-C’est une trouvaille de la patronne. Son pendu est resté vingt-huit
-jours pendu à Marseille; mais il est aujourd’hui dans la territoriale
-des pendus, et il ne fera que treize jours. Après quoi, quand on le
-décrochera, peut-être bien qu’il ne sera pas mort.
-
-[Illustration]
-
-Le monde distingué accourt à cette merveille. On s’informe auprès de
-Mme Duclerc des particularités physiologiques de ce phénomène. Les
-dames surtout sont avides de détails précis. «Dis donc, Duclerc, est-ce
-que c’est vrai, ce qu’on dit des pendus?--Oui, ma chère, répond la
-brune enfant, mais seulement quand il me regarde.»
-
-
-=4 Juin.=--De s’être serrée à l’excès, une Anglaise est morte. Le
-coroner a défini cet accident: «Lent suicide par coquetterie».
-
-C’est le procès du corset, un bien vieux procès et, comme tant de
-choses dont le corset s’autorise pour se dire utile, toujours pendant.
-Montaigne le prouva qui disait: «J’en ai vu se travailler à poinct
-nommé de ruyner leur estomach pour acquérir les pasles couleurs. Pour
-faire un corps bien espagnol quelles géhennes ne souffrent-elles.
-Guindées et cenglées a tout de grosses coches sur les costés jusqu’à
-la chair vive? Ouy, quelquefois à en mourir».
-
-Beaux raisonnements mais superflus, d’autant que la médecine n’est
-pas hostile au corset. Le docteur Lutaud le permet. La doctoresse
-Gaches-Sarraute aussi, s’il est de sa façon. Torturée, la femme sourit
-à sa torture. En matière d’atours, pour elle, même où il y a de la
-géhenne il y a du plaisir.
-
-[Illustration]
-
-=6 Juin.=--Le boulevard est consterné. Sur le mode mineur, les
-camelots crient le suicide de Liane de Pougy. Est-ce possible? On veut
-douter. L’évidence impose son crédit. C’est vrai, notre courtisane
-nationale, dans une crise de dégoût, a résolu de quitter le monde. Elle
-a dit adieu à sa femme de chambre. Et comme les oiseaux se cachent pour
-mourir, elle est allée demander à une honnête amie un lit honnête. Elle
-a écrit à sa mère, de sa plume bien stylée, un billet signé de son nom
-d’enfant. Et à ses lèvres, qui avaient fait du baiser une entreprise
-fructueuse, elle a porté la fiole mortelle.
-
-[Illustration]
-
-... Elle se coucha: elle attendit. Les amants, au rendez-vous de ses
-draps, se hâtaient d’accourir, la mort est plus capricieuse. Au petit
-jour, elle s’étonna de vivre et en fut charmée. L’amie stupéfaite,
-manda un médecin. Paris, plusieurs fois dans cette journée, fit prendre
-des nouvelles. Elle sourit à tout ce dont elle avait dit avoir la
-nausée, remercia les rivaux sans jalousie de son cercle d’adorateurs,
-s’amusa des dépits que sa fausse sortie lui fit connaître. Elle reparut
-aux flambeaux du festin peut-être un peu plus pâle, mais soulagée d’un
-gros poids: elle avait vomi.
-
-Pour ces natures délicates, le désespoir a du bon. Elles se suicident
-et n’en meurent pas; mais elles se purgent.
-
-
-=7 Juin.=--C’est une chose bien connue des étalagistes. Les mêmes
-objets par le groupement gagnent en intérêt. Une boîte de sardines
-isolée n’est rien: des boîtes de sardines alignées, c’est une féerie.
-Une petite Barrison toute seule, c’est aimable sans plus; cinq sœurs
-Barrison ensemble, c’est ravissant.
-
-Cette grâce de la multiplication avait échappé aux mathématiciens, non
-aux impressionnistes. Cinq têtes blondes qui dodelinent, cinq jupes qui
-se retroussent, cinq paires de jambes qui jacassent, cinq paires d’yeux
-qui marivaudent, cinq bouches qui sourient juste et ne chantent pas de
-même. Mais surtout, j’imagine, cinq femmes qui s’accordent--c’est pour
-mettre une salle en délire.
-
-[Illustration]
-
-Quel homme eut l’idée géniale d’exploiter l’attrait de la similitude?
-Son nom? Son nom: M. Fleron flaira le succès dans les rues de New-York
-en voyant passer cinq petites filles vêtues toutes de même. C’étaient
-les sœurs Barrison.--Déjà!--Il fit des propositions à la famille,
-obtint d’exhiber ces enfants. Il leur enseigna auparavant le pouvoir
-d’un bas bien tiré, d’un pantalon bouffant aux bons endroits, d’une
-chemise dont l’épaulette retombe et s’arrête à temps. Il les produisit.
-On applaudit.
-
-Elles grandirent, et leur perversité innée de fillettes puisa dans sa
-science une grâce toujours plus ingénue. Il épousa alors l’aînée, Lona,
-et fut le barnum des quatre autres, Sophia, Inger, Olga et Gertrude.
-
-Tous les soirs, dans les coulisses, sa vigilance précieuse s’attarde
-aux plus minutieux détails. Rien n’échappe à son œil attendri. Il
-remonte une jarretière, descend un fichu, fait répéter le geste du
-jupon dont la dentelle encadrera l’encre des bas et la sauce crevette
-du maillot, qu’il veut très fidèlement tendu sur les cuisses.
-
-N’est-ce point sa femme? Sont-ce point ses belles-sœurs? Direz-vous
-encore que l’esprit de famille se perd?
-
-
-[Illustration]
-
-=6 Juin.=--On ne porte que du bleu. Le bleu est décrété. C’était
-du moins l’opinion à midi. Mais il est le quart, et l’on édicte que le
-rouge--tel rouge d’un ton précis de truite et d’orangeade--est seul
-admis aux honneurs du chic. Le vert, cependant, marié au violet...
-
---Où cours-tu si vite, jeune modiste?
-
---Je me hâte toujours à l’aller, Monsieur, de crainte que la mode du
-chapeau que je livre ne passe en chemin.
-
-
-=7 Juin.=--Ce jour-là fut livré, en un bois situé à Boulogne, près
-Paris, un combat mémorable.
-
-On s’attendait à un engagement sérieux dans l’après-midi. Les curieux
-étaient venus en grand nombre, alléchés par le spectacle de la lutte.
-L’affaire promettait d’être chaude, surtout qu’il faisait 25 degrés à
-l’ombre. La prévoyance des assaillants avait installé d’énormes dépôts
-de munitions. Vers quatre heures se dessinèrent les premiers mouvements
-de troupes. Alors, chacun de se dire: «Tout à l’heure, ce ne sera pas
-tout roses.» Ce qui était d’autant plus exact qu’il devait y avoir
-d’autres fleurs.
-
-La lutte était circonscrite entre les troupes à pied, celles à cheval
-et celles en voiture. Il n’était que cinq heures quand le premier
-projectile décrivit une courbe élégante, à trajectoire qui sentait bon.
-Il atteignit en plein corsage une admirable jeune fille, victime du
-devoir, dont le nom est resté inconnu.
-
-[Illustration]
-
-L’élan était donné, l’assaut fut impétueux. On se criblait avec un
-zèle infatigable. Les troupes féminines se faisaient remarquer par
-la maladresse charmante de leur tir et par leur grâce. Un vieux
-stratégiste constatait--lorgnette à l’œil--qu’il n’est pas nécessaire
-qu’il pleuve toute la nuit pour que les troupes soient fraîches.
-
-Quelles étaient jolies et joliment équipées. La vieille garde même, à
-défaut d’admiration, imposait le respect pour sa vaillance et sa tenue.
-
-Le champ de bataille présenta bientôt l’aspect d’un véritable champ de
-carnage. On se battait presque corps à corps. Quelle lutte est plus
-excitante, quand les deux sexes sont en présence! Pivoines cramoisies,
-timides bleuets, obèses hortensias, délicates roses rosées, étoilées
-marguerites: c’était un feu roulant.
-
-[Illustration]
-
-Les munitions s’épuisaient, les assaillants aussi. Puis le jour
-baissait. On avait aux lèvres la prière de Josué: «Soleil, arrête-toi
-sur la vallée du Bas-Meudon».
-
-Mais ce fut la lutte qui s’arrêta. Elle avait duré trois heures. La
-victoire resta au Bien. Mais la terre était jonchée des cadavres
-sanglants des roses, et les œillets blessés agonisaient...
-
-
-=16 Juin.=--Une femme vieille, laide et sordide a été assassinée
-sur un grabat.
-
-En 1840 parut un livre intitulé: _les Belles Femmes de Paris_, chapelet
-de laudatifs en l’honneur des jolies Parisiennes de ce temps-là. Il y
-est parlé d’une nouvelle venue dans la capitale qui est baronne et
-bas-bleu. Lancée dans l’émancipation, amie de George Sand, elle passe
-pour écrire des vers et des œuvres en prose. Les thuriféraires qu’elle
-prie à souper disent son esprit et sa beauté. Ils tiennent sa noblesse
-pour irréductible. N’a-t-elle pas pour oncle l’ancien ministre de
-Charles X? C’est un Montbel; il l’ignore, mais elle ne l’ignore pas.
-Elle porte, jeune fille, ce nom de Montbel; son mari y joint le sien
-aussi ronflant, M. de Valley. Personne ne s’avise de gratter le blason
-de l’époux. Sa femme est baronne, va pour baronne. Une jolie femme, à
-Paris, a les titres qu’elle veut,--il lui suffit de les prendre.
-
-Rentrons chez la vieille assassinée, morte dans la sanie, rongée de
-vermine, hideuse.
-
-La loi sait son nom. Cette morte, étranglée par une société
-d’adolescents, est la baronne de Montbel-Valley. C’est la muse au salon
-littéraire qui fut, par ses charmes, reine de Paris sous Louis-Philippe.
-
-Que de traités superflus sur l’art d’être belle, quand il n’en est
-point sur l’art de vieillir!
-
-
-=14 Juin.=--On ne savait pas saint Médard si parfaitement acquis
-aux courses. Pour le Grand Prix, il a cru devoir suspendre le jeu de
-ses œuvres et de ses pompes. Aurait-il d’autres tuyaux que des tuyaux
-d’arrosage? Pas d’eau! Les femmes n’ont fleuri l’hippodrome que de
-parasols.
-
-Foule inouïe, empressée et élégante. Le monde officiel au grand
-complet; il ne manque pas un bouton de guêtre... présidentiel. Est on
-venu pour le gagnant? C’est douteux. Il n’est plus le héros de jadis
-dont le nom se répercutait dans une acclamation sans fin. On en parle
-comme d’un personnage ordinaire. Les heureux qui ont eu le nez de sa
-veine le traitent comme un billet de loterie sorti au tirage. Cette
-année, ils sont courroucés. «Quoi! ont-ils l’air de dire, nous avons
-aventuré la forte somme sur un candidat si médiocre, et c’est tout ce
-qu’il rapporte! Jouez donc des veaux!»
-
-[Illustration]
-
-Ce n’est pas le noble coursier qui nous vengeait de Waterloo.
-D’ailleurs, les Anglais s’abstiennent. Le Jardin de Paris s’en
-plaint. L’insulaire qui augmentait les tarifs, prodigue dans le gain
-et généreux dans la perte, ne franchit plus la Manche. Tout s’en va,
-jusqu’au respect montré au vainqueur. Qui se soucie de ses traits? Qui
-colle à la muraille le portrait de sa monte. Autrefois, il suffisait
-de l’avoir bouchonné pour être illustre. Un palefrenier de Gladiateur
-faisait un beau mariage. Approcher du vainqueur, le flatter, passer
-sur sa croupe en sueur ses gants frais étaient une faveur insigne. Les
-femmes n’adoptaient de couleurs que les siennes. Qui d’elles portera
-cette année les couleurs d’Arreau? Victorieux à peine applaudi, célèbre
-une seconde, qui passe, qui est déjà passé...
-
-
-=25 Juin.=--Lona Barrison s’est détachée du peloton. Elle se
-montre seule, montée sur un bidet blanc. Elle chante d’une voix
-acidulée comme un bonbon anglais.
-
-[Illustration]
-
-A pied ou à cheval, les petites Barrison inspirent des folies. Un
-gentilhomme autrichien s’est suicidé. Avant de mourir, il exprima le
-vœu que l’une des cinq sœurs Barrison accompagnât son convoi. Il a été
-exaucé. La gazouillante oiselle a déposé sur son cercueil un bouquet
-d’oranger. Cette fleur était le commentaire du refus dont l’amoureux
-était mort. C’était «l’impossible, mille regrets» des demandes
-sympathiques qui excèdent la mesure.
-
-
-[Illustration]
-
-=8 Juillet.=--Devant la beauté sans voile de la femme, M. Pierre
-Loys a chanté un cantique renouvelé de la volupté grecque. Hymne des
-pamoisons et des enlacements, chœur des fatalités charnelles, prière
-des lèvres d’elles à elles incendiées, en la symphonie littéraire qui a
-pour titre _Aphrodite_, il a donné aux Parisiennes le regret de n’aller
-ni assez amoureuses, ni assez nues.
-
-Ces éphèbes sont sévères; ce sont des ingrats. Au vrai, son pastiche
-des anciennes est conçu d’après les modèles que la vie plaça à portée
-de ses sens. Ce qu’il sait de l’Aphrodite antique est ce qu’amoureuses
-et nues, apprirent à ses curiosités printanières les divers Chryséis
-que héla son baiser.
-
-_Aphrodite_: c’est l’antiquité vue par le trou de serrure d’une chambre
-d’hôtel du quartier Latin.
-
-
-=10 Juillet.=--La Parisienne adopte en marchant un nouveau geste.
-De la main gauche, elle saisit largement l’étoffe des jupes dont elle
-se ballonne. La marche accuse ce moulage callipyge dont on devine que
-la fermeté n’est pas exempte de douceur.
-
-Henry Somm qui, par ses croquis au jour le jour, continue La Mésangère,
-remarque que le mouvement de coquetterie, chez la femme, s’est déplacé
-depuis cent ans. Le XVIIIe siècle était tout à la gorge qui était
-nue et s’offrait. La femme aujourd’hui n’est préoccupée que de sa
-croupe. La croupe est le centre de sa toilette, et par là même de ses
-préoccupations.
-
-
-=13 Juillet.=--Sous la protection du comte Robert de Montesquiou,
-Douai a rendu un délicat hommage à une femme, Marceline Desbordes
-Valmore.
-
-Ce fut une âme aimante qui souffrit. Elle souffrait de qui souffrait.
-Elle avait mal à la douleur d’autrui. Trop haute pour être d’un parti,
-elle fut avec les vaincus de tous les partis, et, insouciante de ses
-propres blessures, se pencha sur tous les blessés. En poésie, elle
-n’était pas parmi ces ciseleurs qui n’oublient, leur coupe ciselée,
-que d’y exprimer le sang des grappes. Mais en la sienne elle se plut à
-n’exprimer que le sang de ses veines.
-
-Paris l’a connue et méconnue. Cette muse éplorée l’exaspérait. Quoi,
-toujours des sanglots, des demandes de secours et des appels à la
-pitié! L’importune qui troublait la noce! Toutefois, il a voulu que sa
-pierre s’ajoutât à l’édifice douaisien. Il ne l’a pas apporté d’une
-main pieuse, il l’a lancée avec sa fronde. Il s’est acharné à démontrer
-pour la circonstance que l’épouse du pauvre Valmore avait flirté avec
-M. de Latouche. Ce scandale fut la souscription de Paris. C’est bien
-parisien.
-
-Coppée, Anatole France, Sarah Bernhardt ont racheté cette action laide
-en parlant, tour à tour, devant l’image qui représente la poétesse, «la
-tête inclinée à gauche, a dit Coppée, pour écouter son cœur».
-
-
-[Illustration]
-
-=14 Juillet.=--On prenait la Bastille. On prend les tailles. Ici
-l’on danse; la cordialité des accueils et leur facilité établissent
-l’allégresse. On est en confiance; il n’est jour où l’on s’aime plus
-vite et pour le seul plaisir de s’aimer. La galanterie le sait et fait
-relâche. La Vénus Cloacine se donne congé et se répand dans la foule,
-toute pensée commerciale bannie. La gaîté est énorme et communicative.
-Elle décide les bouderies qui capitulent à la lueur sautillante des
-lampions. Il y a du tutoiement dans l’air. Familiarité charmante qui
-rapproche et fusionne. Les sages-femmes l’ont remarqué: c’est le jour
-où le plus de petits citoyens datent leur entrée dans le monde. Combien
-de femmes avouent, confuses de l’impromptu: «J’avais rencontré son père
-à un bal du 14 juillet!»
-
-Les mères de famille n’en prendront point qu’alarmes. Il ne s’ébauche
-pas au son du piston, les valses alternant avec la _Marseillaise_, que
-des idylles douloureuses, mais aussi de sûres fiançailles. On boit, on
-hurle, on danse. Les événements se précipitent. Et l’amour prend la
-Bastille.
-
-
-[Illustration]
-
-=21 Juillet.=--La vogue des vogues, qui la dira? Pourquoi
-sont-elles si tyranniques et si brèves! Pourquoi cette indifférence
-aujourd’hui pour ce qui, hier, nous enfiévrait? La satiété ne
-serait-elle que la limite de nos désirs?
-
-Nous avons eu les déshabillés au théâtre: des petites femmes qui
-faisaient devant nous ce qu’elles font chez chacun de nous. Elles
-ôtaient leurs bas, dégrafaient leur corset, changeaient leur chemise.
-Elles se levaient, se couchaient, se tubaient. A ce spectacle, d’une
-banalité échouant dans la bassesse, nous avions des frissons dont le
-diagnostic eût été humiliant. Les moralistes criaient: «C’est la fin
-d’une race.» Aux moralistes on disait: «C’est le plein d’une mode; vous
-vous indignerez encore qu’elle n’existera plus.» Elle n’existe plus.
-Sommes-nous meilleurs? Sommes-nous corrigés de l’obscène? Sommes-nous
-plus purs? Le lit a quitté le théâtre. Le paravent est replié. Les
-spectateurs sont revenus à la vertu pratique de simplement s’être
-aperçus qu’ils n’étaient que sots de payer à l’orchestre pour ne pas
-voir ce qu’ils voient chez eux sans payer.
-
-
-=27 Juillet.=--«Vous avez fait une étude sur les _Déshabillés au
-théâtre_, me dit un député, M. Georges Berger. C’est bien. Trouvez-vous
-point qu’il serait légitime de la faire suivre d’une étude sur celles
-qui les vinrent voir? On se plaît à décrire des états d’âme: vous
-tenterait-il point, l’état d’âme de cette femme honnête, curieuse de
-filles en chemise et de chansons toutes nues? Elle est souffletée dans
-sa pudeur et s’en amuse. Elle a des minauderies pour les baladins
-des tréteaux qui l’outragent dans sa féminité. Elle ne tolérerait
-point qu’en son salon, fût-ce par inadvertance, un homme lui manquât
-d’égards; et un malotru, sur les petites planches, qui l’insulte et
-l’assimile aux prostituées, la fait sourire. Dans des bouges où des
-filles la tutoient, elle se frôle à des pierreuses et à des ivrognes.
-Elle n’a pas même cette hypocrisie qui était un hommage rendu par
-le vice à la vertu. Elle va bravement, front découvert. A quoi bon?
-elle ne rougit plus. Quelle âme est l’âme de cette femme? Vous avez
-déshabillé l’interprète: déshabillez la spectatrice.»
-
-Elle ne nous révélerait pas une femme inédite, mon cher pays. La
-femme moderne est celle d’hier et de demain. Nos aïeules allaient aux
-Porcherons, et l’éloquence triviale de Ramponneau n’ajoutait pas à leur
-fard le rouge de la confusion.
-
-[Illustration]
-
-Vadé les surprit au cabaret, apostrophées par les blanchisseuses.
-
- Quand zon va boire à l’Écu,
- Tant pas tant tortiller des ...
- Quand zon va boire à l’Écu
- Tant pas tant tortiller du ...
-
-La Bruyère, avant lui, les avait coudoyées sur les berges, pendant la
-saison des bains. En ces temps candides, un costume mythologique était
-admis: c’était les déshabillés à la Seine. La Bruyère, aux promeneuses,
-de qualité, et seulement assidues de ce lieu quand des tritons s’y
-ébattaient, La Bruyère vit des éventails. Il n’en fut pas dupe. Il en
-savait la soie transparente. On appelait ces éventails pour nudités:
-«des lorgnettes».
-
-L’état d’âme d’une époque, serait-ce pas, mon cher député, une très
-simple vieillerie qui s’appelle l’âme de tous les temps?
-
-
-=7 Août.=--Paris a fui--mais ne s’est pas fui. A quatre heures
-de la Madeleine, il a porté ses vices, ses caprices, ses obligations,
-ses contraintes, ses tics, le conventionnel de ses mœurs et sa vie
-compliquée. Cet exode s’appelle déplacement. Ce n’est que cela: il
-s’est déplacé, il a changé de place.
-
-Les habitudes empilées aux bagages avec les robes de ces dames
-suivaient de toute la vitesse du train.
-
-
-[Illustration]
-
-=10 Août.=--La cantinière du 2e zouaves, morte à Vichy, est bien
-connue partout; mais elle est inconnue au 2e zouaves. La mère Ibrahim,
-disent les zouzous, quès aco? On consulte les vieux à qui ce nom ne
-rappelle rien: les anciennes cantinières de l’armée d’Afrique n’en ont
-pas souvenir.
-
-On presse l’enquête qui ne livre pas la clef du mystère. Il semble
-acquis que la mère Ibrahim, cantinière au 2e zouaves, et décorée,
-n’était ni Ibrahim, ni cantinière, ni du 2e zouaves, ni décorée.
-C’était une jongleuse, qui vivait de ses tours. Le dernier est bon.
-
-Sa légende héroïque est cependant à peine ébranlée.
-
-Les légendes sont indestructibles. Nous avons douté de l’authenticité
-de cette histoire. Quelqu’un viendra demain qui réparera ce grand acte
-d’iniquité et prouvera que la mère Ibrahim n’a jamais mystifié ses
-contemporains.
-
-Elle aura un jour sa statue, faite avec le bronze des canons qu’elle
-n’a ni pris--ni versés.
-
-
-[Illustration]
-
-=15 Août.=--La mer ne se flatte pas d’être aimée pour ses beaux
-yeux glauques. La mer se sait un prétexte et ne s’en fâche pas. Elle
-monte sur la plage: sa grande voix y est couverte par les potins. Il y
-a près des cabines des gens dont elle n’a jamais lavé les pieds et qui
-lui tournent le dos. Ils sont occupés au défilé des demoiselles sur
-les «planches»--ce trottoir de Trouville. Elle s’estime alors simple
-intruse et redescend avec un air de murmurer, très confuse et timide:
-«Si je vous gêne, faut le dire?»
-
-
-[Illustration]
-
-=17 Août.=--Il a des ailes, il est frivole, il est léger. De
-celle qui rêve, accoudée dans la fraîcheur du soir, il approche. Elle
-le chasse, il revient. Sorti par la porte, il rentre par la croisée,
-ironique et dansant.
-
-Femme, qui que tu sois, il est, sera ou fut ton maître. Sa flèche
-est acérée. Là! te voilà prise. Irritée et confuse, tu pleures, tu
-souffres, tu enfles.
-
---C’est l’amour qui l’a atteinte?
-
---Non, c’est un moustique qui l’a piquée. L’existence est empoisonnée
-par toutes sortes de ces petits cousins insinuants et perfides,
-friands de nudités, et ne donnant aux filles que des caresses qui leur
-laissent des rougeurs.
-
-
-[Illustration]
-
-=25 Août.=--Une petite boutique d’horlogerie faubourg
-Saint-Honoré, provinciale, grise et discrète. Entrons. Au comptoir, une
-vieille dame, comme on en voit dans les images un peu passées. Elle est
-d’avenante et digne figure; le front sans ride est couvert de neige.
-A travers ses lunettes, elle examine, mécontente, l’arrivant: c’est
-peut-être un client, et cette espèce qui erre, tatillonnant, d’un objet
-à l’autre, et liarde, l’exaspère. «Vous désirez?--Madame, rien...»
-
-Elle se rassérène. «Je venais vous parler de Musset.--De M. Musset;
-asseyez-vous.»--Et sa figure s’éclaire, indulgente et attentive.
-
-L’horlogère, au Bottin dame Martelet, fut jadis cette Adèle Collin,
-qui a été la bonne de Musset. «Sa gouvernante», précise-t-elle. Elle
-l’a assisté dans ses crises dernières; elle lui a fermé les yeux. Elle
-parle du maître qui n’est plus avec une admiration humble, abondante en
-souvenirs, amoureuse de la chère mémoire à laquelle elle continue ses
-soins de servante dévouée.
-
-La chronique est pleine depuis quelques jours du scandale de Venise.
-Elle a connu George Sand à travers la souffrance du poète; elle lui
-est hostile. Elle ne dit rien de nettement accusateur. Elle n’a que
-guetté son grand homme aux petites choses. Ce qu’elle souligne, ce sont
-les allées et venues dans la maison. Elle a compté les belles dames et
-soupçonné les extases, mais c’étaient des extases très comme il faut.
-M. Musset n’aimait pas les dévergondées de sentiment. Sa volupté avait
-ses pudeurs.
-
-Sur Elle quelquefois, Lui s’est appesanti dans ses fièvres: plaintes
-très douces comme des plaintes d’enfant. Elle se les rappelle, et
-elle est dure à celle qui tortura le plus ce grand nerveux, ignorant
-qu’en l’amour il aimait surtout la torture d’aimer. Adèle n’alla
-pas à Venise. Ce qu’elle connaît de la liaison tourmentée, c’est la
-confidence des scènes triviales; ces scènes de brouille dans des
-chambres d’auberge, où l’amour se promène en marmotte et le chandelier
-au poing. Il était plein de ces souvenirs ridicules, le poète, quand la
-muse lui dit: «Prends ton luth!» Et il fit la _Nuit d’Octobre_.
-
-La bonne dame, dans les paperasses et les lointains de sa mémoire,
-remue devant nous, ces cendres. Musset en sort plus grand. Par quel
-effort admirable nous donna-t-il, avec la bassesse et la banalité de
-ses propres disgrâces, l’illusion des maux sublimes et, tout en étant
-inhumains, plus qu’humains?
-
-
-=28 Août.=--Trois veuves vivaient en paix; l’ennui survint, et
-voilà les feux d’un cercle allumés.
-
-Ces veuves, riches de loisir, disposant d’un hôtel superflu contigu au
-leur, ont eu l’idée d’ouvrir, rue Duperré, un cercle de femmes: _Ladies
-club_.
-
-[Illustration]
-
-C’est un nid capitonné, élégant, froufroutant. Il est spacieux et
-intime. Une table d’hôte offre ses succulences à la gourmandise, péché
-mignon des jolies bouches, et surtout péché tardif. Rien n’est omis
-de ce qui est indispensable. Les cabinets de toilette sont à souhait
-machinés pour les ablutions. Le cercle a bibliothèques, vaporisateurs
-et poudre de riz.
-
-On lira. Comme on ne s’est pas bâti un refuge pour bâiller sur ses
-lectures, les journaux de mode seront abondants. La forme des ouvrages
-préoccupera plus ces dames que celle du gouvernement. Leur isolement
-n’est pas une déclaration de guerre ou de principe. Lysistrata n’est
-point de la fondation. On ne revendique pas, on se délasse. La porte
-sera fermée au nez des émancipatrices, pour ce qu’on s’estime émancipée
-assez, ayant licence de vivre à sa guise. On chantera, on fera de la
-musique, on contera des choses futiles, on médira d’autrui: on restera
-de son sexe.
-
-Un sceptique a dit que ce serait un bon moyen de ramener les maris au
-foyer: ils seraient sûrs de n’y rencontrer que rarement leurs femmes.
-Mais les femmes de ce cercle ne devront pas avoir de maris.
-
-C’est le wagon des dames seules.
-
-
-=30 Août.=--L’institution du café-concert, atteinte, chancelle. Le
-cabaret tue le beuglant. Les femmes qui décident de la soirée de ces
-messieurs ne sont plus empressées à garnir les avant-scènes d’où elles
-souriaient à Fragson et applaudissaient Yvette. On va à Montmartre, où
-l’on entend le chansonnier Chose dans ses chansons rosses et le bon
-poète Machin dans ses œuvres. Oh! ses œuvres! Le Chat-Noir, en mourant,
-a laissé toute une portée de petits chats, diablement miauleurs,
-plaisants et farces, qui ont des gentillesses paresseuses et de félines
-attitudes: ils griffent aussi et mordent. D’aucuns, chats de gouttière,
-effrontés et le poil droit, sont plutôt incongrus.
-
-[Illustration]
-
-Une tendance s’indique dans cette cacophonie de matous; un art de
-demain s’annonce qui rénovera la chanson et dépouillera la revue de
-ses oripeaux flétris, en la ramenant à la parade par les tréteaux du
-cabaret.
-
-Que la femme, plus qu’à la tabagie montmartroise, était désirable,
-l’été, sous les arbres en feu, dans la verdure secouée de frissons,
-sous les platanes aux ramures baignées d’une lumière de songe! On
-chantait, et c’était pour faire s’évanouir le prestige de ce jardin
-d’Armide. Mais les sages s’abîmaient dans la seule vision et, pour ne
-point altérer la sérénité de l’heure, laissaient les cabots chanter et
-n’écoutaient que leur rêve...
-
-
-=31 Août.=--Trouville: petits chevaux; Deauville: grands chevaux.
-Et les mêmes types de joueurs, de sportmen, de books. Le monde de
-là-bas rencontré ici, même les mendiants qui font leur saison. J’ai
-reconnu mon Clopin Trouillefou de la rue des Martyrs. Il n’a pas manqué
-la grande semaine.
-
-Personne ne l’a manquée. Le bataillon galant est au complet, recrues
-et vieilles gardes: depuis les nouvelles qui entrent dans la carrière
-jusqu’aux aînées qui y sont encore--avec leurs surnoms qui attisaient
-nos désirs de potache: Fanny fanée et toujours Fanoche.
-
-[Illustration]
-
-
-=4 Septembre.=--Chez la directrice de _l’Avant-Courrière_, Mme
-Schmahl, rencontré, amené par M. Menant, de l’Institut, un parsi,
-homme sage et cultivé, dont le renom dans l’Inde est grand. Il se
-nomme Malabari. Il n’a point la petite calotte de soie noire, ni la
-large argrahka marron; son corps n’est pas trois fois ceint de la
-corde tressée de soixante-douze fils. Il est vêtu à l’européenne et de
-l’Indien, ici, n’a que le bronze clair de son teint.
-
-C’est un apôtre. Il a prêché la liberté du choix dans le mariage, et la
-liberté pour les petites veuves des nobles castes de convoler si leur
-complexion amoureuse les y pousse. Car depuis qu’on ne brûle plus les
-veuves, on ne sait qu’en faire. Le bûcher était encore ce qu’on avait
-trouvé de mieux. D’aucunes s’y précipitaient avec une ferveur conjugale
-exemplaire, d’autres hésitaient. Mlle Menant, fort versée dans ces
-choses, conte qu’un jour un orage éteignit un bûcher. La veuve, à
-demi consumée, revint chez ses parents, surpris et ennuyés. Ils lui
-persuadèrent de retourner au bûcher, le temps s’étant remis au beau.
-
-Nos Françaises devenues veuves, quand elles brûlent, c’est de se
-remarier. Leur sympathie va donc, d’instinct, à l’homme qui, là-bas, a
-éteint les bûchers pour rallumer les feux.
-
-
-[Illustration]
-
-=17 Septembre.=--La morale murale a fait son apparition. Elle est
-née à la vie parisienne. Sur le boulevard des Capucines, en face chez
-Floury, sur une palissade provisoire, sainte Geneviève lutte contre les
-pétroles de luxe, recommandés par les femmes affriolantes de Chéret.
-L’agreste pastoure en ses atours rustiques, qui a vu saint Loup, est
-chargée de catéchiser les bergères pimpantes qui ont vu le loup--mais
-non le saint.
-
-Trop longtemps, les dessinateurs, soucieux de retenir nos regards, ont
-peint des Parisiennes lascives. Le rose de leur nudité et le frou-frou
-de leurs chiffons bariolaient de couleurs vives la rue. Depuis que
-l’épicerie a ses Watteau, la vélocipédie ses Fragonard, c’était comme
-un perpétuel et changeant embarquement à Cythère. Quelques puritains
-s’en sont émus. Ils ont commandé à Puvis de Chavannes une affiche qui
-ferait chastement la publicité pour la vertu.
-
-Cette prédication aura-t-elle un résultat moral? Une petite fille au
-pied d’un arbre et tout auprès un vieux monsieur qui l’entretient,
-est-ce d’une expression très claire sur un boulevard qui a ses arbres,
-ses petites filles, ses vieux messieurs? Il est à craindre que le
-symbole n’en soit dénaturé.
-
-L’affiche est belle et pure. En tant que réclame, elle est inefficace.
-On ne détache pas les âmes comme les vieilles jaquettes, et la vertu
-n’est pas un produit qui se lance comme la benzine.
-
-
-=23 Septembre.=--Aperçu au Moulin-Rouge le parsi Malabari.
-Le libérateur de la femme hindoue étudie la condition de la femme
-occidentale, cette libérée--quelquefois de Saint-Lazare. Il descend
-dans la galanterie et s’attriste.
-
-Le quadrille naturaliste, ce soir, l’a surtout choqué. Il tolère tout
-de nos mœurs, non les filles du chahut.
-
---Vos sens sont-ils si éteints, dit-il, sévère, que, pour les ranimer,
-il vous faille recourir à ces provocatrices?
-
---Les bayadères de vos pays sont lascives aussi et nues.
-
---Elles dansent devant des vieillards, répond le parsi. En évoquant
-leur vigueur lointaine, elles leur font cette charité de leur en
-donner, avec le souvenir, une fugitive illusion.
-
-O maître ès sciences zoroastriennes, si une danse est sacrée pour ce
-qu’elle émoustille les vieux, la Goulue n’est-elle point prêtresse?
-
-
-24 Septembre.--Un peu sorcier, quasi chemineau, ce Jean-Martin Plessis.
-On le dit bâtard d’un abbé et d’une coureuse de grand chemin. Quand il
-épousa cette douce Julie Deshayes: «Ce n’est pas possible dirent les
-bonnes gens d’alentour, il lui a jeté un sort!» De sorte que la pauvre
-va, de calvaire en calvaire, outragée et battue un peu plus à chaque
-enfant, dont la dernière est nommée Alphonsine. Lasse d’être abreuvée
-d’amertumes, elle s’enfuit, avec ses petits, loin du brutal, et bientôt
-succombe...
-
-Alphonsine grandit, tremblante, sous la loi cruelle du père, sans pain
-que celui qu’elle mendie. Domestique et Chloé de ferme elle rencontre
-Daphnis. L’idylle est surprise et dénoncée à Martin qui songe à placer
-la gamine en ville où le fruit vert a de l’attrait. Un matin, les
-commères s’étonnent de voir cheminer, côte à côte, le colporteur et
-sa fille, si joliette à présent, brune et mate. Où vont-ils? Quand il
-revient au pays, seul, c’est une malédiction: «Misérable! tu as vendu
-ta fille!» Chassé comme un chien galeux, il expire dans un trou hanté,
-à l’écart.
-
-Les années passent. Un jour, à l’auberge de la Poste, à Nonant, descend
-de la diligence une voyageuse, finement élégante, pâle de la pâleur
-des convalescentes, ses traits délicats encadrés dans la nuit de ses
-cheveux: «Ne me reconnaissez-vous point?--Alphonsine!»
-
-[Illustration]
-
-Elle raconte, devant une assiettée fumante, son histoire. Comment,
-conduite à Paris, elle y fut ouvrière en modes; comment, grisette
-elle plut à des commis, courtisane à des banquiers. Présentement elle
-était la maîtresse d’un poète qui lui donnait un peu d’amour, et d’un
-grand seigneur qui lui donnait beaucoup d’argent. Mais, prise de la
-nostalgie du pays natal, elle était revenue voir les meubles honnêtes
-des auberges pour, toute seule avec son passé, enivrée, le revivre.
-
-Vous cherchez la fillette que sa mère arrachait aux coups d’un brutal,
-la mendiante aux pieds nus; la faneuse qui pour un verre de cidre
-s’associait aux libres chansons des moissonneurs; la Chloé qui,
-à l’ombre des pommiers, se donnait à Daphnis: la voici. Affinée,
-fantasque et ondoyante, celle que le village a connue Alphonsine
-Plessis, dans la cité conquise par sa grâce morbide, a trouvé une
-seconde marraine. La fille du sorcier est devenue la _Dame aux
-Camélias_.
-
-Le poète qui lui donnait un peu d’amour s’appelait Alexandre Dumas.
-Elle lui inspirait à son insu le chef-d’œuvre que Mme Sarah Bernhardt
-a repris. Le poète n’a pas été ingrat. Magnifique plus que le grand
-seigneur son rival, et plus riche, il a payé la fille de joie en
-immortalité.
-
-
-=28 Septembre.=--Les savants ont découvert une lumière rebelle
-à l’analyse. Un laboratoire, pour les expériences, est installé au
-Casino: «Entrez, Mesdames et Messieurs, on commence de suite.»
-
-[Illustration]
-
-Voilà l’écran, la machine électrique, le tube de Crookes. Une
-seconde d’explication par un personnage déjà connu qui a présenté
-des femmes tatouées, des naines et des géantes. Il passe au fait.
-Quelques expériences banales, vite abrégées. Mais voici que redouble
-l’attention. Une femme monte sur la scène: «Vous allez voir les jambes
-de Mademoiselle.» La science est décidément une belle chose. Et qui
-donc parlait de sa faillite? Mademoiselle s’installe devant l’écran;
-on fait la nuit. Dans la lueur mystérieuse, la jambe, pourtant cachée
-sous les jupes, se dessine: silhouette rigoureuse, ferme, accusant
-l’étreinte de la jarretière, au-dessus du genou, très haut.
-
-Les filles de cinq louis qui montent au ciel, même à moins, n’ont
-point de souci de ce qui se trame là contre leur négoce. Cependant,
-si les rayons X étaient capturés dans les jumelles portatives, ne
-deviendraient-elles pas les demoiselles visibles à l’œil, nues? Elles
-s’en moquent, par pratique, connaissant qu’en ces amours paillardes et
-goulues, le charme du mystère n’est compté pour rien.
-
-
-[Illustration]
-
-=2 Octobre.=--La verve des revuistes s’exerce cette année sur les
-femmes qui revendiquent. Leur sottise est à hauteur de ce genre de
-produit. Il faut rire: d’où ils concluent qu’il faut rire de tout et
-par les trucs habituels. Les leurs sont simples; c’est une manière de
-poil à gratter philosophique: on exhibe une demoiselle dont la toilette
-accuse l’androgynat, perruque blonde et monocle. Elle montre ses jambes
-plus gentiment que son mari: il est à la maison, biberonnant les
-moutards. Le compère, outré, lui dit ses quatre vérités sur un air du
-Caveau. La commère, à peu près nue, l’approuve au refrain, et reprend
-en chœur sur un petit temps de gigue.
-
-Les spectateurs applaudissent à cette moralité qui les touche. Ils font
-même bisser. Mais la gigue n’est pas étrangère au bis.
-
-
-[Illustration]
-
-=3 Octobre.=--Homson disait de l’Angleterre: «Rien n’y est plus
-constant que l’inconstance des ajustements.» Cette inconstance n’est
-pas qu’anglaise. Nous avons vu régner les manches plates, puis les
-manches bouffantes, puis les manches plates, et revoici les manches
-bouffantes. Nos féminins en sont ravis. Ces boursouflures appellent
-leurs bons offices au vestiaire. L’énorme vessie ne s’introduit dans
-le manteau que par le concours d’une main empressée. «Vous permettez,
-Madame?»--«J’allais vous en prier, Monsieur...» L’officieux insère
-dans la manche extérieure les plis rebelles, courant de l’aisselle à
-l’épaule, s’attardant aux environs. Ce n’est rien: une attention de
-galant homme. Il serait assez payé, retirerait-il ses doigts sans un
-merci. Car le toucher est un sens--et sur ce qui l’emporte du toucher
-sur la vue ou de la vue sur le toucher, les maîtres-ès-voluptés,
-disputent encore.
-
-
-[Illustration]
-
-=4 Octobre.=--Le Tsar est attendu. Quelle surprise ménager au
-plus absolu des monarques en visite chez la plus républicaine des
-nations? Paris cherche quelque coquetterie raffinée dans le puéril et
-le charmant qui est sa manière. Une idée. En cette saison, les arbres
-sont nus. Serait-il pas ingénieux de les printaniser? Des fleurs!
-mais on en sait faire de si jolies qu’y serait pris Juin, fleuriste
-des prairies et des buissons. Et voilà, dans les branches, juchées des
-Parisiennes de la rue du Caire qui font la toilette des marronniers du
-Rond-Point.
-
-Le Tsar va passer.
-
-En attendant, les souvenirs passent. En ce même lieu, au temps des
-malentendus, un tsar, avec ses cosaques, défila. Que c’est loin! Nul
-se le rappellera que pour trouver plus douce l’heure présente. Nul,
-devant le gentil sire, ne dira, évoquant le contraste: «Des arbres qui
-fleurissent pour Votre Majesté, les chevaux de l’Ukraine broutaient
-jadis l’écorce...»
-
-
-=7 Octobre.=--«Vive le Tsar!» L’agile Parisienne a grimpé tout
-en haut. Elle ne veut rien perdre du spectacle. Sous ses jupes, dont
-elle ne songe point à corriger les écarts immodestes, les regards
-polissons trouveront quelque aubaine; mais il n’est de regards que
-pour Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies. Le voir et le revoir
-encore, en sa voiture de gala, frêle, un peu blond, l’œil doucement
-mélancolique, et comme las déjà de sa lourde grandeur.
-
-[Illustration]
-
-A côté de lui, la Tsarine, les traits dessinés nettement, d’une santé
-de haute couleur, avec une gravité bonne, s’incline, gracieuse, et, à
-fleur de lèvres, sourit. Le peuple conquis, sans s’inquiéter s’il est
-dans l’esprit du protocole, crie: «Vive la Tsarine!»
-
-Nicolas salue, à ce cri, la main au bonnet d’astrakan. C’est
-l’acclamation la plus chère à son cœur. Ce que le Tsar aime en Paris,
-c’est que la Tsarine en est aimée.
-
-
-[Illustration]
-
-=8 Octobre.=--La duchesse Olga est en cela ravissante que ses
-dix-huit mois en font un simple petit bébé--comme tous les petits
-bébés. Elle ignore la très grande importance de son entourage, suce
-son pouce quand le goût lui en vient, bat l’air de ses poings roses,
-sourit aux anges ou aux cuirassiers et ne demande pas au protocole
-l’autorisation de se mettre à quatre pattes. Elle est jolie et
-spontanée. Elle gazouille comme un enfant naturel, boit son lolo et
-tire à son papa une barbe qu’elle ne sait pas encore impériale.
-
-Tant de charmes candides lui ont fait une réputation dans le
-peuple--où les petites filles ne sont plus appelées désormais que des
-«petites duchesses», et où les nouvelle-nées ne reçoivent plus que le
-prénom d’Olga.
-
-Et leur biberon est franco-russe.
-
-
-[Illustration]
-
-=25 Octobre.=--L’idée de _la Poupée_ à la Gaîté est jolie. Elle
-est d’Hoffmann; on la lui emprunte de temps en temps. Coppelius invente
-une poupée. Elle a les gestes essentiels, elle va à pas menus, salue,
-s’incline et sourit--et sourit comme si elle n’était pas de bois.
-Une vraie femme se substitue à l’automate et ce vieil homme est sans
-soupçon--tant il y a de la femme dans la poupée ou de la poupée dans
-la femme. La poupée de la Gaîté est charmante. Elle se nomme Sully,
-quoiqu’elle n’ait rien de l’ancien ministre de Henri IV, homme
-austère. Cette pièce vient à son heure; son succès est symbolique.
-L’idée de l’émancipation gagnerait, dit-on, jusqu’aux poupées de la vie
-contemporaine qui ne savent que marcher, s’asseoir ou se coucher. On
-commence à en voir dans les Congrès. Elles opinent et font des gestes.
-Si on leur appuie sur le cœur, elles bégaient déjà: «pa» et «man».
-Il paraît que ça veut dire «parlement», et que cela cache de grandes
-ambitions.
-
-
-=6 Novembre.=--Jadis, les grands de ce monde faisaient de
-l’histoire. Aujourd’hui ils font du roman. C’est moins morose. Les
-salons suivent au jour le jour ce feuilleton qui a pour titre:
-«L’Enlèvement d’une princesse ou le triomphe de l’Art.»
-
-Don Carlos avait appelé près de lui, pour décorer son château, le
-peintre Folchi. La fille du prétendant vit l’artiste et s’en énamoura,
-encore qu’il fût marié. Ayant eu vent de l’idylle, Don Carlos congédia
-Don Juan et surveilla la demoiselle. «Mais il n’est verrou ni grille
-qui soient sûrs garants de la vertu des filles». Et Dona Elvira, comme
-une héroïne de Beaumarchais, s’est enfuie.
-
-[Illustration]
-
-Le père a fait connaître cet événement à ses fidèles:
-
- Aux Carlistes,
-
- Vous êtes ma famille, mes enfants bien-aimés. Je me crois donc le
- devoir de vous annoncer qu’un autre de mes enfants, celle qui fut
- Dona Elvira, est morte pour nous tous.
-
- Dieu veuille, dans sa miséricorde infinie, avoir pitié de cette
- âme malheureuse!
-
- Deux consolations me soutiennent dans ce coup terrible qui brise
- mon cœur: la grâce d’état que j’implore avec la même ferveur
- que toujours, et la foi que j’ai dans vos prières et dans votre
- affection, qui me compense de tout.
-
-Un père du commun à qui de telles épreuves sont réservées se lamente en
-secret: un prétendant ne saurait faire savoir son chagrin que par voie
-de proclamation. Don Carlos, révolté contre les prétentions de l’amour
-à régner sur les cœurs, a cru devoir, une fois de plus, revendiquer ses
-droits.
-
-Et il a rédigé un appel aux larmes.
-
-
-[Illustration]
-
-=15 Novembre.=--A l’ombre distinguée des arbres du Luxembourg,
-Watteau partage la gloire des poètes. Son buste domine un banc de style
-rocaille, où quelque belle fille qu’il rencontra à Trianon lui est
-venue faire hommage des fleurs du souvenir.
-
-Si toutes celles qui s’embarquent à Cythère lui apportaient des fleurs,
-si toutes celles dont les fêtes galantes dénouent les ceintures lui
-donnaient un souvenir, le charmant reposoir que serait son monument--en
-toute saison paré, puisque l’amour est de toutes!
-
-Peut-être aussi, parfois, au cortège des rieuses et des énamourées,
-viendraient-elles se joindre celles qui, du pimpant rivage, sont
-revenues ne rapportant que des blessures et des regrets. Grondeuses, au
-gentil imagier, elles feraient des reproches, comme à un guide qui les
-égara. Mais lui, n’en aurait cure. S’il parlait, ce serait pour dire:
-
---Je n’ai point prétendu qu’était fortunée la rive où abordait la
-nacelle emportant vers Cythère les couples extasiés. J’ai répandu, au
-contraire, sur les traits des passagers une grâce souriante et triste.
-L’espoir s’y allie à la crainte. J’ai prévu les déceptions, les gros
-temps et les naufrages. Les tons de ma palette chantent plus clair que
-mes sujets, c’est ce qui vous abuse. Mais je savais, pour être son
-peintre, les tristesses de l’Amour. Et c’est pourquoi, jeune fille,
-j’ai cette bouche amère et ces yeux voilés de tant de mélancolie...»
-
-
-=22 Novembre.=--Le féminisme à l’Hôtel Drouot. On vend une
-lettre de sainte Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation, et
-grand’mère de Mme de Sévigné. Elle conseille à sa fille la soumission:
-
-[Illustration]
-
- «Les femmes ce doivent tenir pour des esclaves puisqu’elles sont
- sujettes aux hommes... mais il faut rendre cette soumission pour
- l’amour de Dieu qui l’a imposée, et me croiés en cecy, ma très
- chère bien-aimée: ne vous roidisés jamais contre les volontés de
- votre mari.»
-
-Mme Schmahl a fait, sur le féminisme, une conférence chez la duchesse
-d’Uzès. Elle a soutenu, devant les dames de l’aristocratie, la
-nécessité de se roidir contre leurs maris, et de ne plus se tenir pour
-sujettes. Il y avait là les descendantes de sainte Chantal--et la
-marquise de Sévigné en la personne de la maîtresse de céans.
-
-
-=27 Novembre.=--Les femmes qui ont le goût de la peinture pourront
-apprendre à peindre. On n’a mis que cent ans à s’apercevoir que Mme
-Rosa Bonheur devait jouir des mêmes avantages que M. Carl Rosa. L’École
-des Beaux-Arts n’ignore plus un sexe sur deux. Elle ne demandera plus à
-qui se présentera aux fins d’étude s’il est homme ou femme, mais s’il
-est artiste,--par bonne fortune le mot étant des deux genres.
-
-[Illustration]
-
-La femme insinue que son ingénuité artistique a pour cause
-l’insuffisance de ses études--non de ses moyens. Elle recevra désormais
-le même enseignement que l’homme. Si le niveau de sa conception ne se
-hausse point, elle ne s’en prendra qu’à elle-même. Elle le sait. Elle
-est déjà, à cette heure, courbée sous la discipline de l’École, docile
-aux avis, esclave encore; passive à tout le moins. Les indépendants
-ne la félicitent pas de cette victoire,--l’une des plus éclatantes
-de l’année pourtant. Ils ont pour proverbe, et de quelque sexe qu’il
-s’agisse, que «Quai Malaquais ne profite jamais».
-
-
-[Illustration]
-
-=28 Novembre.=--Tout est aux panaches. Une élégante avec ses
-plumes rappelle les commissaires aux armées sous le Directoire. La
-coiffure actuelle est une façon de centenaire. Ce n’est pas que ce
-soit laid--nulle mode n’est laide en vertu simplement de ce qu’elle
-est la mode--mais c’est impertinent. Les spectateurs au théâtre ont
-crié contre ces écrans majestueux. Voir à travers les légumes de ces
-potagers, ou la flore luxuriante de ces terrasses de Sémiramis, est un
-espoir chimérique. Se lever: la dame derrière crierait: «Asseyez-vous,
-Monsieur, vous m’empêchez de voir». L’Opéra-Comique et la Comédie n’ont
-admis au parterre que les femmes sans chapeau: les autres théâtres
-n’ont pas osé porter une main aussi audacieuse sur cette arche sainte,
-dont la modiste en 1896 a fait un trois mâts.
-
-Le sans gêne de la femme qui puise son impunité dans la courtoisie de
-l’homme a triomphé de la logique. Un moyen s’offrait pourtant d’obtenir
-que toutes les femmes vinssent au théâtre en cheveux: c’était de
-n’autoriser que les chauves à garder leurs chapeaux.
-
-
-=30 Novembre.=--Les femmes iront-elles aux colonies? n’iront-elles
-pas? M. Chailley-Bert les y veut envoyer. La colonie manque de bras--de
-jolis bras--qui soient un refuge pour les colons.
-
-Ils s’agitent, troublés, sur des couches solitaires que ne visite
-que l’importun moustique. Les siestes sont sans attrait sur des
-oreillers que les cheveux de l’aimée ne parfument pas. On fait donc une
-propagande pour décider les Françaises à joindre ces Français que le
-célibat exaspère.
-
-Les avocates du féminisme sont outrées. Elles voient dans ce
-recrutement une variante de la traite des blanches. «La charrette qui
-les conduira au navire, nous la connaissons, disent-elles, elle a déjà
-servi à Manon Lescaut.»
-
-
-[Illustration]
-
-=9 Décembre.=--Cette idée est venue aux poètes de consacrer tout
-un jour à celle qui leur fut si hospitalière en sa maison. L’heure est
-bien choisie de l’apothéose, alors que la tragédienne, atteignant au
-sommet de son art, refait une âme neuve à la sœur de Manon et fixe le
-geste inquiétant et pervers de Lorenzaccio.
-
-L’élan a été irrésistible qui porta vers l’artiste nos dévotions. Elle
-était une fois de plus, et plus peut-être encore qu’aucune autre fois,
-en cette traduction, l’Interprète idéale, sans trahison ni défaillance,
-et juste à hauteur de l’art qui crée.
-
-Par quel prestige cette femme sait-elle dompter la fatigue de l’effort
-quotidien? Par le moyen de quel philtre puise-t-elle dans un labeur
-ininterrompu et vagabond sa vigueur égale et souriante, et comme
-inlassée? Cette halte, ce soir, toute fleurie d’hommages, n’est pas
-le «Tircis, il faut songer à la retraite» des classiques et doucereux
-avis; ce n’est pas l’embaumement dans les parfums: c’est l’expression
-d’une gratitude qui renonce à attendre le toast des adieux, car la
-grappe de sitôt n’en sera pas vendangée.
-
-En la voyant, après cette agape sur la scène, passionnée en Phèdre ou
-rugissante en Posthumia, qui pense à l’automne? Nous sommes en plein
-été; c’est l’Août ardent, le talent mûr. Cette fête, pour laquelle les
-lyres s’accordent, ô Sarah! n’est que celle de votre moisson.
-
-
-[Illustration]
-
-=12 Décembre.=--Anglaise de grande famille, doctoresse estimée,
-mistress Mac Laren est à Paris. Elle y est en mission. C’est une
-honorable dame d’une silhouette inoubliable. Un chapeau, que ne
-désavouerait pas l’armée du Salut, emprisonne sous sa lucarne, ses
-cheveux blancs. Des lunettes d’or cachent ses yeux qui sont francs et
-profonds. Mistress Mac Laren remplit un apostolat. Chaste et pieuse
-jusqu’au renoncement, elle prêche la licence de la prostitution. Elle
-a horreur du vice et fait croisade pour qu’on ne le réglemente plus.
-Elle dénonce la police des mœurs, l’inscription infamante, le régime de
-Saint-Lazare.
-
-Elle tient la patente que l’État donne aux filles pour illusoire.
-Le docteur Laborde l’approuve. Elle va voir, l’un après l’autre les
-évêques, et leur demande s’il est convenable qu’il y ait des maisons de
-tolérance. Les prélats déclarent en ignorer le besoin. L’Académie de
-médecine sera appelée à trancher le débat, comme qualifiée pour juger
-la question au point de vue de l’hygiène.
-
-Mistress Agnès Mac Laren rencontre des esprits en France qui
-l’encouragent. Ceux-là sont persuadés que l’État, qui a des pénalités
-et des complaisances pour les ribaudes, fait figure ridicule, et qu’il
-serait temps qu’il cessât, en ces coucheries d’amour payé, de nous
-apparaître tenant la férule d’une main et la chandelle de l’autre.
-
-
-=30 Décembre.=--Eusapia est dans nos murs. Elle y est en grand
-mystère: les élus ne sont pas nombreux qui l’y verront.
-
-Eusapia Paladino est une Italienne douée de facultés stupéfiantes.
-Sa présence communique aux choses matérielles une sorte de vie
-incohérente, et peuple le vide de fantômes. Elle ouvre les portes sans
-toucher les serrures, transporte les tables sans contact, remue des
-chaises, agite des rideaux. Elle est là, silencieuse, observée, les
-mains et les pieds emprisonnés; cependant, autour d’elle, c’est comme
-si ses mains faisaient mille besognes singulières et superflues. Elle
-se dit présente pour un esprit familier, qui agit pour elle, sortant de
-sa substance vitale; il se nomme John King. Ce John King, invisible,
-laisse de son passage des traces visibles, comme, dans du plâtre frais,
-l’empreinte de sa figure, qui est celle d’un cocher anglais.
-
-Avec Eusapia, Lombroso et de Rochas--cet admirable de Rochas, vaillant
-et sûr guide--ont renouvelé les expériences de Crookes sur la
-matérialisation. Ils ont regardé, ont témoigné et n’ont point conclu,
-étant gens avisés et sages.
-
-Sully-Prudhomme a assisté à une séance d’Eusapia à Auteuil. Sa chaise a
-été remuée, il a reçu des gifles, on lui a tiré la barbe. Il atteste
-n’avoir pas été le jouet d’hallucinations. Mais il ne veut donner
-aucun nom, aucune qualification d’ordre mystique ou même scientifique
-aux phénomènes qu’il a pu contrôler. Toute hypothèse de sa part lui
-semblerait hasardeuse. Au reste, de l’étrange il a rapporté un effroi
-qui l’en éloigne à jamais.
-
-
-=7 Janvier.=--Un laboureur de Milo heurta du soc de sa charrue un
-corps résistant. Il se pencha et aperçut un marbre que caressait la
-blonde lumière du matin. Ces contours, harmonieusement taillés, étaient
-d’une femme. Il la tira de l’argile et la traîna dans sa grange où
-M. Louis Brest, qui passait, la vit, et subjugué, donna à la France
-l’éveil. Quelques fervents de la beauté antique se concertèrent pour un
-enlèvement. M. Louis Brest est mort.
-
-[Illustration]
-
-La querelle s’est rouverte à cette occasion funèbre. L’immortelle
-avait-elle des bras au sortir de sa nuit? Comment étaient-ils placés?
-Quels gestes faisaient-ils? M. Ravaisson, orthopédiste tenace,
-d’accourir un jour avec des bras fabriqués à l’usage des déesses
-manchotes. L’honorable savant alla plus loin. Il découvrit un Achille
-Borghèse qui ne serait qu’un certain Mars à qui la Vénus demandait de
-goûter les joies pacifiques des voluptueuses étreintes. Grâce à un
-double moulage, il a rapproché dans une ombre entremetteuse les amants,
-depuis des siècles séparés. Sa gravité sereine présidait à ce collage
-d’inclination.
-
-On prétend qu’une maison américaine a refusé de recevoir une
-reproduction de la Vénus de Milo, la Vénus n’ayant pas de bras. Le
-chaste M. Ravaisson montre plus d’exigence. Les bras ne lui suffisent
-point: il y veut un homme dedans.
-
-
-=19 Janvier.=--Une princesse apparentée à la famille régnante de
-Belgique a été enlevée par un tzigane. Roturière américaine, riche à
-millions, de son or redorant le blason d’un Chimay, elle est entrée,
-par la chambre nuptiale, dans la société la plus aristocratique. La
-sensualité de son charme et l’audace de ses goûts lui firent y trouver
-plus d’envieux que de censeurs. Libre en ses instincts, comme la cavale
-sauvage des prairies paternelles, toute au jeu de ses luxures, elle
-chercha, instrument banal, un archet vainqueur. Ce fut un joueur de
-violon, d’un bronze vigoureux et fruste, aperçu dans la salle publique
-d’un café où soupait la galanterie. Le tzigane quêtait: elle se donna.
-
-[Illustration]
-
-Le prince a su l’aventure. Il n’a point fait d’esclandre, étant un
-homme bien élevé.
-
-Offensé, il avait le choix des armes: il constitua ses témoins:
-l’avocat et le notaire et, résolument, s’adressant aux tribunaux, il
-demanda réparation. Point de violence ni d’humeur déplacée. La faute en
-fut à sa première hâte, il avait épousé trop tôt. Un Chimay qui veut
-se garder de graves mécomptes attend, avant de lui donner son nom, que
-Mme Tallien ait quitté son costume d’hétaïre et qu’ait sonné pour ses
-ardeurs de thermidor l’heure du berger... ou du tzigane.
-
-
-=28 Janvier.=--Une société de femmes connaissant l’hébreu
-s’agite. Mme Elisabeth lady Souton la mène. Il s’agit d’interpréter
-la Bible, en ce qui touche les textes sur la femme. Les hébraïsantes
-démontreront que nous avons mal lu la Genèse. Ève n’est point la grande
-coupable, que l’homme se plaît à dire. Le serpent, pour l’induire
-en désobéissance, n’offrit pas à notre première mère des boucles
-d’oreilles,--comme à une vulgaire cocotte,--mais la connaissance du
-bien et du mal. L’esprit sérieux d’Ève eût repoussé le bijou: elle fut
-séduite par l’attrait de la science. Quand le moment de s’expliquer
-arriva, Adam tout benêt se cachait derrière elle, pleurnichant. Il
-était piteux.
-
-En présence de cette attitude, Mme Elisabeth lady Souton a décidé ses
-compagnes à traiter Adam, dans la Bible remaniée par les femmes, de
-«grand poltron».
-
-
-[Illustration]
-
-=2 Février.=--La querelle des chapeaux féminins continue.
-Marseille prend des arrêtés contre les coiffures gigantesques.
-L’Amérique édicte des pénalités. Chacun propose son remède. Londres
-voudrait qu’on séparât les sexes; les femmes ne gêneraient plus que
-les femmes. L’Allemagne rappelle un précédent qui date des chapeaux
-cabriolets. On affichait dans les couloirs cet avis:
-
-«Les femmes aimables, jolies et prévenantes sont priées d’enlever leur
-chapeau. Les autres peuvent le garder.»
-
-
-[Illustration]
-
-=10 Février.=--Une nouvelle qui court Paris, vers minuit, est
-entrée en coup de vent chez Maxim’s. C’est Renée de Presles qui a
-crié: «La glace brûle». Elle voulait dire: «Le feu est au Palais de
-Glace». Feu de paille que l’exagération boulevardière a transformée
-en catastrophe. Cette note sinistre change le cours morose du
-train-train noctambulesque des soupeuses. Elle est imprévue et promet
-de l’émotion. Ces dames s’ajustent en hâte, sautent dans des coupés.
-Elles sont avides de jouir du spectacle des flammes consumant l’un
-des décors dans lesquels se joue leur vie conventionnelle. Elles
-pressent le cocher d’arriver à temps et ne cherchent pas leurs phrases:
-«Grouille-toi!» Étoffées de clair, soulevant les jupes, les chevilles
-haut troussées, elles écartent les mollets pour enjamber les tuyaux des
-pompes. Elles sont gaies, bruyantes, amusées, tandis que Poilpot, qui a
-son atelier au-dessus et ses superbes collections, se promène fiévreux.
-Mais pour elles qui ne risquent que leurs patins, c’est très drôle.--Le
-feu est là où elles ont ri, potiné, patiné, bu, lancé des modes,
-relancé des hommes. C’est comme s’il était chez elles. «Tiens, de là,
-baron: tu verras mieux.» Cet incendie est leur chose. Elles en font les
-honneurs.
-
-
-[Illustration]
-
-=19 Février.=--La loi de l’homme: un homme vient d’en dire toute
-la scélératesse aux gens comme il faut, en plein Théâtre-Français.
-C’est M. Paul Hervieu. En trois actes rapides et fulgurants, il a
-montré comment l’homme a machiné à son usage la loi, en sorte que son
-esclave, s’il la trompe dans un domicile déterminé, n’a pas même un
-commissaire à son service pour contrôler la trahison. Et s’il permet
-que sa fille épouse le fils de sa maîtresse, la fille n’a qu’une
-sommation à faire à sa maman. Elle en ferait trois à son papa.
-
-La femme veut recevoir de ses enfants, s’ils se marient contre son gré,
-autant de sommations que son mari, et envoyer le commissaire de police
-en expédition où bon lui semblera. Moyennant quoi, il est certain que
-l’égalité sera entre les sexes. La paix n’y sera pas davantage, ni le
-bonheur. Mais ce n’est pas à les chercher que la fierté de la femme
-s’applique. Son cri de révolte est d’abord un cri d’orgueil.
-
-
-=24 Février.=--Je fus un jour voir Sarah Bernhardt, qu’on dit
-admirable dans _Lorenzaccio_. Des femmes élégantes étaient assises aux
-fauteuils d’orchestre. Je ne sais rien de l’adaptation de l’œuvre de
-Musset; mais je tiens pour accomplie la modiste dont j’eus devant mes
-yeux toute la soirée le chef-d’œuvre: une pièce à grand spectacle, avec
-cinq étages, et plusieurs tableaux.
-
-
-=26 Février.=--La Falcon! Sa mort vient de nous apprendre qu’elle
-vivait toujours, ou mieux qu’elle se survivait. Au vrai, la Falcon
-n’était plus. Elle nous avait quittés il y a quelque soixante ans. Elle
-restait une très digne personne, maternelle et pieuse, qui s’appelait
-Mme Malanson.
-
-En sa retraite silencieuse, on eût en vain cherché la trace de
-ses succès d’antan, l’or des couronnes, les portraits gravés
-d’enthousiasme par les burins subjugués. Elle avait écarté ces reliques
-d’une autre femme. Ses doigts ne s’attardaient plus qu’aux pages des
-missels.
-
-[Illustration]
-
-Elle avait été Alice, Circé, Valentine, Rachel. Un organe merveilleux
-que servait une intelligence parfaite. Un soir, dans son gosier, sa
-voix s’étrangle. Elle chancelle, tombe; on la relève le visage inondé
-de pleurs, devant une salle debout et silencieuse, comme en présence
-d’une agonie.
-
-Que s’était-il passé? Elle avait aimé. La caresse d’amour avait, en son
-sang, porté le trouble dont le cristal de son timbre fut brisé. L’ami,
-qui devint l’époux, lui fit dans la solitude le renoncement heureux.
-«Ma gloire, mes triomphes, disait-elle, n’ont pas laissé en ma vie
-plus de traces que le chant d’un oiseau dans les bois.» Telle était sa
-résignation. On l’a crue feinte; le masque de sa sagesse imposant à des
-regrets stériles. C’est possible.
-
-... On dit que parfois, pour de rares intimes, la Falcon se rappelait
-et, que la lointaine Valentine apparaissait dans le fantôme d’une voix.
-
-
-=27 Février.=--Au temps de ses amours de sous-lieutenant, quand la
-France se flattait d’avoir le cœur que possédait Marguerite, Georges
-cachait son bonheur chez la Belle Meunière. Elle tenait auberge, et les
-amoureux y passaient, délicieuses, les heures de solitude et d’abandon.
-Quand Elle fut morte et qu’Il se fut tué sur sa tombe à Ixelles, la
-Belle Meunière fit un livre de ses souvenirs. Paris le lut. La madrée
-paysanne, supposant qu’on en voulait connaître l’auteur, s’en vint dans
-la grand’ville. Elle resta en sabots, conserva sa coiffe dorée et son
-fichu de villageoise. En cet accoutrement pittoresque, elle ouvrit, à
-proximité des boulevards, le cabaret de la «Belle-Meunière».
-
-C’est une maîtresse femme qui sait son monde, l’auberge a été tout de
-suite achalandée. La chère y est rustique et fine, la boisson franche,
-la patronne discrète aux amants. On trouve à ses tables les fruits
-de la saison et la boisson d’Aï qui mousse: pêches à quinze louis et
-pichets sérieux.
-
-
-[Illustration]
-
-=28 Février.=--Le mardi-gras a inauguré le char des filles-fleurs.
-La première fois ce fut une corbeille de roses vivantes. Cette seconde
-fois ce furent des chrysanthèmes. Ces chrysanthèmes au signal d’un
-gong s’entr’ouvraient et les femmes apparaissaient brunes et autant que
-possible japonaises--c’est-à-dire des Batignolles.
-
-Elles sont restées trois jours assez fraîches. Après quoi elles sont
-retournées aux marchés aux fleurs des rues et des boulevards d’où
-elles venaient... «Fleurissez-vous, Messieurs!» disaient-elles. Et les
-messieurs de se fleurir.
-
-«Tu sens bon, Rose!»--«Moi, je suis sans parfum, mais vois comme je
-suis faite.»--«Le charmant bouton».
-
-Et le monsieur s’en allait avec sa rose ou son chrysanthème--fleurs de
-Paris si vite fanées.
-
-
-=2 Mars.=--Ce carnaval, le costume de clowns fait fureur parmi les
-femmes. Il leur donne un air de _j’m’en footit_ qui les enchante. Il
-délivre la cheville, et dans l’ampleur de ses plis, laisse soupçonner
-la souplesse du corps.
-
-[Illustration]
-
-Les bras ont licence d’être nus, échappés d’un corsage où les seins
-sont comme des prévenus en liberté provisoire. La tête surgit sur la
-collerette, espiègle sous la perruque de filasse au triple toupet.
-
-La jolie Suzanne Derval, sûre de ses lignes, a voulu à _Parisiana_
-s’attarder dans le maillot collant de l’acrobate. Elle pouvait, si
-parfaite, persuader ses sœurs, mais la vogue est restée fidèle aux
-clownesses.
-
-Costume oblige. Ainsi vêtues, d’aucunes s’essayent en de vagues
-acrobaties dont il convient de ne les louer haut qu’en se gardant de
-méprises: «Quelle adresse», dit en regardant l’une d’elles, un amateur
-ravi. Et l’enfant de répondre aussitôt, plus habituée à la question
-qu’au compliment: «Rue Notre-Dame-de-Lorette, mon chéri».
-
-
-[Illustration]
-
-=4 Mars.=--Le charmant oiseau exotique qui fut une idéale
-Lackmé, un soir, pour avoir mal dosé son cocktail, entra en scène, à
-l’Opéra-Comique, émue. Les spectateurs, offensés dans leur dignité, le
-prirent mal. La jeunesse des écoles qui, on le sait, ne boit pas, prit
-la peine de descendre la conspuer. Qu’il était beau dans cette attitude
-le lion du quartier Latin! Elle s’en alla au loin, célèbre: «Ah!
-oui, disait l’Amérique, cette jeune fille qui chante». Et la France,
-généreuse et spirituelle: «Je sais, oui, cette jeune fille qui siffle.»
-
-Van Zandt est revenue. Elle est apparue devant ce terrible public qui
-l’outragea, émue, sans cocktail. La voix était toujours aussi pure. Et
-la fauvette fit oublier la grive.
-
-
-[Illustration]
-
-=6 Mars.=--Le _Rire_ a voulu rire. Il a bien ri. Il s’est proposé
-de faire la preuve qu’un bal masqué se définit: «Un bal où il n’y a pas
-de masque». Pour champ d’expérience, il a choisi le cadre merveilleux
-de l’Opéra. Il a annoncé qu’il ferait des présents superbes aux masques
-originaux que son jury désignerait. Il espérait le burlesque et
-l’imprévu, ou de jolies frimousses devinées sous le satin du loup.
-
-Roulement de tambour. La farandole. C’est un défilé las et contraint,
-d’oripeaux archi-connus et archi-usés--la défroque de la Courtille, le
-décrochez-moi ça de Milord l’Arsouille.
-
-Des masques inventifs, pimpants, bariolés et fantasques, des masques
-gais et fous, drôles, des masques: point. Des chienlits à peine. Ohé,
-ohé les autres?
-
-Les autres ne sont plus là.
-
-
-[Illustration]
-
-=Mars.=--Une secte féminine s’est fondée, elle s’intitule
-«néosophique». Son école est rues Victor-Cousin et Cujas, Mme Cécile
-Renooz est à sa tête.
-
-Cette science de la sagesse nouvelle est basée sur la connaissance
-de ce fait: que le duel d’amour est inégal. L’homme seul y verse le
-plus pur de son sang: le sang de son cerveau. D’où l’épuisement de ses
-facultés supérieures au bénéfice d’une basse morale dont la femme est
-victime.
-
-Les néosophes proclament la nécessité de revenir à l’antique loi
-sacrée qui ne permettait aux sexes de se confondre qu’une fois l’an.
-Toutefois, comme nous avons pris de mauvaises habitudes, on accorderait
-quelques dispenses pour commencer.
-
-
-=19 Mars.=--Après l’apothéose de la femme qui interprète,
-l’apothéose de la femme qui pense, après Sarah Bernhardt, Clémence
-Royer; au même lieu où les lettres et les arts chantèrent l’hosannah
-de la tragédienne, une fête est donnée à la traductrice de Darwin,
-à celle qui a écrit _le Bien et la Loi morale_, _l’Inconnaissable_,
-_l’Évolution mentale dans la série organique_. C’est la même table, les
-mêmes lumières, les mêmes fleurs. Ce ne sont pas les mêmes convives.
-Autour de l’acclamée, voici des hommes graves: M. Levasseur qui
-préside, les docteurs Manouvrier, Laborde, Letourneau; des doctoresses,
-des étudiants, des hommes politiques. Des femmes et encore des femmes,
-de celles qui ont dans le mouvement une place, un rôle, une ambition.
-Elles démentent ce que les malveillants disent de la grâce qui fuira
-devant l’émancipation. Elles sont la plupart jolies, joliment habillées
-et dans la nudité d’apparat qui leur sied si bien aux fracas de
-lustres. Et la douce lettrée Mlle de Sainte-Croix est radieuse: car
-cette fête fut son projet.
-
-L’héroïne est, plus qu’aucune, détachée des frivolités de la mode. Son
-âge lui permet l’austérité de la robe noire montante--son goût le lui
-eût imposé. Sa figure apparaît menue, ronde, travaillée du burin de
-la pensée; les traits sont mobiles, la bouche nerveuse jusqu’en son
-mutisme, l’œil vif, enquêteur, d’une lumière profonde. La prunelle est
-comme l’eau noire d’un lac reflétant l’infini du ciel.
-
-Au champagne, l’économie politique lui fait des madrigaux,
-l’anthropologie lui rappelle des batailles, le mysticisme la courtise,
-le féminisme lui demande des références. Elle se lève la dernière,
-parle d’une voix musicale et claire, s’étonne, amère et réjouie. «Je me
-croyais si oubliée... Qu’ai-je fait pour que cette génération pense à
-moi?» Mais, au fond, fière de sa tâche, elle dit avec le grand tragique:
-
- Je sais ce que je vaux et crois ce qu’on m’en dit.
-
-Elle a pesé son œuvre et ne l’a point trouvée légère. Elle a
-jonglé avec les astres; elle a remué les mondes, et aux feux des
-étoiles allumé le flambeau qu’elle porta dans le temple des anciens
-dieux--comme une torche. Montée haut, elle voit loin--si loin que nos
-yeux ne la peuvent suivre, au delà de cette limite où notre impuissance
-avait planté le décor des paradis et des légendes.
-
-Les lampes éteintes, les bravos s’étant tus, l’admiration officielle
-ayant pris congé, la savante proclamée la plus savante entre les femmes
-des temps modernes, s’en est allée par la route qui mène à l’asile où
-la reconnaissance nationale lui a, par insigne faveur, accordé un lit.
-
-
-[Illustration]
-
-=Mars.=--Un peintre connu avait pris modèle. Le modèle l’avait
-pris. Il en était résulté de ces services réciproques que se rendent
-les deux sexes. La familiarité des séances y invitait. Il posait pour
-elle qui posait pour lui. «Suis-je de ton goût?»
-
-Un modèle incline à ne point montrer d’excès dans la pudeur: son
-costume le lui interdit. A cette question elle répondit: «C’est-à-dire
-que tu me rends folle». Le tête-à-tête se prolongeait au delà des
-quatre heures. Elle s’oubliait à rester. Le matin, Diane, dans
-l’atelier devenu sa chambre conjugale, mettait au café au lait son
-croissant d’un sou. Conséquence importune, l’artiste croyait faire
-une muse: il fit un enfant. S’inspirer de Chaplain et tomber dans
-Lobrichon, c’était triste. Il renia son œuvre. Il ne la signerait pas.
-
-On n’a pas couru tous les ateliers pour ignorer la pratique de la
-gravure à l’eau-forte. Le modèle essaya son procédé sur le visage de
-son amant, et fut pour ses débuts d’une gaucherie heureuse. Menée
-devant les tribunaux, elle fit plaider l’innocent, le bébé qui suça son
-pouce, et amusa les juges et messieurs les jurés. Ces petits, quels
-avocats! Le peintre était témoin comme victime: «Vous deviez élever
-votre enfant», lui dit le président sévère. «Moi-même?» interrogea-t-il
-naïf. «Vous-même», répondit le magistrat.
-
-L’ahurissement de l’artiste a fait son tour de presse. Cet homme
-heureusement connaissait la loi. Il n’avait pas encore vu que sur ce
-chapitre elle s’accordât avec la conscience.
-
-Mais la femme tout doucement s’arme--ou plutôt elle désarme le préjugé
-armé contre elle. La recherche de la paternité est interdite,--mais non
-du père.
-
-
-=14 Mars.=--Le pastel--cette poussière tombée des ailes des
-papillons--a été mis aux doigts de l’artiste amoureux de la femme. Il
-fixe, par la magie de ces couleurs qu’un souffle emporterait, le charme
-fugitif d’un visage. Il capte, dans un nuage polychrome, l’or vaporeux
-des toisons, le carmin du sourire, le marbre veiné d’azur des gorges où
-la jeunesse palpite. Les mondaines le savent qui inaugurent à grands
-tourbillons de toilette le vernissage--le «fixage» des pastellistes.
-
-Les originaux sont là, qui ne renient point la paternité des
-compositions qu’un Besnard signa. On se montre, indiquées d’un regard
-d’intelligence, les belles madames de Machard ou de Calot.
-
-Et de ce dernier maître, cette jeune femme surtout, en sa robe blanche
-et or, d’une élégance élancée, la hanche crâne, parisienne très
-finement, l’œil sombre et doux noyé dans l’enveloppement d’une caresse
-sous la nuit opulente des cheveux--et si vraiment superbe dans tout
-l’éclat de vivre.
-
-[Illustration]
-
-
-=15 Mars.=--M. Pierre Denis met le boulangisme à la scène et ne
-s’y oublie pas. Il y joue un rôle ample et candide.--Où donc?--Voyez
-sous ces cheveux, là-bas. Il est l’Éminence grise d’un règne qui n’eut
-pas de Richelieu. Le général est peint, en ces tableaux d’Épinal, d’une
-main émue. «L’amie» apparaît touchante.
-
-Mais le caractère de la femme qui fut si fatale au boulangisme n’est
-pas présenté sous le jour que l’histoire adoptera. M. Pierre Denis a
-fait voir une amante passive, partageant l’exil de l’aimé. Au vrai,
-elle fut sa décision. «Toute ambition, a dit le poète, meurt aux
-bras d’une femme.» Il en fut ainsi pour ce sous-officier heureux
-qu’enorgueillissait la caresse parfumée d’une patricienne. Elle le
-voulait à elle, jalouse de la Gloire, effrayée du Sacrifice. Il lui
-obéit.
-
-Et du mal qui emportait l’amante, l’espérance boulangiste--comme un
-œillet coupé--flétrie, expira.
-
-
-=3 Avril.=--Un médecin nommé Cornu publie une thèse qui fait
-scandale. Il dénonce des excès de l’ovariotomie. Après qu’Ève et Adam
-eurent sombré pour une pomme, l’Éternel courroucé leur fit connaître
-leur destinée terrestre; la femme enfanterait dans la douleur. En
-vue de cette fin, l’extraordinaire ouvrier avait mis en son sein des
-organes d’une délicatesse infinie. Ses fonctions duraient depuis
-6000 ans, lorsque les chirurgiens découvrirent les anesthésiques et
-l’antisepsie. Ils ouvrirent impunément les flancs d’Ève pendant son
-sommeil, et déclarèrent qu’elle était affligée de quelques rouages
-superflus. C’était la cause de tous ses maux. Ils les lui retirèrent.
-Elle se réveilla recousue et obligée à subir ces surprises que la
-volupté traîne après soi.
-
-[Illustration]
-
-L’habitude en vint de se faire ôter, à la première migraine, des
-organes dont on ne se sentait pas un besoin urgent. Ce fut bientôt une
-mode. Les ovaires furent très mal portés. On les laissa aux bourgeoises
-pot-au-feu et aux femmes du commun. Encore l’actif bistouri dans les
-hôpitaux plongeait-il jusque les entrailles du peuple, l’ovariotomie
-étant devenue une façon de sport. Le docteur Cornu a fait une enquête
-auprès des malades. Il a découvert que la plupart se montraient
-épuisées, apathiques, passives, sans appétit vers ces gourmandises dont
-elles n’avaient pourtant plus à craindre les indigestions.
-
-
-[Illustration]
-
-=5 Avril.=--L’Opéra à l’heure déserte. A travers la forêt des
-madriers géants, des herses et des câbles, dans l’ombre sans franchise,
-voici enfin, gagné à pas timides, le foyer de la danse aux dorures
-assoupies. Elles sont là trois femmes, les trois fées de ce paysage
-chimérique, vu à l’envers dans sa brutalité de décor. Elles se meuvent
-avec la souplesse exacte des rythmes, Mlle Théodore, le professeur,
-règle, ferme et douce, le charmant marivaudage du couple, qui, sous
-ses yeux, s’ébat. Il s’agit d’une fleur qu’on refuse et qu’on voudrait
-donner et dont ne veut plus qui voulait qu’on la lui donnât. Car
-l’amour, vous le savez, n’est que caprice et dépit. La fleur est aux
-doigts précieux de cette Blanche Mante, dont les traits délicats et
-fins, dans le cadre d’ambre des cheveux bouclés fait penser à quelque
-Lavallière esquissée par Mignard. Ce jaloux qui la lutine est, en sa
-sveltesse si souple, en sa grâce élancée et fière, et la bouche fleurie
-d’un sourire: Henriette Robin,--étoile depuis hier, brillante des feux
-trop fugitifs de l’Or de _Messidor_ que sa beauté brune incarna.
-
-
-[Illustration]
-
-=7 Avril.=--On vend Liane de Pougy. «Messieurs, voyez l’article.
-C’est comme neuf. A combien dit-on. Il y a marchand à combien? Cinq
-louis pour commencer. On dit, six... sept... dix. A dix louis,
-Messieurs, nous sommes... Ce n’est pas pour moi. Quinze louis c’est
-à droite. Ça vaut mieux que ça... Allons, pressons, Messieurs,
-pressons... j’adjuge.»
-
-Il s’agit du lit... Et Mme de Pougy n’est pas dedans.
-
-
-=9 Avril.=--Il y a une maison hantée à Yzeures. Au Dr Gilles de la
-Tourette, maître ès sciences de maladies nerveuses, j’avoue y partir.
-Il me prend en pitié.
-
---Les maisons hantées, me dit-il, ce sont des jeunes filles hystériques
-qui frappent dans les murs quand vous ne les regardez pas.
-
---Vous en êtes certain?
-
---L’une d’elles m’a tout avoué.
-
-Puis il s’échappe, haussant les épaules, en traitant avec un mépris de
-savant très orthodoxe ce qu’il tient pour des élucubrations dont il
-n’est pour s’occuper que des badauds de mon espèce.
-
-
-=14 Avril.=--Hier, aux Folies-Bergère, Mme Clara Ward devait faire
-des poses,--trois ou trente-deux, peu importe. Elle ne serait jamais
-qu’une femme en maillot, comme le sont, dans les tableaux vivants,
-Duvernoy et Degaby. Mais
-
- Tout Paris pour Chimay a les yeux de Rigo.
-
-Et à cette annonce les fauteuils d’orchestre ont valu des prix
-extravagants. Triomphe de la beauté? Point. Du scandale. On voulait
-voir, non la nudité de la femme, mais d’une certaine femme, publique
-par ses gestes et princesse authentique.
-
-[Illustration]
-
-Le préfet de police la fit venir. Il lui parla. Elle a compris, et il
-lui survint aussitôt une indisposition toute diplomatique. Elle s’est
-mise au lit et à la tisane. De la tisane à la fleur d’oranger. C’était
-l’engagement rompu.
-
-L’hypocrisie mène grand train autour de cette aventure. Elle y voit une
-revanche de la moralité. Le public, dit-on, n’avait été si empressé
-à lorgner le maillot de Mme Clara Ward que pour bafouer l’audace de
-l’imposture. Le directeur des Folies-Bergère sourit de ces airs de
-prude. La feuille de location dépassait vingt mille francs. Or il
-connaît, par profession, que jamais la vertu n’incita un spectateur à
-payer un fauteuil dix fois son prix.
-
-
-=22 Avril.=--Qu’est-ce que la majesté? Est-elle donnée à une
-caste, ou n’est-elle point un rôle que joue l’homme averti?
-
-Le drame lyrique cherchait une interprète qui sût marcher comme les
-déesses et, comme les plus altières souveraines, du geste et du regard
-imposer. Elle devait être la Walkyrie, Brunehild et Hellé, la source
-céleste du rêve et l’héroïne hautaine de l’histoire. Hellé! l’admirable
-création, et pour l’artiste et pour l’auteur, M. Duvernoy, qui a doté
-l’Opéra d’un joyau de grand prix.
-
-[Illustration]
-
-... Il y avait, voilà déjà quelque temps, en un coin lépreux des
-faubourgs, une travailleuse qui accompagnait, à l’atelier, son dur
-labeur en chantant. C’était une robuste fille au profil énergique,
-casquée de ses cheveux qu’un peigne matinal ramassait. Née de pauvres,
-et pauvre aussi, elle allait en robe modeste, confondue dans le
-troupeau des communes humaines...
-
-Cette créature au travail résignée devait être Mme Caron, dont la vie
-dans le royaume des idéales splendeurs bientôt n’oscillerait plus que
-des trônes barbares au Walhalla prodigieux.
-
-
-=Avril.=--Au réveil, le tzigane et la princesse ont eu la visite
-d’un monsieur qui s’est annoncé «au nom de la loi». La princesse est
-allée lui ouvrir en chemise de nuit, car elle n’a rien de caché pour la
-Justice. Le magistrat a vu le lit, le tzigane et à côté la place toute
-chaude d’une nuitée d’amour interrompue. Il en savait assez, il salua
-et prit congé.
-
-L’épouse du tzigane faisait constater le flagrant délit. Son mari
-ne pourra plus épouser la princesse--désormais sa complice. M. Paul
-Hervieu a bâti un drame pour montrer dans toute sa tyrannie la loi de
-l’homme.
-
-Cette loi de l’homme si tyrannique est pourtant quelquefois aussi la
-loi de la femme.
-
-
-=25 Avril.=--La femme a trouvé un nouveau théâtre pour théâtre
-de ses revendications: c’est le Nouveau-Théâtre. Une salle à elle une
-fois le mois, où ne seront jouées que des œuvres de femmes et pour les
-femmes. Si les hommes y veulent être accueillis, il leur sera moins
-demandé du talent qu’une opinion. Êtes-vous dramaturge? c’est sans
-importance. Êtes-vous féministe? voilà l’essentiel.
-
-Nous avions la maison de Molière, nous aurons la maison de M. Paul
-Hervieu.
-
-[Illustration]
-
-Cette idée a pour propagandiste Mme Marya Cheliga, une militante que
-les inerties hostiles et les obstacles ne rebutent point. Myope, elle y
-regarde de plus près, et, grâce à certains verres, voit d’assez loin.
-Elle dira la femme de demain dans _Promethea_.
-
-Quand on connaît la tragique déception de Prométhée, l’audace est bien
-féministe qui fait nommer qui lui succède dans son rêve d’orgueil
-«Promethea»,--comme s’il appartenait à la femme de réussir où l’homme a
-échoué.
-
-
-=29 Avril.=--Le témoignage d’une femme est recevable devant
-la justice criminelle, non devant l’état civil. Mme d’Uzès ne peut
-légalement assister l’amie qui prend époux, ni Mme Henry, chevalier de
-la Légion d’honneur et ex-sage-femme en chef de la Maternité, le père
-qui déclare son enfant.--Mais Gabrielle Bompard, témoin à la requête de
-l’accusation peut envoyer Eyraud à la guillotine.
-
-Cette anomalie va disparaître. Ce sera l’une des premières victoires du
-féminisme. Elle est de bon augure et en fait présager d’autres.
-
-
-=5 Mai.=--Deux volontaires de la Mort qui étaient des volontaires
-de l’Amour.
-
-La jeune et jolie Lucette de Varennes, qui avait amants et chevaux de
-luxe, s’est empoisonnée parce qu’elle ne pouvait appartenir en toute
-propriété au seul qu’elle aimât: Manon l’eût-elle fait pour Des Grieux?
-Et l’on daube sur cette fin de siècle!
-
-Le même jour, une ancienne belle, Léontine de Courcy, tombée de
-l’hôtel princier au meublé banal, ayant joué aux courses ses dernières
-économies, a allumé un réchaud de grisette.
-
-Autrefois on ne mourait pas d’amour; il fallait arriver à notre époque
-pour voir des filles d’amour mourir de ce qui les fait vivre.
-
-[Illustration]
-
-
-=9 Mai.=--Le petit théâtre de Mme Adam: c’est grand comme ça,
-pas plus. Le décor exprime le goût ferme et sûr de cette Parisienne
-délicate. Une scène toute petite et, sur cette petite scène, un
-spectacle vaste: l’humanité inquiète, en mal du lendemain.
-
-Aujourd’hui, l’oratrice est la directrice de l’_Avant-Courrière_,
-Mme Schmahl, une Anglaise dont le cœur a conservé un léger accent.
-Vaillante et de belle humeur, elle trace le bilan de la campagne
-féministe. La résistance de la Chambre a été vaincue; mais le Sénat,
-dépositaire des projets de loi votée, n’entend point qu’on le presse.
-«Paix là, ma mie!»
-
-Et elle qui disait,--par opposition à ses sœurs nerveuses:--«Je suis
-comme la petite souris, je grignote le bloc», à son tour, s’irrite,
-impatientée. Elle dénonce les pères conscrits: ces vieillards qui
-commencent et n’aboutissent pas.
-
-
-=10 Mai.=--La Vachalcade ou cavalcade de la Vache enragée,
-de récente création, donnera le jour à une nouvelle muse: la Muse
-montmartroise.
-
-
-[Illustration]
-
-Les ouvrières de la Butte l’ont choisie entre les plus charmantes
-d’entre elles; c’est une jolie lingère, brune accentuée, qui se nomme
-Marguerite Stumpp. Elle a dix-sept ans.
-
-Laborieuse et honnête, elle témoignera qu’il n’est point dans
-Montmartre que des modèles et des joueuses de flûte. Elle sera
-délicatement honorée. Dans le défilé, elle occupera la mansarde de
-Jenny «au cœur content, content de peu». Elle recevra, cadeau digne des
-plébéiennes vertus, un livret de caisse d’épargne.
-
-L’affiche qui appelait les lectrices aux urnes portait cette mention
-dont la sagesse s’empreint d’une ironie prudente: «Les candidates
-devront demeurer _encore_ chez leurs parents».
-
-«Encore» suppose qu’il est difficile de demander aux plus honnêtes
-filles à Montmartre d’y demeurer toujours.
-
-
-=15 Mai.=--Ce qui vient de la flûte s’en va sans tambour--ni
-trompette: Mme Liane de Pougy a été volée à quatre chevaux. On a arrêté
-ses voleurs. Ils comparaissent en police correctionnelle. Citée comme
-témoin, la victime a allégué un empêchement majeur. Elle a écrit:
-«Monsieur le président, je garde le lit; mais si la justice veut
-venir m’y interroger, je suis prête à lui donner toute satisfaction
-compatible avec mon état». La justice tond les gens, coupe les bourses,
-mais ne va pas en ville. Vexée de cette prétention, elle s’est vengée,
-au jour de l’audience, elle a pris acte contre la «femme Pourpe».
-
-Pourpe est le nom d’un honnête homme qui se lamente et d’enfants qui
-rougissent. Il eût été plus moral de le respecter, risque à interpeller
-la fantasque créature que par le titre qu’elle a conquis à la pointe de
-ses seins--comme à la pointe de l’épée, un soldat ses grades.
-
-
-=23 Mai.=--Êtes-vous homme à garder un secret? me dit-elle.
-
---Yvette, en doutez-vous?
-
---Alors, apprenez donc que je vais me marier... Je l’aime, il m’aime.
-Il est riche, moi aussi. J’ai assez promené mes gants noirs dans toutes
-les Amériques. Je me reposerai du café-concert dans la vie conjugale:
-je ne chanterai plus que de loin en loin pour des œuvres... C’est
-fini, mon ami, de la divette que vous avez devinée un soir... vous
-le rappelez-vous?... dans l’inconnue qui chantait à la requête de
-Jehan Sarrazin, le poète aux olives, en ce bouibouis qu’était le Divan
-Japonais...
-
-[Illustration]
-
-Ce secret est devenu celui de Polichinelle... les bans sont publiés:
-Emma-Louise-Esther Guilbert, dite Yvette, sera bientôt Mme Max
-Schiller. Il était inévitable que le coucher d’Yvette aboutit au
-coucher de la mariée.
-
-
-=31 Mai.=--Plus de bossus. M. le docteur Callot les redresse.
-
-Merci, docteur! C’est fini de la fée Carabosse. Il n’y aura donc plus
-que des bonnes fées autour de nos berceaux.
-
-Le féminisme nous promet aussi, par la grâce de Jules Bois et par la
-fougue de Léopold Lacour,--que le duel des sexes nous conduit à l’Ève
-future--l’idéale émancipée.
-
-Merci, poètes pour ce que vous faites croire que l’humanité nouvelle
-n’aura que des bonnes fées autour de son berceau. Philosophe inquiet et
-féministe par équité, il ne me déplaît point de me griser d’optimisme.
-
-A l’Ève future, à Prométhée, je lève ma coupe d’espérances.
-
-
-[Illustration]
-
-
-
-
- IMPRIMÉ
- PAR
- CHAMEROT ET RENOUARD
- 19, rue des Saints-Pères, 19
- PARIS
-
-
-
-
-
-
-
-
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-Georges Montorgueil
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES PARISIENNES D' PRÉSENT ***
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