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-The Project Gutenberg EBook of Clair de terre, by André Breton
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-this ebook.
-
-
-
-Title: Clair de terre
-
-Author: André Breton
-
-Illustrator: Pablo Picasso
-
-Release Date: October 3, 2019 [EBook #60417]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CLAIR DE TERRE ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
-
-
-
-
-
-ANDRÉ BRETON
-
-CLAIR DE TERRE
-
-AVEC UN PORTRAIT
-
-PAR
-
-PICASSO
-
-
-[Illustration 01]
-
-
-_La terre brille dans le ciel comme un astre énorme au milieu
-des étoiles._
-
-_Notre globe projette sur la lune un intense clair de terre._
-
-«LE CIEL»
-
-Nouvelle astronomie pour tous.
-
-
-
-
-Au grand poète
-
-SAINT-POL-ROUX
-
-À ceux qui comme lui
-
-s'offrent
-
-LE MAGNIFIQUE
-
-plaisir de se faire oublier
-
-
-
-
-TABLE
-
-CINQ RÊVES
-PIÈCE FAUSSE
-PSSTT
-LES REPTILES CAMBRIOLEURS
-AMOUR PARCHEMINÉ
-CARTES SUR LES DUNES
-ÉPERVIER INCASSABLE
-MÉMOIRES D'UN EXTRAIT DES ACTIONS DE CHEMINS
-RENDEZ-VOUS
-PRIVÉ
-LE MADRÉPORE
-LE VOLUBILIS ET JE SAIS L'HYPOTHÉNUSE
-IL N'Y A PAS À SORTIR DE LÀ
-LE BUVARD DE CENDRE
-L'HERBAGE ROUGE
-AU REGARD DES DIVINITÉS
-ANGÉLUS DE L'AMOUR
-TOUT PARADIS N'EST PAS PERDU
-MA MORT PAR ROBERT DESNOS
-PLUTÔT LA VIE
-DU SANG DANS LA PRAIRIE
-FEUX TOURNANTS
-SILHOUETTE DE PAILLE
-DANS LA VALLÉE DU MONDE
-MILLE ET MILLE FOIS
-L'AIGRETTE
-LÉGION ÉTRANGÈRE
-MÉTÉORE
-LIGNE BRISÉE
-TOURNESOL
-LE SOLEIL EN LAISSE
-À RROSE SÉLAVY
-
-
-
-
-CINQ RÊVES
-
-
-_À Georges de CHIRICO_
-
-
-I
-
-
-Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des Grands-Augustins
-quand mon attention est arrêtée par un écriteau au-dessus de la
-porte d'une maison. Cet écriteau c'est: «ABRI» ou «À LOUER», en
-tout cas quelque chose qui n'a plus cours. Intrigué j'entre et
-je m'enfonce dans un couloir extrêmement sombre.
-
-Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de génie, vient
-à ma rencontre et me guide à travers un escalier que nous descendons
-tous deux et qui est très long.
-
-Ce personnage, je l'ai déjà vu. C'est un homme qui s'est occupé
-autrefois de me trouver une situation.
-
-Aux murs de l'escalier je remarque un certain nombre de reliefs
-bizarres, que je suis amené à examiner de près, mon guide ne
-m'adressant pas la parole.
-
-Il s'agit de moulages en plâtre, plus exactement: de moulages
-de moustaches considérablement grossies.
-
-Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain
-Nouveau et de Barbey d'Aurevilly.
-
-Le génie me quitte sur la dernière marche et je me trouve dans une
-sorte de vaste hall divisé en trois parties.
-
-Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où pénètre
-seulement le jour d'un soupirail incompréhensible, un jeune homme
-est assis à une table et compose des poèmes. Tout autour de lui,
-sur la table et par terre, sont répandus à profusion des manuscrits
-extrêmement sales.
-
-Ce jeune homme ne m'est pas inconnu, c'est M. Georges Gabory.
-
-La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un
-peu mieux éclairée, quoique d'une façon tout à fait insuffisante.
-
-Dans la même attitude que le premier personnage, mais m'inspirant,
-par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy.
-
-Ni l'un ni l'autre n'a paru me voir, et c'est seulement après
-m'être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la
-troisième pièce.
-
-Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s'y trouvent
-un peu mieux en valeur: un fauteuil inoccupé devant la table parait
-m'être destiné; je prends place devant le papier immaculé.
-
-J'obéis à la suggestion et me mets en devoir de composer des poèmes.
-Mais, tout en m'abandonnant à la spontanéité la plus grande, je
-n'arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots: La lumière...
-
-Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet: La lumière...
-et sur le troisième feuillet: La lumière...
-
-
-
-
-II
-
-
-J'étais assis dans le métropolitain en face d'une femme que je
-n'avais pas autrement remarquée, lorsqu'à l'arrêt du train elle
-se leva et dit en me regardant: «Vie végétative». J'hésitai un
-instant, on était à la station Trocadéro, puis je me levai, décidé
-à la suivre.
-
-Au haut de l'escalier nous étions dans une immense prairie sur
-laquelle tombait un jour verdâtre, extrêmement dur, de fin d'après-midi.
-
-La femme avançait dans la prairie sans se retourner et bientôt
-un personnage très inquiétant, d'allure athlétique et coiffé
-d'une casquette, vint à sa rencontre.
-
-Cet homme se détachait d'une équipe de joueurs de foot-ball
-composée de trois personnages. Ils échangèrent quelques mots
-sans faire attention à moi, puis la femme disparut, et je demeurai
-dans la prairie à regarder les joueurs qui avaient repris leur
-partie. J'essayai bien aussi d'attraper le ballon, mais... je
-n'y parvins qu'une fois.
-
-
-
-
-III
-
-
-Je me baignais avec un petit enfant au bord de la mer. Peu après
-je me trouvai sur la plage en compagnie d'un certain nombre de
-gens, dont les uns me sont connus, les autres inconnus, quand
-brusquement l'un des promeneurs nous signala deux oiseaux qui
-volaient parallèlement à une certaine distance, et qui pouvaient
-être des mouettes.
-
-Quelqu'un eut aussitôt l'idée de tirer sur ces oiseaux (car
-nous portions tous des fusils) et l'on put croire que l'un d'eux
-avait été blessé.
-
-Ils tombèrent en effet assez loin du rivage, et nous attendîmes
-quelque temps que la vague les apportât.
-
-À mesure qu'ils approchaient, j'observai que ces animaux n'étaient
-nullement des oiseaux comme je l'avais cru tout d'abord, mais bien
-plutôt des sortes de vaches ou de chevaux.
-
-L'animal qui n'était pas blessé soutenait l'autre avec beaucoup
-d'attendrissement. Quand ils furent à nos pieds, ce dernier
-expira.
-
-La particularité la plus remarquable que présentait cet animal
-qui venait de mourir était la différenciation très curieuse
-de ses yeux.
-
-L'un de ceux-ci, en effet, était complètement terne et assez
-semblable à une coquille d'oursin, tandis que l'autre était
-merveilleusement coloré et brillant.
-
-L'animal secourable avait depuis longtemps disparu. C'est alors
-que M. Roger Lefébure qui, je ne sais pourquoi, se trouvait parmi
-nous, s'empara de l'œil phosphorescent et le prit pour monocle.
-
-Ce que voyant une personne de l'assistance jugea bon de rapporter
-l'anecdote suivante:
-
-Dernièrement, comme à son habitude, M. Paul Poiret dansait devant
-ses clientes, quand brusquement son monocle tomba par terre et se
-brisa. M. Paul Éluard, qui se trouvait là, eut l'amabilité de lui
-offrir le sien, mais celui-ci subit le même sort.
-
-
-
-
-IV
-
-
-Une partie de ma matinée s'était passée à conjuguer un nouveau
-temps du verbe être--car on venait d'inventer un nouveau temps
-du verbe être. Au cours de l'après-midi j'avais écrit un article
-qu'autant que je me rappelle je trouvais peu profond mais assez
-brillant. Un peu plus tard je m'étais mis à continuer d'écrire
-un roman. Cette dernière entreprise m'avait conduit à effectuer
-des recherches dans ma bibliothèque. Elles amenèrent bientôt
-la découverte d'un ouvrage in-8° que j'ignorais posséder et
-qui se composait de plusieurs tomes. J'ouvris l'un d'eux au
-hasard. Le livre se présentait comme un traité de philosophie
-mais, à la place du titre correspondant à une des divisions
-générales de l'ouvrage, comme j'aurais lu: Logique, ou: Morale,
-je lus: _Enigmatique._ Le texte m'échappe entièrement, je n'ai
-souvenir que des planches figurant invariablement un personnage
-ecclésiastique ou mythologique au milieu d'une salle cirée immense
-qui ressemblait à la galerie d'Apollon. Les murs et le parquet
-réfléchissaient mieux que des glaces puisque chacun de ces personnages
-se retrouvait plusieurs fois dans la pièce sous diverses attitudes
-avec la même intensité et le même relief et qu'Adonis, par exemple,
-était couché à ses propres pieds. Je me sentais en proie à une
-grande exaltation; il me semblait qu'un livre d'observations
-médicales en ma possession m'apporterait sur la question qui
-me préoccupait une véritable révélation. J'y trouvai en effet ce
-que je cherchais: une photographie de femme brune un peu forte,
-ni très belle ni très jeune, que je connaissais vaguement. J'étais
-assis chez moi, à la table de l'atelier, le dos tourné à la fenêtre.
-La femme de la photographie vint alors frôler mon épaule droite
-et, après m'avoir adressé quelques paroles comminatoires, elle
-alla poser la main gauche sur la corniche de la petite armoire
-située près de la porte et je ne la vis plus. Je poursuivis mes
-investigations: il s'agissait maintenant de chercher dans le
-dictionnaire un mot qui était probablement le mot: souris. J'ouvris
-à Rh et mon attention fut aussitôt attirée par la figure qui
-accompagnais le mot: rhéostat. On y voyait un petit nombre de
-parachutes ou de nuages suspendus ensemble à la manière des
-ballons d'enfants: dans chaque parachute ou dans chaque nuage
-il y avait, accroupi, un Chinois. Je crus avoir trouvé ensuite
-ce qui m'étais nécessaire à: rongeur. Mais déjà, je n'avais plus
-grande attention à donner de ce côté. Devant le piano, en face
-de moi, se tenait en effet M. Charles Baron, jeune homme que
-dans la réalité je n'arrive jamais à reconnaître, vêtu de noir
-et avec une certaine recherche. Avant que j'eusse pu lui demander
-compte de sa présence, Louis Aragon l'avait déjà remplacé. Il
-venait me persuader de l'obligation de sortir immédiatement
-avec lui: je le suivais. Au bas de l'escalier, nous étions avenue
-des Champs-Elysées, montant vers l'Étoile où, d'après Aragon,
-nous devions à tout prix arriver avant huit heures. Nous portions
-chacun un cadre vide. Sous l'Arc de Triomphe je ne songeais qu'à
-me débarrasser du mien, la pendule marquait sept heures vingt-neuf.
-Aragon, lui, objectait le risque de pluie, il voulut absolument
-que les cadres fussent à l'abri. Nous finîmes par les placer
-sous la protection des moulures supérieures, contre la pierre,
-légèrement inclinés, à hauteur de chevalet. Il était question,
-je crois, de venir les reprendre plus tard. Au moment où nous
-les disposions j'observai que le cadre d'Aragon était doré, le
-mien blanc avec de très anciennes traces de dorures, de dimensions
-sensiblement moins grandes.
-
-
-
-
-V
-
-
-Paul Éluard, Marcel Noll et moi nous trouvons réunis à la campagne
-dans une pièce où trois objets sollicitent notre attention: un
-livre fermé et un livre ouvert, d'assez grandes dimensions, de
-l'épaisseur d'un atlas et inclinés sur une sorte de pupitre à
-musique, qui lient aussi d'un autel. Noll tourne les pages du
-livre ouvert sans parvenir a nous intéresser. En ce qui me concerne,
-je ne m'occupe que du troisième objet, un appareil métallique
-de construction très simple, que je vois pour la première fois
-et dont j'ignore l'usage, mais qui est extrêmement brillant.
-Je suis tenté de l'emporter mais, l'ayant pris en mains, je
-m'aperçois qu'il est étiqueté 9 fr. 90. Il disparaît d'ailleurs
-à ce moment et est remplacé par Philippe Soupault, en grand
-pardessus de voyage blanc, chapeau blanc, souliers blancs, etc.
-Soupault est pressé de nous quitter, il s'excuse aimablement et
-j'essaie en vain de le retenir. Nous le regardons par la fenêtre
-s'éloigner en compagnie de sa femme, que nous ne voyons que de
-dos et qui est comme lui toute habillée de blanc. Sans chercher
-à savoir ce que Noll est devenu, nous quittons alors la maison,
-Éluard et moi, Éluard me demandant de l'accompagner à la chasse.
-Il emporte un arc et des flèches. Nous arrivons au bord d'un
-étang couvert de faisanes. «À la bonne heure», dis-je à Éluard.
-Mais lui: «Cher ami, ne crois pas que je sois venu ici pour ces
-faisanes, je cherche tout autre chose, je cherche François. Tu
-vas voir François. » Alors toutes les faisanes d'appeler: «François,
-François, François!» Et je distingue au milieu de l'étang un
-superbe faisan doré. Éluard décoche dans sa direction plusieurs
-flèches mais--ici l'idée de la maladresse prend en quelque sorte
-possession du rêve qu'elle n'abandonnera plus--les flèches portent
-«trop court». Pourtant le faisan doré finit par être atteint. À
-la place de ses ailes se fixent alors deux petites boîtes rectangulaires
-de papier rose qui flottent un instant sur l'eau après que l'oiseau
-a disparu. Nous ne bougeons plus jusqu'à ce qu'une femme nue, très
-belle, s'élève lentement de l'eau, le plus loin possible de nous.
-Nous la voyons à mi-corps puis à mi-jambes. Elle chante. À ma
-grande émotion, Éluard lance vers elle plusieurs traits qui ne
-l'atteignent pas mais voici que la femme, qu'une seconde nous
-avions perdue de vue, émerge de l'eau tout près de nous. Une
-nouvelle flèche vient lui transpercer le sein. Elle y porte la
-main d'un geste adorable et se reprend à chanter. Sa voix s'affaiblit
-lentement. Je n'ai pas plus tôt cessé de l'entendre qu'Éluard et
-elle ne sont plus là. Je me trouve en présence de petits hommes
-mesurant environ 1 m. 10 et habillés de jersey bleu. Ils arrivent
-de tous les points de l'étang et, comme je les observe sans défiance,
-l'un d'eux, ayant l'air d'accomplir un rite, s'apprête à m'enfoncer
-dans le mollet une très petite flèche à deux pointes. Il me semble
-qu'on veut m'unir dans la mort au faisan doré et à la belle chanteuse.
-Je me débats et j'envoie à terre plusieurs des petits hommes bleus.
-Mais le petit sacrificateur me poursuit et je finis par tomber
-dans un buisson où, avec l'aide d'un des autres poursuivants, il
-cherche à me ligoter. Il me semble facile de terrasser mes deux
-adversaires et de les ligoter à ma place mais la maladresse ne me
-permet que de leur prendre la corde et d'en faire autour de leur
-corps un nœud extrêmement lâche. Je m'enfuis ensuite le long d'une
-voie de chemin de fer, et, comme on ne me poursuit plus, je modère
-peu à peu mon allure. Je passe à proximité d'une charmante usine
-que traverse un fil télégraphique dirigé perpendiculairement à la
-voie et situé à cinq ou six mètres du sol. Un homme de ma taille
-tend à deux reprises, très énergiquement, le bras vers le fil sur
-lequel, sans aucun mouvement de lancement, il réussit à placer en
-équilibre, à égale distance de l'usine et des rails, deux verres
-vides du type gobelet. «C'est, dit-il, pour les oiseaux.» Je
-repars, avec l'idée de gagner la gare encore lointaine d'où je
-puisse prendre le train pour Paris. J'arrive enfin sur le quai
-d'une ville qui est un peu Nantes et n'est pas tout à fait Versailles,
-mais où je ne suis plus du tout dépaysé. Je sais qu'il me faut
-tourner à droite et longer le fleuve assez longtemps. J'observe,
-au-dessus du très beau pont qui se trouve à ma gauche, les évolutions
-inquiétantes d'un avion, d'abord trèsélevé, qui boucle la boucle
-avec peine et inélégance. Il perd constamment de sa hauteur et
-n'est plus guère qu'au niveau des tourelles des maisons. C'est
-d'ailleurs moins un avion qu'un gros wagon noir. Il faut que le
-pilote soit fou pour renouveler sa prouesse si bas. Je m'attends
-à le voir s'écraser sur le pont. Mais l'appareil s'abîme dans le
-fleuve et il en sort sain et sauf un des petits hommes bleus de
-tout à l'heure qui gagne la berge à la nage, passe près de moi
-sans paraître me remarquer et s'éloigne dans le sens opposé au mien.
-
-
-
-
-PIÈCE FAUSSE
-
-
-_À Benjamin PÉRET_
-
-
-Du vase en cristal de Bohême
-Du vase en cris
-Du vase en cris
-Du vase en
-En cristal
-Du vase en cristal de Bohême
-Bohême
-Bohême
-En cristal de Bohême
-Bohême
-Bohême
-Bohême
-Hême hême oui Bohême
-Du vase en cristal de Bo Bo
-Du vase en cristal de Bohême
-Aux bulles qu'enfant tu soufflais
-Tu soufflais
-Tu soufflais
-Flais
-Flais
-Tu soufflais
-Qu'enfant tu soufflais
-Du vase en cristal de Bohême
-Aux bulles qu'enfant tu soufflais
-Tu soufflais
-Tu soufflais
-Oui qu'enfant tu soufflais
-C'est là c'est là tout le poème
-Aube éphé
-Aube éphé
-Aube éphémère de reflets
-Aube éphé
-Aube éphé
-Aube éphémère de reflets
-
-
-
-
-PSTT
-
-
-_Neuilly 1-18._ Breton, vacherie modèle, r. de l'Ouest, 12,
-Neuilly.
-_Nord 13-40._ Breton (E.), mon. funèbr., av. Cimetière Parisien,
-23, Pantin.
-_Passy 44-15._ Breton (Eug.), vins, restaur., tabacs, r. de la
-Pompe, 176.
-_Roquette 07-90._ Breton (François), vétérinaire, r. Trousseau,
-21, (2e).
-_Central 64-99._ Breton frères, mécanicien, r. de Belleville,
-262, (20e).
-_Bergère 43-61._ Breton et fils, r. Rougemont, 12, (9e).
-_Archives 32-58._ Breton (G.), fournit, cycles, autos, r. des
-Archives, 78, (3e).
-_Central 30-08._ Breton (Georges), r. du Marché-Saint-Honoré,
-4, (1er).
-_Wagram 60-84._ Breton (M. et Mme G.), bd Malesherbes, 58, (8e).
-_Gutenberg 03-78._ Breton (H.), dentelles, r. de Richelieu, 60, (2e).
-_Passy 80-70._ Breton (Henri), négociant, r. Octave-Feuillet, 22, (16e).
-_Gobelins 08-09._ Breton (J.), Elix. Combier, ag. gén., butte du
-Rhône, 21-23.
-_Roquette 32-59._ Breton (J.-L.), député, s.-secr. Etat inv., bd
-Soult, 81 bis.
-_Archives 39-43._ Breton (L.), hôtel-bar, r. François-Miron, 38, (4e).
-_Marcadet 04-11._ Breton (Noël), hôtel-rest., bd National, 56, Clichy.
-_Roquette 02-25._ Breton (Paul), décolleteur, r. Saint-Maur, 21, (11e).
-_Central 84-08._ Breton (Th.), contentieux, r. du fg. Montmartre,
-13, (9e).
-_Saxe 57-86._ Breton (J.), biscuits, r. La Quintinie, 16-18, (15e).
-_Archives 35-44._ Breton (J.) et Cie, papiers en gros, r. Saint-Martin,
-245, (3e).
-_Roquette 09-76._ Breton et Cie (Soc. an.) charbons gros, q. La Râpée,
-60, (12e).
-
-
-Breton (André).
-
-
-
-
-LES REPTILES CAMBRIOLEURS
-
-
-_À Janine_
-
-
-Sur la tringle de la cour la petite Marie venait de mettre le
-linge à sécher. C'était une succession de dates fraîches encore:
-celle du mariage de sa mère (la belle robe de noce avait été mise
-en pièces), un baptême, les rideaux du berceau du petit frère
-riaient au vent comme des mouettes sur les rochers de la côte.
-L'enfant souillait les fleurs de la lessive comme des chandelles
-et se persuadait de la lenteur de la vie. Elle se prenait de temps
-à autre à regarder ses mains un peu trop roses et se renversait
-dans l'eau du baquet pour plus tard, quand elle aurait une anémone
-à la ceinture. Il commençait à faire nuit. Les précisions des
-cartes de marine ne comptaient plus guère; sur les ponts traînaient
-des écharpes de fumée ocre et des adieux. Sur le «sarreau» couvert
-d'étincelles de lait passent successivement la paresse des distractions,
-la tempête de l'amour et les nombreuses nuées d'insectes du souci.
-Marie sait que sa mère ne jouit plus de toutes ses facultés: des
-journées entières, coiffée de réflexions plus coulissées qu'en rêve,
-elle mord le collier de larmes du rire. Se souvient-elle d'avoir
-été belle? Les plus anciens habitants de la contrée s'inquiétaient
-du retour des couvreurs sur la ville, on eut préféré la pluie dans
-les maisons. Mais ce ciel! Les ruches d'illusions s'emplissent
-d'un poison étrange à mesure que la jeune femme élève les bras
-vers la tête pour dire: laissez-moi. Elle demande à boire du lait
-de volcan et on lui apporte de l'eau minérale. Elle joint les
-mains avant de prendre une feuille, plus verte que la lumière
-des carafes, pour écrire. Par dessous l'épaule on écoute (les
-anges ne s'en font pas faute, quand ils arrivent guidés par la
-trace des plumes qu'elle ne porte plus): «Ma petite Marie, tu
-sauras un jour quel sacrifice est à la veille de se consommer,
-je ne t'en dis pas davantage. Va, ma fille, sois heureuse. Les
-yeux de mon enfant sont des rideaux plus tendres que ceux des
-chambres d'hôtel où j'ai demeuré en compagnie des aviateurs et
-des plantes vertes.» Le trésor enfoui dans la cendre de la cheminée
-se décompose en petits insectes phosphorescents qui font entendre
-un chant monotone, mais que pourrait-elle dire aux grillons?
-Dieu ne se sentait pas plus aimé qu'à l'ordinaire mais le candélabre
-des arbres fleuris était là pour quelque chose. Il s'y blottissait
-de frivoles démons changeants comme l'eau des sources qui court
-sur le satin des pierres et le velours noir des poissons. À quoi
-Marie se montre-t-elle soudain si attentive? On est au mois d'août
-et les automobiles ont émigré depuis le Grand Prix. Qui va-t-on
-voir apparaître dans ce quartier solitaire, le poète qui fuit
-sa demeure en modulant sa plainte par les rails de perle, l'amoureux
-qui court rejoindre sa belle sur un éclair ou le chasseur tapi
-dans les herbes coupantes et qui a froid? L'enfant donne sa
-langue au chat, elle brûle de connaître ce qu'elle ignore, la
-signification de ce long vol à ras de terre, le beau ruisseau
-coupable qui commence à courir. Mon Dieu, mais voici qu'elle
-tombe à genoux et les gémissements se font moins sourds à l'étage
-supérieur, l'oeil de bœuf reflète tout ce qui se passe et une
-âme monte au ciel. On ne sait rien; le trèfle à quatre feuilles
-s'entr'ouvre aux rayons de la lune, il n'y a plus qu'à entrer
-pour les constatations dans la maison vide.
-
-
-
-
-AMOUR PARCHEMINÉ
-
-
-Quand les fenêtres comme l'œil du chacal et le désir percent
-l'aurore, des treuils de soie me hissent sur les passerelles de
-la banlieue. J'appelle une fille qui rêve dans la maisonnette
-dorée; elle me rejoint sur les tas de mousse noire et m'offre
-ses lèvres qui sont des pierres au fond de la rivière rapide. Des
-pressentiments voilés descendent les marches des édifices. Le
-mieux est de fuir les grands cylindres de plume quand les chasseurs
-boitent dans les terres détrempées. Si l'on prend un bain dans
-la moire des rues, l'enfance revient au pays, levrette grise.
-L'homme cherche sa proie dans les airs et les fruits sèchent
-sur des claies de papier rose, à l'ombre des noms démesurés par
-l'oubli. Les joies et les peines se répandent dans la ville.
-L'or et l'eucalyptus, de même odeur, attaquent les rêves. Parmi
-les freins et les edelweiss sombres se reposent des formes souterraines
-semblables à des bouchons de parfumeurs.
-
-
-
-
-CARTES SUR LES DUNES
-
-
-_À Giuseppe UNGARETTI_
-
-
-L'horaire des fleurs creuses et des pommettes saillantes nous
-invite à quitter les salières volcaniques pour les baignoires
-d'oiseaux. Sur une serviette damée rouge sont disposés les jours
-de l'année. L'air n'est plus si pur, la route n'est plus si large
-que le célèbre clairon. Dans une valise peinte de gros vers on
-emporte les soirs périssables qui sont la place des genoux sur
-un prie-Dieu. De petites bicyclettes côtelées tournent sur le
-comptoir. L'oreille des poissons, plus fourchue que le chèvrefeuille,
-écoute descendre les huiles bleues. Parmi les burnous éclatants
-dont la charge se perd dans les rideaux, je reconnais un homme
-issu de mon sang.
-
-
-
-
-ÉPERVIER INCASSABLE
-
-
-_À Gala ÉLUARD_
-
-
-La ronde accomplit dans les dortoirs ses ordinaires tours de
-passe-passe. La nuit, deux fenêtres multicolores restent entr'ouvertes.
-Par la première s'introduisent les vices aux noirs sourcils, à
-l'autre les jeunes pénitentes vont se pencher. Rien ne troublerait
-autrement la jolie menuiserie du sommeil. On voit des mains se
-couvrir de manchons d'eau. Sur les grands lits vides s'enchevêtrent
-des ronces tandis que les oreillers flottent sur des silences
-plus apparents que réels. À minuit, la chambre souterraine s'étoile
-vers les théâtres de genre où les jumelles tiennent le principal
-rôle. Le jardin est rempli de timbres nickelés. Il y a un message
-au lieu d'un lézard sous chaque pierre.
-
-
-
-
-MÉMOIRES D'UN
-
-EXTRAIT DES
-
-ACTIONS DE
-
-CHEMINS.
-
-
-
-
-RENDEZ-VOUS
-
-
-_À T. FRAENKEL_
-
-
-Après les tempêtes cerclées de verre, l'éclair à l'armure brouillée
-et cette enjambée silencieuse sous laquelle la montagne ouvre des
-yeux plus fascinants que le Siam, petite fille, adoratrice du pays
-calqué sur tes parfums, tu vas surprendre l'éveil des chercheurs
-dans un air révolutionné par le platine. De loin la statue rose
-qui porte à bout de bras une sorte de bouteille fumant dans un
-panier regarde par dessus son épaule errer les anciens vanniers
-et acrobates. Un joli bagne d'artistes où des zèbres bleus,
-fouettés par les soupirs qui s'enroulent le soir autour des
-arbres, exécutent sans fin leur numéro! D'étonnants faisceaux,
-formés au bord des routes avec les bobines d'azur et le télégraphe,
-répondent de ta sécurité. Là, dans la lumière profane, les seins
-éclatant sous un globe de rosée et t'abandonnant à la glissière
-infinie, à travers les bambous froids tu verras passer le Prince
-Vandale. L'occasion brûlera aux quatre vents de soufre, de cadmium,
-de sel et de Bengale. Le bombyx à tête humaine étouffera peu à
-peu les arlequins maudits et les grandes catastrophes ressusciteront
-pêle-mêle, pour se résorber dans la bague au chaton vide que je
-t'ai donnée et qui te tuera.
-
-
-
-
-PRIVÉ
-
-
-Coiffé d'une cape beige, il caracole sur l'affiche de satin où
-deux plumes de paradis lui tiennent lieu d'éperons. Elle, de
-ses jointures spéciales en haut des airs part la chanson des
-espèces rayonnantes. Ce qui reste du moteur sanglant est envahi
-par l'aubépine: à cette heure les premiers scaphandriers tombent
-du ciel. La température s'est brusquement adoucie et chaque
-matin la légèreté secoue sur nos toits ses cheveux d'ange. Contre
-les maléfices à quoi bon ce petit chien bleuâtre au corps pris
-dans un solénoïde de verre noir? Et pour une fois ne se peut-il
-que l'expression _pour la vie_ déclanche une des aurores boréales
-dont sera fait le tapis de table du Jugement Dernier?
-
-
-
-
-LE MADRÉPORE
-
-
-_Il chante_
-
-
-Les paris tenus au compte-gouttes
-Bernent les drapeaux de l'isthme
-Sur le soleil avec les taches des abbés
-L'entonnoir pose ses lèvres
-
-Par une criminelle attention
-Tu soutiens les cartes d'état-major
-On presse la poire de velours
-Et il s'envole des monticules percés
-
-Le battoir masque les neiges
-Promises à l'équateur
-Des boîtes de baptême tournantes
-
-Sans bruit sur les tapis de tapioca
-Les marchés se ternissent poulies
-De caresses pour les vieux vents
-
-
-
-
-LE VOLUBILIS
-
-ET JE SAIS L'HYPOTÉNUSE
-
-
-_À Simone_
-
-
-I
-
-
-L'oreille en face du silence
-Comme une pierre de lune et de maraude
-J'espère passer le blé
-Dans un pont tout près s'en va la jarretière qui sent le musc
-des tracés
-Une lisse montée à la corde et le baiser naissant plaque les
-on qui reviennent
-Sur l'ami un doigt
-Pendant que s'apaisent les cils et les s'ils
-D'après l'homme
-Passez bontés humaines parcs de montres et de roses
-Souvent dans les noirs intérêts et les usages
-Puisque le sommeil est une flamme parfumée et descend des
-cuillers de cervelle
-Avec cette muraille de sureau qui chante les heures
-Les formes que nous tirons du puits
-
-
-
-
-II
-
-
-Sans une claire courageuse et pauvre étoile au nom miraculeux
-Le bois qui tremble s'entr'ouvre sur le ciel peint à l'intérieur
-des forêts de santé
-Par cette oraison de bluet caractéristique et ces yeux à biseaux
-Qui domptent les vagues travers zigzaguant par le monde
-Ô les charmantes passes les beaux masques d'innocence et de
-fureur
-J'ai pris l'enfer par la manche de ses multiples soleils détournés
-des enfants par les plumes
-Je me suis sauvé
-Tant que les métiers morts demandaient sur ma route
-Où va ce manœuvre bleu
-Mais sur les mers on ne s'élance pas si tard
-Demain caresse mon pas de son sable éclatant
-Et les carnassiers frivoles s'exaltent
-Voilez les montagnes de ce crêpe jaune étrange que vous avez
-si bien su découper suivant le patron des graminées des cîmes
-Je suis le perruquier des serrures sous-marines le souffle des
-amantes
-
-
-
-
-III
-
-
-Lorsque la bouteille est là ouverte à ses chants de coqs
-Le ciel pelure d'oignon
-Les charmes menteurs de la servante à la voix de salade blanche
-Te rappellent la boule d'agate élastique de cette nuit ancienne
-Elle reposait sur une feuille de laurier
-Toi la tête dans cette cage où tes baisers du matin sont des
-oiseaux qui se baignent
-Tu avais pris cette boule pour un des petits compas mystérieux
-qui prennent à la nuit tombante des mesures sur les étangs
-Dans le magasin de tailleur de ton père
-Et les journaux de ce pays étranglé
-Te font éprouver dans les testicules une douleur bien connue
-Qui remonte aux jours d'avant ton enfance
-Tandis que la foule se disperse
-Et que de petits chocs musicaux se produisent sans interruption
-dans le papier
-Au bord du comptoir il y a de la mousse orangée qui arrive
-Dans une survie ondoyante tu reconnaîtras les moqueurs
-
-
-
-
-IV
-
-
-Je ne crois pas que le progrès s'opère dans la direction du sens
-La confiance manque
-Mais la mémoire influe un peu sur le beau temps
-Page de brume au béret de cendre blanche illuminé de tous les
-sons du tambour d'été
-J'ai comme un pressentiment de l'aile
-Des fuites sans mon éclat personnel
-Qui est un peu déchiqueté
-L'averse boule de neige des jardins nordiques
-Puis la poésie aux phares rouges sur une mer toute brune
-Quand le Texas des piverts monte à l'échelle minuscule
-Adorée Adorée
-On offre à tout venant des calmants des voitures
-Cependant que des douze branches de l'étoile équatoriale
-L'une
-Se détache
-Et roule comme un paradis sans tête
-
-
-
-
-V
-
-
-Loin des femmes de course et des femmes de trait
-Après les arènes de plomb fondu comme la patrie et les bals noirs
-Le geste autochtone
-Cette partie sera la dernière et déjà les yeux de toutes les bêtes
-déménagent à la cloche de bois
-Des miels abondants sertissent les clochers
-Sous l'art passent de grands inquisiteurs dont le sourire est
-une poignée de feuilles sèches
-Et les grands écarts du soleil interrompent les trains jetés de la
-mer à la terre à la façon de ces aréopages antiques
-On a bien raison de couvrir de paille les musiques des oiseaux
-afin qu'elles ne se brisent pas en route
-Seul un ventilateur persan détaché de l'arbre tourbillonnera
-par-dessus les saisons du goût
-Voici que la rosace des ventres s'incline derrière l'horizon
-nous entrons dans l'araignée abstraite au corps de muqueuse
-transparente
-
-
-
-
-VI
-
-
-Pour l'estime des mondes les plus féminisés
-Dans l'aisselle des astres
-Là où le dogue des cieux garde les corps au bois dormant
-L'après-midi comme un seul homme entre dans les cases ou
-parachutes
-Les sonneries mentent à qui mieux mieux
-Au doigt les villes et les pluies enchantées
-Obéissent
-Il faut essayer la menace
-D'intérieurs mous s'écoulent de lentes théories de marchands
-aux paumes tournées en avant pour le besoin architectural
-Tandis que le premier mendiant en automobile suit de l'œil le
-bâton levé du premier voleur de la brigade des voitures
-Car le scandale a la part du lion dans le plus triste jardin
-zoologique de ma connaissance
-Les autres ne savent qu'éteindre les vieux sinus verbaux qui
-s'espacent de moins en moins régulièrement le long de la voie
-L'amour est un signal qui n'a pas fonctionné
-
-
-
-
-VII
-
-
-Les soigneurs disent aux soignées
-Là-bas sur les remparts de l'air l'interrogation est sentinelle
-Paix à nos principes solitaires
-Nous sommes les rossignols du Qui-vive
-Ici les trèfles sont des cœurs
-Et celles qui se sont battues
-Pour des écailles de tortue
-Manants des mille et mille seuils
-Au bras de songe d'outremer
-Quand ferez-vous palpiter devant nos seins autre chose que ces
-navires
-Déjà le jour danse très fort sur les jetées magistrales
-Où se décide le sort des faibles à la peau nattée jusqu'aux pieds
-Là nos cuisses s'ouvrent et se ferment belles de nuit
-Tout près des volumes humains que ceignent les algues de
-platine
-À vous mais dans les étendues postiches malgré les bonds
-prédestinés
-
-
-
-
-VIII
-
-
-C'est aussi le bagne avec ses brèches blondes comme un livre
-sur les genoux d'une jeune fille
-Tantôt il est fermé et crève de peine future sur les remous
-d'une mer à pic
-Un long silence a suivi ces meurtres
-L'argent se dessèche sur les rochers
-Puis sous une apparence de beauté ou de raison contre toute
-apparence aussi
-Et les deux mains dans une seule palme
-On voit le soir
-Tomber collier de perles des monts
-Sur l'esprit de ces peuplades tachetées règne un amour si
-plaintif
-Que les devins se prennent à ricaner bien haut sur les ponts de
-fer
-Les petites statues se donnent la main à travers la ville
-C'est la Nouvelle Quelque Chose travaillée au socle et à l'archet
-de l'arche
-L'air est taillé comme un diamant
-Pour les peignes de l'immense Vierge en proie à des vertiges
-d'essence alcoolique ou florale
-La douce cataracte gronde de parfums sur les travaux
-
-
-
-
-IL N'Y A PAS A SORTIE DE LÀ
-
-
-_À Paul ÉLUARD_
-
-
-Liberté couleur d'homme
-Quelles bouches voleront en éclats
-Tuiles
-Sous la poussée de cette végétation monstrueuse
-
-Le soleil chien couchant
-Abandonne le perron d'un riche hôtel particulier
-
-Lente poitrine bleue où bat le cœur du temps
-
-Une jeune fille nue aux bras d'un danseur beau et cuirassé
-comme Saint Georges
-Mais ceci est beaucoup plus tard
-Faibles Atlantes
-
-
-* * *
-
-
-Rivière d'étoiles
-Qui entraînes les signes de ponctuation de mon poème et de
-ceux de mes amis
-Il ne faut pas oublier de cette liberté et toi je vous ai tirées
-à la courte paille
-Si c'est elle que j'ai conquise
-Quelle autre que vous arrive en glissant le long d'une corde de
-givre
-
-Cet explorateur aux prises avec les fourmis rouges de son propre
-sang
-C'est jusqu'à la fin le même mois de l'année
-Perspective qui permet de juger si l'on a affaire à des âmes ou
-non
-19.. Un lieutenant d'artillerie s'attend dans une traînée de
-poudre
-
-
-* * *
-
-
-Aussi bien le premier venu
-Penché sur l'ovale du désir intérieur
-Dénombre ces buissons d'après le ver-luisant
-Selon que vous étendrez la main pour faire l'arbre ou avant de
-faire l'amour
-Comme chacun sait
-
-Dans l'autre monde qui n'existera pas
-Je te vois blanc et élégant
-Les cheveux des femmes ont l'odeur de la feuille d'acanthe
-Ô vitres superposées de la pensée
-Dans la terre de verre s'agitent les squelettes de verre
-
-
-* * *
-
-
-Tout le monde a entendu parler du Radeau de la Méduse
-Et peut à la rigueur concevoir un équivalent de ce radeau dans
-le ciel
-
-
-
-
-LE BUVARD DE CENDRE
-
-
-_À Robert DESNOS_
-
-
-Les oiseaux s'ennuieront
-
-Si j'avais oublié quelque chose
-
-Sonnez la cloche de ces sorties d'école dans la mer
-Ce que nous appellerons la bourrache pensive
-
-On commence par donner la solution du concours
-À savoir combien de larmes peuvent tenir dans une main de
-femme
-1° aussi petite que possible
-2° dans une main moyenne
-
-Tandis que je froisse ce journal étoilé
-Et que les chairs éternelles entrées une fois pour toutes en
-possession du sommet des montagnes
-J'habite sauvagement une petite maison du Vaucluse
-
-Cœur lettre de cachet
-
-
-
-
-L'HERBAGE ROUGE
-
-
-_À Denise_
-
-
-L'herbage rouge, l'or des grands chapeaux marins
-Composent pour ton front la musique et les plumes
-D'enfer. Sur ton chemin blanchissent les enclumes.
-S'il fait beau dans ton cœur il tonne sur tes reins.
-
-Jamais le val d'amour! Dans les feuilles ces trains
-Qui disparaissent, pris au lasso par les brumes...
-Tourne éternellement tes seins dans les écumes
-Des chutes: la lumière est tout ce que j'étreins.
-
-Va, comète du rire où le néant t'appelle,
-Ouvre tes jambes sur l'éventail ou l'ombelle;
-Toi seule sais me rendre un printemps sang et eau.
-
-Balances de la vie, avec toi pour fléau.
-
-
-
-
-AU REGARD DES DIVINITÉS
-
-
-_À Louis ARAGON_
-
-
-«Un peu avant minuit près du débarcadère.
-«Si une femme échevelée te suit n'y prends pas garde.
-«C'est l'azur. Tu n'as rien à craindre de l'azur.
-«Il y aura un grand vase blond dans un arbre.
-«Le clocher du village des couleurs fondues
-«Te servira de point de repère. Prends ton temps,
-«Souviens-toi. Le geyser brun qui lance au ciel les pousses de
-fougère
-«Te salue.»
-La lettre cachetée aux trois coins d'un poisson
-Passait maintenant dans la lumière des faubourgs
-Comme une enseigne de dompteur.
-Au demeurant
-La belle, la victime, celle qu'on appelait
-Dans le quartier la petite pyramide de réséda
-Décousait pour elle seule un nuage pareil
-A un sachet de pitié.
-Plus tard l'armure blanche
-Qui vaquait aux soins domestiques et autres
-En prenant plus fort à son aise que jamais,
-L'enfant à la coquille, celui qui devait être...
-Mais silence.
-
-Un brasier déjà donnait prise
-En son sein à un ravissant roman de cape
-Et d'épée.
-Sur le pont, à la même heure,
-Ainsi la rosée à tête de chatte se berçait
-La nuit,--et les illusions seraient perdues.
-
-Voici les Pères blancs qui reviennent de vêpres
-Avec l'immense clé pendue au-dessus d'eux.
-Voici les hérauts gris; enfin voici sa lettre
-Ou sa lèvre: mon cœur est un coucou pour Dieu.
-
-Mais le temps qu'elle parle, il ne reste qu'un mur
-Battant dans un tombeau comme une voile bise.
-L'éternité recherche une montre-bracelet
-Un peu avant minuit près du débarcadère.
-
-
-
-
-ANGÉLUS DE L'AMOUR
-
-
-_À Roger VITRAC_
-
-
-Bientôt les jardins seront sur nous comme des phares
-D'énormes bulles crèveront à la surface des étangs
-Seules quelques cristallisations emblématiques parmi
-lesquelles le pendule de sang et les cinq charbons blancs
-Témoigneront que le ciel est encore sensible
-Il y aura aussi un ruban magnifique
-Enroulé mille fois autour des beautés abstraites naturelles
-Ô mes amis fermons les yeux
-Jusqu'à ce que nous n'entendions plus siffler les serpents
-transparents des directions
-Aussi vrai que nous vivons en pleine antiquité
-Dans chaque rayon de soleil il y a une lucarne et à chaque
-lucarne peut apparaître la Gorgone
-Déjà nous avons assisté aux migrations de nos mains
-Immobiles au bord d'un fleuve nous regardions passer le
-travail à tire d'ailes
-Comme d'autres apprennent à vider sans bruit les poches de
-leurs vêtements suspendus et garnis de clochettes
-Quand nous levons la tête le ciel nous bande les yeux
-Fermons les yeux pour qu'il fasse clair où nous ne sommes pas
-Là trompant l'impossible étoile à une branche
-
-Nous danserons comme le feu parmi les paillettes de
-nous-mêmes
-Et ce sera toujours
-Nous passerons des ponts surprenants
-Nous verserons dans des vallées de larmes
-À la longue les cygnes ne répondrons plus de nous
-De nous qui retournons aux formes idéales
-Avec qui les saisons iront au plus pressé
-Et qui les premiers forcerons le danger
-Magique sur sa corde inexistante
-Pour nous servir à prendre des chemins de traverse
-
-
-
-
-TOUT PARADIS N'EST PAS PERDU
-
-
-_À Man RAY_
-
-
-Les coqs de roche passent dans le cristal
-Ils défendent la rosée à coups de crête
-Alors la devise charmante de l'éclair
-Descend sur la bannière des ruines
-Le sable n'est plus qu'une horloge phosphorescente
-Qui dit minuit
-Par les bras d'une femme oubliée
-Point de refuge tournant dans la campagne
-Dressée aux approches et aux reculs célestes
-C'est ici
-Les tempes bleues et dures de la villa baignent dans la nuit
-qui décalque mes images
-Chevelures chevelures
-Le mal prend des forces tout près
-Seulement voudra-t-il de nous
-
-
-
-
-MA MORT PAR ROBERT DESNOS
-
-
-Le jeudi suivant les académiciens occupés au dictionnaire
-L'œil vitreux des hirondelles de bas-étage
-Un jardin aux parterres d'explosions
-
-C'était à la veille de ***
-Sur l'écorce des marronniers les mots À suivre
-On parait on se contentait de parer
-
-Jamais la religion au secours de l'opinion
-Ne s'était à ce point commise
-Dans une cabine de bains
-J'entrais avec la Vierge en personne
-
-Sachez que le baril de poudre Le Penseur
-Durant la nuit avait été hissé
-Au sommet de la Trinité
-
-Je reviens au même
-
-Les individus sont des crics
-Et je me balance sans cesse en arrière de moi-même
-Pareil à la suspension de la peur
-
-Ma course est celle de cinq jockeys
-Le premier bute sur ma tête
-Loin des tribunes
-Là où les haies sont remplacées par des avalanches
-
-Le second part seul
-Le quatrième pousse à la consommation des noix de coco en
-guise de cierges
-Mais le sixième virtuel
-Dans la glace de mes jours impossibles
-Ressemble à une patte de renard
-Je m'arrache difficilement à la contemplation des sourcils
-
-Au vert des sangs et des mines
-À l'apparence humaine qui dissémine
-
-Plus j'aime plus je suis aimé des bois où le cerf dans le serpolet
-Se signe à connaître que veux-tu
-
-Descendre estimer mourir
-
-Puis l'élément femelle croix des inquisiteurs
-
-
-
-
-PLUTOT LA VIE
-
-
-Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les
-couleurs sont plus pures
-Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles
-voitures de flammes froides
-Que ces pierres blettes
-Plutôt ce cœur à cran d'arrêt
-Que cette mare aux murmures
-Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l'air et
-dans la terre
-Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la
-vanité totale
-Plutôt la vie
-
-
-Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
-Ses cicatrices d'évasions
-Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
-La vie de la présence rien que de la présence
-Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
-Je n'y suis guère hélas
-Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons
-mourir
-Plutôt la vie
-
-
-Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable
-Le ruban qui part d'un fakir
-Ressemble à la glissière du monde
-Le soleil a beau n'être qu'une épave
-Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
-Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
-Ou seulement en fermant les yeux sur l'orage adorable qui a
-nom ta main
-Plutôt la vie
-
-
-Plutôt la vie avec ses salons d'attente
-Lorsqu'on sait qu'on ne sera jamais introduit
-Plutôt la vie que ces établissements thermaux
-Où le service est fait par des colliers
-Plutôt la vie défavorable et longue
-Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
-Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
-Plutôt la vie
-
-
-Plutôt la vie comme fond de dédain
-À cette tête suffisamment belle
-Comme l'antidote de cette perfection qu'elle appelle et qu'elle
-craint
-La vie le fard de Dieu
-La vie comme un passeport vierge
-Une petite ville comme Pont-à-Mousson
-Et comme tout s'est déjà dit
-Plutôt la vie
-
-
-
-
-DU SANG DANS LA PRAIRIE
-
-
-_À Georges LIMBOUR_
-
-
-Ciel de verre cassé et de reines-marguerites
-À toi mon amour s'il y a une escarpolette assez légère pour
-les mots
-Les mots que j'ai trouvés sur le rivage
-Mes mains s'ensanglantent au passage des étoiles
-Ne dis rien
-D'après l'ombre des gants tu n'as pas à avoir peur
-Pour moi et pour tout ce qui ressemble
-Au survivant
-Lorsque je passe entre la nuit et le jour avec les menottes
-Je vois à une fenêtre mon enfant
-Mon enfant fait glisser à la surface de l'air des pierres claires
-ou bleues
-L'arête de poisson luit
-Et c'est l'œil
-Rien que l'œil de la soubrette un peu au-dessus du toit
-Il faut tuer à la marée montante
-Tuez-moi si vous voulez voir le Déluge
-Il y a encore d'autres barques que les étoiles sur mon sang
-Mon amour est une marelle
-Un palet de glace sur le mot Jamais
-
-
-
-
-FEUX TOURNANTS
-
-
-_À Max MORISE_
-
-
-La toge rousse qui recouvre les astres à carreaux
-Fait peine à toucher mais l'enterrement divin
-Que suivent les oiseaux à peine a-t-il lieu
-Que je vais de dégradation en dégradation
-
-C'est d'abord le vainqueur de la rue du chant des roseaux
-Qui remet son épée à l'ensablement des coeurs
-Puis la bougie à la flamme haute sur la portée
-De ma chambre qui baise la hache de licteur
-
-Il y a des péchés qui de même sont remis
-Aux jeunes femmes l'aspic regarde le sein
-Que seul il a dégrafé vraiment au monde
-Lui épine arrachée à la rose de l'air
-
-Puis le socle désert d'une statue de jongleur
-En proie maintenant aux papillons et à leurs satellites
-Les grandes fusées de sève au-dessus des jardins publics
-Et la mousse qui vient recouvrir ma table quand je dors
-
-Dans un bureau le coup de poing américain fait merveille
-Est-ce que nous ne nous baignons pas chaque jour dans notre
-sang
-L'oreille compte les jours les jolies marques de fabrique
-Mouette sur le dos des moutons de mer
-
-Ce sont des charges de cavalerie contre la nuit
-Éternellement rebelle Des frissons de lances
-Est fait l'ange qui veille sur la virginité terrible
-Pareil à la lumière électrique dans les arbres
-
-Tambour tambour è tout jamais voilé
-Une fée balaye les diamants de sa robe de genêts
-Histoire de moudre un grain plus doux que le café
-Qu'on te sert en grand mystère sur les fortifications
-
-
-
-
-SILHOUETTE DE PAILLE
-
-
-_À Max ERNST_
-
-
-Donnez-moi des bijoux de noyées
-Deux crèches
-Un prêle et une marotte de modiste
-Ensuite pardonnez-moi
-Je n'ai pas le temps de respirer
-Je suis un sort
-La construction solaire m'a retenu jusqu'ici
-Maintenant je n'ai plus qu'à laisser mourir
-Demandez le barême
-Au trot le poing fermé au-dessus de ma tête qui sonne
-Un verre dans lequel s'ouvre un œil jaune
-Le sentiment s'ouvre aussi
-Mais les princesses s'accrochent à l'air pur
-J'ai besoin d'orgueil
-Et de quelques gouttes plates
-Pour réchauffer la marmite de fleurs moisies
-Au pied de l'escalier
-Pensée divine au carreau étoilé de ciel bleu
-L'expression des baigneuses c'est la mort du loup
-Prenez-moi pour amie
-L'amie des feux et des furets
-Vous regarde à deux fois
-Lissez vos peines
-Ma rame de palissandre fait chanter vos cheveux
-Un son palpable dessert la plage
-Noire de la colère des seiches
-Et rouge du côté du panonceau
-
-
-
-
-[Illustration 02]
-
-
-
-
-DANS LA VALLÉE DU MONDE
-
-
-_À Joseph DELTEIL_
-
-
-Des animaux disjoints font le tour de la terre
-Et demandent leur chemin à ma fantaisie
-Qui elle-même fait le tour de la terre
-Mais en sens inverse
-Il en résulte de grands quiproquos
-La Chine est frappée d'interdit
-La péninsule balkanique est doublée par une partie du cortège
-Au levant seize reptiles étoilés à partir d'un feu
-Souterrain sont hissés au sommet d'un mât
-Agitateur du ciel
-L'approche des crinières blanches est saluée
-Par les feuilles lancéolées
-Dont le murmure accompagne ce poème
-Au dire d'un chanteur
-L'ombre des ailes des pattes des nageoires
-Suffit à la renommée
-L'azur condense les vapeurs précieuses
-Les singes marins
-Suspendus aux arbres de corail
-Et le rossignol qui vit dans les épaves
-Montrent le bois injecté de roses et de cocaïne
-Les marches d'ambre
-Qui mènent au trône des pensées
-Laissent couler le sang prismatique
-Les oreilles des éléphants qu'on prenait pour des pierres tombales
-Dans la vallée du monde
-Battent la mesure des siècles
-Plus près les femmes par-dessus les villes de chasubles et de
-cerises
-Les femmes poudrées par les fleurs
-Les femmes dont le troupeau est conduit par les animaux
-fabuleux
-Accusent de rigueur le principe
-Qui assimile les plantes spectrales
-L'amour à cinq branches l'hystérie flocon des appartements
-À la mort la petite mort l'héliotropisme
-
-
-
-
-MILLE ET MILLE FOIS
-
-
-_À Francis PICABIA_
-
-
-Sous le couvert des pas qui regagnent le soir une tour habitée
-par des signes mystérieux au nombre de onze
-La neige que je prends dans la main et qui fond
-Cette neige que j'adore fait des rêves et je suis un de ces rêves
-Moi qui n'accorde au jour et à la nuit que la stricte jeunesse
-nécessaire
-Ce sont deux jardins dans lesquels se promènent mes mains
-qui n'ont rien à faire
-Et pendant que les onze signes se reposent
-Je prends part à l'amour qui est une mécanique de cuivre et
-d'argent dans la haie
-Je suis un des rouages les plus délicats de l'amour terrestre
-Et l'amour terrestre cache les autres amours
-À la façon des signes qui me cachent l'esprit
-Un coup de couteau perdu siffle à l'oreille du promeneur
-J'ai défait le ciel comme un lit merveilleux
-Mon bras pend du ciel avec un chapelet d'étoiles
-Qui descend de jour en jour
-Et dont le premier grain va disparaître dans la mer
-À la place de mes couleurs vivantes
-Il n'y aura bientôt plus que de la neige sur la mer
-Les signes apparaissent à la porte
-Ils sont de onze couleurs différentes et leurs dimensions
-respectives vous feraient mourir de pitié
-L'un d'eux est obligé de se baisser et de se croiser les bras
-pour entrer dans la tour
-J'entends l'autre qui brûle dans une région prospère
-Et celui-ci à cheval sur l'industrie la rare industrie montagneuse
-Pareille à l'onagre qui se nourrit de truites
-Les cheveux les longs cheveux pommelés
-Caractérisent le signe qui porte le bouclier doublement ogival
-Il faut se méfier de l'idée que roulent les torrents
-Ma construction ma belle construction page ô page
-Maison insensément vitrée à ciel ouvert à sol ouvert
-C'est une faille dans le roc suspendu par des anneaux à la
-tringle du monde
-C'est un rideau métallique qui se baisse sur des inscriptions
-divines
-Que vous ne savez pas lire
-Les signes n'ont jamais affecté que moi
-Je prends naissance dans le désordre infini des prières
-Je vis et je meurs d'un bout à l'autre de cette ligne
-Cette ligne étrangement mesurée qui relie mon cœur à l'appui
-de votre fenêtre
-Je corresponds par elle avec tous les prisonniers du monde
-
-
-
-
-L'AIGRETTE
-
-
-_À Marcel NOLL_
-
-
-Si seulement il faisait du soleil cette nuit
-Si dans le fond de l'Opéra deux seins miroitants et clairs
-Composaient pour le mot amour la plus merveilleuse lettrine
-vivante
-Si le pavé de bois s'entr'ouvrait sur la cime des montagnes
-Si l'hermine regardait d'un air suppliant
-Le prêtre à bandeaux rouges
-Qui revient du bagne en comptant les voitures fermées
-Si l'écho luxueux des rivières que je tourmente
-Ne jetait que mon corps aux herbes de Paris
-Que ne grêle-t-il à l'intérieur des magasins de bijouterie
-Au moins le printemps ne me ferait plus peur
-Si seulement j'étais une racine de l'arbre du ciel
-Enfin le bien dans la canne à sucre de l'air
-Si l'on faisait la courte échelle aux femmes
-Que vois-tu belle silencieuse
-Sous l'arc de triomphe du Carrousel
-Si le plaisir dirigeait sous l'aspect d'une passante éternelle
-Les Chambres n'étant plus sillonnées que par l'œillade violette
-des promenoirs
-Que ne donnerais-je pour qu'un bras de la Seine se glissât sous
-le matin
-Qui est de toute façon perdu
-Je ne suis pas résigné non plus aux salles caressantes
-Où sonne le téléphone des amendes du soir
-En partant j'ai mis le feu à une mèche de cheveux qui est celle
-d'une bombe
-Et la mèche de cheveux creuse un tunnel sous Paris
-Si seulement mon train entrait dans ce tunnel
-
-
-
-
-LÉGION ÉTRANGÈRE
-
-
-Non je ne ferai pas l'éther dans la revue future
-Où les décors plantés dans la mer
-En pleine aurore boréale
-Comme toujours
-Le pommier reprendra son bien
-Je n'ai garde de confondre le baguier de la mer
-Et l'arcade sourcilière de Dieu
-Je ne suis pas seul en moi-même
-Pas plus seul que le gui sur l'arbre de moi-même
-Je respire les nids et je touche aux petits des étoiles
-En tant que personnage de la revue éternelle
-Mes sabots de feu ne font pas grand bruit
-Sur le parquet céleste
-Du ciel blanc qui fait la roue aux pieds de Junon
-Tombent les ramoneurs de l'orage
-Je pique les coursiers de mes sens
-Les uns sont montés par de belles amazones
-Les autres se cabrent au bord de précipices vermeils
-Il y a une loge en dehors des coulisses
-Une loge où la psyché redresse les branches qui plient
-Sous trop de fruits de bouches encore vertes
-L'immense tremblement des cils est dans le lustre
-On tire le canon tout près
-On emporte la statue du soleil sur un camion
-Ma jeunesse prend part à une retraite aux flambeaux
-Dans une île du Pacifique
-Elle monte entre les fusées de ce dauphin
-Immortelles de ma vie
-Fiancées du jour qui n'hésite plus
-
-
-
-
-MÉTÉORE
-
-
-_À Louis de Gonzague FRICK_
-
-
-C'est l'harmonie qui est à l'appareil
-Le cyclone reste en suspens sur le fleuve
-Comme deux paupières de vautour
-Voyez l'étamine de mes mains dans laquelle il y a une ville de
-l'extrême-orient
-Les myosotis géants les pousse-pousse d'amour
-Le carnaval des tempêtes part d'ici
-Je me tiens debout sur l'avant-dernier char
-J'espère que vous le baiser
-Vous paraîtrez
-Même en camisole de force
-La lueur qui pêche les cœurs dans ses filets
-Me demande l'heure
-Je réponds le temps de pêcher pour toi
-Pour moi celui d'agiter les mouchoirs et de tordre les poignets
-L'usine aux cheveux de trèfle
-L'usine où se plaignent les grandes rames à vif
-Redouble de foi quand je passe
-Les mains dans mes poches de grisou blanc et rose
-Je promets et ne suis pas capable de tenir
-L'atmosphère me demande conseil inutilement
-Le long des fils télégraphiques je fais mon apparition en robe
-fendue
-Sur ma tête se posent des pieds d'oiseaux si fins
-Que je ne bouge que pour les faire lever
-Je vis parquée dans les forêts
-D'où les nuages galants me font rarement sortir
-Misérable je fuis sur un quai parmi les caisses
-
-
-
-
-LIGNE BRISÉE
-
-
-_À Raymond ROUSSEL_
-
-
-Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
-Nous les pavés de l'amour tous les signaux interrompus
-Qui personnifions les grâces de ce poème
-Rien ne nous exprime au-delà de la mort
-À cette heure où la nuit pour sortir met ses bottines vernies
-Nous prenons le temps comme il vient
-Comme un mur mitoyen à celui de nos prisons
-Les araignées font entrer le bateau dans la rade
-Il n'y a qu'à toucher il n'y a rien à voir
-Plus tard vous apprendrez qui nous sommes
-Nos travaux sont encore bien défendus
-Mais c'est l'aube de la dernière côte le temps se gâte
-Bientôt nous porterons ailleurs notre luxe embarrassant
-Nous porterons ailleurs le luxe de la peste
-Nous un peu de gelée blanche sur les fagots humains
-Et c'est tout
-L'eau-de-vie panse les blessures dans un caveau par le
-soupirail duquel on aperçoit une route bordée de grandes patiences
-vides
-Ne demandez pas où vous êtes
-Nous le pain sec et l'eau dans les prisons du ciel
-Le jeu de cartes à la belle étoile
-Nous soulevons à peine un coin du voile
-Le raccommodeur de faïence travaille sur une échelle
-Il paraît jeune en dépit de la concession
-Nous portons son deuil en jaune
-Le pacte n'est pas encore signé
-Les sœurs de charité provoquent
-À l'horizon des fuites
-Peut-être pallions-nous à la fois le mal et le bien
-C'est ainsi que la volonté des rêves se fait
-Gens qui pourriez
-Nos rigueurs se perdent dans le regret des émiettements
-Nous sommes les vedettes de la séduction plus terrible
-Le croc du chiffonnier Matin sur les hardes fleuries
-Nous jette à la fureur des trésors aux dents longues
-N'ajoutez rien à la honte de votre propre pardon
-C'est assez que d'armer pour une fin sans fond
-Vos yeux de ces larmes ridicules qui nous soulagent
-Le ventre des mots est doré ce soir et rien n'est plus en vain
-
-
-
-
-TOURNESOL
-
-
-_À Pierre REVERDY_
-
-
-La voyageuse qui traversa les Halles à la tombée de l'été
-Marchait sur la pointe des pieds
-Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
-Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
-Que seule a respirés la marraine de Dieu
-Les torpeurs se déployaient comme la buée
-Au Chien qui fume
-Où venaient d’entrer le pour et le contre
-La jeune femme ne pouvait être vue d’eux que mal et de biais
-Avais-je affaire à l’ambassadrice du salpêtre
-Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons
-pensée
-Le bal des innocents battait son plein
-Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
-La dame sans ombre s’agenouilla sur le Pont-au-Change
-Rue Gît-le-Cœur les timbres n’étaient plus les mêmes
-Les promesses des nuits étaient enfin tenues
-Les pigeons voyageurs les baisers de secours
-Se joignaient aux seins de la belle inconnue
-Dardés sous le crêpe des significations parfaites
-Une ferme prospérait en plein Paris
-Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
-Mais personne ne l’habitait encore à cause des survenants
-Des survenants qu'on sait plus dévoués que les revenants
-Les uns comme cette femme ont l'air de nager
-Et dans l'amour il entre un peu de leur substance
-Elle les intériorise
-Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielle
-Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendre
-Un soir près la statue d'Étienne Marcel
-M'a jeté un coup d'oeil d'intelligence
-André Breton a-t-il dit passe
-
-
-
-
-LE SOLEIL EN LAISSE
-
-
-_À Pablo PICASSO_
-
-
-Le grand frigorifique blanc dans la nuit des temps
-Qui distribue les frissons à la ville
-Chante pour lui seul
-Et le fond de sa chanson ressemble à la nuit
-Qui fait bien ce qu'elle fait et pleure de le savoir
-Une nuit où j'étais de quart sur un volcan
-J'ouvris sans bruit la porte d'une cabine et me jetai aux pieds
-de la lenteur
-Tant je la trouvai belle et prête à m'obéir
-Ce n'était qu'un rayon de la roue voilée
-Au passage des morts elle s'appuyait sur moi
-Jamais les vins braisés ne nous éclairèrent
-Mon amie était trop loin des aurores qui font cercle autour
-d'une lampe arctique
-Au temps de ma millième jeunesse
-J'ai charmé cette torpille qui brille
-Nous regardons l'incroyable et nous y croyons malgré nous
-Comme je pris un jour la femme que j'aimais
-Nous rendons les lumières heureuses
-Elles se piquent à la cuisse devant moi
-Posséder est un trèfle auquel j'ai ajouté artificiellement la
-quatrième feuille
-Les canicules me frôlent
-Comme les oiseaux qui tombent
-Sous l'ombre il y a une lumière et sous cette lumière il y a deux
-ombres
-Le fumeur met la dernière main à son travail
-Il cherche l'unité de lui-même avec le paysage
-Il est un des frissons du grand frigorifique
-
-
-
-
-À RROSE SÉLAVY
-
-
-«_André Breton n'écrira plus._»
-(Journal du Peuple--Avril 1923)
-
-J'ai quitté mes effets,
-mes beaux effets de neige!
-
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of Clair de terre, by André Breton
-
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