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If you are not located in the United States, you'll -have to check the laws of the country where you are located before using -this ebook. - - - -Title: Vocabulaire, Poèmes - -Author: Jean Cocteau - -Release Date: September 26, 2019 [EBook #60366] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOCABULAIRE, POÈMES *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images -generously made available by Hathi Trust.) - - - - - -JEAN COCTEAU - -VOCABULAIRE - -POÈMES - -PARIS - -ÉDITIONS DE LA SIRÈNE - -39, Boulevard Malesherbes - -1922 - - -À - -Francis Poulenc -Darius Milhaud -Arthur Honegger -Louis Durey -Georges Auric -Germaine Tailleferre - - - -TABLE DES MATIÈRES -HOTEL DE FRANCE ET DE LA POÉSIE -STOP -SONNET DE LA BAIGNEUSE -LA MORT DE L'AMIRAL -MIROIR DES SPORTS -PIÈCE DE CIRCONSTANCE -UN BONJOUR D'ARCACHON -TRILLES -OBJET DIFFICILE À RAMASSER -MYOSOTIS -SOUVENIR DE NAPLES -CIEL D'AVRIL -ÉCUME DE MER PAIN ENCHANTÉ -LA BELLE BLEUE -EN VOILÀ UNE SURPRISE -PLACE D'OMBRE -LES AMANTS DE VENISE -AURORE -AMOUR -MISS AÉROGYNE, FEMME VOLANTE -BAIGNEUSE -MARINE -MORT D'UN CYGNE -IDOLE -CHEVEUX D'ANGES -COUTUMES DU NORD - -LE MIRLITON D'IRÈNE -ROSIER -FRUIT -CHAT -VÉSUVE -TROUVILLE -PRISE SUR LE FAIT -ACCORDÉON -MINUIT -LES CHEVEUX GRIS, QUAND JEUNESSE LES PORTE... -DOS D'ANGE -LES CHIENS ABOIENT DE PRÈS... -LE PARISIEN -LE POÈTE DE TRENTE ANS -NOCTURNE -LES YEUX DOUX -DIEU VOIT DERRIÈRE SA NUIT... -L'INCENDIE -DE CHANTER AMOUR QUI NOUS MORD... -À FORCE DE PLAISIRS... - -TOMBEAUX -DE SAPHO -DE SOCRATE -DE NARCISSE -D'UN FLEUVE -DE DON JUAN -DU CHIEN D'ALCIBIADE -LES MESAVENTURES D'UN ROSIER -ALERTE -LA PEUR DONNANT DES AILES AU COURAGE -ANGÉLUS -PANOPLIE -MIRACLES -GABRIEL AU VILLAGE -CANNE DE JONC -LES OISEAUX SONT EN NEIGE -EMBOUCHURE DES PENSÉES DIVINES -ROSIER SAUVAGE -CONTREBANDE -LA CABANE ABANDONNÉE -PRIMEURS CRUELLES -COSTUME DE SPORT -CHANGEMENTS À VUE -CALENDRIER MÉCANIQUE -LES ANGES MALADROITS... -ARCHE -MOUCHES, DISTRACTIONS -SONNET -GRECO -L'ENDROIT ET L'ENVERS -M'ENTENDEZ-VOUS AINSI? - - - - -HOTEL DE FRANCE ET DE LA POÉSIE - - -Arbre, bocal d'oiseaux, feu de bengale -entre les îles! -Le soleil fait chanter les tramways dans la ville. -Le ciel est un marin assis sur les maisons. - -En soi même noyé Narcisse, -N'aime pas les glaces d'hiver. -Les anglais écrivent des vers -Comme il leur pousse du gazon; -Souvent nagent mieux que narcisses -Entre deux eaux, entre deux draps; -Et le cygne qui dort le menton sur son bras -Plus blanc que la neige de Suisse. - -Flamme, petit poisson ronge du lampion. -Orchestre par dessous, le vent venu des îles, -Met le feu, aussitôt de terribles lions -Sortent, qui se cachaient dans le bocal fragile. -L'arbre et l'aérostat se dépassent chacun; -Alors le carnaval des pompiers fend la foule. -Parfois une maison, une rose s'écroulent, -En soulevant une colonne de parfum. - -Mon cœur tourne à l'envers du vôtre, c'est la vie. -Ce manège fait mal au cœur. Oh! que j'ai mal. - -L'âme de votre fils va vous être ravie -Jeune mère, si Tong l'enferme dans la malle. - -Le fils que l'éventail fait revoir à sa mère -Et que l'aide chinois ramène à son fauteuil -Ne parle plus jamais... Il périra en mer. - -Dans le théâtre, un arbre avec toutes ses feuilles; -L'arbre dormait debout, couronné d'émeraude. - -Lâchez tout! -Gambetta part en ballon captif. - -Montgolfière d'amour, monte dans la nuit chaude -Les étoiles, chacune indique les récifs. - -Vieux ascenseurs fanés dont se penche la tige, -D'être ailleurs étendu, toute l'âme à l'envers, -Le décapité voit un drôle d'univers; -Son corps, en un clin d'œil, succombe à ce vertige. - -Irai-je en un miroir où nous recommençons, -Engloutir le poitrail fabuleux du quadrige -De cuirassiers mourant parmi les écussons. - -Il est des jours, la mer, pour enjôler le mousse, -Lui découvre ses lits, agite ses dessous, -Débouche bruyamment un champagne qui mousse, -Mauvais livre de poche acheté quatre sous. -(Ses yeux, demain, feront sourire l'équipage) - -Ballon! bocal d'oiseaux légers pris au filet. - -Le manège à vapeur enroule son voyage; -On ne monte plus: C'EST COMPLET. - -Voici qu'on dépose l'actrice -Et son ventriloque inhumain; -Pour cacher quelque cicatrice -Elle effeuille ses vieilles mains. -Une anglaise qui l'avait prise -Pour Venise, part pour Venise; -Elle se suicide en chemin. - -Adieu, bocal, vélocipèdes! -Fantômes de visage en feu; -La nuit n'a pas assez d'éloges -Pour le palais du mal de mer; -Ses opéras d'or et ses loges -Roulent sur les vagues de l'air. - -Au milieu chante la sirène -À cheval. Son visage vert -Est transparent comme le verre, -Sa robe en velours rouge traîne -Dans les moulures de la mer. - -Parfois on la voit à l'envers -Si elle plonge les mains jointes, -Car les sirènes sont des saintes. - -D'autres sirènes ont des ailes -Et des becs de chauve-souris; -D'autres nagent sous des ombrelles -Et on meurt si elles sourient. - -Perle! perles, je vous rapporte -Du fond des miroirs machinés; - -Jeunesse, épave des mers mortes, -Miroirs déformants de l'amour -Où chacun cherche à se puiser; - -Une femme, une aérogyne, -En nous envoyant des baisers -Faisait de gracieux mensonges; - -Elle a découvert la machine -Qui permet de voler en songe; - -C'était simple comme bonjour. - - - - -STOP - - -Beaux clowns vous êtes fox-terriers. -Le sucre et les maisons de plâtre, -Sans la chaleur de nos théâtres -Seraient le tombeau des guerriers. - -Si la palme qui nous apporte -Le plus doux mal de la mer -N'est pas un geste de morte, -Vienne l'antique steamer. - -Le soleil du ciel d'Europe, -Dorant les galons du chef, -Fait grandir le télescope, -Ô boussole: fleur des nefs. - -Moi je reste au bord de la vague, -Laissant des mousses de savon -Sale, et toute une barbe d'algues -Sur le sable où nous écrivons. - -Chaque matin, mon capitaine, -Vous jetez des bouteilles d'encre -Pour votre compagne lointaine. -Vous feriez mieux de jeter l'ancre. - - - - -SONNET DE LA BAIGNEUSE - - -Ce torse debout n'ose encore -Être, nu, ce dont il a l'air, -À savoir le haut d'un centaure -Dont la croupe serait la mer. - -D'une rose où cesse la chair -Que quelque frisuree décore, -Commence le pelage vert; -Mais un même sang les colore. - -Pauvre fille des semi-dieux -Combien vous aimeriez mieux -Pour une baigneuse être prise, - -Par trop, feignant d'avoir quitté -Notre terre et votre chemise. -Infidèle à l'antiquité. - - - - -LA MORT DE L'AMIRAL - -Les savons, -les neiges, -la rage, -le rire du cheval sauvage, -sortant nu de chez le barbier. - -Nos mains, capucines de l'âtre, -et le couteau de la colombe -et la momie en son herbier - -et l'amiral debout: il sombre -comme un rideau de théâtre, -applaudi par tout le rivage. - - - - -MIROIR DES SPORTS - - -Grands yeux, l'orage vous fait voler bas. -Sous le piston d'amour Bastien caracole. -Paris, joli voyou qui se frotte le bras, -Mélancoliquement après la Haute-École. - -Coureurs, nageurs, orgueil des berges de Paris, -Parfois votre faiblesse est votre pire audace! -À cheval sur un cœur, cycliste, tu souris, -Dans les pneus enroulés comme le cor de chasse. - -Grands yeux, l'orage vous fait voler bas. -Le drapeau du lavoir était de la partie. -Vénus! chatouille un peu, sans chemise et sans bas, -Le cycliste rêvant, la main sur ses parties. - - - - -PIÈCE DE CIRCONSTANCE - - -Gravez votre nom dans un arbre -Qui poussera jusqu'au nadir. -Un arbre vaut mieux que le marbre, -Car on y voit les noms grandir. - - - - -UN BONJOUR D'ARCACHON - - -Une cage de poissons rouges -Tombe des cieux infidèles. -Votre tonnerre déjà bouge -Dans l'écurie des hirondelles. - -La gondole est une autre seiche, -Parfois veuve instantanément, -Lorsque l'attaque avec sa bêche -Quelque féroce garnement. - -Dans un élégant sarcophage -Voyez descendre, au fil de l'eau, -(Ce jeu convient-il à votre âge) -La belle rameuse en maillot. - -Tous plaisirs ce temps les empêche; -Mais, si nous ne l'effarouchons, -Elle apportera de la pêche: -Un cœur, souvenir d'Arcachon. - - - - -TRILLES - - -Plis de l'eau, les giroflées -Ou pantoufles de demoiselles. - -Ils en eurent les mains enflées -De trop courir après elles. - -Le varech, tabac d'Angleterre, -Entre l'Océan et la terre -Charme les canotiers bien mis. - -Une petite vague fume -Sa première pipe d'écume; - -Nous sommes ses meilleurs amis. - - - - -OBJET DIFFICILE À RAMASSER - - -Les chats enrubannés, les casquettes de chasse, -Les coquelicots et les confettis; -Que voulez-vous que la modiste fasse -Avec le Tour de France, trop petit. - -Comme la plume au vent, les mains d'après nature -Blessent ton cœur, bel inconnu. -Qu'il prenne garde à la peinture; -Car le zèbre est Arlequin tout nu. - - - - -MYOSOTIS - - -Pipe au coeur de cendre si tendre -Qu'il plonge en ton champagne amer -Mer matinale aux pieds d'éponge, -Un souvenir de Saint-Omer. - -Un matelot coupe une orange: -C'est la mer rouge. Le rideau -Fait l'autre matelot un ange -Ayant ses voiles dans le dos. - -Qu'il entre, Marie, et qu'il parte -Jouer ailleurs son seul atout: -Il a mis du bleu sur les cartes, -Et son col de l'ancre partout. - - - - -SOUVENIR DE NAPLES - - -Le Paradis, tombant, s'était cassé dans l'ombre. -Les coups de pistolet, d'où naissent les colombes, -Faisaient mille marins s'envoler des vaisseaux, -Pour chercher, à tâtons, ses chiffres, ses morceaux. - -On accrochait partout des balcons, des échelles; -Les femmes, n'ayant rien à se mettre sur elles, -Appelaient au secours de leur lit aux pieds d'or; -Les matelots entraient et changeaient le décor. - -Une morte, riant dans son cercueil de verre, -Conduisait les chevaux de son char, ventre à terre; -(Ce char appartenait au marchand de coco.) -C'était Herculanum, Pompéï, Jéricho. - -Jamais je n'ai rien vu de plus fou sur la terre. - - - - -CIEL D'AVRIL - - -Bengalis babillards -fleur de vélo l'ombre des cages -la vague est une cloche à melons -sous laquelle -ondine, te besogne un bras rameur nu rose - -Charme les pneus si tu l'oses! -Saut du lit -billard du printemps. - - - - -ÉCUME DE MER PAIN ENCHANTÉ - - -Le gant rouge du crime* Le cortège du serpent* Sa tête qui est un -revolver* La gangrène* Le jeune marin qui colle un timbre* As de -trèfle* Oh! mon Dieu! que fait-il de son pouce? il se condamne à -mort* Vénus, toute rose, assise dans mille calèches démolies contre -la muraille* La menthe, le bluet, le tambour, la grenadine* Et le -pain enchanté qui s'envole par dessus le toit. - - - - -LA BELLE BLEUE - - -L'ouverture du ciel faisait Ah! en feu d'artifice cœur parachute -bleu bouche ouverte on lui voit le ciel étoilé jusqu'au fond de la -gorge et s'il fait Ah! et Oh! tout Dieu tombe avec lenteur comme -un rideau d'Opéra. - - - - -EN VOILÀ UNE SURPRISE - - -N'ayez pas peur, explorateur! L'explosion de salpêtre babil, -c'étaient cent mille canaris dans la grotte en miroirs à devenir -sourd. Le chasse mouches, petit balais, petit chasse bouche malais, -qui rafraîchit tout le palais, comme une menthe mon palais. - - - - -PLAGE D'OMBRE - - -Quand le tonnerre cessa, il roucoulait. Dieu descendit, et dans le -crêpe espagnol apparut la rose tuée. C'était le cœur du toréador, -planté sur la corne du porte-manteau. - - - - -LES AMANTS DE VENISE - -_Fête galante_ - - -Un Londrès retrouve la bague -Sous les arbres. Pianos d'ombre. - -Si se détache votre cendre -Mon avenir se divulgue. - -Ô Musset! Ô Georges Sand! -Ô Venise! vieille guitare -Pleine de musique et d'eau, - -Un simple tremblement de terre -Brouillera tes dominos. - - - - -AURORE - - -Par file à droite! - -Le feu du cabinet particulier était un buisson d'écrevisses. - -Chaque cavalier attribue secrètement à une dame le nom d'Ida. -Le prince dé Monaco accroche des insignes de Touring-Club, des -cravates blanches, des fausses moustaches. La rose, messieurs, -dit-il, est le pétard du matin! C'est aussi la roulette à dormir -debout sur la mer. - -Les touristes se relayent. Ils échangent leurs alpenstocks contre -des vélocipèdes. Le coq chante. Et chacun rentre chez soi. - - - - -AMOUR - - -Le cœur, une éponge avalée, -Effacera la craie du coq. -La crête en ardoise salée, -L'océan y casse des bocks. - - - - -MISS AÉROGYNE, FEMME VOLANTE - - -Pigeon vole! Aérogyne. -Elle ment avec son corps -Mieux que l'esprit n'imagine -Les mensonges du décor. - -Aérogyne, pigeon vole! -Rêve, allège le dormeur lourd; -Eloa, dompteuse d'Eole, -Dans un océan de velours. - - - - -BAIGNEUSE - - -Bon nègre, ce qui vous effarouche, -C'est de croire madame nue en plein air; -Or c'est son éventail en plumes d'autruches -Que vous prenez pour l'écume de mer. - -L'océan n'est pas un troupeau d'autruches. -Bien qu'il mange des cailloux, des algues; -Ce serait facile de devenir riches -En arrachant toutes les plumes des vagues. - -Ses initiales sont sur l'éventail; -Il ne s'agit pas de sable par terre. -Ne voyez-vous pas d'où s'élance sa taille? -C'est le bal de l'ambassade d'Angleterre. - - - - -MARINE - - -Bouteilles vous cassez sur la mer vos tessons. -Le mur, méchante mer en tessons de bouteilles. -À la pipe réclame un nuage s'essaye. -Et, du reste, la mer est le ciel des poissons. - - - - -MORT D'UN CYGNE - - -_Aux yeux ouverts la -dentelle en marche_ - - -Rameurs vous empoignez la morte, -Debout dans ses plis orageux. -Des oiseaux migrateurs l'escorte -Où jamais aucun ne dit: Je. - -Tors-toi le cou, noble statue -De sel, vite retourne-toi; -Car la jeunesse qui nous tue -Se sauve ensuite par le toit. - -Jeunesse ne montre sa tête, -Mais à ce couteau dans mon sein, -Ce couteau d'un tir de la fête, -On devine un jeune assassin. - -Du ciel la perle est maladie. -Oh! venez, plongeurs ou rameurs. -À ma touchante mélodie, -N'entendez-vous pas que je meurs? - -Un nœud embaumé se dénoue, -Lâche ses pourpres et son miel, -Car un ange qui fait la roue -Est frappé par le feu du ciel. - -Nuage en croix êtes-vous Gilles, -Écartant ses bras de satin, -Ou Gilles de Retz, plus agile -À rougir le ciel du matin? - -Les hauts nuages sont Europe -Qui vogue, ils sont aussi cheval. -Souvent le naïf télescope -Y découvre un combat naval. - -Ouvre ton éventail de plumes -Onde cruelle à qui je plus -Déjà je fonds, je suis écume... -Bientôt je ne chanterai plus. - - - - -IDOLE - - -Toutes ses vieilles cicatrices -Terre -font le charme -de ta figure de guerrier - - - - -CHEVEUX D'ANGES - - -Aïe! Les anges s'accrochent les cheveux dans l'arbre de Noël. -Leurs jupes flambent comme du papier de soie. Aussi ont-ils peur -des bougies, des bûches. Quelquefois la fiancée de l'aviateur lui -ôte un cheveu d'ange. Il existe même une figure de cotillon appelée: -CHEVEUX D'ANGES. Les cavaliers s'asseyent; les dames crient à tour -de rôle: Cheveux d'ange! Cheveux d'ange! Aussitôt les cavaliers -se lèvent et s'envolent. - -Les anges sont soldats, boxeurs nègres, matelots, championnes -de tennis. Après leur mort on les enterre sous l'Arc de Triomphe. - -TOUS LES QUINZE JOURS JE CHANGE DE SPECTACLE - - - - -COUTUMES DU NORD - - -Prisonnier de quelque banquise, -Passe, debout, l'amiral mort. - -Cygne dont la voix est exquise, -Meurs en scène comme un ténor. - -L'amiral, par la force acquise, -Se promène en la mer du Nord -Depuis cent ans, chamarré d'or. - -Ici, Carolines, Marquises, -Sont vitrines de costumier. -L'amiral tient sa longue-vue; -Ainsi, Napoléon premier -Passait ses grognards en revue. - -Mais ici grognards sont les ours, -Buvant du lait, faisant l'amour. - -Sa veuve est morte sans nouvelles -Et l'amiral se meurt d'ennui, -N'ayant aucune lettre d'elle -À lire au soleil de minuit. - -La nuit, quelquefois, les étoiles -Ont faim. On allume du bois -Sur la neige. Les chiens aboient. -On fait aussi feux de bengale, -Feux de la Saint-Jean, feux de joie, -Pour sauver le traîneau à voiles. - -Le matin, les gens étonnés -Ont des binocles, des faux nez, -Ignorant tout du Carnaval, -Des règles du combat naval -Qui dure toute la journée. - -Des danseurs, chaussés de patins -Et portant des manchons d'hermine -Valsent sur la glace sans tain, -Y écrivent le nom d'Hermine -Qu'un joli paraphe termine. - -Simple programme de matin. - -Le soir, les loups du ciel s'allument, -Le traîneau stoppe de nouveau -Devant le passage-à-niveau. - -Ce sont là, du Nord, les coutumes. - - - - -LE MIRLITON D'IRÈNE - - - - -ROSIER - - -Afin que leur fantaisie -Ne soit pas que du carton, -Rosier de la poésie, -Grimpe autour des mirlitons. - - - - -FRUIT - - -Un lampion du dimanche, -S'il est mûri par le vent, -Peut mettre le feu aux branches; -Il faut le cueillir avant. - - - - -CHAT - - -Le feu: jolis poissons rouges, -Endormait le chat fermé. -Si, par mégarde, je bouge, -Le chat peut se transformer. - -Il ne faut jamais que cesse -Le rouet des vieilles tours; -Car se changer en princesse -Est le moindre de ses tours. - - - - -VÉSUVE - - -Naples, ses tarentelles -Montrent son joli pied; -Mais la belle en dentelles -Fume comme un troupier. - - - - -TROUVILLE - - -L'océan, comme émeraude. -A certes quelques défauts; -Mais la baigneuse nigaude -Aime mieux les bijoux faux. - - - - -PRISE SUR LE FAIT - - -Jeu de cartes -ou éventail? - -Elle triche. - - - - -ACCORDÉON - - -Accordéon, cheval de fiacre, -Le dernier soupir arraché, -Tu meurs, en riant de la nacre, -Sur les genoux de ton cocher. - - - - -MINUIT - - -L'enfant dort. -À Noël il fait semblant. -(Jeune mère cela vous met à l'aise.) -À côté veille, assis sur la chaise, -Son ange gardien, ramoneur blanc. - - - - -LES CHEVEUX GRIS, QUAND JEUNESSE LES PORTE... - - -Les cheveux gris, quand jeunesse les porte, -Font doux les yeux et le teint éclatant; -Je trouve un plaisir de la même sorte -À vous voir, beaux oliviers du printemps. - -La mer de sa fraîche et lente salive -Imprégna le sol du rivage grec, -Pour que votre fruit ambigu, l'olive, -Contienne Vénus et Cybèle avec. - -Tout de votre adolescence chenue -Me plaît, moi qui suis le soleil d'hiver, -Et qui, comme vous, sur la rose nue, -Penche un jeune front de cendres couvert. - - - - -DOS D'ANGE - - -Une fausse rue en rêve -Et ce piston irréel -Sont mensonges que soulève -Un ange venu du ciel. - -Que ce soit songe ou pas songe, -En le voyant par dessus -On découvre le mensonge, -Car les anges sont bossus. - -Du moins bossue est leur ombre -Contre le mur de ma chambre. - - - - -LES CHIENS ABOIENT DE PRÈS... - - -Les chiens aboient de près et de loin le coq chante. -C'est votre façon d'être, ô campagne méchante. -Mais Avril change tout le lendemain matin, -Fait aux arbres fruitiers mâtures de satin, -Sur vigne et papillon frotte le même soufre, -Augmente le soleil sans que la terre en souffre, -Dans le vin de la rose enivre les bourdons, -Et d'amour dénoué réunit les cordons. - -Ainsi chante un poète aimé des dieux farouches, -Et qui, comme Janus, possède plusieurs bouches. - - - - -LE PARISIEN - - -Ton ingénuité met un genou en terre, -Brebis de toison d'or, lainage d'Angleterre! - -Ile faite en ardoise, en pelouse et en fleurs, -Depuis toujours la Manche efface votre craie. - -Pour endormir un coq de toutes les couleurs, -Il suffit de tracer lentement une raie -À la craie. Aussitôt, sans forces, laisse choir -Le coq son bec orné de rouges testicules. - -Souvent coqs de combat craignent le ridicule, -Mais un coq endormi reste sur son perchoir. - -Londres! que de maisons faciles à confondre. -Londres mieux que la craie ou le pavot endort; -Elle a ses chapeliers et ses poètes morts. -Je n'étais pas heureux à Londres. - -Je ne me sentis à mon aise qu'au retour, -En revoyant Paris fait comme un tour de cartes, -Les boulevards, la Seine petite et la Tour -Eiffel qui les jambes écarte. - - - - -LE POÈTE DE TRENTE ANS - - -Me voici maintenant au milieu de mon âge, -Je me tiens à cheval sur ma belle maison; -Des deux côtés je vois le même paysage, -Mais il n'est pas vêtu de la même saison. - -Ici la terre rouge est de vigne encornée -Comme un jeune chevreuil. Le linge suspendu, -De rires, de signaux, accueille la journée. -Là se montre l'hiver et l'honneur qui m'est dû. - -Je veux bien, tu me dis encore que tu m'aimes, -Vénus. Si je n'avais pourtant parlé de toi, -Si ma maison n'était faite avec mes poèmes, -Je sentirais le vide et tomberais du toit. - - - - -NOCTURNE - - -Rose en hiver ailleurs partie -Dites où vous avez été. -L'Europe aux couleurs assorties -Change la place des étés. - -La rose, dont souvent je parle, -Orne avec l'ancre et le pompon, -Vénus faite comme une perle -Et pliant toujours ses jupons. - -Ce compromis de chair, d'écume, -Forme les plus étranges nœuds -Entre les poissons épineux -Et, Vénus, vos ramiers de plume. - -Dans le bocage de mes os, -Dans l'arbre bleu de mes artères, -Mêlez-vous, fleurs, poissons, oiseaux, -Si mal réunis sur la terre. - - - - -LES YEUX DOUX - - -Tristesse, engrais de mes bonheurs. Il nous termine, -Ce grillage, partout sorti des encriers. -Napoléon, apiculteur aux gants d'hermine -Le jour du sacre, avec un bonnet de lauriers -Et des pantoufles de nacre. - -Cygne mourant, si doux à entendre crier, -Fais le sang noir en quoi sont écrites ces lignes. - - - - -DIEU VOIT DERRIÈRE SA NUIT... - - -Dieu voit derrière sa nuit de pommiers debout. - -Dépêchons-nous, faisons le gros dos et fuyons; -C'est la neige du Sphinx, la tourmente de sable; -C'est le mica d'asphalte et la grêle d'amour. - -Quelque chose de Dieu serait-il périssable -Qu'il redoute la jungle où boivent les lions? - -La nuit d'Avril est votre prie-Dieu, Sainte-Vierge! -On en ferait le tour sans recevoir de boue. - -Pour combien, pour combien, Vierge, de millions -De diamants volés et de larmes de mères -Dans ta corbeille ronde où tout tient à l'envers. - -Ces lions, ce sont les lionnes de la mer, -S'aplatissant, sautant, léchant les espadrilles. - -Voyez-vous s'approcher un marin porte-cierge, -Les femmes du village et quatre bataillons? -Ils jouaient la trompette et dansaient le quadrille -Et semaient leurs enfants mâles dans tes sillons. - -Aussi repousse-t-il des navires, des voiles, -Et toujours au zénith de nouvelles étoiles. - - - - -L'INCENDIE - - -Joyeux épouvantail! Quel drame. Les cerises -(Celles du haut surtout) en perdent la raison. -Quoi, la pure Aglaé d'un pompier s'est éprise -Et cet amour est su de toute la maison. - -Pour ses larmes, maison, pardonne lui sa faute; -Car elles ont fait fuir le diable du quartier. -Tout bas elle pleurait. Grâce à l'amour, sa haute -Et puissante douleur délivre le fruitier. - - - - -DE CHANTER AMOUR QUI NOUS MORD... - - -De chanter amour qui nous mord -Le cœur, je ne sens nulle envie, -Il occupe toute ma vie. -Non. J'aime mieux chanter la mort. - -Comme eut grande soif de lui-même, -Narcisse, penché sur une eau -Où se voyait de bas en haut, -Donnant, recevant le baptême, - -Je pense à cet amour complet -Que sera ma mort, à cet ange -Qui, d'un coup d'avirons, mélange -L'original et le reflet. - -Afin que le tour réussisse -Il ne faut pas trace de sang, -Et Narcisse disparaissant -Ôte le reflet de Narcisse. - -Car si l'ange manque le tour, -Hélas! ce qui souvent arrive, -Narcisse n'est plus sur la rive, -Son reflet reste et meurt d'amour. - -Certain silence nous dénonce -Plus que des cris. Niaise Echo -Que cherchez-vous le long de l'eau -Courante, nymphe au cœur de bronze? - -Ce parfum de petite fleur -Blanche, vous fait rougir de honte; -Si vous croyez ce qu'on raconte -Vous jouez deux fois de malheur. - -Vous ne savez pas vous y prendre, -Echo! Patientez un peu: -L'eau fraîche n'éteint pas le feu -Dont Narcisse est la salamandre. - -Vous mentez selon le décor, -Soit dit sans vous faire un reproche; -Ne cassez pas contre une roche -Votre voix. Elle vaut de l'or. - -Répétez tout! c'est de votre âge. -Narcisse, invisible à nos yeux, -Désirait se connaître mieux: -Il habite enfin son image. - - - - -À FORCE DE PLAISIRS... - - -À force de plaisirs notre bonheur s'abîme. -Que faites-vous de mal, abeilles de ma vie? -Votre ruche déserte étant maison de crime, -Je n'ai plus, d'être heureux, ni l'espoir, ni l'envie. - -Sous un tigre royal, la rose aux chairs crispées, -Meurt de peur; il est vrai que ce tigre a des ailes. -Mais l'ange gardien qui casse nos poupées, -A des ailes aussi comme une demoiselle. - -Les anges, quelquefois, tachés d'encre et de neige, -Car ils font leur journal à la polycopie, -Leurs ailes sur le dos, s'échappent du collège, -Volant un peu partout, plus voleurs que des pies. - -La neige est vite marbre aux mains prédestinées; -Du marbre au sel Vénus connaît la route blanche, -Et du sel à la chair enfin la voilà née -Sur la plage où chacun se baigne le Dimanche. - -Mais, sachant les détours de la chair aux statues, -Vénus s'endort debout et se réveille au Louvre. -Elle ne risque rien. Chaque fois qu'elle tue, -C'est seulement mille ans après qu'on la découvre. - -Endormez-vous au bruit de la machine à coudre -Enfance, cœur cruel amoureux des supplices. -Voici la guêpe morte et l'odeur de la poudre -Et les soleils cloués pour vos feux d'artifice. - -Christ, larrons, cloués haut en face du village. -La veille, les soldats jouaient de la musique; -On attendait le soir, on redoutait l'orage, -Et leur mort écrivait: VIVE LA RÉPUBLIQUE. - -D'un seul soupir d'amour vit et meurt la fusée. -Elle ouvre ses yeux bleus: ainsi chante le cygne. -Mais voyant de sa mort une foule amusée -Les referme, rend l'âme et tombe dans les vignes. - -Souvenirs de campagne, ah! laissez-moi tranquille; -De la rose du soir ne soyez pas le chancre. -J'ai le vertige en haut des maisons de ma ville, -Mon ombre se répand de moi comme de l'encre. - -Voici le miel que font mes abeilles, c'est l'ombre -Qui me vide. Je suis plus léger que le liège -Plus léger que l'écume, et cependant je sombre, -Entraîné par Vénus et par l'homme de neige. - - - - -TOMBEAUX - - -DE SAPHO - - -Voici, toute en cendres, Sapho, -Dont ce fut le moindre défaut -D'aimer, Vénus, les coquillages -Que vous entr'ouvrez sur les plages. - -Le feu qu'elle éteint dans la mer -N'était pas la flamme des cierges; -Comme fleurs rougissent les vierges, -Sapho rougit comme le fer. - -Ce feu dont ne reste que poudre, -Tua jadis une cité. -Mais soyons justes, car la foudre -Y tomba d'un autre côté. - -Non. Sapho vous apprit à lire, -Vierges, dans son propre roman; -Elle repose maintenant -Entre les jambes de sa lyre. - -Sur ce beau corps mélodieux -Elle repose chez les dieux: -Sapho, déesse médiane -Entre Cupidon et Diane. - - - - -DE SOCRATE - - -Ce qui distingue cette tombe -Des autres, soit dit en passant, -C'est que n'y viennent les colombes, -Mais, parfois, deux agneaux paissant. - -Visiteuse, que ne vous vexe -Ce sage victime des sots: -C'est la grâce de votre sexe -Qu'il aimait chez les jouvenceaux. - - - - -DE NARCISSE - - -Celui qui dans cette eau séjourne -Démasqué, vécut s'intriguant. -La mort, pour rire, le retourne -À l'envers, comme un doigt de gant. - - - - -D'UN FLEUVE - - -Aglaé, sœur d'Ophélie, -Prise sans en avoir l'air -Par son mal, par sa folie, -Va se jeter dans la mer. - - - - -DE DON JUAN - - -En Espagne, on orne la rue -Avec des loges d'opéra. -Quelle est cette belle inconnue? -C'est la mort. Don Juan l'aura. - - - - -DU CHIEN D'ALCIBIADE - - -Plus d'un, qui dans la sombre barque, -Traversa le fleuve de mort, -Aurait voulu qu'on le remarque -Pour le contraire de ton sort. - -Maintenant, à la mort fidèle, -Dédaigne ton maître inhumain: -Couche-toi, sans queue, auprès d'elle, -Médor, et lèche-lui la main. - - - - -LES MESAVENTURES D'UN ROSIER - - -Rougis des Hespérides! -Et des formes que prend -Le diable au Paradis. - -Verges que Noël pose -Dans les sabots, quel feu! -Quelle eau! - -Un radis, c'est la rose -En bouton, à l'envers -Dans le tombeau. - -Pour tenir chaud l'hiver -Penche l'arbre des pommes -Sur ce rosier. - -La rose sans épines, -Dépêchez-vous, garçons; -Elle se ride. - -Prenez garde à la berge. -Dans le fleuve de verre -Bouge l'ondine, - -Qui mollit les bâtons -Et les montre cassés -Si on l'agace. - -Et si change de place -Le rosier en boutons, -La source rit. - -Sur sa mousse un pleur d'or -Toucherait-il ce chêne -Au cœur chenu? - -Pas même, source blanche, -Larmes du marbre nu -Qui sortent. - -Et la rose, la rose -Qui veut imiter l'arbre, -C'est un peu fort! - -Une moindre secousse -Dénonce le pari -Champêtre. - -Ne laisse pas la voile -Encor, bateau timide, -Cacher ton mât. - -Car chaque fois qu'il penche, -Ondine ta maîtresse -Baise tes hanches. - -Rose prends donc courage: -La houle et la houlette -Sont sœurs. - -Si ce chêne refuse -L'offre de ton odeur -Célèbre, - -Rappelle-toi son âge; -Vraiment sa vieille moelle -L'excuse. - -Dépâme, rose rouge, -Vois pour cacher ta honte -D'autres boutons. - -Rentre dans la vallée -Neige en feu, c'est la fonte -Des Alpes. - -Rose que l'aube mouille, -Entre ses seins te place -La bergère. - -Si tu mouilles sa robe -Ton audace exagère; -Que dira-t-on? - -Rose rouge du crime, -On doit trouver la trace -De l'assassin. - -À moins que quelque louve -Vienne lécher le doigt -De la victime. - -Sur ce buisson ardent -Arrête-lui la main -Bel ange. - -Car une autre bergère, -Qui fut soldat, périt -Sur un bûcher. - -Pour l'endormir, échange -Ton sang, contre le lait -De Proserpine. - -Il suffit de toucher -Le pavot qui allaite, -Avec vos dents, - -Pour que l'ange s'envole -Et laisse une cuisson -Légère. - -Chacune des épines -Du rosier rouge blessent -L'amour. - -Mieux valait le bocage -Où Narcisse se joue -Seul du pipeau. - -Et cet autre vertige -D'un chat noir pelotant -La braise. - -Braises du rosier rouge, -Ôtez sur votre peau -Un peu de boue. - -Vous avez bien le temps -D'être l'oiseau qui baise -Sa cage - -Il faudra redescendre, -Roses du ciel de lit -Louis Seize; - -On ne peut pas toujours -Vivre à cette hauteur -D'âme. - -Parfois la bière blonde -Succède au lait. La rage -Mollit. - -Seul, le grand Alexandre, -Ne versant d'autres larmes, -Les parfumait. - -Debout, rosier de mai, -Ce demi-dieu te change -En violette. - -Et Cybèle qui pâme, -Change en roses le sang -Des armes. - -Rose à la fraîche croupe -Fais vite ta toilette -Du soir. - -Épanouis ta gorge, -Tes genoux, tes épaules -Puissants; - -Lave ce vieil orage, -Va sur l'enfant de troupe -T'asseoir. - -Ce jardin de nounous -Te convient à merveille, -Un dimanche. - -Tu peux, malgré ton âge, -Tenir encor un rôle -De sucre d'orge. - - -L'ondine, dans sa chambre -De verre, n'en peut plus -De rire. - -Car la rose naïve -Cherche un nouvel endroit -Pour sommeiller. - -Elle roule sa lèvre -Et ses nombreuses joues -Froides. - -Elle penche vers l'eau -Sur le talus, sa moue, -Sa fièvre. - -Allons! tenez-vous droit -Beau rosier. Faites roides -Vos membres. - -L'ondine nous observe, -Et s'amuse beaucoup -À vos dépens. - -Jadis, sur l'eau profonde, -Vers Léda vint le cygne -Humain. - -La belle, avec sa main, -Flatte le bec, énerve -Le cou. - -Or, la fille de l'onde -Songe au feuillage où pend -La vigne; - -Et regarde à travers -Le verre du plafond -La rose éteinte. - -Rose qu'avez-vous fait -Trop tôt pour que vous tue -L'hiver? - -Est-ce là tout l'effet -Jeunesse, que vous font -Les statues? - -Et l'ondine, et la feinte -Fontaine sur le socle -De Pan. - -Rose, rentre en toi-même, -Et pleure comme Achille -Patrocle. - -C'est parfois difficile -D'être seul, quand on s'aime -À deux. - - -L'ondine de la roche -N'a jamais de hideux -Anges son compte. - -Elle prend sa voix d'orgue -Au fond du transparent -Repaire. - -Vois son œil bleu, sa paire -De seins que l'eau convexe -Rapproche. - -Tremblez, pauvres parents, -Car la belle fournit -La morgue. - -Va, rosier de la honte, -L'ondine a défini -Ton sexe. - - - - -ALERTE - - -Rose de Jéricho, les clairons militaires -Mettent partout les murs, les pétales par terre; -Les hôtels, les villas, les kiosques à musique, -La carte en relief, ses cascades, ses chaînes -De montagnes, ses pics qui changent nuit et jour. - -Humide est le corail, porte-chance d'amour! -Il te faut rebâtir, rose de vitre et d'arbres, -Parfois bock sur le quai, parfois cime d'un chêne, -Pommier d'Avril souvent, mais plus lourd que le marbre. - -On y pose dessus: quêteuses, jeux nautiques, -Le char de la déesse et le combat naval. - -Mais la rose s'écroule. Écoutez ce tapage -Nocturne. Car Vénus a découvert le vol -De ses perles, et réveille tous les étages. - - - - -LA PEUR DONNANT DES AILES AU COURAGE - -(_Allégorie_) - - -Mon mal hésite. Un mal s'enfonce. Il entre mal. -Sainte Vierge, ton cœur est trop grand pour le Louvre, -Trop hérissé de fleurs, de flammes, de couteaux. -Gagne le vase bleu de ciel, pour qu'aussitôt -L'assassin disparu, son couteau le découvre. -Une chambre d'hôtel, un ancien journal; - -L'odeur des pots rangés intimide la serre. - -L'aube était dans ce vieux journal plié en deux, -Froide et difficile à reconnaître. _Madame_ -_La reconnaissez-vous?_ Ciel! c'est la Sainte Vierge, -La Sainte Vierge faite en fleurs, flammes et lames: -Lames de fer, de mer, larmes d'yeux et de cierges, -Et les morceaux cassés de notre vase bleu. -Oui, je la reconnais monsieur le commissaire. - -Comment donc firent-ils pour naître d'une trappe -Jésus, Vénus? Noël est ramoneur de neige; -Neige aussi Jeanne d'Arc devant la cheminée. - -Mais vous, on construisait dessus, pour votre mois, -Terrasses de mouchoirs, de muguet, de bobèches. - -Mon mal semble suspect? mettez la main sur moi: -Le vin rouge du crime est resté sur la nappe. - - - - -ANGÉLUS - - -Coq masqué de viande crue, -Tu es un bourreau, qui l'eût cru? -Voici le ciel, les champs qui saignent, -Et les femmes qui se signent. - - - - -PANOPLIE - - -La figure du tigre est un feu de braise -Qu'on agace avec un tisonnier. -Beau dompteur, dans votre cage à l'aise, -C'est nous qui sommes vos prisonniers. - - - - -MIRACLES - - -Dans votre ville d'eaux, est-il vrai Sainte Vierge, -Que vous apparaissez aux borgnes, aux boiteux? -Des matelots bretons vous virent dans les vergues, -Ce n'est pas moi qui le raconte, ce sont eux. -Vous aviez, dirent-ils, costume d'hirondelle -Sur fond myosotis, sur papier de dentelle: -Au cri du goëland ressemblait votre cri -Quand vous disparaissiez, laissant leur nom écrit. - - - - -GABRIEL AU VILLAGE - - -_Mademoiselle Marie_ -_Vous êtes grosse, dit l'ange_, -_Vous aurez un fils sans mari_; -_Pardonnez si je vous dérange._ - -Cette façon d'annoncer -Les choses par la fenêtre, -Étonne un peu la fiancée -Qui son amour voudrait connaître. - -L'ange s'en va, comme fonte -Des neiges, vers l'inhumain. -La petite a un peu honte -Et se cache dans ses mains. - - - - -CANNE DE JONC - - -Oreilles, rougissez: je parle -Aux singes de ma volière. - -Selon la plume que j'y trempe -La nuit montre le soleil d'Arles, -Ou bien elle allume la rampe -Sur un marquis de Molière, -Rosier aux pattes de pigeon. - -Un pigeon vole, un rosier rampe -Ou grimpe, et grimpe le lierre -Et les clownesses de Molier. - -Ce poème, particulier -Par la fraîcheur du badigeon. -S'intitule: CANNE DE JONC. - - - - -LES OISEAUX SONT EN NEIGE - - -Les oiseaux sont en neige et ils changent de sexe. -Une robe de chambre a trompé nos parents -Et le frivole amour dont Elise se vexe. -Rébus des papillons, vous m'êtes transparents! - -Je te connais, beau masque, et saute sur ta croupe -D'épouvantail naïf qu'une flûte charmait. -On voit dans les romans lus par l'enfant de troupe -Les cerisiers en fleurs, drapeaux du mois de mai. - -Lit, folle bergerie, écume Louis Seize, -Notre épitaphe est faite en graines de pavot; -Son souvenir, images debout sur la braise, -D'un tendre madrigal compose un deuil nouveau. - -Comme le traîneau russe illumine les louves, -À l'envers, à l'endroit, Narcisse, ton hymen -Inhumain, est-ce un crime après tout? se retrouve, -Trésor de l'onde avare où se lave ta main. - - - - -EMBOUCHURE DES PENSÉES DIVINES - - -Salamine avez-vous un coq dans votre écu? - -Et Jeanne d'Arc, dont l'âme est une salamandre. - -Voici ma montre en or. Elle n'est pas à vendre. -Âme de nos soldats, secouez votre cendre. - -L'encre de chine prend l'empreinte du vaincu. -Le tambour du jazz-band est mon violon d'Ingres. - -Capitaine, une noce aurait froid en décembre, -Malgré l'oiseau qui porte un poème en son bec. - -Tendre myosotis, œil de la cage aux tigres, -Tigres dont le théâtre est une cheminée, -Brasillez, ronronnez, ne jouez pas avec -La cycliste rêvant, un cœur entre les jambes. - -Un tigre, capitaine, aurait-il peur de vous, -De vous, tigre royal! héros de la journée? -Soufflez-lui dans les yeux du Scaferlati doux. - - - - -ROSIER SAUVAGE - - -L'églantine est un piège, -Un cruel ornement -Des guerres enfantines. - -Sade, marquis charmant, -Voleur des églantines, -Rougit sa main d'amant. - -Il signe sur la neige, -Et sur la glace ment -Avec un diamant. - - - - -CONTREBANDE - - -Encor Vénus reine des reines, -Bel œuf de Pâques entr'ouvert. -Le coq laisse tomber ses graines -D'un bec fraîchement peint en vert. - -C'est fait! Avant qu'il ne retombe, -Un couteau planté dans le sein, -Ce coq, espèce de colombe, -Dit le nom de son assassin. - -Coq de l'île d'amour. Pédale, -Cycliste rose! Un blond tabac -Humide cache le scandale: -Charmant numéro d'Alhambra. - -Une mandoline, c'est celle -Qui sur la Marne naviguait; -Maintenant la voici ta selle -Que mouille un bouquet de muguet. - - - - -LA CABANE ABANDONNÉE - - -L'écriture des églantines -Est un vrai fantôme grivois; -Hirondelles sont tes bottines -Annonçant l'orage. Les voix -(Rires et rondes enfantines) -Doivent sortir d'un appareil -À celui de Jeanne pareil. - -Souvent l'indiscret photographe -Sous un jupon voit le soleil. -Cœur tu savais mal l'orthographe, -Mais l'ancre dénonce un marin, -Et sa vague sur ce terrain -Vague, te baptisa. Parrain, -Recopiez-nous l'épitaphe. - - - - -PRIMEURS CRUELLES - - -Une flèche, parfois, guérit un cœur malade. -Hallucinations, ouvrez-moi cet oursin -D'aurore. Je veux être aussi le médecin -Qui, voleur de joyaux, éventre une grenade. - -La Sainte-Vierge avait envoyé ce dessin -D'un bleu miraculeux à chaque camarade. -Ils n'en soufflèrent mot avant d'entrer en rade; -C'était un petit peu à gauche sous le sein. - -Pourquoi mentir, sommeil? S'il vous faut des otages, -Voici la caisse à fleurs, monticule d'étages -Parfumés, et la corde et l'œuf des scorpions. - -Car si le douanier agrandit votre fente -Grenades, simulant robes et lampions, -Il met la main sur tous les rubis de l'infante. - - - - -COSTUME DE SPORT - - -Le vent de la mer renversa -Sur la baigneuse une cabine. -C'est du tir à la carabine, -Zèbre joli comme un forçat. - -Le tout s'il raye son plumage -(Et le mieux serait le plus tôt) -Pour un arrangement d'images -À la façon de Jean Cocteau. - - - - -CHANGEMENTS À VUE - - -Clef de sol, êtes-vous la clef des champs? Je raye -Ta vitrine, fleuriste, éprise de wagons. -La mer, la mer murmure au fond de notre oreille; -S'il faut partir, je pars, tu pars, nous naviguons. - -Ces livres sont trop gros pour la belle qui charme -Les serpents enroulés aux arbres interdits. -Méfions-nous: souvent le serpent est une arme, -Sa tête un revolver dans la main des bandits. - -L'hercule du tréteau, qui mange de la neige, -Vous a vaincu, monsieur l'athlète déloyal! -Rendez cinquante francs, on vous tendait un piège; -On ne s'attaque pas au vieux tigre royal. - -La princesse imprudente a meublé sa piscine -Avec des anges nus, habitants de Chaillot. -Dame, si vous voulez que l'on vous assassine, -C'est simple, montrez-leur votre grâce en maillot. - -Dans ce chiffre superbe, écrit en majuscules, -On voit singes grimpeurs, œuvre de l'amiral, -Qui dessinait parfois, ou bien, au crépuscule, -En bouteille mettait lui-même son journal. - - - - -CALENDRIER MÉCANIQUE - - -D'ici, de là, d'ailleurs joufflue, -Vénus fait le tour de l'îlot. -Et les pneus, elle les regonfle, -Rien qu'en caressant son vélo. - -Ce vélo nargue nos régates, -Nos bras nus, nos nœuds papillons; -Mon enfance est loin, nougatine -Qui me colle encore aux papilles. - -Car, protectrice des artistes, -La reine quitte son château, -Vient à bicyclette et baptise -De champagne notre bateau. - - - - -LES ANGES MALADROITS... - - -Les anges maladroits vous imitent, pigeons. -Vous saluez Marie. Eux, devant les guérites, -Gardent la France. Hélas! nous les décourageons. -Toute la nuit, le ciel cueille des marguerites: -La dernière cueillie on ouvre les volets. - -Voici venir l'automne et la chute des anges; -Les anges répandus comme le pot au lait. - -Arbre en or l'Opéra donne beaucoup d'oranges; -C'est surtout vers le haut que le public les mange. -Car, vers le bas, manger des oranges déplaît. - -Ce poème en dix vers est-il beau, est-il laid? -Il n'est ni laid ni beau, il a d'autres mérites. - - - - -ARCHE - - -Vent, démolis nos casernes. -Sur ma fenêtre, le coq -Veut la tête d'Holopherne -Aveugle et le cou en loques. - -Clairon, réveille Palerme, -Ville aimant dormir en pente. -Mille étoiles sous le poing -Du nègre nu, mille bombes, -Dans l'île feront l'appoint. - -Crête rouge de Colomb -Annonce la mer repeinte -Chez la reine des colombes. - - - - -MOUCHES, DISTRACTIONS - - -Plutôt que voir tout nu ce nègre à l'île d'Ambre -Virginie en mourant fait mine de dormir. -Miracle! mon fauteuil s'envole de la chambre, -Sur un air d'opéra, sur un tapis d'Emir. - -Quel beau feu d'artifice, un ange! Dans l'étable, -Après, il se repose et ferme ses ciseaux. -Le même ange indiscret, scandale épouvantable, -Découvrit Saint-François, marchant sur les oiseaux. - -L'hiver est caramel, boîte au lait, pot à colle, -Plâtre grec dont l'oeil cabre un antique cheval. -Aux classes de dessin, le dernier à l'école, -Pour cacher son amour n'eut jamais de rival. - - - - -SONNET - - -Aujourd'hui le soleil, redoutable artifice, -Pousse vers la vitrine un nouveau bûcheron; -Le diamant d'amour y fait sa cicatrice -Lisible sur le ciel blessé par le clairon. - -Feu! pour mes longs hivers la flamme est écrevisse -Joyeuse, ou bien Diane en chasse à l'escadron. -Absinthe verte ou vert billard, un même vice, -Fait de votre journal l'unique liseron. - -Hôtel peu cher devant la Méditerranée, -De tous les matelots morgue où Vénus est née, -Char fleuri sous l'orage, et rage de Didon - -Qui meurt debout sur un lustre de tragédie, -Forçat, zèbre craintif caché sous l'édredon, -Votre troupe en chemise excite l'incendie. - - - - -GRECO - - -Puis-je, grenouille morte, en l'eau vous trouver laide, -Semblable aux jeunes gens du peintre de Tolède, -Ainsi leur jambe flotte et leurs doigts écartés. - -Les nuages de linge et d'électricité, -Bâtissent les maisons, les rocs de leur cité. -Ils attirent la foudre, ils appellent à l'aide. - -Morte vue à l'envers et de tous les côtés. - - - - -L'ENDROIT ET L'ENVERS - - -Je vois la mort en bas, du haut de ce bel âge -Où je me trouve, hélas! au milieu du voyage; -La jeunesse me quitte et j'ai son coup reçu. -Elle emporte en riant ma couronne de roses. -Mort, à l'envers de nous vivante, tu composes -La trame de notre tissu. - -Nous ne pouvons te voir et te sentons mêlée -Aux plaisirs, à l'amour dont la chaleur ailée -Fait les cœurs les plus durs, comme neige dissous; -Bien que tes habitants reposassent dans l'herbe, -Nous marchions sans souci sur l'étoffe superbe, -Et, soudain, nous sommes dessous. - -Nous sommes tellement proche la douce vie -Qu'à peine par la mort elle nous est ravie, -Elle ouvre le passage et nous lâche la main. -Quelquefois nous cherchons à vaincre le mystère, -Par le même chemin revenir sur la terre; -Il n'existe plus de chemin. - -Vivants nous avons beau, toute notre existence, -De la terre au soleil mesurer la distance -Et pour ne point mourir faire nombre d'apprêts; -Nous lisons un côté de la page du livre; -L'autre nous est caché. Nous ne pouvons plus suivre, -Savoir ce qui se passe après. - -Je vois la mer trop courte et qui toujours enlève -À la grève un baiser pour baiser l'autre grève: -La menteuse fort bien arrange ses instants. -Bientôt l'imitera ma maîtresse fidèle, -Cherchant ailleurs Avril, ainsi que l'hirondelle. -Hélas! je vais avoir trente ans. - -Trente ans! Vous moquez-vous? C'est la grâce des marbres, -Le soleil de midi qui tombe sur les arbres, -Votre pas de trente ans est votre premier pas. -Jusqu'alors vous étiez une folle semaille; -Vous allez... Taisez-vous. Regardez-moi. Je baille. -Je ne vous écouterai pas. - -Je ne veux mensonger avec ce qui me joue, -La rose de mon cœur ses pétales dénoue, -Et, même si je dois vivre longtemps encor, -Qu'importent le soleil et les marbres de Grèce; -Jusqu'ici j'apprenais la vie; elle me blesse. -Il me faut apprendre la mort. - -Car votre auberge, ô mort, ne porte aucune enseigne. -J'y voudrais voir, de loin, un beau cygne qui saigne -Et chante, cependant que lui tordez le cou. -Ainsi je connaîtrais ce dont je ne me doute: -L'endroit où le sommeil interrompra ma route. -Et s'il me faut marcher beaucoup. - -Certes, vous vous couchez comme un ange de neige, -Plus que le bronze lourd, plus léger que le liège, -Sur l'amant dont le spasme enfin vous réjouit; -Sous votre feu glacé la chair se fait statue, -Mais, à la longue, il faut, mort, que je m'habitue -À vous recevoir dans mon lit. - -Votre désir ne sait ni l'âge ni le sexe, -Nul d'entre les plus beaux que votre dédain vexe, -Malgré tout, votre amour attire les amants. -Votre baiser, parfois, d'une honte les venge, -Ou bien vous vous couchez entre les deux, bel ange, -Pour d'obscurs assouvissements. - -Mieux que Vénus, ô mort, vous habitez nos couches, -Vous arrêtez nos cœurs, vous tourmentez nos bouches, -Vous nous fermez les yeux et vous nous rendez sourd. -Vous donnez à Vénus un visage ordinaire, -Car, jusqu'à maintenant où je crains de vous plaire, -J'avais peur ainsi de l'amour. - -Rivale de Vénus, qu'on me roule et me couse -À jamais dans les draps où votre ange m'épouse; -Qu'il ne me quitte plus, je suis un fils de roi. -Et, qu'à l'envers couché, sentant son aile contre. -Il me parle de vous, mais jamais ne me montre -Tout ce que je laisse à l'endroit. - - - - -M'ENTENDEZ-VOUS AINSI? - - -France gentille et verdoyante, -Qui fait les femmes et le vin -Comme on en chercherait en vain -Sur toute Europe environnante, - -Si je te chante à ma façon, -Chacun se détourne et me moque, -Mais un jour arrive l'époque -Où l'oreille entend la chanson. - -Tel qui jadis me voulut mordre, -Voyant ma figure à l'envers, -Comprendra soudain que mes vers -Furent les serviteurs de l'ordre. - -Il sera vite mon ami, -Disant: Commit-il autres crimes -Que de distribuer ses rimes -Tant au bout des vers que parmi. - -Courage! Ronsard te l'enseigne; -Car, s'il est aujourd'hui vainqueur, -La rose lui perça le cœur -Comme oiseau dont la gorge saigne. - -L'homme ne ressent pas l'effet -D'un rossignol au chant diurne. -Et mieux le convainc, dans une urne, -Notre cœur en cendres défait. - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Vocabulaire, Poèmes, by Jean Cocteau - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOCABULAIRE, POÈMES *** - -***** This file should be named 60366-0.txt or 60366-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/3/6/60366/ - -Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images -generously made available by Hathi Trust.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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