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-The Project Gutenberg EBook of Vocabulaire, Poèmes, by Jean Cocteau
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-this ebook.
-
-
-
-Title: Vocabulaire, Poèmes
-
-Author: Jean Cocteau
-
-Release Date: September 26, 2019 [EBook #60366]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOCABULAIRE, POÈMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Images
-generously made available by Hathi Trust.)
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-
-JEAN COCTEAU
-
-VOCABULAIRE
-
-POÈMES
-
-PARIS
-
-ÉDITIONS DE LA SIRÈNE
-
-39, Boulevard Malesherbes
-
-1922
-
-
-
-Francis Poulenc
-Darius Milhaud
-Arthur Honegger
-Louis Durey
-Georges Auric
-Germaine Tailleferre
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-HOTEL DE FRANCE ET DE LA POÉSIE
-STOP
-SONNET DE LA BAIGNEUSE
-LA MORT DE L'AMIRAL
-MIROIR DES SPORTS
-PIÈCE DE CIRCONSTANCE
-UN BONJOUR D'ARCACHON
-TRILLES
-OBJET DIFFICILE À RAMASSER
-MYOSOTIS
-SOUVENIR DE NAPLES
-CIEL D'AVRIL
-ÉCUME DE MER PAIN ENCHANTÉ
-LA BELLE BLEUE
-EN VOILÀ UNE SURPRISE
-PLACE D'OMBRE
-LES AMANTS DE VENISE
-AURORE
-AMOUR
-MISS AÉROGYNE, FEMME VOLANTE
-BAIGNEUSE
-MARINE
-MORT D'UN CYGNE
-IDOLE
-CHEVEUX D'ANGES
-COUTUMES DU NORD
-
-LE MIRLITON D'IRÈNE
-ROSIER
-FRUIT
-CHAT
-VÉSUVE
-TROUVILLE
-PRISE SUR LE FAIT
-ACCORDÉON
-MINUIT
-LES CHEVEUX GRIS, QUAND JEUNESSE LES PORTE...
-DOS D'ANGE
-LES CHIENS ABOIENT DE PRÈS...
-LE PARISIEN
-LE POÈTE DE TRENTE ANS
-NOCTURNE
-LES YEUX DOUX
-DIEU VOIT DERRIÈRE SA NUIT...
-L'INCENDIE
-DE CHANTER AMOUR QUI NOUS MORD...
-À FORCE DE PLAISIRS...
-
-TOMBEAUX
-DE SAPHO
-DE SOCRATE
-DE NARCISSE
-D'UN FLEUVE
-DE DON JUAN
-DU CHIEN D'ALCIBIADE
-LES MESAVENTURES D'UN ROSIER
-ALERTE
-LA PEUR DONNANT DES AILES AU COURAGE
-ANGÉLUS
-PANOPLIE
-MIRACLES
-GABRIEL AU VILLAGE
-CANNE DE JONC
-LES OISEAUX SONT EN NEIGE
-EMBOUCHURE DES PENSÉES DIVINES
-ROSIER SAUVAGE
-CONTREBANDE
-LA CABANE ABANDONNÉE
-PRIMEURS CRUELLES
-COSTUME DE SPORT
-CHANGEMENTS À VUE
-CALENDRIER MÉCANIQUE
-LES ANGES MALADROITS...
-ARCHE
-MOUCHES, DISTRACTIONS
-SONNET
-GRECO
-L'ENDROIT ET L'ENVERS
-M'ENTENDEZ-VOUS AINSI?
-
-
-
-
-HOTEL DE FRANCE ET DE LA POÉSIE
-
-
-Arbre, bocal d'oiseaux, feu de bengale
-entre les îles!
-Le soleil fait chanter les tramways dans la ville.
-Le ciel est un marin assis sur les maisons.
-
-En soi même noyé Narcisse,
-N'aime pas les glaces d'hiver.
-Les anglais écrivent des vers
-Comme il leur pousse du gazon;
-Souvent nagent mieux que narcisses
-Entre deux eaux, entre deux draps;
-Et le cygne qui dort le menton sur son bras
-Plus blanc que la neige de Suisse.
-
-Flamme, petit poisson ronge du lampion.
-Orchestre par dessous, le vent venu des îles,
-Met le feu, aussitôt de terribles lions
-Sortent, qui se cachaient dans le bocal fragile.
-L'arbre et l'aérostat se dépassent chacun;
-Alors le carnaval des pompiers fend la foule.
-Parfois une maison, une rose s'écroulent,
-En soulevant une colonne de parfum.
-
-Mon cœur tourne à l'envers du vôtre, c'est la vie.
-Ce manège fait mal au cœur. Oh! que j'ai mal.
-
-L'âme de votre fils va vous être ravie
-Jeune mère, si Tong l'enferme dans la malle.
-
-Le fils que l'éventail fait revoir à sa mère
-Et que l'aide chinois ramène à son fauteuil
-Ne parle plus jamais... Il périra en mer.
-
-Dans le théâtre, un arbre avec toutes ses feuilles;
-L'arbre dormait debout, couronné d'émeraude.
-
-Lâchez tout!
-Gambetta part en ballon captif.
-
-Montgolfière d'amour, monte dans la nuit chaude
-Les étoiles, chacune indique les récifs.
-
-Vieux ascenseurs fanés dont se penche la tige,
-D'être ailleurs étendu, toute l'âme à l'envers,
-Le décapité voit un drôle d'univers;
-Son corps, en un clin d'œil, succombe à ce vertige.
-
-Irai-je en un miroir où nous recommençons,
-Engloutir le poitrail fabuleux du quadrige
-De cuirassiers mourant parmi les écussons.
-
-Il est des jours, la mer, pour enjôler le mousse,
-Lui découvre ses lits, agite ses dessous,
-Débouche bruyamment un champagne qui mousse,
-Mauvais livre de poche acheté quatre sous.
-(Ses yeux, demain, feront sourire l'équipage)
-
-Ballon! bocal d'oiseaux légers pris au filet.
-
-Le manège à vapeur enroule son voyage;
-On ne monte plus: C'EST COMPLET.
-
-Voici qu'on dépose l'actrice
-Et son ventriloque inhumain;
-Pour cacher quelque cicatrice
-Elle effeuille ses vieilles mains.
-Une anglaise qui l'avait prise
-Pour Venise, part pour Venise;
-Elle se suicide en chemin.
-
-Adieu, bocal, vélocipèdes!
-Fantômes de visage en feu;
-La nuit n'a pas assez d'éloges
-Pour le palais du mal de mer;
-Ses opéras d'or et ses loges
-Roulent sur les vagues de l'air.
-
-Au milieu chante la sirène
-À cheval. Son visage vert
-Est transparent comme le verre,
-Sa robe en velours rouge traîne
-Dans les moulures de la mer.
-
-Parfois on la voit à l'envers
-Si elle plonge les mains jointes,
-Car les sirènes sont des saintes.
-
-D'autres sirènes ont des ailes
-Et des becs de chauve-souris;
-D'autres nagent sous des ombrelles
-Et on meurt si elles sourient.
-
-Perle! perles, je vous rapporte
-Du fond des miroirs machinés;
-
-Jeunesse, épave des mers mortes,
-Miroirs déformants de l'amour
-Où chacun cherche à se puiser;
-
-Une femme, une aérogyne,
-En nous envoyant des baisers
-Faisait de gracieux mensonges;
-
-Elle a découvert la machine
-Qui permet de voler en songe;
-
-C'était simple comme bonjour.
-
-
-
-
-STOP
-
-
-Beaux clowns vous êtes fox-terriers.
-Le sucre et les maisons de plâtre,
-Sans la chaleur de nos théâtres
-Seraient le tombeau des guerriers.
-
-Si la palme qui nous apporte
-Le plus doux mal de la mer
-N'est pas un geste de morte,
-Vienne l'antique steamer.
-
-Le soleil du ciel d'Europe,
-Dorant les galons du chef,
-Fait grandir le télescope,
-Ô boussole: fleur des nefs.
-
-Moi je reste au bord de la vague,
-Laissant des mousses de savon
-Sale, et toute une barbe d'algues
-Sur le sable où nous écrivons.
-
-Chaque matin, mon capitaine,
-Vous jetez des bouteilles d'encre
-Pour votre compagne lointaine.
-Vous feriez mieux de jeter l'ancre.
-
-
-
-
-SONNET DE LA BAIGNEUSE
-
-
-Ce torse debout n'ose encore
-Être, nu, ce dont il a l'air,
-À savoir le haut d'un centaure
-Dont la croupe serait la mer.
-
-D'une rose où cesse la chair
-Que quelque frisuree décore,
-Commence le pelage vert;
-Mais un même sang les colore.
-
-Pauvre fille des semi-dieux
-Combien vous aimeriez mieux
-Pour une baigneuse être prise,
-
-Par trop, feignant d'avoir quitté
-Notre terre et votre chemise.
-Infidèle à l'antiquité.
-
-
-
-
-LA MORT DE L'AMIRAL
-
-Les savons,
-les neiges,
-la rage,
-le rire du cheval sauvage,
-sortant nu de chez le barbier.
-
-Nos mains, capucines de l'âtre,
-et le couteau de la colombe
-et la momie en son herbier
-
-et l'amiral debout: il sombre
-comme un rideau de théâtre,
-applaudi par tout le rivage.
-
-
-
-
-MIROIR DES SPORTS
-
-
-Grands yeux, l'orage vous fait voler bas.
-Sous le piston d'amour Bastien caracole.
-Paris, joli voyou qui se frotte le bras,
-Mélancoliquement après la Haute-École.
-
-Coureurs, nageurs, orgueil des berges de Paris,
-Parfois votre faiblesse est votre pire audace!
-À cheval sur un cœur, cycliste, tu souris,
-Dans les pneus enroulés comme le cor de chasse.
-
-Grands yeux, l'orage vous fait voler bas.
-Le drapeau du lavoir était de la partie.
-Vénus! chatouille un peu, sans chemise et sans bas,
-Le cycliste rêvant, la main sur ses parties.
-
-
-
-
-PIÈCE DE CIRCONSTANCE
-
-
-Gravez votre nom dans un arbre
-Qui poussera jusqu'au nadir.
-Un arbre vaut mieux que le marbre,
-Car on y voit les noms grandir.
-
-
-
-
-UN BONJOUR D'ARCACHON
-
-
-Une cage de poissons rouges
-Tombe des cieux infidèles.
-Votre tonnerre déjà bouge
-Dans l'écurie des hirondelles.
-
-La gondole est une autre seiche,
-Parfois veuve instantanément,
-Lorsque l'attaque avec sa bêche
-Quelque féroce garnement.
-
-Dans un élégant sarcophage
-Voyez descendre, au fil de l'eau,
-(Ce jeu convient-il à votre âge)
-La belle rameuse en maillot.
-
-Tous plaisirs ce temps les empêche;
-Mais, si nous ne l'effarouchons,
-Elle apportera de la pêche:
-Un cœur, souvenir d'Arcachon.
-
-
-
-
-TRILLES
-
-
-Plis de l'eau, les giroflées
-Ou pantoufles de demoiselles.
-
-Ils en eurent les mains enflées
-De trop courir après elles.
-
-Le varech, tabac d'Angleterre,
-Entre l'Océan et la terre
-Charme les canotiers bien mis.
-
-Une petite vague fume
-Sa première pipe d'écume;
-
-Nous sommes ses meilleurs amis.
-
-
-
-
-OBJET DIFFICILE À RAMASSER
-
-
-Les chats enrubannés, les casquettes de chasse,
-Les coquelicots et les confettis;
-Que voulez-vous que la modiste fasse
-Avec le Tour de France, trop petit.
-
-Comme la plume au vent, les mains d'après nature
-Blessent ton cœur, bel inconnu.
-Qu'il prenne garde à la peinture;
-Car le zèbre est Arlequin tout nu.
-
-
-
-
-MYOSOTIS
-
-
-Pipe au coeur de cendre si tendre
-Qu'il plonge en ton champagne amer
-Mer matinale aux pieds d'éponge,
-Un souvenir de Saint-Omer.
-
-Un matelot coupe une orange:
-C'est la mer rouge. Le rideau
-Fait l'autre matelot un ange
-Ayant ses voiles dans le dos.
-
-Qu'il entre, Marie, et qu'il parte
-Jouer ailleurs son seul atout:
-Il a mis du bleu sur les cartes,
-Et son col de l'ancre partout.
-
-
-
-
-SOUVENIR DE NAPLES
-
-
-Le Paradis, tombant, s'était cassé dans l'ombre.
-Les coups de pistolet, d'où naissent les colombes,
-Faisaient mille marins s'envoler des vaisseaux,
-Pour chercher, à tâtons, ses chiffres, ses morceaux.
-
-On accrochait partout des balcons, des échelles;
-Les femmes, n'ayant rien à se mettre sur elles,
-Appelaient au secours de leur lit aux pieds d'or;
-Les matelots entraient et changeaient le décor.
-
-Une morte, riant dans son cercueil de verre,
-Conduisait les chevaux de son char, ventre à terre;
-(Ce char appartenait au marchand de coco.)
-C'était Herculanum, Pompéï, Jéricho.
-
-Jamais je n'ai rien vu de plus fou sur la terre.
-
-
-
-
-CIEL D'AVRIL
-
-
-Bengalis babillards
-fleur de vélo l'ombre des cages
-la vague est une cloche à melons
-sous laquelle
-ondine, te besogne un bras rameur nu rose
-
-Charme les pneus si tu l'oses!
-Saut du lit
-billard du printemps.
-
-
-
-
-ÉCUME DE MER PAIN ENCHANTÉ
-
-
-Le gant rouge du crime* Le cortège du serpent* Sa tête qui est un
-revolver* La gangrène* Le jeune marin qui colle un timbre* As de
-trèfle* Oh! mon Dieu! que fait-il de son pouce? il se condamne à
-mort* Vénus, toute rose, assise dans mille calèches démolies contre
-la muraille* La menthe, le bluet, le tambour, la grenadine* Et le
-pain enchanté qui s'envole par dessus le toit.
-
-
-
-
-LA BELLE BLEUE
-
-
-L'ouverture du ciel faisait Ah! en feu d'artifice cœur parachute
-bleu bouche ouverte on lui voit le ciel étoilé jusqu'au fond de la
-gorge et s'il fait Ah! et Oh! tout Dieu tombe avec lenteur comme
-un rideau d'Opéra.
-
-
-
-
-EN VOILÀ UNE SURPRISE
-
-
-N'ayez pas peur, explorateur! L'explosion de salpêtre babil,
-c'étaient cent mille canaris dans la grotte en miroirs à devenir
-sourd. Le chasse mouches, petit balais, petit chasse bouche malais,
-qui rafraîchit tout le palais, comme une menthe mon palais.
-
-
-
-
-PLAGE D'OMBRE
-
-
-Quand le tonnerre cessa, il roucoulait. Dieu descendit, et dans le
-crêpe espagnol apparut la rose tuée. C'était le cœur du toréador,
-planté sur la corne du porte-manteau.
-
-
-
-
-LES AMANTS DE VENISE
-
-_Fête galante_
-
-
-Un Londrès retrouve la bague
-Sous les arbres. Pianos d'ombre.
-
-Si se détache votre cendre
-Mon avenir se divulgue.
-
-Ô Musset! Ô Georges Sand!
-Ô Venise! vieille guitare
-Pleine de musique et d'eau,
-
-Un simple tremblement de terre
-Brouillera tes dominos.
-
-
-
-
-AURORE
-
-
-Par file à droite!
-
-Le feu du cabinet particulier était un buisson d'écrevisses.
-
-Chaque cavalier attribue secrètement à une dame le nom d'Ida.
-Le prince dé Monaco accroche des insignes de Touring-Club, des
-cravates blanches, des fausses moustaches. La rose, messieurs,
-dit-il, est le pétard du matin! C'est aussi la roulette à dormir
-debout sur la mer.
-
-Les touristes se relayent. Ils échangent leurs alpenstocks contre
-des vélocipèdes. Le coq chante. Et chacun rentre chez soi.
-
-
-
-
-AMOUR
-
-
-Le cœur, une éponge avalée,
-Effacera la craie du coq.
-La crête en ardoise salée,
-L'océan y casse des bocks.
-
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-
-
-MISS AÉROGYNE, FEMME VOLANTE
-
-
-Pigeon vole! Aérogyne.
-Elle ment avec son corps
-Mieux que l'esprit n'imagine
-Les mensonges du décor.
-
-Aérogyne, pigeon vole!
-Rêve, allège le dormeur lourd;
-Eloa, dompteuse d'Eole,
-Dans un océan de velours.
-
-
-
-
-BAIGNEUSE
-
-
-Bon nègre, ce qui vous effarouche,
-C'est de croire madame nue en plein air;
-Or c'est son éventail en plumes d'autruches
-Que vous prenez pour l'écume de mer.
-
-L'océan n'est pas un troupeau d'autruches.
-Bien qu'il mange des cailloux, des algues;
-Ce serait facile de devenir riches
-En arrachant toutes les plumes des vagues.
-
-Ses initiales sont sur l'éventail;
-Il ne s'agit pas de sable par terre.
-Ne voyez-vous pas d'où s'élance sa taille?
-C'est le bal de l'ambassade d'Angleterre.
-
-
-
-
-MARINE
-
-
-Bouteilles vous cassez sur la mer vos tessons.
-Le mur, méchante mer en tessons de bouteilles.
-À la pipe réclame un nuage s'essaye.
-Et, du reste, la mer est le ciel des poissons.
-
-
-
-
-MORT D'UN CYGNE
-
-
-_Aux yeux ouverts la
-dentelle en marche_
-
-
-Rameurs vous empoignez la morte,
-Debout dans ses plis orageux.
-Des oiseaux migrateurs l'escorte
-Où jamais aucun ne dit: Je.
-
-Tors-toi le cou, noble statue
-De sel, vite retourne-toi;
-Car la jeunesse qui nous tue
-Se sauve ensuite par le toit.
-
-Jeunesse ne montre sa tête,
-Mais à ce couteau dans mon sein,
-Ce couteau d'un tir de la fête,
-On devine un jeune assassin.
-
-Du ciel la perle est maladie.
-Oh! venez, plongeurs ou rameurs.
-À ma touchante mélodie,
-N'entendez-vous pas que je meurs?
-
-Un nœud embaumé se dénoue,
-Lâche ses pourpres et son miel,
-Car un ange qui fait la roue
-Est frappé par le feu du ciel.
-
-Nuage en croix êtes-vous Gilles,
-Écartant ses bras de satin,
-Ou Gilles de Retz, plus agile
-À rougir le ciel du matin?
-
-Les hauts nuages sont Europe
-Qui vogue, ils sont aussi cheval.
-Souvent le naïf télescope
-Y découvre un combat naval.
-
-Ouvre ton éventail de plumes
-Onde cruelle à qui je plus
-Déjà je fonds, je suis écume...
-Bientôt je ne chanterai plus.
-
-
-
-
-IDOLE
-
-
-Toutes ses vieilles cicatrices
-Terre
-font le charme
-de ta figure de guerrier
-
-
-
-
-CHEVEUX D'ANGES
-
-
-Aïe! Les anges s'accrochent les cheveux dans l'arbre de Noël.
-Leurs jupes flambent comme du papier de soie. Aussi ont-ils peur
-des bougies, des bûches. Quelquefois la fiancée de l'aviateur lui
-ôte un cheveu d'ange. Il existe même une figure de cotillon appelée:
-CHEVEUX D'ANGES. Les cavaliers s'asseyent; les dames crient à tour
-de rôle: Cheveux d'ange! Cheveux d'ange! Aussitôt les cavaliers
-se lèvent et s'envolent.
-
-Les anges sont soldats, boxeurs nègres, matelots, championnes
-de tennis. Après leur mort on les enterre sous l'Arc de Triomphe.
-
-TOUS LES QUINZE JOURS JE CHANGE DE SPECTACLE
-
-
-
-
-COUTUMES DU NORD
-
-
-Prisonnier de quelque banquise,
-Passe, debout, l'amiral mort.
-
-Cygne dont la voix est exquise,
-Meurs en scène comme un ténor.
-
-L'amiral, par la force acquise,
-Se promène en la mer du Nord
-Depuis cent ans, chamarré d'or.
-
-Ici, Carolines, Marquises,
-Sont vitrines de costumier.
-L'amiral tient sa longue-vue;
-Ainsi, Napoléon premier
-Passait ses grognards en revue.
-
-Mais ici grognards sont les ours,
-Buvant du lait, faisant l'amour.
-
-Sa veuve est morte sans nouvelles
-Et l'amiral se meurt d'ennui,
-N'ayant aucune lettre d'elle
-À lire au soleil de minuit.
-
-La nuit, quelquefois, les étoiles
-Ont faim. On allume du bois
-Sur la neige. Les chiens aboient.
-On fait aussi feux de bengale,
-Feux de la Saint-Jean, feux de joie,
-Pour sauver le traîneau à voiles.
-
-Le matin, les gens étonnés
-Ont des binocles, des faux nez,
-Ignorant tout du Carnaval,
-Des règles du combat naval
-Qui dure toute la journée.
-
-Des danseurs, chaussés de patins
-Et portant des manchons d'hermine
-Valsent sur la glace sans tain,
-Y écrivent le nom d'Hermine
-Qu'un joli paraphe termine.
-
-Simple programme de matin.
-
-Le soir, les loups du ciel s'allument,
-Le traîneau stoppe de nouveau
-Devant le passage-à-niveau.
-
-Ce sont là, du Nord, les coutumes.
-
-
-
-
-LE MIRLITON D'IRÈNE
-
-
-
-
-ROSIER
-
-
-Afin que leur fantaisie
-Ne soit pas que du carton,
-Rosier de la poésie,
-Grimpe autour des mirlitons.
-
-
-
-
-FRUIT
-
-
-Un lampion du dimanche,
-S'il est mûri par le vent,
-Peut mettre le feu aux branches;
-Il faut le cueillir avant.
-
-
-
-
-CHAT
-
-
-Le feu: jolis poissons rouges,
-Endormait le chat fermé.
-Si, par mégarde, je bouge,
-Le chat peut se transformer.
-
-Il ne faut jamais que cesse
-Le rouet des vieilles tours;
-Car se changer en princesse
-Est le moindre de ses tours.
-
-
-
-
-VÉSUVE
-
-
-Naples, ses tarentelles
-Montrent son joli pied;
-Mais la belle en dentelles
-Fume comme un troupier.
-
-
-
-
-TROUVILLE
-
-
-L'océan, comme émeraude.
-A certes quelques défauts;
-Mais la baigneuse nigaude
-Aime mieux les bijoux faux.
-
-
-
-
-PRISE SUR LE FAIT
-
-
-Jeu de cartes
-ou éventail?
-
-Elle triche.
-
-
-
-
-ACCORDÉON
-
-
-Accordéon, cheval de fiacre,
-Le dernier soupir arraché,
-Tu meurs, en riant de la nacre,
-Sur les genoux de ton cocher.
-
-
-
-
-MINUIT
-
-
-L'enfant dort.
-À Noël il fait semblant.
-(Jeune mère cela vous met à l'aise.)
-À côté veille, assis sur la chaise,
-Son ange gardien, ramoneur blanc.
-
-
-
-
-LES CHEVEUX GRIS, QUAND JEUNESSE LES PORTE...
-
-
-Les cheveux gris, quand jeunesse les porte,
-Font doux les yeux et le teint éclatant;
-Je trouve un plaisir de la même sorte
-À vous voir, beaux oliviers du printemps.
-
-La mer de sa fraîche et lente salive
-Imprégna le sol du rivage grec,
-Pour que votre fruit ambigu, l'olive,
-Contienne Vénus et Cybèle avec.
-
-Tout de votre adolescence chenue
-Me plaît, moi qui suis le soleil d'hiver,
-Et qui, comme vous, sur la rose nue,
-Penche un jeune front de cendres couvert.
-
-
-
-
-DOS D'ANGE
-
-
-Une fausse rue en rêve
-Et ce piston irréel
-Sont mensonges que soulève
-Un ange venu du ciel.
-
-Que ce soit songe ou pas songe,
-En le voyant par dessus
-On découvre le mensonge,
-Car les anges sont bossus.
-
-Du moins bossue est leur ombre
-Contre le mur de ma chambre.
-
-
-
-
-LES CHIENS ABOIENT DE PRÈS...
-
-
-Les chiens aboient de près et de loin le coq chante.
-C'est votre façon d'être, ô campagne méchante.
-Mais Avril change tout le lendemain matin,
-Fait aux arbres fruitiers mâtures de satin,
-Sur vigne et papillon frotte le même soufre,
-Augmente le soleil sans que la terre en souffre,
-Dans le vin de la rose enivre les bourdons,
-Et d'amour dénoué réunit les cordons.
-
-Ainsi chante un poète aimé des dieux farouches,
-Et qui, comme Janus, possède plusieurs bouches.
-
-
-
-
-LE PARISIEN
-
-
-Ton ingénuité met un genou en terre,
-Brebis de toison d'or, lainage d'Angleterre!
-
-Ile faite en ardoise, en pelouse et en fleurs,
-Depuis toujours la Manche efface votre craie.
-
-Pour endormir un coq de toutes les couleurs,
-Il suffit de tracer lentement une raie
-À la craie. Aussitôt, sans forces, laisse choir
-Le coq son bec orné de rouges testicules.
-
-Souvent coqs de combat craignent le ridicule,
-Mais un coq endormi reste sur son perchoir.
-
-Londres! que de maisons faciles à confondre.
-Londres mieux que la craie ou le pavot endort;
-Elle a ses chapeliers et ses poètes morts.
-Je n'étais pas heureux à Londres.
-
-Je ne me sentis à mon aise qu'au retour,
-En revoyant Paris fait comme un tour de cartes,
-Les boulevards, la Seine petite et la Tour
-Eiffel qui les jambes écarte.
-
-
-
-
-LE POÈTE DE TRENTE ANS
-
-
-Me voici maintenant au milieu de mon âge,
-Je me tiens à cheval sur ma belle maison;
-Des deux côtés je vois le même paysage,
-Mais il n'est pas vêtu de la même saison.
-
-Ici la terre rouge est de vigne encornée
-Comme un jeune chevreuil. Le linge suspendu,
-De rires, de signaux, accueille la journée.
-Là se montre l'hiver et l'honneur qui m'est dû.
-
-Je veux bien, tu me dis encore que tu m'aimes,
-Vénus. Si je n'avais pourtant parlé de toi,
-Si ma maison n'était faite avec mes poèmes,
-Je sentirais le vide et tomberais du toit.
-
-
-
-
-NOCTURNE
-
-
-Rose en hiver ailleurs partie
-Dites où vous avez été.
-L'Europe aux couleurs assorties
-Change la place des étés.
-
-La rose, dont souvent je parle,
-Orne avec l'ancre et le pompon,
-Vénus faite comme une perle
-Et pliant toujours ses jupons.
-
-Ce compromis de chair, d'écume,
-Forme les plus étranges nœuds
-Entre les poissons épineux
-Et, Vénus, vos ramiers de plume.
-
-Dans le bocage de mes os,
-Dans l'arbre bleu de mes artères,
-Mêlez-vous, fleurs, poissons, oiseaux,
-Si mal réunis sur la terre.
-
-
-
-
-LES YEUX DOUX
-
-
-Tristesse, engrais de mes bonheurs. Il nous termine,
-Ce grillage, partout sorti des encriers.
-Napoléon, apiculteur aux gants d'hermine
-Le jour du sacre, avec un bonnet de lauriers
-Et des pantoufles de nacre.
-
-Cygne mourant, si doux à entendre crier,
-Fais le sang noir en quoi sont écrites ces lignes.
-
-
-
-
-DIEU VOIT DERRIÈRE SA NUIT...
-
-
-Dieu voit derrière sa nuit de pommiers debout.
-
-Dépêchons-nous, faisons le gros dos et fuyons;
-C'est la neige du Sphinx, la tourmente de sable;
-C'est le mica d'asphalte et la grêle d'amour.
-
-Quelque chose de Dieu serait-il périssable
-Qu'il redoute la jungle où boivent les lions?
-
-La nuit d'Avril est votre prie-Dieu, Sainte-Vierge!
-On en ferait le tour sans recevoir de boue.
-
-Pour combien, pour combien, Vierge, de millions
-De diamants volés et de larmes de mères
-Dans ta corbeille ronde où tout tient à l'envers.
-
-Ces lions, ce sont les lionnes de la mer,
-S'aplatissant, sautant, léchant les espadrilles.
-
-Voyez-vous s'approcher un marin porte-cierge,
-Les femmes du village et quatre bataillons?
-Ils jouaient la trompette et dansaient le quadrille
-Et semaient leurs enfants mâles dans tes sillons.
-
-Aussi repousse-t-il des navires, des voiles,
-Et toujours au zénith de nouvelles étoiles.
-
-
-
-
-L'INCENDIE
-
-
-Joyeux épouvantail! Quel drame. Les cerises
-(Celles du haut surtout) en perdent la raison.
-Quoi, la pure Aglaé d'un pompier s'est éprise
-Et cet amour est su de toute la maison.
-
-Pour ses larmes, maison, pardonne lui sa faute;
-Car elles ont fait fuir le diable du quartier.
-Tout bas elle pleurait. Grâce à l'amour, sa haute
-Et puissante douleur délivre le fruitier.
-
-
-
-
-DE CHANTER AMOUR QUI NOUS MORD...
-
-
-De chanter amour qui nous mord
-Le cœur, je ne sens nulle envie,
-Il occupe toute ma vie.
-Non. J'aime mieux chanter la mort.
-
-Comme eut grande soif de lui-même,
-Narcisse, penché sur une eau
-Où se voyait de bas en haut,
-Donnant, recevant le baptême,
-
-Je pense à cet amour complet
-Que sera ma mort, à cet ange
-Qui, d'un coup d'avirons, mélange
-L'original et le reflet.
-
-Afin que le tour réussisse
-Il ne faut pas trace de sang,
-Et Narcisse disparaissant
-Ôte le reflet de Narcisse.
-
-Car si l'ange manque le tour,
-Hélas! ce qui souvent arrive,
-Narcisse n'est plus sur la rive,
-Son reflet reste et meurt d'amour.
-
-Certain silence nous dénonce
-Plus que des cris. Niaise Echo
-Que cherchez-vous le long de l'eau
-Courante, nymphe au cœur de bronze?
-
-Ce parfum de petite fleur
-Blanche, vous fait rougir de honte;
-Si vous croyez ce qu'on raconte
-Vous jouez deux fois de malheur.
-
-Vous ne savez pas vous y prendre,
-Echo! Patientez un peu:
-L'eau fraîche n'éteint pas le feu
-Dont Narcisse est la salamandre.
-
-Vous mentez selon le décor,
-Soit dit sans vous faire un reproche;
-Ne cassez pas contre une roche
-Votre voix. Elle vaut de l'or.
-
-Répétez tout! c'est de votre âge.
-Narcisse, invisible à nos yeux,
-Désirait se connaître mieux:
-Il habite enfin son image.
-
-
-
-
-À FORCE DE PLAISIRS...
-
-
-À force de plaisirs notre bonheur s'abîme.
-Que faites-vous de mal, abeilles de ma vie?
-Votre ruche déserte étant maison de crime,
-Je n'ai plus, d'être heureux, ni l'espoir, ni l'envie.
-
-Sous un tigre royal, la rose aux chairs crispées,
-Meurt de peur; il est vrai que ce tigre a des ailes.
-Mais l'ange gardien qui casse nos poupées,
-A des ailes aussi comme une demoiselle.
-
-Les anges, quelquefois, tachés d'encre et de neige,
-Car ils font leur journal à la polycopie,
-Leurs ailes sur le dos, s'échappent du collège,
-Volant un peu partout, plus voleurs que des pies.
-
-La neige est vite marbre aux mains prédestinées;
-Du marbre au sel Vénus connaît la route blanche,
-Et du sel à la chair enfin la voilà née
-Sur la plage où chacun se baigne le Dimanche.
-
-Mais, sachant les détours de la chair aux statues,
-Vénus s'endort debout et se réveille au Louvre.
-Elle ne risque rien. Chaque fois qu'elle tue,
-C'est seulement mille ans après qu'on la découvre.
-
-Endormez-vous au bruit de la machine à coudre
-Enfance, cœur cruel amoureux des supplices.
-Voici la guêpe morte et l'odeur de la poudre
-Et les soleils cloués pour vos feux d'artifice.
-
-Christ, larrons, cloués haut en face du village.
-La veille, les soldats jouaient de la musique;
-On attendait le soir, on redoutait l'orage,
-Et leur mort écrivait: VIVE LA RÉPUBLIQUE.
-
-D'un seul soupir d'amour vit et meurt la fusée.
-Elle ouvre ses yeux bleus: ainsi chante le cygne.
-Mais voyant de sa mort une foule amusée
-Les referme, rend l'âme et tombe dans les vignes.
-
-Souvenirs de campagne, ah! laissez-moi tranquille;
-De la rose du soir ne soyez pas le chancre.
-J'ai le vertige en haut des maisons de ma ville,
-Mon ombre se répand de moi comme de l'encre.
-
-Voici le miel que font mes abeilles, c'est l'ombre
-Qui me vide. Je suis plus léger que le liège
-Plus léger que l'écume, et cependant je sombre,
-Entraîné par Vénus et par l'homme de neige.
-
-
-
-
-TOMBEAUX
-
-
-DE SAPHO
-
-
-Voici, toute en cendres, Sapho,
-Dont ce fut le moindre défaut
-D'aimer, Vénus, les coquillages
-Que vous entr'ouvrez sur les plages.
-
-Le feu qu'elle éteint dans la mer
-N'était pas la flamme des cierges;
-Comme fleurs rougissent les vierges,
-Sapho rougit comme le fer.
-
-Ce feu dont ne reste que poudre,
-Tua jadis une cité.
-Mais soyons justes, car la foudre
-Y tomba d'un autre côté.
-
-Non. Sapho vous apprit à lire,
-Vierges, dans son propre roman;
-Elle repose maintenant
-Entre les jambes de sa lyre.
-
-Sur ce beau corps mélodieux
-Elle repose chez les dieux:
-Sapho, déesse médiane
-Entre Cupidon et Diane.
-
-
-
-
-DE SOCRATE
-
-
-Ce qui distingue cette tombe
-Des autres, soit dit en passant,
-C'est que n'y viennent les colombes,
-Mais, parfois, deux agneaux paissant.
-
-Visiteuse, que ne vous vexe
-Ce sage victime des sots:
-C'est la grâce de votre sexe
-Qu'il aimait chez les jouvenceaux.
-
-
-
-
-DE NARCISSE
-
-
-Celui qui dans cette eau séjourne
-Démasqué, vécut s'intriguant.
-La mort, pour rire, le retourne
-À l'envers, comme un doigt de gant.
-
-
-
-
-D'UN FLEUVE
-
-
-Aglaé, sœur d'Ophélie,
-Prise sans en avoir l'air
-Par son mal, par sa folie,
-Va se jeter dans la mer.
-
-
-
-
-DE DON JUAN
-
-
-En Espagne, on orne la rue
-Avec des loges d'opéra.
-Quelle est cette belle inconnue?
-C'est la mort. Don Juan l'aura.
-
-
-
-
-DU CHIEN D'ALCIBIADE
-
-
-Plus d'un, qui dans la sombre barque,
-Traversa le fleuve de mort,
-Aurait voulu qu'on le remarque
-Pour le contraire de ton sort.
-
-Maintenant, à la mort fidèle,
-Dédaigne ton maître inhumain:
-Couche-toi, sans queue, auprès d'elle,
-Médor, et lèche-lui la main.
-
-
-
-
-LES MESAVENTURES D'UN ROSIER
-
-
-Rougis des Hespérides!
-Et des formes que prend
-Le diable au Paradis.
-
-Verges que Noël pose
-Dans les sabots, quel feu!
-Quelle eau!
-
-Un radis, c'est la rose
-En bouton, à l'envers
-Dans le tombeau.
-
-Pour tenir chaud l'hiver
-Penche l'arbre des pommes
-Sur ce rosier.
-
-La rose sans épines,
-Dépêchez-vous, garçons;
-Elle se ride.
-
-Prenez garde à la berge.
-Dans le fleuve de verre
-Bouge l'ondine,
-
-Qui mollit les bâtons
-Et les montre cassés
-Si on l'agace.
-
-Et si change de place
-Le rosier en boutons,
-La source rit.
-
-Sur sa mousse un pleur d'or
-Toucherait-il ce chêne
-Au cœur chenu?
-
-Pas même, source blanche,
-Larmes du marbre nu
-Qui sortent.
-
-Et la rose, la rose
-Qui veut imiter l'arbre,
-C'est un peu fort!
-
-Une moindre secousse
-Dénonce le pari
-Champêtre.
-
-Ne laisse pas la voile
-Encor, bateau timide,
-Cacher ton mât.
-
-Car chaque fois qu'il penche,
-Ondine ta maîtresse
-Baise tes hanches.
-
-Rose prends donc courage:
-La houle et la houlette
-Sont sœurs.
-
-Si ce chêne refuse
-L'offre de ton odeur
-Célèbre,
-
-Rappelle-toi son âge;
-Vraiment sa vieille moelle
-L'excuse.
-
-Dépâme, rose rouge,
-Vois pour cacher ta honte
-D'autres boutons.
-
-Rentre dans la vallée
-Neige en feu, c'est la fonte
-Des Alpes.
-
-Rose que l'aube mouille,
-Entre ses seins te place
-La bergère.
-
-Si tu mouilles sa robe
-Ton audace exagère;
-Que dira-t-on?
-
-Rose rouge du crime,
-On doit trouver la trace
-De l'assassin.
-
-À moins que quelque louve
-Vienne lécher le doigt
-De la victime.
-
-Sur ce buisson ardent
-Arrête-lui la main
-Bel ange.
-
-Car une autre bergère,
-Qui fut soldat, périt
-Sur un bûcher.
-
-Pour l'endormir, échange
-Ton sang, contre le lait
-De Proserpine.
-
-Il suffit de toucher
-Le pavot qui allaite,
-Avec vos dents,
-
-Pour que l'ange s'envole
-Et laisse une cuisson
-Légère.
-
-Chacune des épines
-Du rosier rouge blessent
-L'amour.
-
-Mieux valait le bocage
-Où Narcisse se joue
-Seul du pipeau.
-
-Et cet autre vertige
-D'un chat noir pelotant
-La braise.
-
-Braises du rosier rouge,
-Ôtez sur votre peau
-Un peu de boue.
-
-Vous avez bien le temps
-D'être l'oiseau qui baise
-Sa cage
-
-Il faudra redescendre,
-Roses du ciel de lit
-Louis Seize;
-
-On ne peut pas toujours
-Vivre à cette hauteur
-D'âme.
-
-Parfois la bière blonde
-Succède au lait. La rage
-Mollit.
-
-Seul, le grand Alexandre,
-Ne versant d'autres larmes,
-Les parfumait.
-
-Debout, rosier de mai,
-Ce demi-dieu te change
-En violette.
-
-Et Cybèle qui pâme,
-Change en roses le sang
-Des armes.
-
-Rose à la fraîche croupe
-Fais vite ta toilette
-Du soir.
-
-Épanouis ta gorge,
-Tes genoux, tes épaules
-Puissants;
-
-Lave ce vieil orage,
-Va sur l'enfant de troupe
-T'asseoir.
-
-Ce jardin de nounous
-Te convient à merveille,
-Un dimanche.
-
-Tu peux, malgré ton âge,
-Tenir encor un rôle
-De sucre d'orge.
-
-
-L'ondine, dans sa chambre
-De verre, n'en peut plus
-De rire.
-
-Car la rose naïve
-Cherche un nouvel endroit
-Pour sommeiller.
-
-Elle roule sa lèvre
-Et ses nombreuses joues
-Froides.
-
-Elle penche vers l'eau
-Sur le talus, sa moue,
-Sa fièvre.
-
-Allons! tenez-vous droit
-Beau rosier. Faites roides
-Vos membres.
-
-L'ondine nous observe,
-Et s'amuse beaucoup
-À vos dépens.
-
-Jadis, sur l'eau profonde,
-Vers Léda vint le cygne
-Humain.
-
-La belle, avec sa main,
-Flatte le bec, énerve
-Le cou.
-
-Or, la fille de l'onde
-Songe au feuillage où pend
-La vigne;
-
-Et regarde à travers
-Le verre du plafond
-La rose éteinte.
-
-Rose qu'avez-vous fait
-Trop tôt pour que vous tue
-L'hiver?
-
-Est-ce là tout l'effet
-Jeunesse, que vous font
-Les statues?
-
-Et l'ondine, et la feinte
-Fontaine sur le socle
-De Pan.
-
-Rose, rentre en toi-même,
-Et pleure comme Achille
-Patrocle.
-
-C'est parfois difficile
-D'être seul, quand on s'aime
-À deux.
-
-
-L'ondine de la roche
-N'a jamais de hideux
-Anges son compte.
-
-Elle prend sa voix d'orgue
-Au fond du transparent
-Repaire.
-
-Vois son œil bleu, sa paire
-De seins que l'eau convexe
-Rapproche.
-
-Tremblez, pauvres parents,
-Car la belle fournit
-La morgue.
-
-Va, rosier de la honte,
-L'ondine a défini
-Ton sexe.
-
-
-
-
-ALERTE
-
-
-Rose de Jéricho, les clairons militaires
-Mettent partout les murs, les pétales par terre;
-Les hôtels, les villas, les kiosques à musique,
-La carte en relief, ses cascades, ses chaînes
-De montagnes, ses pics qui changent nuit et jour.
-
-Humide est le corail, porte-chance d'amour!
-Il te faut rebâtir, rose de vitre et d'arbres,
-Parfois bock sur le quai, parfois cime d'un chêne,
-Pommier d'Avril souvent, mais plus lourd que le marbre.
-
-On y pose dessus: quêteuses, jeux nautiques,
-Le char de la déesse et le combat naval.
-
-Mais la rose s'écroule. Écoutez ce tapage
-Nocturne. Car Vénus a découvert le vol
-De ses perles, et réveille tous les étages.
-
-
-
-
-LA PEUR DONNANT DES AILES AU COURAGE
-
-(_Allégorie_)
-
-
-Mon mal hésite. Un mal s'enfonce. Il entre mal.
-Sainte Vierge, ton cœur est trop grand pour le Louvre,
-Trop hérissé de fleurs, de flammes, de couteaux.
-Gagne le vase bleu de ciel, pour qu'aussitôt
-L'assassin disparu, son couteau le découvre.
-Une chambre d'hôtel, un ancien journal;
-
-L'odeur des pots rangés intimide la serre.
-
-L'aube était dans ce vieux journal plié en deux,
-Froide et difficile à reconnaître. _Madame_
-_La reconnaissez-vous?_ Ciel! c'est la Sainte Vierge,
-La Sainte Vierge faite en fleurs, flammes et lames:
-Lames de fer, de mer, larmes d'yeux et de cierges,
-Et les morceaux cassés de notre vase bleu.
-Oui, je la reconnais monsieur le commissaire.
-
-Comment donc firent-ils pour naître d'une trappe
-Jésus, Vénus? Noël est ramoneur de neige;
-Neige aussi Jeanne d'Arc devant la cheminée.
-
-Mais vous, on construisait dessus, pour votre mois,
-Terrasses de mouchoirs, de muguet, de bobèches.
-
-Mon mal semble suspect? mettez la main sur moi:
-Le vin rouge du crime est resté sur la nappe.
-
-
-
-
-ANGÉLUS
-
-
-Coq masqué de viande crue,
-Tu es un bourreau, qui l'eût cru?
-Voici le ciel, les champs qui saignent,
-Et les femmes qui se signent.
-
-
-
-
-PANOPLIE
-
-
-La figure du tigre est un feu de braise
-Qu'on agace avec un tisonnier.
-Beau dompteur, dans votre cage à l'aise,
-C'est nous qui sommes vos prisonniers.
-
-
-
-
-MIRACLES
-
-
-Dans votre ville d'eaux, est-il vrai Sainte Vierge,
-Que vous apparaissez aux borgnes, aux boiteux?
-Des matelots bretons vous virent dans les vergues,
-Ce n'est pas moi qui le raconte, ce sont eux.
-Vous aviez, dirent-ils, costume d'hirondelle
-Sur fond myosotis, sur papier de dentelle:
-Au cri du goëland ressemblait votre cri
-Quand vous disparaissiez, laissant leur nom écrit.
-
-
-
-
-GABRIEL AU VILLAGE
-
-
-_Mademoiselle Marie_
-_Vous êtes grosse, dit l'ange_,
-_Vous aurez un fils sans mari_;
-_Pardonnez si je vous dérange._
-
-Cette façon d'annoncer
-Les choses par la fenêtre,
-Étonne un peu la fiancée
-Qui son amour voudrait connaître.
-
-L'ange s'en va, comme fonte
-Des neiges, vers l'inhumain.
-La petite a un peu honte
-Et se cache dans ses mains.
-
-
-
-
-CANNE DE JONC
-
-
-Oreilles, rougissez: je parle
-Aux singes de ma volière.
-
-Selon la plume que j'y trempe
-La nuit montre le soleil d'Arles,
-Ou bien elle allume la rampe
-Sur un marquis de Molière,
-Rosier aux pattes de pigeon.
-
-Un pigeon vole, un rosier rampe
-Ou grimpe, et grimpe le lierre
-Et les clownesses de Molier.
-
-Ce poème, particulier
-Par la fraîcheur du badigeon.
-S'intitule: CANNE DE JONC.
-
-
-
-
-LES OISEAUX SONT EN NEIGE
-
-
-Les oiseaux sont en neige et ils changent de sexe.
-Une robe de chambre a trompé nos parents
-Et le frivole amour dont Elise se vexe.
-Rébus des papillons, vous m'êtes transparents!
-
-Je te connais, beau masque, et saute sur ta croupe
-D'épouvantail naïf qu'une flûte charmait.
-On voit dans les romans lus par l'enfant de troupe
-Les cerisiers en fleurs, drapeaux du mois de mai.
-
-Lit, folle bergerie, écume Louis Seize,
-Notre épitaphe est faite en graines de pavot;
-Son souvenir, images debout sur la braise,
-D'un tendre madrigal compose un deuil nouveau.
-
-Comme le traîneau russe illumine les louves,
-À l'envers, à l'endroit, Narcisse, ton hymen
-Inhumain, est-ce un crime après tout? se retrouve,
-Trésor de l'onde avare où se lave ta main.
-
-
-
-
-EMBOUCHURE DES PENSÉES DIVINES
-
-
-Salamine avez-vous un coq dans votre écu?
-
-Et Jeanne d'Arc, dont l'âme est une salamandre.
-
-Voici ma montre en or. Elle n'est pas à vendre.
-Âme de nos soldats, secouez votre cendre.
-
-L'encre de chine prend l'empreinte du vaincu.
-Le tambour du jazz-band est mon violon d'Ingres.
-
-Capitaine, une noce aurait froid en décembre,
-Malgré l'oiseau qui porte un poème en son bec.
-
-Tendre myosotis, œil de la cage aux tigres,
-Tigres dont le théâtre est une cheminée,
-Brasillez, ronronnez, ne jouez pas avec
-La cycliste rêvant, un cœur entre les jambes.
-
-Un tigre, capitaine, aurait-il peur de vous,
-De vous, tigre royal! héros de la journée?
-Soufflez-lui dans les yeux du Scaferlati doux.
-
-
-
-
-ROSIER SAUVAGE
-
-
-L'églantine est un piège,
-Un cruel ornement
-Des guerres enfantines.
-
-Sade, marquis charmant,
-Voleur des églantines,
-Rougit sa main d'amant.
-
-Il signe sur la neige,
-Et sur la glace ment
-Avec un diamant.
-
-
-
-
-CONTREBANDE
-
-
-Encor Vénus reine des reines,
-Bel œuf de Pâques entr'ouvert.
-Le coq laisse tomber ses graines
-D'un bec fraîchement peint en vert.
-
-C'est fait! Avant qu'il ne retombe,
-Un couteau planté dans le sein,
-Ce coq, espèce de colombe,
-Dit le nom de son assassin.
-
-Coq de l'île d'amour. Pédale,
-Cycliste rose! Un blond tabac
-Humide cache le scandale:
-Charmant numéro d'Alhambra.
-
-Une mandoline, c'est celle
-Qui sur la Marne naviguait;
-Maintenant la voici ta selle
-Que mouille un bouquet de muguet.
-
-
-
-
-LA CABANE ABANDONNÉE
-
-
-L'écriture des églantines
-Est un vrai fantôme grivois;
-Hirondelles sont tes bottines
-Annonçant l'orage. Les voix
-(Rires et rondes enfantines)
-Doivent sortir d'un appareil
-À celui de Jeanne pareil.
-
-Souvent l'indiscret photographe
-Sous un jupon voit le soleil.
-Cœur tu savais mal l'orthographe,
-Mais l'ancre dénonce un marin,
-Et sa vague sur ce terrain
-Vague, te baptisa. Parrain,
-Recopiez-nous l'épitaphe.
-
-
-
-
-PRIMEURS CRUELLES
-
-
-Une flèche, parfois, guérit un cœur malade.
-Hallucinations, ouvrez-moi cet oursin
-D'aurore. Je veux être aussi le médecin
-Qui, voleur de joyaux, éventre une grenade.
-
-La Sainte-Vierge avait envoyé ce dessin
-D'un bleu miraculeux à chaque camarade.
-Ils n'en soufflèrent mot avant d'entrer en rade;
-C'était un petit peu à gauche sous le sein.
-
-Pourquoi mentir, sommeil? S'il vous faut des otages,
-Voici la caisse à fleurs, monticule d'étages
-Parfumés, et la corde et l'œuf des scorpions.
-
-Car si le douanier agrandit votre fente
-Grenades, simulant robes et lampions,
-Il met la main sur tous les rubis de l'infante.
-
-
-
-
-COSTUME DE SPORT
-
-
-Le vent de la mer renversa
-Sur la baigneuse une cabine.
-C'est du tir à la carabine,
-Zèbre joli comme un forçat.
-
-Le tout s'il raye son plumage
-(Et le mieux serait le plus tôt)
-Pour un arrangement d'images
-À la façon de Jean Cocteau.
-
-
-
-
-CHANGEMENTS À VUE
-
-
-Clef de sol, êtes-vous la clef des champs? Je raye
-Ta vitrine, fleuriste, éprise de wagons.
-La mer, la mer murmure au fond de notre oreille;
-S'il faut partir, je pars, tu pars, nous naviguons.
-
-Ces livres sont trop gros pour la belle qui charme
-Les serpents enroulés aux arbres interdits.
-Méfions-nous: souvent le serpent est une arme,
-Sa tête un revolver dans la main des bandits.
-
-L'hercule du tréteau, qui mange de la neige,
-Vous a vaincu, monsieur l'athlète déloyal!
-Rendez cinquante francs, on vous tendait un piège;
-On ne s'attaque pas au vieux tigre royal.
-
-La princesse imprudente a meublé sa piscine
-Avec des anges nus, habitants de Chaillot.
-Dame, si vous voulez que l'on vous assassine,
-C'est simple, montrez-leur votre grâce en maillot.
-
-Dans ce chiffre superbe, écrit en majuscules,
-On voit singes grimpeurs, œuvre de l'amiral,
-Qui dessinait parfois, ou bien, au crépuscule,
-En bouteille mettait lui-même son journal.
-
-
-
-
-CALENDRIER MÉCANIQUE
-
-
-D'ici, de là, d'ailleurs joufflue,
-Vénus fait le tour de l'îlot.
-Et les pneus, elle les regonfle,
-Rien qu'en caressant son vélo.
-
-Ce vélo nargue nos régates,
-Nos bras nus, nos nœuds papillons;
-Mon enfance est loin, nougatine
-Qui me colle encore aux papilles.
-
-Car, protectrice des artistes,
-La reine quitte son château,
-Vient à bicyclette et baptise
-De champagne notre bateau.
-
-
-
-
-LES ANGES MALADROITS...
-
-
-Les anges maladroits vous imitent, pigeons.
-Vous saluez Marie. Eux, devant les guérites,
-Gardent la France. Hélas! nous les décourageons.
-Toute la nuit, le ciel cueille des marguerites:
-La dernière cueillie on ouvre les volets.
-
-Voici venir l'automne et la chute des anges;
-Les anges répandus comme le pot au lait.
-
-Arbre en or l'Opéra donne beaucoup d'oranges;
-C'est surtout vers le haut que le public les mange.
-Car, vers le bas, manger des oranges déplaît.
-
-Ce poème en dix vers est-il beau, est-il laid?
-Il n'est ni laid ni beau, il a d'autres mérites.
-
-
-
-
-ARCHE
-
-
-Vent, démolis nos casernes.
-Sur ma fenêtre, le coq
-Veut la tête d'Holopherne
-Aveugle et le cou en loques.
-
-Clairon, réveille Palerme,
-Ville aimant dormir en pente.
-Mille étoiles sous le poing
-Du nègre nu, mille bombes,
-Dans l'île feront l'appoint.
-
-Crête rouge de Colomb
-Annonce la mer repeinte
-Chez la reine des colombes.
-
-
-
-
-MOUCHES, DISTRACTIONS
-
-
-Plutôt que voir tout nu ce nègre à l'île d'Ambre
-Virginie en mourant fait mine de dormir.
-Miracle! mon fauteuil s'envole de la chambre,
-Sur un air d'opéra, sur un tapis d'Emir.
-
-Quel beau feu d'artifice, un ange! Dans l'étable,
-Après, il se repose et ferme ses ciseaux.
-Le même ange indiscret, scandale épouvantable,
-Découvrit Saint-François, marchant sur les oiseaux.
-
-L'hiver est caramel, boîte au lait, pot à colle,
-Plâtre grec dont l'oeil cabre un antique cheval.
-Aux classes de dessin, le dernier à l'école,
-Pour cacher son amour n'eut jamais de rival.
-
-
-
-
-SONNET
-
-
-Aujourd'hui le soleil, redoutable artifice,
-Pousse vers la vitrine un nouveau bûcheron;
-Le diamant d'amour y fait sa cicatrice
-Lisible sur le ciel blessé par le clairon.
-
-Feu! pour mes longs hivers la flamme est écrevisse
-Joyeuse, ou bien Diane en chasse à l'escadron.
-Absinthe verte ou vert billard, un même vice,
-Fait de votre journal l'unique liseron.
-
-Hôtel peu cher devant la Méditerranée,
-De tous les matelots morgue où Vénus est née,
-Char fleuri sous l'orage, et rage de Didon
-
-Qui meurt debout sur un lustre de tragédie,
-Forçat, zèbre craintif caché sous l'édredon,
-Votre troupe en chemise excite l'incendie.
-
-
-
-
-GRECO
-
-
-Puis-je, grenouille morte, en l'eau vous trouver laide,
-Semblable aux jeunes gens du peintre de Tolède,
-Ainsi leur jambe flotte et leurs doigts écartés.
-
-Les nuages de linge et d'électricité,
-Bâtissent les maisons, les rocs de leur cité.
-Ils attirent la foudre, ils appellent à l'aide.
-
-Morte vue à l'envers et de tous les côtés.
-
-
-
-
-L'ENDROIT ET L'ENVERS
-
-
-Je vois la mort en bas, du haut de ce bel âge
-Où je me trouve, hélas! au milieu du voyage;
-La jeunesse me quitte et j'ai son coup reçu.
-Elle emporte en riant ma couronne de roses.
-Mort, à l'envers de nous vivante, tu composes
-La trame de notre tissu.
-
-Nous ne pouvons te voir et te sentons mêlée
-Aux plaisirs, à l'amour dont la chaleur ailée
-Fait les cœurs les plus durs, comme neige dissous;
-Bien que tes habitants reposassent dans l'herbe,
-Nous marchions sans souci sur l'étoffe superbe,
-Et, soudain, nous sommes dessous.
-
-Nous sommes tellement proche la douce vie
-Qu'à peine par la mort elle nous est ravie,
-Elle ouvre le passage et nous lâche la main.
-Quelquefois nous cherchons à vaincre le mystère,
-Par le même chemin revenir sur la terre;
-Il n'existe plus de chemin.
-
-Vivants nous avons beau, toute notre existence,
-De la terre au soleil mesurer la distance
-Et pour ne point mourir faire nombre d'apprêts;
-Nous lisons un côté de la page du livre;
-L'autre nous est caché. Nous ne pouvons plus suivre,
-Savoir ce qui se passe après.
-
-Je vois la mer trop courte et qui toujours enlève
-À la grève un baiser pour baiser l'autre grève:
-La menteuse fort bien arrange ses instants.
-Bientôt l'imitera ma maîtresse fidèle,
-Cherchant ailleurs Avril, ainsi que l'hirondelle.
-Hélas! je vais avoir trente ans.
-
-Trente ans! Vous moquez-vous? C'est la grâce des marbres,
-Le soleil de midi qui tombe sur les arbres,
-Votre pas de trente ans est votre premier pas.
-Jusqu'alors vous étiez une folle semaille;
-Vous allez... Taisez-vous. Regardez-moi. Je baille.
-Je ne vous écouterai pas.
-
-Je ne veux mensonger avec ce qui me joue,
-La rose de mon cœur ses pétales dénoue,
-Et, même si je dois vivre longtemps encor,
-Qu'importent le soleil et les marbres de Grèce;
-Jusqu'ici j'apprenais la vie; elle me blesse.
-Il me faut apprendre la mort.
-
-Car votre auberge, ô mort, ne porte aucune enseigne.
-J'y voudrais voir, de loin, un beau cygne qui saigne
-Et chante, cependant que lui tordez le cou.
-Ainsi je connaîtrais ce dont je ne me doute:
-L'endroit où le sommeil interrompra ma route.
-Et s'il me faut marcher beaucoup.
-
-Certes, vous vous couchez comme un ange de neige,
-Plus que le bronze lourd, plus léger que le liège,
-Sur l'amant dont le spasme enfin vous réjouit;
-Sous votre feu glacé la chair se fait statue,
-Mais, à la longue, il faut, mort, que je m'habitue
-À vous recevoir dans mon lit.
-
-Votre désir ne sait ni l'âge ni le sexe,
-Nul d'entre les plus beaux que votre dédain vexe,
-Malgré tout, votre amour attire les amants.
-Votre baiser, parfois, d'une honte les venge,
-Ou bien vous vous couchez entre les deux, bel ange,
-Pour d'obscurs assouvissements.
-
-Mieux que Vénus, ô mort, vous habitez nos couches,
-Vous arrêtez nos cœurs, vous tourmentez nos bouches,
-Vous nous fermez les yeux et vous nous rendez sourd.
-Vous donnez à Vénus un visage ordinaire,
-Car, jusqu'à maintenant où je crains de vous plaire,
-J'avais peur ainsi de l'amour.
-
-Rivale de Vénus, qu'on me roule et me couse
-À jamais dans les draps où votre ange m'épouse;
-Qu'il ne me quitte plus, je suis un fils de roi.
-Et, qu'à l'envers couché, sentant son aile contre.
-Il me parle de vous, mais jamais ne me montre
-Tout ce que je laisse à l'endroit.
-
-
-
-
-M'ENTENDEZ-VOUS AINSI?
-
-
-France gentille et verdoyante,
-Qui fait les femmes et le vin
-Comme on en chercherait en vain
-Sur toute Europe environnante,
-
-Si je te chante à ma façon,
-Chacun se détourne et me moque,
-Mais un jour arrive l'époque
-Où l'oreille entend la chanson.
-
-Tel qui jadis me voulut mordre,
-Voyant ma figure à l'envers,
-Comprendra soudain que mes vers
-Furent les serviteurs de l'ordre.
-
-Il sera vite mon ami,
-Disant: Commit-il autres crimes
-Que de distribuer ses rimes
-Tant au bout des vers que parmi.
-
-Courage! Ronsard te l'enseigne;
-Car, s'il est aujourd'hui vainqueur,
-La rose lui perça le cœur
-Comme oiseau dont la gorge saigne.
-
-L'homme ne ressent pas l'effet
-D'un rossignol au chant diurne.
-Et mieux le convainc, dans une urne,
-Notre cœur en cendres défait.
-
-
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-
-
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