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-<title>The Project Gutenberg e-Book of Tableau Historique et Pittoresque de Paris (7/8); Author: J. B. de Saint-Victor.</title>
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
-depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 7/8), by J. B. Bins de Saint-Victor
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-this ebook.
-
-
-
-Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 7/8)
-
-Author: J. B. Bins de Saint-Victor
-
-Release Date: September 25, 2019 [EBook #60355]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAAU HISTORIQUE ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
-P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
-at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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-</pre>
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-
-<p class="p4 center">TABLEAU<br />
- HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br />
- DE PARIS.</p>
-
-<p class="p4 center small">IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,<br />
- RUE D'ANJOU-DAUPHINE, N<sup>o</sup> 8.</p>
-
-<h1>TABLEAU<br />
-<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br />
- DE PARIS,<br />
-<span class="smaller">DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.</span></h1>
-
-<p class="p2 center">Dédié au Roi<br />
- Par J. B. de Saint-Victor.</p>
-
-<p class="p2 center"><i>Seconde Édition</i>,<br />
- <span class="smcap small">REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE</span>.</p>
-
-<p class="p2 center small">TOME QUATRIÈME.&mdash;PREMIÈRE PARTIE.</p>
-
-<p class="right15"><i lang="la">Miratur molem..... Magalia quondam.</i><br />
- <span class="smcap">Æneid.</span>, lib. I.</p>
-
-<p class="p4 center smaller">PARIS,<br />
- LIBRAIRIE DE CARIÉ DE LA CHARIE,<br />
- RUE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE, N<sup>o</sup> 4, AU PREMIER.</p>
-
-<p class="center">M DCCC XXVII.</p>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<p class="p4 center"><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> TABLEAU<br /> HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br /> DE PARIS.</p>
-
-<h2>QUARTIER DU LUXEMBOURG.</h2>
-
-<div class="resume">
-<p>Ce quartier est borné, à l'orient, par la rue du
- Faubourg-Saint-Jacques exclusivement; au septentrion, par les
- rues des Fossés-Saint-Michel ou Saint-Hyacinthe, des
- Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés
- inclusivement; à l'occident, par les rues de Bussy, du Four et de
- Sèvre inclusivement; et au midi, par les extrémités des faubourgs
- et les barrières qui les terminent, depuis la rue de Sèvre
- jusqu'au faubourg Saint-Jacques.</p>
-
-<p>On y comptoit, en 1789, soixante-deux rues, quatre culs-de-sac,
- une église paroissiale, trois séminaires et quatre communautés
- d'hommes, un collége, trois abbayes, six couvents et six
- communautés de filles, dix hôpitaux, un palais, etc.</p>
-</div>
-
-<h3>PARIS SOUS LOUIS XIV.</h3>
-
-<p>Le règne de Louis XIV est, pour un grand nombre, la plus belle époque
-de nos annales; et, il le faut avouer, ce règne a jeté un éclat qui
-peut imposer. Il fut glorieux par les armes, et jusque dans les revers
-qui suivirent tant de victoires, il montra dans la France des
-ressources que n'avoient pas ses ennemis, forcés, même alors qu'ils
-se réunissoient pour l'accabler, de reconnoître <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> en elle un
-ascendant auquel ils auroient voulu se soustraire, et qu'ils
-essayèrent vainement de détruire. Sous ce règne commencèrent à se
-perfectionner toutes les industries qui développent et régularisent
-cette partie <em>matérielle</em> de l'ordre social, à laquelle on a donné si
-improprement le nom de <em>civilisation</em>; mais sa plus grande gloire fut
-d'avoir vu fleurir autour de lui, simultanément et dans tous les
-genres de littérature, les plus beaux génies qui aient illustré les
-temps modernes. Telle est cette gloire qu'elle éblouit les yeux du
-vulgaire (et, sous beaucoup de rapports, le vulgaire abonde dans tous
-les rangs), et couvrant de ses rayons tout ce qui l'environne, les
-empêche de pénétrer plus avant et de découvrir, sous cette enveloppe
-brillante, la plaie profonde et toujours croissante de la société.
-Quant à nous à qui la révolution a appris ce que valent les lettres et
-les sciences humaines pour la durée et la prospérité des empires, nous
-ne nous arrêterons point à ces superficies; et, aidés de cette lumière
-que les ténèbres de notre âge ont rendue encore plus vive, plus
-pénétrante, pour ceux qui la cherchent «dans la simplicité du c&oelig;ur
-et dans sa sincérité<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Lien vers la note 1"><span class="smaller">[1]</span></a>,» nous oserons juger à la fois et <cite>le grand
-siècle</cite>, ainsi qu'on l'appelle, et le grand roi qui y a présidé.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> L'&oelig;uvre que Richelieu avoit commencée venoit d'être achevée
-par Mazarin, et dans la politique extérieure de la France et dans son
-gouvernement intérieur. À ces deux ministres avoit été réservée la
-gloire funeste de réduire en corps de doctrine les maximes
-machiavéliques qui, depuis plusieurs siècles et sans qu'elle osât se
-l'avouer à elle-même, étoient le code politique de l'Europe
-chrétienne; et ce code, amené à ce degré de perfection, le congrès de
-Munster l'avoit sanctionné. Là il avoit été solennellement déclaré que
-les intérêts de la terre étoient entièrement étrangers à ceux du ciel;
-qu'en fait de religion, tout ce qui étoit à la convenance des princes
-et des rois étoit vrai, juste et bon; qu'ils étoient par conséquent
-tout à fait indépendants de la loi de Dieu, c'est-à-dire de toute
-conscience et de toute équité. À la place de l'équilibre qui naissoit
-naturellement de la crainte ou de l'observance de cette loi suprême,
-on avoit établi un prétendu équilibre de population et de territoire,
-chef-d'&oelig;uvre de cette sagesse purement humaine; et par suite de ces
-nouveaux principes, les souverains, s'observant d'un &oelig;il inquiet et
-jaloux, avoient les uns pour les autres, politiquement parlant,
-l'estime et la confiance que se portent entre elles ces autres espèces
-de puissances qui exploitent les grands chemins.</p>
-
-<p>Ils en eurent aussi bientôt les procédés; et la <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> France, qui
-avoit eu la plus grande part à cette paix impie et scandaleuse, en
-donna le premier exemple. On sait que l'Espagne avoit protesté contre
-le traité de Westphalie, non qu'elle en détestât les maximes, mais
-uniquement parce qu'elle ne vouloit pas accéder à la cession de
-l'Alsace, qui étoit une des principales clauses de ce traité; et qu'en
-conséquence de cette protestation, la guerre avoit continué entre les
-deux puissances. Or il n'y avoit alors qu'un seul souverain dont
-l'alliance pût être utile à l'une comme à l'autre, et faire pencher la
-balance du côté où il lui plairoit de se ranger, et ce souverain étoit
-Cromwell. Aussitôt l'assassin d'un roi, l'usurpateur d'un trône,
-l'ennemi fanatique du catholicisme, devint un personnage considérable
-pour les deux plus grands monarques de la chrétienté; ils le
-recherchèrent, ils le courtisèrent, les flatteries même ne lui furent
-point épargnées. Ils le rendirent en quelque sorte l'arbitre de leurs
-destinées, lui donnant à choisir entre la ville de Calais et celle de
-Dunkerque, dont ils s'offroient à l'envi de l'aider à faire la
-conquête; enfin, par un événement que la France considéra comme
-heureux pour elle, l'île de la Jamaïque, qui appartenoit à l'Espagne,
-s'étant trouvée à la convenance de Cromwell, celui-ci s'en empara
-brusquement, et deux traités furent signés, l'un à Westminster, en
-1655, <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> l'autre à Paris, en 1657, par lesquels Louis XIV,
-traitant d'égal à égal avec un régicide, et lui donnant même le nom de
-<em>frère</em> dans ses lettres<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Lien vers la note 2"><span class="smaller">[2]</span></a>, prit l'engagement de chasser de France
-ses cousins-germains, Charles II, roi légitime d'Angleterre, et le duc
-d'York, son frère<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Lien vers la note 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. Ensuite les troupes du roi et celles du
-protecteur durent se réunir pour attaquer de concert les Espagnols
-dans les Pays-Bas, et s'y emparer de plusieurs villes, qui devoient
-être le prix de cette alliance, et devenir la propriété de
-l'Angleterre. Ce plan fut exécuté: Turenne triompha à la bataille des
-Dunes des Espagnols et du grand Condé, pour remettre aux Anglois
-Dunkerque et Mardyck, qui tombèrent après cette <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> victoire
-décisive, et la paix entre les deux puissances suivit de près ce grand
-événement. Le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, qui
-devoit produire tant d'autres guerres si longues et tour à tour si
-brillantes et si désastreuses, fut le gage de cette paix fallacieuse
-et d'un traité qui, établissant d'une manière décisive la supériorité
-de la France sur l'Espagne, accrut encore la considération politique
-dont cette puissance jouissoit déjà en Europe. Ainsi la maison
-d'Autriche, déjà affoiblie en Allemagne par la paix de Munster, reçut
-un nouvel échec en Espagne par la paix des Pyrénées. Le
-cardinal-ministre mourut au milieu de cet éclat que répandoient sur
-lui tant d'obstacles surmontés, tant de si grands projets accomplis;
-et tel étoit le pouvoir absolu dont il jouissoit, et que le roi
-lui-même n'eût osé lui disputer, qu'il n'est point exagéré de dire que
-Louis XIV succéda à Mazarin, comme celui-ci avoit succédé à Richelieu.</p>
-
-<p>Ces deux hommes, par des moyens différents, avoient amené le pouvoir
-au point où il étoit alors parvenu en France, ne cessant d'abattre
-autour d'eux tout ce qui pouvoit lui porter ombrage ou lui opposer la
-moindre résistance. On a pu voir où en étoient réduits les chefs de la
-noblesse et ce qu'étoit devenue leur influence, dans cette guerre de
-la Fronde, non moins pernicieuse <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> au fond que toutes les guerres
-intestines qui l'avoient précédée, et qui n'eut quelquefois un aspect
-ridicule que parce que ces grands, devenus impuissants sans cesser
-d'être mutins, furent obligés de se réfugier derrière des gens de robe
-et leur cortége populacier, pour essayer, au moyen de ces étranges
-auxiliaires, de ressaisir par des mutineries nouvelles leur ancienne
-influence. N'y ayant point réussi, il est évident qu'ils devoient, par
-l'effet même d'une semblable tentative, descendre plus bas qu'ils
-n'avoient jamais été, et c'est ce qui arriva. On verra que, dès ce
-moment, la noblesse cessa d'être un corps politique dans l'État, et,
-sous ce rapport, tomba pour ne se plus relever. Quant au parlement, ce
-digne représentant du peuple et particulièrement de la populace de
-Paris, il ne fut <em>politiquement</em> ni plus ni moins que ce qu'il avoit
-été; c'est-à-dire qu'après s'être montré insolent et rebelle à l'égard
-du pouvoir, dès que celui-ci avoit donné quelques signes de foiblesse,
-le voyant redevenu fort il étoit redevenu lui-même souple et docile
-devant lui, et toutefois sans rien perdre de son esprit, sans rien
-changer de ses maximes, et recélant au contraire dans son sein des
-ferments nouveaux de révolte encore plus dangereux que par le passé.
-Telle se montroit alors l'opposition populaire, abattue plutôt
-qu'anéantie. Il en étoit de même des religionnaires <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> dont on
-n'entend plus parler comme opposition armée, depuis les derniers coups
-que leur avoit portés Richelieu, mais qui n'en continuoient pas moins
-de miner sourdement, par leurs doctrines corruptrices et séditieuses,
-ce même pouvoir qu'il ne leur étoit plus possible d'attaquer à force
-ouverte. Les choses en étoient à ce point en France, lorsque Louis XIV
-parut après ces deux maîtres de l'État, héritier de toute leur
-puissance, et en mesure de l'accroître encore en vigueur, en sûreté et
-en solidité, de tout ce qu'y ajoutoient naturellement les droits de sa
-naissance et l'éclat de la majesté royale.</p>
-
-<p>(1661 à 1667) L'éducation du nouveau roi avoit été fort négligée; et
-se souciant fort peu de ce qui pourroit en advenir après lui, Mazarin
-n'avoit visiblement voulu en faire qu'un prince ignorant, inappliqué,
-indolent, et qui, uniquement occupé de ses plaisirs, ne pensât point à
-le troubler dans la conduite des affaires. L'énergie de son caractère
-triompha des perfides calculs de son ministre: à peine celui-ci eut-il
-fermé les yeux, que Louis XIV, au grand étonnement de tout ce qui
-l'environnoit, parla en maître, et montra qu'il possédoit la première
-qualité d'un roi, qui est de savoir commander et se faire obéir. On le
-vit, dès ces premiers moments, embrasser, dans ses pensées, toutes
-les parties de l'administration, montrant la <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> ferme résolution
-de ne confier à personne son autorité, et de n'avoir dans ses
-ministres que des exécuteurs de ses volontés.</p>
-
-<p>Deux choses l'occupèrent d'abord par dessus toutes les autres, les
-finances et l'armée. L'armée étoit brave, mais mal disciplinée; le
-désordre des finances, que Mazarin n'avoit pas eu intérêt de réprimer,
-étoit à son comble: de sages réglements rétablirent parmi les troupes
-l'ancienne discipline, et par des réformes habilement concertées, le
-roi se rendit maître absolu de tous les emplois militaires<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Lien vers la note 4"><span class="smaller">[4]</span></a>. En même
-temps il tiroit Colbert de l'obscurité où il étoit resté jusqu'alors,
-pour en faire son guide dans le dédale ténébreux de l'administration
-financière; et ce fut pour n'avoir pu se persuader qu'un prince,
-jusqu'alors uniquement livré aux frivolités, mettroit cette
-persévérance à s'enfoncer dans d'aussi arides travaux, que le
-surintendant Fouquet, qui pouvoit encore conjurer l'orage que ses
-dilapidations avoient amassé sur sa tête, le laissa <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> grossir
-jusqu'au point d'éclater, et se perdit sans retour.</p>
-
-<p>Dès ces commencements, se manifestèrent les principes d'après lesquels
-Louis XIV avoit résolu de régner, principes qu'il est d'autant plus
-important de faire connoître, qu'il ne s'en écarta pas un seul instant
-pendant la durée d'un si long règne, et qu'ils aideront à faire mieux
-comprendre encore ce qui a précédé ce règne, à entrevoir déjà ce qu'il
-devoit être, et ce qui l'a suivi.</p>
-
-<p>Ce monarque avoit donc commencé par faire ce que font tous les princes
-qui veulent être maîtres absolus: il s'étoit emparé de son armée et
-avoit rétabli l'ordre dans ses finances. Dès lors ne rencontrant plus
-d'obstacle à ses volontés, il ne s'agissoit plus pour lui que de
-trouver un moyen de mettre à l'abri de toutes vicissitudes cette
-situation qu'il s'étoit créée, et qu'il jugeoit la seule digne d'un
-roi de France. Les traditions de sa famille et l'exemple des deux
-ministres, qui venoient de se succéder avec tant d'éclat et de
-bonheur, étoient trop près de lui pour pouvoir être oubliés; et les
-seules leçons de gouvernement que Mazarin lui eût jamais données<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Lien vers la note 5"><span class="smaller">[5]</span></a>
-ajoutoient <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> encore aux impressions qu'il en avoit reçues.
-Achever d'abattre la noblesse en lui ôtant tout caractère et toute
-action politique, en réduisant à la nullité la plus absolue et les
-grands du royaume et les princes de son sang qui en étoient les chefs
-naturels, telle fut la maxime fondamentale de son gouvernement; et la
-réduisant en système, il y persévéra jusqu'à la fin avec une suite et
-une opiniâtreté qui prouvent plus de force de volonté que d'étendue
-d'esprit: car enfin, et la suite le fera voir, ce système, poussé
-ainsi outre mesure, avoit de graves inconvénients. Tout ce qui pouvoit
-figurer à la cour y fut donc appelé pour y être nivelé, et confondu,
-sauf quelques frivoles distinctions de préséance, dans la foule des
-courtisans et des adorateurs du prince; les gouverneurs de province
-eux-mêmes, choisis ordinairement dans la plus haute noblesse, n'eurent
-plus le choix d'habiter leurs gouvernements où ils auroient
-inquiété<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Lien vers la note 6"><span class="smaller">[6]</span></a>; ils ne tardèrent point <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> à reconnoître que c'eût
-été déplaire au maître que de ne pas considérer cette cour si
-brillante comme le seul séjour qu'ils pussent habiter; et bientôt elle
-eut pour eux des séductions qui les y attachèrent sans retour. En même
-temps que Louis XIV traînoit ainsi à sa suite toute cette noblesse
-dont il avoit su dorer les chaînes et énerver le caractère, il
-affectoit de ne prendre ses ministres que dans des rangs inférieurs,
-et presque toujours dans la poussière de ses bureaux; et c'étoit là
-sans doute ce que son système despotique présentoit de plus
-adroitement et de plus profondément conçu. En élevant ainsi des hommes
-nouveaux au dessus de ce qu'il y avoit de plus grand, <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> cette
-ancienne aristocratie, qu'il vouloit achever d'asservir, n'en étoit
-que plus abaissée; et cependant ces instruments vulgaires de sa
-puissance absolue, et à qui son intention étoit de la communiquer dans
-toute sa plénitude, ne pouvoient lui causer aucun ombrage, parce que,
-n'ayant rien en eux-mêmes de solide et qui pût leur laisser la moindre
-consistance après qu'il les auroit abattus, ils retomboient par leur
-propre poids, et dès qu'il lui plaisoit de les abattre, dans toute la
-profondeur de leur néant. Il en résultoit encore que cette situation,
-tout à la fois si brillante et si périlleuse, dans laquelle ils se
-trouvoient si brusquement transportés, le rendoit plus assuré de leur
-aveugle et entier dévouement. Tels furent en effet les ministres de
-Louis XIV, qui le trompèrent sans doute quand ils eurent intérêt à le
-tromper, et quelques-uns d'eux, autant qu'ils le voulurent, mais plus
-servilement qu'on ne l'avoit fait avant eux, et sans que jamais leurs
-man&oelig;uvres secrètes portassent la moindre atteinte à ce pouvoir sans
-bornes dont il étoit si jaloux, et dont, pour leur propre intérêt, ils
-n'étoient pas moins jaloux que lui. Les choisissant donc constamment
-<cite>dans la plus parfaite roture</cite>, pour nous servir de l'expression du
-duc de Saint-Simon, il se plut à les porter d'abord au faîte des
-grandeurs, et mit tout au dessous d'eux, jusqu'aux princes de son
-sang.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> En ce genre, et d'après son système, ses premiers choix
-peuvent être considérés comme heureux: Colbert et Louvois furent de
-grands ministres<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Lien vers la note 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, si ce nom peut être donné à d'habiles
-administrateurs, à des hommes actifs, vigilants, rompus à tous les
-détails du service dont ils avoient acquis une longue expérience dans
-des emplois subalternes, capables en même temps d'en saisir l'ensemble
-avec une grande perspicacité, et d'y apporter de nouveaux
-perfectionnements. Mais si, pour mériter une si haute renommée, ce
-n'est point assez de se courber vers ces soins matériels, et qu'il
-faille comprendre que les sociétés se composent d'<em>hommes</em> et non de
-<em>choses</em>, que leur véritable prospérité est dans l'ordre que l'on sait
-établir au milieu des intelligences; enfin, si <em>gouverner</em> est autre
-chose qu'<em>administrer</em>, nous ne craignons pas de le dire, jamais
-ministres ne se montrèrent plus étrangers que ces deux personnages, si
-étrangement célèbres, à la science du gouvernement; et les jugeant par
-des faits irrécusables, il nous sera facile de prouver que tous les
-deux furent funestes à la France, et lui firent un mal qui n'a point
-été réparé.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> Colbert avoit paru le premier: c'est à lui, et nous l'avons
-déjà dit, que Louis XIV dut ce rétablissement des finances qui le
-rendit, en peu d'années, maître si tranquille et si absolu de son
-royaume; mais il n'est pas inutile d'observer, pour réduire à sa juste
-valeur ce qui, au premier coup d'&oelig;il, pourroit sembler un effort de
-génie, que cette restauration financière ne fut opérée que par un
-odieux abus de ce pouvoir qui déjà ne vouloit plus reconnoître de
-bornes, et qu'une banqueroute fut le moyen expéditif que le
-contrôleur-général imagina pour arriver au but qu'il vouloit
-atteindre. Elle fut opérée tout à la fois et sur les engagements de la
-cour, connus sous le nom de billets d'épargne<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Lien vers la note 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, et sur les <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span>
-rentes de l'hôtel-de-ville, par des man&oelig;uvres qui ne peuvent
-étonner de la part d'un homme dont la conduite envers Fouquet n'offre
-qu'un tissu de bassesses, de fourberies et de cruautés<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Lien vers la note 9"><span class="smaller">[9]</span></a>, mais qui
-étoient assurément fort indignes de la probité d'un grand roi. Enfin,
-ce qui eût été difficile pour qui auroit voulu avant tout être juste
-se fit très facilement par l'injustice et par la violence. Ce fut en
-même temps une occasion d'apprendre au parlement ce qu'il alloit être
-sous la nouvelle administration: le roi se rendit au palais, portant
-lui-même ses édits; et sans laisser aux chambres le temps de les
-examiner, ordonna qu'à l'instant même ils fussent enregistrés, leur
-déclarant qu'à l'avenir il prétendoit qu'il en fût ainsi de tout ce
-qu'il lui plairoit d'envoyer à son parlement, sauf à écouter ensuite
-ses remontrances, s'il y avoit lieu.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> Ainsi, tout étant abattu aux pieds de Louis XIV, on conçoit ce
-qu'il étoit possible de faire au milieu d'un vaste empire, si puissant
-par sa population, si riche par son territoire, et où, pour la
-première fois depuis l'origine de la monarchie, il n'y avoit plus
-qu'une seule action et une seule volonté. Aussi ce qu'opéra ce même
-Colbert dans l'espace de quelques années, en déployant sans obstacle
-ce qu'il avoit d'habileté et de vigilance, passa-t-il ce que
-l'imagination auroit osé concevoir, et à un tel point, que
-l'admiration et la faveur publique succédèrent à cette haine qu'il
-avoit d'abord justement méritée. La France n'avoit plus de marine: il
-en créa une comme par enchantement, et bientôt les flottes du roi
-couvrirent l'Océan d'où elles avoient depuis long-temps disparu; sous
-leur protection, le commerce extérieur, presque anéanti, se ranima, et
-des compagnies de négociants, instituées et favorisées par le
-ministre, lui donnèrent les accroissements les plus rapides, et le
-firent fleurir à l'Orient et à l'Occident. Alors fut commencée
-l'entreprise hardie d'un canal qui devoit joindre les deux mers<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Lien vers la note 10"><span class="smaller">[10]</span></a>;
-des manufactures s'organisèrent de toutes parts dans l'intérieur, et
-ne tardèrent point à rendre l'étranger tributaire de nos arts
-industriels; les sciences et les beaux <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> arts obtinrent des
-établissements durables et de magnifiques encouragements;
-l'Observatoire fut bâti; on commença la façade du Louvre; auprès de
-l'Académie françoise s'élevèrent et l'Académie des sciences et celle
-de peinture et de sculpture; et les libéralités du roi se répandant
-avec profusion sur les beaux génies dont les chefs-d'&oelig;uvre
-illustroient alors la France, et sur un grand nombres d'autres savants
-et gens de lettres, dont il vouloit récompenser les travaux et les
-efforts, alloient chercher, jusqu'au milieu des nations étrangères, le
-mérite souvent oublié dans son propre pays. En même temps il réprimoit
-par des édits rigoureux la fureur des duels; se montroit vigilant et
-sévère envers les protestants qui sembloient impatients du joug, en
-les renfermant du moins dans les bornes de l'édit de Nantes, que le
-malheur des temps avoit forcé de leur accorder; des magistrats
-travaillant, sous ses ordres, à la réformation des lois, recueilloient
-en un seul corps les ordonnances publiées à cet effet, en divers
-temps, par les rois de France; et sa politique, d'accord avec la
-justice, achevoit de détruire, dans les provinces, la tyrannie des
-seigneurs, souvent intolérable à l'égard de leurs vassaux<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Lien vers la note 11"><span class="smaller">[11]</span></a>.
-Cependant Louvois, qu'il avoit placé <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> à la tête du département
-de la guerre, et qui étoit doué d'un génie tout-à-fait propre à ce
-genre de travail, achevoit ce que le roi avoit commencé; et
-complétant, sous tous les rapports, l'organisation des armées, rendoit
-formidable au dehors cette France, que son rival avoit faite si
-prospère au dedans. Tous ces miracles s'opéroient au milieu des fêtes
-et des divertissements d'une cour la plus polie, la plus galante, et
-en même temps la plus majestueuse qui eût jamais été; et l'on peut
-dire que Louis XIV s'élevant encore au dessus de tout cet éclat qui
-l'environnoit, par mille dons extérieurs dont la nature s'étoit plu à
-l'orner, sembloit quelque chose de plus qu'un homme à ses peuples
-éblouis et enivrés.</p>
-
-<p>Et pour son malheur et celui de ses peuples, il partagea lui-même cet
-enivrement. Jamais prince ne s'étoit vu entouré de plus de flatteries
-et de séductions: ce n'étoient pas des hommages qu'on lui rendoit,
-c'étoit un culte; et parmi les <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> flatteurs et les adorateurs de
-ce dieu mortel, il n'en étoit point de plus dangereux pour lui que ces
-mêmes ministres, qui eurent bientôt reconnu combien il leur seroit
-facile d'en faire leur dupe. Ombrageux comme il l'étoit sur le
-pouvoir, et s'étant fait une loi d'en fermer tous les abords et de
-n'écouter qu'eux, il leur suffit de se prêter à son goût pour les
-détails du service, qu'il croyoit une des conditions essentielles de
-l'art de régner, et de l'en accabler au delà de ses forces, pour lui
-persuader, alors qu'ils lui faisoient faire ce qu'ils vouloient,
-qu'ils n'étoient que de simples exécuteurs de ses volontés<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Lien vers la note 12"><span class="smaller">[12]</span></a>. Il
-leur fut plus facile encore de lui faire croire <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> que ce pouvoir
-sans bornes qu'il exerçoit, et cette obéissance servile qu'il exigeoit
-de tous, et depuis le premier jusqu'au dernier, et au devant de
-laquelle tous sembloient courir, étoient en effet le <em>seul</em> principe
-de ce mouvement prodigieux qui s'opéroit autour de lui, de l'ordre, de
-la paix, de la prospérité dont jouissoit la France à l'intérieur, de
-l'étonnement mêlé d'une sorte de crainte qu'elle inspiroit aux
-étrangers. Il arriva donc que le monarque le plus absolu de l'Europe
-en devint aussi le plus orgueilleux. Son ambassadeur à Londres avoit
-été insulté par celui d'Espagne, à l'occasion du droit de préséance:
-il exigea, avec trop de hauteur peut-être et avec un sentiment trop
-vif de sa supériorité, une satisfaction proportionnée à l'offense<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Lien vers la note 13"><span class="smaller">[13]</span></a>;
-toutefois on doit dire qu'il étoit en droit de l'exiger, même en lui
-reprochant d'avoir usé trop rigoureusement de son droit; mais sa
-conduite avec le pape, dans l'affaire du duc de Créqui, qui pourroit
-<span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> l'excuser? En fut-il jamais de plus dure, de plus injuste, de
-plus cruelle même, et d'un plus dangereux exemple? Quel triomphe pour
-le roi de France de se montrer plus puissant que le pape, comme prince
-temporel, et sous ce rapport, de ne mettre aucune différence entre lui
-et le dey d'Alger ou la république de Hollande; de refuser toutes les
-satisfactions convenables à sa dignité, que celui-ci s'empressoit de
-lui offrir à l'occasion d'un malheureux événement que les hauteurs de
-son ambassadeur avoient provoqué, et dont il lui avoit plu de faire
-une insulte<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Lien vers la note 14"><span class="smaller">[14]</span></a>; de violer en lui tous les droits de la souveraineté
-en le citant devant une de ses cours de justice et en séquestrant une
-de ses provinces; de le forcer, par un tel abus de la force, à
-s'humilier devant lui par une ambassade extraordinaire<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Lien vers la note 15"><span class="smaller">[15]</span></a>, dont
-l'effet immanquable étoit d'affoiblir, au <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> profit de son
-orgueil, la vénération que ses peuples devoient au père commun des
-fidèles, et dont son devoir à lui-même étoit de leur donner le premier
-exemple? Il le remporta ce déplorable triomphe; il lui étoit aisé de
-le remporter: et dès lors on put reconnoître que Louis XIV, prince
-assurément très catholique, et qui se montra jusqu'à la fin
-invariablement attaché à ses croyances religieuses, n'entendoit pas
-autrement la religion et les vrais rapports des princes chrétiens avec
-le chef de l'Église, que ne l'avoient fait ses prédécesseurs; et par
-cela même qu'il avoit su se faire plus puissant qu'aucun d'eux,
-poussoit peut-être plus loin encore ce système d'indépendance envers
-l'autorité spirituelle, dont il sembloit décidé que pas un seul des
-rois de France n'apercevroit jusqu'à la fin les funestes conséquences.
-Au milieu de ces tristes démêlés, commençoient déjà le scandale de ses
-amours adultères et tous les désordres de sa vie privée, qui pouvoient
-mettre en doute aux yeux de ses peuples la sincérité de sa foi, et
-ajouter encore au fâcheux effet des violences exercées contre le
-<span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> souverain pontife, et des humiliations dont le fils aîné de
-l'Église s'étoit plu à l'abreuver.</p>
-
-<p>Au moment où ces choses se passoient, une hérésie, de toutes la plus
-perfide et la plus dangereuse, parce qu'elle est la seule qui cache
-l'esprit de révolte sous une apparence hypocrite de soumission, la
-seule qui, sachant faire des humbles sans exiger le sacrifice de
-l'orgueil, séduise et tranquillise les consciences que des erreurs
-plus tranchantes et une rébellion ouverte auroient pu effrayer, le
-jansénisme enfin, <cite>puisqu'il faut l'appeler par son nom</cite>, poursuivoit
-sourdement le cours de ses man&oelig;uvres séditieuses. Né de l'hérésie
-de Calvin, et établi, de même que le système de cet hérésiarque, sur
-un fatalisme atroce et désespérant, il avoit pénétré en France au
-temps de la guerre de la fronde; et ce caractère nouveau qu'il
-présentoit de révolte et d'hypocrisie, devoit lui faire, plus que
-partout ailleurs, des partisans dans un pays où, sur ce qui concernoit
-le gouvernement ecclésiastique, on s'épuisoit depuis long-temps en
-efforts et en inventions pour résoudre le problème, assez difficile
-sans doute, de concilier l'obéissance que l'on devoit au pape avec le
-mépris de son autorité. Les jansénistes apportoient, pour vaincre
-cette difficulté, le secours d'une foule de raisonnements sophistiques
-plus subtils qu'aucun de ceux que l'on avoit jusqu'alors <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span>
-employés, et une érudition à la fois catholique et protestante qui
-mettoit à l'aise les factieux, non seulement contre le pape, mais
-encore vis-à-vis de toute autre autorité. Ils eurent donc bientôt de
-nombreux partisans, surtout dans le parlement, où ce fut un vrai
-soulagement pour un grand nombre, de pouvoir combattre ce qu'ils
-appeloient <em>la cour de Rome</em> en toute sûreté de conscience. Mais ils
-attaquèrent en même temps <em>la cour de France</em>: car c'étoit ce parti
-des jansénistes parlementaires qui se rallioit au cardinal de Retz, et
-c'étoient encore les curés jansénistes de Paris qui lui avoient
-procuré l'influence qu'il exerça si long-temps sur la populace de
-Paris. Ce fut là ce qui rendit ces sectaires odieux et suspects au
-gouvernement; et cette aversion qu'ils avoient inspirée sous la
-régence, Louis XIV la conserva contre eux par cet instinct de royauté
-qui ne l'abandonna jamais, et surtout dans ce qui le touchoit
-particulièrement. Il poursuivit donc de nouveau le jansénisme, déjà
-démasqué et condamné à Rome comme en France, dès le moment de son
-apparition; et réconcilié avec le pape, ce monarque appela à son
-secours, et pour raffermir sa propre autorité, le souverain qu'il
-venoit d'outrager et dans son caractère et dans son autorité. C'étoit
-se montrer inconséquent; mais la suite fera voir en ce genre bien
-d'autres inconséquences. Quoi qu'il en soit, les <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> nouveaux
-sectaires, malgré leurs distinctions, très ingénieuses sans doute, du
-<em>droit</em> et du <em>fait</em><a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Lien vers la note 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, se virent poussés dans leurs derniers
-retranchements, et réduits, par le concours des deux puissances, à
-signer un formulaire par lequel il leur fallut reconnoître que les
-cinq propositions étoient non seulement hérétiques, mais extraites
-formellement du livre de Jansénius, et condamnables dans le sens
-propre de l'auteur. Abattus pour le moment, mais non soumis, nous les
-verrons bientôt reparoître plus opiniâtres que jamais, et grâce aux
-inconséquences fatales du prince qui les poursuivoit, plus forts
-qu'ils n'avoient jamais été.</p>
-
-<p>Cependant Colbert continuoit ce qu'il avoit commencé: commerce,
-agriculture, marine, finances, tout en France devenoit de jour en jour
-plus prospère, plus florissant; et l'heureux et habile ministre étoit
-en quelque sorte associé à la gloire du monarque sous les auspices
-duquel <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> il opéroit cette grande restauration de la France
-industrielle. Louvois en étoit jaloux, et pour contrebalancer les
-succès pacifiques de son rival, il épioit une occasion d'engager le
-roi dans quelque guerre où il pût faire briller à son tour ce qu'il
-avoit d'habileté.</p>
-
-<p>Ce n'étoit pas une entreprise fort difficile avec un prince tel que
-Louis XIV: déjà il avoit fait preuve d'une grande susceptibilité sur
-ce qu'il croyoit toucher à l'honneur de sa couronne; l'empressement
-avec lequel il venoit d'accepter la donation injuste et bizarre que le
-duc de Lorraine, Charles IV, avoit imaginé de lui faire de ses États,
-au préjudice des droits légitimes de sa famille<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Lien vers la note 17"><span class="smaller">[17]</span></a>, le montroit assez
-disposé à saisir toute occasion qui se pourroit présenter d'accroître
-le nombre <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> de ses provinces. En donnant des secours au Portugal
-contre l'Espagne, malgré les conditions expresses de la paix des
-Pyrénées<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Lien vers la note 18"><span class="smaller">[18]</span></a>, il avoit donné lieu de croire que, lorsque la raison
-d'état seroit mise en avant, on le trouveroit peu scrupuleux sur la
-foi que l'on doit aux traités. Enfin, tandis que ses flottes
-purgeoient les côtes de la Méditerranée des corsaires de Tunis et
-d'Alger dont elles étoient infestées, un petit corps de troupes
-auxiliaires, qu'il avoit envoyé à l'empereur, se signaloit dans la
-guerre que ce monarque soutenoit contre les Turcs, et décidoit par sa
-valeur du succès de cette guerre périlleuse et de la paix qui la
-suivit. Au sein de cette prospérité qui sembloit plus qu'humaine, il
-ne falloit donc qu'une occasion pour donner l'essor à l'ambition et à
-l'humeur belliqueuse d'un jeune prince qui, de quelque côté qu'il
-portât les regards, <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> ne voyoit rien qui pût lui être
-comparé<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Lien vers la note 19"><span class="smaller">[19]</span></a>.</p>
-
-<p>La mort du roi d'Espagne en offrit une que Louvois ne laissa point
-échapper. Il avoit su persuader au roi que, malgré les renonciations
-qu'avoit faites l'infante Marie-Thérèse, au moment où elle étoit
-devenue reine de France, à la succession du roi son père, elle avoit
-conservé, en vertu des coutumes particulières du Brabant, un droit sur
-la Franche-Comté et sur une grande partie des Pays-Bas, que ces
-renonciations n'avoient pu ni détruire ni infirmer<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Lien vers la note 20"><span class="smaller">[20]</span></a>. Louis avoit
-déjà fait valoir près de Philippe IV <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> ce droit, que le monarque
-déjà mourant n'avoit pas voulu reconnoître; après sa mort, le cabinet
-espagnol y parut encore moins disposé, et ainsi commença la guerre de
-Flandres, source de toutes celles dont ce règne si long fut à la fois
-illustré et désolé.</p>
-
-<p>Si l'on examine l'état de l'Europe au moment où éclata cette guerre si
-féconde en résultats, on voit que tout commence à s'y compliquer,
-grâce à cette politique d'intérêts qui étoit devenue la seule
-conscience de l'antique chrétienté. Tandis que le Portugal,
-secrètement aidé par la France, défendoit son indépendance contre
-l'Espagne, des rivalités de commerce avoient fait naître une guerre
-acharnée entre les Anglois et les Hollandois; et Charles II, qui
-venoit de remonter sur le trône sanglant et ébranlé de son père, se
-rendoit agréable à sa nation en poussant cette guerre avec beaucoup de
-vigueur et de succès: car, en même temps qu'il leur livroit sur mer
-des batailles sinon décisives, du moins humiliantes pour eux, il leur
-suscitoit sur terre, dans le fougueux évêque de Munster, un ennemi
-formidable, et auquel ils étoient par eux-mêmes dans l'impuissance de
-résister. Attentif à ces mouvements, Louis XIV, que les Hollandois
-appeloient à leur secours en vertu des alliances qu'il avoit formées
-avec eux, se trouva bientôt dans l'alternative embarrassante ou de se
-brouiller <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> avec le roi d'Angleterre, dont l'amitié étoit à
-ménager, ou de s'aliéner ces républicains qu'il lui importoit de ne
-pas avoir contre lui, lorsque le moment seroit venu de faire valoir
-ses prétentions héréditaires sur les Pays-Bas. Il essaya d'abord le
-rôle de médiateur entre les puissances belligérantes, rôle qui lui
-réussit si peu que les Anglois lui déclarèrent la guerre à lui-même,
-et continuèrent en même temps de la faire à ses alliés. Les choses en
-étoient là, lorsque, sur les derniers refus que fit le cabinet
-espagnol de lui céder les provinces qu'il réclamoit, se croyant sûr
-des Hollandois qu'il avoit délivrés des hostilités de l'évêque de
-Munster, et d'un autre côté ayant pris toutes ses mesures pour ne
-point trouver d'obstacle à l'entreprise qu'il méditoit<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Lien vers la note 21"><span class="smaller">[21]</span></a>, il
-commença brusquement la guerre; et marchant lui-même à la tête de ses
-troupes, entra <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> vers le milieu de 1667 dans les Pays-Bas
-espagnols.</p>
-
-<p>Jamais troupes plus braves et mieux disciplinées n'avoient été
-commandées par de plus habiles généraux, et n'avoient eu devant elles
-un ennemi plus foible, plus dénué de ressources et surtout plus
-effrayé: aussi fut-ce plutôt une promenade qu'une campagne militaire,
-et cette guerre de Flandre n'est pas moins fameuse par la rapidité des
-conquêtes<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Lien vers la note 22"><span class="smaller">[22]</span></a> que par le luxe et la magnificence qu'y déploya le jeune
-roi. La reine et toute la cour l'avoient suivi à cette expédition
-guerrière comme à un spectacle; et c'étoit au milieu des fêtes et de
-l'étiquette accoutumée de Saint-Germain, que tomboient les villes
-assiégées, et que s'obtenoient tant de faciles succès. Vainqueur à
-l'instant même partout où il lui avoit plu de se présenter, Louis
-revint au milieu de ses peuples jouir de leurs acclamations et de
-cette moisson de lauriers acquise à si <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> peu de frais, tandis
-que l'Europe épouvantée commençoit déjà à se coaliser contre l'ennemi
-trop redoutable qui sembloit menacer son indépendance. C'étoit pour la
-première fois qu'elle concevoit des alarmes sur cet équilibre, auquel
-la paix de Westphalie avoit attaché le repos du monde civilisé, et
-l'on peut dire que celui qui l'avoit rompu le premier, se réjouissoit
-et se glorifioit comme un enfant de ses triomphes sans en prévoir les
-conséquences. Cependant elles ne se firent point attendre; et ce fut
-au milieu des enchantements de Versailles qu'il avoit commencé à
-bâtir, et de ses nouvelles et si scandaleuses amours avec madame de
-Montespan, qu'il reçut l'avis trop certain de la triple alliance qui
-venoit d'être conclue entre les Hollandois, ses anciens alliés, la
-Suède et l'Angleterre, pour l'arrêter tout court dans ses projets
-ambitieux, et le forcer à faire sur-le-champ la paix avec l'Espagne.</p>
-
-<p>(1668) Cette nouvelle lui parvint au moment où Louvois et le prince de
-Condé, tous les deux jaloux de Turenne, et chacun à sa manière<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Lien vers la note 23"><span class="smaller">[23]</span></a>,
-lui montroient <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> la conquête de la Franche-Comté comme plus
-facile encore que celle de la Flandre; sur ce qu'ils lui en disoient,
-il comprit fort bien que ce n'étoit que par de nouveaux succès, plus
-décisifs encore que ceux qu'il avoit obtenus, qu'il pouvoit déjouer la
-ligue des trois puissances conjurées contre lui, et s'il étoit dans la
-nécessité de faire la paix, de ne la faire du moins que comme il
-convenoit à un vainqueur. On sait que la Franche-Comté fut conquise en
-moins d'un mois<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Lien vers la note 24"><span class="smaller">[24]</span></a>. Cependant un congrès s'étoit ouvert à
-Aix-la-Chapelle, pour y traiter de la paix entre la France et
-l'Espagne. Le pape, qui la désiroit vivement, qui depuis long-temps la
-sollicitoit de toutes ses forces, en étoit en apparence le médiateur;
-mais les véritables arbitres de cette paix étoient ces mêmes
-Hollandois, qui, peu de mois auparavant, avoient imploré à genoux
-l'assistance du grand roi; et ce fut un affront qu'il lui fallut
-dévorer, au milieu de triomphes qui <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> ressembloient à des
-prodiges, de voir un échevin d'Amsterdam dicter en quelque sorte les
-conditions d'un traité qui dépouilloit le conquérant d'une partie de
-ses conquêtes. L'Espagne, qui avoit eu à choisir entre la restitution
-de la partie des Pays-Bas qui lui avoit été enlevée ou de la
-Franche-Comté, préféra reprendre cette dernière province, et Louis XIV
-se trouva toucher ainsi aux frontières de la petite nation qui l'avoit
-humilié, et à laquelle il ne pardonnoit point son humiliation. Telle
-fut cette paix d'Aix-la-Chapelle qui ne fit que créer de plus grandes
-animosités, n'apaisa aucunes méfiances, aucunes jalousies, et amena
-bientôt, de plus grands événements et des guerres plus acharnées.</p>
-
-<p>Louis XIV, pour soutenir un droit contestable et acquérir une petite
-portion de territoire qui, par sa position seule, devoit lui être
-nécessairement disputée, et dont la possession n'apportoit point un
-accroissement réel à sa puissance, avoit donc allumé un feu qui ne
-devoit point s'éteindre, et montré le premier ce qu'il falloit
-attendre de la paix de Westphalie, dès que la moindre atteinte lui
-seroit portée. Il convient de ne point interrompre la suite de ces
-récits; et bien qu'il n'en soit point de plus célèbres dans nos
-annales, et que le plan que nous nous sommes tracé ne nous permette
-d'en rassembler que les principaux traits, peut-être le point de
-<span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> vue sous lequel nous allons les considérer leur donnera-t-il
-l'attrait de la nouveauté.</p>
-
-<p>(1670) L'espèce de triomphe que les Hollandois venoient de remporter
-sur un puissant monarque les avoit enivrés; leur prospérité
-commerciale et leurs richesses toujours croissantes ajoutoient encore
-à leur orgueil; et oubliant les circonstances qui leur avoient donné,
-dans la politique européenne, une importance à laquelle par eux-mêmes
-ils n'eussent pu prétendre sans folie, ils s'égaloient déjà aux plus
-grands souverains, se vantoient d'être les arbitres de la paix et de
-la guerre, et, à l'égard de Louis XIV, poussoient jusqu'à l'insulte la
-hauteur de leurs procédés<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Lien vers la note 25"><span class="smaller">[25]</span></a>. Ainsi s'aigrissoient des ressentiments
-que ce prince renfermoit au fond de son c&oelig;ur; et la connoissance
-qu'il eut d'un traité qu'ils avoient signé avec l'empereur et le roi
-d'Espagne, dont l'objet étoit de veiller à la conservation des
-Pays-Bas, acheva de l'exaspérer.</p>
-
-<p>Il résolut de les châtier, et, emporté par un <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> mouvement de
-dépit puéril et indigne de ce haut rang où il étoit placé parmi les
-rois, il ne vit point que, pour satisfaire son amour-propre blessé, il
-s'exposoit à la chance périlleuse d'alarmer de nouveau tous les
-intérêts de cette Europe, à qui il avoit appris que lui seul étoit à
-craindre, et qui, en effet, ne craignoit que lui seul. Le succès
-éphémère de ses négociations acheva de l'aveugler. Charles II écouta
-le premier les propositions qu'il lui fit d'une alliance entre la
-France et l'Angleterre; et dans cette alliance, ce fut moins l'intérêt
-de son pays qu'il consulta que son propre intérêt, et le désir qu'il
-avoit de sortir de la situation sans exemple où il se trouvoit à la
-tête d'une nation qui l'avoit rappelé, qui ne le haïssoit pas, mais
-qui, par cela seul qu'elle s'étoit faite protestante, sinon tout
-entière, du moins dans sa partie dominante, ne pouvoit plus supporter
-la domination d'un roi catholique dans le c&oelig;ur, qui conservoit les
-anciennes traditions de la royauté, et pour qui elle devenoit à peu
-près impossible à gouverner. Maître encore par sa prérogative de faire
-la paix ou la guerre, Charles traita avec le roi de France, parce
-qu'il y vit un moyen de se procurer de l'argent que lui refusoit son
-parlement, avec cet argent de lever des troupes, et avec ces troupes
-d'abattre les factions que la licence politique, née de la licence
-religieuse, commençoit à élever <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> autour de lui<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Lien vers la note 26"><span class="smaller">[26]</span></a>. Du reste,
-une guerre avec la Hollande ne déplaisoit point alors à la nation
-angloise, jalouse des prospérités commerciales de cette république, et
-qui, balançant à peine sur mer les forces de sa rivale, n'étoit point
-fâchée de la voir humiliée sur terre, et de contribuer à ses
-humiliations; (1671) il fut encore plus facile à Louis XIV de détacher
-de la triple alliance la Suède, son ancienne alliée, et dont il
-sembloit que, depuis la paix de Westphalie, les intérêts ne devoient
-plus être séparés de ceux de la France. L'indépendance que cette paix
-de Westphalie donnoit aux princes de l'empire avoit fourni au roi les
-moyens d'en gagner plusieurs par des bienfaits ou des espérances, et
-de s'assurer ainsi les secours des uns et la neutralité des
-autres<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Lien vers la note 27"><span class="smaller">[27]</span></a>. L'empereur lui-même, à <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> qui les troubles de Hongrie
-donnoient alors trop d'occupation pour qu'il pût mettre obstacle à ses
-desseins, et qui d'ailleurs n'auroit pu compter, dans une telle
-entreprise, sur le concours du corps germanique, prit avec lui des
-engagements contre les Hollandois. Ainsi tout cédoit, dans cette
-circonstance, à l'intérêt du moment. L'Espagne, à la vérité, repoussa
-ses offres; mais, dans l'état de foiblesse où étoit cette puissance,
-ce n'étoit point assez pour l'arrêter dans ses projets d'ambition et
-de vengeance.</p>
-
-<p>Il commença à les faire éclater par l'envahissement de la Lorraine,
-effrayant ainsi, dès ses premiers pas, tour le corps germanique, qu'il
-essaya toutefois de rassurer, en lui déclarant qu'il n'en agissoit
-ainsi que pour empêcher son vassal de brouiller, et prenant en même
-temps l'engagement de rendre à celui-ci, lors de la paix, les États
-qu'il lui avoit enlevés. Or, il est vrai de dire qu'en effet ce
-vassal, qu'inquiétoit avec juste raison un si redoutable suzerain,
-avoit cherché des appuis et des protecteurs auprès des souverains qui
-devoient avoir les mêmes craintes et les mêmes intérêts que lui<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Lien vers la note 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.
-C'étoit donc lui que <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> Louis XIV avoit cru devoir châtier
-d'abord, et immédiatement après il se tourna contre les Hollandois.
-«(1672) Tout ce que les efforts de l'ambition et de la prudence
-humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV l'avoit
-fait. Il n'y a pas, chez les hommes, d'exemple d'une petite entreprise
-formée avec des préparatifs plus formidables. De tous les conquérants
-qui ont envahi une partie du monde, il n'y en a pas un qui ait
-commencé ses conquêtes avec autant de troupes réglées et autant
-d'argent que Louis XIV en employa pour subjuguer le petit État des
-Provinces-Unies<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Lien vers la note 29"><span class="smaller">[29]</span></a>.» L'armée françoise étoit de plus de cent douze
-mille hommes; l'évêque de Munster et l'archevêque de Cologne l'avoient
-augmentée de vingt mille soldats auxiliaires; Condé, Turenne,
-Luxembourg, commandoient sous le roi cette armée formidable, qui
-conduisoit avec elle une nombreuse artillerie; Vauban devoit diriger
-les siéges. Comment supposer qu'un petit peuple de marchands, qui
-n'avoit pour toute défense que vingt-cinq mille hommes de mauvaises
-<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> troupes, commandées par un jeune prince sans expérience de la
-guerre<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Lien vers la note 30"><span class="smaller">[30]</span></a>, pourroit résister au plus puissant monarque de l'Europe,
-qui se faisoit maintenant des auxiliaires contre lui, ou des alliés
-qu'il lui avoit enlevés, ou des ennemis contre lesquels, quelques
-années auparavant, il l'avoit défendu? Les Hollandois se crurent
-perdus, et Louis XIV, qu'ils tentèrent vainement de fléchir par leurs
-soumissions, le crut de même. Il entra dans leur pays avec la rapidité
-d'un conquérant; dans leur extrême foiblesse, ils n'eurent pas même la
-pensée de l'arrêter; et le passage du Rhin, dont l'imagination d'un
-grand poète<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Lien vers la note 31"><span class="smaller">[31]</span></a> a su faire une action héroïque, n'eût été, sans la
-témérité du jeune duc de Longueville<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Lien vers la note 32"><span class="smaller">[32]</span></a>, qu'une espèce de promenade
-sur l'eau pour le roi et pour son armée. Alors cette armée inonda les
-provinces hollandoises, <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> et porta la terreur jusqu'aux portes
-d'Amsterdam. Consternés d'un si grand et si subit revers, ces
-républicains, naguère si hautains et si insolents, ne virent plus de
-ressources pour eux que dans la clémence du vainqueur; et dans son
-camp de Seyst, où leurs députés allèrent le trouver, et où il déploya
-devant eux toute la majesté d'un roi victorieux, ils demandèrent la
-paix en suppliants, lui offrant pour l'obtenir des conditions qui,
-même dans les extrémités auxquelles ils étoient réduits, pouvoient
-sembler suffisantes<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Lien vers la note 33"><span class="smaller">[33]</span></a>.</p>
-
-<p>Cependant ils négocioient en même temps auprès du roi d'Angleterre;
-ils essayoient de l'effrayer sur des succès aussi prodigieux, et dont
-jusqu'alors il n'avoit tiré, ni pour son propre compte ni pour celui
-de sa nation, le moindre avantage<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Lien vers la note 34"><span class="smaller">[34]</span></a>; et Charles, qui n'avoit pas
-besoin de leurs avis intéressés pour commencer à concevoir des
-inquiétudes, en reçut des impressions d'autant plus vives qu'il
-n'étoit point à s'apercevoir que les Anglois, charmés <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> dans
-les premiers moments d'une guerre dont le but étoit d'abaisser ses
-rivaux, la voyoient d'un tout autre &oelig;il depuis qu'il étoit question
-de détruire ceux-ci au profit du roi de France. Le roi d'Angleterre
-envoya donc au camp de Seyst des ambassadeurs qui, sans doute,
-déterminèrent Louis XIV à traiter les Hollandois avec plus de
-modération qu'il n'étoit d'abord disposé à le faire; car ce fut avec
-ces envoyés de Charles II, et après avoir renouvelé son alliance avec
-leur maître, qu'il concerta la réponse qu'il fit aux vaincus, et les
-conditions auxquelles il leur accordoit cette paix tant désirée.</p>
-
-<p>Elles étoient dures et humiliantes<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Lien vers la note 35"><span class="smaller">[35]</span></a>, et le vainqueur y usoit de
-tous les droits de sa victoire. Deux partis divisoient alors le
-gouvernement de La Haye: l'un, à la tête duquel étoit Jean de Witt, le
-grand pensionnaire, vouloit que l'on acceptât cette paix, qu'il
-soutenoit moins désastreuse encore que la guerre, dans de telles
-extrémités; l'autre, dirigé par le prince d'Orange, disoit hautement
-que tout étoit préférable à un semblable abaissement. Le chef
-audacieux <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> de ce parti montra, dès ce moment, ce dont il étoit
-capable, par le coup hardi qu'il sut frapper, et qui fut décisif pour
-ses vastes et ambitieux desseins. Il fit répandre adroitement dans le
-peuple par ses émissaires, que le grand pensionnaire et son frère,
-Corneille de Witt, trahissoient leur pays et le livroient au roi de
-France, à qui ils étoient vendus, et eut l'art de rendre
-vraisemblables ces bruits calomnieux. Les deux frères, contre lesquels
-il nourrissoit d'ailleurs d'implacables et profonds ressentiments<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Lien vers la note 36"><span class="smaller">[36]</span></a>,
-furent assassinés dans une émeute qu'il avoit su également susciter;
-et c'est alors que l'on vit paroître au premier rang, sur ce grand
-théâtre de la politique européenne, cet homme extraordinaire, le plus
-dangereux ennemi de Louis XIV, et dont le génie supérieur comprit
-mieux cette politique que ceux qui étoient le plus intéressés à la
-bien comprendre, <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> et lui imprima le seul mouvement qu'il étoit
-alors convenable de lui donner.</p>
-
-<p>Ce fut donc un prince protestant, et ceci ne sauroit être trop
-remarqué, qui conçut le projet d'une ligue générale de l'Europe
-catholique et protestante contre le roi de France; qui, de lui-même,
-se mit à la tête de cette grande confédération, et, ce qui sans doute
-est admirable, sans troupes, sans états, ne jouissant que d'une
-autorité précaire dans une petite république presque entièrement
-envahie par ce terrible ennemi, changea la face des affaires, et remit
-en question tout ce que le vainqueur avoit cru décidé et sans retour.
-Le coup d'&oelig;il sûr et perçant de Guillaume reconnut d'abord que,
-tout intérêt commun de doctrine et de morale religieuse étant
-désormais banni de la société chrétienne, il suffisoit, pour en
-rallier les forces éparses, de lui offrir un point de réunion en
-l'appelant à la défense de ses intérêts matériels qu'un prince
-ambitieux et téméraire osoit menacer, et c'est ce qui ne manqua pas
-d'arriver. Cette résolution énergique, qu'il sut inspirer à ses
-compatriotes, de rejeter tout accommodement avec le roi de France, et
-de se préparer, sous la conduite d'un nouveau stathouder<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Lien vers la note 37"><span class="smaller">[37]</span></a>, à une
-défense désespérée, produisit, <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> et peut-être au delà de ses
-espérances, la révolution européenne qu'il avoit voulu opérer.
-L'électeur de Brandebourg fut le premier qui s'ébranla pour porter
-secours aux Hollandois. L'empereur Léopold, qui vit la plupart des
-princes de l'empire alarmés de la rapidité des conquêtes de Louis XIV,
-comprit que l'occasion étoit favorable pour lui, et de satisfaire sa
-vieille haine contre la France, et, au moyen de ces dispositions du
-corps germanique, de reprendre sur lui l'ascendant que la paix de
-Munster lui avoit enlevé. Ses ministres employèrent donc à la diète de
-Ratisbonne tout ce qu'ils avoient d'adresse et d'éloquence pour
-accroître des frayeurs qui sembloient n'être que trop fondées, et y
-montrèrent la liberté de l'Empire menacée par un monarque qui joignoit
-à une puissance colossale une insatiable ambition. Léopold voyant ces
-princes ébranlés, les entraîna en publiant aussitôt un mandement
-impérial qui enjoignoit à tous les membres du corps germanique de se
-réunir pour la défense commune<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Lien vers la note 38"><span class="smaller">[38]</span></a>; et sans déclarer ouvertement la
-<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> guerre à la France, il signa, immédiatement après cette
-déclaration, un traité d'alliance offensive et défensive avec les
-États-Généraux. Louis XIV se repentit alors de n'avoir pas accepté les
-propositions des Hollandois; et il lui fallut se préparer à une guerre
-plus longue qu'il ne s'étoit proposé de la faire, guerre qui, de
-particulière qu'elle étoit, menaçoit de devenir générale, et de
-changer, sous tous les rapports, de chances et de caractère.</p>
-
-<p>(1673) Ce fut alors seulement que l'Europe put apprendre combien étoit
-réellement puissante et redoutable la France, telle que Louis XIV, ses
-ministres et ses généraux l'avoient faite. Contre l'avis du prince de
-Condé et du maréchal de Turenne, et sur le conseil de Louvois, le roi
-avoit commis la faute irréparable de ne pas démolir les places fortes
-qu'il avoit enlevées aux Hollandois; et l'armée françoise, maintenant
-affoiblie par les garnisons, ne présentait plus qu'un petit corps de
-troupes fort inférieur en nombre aux troupes prêtes à se réunir, de
-Hollande, de Brandebourg et de l'empereur<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Lien vers la note 39"><span class="smaller">[39]</span></a>. Mais Turenne <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span>
-étoit à la tête de cette petite armée, aussi brave que disciplinée, et
-recommença devant l'ennemi ses prodiges accoutumés. Ses marches
-savantes, qu'il poussa jusque dans le c&oelig;ur de l'Allemagne,
-empêchèrent la jonction des Impériaux et des Brandebourgeois avec
-l'armée hollandoise. Après avoir mis à contribution l'électeur de
-Trèves, dont il apprit les liaisons secrètes avec l'empereur, il
-réduisit les électeurs Palatin et de Mayence à refuser passage aux
-Impériaux, qui, n'ayant plus d'autre ressource que de tenter de
-traverser le Rhin, y trouvèrent le prince de Condé pour les en
-empêcher. Ils s'en allèrent alors ravager les terres de l'évêque de
-Munster et de l'électeur de Cologne, espérant forcer ainsi ces deux
-princes à renoncer à l'alliance de la France; mais l'infatigable
-Turenne étoit déjà sur leurs pas, et ne se contentant pas de les
-chasser de la Westphalie, où ils avoient espéré prendre leurs
-quartiers d'hiver, il ne cessa de les poursuivre et de les harceler,
-jusqu'à ce qu'ils les eût réduits à la nécessité de se séparer.
-Montécuculli, qui commandoit les troupes impériales, se réfugia en
-Franconie, et l'électeur de Brandebourg regagna à grande peine la
-capitale de ses états.</p>
-
-<p>Cependant, d'un autre côté, le duc de Luxembourg avoit battu le prince
-d'Orange, et par une man&oelig;uvre hardie, dont un événement au dessus
-de la puissance de l'homme avoit seul <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> empêché le succès<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Lien vers la note 40"><span class="smaller">[40]</span></a>,
-s'étoit vu sur le point de s'emparer à la fois de la Haye, de Leyde et
-d'Amsterdam. Ce danger qu'ils venoient de courir, les désastres
-qu'avoient essuyés leurs alliés, surtout la paix que l'électeur de
-Brandebourg venoit de demander au roi et qui lui avoit été facilement
-accordée, répandirent de nouveau la consternation parmi les
-Hollandois; et il en arriva que le prince d'Orange ne put les empêcher
-d'accepter la médiation qu'offroit la Suède aux puissances
-belligérantes, médiation qu'avoient déjà acceptée le roi d'Angleterre
-et le roi de France: celui-ci par l'inquiétude que lui causoit cette
-guerre générale qu'il n'avoit pas prévue, et dont il étoit plus que
-jamais menacé, celui-là par des motifs plus graves encore, et que nous
-allons faire connoître. Toutefois une suspension d'armes proposée
-pendant la tenue du congrès, et à laquelle les deux rois auroient
-également consenti, fut rejetée par les États-Généraux, parce qu'elle
-ne convenoit pas à leurs alliés le roi d'Espagne et l'empereur, et
-que les voyant si <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> bien disposés à les soutenir, ils avoient
-reconnu qu'il en résulteroit pour eux, ou de faire une paix plus
-avantageuse, ou, s'ils ne pouvoient empêcher la continuation de la
-guerre, d'accroître par cette puissante entremise le nombre de leurs
-alliés. On se prépara donc à une nouvelle campagne, tandis que les
-plénipotentiaires des puissances se réunissoient à Cologne, où se
-devoit tenir le congrès.</p>
-
-<p>Nous avons dit que Charles II ne s'étoit allié à Louis XIV dans une
-guerre où l'Angleterre combattoit au profit de la France, que par le
-besoin qu'il avoit de ses subsides pour exécuter le dessein déjà conçu
-par lui de se soustraire à l'opposition tyrannique de son parlement,
-de réprimer l'esprit de révolte que la réforme développoit de plus en
-plus au milieu du peuple anglois, et au moyen d'une armée qui lui
-auroit été dévouée, de rétablir chez lui l'autorité monarchique, telle
-qu'elle y avoit été exercée par ses prédécesseurs. Quelques
-personnages des plus puissants et des plus habiles parmi les seigneurs
-de sa cour<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Lien vers la note 41"><span class="smaller">[41]</span></a>, étoient initiés à ses secrets, et l'aidoient à
-conduire une si grande entreprise à <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> sa fin. Pour y parvenir,
-le premier moyen qu'il mit en usage, et de concert avec eux, fut de
-fortifier le parti catholique, le seul sur lequel il pût compter, en
-lui accordant la liberté de conscience; mais il eût fallu à ce prince
-plus d'activité et de force d'esprit qu'il n'en avoit pour se roidir
-contre les obstacles qu'il alloit éprouver dans l'exécution d'un tel
-projet, obstacles qu'il auroit dû prévoir, et n'en continuer pas moins
-de marcher vers le but qu'il s'étoit proposé d'atteindre. Ce n'étoit
-point là le caractère de Charles II. N'ayant pas obtenu de la France
-tous les secours d'argent qu'il en avoit espérés, et ses expéditions
-maritimes contre les Hollandois n'ayant pas eu tout le succès qu'il en
-avoit attendu, il se trouva de nouveau vis-à-vis de son parlement,
-impatient de cette guerre, mécontent de la liberté dont jouissoient
-les catholiques, et qui n'osant l'attaquer sur l'un et sur l'autre
-points, lui demandoit de lui abandonner du moins le second, résolu
-qu'il étoit de ne voter qu'à ce prix les subsides dont le premier
-étoit le prétexte ou l'objet. Ses conseillers et son frère le duc
-d'York vouloient qu'il tînt ferme, au risque de tout ce qui en
-pourroit arriver, le pire étant de céder dans une circonstance aussi
-décisive. Il hésita un moment, puis ensuite se laissa aller, à cause
-de cette pénurie extrême dans laquelle il se trouvoit, et la liberté
-de conscience fut révoquée. Aussitôt Shaftsbury, <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> qui avoit
-été le plus ardent à lui donner ces conseils vigoureux qu'il venoit de
-rejeter, de son partisan qu'il étoit se déclara hautement son ennemi.
-Cet homme, d'un esprit vaste et du plus audacieux caractère,
-indifférent à toutes doctrines religieuses<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Lien vers la note 42"><span class="smaller">[42]</span></a>, et dont toute la foi
-politique étoit qu'il falloit avant tout que le pouvoir fût fort,
-abandonna brusquement un monarque qui sembloit ne pas même comprendre
-la position dans laquelle il se trouvoit; et jugeant fort bien
-qu'après s'être mis, par cette concession déplorable, dans
-l'impuissance de défendre ses ministres contre son parlement, Charles
-se verroit bientôt dans la nécessité de les lui sacrifier, il se plaça
-lui-même, avec une hardiesse sans exemple, à la tête de la faction qui
-étoit le plus opposée à ce foible prince, et lui montra bientôt le peu
-qu'étoit, dans un tel gouvernement, un roi qui, les partis étant en
-présence, se montroit assez insensé pour s'isoler de tous les partis;
-ce qu'il fit en découvrant lui-même impudemment au sein de cette
-assemblée les véritables motifs qui avoient porté Charles à faire la
-guerre aux Hollandois et à se liguer avec la France. Il ne lui suffit
-pas de lui avoir, par cette indigne trahison, attiré la haine <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span>
-de son parlement: il forma dès ce moment la résolution de travailler
-au renversement des Stuarts, dont la chute, d'après ce qui venoit de
-se passer, lui sembloit tôt ou tard inévitable; et sans s'attaquer au
-roi régnant, qu'il eût été difficile d'abattre, parce que la faction
-n'avoit point encore sous la main le chef qui l'auroit pu remplacer,
-ce fut contre son héritier présomptif, le duc d'York, que le traître
-dirigea toutes les man&oelig;uvres de sa profonde et cauteleuse
-politique. Ce prince venoit de se déclarer ouvertement catholique:
-Shaftsbury fit établir le serment du Test<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Lien vers la note 43"><span class="smaller">[43]</span></a>, sans que Charles II pût
-retrouver en lui-même un reste d'énergie pour s'opposer à une mesure
-qui étoit l'arrêt de proscription de sa race; et le duc d'York se
-trouva ainsi obligé de céder le commandement de la flotte, sans
-pouvoir désormais prétendre à remplir aucunes fonctions dans l'État.
-Alors commencèrent les liaisons intimes de ce dangereux personnage
-avec le prince d'Orange; et dès ce moment, tout <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> marcha vers
-l'inévitable révolution que devoit amener la mort de Charles II. Ce
-fut à ce funeste prix que celui-ci obtint les subsides qu'il avoit
-demandés, et qu'il continua, dans cette guerre, à suivre la fortune de
-la France, sans pouvoir espérer désormais aucun fruit d'une alliance
-dont le secret étoit dévoilé, et sur laquelle tous les yeux étoient
-ouverts.</p>
-
-<p>Ainsi les hostilités continuèrent; les flottes réunies des deux
-puissances attaquèrent sans succès décisif la flotte des Hollandois,
-et ceux-ci surent du moins se défendre sur mer, et si vigoureusement,
-qu'ils sauvèrent la Zélande, alors dégarnie de troupes, en faisant
-avorter le projet d'une descente qui devoit y être effectuée. Cette
-opération maritime avoit été combinée avec le mouvement de l'armée
-françoise: celle-ci s'avança d'abord dans les Pays-Bas; le gouverneur
-espagnol, qui avoit secouru secrètement les Hollandois, quoiqu'il n'y
-eût point encore de déclaration de guerre entre la France et
-l'Espagne, crut que le roi, instruit de cette violation des traités,
-menaçoit Bruxelles, et se hâta de rappeler ses troupes auxiliaires,
-alors renfermées dans Maëstricht. (1673) C'étoit là ce que vouloit le
-roi, qui alla mettre le siége devant cette ville, dès que ces troupes
-en furent retirées. Vauban en dirigea les travaux, et Maëstricht,
-l'une des places les plus fortes de l'Europe, se rendit <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> après
-quinze jours de tranchée. Alors recommencèrent les alarmes des
-Hollandois; résolus une seconde fois de faire la paix à tout prix, et
-le congrès continuant toujours ses conférences, ils y firent des
-propositions si avantageuses, qu'il n'y avoit presque point de doute
-que le roi ne les acceptât. C'est alors que l'empereur et le roi
-d'Espagne reconnurent qu'il n'y avoit point de temps à perdre, et
-qu'il falloit ou laisser faire cette paix ou se liguer ouvertement
-avec eux. Ils prirent ce dernier parti, et le traité entre les deux
-puissances et les États-Généraux, dans lequel ils admirent le duc de
-Lorraine, fut signé à La Haye, le 30 août de cette même année.</p>
-
-<p>Jamais confédérés ne s'étoient réunis avec plus de joie et de
-meilleures espérances: les Hollandois se voyoient sauvés, l'Espagne se
-promettoit de recouvrer ce qu'elle avoit perdu; l'empereur, dont la
-république soudoyoit les troupes, croyoit avoir enfin trouvé un sûr
-moyen de reprendre son ascendant sur le corps germanique; et ne
-doutant pas que le roi d'Angleterre ne fût bientôt forcé par son
-parlement de se déclarer contre Louis XIV, tous se flattoient de voir
-avant peu ce superbe ennemi sans alliés, et réduit à ses propres
-forces contre celles de toute l'Europe.</p>
-
-<p>Les Hollandois trouvèrent facilement un prétexte pour retirer les
-propositions de paix qu'ils <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> avoient faites, et les opérations
-militaires reprirent leur cours. Elles commencèrent avec quelque
-apparence de succès pour les alliés; le prince d'Orange trompa le
-maréchal de Luxembourg et s'empara de Naarden; Turenne, malgré toute
-l'habileté de ses man&oelig;uvres, ne put empêcher Montécuculli, qui
-commandoit l'armée impériale, de faire sa jonction avec les troupes
-hollandoises, et la ville de Bonn, que les deux armées assiégèrent
-aussitôt, fut obligée de leur ouvrir ses portes; les électeurs de
-Trèves et Palatin, jusqu'à ce moment dévoués à la France, ayant alors
-laissé entrevoir leurs dispositions hostiles contre leur ancienne
-alliée, Turenne espéra les effrayer et les ramener, en entrant dans
-leur pays et en les fatiguant par des marches militaires, et ce fut le
-contraire qui arriva. Ces deux princes portèrent leurs plaintes à
-l'empereur, et la diète retentit de nouveaux cris sur l'ambition
-effrénée de Louis XIV, sur le danger imminent qui menaçoit les
-libertés de l'empire, et ces cris retentirent dans tous les cabinets.
-Les villes libres d'Alsace, dont le traité de Westphalie l'avoit rendu
-simple protecteur, lui montroient également beaucoup de mauvaise
-volonté. Il avoit tout sujet de craindre que le roi d'Angleterre ne
-fût tôt ou tard forcé de se détacher de lui; enfin cet aspect d'une
-guerre générale, devenant de jour en jour plus menaçant, <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span>
-commençoit à jeter quelque trouble dans son esprit, et il étoit
-maintenant celui qui désiroit le plus cette paix, sur laquelle il
-s'étoit montré naguère si exigeant et si difficile. Les Hollandois, si
-humbles alors, avoient repris leur première insolence, et lui
-faisoient des demandes que sa dignité le forçoit de rejeter<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Lien vers la note 44"><span class="smaller">[44]</span></a>, qui
-n'avoient d'autre but que de rompre les conférences d'un congrès dont
-il n'y avoit presque plus rien à espérer, et pendant lequel l'empereur
-achevoit de lui enlever presque tous les alliés que lui avoient faits
-ses négociations et ses bienfaits.</p>
-
-<p>(1674) Cette paix, que désiroit si vivement Louis XIV, étoit alors ce
-qu'appréhendoient le plus Léopold et l'Espagne; et cette appréhension
-s'accroissant de certaines propositions modérées que le prince
-Guillaume de Furstemberg, ministre de l'électeur de Cologne, vint
-présenter à la diète de la part du roi de France, propositions dont le
-but étoit de tranquilliser les princes de l'empire sur les craintes
-qu'ils avoient pu concevoir en ce qui touchoit leur propre sûreté, et
-de les détacher ainsi du chef de l'empire, dont ils ne se <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span>
-méfioient guère moins que de Louis XIV, Léopold conçut et exécuta le
-projet violent de faire enlever ce prince à Cologne même, où il
-assistoit comme membre du congrès, et d'où il fut conduit sous une
-garde nombreuse à Bonn, et renfermé dans la forteresse. Peu sensible à
-l'indignation générale qu'excitoit une pareille violation du droit des
-gens, il daigna à peine faire une réponse évasive à Louis XIV, qui lui
-en demandoit raison, et combla bientôt la mesure de ses violences
-envers lui en faisant insulter ses propres ambassadeurs. Alors le roi
-se vit dans la nécessité de les rappeler, et le congrès fut dissous à
-l'instant même. L'empereur, à la tête d'une armée qu'il continuoit de
-payer avec l'or des Hollandois, parla en maître au sein de la diète,
-et chassa l'ambassadeur françois de Ratisbonne; en même temps le
-parlement anglois força Charles II, sinon à déclarer la guerre à la
-France, du moins à faire la paix avec les États-Généraux; et Louis
-XIV, contre lequel se soulevoit presque toute l'Europe, se trouva sans
-alliés, ainsi que l'avoient prévu ses adversaires mieux avisés que
-lui.</p>
-
-<p>Tant d'ennemis ligués contre la France se croyoient assurés de lui
-rendre les maux et les humiliations qu'elle leur avoit fait éprouver;
-les plus puissants d'entre eux se partageoient déjà ses provinces, et
-il fut décidé qu'on y pénétreroit <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> par plusieurs points de ses
-frontières<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Lien vers la note 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. Ce fut alors que Louis XIV se montra véritablement
-grand, et supérieur par son courage à des événements qu'il n'avoit pas
-eu la prudence de prévoir ou d'arrêter. Ses troupes, les plus
-valeureuses et les mieux disciplinées de l'Europe, avoient encore à
-leur tête tous ces grands généraux qui, depuis tant d'années, avoient
-comme fixé la victoire sous leurs drapeaux, et ils semblèrent se
-surpasser eux-mêmes dans ces grandes circonstances, où il s'agissoit
-non pas seulement de l'honneur, mais encore du salut de la France.</p>
-
-<p>Jamais plan d'attaque et de défense ne fut mieux concerté. Il étoit
-impossible de songer à se maintenir en Hollande: l'armée françoise en
-évacua les provinces, où le roi ne conserva que deux postes
-importants, Grave et Maëstricht. Il divisa ensuite ses troupes en
-trois corps d'armée, <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> l'un destiné, sous les ordres du prince
-de Condé, à agir dans les Pays-Bas contre le prince d'Orange; le
-second, qu'il confia au maréchal de Turenne pour être opposé sur le
-Rhin aux impériaux; et se mettant lui-même à la tête du troisième, il
-marcha une seconde fois à la conquête de la Franche-Comté. Cette
-province fut envahie et soumise en moins de deux mois, et avant que le
-duc de Lorraine, qui avoit été chargé de la défendre, eût pu seulement
-en toucher les frontières. Alors les troupes qui avoient été employées
-à cette expédition allèrent renforcer le corps du prince de Condé,
-qui, même avec ce renfort, n'en demeura pas moins placé vis-à-vis
-d'une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne. Mais, ainsi qu'il
-arrive assez ordinairement dans ces réunions de plusieurs contre un
-seul, la division s'étoit mise entre les généraux des alliés; une
-inaction complète en avoit été la suite, et, grâce à leur
-mésintelligence, le général françois avoit eu tout le temps de prendre
-ses mesures pour opérer contre eux avec avantage. Ses man&oelig;uvres
-savantes leur dressèrent à Senef un piége qu'ils ne surent point
-éviter, et où trois batailles qu'il leur livra dans le même jour lui
-procurèrent une triple victoire, qui, dans les deux dernières actions,
-lui fut toutefois vivement disputée par le prince d'Orange, dont la
-bravoure, les talents militaires <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> et la mauvaise fortune furent
-remarquables dans cette circonstance comme dans tant d'autres.
-Contrarié de nouveau par les Espagnols au siége d'Oudenarde, qu'ils
-levèrent malgré lui à l'approche du prince de Condé, Guillaume alla
-seul avec ses Hollandois faire celui de Grave, qu'il prit enfin après
-une longue résistance; et ce fut le seul exploit qui put le consoler
-des mauvais succès d'une campagne dont il avoit tant espéré<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Lien vers la note 46"><span class="smaller">[46]</span></a>.</p>
-
-<p>Elle étoit encore plus malheureuse sur le Rhin, où le vicomte de
-Turenne, réduit à man&oelig;uvrer avec un corps de dix mille hommes, ne
-s'étoit montré ni moins habile ni moins entreprenant que le prince de
-Condé. À la tête de cette petite armée, il avoit su prévenir la
-jonction des deux corps dont se devoit composer l'armée d'Allemagne;
-et, après avoir battu, à Seintzeim, le <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> duc de Lorraine et le
-comte Caprara qui commandoient les Impériaux, il étoit entré dans le
-Palatinat qu'il avait saccagé, ruiné, incendié avec une barbarie qui,
-à la vérité, lui étoit commandée, mais dont il y a peu d'exemples chez
-les nations chrétiennes, exerçant ce châtiment terrible sur les
-peuples, pour punir les prétendues infidélités de leur souverain<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Lien vers la note 47"><span class="smaller">[47]</span></a>.</p>
-
-<p>Cependant l'armée impériale, qui étoit demeurée entre Mayence et
-Francfort, sans oser faire un mouvement pour s'opposer à cette
-dévastation du Palatinat, se grossissant de jour en jour des troupes
-qui accouroient se joindre à elle de tous les cercles de l'empire, et,
-composée maintenant de soixante mille combattants, venoit de passer le
-Rhin à Mayence, et la consternation qu'elle avoit répandue sur les
-frontières avoit pénétré jusqu'à la cour de France, et à un tel point
-que Turenne, à qui l'on n'avoit pu envoyer que de foibles renforts,
-reçut ordre d'évacuer l'Alsace et de se retirer en Lorraine. Il
-refusa <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> de le faire, et répondit des événements. L'armée
-ennemie entra donc en Alsace, commandée, à la vérité, par six généraux
-le plus souvent divisés entre eux, et dont le plus habile étoit le
-moins écouté<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Lien vers la note 48"><span class="smaller">[48]</span></a>; mais telle qu'elle étoit et avec ces éléments de
-discorde intestine, si l'électeur de Brandebourg, qu'elle attendoit,
-venoit encore la grossir de ses troupes, il ne sembloit pas qu'il y
-eût aucun moyen de l'empêcher de pénétrer en Lorraine, de reprendre la
-Franche-Comté, et de mettre la Champagne au pillage. Ce péril étant
-donc le plus grand, l'habile général ne balança point et marcha droit
-à l'ennemi qu'il battit à Enzheim. Cependant, malgré cette victoire,
-la jonction s'effectua, et il ne paroissoit pas probable qu'avec un
-corps de troupes que ses renforts élevoient à peine à vingt mille
-hommes, il lui fût possible de se maintenir contre une armée trois
-fois plus forte que la <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> sienne: il le fit cependant, et ces
-dernières opérations militaires de Turenne doivent être considérées
-comme le chef-d'&oelig;uvre de sa science et de son génie. Après avoir
-pourvu à la sûreté de Saverne et de Haguenau, qui fermoient aux
-Impériaux l'entrée de la Lorraine par la Basse-Alsace, il feignit de
-leur abandonner cette province, et sut les tromper si complètement sur
-ce point que, l'hiver approchant, ils se répandirent dans l'Alsace
-pour y prendre leurs quartiers d'hiver, remettant au printemps suivant
-la suite de leurs opérations militaires et l'invasion de la Lorraine.
-C'étoit là qu'il les attendoit. À peine s'y étoient-ils établis que
-l'infatigable capitaine, prenant avec lui un renfort de l'armée de
-Flandres qui lui avoit été envoyé, et dont, jusqu'à ce moment, il
-avait su prudemment se tenir séparé, rentre brusquement dans la
-province au milieu de l'hiver et par un froid rigoureux; atteint, à
-Mulhausen, un corps de troupes ennemies qu'il n'a pas la peine de
-combattre, une déroute complète ayant été le résultat de cette attaque
-si soudaine et si imprévue; marche sans perdre un moment à l'électeur
-de Brandebourg, auprès de qui toute l'armée des alliés étoit
-rassemblée; par une man&oelig;uvre la plus hardie et la plus savante dont
-les faits militaires offrent l'exemple, prend en flanc cette armée si
-supérieure à la sienne, et la met dans une position <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> si
-périlleuse, qu'elle décampe la nuit, repasse le Rhin avec
-précipitation, lui abandonnant vivres, munitions, détachements,
-traîneurs, et de soixante-mille hommes dont elle avoit été composée,
-en pouvant à peine réunir vingt mille sous ses drapeaux, tout le reste
-ayant été ou tué, ou pris, ou dispersé.</p>
-
-<p>Les alliés ne s'attendoient point, sans doute, à d'aussi fâcheux
-résultats, et en étoient fort déconcertés. L'Espagne surtout, qui,
-loin de regagner ce qu'elle avoit perdu, s'étoit vu enlever la
-Franche-Comté, conçut bientôt des alarmes plus vives lorsqu'elle
-apprit qu'une flotte françoise étoit arrivée devant Messine, apportant
-des secours à cette ville révoltée (car partout, dans ces guerres
-entre princes chrétiens, la révolte étoit encouragée, et les rois s'en
-faisoient complices pour peu qu'ils y trouvassent quelque profit), et
-qu'à l'aide des Messinois, les troupes françoises étoient entrées dans
-ses murs. Ainsi, la Sicile entière, où les esprits fermentoient, se
-trouvoit menacée. Un projet de descente en Normandie, que devoient
-effectuer les flottes alliées, n'avoit point réussi; et Ruyter, qui
-les commandoit, n'avoit pas été plus heureux dans une entreprise
-tentée sur nos colonies des Antilles. Cependant, malgré cet heureux
-succès de ses armes, le roi, toujours inquiet des suites de cette
-conjuration générale contre lui, craignant <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> sans cesse de voir
-le roi d'Angleterre, neutre jusqu'à présent malgré son parlement, dans
-la nécessité de se déclarer enfin contre lui, se montroit aussi
-disposé que jamais à renouer les conférences pour la paix; et, afin
-d'y amener les confédérés, la Suède, d'accord avec lui, offroit sa
-médiation. Elle fut obstinément rejetée par l'empereur qui, sûr des
-dispositions actuelles de ses alliés, étoit résolu de tenter jusqu'au
-bout la fortune. Alors la Suède se déclara pour la France; elle envoya
-une armée en Poméranie, et de toutes parts les hostilités
-recommencèrent.</p>
-
-<p>(1675) L'armée de Flandres continua d'être commandée par le prince de
-Condé, et Turenne retourna sur le Rhin, où il s'étoit déjà tant
-illustré, et où cette fois il trouva dans Montécuculli un rival plus
-digne de lui. Tous les regards se portèrent donc sur cette partie du
-théâtre de la guerre, où deux des plus grands capitaines du siècle,
-opposés l'un à l'autre, déployoient à l'envi toutes les ressources du
-savoir et de l'expérience: celui-ci pour pénétrer en France, celui-là
-pour l'en empêcher. Dans cette suite de man&oelig;uvres, considérées par
-les habiles comme le chef-d'&oelig;uvre de l'art militaire, la
-supériorité de Turenne sur son rival éclata de la manière la plus
-frappante, la plus incontestable. Montécuculli vouloit passer le Rhin:
-pour l'en empêcher, Turenne le passa lui-même avec une hardiesse dont
-<span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> l'Europe entière fut étonnée; et se plaçant alors entre le
-fleuve et son ennemi, le forçant d'abandonner l'un après l'autre tous
-les postes qui lui auroient ouvert des communications avec l'autre
-rive, en même temps qu'il couvroit et mettoit à l'abri de toute
-hostilité ceux qui assuroient les siennes, le harcelant sans cesse,
-lui coupant les vivres, lui enlevant ses détachements, il parvint à le
-chasser de position en position, jusqu'à ce qu'il l'eût réduit à
-s'aller poster dans un lieu où il ne pouvoit plus lui échapper. Ce fut
-au moment où il alloit lui livrer bataille, ou plutôt remporter la
-plus assurée des victoires, et recueillir le fruit de tant et de si
-nobles travaux, qu'un boulet de canon emporta ce grand homme, et avec
-lui, sur ce point, la fortune de la France. Aussitôt l'armée françoise
-repassa le Rhin; les magistrats de Strasbourg, délivrés de la terreur
-que leur inspiroit le grand capitaine, livrèrent passage à l'armée
-impériale; et Montécuculli, au lieu de la retraite honteuse et
-désespérée qu'il étoit sur le point d'opérer, entra en Alsace.</p>
-
-<p>Ce fut le prince de Condé qui remplaça Turenne, et c'étoit sans doute
-le plus digne successeur qu'on pût lui donner. L'armée de Flandres fut
-confiée au duc de Luxembourg qui eut ordre de se tenir sur la
-défensive, et l'on crut encore que les grands coups alloient se
-porter sur le <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> Rhin. Il en arriva autrement: Montécuculli,
-après avoir échoué aux siéges de Haguenau et de Saverne et n'avoir su
-qu'éviter la bataille que lui présentoit le général françois, fut
-obligé, sur les ordres qu'il reçut de sa cour, de repasser ce fleuve
-et d'aller protéger le Palatinat contre la garnison françoise de
-Philisbourg qui ne cessoit de le désoler; l'Alsace fut donc encore une
-fois évacuée par les impériaux.</p>
-
-<p>La guerre se continuoit sur d'autres points avec diverses chances de
-succès. La valeur du maréchal de Créqui, trahie à la fois et par les
-événements et par la révolte de ses soldats, n'avoit pu sauver la
-ville de Trèves, assiégée par le duc de Lorraine; et réduit aux
-dernières extrémités, il s'étoit vu forcé de capituler. La situation
-des Espagnols en Sicile devenoit de jour en jour plus désespérée; et
-malgré la licence des François qui avoit exaspéré contre eux les
-habitants de Messine, un renfort qui leur étoit arrivé à propos les
-avoit rendus maîtres absolus de la ville dont tous les postes leur
-avoient été livrés<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Lien vers la note 49"><span class="smaller">[49]</span></a>. Le maréchal de Schomberg battoit en même
-temps <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> l'armée espagnole qui défendoit les Pyrénées, s'avançoit
-dans le pays en enlevant les places fortes qui se trouvoient sur son
-passage, et menaçoit la Catalogne; d'un autre côté l'électeur de
-Brandebourg rentroit à main armée dans ses états que ravageoient les
-Suédois, les forçoit d'en sortir après les avoir battus à plusieurs
-reprises, les chassoit encore du pays de Mecklenbourg; et le roi de
-Danemark, qui s'étoit uni aux confédérés du moment qu'il avoit vu la
-Suède prendre le parti de la France, attaquoit cette puissance sur son
-propre territoire et s'emparoit de la ville de Wismar.</p>
-
-<p>Au milieu de ces alternatives de bons et de mauvais succès, ce qui
-frappoit davantage c'étoit ce désir de la paix dont Louis XIV sembloit
-être toujours possédé et qu'il se plaisoit à manifester chaque fois
-que l'occasion y étoit favorable, quoique le présent n'eût rien qui
-dût l'alarmer, mais comme si quelque pressentiment sur l'avenir eût
-troublé son esprit; tandis qu'au contraire les principales puissances,
-parmi les confédérés, montroient plus d'éloignement que jamais pour
-tout projet de pacification. Il est vrai que le roi de France, bien
-que fatigué et inquiet de la guerre, prétendoit conserver la plupart
-de ses conquêtes et prenoit pour base des traités qu'il offroit celui
-d'Aix-la-Chapelle, ce qui n'étoit nullement admissible, puisque
-<span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> en effet une semblable paix, ne donnant aux alliés aucune
-garantie pour les Pays-Bas espagnols, l'auroit laissé libre de
-recommencer la guerre au gré de son caprice ou de son ambition, et
-sans doute avec plus d'avantage que dans ce moment où l'Europe presque
-entière étoit liguée contre lui. Ainsi peuvent être appréciées à leur
-juste valeur tant de phrases oratoires, dont l'harmonie flattoit si
-agréablement ses oreilles, qui vantoient sa modération au sein de la
-victoire, et blâmoient la fureur aveugle d'ennemis de plus en plus
-obstinés à refuser la paix que leur offroit un vainqueur si généreux.</p>
-
-<p>La guerre continua donc, et malgré la médiation que ne cessoit
-d'offrir le roi d'Angleterre, et quoique les Hollandois, las de
-soudoyer des alliés plus puissants qu'eux, se montrassent disposés à
-traiter à des conditions dont le roi eût pu être satisfait. Mais ni
-l'empereur, ni l'Espagne, ni le prince d'Orange, ne vouloient
-consentir à lui laisser ses conquêtes, et Louis XIV comprit que ce
-n'étoit qu'à force de succès qu'il pourroit parvenir à vaincre leur
-résistance. Ils furent grands encore dans cette campagne où il
-commanda lui-même son armée de Flandres, ayant sous lui cinq
-maréchaux de France<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Lien vers la note 50"><span class="smaller">[50]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> Il y fut heureux surtout dans les
-siéges: Condé, Aire, Bouchain furent successivement emportés; mais on
-manqua l'occasion de battre le prince d'Orange près de Valenciennes;
-et Louis XIV y apprit que, pour livrer et gagner des batailles, il
-faut un seul général et non un conseil de généraux. Toutefois, pour
-avoir évité ce danger, Guillaume n'en finit pas moins la campagne de
-la manière la plus désastreuse, ayant été forcé, à l'approche du
-maréchal de Schomberg, de lever le siége de Maëstricht, avec perte de
-son artillerie, de ses munitions, de tous ses effets de siége. Sur le
-Rhin les alliés avoient pris Philisbourg; mais le duc de Luxembourg,
-qui venoit d'y remplacer le prince de Condé<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Lien vers la note 51"><span class="smaller">[51]</span></a>, ne les en força pas
-moins de repasser ce fleuve et d'aller chercher leurs quartiers
-d'hiver sur les terres de l'empire.</p>
-
-<p>(1676) Les succès des armes françoises n'étoient <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> pas moins
-brillants sur mer: les flottes du roi battoient sur les côtes de
-Sicile les flottes combinées d'Espagne et de Hollande; et dans une
-dernière affaire qui fut décisive, ces deux flottes avoient été
-entièrement détruites par Duquesne, et les Hollandois y avoient fait,
-dans leur célèbre amiral Ruyter, une perte plus grande que celle de
-leurs vaisseaux. Battus dans la Méditerranée, ils l'étoient encore sur
-les côtes d'Amérique où le duc d'Estrade reprit l'île de Cayenne
-qu'ils avoient enlevée à la France; et le succès que quelques uns de
-leurs vaisseaux, réunis à la flotte de Danemark, remportèrent dans la
-Baltique sur la flotte suédoise, ne fut pour eux qu'un foible
-dédommagement de désastres si grands et si multipliés. Cependant le
-duc de Lorraine venoit de mourir; et Louis XIV, qui sembloit désirer
-si vivement l'ouverture d'un congrès, donnoit à ses ennemis un
-prétexte plausible de le retarder en refusant de reconnoître son
-successeur, comme s'il eût eu l'intention de faire valoir le traité
-imprudent qui lui avoit concédé cette province. Ayant enfin cédé sur
-ce point, les conférences s'étoient ouvertes à Nimègue, mais sous des
-auspices peu favorables, tous ses ennemis, les Hollandois seuls
-exceptés, persistant plus que jamais dans leur éloignement pour une
-paix qu'ils n'auroient pas voulu faire avec la France victorieuse, et
-qui ne <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> leur sembloit possible qu'avec la France affoiblie,
-humiliée; persuadés qu'ils étoient qu'il n'y avoit désormais de
-garantie pour eux que dans sa foiblesse et ses humiliations.</p>
-
-<p>Alors le roi crut trouver dans cette disposition particulière des
-Hollandois à désirer la fin d'une guerre qui les épuisoit, un moyen de
-diviser ses ennemis et de parvenir ainsi plus aisément à son but qui
-étoit, ainsi que nous l'avons dit, de faire la paix sans céder ses
-conquêtes. Ses ambassadeurs traitèrent donc directement avec eux et
-furent écoutés. Ce fut vainement que les alliés, pour détourner ce
-coup dont ils étoient menacés, tentèrent de nouvelles man&oelig;uvres en
-Angleterre où le peuple et le parlement continuoient de vouloir la
-guerre contre la France, man&oelig;uvres dont le résultat devoit être de
-forcer Charles II à entrer dans leur confédération. Celui-ci, qui
-voyoit dans Louis XIV son seul appui, retrouva en lui-même ce qu'il
-falloit d'énergie pour rejeter tout ce qui l'auroit fait sortir du
-rôle de médiateur qu'il avoit adopté; et ce coup étant manqué,
-l'empereur et le roi d'Espagne ne purent s'empêcher d'envoyer leurs
-ambassadeurs à Nimègue où les conférences devinrent générales. Mais
-comme ils s'obstinoient à prendre pour base des négociations le traité
-de Westphalie, et que le roi, ne voulant pas même revenir à celui
-d'Aix-la-Chapelle, demandoit qu'à son égard <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> toutes choses
-restassent dans l'état où le sort des armes les avoit placées, il ne
-sembloit pas possible qu'il pût résulter un accommodement quelconque
-de prétentions aussi opposées.</p>
-
-<p>(1677-1678) De nouveaux succès pouvoient seuls trancher la question;
-et sans suspendre les négociations, ce fut dans la continuation de la
-guerre que Louis XIV chercha les moyens d'obtenir cette paix, et de
-l'avoir telle qu'il la vouloit. Il croyoit qu'il y alloit de sa
-gloire, et, en effet, pendant deux campagnes, il continua encore de
-combattre et de vaincre. Dans la première son armée de Flandres, que
-commandoit sous lui le duc de Luxembourg, prit Cambray, Valenciennes,
-Saint-Omer, et mit en déroute le prince d'Orange à la bataille de
-Montcassel. Sur le Rhin, le baron de Montelar et le maréchal de
-Créqui, opposés aux impériaux que commandoient le prince de
-Saxe-Eisenak et le nouveau duc de Lorraine, ne furent ni moins habiles
-ni moins heureux. Celui-ci, qui avoit cru l'occasion favorable pour
-prendre possession des états dont il venoit d'hériter, y étoit à peine
-entré qu'il se vit obligé d'en sortir; et sans cesse harcelé dans ses
-marches par le maréchal qui ne le perdit pas de vue un seul instant,
-forcé de renoncer à faire sa jonction avec le prince d'Orange qui,
-toujours malheureux dans ses siéges, levoit encore celui de
-Charleroi, <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> ramené de nouveau en Alsace par son infatigable
-ennemi, qui y rentroit lui-même pour aider Montelar à achever la
-défaite de l'autre corps de l'armée impériale qu'il réduisit à
-repasser le Rhin par capitulation, ce prince ne reparut dans cette
-province que pour se faire battre par le maréchal à Cokerberg, et lui
-voir prendre au delà du Rhin, sans pouvoir la secourir, l'importante
-place de Fribourg. Le maréchal de Navailles soutenoit en même temps
-sur les frontières d'Espagne l'honneur des armes françoises, et s'y
-illustroit par une retraite non moins honorable que des victoires.</p>
-
-<p>Ainsi s'accroissoit ce désir et ce besoin de la paix que les
-Hollandois ne cessoient de manifester, tandis que leurs puissants
-alliés, qui les voyoient sur le point de leur échapper, redoubloient
-d'instances auprès du roi d'Angleterre pour obtenir de lui qu'il
-entrât enfin dans cette ligue générale de l'Europe contre son seul
-ennemi. Le prince d'Orange, qui partageoit leurs alarmes, crut devoir
-aller intriguer à Londres même, contre le système adopté par Charles
-II. Celui-ci fit bien voir en cette occasion combien sa prévoyance de
-l'avenir étoit foible, et à quel point le dominoient les intérêts et
-les besoins du moment: pressé de toutes parts et par les instances
-presque menaçantes de son peuple et de son parlement, et par ce
-besoin qu'il avoit d'un appui que <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> la France seule pouvoit lui
-offrir, et par la crainte même que lui inspiroit son neveu dont il
-n'ignoroit pas les liaisons avec la faction qui lui étoit opposée, il
-crut faire un acte de la plus profonde politique en lui faisant
-épouser la princesse Marie, fille de son frère, considérant ce mariage
-comme un moyen assuré de le détacher des factieux et de le rendre
-favorable à une paix générale qu'il ne désiroit pas moins que Louis
-XIV, et qui seule pouvoit le tirer de cette situation difficile et de
-ces singuliers embarras. Ainsi Guillaume fit un pas de plus vers ce
-trône qu'il devoit un jour usurper; et, le mariage fait, il n'en
-persista pas moins dans ses dispositions hostiles et dans sa haine
-implacable contre la France<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Lien vers la note 52"><span class="smaller">[52]</span></a>.</p>
-
-<p>Toutefois ni ses intrigues ni ses violences ne purent empêcher les
-Hollandois de faire leur traité particulier. Ils y furent d'abord
-comme <span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> violemment entraînés par les succès encore plus prompts
-et plus décisifs de la nouvelle campagne que Louis XIV venoit de
-commencer. Dans le dessein où il étoit de les séparer à tout prix de
-leurs alliés, le monarque victorieux, affectant la modération au sein
-de la victoire, consentit à leur rendre tout ce qu'il avoit conquis
-sur eux. Alors ils ne résistèrent plus, et ce sacrifice politique le
-rendit maître des conditions de la paix avec les autres puissances.
-L'Espagne y fut la plus maltraitée: elle y perdit pour toujours la
-Franche-Comté et céda un grand nombre de places fortes dans les
-Pays-Bas; (1679) l'empereur, qui traita le dernier, fut obligé de le
-faire sur les bases du traité de Westphalie. Telle fut la paix de
-Nimègue où Louis XIV parla encore en maître au milieu de cette Europe
-qui s'étoit tant flattée d'abattre sa puissance et son orgueil; et
-dans laquelle, par le triste effet de leurs divisions, les Hollandois,
-l'Espagne et l'empereur se virent forcés d'abandonner les princes du
-Nord qui les avoient si efficacement servis, et qui ne retirèrent
-d'autres fruits de leurs services que de faire eux-mêmes séparément
-une paix humiliante en restituant à la Suède tout ce qu'ils avoient
-conquis sur elle, au prix du sang de leurs peuples et de leurs
-trésors. Le duc de Lorraine, bien qu'il eût épousé une s&oelig;ur de
-l'empereur, y fut encore plus rigoureusement traité; et telles
-<span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> furent les conditions intolérables auxquelles ses états lui
-étoient rendus, qu'il aima mieux, et c'était noblement agir, vivre en
-simple particulier dans des cours étrangères, que de les reprendre à
-ce prix déshonorant. Enfin le pape protesta de nouveau et
-solennellement contre une paix où les princes chrétiens sembloient se
-plaire à sanctionner une seconde fois les outrages que leur
-indifférence avoit déjà faits à la religion, lors de la paix de
-Munster; et l'on ne fut pas plus ému cette fois-ci que l'autre de ses
-protestations.</p>
-
-<p>(1680-1681) C'est alors que Louis XIV sembla être parvenu au comble
-des grandeurs humaines, et que, dans son orgueil, il put jouir
-pleinement de cette gloire qu'il avoit poursuivie avec tant d'ardeur,
-la possédant enfin telle qu'il l'avoit imaginée et telle que la
-concevoit ce peuple de flatteurs dont il était entouré; c'est alors
-surtout que l'admiration et le respect se changèrent pour lui en une
-espèce d'adoration. L'Europe, dont il avoit humilié presque tous les
-souverains, était pleine de sa renommée; ses sujets et ses ennemis
-eux-mêmes lui avoient décerné comme à l'envi le surnom de
-<i>Grand</i><a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Lien vers la note 53"><span class="smaller">[53]</span></a>; au milieu de <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> cette cour si brillante, et dont la
-splendeur sembloit s'accroître encore de l'éclat de tant de victoires,
-tout respiroit la grandeur, la magnificence et la joie; toutes les
-bouches sembloient ne s'ouvrir que pour chanter ses louanges; la
-poésie, l'histoire, l'éloquence, les publioient sous toutes les
-formes; le langage austère de la chaire évangélique sembloit même
-s'amollir pour lui, et il y étoit loué souvent plus qu'il ne convient
-de le faire pour un homme, après que l'on a parlé de Dieu. C'est alors
-que Louis XIV se montra comme enivré, et que se manifestèrent en lui,
-au plus haut degré, et cet orgueil qui ne voulut plus souffrir que
-rien s'égalât à lui, et ce despotisme qui s'indigna de la moindre
-résistance et n'admit plus d'autres règles que ses volontés; alors,
-comme s'il eût été au dessus de toutes les lois divines et humaines,
-il déchira lui-même les voiles qui, jusqu'à ce moment, n'avoient
-laissé qu'entrevoir ses amours illicites; et, aux yeux de toute la
-France, l'adultère fut mis en honneur près du trône dans M<sup>me</sup> de
-Montespan.</p>
-
-<p>Ce monarque étoit, sans doute, pour beaucoup dans tous ces grands
-événemens qui l'avoient élevé si haut; et sans cette volonté
-inflexible que nous avons déjà citée comme un des principaux traits de
-son caractère, il est probable que ces événements ne seroient point
-arrivés; <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> mais aussi il est vrai de dire que jamais monarque,
-dans des circonstances aussi difficiles, n'avoit été plus heureusement
-secondé. Sous le ministère de Mazarin, et pendant les troubles de sa
-minorité, s'étoient formés les grands capitaines et les ministres
-habiles dont il étoit entouré. Accoutumés à combattre et ayant vaincu
-long-temps avant que Louis XIV eût commencé à régner, les Condé, les
-Turenne, avoient trouvé depuis dans Louvois un homme qui, par l'ordre
-tout nouveau et vraiment merveilleux qu'il sut établir dans le service
-des armées, leur avoit préparé des triomphes plus faciles, et fourni,
-en quelque sorte, le moyen d'enchaîner la victoire; de son côté
-Colbert, au milieu de cette longue suite de guerres, n'avoit pas cessé
-de maintenir dans les finances cet ordre, cette prospérité du moins
-apparente, qui avoient permis de tant entreprendre et de mener à leur
-fin de si grandes entreprises. Une paix si glorieuse fut une occasion
-pour lui de donner encore plus d'étendue à ses conceptions
-administratives, et il ne manqua point d'en profiter pour la gloire de
-son maître à laquelle la sienne étoit comme identifiée.
-L'établissement plus fastueux qu'utile des Invalides<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Lien vers la note 54"><span class="smaller">[54]</span></a> fut fondé;
-le roi se déclara fondateur <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> de l'Académie françoise, créa
-l'Académie d'architecture, rétablit l'école de droit fermée depuis
-cent ans; et l'on commença à naviguer sur le canal du Languedoc,
-achevé vers ce temps-là. Maître absolu dans sa famille comme il
-l'étoit dans l'État, en même temps qu'il rompoit avec éclat, et comme
-avilissant pour une race royale, le mariage de mademoiselle de
-Montpensier avec le duc de Lauzun, il forçoit le prince de Conti à
-épouser mademoiselle de Blois, l'une de ses filles naturelles; et
-mademoiselle d'Orléans, victime d'arrangements politiques, s'exiloit,
-à son grand regret, pour devenir reine d'Espagne, et échanger les
-agréments de la cour de France contre la contrainte et les ennuis de
-celle de Madrid. Le mariage du dauphin avec la princesse de Bavière
-fut célébré cette même année; et ce fut le prix de la neutralité que
-son père avoit gardée pendant la dernière guerre, prix convenu entre
-lui et le roi de France, et que celui-ci crut devoir acquitter même
-après la mort de ce prince. Au milieu des solennités et <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> des
-fêtes qui célébroient tant de royales alliances, Louis savoit
-s'occuper de soins plus importants; et ne pouvant se dissimuler que la
-paix qu'il avoit imposée à ses ennemis étoit une paix forcée et qu'ils
-n'avoient acceptée que pour la rompre, dès qu'ils en trouveroient
-l'occasion favorable, il pensoit, au milieu de cette paix, à tout
-préparer pour la guerre; faisoit fortifier les frontières de Flandre
-et d'Allemagne; assuroit, par la construction d'une forteresse, celle
-des Pyrénées<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Lien vers la note 55"><span class="smaller">[55]</span></a>; ordonnoit, dans ses places maritimes, des travaux
-propres à compléter la défense de ses côtes; faisoit bâtir un nouveau
-port<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Lien vers la note 56"><span class="smaller">[56]</span></a>; augmentoit sa marine et en perfectionnoit l'organisation. Il
-exerçoit en même temps son armée de terre par tous les moyens qui
-pouvoient y entretenir l'activité et la discipline; enfin rien
-n'échappoit à sa vigilance ainsi qu'à celle de ses ministres dans
-l'ensemble et dans les détails de l'administration de ses vastes
-États. Heureux si, se renfermant dans ces soins dignes d'un foi, il
-n'eût, au sein d'un si glorieux <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> loisir, commencé une guerre
-plus funeste au repos de la France que toutes celles qu'il venoit
-d'achever! Nous voici arrivés à cette époque à jamais honteuse et
-déplorable de la vie de Louis XIV.</p>
-
-<p>C'étoit Colbert qui tenoit le premier rang dans ces jours brillants de
-la paix. Sous sa main habile, méthodique, et que soutenoit cette
-volonté si ferme et si redoutée de son maître, se perfectionnoit de
-jour en jour la science de l'administration centrale, s'étendoit et se
-fortifioit la dynastie héréditaire des commis et la toute-puissance
-des bureaux<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Lien vers la note 57"><span class="smaller">[57]</span></a>. Sans rivaux dans cette science toute matérielle, ce
-ministre étoit hors d'état de porter sa vue au <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> delà du cercle
-étroit qu'il s'étoit tracé: les maximes despotiques sur lesquelles un
-pareil système étoit fondé, composoient toute sa doctrine politique,
-et cette doctrine étoit aussi celle des autres ministres de Louis XIV.
-Tous se complaisoient uniquement dans le maître qui sembloit se
-complaire en eux, et ne voyoient rien de grand et d'utile pour l'État
-que ce qui pouvoit accroître encore cette puissance sans bornes dont
-il étoit si jaloux, et qui, de jour en jour, plus orgueilleuse et plus
-irritable, s'indignoit de la moindre résistance et ne pouvoit plus
-supporter le moindre obstacle. Tous les princes temporels de la
-chrétienté étoient abattus; la puissance spirituelle étoit la seule
-qui restât encore debout devant le grand roi: il étoit donc urgent
-qu'elle fût humiliée à son tour; et en effet, ce fut uniquement dans
-cette intention que ces ministres, les instruments de son despotisme
-et les flatteurs de son orgueil, suscitèrent l'affaire si
-malheureusement célèbre de la Régale<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Lien vers la note 58"><span class="smaller">[58]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> La magistrature
-françoise, toujours empressée de s'unir au gouvernement, chaque fois
-qu'il s'agissoit de chagriner le chef de l'Église et d'empiéter sur
-ses droits, entra avec empressement dans cette nouvelle conspiration
-contre la puissance spirituelle; et une déclaration du mois de février
-de cette année étendit à tous les évêchés du royaume une concession
-volontaire et devenue abusive, que les papes avoient faite
-anciennement à nos rois à l'égard d'un certain nombre d'évêchés.</p>
-
-<p>Les jurisconsultes du parlement ne manquèrent pas de raisonnements
-pour prouver, à leur manière, l'antiquité du privilége, l'inconvénient
-et l'abus des exceptions<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Lien vers la note 59"><span class="smaller">[59]</span></a>. Innocent XI, à qui Voltaire rend ce
-témoignage remarquable, et dont il ne sentoit pas lui-même toute la
-force, qu'il étoit le seul pape de ce siècle qui ne <em>sût pas
-s'accommoder au temps</em>, vit dans cette affaire <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> ce qui y étoit
-réellement, c'est-à-dire l'atteinte la plus grave qu'un prince, qui
-prétendoit ne se point séparer du Saint-Siége, eût portée à la
-juridiction de l'Église, depuis l'odieuse querelle des <em>investitures</em>;
-et deux évêques qui étoient <em>malheureusement</em>, dit encore Voltaire,
-les deux hommes les plus vertueux du royaume, ayant refusé de se
-soumettre à l'ordonnance, le pontife à qui ils portèrent leur appel
-déploya, en cette circonstance, tout ce que l'autorité de chef de
-l'Église avoit de force et de majesté. Dans divers brefs qu'il adressa
-au roi lui-même, tout en le félicitant de ce qu'il avoit fait pour le
-bien de la religion, il l'invitoit à prendre garde que sa main gauche
-ne détruisît pas ce que sa droite avoit édifié; il y appeloit la
-<cite>maladie du temps</cite><a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Lien vers la note 60"><span class="smaller">[60]</span></a> cette disposition à empiéter sur le
-gouvernement du Saint-Siége; et certes l'expression étoit modérée.
-Cette maladie, arrivée alors à son paroxisme, datoit de loin en
-France; tous ses rois, depuis long-temps, en avoient été plus ou moins
-attaqués, ainsi que leurs ministres; l'opposition constante du clergé
-y avoit seule apporté quelques palliatifs; cette fois-ci il sembloit
-conspirer avec le prince pour accroître les progrès du mal.</p>
-
-<p>Les remontrances du pape au roi, loin d'ébranler Louis XIV, ne firent
-qu'irriter son orgueil <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> et accroître son obstination. L'affaire
-des religieuses de Charonne<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Lien vers la note 61"><span class="smaller">[61]</span></a>, qui n'étoit qu'une conséquence de
-cette usurpation du gouvernement de l'Église et un acte de suprématie
-non moins intolérable que tout ce qui avoit précédé; cette affaire,
-dans laquelle on osa appeler comme d'abus des décrets du pape sur une
-matière de haute discipline ecclésiastique, et que le pontife poussa
-avec la même vigueur que celle de la régale, acheva d'aigrir le
-superbe monarque. Il fut résolu (et nous apprenons de Bossuet lui-même
-que Colbert fut le premier moteur de cette résolution qui devoit avoir
-de si funestes conséquences), il fut résolu, selon l'expression d'un
-illustre écrivain<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Lien vers la note 62"><span class="smaller">[62]</span></a>, «de se venger sur le pape des injures qui lui
-avoient été faites.» Ministres et magistrats se réunirent donc de
-nouveau <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> pour indiquer une assemblée du clergé, dans laquelle
-on discuteroit des droits du pape, et où <cite>des bornes fixes seroient
-posées à sa puissance</cite>. Ceci se passoit en 1681, dans le royaume <em>très
-chrétien</em>, où, après treize cents ans d'existence catholique, on
-commençoit à s'apercevoir que la puissance exercée jusqu'alors par le
-vicaire de Jésus-Christ n'avoit pas encore été bien comprise et avoit
-besoin d'être définie; c'étoient des <em>chefs de bureaux</em> (car les
-ministres de Louis XIV, que l'on s'extasie tant qu'on voudra sur le
-matérialisme de leur administration, ne méritent pas d'autre nom) et
-un corps de juges laïques, infectés de jansénisme et de démagogie, qui
-demandoient cette définition: et à qui la demandoient-ils? à des
-évêques de cour qu'ils avoient choisis eux-mêmes, à des <em>courtisans en
-camail</em>, dont les plus influents, selon Fleury<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Lien vers la note 63"><span class="smaller">[63]</span></a>, «avoient dessein
-de mortifier le pape et de satisfaire leurs propres ressentiments;»
-parmi lesquels, selon Bossuet, «il en étoit quelques uns que des
-ressentiments personnels avoient aigris contre la cour de Rome.» Tels
-furent les pères de cet étrange concile, et si étrangement convoqué.</p>
-
-<p>Une première réunion eut lieu en l'année <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> même de la
-convocation (1681). L'assemblée étoit composée de quarante évêques et
-archevêques. Ce fut l'archevêque de Reims qui fit le rapport, pièce
-célèbre et vraiment curieuse, dans laquelle, «tout en reconnoissant
-que le droit de la Régale pourroit bien n'être pas appuyé sur des
-<em>fondements aussi solides</em> qu'on le croyoit en France, il pensoit que
-ce droit ayant été autorisé pour <em>certaines églises</em>, par un décret du
-concile de Lyon, en considération de la piété et de la <em>grande
-puissance</em> de Philippe le Hardi, son sentiment étoit qu'on pouvoit
-l'étendre <em>à toutes les églises de France</em>, en considération des
-services plus éminents rendus à la religion et de la <em>puissance plus
-grande encore</em> du monarque régnant.» Il ne donna pas de moins bonnes
-raisons pour l'affaire des religieuses de Charonne, et conclut à la
-convocation d'un concile national.</p>
-
-<p>Le roi, qui, malgré l'aveuglement où le jetoit sa passion, avoit plus
-de bon sens que l'archevêque de Reims, y trouva de la difficulté, et
-ne permit qu'une assemblée générale. Elle s'ouvrit le 9 novembre, et
-ce fut l'illustre Bossuet qui prononça le discours d'ouverture,
-monument non moins curieux des angoisses secrètes d'un génie supérieur
-aux prises avec la vérité, sa conscience, et la foiblesse de son
-caractère. L'assemblée, voulant agir avec <em>modération</em> à l'égard
-<span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> du pape, commença par demander au roi des adoucissements dans
-l'exercice du droit de la régale, avouant qu'il y avoit <em>quelque chose
-à dire</em> dans la manière dont il étoit exercé. Louis XIV ne voulut pas
-se montrer <em>moins modéré</em> que ses évêques, et il fut arrêté par un
-arrangement final «que le roi ne conféreroit plus les bénéfices en
-régale; mais qu'il présenteroit seulement des sujets <em>qui ne
-pourroient être refusés</em>.»</p>
-
-<p>(1682) À peine cette déclaration eut-elle été vérifiée au parlement,
-que les prélats s'empressèrent de porter au pied du trône leurs
-humbles remerciements, reconnoissant que le roi leur donnoit par cet
-arrangement <em>plus qu'il ne leur avoit ôté</em>; tous signèrent sans
-difficulté l'extension de la régale si <em>heureusement</em> modifiée, et se
-réunirent pour écrire au pape une lettre dans laquelle, après avoir
-cité force passages des Pères pour lui démontrer combien il étoit
-nécessaire que la bonne intelligence ne fût point troublée entre
-l'empire et le sacerdoce, ils invitoient le père commun des fidèles à
-céder aux volontés <em>du plus catholique des rois</em>, lettre que les
-jansénistes eux-mêmes déclarèrent <em>pitoyable</em>, et à laquelle Innocent
-XI ne répondit que par un bref qui cassoit tout ce qui avoit été fait
-au sujet de la régale, reprochant en même temps à ces évêques cette
-foiblesse honteuse qui ne <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> leur avoit pas permis de hasarder
-même les représentations les plus humbles sur un acte du prince
-temporel, si attentatoire à la discipline de l'église et aux droits de
-son chef. «Il espéroit, disoit-il, que, révoquant au plus tôt tout ce
-qu'ils venoient de faire, ils satisferoient enfin à leur conscience et
-à leur honneur.»</p>
-
-<p>Ce bref n'étoit point encore arrivé, que déjà les évêques<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Lien vers la note 64"><span class="smaller">[64]</span></a>, et
-d'après <em>l'ordre du roi</em>, avoient mis en délibération la question de
-<em>l'autorité du pape</em>. Il n'y avoit point d'autre raison d'en traiter
-que cet ordre; et l'assemblée y obtempéra avec le même silence prudent
-et respectueux qu'elle avoit si bien gardé dans l'affaire de la
-régale. Bossuet, qui auroit voulu par dessus tout que cette question
-ne fût pas traitée, se tut comme les autres<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Lien vers la note 65"><span class="smaller">[65]</span></a>; et de ces lâchetés à
-l'égard <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> du roi de France et de cette rigueur à l'égard du
-Saint-Siége, résulta la fameuse déclaration en quatre articles,
-«déclaration faite, dit le préambule, dans la seule intention de
-maintenir <em>les droits et libertés</em> de l'Église de France, de maintenir
-l'unité, et d'ôter <em>tout prétexte</em> aux calvinistes de <em>rendre odieuse</em>
-la puissance pontificale.» Ce qui étoit sans doute fort édifiant.</p>
-
-<p>Dès que ces quatre articles eurent été dressés, le roi, à la
-réquisition des évêques, fit publier un édit qui en ordonnoit
-l'enregistrement dans toutes les cours supérieures et inférieures,
-universités, facultés de théologie, etc., avec défense d'enseigner et
-soutenir aucune proposition contraire; il étoit également enjoint aux
-évêques de faire enseigner dans leurs diocèses cette déclaration qui,
-dès qu'elle fut connue, <em>souleva le monde catholique</em><a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Lien vers la note 66"><span class="smaller">[66]</span></a>. En France,
-elle n'excita <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> pas moins de rumeur; plusieurs universités la
-blâmèrent hautement; la Sorbonne elle-même refusa de l'enregistrer. Ce
-fut le Parlement qui, la forçant de lui apporter ses registres, y fit
-transcrire les quatre articles, s'exerçant ainsi aux leçons de
-théologie qu'il s'apprêtoit à donner au clergé de France et pendant
-long-temps; plusieurs de ceux qui ne rejetoient point la déclaration,
-avouoient eux-mêmes que les évêques étoient allés <em>un peu trop loin</em>,
-et que, si l'on en pesoit les conséquences, un schisme étoit difficile
-à éviter<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Lien vers la note 67"><span class="smaller">[67]</span></a>. Cependant le pape indigné donnoit des signes non
-équivoques de cette indignation, en refusant des bulles à tous ceux
-qui étoient nommés par le roi aux évêchés vacants; et s'il n'alla pas
-plus loin, c'est qu'avec un caractère aussi indomptable que Louis XIV,
-le schisme, implicitement renfermé dans les quatre articles, ne
-pouvoit presque manquer d'éclater. Ainsi donc, pour éviter un plus
-grand mal, la prudence charitable du Saint-Siége crut devoir suivre sa
-marche accoutumée, et ne point se porter tout d'un coup aux dernières
-extrémités. Étoit-ce le bon parti à prendre dans une circonstance
-aussi grave? les conséquences de la déclaration, ainsi tolérée,
-n'ont-elles pas été plus funestes que n'auroient pu l'être une
-condamnation <span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> expresse et les suites qu'elle auroit entraînées?
-c'est ce que nous ne déciderons point; mais ce qui est évident pour
-nous, c'est que ces maximes, dites <em>libertés de l'église gallicane</em>,
-associées, dès leur origine, à toutes les doctrines philosophiques et
-révolutionnaires, cause et prétexte de tous les outrages, de toutes
-les spoliations qui, par degrés, ont réduit cette église à la
-situation misérable et précaire où elle est descendue aujourd'hui,
-situation que déplorent ceux mêmes qui se montrent encore entichés de
-ces libertés fallacieuses, sont une des plus grandes plaies qui aient
-jamais été faites à la religion. C'est le trait caractéristique du
-XVII<sup>e</sup> siècle, où se préparoit, au sein du despotisme, l'anarchie du
-XVIII<sup>e</sup>.</p>
-
-<p>(De 1682 à 1688) Les choses restèrent en cet état pendant huit ans, et
-tant que le siége pontifical fut occupé par Innocent XI. Dans cet
-intervalle (en 1687), de nouveaux démêlés s'élevèrent entre le roi et
-le pape à l'occasion des <em>franchises</em> des ambassadeurs<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Lien vers la note 68"><span class="smaller">[68]</span></a>. Jamais
-privilége, quelle que fût son origine, n'avoit été plus abusif, plus
-contraire à la sûreté publique, et nous ajouterons plus indigne de la
-majesté des souverains qui le possédoient, puisqu'ils devenoient
-ainsi, chez <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> un autre souverain, les protecteurs des crimes et
-des désordres dont ils se faisoient justement les vengeurs dans leurs
-propres états. Le pape prit enfin la résolution d'abolir un usage dont
-les conséquences, de jour en jour plus fâcheuses, ne pouvoient plus se
-supporter. Tous les princes de l'Europe accédèrent à une demande aussi
-légitime: le seul Louis XIV se montra intraitable; et c'est alors
-qu'il prononça cette parole que l'on peut considérer comme
-l'expression la plus extraordinaire de l'orgueil en délire: «Je ne me
-suis jamais réglé sur l'exemple des autres; c'est à moi à servir
-d'exemple.» Le pape qui se croyoit le maître chez lui et que soutenoit
-ce consentement unanime des autres cours de la chrétienté, crut devoir
-passer outre; et le duc d'Estrées, ambassadeur de France, étant mort,
-il fut déclaré qu'il n'y aurait plus de franchises autour de son
-palais. À peine le roi en eut-il reçu la nouvelle, qu'il fit partir,
-pour le remplacer, le marquis de Lavardin, avec ordre exprès de
-maintenir les anciens usages. Le pape refusa de le recevoir; ce qui ne
-l'empêcha point de faire dans Rome une entrée insolente, au milieu
-d'un cortége qui ressembloit à une armée plutôt qu'à la suite d'un
-ambassadeur; et traversant ainsi, avec grand fracas, les principales
-rues de la ville, il alla prendre possession du palais Farnèse, comme
-<span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> il auroit pu faire dans une ville prise d'assaut, plaça autour
-de ses avenues une garde nombreuse, et rétablit de vive force les
-franchises abolies.</p>
-
-<p>Il continua de braver ainsi, pendant plusieurs jours, le souverain
-Pontife, à qui il demanda, seulement pour la forme, une audience qui
-lui fut refusée. Le jour de Noël suivant, à l'occasion d'un nouvel
-incident où son arrogance ne pouvoit plus être supportée, un placard
-affiché dans Rome<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Lien vers la note 69"><span class="smaller">[69]</span></a>, et bientôt suivi d'une bulle du pape et d'une
-ordonnance du cardinal-vicaire, le déclara excommunié. Il méprisa
-l'excommunication, feignit de craindre pour sa propre sûreté et fit
-faire des rondes autour de son palais. Le roi montra une grande colère
-des <em>outrages</em> faits à son ambassadeur, et le parlement se hâta de
-partager ses ressentiments. Appel comme d'abus de la bulle du pape fut
-interjeté par le procureur-général Achille de Harlay; mais, ce qui
-étoit sans exemple jusqu'alors, ce ne fut pas du pape mal informé au
-pape mieux informé que se fit l'appel: ce fut du pape au <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span>
-premier concile &oelig;cuménique «seul tribunal de l'Église
-<em>véritablement souverain</em>, disoit ce magistrat; et auquel les papes
-<em>sont soumis</em> comme les autres fidèles<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Lien vers la note 70"><span class="smaller">[70]</span></a>.» Les protestants, dans le
-principe, n'avoient point parlé autrement, et tels furent les premiers
-fruits de la déclaration.</p>
-
-<p>Toutefois ce qu'avoit dit Achille de Harlay peut être considéré comme
-modéré auprès du discours que prononça le lendemain l'avocat-général
-Talon, la grande chambre et la tournelle assemblées. Après avoir passé
-en revue et l'affaire de la régale, et la déclaration, et cette
-affaire plus récente des franchises, à l'occasion de laquelle il
-établit en principe que les rois de France et leurs gens dans
-l'exercice de leurs charges devoient s'inquiéter fort peu des censures
-ecclésiastiques et des anathèmes de la cour de Rome, il fut aussi de
-l'avis de convoquer un concile «comme le moyen le plus naturel de
-réprimer les abus que les <em>ministres de l'Église</em> (ce qui vouloit dire
-le souverain pontife, chef de l'Église et vicaire de Jésus-Christ)
-pouvoient faire de leur puissance. Et comme Innocent XI s'obstinoit,
-<em>contre toute raison et toute justice</em>, à refuser des bulles aux
-évêques nommés depuis la déclaration, ce qui ne laissoit pas que
-d'avoir <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span> d'assez graves inconvénients, il proposoit un moyen
-d'y remédier, moyen, selon lui, très facile et très efficace: c'étoit
-de se <em>passer du pape</em>, de rétablir les élections <em>par le peuple</em> et
-par les chapitres, pour ensuite, avec l'agrément du roi, être procédé
-par le métropolitain à l'ordination et à l'imposition des mains, sans
-avoir recours à aucune autre puissance.» Ce discours, qu'on auroit cru
-prononcé dans le Parlement de Henri VIII, par son vicaire-général
-Cromwell, fut terminé par les plus violentes invectives contre
-Innocent XI, que cet avocat-général n'eut pas honte de présenter comme
-<em>fauteur d'hérétiques</em>, protecteur des disciples de Jansénius,
-spectateur tranquille des progrès du Quiétisme; qu'il eut l'audace de
-peindre comme un vieillard dont l'âge et les infirmités <em>avoient
-affoibli la tête</em>, à qui on rendroit même service en <em>se passant de
-ses bulles</em> et en le déchargeant du fardeau <em>trop pesant pour lui</em> de
-gouverner les églises particulières<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Lien vers la note 71"><span class="smaller">[71]</span></a>.</p>
-
-<p>Quelque aveuglé qu'il fût par la colère, le roi eut encore cette
-fois-ci plus de bon sens que ceux qui croyoient lui plaire en se
-livrant à de pareils excès. L'élection démocratique des évêques ne
-pouvoit être de son goût; et, en ce qui touchoit la personne du pape
-et son caractère <span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> de chef de l'église, il avoit un sentiment
-des convenances qui lui fit d'abord comprendre que les orateurs du
-parlement avoient passé toutes les bornes. Les discours qu'ils avoient
-tenus eurent donc un effet contraire à celui qu'ils en avoient espéré;
-et Louis XIV commença à faire quelques démarches auprès d'Innocent XI
-pour l'adoucir et lui faire oublier le passé. Un moyen sûr d'y réussir
-étoit sans doute de révoquer ce qu'il avoit fait; et c'est à quoi
-l'orgueilleux prince ne voulut pas se plier. Le pape, que de vaines
-paroles ne pouvoient satisfaire, suivit son système de garder le
-silence sur la déclaration, par cela même que, sur ce point, il auroit
-eu trop à dire, persistant dans son inflexibilité sur l'article des
-franchises et de la régale. Les choses continuèrent donc à rester sur
-le même pied qu'auparavant, pour s'aigrir encore davantage à
-l'occasion de la mort de l'archevêque de Cologne, et lorsqu'il s'agit
-de lui nommer un successeur.</p>
-
-<p>Le roi y portoit le cardinal de Furstemberg; et l'on conçoit l'intérêt
-qu'il avoit à faire électeur de Cologne un prince qui lui étoit si
-entièrement dévoué<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Lien vers la note 72"><span class="smaller">[72]</span></a>. Par un motif tout contraire, <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span>
-l'empereur mettoit en avant d'autres compétiteurs, et parmi eux, un
-prince de Bavière. Vu certaines circonstances qui se trouvoient dans
-la position de ces deux rivaux, la confirmation du pape devenoit
-nécessaire pour que l'élection de l'un ou de l'autre fût canonique:
-or, Innocent XI n'avait garde de donner la préférence au prince de
-Furstemberg, créature de Louis XIV, et qu'il considéroit comme le
-principal auteur des maux que la dernière guerre avoit causés à
-l'empire et à la chrétienté: le prince bavarois fut donc élu. En cette
-occasion, le souverain pontife usoit d'un droit que lui
-reconnoissoient tous les princes chrétiens: cependant qui le croiroit?
-le roi de France n'eut pas honte d'éclater contre lui en termes encore
-moins mesurés qu'il ne l'avoit fait jusqu'alors, et de l'accuser
-publiquement d'injustice et de partialité. Dans ses emportements, il
-sembloit résolu de pousser cette fois-ci les choses jusqu'à la
-dernière extrémité; et cependant ne pouvant s'empêcher de craindre ce
-même pouvoir qu'il affectoit de braver depuis si long-temps, et
-cherchant en quelque sorte à s'aguerrir contre l'effet de ces armes
-spirituelles dont Innocent XI l'avoit plus d'une fois menacé,
-<span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> le monarque furieux prit la précaution étrange de faire
-interjeter, dans le parlement, appel au futur concile, de tout ce que
-le pape <em>pourroit</em> entreprendre <em>à l'avenir</em> contre les droits de sa
-couronne. L'archevêque de Paris et la Sorbonne approuvèrent les
-conclusions du procureur du roi et se portèrent de même appelants sur
-ces <em>futures</em> entreprises du souverain pontife, ce qui parut inoui et
-ne se peut qualifier<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Lien vers la note 73"><span class="smaller">[73]</span></a>; alors le schisme sembla inévitable et
-beaucoup de consciences s'alarmèrent: celle du roi ne fut pas la
-dernière à se troubler. Comme il étoit au fond sincèrement catholique,
-sa conduite, dans toutes ses malheureuses entreprises contre la cour
-de Rome, n'étoit qu'incertitudes et contradictions; emporté par ses
-premiers mouvements, il alloit d'abord au delà de toutes les bornes;
-puis, comme s'il eût été épouvanté de l'espace qu'il avoit parcouru,
-il revenoit sur ses pas et en quelque sorte malgré lui. Ainsi donc,
-quoiqu'il eût fait tout ce qu'auroit pu faire un prince dont le
-dessein bien arrêté eût été de se séparer de l'église romaine, il est
-hors de doute que l'idée d'un schisme ne lui étoit jamais entrée dans
-l'esprit; et l'on en doit dire, autant des évêques qui s'étoient faits
-ses flatteurs et ses complices. Dès que la voix publique lui eut
-appris qu'on commençoit <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> à craindre une semblable séparation,
-il se hâta de rassurer ses peuples, et, de concert avec ces mêmes
-évêques, déclara hautement que jamais ni lui, ni le clergé de France
-n'avoient eu la pensée d'attenter à l'autorité spirituelle du vicaire
-de Jésus-Christ, et de se soustraire à son obéissance. Telles furent
-les inconséquences de Louis XIV et de son conseil de prélats; et c'est
-là comme une fatalité attachée à tous ceux qui ont la prétention de
-disputer avec l'autorité spirituelle, et de chercher la mesure plus ou
-moins grande de ses droits. Ceux qui lui refusent toute espèce de
-droits sont plus raisonnables et plus conséquents: nous verrons plus
-tard la suite et les effets de ces tristes démêlés.</p>
-
-<p>Tandis qu'il en agissoit ainsi avec la cour de Rome, le roi s'occupoit
-avec un zèle très ardent de la conversion des calvinistes, et n'avoit
-pas moins à c&oelig;ur de les ramener dans le giron de l'église romaine
-que de tenir le pape à juste distance de l'église gallicane. Une année
-avant la fameuse assemblée du clergé (en 1680), il avoit rendu une
-ordonnance dont l'objet étoit de les exclure de certains emplois
-publics et d'arrêter les effets du prosélytisme qu'ils continuoient
-d'exercer au milieu de ses sujets catholiques. Il fit fermer tous les
-temples élevés en contravention aux clauses de l'édit de Nantes; des
-missionnaires furent envoyés pour les prêcher, <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> et l'on prit
-des précautions pour que ceux qui voudroient se convertir n'y
-trouvassent point d'obstacles dans le fanatisme de leurs
-coreligionnaires. (1685) Il n'y avait rien à dire à ces premières
-mesures; mais il arriva que, tandis que l'on obtenoit la soumission,
-ou sincère ou simulée, du plus grand nombre de ces sectaires, les
-églises du Vivarais, des Cévennes et du Dauphiné, levèrent l'étendard
-de la révolte, rouvrirent les temples fermés, et, malgré l'ordonnance
-royale, recommencèrent les pratiques de leur culte aux lieux où il
-avoit été interdit, et ne s'assemblèrent plus que les armes à la main.
-Il étoit juste encore de punir leur rébellion; et quelques compagnies
-de dragons, que l'on envoya dans ces provinces, arrêtèrent ce
-mouvement à peine commencé: les temples interdits furent rasés, et
-l'on força les religionnaires à loger chez eux les soldats qu'on
-venoit d'employer à les réduire.</p>
-
-<p>Ce logement de gens de guerre et les vexations inévitables dont il
-étoit accompagné, produisirent quelques conversions. C'étoit sans
-doute une étrange manière de convertir; néanmoins elle plut au roi
-qui, la trouvant plus efficace que les autres moyens qu'il avoit
-d'abord employés, jugea à propos d'en étendre les avantages à tous les
-autres calvinistes de son royaume. Une grande partie de ses troupes
-fut donc répandue dans les provinces du midi, et aucun religionnaire
-<span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> ne fut exempt de loger des soldats. Bientôt les abjurations
-commencèrent et se multiplièrent à mesure que ce fardeau devint plus
-accablant; on se contenta d'abord d'une déclaration vague de
-catholicisme, ensuite on fit signer des formulaires, puis on força
-d'aller à la messe ceux dont la foi parut suspecte après qu'ils
-avoient signé. Cependant ces moyens, tout expéditifs qu'ils étoient,
-parurent encore trop lents à Louis XIV: il méditoit depuis long-temps
-de révoquer l'édit de Nantes, et d'extirper ainsi d'un seul coup le
-calvinisme de ses états. Louvois l'y poussoit de toutes ses forces par
-des motifs qui lui étoient purement personnels<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Lien vers la note 74"><span class="smaller">[74]</span></a>; et dans le conseil
-ceux qui étoient de son avis donnoient pour raison que jamais occasion
-d'abattre ces sectaires n'avoit été plus favorable <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> que celle
-où le roi, en paix avec l'Europe entière et redouté de tous ses
-ennemis, n'avoit à craindre du grand coup qu'il alloit frapper que des
-plaintes impuissantes et rien au delà. D'autres jugeoient que la
-violence n'étoit pas un bon moyen d'opérer des conversions; que la
-persécution, loin de ramener les esprits, pouvoit faire des
-fanatiques; que, si l'on poussoit les huguenots au désespoir, on se
-verroit entraîné soi-même fort au delà de ce qu'on avoit d'abord
-résolu, et forcé peut-être à des rigueurs que l'on n'avoit pas
-prévues; ils craignoient une émigration fatale à la France sous bien
-des rapports, et pensoient que des moyens plus doux auroient à la fois
-plus de justice et d'efficacité. Il est bon de remarquer que le père
-Lachaise, jésuite et confesseur du roi, s'étoit rangé à ce sentiment;
-il est indubitable que c'eût été celui du chef de l'église, s'il eût
-été appelé à une délibération qu'il lui appartenoit de diriger, et
-que, dans tout autre temps, on n'eût point osé conduire à sa fin sans
-être soutenu par ses avis. Mais la déclaration venoit d'être rendue:
-les évêques de France avoient remis le pape à sa place, et Louis XIV
-pouvoit maintenant, quand il lui semblerait bon, se faire pape
-lui-même dans ses états.</p>
-
-<p>Le premier avis lui sembla le meilleur, et il devoit sans doute
-convenir davantage à ce caractère <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'irritoient les moindres
-obstacles et à qui rien ne devoit résister. La révocation de l'édit de
-Nantes fut donc signée. Certes, et personne ne le pourra contester, le
-roi de France avoit le droit politique et religieux d'arrêter, au
-milieu de ses sujets, la propagation d'erreurs aussi funestes pour le
-salut des âmes que dangereuses pour le maintien de l'ordre social.
-Comme chrétien et comme roi, il étoit le maître d'exclure les
-protestants des fonctions publiques; c'étoit son devoir de leur
-interdire l'exercice public de leur culte, trop long-temps toléré;
-mais c'est là qu'il devoit s'arrêter. Le reste il falloit l'abandonner
-au zèle des missionnaires qui, plus lentement peut-être, mais aussi
-plus sûrement, auroient opéré en France la destruction du calvinisme,
-qu'il falloit attaquer au fond des c&oelig;urs, et non dans la personne
-et les biens de ses sectateurs. Il est donc impossible de ne pas
-désapprouver un prince qui gâte ainsi par la violence ses inspirations
-même les meilleures; et il y a tout à la fois du bien et du mal dans
-la révocation de l'édit de Nantes, que la plupart de ceux qui en ont
-parlé n'ont su que louer ou blâmer sans restriction. Faire abattre les
-temples des protestants, défendre leurs assemblées, expulser leurs
-ministres, fermer leurs écoles, et les contenir ainsi par toutes les
-mesures de police jugées nécessaires, c'étoit aller au but <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span>
-qu'il vouloit atteindre. C'étoit le dépasser que de violenter ceux
-qu'on ne pouvoit ramener par la persuasion; d'enlever de force les
-enfants à leurs familles pour les faire élever dans la religion
-catholique; en même temps qu'on les persécutoit, de leur fermer, sous
-les peines les plus rigoureuses, les frontières de la France, pour les
-empêcher de se soustraire à la persécution; et confondant ainsi avec
-les plus vils malfaiteurs des hommes égarés, opiniâtres peut-être dans
-leur erreur, mais enfin dont l'égarement et l'opiniâtreté n'étoient
-pas des crimes qui méritassent des peines infamantes, de remplir les
-prisons et les galères de ceux dont on avoit pu se saisir, lorsqu'ils
-contrevenoient à cette loi inique et barbare. Un grand nombre échappa;
-et quoiqu'on ait fort exagéré le dommage qu'en éprouva la France dans
-son commerce et dans ses manufactures, il n'en est pas moins vrai de
-dire que ces réfugiés portèrent chez les étrangers qui les
-accueillirent beaucoup de procédés industriels qui, jusqu'alors, en
-avoient fait nos tributaires. Telle fut la révocation de l'édit de
-Nantes, légitime dans son principe, tyrannique dans son exécution<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Lien vers la note 75"><span class="smaller">[75]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> Cependant, dès le commencement de cette paix de Nimégue à la
-fois si hostile contre le pape et contre les protestants, Louvois,
-jaloux de l'éclat que jetoient les travaux de Colbert, et dans son
-ambition effrénée, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne croyant point
-avoir la faveur de son maître, si quelque autre en étoit favorisé,
-fomentoit des guerres nouvelles en poussant ce maître superbe à des
-actes arbitraires envers des souverains étrangers, ou, pour mieux
-dire, à des usurpations criantes, dont l'effet devoit être de les
-alarmer et de les exaspérer; telles furent les deux trop fameuses
-affaires des <em>réunions</em> et des <em>dépendances</em>: la première, qui
-attaquoit des <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> droits acquis par de longues prescriptions,
-blessoit presque tous les princes de l'Europe, et plus
-particulièrement ceux de l'Empire; la seconde qui, regardant
-uniquement l'Espagne, n'étoit autre chose que l'abus du droit du plus
-fort, et nous ne craignons pas de le dire, dans toute sa
-brutalité<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Lien vers la note 76"><span class="smaller">[76]</span></a>. Les intrigues de son ministre venoient en outre de lui
-acquérir la possession <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> simultanée de deux des plus fortes
-places de l'Europe, Strasbourg sur le Rhin, et Cazal dans le
-Montferrat, et de lui ouvrir ainsi la libre entrée de l'Allemagne et
-de l'Italie. Par la violence avec laquelle l'affaire des réunions
-étoit poursuivie, quatre électeurs de l'empire se trouvèrent bientôt
-sous le joug de la France; et bien que les contestations, commencées
-avec l'Espagne, eussent été conduites d'abord avec une apparence de
-modération, Louis XIV, ennuyé des lenteurs des conférences, imagina
-d'en hâter la conclusion par un de ces moyens expéditifs qui lui
-étoient familiers, et fit faire, en pleine paix, le blocus de la ville
-de Luxembourg. Les princes crièrent à l'oppression et invoquèrent la
-protection de l'empereur; mais celui-ci, que pressoient d'un côté les
-Turcs qui se préparoient à lui faire la guerre, de l'autre les
-mécontents de Hongrie qu'il avoit peine à contenir, n'étoit pas en
-position de s'interposer pour eux d'une manière efficace, et se vit
-bientôt réduit à ces extrémités presque désespérées dont le tira la
-valeur brillante du roi de Pologne Sobieski. Il faut avouer ici que le
-roi de France eut du moins la pudeur de ne pas abuser de cette
-situation malheureuse du chef de l'empire; et si l'on considère quelle
-étoit dès lors la morale politique de l'Europe, il faut lui savoir gré
-de n'avoir pas fait, en cette circonstance, cause <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> commune
-avec les Turcs contre un prince chrétien, et d'avoir été assez
-généreux pour ne pas conspirer avec les infidèles la ruine entière de
-la chrétienté. Ce fut même ce moment qu'il choisit pour châtier les
-Algériens dont il avoit à se plaindre, ce qu'il fit avec cet éclat et
-ce bonheur qui l'accompagnoient dans toutes ses entreprises; mais il
-n'en continuoit pas moins de se montrer intraitable dans ses disputes
-avec l'Espagne. Cette affaire et celle des réunions se poursuivoient
-de sa part avec la même ténacité; sa prétention étoit de vouloir ainsi
-s'établir jusque dans les entrailles de l'Empire, et l'on peut
-concevoir que ni l'empereur ni le roi d'Espagne n'étoient disposés à
-acheter à ce prix la continuation d'une paix pour eux déjà si
-onéreuse. Le roi prit donc la résolution d'y contraindre d'abord cette
-dernière puissance en faisant entrer brusquement ses troupes dans les
-Pays-Bas espagnols, où elles ne trouvèrent aucune résistance. Les
-États de Hollande, malgré les sollicitations pressantes du prince
-d'Orange, ne voulurent point se mêler de cette querelle, se rappelant
-ce qu'il leur en avoit déjà coûté pour avoir osé se commettre avec le
-grand roi; le roi d'Angleterre, entièrement sous l'influence de la
-France, refusa sa médiation; et l'Espagne, abandonnée à ses propres
-forces, ne trouva que les Génois qui, poussés par des ressentiments
-<span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> qu'excitoit trop souvent le ton de maître que Louis XIV avoit
-coutume de prendre avec les petits États, eurent l'imprudence de se
-liguer avec elle. Il étoit évident qu'avec un si foible auxiliaire,
-cette puissance, telle qu'elle se trouvoit alors, ne pouvoit résister
-à la France; et il falloit qu'elle se crût bien profondément insultée,
-pour courir les chances d'une lutte aussi inégale. Les résultats n'en
-furent pas long-temps indécis: rien ne résista dans les Pays-Bas
-espagnols, où l'armée françoise s'empara de Courtrai et de Dixmude, et
-assiégea de nouveau Luxembourg; une seconde armée battoit en même
-temps les Espagnols en Catalogne, et la flotte du roi bombardoit et
-réduisoit en cendres la ville de Gênes. La prise de Luxembourg ne
-tarda point à couronner cette suite non interrompue de succès; et le
-roi d'Espagne, réduit aux abois, se vit dans la nécessité de conclure
-avec Louis une trève de vingt ans, à laquelle l'empereur fut également
-obligé d'accéder, et qui valut provisoirement au vainqueur plus qu'il
-n'avoit d'abord demandé dans l'affaire des réunions et des
-dépendances<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Lien vers la note 77"><span class="smaller">[77]</span></a>. Toutefois le <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> ressentiment que produisit cet
-événement fut profond et ineffaçable: on peut dire que l'Europe
-entière partagea cette injure; il n'y eut pas un seul de ses
-souverains qui se crût désormais en sûreté, tant que la puissance
-orgueilleuse et colossale qui pesoit ainsi sur eux, ne seroit point
-abattue ou du moins humiliée. Nous allons voir bientôt ce qui en
-résulta.</p>
-
-<p>De tous les ennemis que les entreprises de Louis XIV avoient conjurés
-contre lui, le plus implacable et sans doute le plus habile étoit le
-prince d'Orange. Nous avons déjà fait connoître ses projets ambitieux,
-ses liaisons avec Shaftsbury, et le mariage qui l'avoit si
-impolitiquement, rapproché du trône d'Angleterre. Sa haine contre le
-roi de France s'accroissoit encore de toute la violence de sa coupable
-ambition; car il n'y avoit point d'apparence que, soutenu d'un allié
-si puissant, Charles II pût jamais être renversé par la faction qui
-conspiroit dans l'ombre contre lui. Aidé du nouvel électeur palatin,
-qu'un démêlé récent avec la cour de France tenoit, à l'égard de Louis,
-dans de continuelles appréhensions<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Lien vers la note 78"><span class="smaller">[78]</span></a>, Guillaume intriguoit donc
-sans <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> relâche dans les cabinets pour tâcher de les soulever
-tous à la fois contre le monarque qui menaçoit la liberté de tous, et
-trouvoit partout des esprits disposés à l'entendre et pénétrés de la
-nécessité pressante de prévenir un danger qui n'étoit que trop réel.
-Ainsi fut formée la ligue d'Ausbourg, la plus formidable qui se fût
-encore élevée contre celui que l'on considéroit alors comme l'ennemi
-commun de l'Europe.</p>
-
-<p>Cependant de grands événements s'étoient passés en Angleterre depuis
-la paix de Nimègue: le dangereux génie de Shafstbury n'avoit cessé d'y
-remuer le parti protestant contre les catholiques, et d'ébranler ainsi
-le trône des Stuarts, dont ceux-ci étoient le principal appui. Il
-avoit le premier excité l'ambition du prince d'Orange, en lui faisant
-entrevoir que la route du trône n'étoit pas aussi difficile pour lui
-qu'il auroit pu le penser; et, d'un autre côté, il donnoit des
-espérances <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> toutes semblables au duc de Montmouth, fils
-naturel du roi, que ses suggestions perfides conduisirent finalement à
-l'échafaud; car tout porte à croire qu'il les trompoit également l'un
-et l'autre, et que son véritable projet étoit d'établir en Angleterre
-un gouvernement républicain, qu'il jugeoit plus conforme aux doctrines
-protestantes de sa nation. Il mourut avant d'avoir mis fin à ces
-projets criminels. Charles le suivit de près; et son frère Jacques II
-lui succéda, sans opposition apparente, mais au milieu de tous ces
-ferments de discorde que ce fatal ennemi de sa famille avoit semés, et
-que son propre gendre continua de fomenter avec encore plus d'adresse
-et de succès. Il n'est point de notre sujet de rendre compte de la
-révolution nouvelle qui mit fin à la dynastie malheureuse des Stuarts;
-mais cette révolution ne tarda pas à arriver, secrètement favorisée
-par l'empereur et par le roi d'Espagne, qui ne voyoient que ce moyen
-d'enlever à la France, et sans retour, l'alliance de l'Angleterre.
-Telle étoit l'abjection profonde où les intérêts purement matériels de
-la politique moderne avoient plongé la chrétienté. Des rois
-catholiques poussoient un prince protestant à usurper le trône de son
-beau-père, catholique comme eux; tout prêts à sanctionner, à la face
-du monde, cette usurpation sacrilége, et se croyant en droit de le
-faire, afin de combattre <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> plus efficacement leur commun
-ennemi, lequel étoit le roi très chrétien et le fils aîné de l'église.
-La circonstance étoit des plus favorables. L'empereur Léopold,
-vainqueur des Turcs, pacificateur de la Hongrie dont il venoit de
-rendre le trône héréditaire dans sa maison, régulateur suprême de
-l'empire qui, dans ces graves circonstances, avoit remis en quelque
-sorte ses destinées entre ses mains, se trouvoit au plus haut degré de
-puissance où il fût encore parvenu; et l'orage formé par la ligue
-d'Ausbourg contre Louis XIV étoit sur le point d'éclater. Alors ce
-monarque, instruit de tout ce qui se passoit, et jugeant qu'il étoit
-de la prudence de prévenir ses ennemis, déclara le premier la guerre à
-l'empereur en faisant brusquement irruption dans l'empire.</p>
-
-<p>Cependant il parut alors que sa confiance en lui-même étoit un peu
-diminuée; car, même après avoir passé le Rhin dans un appareil
-formidable, que suivirent des succès qui sembloient décisifs<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Lien vers la note 79"><span class="smaller">[79]</span></a>, il
-fit des propositions de paix qui, <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> à la vérité, n'étoient
-point acceptables, mais qui n'étoient pas telles cependant qu'il les
-avoit dictées, jusqu'alors à des vaincus. Elles furent rejetées; et,
-en effet, les nouvelles qui leur arrivoient d'Angleterre étoient de
-nature à consoler les confédérés des pertes que cette irruption
-soudaine leur avoit fait éprouver, et à leur donner pour la suite les
-plus solides espérances. La révolution y avoit été aussi complète que
-rapide; et pour opérer la défection de l'armée royaliste, le prince
-d'Orange n'avoit eu qu'à se montrer. Quoiqu'il semble peu probable
-qu'en aucun état de cause Jacques II eût pu se maintenir sur le trône
-jusqu'à la fin, sa fuite précipitée avoit cependant hâté la ruine de
-ses affaires; et ce roi dépouillé étoit venu chercher un asile en
-France au moment même où son puissant allié remportoit de si grands
-avantages sur leurs communs ennemis. Voyant ainsi leur ligue fortifiée
-de l'alliance désormais indissoluble de l'Angleterre, ceux-ci
-sentoient se ranimer leur haine et leur courage; tandis que Louis, au
-milieu même de ses triomphes, ne pouvoit s'empêcher de reconnoître que
-la chute du monarque anglais lui ôtoit tout ce qu'elle faisoit gagner
-aux confédérés.</p>
-
-<p>L'embarras qu'il éprouvoit se fit voir dans les démarches par
-lesquelles il essaya de détacher l'Espagne de la ligue, et de
-l'intéresser à la cause de Jacques II. Loin d'y réussir, il ne put
-même <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> obtenir d'elle la neutralité qu'il s'étoit borné ensuite
-à lui demander; les Hollandois eux-mêmes, que si long-temps son nom
-seul avoit fait trembler, le bravoient maintenant, et étoient entrés
-dans la confédération; enfin Louis XIV se trouva seul contre tous ses
-anciens ennemis, accrus de ceux qui avoient été autrefois ses alliés;
-sans qu'il y eût en Europe un seul prince qui voulût entrer dans sa
-querelle.</p>
-
-<p>C'est ici qu'il faut admirer les ressources prodigieuses que le
-pouvoir absolu et la volonté forte du prince, le bel ordre que ses
-ministres avoient créé dans les diverses parties de l'administration,
-et surtout l'habileté de Louvois qui dirigeoit tout le matériel de la
-guerre, donnèrent à la France dans une situation critique, à laquelle
-aucune autre nation de l'Europe, même la plus puissante, n'auroit pu
-résister. Les frontières du royaume furent, avant toutes choses, mises
-à l'abri de toute invasion; l'Irlande devint le foyer d'une guerre
-active que Louis fit à l'usurpateur, et l'on peut dire qu'il y soutint
-avec le plus noble dévouement, et n'épargnant ni ses trésors ni ses
-soldats, une cause qui devoit être celle de tous les rois, qui l'eût
-été peut-être, si lui-même ne les en avoit invinciblement éloignés; en
-même temps il se prépara à résister aux armées nombreuses qui, de
-toutes parts, le menaçoient sur ses frontières.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> (1688-1697.) Les détails de cette guerre, qui, commencée en
-1688, ne finit qu'en 1697, sont immenses; et il ne peut entrer dans
-notre plan, non seulement d'en raconter, mais même d'en énumérer tous
-les événements. Elle commença par un nouvel incendie du Palatinat, non
-moins barbare que le premier, et dont Louvois fut également
-l'instigateur; et dans cette première campagne, les succès des alliés,
-quoique leurs armées fussent incomparablement plus nombreuses que
-celles de France, furent à peu près nuls sur les frontières du nord.
-Le maréchal d'Humières ayant été remplacé par le maréchal de
-Luxembourg à l'armée de Flandre, dès ce moment ils ne comptèrent plus
-que des défaites: la bataille de Fleurus, la prise de Mons, le combat
-de Leuze, celui de Steinkerque, la bataille de Nerwinde, et un grand
-nombre d'autres faits d'armes, illustrèrent plusieurs campagnes, qui
-furent les dernières et peut-être les plus brillantes de ce grand
-capitaine. Sur le Rhin, le maréchal de Lorges soutint aussi avec
-bonheur et habileté la gloire des armées françoises dans un grand
-nombre de siéges et d'actions militaires, où il conserva constamment
-une supériorité marquée sur les troupes qui lui étoient opposées.
-Catinat, à la fois négociateur et guerrier, n'ayant pu parvenir à
-gagner au roi le duc de Savoie, aussi <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> possédé qu'aucun autre
-de cette animosité contre Louis XIV, qui étoit devenue la passion
-commune de tous les princes de l'Europe, s'étoit montré l'égal des
-plus renommés capitaines, dans une suite de campagnes où il déploya
-toutes les ressources de l'art: également habile dans les siéges, dans
-les surprises, dans les retraites, dans les batailles rangées; faisant
-avorter tous les plans d'un ennemi qui ne manquoit lui-même ni de
-courage ni d'habileté; et toujours occupé de l'amener de revers en
-revers à changer de parti, sans pouvoir parvenir à vaincre ses
-préventions et son opiniâtreté. En Catalogne, la guerre, moins animée
-que sur les frontières du nord, n'en étoit pas moins favorable à nos
-armes: le maréchal de Noailles, qui la dirigeoit, avait enlevé aux
-Espagnols une grande étendue de pays qu'il avoit dévastée, les avoit
-taillés en pièces à la bataille de Berges, et s'étoit successivement
-rendu maître de presque toutes les places fortes qui défendoient cette
-province. Même bonheur sur mer: l'amiral Tourville, dès le
-commencement des hostilités, avait gagné la célèbre bataille de Wight
-sur les flottes combinées d'Angleterre et de Hollande; de Pointis et
-Duguay-Trouin enlevoient les flottes marchandes de ces deux
-puissances, ou dévastoient leurs colonies; d'Estrées bloquoit les
-ports des Espagnols et désoloit leurs côtes; tandis que toutes
-<span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> les expéditions navales des confédérés, ou contre notre
-littoral, ou contre nos possessions lointaines, avoient complétement
-avorté. Enfin, dans cette longue guerre, et de part et d'autre si
-animée, les armes de France ne furent malheureuses qu'en Irlande, où
-la fortune de Guillaume finit par l'emporter sur les efforts de Louis
-pour rétablir le roi légitime: la bataille de la Boyne décida pour
-toujours la question en faveur de l'usurpateur.</p>
-
-<p>Celui-ci, partout ailleurs le plus malheureux général qui ait jamais
-commandé des armées, et toujours battu, quoiqu'il ne fût dépourvu ni
-de courage personnel, ni de talents militaires, n'en étoit pas moins
-l'âme de cette ligue dont il avoit été en quelque sorte le créateur,
-et la soutenoit de toute la violence de sa haine contre Louis XIV. À
-plusieurs reprises la Suède, le Danemark, la Pologne, le pape surtout,
-que ces divisions du monde chrétien affligeoient profondément, avoient
-offert leur médiation pour mettre fin à cette guerre<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Lien vers la note 80"><span class="smaller">[80]</span></a>: Guillaume
-avoit <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> toujours été le premier à repousser toutes propositions
-d'accommodement, et son obstination soutenoit ses alliés au milieu de
-tant de revers qui se succédoient presque sans interruption; Louis, au
-contraire, malgré ses succès non interrompus, désiroit la paix; ses
-peuples étoient épuisés et mécontents; et il falloit une autorité
-aussi absolue que la sienne et aussi fortement établie, pour leur
-faire supporter ce fardeau toujours croissant d'impôts dont il étoit
-forcé de les accabler.</p>
-
-<p>Ce fut de même l'épuisement de leurs peuples, et surtout la nécessité
-où l'empereur se trouva de partager ses forces afin de faire face aux
-Turcs, à qui l'occasion avoit paru favorable pour insulter de nouveau
-ses frontières, qui triompha enfin de la persévérance des alliés; et
-toutefois ce ne fut que lentement et pour ainsi dire aux dernières
-extrémités. Même après les premières ouvertures de paix qui furent
-faites, dans lesquelles le roi de France montra avec quelle ardeur il
-désiroit cette paix, en consentant d'abord à ce qui devoit le plus
-coûter à sa fierté et à toutes ses affections, c'est-à-dire à
-reconnoître Guillaume comme roi d'Angleterre, il se <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> passa
-trois ans avant qu'elle fût conclue; et il sembla que l'empereur et le
-roi d'Espagne y missent une plus forte opposition, alors que le prince
-d'Orange commençoit à s'y montrer moins opposé. Il fallut de nouveaux
-revers pour les y forcer. Enfin la défection du duc de Savoie, que le
-roi, après tant d'efforts infructueux, parvint à gagner par la
-perspective éblouissante du mariage de sa fille avec le duc de
-Bourgogne, ébranla l'empereur; la prise de Barcelonne par le duc de
-Vendôme changea presque en même temps les dispositions du roi
-d'Espagne; on reprit publiquement à Riswick, entre toutes les
-puissances belligérantes, les conférences déjà secrètement commencées
-à Gand entre l'Angleterre, la Hollande et le roi de France; et chaque
-puissance fit avec lui son traité particulier. Si l'on en excepte la
-ville de Strasbourg, qui s'étoit donnée à lui et qui lui resta, il
-céda sur tout le reste sans exception; rendit à chaque souverain,
-grand ou petit, ce qu'il lui avoit enlevé, soit avant les hostilités,
-soit pendant le cours de la guerre; et après tant de sang versé et de
-trésors épuisés, se retrouva au même point où il étoit après le traité
-de Nimègue; et toutefois avec cette différence que plus tard il sentit
-bien amèrement, que la révolution d'Angleterre ayant été un des
-résultats de cette guerre si violemment et si imprudemment provoquée,
-l'alliance <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> de cette puissance qui avoit si heureusement
-favorisé les triomphes de sa jeunesse, étoit à jamais perdue pour lui
-au déclin de ses jours. Jacques II se donna la triste et dernière
-satisfaction de protester contre tout ce qui s'étoit fait de
-préjudiciable à ses intérêts, à la paix de Riswick.</p>
-
-<p>Louvois mourut pendant le cours de cette guerre<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Lien vers la note 81"><span class="smaller">[81]</span></a> que son égoïsme
-cruel et sa basse jalousie avoient allumée; et sa mort prévint de
-quelques instants la disgrâce éclatante que lui préparoit son maître
-désabusé, et qui, trop long-temps la dupe de ses artifices, venoit
-enfin d'en découvrir les dernières et peut-être les plus coupables
-man&oelig;uvres<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Lien vers la note 82"><span class="smaller">[82]</span></a>. On ne peut nier que ce ministre ne possédât à un
-très haut degré, et, ainsi que nous l'avons déjà dit, la sagacité et
-l'activité nécessaire pour saisir l'ensemble et les détails de la
-vaste administration qui lui avoit été confiée, et qu'il ne l'eût
-perfectionnée de manière à y produire ce qu'on n'auroit pas cru
-<span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> possible avant lui; mais sans parler ici des guerres injustes
-et impolitiques dans lesquelles il entraîna Louis XIV, guerres qui
-creusèrent pour la monarchie un abîme que rien n'a pu combler, et même
-en ne le considérant que comme ministre de la guerre, ce qui est son
-beau côté, il est important de remarquer que, sous ce rapport, il fut
-encore pernicieux à la France en voulant tout soumettre à ce mécanisme
-administratif qu'il avoit si singulièrement perfectionné. <em>L'ordre du
-tableau</em> dont il fut l'inventeur, et qui plut à un monarque absolu
-dont la politique étoit de tout niveler autour de lui, éteignit toute
-émulation, toute ardeur pour le service militaire, et détruisit
-l'école des grands capitaines. Le système de tracer les plans de
-campagne dans le cabinet, et de tenir ainsi les généraux en quelque
-sorte à la lisière, acheva ce que l'ordre du tableau avoit commencé;
-et cette servitude de ceux qui commandoient ses armées plut encore à
-l'orgueil de Louis XIV. Une foule d'autres réglements, basés sur le
-même principe de servilité, achevèrent de dégrader le service dans
-tous les rangs de la hiérarchie militaire; et Saint-Simon, qui en
-présente avec énergie et douleur le triste tableau<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Lien vers la note 83"><span class="smaller">[83]</span></a>, y voit, avec
-juste raison, la principale <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> cause de la honte et des
-désastres qui marquèrent les dernières années d'un règne commencé avec
-tant de bonheur et de gloire.</p>
-
-<p>Colbert avait précédé Louvois dans la tombe<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Lien vers la note 84"><span class="smaller">[84]</span></a>: il entendoit les
-finances, le commerce, les manufactures, et toutes les branches de
-l'administration intérieure, aussi bien que Louvois entendoit la
-guerre; et pour les admirateurs exclusifs de cette science
-industrielle <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> qu'il rendit florissante en France plus qu'elle
-ne l'avoit été jusqu'à lui, il n'y eut jamais de plus grand ministre
-que Colbert. Il faudroit sans doute le louer sans réserve, si, tout en
-administrant avec cette supériorité qu'on ne lui peut contester, son
-esprit se fût élevé au dessus du matériel de son administration, et
-si, non moins blâmable en ce point que son rival, il n'eût pas, comme
-lui, cherché à tout abattre sous le despotisme étroit dans lequel
-leurs basses flatteries avoient renfermé leur maître, et dont ils
-partageoient avec lui, et à l'ombre de son nom, les funestes
-prérogatives. Tout ce qui osoit résister à ce despotisme sans règles
-et sans bornes devoit être brisé. Ce n'étoit point assez que Louis XIV
-eût la plénitude du pouvoir temporel à un degré où aucun roi de France
-ne l'avoit possédé avant lui: il arriva, ainsi que nous l'avons vu,
-qu'un pape eut l'audace de ne pas se plier à toutes ses volontés; il
-convint d'apprendre au pouvoir spirituel à quelle distance il devoit
-se tenir du grand roi, et, comme nous l'apprend Bossuet lui-même<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Lien vers la note 85"><span class="smaller">[85]</span></a>,
-les quatre articles sortirent à cet effet des bureaux du surintendant.
-Cette circonstance lui donnera sans doute un mérite de plus aux yeux
-des amants <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> passionnés de nos <em>libertés gallicanes</em>, et elles
-en possèdent encore quelques uns; mais pour quiconque voit, dans la
-trop célèbre déclaration, une des plus grandes calamités qui aient
-jamais désolé l'église de France, Colbert est jugé comme chrétien et
-comme homme d'état.</p>
-
-<p>Nous avons un moment oublié ces discussions si malheureusement
-suscitées contre le roi de France et le chef de l'église: et cependant
-elles se trouvent encore mêlées aux événements de cette guerre,
-pendant lesquels elles furent même poussées jusqu'aux extrémités les
-plus fâcheuses pour finir ensuite tant bien que mal, et autant qu'il
-étoit alors possible d'en finir avec Louis XIV quand il avoit tort.
-Nous avons vu que l'affaire du cardinal de Furstemberg avoit jeté ce
-prince dans un emportement presque puéril contre Innocent XI: cet
-emportement redoubla lorsqu'il eut connoissance de la ligue
-d'Ausbourg; il se persuada, ce qu'on a peine à concevoir, que le pape
-étoit le principal auteur de cette guerre générale prête à éclater
-contre lui; et parmi les pièces curieuses de la diplomatie moderne, il
-n'en est point sans doute qui le soit davantage que la lettre qu'il
-écrivit au cardinal d'Estrées son ambassadeur à Rome<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Lien vers la note 86"><span class="smaller">[86]</span></a>, lettre que
-l'on peut considérer comme <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> un manifeste, puisqu'il lui
-ordonna de la rendre publique. Il y présente, comme, de véritables
-griefs dont il avoit à se plaindre, tout ce qu'il avoit lui-même
-entrepris contre le pape depuis 1681; accuse Innocent XI de haine
-personnelle contre la France<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Lien vers la note 87"><span class="smaller">[87]</span></a>; voit, dans ce qui s'est passé
-relativement à l'élection d'un évêque de Cologne, la cause immédiate
-des entreprises du prince d'Orange contre le roi d'Angleterre, et du
-triomphe du protestantisme dans ce royaume; et en raison de tant de
-justes sujets qu'il avoit de se plaindre du père commun des fidèles,
-déclare que, quel que puisse être son attachement et son respect
-filial pour le Saint-Siége, attachement dont il ne vouloit jamais se
-départir, il ne pouvoit s'empêcher, en cette circonstance, de <em>séparer
-le prince temporel du prince spirituel</em>, et de faire provisoirement
-entrer ses troupes dans la ville d'Avignon, jusqu'à ce que justice lui
-eût été rendue. Il parut une réponse accablante à ce <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span>
-manifeste<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Lien vers la note 88"><span class="smaller">[88]</span></a>; mais Louis XIV étoit le plus fort: il avoit donc
-évidemment raison, et pour en donner une preuve irrésistible, il
-s'empara à main armée du Comtat.</p>
-
-<p>Cependant le souverain pontife n'en avoit pas moins continué, pendant
-toute cette guerre, de jouer son rôle accoutumé de médiateur de la
-paix entre les princes chrétiens; et cette manière d'agir, bien
-qu'elle n'eût rien qui pût paroître extraordinaire et nouveau, avoit
-fort radouci le roi de France par la raison qu'il avoit besoin de
-cette paix, et qu'elle étoit, comme nous l'avons dit, l'objet de tous
-ses désirs. Innocent XI étant mort, il se trouva plus à son aise avec
-son successeur Alexandre VIII, et son orgueil eut moins à souffrir de
-faire auprès d'un nouveau pape quelques démarches pour arriver à une
-réconciliation. Elles n'eurent cependant pas un entier succès:
-Alexandre ne se montra pas <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> moins inflexible qu'Innocent sur
-les deux points capitaux de la régale et de la déclaration; et sentant
-ses forces défaillir, ce fut au lit de la mort qu'il publia la
-constitution par laquelle il cassoit tout ce qui avoit été fait par le
-clergé de France dans l'assemblée de 1682<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Lien vers la note 89"><span class="smaller">[89]</span></a>. Les négociations
-continuèrent sous Innocent XII, et se terminèrent enfin par la
-rétractation formelle que firent les évêques, aux pieds du souverain
-pontife, de tout ce qui s'étoit passé dans cette assemblée<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Lien vers la note 90"><span class="smaller">[90]</span></a>. En
-conséquence de cette rétractation, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> le roi révoqua son édit,
-et la paix fut rétablie entre lui et le Saint-Siége; mais cette
-révocation, ainsi que l'a justement remarqué le comte de Maistre, fut
-faite par une simple lettre de cabinet: le superbe monarque auroit cru
-s'humilier en faisant à ce sujet une démarche solennelle; et la
-prudence accoutumée de la cour de Rome se contenta de cette concession
-imparfaite. Cette prudence fut trop timide en une si grave
-circonstance; la suite ne l'a que trop fait voir, et jusqu'à nos
-jours.</p>
-
-<p>Dès 1683, et peu de temps après que ces brouilleries eurent commencé,
-il s'étoit fait un grand changement dans la vie privée de Louis XIV et
-dans les allures de sa cour, par la retraite de madame de Montespan,
-retraite qui mit fin aux scandales dont il avoit trop long-temps donné
-à ses peuples le spectacle dangereux. Madame de Maintenon la remplaça:
-un mariage publiquement connu, quoiqu'il ne fût pas publiquement
-avoué, parce qu'il auroit fait une reine de France de la veuve de
-Scarron<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Lien vers la note 91"><span class="smaller">[91]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> avoit légitimé ses intimités avec cette femme
-adroite et ambitieuse. Louvois étant mort, nous allons voir bientôt ce
-qu'il advint du système despotique de Louis XIV, entouré d'hommes
-médiocres et aidé des lumières de madame de Maintenon.</p>
-
-<p>(1698) Une réforme considérable avoit été faite dans les troupes; la
-paix avoit amené la diminution des impôts; et il sembloit que les
-peuples alloient respirer, lorsque la santé chancelante de Charles II,
-roi d'Espagne, fit renaître tout à coup les ambitions, les alarmes et
-les espérances, dans les divers cabinets de l'Europe. Ce monarque
-étoit sans enfants: sa vaste succession sembloit être une proie que se
-disputeroient les maisons de France et d'Autriche; et l'on prévoyoit
-que sa mort deviendroit la source d'une guerre non moins violente que
-celle qui étoit à peine terminée.</p>
-
-<p>Quelques uns ont prétendu que ce fut par amour pour la paix que
-Guillaume imagina le premier traité de partage, traité qui fut signé à
-La Haye en 1698, entre la France, la Hollande et l'Angleterre<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Lien vers la note 92"><span class="smaller">[92]</span></a>;
-d'autres pensent, et avec <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> plus d'apparence de raison, que,
-sous ce prétexte de chercher à raffermir la paix, son véritable but
-étoit d'allumer une guerre nouvelle en Europe, afin d'avoir un
-prétexte de conserver son armée que le parlement vouloit lui faire
-licencier, et avec elle sa prépondérance qui étoit sur le point de lui
-échapper. Car il est vrai de dire que les Anglois n'avoient changé de
-roi que par haine de la royauté, et qu'au degré de licence où ils
-étoient parvenus, la condition implicite qu'ils avoient mise pour leur
-nouveau monarque, à l'acceptation du trône, étoit de ne point régner;
-c'est ce que l'ambitieux Guillaume n'avoit point compris: de là les
-chagrins et les dégoûts qui empoisonnèrent si justement les dernières
-années de sa vie. Il est donc plus vraisemblable qu'il vouloit la
-guerre; et si l'on considère que l'équilibre du territoire étoit alors
-toute la politique de l'Europe, qui, depuis cinquante ans, déchiroit
-ses propres entrailles, soit pour le rompre, soit pour le rétablir, il
-est évident que le partage des états du roi d'Espagne <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> ne
-pouvoit manquer, en faisant naître de nouvelles craintes, de ranimer
-les anciennes discordes. On a peine à comprendre que Louis XIV qui
-avoit besoin de la paix, qui désiroit sincèrement la conserver, ait pu
-donner dans ce piége de signer avec la Hollande et l'Angleterre un
-traité où il faisoit, de sa pleine autorité, sa part à l'empereur qui
-avoit sur la succession entière du roi d'Espagne des prétentions que
-rien ne sembloit pouvoir ébranler. Ce traité produisit donc l'effet
-qu'il devoit produire: il souleva toute l'Europe, et particulièrement
-le roi d'Espagne, qui s'indigna justement que, de son vivant, on osât
-faire ainsi le démembrement de ses états. Pour déjouer des projets
-dont il étoit profondément blessé, et dont la nation espagnole ne se
-sentoit pas moins offensée que lui, ce prince fit un testament par
-lequel il déclara le prince électoral de Bavière, encore enfant,
-héritier de tous ses royaumes.</p>
-
-<p>(1699-1700) L'année suivante, ce jeune prince mourut; et Guillaume,
-dont la situation à l'égard de son parlement n'étoit point changée,
-reprit ses man&oelig;uvres et proposa au roi un second traité de partage,
-dont les dispositions sembloient plus propres à concilier les esprits,
-mais qui, par cela même qu'il donnoit un accroissement de territoire
-et de puissance à la France, devoit produire en Europe le même effet
-que le premier<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Lien vers la note 93"><span class="smaller">[93]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> C'étoit là sans doute ce que vouloit ce
-perfide artisan de discordes; et il paroît certain qu'au moment même
-où il signoit ce traité dont une des clauses portoit que l'empereur
-devoit y accéder dans trois mois, s'il vouloit jouir de ses avantages
-de co-partageant, il le détournoit secrètement de le faire, lui
-offrant toutes les forces de la Hollande et de l'Angleterre, pour
-soutenir ses droits à la succession entière du roi d'Espagne.</p>
-
-<p>Léopold n'avoit pas besoin d'être poussé à faire un tel refus: ses
-intrigues dans le cabinet de Madrid lui faisoient considérer cette
-succession comme devant immanquablement revenir à sa maison; mais la
-France intrigua plus heureusement que lui. D'ailleurs, touchant
-immédiatement aux frontières d'Espagne, elle avoit un avantage de
-position qui sembloit présenter plus de sécurité pour l'avenir; les
-droits du sang étoient en outre mieux établis dans la maison de
-Bourbon; enfin Charles II fut amené par plusieurs insinuations très
-adroites à faire son second testament, lequel institua le duc
-d'Anjou, second fils du Dauphin, <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> héritier de la couronne
-d'Espagne et de tous ses autres états. Il mourut peu de temps après;
-Louis XIV accepta le testament, et la nation espagnole tout entière y
-donna son assentiment.</p>
-
-<p>(1701) C'étoit se résoudre en même temps à accepter la guerre que
-l'Europe entière alloit inévitablement lui faire; mais lorsqu'on y
-réfléchit, on reconnoît que cette guerre étoit également inévitable,
-quelque parti qu'eût pris le roi de France; et en effet cette
-politique absurde de l'équilibre, chef-d'&oelig;uvre de la civilisation
-moderne, devoit la faire nécessairement éclater, soit que la maison
-d'Autriche s'accrût de cette succession, soit qu'elle vînt ajouter à
-la prépondérance de la maison de Bourbon. À l'instant même, tout fut
-donc en fermentation dans cette Europe à peine pacifiée. Louis essaya
-vainement de gagner les Hollandois dont Guillaume dirigeoit tous les
-conseils, et dont l'importance étoit telle alors, que, si ce prince
-habile ne leur eût persuadé qu'il y avoit pour eux plus de sûreté et
-d'avantages dans leur alliance avec l'empereur, ils pouvoient à eux
-seuls déconcerter tous les projets des ennemis de la France. Léopold
-fut moins heureux dans ses démarches pour engager les princes de
-l'empire dans sa querelle, et ils refusèrent d'abord d'y entrer, ne se
-souciant point de travailler eux-mêmes à l'accroissement de sa
-puissance: ce qui ne l'empêcha <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> pas de protester contre le
-testament, et sans déclarer encore la guerre à la France, d'appuyer
-cette protestation d'une invasion à main armée dans le Milanois.
-Assuré du concours des Hollandois, Guillaume s'étoit aussitôt retourné
-vers son parlement, pour en obtenir de prendre part à une guerre qu'il
-lui présentoit comme nécessaire à la sécurité de toute l'Europe; et
-quoique repoussé et même abreuvé d'affronts par l'une et l'autre
-chambre, il n'en continuoit pas moins ses négociations avec
-l'empereur, l'assurant que son alliance suivroit de près celle que
-venoient de faire avec lui les États-Généraux.</p>
-
-<p>Tandis que ces intrigues se tramoient, Louis, fidèle à cette marche
-expéditive que le succès avoit souvent justifiée, prit l'initiative de
-la guerre, entra avec une armée sur le territoire des Hollandois, et
-s'empara de leurs places fortes: action vigoureuse qui les déconcerta,
-et amena de leur part et de celle de Guillaume une reconnoissance
-hypocrite du nouveau roi d'Espagne, Philippe V. Cependant le roi
-négocioit en même temps avec le duc de Savoie, sur lequel il croyoit
-pouvoir compter, sa première fille étant mariée au duc de Bourgogne,
-héritier présomptif de la couronne de France, et le mariage de la
-seconde étant sur le point de se conclure avec son frère, le roi
-d'Espagne. Mais ni les liens du sang, ni les avantages immenses que
-lui offroit Louis XIV, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> ne purent balancer les terreurs que
-lui inspiroient un prince si ambitieux et un si redoutable voisinage;
-il préféra l'alliance de l'empereur, et il n'y auroit eu aucune raison
-de l'en blâmer, si, par une trahison indigne de tout honnête homme, il
-n'eût traité secrètement avec lui, en même temps qu'il signoit avec le
-roi de France et son petit-fils une alliance offensive et défensive;
-ainsi Louis XIV le crut et dut le croire au nombre de ses alliés.</p>
-
-<p>Cependant rien n'éclatoit encore: tous les regards des intéressés dans
-ce grand débat étoient tournés vers l'Angleterre: c'étoit de là que
-devoit partir le signal des troubles du continent, et tout dépendoit
-du succès de la lutte de Guillaume avec son parlement. L'habile prince
-parvint à l'affoiblir en le divisant; et la chambre des lords s'étant
-enfin déclarée pour lui, il put payer un subside à l'empereur qui,
-sur-le-champ, commença les hostilités contre l'Espagne. C'étoit ce
-qu'attendoit Guillaume, sûr qu'une fois la querelle engagée les
-Anglois ne pourroient en rester spectateurs indifférents; et en effet,
-ayant immédiatement cassé le Parlement qui lui avoit été si long-temps
-contraire, les élections lui donnèrent une chambre des communes
-entièrement à sa dévotion. (1701) Dès lors il put faire tout ce qu'il
-voulut, en Hollande comme en Angleterre; et le traité, si <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span>
-fameux sous le nom de la <em>Grande-Alliance</em>, fut signé entre les trois
-puissances, la Hollande, l'Angleterre et l'empereur.</p>
-
-<p>Cette guerre, la seule de ce règne que l'on ne puisse pas accuser
-Louis XIV d'avoir injustement provoquée<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Lien vers la note 94"><span class="smaller">[94]</span></a>, fut de toutes la plus
-malheureuse; et un de nos historiens se demande «par quelle
-fatalité?<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Lien vers la note 95"><span class="smaller">[95]</span></a>» Il n'y a point là de fatalité: les grands généraux et
-les ministres habiles étoient morts, et des successeurs dignes d'eux
-ne s'étoient point encore présentés. Les flatteries de Louvois et de
-Colbert avoient persuadé <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> à ce roi qu'ils dirigeoient à leur
-gré, que son génie seul faisoit tout; qu'il n'y avoit point de
-capacité comparable à la sienne, tant dans la politique extérieure que
-dans l'administration intérieure; qu'ils n'étoient entre ses mains que
-des instruments, et qu'ils n'avoient de prix que par la manière dont
-il savoit s'en servir. Il avoit cru fermement ce qu'ils lui avoient
-dit; et c'étoit en l'abusant de la sorte qu'ils l'avoient gouverné.
-Aussi ne fut-il nullement troublé de leur perte, bien persuadé qu'il
-ne s'agissoit pour lui que de remplacer les instruments qu'il avoit
-perdus, et qu'un Chamillart ou un Voisin étoient tout aussi propres à
-recevoir ses ordres et à les faire machinalement exécuter qu'un
-Colbert ou un Louvois. Plein de confiance en lui-même et en lui seul,
-il se mit donc à la tête des affaires; la chambre à coucher de M<sup>me</sup>
-de Maintenon devint celle du conseil; suivant le fatal système inventé
-par Louvois, on y dressa les plans de campagne; on y fit marcher,
-s'arrêter, reculer à volonté les généraux; la plupart de ces généraux
-furent des hommes médiocres, quelques uns même très malhabiles, et
-dont le talent principal étoit d'être bons courtisans. La veuve de
-Scarron, devenue en réalité reine de France, et plus puissante auprès
-de son royal époux qu'aucune reine peut-être ne l'avoit jamais été,
-vouloit tout savoir, se mêloit de tout, sans avoir <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> l'air de
-s'occuper jamais de rien, et gâtoit souvent les affaires en y faisant
-entrer ses petites passions et ses petits intérêts. C'est ainsi que
-fut gouvernée la France pendant les dernières années de Louis XIV.</p>
-
-<p>Et cependant telle avoit été la vigueur imprimée par tant d'hommes
-supérieurs à toutes les parties, si bien liées entre elles, de ce
-grand et beau royaume, qu'il put long-temps encore soutenir les
-efforts de l'Europe conjurée contre lui, malgré toutes les fautes que
-l'on commit, et qui furent, en quelque sorte, accumulées les unes sur
-les autres. La première fut de se priver du seul bon général que l'on
-eût alors, pour n'avoir pas voulu ajouter foi aux avis qu'il donnoit,
-et dont l'expérience depuis ne prouva que trop la vérité. Catinat
-commandoit, dans le Milanois, les troupes auxiliaires de la France, à
-qui la guerre n'avoit point encore été déclarée, l'armée espagnole
-étant sous les ordres du prince de Vaudemont, et l'un et l'autre
-agissant sous ceux du duc de Savoie, nommé généralissime des armées
-combinées. Le prince Eugène, général de l'armée impériale, et qui
-commençoit alors sa carrière, depuis si brillante, étoit arrivé sur
-les bords de l'Adige, dont il força aussitôt le passage<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Lien vers la note 96"><span class="smaller">[96]</span></a>; et la
-campagne, ainsi commencée, se <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> composa, pour l'ennemi, d'une
-suite de succès si extraordinaires, si contraires à toutes les chances
-probables qui devoient résulter de la situation des deux armées, que
-Catinat, contrarié en tout ce qu'il faisoit et par le duc de Savoie et
-par le prince de Vaudemont, soupçonna leur intelligence avec les
-Impériaux, et en avertit le roi. Les petites intrigues commençoient à
-se mêler aux grandes affaires: Catinat fut rappelé, et le maréchal de
-Villeroi, favori de Louis XIV, et protégé de M<sup>me</sup> de Maintenon, le
-remplaça. Le général disgracié n'avoit point encore quitté l'armée,
-que la bataille de Chiari, donnée contre son avis et gagnée par les
-Impériaux, montra ce que l'on devoit attendre de son successeur; et en
-effet, celui-ci crut à la bonne foi du duc de Savoie, par cela seul
-qu'on y croyoit à la cour, et se laissa jouer par lui et par le prince
-Vaudemont, autant qu'ils le trouvèrent bon. Tout resta dans une
-inaction calculée par ceux-ci et favorable à l'ennemi, inaction
-qu'eussent <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> probablement suivie de grands revers, si Villeroi
-ne se fût laissé prendre dans une surprise que tentèrent les Impériaux
-sur Crémone, et que la présence d'esprit du chevalier d'Entragues et
-la bravoure des soldats françois firent seules avorter. Le duc de
-Vendôme vint prendre le commandement de l'armée; et les alliés ayant
-alors déclaré formellement la guerre à la France, les hostilités
-prirent un caractère plus décidé, et ce fut en Italie que se portèrent
-les premiers coups.</p>
-
-<p>Nous ne tracerons de même ici qu'une esquisse rapide de cette guerre
-si variée dans ses événements, et qui présenta de bien autres
-vicissitudes que celles qui l'avoient précédée. Tandis que la trahison
-du duc de Savoie et l'impéritie de Villeroi réduisoient à la nullité
-la plus absolue l'armée du Milanois, le roi, de son côté, se montroit,
-dans les Pays-Bas, moins entreprenant qu'il ne l'avoit été autrefois,
-et manquoit une occasion qui ne se présenta plus, de forcer les
-Hollandois à se détacher de la grande alliance<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Lien vers la note 97"><span class="smaller">[97]</span></a>. Guillaume et
-Léopold profitèrent <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> de ces fautes et de cette trahison pour
-fortifier leur ligue, en lui suscitant de toutes parts de nouveaux
-ennemis. Sur les sollicitations du roi d'Angleterre, le Danemarck
-entra dans la grande alliance, et il obtint de Charles XII, alors
-occupé de ses expéditions aventureuses dans le nord de l'Allemagne,
-sinon la coopération de la Suède, jusqu'alors l'alliée de la France,
-du moins sa neutralité. L'empereur, ou par menaces ou par séductions,
-entraîna enfin les princes de l'Empire dans sa querelle, et, à
-l'exception de l'électeur de Cologne et de celui de Bavière, toute
-l'Allemagne se réunit à son chef, et déclara <em>guerre <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> de
-l'Empire</em> la guerre que l'on alloit commencer contre Louis XIV; enfin,
-le duc de Savoie ne tarda point à lever le masque, et peu de temps
-après, le Portugal, qui d'abord s'étoit uni aux deux couronnes, les
-abandonna pour avoir été abandonné par elles<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Lien vers la note 98"><span class="smaller">[98]</span></a>, et entra aussi dans
-cette grande confédération. (1702) Ce vaste incendie de l'Europe étoit
-à peine allumé, que Guillaume mourut, uniquement occupé dans ses
-derniers moments de sa haine contre la France, et essayant de la
-léguer à la princesse de Danemark, qui étoit appelée à lui
-succéder<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Lien vers la note 99"><span class="smaller">[99]</span></a>. Anne, quels <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> que fussent ses sentiments secrets
-à cet égard, se vit forcée d'entrer dans les mêmes voies, et cette
-mort ne changea rien à la marche des événements.</p>
-
-<p>(1702-1703) Les commencements de cette guerre, sans avoir rien de
-décisif, furent heureux pour les deux couronnes. Le duc de Vendôme
-rétablit en Italie la gloire des armes françoises. En Flandre, où le
-duc de Bourgogne fit alors sa première campagne sous le maréchal de
-Boufflers, et sur le Rhin, où commandèrent successivement Catinat et
-Villars, les confédérés furent presque toujours battus; et sans
-l'infidélité du duc de Savoie, qui éclata au moment où l'électeur de
-Bavière, qu'une man&oelig;uvre hardie avoit rendu maître de Ratisbonne et
-que Villars venoit de rejoindre avec son armée, s'avançoit sans
-obstacle à travers le Tyrol pour opérer sa jonction avec le duc de
-Vendôme, des coups décisifs eussent été portés. Mais la défection de
-ce prince fit manquer une man&oelig;uvre si bien conçue; et, bien que
-Vendôme eût battu les troupes que les alliés avoient envoyées au
-secours du duc de Savoie, l'électeur n'en fut pas moins forcé de
-rentrer en Allemagne, où son armée, retrouvant celle de Villars, gagna
-avec elle la première bataille de Hocstet. La prise d'Augsbourg et de
-Passaw fut le fruit de cette victoire; mais l'électeur eut
-malheureusement <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> pour la France, et plus malheureusement
-encore pour lui, un démêlé avec Villars<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Lien vers la note 100"><span class="smaller">[100]</span></a>. Le temps étoit passé où
-Louis XIV faisoit la loi à ses alliés; il subissoit maintenant la
-leur; d'ailleurs, le roi et ses ministres ne vouloient pas qu'un
-général, même victorieux, eût des volontés. Villars fut rappelé, et
-Marsin le remplaça.</p>
-
-<p>De l'armée de Flandre, le duc de Bourgogne étoit passé à celle du
-Rhin; le maréchal de Tallard dirigeoit sous lui les opérations. La
-bataille de Spire, la prise de Brisac et de Landau signalèrent cette
-campagne; et de ce côté la fortune de la France ne se démentit point
-encore.</p>
-
-<p>Celle des Pays-Bas fut moins favorable. Dès la campagne précédente, le
-général anglois Malborough, que les désastres de la France ont depuis
-rendu si célèbre, étoit venu prendre le commandement de l'armée
-confédérée, et avoit balancé, par la prise de l'importante ville de
-Liége, les succès du maréchal de Boufflers. Il fut plus heureux
-encore, cette année, contre Villeroi; à la vérité, il n'y eut point de
-bataille décisive, parce que les François, inférieurs en nombre, ne
-voulurent pas l'accepter; mais il <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> s'empara de la ville de
-Bonn, sans qu'il fût en leur pouvoir de l'en empêcher.</p>
-
-<p>(1704) Cependant les alliés, qui ne vouloient pas que la couronne
-d'Espagne et celle d'empereur d'Allemagne fussent réunies sur la même
-tête, avoient exigé que Léopold et son fils, le roi des Romains,
-cédassent leurs droits à l'archiduc; et celui-ci venoit d'être
-proclamé roi d'Espagne sous le nom de Charles III. Une flotte angloise
-le porta dans les eaux du Tage, et, au moment même où il débarquoit à
-Lisbonne, Philippe V déclara la guerre au roi de Portugal, fit
-invasion dans ses États avec une armée que commandoit le duc de
-Berwick, et par la rapidité de sa marche et de ses conquêtes, y
-répandit de toutes parts l'alarme et la consternation<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Lien vers la note 101"><span class="smaller">[101]</span></a>. D'un
-autre côté, la Savoie tout entière <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> avoit été envahie sans le
-moindre obstacle par le duc de La Feuillade; le duc de Vendôme battoit
-les armées de Victor-Amédée, et lui enlevoit ses dernières places
-fortes; et, cependant toujours obstiné à fermer l'oreille aux
-propositions que le roi ne cessoit de lui faire, ce prince, réduit aux
-dernières extrémités, tentoit vainement de faire irruption dans le
-Dauphiné, pour y chercher des auxiliaires parmi les protestants qui
-venoient de se révolter, et dont la révolte étoit entretenue au moyen
-de l'argent et des armes que leur fournissoient les alliés<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Lien vers la note 102"><span class="smaller">[102]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> Jusque là tout alloit bien pour la France. De nouveaux
-troubles avoient éclaté en Hongrie; Louis XIV soutenoit cette
-rébellion qui donnoit de grands embarras à l'empereur, et l'électeur
-de Bavière demeuroit ferme dans l'alliance de la France. Une armée
-conduite par Tallard et Marsin, et soutenue d'une autre armée que
-commandoit Villeroi, fut envoyée pour l'aider dans ses opérations; et
-l'on pouvoit tout attendre de forces aussi imposantes réunies dans le
-c&oelig;ur de l'Allemagne. Il ne s'agissoit que d'éviter de combattre;
-les alliés, dans l'impossibilité de tenir dans le pays, eussent été
-forcés de l'abandonner aux François et aux Bavarois, et l'empereur
-sembloit perdu sans ressources. L'électeur s'obstina à livrer une
-bataille que désiroient par dessus tout Eugène et Malborough; ceux-ci
-trompèrent Villeroi, et parvinrent à le tenir en échec, tandis qu'ils
-marchoient en toute hâte vers les plaines d'Hocstet, dans lesquelles
-les attendoit l'ennemi. Ce lieu, où l'on avoit vaincu l'année
-précédente, devint le théâtre d'une des défaites les plus désastreuses
-que la France eût jamais éprouvées. Les fautes y furent, pour ainsi
-dire, accumulées; <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> les méprises n'y furent pas moins funestes
-que les fautes, et il s'en commit de plus grandes encore après la
-défaite. Une armée entière fut détruite ou prisonnière; on recula du
-Danube jusque sur les bords du Rhin: la Bavière demeura abandonnée aux
-dévastations des impériaux; et Landau fut assiégé et pris presque sous
-les yeux de nos troupes abattues et découragées. La consternation fut
-générale en France, et l'on peut juger de la douleur du roi qui, un
-moment auparavant, ayant tenu, pour ainsi dire, le sort de l'empereur
-entre ses mains, se trouvoit réduit maintenant à craindre pour ses
-propres frontières.</p>
-
-<p>(1705) La victoire de Hocstet avoit fait de Malborough le héros de la
-ligue et l'âme de toutes ses délibérations. Il forma dès lors le
-projet de porter la guerre dans le c&oelig;ur de la France; et toutes ses
-vues étant tournées vers cet objet, il refusa d'aller au secours du
-duc de Savoie que Vendôme ne cessoit de poursuivre à outrance. La
-bataille de Cassano, où le prince Eugène, qui s'étoit fait
-l'auxiliaire du duc, se vit forcé de reculer devant l'armée françoise,
-acheva de détruire les dernières espérances de celui-ci sans vaincre
-son obstination; et il supporta de voir son pays ravagé et toutes ses
-forteresses rasées, plutôt que d'accepter cette paix que Louis XIV, de
-son côté, s'obstinoit à lui offrir. Cependant Malborough <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span>
-n'avoit point exécuté le grand projet qu'il avoit conçu. Par une suite
-de man&oelig;uvres habiles, Villars l'avoit tenu en échec, et rien de
-décisif ne s'étoit passé sur ce point de nos frontières.</p>
-
-<p>Il n'en alloit pas de même en Espagne: tout y tournoit
-malheureusement; le siége de Gibraltar n'avoit point réussi, et les
-armées des deux couronnes s'y étoient inutilement consumées. Les
-Portugais profitèrent de l'extrême foiblesse où ce siége les avoit
-réduites, pour faire, de concert avec les Anglois, une irruption dans
-l'Estramadure, où ils emportèrent plusieurs villes et dévastèrent le
-pays. Pendant ce temps, l'amirante de Castille, qui, dès le
-commencement, s'étoit déclaré pour le parti autrichien, fomentoit de
-toutes parts les divisions nationales que la rivalité des deux maisons
-avoit fait naître, rallioit les mécontents et préparoit une guerre
-intestine que les succès des Portugais firent bientôt éclater. Les
-royaumes de Valence, de Murcie, et la Catalogne arborèrent l'étendard
-de la révolte; l'archiduc investit Barcelonne, et s'en empara; Gironne
-lui ouvrit ses portes, et il se trouva ainsi établi en Espagne. (1706)
-L'année suivante lui fut plus favorable encore: le siége de Barcelonne
-avoit été résolu dans le conseil de Philippe; mais la lenteur
-habituelle des Espagnols fit manquer cette opération dont le résultat
-eût été de faire rentrer la Catalogne sous <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> sa domination.
-Une armée angloise força celle des deux couronnes à lever ce siége si
-mal commencé, plus mal conduit, et où elles ne s'étoient pas moins
-épuisées que devant Gibraltar; la révolte de l'Arragon leur coupa,
-dans leur retraite, le chemin de la Castille, et les armées
-confédérées marchèrent sans obstacle sur Madrid.</p>
-
-<p>Ces revers en amenèrent d'autres: Louis XIV se persuada qu'il n'y
-avoit qu'un coup décisif dans les Pays-Bas qui pût rétablir les
-affaires; peut-être ne se trompoit-il pas, mais ce n'étoit pas au plus
-malhabile et au plus malheureux de ses généraux qu'il falloit donner
-une semblable commission. Villeroi fut envoyé à l'armée de Flandre,
-avec ordre de chercher Malborough, de le combattre et sans doute de le
-vaincre. Le présomptueux courtisan fit tout ce qu'il falloit pour être
-battu; il ne voulut point attendre les renforts que lui amenoit
-Marsin, pour ne pas partager avec lui l'honneur de la victoire;
-choisit un terrain dès long-temps réprouvé par le maréchal de
-Luxembourg qui n'avoit jamais voulu y hasarder une bataille; et fit
-une disposition militaire pire encore que le choix de son terrain.
-Ainsi fut donnée et perdue la bataille de Ramilli, qu'on peut appeler
-une déroute plutôt qu'une bataille, puisque la France y perdit à peine
-quatre mille hommes, mais déroute la plus complète, la plus
-désastreuse, et dont les suites <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> passèrent les espérances même
-des vainqueurs. Villeroi qui n'avoit pas su rallier ses troupes après
-les avoir fait battre, et le duc de Bavière qui commandoit avec lui à
-cette funeste bataille, se retirèrent sous le canon de Lille,
-abandonnant en un moment tous les Pays-Bas espagnols et même une
-partie des nôtres à l'ennemi.</p>
-
-<p>C'étoit le plus grand désastre que la France eût encore éprouvé: le
-malencontreux Villeroi fut rappelé, et l'on arracha Vendôme à l'armée
-d'Italie pour venir en Flandre arrêter la marche victorieuse du
-général anglois. Il alloit pour réparer les fautes d'un autre, et en
-avoit commis lui-même de très grandes dont le prince Eugène avoit su
-profiter. Le siége de Turin étoit mal conduit par le duc de La
-Feuillade, et les intrigues de cour agravoient encore les fautes des
-généraux. Le jeune duc d'Orléans prit la place du duc de Vendôme, mais
-sous la tutelle de Marsin qui avoit les ordres secrets du roi. Ces
-ordres défendoient expressément de livrer bataille au prince Eugène:
-ce fut une nécessité de la recevoir comme il lui plut de la donner, et
-malgré tout ce que put dire le duc d'Orléans, qui seul, dans cette
-circonstance, se montra général et soldat, il fallut attendre l'ennemi
-dans les lignes, et s'abandonner en quelque sorte à sa merci. Une fois
-l'attaque commencée, il n'y eut plus que désordre et confusion; et de
-même qu'à Ramilli, l'épouvante et <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> la consternation firent
-plus que l'épée du vainqueur. On perdit à peine deux mille hommes, et
-cependant l'armée débandée repassa la frontière, abandonnant à
-l'ennemi les bagages, les provisions, les munitions, la caisse
-militaire, et surtout le Milanois, le Mantouan et le Piémont, dont il
-fit en quelques heures la conquête. Ainsi la bataille de Ramilli
-venoit d'être perdue pour avoir été ordonnée, celle de Turin le fut
-pour avoir été défendue.</p>
-
-<p>Quoique les affaires eussent repris une tournure plus favorable en
-Espagne où la nation presque entière s'étoit soulevée en faveur de
-Philippe, que ce prince fût rentré à Madrid dont les troupes de
-l'archiduc avoient un moment pris possession, et que les armées des
-deux couronnes, commandées par Berwick, eussent regagné presque tout
-ce que l'ennemi avoit envahi, cependant Louis XIV, qui, dès la
-bataille d'Hocstet, avoit inutilement employé la médiation du pape et
-des cantons pour négocier de la paix, consterné des deux catastrophes
-successives de Turin et de Ramilli, pour la première fois rabattit de
-sa fierté, et fit des démarches publiques afin d'obtenir de ses
-ennemis cette paix qu'il leur avoit si souvent dictée. On y mit pour
-première condition que son petit-fils renonceroit à la couronne
-d'Espagne; et il se résolut à continuer la guerre malgré les malheurs
-et l'épuisement <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> de la France. Il faut l'admirer ici; car il
-fit, dans ces extrémités, tout ce qu'il étoit humainement possible de
-faire pour ne pas succomber. Il trouva le moyen d'avoir des armées
-pour la garde de toutes ses frontières, en Flandre, sur le Rhin, dans
-la Navarre, dans le Roussillon; un traité fut fait avec l'empereur
-pour l'évacuation des troupes qui occupoient encore la Lombardie,
-traité qui, sans doute, livra à celui-ci l'Italie entière et le
-royaume de Naples sans coup férir; mais par lequel le roi
-n'abandonnoit en effet que ce qu'il lui étoit impossible de conserver,
-et où il trouvoit l'immense avantage de pouvoir envoyer à l'armée de
-Castille un renfort dont elle avoit le plus grand besoin. Il est
-évident que l'on dut à ce traité et à cette man&oelig;uvre le gain de la
-bataille décisive d'Almanza, qui porta un coup mortel aux affaires de
-l'archiduc.</p>
-
-<p>(1707-1709) Sur le Rhin, le maréchal de Villars avoit des succès qui
-rappeloient ceux des beaux jours de Louis XIV. Il avoit forcé les
-lignes de Stalofen, dissipé devant lui les troupes ennemies, mis les
-cercles de l'empire à contribution, et poussé l'armée impériale
-jusqu'aux bords du Danube; mais ces succès qui menaçoient déjà la
-capitale de l'empire, n'eurent point de résultat, parce que l'heureux
-et habile général se vit forcé de céder <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> une partie de son
-armée pour aller défendre la Provence, où le prince Eugène et le duc
-de Savoie venoient de faire invasion. Ils échouèrent, à la vérité,
-dans l'entreprise du siége de Toulon, mais enfin la France vit ses
-ennemis au c&oelig;ur de ses provinces. Cependant le successeur de
-Léopold<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Lien vers la note 103"><span class="smaller">[103]</span></a>, Joseph I, commandoit en maître dans toute l'Italie
-indignée, et par les plus injustes violences, forçoit le pape à
-reconnoître l'archiduc comme roi d'Espagne; en même temps les Anglois
-s'emparoient de la Sardaigne, des îles de Maïorque et Minorque, des
-ports que l'Espagne avoit sur les côtes d'Afrique, et lui enlevoient
-ainsi, pièce à pièce, tout ce qu'elle possédoit hors de la péninsule.
-Ce fut à cette même époque, et au milieu de tant de revers, que Louis
-XIV eut le courage de tenter, sur les côtes d'Angleterre, une
-diversion en faveur du fils de Jacques II, qu'il avoit reconnu pour
-roi d'Angleterre, <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> au lit de mort de son père, avec moins de
-prudence sans doute que de générosité. Cette diversion, si elle eût
-réussi, auroit été utile sans doute en occupant chez eux les Anglois
-dont les armées étoient le principal soutien de la confédération; mais
-elle ne réussit point, et la France eut bientôt de nouveaux revers et
-plus grands encore à déplorer.</p>
-
-<p>On faisoit passer les généraux d'un bout de la France à l'autre, et
-souvent au risque de tout perdre; une intrigue de cour, un simple
-caprice suffisoient pour provoquer de semblables déplacements. Le duc
-de Berwick, que nous venons de voir en Espagne, se trouvoit maintenant
-opposé au prince Eugène, sur les bords du Rhin<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Lien vers la note 104"><span class="smaller">[104]</span></a>; et le duc
-d'Orléans commandoit en Espagne; quant à Vendôme, il continuoit à
-diriger l'armée de Flandre, mais il avoit au dessus de lui le duc de
-Bourgogne et ses courtisans. La division régnoit dans le conseil du
-prince; les ordres du cabinet de Versailles venoient en outre, et à
-chaque instant, entraver les opérations militaires, <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> et le
-véritable général, non seulement n'étoit pas le maître de ses troupes,
-mais souvent même n'étoit pas écouté. Sur ces entrefaites, Eugène et
-Malborough, qui faisoient ce qu'ils vouloient, opérèrent leur
-jonction: ils ne commettoient pas de fautes, et savoient profiter de
-celles des autres. Les deux armées se rencontrèrent à Oudenarde; et
-là, ce fut encore plutôt une déroute qu'une bataille. L'armée
-françoise, débandée et découragée, se retira sous Gand, sous Ypres,
-sous Tournay, et les généraux des alliés, avec une armée moins
-nombreuse, purent faire tranquillement le siége de Lille. Jamais, dans
-toute autre circonstance, entreprise n'eût été plus téméraire: le
-désordre et le découragement de l'armée françoise la justifièrent; on
-ne fit rien pour empêcher ce siége, auquel on pouvoit apporter des
-obstacles insurmontables; et malgré la belle défense du maréchal de
-Boufflers, Lille fut pris, au grand étonnement de l'Europe, et
-peut-être même de ceux qui l'assiégeoient. Au lieu de combattre on
-continuoit à se disputer dans l'armée françoise: Vendôme accusoit les
-conseils du prince; ceux-ci récriminoient contre Vendôme; et cependant
-cette armée, qui auroit pu entourer l'ennemi, l'affamer, peut-être le
-détruire, sembloit frappée d'une sorte de stupeur, et diminuoit de
-jour en jour par les maladies et les désertions. Elle laissa enlever
-<span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> tous ses postes les uns après les autres, et la chute d'un
-des derniers boulevards du royaume, laissa aux vainqueurs le chemin
-ouvert jusqu'à Paris<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Lien vers la note 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.</p>
-
-<p>(1709-1711) La situation de la France étoit affreuse; l'hiver
-rigoureux de 1709 combla ses misères; et tandis qu'il eût été
-nécessaire de créer de nouveaux impôts pour défendre le royaume de
-l'invasion et peut-être de la conquête, il fallut penser à nourrir une
-population innombrable, sans travail et sans pain. Tout sembloit
-perdu, lorsque la Providence envoya un secours inattendu dans
-l'arrivée de la flotte marchande qui revenoit de la mer du sud. Elle
-apportoit en lingots trente millions qui furent prêtés au roi à des
-conditions supportables; et l'on put ainsi se préparer à soutenir une
-nouvelle campagne; mais en même temps de nouvelles démarches furent
-faites pour la paix, et les offres de Louis XIV, les humiliations dont
-ses ambassadeurs se laissèrent abreuver par les Hollandois, auxquels
-ils avoient été renvoyés pour <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> recevoir les conditions des
-alliés, prouvèrent quel étoit l'excès du malheur où ce prince étoit
-parvenu. Ceux-ci, comblant la mesure de l'insolence à l'égard d'un
-grand monarque qui les avoit vus si long-temps ramper bassement à ses
-pieds, montrèrent bien, en cette circonstance, ce qu'étoit l'esprit
-d'une république de marchands parvenus; et cependant, quel que fût
-l'enivrement ridicule où les avoient jetés tant de victoires
-remportées en partie avec leur argent, les offres qui leur furent
-définitivement faites étoient si avantageuses, tellement au delà de
-toutes les espérances qu'ils eussent jamais osé concevoir, que
-probablement ils les auroient acceptées, si Eugène et Malborough, qui
-trouvoient leur compte, et chacun à sa manière, dans la continuation
-de la guerre, ne les eussent fait rejeter. Afin d'y parvenir,
-Malborough, qui étoit alors maître absolu en Hollande, et dont le
-parti dominoit en Angleterre, trouva le moyen de rendre les conditions
-de cette paix inacceptables, en exigeant, sans compter tout le reste,
-que le roi de France, qui consentoit à ne plus reconnoître son
-petit-fils pour roi d'Espagne, non seulement se réunît contre lui à
-ses ennemis, mais s'il refusoit de céder sa couronne, se chargeât seul
-du soin de le détrôner. Telles furent les dernières propositions qui
-furent faites à Louis XIV aux conférences de Gertruydemberg. <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span>
-L'âme de l'auguste vieillard se révolta contre l'avilissement auquel
-on vouloit le réduire; il se montra véritablement grand dans ces
-grandes extrémités, et la guerre fut continuée.</p>
-
-<p>De nouveaux revers la signalèrent: Malborough continua d'assiéger et
-de prendre nos places fortes, sans éprouver le moindre obstacle.
-Douai, Aire, Tournay succombèrent: Villars, qui étoit alors à la tête
-des armées de Flandres, lui livra la bataille de Malplaquet pour
-l'empêcher d'assiéger Mons; et l'on regarda comme un bonheur pour la
-France, que cette bataille meurtrière n'eût point été décisive en
-faveur de l'ennemi. Le soldat françois y retrempa en quelque sorte son
-courage, et y retrouva une partie de la confiance qu'il avoit perdue.
-En même temps les impériaux, qui cherchoient à pénétrer en France par
-l'Alsace, furent battus et repoussés par une division de l'armée du
-maréchal d'Harcourt, commandée par le comte du Bourg.</p>
-
-<p>Les affaires subissoient en Espagne de grandes vicissitudes: le duc
-d'Orléans venoit d'en être rappelé pour avoir eu la pensée de s'y
-faire un parti, et de se frayer le chemin d'un trône dont Philippe V
-sembloit disposé à descendre<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Lien vers la note 106"><span class="smaller">[106]</span></a>. La <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> bataille de Saragosse
-perdue, depuis son départ, avoit rouvert les portes de Madrid à
-l'archiduc; et pour la seconde fois, tout, de ce côté, sembloit encore
-désespéré, lorsque l'arrivée de Vendôme changea tout à coup la face
-des choses. Malheureux en Flandre et quelquefois même en Italie, un
-bonheur constant l'accompagna dans cette guerre d'Espagne qui fait
-presque toute sa gloire. Aidé de cette affection que la nation
-espagnole conservoit pour Philippe, il répara par son activité, par sa
-popularité, par sa générosité qui lui gagnoient les c&oelig;urs des
-soldats, toutes les fautes qui avoient été commises; ses man&oelig;uvres
-habiles empêchèrent la jonction de l'armée portugaise à celle des
-alliés; l'archiduc à peine entré à Madrid fut forcé d'en sortir et de
-regagner Barcelonne; enfin la bataille de Villa-Viciosa <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span>
-raffermit Philippe sur son trône chancelant; et depuis cette victoire
-décisive, ses affaires allèrent toujours prospérant.</p>
-
-<p>(1712) Ces succès inespérés obtenus en Espagne; l'archiduc devenu
-empereur par la mort de son frère Joseph I<sup>er</sup>, et forcé de renoncer
-ainsi à la couronne d'Espagne; les hauteurs et les malversations de
-Malborough qui, en Angleterre, avoient excité contre lui la haine d'un
-parti puissant, et plus que tout cela, les dispositions secrètes de la
-reine Anne en faveur du prétendant son frère, à qui elle vouloit
-laisser la succession d'un trône qu'elle n'avoit, pour ainsi dire,
-usurpé qu'à regret; cet abaissement même de la France, qui commença à
-faire craindre aux Anglois que, ce poids étant ôté de la balance de
-l'Europe, la maison d'Autriche n'y devint trop redoutable, tels furent
-les motifs et les événements qui préparèrent cette paix tant désirée,
-dans laquelle étoit le salut de Louis XIV et de son royaume. Le parti
-de Malborough fut abattu; et malgré les cris et les intrigues des
-alliés, des négociations s'ouvrirent entre les cabinets de Londres et
-de Versailles: Eugène accourut en Angleterre pour en arrêter les
-effets, et s'en retourna sans avoir rien obtenu; le général anglois
-lui-même, autrefois l'idole de sa nation, y reçut un accueil tel,
-qu'il se trouva heureux d'obtenir la permission de se retirer sur le
-<span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> continent, pour échapper aux accusations violentes qui
-s'élevoient contre lui; les Hollandois, avec qui, par l'effet de ces
-passions haineuses et cupides qui le poussoient à continuer la guerre,
-il avoit fait un traité peu honorable pour l'Angleterre et ruineux
-pour son commerce<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Lien vers la note 107"><span class="smaller">[107]</span></a>, achevèrent d'irriter la reine par l'insolence
-de leurs prétentions; elle ne fut pas moins mécontente de
-l'obstination que mirent les alliés à poursuivre leurs opérations
-militaires, malgré l'opposition qu'elle y avoit publiquement
-manifestée; et une suspension d'armes fut arrêtée entre les deux
-couronnes.</p>
-
-<p>Cependant le prince Eugène, resté seul à la tête des confédérés, après
-avoir pris le Quesnoi, étoit sur le point de s'emparer de Landrecies,
-et tandis que les conférences pour la paix générale s'ouvroient à
-Utrecht, Louis XIV n'étoit pas en sûreté à Versailles, et l'on agitoit
-dans son conseil s'il ne se retireroit pas derrière la Loire: la
-bataille de Denain, gagnée par <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> Villars, fut le salut de la
-France, et acheva ce que les dispositions favorables de la reine Anne
-avoient commencé. Les conférences continuèrent alors sous des auspices
-plus heureux; (1713) et la paix d'Utrecht, à laquelle les alliés
-n'accédèrent pas simultanément, mais qu'après quelques efforts
-malheureux il leur fallut enfin accepter les uns après les autres, ne
-fut pour Louis XIV, vu les circonstances extrêmes où il s'étoit
-trouvé, ni sans avantages, ni sans dignité.</p>
-
-<p>Tandis que la société <em>matérielle</em> éprouvoit en France de si longues
-et si rudes traverses, celle des <em>intelligences</em> étoit loin d'être en
-paix; et une guerre intestine, bien plus dangereuse sans doute, la
-troubloit et l'ébranloit jusque dans ses fondements. Nous n'avons
-point parlé de l'affaire du Quiétisme, de la tendre et innocente
-visionnaire qui l'introduisit en France<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Lien vers la note 108"><span class="smaller">[108]</span></a>, des persécutions
-suscitées à Fénélon son protecteur, pour quelques erreurs, qu'on peut
-dire <em>imperceptibles</em>, qui s'étoient glissées dans son livre des
-<em>Maximes des Saints</em>; de l'animosité peu honorable pour son caractère
-que mit Bossuet à poursuivre, à l'égard de ce livre, une condamnation
-à laquelle répugnoit la modération indulgente du Saint-Siége; des
-petits motifs de vengeance personnelle qui poussèrent madame <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span>
-de Maintenon à s'unir aux persécuteurs de l'illustre prélat qu'elle
-avoit si long-temps aimé et protégé: et si nous n'en avons point
-parlé, c'est que cette affaire ne laissa aucune trace, ni dans le
-clergé, ni dans l'État. Fénélon, condamné, se soumit sans réserve aux
-décisions de l'autorité pontificale dont il comprenoit mieux que son
-fameux rival l'étendue sans bornes et l'infaillible caractère. Mais ce
-qui mérite d'être remarqué, c'est que ce furent les jansénistes qui,
-les premiers, sonnèrent l'alarme sur l'hérésie nouvelle, espérant
-ainsi opérer une diversion favorable à leurs propres doctrines; et
-qu'en effet, ceux qui poursuivirent si vivement Fénélon, furent en
-cette occasion les dupes de ces sectaires.</p>
-
-<p>Leur hérésie, fondée sur l'esprit de révolte et d'orgueil, avoit des
-racines bien autrement profondes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il
-s'en falloit de beaucoup que, pour avoir été abattus par le concours
-des deux puissances, les jansénistes fussent en effet persuadés et
-soumis; et ils n'en avoient pas moins continué de protester dans
-l'ombre contre les décisions de l'autorité pontificale, et de
-subtiliser sur la distinction du <em>fait</em> et du <em>droit</em><a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Lien vers la note 109"><span class="smaller">[109]</span></a>. Or il
-arriva que la Sorbonne (1704) ayant été consultée sur un cas de
-conscience dans <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> lequel étoit comprise cette distinction,
-quarante docteurs donnèrent par écrit une décision favorable au
-sophisme janséniste, et que cette décision eut de la publicité: les
-jésuites furent les premiers qui la dénoncèrent, et l'on doit dire
-qu'elle souleva tout l'épiscopat françois. Le cardinal de Noailles,
-alors archevêque de Paris, exigea la rétractation des signataires, et
-la Sorbonne elle-même donna son avis doctrinal sur la décision du <em>cas
-de conscience</em>. Elle fut déclarée contraire aux constitutions
-apostoliques, téméraire, scandaleuse, injurieuse aux souverains
-pontifes, favorisant la pratique des équivoques, des restrictions
-mentales, du parjure, et renouvelant la doctrine réprouvée du
-jansénisme. D'autres facultés de théologie adhérèrent à ce jugement,
-et le pape adressa au roi un bref par lequel il condamnoit à la fois
-et cette décision et les docteurs qui l'avoient signée.</p>
-
-<p>Alors le <em>cas de conscience</em> devint le signal d'une nouvelle
-insurrection des disciples de Jansénius. Une foule d'écrits sortirent
-en un instant du milieu de cette tourbe si long-temps silencieuse,
-dans lesquels on attaquoit et le jugement qui l'avoit condamné, et
-l'archevêque de Paris, qui avoit provoqué ce jugement, et les docteurs
-qui avoient eu <em>la lâcheté</em> de rétracter leur décision; et la
-doctrine du <em>silence respectueux</em> à l'égard <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> du chef de
-l'Église, fut de nouveau présentée comme légitime et suffisante.</p>
-
-<p>Alarmés d'une opposition si violente et si audacieuse, les évêques et
-le roi lui-même s'adressèrent au souverain pontife pour le prier de
-renouveler les constitutions de ses prédécesseurs contre cette
-doctrine pernicieuse du <em>silence respectueux</em>; et, en 1705, Clément XI
-publia sa constitution connue sous le nom de <i lang="la">Vineam Domini Sabaoth</i>,
-où furent condamnés de nouveau et les partisans de cette doctrine et
-ceux de l'hérésie de Jansénius. La bulle du pape, envoyée au roi, fut
-reçue par l'assemblée du clergé qui se tenoit alors à Paris, par la
-Sorbonne, par tous les évêques, et enregistrée au parlement. Il
-sembloit que tout dût être fini; mais un nouvel incident, dont les
-suites eurent une tout autre gravité, ne tarda point à faire voir que
-le parti janséniste étoit plus puissant qu'on n'avoit cru, et que,
-parmi ceux-là même qui le poursuivoient, plusieurs étoient, et sans le
-savoir, plutôt ses partisans que ses ennemis.</p>
-
-<p>Et en effet, que faisoient les jansénistes qui ne fût complètement
-autorisé par les <em>libertés gallicanes</em>? «Les décisions des papes,
-disent ces libertés, ne sont sûres qu'après que l'<em>Église</em> les a
-acceptées.» Or, la majorité et même la totalité des évêques françois,
-en y joignant encore la Sorbonne, ne faisoient sans doute qu'une
-<span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> très petite portion de l'Église; il ne semble pas que le
-parlement dût être compté comme un supplément suffisant de l'épiscopat
-gallican; et les jansénistes qui combattoient et rejetoient une bulle
-du pape jusqu'à ce qu'elle eût été confirmée et acceptée par l'Église
-<em>universelle</em>, étoient très conséquents. Ils ne pouvoient, à la
-vérité, empêcher et les évêques françois et la Sorbonne, et même le
-parlement, de faire à cet égard ce qui leur sembloit bon; mais ils
-demandoient la même liberté, jusqu'à ce que la seule autorité
-compétente (l'Église <em>universelle</em>) eût prononcé; et en cela ils se
-montroient les seuls véritables défenseurs des <em>libertés gallicanes</em>;
-les autres n'y entendoient rien.</p>
-
-<p>Or, voici ce qui arriva: un prêtre de l'Oratoire, nommé Quesnel, avoit
-publié, environ quarante ans auparavant, et sous l'approbation de son
-évêque (celui de Châlons), quelques réflexions morales sur l'Évangile.
-Son livre avoit eu du succès; les éditions s'en étoient multipliées,
-et, à chaque nouvelle réimpression, l'auteur y avoit ajouté des
-réflexions nouvelles, tellement que, vers la fin du siècle, il se
-composoit de quatre gros volumes, lesquels s'imprimoient avec
-privilége du roi. Lorsqu'il n'étoit encore qu'évêque de ce même
-diocèse de Châlons, le cardinal de Noailles en avoit accepté la
-dédicace, et il avoit en même temps confirmé l'approbation <span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span>
-qu'y avoit donnée son prédécesseur. Cependant les <cite>Réflexions morales</cite>
-avoient déjà excité l'animadversion d'un grand nombre de personnes
-éclairées, qui y avoient retrouvé sur la grâce, sur la charité, sur la
-pénitence, sur la discipline de l'Église, toutes les doctrines de
-Jansénius. Plusieurs évêques l'avoient censuré; il avoit été
-ouvertement attaqué par les jésuites; enfin l'affaire fut portée en
-cour de Rome; et, après deux ans d'examen, le livre de Quesnel y fut
-réprouvé, comme contenant les doctrines déjà condamnées de Jansénius.</p>
-
-<p>Quesnel et ses partisans firent de grands cris sur le décret du pape,
-déclarant qu'il étoit l'ouvrage de l'intrigue et de la passion,
-déclamant contre la <em>corruption de la cour de Rome</em>, demandant surtout
-qu'au lieu de condamner le livre <em>en général</em>, comme il l'avoit fait,
-il plût au saint Père de censurer en particulier chacune des
-propositions qui lui avoient semblé condamnables. Cependant, la
-plupart des évêques reçurent le décret du pape et proscrivirent, dans
-leurs diocèses, les <cite>Réflexions morales</cite>. On s'attendoit que le
-cardinal de Noailles, alors archevêque de Paris, ne tarderoit pas à
-révoquer l'approbation qu'il leur avoit donnée; et, quoiqu'il éprouvât
-en effet quelque chagrin de cette espèce de rétractation, il est
-probable qu'il eût fini par prendre ce parti, <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> lorsqu'un
-misérable incident, que plusieurs assurent n'avoir point été
-prémédité, lui fit prendre tout à coup des résolutions entièrement
-opposées. Par l'imprudence d'un libraire, les instructions pastorales
-de deux évêques, et le mandement d'un troisième<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Lien vers la note 110"><span class="smaller">[110]</span></a>, portant
-condamnation du livre de Quesnel, furent affichés aux portes même de
-l'archevêché. Le cardinal crut y voir une insulte, et son amour-propre
-déjà froissé s'en exaspéra: il publia aussitôt une ordonnance contre
-ces mandements, où les deux évêques et leurs doctrines étoient fort
-maltraités<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Lien vers la note 111"><span class="smaller">[111]</span></a>. Ceux-ci portèrent plainte directement au roi, dans
-une lettre où ce prélat étoit présenté comme fauteur d'hérétiques: les
-partisans du cardinal répondirent; les évêques répliquèrent, et la
-querelle s'échauffa dans une multitude d'écrits qui se succédèrent
-très rapidement.</p>
-
-<p>Le roi fit examiner cette affaire, et la décision <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> des
-arbitres fut que le cardinal condamneroit les <cite>Réflexions morales</cite>,
-révoqueroit en même temps la condamnation qu'il avoit portée contre
-les deux évêques, et que ceux-ci lui donneroient satisfaction au sujet
-de la lettre qu'ils avoient écrite contre lui. Le cardinal, par
-l'entêtement le plus blâmable, refusa d'accepter un arrangement qui
-mettoit fin si convenablement à cette malheureuse discussion. Alors on
-jugea nécessaire d'évoquer la cause au tribunal du souverain pontife;
-et le roi s'unit au corps des évêques pour supplier Sa Sainteté de
-vouloir bien condamner en détail les propositions qu'il jugeoit dignes
-d'être censurées. C'est ce qui donna naissance à la fameuse bulle
-<i lang="la">Unigenitus Dei filius</i>, dans laquelle le pape condamnoit cent et une
-propositions extraites du livre de Quesnel.</p>
-
-<p>Cette bulle, donnée à Rome en 1713, ne fut apportée en France qu'au
-commencement de 1714. Elle fut acceptée dans une assemblée d'évêques
-que le roi avoit convoquée à Paris à cet effet; et pour arriver plus
-sûrement à son but, qui étoit de concilier les esprits, il avoit voulu
-que le cardinal de Noailles en fût le président. Toutefois cette
-acceptation fut vivement combattue, et le cardinal lui-même se mit à
-la tête de l'opposition. Sans oser défendre les <cite>Réflexions morales</cite>,
-qu'ils se déclarèrent même tout prêts à condamner, les opposants
-prétendirent <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> que la bulle étoit obscure, et ne devoit être
-acceptée qu'après que le pape auroit donné, sur ces obscurités, les
-éclaircissements qu'ils proposoient de lui demander. On passa outre:
-quarante évêques acceptants écrivirent au pontife pour lui rendre
-leurs actions de grâces, et lui faire connoître leur acceptation; il
-fut ordonné au parlement d'enregistrer la bulle, et en cette occasion
-il fit bien connoître quel étoit son esprit: car, quoique ce fût Louis
-XIV qui donnât cet ordre, il n'enregistra néanmoins qu'avec les
-réserves des droits de la couronne, des libertés gallicanes, du
-pouvoir et de la juridiction des évêques, hasardant même de faire une
-censure indirecte de celle que le pape avoit faite lui-même de la cent
-et unième proposition<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Lien vers la note 112"><span class="smaller">[112]</span></a>. Immédiatement après l'enregistrement, une
-lettre du roi, adressée à la faculté de Sorbonne, lui intima également
-l'ordre d'insérer la bulle sur ses registres.</p>
-
-<p>C'étoit ainsi que Louis XIV entendoit les <em>libertés gallicanes</em>,
-quand il étoit de l'avis du <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> pape. Le cardinal de Noailles les
-avoit entendues de la même manière, lorsqu'il avoit adopté la bulle
-<i lang="la">Vineam Domini</i> contre les jansénistes et le cas de conscience;
-maintenant il lui plaisoit de rejeter la bulle <i lang="la">Unigenitus</i>, et il les
-entendoit autrement. Il est évident que quarante prélats n'étoient pas
-plus l'Église <em>universelle</em> pour l'archevêque de Paris que pour les
-disciples de Jansénius: il persista donc dans sa résolution de
-demander au pape des explications, publia un mandement par lequel il
-défendoit, sous les peines canoniques, à tous ecclésiastiques
-d'exercer, dans son diocèse, aucune fonction et juridiction
-relativement à la bulle, et de la recevoir sans sa permission; et le
-jour même où l'enregistrement s'en fit à la Sorbonne, il eut la
-hardiesse de faire distribuer à chaque membre de l'assemblée un
-exemplaire de ce jugement.</p>
-
-<p>On peut croire que les jansénistes surent profiter de cet incident:
-suivant leur coutume, ils prirent part à la querelle par un
-débordement d'écrits, tous, comme on le peut croire, injurieux pour le
-pape, favorables aux opposants, et surtout aux cent et une
-propositions condamnées, qu'ils appeloient hautement cent et une
-vérités.</p>
-
-<p>Le roi se montra, dans toute la suite de cette affaire, ce que, de nos
-jours, on appelleroit un véritable <em>ultramontain</em>; et l'on attribuoit
-principalement <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> au père Le Tellier, jésuite, et depuis quelque
-temps son confesseur, la force de volonté qu'il y mit, la marche ferme
-et régulière qu'il s'y traça, et les disgrâces qu'éprouva le parti des
-opposants. De là ce redoublement de haine contre la Compagnie de
-Jésus, que le parti janséniste répandit dans toutes les classes de la
-société, depuis les plus élevées où, sous des apparences hypocrites,
-la licence des opinions religieuses avoit fait de grands progrès,
-jusqu'aux plus obscures, où le respect pour le chef de l'Église étoit
-fort diminué par l'effet de tant d'outrages qu'il avoit reçus de ce
-même roi qui se faisoit alors son soutien et son défenseur; de là ce
-déchaînement presque général contre les vues ambitieuses de cette
-célèbre et sainte société, contre ses man&oelig;uvres ténébreuses, son
-esprit persécuteur, sa politique artificieuse, sa morale relâchée; de
-là surtout cette opinion inconcevable, adoptée alors sur parole par
-tant de gens passionnés et perpétuée jusqu'à nos jours (car il n'est
-point d'extravagance dont les passions ne puissent faire un article de
-foi), que la Compagnie de Jésus avoit, en théorie et en pratique, un
-plan secret de corruption des esprits, et de domination universelle à
-l'aide de cette corruption<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Lien vers la note 113"><span class="smaller">[113]</span></a>. Le père Le Tellier fut dès lors
-<span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> représenté comme un caractère atroce, comme un monstre
-d'ambition et d'hypocrisie, parce que l'exil ou la prison punirent
-quelques boutefeux <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> qui excitoient à la révolte contre les
-décrets du pape et contre les ordres du roi, c'est-à-dire contre tous
-les pouvoirs de la société<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Lien vers la note 114"><span class="smaller">[114]</span></a>; et l'on supposa de même à tous ceux
-qui prirent parti contre le cardinal de Noailles les plus vils motifs
-de vengeance et d'intérêt personnel. Aujourd'hui <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> que
-reste-t-il dans l'opinion des gens sensés de tant de cris et de
-déclamations furibondes? que les propositions extraites du livre
-<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> de Quesnel, sans en excepter une seule, ont été justement
-condamnées<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Lien vers la note 115"><span class="smaller">[115]</span></a>; qu'un cardinal qui se mettoit en révolte contre le
-pape étoit peut-être plus condamnable encore que Quesnel; que le
-jésuite, directeur de la conscience de <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> Louis XIV, et qui
-exhortoit son royal pénitent à user de son pouvoir pour combattre
-l'hérésie et faire respecter dans ses États l'autorité du chef de la
-chrétienté, remplissoit son devoir, et s'il eût agi autrement, eût été
-coupable de prévarication.</p>
-
-<p>Cependant telle étoit la profondeur du mal, que Louis XIV, qui ne
-perdoit pas de vue cette affaire, n'en put voir la fin. Les opposants,
-et le cardinal à leur tête, persistant dans leur rébellion, le pape,
-qui se fatiguoit d'un tel scandale, demanda au roi de consentir qu'il
-citât ce prélat à son tribunal, comme membre du sacré collége: on y
-trouva des difficultés, car, même alors que l'on marchoit d'accord
-avec lui, on pensoit qu'il y auroit du danger à le satisfaire sur un
-point important de haute discipline; et ce moyen décisif, qui
-finissoit sans retour cette affaire et dont le cardinal fut très
-effrayé, fut éludé par l'offre qui lui fut faite de convoquer un
-concile national, c'est-à-dire de donner son consentement à une
-assemblée où tout se seroit indubitablement traité selon les libertés
-gallicanes, et où se fût probablement accru le mal qu'il cherchoit à
-détruire. Clément XI refusa: alors on prit un terme moyen qui fut
-d'employer simultanément l'autorité du pape et le pouvoir du roi pour
-forcer enfin à la soumission le cardinal et ses adhérents. En <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span>
-conséquence il fut décidé que le monarque donneroit une déclaration
-par laquelle tout évêque qui n'auroit pas souscrit la bulle, seroit
-tenu de l'accepter <em>purement et simplement</em>, sous peine d'être
-poursuivi selon toute la rigueur des canons. La déclaration étoit
-faite; et comme il y avoit lieu de craindre, vu l'esprit qui régnoit
-dans le Parlement, que l'enregistrement n'éprouvât des difficultés, le
-roi fixa un jour pour le lit de justice où il se proposoit d'aller en
-personne procéder à cet enregistrement. La veille du jour désigné, il
-fut pris de la maladie dont il mourut.</p>
-
-<p>Les désastres qui accablèrent la France pendant les dernières années
-de sa vie, ne furent pas les seules amertumes qui en empoisonnèrent le
-cours. Malheureux comme roi, Louis XIV ne le fut pas moins dans
-l'intérieur de sa famille. On sait quels ravages la mort exerça, dans
-un court espace de temps, au milieu de cette race royale: le duc et la
-duchesse de Bourgogne étoient morts, en 1712, dans un intervalle de
-quelques jours; un mois après, l'aîné de leurs fils les avoit suivis
-dans la tombe, et le duc de Berry, second fils du dauphin, au bout de
-deux ans. Il ne restoit plus, dans la ligne directe de la succession
-au trône, que le duc d'Anjou, dernier fils du duc de Bourgogne: ce fut
-alors que les intrigues de madame de Maintenon et son attachement
-<span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> aveugle pour le duc du Maine qu'elle avoit élevé, poussèrent
-Louis XIV à prendre une détermination qui rappela le scandale de ses
-jeunes années, et répandit quelque avilissement sur ses derniers
-jours. Comme si les rois avoient d'autres règles de m&oelig;urs que les
-simples particuliers, il légitima par un édit ses deux fils
-adultérins, le duc du Maine et le duc de Toulouse, les déclarant, à
-défaut de princes du sang, habiles, eux et leurs descendants, à
-succéder à la couronne de France, les faisant eux-mêmes, et de sa
-pleine autorité, princes du sang, immédiatement après ceux qui
-appartenoient aux branches légitimes. Ce fut sous la même influence
-qu'il fit son testament dont nous parlerons plus tard. Et ces choses
-s'étant passées en 1714, il mourut le 1<sup>er</sup> septembre 1715, âgé de
-soixante-dix-sept ans.</p>
-
-<p>Nous avons vu, dès les premières pages de son histoire, quelles
-étoient les traditions monarchiques qu'il avoit reçues du disciple de
-Richelieu, et à quel point il les avoit perfectionnées. La suite de
-son règne nous a successivement offert les conséquences de ce système
-oriental, dans lequel tout fut abattu devant le monarque, où l'on ne
-voulut plus qu'un maître et des esclaves, où les ministres des
-volontés royales, courbés en apparence sous le même joug qui
-s'appesantissoit indistinctement sur tous, possédoient en effet par
-transmission, de même <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> que dans tous les gouvernements
-despotiques, la plénitude du pouvoir dont il leur étoit donné d'abuser
-impunément envers les grands et envers les petits<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Lien vers la note 116"><span class="smaller">[116]</span></a>. On a vu quel
-mouvement factice cette force et cette concentration de volonté avoit
-donné à la société, et le parti qu'en avoient su tirer deux hommes
-habiles, qui exploitèrent ainsi, au profit de leur propre ambition,
-l'orgueil et l'ambition de leur maître, le sang et la substance des
-peuples, le repos de la chrétienté, l'avenir de la France. Louvois
-avoit fait de Louis XIV le vainqueur et l'arbitre de l'Europe:
-Colbert, nous l'avons déjà dit, jugea que ce n'étoit point assez, et
-ne prétendit pas moins qu'à <span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> le soustraire entièrement à
-l'ascendant, de jour en jour moins sensible, que l'autorité
-spirituelle exerçoit encore sur les souverains. Il n'y réussit point
-entièrement, parce qu'il auroit fallu, pour obtenir un tel succès, que
-Louis XIV cessât d'être catholique; mais le mal qu'il fit pour l'avoir
-tenté fut grand et irréparable<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Lien vers la note 117"><span class="smaller">[117]</span></a>. Sous une administration si active
-et si féconde en résultats brillants et positifs, il y eut pour le
-<em>grand roi</em> un long enivrement; et même, après qu'il fut passé, tout
-porte à croire que Louis XIV, nourri dès son enfance des doctrines de
-ce ministérialisme grossier, ne cessa point d'être dans la ferme
-conviction qu'il avoit enfin résolu le problème du gouvernement
-monarchique dans sa <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> plus grande perfection. «L'État, c'est
-moi», disoit-il; et il se complaisoit dans cet égoïsme politique, qui
-ne prouvoit autre chose, sinon que, si sa volonté étoit forte, ses
-vues n'étoient pas très étendues, et qu'il ne comprenoit que très
-imparfaitement la société telle que l'a faite la religion catholique,
-à laquelle d'ailleurs il étoit si sincèrement attaché.</p>
-
-<p>Les plus grands ennemis de cette religion de vérité ne peuvent
-disconvenir d'un fait aussi clair que la lumière du soleil: c'est
-qu'elle a développé les <em>intelligences</em> dans tous les rangs de la
-hiérarchie sociale, et à un degré dont aucune société de l'antiquité
-païenne ne nous offre d'exemple; d'où il est résulté que le peuple
-proprement dit a pu, chez les nations chrétiennes, devenir <em>libre</em> et
-entrer dans la société civile, parce que tout chrétien, quelque
-ignorant et grossier qu'on le suppose, a en lui-même, par sa foi et
-par la perpétuité de l'enseignement, une règle de m&oelig;urs et un
-principe d'ordre suffisant pour se maintenir dans cette société sans
-la troubler; tandis que la multitude païenne, à qui manquoit cette loi
-morale, ou qui, du moins, n'en avoit que des notions très incomplètes,
-a dû, pour que le monde social ne fût point bouleversé, rester esclave
-et ne point sortir de la société domestique, seule convenable à son
-éternelle enfance. Or cette puissance du christianisme, <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span>
-découlant de Dieu même, a, dans ce qui concerne ses rapports avec la
-société politique, deux principaux caractères, c'est d'être
-universelle et souverainement indépendante: car Dieu ne peut avoir
-deux lois, c'est-à-dire deux volontés, et il n'y a rien sans doute de
-plus libre que Dieu. C'est l'universalité de cette loi, son
-indépendance et son action continuelle sur les <em>intelligences</em>, qui
-constitue ce merveilleux ensemble social que l'on nomme la
-<em>chrétienté</em>. Régulateur universel, le christianisme a donc des
-préceptes également obligatoires pour ceux qui gouvernent et pour ceux
-qui sont gouvernés; rois et sujets vivent également sous sa dépendance
-et dans son unité; et ce seroit aller jusqu'au blasphème que de
-supposer qu'il peut y avoir, en ce monde, quelque chose qui soit
-indépendant de Dieu. Il est donc évident que, de la soumission d'un
-prince à cette loi divine, dérive la légitimité de son pouvoir sur une
-société chrétienne; et en effet, obéir à l'autorité du roi et obéir en
-même temps à une autorité que l'on juge supérieure à la sienne et
-contre laquelle il seroit en révolte, implique contradiction. S'il
-croit avoir le droit de s'y soustraire, tous auront le droit bien plus
-incontestable de lui résister en tout ce qui concerne cette loi,
-puisque c'est par cette loi même, et uniquement par elle, qu'il a le
-droit de leur <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> commander; car, de prétendre que
-l'<em>intelligence</em> d'un homme, quel qu'il puisse être, ait le privilége
-d'imposer une règle <em>tirée d'elle-même</em> à d'autres <em>intelligences</em>,
-c'est imaginer, en fait de tyrannie, quelque chose de plus avilissant
-et de plus monstrueux que ce qui a jamais été établi en principe ou
-mis en pratique chez aucun peuple du monde<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Lien vers la note 118"><span class="smaller">[118]</span></a>. Les gouvernements
-païens les plus violents n'avoient pas même cette prétention; et s'ils
-avoient réduit à l'esclavage le peuple proprement dit, c'est qu'ils
-l'avoient en quelque sorte exclu du rang des <em>intelligences</em>,
-n'exerçant leur action que sur ce qu'il y avoit de matériel dans
-l'homme à ce point dégradé.</p>
-
-<p>Ainsi, tout étant <em>intelligent</em>, libre, agissant dans une société
-chrétienne, il est facile de concevoir quelle faute commit Louis XIV,
-après avoir entièrement isolé son pouvoir en achevant d'abattre tout
-ce qui étoit intermédiaire entre son peuple et lui, de chercher à se
-rendre encore indépendant de ce joug si léger que lui imposoit
-l'autorité religieuse. Il crut, et ses conseillers crurent avec lui,
-que cette indépendance fortifieroit ce pouvoir; et la vérité est que
-ce pouvoir en fut ébranlé jusque dans ses fondements, et que jamais
-coup plus fatal ne lui avoit encore <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> été porté. S'étant ainsi
-placé <em>seul</em> en face de son peuple, c'est-à-dire d'une multitude
-d'<em>intelligences</em> à qui la lumière du catholicisme avoit imprimé un
-mouvement qu'il appartenoit au <em>seul</em> pouvoir catholique de diriger,
-qu'il n'étoit donné à personne d'arrêter, deux oppositions s'élevèrent
-à l'instant contre l'imprudent monarque: l'une, des vrais chrétiens,
-qui continuèrent de poser devant lui les limites de cette loi divine
-qu'il vouloit franchir; l'autre, de sectaires qui, adoptant avec
-empressement le principe de révolte qu'il avoit proclamé, en tirèrent
-sur le champ toutes les conséquences, et se soulevèrent à la fois
-contre l'une et l'autre puissances. Étrange contradiction! On a vu
-combien, dans les derniers temps de sa vie, il fut alarmé de cet
-esprit de rébellion, et au point d'aller en quelque sorte chercher
-contre lui un refuge auprès de l'autorité même qu'il avoit outragée;
-et cependant en même temps qu'il sembloit rendre au Saint-Siége la
-plénitude de ses droits, il traitoit d'<em>opinions libres</em> cette même
-déclaration, qui les sapoit jusque dans leurs fondements, et alloit
-jusqu'à ordonner qu'elle fût publiquement professée et défendue<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Lien vers la note 119"><span class="smaller">[119]</span></a>!
-Les jansénistes et le parlement ne l'oublièrent pas, <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> et
-réservèrent dès lors ces <em>opinions libres</em> pour de meilleurs temps.</p>
-
-<p>Le principe du protestantisme se manifestoit <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> clairement dans
-cette fermentation des esprits, et le prince qui l'avoit excitée y
-cédoit lui-même sans s'en douter. Mais en même temps que ce principe
-altéroit, par des degrés qui sembloient presque insensibles, les
-croyances catholiques du plus grand nombre, les dernières conséquences
-de ces doctrines, qui, de la négation de quelques dogmes du
-christianisme, conduisent rapidement tout esprit raisonneur jusqu'à
-l'athéisme qui est la négation de toutes vérités, avoient déjà produit
-leur effet sur plusieurs; et c'étoit surtout à la cour qu'elles
-avoient fait des incrédules et des athées. Ainsi ce n'étoit pas
-seulement pour son avilissement et son anéantissement politique que la
-noblesse françoise avoit quitté ses vieux donjons, et étoit venue
-peupler les antichambres, c'étoit encore pour se corrompre et tout
-entraîner dans sa corruption. Mais il falloit que Louis XIV passât,
-pour que le mal interne de la société pût librement éclater. Cette
-main, sous laquelle tout s'étoit façonné à la servitude, contenoit les
-sectaires par l'exil et les châtiments; faisoit trembler le parlement
-qui, jusqu'à la fin, demeura courbé sous elle et obéissant à son
-moindre signe; et la terreur qu'elle inspirait peupla la cour
-d'hypocrites. Ceux-ci purent se jouer impunément d'un prince religieux
-sans doute, mais dont la religion, suivant l'heureuse expression de
-Saint-Simon, étoit <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> <em>toute d'écorce</em>, et dont nous avons déjà
-fait voir l'impuissance à bien saisir les hautes doctrines et la
-politique du christianisme, non moins salutaires aux hommes que ses
-dogmes et sa morale.</p>
-
-<p>Les malheurs de ses guerres, et même ses victoires, avoient aggravé ce
-malaise du corps social, du désordre qu'y apporte inévitablement le
-dérangement des finances, autre source d'inquiétude pour les esprits,
-de haine ou de mépris contre l'autorité. Quoique Colbert eût opéré en
-ce genre des prodiges, il ne faut pas croire cependant qu'il eut le
-privilége de faire l'impossible, c'est-à-dire de subvenir à des
-dépenses qui dépassoient les revenus ordinaires de l'État sans
-l'endetter. Même au sein des prospérités de son maître, il commença
-donc cette dette publique que ses successeurs ne cessèrent
-d'accroître, malgré les impôts dont les peuples étoient écrasés.
-Création de rentes, billets d'État, altération des monnoies, charges
-nouvelles, opérations ruineuses avec les traitants, toutes ces
-ressources qui soulagent un moment et épuisent les nations pour des
-siècles, en ouvrant devant elles l'abîme des révolutions, furent
-employées pendant ce règne et jusqu'à la fin. «Que deviendra mon
-royaume, quand je ne serai plus?» s'écrioit, vers cette fin si
-malheureuse de son règne et dans l'amertume de ses pensées, ce
-monarque <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> qu'épouvantoient tant de symptômes de destruction
-dont il étoit environné. C'étoit donc là qu'avoient abouti tant de
-triomphes et de gloire, des prodiges d'administration, cet éclat dont
-brilloient les sciences, les lettres et les arts, cette amélioration
-de l'agriculture et ces progrès du commerce, à attacher les destinées
-entières d'une nation à la vie d'un seul homme, qui avoit voulu tout
-tenir dans sa main, et qui maintenant ne voyoit pas à qui il pourroit
-sûrement remettre ce qui étoit sur le point de lui échapper! C'est
-ainsi que l'orgueil, l'ambition, les faux systèmes, les flatteurs,
-corrompirent les grandes et bonnes qualités de ce roi, que la
-postérité commence à juger sévèrement<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Lien vers la note 120"><span class="smaller">[120]</span></a>, parce qu'une leçon
-terrible lui a appris à mieux <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> comprendre son règne qu'on ne
-l'avoit pu jusqu'à présent.</p>
-
-<hr class="hr5" />
-
-<p>Sous ce règne, où le parlement se montra si docile, la tranquillité de
-Paris ne fut pas un seul instant troublée; sa police intérieure se
-perfectionna; les m&oelig;urs achevèrent d'y perdre ce qui leur restoit
-encore de leur ancienne rudesse, et prirent, par imitation, quelque
-chose de la politesse et de l'élégance de celles de la cour. Le goût
-que Louis XIV avoit pour la magnificence et pour les bâtiments
-s'exerça particulièrement et avec plus de complaisance sur la capitale
-de ses États; et, grâce à lui, cette ville s'accrut et s'embellit de
-manière à n'être plus reconnoissable. Son histoire, pendant ce siècle
-mémorable, se trouve tout entière dans la description de ses plus
-beaux monuments, dans le détail de ses plus utiles institutions, dans
-l'énumération de tant de productions des beaux arts qui en faisoient
-et qui en font encore aujourd'hui l'ornement, et <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> l'on peut
-dire qu'elle se trouve ainsi répandue dans toutes les parties de cet
-ouvrage.</p>
-
-<hr class="hr5" />
-
-<p>Afin de faire mieux comprendre quel étoit l'état de la France à la
-mort de Louis XIV, et les événements qui s'ensuivirent, lesquels sont
-réservés à la deuxième partie de ce volume, nous croyons faire plaisir
-à nos lecteurs en leur donnant les détails suivants, empruntés aux
-<cite>Annales politiques</cite> de l'abbé de Saint-Pierre, sur les opérations de
-finances faites pendant le règne de ce monarque.</p>
-
-
-<h3>IMPÔTS, CRÉATIONS D'OFFICES, AUGMENTATIONS DE FINANCES ET EMPRUNTS.</h3>
-
-<p>«Les emprunts à rentes perpétuelles, les créations d'offices et de
-charges, les augmentations de finances sur le premier prix des offices
-et charges déjà créés, sont des impôts masqués qui tôt ou tard se
-convertissent en impôts découverts et directs.</p>
-
-<p>»Quand le roi emprunte, quand il crée de nouveaux offices, quand il
-exige une addition de finances aux anciens, c'est pour un besoin, et
-l'argent qui provient de ce secours s'emploie tout de suite à
-satisfaire ce besoin.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> »Mais quand les sommes ont disparu, emportées par le besoin
-présent, il n'en faut pas moins payer les intérêts de l'emprunt et les
-gages augmentés des charges qu'on tire alors du revenu foncier, que
-ces capitaux dissipés n'ont point augmenté.</p>
-
-<p>»Ce qui augmente encore et précipite la ruine, c'est que, comme pour
-ces besoins présents il faut de l'argent comptant, et que les impôts
-et autres expédients n'en fournissent que lentement, on s'adresse aux
-traitants, qui avancent la somme moyennant de gros intérêts, et se
-remplissent ensuite de leur capital par la levée de l'impôt dont ils
-prennent la régie au grand détriment du peuple.</p>
-
-<p>»Ainsi se forment des dettes énormes, telles qu'on en a vu à la fin du
-règne de Louis XIV, et dont le détail suivant fera connoître la
-progression.</p>
-
-<p>»Le torrent des impôts commença, pendant la guerre contre la Hollande,
-à se répandre sur toute la France; et aucune possession, de quelque
-genre qu'elle fût, ne put se soustraire à son impétuosité.</p>
-
-
-<h4>1672.</h4>
-
-<p>»Création dans chaque bailliage et sénéchaussée d'un greffe pour
-l'enregistrement des titres portant <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> hypothèque. Cet
-établissement, utile en lui-même, fut regardé comme un édit bursal, à
-cause des frais qu'exigeoit le dépôt, et ne passa pas sans résistance.</p>
-
-
-<h4>1674.</h4>
-
-<p>»Création de huit nouveaux maîtres des requêtes.</p>
-
-<p>»Offices des jaugeurs.</p>
-
-<p>»Taxes sur les officiers de judicature.</p>
-
-<p>»Sur l'étain, la vaisselle d'or et d'argent, les contrats d'échange.</p>
-
-<p>»Plus de trois cents petits offices sur les ports et aux barrières de
-Paris.</p>
-
-<p>»Nouvelles charges de procureurs.</p>
-
-<p>»Taxes sur le tabac;</p>
-
-<p>»Sur les consignations;</p>
-
-<p>»Sur les bois de Normandie;</p>
-
-<p>»Sur le <em>prétexte</em> du tiers et du dixième denier.</p>
-
-<p>»Un million de rentes sur la ville. Ce dernier expédient de création
-de rentes sur la ville parut dans la suite le plus facile et le moins
-onéreux.</p>
-
-
-<h4>1675.</h4>
-
-<p>»L'impôt du papier marqué, qui excita une révolte à Rennes et à
-Bordeaux.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> »Taxes sur ceux qui avoient acquis des terres du clergé.</p>
-
-<p>»Nouveau million de rentes sur l'hôtel de ville de Paris, au paiement
-desquelles est affecté le revenu des fermes.</p>
-
-<p>»Création d'un million de gages annuels, qu'on force les officiers de
-justice d'acquérir malgré eux.</p>
-
-
-<h4>1677.</h4>
-
-<p>»Augmentation de la taxe du contrôle.</p>
-
-<p>»Création d'un million de rentes sur la ville.</p>
-
-
-<h4>1679.</h4>
-
-<p>»Création de deux millions de rentes sur la ville. L'abbé de
-Saint-Pierre remarque que cet emprunt de quarante millions en capital
-étoit fait principalement pour bâtir Versailles, et il ajoute: «<cite>Pour
-juger si en cela le roi étoit juste envers ses sujets, il n'auroit eu
-qu'à se demander à lui-même: Si j'étois sujet, serois-je bien aise que
-le roi fît de grandes dépenses en bâtimens à mes dépens? est-il juste
-qu'il emploie mon bien à satisfaire des fantaisies si coûteuses?</cite>»</p>
-
-
-<h4>1680.</h4>
-
-
-<p>»Nouveau million sur la ville pour Versailles, et pour des
-fortifications.</p>
-
-
-<h4><span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> 1681.</h4>
-
-<p>»Deux nouveaux millions sur la ville et sur les gages des officiers,
-pour le même emploi.</p>
-
-
-<h4>1683.</h4>
-
-<p>»Taxes sur les petites îles que forment les rivières, édit fort
-onéreux à beaucoup de particuliers.</p>
-
-<p>»Cinquante mille livres de rentes sur la ville. On ne fit plus
-d'établissements utiles; Colbert étoit mort.</p>
-
-
-<h4>1684.<br />
-<i>Sous Pelletier.</i></h4>
-
-<p>»Cinq cent mille livres de rentes sur les charges, dont on augmenta
-les gages d'autant.</p>
-
-<p>»Un million de rentes sur la ville. Douze cent mille livres sur les
-aides et gabelles.</p>
-
-<p>»Capital de cinquante-quatre millions pour fortifications et
-bâtiments, qui grevoient l'État de deux millions cinq cent mille
-livres de rentes annuelles.</p>
-
-
-<h4>1688.</h4>
-
-<p>»Un million sur l'hôtel de ville.</p>
-
-
-<h4><span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> 1689.<br />
-<i>Sous Ponchartrain.</i></h4>
-
-<p>»Dix-neuf édits bursaux sur le tabac, les consignations, les
-amortissements, les boissons, la monnoie, la vaisselle d'argent, les
-octrois, les cuirs.</p>
-
-<p>»Création de rentes perpétuelles et viagères, nouveaux gages
-d'officiers, nouvelles charges de finances, de maîtres des requêtes,
-de greffiers et de procureurs.</p>
-
-
-<h4>1690.</h4>
-
-<p>»Vingt-deux édits bursaux.</p>
-
-
-<h4>1691.</h4>
-
-<p>»Plus de quatre-vingts édits bursaux, «<em>dont plus de quatre-vingt
-mille familles furent affligées</em>.»</p>
-
-
-<h4>1692.</h4>
-
-<p>»Cinquante-cinq édits.</p>
-
-
-<h4>1693.</h4>
-
-<p>»Plus de soixante édits, «<em>dont les moins onéreux étoient des
-créations de rentes sur les fermes</em>.»</p>
-
-
-<h4><span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> 1694.</h4>
-
-<p>»Soixante-dix déclarations pour différentes taxes. «<i>Pontchartrain
-étoit plein d'expédients et d'inventions.</i>»</p>
-
-
-<h4>1695.</h4>
-
-<p>»La capitation. «<i>On craignoit que cette nouvelle taxe ne fût mal
-reçue du peuple; mais comme on en connoissoit la nécessité, je fus
-témoin qu'on la reçut avec joie</i>,» dit l'abbé de Saint-Pierre. Elle
-monta à vingt-deux millions.</p>
-
-
-<h4>1696.</h4>
-
-<p>»Encore quelques édits bursaux, mais en petit nombre, parce que la
-capitation suppléoit.</p>
-
-
-<h4>1697.</h4>
-
-<p>»Quelques édits bursaux pour acquitter les dettes de la guerre.</p>
-
-
-<h4>1701.<br />
-<i>Sous Chamillart.</i></h4>
-
-<p>»La capitation, qui avoit été supprimée en 1698, rétablie.</p>
-
-<p>»Augmentation de gages, rentes sur les fermes, refonte de monnoies.</p>
-
-
-<h4><span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> 1702.</h4>
-
-<p>»Toutes les semaines, édits bursaux, rentes viagères, création de
-nobles, de chevaliers en Flandre, nouvelles rentes sur la ville au
-denier seize, nouveaux gages.</p>
-
-<p>»Caisse d'emprunt.</p>
-
-<p>»Vente des emplois de commissaires de marine au plus offrant.</p>
-
-
-<h4>1703.</h4>
-
-<p>»Création d'offices grands et petits.</p>
-
-
-<h4>1704.</h4>
-
-<p>»Création de huit inspecteurs généraux de marine, cent commissaires
-aux classes, huit commissaires aux vivres.</p>
-
-<p>»Ordre de recevoir pour comptant les billets de monnoie qui perdoient
-douze et quinze pour cent.</p>
-
-
-<h4>1705.</h4>
-
-<p>»Révocation des priviléges d'exemption de taille. «<i>La révocation
-étoit juste, mais il falloit rembourser ceux qui avoient acheté des
-priviléges, et n'en plus créer. Les priviléges sont autant de fentes
-par lesquelles s'écoulent les revenus de l'État. Il est de la nature
-des fentes <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> de s'agrandir avec le temps; par là les priviléges
-deviennent des sources de fraudes.</i>»</p>
-
-<p>»Quantité d'édits et d'arrêts du conseil des finances, qui donnent
-lieu à des vexations.</p>
-
-
-<h4>1706.</h4>
-
-<p>»Beaucoup d'édits pour création d'offices.</p>
-
-
-<h4>1707.<br />
-<i>Sous Desmarêts.</i></h4>
-
-<p>»Contrat avec le clergé. L'abbé de Saint-Pierre vouloit ou qu'on n'en
-fît pas avec le clergé, ou qu'on en fît de pareils avec la noblesse.</p>
-
-<p>»Il se trouvoit des billets de monnoie pour cent soixante-treize
-millions. Ceux qui vouloient rembourser leurs dettes furent autorisés
-à le faire en donnant un tiers en billets, et les deux tiers en
-argent, qui perdoit un tiers par la <em>hausse des espèces</em>, de sorte que
-celui qui avoit prêté deux cent mille francs étoit remboursé par cent
-mille. Par là la perte tomboit sur les gens les plus économes.</p>
-
-<p>«<i>Desmarêts voulut se soutenir par les traitants en leur donnant plus
-à gagner que ses prédécesseurs, dans l'espérance de leur faire rendre
-un jour une partie de leurs brigandages. Colbert leur donnoit aussi à
-gagner, parce qu'il <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> faut que les gens qui traitent avec le
-roi gagnent, mais modérément; aussi n'y eut-il pas de chambres de
-justice après sa mort.</i>»</p>
-
-
-<h4>1708.</h4>
-
-<p>»Nouveaux offices. Augmentation de gages, créations de rentes.</p>
-
-
-<h4>1710.</h4>
-
-<p>»Le dixième. Il produisit d'abord dix millions.</p>
-
-
-<h4>1712.</h4>
-
-<p>»Création de cinq cent mille livres de rentes au denier douze,
-constituées sur les tailles, remboursables par annuités. «<i>Bonne
-méthode, parce qu'ainsi, outre qu'on paie l'intérêt, on rembourse tous
-les ans une partie du capital.</i>»</p>
-
-
-<h4>1714.</h4>
-
-<p>»Cinq cent mille livres de rentes constituées au denier seize, en mai,
-sur les contrôles.</p>
-
-<p>»Autant au mois d'août, remboursables en dix-sept ans.</p>
-
-<p>»Six-vingt mille livres de rentes au denier vingt, remboursables en
-vingt ans par les états de Bretagne.</p>
-
-<p>»Quand on connoîtroit le produit de ces impôts, il seroit très
-difficile de le fixer relativement au produit actuel, parce qu'il
-faudroit <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> suivre la valeur graduelle du marc d'argent, qui
-doit faire la base de ce calcul, et qui a varié sous Louis XIV depuis
-vingt-sept francs jusqu'à cinquante: de sorte qu'un impôt qui auroit
-produit, en 1660, un million, en a produit à peu près deux en 1715.
-Par la même raison, les revenus de l'État ont augmenté progressivement
-de près du double dans cette période.</p>
-
-<p>»Malgré cela, selon le Mémoire présenté au régent, en 1716, par M.
-Desmarêts, lorsqu'il quitta le contrôle général, la dette en billets
-visés et reconnus montoit, le 1<sup>er</sup> septembre 1715, à quatre cent
-quatre-vingt-onze millions huit cent quatorze mille quatre cent
-quarante-deux livres. Il ne fait pas entrer dans son état les fonds
-des rentes constituées sur la ville, sur les charges et les offices,
-peut-être de forts arrérages, de grosses avances prises sur des
-assignations non échues, et, comme il arrive dans une grande
-administration, beaucoup d'articles dus et non encore arrêtés. D'où il
-s'ensuit que le capital de la dette, à la mort de Louis XIV, pouvoit
-bien approcher de la somme énoncée par Voltaire dans son <cite>Siècle de
-Louis XIV</cite>, chapitre des finances, somme effrayante de deux milliards
-six cent millions, à vingt-huit livres le marc.» (<span class="smcap">Anquetil</span>, <cite>Louis
-XIV, sa cour et le régent</cite>.)</p>
-</div>
-
-<div class="chapter">
-<h2><span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> QUARTIER DU LUXEMBOURG.</h2>
-
-<p>Ce quartier, entièrement situé hors des murs de l'enceinte de
-Philippe-Auguste, n'offroit encore, sous le règne de Charles VI, qu'un
-petit nombre de rues placées au midi et à l'orient de l'abbaye
-Saint-Germain-des-Prés, qui en étoit le centre, et de vastes terrains
-remplis de cultures, presque tous dépendants de cette abbaye. Alors la
-chapelle qu'a remplacée l'église paroissiale de Saint-Sulpice étoit
-située à l'extrémité méridionale du bourg Saint-Germain, et presque au
-milieu des champs.</p>
-
-<p>L'accroissement de cette partie des faubourgs se fit assez lentement
-jusqu'à la fin du règne de Henri IV; et le quartier du Luxembourg ne
-commence à se développer avec quelque rapidité qu'après la
-construction du superbe palais que Marie de Médicis y fit élever. Ce
-grand monument fut en quelque sorte le point intermédiaire qui unit
-entre eux les édifices bâtis à l'entrée de la porte Saint-Michel,
-lesquels formoient déjà un faubourg du même nom, avec <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> les
-maisons de la partie septentrionale du quartier. C'est ce que la
-description des rues et des monuments fera plus particulièrement
-connoître.</p>
-
-
-<h3>L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SULPICE.</h3>
-
-<p>Il est impossible de présenter une opinion positive sur l'origine de
-cette église. L'incertitude des traditions est telle, que des
-auteurs<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Lien vers la note 121"><span class="smaller">[121]</span></a> en ont fait remonter l'antiquité jusqu'au commencement de
-la seconde race, lui donnant ainsi une existence de plus de dix
-siècles, tandis que d'autres l'ont mise au nombre des paroisses les
-plus modernes de Paris<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Lien vers la note 122"><span class="smaller">[122]</span></a>. Le premier de ces deux sentiments, en le
-modifiant un peu, nous semble approcher davantage de la vérité.</p>
-
-<p>On n'ignore pas, et nous avons eu souvent l'occasion de le faire
-remarquer dans le cours de cet ouvrage, que c'étoit un ancien usage
-de bâtir <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> des chapelles ou oratoires près des basiliques.
-Saint Germain en avoit fait construire une sous le nom de
-Saint-Symphorien, à une petite distance et au midi de l'église
-Saint-Vincent, aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés; c'est là qu'il fut
-enterré, et que le furent aussi son père et sa mère. Il existoit au
-nord une semblable chapelle sous le nom de Saint-Pierre, dans laquelle
-fut inhumé saint Droctové, premier abbé de Saint-Germain. Les titres
-de cette abbaye font encore mention d'une chapelle dite de
-Saint-Martin-le-Vieux, et depuis de Saint-Martin-des-Orges ou
-des-Bienfaiteurs. Enfin le martyrologe d'Usuard, dédié en 870 à
-Charles-le-Chauve, désigne une église dépendante de Saint-Germain, et
-dédiée à saint Jean-Baptiste, à saint Laurent, archidiacre, et à saint
-Sulpice, évêque.</p>
-
-<p>Si ce dernier titre étoit authentique, point de doute qu'il ne fallût
-chercher uniquement ici l'origine de cette paroisse; mais il est
-prouvé jusqu'à l'évidence que ce passage a été ajouté au manuscrit
-d'Usuard plus de trois cents ans après la mort de cet auteur<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Lien vers la note 123"><span class="smaller">[123]</span></a>, et
-par conséquent qu'il faut absolument l'abandonner dans les recherches
-qu'on seroit tenté de faire sur l'antiquité de cette église. La seule
-induction qu'on en puisse tirer, c'est qu'il existoit, à cette
-dernière <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> époque, une quatrième chapelle, sous l'invocation
-des trois saints que nous venons de nommer.</p>
-
-<p>On a prétendu, dans un autre écrit<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Lien vers la note 124"><span class="smaller">[124]</span></a>, «que cette église fut bâtie
-en 563, pour être la paroisse des fermiers, colons et habitants de
-l'abbaye Saint-Germain.» Mais on ne voit pas comment on auroit pu
-ériger alors une chapelle sous le nom de Saint-Sulpice, qui ne mourut
-que quatre-vingts ans après cette époque; et tout porte à croire que
-c'étoit la chapelle Saint-Pierre qui avoit été choisie pour cet usage.
-Lorsqu'au dixième siècle l'abbé Morard fit rebâtir l'église
-Saint-Germain, cette chapelle et celle de Saint-Symphorien furent
-renfermées dans la nouvelle basilique, ainsi qu'on peut le voir dans
-le plan qu'en a donné dom Bouillart<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Lien vers la note 125"><span class="smaller">[125]</span></a>. La dernière conserva son
-nom, et subsistoit encore avant la révolution; quant à l'autre, on
-jugea à propos de la transférer au bout du clos de l'abbaye<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Lien vers la note 126"><span class="smaller">[126]</span></a>.</p>
-
-<p>Il est constant qu'alors elle continua de servir de paroisse aux serfs
-et aux habitants de ce canton, lequel n'étoit pas encore très peuplé.
-Tout ce <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> vaste terrain qui forme le faubourg Saint-Germain du
-côté du couchant ne consistoit, à cette époque, qu'en vignobles, prés,
-marais potagers, terres labourables et autres cultures, entremêlés de
-quelques édifices isolés, servant de maisons de plaisance aux
-habitants de la ville, ou d'habitations pour les cultivateurs. Les
-concessions que les religieux de Saint-Germain firent successivement
-de diverses parties de leur territoire, soit par vente, soit sous la
-condition de redevances annuelles, ayant rapidement accru la
-population de ce petit canton, il est probable que, vers le <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup>
-siècle, la situation de la chapelle Saint-Pierre, élevée à l'une de
-ses extrémités, parut incommode pour le plus grand nombre des
-paroissiens, et qu'on imagina de la remplacer par cette chapelle
-dédiée à saint Jean, saint Laurent et saint Sulpice, située dès lors à
-la place où est aujourd'hui l'église dont nous parlons.</p>
-
-<p>L'abbé Lebeuf n'est pas de ce sentiment; et sans nier que la chapelle
-Saint-Pierre fût paroisse du bourg Saint-Germain, il s'efforce de
-prouver qu'alors celle de Saint-Sulpice partageoit avec elle cet
-honneur. Les raisons qu'il apporte à l'appui de son sentiment ont été
-réfutées très solidement par Jaillot; il n'y a jamais eu deux
-paroisses dans ce faubourg, et nous pensons qu'il faut considérer,
-avec ce judicieux critique, le douzième siècle comme l'époque à
-<span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> laquelle se fit la mutation dont nous venons de parler<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Lien vers la note 127"><span class="smaller">[127]</span></a>.</p>
-
-<p>Cependant les édifices continuoient à se multiplier autour de l'abbaye
-Saint-Germain; la population augmentoit de jour en jour davantage, et
-l'église Saint-Sulpice se trouva trop petite pour contenir la foule
-des fidèles qui venoient assister aux offices. Elle fut agrandie d'une
-nef sous François I<sup>er</sup>; et en 1614 on ajouta trois chapelles de
-chaque côté de cette nef. Ces augmentations furent bientôt
-insuffisantes; d'ailleurs l'église menaçoit ruine; et cette double
-considération fit naître l'idée à ses plus illustres paroissiens de se
-réunir pour bâtir une église nouvelle. La première pierre en fut posée
-le 20 février 1646 par la reine Anne d'Autriche; et les bâtiments
-commencèrent à s'élever sur les dessins de Louis Levau. Sa mort,
-arrivée peu de temps après, fit confier la conduite des travaux à
-Daniel Gittard, architecte d'une grande réputation. Il acheva la
-chapelle de la Vierge d'après le plan de son prédécesseur, construisit
-le ch&oelig;ur, les bas côtés qui l'environnent et les deux
-croisées<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Lien vers la note 128"><span class="smaller">[128]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Le portail d'une de ces croisées fut alors
-commencé, et poussé jusqu'au premier ordre; mais les dettes
-considérables que la fabrique avoit été forcée de contracter pour
-élever un si grand monument forcèrent, en 1678, d'en suspendre tout à
-coup les travaux.</p>
-
-<p>Ce ne fut qu'en 1718 qu'ils furent repris, par les soins de M. Languet
-de Gergi, alors curé de cette paroisse, lequel déploya dans cette
-grande entreprise un zèle et une activité qui tiennent du prodige. Une
-somme de 300 fr. étoit alors tout ce qu'il possédoit: elle fut
-employée à acheter quelques pierres, qu'il annonça publiquement
-devoir être employées à la continuation de <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> son église. Ses
-prières, ses exhortations, firent le reste: elles émurent ses nombreux
-et riches paroissiens; la piété sincère de quelques uns, peut-être la
-vanité de plusieurs, surtout l'exemple si puissant sur les hommes, lui
-ouvrirent toutes les bourses; aux sommes considérables qu'il avoit
-ainsi recueillies, le roi daigna ajouter, en 1721, le bénéfice d'une
-loterie, qui assura l'exécution d'un si beau projet.</p>
-
-<p>Le monument fut continué d'abord sous la conduite de Gille-Marie
-Oppenord, directeur général des bâtiments et des jardins du duc
-d'Orléans, architecte alors très célèbre, mais peu digne de sa
-réputation, et à qui nous devons bien certainement l'extrême
-corruption du goût, et tous ces ornements capricieux dont l'emploi
-caractérise les ouvrages exécutés sous le règne de Louis XV. Le point
-où les travaux étoient parvenus ne lui permit pas sans doute d'en
-surcharger davantage la nouvelle église, sans quoi toutes les formes
-en eussent été enveloppées. Il fit néanmoins en ce genre tout ce qu'il
-lui étoit possible de faire; et il n'y a pas long-temps qu'on a démoli
-des consoles ou encorbellements formés par des anges, et employés à
-soutenir des tribunes établies dans les croisées. Ces ornements, où
-étoit empreinte toute la bizarrerie du goût d'Oppenord, n'étoient
-heureusement exécutés qu'en carton.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> Le portail de l'église, commencé en 1733, est d'un style bien
-différent: on le doit au célèbre chevalier Servandoni; et ses grandes
-proportions, la hardiesse de son dessin, les grands effets qu'il
-produit, tout décèle ici le génie élevé de ce décorateur fécond, dont
-les compositions pittoresques pour les fêtes publiques et les scènes
-théâtrales firent pendant si long-temps les délices de l'Europe. En
-établissant son portail sur une aussi grande échelle, en adoptant pour
-ses lignes un si grand parti, cet artiste fit triompher la noble et
-antique architecture de ce style maigre et sans caractère, de ces
-formes brisées et de ce <em>tortillage</em> continuel, dont le système
-bizarre, et qu'on peut regarder comme une espèce de mode françoise,
-étoit parvenu à dégrader jusqu'à la majesté des temples.</p>
-
-<p>La direction des ordres dorique et ionique de ce portail<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Lien vers la note 129"><span class="smaller">[129]</span></a>, dont
-les entablemens suivent toute l'étendue de la façade, sur une longueur
-de cent quatre-vingt-quatre pieds sans <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> aucun ressaut, est
-une de ces conceptions hardies qui caractérisent la grande manière de
-Servandoni, manière tellement opposée à celle de son siècle, qu'alors
-plus une ligne étoit <em>ressautée</em> et tourmentée de profils, plus les
-architectes, tant françois qu'italiens, s'imaginoient avoir fait
-preuve de science et de génie. Servandoni ne fut pas aussi heureux
-dans le dessin des tours qui devoient couronner son ouvrage: un
-architecte nommé Maclaurin, chargé d'y faire les changements
-nécessaires, ne tint pas ce qu'il avoit fait espérer; on peut en juger
-par celle de ces deux tours qui subsiste encore, et qui est placée à
-la droite du portail. Il étoit réservé à Chalgrin de mettre ces
-constructions en harmonie avec les ordres qu'elles accompagnent; et
-l'on peut dire que la tour déjà élevée sur ses dessins<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Lien vers la note 130"><span class="smaller">[130]</span></a> ne seroit
-point désavouée par Servandoni lui-même. Ce fut en 1777 que cet
-architecte fut chargé de ce travail, interrompu par la révolution, et
-qui sans doute sera quelque jour achevé, pour l'honneur de
-l'architecture françoise. Le portail de Saint-Sulpice présentera
-<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> alors une élévation de deux cent dix pieds, élévation qui
-surpasse d'une toise celle des tours de Notre-Dame.</p>
-
-<p>Au dessus du second ordre, et entre les deux tours, Servandoni avoit
-élevé un fronton: frappé de la foudre en 1770, il parut menacer ruine,
-et sa suppression fut opérée peu de temps après. On ne doit point le
-regretter: il est résulté de cette suppression plus de tranquillité,
-un ensemble plus régulier dans la façade, dont le bel effet sera
-encore mieux senti lorsqu'elle se trouvera en harmonie avec la place
-qui doit l'environner, et dont les travaux sont déjà commencés<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Lien vers la note 131"><span class="smaller">[131]</span></a>.</p>
-
-<p>Quant aux autres parties qui furent exécutées depuis 1718, voici de
-quelle manière on y procéda: M. Languet commença par faire élever le
-portail de la croisée à droite sur la rue des Fossoyeurs; le duc
-d'Orléans en posa la première pierre en 1719. C'est une construction
-pyramidale <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> dans le genre de celles qui servent de façades aux
-églises de Paris; elle est composée de deux ordres de colonnes,
-dorique et ionique. Le portail de la croisée à droite, élevé presque
-en même temps et conçu dans le même système, présente aussi deux
-ordres, composés chacun de quatre colonnes, le premier corinthien, le
-second composite. Après l'exécution de ces deux parties du bâtiment,
-on commença, en 1722, à élever le côté gauche de la nef, laquelle ne
-fut entièrement terminée qu'en 1736. Alors on s'occupa de l'achèvement
-du portail, dont les travaux, comme nous venons de le dire, étoient
-déjà commencés depuis trois années.</p>
-
-<p>Il étoit déjà fort avancé, lorsque le digne pasteur, dont l'activité
-infatigable avoit su procurer à son église une décoration intérieure
-digne d'un vaisseau aussi vaste et aussi magnifique, crut devoir
-profiter de l'occasion brillante que lui offroit l'assemblée du clergé
-pour en rendre la dédicace plus solennelle. Les prélats qui
-composoient cette assemblée voulurent bien se rendre à la prière qu'il
-leur fit de présider à cette consécration; la cérémonie s'en fit le 30
-juin 1745, et l'église fut dédiée sous l'invocation de la sainte
-Vierge, de saint Pierre et de saint Sulpice.</p>
-
-<p>Le maître-autel, construit à la romaine, et isolé entre la nef et le
-ch&oelig;ur, étoit élevé de sept <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> degrés<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Lien vers la note 132"><span class="smaller">[132]</span></a>. Le rond-point du
-ch&oelig;ur, percé d'une grande arcade, laisse apercevoir la chapelle de
-la Vierge, décorée d'abord sur les dessins de Servandoni, restaurée
-ensuite<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Lien vers la note 133"><span class="smaller">[133]</span></a> par de Wailly, architecte. Le groupe de la Vierge et de
-l'enfant Jésus est éclairé avec art dans une niche ajoutée à la
-construction primitive, et supportée en dehors par une trompe en coupe
-de pierre très habilement exécutée. L'heureux emploi du marbre, de la
-dorure et de la peinture, rappelle, dans cette chapelle, les belles
-décorations des églises d'Italie, si différentes de cette profusion
-d'ornements dont on a si long-temps chargé l'intérieur de nos églises.
-La gravité du style sacré demande plus de retenue: c'est du choix des
-plus belles matières, de la perfection de la main d'&oelig;uvre et de la
-pureté des formes que doit se composer la richesse des temples; une
-noble simplicité est plus propre que le luxe des ornemens à y produire
-les impressions profondes de piété et de recueillement que l'on vient
-y chercher.</p>
-
-<p>Au bas des tours sont deux chapelles, l'une <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> destinée pour le
-baptistaire, l'autre pour le sanctuaire du saint-viatique. Elles sont
-décorées de huit colonnes corinthiennes, qui soutiennent une frise
-garnie de rinceaux d'ornements; le tout est surmonté d'un plafond en
-coupole avec caissons et rosaces, séparés par des bandes à l'aplomb
-des colonnes.</p>
-
-<p>La nef et les bras de la croix sont, de même que le ch&oelig;ur, percés
-d'arcades, dont les pieds-droits, ornés de pilastres corinthiens,
-correspondent aux arcs doubleaux des voûtes. Tous les piliers de cette
-église sont revêtus de marbre à hauteur d'appui<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Lien vers la note 134"><span class="smaller">[134]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SULPICE EN 1789.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la première chapelle, à côté de la grande sacristie, une
- nativité et un concert d'anges; par <cite>La Fosse</cite>.</p>
-
- <p>Dans la troisième, une Sainte-Geneviève; par <cite>Hallé</cite>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle des mariages, deux anges peints sur le plafond;
- par le même.</p>
-
- <p>Jésus-Christ bénissant les petits enfants; par le même.</p>
-
- <p>Une nativité; par <cite>Carle-Vanloo</cite>.</p>
-
- <p>Une présentation au temple; par <cite>Pierre</cite>.</p>
-
- <p>Une fuite en Égypte; par le même.</p>
-
- <p>Jésus-Christ au milieu des docteurs; par <cite>Frontier</cite>.</p>
-
- <p>Dans la sacristie des messes, une apparition; par <cite>Hallé</cite>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> Une vierge à genoux; par <cite>Monier</cite>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, des peintures entre les pilastres;
- par <cite>Carle-Vanloo</cite>. (Ces peintures ont été rendues à l'église.)</p>
-
- <p>Dans la coupole, l'assomption de la Vierge; par <cite>François
- Lemoine</cite><a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Lien vers la note 135"><span class="smaller">[135]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la première chapelle à droite en entrant par le grand
- portail, le baptême de N. S. et une cène.</p>
-
- <p>Dans la seconde, un saint Jérôme.</p>
-
- <p>Dans la troisième chapelle, Jésus-Christ chassant les marchands
- du temple, et l'esquisse du plafond de la chapelle de la Vierge.</p>
-
- <p>Dans la quatrième chapelle à gauche, derrière le ch&oelig;ur, saint
- François et saint Nicolas; par <cite>Pierre</cite>. (Le premier de ces deux
- tableaux a été replacé dans une des chapelles.)</p>
-
-
-<p class="p2 center small">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, de marbre bleu-turquin, orné de bronzes
- dorés, un tabernacle de même matière, et enrichi de pierreries.
- Deux anges de bronze doré soutenoient la table qui s'élevoit au
- dessus et formoit le propitiatoire. Toute cette décoration, d'un
- très mauvais goût, étoit d'<cite>Oppenord</cite>, et n'existe plus<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Lien vers la note 136"><span class="smaller">[136]</span></a>.</p>
-
- <p>À l'entrée du ch&oelig;ur, deux anges de bronze doré, grands comme
- nature; par <cite>Bouchardon</cite>. (Ces deux figures ont été rendues à
- l'église.)</p>
-
- <p>Sur des culs de lampes adaptés aux pilastres de l'intérieur du
- ch&oelig;ur, les statues, en pierre de Tonnerre, et plus grandes que
- nature, de Jésus-Christ, de la Vierge et des douze apôtres; par
- le même<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Lien vers la note 137"><span class="smaller">[137]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> Dans la chapelle de la Vierge, une statue en marbre, de
- sept pieds de proportion, représentant cette mère du Sauveur; par
- <cite>Pigale</cite><a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Lien vers la note 138"><span class="smaller">[138]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans la même chapelle, des statues et une gloire en stuc; par
- <cite>Mouchy</cite>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle du Saint-Viatique, sur le maître-autel, un
- bas-relief représentant la mort de saint Joseph; par le même.</p>
-
- <p>Dans quatre niches pratiquées autour de cette chapelle, quatre
- statues représentant la Religion, l'Espérance, l'Humilité et la
- Résignation; par le même.</p>
-
- <p>Dans la chapelle du baptistaire, sur le maître-autel, un
- bas-relief représentant le baptême de Notre Seigneur; par
- <cite>Boizot</cite>.</p>
-
- <p>Dans les quatre niches, quatre statues, représentant la Force, la
- Grâce, l'Innocence et la Sagesse; par le même.</p>
-
- <p>Au milieu, une cuve de cinq pieds de diamètre, en marbre
- bleu-turquin, et ornée de bronze, servant de baptistaire; par le
- même.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, sur l'autel, la statue
- de ce saint; par le même. (Elle existe.)</p>
-
- <p>Dans la chapelle du Sacré-C&oelig;ur, une vierge en marbre; par
- <cite>Michel-Ange Sloldtz</cite>.</p>
-
- <p>Dans la croisée de l'église, deux urnes antiques en granit,
- apportées d'Égypte, et servant de bénitiers.</p>
-
- <p>Au bas de l'église, deux belles coquilles, servant aussi de
- bénitiers, et données à François I<sup>er</sup> par la république de
- Venise. (Elles servent encore au même usage.)</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> Dans la sacristie, un très beau lavoir, incrusté de
- marbre blanc et orné de bas-reliefs.</p>
-
- <p>Dans les niches extérieures des deux portails de la croisée, les
- statues de saint Jean, de saint Joseph, de saint Pierre et de
- saint Jean; par <cite>François Dumont</cite>.</p>
-
- <p>La tribune intérieure sur laquelle pose le buffet d'orgue,
- soutenue par un péristyle de colonnes isolées, d'ordre composite,
- a été élevée sur les dessins de <cite>Servandoni</cite>. Ce buffet d'orgue,
- exécuté par <cite>Clicquot</cite>, et renfermé dans une menuiserie dont les
- dessins ont été donnés par <cite>Chalgrin</cite>, passe pour le plus complet
- de l'Europe. Les sculptures dont il est orné sont de <cite>Duret</cite>.
- (Toute cette décoration est demeurée intacte.)</p>
-
- <p>La chaire à prêcher, très riche, mais d'une forme bizarre, a été
- élevée sur les dessins de <cite>Wailly</cite>. (Elle existe.)</p>
-
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
- <p>Claude Dupuy, conseiller au parlement, et l'un des plus savants
- hommes de son temps, mort en 1594.</p>
-
- <p>Michel de Marolles, auteur d'un grand nombre de mauvaises
- traductions de classiques latins, mort en 1681<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Lien vers la note 139"><span class="smaller">[139]</span></a>.</p>
-
- <p>Pierre Bourdelot, médecin célèbre, mort en 1685.</p>
-
- <p>François Blondel, seigneur des Croisettes, maréchal des camps et
- armées du roi, et célèbre architecte, mort en 1686.</p>
-
- <p>Barthélemi d'Herbelot, savant orientaliste, mort en 1695.</p>
-
- <p>Gaston-Jean Zumbo, habile sculpteur en cire, mort en 1701.</p>
-
- <p>Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, comtesse d'Aulnoy, auteur
- de contes de fées très agréables, et de plusieurs autres
- ouvrages, morte en 1705.</p>
-
- <p>Roger de Piles, peintre et auteur d'ouvrages sur la peinture,
- mort en 1709.</p>
-
- <p>Élisabeth-Sophie Chéron, célèbre par ses talents pour la peinture
- et la poésie, morte en 1711.</p>
-
- <p>Jean Jouvenet, l'un des meilleurs peintres de l'École françoise,
- mort en 1717.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> Étienne Baluze, savant compilateur, mort en 1718.</p>
-
- <p>Louis d'Oger, marquis de Cavoie, grand maréchal-des-logis de la
- maison du roi, mort en 1716.</p>
-
- <p>Louise-Philippe de Coetlogon, son épouse, morte en 1729.</p>
-
- <p>Allain-Emmanuel de Coetlogon, maréchal et vice-amiral de France,
- etc., mort en 1730.</p>
-
- <p>Vincent Languet, comte de Gergi, frère du curé de cette paroisse
- auquel on doit l'achèvement de l'église, mort en 1734.</p>
-
- <p>Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, mort en 1720.</p>
-
- <p>Philippe Égon, marquis de Courcillon son fils, mort en 1719.</p>
-
- <p>Jean-Victor de Bezenval, colonel des gardes suisses, mort en
- 1737. Sur son tombeau étoit un médaillon de bronze offrant son
- portrait, par <cite>Meyssonnier</cite>. (Détruit.)</p>
-
- <p>Jean-Baptiste Languet de Gergi, curé de Saint-Sulpice. Son
- mausolée, placé dans la cinquième chapelle à droite du portail,
- étoit de la main de <cite>Michel-Ange Sloldtz</cite><a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Lien vers la note 140"><span class="smaller">[140]</span></a>.</p>
-
- <p>La comtesse de Lauraguais; son tombeau avoit été exécuté par
- <cite>Bouchardon</cite><a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Lien vers la note 141"><span class="smaller">[141]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> L'église souterraine de Saint-Sulpice, remarquable par
- son étendue, contenoit encore un très grand nombre de sépultures.
- On y voit d'anciens piliers de l'église primitive, qui prouvent
- combien le sol de Paris s'est exhaussé depuis quelques siècles.</p>
-</div>
-
-
-<h3>CIRCONSCRIPTION.</h3>
-
-<p>La paroisse Saint-Sulpice comprenoit tout le faubourg Saint-Germain,
-et n'étoit bornée au couchant que par la portion de l'enceinte dans
-laquelle ce faubourg est renfermé. Pour bien connoître son étendue, il
-suffira donc d'en marquer les bornes du côté des paroisses
-Saint-Séverin, Saint-Côme et Saint-André. Elle touchoit aux limites de
-Saint-Séverin dans la rue d'Enfer, où elle avoit quelques maisons du
-côté du Luxembourg; elle en avoit aussi quelques unes vers le
-séminaire Saint-Louis. Son territoire embrassoit ensuite le côté
-occidental de la place Saint-Michel et de la rue des
-Fossés-de-Monsieur-le-Prince en descendant; la rue de Touraine des
-deux côtés, une partie de celle des Cordeliers, la rue qui la suit
-jusqu'au carrefour des anciens fossés, la rue des
-Fossés-Saint-Germain, quelques maisons dans les rues Dauphine
-<span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> et Saint-André lui appartenoient également; elle s'étendoit
-ensuite dans les deux côtés de la rue Mazarine, renfermoit quelques
-maisons de la rue Guénégaud, et descendoit ainsi jusqu'aux
-Quatre-Nations, où son territoire finissoit inclusivement.</p>
-
-<p>Il y avoit à Saint-Sulpice six confréries et deux congrégations
-célèbres. La nomination de cette cure appartenoit à l'abbé de
-Saint-Germain<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Lien vers la note 142"><span class="smaller">[142]</span></a>.</p>
-
-<p>En 1646, on abattit la partie la plus ancienne de l'église de
-Saint-Sulpice; cette construction paroissoit être du treizième
-siècle<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Lien vers la note 143"><span class="smaller">[143]</span></a>. La nef, élevée sous François I<sup>er</sup>, existait encore au
-commencement du siècle dernier.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE.</h3>
-
-<p>Voici une institution que l'on peut considérer comme un des miracles
-de la charité chrétienne et d'une confiance sans bornes dans la
-Providence. Son objet étoit de procurer un asile et l'existence à des
-filles de qualité ou du moins d'une bonne famille, qui n'auroient pas
-eu les ressources suffisantes pour remplir leur vocation et se
-consacrer à Dieu; et le projet en fut conçu par deux personnes
-dépourvues de biens, sans naissance, et alors sans considération,
-Madeleine Martin, fille d'un soldat, et Antoine Yvan, prêtre de
-l'Oratoire. La ville d'Aix en Provence fut, en 1633, le berceau de
-cette communauté naissante, qui toutefois n'y fut établie
-convenablement qu'en 1638. Elle obtint des lettres-patentes du roi en
-1639; en 1642, Urbain VIII confirma l'ordonnance de l'archevêque
-d'Aix, par laquelle il érigeoit cette maison <span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> en monastère,
-sous le nom de <i>Filles de Notre-Dame de la Miséricorde</i>, et sous la
-règle de saint Augustin. Une bulle d'Innocent X la confirma de nouveau
-en 1648.</p>
-
-<p>Anne d'Autriche, ayant entendu parler avec éloge de cet institut,
-désira en former un semblable à Paris. Contrariée d'abord dans ses
-vues par l'archevêque d'Aix, la mort de ce prélat fit, peu de temps
-après, évanouir toutes les difficultés, et la mère Madeleine arriva à
-Paris le 24 janvier 1649, avec trois de ses compagnes. Dans ce moment
-la reine se voyoit forcée par les frondeurs d'en sortir; et au milieu
-des embarras d'une aussi cruelle situation, elle ne put ni voir ces
-religieuses ni s'occuper de leur sort. Madame de Boutteville, qui les
-reçut d'abord dans sa maison, ne put leur accorder qu'une hospitalité
-passagère; et dans une ville livrée aux fureurs des factions et à tous
-les maux qui en sont la suite, ces malheureuses filles, abandonnées à
-elles-mêmes, se trouvèrent sans ressources, sans protecteurs, en proie
-à tous les besoins. Il ne faut pas s'étonner si, dans de telles
-circonstances, l'abbé de Saint-Germain refusa son consentement à
-l'établissement des Filles de la Miséricorde; la prudence humaine
-sembloit dicter ce refus. Mais le courage que la mère Madeleine
-puisoit dans son zèle religieux triompha d'obstacles que l'on pouvoit
-croire <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> insurmontables. Elle ne possédoit absolument rien au
-monde; cependant elle ne craignit point d'acheter, en 1651, une grande
-maison rue du Vieux-Colombier, pour une somme de 50,000 f., qu'elle se
-vit en état de payer, lors de la signature du contrat, par les
-libéralités de plusieurs personnes de piété qu'avoient touchées son
-malheur et son dévouement. La duchesse d'Aiguillon donna seule 20,000
-fr.; et la mère Madeleine, installée la même année dans l'asile
-qu'elle s'étoit créé, se trouva, dans l'espace de dix ans, assez riche
-des charités nouvelles qu'elle reçut de tous les côtés, pour acheter
-encore cinq petites maisons et une grande, situées rue des Canettes,
-acquisition qui lui fournit les moyens d'accroître son monastère, et
-des revenus suffisants pour rendre plus douce l'existence de ses
-religieuses. Dans les lettres-patentes que le roi donna en 1662 pour
-confirmer cette acquisition, il déclara la nouvelle institution de
-fondation royale, accorda aux religieuses le droit de <i lang="la">Committimus</i>,
-et la permission d'acquérir encore des fonds de terre jusqu'à la
-valeur de 10,000 liv. de rente<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Lien vers la note 144"><span class="smaller">[144]</span></a>.</p>
-
-<p>Les religieuses de cette maison suivoient la règle de saint Augustin.
-Elles étoient vêtues de <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> noir, avec un scapulaire blanc, et
-portoient en sautoir un Christ suspendu à un ruban noir. Les fruits de
-leurs travaux étoient destinés à remplir le but de leur
-fondation<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Lien vers la note 145"><span class="smaller">[145]</span></a>.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un tableau estimé représentant
- Notre-Dame-des-Sept-Douleurs; par un peintre inconnu.</p>
-</div>
-
-
-<h3>LES ENFANTS ORPHELINS DE SAINT-SULPICE.</h3>
-
-<p>La plupart de nos historiens ne sont entrés dans aucun détail sur cet
-établissement, et ont manqué d'exactitude dans le peu qu'ils en ont
-dit. M. Olier, curé de Saint-Sulpice, doit être considéré comme le
-premier, et ce nous semble, comme le seul qui ait conçu et exécuté le
-projet de procurer un asile et des secours à ces enfants infortunés
-que la mort de leurs parents laisse sans appui et sans autre
-ressource que la charité <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> des fidèles. Ce fut principalement
-sur cette portion malheureuse de son troupeau que ce vertueux pasteur
-porta ses plus grandes sollicitudes. Il commença, en 1648, par placer
-les garçons dans différents ateliers pour y apprendre les métiers qui
-paroissoient convenir davantage à leur goût et à leur intelligence.
-Les filles furent rassemblées d'abord dans une maison de la rue de
-Grenelle, ensuite rue du Petit-Bourbon, dans un bâtiment que madame
-Lesturgeon donna libéralement pour ce pieux usage.</p>
-
-<p>Il paroît, par quelques actes, qu'en 1675 cet établissement avoit
-encore changé de local, et qu'il étoit alors placé au coin des rues du
-Canivet et des Fossoyeurs<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Lien vers la note 146"><span class="smaller">[146]</span></a>. C'est alors que ceux qui le
-dirigeoient<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Lien vers la note 147"><span class="smaller">[147]</span></a>, présentèrent requête au roi pour qu'il voulût bien
-confirmer cette communauté sous le titre <i>d'Orphelins de la Mère de
-Dieu</i>, ce que Sa Majesté accorda par lettres-patentes de 1678. On voit
-par ces lettres que cette fondation a été faite pour les orphelins des
-deux sexes, et que le nombre n'en est point déterminé; il a été porté
-jusqu'à cent dans les derniers temps.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> Il y avoit dans cette maison une chapelle, sous le titre de
-l'<i>Annonciation</i>. On y recevoit les orphelins dès la plus tendre
-enfance; ils étoient élevés et instruits avec beaucoup de soin jusqu'à
-ce qu'ils eussent atteint l'âge convenable pour être mis en
-apprentissage ou placés avantageusement. Huit s&oelig;urs dirigeoient la
-maison, et s'étoient consacrées à cette &oelig;uvre de charité, sans s'y
-astreindre par aucun v&oelig;u<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Lien vers la note 148"><span class="smaller">[148]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>S&OElig;URS DE LA CHARITÉ.</h3>
-
-<p>La paroisse Saint-Sulpice possédoit un établissement de ces saintes
-filles, placé, en 1656, rue du Pot-de-Fer, et transféré dans la rue
-Férou en 1732<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Lien vers la note 149"><span class="smaller">[149]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>COMMUNAUTÉS DE FILLES (rue des Fossoyeurs.)</h3>
-
-<p>Ces communautés, instituées pour l'instruction des jeunes filles et
-pour leur apprendre les travaux propres à leur sexe, existoient dans
-cette rue à la fin du dix-septième siècle. La première, dont Jaillot
-n'a pu découvrir ni le nom <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> ni la fondation, étoit placée, en
-1689, un peu en deçà de la rue du Canivet, du côté de celle de
-Vaugirard; la seconde, connue sous le nom de <i>Filles de l'intérieur de
-la très sainte Vierge</i>, et vulgairement sous celui de <i>Communauté de
-madame Saujon</i>, avoit été établie en 1663, et détruite environ
-quatorze ans après. Elle occupoit l'espace compris entre les rues
-Palatine, Garancière et des Fossoyeurs jusqu'à la rue du Canivet.
-Enfin la troisième, située un peu au dessus de celle-ci, s'appeloit la
-<i>Communauté de madame Picart</i>. Elle existoit en 1692; on ignore quand
-elle a été détruite.</p>
-
-
-<h3>COMMUNAUTÉ DE LA RUE NEUVE-GUILLEMIN.</h3>
-
-<p>Cette communauté profita des débris de celle de madame Picart. Lorsque
-ce dernier établissement eut été détruit par des causes que nous
-ignorons, la grande duchesse de Toscane, qui avoit contribué à le
-former par ses libéralités, transporta les rentes qu'elle y avoit
-attachées à une institution semblable, établie dans la rue que nous
-venons de nommer, par mademoiselle Seguier. Cette faveur n'empêcha
-point sa destruction, dont nous n'avons pu également découvrir ni
-l'époque ni la cause.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> LES FILLES DU SAINT-SACREMENT.</h3>
-
-<p>Nous avons déjà parlé de la seconde maison fondée à Paris par ces
-religieuses<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Lien vers la note 150"><span class="smaller">[150]</span></a>, sans rien dire alors de leur origine et de leur
-établissement dans cette ville. Lorsque les continuelles inconstances
-de Charles IV, duc de Lorraine, eurent soulevé contre lui les
-premières puissances de l'Europe, et rendu son pays le théâtre d'une
-guerre violente et de toutes les calamités qui en sont ordinairement
-la suite, les religieuses bénédictines de la Conception-de-Notre-Dame
-de Rambervilliers, exposées chaque jour aux excès d'une soldatesque
-effrénée, et aux dernières extrémités du besoin, se virent forcées
-d'abandonner leur monastère et de se retirer à Saint-Mihel. Elles y
-vécurent plus en sûreté, mais dans une telle misère, que les
-missionnaires envoyés par M. Vincent-de-Paul pour répandre des
-charités dans cette province désolée ne virent d'autre moyen de les
-arracher <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> au sort affreux qui les menaçoit que de les envoyer
-à Paris. L'abbesse de Montmartre consentit à en recevoir quelques unes
-dans son monastère. Catherine de Bar, dite du Saint-Sacrement, l'une
-de ces religieuses infortunées, s'y rendit avec une de ses compagnes
-en 1641, et sut tellement intéresser la communauté par le récit
-touchant qu'elle fit de ses malheurs, que douze autres s&oelig;urs, parmi
-celles qui restoient encore à Saint-Mihel, en furent appelées pour
-être placées à Paris dans différentes abbayes. Réunies en 1643 dans un
-hospice qu'une dame pieuse leur avoit procuré à Saint-Maur, elles ne
-tardèrent pas à s'en voir expulsées de nouveau par les troubles qui
-commençoient à agiter Paris, et qui attiroient la guerre dans ses
-environs. Pour échapper une seconde fois à ce fléau, elles se
-réfugièrent, en 1650, dans cette capitale, où elles habitèrent quelque
-temps une petite maison située rue du Bac. Cependant la s&oelig;ur
-Catherine de Bar, qui étoit retournée à Rambervilliers quelques années
-auparavant, vint les rejoindre, ramenant avec elle les quatre
-dernières religieuses de sa communauté, jusque là restées en Lorraine.
-Elle avoit des vertus et un mérite qui jetèrent bientôt un grand
-éclat, et contribuèrent à procurer un établissement plus solide à son
-petit troupeau.</p>
-
-<p>Les outrages faits au Saint-Sacrement par les <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> hérétiques et
-les impies affligeoient profondément quelques pieuses personnes, qui
-méditoient le projet de réparer, autant qu'il étoit possible, ces
-profanations. La marquise de Beauves en avoit conçu la première idée:
-la comtesse de Châteauvieux, mesdames de Sessac et Mangot de Villeran
-entrèrent avec ardeur dans des vues si louables, et toutes réunies
-formèrent un fonds de 30,000 fr., destiné au premier établissement
-d'une institution dont l'objet principal seroit d'honorer d'une façon
-particulière le mystère ineffable de l'Eucharistie. Elles jetèrent les
-yeux sur la mère Catherine de Bar pour diriger cette communauté
-nouvelle; et le contrat fut passé le 14 août 1652. Cependant les
-circonstances où se trouvoit alors la ville de Paris leur suscitèrent,
-dès le commencement, des obstacles: Anne d'Autriche rejeta d'abord
-toutes les demandes qui lui furent faites à cet égard, et engagea même
-l'abbé de Saint-Germain à ne pas permettre qu'il se fît de nouveaux
-établissements sur son territoire; mais il arriva, par une grâce
-spéciale de la Providence, que, peu de temps après, cette reine, dont
-la piété étoit grande, dans l'espoir de fléchir le ciel irrité contre
-la France et de faire cesser les maux qui l'accabloient, chargea un
-saint prêtre de la communauté de Saint-Sulpice, nommé Picoté, de faire
-tel v&oelig;u qu'il jugeroit convenable, lui promettant <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> de
-l'accomplir sur-le-champ. On prétend que, sans avoir aucune
-connoissance du projet dont nous venons de parler, il conçut, comme
-par inspiration, l'idée d'une maison religieuse consacrée au culte
-perpétuel du Saint-Sacrement. L'application de son v&oelig;u s'étant
-faite naturellement à l'établissement déjà formé, l'abbé de
-Saint-Germain, sur les ordres de la reine, donna son consentement le
-19 mars 1653, et le roi, ses lettres-patentes au mois de mai suivant.</p>
-
-<p>Ces religieuses furent d'abord placées rue Férou, dans une maison que
-l'on avoit arrangée le plus convenablement possible; la croix y fut
-posée le 12 mars 1654, et la reine, qui s'étoit déclarée fondatrice du
-nouveau couvent, donna un exemple frappant de son ardente et sincère
-dévotion, en prenant elle-même le flambeau, et faisant réparation la
-première des outrages commis contre le plus saint de nos mystères.</p>
-
-<p>Indépendamment des v&oelig;ux ordinaires, les filles de ce monastère
-faisoient le v&oelig;u particulier de l'adoration perpétuelle du
-Saint-Sacrement. Chaque jour une s&oelig;ur se mettoit à genoux vis-à-vis
-d'un poteau placé au milieu du ch&oelig;ur, une torche allumée à la main
-et la corde au cou: dans cette humble posture, elle faisoit amende
-honorable de tous les outrages que l'impiété des hommes commet chaque
-jour contre cet auguste mystère.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> Cependant l'habitation qu'occupoient ces religieuses, prise
-d'abord plutôt par nécessité que par choix, étoit incommode et trop
-resserrée; leurs bienfaitrices achetèrent presque aussitôt un grand
-terrain dans la rue Cassette, et y firent construire un monastère, qui
-fut béni en 1659, et où elles furent transférées dans la même année.</p>
-
-<p>Cet institut, dont la mère Catherine de Bar<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Lien vers la note 151"><span class="smaller">[151]</span></a> avoit dressé
-elle-même les constitutions, fut approuvé, en 1668, par le cardinal de
-Vendôme, alors légat en France, et confirmé depuis, en 1676 et 1705,
-par Innocent XI et Clément XI<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Lien vers la note 152"><span class="smaller">[152]</span></a>.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX ET SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans l'église, qui étoit petite, mais très propre, des peintures
- de plafond et deux tableaux représentant saint Benoît et sainte
- Scolastique; par <cite>Nicolas Montaignes</cite>.</p>
-
- <p>Deux statues d'anges soutenant le tabernacle; par <cite>Lespingola</cite>.</p>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> LES PRÉMONTRÉS RÉFORMÉS.</h3>
-
-<p>L'ordre que saint Norbert avoit institué au commencement du douzième
-siècle, et dont il a déjà été fait mention dans cet ouvrage<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Lien vers la note 153"><span class="smaller">[153]</span></a>,
-avoit, comme tant d'autres, éprouvé les effets funestes du
-relâchement. La sévérité des premières lois s'étoit adoucie par
-degrés, et il ne restoit plus que de foibles traces de l'ancienne
-discipline, lorsque le P. Daniel Picart, abbé de Sainte-Marie-aux-Bois
-en Lorraine, conçut le dessein de la faire revivre dans toute la
-vigueur qu'elle avoit eue aux anciens jours. Secondé dans ce projet
-par le P. Gervais Lairuels, abbé de Saint-Paul de Verdun, il
-introduisit dans l'ordre une réforme qu'approuvèrent plusieurs
-papes<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Lien vers la note 154"><span class="smaller">[154]</span></a>, et qu'embrassèrent plusieurs maisons de Prémontrés, ce qui
-donna naissance à une nouvelle congrégation sous le titre de <i>la
-Réforme de saint <span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> Norbert</i>. Elle avoit été confirmée par des
-lettres-patentes dès 1621; cependant, en 1660, elle n'avoit point
-encore d'établissement à Paris. Il fut résolu d'en former un, dans le
-chapitre général tenu, cette même année, à Saint-Paul de Verdun.
-Toutes les maisons de l'ordre consentirent à en partager la dépense,
-et l'on députa le P. Paul Terrier pour faciliter l'exécution de ce
-projet. La reine Anne d'Autriche, à laquelle il s'adressa, voulut
-l'aider non seulement de sa protection, mais encore de ses
-libéralités. Soutenus par une main si puissante, les Prémontrés
-achetèrent, en 1661, un terrain fort étendu et une maison appelée les
-Tuileries, située à l'angle que forment les rues de Sèvre et du
-Chasse-Midi. Ils y pratiquèrent les lieux réguliers nécessaires dans
-une communauté, obtinrent, en 1662, le consentement de l'abbé de
-Saint-Germain, et des lettres-patentes dans lesquelles le roi se
-déclare leur fondateur, et les qualifie de <i>Chanoines réguliers de la
-réforme de l'étroite observance de l'ordre de Prémontré</i>.</p>
-
-<p>La reine-mère posa, le 13 octobre 1662, la première pierre de
-l'église, qui fut achevée en 1663, et bénite sous le titre du <i>Très
-saint Sacrement de l'autel et de l'Immaculée Conception de la sainte
-Vierge</i>; mais se trouvant trop petite pour le nombre des personnes
-pieuses qui se plaisoient à y entendre les offices, les <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span>
-Prémontrés la firent rebâtir en 1719 sur un plan plus spacieux. La
-première pierre en fut posée par l'évêque de Bayeux, au nom du roi: du
-reste, cet édifice, élevé sur les dessins d'un architecte nommé
-Simonet, n'avoit rien de remarquable<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Lien vers la note 155"><span class="smaller">[155]</span></a>.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center small">CURIOSITÉS.</p>
-
- <p>Dans le ch&oelig;ur, huit tableaux, dont trois par <cite>Frontier</cite> et
- cinq par <cite>Jollain</cite>.</p>
-
- <p>On estimoit la menuiserie du ch&oelig;ur et des stalles, exécutée
- par un frère convers de cette maison.</p>
-
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans l'église avoient été inhumés le chevalier Turpin, seigneur
- de Crissé, mort en 1684, et Anne de Salles, son épouse. Leur
- épitaphe, sur une table de marbre blanc, étoit appliquée à l'un
- des murs des bas côtés.</p>
-
- <p>Cette église contenoit encore les épitaphes de plusieurs autres
- personnes de distinction.</p>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> L'ABBAYE DE NOTRE-DAME-AUX-BOIS.</h3>
-
-<p>Cette abbaye avoit été fondée, en 1202<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Lien vers la note 156"><span class="smaller">[156]</span></a>, par Jean de Nesle,
-châtelain de Bruges, et par Eustache, sa femme, au milieu d'un bois,
-dans un lieu nommé <em>le Batiz</em>, situé au diocèse de Noyon, sous le
-titre de <i>la franche abbaye de Notre-Dame-aux-Bois</i>. Elle s'y maintint
-florissante jusqu'au milieu du dix-septième siècle, que le passage des
-gens de guerre, les incursions des ennemis, et la crainte de se voir
-exposées à toutes les horreurs de la guerre, déterminèrent ses
-religieuses à la quitter, et à venir, en 1650, implorer la protection
-de la reine Anne d'Autriche. Leur espérance ne fut pas trompée, et la
-pieuse princesse leur fournit, peu de temps après, l'occasion et les
-moyens de se fixer à Paris. Nous avons parlé, dans la description du
-quartier Saint-Antoine, de quelques religieuses Annonciades arrivées
-de Bourges dans cette capitale, établies successivement dans <span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span>
-deux endroits différents, et forcées enfin, en 1654, de quitter leur
-dernier asile, situé dans la rue de Sèvre, près des Petites-Maisons.
-Ce fut cette demeure abandonnée que les religieuses de
-l'Abbaye-aux-Bois achetèrent, non pour y former un établissement fixe,
-mais pour y rester jusqu'à ce que les événements leur permissent de
-retourner dans leur première habitation. Elles avoient commencé à
-faire réparer les bâtiments de ce monastère, et quelques unes d'entre
-elles y étoient déjà retournées, lorsqu'en 1661 un incendie consuma
-l'église et les lieux réguliers. Cet accident les détermina à se fixer
-entièrement dans leur maison de Paris, et à y faire transférer les
-titres et les biens de l'abbaye. Le pape et les supérieurs donnèrent
-leur consentement à cette translation, et le roi les y autorisa par
-des lettres-patentes délivrées en 1667. En 1718 on construisit une
-nouvelle église, dont la première pierre fut posée par la duchesse
-d'Orléans, et qui fut dédiée, en 1720, sous le nom de <i>Notre-Dame</i> et
-de <i>Saint-Antoine</i>. Ces religieuses suivoient la règle de
-Cîteaux<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Lien vers la note 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une descente de croix; par <cite>Canis</cite>.</p>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> LE PRIEURÉ DE NOTRE-DAME-DE-CONSOLATION,
-DIT DU CHASSE-MIDI.</h3>
-
-<p>Des religieuses Augustines de la congrégation de Notre-Dame, établies
-à Laon pour l'instruction gratuite des jeunes filles, crurent que
-l'exercice de leur ministère seroit plus utile à Paris que dans le
-monastère qu'elles habitoient. Elles y vinrent en 1633, achetèrent, en
-1634, des sieurs et dame Barbier, l'emplacement sur lequel leur
-monastère étoit bâti, et, d'après le consentement de l'abbé de
-Saint-Germain, obtinrent, dans la même année, des lettres-patentes qui
-confirmèrent leur établissement. Leur chapelle fut bénite sous
-l'invocation de saint Joseph, dont elles ajoutèrent le nom à celui de
-leur institut.</p>
-
-<p>Soit que leurs revenus fussent trop modiques, soit qu'ils n'eussent
-pas été administrés avec la prudence et l'économie nécessaires, leurs
-affaires se trouvèrent dans un tel dérangement, <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> que, par
-arrêt du 3 mars 1663, il fut ordonné que leur maison seroit vendue par
-décret. Avant que cet arrêt eût été rendu, et pendant le cours de la
-procédure qui l'avoit amené, ces religieuses, pour prévenir
-l'extinction de leur monastère, avoient su intéresser en leur faveur
-la vertueuse abbesse de Malnoue, madame Marie-Éléonore de Rohan, lui
-offrant, si elle vouloit leur accorder sa protection, d'embrasser la
-règle de saint Benoît, et de se mettre sous sa dépendance. En
-conséquence du concordat qui fut passé entre elles et cette illustre
-dame, leur maison fut rachetée en 1669 de ses propres deniers; les
-religieuses obtinrent la permission de prendre l'habit et la règle de
-saint Benoît, et le roi autorisa ces changements par des
-lettres-patentes de la même année, dans lesquelles l'érection de ce
-prieuré est approuvée sous le nom de <i>Religieuses bénédictines de
-Notre-Dame-de-Consolation-du-Chasse-Midi</i>. Depuis ce temps les
-abbesses de Malnoue n'ont eu d'autre droit que celui de confirmer
-l'élection des prieures de ce couvent, sans pouvoir ni les changer ni
-les rejeter<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Lien vers la note 158"><span class="smaller">[158]</span></a>.</p>
-
-<p>En 1737 ces religieuses entreprirent de faire bâtir une nouvelle
-église. La première pierre en <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> fut posée par le cardinal de
-Rohan, et la seconde par madame de Mortemart. Elle fut achevée dès
-l'année suivante, et bénite solennellement le 20 mars par le supérieur
-de cette maison.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant le Christ entre la
- Vierge et saint Jean; sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Dans la nef, plusieurs tableaux représentant des sujets pris dans
- la vie de la sainte Vierge; également sans nom d'auteur.</p>
-
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église se lisoit l'épitaphe de madame de Rohan, morte
- en 1681, au milieu de ce petit troupeau qui lui devoit sa
- conservation, et qu'elle avoit édifié par ses vertus<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Lien vers la note 159"><span class="smaller">[159]</span></a>.</p>
-</div>
-
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> LES FILLES DE SAINT-THOMAS-DE-VILLENEUVE.</h3>
-
-<p>Cette communauté reconnoît pour son fondateur le P. Ange Proust,
-augustin réformé de la province de Bourges, et qui étoit, en 1659,
-prieur du couvent de Lamballe en Bretagne. Animé d'un zèle ardent de
-charité, il résolut de <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> ranimer cette vertu dans le canton
-qu'il habitoit, voyant que le nombre des pauvres et des malades y
-étoit considérable, parce que la misère étoit grande, et qu'on n'avoit
-généralement ni le courage ni l'instruction nécessaires pour procurer
-à ces infortunés des secours efficaces. Ses discours et ses exemples
-réveillèrent l'humanité dans tous les c&oelig;urs, et il ne tarda pas à
-former une congrégation de filles destinée à rétablir les hôpitaux et
-à les desservir. L'utilité d'un tel établissement se fit sentir dès le
-premier moment; Louis XIV, à qui on en rendit compte, le confirma par
-des lettres-patentes données en 1661, avec autorisation de créer de
-semblables sociétés dans tous les endroits où elles seroient jugées
-nécessaires pour servir les malades dans les hôpitaux, pourvoir à leur
-subsistance, élever gratuitement les pauvres filles orphelines, et
-même recevoir les personnes du sexe qui voudroient faire des retraites
-de piété.</p>
-
-<p>Cette institution se répandit bientôt, tant en Bretagne que dans les
-provinces, avec un succès égal à toutes les espérances qu'on en avoit
-conçues. Quoiqu'il y en eût déjà plusieurs à Paris du même genre, les
-besoins extrêmes d'une aussi grande ville firent penser qu'il seroit
-utile d'y attirer les Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Elles y
-vinrent donc en 1700, et le roi leur permit d'avoir dans cette
-capitale une <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> maison particulière, tant pour élever des sujets
-propres à remplir cette charitable vocation que pour servir de
-retraite aux s&oelig;urs devenues inutiles par l'âge ou par les
-infirmités, et devenir ainsi le chef-lieu à l'institut. Elles
-s'établirent, dès ce temps-là, rue de Sèvre, où elles sont restées
-jusque dans les derniers temps.</p>
-
-<p>Louis XV confirma leur établissement en 1726, et leur permit
-d'acquérir jusqu'à vingt mille livres de rente pour l'entretien de
-quarante s&oelig;urs. Ces filles étoient hospitalières, et suivoient la
-règle de saint Augustin; mais elles ne faisoient que des v&oelig;ux
-simples.</p>
-
-<p>Après la mort du P. Proust, leur instituteur, arrivée en 1697, elles
-élurent le curé de Saint-Sulpice pour supérieur-général, titre que ses
-successeurs ont gardé jusqu'à la fin. Ces filles avoient encore un
-hospice dans la rue Copeau, et étoient de plus chargées de diriger la
-maison de l'Enfant-Jésus, dont nous ne tarderons pas à parler<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Lien vers la note 160"><span class="smaller">[160]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> LES PETITES-MAISONS.</h3>
-
-<p>Cet hôpital a été bâti sur l'emplacement qu'occupoit autrefois celui
-de Saint-Germain, lequel étoit vulgairement nommé <em>la maladrerie
-Saint-Germain</em>. On ne trouve aucune trace de son origine; mais comme
-la <em>lèpre</em> ou <em>ladrerie</em> étoit une maladie ancienne et assez commune,
-il est à présumer que l'on créa des asiles pour les lépreux à Paris
-avant le règne de Louis-le-Jeune, époque à laquelle le commissaire
-Delamare place, sur son troisième plan, l'établissement de cette
-maladrerie. Nous avons déjà dit que le caractère contagieux de leur
-affreuse maladie ayant fait interdire l'entrée des villes aux lépreux,
-les bâtiments destinés à les recevoir étoient toujours à une certaine
-distance des portes: telles furent les maladreries de Saint-Lazare et
-de Saint-Germain. C'est donc une grande erreur de la part de plusieurs
-historiens de Paris<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Lien vers la note 161"><span class="smaller">[161]</span></a>, d'avoir dit que le <em>mal de Naples</em> ayant
-fait des progrès rapides dans cette capitale, <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> la ville prit à
-loyer, en 1497, une place vide au faubourg Saint-Germain, y fit
-construire à la hâte des logements pour y recevoir ceux qui étoient
-attaqués de ce mal, et que ce fut là l'origine de la maladrerie de
-Saint-Germain, laquelle fut employée à cet usage jusqu'en 1544, époque
-à laquelle cet hôpital fut détruit et l'emplacement vendu. Il est
-évident que ces historiens se sont copiés les uns les autres, mêlant
-ainsi, sans la moindre critique, des objets différents, et qui leur
-étoient entièrement inconnus; il suffiroit de parcourir les titres de
-Saint-Germain pour reconnoître que le maladrerie de cette abbaye
-n'avoit jamais été affectée qu'aux lépreux; mais ces mêmes titres
-désignoient: «une maison aboutissant par derrière au cimetière des
-malades de la maladrerie, et dans la rue du Four une maison tenant,
-d'une part, aux granges où furent les <em>malades de Naples</em>, de l'autre
-part, au chemin qui tend de la rue du Four à la Justice.» Ce sont ces
-granges qu'ils ont confondues avec l'hôpital Saint-Germain<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Lien vers la note 162"><span class="smaller">[162]</span></a>.</p>
-
-<p>Le parlement ayant été informé que les lépreux qui continuoient à se
-retirer dans cette maladrerie, où la charité leur procuroit des
-secours suffisants pour leur subsistance, ne <span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> s'en
-répandoient pas moins par la ville pour y demander l'aumône, ce qui
-pouvoit avoir des suites dangereuses, ordonna, en 1544, que les
-bâtiments en seroient détruits, et les matériaux réservés pour en
-bâtir une autre dans un lieu plus éloigné, ou vendus au profit des
-pauvres. Ces matériaux furent effectivement vendus, ainsi que
-l'emplacement, contenant deux arpents et demi, mais au profit du
-cardinal de Tournon, alors abbé de Saint-Germain, qui revendiqua ses
-droits, auxquels le parlement eut égard.</p>
-
-<p>La ville acheta ce terrain en 1557, et y fit construire l'hôpital que
-nous voyons aujourd'hui. Elle le destina à recevoir les mendiants
-incorrigibles, les personnes pauvres, vieilles et infirmes, les femmes
-sujettes au mal caduc, les teigneux, les fous et les insensés. Jean
-Luillier de Boulencourt, président à la chambre des comptes, fut un de
-ceux qui, par leurs libéralités, contribuèrent le plus à ce charitable
-établissement. Il donna des rentes et des meubles, et fit élever
-plusieurs des bâtiments qui le composent. La forme de leur
-construction les fit appeler les <em>Petites-Maisons</em>, parce
-qu'effectivement ces édifices étoient petits et séparés les uns des
-autres. La chapelle, rebâtie en 1615, fut dédiée sous le titre de
-Saint-Sauveur, et l'on bénit, en 1656, celle de l'infirmerie, sous
-l'invocation de la sainte Vierge.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> Cet hôpital, qui ne formoit qu'un seul et même établissement
-avec le grand bureau des pauvres, étoit destiné, à l'époque où a
-commencé la révolution, 1<sup>o</sup> pour quatre cents personnes vieilles et
-infirmes des deux sexes; 2<sup>o</sup> pour les insensés; 3<sup>o</sup> pour ceux qui
-étoient affectés de maladies honteuses; 4<sup>o</sup> pour les enfants
-teigneux<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Lien vers la note 163"><span class="smaller">[163]</span></a>. Le procureur-général en étoit le chef: il y avoit en
-outre huit administrateurs<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Lien vers la note 164"><span class="smaller">[164]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES FILLES DU BON-PASTEUR.</h3>
-
-<p>Cette communauté doit son établissement à Marie-Magdeleine de Ciz,
-veuve du sieur Adrien de Combé. Née à Leyde d'une famille noble, mais
-protestante, restée veuve à vingt-un ans, cette dame eut l'occasion de
-venir à Paris et le bonheur d'y faire abjuration. Comme elle <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span>
-étoit sans bien, et que cette action la fit abandonner par sa famille,
-le curé de Saint-Sulpice, M. de la Barmondière, lui procura une
-pension de 200 liv. sur l'économat de l'abbaye Saint-Germain, pension
-au moyen de laquelle il la fit entrer dans une communauté; mais elle y
-resta peu de temps, et revint demeurer sur la paroisse Saint-Sulpice.
-Elle y étoit à peine, qu'un saint ecclésiastique, entre les mains
-duquel elle avoit fait abjuration, vint la prier de se charger d'une
-pauvre fille qui cherchoit à se retirer du désordre dans lequel elle
-avoit vécu, ce que madame de Combé accepta très volontiers. Ceci se
-passoit en 1686. Quelques autres jeunes personnes, tombées dans les
-mêmes fautes, et touchées du même repentir, sollicitèrent une
-semblable faveur, et la maison de cette dame devint en peu de temps
-une communauté de filles pénitentes. Malgré le dénûment auquel elle
-étoit réduite, dénûment qui approchoit de l'indigence, la pieuse
-directrice de ce foible troupeau se confia à la Providence, et ne
-désespéra point du succès de sa charitable entreprise. L'ardeur de son
-zèle dédaignant même toute prudence humaine, elle ne craignit point
-d'offrir sa maison aux infortunées victimes du libertinage que leur
-pauvreté empêchoit d'entrer dans les asiles destinés à ces sortes de
-personnes. Louis XIV eut connoissance des efforts prodigieux de
-madame <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> de Combé, et désirant contribuer au succès d'une si
-bonne &oelig;uvre, il lui donna, en 1688, une maison située rue du
-Chasse-Midi, et confisquée sur un protestant qui s'étoit retiré à
-Genève, et 1,500 livres pour y faire les réparations convenables. On y
-construisit une chapelle, et la messe y fut dite, pour la première
-fois, le jour de la Pentecôte de la même année. Plusieurs personnes,
-excitées par l'exemple du monarque, ajoutèrent à ses libéralités des
-dons considérables, qui fournirent à cette vertueuse dame les moyens
-d'augmenter ses bâtiments, et de loger jusqu'à deux cents filles. Elle
-mourut le 16 juin 1692, âgée seulement de trente-six ans.</p>
-
-<p>La maison du Bon-Pasteur étoit composée de deux sortes de personnes:
-de filles qu'on nommoit <em>s&oelig;urs</em>, dont la conduite avoit toujours
-été régulière, lesquelles se consacroient à la conversion et à la
-sanctification des pénitentes, et de filles qui, touchées de la grâce
-et revenues des égarements de leur jeunesse, suivoient, de leur plein
-gré, les exemples des premières, et partageoient avec elles les
-travaux, la retraite et la mortification. Elles jouissoient d'environ
-10,000 liv. de rente, et travailloient en commun pour le soutien de la
-maison<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Lien vers la note 165"><span class="smaller">[165]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, le Bon Pasteur; des deux côtés saint Pierre
- et saint Paul; sans nom d'auteur.</p>
-
-<p class="p2 center small">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Au milieu du retable de l'autel, un bas-relief doré représentant
- aussi le Bon Pasteur.</p>
-
- <p>Dans le sanctuaire, l'Adoration des Rois et la sépulture de
- Jésus-Christ, bas-reliefs.</p>
-</div>
-
-
-<h3>HOSPICE DES HIBERNOIS.</h3>
-
-<p>Sauval parle de religieux Hibernois de l'observance de saint François,
-qui, sous la conduite du P. <cite>Diléon</cite>, obtinrent, en 1653, de l'abbé de
-Saint-Germain, la permission d'avoir un hospice dans ce faubourg<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Lien vers la note 166"><span class="smaller">[166]</span></a>,
-et il ajoute qu'en conséquence ils prirent une petite maison rue du
-Chasse-Midi. Il ne paroît pas que cet établissement ait été de longue
-durée, car on n'en trouve nulle mention ni dans l'histoire de l'abbaye
-ni sur les plans de cette époque.</p>
-
-
-<h3>FILLES DE L'ANNONCIATION.</h3>
-
-<p>Quelques historiens prétendent aussi qu'en 1698 il y avoit dans cette
-rue une communauté <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> de filles dite de l'<i>Annonciation</i>, qui
-tenoient des écoles pour les jeunes personnes de leur sexe. Nous
-ignorons dans quel temps elle a été établie et quand elle a cessé
-d'exister.</p>
-
-
-<h3>LES INCURABLES.</h3>
-
-<p>On doit la première pensée de ce charitable établissement à M<sup>me</sup>
-Marguerite Rouillé, épouse du sieur Jacques Le Bret, conseiller au
-Châtelet. En 1632, elle donna pour cet effet, à l'Hôtel-Dieu de Paris,
-une rente de 622 liv., avec les maisons et jardins qu'elle avoit à
-Chaillot, sous la condition d'y établir un hôpital qu'on appelleroit
-<i>les Pauvres incurables de Sainte-Marguerite</i>.</p>
-
-<p>Dans le même temps, un saint prêtre nommé Jean Joullet, de Châtillon,
-concevoit un dessein entièrement semblable. Le premier établissement
-n'étoit pas encore entièrement fondé, et le projet du second étoit à
-peine formé, que le cardinal de La Rochefoucauld résolut de faire
-exécuter les intentions de M. Joullet, qui venoit de mourir, et de se
-déclarer lui-même le fondateur et le bienfaiteur des pauvres
-incurables. <span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> Il donna d'abord plusieurs sommés assez
-considérables, pour déterminer les administrateurs de l'Hôtel-Dieu à
-céder dix arpents sur dix-sept que possédoit cet établissement le long
-du chemin de Sèvre, au delà des Petites-Maisons. C'est là que l'on
-commença à élever le nouvel hospice. Madame Le Bret consentit à y
-transférer la fondation qu'elle avoit ordonnée à Chaillot; le legs de
-feu M. Joullet fut appliqué à cette maison; et de nouvelles
-libéralités, tant de la part du cardinal que d'une personne qui ne
-voulut pas se faire connoître, fournirent les moyens de monter
-trente-six lits dans deux salles, pour un nombre égal de malades des
-deux sexes. Des lettres-patentes confirmèrent cet établissement en
-1637, et l'abbé de Saint-Germain donna, la même année, son
-consentement.</p>
-
-<p>Cet hôpital étoit sous la même administration que celui de
-l'Hôtel-Dieu; mais les revenus en étoient séparés et employés au seul
-usage des incurables. Les fondations s'en sont successivement accrues,
-et l'on y comptoit, avant la révolution, près de quatre cents lits,
-qui étoient à la nomination des administrateurs, des curés et des
-héritiers des fondateurs. Les malades y étoient servis avec beaucoup
-de soins par les s&oelig;urs de la Charité<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Lien vers la note 167"><span class="smaller">[167]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une Annonciation; par <cite>Perrier</cite>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle à droite, une Fuite en Égypte; par <cite>Philippe de
- Champagne</cite>.</p>
-
- <p>Dans la chapelle à gauche, l'Ange gardien; par le même.</p>
-
-<p class="p2 center small">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans la salle des hommes, les bustes de saint Charles-Borromée,
- de saint François-de-Salles, du cardinal de la Rochefoucauld, et
- de M. Camus, évêque de Bellay; les deux premiers par <cite>Durand</cite>, et
- les deux autres par <cite>Buister</cite>.</p>
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans l'église avoient été inhumés Jean-Pierre Camus, évêque de
- Bellay, mort en 1652.</p>
-
- <p>Jean-Baptiste Lambert, l'un des bienfaiteurs de cette maison,
- mort en 1644.</p>
-
- <p>Matthieu de Morgues, aumônier de Marie de Médicis, mort en 1670.</p>
-
- <p>Au bas des marches du grand autel avoient été déposées les
- entrailles du cardinal de la Rochefoucauld, mort en 1645.</p>
-
- <p>Dans la salle des hommes, on lisoit l'épitaphe de Pierre
- Chandelier, auditeur en la chambre des comptes, et l'un des
- administrateurs de cette maison, mort en 1679.</p>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> LES BÉNÉDICTINES DE NOTRE-DAME-DE-LIESSE.</h3>
-
-<p>Ces religieuses, établies en 1631 à Rhétel, diocèse de Reims, se
-virent forcées, par la marche des gens de guerre dans cette province,
-et par les désordres qu'ils y commettoient, de venir, dès 1636,
-chercher un asile à Paris. Elles y louèrent, du consentement de l'abbé
-de Saint-Germain, une maison rue du Vieux-Colombier, où elles
-reprirent les exercices de leur institut, dont l'éducation des jeunes
-filles étoit le principal objet. Madame Anne de Montafié, comtesse de
-Soissons, s'étoit déclarée leur fondatrice en leur assignant 2,000
-liv. de rente; et madame de Longueville avoit bien voulu joindre à
-cette dotation une rente de 500 liv. Mais ces deux sommes étoient
-encore bien insuffisantes pour une communauté qui n'avoit ni maison ni
-chapelle, et qui avoit déjà reçu huit novices, lorsque la Providence
-lui fournit une occasion favorable <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> de former un établissement
-fixe et avantageux.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Marie Brissonet, veuve de M. Le Tonnelier, conseiller au grand
-conseil, avoit donné, en 1626, à trois saintes filles une pièce de
-terre de trois arpents et demi sur le chemin de Sèvre, au lieu dit <i>le
-Jardin d'Olivet</i>, à l'effet d'y faire construire une maison, dans
-laquelle on éleveroit de jeunes filles, en attendant qu'on pût réunir
-les fonds nécessaires pour y faire construire un monastère de
-religieuses. Les bâtiments et la chapelle avaient été achevés en 1631;
-mais cette petite communauté n'ayant point de revenus assurés, et
-n'ayant pu obtenir de lettres-patentes, Barbe Descoux, l'une des trois
-personnes que nous venons de citer, et qui en étoit alors supérieure,
-crut prendre un parti convenable, et même remplir les intentions de la
-fondatrice, en cédant cette maison aux religieuses de
-Notre-Dame-de-Liesse. Cette cession, datée de 1645, et autorisée par
-lettres-patentes de la même année, fut faite sous la condition de
-réciter certaines oraisons, d'y conserver les filles séculières qui
-s'y trouvoient alors, et d'admettre à la profession religieuse celles
-qui voudroient l'embrasser. Cependant, malgré de telles dispositions,
-qui tendoient à l'augmentation de cette communauté, douze ans
-s'étoient à peine écoulés qu'elle se trouvoit réduite à dix ou douze
-religieuses. <span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> Quelques personnes intéressées essayèrent de
-profiter de cette conjoncture pour s'introduire à leur place; mais
-cette tentative n'eut aucun succès, et des lettres du roi, envoyées en
-1657 à l'abbé de Saint-Germain, lui défendirent de permettre aucun
-changement. La chapelle de ce couvent ne fut bâtie qu'en 1663.</p>
-
-<p>La prieure de ce monastère étoit à vie ou triennale, suivant la
-volonté de sa communauté, à qui appartenoit l'élection.</p>
-
-
-<h3>HOSPICE DE SAINT-SULPICE.</h3>
-
-<p>Cet hôpital fut institué sur la fin de l'année 1778, et par ordre du
-roi, dans les bâtiments de <i>Notre-Dame-de-Liesse</i>, dont la communauté
-venoit de s'éteindre. Il étoit destiné aux indigents de cette
-paroisse, la plus nombreuse de Paris, et disposé de la manière la plus
-salubre et la plus commode pour recevoir et soigner cent vingt
-malades. Quatorze s&oelig;urs de la Charité, aidées de quelques officiers
-subalternes, en faisoient le service; et les pauvres y étoient reçus
-sur un billet du curé de Saint-Sulpice ou de celui du
-Gros-Caillou<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Lien vers la note 168"><span class="smaller">[168]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> LA COMMUNAUTÉ DES FILLES DE L'ENFANT-JÉSUS.</h3>
-
-<p>Tous nos historiens prétendent que cette maison fut fondée par la
-reine, épouse de Louis XV, à l'occasion de la naissance du duc de
-Bourgogne; Jaillot seul lui donne une autre origine: il dit qu'au
-commencement du siècle dernier on avoit établi, sous le titre de
-l'<i>Enfant-Jésus</i>, une pension sur un terrain assez étendu entre les
-chemins de Sèvre et de Vaugirard. Elle passa depuis en plusieurs mains
-jusqu'à l'année 1724, que le bail en fut cédé à M. Languet de Gergi,
-curé de Saint-Sulpice, par M. de Raphælix, supérieur de la communauté
-des Gentilshommes<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Lien vers la note 169"><span class="smaller">[169]</span></a>. Le respectable pasteur en fit l'acquisition
-quelques années après (en 1732), dans l'intention d'y établir un
-hôpital destiné aux pauvres filles ou femmes malades de sa paroisse.
-Toutefois, <span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> sans abandonner ce projet, il crut devoir le
-modifier au moment de l'exécution, et le rendre en même temps
-profitable à la noblesse indigente. Trente jeunes demoiselles de
-qualité furent donc placées dans cette maison pour y être instruites
-et élevées d'une manière convenable à leur naissance, et sur le modèle
-de la maison royale de Saint-Cyr. Des lettres-patentes autorisèrent,
-en 1751, un si utile établissement. Au lieu d'y recevoir des malades,
-comme il l'avoit résolu d'abord, M. Languet se contenta de faire
-construire des bâtiments dans lesquels se rendoient tous les jours des
-filles ou femmes pauvres, auxquelles on procuroit du travail, et que
-l'on mettoit ainsi dans le cas de gagner leur vie sans être à charge à
-la paroisse. Les jeunes demoiselles mêloient aux instructions solides
-ou brillantes qu'elles recevoient tous les soins du ménage, de la
-basse-cour, de la laiterie, du blanchissage, de la lingerie, etc., et
-acquéroient ainsi ces qualités plus précieuses mille fois que les
-talents agréables, qui devoient un jour en faire des épouses
-vertueuses et de bonnes mères de famille.</p>
-
-<p>On comptoit, dit-on, dans les derniers temps, plus de huit cents
-pauvres femmes qui alloient tous les jours chercher leur subsistance à
-<i>l'Enfant-Jésus</i>, et que l'on y occupoit à différents travaux,
-surtout à filer du lin et du coton. Les <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> filles de
-Saint-Thomas-de-Villeneuve avoient la direction de cette
-communauté<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Lien vers la note 170"><span class="smaller">[170]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME-DES-PRÉS.</h3>
-
-<p>Nous sommes parvenus, en décrivant ces diverses institutions, jusqu'à
-l'extrémité occidentale du quartier; il faut maintenant y rentrer par
-la rue de Vaugirard, pour parvenir à son extrémité opposée. Cette
-partie de son territoire renferme les plus remarquables de ses
-édifices et de ses établissements.</p>
-
-<p>Le premier monastère qui se présentoit autrefois à l'extrémité de
-cette rue, étoit celui des religieuses de Notre-Dame-des-Prés: il
-tiroit son origine d'un couvent de religieuses bénédictines, fondé en
-1627, à Mouzon, dans le diocèse de Reims, par madame Henriette de La
-Vieuville, <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> veuve d'Antoine de Joyeuse, comte de Grandpré. La
-guerre ayant forcé ces religieuses, en 1637, de quitter leur demeure,
-Catherine de Joyeuse, fille de la fondatrice, et prieure perpétuelle
-de ce couvent, obtint de M. de Gondi la permission de s'établir à
-Picpus avec ses religieuses; mais dès 1640 le prétexte de cette
-translation ayant cessé, elles retournèrent à Mouzon, où elles
-restèrent jusqu'en 1671. Vers cette époque le roi ayant jugé à propos
-de faire détruire les fortifications de cette petite ville, près
-desquelles leur monastère étoit situé, on leur permit de revenir à
-Paris et de s'y fixer. Cette seconde permission leur fut donnée sur la
-fin de l'année 1675; et elles s'établirent alors rue du Bac, attendant
-l'occasion de se procurer une maison convenable. Sans entrer dans les
-discussions qui se sont élevées entre les historiens, pour savoir au
-juste dans quelle année elles achetèrent la maison qu'elles
-habitoient<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Lien vers la note 171"><span class="smaller">[171]</span></a>, il nous suffit de dire qu'elles demeurèrent quatorze
-ans dans cette rue, et ne vinrent s'établir dans la rue de Vaugirard
-qu'en 1689.</p>
-
-<p>Elles n'y demeurèrent qu'environ cinquante ans. Un concours de
-circonstances fâcheuses ayant diminué par degrés les revenus de leur
-maison, ces religieuses se trouvèrent hors d'état <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> de
-subvenir à leurs dépenses les plus nécessaires, et même de satisfaire
-aux engagements qu'elles avoient contractés. Il fallut, dans ces
-extrémités, transférer en d'autres monastères dix religieuses qui s'y
-trouvoient encore en 1739. Le décret de suppression de l'archevêque,
-confirmé par lettres-patentes, fut donné le 18 avril 1741. En
-conséquence, la nuit du 30 au 31 août suivant, on exhuma les corps qui
-y étoient enterrés: ils furent transportés dans l'église
-Saint-Sulpice, et inhumés dans un caveau de la croisée méridionale.</p>
-
-<p>Plusieurs auteurs ont donné le nom d'<em>abbaye</em> à ce monastère: ce
-n'étoit qu'un prieuré perpétuel. Ses religieuses avoient pris le nom
-de <i>Notre-Dame-des-Prés</i>, parce qu'un bref d'Innocent X avoit réuni,
-en 1649, à leur maison un monastère de Guillemites, fondé, en 1248,
-par Jean, comte de Rhétel, en un lieu appelé <i>les Prés Notre-Dame</i>,
-paroisse de Louvergni, diocèse de Reims.</p>
-
-
-<h3>LES FILLES DE SAINTE-THÈCLE.</h3>
-
-<p>On ignore dans quel temps et par qui fut instituée cette communauté,
-détruite au commencement du siècle dernier. On sait seulement qu'en
-1678 ces religieuses demeuroient déjà rue de Vaugirard, et qu'en 1697
-M. de Noailles, archevêque <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> de Paris, approuva les règlements
-qu'elles avoient suivis jusqu'alors, lesquels avoient pour objet
-d'instruire les jeunes filles, et de leur apprendre à travailler, de
-donner un asile aux femmes de chambre et servantes qui n'avoient point
-de condition, et de tenir des écoles gratuites. Trois ans après elles
-allèrent habiter, dans la même rue, au coin de celle de
-Notre-Dame-des-Champs, une maison sans doute plus commode, et devenue
-vacante par la suppression d'une autre communauté que M. Moni, prêtre
-de la communauté de Saint-Sulpice, avoit établie sous le nom de
-<i>Filles de la mort</i>. Les filles de Sainte-Thècle se nommoient alors
-simplement <i>Filles de Saint-Sulpice</i>; elles prirent, peu de temps
-après, le nom de cette sainte, à l'occasion d'une de ses reliques qui
-fut déposée dans leur chapelle, et qu'on a depuis transportée à
-Saint-Sulpice.</p>
-
-<p>La modicité des revenus casuels de cette communauté, et les dettes
-qu'elle avoit été forcée de contracter, mirent les s&oelig;urs qui la
-composoient dans la nécessité de vendre leur maison, en se réservant
-chacune une pension. M. Languet de Gergi, curé de Saint-Sulpice, en
-fit l'acquisition en 1720, au profit des orphelins de sa paroisse.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> LES CARMES DÉCHAUSSÉS.</h3>
-
-<p>Nous avons parlé de l'origine de l'ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel,
-et de la réforme que sainte Thérèse introduisit parmi ses
-religieuses<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Lien vers la note 172"><span class="smaller">[172]</span></a>. Elle avoit également conçu le projet hardi de la
-faire adopter par les hommes de son ordre, et sans doute elle n'eût pu
-vaincre tous les obstacles qui s'élevèrent contre son exécution, si la
-Providence n'eût suscité un religieux d'un caractère propre à en
-assurer le succès. Jean d'Yépès, dit depuis Jean de saint Mathias, et
-révéré dans l'Église sous le nom de <i>saint Jean de la croix</i>, voulut
-être le compagnon des travaux de cette femme extraordinaire, prit
-l'esprit de la réforme, l'embrassa dans toute sa rigueur, et la
-conseilla par ses discours en même temps qu'il la prêchoit par ses
-exemples. Elle fit d'abord de grands progrès en Espagne, et se
-répandit ensuite si rapidement et avec tant de succès en Italie, que
-Paul V, prévoyant les services que cet ordre pourroit rendre à
-l'Église de France, <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> écrivit en 1610 à Henri IV, pour
-l'engager à le recevoir dans son royaume. Deux carmes déchaussés, les
-pères Denis <em>de la mère de Dieu</em>, et de Vaillac, dit <em>de
-Saint-Joseph</em>, étoient porteurs de ce bref, et venoient d'entrer en
-France, lorsqu'ils reçurent la nouvelle inopinée de la mort de ce
-grand roi. La douleur qu'ils en ressentirent ne les empêcha point de
-continuer leur voyage; ils arrivèrent à Paris au mois de juin, et
-logèrent d'abord aux Mathurins, ensuite au collége de Cluni. Présentés
-au roi et à la reine-mère par le nonce du pape et par le cardinal de
-Joyeuse, ces pères obtinrent, l'année suivante, des lettres-patentes
-portant permission de s'établir à Paris et à Lyon. Ayant obtenu
-également le consentement de M. de Gondi, archevêque de Paris, ils
-prirent possession d'une grande maison et d'un jardin fort étendu,
-situés dans la rue de Vaugirard, qu'ils avoient obtenus des
-libéralités de M. Nicolas Vivien, maître des comptes. On bâtit à la
-hâte les bâtiments nécessaires, et l'on fit une chapelle dans une
-salle qui avoit autrefois servi de prêche aux protestants. Cependant,
-dès ce moment, on formoit le projet d'en construire une plus grande;
-et elle le fut en effet en 1611, aux frais de M. Jean du Tillet de La
-Buissière, greffier du parlement; mais le concours des fidèles
-devenant de jour en jour plus considérable, le parti fut pris de
-rebâtir et <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> l'église et le couvent en entier. M. Vivien, comme
-fondateur, y mit la première pierre le 7 février 1613, et le 20
-juillet de la même année, Marie de Médicis posa celle de l'église, qui
-subsiste encore aujourd'hui<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Lien vers la note 173"><span class="smaller">[173]</span></a>. Elle fut achevée et bénite en 1620,
-par Charles de Lorraine, évêque de Verdun, puis dédiée, en 1625, sous
-l'invocation de <em>saint Joseph</em>, par Éléonor d'Estampes de Valençai,
-évêque de Chartres.</p>
-
-<p>On a remarqué que cette église est la première qui ait eu saint Joseph
-pour patron, et dans laquelle on ait dit les prières de quarante
-heures pendant les trois jours qui précèdent le carême. On peut
-ajouter que son dôme est le premier qui ait été construit à Paris, si
-l'on en excepte celui de la chapelle de Notre-Dame, aux
-Petits-Augustins.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, dont la décoration avoit été faite aux frais
- du chancelier Seguier, la Présentation au temple; par <cite>Quentin
- Varin</cite>.</p>
-
- <p>Dans une chapelle, l'apparition de Notre-Seigneur à sainte
- Thérèse et à saint Jean de La Croix; par <cite>Corneille</cite>.</p>
-
- <p>Deux autres grands tableaux; par <cite>Sève</cite> aîné.</p>
-
- <p>Sur le dôme, le prophète Élie enlevé au ciel; par <cite>Bertholet
- Flamael</cite>.</p>
-
- <p>Dans le chapitre, les quatre Évangelistes, une Fuite en Égypte
- et un portement de croix.</p>
-
-
-<p class="p2 center small"><span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre blanc; par
- <cite>Antonio Raggi</cite>, dit le <cite>Lombard</cite>, d'après un modèle de
- <cite>Bernin</cite><a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Lien vers la note 174"><span class="smaller">[174]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoit été inhumé Éléonor d'Estampes de
- Valençay, évêque de Chartres, depuis archevêque de Reims, mort en
- 1651.</p>
-
- <p>Une tombe de bronze, ornée de bas-reliefs, fermoit l'entrée du
- caveau où l'on enterroit les religieux; elle avoit été exécutée
- sur les dessins d'<cite>Oppenord</cite>.</p>
-</div>
-
-<p>Le monastère étoit vaste, mais n'avoit rien que de très simple dans sa
-construction. La seule chose qu'on y remarquât, c'étoit la blancheur
-extrême des murs, enduits d'une sorte de stuc aussi brillant que le
-marbre, et dont la composition a été pendant long-temps un secret très
-soigneusement gardé par ces religieux, qui en étoient les inventeurs.
-C'est l'espèce d'enduit connu depuis sous le nom de <em>blanc des
-carmes</em>. Ils étoient aussi les inventeurs de l'<em>eau de Mélisse</em>, dont
-ils faisoient tous les ans un débit considérable.</p>
-
-<p>La bibliothèque, distribuée en deux pièces, contenoit environ douze
-mille volumes, parmi <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> lesquels il y avoit quelques manuscrits
-précieux. Les jardins étoient vastes et bien cultivés.</p>
-
-<p>Indépendamment de l'espace qu'occupoit leur couvent, les carmes
-déchaussés possédoient autour de leur cloître de grandes portions de
-terrain sur lesquelles ils avoient fait bâtir, vers la fin du siècle
-dernier, plusieurs beaux hôtels qui donnoient dans la rue du Regard et
-dans la rue Cassette; ces propriétés nouvelles, dont ils tiroient un
-grand revenu, avoient rendu leur couvent l'un des plus riches de
-l'ordre<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Lien vers la note 175"><span class="smaller">[175]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES DU PRÉCIEUX SANG.</h3>
-
-<p>La réforme ayant été introduite dans un monastère de l'ordre de
-Cîteaux établi à Grenoble, les religieuses qui l'avoient reçue
-cherchèrent les moyens de la faire adopter dans d'autres <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span>
-couvents ou d'en fonder de nouveaux. Ce fut dans cette intention
-qu'elles sollicitèrent de l'abbé de Saint-Germain la permission de
-s'établir dans l'étendue de sa juridiction, ce qu'il leur accorda en
-1635. Elles obtinrent des lettres-patentes à cet effet, et soutenues
-des bienfaits de madame la duchesse d'Aiguillon, achetèrent, rue
-Pot-de-Fer, au coin de la rue Mézière, une grande maison dans laquelle
-elles entrèrent dès 1636. Toutefois, pour s'y établir, ces religieuses
-contractèrent des dettes qu'il leur fut impossible d'acquitter, et qui
-les mirent dans la nécessité d'abandonner, en 1656, leur demeure à
-leurs créanciers, et d'aller se loger, rue du Bac, dans une maison
-prise à loyer<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Lien vers la note 176"><span class="smaller">[176]</span></a>.</p>
-
-<p>Plusieurs personnes charitables, touchées de leur situation
-malheureuse, vinrent alors à leur secours, et, par leurs libéralités,
-les mirent en état de se procurer bientôt un établissement plus
-solide. Elles achetèrent donc, en 1658, une grande maison située rue
-de Vaugirard; la chapelle en fut bénite le 20 février de l'année
-suivante, sous le titre du <i>Précieux sang de Notre-Seigneur</i>, et le
-même jour elles furent mises sous la clôture dans ce nouveau
-monastère, qu'elles agrandirent depuis par l'acquisition, <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span>
-faite en 1662 et 1666, de deux maisons adjacentes.</p>
-
-<p>Nous venons de dire que la chapelle étoit sous l'invocation du
-précieux sang de Notre-Seigneur. Ces religieuses avoient quitté,
-depuis quatre ans, le titre de <i>Sainte-Cécile</i>, qu'elles portoient
-dans l'origine, pour prendre celui-ci, en vertu d'un v&oelig;u
-particulier qu'elles avoient fait de se consacrer au culte du précieux
-sang d'une manière spéciale. La permission d'en faire l'office leur
-fut accordée en 1660.</p>
-
-<p>Quoique ces religieuses fussent de l'ordre de Cîteaux, dont tous les
-membres dépendoient de l'abbé, elles étoient cependant sous la
-juridiction de l'ordinaire. Leur supérieure, élue par le chapitre,
-étoit triennale<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Lien vers la note 177"><span class="smaller">[177]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES RELIGIEUSES DE LORRAINE.</h3>
-
-<p>Sauval, qui fait venir les religieuses du <em>Précieux sang</em> tantôt de
-Provence, tantôt de Grenoble<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Lien vers la note 178"><span class="smaller">[178]</span></a>, dit qu'en 1659 elles allèrent
-demeurer rue de Vaugirard, dans un monastère qu'avoient habité les
-religieuses de Lorraine. Il n'existe aucune preuve de cette
-assertion, qui n'a été <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> adoptée que par un seul
-historien<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Lien vers la note 179"><span class="smaller">[179]</span></a>. Il est certain toutefois que les religieuses
-<em>Annonciades</em> du Saint-Sacrement et de Saint-Nicolas en Lorraine
-furent obligées, en 1636, de venir chercher un asile à Paris. Avec la
-permission de l'abbé de Saint-Germain, elles s'établirent d'abord rue
-du Colombier, ensuite rue du Bac, enfin dans la rue de Vaugirard. Leur
-sort n'y fut pas heureux, car, en 1656, les lieux qu'elles occupoient
-furent vendus par décret. Quatre religieuses du couvent de
-l'Assomption leur succédèrent, y furent installées dans la même année,
-et alors le couvent prit le nom de monastère de <i>la Présentation
-Notre-Dame</i>, puis, en 1658, celui de <i>Notre-Dame de grâces</i>. Ce second
-établissement ne réussit pas mieux que le premier; et l'on voit que,
-dès 1664, elles furent également forcées de céder leur monastère à
-leurs créanciers, et de se retirer dans la rue Saint-Maur, où elles
-sont restées jusqu'en 1670, époque à laquelle cet hospice et plusieurs
-autres furent supprimés.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> NOVICIAT DES JÉSUITES.</h3>
-
-<p>La maison qui servoit de noviciat aux jésuites étoit située dans la
-rue Pot-de-Fer. Avant l'édit donné en 1603 pour leur rétablissement,
-ils n'avoient eu que deux maisons à Paris, le collége et la maison
-professe. Cette circonstance leur parut favorable pour se procurer un
-troisième établissement, destiné à éprouver et à former ceux qui
-aspiroient à entrer dans leur société. Ils en obtinrent la permission
-du roi en 1610; mais leur projet ne put être exécuté qu'en 1612,
-époque à laquelle madame de Beuve leur transporta définitivement la
-propriété de l'hôtel de Mézière, qu'elle avoit acheté deux ans
-auparavant à leur intention. Les jésuites firent successivement
-l'acquisition de plusieurs maisons voisines, en sorte que leur terrain
-se trouvoit renfermé entre les rues Pot-de-Fer, Mézière, Cassette et
-Honoré-Chevalier. À l'extrémité du jardin de l'hôtel Mézière existoit
-alors une petite maison: ce fut sur son emplacement que M. François
-Sublet des Noyers, secrétaire d'état, <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> fit construire à ses
-dépens l'église de cette communauté. La première pierre en fut posée
-par Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain; commencée en 1630, elle
-fut achevée en 1642, et bénite par l'évêque de Boulogne sous
-l'invocation de <i>saint François-Xavier</i>.</p>
-
-<p>Cette église, élevée sur les dessins et sous la conduite de frère
-Martel-Ange, passoit autrefois pour une des constructions de ce genre
-les plus régulières de Paris. L'intérieur étoit décoré de pilastres
-doriques, à l'aplomb desquels s'élevoient des arcs-doubleaux enrichis
-d'ornements d'architecture. Le portail, construit dans la forme
-pyramidale, offroit deux ordres de pilastres dorique et ionique l'un
-sur l'autre, avec les ressauts et les enroulements adoptés à cette
-époque: cependant on peut remarquer que les lignes étoient ici moins
-tourmentées que dans la plupart des décorations du même genre<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Lien vers la note 180"><span class="smaller">[180]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, richement décoré par Jules-Hardouin
- <cite>Mansard</cite>, sous la conduite de Robert <cite>de Cotte</cite>, saint
- François-Xavier ressuscitant un mort au Japon; par <cite>Le
- Poussin</cite><a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Lien vers la note 181"><span class="smaller">[181]</span></a>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> Dans les chapelles des croisées, la Vierge; par <cite>Simon
- Vouet</cite>.</p>
-
- <p>Jésus-Christ prêchant; par <cite>Stella</cite>.</p>
-
-<p class="p2 center small">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Un très beau Christ; par <cite>Sarrazin</cite>.</p>
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoit été inhumé M. Sublet des Noyers, son
- fondateur, mort en 1645.</p>
-</div>
-
-
-<h3>LES FILLES DE L'INSTRUCTION CHRÉTIENNE.</h3>
-
-<p>Cette communauté, connue aussi, dans le commencement de son
-institution, sous le nom de <i>Filles de la très sainte Vierge</i>, étoit
-située dans la rue Pot-de-Fer, du côté de celle de Vaugirard. On en
-devoit l'établissement à la piété charitable de Marie de Gournai,
-veuve de David Rousseau, l'un des marchands de vin du roi, morte en
-odeur de sainteté le 4 août 1688. Son intention avoit été de
-rassembler cinq à six femmes ou filles capables d'apprendre aux
-pauvres personnes de leur sexe les devoirs du christianisme, <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span>
-à lire, à écrire, et à acquérir une industrie suffisante pour se
-procurer l'existence par leur travail. Quelques personnes vertueuses
-la secondèrent dans cette utile entreprise, et l'on obtint des
-lettres-patentes en 1657. Madame Rousseau y consacra une maison
-qu'elle possédoit rue du Gindre, où cette communauté a subsisté
-jusqu'en 1738, qu'on la transféra dans son dernier local, à la fois
-plus vaste et mieux distribué. Cette maison étoit régie par une des
-maîtresses, qui, conformément aux statuts, ne prenoit que le titre de
-<em>s&oelig;ur aînée</em>; dans les derniers temps on l'appeloit <em>s&oelig;ur
-première</em>. La chapelle étoit dédiée sous le titre de la <i>Conception de
-la sainte Vierge</i>.</p>
-
-<p>Ces filles, qui ne faisoient point de v&oelig;ux, étoient recommandables
-par le zèle et l'exactitude avec lesquels elles n'ont cessé, jusqu'au
-dernier moment, de remplir tous les devoirs de leur institut<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Lien vers la note 182"><span class="smaller">[182]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> LES DAMES DU CALVAIRE.</h3>
-
-<p>On regarde le P. Joseph, ce capucin si fameux sous le ministère de
-Richelieu, comme le premier instituteur de cet ordre. Il fut secondé
-dans cette entreprise par madame Antoinette d'Orléans-Longueville,
-restée veuve à vingt-deux ans par la mort de Charles de Gondi, marquis
-de Belle-Isle, son époux. Elle s'étoit d'abord retirée dans le couvent
-des Feuillantines de Toulouse, où elle avoit pris le voile en 1599.
-Étant passée ensuite à Fontevrauld, elle en embrassa la règle, et fut
-nommée coadjutrice de cette abbaye. C'est là, suivant toutes les
-apparences, que, de concert avec le P. Joseph, elle établit à
-Poitiers, dans un monastère de son ordre, la dévotion à la sainte
-Vierge accablée de douleur à la vue de Jésus-Christ expirant sur la
-croix, et qu'elle en fit l'objet d'une loi particulière. Par son bref
-du 25 octobre 1617, le pape Paul V lui permit de sortir de l'ordre de
-Fontevrauld, de prendre à Poitiers le nouvel habit qu'elle avoit
-choisi pour son institut, d'y <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> mener tel nombre de filles
-qu'elle jugeroit à propos, et d'établir d'autres monastères semblables
-sous le titre de <i>Notre-Dame du Calvaire</i>. Comme elle s'apprêtoit à
-profiter de cette permission, elle mourut tout à coup l'année
-suivante. Toutefois une mort si prématurée n'arrêta point les progrès
-de cet ordre naissant: le P. Joseph en établit un couvent à Angers, et
-la reine Marie de Médicis, qui étoit alors dans cette ville, s'en
-déclara fondatrice. Elle fit plus: elle voulut procurer à ces
-religieuses un établissement à Paris, dans l'enceinte même du palais
-qu'elle faisoit bâtir. Le P. Joseph, qui lui en avoit inspiré le
-dessein, avoit en même temps cherché à leur procurer de nouveaux
-appuis; et madame de Lauzon, veuve d'un conseiller au parlement,
-entraînée par les sollicitations et par l'autorité de ce grave
-personnage, promit 1,200 liv. de rente et un capital de 18,000 liv.
-pour les frais de l'établissement. Ce fut sur de telles assurances que
-six religieuses de Notre-Dame-du-Calvaire de Poitiers se rendirent à
-Paris à la fin d'octobre 1620. Elles furent placées d'abord rue des
-Francs-Bourgeois, près la porte Saint-Michel, dans une maison que
-madame de Lauzon leur avoit fait préparer; l'année suivante leur ordre
-fut approuvé par une bulle de Grégoire XV; et Marie de Médicis passa
-avec elles un contrat de fondation, par lequel elle <span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> leur
-donnoit cinq arpents de terre joignant son palais, et 1,000 livres de
-rente. Mais on s'aperçut bientôt que les bâtiments d'une communauté
-élevés sur ce terrain auroient offusqué les vues du palais de la
-reine; et cette considération ayant déterminé à leur reprendre cette
-partie du don, elles se virent obligées d'acheter, en 1622, deux
-hôtels voisins<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Lien vers la note 183"><span class="smaller">[183]</span></a>, dans lesquels elles firent construire d'abord
-quelques cellules et une petite chapelle. Trois ans après, Marie de
-Médicis fit bâtir la chapelle que nous avons vue jusque dans les
-derniers temps qui ont précédé la révolution, laquelle fut bénite, en
-1631, par l'évêque de Léon, et dédiée, en 1650, par celui de Quimper,
-sous l'invocation de <i>saint Jean-Baptiste</i>. La reine fit aussitôt
-construire le ch&oelig;ur, la tribune, le cloître, une chapelle
-intérieure, etc.; et des lettres-patentes données en 1634 confirmèrent
-cet établissement.</p>
-
-<p>L'intention du P. Joseph ayant été d'établir spécialement ce couvent
-«pour honorer et imiter le mystère de la compassion de la Vierge aux
-douleurs de son adorable Fils», on en avoit conservé le souvenir en
-faisant sculpter sur la porte de la chapelle une <em>Notre-Dame de Pitié</em>
-tenant son fils mort sur ses genoux. La façade <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> offroit, en
-plusieurs endroits, le chiffre de Marie de Médicis<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Lien vers la note 184"><span class="smaller">[184]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, un Christ avec la Vierge, saint Jean et
- sainte Magdeleine; <cite>par Philippe de Champagne.</cite></p>
-
- <p>Jésus-Christ au jardin des Olives; par le même.</p>
-
- <p>Une Résurrection; par le même.</p>
-
- <p>Le Père Éternel entouré d'anges; par le même.</p>
-
-<p class="p2 center small">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette chapelle avoit été inhumé:</p>
-
- <p>Pierre de Patris, premier maréchal-des-logis de Gaston, frère de
- Louis XIII, poète du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle, mort en 1671.</p>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> LE PALAIS D'ORLÉANS,<br />
-DIT LE LUXEMBOURG.</h3>
-
-<p>C'étoit dans l'origine une grande maison accompagnée de jardins, que
-M. Robert de Harlai de Sanci avoit fait bâtir vers le milieu du
-seizième siècle; ce que prouve un arrêt de la cour des aides donné en
-1564, dans lequel elle est qualifiée d'hôtel <em>bâti de neuf</em>. M. le duc
-de Pinei-Luxembourg en fit depuis l'acquisition, et y ajouta, en 1583
-et années suivantes, plusieurs pièces de terres contiguës pour
-agrandir ses jardins. Enfin elle fut achetée en 1612 par la reine
-Marie de Médicis. Le contrat de vente, passé le 2 avril de cette
-année, dit «que cet hôtel consistoit en trois corps de logis, cour
-devant et autres cours et jardins derrière, tenant aux héritiers
-Pellerin, au pavillon appelé <i>la ferme du Bourg</i>, et au sieur de
-Montherbu; d'autre part, aux terres naguère acquises par ledit sieur
-duc de Luxembourg, par devant sur la <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> rue de Vaugirard....
-<i>Item</i> le parc... <i>Item</i> une maison devant l'hôtel du Luxembourg,
-aboutissant sur les rues de Vaugirard, Garancière et du
-Fer-à-Cheval.... <i>Item</i> trois arpents quarante-deux perches et demie,
-tenant à la muraille des Chartreux.... <i>Item</i> sept quartiers de terre
-audit lieu.... <i>Item</i> cinq quartiers de terre audit lieu, etc. Ladite
-vente faite moyennant 90,000 liv.»</p>
-
-<p>L'année suivante, Marie de Médicis acheta la ferme de l'Hôtel-Dieu,
-contenant sept arpents et demi. Elle y joignit vingt-cinq autres
-arpents de terre au lieu appelé <i>le Boulevard</i>. En 1614 elle acquit
-d'un particulier deux jardins, contenant ensemble environ deux mille
-quatre cents toises de superficie, puis se fit céder plusieurs parties
-du clos de Vignerei, qui appartenoient aux Chartreux et à divers
-autres propriétaires. Ces religieux reçurent en échange des terres
-situées sur le chemin d'Issi, qui depuis ont formé leur petit clos et
-qu'ils ont possédées jusqu'au moment de la révolution<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Lien vers la note 185"><span class="smaller">[185]</span></a>.</p>
-
-<p>Ce fut sur ce vaste emplacement que cette reine conçut le projet de
-faire élever une demeure royale, et de l'entourer de jardins
-somptueux. Les fondements en furent jetés en 1615, sous la direction
-et sur les dessins de Jacques <span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> Desbrosses, architecte de cette
-princesse; et l'on y travailla avec tant d'activité, qu'en peu
-d'années cet édifice fut achevé. Il devoit porter le nom de palais
-<i>Médicis</i>; mais la reine l'ayant légué à Gaston de France, son second
-fils, duc d'Orléans, ce prince y fit mettre le sien, ainsi que le
-témoignoit l'inscription restée sur la principale porte, jusqu'au
-moment de la révolution. Toutefois il ne conserva ni l'un ni l'autre
-de ces deux noms: l'ancienne habitude prévalut, et l'on continua de
-l'appeler vulgairement palais <i>du Luxembourg</i>.</p>
-
-<p>Échu depuis pour moitié à la duchesse de Montpensier, il lui fut
-abandonné moyennant la somme de 500,000 liv. Une transaction faite en
-1672 le fit passer ensuite à mademoiselle Élisabeth d'Orléans,
-duchesse de Guise et d'Alençon, laquelle en fit don au roi en 1694. Ce
-palais fut depuis occupé successivement par la duchesse de Brunswick
-et par mademoiselle d'Orléans, reine douairière d'Espagne. Enfin,
-étant rentré dans le domaine royal à la mort de cette princesse, Louis
-XVI le donna, en 1779, à Monsieur, depuis Louis XVIII.</p>
-
-<p>Le palais dont nous venons de donner l'historique occupe à Paris le
-second rang après celui du Louvre; et plus uniforme dans toutes ses
-parties, il avoit eu jusqu'à présent sur lui l'avantage d'être
-entièrement terminé. On citeroit en <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> Europe peu de monuments
-de ce genre qui réunissent plus de grandeur et un ensemble plus
-achevé. Le Bernin avouoit sincèrement qu'il n'en connoissoit point qui
-pût lui être préféré.</p>
-
-<p>Son plan présente une dimension de soixante toises en longueur, et de
-cinquante sur les deux moindres côtés, qui sont ceux de la façade sur
-la rue de Tournon, et de la partie correspondante qui donne sur le
-jardin<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Lien vers la note 186"><span class="smaller">[186]</span></a>. Ce plan, à la réserve du corps des bâtiments du jardin,
-forme un carré presque exact, dont toutes les parties se correspondent
-avec art et symétrie, avantage que l'on rencontre bien rarement dans
-les grands édifices.</p>
-
-<p>La simplicité du plan répond à sa régularité. Il se compose d'une
-seule et vaste cour, environnée de portiques, et flanquée de quatre
-corps de bâtiments carrés qu'on appelle pavillons<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Lien vers la note 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. La seule
-irrégularité qu'on y remarque est causée par la saillie que produisent
-les deux pavillons du fond de la cour sur les ailes des portiques
-latéraux. Toutefois cette avance, qui annonce le corps principal du
-bâtiment, étoit autrefois motivée en ce qu'elle venoit à la rencontre
-d'une terrasse, pratiquée au devant de cette partie de l'édifice, et
-dont l'effet étoit très <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> agréable. La terrasse a été, depuis
-peu, supprimée, pour donner aux voitures la facilité d'approcher du
-palais.</p>
-
-<p>Du côté du jardin, il semble que le plan du monument eût été plus
-heureux sans cette addition de deux énormes pavillons, qui, avec le
-corps du milieu, doublent, dans cette partie, l'épaisseur du bâtiment,
-et donnent un aspect lourd et massif à son élévation<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Lien vers la note 188"><span class="smaller">[188]</span></a>. On sait que
-ce genre de construction tire son origine des tours gothiques dont
-jadis étoient flanqués nos vieux châteaux. Le type s'en est conservé
-dans presque tous les édifices françois, et principalement dans les
-monuments du dix-septième siècle et du précédent; mais si, de loin,
-l'aspect y gagne, il n'en est pas ainsi de près, surtout lorsqu'on
-veut faire un mélange de ces constructions avec les ordonnances
-grecques, qui demandent surtout de l'égalité dans les lignes et de la
-régularité dans les masses.</p>
-
-<p>Toutefois ce défaut, quoique assez considérable, n'empêche pas que
-l'élévation générale de ce palais ne mérite beaucoup d'éloges; et l'on
-n'en connoît aucun dont l'aspect soit à la fois plus symétrique et
-plus pittoresque. Ce double caractère est surtout remarquable dans la
-façade qui donne sur la rue de Tournon. Rien de mieux <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> conçu
-que la disposition des deux pavillons, de la coupole qui s'élève
-au-dessus de la porte, et l'accord qui règne entre ces trois masses
-pyramidales; rien de plus heureux que cette idée de les lier ensemble
-par deux terrasses, et jamais rapports d'ordonnance n'ont présenté un
-ensemble plus harmonieux. Dans le principe, les corps de bâtiment qui
-forment ces terrasses étoient <em>pleins</em>, c'est-à-dire qu'entre les
-pilastres accouplés de l'ordonnance, régnoit un mur massif, coupé de
-bossages dans le goût général de l'édifice. Ce plein présentoit sans
-doute à l'&oelig;il un repos toujours favorable à l'architecture;
-cependant on ne sauroit dire qu'en ouvrant ce mur et en perçant ces
-massifs d'arcades, en tout point semblables à celles de la cour, le
-palais y ait perdu. Ces arcades s'accordent bien avec le reste de
-l'ordonnance, introduisent de la légèreté dans l'ensemble, et peuvent
-même, à quelques égards, passer pour une amélioration.</p>
-
-<p>Nous le répétons, toute l'ordonnance des élévations de ce palais est
-conçue dans le système le plus régulier. Il n'y a point de partie qui
-ne corresponde avec exactitude à une autre. Quant à la décoration, au
-rez-de-chaussée, tant en dehors qu'en dedans il règne, sur toute la
-surface, un ordre prétendu toscan, ajusté par colonnes ou pilastres
-accouplés, produisant des ressauts dans tous les trumeaux. Les vides
-forment des <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> arcades tantôt libres comme dans les portiques de
-la cour, tantôt rétrécies par des croisées inscrites dans leurs
-ouvertures.</p>
-
-<p>Le premier étage, en tout conforme au rez-de-chaussée pour la
-disposition, est orné, dans le même style, d'un ordre dorique
-également accouplé, également ressauté sur les trumeaux, et d'un rang
-de croisées carrées avec chambranles. Une frise en métopes et en
-triglyphes, pratiquée à l'entour, est la seule différence qui existe
-entre cette ordonnance et l'ordonnance inférieure.</p>
-
-<p>L'étage qui s'élève au dessus, ne règne ni généralement ni d'une
-manière uniforme dans toutes les parties de l'édifice: il n'existe
-point dans les ailes de la cour; dans les pavillons, sa hauteur est
-égale à celle du premier étage, et il y est décoré, selon le même
-style, d'un ordre dont le chapiteau est ionique. Au corps principal du
-bâtiment, ce second étage s'annonce sous la forme d'attique, et reçoit
-pour décoration l'espèce d'ordre auquel on est convenu de donner ce
-nom.</p>
-
-<p>Une des choses qui frappent le plus dans tout l'ensemble de ce
-monument, est ce style un peu bizarre de bossages dont tous les murs,
-tous les ordres et tous les étages sont couverts. C'étoit alors le
-goût dominant à Florence. Marie de Médicis voulut, dit-on, que son
-nouveau palais lui <span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> rappelât ceux de sa patrie; et l'on est
-assez d'accord que Desbrosses, cherchant à satisfaire son désir, eut
-en vue d'offrir dans le palais du Luxembourg quelque imitation du
-palais <i>Pitti</i>. Ces deux édifices ont en effet, à plusieurs égards,
-des traits de ressemblance, surtout dans ce système d'ordonnances
-coupées par des bossages. Quant à ce genre d'ornement, en lui-même
-essentiellement défectueux, tout ce que l'on peut en dire, c'est que,
-lorsqu'il est traité avec hardiesse dans de grandes masses, il porte
-au plus haut degré l'idée de la force et de la solidité, ce qui donne
-toujours à l'architecture un caractère imposant. C'est ainsi que l'ont
-entendu les architectes florentins. Desbrosses, au contraire, voulant
-innover, perfectionner, et croyant adoucir la dureté des bossages en
-les arrondissant, n'a produit d'autre effet que de leur donner de la
-pesanteur et de la monotonie. Cependant, malgré le vice de cette
-innovation, et l'aspect étrange que présente un semblable style,
-surtout dans son application aux colonnes et aux ordonnances isolées,
-il faut toujours convenir que le palais du Luxembourg frappe par la
-solidité de sa construction, par la symétrie de sa disposition, par
-l'accord de ses masses, enfin par un ensemble régulier et fini qu'il
-est rare de rencontrer à Paris dans les grands édifices.</p>
-
-<p>Les parties intérieures de ce palais n'avoient <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> jamais été
-entièrement terminées quant à la décoration. Les appartements,
-distribués et ornés selon le goût du temps, n'offroient, au milieu de
-la richesse extrême de leurs énormes plafonds surchargés de dorures,
-rien qui, sous le rapport de l'art, méritât d'être remarqué. Mais les
-deux ailes qui donnent sur la cour étoient destinées à former des
-galeries à jamais célèbres dans l'histoire de la peinture: l'une
-devoit offrir la vie de Henri IV, l'autre, celle de Marie de Médicis,
-et toutes les deux avoient été confiées au pinceau de Rubens. Un
-projet si magnifique ne fut exécuté qu'à moitié: de la première
-galerie, il n'acheva que deux tableaux, qui se voient aujourd'hui à
-Florence; l'Europe entière connoît la galerie de Médicis<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Lien vers la note 189"><span class="smaller">[189]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DU PALAIS DU LUXEMBOURG EN 1789.</p>
-
-<p class="center small">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans la chapelle, dont l'architecture irrégulière ne répondoit
- pas à la beauté du reste de l'édifice, sur le maître-autel, un
- Christ au tombeau, attribué à <cite>Perrin del Vago</cite>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> Dans le salon qui précède la galerie de Rubens, David
- tenant la tête de Goliad; par <cite>Le Guide</cite><a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Lien vers la note 190"><span class="smaller">[190]</span></a>.</p>
-
- <p>Les neuf muses en neuf tableaux; sans nom d'auteur.</p>
-
- <p>Dans le plafond de l'appartement de mademoiselle de Montpensier,
- Flore et Zéphire; par <cite>La Fosse</cite>.</p>
-
-<p class="p2 center"><i>Galerie de Rubens.</i></p>
-
- <p>Ce grand peintre y a représenté, en vingt-quatre tableaux
- allégoriques, et qui, sous le rapport de la couleur, doivent être
- mis au nombre de ses productions les plus parfaites, toute
- l'histoire de Marie de Médicis, depuis sa naissance jusqu'à
- l'accommodement fait, en 1620, entre elle et Louis XIII.</p>
-
- <p>1<sup>o</sup> La destinée de la princesse; 2<sup>o</sup> sa naissance; 3<sup>o</sup> son
- éducation; 4<sup>o</sup> Henri IV délibérant sur le choix d'une épouse; 5<sup>o</sup>
- le mariage du roi et de la reine conclu à Florence en 1600; 6<sup>o</sup>
- le débarquement de la reine au port de Marseille dans la même
- année; 7<sup>o</sup> le mariage de ces deux augustes personnages accompli à
- Lyon aussi en 1600; 8<sup>o</sup> la naissance de Louis XIII en 1601; 9<sup>o</sup>
- la première régence de la reine, du vivant du roi; 10<sup>o</sup> le
- couronnement de la reine à Saint-Denis en 1610; 11<sup>o</sup> l'apothéose
- de Henri IV et la régence de la reine; 12<sup>o</sup> le bonheur du peuple
- sous le gouvernement de la régente; 13<sup>o</sup> son voyage au
- Pont-de-Cé; 14<sup>o</sup> l'échange fait, en 1615, d'Anne d'Autriche,
- infante d'Espagne, femme de Louis XIII, avec Isabelle de Bourbon,
- accordée à Philippe IV, roi d'Espagne; 15<sup>o</sup> seconde allégorie sur
- la félicité du temps de la régence; 16<sup>o</sup> le gouvernement du
- royaume remis à Louis XIII; 17<sup>o</sup> la disgrâce de la reine et sa
- retraite; 18<sup>o</sup> l'accommodement de la reine fait à Angers avec
- Louis XIII; 19<sup>o</sup> la réconciliation de la mère et du fils; 20<sup>o</sup>
- leur entrevue au château de Couzières, près de Tours, en 1619;
- 21<sup>o</sup> le Temps découvrant la Vérité; 22<sup>o</sup> le portrait de Marie de
- Médicis sous les attributs de Minerve; 23<sup>o</sup> et 24<sup>o</sup> les portraits
- <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> de François de Médicis, son père, grand duc de Toscane,
- et de Jeanne d'Autriche, duchesse de Toscane, sa mère<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Lien vers la note 191"><span class="smaller">[191]</span></a>.</p>
-</div>
-
-<h3>TABLEAUX DU CABINET DU ROI.</h3>
-
-<p>Cette collection précieuse, long-temps renfermée et comme ensevelie
-dans les appartements de la surintendance à Versailles, en fut tirée
-en 1750 par permission du roi, et transportée au palais du Luxembourg,
-dans les appartements de la reine d'Espagne, pour y être livrée,
-plusieurs jours par semaine, à la curiosité du public et aux études
-des artistes. Nous croyons qu'on verra avec plaisir une liste des
-tableaux dont elle étoit alors composée, tableaux qui sont aujourd'hui
-l'un des plus beaux ornements du Musée royal.</p>
-
-<div class="descript">
-<ul class="none">
-<li class="center"><i>Première Pièce.</i></li>
-
- <li>Le portrait du cardinal Hippolyte de Médicis; par <cite>Le Titien</cite>.</li>
-
- <li>Un Soleil couchant; par <cite>Claude Le Lorrain</cite>.</li>
-
- <li>Le Martyre de saint Georges; par <cite>Paul Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>Le Portrait d'un homme et de son fils; par <cite>Vandyck</cite>.</li>
-
- <li>Les Israélites recevant la manne dans le désert; par <cite>Le
- Poussin</cite>.</li>
-
- <li>Une bataille; par <cite>Salvator-Rosa</cite>.</li>
-
- <li>La Peste des Philistins; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>Jupiter et Antiope; par <cite>Le Titien</cite>.</li>
-
- <li>Un Portrait de femme avec sa fille; par <cite>Vandyck</cite>.</li>
-
- <li>Jésus-Christ, la Vierge, saint Ambroise et saint Augustin, par
- <cite>Lanfranc</cite>.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> Le Débarquement de Cléopâtre; par <cite>Claude Le Lorrain</cite>.</li>
-
- <li>Portrait du cardinal Jules de Médicis; par <cite>Raphaël</cite>.</li>
-
- <li>La Charité; par <cite>André del Sarto</cite>.</li>
-
- <li>Un Christ en croix, saint Jean, la Vierge et la Magdeleine; par
- <cite>Rubens</cite>.</li>
-
- <li>Le Portrait de Louis XI; par <cite>Holbein</cite>.</li>
-</ul>
-
-<ul class="none">
-<li class="center"><i>Petite Galerie.</i></li>
-
- <li>Jeanne de Clèves, l'une des femmes de Henri VIII; par <cite>Holbein</cite>.</li>
-
- <li>Victoire de Godefroy de Bouillon; par <cite>Breughel de Velours</cite>.</li>
-
- <li>Jésus-Christ chassant les marchands du temple; par <cite>Benedette</cite>.</li>
-
- <li>Judith; par <cite>Valentin</cite>.</li>
-
- <li>Un Paysage; par <cite>P. Bril</cite>.</li>
-
- <li>Le Déluge; par <cite>Alexandre Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>Magdeleine pleurant devant la croix; par <cite>Le Guide</cite>.</li>
-
- <li>Le Déluge; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>Une Vendange; par <cite>J. Bassan</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge au pilier; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>Les Envoyés dans la Terre promise; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>Moïse sauvé; par <cite>Paul Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>La Charité romaine; par <cite>Le Guide</cite>.</li>
-
- <li>Saint Jérôme; par <cite>Le Titien</cite>.</li>
-
- <li>La Cène; par <cite>Tintoret</cite>.</li>
-
- <li>La Femme adultère; par <cite>Lorenzo Lotto</cite>.</li>
-
- <li>Le Buisson ardent; par <cite>Le Féti</cite>.</li>
-
- <li>Les Noces de Cana; par <cite>Vandyck</cite>.</li>
-
- <li>Un Portrait; par <cite>Holbein</cite>.</li>
-
- <li>Saint Pierre-ès-Liens; par <cite>Peter-Neefs</cite> et <cite>Poëlemburg</cite>.</li>
-
- <li>Suzanne et les vieillards devant Daniel; par <cite>Valentin</cite>.</li>
-
- <li>Booz et Ruth; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>L'Enlèvement des Sabines; par le même.</li>
-
- <li>Le Christ au tombeau; par <cite>J. Bassan</cite>.</li>
-
- <li>Le Jugement de Salomon; par <cite>Valentin</cite>.</li>
-
- <li>Adam et Ève; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-</ul>
-
-<ul class="none">
-<li class="center"><i>Salle du Trône.</i></li>
-
- <li>Le Portrait de Henri IV; par <cite>Porbus</cite>.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> La Reine de Saba devant Salomon; par <cite>Vleughels</cite>.</li>
-
- <li>Le Portrait de Henri IV; par <cite>Jeannet</cite>.</li>
-
- <li>Abigaïl devant David; par <cite>Vleughels</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge et l'enfant Jésus; par <cite>Mignard</cite>.</li>
-
- <li>La Magdeleine; par <cite>Santerre</cite>.</li>
-
- <li>La Foi accompagnée de trois enfants; par <cite>Mignard</cite>.</li>
-
- <li>L'Élévation de la croix; par <cite>Lebrun</cite>.</li>
-
- <li>Diane au bain; par <cite>de Troy fils</cite>.</li>
-
- <li>La Victoire tenant Louis XIII entre ses bras; par <cite>Vouet</cite>.</li>
-
- <li>Marthe et Marie; par <cite>La Fosse</cite>.</li>
-
- <li>Le Portrait de l'électeur de Bavière; par <cite>Vivien</cite>.</li>
-
- <li>Le duc de Berri; par le même.</li>
-
- <li>Louis XV dans sa jeunesse; par <cite>Rigaud</cite>.</li>
-
- <li>Sainte Cécile; par <cite>Mignard</cite>.</li>
-
- <li>Une Sainte Famille; par le même.</li>
-
- <li>Esther devant Assuérus; par <cite>Antoine Coypel</cite>.</li>
-
- <li>Ptolémée donnant la liberté aux Juifs; par <cite>Noël Coypel</cite>.</li>
-
- <li>Solon expliquant les lois; par le même.</li>
-
- <li>Alexandre-Sévère faisant distribuer du blé aux Romains; par le
- même.</li>
-
- <li>Trajan donnant audience aux nations; par le même.</li>
-
- <li>Le ravissement de saint Paul; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>L'entrée de Notre-Seigneur dans Jérusalem; par <cite>Le Brun</cite>.</li>
-
- <li>Une Bacchanale; par le même.</li>
-
- <li>La Conquête de la Franche-Comté; par le même.</li>
-
- <li>Un Paysage; par <cite>Claude Le Lorrain</cite>.</li>
-
- <li>Une Marine; par le même.</li>
-
- <li>Un Concert; par <cite>F. Puget</cite>.</li>
-
- <li>Un Christ à la colonne; par <cite>Le Sueur</cite>.</li>
-
- <li>La Présentation au Temple; par <cite>Rigaud</cite>.</li>
-
- <li>La Trève de l'archiduc Albert avec la Hollande; par <cite>Porbus</cite>.</li>
-</ul>
-
-<ul class="none">
-<li class="center"><i>Grande Galerie.</i></li>
-
- <li>La Vierge jardinière; par <cite>Raphaël</cite>.</li>
-
- <li>Herminie en bergère; par <cite>Francesco Mola</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge, saint Jean et les saintes femmes au pied de la croix;
- par <cite>Paul Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>Un Portrait d'homme; par <cite>Antoine Moro</cite>.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> La Fuite en Égypte; par <cite>Le Guide</cite>.</li>
-
- <li>Portrait du comte du Luc; par <cite>Vandyck</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge, l'enfant Jésus, saint Georges, sainte Catherine et
- saint Benoît; par <cite>Paul Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>Diane au bain; par <cite>Le Titien</cite>.</li>
-
- <li>Notre Seigneur au tombeau; par le même.</li>
-
- <li>Renaud et Armide; par <cite>Le Dominiquin</cite>.</li>
-
- <li>L'Adoration des Mages; par <cite>Paul Véronèse</cite>.</li>
-
- <li>Une Sainte Famille; par <cite>André del Sarte</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge Couseuse; par <cite>Le Guide</cite>.</li>
-
- <li>Saint Georges combattant le dragon; par <cite>Raphaël</cite>.</li>
-
- <li>Une Sainte Famille avec saint Michel; par <cite>Léonard de Vinci</cite>.</li>
-
- <li>La Vierge au lapin; par <cite>Le Titien</cite>.</li>
-
- <li>La Vie champêtre; par <cite>Le Féti</cite>.</li>
-
- <li>Saint Michel; par <cite>Raphaël</cite>.</li>
-
- <li>Une Sainte Famille; par <cite>Le Guide</cite>.</li>
-
- <li>Le Mariage de sainte Catherine; par <cite>Piètre de Cortone</cite>.</li>
-
- <li>La Continence de Scipion; par <cite>Le Moyne</cite>.</li>
-
- <li>Le Père éternel dans sa gloire; par <cite>L'Albane</cite>.</li>
-
- <li>L'Intérieur d'une église; par <cite>Stenwick</cite>.</li>
-
- <li>Jupiter et Antiope; par <cite>Le Corrège</cite>.</li>
-
- <li>La Sainte Famille; par <cite>Raphaël</cite>.</li>
-
- <li>La Prédication de saint Jean; par <cite>L'Albane</cite>.</li>
-
- <li>Saint Bruno dans le désert; par <cite>Francesco Mola</cite>.</li>
-
- <li>Tobie prosterné devant l'ange; par <cite>Rembrandt</cite>.</li>
-
- <li>Le Portrait d'un grand-maître de Malte; par <cite>Michel-Ange de
- Caravage</cite>.</li>
-
- <li>Le Baptême de Notre-Seigneur; par <cite>L'Albane</cite>.</li>
-
- <li>Un Concert; <cite>par Le Dominiquin</cite>.</li>
-
- <li>Une Fête de village; par <cite>Rubens</cite>.</li>
-
- <li>Une Pastorale; par le même.</li>
-
- <li>Un Christ; par <cite>Vandyck</cite>.</li>
-
- <li>Un Paysage; par <cite>Berghem</cite>.</li>
-
- <li>Un autre; par le même.</li>
-
- <li>Une Écurie; par <cite>Wouwermans</cite>.</li>
-
- <li>Une Cavalcade; par le même.</li>
-
- <li>Caune et Biblis; par <cite>L'Albane</cite>.</li>
-
- <li>Apollon et Daphné; par le même.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> La Vierge, Jésus, saint Jean et sainte Agnès; par <cite>Le
- Titien</cite>.</li>
-
- <li>Les Vendeurs chassés du temple; par <cite>Jordaens</cite>.</li>
-
- <li>Le Déluge; par <cite>Augustin Carrache</cite>.</li>
-</ul>
-
-<ul class="none">
-<li class="center">SCULPTURES.</li>
-
- <li>Sur les portes d'entrée du principal corps de bâtiment, trois
- bustes de marbre offrant les portraits de Henri IV, de Marie de
- Médicis et de Louis XIII.</li>
-
- <li>Sur les frontons des pavillons, des statues couchées.</li>
-</ul>
-</div>
-
-<p>Le jardin du Luxembourg, très resserré d'abord et agrandi depuis par
-l'acquisition que fit Marie de Médicis d'une portion du terrain des
-Chartreux<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Lien vers la note 192"><span class="smaller">[192]</span></a>, étoit tombé, par la suite des temps, dans un état
-complet de délabrement. Du reste, il n'offroit rien de remarquable
-qu'un morceau d'architecture nommé <i>la Grotte</i>. Cette construction,
-qui existe encore, se compose d'une ordonnance de quatre colonnes
-toscanes, dont le fût est orné de congélations. Des trois
-entre-colonnements de cette grotte, celui du milieu est occupé par une
-niche à laquelle un attique, couronné d'un fronton circulaire, sert
-d'amortissement. Les deux petits entre-colonnements portent un fleuve
-et une naïade appuyés <span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> sur leurs urnes; dans la niche du
-milieu est une statue de nymphe<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Lien vers la note 193"><span class="smaller">[193]</span></a>.</p>
-
-<p>Le parterre est en face du château; le bois, formant plusieurs belles
-allées, s'étend, du côté droit, le long de la rue de Vaugirard<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Lien vers la note 194"><span class="smaller">[194]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LE PETIT-LUXEMBOURG OU LE PETIT-BOURBON.</h3>
-
-<p>Cet hôtel, situé à côté du palais du Luxembourg, fut bâti par le
-cardinal de Richelieu, qui l'habita jusqu'à ce qu'on eût achevé le
-Palais-Cardinal qu'il faisoit construire. En le quittant, il en fit
-don à la duchesse d'Aiguillon sa nièce: cet édifice passa ensuite, à
-titre héréditaire, à Henri-Jules de Bourbon-Condé. La princesse Anne
-Palatine de Bavière, son épouse, l'ayant choisi pour sa demeure après
-la mort de ce prince, y fit faire des réparations et des <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span>
-augmentations considérables. On construisit, par ses ordres, et de
-l'autre côté de la rue, un hôtel pour ses officiers, ses cuisines, ses
-écuries, avec un passage sous la rue, servant de communication de l'un
-à l'autre édifice<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Lien vers la note 195"><span class="smaller">[195]</span></a>. Ce palais a été successivement occupé par des
-princes et des princesses de la maison de Bourbon-Condé<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Lien vers la note 196"><span class="smaller">[196]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> COMÉDIE FRANÇOISE.</h3>
-
-<p>Si l'on veut remonter à la première origine des spectacles en France,
-on trouvera qu'ils se lient pour ainsi dire aux derniers spectacles
-des Romains. La barbarie des conquérants de la Gaule en bannit d'abord
-tous ces arts agréables que les maîtres du monde y avoient introduits:
-les joutes, les tournois, les combats à outrance les remplacèrent.
-Mais bientôt adoucis par leur mélange avec les vaincus, et par le luxe
-qui accompagne presque toujours la jouissance paisible d'un grand
-pouvoir, les vainqueurs recherchèrent des plaisirs que, jusque là, ils
-avoient dédaignés. Nous apprenons par Cassiodore que Clovis fit prier
-Théodoric, roi des Ostrogoths, de lui céder un pantomime qui excellait
-dans son art, et qui joignoit à ce talent celui de la musique. Bientôt
-les histrions, mimes, farceurs de toute espèce, se répandirent de la
-cour des rois dans les provinces; on couroit en foule à leurs
-spectacles, et ils charmèrent des spectateurs grossiers,
-principalement <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> par l'indécence de leurs attitudes et par
-l'obscénité de leurs chansons. Cet abus de leur art les rendit
-infâmes; et une ordonnance de Charlemagne, conforme au décret du
-concile d'Afrique, déclara que leur témoignage ne seroit pas reçu en
-justice contre des personnes de condition libre. Cependant ils n'en
-furent ni moins goûtés ni moins recherchés; à certaines époques de cet
-âge, où le désordre de la société politique altéroit même les
-institutions les plus saintes et produisoit partout le relâchement des
-m&oelig;urs, ils s'introduisirent jusque dans les lieux les plus sacrés,
-dans les églises, dans les monastères<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Lien vers la note 197"><span class="smaller">[197]</span></a>, ce qui est prouvé par
-plusieurs <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> ordonnances, dans lesquelles on est obligé de
-défendre aux évêques, abbés, abbesses, non seulement de recevoir dans
-leurs maisons des mimes et des farceurs, mais encore de se livrer à
-l'exercice personnel d'une si honteuse profession.</p>
-
-<p>La poésie provençale, s'introduisant à la cour de France sous les
-auspices de la princesse Constance, seconde femme du roi Robert, donna
-l'idée d'un plaisir plus noble et plus délicat. Effacés par les
-troubadours, les histrions eurent le bon esprit de prendre pour
-modèles leurs ingénieux rivaux. On vit paroître en France, sur les
-théâtres, une action renfermée dans un récit composé de chant et de
-déclamation. Ce nouveau genre de spectacle, qui demandoit le concours
-des poètes, des acteurs et des musiciens, réunit entre eux les
-<em>troubadours</em>, qui récitoient leurs vers, les <em>musiciens</em>, qui
-chantoient leurs romances, et les <em>jongleurs</em> ou <em>ménestrels</em>, qui les
-accompagnoient avec des instruments. Appelés dans les palais des
-rois, <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> où ils étoient comblés de caresses et de présents,
-devenus nécessaires dans toutes les fêtes dont ils étoient le plus bel
-ornement, les nouveaux histrions se relevèrent du mépris où étoient
-tombés leurs prédécesseurs. Ils formèrent, dans les grandes villes, un
-corps particulier, de même que toutes les autres professions
-autorisées par le gouvernement, et vécurent ainsi réunis sous la
-direction d'un chef, ou, comme on s'exprimoit alors, d'un <em>roi</em>,
-chargé de maintenir l'ordre dans leur petite société. Plusieurs
-souverains ne dédaignèrent pas même de leur donner des statuts.</p>
-
-<p>Ils jouirent ainsi pendant long-temps du privilége presque exclusif
-d'amuser les princes et la nation; et sans parler ici de cette foule
-de poésies inventées par les Trouvères et Troubadours, sous les noms
-de <i>chant</i>, <i>chanterel</i>, <i>chanson</i>, <i>son</i>, <i>sonnet</i>, <i>layz</i>,
-<i>depport</i>, <i>soulas</i>, <i>pastorales</i>, <i>tensons</i>, etc., on voit aussi,
-dans ce premier âge des lettres gauloises, des tragédies historiques
-et des drames satiriques, ou comédies, que les rois et seigneurs de
-châteaux faisoient jouer publiquement dans leurs cours et souvent avec
-une grande magnificence. Malheureusement pour eux, les auteurs de ces
-poésies dramatiques ne gardèrent point, dans leurs compositions, la
-mesure que sembloit leur prescrire la dépendance où ils étoient d'un
-si grand <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> nombre de souverains: ils s'oublièrent jusqu'à
-représenter sur le théâtre les détails les plus secrets de la vie
-privée de plusieurs grands personnages; les crimes et les foiblesses
-de Jeanne, reine de Naples et de Sicile, n'échappèrent point à leur
-malignité, et cette hardiesse, jusqu'alors inouïe à l'égard d'une tête
-couronnée, causa leur perte. <cite>Alors défaillirent les Mécènes et
-défaillirent aussi les poëtes</cite>, dit Nostradamus.</p>
-
-<p>Les jongleurs, retombés dans toute la bassesse de leur ancienne
-condition, furent, depuis ce temps, à peine tolérés dans les villes;
-et l'on trouve qu'à Paris ils étoient tous réunis, comme les juifs et
-les courtisanes, dans une rue, à laquelle ils avoient donné leur
-nom<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Lien vers la note 198"><span class="smaller">[198]</span></a>; et qu'on y alloit louer ceux dont on pouvoit avoir besoin
-dans les fêtes ou assemblées de plaisir.</p>
-
-<p>Long-temps auparavant, et lorsque les jongleurs et ménétriers étoient
-encore florissants, on avoit déjà vu paroître une espèce fort
-singulière de comédiens, qui devoit un jour les remplacer, et
-peut-être exciter encore un plus grand enthousiasme. Les croisades
-occupoient alors tous les esprits: l'imagination ardente des chrétiens
-de l'Europe se faisoit des objets de vénération de tous ceux qui
-échappoient à ces <span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> entreprises hasardeuses et lointaines; et
-s'exagérant encore les dangers très réels qu'on y couroit, la force et
-la férocité des ennemis qu'il y falloit combattre, le peuple écoutoit
-avec avidité, et croyoit sans examen toutes les merveilles les plus
-absurdes qu'on pouvoit en raconter. Pour accroître encore des
-dispositions si favorables, les croisés qui revenoient de la Palestine
-étoient dans l'usage de parcourir les villes, vêtus de l'habit de
-pèlerin, chantant des cantiques spirituels et récitant les
-singularités ou les miracles des diverses contrées qu'ils avoient
-visitées. Isolés d'abord, ils formèrent bientôt de petites troupes et
-imaginèrent de donner à leurs récits une forme dramatique, en les
-coupant en dialogues ou versets, que chacun d'entre eux déclamoit ou
-chantoit à son tour. Ces spectacles se donnoient dans les rues,
-quelquefois sur des échafauds dressés dans les carrefours ou sur les
-places publiques; et ce fut seulement en 1398 qu'une société de ces
-pieux histrions, parmi lesquels on comptoit, dit-on, quelques
-bourgeois de Paris, conçut le projet de donner une forme plus
-régulière à ces spectacles bizarres, et de mettre plus de magnificence
-dans leur représentation. Telle fut l'origine des <i>confrères de la
-Passion</i>. Nous avons déjà fait connoître le lieu qu'ils choisirent
-pour leurs premiers essais, le mystère qui <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> y fut représenté,
-les obstacles qu'il leur fallut combattre, le succès prodigieux qu'ils
-obtinrent, leur transmigration de l'abbaye Saint-Maur à l'hôpital de
-la Trinité, que l'on peut considérer comme le berceau de la scène
-françoise, de là à l'hôtel de Flandre, et enfin à l'hôtel de
-Bourgogne, dont ils devinrent les propriétaires, et qui vit cesser
-presque aussitôt leurs spectacles, après cent cinquante ans
-d'existence<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Lien vers la note 199"><span class="smaller">[199]</span></a>. Il convient peut-être de donner ici quelque idée de
-ce nouveau genre de composition dramatique.</p>
-
-<p>Il n'offroit, comme on peut bien l'imaginer, ni unité d'action, ni
-unité de lieu, ni dessein, ni invention, ni conduite, enfin aucunes
-traces des règles du théâtre. Un de ces mystères, parmi ceux que le
-temps a laissé parvenir jusqu'à nous, se compose de cinq journées,
-subdivisées en une multitude infinie d'actions et de scènes écrites
-généralement d'un style plat et barbare, entièrement dépourvues
-d'intérêt, quelquefois même de sens commun<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Lien vers la note 200"><span class="smaller">[200]</span></a>, mais offrant
-<span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> des tableaux qui devoient émouvoir fortement un peuple
-ignorant et dévot, et par intervalles, des morceaux écrits avec une
-grâce naïve, qui pouvoient satisfaire même les personnes d'un goût
-délicat. Les vraisemblances n'étoient pas plus ménagées pour les yeux
-que pour les oreilles: la décoration du théâtre restoit toujours la
-même depuis le commencement jusqu'à la fin; tous les acteurs
-paroissoient à la fois, quelque nombreux qu'ils fussent, et une fois
-qu'ils étoient entrés sur la scène, n'en sortoient plus qu'ils
-n'eussent achevé leur rôle, ce qui semble d'abord impossible, si l'on
-n'a pas quelque idée de la construction de ce théâtre. L'avant-scène y
-avoit à peu près la même forme que dans nos théâtres actuels, mais le
-fond en <span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> étoit bien différent. Il étoit occupé par plusieurs
-échafauds placés les uns au-dessus des autres, et que l'on nommoit
-<em>établies</em>. Le plus élevé représentoit le paradis; celui qui étoit
-immédiatement au-dessous, l'endroit le plus éloigné du lieu de la
-scène; le troisième en descendant, le palais d'Hérode, la maison de
-Pilate, et ainsi des autres, suivant le mystère qu'on représentoit.
-Sur les parties latérales de ce même théâtre étoient pratiqués des
-gradins en forme de chaire; c'étoit là que les acteurs s'asseyoient
-lorsqu'ils avoient joué leur scène, ou qu'ils attendoient leur tour à
-parler. Ainsi, au moment même où le mystère commençoit, les
-spectateurs avoient sous les yeux tous ceux qui devoient y paroître;
-c'étoit là tout l'artifice; on n'y entendoit pas d'autre finesse, et
-un acteur étoit censé absent dès qu'il s'étoit assis. À la place de
-ces trappes, au moyen desquelles on descend aujourd'hui sous la scène,
-l'enfer étoit représenté par la gueule d'un énorme dragon, laquelle
-s'ouvroit et se refermoit pour laisser entrer et sortir les diables.
-Que l'on ajoute à cela une espèce de niche avec des rideaux, formant
-une chambre où se passoient les choses qui ne devoient pas être vues
-du public, telles que l'accouchement de sainte Anne, de la Vierge,
-etc., et l'on aura une idée assez complète de l'appareil théâtral des
-confrères de la Passion.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> Tandis que ces pieux associés continuoient ainsi à amuser et
-à édifier, tout à la fois, le bon peuple de Paris, une troupe folâtre
-de jeunes gens des meilleures familles de la ville, unis entre eux par
-le goût du plaisir et par le penchant à la raillerie, créoient, en
-concurrence avec eux, un nouveau genre de spectacle, dont la gaieté
-faisoit les frais, et dans lequel ils offroient à la risée des
-spectateurs les extravagances humaines, les aventures scandaleuses du
-jour, et les ridicules de leurs contemporains. Ils se nommèrent
-eux-mêmes les <i>Enfants sans souci</i><a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Lien vers la note 201"><span class="smaller">[201]</span></a>; leur chef prit le titre de
-<i>prince des sots</i>, et ils donnèrent à leur drame celui de sottises. À
-la fois auteurs et acteurs dans ces nouvelles <em>attellanes</em>, ils firent
-construire aux halles un théâtre, où ils charmèrent la cour et la
-ville par ces ingénieux badinages. Des lettres patentes de Charles VI
-confirmèrent la <em>joyeuse institution</em>; et le prince des sots fut
-reconnu monarque de l'empire qu'il venoit de fonder. <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> Un
-capuchon, surmonté de deux oreilles d'âne, devint l'attribut de sa
-royauté; et tous les ans il fit son entrée à Paris, suivi de ses
-burlesques sujets.</p>
-
-<p>Vers le même temps, les clercs des procureurs du parlement, connus
-sous le nom de <i>Bazochiens</i><a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Lien vers la note 202"><span class="smaller">[202]</span></a>, inventèrent une autre espèce
-<span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> de drame, qui fut désigné sous le nom de <em>moralité</em>. C'étoit
-un mélange d'êtres purement allégoriques, mêlés avec des personnages
-vivants, mélange dont ils reconnurent bientôt la froideur et
-l'insipidité, de manière que, pour rendre leurs spectacles plus
-piquants, ils transigèrent avec les Enfants sans souci, qui leur
-permirent de représenter des <em>sottises</em> et des farces, et reçurent en
-échange la liberté d'introduire des <em>moralités</em> sur leur théâtre. On
-abandonna les mystères pour ces spectacles, plus variés et plus
-piquants, de manière que les confrères, pour rappeler à leur théâtre
-le public que leur enlevoient les Enfants sans souci, se virent forcés
-de les admettre à jouer de concert avec eux. Les scènes pieuses se
-trouvèrent alors entrecoupées d'intermèdes profanes et de
-bouffonneries, ce qui fut appelé le <em>jeu des pois pilés</em>. Telles
-étoient les extravagances bizarres qui, pendant long-temps, firent les
-délices de nos aïeux. Toutefois il ne faut point oublier que toutes
-ces associations ou confraternités étoient composées de personnes
-libres, qui n'avoient d'autre but que de <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> s'amuser ou de
-s'édifier. On ne voit point à cette époque de comédiens de profession
-établis à Paris; et si quelques uns tentèrent d'y fixer leur demeure,
-les confrères de la Passion, en vertu de leur priviléges, eurent
-toujours le pouvoir de les en faire sortir.</p>
-
-<p>Cependant les lumières commençoient à pénétrer en France; et les
-honnêtes gens s'indignoient de ce mélange odieux de bouffonneries et
-de choses sacrées, qui déshonoroit la religion et profanoit nos
-mystères les plus redoutables et les plus saints. Un tel abus devenant
-de jour en jour plus insupportable, le parlement crut devoir profiter
-de la circonstance qui avoit occasioné le déplacement des confrères de
-la Passion, pour anéantir un genre de spectacle déjà proscrit dans
-l'opinion publique. Ainsi, lorsque la salle de l'hôtel de Bourgogne et
-les constructions qui en dépendoient furent achevées, la confrérie
-ayant présenté requête à cette compagnie pour qu'on lui permît de
-reprendre le cours de ses représentations, l'arrêt qui fut rendu en sa
-faveur, le 17 septembre 1548, la maintint effectivement dans le droit
-exclusif d'avoir un théâtre à Paris, mais lui défendit en même temps
-d'y représenter autre chose que des pièces <em>profanes</em>, <em>honnestes</em> et
-<em>licites</em>, lui interdisant désormais tous mystères tirés de
-l'Écriture sainte et autres <span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> sujets de piété. Cette défense,
-en faisant disparoître à jamais ces drames barbares, détermina les
-confrères à renoncer à une profession qui ne leur avoit semblé
-honorable qu'autant qu'elle avoit été de nature à instruire et à
-édifier les fidèles, seul but que pouvoit se proposer une corporation
-religieuse<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Lien vers la note 203"><span class="smaller">[203]</span></a>. Cependant, ne voulant renoncer ni à leur propriété,
-ni aux avantages qui y étoient attachés, ils louèrent l'hôtel de
-Bourgogne à une troupe de comédiens qui se forma dans ce temps-là; et
-jusqu'en 1676, époque de leur entière destruction, ils continuèrent à
-jouir du privilége d'avoir seuls un théâtre à Paris, retirant une
-contribution des troupes à qui ils permettoient de s'y établir, et
-s'opposant à l'établissement de celles qui cherchoient à se soustraire
-à leur juridiction.</p>
-
-<p>Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne jouèrent assez long-temps sans
-aucune concurrence. Ce fut chez eux que Jodèle<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Lien vers la note 204"><span class="smaller">[204]</span></a>, La Peruse,
-<span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> Robert Garnier, etc., retrouvant les traces si long-temps
-perdues des auteurs dramatiques de l'antiquité, jetèrent les premiers
-fondements du théâtre. On vit naître une foule de poètes et une
-multitude innombrable de tragédies et de comédies; alors parurent ces
-comédiens fameux dont la réputation s'est conservée plus long-temps
-que celle des auteurs qui travailloient pour eux, les Turlupin, les
-Gautier-Garguille, les Guillo-Gorju, les Bruscambille, les Tabarin,
-etc. Nous ne pouvons savoir au juste quel étoit le mérite de ces
-histrions; mais il reste encore un grand nombre des pièces qu'ils
-représentoient, et de ces pièces il n'en est pas une seule qui offre
-de la décence, de la régularité, un véritable intérêt; ce sont les
-essais informes d'un art dans son enfance, qui s'exerce dans une
-langue à demi formée. Parmi ces premiers poètes, Hardi se distingua
-par une facilité incroyable à faire des vers, et par quelques
-imitations assez heureuses de Sénèque et des tragiques grecs; Mairet
-et Rotrou, qui vinrent après, achevèrent de débrouiller ce chaos, et
-annoncèrent enfin ce siècle de merveilles littéraires, où Corneille,
-Racine et Molière devoient tout-à-coup porter <span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> l'art
-dramatique à son dernier degré de perfection.</p>
-
-<p>Cependant l'hôtel de Bourgogne continuoit d'être le seul théâtre de la
-ville de Paris, lorsqu'en 1660 une troupe de comédiens de province
-obtint la permission d'ouvrir un nouveau théâtre dans une maison du
-Marais, connue sous le nom d'hôtel d'<i>Argent</i><a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Lien vers la note 205"><span class="smaller">[205]</span></a>. Cette troupe,
-<span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> meilleure que l'autre, obtint plus de vogue, et, se trouvant
-bientôt trop à l'étroit dans son nouveau local, alla s'établir dans un
-jeu de paume de la rue du Temple, où elle demeura jusqu'à la mort de
-Molière, époque à laquelle elle fut réunie à la troupe dont ce grand
-auteur comique étoit directeur.</p>
-
-<p>Il avoit commencé lui-même à jouer la comédie à Paris dès 1650, sur un
-théâtre dit <i>de la Croix-Blanche</i>, que des jeunes gens de famille
-avoient élevé dans le faubourg Saint-Germain; mais les représentations
-eurent peu de succès, et cette société ne tarda pas à se disperser.
-Molière courut alors la province avec quelques acteurs qu'il avoit
-engagés à le suivre, en enrôla d'autres dans ses voyages, et revint à
-Paris en 1658. Le prince de Conti, qui le protégeoit, l'ayant présenté
-à Monsieur, frère du roi, lui procura ainsi la faveur de jouer devant
-Louis XIV, sur un théâtre que l'on dressa au Louvre dans la salle des
-Gardes. Les acteurs qu'il avoit formés eurent le bonheur de plaire au
-monarque, qui voulut bien consentir à leur établissement à Paris. On
-leur assigna la salle du Petit-Bourbon près
-Saint-Germain-l'Auxerrois, <span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> et ils y jouèrent, alternativement
-avec les comédiens italiens qui en avoient la possession depuis
-quelques années. Dès lors la troupe de Molière prit le nom de <i>Troupe
-de Monsieur</i>; et ce prince, continuant de la protéger, lui fit
-accorder, deux ans après, la salle du Palais-Royal, qu'elle partagea
-encore avec les comédiens italiens, et dans laquelle elle joua sans
-interruption jusqu'à la mort de son illustre chef, arrivée en 1673.</p>
-
-<p>Alors la salle du Palais-Royal fut donnée à Lulli, directeur de
-l'Académie royale de musique; et les comédiens de Monsieur, réunis à
-ceux du Marais, allèrent s'établir rue Mazarine dans la salle même où
-l'abbé Perrin avoit fait, quelques années auparavant, les premiers
-essais du grand opéra françois. Les principaux acteurs de l'hôtel de
-Bourgogne entrèrent aussi dans cette nouvelle association; et ces
-trois troupes réunies devinrent le fondement de la comédie françoise.</p>
-
-<p>Ceci arriva en 1680; mais le collége des Quatre-Nations ayant commencé
-ses exercices en 1687, le voisinage d'une salle de spectacle parut
-offrir des inconvénients assez graves pour que l'on jugeât nécessaire
-d'obliger les comédiens à aller s'établir dans quelque autre lieu. Ils
-achetèrent, cette même année, l'hôtel de Lussan, situé rue des
-Petits-Champs; mais des <span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> obstacles qu'ils n'avoient pu prévoir
-ayant rendu cette acquisition inutile, un arrêt du conseil, rendu le
-1<sup>er</sup> mars 1688, annulant toutes les transactions passées à cet
-effet, leur permit de se rendre propriétaires du jeu de paume de
-<i>l'Étoile</i>, rue des Fossés-Saint-Germain, ainsi que de la maison
-voisine, et d'y élever leur théâtre. Ils l'achetèrent le 8 du même
-mois; la salle fut construite sur les dessins de François d'Orbay, et
-ils ne cessèrent point d'y jouer jusqu'en 1770. Alors leur théâtre
-menaçant ruine, on leur accorda la permission de continuer leurs
-représentations sur le grand théâtre des Tuileries, en attendant qu'on
-leur eût élevé une salle nouvelle dont il fut résolu de faire un
-monument vraiment digne de la scène françoise. Les fondements en
-furent jetés, après quelques hésitations, sur l'emplacement de
-l'ancien hôtel de Condé, et les comédiens françois s'y installèrent en
-1782, après la quinzaine de Pâques.</p>
-
-<p>Cette salle, construite sur les dessins de MM. Wailly et Peyre aîné,
-présente un seul corps de bâtiment de dix-huit toises et demie de
-largeur, vingt-huit de profondeur et neuf d'élévation; il est décoré,
-du côté de l'entrée, d'un grand péristyle de huit colonnes doriques,
-dont l'entablement se continue à la même hauteur <span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> sur les
-quatre faces<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Lien vers la note 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. L'édifice, dans son pourtour, offre au
-rez-de-chaussée quarante-six arcades ouvertes, et un pareil nombre de
-croisées au premier étage: le second et le troisième sont éclairés par
-des ouvertures pratiquées dans les métopes de la frise et dans
-l'attique. Sur toutes les faces sont tracés du bas en haut des joints
-d'appareil, sans autre décoration. La face principale est appuyée de
-deux grandes voûtes dont la partie supérieure est en terrasse, et sous
-lesquelles on descend de voiture à couvert. Les galeries qui
-environnent le monument sont ouvertes et l'on peut s'y promener à
-pied.</p>
-
-<p>Le style de cet édifice peut sembler un peu sévère pour un théâtre;
-mais il est sage et régulier.</p>
-
-<p>Sous le porche, trois portes donnent l'entrée d'un vestibule orné de
-colonnes toscanes, qui soutiennent une voûte plate et d'une exécution
-légère. Deux portes, placées en face, conduisent au parterre et à
-toutes les loges du rez-de-chaussée; de droite et de gauche, deux
-grands escaliers vont aboutir au foyer public, lequel est vaste et
-d'une belle disposition; il représente un salon à l'italienne, dont la
-forme, carrée par le bas, est octogone au premier entablement, et
-circulaire au dernier qui soutient la coupole.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> Dans l'intérieur de la salle, règnent au dessus du parterre
-un rang de loges grillées, une galerie et trois rangs de loges. Un
-quatrième rang au dessus de la corniche occupe les arcades qui
-supportent le plafond. Avant l'incendie qui consuma entièrement
-l'intérieur de cette salle<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Lien vers la note 207"><span class="smaller">[207]</span></a>, du fond des secondes loges
-s'élevoient, sur des piédestaux, douze pilastres ioniques qui
-séparoient les troisièmes loges en autant de balcons saillant, et
-soutenoient une corniche architravée du même ordre. Partie de ces
-troisièmes loges, n'ayant point de séparation intérieure, formoit une
-espèce de paradis dans l'espace de cinq travées; et les voussures qui
-contenoient les quatrièmes loges reposoient sur cette corniche, à
-l'aplomb des pilastres. Toute la salle étoit peinte en bleu, sur
-lequel se détachoient des ornements blancs en relief, entre autres les
-douze signes du Zodiaque, disposés à l'entour du plafond.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Le plan de cette salle est circulaire, et, du fond des loges,
-a soixante pieds de diamètre sur une profondeur de soixante-douze
-pieds. La scène, qui en a trente-six d'ouverture, étoit soutenue jadis
-par quatre pilastres ornés de cariatides: Chalgrin les remplaça par
-des colonnes. Ce plan étoit habilement tracé; la disposition en étoit
-heureuse; mais le plafond manquoit de légèreté et présentoit des
-irrégularités qui faisoient présumer que cette partie de l'édifice
-n'avoit pas été suffisamment étudiée.</p>
-
-<p>Dans le foyer, séparé seulement par des vitrages, des deux escaliers
-qui y conduisent, étoient autrefois les bustes en marbre de Corneille,
-Racine, Voltaire, Crébillon, Molière, Regnard, Destouches, Dufresny,
-Piron. La statue en pied de Voltaire par Houdon étoit placée dans le
-vestibule, en face de l'entrée. Les sculptures de l'avant-scène
-avoient été exécutées par Caffiéri<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Lien vers la note 208"><span class="smaller">[208]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> Une place demi-circulaire, en avant du monument, à laquelle
-viennent aboutir sept rues, en rend l'approche facile et les débouchés
-aussi sûrs que commodes.</p>
-
-
-<h3>LES FEUILLANTS-DES-ANGES-GARDIENS.</h3>
-
-<p>Nous avons déjà fait connoître l'origine de ces religieux et leur
-établissement à Paris<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Lien vers la note 209"><span class="smaller">[209]</span></a>. Leur institut y acquit une telle
-célébrité, et il se présenta en très peu de temps un si grand nombre
-de sujets qui désiroient l'embrasser, qu'ils se virent dans la
-nécessité de chercher un lieu propre à l'établissement d'un noviciat.
-Ils pensèrent d'abord à acquérir la maison qu'ont occupée depuis les
-Carmes-Billettes; mais un emplacement plus commode qu'ils trouvèrent
-au faubourg<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Lien vers la note 210"><span class="smaller">[210]</span></a> Saint-Michel, les fit bientôt <span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> changer de
-résolution. Ils en firent l'acquisition en 1630, avec la permission de
-l'archevêque de Paris, obtinrent l'année suivante des
-lettres-patentes, et firent élever sur-le-champ leur nouveau
-monastère, dont M. Seguier, garde-des-sceaux, posa la première pierre
-en 1633. Toutefois l'église ne fut commencée que vingt-six ans après
-(en 1659)<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Lien vers la note 211"><span class="smaller">[211]</span></a>. Ayant été achevée dans la même année, elle fut bénite
-aussitôt, et dédiée sous le nom des <i>Saints-Anges-Gardiens</i>. Ce petit
-édifice n'avoit rien de remarquable<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Lien vers la note 212"><span class="smaller">[212]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> LES CHARTREUX.</h3>
-
-<p>On sait que cet ordre doit son nom au désert de <i>Chartreuse</i>, près de
-Grenoble, où ses premiers membres fixèrent leur demeure, et qu'il
-reconnoît pour instituteur saint Bruno, qui en jeta les premiers
-fondements en 1086. Les austérités extraordinaires et les vertus
-angéliques de ses disciples, se perpétuant d'âge en âge sans la
-moindre altération, jetèrent un tel éclat, que saint Louis, dans le
-zèle qui l'animoit pour la propagation des ordres monastiques, forma
-la résolution de leur procurer un établissement près de Paris. Il
-écrivit en conséquence, dans l'année 1257, à dom Bernard de La Tour,
-alors prieur de la grande chartreuse et général de l'ordre, qui se
-hâta de remplir ses v&oelig;ux et lui envoya quatre religieux, sous la
-conduite de dom Jean Jocerant. Le saint roi les reçut avec beaucoup de
-joie et les établit aussitôt à Gentilli, dans une maison à laquelle
-étoient attachées quelques dépendances en vignes et terres
-labourables, <span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> qu'il avoit acquise des héritiers d'un
-particulier nommé Pierre Le Queux. Mais à peine étoient-ils en
-possession de cette demeure, que, suivant Dubreul<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Lien vers la note 213"><span class="smaller">[213]</span></a>, ils
-demandèrent au roi son hôtel de <i>Vauvert</i>, situé vis-à-vis
-Notre-Dame-des-Champs, et qui passoit alors pour inhabitable. Cet
-auteur, un peu trop crédule sans doute, ajoute sérieusement que les
-démons s'étoient depuis quelque temps emparés de cette maison; que par
-cette raison saint Louis fit quelque difficulté de la donner aux
-Chartreux; mais que, dès qu'elle eut été accordée, ces malins esprits
-en furent chassés par les prières de ces religieux. Il cite à l'appui
-de son récit plusieurs historiens auxquels il a effectivement emprunté
-cette tradition; il prétend même qu'il faut y chercher l'étymologie du
-nom d'<em>Enfer</em> donné à la rue qui conduit à ce monastère; mais toutes
-ces preuves sont trop foibles pour que la saine critique ne rejette
-pas au nombre des fables légendaires et ce miracle et ces apparitions.</p>
-
-<p>Tous nos historiens placent en 1259 l'établissement des Chartreux au
-lieu qu'ils ont occupé jusqu'au moment de la révolution, et la charte
-qui leur en confirme la donation est effectivement datée de cette
-année; mais les titres de ces <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> religieux, cités par
-Jaillot<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Lien vers la note 214"><span class="smaller">[214]</span></a>, portent qu'ils en prirent possession dès l'année 1257;
-et ce même auteur rapporte un acte d'acquisition de quelques terres
-voisines du château de Vauvert, faite en 1258 par les <i>prieur et
-frères de Vauvert, de l'ordre des Chartreux</i>.</p>
-
-<p>Cette maison de Vauvert, qu'on a qualifiée d'hôtel et de palais, avoit
-une chapelle qui servit d'abord aux religieux; on reconnut bientôt
-qu'elle étoit trop petite, et dès lors on jeta les fondements de
-l'église qui a subsisté jusque dans les derniers temps. Saint Louis,
-qui en avoit ordonné la construction, l'avoit confiée au célèbre
-architecte Pierre de Montreuil; mais ce ne fut point lui qui l'acheva.
-La mort du roi arrêta les travaux, qui furent repris en 1276, encore
-abandonnés depuis, repris une seconde fois, enfin terminés en 1324. Le
-26 mai de l'année suivante, Jean d'Aubigni dédia cette église sous
-l'invocation de la sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste. L'ancienne
-chapelle servit depuis de réfectoire<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Lien vers la note 215"><span class="smaller">[215]</span></a>.</p>
-
-<p>L'intention de saint Louis avoit été de placer trente religieux dans
-ce couvent; toutefois il <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> n'avoit encore fait bâtir que huit
-cellules lorsqu'il mourut, et jusqu'en 1270 il n'y en eut que deux
-nouvelles d'élevées par Marguerite d'Issoudun, comtesse d'Eu, épouse
-d'Alphonse de Brienne, grand chambellan de France, et par Thibaud II,
-roi de Navarre. Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1291, que
-Jeanne de Châtillon, femme de Pierre, comte d'Alençon, fonda quatorze
-cellules nouvelles. Il paroît, par le titre de cette fondation, que,
-pensant qu'il y avoit déjà seize religieux d'établis, elle croyoit
-compléter ainsi le nombre des trente projetés par saint Louis. La
-mémoire de ce bienfait s'est perpétuée dans un monument sculpté dans
-le grand cloître, et dont nous ne tarderons pas à parler. Les six
-dernières cellules furent fondées par divers particuliers dans le
-siècle suivant; Jeanne d'Évreux, troisième femme de Philippe, fit
-bâtir l'infirmerie, une chapelle, et six nouvelles cellules
-accompagnées de jardins. Des legs pieux<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Lien vers la note 216"><span class="smaller">[216]</span></a> fournirent depuis le
-moyen d'en construire plusieurs autres, de manière que, dans les
-derniers temps, cette chartreuse contenoit <span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> environ quarante
-religieux, sans compter les frères et les <em>oblats</em>.</p>
-
-<p>L'église des chartreux étoit un monument gothique si peu orné, que
-l'abbé Lebeuf ne pouvoit croire qu'il eût été élevé dans le siècle de
-saint Louis<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Lien vers la note 217"><span class="smaller">[217]</span></a>; mais Dubreul donne une raison satisfaisante de cette
-extrême simplicité, en prouvant qu'on fut obligé d'y mettre beaucoup
-d'épargnes, à cause du peu de fonds qu'on avoit pu recueillir pour sa
-construction. L'intérieur de cette église se partageoit en deux
-parties: le ch&oelig;ur des frères occupoit la première; on y voyoit deux
-petits autels. La seconde, plus considérable, formoit le ch&oelig;ur des
-pères, et toutes les deux étoient ornées de menuiseries très propres
-et assez élégantes. Selon l'usage de cet ordre, les chapelles jointes
-au ch&oelig;ur et à la nef ne pouvoient être aperçues par ceux qui
-entroient dans l'église, et avoient une entrée particulière et cachée.</p>
-
-<p>L'église et la maison des chartreux étoient riches en monuments des
-arts, qui méritoient l'attention des curieux.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DU COUVENT DES CHARTREUX.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Dans l'église, sur le grand autel, Jésus-Christ au milieu des
- docteurs; par <cite>Philippe de Champagne</cite>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> Au dessus des stalles, et entre les vitraux:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>La Résurrection du Lazare; par <cite>Bon Boullogne</cite>.</li>
-
- <li>L'Aveugle de Jéricho; par <cite>Antoine Coypel</cite>.</li>
-
- <li>Le Miracle des cinq pains; par <cite>Audran</cite>.</li>
-
- <li>La Samaritaine; par <cite>Noël Coypel</cite>.</li>
-
- <li>La Cananéenne; par <cite>Corneille</cite>.</li>
-
- <li>La Résurrection du Lazare; par le même.</li>
-
- <li>La Guérison des malades sur les bords du lac de Génésareth; par
- <cite>Jouvenet</cite>.</li>
-
- <li>La Femme affligée du flux de sang et guérie en touchant la robe
- de Notre-Seigneur; par <cite>Boullogne</cite> le jeune.</li>
-
- <li>Le Centenier; par <cite>Corneille</cite>.</li>
-
- <li>Le Paralytique; par le même.</li>
-
- <li>Saint Jacques, saint Jean et leur père Zébédée raccommodant leurs
- filets; par <cite>Dumont Le Romain</cite>.</li>
-
- <li>Jésus-Christ ressuscitant la fille de Jaïre; par <cite>La Fosse</cite>.</li>
-</ul>
-
- <p>Dans le chapitre:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>L'Adoration des Bergers; par <cite>Le Poussin</cite>.</li>
-
- <li>La Magdeleine et le Sauveur; par <cite>Le Sueur</cite>.</li>
-
- <li>Saint Bruno; par <cite>Restout</cite>.</li>
-
- <li>La Nativité de saint Jean-Baptiste, celle de Jésus-Christ et sa
- sépulture; par d'anciens peintres.</li>
-
- <li>La Présentation au temple; par <cite>Lagrenée</cite> jeune.</li>
-
- <li>L'Entrée de Notre-Seigneur dans Jérusalem; par <cite>Jollain</cite>.</li>
-</ul>
-
- <p>Sur l'autel, fait en forme de tombeau, un Christ; par <cite>Philippe
- de Champagne</cite>.</p>
-
- <p>Dans le petit cloître, les fameux tableaux de <cite>Le Sueur</cite>,
- représentant la vie de saint Bruno, arrangés dans l'ordre
- suivant:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>1<sup>o</sup> Le Docteur <cite>Raymond Diocres</cite> prêchant au milieu d'un nombreux
- auditoire qui l'écoute avec attention.</li>
-
- <li>2<sup>o</sup> Le Docteur au lit de mort.</li>
-
- <li>3<sup>o</sup> Le même personnage sortant à demi de son cercueil pendant
- qu'on chante l'office des morts<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Lien vers la note 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, et déclarant lui-même
- l'arrêt de sa damnation.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> 4<sup>o</sup> Saint Bruno frappé de ce terrible événement, et
- prosterné devant un crucifix.</li>
-
- <li>5<sup>o</sup> Le même saint racontant à ceux qui l'environnent le dessein
- qu'il a formé de quitter le monde, et les touchant par l'onction
- de ses paroles.</li>
-
- <li>6<sup>o</sup> Il engage six de ses amis à se joindre à lui et à embrasser
- le même genre de vie.</li>
-
- <li>7<sup>o</sup> Trois anges lui apparoissent pendant son sommeil, et
- l'instruisent de ce qu'il doit faire.</li>
-
- <li>8<sup>o</sup> Saint Bruno et ses compagnons distribuent leurs biens aux
- pauvres.</li>
-
- <li>9<sup>o</sup> Hugues, évêque de Grenoble, reçoit saint Bruno chez lui, et
- trouve dans cette visite l'explication d'un songe qu'il avoit eu,
- relativement à l'établissement de l'ordre des Chartreux.</li>
-
- <li>10<sup>o</sup> Ce même évêque, saint Bruno et ses compagnons traversent des
- montagnes affreuses pour arriver à la Chartreuse.</li>
-
- <li>11<sup>o</sup> Saint Bruno et ses compagnons bâtissent une église et des
- cellules sur la croupe d'une montagne.</li>
-
- <li>12<sup>o</sup> L'évêque Hugues donne l'habit à ces nouveaux religieux.</li>
-
- <li>13<sup>o</sup> Le pape Victor III confirme, en plein consistoire,
- l'institut des Chartreux.</li>
-
- <li>14<sup>o</sup> Saint Bruno donne lui-même l'habit à quelques nouveaux
- religieux.</li>
-
- <li>15<sup>o</sup> Le saint fondateur reçoit une lettre du pape Urbain II, qui
- lui ordonne de se rendre à Rome pour l'aider de ses conseils.</li>
-
- <li>16<sup>o</sup> Saint Bruno en présence du pape, et lui baisant les pieds.</li>
-
- <li>17<sup>o</sup> Il refuse, par humilité, l'archevêché de Reggio que le pape
- lui offroit.</li>
-
- <li>18<sup>o</sup> Saint Bruno, retiré dans les déserts de la Calabre, y
- établit un nouveau monastère de son institut.</li>
-
- <li>19<sup>o</sup> Sa rencontre avec Roger, comte de Sicile, dans une chasse
- que faisoit ce seigneur, et le don que lui fait celui de l'église
- de Saint-Martin et de Saint-Étienne.</li>
-
- <li>20<sup>o</sup> Saint Bruno apparoissant à Roger couché dans sa tente, et
- lui donnant avis d'une conjuration tramée contre lui.</li>
-
- <li>21<sup>o</sup> La mort de saint Bruno.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> 22<sup>o</sup> Saint Bruno enlevé au ciel par des anges<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Lien vers la note 219"><span class="smaller">[219]</span></a>.</li>
-</ul>
-
- <p>Aux extrémités de ce petit cloître:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>La vue de la ville de Paris telle qu'elle étoit au commencement
- du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle.</li>
-
- <li>Celle de la ville de Rome. (On prétend que ces deux vues, ornées
- de figures de demi-nature, étoient dues au pinceau de <cite>Le Sueur</cite>
- et de ses élèves.)</li>
-
- <li>La grande Chartreuse de Pavie, fondée par <cite>Jean Galéas
- Visconti</cite>.&mdash;La Chartreuse de Grenoble.</li>
-
- <li>On estimoit les vitraux de ce cloître. Ils représentoient les
- Pères du désert, et avoient été exécutés d'après un peintre nommé
- <cite>Sadeler</cite>.</li>
-</ul>
-
-<p class="p2 center smcap">SCULPTURES.</p>
-
- <p>Dans le ch&oelig;ur des Pères, trois figures qui soutenoient le
- pupitre, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité.</p>
-
- <p>Dans le grand cloître, du côté de l'église, un grand bas-relief
- sculpté sur la muraille, où l'on voyoit Jeanne de Châtillon
- présentant à la sainte Vierge, qui tenoit l'Enfant Jésus dans ses
- bras, et à saint Jean Baptiste, quatorze Chartreux à genoux. Le
- haut de cette sculpture étoit orné de treize écussons aux armes
- de France et de Châtillon alternativement. On y lisoit aussi
- plusieurs inscriptions rapportées par Piganiol<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Lien vers la note 220"><span class="smaller">[220]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans le mur des ailes du même cloître, à gauche, la figure de
- Pierre de Navarre, ayant saint Pierre à ses côtés, et quatre
- Chartreux devant lui, tous aux pieds de la Vierge. Un ange, placé
- derrière ce groupe, soutenoit une inscription qui faisoit mention
- des quatre cellules fondées par ce prince.</p>
-
- <p>Sur la porte de la seconde cour, une statue de la Vierge, aux
- <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> pieds de laquelle un grand bas-relief faisoit voir saint
- Louis présentant plusieurs Chartreux à cette reine du ciel. À ses
- côtés étoient saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Hugues,
- d'abord chartreux, depuis évêque de Lincoln.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans l'église avoient été inhumés:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Philippe de Marigny, évêque de Cambrai, puis archevêque de Sens,
- mort en 1325. (Transporté de l'ancienne chapelle devant le
- maître-autel de l'église.)</li>
-
- <li>Jean de Blangi, docteur en théologie, évêque d'Auxerre, mort en
- 1344.</li>
-
- <li>Jean de Chissé, évêque de Grenoble, mort en 1350.</li>
-
- <li>Amé de Genève, frère du pape Clément VII, mort en 1359. (Il étoit
- représenté armé sur son tombeau.)</li>
-
- <li>Jean de Dormans, évêque de Beauvais, cardinal et chancelier de
- France; Guillaume de Dormans, aussi chancelier de France, morts
- tous les deux en 1373. (La statue en bronze du cardinal étoit
- couchée sur son tombeau)<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Lien vers la note 221"><span class="smaller">[221]</span></a>.</li>
-
- <li>Marguerite de Châlons, femme de Jean de Savoie, chevalier, morte
- en 1378.</li>
-
- <li>Guillaume de Sens, premier président du parlement de Paris, mort
- en 1399.</li>
-
- <li>Michel de Cernay, évêque d'Auxerre et confesseur de Charles VI,
- mort en 1409.</li>
-
- <li>Pierre de Navarre, fils de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre,
- mort en 1412. (Il étoit représenté en marbre blanc, couché sur
- son tombeau, avec Catherine d'Alençon sa femme, quoique cette
- princesse, morte en 1462, eût été inhumée à
- Sainte-Geneviève<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Lien vers la note 222"><span class="smaller">[222]</span></a>).</li>
-
- <li>Philippe d'Harcourt, premier chambellan de Charles VI, mort en
- 1414.</li>
-
- <li><span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> Jean d'Arsonvalle, évêque de Châlons et confesseur du
- dauphin, fils de Charles VI, mort en 1416.</li>
-
- <li>Jean de La Lune, neveu de l'antipape Benoît XIII, mort en 1424.</li>
-
- <li>Adam de Cambray, premier président de Paris, mort en 1456.
- Charlotte Alexandre, sa femme, morte en 1472.</li>
-
- <li>Louis Stuart, seigneur d'Aubigni, mort en 1665.</li>
-</ul>
-
- <p>Dans le cloître et dans le grand cimetière:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Jean Versoris, avocat et fameux ligueur, mort en 1588.</li>
-
- <li>Jean Descordes, chanoine de Limoges, dont la bibliothèque a fait
- le fond de celle du collége Mazarin, mort en 1642.</li>
-
- <li>Pierre Danet, curé de Sainte-Croix de la Cité, et auteur des
- dictionnaires qui portent son nom, mort en 1709.</li>
-</ul>
-
- <p>Dans la chapelle des femmes:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Laurent Bouchel, avocat fameux, mort en 1629, etc.</li>
-</ul>
-</div>
-
-<p>On entroit dans ce monastère par un portail situé sur la rue d'Enfer;
-une avenue assez longue et plantée d'arbres conduisoit à la porte
-intérieure de la maison. La première cour offroit à gauche une
-chapelle assez grande que l'on nommoit la chapelle <i>des femmes</i>, parce
-que c'étoit le seul endroit du couvent où il leur fût permis d'entrer.
-Elle avoit été consacrée en 1460, sous l'invocation de la Vierge et de
-saint Blaise<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Lien vers la note 223"><span class="smaller">[223]</span></a>; dans la seconde cour on voyoit à droite un corps
-de logis bien bâti, qui avoit servi autrefois à <span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> loger les
-<em>hôtes</em>. À gauche se présentoit l'église dans toute sa longueur.</p>
-
-<p>De l'église on passoit dans le petit cloître qui étoit orné de
-pilastres d'ordre dorique. Les tableaux de Le Sueur étoient encastrés
-dans les arcs de ce cloître.</p>
-
-<p>Autour du grand cloître, qui avoit été bâti à plusieurs reprises,
-étoient les cellules. Chacun de ces petits logements se composoit d'un
-vestibule, d'une chambre, d'une autre pièce, qui servoit de
-bibliothèque ou de laboratoire, suivant le goût du religieux qui
-l'occupoit, d'une petite cour et d'un petit jardin. Du reste, la règle
-de saint Bruno, tout austère qu'elle étoit, s'est toujours maintenue
-chez les chartreux, sans altération et sans adoucissement; c'est de
-tous les ordres religieux le seul, ce nous semble, qui n'ait jamais eu
-besoin de réforme.</p>
-
-<p>La sacristie et le chapitre avoient été bâtis aux dépens d'un
-cordonnier nommé Pierre Loisel et de sa femme. Tous les deux avoient
-été enterrés dans le chapitre en 1331 et 1343<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Lien vers la note 224"><span class="smaller">[224]</span></a>. Nous avons déjà
-dit que le réfectoire avoit été établi dans la chapelle Vauvert. La
-bibliothèque du prieur étoit considérable, et estimée tant pour la
-quantité que pour la qualité des livres qui la composoient.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> Les dépendances de cette maison, qui ne consistoient d'abord
-qu'en huit arpents et demi, n'étant plus suffisantes pour le nombre
-toujours croissant de ses religieux, ils firent successivement
-beaucoup d'acquisitions dans les clos de Vignerei et de Saint-Sulpice,
-acquisitions dont les titres et la preuve se trouvoient dans les
-archives de Saint-Germain. Marie de Médicis ayant eu besoin d'une
-partie de ce terrain pour son parc du Luxembourg, leur donna en
-échange des terres situées vis-à-vis de leur monastère et de l'autre
-côté du chemin d'Issy. Comme ce chemin étoit ouvert dans un fond
-humide et souvent impraticable, Louis XIII, par des lettres-patentes
-datées de 1617, leur en fit don dans une longueur de cent vingt-et-une
-toises, avec permission de l'enfermer dans leur enceinte. Ce terrain
-formoit leur petit clos. Le même monarque ordonna que l'on
-construiroit l'avenue plantée d'arbres qui conduisoit à leur
-monastère, et que la rue d'Enfer seroit continuée en ligne droite
-jusqu'aux Carmélites.</p>
-
-<p>Le terrain qu'occupoient les chartreux étoit immense, si l'on
-considère qu'il étoit renfermé dans l'un des faubourgs de Paris; le
-seul jardin potager renfermoit au moins quinze arpents<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Lien vers la note 225"><span class="smaller">[225]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> L'ABBAYE DE PORT-ROYAL.</h3>
-
-<p>Ce monastère étoit un démembrement de celui de <em>Porroi</em> ou <em>Porrois</em>
-et <em>Porrais</em>, fondé près de Chevreuse en 1204. Il fut nommé depuis,
-par altération, <em>Port-du-Roi</em> et <em>Port-Royal</em>. On y suivoit la règle
-de Cîteaux; mais les austérités qu'elle prescrit s'étoient adoucies
-par degrés, et le relâchement commençoit à s'y introduire, lorsqu'en
-1609 la réforme y fut introduite par Jacqueline-Marie-Angélique
-Arnauld, qui alors en étoit abbesse. Cette réforme eut un si grand
-succès et fut embrassée par tant de personnes, que les bâtiments de
-cette maison devenant insuffisants, on pensa, peu de temps après, à
-former un second établissement; et ce parti devenoit d'autant plus
-urgent que le monastère de Port-Royal étoit situé dans une vallée
-marécageuse et très malsaine. Il est probable <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> toutefois que
-l'exécution en eût souffert beaucoup de difficultés, sans les
-libéralités de madame Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld, sieur
-d'Andilli, et mère de l'abbesse. Elle fit, au profit de cette abbaye,
-l'acquisition d'une grande maison accompagnée de jardins, nommée la
-maison de <i>Clagni</i>, et non de <i>Glatigni</i>, comme l'écrivent plusieurs
-historiens. M. de Gondi donna en 1625 les permissions nécessaires pour
-la translation des religieuses, translation qui fut exécutée le 28 mai
-de la même année; et les dons considérables d'un très grand nombre de
-personnes de la plus haute qualité fournirent bientôt les moyens d'y
-faire construire les lieux réguliers, ainsi que tous les autres
-bâtiments nécessaires à une communauté religieuse<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Lien vers la note 226"><span class="smaller">[226]</span></a>. La mère
-Angélique, désirant consolider <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> la réforme qu'elle avoit
-instituée, obtint du pape et du roi que son monastère seroit soustrait
-à la juridiction de Cîteaux, pour être soumis à celle de l'archevêque
-de Paris, et que l'élection des abbesses, jusque là perpétuelle,
-deviendroit triennale. Le roi lui ayant accordé à cet effet des
-lettres-patentes en 1629, elle donna sa démission en 1630.</p>
-
-<p>Les fondements de l'église de ce monastère furent jetés en 1646; elle
-fut achevée et bénite en 1648. Dès l'année précédente madame Arnauld
-avoit obtenu du pape un nouveau bref pour établir dans son monastère
-l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.</p>
-
-<p>Cependant on ne cessoit point de travailler aux réparations de
-l'ancien monastère, à qui l'on donna alors, pour le distinguer de
-celui-ci, le nom de <i>Port-Royal-des-Champs</i>. Dès qu'elles furent
-achevées, l'abbesse et les religieuses demandèrent à l'archevêque la
-permission d'y envoyer quelques-unes de leurs s&oelig;urs, ce qui leur
-fut accordé en 1647, sous la condition expresse que cette maison ne
-formeroit point un corps de communauté particulière, et ne cesseroit
-point d'être soumise à l'autorité de l'abbesse et à la juridiction de
-l'ordinaire. Depuis, la résistance qu'opposèrent à la signature du
-formulaire les religieuses de Paris détermina l'archevêque à les
-transférer dans le <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> Port-Royal-des-Champs; quelques unes même
-furent dispersées en divers couvents, ce qui dura jusqu'à la paix de
-Clément IX, arrivée en 1669. Alors un arrêt du conseil sépara les deux
-maisons de Port-Royal en deux titres d'abbayes indépendantes l'une de
-l'autre. Celle de Paris fut déclarée de nomination royale et
-perpétuelle, et l'autre, élective et triennale. On partagea en même
-temps tous les biens, dont les deux tiers furent attribués à
-Port-Royal-des-Champs.</p>
-
-<p>Cette dernière maison a subsisté jusqu'en 1709, qu'en conséquence
-d'une bulle de Clément XI, M. le cardinal de Noailles, archevêque de
-Paris, supprima le titre de cette abbaye et en réunit les biens à
-celle de Paris. Les religieuses furent dispersées dans divers
-monastères, et l'on détruisit leur couvent, en vertu d'un arrêt du
-conseil donné dans la même année<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Lien vers la note 227"><span class="smaller">[227]</span></a>.</p>
-
-<p>L'église élevée sur les dessins de Le Pautre, architecte célèbre,
-passoit autrefois pour un chef-d'&oelig;uvre d'architecture<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Lien vers la note 228"><span class="smaller">[228]</span></a>.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE PORT-ROYAL.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, une Cène; par <cite>Philippe de Champagne</cite>. Ce
- n'étoit qu'une répétition du même sujet placé dans le ch&oelig;ur
- des religieuses, où l'on n'entroit point<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Lien vers la note 229"><span class="smaller">[229]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Louis, seigneur de Pontis et d'Ubaie, maréchal de camp, mort en
- 1670.</li>
-
- <li>Marie-Angélique de Scoraille de Roussille, duchesse de Fontange,
- maîtresse de Louis XIV, morte en 1681.</li>
-
- <li>Catherine-Gasparde de Scoraille, marquise de Curton, sa s&oelig;ur,
- morte en 1736.</li>
-</ul>
-</div>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> L'INSTITUTION DE L'ORATOIRE.</h3>
-
-<p>Cette maison, située dans la rue d'Enfer, étoit consacrée à recevoir
-ceux qui se destinoient à entrer dans la congrégation de l'Oratoire.
-C'étoit là qu'ils recevoient les premières instructions du ministère
-auquel ils étoient appelés. Ce fut Nicolas Pinette, trésorier de
-Gaston, duc d'Orléans, qui l'acheta en 1650, la fit réparer d'une
-manière convenable, et la donna ensuite à cette congrégation en toute
-propriété. Les prêtres de l'Oratoire obtinrent, peu de temps après,
-par le crédit de Gaston lui-même, des lettres-patentes qui les
-gratifièrent de tous les priviléges dont jouissoient les maisons de
-fondation royale.</p>
-
-<p>L'église, dont la première pierre fut posée au nom de ce prince le 11
-novembre 1655, fut bénite en 1657, sous le titre de la <i>Présentation
-au temple</i>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'INSTITUTION.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, la Présentation au Temple; par
- <cite>Simon-François</cite>; de Tours.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> Sur la porte d'entrée, Notre-Seigneur devant Pilate; par
- <cite>Charles Coypel</cite>.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>La chapelle de la Vierge renfermoit un mausolée élevé, en 1661, à
- la mémoire du cardinal de Bérulle. Ce saint prélat y étoit
- représenté à genoux dans une niche; au dessus, une grande urne de
- marbre noir renfermoit sa main et son bras droit. Ce monument
- avoit été exécuté par <cite>Jacques Sarrazin</cite>, auquel on devoit aussi
- la statue du même personnage que l'on voyoit aux Carmélites<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Lien vers la note 230"><span class="smaller">[230]</span></a>.</p>
-
- <p>Dans diverses parties de l'église avoient été inhumés:</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Jeanne-Marie-Françoise Chouberne, l'une des bienfaitrices de
- cette communauté, morte en 1655.</li>
-
- <li>Henri de Barillon, évêque de Luçon, mort en 1699.</li>
-
- <li>Le maréchal de Biron, mort en 1756.</li>
-</ul>
-</div>
-
-<p>La maison de l'institution étoit également célèbre par les hommes
-distingués qu'elle a produits et par les personnages illustres qui s'y
-sont retirés pour s'occuper uniquement du soin de leur salut.</p>
-
-<p>Ses bâtiments étoient accompagnés d'un vaste enclos bien cultivé<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Lien vers la note 231"><span class="smaller">[231]</span></a>.</p>
-
-<p>La bibliothèque, peu considérable, offroit un choix de très bons
-livres et possédoit quelques manuscrits précieux.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> PRÊTRES DE LA COMMUNAUTÉ.</h3>
-
-<p>C'étoit ainsi que l'on nommoit en 1658 une réunion d'ecclésiastiques
-qui s'étoit formée dans une maison de la rue Saint-Dominique. Ce sont
-les mêmes qui se rendirent depuis si malheureusement célèbres sous le
-nom de <i>Solitaires de Port-Royal-des-Champs</i>, où ils s'étoient
-retirés.</p>
-
-
-<h3>LA FOIRE SAINT-GERMAIN.</h3>
-
-<p>On arrivoit à cette foire, sur l'emplacement de laquelle vient d'être
-élevé le marché Saint-Germain<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Lien vers la note 232"><span class="smaller">[232]</span></a>, en revenant sur ses pas jusqu'à la
-rue du Brave, où se présentait une de ses entrées; les autres étoient
-dans la rue Guisarde et dans les petites rues qui aboutissent aux rues
-du Four et des Boucheries.</p>
-
-<p>L'abbaye de Saint-Germain jouissoit de temps immémorial du droit de
-foire; mais la <span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> suite des temps amena de grands changements,
-soit à l'égard des lieux où se formoit ce rassemblement, soit dans sa
-durée. Le premier titre cité par Jaillot qui en fasse mention est une
-charte de Louis-le-Jeune, datée de 1176<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Lien vers la note 233"><span class="smaller">[233]</span></a>, par laquelle il paroît
-que l'abbé Hugues et ses religieux lui cèdent la moitié des revenus de
-cette foire. Toutefois cet acte ne dit point en quel lieu elle se
-tenoit, ni à quelle occasion cette cession fut faite; on y lit
-seulement qu'elle commençoit tous les ans, quinze jours après Pâques,
-et qu'elle duroit trois semaines. Il paroît probable que ce prince
-indemnisa l'abbaye en lui permettant d'établir une autre foire,
-puisqu'on trouve en 1200 que Philippe-Auguste confirma ce droit en
-reconnoissant qu'il avoit été accordé pour Louis VII<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Lien vers la note 234"><span class="smaller">[234]</span></a>. Jaillot
-pense qu'elle pouvoit bien se tenir près du chemin d'Issy (rue
-d'Enfer), et cite plusieurs actes à l'appui de cette assertion<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Lien vers la note 235"><span class="smaller">[235]</span></a>.</p>
-
-<p>Nous avons déjà fait mention de la rixe sanglante qui s'éleva en 1278,
-près du Pré-aux-Clercs, entre les domestiques de l'abbaye et les
-écoliers de l'Université<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Lien vers la note 236"><span class="smaller">[236]</span></a>. Cette compagnie, <span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> qui
-jouissoit alors d'une autorité sans bornes, la fit valoir à cette
-occasion avec une violence qu'on a peine à concevoir aujourd'hui, et
-obtint de Philippe le Hardi un arrêt dont la rigueur est presque sans
-exemple. Les religieux de Saint-Germain furent condamnés à payer des
-sommes considérables et à fonder deux chapelles, chacune de 20 livre
-parisis de rente. Pour racheter cette rente de 40 livres, ils se
-décidèrent à céder au roi l'autre moitié des droits de leur foire, ce
-qui est prouvé par les lettres que Matthieu de Vendôme et le seigneur
-de Nesle firent expédier à ce sujet en 1284<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Lien vers la note 237"><span class="smaller">[237]</span></a>. Philippe le Hardi
-transféra cette foire aux halles, ou pour mieux dire, il la supprima
-entièrement.</p>
-
-<p>On la voit renaître sous le règne de Louis XI. Les pertes
-considérables que les religieux de Saint-Germain avoient essuyées sous
-les règnes désastreux de Charles VI et Charles VII engagèrent Geofroi
-Floreau, abbé de Saint-Germain, à demander à Louis XI, successeur de
-ce dernier roi, la permission d'établir dans le faubourg une foire
-franche, semblable à celle de Saint-Denis. Les lettres-patentes qui la
-lui accordent, datées du Plessis-lès-Tours en <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> 1482<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Lien vers la note 238"><span class="smaller">[238]</span></a>,
-portent que cette foire de voit commencer le 1<sup>er</sup> octobre et durer
-huit jours. L'époque et le temps de la durée furent changés plusieurs
-fois sous les règnes suivants; enfin sous Louis XIV, qui en confirma
-le privilége en 1711, l'ouverture en fut fixée définitivement au 3
-février. Elle se prolongeoit ordinairement jusqu'à la veille du
-dimanche des Rameaux.</p>
-
-<p>Le terrain sur lequel on l'avoit établie étoit autrefois renfermé dans
-les dépendances de l'hôtel de Navarre. En 1398, Charles VI ayant fait
-don à son oncle, le duc de Berri, des jardins, places et masures qui
-se trouvoient sur cet emplacement<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Lien vers la note 239"><span class="smaller">[239]</span></a>, ce prince, pour éteindre une
-rente dont il étoit redevable aux religieux de Saint-Germain, leur
-céda, dès l'année suivante, sa nouvelle propriété. Ils la destinèrent
-aussitôt à leur foire, et, pour en faciliter l'accès, acquirent dans
-le siècle suivant (en 1489), d'un particulier nommée Étienne Sandrin,
-un passage qui conduisoit de la grande rue au clos de Navarre<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Lien vers la note 240"><span class="smaller">[240]</span></a>.
-C'est ce passage qu'on a appelé depuis <i>Porte-Greffière</i> et <i>passage
-de la Treille</i>. Tel est le détail historique des circonstances
-<span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> de cet établissement, vérifié par Jaillot sur les titres
-originaux, et sur lequel Piganiol s'est considérablement trompé, tant
-pour les faits que pour les dates.</p>
-
-<p>Dès l'année 1486, les religieux de Saint-Germain avoient fait
-construire trois cent quarante loges, mais avec si peu de solidité,
-qu'en 1511 Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain, jugea à propos
-de les faire rebâtir telles qu'on les a vues subsister jusqu'en 1762.
-Elles furent détruites dans la nuit du 16 au 17 mars de cette année,
-par un incendie si violent qu'en moins de cinq heures toutes les
-loges, boutiques, etc., furent totalement consumées. On commença à les
-reconstruire, dès le mois d'octobre suivant, et avec une telle
-activité, que la foire y fut tenue comme à l'ordinaire, l'année
-d'après et sans le moindre retard; mais il s'en falloit de beaucoup
-que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne, et bâtie
-avec la même magnificence<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Lien vers la note 241"><span class="smaller">[241]</span></a>.</p>
-
-<p>On vendoit dans cette foire toute espèce de marchandises, excepté des
-livres et des armes. <span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Les marchands du dehors, les ouvriers
-qui n'étoient pas maîtres, pouvoient y apporter les objets de leur
-commerce et les produits de leur industrie, sans crainte d'être
-inquiétés par les jurés de la ville. La richesse et la variété de ces
-divers étalages y attiroient une affluence prodigieuse de curieux et
-toutes les classes de la société. Des danseurs de corde, des
-chanteurs, des comédiens, venoient y établir leurs spectacles; et l'on
-a vu que l'un des théâtres les plus renommés de Paris, l'Opéra
-comique, y avoit pris naissance. On y élevoit des salles de danse; on
-y établissoit des jeux de toute espèce; en un mot, c'étoit une fête
-continuelle dans laquelle se déployoit sans contrainte la gaieté
-bruyante et folâtre du peuple parisien<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Lien vers la note 242"><span class="smaller">[242]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> PRÉAU DE LA FOIRE SAINT-GERMAIN.</h3>
-
-<p>Cet endroit, dans lequel se tient encore aujourd'hui le marché du
-faubourg Saint-Germain, étoit autrefois plus vaste qu'il n'est
-aujourd'hui: on y vendoit alors des bestiaux, ainsi que dans l'espace
-compris entre les rues de Tournon et Garancière. Ce dernier
-emplacement s'appeloit <i>le Pré-Crotté</i> ou <i>le Champ de la Foire</i>.
-Quant au Préau, son nom lui venoit du terrain même sur lequel il avoit
-été formé. En 1500, ce terrain étoit couvert d'herbes, et fut affermé
-à <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> un particulier<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="smaller">[243]</span></a>. En 1608, on en retrancha un espace de
-cent cinquante-trois toises, lequel fut cédé au sieur La Fosse,
-secrétaire du prince de Conti, «à la charge d'y faire bâtir des
-boutiques, de laisser un passage libre pour la foire, et de conserver
-la petite maison au bout, pour servir d'audience.» C'est de cette
-maison que le passage de la Treille avoit reçu le nom de
-<i>Porte-Greffière</i>. Toutefois cette cession ne fut faite que pour
-vingt-neuf ans, après lequel temps tout cet espace devoit rentrer dans
-la propriété de l'abbé de Saint-Germain. C'est le passage qui avoit
-son entrée par la rue des Boucheries et qui conduisoit au Préau.</p>
-
-<p>Quant au marché, il fut construit, en 1726, par ordre et aux dépens du
-cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain. Sur l'emplacement
-qu'il occupoit et où s'élève le marché neuf, avoient autrefois été les
-Halles de l'abbaye et successivement les jardins de l'hôtel de Navarre
-et le Préau dont nous venons de parler. Le cardinal en prit une partie
-qu'il fit environner de murs. Il fit en même temps construire les
-maisons qui formoient les rues de Bissi et les deux Halles, sous
-lesquelles, avant la révolution, il se tenoit, deux fois la semaine,
-un marché au pain très considérable.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.<br />
-GRAND SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.<br />
-(Rue du Vieux-Colombier.)</h3>
-
-<p>Il doit son origine à Jean-Jacques Ollier, abbé de Pébrac. Ce pieux
-personnage en avoit jeté les premiers fondements à Vaugirard dans
-l'année 1641. Il y vivoit en communauté avec quelques ecclésiastiques
-également recommandables par leurs lumières et par leurs vertus,
-lorsqu'au mois d'août suivant M. de Fiesque lui résigna la cure de
-Saint-Sulpice. Persuadé qu'il seroit plus avantageux de fixer à Paris
-et de faire croître sous ses propres yeux l'établissement qu'il venoit
-de former dans ses environs, il emmena avec lui ses associés, les
-logea au presbytère, et plaça dans une maison de la rue Guisarde
-quelques autres ecclésiastiques qui désiroient entrer dans cette
-réunion. Leurs exercices furent d'abord communs; mais le nombre des
-nouveaux sujets que l'on admettoit chaque jour devint si considérable,
-que le fondateur se décida à séparer ces deux communautés. Pour
-<span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> exécuter ce projet, il acheta, au mois de mai 1645, une
-grande maison avec un jardin et un terrain assez vaste qui en
-dépendoit, le tout situé dans la rue du Vieux-Colombier. Ce fut sur
-cet emplacement que, du consentement de l'abbé de Saint-Germain, donné
-en 1645, on construisit les édifices nécessaires à une communauté.
-Depuis, ces bâtiments furent considérablement augmentés. Dans cette
-même année, M. Ollier obtint pour l'établissement de son séminaire des
-lettres-patentes enregistrées au grand conseil en 1646, et à la
-chambre des comptes en 1650.</p>
-
-<p>La chapelle fut bénite le 18 novembre de cette dernière année. C'étoit
-un petit édifice qui n'avoit rien de remarquable, mais que l'on
-visitoit à cause des belles peintures dont <cite>Le Brun</cite> l'avoit décoré.</p>
-
-
-<div class="descript">
-<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.</p>
-
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, la Descente du Saint-Esprit; par <cite>Le Brun</cite>.
- (Ce peintre célèbre s'étoit représenté lui-même dans un coin de
- ce tableau.)</p>
-
- <p>Dans le plafond, l'Assomption de la Vierge; par le même.</p>
-
- <p>Au dessus de la porte, une Descente de Croix; par <cite>Hallé</cite>.</p>
-
- <p>Dans la nef, la Présentation au Temple; par <cite>Marot</cite>.</p>
-
- <p>La Naissance de la Vierge; par <cite>Restout</cite>.</p>
-
- <p>La Purification et les prophètes Isaïe et Ézéchiel; par le même.</p>
-
- <p>La Visitation; par <cite>Verdier</cite>.</p>
-
- <p>La Naissance du Sauveur; par <cite>Le Clerc</cite>.</p>
-
- <p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> L'Adoration des Mages; la Fuite en Égypte; Jésus-Christ
- prêchant dans le Temple; le Couronnement de la Vierge; sans nom
- d'auteurs.</p>
-
-
-<p class="p2 center smcap">SÉPULTURES.</p>
-
- <p>Dans cette chapelle avoit été inhumé M. Ollier, fondateur du
- séminaire, mort en 1657.</p>
-</div>
-
-<p>Ce séminaire possédoit une belle bibliothèque, composée d'environ
-trois mille volumes dispersés dans diverses pièces. Il avoit aussi une
-collection choisie d'estampes et un cabinet d'histoire naturelle<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Lien vers la note 244"><span class="smaller">[244]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LE PETIT SÉMINAIRE (rue Férou).</h3>
-
-<p>La partie des bâtiments du grand séminaire qui donnoit sur la rue
-Férou étoit destinée à ceux qui composoient le petit séminaire. Il
-porta d'abord le nom de <i>Saint-Joseph</i>, et fut fondé, en 1686, dans
-une maison de cette rue, que la construction du portail de
-Saint-Sulpice força presque aussitôt de démolir; on le transféra, dès
-l'année suivante, dans une autre maison achetée par le séminaire, et
-toujours dans la même rue. La communauté des étudiants en <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span>
-philosophie, instituée en 1687, eut ses exercices communs avec ceux du
-petit séminaire jusqu'en 1713 qu'elle en fut séparée. En 1694 on avoit
-aussi réuni au petit séminaire une autre communauté nommée
-<i>Sainte-Anne</i>, établie en 1684 dans la rue Princesse.</p>
-
-
-<h3>COMMUNAUTÉ DES ROBERTINS (cul-de-sac Férou).</h3>
-
-<p>Cette petite communauté, composée d'ecclésiastiques qui se destinoient
-à entrer au séminaire, fut établie dans ce cul-de-sac en 1677 par M.
-Boucher, docteur de Sorbonne. Il engagea par son testament MM. de
-Saint-Sulpice à s'en charger, ce qu'ils acceptèrent le jour même de
-son décès, arrivé le 20 janvier 1708. Les libéralités dont les combla
-M. Robert, l'un de leurs supérieurs, leur fit donner le nom de
-<i>Robertins</i>.</p>
-
-<p class="quote">
- Leur chapelle étoit décorée d'un très beau tableau de <cite>Le Sueur</cite>,
- représentant la Présentation au Temple.</p>
-
-
-<h3>LES ÉCOLES DE CHARITÉ <i>OU</i> LES S&OElig;URS DE L'ENFANT JÉSUS<br /> (rue
-Saint-Maur).</h3>
-
-<p>Ces écoles, dont le but étoit de donner à de pauvres filles ces
-premiers principes d'une éducation religieuse, principes presque
-toujours <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> ineffaçables, et que des parents peu éclairés et
-dans l'indigence sont hors d'état de communiquer à leurs enfants,
-avoient été instituées par un minime nommé le père Barré. Jaillot
-pense que les premiers fondements de cette institution charitable
-furent jetés à Rouen en 1666 et à Paris en 1667, sur la paroisse
-Saint-Jean en Grève. L'utilité de ces écoles fut bientôt tellement
-reconnue, que toutes les paroisses s'empressèrent de les adopter.
-Elles étoient établies par les curés sous l'administration d'une
-supérieure, et les personnes qui se destinoient à cette &oelig;uvre de
-charité n'y étoient engagées par aucun v&oelig;u solennel. La maison de
-Saint-Maur étoit le chef-lieu de leur institut<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Lien vers la note 245"><span class="smaller">[245]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES.<br />
-(Rue Notre-Dame-des-Champs.)</h3>
-
-<p>Cet établissement, formé dans les mêmes vues de charité et pour élever
-dans le travail et dans la piété de jeunes garçons nés de parents
-pauvres, succéda, dans cette rue, à une communauté de filles, connue
-sous le nom de <i>Communauté de mademoiselle Cossart</i>, ou des <i>Filles du
-Saint-Esprit</i>. Cette association, fondée en 1666 <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> par cette
-pieuse demoiselle pour l'éducation des pauvres filles, ayant été
-supprimée, d'abord en 1670, ensuite et définitivement en 1707, il se
-trouva que la fondatrice, qui sembloit avoir prévu son peu de durée,
-avoit ordonné que, dans le cas de sa suppression, la propriété en
-reviendroit à l'hôpital général. Ses intentions furent remplies, et la
-maison, vendue par les administrateurs, après avoir eu plusieurs
-propriétaires, passa enfin en 1722 aux frères des écoles chrétiennes.</p>
-
-<p>Ces frères, indistinctement nommés les frères <em>des Écoles</em>, les frères
-<i>de l'Enfant-Jésus</i> qui est leur véritable nom, et les frères <i>de
-Saint-Yon</i>, parce que leur noviciat y étoit établi, furent institués à
-Reims en 1679 par M. de La Salle, docteur en théologie et chanoine de
-cette cathédrale. Le succès de cet établissement fit naître la pensée
-d'en former de semblables à Paris. M. de La Salle y fut appelé en
-1688, et les frères qu'il avoit amenés avec lui ouvrirent leurs écoles
-dans la rue Princesse. Elles procurèrent tout le bien qu'on en avoit
-attendu, et l'on en trouve sept, avant la fin de ce siècle, établies
-dans divers quartiers de cette partie méridionale de Paris. Enfin
-elles furent transférées, comme nous venons de le dire, rue
-Notre-Dame-des-Champs.</p>
-
-<p>La chapelle du Saint-Esprit subsistoit encore <span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> dans les
-derniers temps, et l'on y disoit la messe tous les dimanches et
-fêtes<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Lien vers la note 246"><span class="smaller">[246]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>COLLÉGE DU MANS (rue d'Enfer).</h3>
-
-<p>Ce collége fut fondé par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans,
-cardinal et légat du Saint-Siége, lequel destina à cette bonne
-&oelig;uvre une somme de 10,000 fr., par son testament du 26 mai 1519.
-Ses exécuteurs testamentaires, afin de remplir ses intentions,
-achetèrent, 1<sup>o</sup> de François I<sup>er</sup>, moyennant la somme de 8,000 fr.,
-les émoluments du scel de la prévôté de Paris, qui produisoit alors
-550 livres; 2<sup>o</sup> l'hôtel des évêques du Mans, situé rue de Reims, et
-alors en très mauvais état, pour le prix de 25 liv. de rente; 3<sup>o</sup> une
-place que leur céda l'abbé de Marmoutier, pour 5 liv. de rente et 17
-sous de cens, sur laquelle ils firent construire une chapelle. Cette
-fondation fut faite pour un principal, un procureur qui seroit en même
-temps chapelain, et dix boursiers du diocèse, et à la nomination des
-évêques du Mans. On en dressa les statuts en 1526; mais, dès 1613, les
-revenus de la maison étoient tellement diminués, que les exercices
-furent interrompus et les bourses supprimées <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> ou du moins
-suspendues. Les jésuites profitèrent de cette circonstance pour réunir
-ce collége au leur<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Lien vers la note 247"><span class="smaller">[247]</span></a>; et sur la somme de 53,156 liv. 13 sous 4
-deniers, que le roi donna pour cette acquisition, on prit celle de
-28,000 liv., avec laquelle on acheta l'hôtel de Marillac, rue d'Enfer,
-dans lequel ce collége fut transféré en 1683. Il a subsisté jusqu'en
-1764, époque de sa réunion au collége de l'Université<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Lien vers la note 248"><span class="smaller">[248]</span></a>.</p>
-
-
-<h3>LE SÉMINAIRE DE SAINT-PIERRE ET SAINT-LOUIS (même rue.)</h3>
-
-<p>La plupart de nos historiens, ayant négligé de faire des recherches
-sur l'origine de cet établissement, se sont contentés d'en fixer
-l'époque à l'année 1696. Il devoit son origine à M. François de
-Chansiergues, diacre. Ayant réuni quelques pauvres ecclésiastiques
-qu'il aidoit à subsister, il en forma de petites communautés et leur
-donna le nom de <i>Séminaire de la Providence</i><a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Lien vers la note 249"><span class="smaller">[249]</span></a>. M. de Lauzi, curé
-de Saint-Jacques de la Boucherie, convaincu de l'utilité de semblables
-institutions, s'unit à M. de Chansiergues <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> pour les
-perfectionner. Celle dont nous parlons fut placée d'abord dans une
-maison rue Pot-de-Fer, laquelle fut cédée, en pur don et en vue de
-cette &oelig;uvre de piété, par M. François Pingré, sieur de
-Farinvilliers, et dame Catherine Pépin son épouse. M. de Marillac,
-successeur de M. de Lauzi, voulut imiter son zèle et prendre la suite
-de ses projets. Propriétaire d'une maison assez vaste, rue d'Enfer, il
-la destina en 1687 pour recevoir le séminaire de la rue Pot-de-Fer. M.
-et madame de Farinvilliers y firent bâtir le corps de logis principal
-ainsi que la chapelle, et donnèrent 80,000 liv. pour la fondation de
-douze places gratuites, depuis réduites à dix. Elles étoient à la
-nomination du supérieur; mais pour donner plus d'émulation aux jeunes
-clercs, on les mettoit au concours.</p>
-
-<p>M. de Marillac, de son côté, ne borna pas ses bienfaits à ces
-premières libéralités; il y joignit en 1696 une maison joignant celle
-de la rue Pot-de-Fer, deux autres maisons à Gentilli et 1150 livres de
-rente. Enfin M. le cardinal de Noailles et M. de Marillac, conseiller
-d'état, frère de l'instituteur, mirent la dernière main à cet
-établissement, en le faisant confirmer par des lettres-patentes qu'ils
-obtinrent en 1696. Le roi gratifia alors ce séminaire d'une pension
-annuelle de 3,000 livres, et le clergé lui en accorda une de 1,000
-liv.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> Outre les places gratuites fondées par M. de Farinvilliers,
-il y en avoit trois autres pour de jeunes clercs d'Aigueperse et de
-Riom, dont on étoit redevable à M. Fouet, docteur en théologie. Ce
-séminaire étoit en tout composé de cent quarante étudiants, sous
-l'inspection de quatre personnes nommées par l'archevêque, qui prenoit
-le titre de premier supérieur de cette maison, et payoit la pension de
-trente à quarante ecclésiastiques.</p>
-
-<p>La chapelle étoit grande et bien ornée. La première pierre en fut
-posée en 1703 par le cardinal de Noailles, et le séminaire ne fut
-transféré dans cette nouvelle demeure que le 1<sup>er</sup> octobre de l'année
-suivante<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Lien vers la note 250"><span class="smaller">[250]</span></a>.</p>
-
-<div class="descript">
-<p class="center smcap">TABLEAUX.</p>
-
- <p>Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant le boiteux; par
- <cite>Jeaurat</cite>.</p>
-
- <p>Saint Louis, saint Charles, une Assomption, l'Ange consolant
- saint Pierre; par le même.</p>
-</div>
-
-<p>La bibliothèque de cette maison étoit un legs de M. Louis-Bernard
-Oursel, prêtre, docteur en théologie, chanoine et grand pénitencier de
-l'église de Paris.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> HÔTELS.</h3>
-<h4>ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.</h4>
-
-<p class="center">HÔTEL DE CONDÉ (rue de Condé).</p>
-
-<p>L'endroit où il étoit situé faisoit anciennement partie du clos
-Bruneau. Antoine de Corbie y fit bâtir un <em>séjour</em> ou <em>maison de
-plaisance</em>, que Jérôme de Gondi, duc de Retz et maréchal de France,
-acheta au mois de juillet 1610. Cet hôtel qu'il avoit agrandi,
-embelli, et rendu l'un des plus magnifiques d'alors, fut vendu et
-adjugé par décret, en 1612, à Henri de Bourbon, prince de Condé. Dans
-le siècle dernier, la famille de Condé l'ayant abandonné pour occuper
-le palais Bourbon, il fut démoli, et l'on choisit cet emplacement pour
-y construire le Théâtre-François.</p>
-
-<p>Cet hôtel étoit composé de plusieurs corps de logis, bâtis à
-différentes époques et n'offrant aucune symétrie dans leur ensemble.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DE BOURBON (rue du Petit-Bourbon).</p>
-
-<p>Cet hôtel, sur l'emplacement duquel on a vu depuis s'élever l'hôtel
-de Châtillon, occupoit <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> l'espace renfermé entre les rues de
-Tournon et Garancière. Il appartenoit à Louis de Bourbon, duc de
-Montpensier. Sauval dit que sa veuve y demeuroit en 1588, lorsqu'à la
-nouvelle de la mort des Guise, tués à Blois les 23 et 24 décembre de
-cette année, elle parcourut la ville de Paris, excitant la populace à
-la révolte et allumant ainsi le feu de la guerre civile.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DE GARANCIÈRE (rue Garancière).</p>
-
-<p>Il y avoit autrefois dans cette rue un hôtel Garancière qui lui avoit
-donné son nom. Il en est fait mention dans des actes de 1421 et
-1427<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Lien vers la note 251"><span class="smaller">[251]</span></a>. Mais en 1457 il étoit en ruine et ne fut point rebâti.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DE ROUSSILLON (rue du Four).</p>
-
-<p>Cet hôtel, qui existoit encore au commencement du dix-septième siècle,
-appartenoit à Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon en
-Dauphiné; c'étoit un démembrement de l'ancien hôtel et des jardins de
-Navarre dont nous avons déjà parlé. Vers 1620, cet hôtel fut vendu à
-divers particuliers; on construisit des maisons sur l'emplacement
-qu'il occupoit, et l'on y ouvrit les rues Guisarde et Princesse.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> HÔTEL CASSEL (rue Cassette).</p>
-
-<p>Cet ancien hôtel occupoit la plus grande partie de la rue Cassette,
-dont le nom n'est qu'une altération de celui de Cassel. Il existoit
-dans le seizième siècle; nous ignorons l'époque de sa destruction.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL MÉZIÈRE (même rue).</p>
-
-<p>Cet hôtel appartenoit à une ancienne famille que l'on disoit issue de
-la maison d'Anjou; et ses jardins s'étendoient le long de la rue qui
-conserve encore aujourd'hui le nom de Mézière. Il fut vendu le 3 avril
-1610, au prix de 24,000 liv., et changé, comme nous l'avons déjà dit,
-en une maison de noviciat pour les Jésuites.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL SAINT-THOMAS (rue Saint-Thomas).</p>
-
-<p>Cet hôtel assez remarquable avoit été bâti par les Jacobins. Il en est
-fait mention dans un titre nouveau du 17 avril 1636<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Lien vers la note 252"><span class="smaller">[252]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DU GRAND MOYSE (rue Princesse).</p>
-
-<p>On ne sait rien autre chose de cet hôtel, sinon qu'il existoit au
-dix-septième siècle dans cette rue, au coin de laquelle on avoit placé
-une statue de Moyse, tenant les tables de la loi. L'opinion <span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span>
-commune étoit que cette maison avoit appartenu à un Juif; mais on n'en
-a aucune preuve.</p>
-
-
-<h4>HÔTELS EXISTANTS EN 1789.</h4>
-
-<p class="center">HÔTEL DE SOURDÉAC (rue Garancière).</p>
-
-<p>Cet hôtel bâti par René de Rieux, évêque de Léon, étoit dans le
-principe appelé <i>Hôtel de Léon</i>; il passa en 1651 à Gui de Rieux,
-seigneur de Sourdéac, dont il a conservé le nom, quoique ce ne soit
-plus qu'une maison particulière.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DE NIVERNOIS (rue de Tournon).</p>
-
-<p>Cet hôtel est célèbre pour avoir été habité par le fameux maréchal
-d'Ancre, Concino-Concini. On sait qu'après la mort de ce favori il fut
-pillé et confisqué au profit du roi. Louis XIII y demeura quelque
-temps. Il fut affecté depuis au logement des ambassadeurs
-extraordinaires; enfin on l'échangea avec M. le duc de Nivernois
-contre l'hôtel de Pontchartrain, et ce seigneur en fut le dernier
-propriétaire jusqu'au moment de la révolution. Cet hôtel avoit été
-restauré par M. Peyre aîné, architecte, et passoit alors pour une des
-plus agréables habitations de Paris.</p>
-
-
-<p class="p2 center">HÔTEL DE VENDÔME (rue d'Enfer).</p>
-
-<p>Cet hôtel, que les Chartreux avoient fait construire en 1706, en même
-temps que toutes les <span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> maisons contiguës jusqu'à la première
-porte d'entrée de leur monastère, avoit été fort augmenté et embelli
-par madame la duchesse de Vendôme qui l'avoit acheté à vie. Il fut
-depuis occupé par le duc de Chaulnes. La princesse d'Anhalt y ayant
-ensuite établi sa demeure, obtint du roi la permission de faire
-abattre une partie du mur, d'établir ainsi une communication avec le
-jardin du Luxembourg, et de fermer cette ouverture par une grille de
-fer qui subsiste encore aujourd'hui. Cet hôtel est bien bâti, et
-accompagné d'un vaste jardin<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Lien vers la note 253"><span class="smaller">[253]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center">AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.</p>
-
-<ul class="none">
- <li>Hôtel de Brancas, rue de Tournon.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Châlons, rue du Regard.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Charost, rue Pot-de-Fer.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Cayla, rue de Sèvre.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Clermont-Tonnerre, rue du Petit-Vaugirard.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Croy, rue du Regard.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Guerhoënt, rue de Sèvre.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Laval, rue de Tournon.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Laval, rue Notre-Dame-des-Champs.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Mailli, même rue.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Monteclerc, rue du Chasse-Midi.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Montréal, rue du Regard.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Peruse-Escars, même rue.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Rochambeau, même rue.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de l'abbé Terrai, rue Notre-Dame-des-Champs.</li>
- <li><span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> &mdash;&mdash; de Toulouse, rue du Regard.</li>
- <li>&mdash;&mdash; de Ventadour, rue de Tournon<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Lien vers la note 254"><span class="smaller">[254]</span></a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="p2 center">CHÂTEAU D'EAU.</p>
-
-<p>Ce réservoir, situé à l'angle de la rue Maillet, et vis-à-vis la
-maison de l'Oratoire, avoit été bâti en 1615 en même temps que le
-palais du Luxembourg, pour recevoir quatre-vingt-quatre pouces d'eau,
-qui venoient du village de Rongis, en passant par le bel aqueduc
-d'Arcueil. Cette eau étoit ensuite distribuée dans divers quartiers de
-la ville<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Lien vers la note 255"><span class="smaller">[255]</span></a>.</p>
-
-
-<p class="p2 center">CASERNE DES GARDES FRANÇOISES.</p>
-
-<p>Cette caserne, construite pour une compagnie de ce régiment, étoit
-située dans la rue de Sèvre, au coin de celle de Saint-Romain.</p>
-
-
-<p class="p2 center">BARRIÈRES.</p>
-
-<p>Ce quartier est borné au midi par cinq barrières.</p>
-
-<ul class="none">
- <li>1<sup>o</sup> Barrière d'Enfer.</li>
- <li>2<sup>o</sup> &mdash;&mdash;&mdash; du Mont-Parnasse.</li>
- <li>3<sup>o</sup> &mdash;&mdash;&mdash; du Maine.</li>
- <li>4<sup>o</sup> &mdash;&mdash;&mdash; des Fourneaux.</li>
- <li>5<sup>o</sup> &mdash;&mdash;&mdash; de Sèvre.</li>
-</ul>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> RUES ET PLACES<br />
-DU QUARTIER DU LUXEMBOURG.</h3>
-
-<p><i>Rue des Aveugles.</i> Elle commence à la petite place où étoit autrefois
-le presbytère de Saint-Sulpice, et finit à la rue du Petit-Bourbon, au
-coin de la rue Garancière. Sauval prétend qu'elle doit ce nom à un
-aveugle qui y demeuroit<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Lien vers la note 256"><span class="smaller">[256]</span></a>, et à qui appartenoient toutes les
-maisons dont elle étoit composée. Sans nous arrêter à vérifier cette
-tradition, il nous suffira de dire, avec Jaillot, que, dans plusieurs
-titres de 1636, elle est nommée rue de l'<i>Aveugle</i>; en 1642 elle est
-désignée rue des <i>Prêtres</i>; ce n'est qu'en 1697 qu'elle prend enfin le
-nom de rue des <i>Aveugles</i>. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle
-se prolongeoit jusqu'à la rue des Canettes; mais à cette époque le
-curé de Saint-Sulpice fit abattre quelques maisons pour construire en
-cet endroit une petite place qui fait maintenant partie de la place
-Saint-Sulpice<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Lien vers la note 257"><span class="smaller">[257]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> <i>Petite rue du Bac.</i> Elle traverse de la rue de Sèvre à celle
-des Vieilles-Tuileries. Quelques auteurs la nomment <i>petite rue du
-Barc</i>, et d'autres <i>du Petit-Bac</i>. Sauval dit que: «quelque nouvelle
-que soit la petite rue du Bac, elle a changé de nom, et s'appelle la
-rue du <i>Baril-Neuf</i><a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Lien vers la note 258"><span class="smaller">[258]</span></a>.» Elle doit la première dénomination, qu'elle
-a reprise, à la grande rue du Bac, dont elle fait presque la
-continuation.</p>
-
-<p><i>Rue de Bagneux.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des
-Vieilles-Tuileries, et de l'autre à celle de Vaugirard. Cette rue est
-désignée ainsi sur les plans de Jouvin et de Bullet publiés en 1676.
-On en prit une partie, en 1749, pour en faire un des cimetières de
-Saint-Sulpice.</p>
-
-<p><i>Rue Barouillère.</i> Elle traverse de la rue de Sèvre à celle du
-Petit-Vaugirard. Tous les plans du dix-septième siècle l'indiquent
-sous le nom de rue des Vieilles-Tuileries, mais quelques uns marquent
-plus bas une rue Barouillère et de la <i>Barouillerie</i>. Sur un plan
-manuscrit de 1651, elle est indiquée simplement comme rue projetée
-sous le nom de <i>Saint-Michel</i>, et on la retrouve, en 1675, sous cette
-même dénomination. On ignore à quelle époque elle prit son dernier
-nom; mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas Richard, sieur de
-la Barouillère, auquel l'abbé de Saint-Germain céda, en 1644, huit
-arpents <span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> de terre en cet endroit, sous diverses conditions, et
-principalement à la charge d'y bâtir.</p>
-
-<p><i>Rue Beurière.</i> Elle aboutit à la rue du Four et à celle du
-Vieux-Colombier. On l'appeloit, dans le dix-septième siècle, <i>de la
-Petite-Corne</i>, parce qu'elle étoit parallèle à la rue Neuve-Guillemin,
-nommée alors rue de <i>la Corne</i>. Jaillot croit la reconnoître dans le
-procès-verbal de 1636, sous le nom de <i>petite rue Cassette</i>.</p>
-
-<p><i>Rue de Bissi.</i> On appelle ainsi la principale entrée du marché
-Saint-Germain du côté de la rue du Four; elle doit ce nom au cardinal
-de Bissi, alors abbé de Saint-Germain, par les ordres duquel le marché
-avoit été construit<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Lien vers la note 259"><span class="smaller">[259]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Boucheries.</i> Elle commence au carrefour des rue des
-Fossés-Saint-Germain, des Cordeliers et de Condé, et finit à celui que
-forment les rues de Buci, du Four et de Sainte-Marguerite. On l'a
-souvent nommée la <i>grant rue Saint-Germain</i>; et sa dernière
-dénomination lui vient de la boucherie que l'abbaye Saint-Germain y
-avoit établie. Cette boucherie y existoit de temps immémorial, quoique
-le commissaire Delamare n'en place l'origine qu'en 1370<a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Lien vers la note 260"><span class="smaller">[260]</span></a>; en
-effet, plusieurs actes du deuxième siècle en font mention, ainsi que
-de la maison des <i>Trois-Étaux</i>, située près le Pilori. La population
-du faubourg Saint-Germain s'étant augmentée depuis la construction
-<span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> de l'enceinte de Philippe-Auguste, l'abbé Gérard fit
-construire, en 1274, seize autres étaux<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Lien vers la note 261"><span class="smaller">[261]</span></a>.</p>
-
-<p>Entre plusieurs erreurs que Sauval a commises au sujet de cette rue,
-il suffira de relever celle par laquelle il donne le nom des
-<i>Boucheries</i> à l'une de ses parties où l'on n'en avoit point établi.
-Cette partie, qui s'étendoit depuis la rue des Mauvais-Garçons jusqu'à
-celle des Fossés Saint-Germain, dite de la Comédie, étoit alors une
-place, qui fut vendue, au treizième siècle, à Raoul d'Aubusson, pour y
-faire un collége.</p>
-
-<p><i>Rue de la Bourbe.</i> Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du
-faubourg Saint-Jacques; on la trouve désignée sous ce nom sur les
-plans de Gomboust, Jouvin et Bullet. Dans quelques titres elle est
-appelée de la <i>Boue</i>, aliàs de la <i>Bourde</i><a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Lien vers la note 262"><span class="smaller">[262]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Petit-Bourbon.</i> Cette rue, qui commence à la rue de Tournon,
-et finit à celle des Aveugles, au coin de la rue Garancière, doit
-vraisemblablement son nom à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, qui
-y avoit son hôtel<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Lien vers la note 263"><span class="smaller">[263]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Brave.</i> Cette petite rue commence au bout de la rue des
-Quatre-Vents, et finit au coin de celle du Petit-Lion. Elle étoit
-connue sous ce nom dès 1626<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Lien vers la note 264"><span class="smaller">[264]</span></a>. Cependant un titre de l'année
-suivante, <span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> cité par Jaillot<a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Lien vers la note 265"><span class="smaller">[265]</span></a>, lui donne celui du
-<i>Petit-Brave</i>. On ignore l'origine de cette dénomination.</p>
-
-<p><i>Rue de Buci.</i> Cette rue, qui aboutit d'un côté au carrefour des rues
-Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain; de l'autre, au
-Petit-Marché, doit son nom à Simon de Buci, premier président du
-parlement, qui fit réparer et couvrir, en 1352, la porte
-Saint-Germain. Il prit à rente, de l'abbaye, cette porte, le logis
-qu'on avoit construit au dessus, les deux tours qui étoient à côté, et
-une grande place vague située vis-à-vis. C'est sur cet emplacement
-qu'il fit bâtir l'hôtel dont nous avons déjà parlé, lequel fut
-remplacé par le bureau des coches et des messageries.</p>
-
-<p>Sauval a prétendu que, dès 1209, cette rue portoit, de même que la
-porte, le nom de <i>Saint-Germain</i><a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Lien vers la note 266"><span class="smaller">[266]</span></a>. Il est certain qu'alors la
-porte n'étoit pas encore bâtie, et que la rue n'existoit pas. Les
-titres qui en font mention l'indiquent en 1388 «<i>rue qui tend du
-Pilori à la porte de Buci</i>, <i>rue devant la porte de Buci</i>, et <i>rue du
-Pilori</i><a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Lien vers la note 267"><span class="smaller">[267]</span></a>.» Elle portoit encore ce nom en 1555, époque à laquelle
-on ordonna de la paver. Ce n'est que vers ce temps qu'on a continué
-d'y bâtir; <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> toutefois on y voyoit quelques maisons dès 1388,
-et le terrier de l'abbaye, de 1523, le nomme rue de Buci.</p>
-
-<p><i>Rue des Canettes.</i> Cette rue, qui aboutit à la rue du Four et à celle
-du Vieux-Colombier, étoit anciennement appelée rue <i>Saint-Sulpice</i>,
-parce qu'elle conduisoit à l'église qui porte ce nom. On trouve aussi
-sur un plan manuscrit de 1651 <i>rue Neuve-Saint-Sulpice</i>; mais le nom
-qu'elle porte aujourd'hui est indiqué dès 1636, et provient d'une
-maison où étoit une enseigne des trois Canettes<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Lien vers la note 268"><span class="smaller">[268]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Canivet.</i> Elle traverse de la rue Férou dans celle des
-Fossoyeurs. Elle étoit ainsi nommée dès 1636, et l'on n'a de
-renseignements certains ni sur l'étymologie de ce nom, ni sur le temps
-où la rue a été percée. On a écrit <i>Ganivet</i> sur quelques plans.</p>
-
-<p><i>Rue Carpentier.</i> Elle traverse de la rue Cassette dans celle du
-Gindre. En 1636, elle est appelée <i>Charpentier</i>. On trouve sur
-quelques plans <i>Apentier</i>, <i>Arpentier</i> et <i>Charpentière</i>.</p>
-
-<p><i>Rue Cassette.</i> Cette rue commence à celle du Vieux-Colombier, et
-aboutit à la rue de Vaugirard. Son véritable nom est <i>Cassel</i>; elle le
-devoit à l'hôtel qui y étoit situé<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Lien vers la note 269"><span class="smaller">[269]</span></a>, et ce nom fut même donné aux
-rues Neuve-Guillemin et du Four. Celle dont nous parlons est ainsi
-appelée dès 1456. La dénomination de <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> <i>Cassette</i> n'est qu'une
-corruption du nom primitif; on la trouve déjà dans le procès-verbal de
-1636, et sur tous les plans publiés depuis.</p>
-
-<p><i>Rue Sainte-Catherine.</i> Elle traverse de la rue Saint-Thomas dans
-celle de Saint-Dominique. Tous les anciens plans la nomment <i>rue de la
-Magdeleine</i>.</p>
-
-<p><i>Rue du Chasse-Midi.</i> Cette rue commence au carrefour de la
-Croix-Rouge, et aboutit à la rue des Vieilles-Tuileries, au coin de
-celle du Regard. Elle portoit, dans le principe, le nom de rue des
-<i>Vieilles-Tuileries</i>, qu'elle conserve encore dans une partie, et le
-devoit aux tuileries qu'on avoit établies en cet endroit. On l'a
-depuis appelée du <i>Chasse-Midi</i>, et, par corruption, du
-<i>Cherche-Midi</i>: ce dernier nom se trouve sur plusieurs plans. Sauval
-en reporte l'origine à une enseigne «où l'on avoit peint un cadran et
-des gens qui y cherchoient midi à quatorze heures.» Il ajoute «que
-cette enseigne a été trouvée si belle, qu'elle a été gravée et mise à
-des almanachs, et même qu'on en a fait un proverbe: <i>Il cherche midi à
-quatorze heures; c'est un chercheur de midi à quatorze heures.</i><a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Lien vers la note 270"><span class="smaller">[270]</span></a>»
-Jaillot, sans rejeter l'histoire de l'enseigne, croit trouver plutôt
-l'origine du proverbe dans cet usage où l'on est en Italie de compter
-les vingt-quatre heures de suite. «Midi peut, dit-il, se rencontrer,
-dans les grands jours, environ à quinze heures, mais jamais à
-quatorze. Ainsi, <i>chercher midi à quatorze heures</i>, c'est
-s'alambiquer <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> l'esprit, et chercher ce qu'on ne peut
-trouver<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Lien vers la note 271"><span class="smaller">[271]</span></a>.»</p>
-
-<p><i>Rue du C&oelig;ur-Volant.</i> Elle aboutit à la rue des Boucheries et à
-celle des Quatre-Vents. Jusqu'au quinzième siècle cette rue ne se
-trouve indiquée dans les titres de Saint-Germain que sous le nom de
-ruelle <i>de la Voirie de la Boucherie</i>, et de rue <i>de la Tuerie</i>.
-Sauval la nomme, en 1476, rue <i>des Marguilliers</i> et <i>de la
-Blanche-Oie</i><a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Lien vers la note 272"><span class="smaller">[272]</span></a>. Jaillot rejette ces deux noms. Celui qu'elle porte
-actuellement vient d'une enseigne où l'on avoit peint un c&oelig;ur ailé.</p>
-
-<p><i>Rue du Vieux-Colombier.</i> Cette rue, qui commence à la place
-Saint-Sulpice, aboutit au carrefour de la Croix-Rouge. Plusieurs
-titres prouvent qu'elle reçut le nom qu'elle porte d'un colombier que
-les religieux de Saint-Germain y avoient fait bâtir. Au quinzième
-siècle, on la nommoit quelquefois rue <i>de Cassel</i>, parce qu'elle
-conduisent à l'hôtel de ce nom. En 1453 on lit rue <i>de Cassel, dite du
-Colombier</i>. Il paroît aussi, par plusieurs titres du même temps, que
-la partie de cette rue qui s'étendoit depuis la rue Férou jusqu'à
-celle Pot-de-Fer s'appeloit rue <i>du Puits-de-Mauconseil</i>, à cause d'un
-puits public situé en cet endroit. Elle prit le nom de rue <i>du
-Vieux-Colombier</i> lorsqu'on creusa des fossés autour de l'abbaye, et ce
-fut pour la distinguer de l'autre. Elle est indiquée généralement
-ainsi sur tous les plans; <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> un seul (celui de Mérier), publié
-en 1654, la nomme rue <i>de la Pelleterie</i>, dans la partie située du
-côté de la Croix-Rouge.</p>
-
-<p><i>Rue de Condé.</i> Elle commence au coin de la rue des Boucheries, et
-aboutit à celle de Vaugirard. L'espace que les maisons de cette rue
-occupent étoit encore, au quinzième siècle, en jardins et vergers; et
-tout ce terrain, jusqu'aux fossés, s'appeloit alors <i>le clos Bruneau</i>;
-la rue en porta d'abord le nom. En 1510 on la nommoit rue <i>Neuve</i>, rue
-<i>Neuve-de-la-Foire</i>, et elle étoit déjà garnie d'édifices des deux
-côtés; depuis elle reçut la dénomination de rue <i>Neuve-Saint-Lambert</i>.
-Enfin le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, lui venoit de l'hôtel
-bâti par Arnaud de Corbie, et acheté par Henri de Bourbon, prince de
-Condé.</p>
-
-<p><i>Rue de Corneille.</i> Cette rue, qui donne, d'un côté, rue de Vaugirard,
-de l'autre sur la place du Théâtre François, fut ouverte sur une
-partie de l'hôtel de Condé, et en même temps que l'on construisoit ce
-théâtre.</p>
-
-<p><i>Rue de Crébillon.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, de
-l'autre à la place du Théâtre François, et fut ouverte à la même
-époque et sur le même terrain que la précédente.</p>
-
-<p><i>Carrefour de la Croix-Rouge.</i> Ce carrefour se nommoit autrefois
-<i>Carrefour de la Maladrerie</i>, dénomination qui lui venoit, non de la
-maladrerie de Saint-Germain, située au delà du bourg, mais de quelques
-granges bâties à l'extrémité de la rue du Four, qui furent destinées
-à loger les malades attaqués du mal <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> de Naples<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Lien vers la note 273"><span class="smaller">[273]</span></a>. On lui
-donna le nom de carrefour <i>de la Croix-Rouge</i> à cause d'une croix
-peinte en cette couleur qu'on y avoit élevée. C'étoit anciennement
-l'usage de planter des croix dans les carrefours et dans les places
-publiques; on les supprima depuis, parce que l'on reconnut que ces
-monuments gênoient la voix publique, et occasionoient même quelquefois
-des accidents.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Dominique.</i> Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de
-l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Les religieux Jacobins
-ayant obtenu, en 1546, de François I<sup>er</sup>, la permission de donner un
-clos de vignes qu'ils possédoient en cet endroit à cens et à rentes, à
-la charge d'y bâtir, le vendirent en 1550, exigèrent qu'on y perçât
-des rues, et voulurent en outre qu'on leur donnât les noms de quelques
-saints de leur ordre. La principale, bâtie vers 1585, reçut celui de
-Saint-Dominique<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Lien vers la note 274"><span class="smaller">[274]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue d'Enfer.</i> Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit au
-grand chemin d'Orléans. Cette rue est très ancienne. Au treizième
-siècle, ce n'étoit encore qu'un chemin qui conduisoit à des villages,
-<span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> dont il avoit pris le nom; c'est pourquoi cette rue est tour
-à tour appelée, dans les titres de Saint-Germain, chemin d'<i>Issy</i> et
-chemin de <i>Venves</i>. Elle avoit aussi reçu le nom de rue de <i>Vauvert</i>,
-parce qu'elle conduisoit au château de Vauvert. En 1258 on la trouve
-sous celui de <i>la porte Gibard</i>. Sur le bruit populaire qui se
-répandit vers ce temps-là, que les démons habitoient ce château, cette
-rue prit, suivant plusieurs historiens, le nom d'<i>Enfer</i><a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Lien vers la note 275"><span class="smaller">[275]</span></a>, et
-ensuite celui des <i>Chartreux</i>, lorsque ces religieux se furent établis
-en cet endroit. Enfin, comme elle commençoit le faubourg Saint-Michel,
-on la trouve indiquée dans quelques actes rue <i>Saint-Michel</i> et rue du
-<i>Faubourg-Saint-Michel</i>. Elle a depuis repris le nom de rue d'<i>Enfer</i>,
-qu'elle conserve encore aujourd'hui.</p>
-
-<p>Jaillot fait observer que la direction de cette rue n'étoit pas
-autrefois telle que nous la voyons aujourd'hui; elle se prolongeoit
-sur la droite, à quelque distance de l'endroit où est la porte du
-Luxembourg, passoit entre la première et la seconde cour des
-Chartreux, et séparoit leur petit clos du grand.</p>
-
-<p><i>Rue Férou.</i> Elle aboutit aujourd'hui, d'un côté à la nouvelle place
-Saint-Sulpice, de l'autre à la rue de <span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> Vaugirard. Les auteurs
-ont varié sur la manière d'écrire son nom: on lit <i>Farou</i>, <i>Ferrou</i>,
-<i>Ferron</i>, <i>Feron</i>, <i>Faron</i>, <i>Farouls</i>. Sauval s'est trompé lorsqu'il
-lui fait prendre le nom de rue des <i>Prêtres</i><a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Lien vers la note 276"><span class="smaller">[276]</span></a>: ce nom fut
-effectivement donné, dans le dix-septième siècle, au cul-de-sac Férou,
-mais jamais à la rue. Piganiol, son copiste, est embarrassé d'en
-trouver l'étymologie; cependant, s'il eût visité exactement les titres
-de l'abbaye Saint-Germain, il auroit pu y voir, dans le terrier de
-1523, que les quatre chemins qui aboutissoient en cet endroit au
-chemin de Vaugirard, s'appeloient <i>ruelles Saint-Sulpice</i>, parce
-qu'elles étoient ouvertes entre l'église et le clos Saint-Sulpice,
-enclavé aujourd'hui dans le jardin du Luxembourg. Celle dont nous
-parlons étoit du nombre, et reçut le nom de <i>Férou</i>, parce qu'Étienne
-Férou, procureur au parlement, y possédoit quelques maisons et jardins
-contigus au cimetière, situé alors au côté méridional de l'église. La
-construction du portail et de la nef de Saint-Sulpice mit dans la
-nécessité de retrancher une partie de cette rue, qui aboutissoit
-auparavant au presbytère.</p>
-
-<p><i>Rue de la Foire.</i> On appelle ainsi le passage qui conduisoit à
-l'ancienne Foire Saint-Germain. Il a son entrée dans la rue du Four.</p>
-
-<a id="ruefossoyeurs" name="ruefossoyeurs"></a>
-<p><i>Rue des Fossoyeurs</i><a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Lien vers la note 277"><span class="smaller">[277]</span></a>. Elle donne d'un côté dans la rue de
-Vaugirard, de l'autre dans la rue Palatine, vis-à-vis la porte
-méridionale de l'église Saint-Sulpice. <span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> Suivant Sauval<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Lien vers la note 278"><span class="smaller">[278]</span></a>,
-elle s'appeloit du <i>Fossoyeur</i>, parce que celui de cette paroisse y
-demeuroit; et plusieurs actes la présentent effectivement sous ce nom.
-Il paroît qu'elle a porté ceux du <i>Fer-à-Cheval</i> et du
-<i>Pied-de-Biche</i>, qui provenoient vraisemblablement de deux enseignes.</p>
-
-<p><i>Rue du Four.</i> Elle commence au carrefour des rues de Buci, des
-Boucheries, de Sainte-Marguerite, et aboutit à celui de la
-Croix-Rouge. Le nom de cette rue n'a pas varié: on le lui avoit donné
-parce que le four banal de l'abbaye Saint-Germain y étoit situé, au
-coin de la rue dite aujourd'hui rue <i>Neuve-Guillemin</i>. Toutefois il
-paroît, par tous les titres de l'abbaye, que, depuis l'endroit où elle
-commence maintenant jusqu'à la rue des Canettes, on l'appeloit rue de
-la <i>Blanche-Oie</i>, nom que Sauval a donné mal à propos à la rue des
-Boucheries et à celle du C&oelig;ur-Volant.</p>
-
-<p><i>Rue des Francs-Bourgeois.</i> Elle commence à la rue des
-Fossés-de-M.-le-Prince, au coin de celle de Vaugirard, et finit à la
-place Saint-Michel. Il y a apparence, suivant Jaillot<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Lien vers la note 279"><span class="smaller">[279]</span></a>, que ce nom
-vient de la confrérie aux Bourgeois, qui acquit le terrain sur lequel
-cette rue est située du côté du Luxembourg, et en faveur de laquelle
-Philippe-le-Hardi amortit cette acquisition, opinion qui semble plus
-probable que d'en chercher l'origine dans le parloir et le clos aux
-Bourgeois, qui en étoient plus éloignés. Sur plusieurs <span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> plans
-du dix-septième siècle cette rue n'est point distingué de celle des
-Fossés-de-M.-le-Prince.</p>
-
-<p><i>Rue des Mauvais-Garçons.</i> Elle traverse de la rue de Buci dans celle
-des Boucheries. En remontant à sa première origine, on trouve qu'en
-1254 l'abbé de Saint-Germain et ses religieux vendirent à Raoul
-d'Aubusson un espace de terre de cent soixante pieds carrés, situé en
-face des murs de la ville, se réservant le droit de faire ouvrir
-derrière cet espace un chemin de trois toises de large, qui depuis a
-formé la rue dont nous parlons. On l'appela d'abord rue de <i>la
-Folie-Reinier</i>, à cause d'une maison qui portoit cette enseigne;
-ensuite (en 1399) de l'<i>Écorcherie</i>, parce qu'elle étoit destinée à
-cet usage. Sauval dit qu'elle doit le nom des <i>Mauvais-Garçons</i> à une
-autre enseigne; Jaillot pense qu'elle pourroit le tenir des bouchers
-qui l'habitoient, espèces d'hommes qu'à plusieurs époques, et
-principalement au commencement du quinzième siècle, on trouve mêlés à
-toutes les séditions, à tous les troubles qui agitèrent Paris.</p>
-
-<p><i>Rue Garancière.</i> Elle aboutit d'un côté au coin des rues du
-Petit-Bourbon et des Aveugles, de l'autre à la rue de Vaugirard. Ce
-nom a été altéré, car, suivant Sauval, on l'appeloit rue <i>Garancée</i>,
-et sur tous les plans du siècle passé, on lit rue <i>Garance</i>. Ce
-n'étoit, dans le principe, qu'une des ruelles dites de
-<i>Saint-Sulpice</i>, et elle n'avoit pas d'autre nom, même après qu'on y
-eut bâti l'hôtel de Garancière, auquel elle doit celui qu'elle porte
-aujourd'hui. Elle l'avoit pris dès 1540, quoiqu'elle ne fût encore
-qu'une ruelle ou chemin non pavé. Les titres du dix-septième <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span>
-siècle le lui donnoient également, et c'est par abréviation qu'on
-l'appeloit rue <i>Garance</i><a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Lien vers la note 280"><span class="smaller">[280]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Fossés-Saint-Germain.</i> Elle commence au coin des rues
-Saint-André-des-Arcs et de Buci, et finit à celui de la rue des
-Boucheries et de celle des Cordeliers. Le procès-verbal de son
-alignement entre les portes de Buci et de Saint-Germain étoit daté de
-1560, et la désignoit sous le nom de rue <i>des Fossés</i>. Sur quelques
-plans elle conserve ce nom, qu'elle partage avec la rue Mazarine; sur
-d'autres elle est nommée rue <i>Neuve-des-Fossés</i>, pour la distinguer
-des autres rues ouvertes sur les fossés de l'enceinte de
-Philippe-Auguste. Depuis l'année 1688, où les comédiens françois y
-établirent leur théâtre, on l'appeloit vulgairement rue <i>de la
-Comédie</i>; mais dans les actes ainsi que dans les inscriptions gravées
-à ses extrémités, on avoit conservé l'ancien nom<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Lien vers la note 281"><span class="smaller">[281]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Gindre.</i> Elle aboutit à la rue Mézière et à celle du
-Vieux-Colombier. L'abbé Lebeuf a trouvé que <i>gindre</i> signifioit le
-maître-garçon d'un boulanger<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Lien vers la note 282"><span class="smaller">[282]</span></a>, et Ménage, qui l'a dit avant lui,
-veut qu'il dérive du mot latin <i>Gener</i> (gendre), «parce qu'il arrive
-assez ordinairement, dit-il, que les <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> maîtres-garçons
-deviennent les gendres des boulangers chez lesquels ils travaillent.»
-Cette étymologie paroîtra sans doute bien forcée, et l'on doit
-préférer l'opinion de Jaillot, qui fait venir ce nom de <i>junior</i>,
-employé effectivement dans plusieurs titres anciens pour désigner un
-compagnon, un aide, un commis<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Lien vers la note 283"><span class="smaller">[283]</span></a>. Il paroît que cette rue se
-prolongeoit autrefois jusqu'à la rue Honoré-Chevalier, et que, depuis
-la rue Mézière, elle se nommoit rue ou ruelle <i>des Champs</i>. Les
-jésuites obtinrent sans doute la permission d'enfermer cette dernière
-partie dans leur enclos.</p>
-
-<p><i>Rue Neuve-Guillemin.</i> Elle traverse de la rue du Four dans celle du
-Vieux-Colombier. Sauval a commis plusieurs erreurs au sujet de cette
-rue<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Lien vers la note 284"><span class="smaller">[284]</span></a>, qu'il appelle <i>nouvelle</i>, quoique, dès 1456, elle fût connue
-sous le nom de rue de <i>Cassel</i>, parce qu'elle conduisoit à l'hôtel de
-ce nom. Il ajoute qu'elle se nommoit rue de <i>la Corne</i>, ce qui est
-vrai, mais il ne l'est pas que ce fut plutôt parce qu'elle étoit
-habitée par des prostituées qu'à cause de l'enseigne d'une maison
-située dans cette rue, et dont il a même mal indiqué la situation. La
-rue avoit effectivement pris ce nom de cette enseigne, et le
-conservoit encore après l'expulsion des personnes de mauvaise vie qui
-y demeuroient. C'est ainsi qu'elle est désignée au milieu du
-dix-septième siècle sur divers plans, bien qu'on eût déjà changé son
-nom en celui de <i>Guillemin</i>. Ce <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> dernier nom lui venoit d'une
-famille qui possédoit un grand jardin dans cette rue.</p>
-
-<p><i>Rue Guizarde.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue des Canettes, de
-l'autre à l'une des portes de la foire. Il n'en est fait mention, ni
-dans le rôle des taxes de 1636, ni dans celui de 1641, mais les plans
-la désignent, dès 1643. Elle avoit été ouverte sur une partie de
-l'hôtel de Roussillon, ainsi que la rue <i>Princesse</i>, dont nous allons
-bientôt parler.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Hyacinthe.</i> Elle commence à la place Saint-Michel, et
-aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Jacques. Les maisons qu'on y voit
-du côté des Jacobins ont été bâties sur l'emplacement de l'ancien
-<i>Parloir aux bourgeois</i> ou <i>hôtel-de-ville</i>. Après la bataille de
-Poitiers, les Parisiens ayant jugé nécessaire de fortifier leur ville,
-qui n'étoit défendue de ce côté que par l'enceinte de
-Philippe-Auguste, creusèrent un fossé au pied de cette enceinte, ce
-que rapporte le continuateur de Nangis, témoin oculaire<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Lien vers la note 285"><span class="smaller">[285]</span></a>. En 1646,
-le roi ayant fait don à la ville de ces fortifications devenues
-inutiles, elle fit combler les fossés, et l'emplacement fut couvert de
-jardins et de maisonnettes pour loger ceux qui les cultivoient. Ces
-bâtiments se sont depuis multipliés, agrandis, élevés, et ont formé la
-rue dont nous parlons. Dans le principe, elle n'eut point de nom
-particulier; et les maisons qui la composoient, ainsi que les autres
-qu'on avoit bâties sur les fossés, n'étoient désignées que sous le
-nom général de maisons situées <i>sur le <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> rempart</i>. On leur
-donna depuis le nom de <i>rue des Fossés</i>; la nouvelle rue reçut ensuite
-la dénomination particulière de rue des <i>Fossés-Saint-Michel</i>, à cause
-de sa situation près de la porte, et à l'entrée du faubourg du même
-nom. Mais les jacobins ayant fait bâtir des maisons dans leur clos,
-dont cette rue faisoit partie, on lui donna le nom de Saint-Hyacinthe,
-religieux de leur ordre.</p>
-
-<p><i>Rue Honoré-Chevalier.</i> Elle traverse de la rue Cassette dans la rue
-Pot-de-Fer; et c'est sous ce nom qu'elle est désignée dans un contrat
-de vente de 1611. Elle se trouve depuis indiquée rue <i>Chevalier</i>, <i>du
-Chevalier</i>, <i>du Chevalier-Honoré</i>; mais son véritable nom est le
-premier, qu'elle porte encore aujourd'hui. Il vient d'Honoré
-Chevalier, bourgeois de Paris, qui possédoit, rue Pot-de-Fer, trois
-maisons et de grands jardins, au travers desquels on ouvrit cette rue.</p>
-
-<p><i>Rue du Petit-Lion.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de Tournon, de
-l'autre dans celle de Condé. Anciennement elle n'étoit désignée que
-sous la dénomination générale de <i>ruelle descendant de la rue Neuve à
-la foire</i>, et <i>ruelle allant à la foire</i>. Une enseigne lui avoit fait
-donner, dès le commencement du dix-septième siècle, le nom sous lequel
-elle est encore connue aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Rue Maillet.</i> Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du
-Faubourg-Saint-Jacques. Sur les plans de Jouvin et de Bullet, ce n'est
-qu'un chemin sans nom. Elle est nommée rue <i>des Deux Maillets</i> sur le
-plan de Valleyre, et rue <i>du Maillet</i> sur tous les autres plans du
-dix-huitième siècle.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> <i>Rue Saint-Maur.</i> Elle donne, d'un côté dans la rue de Sèvre,
-de l'autre dans celle des Vieilles-Tuileries. C'est ainsi qu'elle est
-nommée sur le plan de Gomboust et sur ceux qui en ont été copiés. Dans
-les archives de Saint-Germain, on lit qu'en 1644 cette abbaye donna,
-par bail à cens et à rente, une certaine quantité de terrain à un
-épicier nommé Pierre Le Jai, à la charge d'y bâtir et percer deux rues
-qui porteroient les noms de <i>Saint-Maur</i> et de <i>Saint-Placide</i>, deux
-religieux célèbres de l'ordre de saint Benoît.</p>
-
-<p><i>Rue Mézière.</i> Elle donne d'un côté dans la rue Pot-de-Fer, de l'autre
-dans la rue Cassette. Sauval a commis sur cette rue plusieurs erreurs
-qu'il est inutile de relever; il nous suffira de dire qu'elle devoit
-son nom à l'hôtel de Mézière, dont les jardins régnoient le long de
-cette rue<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Lien vers la note 286"><span class="smaller">[286]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de Molière.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de Vaugirard, de
-l'autre sur la place du Théâtre-François, et date, comme toutes les
-rues environnantes, de l'origine de cet édifice.</p>
-
-<p><i>Rue Notre-Dame-des-Champs.</i> Elle aboutit aux rues de Vaugirard et
-d'Enfer, au coin de celle de la Bourbe. Son nom lui venoit de l'église
-Notre-Dame-des-Champs, occupée depuis par les carmélites, parce
-qu'anciennement ce chemin y conduisoit. Aux quatorzième et quinzième
-siècles on le nommoit le <i>chemin Herbu</i>, et depuis rue <i>du Barc</i>, sans
-qu'on sache bien précisément à quelle occasion. Peut-être, <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span>
-dit Jaillot, en avoit-on supprimé une partie, qui faisoit, en ligne
-droite, la continuation de la petite rue du Bac<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Lien vers la note 287"><span class="smaller">[287]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Odéon.</i> Voyez <a href="#ruetheatrefrancois" title="ruetheatrefrancois"><i>Rue du Théâtre-François</i></a>.</p>
-
-<p><i>Place de l'Odéon.</i> Voyez <a href="#placetheatrefrancois" title="placetheatrefrancois"><i>Place du Théâtre-François</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue Palatine.</i> Elle règne le long de Saint-Sulpice, depuis la rue
-Garancière jusqu'à celle des Fossoyeurs, maintenant rue <i>Servandoni</i>.
-Le cimetière de cette paroisse étoit autrefois situé au chevet de
-l'église: lorsqu'au siècle passé on commença le monument que nous
-voyons aujourd'hui, il fallut prendre le terrain qu'occupoit ce
-cimetière, qui fut alors transféré au côté méridional. On ouvrit en
-même temps, parallèlement à ce côté, une rue, qui fut appelée d'abord
-rue <i>Neuve-Saint-Sulpice</i>, et ensuite rue <i>du Cimetière</i>. On la nomma
-depuis rue Palatine, en l'honneur de madame la princesse Palatine,
-veuve de M. le prince de Condé, qui, au commencement du siècle
-dernier, logeoit au Petit-Luxembourg.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Placide.</i> Elle traverse de la rue de Sèvre dans celle des
-Vieilles-Tuileries. Nous avons déjà dit, en parlant de la rue
-Saint-Maur, quand elle avoit été percée, et pourquoi on lui avoit
-donné le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> <i>Rue Pot-de-Fer.</i> Elle donne d'un côté dans la rue du
-Vieux-Colombier, de l'autre dans celle de Vaugirard. Sauval dit
-qu'elle se nommoit d'abord rue <i>du Verger</i><a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Lien vers la note 288"><span class="smaller">[288]</span></a>, et que, de son temps,
-elle commençoit à prendre le nom de rue <i>des Jésuites</i>, parce que leur
-noviciat en occupoit une partie. Jaillot n'a lu ces noms dans aucun
-titre; il trouve seulement qu'au quinzième siècle cette rue n'étoit
-qu'une ruelle sans nom, indiquée, dans les titres de l'abbaye, <i>ruelle
-tendante de la rue du Colombier à Vignerei</i>. (Le clos de Vignerei
-étoit, comme nous l'avons déjà dit, enfermé dans le parc du
-Luxembourg). Dans d'autres titres elle porte, avec d'autres rues qui
-lui sont parallèles, le nom général de <i>ruelle Saint-Sulpice</i>. Enfin,
-dans le terrier de 1523, elle est désignée sous celui de Henri <i>du
-Verger</i>, bourgeois de Paris, dont la maison et les jardins occupoient
-une grande partie de cette rue. Il est probable que celui qu'elle
-porte aujourd'hui lui vient de quelque enseigne; cependant nous
-n'avons trouvé à ce sujet aucun renseignement.</p>
-
-<p><i>Rue Princesse.</i> Elle traverse de la rue du Four à la rue Guisarde. En
-parlant de cette dernière nous avons dit qu'elle avoit été ouverte en
-même temps que celle-ci sur l'emplacement de l'hôtel de Roussillon. On
-ignore du reste à quelle époque et en l'honneur de qui le nom qu'elle
-porte lui a été donné; mais elle est déjà désignée ainsi dans le
-procès-verbal de 1636.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> <i>Rue des Fossés-de-M.-le-Prince.</i> Elle commence à la rue de
-Condé, et finit à l'extrémité de la rue de Vaugirard. Sa situation sur
-les fossés lui en avoit fait d'abord donner le nom sans aucune
-addition; ensuite on l'appela rue des <i>Fossés-Saint-Germain</i>, et enfin
-rue des <i>Fossés-de-M.-le-Prince</i>, parce que l'hôtel du prince de Condé
-s'étendoit jusque là. On y bâtit quelques maisons avant le milieu du
-dix-septième siècle, et à cette époque les fossés existoient encore du
-côté de l'hôtel de Condé; mais dès que le roi eut permis de les
-combler, on s'empressa de les couvrir de bâtiments, et de former ainsi
-la rue telle qu'elle est aujourd'hui.</p>
-
-<p><i>Rue de Racine.</i> Elle aboutit à la place du Théâtre-François et à la
-rue des Fossés-de-M.-le-Prince, et fut percée à l'époque où l'on
-bâtissoit ce théâtre.</p>
-
-<p><i>Rue du Regard.</i> Elle aboutit au coin des rues du Chasse-Midi et des
-Vieilles-Tuileries, puis à la rue de Vaugirard, vis-à-vis d'un regard
-de fontaine qui lui en a fait donner le nom. Sur quelques plans on la
-trouve appelée rue <i>des Carmes</i>, parce qu'elle régnoit le long de
-l'enclos des Carmes-Déchaussés.</p>
-
-<p><i>Rue de Regnard.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de Condé, de
-l'autre sur la place du Théâtre-François, et son origine est la même
-que celle de la rue de Racine.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Romain.</i> Elle traverse de la rue de Sèvre dans celle du
-Petit-Vaugirard. Il y a quelque apparence, dit Jaillot, qu'on lui
-donna ce nom parce qu'elle fut ouverte dans le temps où D. Romain
-Rodayer étoit prieur de l'abbaye Saint-Germain. <span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> Quelques
-plans la présentent sous les noms d'<i>Abrulle</i> et <i>du Champ-Malouin</i>,
-sans en donner aucune raison.</p>
-
-<p><i>Rue Servandoni.</i> Voyez <a href="#ruefossoyeurs" title="ruefossoyeurs"><i>Rue des Fossoyeurs</i></a>.</p>
-
-<p><i>Rue de Sèvre.</i> Elle commence au carrefour de la Croix-Rouge, et finit
-au nouveau boulevard. Dans les titres de l'abbaye Saint-Germain, du
-treizième siècle et des suivants, elle est nommée rue de <i>la
-Maladrerie</i>; et dans un rôle de taxes de 1641, rue de <i>l'Hôpital des
-Petites-Maisons</i>. On lui a donné le nom qu'elle porte aujourd'hui
-parce qu'elle conduit au village de Sèvre (<i>Savara</i>); ce qui doit
-faire préférer ce nom à celui de <i>Sève</i>, qu'on lit sur la plupart des
-plans et dans les nomenclatures.</p>
-
-<p><i>Rue Saint-Thomas.</i> Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de
-l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Nous avons déjà parlé du
-clos des Jacobins et des rues qu'on y avoit pratiquées, lorsque ces
-religieux eurent obtenu la permission d'y faire bâtir. Celle-ci, qui
-étoit du nombre, doit son nom à l'un des saints les plus célèbres de
-leur ordre, ainsi qu'à l'hôtel qu'ils y avoient fait élever.</p>
-
-<a id="ruetheatrefrancois" name="ruetheatrefrancois"></a>
-<p><i>Rue du Théâtre-François.</i> Cette rue, qui prend naissance au carrefour
-de la rue des Fossés-Saint-Germain, et vient aboutir à la place du
-même nom, en face du monument, est la principale de celles qui furent
-percées à l'époque où l'on construisoit ce monument.</p>
-
-<a id="placetheatrefrancois" name="placetheatrefrancois"></a>
-<p><i>Place du Théâtre-François.</i> Cette place, qui s'étend en demi-cercle
-devant le monument dont elle porte le nom, forme une espèce de centre
-auquel aboutissent toutes les rues percées pour servir d'issues à
-<span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> cet édifice. Elle a été pratiquée en même temps que toutes
-les constructions auxquelles elle est liée<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Lien vers la note 289"><span class="smaller">[289]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue des Vieilles-Tuileries.</i> Elle commence au coin de la rue du
-Regard, et finit à celui de la rue de Bagneux. Cette rue a reçu mal à
-propos, sur les anciens plans, le nom du <i>Chasse-Midi</i>, parce qu'elle
-fait la continuation de celle-ci, tandis qu'on y donnoit le nom de
-<i>Tuileries</i> et de <i>Vieilles-Tuileries</i> à la rue Barouillère, parce
-qu'elle aboutissoit effectivement à des fabriques de tuiles. Dans les
-anciens titres elle est indiquée <i>rue des Vieilles-Tuileries allant
-droit à Vaugirard</i>.</p>
-
-<p><i>Rue de Tournon.</i> Elle commence au coin des rues du Petit-Lion et du
-Petit-Bourbon, et finit à la rue de Vaugirard, vis-à-vis le palais du
-Luxembourg, auquel elle sert d'avenue. Ce n'étoit anciennement qu'une
-ruelle désignée, comme celles qui lui sont parallèles, sous le nom
-général de <i>ruelles de Saint-Sulpice</i>. On la trouve aussi nommée
-ruelle du <i>Champ-de-la-Foire</i>, parce qu'il y avoit un champ où l'on
-vendoit des animaux, lequel occupoit une grande partie de l'espace
-entre les rues de Tournon et Garancière. Ce champ est désigné, dans
-plusieurs actes, sous le nom de <i>Pré-Crotté</i>.</p>
-
-<p>Il y avoit des maisons bâties dans cette rue avant l'année 1541, et
-alors elle portoit déjà le nom de rue <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> de Tournon qu'on lui
-avoit donné en l'honneur du cardinal François de Tournon, abbé de
-Saint-Germain-des-Prés. Toutefois cette rue ne fut point alors
-entièrement bâtie; car on trouve qu'en 1580 plusieurs particuliers y
-avoient obtenu des concessions de terrain, à la charge d'y faire
-construire des maisons.</p>
-
-<p><i>Rue de la Treille.</i> Ce n'est qu'un passage qui conduisoit de la rue
-des Boucheries au marché et à la foire. Il fut vendu à l'abbaye
-Saint-Germain en 1489. Dans plusieurs actes et sur quelques plans, il
-est appelé <i>Porte-Gueffière</i>, ou plutôt <i>Greffière</i>, parce que le
-greffier de l'abbaye y demeuroit.</p>
-
-<p><i>Rue de Vaugirard.</i> Elle commence à la rue des
-Fossés-de-Monsieur-le-Prince, au coin de celle des Francs-Bourgeois,
-et aboutit à la pointe du chemin qui conduit au village de ce nom: ce
-village est connu dans les anciens titres sous la dénomination de
-<i>Valboitron</i> et <i>Vauboitron</i>, et on l'appeloit encore ainsi en 1256.
-Mais, quelque temps après, Gérard, abbé de Saint-Germain, l'ayant fait
-rebâtir, et y ayant fait construire une chapelle et des lieux
-réguliers pour sa communauté, la reconnoissance des habitans leur fit
-substituer à l'ancien nom celui du bienfaiteur: on le nomma
-<i>Vau-Gérard</i>, et par corruption <i>Vaugirard</i>. La rue dont nous parlons
-s'appeloit simplement le <i>chemin de Vaugirard</i>, et les titres ne lui
-donnent point d'autre nom jusqu'au seizième siècle, que les bâtiments
-qu'on y éleva lui firent prendre le nom de rue. Tout ce que Sauval dit
-au sujet de cette rue, qu'il prétend avoir été successivement
-<span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> appelée <i>des Vaches</i> et <i>de la Verrerie</i>, est entièrement
-destitué de preuves<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Lien vers la note 290"><span class="smaller">[290]</span></a>. On trouve seulement qu'en 1583 le duc de
-Pinei-Luxembourg ayant acquis un pavillon nommé <i>la ferme du Bourg</i>,
-ainsi que plusieurs fermes et héritages situés dans cette rue, elle
-commença à porter son nom; et en effet quelques actes de ce temps
-l'indiquent rue de Vaugirard, autrement dite <i>de Luxembourg</i>; en 1659
-on trouve <i>grande rue de Luxembourg</i><a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Lien vers la note 291"><span class="smaller">[291]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Rue du Petit-Vaugirard.</i> C'est la continuation de la rue des
-Vieilles-Tuileries jusqu'au chemin de Vaugirard, dont elle a tiré son
-nom.</p>
-
-<p><i>Rue des Quatre-Vents.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, et
-de l'autre à celle du Brave, vis-à-vis la porte de la foire.
-Anciennement ce n'étoit qu'une <i>ruelle descendant à la foire</i>. Au
-commencement du quinzième siècle, elle prit le nom de rue <i>Combault</i>,
-d'un chanoine de Romorantin qui y demeuroit. On la voit aussi sous
-celui <i>du Petit-Brac</i> dans les plans du siècle passé. Celui qu'elle
-porte aujourd'hui vient d'une enseigne<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Lien vers la note 292"><span class="smaller">[292]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> <i>Rue de Voltaire.</i> Cette rue donne sur la place du
-Théâtre-François et dans la rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. Elle
-a été percée, comme toutes celles qui aboutissent au même point, lors
-de la construction du théâtre.</p>
-
-<a id="monumentsnouveaux" name="monumentsnouveaux"></a>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> MONUMENTS NOUVEAUX ET RÉPARATIONS AUX ANCIENS MONUMENTS,
-FAITES DEPUIS 1789.</h3>
-
-<p class="center">ÉGLISE DE SAINT-SULPICE.</p>
-
-<p>Cette église doit à la munificence du pasteur qui la gouverne
-maintenant<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Lien vers la note 293"><span class="smaller">[293]</span></a>, d'avoir recouvré une partie de son ancienne
-splendeur, et d'offrir un genre de décoration, dont il n'y a que très
-peu d'exemples à Paris: ce sont des peintures à fresque exécutées,
-dans plusieurs de ses chapelles, par plusieurs de nos peintres les
-plus distingués. Nous donnerons le détail des divers ornements dont
-elle a été enrichie, en commençant par la description des chapelles.</p>
-
-<p><i>Deuxième chapelle</i>, à droite en entrant. On la prépare maintenant
-pour être peinte à fresque.</p>
-
-<p><i>Troisième chapelle</i>, dite de <i>Saint-Roch</i>. Cette chapelle, peinte à
-fresque par M. <cite>Abel de Pujol</cite>, représente, dans le tableau qui est à
-droite, saint Roch guérissant miraculeusement des malades, dans un
-hôpital de Rome; dans le tableau de la gauche, sa mort dans une
-prison; dans le plafond, il est enlevé au ciel par <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> des anges,
-et les quatre pendentifs représentent les quatre principales villes où
-s'exerça sa charité, Rome, Aquapendente, Plaisance et Cesène; au fond
-de la chapelle, un bas-relief couleur d'or offre le convoi du saint,
-mort à Montpellier en 1327.</p>
-
-<p>L'ordonnance de ces diverses peintures est fort belle; on y retrouve
-la correction de dessin et le style élevé de M. Abel de Pujol; et l'on
-ne peut reprocher à ce dessin que d'offrir de la maigreur dans un
-certain nombre de figures; d'autres sont exemptes de ce défaut.</p>
-
-<p><i>Quatrième chapelle</i>, dite de <i>Saint-Maurice</i>. Cette chapelle, peinte
-également à fresque par M. <cite>Vinchon</cite>, nous montre, dans le tableau de
-la droite, Saint-Maurice, Exupère, Candide, et les autres héros de la
-légion thébéenne, qui refusent de sacrifier aux idoles; le tableau à
-gauche représente le moment où la légion est entourée et massacrée par
-les ordres du féroce Maximien; dans le plafond, des anges apportent
-des palmes à ces généreux martyrs; les figures de la Foi, de
-l'Espérance, de la Charité, de la Constance, ornent les quatre
-pendentifs; d'autres groupes d'anges soutiennent des écussons et une
-guirlande de verdure dont le plafond est entouré.</p>
-
-<p>La statue de saint Maurice, de grandeur naturelle, occupe le fond de
-la chapelle.</p>
-
-<p>Les compositions de cette chapelle sont d'une belle ordonnance, et les
-ornements en sont de bon goût.</p>
-
-<p>Le monument de M. Languet de Gergy est dans la <i>cinquième chapelle</i>
-dédiée à saint Jean-Baptiste.</p>
-
-<p>À l'entrée de la sacristie, sur deux piédestaux carrés, <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> sont
-élevées les statues en plâtre de saint Pierre et de saint Jean: la
-première par M. <cite>Pradier</cite>, la seconde par M. <cite>Petitot</cite>. Des
-inscriptions portent qu'elles ont été données par la Ville à l'église
-Saint-Sulpice, en 1822.</p>
-
-<p><i>Sixième chapelle.</i> 1<sup>o</sup> Deux copies d'apôtres, vus à mi corps, d'après
-le <cite>Valentin</cite> ou <cite>Michel-Ange de Caravage</cite>; 2<sup>o</sup> l'esquisse de la
-coupole de la chapelle de la Vierge.</p>
-
-<p><i>Septième chapelle</i>, dite de <i>Saint-Fiacre</i>. 1<sup>o</sup> Un très beau tableau
-par M. <cite>Dejuinne</cite>, qui représente le saint refusant la couronne
-d'Écosse; 2<sup>o</sup> la Résurrection de la fille de Jaïre (École de
-<cite>Jouvenet</cite>); tableau au dessous du médiocre.</p>
-
-<p><i>Huitième chapelle.</i> Dans une niche sur l'autel, une petite statue de
-Sainte-Geneviève, d'un style médiocre, mais exécutée avec naïveté et
-correction.</p>
-
-<p><i>Neuvième chapelle.</i> Sur l'autel une bonne copie du Saint-Michel de
-Raphaël; vis-à-vis, la Samaritaine, bon tableau de l'école de <cite>La
-Hire</cite> ou de <cite>Le Brun</cite>.</p>
-
-<p><i>Deuxième chapelle</i>, à gauche en entrant. Trois tableaux: 1<sup>o</sup>
-Sainte-Perpétue dans sa prison; 2<sup>o</sup> saint Vincent faisant une
-instruction aux orphelins en présence des s&oelig;urs de la Charité; 3<sup>o</sup>
-la mort de la Vierge, par <cite>Dandré-Bardon</cite>. Le premier de ces tableaux
-est très médiocre, les deux autres sont détestables.</p>
-
-<p><i>Troisième chapelle.</i> On la peint à fresque en ce moment.</p>
-
-<p><i>Quatrième chapelle</i> dite de <i>Saint-Vincent de Paule</i>. Cette
-chapelle, peinte à fresque par M. <cite>Guillemot</cite>, <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> nous montre,
-dans le tableau de la droite, le saint assistant Louis XIII à ses
-derniers moments; dans celui de la gauche, le moment où il recommande
-les enfants trouvés à la pitié des dames de charité; dans les quatre
-pendentifs, des médaillons en bas-relief de couleur d'or représentent
-plusieurs actions de sa vie; dans le plafond, il est enlevé au ciel
-par des anges.</p>
-
-<p>Il y a, dans ces peintures, le mérite de composition et de dessin qui
-distingue les ouvrages de M. Guillemot<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Lien vers la note 294"><span class="smaller">[294]</span></a>.</p>
-
-<p><i>Cinquième chapelle.</i> Dans cette chapelle, qui est ornée d'une très
-belle menuiserie, sur le maître-autel, un tableau allégorique
-représentant la Conversion des nations infidèles par saint François
-Xavier; sans nom d'auteur.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> <i>Sixième chapelle.</i> Deux tableaux: 1<sup>o</sup> saint Jean écrivant
-son Apocalypse; sans nom d'auteur; 2<sup>o</sup> saint François en prière, par
-<cite>Pierre</cite>.</p>
-
-<p><i>Septième chapelle.</i> Un très beau tableau représentant saint Charles
-Borromée pendant la peste de Milan; par M. <cite>Granger</cite>. (Donné par la
-Ville à l'église de Saint-Sulpice, en 1817).</p>
-
-<p><i>Huitième chapelle.</i> Deux tableaux; 1<sup>o</sup> la Pentecôte; 2<sup>o</sup>
-l'Annonciation; sans nom d'auteur.</p>
-
-<p>Au dessus des deux portes d'entrée, pratiquées des deux côtés de la
-chapelle de la Vierge, deux tableaux: 1<sup>o</sup> l'Annonciation; sans nom
-d'auteur; 2<sup>o</sup> la Vierge de douleur, bon tableau qui paroît appartenir
-à l'école de <cite>Le Brun</cite>.</p>
-
-<p>Au dessus du banc des marguilliers, un tableau représentant
-l'intérieur de Saint-Sulpice; sans nom d'auteur; vis-à-vis, une Vierge
-tenant l'enfant Jésus entre ses bras; école de <cite>Mignard</cite>.</p>
-
-<p><i>Grand autel.</i> Il est fait en forme de sarcophage antique; au milieu
-on a pratiqué une niche recouverte d'une glace, où sont exposées des
-reliques. Le tabernacle, d'une forme carrée, est décoré, dans ses
-parties latérales, de colonnes d'ordre corinthien, et supporte une
-plinthe sur laquelle deux anges sont en adoration devant la croix.
-Toute cette partie de l'autel est en cuivre doré, et l'ensemble de
-cette composition est simple et de bon goût.</p>
-
-
-<h3>NOUVEAU SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.</h3>
-
-<p>Ce monument, achevé depuis peu de temps, borde tout le côté
-méridional de la nouvelle place Saint-Sulpice. <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> C'est une
-construction faite avec soin et d'une belle simplicité; mais elle n'a
-pas le caractère convenable à sa destination, et ressemble plutôt à
-une caserne qu'à un séminaire.</p>
-
-
-<h3>PALAIS DU LUXEMBOURG.</h3>
-
-<p>Ce palais, ayant été destiné aux séances du Sénat de Buonaparte et
-ensuite à celles de la Chambre des Pairs, a éprouvé, en raison de
-cette destination, plusieurs changements dans ses distributions
-intérieures: à droite, a été pratiqué un grand escalier qui conduit à
-la salle des séances; il est décoré de statues représentant quelques
-uns des généraux et des grands hommes qui ont illustré la France. À
-gauche et au dessus du rez-de-chaussée, est la galerie des tableaux.
-Ceux des anciens maîtres qu'elle contenoit ayant été transportés au
-musée du Louvre, cette galerie est maintenant destinée à recevoir les
-ouvrages des peintres vivants dont le gouvernement juge à propos de
-faire l'acquisition; cette collection de tableaux modernes change
-souvent d'aspect et pour ainsi dire, à chaque salon, un grand nombre
-d'ouvrages nouvellement exposés prenant la place des tableaux de
-l'exposition précédente qui sont alors distribués, ou dans les maisons
-royales, ou dans les musées des départements.</p>
-
-<p>Ce palais, autrefois obstrué, comme la plupart de nos édifices
-publics, de bâtisses irrégulières ou de baraques qui y étoient
-attenantes, est maintenant, des deux côtés, parfaitement isolé au
-milieu d'un <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> espace symétrique, et fermé de tous côtés par des
-grilles.</p>
-
-
-<h3>JARDIN DU LUXEMBOURG.</h3>
-
-<p>Ce jardin, considéré maintenant comme le plus beau jardin public de
-l'Europe, sans en excepter celui des Tuileries, qu'il surpasse par
-l'élégance du dessin et l'heureuse harmonie de toutes ses parties,
-mérite que nous nous arrêtions un moment sur les changements que le
-génie de Chalgrin y a opérés, et qui en ont fait, comme par
-enchantement, ce qu'il est aujourd'hui.</p>
-
-<p>Planté sur un terrain irrégulier, toutes les irrégularités de l'espace
-dans lequel il est circonscrit se trouvent entièrement perdues dans
-les parties les plus reculées du bois qui l'environne, et ce bois,
-élevé en terrasse, vient se dessiner circulairement autour d'un
-parterre également circulaire dans sa partie centrale, et qui, à
-partir de la terrasse du château, se prolonge jusqu'à une seconde
-terrasse, laquelle précède une immense allée percée en face du palais.
-Cette allée, ouverte sur l'ancien terrain des Chartreux, termine, de
-ce côté, le jardin, et présente pour perspective le monument de
-l'Observatoire, dont l'axe s'est trouvé, par le plus heureux des
-hasards, absolument le même que celui du monument élevé par
-Desbrosses. Des deux côtés, et dans la partie basse de ce terrain, que
-l'on a fort élevé au dessus de son niveau, mais seulement sur l'espace
-où l'allée a été pratiquée, sont des pépinières expérimentales
-<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> qui dépendent du palais, et sont renfermées dans l'enceinte
-du jardin.</p>
-
-<p>Le bois symétriquement percé de larges allées, et dont la lisière
-forme, de tous les côtés, des terrasses en amphithéâtre d'où la vue
-embrasse tout le jardin, a, pour ces allées, des issues sur toutes les
-rues qui l'environnent<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Lien vers la note 295"><span class="smaller">[295]</span></a>, de manière que les promeneurs peuvent y
-aborder de tous les côtés. Le milieu du parterre, dont les
-compartiments sont dessinés avec goût et simplicité, est occupé par un
-grand bassin octogone avec jet d'eau; des pentes douces en fer à
-cheval lient cette partie du jardin, à son extrémité méridionale, avec
-les terrasses sur lesquelles s'élève le bois dont elle est entourée;
-les murs de ces terrasses sont revêtus de massifs disposés en talus et
-revêtus d'un gazon sur lequel on a planté des rosiers qui forment
-autour du jardin comme une immense ceinture de fleurs. On communique
-encore du parterre aux terrasses par plusieurs escaliers.</p>
-
-<p>Enfin les deux entrées, du côté de la rue de Vaugirard où se trouve la
-façade du château, offrent un couvert d'arbres par lequel on arrive à
-la grande terrasse placée vis-à-vis de la façade opposée. De l'un et
-de l'autre côté, cette terrasse est accompagnée de deux grands espaces
-entourés de grillages et remplis de rosiers greffés sur des
-églantiers, et des espèces les plus rares et les plus variées. Ainsi,
-de quelque côté qu'on entre dans ce jardin, on y trouve de l'ombrage
-et les aspects les plus séduisants.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Sur les terrasses et dans la partie circulaire du parterre,
-on a placé comme ornement un assez grand nombre de statues.</p>
-
-
-<table border="0" cellpadding="1" summary="Ornements du jardin du Luxembourg.">
-
-<tr>
-<td colspan="3" class="center smcap">STATUES ET AUTRES ORNEMENTS DU JARDIN DU LUXEMBOURG.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td colspan="3">&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="center"><i>Sur la terrasse, à droite.</i></td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td class="center"><i>Sur la terrasse, à gauche.</i></td>
-</tr>
-
-<tr>
-<td>Vulcain.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Flore.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>La Pudicité.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Mars.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Romain.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Guerrier romain.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Cérès.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Bacchus.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Bacchus.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>L'Été.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Méléagre.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Vertumne.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>L'Été.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Mercure.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Guerrier romain.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Apollon.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Romain.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Bacchus.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Vénus.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Vénus.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Cérès.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Méléagre.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Le Gladiateur Borghèse.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Diane chasseresse.</td>
-</tr>
-
-<tr>
-<td colspan="3">&nbsp;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="center"><i>Autour du parterre.</i></td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td class="center"><i>Autour du parterre.</i></td>
-</tr>
-
-<tr>
-<td>Minerve.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Diane.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Junon.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Diane.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Vénus.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Bacchus.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td>Flore.</td>
-<td>&nbsp;</td>
-<td>Vénus.</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p class="p2 center"><i>Dans le parterre, aux angles des grands tapis de verdure.</i></p>
-
- <p>Quatre grands vases en marbre, forme de Médicis.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>À l'origine des balustrades qui bordent le fer à cheval.</i></p>
-
- <p>Des groupes d'enfants supportant des cuvettes.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Aux deux extrémités du fer à cheval.</i></p>
-
- <p>Des copies des lutteurs, d'après les deux groupes antiques de la
- galerie de Florence.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> <i>Au milieu du tapis de verdure, dans la partie du bois,
- à droite.</i></p>
-
- <p>Un grand vase, forme de Médicis.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans le carré de rosiers, du même coté.</i></p>
-
- <p>Une statue de Mercure.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>À l'entrée de la grande allée.</i></p>
-
- <p>Sur deux piédestaux carrés, deux lions en marbre. Les deux portes
- qui donnent sur les rues de Fleurus et d'Enfer sont ornées des
- mêmes animaux sculptés en pierre.</p>
-
-
-<p class="p2 center"><i>Dans la partie du bois qui borde la rue d'Enfer.</i></p>
-
- <p>Trois statues allégoriques.</p>
-
-
-<p class="p2">La plupart de ces statues sont copiées d'après l'antique. Les
-meilleures de ces copies sont médiocres, ce qui ne peut choquer dans
-des figures destinées à l'ornement d'un jardin public; mais plusieurs
-d'entre elles offrent des nudités, et ces nudités sont choquantes,
-même pour l'&oelig;il le moins scrupuleux.</p>
-
-<p>Les honnêtes gens s'étonnent avec juste raison que, dans la capitale
-d'un royaume où la religion chrétienne est du moins reconnue comme
-<em>religion de l'État</em>, on laisse encore subsister, dans des lieux
-ouverts à toute une population<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Lien vers la note 296"><span class="smaller">[296]</span></a>, et dont n'écartent <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> ni
-le sexe ni l'âge, ces monuments hideux de la licence du paganisme, sur
-lesquels du moins on jettoit autrefois un voile, lorsque, très
-imprudemment encore, on les exposoit aux regards de la multitude.
-Puisqu'on juge à propos de ne point les y soustraire, la pudeur
-publique exigeroit qu'on leur rendît du moins ce voile, qui en a été
-arraché pendant les saturnales de la révolution.</p>
-
-
-<h3>THÉÂTRE-FRANÇOIS.</h3>
-
-<p>Ce théâtre, devenu, il y a quelques années, la proie d'un nouvel
-incendie qui, de même que le premier, en avoit détruit toutes les
-constructions intérieures, a été très promptement rétabli. La salle,
-dont la coupe est la même, offre une décoration élégante, exécutée
-sous la direction et d'après les dessins de M. Lafitte. Dans les
-compartiments du plafond, disposé en éventail, sont représentées les
-Muses et autres divinités du paganisme qui président aux beaux arts;
-vers l'entablement sont rassemblés, dans des médaillons, les portraits
-des grands auteurs tragiques, grecs et romains. Les autres parties de
-cette salle sont richement décorées en arabesques où domine l'or, au
-milieu d'une grande variété de couleurs. À l'extérieur, le fronton a
-été remplacé par un attique.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> NOUVEAU MARCHÉ SAINT-GERMAIN.</h3>
-
-<p>Cette belle construction se compose, dans sa partie principale, d'un
-grand bâtiment carré-long, qui occupe tout l'espace sur lequel étoit
-placée autrefois la Foire Saint-Germain. Les deux façades du nord et
-du midi sont percées chacune de vingt-et-une arcades, dont trois
-seulement sont ouvertes au milieu, et deux à chacun des angles; les
-façades du levant et du couchant, qui n'ont que dix-sept arcades,
-présentent également trois arcades ouvertes au milieu, et une à chaque
-angle. Une rue sépare au midi ce bâtiment d'un autre qui sert de
-boucherie, et se prolonge dans toute la longueur de cette façade
-méridionale. Il contient aussi vingt-et-une arcades, et présente des
-ouvertures toutes semblables. Les toits de ces deux constructions sont
-plats et couverts de tuiles rondes; des ouvertures pratiquées au
-dessus de chaque arcade y entretiennent la libre circulation de l'air
-et y maintiennent la salubrité.</p>
-
-<p>Au milieu de la cour du grand marché a été transportée une fontaine,
-autrefois placée sur la place Saint-Sulpice, et dont les dimensions
-étoient hors de proportion, et avec le monument en face duquel elle
-avoit été élevée, et avec la place immense dont elle devoit faire
-l'ornement. La composition en est simple et de bon goût: c'est une
-espèce de cippe carré, orné de quatre bas-reliefs, représentant le
-Commerce, l'Agriculture, les Sciences et les Arts. Ces bas-reliefs
-sont dus à M. Espercieux.</p>
-
-<p>Au milieu du bâtiment destiné aux bouchers, <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> s'élève une autre
-fontaine que surmonte une figure colossale en moulage.</p>
-
-<p>Ce monument, pour la pureté de son exécution, la noble simplicité de
-ses lignes et l'accord parfait de toutes les convenances
-architecturales, peut être offert comme un modèle qu'il seroit
-difficile de surpasser.</p>
-
-
-<h3>THÉÂTRE FORAIN DU LUXEMBOURG.</h3>
-
-<p>Ce théâtre, très fréquenté par le peuple qui habite les quartiers
-environnants, est situé dans la rue de Fleurus, et à l'entrée du
-jardin du Luxembourg.</p>
-
-
-<h3>BARRIÈRE DU MONT-PARNASSE.</h3>
-
-<p>En dehors de cette barrière, est situé l'ancien cimetière de la
-Charité, que l'on a considérablement agrandi, et que l'on nomme
-maintenant cimetière du Midi. C'est là que la plupart des habitants de
-la rive méridionale de la Seine ont leur sépulture. Près de ce
-cimetière s'élève un petit théâtre très fréquenté, dans la belle
-saison, par les classes populaires de Paris. L'espace entre cette
-barrière et celle du midi est couvert de guinguettes de la
-construction la plus élégante, et dont plusieurs pourroient soutenir
-la comparaison avec les hôtels les plus brillants de la
-Chaussée-d'Antin.</p>
-
-<a id="ruesnouvelles" name="ruesnouvelles"></a>
-<h3>RUES ET PLACES NOUVELLES.</h3>
-
-<p><i>Rue d'Assas.</i> Elle donne d'un côté dans la rue du Cherche-Midi, de
-l'autre dans la rue de Vaugirard. <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> Elle a été ouverte sur
-l'ancien terrain des Carmes-Déchaussés.</p>
-
-<p><i>Rue Clément.</i> Elle longe le côté nord du marché neuf Saint-Germain,
-et d'une part aboutit à la rue de Seine, de l'autre à la rue Mabillon.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Est.</i> Elle commence au boulevard et vient aboutir dans la
-rue d'Enfer, à l'endroit où est ouvert le passage de
-Saint-Jacques-du-Haut-Pas.</p>
-
-<p><i>Rue Félibien.</i> Cette rue, formée par la façade méridionale du marché
-Saint-Germain et par le bâtiment qui lui est parallèle, aboutit d'un
-côté à la rue Neuve-de-Seine, et de l'autre à la rue Mabillon.</p>
-
-<p><i>Rue de Fleurus.</i> Cette rue aboutit d'un côté à la grille du
-Luxembourg (côté du couchant), de l'autre au cul-de-sac de la rue
-Notre-Dame-des-Champs, auquel elle a donné son nom.</p>
-
-<p><i>Rue des Fourneaux.</i> Cette rue, ouverte dans la rue de Vaugirard,
-vient aboutir à la barrière dont elle porte le nom.</p>
-
-<p><i>Rue Duguay-Trouin.</i> Elle est ouverte sur la rue de Fleurus, et vient
-aboutir en équerre à la rue de l'Ouest.</p>
-
-<p><i>Rue Jean-Bart.</i> Cette rue, ouverte dans la rue de Vaugirard et
-vis-à-vis la rue Cassette, donne par son extrémité dans la rue de
-Fleurus.</p>
-
-<p><i>Rue de la Caille.</i> Elle donne d'un côté dans la rue d'Enfer, et de
-l'autre aboutit aux nouveaux boulevards.</p>
-
-<p><i>Rue Mabillon.</i> Elle longe le côté occidental du marché
-Saint-Germain, et aboutit d'un côté à la rue <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> des Aveugles, de
-l'autre à celle du Four Saint-Germain.</p>
-
-<p><i>Rue Montfaucon.</i> Elle aboutit d'un côté dans la rue Clément, de
-l'autre dans celle du Four Saint-Germain. C'est l'ancienne rue de
-Bissi.</p>
-
-<p><i>Rue Neuve-de-Seine.</i> Elle commence à la rue des Quatre-Vents, aboutit
-d'un côté à la rue de Seine, et de l'autre fait le prolongement de la
-rue de Tournon.</p>
-
-<p><i>Rue de l'Ouest.</i> Elle commence dans la rue de Vaugirard, longe
-l'ancien enclos des Chartreux, et vient aboutir au boulevard.</p>
-
-<p><i>Place Saint-Sulpice.</i> Elle a été formée devant l'église dont elle
-porte le nom, et là viennent aboutir les rues Palatine, Férou,
-Pot-de-Fer, du Vieux-Colombier, des Canettes et des Aveugles.</p>
-
-<p><i>Rue Toustain.</i> Elle aboutit d'un côté à la rue Félibien, de l'autre à
-la rue Neuve-de-Seine.</p>
-
-<p><i>Rue du Val-de-Grâce.</i> Elle a été ouverte en face de ce monastère, et
-vient aboutir à la rue d'Enfer.</p>
-
-<p><i>Cul-de-sac Vaugirard.</i> Il a été ouvert dans la rue dont il porte le
-nom, près de la maison de l'Enfant-Jésus.</p>
-
-
-<h3>BOULEVARD.</h3>
-
-<p><i>Boulevard d'Enfer.</i> Il prend naissance au boulevard du Mont-Parnasse,
-et vient aboutir à la barrière dont il porte le nom<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Lien vers la note 297"><span class="smaller">[297]</span></a>.</p>
-
-
-<h3><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> FONTAINES.</h3>
-
-<p><i>Fontaine Garancière.</i> Elle est située à l'entrée de cette rue, du
-côté de celle de Vaugirard, et avoit été construite, en 1715, aux
-frais de la princesse Anne, palatine de Bavière, veuve de Henri-Jules
-de Bourbon-Condé, ainsi que l'indique l'inscription suivante, détruite
-pendant la révolution, et qui a été rétablie:</p>
-
-<p class="quote">
- <i lang="la">Aquam præfecto et ædilibus acceptam hic, suis impensis, civibus
- fluere voluit serenissima princeps Anna Palatina ex Bavariis,
- relicta serenissimi principis Henrici-Borbonii, principis Condæi,
- anno Domini M. D. CC. XV.</i></p>
-
-<p><i>Fontaine de la rue du Regard.</i> Cette fontaine, qui existe depuis
-long-temps à l'angle de cette rue et de celle de Vaugirard, est ornée,
-depuis quelques années, d'un bas-relief de peu de saillie et d'un bon
-style, lequel représente une Naïade qui se joue avec des cignes.</p>
-</div>
-
-<p class="p2 center smaller">FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DU QUATRIÈME VOLUME.</p>
-
-
-
-<div class="chapter">
-<div class="toc">
-<h2><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> TABLE DES MATIÈRES.<br />
-QUATRIÈME VOLUME.&mdash;PREMIÈRE PARTIE.</h2>
-
-<p class="center">QUARTIER DU LUXEMBOURG.</p>
-
-<ul class="none">
-<li>&nbsp; <span class="ralign10">Pages</span></li>
-
-<li>Paris sous Louis XIV.
-<span class="ralign10"><a href="#page1">1</a></span></li>
-
-<li>Origine du quartier.
-<span class="ralign10"><a href="#page207">207</a></span></li>
-
-<li>Saint-Sulpice.
-<span class="ralign10"><a href="#page208">208</a></span></li>
-
-<li>Les Religieuses de Notre-Dame-de-la-Miséricorde.
-<span class="ralign10"><a href="#page227">227</a></span></li>
-
-<li>Les Orphelines de Saint-Sulpice.
-<span class="ralign10"><a href="#page230">230</a></span></li>
-
-<li>Les Filles du Saint-Sacrement.
-<span class="ralign10"><a href="#page234">234</a></span></li>
-
-<li>Les Prémontrés réformés.
-<span class="ralign10"><a href="#page239">239</a></span></li>
-
-<li>L'abbaye de Notre-Dame-aux-Bois.
-<span class="ralign10"><a href="#page242">242</a></span></li>
-
-<li>Le prieuré du Chasse-Midi.
-<span class="ralign10"><a href="#page244">244</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve.
-<span class="ralign10"><a href="#page247">247</a></span></li>
-
-<li>Les Petites-Maisons.
-<span class="ralign10"><a href="#page250">250</a></span></li>
-
-<li>Les Filles du Bon-Pasteur.
-<span class="ralign10"><a href="#page253">253</a></span></li>
-
-<li>Hospice des Hibernois.
-<span class="ralign10"><a href="#page256">256</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de l'Annonciation.
-<span class="ralign10"><i>Ib.</i></span></li>
-
-<li>Les Incurables.
-<span class="ralign10"><a href="#page257">257</a></span></li>
-
-<li>Les Bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse.
-<span class="ralign10"><a href="#page260">260</a></span></li>
-
-<li>Hospice Saint-Sulpice.
-<span class="ralign10"><a href="#page262">262</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de l'Enfant-Jésus.
-<span class="ralign10"><a href="#page263">263</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de Notre-Dame-des-Prés.
-<span class="ralign10"><a href="#page265">265</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de Sainte-Thècle.
-<span class="ralign10"><a href="#page267">267</a></span></li>
-
-<li>Les Carmes-Déchaussés.
-<span class="ralign10"><a href="#page269">269</a></span></li>
-
-<li>Les Religieuses du Précieux-Sang.
-<span class="ralign10"><a href="#page273">273</a></span></li>
-
-<li>Les Religieuses de Lorraine.
-<span class="ralign10"><a href="#page275">275</a></span></li>
-
-<li>Noviciat des Jésuites.
-<span class="ralign10"><a href="#page277">277</a></span></li>
-
-<li>Les Filles de l'Instruction-Chrétienne.
-<span class="ralign10"><a href="#page279">279</a></span></li>
-
-<li>Les Dames du Calvaire.
-<span class="ralign10"><a href="#page281">281</a></span></li>
-
-<li>Le palais du Luxembourg.
-<span class="ralign10"><a href="#page285">285</a></span></li>
-
-<li>Comédie Françoise.
-<span class="ralign10"><a href="#page302">302</a></span></li>
-
-<li>Les Feuillants-des-Anges-Gardiens.
-<span class="ralign10"><a href="#page324">324</a></span></li>
-
-<li>Les Chartreux.
-<span class="ralign10"><a href="#page326">326</a></span></li>
-
-<li>L'abbaye de Port-Royal.
-<span class="ralign10"><a href="#page338">338</a></span></li>
-
-<li>L'Institution de l'Oratoire.
-<span class="ralign10"><a href="#page343">343</a></span></li>
-
-<li>La Foire Saint-Germain.
-<span class="ralign10"><a href="#page345">345</a></span></li>
-
-<li>Colléges, Écoles, etc.
-<span class="ralign10"><a href="#page353">353</a></span></li>
-
-<li>Hôtels.
-<span class="ralign10"><a href="#page363">363</a></span></li>
-
-<li>Rues et Places du quartier du Luxembourg.
-<span class="ralign10"><a href="#page369">369</a></span></li>
-
-<li>Monuments nouveaux.
-<span class="ralign10"><a href="#page396">396</a></span></li>
-
-<li>Rues et Places nouvelles.
-<span class="ralign10"><a href="#page408">408</a></span></li>
-
-<li>Fontaines.
-<span class="ralign10"><a href="#page411">411</a></span></li>
-</ul>
-</div>
-</div>
-
-<p class="p2 center smaller">FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</p>
-
-
-
-
-<p class="p4 center smaller">IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,<br />
-<span class="smcap">RUE D'ANJOU-DAUPHINE, N<sup>o</sup> 8.</span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter">
-<h2>Notes</h2>
-
-<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: II. Cor. 1, 12.</p>
-
-<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
-<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: Toutefois il est vrai de dire que ces honteux traités ne
-furent point l'ouvrage du jeune monarque, mais de Mazarin qui régnoit
-encore à sa place. Du caractère qu'il étoit, Louis XIV s'en fût sans
-doute indigné et ne les eût point signés.</p>
-
-<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
-<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: «Les enfants de Charles I<sup>er</sup> se réfugièrent en Espagne.
-Les ministres espagnols éclatèrent dans toutes les cours, et surtout à
-Rome, de vive voix et par écrit, contre un cardinal qui sacrifioit,
-disoient-ils, les lois divines et humaines, l'honneur et la religion,
-au meurtrier d'un roi, et qui chassoit de France Charles II et le duc
-d'York, cousins de Louis XIV, pour plaire au bourreau de leur père.
-Pour toute réponse aux cris des Espagnols, on produisit les offres
-qu'ils avoient faites eux-mêmes au protecteur. (<span class="smcap">Voltaire.</span>)» Ainsi la
-France mettoit au jour la honte de l'Espagne, mais ne se lavoit point
-de la sienne; et ceci ne prouvoit autre chose, sinon qu'il y avoit
-entre les deux cabinets rivalité de bassesse et d'immoralité.</p>
-
-<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: La mort du duc d'Épernon, colonel-général de
-l'infanterie, lui fournit l'occasion qu'il souhaitoit de supprimer
-cette charge comme donnant trop d'autorité à celui qui en étoit
-revêtu; et tous les mestres de camp, tant d'infanterie que de
-cavalerie, prirent le titre de colonels particuliers de leurs
-régiments. Dès lors l'armée tout entière fut, pour ainsi dire, dans sa
-main; et il se réserva de nommer à tous les grades, ne souffrant pas
-même qu'il se fît un enseigne qui ne fût de son choix.</p>
-
-<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Les instructions qu'il donnoit à son royal élève se
-réduisoient à lui recommander de tenir très bas les princes de son
-sang, de ne point se familiariser avec ses courtisans, surtout de
-savoir dissimuler avec tout le monde, lui montrant la dissimulation
-comme le point le plus important de l'art de régner; du reste, il ne
-lui parloit jamais que vaguement des affaires, et employoit à son
-égard tous les moyens qu'il jugeoit propres à l'en distraire, à lui
-ôter la curiosité d'en savoir davantage (<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 1, p. 536,
-in-4<sup>o</sup>).</p>
-
-<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
-<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Jusqu'alors ils avoient passé leur vie presque entière
-dans les provinces qui leur étoient confiées, et où ils jouissoient
-d'une grande indépendance; à peine en sortoient-ils une fois l'an pour
-aller faire leur cour au souverain; et l'on conçoit ce que leur
-offroit d'avantages une telle position, soit pour se faire des
-créatures en répandant les grâces dont ils étoient les seuls
-distributeurs, soit pour se présenter aux peuples comme des maîtres de
-qui ils avoient tout à craindre et tout à espérer. Il avoit été
-prouvé, par la guerre de la Fronde, que Richelieu ne les avoit point
-encore assez abattus. Louis XIV forma le dessein d'achever ce que ce
-ministre avoit commencé. La cour devint le séjour ordinaire et forcé
-de ces personnages éminents, et l'on finit par leur persuader qu'ils
-ne pouvoient être bien et honorablement nulle autre part, et à un tel
-point, qu'après quelques années de séjour auprès du prince ils se
-seroient crus exilés, si on les eût de nouveau confinés dans leurs
-gouvernements. Enfin, pour achever de leur ôter toute influence,
-l'autorité attachée à leur charge fut partagée entre les gouverneurs
-particuliers qui ne relevèrent plus que de la cour, et les intendants
-qui reçurent la plus grande part de cette autorité; en sorte que cette
-qualité de gouverneur de province ne fut plus qu'un grand titre auquel
-étoient attachés de grands revenus. (<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 1, p. 557,
-in-4<sup>o</sup>.)</p>
-
-<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
-<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Ses autres ministres étoient le marquis de Lionne et
-Michel Le Tellier, père de Louvois. Ces deux personnages, et le
-surintendant des finances Fouquet, administroient toutes les affaires
-sous le cardinal. Le roi les avoit conservés, et lors de la chute de
-Fouquet, Colbert remplaça celui-ci sous le titre de
-contrôleur-général.</p>
-
-<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
-<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Ces billets d'épargne avoient été jetés par la cour dans
-le commerce, pendant les temps critiques de la régence; les porteurs
-en étoient devenus créanciers de l'État; et les besoins toujours
-croissants du trésor les avoient fait multiplier d'une manière
-excessive. Ne voyant aucun moyen de les acquitter, Colbert imagina de
-les décrier; et, pour y parvenir sûrement, il commença par les faire
-refuser dans les recettes du roi. Le moyen étoit sans doute
-immanquable, et l'effet en fut tel, qu'à peine trouvoit-on cinquante
-francs sur un billet de dix mille francs. Alors il en fit racheter
-d'énormes quantités, et paya ainsi à peu de frais des dettes
-considérables. Quant aux rentes de l'Hôtel-de-Ville, voici ce qui
-arriva: dans ces mêmes moments de crise, la cour avoit forcé la ville
-de Paris à emprunter de très grandes sommes à de gros intérêts, et
-comme elle ne pouvoit subvenir à les payer, une ordonnance obligea les
-rentiers à imputer au remboursement du capital, ce que l'on déclaroit
-<em>excessif</em> dans les intérêts qu'ils avoient reçus; cette opération
-ruina un grand nombre de familles, dont le plus clair et souvent
-l'unique revenu étoit en rentes constituées sur l'hôtel-de-ville.
-(<cite>Mém. de l'abbé</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>.&mdash;<cite>Id. du comte</cite> <span class="smcap">de Bussi</span>, t. 3.)</p>
-
-<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
-<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Fouquet étoit coupable sans doute; mais Colbert qui, sous
-le masque hypocrite de la plus ardente amitié, abuse de sa confiance,
-l'attire dans un piége exécrable, et, lorsqu'il l'y a fait tomber, se
-montre son ennemi le plus implacable et le plus acharné, Colbert est
-mille fois plus coupable que lui. On ne peut lire sans indignation, et
-sans concevoir pour cet homme autant de haine que de mépris, les
-détails de cette man&oelig;uvre atroce et de ce vil espionnage (<i>Voyez</i>
-les <cite>Mémoires de l'abbé</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>, t. 1, liv. 3).</p>
-
-<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
-<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: Le canal du Languedoc.</p>
-
-<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
-<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: C'étoit un malheureux effet de la licence des guerres
-qui avoient précédé. Le roi remédia à ce mal en établissant une
-chambre de justice ambulante qui, sous le nom de <em>grands jours</em>,
-devoit parcourir les provinces, réprimer et punir toutes ces
-injustices. Elle commença ses fonctions en Auvergne, où les violences
-avoient été poussées à de plus grands excès que partout ailleurs. Il
-en coûta la tête à plusieurs; un grand nombre de seigneurs furent
-punis par la démolition de leurs châteaux, et la sévérité du prince
-s'étendit jusque sur les juges subalternes dont ils avoient fait les
-instrumens de leur tyrannie. (<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 1, p. 635, in-4<sup>o</sup>.)</p>
-
-<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
-<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: <cite>Mém. du duc</cite> <span class="smcap">de Saint-Simon</span>, liv. 1.&mdash;«Son esprit,
-dit-il, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes de
-détails. Il entra sans cesse dans les derniers sur les troupes,
-habillement, évolutions, armement, exercice, discipline, en un mot,
-dans toutes sortes de bas détails; il ne s'en occupoit pas moins sur
-ses bâtiments, sa maison civile, ses extraordinaires de bouche: il
-croyoit toujours apprendre quelque chose à ceux qui en ce genre en
-savoient le plus, qui recevoient en novices des leçons qu'ils savoient
-par c&oelig;ur depuis long-temps. Ces pertes de temps, qui paroissoient
-au roi avoir tout le mérite d'une application continuelle, étoient le
-triomphe de ses ministres qui, avec un peu d'art et d'expérience à le
-tourner, faisoient venir, comme de lui, ce qu'ils vouloient eux-mêmes,
-et qui conduisoient le grand monarque selon leurs vues et trop souvent
-selon leurs intérêts, tandis qu'ils s'applaudissoient de le voir se
-noyer dans les détails.» Il faut sans doute ne se livrer qu'avec
-quelque méfiance aux récits du duc de Saint-Simon, qui se laisse trop
-souvent aller à ses préjugés et à ses préventions; mais comme son
-caractère était la franchise même, on doit le croire, lorsque ce qu'il
-dit est expliqué et confirmé par les faits.</p>
-
-<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
-<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Il rappela l'ambassadeur qu'il avoit à Madrid, fit
-sortir de France celui d'Espagne, et déclara à son beau-père que, s'il
-ne reconnoissoit la supériorité de la cour de France et ne lui faisoit
-pas une satisfaction solennelle d'un tel affront, la guerre alloit
-recommencer. Philippe IV étoit loin de pouvoir accepter un pareil
-défi; il lui fallut s'humilier; «et cette cour encore fière, dit
-Voltaire, murmura long-temps de son humiliation.»</p>
-
-<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
-<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Voltaire dit lui-même que le duc Créqui avoit révolté
-les Romains par ses hauteurs; que ses domestiques commettoient dans
-Rome les mêmes désordres que la jeunesse indisciplinable de Paris; que
-ses laquais avoient chargé, l'épée à la main, une escouade de Corses
-qui protégeoit les exécutions de justice.</p>
-
-<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
-<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Avant d'en venir là, le pape avoit vainement employé
-tous les moyens de conciliation; il avoit fait pendre quelques-uns des
-soldats qui avoient insulté l'hôtel de l'ambassade; il avoit fait
-sortir de Rome le gouverneur de cette ville, soupçonné d'avoir
-favorisé l'attentat. Ni ces actes de déférence, ni les paroles de paix
-qu'il lui fit porter, ne purent fléchir le roi. Pour l'apaiser quand
-on l'avoit offensé, il falloit qu'on se mît sous ses pieds. On sait à
-quoi ce pape fut réduit: il se vit forcé d'exiler de Rome son propre
-neveu, de casser la garde corse, d'élever lui-même, dans la capitale
-de ses États et du monde chrétien, une pyramide, avec une inscription
-qui signaloit à la fois l'injure et la réparation, enfin d'envoyer un
-légat à <i lang="la">latere</i> faire satisfaction au roi, ou, pour mieux dire, lui
-demander pardon.</p>
-
-<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
-<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: Par cette distinction, bien digne d'eux assurément, ils
-reconnoissoient, disoient-ils, avec le pape et les évêques, que la
-doctrine des cinq propositions étoit justement censurée: c'étoit là le
-point <em>de droit</em>. Mais ils nioient que cette doctrine fût celle de
-Jansénius: c'étoit là le point <em>de fait</em>. D'où il résultoit que si
-l'on eût consenti à leur faire une telle concession, tout en
-paroissant condamner les cinq propositions, ils les eussent réellement
-soutenues en soutenant le livre de Jansénius, où elles étoient
-effectivement.</p>
-
-<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
-<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: Ce prince, que nous avons vu jouer un rôle dans la
-Fronde, et que les vicissitudes de sa fortune, ses inconstances et ses
-bizarreries ont rendu plus célèbre que ses talents militaires qui
-étoient très réels, fit cette donation au roi, pour se venger de ce
-que son neveu, à qui il avoit promis la succession de ses États en
-faveur de son mariage avec mademoiselle de Nemours, usoit de
-l'entremise même du roi pour obtenir l'exécution d'une promesse que
-son oncle ne vouloit plus tenir, parce que ce mariage, qui lui avoit
-plu d'abord, lui déplaisoit maintenant; et Louis XIV, qui s'étoit
-déclaré le protecteur du jeune prince de Lorraine, ne balança pas à
-signer une convention qui l'enrichissoit des dépouilles de son
-protégé, ne répondant autre chose à ses justes plaintes, sinon que
-<em>les affaires des rois ne se traitoient pas comme celles des
-particuliers</em>. Toutefois, on sait que ce traité demeura sans effet.</p>
-
-<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
-<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: Pour violer ce traité, des ministres, et Turenne
-lui-même que l'on voit avec peine professer de pareilles doctrines,
-soutinrent que «la promesse qu'avoit faite Mazarin d'abandonner le
-Portugal étoit une <em>foiblesse</em> contraire à l'<em>équité naturelle</em>, <em>au
-droit des gens</em>, à la protection <em>que les rois se doivent
-mutuellement</em>; qu'elle n'étoit pas moins <em>contraire à la politique</em>;
-que l'intérêt de la France étoit que la couronne de Portugal fût
-indépendante; que l'Espagne n'<em>étoit point encore assez humiliée</em>,
-quoiqu'elle le fût beaucoup; qu'il falloit l'abattre tellement,
-qu'elle ne pût pas se relever, etc. (<cite>Mém.</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>.). Le roi <em>goûta
-ces raisons</em>; et, en effet, elles devoient lui sembler bonnes, <em>les
-affaires des rois ne se traitant pas comme celles des particuliers</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
-<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: «L'Angleterre ravagée par la peste; Londres réduite en
-cendres par un incendie attribué injustement aux catholiques; la
-prodigalité et l'indigence continuelle de Charles II, aussi
-dangereuses pour ses affaires que la contagion et l'incendie,
-mettoient la France en sûreté du côté des Anglois. L'empereur réparant
-à peine l'épuisement d'une guerre contre les Turcs; le roi d'Espagne,
-Philippe IV, mourant, et sa monarchie aussi foible que lui, laissoient
-Louis XIV le seul puissant et le seul redoutable.» Voilà ce que dit
-Voltaire; mais il auroit dû ajouter, et l'événement le prouva, que, vu
-l'état actuel de l'Europe, il n'étoit point de tentation plus
-dangereuse pour ce prince que cette puissance même et la crainte
-qu'elle inspiroit.</p>
-
-<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
-<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Cette coutume particulière du pays étoit appelée <em>droit
-de dévolution</em>; elle portoit que «si une femme ou un mari venoient à
-mourir, la propriété de tous leurs fonds de terre étoit dévolue aux
-enfants mâles ou femelles issus de ce mariage, sans que ceux du second
-lit y pussent prétendre, l'époux survivant n'ayant que l'usufruit.»
-Cette fois-ci Louis XIV jugea que <em>les affaires du prince ne devoient
-point se traiter</em> autrement <em>que celles des particuliers</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
-<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: «Les premiers historiens de Louis XIV, n'ayant pas tous
-les documents que l'on a acquis depuis, disent que ce fut au moyen
-d'un traité d'alliance qu'il fit avec la Suède qu'il s'assura, dans
-cette guerre, la neutralité de l'empereur, la Suède s'engageant par ce
-traité à faire entrer douze mille hommes dans les États héréditaires
-d'Autriche, au moment où l'empereur prendroit parti contre la France.
-Depuis, l'on a découvert que l'inaction du chef de la maison
-d'Autriche, dans cette circonstance, avoit pour cause un traité conclu
-secrètement entre lui et le roi de France, traité à peu près semblable
-à celui qu'ils entamèrent à la mort de Charles II, roi d'Espagne, et
-dans lequel ils se partageoient à l'avance les dépouilles de ce roi
-encore enfant, dont l'un et l'autre étoient les protecteurs naturels.»
-(<span class="smcap">Voltaire</span>, <cite>Siècle de Louis XIV</cite>.)</p>
-
-<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
-<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Le maréchal de Turenne commandoit en chef sous le roi;
-et il y avoit deux autres corps d'armée, l'un sous les ordres du
-maréchal d'Aumont, l'autre commandé par M. de Créqui. Les villes de
-Charleroi, Armentières, Saint-Vinox, Furnes, Ath, Tournay, Douay,
-Courtray, Oudenarde et le fort de la Scarpe, furent pris dans l'espace
-de deux mois par ces trois corps d'armée man&oelig;uvrant chacun
-séparément. La campagne fut terminée par le siége de Lille, auquel le
-roi assista, et qui se rendit, le 27 août, après neuf jours de
-tranchée.</p>
-
-<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
-<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Louvois, sous qui tout plioit, et qui vouloit la faveur
-pour lui seul, étoit profondément blessé du ton d'indépendance et
-quelquefois de supériorité que prenoit à son égard le maréchal de
-Turenne, placé trop haut dans l'estime et dans la confiance de son
-maître, pour qu'il pût espérer d'en faire, ainsi que des autres
-généraux, l'admirateur de ses conceptions et l'esclave de ses
-volontés. Ce fut donc lui qui détermina Louis XIV, en faisant valoir
-mille raisons de bienséance, à employer, dans cette expédition, le
-prince de Condé, alors gouverneur de la Bourgogne, province voisine de
-celle qu'il s'agissoit d'envahir, et à qui, depuis sa rentrée en
-France, le jeune monarque n'avoit encore accordé aucune marque de
-confiance. Quant à Condé, il désiroit sa part de ces lauriers que
-Turenne depuis long-temps moissonnoit à lui seul, et ce sentiment
-jaloux n'avoit rien qui fût indigne de son noble caractère.</p>
-
-<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
-<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: Besançon se rendit dans deux jours; Dôle, après quatre
-jours de siége; le reste fit encore moins de résistance.</p>
-
-<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
-<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: Dans leurs gazettes, publiées sous l'autorité de leurs
-magistrats, et dans une foule d'autres petits écrits dont ils
-inondoient l'Europe, ils se présentoient comme les libérateurs et les
-conservateurs des Pays-Bas, qu'ils prétendoient avoir seuls empêchés
-de devenir la proie du roi de France. On les accusoit, en outre,
-d'avoir fait frapper des médailles, dont les inscriptions étoient
-personnellement outrageantes pour Louis XIV.</p>
-
-<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
-<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: Cette négociation est fameuse par le voyage mystérieux
-que fit auprès de son frère la duchesse d'Orléans, Henriette
-d'Angleterre, voyage que suivit de près sa mort violente et subite;
-elle l'est encore par l'indiscrétion de Turenne à qui une foiblesse
-amoureuse arracha le secret de l'État.</p>
-
-<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
-<b><a href="#footnotetag27">27</a></b>: Les électeurs de Trèves, de Mayence, et le Palatin,
-avoient promis de demeurer dans l'alliance qu'ils avoient faite avec
-lui, ou du moins de garder la neutralité; et ce dernier tenoit encore
-à la France par le mariage que venoit de contracter le duc d'Orléans
-avec sa fille. L'électeur de Bavière, que le roi avoit flatté de
-l'espérance de voir une de ses filles épouser le dauphin, étoit
-également dans les meilleures dispositions à l'égard de la France. Il
-en étoit de même de plusieurs autres princes de l'empire qui, lors de
-la paix de Munster, lui avoient été redevables de la restitution d'une
-partie plus ou moins considérable de leurs souverainetés.</p>
-
-<p><a id="footnote28" name="footnote28"></a>
-<b><a href="#footnotetag28">28</a></b>: Le roi étoit informé que ce prince traitoit secrètement
-avec les Hollandois pour être admis dans la triple alliance, et qu'il
-faisoit en même temps solliciter l'Espagne de prendre une attitude
-plus décisive dans des circonstances où l'union des puissances
-menacées par Louis XIV pouvoit seule les préserver de ses entreprises;
-et certes, il n'y avoit rien en cela qui ne fût d'un esprit judicieux
-et prévoyant.</p>
-
-<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
-<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: <span class="smcap">Voltaire</span>, <cite>Siècle de Louis XIV</cite>.</p>
-
-<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
-<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Le prince Guillaume d'Orange n'avoit alors que
-vingt-deux ans.</p>
-
-<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
-<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Boileau.</p>
-
-<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
-<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: L'infanterie hollandoise, voyant la cavalerie françoise
-toucher le rivage où elle s'étoit retranchée, mit bas les armes et
-demanda quartier; le jeune prince, la tête pleine, dit-on, des fumées
-du vin, tira un coup de pistolet en criant: <cite>Point de quartier pour
-cette canaille</cite>. Alors, poussés au désespoir, les Hollandois firent
-une décharge dont il fut tué. Le prince de Condé reçut en cette
-rencontre une blessure, qui lui fracassa le poignet, et la seule qu'il
-ait jamais reçue dans toutes ses campagnes.</p>
-
-<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
-<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Ils lui offroient la ville de Maëstricht en échange de
-toutes les places dont il s'étoit emparé, et dix millions pour le
-dédommager des frais de la guerre.</p>
-
-<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
-<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Tandis que les Hollandois fuyoient ainsi sur terre
-devant Louis XIV, sans oser lui opposer la moindre résistance, leur
-flotte, commandée par Ruyter, tenoit tête aux flottes combinées de
-France et d'Angleterre, qui jusqu'alors n'avoient remporté sur elle
-aucun avantage décisif.</p>
-
-<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
-<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Il demandoit pour lui vingt millions de dédommagement,
-et, en échange des trois provinces qu'il avoit conquises, toutes les
-places dont il s'étoit emparé sur la Meuse, en deçà du Rhin; pour le
-roi d'Angleterre, cent mille livres sterling, et l'engagement de
-saluer à l'avenir son pavillon.</p>
-
-<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
-<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Les deux frères s'étoient mis à la tête de la faction
-dite de <i>Louvestein</i>, dont le but étoit d'abattre la maison d'Orange,
-la grandeur de cette maison, depuis l'entreprise hardie du père de
-Henri Guillaume sur la ville d'Amsterdam, leur semblant incompatible
-avec la sûreté et l'indépendance de leur pays. Il n'étoit point
-d'efforts qu'ils n'eussent faits pour y parvenir; c'étoit dans cette
-intention qu'ils avoient recherché l'appui de la France; et ils
-seroient parvenus à ce but s'ils eussent pu conserver une aussi
-puissante protection. Déjà ils avoient fait abolir la dignité de
-stathouder; et le prince d'Orange avoit été forcé de jurer qu'il ne
-l'accepteroit jamais, quand même elle lui seroit offerte.</p>
-
-<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
-<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Immédiatement après la mort des deux frères de Witt, son
-parti avoit forcé les magistrats à révoquer la loi qui, sous le nom
-d'<em>édit perpétuel</em>, abolissoit à jamais le stathouderat, et à joindre
-cette dignité à celle de général des troupes de terre et d'amiral, qui
-déjà lui avoient été déférées.</p>
-
-<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
-<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: Par une conséquence nécessaire d'un tel mandement, il
-étoit ordonné aux princes qui avoient des troupes au service des
-puissances étrangères, de les en retirer sous peine d'être mis au ban
-de l'empire.</p>
-
-<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
-<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Les troupes impériales et celles de l'électeur de
-Brandebourg formoient ensemble une armée de quarante-trois mille
-hommes; Turenne n'en avoit que douze mille à leur opposer.</p>
-
-<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
-<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Pour faire cette expédition, il avoit voulu profiter
-d'une forte gelée qui rendoit praticables les pays inondés. Le dégel,
-qui survint tout à coup, sauva les Hollandois. Ce fut dans cette
-expédition que les François enlevèrent d'assaut Bodegrave et
-Swrammerdam, qu'ils détruisirent de fond en comble, après en avoir
-massacré tous les habitants avec une barbarie dont il y a peu
-d'exemples chez les peuples que le christianisme a civilisés.</p>
-
-<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
-<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Ils étoient cinq, et la plupart catholiques dans le
-c&oelig;ur. C'est la fameuse <em>cabale</em>, ou plutôt <em>cabal</em> selon
-l'orthographe angloise. Cette association fut ainsi nommée parce que
-les premières lettres de leurs noms formoient le mot <em>cabal</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
-<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: Il se montroit favorable aux catholiques, parce qu'il
-lui étoit démontré qu'on pouvoit compter sur leur fidélité pour
-rétablir le pouvoir monarchique dans toute sa plénitude.</p>
-
-<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
-<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: C'est-à-dire le serment de profession de la religion
-anglicane, serment qui se réduisit d'abord à une abjuration de la
-présence réelle dans le sacrement de l'Eucharistie. Shaftsbury y fit
-ajouter une loi pénale qui excluoit de tous emplois civils ou
-militaires, ou les réfractaires, ou ceux qui refuseroient de signer le
-Test, d'où s'ensuivoit à plus forte raison, pour un prince catholique,
-l'impuissance de succéder à la couronne.</p>
-
-<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
-<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Ils demandoient que le duc de Lorraine, vassal du roi de
-France, fût admis au congrès comme puissance indépendante, et que ses
-ministres y traitassent d'égal à égal avec ceux de son suzerain.</p>
-
-<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
-<b><a href="#footnotetag45">45</a></b>: Le duc de Lorraine étoit d'avis que l'on transportât le
-fort de la guerre dans la Franche-Comté, la France étant tout ouverte
-de ce côté, d'où il devoit résulter qu'au premier avantage que l'on
-remporteroit, ce qui étoit plus que probable avec des troupes si
-supérieures en nombre, les alliés entreroient sans obstacle dans la
-Lorraine où il avoit des intelligences et qui se soulèveroit
-immanquablement. Ce projet, mieux conçu que celui qui fut suivi, et
-dont l'exécution eût jeté la France dans de grands embarras, fut
-rejeté par l'empereur et le roi d'Espagne qui préféroient faire la
-guerre en Flandres et sur les bords du Rhin, dans l'espoir d'y faire
-des conquêtes plus à leur bienséance et plus faciles à conserver.
-(<cite>Mém. du marquis</cite> <span class="smcap">de Beauveau</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
-<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: Un historien assure que la reddition de Grave avoit été
-concertée entre le roi de France et le roi d'Angleterre, celui-ci
-ayant vivement sollicité Louis XIV d'abandonner cette place à son
-neveu, afin qu'il ne fût pas dit qu'ayant eu, pendant toute cette
-campagne, des forces si supérieures à celles de France, il l'eût
-achevée sans avoir remporté le moindre avantage (<cite>Histoire de France
-sous Louis XIV</cite>, par le sieur <span class="smcap">de Laraye</span>, t. 4). Il est certain que le
-roi ménageoit le prince d'Orange, en raison de l'influence qu'il
-exerçoit sur les affaires, et vouloit plaire en même temps au roi
-d'Angleterre. Aveugles tous les deux de ne pas reconnoître que, par sa
-position et par son caractère, le prince d'Orange étoit leur plus
-dangereux ennemi!</p>
-
-<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
-<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: L'électeur Palatin étoit appelé <em>infidèle</em> pour avoir
-rompu son alliance avec la France, et fait cause commune avec le corps
-germanique dont il étoit membre, dans une cause qui intéressoit la
-sûreté de l'empire! Certes, il est difficile d'abuser des termes d'une
-manière plus révoltante, surtout quand on s'en sert pour justifier de
-semblables atrocités. L'ordre en fut donné à Turenne par Louvois. Il
-auroit dû désobéir, et c'est une tâche à sa gloire que rien ne peut
-effacer.</p>
-
-<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
-<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: Ce général, plus habile que les autres, étoit encore le
-duc de Lorraine. Il vouloit qu'on lui donnât toute la cavalerie de
-l'armée, avec laquelle il se proposoit d'entrer dans ses États où un
-parti nombreux n'attendoit que sa présence pour se rallier à lui.
-Maître de la Lorraine, il coupoit aussitôt au maréchal de Turenne
-toutes ses communications avec la France, et lui ôtoit tout moyen de
-subsister, tandis que le duc de Bournonville l'auroit tenu en échec
-avec le reste de l'armée. Ce plan étoit sans doute le meilleur,
-quoique le duc l'eût proposé dans des vues intéressées; il fut
-néanmoins obstinément rejeté par tous les autres généraux.</p>
-
-<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
-<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: Les relations du temps nous apprennent qu'ils s'y
-montrèrent à la fois insolents et débauchés, comme s'ils ne fussent
-allés à Messine que pour en vexer les habitants et y insulter à la
-pudeur de toutes les femmes, sans en excepter même les plus
-qualifiées. Aussi presque tous les Messinois, d'abord si animés contre
-les Espagnols, commencèrent-ils à regretter leur domination.</p>
-
-<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
-<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Les maréchaux de Créqui, d'Humières, de Schomberg, de La
-Feuillade, de Lorge.</p>
-
-<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
-<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: La jalousie de Louvois contribua beaucoup à cette
-retraite du prince de Condé; et la hauteur de Louis XIV envers les
-princes de son sang s'y montra tout entière. Condé avoit demandé qu'on
-lui associât dans le commandement son fils, le duc d'Enghien, dont le
-roi n'étoit pas content. Louvois persuada à celui-ci que le prince
-vouloit profiter de la circonstance et du besoin qu'on avoit de lui
-pour arracher une faveur à son souverain. L'orgueil du monarque fut
-blessé, et la disgrâce du plus grand général qui restât alors à la
-France fut le résultat de cette démarche que tout devoit justifier.
-(<cite>Mém. pour servir à l'Histoire du prince de Condé</cite>, t. 2.)</p>
-
-<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
-<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Cette haine contre la France étoit telle que, désespéré
-de cette paix, il ne craignit point, même après qu'elle eut été
-conclue et signée, de se déshonorer en allant, avec des forces
-supérieures, attaquer le maréchal de Luxembourg qui bloquoit alors la
-ville de Mons, et qui, se confiant sur la foi déjà jurée, étoit loin
-de s'attendre à une semblable violation du droit des gens. Quoique
-pris à l'improviste, celui-ci battit son déloyal ennemi, lui tua
-quatre mille hommes, et le força de se retirer, n'emportant d'une
-telle action que la honte de l'avoir entreprise. Elle est désignée
-dans l'histoire sous le nom de bataille de Saint-Denis. (<cite>Journal
-historique du règne de Louis XIV.</cite>)</p>
-
-<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
-<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Les Hollandois, qui l'avoient outragé autrefois par des
-médailles insolentes, en firent frapper une sur laquelle, autour de
-l'image de ce prince couronné de lauriers, on lisoit: <i lang="la">Ludovicus
-magnus, orbis pacificator</i>. (<cite>Histoire de France sous Louis XIV</cite>, par
-<span class="smcap">de Lahaye</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
-<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: «Ce projet a plus d'éclat que de solidité, disoit l'abbé
-de Saint-Pierre, et, ce nous semble, avec juste raison; car il en
-coûte à la nation trois cents livres par soldat pour les nourrir et
-entretenir à Paris; au lieu qu'en donnant cent livres à chacun d'eux
-dans leurs villages, ils se trouveroient beaucoup plus heureux, et on
-en entretiendroit beaucoup davantage.» Il n'est pas besoin de dire
-que, pour une semblable évaluation, il faut se reporter au temps où
-écrivoit l'auteur; mais les résultats n'en sont pas moins les mêmes
-aujourd'hui avec des évaluations différentes.</p>
-
-<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
-<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: Les travaux qu'il fit faire à cet effet furent tels, que
-tous les passages par où les ennemis auroient pu pénétrer en France du
-côté de la Lys, de l'Escaut, du Rhin, de la Sarre, de la Moselle et de
-la Meuse, leur furent fermés; il garantit la frontière des Pyrénées en
-faisant construire la forteresse de Mont-Louis en Cerdagne. (<cite>Mém. de
-l'abbé</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
-<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Le port de Rochefort.</p>
-
-<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
-<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: Les commis devinrent les maîtres de l'État, non pas au
-degré où ils le sont aujourd'hui, ce qu'alors on n'eût pas même cru
-possible, mais assez pour éteindre toute émulation, et créer partout
-des mécontents. En effet, rien de plus insensé pour un prince que de
-vouloir tout tenir dans sa main, tout régler, tout diriger, ne rien
-abandonner, dans les détails, à l'intelligence et à la conscience des
-administrateurs civils ou des chefs militaires. Du moment que
-l'orgueil ou la méfiance lui ont inspiré de mettre à exécution un
-semblable projet qui est au dessus des forces d'un seul homme, les
-subalternes s'emparent de lui, et, bien loin de tout conduire, il
-devient entre leurs mains un instrument au moyen duquel ils oppriment,
-insultent et dépouillent qui il leur plaît, comme il leur plaît, et
-dans toutes les classes de la société. Ainsi se trouve avili un
-gouvernement despotique en même temps qu'il devient odieux, ce qui est
-surtout vrai dans les sociétés chrétiennes où l'intelligence de
-l'homme acquiert son plus grand développement et oppose une plus
-grande résistance aux excès du pouvoir.</p>
-
-<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
-<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: On appeloit de ce nom certains droits utiles et
-honorifiques dont les rois de France jouissoient sur quelques églises
-de leur royaume pendant la vacance des siéges: ils en percevoient les
-revenus, ils présentoient aux bénéfices, ils les conféroient même
-directement, etc.</p>
-
-<p>«Que l'Église reconnoissante, dit le comte de Maistre, ait voulu
-payer, dans l'antiquité, par ces concessions ou par d'autres, la
-libéralité des rois qui s'honoroient du titre de <em>fondateurs</em>, rien
-n'est plus juste sans doute; mais il faut avouer aussi que la régale
-étoit une exception odieuse aux plus saintes lois du droit commun:
-elle donnoit nécessairement lieu à une foule d'abus. Le concile de
-Lyon, tenu sur la fin du <span class="smcap">XIII</span><sup>e</sup> siècle, sous la présidence du pape
-Grégoire X, accorda donc la justice et la reconnoissance en autorisant
-la régale, mais en <em>défendant</em> de l'étendre.» (<cite>De l'Église
-gallicane</cite>, p. 116.)</p>
-
-<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
-<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: «Une de leurs raisons pour généraliser ce droit, c'<i>est
-que la couronne de France étoit ronde</i> (<cite>Opusc. de</cite> <span class="smcap">Fleury</span>, p. 137 et
-140). C'est ainsi que ces grands jurisconsultes raisonnoient.» (<cite>De
-l'Église gallicane</cite>, p. 117.)</p>
-
-<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
-<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, in-4<sup>o</sup>, p. 294.</p>
-
-<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
-<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: À la mort d'une de leurs supérieures, le roi, de sa
-pleine autorité, en avoit nommé une autre sur la proposition de
-l'archevêque de Paris qui l'installa lui-même, et la déclara
-perpétuelle. Ces religieuses se plaignirent hautement d'un acte qui
-violoit une de leurs règles fondamentales, laquelle établissoit le
-droit qu'elles avoient de faire elles-mêmes l'élection de leurs
-supérieures, et vouloit que la supériorité ne fût que triennale.
-N'ayant point obtenu satisfaction, elles portèrent leurs plaintes au
-Saint-Siége: elles en obtinrent un bref qui les maintint dans leur
-droit, et leur enjoignoit de procéder sur-le-champ à l'élection; de là
-des débats très animés entre le parlement de Paris et la cour de Rome,
-dans lesquels cette compagnie passa, suivant son usage, toute mesure.</p>
-
-<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
-<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Le comte de Maistre. (<cite>De l'Église gallicane</cite>, p. 116.)</p>
-
-<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
-<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: <cite>Collections et Additions pour les nouveaux Opuscules
-de</cite> <span class="smcap">Fleury</span>, p. 16.</p>
-
-<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
-<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Il n'arriva en France qu'au commencement du mois de mai,
-et les résolutions de l'assemblée étoient prises et arrêtées dès le
-milieu de mars; ainsi l'on ne peut alléguer, pour leur excuse, qu'ils
-furent poussés à faire la <em>déclaration</em> par le chagrin et le dépit que
-leur causèrent les vifs reproches du souverain pontife. (<i>Voyez</i>
-<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, p. 301, in-4<sup>o</sup>.)</p>
-
-<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
-<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Ce grand et beau génie, cet homme, le plus puissant par
-la parole qui ait peut-être jamais existé, avoit pénétré beaucoup des
-profondeurs du christianisme; mais il ne paroît pas qu'il en eût
-parfaitement compris les vrais rapports avec le pouvoir temporel; et
-sa <cite>Politique tirée de l'Écriture Sainte</cite>, livre que l'on vante et que
-l'on admire sur parole, uniquement parce qu'il est de Bossuet, nous
-semble une preuve frappante du vague de ses idées sur un point aussi
-important. Il y propose pour modèle aux rois chrétiens cette
-Théocratie juive, où les chefs du peuple, ministres des volontés de
-Dieu, étoient, pour ainsi parler, en communication directe avec lui,
-oubliant que, depuis Jésus-Christ, nous vivons sous les lois d'une
-médiation et d'une autorité divine qui se manifeste humainement: oubli
-fort étrange dans un évêque lorsqu'il traite de matières politiques,
-et qui ne va pas moins qu'à remplacer par une sorte de méthodisme
-politique ce chef-d'&oelig;uvre de la société humaine que l'on nomme
-<em>chrétienté</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
-<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: La Flandre, l'Espagne, l'Italie, s'élevèrent contre
-cette inconcevable aberration; l'Église de Hongrie, dans une assemblée
-nationale, la déclara <em>absurde et détestable</em> (décret du 24 octobre
-1682); l'université de Douai crut devoir s'en plaindre directement au
-roi. (<cite>De l'Église gallic.</cite>, p. 152.)</p>
-
-<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
-<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, in-4<sup>o</sup>, p. 302.</p>
-
-<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
-<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Ces franchises consistoient à faire un lieu d'asile du
-quartier des ambassadeurs, pour tout individu qui s'y réfugioit.</p>
-
-<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
-<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: Cette publication de son excommunication eut lieu parce
-que, la veille de cette fête, l'ambassadeur étoit allé publiquement,
-et suivi de sa maison, faire ses dévotions dans l'église de
-Saint-Louis, qui étoit celle de l'ambassade. L'église fut interdite,
-et la même interdiction fut prononcée contre le curé et les prêtres
-qui la desservoient, pour l'avoir admis à la participation des
-sacrements.</p>
-
-<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
-<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, p. 383, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
-<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, p. 384-385, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
-<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Il lui avoit déjà donné l'évêché de Strasbourg comme
-première récompense des services que ce prince lui avoit rendus, et y
-avoit ajouté sa nomination au cardinalat, auquel il avoit été promu,
-malgré les oppositions de la cour de Vienne. C'étoit une des qualités
-de Louis XIV d'être reconnoissant envers ceux qui l'avoient servi.</p>
-
-<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
-<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. II, p. 390, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
-<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: Cet homme, que la faveur du roi ne pouvoit satisfaire si
-elle étoit partagée par quelques autres, voyoit d'un &oelig;il jaloux les
-longues et fréquentes audiences que le roi donnoit, à l'occasion de
-ces affaires des calvinistes, à l'archevêque de Paris François de
-Harlay, au père Lachaise et à Pélisson, qui, après avoir servi
-fidèlement et courageusement le surintendant Fouquet, s'étoit attaché
-à Colbert et ne le servoit pas avec moins de fidélité. Ces trois
-personnages cherchoient à arriver, par les moyens les plus doux, à
-l'extinction de l'hérésie; Louvois poussoit aux moyens violents, dont
-le résultat devoit être de faire cesser leurs rapports intimes avec le
-roi, et l'espèce d'influence qui en pouvoit résulter. (<cite>Mém. de
-l'abbé</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>.&mdash;<cite>Histoire de la révocation de l'Édit de Nantes.</cite>)</p>
-
-<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
-<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: Oui, sans doute, l'exécution de cette loi fut
-tyrannique; mais il n'appartient de la trouver telle qu'aux
-catholiques, qui seuls connoissent l'esprit de douceur et de charité
-de la religion sainte qu'ils professent dans toute sa pureté, qui
-seuls peuvent en être profondément pénétrés. Les fauteurs du
-protestantisme n'en ont pas le droit, eux qui se sont montrés plus
-intolérants et plus barbares envers ceux qu'ils appellent <em>papistes</em>
-que les païens eux-mêmes à l'égard des premiers chrétiens; eux qui,
-pendant des siècles, ont inondé les échafauds de leur sang, inventant
-pour leurs victimes des tortures nouvelles et des supplices nouveaux;
-qui, même encore aujourd'hui, dans une île fameuse que l'on peut
-considérer comme le centre de la réforme expirante, nous offrent le
-spectacle hideux et lamentable de plusieurs millions de catholiques en
-butte à tous les genres d'oppression, en proie à toutes les horreurs
-de la misère, jetés en quelque sorte hors de la société. Le docteur
-Lingard, dans son <cite>Histoire d'Angleterre</cite>, vient de nous révéler les
-horribles secrets du passé, et l'Europe chrétienne n'a qu'un cri
-d'indignation contre ce qui se passe présentement au milieu de cette
-nation, que nos politiques niais appellent encore la terre
-<em>classique</em> de la liberté.</p>
-
-<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
-<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Le traité de Westphalie avoit cédé à la France la
-souveraineté entière des trois évêchés de Metz, Toul et Verdun. Avant
-qu'ils eussent été ainsi réunis à la couronne de France, il s'étoit
-fait, à diverses époques, des démembrements très considérables de
-plusieurs fiefs qui en dépendoient, et cela par divers motifs de
-convenances qu'il est inutile de rappeler ici. Quelles que fussent les
-origines de ces démembrements, la possession en étoit fort ancienne,
-et les possesseurs invoquoient justement la prescription. Louvois sut
-persuader au roi qu'il falloit passer outre; et deux chambres de
-justice furent instituées, l'une à Metz, l'autre à Brisac, à l'effet
-d'examiner les titres de ceux qui possédoient les terres contestées.
-Le roi de Suède y fut ajourné pour le duché des Deux-Ponts, celui
-d'Espagne pour le comté de Chinci, et successivement l'électeur de
-Trèves, le Palatin, l'évêque de Spire, le Landgrave et plusieurs
-autres princes de l'empire; et nonobstant leurs plaintes, ces réunions
-se firent en vertu des sentences rendues par ces deux chambres de
-justice.</p>
-
-<p>L'autre affaire n'intéressoit que le roi d'Espagne: il s'agissoit de
-régler les dépendances, tant des places que le roi avoit rendues à
-cette couronne par le dernier traité de paix, que de celles qu'il lui
-avoit été accordé de retenir pour lui-même. Les deux puissances
-n'étoient point d'accord sur les limites de ces territoires, et
-chacune faisoit valoir ses raisons et ses droits, le traité n'ayant
-rien déterminé sur ce point.</p>
-
-<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
-<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: La France, en vertu de ce traité provisoire, rendit
-Courtrai et Dixmude dans l'état où se trouvèrent ces deux places,
-c'est-à-dire démantelées, et retint Luxembourg, Bouvines, Beaumont et
-Chinci, ce qui régla l'affaire des <em>dépendances</em>. De son côté,
-l'empereur consentit à ce que Louis XIV gardât Strasbourg et tout ce
-qui lui avoit été adjugé par les chambres de Metz et de Brisac; et
-ainsi se termina l'affaire des <em>réunions</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
-<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: Ce démêlé s'étoit élevé à l'occasion des prétentions de
-la duchesse d'Orléans, s&oelig;ur de l'électeur palatin qui venoit de
-mourir, sur diverses parties de sa succession, et entre autres sur
-plusieurs fiefs dont elle prétendoit pouvoir hériter. Le nouvel
-électeur lui contestoit ce droit; le roi de France soutenoit vivement
-les prétentions de sa belle-s&oelig;ur. Il avoit d'abord parlé de faire
-mettre sous le séquestre les terres contestées, et bien qu'il se fût
-ensuite fort radouci, et que, sur la demande de l'empereur et de
-plusieurs princes de l'empire, il eût consenti à soumettre cette
-affaire à l'arbitrage du pape, l'électeur n'étoit point tranquille; et
-sans doute, avec un semblable adversaire, il avoit quelque sujet de ne
-point se tranquilliser.</p>
-
-<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
-<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: Ses troupes passèrent le Rhin et s'emparèrent en peu de
-temps de Philisbourg, Keiserloutre, Manheim, Spire, Trèves, Worms,
-Oppenheim, et d'un grand nombre d'autres places qui formèrent comme
-une nouvelle barrière pour la France; elles se répandirent dans la
-campagne, mettant tout le pays à contribution, et portèrent la terreur
-jusqu'aux portes d'Ausbourg.</p>
-
-<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
-<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Pendant tout le cours de ce règne, et à l'occasion de
-toutes les guerres où l'ambition de Louis XIV engagea l'Europe presque
-entière, les papes ne cessèrent point de s'offrir comme médiateurs
-entre les princes chrétiens, mais avec peu de succès. Ils avoient été
-plus heureux dans ces siècles du moyen âge que l'on est convenu
-d'appeler <em>barbares</em>, et pour le repos des peuples et pour le salut
-des souverains eux-mêmes, que cette médiation puissante et salutaire
-préserva si souvent des périls où les avoient jetés leurs propres
-fureurs. On entendoit autrement les choses dans le bel âge de la
-civilisation: tout s'y faisoit entre les princes <em>chrétiens</em> sans le
-pape, malgré le pape ou contre le pape.</p>
-
-<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
-<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: En 1692.</p>
-
-<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
-<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Le roi avoit découvert le projet que ce ministre avoit
-formé de le brouiller avec les Suisses, dans la seule vue de rendre la
-conclusion de la paix plus difficile et ses services plus nécessaires;
-il avoit acquis en outre la conviction que la guerre entre la France
-et la Savoie étoit encore un résultat de ses man&oelig;uvres coupables et
-intéressées; et que, si la rupture avoit eu lieu, c'étoit lui qui en
-avoit fourni au duc le prétexte, en empêchant un de ses courriers
-d'arriver à la cour. (<cite>Mém. de l'abbé</cite> <span class="smcap">de Choisi</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
-<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: <i>Voyez</i> ses <cite>Mémoires</cite>, liv. 1<sup>er</sup>, ch. v. Voici le
-début de ce passage remarquable: «On a déjà vu les funestes
-obligations de la France à ce pernicieux ministre: des guerres sans
-mesure et sans fin pour se rendre nécessaire, pour sa grandeur, pour
-son autorité, pour sa toute-puissance; des troupes innombrables qui
-ont appris à nos ennemis à en avoir autant, qui chez eux sont
-inépuisables, et qui ont dépeuplé le royaume; enfin la ruine de la
-marine, de notre commerce, de nos manufactures, de nos colonies, par
-sa jalousie de Colbert, de son frère et de son fils, entre les mains
-desquels étoient les départements de ces choses, et le dessein trop
-bien exécuté pour culbuter Colbert, il reste à voir comment il a, pour
-être pleinement le maître, arraché les dernières racines des bons
-capitaines en France, et a mis l'État radicalement hors des moyens
-d'en plus porter, etc.»</p>
-
-<p>En bon janséniste, le duc de Saint-Simon se garde bien de dire du mal
-de Colbert, qu'il vénéroit sans doute comme le principal auteur des
-libertés gallicanes. D'ailleurs, il est vrai de dire que les vices de
-son matérialisme administratif ne pouvoient être alors aperçus, et
-qu'il n'y auroit même rien à reprendre dans son système, s'il n'étoit
-démontré qu'il croyoit <em>gouverner</em> et non pas simplement
-<em>administrer</em>; ne voyant rien au delà de sa besogne, et la monarchie
-tout entière existant pour lui dans les manufactures, les finances et
-le commerce.</p>
-
-<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
-<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Il étoit mort en 1683.</p>
-
-<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
-<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: Aveu exprès de Bossuet fait à son secrétaire confident,
-l'abbé Ledieu. (<cite>Hist. de Bossuet</cite>, l. <span class="smcap">vi</span>, n<sup>o</sup> 12, p. 161.)</p>
-
-<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
-<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: <span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, p. 396, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
-<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: C'est une accusation qu'en bon parlementaire le
-président Hénault n'a pas manqué de répéter: «La mort d'Innocent XI,
-<em>ennemi déclaré de la France</em>, arrivée le 12 août de l'année
-précédente (1690), et l'exaltation d'Ottoboni, sous le nom d'Alexandre
-VIII, suspendirent, dit-il, les différends de Rome et de la France.» À
-l'entendre, ne sembleroit-il pas qu'Alexandre VIII se montra beaucoup
-<em>plus accommodant</em> qu'Innocent XI? Nous ne tarderons pas à voir ce qui
-en arriva, et ce que gagnèrent au change les <em>libertés gallicanes</em>.</p>
-
-<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
-<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Après avoir passé en revue tous les prétendus griefs que
-le roi élevoit contre le pontife, et les avoir réduits à leur juste
-valeur, on y disoit, relativement aux desseins du prince d'Orange,
-«qu'en supposant qu'il eût des dispositions hostiles contre
-l'Angleterre, le meilleur moyen d'en empêcher l'exécution, et par
-suite le préjudice qu'en pourroit éprouver la religion catholique dans
-ce royaume, seroit de ne point engager sans sujet, et comme malgré
-eux, les princes chrétiens dans une guerre qui les mît hors d'état de
-secourir sa majesté britannique.» (<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 2, p. 399.)
-L'événement prouva que ce conseil étoit bon et en quelque sorte
-prophétique.</p>
-
-<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
-<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: «Le pape Alexandre VIII, dit le comte de Maistre, par sa
-bulle <i lang="la">Inter multiplices</i> (prid. non. Aug., 1690), condamna et cassa
-tout ce qui s'étoit passé dans l'assemblée de 1682. Mais la prudence
-ordinaire du Saint-Siége ne permit point au pape de publier cette
-bulle, et de l'environner des solennités nécessaires. Quelques mois
-après cependant, et au lit de la mort, il la fit publier en présence
-de douze cardinaux. Le 30 janvier 1691, il écrivit à Louis XIV une
-lettre pathétique, pour lui demander la révocation de cette fatale
-déclaration, faite pour bouleverser l'Église; et quelques heures après
-avoir écrit cette lettre, qui tiroit tant de force de sa date, il
-expira.» (Zaccaria, <i lang="la">Antifebronius vindicatus</i>, t. 3, dissert. v, cap.
-v, p. 398.)</p>
-
-<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
-<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: Les gallicans cherchent encore à chicaner sur le sens de
-cette lettre, qu'ils prétendent n'être qu'un acte de déférence à
-l'égard du pape, et à peu insignifiant en tout ce qui touche le fond
-de la question. En voici le contenu: «Prosternés aux pieds de V. S.,
-nous venons lui exprimer l'amère douleur dont nous sommes pénétrés
-dans le fond de nos c&oelig;urs, et plus qu'il ne nous est possible de
-l'exprimer, à raison des choses qui se sont passées dans cette
-assemblée, et qui ont souverainement déplu à V. S. ainsi qu'à ses
-prédécesseurs. En conséquence, si quelques points ont pu être
-considérés comme décrétés dans cette assemblée sur la puissance
-ecclésiastique et sur l'<em>autorité pontificale</em>, nous les tenons comme
-<em>non décrétés</em>, et nous déclarons qu'ils doivent être regardés comme
-tels.»</p>
-
-<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
-<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: Personne ne s'opposa plus fortement que Louvois à cette
-déclaration si avilissante pour le roi. Ce fut un vrai service qu'il
-lui rendit, et que madame de Maintenon ne lui pardonna point. Il
-n'échappa que par la mort à la vengeance de cette femme, qui se
-croyoit profondément outragée pour n'avoir pas été déclarée reine de
-France.</p>
-
-<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
-<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: Le prince électoral de Bavière y étoit désigné roi
-d'Espagne; le dauphin y avoit pour sa part les royaumes de Naples et
-de Sicile, les places dépendantes de la monarchie espagnole situées
-sur la côte de Toscane ou îles adjacentes, la ville et le marquisat de
-Final, la province de Guipuscoa, nommément les villes de Fontarabie et
-Saint-Sébastien, situées dans cette province, et le port du passage.
-On donnoit à l'archiduc Charles d'Autriche le duché de Milan.</p>
-
-<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
-<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Relativement au dauphin, ce traité ne changeoit rien à
-ce qui avoit été établi dans le premier, si ce n'est qu'on y ajoutoit
-la Lorraine; le duc Léopold recevoit en dédommagement le Milanois, que
-l'on ôtoit à l'archiduc pour lui donner tout le reste de la monarchie
-espagnole.</p>
-
-<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
-<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Elle étoit juste sans doute, mais les réflexions
-suivantes de l'abbé de Saint-Pierre n'en méritent pas moins d'être
-remarquées: «Si, dit-il, depuis la paix de Nimègue il avoit donné
-jusqu'en 1700 des preuves de modération et de justice à ses voisins,
-il est vraisemblable que, lorsqu'en mourant Charles II appela le duc
-d'Anjou au trône d'Espagne, les Hollandois, les Anglois, les Italiens
-et les Allemands, excepté l'empereur, ne se seroient pas réunis pour
-donner cette couronne à l'archiduc, au préjudice de la famille d'un
-prince dont ils n'auroient pas redouté l'ambition. C'est donc encore à
-ce funeste défaut de Louis XIV qu'on doit attribuer la guerre
-désastreuse de la succession, dont on ne pourra jamais apprécier les
-dommages.</p>
-
-<p>»Je me suis tant arrêté, ajoute-t-il, à prouver que ce monarque pécha
-toujours par excès de vanité, qu'il étoit idolâtre de la fausse
-gloire, et qu'il ne connut jamais la véritable, qui consiste à être
-modéré, juste et prudent; j'ai insisté sur ce point, parce que cette
-fausse gloire a été son principal défaut, le principe de presque
-toutes ses entreprises; qu'elle a causé les plus grands malheurs de sa
-vie, les plus grands malheurs de l'Europe et les plus grands malheurs
-de ses sujets.»</p>
-
-<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
-<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: Le président Hénault.</p>
-
-<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
-<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Voltaire assure que ce fut le roi lui-même qui ordonna à
-Catinat de ne point s'opposer au passage du prince Eugène, pour
-n'avoir pas l'air de commencer les hostilités. Bien que, selon son
-usage, il ne cite à ce sujet aucune autorité, cet ordre de Louis XIV
-s'accorderoit très bien avec celui qu'il donna à l'égard des
-bataillons hollandois trouvés dans les villes de Flandre (<i>voyez</i> la
-note, p. <a href="#footnote97" title="footnote97">144</a>); mais ce qu'il y a de certain, c'est que le prince
-Eugène avoit carte blanche et étoit véritablement le chef de son
-armée, et qu'il n'en alloit pas de même pour les généraux françois.</p>
-
-<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
-<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: «Le duc de Bavière, à qui Charles II avoit donné le
-gouvernement des Pays-Bas, fit entrer des troupes françoises dans
-Nieuport, Oudenarde, Ath, Mons, Charleroi, Namur et Luxembourg. Il y
-avoit vingt-deux bataillons hollandois dans ces villes; le roi eut la
-délicatesse de ne vouloir pas les arrêter, pour qu'on ne lui imputât
-pas d'avoir fait les premiers actes d'hostilité (principe aussi faux
-que dangereux).» (<span class="smcap">Hénault</span>.)</p>
-
-<p>Saint-Simon ajoute: «En Flandre, on ne fit que se regarder sans aucune
-hostilité. Ce fut une grande faute, émanée de ce même misérable
-principe de ne vouloir pas être l'agresseur, c'est-à-dire de laisser à
-ses ennemis tout le temps de s'arranger, de se concerter, et
-d'attendre le signal d'une guerre dont on ne pouvoit plus douter. Si,
-au lieu de cette fausse et pernicieuse politique, l'armée du roi eût
-agi, elle auroit pénétré dans les Pays-Bas, où rien n'étoit prêt ni en
-état de résistance, eût fait crier miséricorde aux ennemis au milieu
-de leur pays, les eût mis hors d'état de soutenir la guerre, auroit
-déconcerté cette grande alliance dont la bourse des Hollandois fut
-l'âme et le soutien, auroit mis l'empereur hors d'état de pousser la
-guerre, faute d'argent; l'Empire n'auroit pas pris forcément, comme il
-le fit, parti pour l'empereur; et, malgré la faute d'avoir rendu
-vingt-deux bataillons hollandois, on auroit encore obtenu la paix par
-les succès d'une seule campagne, et assuré la totalité de la monarchie
-d'Espagne à Philippe V.» (Liv. <span class="smcap">II</span>, ch. 3.)</p>
-
-<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
-<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: «Le Portugal nous avoit manqué, dit le duc de
-Saint-Simon; nous avions manqué au Portugal, avec qui on ne put
-exécuter ce que nous lui avions promis, nos forces navales pour le
-mettre à couvert de celles de l'Angleterre. L'exécution en étoit
-d'autant plus essentielle, qu'il étoit clair que les Portugais ne
-pouvoient pas se défendre, par leurs propres forces, d'ouvrir leurs
-ports aux flottes ennemies. Il ne l'étoit pas moins que l'Espagne ne
-pouvoit être attaquée que par le Portugal, et que l'archiduc ne
-pouvoit mettre le pied ailleurs pour y porter la guerre.»</p>
-
-<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
-<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: «Il la fit venir à son lit de mort, et après lui avoir
-donné connoissance de l'état actuel des affaires, des traités qu'il
-avoit faits, des mesures qu'il avoit prises, il lui rappela ensuite
-les maximes générales, desquelles les rois d'Angleterre ne devoient
-jamais s'écarter, savoir que, pour régner tranquillement sur les
-Anglois, il faut leur <em>donner de l'occupation</em>; que les guerres
-étrangères, et principalement contre la France, étoient un des
-meilleurs moyens de se maintenir paisiblement sur le trône, et d'être
-maîtresse dans ses États, parce qu'elles lui assureroient l'appui de
-tous les princes protestants de l'Europe et de la maison d'Autriche.»
-(<span class="smcap">Reboulet</span>, t. 3, p. 113, in-4<sup>o</sup>.)</p>
-
-<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
-<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Ce démêlé eut lieu à l'occasion de quelques opérations
-militaires que projetoit l'électeur, et qui semblèrent à Villars de
-nature à compromettre le sort de l'armée qu'il commandoit. On va voir
-ce qui arriva après son départ.</p>
-
-<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
-<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Cette expédition, si heureusement commencée, et qui
-auroit peut-être mis fin à la guerre, manqua par la friponnerie
-d'Orry, chargé de l'intendance des vivres, et favori de la princesse
-des Ursins, qui, comme on sait, gouvernoit absolument la reine
-d'Espagne, et par elle le roi. Il avoit reçu des sommes considérables
-pour ces approvisionnements, avoit assuré que tout étoit préparé; et
-lorsqu'on arriva sur la frontière, on ne trouva ni vivres ni convois.
-Cet événement pensa perdre la favorite, dont Louis XIV exigea le
-renvoi; mais elle rentra bientôt en grâce par l'adresse de madame de
-Maintenon qui en étoit engouée, et il ne tint pas à ces deux femmes,
-qui intriguoient et correspondoient ensemble, dirigeoient toutes les
-affaires, faisoient et défaisoient les généraux au gré de leurs
-caprices et de leurs intérêts, que Philippe V ne perdît l'affection de
-ses peuples, et avec elles son royaume qui en dépendoit. «De là, dit
-le duc de Saint-Simon, cette autorité sans bornes de madame des
-Ursins, de là la chute de tous ceux qui avoient mis Philippe V sur le
-trône et de ceux dont les conseils pouvoient l'y soutenir; de là le
-néant de nos ministres sur l'Espagne, dont aucun ne put s'y maintenir
-qu'en s'abandonnant sans réserve à la des Ursins.»</p>
-
-<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
-<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Cette révolte, dite des <i>Camisars</i>, et dont le foyer
-principal étoit dans les Cévennes, eut d'abord de foibles
-commencements; mais bientôt, par le peu d'activité que l'on mit à
-l'éteindre, elle prit tous les caractères de violence et d'atrocité
-qui signaloient les révoltes des religionnaires. Ils se livrèrent,
-ainsi qu'ils avoient déjà fait et si souvent, à des cruautés inouïes
-contre les catholiques, et exercèrent dans les églises les plus
-horribles profanations. Le mal parut assez grave pour que l'on crût
-nécessaire d'envoyer contre eux une petite armée et un maréchal de
-France pour la commander. C'étoit le maréchal de Montrevel. Il les
-poursuivit vigoureusement, exerçant contre eux de terribles
-représailles; et il les eût sans doute facilement détruits sans ces
-continuels secours qu'ils recevoient des Anglois, et plus
-particulièrement des Hollandois. Le maréchal de Villars prit la place
-de Montrevel, lorsque leur courage étoit déjà abattu, tant par les
-défaites qu'ils avoient essuyées que par le peu de succès qu'avoit
-obtenu le duc de Savoie dans sa tentative d'irruption. Ces troubles ne
-tardèrent point à finir par la mort de quelques chefs, la soumission
-des autres, et une amnistie générale accordée au reste des rebelles.</p>
-
-<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
-<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Ce prince, d'un caractère hautain et impérieux, abusa
-violemment de la victoire, tant à l'égard des princes de l'Empire qui
-avoient suivi le parti de la France et de l'Espagne, qu'à l'égard des
-princes italiens qui s'en étoient faits les auxiliaires. Mais ce fut
-surtout contre le pape que ses persécutions prirent un caractère plus
-odieux; elles n'alloient pas moins qu'à le dépouiller d'une grande
-partie de ses états, et ne cessèrent que lorsqu'il eut obtenu de lui
-cette reconnoissance des prétendus droits de l'archiduc,
-reconnoissance évidemment arrachée par la force, qui fut considérée
-comme telle par toutes les puissances de l'Europe, et que Philippe V
-eut seul le tort de prendre au sérieux.</p>
-
-<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
-<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: «C'est un grand Diable d'Anglois, sec, qui va toujours
-droit devant lui,» disoit la reine d'Espagne, qui ne le trouvoit pas
-assez homme de cour. Ce fut elle qui le fit rappeler; peu s'en fallut
-qu'elle ne payât de la perte du trône cette fantaisie de qu'un général
-d'armée eût en même temps la souplesse d'un courtisan.</p>
-
-<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
-<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Un parti hollandois avoit eu la hardiesse de pénétrer
-de Courtrai jusqu'auprès de Versailles, et avoit enlevé le premier
-écuyer du roi, croyant se saisir de la personne du dauphin. Il est
-vrai que le premier écuyer fut délivré, et que ceux qui avoient tenté
-ce coup si hardi furent tous faits prisonniers. Mais l'avoir seulement
-osé tenter et avoir été sur le point de réussir, prouve en quel état
-étoit alors la France.</p>
-
-<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
-<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Le bruit courut qu'il avoit intrigué en Espagne dans le
-dessein de détrôner Philippe V; deux de ses agents, nommés Flotte et
-Deslandes, dont les démarches et les paroles avoient semblé suspectes,
-furent arrêtés. Le duc d'Orléans fut un moment considéré comme un
-traître, et, en France comme en Espagne, il n'y eut qu'un cri contre
-lui. Or il fut bientôt démontré que si ce prince avoit eu quelques
-vues sur la couronne d'Espagne, ce n'avoit été que dans le cas d'une
-renonciation formelle de Philippe, dont il étoit déjà question même
-dans le cabinet de Versailles, et qu'il sembloit, vu la situation
-critique où se trouvoient ses affaires, assez disposé à faire. Ce
-n'étoit point à lui, mais à l'archiduc d'Autriche, que le duc
-d'Orléans vouloit, dans un tel cas, tenter d'enlever cette couronne;
-et un tel projet, qui ne blessoit point la justice, avoit quelque
-chose de louable et de grand. Le véritable crime du duc d'Orléans
-étoit de s'être montré en diverses occasions opposé aux vues
-ambitieuses de la princesse des Ursins, et d'avoir lancé sur elle
-quelques sarcasmes trop piquants.</p>
-
-<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
-<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: C'est le traité connu sous le nom de <i>la Barrière</i>. Les
-États-Généraux s'engageoient à maintenir la succession à la couronne
-d'Angleterre dans la ligne protestante, et le cabinet anglois prenoit
-de son côté l'engagement de concourir avec ses alliés à s'emparer à
-leur profit de tous les Pays-Bas espagnols, et d'autant de Villes
-fortes qu'il seroit nécessaire pour les mettre à couvert tant du côté
-de la France que de toutes les autres puissances qui les avoisinoient.
-Ce traité prodigieux souleva justement la reine et toute l'Angleterre
-contre celui qui en étoit l'auteur.</p>
-
-<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
-<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Madame Guyon.</p>
-
-<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
-<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#footnote16" title="footnote16">26</a> (<i>note</i>).</p>
-
-<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
-<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Les instructions pastorales étoient des évêques de
-Luçon et de La Rochelle, le mandement étoit de l'évêque de Gap.</p>
-
-<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
-<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: Le cardinal poussa plus loin son ressentiment et
-jusqu'à l'excès le plus condamnable; car supposant, sans en avoir
-aucune preuve, que deux jeunes ecclésiastiques, neveux de deux de ces
-évêques, et qui étudioient au séminaire de Saint-Sulpice, n'étoient
-point étrangers à l'affront qu'il venoit de recevoir, il ordonna
-qu'ils fussent à l'instant même chassés de cette maison. Cependant il
-fut prouvé par la suite que c'étoit très injustement qu'ils avoient
-été soupçonnés; et sans doute il étoit plus injuste encore de les
-avoir condamnés sur un simple soupçon.</p>
-
-<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
-<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Cette proposition, devenue fameuse par les débats
-qu'elle fit naître, porte «que la crainte d'une excommunication
-injuste ne doit jamais nous empêcher de faire notre devoir.» Or, qui
-ne voit qu'une semblable doctrine tend à rendre chaque individu juge
-en dernier ressort, et de son devoir, et des censures de l'Église dont
-il est libre ainsi de toujours contester à son égard la juste
-application, ce qui établit pleinement le principe protestant du
-<em>jugement particulier</em>, et toutes ses conséquences.</p>
-
-<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
-<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Ce que dit Voltaire au sujet des jésuites et des
-<em>Provinciales</em> où ils étoient si odieusement diffamés, mérite d'être
-remarqué. Après avoir présenté ce livre comme un modèle d'éloquence et
-de bonnes plaisanteries: «Il est vrai, ajoute cet écrivain, qu'en
-totalité il portoit sur un fondement faux. On attribuoit adroitement à
-<em>toute</em> la société les opinions extravagantes de plusieurs jésuites
-espagnols et flamands. On les auroit déterrées aussi bien chez les
-casuistes dominicains et franciscains; mais c'étoit <em>aux seuls
-jésuites</em> qu'on en vouloit. On tâchoit, dans ces lettres, de prouver
-qu'ils avoient un dessein formé de corrompre les m&oelig;urs des hommes,
-dessein qu'aucune secte, aucune société n'<em>a jamais eu et ne peut
-avoir</em>. Mais il ne s'agissoit pas d'<em>avoir raison</em>, il s'agissoit <em>de
-divertir le public</em>.» (<cite>Siècle de Louis XIV.</cite>)</p>
-
-<p>Voilà ce qu'a dit le patriarche de la philosophie moderne, ce qui
-n'empêche pas de braves philosophes de continuer à nous présenter tous
-les jours, comme la doctrine fondamentale de la compagnie de Jésus,
-toutes les folies et toutes les absurdités que Pascal a recueillies
-dans son livre.</p>
-
-<p>Il ne sera peut-être pas hors de propos de faire connoître ici comment
-fut reçu, à son apparition, ce livre <em>classique</em>, ce chef-d'&oelig;uvre,
-devant lequel s'extasient les rhéteurs, les littérateurs de collége,
-et toute cette tourbe de pédants qui, dans les ouvrages d'esprit, ne
-voient que l'arrangement des paroles, et s'inquiètent peu que l'auteur
-ait du sens, pourvu que ses phrases soient nombreuses et ses périodes
-bien arrondies.</p>
-
-<p>À peine les <cite>Provinciales</cite> eurent-elles paru, que Rome les condamna.
-De son côté, Louis XIV nomma pour l'examen de ce livre treize
-commissaires, archevêques, évêques, docteurs ou professeurs de
-théologie, qui donnèrent la décision suivante:</p>
-
-<p>«Nous soussignés, etc., certifions, après avoir diligemment examiné le
-livre qui a pour titre: <cite>Lettres provinciales</cite> (avec les notes de
-Vendrock-Nicole), que les hérésies de Jansénius, condamnées par
-l'Église, y sont soutenues et défendues.... Certifions de plus que la
-<em>médisance</em> et l'insolence sont si naturelles à ces deux auteurs, qu'à
-la réserve des jansénistes, ils n'épargnent qui que ce soit, ni le
-pape, ni les évêques, ni le roi, ni ses principaux ministres, ni la
-sacrée faculté de Paris, ni les ordres religieux; et qu'ainsi ce livre
-est digne des peines que les lois décernent contre les libelles
-<em>diffamatoires et hérétiques</em>. Fait à Paris, le 4 septembre 1660.
-Signé: Henri de Rennes, Hardouin de Rhodez, François d'Amiens, Charles
-de Soissons, etc.»</p>
-
-<p>Sur cet avis des commissaires, ce livre fut condamné au feu par arrêt
-du conseil d'état.</p>
-
-<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
-<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le foyer du jansénisme étoit à quelques lieues de
-Paris, dans une maison attenante à l'abbaye de Port-Royal-des-Champs,
-et dans laquelle s'étoient retirés Arnauld, Saint-Cyran, et les autres
-chefs du parti. Ils y élevoient des jeunes gens, et leurs disciples se
-répandoient ensuite dans le monde où ils propageoient leurs doctrines.
-Ils gouvernoient en même temps les religieuses de ce monastère et
-celles de Port-Royal-de-Paris; et ces filles, très régulières
-d'ailleurs, étoient jansénistes sans trop savoir pourquoi, mais,
-suivant l'esprit de la secte, très obstinées dans leurs opinions, et
-fortement persuadées que cette révolte de leur esprit étoit une
-véritable force d'aine et un amour ardent de la vérité, qui les
-rendoit fort agréables à Dieu. Lors de la signature du formulaire,
-elles avoient d'abord refusé de signer, donnant pour raison les motifs
-qui leur étoient dictés par leurs directeurs. La cour s'irrita de cet
-entêtement; et, sur un ordre du roi, le lieutenant civil alla à
-Port-Royal-des-Champs, et en fit sortir tous les prétendus solitaires
-qui s'y étoient retirés, et tous les jeunes gens qu'ils y élevoient.
-Peu s'en fallut qu'alors les deux monastères ne fussent détruits; mais
-on crut suffisant de disperser dans d'autres couvents les plus
-récalcitrantes de ces religieuses; et quelques jansénistes furent mis
-à la Bastille par suite de cette affaire. La signature du formulaire
-les en fit sortir, et fit rentrer dans leur couvent les religieuses
-exilées. Il n'est pas besoin de dire que tout ce troupeau janséniste
-signa avec les restrictions mentales qu'il reprochoit aux jésuites, et
-qui lui étoient beaucoup plus familières qu'à ces religieux.</p>
-
-<p>Cependant la secte se fortifioit par les persécutions, et Port-Royal
-étoit toujours signalé comme le centre de toutes ses man&oelig;uvres. On
-en eut la preuve lorsqu'il fut question d'y faire signer la bulle de
-Clément XI sur le <em>cas de conscience</em>: ces filles consentirent à
-signer, mais sans déroger à la doctrine du droit et du <em>fait</em> et à
-celle du <em>silence respectueux</em>. Cette fois-ci le roi se montra moins
-indulgent; mais voulant procéder dans les formes, il commença par
-demander au pape la suppression de leur monastère; et l'ayant obtenue,
-toutes les religieuses en furent enlevées et renfermées sans retour
-dans d'autres couvents. Le lieutenant de police reçut l'ordre de faire
-démolir leur maison de fond en comble, et les corps inhumés dans
-l'église et dans le cimetière furent déterrés et transportés ailleurs.
-Quesnel, condamné peu de temps après, se sauva dans les Pays-Bas, où
-Arnauld avoit si long-temps vécu exilé et se consolant jusqu'à sa mort
-de son exil par les combats que sa plume ne cessoit de livrer au pape
-et aux cinq propositions. La Bastille se remplit une seconde fois de
-jansénistes qui y restèrent jusqu'à la fin de ce règne. S'ils furent
-traités avec cette rigueur, ce ne fut pas pour leurs opinions
-religieuses dont il est probable que Louis XIV se seroit très peu
-occupé, quelque dangereuses qu'elles fussent en effet, mais pour leur
-ardeur à les répandre, et leur caractère remuant et séditieux. C'étoit
-là ce qui l'irritoit contre eux, et finit par le rendre inexorable
-pour tout ce qui tenoit de près ou de loin à ce parti.</p>
-
-<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
-<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: «À son retour de Rome, dit le duc de Saint-Simon,
-Amelot me conta que le pape l'avoit pris en amitié, et qu'il gémissoit
-de se voir la boule et l'instrument du plus fort des partis de
-l'Église de France, tellement qu'après s'être laissé aller à donner la
-Constitution, dans la persuasion où les lettres de Le Tellier
-l'avoient mis, que le roi étoit le maître absolu de tout son royaume,
-il se trouvoit dans l'embarras.»</p>
-
-<p>«Là dessus, Amelot, qui le savoit bien, lui demanda pourquoi il ne
-s'étoit pas contenté de censurer <em>en gros</em> quelques propositions de
-Quesnel, au lieu de faire une censure <em>baroque</em> de cent et une: «Eh!
-M. Amelot, que vouliez-vous, dit le pape, que je fisse? Le Tellier
-avoit assuré le roi qu'il y avoit dans ce livre <em>plus de cent</em>
-propositions censurables: il n'a pas voulu passer pour menteur; on m'a
-<em>tenu le pied sur la gorge</em> pour s'en mettre plus de cent.»</p>
-
-<p>«Amelot, ajoute-t-il, <em>étoit vrai et avoit de la probité</em>.» Permis au
-duc de Saint-Simon de le croire, et, en bon janséniste, de trouver
-cette anecdote tout à fait vraisemblable. Quant à nous, nous ne
-craindrons pas de prononcer hardiment que cet <em>honnête</em> et <em>véridique</em>
-M. Amelot a fait un impudent et grossier mensonge; et, en effet, pour
-que la chose fût vraie, deux conditions seroient nécessaires: la
-première, que Clément XI eût été un malhonnête homme, absolument sans
-foi, ni loi; la seconde, qu'il eût eu la bonhomie d'en convenir. Tout,
-dans ce misérable conte, jusqu'au ton indécent de cette prétendue
-conversation, outrage le sens commun et décèle l'imposture.</p>
-
-<p>Cependant aujourd'hui encore, et lorsqu'après plus d'un siècle on sait
-sans doute à quoi s'en tenir sur le livre de Quesnel, il se trouve des
-écrivains qui répètent gravement cette prodigieuse sottise comme une
-vérité historique des plus incontestables.</p>
-
-<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
-<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: «Les ministres avoient su persuader au roi
-l'abaissement de tout ce qui étoit élevé; et leur refuser le
-<em>traitement</em> (le titre de <em>monseigneur</em> qu'ils exigeoient de tous,
-sans exception), c'étoit mépriser son autorité et son service dont ils
-étoient les organes, parce que d'ailleurs, et par eux-mêmes, ils
-n'étoient rien. Le roi, séduit par ce reflet prétendu de grandeur sur
-lui-même, s'expliqua si rudement à cet égard, qu'il ne fut plus
-question que de ployer sous ce nouveau style ou de quitter le service,
-et de tomber en même temps, en le quittant, dans la disgrâce marquée
-du roi, et sous la persécution des ministres dont les occasions se
-rencontroient à tous moments; de là l'autorité personnelle et
-particulière des ministres montée au comble, jusqu'en ce qui ne
-regardoit ni les ordres, ni le service du roi, sous l'ombre que
-c'étoit la sienne; de là ce degré de puissance qu'ils usurpèrent; de
-là leurs richesses immenses, et les alliances qu'ils firent à leur
-choix.» (<cite>Mém. de Saint-Simon</cite>, liv. <span class="smcap">IV</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
-<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: «Il me paroît, a dit un homme très au fait de la
-matière, que ces prélats (les auteurs de la déclaration) ont semé dans
-le c&oelig;ur des princes un germe funeste de défiance contre les papes,
-qui ne pouvoit qu'être fatal à l'Église. L'exemple de Louis XIV et de
-ces prélats a donné à toutes les cours un motif très spécieux pour se
-mettre en garde contre les prétendues entreprises de la cour de Rome.
-De plus, il a accrédité auprès des hérétiques toutes les calomnies et
-les injures vomies contre le chef de l'Église, puisqu'il les a
-affermis dans les préjugés qu'ils avoient, en voyant que les
-catholiques même et les évêques faisoient semblant de craindre les
-entreprises des papes sur le temporel des princes; et, enfin, cette
-doctrine répandue parmi les fidèles a diminué infiniment l'obéissance,
-la vénération, la confiance pour le chef de l'Église, que les évêques
-auroient dû affermir de plus en plus.» (<cite>Lettres sur les quatre
-articles dits du Clergé de France</cite>, lettre <span class="smcap">II</span>, p. 5.)</p>
-
-<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
-<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: L'Angleterre exceptée; c'est là que, sous Henri VIII et
-ses successeurs, ce prodige s'est réalisé.</p>
-
-<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
-<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: «Louis XIV, dit le comte de Maistre, avoit bien accordé
-quelque chose à sa conscience et aux prières d'un pape mourant
-(Alexandre VIII): il en coûtoit néanmoins à ce prince superbe d'avoir
-l'air de plier sur un point qui lui sembloit toucher à sa prérogative.
-Les magistrats, les ministres, et d'autres puissances, profitèrent
-constamment de cette disposition du monarque, et le tournèrent enfin
-de nouveau du côté de la déclaration, en le trompant comme on trompe
-toujours les souverains, non en leur proposant à découvert le mal que
-leur droiture repousseroit, mais en le voilant sous la raison d'état.</p>
-
-<p>Deux jeunes ecclésiastiques, l'abbé de Saint-Aignan et le neveu de
-l'évêque de Chartres, reçurent, en 1713, <em>de la part du roi</em>, l'ordre
-de soutenir une thèse publique où les quatre articles reparoîtroient
-comme des vérités incontestables; cet ordre avoit été déterminé par le
-chancelier de Pontchartrain<a id="footnotetag119-A" name="footnotetag119-A"></a><a href="#footnote119-A" title="Lien vers la note 119-A"><span class="smaller">[119-A]</span></a>, homme excessivement attaché aux
-maximes parlementaires. Le pape se plaignit hautement de cette thèse,
-et le roi s'expliqua dans une lettre qu'il adressa au cardinal de la
-Trémouille, alors son ministre près du Saint-Siége. Cette lettre,
-qu'on peut lire en plusieurs ouvrages, se réduit néanmoins en
-substance à soutenir «que l'engagement pris par le roi se bornoit à ne
-plus forcer l'enseignement des quatre propositions, mais que jamais il
-n'avoit promis de l'empêcher; de manière qu'en laissant l'enseignement
-libre, il avoit satisfait à ses engagements envers le
-Saint-Siége<a id="footnotetag119-B" name="footnotetag119-B"></a><a href="#footnote119-B" title="Lien vers la note 119-B"><span class="smaller">[119-B]</span></a>.»</p>
-
-<p>Dès qu'on eut arraché la permission de soutenir les quatre articles,
-le parti demeura réellement vainqueur. Ayant pour lui une loi non
-révoquée et la permission de parler, c'étoit, avec la persévérance
-naturelle aux corps, tout ce qu'il falloit pour réussir. (<cite>De l'Église
-gallicane</cite>, p. 163.)</p>
-
-<p><a id="footnote119-A" name="footnote119-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag119-A">119-A</a></b>: <cite>Nouvelles additions et corrections aux Opuscules</cite> <span class="smcap">de
-Fleury</span>, p. 36. <cite>Lettre</cite> <span class="smcap">de Fénélon</span>, rapportée par M. Émery.</p>
-
-<p><a id="footnote119-B" name="footnote119-B"></a>
-<b><a href="#footnotetag119-B">119-B</a></b>: <cite>Histoire de Bossuet</cite>, t. <span class="smcap">II</span>, liv. vi, n<sup>o</sup> 13, p. 215
-et seqq.</p>
-
-<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
-<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Le jugement qu'il porta de lui-même dans ces derniers
-moments où finissent toutes les illusions de l'homme, n'est guère
-moins rigoureux que celui de la postérité.</p>
-
-<p>«Prêt à mourir, il fit appeler le dauphin qui devoit lui succéder. Ce
-prince n'avoit que quatre ans et demi; ainsi le discours que son aïeul
-lui tint étoit plutôt une déclaration de ses sentiments adressée à
-ceux qui l'environnoient, qu'une instruction pour cet enfant qui ne
-devoit être de long-temps en état de l'entendre et d'en profiter: «Mon
-fils, lui dit-il, je vous laisse un grand royaume à gouverner; je vous
-recommande surtout de travailler autant que vous pourrez à diminuer
-les maux et à augmenter les biens de vos sujets; et, pour cet effet,
-je vous demande avec instance de conserver toujours précieusement la
-paix avec vos voisins comme la source des plus grands biens, et
-d'éviter soigneusement la guerre comme la source des plus grands maux.
-Ne faites donc jamais la guerre que pour vous défendre ou pour
-défendre vos alliés. Je vous avoue que, de ce côté-là, je ne vous ai
-pas donné de bons exemples. Ne m'imitez pas: c'est la partie de ma vie
-et de mon gouvernement dont je me repens davantage.» (L'abbé <span class="smcap">de
-Saint-Pierre</span>.)</p>
-
-<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
-<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: L'abbé <span class="smcap">Lebeuf</span>, t. <span class="smcap">I</span>, p. 416.</p>
-
-<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
-<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Mémoire imprimé pour l'église Saint-Séverin, 1764, p.
-1.</p>
-
-<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
-<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Manuscrit de Saint-Germain, côté 1027.</p>
-
-<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
-<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: <cite>Mémoire pour les Curé et Marguilliers de Saint-Sulpice
-contre ceux de Saint-Séverin</cite>, 1764, p. 27.</p>
-
-<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
-<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Dans son Histoire de l'abbaye Saint-Germain.</p>
-
-<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
-<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: On la voyoit encore, en 1789, dans la maison des
-religieux de la Charité, située, dans le <span class="smcap">X</span><sup>e</sup> siècle, hors des murs.
-Elle y étoit désignée sous le nom de <i>Chapelle de la Vierge</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
-<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Le premier curé dont les titres lui aient offert le nom
-se nommoit <em>Raoul</em> (<i lang="la">Radulphus presbyter Sancti Sulpitii</i>). Il étoit
-en contestation avec le curé de Saint-Séverin au sujet des limites des
-deux paroisses; et cette contestation fut terminée par une sentence
-arbitrale rendue en 1210; mais il n'est pas dit qu'il n'y avoit pas eu
-avant lui d'autres curés dans cette église.</p>
-
-<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
-<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Ce ch&oelig;ur présente un carré long de quarante-deux
-pieds de large sur soixante-huit pieds de long, terminé au sommet par
-un demi-cercle de vingt pieds de rayon, et percé dans son pourtour de
-sept arcades, dont les pieds-droits sont ornés de pilastres
-corinthiens qui soutiennent l'entablement. Sa hauteur dans &oelig;uvre,
-depuis le pavé jusqu'au milieu de la voûte, est de quatre-vingt-douze
-pieds. Les bas-côtés, larges de vingt-quatre pieds, et élevés de
-quarante-six, sont décorés d'un ordre composé que Gittard avoit
-imaginé, dans l'intention bizarre d'en faire un ordre françois. Ces
-constructions ne furent achevées qu'au bout de dix-huit ans. Alors on
-commença à travailler à la croisée, dont la dimension est de cent
-soixante-seize pieds de long sur quarante-deux de large, grandeur qui
-surpasse de quatorze pieds la longueur de la croisée de Notre-Dame. Le
-côté gauche de cette croisée, en entrant, fut achevé, jusqu'à
-l'entablement, de 1672 à 1674; et l'on éleva en même temps le premier
-ordre du portail de ce côté. C'est alors que les travaux furent
-interrompus.</p>
-
-<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
-<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Les colonnes du premier ordre ont cinq pieds de
-diamètre et quarante de hauteur; leur entablement est de dix pieds:
-celles du second ordre ont trente-huit pieds de haut sur un diamètre
-de quatre pieds trois pouces, et neuf pieds d'entablement. On monte au
-porche par un perron de vingt-deux marches, auquel on reproche de
-n'avoir pas assez de développement, ce qui ôte à l'ordre inférieur
-beaucoup de sa majesté; mais Servandoni fut obligé de le renfoncer
-ainsi dans l'intérieur, parce qu'il élevoit son portail dans une rue
-étroite, vis-à-vis le séminaire de Saint-Sulpice, qu'on ne vouloit
-point abattre.</p>
-
-<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
-<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Cette tour présente un plan carré composé de colonnes
-que surmontent des frontons triangulaires. Au dessus règne un dernier
-ordre de huit colonnes érigées sur un plan circulaire, et terminées
-par une balustrade.</p>
-
-<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
-<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 181. On a abattu, pour former cette place,
-le séminaire Saint-Sulpice, une partie de la rue Férou et quelques
-maisons de la rue du Pot-de-Fer. Au milieu de ce grand espace, on
-avoit élevé une fontaine, dont les dimensions étoient visiblement trop
-petites pour la place et pour le monument; elle vient d'être enlevée
-et transportée dans l'enceinte du marché Saint-Germain. Le nouveau
-séminaire Saint-Sulpice occupe, à droite, toute la partie latérale de
-cette nouvelle place qui est loin d'être encore terminée. (<i>Voyez</i>
-l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a> à la fin de ce volume.)</p>
-
-<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
-<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: Il a été remplacé depuis peu par un nouvel autel d'une
-composition plus simple et plus heureuse. (<i>Voy.</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments
-nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
-<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: La coupole de cette chapelle avoit été fort endommagée
-par l'incendie de la foire Saint-Germain, arrivé au mois de mars
-1763.</p>
-
-<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
-<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 182.</p>
-
-<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
-<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: La seconde coupole, élevée après l'incendie, a été
-peinte par <cite>Callet</cite>.</p>
-
-<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
-<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Cet autel étoit, dans le principe, recouvert d'un
-baldaquin doré d'une très grande dimension, mais suspendu par trois
-cordes visibles, ce qui étoit de l'effet le plus ridicule. On ne tarda
-pas à s'en apercevoir, et le baldaquin fut supprimé.</p>
-
-<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
-<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Ces statues ainsi placées sur des culs-de-lampes, à dix
-pieds au dessus du sol, offroient à l'&oelig;il un porte-à-faux
-effrayant, et produisoient un effet peu agréable à l'&oelig;il. Enlevées
-de cette église pendant le régime révolutionnaire, elles viennent de
-lui être rendues, et ont repris la même place qu'elles occupoient
-auparavant et sur les mêmes culs-de-lampes. Il eût été possible,
-puisque l'occasion s'en présentoit, de les disposer plus heureusement.</p>
-
-<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
-<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: M. Languet avoit obtenu de la piété des fidèles des
-sommes assez considérables pour faire exécuter en argent la statue de
-la Vierge, sur un modèle de Bouchardon, et dans une proportion de six
-pieds; mais la richesse de la matière exigeant une surveillance
-continuelle, on prit le parti de lui substituer la Vierge en marbre
-dont nous venons de parler. La Vierge d'argent, renfermée alors dans
-la sacristie, a été détruite pendant la révolution; quant à celle de
-Pigale, on l'a replacée dans sa niche, au milieu de sa gloire et de
-tous les autres accessoires dont elle étoit d'abord entourée. Il est
-difficile de voir de plus médiocres sculptures et des ornemens d'un
-plus mauvais goût.</p>
-
-<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
-<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Son portrait, dans un médaillon de marbre, avoit été
-déposé aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
-<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Le pasteur est représenté à genoux, levant les mains et
-les yeux au ciel. Le génie de l'Immortalité, placé devant lui, soulève
-une draperie funéraire, sous laquelle on aperçoit le squelette de la
-mort qui semble frappé d'épouvante. Sur le piédestal étoient les deux
-génies de la Charité et de la Religion; ils ont été détruits. Ce
-mausolée, conservé pendant la révolution, dans le musée des
-Petits-Augustins, et qui, par son volume ainsi que par la beauté des
-marbres qu'on y a employés, doit avoir coûté des sommes considérables,
-nous semble le monument le plus curieux de ce dernier degré de
-corruption auquel les arts du dessin étoient enfin arrivés sur la fin
-du règne de Louis XV. Il n'y a point d'expression qui puisse rendre à
-quel point tout, dans cette sculpture, draperies, figures,
-composition, est faux, lourd, ignoble et maniéré. Le sculpteur,
-<cite>Michel-Ange Sloldtz</cite>, considéré de son temps comme un grand artiste,
-ignorant même jusqu'aux limites de son art, paroît avoir voulu, par le
-mélange du bronze et des marbres de diverses couleurs, produire
-quelques uns des effets de la peinture, ce qui ajoute encore la
-bizarrerie et le ridicule à tous ses autres défauts. Les deux figures
-sont en marbre blanc, la mort en bronze, la draperie de deux sortes de
-marbres, bleu turquin et albâtre jaunâtre. Les coussins sur lesquels
-le pasteur est à genoux sont en marbre jaune de Rennes, etc. (Ce
-monument a été rendu à l'église Saint-Sulpice.)</p>
-
-<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
-<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Ce monument, en demi-relief, représente une femme
-éplorée, enveloppée d'une draperie, et s'appuyant sur une urne. C'est
-de la sculpture la plus médiocre. (Déposé aux Petits-Augustins.)</p>
-
-<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
-<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: L'église de Saint-Sulpice a été rendue au culte.
-Presque entièrement dépouillée de son ancienne magnificence, elle doit
-au zèle et à la libéralité du digne curé qui l'administre maintenant
-des décorations nouvelles, non moins riches et d'un meilleur goût.
-(<i>Voyez</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
-<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: La vue perspective que nous donnons de cette église a
-été levée d'après une ancienne gravure exécutée avant cette
-démolition. (<i>Voyez</i> pl. 187.)</p>
-
-<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
-<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: <cite>Histoire de Paris</cite>, t. 5, p. 191.</p>
-
-<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
-<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: Ce couvent a été changé en maison particulière.</p>
-
-<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
-<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Maintenant rue <i>Servandoni</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
-<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Mademoiselle L'Échassier, et M. Raguier de Poussé, curé
-de Saint-Sulpice.</p>
-
-<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
-<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Le bâtiment qu'ils occupoient est habité maintenant par
-les S&oelig;urs de la Charité.</p>
-
-<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
-<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Cette institution a été rétablie, comme nous venons de
-le dire, dans la maison des Orphelins.</p>
-
-<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
-<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: <i>Voyez</i> tome 2, 2<sup>e</sup> partie, page 1085.</p>
-
-<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
-<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: La plupart des historiens donnent à la mère Catherine
-de Bar le nom de <i>Mectilde du Saint-Sacrement</i>; cependant il est
-certain qu'elle ne le prenoit point dans les actes; et celui de
-Catherine de Bar du Saint-Sacrement est le seul que l'on trouve dans
-la requête présentée à l'abbé de Saint-Germain et dans les
-lettres-patentes.</p>
-
-<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
-<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: Le couvent de ces religieuses est maintenant une
-habitation particulière.</p>
-
-<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
-<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: <i>Voyez</i> tome 3, 2<sup>e</sup> partie, page 647.</p>
-
-<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
-<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Paul V, Grégoire XV, Urbain VIII, Innocent X et
-Innocent XII.</p>
-
-<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
-<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: L'église a été détruite, et l'on a changé les bâtiments
-en habitations particulières.</p>
-
-<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
-<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: <cite>Histoire de Paris</cite>, tome 4, page 183.</p>
-
-<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
-<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: Les bâtiments sont habités par des particuliers.
-L'église rendue au culte est maintenant l'une des paroisses
-succursales de Paris, et l'une des plus pauvrement décorées de cette
-capitale.</p>
-
-<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
-<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: L'église a été détruite, et les bâtiments sont devenus
-des habitations particulières.</p>
-
-<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
-<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Cette épitaphe étoit de Pélisson: Nous la citerons,
-quoique longue, parce qu'elle nous semble digne d'être remarquée:</p>
-
-<div class="quote">
-<p class="center">ICI REPOSE</p>
-
-<p>Très illustre et vertueuse princesse Marie-Éléonore de Rohan,
- premièrement abbesse de Caen, puis de Malnoue, seconde fondatrice
- de ce prieuré, qu'elle redonna à Dieu, et où elle voulut finir
- ses jours. Plus révérée par ses grandes qualités que par sa haute
- naissance, le sang des rois trouva en elle une ame royale: en sa
- personne, en son esprit, en toutes ses actions, éclata tout ce
- qui peut rendre la piété et la vertu plus aimables. Sa
- professions fut son choix, et non pas celui de ses parents: elle
- leur fit violence pour ravir le royaume des cieux. Capable de
- gouverner des états autant que de grandes communautés, elle se
- réduisit volontairement à une petite, pour y servir, avec le
- droit d'y commander. Douce aux autres, sévère à elle-même, ce ne
- fut qu'humanité au dehors, qu'austérité au dedans. Elle joignit à
- la modestie de son sexe le savoir du nôtre; au siècle de
- Louis-le-Grand, rien ne fut ni plus poli, ni plus élevé que ses
- écrits: Salomon y vit, y parle, y règne encore, et Salomon en
- toute sa gloire. Les constitutions qu'elle fit pour ce monastère
- serviront de modèle pour tous les autres. Comme si elle n'eût
- vécu que pour sa sainte postérité, le même jour qu'elle acheva
- son travail, elle tomba dans une maladie courte et mortelle, et y
- succomba le 8 d'avril 1681, en la cinquante-troisième année de
- son âge. Jusqu'en ses derniers moments, et dans la mort même,
- bonne, tendre, vive et ardente pour tout ce qu'elle aimoit, et
- surtout pour son Dieu. Tant que cette maison aura des vierges
- épouses d'un seul époux, tant que le monde aura des chrétiens, et
- l'Église des fidèles, sa mémoire y sera en bénédiction: ceux qui
- l'ont vue n'y pensent point sans douleur, et n'en parlent point
- sans larmes.</p>
-
- <p>Qui que vous soyez, priez pour elle, encore qu'il soit bien plus
- vraisemblable que c'est maintenant à elle à prier pour nous; et
- ne vous contentez pas de la regretter ou de l'admirer, mais
- tâchez de l'imiter et de la suivre.</p>
-
- <p>S&oelig;ur Françoise de Longaunay, première prieure de cette maison,
- sa plus chère fille, l'autre moitié d'elle-même, dans l'espérance
- de la rejoindre bientôt, lui a fait élever ce tombeau.</p>
-
- <p>Le moindre et le plus affligé de ses serviteurs eut l'honneur et
- le plaisir de lui faire cette épitaphe, où il supprima, contre la
- coutume, beaucoup de justes louanges, et n'ajouta rien à la
- vérité.</p>
-</div>
-
-<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
-<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: Ces filles ont été réinstallées dans leur maison.</p>
-
-<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
-<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: <cite>Histoire de Paris</cite>, t. 2, p. 1060.&mdash;<span class="smcap">Piganiol</span>, t. 7, p.
-391.&mdash;<span class="smcap">Labarre</span>, t. 5, p. 352.</p>
-
-<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
-<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: <span class="smcap">Jaillot</span>, <i>Quart. du Luxembourg</i>, p. 86.</p>
-
-<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
-<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Le bâtiment destiné à cette dernière espèce de malades
-étoit séparé des autres et situé dans la rue de la Chaise. Nous aurons
-occasion d'en reparler.</p>
-
-<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
-<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: Cet établissement est tel qu'il étoit avant la
-révolution; seulement on n'y reçoit plus que des personnages âgés et
-infirmes.</p>
-
-<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
-<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant
-habités par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
-<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: Tome I<sup>er</sup>, page 494.</p>
-
-<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
-<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: Cet hôpital est resté tel qu'il étoit avant 1789.</p>
-
-<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
-<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Cet établissement existe encore sous le nom d'<i>Hospice
-de madame Necker</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
-<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: Cette communauté, fondée en 1676, ne subsistoit plus à
-cette époque.</p>
-
-<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
-<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Ses bâtiments servent maintenant d'hôpital aux pauvres
-enfants malades.</p>
-
-<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
-<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: <span class="smcap">Sauval</span>, t. I<sup>er</sup>, p. 600.&mdash;<cite>Gallia Christ.</cite>, t. 7,
-col. 646.</p>
-
-<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
-<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: <i>Voyez</i> tom. 3, 2<sup>e</sup> partie, p. 466.</p>
-
-<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
-<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 188.</p>
-
-<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
-<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Cette statue, vantée comme un chef-d'&oelig;uvre dans
-toutes les descriptions de Paris, et qui étoit un présent fait aux
-Carmes-Déchaussés par le cardinal Barberin, a été déposée dans une des
-chapelles de la cathédrale. C'est un ouvrage très médiocre.</p>
-
-<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
-<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Une partie des bâtiments a été détruite, et sur cet
-emplacement on a percé une rue nouvelle qui donne dans celle de
-Vaugirard. L'église a été rendue au culte: l'autre portion du couvent
-est habitée par des religieuses carmélites.</p>
-
-<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
-<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Cette maison a fait depuis partie du séminaire des
-Missions-Étrangères.</p>
-
-<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
-<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: Les bâtiments de ce couvent sont habités par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
-<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: Tome I<sup>er</sup>, pages 489 et 708.</p>
-
-<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
-<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: Le Maire.</p>
-
-<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
-<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 188. L'église n'existe plus: la maison
-avoit été détruite avant la révolution.</p>
-
-<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
-<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Ce précieux tableau est dans la collection du
-Musée.</p>
-
-<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
-<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: Cette maison est maintenant habitée par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
-<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: L'une de ces maisons se nommoit de <i>Montherbu</i>,
-l'autre, l'hôtel des <i>Trois Rois</i>. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p>
-
-<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
-<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Les bâtiments de cette maison servent maintenant de
-caserne à la gendarmerie d'élite.</p>
-
-<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
-<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: <span class="smcap">Jaillot</span>, <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 100 et seqq.</p>
-
-<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
-<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 183 et 184.</p>
-
-<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
-<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 185.</p>
-
-<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
-<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 184.</p>
-
-<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
-<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Il a été opéré dans le plan de cet édifice un
-changement auquel la disposition intérieure a beaucoup gagné, c'est
-celui de l'escalier et du vestibule. Cette partie de l'ancien plan
-étoit justement regardée comme la plus défectueuse. L'escalier étoit
-mal situé, lourd, d'un aspect désagréable. Il vient d'être reporté
-dans l'aile droite de la cour, qu'il occupe presque tout entière. On y
-a prodigué toute la richesse de l'architecture et de la sculpture,
-ainsi que dans la petite galerie et dans le vestibule, qui, tous les
-deux, servent de passage pour arriver au jardin.</p>
-
-<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
-<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Ce tableau est maintenant dans le Musée du Roi.</p>
-
-<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
-<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Cette collection entière a été gravée par divers
-graveurs célèbres, sous la direction et d'après les dessins de
-<cite>Nattier</cite>. Elle orne maintenant le Musée du Roi.</p>
-
-<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
-<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Ce terrain s'étendoit jusqu'au bassin qui forme
-maintenant le milieu du parterre.</p>
-
-<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
-<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 188.</p>
-
-<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
-<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Ce jardin a été, depuis la révolution, considérablement
-augmenté et embelli sous la direction de M. <i>Chalgrin</i>, architecte,
-auquel on doit aussi les améliorations, changements et augmentations
-dans le palais. De grands terrains y ont été ajoutés aux dépens des
-maisons voisines et de l'emplacement des Chartreux; et son intérieur,
-plus riant et plus agréable qu'autrefois, a été enrichi d'un grand
-nombre de statues. (<i>Voyez</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
-<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: Ce second hôtel fut bâti sur l'emplacement de la maison
-vendue à Marie de Médicis par le duc de Pinei-Luxembourg.</p>
-
-<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
-<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: On a démoli cet hôtel, pour former, de ce côté, une
-entrée particulière au jardin. Les murs de pignons de cette entrée ont
-été restaurés suivant l'ordonnance générale du palais, et ce bel
-édifice se trouve maintenant, de toutes parts, isolé.</p>
-
-<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
-<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Il en resta long-temps des traces dans la fête
-scandaleuse connue sous le nom de <em>fête des Fous</em>, et qu'on doit
-regarder comme un reste déplorable des superstitions païennes. Au jour
-qui lui étoit consacré, des prêtres, des clercs, les uns travestis en
-femmes, les autres vêtus comme des bouffons, chantoient dans le
-ch&oelig;ur des vers obscènes, mangeoient des <em>soupes grasses</em> sur
-l'autel, jouoient aux dés à côté du ministre tandis qu'il célébroit le
-sacrifice, infectoient l'église des ordures qu'ils faisoient brûler
-dans leurs encensoirs; et réunis à une foule de gens masqués qui
-accouroient de toutes parts dans l'église, dansoient, tenoient les
-propos les plus infâmes, imitoient les postures les plus indécentes.
-Poussant plus loin encore leurs bouffonneries sacriléges, ils
-élisoient des évêques, des archevêques et même un souverain pontife,
-auquel on donnoit le nom de <em>pape</em> des fous, qui officioit
-pontificalement et donnoit sa bénédiction au peuple. Eudes publia,
-l'an 1198, un mandement à l'effet de réprimer des désordres si
-abominables; mais il y a grande apparence que son autorité échoua
-contre un usage qui charmoit un peuple superstitieux et grossier, car
-la <em>fête des Fous</em> subsistoit encore deux cent quarante ans après,
-comme le prouve la censure de la faculté de théologie de Paris, en
-date du 12 mars 1444. Il fallut ce long espace de temps et touts la
-vigilance des prélats et de la partie la plus saine du clergé pour
-déraciner enfin cet opprobre du christianisme.</p>
-
-<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
-<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: La rue des <i>Ménétriers</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
-<b><a href="#footnotetag199">199</a></b>: <i>Voyez</i> tome 2, 1<sup>re</sup> partie, p. 495.</p>
-
-<p><a id="footnote200" name="footnote200"></a>
-<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: L'action duroit souvent un demi-siècle, et quelquefois
-davantage. Jésus-Christ prononçoit des sermons moitié françois, moitié
-latins; s'il donnoit la communion aux apôtres, c'étoit avec des
-hosties. Dans sa transfiguration sur le mont Thabor, on le voyoit
-paroître entre Moïse et le prophète Élie, en habit de Carme. Sainte
-Anne et la Vierge accouchoient dans une alcôve pratiquée sur le
-théâtre: on avoit soin seulement de tirer les rideaux du lit. Si les
-auteurs de ces pièces monstrueuses inventoient quelque épisode, il se
-ressentoit de leur grossière ignorance. Par exemple, Judas tuoit le
-fils du roi de <i>Scarioth</i>, à la suite d'une querelle qu'il avoit prise
-avec lui en jouant aux échecs; il assommoit ensuite son père, et
-devenoit le mari de sa mère, ce qui produisoit une reconnoissance et
-des fureurs. Mahomet, dont on faisoit mention sept cents ans avant sa
-naissance, étoit compté parmi les divinités du paganisme. Le
-gouvernement de Judée vendoit les évêchés à l'enchère. Satan prioit
-Lucifer de lui donner sa bénédiction. Les diables, les satellites des
-tyrans, les bourreaux, les archers, les voleurs, étoient ordinairement
-les personnages plaisants de ces compositions dramatiques.</p>
-
-<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
-<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Clément Marot composa, dit-on, des pièces pour les
-Enfants sans souci, et partagea leurs amusements. Louis XI les
-honoroit d'une protection particulière, et assistoit souvent à leurs
-spectacles. Les guerres civiles qui survinrent ensuite jetèrent de
-l'amertume et de l'aigreur dans ces jeux d'esprit, et convertirent les
-acteurs en factieux. Les plus modérés abandonnèrent alors cette
-société, qui ne fut plus composée que de libertins et de gens perdus
-de réputation.</p>
-
-<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
-<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: La Bazoche, fondée peu de temps après que le parlement
-eut été rendu sédentaire à Paris, avoit obtenu, en 1303, la permission
-de se choisir un chef avec le nom de <em>roi</em>. Philippe-le-Bel, qui
-régnoit alors, lui ayant en même temps concédé le droit de justice
-souveraine, la cour de son chef fut composée de grands officiers,
-comme chancelier, maîtres des requêtes, avocat et procureur du roi,
-grand référendaire, grand audiencier, etc., tous pris parmi les
-Bazochiens. Le roi de la Bazoche eut aussi le droit de faire frapper
-une monnoie qui avoit cours parmi les clercs, et de gré à gré parmi
-les marchands. Ceci dura jusqu'au règne de Henri III, qui abrogea le
-titre de <em>roi</em>, ce qui rendit le chancelier chef de cette singulière
-juridiction.</p>
-
-<p>Vers la mi-juillet, le roi de la Bazoche faisoit la montre générale de
-tous ses clercs ou sujets distribués en douze compagnies, commandées
-par autant de capitaines. Après cette cérémonie, ils alloient donner
-des aubades à MM. du parlement, et représentoient une de leurs
-moralités. Ce spectacle se renouveloit trois fois par année, à la fête
-de l'Épiphanie, à la cérémonie du mai<a id="footnotetag202-A" name="footnotetag202-A"></a><a href="#footnote202-A" title="Lien vers la note 202-A"><span class="smaller">[202-A]</span></a> et après la montre
-générale. D'abord ils n'eurent point de théâtre fixe, et leurs jeux se
-faisoient tantôt au Palais, tantôt au Châtelet, et le plus souvent
-dans des maisons particulières. Ce fut à Louis XII qu'ils durent de
-pouvoir dresser leur théâtre sur la fameuse table de marbre qui
-occupoit toute la largeur de la salle du Palais, et qui fut détruite
-dans l'incendie de 1618. Les Bazochiens, de même que les Enfants sans
-souci, eurent plus d'une fois besoin d'être réprimés pour l'insolence
-de leurs satires et de leurs allusions, dans lesquelles ils
-n'épargnèrent pas même la personne du bon roi à qui ils étoient
-redevables de leur dernier théâtre.</p>
-
-<p><a id="footnote202-A" name="footnote202-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag202-A">202-A</a></b>: <i>Voyez</i> tome 1<sup>er</sup>, 1<sup>re</sup> partie, p. 166.</p>
-
-<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
-<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Ils exigeoient cependant une rétribution des
-spectateurs; et le parlement, chargé de la police de leurs jeux, la
-fixa à deux sous, qui en valoient alors huit des nôtres. Leurs
-représentations commençoient à une heure après midi, et duroient
-jusqu'à cinq heures sans intervalle. L'arrêt qui fixoit le prix des
-places, ordonnoit en outre qu'ils paieroient mille livres par an au
-trésorier des pauvres de la ville.</p>
-
-<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
-<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: Jodèle fit jouer ses premières pièces sur deux théâtres
-qu'on éleva dans les colléges de Reims et de Boncourt. Henri II y
-assista avec toute sa cour.</p>
-
-<p><a id="footnote205" name="footnote205"></a>
-<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Cette maison étoit située au coin de la rue de la
-Poterie, près de la place de Grève. Pour avoir le droit de jouer, la
-troupe qui l'occupoit payoit un écu tournois par représentation aux
-confrères de la Passion.</p>
-
-<p>Dans cette même année (1660) on vit à Paris des comédiens espagnols;
-ils avoient suivi la reine, femme de Louis XIV, et restèrent douze ans
-à Paris avec une pension du roi; mais ils ne purent s'y soutenir.</p>
-
-<p>En 1661, une troupe de comédiens de province, appelés à Paris par
-<i>Mademoiselle</i>, établit son théâtre au faubourg Saint Germain; mais
-n'ayant point eu de succès, elle se dispersa après le temps de la
-foire.</p>
-
-<p>En 1662, une troupe d'enfants, qui prit le nom de <i>troupe du Dauphin</i>,
-parut aussi à la foire Saint-Germain. Ce fut là que débuta le célèbre
-Baron, âgé alors d'environ douze ans.</p>
-
-<p>En 1677 commença le théâtre des <em>Bamboches</em>, établi au Marais, dans
-lequel ne paroissoient que de très petits enfants. Il n'eut que
-quelques mois d'existence.</p>
-
-<p>En 1684, des comédiens de province venus à Paris louèrent une grande
-salle dans l'hôtel Cluni, et osèrent y jouer sans aucune permission.
-Leur théâtre fut fermé presque aussitôt par arrêt du parlement.</p>
-
-<p>D'autres comédiens de province étoient déjà venus, en 1632, établir un
-théâtre dans un jeu de paume de la rue Michel-le-Comte; mais à peine
-eurent-ils ouvert leur spectacle qu'il fut fermé, sur la demande des
-habitants du quartier.</p>
-
-<p>Les comédiens <em>forains</em> avoient paru à Paris dès 1596.</p>
-
-<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
-<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 186.</p>
-
-<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
-<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Cet incendie arriva dans le mois de mars 1799. Ce
-théâtre avoit alors le nom d'<i>Odéon</i>, qu'on lui avoit donné en 1794,
-et étoit occupé par la troupe du sieur Picard. Abandonné pendant
-plusieurs années, il fut reconstruit sous la direction de feu
-Chalgrin, qui, si l'on en excepte la décoration intérieure de la salle
-et quelques détails de construction, eut le bon esprit de ne point
-s'écarter du plan des deux premiers architectes. Ce théâtre a été
-depuis la proie d'un second incendie. (<i>Voyez</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments
-nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote208" name="footnote208"></a>
-<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: Le théâtre de la comédie françoise étoit occupé, en
-1799, par les bouffons italiens et par l'ancienne troupe établie
-d'abord dans la rue de Louvois; ces deux troupes y jouoient
-alternativement sous la même direction. Plusieurs autres troupes se
-sont succédé depuis sur ce théâtre; aujourd'hui il est occupé par des
-acteurs qui jouent alternativement la tragédie, la comédie et l'opéra.
-Les comédiens françois n'ont point quitté, jusqu'à présent, la grande
-salle du Palais-Royal, destinée, dans le principe, à la troupe dite
-<i>des Variétés</i>. (Voyez t. 1, 2<sup>e</sup> partie, p. 887.)</p>
-
-<p><a id="footnote209" name="footnote209"></a>
-<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: <i>Voyez</i> tome 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> partie, p. 982.</p>
-
-<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
-<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Sur cet emplacement étoit une tour carrée, anciennement
-appelée la tour <i>Gaudron</i>, et une maison qui en portoit encore le nom
-en 1640.</p>
-
-<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
-<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Les inscriptions placées sous les premières pierres
-portoient qu'elles avoient été posées par M. Antoine de Barillon,
-seigneur de Morangis, et par M. Louis de Rochechouart, comte de
-Maure.</p>
-
-<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
-<b><a href="#footnotetag212">212</a></b>: La maison des Feuillants est maintenant habitée par des
-particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
-<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Page 454.</p>
-
-<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
-<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 44.</p>
-
-<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
-<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Les religieux y mangeoient ensemble les dimanches, les
-fêtes, et les jeudis; les autres jours, chacun prenoit ses repas en
-particulier dans sa cellule.</p>
-
-<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
-<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Pierre de Navarre, fils de Charles II, roi de Navarre,
-donna, en 1396, pour l'entretien de quatre Chartreux, une somme de
-5,000 liv., que ces religieux employèrent à faire l'acquisition de la
-terre de Villeneuve-le-Roi; et Jeanne d'Évreux affecta sa terre
-d'Yères à l'entretien de l'église qu'elle avoit fait bâtir.</p>
-
-<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
-<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 187.</p>
-
-<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
-<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Personne n'ignore que ce prétendu miracle, lequel donna
-lieu, dit-on, à la retraite de saint Bruno et à l'institution de son
-ordre, est mis au nombre des fables par les meilleurs critiques.</p>
-
-<p><a id="footnote219" name="footnote219"></a>
-<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: Quelques années avant la révolution, le roi avoit fait
-l'acquisition de ces chefs-d'&oelig;uvre pour les mettre dans sa
-collection: ils sont passés de la galerie du Luxembourg dans le Musée
-royal.</p>
-
-<p><a id="footnote220" name="footnote220"></a>
-<b><a href="#footnotetag220">220</a></b>: Pour empêcher la dégradation entière de ce monument,
-MM. de Châtillon le firent masquer, en 1712, par une boiserie, sur
-laquelle on avoit peint tout ce qui étoit sculpté derrière; ce qui
-faisoit un tableau de quinze pieds de largeur sur quatre de hauteur.</p>
-
-<p><a id="footnote221" name="footnote221"></a>
-<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: Cette statue et celle d'Amé de Genève n'avoient point
-été déposées aux Petits-Augustins.</p>
-
-<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
-<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: Ces deux statues, d'une exécution gothique assez
-soignée, se voyoient dans ce Musée.</p>
-
-<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
-<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: L'ancien chemin d'Issy passoit autrefois le long du
-terrain où elle avoit été bâtie.</p>
-
-<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
-<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: On voyoit sur leur tombe un écusson ayant une botte en
-pal, chargée d'un oiseau sur la genouillière.</p>
-
-<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
-<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: L'église et le couvent des Chartreux ont été
-entièrement détruits; sur leur terrain on a établi une très grande
-pépinière, et plusieurs avenues plantées d'arbres qui font partie du
-jardin du Luxembourg. (<i>Voyez</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
-<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Madame Hurault de Chiverni, veuve du marquis d'Aumont,
-acquitta toutes les dettes de la communauté, fit bâtir le ch&oelig;ur et
-les logements pratiqués au dessus, éleva les murs de clôture du
-jardin, etc.; la marquise de Sablé fit construire le corps de logis et
-le chapitre au bout du ch&oelig;ur; la princesse de Guémenée, la
-sacristie et partie d'un des côtés du cloître. Mesdames de Pontcarré,
-de Choiseul-Praslin, de La Guette de Champigny, de Boulogne, de
-Rubantel, etc.; MM. de Sévigné, Le Maître de Séricourt-Sacy, Le Roi de
-La Potherie, etc., comblèrent les religieuses de libéralités, et
-plusieurs de ces dames s'y renfermèrent après la mort de leurs maris.
-Louise-Marie de Gonzague de Clèves, reine de Pologne, qui avoit été
-élevée à Port-Royal, signala sa reconnoissance par de riches
-présents.</p>
-
-<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
-<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#page180" title="page180">180</a>.</p>
-
-<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
-<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Elle existe encore, ainsi que la maison qui sert
-maintenant d'hospices pour les pauvres femmes en couche. C'est un
-ouvrage bien médiocre. (<i>Voyez</i> pl. 188.)</p>
-
-<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
-<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Ce beau tableau est maintenant dans le Musée du
-Roi.</p>
-
-<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
-<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Ce dernier monument a été donné au collége de
-Juilly.</p>
-
-<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
-<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: Cette maison, réunie au monastère de Port-Royal, sert
-maintenant d'hospice pour les femmes en couche.</p>
-
-<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
-<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: <i>Voyez</i> l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a>.</p>
-
-<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
-<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: <i>Arch. de Saint-Germain</i>, A. 4, 1, 1.</p>
-
-<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
-<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: <cite>Histoire de l'abbaye Saint-Germain</cite>, p. 109.</p>
-
-<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
-<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 12.</p>
-
-<p><a id="footnote236" name="footnote236"></a>
-<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: <i>Voyez</i> tome 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> partie, p. 718.</p>
-
-<p><a id="footnote237" name="footnote237"></a>
-<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: <cite>Arch. de Saint-Germain</cite>, A. 4, 1, 3.</p>
-
-<p><a id="footnote238" name="footnote238"></a>
-<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: <cite>Arch. de Saint-Germain</cite>, A. 4, 1, 6.</p>
-
-<p><a id="footnote239" name="footnote239"></a>
-<b><a href="#footnotetag239">239</a></b>: <i>Ibid.</i>, A. 4, 1, 4.</p>
-
-<p><a id="footnote240" name="footnote240"></a>
-<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: <i>Ibid.</i>, A. 4, 1, 5.</p>
-
-<p><a id="footnote241" name="footnote241"></a>
-<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: Cette ancienne foire étoit alors admirée comme un des
-morceaux de charpente les plus hardis qu'il fût possible d'imaginer.
-Elle se composoit d'un seul bâtiment divisé en deux halles contiguës,
-qui, chacune, avoient cent trente pas de long sur cent de large. Neuf
-rues tirées au cordeau, et qui se coupoient à angles droits, les
-partageoient en vingt-quatre parties<a id="footnotetag241-A" name="footnotetag241-A"></a><a href="#footnote241-A" title="Lien vers la note 241-A"><span class="smaller">[241-A]</span></a>. Chaque loge étoit
-composée d'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre au dessus.
-Quelques-unes étoient accompagnées de cours, où il y avoit des puits
-pour éteindre le feu en cas d'accident, précaution que la violence du
-vent rendit inutile dans cette nuit désastreuse. Au bout de l'une des
-halles on avoit pratiqué une chapelle, dans laquelle on disoit la
-messe tous les jours pendant la durée de la foire.</p>
-
-<p><a id="footnote241-A" name="footnote241-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag241-A">241-A</a></b>: Ces rues étoient distinguées par les noms des divers
-marchands qui y étaloient, tels que ceux de rue <i>aux Orfèvres</i>, <i>aux
-Merciers</i>, <i>aux Drapiers</i>, <i>aux Peintres</i>, <i>aux Tabletiers</i>, <i>aux
-Fayenciers</i>, <i>aux Lingères</i>, <i>etc.</i></p>
-
-<p><a id="footnote242" name="footnote242"></a>
-<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: Indépendamment des foires Saint-Laurent et
-Saint-Germain, la ville de Paris avoit encore plusieurs autres foires,
-qui se tenoient en divers lieux et à des époques différentes.</p>
-
-<p><i>La foire des Jambons</i> ou <i>du parvis Notre-Dame</i>. Cette foire, qui
-appartenoit à l'archevêque et au chapitre de la cathédrale, ne durait
-qu'un jour, et se tenoit le mardi-saint.</p>
-
-<p><i>La foire du Temple.</i> Elle appartenoit au grand-prieur de France, et
-s'ouvroit dans l'enclos du Temple le jour de saint Simon et saint
-Jude. On y vendoit principalement de la mercerie, des manchons, des
-fourrures, beaucoup de nèfles, etc., etc.</p>
-
-<p><i>La foire Saint-Ovide.</i> Établie d'abord sur la place Vendôme, elle fut
-transférée, en 1771, sur la place Louis XV. Toutes les boutiques,
-disposées sur un plan circulaire, y étoient accompagnées d'une galerie
-qui tournoit autour, et sous laquelle on se promenoit à l'abri. Elle
-duroit un mois entier, et attiroit un grand concours de monde, tant
-par le nombre et la variété de ses boutiques que par les spectacles
-forains qui venoient de toutes parts s'y établir.</p>
-
-<p><i>La foire Saint-Clair.</i> Elle se tenoit, le jour de la fête de ce
-saint, devant l'abbaye Saint-Victor, et duroit huit jours. Les
-marchands y occupoient la rue Saint-Victor jusqu'au jardin des
-Plantes, celle des Fossés et toute la place de la Pitié.</p>
-
-<p>Du reste, il se tenoit une foire devant chaque église, le jour de la
-fête de son patron, laquelle duroit plus ou moins long-temps, comme
-la foire des Prémontrés de la Croix-Rouge, etc.</p>
-
-<p><a id="footnote243" name="footnote243"></a>
-<b><a href="#footnotetag243">243</a></b>: <cite>Arch. de Saint-Germain</cite>, A. 4, 2, 2.</p>
-
-<p><a id="footnote244" name="footnote244"></a>
-<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: La maison de cette communauté a été démolie pour former
-la place Saint-Sulpice; le nouveau séminaire qui se prolonge dans la
-rue Pot-de-Fer, a sa façade sur un des côtés de cette place. (<i>Voyez</i>
-l'article <a href="#monumentsnouveaux" title="monumentsnouveaux"><cite>Monuments nouveaux</cite></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote245" name="footnote245"></a>
-<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Cette maison et la précédente sont aujourd'hui des
-habitations particulières.</p>
-
-<p><a id="footnote246" name="footnote246"></a>
-<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: La chapelle a été détruite; la maison est habitée par
-des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote247" name="footnote247"></a>
-<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: <i>Voyez</i> t. 3, 2<sup>e</sup> partie, p. 529.</p>
-
-<p><a id="footnote248" name="footnote248"></a>
-<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Ce collége est habité maintenant par des particuliers.</p>
-
-<p><a id="footnote249" name="footnote249"></a>
-<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: Il avoit déjà établi une communauté du même genre en
-1685, près de l'église Saint-Marcel, dans le quartier de la place
-Maubert.</p>
-
-<p><a id="footnote250" name="footnote250"></a>
-<b><a href="#footnotetag250">250</a></b>: Les bâtiments en furent d'abord changés en caserne
-pendant la révolution, et l'église devint le magasin des décorations
-du Théâtre-François, dit l'<i>Odéon</i>; maintenant on en a fait une usine
-où se confectionne le gaz hydrogène qui sert à l'éclairage de Paris.</p>
-
-<p><a id="footnote251" name="footnote251"></a>
-<b><a href="#footnotetag251">251</a></b>: <cite>Arch. de Saint-Germain.</cite></p>
-
-<p><a id="footnote252" name="footnote252"></a>
-<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: <span class="smcap">Jaillot</span>, <i>Quartier du Luxembourg</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote253" name="footnote253"></a>
-<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: Il sert maintenant de dépôt au cabinet de minéralogie.</p>
-
-<p><a id="footnote254" name="footnote254"></a>
-<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: C'est dans cet hôtel que se tiennent les séances du
-conseil de guerre de la première Division militaire.</p>
-
-<p><a id="footnote255" name="footnote255"></a>
-<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: Cet édifice existe encore, et n'a point changé de
-destination.</p>
-
-<p><a id="footnote256" name="footnote256"></a>
-<b><a href="#footnotetag256">256</a></b>: Tome 1<sup>er</sup>, page 111.</p>
-
-<p><a id="footnote257" name="footnote257"></a>
-<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: Elle fut aussi nommée, suivant un auteur, rue du
-<i>Cimetière-Saint-Sulpice</i>. Il est vrai qu'il y en avoit un dans cette
-rue, lequel fut béni le 10 juin 1664; mais on ne trouve nulle part
-qu'on en ait donné le nom à la rue. (Ce cimetière a été détruit
-pendant la révolution, et changé en jardin.)</p>
-
-<p><a id="footnote258" name="footnote258"></a>
-<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Tome 1<sup>er</sup>, page 111.</p>
-
-<p><a id="footnote259" name="footnote259"></a>
-<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#page352" title="page352">352</a>. Elle se nomme maintenant rue
-<i>Montfaucon</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote260" name="footnote260"></a>
-<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: <cite>Traité de Police</cite>, t. 2, p. 1208 et 1215.</p>
-
-<p><a id="footnote261" name="footnote261"></a>
-<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: <cite>Traité de la Police</cite>, t. 1<sup>er</sup>, p. 118.</p>
-
-<p><a id="footnote262" name="footnote262"></a>
-<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: Manuscrit de Blondeau à la Bibliothèque du Roi, tome
-66, premier cahier.</p>
-
-<p><a id="footnote263" name="footnote263"></a>
-<b><a href="#footnotetag263">263</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#page363" title="page363">363</a>.</p>
-
-<p><a id="footnote264" name="footnote264"></a>
-<b><a href="#footnotetag264">264</a></b>: <cite>Arch. de Saint-Germain</cite>, A. 2, 33, 1.</p>
-
-<p><a id="footnote265" name="footnote265"></a>
-<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 11.</p>
-
-<p><a id="footnote266" name="footnote266"></a>
-<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: Tome 1, page 121.</p>
-
-<p><a id="footnote267" name="footnote267"></a>
-<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: Le pilori, dont cette rue avoit pris le nom, étoit
-situé au carrefour où elle aboutit, et près de l'endroit où fut depuis
-la barrière des sergents. Il paroît que ce fut un droit accordé à
-l'abbaye Saint-Germain, ou confirmé par la charte de
-Philippe-le-Hardi, du mois d'août 1275. (<cite>Histoire de l'Abbaye</cite>,
-Preuves, n<sup>o</sup> 98.)</p>
-
-<p><a id="footnote268" name="footnote268"></a>
-<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: À la fin du <span class="smcap">XIV</span><sup>e</sup> siècle, auprès d'une maison de cette
-rue, dont l'enseigne étoit le <i>chef Saint-Jean</i>, il y avoit une rue ou
-ruelle qui portoit aussi ce nom: elle n'existe plus.</p>
-
-<p><a id="footnote269" name="footnote269"></a>
-<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#page365" title="page365">365</a>.</p>
-
-<p><a id="footnote270" name="footnote270"></a>
-<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Tome 1, page 126.</p>
-
-<p><a id="footnote271" name="footnote271"></a>
-<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 23.</p>
-
-<p><a id="footnote272" name="footnote272"></a>
-<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: Tome 1, page 127.</p>
-
-<p><a id="footnote273" name="footnote273"></a>
-<b><a href="#footnotetag273">273</a></b>: Près de là, on prit des jardins situes entre les rues
-du Sépulcre et des Saints-Pères, pour leur servir de cimetière.
-Vis-à-vis étoient la justice de l'abbaye et une voirie, sur
-l'emplacement de laquelle on fit construire des maisons, dont une
-partie a servi depuis de couvent aux Petites-Cordelières.</p>
-
-<p><a id="footnote274" name="footnote274"></a>
-<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: Dans cette rue est un cul-de-sac qui porte le même nom.
-On l'appela d'abord rue de la <i>Magdeleine</i>, ensuite de
-<i>Sainte-Catherine</i>, parce qu'il fait la continuation de cette dernière
-rue.</p>
-
-<p><a id="footnote275" name="footnote275"></a>
-<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: Jaillot seroit porté à adopter l'opinion de ceux qui
-pensent que ce nom d'<i>Enfer</i> vient plutôt de sa situation; qu'étant
-plus basse que la rue Saint-Jacques, qui lui étoit parallèle, et qu'on
-appeloit <i>via Superior</i>, on l'avoit nommée <i>via Inferior</i>, <i>via
-Infera</i>, et que ce mot a été altéré et changé en celui d'Enfer.
-(<i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 38.)</p>
-
-<p><a id="footnote276" name="footnote276"></a>
-<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Tome 1, page 133.</p>
-
-<p><a id="footnote277" name="footnote277"></a>
-<b><a href="#footnotetag277">277</a></b>: Elle porte aujourd'hui le nom de rue <i>Servandoni</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote278" name="footnote278"></a>
-<b><a href="#footnotetag278">278</a></b>: Tome 1, page 135.</p>
-
-<p><a id="footnote279" name="footnote279"></a>
-<b><a href="#footnotetag279">279</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 61.</p>
-
-<p><a id="footnote280" name="footnote280"></a>
-<b><a href="#footnotetag280">280</a></b>: <span class="smcap">Jaillot</span>, <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 63.</p>
-
-<p><a id="footnote281" name="footnote281"></a>
-<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: Au commencement du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle il y avoit dans cette
-rue un marché, situé à son extrémité, près de celle des Cordeliers; il
-contenoit quatre toises de large sur sept de long. M. le Prince en
-ayant demandé la suppression en 1634, il fut transféré rue
-Sainte-Marguerite en 1636.</p>
-
-<p><a id="footnote282" name="footnote282"></a>
-<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: Tome 2, page 454.</p>
-
-<p><a id="footnote283" name="footnote283"></a>
-<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 65.</p>
-
-<p><a id="footnote284" name="footnote284"></a>
-<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: Tome 1, page 140.</p>
-
-<p><a id="footnote285" name="footnote285"></a>
-<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: <cite>Spicil.</cite>, in-fol., t. 3, p. 116.</p>
-
-<p><a id="footnote286" name="footnote286"></a>
-<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: <i>Voyez</i> p. <a href="#page365" title="page365">365</a>.</p>
-
-<p><a id="footnote287" name="footnote287"></a>
-<b><a href="#footnotetag287">287</a></b>: À côté de cette rue, est un cul-de-sac qui portoit
-autrefois ce nom de <i>Notre-Dame-des-Champs</i>. Il a pris celui de la rue
-de <i>Fleurus</i> qui vient y aboutir. (Voyez <a href="#ruesnouvelles" title="ruesnouvelles"><i>Rues nouvelles</i></a>.)</p>
-
-<p>Il existe, dans cette même rue, un passage planté d'arbres et formant
-avenue, qui donne dans la rue de l'<i>Ouest</i>. (Voyez <a href="#ruesnouvelles" title="ruesnouvelles"><i>Rues nouvelles</i></a>.)</p>
-
-<p><a id="footnote288" name="footnote288"></a>
-<b><a href="#footnotetag288">288</a></b>: Tome 1, page 159.</p>
-
-<p><a id="footnote289" name="footnote289"></a>
-<b><a href="#footnotetag289">289</a></b>: La rue et la place du Théâtre-François ont pris le nom
-de rue et place de l'<i>Odéon</i>.</p>
-
-<p><a id="footnote290" name="footnote290"></a>
-<b><a href="#footnotetag290">290</a></b>: Tome 1, page 166.</p>
-
-<p><a id="footnote291" name="footnote291"></a>
-<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: <span class="smcap">Jaillot</span>, <i>Quartier du Luxembourg</i>, p. 100.</p>
-
-<p><a id="footnote292" name="footnote292"></a>
-<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: Il y avoit dans cette rue un cul-de-sac portant le même
-nom, lequel retournoit en équerre jusqu'au mur du préau de la foire.
-On y avoit pratiqué une porte pour faciliter l'entrée et la sortie du
-théâtre de l'<i>Opéra-Comique</i>. Ce cul-de-sac est aussi indiqué sous les
-noms de cul-de-sac <i>de la Foire</i> et de l'<i>Opéra-Comique</i>.</p>
-
-<p>La rue des <i>Quatre-Vents</i> a été ouverte jusqu'à la rue des Boucheries,
-et de là dans une ligne droite jusqu'à celle de Buci, pour établir une
-communication directe, de la rue de Seine au palais du Luxembourg.</p>
-
-<p><a id="footnote293" name="footnote293"></a>
-<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: M. Depierre.</p>
-
-<p><a id="footnote294" name="footnote294"></a>
-<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: En examinant ces peintures exécutées par des artistes
-d'un vrai talent, et qui néanmoins s'y sont montrés au dessous
-d'eux-mêmes dans tout ce qui touche la pratique de l'art, c'est-à-dire
-dans la couleur, la touche, l'harmonie, on est porté à croire que ces
-défauts, qu'on ne retrouve point dans les tableaux qu'ils ont exécutés
-à l'huile, ne peuvent provenir que d'une connoissance imparfaite du
-procédé de la fresque, qui ne leur a pas permis de développer ici tout
-ce qu'ils ont d'habileté de main et de facilité de pinceau; et ce qui
-vient à l'appui de cette conjecture, c'est que les galeries du Musée
-du Louvre contiennent des fresques exécutées par des artistes
-inférieurs à ceux-ci sous le rapport du style et du dessin, lesquelles
-cependant offrent, dans l'exécution, ces autres qualités du peintre
-que l'on cherche vainement dans celles que nous décrivons. La peinture
-à fresque est encore chez nous à son enfance, et demande de nouveaux
-efforts et de nouvelles études pour être amenée au point de perfection
-où l'ont portée les peintres d'Italie.</p>
-
-<p><a id="footnote295" name="footnote295"></a>
-<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Les rues de Vaugirard, d'Enfer, de Fleurus et de
-l'Ouest.</p>
-
-<p><a id="footnote296" name="footnote296"></a>
-<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: Le jardin des Tuileries offre également, et de toutes
-parts, les mêmes nudités. On les retrouve encore dans le parc de
-Versailles et dans d'autres endroits publics. Le jardin du
-Palais-Royal, où de tels monuments sembleroient moins déplacés
-qu'ailleurs, n'en avoit point encore: il vient d'en recevoir un, c'est
-la copie en bronze de l'Apollon du Belvédère.</p>
-
-<p>Penseroit-on que, dans tels cas, la perfection du travail dût demander
-grâce pour l'indécence du sujet? ce seroit là une erreur bien
-grossière: les yeux du vulgaire ne comprennent rien à cette
-perfection.</p>
-
-<p><a id="footnote297" name="footnote297"></a>
-<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: Vers le milieu de ce boulevard, on a ouvert un passage
-qui donne dans la rue Notre-Dame-des-Champs.</p>
-</div>
-
-<div class="chapter tn">
-<h2 class="small">Notes au lecteur de ce fichier numérique:</h2>
-
-<div class="tn">
-
-<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.</p>
-
-<p>Les lettres supérieures inusuelles ont été entourées de parenthèses.</p>
-
-<p>Corrections effectuées:</p>
-
-<p>&mdash;Note <a href="#footnote55" title="Lien vers la note 55">55</a>: "Les travaux qu'il fit faire à cette effet" a été remplacé
-par "Les travaux qu'il fit faire à cet effet".</p>
-
-<p>&mdash;Note <a href="#footnote114" title="Lien vers la note 114">114</a>: "une véritable force d'aine" a été remplacé par "une
-véritable force d'ame".</p>
-
-<p>&mdash;Page <a href="#page409" title="Lien vers la page 409">409</a>: "au cul-de-sac de la rue Notre-Dame-des-Champs, auquelle"
-a été remplacé par "au cul-de-sac de la rue Notre-Dame-des-Champs,
-auquel".</p>
-</div>
-
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
-Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Tome 7/8), by J. B. Bins de Saint-Victor
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAAU HISTORIQUE ***
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-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
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-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
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-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
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-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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