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-Project Gutenberg's Comment on Prononce le Français, by Phillipe H. Martinon
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Comment on Prononce le Français
- Traité complet de prononciation pratique avec le noms
- propres et les mots étrangers
-
-Author: Phillipe H. Martinon
-
-Release Date: August 4, 2019 [EBook #60052]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS ***
-
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-
-Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net.
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- COMMENT ON PRONONCE
- LE FRANÇAIS
-
- _18ᵉ A 27ᵉ MILLE_
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- OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
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-
-COMMENT ON PARLE EN FRANÇAIS. La langue parlée correcte comparée avec
-la langue littéraire et la langue familière.
-
-DICTIONNAIRE COMPLET, MÉTHODIQUE ET PRATIQUE DES RIMES FRANÇAISES,
-précédé d’un traité de versification. Ouvrage composé sur un plan tout
-à fait nouveau. Un volume in-12 de 300 pages.
-
- (_Librairie Larousse._)
-
-
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-
- PH. MARTINON
-
- Docteur ès lettres
-
- COMMENT ON PRONONCE
-
- LE FRANÇAIS
-
- Traité complet de
- prononciation pratique
- avec les noms propres
- et les mots étrangers
-
- [Illustration: colophon]
-
- LIBRAIRIE LAROUSSE
- 13-17, rue Montparnasse. PARIS
-
-
- TOUS DROITS DE REPRODUCTION,
- DE TRADUCTION, D’ADAPTATION ET D’EXÉCUTION
- RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS.
-
-
- COPYRIGHT 1913, BY THE LIBRAIRIE LAROUSSE, PARIS.
-
-
- _A MA FEMME,
-
- Parisienne de Paris_
-
-
- _L’AUTEUR,
-
- Parisien de province._
-
-
-
-
-PRÉFACE
-
-
-_Deux grammairiens, Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, ont publié en 1805 et 1836
-des traités de prononciation qui ont longtemps fait loi[1]. On voit
-qu’ils remontent un peu loin. Et pourtant, depuis cette époque, il n’en
-a guère paru de satisfaisants. Je n’en connais pas du moins qui n’ait
-de graves défauts._
-
-_D’abord ils sont inexacts, je veux dire qu’ils renferment de
-nombreuses erreurs, parfois des erreurs énormes, soit qu’ils
-conservent, par un respect excessif de la tradition, des manières de
-prononcer qui sont tout à fait sur années, soit qu’au contraire, ils
-accueillent avec une facilité déplorable des prononciations qui ont
-peut-être l’avenir pour elles, mais qui en attendant sont désagréables
-au plus haut degré[2]. Chose fâcheuse à constater, les meilleurs
-travaux sur la matière sont encore ceux des étrangers. Mais comment
-espérer qu’un étranger puisse vraisemblablement nous enseigner notre
-prononciation? Ch. Nyrop lui-même, qui fait autorité en ce qui concerne
-la grammaire historique de notre langue, ne peut pas ne pas commettre
-des erreurs[3]._
-
-_Un autre défaut des traités de prononciation contemporains, c’est
-qu’ils sont très incomplets. Seul Lesaint s’est donné la peine de faire
-une revue complète, trop complète même, du vocabulaire. Je dis trop
-complète, parce qu’il donne des listes alphabétiques interminables de
-mots que personne n’emploie. Mais lui-même n’a pas prévu tous les cas
-intéressants ou douteux, tous ceux sur lesquels on peut ou on doit se
-poser des questions. Aurait-on donc tout prévu dans ce nouveau livre?
-Je ne l’affirmerai pas, et sans doute plus d’un point a dû échapper:
-en aucune matière on ne peut prétendre être parfaitement complet,
-et il peut y avoir des difficultés à côté desquelles on passe sans
-les apercevoir. Il reste toujours que l’on trouvera traités ici des
-problèmes, ou indiquées des prononciations qu’on chercherait vainement
-ailleurs. Pour les noms propres notamment, on sera très largement
-servi. Et les faits n’y seront pas énumérés, mais classés: les longues
-listes alphabétiques qu’on trouve ailleurs, et qui, dans leur désordre
-réel, que cache mal l’ordre apparent, rendent si peu de services, y
-seront remplacées par des classifications méthodiques et logiques._
-
-_Mais, dira-t-on, si les traités de prononciation sont incomplets,
-les dictionnaires ne le sont pas. N’y en a-t-il pas qui donnent la
-prononciation de tous les mots? Eh bien! c’est encore une erreur. Les
-dictionnaires, outre qu’ils sont un peu gros pour être d’un usage
-pratique, sont aussi très incomplets, d’abord parce qu’ils ne donnent
-généralement qu’une prononciation dans beaucoup de cas où on a le droit
-d’hésiter: or, quand les individus ont le droit d’hésiter, les livres
-ont le devoir de le faire; ensuite parce qu’ils oublient les flexions,
-qui sont capitales: ils donneront par exemple la prononciation de
-l’infinitif des verbes, mais celle de la première personne, dans
-la pluralité des cas, est beaucoup plus intéressante que celle de
-l’infinitif. Et puis les dictionnaires considèrent uniquement les mots
-isolés: or il importe souvent de les considérer dans le corps des
-phrases._
-
-_D’ailleurs les dictionnaires aussi renferment beaucoup d’erreurs.
-Celui qui aujourd’hui fait autorité en toute matière, le_ Dictionnaire
-général, _de Darmesteter, Hatzfeld et M. A. Thomas, laisse autant à
-désirer au point de vue de la prononciation qu’au point de vue de
-l’étendue du vocabulaire[4]. D’abord sa doctrine paraît avoir varié
-sensiblement au cours de l’impression, et on y trouve d’étranges
-inconséquences[5]; de plus il paraît dans beaucoup de cas subordonner
-ses solutions à l’orthographe ou à l’étymologie, sans tenir assez de
-compte de l’usage véritable, indiquant ce qui doit être ou ce qui
-devrait être plutôt que ce qui est[6]. Au surplus, le dernier auteur
-du livre, qui n’était pas le principal responsable, a si bien reconnu
-le fait, que la prononciation a été l’objet d’une attention toute
-particulière dans la revision qui a été faite._
-
-_J’ai cru, néanmoins, devoir signaler en note les points principaux
-sur lesquels je suis en accord ou en désaccord avec le_ Dictionnaire
-général: _le lecteur aurait pu me reprocher de ne pas faire connaître,
-dans un ouvrage qui veut être aussi complet que possible, l’opinion
-d’un livre aussi important; il pourra donc se prononcer lui-même en
-connaissance de cause._
-
-_Un autre dictionnaire qui semblerait aussi devoir faire autorité en
-la matière, c’est le_ Dictionnaire phonétique de la langue française
-_par Michaëlis et Passy. Mais, malgré la préface complaisante (avec des
-restrictions d’ailleurs) de Gaston Paris, je crains bien que le second
-de ces auteurs n’ait dans ce livre une part singulièrement réduite.
-C’est encore l’œuvre d’un étranger, et elle fourmille d’erreurs
-étranges[7]._
-
-_Ainsi les dictionnaires ne sont ni plus complets ni plus exacts que
-les traités de prononciation. Quant à la méthode, l’ordre alphabétique
-leur interdit d’en avoir une. Mais celle des meilleurs traités de
-prononciation, fort scientifique peut-être, n’est aucunement pratique.
-Ils partent en effet du son pour aboutir à l’orthographe. Comme
-méthode générale d’enseignement pour les étrangers, cela est sans
-doute excellent. Et d’autre part il peut être très intéressant pour
-tout le monde de savoir qu’un son donné, voyelle ou consonne, s’écrit
-de telles et telles manières différentes. Mais ceux qui, sachant
-la langue par ailleurs, désirent simplement se renseigner sur des
-points particuliers, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, ceux-là
-ne partent pas du son, car il ne s’agit pas pour eux d’apprendre
-l’orthographe; ils désirent au contraire apprendre quel est le son
-qui correspond correctement à une graphie donnée. Un livre_ pratique,
-_un livre de vulgarisation, destiné aux Français aussi bien qu’aux
-étrangers, doit donc partir de l’orthographe exclusivement; il doit
-partir de ce qui se voit, qui est absurde peut-être, mais qui est
-fixe et certain, pour passer à ce qui s’entend, qui est souvent
-douteux ou discutable. Sans doute dans les livres il y a des tables...
-quelquefois, mais ce n’est pas assez; c’est dans le livre même que la
-méthode doit être pratique._
-
-_De plus, les meilleurs livres ont encore, je ne dirai, pas un défaut,
-mais un inconvénient_ au point de vue pratique: _c’est de faire usage
-de signes spéciaux inusités ailleurs. Je sais tout ce qu’on peut dire
-en faveur des signes spéciaux, et combien il est plus aisé de marquer
-les sons avec précision et correction, lorsque chaque son a un signe
-unique, et chaque signe un son unique. C’est parfait au point de vue
-scientifique. Le malheur, c’est qu’un profane qui veut se renseigner
-et qui aperçoit ces signes dont il n’a pas l’habitude ferme le livre
-immédiatement. Il est bien certain qu’il a tort, mais qu’y faire?
-On aura beau simplifier, se réduire à une demi-douzaine de signes
-particulièrement indispensables, rien n’y fera. Les personnes les plus
-intelligentes, qui se rendraient immédiatement, si l’on avait deux
-minutes pour leur montrer verbalement la nécessité de ces signes, et
-combien leur usage est facile, ne feront pas elles-mêmes ce simple
-effort de deux minutes, qui leur serait nécessaire pour se rendre
-compte des choses avec une parfaite aisance. Elles fermeront le livre,
-comme les autres. Encore une fois, qu’y faire? Tant pis pour elles,
-dira quelqu’un! C’est parfait; mais alors on prêchera dans le désert!
-Or, quand on fait un livre de vulgarisation, c’est pour être lu du plus
-grand nombre, et il n’y a qu’un moyen de se tirer d’affaire, c’est
-celui de Mahomet: quand la montagne ne veut pas venir, il faut aller à
-elle! C’est pourquoi ce livre est imprimé d’un bout à l’autre avec les
-caractères de tout le monde. La méthode a des inconvénients: pense-t-on
-que je ne les voie pas? Elle sera certainement l’occasion de plus d’une
-erreur passagère, due à l’inattention du lecteur. Mais l’avantage qu’il
-y a d’atteindre la catégorie de lecteurs qui est de beaucoup la plus
-nombreuse compense largement quelques inconvénients, d’ailleurs assez
-médiocres en définitive._
-
-_Ce n’est pas tout. Les traités de prononciation se bornent
-généralement à énoncer les faits, sans les expliquer: on en
-trouvera ici l’explication, historique ou théorique, sauf erreur,
-toutes les fois qu’elle est possible et présente quelque intérêt.
-Et c’est précisément l’avantage principal que présentent les
-classifications méthodiques et logiques sur les simples listes
-alphabétiques. Les lecteurs qui ne peuvent tirer parti que de l’ordre
-alphabétique--j’espère que c’est la minorité--auront toujours la
-ressource de recourir à la table des principaux mois cités, qui fera
-l’office d’un dictionnaire; mais ceux qui préfèrent l’ordre véritable
-et non artificiel, ceux qui veulent de la méthode, trouveront ici,
-j’espère, quelques satisfactions, au moins dans les chapitres
-importants, comme ceux de l’_S_ et du_ T, _sans parler des voyelles_[8].
-
- * * * * *
-
-_Après avoir justifié la publication de ce nouveau traité, peut-être
-faut-il faire connaître au lecteur les principes généraux qui m’ont
-guidé dans sa composition, plus simplement, quelle est la prononciation
-que je tiens en général pour la meilleure. Sur ce point je suis
-tout à fait de l’avis de l’abbé Rousselot: ce n’est pas en province
-qu’il faut chercher le modèle de la prononciation française, c’est
-à Paris. Toutefois je ferai à ce principe quelques restrictions. La
-prononciation parisienne est la bonne, mais à condition qu’elle ne soit
-pas_ exclusivement _parisienne, auquel cas elle devient simplement
-dialectale. Pour que la prononciation de Paris soit tenue pour bonne,
-il faut qu’elle soit adoptée au moins par une grande partie de la
-France du Nord. Dans bien des cas, il est permis d’opposer à la
-prononciation de Paris une autre prononciation, si elle est répandue
-dans la plus grande partie de la France. Que les Parisiens ferment l’a
-de_ l_a_cer _et_ l_a_cet, _je ne vois rien à redire à ce qu’on les
-imite, car ils ne sont pas les seuls: encore est-il au moins aussi
-légitime de l’ouvrir, s’il est ouvert un peu partout; mais si les
-Parisiens vont jusqu’à fermer l’_a _de_ caden_a_sser _et_ matel_a_sser,
-_je pense que cette fois c’est peut-être trop, et qu’on peut préférer
-une prononciation plus répandue._
-
-_Il y a autre chose encore. Paris est grand, et il y a bien des
-mondes à Paris. «La langue varie, en effet, dit l’abbé Rousselot,
-suivant les quartiers, les conditions sociales, et les intentions du
-sujet parlant. Un Parisien de la haute classe ne parlera pas comme
-un homme du peuple. Et l’homme du peuple lui-même se gardera bien de
-parler devant un étranger, une personne qu’il respecte, comme avec
-un camarade... Donc le français à conseiller à tous est celui de la
-bonne société parisienne.» On ne peut que souscrire à un principe si
-judicieux. Malheureusement l’auteur ajoute presque immédiatement, en
-précisant ce qu’il appelle bonne société parisienne: «...L’enfant né à
-Paris est Parisien, et même l’enfant qui y arrive le devient très vite,
-à la condition qu’il fréquente une école populaire.» Populaire? Mais
-alors voilà une bonne société qui est terriblement large. Et ceci est
-justement le défaut du_ Précis de prononciation _de l’abbé Rousselot,
-outre qu’il est fort incomplet[9]. Autant l’auteur est inattaquable
-quand il s’agit des constatations générales de la phonétique
-expérimentale, dont il est le créateur et dont il est resté le maître,
-autant il prête à la critique, quand il s’agit de savoir à quelle
-espèce de gens il s’est adressé pour déterminer pratiquement l’usage
-dans les cas particuliers ou douteux. Quel fond peut-on faire, sur le
-témoignage de gens, des enfants sans doute, qui prononcent_ aighille
-_pour_ aiguille? _Cela seul suffit à ôter parfois toute valeur à ses
-statistiques, d’ailleurs fort réduites, et à ses conclusions._
-
-_On ne sera donc pas surpris d’apprendre que la phonétique
-expérimentale ne donne pas par elle-même de résultats définitifs sur
-les questions qui font l’objet de ce livre. Si l’on veut savoir_
-de quelle manière on dispose ses organes _pour faire entendre un_
-a _fermé ou articuler un_ p _ou un_ s, _on peut s’adresser à elle
-en toute confiance: ses instruments sont infaillibles; mais s’il
-s’agit de savoir_ dans quels mots _l’_a _est ouvert ou fermé_,
-dans quels mots _on prononce ou on ne prononce pas le_ p, _les
-phonéticiens expérimentaux n’en savent pas plus que les autres, et
-leurs instruments, sur ce point, ne serviront à rien, tant qu’ils
-n’auront pas fait prononcer les mêmes mots par un assez grand nombre
-de personnes_, choisies _expressément dans ce but. Or justement, le
-premier point, celui qui est expressément de leur compétence, n’est pas
-traité dans ce livre: je m’adresse aux gens qui savent suffisamment le
-français, et aux Français eux-mêmes encore plus qu’aux étrangers, et je
-suppose qu’ils savent comment les sons s’émettent, comment s’articulent
-les consonnes. C’est pourquoi ce livre ne fait pas double emploi avec
-les travaux de la phonétique expérimentale: il les complète._
-
-_Le principe général est d’ailleurs le même, autant que possible, que
-celui de la phonétique expérimentale, et l’on ne saurait aujourd’hui en
-concevoir d’autre: il ne s’agit plus d’ordonner péremptoirement ce qui
-doit être, mais de constater simplement ce qui est. Une prononciation
-admise généralement par la bonne société est bonne par cela seul,
-fût-elle absurde en soi. Si l’on me voit chemin faisant résister à
-certaines prononciations que je crois mauvaises, c’est qu’elles ne
-me paraissent pas encore très générales, et que la lutte est encore
-permise et le triomphe possible; autrement je passe condamnation, car
-il n’y a rien à faire contre les faits. La seule difficulté est de
-savoir à quel moment une mauvaise prononciation est assez générale
-pour qu’il faille s’incliner et la déclarer bonne; car il faut bien se
-mettre dans l’esprit que toute prononciation qui est bonne a commencé
-par être mauvaise, comme toute prononciation mauvaise peut devenir
-bonne, si tout le monde l’adopte._
-
- * * * * *
-
-_Ce traité se divise naturellement en deux parties, une pour les
-voyelles et une pour les consonnes. Il est probable quelles seront
-pour le lecteur d’un intérêt fort inégal, et voici pourquoi: la
-première peut servir surtout à corriger les_ défauts _de prononciation,
-autrement dit les_ accents _régionaux; mais ceci ne peut se faire
-qu’avec des efforts soutenus dont peu de gens sont capables. La
-seconde, au contraire, corrige les_ fautes _de prononciation, et ceci
-ne demande pas d’effort: souvent il suffit que le fait soit constaté
-une seule fois. Ainsi beaucoup de gens ont un_ accent _déplorable,
-qui tiennent à parler fort correctement par ailleurs: c’est le cas de
-beaucoup de professeurs qui seraient très mal placés pour enseigner
-que l’_o _de_ rose _est fermé, alors qu’ils l’ouvrent outrageusement,
-et ne font même aucun effort pour le fermer, mais qui, d’autre part,
-sachant qu’on prononce_ dot _avec un_ t, _et_ comptable _sans_ p,
-_pratiquent cette prononciation et l’enseignent scrupuleusement._
-
-_D’ailleurs les voyelles sont très souvent flottantes: il y a tant
-de degrés dans leur ouverture. Qu’on les ouvre un peu plus ou un peu
-moins, dans une foule de cas, dans la plupart des cas, personne n’en
-est choqué, et on n’y attache pas une très grande importance. Mais
-qu’une consonne se prononce ou ne se prononce pas, c’est là souvent
-un fait précis, catégorique, sur lequel il n’y a pas de discussion
-possible, quand l’usage est suffisamment général; et beaucoup de gens
-tiennent particulièrement à savoir si, dans tel mot, telle consonne se
-prononce ou non._
-
-_J’ai donné néanmoins à la première partie tout le développement
-qu’elle comportait, mais je pense tout de même que ce livre servira
-plus à corriger les_ fautes _que les_ défauts, _lesquels souvent sont
-chers à ceux qui les ont._
-
-_Qu’il me soit permis, chemin faisant, d’attirer spécialement
-l’attention du lecteur curieux sur deux chapitres assez nouveaux, celui
-de l’_e muet _et celui des_ liaisons. _La question de l’_e muet _a
-déjà été traitée une fois; mais je l’ai reprise sur un plan différent.
-Pour celle des_ liaisons, _on s’en tient d’ordinaire à des conseils
-généraux: j’ai pris la peine d’entrer dans le détail et de classer
-méthodiquement les faits._
-
-_Enfin, je ne voudrais pas que le lecteur fût effrayé par l’abondance
-des notes, qui pourraient sembler faire de ce livre un travail
-d’érudition. Il n’en est rien. Ces notes, qui peuvent d’ailleurs être
-négligées par ceux qu’elles n’intéressent pas, ont un double objet.
-Elles contiennent d’une part la prononciation des noms propres, qui
-auraient sans doute encombré le texte. D’autre part elles donnent
-des renseignements qui peuvent être curieux sur les prononciations
-d’autrefois; elles permettent ainsi d’apprécier certaines rimes qu’on
-trouve chez les poètes classiques; elles font de plus savoir (s’ils
-l’ignorent) à ceux qui aiment les vieilles éditions, que toutes
-les consonnes qui jadis encombraient les textes ne se prononçaient
-d’ordinaire pas plus qu’aujourd’hui où on ne les écrit plus[10]. Enfin
-elles donnent parfois des explications complémentaires qui n’ont pas
-paru être à leur place dans le texte._
-
-_Après cela, et malgré les soins consciencieux que j’ai apportés à mon
-travail, il y aura sans doute dans ce livre plus d’une erreur. En tout
-cas, il est évidemment impossible qu’un lecteur qui a des opinions sur
-la matière ait exactement les mêmes que l’auteur sur tous les points.
-Si ce lecteur est particulièrement qualifié, il me suffira de ne
-différer d’avec lui que sur des points secondaires. Quant au lecteur
-qui cherchera ici des renseignements, j’espère qu’il ne s’égarera pas
-trop souvent. Et puis, je compte un peu sur la collaboration de mes
-lecteurs eux-mêmes pour perfectionner ce livre et le rendre plus utile,
-si le public lui fait bon accueil: toutes les observations sérieuses,
-appuyées sur une expérience suffisamment étendue, seront accueillies
-avec reconnaissance._
-
-
-
-
-_NOTE DES ÉDITEURS_
-
-
-_Cette nouvelle édition a été, comme les deux premières, soigneusement
-revue et a subi de nombreuses corrections et modifications._
-
-_C’est qu’un ouvrage semblable, sous peine de perdre une partie de sa
-valeur, doit suivre pas à pas les changements qu’apportent la mode et
-l’usage._
-
-_Dans leur vie brève ou longue, les mots voient leur sens évoluer; ils
-voient aussi leur prononciation se modifier._
-
-_Nous nous sommes efforcés, après la disparition de l’auteur de_
-Comment on prononce le français _et de_ Comment on parle en français,
-_de tenir à jour avec un soin constant ces livres gui ont fait à
-Philippe Martinon la plus enviable réputation de technicien_.
-
-_Il nous faut dire notre sincère gratitude à ceux qui, en grand nombre,
-nous ont transmis leurs observations. Ces observations, nous les avons
-examinées très attentivement et nous en avons tiré le plus grand
-profit._
-
-
-
-
-COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS
-
-
-
-
-CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
-
-LES LETTRES
-
-
-Quoique ce livre soit plutôt un ouvrage de vulgarisation, il n’est
-pas possible de traiter de la prononciation en faisant table rase des
-travaux de la phonétique. L’alphabet, tel qu’on l’enseigne aux enfants,
-ne peut vraiment suffire ici. D’une part, les voyelles ne sauraient se
-réduire à cinq, _=a=_, _=e=_, _=i=_, _=o=_, _=u=_[11]. D’autre part,
-il y a souvent deux ou trois consonnes pour un seul son, comme _=c=_,
-_=k=_, _=q=_, ou bien la même consonne a deux sons différents, comme
-_=c=_ encore, ou _=g=_, ou _=t=_[12]; il y a même une lettre qui réunit
-ordinairement deux sons en elle: _=x=_, tandis que pour tel son unique
-nous employons deux lettres, comme _=ch=_ ou _=gn=_. Tout cela fait
-beaucoup de confusion. Or, en matière de prononciation, les _sons_
-importent plus que les _lettres_, et, faute d’un alphabet phonétique,
-au moins faut-il mettre un peu d’ordre dans les caractères que nous
-possédons. On nous permettra donc de commencer ce livre par une
-classification logique des sons, =voyelles= ou =consonnes=[13].
-
-
-Classification des voyelles.
-
-Pour ce qui est des voyelles, nous n’avons pas dessein d’entrer dans le
-domaine de la physiologie, pour expliquer en détail leurs différences
-d’émission, de timbre ou d’intensité: nous supposerons que le lecteur
-sait émettre les sons et les distinguer. Nous lui dirons donc tout
-de suite qu’il y a au moins dix voyelles essentielles, et l’on verra
-qu’il y en a davantage. En voici le tableau, car les explications se
-comprendront mieux ensuite:
-
- =è= (ouvert), =é= (fermé), =i=.
- =a=, =eu= (_id._), =eu= (_id._), =u=.
- =o= (_id._), =o= (_id._), =ou=.
- --------------------- ---------------------
- | |
- Voy. ouvertes. Voy. fermées.
-
-Il est bien évident qu’on ne saurait identifier l’=é= aigu avec l’=è=
-grave, ou, pour employer tout de suite des expressions qui seront plus
-commodes ailleurs, l’=é= _fermé_ avec l’=è= _ouvert_, celui d’_enflé_
-avec celui d’_austère_[14]. On ne saurait confondre non plus l’=eu=
-ouvert de _j_eu_ne_ avec l’=eu= fermé de _j_eû_ne_. Et il y a encore
-exactement la même différence entre l’=o= ouvert de _cour_o_nne_ et
-l’=o= fermé de _tr_ô_ne_[15].
-
-Ainsi, partant de l’=a=, qui est la voyelle type, celle qu’on prononce
-d’abord quand on ouvre la bouche naturellement et normalement, nous
-voyons les voyelles se répartir en trois séries divergentes: d’une part
-la série =a=, =è=, =é=, =i=, dont l’émission élargit progressivement la
-bouche sur les côtés en la fermant à demi; d’autre part, la série =a=,
-=o= ouvert, =o= fermé, =ou=, dont l’émission rapproche progressivement
-les coins de la bouche en l’arrondissant; enfin, entre les deux, la
-série =a=, =eu= ouvert, =eu= fermé, =u=, qui participe à la fois des
-deux autres: de la première par la position de la langue, de la seconde
-par les mouvements des lèvres. On se rendra compte facilement de ce
-rapport en passant successivement du son =u= au son =i=, par simple
-déplacement des lèvres, et au son =ou=, par déplacement de la langue
-seule, même sans avancer les lèvres; on passe de même de =eu= fermé à
-=é=, ou bien à =o= fermé, de =eu= ouvert à =è=, ou bien à =o= ouvert.
-Et cela fait bien dix voyelles.
-
-Sur ces dix voyelles, six sont fermées, d’abord =é=, =eu= fermé, =o=
-fermé; ensuite et plus encore, =i=, =u=, =ou=. Les autres sont ouvertes.
-
-On remarquera en passant que les trois voyelles extrêmes, les plus
-fermées, =i=, =u=, =ou=, quand elles sont suivies d’autres voyelles,
-s’en accommodent si bien qu’au lieu de faire hiatus, comme dans
-_h_aï_r_ ou dans _És_aü, elles font presque nécessairement diphtongue
-avec elles: _d_ia_ble_, _h_ui_t_, _d_oua_ne_: c’est ce que les
-grammairiens appellent _synérèse_. Pour parler plus exactement encore,
-elles se transforment alors en _semi-voyelles_, ce qui veut dire
-que, n’étant plus voyelles qu’à moitié, car elles se prononcent plus
-rapidement que les voyelles vraies, elles font à peu près l’office de
-consonnes. Le =w= anglais de _whist_ représente assez bien la consonne
-=ou=; il n’y a pas de signe courant pour représenter l’=u= consonne;
-mais l’=i= consonne s’écrit ordinairement au moyen de l’=y=, et
-s’appelle alors =yod=: c’est celui de l’anglais _yes_.
-
- * * * * *
-
-Mais ces dix voyelles ne sont pas tout. Le son de l’=a= n’est pas
-plus unique que celui de l’=e= ou celui de l’=o=. Les grammaires se
-bornent généralement à distinguer l’=a= long de l’=a= bref, _p_a_tte_
-et _p_â_te_, _f_a_ce_ et _gr_â_ce_, _t_a_che_ et _t_â_che_, et cette
-distinction a certainement son importance, même pour les voyelles
-autres que =a=; mais elle est insuffisante pour notre objet, car l’=a=
-de _p_a_rs_ est aussi long que celui de _p_â_te_, sans avoir du tout
-le même timbre. La vérité est qu’on doit faire ici une distinction
-tout à fait analogue à celle qu’on fait si facilement pour =e=, =o= et
-=eu=. En effet, nous avons d’une part un =a= qui n’est jamais bref,
-et c’est celui de _p_â_te, gr_â_ce_ ou _t_â_che_, et un autre =a= qui
-est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est celui de
-_p_a_tte_, _f_a_ce_, _t_a_che_ ou _p_a_rs_. Or nous verrons qu’il y
-a de même, par exemple, un =o= qui n’est jamais tout à fait bref, et
-c’est l’=o= fermé: _domin_o, _r_o_se_, _gr_o_sse_, et un autre =o=,
-qui est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est l’=o=
-ouvert: _p_o_mmes_, _p_o_ste_ et _m_o_rt_. Nous admettrons, au moins
-par analogie, et pour unifier les termes, qu’à côté de l’=a= ouvert
-proprement dit, il y a aussi un =a= fermé, celui de _p_â_te_[16].
-
-A ce second =a=, il faut encore ajouter l’=e= muet, appelé aussi =e=
-_féminin_, qui tantôt se prononce et tantôt ne se prononce pas, suivant
-les circonstances, et qui par suite n’est pas toujours muet, et cela
-fait bien douze voyelles.
-
-En outre, à ces voyelles, qui sont dites _orales_, parce que l’air
-expiré passe uniquement par la bouche, on doit en ajouter d’autres,
-dites _nasales_, parce que l’air expiré passe par le nez en même temps
-que par la bouche. Elles sont quatre, =an=, =in=, =on=, =un=, qui n’ont
-rien de commun avec des diphtongues, et elles correspondent, non pas,
-comme l’indique l’orthographe, aux voyelles =a=, =i=, =o=, =u=, mais
-à peu près aux quatre voyelles ouvertes =a=, =è=, =o=, =eu=: on peut
-s’en rendre compte aisément, en passant de chacune de ces voyelles
-à la nasale correspondante. Et ce sont bien des voyelles simples:
-l’=n= n’est ici qu’un signe orthographique, qui, entendu autrefois,
-ne s’entend plus aujourd’hui en aucune façon, sauf dans le Midi,
-naturellement. Et cela fait _seize voyelles_.
-
- * * * * *
-
-En fait, il y en a bien davantage encore, et voici pourquoi. Sans
-doute une voyelle est fermée ou ne l’est pas, et _pratiquement_ on
-ne voit pas qu’elle ait deux manières d’être fermée. Or, quand elle
-n’est pas fermée, elle est ouverte; mais c’est ici qu’il y a bien des
-degrés. L’=e= de _p_é_rir_ a beau avoir le même accent aigu que celui
-de _tromp_é, celui de _tromp_é seul est fermé, et celui de _p_é_rir_
-est incontestablement ouvert, mais il l’est sensiblement moins que
-celui de _p_è_re_. On pourrait même dire qu’il y mathématiquement une
-infinité de degrés dans l’ouverture d’un son quelconque. Sans entrer
-dans des distinctions scientifiques qui n’ont point d’intérêt pratique,
-on peut dire que l’=é= de _p_é_rir_, _d_é_montre_, _pr_é_pare_, etc.,
-est _moyen_, étant à égale distance de l’=é= _fermé_ de _tromp_é et
-de l’=e= tout à fait _ouvert_ de _p_è_re_, souvent même plus près du
-second que du premier. De même il y a un =o= moyen, un =eu= moyen, et
-si les voyelles =i=, =u=, =ou=, ne sauraient être _moyennes_, étant
-toujours fermées, à l’autre bout il peut encore y avoir un =a= moyen.
-
-Ce mot _moyen_ a malheureusement un inconvénient: il est nécessaire par
-ailleurs pour caractériser la _quantité_ des voyelles qui ne sont ni
-_longues_ ni _brèves_. Nous veillerons donc à ce qu’aucune confusion
-ne puisse se produire dans l’esprit du lecteur entre ces deux sens,
-concernant le _timbre_ et la _quantité_. Par exemple, en parlant du
-_timbre_, comme la caractéristique d’un son tel que l’=é= de _p_é_rir_
-est avant tout de n’être pas _fermé_, malgré son accent aigu, nous le
-qualifierons à l’occasion d’=e= légèrement ouvert ou à demi ouvert,
-quand il faudra le comparer à l’=è= grave, qui l’est tout à fait.
-
-Ainsi nous nous en tiendrons à notre tableau des voyelles, qui peut
-suffire. On remarquera que trois d’entre elles sont écrites avec deux
-lettres. Ce furent jadis des diphtongues; mais il y a longtemps que
-ce n’en sont plus. L’orthographe a conservé le signe double, justifié
-autrefois, mais l’orthographe n’y change rien, et ce sont des voyelles.
-Mieux vaudrait assurément que chaque voyelle eût un signe propre, ou du
-moins qu’il y en eût un spécial pour =eu=, ouvert ou fermé, et un autre
-pour =ou=: nous n’avons pas cru devoir, dans un livre de vulgarisation,
-choquer les habitudes du lecteur par l’usage de signes phonétiques peu
-usités, et nous avons conservé l’orthographe courante.
-
-Il y a encore en français d’autres groupes de signes qui furent aussi
-jadis des diphtongues et depuis longtemps n’en sont plus, et que nous
-avons conservés tels quels: =ai=, =ei=, =au=, et aussi le groupe =oi=,
-sans parler d’=œ= et =æ=, qui furent diphtongues aussi, mais en latin.
-Ces groupes ne figurent pas dans le tableau, parce qu’ils y feraient
-double emploi; ils seront étudiés à la suite des voyelles simples
-auxquelles ils sont apparentés.
-
-
-Classification des consonnes.
-
-Même en laissant de côté les semi-voyelles, nous avons dix-huit
-consonnes simples.
-
-1º Six _muettes_: =b=, =c=, =d=, =g=, =p=, =t=, ainsi nommées parce
-qu’elles ne se font sentir réellement qu’avec l’aide d’une voyelle[17].
-On les appelle aussi _momentanées_, pour la brièveté de leur émission,
-et aussi _explosives_ ou _occlusives_, parce qu’elles produisent une
-_explosion_ plus ou moins brusque, après _occlusion_ momentanée des
-organes de la parole.
-
-Les muettes sont _labiales_, si la fermeture est faite par les lèvres:
-=b=, =p=; _dentales_, si elle est faite par la langue appuyée contre
-les dents: =d=, =t=; _gutturales_ ou _palatales_, si elle est faite par
-la langue appuyée contre le haut du palais, plus ou moins près de la
-gorge: =c=, =g=. Mais surtout on les divise en deux catégories:
-
-Les _muettes fortes_, ou _explosives sourdes_, qui ne sont accompagnées
-d’aucune résonance, et qu’on peut appeler _brusques_; on les reconnaît
-dans =pa=, =ta=, =ca=, ou =ap=, =at=, =ac=;
-
-Les _muettes douces_, ou _explosives sonores_, qu’on peut appeler
-_retardées_, parce que la résonance interne qui précède le son et
-l’adoucit a pour effet d’en retarder l’explosion; on les reconnaît dans
-=_ba_=, =_da_=, =_ga_=, ou =_ab_=, =_ad_=, =_ag_=.
-
-
-2º Six =_spirantes_=: =_f_=, =_ch_=, =_j_=, =_s_=, =_v_=, =_z_=,
-dont l’émission est produite par une simple émission d’air, qui ne
-nécessite absolument ni l’occlusion momentanée des organes (un simple
-rétrécissement suffit), ni l’intervention d’une voyelle.
-
-Les spirantes aussi sont _labiales_, quand elles rapprochent la lèvre
-inférieure des dents supérieures: =_f_=, =_v_=; _dentales_, quand elles
-rapprochent les dents supérieures des inférieures: =_s_=, =_z_= (ou
-=_c_= devant =_e_= et =_i_=); _palatales_, quand elles rapprochent
-la langue du palais: =_ch_=, =_j_= (ou =_g_= devant =_e_= et =_i_=).
-D’autre part les spirantes _labiales_ sont appelées aussi _fricatives_;
-les _dentales_, _sifflantes_; les _palatales_, _chuintantes_. Mais les
-spirantes, comme les muettes, se divisent surtout en deux catégorie
-essentielles:
-
-Les _spirantes fortes_, ou _sourdes_, sans résonance, =_f_=, =_s_=,
-=_ch_=;
-
-Les _spirantes douces_, ou _sonores_, et par suite _retardées_, =_v_=,
-=_z_=, =_j_=.
-
-
-3º Deux =_liquides_=: =_l_= et =_r_=.
-
-Il y a diverses façons de prononcer l’=_r_=; mais il est bien inutile,
-à moins que ce ne soit pour le chant, de s’évertuer à retrouver l’=_r_=
-vibrant qu’on prononçait avec la pointe de la langue: cet =_r_= a
-disparu à peu près de l’usage, au moins dans les villes, et surtout
-à Paris, où on _grasseye_, la pointe de la langue appuyée contre les
-dents inférieures.
-
-
-4º Deux _nasales_, qui étaient aussi qualifiées de _liquides_ par les
-grammairiens grecs: =_m_= et =_n_=, l’une _labiale_, l’autre _dentale_.
-
-
-5º Deux consonnes =_mouillées_=: =_l_= et =_n_=.
-
-L’=_l_= mouillé s’écrit par =_ll_= après =_i_=: _fi_ll_e_; par =_il_=
-ou =_ill_= après =_a_=, =_e_=, =_eu_=, =_ou_=: _ba_il, _ca_ill_e_,
-_sole_il, _pare_il, _deu_il, _feu_ill_e_, _bou_ill_e_. Il s’écrit
-aussi =_lh_= ou =_ilh_= dans les noms méridionaux, comme _Me_ilh_ac_
-ou _Mi_lh_au_ et =_gli_= en italien. A la vérité, le son véritable de
-l’=_l_= mouillé, que l’on confond souvent avec =_ly_=, est aujourd’hui
-perdu pour la plupart des Français, malgré les efforts suprêmes de
-Littré, et se confond désormais avec le simple =_yod_=[18].
-
-L’=_n_= mouillé s’écrit =_gn_=; il se rapproche très sensiblement de
-l’=_n_= suivi de la semi-voyelle =_y_=, et se confond souvent avec lui.
-
-
-6º A ces dix-huit consonnes simples il faut ajouter une consonne
-double, =_x_=, qui se prononce de diverses façons, mais qui en principe
-représente _cs_; et d’autre part l’=_h_=, qui ne se prononce plus
-guère, même quand il est aspiré, mais qui dans ce cas sert toujours à
-empêcher l’élision et la liaison.
-
-
-Quelques considérations générales sur l’accent tonique.
-
-Avant de commencer l’étude particulière des voyelles, une distinction
-capitale est à faire, celle des voyelles _accentuées_ ou _toniques_, et
-des voyelles _atones_, car l’=_e_= dit _muet_ n’est pas seul atone, et
-toute voyelle qui ne porte pas l’accent tonique s’appelle _atone_. Or
-l’_accent tonique_, très faible en français par comparaison avec les
-autres langues, est cependant très important, comme on va voir. Mais il
-ne faut pas le confondre avec l’accent dit _oratoire_, ou _emphatique_,
-qui est tout autre chose.
-
-L’_accent oratoire_ se place sur la syllabe quelconque que l’on désire
-mettre en relief, et souvent même sur des mots complètement atones,
-comme _je_. Il se met en général sur la première syllabe des mots. Ch.
-Nyrop, le grammairien danois, qui est classique chez nous en matière de
-grammaire française, a relevé dans un cours public la phrase suivante,
-dont il a noté les accents d’après le débit du professeur: «_Ain_si
-nous avons _d’u_ne part une progression _croi_ssante, _d’au_tre
-part une progression _dé_croissante.» On dirait de même: _c’est un_
-mi_sérable_; at_tention!_ im_possible_. Toutefois, si la première
-syllabe commence par une voyelle, l’accent _oratoire_ se reporte le
-plus souvent sur la seconde, afin de faire vibrer la première consonne:
-_in_sen_sé_. Cela est particulièrement nécessaire quand il y a liaison
-avec le mot précédent, dont la consonne finale prendrait sans cela
-trop d’importance: _c’est im_pos_sible_ et non _c’est_ im_possible_.
-Paul Passy a noté que certains mots sont prononcés plus souvent avec
-cet accent qu’avec l’accent normal: beau_coup_, _ex_trê_mement_,
-ter_rible_, ri_dicule_, ban_dit_, etc., et surtout des injures, comme
-co_chon_; mais tous ces mots reprennent l’accent normal, si on les
-prononce avec le calme parfait. Ainsi l’accentuation de beaucoup
-de mots est dans une sorte d’équilibre instable, qui se prête
-admirablement à l’expression de la pensée ou du sentiment, avec toutes
-leurs nuances[19]. Seulement l’accent oratoire, qui est arbitraire,
-peut bien exercer une grande influence sur l’_intensité_ des voyelles:
-il n’en exerce aucune sur le _timbre_.
-
- * * * * *
-
-Il n’en est pas de même de l’_accent tonique_, qui est fixe, et qui
-vient directement du latin: malgré sa faiblesse, il a conservé sa
-place originelle dans les mots de formation populaire, et il est
-uniquement sur la _dernière_ syllabe masculine des mots, les syllabes
-muettes ne comptant pas: _prés_a_ge_ a l’accent tonique sur _a_,
-_cour_o_nne_ sur _o_, _quatri_è_me_ sur _è_. D’ailleurs beaucoup de
-mots d’une et même deux syllabes, articles, pronoms, prépositions,
-conjonctions, s’appuient sur leurs voisins et n’ont pas d’accent propre
-ou très peu. D’autres mots ont un accent, et peuvent le perdre au
-profit d’un monosyllabe qui suit, lequel peut le perdre à son tour au
-profit d’un autre monosyllabe; ainsi dans les expressions _laissez_,
-_laissez-moi_, _laissez-moi là_, l’accent est toujours uniquement sur
-la dernière syllabe, c’est-à-dire successivement sur _sez_, sur _moi_
-et sur _là_[20]. Et il faut noter que l’accent _oratoire_ ne détruit
-pas nécessairement l’accent _tonique_: dans _je reste_, _tu t’en vas_,
-l’accent oratoire peut être sur _je_ et _tu_, mais cela n’empêche pas
-l’accent tonique d’être sur _res_ et _vas_.
-
- * * * * *
-
-Cela posé, on comprend sans peine que les voyelles qui ont un accent
-tonique fixe ont beaucoup plus d’importance que les voyelles _atones_.
-Ce point est capital, et la question de savoir si une voyelle est
-_ouverte_ ou _fermée_, _longue_ ou _brève_, ne se pose réellement avec
-intérêt que si cette voyelle est _tonique_. En effet, les voyelles
-_atones_, n’ayant pas l’importance des autres, se prononcent presque
-toutes plus ou moins légèrement, à moins d’une intention spéciale;
-aussi sont-elles rarement fermées et rarement longues; car on ne peut
-fermer ou allonger une voyelle que par un acte exprès de la volonté[21].
-
-Ainsi _les voyelles atones sont généralement assez brèves et assez
-ouvertes_, sans l’être beaucoup; elles sont _moyennes_, dans tous
-les sens du mot, et diffèrent assez peu les unes des autres. On peut
-comparer pour la _quantité_ les deux _a_ de _adage_ ou _placard_, où le
-second est beaucoup plus long que le premier, et pour l’_ouverture_,
-les deux _o_ de _folio_ ou _siroco_, où le second seul est fermé.
-On met le plus souvent un accent aigu sur l’_e_ à l’intérieur des
-mots, quand il n’est pas muet; mais il ne s’ensuit pas que cet _e_
-soit fermé: il est, lui aussi, moyen dans tous les sens. Par exemple
-_dégénéré_ a d’abord trois _e_ à peu près identiques, et qui, malgré
-l’accent aigu qui les assimile au quatrième, sont en réalité aussi
-distincts de lui que de l’_e_ ouvert et long qui termine le présent
-_dégénère_[22].
-
-Ce phénomène est si général et si nécessaire, que la même syllabe
-changera son ouverture et sa quantité suivant la place qu’elle aura
-dans le mot, c’est-à-dire suivant qu’elle sera ou ne sera pas tonique.
-Nous venons de voir le troisième _é_ de _dégénérer_ s’allonger
-manifestement dans _dégénère_; inversement l’_a_ de _cave_ s’abrège
-dans _caveau_. Une voyelle tonique qui était fermée et longue s’ouvre
-à demi et s’abrège en perdant l’accent: _bah_, _ébahir_; une voyelle
-tonique qui était ouverte et longue se ferme à demi et s’abrège aussi:
-_or_, _dorer_; si bien que par exemple l’_e_ de _pied_, qui est fermé,
-et l’_e_ de _diffère_, qui est ouvert, deviennent identiques, ni
-ouverts ni fermés (malgré l’accent aigu), dans _piéton_ et _différer_.
-
-Même si la syllabe ne se déplace pas dans le mot, il suffit qu’elle
-perde l’accent au profit du monosyllabe qui la suit, pour que son
-ouverture et sa quantité changent également: _aime_ est moins ouvert
-et moins long dans _aime-t-il_, où l’accent est sur _il_, que dans _il
-aime_; _peux_ est moins fermé et plus bref dans _peux-tu_ que dans _tu
-peux_; _êtes_ se prononce plus légèrement dans _vous êtes fou_ que dans
-_fou que vous êtes_. Il n’est même pas besoin d’un monosyllabe héritant
-de l’accent du mot qui précède: il suffit qu’un mot accentué soit suivi
-immédiatement d’autres mots liés à lui intimement par le sens, pour
-que le seul affaiblissement de l’accent produise un léger changement
-d’ouverture ou de quantité, car l’accent qui n’est pas tout à fait
-final est toujours plus faible que l’accent final; ainsi _aime_, étant
-moins accentué, est aussi moins ouvert et plus bref dans _je les aime
-depuis longtemps_, articulé sans pause, que dans _je les aime_ tout
-court.
-
- * * * * *
-
-On voit quelle est l’importance du phénomène: il se manifeste aussi
-bien dans les assemblages de mots que dans les mots considérés
-séparément. C’est un point qu’il ne faudra jamais perdre de vue dans
-l’étude des mots pris séparément. Nous le rappellerons d’ailleurs plus
-d’une fois au lecteur. Mais de toutes ces considérations il résulte que
-l’objet principal de la première partie de ce livre sera l’étude des
-voyelles _toniques_, qui sont de beaucoup les plus importantes. Quant
-aux voyelles _atones_, j’entends celles qui sont dans le corps des
-mots, nous ne laisserons pas d’en dire un mot à la suite dans chaque
-chapitre, mais seulement comme complément, et parce que le phénomène
-général dont on vient de parler ne se manifeste pas également dans tous
-les cas. Il faut voir notamment dans quelles circonstances il peut se
-faire qu’une syllabe qui perd l’accent garde néanmoins en partie ses
-qualités premières.
-
-
-Autres observations générales.
-
-En dehors de la distinction capitale que nous venons de faire entre
-les voyelles _toniques_ et les _atones_, nous pouvons encore, avant de
-passer à l’étude des voyelles particulières, simplifier sensiblement la
-besogne par avance au moyen de deux observations générales concernant
-les voyelles toniques qui peuvent être ouvertes, _=a=_, _=e=_, _=eu=_,
-_=o=_.
-
-C’est un fait constant que les groupes de consonnes abrègent la voyelle
-qui précède, et cela est vrai des toniques encore plus que des autres.
-Donc une voyelle tonique n’est jamais longue, et encore moins fermée,
-quand elle est suivie de deux consonnes articulées: _secte_, _golfe_.
-Je dis _articulées toutes les deux_, car d’une part une _consonne
-double_ n’a jamais en fin de mot que la valeur d’une _consonne simple_;
-d’autre part, dans un mot tel qu’_amante_, on ne prononce qu’une seule
-consonne, l’_n_ n’étant plus que le signe extérieur de la nasalisation;
-de même dans _Duquesne_, l’_s_ ne sert plus qu’à allonger la voyelle.
-Mais si les deux consonnes sont articulées, elles produisent le même
-effet que l’atonie, et elles le produisent avec une régularité et une
-constance parfaites, que nous ne trouverons pas ailleurs. Par exemple,
-_apte_, _arc_, _arche_, _taxe_ (car _x_=_cs_), etc., ou _secte_,
-_berge_, _ferme_, _reste_, _vexe_, etc., ou _docte_, _dogme_, _golfe_,
-_porche_, etc., ont la voyelle plus ou moins brève, suivant les cas,
-mais jamais longue et toujours ouverte, et ces finales n’ont jamais
-d’accent circonflexe[23].
-
-Toutefois, ces groupes de deux consonnes ne comprennent pas ceux où
-la seconde, mais _la seconde seule_, est une liquide, _=l=_ ou _=r=_;
-car ceux-là sont traités en français comme s’ils ne faisaient qu’une
-seule consonne[24]. Ainsi les finales en _-acle_ ou _-adre_, par
-exemple, peuvent être, comme nous le verrons plus loin, longues ou
-brèves, ouvertes ou fermées, et ne doivent pas être confondues avec
-les finales en _-acte_ ou _-apte_, ou même _-arle_, toujours ouvertes,
-et toujours brèves ou moyennes; de même _etre_ peut être long ou bref
-(_être_, _mètre_), tandis que _-erte_, fait des mêmes lettres, n’est
-jamais long; l’_a_ est long et fermé dans _s_a_bre_, tandis qu’il
-est nécessairement ouvert et moyen dans _b_a_rbe_, qui a les mêmes
-consonnes, et même dans _m_a_rbre_, qui en a une de plus.
-
-Malgré cette restriction, il reste un nombre considérable de finales
-toniques dont nous n’aurons pas à nous occuper: plus de trente pour
-chacune des voyelles =_a_=, =_é_=, =_o_=[25]. Nous n’aurons donc à
-étudier que trois catégories:
-
- 1º Les voyelles finales, avec ou sans consonne muette: _panam_a,
- _am_a(_s_), _clim_a(_t_), _estom_a(_c_);
-
- 2º Les voyelles suivies d’une seule consonne articulée, simple
- ou double, avec ou sans _e_ muet: _cart_e_l_, _mart_è_le_,
- _mort_e_lle_;
-
- 3º Les voyelles suivies de deux consonnes articulées dont la
- seconde seule est =_l_= ou =_r_=, la première étant simple ou
- double: _m_aî_tre_, _m_è_tre_, _m_e_ttre_.
-
-Notre seconde observation préliminaire à propos des voyelles toniques
-=_a_=, =_e_=, =_eu_=, =_o_=, c’est que, lorsqu’elles ont l’accent
-circonflexe, elles sont longues en principe, quand elles sont suivies
-d’une syllabe muette, sauf dans les formes verbales[26].
-
-De plus, les voyelles =_a_=, =_eu_=, =_o_= sont fermées quand elles
-sont surmontées de l’accent circonflexe: _p_â_te_, _j_eû_ne_, _r_ô_le_,
-tandis que l’=_e_=, également fermé jadis, au moins dans certains
-mots, est aujourd’hui très ouvert presque partout dans le même cas:
-_p_ê_che_, _fr_ê_le_, _t_ê_te_.
-
-Nous verrons qu’il en est exactement de même de nos quatre voyelles
-devant l’_s_ doux: _écr_a_se_, _heur_eu_se_, _ch_o_se_ se prononcent
-comme _p_â_te_, _je_û_ne_, _r_ô_le_; de même _trap_è_ze_ ou
-_franç_ai_se_ comme _p_ê_che_ et _fr_ê_le_. Aussi les finales _-ase_,
-_-euse_, _-ose_, _-èse_ ou _-aise_ n’ont elles jamais d’accent
-circonflexe[27].
-
-Au contraire, nous verrons l’=_r_= allonger toujours, et le =_v_=
-ordinairement, la voyelle qui précède, mais sans jamais la fermer:
-_ch_a_r_ et _ch_e_r_, _b_eu_rre_ et _b_o_rd_, _br_a_ve_ et _br_è_ve_,
-ont la voyelle longue, mais ouverte.
-
-
-
-
-PREMIÈRE PARTIE
-
-
-
-
-LES VOYELLES
-
-
-Pour étudier les voyelles, nous suivrons l’ordre du tableau. Nous
-examinerons donc successivement:
-
- 1º La voyelle =_a_=, à laquelle nous joindrons le groupe =_oi_=,
- diphtongue si l’on veut, puisqu’il exige deux sons vocaux,
- _ou_ et _a_, mais qui est plus exactement un _a_ précédé d’une
- semi-voyelle, _ou_ ou _w_, et qui en tout cas peut avoir les mêmes
- nuances que l’_a_;
-
- 2º La voyelle =_e_=, ouverte ou fermée, en y joignant =_œ_= et
- =_æ_=, diphtongues latines, généralement fermées, ainsi que
- les groupes =_ai_= (ou =_ay_=) et =_ei_= (ou =_ey_=), qui sont
- généralement ouverts;
-
- 3º La voyelle =_eu_=, ouverte ou fermée;
-
- 4º La voyelle =_o_=, ouverte ou fermée, avec le groupe =_au_= (ou
- =_eau_=), généralement fermé;
-
- 5º Les voyelles extrêmes, =_i_=, =_u_=, =_ou_=, essentiellement
- fermées, et sur lesquelles il y a donc peu à dire, parce que la
- prononciation en diffère peu d’un mot à l’autre;
-
- 6º Les voyelles _nasales_, avec leurs graphies diverses, faites en
- principe des diverses voyelles, suivies d’un =_n_= ou d’un =_m_=;
-
- 7º L’=_e_= _muet_;
-
- 8º Les =_semi-voyelles_=, c’est-à-dire, si l’on préfère, les
- =_diphtongues_=.
-
-
-
-
-I.--LA VOYELLE A.
-
-
-1º L’A final.
-
-L’=_a_= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref ni
-tout à fait ouvert; il est, si l’on veut, moyen, quelle que soit
-d’ailleurs son origine, même l’ablatif latin: _cameli_a, _pari_a,
-_tapioc_a, _falbal_a, _panam_a, _me_a _culp_a, _opér_a, _delt_a, _il
-v_a.
-
-Il y a quelques exceptions, j’entends quelques =a= fermés. Ce sont:
-
- 1º Le nom même des lettres _a_ et _k_, et les notes de musique _fa_
- et _la_: comparez _la lettre a_ avec _il a_, et _c’est un la_ avec
- _il est là_[28].
-
- Toutefois, dans l’expression _a b c_, l’_a_, devenu atone, comme
- l’_à_ de _à Paris_, est moins nécessairement fermé que quand il est
- seul.
-
- 2º Le mot _bêt_a. On se demande pourquoi, si ce mot est vraiment
- une forme dialectale de _bétail_, où l’_a_ s’est ouvert depuis
- longtemps. Nous noterons cependant que ce mot s’emploie surtout
- comme une espèce d’interjection, dont le son se prolonge.
-
- 3º Le mot _chocol_a_t_, au moins à Paris. C’est peut-être à cause
- de son étymologie espagnole _chocol_a_te_, mot qui a l’accent sur
- l’_a_; mais cet _a_ est destiné à s’ouvrir, comme dans les autres
- mots en _-at_, et on n’est nullement obligé de le fermer.
-
- 4º Les interjections _b_a_h_ et _hourr_a, dont le son se prolonge
- naturellement; mais si l’on fait de _hourra_ un substantif, il
- rentre dans la règle générale. _Hourra_ est d’ailleurs d’origine
- anglaise, et avait d’abord un =_h_= final; or l’_h_ final, qui, en
- dehors des interjections _bah_ et _pouah_, appartient uniquement
- à des mots d’origine étrangère, avait pour effet d’allonger et de
- fermer l’_a_; mais cet effet est aussi en voie de disparition, à
- mesure que les mots achèvent de se franciser[29].
-
-Quand l’=a= est suivi d’une consonne qui ne se prononce pas, elle n’y
-change pas d’ordinaire grand chose; et surtout, ici comme partout
-ailleurs, les pluriels ne diffèrent plus en rien des singuliers: _un
-opér_a, _des opér_a_s_, _une vill_a, _des vill_a_s_[30].
-
-Peut-être l’=_a_= s’ouvre-t-il un peu plus devant le _t_ (avec ou sans
-_s_): _un candid_a_t_, _des candid_a_ts_[31]. Peut-être aussi est-il
-encore un peu plus fermé dans les futurs, comme _tu aimer_a_s_, que
-dans les prétérits, comme _tu aim_a_s_, mais c’est peu de chose.
-
-Toutefois, l’=_a_= est resté en général un peu long et fermé, au moins
-à Paris, dans la plupart des mots qui ont un _s_ au singulier comme au
-pluriel: _b_a_s_, _c_a_s_, _l_a_s_, _lil_a_s_, _trép_a_s_, _t_a_s_.
-Mais ici même, par analogie, l’=_a_= s’est ouvert ou tend à s’ouvrir
-dans un grand nombre de mots: _galimati_a_s_, _trac_a_s_, _ch_a_s_,
-et surtout les mots en =_-las_=, =_-nas_=, =_-ras_= et =_-tas_=:
-_matel_a_s_, _chassel_a_s_, _cervel_a_s_, _entrel_a_cs_ et _vergl_a_s_,
-_anan_a_s_ et _caden_a_s_, _br_a_s_ et _embarr_a_s_, _taffet_a_s_ et
-_galet_a_s_. Même des rimes comme _c_a_s_ et _avoc_a_ts_, _b_a_s_ et
-_grab_a_ts_ n’ont plus rien de choquant.
-
-
-2º L’A suivi d’une consonne articulée.
-
-Quand l’=_a_= est suivi d’une consonne articulée, en principe il
-s’ouvre et s’abrège plus ou moins. Le rôle que jouent ici les
-consonnes, ou du moins la plupart des consonnes, se marque nettement
-dans certains féminins: l’=_a_=, qui n’est encore que moyen dans
-_délic_a_t_, _candid_a_t_, _scélér_a_t_ ou _ingr_a_t_, achève
-de s’ouvrir et de s’abréger dans _délic_a_te_, _candid_a_te_,
-_scélér_a_te_ ou _ingr_a_te_[32]. Et ce qui prouve bien que c’est la
-consonne qui fait tout, et que l’_e_ muet n’y est pour rien, c’est que
-_mate_, féminin de _mat_, ne se prononce pas autrement que le masculin,
-le =_t_= étant articulé dans les deux cas.
-
-Cette ouverture de l’=_a_= se manifeste presque également dans la
-plupart des finales à consonne, qui ainsi ne diffèrent les unes des
-autres que par la quantité[33]. C’est donc la quantité qui nous
-permettra de les classer.
-
-I. =A bref.=--Les finales les plus brèves sont celles dont la consonne
-est une des trois explosives brusques, =_c_=, =_p_=, =_t_=[34].
-
- 1º =_-ac_=, =_-ak_= et =_-aque_=: _cogn_a_c_ et _l_a_c_, _l_a_que_
- et _bar_a_que_[35].
-
- 2º =_-ap_= et =_-ape_=, ou =_-appe_=: _c_a_p_ et _c_a_pe_, _p_a_pe_
- et _fr_a_ppe_[36]. On ferme souvent l’=_a_= dans _dér_a_pe_, par
- une fausse analogie avec _r_â_pe_, qui est pour _r_a_spe_, mais
- c’est une erreur.
-
- 3º =_-at_= et =_-ate_=, ou =_-atte_=, et même =_-âtes_=: _m_a_t_ et
- _tom_a_te_, _r_a_te_, _son_a_te_ et _donn_â_tes_[37].
-
-Ici encore, il ne faut pas qu’une fausse analogie fasse altérer les
-formes des deux verbes _m_a_ter_, qui n’en font qu’un: ils viennent de
-_m_a_t_, terme du jeu d’échecs, dont l’_a_ est ouvert et bref, et sans
-rapport avec _m_â_ter_, terme de marine dérivé de _m_â_t_.
-
-Avec ces finales doivent figurer, étant brèves aussi, celles qui ont
-une spirante également brusque ou sourde, =_f_=, =_ch_=, =_s_=.
-
-1º =_-af_=, =_-afe_= et =_-aphe_=: _gn_a_f_, _g_a_ffe_, _orthogr_a_phe_.
-
-2º =_-ache_=: _h_, _t_a_che_, _moust_a_che_, _arr_a_che_[38].
-
-3º =_-ace_= et =_-asse_=, ou =_-ass_= (mais non =_-as_=): _dédic_a_ce_
-et _carc_a_sse_, _ch_a_sse_, _f_a_ce_ et _f_a_sse_, _terr_a_sse_ et
-_vor_a_ce_, _ray-gr_a_ss_, etc., et les imparfaits de subjonctifs,
-autrefois longs. Mais, comme tout à l’heure pour les mots en _as_ où
-l’_s_ ne s’articulait pas, il y a ici beaucoup d’exceptions parmi les
-mots en _-asse_.
-
-L’=_a_= est fermé et long en principe, d’abord dans les dérivés des
-mots en =_-as_= qui ont l’_a_ long, mais non pas dans tous. Il l’est
-dans les adjectifs féminins _b_a_sse_, _l_a_sse_ (et le verbe) et
-_gr_a_sse_, qui conservent l’_a_ fermé du singulier; puis dans les
-verbes _am_a_sse_ et _ram_a_sse_, _p_a_sse_ et _trép_a_sse_ (avec
-_imp_a_sse_, quoique moins régulièrement), _s_a_sse_ et _ress_a_sse_
-(pas toujours non plus), _t_a_sse_ et _ent_a_sse_, peut-être même
-_comp_a_sse_, _dam_a_sse_, _br_a_sse_ et le substantif _embr_a_sse_
-(mais non le verbe). Il est fermé également dans _c_a_sse_, terme
-d’imprimerie, dans _prél_a_sse_, par analogie avec _l_a_sse_, dans
-_cl_a_sse_ et _décl_a_sse_, et le substantif _t_a_sse_. A Paris,
-on y ajoute généralement _caleb_a_sse_, _éch_a_sse_, _n_a_sse_,
-_caden_a_sse_ et _Parn_a_sse_ ou _Montparn_a_sse_, et même des mots
-en =_-ace_=: _esp_a_ce_ et _l_a_ce_, avec ses dérivés; mais ceci
-n’est point du tout indispensable, pas plus que pour la _c_a_sse_ du
-pharmacien, ou la _c_a_sse_ de la cuisinière[39].
-
-Quant aux mots en =_-as_= où l’_s_ s’articule, l’=_a_= y est fermé
-partout; mais il n’y a là de proprement français que le mot a_s_ (terme
-de jeu) et les interjections _l_a_s_ ou _hél_a_s_; les autres mots
-sont des mots grecs, latins ou étrangers, et surtout des noms propres
-anciens (y compris _atl_a_s_ et _hypocr_a_s_). Cette prononciation
-s’est imposée même à des mots récents, où l’étymologie semblait exiger
-un =a= bref et ouvert, comme _str_a_s_ et _vasist_a_s_[40].
-
-
-II. =A moyen.=--Immédiatement après ces finales viennent celles dont
-la consonne est une des trois explosives sonores ou retardées, =_b_=,
-=_d_=, et =_g_=[41]. La résonance qui précède le son, et qui en retarde
-l’explosion, a pour effet de rendre la voyelle un peu moins brève; mais
-elle est tout aussi ouverte dans chacune des finales.
-
- 1º =_-ab_= et =_-abe_=: _nab_a_b_, _ar_a_be_, _syll_a_be_. Pourtant
- l’_a_ de _cr_a_be_ est généralement fermé à Paris et dans le Nord,
- quoique rien ne justifie cette prononciation[42].
-
- 2º =_-ad_= et =_-ade_=: _aub_a_de_, _pint_a_de_, _brav_a_de_[43].
-
- 3º =_-ag_= et =_-ague_=: _zigz_a_g_, _b_a_gue_. Beaucoup de
- gens ferment l’_a_ dans _v_a_gue_, substantif ou adjectif, et
- même parfois dans _div_a_gue_: cela fait bien en vers, mais non
- ailleurs[44].
-
-De même l’=_a_= est plutôt moyen que bref, mais toujours également
-ouvert, dans les finales à =_l_=, =_m_= ou =_n_=, qui peuvent aussi
-être considérées comme retardées.
-
- 1º =_-al_= et =_-ale_=, ou =_-alle_=: _chac_a_l_ et _anim_a_l_,
- _scand_a_le_ et _d_a_lle_, _s_a_le_ et _s_a_lle_. Les poètes font
- volontiers rimer _exh_a_le_ avec les mots en â_le_[45]. D’autre
- part l’analogie de _h_â_le_ fait quelquefois allonger outre mesure
- l’_a_ bref de _h_a_le_, du verbe _h_a_ler_ (un bateau). Enfin, dans
- certaines provinces, _s_a_le_ se prononce _s_â_le_, mais cette
- prononciation est tout à fait mauvaise.
-
- 2º =_-ame_= ou =_-amme_=: _g_a_mme_ et _big_a_me_, _dr_a_me_ et
- _gr_a_mme_. Il faut encore excepter _cl_a_me_ et ses composés,
- où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique,
- comme autrefois dans _f_a_me_; et aussi _fl_a_mme_ et _enfl_a_mme_,
- avec _orifl_a_mme_, sans doute parce qu’autrefois on prononçait
- _flan-me_, avec une nasale[46].
-
- 3º =_-ane_= ou =_-anne_=: _c_a_ne_ et _c_a_nne_, _rom_a_ne_ et
- _p_a_nne_, _sult_a_ne_ et _hav_a_ne_. Il n’y a plus lieu d’excepter
- les mots savants, comme _prof_a_ne_, malgré l’opinion de Thurot,
- qui fermait l’_a_, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore
- l’_a_ dans _pl_a_ne_ ou _ém_a_ne_, sans doute pour le même motif;
- d’autres, sans motif cette fois, dans _bibliom_a_ne_ et d’autres
- composés en _-mane_, ou même dans _gl_a_ne_; autant d’erreurs,
- d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre
- _pl_a_ne_ long, par emphase, surtout en vers.
-
- Il y a pourtant deux ou trois exceptions. _D_a_mne_ conserve
- toujours l’a fermé (sans doute pour le même motif que _fl_a_mme_),
- mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement,
- dans _cond_a_mne_, qui est d’ailleurs plus employé. _Dame-Je_a_nne_
- le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce
- mot. Les musiciens conservent volontiers l’=_a_= fermé de l’italien
- dans _sopr_a_ne_, tandis qu’il s’ouvre dans _sopr_a_no_. Enfin, la
- _m_a_nne_ (des Hébreux) a eu longtemps l’=_a_= fermé, probablement
- aussi pour la même raison que _fl_a_mme_, et l’Académie lui a
- conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne
- double tend naturellement à abréger l’=_a_=, comme dans _m_a_nne_
- (panier), et l’=_a_= fermé paraît y devenir suranné[47].
-
-A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore
-l’=_a_= un peu moins bref que les précédentes[48].
-
- 1º =_-agne_=: _b_a_gne_, _camp_a_gne_, _mont_a_gne_. Mais on ferme
- encore l’_a_ dans _g_a_gne_ le plus souvent[49].
-
- 2º =_-ail_= et =_-aille_=[50]: _sér_a_il_, _bét_a_il_, _méd_a_ille_.
-
- Cependant _r_a_il_ prononcé à la française est presque fermé[51].
- _Sér_a_il_ l’est aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce
- n’est pas à imiter.
-
-Mais les mots en =_-aille_= méritent un examen particulier. A Paris,
-on fait encore une différence très nette entre =_-ail_= et =_-aille_=,
-qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette
-prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni
-applicable à tous les mots en =_-aille_=. Elle paraît assez justifiée,
-encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots
-qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément
-d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie:
-_monac_a_ille_, _rac_a_ille_, _antiqu_a_ille_, _froc_a_ille_,
-_can_a_ille_, _cochonn_a_ille_, _ferr_a_ille_, _prêtr_a_ille_,
-_valet_a_ille_, _crev_a_ille_ et vingt autres, qui d’ailleurs sont
-d’origine populaire, et ont droit de conserver la prononciation
-populaire[52]. De même les verbes en =_-ailler_=, de même intention, et
-qui ont l’=_a_= fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert
-quand il est tonique: _pi_a_ille_, _cri_a_ille_, _se cham_a_illent_,
-_rim_a_ille_, _tir_a_ille_, _br_a_ille_, _se débr_a_ille_,
-_écriv_a_ille_, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement
-_r_a_ille_ et _dér_a_ille_. Mais, d’autre part, l’=_a_= n’a jamais
-été fermé dans _méd_a_ille_, de l’italien _medaglia_; l’=_a_= fermé
-est également peu usité dans _f_a_ille_ (soie) et _f_a_ille_ (fente),
-moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en
-=_-ail_=: _b_a_ille_ (ne pas confondre avec _b_â_ille_), _ém_a_ille_,
-_dét_a_ille_, _trav_a_ille_, se prononceraient difficilement d’une
-autre manière que _b_a_il_, _ém_a_il_, _dét_a_il_ et _trav_a_il_; les
-subjonctifs a_ille_, _f_a_ille_, _v_a_ille_, se sont certainement
-abrégés, ainsi que _éc_a_ille_ et _m_a_ille_, noms ou verbes, et
-aussi _tress_a_ille_[53]. Pour les autres, on a parfaitement le droit
-d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: _p_a_ille_
-lui-même n’est pas plus dialectal avec =a= ouvert qu’avec =a= fermé,
-d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans _la p_a_ille_ tout
-court, l’ouvriront aussi bien dans _la p_a_ille humide des cachots_, au
-moins s’ils parlent vite. Il en est de même pour _t_a_ille_[54].
-
-Ajoutons, pour compléter, que l’=a= est ouvert et bref dans les finales
-en =-aye= où l’=y= ne se dédouble pas: _cob_a_ye_, _cip_a_ye_[55].
-
-
-III. =A long.=--Voici enfin des finales dont l’=a= peut être tenu pour
-tout à fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se
-fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un =r=, ou une spirante
-sonore, =g=, =v=, =z=.
-
-1º L’=a= est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un =r=, =-ar=
-(avec ou sans consonne) et =-are= ou =-arre=: a_rt_, a_re_, a_rrhes_
-ou _h_a_rt_, _c_a_r_, _qu_a_rt_ ou _plac_a_rd_, _m_a_rc_, _m_a_re_,
-_am_a_rre_, _cam_a_rd_ ou _cauchem_a_r_, _tu p_a_rs_, _il p_a_rt_, _je
-prép_a_re_. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui
-toutes ont l’=a= parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’=a=
-était souvent fermé dans les mots en =-are= ou =-arre=; il l’est encore
-un peu, et même un peu trop à Paris, dans _b_a_rre_ et _remb_a_rre_,
-_c_a_rre_ ou _contrec_a_rre_, _g_a_re_ et _b_a_garre_, et même
-_r_a_re_[56].
-
-2º Dans les finales en _=-age=_, autrefois irrégulières, l’_=a=_
-s’allonge aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert,
-exactement comme dans les finales en _=-ar=_: _mari_a_ge_, _mén_a_ge_,
-_étal_a_ge_[57]. Le mot â_ge_ lui-même a aujourd’hui l’_=a=_ ouvert,
-malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: _à mon_
-â_ge_ diffère bien peu de _ramon_a_ge_.
-
-3º Le cas est presque le même pour les finales en _=-ave=_: _c_a_ve_,
-_l_a_ve_, _escl_a_ve_, _gr_a_ve_; mais l’_=a=_ a déjà une tendance à se
-fermer, au moins dans _gr_a_ve_ adjectif, et dans _esclave_[58].
-
-4º L’_=a=_ est tout à fait long et fermé dans les finales en _=-ase=_,
-_=-az=_ et _=-aze=_, qui se prononcent comme si elles avaient un
-accent circonflexe: _b_a_se_, _bl_a_se_ ou _ext_a_se_, _g_a_z_ ou
-_g_a_ze_[59].
-
- * * * * *
-
-En résumé, l’_=a=_ reste bref ou moyen devant quatorze consonnes, sauf
-les exceptions, et s’allonge devant quatre ou cinq seulement. Mais il
-n’est fermé régulièrement que devant une seule, la sifflante douce.
-
-
-3º L’A suivi des groupes à liquide.
-
-Il ne nous reste plus à examiner pour l’_=a=_ tonique que les groupes
-où il est suivi de deux consonnes, dont la seconde est une liquide,
-groupes qui sont tous très courts.
-
- * * * * *
-
-Quand la seconde consonne est un _=l=_, l’_=a=_ s’allonge assez
-ordinairement et tend à se fermer; mais trois groupes seulement de
-cette espèce se sont formés en français.
-
-1º Les mots en _=-able=_ ont toujours été fort discutés. L’_=a=_ est
-encore un peu fermé et assez long dans les substantifs _di_a_ble_,
-_j_a_ble_, _s_a_ble_, _f_a_ble_, _ér_a_ble_ et dans _aff_a_ble_ et
-_acc_a_ble_: beaucoup de gens prononcent ces mots exactement comme
-_h_â_ble_, _c_â_ble_ et _r_â_ble_. C’est parfaitement correct, pourvu
-que cette prononciation ne passe pas à _t_a_ble_ ou _ét_a_ble_, ni
-surtout aux adjectifs à suffixe _-able_, dont l’_a_, sans être bref,
-n’est pas non plus fermé. Toutefois on pense bien qu’en poésie, dans la
-rime _acc_a_ble-implac_a_ble_, l’_=a=_ doit être absolument fermé, pour
-être plus long[60].
-
-2º Les mots en _=-acle=_ ont été aussi fort discutés. L’_=a=_ est
-ouvert généralement dans _m_a_cle_ et les mots en _=-nacle=_ et
-_=-tacle=_: _cén_a_cle_, _pin_a_cle_, _obst_a_cle_, et c’est une
-erreur de le fermer dans _obst_a_cle_ ou _tabern_a_cle_. Mais en
-revanche il est généralement fermé dans les mots en _=-racle=_:
-_r_a_cle_, _mir_a_cle_ et _or_a_cle_[61].
-
-3º L’_=a=_ est toujours fermé dans _r_a_fle_ et _ér_a_fle_[62].
-
- * * * * *
-
-Quand la seconde consonne est un _=r=_, l’_=a=_ est en général ouvert
-ou fermé, suivant que l’_r_ est précédé d’une _sourde_ ou d’une
-_sonore_.
-
-1º L’_=a=_ est ouvert de préférence, et par suite bref ou moyen, quand
-l’_r_ est précédé d’une _sourde_, c’est-à-dire, en principe, dans les
-finales _=-apre=_, _=-acre=_, _=-atre=_ et _=-afre=_: _di_a_cre_,
-_s_a_cre_, _simul_a_cre_, _n_a_cre_, _s_a_cre_ et _mass_a_cre_;
-_b_a_ttre_ et ses composés, avec _qu_a_tre_ et _bar_a_thre_; a_ffres_
-et _bal_a_fre_. Quelques personnes ferment encore l’_=a=_ dans
-a_ffres_[63].
-
-2º L’_=a=_ est de préférence long et fermé, quand l’_r_ est précédé
-d’une _sonore_. Pourtant il est encore ouvert dans la finale _=-agre=_:
-_pod_a_gre_, _on_a_gre_[64]. En revanche il est fermé dans _c_a_dre_
-et _esc_a_dre_[65]; et pourtant, dans _l_a_dre_, il est plutôt
-ouvert[66]. Mais surtout l’_=a=_ est long et assez fermé dans les
-finales _=-abre=_ et _=-avre=_: _c_a_bre_, _mac_a_bre_, _dél_a_bre_,
-_candél_a_bre_ ou _s_a_bre_, _h_a_vre_, _cad_a_vre_ ou _n_a_vre_;
-toutefois cette prononciation n’est pas absolument générale, notamment
-pour _pal_a_bre_ _et_ _cin_a_bre_, ni sans doute pour _gl_a_bre_[67].
-
-
-4º L’A atone
-
-Après l’_=a=_ tonique nous devons parler de l’_=a=_ atone, d’autant
-que, parmi les voyelles atones, c’est encore l’_=a=_ qui offre le plus
-de variété.
-
-Nous savons qu’en principe il est moyen et assez ouvert. Il lui
-arrive pourtant d’être fermé, et c’est cela seul qui importe ici,
-car la quantité des voyelles atones est toujours subordonnée à leur
-ouverture. Ainsi, tandis que l’_=a=_ tonique peut être long même quand
-il est ouvert, comme dans _cour_a_ge_ ou _barb_a_re_, l’_=a=_ atone
-ne peut être long qu’autant qu’il est fermé. C’est pourquoi l’_=a=_
-long des finales ouvertes en _-age_ et _-are_ s’abrège régulièrement
-en devenant atone, au moins si la prétonique n’est pas initiale:
-_cour_a_ge_-_cour_a_geux_, _barb_a_re_-_barb_a_rie_[68].
-
-Quels sont donc les _=a=_ atones qui sont fermés, puisque ceux-là seuls
-nous intéressent?
-
-Comme on peut s’y attendre, ce sont surtout des _=a=_ toniques fermés,
-devenus atones par suite de la flexion, de la dérivation ou de la
-composition, et qui ne peuvent pas perdre toujours et absolument tous
-les caractères de leur nature première.
-
-Il y a d’abord les _=a= prétoniques qui ont l’accent circonflexe_,
-surtout si la prétonique est initiale comme dans _ch_â_taigne_,
-_g_â_ter_ ou _p_â_lir_[69]. Encore l’_=a=_ est-il alors un peu moins
-fermé et surtout moins long que quand il est tonique, par exemple
-dans _bl_â_mer_ que dans _bl_â_me_, dans _h_â_ler_ que dans _h_â_le_.
-Quand il s’éloigne davantage de la tonique, il arrive parfois qu’il
-devient tout à fait moyen. Cela ne s’aperçoit pas dans des mots comme
-â_n_(e)_rie_ ou _p_â_qu_(e)_rette_, qui n’ont que deux syllabes pour
-l’oreille; mais les trois degrés différents apparaissent assez bien
-dans _p_â_me_, _p_â_mer_ et _p_â_moison_, ou dans _p_â_te_, _p_â_té_
-et _p_â_tissier_ ou _p_â_tisserie_[70]. On peut dire que ces deux
-derniers mots, et plus encore _p_â_moison_, ne conservent leur accent
-circonflexe que par une pure convention, respectueuse de l’étymologie.
-En revanche, _t_a_tillon_, qui se rattache à _t_â_ter_, mais qui a
-l’_a_ ouvert, n’a jamais eu d’accent. Il en est de même des mots
-a_crimonie_, _diff_a_mer_ et _inf_a_mie_, _gr_a_cieux_ et _gr_a_cier_,
-malgré l’accent circonflexe arbitraire que les grammairiens ont mis à
-_âcre_, _infâme_ et _grâce_[71].
-
-_Même quand ils n’ont pas d’accent circonflexe_, les _=a=_ qui étaient
-fermés et longs, étant toniques, s’abrègent bien un peu, mais ne
-s’ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent _prétoniques_,
-c’est-à-dire avant-derniers, comme dans _g_a_gner_, de _g_a_gne_, ou
-quand ils ne sont séparés de la tonique que par un _e_ muet, ce qui
-est ordinairement la même chose pour l’oreille. Ainsi _gr_a_sse_ et
-_gr_a_ss_(e)_ment_, _gr_a_ve_ et _gr_a_v_(e)_ment_ ou même _acc_a_ble_
-et _acc_a_blement_[72].
-
- * * * * *
-
-_A plus grande distance de la tonique_, la voyelle s’ouvre davantage:
-les _=a=_ de _b_a_rricade_, de _gr_a_sseyer_, de _d_a_mnation_, de
-_f_a_buliste_, de _cad_a_véreux_ sont même tout à fait ouverts[73].
-
-Un phénomène pareil se produit même dans des mots composés: l’_=a=_
-fermé et long de _p_a_sse_, déjà un peu flottant dans _p_a_ssant_,
-s’ouvre tout à fait, non seulement dans _p_a_ssementerie_, mais même,
-si l’on veut, dans _p_a_sseport_ ou _p_a_ssepoil_[74].
-
-Mais voici qui est plus important: _certains_ a _toniques fermés
-s’ouvrent même en devenant prétoniques_, comme dans _c_a_dran_ ou
-_cl_a_ssique_; ainsi dans _fl_a_mmèche_ ou _enfl_a_mmer_, plus
-encore dans _infl_a_mmable_ et les autres dérivés, ainsi que dans
-_di_a_blesse_, _di_a_blotin_ ou _endi_a_blé_, sauf par emphase. Dans
-_b_a_sset_, _b_a_ssesse_, _b_a_sson_ ou _soub_a_ssement_, l’_a_ paraît
-avoir aussi tendance à s’ouvrir[75].
-
-A fortiori, s’il est déjà douteux qu’il faille fermer l’_=a=_ de
-_matel_a_s_ ou de _caden_a_s_, on ne saurait évidemment conseiller
-de fermer celui de _matel_a_sser_ ou de _caden_a_sser_: ce sont des
-prononciations parisiennes fort peu recommandables. De même, il n’est
-pas indispensable de fermer l’_=a=_ de _g_a_rer_ ou _r_a_reté_, ou
-celui de _c_a_ssette_, et je conseillerais encore moins de fermer celui
-de _c_a_sserolle_. La manière de prononcer _esp_a_cer_, _l_a_cer_,
-_l_a_cet_ ou _enl_a_cement_, _br_a_sser_ ou _br_a_sseur_, dépendra de
-celle dont on prononce _esp_a_ce_, _l_a_ce_ ou _br_a_sse_.
-
-De même, pour les mots en _=-ailler=_, _=-ailleur=_, _=-aillon=_, etc.,
-c’est la manière de prononcer _aille_ qui décidera. Ainsi l’intention
-péjorative paraît se marquer par l’_=a=_ fermé dans _écriv_a_iller_
-ou _écriv_a_illeur_, _br_a_iller_ ou _br_a_illeur_, _gr_a_illon_
-ou _avoc_a_illon_, etc. On ferme aussi l’_=a=_ dans _r_a_iller_
-ou _dér_a_iller_ (et aussi dans _jo_a_illier_), mais non pas dans
-_trav_a_iller_ ou _trav_a_illeur_, _ém_a_iller_, _cor_a_illeur_,
-_dét_a_iller_ ou _b_a_iller_ (donner). On le ferme dans _h_a_illon_,
-et au besoin _p_a_illon_, mais non dans _méd_a_illon_, ni même dans
-_bat_a_illon_, de quelque manière qu’on prononce _bat_a_ille_.
-
-On prononcera _t_a_illeur_ suivant la manière dont on prononce
-_t_a_ille_. Surtout il n’y a aucun inconvénient à ouvrir l’_=a=_
-dans _poul_a_iller_, dans _c_a_iller_ et _c_a_illot_, et dans
-presque tous les dérivés et composés de _p_a_ille_, comme
-_p_a_illard_, _remp_a_iller_, _p_a_illasse_, _p_a_illette_, et surtout
-_p_a_illasson_[76].
-
-Il va sans dire que s’il n’y a pas de forme tonique en _-aille_, il
-n’y a plus aucune raison pour que _-ail-_ prétonique soit fermé; aussi
-est-il ouvert de préférence dans tous les mots qui commencent par
-_cail-_, comme _c_a_illette_, _c_a_illasse_ et _c_a_illou_; de même,
-et plus sûrement encore, dans a_illeurs_, _m_a_illet_, _m_a_illot_,
-_s_a_illir_, _j_a_illir_ et leurs dérivés, et dans _crém_a_illère_[77].
-
- * * * * *
-
-En revanche, il peut arriver que l’_=a= prétonique_ soit _fermé_, _même
-sans avoir été tonique_, et cela pour les mêmes raisons que l’_=a=_
-tonique. Ainsi on a vu que la sifflante douce fermait l’_a_ tonique des
-finales en _-ase_ ou _-aze_, et par suite l’_a_ des verbes en _-aser_
-et de leurs dérivés; elle ferme aussi l’_=a=_ atone, non sans quelque
-flottement, dans _algu_a_zil_, _b_a_salte_, _b_a_sane_ et _b_a_sané_,
-_b_a_zar_, _b_a_silic_ et _b_a_silique_, _b_a_soche_, _bl_a_son_
-et _g_a_zon_, _j_a_seran_, _m_a_sure_, _m_a_zette_, _n_a_sal_ et
-_n_a_seaux_, _qu_a_si_, et quelques autres, si l’on veut; sensiblement
-moins ceux des mots en _-asif_ et _-asion_; très peu aujourd’hui ceux
-de _g_a_zelle_, _g_a_zette_ ou _g_a_zouiller_; plus du tout ou presque
-plus ceux de _f_a_séole_ et surtout _c_a_semate_[78].
-
-L’_=r=_ aussi, surtout l’_=r=_ double, sert à fermer l’_=a=_ prétonique
-dans un certain nombre de mots, sans que ce soit indispensable,
-notamment dans les mots de deux syllabes en _-aron_, parce que la
-prétonique y est initiale: _b_a_ron_, _ch_a_rron_, _l_a_rron_,
-_m_a_rron_, en opposition avec _fanf_a_ron_, _mac_a_ron_ ou
-_masc_a_ron_, dont l’_a_ est toujours ouvert[79]. L’_=a=_ se ferme
-encore assez souvent dans _c_a_rriole_, _c_a_rrosse_, _ch_a_riot_ et
-_ch_a_rrue_ (mais beaucoup moins dans _ch_a_rrette_, _ch_a_rrier_ ou
-_ch_a_rroyer_); aussi dans _s_a_rrau_, _p_a_rrain_ et _m_a_rraine_[80];
-dans _m_a_dré_, dans _sc_a_breux_, et, si l’on veut, dans _m_a_drier_
-et _m_a_rri_. A Paris, on y ajoute même _c_a_rotte_, mais je ne
-conseille pas de fermer cet _=a=_, non plus celui de _j_a_rret_,
-_b_a_roque_, _h_a_ro_, _t_a_rot_ et même _g_a_rrot_, moins encore celui
-de _big_a_rré_, déjà signalé, ou même _big_a_rreau_[81].
-
-L’_=a=_ est encore long et fermé dans quelques mots comme _m_a_got_,
-_m_a_çon_ et ses dérivés; et si _estram_a_çon_ a gardé l’_=a=_ bref et
-ouvert, _lim_a_çon_ suit parfois l’analogie de _m_a_çon_. Il est encore
-plus ou moins fermé, mais il tend à s’ouvrir, dans _c_a_ssis_[82],
-_ch_a_let_, _j_a_dis_, _l_a_ma_, _m_a_flu_, _m_a_quis_, _n_a_ïades_,
-_pr_a_line_ et _pr_a_liné_, _r_a_mure_, _sm_a_la_, _t_a_sseau_,
-_v_a_let_; il est sûrement ouvert et bref aujourd’hui dans a_nis_,
-_pomme d’_a_pi_, _ch_a_ssieux_, _m_a_deleine_, _p_a_ssereau_[83].
-
-D’autre part, on contrarie mal à propos la tendance générale de la
-langue, quand on ferme l’_=a=_ devant deux consonnes distinctes, comme
-dans _m_a_rdi_, _p_a_scal_, _p_a_stel_, _p_a_steur_ et ses dérivés, où
-l’_=a=_ est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84].
-
-Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’_=a=_ dans
-_st_a_bat_, a_men_, _fr_a_ter_, _alma m_a_ter_, et dans _ab ir_a_to_,
-_c_a_sus belli_, _de pl_a_no_, _sine qu_a _non_, ainsi et que dans
-_postul_a_tum_, _ultim_a_tum_ et autres mots en _-atum_ et _-arium_,
-qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour _hi_a_tus_
-et _str_a_tus_, pour _gr_a_tis_ et _in-pl_a_no_, plus encore pour
-_m_a_jeur_ ou _m_a_jor_[85].
-
-La prononciation de l’_=a=_ dans les mots en _=-ation=_ ou _=-assion=_
-varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement
-ouvert dans _n_a_tion_, et je ne conseille pas de le fermer dans
-_p_a_ssion_ et _comp_a_ssion_ et leurs dérivés. Quant aux mots en
-_=-ateur=_, _=-atrice=_, _=-atif=_ ou _=-ature=_, ils ont l’_=a=_
-parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que _a priori_ ou _a
-posteriori_[86].
-
-L’_=a=_ est encore fermé dans _p_a_li_, langue de l’Hindoustan,
-quelquefois écrit _pahli_[87].
-
-
-5º Quelques cas particuliers.
-
-Dans _m_a_man_ et _n_a_nan_, la première syllabe s’assimile à la
-seconde dans l’usage familier, par une sorte d’attraction, et l’on
-entend beaucoup plus souvent _man-man_ et _nan-nan_ que _m_a_man_ et
-_n_a_nan_, qui même ont un air d’affectation[88]; on dit même sans
-sourciller _m_o_man_, sans doute par l’intermédiaire de _m_on_-man_,
-sans parler de _m’man_ qui rappelle exactement _m’sieu_.
-
- * * * * *
-
-Dans _août_, l’_=a=_ a cessé de se prononcer depuis le XVIᵉ
-siècle, à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus,
-absolument comme dans _saoul_, qui s’écrit encore mieux _soûl_. On
-a malheureusement continué d’écrire _août_ avec un _a_, comme on a
-continué d’écrire l’_o_ de _paon_, _faon_ et _taon_, qui ne se prononce
-pas davantage[89]; mais la prononciation _a-ou_ est aussi surannée et
-devrait paraître aussi ridicule que _pa-on_. La Fontaine écrivait même
-_oût_:
-
- Je vous paierai, lui dit-elle,
- Avant l’_oût_, foi d’animal,
- Intérêt et principal[90].
-
-Boileau ne prononce pas autrement:
-
- Et qu’à peine au mois d’_août_ l’on mange des pois verts.
-
-On peut dire que, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, il n’y avait plus de
-discussion sur ce point. «_Août_ se prononce _oût_», dit Voltaire,
-dans l’_Avertissement de Zaïre_. Jusqu’en 1835, l’Académie dit:
-«Prononcez _oût_.» Mais déjà l’antique prononciation avait reparu.
-D’où venait-elle? S’était-elle conservée dans quelques provinces, ou
-était-elle seulement la réaction de l’orthographe?
-
-Déjà Domergue se plaignait que les orateurs démocrates, pour rappeler
-le 10 août 1792, prononçassent _a-ou_. Dans la première moitié du XIXᵉ
-siècle, on trouve cette prononciation jusque chez les poètes, peut-être
-même surtout chez les poètes, dans Sainte-Beuve toujours, dans Victor
-Hugo presque toujours; et il en est de même aujourd’hui, notamment dans
-Henri de Régnier.
-
-Elle n’en est pas meilleure. Elle s’est tellement répandue au cours du
-siècle dernier, que l’Académie en est venue à dire dans son édition
-de 1878: «On prononce souvent _oût_.» Ce _souvent_ est délicieux.
-Peut-être faut-il lire: «On prononce souvent _a-oût_.» Cela au moins
-serait exact. Mais on serait dans la vraie tradition française en
-prononçant toujours et uniquement _ou_[91].
-
-Le cas d’_aoriste_ est sensiblement pareil à celui d’_août_. L’_=a=_
-avait cessé de se prononcer, sauf chez quelques puristes, pour qui
-_oriste_ avait un sens opposé à celui d’_aoriste_; mais il a revécu de
-nos jours, et comme l’influence de la prononciation populaire n’est pas
-là pour contre-balancer celle de l’écriture, _a-oriste_ paraît devoir
-l’emporter, malgré le désagrément de l’hiatus[92].
-
- * * * * *
-
-Enfin _extr_a-_ordinaire_ ne se maintient que dans le langage soutenu:
-on dit couramment _extrordinaire_[93].
-
-
-6º L’A dans les mots anglais.
-
-Ce travail ne serait pas complet, si l’on n’y parlait pas de l’_=a=_
-des mots étrangers adoptés par le français, et notamment des mots
-anglais, dont la prononciation est si différente de la nôtre[94].
-
-Quelques mots, dus à la transmission orale, ont pu être francisés
-tant bien que mal avec la prononciation anglaise ou à peu près; ainsi
-_bébé_, qui vient probablement de _baby_, quoique Littré lui donne une
-autre étymologie. De même _bifteck_, _romsteck_ ou _rosbif_.
-
-Mais le plus souvent les mots étrangers, surtout les anglais, se
-francisent à moitié seulement. Cela tient à ce qu’au lieu de partir du
-son, comme pour les mots que nous venons de citer, on part généralement
-de l’écriture; or la masse, qui ignore les langues étrangères, conserve
-pourtant une sorte de scrupule malencontreux, et fait effort pour
-conserver quand elle peut une allure étrangère aux mots étrangers
-qu’elle adopte, et cela surtout dans la désinence.
-
-On indiquera, ici et ailleurs, la prononciation qui prévaut dans
-l’usage le plus ordinaire. Nous nous excusons particulièrement auprès
-des professeurs d’anglais, à qui nous ne faisons nullement concurrence:
-il est bien entendu que ce n’est pas de prononciation _anglaise_ qu’il
-est question ici. Et en effet, on ne s’adresse pas aux gens qui savent
-l’anglais, mais au contraire à ceux qui ne le savent pas, pour leur
-indiquer dans quelle mesure ils peuvent franciser les mots anglais sans
-être ridicules; on enseignera donc la prononciation à demi francisée
-que les Français adoptent le plus généralement.
-
- * * * * *
-
-Dans les mots anglais adoptés par le français, c’est précisément
-l’_=a=_ qui est le plus ordinairement altéré; le reste du mot garde
-à l’occasion une apparence exotique, surtout à la finale. Ainsi nous
-avons francisé à moitié _squ_a_re_, puisque nous ne prononçons plus
-_scouèr_, et moins encore _scar_, mais _scouar_, entre les deux; cela
-tient à ce que nous avons pris à l’étranger d’autres mots où _qua_ se
-prononce aussi _coua_. Il en est de même de _boo_k_m_a_ker_; car si
-quelques-uns le prononcent à peu près à l’anglaise _boukmèkeur_, la
-plupart, sachant par ailleurs que _oo_ se prononcent _ou_, acceptent
-cette prononciation, mais francisent la fin du mot d’après l’écriture,
-ce qui fait _boukmakèr_[95].
-
-On peut franciser sans doute _cott_a_ge_, aussi bien que _l_a_dy_
-ou _m_a_cf_a_rl_a_ne_ et même _ch_a_llenge_ et _sk_a_ting_, quoique
-beaucoup prononcent ce mot par _é_[96].
-
- * * * * *
-
-Dans les mots anglais qui ne sont pas francisés du tout, l’_=a=_ se
-prononce à l’anglaise ou à peu près, c’est-à-dire entre _a_ et _é_,
-plus près de _é_. Mais comme l’_=e=_ n’est fermé en français que quand
-il est final, c’est plutôt un _=e=_ ouvert que nous faisons entendre
-dans ces mots[97]. _R_a_llye_ employé seul tend à se franciser[98].
-
-Devant un _=l=_, l’_=a=_ se prononce à peu près comme _=o=_ ouvert,
-dans a_ll right_ et _h_a_ll_, et _w_a_lk over_[99].
-
- * * * * *
-
-_Y_a_cht_ aussi, après s’être longtemps prononcé _yac_, est devenu au
-siècle dernier _yote_ chez les personnes qui ont l’usage de l’anglais,
-chez les marins, et aussi chez les snobs. Un jour pourtant, les gens de
-sport se sont aperçus que _yacht_, emprunté à l’anglais, il est vrai,
-n’était pas anglais de naissance, mais hollandais. Or, précisément,
-les Hollandais prononcent à peu près _yact_ à l’allemande. Les Anglais
-avaient sans doute eu raison d’angliciser le mot pour leur usage
-personnel; mais pour quelle raison devrions-nous prononcer comme eux,
-en leur empruntant un mot qui n’est pas à eux? Ne valait-il pas mieux
-ou bien faire comme eux, c’est-à-dire franciser le mot complètement
-et prononcer _yact_, ou bien conserver la prononciation _yac_, admise
-depuis longtemps et, par suite, francisée? C’est ce qui a paru à
-beaucoup de gens; si bien qu’aujourd’hui le mot a trois prononciations
-dont la plus ancienne, et peut-être la meilleure, est _yac_; et tel
-fut, sauf erreur, l’avis des hommes de sport les plus qualifiés, le
-jour où la question fut posée dans le journal le _Yacht_[100].
-
- * * * * *
-
-L’_=a=_ précédé de l’_=e=_ ne se francise pas; nous le prononçons
-tantôt _=è=_ comme dans _br_ea_k_ ou _d_ea_d-heat_[101]; tantôt _=eu=_
-ouvert, comme dans _y_ea_rling_; plus souvent _=î=_, comme dans
-_cl_ea_ring-house_, _dead-h_ea_t_, _gr_ea_tevent_, _gulf-str_ea_m_,
-_l_ea_der_, _if you pl_ea_se_, _r_ea_der_, _s_ea_son_, _sp_ea_k_ et
-_sp_ea_ker_, _st_ea_mer_, _st_ea_mboat_ et _t_ea_gown_[102].
-
-Les deux sons _=è=_ et _=i=_, réunis dans _Sh_a_kesp_ea_re_, sont
-si bien francisés dans cette prononciation, qu’on en a fait le mot
-français _shakespearien_ (chexpirien).
-
-Dans _cold-cr_ea_m_ (colcrem, par _=è=_ au lieu d’_=i=_), le français a
-repris son bien (crème), mais en laissant au mot l’allure étrangère par
-la brièveté de la finale, comme dans _br_ea_k_.
-
- * * * * *
-
-_=Oa=_ sonne _=o=_, plus ou moins ouvert dans _b_oa_rding house_,
-_mail-c_oa_ch_ et _t_oa_st_, plus ou moins fermé dans _over-c_oa_t_ et
-_cover-c_oa_t_, _c_oa_ltar_ et _steamb_oa_t_[103].
-
-_R_aou_t_ se prononce de préférence et s’écrit aussi _rout_.
-
-_=Aw=_ sonne comme _=o=_ fermé dans _l_aw_n-tennis_, _outl_aw,
-_dr_aw_back_ et _tomah_aw_k_[104].
-
-
-7º Le groupe OI (oy).
-
-Le son _=oi=_ se prononce aujourd’hui _oua_ ou _wa_[105]. Ce groupe
-n’est donc plus qu’un cas particulier de _=a=_, et les usages sont
-sensiblement les mêmes pour _=oi=_ que pour _=a=_, avec cette
-différence que le nombre des finales où figure _=oi=_ est beaucoup
-plus restreint, et que sa prononciation est beaucoup plus uniforme. Je
-ne parle pas de _=oi=_ atone qui est généralement sans intérêt.
-
-
-I. =OI tonique.=--Comme l’_=a=_ final, _=oi=_ final n’est ni long ni
-fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec
-ou sans consonne indifféremment, et après un _r_, aussi bien qu’après
-une consonne quelconque: _un ab_oi, _des ab_oi_s_, _p_oi_s_, _p_oi_x_
-et _p_oi_ds_, _je cr_oi_s_, _il cr_oi_t_, _la cr_oi_x_, _effr_oi, etc.:
-_oît_ même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales
-en _-ât_: _tourn_oi, _dan_oi_s_, _ben_oî_t_ diffèrent bien peu, s’ils
-diffèrent[106]. Pourtant _oi_ est ordinairement plus fermé dans les
-substantifs _mois_ et _bois_.
-
-_Oie_ même n’est pas plus long aujourd’hui que _oi_, sauf en vers, pour
-distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a
-disparu de l’usage courant, même dans le mot _oie_[107].
-
-_Harn_oi_s_ a été définitivement remplacé par _harn_ai_s_; pourtant on
-peut encore prononcer _oi_ à la rime, mais seulement au sens figuré:
-
- Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harn_oi_s,
- Ce sang pour vous servir prodigué tant de f_oi_s...[108]
-
-Passons à _=oi=_ suivi d’une consonne articulée.
-
-_Devant une sourde_, _=oi=_ s’ouvre et s’abrège comme l’_=a=_: _c_oi
-est à _c_oi_te_, comme _délic_a_t_ à _délic_a_te_; on ne prononce même
-plus guère une _b_oî_te_ autrement que _il b_oi_te_. De même _s_oi_f_
-ou _c_oi_ffe_; et la finale _-oisse_, de _par_oi_sse_ ou _ang_oi_sse_,
-autrefois longue, comme sa sœur _-aisse_, s’est fort abrégée dans
-l’usage le plus général.
-
-Comme l’_=a=_ encore, _=oi=_ est moins bref, mais tout aussi ouvert,
-_devant d_, _l_, _n_, et _gn_ mouillé: _fr_oi_de_, _p_oi_l_,
-_ét_oi_le_, _m_oi_ne_ et _s_oi_gne_. Quant à _r_oi_de_ et ses dérivés,
-il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la
-Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture
-pour la rime _froide_; la seule forme usitée est _raide_, avec tous ses
-dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre
-depuis un demi-siècle[109].
-
-Comme l’_=a=_ toujours, _=oi=_ s’allonge dans _-oir_ ou _-oire_,
-sans se fermer sensiblement: _voul_oi_r_ et _gl_oire, _dev_oi_r_ et
-_iv_oi_re_[110].
-
-_Devant une spirante sonore_, _=oi=_ est plutôt moins long que l’_a_,
-et surtout il ne se ferme pas comme l’_a_ devant _z_. Si _v_oi_s-je_
-est à peu près pareil à _riv_a_ge_, _oi_ est plus ouvert et plus
-bref dans _reç_oi_ve_ que _a_ dans _b_a_ve_ ou _gr_a_ve_. De même et
-surtout, si autrefois _oi_ a pu être fermé dans _-oise_, comme _a_ dans
-_-ase_, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus
-ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins:
-_bourge_oi_s_, _bourge_oi_se_; _court_oi_s_, _court_oi_se_; _dan_oi_s_,
-_dan_oi_se_, et de même _framb_oi_se_, _turqu_oi_se_ ou _appriv_oi_se_.
-
-_=Oi=_ est un peu moins ouvert dans _g_oi_tre_, _cl_oî_tre_,
-_cr_oî_tre_ et ses composés, et _p_oi_vre_; mais même dans _-oître_, il
-n’est plus fermé comme _=a=_ l’est encore dans _-âtre_.
-
- * * * * *
-
-En somme, on peut dire que _=oi=_ n’est plus fermé nulle part, et
-l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de
-cette voyelle[111].
-
-
-II. =Le groupe OIGN.=--Nous devons dire un mot, pour terminer, du
-groupe _=oign=_. A l’origine, la graphie de l’_n_ mouillé n’était
-pas _gn_, comme aujourd’hui, mais _ign_[112]. Il en résulte que
-dans le groupe _-oign-_, c’est _o_ et non _oi_ qu’on prononçait
-normalement: _bes_o-_igne_, _ivr_o-_igne_, _p_o-_ignard_. La
-suppression de l’_i_ a conservé la prononciation d’un certain nombre
-de ces mots, d’abord _besogne_ et _besogner_, _grogner_, _ivrogne_,
-_rogne_, _rogner_, _trogne_, _trognon_, _vergogne_, et un peu plus
-tard _rognon_ et _cogner_ ou _cognée_, avec _encognure_, qui s’écrit
-encore trop souvent _enco_-ign_ure_. Les autres ont gardé leur _i_,
-malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un
-des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les
-efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà
-qu’on prononce définitivement _oi_ dans _j_oi_gnons_, _s_oi_gner_,
-_él_oi_gner_, _tém_oi_gnage_[113]. Les autres ont suivi. _O_(i)_gnon_
-seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par _=o=_:
-cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque
-uniquement par l’oreille; _oi-gnon_ est donc ridicule[114]. On prononce
-encore assez souvent _mo_(i)_gnon_, et le peuple dit fort justement
-_po_(i)_gne_ et _empo_(i)_gner_; mais ceci passe déjà pour familier,
-ainsi que _la foire d’empo_(i)_gne_, ces mots étant d’ailleurs plutôt
-d’usage populaire. Quant à _p_oi-_gnet_, _p_oi-_gnée_, _p_oi-_gnard_,
-qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore
-_p_oi-_gnant_, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur
-prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux
-que l’_i_ de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui
-est fait est fait, à tort ou à raison, et _p_o_gnard_ ou _p_o_gnet_
-sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes
-instruites[115].
-
-De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. _Poireau_,
-dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois
-_porreau_, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du
-moins au sens propre; mais on prononce toujours _oi_ dans l’expression
-populaire _faire le p_oi_reau_, ainsi que dans _p_oi_reau_, désignant
-la décoration du _Mérite agricole_. D’autre part _p_oi_trine_ et
-_p_oi_trail_ ne peuvent plus se prononcer correctement par _o_ tout
-seul[116].
-
-L’anglais _boy_ se prononce _bo_ï, mais en une syllabe. Il devrait en
-être de même dans _b_oy_cotter_; mais le mot est à peu près francisé
-avec le son _oi_[117].
-
-
-
-
-II.--LA VOYELLE E
-
-
-Il ne sera pas question ici de l’_=e=_ muet proprement dit, qui
-sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs _n’est jamais
-tonique_[118]. Nous parlerons seulement de l’_=e=_ accentué. Peu
-importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on
-appelle accent: _aimé_ ou _aimer_, _succès_, _mortel_ ou _rebelle_
-appartiennent également à ce chapitre[119].
-
-
-1º L’E final.
-
-En règle générale, l’_=e=_ tonique est fermé quand il est final, ou
-suivi d’un _=e=_ muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf
-dans les finales _=-et=_ et _=-ès=_); il est au contraire toujours
-plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120].
-L’_=e=_ est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories;
-mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont
-beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble.
-
-
-I. =E final fermé.=--Les mots qui ont l’_=e=_ final fermé sont les
-suivants:
-
-
-1º La lettre _=e=_ elle-même et les noms des consonnes _=b=_, _=c=_,
-_=d=_, _=g=_, _=p=_, _=t=_, _=v=_, et les innombrables mots en _=-é=_,
-substantifs, adjectifs, participes: _bont_é, _zél_é, _aim_é, etc., etc.
-
-Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire
-écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite _vic_(e) _versa_,
-qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que _fac-simil_(e).
-
-Nous devons parler aussi des mots italiens à _=e=_ final. Quand nous ne
-les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui
-est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir
-l’_=e=_, comme dans _lazaron_e, _ciceron_e, _farnient_e, _sempr_e,
-_con amor_e, _furia frances_e, _anch’ io son pittor_e, _e pur si
-muov_e. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux
-méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec _e muet_, comme
-dans _dilettant_(e), et aussi _andant_(e), si bien francisé avec _e
-muet_, qu’on le prend comme substantif: _un andant_e; on peut y joindre
-_canzon_(e), et même _vivac_(e), qui s’est naturellement confondu avec
-le français _vivace_: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus
-fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un
-_e_ fermé que nous prononçons, comme dans _piano fort_e, _cantabil_e,
-_a piacer_e, _dolc_e, _mezzo-termin_e. Dans _fara da s_e, l’_=e=_ est
-accentué, même en italien[122].
-
-
-2º A la catégorie de l’_=e=_ final fermé appartiennent aussi: _pied_,
-qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit _pié_, même en prose, et
-non pas seulement pour la rime; puis _sied_ et _messied_, _assied_ et
-_assieds_. Mais la prononciation d’_assied_ est moins sûre que celle de
-_pied_. Elle paraît flotter entre l’_=e=_ fermé de _p_ie_d_ et l’_=e=_
-ouvert des mots en _=et=_. Peut-être est-ce l’_s_ d’_assi_e_ds_ qui en
-est cause; en tout cas l’_e_ d’_assi_e_ds-toi_ est plutôt moyen.
-
-Je ne parle pas de _cl_e_f_, qui s’écrit aussi _clé_.
-
-
-3º Les innombrables mots en _=-er=_, ou _=-ier=_, dans lesquels l’_r_
-ne se prononce pas: _aim_e_r_, _pri_e_r_, _pommi_e_r_, _meuni_e_r_,
-_réguli_e_r_, _arch_e_r_, _messag_e_r_, _lég_e_r_, etc.[123].
-
-
-4º Les mots en _=-ez=_ où le _z_ ne se prononce pas, à savoir:
-les formes verbales de la seconde personne du pluriel, _aim_e_z_,
-_aimi_e_z_, _aimeri_e_z_; le substantif _n_e_z_; la préposition
-_ch_e_z_; l’adverbe _ass_e_z_; enfin l’ancienne préposition _l_e_z_
-(près de), des noms de lieux[124].
-
-Il y avait aussi autrefois un adverbe _r_e_z_ (au niveau de), qui
-était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif
-_r_e_z-de-chaussée_, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant
-atone[125].
-
-La distinction entre l’_e_ final, qui est fermé, et l’_e_ suivi d’une
-consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante,
-que quand les infinitifs en _=-er=_ (_é_) se lient avec la voyelle
-suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter
-l’hiatus, l’_e_ s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts
-des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’_e_ fermé, ont
-échoué. Ainsi dans l’hémistiche _pour aller à Paris_, avec liaison,
-l’_=e=_ est intermédiaire entre l’_=é=_ fermé d’_all_e_r_ et l’_=è=_
-ouvert de _colère_. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent
-contribue-t-il à cette ouverture.
-
-Les finales masculines en _=-é=_ sont fermées en quelque sorte si
-nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes--par
-la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance
-naturelle--ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont
-les articles et pronoms monosyllabiques _les_, _des_, _ces_, et _mes_,
-_tes_, _ses_[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs,
-d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler _l_è_s hommes_, et essayent
-de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est
-absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant,
-qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer
-_mes_ dans _mes sœurs_ autrement que dans _mesdames_, où il est
-certainement fermé. Même après un impératif, le pronom _les_, devenu
-tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans
-doute les poètes continuent à faire rimer _donne-les_ avec _poulets_ ou
-_balais_, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi _les_
-aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127].
-
-
-II. =E final ouvert.=--Ainsi le français ignore l’_=e= ouvert_ final.
-Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour _é_
-tout seul, mais pour l’_e_ suivi de consonnes non articulées.
-
-
-1º Les mots en _=-et=_, assez nombreux, avec ou sans _s_: _gib_et,
-_cad_et, _m_et_s_, _r_et_s_, etc. Il faut excepter encore la
-conjonction _et_, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble
-avoir tendance à s’ouvrir par analogie.
-
-L’_=e=_ est tellement ouvert dans les mots en _=-et=_, qu’il ne l’est
-pas sensiblement plus dans les mots en _=-êt=_[128]: _ben_êt et
-_bonn_et, _for_et et _for_êt riment parfaitement ensemble. _Il est_,
-qui a gardé son _s_, est de la même famille, mais son _e_ est moyen,
-même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire
-le plus souvent: _qu’_est_-ce que c’_est? _c’_est _lui_, ainsi dans
-_c’_est _vrai_, _est_ est moins ouvert que _vrai_.
-
-_Fouet_ s’est longtemps prononcé _foi_, mais l’orthographe a réagi sur
-la prononciation.
-
-
-2º Un certain nombre de mots en _=-cès=_, _=-grès=_ ou _=-près=_,
-dérivés de mots latins en _-cessus_, _-gressus_ et _-pressus_, à
-savoir: _déc_ès, _proc_è_s_, _abc_è_s_, _exc_è_s_ et _succ_è_s_;
-_progr_è_s_ et _congr_ès; _pr_è_s_, _apr_è_s_, _aupr_è_s_, _expr_è_s_,
-et le substantif _cypr_ès[129]. De plus, sans doute par analogie,
-_gr_è_s_, _agr_è_s_ et _tr_è_s_; enfin _d_è_s_ et _prof_è_s_. _Tu_
-e_s_ a plutôt l’_e_ moyen, un peu plus ouvert dans _folle que tu_ e_s_
-que dans _tu_ e_s folle_.
-
-La tendance à fermer l’_=e=_ final est si marquée en français que, même
-pour ces deux catégories, _-et_ et _-ès_, dans beaucoup de provinces
-on ferme l’_=e=_, comme dans _mes_ ou _les_. Cette prononciation, qui
-n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de
-nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des
-défauts dont il faut se garder le plus.
-
-En parlant de l’_=e=_ fermé, ou plutôt de l’_=e=_ final, même ouvert,
-nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même
-partout: sans être tout à fait bref, l’_=e=_ final n’est jamais long;
-comme l’_a_ final, il est moyen partout, dans _succ_è_s_, _cabin_e_t_
-ou même _for_ê_t_, comme dans _aim_e_r_, _aim_é ou _aim_e_z_. La
-question est donc sans intérêt[130].
-
-Pourtant les finales féminines en _=-ée=_ et _=-ées=_ furent jadis et
-peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines.
-Elles ont fait comme les finales en _=-oie=_, et nous retrouverons
-le même phénomène dans les finales en _=-aie=_, _=-eue=_, _=-ie=_,
-_=-ue=_, _=-oue=_. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les
-finales en _=-ie=_ (et encore!), la distinction d’avec la finale
-masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se
-maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en
-vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer,
-_s’il est possible_, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est
-plus qu’un artifice de diction[131].
-
-
-2º L’E suivi d’une consonne articulée.
-
-Ainsi l’_=e=_ fermé français n’est jamais long, mais toujours moyen.
-Au contraire l’_=e=_ ouvert peut être, suivant les cas, bref, moyen ou
-long. C’est ce que nous allons voir en étudiant l’_=e=_ suivi d’une
-consonne articulée. Cet _=e=_, comme nous avons dit, est toujours plus
-ou moins ouvert[132]. Mais il est surtout beaucoup plus ouvert quand
-la voyelle est longue que quand elle est brève ou moyenne: _ouvert_ et
-_long_ sont ici proportionnels[133].
-
-L’ordre adopté pour la voyelle _a_ s’impose également pour l’_e_.
-
-
-I. =E bref.=--Les finales brèves sont celles qui ont une explosive
-brusque, _=c=_, _=p=_, _=t=_, ou une spirante sourde, _=f=_, _=ch=_,
-_=s=_.
-
-
-1º _=-ec=_ (avec _-ech_ non chuintant ou _-eck_) et _=-èque=_: _b_e_c_,
-_éch_e_c_, _var_e_ch_, _bift_e_ck_, _ch_è_que_, _past_è_que_[134].
-
-
-2º _=-ep=_ et _=-eppe=_: _jul_e_p_, _st_e_ppe_. _C_è_pe_, qui n’a
-qu’un _p_ devant l’_e_ final, est resté plus long et plus ouvert que
-_st_e_ppe_ ou _c_e_p_: nous retrouverons ailleurs cette différence
-entre la consonne simple et la consonne double[135].
-
-
-3º _=-et=_ et _=-ète=_ ou _=-ette=_: _n_e_t_ et _n_e_tte_, _s_e_pt_,
-_di_è_te_ et _mi_e_tte_, _cach_è_te_ et _cach_e_tte_, _compl_è_te_ et
-_empl_e_tte_, _secr_è_te_ et _regr_e_tte_[136].
-
-Naguère encore la finale _=-ète=_ était moins brève que _=-ette=_:
-il est bien difficile de saisir aujourd’hui une différence entre les
-mots qu’on vient de lire[137]. _Vous êtes_ s’est lui-même fort abrégé,
-malgré l’accent circonflexe, surtout devant un mot, parce qu’il perd
-l’accent: _vous êtes fou_. En vers pourtant, la finale _=-ète=_ reste
-souvent plus longue et plus ouverte, au moins pour rimer avec _=-ête=_,
-et cette ouverture se maintient parfois dans la diction soutenue pour
-certains mots, comme _proph_è_te_ et surtout _po_è_te_[138]. Mais
-quand on dit dans le langage courant _les po_è_tes français_, il est
-bien certain que l’_e_ de _po_è_te_ n’est pas plus ouvert que celui de
-_mu_e_tte_.
-
-_Couette_ et _bouette_ s’écrivent aussi _coite_ et _boite_, et
-se prononcent ainsi. Quelques-uns prononcent encore _foite_ et
-_foiter_ pour _fou_e_tte_ et _fou_e_tter_, mais cette prononciation
-est désormais surannée, presque autant que celle de _foi_ pour
-_fou_e_t_: c’est toujours la réaction fâcheuse de l’orthographe sur la
-prononciation, mais on n’y peut rien[139].
-
-
-4º _=-ef=_ et _=-effe=_ ou _=-èphe=_: _f_, _reli_e_f_, _ch_e_f_,
-_gr_e_ffe_[140].
-
-
-5º _=-èche=_: _bob_è_che_, _s_è_che_. Malgré l’accent circonflexe,
-_pimb_ê_che_ a aussi l’_e_ bref. Pourtant il s’écrivait autrefois avec
-un _s_[141]; ainsi:
-
- Haute et puissante dame Yolande Cudasne
- Comtesse de _Pimbesche_, _Orbesche_, et cætera;
-
-mais il faut croire que l’_e_ s’est abrégé, ou bien cet _sch_ venait
-de l’allemand, et équivalait au _ch_ français: l’accent circonflexe ne
-serait donc pas justifié. En revanche on allonge quelquefois l’_e_ dans
-_cr_è_che_ et _br_è_che_, en achevant de l’ouvrir[142].
-
-
-6º _=-èce=_ et _=-esse=_ ou _=-esce=_, mais non _=-ès=_: _la lettre
-s_ (écrite aussi _esse_), _ni_è_ce_ et _vieill_e_sse_, _esp_è_ce_ et
-_pap_e_ss_e, _nobl_e_sse_, _allégr_e_sse_, _v_e_sce_, etc. Les verbes
-_c_e_sse_ et _pr_e_sse_ et leurs dérivés ont conservé généralement un
-_e_ un peu plus long; les autres se sont abrégés[143].
-
-Quant aux mots en _=-ès=_ à _s_ articulé, ils ont tous l’_=e=_
-long, comme les mots en _=-as=_, dans le même cas; mais, de même
-que les mots en _=-as=_, ils ne sont pas français: ils sont latins,
-comme _palmar_è_s_ ou _faci_e_s_, ou étrangers, comme _londr_è_s_
-ou _cort_è_s_[144]. L’_e_ n’est bref ici que quand il est suivi de
-deux _s_, comme dans _expr_e_ss_ et _m_e_ss_, et ces mots sont aussi
-étrangers.
-
-_Est-ce_ devrait être long, mais il ne l’est guère, même quand il
-est tonique: _à qui est-ce_ diffère peu de _acquiesce_; à plus forte
-raison quand il ne l’est pas: _est-ce à lui?_ D’autre part l’article
-pluriel composé archaïque _ès_ (en les) avait autrefois l’_s_ muet et
-l’_e_ ouvert, comme dans la préposition _dès_; on prononce aujourd’hui
-l’_s_, mais l’_e_ reste bref et n’est qu’à demi-ouvert: _bachelier ès
-lettres_. Ces deux mots rentrent donc dans la règle générale.
-
-Pour ce qui est de _pataquès_, une anecdote bien connue, racontée par
-Domergue, le tire de la phrase _je ne sais pas-t-à-qu’est-ce_, pour _je
-ne sais pas à qui c’est_[145]. A ce compte, il devrait avoir l’_e_
-bref; mais il a suivi l’analogie de tous les mots en _ès_[146].
-
-
-II. =E moyen.=--L’_=e=_ est un peu moins bref devant une explosive
-retardée, _b_, _d_, et _g_ guttural, devant _l_, _m_ et _n_, et devant
-les consonnes mouillées, ainsi que devant la spirante sonore _j_ (ou
-_g_ devant _e_ et _i_).
-
-
-1º _=-eb=_ et _=-èbe=_: _éph_è_be_, _gl_è_be_. On allonge quelquefois
-les monosyllabes _gl_è_be_ et _pl_è_be_, mais ceci n’est pas d’un bon
-exemple[147].
-
-
-2º _=-ed=_ et _=-ède=_: _z_, _rem_è_de_, _poss_è_de_[148].
-
-
-3º _=-eg=_ et _=-ègue=_: _b_è_gue_, _gr_è_gues_[149].
-
-
-4º _=-el=_ et _=-èle=_ ou _=-elle=_: _l_, _app_e_l_, _app_e_lle_
-ou _ép_è_le_, _t_e_l_, _t_e_lle_ ou _att_e_lle_, _mart_è_le_ ou
-_immort_e_lle_[150]. On voit que la différence entre les formes
-verbales en _-èle_ et _-elle_ est une simple question d’orthographe,
-assez ridicule d’ailleurs et souvent douteuse[151].
-
-Pourtant le monosyllabe _h_è_le_ est généralement long; de même
-_z_è_le_ et aussi _st_è_le_, qui garde la quantité grecque. Ces mots se
-prononcent comme ceux qui ont l’accent circonflexe[152].
-
-En revanche, le substantif _gr_ê_le_, autrefois _gresle_, comme
-l’adjectif, s’est différencié de lui en s’abrégeant.
-
-D’autre part le pronom _elle_ s’allonge aussi quand il est tonique,
-mais seulement à la suite d’une préposition: bref ou moyen dans
-_dit_-e_lle_, aussi bien que dans e_lle dit_, il paraît long dans
-_pour_ e_lle_, _sur_ e_lle_, _avec_ e_lle_, etc. De même _ré_e_lle_,
-à cause de la nécessité de distinguer les voyelles identiques, et
-quelquefois _p_e_lle_.
-
-Il y a la même différence entre _mo_e_lle_ et _po_ê_le_ qu’entre
-_b_e_lle_ et _b_ê_le_, mais c’est _oua_ qu’on entend, ouvert dans
-_mo_e_lle_ (mwal) et dans ses dérivés, ainsi que dans _mo_e_llon_,
-fermé dans _po_ê_le_ (pwâl) et ses dérivés[153].
-
-
-5º _=-em=_ et _=-ème=_ ou _=-emme=_: _m_, _har_e_m_, _s_è_me_,
-_dil_e_mme_, _centi_è_me_.
-
-Toutefois, dans beaucoup de mots en _-ème_, surtout des mots savants,
-la prononciation soutenue, un peu oratoire, fait l’_e_ aussi long que
-dans les mots en _-ême_[154]. On ne perçoit guère de différence entre
-_bl_ê_me_ et _embl_è_me_, _car_ê_me_ et _théor_è_me_, _bapt_ê_me_ et
-_anath_è_me_. De même, en vers, on allonge généralement _po_è_me_
-et _diad_è_me_, surtout à la rime, sans parler de _cr_è_me_ ou
-_stratag_è_me_[155]. L’étymologie grecque, d’une part, la poésie et
-la rime d’autre part, et l’enseignement, qui insiste outre mesure sur
-l’accent grave, ont dû contribuer à amener cette confusion. Les seuls
-mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les adjectifs
-numéraux en _-ième_, où l’_e_ reste toujours moyen, et surtout _s_è_me_
-et ses composés, qui suivent l’analogie des verbes en _-eler_ et
-_-eter_. On pense bien d’ailleurs que dans _syst_è_me métrique_, l’_e_
-ne peut être que moyen, de même que dans _les po_è_mes français_[156].
-
-Quant à _femme_, il se prononçait autrefois _fan-me_, avec son nasal,
-comme _flan-me_. La syllabe s’est dénasalisée de la même manière que
-celle de _flamme_, puisque la prononciation était la même, et voilà
-pourquoi on prononce _f_e_mme_ par un _a_, mais cet _a_ est plus bref
-que celui de _flamme_[157].
-
-
-6º _=-en=_ et _=-ène=_ ou _=-enne=_: _n_, _cyclam_e_n_, _éb_è_ne_ et
-_b_e_nne_, _étr_e_nne_ et _gangr_è_ne_[158]. Mais, ici aussi, sans
-doute pour les mêmes raisons que _-ème_, _-ène_ se prononce très
-souvent comme _-êne_[159]. Par exemple on voit peu de différence entre
-_r_ê_nes_ et _ar_è_ne_, entre _g_ê_ne_ et _indig_è_ne_[160]. Les seuls
-mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les formes
-verbales des verbes en _-ener_ et même _-éner_, qui suivent aussi
-l’analogie des verbes en _-eler_ et _-eter_: _emm_è_ne_, _égr_è_ne_,
-_ass_è_ne_, etc., avec _ali_è_ne_, _rassér_è_ne_, _réfr_è_ne_[161].
-Mais on allonge parfois jusqu’à _éb_è_ne_ et _gangr_è_ne_, ce qui est
-excessif.
-
-_Cou_e_nne_ se prononce encore _coine_, mais est en voie de
-s’altérer[162].
-
-
-7º _=-ègne=_, avec trois mots: _du_è_gne_, _r_è_gne_ et _impr_è_gne_,
-qui s’allongent quelquefois, mais sans nécessité[163].
-
-
-8º _=-eil=_ et _=-eille=_[164]: _somm_e_il_ et _somm_e_ille_,
-_par_e_il_ et _par_e_ille_, _ort_e_il_ et _merv_e_ille_, sans qu’il y
-ait aucune distinction entre les deux comme il y en a entre _-ail_ et
-_-aille_[165].
-
-On ferme encore l’_e_ dans _vi_e_ille_, comme autrefois, au moins dans
-la conversation.
-
-
-9º _=-ège=_: _pi_è_ge_, _coll_è_ge_, _abr_è_ge_, et aussi _puiss_é-_je_
-et _duss_é-_je_, malgré l’accent aigu, qui se conserve par tradition,
-mais qui ne saurait empêcher l’_e_ de s’ouvrir dans cette finale[166].
-
-On notera en outre que l’_e_, en s’ouvrant dans la finale _-ège_, s’est
-en même temps abrégé, tandis que l’_a_ s’allongeait dans la finale
-_-age_. La spirante sonore _j_ se sépare donc ici de ses sœurs _v_ et
-_z_[167].
-
-
-III. =E long.=--Voici enfin les consonnes qui achèvent d’ouvrir et
-allongent tout à fait l’_e_ qui les précède. Il n’y en a plus que
-trois: _r_, _v_ et _z_.
-
-
-1º _=-er=_ (avec ou sans consonne) et _=-ère=_ ou _=-erre=_: _r_,
-_fi_e_r_, _ti_e_rs_ et _enti_è_re_, _f_e_r_, _off_e_rt_ et _enf_e_rre_,
-_cl_e_rc_, _n_e_rfs_, _vén_è_re_ et _tonn_e_rre_. Il n’y a qu’une
-prononciation pour _v_e_r_, _v_e_rs_, _v_e_rt_ et _v_e_rre_; et,
-de même que pour la finale _=-ar=_ ou _=-are=_, il n’y a aucune
-exception[168].
-
-Cette prononciation de la finale _-er_, avec _e_ ouvert et _r_ sonore,
-est purement française (ou latine); elle n’est la même pour les
-mots étrangers en _-er_ que quand ils sont francisés ou à peu près.
-Ainsi l’anglais _plac_e_r_, _spenc_e_r_, _tend_e_r_, _port_e_r_,
-_report_e_r_, _ulst_e_r_, _revolv_e_r_, au besoin _outsid_e_r_ et
-_start_e_r_[169]; l’allemand _thal_e_r_ ou _bitt_e_r_[170]; le
-hollandais _stathoud_e_r_ et _pold_e_r_; le danois _geys_e_r_; le
-suédois _eid_e_r_, sans compter _vétiv_e_r_, qui vient du tamoul,
-et _mess_e_r_, qui vient de l’italien. Tous ces mots s’accommodent
-parfaitement de notre _e_ ouvert, ou même n’en ont plus d’autres chez
-nous[171].
-
-Au contraire, beaucoup de mots anglais d’usage peu populaire conservent
-_plutôt_ le son _eur_ ouvert: _cant_e_r_, _clipp_e_r_, _coron_e_r_,
-_farm_e_r_, _for ev_e_r_, _globe-trott_e_r_, _highland_e_r_,
-_ov_e_r-coat_ et _lead_e_r_, _cov_e_r-coat_, _port_e_r_,
-_rally-pap_e_r_, _rememb_e_r_, _schoon_e_r_, _settl_e_r_, _stepp_e_r_,
-_walkov_e_r_, _wat_e_r_. _Cutter_ s’est francisé en _cotre_. _Quaker_
-et même _bookmaker_ font entendre quelquefois la finale _ècre_[172].
-Quant à _fox-terrier_, il est complètement francisé et identifié au
-français _terrier_: _fox-terrieur_ est assez ridicule, même chez les
-personnes qui savent l’anglais.
-
-
-2º _=-ève=_: _f_è_ve_, _br_è_ve_, _gr_è_ve_, _s_è_ve_. On notera
-que les _e_ de _br_e_f_ et de _br_è_ve_ sont presque aux deux
-extrémités[173].
-
-Toutefois les formes verbales, _ach_è_ve_, _l_è_ve_, _cr_è_ve_ et
-_gr_è_ve_, et leurs composés (et par conséquent les substantifs
-_él_è_ve_ et _rel_è_ve_), ont l’_e_ plutôt moyen, suivant l’analogie
-des verbes de même forme: _ach_è_te_, _g_è_le_, _s_è_me_ ou
-_égr_è_ne_, et cela surtout quand ils perdent l’accent, comme dans
-_rel_è_ve-t-il_[174].
-
-
-3º _=-èse=_, _=-ez=_ et _=-èze=_: _di_è_se_, _ob_è_se_, _f_e_z_,
-_mél_è_ze_ et _trap_è_ze_[175]. Toutefois les verbes _p_è_se_ et
-_emp_è_se_ ont l’_e_ moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_.
-
- * * * * *
-
-En résumé l’_e_ reste bref, ou tout au plus moyen, devant quinze
-consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant trois; et plus il
-est long, plus il s’ouvre.
-
-
-3º L’E suivi des groupes à liquides.
-
-Les groupes de deux consonnes que terminent des liquides sont encore
-moins abondants et sont aussi plus réguliers pour _e_ que pour _a_.
-
- * * * * *
-
-Ceux dont la seconde consonne est un _l_ sont quatre: _=-èble=_,
-_=-ècle=_, _=-èfle=_, _=-ègle=_ (-è_ple_ n’existe pas), avec six
-mots en tout: _hi_è_ble_, _si_è_cle_ (et _Th_è_cle_), _n_è_fle_
-et _tr_è_fle_, _espi_è_gle_ et _r_è_gle_. Ces mots correspondent
-exactement, et appartiennent même, si l’on veut, aux finales en _-eb_,
-_-ec_, _-ef_ et _-eg_, sauf que leur _e_ est un peu moins bref; mais
-nulle part il n’est long[176].
-
-Parmi les finales dont la seconde consonne est un _=r=_, les plus
-brèves sont _=-ècre=_, _=-èfre=_ et _=-èpre=_: _ex_è_cre_ et
-_l_è_pre_[177].
-
- * * * * *
-
-Les mots en _=-èbre=_, _=-èdre=_, _=-ègre=_, ont l’_e_ moins bref:
-moins bref que _-eb_, _-ed_, _-eg_, moins bref aussi que _-ècre_,
-_-èfre_, _-èpre_, mais non pas long tout à fait pour cela, sauf
-en vers, bien entendu, où les poètes se plaisent à prolonger la
-rime _fun_è_bres_-_tén_è_bres_; mais je ne vois pas que, dans la
-conversation ordinaire, on prononce _cél_è_bre_, _alg_è_bre_ ou
-_vert_è_bre_ autrement que _z_è_bre_[178]. _C_è_dre_ s’allonge
-volontiers en poésie; mais en prose l’_e_ de _c_è_dre_ est aussi moyen
-que celui des mots géométriques en-è_dre_, _di_è_dre_, _tri_è_dre_,
-etc.[179]. Enfin l’_e_ est également moyen dans _all_è_gre_, _n_è_gre_,
-_int_è_gre_ et _p_è_gre_ (haute et basse).
-
- * * * * *
-
-Il ne reste plus dans cette catégorie que les finales en _=-ètre=_ ou
-_=-ettre=_ et en _=-èvre=_, les plus abondantes de toutes, et celles où
-l’_=e=_ est le plus bref ou le plus long.
-
-L’_e_ est bref dans _m_e_ttre_ et _l_e_ttre_ et leurs composés; mais je
-ne vois pas que _m_è_tre_ se prononce autrement que _m_e_ttre_[180]; et
-les deux _e_ de _p_é_n_è_tre_ sont, si on le veut, presque identiques.
-Il faut bien allonger _ur_è_tre_ quand Victor Hugo le fait rimer avec
-_pr_ê_tre_; mais en dehors des cas pareils, _=-ètre=_ doit être tenu
-pour pareil à _-ettre_, de même que _complète_ et _emplette_, _épèle_
-et _appelle_. La seule différence est la faculté qu’ont les mots en
-_=-ètre=_ d’allonger leur finale en cas de besoin[181].
-
-Quant aux mots en _=-èvre=_, en principe ils ont l’_=e=_ long, comme
-les mots en _=-ève=_, mais moins sans doute que les mots en _=-èse=_.
-Et il y a des distinctions à faire[182]: _orf_è_vre_ et _l_è_vre_
-paraissent avoir l’_=e=_ plus constamment ouvert que les autres;
-_ch_è_vre_ l’a beaucoup moins, et aussi _s_è_vre_, qui a l’_=e=_
-plutôt moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_; _pl_è_vre_ est douteux, et
-aussi les mots en _-i_è_vre_: _fi_è_vre_, _li_è_vre_, _mi_è_vre_ et
-_geni_è_vre_, du moins en prose, car en vers on tend à les ouvrir[183].
-
- * * * * *
-
-_Remarque._--Cette observation à propos des vers, déjà faite plusieurs
-fois, ne veut pas dire du tout qu’il faille en principe prononcer les
-mots autrement en vers qu’en prose. Et je veux bien qu’il y ait tout de
-même une prononciation oratoire ou poétique, qui ouvre les _e_ un peu
-plus que ne fait l’usage courant. Mais c’est de la rime surtout qu’il
-faut tenir compte, car les poètes font volontiers rimer des mots dont
-la quantité n’est pas la même. Or il importe beaucoup de distinguer les
-cas.
-
-_R_a_ce_ et _gr_â_ce_, malgré la consonne d’appui, font une rime
-médiocre et que rien ne peut pallier, car les voyelles diffèrent
-à la fois de timbre et de quantité, et on ne peut ni allonger et
-fermer _r_a_ce_, ni abréger et ouvrir _gr_â_ce_; de même _tr_ô_ne_ et
-_cour_o_nne_, rime si fréquente chez Victor Hugo. _Fleur_e_tte_ et
-_arr_ê_te_ diffèrent déjà un peu moins; mais il est encore impossible
-d’identifier les sons, de même que ceux de _m_e_ttre_ et _m_aî_tre_, et
-la rime reste médiocre.
-
-Au contraire, les finales qui ont un accent grave sur l’_=e=_ ont la
-faculté de s’ouvrir davantage pour se rapprocher de celles qui ont
-l’accent circonflexe. Or il n’y a pas assez de mots en _=-êche=_,
-_=-êle=_, _=-ême=_, _=-êne=_ ou _=-être=_, pour que les poètes ne
-soient pas amenés à les faire rimer avec des mots à accent grave. En
-ce cas, il faut bien faire quelque chose pour eux. On ne doit donc
-pas souligner fâcheusement des licences nécessaires, en accentuant la
-différence de prononciation, mais au contraire rapprocher l’_è_ de
-l’_ê_, et en général l’_e_ qui peut s’ouvrir davantage de l’_e_ très
-ouvert, qui ne peut guère s’ouvrir moins. Par exemple, si le poète fait
-rimer _cr_è_che_ et _pr_ê_che_, _cis_è_le_ et _z_è_le_, _centi_è_me_
-et _Boh_ê_me_, _gangr_è_ne_ et _fr_ê_ne_, _pén_è_tre_ et _fen_ê_tre_,
-rimes excellentes d’ailleurs et peu discutables, ce serait le trahir
-que de ne pas ouvrir l’_e_ partout aussi également que possible, comme
-il a probablement voulu qu’on l’ouvrît. Et si même il a fait une
-erreur, il faut pallier cette erreur quand on le peut.
-
- * * * * *
-
-Il résulte aussi de toutes nos observations que le degré d’ouverture
-de l’_e_ est souvent discutable, et qu’on a le droit de différer
-d’opinion sur ce point. Il ne faut donc pas attacher à ce détail trop
-d’importance: on ne sera jamais ridicule parce qu’on l’ouvrira un
-peu plus ou un peu moins, et il y a des fautes beaucoup plus graves.
-La faute grave ici consiste à fermer des _e_ qui sont certainement
-ouverts. On a pu voir que la tendance générale, due peut-être à la
-poésie, est de les ouvrir, et beaucoup sont ouverts qui jadis étaient
-fermés, comme ceux des mots en _-ège_. Or dans beaucoup d’endroits
-on continue à les fermer: on prononce _coll_é_ge_, _bonn_é_t_ et
-même _bôn_é_t_, _ach_é_te_ et _emm_é_ne_; c’est là une prononciation
-dialectale, qui est tout à fait vicieuse.
-
-
-4º L’E atone.
-
-Nous savons déjà qu’en principe l’_=e=_ atone est moyen dans tous les
-sens; du moins il n’est jamais complètement fermé, notamment devant un
-_r_. Et il n’est pas plus fermé quand il a l’accent aigu que quand
-il est suivi de deux consonnes: _r_é_v_é_ler_ ou _d_é_geler_ n’ont de
-vraiment fermé que l’_e_ final, dont les autres diffèrent peu ou prou;
-il en est de même de _d_e_ss_e_ller_ ou e_ffr_é_né_. Beaucoup de ces
-_e_ ont été fermés autrefois, notamment tous ceux qui ont l’accent
-aigu, et particulièrement les préfixes _é-_ et _dé-_ (autrefois _es-_
-et _des-_): é_lèves_, _d_é_faire_; ils s’ouvrent aujourd’hui de plus
-en plus, au moins à demi, et plus qu’à demi[184]. Nous avons vu l’_e_
-fermé de _r_e_z_ s’ouvrir à moitié dans _r_e_z-de-chaussée_, aussi bien
-que celui de _pi_e_d_ dans _pi_é_ton_; et quoique l’_e_ généralement
-fermé de _mes_, _les_, _des_, reste fermé aussi dans les composés,
-_m_e_sdames_, _l_e_squels_, _d_e_squels_, etc., il s’ouvre à demi
-dans _m_e_ssieurs_, parce que les composants n’y sont plus reconnus.
-Inversement, celui de _fi_è_vre_ ou _n_è_gre_ se ferme légèrement dans
-_fi_é_vreux_ ou _n_é_gresse_.
-
-Toutefois, de même que l’_a_ tonique fermé restait souvent fermé en
-devenant prétonique par suite de la flexion, de la dérivation ou de la
-composition, de même l’_e_ tonique ouvert et long reste souvent tel ou
-à peu près dans les mêmes conditions.
-
- * * * * *
-
-Ainsi l’_=e= prétonique_ est ouvert et long d’abord quand il a l’accent
-circonflexe, mais naturellement un peu moins dans _p_ê_cher_ ou
-_p_ê_cherie_ que dans _p_ê_che_, beaucoup moins même dans _pr_ê_ter_,
-_rev_ê_tir_ ou _tr_aî_tresse_ que dans _pr_ê_te_, _rev_ê_te_ ou
-_tr_aî_tre_.
-
-Cette conservation de l’_e_ ouvert est d’ailleurs combattue par la
-tendance que l’_e_ prétonique paraît avoir à se fermer devant une
-tonique fermée: phénomène d’assimilation ou d’accommodation. Ainsi
-l’_e_ se ferme tout en restant long dans _f_ê_lure_, _b_ê_tise_,
-_t_ê_tu_ et même _ent_ê_té_, malgré l’_e_ ouvert de _f_ê_le_, _b_ê_te_,
-_t_ê_te_. Toutefois cette prononciation appartient presque uniquement à
-la langue courante et familière, et ne serait point admise par exemple
-en vers[185].
-
-L’_=e=_ prétonique est encore fermé, sans être proprement long, devant
-un _e_ muet: _fé_(e)_rie_, _gré_(e)_ment_.
-
- * * * * *
-
-Beaucoup d’_=e= prétoniques_ sans accent circonflexe restent aussi
-ouverts et longs un peu plus qu’à demi: _z_è_le_, _pi_e_rreux_ ou
-_empi_e_rrer_, _s_e_rrer_ ou _s_e_rrure_, _t_e_rreau_, _t_e_rrer_
-ou _ent_e_rrer_, _v_e_rrée_, _bri_è_vement_, _gri_è_vement_ et les
-adverbes en _-èrement_ rappellent d’assez près _z_è_le_, _s_e_rre_,
-_t_e_rre_, _br_è_ve_, etc. On y joindra _p_e_rron_, _je v_e_rrai_,
-_j’env_e_rrai_, _la bobinette ch_e_rra_.
-
-On notera que l’_e_ des verbes en _-érer_, comme celui des verbes en
-_-arer_, est tout à fait moyen, ce qui met une assez grande distance
-entre _lib_é_rer_ et _lib_è_re_, _tol_é_rer_ et _tol_è_re_; cela tient
-sans doute à ce que l’_e_ des formes toniques a dû être ouvert et
-allongé par l’_r_ final, tandis que l’_e_ atone gardait sa quantité
-normale.
-
-Il en est de même de _f_e_rrer_, _f_e_rrure_, _gu_e_rrier_,
-_v_e_rrière_, et des mots où deux _r_ se prononcent, comme _t_e_rreur_.
-Par analogie peut-être, des mots comme _mani_é_ré_ ou _arri_é_ré_ ont
-pris aussi l’_e_ moyen[186]; à fortiori _f_e_rrailler_, _gu_e_rroyer_,
-_t_e_rrasser_ ou _att_e_rrissage_, _v_e_rroterie_, etc., où l’_e_ est
-plus éloigné de la tonique.
-
-
-5º Quelques cas particuliers.
-
-_Fainéant_ se prononce _fégnan_ dans le peuple; mais les personnes
-cultivées ont droit d’articuler _fai-né-ant_[187].
-
- * * * * *
-
-On a vu plus haut que l’_e_ de _f_e_mme_ se prononçait _a_, et
-pourquoi. Il en est de même de celui de _sol_e_nnel_ ou _sol_e_nnité_,
-de _rou_e_nnais_ et _rou_e_nnerie_, et des adverbes en _-emment_, comme
-_fréqu_e_mment_ et _ard_e_mment_, etc.: dans tous ces mots aussi,
-le son primitif _an_ s’est dénasalisé en _a_ et en même temps s’est
-abrégé[188].
-
-Le même phénomène s’est produit dans bien d’autres mots, comme
-_ennemi_, passé de _en-nemi_ nasal à _a-nemi_; mais _a-nemi_ est devenu
-depuis _e-nemi_, à cause de l’orthographe. C’est ce qui s’est fait
-aussi, malgré les efforts désespérés des grammairiens, dans _n_e_nni_
-et dans _h_e_nnir_ ou _h_e_nnissement_, qui, après être passés de _an_
-à _a_, sont aussi passés de _a_ à _e_[189].
-
-Dans _ind_e_m-niser_ ou _ind_e_m-nité_, il en est de même, et la
-prononciation _ind_a_mnité_, qui n’est pas rare, sera bientôt aussi
-surannée que _h_a_nir_: toujours l’influence de l’orthographe. Cette
-influence commence même à se faire sentir, non pas peut-être dans
-_solennel_, mais du moins dans _solennité_[190].
-
- * * * * *
-
-Il faut éviter avec soin de traiter l’_é_ de _d_é_jà_ comme un _e
-muet_: _il est d’jà venu_[191].
-
- * * * * *
-
-L’_e_ intérieur latin, qui ne prend pas d’accent, est aussi
-généralement un _e_ moyen, plus ou moins ouvert[192].
-
-Il en est de même des diphtongues _œ_ et _æ_: œ_sophage_, œ_dème_,
-œ_cuménique_, œ_nophile_, æ_rarium_, _ad vitam_ æ_ternam_, etc.[193].
-Toutefois on ferme _œ_ dans _f_œ_tus_ ou _c_œ_cum_, _æ_ dans _ex_
-æ_quo_ ou æ_quo animo_.
-
-
-6º L’E des mots étrangers.
-
-Dans les mots étrangers, l’_=e= intérieur_, aussi bien que l’_=e=_
-final, n’a pas d’accent aigu dans les cas où nous en mettrions un; mais
-il se prononce comme s’il l’avait, surtout s’il porte l’accent tonique.
-Ainsi l’_=e=_ est à demi ouvert dans _impr_e_sario_ ou _m_e_zzo_,
-dans _bras_e_ro_, _romanc_e_ro_, _tor_e_ro_, et aussi dans e_vent_,
-_r_e_volver_, _r_e_member_; il est même fermé dans _pes_e_ta_; mais
-il est muet dans _r_e_cord_, qui est complètement francisé, si bien
-qu’il ne se prononce même pas dans _r_e_cordman_, qui est manifestement
-étranger[194]. D’autre part, quand l’_=e=_ intérieur est atone, il est
-souvent presque muet, surtout en allemand[195].
-
-L’_=o=_ germanique surmonté d’un tréma se prononce _=eu=_ en allemand
-et aussi en suédois. L’_=œ=_, par lequel nous le représentons, faute
-de caractère typographique spécial[196], se francise quelquefois en
-_=é=_ dans certains noms propres[197]. D’autres fois, mais rarement,
-il se décompose en _=o-ë=_[198]. Mais le plus souvent il garde le son
-germanique _=eu=_, comme dans _f_œ_hn_[199].
-
- * * * * *
-
-Dans beaucoup de mots étrangers, surtout allemands, l’_e_ ne sert qu’à
-allonger l’_i_ qui le précède, comme dans _li_e_d_, mot savant qui a pu
-garder sa prononciation originale _lîd_[200].
-
-L’_=e=_ double germanique n’est qu’un _e_ fermé long[201].
-
-L’_=e=_ double anglais, final ou non, se prononce encore _i_, par
-exemple dans _m_ee_ting_, _sl_ee_ping_, _qu_ee_n_, _spl_ee_n_,
-_k_ee_psake_, _yank_ee, _pedigr_ee, _str_ee_t_, _sp_ee_ch_ ou
-_st_ee_ple_[202]. Cet _i_ est long; mais nous l’abrégeons souvent,
-notamment dans _k_ee_psake_, parce que nous déplaçons l’accent[203].
-
-
-7º Les groupes AI (ay) et EI (ey).
-
-_Ai_ ou _ei_, ainsi que _ay_ ou _ey_, se prononcent généralement comme
-_è_ ouvert[204].
-
-
-I. =AI final.=--_=Ai=_ final, sans consonne, était jadis fermé comme
-_é_. Il ne l’est plus guère aujourd’hui que dans j’_ai_, mais non pas
-dans _ai-je_, qui suit l’analogie des mots en _-ège_.
-
-A Paris, on continue à fermer la finale dans _geai_, _gai_ (avec
-_gaie_, _gaiement_, _gaieté_) et _quai_, au pluriel comme au singulier;
-mais cela n’est point indispensable: cela devient même dialectal[205].
-D’ailleurs, cette prononciation est probablement destinée à
-disparaître dans ces mots comme dans les autres. _Mai_ prononcé _mé_
-est tout à fait suranné, et aussi incorrect que _vrai_ prononcé
-_vré_[206]. Dans _je sais_, le son fermé, qui remonte sans doute à
-l’époque où l’on écrivait _je sai_, n’est guère meilleur aujourd’hui
-que dans _mai_[207]. Enfin les futurs, qui jadis se distinguaient
-des conditionnels (_aimerai_ par _é_, _aimerais_ par _è_), ne s’en
-distinguent plus aujourd’hui que par un effort volontaire, qu’il est
-inutile de s’imposer[208].
-
-Même les mots anglais en _=-ay=_ et _=-ey=_, qui se prononcent
-_é_ en anglais, se francisent parfaitement, mais ne le font qu’en
-s’ouvrant: _tramw_ay, _jock_ey, _troll_ey, _pon_ey, _jers_ey, comme
-_bogh_ei, transcrit de l’anglais _buggy_, et parfois écrit _boghet_ ou
-_boguet_[209].
-
-Donc, d’une façon générale, _=ai=_ final est devenu sensiblement
-identique à _=ais=_, qui est très ouvert, quoique le peuple le ferme
-souvent, à Paris et ailleurs; et l’on peut dire qu’en définitive
-_ai_ est ouvert à peu près partout et se prononce _è_, qu’il y ait
-ou non une consonne, et quelle que soit la consonne, _-aid_, _-ais_,
-_-ait_, _-aix_, et aussi _-aît_; car les mots en _-aît_, comme les
-mots en _-êt_, ne se distinguent guère des autres, et _conn_aî_t_
-ou _par_aî_t_, comme _ben_ê_t_ ou _for_ê_t_, ne se prononcent pas
-autrement que _bonn_e_t_ ou _cabar_e_t_.
-
-Ainsi entre _f_ai_s_, _parf_ai_t_, _portef_ai_x_, _préf_e_t_,
-_prof_è_s_, il n’y a que des différences d’orthographe; de même entre
-_ess_ai, _je s_ai_s_, _déc_è_s_, _franç_ai_s_, _forç_ai_t_, _cors_e_t_,
-entre _bal_ai, _pal_ai_s_, _gal_e_t_, _égal_ai_t_, _l_e_gs_, _troll_ey,
-_dépl_aî_t_: les mots de tous ces groupes riment parfaitement ensemble
-pour l’oreille, et même richement[210].
-
-Comme les finales en _-é_ ou _-et_, toutes ces finales sont également
-moyennes pour la quantité. La finale _=-aie=_ ou _=-aies=_ s’allonge
-un peu en vers, mais cette différence est insensible dans l’usage
-courant: _est-ce vr_ai ou _est-elle vr_ai_e_ ne se prononcent pas de
-deux manières, et le subjonctif _j’aie_ ne diffère de _j’ai_ que par
-le timbre, c’est-à-dire par l’ouverture[211]. Il faut seulement éviter
-de changer _-aie_ en _-aye_ (_ai-ye_).
-
-
-II. =AI suivi d’une consonne articulée.=--Suivis d’une consonne
-articulée, _=ai=_ ou _=ei=_ suivent naturellement le sort de l’_e_
-dans les cas correspondants, c’est-à-dire qu’étant toujours ouverts,
-ils peuvent être néanmoins plus ou moins brefs ou longs; mais ils sont
-quelquefois un peu plus longs que l’_e_.
-
-1º Devant une sourde, _c_, _t_, _ch_ ou _s_, il y a peu de différence.
-On ne prononce pas de deux manières _éch_e_c_ et _ch_ei_k_, ni
-_estaf_e_tte_ et _parf_ai_te_[212]; de même _soubr_e_tte_ et
-_distr_ai_te_, _s_è_che_ et _s_ei_che_[213]; et la différence est
-mince, s’il y en a une, entre _abb_e_sse_ et _bouillab_ai_sse_[214];
-entre _f_e_sse_ et _aff_ai_sse_, peut-être même entre _par_e_sse_
-et _par_ai_sse_, avec _ser_ai_t-ce_, ou encore _ét_ai_t-ce_ et
-_polit_e_sse_[215].
-
-Toutefois les finales en _=-aisse=_, autrefois longues, ont encore une
-tendance à s’ouvrir plus que les autres: _ai_ est resté certainement
-long dans _b_ai_sse_, _c_ai_sse_ et _gr_ai_sse_, et leurs composés; les
-autres, _l_ai_sse_, _n_ai_sse_, _conn_ai_sse_, _p_ai_sse_, _ép_ai_sse_,
-sont devenus douteux: notamment quand on dit _c_ai_sse d’épargne_,
-ou _b_ai_sse de fonds_, ou _gr_ai_sse d’oie_, on ne se soucie guère
-d’allonger _aisse_[216].
-
- * * * * *
-
-Devant _d_ et _j_, _=ai=_ ou _=ei=_ sont encore sensiblement pareils à
-_è_, et _r_ai_de_ se prononce comme _rem_è_de_[217]; on ne distingue
-pas _n_ei_ge_ et _b_ei_ge_ de _man_è_ge_ et _arp_è_ge_, ni _f_ai_s-je_
-et _v_ai_s-je_ de _solf_è_ge_ ou _coll_è_ge_. Pourtant ai_de_ et
-_pl_ai_de_ s’allongent assez facilement; _s_ai_s-je_ aussi.
-
-De même _p_ay_e_, _r_ay_e_, _bég_ay_e_, _grass_ey_e_ riment très
-exactement avec _or_e_ille_ et _Mars_e_ille_[218]; _b_ai_gne_,
-_d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et _chât_ai_gne_, aussi bien que _p_ei_gne_,
-_emp_ei_gne_, _ens_ei_gne_ et _t_ei_gne_, et tous les subjonctifs en
-_-aigne_ et _-eigne_, ne se distinguent pas davantage de _du_è_gne_
-et _r_è_gne_, et s’allongent même moins facilement, sauf tout au plus
-_b_ai_gne_, _d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et peut-être _cr_ai_gne_, dans la
-prononciation oratoire[219].
-
- * * * * *
-
-2º En revanche, le mot _aile_ s’est allongé, comme _elle_ après une
-préposition[220]. Le mot _aime_ aussi, du moins à la rime, mais non
-pas _essaime_. Et ces finales n’ont pas d’autres mots.
-
-Les finales _=-aine=_ et _=-eine=_ sont au contraire très fréquentes,
-et celles-là, souvent brèves autrefois, sont aujourd’hui plutôt
-longues, comme celles de beaucoup de mots en _=-ène=_: _proch_ai_ne_
-rime très exactement avec _ch_ê_ne_, comme avec _ch_aî_ne_ et
-_Duch_e_sne_[221]; de même _r_ei_ne_ et _marr_ai_ne_ avec _r_ê_nes_
-et _sir_è_ne_. Pourtant _gr_ai_ne_ et _migr_ai_ne_ ont plutôt _=ai=_
-bref ou moyen, et aussi _d_ai_ne_ (féminin de daim), et _bed_ai_ne_, et
-peut-être _n_ai_ne_[222].
-
-Les finales _=-air=_ et _=-aire=_, _=-aise=_ et _=-eize=_ sont longues
-à fortiori, sans exception, ainsi que le mot _gl_ai_ve_[223]. Il n’y a
-qu’une prononciation pour _=r=_, _=air=_, _=ère=_, _=hère=_, _=erre=_,
-_=aire=_ et _=haire=_, et lorsque _grammaire_ avait encore le son
-nasal, il se confondait avec _grand’mère_, au moins à partir du XVIIᵉ
-siècle[224]. De même c’est l’identité de prononciation qui a fait
-transformer les pantoufles de _v_ai_r_ de Cendrillon, qui étaient des
-pantoufles de fourrure, en absurdes pantoufles de _v_e_rre_.
-
-Il n’y a pas d’avantage de différence possible entre _tr_ei_ze_,
-_fr_ai_se_ et _diér_è_se_, _s_ei_ze_, _franç_ai_se_ et _dioc_è_se_[225].
-
-Les mots _f_ai_ble_, ai_gle_ et _s_ei_gle_, ai_gre_, _vin_ai_gre_ et
-_m_ai_gre_ ont également la finale longue, plus longue que les mots
-correspondants en _-èble_, _-ègle_ et _-ègre_; toutefois cette quantité
-ne s’impose ni pour _f_ai_ble_ ni pour _s_ei_gle_.
-
-Les mots en _=-aître=_ ont tous l’accent circonflexe[226].
-
-
-III. =AI atone.=--_=Ai=_ tonique long et ouvert garde assez facilement
-sa quantité, à peu près du moins, en devenant atone: _fr_aî_cheur_,
-_m_ai_grir_, ai_der_, ai_mer_, _ab_ai_sser_, _l_ai_sser_, _fr_ai_sier_,
-_p_ai_sible_, _vous vous t_ai_rez_, et tous les mots en _-airie_,
-rappellent suffisamment _fr_aî_che_, _m_ai_gre_, ai_de_, etc.;
-l’orthographe y aide beaucoup, l’_r_ et l’_s_ encore plus peut-être.
-
-Mais les exceptions sont nombreuses. Dans _aff_ai_ré_, _ai_ est aussi
-moyen que dans _parf_ai_tement_. Même dans _g_aî_té_, malgré l’accent
-circonflexe, _ai_ est à peu près identique à l’_e_ bref, à peine
-ouvert, de _gu_e_tter_[227]. Ici aussi on peut voir trois degrés
-différents pour la quantité, par exemple _d_ai_gne_, _d_ai_gner_ et
-_déd_ai_gner_.
-
-De plus, _=ai=_ prétonique, comme _=ê=_, a une tendance assez marquée
-à se fermer _devant une tonique fermée_, mais généralement sans
-s’abréger; ainsi dans ai_mer_, ai_sé_, _l_ai_sser_, _s_ai_gner_,
-etc., et même dans _pl_ai_sir_, _s_ai_sir_, _ép_ai_ssir_, ou dans
-ai_gu_, _l_ai_tue_, _r_ai_nure_. Il n’y a lieu ni de lutter contre
-cette tendance, ni de se croire obligé de s’y conformer; mais elle
-appartient plutôt à la conversation très familière[228].
-
-Mais voici qui est plus particulier. Aujourd’hui encore, _=ai=_ se
-réduit à un simple _e muet_ dans les formes de _faire_ et les mots
-dérivés où _=ai=_ atone est suivi d’un _s_: _nous f_ai_sons_, _je
-f_ai_sais_, _nous f_ai_sions_, _f_ai_sant_, et aussi _bienf_ai_sant_ et
-_malf_ai_sant_, _f_ai_sable_ et _f_ai_seur_, qui doivent se prononcer
-fe_sais_, fe_sons_, etc., en opposition avec _bienf_ai_teur_ et
-_malf_ai_teur_, où _ai_ est suivi d’un _t_.
-
-C’est encore une des bizarreries de notre orthographe; nous écrivons
-bien _je f_e_rai_ au futur, comme nous prononçons, et non pas
-_f_ai_rai_, malgré l’identité constante d’orthographe entre le futur
-et l’infinitif; pourquoi pas aussi bien _je fesais_? C’est ce que
-_faisait_ ou _fesait_ Voltaire. Pourquoi l’Académie n’a-t-elle pas
-suivi son autorité, comme elle s’est décidée à le faire pour les
-mots en _-ais_, au lieu de _-ois_? La conséquence, c’est qu’on se
-met de plus en plus à prononcer _f_ai_sais_, _f_ai_sons_, et surtout
-_bienf_ai_sant_ et _bienf_ai_sance_, comme on écrit, et il y a des
-chances pour que cette prononciation fautive finisse un jour par
-prévaloir.
-
-Cette prononciation d’_e_ pour _ai_ a été longtemps aussi la seule
-correcte pour _f_ai_san_, _f_ai_sane_, _f_ai_sandeau_, _f_ai_sander_;
-mais elle tend déjà à disparaître dans ces mots, en attendant qu’elle
-disparaisse dans les autres.
-
-Le groupe _=ouai=_ s’est prononcé _oi_ dans certains mots, comme le
-groupe _oue_: on disait _d_oi_rière_, comme on disait _f_oi_ter_; mais
-cette prononciation est aussi surannée aujourd’hui dans _dou_ai_rière_
-que dans _souh_ai_t_ et _souh_ai_ter_, ou dans _fou_e_t_[229].
-
-
-IV. =Le groupe AIGN.=--Il en est du groupe _aign_ comme du groupe
-_oign_, non pas partout, mais dans beaucoup de mots; il contenait
-à l’origine une voyelle simple, _a_, suivie d’un _n_ mouillé, qui
-s’écrivait _ign_[230].
-
-Ceux de ces mots qui ont perdu leur _i_, _g_a-(i)_gner_,
-_mont_a-(i)_gne_, _a_-(i)_gneau_, _comp_a-(i)_gnon_, ont sauvé
-leur prononciation; ceux qui ont gardé leur _i_, _ar_a-i_gne_,
-_chât_a-i_gne_ se sont altérés, l’_i_ s’étant joint indûment à l’_a_:
-_ar_ai-_gnée_, _chât_ai-_gne_. Tous ces mots se prononcent depuis
-longtemps comme ils s’écrivent[231].
-
-
-V. =Les mots étrangers.=--Nous avons vu les finales anglaises _=-ay=_
-et _=-ey=_ se prononcer en français comme _e_ ouvert et non fermé; nous
-ouvrons aussi _ai_ dans _bar-m_ai_d_, _cock-t_ai_l_, _m_ai_l-coach_,
-_d_ai_ly_(-News) ou _rocking-ch_ai_r_. Quelques-uns prononcent de même
-_r_ai_l_ ou _r_ai_lway_.
-
-Au contraire, _b_ai_ram_ se prononce _b_aï_ram_ (quelquefois
-_b_éï_ram_), _aï_ faisant une seule syllabe, comme dans l’allemand
-_k_ai_ser_. Mais _sch_ei_k_ est francisé en _ch_è_c_ et non en
-_ch_eï_c_. _V_ay_vode_ a été remplacé par _v_oï_vode_[232].
-
-Le groupe allemand _=ei=_ est une diphtongue qui se prononce à
-peu près _=aï=_, monosyllabique. On le francise à moitié dans
-_gn_ei_ss_ ou _edelw_ei_ss_, où l’on fait sonner tout au moins une
-semi-voyelle (_eye_ au lieu de _aye_). Mais il importe d’articuler
-nettement et à l’allemande, c’est-à-dire _aï_ ou _aye_, dans
-_r_ei_chstag_ ou _r_ei_chsrath_, dans _vergiss m_ei_n nicht_, dans
-_l_ei_t-motif_, _zollver_ei_n_, etc.; et cela vaut mieux également pour
-_edelw_ei_ss_[233].
-
-Le mot _g_e_yser_, qui devrait se prononcer comme _k_ai_ser_ (beaucoup,
-néanmoins, prononcent _ka-i-ser_, à l’allemande), est un des exemples
-les plus curieux de l’habitude que nous avons de franciser à demi;
-le _g_ a gardé le son guttural et la diphtongue _ey_ est restée
-diphtongue, mais en se francisant par _e_, et la finale a pris l’_e_
-ouvert et long qui est purement français: _gh_eï_zèr_[234].
-
-
-
-
-III.--LA VOYELLE EU.
-
-
-Le groupe _eu_ est depuis longtemps une voyelle simple, ouverte et
-fermée, dont le son se rapproche de celui qu’a l’_e muet_ quand il
-n’est pas muet[235].
-
-
-1º EU final.
-
-=Eu= final est fermé partout comme _=é=_ final, et de plus moyen comme
-toutes les voyelles finales. Il y a d’ailleurs peu de mots en _-eu_
-sans consonne à la suite; une dizaine de mots en _-ieu_: _dieu_,
-_lieu_, _pieu_, etc., et une douzaine d’autres en _-eu_: _feu_, _jeu_,
-etc., avec quelques mots en _-eue_, où l’_e_ muet ne change rien:
-_lieue_, _banlieue_, _queue_ et les féminins _feue_ et _bleue_[236].
-
- * * * * *
-
-_Avec une consonne non articulée_ à la suite, il y en a davantage et le
-son _eu_ y est toujours fermé. Ce sont d’abord et surtout les adjectifs
-et substantifs en _-eux_, qui sont fort nombreux, sans compter les
-pluriels comme _di_eu_x_ et _bl_eu_s_[237]. Il y faut joindre les mots
-suivants:
-
-
-1º Le mot _n_œu_d_, qui devrait naturellement s’écrire et s’est
-longtemps écrit _neu_, tout simplement, comme _nu_.
-
-
-2º Les pluriels œu(_fs_) et _b_œu(_fs_), et aussi le singulier
-_b_œu(_f_), à Paris du moins, dans l’expression carnavalesque _bœu_(f)
-_gras_, où l’_f_ final est muet devant une consonne, suivant la règle
-d’autrefois[238].
-
-De plus et surtout, malgré l’affaiblissement de l’accent, l’adjectif
-numéral _n_eu_f_ devant un pluriel commençant par une consonne: _les
-n_eu(f) _muses_, _n_eu(f) _cents_, _n_eu(f) _mille_, ainsi que dans
-_n_eu_f heures_ et _n_eu_f ans_, où il y a seulement liaison, avec
-changement de l’_f_ en _v_; toutefois, dans ces deux expressions, _eu_
-tend déjà à s’ouvrir[239].
-
-
-3º _Monsi_eu_r_, comme _messi_eu_rs_, souvenir de l’époque où l’_r_
-avait cessé de se prononcer dans tous les mots en _-eur_[240].
-
-
-4º Les formes verbales _pl_eu_t_, _m_eu_x_ et _m_eu_t_, _p_eu_x_ et
-_p_eu_t_, _v_eu_x_ et _v_eu_t_. Cependant _v_eu_x_ et _v_eu_t_ tendent
-parfois à s’ouvrir.
-
-
-2º EU suivi de consonnes articulées.
-
-
-I. =EU fermé.=--Quand _=eu=_ est suivi d’une consonne articulée, il
-est assez généralement ouvert; mais il est encore fermé dans certains
-cas, et alors il n’est plus moyen, mais long, notamment dans tous
-les mots en _=-euse=_, comme dans les mots en _-ase_: _baign_eu_se_,
-_glan_eu_se_, _var_eu_se_, etc.[241]. Ceci est très important, car
-c’est un des points sur lesquels les prononciations dialectales sont
-le plus incorrectes, et l’incorrection est bien plus sensible dans
-_-euse_ que dans _-ase_.
-
-Outre les mots en _=-euse=_, _=eu=_ tonique avec consonne articulée est
-encore long et fermé dans les mots suivants:
-
-1º Les onomatopées _b_eu_gle_ et _m_eu_gle_; on peut d’ailleurs ouvrir
-ces mots quand ils riment avec _av_eu_gle_: cela vaut mieux que de
-fermer _eu_ dans _av_eu_gle_.
-
-2º Le mot _v_eu_le_, auquel _m_eu_le_ s’est ajouté depuis un siècle,
-malgré l’étymologie.
-
-3º Le substantif _j_eû_ne_, que la prononciation aussi bien que
-l’accent distingue de l’adjectif, _j_eû_ne_ ouvert étant tout à fait
-incorrect. Mais _déj_eu_ne_, qui n’a plus d’accent, est beaucoup moins
-fermé, et s’ouvre même un peu trop[242].
-
-4º Les mots en _=-eute=_ et _=-eutre=_, contrairement aux principes
-ordinaires: _m_eu_te_, _bl_eu_te_, etc., et _f_eu_tre_, _calf_eu_tre_,
-_n_eu_tre_, _pl_eu_tre_.
-
-5º Un certain nombre de mots savants ou techniques, à finales uniques
-ou rares: _phal_eu_ce_, _l_eu_de_, _n_eu_me_ et _empyr_eu_me_[243].
-
-
-II. =EU ouvert.=--Partout ailleurs _=eu=_ tonique est ouvert, avec
-quelques différences de quantité.
-
-Il est bref, ou tout au plus moyen, quand il est suivi d’une consonne
-autre que _r_ et _v_, notamment dans les mots en _=-euf=_ (sauf les
-exceptions indiquées plus haut): œu_f_, _n_eu_f_, _v_eu_f_[244]; dans
-les mots en _=-eul=_ et _=-eule=_ (sauf _m_eu_le_ et _v_eu_le_):
-_s_eu_l_, _fill_eu_l_, _gu_eu_le_, _v_eu_lent_[245]; enfin dans
-l’adjectif _j_eu_ne_. Il n’est guère plus long dans _p_eu_ple_,
-_m_eu_ble_, _est_eu_ble_, et même _av_eu_gle_[246].
-
-Les finales mouillées, _=-euil=_ et _=-euille=_, sont un peu moins
-brèves: _d_eu_il_ et _s_eu_il_, _f_eu_ille_ et _v_eu_ille_. A cette
-catégorie appartiennent les mots en _-cueil_ et _-gueil_, où la
-présence nécessaire d’un _u_ à côté du _c_ ou du _g_ empêche d’en
-mettre un second après l’_e_: _acc_ue_il_, _éc_ue_il_, _cerc_ue_il_,
-_org_ue_il_, et aussi le mot _œil_, qui s’est longtemps écrit
-_ueil_[247].
-
-Les consonnes qui allongent réellement _=eu=_ ouvert sont seulement _r_
-et _v_, car nous avons vu que les finales en _-euse_ étaient, de plus,
-fermées[248]. Il ne reste donc plus que les finales suivantes:
-
-
-1º _=-eur=_ (avec ou sans _s_ ou _t_) et _=-eure=_ ou _=-eurre=_:
-_lab_eu_r_ et _b_eu_rre_, _c_œu_r_ et _ch_œu_r_, _éc_œu_re_ et
-_liqu_eu_r_, _l_eu_rre_, _l_eu_r_ et _l_eu_rs_, _si_eu_r_ et
-_plusi_eu_rs_, _pl_eu_rs_ et _pl_eu_re_, _m_eu_rt_ et _m_eu_rent_,
-_s_œu_r_, etc.[249].
-
-Nous avons vu plus haut que _monsieu_(r) et _messieu_(rs) faisaient
-exception, et pourquoi. Cet amuissement de l’_r_ s’est maintenu
-dans les équipages de chasse à courre, pour le mot _piqu_eu(r),
-qu’on écrit même quelquefois _piqueux_; et dans certains milieux de
-sport aristocratique, ce serait un signe de roture indélébile que de
-prononcer _piqu_eu_r_ comme le vulgaire[250].
-
-
-2º _=-euve=_ et surtout _=-euvre=_: _fl_eu_ve_ et _abr_eu_ve_, œu_vre_
-et _pi_eu_vre_[251].
-
-Nous avons parlé plus haut des prononciations dialectales qui ouvraient
-_eu_ partout, et notamment dans les finales en _-euse_. D’autres, au
-contraire, ferment _eu_ partout, même dans _-eur_ et _-euve_, et le
-défaut est tout aussi grave[252].
-
- * * * * *
-
-_Remarque._--Il ne faut pas confondre le son _=eu=_ avec l’_=u=_ des
-mots comme _gag_(e)_ure_, où un _e_ s’est intercalé dans l’orthographe,
-entre le _g_ et l’_u_, pour garder au _g_ le son chuintant du
-radical[253].
-
-C’est également le son _u_, et non _eu_, qu’on a dans le participe
-(e)_u_, du verbe _avoir_, ainsi que dans le prétérit et l’imparfait
-du subjonctif, _j’_(e)_us_, _que j’_(e)_usse_: l’_e_ conservé par ces
-formes faisait diphtongue autrefois dans beaucoup de verbes, comme
-_receu_, _peu_; mais il a disparu partout, depuis que la diphtongue
-s’est réduite à _u_, et son maintien dans le seul verbe _avoir_ est
-assez ridicule[254].
-
-
-3º EU atone.
-
-_=Eu=_ tonique fermé, devenu atone par flexion ou dérivation, se
-maintient fermé et long dans la plupart des cas: _b_eu_gler_ et
-_b_eu_glement_, _m_eu_lière_, _j_eû_ner_, _cr_eu_ser_, _bl_eu_ir_ et
-_bl_eu_ter_, _d_eu_xième_, _am_eu_ter_, _f_eu_trer_ et _calf_eu_trer_,
-_n_eu_tralité_, _li_eu_tenant_, et les adverbes en _-eusement_.
-
-Nous avons vu plus haut _=eu=_ ouvert suivi d’_=f=_ se fermer quand
-_f_ se changeait en _v_ par liaison: _n_eu_f ans_, _n_eu_f heures_.
-Nous retrouvons le même phénomène dans _n_euv_ième_ et _n_eu_vaine_, où
-il tend aussi à s’affaiblir. Nous le retrouvons encore, et même plus
-nettement, dans _hareng_ œu_vé_ et _terre-n_eu_vas_, malgré l’_eu_
-ouvert d’œu_f_ et _n_eu_ve_[255].
-
-Au contraire, _bl_eu_et_ abrège _=eu=_, qui même se réduit à _u_ dans
-_bl_u_et_. D’autre part, _peu_ s’ouvre sensiblement dans _à_ peu
-_près_, encore plus dans _p_eu_t-être_, étant abrégé par le voisinage
-de la tonique qui est longue. Il devient même si bref et si rapide,
-qu’il disparaît souvent complètement dans la conversation très
-familière, comme si c’était un _e_ muet: _p_(eu)_t-êt_(re) _qu’il est
-venu_[256].
-
-_=Eu=_ atone est encore fermé en tête des mots, dans eu_rythmie_, où
-il est suivi d’un _r_, aussi bien que dans eu_nuque_, eu_phémisme_ ou
-eu_phonie_[257].
-
-=Eu= est encore fermé dans _j_eu_di_, dans _m_eu_nier_, et parfois
-dans _f_eu_illage_ et _f_eu_illée_, malgré l’ouverture de _f_eu_ille_;
-enfin dans des mots techniques ou savants, comme _f_eu_diste_ et
-_f_eu_dataire_, _d_eu_téronome_, _ichn_eu_mon_, _pn_eu_monie_,
-_ps_eu_donyme_, _t_eu_ton_ et _t_eu_tonique_, et les mots en-eu_tique_
-et-eu_matique_[258].
-
-Malgré ces exemples, on peut dire qu’en général _=eu=_ atone est
-ouvert, notamment devant un _r_, mais naturellement plus bref, et
-par suite moins ouvert, dans _abr_eu_ver_ que dans _abr_eu_ve_, dans
-_h_eu_reux_ ou _malh_eu_reux_, _fl_eu_rdelisé_ ou _eff_eu_iller_ que
-dans _h_eu_r_, _fl_eu_r_ ou _f_eu_ille_; il reste pourtant ouvert
-et long, comme la tonique, dans la plupart des verbes en _-eurer_:
-_b_eu_rrer_, _éc_œu_rer_, _désh_eu_rer_, _l_eu_rrer_ et _pl_eu_rer_,
-tandis qu’il est bref dans _dem_eu_rer_, _fl_eu_rer_, _effl_eu_rer_.
-
-Signalons, pour terminer, une faute de prononciation qui ne date pas
-d’aujourd’hui, que des grammairiens même ont cru devoir autoriser:
-c’est celle qui consiste à prononcer _eil_ au lieu de _euil_, à cause
-de l’orthographe, dans _org_ue_illeux_ ou _enorg_ue_illir_, qui,
-évidemment, ne sauraient se prononcer autrement qu’_org_ue_il_. Il est
-vrai qu’_orgueil_ lui-même est parfois assez altéré; mais ceci est plus
-extraordinaire, et même assez ridicule. Tout de même, on est surpris
-d’entendre _enorghé-yir_ jusqu’à la Comédie-Française.
-
-
-
-
-IV.--LA VOYELLE O
-
-
-1º L’O final.
-
-L’_=o=_ final est fermé, comme _é_ et _eu_, et moyen, comme _a_, _é_ et
-_eu_: _adagi_o, _numér_o, _domin_o[259].
-
-L’_s non articulé_ ne saurait ouvrir l’_=o=_: _cha_o_s_, _rep_o_s_,
-_gr_o_s_, _des domin_o_s_. _N_o_s_ et _v_o_s_ eux-mêmes, quoique
-proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs
-_o_ sont même plus longs que les autres.
-
- * * * * *
-
-Il n’en est pas tout à fait de même du _t non articulé_, quoique les
-mots en _-ot_ se soient progressivement fermés: sans être assurément ni
-ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que
-les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer.
-
-Ceux qui ont une voyelle devant l’_o_ ont toujours l’_o_ fermé, ou
-à peu près: _cah_o_t_, _idi_o_t_, _chari_o_t_, et, par analogie,
-_fay_o_t_, _caill_o_t_, _maill_o_t_. D’autres encore font comme eux:
-_még_ot, _marg_ot, _serg_o_t_, _livar_o_t_, _palet_o_t_, _pav_o_t_;
-mais c’est la minorité[260].
-
-La plupart des autres sont souvent beaucoup moins fermés, au moins hors
-de Paris. Le moins qu’on puisse dire est que leur prononciation est un
-peu flottante: ainsi _jab_o_t_, _calic_o_t_, _cach_o_t_, _fag_o_t_,
-_gig_o_t_, _grel_o_t_, _m_o_t_, _can_o_t_, _p_o_t_, _pierr_o_t_,
-_dév_o_t_, et aussi bien leurs pluriels[261]. Sans doute, l’_o_ de ces
-mots n’est jamais proprement ouvert chez les personnes qui prononcent
-correctement, mais il arrive souvent qu’il n’est pas fermé non plus,
-même chez ceux qui ont l’habitude de fermer l’_o_ final. La différence
-est rendue particulièrement sensible par le voisinage immédiat de mots
-à son fermé:
-
- Et Malherbe et Balzac, si savants en _beaux m_o_ts_,
- En cuisine peut-être auraient été des _s_o_ts_.
-
-_Beaux_ est ici fermé, comme partout: quoiqu’il soit moins accentué
-que _m_o_ts_, ce qui aurait pu contribuer à l’ouvrir un peu, c’est
-pourtant lui qui est le plus fermé des deux. La différence est moindre
-assurément que dans _beaux hommes_; elle est cependant certaine, et
-la demi-ouverture de _m_o_ts_ entraîne celle de _s_o_ts_[262]. Il se
-pourrait, d’ailleurs, que le mot _m_o_t_ fût précisément celui qui
-s’ouvre le plus fréquemment ou le plus facilement, sans qu’il y ait
-lieu de distinguer comme autrefois entre le singulier et le pluriel.
-Toutefois, celui-là même n’est jamais ouvert qu’à moitié.
-
-Il n’y a qu’un seul mot en _=-ot=_ dont l’_o_ soit tout à fait ouvert
-et bref, mais c’est parce que le _t_ se prononce: c’est _d_o_t_, la
-prononciation _do_ étant dialectale.
-
-Il va sans dire que cet _o_, même fermé, s’ouvre dans les composés,
-où il cesse d’être tonique, et où, très souvent, le _t_ se lie avec
-le mot suivant: _s_o_t-l’y-laisse_, _m_o_t-à-mot_, _p_o_t-à-l’eau_,
-_p_o_t-au-lait_, _p_o_t-au-feu_, _p_o_t-aux-roses_, et même, sans
-liaison, _p_o_t à tabac_.
-
- * * * * *
-
-Aux mots en _=-ot=_ se joignent quelques autres mots à consonne non
-articulée, dont la finale n’est pas non plus tout à fait ou toujours
-fermée. Ce sont: _br_o_c_, _cr_o_c_, avec _accr_o_c_ et _raccr_o_c_,
-_escr_o_c_, _gal_o_p_, _sir_o_p_, et _tr_o_p_[263]. On notera que
-_tr_o_p_ est presque toujours proclitique, et, par suite, a tendance
-à s’ouvrir tout à fait: _c’est tr_o_p juste_, ou mieux encore avec
-liaison: _vous êtes tr_o_p aimable_; aussi est-il bien difficile de
-ne pas l’ouvrir un peu, même quand il est tonique: _j’en ai beaucoup
-tr_o_p_. De même l’_o_ est ouvert dans le composé _cr_o_c-en-jambe_, où
-le _c_ sonne.
-
- * * * * *
-
-Malgré ces restrictions, on peut maintenir néanmoins que le son _=o=_
-final est, en général, fermé ou à peu près, surtout à Paris. Et la
-tendance est si marquée que, dans les mots raccourcis de la fin, qui
-se créent précisément à Paris, l’_o_ intérieur, qui était au moins à
-demi ouvert dans le mot complet, se ferme en devenant final: on peut
-comparer _kil_o_gramme_ et _kil_o, _typ_o_graphe_ et _typ_o. De même
-_mél_o, _chrom_o, _métr_o, _phot_o, _hect_o, _arist_o, _Méphist_o, et
-même _aut_o, malgré le son fermé qui précède l’_o_[264].
-
-
-2º L’O suivi d’une consonne articulée.
-
-Quand l’_=o=_ est suivi d’une consonne articulée, il est, comme _eu_,
-assez généralement ouvert; mais lui aussi est fermé dans certains cas
-et, de plus, long.
-
-
-I. =O fermé.=--L’_=o=_ est fermé et long, avant tout, dans tous les
-mots en _=-ose=_, comme _eu_ dans la finale _-euse_: on peut comparer
-_ch_o_se_ et _fâch_eu_se_, _d_o_se_ et _hid_eu_se_, _r_o_se_ et
-_peur_eu_se_; et, de même que pour _-euse_, c’est un des points sur
-lesquels il importe le plus de corriger certaines prononciations
-dialectales, qui ouvrent partout _o_ et _eu_[265].
-
-A part les mots en _=-ose=_, _o_ tonique avec consonne articulée n’est
-plus fermé et long qu’avec l’accent circonflexe, et dans un certain
-nombre de mots en _=-ome=_, _=-one=_, _=-os=_ et _=-osse=_, que nous
-allons voir dans leurs catégories respectives.
-
-Partout ailleurs l’_o_ tonique est ouvert, mais, comme _a_, _e_ et
-_eu_, avec certaines différences de quantité[266].
-
-
-II. =O ouvert bref.=--L’_=o=_ est naturellement bref devant une
-explosive brusque, _c_, _t_, _p_, ou une spirante sourde, _f_, _ch_,
-_s_: _r_o_c_, _c_o_ke_, _bar_o_que_, _l_o_ch_ et même _l_(o)o_ch_, en
-une syllabe; _d_o_t_, _rad_o_te_ et _car_o_tte_; _st_o_p_, _st_o_ppe_
-et _mét_o_pe_; _sous_-o_ff_, _ét_o_ffe_ et _philos_o_phe_; _r_o_che_;
-_r_o_sse_ et _fér_o_ce_[267].
-
- * * * * *
-
-Il n’y a d’exceptions que pour l’_s_.
-
-D’abord l’_o_ est long et fermé dans _ad_o_sse_ et _end_o_sse_ (de
-_d_o_s_), dans _gr_o_sse_ et _engr_o_sse_ (de _gr_o_s_), dans _f_o_sse_
-(on ne sait trop pourquoi), et aussi _dés_o_sse_ (du pluriel o_s_).
-
-Mais surtout les mots en _=-os=_ demandent un examen particulier.
-En principe, l’_o_ y est ouvert et bref, mais il y a une tendance
-manifeste à le fermer et à l’allonger, peut-être par analogie avec
-les mots en _-os_ à _s_ non articulé. On dit, et on doit dire de
-préférence: _un_ o_s_, avec _o_ ouvert et en faisant sonner l’_s_,
-_des_ o(s), avec _o_ fermé, comme _d_o(s) et _gr_o(s); toutefois, on
-dit de plus en plus _des o_s avec _o_ fermé et _s_ articulé; et cette
-prononciation réagit parfois sur le singulier: _un_ o_s_, avec _o_
-fermé[268]. D’autre part, les avis sont partagés sur _rhinocér_o_s_,
-_mérin_o_s_, _albatr_o_s_, et même _albin_o_s_; je pense qu’il vaut
-mieux fermer l’_o_ dans ces quatre mots[269].
-
-A vrai dire, les mois en _=-os=_, dont le nombre s’est fort augmenté,
-sont empruntés au grec le plus souvent, et la plupart sont des noms
-propres. Ceux qui n’en sont pas, mots savants, comme _path_o_s_,
-_tétan_o_s_, _pepl_o_s_, _cosm_o_s_, ou _sphynx atrop_o_s_, devraient
-tous avoir l’_o_ bref, en vertu de l’étymologie. Mais cette
-prononciation, qui est de pure érudition, est en contradiction avec la
-tendance du français pour les mots en _-os_. Dès lors, une foule de
-gens fort instruits, et même sachant du grec (il est vrai qu’ils le
-prononcent fort mal), ferment l’_o_ sans hésitation, par exemple, dans
-ce vers de Molière:
-
- On voit partout chez vous l’_ith_o_s_ et le _path_o_s_!
-
-Il en est de même pour _tétan_o_s_, et cette prononciation est
-peut-être destinée à l’emporter sur la bonne. Elle ne peut, d’ailleurs,
-choquer que les érudits[270].
-
-
-III. =O ouvert moyen.=--L’_=o=_ est un peu moins bref devant une
-sonore, soit explosive, _b_, _d_, _g_, soit surtout spirante, _j_,
-_v_ (et même parfois _z_), et devant _l_, _m_, _n_, et _gn_ mouillé:
-ainsi _sn_o_b_ et _r_o_be_, _pag_o_de_ ou _raps_o_de_, _gr_o_g_ et
-_dr_o_gue_; puis _c_o_l_, _éc_o_le_, _déc_o_lle_, et même _alc_(o)o_l_,
-réduit à deux syllabes[271]; _h_o_mme_ et _métron_o_me_; _micr_o_n_,
-_matr_o_ne_ et _patr_o_nne_; enfin, _horl_o_ge_, _inn_o_ve_ et
-_ivr_o_gne_[272].
-
-Seules les finales _=-ome=_, _=-one=_ et _=-oz=_ appellent quelques
-observations.
-
-
-1º Autrefois on distinguait les finales _=-omme=_ et _=-ome=_: les
-mots en _-omme_, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou
-dix, avaient seuls l’_o_ ouvert[273]; les mots en _-ome_, mots
-savants, avaient au contraire l’_o_ fermé, au moins à partir du XVIIᵉ
-siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas
-par l’étymologie, notamment dans _sympt_ô_me_ et _dipl_ô_me_, qui
-ont pris l’accent; dans _idi_o_me_ et _axi_o_me_, qui ne l’ont pas
-pris, et aussi dans _br_o_me_, _chr_o_me_, _am_o_me_, _gn_o_me_ et
-_ar_o_me_. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours
-est-il que _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_, _at_o_me_ ou
-_épit_o_me_ (remplacé depuis par _épitomé_), _n_o_me_, _écon_o_me_, et
-même _astron_o_me_, et aussi _majord_o_me_, n’avaient aucune raison
-de fermer leur _o_[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en
-qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à _o_ également
-bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe:
-_d_ô_me_ et _mon_ô_me_, avec _bin_ô_me_ et _polyn_ô_me_[275]. Ceux-là
-sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est
-revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore
-quelque chose.
-
-Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de
-_métron_o_me_, _astron_o_me_, _auton_o_me_, qui ont certainement l’_o_
-ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore
-l’_o_ dans _écon_o_me_; et l’on hésite souvent sur les autres[276].
-La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se
-produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé
-des _o_ légitimement ouverts; on a ouvert des _o_ légitimement fermés.
-_Am_o_me_, ou du moins _cinnam_o_me_, ne se dit plus guère avec _o_
-fermé[277]; _gn_o_me_ et _ar_o_me_ ouvrent leur _o_ de plus en plus
-souvent, et _polychr_o_me_ encore davantage. Je ne vois guère, sans
-accent circonflexe, que _idi_o_me_ et _axi_o_me_ qui résistent avec
-succès; et encore ils sont certainement touchés[278].
-
-
-2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots
-en _=-one=_, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient
-l’_o_ long et fermé, par opposition aux mots en _=-onne=_, mots de la
-langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’_o_ fermé
-pouvait se comprendre dans des mots comme _carb_o_ne_, _aph_o_ne_,
-_polyg_o_ne_, _aném_o_ne_, _matr_o_ne_, mots savants où se conservait
-la quantité étymologique[279]; ou encore dans _aut_o_mne_, autrefois
-nasal, comme _d_a_mne_; il ne s’expliquait ni dans _mad_o_ne_ ou
-_bellad_o_ne_, de l’italien _d_o_nna_, ni, et moins encore, dans
-_at_o_ne_ ou _autocht_o_ne_, et pas davantage dans _pr_ô_ne_ et
-_tr_ô_ne_, qui ont imité _d_ô_me_ et _mon_ô_me_[280]. Aujourd’hui, à
-part les mots que l’orthographe a altérés, _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_,
-cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de _-one_
-à _-onne_: sans parler d’_aném_o_ne_ et _matr_o_ne_, qu’on ne discute
-pas, _at_o_ne_ ne saurait garder l’_o_ fermé à côté de _monot_o_ne_, ni
-_aph_o_ne_ à côté de _téléph_o_ne_ ou _saxoph_o_ne_. _Carb_o_ne_ et les
-termes mathématiques de la famille de _polyg_o_ne_ résistent encore,
-mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec _o_ long fermé d’une
-façon assez générale que _z_o_ne_ et _amaz_o_ne_, _cycl_o_ne_ et
-_ic_o_ne_; encore ces mots sont-ils atteints, surtout _amaz_o_ne_[282].
-
-
-3º Pour ce qui est de l’_s_ doux, nous avons vu plus haut que les mots
-en _=-ose=_ avaient l’_o_ fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine
-en _=-oze=_, il ne reste que les mots en _=-oz=_, sur lesquels l’accord
-n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms
-propres[283].
-
-
-IV. =O ouvert long.=--De même que _=a=_, _=e=_ et _=eu=_ devant _r_,
-l’_=o=_ est allongé dans _=-or=_ (avec ou sans seconde consonne non
-articulée) et dans _=-ore=_ (ou _=-orre=_), tout en restant très ouvert
-sans exception: o_r_ et _h_o_rs_, _ab_o_rd_ et _abh_o_rre_, _c_o_r_,
-_c_o_rps_, _rec_o_rs_, _acc_o_rd_, _enc_o_r_ et _enc_o_re_, _p_o_rc_,
-_p_o_rt_ et _p_o_re_, _t_o_rd_, _t_o_rds_, _t_o_rt_, _ret_o_rs_,
-_st_o_re_ et _ment_o_r_, ne se prononcent pas de deux manières[284].
-
-
-3º L’O suivi de groupes à liquides.
-
-Dans les groupes à liquides, l’_=o=_ est également ouvert. Il est plus
-ou moins bref ou moyen dans les finales en _=-ocle=_ et _=-ocre=_,
-_=-ople=_ et _=-opre=_, _=-otre=_, _=-ofle=_ et _=-ofre=_, où l’_o_
-est suivi d’une sourde: _s_o_cle_ et _médi_o_cre_, _sin_o_ple_ et
-_pr_o_pre_, _n_o_tre_ et _v_o_tre_, _gir_o_fle_ et _c_o_ffre_[285];
-il est un peu plus long dans les finales en _=-oble=_, _=-obre=_ et
-_=-ogre=_: _n_o_ble_, _s_o_bre_, o_gre_[286].
-
-
-4º L’O atone.
-
-L’_=o=_ atone est exactement dans le même cas que l’_a_: tandis que
-l’_o_ tonique peut être long en restant ouvert, l’_o_ atone ne peut
-être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent.
-Ainsi l’_o_ de _d_o_re_ ou _dév_o_re_, n’étant pas fermé, s’abrège dans
-_d_o_rer_ ou _dév_o_rer_.
-
-L’_=o=_ reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la
-prétonique l’accent circonflexe de la tonique: _enj_ô_ler_, _enr_ô_ler_
-(ou _enr_ô_lement_), _fr_ô_ler_, _ch_ô_mer_, _pr_ô_ner_, _tr_ô_ner_,
-_aum_ô_nier_, ô_ter_, _c_ô_té_, _h_ô_tel_, _prév_ô_té_, rappellent
-sensiblement _ge_ô_le_, _r_ô_le_, _pr_ô_ne_, _tr_ô_ne_, etc., quoique
-l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287].
-
-La prononciation de _coteau_, dérivé de _côte_, comme _côté_, a quelque
-chose d’irrégulier, car l’_o_ de ce mot est tout à fait bref et ouvert;
-aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent
-aussi celui de _c_ô_té_ (cf. _acc_o_ter_); et même il est assez rare
-qu’on maintienne fermé celui de _c_ô_telette_, qui n’a pourtant que
-deux syllabes pour l’oreille.
-
-A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’_o_
-reste difficilement fermé: il peut l’être dans _fant_ô_matique_, qui
-est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans _H_ô_tel-Dieu_,
-car _h_ô_tel_ ne peut y changer de nature; mais l’accent d’_h_ô_pital_,
-qui est le même mot qu’_h_ô_tel_, ne sert plus absolument à rien[288].
-
-On ouvre aussi assez généralement l’_o_ de _r_ô_tir_ et de ses dérivés.
-
- * * * * *
-
-Même sans accent circonflexe, l’_=o=_ reste ordinairement fermé et long
-dans o_ssements_ ou _dés_o_sser_[289]; dans _d_o_ssier_, _ad_o_sser_,
-_end_o_sser_; dans _gr_o_sseur_, _gr_o_ssir_ ou _gr_o_ssier_; dans
-_f_o_ssé_[290].
-
-L’_=o=_ est surtout fermé devant _s_ doux ou _z_: o_seille_,
-_gr_o_seille_, o_sier_, _g_o_sier_, _ég_o_sille_, _r_o_sier_,
-_r_o_sée_, _arr_o_soir_, _expl_o_sif_, _corr_o_sif_, et tous les
-verbes en _-oser_, avec les substantifs en _-osion_ et même _-osité_,
-comme _arr_o_ser_, _ér_o_sion_ ou _génér_o_sité_[291]. Il est moins
-fermé dans les mots en _-osition_, notamment dans _prép_o_sition_.
-Il est naturellement plus ouvert dans _h_o_sanna_, _m_o_saïque_ et
-_pr_o_saïque_, et tous les mots qui commencent par _pros-_, ou même
-plus généralement par _pro-_.
-
-L’_=o=_ prétonique est encore fermé dans _m_o_mier_, _m_o_merie_ et
-_m_o_mie_, et dans les mots en _-otion_: _l_o_tion_, _ém_o_tion_,
-_n_o_tion_, _p_o_tion_, _dév_o_tion_[292]. Il est encore à peu près
-fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans o_bus_ et o_deur_, et il
-s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques.
-Il est douteux et plutôt ouvert dans _t_o_per_, dans _v_o_mir_ et ses
-dérivés, dans à l’o_rée_, dans _m_o_tus_.
-
- * * * * *
-
-Malgré l’étymologie, l’_=o=_ est tout à fait ouvert et bref dans
-_disp_o_nible_ et _p_o_ney_[293]; de même dans _m_o_teur_ et
-_m_o_trice_; il l’est surtout dans les verbes en _-orer_, et dans les
-dérivés des mots en _-ot_, suivant l’analogie des mots en _-ote_:
-_cah_o_ter_, _sab_o_ter_, _tric_o_ter_, _fl_o_tter_, _v_o_ter_
-ou _v_o_tif_, et même _numér_o_ter_; de même _abric_o_tier_ ou
-_idi_o_tisme_, tout comme _escr_o_quer_ ou _gal_o_per_; et encore,
-peut-être par analogie, _mal_o_tru_ ou o_tage_.
-
-Beaucoup de Parisiens ferment l’_o_ dans o_vale_, mais ceci est
-purement dialectal, car _o_ est ouvert partout devant _v_, comme devant
-_r_ (à part _alc_ô_ve_, bien entendu).
-
- * * * * *
-
-Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’_o_
-dans _vari_o_rum_ ou _qu_o_rum_ (en opposition avec _déc_o_rum_ ou
-_f_o_rum_, dont l’_o_ est ouvert et bref); de même dans o_lim_, dans
-_ex v_o_to_ ou _ab_ o_vo_, dans le premier _o_ de _pr_o _domo_, qui
-est un _o_ final; mais il est ouvert dans _fact_o_tum_ et _t_o_ton_,
-dans _s_o_liste_, et souvent même dans _s_o_lo_, dans _quipr_o_quo_,
-_orat_o_rio_ et _sanat_o_rium_, et naturellement les polysyllabes qui
-commencent par _d_o_déca_[294].
-
- * * * * *
-
-_Remarque._--Par un phénomène d’assimilation que nous avons déjà
-constaté pour _e_ ou _ai_, qui se fermaient devant une tonique fermée,
-la répétition de la même syllabe fait que l’_=o=_ prétonique est
-presque aussi fermé que l’_=o=_ tonique dans _b_o_b_o, _c_o_c_o,
-_roc_o_c_o, _d_o_d_o, _g_o_g_o et _l_o_l_o. Même le premier _o_ de
-_r_o_c_o_c_o, qui est le même que l’_o_ ouvert de _r_o_caille_, tend
-à se fermer comme les deux autres. Ces mots étant uniquement du style
-familier, il n’y a pas lieu de réagir ici[295].
-
-Devant une voyelle aussi, l’_=o=_ tend à se fermer à demi:
-_c_o-_alition_, _c_o-_habiter_, _c_o-_efficient_, _b_o-_a_,
-_cl_o-_aque_, o_a-sis_, _p_o_ème_, assourdiraient leur syllabe
-initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et
-cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer _o_ en _ou_
-consonne, ainsi que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans
-_m_o_elle_[296]. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’_o_. De plus,
-on doit prononcer les deux _o_ séparément et ouverts dans quelques
-mots savants où on les trouve: _c_o-o_pération_, _épiz_o-o_tie_,
-_z_o-o_logie_, etc.[297].
-
-
-5º L’O de quelques mots étrangers.
-
-L’_=o=_ est fermé dans l’anglais _h_o_me_, _at h_o_me_, et l’allemand
-_kr_o_nprinz_ (sans nasale), mais l’_r_ l’a ouvert dans _folk l_o_re_;
-il est assourdi en _ou_ dans _time is m_o_ney_, ou _t_o _be or not t_o
-_be_[298].
-
-L’_=o=_ double anglais se prononce _ou_ dans _c_oo_lie_, qu’on écrivait
-jadis _couli_, fort justement; dans _b_oo_k_, _arrow-r_oo_t_,
-_f_oo_t-ball_, _gr_oo_m_, _sl_oo_p_, _sch_oo_ner_, _snowb_oo_t_,
-_waterpr_oo_f_[299].
-
-L’_=o=_ double flamand n’est qu’un _o_ long, comme dans
-_v_oo_ruit_[300].
-
-
-6º Le groupe AU.
-
-Le groupe _=au=_ (ou _=eau=_) se prononce généralement comme _o_
-fermé[301].
-
-
-I. =AU tonique.=--_=Au=_ final est pareil à _o_ final: _rad_eau,
-_land_au ou _eldorad_o, _pann_eau et _pian_o, _mart_eau et _in-quart_o
-ne se prononcent pas de deux manières.
-
-Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: _f_au_x_,
-_déf_au_t_, _échaf_au_d_, avec cette différence que _-aut_ (ou _-aud_)
-est un peu plus long et surtout plus fermé que _-ot_[302].
-
-Devant une consonne articulée, tandis que les groupes _=oi=_ ou _=ai=_
-sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme
-_a_ ou _e_, au contraire le groupe _=au=_ est régulièrement et très
-également fermé et long comme _ô_: au_be_, _déb_au_che_, _émer_au_de_,
-_ch_au_ffe_, _g_au_fre_, _s_au_ge_, _s_au_le_, _b_au_me_, _f_au_ne_,
-_t_au_pe_, _r_au_que_, _c_au_se_, _f_au_sse_ et _s_au_ce_, _f_au_te_ et
-_p_au_vre_.
-
-On ouvre quelquefois _s_au_f_, qui devient bref, surtout employé comme
-préposition, et aussi _holoc_au_ste_, en vertu du principe général des
-deux consonnes[303].
-
-Mais l’exception capitale, c’est la finale _=-aur=_ ou _=-aure=_:
-_=au=_ y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert
-autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’_r_ d’ouvrir les
-voyelles.
-
-Ainsi _au_ est ouvert d’abord dans _s_au_r_, qui est pour _sor_ (comme
-_Paul_ pour _Pol_), et dans _t_au_re_, qui est aussi pour _tore_ (comme
-_taure_au est pour _toreau_), car _au_ n’est dans ces mots que par
-réaction étymologique[304].
-
-Et partout le groupe latin _aur_ serait devenu _or_ si on l’avait
-laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout _aur_ se prononcerait
-_or_ ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son _o_ fermé.
-Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de _cent_au_re_ et
-_Minot_au_re_, proches parents de _t_au_re_, et que les érudits seuls
-continuent à fermer, et plus encore celle de _rest_au_re_, sur qui
-l’érudition n’a pas de prise. La finale _-aure_ s’ouvre même dans des
-termes techniques, comme _ichtyos_au_re_ ou _plésios_au_re_[305].
-
-
-II. =AU atone.=--_=Au=_ atone est généralement fermé aussi, surtout
-quand il est prétonique, sauf devant un _r_: au_bépine_, au_berge_,
-au_dace_, au_tel_, etc., _c_au_chois_, _c_au_tion_, _clab_au_der_,
-_ch_au_ffer_, _ch_au_sser_, _f_au_ssaire_, _m_au_viette_,
-_p_eau_ssier_, etc., et les finales en _-auté_: _cru_au_té_,
-_loy_au_té_. Il est fermé même dans _s_au_rien_, _t_au_romachie_ et
-_cent_au_rée_, malgré l’_r_, parce que ce sont des mots savants, et
-aussi dans _v_au_rien_, où le verbe primitif se reconnaît toujours.
-
- * * * * *
-
-Mais les exceptions sont fort nombreuses.
-
-_=Au=_ atone est ouvert d’abord devant un _r_, dans _t_au_reau_, comme
-on vient de voir, et _s_au_ret_; généralement aussi dans les futurs et
-conditionnels d’_avoir_ et _savoir_[306]; dans au_rore_, au_réole_,
-au_rifère_ ou au_rifier_[307]; et tout au plus est-il douteux dans
-_l_au_rier_ (pour _lorier_), _l_au_réat_, _l_au_réole_.
-
-En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes,
-non seulement dans au_gment_ et au_gmenter_, où le phénomène est
-général, mais souvent aussi dans des mots comme au_sculter_ ou
-au_xiliaire_, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où
-il est prétonique: au_spice_, au_stère_, au_stral_, _c_au_ch_(e)_mar_
-ou _enc_au_stique_.
-
-Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne,
-dans au_toriser_ et au_torité_ (mais non dans au_teur_), et surtout
-dans _m_au_vais_, sans parler de _rig_au_don_, qui s’écrit aussi
-_rig_o_don_. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques
-mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, au_thentique_,
-au_tomate_, au_tonome_, au_topsie_, _c_au_tériser_, et aussi dans
-au_mône_, où il se distingue ainsi de l’_ô_ qui suit, dans au_guste_,
-au_tomne_, _ép_au_lette_ (malgré _ép_au_le_), _p_au_pière_, ou même
-nau_frage_. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus
-correctement en fermant _au_, aussi bien que dans au_jourd’hui_, où il
-est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308].
-
-La diphtongue allemande _=au=_ se prononce comme _o_ fermé quand elle
-se francise: _block_au_s_[309].
-
-
-
-
-V.--LES VOYELLES I (y), U, OU.
-
-
-Les voyelles _=i=_, _=u=_, _=ou=_, étant fermées par définition, ne
-se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la
-phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de
-timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les
-toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310].
-
-Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que
-pour les autres voyelles.
-
-
-1º La voyelle I.
-
-L’_=i=_ _final_ est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou
-sans accent: _hard_i, _créd_i_t_, _rend_i_t_ ou _rend_î_t_, _rad_i_s_,
-_out_i_l_, _crucif_i_x_, _r_i_z_, _jur_y, _Jésus-Chr_i_st_ ont la
-finale identique. _Pis_, adverbe, est un peu plus long. D’autre part,
-dans _ui_ final, la brièveté du premier élément paraît allonger le
-second: _app_ui, _min_ui_t_, _m_ui_d_[311].
-
-Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’_e muet_,
-l’_=i=_ se distingue particulièrement, au moins en vers, parce
-que là _=ie=_ devient facilement _i-ye_, et se trouve, par suite,
-singulièrement allongé:
-
- Adieu: je vais traîner une mourante _vi-ye_,
- Tant que par ta poursuite elle me soit _ravi-ye_[312].
-
-Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela
-aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant,
-où il est difficile de distinguer par exemple: _elle est part_ie _ce
-matin_, de _il est part_i _ce matin_, ou _mon am_ie _est venue_ de _mon
-am_i _est venu_. On maintient sans doute une légère différence quand on
-rapproche un masculin d’un féminin: _un am_i, _une am_ie, et ce n’est
-pas grand’chose[313].
-
-Devant la plupart des consonnes articulées, l’_=i=_ est bref ou
-moyen: _traf_i_c_ et _traf_i_que_, _p_i_pe_, _hu_i_t_, _prof_i_te_ et
-_f_î_tes_; _r_i_che_, _capt_i_f_ et _cal_i_fe_; _v_i_ce_, _v_i_sse_
-et _v_i_s_[314]; _diatr_i_be_, _ar_i_de_ et _fat_i_gue_; _hab_i_le_,
-_an_i_me_, _f_î_mes_ et _cab_i_ne_. Il est plus long devant _g_ et _n_
-mouillé: _vert_i_ge_ et _ind_i_gne_; plus encore devant _r_, _s_ doux
-et _v_: _r_i_re_, _mour_i_r_, _fin_i_rent_, _mer_i_se_ et _arr_i_ve_.
-Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale
-mouillée _=-ille=_, autrefois brève, quand on connaissait l’_l_
-mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce _i-ye_.
-
-Même gradation de quantité dans _c_y_cle_, _disc_i_ple_, _g_i_fle_,
-_l_i_tre_ et _ch_i_ffre_; _l_i_bre_, _h_y_dre_, _t_i_gre_ et _v_i_vre_.
-
-_Hu_i_le_ a encore l’_i_ un peu plus long qu’_hab_i_le_, peut-être à
-cause du groupe _ui_; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien,
-non seulement dans les prétérits, _f_î_mes_ ou _f_î_tes_, pareils à
-tous les prétérits, mais aussi bien dans î_le_, _hu_î_tre_, _ép_î_tre_
-et _bél_î_tre_, et souvent même dans _d_î_ne_. La prononciation
-oratoire ou poétique appuie également sur _ab_î_me_ et _subl_i_me_: on
-voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur
-_fils_ en poésie, et sur _bis_, mais seulement quand on applaudit.
-
- * * * * *
-
-L’_=i=_ _atone_ est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand
-il est suivi d’un _s_ doux, comme dans les verbes en _-iser_. Pourtant
-l’_i_ long de _p_i_re_ se conserve exceptionnellement dans _emp_i_rer_,
-contrairement à l’usage des verbes en _-rer_, qui ont presque tous la
-prétonique brève, comme _adm_i_rer_.
-
-L’_i_ est également long dans les verbes en _-i-er_, à l’imparfait
-et au subjonctif présents, devant les finales _-ions_ et _-iez_:
-_pr_i-_ions_, _pr_i-_iez_; c’est la seule manière de distinguer ces
-formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque
-_priy-yons_; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour
-cela[315].
-
- * * * * *
-
-L’_=i=_ final avec tréma fait une syllabe à part en français: _ha_-ï,
-_ou_-ï_e_; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais
-_banza_ï ou _samoura_ï, il vaut mieux considérer _aï_ ou _oï_ comme des
-diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer _ai_
-(_è_) ou _oi_ (_wa_) à la française, sans pour cela séparer l’_i_[316].
-
-
-2º L’I dans les mots étrangers.
-
-L’_=i=_ anglais se prononce _i_ dans _g_i_n_, _m_i_ss_ et _m_i_stress_
-(missess), dans _cl_i_pper_, _p_i_ckles_ (ess) et _cr_i_cket_, dans
-_g_i_psy_, _wh_i_sky_ et _wh_i_g_, dans _br_i_dge_, dans les mots
-en _-ing_, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement
-_esqu_i_re_ (_ki_) et _r_i_fle_, et surtout _outs_i_der_. Enfin,
-beaucoup de personnes prononcent encore _fl_i_rt_ par _i_, aussi bien
-que par _eu_ ouvert, d’autant plus que de _fl_i_rt_ nous avons fait
-_fl_i_rter_: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à
-faire prévaloir _fleurte_ et même _fleurter_, ce qui est presque aussi
-absurde qu’_interviouver_[317].
-
-Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et
-on doit se résoudre à donner à l’_i_ de ces mots un son intermédiaire
-entre _aï_ (ou _aye_) et _aë_, notamment dans _all r_i(gh)_t_
-(_olraït_ en deux syllabes), _r_i(gh)_t man at the r_i(gh)_t place_
-(atzéraïtplèce), _h_i(gh)_l_i_fe_ ou _h_i(gh)_lander_, _t_i_mes_
-(_taïms_) et _t_i_me is money_, ou _f_i_ve o’clock_[318]. Pourtant rien
-n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer _high life_ (iglife)
-avec _hiéroglyphe_. On peut même se demander si, avec toutes les
-_Chapelleries_, _Draperies_ ou _Épiceries du high life_ qu’on trouve
-partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de
-gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel
-quel à bref délai.
-
- * * * * *
-
-L’_=y=_ final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en
-français que dans des noms propres, et naturellement se prononce _i_.
-L’_y_ final anglais se prononce _i_ ou _e_; mais beaucoup de mots
-en _y_ sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas
-l’anglais puissent prononcer un _i_ indifféremment et sans scrupule
-dans _brand_y, _lad_y, _penn_y, _nurser_y, _tilbur_y, _dand_y,
-_whisk_y, _tor_y, _gips_y, _derb_y, _gentr_y, _garden-part_y, et
-_clerg_y_man_; on prononcera de préférence _aï_ dans _dr_y _farming_,
-et _cross-countr_y se prononce _keuntré_[319].
-
-
-3º U et OU.
-
-Il est inutile de répéter littéralement pour _=u=_ et _=ou=_ ce que
-nous avons dit pour _i_.
-
-Ils sont également moyens dans _f_u_s_, _f_u_t_, _refl_u_x_ et
-_touff_u, dans _j’_eu_s_, il eu_t_, dans _m_ou, _m_ou_d_, _m_ou_t_,
-_rem_ou_s_, _j_ou_g_, _l_ou_p_ et _caoutch_ou_c_[320].
-
-Brefs ou moyens devant la plupart des consonnes finales articulées,
-ils sont longs, comme toutes les voyelles, devant _r_: _j_ou_r_,
-_brav_ou_re_, _obsc_u_r_, _bless_u_re_[321]; devant _s_ doux:
-_ép_ou_se_, _d_ou_ze_, _r_u_se_; devant _v_: _l_ou_ve_, _ét_u_ve_,
-_déc_ou_vre_, sauf pourtant les verbes _pr_ou_ve_ et _tr_ou_ve_, qui
-paraissent plus brefs.
-
-Devant _s_ dur, _u_ et _ou_ ne s’allongent pas, sauf dans le mot
-_t_ou_s_, quand il est tonique, en opposition avec _tou_(s) atone, qui
-est très bref: _t_ou_s les hommes_, _il t_ou_sse_, pour _t_ou_s_, font
-trois degrés très distincts[322].
-
-Un certain nombre de mots en _-ouille_ ont aussi généralement la finale
-longue: _f_ou_ille_, _r_ou_ille_, _br_ou_ille_, _s_ou_ille_; on y joint
-quelquefois _h_ou_ille_ et _dép_ou_ille_[323].
-
-On allonge aussi ordinairement _r_ou_le_ et _cr_oû_te_; quelquefois
-_r_ou_ge_ et _b_ou_ge_, du moins en poésie.
-
-L’accent circonflexe se fait encore un peu sentir dans _br_û_le_ et
-_aff_û_te_, beaucoup moins dans _fl_û_te_, quelquefois dans _c_oû_te_,
-_g_oû_te_, _cr_oû_te_, _v_oû_te_ et _s_oû_le_, au moins quand ils ne
-sont pas liés au mot qui suit, car _cela c_oû_te cher_ n’a pas toujours
-le même son que _cela me c_oû_te_[324].
-
-La voyelle prétonique reste à peu près longue dans les verbes qui
-ont l’accent circonflexe, comme _br_û_ler_, _m_û_rir_ ou _c_oû_ter_;
-exceptionnellement aussi dans deux ou trois verbes en _-rer_:
-_m_u_rer_, _b_ou_rrer_, _f_ou_rrer_, _l_ou_rer_. Elle est flottante,
-mais plutôt longue que brève, dans _f_ou_iller_, _r_ou_iller_,
-_br_ou_iller_, _s_ou_iller_, avec _br_ou_illard_ et quelquefois
-_br_ou_illon_, mais non _s_ou_illon_; dans _r_ou_iller_, _r_ou_ler_,
-_r_ou_lure_ et _cr_ou_ler_, et dans la plupart des verbes en _-user_ et
-_-ouser_; voire même dans _p_ou_rrir_ et les mots en _-urie_[325].
-
-L’_=u=_ ne s’entend pas dans l’interjection _ch_(u)_t_, où le
-_ch_ est ordinairement prolongé; _chut_ est donc une orthographe
-conventionnelle, qui a paru nécessaire pour désigner l’interjection,
-quand on en fait mention dans une phrase: _on entendit plusieurs
-ch_u_t_, et aussi pour la rime. On en a fait d’ailleurs le verbe
-_ch_u_ter_, dont l’_u_ se prononce toujours[326].
-
- * * * * *
-
-L’_=u=_ se prononce _o_, ouvert et bref, dans la finale latine _=-um=_,
-suivant la manière française de prononcer le latin, et cela, même
-dans les mots complètement francisés, comme _alb_u_m_, _for_u_m_,
-_post-script_u_m_, _gérani_u_m_, etc.; et aussi _barn_u_m_[327].
-
-On prononce l’_u_ de la même manière à l’intérieur de certains
-mots composés, d’origine latine, comme _tri_u_mvirat_ ou
-_circ_u_mnavigation_[328].
-
-L’_u_ se prononce encore en _o_ dans _rh_u_m_ et _rh_u_mmerie_.
-
-Dans _parf_um seul, la finale est restée nasale[329].
-
-
-4º L’U dans les mots étrangers.
-
-L’_=u=_ se prononce _ou_ dans les groupes _-gua-_ et _-qua-_, surtout
-dans les mots d’origine étrangère: nous en parlerons aux lettres _G_ et
-_Q_.
-
-D’ailleurs l’_u_ se prononce _ou_ presque partout ailleurs qu’en
-français[330]. Mais, à part la finale _-um_, nous le francisons
-infailliblement en _u_ dans tous les mots étrangers que nous adoptons.
-Ainsi dans u_hlan_, où l’_u_ non seulement se prononce _u_, mais est
-devenu bref; de même dans _trab_u_co_. On peut hésiter pour certains
-mots, comme _nég_u_s_, qu’on prononce par _u_ et _ou_, ou _b_u_lb_u_l_,
-qu’on prononce plutôt par _u_; comme _p_u_ff_, dont nous avons fait
-_p_u_ffisme_ et _p_u_ffiste_, alors que nous avions déjà _pouff_.
-
-Il vaut mieux prononcer _ou_ dans les mots qui ne sont pas certainement
-francisés, comme l’italien _jettat_u_ra_, _f_u_ria francese_, _e p_u_r
-si m_(u)_ove_, et les termes de musique _opera b_u_ffa_, _risol_u_to_,
-_riten_u_to_, _sosten_u_to_, u_n poco pi_u, _t_u_tti_[331]. De
-même l’espagnol _c_u_adrilla_, _ch_u_lo_, _f_u_eros_, _m_u_leta_,
-_ay_u_ntamiento_ et _pron_u_nciamiento_; l’allemand _b_u_rg_,
-_k_u_lt_u_rkampf_ et _landst_u_rm_; l’anglais _home r_u_le_, _b_u_ll
-f_u_ll_ (au poker), _homesp_u_n_, _pl_u_mcake_. Mais on prononcera:
-_bleu_ dans _blu_ (e) _book_ et _pleum-poudding_ (_plum-pudding_)[332].
-
- * * * * *
-
-Quoique l’_=u=_ anglais se prononce quelquefois _ou_, il se prononce
-plus souvent comme _eu_ ouvert: c’est le cas, par exemple, dans
-_cl_u_b_, _t_u_b_, _st_u_dbook_, _r_u_sh_ et _str_u_ggle for
-life_[333]. Toutefois _club_ était déjà francisé sous la Révolution,
-et, en histoire, on prononce plutôt _cl_u_b_, _cl_eu_b_ étant réservé
-aux cercles plus ou moins aristocratiques qui trouvent ce mot plus
-élégant que _cercle_. D’autre part, on le prononce sensiblement
-comme un _o_ au poker, dans _fl_u_sh_ et _bl_u_ff_, d’où le verbe
-_bl_u_ffer_. L’_=u=_ de _g_u_lf-stream_ se francise aussi en _o_,
-sous l’influence de _golfe_, dont il vient. Enfin _b_u_dget_ et
-_t_u_nnel_ sont francisés complètement depuis longtemps; _t_u_rf_
-l’est sans difficulté, ainsi que u_lster_, _tilb_u_ry_, _h_u_mour_,
-_g_u_tta-percha_, _n_u_rse_ et _n_u_rsery_; _tr_u_st_ lui-même est en
-voie de l’être.
-
-_=Ou=_ anglais se prononce _aou_ dans _boarding-h_ou_s_(e) ou
-_clearing-h_ou_s_(e); mais on se contente généralement de _ou_, sinon
-dans _st_ou_t_, au moins dans ou_tlaw_ et ou_tsider_. Il se prononce
-_o_ dans _f_ou_r in hand_.
-
-
-
-
-VI.--LES VOYELLES NASALES
-
-
-1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales.
-
-Quand la consonne _=n=_ (ou _=m=_) est entre deux voyelles, elle se
-groupe naturellement avec la voyelle qui suit, et celle qui précède
-reste pure. Mais quand elle s’est trouvée placée dans les mots français
-à la suite d’une voyelle, devant une consonne autre que _m_ ou _n_,
-ou à la fin d’un mot, la voyelle s’est d’abord nasalisée, puis l’_n_
-(ou l’_m_) a peu à peu cessé de se faire entendre (sauf dans le Midi).
-Il s’est maintenu toutefois dans l’orthographe, comme signe de la
-nasalisation de la voyelle qui précède: an_ge_, _ch_am_bre_, _p_in.
-Ainsi il n’y a plus que trois sons dans _enfant_, qui en avait six
-autrefois.
-
-Cette conservation de l’_n_ comme signe orthographique n’est pas sans
-inconvénient, car on ne sait pas toujours dans quels cas l’_n_ est une
-consonne, ou un simple signe de nasalisation.
-
-Pas plus que les voyelles fermées, les voyelles nasales ne peuvent se
-prononcer de deux manières. Une seule différence est à faire, pour
-la quantité. Quand elles sont finales, elles sont moyennes, comme
-toutes les autres voyelles: _rom_an, _chem_in, _mout_on, _auc_un;
-quand elles sont suivies d’une consonne articulée, elles s’allongent
-très sensiblement, surtout si elles sont toniques: _rom_an_ce_,
-_bon-s_en_s_, _m_in_ce_, _t_on_dre_, _empr_un_te_; quand elles sont
-atones, elles sont moins longues: on peut comparer _r_an_g_, _r_an_ge_,
-et _r_an_ger_, qui est entre les deux; de même _l_on_g_, _l_on_gue_ et
-_l_on_ger_.
-
-Il y a en français quatre nasales, c’est-à-dire quatre sons distincts
-qui ne sauraient se confondre; mais un même son nasal peut s’écrire de
-plusieurs façons. Outre que _en_ se prononce tantôt _an_, tantôt _in_,
-que _ain_ et _ein_ ont le même son que _in_, il faut ajouter à cela la
-différence de l’_m_ et de l’_n_; et si l’on tient compte, en outre, des
-consonnes non articulées, on obtient pour chacun des quatre sons un
-très grand nombre de graphies, que l’orthographe a conservées, à propos
-ou hors de propos.
-
-Pour la voyelle _=an=_, voici d’abord _rom_an, _am_ant, flam_and_,
-c_amp_, fr_anc_, r_ang_, et naturellement leurs pluriels; puis Rou_en_,
-différ_ent_, différ_end_, har_eng_, et leurs pluriels; de plus
-am_bition_, em_mener_, t_emps_, ex_empt_ ou ex_emp_te, sans compter
-J_ean_, C_aen_, L_aon_, _han_ter et _Hen_ri, ce qui fait bien trente
-manières d’écrire le seul et unique son _an_.
-
-Il n’y en a pas moins pour la voyelle _=in=_: voici d’abord v_in_,
-v_ins_, prév_int_, v_ingt_, et quatre-v_ingts_, inst_inct_, et même
-c_inq_, dans _cinq sous_; puis s_ain_, s_aint_, s_ein_, s_eing_,
-ess_aim_, et leurs pluriels, f_eint_, th_ym_, avec v_ainc_ et v_aincs_;
-de plus, exam_en_, vi_ens_ et vi_ent_; sans compter l_im_pide,
-s_yn_taxe et R_eim_s; et j’en passe peut-être. Et encore faut-il
-considérer à part s_oin_ ou mars_ouin_, p_oint_, p_oing_, et leurs
-pluriels.
-
-La voyelle _=on=_ se trouve à son tour dans chiff_on_, prof_ond_,
-affr_ont_, j_onc_, l_ong_, n_om_, pl_omb_, pr_ompt_, et leurs pluriels,
-et dans r_omps_, sans compter p_un_ch; la voyelle _=un=_, dans
-trib_un_, déf_unt_, parf_um_, et leurs pluriels, et dans à j_eun_ ou
-Jean de M_eung_.
-
- * * * * *
-
-Mais l’_n_ et l’_m_ ne s’emploient pas indifféremment: l’_m_ ne fait
-généralement que remplacer l’_n_ dans certains cas. En principe,
-l’_m_ ne peut terminer une nasale qu’à l’intérieur des mots, devant
-une labiale, _b_ ou _p_, ou dans le préfixe _-em_ (pour _en-_) suivi
-d’un _m_. Le phénomène se produit même dans des syllabes masculines
-finales: _c_am_p_, _ch_am_p_, _ex_em_pt_ et _t_em_ps_, _pl_om_b_,
-_pr_om_pt_ et _r_om_pt_, ou _r_om_ps_[334].
-
-Il faut y ajouter _c_om_te_ et ses dérivés auxquels on a conservé l’_m_
-tout à fait exceptionnellement, devant un _t_, sans doute pour éviter
-une confusion avec _co_n_te_[335].
-
-La prononciation est d’ailleurs exactement la même aujourd’hui, que la
-consonne qui termine la nasale soit _m_ ou _n_: _c_am_p_, _ch_am_p_
-et _t_em_ps_, _c_am_per_ et am_bition_, _m_em_bre_, _t_em_pe_ et
-em_mener_, _n_im_be_ et _s_im_ple_, _pl_om_b_ et _n_om_bre_, _r_om_pre_
-et _r_om_pt_ ou _r_om_ps_, et _h_um_ble_, prononcent leurs nasales
-exactement comme an_ge_, _c_in_tre_, _r_on_de_ ou _déf_un_t_.
-
-A la fin des mots s’il n’y a pas de consonne à la suite, la voyelle
-nasale est toujours écrite avec un _n_, les finales en _m_ ayant perdu
-le son nasal. Il faut excepter:
-
-1º _Dam_ et au besoin _quidam_[336];
-
-2º _Daim_, _faim_, _essaim_, _étaim_[337]; de plus, _thym_;
-
-3º _Nom_ et ses composés avec _dom_, qui est le même mot que l’espagnol
-_don_[338];
-
-4º _Parfum_[339].
-
-Dans tous les autres mots, l’_m_ final se prononce à part, mais
-d’ailleurs tous ces mots sont des mots étrangers, prononcés comme ils
-sont écrits, ou des mots latins: _hare_m, _intéri_m, _albu_m, etc.[340].
-
-
-2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées
-
-Outre les finales en _m_, il y a encore d’autres syllabes qui ont perdu
-en français le son nasal. On parlera plus loin des finales en _-en_. Je
-veux parler ici de certaines syllabes intérieures, où la nasale _n_ ou
-_m_ était suivie d’un autre _n_ ou _m_.
-
-Nous avons déjà vu précédemment la nasale primitive se réduire à une
-voyelle dans _fla_(m)-_me_ et _fe_(m)-_me_[341]. Il en fut de même de
-beaucoup d’autres mots, notamment _gra_(m)-_maire_[342].
-
-Beaucoup de personnes conservent encore, très malencontreusement, le
-son nasal dans an-_née_, dans _sol_en-_nel_ et _sol_en-_nité_, ou
-dans les adverbes en _-amment_ ou _-emment_[343]. Dans tous ces mots
-la décomposition est définitive depuis longtemps; et comme la nasale
-avait partout le son _an_, c’est l’_a_ qui a prévalu partout après
-décomposition; c’est pourquoi _impudemment_ et _abondamment_ se
-prononcent de la même manière, _impudent_ et _abondant_ ayant la même
-finale pour l’oreille[344].
-
-Il est resté toutefois quelques spécimens de cette catégorie
-de nasales. Par exemple, il faut bien se garder de remplacer
-_né_an-_moins_ par _né_a-_moins_, qui est devenu une prononciation
-purement dialectale; _néant_, qui a gardé ici son _n_ à défaut du _t_,
-a gardé aussi sa prononciation. Le son nasal s’est maintenu également
-dans _t_în-_mes_ et _v_în-_mes_, formes exceptionnelles et bizarres,
-dont l’orthographe et la prononciation sont dues à l’uniformité de la
-conjugaison.
-
-Mais surtout le son nasal s’est maintenu dans les mots de la famille
-d’_en-nui_ et dans les composés de la préposition _en_: en-_noblir_,
-em-_mener_, em-_ménager_, etc., y compris le vieux mot em-_mi_[345].
-
-Il y a mieux, et voici une observation capitale: la préposition _en_ a
-gardé parfois le son nasal, non seulement devant _n_ ou _m_, mais même
-_devant une voyelle_, dans des composés d’origine purement française,
-sans que l’_n_ se soit doublé: en-_ivrer_. Ce n’est pas sans peine,
-car le voisinage de mots tels que _énigme_, _énergie_, _énoncer_, tend
-continuellement à décomposer la préposition. La présence d’un _h_
-contribue peut-être à la maintenir dans _enherber_ ou _enharmonie_
-qui d’ailleurs ne sont pas d’usage courant[346]. Mais il y a trois
-mots capitaux, trois mots très usités, trois mots nécessaires, où
-il est indispensable de maintenir la préposition _en_ avec le son
-nasal, malgré le voisinage immédiat de la voyelle, sous peine de
-faire de véritables barbarismes. Ce sont en-_ivrer_, en-_amourer_ et
-en-_orgueillir_, qui doivent se prononcer comme _s’en aller_, avec
-nasale et liaison.
-
-Les fautes sur ce point sont si fréquentes que je ne sais trop quel
-avenir est réservé à ces mots[347]. En-_orgueillir_ se tient encore
-assez bien[348]; mais que de gens même fort instruits, et même des
-typographes, vont jusqu’à mettre un accent sur _énamourer_, voir sur
-_énivrer_! Écriture et prononciation également barbares, auxquelles il
-faut résister de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on le pourra.
-
- * * * * *
-
-Passons aux observations particulières à chaque nasale.
-
-
-3º Les cas particuliers de la nasale AN
-
-I. C’est à la nasale _=an=_ que se rattachent trois monosyllabes
-d’orthographe irrégulière: _fa_(o)_n_, _pa_(o)_n_, _ta_(o)_n_. Pour
-_taon_, c’est _ton_ et non _tan_ qui s’est prononcé longtemps et se
-prononce encore dans certaines provinces, mais cette prononciation,
-admise par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, est aujourd’hui dialectale[349].
-
-Il va sans dire que dans les cas où la dérivation dénasalise la
-syllabe, c’est l’_a_ seul qui s’entend: _pa_(o)_n_ et _fa_(o)_n_
-ne peuvent donner que _pa_(on)_ne_, _pa_(on)_neau_, _fa_(on)_ner_,
-prononcés également sans _o_[350].
-
-Autre observation sur _an_: nous nasalisons presque toujours le groupe
-_an_, et aussi _am_ intérieur, dans les mots étrangers, même quand ces
-mots ne sont pas francisés par ailleurs. Il y a là un phénomène général
-très curieux.
-
-Pour la finale, d’abord, il n’y a guère que les mots anglais en _-man_
-qui fassent exception; après avoir nasalisé autrefois _drogm_an,
-_dolm_an, _landamm_an, avec _parmes_an et d’autres, nous respectons
-aujourd’hui, par suite de la diffusion de l’enseignement, et aussi
-par un certain snobisme, la finale sonore de _policema_n, _clubma_n,
-_sportsma_n, etc.[351].
-
-Pour _an_ intérieur, il y a d’abord quelques mots qui sont entièrement
-francisés: _d_an_dy_, _perform_an_ce_, et même _h_an_dicap_, puisque
-nous en avons fait le verbe _h_an_dicaper_; de même an_d_an_te_ ou
-an_d_an_tino_, _f_an_tasia_, _fr_an_co_ ou _dilett_an_te_. Il y a
-ensuite les mots dans lesquels _an_ seul est francisé: ainsi _c_an_t_,
-où nous prononçons le _t_, contrairement à l’usage français, et
-_c_an_tabile_, où nous prononçons l’_e_ final; c’est toujours la
-demi-francisation. De même _l_an_dwehr_ ou _l_an_dsturm_, _st_an_d_,
-_s_an_dwich_ ou _shak_(e)_h_an_d_, _c_an_zone_ ou _b_an_derillero_, et
-aussi _warr_an_t_, où le _t_ final ne se prononce plus, quoique le _w_
-se prononce encore quelquefois _ou_.
-
-En revanche, on ne nasalise guère _an_ dans _c_an_ter_, _highl_an_der_
-ou _four in h_an_d_, dans _f_an_toccini_, _bel c_an_to_,
-_acceler_an_do_, _ritard_an_do_, _tutti qu_an_ti_, _furia fr_an_cese_,
-_lasciate ogni sper_an_za_, qui sont trop manifestement étrangers. Ou
-plutôt on nasalise bien un peu la syllabe, mais en faisant néanmoins
-sonner l’_n_, ce qui n’est pas la nasale proprement française[352].
-
-_Tra_m_way_ a pu se franciser sans se nasaliser. Cela tient à ce que le
-_w_ ayant le son _ou_, l’_m_ a l’air de sé-parer deux voyelles; mais
-on entend souvent dans le peuple _tran-vè_.
-
-
-4º Quand le groupe EN se prononce-t-il _an_ ou _in_?
-
-Nous passons à _=en=_. Ici se pose la question la plus importante
-peut-être de celles qui concernent les nasales en français: quand _en_
-se prononce-t-il _an_? quand se prononce-t-il _in_? Car c’est le seul
-groupe à _n_ final qui se prononce de deux manières, autrement dit qui
-appartienne à deux nasales. A l’origine, l’_e_ n’avait pu se nasaliser
-qu’avec le son _in_, qui correspond phonétiquement à _e_ ouvert et non
-à _i_. Mais il semble bien qu’à une certaine époque le groupe _en_
-était passé de _in_ à _an_ à peu près partout, et aujourd’hui encore
-_=en=_ _se prononce normalement_ _=an=_, ainsi qu’on va voir.
-
-Mais les exceptions sont devenues assez nombreuses.
-
-
-I. =EN final.=--C’est ici que le son _in_ s’est le plus généralisé.
-Le changement ou le retour de _an_ à _in_ a dû se produire en premier
-lieu dans la diphtongue finale accentuée _=-ien=_. On la trouve d’abord
-dans _bien_, _chien_ et _rien_, avec tous leurs composés[353]; puis
-dans _mien_, _tien_ et _sien_; enfin dans les formes de _venir_ et
-_tenir_, _viens_, _viendra_, _tiendrait_, etc., avec leurs composés, et
-aussi leurs dérivés: _soutien_, _maintien_, _entretien_. L’altération
-du son primitif est passée de là à tous les mots où la finale _=-en=_,
-dérivée du suffixe latin _-anus_, était précédée des voyelles _i_
-(et _y_) ou _e_: _paï_-en, _moy_-en, _chréti_-en (autrefois de trois
-syllabes), _patrici_-en, etc., _europé_-en, _chaldé_-en, etc.
-
-Ce ne fut pas sans résistance. Beaucoup de mots, au moins les noms
-propres, ont hésité longtemps entre _an_ et _in_. Voltaire, qui faisait
-parfois des efforts pour rapprocher l’orthographe de la prononciation,
-et qui écrivait fort judicieusement _f_e_sons_ et _bienf_e_sant_,
-écrivait aussi _europé_an. Aujourd’hui il n’y a plus d’hésitation: tous
-les mots en _=-éen=_ et _=-ien=_ ou _=-yen=_ se prononcent _é-in_ et
-_i-in_ ou plutôt _yin_, quoique les poètes s’obstinent à séparer l’_i_
-la plupart du temps: _tragédi_en, _bohémi_en, _aéri_en, _parisi_en,
-etc., etc.[354].
-
- * * * * *
-
-Si nous passons aux autres mots terminés en _-en_, nous constatons que
-le son _an_ ne se retrouve plus que dans la préposition _en_[355]. Il
-est vrai que dans la plupart des autres (ils ne sont d’ailleurs pas
-nombreux), la finale n’est plus nasale: ainsi _abdome_n ou _glute_n.
-Ces mots ont subi l’analogie des mots latins ou étrangers, et surtout
-des noms propres qui sont fort nombreux; nous les retrouverons quand
-nous parlerons de l’_n_ final. Seul, _exam_en s’est complètement
-détaché du groupe: sa finale, qui n’avait d’ailleurs jamais perdu
-complètement le son _in_, l’a repris définitivement depuis un
-siècle[356].
-
-De plus, les poètes ont fait longtemps et font souvent encore rimer
-_hymen_ avec _main_; mais comme le mot n’est plus d’usage courant
-et prend une apparence un peu scientifique, il est fort rare qu’on
-nasalise sa finale en prose[357].
-
-
-II. =EN tonique suivi d’une consonne.=--La finale _-ent_ ou _-end_,
-à consonne muette, a partout le son _an_: _prud_en_t_, _ag_en_t_,
-_m_en_t_, _susp_en_d_, _att_en_d_, etc., etc., et même les mots en
-_-ient_, même _ingrédi_en_t_, qu’on écorche parfois[358].
-
-Il faut excepter toutefois _ti_en_t_ et _vi_en_t_ et leurs composés,
-qui ne peuvent pas se prononcer autrement que les formes voisines de
-_tenir_ et _venir_[359].
-
-Il en est de même de _-ens_, qui en principe se prononce également _an_
-dans les mots proprement français, où l’_s_ ne se prononce pas[360].
-Mais ces mots sont en fort petit nombre: _g_en_s_, _guet-ap_en_s_,
-_dép_en_s_, _susp_en_s_, avec le substantif _s_en_s_, dont l’_s_ se
-prononce aujourd’hui presque partout, et les formes verbales _s_en_s_,
-_m_en_s_, _rep_en_s_.
-
-Les autres mots sont des mots latins, et sont naturellement prononcés
-comme en latin, c’est-à-dire que _en_ se nasalise en _in_ et que l’_s_
-se prononce (_ince_): _g_en_s_, _delirium trem_en_s_, _alma par_en_s_,
-_semper vir_en_s_, _horresco refer_en_s_, d’où, par analogie,
-_labad_en_s_, inventé par Labiche. Pourtant le mot technique _cens_ a
-gardé le son _an_, sans doute par analogie avec _sens_ et _bon sens_,
-qui n’ont jamais varié sur la nasale[361].
-
-C’est aussi _an_ tout court qui sonne dans _t_em_ps_ ou _har_en_g_[362].
-
-Enfin c’est encore _an_ qu’on prononce toutes les fois que _en_ est
-suivi d’une syllabe muette: ainsi les finales _-ente_, _-ence_ ou
-_-ense_, _-ende_ et _-endre_, _-emble_, _-embre_, _-empe_ et _-emple_,
-etc.[363].
-
-
-III. =EN atone.=--Si nous passons à _en_ atone, nous constatons encore
-que c’est le son _an_ qui est le son propre du groupe dans les mots
-proprement français.
-
-En tête des mots, il n’y a pas d’exception[364].
-
-A l’intérieur, le son _an_ s’est maintenu non seulement dans les
-finales _-ention_, _-entiel_, etc., mais même dans des mots plus
-ou moins techniques ou savants qui étaient déjà anciens: d’abord
-les dérivés de _cent_, comme _c_en_turie_ ou _c_en_turion_[365];
-par analogie, _c_en_taure_; puis _adv_en_tice_ et _adv_en_tif_,
-_app_en_tis_ et _perp_en_diculaire_, _cal_en_der_ et _cal_en_drier_,
-_comm_en_sal_, _comp_en_dieux_, _dys_en_terie_ et _li_en_terie_,
-en_tité_, _m_en_dicité_, _m_en_strues_, _sept_en_trion_,
-_stip_en_dier_, etc. C’est la vraie tradition française[366].
-
-Au contraire, dans les mots plus ou moins savants, plus ou moins
-techniques, qui sont entrés dans la langue assez récemment,
-c’est-à-dire depuis la Renaissance, la prononciation moderne du latin a
-amené l’emploi du son _in_. Ce sont d’abord des mots purement latins,
-_ag_en_da_, _p_en_sum_, _mem_en_to_, _comp_en_dium_, _s_en_sorium_, _in
-ext_en_so_, _modus viv_en_di_[367]; puis les mots tirés du grec, qui
-commencent par _hendéca-_ ou par _pent-_, comme _p_en_tagone_[368]; en
-outre _b_em_bex_, _rhodod_en_dron_ et _plac_en_ta_, avec _m_en_tor_ et
-_m_en_thol_, etc.
-
-En outre _app_en_dice_ et _s_em_piternel_, quoique anciens, ont à peu
-près passé de _an_ à _in_, sous l’influence du latin _app_en_dix_
-et _s_em_piternus_, et _app_en_dicite_, mot savant, qui se prononce
-fatalement par _in_, achève l’altération d’_app_en_dice_. _Chrétien_ a
-fini aussi par entraîner _chréti_en_té_, qui a été longtemps discuté.
-
-D’autres mots flottent déjà, comme _adv_en_tice_ ou _m_en_strues_.
-_Sapi_en_tiaux_ est exposé à passer de _an_ à _in_, étant mal protégé
-par _sapi_en_ce_, qui est peu usité, tandis que _obédi_en_tiel_,
-_pestil_en_tiel_, et surtout _sci_en_tifique_, le sont beaucoup mieux
-par _obédi_en_ce_, _pestil_en_ce_ et _sci_en_ce_, dont la finale est
-inaltérable actuellement.
-
-En revanche, quelques mots plus ou moins récents ont pris ou gardé
-le son _an_ par analogie, ou pour des raisons qui échappent, car une
-logique parfaite ne préside pas toujours à la répartition des sons.
-
-_P_en_d_en_tif_ a suivi l’analogie de _p_en_dre_ et _p_en_d_an_t_;
-_t_en_tacule_, celle de _t_en_ter_ et _t_en_tative_. _Tar_en_telle_
-et _tar_en_tule_ ont suivi _Tar_en_te_, qui était ancien. Quand Fabre
-d’Églantine inventa _v_en_démiaire_, il le tira du latin _v_in_demia_,
-mais s’il l’écrivit _ven_ et non _vin_, c’est qu’il voulait en faire
-un mot populaire comme _v_en_tôse_, et pour cela le rapprocher de
-_v_en_dange_; c’est donc à tort que quelques-uns le prononcent par
-_in_[369].
-
-Tous ces mots s’expliquent assez bien. Mais pourquoi _st_en_tor_
-avec _an_ à côté de _m_en_tor_ avec _in_? Je ne sais si _st_en_tor_
-est ancien dans l’usage; en tout cas, les grammairiens n’en parlent
-pas[370]. Pourquoi prononce-t-on _ép_en_thèse_ par _an_? Pourquoi, à
-côté de _rhodod_en_dron_ prononcé par _in_, prononce-t-on _d_en_drite_
-par _an_? Que dis-je? A côté de _téréb_in_the_, non seulement prononcé,
-mais écrit par _in_, on a _téréb_en_thine_, prononcé par _an_; et au
-contraire, de _m_en_the_, qui a naturellement gardé le son de son
-orthographe primitive _m_en_te_, on a tiré _m_en_thol_, à qui on a
-imposé le son _in_, à titre de mot savant![371].
-
-IV. =Les mots étrangers.=--On sait que les voyelles nasales
-appartiennent presque exclusivement au français. Quand on ne francise
-pas du tout un mot étranger, et il y a des cas où cela n’est guère
-possible, on doit se garder de nasaliser le groupe _en_, aussi bien que
-les autres. Ainsi l’anglais _p_e_nce_, e_nglish_, _great ev_e_nt_ ou
-_self governm_e_nt_, _g_e_ntry_ ou même _g_e_ntleman_ et _rem_e_mber_;
-de même l’italien _l_e_nto_, _a t_e_mpo_ ou _s_e_nza t_e_mpo_,
-_rall_e_ntando_, _risorgim_e_nto_, et aussi l’espagnol _ayuntami_e_nto_
-ou _pronunciami_e_nto_.
-
-Mais si on francise, ne fût-ce qu’à moitié, c’est toujours par la
-nasale qu’on commence; or _en_ ne peut se nasaliser directement qu’en
-_in_, seule nasale correspondant à _e_. Ainsi dans _b_en_gali_, dans
-_b_en_join_, d’où _b_en_zine_ avec ses dérivés; dans _eff_en_di_;
-dans _farni_en_te_ (que l’_e_ final soit muet ou non), _pol_en_ta_,
-_v_en_detta_ et _cresc_en_do_[372]. Ainsi encore dans _bl_en_de_ et
-_pechbl_en_de_, qu’on prononce quelquefois par _an_, à cause de la
-finale _ende_; et encore dans _sp_en_cer_. A _sp_en_cer_ on devrait
-joindre _t_en_der_ et _chall_en_ge_, mais l’usage des employés
-de chemins de fer a définitivement francisé _t_en_der_ par _an_,
-évidemment par l’analogie des mots _t_en_dre_, _t_en_deur_ et autres,
-et de son côté _chall_en_ge_ a pris le son des finales en _-ange_,
-comme _v_en_ge_.
-
-D’autre part, beaucoup de gens prononcent aussi _v_en_detta_ par _an_,
-et cette prononciation s’imposera fatalement un jour[373].
-
-
-5º Les cas particuliers de la nasale IN.
-
-Sur la nasale =_in_=, il y a moins à dire[374].
-
-La préposition latine _in_, qui n’est pas nasale en latin, parce que
-l’_n_ est final, s’est nasalisée en français devant une consonne,
-dans les termes qui désignent les formats de livres, in-_folio_,
-in-_quarto_, comme in-_douze_, in-_seize_, etc., et le plus souvent
-aussi in-_plano_; mais on ne nasalise pas i_n-octavo_ à cause de la
-voyelle, pas plus que i_n extremis_ ou i_n extenso_, qui sont en deux
-mots; pas davantage i_n partibus_, non plus que l’italien i_n petto_.
-
- * * * * *
-
-D’autre part, dans les mots étrangers, c’est le groupe _in_ qui se
-conserve le mieux en français sans se nasaliser. Ainsi on ne doit pas
-nasaliser la finale anglaise _-ing_, sauf dans _schamp_oin(g), qui est
-tout à fait francisé. Il est vrai que _shelling_ et _sterling_ peuvent
-encore se prononcer _chel_in et _sterl_in sans _g_, et d’autre part on
-nasalise encore quelquefois _shirt_ing, _lasti_ng et _poud_ing (sans
-parler de _meet_ing) en prononçant le _g_ guttural, mais il semble
-qu’on cesse peu à peu de nasaliser ces mots. On ne doit pas non plus
-nasaliser _fl_i_nt-glass_, i_ncome-tax_, _mack_i_ntosh_, _kronpr_i_nz_,
-_h_i_nterland_, _tch_i_n_, _khams_i_n_.
-
-On nasalise quelquefois _g_in, et ordinairement _mue(z)-z_in, toujours
-in_cognito_, im_presario_, _pepperm_in_t_, _aquat_in_te_ (à côté de
-_aqua-t_i_nta_); généralement aussi in_terview_, suffisamment francisé,
-puisqu’on en a fait in_terviewer_. [375]
-
-Le groupe =_oin_= doit se prononcer _ouin_ et non ou_an_, comme on fait
-dans certaines provinces, et _m_oin_dre_ peut rimer avec _cyl_in_dre_,
-mais non avec _ent_en_dre_.
-
-J’ajoute que _oin_ est toujours _monosyllabe_. V. Hugo a cru, et il
-n’était pas le premier, que les nécessités ou les commodités de la
-versification l’autorisaient à scinder en deux le mot _groin_:
-
- ... eux, déchiffrer Homère, ces gens-là!
- Ces diacres, ces bedeaux dont le _gro-in_ renifle[376].
-
-Mais alors on est obligé de prononcer _gro-in_, ce qui altère le mot
-sensiblement[377]. Ailleurs, il écrit _grou-in_ pour la rime[378]:
-cela vaut encore mieux; d’autres l’avaient fait avant lui, et quelques
-personnes prononcent ainsi. Mais c’est une erreur, et, malgré les
-trois consonnes initiales (grw), _groin_ n’est pas plus difficile à
-prononcer en une syllabe que _bruit_, _instruit_ ou _croix_, qui en ont
-autant[379]. Voyez Saint-Amant, dans _le Melon_:
-
- Et des truffes... qu’un porc.....
- Fouille pour notre bouche et renverse du _groin_.
-
-Le groupe =_ouin_=, dissyllabe autrefois, est aujourd’hui monosyllabe,
-comme _oin_[380].
-
-
-6º Les cas particuliers de la nasale ON.
-
-La nasale =_on_= n’a d’intéressant que _m_on_sieur_, où _on_, réduit
-d’abord à _o_--on dit encore parfois _m_o_sieu_ par plaisanterie--s’est
-réduit en définitive à un _e_ muet (_mesieu_) qui, comme la plupart des
-_e_ muets, disparaît ordinairement dans la prononciation rapide[381].
-
-Nous avons parlé plus haut des mots en _-aon_, à finale monosyllabique,
-prononcée _an_[382].
-
-_On_ final ne se nasalise pas dans quelques mots empruntés au grec:
-_epsil_o_n_, _omicr_o_n_, _kyrie eleis_o_n_, _gnôthi seaut_o_n_,
-etc., ni dans _sine qua n_o_n_ ou _baralipt_o_n_, ou les expressions
-italiennes _c_o_n brio_, _c_o_n moto_, etc.; mais en physique on
-nasalise _micr_on[383].
-
-
-7º Les cas particuliers de la nasale UN.
-
-La nasale _un_ (ou _um_) se prononce _on_ dans les mots latins:
-_sec_un_do_, _conj_un_go_, _de prof_un_dis_; dans _rh_um_b_,
-_l_um_bago_ et _p_lum_bago_, dans _j_un_gle_ et _j_un_te_, et dans
-_p_un_ch_[384]. Mais pourquoi _ponch_, qui n’est ni anglais, ni
-français? et pourquoi _ponch_ à côté de _lunch_, qui se francise avec
-la nasale _un_, si bien que nous en avons fait _luncher_? Ce sont des
-mystères que nul ne peut expliquer.
-
-Mais le point capital à propos de la nasale _un_, c’est de ne pas
-la prononcer _in_! On entend trop souvent _in jour_, _in homme_.
-Heureusement ce n’est pas encore chose très fréquente chez les gens qui
-ont quelque instruction; mais il est peu de fautes plus choquantes.
-
-
-
-
-VII.--L’E MUET[385]
-
-
-1º Considérations préliminaires sur l’E non muet et l’élision.
-
-L’=_e_= muet est ainsi nommé parce qu’on le prononce le moins possible,
-et le plus souvent pas du tout; mais il s’en faut bien qu’il soit
-toujours muet: s’il l’était toujours, il n’y aurait rien à en dire, et
-il s’agit précisément de savoir quand il est réellement muet, et quand
-il ne l’est pas.
-
-Éliminons d’abord ce qui n’est pas dans le sujet proprement dit.
-
-Il y a, d’une part, un cas où l’=_e_= dit _muet_ est tellement loin
-d’être muet, qu’il est même _tonique_; c’est dans le pronom _le_
-précédé d’un impératif: _dis-l_e[386]. L’_e_ dit _muet_ est alors
-ouvert et bref, moins ouvert, mais aussi bref que _eu_ dans _œuf_.
-Et de même toutes les fois qu’il se prononce: il y a, par exemple,
-une différence très sensible entre _le rôt_ et _leur eau_, où _leur_
-est long et _le_ très bref. C’est encore ainsi qu’il se prononce
-constamment devant une _h_ aspirée: _l_e _haut_, ou en épelant: _l_,
-_e_, _d_, _e_, tandis qu’on prononce _é_ dans _e muet_.
-
-On sait, d’autre part, que l’=_e_= n’est jamais muet ni devant _z_
-final, ni devant deux consonnes, quoique, dans ces cas-là, il ne
-porte pas d’accent. Nous n’avons donc point à parler non plus de
-celui-là[387].
-
-Ce n’est pas tout: il y a encore et surtout l’_élision_, où l’=_e_=
-ne compte plus pour rien du tout. On sait que l’_e_ final s’élide
-devant un mot commençant par une voyelle, même précédée de l’_h_ muet:
-_l’état_, _l’herbe_, _il aim_(e) _à rire_, _plein d’honneur_, _la
-vi_(e) _est courte_. On voit qu’il n’importe pas que cette élision soit
-notée par l’écriture[388].
-
-On doit noter ici toutefois, avant de passer outre, un certain nombre
-d’élisions qui ne se font pas dans l’usage courant, ce qui oblige
-à prononcer l’_e muet_: ce sont, la plupart du temps, des hiatus
-seulement apparents, que la versification elle-même admet ou devrait
-admettre.
-
- * * * * *
-
-1º On parlera tout à l’heure des semi-voyelles, et notamment du
-=_yod_=. L’_y_ grec appuyé sur une voyelle devient _yod_, c’est-à-dire
-consonne, aussi bien en tête que dans le corps des mots, et l’on dit,
-sans élision, _l_e _yatagan_, comme _l_a _yole_. C’est une idée que
-les poètes acceptent difficilement. V. Hugo, notamment, par crainte
-de faire un hiatus, ne manque pas de dire _l’y-ole_ ou _l’y-atagan_;
-et l’erreur est double, car il fait une élision qui n’est point à
-faire, et cette élision l’amène à donner aux mots victimes une syllabe
-de trop. Les poètes devraient bien parler comme tout le monde, et
-dire _l_e _ya-tagan_ (et _l_es _yatagans_, sans liaison), comme _l_e
-_yacht_, _l_e _yak_, _l_e _yucca_, _l_e _yod_, _l_e _youyou_, _l_e
-_youtre_, car il n’y a là aucun hiatus[389].
-
-2º Le groupe =_ou_= initial est également consonne devant une voyelle.
-Cela n’empêche certainement pas de dire _à l’ouest_, _un_(e) _ouaille_,
-_un_(e) _ouïe_. Mais devant _oui_ pris substantivement, on n’élide ni
-_le_, ni _de_, pas plus qu’on ne lie _un_, _les_, _ces_, etc., ou qu’on
-ne remplace _ce_ par _cet_, même en vers, malgré l’hiatus apparent:
-
- Oui, ma sœur.--Ah! _ce oui_ se peut-il supporter?[390].
-
-Il est vrai qu’on dit fort bien, familièrement, _je crois qu’oui_; mais
-cette élision ne s’impose pas toujours, et les poètes eux-mêmes s’en
-abstiennent souvent. Ainsi, La Fontaine, dans un vers de _Clymène_,
-souvent cité:
-
- Qu’on me vienne aujourd’hui
- Demander: «Aimez-vous?» Je répondrai _que oui_[391].
-
-On dit aussi plus volontiers _le ouistiti_ que _l’ouistiti_, quoiqu’on
-fasse fort bien la liaison dans _un ouistiti_ ou _des ouistitis_.
-
-Pour _ouate_, l’usage est flottant. Il est vrai qu’on dit plus
-ordinairement aujourd’hui _de la ouate_ que _de l’ouate_, malgré une
-tendance fâcheuse à revenir à l’ancienne prononciation: scrupule de
-purisme fort déplacé, qui se manifeste, paraît-il, chez certains
-médecins et chez les _premières_ des _grandes_ maisons de couture. Mais
-dire _la ouate_ n’empêche pas du tout de faire l’élision de l’_e_ muet:
-_un_(e) _ouate_, _plein d’ouate_, sont généralement usités[392].
-
-
-3º L’habitude d’isoler les noms de nombre, qui commencent généralement
-par des consonnes, fait qu’on traite souvent comme les autres ceux qui
-commencent par des voyelles, _un_ et _onze_, et aussi _huit_, dont
-l’_h_, naturellement muet, ne s’est aspiré (et encore pas toujours) que
-par suite de cette convention spéciale[393]. On dit donc _le onze_ et
-_le onzième_, et non pas _l’onze_ et _l’onzième_, témoin la complainte
-du _Vengeur_:
-
- _Le_ onze, un gabier de vigie
- S’écria: Voile sous le vent.
-
-On n’a probablement jamais dit _une lettre de l’onze_, et pas souvent
-sans doute _à l’onzième siècle_, quoiqu’on trouve cette façon de parler
-dans Th. Corneille[394]. Pourtant on dit à peu près indifféremment _le
-train de onze heures_ ou _le train d’onze heures_; et Littré écrira
-dans son dictionnaire: _bouillon d’onze heures_.
-
- Les astres aujourd’hui, sous le soleil _d’onze heures_,
- Brillent comme des prés[395].
-
-Ceci est un cas spécial, qui permet même la liaison du _t_ du verbe
-_être_: on dit presque uniquement _il est onze heures_ avec liaison,
-et c’est la seule liaison qu’on fasse avec _onze_; l’élision _d’onze
-heures_ en est la conséquence naturelle. Mais on ne dirait pas avec
-Corneille, _l’œuvre d’onze jours_[396].
-
-L’élision est beaucoup plus libre avec _un_ qu’avec _onze_. Cependant,
-on dira uniquement _le un_, soit pour numéroter, soit pour dater, en
-opposition avec _l’un_, où _un_ n’est plus le nom du nombre[397]. On
-dit aussi fort bien _livre un_, _chapitre un_, comme _chapitre onze_,
-quoiqu’on élide parfois dans ces deux expressions, et qu’on dise plutôt
-_pag_(e) _un_ et _pag_(e) _onze_. On dit de même, _le huit_, _livre
-huit_, _chapitre huit_, quoiqu’on dise _quarant_(e)-_huit_, et que
-_mill_(e) _huit cents_ soit identique à _mil huit cents_.
-
-
-4º Enfin, on dit aussi _le uhlan_ et non _l’uhlan_. C’est peut-être
-pour des raisons d’euphonie; mais on dira tout aussi bien _du uhlan_,
-qui n’est pas plus harmonieux que _l’uhlan_, et V. Hugo lui-même a osé
-risquer cet hiatus nécessaire:
-
- Quand Mathias livre Ancône au sabre _du uhlan_[398].
-
-Ce mot est donc traité comme s’il avait un _h_ aspiré sans qu’on sache
-pourquoi (en allemand: ulan).
-
-Nous venons d’examiner les cas où l’_e_ muet ne s’élide pas devant
-une voyelle. Il y en a un où il s’élide encore en réalité devant une
-voyelle, mais en apparence devant une consonne: c’est quand on désigne
-par leurs noms les sept consonnes dont l’articulation est précédée d’un
-_e_: _l’f_, _l’h_, _l’l_, _l’m_, _l’r_, _l’s_, _l’x_, _plein d’m_,
-_beaucoup d’r_, etc.; mais on dira au contraire _suivi_ ou _précédé de
-r_ ou _s_, comme _de a_ ou _i_, parce que les lettres sont ici comme
-des mots qu’on cite; de même _je crois que r_ ou _s..._, comme _je
-crois que a..._, ou _je dis que x...._
-
-
-2º La prétendue loi des trois consonnes.
-
-Ces questions étant éliminées, arrivons au vrai sujet, l’_e muet_.
-
-Sur ce point, un certain nombre de philologues font grand état, depuis
-une vingtaine d’années, d’une prétendue _loi des trois consonnes_, qui
-dominerait toute la question de l’_e_ muet; cette loi peut se formuler
-ainsi:
-
-Lorsqu’il n’y a que deux consonnes entre deux voyelles non caduques,
-elles ne sont jamais séparées par un _e_ muet; mais lorsqu’il y en a
-trois ou plus, il reste (_ou il s’intercale_) un _e_ muet après la
-seconde, et de deux en deux, s’il y a lieu[399]. Ainsi _la f’nêtre_,
-mais _un’ f_e_nêtre_, et _qu’est-c’ qu_e _j’ t_e _disais_.
-
-A vrai dire, l’auteur commence par déclarer que sa «loi» ne vaut, à
-Paris, que «pour le français de la bonne conversation», et non pour
-«le parler populaire», et il oppose _ça n_e _m’ fait rien_, qui est,
-dit-il, populaire, à _ça n’ m_e _fait rien_. Mais alors on se demande
-ce que c’est qu’une loi phonétique régissant un parler qui doit avoir,
-qui ne peut pas ne pas avoir quelque chose d’artificiel, au moins sur
-certains points, et à laquelle se dérobe précisément le parler le
-plus naturel, le plus spontané, celui qui, en principe, obéit le plus
-rigoureusement aux _lois_ phonétiques. D’autre part, on se demande
-en quoi _veux-tu t_e _l’ver_ est plus populaire et de moins «bonne
-conversation» que _veux-tu t’l_e_ver_? Et moi-même, ai-je dit _on s_e
-_d’mande_ ou _on s’ d_e_mande_? L’auteur traite ici les monosyllabes
-absolument comme les autres _e muets_, ce qui est une grave erreur. Il
-reconnaît d’ailleurs plus loin que les monosyllabes mettent à chaque
-instant sa «loi» en défaut.
-
-Mais, même à l’intérieur des mots, «sa loi» n’est pas plus sûre, et il
-doit reconnaître que les liquides, _l_ et _r_, y font de perpétuels
-accrocs.
-
-D’abord les groupes de trois consonnes ne sont pas rares, quand la
-seconde est une _muette_ ou _explosive_ (_b_, _c_, _d_, _g_, _t_, _p_),
-ou une _fricative_ (_f_, _v_), suivie d’une _liquide_, _l_ ou _r_,
-ces groupes étant presque aussi faciles à prononcer qu’une consonne
-seule: _a_rbr_e_, _o_rdr_e_, _pou_rpr_e_, _te_rtr_e_, _a_str_e_,
-_terre_str_e_, etc. Ils ne sont guère plus rares quand la seconde
-consonne est un _s_: _lo_rsq_ue_, _o_bsc_ur_, _te_xt_e_ (_te_cst_e_)
-ou _e_xp_édier_. On peut même avoir quatre consonnes consécutives,
-si les deux conditions sont réalisées simultanément, comme dans
-_a_bstr_ait_, _e_xtr_ême_ ou _e_xpr_imer_. Et jamais on n’a éprouvé
-le besoin d’intercaler un _e muet_ après la seconde ou la troisième
-consonne de _ast_(e)_ral_ ou abst(e)rait, pas plus que dans _un’
-planche_.
-
-Les innombrables mots du type _chap_e_lier_, _aim_e_rions_,
-_aim_e_riez_, contredisent aussi la «loi», en maintenant l’_e muet_
-entre les deux consonnes, si l’on n’en voit que deux dans ces mots, ou
-plutôt après la première, et non la seconde, si, comme il convient, on
-prend l’_i_ pour une troisième consonne.
-
-D’autre part, il y a des phénomènes que l’auteur n’a point aperçus. Je
-ne parle pas des mots du type _achèt’rai_, qui maintiennent l’_e_ après
-la première consonne: on pourrait me dire que cette prononciation est
-artificielle. Mais pourquoi dit-on uniquement _éch_e_v’lé_, quand la
-«loi» exigerait _éch’v_e_lé_[400]? Pourquoi, à côté de _pell’t_e_rie_,
-ou plutôt _pel’t’rie_, avec trois consonnes, a-t-on _pap_e_t’rie_, avec
-maintien du premier _e muet_, qui même devient le plus souvent un _e_ à
-demi ouvert?
-
-Ainsi nous ne nous embarrasserons pas de cette fausse loi. Nous
-constaterons, si l’on veut, qu’il y a là une tendance très générale,
-nécessaire même, en français, du moins, et qui se manifeste
-certainement dans la pluralité des cas[401]. Mais une tendance n’est
-pas une loi. Nous nous bornerons donc à examiner sans prévention les
-faits, dont la variété est presque infinie, et nous nous efforcerons
-d’y mettre le plus d’ordre et de clarté que nous pourrons, sans
-méconnaître qu’on peut différer d’avis sur beaucoup de points de
-détails.
-
-
-3º L’E muet final dans les polysyllabes.
-
-I. =Dans les mots isolés.=--A la fin des mots pris isolément, ou s’il
-n’y a rien à la suite, l’_=e=_ non accentué est réellement muet,
-c’est-à-dire qu’on ne l’entend plus[402]. Les instruments délicats
-de la phonétique expérimentale peuvent bien en constater encore
-l’existence après certaines consonnes ou certains groupes de consonnes
-(je ne parle pas de la consonne double, qui compte comme simple); mais
-alors il est involontaire, car ces instruments le constatent, après
-les consonnes dont je parle, aussi bien quand il n’est pas écrit que
-quand il est écrit; autrement dit, _est_, point cardinal, et la finale
-_-este_ se prononcent de la même manière, tout aussi bien que _beurre_
-et _labeur_, _mortel_ et _mortelle_, _sommeil_ et _sommeille_[403].
-
-Nous avons vu au cours des chapitres précédents que la présence même de
-l’_e_ muet après une voyelle finale ne change plus rien ni au timbre ni
-à la quantité de la voyelle qui précède, au moins dans la conversation
-courante. Il y a exception pour la rime, mais ceci est voulu, et
-par suite artificiel[404]: on ne parle ici que de la prononciation
-spontanée[405].
-
-Ce n’est pas tout. Quand la consonne qui précède l’_e muet_ final est
-une liquide, _l_ ou _r_, précédée elle-même d’une explosive ou d’une
-fricative, la prononciation populaire supprime souvent la liquide avec
-l’_e_: _du suc_(re), _du vinaig_(re), datent de fort loin, mais cette
-prononciation n’est plus admise dans la bonne conversation. Pourtant
-_mart_(r)_e_ a fini par avoir droit de cité.
-
-
-II. =Devant un autre mot.=--Considérons maintenant l’_=e=_ muet final
-dans un mot suivi d’un autre mot.
-
-Si le second mot commence par une voyelle ou un _h_ muet, nous savons
-que l’_e_ s’élide. Mais si le second mot commence par une consonne
-(autre que l’_h_ aspiré), l’_e_ muet n’en tombe pas moins: _el_(l)’
-_m’a dit_[406].
-
-Le phénomène est le même si les consonnes qui se rencontrent sont
-pareilles: _el_(l)’ _lit_[407].
-
-L’_e_ tombe encore s’il y a deux consonnes en tête du second mot:
-_el_(l)’ _croit_, _el_(l)’ _scandalise_, _un’ statue_.
-
-Toutefois l’_e_ se prononce, si le mot suivant commence par _r_ ou
-_l_, suivi d’une diphtongue: _il ne mang_e _rien_[408]. On dit même,
-sans élision, _qu’il devienn_e _roi_, les trois consonnes _nrw_
-s’accommodant mal ensemble, tandis qu’on dit avec élision, _si j’
-crois_, qui, pourtant, réunit quatre consonnes, _jcrw_: nous verrons
-plus d’une fois que la liquide ne peut figurer dans un groupe de trois
-consonnes réelles que si elle est première (_lorsque_) ou troisième
-(_si j’ crois_) et non seconde[409].
-
-Ici encore ce n’est pas tout. Si l’_e_ muet final est lui-même précédé
-de deux consonnes différentes devant la consonne initiale du mot
-suivant, en principe l’_e_ se prononce: _reste là_, _pauvre femme_,
-_Barbe-bleue_. Mais il s’en faut bien que le phénomène soit général.
-
-D’une part, on dit fort bien, en parlant vite: _rest’ là_.
-
-D’autre part, devant un autre mot encore mieux qu’isolément, la
-prononciation populaire, ou simplement familière, supprime à la fois,
-et depuis des siècles, l’_e_ et la liquide qui précède, _l_ ou _r_, à
-la suite d’une muette ou explosive ou d’une fricative: _pauv’ femme_,
-_bouc’ d’oreille_.
-
-Ce phénomène affecte surtout l’_r_; et on peut dire que l’_r_ tombe
-régulièrement dans _maît’ d’hôtel_, _maît’ d’étude_, _maît’ de
-conférences_, où il est rare qu’on le fasse sonner; cela est même tout
-à fait impossible dans telle expression uniquement familière, comme _à
-la six quat_(re) _deux_. Dès longtemps, les grammairiens ont constaté
-et apprécié diversement cet usage avec les mots _notre_, _votre_ et
-_autre_. Aujourd’hui cette prononciation n’est jamais considérée comme
-tout à fait correcte. Elle est, il est vrai, seule usitée dans la
-conversation courante, mais non dans la lecture, ni simplement quand
-ou parle à quelqu’un à qui l’on doit des égards, et devant qui on ne
-veut pas se négliger: je citerai, comme exemples plus particulièrement
-probants, _Notr_e _Père, qui êtes aux cieux_, ou _Notr_e-_Dame_. On dit
-aussi uniquement _quatr_e-_vingts_.
-
-Ajoutons que la présence d’un _s_ après l’_e_ muet ne change rien à
-l’élision, et pas davantage celle de _nt_ dans les troisièmes personnes
-du pluriel: _j’aim_(e) _bien_, _tu aim_(es) _bien_ ou _ils aime_(nt)
-_bien_, _la ru_(e) _de Paris_ ou _les ru_(es) _de Paris_, _tombait dru_
-ou _tombai_(en)_t dru_, ont des prononciations identiques[410].
-
-
-4º L’E muet à l’intérieur des mots.
-
-I. =Entré voyelle et consonne.=--Entre une voyelle et une consonne,
-l’=_e_= muet ne se prononce plus depuis bien longtemps, et, pour ce
-motif, il est tombé dans un grand nombre de mots, sans qu’on puisse
-savoir pourquoi il s’est maintenu dans les autres. Aussi n’y a-t-il
-pas de raison pour prononcer _gai_(e)_ment_, qui a gardé son _e_,
-autrement que _vraiment_, qui a perdu le sien. D’ailleurs, quand
-l’_e_ s’est maintenu, on peut le remplacer à volonté dans la finale
-=_-ement_= (substantifs et adverbes) par un accent circonflexe sur la
-voyelle qui précède: _gai_(e)_ment_ ou _gaîment_, _remerci_(e)_ment_
-_ou_ _remercîment_, _dénou_(e)_ment_ ou _dénoûment_, _dénu_(e)_ment_ ou
-_dénûment_.
-
-Mais ceci pourrait faire croire que la voyelle qui précède l’_e_ est
-réellement allongée par lui; en réalité, elle ne l’est pas plus ici
-qu’à la fin des mots, et la prononciation est la même partout, avec ou
-sans accent, avec ou sans _e_, dans _remerci_(e)_ment_ et _poliment_,
-dans _assidûment_ et _ingénu_(e)_ment_[411].
-
-Le même phénomène se produit avec la finale =_-erie_= précédée d’une
-voyelle: _soi_(e)_rie_, qui a gardé son _e_, se prononce comme _voirie_
-ou _plaidoirie_, qui ont perdu le leur; _sci_(e)_rie_ est identique à
-_Syrie_, et l’_u_ est à peu près le même dans _furie_, qui n’a jamais
-eu d’_e_, _tu_(e)_rie_, qui a gardé le sien, ou _écurie_, qui l’a
-perdu[412].
-
-Enfin, le cas est encore le même dans les futurs et conditionnels des
-verbes en =_-ier_= et =_-yer_=, ceux-ci changeant régulièrement leur
-_y_ en _i_ devant l’_e muet_: _j’étudi_(e)_rai_, _je balai_(e)_rai_,
-_j’aboi_(e)_rai_, _j’appui_(e)_rai_. Tout au plus y a-t-il ici cette
-différence, que l’_e_, qui ne peut pas disparaître, allonge assez
-facilement la voyelle précédente, surtout dans les mots de deux
-syllabes: je _pai_(e)_rai_, je ne _ni_(e)_rai_ pas; dans les autres,
-l’allongement tend aussi à disparaître.
-
-Les verbes en =_-ayer_= ou =_-eyer_=, quelques-uns du moins, ont
-gardé la faculté de conserver leur _y_ dans les mêmes temps, et aussi
-au présent, je _pay_(e), je _pay_(e)_rai_. En ce cas, on entend une
-consonne de plus, le _yod_, comme dans _sommeil_ et _sommeil_(le)_rai_;
-mais on n’entend pas davantage l’_e_ muet[413]. Cette faculté est
-complètement perdue pour les verbes en =_-oyer_=: _flamboyent_, qu’on
-trouve dans Leconte de Lisle, en trois syllabes:
-
- Au fond de l’antre creux _flamboyent_ quatre souches,
-
-est presque un barbarisme[414]. De telles formes ne valent pas mieux
-que _soyent_ ou _ayent_, qu’on entend parfois dans le peuple[415].
-
-II. =Entre consonne et voyelle.=--Entre une consonne et une voyelle,
-comme devant une voyelle en tête du mot, l’_e_ muet n’est plus qu’un
-résidu inutile d’anciennes diphtongues, conservé malencontreusement
-dans quelques formes du verbe avoir: (e)_u_, j’(e)_us_, j’(e)_usse_,
-dans _ass_(e)_oir_, dans _à j_(e)_un_[416].
-
-Il en est de même dans le groupe _eau_: (e)_au_, _tomb_(e)_au_,
-_ép_(e)_autre_, etc.[417].
-
-Ou bien l’_e_ muet n’est qu’un simple signe orthographique destiné
-à donner à la _gutturale_ douce _g_, devant les voyelles _a_, _o_,
-_u_, le son qu’elle a normalement devant _e_ et _i_, c’est-à-dire
-celui de la _spirante_ palatale douce, _j_: _mang_(e)_a_, _g_(e)_ai_,
-_afflig_(e)_ant_, _g_(e)_ôlier_, _pig_(e)_on_, _gag_(e)_ure_[418].
-
-III. =Entre deux consonnes.=--Entre deux consonnes, dont la première
-peut être indifféremment simple ou double, l’_e_ muet tombe
-régulièrement, à condition que les consonnes ainsi rapprochées puissent
-s’appuyer sur deux voyelles non caduques, une devant, une derrière;
-ainsi dans _ruiss’ler_ ou _chanc’ler_, aussi bien que dans _app’ler_
-ou _ép’ler_ (où _pl_ font un groupe naturel); de même dans _gab’gie_,
-_épanch’ment_[419], _command’rie_, _échauff’ment_, _jug’ment_,
-_longu’ment_, _mul’tier_, _raill’rie_, _parfum’rie_, _ân’rie_,
-_group’ment_, _craqu’ment_, _dur’té_, _honnêt’ment_, _naïv’té_,
-et même _lay’tier_, aussi bien que dans _prud’rie_, _moqu’rie_ ou
-_pot’rie_[420].
-
-On voit qu’il n’est pas du tout nécessaire qu’il y ait affinité
-entre les consonnes[421]. Mieux encore: l’_e_ muet tombe aussi,
-comme entre deux mots, même si les consonnes sont identiques:
-_honnêt’té_, _là-d’dans_, _extrêm’ment_, _verr’rie_, _trésor’rie_,
-_serrur’rie_[422]. Quelques personnes répugnent à laisser tomber
-l’_e_ après _gn_ mouillé; mais c’est une erreur: _renseign’ra_ ou
-_renseign’ment_ se prononcent comme _pill’ra_ ou _habill’ment_, car la
-difficulté n’est pas plus grande.
-
- * * * * *
-
-Toutefois, quand l’_=e=_ muet est suivi d’une liquide qui s’appuie
-sur les finales _=-ier=_, _=-iez=_ et _=-ions=_, il se prononce
-ordinairement: _bach_e_lier_, _chand_e_lier_, _chap_e_lier_,
-_mus_e_lière_, _hôt_e_lier_, etc.; de même, _app_e_lions_, _app_e_liez_
-(avec _e_ muet et non _e_ fermé), _aim_e_rions_, _aim_e_riez_[423].
-
-Ce qui empêche l’_e_ muet de tomber devant ces finales à liquide, c’est
-que, s’il tombait, il arriverait ici ce qui est arrivé aux mots tels
-que _meurtr-ier_, _ouvr-ier_, _tabl-ier_, _voudr-ions_, _voudr-iez_,
-où les groupes de consonnes que terminent _l_ ou _r_ ont diérésé les
-finales _-ier_, _-ions_, _-iez_, en _-i-er_, _-i-ons_, _-i-ez_[424].
-Or, le français aime encore mieux conserver une diphtongue que de
-laisser tomber un _e_ muet; et alors plutôt que d’avoir _chandli-er_ ou
-_chapli-er_, on préfère articuler l’_e_ muet[425].
-
-Exceptionnellement, l’_=e=_ muet tombe dans _bourr’lier_, parce que
-rien ne s’y oppose: c’est ainsi qu’on a, sans diérèse, _ourl-iez_ ou
-_parl-iez_[426].
-
-En revanche, on prononce assez généralement l’_e_ muet dans
-_cent_e_nier_ ou _sout_e_niez_, et même dans _un d_e_nier_[427].
-
-D’autre part, si l’_e_ muet est précédé de deux consonnes différentes,
-en principe il ne tombe pas non plus, puisque le français tolère
-mal trois consonnes de suite: ainsi _fourb_e_rie_, _superch_e_rie_,
-_débord_e_ment_, _berg_e_rie_, _aveugl_e_ment_, _ferm_e_té_,
-_orn_e_ment_, _escarp_e_ment_, _propr_e_té_, _appart_e_ment_.
-
-A vrai dire, là même, quand on parle vite, il y en a bien quelques-uns
-qui tombent encore, toutes les fois qu’il n’y a pas incompatibilité
-entre les consonnes; et si cela est impossible après une liquide, comme
-dans _propr_e_té_, cela peut se faire par exemple dans _appart’ment_ ou
-_pard’sus_, et surtout quand l’_e_ muet sépare les groupes _br_, _cr_,
-etc., comme dans _fourb’rie_, _étourd’rie_ ou _lampist’rie_; mais cette
-prononciation n’est plus considérée comme correcte, et quand on parle
-posément on ne l’emploie pas.
-
-
-IV. =Dans la syllabe initiale.=--En tête des mots, l’_=e=_ muet se
-prononce en principe, faute d’appui en arrière pour la consonne
-initiale: _b_e_lette_, _r_e_faire_, _t_e_nir_; mais aussi, que devant
-le mot il y ait un son vocal, l’_e_ tombe aussitôt, dans les mêmes
-conditions qu’à l’intérieur du mot: _la b’lette_, _à r’faire_, _vous
-t’nez_, à côté de _pour r_e_faire_, ou _il t_e_nait_. Naturellement,
-s’il y a une _finale_ muette devant la muette _initiale_, c’est la
-finale qui cède la place, car l’_e_ muet _final_ tombe, toutes les fois
-qu’il peut: _ell’ t_e_nait_ ou _ell’ t_e_naient_, et jamais _ell_e
-_t’nait_[428].
-
-D’ailleurs, même sans un son vocal placé devant le mot, l’_e_ muet de
-la syllabe initiale tombe encore assez facilement dans la conversation
-courante, pourvu qu’il y ait affinité suffisante entre les consonnes
-qui l’enferment: _b’lette ou rat_, _rat ou b’lette_ se disent presque
-aussi facilement l’un que l’autre, à cause du groupe naturel _bl_.
-On dit aussi très bien, _v’nez ici_ ou _c’la fait_, avec spirante
-initiale; avec _l_ ou _r_, _m_ ou _n_, c’est beaucoup moins commode:
-_m’nez moi_, _r’mettez-vous_, sont durs et moins généralement employés.
-On dira moins encore _c’lui-là_, parce qu’il y aurait en tête du mot
-trois consonnes qui ne s’accommodent pas[429].
-
-Pendant que je parle de l’_e_ muet de la syllabe initiale, je dois
-mettre le lecteur en garde contre la tendance qu’on a parfois à le
-fermer mal à propos. Cette tendance n’est pas nouvelle, car un très
-grand nombre de mots ont vu un _e_ fermé se substituer à leur _e_ muet
-initial au cours des siècles; par exemple, _cr_é_celle_, _pr_é_vôt_,
-_p_é_pie_, _s_é_jour_, _b_é_ni_, _d_é_sert_, _p_é_ter_ ou _p_é_tiller_,
-etc. Quelques lecteurs peuvent encore se rappeler que l’archaïsme
-_d_e_sir_ (d’sir, d’sirer) faisait jadis les délices de Got, et qu’il
-était de tradition à la Comédie-Française; pourtant l’Académie avait
-donné un accent à ce mot depuis 1762[430]. _R_é_bellion_ a aussi pris
-l’accent, malgré l’_e_ muet de _r_e_belle_ et _se r_e_beller_. Plus
-récemment, _r_é_viser_ et _r_é_vision_ ont fait de même, ainsi que
-_t_é_tin_, _t_é_tine_ ou _t_é_ton_[431]. _R_e_table_ tend manifestement
-à céder la place à _r_é_table_, formé sans doute par l’analogie
-malencontreuse de _r_é_tablir_, et que les dictionnaires admettent
-aujourd’hui, concurremment avec _r_e_table_[432].
-
-En revanche, les dictionnaires écrivent encore uniquement avec _e_
-muet _r_e_fréner_, _s_e_neçon_, _ch_e_vecier_ et _br_e_chet_, qu’on
-prononce presque toujours avec un _e_ fermé. _Br_e_veté_ paraît les
-suivre de près[433]. Quoique la prononciation de _v_e_dette_ et
-_b_e_sicles_ avec _e_ muet soit encore loin d’avoir disparu, il est
-probable que _v_é_dette_ et _b_é_sicles_ l’emporteront prochainement.
-Enfin _c_é_ler_ est en voie de remplacer _c_e_ler_, sous l’influence
-de _rec_é_ler_, qui a pris l’accent, probablement par l’analogie de
-_r_e_cel_.
-
-D’autres mots sont aussi touchés, mais beaucoup moins jusqu’à présent:
-les personnes qui parlent correctement ne disent pas encore ou ne
-disent plus _d_é_hors_ pour _d_e_hors_ (comparez _d_e_dans_), ni
-_d_é_gré_, _s_é_nestre_, _g_é_linotte_ (de _g_e_line_) ou _fr_é_lon_,
-ni enfin _r_é_fléter_, malgré _r_é_flecteur_[434].
-
-Il est vrai qu’on entend bien souvent _r_é_gistre_, et, par suite,
-_enr_é_gistrer_ et _enr_é_gistrement_, même dans la bouche de personnes
-fort instruites; et l’on pourrait croire que cette prononciation est
-aussi en voie de remplacer l’autre, si nous n’avions précisément une
-administration qui porte ce nom, et qui ignore l’_é_ fermé: c’est un
-obstacle sérieux à sa diffusion et à sa prépondérance.
-
-J’ajoute que _s_e_cret_ a donné, à tort ou à raison, _s_e_cr_é_taire_
-et non _s_é_cr_e_taire_, qu’on entend parfois, concurremment avec
-_s_e_cr_e_taire_ ou _s_é_cr_é_taire_, toutes formes encore fort peu
-admises[435].
-
-Il nous reste à examiner un cas particulier.
-
-On sait que l’_e_ suivi d’une consonne double n’est pas un _e muet_. Il
-y a à cela quelques exceptions. Il a paru nécessaire de doubler l’_s_
-dans _d_e_ssus_ et dans _d_e_ssous_, et après le préfixe _re-_, pour
-éviter que l’_s_ ne prît le son du _z_ entre deux voyelles; mais cela
-n’a rien changé à la nature du préfixe, qui est toujours _re-_, avec
-_e muet_: _r_e_ssaisir_, _r_e_ssasser_, _r_e_ssaut_, _r_e_ssembler_,
-_r_e_ssemblance_, _r_e_ssemeler_, _r_e_ssemelage_, _r_e_ssentir_,
-_r_e_ssentiment_, _r_e_sserrer_, _r_e_sserrement_, _r_e_ssort_,
-_r_e_ssortir_, _r_e_ssource_, _r_e_ssouvenir_ et quelques autres, et
-aussi _r_e_ssac_, par analogie ou confusion d’étymologie. Si l’on dit
-_r_e_ssusciter_ par _é fermé_, c’est parce que le mot vient directement
-du latin _resuscitare_, et non du français _susciter_. On prononce de
-même _r_e_ssuyer_, qui est composé d’_essuyer_. Mais prononcer un _é
-fermé_ dans _r_e_ssembler_ ou _r_e_ssource_ est une faute très grave.
-
-Ces _e_ muets peuvent même et doivent tomber comme les autres: _il est
-sans r’source_, _tu r’sembles_ et _tu_ me _r’essembles_, concurremment
-avec _tu m’r_e_ssembles_.
-
-La prononciation de l’_e_ muet se maintient aussi dans _cr_e_sson_ et
-_cr_e_ssonnière_, au moins à Paris et dans une partie de la France du
-Nord, quelquefois même dans _b_e_sson_[436].
-
-
-5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives.
-
-Ceci est un phénomène qui se produit d’abord dans certains mots
-composés, et alors le traitement de l’_=e=_ muet dépend des
-circonstances. Il est clair que, dans _arrièr_e-_neveu_, c’est le
-premier _e_ qui ne compte pas. Mais les mots de cette espèce sont
-presque tous des composés d’_entre_ et _contre_, dont l’_e_ est soutenu
-par le groupe _=tr=_; c’est donc le premier _e_ qui se maintiendra:
-_s’entr_e-_r’garder_, _contr_e-_v’nir_, _contr_e-_m’sure_. Cependant,
-dans _entr_e_pr_e_neur_ ou _entr_e_pr_e_nant_, il faut bien les
-prononcer tous les deux, et je crois bien que dans _entr_e_t_e_nir_, et
-surtout _contr_e_p_e_ser_, c’est encore le second qui se prononce le
-plus complètement.
-
-Il peut arriver d’autre part, et ceci est plus intéressant, qu’à
-la suite d’une première syllabe muette, la dérivation transforme
-une syllabe accentuée en atone contenant un _e_: _pap_e_tier_,
-_pap_e_t_e_rie_.
-
-1º Si l’un de ces _e_ muets se prononce nécessairement, la question
-est tranchée: ainsi, _pal’fr_e_nier_, où le second _e_ est soutenu
-par le groupe _fr_, car _frn_ serait impossible[437]. De même, mais
-inversement, _buffl_e_t’rie_, _marqu_e_t’rie_, _par_q_u_e_t’rie_,
-_mousqu_e_t’rie_, où c’est le premier _e_ qui est maintenu; mais
-on notera que l’_e_ devient généralement mi-ouvert dans tous ces
-mots, soit par analogie avec _tabl_e_tt’rie_ et _coqu_e_tt’rie_, qui
-ont deux _t_, soit sous l’influence de _marqu_è_te_, _parqu_e_t_,
-_mousqu_e_t_[438].
-
-2º Si aucun des deux _e_ muets ne se prononce nécessairement, l’appui
-manque à la fois en avant pour l’un et en arrière pour l’autre. En
-ce cas, la tendance populaire étant de faire tomber le plus d’_e_
-possible, et de préférence le premier qu’on rencontre, c’est souvent
-le premier qui tombera, et au besoin les deux. On dit, quelquefois,
-_pell’t_e_rie_, _pan’t_e_rie_, _grèn’t_e_rie_, _louv’t_e_rie_, suivant
-l’analogie de _pell’tier_, _pan’tier_, _grèn’tier_, _louv’teau_;
-mais on dit mieux encore, ou du moins plus souvent, et même presque
-toujours, _pell’t’rie_, _pan’t’rie_, _gren’t’rie_, _louv’t’rie_, grâce
-au groupe naturel _tr_[439].
-
-D’autres fois, c’est le second _e_ qui tombe, pour des raisons
-diverses: _éch_e_v’lé_, par exemple, a gardé l’_e_ qui se prononce dans
-_ch_e_v’lu_, où il est initial[440]; on dit de même _ens_e_v’lir_. Mais
-dans ce cas l’_e_ conservé prend parfois le son de l’_e_ mi-ouvert:
-ainsi on prononce généralement _caqu_è_t’erie_, sous l’influence de
-_caqu_e_t_ ou _caqu_è_te_; _bonn_è_t’rie_ et _briqu_è_t’rie_, sous
-l’influence de _bonn_e_t_ et _briqu_e_tte_, en concurrence avec celle
-de _bonn’tier_, et _briqu’tier_; et surtout _pap_è_t’rie_, plutôt que
-_pap_e_t’rie_[441]. Même l’_e_ de _br_e_vet_, qui se prononçait déjà
-nécessairement dans _br_e_vet_, à cause du groupe =_br_=, prend très
-souvent le son de l’_e_ mi-ouvert dans _br_e_v’té_[442].
-
-On remarquera que, dans _br_e_v_e_té_, les deux _e_ muets étaient en
-tête du mot, comme dans _s_e_n_e_çon_ et _ch_e_v_e_cier_: c’est ce qui
-explique l’_e_ mi-ouvert qu’on donne à ces mots, comme on l’a donné à
-_ch_é_nevis_. En dehors de ces exemples, ce cas ne se présente que dans
-un très petit nombre de mots, _chevelu_ et _chevelure_, _devenir_, et
-une dizaine de verbes de formation populaire, avec préfixe _re-_ et
-non _ré-_, comme dans tous les mots qui ne viennent pas directement
-du latin: _recevoir_, _redemander_, _redevoir_, _regeler_, _rejeter_,
-_relever_, _remener_, _retenir_, _revenir_, avec leurs dérivés[443]; de
-plus, quelques formes verbales de _refaire_ et _reprendre_. Voyons ce
-qui arrive à ces mots.
-
-Il est clair que si le mot est en tête d’un membre de phrase ou à
-la suite d’une consonne, c’est _re_ qu’on prononce, sans d’ailleurs
-en modifier le timbre: _r_e_v’nez_, il _r_e_v’nait_. Si le mot est
-précédé d’un son vocal, on a le choix: _si vous r_e_v’nez_ ou _si
-vous r’v_e_nez_; le second est plus populaire et plus conforme à la
-tendance générale que nous avons signalée tout à l’heure. D’ailleurs,
-nous verrons un peu partout que _re-_ initial est une des syllabes où
-l’_e_ est le plus caduc, apparemment par suite du grand usage qu’on en
-fait: c’est probablement une question de sens plutôt qu’une question
-de phonétique. Néanmoins, il est peut-être plus correct de prononcer
-le premier _e_, comme s’il n’y avait rien devant le mot. En tout
-cas, c’est toujours le premier qui se prononce dans _ch_e_v’lu_ et
-_ch_e_v’lure_, et c’est peut-être en partie pour cela qu’on prononce
-_éch_e_v’lé_ et non _éch’v_e_lé_. Dans les formes comme _r_e_pr_e_nez_,
-_r_e_pr_e_nais_, c’est le second _e_ qui se prononce nécessairement,
-et par conséquent les deux, quand le mot ne s’appuie sur rien: _vous
-r’pr_e_nez_, mais _r_e_pr_e_nez vos papiers_.
-
-Mais voici qui est plus extraordinaire: il y a deux verbes qui
-commencent par _trois syllabes muettes_, à savoir _redevenir_ et
-_ressemeler_. Dans ces deux mots, le second _e_ ne tombe jamais,
-peut-être parce qu’il rappelle et représente le premier _e_ de
-_d_e_venir_ et de _s_e_melle_; par suite, le troisième _e_ tombe
-toujours; quant au premier, il peut tomber après un son vocal; mais on
-trouve plus élégant de le conserver. Ainsi, _vous r_e_d_e_v’nez_ est
-plus distingué; _vous r’d_e_v’nez_, plus populaire, avec ses deux _e_
-qui tombent sur trois. Et peut-être les puristes seraient-ils tentés
-de dire _vous r_e_d’v_e_nez_, pour ne laisser tomber que l’_e_ du
-milieu; mais c’est là une prononciation affectée, qu’on doit absolument
-s’interdire; quant à _r_e_ss’m_e_ler_, il ne s’est peut-être jamais dit.
-
-
-6º L’E muet dans les monosyllabes.
-
-J’ai réservé jusqu’ici les monosyllabes, _le_, _ce_, _je_, _me_, _te_,
-_se_, _de_, _ne_ et _que_, pour les considérer à part, parce qu’ils
-ont un peu plus d’importance que les syllabes muettes ordinaires.
-
-
-I. =Un monosyllabe seul.=--Le monosyllabe seul est traité en thèse
-générale comme les syllabes muettes _initiales_, et non comme les
-syllabes muettes _finales_. Ainsi l’_e_ se maintient en principe dans
-_j_e _dis_ et tombe dans _si j’ dis_, et même _si j’ crois_, malgré les
-quatre consonnes, et même _si j’ joue_, malgré la répétition du même
-son, tandis qu’il reparaît dans _car_ je _dis_[444]. On dit de même,
-_la rob’_ me _va_, _à_ ce _rien_, _à_ ce _roi_, _à_ ce _ruisseau_,
-_pas_ de _scrupules_[445].
-
-Mieux encore: si le monosyllabe est précédé d’une finale muette qui se
-prononce nécessairement, lui aussi se prononce en même temps le plus
-souvent: _je veux entendr_e le _discours_[446].
-
-Toutefois, ici encore, dans la conversation courante, les trois
-monosyllabes _je_, _ce_ et _se_, dont la consonne est une _spirante_,
-s’élident assez facilement, même sans appui antérieur: _s’ laver
-les mains_, _j’ sais bien_, _c’ qu’on a fait_[447]. Mais cette
-prononciation n’est point indispensable; elle est surtout très peu
-admissible avec les autres monosyllabes: _l’ métier_, _n’ fais rien_,
-_qu’ tu es sot_, réclament un appui antérieur; on ne dit guère même
-_qu’ r_é_clames-tu_, malgré le groupe _cr_. Il en résulte seulement
-qu’on pourra dire: _je veux entendr_e _c’ qu’on dit_, à côté de
-_entendr_e ce _qu’on dit_, avec _dre_ à peine sensible. En fait, on dit
-presque toujours _je veux entend’_ ce _qu’on dit_, et même, _entend’
-c’ qu’on dit_, à cause de la spirante médiane, comme on dit fort
-correctement _tu demand’ c’ qu’on dit_, avec double élision, l’_s_
-médian permettant la consonne triple.
-
-Mais il y a un cas particulier à considérer: le monosyllabe suivi
-d’une syllabe initiale à _e_ muet. Dans ce cas, il y a hésitation.
-La tendance à laisser tomber le premier _e_ se manifeste souvent:
-_on l’ d_e_vine_, _pas d’ r_e_traite_, _si tu t’ r_e_lèves_, sont
-aussi usités, quoique moins élégants, que _on_ le _d’vine_, _pas_ de
-_r’traite_, où _si tu_ te _r’lèves_; mais du moins on a le choix,
-tandis que plus haut on disait _uniquement_ _ell’ t_e_nait_, et jamais
-_ell_e _t’nait_, _elle_ n’étant pas un monosyllabe. D’autre part, en
-tête de phrase, il faut bien dire _l_e _r’pas_ et non _l’ r_e_pas_.
-
-Avec l’_s_ médian, on peut avoir ici encore une double élision: _tu n’
-s’ras pas reçu_[448].
-
-
-II. =Deux monosyllabes consécutifs.=--S’il y a deux monosyllabes de
-suite, il faut presque toujours que l’un des deux tombe, et c’est
-généralement le premier, sauf empêchement: _si j’_ te _prends_ est
-infiniment plus usité que _si_ je _t’ prends_. Mais, naturellement, on
-est obligé de dire, en tête de phrase, _n_e _m’ bats pas_, à côté de
-_si tu n’_ me _bats pas_; et _j_e _t’ prends_ est peut-être mieux reçu
-que _j’_ te _prends_, quoique moins usité.
-
-Surtout on dit à peu près toujours _fais attention à c’_ que _tu dis_,
-et non _à_ ce _qu’ tu dis_, qui est affecté; on va même, nous venons de
-le voir, grâce à l’_s_ médian, jusqu’à _pour c’ qu_e _tu dis_, _avec
-c’ qu_e _tu dis_, _écrir’ c’ qu_e _tu dis_, car dans l’assemblage si
-fréquent _ce que_, c’est toujours _ce_ qui s’efface devant _que_; et si
-les sons paraissent trop durs, on prononcera à la fois _ce_ et _que_,
-comme plus haut dans _parce que_, plutôt que de sacrifier _que_. Il
-semble que ce soit une loi générale que _que_ ne tombe jamais devant
-une consonne, quand il est précédé d’une autre syllabe muette[449].
-
-Au contraire, _le_ est généralement sacrifié au monosyllabe qui
-précède, quel qu’il soit: _on_ me _l’ donne_, _on_ te _l’ donne_, _si_
-je _l’ savais_, sont certainement plus usités et considérés comme
-plus corrects que _on m’_ le _donne_, _on t’_ le _donne_, _si j’_ le
-_savais_. C’est probablement parce que _me_, _te_, _je_, pourraient
-être remplacés par des mots inélidables, _nous_, _vous_, _tu_: _on vous
-l’ donne_, _si tu l’ savais_, tandis que _le_ est toujours _le_, et
-toujours élidable, outre qu’on a une très grande habitude de l’élider
-par ailleurs.
-
-D’autre part, _je_ et _de_ l’emportent aussi généralement sur _ne_,
-quand rien ne s’y oppose: _si_ je _n’veux pas_, comme _si_ tu _n’veux
-pas_, et non _si_ _j’_ne _veux pas_[450]; de même _je promets_ de
-_n’pas sortir_ et non _d’_ne _pas sortir_, sans doute à cause de la
-fréquence du groupe _n’pas_. Toutefois on sera bien obligé de dire _je
-promets d’_ne _rien manger_, pour le même motif que l’_e_ se maintient
-dans _chap_e_lier_ ou _mang_e_riez_, ou dans _à_ ce _rien_.
-
- * * * * *
-
-Et maintenant, s’il y a concurrence entre _que_ et _je_, ou entre _que_
-et _de_, c’est encore _que_ qui l’emporte de préférence: on dit _il est
-certain_ que _j’viens_ et non _qu’_je _viens_, et _plutôt_ que _d’fuir_
-est préféré à _plutôt qu’_de _fuir_, qui est plus familier.
-
- * * * * *
-
-On voit donc qu’il y a une véritable hiérarchie entre les monosyllabes:
-au sommet, _que_, puis _je_; au plus bas degré _le_, suivi de la muette
-_initiale_ des mots, et en dernier lieu de la muette _finale_, celle-ci
-ne se prononçant que quand il est impossible de faire autrement.
-
-Dernière observation: deux monosyllabes peuvent aussi être suivis
-d’un mot commençant par une syllabe muette. En ce cas, c’est elle qui
-s’élide de préférence quand elle peut; on dira donc _il fut content
-d’_ne _r’trouver personne_, et même, familièrement, _j’_ne _r’grette
-rien_, aussi bien que _j’_le _r’grette_ ou _j’_me _d’mande_: c’est ici
-l’_e_ du milieu qui se maintient, comme nous allons le voir avec trois
-monosyllabes, et qui se maintient d’autant mieux que le troisième _e_
-est plus faible[451]. Et si le premier monosyllabe est obligé de se
-prononcer, on les prononce donc tous les deux: on dit _au sortir_ de
-ce _ch’min_, plutôt que _d_e _c’ch_e_min_; _ell’_ ne me _r’vient pas_,
-plutôt que _ell’_ ne _m’r_e_vient pas_, qui se dit aussi.
-
-
-III. =Trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a trois monosyllabes
-de suite, quelques puristes prononcent le premier et le troisième:
-_si_ je _t’_le _dis_; mais tout le monde prononce en général le second
-seul: _si j’_te _l’dis_, et même au besoin _j’_te _l’dis_, sans _si_,
-comme tout à l’heure _j’_le _r’grette_. _Tout_ ce _qu’_ je _dis_
-est particulièrement affecté, et _tout c’_ que _j’dis_ est la seule
-prononciation usitée; et si _pour écrir’ c’_ que _j’dis_ paraît trop
-dur, nous savons déjà qu’on prononce _ce_ avec _que_, c’est-à-dire
-_les deux e_ médians, plutôt que d’élider _que_: _pour écrir’_ ce que
-_j’dis_, _pour prendr_(e) ce que _j’remets_ (ou _c’_que _j’r_e_mets_,
-ou _c’_ que je _r’mets_).
-
-Toutefois, _ne_ étant subordonné à _je_ et _de_, on dira _si_ je _n’_le
-_dis pas_ plus correctement que _si j’_ne _l’dis pas_; et en tête de
-phrase on disait bien _j’_ne _r’grette rien_, à cause de la faiblesse
-de _re_ initial, mais on ne dirait pas _j’_ ne _l’sais pas_, et pas
-davantage _j’_ne _l’r_e_grette pas_, avec ou sans _si_, mais uniquement
-_j_e _n’_le _r’grette pas_. En revanche, la prédominance de _que_ sur
-_je_ fait qu’on peut dire _c’_que _j’d_e_mande_ aussi bien que _c’_que
-je _d’mande_, et même _c’est c’_que _j’r_e_grette_.
-
-D’autre part, si, sur trois monosyllabes, _que_ est en concurrence
-avec _je_, c’est celui des deux qui est médian qui l’emporte; on a
-donc _c’est qu’_je _n’sais pas_, et non _c’est_ que _j’_ne _sais pas_,
-à côté de _c’est c’_que _j’sais bien_. On voit même _je_ médian se
-maintenir à côté de _que_ obligé: _il est sûr_ que je _n’sais pas_, et
-non _qu_e _j’_ne _sais pas_, malgré _il est sûr_ que _j’t_e _crains
-peu_. Mais _que_ reprend sa primauté, s’il y a une muette initiale
-supplémentaire, et qu’il faille choisir: _c’est_ que _j’_ne _r’viens
-pas_ est plus usité que _c’est qu’_je _n’r_e_viens pas_.
-
-
-IV. =Plus de trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a plus de trois
-monosyllabes de suite, avec ou sans syllabe muette antérieure ou
-postérieure, il y aura certainement dans le nombre _que_, et même
-_ce que_, ou bien _je_, sinon les deux; dès lors la prédominance de
-_que_, ou, le cas échéant, celle de _je_, et d’autre part l’effacement
-ordinaire de _le_ et _ne_, détermineront aisément le choix, ou même
-couperont la série en deux ou trois membres, où _que_ fera l’effet
-d’une tonique, et aussi _je_, le cas échéant: _si_ je _n’_te _l’dis
-pas_, _si_ je _n’_me _l’d_e_mande pas_, _c’est c’_que _j’_me _d’mande_,
-_c’est c’_que _j’_me _r’_de_mande_.
-
-On voit qu’en général les _e_ élidés alternent avec les autres. Mais
-ici encore, bien entendu, _que_ et _je_ pourront être prononcés à
-côté l’un de l’autre. Ainsi l’on dira aussi bien, et même mieux,
-_c’est c’_que je _r’d_e_mande_, que _c’est c’_que _j’r_e_d’mande_, et
-nécessairement _c’est c’_que je _n’_te _d’mande pas_ et _c’est c’_que
-je _n’_te _r’d_e_mande pas_, _tu veux t’instruir’_ de _c’_que je
-_n’sais pas_, _parc’_que (ou puisque) je _n’_te _l’fais pas dire_, _tu
-réclam’ c’_que je _n’_te _r’mets pas_, _parc_e que je _n’_te le _r’mets
-pas_[452].
-
-On notera que, dans ce dernier exemple, on peut prononcer jusqu’à cinq
-_e muets_ sur sept, dont _trois de suite_; le plus fort écrasement en
-laissera encore trois debout, dont _que_ et _je_ de suite: _parc’_ que
-je _n’t’_ le _r’mets pas_, car ni _que_ ne peut s’élider après _parce_,
-ni _je_ devant _ne_.
-
-On avait ici sept _e muets_ de suite; en voici huit et même neuf:
-_tiens-moi quitt’_ de _c’_que je _n’_te _r’mets pas_, et _tu t’lament’_
-de _c’_que je _n’_te le _r’mets pas_ (ou _j_e _n’_te _l’r_e_mets pas_,
-ou plus souvent _j_e _n’t’_le _r’mets pas_).
-
-
-7º Conclusions.
-
-De toutes ces considérations il résulte qu’il y a souvent plusieurs
-façons de prononcer les mêmes phrases, même sans parler des cas où
-l’on tient à mettre en relief une syllabe particulière. D’une façon
-générale les _e muets_, quels qu’ils soient, peuvent tomber en plus
-ou moins grand nombre, suivant les personnes, suivant les lieux, et
-surtout suivant l’allure du débit. On parle plus rapidement qu’on ne
-lit: la lecture conservera donc des _e muets_ que la langue parlée
-laisse tomber. On parle ou on peut parler dans la conversation plus
-rapidement que dans un discours: la conversation rapide ou simplement
-négligée écrase donc une foule d’_e muets_ qui se conservent partout
-ailleurs. Mais alors on arrive facilement à des incorrections que rien
-ne peut justifier.
-
-C’est le défaut des phonéticiens, et surtout des phonéticiens
-étrangers, de recueillir précieusement les façons de parler les
-plus négligées, pour les offrir comme modèles; et alors on voit des
-étrangers s’évertuer consciencieusement à reproduire dans un discours
-étudié et lent des formes de langage que la rapidité du débit pourrait
-seule excuser: cela est ridicule. Ces phénomènes se produiront toujours
-assez tôt et spontanément, quand la connaissance de la langue sera
-parfaite et qu’on en fera un usage habituel et constant.
-
-Ainsi tout à l’heure nous citions _parce que_ réduit à _pasque_: ces
-choses-là se constatent, mais ne doivent pas s’imiter volontairement.
-
-On a vu aussi que, dans la prononciation populaire ou simplement
-négligée, la chute de l’_e muet_ entraîne souvent celle de l’_r_: _vot’
-père_, _quat’ jours_, _un maît’ d’anglais_, _pour entend’ le discours_.
-C’est également pour permettre à l’_e muet_ final de tomber qu’on
-supprime l’_l_ dans _quelque_; mais ce n’est que dans une conversation
-très familière qu’on dit _que’qu’chose_, ou _que’qu’fois_. On va plus
-loin: on dit couramment _c’t homme_, qui au temps de Restaut était
-considéré comme correct, et même _c’t un fou_, où l’on fait tomber
-non pas un _e muet_, mais un _e ouvert_; comme dans _s’pas_, pour
-_n’est-pas_, et même _pas?_ tout court; et l’on dit encore _p’têt’
-bien_ (ou _ben_), où ce n’est plus un _e_ qui tombe, mais _eu_,
-assimilé à l’_e_ muet, sans compter la finale _re_: tout cela est-il à
-recommander? Le peuple, et même les gens les plus cultivés en disent
-bien d’autres: _qu’ est qu’ c’est qu’ça_, ou même simplement _c’est
-qu’ça_, ou encore _qu’ça fait_, sans parler de _ou ’st-c’ que c’est_,
-ou plus brièvement _où qu’c’est_. Car on parle uniquement pour se faire
-comprendre, et avec le moins de frais possible: c’est le principe de
-moindre action, qui s’applique là comme ailleurs. Mais d’abord ce
-n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux; ensuite on ne dit pas
-cela partout, ni à tout le monde; enfin, quand on parle ainsi, on n’a
-nullement la prétention de fournir un modèle à suivre.
-
- * * * * *
-
-On voit que l’écueil de la prononciation, relativement à l’_e muet_,
-c’est l’abus des élisions. Mais le contraire se produit aussi parfois.
-Comme deux consonnes tendent à maintenir l’_e_ muet devant une
-troisième, il arrive aussi qu’elles en appellent un qui n’existe pas!
-Il n’est pas rare d’entendre prononcer _lors_e_que_, _ex_e_près_,
-_Ouest_e-_Ceinture_, _ours_e _blanc_, qui rappellent _bec ed gaz_[453].
-Évidemment _l’est de Paris_ est difficile à prononcer, à cause des deux
-dentales qui se heurtent: on est obligé de les fondre à peu près en une
-seule. D’autre part le français répugne à commencer les mots par deux
-consonnes, si la seconde n’est pas une liquide; de là la formation de
-mots tels que e_sprit_, é(s)_chelle_, é(s)_tat_, qui ont gardé ou perdu
-leur _s_ après addition de l’_e_; mais il faut éviter d’augmenter le
-nombre de ces mots en disant une e_statue_, ou d’intercaler un _e_ dans
-_s_(e)_velte_[454].
-
- * * * * *
-
-Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans dire un mot de la
-question des vers, dont l’_e muet_ est un des charmes les plus
-sensibles, comme aussi les plus mystérieux. L’_e muet_ est une des
-caractéristiques les plus remarquables de la poésie française. Aussi
-les principes que nous venons de développer ne sauraient-ils en
-aucune façon s’appliquer à la lecture des vers, qui exige un respect
-particulier de l’_e muet_.
-
-Voici un vers de _l’Expiation_, de V. Hugo:
-
- Sombr_e_s jours! l’emp_e_reur r_e_v_e_nait lent_e_ment.
-
-On laissera les acteurs articuler neuf syllabes, comme si c’était
-une phrase de Thiers: ici il en faut douze, si l’on peut. L’_e_ muet
-d’_emp_e_reur_ est le seul qui évidemment ne puisse pas se prononcer,
-car il est de ceux qu’on ne devrait pas écrire; s’ensuit-il qu’il
-faille le laisser tomber complètement? En aucune façon: l’oreille
-doit en percevoir la trace, ne fût-ce qu’un demi-quart d’_e muet_; il
-suffira même d’appuyer un peu plus sur la syllabe précédente pour faire
-sentir à l’oreille qu’il y a là quelque chose comme une demi-syllabe.
-Et sans doute cela est difficile; mais les autres n’offrent aucune
-difficulté. Les _e_ de _r_e_v_e_nait_ doivent se prononcer pleinement
-tous les deux, et quand à celui de _lent_e_ment_, on peut aisément
-le faire sentir plus que celui d’_emp_e_reur_: le sens même ne
-l’exige-t-il pas?
-
-Voici un vers d’une toute autre espèce, qui ne peut, pas être dit non
-plus de n’importe quelle manière:
-
- Je veux ce que je veux, parce que je le veux[455].
-
-Le premier élément _je veux_ doit être suivi d’une pause; le second
-a quatre syllabes dont il sera bon de prononcer la première et la
-troisième, contrairement à l’usage courant[456]; le second hémistiche
-doit se diviser en deux parties égales avec un accent fort sur _que_;
-ou si l’on accentue sur _par_, il faudra faire sentir tous les _e_
-muets.
-
-Dans cet autre vers de V. Hugo:
-
- Mais ne me dis jamais que je ne t’aime pas[457],
-
-qui aurait huit syllabes en prose rapide, _tous_ les _e muets_ doivent
-être prononcés, sauf le dernier, qu’on doit encore sentir à moitié; et
-je dis _sentir_ plutôt qu’_entendre_, le prolongement du son _ai_ et
-aussi de l’_m_ suffisant à marquer l’existence de la muette qui suit.
-
-Il est bien vrai que les poètes ne manient pas toujours l’_e muet_
-avec l’art et la prudence qu’il faudrait, et qu’ils mettent souvent le
-lecteur à de rudes épreuves. Il ne faut pourtant pas les trahir, même
-s’ils le méritent parfois[458].
-
-
-
-
-VIII.--LES SEMI-VOYELLES
-
-
-1º Divorce entre la poésie et l’usage.
-
-On se rappelle que les trois voyelles extrêmes, _=i=_, _=u=_, _=ou=_,
-quand elles sont suivies d’autres voyelles, font presque nécessairement
-diphtongue avec elles, et, se prononçant très rapidement, doivent être
-tenues pour des consonnes autant que pour des voyelles.
-
-Quand le groupe est précédé d’une autre voyelle, il n’y a pas de
-discussion possible, et la synérèse entre les deux dernières est
-nécessaire et manifeste: _na_-ïa_de_, _plé_-ïa_de_, _pa_-ïen,
-_fa_-ïen_ce_, _a_-ïeux, _ba_-ïo_nnette_[459].
-
-Si au contraire le groupe est précédé d’une consonne, il y a alors
-une très grande différence à faire entre la prose et la poésie, car
-les poètes s’en tiennent encore aujourd’hui, dans la plupart des cas,
-à des traditions de plusieurs siècles, qui remontent aux origines
-latines, et par suite ils ne comptent guère comme diphtongues que les
-diphtongues étymologiques. Or il n’y en a plus que deux en français:
-_ié_ et _ui_. Encore _ie_ et _ui_ ne sont-ils pas diphtongues partout
-étymologiquement: aussi _ie_ est-il diphtongue pour les poètes dans
-_pied_, mais non dans _épi-é_; dans _dieu_, mais non dans _odi-eux_;
-dans _rien_, mais non _aéri-en_; _ui_ est diphtongue pour eux dans
-_puits_, mais non _ru-ine_, dans _bruit_, mais non _ingénu-ité_[460].
-
-Les poètes admettent encore les diphtongue _ions_ et _iez_ dans les
-imparfaits et les conditionnels, mais point ailleurs: ils distinguent
-ainsi les imparfaits _alliez_, _mandiez_, des présents _alli-ez_,
-_mendi-ez_, etc., les imparfaits _portions_, _inventions_, etc., des
-substantifs _porti-ons_, _inventi-ons_[461].
-
-En dehors de ces cas, les diphtongues sont rares chez eux: les groupes
-_=ia=_, _=io=_, _=iu=_, fournissent à peine quelques exceptions
-courantes, comme _d_ia_ble_ ou _p_io_che_; de même les autre groupes,
-commençant par _u_ et _ou_: ainsi _d_uè_gne_ et _oui_.
-
-Nous n’insisterons pas sur la question, ceci n’étant pas un traité de
-versification, mais il importait que le lecteur fût averti que dans ces
-rencontres les vers doivent très souvent se prononcer autrement que la
-prose.
-
-
-2º La semi-voyelle Y.
-
-La plus importante et la plus fréquente des semi-voyelles, et celle qui
-se forme le plus facilement, c’est celle qui provient de l’_=i=_: dans
-cette fonction elle s’appelle _=yod=_, et sa prononciation se marque
-commodément par _y_.
-
-
-I. =Après une consonne.=--Le groupe _=ia=_ est assez fréquent, et se
-trouve par exemple dans un grand nombre de finales: _-ia_, _-iable_,
-_-iaque_, _-iacre_, _-iade_, _-iaffe_, _-iage_, etc. Le groupe _=ie=_
-n’est pas moins fréquent. Mais quel que soit le groupe, _=ia=_, _=iai=_
-ou _=ian=_, _=ié=_, _=iè=_, _=ien=_ ou _=ieu=_, _=io=_, _=ion=_ ou
-_=iu=_, partout c’est _ya_, _yai_, _yé_, etc., qui se prononcent, même
-si l’_i_ appartient étymologiquement à la syllabe précédente, ce qui
-d’ailleurs est le cas ordinaire: _mar_-ya_ge_, _b_yai_s_, _or_-yen_t_,
-_ép_-ye_r_, _n_yè_ce_, _coméd_-yen, _pluv_-yeu_x_, _ag_-yo_ter_,
-_pass_-yon, _bin_-you, _op_-yum.
-
-Toutefois, si l’_i_ appartient à un préfixe qui garde son sens plein,
-la séparation est maintenue: _ant_i-_alcoolisme_, _arch_i-_épiscopal_.
-
-D’autre part, il ne faut pas non plus qu’il y ait dans la prononciation
-même un obstacle à la formation de la diphtongue. Ainsi il est clair
-que _lier_ ou _nier_ en tête d’une phrase se prononceront difficilement
-en une syllabe.
-
-Mais surtout la synérèse est impossible, quand l’_i_ est précédé
-soit de l’_u_ consonne, soit, et plus encore, de l’un des groupes à
-liquide finale, _bl_, _br_, _cl_, _cr_, etc. L’_i_ (ou _y_) reste donc
-nécessairement voyelle dans des mots comme _qu_i-_étisme_, et surtout
-_maestr_i-_a_, _dr_y-_ade_, _tr_i-_ait_, _fabl_i-_au_, _oubl_i_er_,
-_pr_i-_ère_, _Adr_i-_en_, _oubl_i-_eux_, _br_i-_oche_, _tr_i-_omphe_,
-_Br_i-_oude_, _str_i-_ure_ ou _atr_i-_um_. Mieux encore: on sait qu’à
-la suite des mêmes groupes, les diphtongues originelles ont dû se
-décomposer avec une nécessité qui s’est imposée aux poètes eux-mêmes,
-dans les mots tels que _meurtr_i-_er_, _sabl_i-_er_, _devr_i-_ons_,
-_devr_i-_ez_[462].
-
-Mais on notera ici un phénomène remarquable: dans tous les mots où
-l’_i_ reste ainsi rattaché à la syllabe précédente, il se développe
-spontanément entre l’_i_ et la syllabe qui en reste séparée, un
-_yod_, qui s’ajoute à l’_i_: q_ui-étism_e, _bri-oche_ et _meurtri-er_
-se prononcent en réalité _qui_-y_étisme_, _bri_-y_oche_, et
-_meurtri_-y_er_, de même que plus haut nous avons vu la finale _i-e_
-prolongée aboutir à _i_-y_e_: _la vi_-y_e_[463]. Que dis-je? pour
-distinguer l’imparfait du présent dans les verbes en _i-er_, tandis que
-_vous étudi-ez_ se prononce ordinairement _étud_-y_ez_, _étudi-iez_ se
-prononce en réalité _étudi_y-y_ez_[464]. _Daign-iez_, dont le cas est
-pareil, est même fort difficile à prononcer.
-
-
-II. =Décomposition de l’=_y grec_ =entre deux voyelles.=--Nous avons
-dit que l’_=i=_ est assez rare entre deux voyelles dans le corps d’un
-mot. L’_=y=_ grec y est au contraire assez fréquent. Il se produit
-alors une décomposition de l’_y_ grec en deux _i_, qui appartiennent à
-des syllabes différentes; et alors le premier altère ou diphtongue la
-voyelle précédente, tandis que le second devient semi-voyelle: _payer_
-ou _grasseyer_ se prononcent _p_ai-_yer_ et _grass_ei-_yer_; _royal_ se
-prononce _r_oi-_yal_; _fuyard_ se prononce _f_ui-_yard_.
-
-Il est évident que _roi_ ne peut pas s’accommoder de _r_o-_yal_, ni
-_fuir_ de _f_u-_yard_. _M_o-_yen_, qu’on entend encore parfois, est
-tout à fait suranné et détestable, malgré les efforts de Littré[465];
-_v_o-_yons_ ou a-_yant_, qu’on entend aussi, sont peut-être encore
-pires; _sav_o-_yard_ et _br_u-_yant_, qui ne sont pas rares, ne sont
-guère meilleurs; _éc_u-_yer_ serait plus justifié, mais il y a beau
-temps qu’il est passé à _éc_ui-_yer_.
-
-Mais voici un phénomène plus curieux: l’_y_ grec se décompose même à
-la fin du mot, le second _i_ faisant syllabe à lui seul, dans _pays_
-(pè-i), et par suite _payse_, _paysan_, _paysage_, _dépayser_, malgré
-la consonne articulée qui suit. Il en est de même devant l’_e muet_,
-dans _abbaye_ (abè-i), qui a ainsi quatre syllabes, si on compte la
-muette. On prononce d’ailleurs _abè_-y_i_ aussi souvent que _abè-i_;
-mais on dit plus généralement _pè-i_, _pèi-se_, _pè-isage_[466].
-
-J’ajoute qu’ici aussi, bien entendu, la décomposition de l’_y_ grec
-n’empêche pas la formation de deux _yods_ dans les imparfaits et
-subjonctifs en _-ions_ et _-iez_: _fuyions_, _fuyiez_ se prononcent en
-réalité _fui_y-y_ons_, _fui_y-y_ez_.
-
-Cette décomposition de l’_y_ grec entre deux voyelles est en français
-une règle très générale. On y trouve cependant un certain nombre
-d’exceptions qu’il faut indiquer: je veux dire des mots qui ne
-décomposent pas l’_y_ grec, mais gardent intacte la voyelle qui le
-précède[467].
-
-
-1º L’_=a=_ reste intact dans le populaire _f_a-_yot_, dans _t_a-_yon_
-et _t_a-_yaut_, qui s’écrit aussi _taïaut_, dans _br_a-_yette_, qui
-est plutôt _braguette_ (mais non dans _brayer_ ou _brayon_), et dans
-_b_a-_yer aux corneilles_, qui devrait être _b_ai-_yer_ (comparez
-_bouche b_é_e_, _b_é_ant_): une confusion s’est faite avec _bailler_
-depuis fort longtemps, contre laquelle il est impossible de réagir[468].
-
-L’_a_ se maintient aussi dans _cob_a-_ye_, _cip_a-_ye_, _b_a-_yadère_
-et _pap_a-_yer_, qui sont des mots d’origine étrangère, ainsi que dans
-l’expression exotique _en pag_a-_ye_[469].
-
-
-2º L’_=o=_ reste intact dans _b_o-_yard_ et _g_o-_yave_, mots
-étrangers, et dans _caca_o-_yère_, pour conserver le simple _cacao_,
-mais non dans _v_oy-_ou_, qui vient de _voie_, ni dans _sav_oy-_ard_,
-qui vient de _Savoie_, ni dans les mots en _-oyau_, où la prononciation
-par _o_ est devenue exclusivement populaire[470].
-
-
-3º L’_=u=_ reste intact dans _gr_u-_yer_, mot étranger, ordinairement
-aussi dans _th_u-_ya_, qui est dans le même cas; de plus dans
-_br_u-_yère_, qui a peut-être été maintenu par le nom propre _La
-Br_u-_yère_, et dans _gr_u-_yère_, qui est aussi originellement un nom
-propre.
-
-La tendance à décomposer l’_y_ dans les mots français est si forte
-qu’on prononce quelquefois _th_ui-_ya_ et que _gr_u-_yèr_e lui-même,
-nom propre francisé en nom commun, est parfois articulé _gr_ui-_yère_,
-malgré la difficulté; mais c’est assez rare. Avec l’_u_, c’est plutôt
-le phénomène contraire qui se produit, c’est-à-dire qu’on paraît tendre
-parfois à revenir de _ui_ à _u_.
-
-Ainsi le mot _t_uy_au_, peut-être sous l’influence de _gr_u-_yèr_e, est
-en voie de perdre sa prononciation correcte; sans doute, même en dehors
-des puristes, il y a encore beaucoup de gens, des femmes surtout, qui
-prononcent _t_ui-_yau_; mais la prononciation populaire _t_u-_yau_ est
-aujourd’hui répandue partout et paraît devoir prévaloir[471].
-
-De même _t_u-_yèr_e. On altère parfois jusqu’à _br_uy_ant_, qui
-vient de _bruit_, sans doute par l’analogie de _br_u-_yère_; mais
-je ne pense pas que _br_u-_yant_, qui est fort incorrect, puisse se
-généraliser[472].
-
-On peut ajouter ici que le mot _alleluia_, quoiqu’il n’ait point d’_y_
-grec, se prononce le plus généralement _allel_ui-_ya_, comme le latin
-_quia_.
-
-
-III. =Changement de l’Y grec en I.=--Une autre modification s’est
-faite à la prononciation de l’_y_ grec dans les verbes en _=-ayer=_,
-_=-oyer=_, _=-uyer=_; ou plutôt il s’est changé en _i_ simple devant un
-_e muet_, au présent, au futur et au conditionnel, d’où disparition du
-_yod_: _noi_(e), _noi_(e)_ra_, _noi_(e)_rait_[473].
-
-Seuls les verbes en _=-eyer=_ ont gardé partout l’_y_ grec; mais
-_grasseyer_ est le seul qui soit répandu.
-
-Les verbes en _=-ayer=_, qui sont fort rapprochés des précédents,
-hésitent souvent entre deux formes et deux prononciations: _pai_(e)
-et _pai_(e)_ra_, ou _paye_ (pai-ye) et _payera_ (pai-yera). Au futur
-et au conditionnel, l’_i_ l’emporte sans conteste, et si l’on dit
-encore _rai_-ye_ra_ ou _pai_-ye_ra_, on ne dit plus _effrai_-ye_ra_,
-plus guère _essai_-ye_ra_ ou _balai_-ye_ra_. Au présent, l’_y_ grec se
-maintient un peu mieux: _j’essai_-ye et surtout _je rai_-ye sont fort
-usités; _je balai_-ye ou _je pai_-ye le sont moins, mais sont encore
-très corrects[474].
-
-Ce phénomène a complètement disparu des verbes en _=oyer=_, et des
-formes comme _noye_ ou _flamboye_ sont tout à fait inusitées, malgré
-le voisinage de _noyons_ et _flamboyons_. Il est vrai qu’on entend
-encore assez souvent dans le peuple _soye_ (soi-ye) et _soyent_, sans
-doute par analogie avec _soyons_, _soyez_; mais cette prononciation est
-extrêmement vicieuse, d’autant plus qu’on écrit _sois_ et _soit_ au
-singulier; et quoiqu’on écrive assez sottement _aie_ et _aies_, comme
-_voie_, avec des _e muets_, la prononciation _ai-ye_ ou _voi-ye_, qu’on
-entend parfois, n’est pas moins condamnable aujourd’hui[475].
-
-
-IV. =L’I ou Y grec initial devant une voyelle.=--L’_=y=_ grec _initial_
-devant une voyelle est toujours consonne: y_acht_, y_atagan_, et les
-poètes eux-mêmes ont bien de la peine à le séparer[476].
-
-On peut considérer le groupe _il y a_ comme un cas particulier de ce
-fait général: ce n’est qu’en vers que _il y a_ peut compter pour trois
-syllabes; mais quand on parle, on n’en fait que deux, quoiqu’il y ait
-trois mots[477].
-
-Le phénomène est le même pour _il y eut_, _il y aura_ et toute la
-conjugaison, et aussi pour la conjugaison de _il y est_. Le phénomène
-est même bien plus marqué encore pour _ça y est_, où _y_ se trouve
-entre deux voyelles, cas identique à celui de _na_-ïa_de_ ou
-_go_-ya_ve_[478].
-
-Quant à l’_i_, on ne le trouve en tête des mots que dans quelques mots
-savants d’origine latine, où l’usage ordinaire, à défaut des poètes, en
-fait aussi une consonne: ï_ambe_, i_ode_, i_onique_, i_ota_, i_ule_ et
-leurs dérivés. En revanche, l’adverbe _hi-er_ a deux syllabes depuis
-le XVIᵉ siècle, et ne doit pas se prononcer _yer_, sauf en vers, quand
-la mesure l’exige; tout au plus peut-on dire _avantyer_, et ce n’est
-nullement nécessaire[479]. Il n’en est pas de même du groupe initial
-_hiér-_ (_h_ié_roglyphe_, _h_ié_rarchie_), qui ne fait deux syllabes
-qu’en vers et encore pas toujours[480].
-
-Pour terminer sur ce point, nous ajouterons que la prononciation
-actuelle des _ll_ mouillés les assimile complètement au _yod_, par
-exemple dans _taille_, _abeille_, _fille_, etc., qui se prononcent
-_ta-ye_, _abe-ye_, _fi-ye_; d’où il résulte que les finales de _prier_
-et _briller_ se prononcent exactement de la même manière: _pri-yer_,
-_bri-yer_[481].
-
-Le _=gli=_ italien est dans le même cas que les _ll_ mouillés. Enfin
-_=gn=_ mouillé diffère peu de _ny_: les finales de _daigner_ et
-_dernier_ sont à peu près identiques. Nous reviendrons sur tous ces
-points dans les chapitres consacrés aux consonnes[482].
-
-
-3º La semi-voyelle U.
-
-Les autres semi-voyelles nous arrêteront moins.
-
-Les groupes de voyelles qui commencent par _=u=_, à savoir _=ua=_,
-_=uai=_, _=ué=_, _=uè=_, _=uei=_, _=ui=_, _=uin=_, et même _=uon=_,
-sont aussi des diphtongues en général dans l’usage courant, sinon en
-vers; et l’on sait que le groupe _ui_ est généralement diphtongue, même
-en vers. Ainsi _u_ fait fonction de consonne dans _per-s_u_a-der_,
-_s_-u_aire_, _insi-n_u_ant_, _s_u_é-dois_, _impé-t_u_eux_, _f_u_ir_,
-_j_u_in_ et même _nous nous r_u_ons_[483].
-
-Pourtant le phénomène est moins constant que dans les groupes qui
-commencent par _i_.
-
-D’abord l’_u_ est parfois suivi lui-même d’un groupe où _i_ est
-semi-voyelle, auquel cas l’_u_ doit rester distinct, comme dans
-_t_u-_ions_, _t_u-_iez_[484].
-
-Mais surtout deux consonnes différentes quelconques suffisent
-généralement ici pour empêcher la synérèse, par exemple dans
-_arg_u-_er_, _sanct_u-_aire_ ou _respect_u-_eux_, et presque tous les
-mots en _-ueux_, aussi bien que dans _obstr_u-_er_, _concl_u-_ant_,
-_concl_u-_ons_, _fl_u-_ide_, _br_u-_ine_ et _dr_u-_ide_, où figurent
-les groupes connus _cl_, _br_, etc.
-
-Toutefois la diphtongue étymologique s’est maintenue, _même en
-vers_, malgré les mêmes consonnes, dans _autr_ui, dans _pl_ui_e_ et
-_tr_ui_e_, dans _br_ui_t_, _fr_ui_t_ et _tr_ui_te_, dans _détr_ui_re_,
-_instr_ui_re_ et _constr_ui_re_[485]; elle s’est diérésée seulement
-dans _br_u-_ire_, _br_u-_issant_, _br_u-_issement_, qui sont plutôt des
-mots poétiques, et même dans _ébr_u-_iter_. _Euph_u-_isme_, mot savant,
-n’a pas subi la synérèse, non plus que _d_u-_o_.
-
-L’_=u=_ est semi-voyelle à fortiori, même en vers, quand il se prononce
-dans les groupes _qua_, _que_ et _qui_, _gua_, _gue_ et _gui_; mais il
-ne garde le son _u_ que devant _e_ et _i_: _q_u_esteur_, _aig_u_ille_;
-il prend le son de la semi-voyelle _ou_ devant _a_: _éq_u_ation_,
-_g_u_ano_[486].
-
-Il va sans dire que, dans _juin_, l’_u_ ne doit pas prendre le son
-_ou_, comme il arrive souvent (cela arrive parfois même dans _p_u_is_).
-Quelques-uns prononcent _jun_, ce qui est encore pis; d’autres même
-prononcent _juun_ sans s’en apercevoir! _Juin_ doit se prononcer comme
-il est écrit, mais en une seule syllabe.
-
-Enfin il faut éviter avec soin de réduire _ui_ à _u_ dans _men_ui_sier_
-ou _fr_ui_tier_, comme de le réduire à _i_ dans _p_ui_s_ ou _p_ui_sque_.
-
-
-4º La semi-voyelle OU.
-
-Les groupes de voyelles qui commencent par _=ou=_, à savoir _=oua=_,
-_=ouai=_, _=ouan=_, _=oué=_, _=ouè=_, _=ouen=_, _=oueu=_, _=oui=_,
-_=ouin=_, et même _=ouon=_, sont également diphtongues dans l’usage
-courant, sinon en vers, et même plus facilement que ceux qui commencent
-par _u_. Ainsi _ou_ fait fonction de consonne dans des mots comme
-ou_ail-les_, _c_ou_en-ne_, _d_ou_ai-re_, _j_ou_er_, _m_ou_ette_,
-_j_ou_euse_, _f_ou_ine_ ou _barag_ou_in_ et, _nous j_ou_ons_[487];
-et la synérèse n’est guère empêchée que par les groupes de consonnes
-_bl_, _br_, etc., dans des mots tels que _fl_ou-_er_, _tr_ou-_er_,
-_tr_ou-_ait_, _tr_ou-_ons_, _pr_ou-_esse_, _ébl_ou-_ir_, qui ne sont
-pas très nombreux[488].
-
-Pourtant des mots comme _b_ou-_eux_ et _n_ou-_eux_ subissent mal
-la synérèse, et le discours soutenu, qui se rapproche du vers,
-l’évite souvent dans des mots tels que _j_ou-_er_, _l_ou-_er_, comme
-aussi _t_u-_er_. Il faut y ajouter naturellement les formes comme
-_j_ou-_ions_, _j_ou-_iez_, qui sont dans le même cas que _t_u-_ions_,
-_t_u-_iez_.
-
- * * * * *
-
-On sait que le _w_ anglais est précisément la consonne que nous
-représentons par _ou_: ainsi dans _whist_ ou _tramway_, mais ces deux
-mots sont les seuls mots de la langue, noms propres à part, où le _w_
-conserve régulièrement le son _ou_[489].
-
-Nous venons de voir _ou_ semi-voyelle quand l’_u_ se prononce dans les
-groupes _qua_ et _gua_. Nous avons vu aussi que la diphtongue _oi_
-représentait en réalité _oua_ ou _wa_; et il en est de même de _oin_
-qui est identique à _ouin_.
-
-La prononciation de _oi_ et _oin_ en une seule syllabe est même si
-facile que les groupes de consonnes _bl_, _br_, etc., ne produisent
-jamais ici la diérèse, pas plus dans _groin_, malgré Victor Hugo, que
-dans _croix_ ou _emploi_[490].
-
-Il arrive aussi parfois que l’_o_ s’assourdit en _ou_ même devant
-une voyelle autre que _in_. Cela est nécessaire dans _j_o_aillier_,
-qui, malgré son orthographe, est apparenté à _joyau_, et il n’y a que
-les poètes pour obliger le lecteur à scander _j_o-_aillier_. Mais le
-phénomène se produit parfois même dans o_asis_ ou _cas_o_ar_, qu’on
-prononce facilement ou_asis_ et _cas_ou_ar_, quand on parle un peu
-vite[491].
-
-Autrefois, notamment au XVIᵉ siècle, cet assourdissement de l’_o_ en
-_ou_ était un phénomène général; jusqu’à la Révolution, _p_o_ète_
-et _p_o_ème_, où Boileau avait rétabli définitivement la diérèse en
-vers, se prononcèrent en prose et dans l’usage courant _p_ou_ème_
-et _p_ou_ète_. Mais cette prononciation ne saurait aujourd’hui être
-admise[492].
-
-Je rappelle que _moelle_, _moelleux_, _moellon_, _poêle_, _poêlon_,
-devraient s’écrire par _oi_[493]. De même on a respecté l’orthographe
-adoptée, à tort ou à raison, pour _g_o-_éland_ (en breton _g_w_élan_)
-et pour _g_o-_élette_ (autrefois _goualette_); mais ici l’orthographe a
-réagi sur la prononciation, surtout en vers, et l’on est bien obligé de
-séparer l’_o_.
-
-
-
-
-DEUXIÈME PARTIE
-
-
-
-
-LES CONSONNES.
-
-
-Quoique nous ayons établi au début de ce livre un classement des
-consonnes, qui nous a été fort utile pour l’étude des voyelles, nous
-suivrons ici l’ordre alphabétique, qui paraît plus pratique, en mettant
-_ch_ après _c_, et l’_n_ mouillé (_gn_) à la suite de l’_n_.
-
-Mais avant de passer à l’étude particulière des consonnes, quelques
-observations générales ne seront pas déplacées.
-
-
-1º Le changement spontané des consonnes.
-
-Avant tout, nous devons constater une fois pour toutes, pour n’y pas
-revenir à chaque instant, un phénomène d’ordre général, qui est le
-changement spontané de certaines consonnes[494].
-
-Pour prendre l’exemple le plus simple et le plus aisé à constater, on
-croit prononcer _o_b_tenir_, mais on prononce en réalité _o_p_tenir_;
-pour prononcer exactement _o_b_tenir_, il faudrait un effort qu’on
-ne fait jamais, pas plus en vers qu’en prose, pas plus en discourant
-lentement qu’en parlant vite. Ce phénomène s’appelle _accommodation_,
-ou même _assimilation_[495].
-
-Ceux qui ont fait un peu de grec connaissent bien ce phénomène: _quand
-une muette_, leur dit la grammaire, _est suivie d’une autre muette,
-elle se met au même degré qu’elle_. Dans _o_b_tenir_, la labiale douce
-_b_, suivie de la dentale forte _t_, se change en la labiale forte _p_;
-elle _s’accommode_ à la consonne _qui suit_, et cela spontanément et
-nécessairement, par le jeu naturel des organes[496].
-
-En français, ce phénomène est extrêmement général.
-
-D’abord, une muette ne s’accommode pas seulement à une autre muette,
-comme dans _o_b_tenir_, où la douce devient forte, et _ane_c_dote_
-(ane_g_dote) où la forte devient douce, mais aussi bien à une spirante,
-comme dans tous les mots commençant par _abs-_ (a_p_s) ou _obs-_
-(o_p_s) et même _subs-_ (su_p_s, sauf devant _i_).
-
-D’autre part, une spirante aussi peut s’accommoder soit à une autre
-spirante, comme dans _tran_s_vaser_ (tran_z_vaser) ou _di_s_joindre_
-(di_z_joindre), soit à une muette, comme dans _ro_s_bif_ (ro_z_bif),
-_Asdrubal_ (a_z_drubal) ou _di_s_grâce_ (di_z_grâce).
-
-Il est vrai que ces heurts de consonnes sont assez rares dans les
-mots français; mais cette accommodation passe aussi bien par-dessus
-l’_e_ muet, toutes les fois que l’_e_ muet peut tomber, comme dans
-_pa_que_bot_ (pa_g_bot) ou _mé_de_cine_ (mé_t_sine), dans _cla_ve_cin_
-(cla_f_cin) ou _nous f_ai_sons_ (_v_zons), dans _cré_ve_cœur_
-(cre_f_keur), _re_je_ton_ (re_ch_ton), _naï_ve_té_ (naï_f_té), ou _le_
-se_cond_ (le_z_gon)[497].
-
-Mais tout ceci se fait normalement, dans le langage le plus soutenu et
-le plus lent. Dans le langage très rapide, on en voit bien d’autres,
-car l’accommodation s’y fait même entre des mots différents. Le _b_
-devient _p_ dans _qu’exhi_bes-_tu là?_ et inversement le _p_ devient
-_b_ dans _Phili_ppe _de Valois_; le _d_ se change en _t_ dans _et
-ainsi_ de _suite_, et le _t_ se change en _d_ dans _vous ê_te_s
-insensé_ (cette fois, c’est l’_s_ final, prononcé uniquement pour la
-liaison, et prononcé doux, qui détermine le changement); de même encore
-_g_ devient _k_, et _k_ devient _g_, dans _on navi_gue _chez nous_
-(i_k_ch) et _cha_que _jour_ (a_g_j)[498].
-
-Même phénomène pour les spirantes: on peut comparer _gra_ve _cela_
-(a_f_s) avec _gri_ffes _aiguës_ (i_v_z), _voya_ges-_tu?_ (a_ch_t),
-avec _ta_che _de vin_ (a_j_d), _ro_se _pourpre_ (o_s_p), avec _est_-ce
-_bien?_ (e_z_b). Le langage tres rapide rapproche même des muettes ou
-des spirantes identiques, changeant par exemple une dentale forte _t_
-en dentale douce _d_ devant un autre _d_, et ceci est l’assimilation
-proprement dite: _vous ê_tes _dur_ (e_d_d), _il galo_pe _bien_ (o_b_b),
-_je ne navi_gue _qu’ici_ (i_k_k), _tu bri_ses _ce pot_ (i_s_s), _je
-man_ge _chez vous_ (_ch_ch), etc. On va plus loin encore: dans la
-prononciation populaire, ou simplement familière, qui supprime non
-seulement l’_e_ muet, mais aussi l’_r_ qui précède, à la suite d’une
-muette ou d’une spirante, on arrive à _un maî_tre _d’hôtel_ (ai_d_d) ou
-_une pau_vre _femme_ (au_f_f).
-
-Les appareils de là phonétique expérimentale ont même constaté une
-assimilation plus extraordinaire encore, _par-dessus une voyelle
-sonore_. Dans les mots _couché_ s_ous un pin_, il arrive que le premier
-_s_ se rapproche sensiblement du second[499].
-
-Tous ces phénomènes sont spontanés et involontaires. Aussi doivent-ils
-rester tels, et par conséquent ne se produire que dans un débit très
-rapide. Ils sont extrêmement curieux pour le savant, mais ne doivent
-être étudiés qu’à un point de vue purement scientifique. Je ne puis que
-répéter ici ce que j’ai dit à propos de l’_e_ muet: les phonéticiens
-étrangers recueillent précieusement ces phénomènes pour les offrir à
-l’étude de leurs compatriotes, ayant pour principe unique: _cela est,
-donc cela doit être_[500]. Ils ne se doutent pas que beaucoup de façons
-de parler ne sont acceptables que lorsque _et parce que_ personne ne
-s’en aperçoit, mais qu’elles sont ridicules, quand elles sont voulues
-et manifestes. Il faut parler naturellement. On n’a pas besoin d’effort
-pour prononcer un _p_ dans _o_b_tenir_: on le prononce nécessairement,
-et, par suite, il est toujours légitime. Mais on ne met pas
-_nécessairement_ un _s_ doux dans _est-ce bien_; on doit donc prononcer
-le _c_ naturellement, et ne jamais faire effort pour prononcer autre
-chose que _c_, même quand on parle vite: il se change toujours assez
-tôt en _z_, sans qu’on s’en aperçoive, ni celui qui parle, ni celui qui
-écoute, et c’est alors seulement que le phénomène devient légitime.
-
-De ce phénomène spontané on peut rapprocher un autre phénomène qui
-se produit aussi spontanément: c’est le redoublement de la première
-consonne, dans certains mots sur lesquels on veut appuyer, surtout dans
-l’interjection: mmi_sérable!_ _in_ss_ensé!_ Si la première consonne est
-suivie d’un _r_, c’est l’_r_ qui se redouble; il est tt_oujours là à
-g_rr_atter_. On voit que ce redoublement est un phénomène analogue à
-l’accent _oratoire_, et qui coïncide généralement avec lui[501].
-
-
-2º Quelques observations générales.
-
-Première observation: _les consonnes finales_, qui autrefois se
-prononçaient toutes, comme en latin, ont peu à peu cessé en grande
-majorité de se prononcer[502]; toutefois, depuis un siècle, grâce à
-l’orthographe, beaucoup ont reparu de celles qui ne se prononçaient
-plus. Il y a notamment quatre consonnes finales qui se prononcent
-aujourd’hui régulièrement; ce sont les deux liquides: _l_ et _r_, avec
-_f_ et _c_.
-
-En second lieu, _les consonnes intérieures_ se prononcent aussi
-presque toutes aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait encore beaucoup
-d’exceptions; mais leur nombre tend toujours à diminuer, et toujours
-par l’effet de la fâcheuse réaction orthographique, due surtout à la
-diffusion de l’enseignement primaire[503]. Depuis qu’une foule de
-mots sont appris par l’œil avant d’être appris par l’oreille, on les
-prononce naturellement comme ils sont écrits. Et puis il y a là aussi
-l’effet naturel d’un pédantisme naïf et inconscient; car enfin, quand
-on prononce _sculpeter_, _lègue_ ou _aspecte_, cela ne prouve-t-il
-pas qu’on a fait des études, et qu’on sait l’orthographe? Aussi les
-plus coupables dans cette affaire sont encore ceux, journalistes ou
-hommes de lettres, qui s’opposent par tous les moyens à la réforme
-de l’orthographe. Quant à ceux qu’on appelle dédaigneusement les
-«primaires», ils sont plus excusables: sachant bien qu’il ne dépend
-pas d’eux d’écrire comme on parle, ils parlent comme on écrit! Nous
-verrons, chemin faisant, les altérations que la langue a déjà subies ou
-subira encore, par le fait de notre orthographe.
-
-Enfin, il y a la question des _consonnes doubles_: Quand se
-prononcent-elles doubles ou simples[504]? Cette question doit être
-étudiée à propos de chaque consonne, dans un intérêt pratique; mais il
-y a encore là un phénomène d’ordre général, dont il faut dire un mot
-d’avance.
-
-Il va sans dire que la question ne se pose qu’entre deux voyelles
-_non caduques_, appuis nécessaires des deux consonnes en avant et en
-arrière: _co_l-l_aborer_. Et en effet, à la fin d’un mot, ou devant
-un _e muet_, qui tombe régulièrement, la question ne se pose plus:
-_djin_(n), _bal_(le), _ter_(re), _dilem_(me), _al_(le)_mand_ se
-prononcent nécessairement comme si la consonne était simple[505].
-
-Or, entre voyelles non caduques, la règle générale est que, dans les
-mots purement français, et d’usage très courant, la consonne double se
-prononce simple: _a_(l)_ler_, _do_(n)_ner_; et il y en a souvent deux
-ou même trois dans le même mot, comme _a_(s)_suje_(t)_ti_(s)_sant_
-ou _a_(t)_te_(r)_ri_(s)_sage_. On ne devrait donc prononcer les deux
-consonnes que dans les mots tout à fait savants, où l’on peut, à la
-rigueur, conserver légitimement la prononciation attribuée à l’original
-sur lequel ils sont calqués: _co_l-l_apsus_, _co_m-m_utateur_,
-_septe_n-n_at_, _i_r-r_écusable_, _proce_s-s_us_, _dile_t-t_ante_[506].
-
-Malheureusement l’emphase naturelle de l’accent oratoire a étendu
-cette prononciation à beaucoup d’autres mots, comme _ho_r-r_eur_
-ou _ho_r-r_ible_. Et surtout le pédantisme encore s’en est mêlé.
-Beaucoup de gens ont cru voir un signe certain d’éducation supérieure,
-d’instruction complète, dans cette prononciation réputée savante,
-qui est celle du latin et du grec. Aussi s’est-elle étendue
-progressivement. Aujourd’hui encore on voit très bien qu’elle gagne de
-plus en plus, et atteint beaucoup de mots fort usités qu’elle devrait
-respecter, parce qu’ils n’ont rien de nouveau ni de savant[507]. Elle
-respecte encore assez généralement les muettes ou explosives, à cause
-de la difficulté que produit l’occlusion complète que la bouche doit
-subir en les prononçant, comme dans _a_p-p_arat_; elle atteint beaucoup
-plus les spirantes (_f_ et _s_ sont d’ailleurs les seules qui se
-répètent), car elles ne présentent pas cet inconvénient, mais surtout
-_l_, _m_, _n_, _r_, les quatres liquides des grammairiens grecs. Ainsi,
-de tous les mots commençant par _=ill=_, _=imm=_, _=inn-=_, _=irr-=_,
-et qui, presque tous, sont privatifs, il n’y a plus qu’_i_(n)_nocent_
-et ses dérivés immédiats qui soient à peu près respectés, et dans la
-plupart des mots on prononce _toujours_ les deux consonnes, à moins
-qu’on ne parle très vite[508].
-
-Il faut dire en effet que cette prononciation dépend beaucoup du plus
-ou moins de rapidité de l’élocution: entre les mots où on ne prononce
-jamais qu’une consonne et ceux où on en prononce toujours deux, il y
-en a beaucoup où on en prononce tantôt une, tantôt deux, suivant qu’on
-parle plus ou moins vite. D’ailleurs, en cas d’hésitation, il sera bon
-de se pénétrer de ce principe qu’on ne fera jamais une faute grave
-en prononçant une consonne simple quand l’usage est de la prononcer
-double, tandis qu’on peut être parfaitement ridicule en la prononçant
-double quand elle doit rester simple, comme de dire _do_n-n_er_ ou
-_nous a_l-l_ons_.
-
-
-_NOTE SUR LA PRONONCIATION DU LATIN_
-
-Puisque la prononciation latine est en cause dans ce cas plus
-qu’ailleurs, on nous saura peut-être gré de réunir ici, en tête
-des consonnes, les règles spéciales qui la concernent, et qui sont
-disséminées un peu partout dans le livre, avec les exemples nécessaires.
-
-En principe, nous prononçons le latin, à tort ou à raison, plutôt à
-tort, à peu près comme le français. Nous ne l’en distinguons que dans
-un petit nombre de cas, dont l’énumération n’est pas longue.
-
-On a vu déjà précédemment comment nous prononçons les voyelles: que
-l’_e_ ouvert ou fermé n’a pas d’accent, que l’_u_ ne sonne jamais _ou_,
-que _um_ se prononce toujours _ome_ (même après un _o_), et que _un_ se
-prononce toujours _on_, sauf dans _hunc_, _nunc_ et _tunc_, et les mots
-commençant par _cunct-_.
-
-Les nasales sont identiques à celles du français, sauf qu’il ne peut y
-en avoir que devant une consonne, et non en fin de mot, et que _en_ a
-toujours le son _in_, notamment dans la finale _-ens_.
-
-On a vu aussi que les seules diphtongues latines, _æ_, _œ_ et _au_,
-sont prononcées comme les voyelles _é_ et _o_. Il en résulte que devant
-_æ_ et _œ_, le _c_ et le _g_ gardent le même son qu’en français devant
-_e_.
-
-Nous faisons aussi de fausses diphtongues avec l’_u_, après _g_ ou _q_,
-mais seulement devant _a_, _e_ (ou _æ_) et _i_: l’_u_ se prononce _u_
-devant _e_ et _i_, et _ou_ devant _a_, tandis que devant _o_ et _u_ il
-ne compte pas.
-
-_Ch_ a toujours le son guttural.
-
-Il n’y a jamais de son mouillé, ni pour _gn_, ni pour _ll_.
-
-_Ti_ devant une voyelle est sifflant, comme en français, sauf en tête
-des mots, ou après _s_ ou _x_.
-
-Les consonnes finales s’articulent toujours: c’est ce qui fait qu’il
-n’y a point de nasales à la fin des mots.
-
-Cette prononciation est d’ailleurs détestable, et peut-être le jour
-n’est-il plus éloigné où on en adoptera une autre, un peu moins
-française, mais plus latine.
-
-
-
-
-B
-
-
-_A la fin des mots_, le _=b=_, très rare dans les mots proprement
-français, ne s’y prononce pas: _plom_(b), _aplom_(b), _surplom_(b), et
-autrefois _coulom_(b)[509].
-
-Il se prononce dans les mots étrangers, qui sont naturellement beaucoup
-plus nombreux, comme: _naba_b, _baoba_b, _ca_b, _naï_b, _sno_b, _ro_b,
-_clu_b, _tu_b, _rhum_b, etc.[510].
-
-Dans _radoub_, le _b_ ne devrait pas davantage se prononcer, et
-les gens de métier ne le prononcent pas; mais la vérité est qu’ils
-emploient fort peu ce mot, se contentant du mot _bassin_; ils laissent
-ainsi le champ libre à ceux qui n’apprennent ce mot que par l’œil, et
-qui naturellement articulent le _b_: ce sont de beaucoup, aujourd’hui,
-les plus nombreux.
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, le _b_ se prononce aujourd’hui partout
-devant une consonne. On fera bien de veiller à ne pas le changer en
-_m_ dans _tom_b(e) _neuve_, et plus encore à ne pas le supprimer dans
-_o_b_stiné_ et _o_b_stination_[511].
-
-Le _=b=_ _double_, assez rare, compte pour un seul à peu près
-partout: _a_(b)_bé_, _sa_(b)_bat_, _ra_(b)_bin_, et aussi bien
-_ra_(b)_bi_, qui est le même mot au vocatif. On n’en prononce deux
-que dans deux ou trois mots savants: _gi_b-b_eux_ et _gi_b-b_osité_,
-peut-être _a_b-b_atial_ ou _sa_b-b_atique_; encore n’est-ce pas
-indispensable[512].
-
-
-
-
-C
-
-
-1º Le C final.
-
-Le _=c=_ est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui
-normalement _à la fin des mots_:
-
-
-I. _Après une voyelle orale_, d’abord, le _c_ final sonne généralement:
-_cogna_c, _ba_c, _la_c, _sa_c, _be_c, _se_c, _ave_c, _trafi_c,
-_publi_c, _cho_c, _blo_c, _ro_c, _bou_c, _du_c, _cadu_c, _su_c,
-etc.[513].
-
-La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins
-techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des
-mots où le _c_ a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand
-nombre[514].
-
-Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des
-consonnes finales, le _c_ est devenu ou resté muet dans un certain
-nombre de mots suffisamment populaires: dans _estoma_(c) et _taba_(c),
-et dans _cotigna_(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans
-_cri_(c), machine; dans _bro_(c), _cro_(c), _accro_(c), _raccro_(c) et
-_escro_(c); dans _caoutchou_(c)[516].
-
-Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le _c_
-d’_ave_c devant une consonne: _ave_(c) _moi_, _ave_(c) _lui_: cette
-prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en
-ridicule.
-
-Le _c_ d’_arseni_c, qui s’était amui, s’est aussi généralement
-rétabli[517].
-
-Au pluriel, le _c_ sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres
-ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518].
-Même dans le pluriel _éche_c_s_, qui s’est longtemps écrit _échets_, au
-sens de jeu, la suppression du _c_ est tout à fait surannée, le pluriel
-s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.
-
-Toutefois le _c_ ne sonne pas devant l’_s_ dans _la_(cs) et
-_entrela_(cs).
-
-Le _k_ ou le _q_ joints au _c_ final n’y ajoutent rien: _colba_c(k),
-_bifte_c(k), _sti_c(k), _bo_c(k), etc.[519].
-
-
-II. _Après une voyelle nasale_, le _c_ final est resté muet: _ban_(c),
-_blan_(c), _flan_(c) et _fran_(c), _vain_(c) et _convain_(c), _jon_(c),
-_ajon_(c) et _tron_(c)[520].
-
-Le cas de _donc_ est particulier. En principe, le _c_ n’y sonne pas
-non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour
-annoncer une conclusion (_je pense, don_c _je suis_), et, d’une façon
-générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on
-prononce le _c_ (ainsi que dans _adon_c et _on_c). En dehors de ces
-cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: _laissez
-don_(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: _vous êtes
-don_(c) _bien riche?_ Devant une voyelle, il est encore correct ou
-élégant de le lier: _où êtes-vous don_c _allé?_ Mais cela même n’est
-pas indispensable.
-
-Le _c_ de _zin_c, se prononce toujours, mais il sonne comme un _g_.
-On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le _g_ final qui
-s’assourdissait en _c_, comme toutes les sonores finales; or, c’est
-justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre
-lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].
-
-
-III. _Après une consonne articulée_, le _c_ final sonne généralement:
-_tal_c, _ar_c, _tur_c, _fis_c, _mus_c[522]. Il sonne même
-aujourd’hui dans les composés _ar_c-_bouter_ et _ar_c-_boutant_ ou
-_ar_c-_doubleau_, quoi qu’en disent les _Dictionnaires_, qui retardent
-sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il
-faut seulement éviter _ar_que-_boutant_.
-
-Toutefois, il ne se prononce pas encore dans _mar_(c), résidu:
-_eau-de-vie de mar_(c); ni dans _mar_(c), poids: _au mar_(c) _le
-franc_[523].
-
-Le _c_ ne sonne pas davantage dans _cler_(c)[524].
-
-De plus, le _c_ de _por_c, qui ne sonnait plus nulle part depuis
-longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on
-n’y achète pas _du por_c _frais_, mais du _por_(c) _frais_, _du por_(c)
-_salé_, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on
-rétablit volontiers le _c_, même au pluriel: _un troupeau de por_(cs)
-ou _de por_c(s), mais surtout au singulier: _un por_c, et plus encore
-si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le _c_ sonne
-également dans le composé _por_c-_épic_.
-
-
-2º Les mots en-CT.
-
-Les mots en =_-ct_= demandent un examen particulier, car leur histoire
-est complexe et n’est pas terminée.
-
-1º Dans _ta_ct, _inta_ct, _conta_ct, et dans _compa_ct, il semble que
-_ct_ s’est toujours prononcé. _Exact_, plus populaire, a tendu à perdre
-le _c_ ou le _t_, ou les deux; et si l’on ne prononce plus _exa_c(t)
-ni _exa_(c)t, on entend encore _exa_(ct); pourtant _exa_ct a fini par
-l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].
-
-2º _Parmi les mots en_ =_-ect_=, les mots _dire_ct et _indire_ct,
-_corre_ct et _incorre_ct ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs
-consonnes finales, non plus que le mot savant _intelle_ct, sans parler
-de l’anglais _sele_ct. Il n’en est pas de même des autres.
-
-_Abje_ct et _infe_ct ont flotté longtemps, avec préférence pour le son
-_è_, avant de reprendre définitivement _ct_[526].
-
-Restent les mots en _=-spect=_: _aspect_, _respect_, _suspect_,
-_circonspect_. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre
-prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec _bec_, n’hésite pas à
-écrire _respec_ et _circonspec_[527]. La prononciation par _t_ seul
-a complètement disparu, mais les prononciations par _c_ ou _ct_ ont
-encore l’espoir de vaincre. La seconde, par _ct_, admissible peut-être
-pour _suspe_ct, est certainement la plus mauvaise pour _aspe_(ct) et
-_respe_(ct); l’autre, par _c_ seul, est admissible en liaison, et même
-tout à fait générale dans _respec_(t) _humain_; mais, en dehors de la
-liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et
-s’en tenir à _respe_(ct), aussi bien qu’à _aspe_(ct), _circonspe_(ct),
-et même _suspe_(ct)[528].
-
-En revanche, le _c_ et le _t_ se prononcent également dans _suspe_ct_e_
-et _circonspe_ct_e_: sur ce point, il n’y a pas de discussion.
-
-Il ne faut pas assimiler aux autres mots en _-spect_ le mot technique
-_anspe_c(t), terme de marine, qui n’a pris un _t_ dans l’orthographe
-que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le
-_c_ doive toujours se prononcer, et toujours seul.
-
-3º Parmi les mots en _=-ict=_, le _c_ et le _t_ se prononcent encore
-dans _stri_ct et _distri_ct, et naturellement dans l’anglais _verdi_ct
-et _convi_ct, mais non dans _ami_(ct), terme de liturgie, qui n’est
-guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie
-contre l’altération.
-
-4º Les mots en _=-inct=_ ont flotté longtemps, comme les mots en
-_-ect_, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais _distin_ct et
-_succin_ct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute
-ne les perdront plus: _succin_(ct), et par suite _succin_te, sont
-surannés. Au contraire, _instin_(ct) résiste fort bien sans _c_ ni _t_,
-et l’on doit encore condamner _instin_c(t)[529].
-
-
-3º Le C intérieur.
-
-Dans le corps des mots, le _=c=_ n’a le son guttural que devant
-_=a=_, _=o=_, _=u=_, et devant une consonne: c_alibre_, _dé_c_oller_,
-_re_c_uler_, _a_c_tion_, _instin_c_tif_, et même _ar_c_tique_, où
-le _c_ amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant _e_ et _i_:
-c_e_c_i_, _dé_c_ence_, c_ygne_, _lar_c_in_[530].
-
-On donne au _=c=_ le son sifflant devant _=a=_, _=o=_, _=u=_, au
-moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural
-devant _=e=_ et _=i=_, sauf le changement de _eu_ en _œu_, dans c_œur_
-(c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un _o_), et d’autre part
-l’addition ou le maintien d’un _u_ dans le groupe _cueil_ (keuil):
-cu_eillir_, _ac_cu_eillir_, etc.[531]. Partout ailleurs le _c_ est
-remplacé dans ce rôle par _qu_ dans les mots français, par _k_ ou _ck_
-dans les mots étrangers, comme _jo_ck_ey_[532].
-
-Devant une consonne, le _=c=_ intérieur sonne aujourd’hui partout,
-même après une nasale, comme dans _san_c_tuaire_, _san_c_tion_ ou
-_san_c_tifier_[533].
-
-Le _=c=_ ne prend pas le son du _=g=_ seulement dans _zin_c; il le
-prend aussi dans _se_c_ond_ et tous ses dérivés (même dans le latin
-_se_c_undo_), qui devraient s’écrire avec un _g_, comme on le fait en
-d’autres langues[534].
-
-Le _c_ a eu longtemps aussi le son du _g_ dans _reine_-C_laude_[535];
-mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de
-l’écriture, et le son du _g_ y devient aujourd’hui populaire ou
-dialectal.
-
-Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la
-prononciation du _c_ consiste à mouiller le _c_ initial, par exemple
-dans _cœur_, qu’on entend quelquefois sonner presque comme _kyeur_.
-
- * * * * *
-
-Le _=c=_ double se prononce comme un _c_ simple devant _=a=_, _=o=_,
-_=u=_, et devant _=l=_ ou _=r=_, dans les mots d’usage courant:
-_a_(c)c_abler_, _a_(c)c_aparer_, _ba_(c)c_alauréat_, _a_(c)c_limater_,
-_a_(c)c_réditer_, _a_(c)c_roc_, _e_(c)c_lésiastique_, _o_(c)c_asion_,
-_su_(c)c_omber_, etc.; les deux _c_ peuvent se prononcer dans
-_e_c-c_hymose_, _o_c-c_lusion_ et _o_c-c_ulte_, et, si l’on veut,
-_ba_c-c_hante_, _humeurs pe_c-c_antes_, _impe_c-c_able_, _pe_cc_adille_
-et _pe_c-c_avi_; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin
-_pe_c-c_avi_[536].
-
-Devant =_e_= et =_i_=, ils se prononcent toujours tous les deux, le
-premier guttural, le second sifflant: _a_c-c_ident_, _vac_-c_in_,
-_a_c-c_ès_[537]; au contraire _sc_ se réduit ordinairement à un _s_ ou
-un _c_ seul: _ob_(s)_cène_, _s_(c)_ie_[538].
-
-Devant les mêmes voyelles _e_ et _i_, quand le _c_ est suivi de _qu_,
-on ne prononce qu’une gutturale: _a_(c)_quitter_, _a_(c)_quérir_, à
-fortiori _be_(c)_queter_ ou _gre_(c)_que_[539].
-
- * * * * *
-
-Devant =_e_= et =_i_= toujours, le =_c_= italien reste sifflant, si le
-mot est suffisamment francisé, comme dans _gra_c_ioso_, _con_c_etti_,
-_ac_-c_elerando_ (trop voisin _d’ac_-c_élérer_ pour se prononcer
-autrement) et _quattro_c_entiste_[540]. Autrement, et surtout quand
-il est double, il se prononce _tch_: _dol_c_e_, _sotto vo_c_e_, _a
-pia_c_ere_, _furia fran_c_ese_, _fanto_cc_ini_[541]. Pour _sc_, le
-son de _ch_ suffit, sans _t_: _cre_sc_endo_ (chèn), _la_sc_iate ogni
-speranza_.
-
-_Czar_ se prononce _gsar_ plutôt que _c_s_ar_; mais c’est là une
-mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie _cæsar_; ce
-mot, qui en polonais s’écrie _car_, doit se transcrire et se prononcer
-_tsar_[542].
-
-
-
-
-CH
-
-
-Le son normal de _=ch=_ en français n’a guère de rapport avec le son du
-_c_, qui est le son de _ch_ en latin; mais, étant donné l’ordre suivi
-dans ce chapitre, sa place normale est pratiquement ici. D’ailleurs
-_ch_ prend souvent le son du _c_, même en français.
-
-
-1º Le CH final.
-
-_A la fin des mots_, _ch_ appartient presque uniquement à des mots
-étrangers, et garde presque partout le son du _c_ guttural: _krac_(h),
-_varec_(h) et _loc_(h), et aussi _yac_(ht)[543].
-
-Il garde pourtant le son chuintant du français dans _mat_ch et
-_tzaréwit_ch, dans _chaou_ch, _tarbou_ch et _farou_ch, dans _lun_ch et
-_pun_ch francisés[544].
-
-_Ch_ est muet dans _almana_(ch), où la réaction orthographique n’a
-pas encore réussi à le rétablir, le mot étant trop populaire, et
-connu par l’oreille encore plus que par l’œil, comme _estoma_(c) et
-_taba_(c)[545].
-
-
-2º Le CH intérieur.
-
-_Dans le corps ou en tête des mots_ proprement français, _ch_ a
-naturellement le son chuintant devant une voyelle; chuintante forte,
-bien entendu, et non chuintante douce: il faut se garder de prononcer
-_ajète_ pour _achète_, comme il arrive trop souvent à Paris[546].
-
-Toutefois, dans un très grand nombre de mots plus ou moins savants,
-et notamment des mots tirés du grec, _ch_ a gardé, parfois même il a
-repris, après l’avoir perdu, le son que nous lui donnons en latin,
-c’est-à-dire celui du _c_ guttural.
-
-
-I. =Devant a, o, u.=--Devant les voyelles _=a=_, _=o=_, _=u=_, le
-phénomène ne souffrait pas de difficultés, parce que l’oreille était
-accoutumée au son guttural du _c_ devant ces voyelles. Par suite:
-
-1º On prononce _ca_ (ou _can_) dans _gutta-per_c(h)_a_ et
-les mots en _-archat_, dans _c_(h)_aos_, _c_(h)_alcédoine_,
-_c_(h)_alcographie_, _bacc_(h)_anale_ et _bacc_(h)_ante_, dans
-_arc_(h)_ange_, _arc_(h)_aïque_, _troc_(h)_anter_, _euc_(h)_aristie_,
-_sacc_(h)_arifère_; mais non dans _fil d’ar_ch_al_, qui est français et
-très ancien[547].
-
-2º On prononce _co_ dans _éc_(h)_o_; dans tous les mots commençant par
-_chol-_ et _chor-_, comme _c_(h)_oléra_, _c_(h)_orus_, _c_(h)_oral_,
-etc., avec _c_(h)_œur_, et leurs dérivés ou composés, comme
-_anac_(h)_orète_; dans _psyc_(h)_ologie_[548], _calc_(h)_ographie_,
-_inc_(h)_oatif_, _batrac_(h)_omyomachie_, _dic_(h)_otomie_,
-_bronc_(h)_opneumonie_ ou _bronc_(h)_otomie_ (malgré _bron_ch_e_ et
-_bron_ch_ite_), dans _arc_(h)_onte_ et _péric_(h)_ondre_ et quelques
-autres mots moins répandus; mais non dans _maille_ch_ort_ (tiré des
-noms propres français _Maillot_ et _Chorier_), ni dans _vit_ch_oura_,
-où _tch_ représente le polonais _cz_[549].
-
-3º On prononce _=cu=_ dans _catéc_(h)_umène_ ou _isc_(h)_urie_[550].
-
-
-II. =Devant e et i.=--Devant _=e=_ et surtout devant _=i=_, le
-phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée
-jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le
-_ch_ grec, ou le _ch_ latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ
-siècle, comme le _ch_ français. Aussi la francisation du _ch_ en son
-chuintant était-elle générale autrefois devant _e_ et _i_.
-
-Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris
-depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants,
-non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude.
-
-1º Devant un _e muet_, le son chuintant s’est maintenu _partout_,
-dans _ar_ch_evêque_, _bron_ch_es_ ou _aristolo_ch_e_, comme dans
-_mar_ch_epied_, _bron_ch_er_ ou _brio_ch_e_. Il en est de même dans la
-finale _=-chée=_: _tra_ch_ée_, _ar_ch_ée_, _tro_ch_ée_, aussi bien que
-_bou_ch_ée_ ou _ni_ch_ée_[551].
-
-Mais on prononce aujourd’hui _=ké=_ dans _a_ch_éen_, _mani_ch_éen_
-ou _euty_ch_éen_[552]; dans _ar_ch_éologie_ et _ar_ch_étype_; dans
-ch_eiroptères_ (_keye_), ch_élidoine_, ch_élonien_, ch_énisque_
-et ch_énopode_; dans _li_ch_en_, _épi_ch_érème_, _or_ch_estre_ et
-ch_étodon_; dans _tres_ch_eur_ ou _tré_ch_eur_ et dans _tra_ch_éotomie_
-(malgré _tra_ch_ée_). En revanche, on chuinte dans _ca_ch_exie_ et
-_ca_ch_ectique_, aussi bien que dans ch_érif_ et ch_érubin_[553].
-
-2º C’est surtout pour le groupe _=chi=_ que la question est délicate,
-car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe _=che=_,
-et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu.
-
-En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant:
-non seulement ch_imie_, ch_imère_ ou ch_irurgie_ (et très souvent
-ch_iromancie_), mais tous les mots en _-archie_ ou _-machie_, avec
-_entélé_ch_ie_ et _bran_ch_ie_[554]; de même tous les mots en _-chin_
-et _-chine_, en _-chique_, _-chisme_ et _-chiste_: c’est ainsi
-que _Bacc_(h)_us_ ou _psyc_(h)_ologie_, qui ont le son guttural,
-n’empêchent nullement _ba_ch_ique_ ou _psy_ch_ique_ de chuinter[555].
-
-En tête des mots, le préfixe _archi-_ fait de même partout. Seul le mot
-_ar_ch_iépiscopal_, étant plus récent, s’est prononcé _arki_, au moins
-depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a
-fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus
-ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient
-encore obligées de suivre les dictionnaires[556].
-
-On chuinte encore dans _ra_ch_is_ (d’où _ra_ch_itique_) et
-_ara_ch_ide_, dans _kami_ch_i_, _let_ch_i_ et _mamamou_ch_i_, dans
-ch_ibouque_ et _ba_ch_i-bouzouck_, dans ch_impanzé_, enfin devant _y_
-grec, dans ch_yle_, ch_yme_ et ses composés et _dia_ch_ylon_[557].
-
-En revanche, on prononce aujourd’hui _ki_ dans beaucoup d’autres
-mots savants, généralement les plus récents et les moins usités;
-d’abord dans les mots en _-chite_ (sauf _bron_ch_ite_, à cause de
-_bron_ch_e_ et _bron_ch_ial_), dans le _chi_ grec, dans _tri_ch_inose_
-(malgré _tri_ch_ine_, qui par suite tend à devenir _trikine_), dans
-_a_ch_illée_ le plus souvent (malgré _A_ch_ille_), dans ch_iragre_,
-ch_irographaire_ et souvent ch_iromancie_ (malgré ch_irurgie_),
-dans _or_ch_is_ et _or_ch_idée_, _bra_ch_ial_ et _bra_ch_iopode_,
-_is_ch_ion_, et aussi dans _bra_ch_ycéphale_, _con_ch_yliologie_,
-_ec_ch_ymose_, _tra_ch_yte_, et, le plus souvent, _pa_ch_yderme_ et
-_ta_ch_ygraphie_, sur lesquels on hésite encore[558].
-
-Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les
-consonnes, le _ch_ est toujours d’origine savante et garde partout
-le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, _=l=_, _=m=_,
-_=n=_, _=r=_, et parfois _=s=_ et _=t=_: c(h)_lore_, _dra_c(h)_me_,
-_te_c(h)_nique_, c(h)_rétien_, _fu_c(h)_sine_, _i_c(h)_tyologie_[559].
-
- * * * * *
-
-Le _=ch=_ anglais se prononce _tch_ en principe: _spee_ch, _sandwi_ch,
-_mail-coa_ch, _rocking_-ch_air_ et _steeple_-ch_ase_; de même
-l’espagnol ch_ulo_, _ca_ch_etera_ ou _ca_ch_u_ch_a_. On francise
-pourtant le _ch_ dans ch_ester_, comme dans ch_in_ch_illa_ et
-ch_ipolata_, souvent aussi quand il est final comme dans _spee_ch ou
-_sandwi_ch[560].
-
-Le groupe étranger _=sch=_ a partout le son du _ch_ français:
-_ha_(s)ch_i_(s)ch, _scotti_(s)ch, _kir_(s)ch ou (s)ch_abraque_,
-(s)ch_lague_ et (s)ch_nick_, et (s)ch_ibboleth_, et même _p_(s)ch_ent_
-qu’on prononce aussi _pskent_[561].
-
-Le son chuintant de ce groupe est si connu qu’il est passé même à des
-mots d’origine grecque (devant _e_ et _i_), où il n’est pas justifié
-du tout: (s)ch_éma_ ou (s)ch_ème_, (s)ch_isme_ et (s)ch_iste_ auraient
-dû se prononcer par _sk_, comme nous prononçons _s_ch_ola cantorum_,
-_es_ch_are_, ou l’italien _s_ch_erzo_[562].
-
-
-
-
-D
-
-
-_A la fin des mots_, le _=d=_ est muet dans les mots français ou
-tout à fait francisés. Ces mots se terminent presque tous en _-and_,
-_-end_ (prononcé _an_) et _-ond_, comme _gourman_(d), _défen_(d)
-ou _fécon_(d); en _-aud_ et _-oud_, comme _chau_(d) et _cou_(d);
-en _-ard_, _-erd_, _-ord_ et _-ourd_, comme _regar_(d), _per_(d),
-_accor_(d) et _sour_(d), tous avec ou sans _s_[563].
-
-C’est par un abus tout à fait injustifié qu’on prononce parfois le
-_d_ de _quan_(d) devant une consonne, comme s’il y avait une liaison,
-c’est-à-dire avec le son d’un _t_[564].
-
-Parmi ces finales, seule la finale _-and_ comprend quelques mots
-étrangers où le _d_ se prononce: _hinterlan_d, _stan_d[565].
-
-Pour les autres finales, le _d_ est également muet dans les mots
-proprement français; mais ils sont peu nombreux: _pie_(d), longtemps
-écrit _pié_, et _sie_(d), avec leurs composés; _nœu_(d), _lai_(d)
-et _plai_(d), _poi_(ds) et _froi_(d), _ni_(d) et _mui_(d), avec
-_palino_(_d_), et, par analogie, l’anglais _plai_(d), qui n’a pas de
-rapport avec l’autre.
-
- * * * * *
-
-A part _plai_(d), le _d_ final se fait entendre dans tous les mots
-étrangers: _la_d, _oue_d, _caï_d, _celluloï_d, _lloy_d, _li_(e)d,
-_zen_d, _épho_d, _yo_d, _kobol_d, _talmu_d et _su_d, avec le latin
-_a_d[566].
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, le _d_ autrefois tombait devant une
-consonne[567]. Il a revécu progressivement dans un certain nombre de
-mots où l’orthographe l’a conservé, comme _a_d_juger_, _a_d_judant_,
-_a_d_joindre_, _a_d_versaire_, _a_d_verbe_, _a_d_mirer_, etc., si bien
-que le _d_ intérieur n’est plus muet nulle part, pas plus dans les mots
-français que dans les mots étrangers, comme _bri_d_ge_, _lan_d_grave_,
-_lan_d_sturm_, etc., sauf peut-être _fel_(d)_spath_[568].
-
-Dans _mad_(e)_moiselle_, le _d_ tombe facilement quand on parle vite,
-mais ce n’est pas correct; quant à _mamzelle_, c’est un peu familier ou
-même impertinent.
-
- * * * * *
-
-Le _d double_, assez rare, se prononce double dans _a_d-d_enda_
-et _qui_d-d_ité_, dans _a_d-d_ucteur_ et même, si l’on veut, dans
-_re_d-d_ition_[569]; mais non dans des mots d’usage aussi courant que
-_a_(d)_dition_ et _a_(d)_ditionner_, quoiqu’on l’y ait prononcé double
-autrefois.
-
-
-
-
-F
-
-
-L’_f_ est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui
-normalement _à la fin des mots_, notamment dans les mots en _-ef_,
-_-euf_, et surtout _-if_, ceux-ci très nombreux[570].
-
-Les exceptions sont rares.
-
-1º Il y a d’abord _cle_(f), qui peut aussi s’écrire _clé_. C’est le
-seul mot dont l’_f_ final ne se prononce jamais: pourquoi l’écrit-on
-encore[571]?
-
-2º On prononce sans _f_ _che_(f)-_d’œuvre_, mais l’_e_ reste ouvert:
-c’est un reste de la prononciation ancienne qui supprimait l’_f_ devant
-une consonne. L’_f_ s’est rétabli dans _che_f-_lieu_.
-
-3º De plus on prononce encore au pluriel _œu_(fs) et _bœu_(fs), reste
-de la prononciation des pluriels, car autrefois on disait également
-_des habits neu_(fs). Même au singulier, si l’on ne dit plus, sans
-_f_, _du bœu_(f) _salé_, un _œu_(f) _frais_, _un œu_(f) _dur_, comme
-on faisait encore assez généralement il n’y a pas cent ans, on dit
-toujours _le bœu_(f) _gras_, nouveau reste de la prononciation qui
-supprimait l’_f_ devant une consonne. Mais je crois bien que cette
-prononciation est en voie de disparaître. Je ne sais ce que durera
-_bœu_(f) _gras_, mais il me semble bien que l’_f_ est destiné à se
-rétablir partout, un jour ou l’autre, dans les pluriels _œu_(fs) et
-_bœu_(fs), car on voit très bien le mouvement de réviviscence de
-l’_f_ se continuer. Beaucoup de personnes déjà ne prononcent _œu_(fs)
-qu’à la suite d’un _s_ doux: _trois œu_(fs), _douze œu_(fs), _quinze
-œu_(fs), par analogie sans doute avec _les œu_(fs), _des œu_(fs),
-dont la prononciation ne peut pas s’altérer facilement; mais elles
-disent avec l’_f_ _quatre œu_fs, _huit œu_fs, _combien d’œu_fs, _un
-cent d’œu_fs. Cette distinction, d’autant plus curieuse qu’elle est
-naturellement involontaire, est sans doute l’étape qui nous mènera
-un jour à prononcer l’_f_ partout, car _œu_(fs) et _bœu_(fs) sont
-presque aujourd’hui les seuls mots qui se prononcent encore au pluriel
-autrement qu’au singulier; et sans doute il est temps que cela
-finisse[572].
-
-4º Dans _cer_f, où l’amuissement de l’_f_ a été général jusqu’à une
-époque toute récente, l’_f_ a revécu quelque peu aujourd’hui, même
-au pluriel. _Cer_(f) et même _cer_(fs) seront peut-être un jour
-surannés; dès maintenant il semble qu’ils ne sont admis qu’en vénerie,
-dans le style très oratoire, et en poésie, surtout pour la rime.
-_Cer_(f)-_volant_ continue à se passer d’_f_; il lui serait, du reste,
-difficile de faire autrement.
-
-5º L’évolution de _ner_f est beaucoup moins avancée. Au pluriel on
-prononce encore uniquement _ner_(fs), et je ne crois pas qu’on ait
-jamais dit encore _une attaque de ner_f(s). Au singulier, cela dépend
-des cas, et il faut distinguer le sens propre du figuré; car il y a
-fort longtemps qu’on dit par exemple: _ce style a du ner_f; on dira
-même: _cet homme a du ner_f ou _manque de ner_f, voire même _le ner_f
-_de la guerre_ ou _le ner_f _de l’intrigue_; mais ceci est déjà moins
-général. Quant au sens propre, quoi qu’en disent les dictionnaires et
-les livres, c’est encore _ner_(f) qui l’emporte, et de beaucoup, non
-seulement chez le boucher, où l’on ne se plaint pas d’avoir du _ner_f
-dans sa viande, mais aussi bien à l’amphithéâtre, où le mot _ner_(f)
-a un sens fort différent. _Ner_f viendra certainement, mais n’est
-pas encore venu. A fortiori prononce-t-on encore _ner_(f) _de bœuf_,
-sans parler de _ner_(f) _foulé_ ou _ner_(f)-_férure_, qu’on pourrait
-difficilement prononcer d’une autre manière.
-
-6º Enfin il y a encore l’adjectif numéral _neu_f. Nous avons vu[573]
-qu’on prononce encore _neu_(f) fermé dans certains cas. Mais, de même
-que pour _bœu_f ou _cer_f, ces cas se sont fort réduits. Le phénomène
-a lieu, non pas devant une consonne, comme on le dit souvent, mais
-_devant un pluriel commençant par une consonne_[574]. Ainsi les
-personnes qui savent le français disent encore le plus généralement
-_neu_(f) _sous_, _les neu_(f) _premiers_, _neu_(f) _fois neu_f,
-_dix-neu_(f) _cents_, _neu_(f) _mille_; mais, avec _f_ sonore et _eu_
-ouvert, _le neu_f _mai_, comme _le neu_f _de cœur_, _neu_f _par neu_f,
-_en voilà neu_f _de faits_, de même que _page neu_f, ou _j’en ai neu_f.
-On peut même distinguer au besoin _trois Japonais et neu_(f) _Chinois_,
-de _trois panneaux japonais et neu_f _chinois_, parce qu’il y a ellipse
-ici entre _neu_f et _chinois_. Ce n’est donc pas la consonne seulement
-qui détermine la prononciation _neu_, ni même proprement le pluriel,
-mais le lien étroit qui existe entre _neuf_ et le mot suivant, lien qui
-ne se réalise qu’avec un pluriel, c’est-à-dire par la multiplication de
-l’objet par neuf.
-
-C’est un des points sur lesquels on se trompe le plus dans la
-prononciation courante. Beaucoup de personnes disent encore _le neu_(f)
-_mai_; mais cette prononciation est surannée; elle se maintient encore
-çà et là, parce que le lien semble étroit entre le chiffre et le nom
-du mois, mais ce lien est fort loin d’être aussi étroit qu’avec un
-pluriel: on sait bien ou on doit savoir que _neuf mai_ est en réalité
-une abréviation de _neuvième_ (jour du mois) _de mai_, ou _neuf_ de
-_mai_; c’est pourquoi l’_f_ s’y prononce depuis longtemps déjà.
-
-En revanche d’autres prononcent _neu_f _sous_, avec _eu_ ouvert et
-_f_ sonore: erreur encore plus grave, mais qui, hélas! tend fort à
-se répandre, et qui les conduit naturellement à prononcer avec _f_
-_dix-neu_f-_cents_, au lieu de _dix-neu_(f)-_cents_, qui est encore
-seul correct, dix-neuf multipliant cent.
-
-Il est d’ailleurs fort possible que pour _neu_f, comme pour _œu_f et
-_œu_fs, le mouvement commencé soit destiné à s’achever, et que le son
-de l’_f_ soit destiné à s’imposer partout un jour ou l’autre; mais
-nous n’en sommes pas là, et il y a encore une prononciation spéciale,
-seule correcte provisoirement, pour les adjectifs numéraux suivis d’un
-pluriel: on doit s’y tenir. Ce qui est le plus surprenant, c’est que
-ceux qui disent _neu_f _cents_ avec _f_ sont généralement ceux-là même
-qui disent _neu_(f) _mai_ sans _f_!
-
-Cette prononciation de _neuf_ sans _f_ est naturellement réservée aux
-pluriels commençant par une _consonne_, par la raison bien simple que
-devant une voyelle il se produit un phénomène de liaison. Mais ici
-encore il y a une remarque à faire. En principe, cette liaison devrait
-maintenir le son _eu_ fermé, avec changement de _f_ en _v_, phénomène
-qui était général autrefois[575]. A vrai dire, le phénomène n’a pas
-complètement disparu, mais il ne s’est maintenu que dans _neu_(f)
-_vans_ et _neu_(f) _vheures_; ailleurs on prononce généralement _neuf_
-ouvert, comme partout[576].
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, l’_f_ ne se met plus devant une consonne[577].
-
- * * * * *
-
-L’_=f=_ _double_ final se prononce comme un _f_ simple, le double
-_f_ intérieur aussi: _a_(f)_faire_, _a_(f)_faissé_, _a_(f)_fiche_,
-_a_(f)_franchi_, _en e_(f)_fet_, _o_(f)_fice_, _su_(f)_fire_,
-_di_(f)_férence_. Toutefois, comme nous avons affaire ici à une
-spirante, la prononciation des deux _f_, devenue plus facile, est
-une tentation à laquelle on ne résiste pas toujours, et on les
-prononce volontiers dans quelques mots savants: _a_f-f_ixe_ et
-_su_f-f_ixe_, _a_f-f_usion_, _e_f-f_usion_, _di_f-f_usion_ (mais non
-_di_f-f_us_), _su_f-f_usion_, _e_f-f_lorescence_, _di_f-f_ringent_
-et _di_f-f_raction_, _su_f-f_ète_; on hésite même pour des mots
-comme _a_ff_abulation_, _di_ff_luent_, _e_ff_luve_, _di_ff_amer_,
-_e_ff_ervescence_, _cause e_ff_iciente_, _e_ff_raction_; enfin l’accent
-oratoire sépare volontiers les _f_ dans _a_f-f_amé_, _a_f-f_ecté_,
-_a_f-f_éterie_, _a_f-f_irmer_, _a_f-f_olant_, _e_f-f_aré_,
-_e_f-f_éminé_, _e_f-f_lanqué_, _e_f-f_réné_, et même _e_f-f_royable_,
-et quelques autres[578].
-
-
-
-
-G
-
-
-1º Le G final.
-
-_A la fin des mots_, le =_g_= ne se prononce pas dans les mots
-français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture
-que dans deux cas: d’une part dans _bour_(g) et ses composés, avec
-_faubour_(g)[579]; d’autre part après une nasale: _ran_(g), _san_(g)
-ou _san_(g)_sue_, _étan_(g) et _haren_(g); _sein_(g), _vin_(gt)
-et ses dérivés, _coin_(g), _poin_(g), _vieux oin_(g), _lon_(g) et
-_lon_(g)_temps_[580].
-
-En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un
-_g_ final, et ce _g_ ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont
-_doi_(gt), _jou_(g) et _le_(gs).
-
-Pour _doi_(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par
-l’oreille et non par l’œil.
-
-Mais beaucoup de gens prononcent _jougue_, et depuis fort longtemps
-l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la
-majeure partie des gens instruits continue à préférer _jou_(g), au
-moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581].
-
-Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du _g_ est
-encore plus fréquente dans _le_(gs), orthographe déplorable d’un mot
-qui devrait s’écrire _lais_, du verbe _laisser_, dont il vient: il est
-fort à craindre que la prononciation _lègue_ ne finisse par s’imposer
-un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des
-professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe _legs_,
-par une fausse analogie avec _léguer_[582].
-
-Le _g_ final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales
-étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui
-se sont francisées: _mustan_(g), _oran_(g)-_outan_(g), _parpain_(g),
-_shampoin_(g), et, si l’on veut, _shellin_(g) et _sterlin_(g)[583].
-
-Le _g_ final se prononce dans les autres mots étrangers: dans
-_dra_g, _thalwe_g, _wi_gh, _bo_g, _gro_g, _tou_g, etc., ainsi que
-dans l’onomatopée _zigza_g et le populaire _bon zi_g; dans _er_g et
-_iceber_g; dans _rotan_g, _ginsen_g et _gon_g, peut-être à tort; dans
-l’onomatopée _di_g _din don_ et la plupart des mots anglais en _-ing_:
-_brownin_g, _poudin_g, _skatin_g, _meetin_g, etc. La prononciation
-exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français;
-mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit
-d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère,
-et garde une allure exotique[584].
-
-
-2º Le G devant une voyelle.
-
-_Dans le corps ou en tête des mots_, devant une voyelle, le _g_ n’a
-le son guttural que devant =_a_=, =_o_=, =_u_=: g_alon_, _bri_g_and_,
-g_orille_, g_onfler_, _fi_g_ure_; il a le son chuintant devant _e_ et
-_i_: g_énie_, g_entil_, g_in_g_embre_, _a_g_ir_, g_ymnase_[585]. Les
-deux sons sont réunis dans g_i_g_ot_ ou g_i_g_antesque_[586].
-
-On doit cependant pouvoir donner au _g_ le son chuintant devant _a_,
-_o_, _u_, et le son guttural devant _e_ et _i_.
-
-
-I.--On donne au _g_ le son _chuintant devant_ _=a=_, _=o=_, _=u=_,
-par l’intercalation d’un _e_ qui ne se prononce pas: _man_g(e)_a_,
-_man_g(e)_aille_, _man_g(e)_ons_, _man_g(e)_ure_ (de vers), g(e)_ai_,
-_rou_g(e)_ole_, _pi_g(e)_on_, _na_g(e)_oire_, etc.[587].
-
-Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’_e_ de
-_g_(e)_ôle_, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu
-disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore
-beaucoup de gens à prononcer _gé-ôle_, comme s’il y avait un accent
-aigu sur l’_é_, cela parce que _g_(e)_ôle_ a été remplacé dans l’usage
-courant par _prison_, et que le mot est de ceux qu’on apprend par
-l’œil et non par l’oreille; et naturellement _gé-ôle_ amène souvent
-_gé-ôlier_.
-
-Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le
-mot _ga_g(e)_ure_ a cédé la place dans l’usage courant au mot _pari_,
-beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale
-_-eure_, et la prononciation par _eure_ est extrêmement répandue.
-Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe _-eure_ n’existe
-en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation
-ancienne: _meill-eure_, _pri-eure_, _min-eure_, _maj-eure_, et ceux
-des adjectifs en _-érieur_; mais les substantifs ne connaissent
-que le suffixe _-ure_: _blesser_-_blessure_, _brocher_-_brochure_,
-_coiffer_-_coiffure_, _peler_-_pelure_, _couper_-_coupure_, etc.;
-d’où, étant donné le procédé orthographique, _gager_-_gag_(e)_ure_,
-_verger_-_verg_(e)_ure_ (du papier), _manger_-_mang_(e)_ure_ (de vers),
-et _charger_-_charg_(e)_ure_ (terme de blason)[589].
-
-II.--D’autre part on donne au _g_ le son _guttural devant_ =_e_= et
-=_i_=, y compris l’=_e_= muet, par l’addition d’un _u_, qui ne se
-prononce pas plus que l’_e_ de _pig_e_on_: _g_u_erre_, _g_u_érir_,
-_fatig_u_er_, _narg_u_er_, _g_u_irlande_, _g_u_ider_, _g_u_impe_,
-_lig_u_e_, _dog_u_e_.
-
-Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres
-confusions. Il y a, en effet, des mots où l’_u_ ainsi placé appartient
-au radical, comme dans _ai_gu_ille_, et doit se prononcer, tout en
-faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment
-savoir si l’_u_ de _-gué-_ ou _-gui-_ se prononce? Celle des deux
-prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire _ghé_ et
-_ghi_, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce _ghé_ et
-_ghi_, et non _gué_ et _gui_, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les
-confusions.
-
-Il faut donc que nous recherchions les cas où l’_u_ se fait entendre
-dans les groupes _gué_ et _gui_.
-
-Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut
-éviter désormais de mouiller le _g_ guttural, aussi bien que le _c_,
-par exemple de dire à peu près _ghyamin_ ou _ghyerre_ pour _gamin_
-ou _guerre_: la distinction que Nodier établissait à ce point de
-vue au profit des voyelles _é_ et _i_ a cessé d’être admise dans la
-prononciation correcte.
-
-
-3º Le groupe GU devant une voyelle.
-
-I.--_Devant un_ =_e_=, l’_u_ ne se prononce à part en français que dans
-le verbe _arg_u-_er_, et devant l’_e_ muet final des quatre adjectifs
-féminins _aig_uë, _ambig_uë, _contig_uë, _exig_uë, et des deux
-substantifs _besaig_uë et _cig_uë. On voit que cet _e_, quoique muet,
-porte un tréma pour marquer la prononciation de l’_u_.
-
-Dans le verbe _ar_gu-_er_, le suffixe étant naturellement _-er_, l’_u_
-appartient au radical, qui est le même que dans _ar_gu-_ment_. Les gens
-de loi savent très bien qu’on prononce _ar_gu-_er_, _j’ar_gu-_e_, _nous
-ar_gu-_ons_, _j’ar_gu-_ais_, comme _tu-er_, _je tue_, etc.; mais que de
-gens, voire des professeurs, articulent _ar_gh_er_, comme _narguer_,
-_j’ar_gh_e_, _il ar_gh_ait_!
-
-On a mis parfois un tréma dans _j’ar_guë, _il ar_guë, comme dans
-_ci_guë, _ambi_guë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup
-d’erreurs, devrait être la seule correcte.
-
-Partout ailleurs les groupes _gue_ et _gué_ se prononcent _ghe_ et
-_ghé_: gu_enille_, gu_érir_, _dra_gu_er_, etc.[590].
-
-II.--_Devant un_ =I= le cas est bien plus grave, parce que _-gui-_ est
-plus fréquent que _-gué-_. Aussi la plupart des _u_ qui devraient se
-prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long.
-
-_Aiguille_ et _aiguillon_, avec leurs dérivés, sont les derniers mots
-d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’_u_. Encore
-faut-il faire une distinction. _Aiguille_ paraît trop commun pour être
-altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et
-non par l’œil. Et pourtant _ai_gh_ille_ n’est déjà pas sans exemple.
-Quand à _aiguillon_, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en
-_ai_gh_illon_, étant moins populaire ou moins général qu’_aiguille_;
-pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue
-qu’elle est par le voisinage d’_ai_gu_ille_.
-
-Outre ces deux mots, on prononce _ui_ naturellement dans
-_ambi_g_uïté_, _conti_g_uïté_, _exi_g_uïté_, comme dans tous les mots
-en _-uité_ (_u-ité_ chez les poètes); et enfin dans quelques mots
-savants, _consan_g_uinité_ ou _san_g_uification_, _lin_g_uiste_ et
-_lin_g_uistique_, _inextin_g_uible_, _in_g_uinal_, _on_g_uiculé_ et
-_un_g_uis_, ou des mots purement latins, comme _an_g_uis in herba_[591].
-
-Partout ailleurs on prononce _ghi_ aujourd’hui, notamment en tête
-des mots: gu_ichet_, gu_imauve_, gu_itare_, etc.[592]; de même,
-malgré le latin, dans _an_gu_ille_ et dans les mots de la racine de
-_sang_ (sauf _consan_g_uinité_ et _san_g_uification_): _san_gu_in_ et
-_consan_gu_in_, _san_gu_ine_, _san_gu_inaire_, _san_gu_inolent_; aussi
-dans _bé_gu_ine_ et _bé_gu_in_, et dans _ai_gu_ière_[593]; enfin dans
-_ai_gu_iser_, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe
-a altéré la prononciation.
-
-Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore _ai_g_uiser_ par
-_u_, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce _aighiser_, et
-nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus
-longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens
-propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à
-réagir[594].
-
-
-III.--Ce n’est pas tout. Les groupes _=gua=_ et _=guo=_ ne sont pas
-français, sauf dans les verbes en _-guer_, où l’_u_ se conserve
-partout, pour l’unité de la conjugaison: _navi_gu_a_, _navi_gu_ons_,
-_navi_gu_ait_. Il suit de là que, hors ce cas, _gua_ ne se prononce pas
-_ga_: il se prononce _goua_ (_gwa_), comme en latin, tout en faisant
-diphtongue, bien entendu. Ainsi dans _ja_g_uar_ et _cou_g_uar_, dans
-g_uano_, _i_g_uane_ et _al_g_uazil_, et même dans _lin_g_ual_. Pourtant
-l’_u_ a cessé de se prononcer dans _ai_gu_ade_, _ai_gu_ail_ ou
-_ai_gu_ayer_, et aussi dans _para_gu_ante_, qui est d’ailleurs passé de
-mode.
-
-Quant à _-guo-_, même en latin, il se prononce _go_:
-_distin_g(u)_o_[595].
-
-
-4º Le G devant une consonne.
-
-Les consonnes devant lesquelles on rencontre quelquefois _g_ en
-français sont les liquides, _=l=_, _=m=_, _=n=_, _=r=_, et _=d=_ ou
-_=g=_[596].
-
-Les groupes _=gl=_ et _=gr=_ n’offrent pas de difficultés.
-
-Devant un _=m=_ ou un _=d=_, le _g_ se prononce toujours; il ne
-s’y trouve d’ailleurs que dans des mots d’origine savante, comme
-_amy_g_dale_ ou _au_g_menter_[597].
-
-Devant _=n=_, la question est moins simple, car le français _=gn=_
-n’est normalement qu’un _n_ mouillé[598]. Aussi le groupe _=gn=_
-est-il mouillé presque partout, notamment devant un _e_ muet, sans
-exception, et même dans les mots d’origine savante, pourvu qu’ils
-soient suffisamment répandus, comme _ma_gn_étisme_, depuis Mesmer.
-On a même longtemps mouillé un mot latin comme _agnus_, parce qu’il
-était fort usité. Il en résulte qu’on ne sépare le _g_ de l’_n_ que
-dans quelques mots savants moins usités, ou des mots étrangers,
-notamment en tête des mots: g_neiss_; g_nome_ et g_nomique_, g_nomon_
-et g_nomonique_, avec _physio_g_nomie_; g_nose_ et g_nostique_, avec
-_dia_g_nostic_, _géo_g_nosie_, _reco_g_nition_ et _inco_g_nito_,
-celui-ci par confusion, car il est italien, et on le mouille encore
-quelquefois, comme en italien; de plus, dans _ma_g-_nificat_ et
-_a_g-_nus_, mots latins; dans _a_g-_nat_ et _ma_g-_nat_, dans
-_co_g-_nat_, et _co_g-_nation_, dans _sta_g-_nant_ et _sta_g-_nation_,
-dans _re_g-_nicole_ et _inexpu_g-_nable_, dans _i_g-_né_ et tous les
-mots commençant par _igne-_ et _igni-_; souvent aussi dans _li_g-_nite_
-(mais non _ligneux_) et dans _pi_g-_noratif_[599]. Dans _ma_gn_olia_,
-on mouille encore, mais la cacophonie de _nyolya_ est en voie de
-séparer l’_n_ du _g_[600].
-
-Il ne faut pas séparer le _g_ de l’_n_ dans d’autres mots,
-même d’apparence plus ou moins savante, comme _co_gn_assier_,
-_dési_gn_atif_, _impré_gn_ation_, _ma_gn_ésie_ ou même _ma_gn_ifier_.
-
-Enfin le =_g_= _double_, devant une consonne, se prononce comme un seul
-_g_: _a_(g)g_lomérer_, _a_(g)g_lutiner_, _a_(g)_graver_; mais on peut
-aussi prononcer les deux. Devant _e_ ou _i_, on a naturellement un _g_
-guttural, puis un _g_ chuintant: _su_g-g_érer_[601].
-
- * * * * *
-
-Dans les mots italiens non francisés, le _=g=_ simple ou double se
-prononce _dj_ devant _i_, par exemple dans _a_ g_iorno_, _dramma_
-g_iocoso_ ou _risor_g_imento_; mais _appo_g_iature_ est francisé,
-puisqu’il n’a même pas l’orthographe italienne[602].
-
-On prononce de même _dj_ dans g_iaour_ et g_entry_; mais on peut
-prononcer indifféremment _gentleman_ par _jan_ ou _djen_, quoique _man_
-ne soit jamais nasal, et _gin_ par _jin_ nasal ou _djin_ non nasal; on
-francise encore à volonté g_ipsy_ et _bostan_g_i_.
-
-_=Gh=_ est proprement le _g_ guttural étranger devant _e_ et _i_, et
-quelquefois ailleurs: gh_etto_, _slou_gh_i_, _yo_gh_i_[603]. On ne
-l’entend pas dans _hi_gh, _ri_gh_t_, _dreadnou_gh_t_[604].
-
-Le _=gli=_ italien n’est pas autre chose qu’un _=l=_ mouillé,
-c’est-à-dire chez nous un _y_, et ne fait pas syllabe à part; mais nous
-avons complètement francisé, en y ajoutant une syllabe, _imbrogli-o_ et
-_vegli-one_[605].
-
-
-
-
-H
-
-
-1º L’H final ou intérieur.
-
-_Après une voyelle finale_, l’_=h=_ allongeait la voyelle dans quelques
-mots étrangers; mais nous avons vu que le phénomène n’est plus guère
-sensible chez nous[606]. Il l’est davantage dans le corps des mots, où
-l’_h_ peut encore parfois fermer et allonger la voyelle qui précède;
-mais ce sont aussi des mots étrangers: _o_h_m_, _fœ_h_n_[607].
-
-_Après une consonne_, sauf le groupe français _=ch=_, étudié plus haut,
-l’_=h=_ ne change rien généralement au son de cette consonne: ainsi
-_=kh=_ égale _k_ partout; quant au _=g=_, l’_h_ ne fait que lui rendre
-le son guttural devant _e_ et _i_; _=th=_ égale _t_ pour nous, _=rh=_
-égale _r_.
-
-Dans le Midi, _=lh=_ et _=nh=_ représentent _l_ et _n_ mouillés.
-
-D’autre part, _=sch=_ allemand et _=sh=_ anglais ou russe ont le son du
-_ch_ français[608].
-
-Tous ces groupes se prononcent à la fin des mots, sauf _ch_ final dans
-_almana_(ch), et _gh_ final ou devant _t_ en anglais[609].
-
-
-2º L’H initial, muet ou aspiré.
-
-Mais ce n’est pas après une autre lettre, voyelle ou consonne, c’est
-_en tête des mots_ que l’_h_ joue un rôle intéressant en français. Il
-est vrai que ce rôle a été contesté. Et assurément l’_h_ dit _muet_
-ne sert absolument à rien et aurait dû disparaître depuis longtemps
-de l’orthographe, ou plutôt n’aurait jamais dû y être introduit sous
-prétexte d’étymologie.
-
-Mais quoi qu’on en dise, il n’en est pas de même, de l’_h aspiré_.
-J’avoue que, d’aspiration proprement dite, il n’y en a plus guère
-depuis plus d’un siècle. Pourtant il y en a certainement une dans
-quelques onomatopées ou exclamations comme h_a_, h_é_, h_ola_, h_om_,
-h_ue_; il y a aussi aspiration entre _oh! oh!_ et _ah! ah!_ quoique
-ici l’_h_ soit final et non initial, et aussi, par emphase, quand on
-exprime un sentiment violent: _je le_ h_ais_, _c’est une_ h_onte_.
-Mais ce n’est pas tout: même sans accent oratoire, il y a toujours
-_l’interdiction absolue de l’élision et de la liaison_, et par
-suite _l’obligation de l’hiatus_, qui est une caractéristique assez
-remarquable.
-
-Il est parfaitement vrai qu’on prononce _il est_ h_ardi_ ou _des_
-h_omards_ sans plus d’aspiration que dans _il est allé à Paris_ ou
-_alvéole_; mais tout de même, tant qu’on dira _il est_ h_ardi_ ou _des_
-h_omards_ sans liaison, et par suite avec hiatus, tant qu’on dira _le_
-h_ameau_ ou _la_ h_otte_ sans élision, et par suite encore avec hiatus,
-et cela en vers comme en prose, par nécessité, tant qu’on distinguera,
-par la liaison, _en eau_ de _en_ h_aut_, _les auteurs_ de _les_
-h_auteurs_, etc., aussi longtemps l’_h_ jouera son rôle, à moins qu’on
-ne le remplace par un autre signe diacritique, ce qui est parfaitement
-inutile[610].
-
-Je sais bien que ces finesses n’appartiennent pas à la langue
-populaire, et que même les erreurs nombreuses que fait le peuple en
-cette matière montrent bien la répugnance instinctive qu’il a pour
-l’_h_ aspiré: si la langue était livrée à elle-même, l’_h_ aspiré
-deviendrait promptement identique à l’_h_ muet. Mais ces erreurs, les
-gens instruits ne les font pas, et c’est la langue des gens instruits
-qu’on enseigne ici.
-
-Il y a donc en français un _h_ aspiré. Toutefois nous sortirions de
-notre sujet pour entrer dans le domaine de la grammaire ou de la
-lexicographie, si nous énumérions ici les mots dont l’_h_ est aspiré.
-D’ailleurs, les dictionnaires sont là pour renseigner sur ce point,
-s’il en est besoin. Il convient toutefois d’énoncer la loi générale qui
-domine ici les faits, en indiquant les exceptions essentielles.
-
-
-3º La loi de l’H initial.
-
-La loi est celle-ci: _l’__=h=_ _est_ muet _quand il est d’origine
-latine ou grecque_, aspiré _ailleurs, et surtout quand il est d’origine
-germanique_.
-
-I.--L’_h_ est _muet_ quand il vient du latin: (h)_abile_, (h)_abit_,
-(h)_erbe_, (h)_omme_ et (h)_umain_, (h)_ospice_, (h)_ôtel_, (h)_umeur_,
-etc.; à fortiori dans quelques mots qui ne devraient point avoir
-d’_h_, n’en ayant point en latin: (h)_eur_, (h)_ermine_, (h)_ièble_,
-(h)_uile_, (h)_uis_, (h)_uître_[611].
-
-Il n’y a donc pas lieu d’aspirer (h)_ameçon_, (h)_allucination_ ou
-(h)_altères_, ni (h)_iatus_, malgré le sens, ni (h)_irsute_, ni
-(h)_oir_ et (h)_oirie_, ni enfin les dérivés d’(h)_uile_[612].
-
-L’_h_ est tout aussi muet quand il remplace, très inutilement, l’esprit
-rude du grec, notamment dans tous les mots qui commencent par _hecto-_,
-_hélio-_, _hémi-_, _hémo-_, _hepta-_, _hétéro-_, _hexa-_, _hiéro-_,
-_hippo-_, _homo-_, etc., et tous ceux qui commencent par _hy-_[613].
-
-Il y a aujourd’hui une tendance très marquée à aspirer l’_h_ dans
-(h)_y-ène_; mais il n’y a à cela aucune raison; et si _l’_(h)_yène_
-paraît dur avec diphtongue, il est assez simple de dire _l’_(h)_y-ène_,
-comme Victor Hugo, conformément à l’étymologie grecque, tout comme on
-dit _l’_(h)_y-acinthe_ et non _le_ h_yacinthe_; cela vaut certainement
-mieux que _la_ h_yène_, ou _des_ h_yènes_ sans liaison[614].
-
-
-II. L’_h_ qui n’est pas latin ou grec est presque toujours _aspiré_.
-
-Il l’est d’abord dans nombre d’exclamations ou d’onomatopées sûres
-ou probables, ou même simplement prises pour telles, h_aleter_,
-h_an_, h_ennir_, h_isser_, h_ola_, h_oquet_ (qui a peut-être altéré
-h_oqueton_), h_oup_, h_ourra_, h_uer_, etc. L’_h_ n’est pas aspiré dans
-_hallali_.
-
-Il l’est surtout dans un grand nombre de mots (une centaine de racines)
-d’origine germanique. On y voit figurer en majorité le haut et le bas
-allemand[615].
-
-On y trouve aussi l’anglais, avec h_andicap_ ou h_éler_; les dialectes
-scandinaves, avec h_auban_, h_isser_ et h_une_; le néerlandais avec
-h_apper_, h_être_, h_ie_, h_obereau_, h_oublon_ et h_ouille_, et vingt
-ou trente racines d’origine inconnue, qui ont toutes les chances d’être
-germaniques, ne pouvant être latines ou grecques[616].
-
-
-4º Les exceptions.
-
-Il y a, avons-nous dit, des exceptions. Cette distinction entre ces
-deux catégories de mots, mots latins et mots germaniques, est si
-certaine et si caractéristique que c’est précisément et uniquement
-l’influence des mots germaniques qui a fait aspirer l’_h_ de certains
-mots d’origine latine, par l’effet d’une fausse analogie: ainsi
-h_arpon_ a été altéré probablement par h_arpe_, h_uguenot_ par
-H_ugues_, h_uppe_ par l’allemand aussi, et surtout tous les mots de la
-famille de _haut_, qui ne devraient point avoir d’_h_, par l’allemand
-_hoch_, quoique l’origine latine de h_aut_ ne soit pas douteuse[617].
-
-Il y a encore d’autres aspirations irrégulières qui s’expliquent plus
-ou moins bien. Ainsi, parmi les mots qui viennent du grec, on trouve
-h_alo_, peut-être par euphonie pour éviter l’(h)_alo_, comme on dit
-_le_ h_ulan_; et encore h_alurgie_ et h_arpye_, quoique (H)_arpagon_
-ait l’_h_ muet.
-
-On dit aussi, sans doute par euphonie, la h_iérarchie_; mais
-l’_h_ de ce mot est muet par ailleurs, et généralement aussi dans
-(h)_iérarchique_, toujours dans (h)_iérophante_, (h)_iéroglyphe_ ou
-(h)_iératique_.
-
-On s’explique assez bien l’aspiration dans h_ors_ qui vient du latin,
-parce que l’_h_ remplace un _f_[618]; et aussi dans _voilà le_
-h_ic_[619].
-
-Dans h_arceler_ et h_argneux_, il y a peut-être une espèce
-d’onomatopée. H_érisser_ ou h_érisson_ ont pu s’aspirer aussi à cause
-du sens. D’autres aspirations s’expliquent difficilement[620].
-
-Enfin il y a des racines qui ont pris un caractère hybride, tantôt
-aspirées, tantôt non.
-
-
-1º _Huit_ n’a même pas d’_h_ en latin[621]. Il s’est aspiré pourtant,
-mais seulement en qualité de nom de nombre, comme _un_ et _onze_, afin
-de s’isoler nettement des mots voisins, comme tous les noms de nombre:
-_le un_, _le deux_, _le sept_, _le_ h_uit_, _le onze_, _le_ h_uitième_,
-_la_ h_uitaine_; de même _chapitre_ h_uit_ et _livre_ h_uit_, quoiqu’on
-dise _page_ (h)_uit_; de même encore _trois_ h_uit_ sans liaison.
-Toutefois _huit_ n’est plus aspiré quand il n’est pas initial; ainsi
-on fait la liaison dans _dix_-(h)_uit_ par _s_ doux comme dans _dix
-hommes_ et l’on prononce _vingt_-(h)_uit_ comme _quarant_(e)-(h)_uit_
-où l’_e_ s’élide; de même _mill_(e)-(h)_uit cents_[622].
-
-
-2º L’_h_ de h_éros_ s’est aspiré aussi par une sorte d’euphonie, et
-sans doute pour éviter la confusion ou plutôt le calembour que la
-liaison aurait faite au pluriel avec _les zéros_. Mais tous les autres
-mots de la même racine, (h)_éroïque_, (h)_éroïsme_, (h)_éroïne_,
-(h)_éroïde_, ont gardé l’_h_ muet qu’ils tenaient du latin.
-
-3º Le mot (h)_uis_, qui a l’_h_ muet, comme son dérivé (h)_uissier_,
-s’aspire dans l’expression h_uis clos_.
-
-4º Inversement, h_anse_, de l’ancien haut allemand, a gardé son _h_
-aspiré, car on ne saurait dire l’(h)_anse_; mais on dit, avec élision
-ou liaison, _la ligue_ (h)_anséatique_, _les villes_ (h)_anséatiques_.
-
-5º De même h_éraut_, probablement de même origine que h_anse_, a gardé
-aussi son _h_ aspiré; mais (h)_éraldique_ et (h)_éraldiste_ ont l’_h_
-muet, parce qu’ils nous sont venus par l’intermédiaire de formes
-latines[623].
-
-
-
-
-J
-
-
-Le _j_, qui n’est autre que _i_ consonne, transformé en chuintante
-douce ou sonore, ne se trouve jamais à la fin des mots[624].
-
-Dans le corps des mots et surtout en tête, il est toujours devant une
-voyelle et se prononce devant toutes comme _g_ devant _e_ et _i_[625].
-
-Le _j_ étranger n’est non plus que l’_i_ consonne, mais il se prononce
-le plus généralement comme un _yod_; ainsi dans l’italien j_ettatura_
-ou dans le hongrois _el_ j_en_[626].
-
-En anglais et dans quelques autres langues, il se prononce comme _dj_:
-ainsi dans _ban_j_o_[627].
-
-
-
-
-K
-
-
-Le =_k_= n’est pas autre chose qu’un _c_ guttural, dont le son ne
-change pas. Mais ce n’est pas une lettre proprement française, pas plus
-que latine d’ailleurs, le français ayant adopté, après le latin, _c_ et
-_qu_ pour noter le même son.
-
-Le _k intérieur_ ou _final_ est toujours étranger: _mo_k_a_.
-
-_A la fin des mots_, le _k_ se prononce toujours, comme ailleurs: ainsi
-_mar_k[628]; mais il s’ajoute presque toujours au _c_, au moins après
-une voyelle, sans d’ailleurs modifier le son; ainsi de _beefsteak_ nous
-avons fait _bifte_ck, avec addition d’un _c_.
-
-On trouve exceptionnellement un _k_ devant un _e_ muet dans
-_co_k_e_[629].
-
-Les mots qui _commencent_ par _k_ sont d’origine étrangère ou tirés du
-grec, comme k_épi_, k_nout_ ou k_ilogramme_[630].
-
-
-
-
-L
-
-
-1º L’L final et les mots en il.
-
-La lettre =_l_= est une de celles qui se prononcent en français _à la
-fin des mots_.
-
-Les finales en =_-al_= et en =_-el_= notamment sont très nombreuses et
-n’offrent point d’exceptions[631].
-
-Les finales en =_-eul_=, =_-ol_= et =_-oil_= n’en ont pas
-davantage[632].
-
-Parmi les finales en =_-oul_= et =_-ul_=, il faut excepter _pou_(ls)
-et _soû_(l), qu’on écrit aussi _saoul_ très mal à propos, et _cu_(l),
-avec ses composés _gratte-cu_(l), _torche-cu_(l), _cu_(l)-_blanc_,
-_cu_(l)-_de-jatte_, _cu_(l)-_de-bouteille_, _cu_(l)-_de-sac_,
-_cu_(l)-_de-lampe_, _cu_(l)-_de-poule_, etc.[633].
-
-Les finales en =_-ail_=, =_-eil_=, =_-euil_=, et =_-ouil_= (y compris
-_œil_ et les mots en _-cueil_ et _-gueil_) ont un _l_ mouillé par
-l’_i_: _éma_il, _cora_il, _sole_il, _pare_il, _deu_il, _fauteu_il,
-_accue_il, _orgue_il, _fenou_il, etc.[634]. _Rail_ seul se prononce
-quelquefois _rèl_ à l’anglaise[635].
-
-Restent les finales en =_-il_= après une consonne, qui appellent
-quelques observations.
-
-D’abord le pronom _il_. Ce mot avait amui son _l_ depuis le XVIᵉ
-siècle, sauf en liaison, bien entendu. C’est un phénomène assez curieux
-qu’à cette époque on écrivait _a-il_ et on prononçait _ati_.
-
-Ni le XVIIᵉ siècle, ni le XVIIIᵉ n’ont rétabli cet _l_ dans la
-prononciation courante, et le XVIIIᵉ siècle n’a cherché à le rétablir
-que dans le discours soutenu. Restaut reconnaît qu’il ne se prononce
-pas ailleurs. Depuis Domergue, les grammairiens veulent qu’on
-le prononce partout; mais dans l’usage courant et familier: _où
-va-t-i_(l), _i_(l) _vient_ s’entendent presque uniquement à côté de
-_i_l _a_. L’enseignement seul maintient cet _l_ dans la lecture et dans
-le langage soigné.
-
-Les autres mots en =_-il_= se divisaient autrefois en deux catégories:
-les mots à _l_ simple et les mots à _l_ mouillé.
-
-I.--_Les mots à_ =_l_= _simple_ ont gardé leur _l_ dans la
-prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont:
-l’adjectif numéral _mi_l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en
-_-ilis_, _puéri_l, _viri_l, _volati_l, _subti_l, _bissexti_l, _vi_l,
-_civi_l; le vieux pronom _ci_l; des substantifs également venus du
-latin: _fi_l (avec _profi_l et _morfi_l), _si_l, _exi_l, _pisti_l; et
-quelques mots étrangers, _ani_l, _tori_l, _alguazi_l, avec _béry_l[636].
-
-
-II.--_Les mots à_ _=l=_ _mouillé_, d’origines variées ou inconnues,
-se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’_l_ final unique
-se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu
-progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené
-la chute de la consonne, soit par changement de l’_l_ mouillé en _l_
-simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux
-groupes:
-
-
-1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’_l_ depuis
-longtemps: ce sont _bari_(l), _charti_(l), _cheni_(l), _courbari_(l),
-_courti_(l), _couti_(l), _douzi_(l) ou _doisi_(l), _feni_(l),
-_fourni_(l), _fraisi_(l), _fusi_(l), _genti_(l), _nombri_(l),
-_outi_(l), _sourci_(l), et plus récemment _persi_(l), malgré le
-voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme _bari_ll_et_,
-_outi_ll_er_, _fusi_ll_er_, _sourci_ll_er_, etc.[639].
-
-_Genti_(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à _l_
-sonore (latin _gentilis_), est passé ensuite à la seconde, _avec_ _=l=_
-_mouillé_, après quoi il a également amui son _l_[640]; toutefois, au
-singulier de _gentilhomme_, un _yod_ est demeuré nécessairement entre
-l’_i_ et l’_o_ (gentiyom).
-
-
-2º Au contraire, _ci_l, _péni_l, _brési_l, _torti_l (pour _tortis_,
-sous l’influence de _torti_ll_er_), ont passé au groupe des mots à _l_
-non mouillé; _péri_l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions;
-_avri_l de même, après s’être prononcé _avri_ au XVIIᵉ siècle, et
-_avriy_ au commencement du XIXᵉ.
-
-Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: _babil_,
-_grésil_, _gril_ et _mil_ (avec _grémil_). Non qu’on puisse y conserver
-le son mouillé, ou plutôt le _yod_, car il s’y entend de moins en
-moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de
-formes mouillées, comme _babi_ll_er_, _grési_ll_er_, _gri_ll_er_: la
-seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec
-ou sans _l_, car les deux coexistent. Il est probable que le son _il_
-l’emportera dans _mi_l et _babi_l, comme dans _péri_l et _avri_l. Mais
-_grési_(l), et surtout _gri_(l), sans _l_, paraissent avoir des chances
-sérieuses[641].
-
-
-2º L’L intérieur.
-
-_Dans le corps des mots_, l’_=l=_ se prononce aujourd’hui partout,
-notamment dans _pou_l_pe_, _sou_l_te_ et _indu_l_t_, où il a revécu,
-grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642].
-Il faut excepter _fi_(l)_s_ et _au_(l)_x_, pluriel de _ail_[643]. Je
-ne parle pas de _au_(l)_ne_, qui a cédé la place à _aune_, ni de
-_fau_(l)_x_, graphie assez ridicule pour _faux_, adoptée néanmoins par
-V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire _lys_
-pour _lis_[644].
-
-Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’_l_ intérieur tombe
-souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver.
-Ainsi, dans les mots en =_-lier_=, le peuple fait souvent tomber
-l’_l_, et prononce par exemple _escayer_, et surtout _souyer_, et cela
-depuis des siècles; de même _bi-yeux_ et _mi-yeu_, pour _bi-lieux_
-et _mi-lieu_, _un yard_ pour _un liard_. Il faut éviter avec soin
-cette prononciation, et ne pas confondre _sou_-l_ier_ avec _souiller_
-(souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645].
-
-Il n’en est pas tout à fait de même de _que_(l)_qu’un_, et surtout
-_que_(l)_qu_(e)_s-uns_, _que_(l)_qu’ chose_, et _que_(l)_qu’ fois_,
-qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et
-cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme
-au génie de la langue, qui admet mal le groupe _lq_, ne saurait être
-condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison
-pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les
-phonéticiens purs?
-
-Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la
-conversation, _capab_(le), _impossib_(le), _discip_(le), _muf_(le),
-au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous
-l’avons vu à propos de l’_e muet_, et même quelquefois sans cela. Mais
-que ne dit-on pas? On dit non seulement _c_(el)_a_, qui est admis,
-mais _c_(el)_ui qui_ et _c_(el)_ui-ci_[646]; et aussi _j_(e l)_ui ai
-dit_, et même _j_(e lu)_i ai dit_; et non seulement _i_(l) _vient_, ou
-_ainsi soit-i_(l), mais aussi _e_(lle) _vient_ ou _e_(lle) _n’ vient
-pas_ (voire _a vient_!); et aussi _que_(l) _sale métier_, et (il) _y a
-du bon_, et (il n’)_y en a plus_ (ou _pus_); et non seulement _s’i_(l)
-_vous plaît_, mais _s’i_(l v)_ous plaît_[647], et _s’_(il v)_ous
-plaît_, et même _s’_(il) _te plaît_ et _s’_(il vous) _plaît_. Tout
-cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais
-va-t-on le conseiller aussi[648]?
-
-Assurément, si l’on disait toujours _que_(l)_qu’ fois_, il faudrait
-bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il
-s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours
-_çà_ pour _cela_: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes
-à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables
-dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme
-modèles[649].
-
-
-3º L’L double après un i.
-
-L’_l double_ se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un
-_l_ simple, comme deux _l_, et comme l’_l_ mouillé: c’est-à-dire bien
-entendu le _yod_.
-
-Quand l’_l_ double est final, il se prononce simple, comme les autres
-consonnes, même après _i_: _bi_l(l) et _mandri_l(l), comme _footbal_(l)
-ou _atol_(l). C’est donc une erreur de mouiller _mandril_(l).
-
-Quand l’_l_ double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de
-la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un
-_i_, car si c’est un _i_, l’_l_ double est généralement mouillé.
-
- * * * * *
-
-L’_l_ double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes
-_-aill-_, _-eill-_, _-euill-_, _-ouill-_, à commencer par les finales
-muettes en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, qui
-correspondent aux finales masculines en _-ail_, _-eil_, _-euil_,
-_-ouil_: _éca_ille et _bata_ill_e_, _abe_ill_e_ et _ose_ill_e_,
-_feu_ill_e_ et _cue_ill_e_, _grenou_ill_e_, etc. Il en est de même dans
-le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe
-_=-ill-=_ intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650].
-
-Ainsi l’addition de l’_i_ entre l’une des voyelles _a_, _e_, _ou_ et
-l’_l_ double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation
-de _nouille_, autrefois écrit _noule_, a pu se fixer au son mouillé,
-tandis que _semoule_, longtemps mouillé, est retourné au son _oule_
-non mouillé, par réaction orthographique et faute d’_i_.
-
- * * * * *
-
-Le cas est moins simple quand le groupe _=-ill-=_ n’est pas précédé
-d’une voyelle, car alors l’_i_ se prononce, et la question de savoir si
-l’_l_ double est mouillé reste entière.
-
-
-I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes
-mouillées, comme les finales en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et
-_=-ouille=_, étant donné que les finales non mouillées sont presque
-toutes en _=-ile=_ avec un seul _l_. Pourtant il y a des exceptions,
-quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de
-l’analogie[651].
-
-
-1º Commençons par les verbes. On peut dire que _scinti_(l)_le_ non
-mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps
-qu’il a mouillé ses _l_, et l’on conserve toujours à côté de lui
-_scinti_l-l_ation_, où les deux _l_ sont distincts.
-
-Nous assistons actuellement à la transformation de _osci_(l)_le_
-et _vaci_(l)_le_ en _osciye_ et _vaciye_, qui est bien près d’être
-achevée, surtout pour _vaci_(l)_le_, quoique _osci_l-l_ation_ et
-_vaci_l-l_ation_ soient aussi à peu près intacts. On doit encore
-conseiller _osci_(l)l_e_; on peut même conseiller _vaci_(l)l_e_, mais
-il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et
-naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de
-la même manière par réaction analogique.
-
-Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est
-_titi_(l)_le_.
-
-Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très
-courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que
-par l’œil, c’est _disti_(l)l_e_; on ne prononce même généralement
-qu’un _l_ dans _disti_(l)l_er_, et, par suite, _disti_(l)l_erie_ et
-_disti_(l)l_ation_.
-
-
-2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère
-plus répandue dans les finales en _=-ille=_. Cette prononciation ne
-se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au
-contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.
-
-Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez
-restreint, ou du moins peu populaire: _papi_(l)l_e_, _pupi_(l)l_e_,
-_si_(l)l_e_, _sci_(l)l_e_, _baci_(l)l_e_, _vertici_(l)l_e_,
-_codici_(l)l_e_ et _myrti_(l)l_e_[652]. Les dictionnaires y ajoutent
-encore _fibri_(l)l_e_, mais ils feront bien de se corriger sur ce
-point. _Pupi_(l)l_e_ lui-même est déjà très atteint, et _myrti_(l)l_e_
-n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.
-
-Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très
-courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants,
-étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils
-sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, _mi_(l)_le_
-et _tranqui_(l)_le_[653], et un substantif, _vi_(l)_le_, avec
-_vaudevi_(l)_le_, dont l’étymologie est toujours contestée[654].
-
-
-II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en _=-ille=_ étant
-mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou
-moins à celle-là le sont également: _fusi_ll_ade_ et _outi_ll_age_,
-_sémi_ll_ant_ ou _bri_ll_anter_ (avec _casti_ll_an_ et _sévi_ll_an_),
-_corbi_ll_ard_ ou _babi_ll_arde_, _gaspi_ll_er_, _habi_ll_ement_
-et _arti_ll_erie_, _bi_ll_et_ ou _fi_ll_ette_, _torpi_ll_eur_ et
-_péri_ll_eux_, _pavi_ll_on_, etc., et tous leurs dérivés.
-
-Ont encore l’_l_ double mouillé quelques mots à finales plus rares:
-_ti_ll_ac_, _cabi_ll_aud_, _genti_ll_esse_, _ti_ll_eul_ et _fi_ll_eul_,
-_gri_ll_ot_, tous les mots qui commencent par _=quill-=_, ou encore des
-dérivés comme _bi_ll_ebaude_, et aussi _bi_ll_evesée_, sur qui les avis
-se partagent, bien à tort[655].
-
-On peut y joindre l’_l_ double espagnol, notamment la finale _=-illa=_;
-malheureusement, à côté de _manzani_ll_a_, _guéri_ll_a_, _cuadri_ll_a_
-ou _banderi_ll_ero_, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a
-trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans
-_chinchi_l-l_a_ (qui devient souvent _chinchi-la_) et _camari_l-l_a_:
-c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger,
-puisque l’espagnol est toujours là[656].
-
-On remarquera que la finale _=-ier=_, qu’on trouve dans un assez
-grand nombre de mots à la suite de l’_l_ double mouillé, ne change
-plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale
-était _=-er=_, de même qu’après _=gn=_: ainsi _quinca_illi_er_,
-_éca_illi_ère_, _vani_lli_er_, _manceni_lli_er_, _cornou_illi_er_, à
-côté de _ore_ill_er_, et _poula_ill_er_, qui avaient aussi un _i_, et
-l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire,
-les finales verbales _=-ions=_ et _=-iez=_ ajoutent un _yod_ aux _ll_
-mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: _nous
-travaillions_ se prononce donc _nous trava_y-y_ons_, à côté du présent
-_trava_-y_ons_[657].
-
-D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées
-après la voyelle _u_. Mais en _=-uille=_, cas particulier de _-ille_,
-nous connaissons déjà _aigui_ll_e_. On retrouve le même groupe _=ui=_
-suivi de l’_l_ double mouillé dans _cui_ll_er_, et il est surprenant
-que l’_i_ ne se soit pas détaché de l’_u_ dans ce mot[658].
-
-Au contraire, c’est _u_ qui se change en _ui_, très malencontreusement,
-et depuis bien longtemps, dans _ju-illet_, où l’_i_ ne devrait
-servir qu’à mouiller les _ll_, comme dans les finales en _-euille_
-et _-ouille_. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes
-prononcent encore _juliet_, qui est le faux mouillage: ce sont les
-mêmes qui prononcent _alieurs_. Mais la vraie prononciation est
-_ju-yet_[659].
-
- * * * * *
-
-En somme, le groupe _=-ill-=_ est mouillé à peu près partout à
-l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:
-
-
-1º Les dérivés de _vi_(l)l_e_, _tranqui_(l)l_e_ et _mi_(l)l_e_,
-à savoir: _vi_(l)l_age_, _vi_(l)l_ette_, avec _vi_l-l_a_ et
-_vi_l-l_égiature_, où sonnent deux _l_, comme dans les mots latins;
-_tranqui_(l)l_ité_, _tranqui_(l)l_iser_, _tranqui_(l)l_ement_;
-_mi_(l)l_ier_, _mi_(l)l_iard_, _mi_(l)l_ième_, _mi_(l)l_ion_, et
-aussi, par analogie, _bi_(l)l_ion_, _tri_(l)l_ion_, etc., avec
-_mi_l-l_énaire_, _mi_l-l_ésime_, _mi_l-l_imètre_, etc., où sonnent
-aussi deux _l_[660].
-
-
-2º D’autre part, deux _l_ sonnent aussi, par conséquent sans mouillure,
-dans _pénici_l-l_é_, _vertici_l-l_é_, _sigi_l-l_é_, et les mots en
-_-illation_ et _-illaire_: _scinti_l-l_ation_, _capi_l-l_aire_ (et
-_capi_l-l_arité_), _anci_l-l_aire_, etc.; dans _pusi_l-l_anime_, dans
-_achi_l-l_ée_ et _achi_l-l_éide_[661].
-
-
-3º De plus, en tête des mots, le préfixe _il-_ reste distinct devant un
-_l_: _i_l-l_uminé_, _i_l-l_égitime_, etc.; tout au plus peut-on réduire
-les deux _l_ à un, si l’on veut, dans _i_ll_ustration_, mais, en tout
-cas, on ne mouille jamais.
-
-
-4º On ne prononce qu’un _l_ simple dans _li_(l)l_iputien_, qui a peu de
-chances de se mouiller, et dans _vi_(l)l_anelle_, qui est évidemment
-protégé par l’analogie de _vi_(l)l_e_ et _vi_(l)l_age_[662].
-
-
-4º L’L double ailleurs qu’après un i.
-
-Après une voyelle autre que _i_, l’_l_ double fait comme les autres
-consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que
-le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu
-ailleurs. Mais ici, _la prononciation double l’emporte de beaucoup_, et
-de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants,
-soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les _ll_,
-comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs
-d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un _l_ ou deux dans
-beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.
-
-C’est après un _a_ que l’_l_ double se réduit encore le plus
-souvent à un. Cela est indispensable dans _a_(l)l_er_, _a_(l)l_eu_,
-_a_(l)l_iance_, _a_(l)l_o_, _a_(l)l_onger_, _a_(l)l_otir_,
-_a_(l)l_umer_, _ba_(l)l_et_, _ba_(l)l_ot_, _ba_(l)l_ant_, _ba_(l)l_on_,
-_ca_(l)l_eux_ (à côté de _ca_l-l_osité_); _da_(l)l_er_, _fa_(l)l_oir_,
-_ga_(l)l_on_, _ha_(l)l_ali_, _insta_(l)l_er_, _va_(l)l_ée_,
-_va_(l)l_on_, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire
-autant dans des mots aussi usités que _a_(l)l_aiter_, _a_(l)l_écher_,
-_a_(l)l_ouer_, et même _a_(l)l_egro_ ou _a_(l)l_egretto_, voire
-_a_(l)l_égresse_, _a_(l)l_éguer_, _a_(l)l_éger_, _ha_(l)l_ucination_,
-et quelques autres, encore que les deux _l_ s’y prononcent le plus
-souvent[664].
-
-Après _e_, _o_, _u_, _y_, les deux _l_ se maintiennent mieux qu’après
-_a_.
-
-Après _e_, ils ne se réduisent guère que dans _ce_(l)l_ier_,
-_ce_(l)l_ule_, _exce_(l)l_ent_, et, si l’on veut, dans _pe_(l)l_icule_,
-_rebe_(l)l_ion_ et _libe_(l)l_é_[665].
-
-Dans les mots commençant par _=col-=_, les deux _l_ ne se réduisent
-régulièrement que dans _co_(l)l_er_, _co_(l)l_ège_, _co_(l)l_et_,
-_co_(l)l_ier_, _co_(l)l_ine_, _co_(l)l_ation_, et leurs parents, mais
-non pas dans les expressions savantes _co_l-l_ation des grades_ ou
-_co_l-l_ationner des registres_. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient
-à y joindre _co_(l)l_ègue_, _co_(l)l_odion_ ou _co_(l)l_yre_,
-et quelques autres. On prononce aussi uniquement _do_(l)l_ar_,
-_fo_(l)l_et_, _mo_(l)l_et_, _mo_(l)l_ir_ et _mo_(l)l_usque_, et même,
-si l’on veut, _so_(l)l_icitude_[666].
-
-Après _u_, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans
-_pu_(l)l_uler_, si l’on veut, ou _ébu_(l)l_ition_[667].
-
-Après _y_, notamment, pour le préfixe _=syl-=_, la réduction est aussi
-rare que pour le préfixe _il-_.
-
- * * * * *
-
-Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les
-deux _l_ à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également
-populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler
-l’_l_ après un pronom: _je_ ll’_ai vu_, _tu_ ll’_as dit_, _j’ te_
-ll’_ai dit_. C’est sans doute par analogie avec _il l’a vu_, _il l’a
-dit_[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la
-prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement
-difficile à corriger.
-
-En tête des mots, on trouve aussi l’_l_ double dans certaines langues,
-et c’est l’_l_ mouillé; mais _lloyd_ se francise avec _l_ simple, non
-mouillé[669].
-
- * * * * *
-
-On a vu, plus haut, que _lh_ représentait dans le Midi l’_l_ mouillé.
-Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard
-seul qui a rapproché ces deux lettres dans _phi_l-(h)_ellène_
-ou _phi_l-(h)_armonique_, où ils appartiennent à des éléments
-différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus
-_si_l(h)_ouette_, qui vient d’un nom propre[670].
-
-NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que _il_ se prononçait partout _i_
-autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute
-d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans
-Bossuet), et qui consistait à écrire _qui_ pour _qu’il_. On ne répétera
-jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la
-fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours
-surprenante et qu’on imite perpétuellement: _depuis plus de six mille
-ans qu’il y a des hommes_ et qui _pensent_. La Bruyère voulait dire _et
-qu’ils pensent_, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses
-contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier
-_et qui_, il eût fallu au moins une épithète à _hommes_.
-
-
-
-
-M
-
-
-1º L’M simple.
-
-On a vu, au chapitre des nasales, qu’_à la fin des mots_ l’_=m=_ ne
-faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation,
-purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre
-de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots
-terminés en _m_ étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’_m_
-final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce:
-_madapola_m, _hare_m, _intéri_m, _albu_m[672].
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, l’_m_ ne nasalise la voyelle qui précède
-que quand il est suivi lui-même d’une labiale _b_ ou _p_, ou dans le
-préfixe _em-_ (pour _en-_), suivi d’un _m_: _ambition_, _em-mener_,
-_simple_, _nymphe_, _compte_, etc., et aussi _comte_ et ses
-dérivés[673].
-
-Devant toute autre consonne, l’_m_ se prononce à part: _ha_m_ster_,
-_déce_m_vir_, _triu_m_virat_[674].
-
-D’autre part, dans le groupe _=mn=_ intérieur, l’_m_ avait cessé
-autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’_m_ avec
-l’_n_[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des
-cas, s’est maintenue dans _da_(m)_ner_ et ses dérivés, ainsi que
-dans _auto_(m)_ne_, parce que le groupe _am_ ou _om_ s’est d’abord
-nasalisé: on entend parfois encore _d_an-_ner_. Mais on prononce
-aujourd’hui l’_m_ et l’_n_ dans _inde_m-ne, _ind_em-n_iser_ ou
-_inde_m-n_ité_[676], ainsi que dans _auto_m-n_al_, mot savant, aussi
-bien que dans _calo_m-n_ie_, _a_m-n_istie_, _o_m-n_ibus_ et tous les
-mots récents[677].
-
-Le peuple laisse volontiers tomber l’_m_ dans les mots en _=-asme=_ et
-_=-isme=_: _cataplas_m_e_, _catéchis_m_e_, _rhumatis_m_e_; c’est une
-paresse dont il faut se garder avec soin[678].
-
-
-2º L’M double.
-
-L’_m double_, entre voyelles non caduques, subit toujours la
-distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants.
-Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle
-qui précède.
-
-On sait déjà qu’après _e_ initial (même devant un _e muet_), le premier
-_m_ ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe _en_ qui se
-maintient en assimilant son _n_ à l’_m_ qui suit: _em_-m_ancher_,
-_em_-m_énager_, _em_m_ener_, etc., et par suite _rem_-m_ener_,
-etc.[679]. Mais on prononce deux _m_ dans _e_m-m_énagogue_, mot savant
-et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en _-emment_
-(aman), mais deux dans _ge_m-m_ation_ et _pe_m-m_ican_[680].
-
-Après _=a=_, _=i=_ et _=u=_, à part les adverbes en _-amment_, il
-est très rare qu’on ne prononce pas les deux _m_, sans doute parce
-que la plupart des mots sont des mots savants. _Épigra_(m)m_e_ même
-n’empêche pas _épigra_m-m_atique_. _Ga_(m)m_a_ est devenu _ga_m-m_a_.
-Il n’y a plus guère que _enfla_(m)m_er_, qui résiste absolument, et
-_gra_(m)m_aire_, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt
-_gra_m-m_airien_, et à fortiori _gra_m-m_atical_, sans parler
-d’_infla_m-m_ation_. C’est à peine si on réduit encore parfois,
-quand on parle vite, les deux _m_ d’_i_m-m_ense_, _i_m-m_obile_,
-_i_m-m_oler_, _i_m-m_ortel_; mais pour tous les autres mots en _=im-=_,
-à peu près jamais[681].
-
- * * * * *
-
-Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe _im-_ dans
-_i_m-m_angeable_ et _i_m-m_anquable_. Assurément cela est soutenable,
-mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la
-raison qu’on ne nasalise pas le préfixe _=im-=_ dans _i_m-m_obile_ ou
-_i_m-m_odéré_, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une
-différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes
-latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont
-formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le
-préfixe. Mais _inébranlable_, _ineffaçable_, et beaucoup d’autres, sont
-dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale,
-comme on la maintient par exemple avec liaison dans _enorgueillir_.
-Il n’y a pas plus de raison pour prononcer _in_-m_angeable_ que pour
-prononcer _in_-n_effaçable_, et il est très naturel que ces deux mots
-suivent l’analogie, comme tous les autres[682].
-
-Reste la voyelle _o_, dont le cas est tout différent. Il y a en effet
-un certain nombre de mots en _-omme_ très usités, dont les dérivés
-et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’_m_
-unique: _co_(m)m_ent_, _ho_(m)m_age_, _po_(m)m_ier_, _po_(m)m_ade_,
-_so_(m)m_et_, _so_(m)m_ier_, _so_(m)m_meil_, etc., et les verbes
-_no_(m)m_er_, _so_(m)m_er_, _asso_(m)m_er_, _conso_(m)m_er_, avec
-_asso_(m)m_oir_. Mais déjà _so_m-m_ité_ ne se réduit plus guère; on dit
-souvent aussi _so_m-m_aire_ et plus encore _so_m-m_ation_[683].
-
-Il reste encore, outre _do_(m)m_age_, les mots composés avec
-_com-_. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots
-plus ou moins savants: on prononce un _m_ dans _co_(m)m_ander_,
-_co_(m)m_encer_, _co_(m)m_ère_, _co_(m)m_erce_, _co_(m)m_ettre_,
-_co_(m)m_is_, _co_(m)m_ode_, _co_(m)m_un_ et même _co_(m)m_ende_ et
-tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans _co_m-m_émorer_ et
-ses dérivés, _inco_m-m_ensurable_, _co_m-m_inatoire_, _co_m-m_odat_,
-_co_m-m_odore_, _co_m-m_otion_, _co_m-m_ittimus_, _co_m-m_uer_,
-_co_m-m_utateur_; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans
-_co_m-m_ensal_, _co_m-m_enter_, _co_m-m_entaire_, _co_m-m_isération_,
-souvent même dans _co_m-m_andite_, malgré _co_(m)m_ander_.
-
-Toutefois les musiciens prononcent _co_(m)m_a_ et non _co_m-m_a_.
-Pour _commissure_ et _commissoire_, comme on ne peut pas doubler à la
-fois l’_m_ et l’_s_, il y a hésitation, mais on double plutôt l’_s_:
-_co(m)mi_s-s_ure_.
-
-
-
-
-N
-
-
-1º L’N simple.
-
-L’_=n=_ est la consonne nasale par excellence.
-
- * * * * *
-
-_A la fin des mots_, elle continue à n’être en français que le signe
-orthographique de la voyelle nasale: _=-an=_, _=-en=_, _=-in=_ (_-ain_,
-_-ein-_, _-oin_) _=-on=_, _=-un=_.
-
-Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en _=-en
-après consonne=_, finales autrefois nasales comme les autres, et même
-en _an_, puis en _in_, mais où l’_n_ s’est séparé de la voyelle sous
-l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin:
-_liche_n, _éde_n, _polle_n, _cyclame_n, _hyme_n (sauf parfois à la
-rime), _spécime_n, _abdome_n, _dolme_n, etc. De tous les mots de cette
-finale, français ou étrangers, _examen_ est le seul qui ait conservé ou
-plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685].
-
-En dehors des mots français en _=-en=_ après consonne, l’_n_ final
-précédé d’une voyelle ne se prononce que dans des mots et dans des
-noms propres étrangers: en _=-en=_ aussi d’abord[686]; puis en
-_=-man=_[687]; en _=-in=_, avec des noms allemands en _=-ain=_
-et _=-ein=_[688]; enfin quelques mots savants et beaucoup de noms
-étrangers en _=-on=_[689]. La finale _=-oun=_ ne peut pas être
-nasale[690].
-
-Les finales en _=n=_ suivi de _=c=_ ou _=g=_, de _=t=_ ou _=d=_ ou
-d’_=s=_, prononcés ou non, sont également nasales, sauf les troisièmes
-personnes du pluriel, dont la finale est muette, sauf aussi la plupart
-des mots anglais en _=-ing=_ et quelques noms étrangers en _=-ens=_ ou
-_=-ent=_[691].
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, l’_n_ n’est distinct en français que devant
-une voyelle[692].
-
-Dans _do_ñ_a_, _se_ñ_or_, _se_ñ_ora_, _malague_ñ_a_, même sans le
-_tilde_ qui le surmonte, il faut mouiller l’_n_: _dogna_, _segnor_. De
-même dans _ca_ñ_on_[693].
-
-
-2º L’N double.
-
-On a vu que l’_n double_ conserve le son nasal suivi d’_n_ simple dans
-les composés du préfixe _en-_, comme _en_-n_oblir_, et dans les mots
-de la famille d’_en-nui_. Ailleurs, entre voyelles non caduques, l’_n_
-double a le son de l’_n_ simple sans nasale, notamment après _o_ dans
-les finales en _-onner_[694] ou _-onnaire_, et toutes celles qui se
-rattachent aux mots en _-on_ et _-onne_, aussi bien que celles qui se
-rattachent aux mots en _-en_, comme _doye_(n)_né_, _moye_(n)_nant_,
-_chie_(n)_ner_.
-
- * * * * *
-
-L’_n_ double ne se prononce double que dans des mots plus ou moins
-savants, à savoir:
-
-1º Dans les mots commençant par _ann-_, sauf _a_(n)_neau_, _a_(n)_née_,
-_a_(n)_niversaire_, _a_(n)_noncer_ et ses dérivés, et, si l’on veut,
-_a_(n)_nuel_, _a_(n)_nuaire_, _a_(n)_noter_ et _a_(n)_nuler_; dans
-_ca_n-n_ibale_, _tyra_n-n_ique_ et _tyra_n-n_iser_, _hosa_n-n_a_,
-_ta_n-n_ique_ et _brita_n-n_ique_;
-
-2º Dans _e_n-n_éagone_, _bie_n-n_al_, _déce_n-n_al_ ou _septe_n-n_at_
-et autres de même famille; dans _pe_n-n_on_, _pe_n-n_age_ et
-_empe_n-n_é_, _fesce_n-n_in_ ou _ante_n-n_ule_, mais non dans
-_he_(n)_né_ ni dans _te_(n)_nis_;
-
-3º Dans les mots commençant par _inn-_, sauf _i_(n)_nocent_ et sa
-famille, et, si l’on veut, _i_(n)_nombrable_; dans _ci_n-n_ame_ et
-_ci_n-n_amome_, _mi_n-n_esænger_ et _pi_n-n_ule_;
-
-4º Dans _co_n-n_exe_ et ses dérivés, _co_n-n_ivence_ et _prima
-do_n-n_a_; dans _su_n-n_ite_[695].
-
-
-L’N mouillé.
-
-On sait que l’_=n=_ mouillé est représenté en français par _=gn=_
-(_ny_ à peu de chose près). On a vu au chapitre du _G_ dans quels
-cas le _g_ faisait une consonne distincte[696]. On a vu aussi aux
-chapitres de _OI_ et _AI_ comment l’_i_ s’était détaché du groupe
-_ign_, signe primitif de l’_n_ mouillé, pour se joindre à l’_a_ ou à
-l’_o_ qui précédait, remplaçant _Monta_-ign-_e_ par _Montai_-gn-_e_ et
-_po_-ign-_ard_ par _poi_-gn-_ard_[697].
-
-La prononciation de _=gni=_ mouillé est assez difficile, étant
-à peu près _n_y_i_: il faut éviter cependant de faire entendre
-_compa_(g)_nie_[698], _si_(g)_nifier_, et surtout _ma_(g)_nifique_.
-
-Les livres maintiennent encore _si_(g)_net_ non mouillé; mais ce
-résidu d’une prononciation désuète ne peut manquer de disparaître par
-l’effet de l’analogie, le mot étant de ceux qu’on apprend plutôt par
-l’œil[699].
-
-Si le groupe _gn_ est suivi du suffixe _ier_, le son est le même que si
-le suffixe était seulement _er_: _gui_gn-_ier_, _Ré_gn-_ier_.
-
-Nous ajouterons que _gn_ mouillé n’est jamais initial en français, sauf
-dans quelques mots de la langue populaire: gn_af_ (que quelques-uns
-écrivent gn_iaf_), gn_on_ ou gn_iole_, gn_an_gn_an_, gn_o_gn_ote_ et
-gn_ouf_.
-
-
-
-
-P
-
-
-_A la fin des mots_, dans les mots français ou entièrement francisés,
-le _=p=_, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet:
-_dra_(p), et aussi _sparadra_(p)[700], _cam_(p) et _cham_(p),
-_galo_(p), _siro_(p) et _tro_(p), _cou_(p) et _beaucou_(p), _lou_(p) et
-_cantalou_(p)[701].
-
-Il n’y a d’exceptions que dans _ca_p et _ce_p[702]; naturellement aussi
-les interjections _ho_p, _hi_p, _hou_p.
-
-Le _p_ se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère,
-_handica_p, _jala_p, _hana_p, _sale_p, _jule_p, _midshi_p, _bisho_p,
-_sto_p, _crou_p et _grou_p[703].
-
-Le _p_ est encore muet dans _tem_(ps) et _printem_(ps), dans
-_exem_(pt), dans _rom_(ps) ou _rom_(pt) et leurs composés, dans
-_prom_(pt) et dans _cor_(ps).
-
- * * * * *
-
-_Dans le corps des mots_, devant une consonne, le _p_ se prononce
-aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités,
-surtout devant un _t_[704]. Il est encore muet devant _t_ dans un grand
-nombre de mots:
-
-1º _Ba_(p)_tême_ et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on
-quelquefois _ba_p_tismal_, non sans une nuance de pédantisme, mais on
-dit toujours _les fonts ba_(p)_tismaux_;
-
-2º _Se_(p)_t_, _se_(p)_tième_ et _se_(p)_tièmement_, mais non les
-autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent
-le _p_ comme en latin, y compris _se_p_tembre_, _se_p_tante_ et
-_se_p_tentrion_, par réaction étymologique[706];
-
-3º _Exem_(p)_ter_, mais non _exem_p_tion_;
-
-4º _Com_(p)_te_ et tous ses dérivés, avec ceux de _prom_(pt), y compris
-_com_(p)_tabilité_ et _prom_(p)_titude_;
-
-5º _Scul_(p)_ter_ et sa famille, malgré Domergue;
-
-Dans _che_(p)_tel_ (_che_ et non _ché_), on commence à prononcer le _p_
-même dans les facultés de droit, et cela fait _ché_ et non plus _che_.
-
-Pour _dompter_ et _indomptable_, la pratique et les opinions sont fort
-partagées. Depuis longtemps la tradition est pour _imdom_(p)_table_
-et surtout _dom_(p)_ter_, mais je crains fort que le _p_, admis mal à
-propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir.
-
-On ne supprime plus le _p_ dans _présom_p_tion_, _présom_p_tif_,
-_présom_p_tueux_, _consom_p_tion_, _sym_p_tôme_, ni devant aucun autre
-_t_.
-
- * * * * *
-
-C’est le _p_ qui conserve le mieux, quand il est _double_, la
-prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait
-pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707].
-
-Il y a d’abord _a_p-p_endice_ et _a_p-p_endicite_, _a_p-p_étence_ et
-_a_p-p_étition_, _a_p-p_ogiature_ et _li_p-p_itude_, et les composés
-commençant par _hipp-_[708].
-
-De plus, les mots très nombreux qui commencent par _ap-_, _op-_
-et _sup-_, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés.
-Des mots comme _a_(p)_pliqué_ ou _a_(p)_porter_ sont actuellement
-intangibles; mais on double fréquemment le _p_ dans _a_p-p_âter_,
-sinon dans _a_(p)p_ât_, dans _a_p-p_réhender_, dans _a_p-p_réciable_
-et _a_p-p_roprier_ (moins dans _a_(p)p_roprié_), et surtout dans
-_o_p-p_robre_, par emphase, et dans _su_p-p_uter_, qui a l’air
-savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans
-_a_p-p_arier_, _a_p-p_auvrir_, _a_p-p_ointer_, _a_p-p_ontement_,
-_a_p-p_réhension_, _o_p-p_ortunité_, voire, par emphase toujours, dans
-_o_p-p_rimer_ ou _o_p-p_resser_, parfois même dans _su_p-p_lanter_,
-_su_p-p_léer_ ou _su_p-p_lique_[709].
-
- * * * * *
-
-On sait que _=ph=_ a partout le son de l’_f_: ce n’est qu’une
-graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort
-judicieusement[710].
-
-
-
-
-Q
-
-
-1º Le Q final.
-
-Le _=q=_ n’est _final_ que dans _coq_ et _cinq_.
-
-Dans _coq_, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus
-d’exceptions aujourd’hui.
-
-Dans _cin_q, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle
-générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel
-commençant par une consonne: _j’en ai cin_q, _le cin_q _mai_, _page
-cin_q, _cin_q _pour cent_, _cin_q _sur cin_q, et aussi, par liaison,
-_cin_q _amis_, mais _cin_(q) _francs_, _cin_(q) _cents_, _cin_(q)
-_mille_, _les cin_(q) _derniers_[712].
-
-
-2º Le groupe QU.
-
-_Dans le corps des mots_, le _=q=_ est toujours séparé de la voyelle
-qui sonne par un _u_, qui, en principe, ne s’entend pas[713].
-Devant _e_ et _i_, notamment, le _c_ étant devenu sifflant devant
-ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au
-groupe _=qu=_, la lettre _k_ étant peu française: _é_q(u)_erre_,
-q(u)_estion_, q(u)_itter_, et toutes les finales en _=-que=_.
-
-Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le _g_, devant _e_
-et _i_, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue
-nettement entre _qu’il_ et _tranquille_. Cet usage n’est plus apprécié
-aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le _g_[714].
-
-De toute façon, l’_u_ qui suit le _q_ ne se prononce pas plus en
-français devant _e_ et _i_ que devant _a_ et _o_. Toutefois, il y
-a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du
-latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais
-pourtant devant un _e muet_); il fait alors fonction de semi-voyelle.
-
-
-I. =Devant E.=--L’_=u=_ se conserve devant _e_ dans _déli_qu_escence_,
-_li_qu_éfier_ et _li_qu_éfaction_--à côté de _li_q(u)_ide_ et
-_li_q(u)_eur_--, qu_esteur_ et qu_esture_, et _é_qu_estre_[715].
-
-Mais ce dernier mot est bien près de passer à _é_k_estre_, comme ont
-fait avant lui _é_q(u)_erre_ et _sé_q(u)_estre_, et tant d’autres, y
-compris q(u)_érimonie_ et q(u)_ercitron_. D’autre part, _li_k_éfier_
-est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine,
-l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin k_esteur_
-est loin d’être rare.
-
-Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien
-convaincus que _qué_ est destiné à devenir _ké_ partout, un jour ou
-l’autre[716].
-
-
-II. =Devant I.=--L’_=u=_ se conserve mieux dans _=-qui-=_ et _=-quin-=_
-que dans _=-que-=_, sans doute parce que les exemples en sont restés
-plus nombreux.
-
-Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots
-plus ou moins savants, comme q(u)_iproquo_, _jus_q(u)_iame_ ou
-_a_q(u)_ilon_, ni même dans _a_q(u)_ilin_ ou _s_q(u)_irre_, ni dans une
-partie des mots commençant par _=équi-=_, ni dans les finales _=-quin=_
-et _=-quine=_, qui sont francisées jusque dans _bas_q(u)_ine_ ou _race
-é_q(u)_ine_.
-
-En revanche, on prononce l’_u_:
-
-1º Dans le latin qu_id_, _a_ qu_ia_, _re_qu_iem_, etc., avec qu_ibus_,
-qu_itus_ et même qu_idam_ (autrefois _kidan_);
-
-2º Dans _é_qu_iangle_, _é_qu_idistant_, _é_qu_imultiple_, mots savants,
-et même _é_qu_ilatéral_, à côté d’_é_q(u)_ilibre_, _é_q(u)_inoxe_,
-_é_q(u)_ité_, _é_q(u)_ivaloir_, _é_q(u)_ivalent_--autrefois
-_é_q(u)_ipollent_--et _é_q(u)_ivoque_;
-
-3º Dans _é_qu_isétique_ et _é_qu_itant_: quant à _é_qu_itation_, ce
-mot est dans le même cas qu’_équestre_, étant déjà à peu près passé à
-_é_q(u)_itation_;
-
-4º Dans qu_iet_, qu_iescent_, qu_iétisme_ et quelquefois encore
-qu_iétude_, à côté de _in_q(u)_iétude_; mais il est difficile que
-_in_k_iétude_ n’entraîne pas définitivement k_iétude_;
-
-5º Dans une partie des dérivés du latin _quinque_, car ne prononce pas
-l’_u_ dans q(u)_ine_, q(u)_inaire_ et q(u)_inola_, dans q(u)_inconce_
-et q(u)_inquenove_, dans q(u)_int_, q(u)_inte_ et q(u)_inze_ et leurs
-dérivés naturels, y compris q(u)_intessence_--et autrefois le populaire
-_henri_q(u)_in_q(u)_iste_--; mais on le prononce dans qu_inquagénaire_
-et tous les mots commençant par _quinque_--sauf q(u)_in_q(u)_enove_--,
-dans qu_intette_, qu_intidi_, qu_intil_, qu_into_ et même qu_intuple_,
-qui est souvent écorché;
-
-6º Dans _obsé_qu_iosité_ et _obsé_qu_ieux_[717]; dans _obli_qu_ité_ et
-_ubi_qu_ité_; dans _ses_qu_ialtère_ et qu_iddité_;
-
-7º Dans l’espagnol _con_qu_istador_, qui a gardé l’_u_, à côté de
-q(u)_ipos_, _li_q(u)_idambar_ et _bas_q(u)_ine_, qui l’ont perdu,
-sans compter q(u)_ina_, q(u)_inine_ ou q(u)_in_qu_ina_[718]. Ajoutons
-_es_qu_ire_, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).
-
-
-III. =Devant O et A.=--Quoique le groupe _=qu=_ ne soit proprement
-utile dans les mots français que devant _=e=_ et _=i=_, on le trouve
-aussi devant _=o=_ et _=a=_, où il s’est conservé du latin, dans des
-mots plus ou moins savants, comme q(u)_alité_, q(u)_otient_, à côté
-de c_arré_, c_asser_, c_arême_, qui sont d’origine populaire. Mais du
-moins _=-quo-=_ se prononce toujours _co_[719]. Au contraire, _=-qua-=_
-se prononce _coua_ (_kwa_) dans un certain nombre de ces mots,
-incomplètement francisés:
-
-1º Dans le latin qu_ater_ ou qu_atuor_, _sine_ qu_a non_,
-_exe_qu_atur_, à côté de q(u)_asi_, q(u)_asiment_, q(u)_asimodo_,
-francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de _partie
-ali_q(u)_ante_, francisé lui-même aussi comme q(u)_ant_ et ses dérivés;
-
-2º Dans _a_qu_afortiste_ (et _a_qu_a-tinte_, de l’italien),
-_a_qu_arelle_, _a_qu_arium_ et _a_qu_atile_, qui ont réagi sur
-_a_qu_atique_, francisé autrefois;
-
-3º Dans _adé_qu_at_, _é_qu_ateur_, _é_qu_ation_, _é_qu_atorial_, mais
-non dans _reli_q(u)_at_;
-
-4º Dans une partie des dérivés du latin _quatuor_, car nous ne
-prononçons pas l’_u_ dans des mots aussi complètement francisés que
-q(u)_adrille_, q(u)_art_, q(u)_artaut_, q(u)_atre_, q(u)_atorze_,
-q(u)_arante_, et leurs dérivés naturels, y compris _é_q(u)_arrir_;
-mais nous le prononçons _ou_ dans qu_adragénaire_, et tous les
-mots commençant par _quadr-_[720], y compris qu_adrige_, mais non
-q(u)_adrille_, dans qu_artette_ (de l’italien), qu_artidi_, qu_artil_
-et _in_-qu_arto_, dans qu_aterne_ et qu_aternaire_[721];
-
-5º Dans _lo_qu_ace_ et _lo_qu_acité_, qu’on écorche parfois; dans
-qu_assier_ et qu_assia amara_, _colli_qu_atif_ et _colli_qu_ation_;
-dans _squameux_ et _des_qu_amation_;
-
-6º Enfin, dans quelques mots étrangers, _s_qu_ale_, _s_qu_are_,
-qu_aker_ et qu_akeresse_, qu_artz_ et qu_artzeux_, qu_attrocento_,
-qu_attrocentiste_ et _tutti_ qu_anti_[722].
-
-
-
-
-R
-
-
-1º L’R simple.
-
-L’_=r=_, comme l’_=l=_, se prononce aujourd’hui régulièrement _à
-la fin des mots_. On l’articule partout, sauf dans _monsieu_(r) et
-_messieu_(rs), et dans la plupart des mots en _=-er=_. Ainsi _cha_r,
-_cauchema_r, _boudoi_r, _asseoi_r, _clai_r, _offri_r, _dési_r,
-_zéphi_r, _chaleu_r, _amou_r, _tréso_r, _obscu_r, etc.[723].
-
-Pour les mots en _=-er=_, il faut distinguer les cas avec précision.
-
-L’_=r=_ final est muet:
-
-1º Dans les innombrables infinitifs en _=-er=_[724];
-
-2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le
-suffixe _=-ier=_: _premie_(r), _menuisie_(r), _régulie_(r), _foye_(r),
-etc., etc., et l’adverbe _volontie_(rs)[725];
-
-3º Dans les substantifs et adjectifs en _=-cher=_ et _=-ger=_, parce
-qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents,
-ayant été autrefois en _-chier_ et _-gier_: ils sont une trentaine
-environ, comme _arche_(r), _dange_(r), _lége_(r)[726].
-
-L’_=r=_ final est au contraire sonore en principe dans les mots en
-_=-er=_ (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe _=-ier=_, et
-ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en
-_=-cher=_ ni en _=-ger=_. Mais ici, les mots proprement français sont
-en petit nombre. Ce sont des mots où _-er_ appartient au radical même
-du mot:
-
-1º L’adverbe _hie_r, et les adjectifs _fie_r, _tie_r_s_ et _che_r,
-malgré l’_i_ et le _ch_[727];
-
-2º _Fe_r et _enfe_r, _me_r et _ame_r, _ve_r et _hive_r;
-
-3º Les formes de _quérir_ et de ses composés: _j’acquie_rs, _tu
-acquie_rs, _requie_rs, _conquie_rs, etc.[728];
-
-4º Le mot _cuille_r, autrefois _cuillie_(r), qui s’est joint à ce
-groupe après beaucoup d’hésitation;
-
-5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: _libe_r,
-_cance_r, _pate_r, _éthe_r, _magiste_r, _auste_r, etc., et tous les
-mots étrangers, francisés ou non: _bitte_r, _cheste_r, _eide_r,
-_kreutze_r, _messe_r, _place_r, etc.[729].
-
- * * * * *
-
-Quand le groupe _=er=_ est suivi d’une consonne, même muette, et
-notamment d’un _=t=_, l’_r_ n’est plus final, mais intérieur, et s’y
-prononce comme partout: dans _haube_rt, _offe_rt, _cle_rc, _ne_rf,
-_pe_rd ou _pe_rds, comme dans _bava_rd, _pa_rt, _je pa_rs, _co_rps,
-_bou_rg, etc. Il n’y a d’exception que pour _ga_(rs)[730].
-
- * * * * *
-
-On a vu au chapitre de l’_e_ muet, que l’_r final suivi d’un_ e _muet_
-tombe facilement avec l’_e_ devant une consonne dans la prononciation
-rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes _f_
-et _v_: _maît_(re) _d’hôtel_. C’est une prononciation dont il ne faut
-pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation
-familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente
-avec _notre_, _votre_ et _quatre_: _vot_(re) _cheval_, _quat_(re)
-_sous_; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, _Not_re-_Dame_, le
-_Not_re _Père_, où le respect a maintenu l’_r_, et _quat_re-_vingts_,
-où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il
-vaut mieux conserver l’_r_ partout.
-
-La chute de l’_r_ est particulièrement incorrecte quand la finale
-muette n’est pas suivie d’une consonne: _du suc_(re), _du vinaig_(re),
-encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].
-
-_Me_(r)_credi_ a été autrefois très correct, et Vaugelas
-l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus,
-mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement
-l’_r_, sans pourtant faire disparaître entièrement _me_(r)_credi_. Je
-ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation,
-car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui
-double l’_r_ dans _mai_rer_ie_, pour _mai_r_ie_[733].
-
-
-2º L’R double.
-
-Les deux _r_ se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels
-de trois verbes en _=-rir=_: _quérir_, _courir_ et _mourir_, et leurs
-composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir,
-c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: _je
-cou_-r_ais_, _je cou_r-r_ai_. En revanche, c’est une faute très grave
-que de ne pas laisser l’_r_ simple dans les futurs _ve_(r)r_ai_,
-_enve_(r)r_ai_, _pou_(r)r_ai_, et leurs conditionnels, et aussi, _la
-bobinette che_(r)r_a_, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de
-confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.
-
- * * * * *
-
-Ce cas spécial étant mis à part, l’_r_ double se prononce assez
-généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font _l_ ou _m_.
-
-1º Cela est particulièrement sensible après un _=a=_. Les composés
-qui commencent par _=ar-=_, notamment, ne font entendre qu’un _r_,
-sauf quelquefois, par exemple, dans _a_r-r_acher_, _a_r-r_ogance_,
-ou _a_r-r_oger_[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme
-_fa_r-r_ago_ ou _ma_r-r_ube_, qui sont à peine français, et, trop
-souvent, _na_r-r_ation_, _na_r-r_ateur_, _inéna_r-r_able_, et même
-_na_r-r_er_, qui auraient pu être respectés.
-
-2º Après _=e=_, l’_r_ double est un peu plus atteint qu’après _a_.
-Ainsi, quoique _fe_(r)r_er_, _fe_(r)r_aille_ et tous les autres ne
-laissent entendre qu’un _r_, on en prononce quelquefois deux dans
-_fe_r-r_ugineux_, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de
-_terre_, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un _r_, et pourtant
-on en prononce parfois deux dans _te_r-r_estre_, et même dans le
-vieux mot _te_r-r_aqué_. Malgré _ve_(r)r_ue_, _ve_(r)r_uqueux_ reste
-douteux. _Inte_(r)r_oger_ et _inte_(r)r_ompre_ sont à peu près
-intacts; mais on entend souvent _inte_r-r_ogation_, _inte_r-r_uption_,
-_inte_r-r_upteur_, à côté d’_inte_r-r_ègne_. Des mots d’usage très
-courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints.
-Ainsi les deux _r_ d’_abe_r-r_ation_, _e_r-r_ata_ ou _e_r-r_atique_,
-ont réagi sur _e_r-r_oné_, _e_r-r_er_ et même _e_r-r_eur_[736]. De
-même _te_r-r_oriser_, _te_r-r_oriste_, _te_r-r_ifier_, ont réagi sur
-_te_r-r_ible_ et même _te_r-r_eur_, où l’emphase d’ailleurs explique ou
-excuse le double _r_[737].
-
-3º Nous savons que les mots commençant par _=ir-=_ font entendre les
-deux _r_, même _i_r-r_iguer_ et _i_r-r_iter_, qui n’ont pas le sens
-privatif. Toutefois, _i_(r)r_iter_ ou _i_(r)r_itation_ sont encore
-parfaitement corrects. On dit naturellement _ci_r-r_us_, _ci_r-r_ipède_
-et _py_r-r_hique_.
-
-4º Parmi les mots commençant par _=cor-=_, on ne prononce qu’un
-_r_ dans _co_(r)_ridor_, _co_(r)_riger_ ou _inco_(r)_rigible_,
-_co_(r)_royer_ et _co_(r)_roi_, ordinairement aussi dans
-_co_(r)_respondre_ et ses dérivés et dans _co_(r)_rompre_. Mais ces
-derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le
-participe _co_r-r_ompu_, et l’on entend généralement deux _r_ dans
-tous les mots où figure le radical _corrupt-_; de même dans ceux où
-figure le radical _correct-_ (avec _co_r-r_égidor_), en outre dans
-_co_r-r_élatif_, _co_r-r_oborer_, _co_r-r_oder_ ou _co_r-r_osif_.
-D’autre part, on dit fréquemment _ho_r-r_eur_, _ho_r-r_ible_ et
-_abho_r-r_er_, par emphase, comme _te_r-r_eur_ et _te_r-r_ible_, et
-toujours _ho_r-r_ipiler_. On dit aussi _to_r-r_éfier_ et _to_r-r_ide_;
-et _to_r-r_entiel_ réagit parfois même sur _to_r-r_ent_. Je ne parle
-pas de mots tels que _bo_r-r_aginées_ ou _po_r-r_ection_. On notera
-que l’_r_ reste pourtant simple, même dans des mots savants comme
-_hémo_(r)r_agie_ ou _hémo_(r)r_oïdes_.
-
-5º Après _=ou=_, l’_=r=_ simple se maintient: _cou_(r)r_oie_,
-_cou_(r)r_ier_, _cou_(r)r_oux_, _pou_(r)r_ir_. Encore _cou_(r)r_oucé_
-n’est-il pas intact[738].
-
-6º L’_=r=_ simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que
-bien, dans _résu_(r)r_ection_; plus mal encore dans _insu_(r)r_ection_,
-presque plus dans _concu_r-r_ent_ et ses dérivés. On dit naturellement
-_scu_r-r_ile_, _su_r-r_énal_ et vase _mu_r-r_hin_[739].
-
-
-
-
-S
-
-
-1º L’S final.
-
-_A la fin des mots_, en principe, l’_=s=_ ne se prononce plus en
-français depuis fort longtemps. Pour l’_=s=_ du pluriel, notamment, il
-n’y a pas d’exceptions[740].
-
-Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’_=s=_ qui
-n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son _dur_ ou
-_sourd_.
-
-
-=1º Après un= _a_, il y a très peu d’exceptions dans les mots
-proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour
-le monosyllabe _as_, terme de jeu, et par suite _ambesa_s: la
-prononciation _a_(s) est purement dialectale; l’autre pour les
-interjections _la_s, _héla_s, qui n’en font qu’une. Quant à _atla_s,
-_stra_s, _hypocra_s, ce sont en réalité des noms propres.
-
-Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: _Deo
-gratia_s, _per fa_s _et nefa_s, _habea_s _corpus_, _pancréa_s, _lia_s
-et _tria_s, _flint gla_s, _christma_s, _papa_s, _lépa_s, _upa_s,
-_lampa_s (s’humecter le), _madra_s, _abraxa_s, _alcaraza_s, _vasista_s,
-ou le provençal _ma_s[741].
-
-On hésite aujourd’hui pour _vinda_s, autrefois _guinda_s, d’ailleurs
-peu usité; mais on ne prononce plus l’_=s=_, ni dans les noms
-d’étoffes, _jacona_(s), _lampa_(s), _ginga_(s) ou _dama_(s), celui-ci
-malgré l’étymologie; ni dans _balandra_(s), _sassafra_(s), _matra_(s)
-ou _tétra_(s), ni enfin dans _pampa_(s), où l’_=s=_ n’est que la marque
-du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].
-
- * * * * *
-
-Après _=oi=_, l’_s_ ne se prononce jamais: _boi_(s), _parfoi_(s),
-_courtoi_(s), etc. L’_s_ même de _troi_(s), longtemps sonore, comme la
-consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.
-
-
-=2º Après un= _e_, l’_s_ ne se prononce que dans _pataquè_s,
-altération de _pat-à-qu’est-ce_[743]; dans des mots latins ou grecs:
-_facie_s, _aspergè_s, _hermè_s, _palmarè_s, _herpè_s, _faire florè_s,
-_népenthè_s; dans les mots étrangers: _aloè_s et _cacatoè_s[744],
-_kermè_s, _xérè_s, _londrè_s, _cortè_s[745].
-
-On ne doit donc pas plus prononcer l’_s_ dans _profè_(s) que dans
-_progrè_(s), _succè_(s) ou _prè_(s). Il se prononce aujourd’hui, à
-grand tort d’ailleurs, dans _è_s _lettres_, _è_s _sciences_ et autres
-expressions analogues, où figure un pluriel[746].
-
-Après _=ai=_, comme après _oi_, l’_s_ ne se prononce jamais:
-_jamai_(s), _j’aimai_(s), etc.[747].
-
-
-=3º Après un= _i_, les exceptions sont plus nombreuses qu’après _=a=_
-ou _=e=_.
-
-L’_s_ s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins
-longtemps dans _maï_s, _jadi_s, _fi_(l)s et _li_s (y compris _fleur de
-li_s le plus souvent, malgré l’Académie); dans _méti_s, _cassi_s, _vi_s
-(substantif) et _tournevi_s[748]. La prononciation de ces mots sans _s_
-est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les
-nécessités de la rime, et encore![749].
-
-Les autres mots où l’_s_ se prononce sont des mots grecs ou latins:
-_bi_s (ne pas confondre avec l’adjectif), _ibi_s, _de profundi_s,
-_volubili_s, _in extremi_s, _tamari_s, _iri_s, _ex libri_s,
-_corylopsi_s, _oasi_s, _miti_s, _grati_s, _myosoti_s; ou des mots
-étrangers: _maravédi_s (et encore pas toujours), _tenni_s, et les vieux
-jurons gascons _cadédi_s ou _sandi_s[750].
-
-On peut y joindre _spahi_s. Les dictionnaires ont conservé _spahi_,
-qui est assurément plus correct, étant un doublet de _cipaye_, et Loti
-s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit _spahi_s; c’est
-un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent
-eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré
-l’autorité de Pierre Loti[751].
-
-
-=4º Après= _eu_, l’_s_ final ne se rencontre que dans des mots grecs
-et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que
-_basileu_s[752].
-
-
-=5º Après= _o_, le seul mot de la langue vulgaire où l’_s_ se prononce
-est _o_s; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].
-
-Les autres mots où l’_s_ se prononce sont parfois d’origine latine,
-comme _salva no_s ou _nescio vo_s, ou étrangère: _albatro_s, puis
-_albino_s et _mérino_s, pluriels devenus singuliers, ainsi que le
-gascon _escampativo_s[754].
-
-Presque tous sont d’origine grecque: _atropo_s, _paro_s, _cosmo_s,
-_tétano_s, _rhinocéro_s, _itho_s et _patho_s, _loto_s et autres mots
-savants[755].
-
-
-=6º Après= _ou_, l’_s_ se prononce dans le monosyllabe _tou_s, non
-suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est
-sous-entendu, autrement dit quand _tous_ est accentué: _ils viendront
-tou_s, _tou_s _viendront_, _un pour tou_s et _tou_s _pour un_, _tou_s
-_debout_ et même _tou_s _soldats_, _soldats_ étant ici une apposition;
-on dira au contraire _tou_(s) _les hommes_, ou _tou_(s) _soldats qui..._
-
-Cette distinction très nette empêche toute confusion entre _ils ont
-tou_s _dit_ et _ils ont tou_(t) _dit_, _ils sont tou_s _fiers_ et _ils
-sont tou_(t) _fiers_, _ils savent tou_s _ce qu’on a dit_ et _ils savent
-tou_(t) _ce qu’on a dit_; mieux encore, entre _nous connaissons tou_s
-_les livres de..._ et _nous connaissons tou_(s) _les livres de..._
-
-L’_s_ se prononce aussi dans les mots arabes _burnou_s et _couscou_s,
-et dans _négou_s, écrit aussi _négus_[756].
-
-
-=7º Après un= _u_, l’_s_ final se prononce surtout dans un très grand
-nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: _angelu_s,
-_cactu_s, _calu_s, _carolu_s, _choru_s, _convolvulu_s, _crocu_s,
-_détritu_s[757], _eucalyptu_s, _fœtu_s, _hiatu_s, _humu_s, _in manu_s,
-_in partibu_s, _lapsu_s, _mordicu_s, _omnibu_s, _papyru_s, _orému_s,
-_prospectu_s, _rébu_s, _rictu_s, _sénatu_s-_consulte_, _sinu_s et
-_cosinu_s, _typhu_s, _viru_s, etc., dans _blocu_s et _négu_s, mots
-étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur
-l’analogie des mots latins, comme _laïu_s, _motu_s, _olibriu_s,
-_quitu_s ou _rasibu_s, avec _gibu_s.
-
-Dans les mots proprement français, l’_s_ ne se prononce pas[758].
-_Obu_s lui-même, où l’_s_ se prononce régulièrement avec le son doux
-(_obuse_), peut-être par l’analogie d’_obu_s_ier_, s’est si bien
-francisé que dans l’armée on prononce régulièrement _obu_, qui est donc
-devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille
-rien du tout, c’est _obusse_.
-
- * * * * *
-
-Pourtant l’_s_ se retrouve dans deux ou trois mots.
-
-Quoique l’_s_ d’_abu_(s) ne se prononce pas, le monosyllabe _us_ paraît
-avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de
-monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce
-mot ne s’emploie guère que dans l’expression _us et coutumes_, où la
-liaison se fait tout aussi bien avec un _s_ doux: _u_(s) z_et coutumes_.
-
-D’autre part, la prononciation de _plus_ est assez délicate et assez
-variable.
-
-On ne prononce jamais l’_s_ dans la négation _ne... plu_(s): _je
-n’en veux plu_(s) et de même _sans plu_(s)[759]; ni dans les
-comparatifs ou superlatifs: _plu_(s) _grand_, _le plu_(s) _grand_,
-_plu_(s) _justement_, _j’ai plu_(s) _fait que vous ne pensez_, _une
-plu_(s)-_value_; ni devant _de_, dans tous les sens: _plu_(s) _de
-monde_, _plu_(s) _d’amour_; ni quand il est répété: _plu_(s) _j’en ai,
-plu_(s) _j’en veux_, ou opposé à _moins_: _plu_(s) _j’en ai, moins j’en
-veux_, ou _ni plu_(s) _ni moins_[760].
-
-Mais quand _plus_ est suivi immédiatement de _que_, on prononce
-volontiers l’_s_, sauf après _pas_ ou _d’autant_: _pas plu_(s) _que
-vous_, _d’autant plu_(s) _que je ne sais si..._, mais _j’ai fait
-plu_(s) _ou plu_s _que vous ne pensez_, _j’ai cinq ans de plu_(s) ou
-_de plu_s _que lui_.
-
-On le prononce aussi quand _plus_ est séparé par _que_ d’un
-adjectif ou d’un adverbe: _plu_s _que content_, à côté de _plu_(s)
-content; _plu_s _qu’à moitié_, à côté de _plu_(s) _d’à moitié_;
-mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’_s_ de
-_plu_s-_que-parfait_, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs
-et d’institutrices: _plu_(s)-_que-parfait_ est tout à fait suranné.
-
-On prononce également l’_s_ dans les opérations de l’arithmétique ou de
-l’algèbre: _le signe plu_s, _deux plu_s _deux égalent quatre_, _plu_s
-_par plu_s _donne plu_s.
-
-Enfin, d’une façon générale, sauf dans _ne... plu_(s) et _de plus en
-plu_(s), il y a une tendance à prononcer l’_s_ quand _plus_ est final.
-A vrai dire, _rien de plu_(s) vaut mieux que _rien de plu_s, sans doute
-à cause de la négation; et dans le style tragique, _je te dirai bien
-plu_(s), _il y va de bien plu_(s), semblent encore s’imposer; mais on
-dira très bien, surtout dans le langage familier, _il y a plu_s ou
-_trois jours au plu_s; on dira même nécessairement: _plu_s... _un lit_,
-et même, quoique moins bien, _de plu_s... _un lit_, ou _de plu_s, _je
-n’en crois rien_, ou encore _après mille ans et plu_s, sauf en vers,
-s’il y a une suite:
-
- Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée
-
-L’analogie de _plus_ s’est exercée sur _sus_, dont on prononce souvent
-l’_s_ dans _en su_s, comme dans _en plu_s. Mais à part l’expression _en
-sus_, le mot est généralement suivi de _a_, ce qui amène une liaison;
-il en résulte que beaucoup de personnes prononcent _courir su_s avec
-l’_s_, mais c’est une prononciation discutable[761].
-
-
-=8º Après les voyelles nasales=, l’_s_ final n’est pas moins muet
-qu’après les voyelles orales: _dan_(s), _céan_(s), _san_(s), _gen_(s),
-_repen_(s), _consen_(s), _plain_(s), _étein_(s), _tien_(s), _vien_(s),
-_moin_(s), _aimon_(s), etc. Il faut donc éviter _moinsse_ avec le plus
-grand soin, et aussi _gensse_[762].
-
-Pourtant le mot _sens_ a repris peu à peu son _s_ dans presque tous
-les cas: _bon sen_(s) ou _contresen_(s), qui ont résisté longtemps,
-ont à peu près disparu[763]; _sen_(s) _commun_ lui-même, qui s’est
-conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la
-prononciation de l’_s_ y est entravée par la consonne qui suit, est
-déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne
-restera bientôt plus que _sen_(s) _dessus dessous_ et _sen_(s) _devant
-derrière_, qui justement sont sans rapport avec _sen_s[764].
-
-On prononce également l’_s_ dans _mon_s pour _monsieur_, dans le mot
-savant _cen_s, dans le vieux mot _ain_s, et dans les mots latins où
-_en_ sonne _in_: _gen_s, _delirium tremen_s, _semperviren_s, etc., sur
-l’analogie desquels Labiche a formé _labaden_s[765].
-
-
-=9º Après les consonnes=, il faut distinguer, suivant la consonne qui
-précède.
-
-Quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par une consonne non articulée_,
-il ne se prononce pas non plus: _ga_(rs), _la_(cs) et _entrela_(cs),
-_poi_(ds), _le_(gs) et _me_(ts), _pui_(ts), _pou_(ls), _tem_(ps) et
-_défen_(ds), _rom_(ps) et _fon_(ds), _cor_(ps) et _remor_(ds)[766].
-
-Ceux même qui prononcent à tort le _g_ de _le_(gs) ne vont pas jusqu’à
-prononcer l’_s_. La seule exception est _fi_(l)s, que nous avons vu à
-l’_i_.
-
-En revanche, à part _cor_(ps), le groupe final _ps_ se prononce
-toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement
-français: _la_ps et _rela_ps, _schna_ps, _re_ps, _se_ps, _bice_ps,
-_prince_ps, _force_ps, _éthio_ps et _anchilo_ps.
-
-On articule aussi intégralement _ra_ms et _auro_chs (aurox). On notera
-seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à
-remplacer _auro_chs par _auro_ch: en ce cas, le pluriel se prononce
-comme le singulier; mais c’est _auro_chs qui est le vrai mot[767].
-
-D’autre part, quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par un r_, l’_r_
-se prononce toujours[768]; mais l’_s_ ne se prononce pas: _unive_r(s),
-_alo_r(s), _toujou_r(s), _ailleu_r(s), etc. Il faut éviter avec grand
-soin de prononcer _alorsse_, quoiqu’on prononce l’_s_ dans le composé
-_lor_s_que_. Le substantif _cour_(s) se prononce de même sans _s_.
-
-Il y a pourtant trois exceptions: le mot _mar_s a repris son _s_ depuis
-longtemps[769]; les mots _mœur_s et _our_s ont repris le leur au
-dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers,
-pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770].
-
-
-2º L’S intérieur.
-
-_Dans le corps des mots_, l’_s_ se prononce presque toujours, mais
-quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son
-normal, tantôt doux ou sonore.
-
-
-I.--=Devant une consonne=, l’_s_ se prononce partout en principe,
-et toujours ou presque toujours avec le son dur: les _s_ qui ne se
-prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce
-ainsi même à la fin des mots: _fi_s_c_, _bu_s_c_, _mu_s_c_ et les mots
-en _=-st=_[771].
-
-Mais tous ces mots où l’_s_ se prononce devant une consonne sont en
-réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a
-altérés en y restaurant un _s_ autrefois muet[772].
-
-Par analogie, l’_s_ se prononce depuis longtemps même dans _lor_s_que_,
-_pre_s_que_, _pui_s_que_, malgré l’étymologie _lor_(s), _prè_(s),
-_pui_(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme
-dans _ju_s_que_; mais _tandi_(s) _que_ n’est pas dans le même cas,
-les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y
-prononcer l’_s_.
-
-L’_s_ se prononce aussi dans _su_s_dit_, qui s’écrit en un seul mot,
-mais non dans _su_s-_tonique_ et _su_s-_dominante_, qui s’écrivent en
-deux. Il me paraît choquant dans _su_s_nommé_ et _su_s_mentionné_, qui
-pourraient bien se prononcer comme les précédents.
-
- * * * * *
-
-Dans les mots composés commençant par les articles _les_ et _des_ ou
-l’adjectif possessif _mes_, ces monosyllabes sont demeurés distincts,
-et l’_s_ ne s’y prononce pas: _le_(s)_quels_, _de_(s)_quels_,
-_me_(s)_dames_[773].
-
-Il y a aussi un mot simple où l’_s_ intérieur, muet devant une
-consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli,
-tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est
-_cheve_(s)_ne_, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].
-
-Aux mots commençant par un _s_ suivi d’une sourde, _c_, _p_, _t_, le
-peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’_e_ prosthétique des
-grammairiens: es_tatue_. Cela n’est sans doute point à imiter[775].
-
- * * * * *
-
-Dans le groupe _=sc=_, qu’on ne trouve que dans les mots relativement
-récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes
-se prononcent sans difficulté devant _a_, _o_, _u_: _e_s-c_argot_,
-_e_s-c_ompte_, sc_olaire_, sc_ulpture_.
-
-Devant _e_ et _i_, on entend généralement deux _s_: _a_s-c_ète_,
-_tran_s-c_endant_, _la_s-c_if_, _re_s-c_inder_[776].
-
-Toutefois on ne peut entendre qu’un _s_ en tête des mots: _un
-s_(c)_eau_, _une s_(c)_ie_[777]. On n’entend qu’un _s_ aussi (ou un
-_c_) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord _ob_(s)_cène_
-et _ob_(s)_cénité_, où il est difficile de faire autrement; puis
-_fa_(s)_cé_, de _fa_(s)_ce_, terme de blason[778]; _de_(s)_cendre_
-et ses dérivés; _con_(s)_cience_ et ses dérivés, quoiqu’on entende
-généralement deux _s_ dans _e_s-c_ient_, _pre_s-c_ience_ et
-_con_s-c_ient_; enfin _di_(s)_ciple_ et _di_(s)_cipline_ avec ses
-dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, _a_(s)_censeur_
-et _a_(s)_cension_ (surtout la fête), _di_(s)_cerner_ et
-_di_(s)_cernement_, _su_(s)_ceptible_ et _su_(s)_citer_.
-
- * * * * *
-
-Nous avons vu déjà que l’_=s=_ prenait naturellement le son doux
-du _=z=_, par accommodation, devant une douce, _b_, _d_, _g_, _v_
-et _j_: s_bire_ et _pre_s_byte_, _péla_s_gique_ et _di_s_joindre_,
-_tran_s_gresser_, s_velte_ ou _tran_s_versal_. C’est là un phénomène
-spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779].
-L’_s_ prend souvent aussi le même son dans les mots en _-isme_ comme
-_rhumati_s_me_ (izme) ou même en _-asme_; mais ceci s’impose beaucoup
-moins[780].
-
-
-II. =Entre consonne et voyelle=, l’_s_ est encore dur en principe.
-
-Il est dur notamment après un _r_: _sur_-s_eoir_ et _sur_-s_is_ (et non
-_sur_z_is_), _traver_-s_in_, _subver_-s_if_, etc.; mais il est doux
-dans _jer_s_ey_[781].
-
-Il est doux entre _l_ et _a_, dans _bal_s_amique_ et les mots de cette
-famille[782].
-
-On a vu que l’accommodation changeait le _b_ en _p_ dans les mots qui
-commencent par _abs-_ et _obs-_, et aussi _subs-_, mais sauf devant
-_i_. En effet, dans _sub_s_ister_, l’accommodation paraît être plus
-souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui
-s’accommode à la première: _su_bz_ister_ plutôt que _su_ps_ister_, et
-de même _su_bz_istance_, sans doute par l’analogie de _dé_s_ister_,
-_e_x_ister_ et _ré_s_ister_, dont nous allons parler dans un
-instant[783].
-
-Il en est de même le plus souvent dans _su_bs_ide_ et
-_su_bs_idiaire_[784].
-
-Au contraire, c’est le _b_ qui se change normalement en _p_ dans
-_a_bs_ide_ et dans _su_bs_équent_[785].
-
-
-III. =Entre deux voyelles= _dont la première n’est pas nasale_,
-l’_s_ prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie:
-_ro_s_e_, _va_s_e_, _cyti_s_e_, _ba_s_ilique_, _va_s_istas_,
-_philo_s_ophe_, _mi_s_anthrope_, etc.[786]. Il prend le son doux même
-dans les préfixes à _s_ final _dés-_ et _més-_, et cela peut passer
-pour une liaison naturelle: _dé_s-_unir_, _dé_s-_armer_, _mé_s-_user_,
-_mé_s-_intelligence_, etc.[787]. Pourtant l’_s_ est resté dur dans
-_dy_s-_enterie_ et _dy_s-_entérique_[788].
-
-L’_s_ prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans
-_dé_-s_igner_ et _se dé_-s_ister_ (sans parler de _dé_s_oler_), et
-généralement après les préfixes _ré-_ et _pré-_: _ré_-s_erver_ et
-_pré_-s_erver_, _ré_-s_ider_ et _pré_-s_ider_, _ré_-s_olution_,
-_ré_-s_onance_, _ré_-s_umer_ et _pré_-s_umer_, _pré_s_age_,
-_pré_-s_omption_, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple
-a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les
-deux cas, le composé est traité comme un mot simple.
-
-Il en est de même du mot _aba_s_ourdir_, où l’élément _sourd_ a pu
-être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens
-abstrait qu’a pris le mot.
-
- * * * * *
-
-Néanmoins, l’_s_ reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et
-beaucoup plus souvent qu’on ne croit:
-
-1º Après les préfixes _pré-_, _ré-_ et _dé-_ eux-mêmes, dans
-_pré_-s_éance_ et _pré_-s_upposer_, sans doute parce qu’ici le
-simple est trop connu pour s’altérer; dans _pré_-s_u_ (le mot est
-dans Pascal); dans _ré_-s_ection_ et _ré_-s_équer_, _dé_-s_uet_ et
-_dé_-s_uétude_, qui gardent la prononciation du latin.
-
-2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de
-préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: _a-_,
-dans _a_-s_eptique, a_-s_ymétrie_ ou _a_-s_ymptote_; _para-_, dans
-_para_-s_élène_ et _para_-s_ol_ (malgré l’_s_ doux de _para_-s_ite_,
-vieux mot dont le simple n’existe pas); _contre-_ et _entre-_, dans
-_contre_-s_ens_, _contre_-s_eing_, _contre_-s_igner_ et _contre_-s_ol_,
-_s’entre_-s_ecourir_ ou _s’entre_-s_uivre_, et _entre_-s_ol_; _anti-_,
-dans _anti_-s_ocial_ ou _anti_-s_eptique_; _co-_ et _pro-_, dans
-_co_-s_eigneur_, _co_-s_ignataire_, _co_-s_inus_ ou _co_-s_écante_,
-et _pro_-s_ecteur_; _uni-_, _bi-_ et _tri-_, _proto-_ et _deuto-_,
-etc., dans _uni_-s_exuel_ et une foule de composés chimiques,
-botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui
-marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical:
-_mono_-s_yllabe_ et _mono_-s_yllabique_, _tétra_-s_yllabe_,
-_déca_-s_yllabe_, etc., _poly_-s_yllabe_ et _poly_-s_ynodie_,
-_pari_-s_yllabique_ et _impari_-s_yllabique_[790].
-
-3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans
-l’écriture: _tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, _soubre_s_aut_, _havre_s_ac_,
-_vrai_s_emblable_ et _vrai_s_emblance_, _pré_s_alé_, _vivi_s_ection_,
-_gymno_s_ophiste_, _idio_s_yncrasie_, _petro_s_ilex_, _sangui_s_orbe_,
-etc.[791].
-
-4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques,
-où l’on conserve la prononciation d’origine, comme _thé_s_is_ ou
-_ba_s_ileus_.
-
-5º Dans une onomatopée comme _su_s_urrer_, _su_s_urrement_, que les
-dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].
-
-6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés,
-l’adoucissement de l’_s_ entre deux voyelles étant propre au français:
-ainsi le grec _kyrie elei_s_on_, ou l’italien _impre_s_ario_, à demi
-francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise _im_[793]. Pourtant l’_s_
-s’est adouci dans l’espagnol _bra_s_ero_ et l’italien _ri_s_oluto_
-ou _fanta_s_ia_, apparemment par l’analogie de _bra_s_ier_,
-_ré_s_olution_, _fantai_s_ie_[794].
-
-=IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle=, l’_s_ reste
-dur, parce qu’autrefois l’_n_ se prononçait: _an_s_e_, _pen_s_er_,
-_pen_s_ion_, _encen_s_er_, _in_s_igne_, _con_s_idérer_, etc., et même
-_in_s_ister_, malgré l’_s_ doux de _ré_s_ister_ et des autres.
-
-Toutefois, avec le préfixe =_trans-_=, on a encore un phénomène
-de liaison, comme avec _dés-_ et _més-_, et c’est un _z_ qu’on
-entend, sans exception, dans _tran_s_alpin_, _tran_s_action_,
-_tran_s_atlantique_, _tran_s_iger_, _tran_s_it_, _tran_s_itaire_,
-_tran_s_itif_, _tran_s_ition_, _tran_s_itoire_, _tran_s_humer_ et
-_tran_s_humance_.
-
-Mais l’_s_ du substantif _transe_ est nécessairement dur, comme dans
-toutes les finales en _-anse_, et il se maintient encore dur tant bien
-que mal dans _tran_s_i_ et _tran_s_ir_, très fréquemment altérés par le
-voisinage de _tran_s_it_. _Tran_s_ept_ a aussi l’_s_ dur, étant pour
-_tran_ss_ept_[795].
-
-On entend quelquefois, mais à tort, l’_s_ doux dans _in_-s_urrection_,
-par analogie avec _ré_s_urrection_.
-
-Enfin l’_s_ est doux dans _nan_s_ouk_[796].
-
-
-3º L’S double.
-
-L’=s= _double_ final se prononce comme l’_s_ dur, mais il abrège la
-voyelle qui précède: _ray-gra_ss, _me_ss, _expre_ss, _mi_ss, etc.
-
-L’=s= double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord
-assez souvent un _s_ simple, qu’on a doublé après un _e_ dans certains
-composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à
-propos le son dur, entre deux voyelles.
-
-Nous avons vu tout à l’heure qu’après _é fermé_ on se contentait
-souvent d’un seul _s_ en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement:
-_pré-_s_éance_, _dé-_s_uet_; mais on écrit avec deux _s_, et peu de
-logique, _pre_(s)_sentir_ et _pre_(s)_sentiment_[797].
-
-Après un _e_ muet, un seul _s_ a suffi encore, dans quelques composés
-cités plus haut, comme _entre_s_ol_, _havre_s_ac_ ou _soubre_s_aut_;
-mais on met deux _s_ à _re_(s)s_aut_ et à _re_(s)s_auter_, et
-partout après le préfixe _re-_, dans les mots de la langue écrite:
-_re_(s)s_embler_, _re_(s)s_entir_, _re_(s)s_ort_, _re_(s)s_ource_,
-etc.[798], ainsi que dans _de_(s)s_us_ et _de_(s)s_ous_, sans
-compter _re_(s)s_usciter_, dont l’_e_ est fermé. Je ne sais si cet
-emploi de l’_s_ double après le préfixe _re-_ est très heureux, car
-s’il fait respecter le son de l’_s_, en revanche il fait altérer
-malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’_e
-muet_ lui-même, et le mal n’est guère moindre[799].
-
-Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’_e_ soit fermé ou muet,
-on ne peut prononcer qu’un seul _s_, puisque l’_s_ ajouté n’y est en
-quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à
-maintenir le son dur ou sourd.
-
-Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon
-générale, entre deux voyelles, _l_’s _simple est un_ s _doux et l_’s
-_double un_ s _dur_.
-
-Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir
-généralement la prononciation d’un _s_ simple quand il y en a deux.
-Toujours est-il que l’_s_ double se prononce simple beaucoup plus
-souvent que les liquides _l_, _m_, _n_, _r_, malgré la tendance
-générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on
-prononce deux _s_ dans les mots d’usage courant, qui sont très
-nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots
-tels que _a_(s)s_eoir_, _pa_(s)s_age_, _va_(s)s_al_, _ma_(s)s_acre_,
-_e_(s)s_ai_, _e_(s)s_uyer_, _me_(s)s_ie_, _me_(s)s_age_, _i_(s)s_u_,
-_bo_(s)s_u_, _fau_(s)s_aire_, _bou_(s)s_ole_, _hu_(s)s_ard_, etc.
-L’_s_ reste simple notamment dans tous les composés de _des-_, comme
-_de_(s)s_aler_, _de_(s)s_errer_, _de_(s)s_ouder_, et dans tous les mots
-en _-seur_, _-sion_, _-soir_ ou _-soire_, quelle que soit la voyelle
-précédente: _embra_(s)s_eur_, _oppre_(s)s_eur_, _régi_(s)s_eur_ ou
-_endo_(s)s_eur_, _pa_(s)s_ion_, _pre_(s)s_ion_, _commi_(s)s_ion_ ou
-_percu_(s)s_ion_, _pre_(s)s_oir_ ou _acce_(s)s_oire_.
-
-Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour
-les préfices =as-= et =dis-=[800].
-
-1º Le préfixe =_as-_= étant plus populaire que savant, dans tous les
-composés, sauf _a_s-s_imiler_ et ses dérivés, on devrait ne prononcer
-qu’un _s_[801]. Toutefois, je ne vois guère que _a_(s)s_aut_,
-_a_(s)s_embler_ et _a_(s)s_emblage_, _a_(s)s_eoir_, _a_(s)s_iéger_,
-_a_(s)s_iette_ et _a_(s)s_ise_, _a_(s)s_ez_, _a_(s)s_urer_ et ses
-dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont
-_a_s-s_agir_, _a_s-s_ainir_, _a_s-s_écher_, _a_s-s_éner_ (pour
-_a_(s)s_ener_), _a_s-s_entiment_, _a_s-s_ermenté_, _a_ss_ertion_,
-_a_s-s_ervir_, _a_s-s_idu_ et _a_s-s_iduité_, _a_s-s_igner_ et
-_a_s-s_ignation_, _a_s-s_ombrir_, _a_s-s_omption_, _a_s-s_onance_,
-_a_s-s_ourdir_, _a_s-s_ouvir_ et _a_s-s_umer_. Mais pas plus dans
-ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux
-_s_.
-
-2º Au contraire, le préfixe =_dis-_= étant expressément un préfixe
-savant, les composés font entendre généralement deux _s_. Il n’y a
-d’exception incontestable que pour _di_(s)s_iper_ et ses dérivés et
-_di_(s)s_oudre_[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un
-seul _s_ _di_(s)s_olu_[803], _di_(s)s_erter_ et _di_(s)s_ertation_,
-_di_(s)s_imuler_ et _di_(s)s_imulation_[804], voire même
-_di_(s)s_éminer_, _di_(s)s_ension_ ou _di_(s)s_entiment_, ces mots
-étant d’un usage fort général[805].
-
-3º Aux préfixes _as-_ et _dis-_ on peut ajouter =_intus-_= et
-=_trans-_=, dans _intu_s-s_usception_, _tran_s-s_udation_ ou
-_tran_s-s_ubstantiation_.
-
-4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants
-où l’on prononce deux _s_: _a_s-s_a fœtida_, _pa_s-s_ible_ et
-_impa_s-s_ible_, _pa_s-s_if_ et ses dérivés (sauf en grammaire) et
-_pa_s-s_iflore_, _cla_s-s_ification_ et quelquefois _cla_s-s_ique_,
-et aussi _jura_s-s_ique_[806];--_te_s-s_ère_ et _pe_s-s_aire_,
-_e_s-s_ence_ (au sens figuré) et ses dérivés, _ince_s-s_ible_
-et _immarce_s-s_ible_, et les composés en _pre_s-s_ible_;
-_congre_s-s_iste_ et _progre_s-s_iste_, qui, avec _proce_s-s_us_,
-réagissent sur _progre_s-s_if_, _proce_s-s_if_ et quelques mots
-_en-essif_; _me_s-s_idor_, _se_s-s_ile_, _pe_s-s_imiste_ et
-_pe_s-s_imisme_, et au besoin _e_s-s_ouflé_ ou _e_s-s_aimer_;--les
-mots en _i_s-s_ible_ et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en
-_i_s-s_ime_ et _i_s-s_imo_, avec _commi_s-s_oire_, _fi_s-s_ipare_
-et _fi_s-s_ipède_, et _by_s-s_us_, auxquels on joint quelquefois
-_fi_s-s_ure_ et _bi_s-s_extile_;--enfin _glo_s-s_aire_, _o_s-s_ature_,
-_o_s-s_ification_, _o_s-s_uaire_ et quelquefois _o_s-s_eux_, avec
-_fo_s-s_ile_ et _opo_s-s_um_[807].
-
- * * * * *
-
-Nous savons que le groupe anglais _=sh=_ équivaut au _ch_ français
-à toute place: sh_elling_, sh_ocking_ ou sh_ampoing_, _engli_sh,
-_mackinto_sh ou _stockfi_sh[808]. A la vérité _fa_sh_ion_ se prononçait
-aussi bien _fazion_ à la française, que _facheune_, à l’anglaise, et de
-même _fa_sh_ionable_; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en
-désuétude.
-
-C’est aussi au _ch_ français que correspondent le groupe germanique
-_=sch=_[809], le danois _=sj=_, le polonais _=sz=_ et l’_=s=_
-hongrois[810].
-
-
-
-
-T
-
-
-1º Le T final.
-
-_A la fin des mots_, le =t=, comme l’_s_, en principe ne se prononce
-pas: _acha_(t), _avoca_(t), _étroi_(t), _bonne_(t), _livre_(t),
-_tombai_(t), _crédi_(t), _peti_(t), _calico_(t), _tripo_(t),
-_prévô_(t), _défau_(t), _ragou_(t), _institu_(t), _cha_(t)-_huan_(t),
-_vacan_(t), _accen_(t), _événemen_(t), _sain_(t), _poin_(t), _fron_(t),
-_défun_(t), _dépar_(t), _concer_(t), _transpor_(t), _meur_(t),
-_accour_(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus
-rares que pour l’_s_ parmi les mots proprement français. Naturellement
-elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte
-renforcés ou élargis par cette prononciation.
-
-=1º Après= _a_, il n’y a que les adjectifs _fa_t et _ma_t, avec les
-termes d’échecs _ma_t et _pa_t; _adéqua_(t) et _immédia_(t) n’en sont
-plus, ni _opia_(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le _t_ en
-1878.
-
-Il faut ajouter cependant les mots latins, _exea_t, _fia_t, _staba_t,
-_magnifica_t, _viva_t, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la
-prononciation; on entend bien parfois _des viva_(ts), mais c’est une
-fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812].
-
-Après _=oi=_, il n’y a rien, pas plus _doi_(gt) que _adroi_(t) ou
-_pourvoi_(t). Toutefois, quand _soit_ est employé seul, on fait
-volontiers sonner le _t_, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu
-ailleurs.
-
-=2º Après= _e_, il n’y a que _ne_t, _fre_t et _se_(p)t.
-
-Pour _ne_t, il ne saurait y avoir de discussion[813].
-
-Pour _fre_t, tous les dictionnaires maintiennent _fre_(t). Ils
-pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore
-absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir
-ici, sinon précisément celui de la marine marchande?
-
-Enfin, pour _se_(p)t, il faut naturellement dire _sè_ devant un pluriel
-commençant par une consonne: _se_(pt) _sous_, _se_(pt) _cents_,
-_se_(pt) _mille_[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et
-comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que _se_(p)t,
-en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait
-confondre _se_(pt) _sous_ et _se_(pt) _cents_ avec _seize sous_ et
-_seize cents_! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à
-la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si
-nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce
-point[815].
-
-A _ne_t, _fre_t et _se_(p)t on fera bien de ne pas ajouter _juille_t,
-pas plus qu’_alphabe_t, la prononciation du _t_ dans ces mots étant
-surannée ou dialectale. Quant à _ce_t, il ne s’écrit que devant une
-voyelle, et nécessairement il se lie.
-
-On prononce naturellement le _t_ dans quelques mots latins ou
-étrangers: _e_t _cetera_[816], _hic e_t _nunc_, _hic jace_t, _lice_t,
-_tace_t, _clare_t, et _water-close_t; mais _débe_(t) et _place_(t)
-sont francisés depuis fort longtemps; _croque_(t), _cricke_(t),
-_ticke_(t) le sont aussi, et même _pick-pocke_(t), et souvent
-_water-close_(t)[817].
-
-Après =ai=, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à
-faire sentir le _t_ du substantif _fait_, au singulier, surtout quand
-il est final ou accentué: _en fai_t, _au fai_t, _par le fai_t, _voie de
-fai_t, _voici le fai_t, _il est de fai_t, _je mets en fai_t, _je l’ai
-pris sur le fai_t, _c’est un fai_t, et même _c’est un fai_t _constant_,
-_c’est le fai_t _d’un honnête homme_, _le fai_t _de mentir_, _le fai_t
-_du prince_; mais on ne doit jamais faire sentir le _t_ au pluriel, ni
-dans _fai_t _divers_, singulier identique au pluriel, ni dans _en fai_t
-_de_ ou _tout à fai_t.
-
-=3º Après= _i_, le _t_ sonne encore presque toujours dans les mots
-qui viennent de mots latins en _-itus_ et _-itum_: _coï_t, _introï_t,
-_obi_t, _bardi_t, _aconi_t, _ri_t (même mot que rite), _prétéri_t,
-_pruri_t et _transi_t; mais on a cessé généralement de le prononcer
-dans _subi_(t) aussi bien que dans _gratui_(t). Il en est de même dans
-_ci-gî_(t). On le prononce encore le plus souvent dans _grani_t, mais
-_grani_(t) se répand.
-
-On le prononce aussi, naturellement, dans _hui_t, avec la seule
-restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des
-consonnes: _page hui_t, _in-dix-hui_t, _le hui_t _mai_, et aussi, par
-liaison, _hui_t _hommes_, mais _hui_(t) _sous_, _hui_(t) _cents_,
-_hui_(t) _mille_[818].
-
-Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou
-non, dans _accessi_t, _satisfeci_t et même _défici_t, malgré l’usage
-de quelques personnes, aussi bien que dans _incipi_t, _suffici_t,
-_explici_t, _exi_t et _affidavi_t, ainsi que dans _voorui_t et
-_dead-hea_t[819].
-
-4º Après _o_, le _t_ ne sonne plus aujourd’hui que dans _do_t, où il
-ouvre l’_o_, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le
-mot avait autrefois deux formes, un masculin _do_(t) et un féminin
-_dote_ (cf. _aubépin_ et _aubépine_); le féminin se serait ici conservé
-avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en _-ot_
-qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation _do_(t) est
-aujourd’hui particulière au sud-ouest[820].
-
-5º Dans les finales _-aut_ et _-ault_, le _t_ ne sonne jamais[821];
-pas davantage dans _-eut_, ni dans _-out_ et _-oult_, les mots
-étrangers, _lock-ou_t, _vermou_t, _knou_t, _raou_t et _stou_t, mais non
-_racahou_(t).
-
-Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)_oû_(t) que dans _debou_(t),
-malgré l’usage de quelques provinces[822].
-
-=6º Après= _u_, le _t_ final sonne toujours dans un certain nombre de
-mots savants: _azimu_t, _cajepu_t, _occipu_t, _sincipu_t et _compu_t,
-avec _u_t et _capu_t; quelquefois aussi, mais à tort, dans _scorbu_(t)
-et _précipu_(t); de plus, dans les interjections _chu_t et _zu_t, et
-dans les monosyllabes _lu_t, _ru_t et _bru_t[823]. La province y ajoute
-généralement un autre monosyllabe, _bu_t, malgré _débu_(t), mais à
-Paris on prononce toujours _bu_(t)[824].
-
-=7º Après les voyelles nasales= (les mots en _-ant_ et _-ent_ sont
-particulièrement innombrables), le _t_ ne sonne pas plus en français
-qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale,
-comme dans _exem_(pt), _vin_(gt), _prom_(pt), _rom_(pt), _corrom_(pt),
-_interrom_(pt).
-
-Il a longtemps sonné dans _ving_(t), comme sonnaient l’_s_ et l’_x_
-de _troi_s et _deu_x, conformément à l’usage de tous les noms de
-nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait _cente_ pour
-_cen_(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le _t_ de
-_vingt_ sonne encore dans _vin_(g)t _et un_, par liaison, et aussi
-dans _vin_(g)t-_deux_, _vin_(g)t-_trois_, etc., malgré la consonne
-qui suit, soit par un souvenir de _vin_(g)_t et deux_, _vin_(g)_t
-et trois_, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec
-_trente-deux_, _quarante-quatre_, _cinquante-sept_, etc. Mais il ne
-sonne pas dans _quatre-vin_(gt)_-un_, _-deux_, _-trois_, etc., et
-cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans _quatre-vingt-trois_,
-ce serait _quatre fois vingt-trois_, et non _quatre fois vingt
-plus trois_; il y a des siècles que cette distinction a été faite
-inconsciemment. Il est vrai que tous ces _t_, devant _deux_, deviennent
-nécessairement des _d_: _vin_d d_eux_; ce n’est pas une raison
-cependant pour prononcer _vin_(g)te_-deux_[825].
-
-Le _t_ sonne encore dans quelques mots étrangers, comme _can_t ou
-_pippermin_t[826].
-
-=8º Restent= _les consonnes_. Le _t_ ne sonne pas après un _r_:
-_écar_(t), _exper_(t), _ressor_(t), _cour_(t), et aussi _heur_(t), où
-il a longtemps sonné; _spor_(t) lui même est francisé, et _dog-car_(t)
-à peu près; mais _flir_t garde son _t_, même quand on le francise[827].
-En revanche, le _t_ sonne après et avec les consonnes _c_, _l_, _p_,
-_s_.
-
-Pour les mots en _=-ct=_, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus
-excepter que les mots en _=-spect=_, _ami_(ct) et _instin_(ct), mais
-non _exa_ct, _abje_ct, _verdi_ct, _distri_ct, _succin_ct et _distin_ct,
-ni aucun autre[828].
-
-Les mots en _=lt=_ ne sont pas des mots français: _cobal_t, _mal_t,
-_smal_t, _spal_t, _vel_dt, _vol_t, sauf le vieux mot _mou_lt, et
-_indu_lt, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de
-_lt_[829].
-
-Si des mots en _=pt=_ nous éliminons _se_(p)t, examiné tout à l’heure,
-où le _p_ ne sonne pas, et les mots en _-empt_ et _-ompt_, où ne
-sonnent ni _p_ ni _t_, il reste trois ou quatre mots savants où
-les deux consonnes se prononcent: _ra_pt, qui a longtemps flotté,
-_conce_pt, _transe_pt et _abru_pt[830].
-
-Le groupe final _=st=_ se prononce dans quelques mots, la plupart
-étrangers: _ha_st (armes d’), _balla_st, _to_(a)st, _e_st et _oue_st,
-_le_st, _zi_st et _ze_st, _whi_st, _o_st et souvent _compo_st. Il est
-muet dans le verbe _e_(st)[831].
-
-Ajoutons pour terminer que l’_h_ après le _t_ final, qui d’ailleurs
-est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son
-du _t_; mais naturellement le _t_ suivi d’un _h_ se prononce toujours:
-_feldspa_th, _ane_th, _zéni_th, _mammou_th, _lu_th et _bismu_th[832].
-
-
-2º Le T intérieur et le groupe TI.
-
-_Dans le corps des mots_, le _=t=_ se maintient difficilement entre
-deux consonnes, si la dernière n’est pas un _r_, comme dans _as_t_ral_.
-Aussi est-il devenu muet dans _as_(th)_me_ et _as_(th)_matique_,
-_is_(th)_me_ et _is_(th)_mique_, et même _pos_(t-s)_criptum_ et parfois
-_pos_(t)_dater_: c’est toujours la répugnance du français à prononcer
-trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et
-c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les
-autres, à moins qu’elle ne soit un _s_[833].
-
-Dans les mots en _=-iste=_, comme dans les mots en _=isme=_, le
-peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: _artis_(te),
-_anarchis_(te). Il dit de même _prétex_(te) ou _insec_(te): paresse de
-langage, qu’il faut éviter.
-
-L’_h_ ne change rien au _t_, bien entendu: t(h)_éâtre_, t(h)_on_,
-t(h)_ym_, _at_(h)_ée_, _got_(h)_ique_, etc.
-
- * * * * *
-
-Mais la question la plus intéressante concernant le _t_ intérieur est
-celle de son traitement devant l’_i_ suivi d’une voyelle.
-
-La règle générale n’est pas douteuse: _Devant un_ i _suivi d’une autre
-voyelle_, _le_ t _prend le son de l’_s _dur_[834].
-
-Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en _=-tie=_
-et _=-tien=_, à presque tous les mots en _=-tiaire=_, _=-tiel=_,
-_=-tieux=_, _=-tion=_, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres
-mots: _supréma_t_ie_, _iner_t_ie_, _béo_t_ien_, _ter_t_iaire_,
-_torren_t_iel_, _ambi_t_ieux_, _na_t_ion_, _na_t_ional_, etc., et
-aussi bien _nup_t_ial_, _gen_t_iane_, _spar_t_iate_, _pa_t_ient_,
-_pa_t_ience_, _sa_t_iété_, _pé_t_iole_, etc., etc.[835]
-
-En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la
-prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour
-le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots
-d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent
-en principe le son normal du _t_, notamment quand l’_i_ fait diphtongue
-étymologiquement avec un _e_, comme dans _pi_t_ié_.
-
-On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle
-générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus
-nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi
-l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en
-dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même
-ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant
-populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de
-pouvoir altérer les mots les plus usités.
-
-J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas
-où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup
-d’omissions.
-
-Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les
-sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait
-qu’_entre deux_ =_i_= le _t_ avait toujours le son de l’_s_: «La règle
-est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer,
-du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez _picié_ de mon ignorance,
-et faites-moi l’_amicié_ de me répéter seulement la _moicié_ de ce
-que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut
-croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là
-qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux _i_, sans
-compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837].
-
-I.--Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce
-que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont:
-
-1º _Tous les mots dans lesquels le =t= est déjà précédé d’une
-sifflante_, _s_ ou _x_, ce qui empêche absolument le _t_ de s’altérer,
-aussi bien en latin qu’en français: _bas_t_ion_, _ques_t_ion_,
-_immix_t_ion_ (une douzaine de mots en =_-tion_=); _dynas_t_ie_,
-_modes_t_ie_, _amnis_t_ie_ (une douzaine de mots en =_-tie_=);
-_bes_t_ial_, _bes_t_iole_, _ves_t_iaire_, etc., etc.[838].
-
-A cette catégorie appartiennent aussi _é_t_iage_, _châ_t_ier_ et
-_chré_t_ien_ avec sa famille, autrefois _e_st_iage_, _cha_st_ier_ et
-_chre_st_ien_.
-
-2º _Tous les imparfaits et subjonctifs présents_, où le _t_ ne
-peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: _é_t_ais_,
-_é_t_ions_, _é_t_iez_, _por_t_ais_, _por_t_ions_, _por_t_iez_, que nous
-_men_t_ions_, que vous _men_t_iez_, etc.[839].
-
-De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en
-_tir_: _sor_t_i_, _sor_t_ie_, _anéan_t_i_, _anéan_t_ie_, etc., avec
-les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes:
-_rô_t_ie_, _garan_t_ie_, _par_t_ie_, _sor_t_ie_, et le féminin
-d’_appren_t_i_[840].
-
-II.--Voici maintenant toute la collection des _mots d’origine populaire
-où =-ti-= est suivi d’un_ e, _et où le groupe =ie= est une diphtongue
-étymologique_, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant
-laquelle le _t_ n’a pas pu s’altérer. Ce sont:
-
-1º Les trois substantifs en =_-tié_=: _pi_t_ié_, _moi_t_ié_,
-_ami_t_ié_, avec _inimi_t_ié_[841];
-
-2º Les adjectifs et substantifs en =_-tier_= ou =_-tière_=, à
-suffixe _-ier_, féminin _-ière_, comme _en_t_ier_ ou _héri_t_ier_,
-_jarre_t_ière_ ou _taba_t_ière_: ils sont près de deux cents[842];
-
-3º Les mots qui ont le suffixe =_-ième_=, à savoir _sep_t_ième_,
-_hui_t_ième_, _ving_t_ième_, etc., avec _quan_t_ième_ ou
-_pénul_t_ième_[843];
-
-4º Les formes verbales de _tenir_ et ses composés, t_ient_ ou
-_con_t_ient_, _dé_t_iendra_ on _main_t_iendrait_, avec les dérivés
-_entre_t_ien_, _main_t_ien_, _sou_t_ien_[844];
-
-5º Enfin les mots t_iède_, t_iers_ et t_ien_, où le _t_ est initial, et
-_an_t_ienne_, où il ne l’est pas[845].
-
-III.--Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses.
-
-1º Voici d’abord trois mots en =_-tie_=: _or_t_ie_, d’origine
-populaire[846]; _so_t_ie_, dérivé populaire de _sot_, qui avait deux
-_t_ autrefois comme _sottise_, et qui a gardé sa prononciation en
-devenant savant; enfin _tu_t_ie_, qui ne vient pas du latin[847].
-
-_Épizoo_t_ie_ est encore flottant[848].
-
-2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où =_ti-_= a
-résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord
-_éléphan_t_iasis_ ou _é_t_iologie_, sans compter _tiare_; d’autre part
-tous les mots où le _t_ est séparé de l’_i_ par un _h_, ce _th_ étant
-grec: _sympa_t(h)_ie_, _py_t(h)_ie_, _corin_t(h)_ien_; de sorte qu’ici
-non seulement l’_h_ ne change rien au _t_, mais aide à le conserver
-intact[849].
-
-Pourtant la tendance générale est telle que le mot _chrestoma_t(h)_ie_
-a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la
-prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est _tie_
-et non _cie_, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer.
-
-3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en =_-ti_=, à savoir:
-d’une part le mot _cen_ti_are_, qui a gardé devant le mot _are_ la
-prononciation uniforme du préfixe _centi-_, quoiqu’une diphtongue s’y
-soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par
-le préfixe _anti-_, comme _an_ti_alcoolisme_, où il n’y a point de
-diphtongue.
-
-4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: _galima_t_ias_,
-qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à _Ma_th_ias_; _é_t_ioler_,
-_é_t_iolement_, qui se rattachent peut-être à _é_t_eule_; et aussi
-l’espagnol _pa_t_io_[850].
-
-Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut
-longue sans doute, mais celle des mots où le _t_ est sifflant l’eût
-été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus
-difficile à classer méthodiquement[851].
-
-
-3º Le T double.
-
-Le _=t= double_ se prononce encore simple assez généralement, et
-autrefois il n’y avait point d’exception.
-
-Parmi les mots commençant par =_att-_=, qui sont fort nombreux, il
-n’y a guère qu’_a_t-t_ique_ et _a_t-t_icisme_ où l’on soit à peu près
-obligé de prononcer deux _t_[852]; mais il faut avouer que cette
-prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots
-où elle ne s’impose nullement, comme _a_t-t_enter_, _a_t-t_entif_,
-_a_t-t_énuer_, _a_t-t_errer_, _a_t-t_ester_, _a_t-t_iédir_,
-_a_t-t_itré_, _a_t-t_itude_, _a_t-t_ouchement_, _a_t-t_raction_,
-_a_t-t_ributif_, _a_t-t_rister_, _a_t-t_rition_.
-
-Cette prononciation est plus correcte dans _ba_t-t_ologie_,
-_intermi_t-t_ent_ et _intermi_t-t_ence_, _commi_t-t_imus_ et
-_commi_t-t_itur_, _gu_t-t_ural_ et _gu_t-t_a-percha_; mais elle atteint
-aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme _sagi_t-t_aire_,
-_li_t-t_éraire_, _li_t-t_éral_, _li_t-t_érature_, _li_t-t_oral_ et
-_pi_t-t_oresque_.
-
-Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien,
-où les deux consonnes se prononcent régulièrement: _conce_t-t_i_,
-_vende_t-t_a_, _je_t-t_atura_, _dile_t-t_ante_, _libre_t-t_o_ et
-_libre_t-t_iste_, _grupe_t-t_o_, _tu_t-t_i_ et _so_t-t_o voce_,
-et aussi dans _gu_t-t_a-percha_. Mais on ne prononce plus qu’un
-_t_ généralement dans _ghe_(t)t_o_ et _confe_(t)t_i_, qui se sont
-popularisés, souvent aussi dans _larghe_(t)t_o_[853].
-
-On ne prononce jamais qu’un _t_ dans _sco_(t)t_ish_[854].
-
-
-
-
-V et W.
-
-
-Le =_v_= s’appelait autrefois =_u_= consonne, et ne se distinguait pas
-typographiquement de l’_u_[855].
-
-Du _v_ simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le
-supprimer devant _oi_, et de dire (v)_oiture_, (v)_oilà_, _la_(v)_oir_,
-au _r_(ev)_oir_[856].
-
-Le =_v_= allemand se prononce =_f_=; mais cela ne nous intéresse guère
-que pour les noms propres non francisés[857].
-
-Le _v_ a aussi le son de l’_f_ à la fin des noms slaves, surtout après
-un _o_, où il est souvent double[858].
-
-Le =_w_= n’est pas français. Mais le _w_ germanique se prononce comme
-le _v_ français, ainsi que celui du polonais _redo_w_a_[859].
-
-Le =_w_= anglais demande plus d’attention.
-
-En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle _ou_:
-w_ater-closet_ ou w_aterproof_, w_attman_, w_arf_, w_hist_, w_hig_,
-w_isky_, w_ig_w_am_, w_orkhouse_, _s_w_ell_, _tram_w_ay_, _rail_w_ay_,
-_sand_w_ich_[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours
-en _v_; ainsi il est complètement francisé en _v_ dans w_agon_ et ses
-dérivés, à peu près dans w_arrant_ et ses dérivés, souvent aussi dans
-w_aterproof_, quoiqu’on ne francise pas _oo_, et dans w_ater-closet_
-ou w_attman_. S’il s’est francisé définitivement en _ou_ dans w_hist_,
-c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais
-_tram_w_ay_ a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son
-_ou_, qui pourtant semble l’emporter[861].
-
-Nous avons réduit _aw_ à _au_ dans _outl_aw, _l_aw_n-tennis_,
-_tomah_aw_k_, _dr_aw_back_[862].
-
-Nous avons accepté pour l’anglais _ew_ la prononciation _iou_; ainsi
-pour _mild_ew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non
-par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux _mildiou_, comme il
-convient. _Intervi_ew se prononce indifféremment _viev_ ou _viou_, et
-le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du
-dérivé _intervi_ew_er_, pour lequel la prononciation _viou-ver_ est
-assez ridicule[863].
-
-L’anglais _ow_ se prononce comme _o_ fermé dans _b_o(w)-_wind_o(w),
-_r_o(w)_ing_, _arr_o(w)-_root_, _sn_o(w)-_boot_, et quelquefois
-_co_(w)-_boy_ (pour _caouboï_); d’autre part nous réduisons
-facilement _ow_ à _ou_ dans _cl_ow_n_, _teag_ow_n_, _c_ow_pox_ ou
-_br_ow_ning_[864].
-
-
-
-
-X et Z
-
-
-1º L’X final.
-
-_A la fin des mots français_, l’=_x_= n’est plus généralement qu’un
-signe orthographique qui tient simplement la place d’un _s_[865]. Aussi
-ne se prononce-t-il pas plus que l’_s_ du pluriel, notamment après
-_u_, dans tous les mots en _-aux_, _-eux_, _-oux_, au singulier comme
-au pluriel: _fau_(x), _veau_(x), _aïeu_(x), _heureu_(x), _dou_(x),
-_genou_(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune
-exception, pas même pour _deu_(x), dont l’_x_ s’est amui, comme l’_s_
-de _troi_(s), quoiqu’il se soit conservé dans _six_ et _dix_, dont nous
-allons parler[867].
-
-L’_x_ final ne se prononce pas davantage dans _pai_(x), _fai_(x) et ses
-composés, ni dans les mots en _-oix_[868].
-
-Il ne se prononce pas non plus dans _pri_(x), _perdri_(x) et
-_crucifi_(x), ni dans _flu_(x), _reflu_(x), _influ_(x)[869].
-
-On vient de voir que l’_x_ final se prononce par exception dans les
-noms de nombre _six_ et _dix_, comme se prononcent les consonnes
-finales de _cin_q, _sep_t, _hui_t, _neu_f; mais ceci demande des
-explications.
-
-D’abord cet _x_ devrait s’écrire _s_, comme autrefois, car il a
-conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme
-un _s_: _j’en ai si_x, _page di_x, _Charles di_x, _le si_x _mai_, _le
-di_x _août_.
-
-En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des
-adjectifs numéraux, les cas où _six_ et _dix_ sont suivis d’un pluriel
-commençant par une consonne: _di_(x) _francs_, _si_(x) _sous_, _si_(x)
-_cents_, _di_(x) _mille_[870].
-
-Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est
-encore pas le son normal de l’_s_ qu’on entend; car il se produit alors
-simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’_s_ est
-doux[871]. De là la différence qu’il y a entre _si_x _hommes_ (si-zom)
-et _si_x _avril_ (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié,
-_dix_ et _six_ se prononcent _dis_ et _sis_ devant _avril_, _août_,
-_octobre_, comme devant _mai_, _juin_ ou _septembre_. A vrai dire, on
-prononce souvent _si zavril_ comme _si zhommes_, comme on dit aussi
-_entre si zet huit_, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller,
-pour _si_x _et huit_, on peut choisir entre le son dur et le son
-doux, tandis que pour _si_x _hommes_ on n’a pas le choix: l’_s_ est
-nécessairement doux.
-
-On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas
-multiplication, dans _dix-huit_ (dizuite) et ses dérivés.
-
-Par analogie avec _di_x_-huit_, on prononce également un _s_ doux
-dans _di_x_-neuf_, comme on prononce le _t_ dans _ving_t_-quatre_ ou
-_ving_t_-neuf_.
-
-Dans _di_x_-sept_, l’_x_ garde le son de l’_s_ dur à cause de l’autre
-_s_ qui suit: _dis-sète_; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit
-facilement _di-sète_, l’_s_ double se réduisant à un, comme dans tous
-les mots populaires[872].
-
-On prononce de même avec un _s_ dur les termes de musique
-_si_x_-quatre_ ou _si_x_-huit_, quoiqu’il y ait multiplication, parce
-qu’en réalité ce n’est pas _quatre_ et _huit_ qui sont multipliés,
-mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que
-les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts;
-_sizuit_ est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.
-
- * * * * *
-
-Comme _six_ et _dix_, _coccy_x se prononce avec un _s_ simple, au moins
-par euphonie[873].
-
- * * * * *
-
-En dehors de _six_, _dix_ et _coccyx_, quand l’_x_ final se prononce,
-il se prononce _cs_. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins
-ou étrangers, comme _inde_x, _sile_x ou _sphin_x[874].
-
-
-2º L’X intérieur.
-
-_Dans le corps des mots_, l’_x_ se prononce en principe _cs_ devant une
-voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes,
-_a_x_e_, _ri_x_e_, _se_x_e_[875]; et aussi bien dans _la_x_atif_,
-_a_x_iome_ ou _ma_x_ime_, _le_x_ique_ ou _se_x_uel_, _fi_x_er_ ou
-_lu_x_ure_, comme dans _te_x_tuel_, _bisse_x_til_ ou _mi_x_ture_[876].
-
-Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste
-beaucoup d’autres où l’_x_ ne se prononce pas ou pas toujours _cs_[877].
-
-D’abord nous retrouvons l’_s_ dur simple de la prononciation populaire
-dans _soi_x_ante_ et ses dérivés, où l’_x_ étymologique a été rétabli
-après coup, comme dans _six_ et _dix_[878].
-
-Nous retrouvons aussi l’_s_ doux de la simple liaison dans les dérivés
-de _deux_, _six_ et _dix_: _deu_x_ième_, _di_x_ième_, _si_x_ième_,
-_si_x_ain_ se prononcent comme _deu_(x) _hommes_ ou _si_(x)
-_hommes_[879].
-
- * * * * *
-
-Mais surtout les mots qui commencent par =_ex_= ou =_x_= demandent un
-examen spécial.
-
-On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante,
-c’est-à-dire devant =_ce_= ou =_ci_= ou devant un =_s_=, la seconde
-partie de l’_x_ se confondant nécessairement avec le son qui suit, le
-son _ecs_ se trouve réduit à _ec_: _e_c-c_ellent_, _e_c-c_entrique_ ou
-_e_c-s_angue_[880].
-
-Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance
-naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple,
-à réduire _ecs_, non à _ec_, mais à _es_: _e_s_trême_, _e_s_cuse_,
-_e_s_press_[881].
-
-Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y
-a qu’une consonne, comme dans _e_s_cuse_, autrefois correct. Elle est
-plus admissible dans les mots commençant par _excl-_ ou _excr-_, comme
-_e_x_clamation_ ou _e_x_crément_, mais là même elle est familière et
-médiocrement correcte[882].
-
- * * * * *
-
-D’autre part et surtout, devant une voyelle, _ex-_ initial (ou
-_hex-_) s’adoucit régulièrement en _egz_. Par exemple: _e_x_alter_,
-_e_x_haler_, _e_x_écuter_, _e_x_iger_, _e_x_otique_, _e_x_ubérant_,
-_he_x_amètre_, etc., et, par suite, _ine_x_igible_ ou _ine_x_act_; il
-faut y ajouter _se_x_agénaire_ et _se_x_agésime_, et peut-être aussi
-_se_x_ennal_[883]. Seuls _e_x_écration_ et _e_x_écrable_ sont très
-souvent prononcés avec _cs_, par emphase.
-
-Cette tendance à adoucir l’_x_ après l’_e_ initial est si forte qu’elle
-atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même
-qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même
-pas de dire _e_x_eat_ ou _e_x_ercitus_ avec _gz_: même une expression
-latine composée comme _e_x _æquo_, qui ne peut guère s’altérer en
-latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif:
-_un ex æquo_, _des ex æquo_, et par suite comme un mot simple. _E_x
-_abrupto_ s’altère beaucoup moins souvent[884].
-
-_En tête des mots_, l’_x_ ne garde le son de _cs_ que parce que les
-mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage
-restreint: x_érasie_, x_érophagie_, x_iphoïde_, x_ylographie_; encore
-devient-il _gz_ très souvent dans x_ylophone_, qui est un peu plus
-connu[885].
-
-
-3º Le Z
-
-Le =_z_= _final_, dans les mots proprement français, est dans le même
-cas que l’_x_: il remplace simplement un _s_, même quand il représente
-étymologiquement _ts_[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que
-l’_s_ ou l’_x_, notamment dans toutes les secondes personnes du
-pluriel: _aime_(z), _aimie_(z), _aimerie_(z), etc.
-
-Il ne se prononce pas davantage dans le mot _sonne_(z), qui est en
-réalité un impératif, ni dans les substantifs _ne_(z) et _bie_(z),
-disparu devant _bief_, ni dans l’adverbe _asse_(z) et les prépositions
-_che_(z) et _re_(z), de _re_(z)_-de-chaussée_[887].
-
-On voit que le _z_ final muet suit généralement un _e_; mais le _z_ ne
-se prononce pas davantage dans _ra_(z) _de marée_, ni dans _ri_(z); et
-si, en France, on le prononce ordinairement dans _ran_z _des vaches_,
-en Suisse on prononce _ran_, et on doit y savoir comment ce mot se
-prononce[888].
-
-Le _z_ final se prononce dans _ga_z et dans _fe_z; mais ce sont des
-mots étrangers[889].
-
-Le _z_ final allemand, avec ou sans _t_ devant, se prononce _ts_:
-_quar_tz, _kronprin_z[890].
-
-Et même _tz_ après _l_ se réduisent le plus souvent à un _s_: _eau de
-sel_(t)z[891].
-
-On n’entend également qu’un _s_ dans _ruol_z.
-
-_Dans le corps ou en tête des mots_, le _z_ français a toujours le
-son d’un _s_ doux devant une voyelle: z_èle_, z_one_, _bron_z_é_,
-_topa_z_e_, _ri_z_ière_, etc.
-
-Il en est de même du =_z_=, simple ou double, des mots étrangers, quand
-nous les francisons: _la_z_arone_, _scher_z_o_, _pou_(z)z_olane_,
-_mue_(z)z_in_, souvent aussi _ra_(z)z_ia_ ou _la_(z)z_i_[892].
-
-Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le _z_ allemand se
-prononce _ts_[893].
-
-Le _z_ italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi _ts_,
-comme dans _gra_z_ioso_, plus souvent _dz_: _pia_zz_a_, _pia_zz_etta_,
-_la_zz_i_, _me_zz_o_, _me_zz_anine_, _pi_zz_icati_[894].
-
-L’espagnol _pla_z_a_ se prononce _plaça_.
-
-
-RÉCAPITULATION DES CONSONNES
-
-On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer
-à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se
-prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre,
-faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit
-chez nous chacun des sons que nous employons.
-
-On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci
-achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre
-orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans
-inconvénients.
-
-Parmi les _explosives_, les _labiales_ =b= et =p= et les _dentales_
-=_d_= et =_t_= se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles,
-tout en se prononçant simples: _ha_b_it_ et _a_bb_é_, _râ_p_er_
-et _a_pp_el_, _a_d_ieu_ et _a_dd_ition_, _bâ_t_ir_ et _ba_tt_re_.
-Elles peuvent aussi s’interchanger: _a_b_sent_ devient _a_p_sent_ et
-_mé_d_ecine_ devient _me_t_sine_. Tout cela est peu de chose et, si le
-reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].
-
-Mais pour les _gutturales_, c’est une autre affaire: la gutturale
-forte ou sourde s’écrit _c_ dans _ra_c_onter_, _cc_ dans _a_cc_ord_,
-_ch_ dans ch_rétien_, _k_ dans k_épi_, _ck_ dans _bo_ck, _kh_ dans
-kh_édive_, _q_ dans _co_q, _qu_ dans qu_atre_, _cq_ dans _Ja_cq_ues_,
-_cqu_ dans _be_cqu_eter_, _x_ dans _e_x_cès_ ou X_érès_, et même
-_g_ dans _Bour_g, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié
-de l’_x_; la gutturale douce ou sonore s’écrit _g_ dans g_rave_,
-_gg_ dans _a_gg_raver_, _gu_ dans gu_eule_, _gh_ dans gh_etto_, _c_
-dans _se_c_ond_, parfois même _ch_ dans _dra_ch_me_, ou _qu_ dans
-_a_qu_educ_, et fait la moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_.
-
-De même, parmi les _spirantes_, nous retrouvons un peu plus de
-simplicité dans les _fricatives_ et les _chuintantes_: les fortes
-s’écrivent seulement de quatre manières: _f_, _ff_, _ph_ ou _v_, et
-_ch_, _sh_, _sch_ ou _j_: f_ait_, _e_ff_et_, ph_are_, _crè_(v)e_-cœur_,
-et ch_at_, sh_ako_, sch_isme_, _re_j(e)_ter_; les douces n’en ont que
-trois: _v_, _w_ ou _f_, et _j_, _g_ ou _ge_: v_ague_, w_agon_, _neu_f
-_ans_, et _en_j_ôler_, _rou_g_ir_, g_eôle_, sans compter _ta_ch(e) _de
-vin_.
-
-Mais les _sifflantes_ se rattrapent: la forte s’écrit _s_ dans s_el_,
-_ss_ dans _a_ss_ez_, _c_ dans c_e_c_i_, _ç_ dans _re_ç_u_, _sc_
-dans sc_ie_, _t_ dans _pa_t_ience_, _x_ dans _soi_x_ante_, _z_ dans
-_quart_z, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié
-de l’_x_, quand l’_x_ se prononce, et aussi la seconde moitié du _z_,
-quand on le prononce _ts_; la douce s’écrit _z_ dans z_èle_, _zz_ dans
-_pou_zz_olane_, _s_ dans _rai_s_on_, _x_ dans _deu_x_ième_, et fait la
-seconde moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_.
-
-Les sons de =l=, =m=, =n=, =r= se bornent à s’écrire par une lettre ou
-par deux; _r_ devient aussi _rh_ dans rh_um_.
-
-Enfin =l= mouillé s’écrit _ll_ dans _bi_ll_e_, _ill_ dans _pa_ill_e_,
-_l_ simple dans _genti_l_homme_, _lh_ dans _Mi_lh_au_, _gli_ dans
-_Bro_gli_e_. L’_n_ mouillé se contente de _gn_ dans _a_gn_eau_ ou _ign_
-dans _o_ign_on_, et au besoin _ni_ dans _pa_ni_er_, sans parler de _ñ_
-dans _do_ñ_a_.
-
-Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout
-pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup
-qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on
-conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne
-et que _la langue_ surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant
-soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.
-
-Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec
-les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs
-écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue
-_ortho_graphe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur
-ce point n’appartenait à l’anglaise?
-
-
-
-
-LES LIAISONS
-
-Quelques considérations préliminaires.
-
-
-Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient
-partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux
-mots étaient liés par le sens[896].
-
-Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement
-cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant
-une voyelle (ou un _h_ muet), quand les mots étaient intimement liés
-par le sens. Je dis _dans l’usage ordinaire_, parce que les consonnes
-sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et
-dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage
-courant, les consonnes ne sont pas tombées dans _tous_ les mots.
-D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent
-encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit?
-Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce
-toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.
-
-Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer
-seulement devant une voyelle, _dans certains cas_: ce qui reste de
-cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément _liaison_. La
-consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot
-suivant[897].
-
-Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la
-poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers
-elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart
-des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible
-que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des
-liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres
-choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe.
-
-Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait
-infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires.
-D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers.
-
-D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent
-souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des
-circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en
-parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage,
-tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le
-moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi,
-pour le même motif, que dans une conversation familière.
-
-D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du
-monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font
-trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car
-ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne
-fait pas.
-
-Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte
-de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux
-comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus
-qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans
-la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie,
-un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et
-la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle
-par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés,
-quand il n’y a pas nécessité[898].
-
- * * * * *
-
-Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques
-règles générales.
-
-On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision,
-car les deux vont presque toujours ensemble) devant un _h aspiré_. Elle
-l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]:
-
-1º Devant les noms de nombre _un_ et _onze_: _les numéro_(s) _un et
-deux_, _sur le_(s) _une heure_[900]; _no_(s) _onze enfants_, _aprè_(s)
-_onze heures_, _Loui_(s) _onze_; et, quoiqu’on dise régulièrement _il
-es_(t) t_onze heures_, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant _ils
-étai_(ent) _onze_ ou _ils son_(t) _onze_[901];
-
-2º Devant l’adverbe _oui_: _je di_(s) _oui_; _pour un oui, pour un
-non_[902];
-
-3º Devant les interjections: _ce_(s) _ah!_ _ce_(s) _oh!_ et en général
-quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant
-pas[903];
-
-4º Devant _uhlan_, et devant les mots commençant par un _y_ grec suivi
-d’une voyelle, parce que cet _y_ fait alors fonction de semi-voyelle:
-_de_(s) _uhlans_, _de_(s) _yachts_, _de_(s) _youyous_.
-
-De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le
-sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de
-liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de
-ponctuation.
-
-Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe,
-dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne
-sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille
-un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison.
-
-En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour
-les quatre liquides grecques, _l_, _m_, _n_, _r_, sauf d’une part le
-cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois
-ou quatre adjectifs en _-ier_, surtout _premier_ et _dernier_, quand
-ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus
-loin: _premie_(r) r_acte_, _dernie_(r) r_acte_. Il y a bien encore les
-infinitifs en _-er_, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf
-la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement
-à la poésie[904]. Même _laisse_(r)_-aller_ ne se lie pas.
-
-On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’_e_ s’ouvre à demi, comme
-dans _premier_ et _dernier_: _mangè_(r) r_avec plaisir_, _donnè_(r)
-r_aux pauvres_, etc.[905].
-
-Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les _muettes_ et les
-_spirantes_.
-
-Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours
-gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une
-consonne (_le li_s _est blanc_), au contraire celles qui ne se
-prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer,
-les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, _p_, _k_, _t_,
-tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la
-douce, _v_ et _z_[906].
-
-
-
-
-LIAISONS DES MUETTES
-
-
-1º Les labiales et les gutturales.
-
-Les _labiales_ ne se lient pas, sauf le _p_ des adverbes _beaucoup_ et
-_trop_ devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition
-_à_. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: _il a
-beaucou_(p) p_appris_, _il y a beaucou_(p) p_à faire_, tandis qu’on ne
-fait pas de liaison dans _il y a un cou_(p) _à faire_; de même _j’ai
-tro_(p) p_à dire_, _je suis tro_(p) p_ému_. Encore ces liaisons ne
-sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf
-peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots.
-
-On dit aussi: _qui tro_(p) p_embrasse mal étreint_, à cause de
-l’inversion qui appuie _trop_ sur _embrasse_; mais on ne peut plus dire
-_tro_(p) p_est trop_, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer
-_c’est dire beaucou_(p) p_en peu de mots_, ou encore _beaucou_(p) p_ont
-cru_.
-
-En vers, on peut même encore lier _coup_: _par un cou_(p) p_imprévu_,
-mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque.
-On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un
-_plom_(b) _assassin_, _un cham_(p) _immense_, _le cam_(p) _ennemi_, _un
-dra_(p) _usé_, voire même _un lou_(p) _affamé_, et à _fortiori_ _du
-plom_(b) _et du fer_.
-
- * * * * *
-
-Les _gutturales_ ne se lient pas beaucoup plus: _le cri_(c) _est
-lourd_, _fran_(c) _et net_, _blan_(c) _et noir_, et aussi bien _du
-blan_(c) _au noir_, _de flan_(c) _en flanc_, _l’étan_(g) _est vide_, et
-aussi bien _un étan_(g) _immense_, n’admettent plus la liaison, même en
-vers.
-
- _Les jugements de cour vous rendront blan_(c) _ou noir_[907].
-
-Toutefois on peut encore lier, même en prose, le _c_ de l’adjectif
-_franc_ devant un substantif: _un fran_(c) k_étourdi_, et on lie
-toujours les expressions composées _fran_(c) k_archer_, _fran_(c)
-k_alleu_] et à _fran_(c) k_étrier_. Ceci permettra peut-être de lier en
-vers:
-
- _Être fran_(c) k_et sincère est mon plus grand talent_[908];
-
-mais c’est tout juste, et _taba_(c) k_à priser_ ne saurait plus guère
-passer aujourd’hui, et moins encore _il me convain_(c) k_assez_.
-
-Quoique le _c_ de _croc_ isolé ne se lie jamais, on le lie
-nécessairement dans _cro_(c)-k_en-jambe_ (avec ouverture de l’_o_), les
-mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où
-toutes les consonnes se prononceraient normalement[909].
-
- * * * * *
-
-Dans les mots en _-spect_, c’est le _c_ qui se lie, mais on ne le lie
-en prose que dans l’expression inséparable _respe_(ct) k_humain_,
-tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout:
-
- Et cent brimborions dont l’_aspe_(ct) k_importune_[910].
-
-Le _g_ ne se lie plus dans l’usage courant que dans l’expression
-composée _san_(g) k_et eau_. Dans la lecture, on y ajoute _san_(g)
-k_humain_, _san_(g) k_artériel_, en vers seulement _san_(g) k_impur_.
-
-On peut aussi lier en vers ou dans le style oratoire le _g_ de
-_ran_(g): _ran_(g) k_élevé_, mais non pas cependant _ran_(g) k_auquel!_
-De même celui de _lon_(g):
-
- Quittez le _lon_(g) k_espoir_ et les vaines pensées[911].
-
-Mais en prose on prononce sans liaison même une expression composée
-comme de _lon_(g) _en large_.
-
-On voit qu’en liaison, comme nous l’avons dit, la gutturale douce
-devient forte[912].
-
-On fait aussi entendre le _g_ de _jou_(g) et celui de _le_(gs) devant
-une voyelle, cette fois sans le changer en _c_, mais ceci est plutôt un
-fait de prononciation qu’un phénomène de liaison.
-
-A l’intérieur _d’oran_(g)_-outan_(g), malgré la règle générale, il n’y
-a pas de liaison.
-
-D’autre part, avec _cler_(c) et _por_(c), et les mots en _er_(g) et
-_our_(g), la liaison est inutile, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à
-éviter[913].
-
-
-2º Les dentales, D et T.
-
-Les _dentales_, _d_ et _t_, se lient infiniment plus que les autres
-muettes, et ceci va nous permettre d’énoncer quelques principes
-généraux[914]. Naturellement, vu le nombre des liaisons, c’est ici
-surtout qu’intervient le goût personnel, et beaucoup de liaisons qui
-sont nécessaires en vers sont facultatives dans le langage courant,
-où l’hiatus est fréquent; mais il y a aussi des liaisons qui sont
-interdites partout ou obligatoires partout.
-
-I. =Les verbes.=--Il y a d’abord l’innombrable catégorie des _formes
-verbales_, troisièmes personnes et participes.
-
-Pour les troisièmes personnes autres que celles en _-ent_, et même
-pour _aient_ ou _soient_, traités comme _ait_ et _soit_, la liaison
-est encore très souvent obligatoire. Plus les formes sont usitées,
-plus la liaison est nécessaire: par exemple l’emploi de formes comme
-_est_ ou _sont_, _avait_ ou _ont_, sans liaison, est certainement
-incorrect, surtout si ce sont des auxiliaires, comme dans _ils on_(t)
-t_aimé_[915]. De même devant l’infinitif: _il veu_(t) t_aller_, _il
-vi_(t) t_entrer_, ou encore _il veu_(t) t_y aller_, _il veu_(t) t_en
-avoir_. On lie également, et plus nécessairement encore, quand il y a
-inversion du verbe et du sujet: _di_(t)-t_il_, que _per_(d)-t_on?_
-
-Hors ces cas, la liaison est moins nécessaire: _il pein_(t) t_avec
-feu_, ou _il pren_(d) t_un livre_, ou _ils mangeaien_(t) t_et
-buvaient_, ne sont pas aussi indispensables que _il e_(st) t_à Paris_;
-pourtant ce sont encore les seules formes qui soient admissibles, quand
-on veut parler correctement.
-
-Il en est de même pour les finales muettes en _-ent_: on dit assez
-facilement et de plus en plus, _ils mange_(nt) _un morceau et
-recommence_(nt) _à travailler_; mais _ils mange_(nt) t_un morceau_,
-_ils aime_(nt) t_à rire_, _deux noires vale_(nt) t_une blanche_ sont
-encore des façons de parler beaucoup plus correctes, sans qu’on y
-puisse relever le moindre pédantisme.
-
-Il n’y en a aucun non plus à lier les participes, surtout les plus
-employés: _ceci est fai_(t) t_avec soin_, est encore fort usité,
-et d’une diction plus soignée que _fai_(t) _avec soin_; de même
-_ils étaient là mangean_(t) t_et buvant_, encore que ce ne soit pas
-indispensable.
-
-II. =Adjectifs et adverbes.=--Il y a ensuite la catégorie également
-innombrable des _adjectifs_ et des _adverbes_. Mais ici encore il faut
-distinguer.
-
-Dans le langage parlé, l’adjectif se lie à peu près uniquement, mais
-obligatoirement, avec le substantif qui le suit; seulement on ne peut
-mettre devant le substantif, dans la langue courante, qu’un très petit
-nombre d’adjectifs généralement courts. C’est d’abord _cet_ et _tout_,
-qui se lient toujours, étant toujours devant le substantif: _ce_(t)
-t_homme_ ou _tou_(t) t_homme_; puis quelques autres, dont la place peut
-varier: _gran_(d) t_homme_, _sain_(t) t_homme_, _parfai_(t) t_honnête
-homme_, _secon_(d) t_acte_; de même encore _ving_(t) t_hommes_ ou
-_cen_(t) t_hommes_. Cette liaison est donc en somme assez restreinte,
-car une expression comme _froi_(d) t_hiver_ appartient déjà au langage
-écrit; en parlant, on dit plutôt _hiver froid_. En tout cas, la liaison
-est nécessaire dans cette construction, parce que le lien y est plus
-étroit entre les mots ainsi placés, l’adjectif étant en quelque sorte
-proclitique et s’appuyant sur le substantif[916].
-
- * * * * *
-
-Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère
-qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans
-le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, _j’ai froi_(d)
-t_aux pieds_, parce qu’il y a là comme une expression toute faite
-où _froid_ devient substantif, puisqu’on dit de même _le froi_(d)
-t_aux pieds_. Mais on ne dit pas _le chau_(d) t_aux pieds_; on dira
-donc _j’ai chau_(d) _aux pieds_, malgré l’hiatus de deux voyelles
-identiques; on dit même sans liaison _chau_(d) et _froid_, qui est
-pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs;
-on dira donc à fortiori _alternativement chau_(d) _et froid_; et de
-même presque uniquement _il est gran_(d) _et fort_, _un sain_(t) _a pu
-seul..._, _le secon_(d) _est venu_[917].
-
-En revanche la préposition _à_ requiert ordinairement la liaison de
-l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint:
-_tou_(t) t_à vous_, _prê_(t) t_à sortir_[918].
-
- * * * * *
-
-De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se
-lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord _tout_, bien entendu;
-par exemple _il est tou_(t) t_autre_; de même _vraimen_(t) t_aimable_,
-_tendremen_(t) t_aimé_, _tout à fai_(t) t_extraordinaire_.
-
-On dit de même encore _commen_(t) t_allez-vous?_ à cause du lien intime
-qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans
-_quan_(t) t_à_, comme elle se faisait autrefois dans _quan_(d) t_et
-quand_.
-
-Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins
-nécessairement: _partou_(t) t_où vous serez_, _tan_(t) t_il est beau_,
-_tellemen_(t) t_on est serré_; de même pour _autant_ ou _tantôt_
-répétés, pour _aussitôt_, _bientôt_, _souvent_, _cependant_; mais on
-lie nécessairement dans _aussitô_(t) t_après_ ou _bientô_(t) t_après_.
-
-La négation _point_ se lie toujours, étant inséparable de ce qui la
-suit: _je ne t’ai poin_(t) t_aimé!_
-
-De même le pronom relatif _dont_ et la conjonction _quand_:
-_quan_(d) t_il viendra_, _don_(t) t_il est_. De même ou à peu près
-les prépositions _avant_, _pendant_, _devant_ et autres, avec leurs
-régimes: _avan_(t) t_un jour_, _pendan_(t) t_un jour_, _devan_(t) t_une
-femme_[919].
-
-III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont
-à peu près les seules. Par conséquent les _substantifs_ en principe
-ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en
-vers, le _d_ ne se lie guère: _un nœu_(d) _assorti_, _le ni_(d)
-_est vide_, _blon_(d) _ardent_ s’imposent partout et toujours. Que
-dis-je? _Le petit cha_(t) t_est mort_, si cher aux ingénues de la
-Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi
-que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait
-pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser
-l’hiatus.
-
-Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni _d_ ni _t_, même
-quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de
-distinguer par exemple _un savan_(t) t_Allemand_, où _savant_ est
-adjectif, et _un savan_(t) _allemand_, où _savant_ est substantif,
-distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit:
-
- _Un sot savan_(t) t_est sot plus qu’un so_(t) t_ignorant_[920].
-
-En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques:
-_en quel endroi_(t) t_avez-vous vu_; encore cette liaison convient-elle
-mieux à la lecture qu’à la conversation[921].
-
- * * * * *
-
-_Tout_ lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement,
-ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: _le
-tou_(t) _et la partie_, _le tou_(t) _est de savoir_, tandis que le
-pronom indéfini sujet se lie toujours: _tou_(t) t_est fini_.
-
-Toutefois, ici encore, la préposition _à_, je ne dis plus requiert,
-mais admet régulièrement la liaison, _nous avons droi_(t) t_à cette
-faveur_.
-
-De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou
-expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot
-_tout_; puis d’autres, comme _gue_(t)-t_apens_, pon__(t) t_aux ânes_,
-_mo_(t) t_à mot_, _po_(t) t_à eau_, _po_(t) t_au lait_, _po_(t) t_au
-feu_, _po_(t) t_au noir_, _po_(t) t_aux roses_[922]; et aussi _peti_(t)
-t_à petit_, _de hau_(t) t_en bas_, _d’un bou_(t) t_à l’autre_, _bou_(t)
-t_à bout_, _bu_(t) t_à but_, _de bou_(t) t_en bout_, _de bu_(t) t_en
-blanc_, _de fon_(d) t_en comble_, _de momen_(t) t_en moment_, _de
-poin_(t) t_en point_[923]; et même _accen_(t) t_aigu_, et _c’est un
-droi_(t) t_acquis_. Et ainsi _pied_, qui avait perdu son _d_, et pour
-lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles
-de _pie_(d) t_à terre_, _de pie_(d) t_en cap_, et même _pie_(d) t_à
-pied_; et l’on distingue _avoir un pie_(d) t_à terre_ (logement) et
-_avoir un pie_(d) _à terre_ (sens littéral).
-
-En revanche, _cha_(t) _échaudé_ ou _cha_(t) _en poche_ ne sauraient
-passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère,
-malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans _au doi_(gt)
-_et à l’œil_, pas plus que dans _mon_(t) _Etna_, _mon_(t) _Hécla_ ou
-_mon_(t) _Œta_, où elle est seulement possible[924].
-
-IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il
-importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est
-celle des finales où le _t_ est précédé d’un _r_; ou plutôt la liaison
-s’y fait si naturellement par l’_r_, qu’on n’a nul besoin d’en chercher
-une autre, qui est depuis longtemps condamnée.
-
-C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart
-des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne
-croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas _Mor_(t) t_à
-l’impie_! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle
-n’en est pas meilleure, et _prendre par_(t) t_à_, qu’on y entend, ne
-saurait pas plus passer que _par_(t) t_à deux_, qui serait grotesque.
-
-De même, avec un _d_, _bavar_(d) _impudent_, _regar_(d) e_ffaré_,
-_abor_(d) _aimable_, _sour_(d) _et muet_, et aussi bien avec un _t_,
-_ar_t _exquis_ ou même _ar_(t) _oratoire_, _un quar_(t) _au moins_,
-un _rempar_(t) _infranchissable_, _déser_(t) _immense_, _por_(t)
-_ouvert_, _ver_(t) _et bleu_, et à fortiori _le sor_(t) _en est jeté_,
-ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun
-prétexte.
-
-Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier:
-_un for_(t) _avantage_, _un cour_(t) _espace de temps_. Il en est de
-même des verbes: _il par_(t) _au matin_, _il conquier_(t) _un empire_,
-_il est mor_(t) _avant l’âge_.
-
-Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que
-fort peu d’exceptions.
-
-L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le _t_ de l’adverbe _fort_,
-par analogie avec _trop_, _tant_ et les autres; on dit donc aujourd’hui
-généralement _for_(t) t_habile_ ou _for_(t) t_aimable_, mais jamais _le
-for_(t) t_et le faible_, ni _le plus for_(t) t_en est fait_, ni même
-_for_(t) t_en gueule_[925].
-
-On lie aussi le _t_, bien entendu, dans les formes interrogatives,
-qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: _par_(t)-t_il_? _d’où
-sor_(t)-t_il_? On peut même dire _cela ne ser_(t) t_à rien_, pour
-éviter la cacophonie de _rarien_, mais jamais _qui ser_(t) t_à table_.
-
-Enfin on dit généralement de la _mor_(t) t_aux rats_, pour le même
-motif[926].
-
-C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus _par rappor_(t)
-t_à_ et _de par_(t) t_et d’autre_, qui se disent très souvent, que _de
-par_(t) t_en par_(t), qui est devenu fort rare, ou _bor_(d) t_à bord_,
-_mor_(t) t_ou vif_, _souffrir mor_(t) t_et passion_, _à tor_(t) t_et à
-travers_, qui ne se disent jamais.
-
-On ne dit pas non plus _du nor_(d) t_au midi_; mais beaucoup de
-personnes disent _nor_(d)-d_est_ et _nor_(d)-d_ouest_, sans doute
-par analogie avec _su_d_-est_ et _su_d_-ouest_. Cette assimilation,
-d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le _d_ de
-_su_d se prononce toujours, et celui de _nor_(d) jamais; aussi le
-_d_ de _su_d reste-t-il _d_ dans _su_d_-ouest_, fort légitimement;
-mais à quel titre le _d_ de _nord_ peut-il se prononcer _d_ dans
-_nor_(d)_-ouest_ ou _nor_(d)_-est_? Sans doute il est possible de
-traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les
-marins disent aussi _nordet_, par analogie avec _sudet_; mais en
-revanche ils disent _noroit_, et même _suroit_, ce qui est remarquable.
-Je conclus qu’il vaut mieux prononcer _nor_(d)_-ouest_, ce qui entraîne
-à peu près nécessairement _nor_(d)_-est_.
-
-
-
-
-_LIAISONS DES SPIRANTES_
-
-
-1º Les chuintantes et les fricatives.
-
-Les _chuintantes_, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas
-de liaisons.
-
-Les _fricatives_ n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception,
-reste de l’ancienne liaison de l’_f_ avec changement en _v_[927]. Voici
-dans quel cas. Nous avons vu que _neuf_ se prononçait _neu_ fermé sans
-_f_ devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison
-si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’_f_
-devrait se changer en _v_, comme dans _neu_v_aine_ et _neu_v_ième_.
-Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux
-expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se
-conservent intactes: d’une part, _neu_(f) v_ans_, _dix-neu_(f) v_ans_,
-etc., d’autre part, _neu_(f) v_heures_. C’est à peu près tout: à peine
-peut-on dire _neu_(f) v_hommes_; en tout cas il est bien difficile
-aujourd’hui de dire _neu_(f) v_œufs_ ou _neu_(f) v_enfants_; c’est
-pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle,
-la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par _f_; plus
-exactement, on prononce _neu_f, comme si le mot qui suit n’était pas
-un pluriel: _neu_f _amis_, et même _neu_f _années_, à côté de _neu_(f)
-v_ans_[928].
-
-
-2º Les sifflantes, S, X, Z.
-
-Restent les _sifflantes_, _s_ et _z_, et aussi _x_, partout où il
-remplace l’_s_, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas.
-
-Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des
-dentales, et demande à être aussi étudié de près.
-
-Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont
-facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou
-interdites partout.
-
-De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes
-que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement
-sur ces points.
-
-J’ajoute que la liaison se fait toujours en _s_ doux ou _z_: c’est un
-cas particulier de la prononciation de l’_s_ entre deux voyelles. Le
-phénomène est si général et si nécessaire, que l’_s_ dur qui sonne à la
-fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots
-sont liés par le sens: on dit beaucoup moins _fi_(ls) s_unique_ que
-_fi_(ls) z_unique_[929].
-
-I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le _t_, les
-_substantifs_ en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la
-lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel
-étant l’objet d’un examen spécial.
-
-Même des expressions aussi courantes que la _voix humaine_, _le temps
-est beau_, ou même un _avis important_, qu’on peut encore lier si
-l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation
-courante[930].
-
-La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes
-faites, comme _pa_(s) z_à pas_, _au pi_(s) z_aller_, _de temp_(s) z_en
-temp_(s), _de temp_(s) z_à autre_, _en temp_(s) z_et lieu_, _do_(s) z_à
-dos_, _do_(s) z_au feu et ventre à table_, ou encore _la pai_(x) z_et
-la guerre_, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des
-substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme _noix_, _nez_
-ou _riz_: _ne_(z) _aquilin_, _ne_(z) _au vent_, _nez à ne_(z), _ri_(z)
-_au lait_.
-
-On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est
-à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, _Pari_(s) z_est
-grand_.
-
- * * * * *
-
-Les _adjectifs_ se lient aussi dans les mêmes conditions que pour
-le _t_, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc _ba_s z_étage_
-toujours, ou encore _gra_s z_à lard_; mais _ba_(s) z_et profond_ dans
-la lecture seulement, _ba_(s) _et profond_ dans la langue parlée.
-
- * * * * *
-
-Il en est de même encore pour les _verbes_. Dans les formes les plus
-courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les
-formes des verbes _être_ et _avoir_ sans liaison. Et pourtant elle
-est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de _nous avons_
-et _vous avez_ qu’avec les monosyllabes du singulier, _je suis_, _tu
-es_, _tu as_, et aussi _nous sommes_, _vous êtes_; elle est même moins
-indispensable après _tu as_ qu’après _tu es_[931].
-
-Elle est encore évidemment nécessaire devant _y_ et _en_ toniques:
-_va_(s)-z_y_, _alle_(z)-z_y_, et même avec _e muet_: _songe_(s)-z_y
-bien_, _donne_(s)-z_en_[932].
-
-La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la
-prononciation correcte, comme pour le _t_, devant _y_ et _en_ atones,
-et devant un infinitif: _je veu_(x) z_aller_, _je veu_(x) z_y aller_
-ou _vous aime_(z) z_à rire_; moins encore dans _tu va_(s) z_en
-Suisse_, ou _en_ est préposition. Pourtant beaucoup de personnes
-diront très naturellement _si tu va_(s) z_à Paris_, pour éviter
-l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point
-indispensable; pas davantage dans _je rend_(s) _à César_ ou _rende_(z)
-_à César_. On parlera plus loin des formes à _e muet_ suivi d’un _s_.
-
- * * * * *
-
-La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques,
-_dans_, _dès_, _sans_, _chez_, _sous_, devant leurs régimes[933]:
-_dan_(s) z_un jour_, _san_(s) z_amour_, _che_(z) z_elle_, _sou_(s) z_un
-arbre_; elle est un peu moins indispensable avec _après_ ou _depuis_.
-Elle est réservée à la lecture avec _ci-inclus_, _non compris_ ou
-même _hormis_, tout à fait inusitée avec _hors_, _vers_, _envers_, _à
-travers_, dont nous parlerons tout à l’heure.
-
-La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs
-_pas_, _plus_, _jamais_, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: _je
-n’aime pa_(s) z_à boire_, _nous n’irons plu_(s) z_au bois_, _jamai_(s)
-z_on a vu_; de même avec les adverbes de quantité _plus_, _moins_,
-_très_, _assez_, portant sur le mot qui suit: _plu_(s) z_aimable_,
-_moin_(s) z_il en fait_, et même, en vers, _asse_(z) z_et trop
-longtemps_.
-
-Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme
-_de mieu_(x) z_en mieux_, _de plu_(s) z_en plus_, _de moin_(s) z_en
-moins_, voire même, si l’on veut, _d’ore_(s) z_et déjà_, sans parler de
-_vi_(s)-z_à-vis_.
-
-D’autres adverbes, comme _autrefois_, _parfois_, _quelquefois_,
-_désormais_, _longtemps_, _puis_, se lient encore très correctement,
-mais plutôt dans la lecture.
-
-La conjonction _mais_ se lie fort bien aussi, même par-dessus une
-virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille
-produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les
-suivent:
-
- _Mai_(s), z_en_ disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].
-
-II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui
-qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer
-le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.
-
-C’est pour cela que les articles pluriels, _les_, _des_, _aux_, ainsi
-que _ces_, les adjectifs possessifs ou indéfinis, _mes_, _les_, _ses_,
-_nos_, _vos_, _leurs_, _certains_, _plusieurs_, etc., les adjectifs
-numéraux, _deux_, _trois_, _six_, _dix_, _quatre-vingt_, se lient
-encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé
-de son adjectif: _le_(s) z_amis_, _ce_(s) z_hommes_, _certain_(s)
-z_auteurs_, _plusieur_(s) z_autres personnes_, _deu_(x) z_aimables
-personnes_, et même _deu_(x) z_ix_(x) ou _troi_(s) z_em_ (m), et aussi,
-avec double liaison, _ce_(s) z_aimable_(s) z_enfants_.
-
-Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers
-_quatre_ à _deux_, _trois_, _six_ et _dix_: _le bal des Quat_(re)
-z_Arts_ et même _par quatre_ z_officiers_.
-
-Que dis-je? L’expression _entre quat_(re) z_yeux_ a été l’objet de
-nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré,
-l’ayant admise. Et il est certain que _entre quatre yeux_ est difficile
-à prononcer, mais _entre quat’yeux_ serait encore plus facile que
-_entre quat’zyeux_; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette
-expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question
-de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le
-peuple le mot _œil_ n’a pas d’autre pluriel que _zyeux_, et non _yeux_,
-qu’il ignore[935].
-
-Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait
-plus dans la conversation: ainsi _plusieur_(s) _ont prétendu_, où
-_plusieurs_ devient pronom; de même _deu_(x) et _deux quatre, troi_(s)
-et _trois six, ceu_(x) _et celles_, toutes liaisons qui se font fort
-bien dans la lecture. On peut bien lier aussi _troi_(s) z_avril_,
-quoique ce soit tout autre chose que _troi_(s) z_ans_; mais ce sera
-uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus
-naturellement _deu_(x) _avril_, sans liaison.
-
- * * * * *
-
-Les pronoms personnels _nous_, _vous_, _ils_, _elles_, et même _les_,
-devant les verbes ou devant _en_ et _y_, sont à peu près dans la même
-situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on
-nécessairement: _nou_(s) z_avons dit, je vou_(s) z_ai vu_, _elle_(s)
-z_ont fait_, _elle_(s) z_en ont_, _elle_(s) z_y vont_, _je le_(s)
-z_attends_.
-
-Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient
-plus dans la conversation: _pour vou_(s) _et pour nous_, _donne-le_(s)
-_à mon père_; _donne-le_(s) z_à mon père_ semble tout à fait
-prétentieux. _Eux_ lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il
-n’est pas proclitique comme _ils_: _eu_(x) _ont été à Paris_. Toutes
-ces liaisons se font naturellement dans la lecture.
-
- * * * * *
-
-Il va sans dire que l’_adjectif_ se lie avec le substantif qui le suit,
-puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui
-ne se lient pas au singulier, _adjectifs_ ou _substantifs_, peuvent se
-lier au pluriel: _grand_(s) z_et forts_, _les saint_(s) z_ont dit_,
-_les second_(s) z_ont fait_, et aussi _des gen_(s) z_âgés_.
-
-Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens,
-car on distinguera correctement _un marchand de drap_(s) z_anglais_,
-où _anglais_ est l’épithète de _draps_, et _un marchand de drap_(s)
-_anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _marchand_.
-
-Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots
-ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme
-_Cham_(ps)-z_Élysées_ ou _Éta_(ts)-z_Unis_[936].
-
-Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison:
-_on a vu des match_(s) _admirables_[937]. Mais la tendance générale est
-si forte qu’on ajoute parfois l’_s_ doux même à l’_s_ dur: _les mœur_s
-z_antiques_, ce qui mène à _mœurse zantiques_.
-
-En pareil cas, c’est l’_s_ dur qui doit prévaloir, bien entendu:
-puisque l’_s_ final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle
-comme devant une consonne. On dira donc de préférence des _our_(s)
-s_affamés_, puisqu’on ne dit plus des _our_(s), et de même _des fil_(s)
-s_aimables_.
-
-On préfère cependant _tou_(s) z_ensemble_, pour éviter la cacophonie de
-_sansan_. L’_s de tous_ a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant
-une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de _tou_(s) atone et
-proclitique, qui est forcément doux: _à tou_(s) z_égards_, ceci étant
-un cas ordinaire de liaison.
-
-Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et
-adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel,
-il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un
-_s_ final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la
-conversation, peuvent le faire au pluriel: _un ca_(s) _intéressant_,
-_des ca_(s) z_intéressants_, _un repa_(s) _excellent_, _des repa_(s)
-z_excellents_[938].
-
-On voit même l’_s_ s’intercaler et se lier _nécessairement_ dans
-_genti_(ls)z_hommes_, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par
-analogie avec _grand_(s) z_hommes_[939].
-
- * * * * *
-
-La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions
-_et_, _ou_, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela
-non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article
-en tête, comme _les pont_(s) z_et chaussées_, _les voie_(s) z_et
-moyens_, _les voie_(s) z_et communications_, mais même entre deux
-substantifs quelconques sans aucun article, comme _vertu_(s) z_et
-vices_, _leçon_(s) z_ou devoirs_, _vin_(s) z_et liqueurs_: outre que le
-lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le
-pluriel en l’absence d’article.
-
-Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste
-correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire _les
-messieur_(s) z_et les dames_, ou plus simplement _les messieur_(s) _et
-les dames_, tout comme _messieur_(s) _un tel et un tel_[940].
-
- * * * * *
-
-Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui
-ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne
-peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’_s_ intérieur du
-pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre,
-ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le
-singulier. On dira donc, sans exception, _des orang_(s)-_outangs_, _des
-char_(s)-_à-bancs_, et tout aussi bien _des ar_(cs)-k_en-ciel_, _des
-cro_(cs)-k_enjambe_, _des por_(cs)-k_épics_, des _gue_(ts)-t_apens_,
-_des po_(ts)-t_au-feu_, la consonne _c_ ou _t_ de ces mots, qui en fait
-sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction
-de l’_s_[942].
-
-On dira même de préférence _les du_(cs) k_et pairs_, parce que _duc_(s)
-z_et pairs_ ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes.
-On dira de même sans liaison _des moulin_(s) _à vent_, _des ciseau_(x)
-_à froid_, _des salle_(s) _à manger_[943]. Dans l’exemple de _salle_(s)
-_à manger_, nous retrouvons encore la question de l’_e muet_, qu’il
-faut traiter à part.
-
-III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’_e muet_ a une tendance
-naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un _s_. Il est
-même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’_s_ après un _e
-muet_; il va jusqu’à dire _elle_(s) _ont fait_ ou _vous ête_(s) _un
-brave homme_.
-
-Pourtant l’_s_ du pronom _elles_ ne peut pas correctement ne pas se
-lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant
-_en_ et _y_: _donne_(s)-z_en_, _songe_(s)-z_y bien_; et aussi des
-formes verbales monosyllabiques si usitées, _sommes_ et _êtes_: _nous
-somm_(es) z_amis_, _vous ête_(s) z_un brave homme_.
-
-Il y a encore deux formes verbales pareilles, _dites_ et _faites_, qui
-sont dans le même cas: _dite_(s) z_un mot_, _vous faite_(s) z_un beau
-travail_; on est peutêtre un peu moins exigeant pour _dites_ que pour
-_faites_, mais ce n’est qu’une nuance[944].
-
-On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le
-substantif: _jeune_(s) z_années_. On liera même très bien le substantif
-pluriel avec l’adjectif qui suit: _les Inde_(s) z_occidentales_, _les
-Pyrénée_(s)-z_Orientales_, qui sont d’ailleurs un mot composé, _les
-femme_(s) z_anglaises_[945]; et l’on pourra distinguer aussi _une
-fabrique d’arme_(s) z_anglaises_, où l’épithète qualifie _armes_, et
-_une fabrique d’arme_(s) _anglaise_, où l’épithète qualifie _fabrique_.
-
-On dira aussi, sans article, _homme_(s) z_et femmes_, _femme_(s) z_ou
-enfants_, _sage_(s) z_et fous_, et la liaison restera possible avec
-l’article, sans être nécessaire.
-
-De même, on peut dire à la rigueur _deux livre_(s) z_et demie_.
-Pourtant il n’est guère admis de dire _deux heure_(s) z_et demie_:
-cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une
-certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient,
-et l’on fera mieux de dire _deux heures et demie_, comme _une heure et
-demie_; quant à dire _deux heure_(s) z_et quart_ ou _deux heure_(s)
-z_un quart_, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à
-dire _entre onze heure_(s) z_et midi_ ou _trois heure_(s) z_après_: ce
-serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement _trois an_(s)
-z_après_. On ne dit pas davantage _des pompe_(s) z_à vapeur_, sans
-parler des _maître_(s) z_ès arts_, qui est imprononçable.
-
-On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation:
-_ces homme_(s) z_ont fait leur devoir_ que: _ces gen_(s) z_ont fait
-leur devoir_.
-
-On voit que la liaison de la syllabe muette avec _s_, _au pluriel_, est
-plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique.
-Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme
-désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se
-faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans
-quoi les vers seraient faux:
-
- Et fit tourner le sort des _Perse_(s) z_aux Romains_[946].
- Nos _prince_(s) z_ont-ils_ eu des soldats plus fidèles?[947].
-
-A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes
-épreuves, jusqu’à Racine lui-même:
-
- Mes _promesse_(s) z_au_(x) z_un_(s) z_éblouirent les yeux_[948].
-
-Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après _promesses_;
-mais alors le vers paraît clocher, parce que l’_e muet_ a l’air de
-s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et
-l’on n’hésitera pas à dire, par exemple:
-
- Quels _reproche_(s), z_hélas!_ auriez-vous à vous faire?[949].
-
-car le mot _hélas!_ se lie assez bien à ce qui précède. Il y a
-d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans
-
- Et le soir on lançait des _flèche_(s) z_au_(x) z_étoiles_,
-
-où la liaison de _flèches_ demande de la délicatesse[950].
-
-Si l’_s_ même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans
-l’usage courant après un _e muet_, il en est de même à fortiori
-pour celui de la _seconde personne du singulier_, à part l’impératif
-suivi de _en_ ou _y_. Car on est bien obligé de dire _songe_(s)-z_y_
-ou _donne_(z)-_en_, puisque l’_s_ a été mis là exprès pour cela. Ou
-plutôt l’_s_ a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit
-de préférence sans liaison: _tu aime_(s) _à rire_, _tu chante_(s) _à
-ravir_.
-
-Sans doute, _tu chante_(s) z_à ravir_ irait encore assez bien en vers;
-mais que dire de _Tu lâche_(s) z_Oscar_, que Victor Hugo a mis dans _la
-Forêt mouillée_?
-
-D’autre part, quand Lamartine écrit dans _la Mort de Socrate_:
-
- Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle,
- _Caresse_ encor mon front au doux vent de ton aile,
-
-il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait
-beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que
-d’écrire _Me caresse_(s) z_encore_, qui était facile. On se demande
-lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les
-poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré
-l’_s_, toutes ces secondes personnes de première conjugaison.
-
- * * * * *
-
-Quant à l’_s_ des _noms propres_, il est vraiment impossible de le
-prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce
-pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le
-prononcer après un _e muet_: imagine-t-on _Versaille_(s) z_est superbe,
-George_(s) z_Ohnet_ ou _Charle_(s)-z_Albert_?
-
-Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a
-longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer
-l’_s_. Voici par exemple deux vers d’_Aymerillot_, où Victor Hugo avait
-le choix:
-
- Le _bon_ roi _Charle_ est plein de douleur et d’ennui.
- _Charle, en_ voyant ces tours, tressaille sur les monts.
-
-Ni _bon_, ni _en_ n’étaient indispensables; mais dans le premier
-vers, le poète n’a pas voulu d’une liaison qui contredisait si
-catégoriquement l’usage universel, et peut-être a-t-il ajouté _bon_
-uniquement pour l’éviter; dans le second, il a mieux aimé, ayant le
-choix, supprimer l’_s_ que de supprimer _en_[951].
-
-Victor Hugo, Edmond Rostand font généralement de même pour l’adverbe
-_certes_. Suivant les besoins du vers, Molière écrit _certe_ ou
-_certes_, et _grâce_ ou _grâces_.
-
-IV. =L’S après un R.=--Enfin, de même que pour le _t_, il importe
-particulièrement d’éviter la liaison de l’_s_ précédé d’un _r_, sauf
-deux cas: d’une part, dans un mot composé, comme _tier_(s)-z_état_,
-traité comme un mot simple[952]; d’autre part, au pluriel.
-
-Et encore, au pluriel, il faut distinguer.
-
-On dira uniquement _plusieur_(s) z_enfants_ et _diver_(s) z_auteurs_,
-parce que l’adjectif est devant le substantif, et aussi des _jour_(s)
-z_heureux_, pour éviter une cacophonie. Mais déjà on pourra dire au
-choix des _part_(s) z_égales_, à cause du lien qui existe entre les
-mots, ou _des part_(s) _égales_, comme au singulier; de même _des
-ver_(s) z_admirables_ ou des _ver_(s) _admirables_.
-
-Et l’on dira plutôt _des cor_(s) _anglais_, parce que _cor anglais_ est
-presque un mot composé, qui se prononce au pluriel comme au singulier;
-de même, à fortiori, _des cuiller_(s) _à café_, _des fer_(s) _à
-repasser_, _des ver_(s) _à soie_[953].
-
-Si l’usage a fait prévaloir, du moins parmi les spécialistes, _art_(s)
-z_et métiers_, _art_(s) z_et manufactures_, c’est que ce sont là comme
-des mots composés dont le singulier n’existe pas, ce qui rappelle le
-cas de _Cham_(ps)-z_Élysées_.
-
-On dira encore fort bien: _aveugles, sourd_(s) z_et muets, tous
-guérissaient_, parce qu’il s’agit de catégories différentes, mais
-on dira _les sour_(ds) _et muets_, comme au singulier, et aussi
-_les sour_(ds) _et les muets_, _les bavar_(ds) _aiment à_..., _ses
-discour_(s) _ont quelque chose de_...
-
- * * * * *
-
-Telles sont les distinctions qu’on peut faire au pluriel. Au singulier,
-c’est plus simple: il n’y a pas de distinctions à faire. On dira
-uniquement _un ver_(s) _admirable_, comme _une par_(t) _égale_, et de
-même à fortiori _l’univer_(s) _est immense_, et cela où que ce soit, en
-vers comme en prose, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter, ni de vers
-qui fussent faux sans cela. La liaison ici est non seulement inutile,
-puisque l’_r_ se lie naturellement avec la voyelle qui suit, mais de
-plus prétentieuse, n’étant plus employée nulle part. Il y a beau temps
-déjà que Legouvé, dans son _Art de la lecture_, raillait _le corp_(s)
-z_ensanglanté_ d’un certain avocat.
-
-On ne fait même pas de liaisons dans des expressions qui pourraient
-passer pour composées, comme _corp_(s) _et âme_ ou _corp_(s) _à corps_
-ou _prendre le mor_(s) _aux dents_[954].
-
-On n’en fait pas davantage dans les verbes: _je par_(s) _aujourd’hui_,
-_tu sor_(s) _avec moi_.
-
-Avec l’adverbe _toujours_, la liaison, de moins en moins fréquente,
-est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir
-du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions _hors_, _vers_,
-_envers_, _à travers_ ne doivent pas plus se lier que les autres mots,
-même dans une expression toute faite, comme _enver_(s) _et contre
-tous_. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus
-désobligeantes, que celle de _ver_(s) z_elle_[955].
-
-Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si
-elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même
-dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec
-l’_s_ que le cas se produit le plus facilement. Ainsi _tu a_(s) z_ôté_
-est parfaitement correct: _tu le_(s) z_as_ est indispensable; mais _tu
-le_(s) z_a_(s) z_ôtés_ est inadmissible; on dira donc _tu le_(s) _a_(s)
-_ôtés_, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première.
-
-
-
-
-_LIAISONS DES NASALES_
-
-
-En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et
-vivantes qu’avec le son du _t_ ou de l’_s_ doux. Il y en a encore une,
-moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’_n_ dans les
-_finales nasales_, l’_m_ ne se liant jamais.
-
-Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes,
-et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font
-aujourd’hui pour nous[956].
-
-Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux
-adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu,
-en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place
-sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose.
-
-La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en =-ain=: _cert_ain,
-_haut_ain, _loint_ain, _hum_ain, _proch_ain, _soud_ain, _souver_ain,
-_v_ain et _vil_ain, avec _pl_ein, _anci_en et _moy_en. Mais la
-liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se
-décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: _certai_-n_auteur_,
-_un vai_-n_espoir_, _un vilai_-n_enfant_, _en plei_-n_air_, _le
-moye_-n_âge_, _un ancie_-n_ami_, et même _au prochai_-n_avertissement_;
-et en vers, ou dans le style oratoire, _un certai_-n_espoir_, _un
-soudai_-n_espoir_, ou encore:
-
- Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis:
- Elle a repris sur vous son _souverai_-n_empire_[957].
-
-On dit de même un _mie_-n_ami_, un _sie_-n_ami_, expressions d’ailleurs
-assez rares[958].
-
-On conçoit que l’existence du féminin a singulièrement facilité,
-ou peut-être, pour mieux dire, a seule permis cette décomposition.
-On se rappelle d’ailleurs que la voyelle _orale_ qui correspond
-phonétiquement au son _in_ n’est pas _i_, mais bien _è_, ce
-qui facilite encore la décomposition: _in_ devient _è_ très
-naturellement[959].
-
-Il est vrai que quelques personnes lient sans décomposer: _plein_
-n_air_; mais c’est encore une erreur, qui provient uniquement du
-fétichisme de l’orthographe, et du besoin de prononcer les mots comme
-ils sont écrits. Ou peut-être est-ce un respect scrupuleux d’anciennes
-traditions: l’abbé Rousselot a remarqué que cette prononciation se
-rencontre de préférence dans certains milieux traditionalistes et
-réactionnaires.
-
-En tout cas, elle est presque aussi surannée que an-_née_,
-_sol_en-_nel_ ou _ard_em-_ment_ prononcés avec des nasales[960].
-
-Naturellement on dira sans liaison: _vain et faux_, _ancien et démodé_,
-etc., l’adjectif n’étant pas devant un substantif.
-
- * * * * *
-
-Il y a encore quelques autres adjectifs qui sont dans le même cas que
-les adjectifs en _-ain_.
-
-Il n’y en a point en =_-an_=, et cette finale ne doit jamais se lier.
-
-En =_-on_=, il y a _bon_, et le phénomène est exactement le même: _un
-bo_-n_élève_, et non _un bon_ n_élève_[961]; alors qu’on dit _bon à
-rien_, _bon à tirer_, sans liaison.
-
-L’exemple de _bon_ est suivi par _mon_, _ton_, _son_, qui sont aussi
-des adjectifs, et sont traités comme si leurs féminins étaient _monne_,
-_tonne_, _sonne_: _mo_-n_habit_, _to_-n_amour_, _so_-n_esprit_[962].
-
-Le cas des adjectifs en =-in= est plus délicat, car _-in_ fait au
-féminin _-ine_, qui ne correspond pas phonétiquement au masculin.
-Pourtant la grande diffusion des cantiques de Noël a répandu et imposé
-l’expression _divi_-n_enfant_. Par analogie, on dira très correctement
-_divi_-n_Achille_, _divi_-n_Ulysse_, _divi_-n_Homère_; mais ici la
-décomposition de la nasale s’impose moins absolument, quoique la
-liaison soit également indispensable. C’est d’ailleurs le seul adjectif
-en _-in_ qui puisse se décomposer: _malin esprit_ ou _fin esprit_ se
-lieront donc _au besoin_ sans décomposition; mais je pense qu’_esprit
-malin_ et surtout _esprit fin_ vaudraient beaucoup mieux[963].
-
- * * * * *
-
-On peut dire de =_-un_= la même chose que de _-in_: le féminin ne
-correspond pas phonétiquement au masculin[964]. Néanmoins l’adjectif
-_un_ s’est longtemps décomposé comme les autres, et Littré disait
-encore _u_-n_homme_. Cette prononciation a disparu à peu près
-complètement, à Paris du moins, chez les personnes instruites. Cela
-tient sans doute à ce que des confusions de genre se sont produites.
-Par exemple le peuple faisait _u_-n_omnibus_ du féminin. Dès lors les
-personnes instruites ont craint peut-être qu’on ne les accusât de faire
-féminins des noms masculins, et l’usage s’est établi de faire la
-liaison sans décomposer: _un_ n_homme_, _un_ n_ami_, _un_ n_un_[965].
-
-On dit aussi _un_ n_à un_, et même, si l’on veut, _l’un_ n_et
-l’autre_[966]; mais on dit sans liaison _un ou deux_, et même _un et
-un font deux_, _l’un est venu_, _l’autre est resté_; et à _ving et un_
-n_ans_, où _ans_ est multiplié par _ving et un_, on opposera _vingt et
-un avril_, où avril n’est pas multiplié[967].
-
-_Aucun_ a fait exactement comme _un_, dont il est composé, et conserve
-aujourd’hui le son nasal en se liant devant un substantif: _un_
-n_homme_, _aucun_ n_homme_. On dit aussi _d’un commun_ n_accord_, ou
-encore _chacun_ n_un_, qui évite un hiatus désagréable, et même, en
-géométrie, _chacun_ n_à chacun_; mais, à part ces expressions, on lie
-très rarement _chacun_ et _quelqu’un_, et seulement dans la lecture.
-
-Outre les adjectifs, il y a encore cinq ou six _mots invariables_ qui
-se lient: les pronoms indéfinis _en_ (pronom ou adverbe), _on_ et
-_rien_, l’adverbe _bien_ et la préposition _en_, parfois même l’adverbe
-_combien_. Ces mots-là aussi se lient sans se dénasaliser, tout
-simplement sans doute parce qu’ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir de
-féminin: ainsi _je n’en_ n_ai pas_, _s’en_ n_aller_, _on_ n_a dit_, _je
-n’ai rien_ n_accepté_, _rien_ n_à dire_, _rien_ n_autre_, _vous êtes
-bien_ n_aimable_, ou _bien_ n_à plaindre_, _bien_ n_entendu_, _c’est
-bien_ n_à vous de_..., _en_ n_Asie_, _en_ n_argent_, _en_ n_étourdi_,
-_en_ n_aimant_; et aussi, mais moins nécessairement, _combien_
-n_avez-vous de...?_[968].
-
-Naturellement, pour que la liaison puisse se faire, il faut que le lien
-entre les mots soit suffisant, car on dira sans liaison _donnez-m’en
-un peu_, _parlez-en à votre père_, _a-t-on été_, _je n’ai rien
-aujourd’hui_, _rien ou peu de chose_, _nous sommes bien ici_, _bien et
-vite_, _combien y a-t-il d’habitants à Paris?_ et cela même en vers, au
-moins dans les premiers exemples.
-
-Mieux encore: il arrive que _on_ est traité comme une sorte de nom
-propre, et en ce cas il ne se lie pas. Ainsi, à une phrase telle que
-_on_ n_a prétendu que_..., il sera répondu, sans liaison: On _est un
-sot_, comme on dirait _Caton est un grand homme_.
-
-
-CONCLUSION
-
-En somme, et tout bien considéré, on a pu voir que même en prose, même
-dans la conversation la plus courante, il se fait encore un assez grand
-nombre de liaisons, dont certaines sont absolument indispensables. Il
-est même à noter que, pour quelques liaisons qu’on faisait autrefois et
-que nous ne faisons plus, en revanche la diffusion de l’enseignement a
-rétabli dans l’usage courant de la conversation beaucoup de liaisons
-que le XVIIᵉ siècle et le XVIIIᵉ n’y faisaient déjà plus. Au XVIIᵉ
-siècle, les personnes les plus instruites disaient couramment sans
-liaison, d’après le témoignage des meilleurs grammairiens, cités par
-Thurot: _vene_(z) _ici_, _je sui_(s) _assez bien_, _voyon_(s) _un peu_,
-_avez-vou_(s) _appris_, _des cruauté_(s) _inouïes_, _des tromperie_(s)
-_inutiles_, et même _d’inutile_(s) _adresses_; et encore _commen_(t)
-avez-vous _dit_, _i_(ls) _doive_(nt) _arriver_, _nous somme_(s)
-_allés_; toutes façons de parler qui subsistent plus ou moins dans le
-langage de la bonne compagnie, celle qui, par tradition, garde, dans la
-conversation comme dans les manières, cette simplicité qui est une de
-ses élégances.
-
-Il nous faut répéter, pour conclure, ce que nous avons dit maintes
-fois dans cet ouvrage: le parler des gens du monde n’est pas celui des
-professeurs, des acteurs, et, en général, des gens qui font profession
-de la parole, avocats, hommes politiques, etc.
-
-Molière avait bien remarqué ces nuances, comme il se voit par les
-recommandations qu’il adresse à l’un des comédiens de _l’Impromptu de
-Versailles_: «Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de
-ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce
-du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de
-prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper
-aucune lettre de la plus sévère orthographe.»
-
-Depuis le temps de Molière, et pour diverses raisons, les façons de
-parler prétentieuses qu’il raillait si bien ont gagné du terrain, et
-elles ont atteint des classes sociales qui, jusqu’à présent, en étaient
-exemptes. Mais, aujourd’hui comme autrefois, le dire de l’abbé d’Olivet
-reste vrai: «La conversation des honnêtes gens est pleine d’hiatus
-volontaires qui sont tellement autorisés par l’usage que, si l’on
-parlait autrement, cela serait d’un pédant ou d’un provincial.»
-
-
-
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE
-
-DES FINALES
-
-
--a, 18.
-
--ab, -abe, 23.
-
--able, -âble, 30.
-
--abre, 32.
-
--ac, 21, 212.
-
--ace, -âce, 22.
-
--ache,-âche, 22.
-
--acle, -âcle, 30.
-
--acre, -âcre, 31.
-
--act, 215.
-
--ad, -ade, 24.
-
--adre, 31-32.
-
--af, -afe, 22.
-
--afle, 30.
-
--afre, -âfre, 31.
-
--ag, 24.
-
--age, 29.
-
--agne, 26.
-
--agre, 31.
-
--ague, 24.
-
--ah, 19.
-
--ai, 79.
-
--aï, 119.
-
--aid, 81, 229.
-
--aide, 83.
-
--aie, 56, 81.
-
--aigne, 83.
-
--ail, 26, 259.
-
--aile, 83.
-
--aille, 26, 28, 264.
-
--ailler, -ailleur, etc., 35-36.
-
--aime, 83-84.
-
--ain, 344.
-
--ainc, 213.
-
--aine, 84.
-
--aing, 236-37.
-
--ains, 308.
-
--air, -aire, 84, 292.
-
--airie, 85.
-
--ais, 81, 302.
-
--aise, 84.
-
--aisse, 83.
-
--ait, 81, 327.
-
--aite, 82.
-
--aître, 85.
-
--aix, 344.
-
--ak, 45.
-
--al, 24, 258.
-
--ale, -âle, -alle, 24.
-
--am, 24, 129-131, 274.
-
--ame, -âme, -amme, 24.
-
--amment, 276.
-
--an, 25, 134.
-
--anc, 213.
-
--and, 135, 228.
-
--ane, -âne, -anne, 25-26.
-
--ang, 236-238.
-
--ans, 303-309.
-
--ant, 135, 228, 329.
-
--ap, 21, 284.
-
--ape, -âpe, -appe, 21.
-
--aphe, 22.
-
--aple, 31.
-
--apre, -âpre, 31.
-
--aque, -âque, 21.
-
--ar, 28, 292.
-
--ard, 28, 228.
-
--are, -arre, 28, 29.
-
--archat, 222.
-
--archie, 224.
-
--aron, -arron, 36.
-
--art, 28, 330.
-
--as, 19-20, 23, 300-301.
-
--ase, 29.
-
--aser, -asif, etc., 34, 36.
-
--asme, 275, 315.
-
--ass, -asse, -âsse, 22.
-
--asser, 34.
-
--assion, 38.
-
--at, 19, 45, 325.
-
--ate, -âte, -atte, 19, 45.
-
--ateur, -ation, -atif, 38.
-
--atre, -âtre, 31.
-
--atrice, -ature, 38.
-
--au, 113, 116.
-
--aube, -auce, etc., 114.
-
--aud, 113, 229.
-
--aude, -auffe, etc., 114.
-
--auld, 229, 261.
-
--ault, 268, 328.
-
--aur, -aure, 114-15.
-
--aut, -aute, 113-14, 328.
-
--auté, 115.
-
--aux, 344.
-
--ave, 29.
-
--avre, 32.
-
--ay, 80.
-
--aye, 28, 83, 191.
-
--ayer, 163, 191, 193.
-
--az, -aze, 29, 350-51.
-
-
--berg, 67, 236, 238.
-
--bourg, -burg, 236, 238.
-
--burn, -burns, -bury, 126.
-
-
--chée, -chéen, 223.
-
--cher, 293-94.
-
--chi, 226.
-
--chin, 224.
-
--chine, -chique, -chisme, -chiste, 225.
-
--chite, 225.
-
--cueil, 93, 259.
-
-
--é, 52.
-
--e latin ou étranger, 52, 75-76.
-
--è, 54.
-
--eb, -èbe, 61.
-
--èble, -èbre, 68.
-
--ec, -ecq, -ecque, 57, 212.
-
--èce, 59-60.
-
--èche, -êche, 59.
-
--ècle, -ècre, 68.
-
--ect, 215-16.
-
--ed, -ède, 61.
-
--èdre, 68.
-
--ée, -ées, 56.
-
--éen, 137.
-
--ef, -effe, 59, 231.
-
--èfle, -effre, 68.
-
--eg, 61.
-
--ège, 65.
-
--ègle, 68.
-
--ègne, 64.
-
--ègre, 68.
-
--ègue, 61.
-
--eiche, -eige, etc., 82-85.
-
--eil, 65, 259.
-
--eille, 65, 83, 264.
-
--é-je, 65.
-
--el, 61, 258.
-
--èle, -ête, -elle, 61.
-
--elier, -elions, -eliez, 166.
-
--em, 62, 129, 131, 274.
-
--emble, -embre, 140.
-
--ème, -ême, -emme, 62-63.
-
--emment, 74, 131, 276.
-
--empe, -emple, 140.
-
--en, 64, 136-38, 279.
-
--enc, 140.
-
--ence, 140.
-
--end, 138.
-
--ende, -endre, 140.
-
--ène, -êne, -enne, 61.
-
--eng, 140, 237-38.
-
--ennal, -ennat, etc., 281.
-
--enné, -ennant, etc., 281.
-
--ens, 139-140, 308-309.
-
--ense, 140.
-
--ent, 138, 161, 329.
-
--ente, 140.
-
--entiel, -ention, 141.
-
--ep, -èpe, -êpe, -eppe, 57-58.
-
--eph, -èphe, 59.
-
--èpre, -êpre, 68.
-
--eps, 309-10.
-
--èque, -êque, 57.
-
--er, 53-54, 66-67, 292 sqq.
-
--erd, 228.
-
--ère, -erre, 66.
-
--èrement, 73.
-
--ers, 295, 310.
-
--ès, 55, 60, 301-302.
-
--esce, 59.
-
--èse, 68.
-
--esle, -esme, -esne, etc., 313.
-
--esse, 59-60.
-
--essible, -essif, etc., 323.
-
--et, 55, 58, 326-27.
-
--êt, 55.
-
--ète, -ête, -ette, 58.
-
--ètre, -être, -ettre, 69.
-
--etti, -etto, etc., 340.
-
--eu, -eue, 90.
-
--euble, 93.
-
--eude, 92.
-
--euf, 91, 93, 231.
-
--euil, 93, 259.
-
--euille, 93, 264.
-
--eul, 93, 258.
-
--eule, 92, 93.
-
--eumatique, 96.
-
--eume, 92.
-
--eune, -eûne, 92, 93.
-
--euple, 93.
-
--eur, 93-94, 292.
-
--eure, -eurre, 93-94.
-
--eurer, 96.
-
--eus, 92, 304.
-
--euse, 91.
-
--eusement, 95.
-
--eut, 91.
-
--eute, -eutre, 92.
-
--eutique, 96.
-
--euve, -euvre, 94.
-
--eux, 90, 91, 344.
-
--ève, êve, 67.
-
--èvre, 69-70.
-
--ey, 345.
-
--ey, 80.
-
--eyer, 163, 193.
-
--ez, 53, 68, 350-51.
-
--èze, 68.
-
-
--field, 78, 229.
-
--ford, 228.
-
-
--ger, 293-94.
-
--gua, 241.
-
--guë, 244.
-
--gueil, 93, 259.
-
--guier, -guière, 243.
-
-
--i, -ie, 117, 118.
-
--ibe, 118.
-
--ic, 118, 212.
-
--ict, 217.
-
--iez, 220, 352.
-
--ide, 118.
-
--ien, 136-37.
-
--iens, 308.
-
--ient, 138.
-
--ier, -iers, 53, 268, 293, 295.
-
--if, 118, 231.
-
--ig, igue, 118, 238, 241.
-
--iions, -iiez, 119, 189, 190.
-
--il, 259-60.
-
--ille, 265-67.
-
--illa, 268.
-
--illade, -illage, etc.,
-267, 270.
-
--im, -ime, 118, 274.
-
--in, 145, 279.
-
--inck, 146.
-
--inct, 217.
-
--ing, 120, 145-46, 237-38.
-
--ins, 309.
-
--ions, -iez, 268.
-
--ip, -ique, 118.
-
--ir, -ire, 118, 292.
-
--is, 117, 302-303
-
--ise, isse, 118.
-
--iser, 119.
-
--isme, 275, 315.
-
--issible, -issime, etc., 323.
-
--iste, 333.
-
--it, -ite, 117-18, 327-28.
-
--itz, 351.
-
--ix, 117, 344-46.
-
--iz, 350-51.
-
-
--land, 135, 228.
-
--lier, 262.
-
-
--machie, 224.
-
--man, -mann, 131, 279.
-
--mesnil, 313.
-
-
--o, 98.
-
--ob, -obe, 104.
-
--oble, obre, 108.
-
--oc, 100, 102, 212.
-
--oce, -oche, 102.
-
--ocle, -ocre, 108.
-
--od, 100, 229.
-
--ode, 104.
-
--oë anglais, 53.
-
--of, -ofe, 102.
-
--ofle, -ofre, 108.
-
--oge, -ogue, 104.
-
--ogre, 108.
-
--ogue, 104.
-
--oi, oie, 46.
-
--oï, 119.
-
--oide, -oif, -oile, etc., 47-48.
-
--oing, 236-37.
-
--oir, oire, 47, 292.
-
--ois, 46, 301.
-
--oit, oite, 40-47, 325-26.
-
--oix, 47, 344.
-
--ol, -ole, -olle, 104.
-
--ome, -omme, 104-6.
-
--ompt, 329.
-
--on, 148, 388.
-
--onc , 213.
-
--ond, 288.
-
--one, -onne, 106.
-
--ong, 236-38.
-
--onner, -onnaire, etc., 281.
-
--ons, 302.
-
--ont, 325.
-
--op, -ope, 100, 102.
-
--ophe, 102.
-
--ople, -opre, 108.
-
--ops, 309-10.
-
--ogue, 102.
-
--or, 108, 292.
-
--ord, 108, 228.
-
--ore, -orre, 108.
-
--orer, 111.
-
--ors, 108.
-
--ort, 108, 330.
-
--os, 98, 102, 304.
-
--ose, 101.
-
--oser, -oisif, -osion, 110.
-
--osité, -osition, 110.
-
--osse, 102.
-
--ost, 331.
-
--ot, 98-99, 327-28.
-
--ote, -otte, 102.
-
--oter, -otif, 111.
-
--otion, 110.
-
--otre, 108.
-
--ou, 121.
-
--oud, 121, 228.
-
--ouil, 259.
-
--ouille, 122, 264.
-
--ouiller, 122.
-
--oul, 258-59.
-
--ould, 229, 261.
-
--oult, 261, 328.
-
--oup, 284.
-
--our, -oure, 121, 292.
-
--ourd, 228.
-
--ourer, 122.
-
--ous, 121, 304-5.
-
--ouser, 122.
-
--out, 121, 328-29.
-
--oux, 344.
-
--ove, 104.
-
--ow, 341, 343.
-
--own, -owski, 343.
-
--oyau, 191.
-
--oyer, 163, 193-94.
-
--oz, 107, 351.
-
-
--put, 329.
-
-
--quin, -quine, 289.
-
-
--schi, 226.
-
--seur, -sion, -soir(e), 321.
-
--son anglais, 148.
-
--spect, 216, 330, 361-62.
-
--stadt, 325.
-
-
--tiaire, -tial, 333.
-
--tie, 333, 335, 337.
-
--tié, 334, 336.
-
--tiel et dér., 333.
-
--tième, 336.
-
--tien, -tienne, 333, 337.
-
--tier, tière, 336.
-
--tieux et dér., 333.
-
--tion et dér., 187, 333, 335.
-
--ton anglais, 148.
-
-
--u, ude, etc., 121-22
-
--ueil, 93.
-
--uite, 242.
-
--um, 123, 125.
-
--un, 149, 389.
-
--ur, -ure, 121, 292.
-
--urer, -urie, 122.
-
--us, 305-307.
-
--user, 122.
-
--ut, 329.
-
--ux, 344.
-
--uyer, 193.
-
--uz, 351.
-
-
--ville, 266-67.
-
--viller, villier, 270, 291.
-
-
--yen, 137.
-
-
-
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE
-
-DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS PROPRES
-
-N. B. Cet index eût été plus que doublé, si on y avait introduit tous
-les mots du texte et tous les noms propres. Mais c’eût été parfaitement
-inutile. D’abord une foule de mots sont cités comme exemples de
-prononciation normale pour les finales principales, et pour ceux-là
-l’index qui précède doit évidemment suffire. On peut même dire que
-cet index, qui est très étendu, en y joignant la _Table des matières_
-qui est fort développée, suffirait aisément pour trouver n’importe
-quel mot. On n’a pas voulu cependant refuser au lecteur un index
-alphabétique, qui dans certains cas peut être commode; mais on n’y a
-mis que l’utile, c’est-à-dire les mots sur la prononciation desquels
-on peut hésiter, ceux qui sont cités plus d’une fois, ceux qui sont
-l’objet de remarques spéciales, enfin tous ceux qui ont quelques
-chances d’y être cherchés. Par exemple certains mots techniques et
-rares ne sont employés que par les spécialistes, qui connaissent leur
-prononciation: à quoi bon en encombrer un index où personne ne les
-cherchera? D’autre part beaucoup de noms propres sont insérés dans des
-listes plus ou moins longues, où on les trouvera aussi facilement ou
-aussi rapidement avec la _Table des matières_ qu’à l’aide d’un index
-alphabétique. A quoi bon répéter par exemple au W les listes qui sont
-déjà au chapitre du W? De même pour beaucoup de mots étrangers. Il
-suffit que le lecteur soit bien averti qu’un mot qui est absent de
-la liste n’est pas pour ce motif absent du livre. J’ajoute que les
-abréviations imprimées en italique représentent plusieurs mots qui sont
-dans la même page, ou même des séries nombreuses, comme les finales.
-
-
-A
-
-Abatucci, 125, 220.
-
-abbaye, 190.
-
-abject, 215, 330.
-
-ab ovo, 111.
-
-Abraham, 25, 129, 130.
-
-abricotier, 111.
-
-abrupt, 331.
-
-Abruzzes, 351.
-
-_abs-_, 202, 315.
-
-accessit, 328.
-
-accroc, 100, 212.
-
-accueil, 93.
-
-Achéron, 224.
-
-achète, 222.
-
-Achille, 225, 267.
-
-achillée, -éide, 225-26, 270.
-
-Achmet, 226.
-
-aconit, 327.
-
-acrimonie, 33.
-
-Adam, 37, 129-30.
-
-adéquat, 291, 325.
-
-adosser, 110.
-
-ad patres, 38.
-
-adventice, 141, 142.
-
-adventif, 141.
-
-affairé, 85.
-
-affres, 31, 32.
-
-Agen, 138.
-
-Agenais, 165.
-
-agneau, 87.
-
-Agnès, agnus, 245.
-
-aigu, 85.
-
-_aigu-_, 242-44.
-
-aimer, 85.
-
-Aïnos, 304.
-
-ains, 308.
-
-aisé, 85.
-
-Aix, 344.
-
-Ajaccio, 219, 255.
-
-Alais, 302.
-
-albatros, 102, 304.
-
-albinos, 102, 304.
-
-alcarazas, 300.
-
-alcool, 104.
-
-Alexis, 303.
-
-Alger, 294.
-
-Algésiras, 319.
-
-alguazil, 36, 243, 260.
-
-aliquante, 291.
-
-Allah, 19.
-
-alleluia, 193.
-
-all right, 120.
-
-almanach, 221.
-
-Almeida, 88.
-
-alors, 310.
-
-aloyau, 190.
-
-alphabet, 326.
-
-Alsace, 315.
-
-altier, 293.
-
-amarrer, 34.
-
-ambesas, 300.
-
-amer, 294.
-
-amict, 217, 330.
-
-Amiens, 139, 309.
-
-amitié, 334, 336.
-
-Anchise, 226.
-
-ancillaire, 270.
-
-Angers, 295.
-
-Angra-Pequeña, 280, 289.
-
-anguille, 242, 265.
-
-anis, 37.
-
-_ann-_, 281.
-
-Anne, 26.
-
-année, 131, 281.
-
-Annunzio, 149, 282.
-
-anspect, 216.
-
-antechrist, 331.
-
-_anti-_ devant voy., 383.
-
-_anti-_ devant _s_ et voy., 317.
-
-antienne, 337.
-
-anus, 38.
-
-Anvers, 310.
-
-aoriste, Aoste, 41.
-
-août, 39-40, 329.
-
-aoûter, aoûteron, 40-41.
-
-api, 37.
-
-aplomb, 210.
-
-_app-_, 286.
-
-appendice, -icite, 142, 286.
-
-appétit, 165.
-
-appogiature, 246.
-
-a priori, 38.
-
-_aqua-_, 291.
-
-aqueduc, 165.
-
-aquilin, aquilon, 289.
-
-arachide, 225.
-
-araignée, 87.
-
-arc-boutant, etc., 214.
-
-archal, 222.
-
-_arché-_, 223.
-
-_archi-_, 225.
-
-arctique, 217.
-
-Arcueil, 93.
-
-Argens, 139, 309.
-
-Argueil, 93.
-
-arguer, 241.
-
-Arguin, 146, 243.
-
-argutie, 337.
-
-aristo, 100.
-
-Arkansas, 319.
-
-_arr-_, 297.
-
-Arras, 301.
-
-arriéré, 73.
-
-arroser, 110.
-
-arrow-root, 113, 343.
-
-_Ars-_, 315.
-
-arsenic, 213.
-
-arts et métiers, 384.
-
-Aruns, 149, 309.
-
-as, 300.
-
-aseptique, 317.
-
-Asnières, 33.
-
-aspect, 216.
-
-_ass-_, 322.
-
-Assas (d’), 301.
-
-assez, 53, 350.
-
-assied, assieds, 52, 228.
-
-asthme, -atique, 315, 332.
-
-_asym-_, 317.
-
-atlas, 23, 300.
-
-_att-_, 339.
-
-atterrir, 73.
-
-_au-_ initial, 115-116.
-
-Aubenas, 301.
-
-Auch, 114, 221.
-
-Auerstædt, 57, 61, 78.
-
-Augsbourg, 244.
-
-aujourd’hui, 116.
-
-aulne, _Auln-_, 261-62.
-
-Aunis, 303.
-
-Aureng-Zeyb, 88, 238.
-
-aurochs, 309.
-
-Austerlitz, 351.
-
-auto, 100.
-
-automne, -al, 275.
-
-autrui, 197.
-
-Auxerre, -ois, 347.
-
-Auxonne, 347.
-
-avant-hier, 366.
-
-avec, 213.
-
-aveline, 37.
-
-aveugle, 92, 93.
-
-avril, 261.
-
-Ay, 191.
-
-ayant, 189.
-
-aye, ayent, 163, 194.
-
-Ayen, 191.
-
-azimut, 329.
-
-
-B
-
-Baal, 24.
-
-babil, 261.
-
-baby, 43, 121.
-
-Bacciochi, 220, 226.
-
-Bacchus, 37.
-
-bacille, 266.
-
-Bædeker, 68, 78.
-
-Bagration, 339.
-
-Baïes, 28.
-
-bairam, 88.
-
-Balaam, 25.
-
-balaye, 193.
-
-balbutier, 336.
-
-balsamique, 315.
-
-Banyuls, 125, 310.
-
-banzaï, 119.
-
-_bapt-_, 285.
-
-bardit, 327.
-
-bar-maid, 88.
-
-baroque, 37.
-
-barricade, 34.
-
-_basa-_, 36.
-
-bascule, 38.
-
-Basile, 36.
-
-basileus, 72, 304, 318.
-
-basilique, basoche, 36.
-
-basquine, 289.
-
-basset, bassesse, basson, 35.
-
-bastonnade, 38.
-
-Bataves, 37.
-
-_bay-_, _Bay-_, 191.
-
-Baylen, 88.
-
-Bayreuth, 88, 92.
-
-_baz-_, _Baz-_, 36.
-
-Béarn, 280.
-
-beaucoup, 284, 360.
-
-Beauvaisis, 303.
-
-Bebel, 76.
-
-_bec-_, 212.
-
-beefsteack, 43, 313.
-
-Beethoven, 78.
-
-béguin, béguine, 243.
-
-Belfort, 262.
-
-Belsunce, 149, 315.
-
-Belzébuth, 332.
-
-_Ben-_, 144.
-
-bengali, 143.
-
-Benjamin, 143.
-
-benjoin, 143.
-
-Benserade, 143.
-
-Bentivoglio, 144, 246, 280.
-
-benzine, 144.
-
-Berlioz, 107.
-
-Bernoulli, 269.
-
-Besenval, 141.
-
-besicles, 170.
-
-besson, 171.
-
-bêta, 18.
-
-bêtise, 72.
-
-_Beu-_, 96.
-
-beugle, 92.
-
-Beyrouth, 88.
-
-bief, biez, 231, 350.
-
-bien, 136, 390.
-
-bigarré, -reau, 34, 37.
-
-bill, 264.
-
-billebaude, -vesée, 267.
-
-Billom, 130.
-
-bis, 303.
-
-Biscaye, 28, 191.
-
-blason, 36.
-
-Blaye, 28, 191.
-
-bleuet, bluet, 94.
-
-blockhaus, 116, 304.
-
-Blücher, 224, 295.
-
-bluff, bluffer, 126.
-
-boa, 112.
-
-bobo, 111.
-
-Bœcklin, 77, 146.
-
-Boerhaave, 39, 78.
-
-Boers, 66, 78.
-
-bœuf, 91, 93, 231-32.
-
-Bohême, 199.
-
-Boilly, 269.
-
-_Bois-_, 312.
-
-bonneterie, 173.
-
-book, 112.
-
-bookmaker, 42-43.
-
-Boson, 110.
-
-Boullongne, 282.
-
-bourg, Bourg, 236, 363.
-
-bourgmestre, 236.
-
-Bourgueil, 93.
-
-bow-window, 343.
-
-boy, 50.
-
-boyard, 191.
-
-boycotter, 50.
-
-brahme, 25.
-
-Bramante, 52.
-
-brame, 25.
-
-brasero, 76, 318.
-
-brayette, 191.
-
-bréchet, 170.
-
-Bretagne, 87.
-
-breuvage, 93.
-
-breveté, 170, 173.
-
-bric (de) et de broc, 212.
-
-briqueterie, 173.
-
-broc, 100, 212.
-
-Broglie, 246.
-
-_bronch-_, 222.
-
-Brongniart, 232.
-
-Brooklyn, 113, 146.
-
-browning, 145, 238, 343.
-
-Brown-Sequard, 291, 343.
-
-bruire, bruit, etc., 197.
-
-Brunswick, 149.
-
-brut, 329.
-
-Bruxelles, 347.
-
-bruyant, 190, 192.
-
-bruyère, 192.
-
-Buch, 221.
-
-budget, 126.
-
-_Buona-_, 125.
-
-Bueil, 53.
-
-Buenos-Ayres, 60, 84, 88.
-
-buffleterie, 172.
-
-bulbul, 124.
-
-bull, John Bull, 125.
-
-burg, 124.
-
-but, 329.
-
-Buzenval, 143.
-
-Byron, 121, 148.
-
-
-C
-
-cabre, cabrer, 32, 34.
-
-cacaoyère, 191.
-
-cachexie, 224.
-
-cachucha, 226.
-
-cadavéreux, 34.
-
-cadédis, 303.
-
-cadenasser, 35.
-
-Cadix, 37.
-
-cadran, cadrer, 34.
-
-cadre, 31.
-
-cæcum, 75.
-
-Caen, 134, 137.
-
-Caennais, 134.
-
-Cagliostro, 246.
-
-_cail-_, 36.
-
-Calais, 37.
-
-Calas, 301.
-
-Calderon, 76.
-
-Calicut, 329.
-
-Calvados, 103, 304.
-
-camarilla, 268.
-
-Cambrésis, 303.
-
-Cameroun, 76.
-
-Camille, 265.
-
-camomille, 265.
-
-cant, 330.
-
-canut, Canut, 329.
-
-caoutchouc, 41, 212, 249.
-
-capillaire, 270.
-
-caqueterie, 173.
-
-Carabas, 301.
-
-Carducci, 125, 220.
-
-carotte, 37.
-
-Carpentras, 141, 301.
-
-_carr-_, 34.
-
-carriole, carrosse, 37.
-
-casemate, 36.
-
-Caserte, 52.
-
-casoar, 199.
-
-casse, casser, 22, 34.
-
-casserole, 35.
-
-cassette, 35.
-
-cassis, 37, 302.
-
-Castiglione, 246.
-
-Câtelet, 33.
-
-catéchumène, 223.
-
-cauchemar, 116.
-
-cautériser, 116.
-
-Cavaignac, 87.
-
-Caventou, 141.
-
-celer, 190.
-
-Cellini, 219.
-
-celui, 263.
-
-cens, 139, 308.
-
-_cent-_, 141.
-
-centaure, 114.
-
-centaurée, 115.
-
-centiare, 338.
-
-cep, 284.
-
-cercueil, 93.
-
-cerf, 232.
-
-ces, 54.
-
-Ceuta, 96.
-
-Ceylan, 88.
-
-Chablis, 37.
-
-chalet, 37.
-
-challenge, 43, 144.
-
-chamarrer, 34.
-
-Chamfort, 129.
-
-Chamlay, 129.
-
-Chamonix, 344.
-
-Champagne, 87.
-
-Champaigne, 87.
-
-Champmeslé, 73, 284.
-
-Champs-Elysées, 377, 378, 384.
-
-_Chan-_, 227.
-
-chaouch, 221.
-
-chargeure, 240.
-
-chariot, 37.
-
-_charr-_, 36-37, 297.
-
-chassieux, 37.
-
-châtaigne, 87.
-
-châtier, 335.
-
-Chaulne, 261.
-
-_ché-_, _Ché-_, 224.
-
-_chef-_, 231.
-
-Chemulpo, 125, 227.
-
-chéneau, 169.
-
-cheptel, 285.
-
-cher, Cher, 294.
-
-Cherbuliez, 350.
-
-chérif, 224.
-
-cherra, 73, 297.
-
-chérubin, 224.
-
-Cherubini, 125, 224.
-
-chester, 226, 295.
-
-chévecier, 170.
-
-chevesne, 310.
-
-Cheviot, 328.
-
-chez, 53, 350.
-
-_chi-_, 224-25.
-
-_Chi-_, 226-27.
-
-Childe-Harold, 120, 226
-
-chinchilla, 226, 268.
-
-chocolat, 18.
-
-Choiseul, 93, 258.
-
-_chol-_, _chor-_, 222.
-
-chrétien, 142, 335, 337.
-
-chrétienté, 142.
-
-Christ, 331.
-
-chrestomathie, 338.
-
-chromo, 100.
-
-chulo, 124, 226.
-
-chut, 123.
-
-chyle, chyme, 225.
-
-ci-gît, 327.
-
-cinabre, 32.
-
-cinq, 287.
-
-Cinq-Mars, 287, 310.
-
-cipaye, 28, 191, 303.
-
-circonspect, 216.
-
-clamer, clameur, 34.
-
-Clarens, 140, 308.
-
-claret, 327.
-
-Claretie, 337.
-
-classe, classer, 22, 33.
-
-classique, 33, 323.
-
-Claude, Claudine, 218.
-
-clef, 231.
-
-clerc, 214, 363.
-
-Clésinger, 239, 295.
-
-cloaque, 112.
-
-clown, 343.
-
-club, 126.
-
-Clytie, 337.
-
-_co-_, 112.
-
-coaltar, 45.
-
-cobaye, 28, 191.
-
-Coblentz, 139.
-
-Cobourg, 110.
-
-Coccaie, 191.
-
-coccyx, 346.
-
-cock-tail, 88.
-
-coco, 111.
-
-codicille, 266.
-
-Coëfféteau, 200.
-
-Coëtlogon, 75.
-
-cognassier, 245.
-
-Coigny, 49.
-
-col, 258.
-
-cold-cream, 45.
-
-_coll-_, 272.
-
-_colliqu-_, 291.
-
-Colomb, 210.
-
-_comm-_, 277.
-
-compagnie, 282.
-
-compagnon, 87.
-
-compendieux, 141.
-
-compte et dér., 285.
-
-con brio, etc., 148.
-
-concept, 331.
-
-Condom, 130.
-
-Confolens, 140, 308.
-
-conifère, conique, 109.
-
-conjungo, 149.
-
-Connaught, 116, 282, 328.
-
-conquistador, 290.
-
-conscience, -ient, 314.
-
-consomption, 285.
-
-construire, 197.
-
-_contre-_ devant _s_ et voy., 317.
-
-coolie, 112.
-
-coq, 287.
-
-corps, 284, 309.
-
-_corr-_, 298, 299.
-
-Corte, 52.
-
-_cos-_ devant voy., 317.
-
-côté, coteau, -lette, 109.
-
-cotignac, 212.
-
-cottage, 43.
-
-couenne, 64.
-
-couguar, 243.
-
-coup, 284.
-
-_courr-_, 297, 299.
-
-cours, 310.
-
-Coutras, 301.
-
-cow-boy, 50, 343.
-
-cowpox, 343.
-
-crabe, 23.
-
-Craon, 133.
-
-Craonnais, 134.
-
-Craonne, 134.
-
-crémaillère, 36.
-
-crescendo, 144, 220.
-
-cresson, 171.
-
-cric, 212.
-
-cricket, 327.
-
-Critias, 339.
-
-croc, 100, 212.
-
-croc-en-jambe, 100, 361.
-
-Cromwell, 274, 342.
-
-croquet, 327.
-
-crucifix, 344.
-
-cuiller, 269, 293, 295.
-
-cuillerée, 165, 269.
-
-Cujas, 301.
-
-cul et comp., 258-259.
-
-Curaçao, 41.
-
-curetter, 166.
-
-Cyrille, 267.
-
-czar, 220.
-
-_Czar-_, Czerny, etc., 220, 352.
-
-
-D
-
-Daily News, 87, 343.
-
-daim, 130.
-
-dam, 129.
-
-damas, Damas, 301.
-
-dame-jeanne, 26.
-
-damnation, 34.
-
-damne, damner, 25, 34, 275.
-
-Damrémont, 129.
-
-Damville, 129.
-
-Dantzig, 238.
-
-Darwin, 146, 342.
-
-Daubenton, 141.
-
-David, 229.
-
-débet, 327.
-
-debout, 329.
-
-Decaen, 137.
-
-déclarer, 37.
-
-décollète, 174.
-
-décorum, 111.
-
-dédaigner, 85.
-
-déficit, 328.
-
-degré, 170.
-
-dehors, 170.
-
-déjà, 75.
-
-déjeune, 92.
-
-délabre, -er, 32, 34.
-
-déliquescence, 288.
-
-dendrite, 142.
-
-Denis, Denys, 303.
-
-de profundis, 149.
-
-dérailler, 35, 259.
-
-dernier, 359.
-
-des, 54.
-
-_Des-_ devant cons., 312.
-
-_dés-_ devant voy., 316, 317.
-
-Desaix, 319, 344.
-
-Desèze, etc., 319.
-
-désosser, 109.
-
-desquamation, 291.
-
-desquels, 72, 312.
-
-_dess-_, 321.
-
-dessus, dessous, 320.
-
-détritus, 305.
-
-détruire, 197.
-
-Deucalion, 96.
-
-deutéronome, 96.
-
-deux, 344.
-
-deuxième, 348.
-
-diable, 30.
-
-diablesse, diablotin, 35.
-
-diachylon, 225.
-
-diagnostic, 110.
-
-diffamer, 33.
-
-Dillon, 267.
-
-diplomate, 109.
-
-disponible, 110.
-
-_diss-_, 322.
-
-distille et dér., 266.
-
-distinct, 217, 330.
-
-district, 217, 330.
-
-divin, 389.
-
-dix, 345-346, 356.
-
-dixième, 348.
-
-_dodéca-_, 111.
-
-dodo, 111.
-
-dog-cart, 330.
-
-doge, 104.
-
-doigt, 236, 325.
-
-dom, 130.
-
-Dombasle, 24.
-
-Domfront, 129.
-
-Dommartin, 129.
-
-dompter, 285.
-
-Domremy, 171.
-
-doña, 280.
-
-donc, 213.
-
-dossier, 110.
-
-dot, 100, 328.
-
-douairière, 87.
-
-Douarnenez, 350.
-
-Doubs, 210.
-
-Doullons, 140, 308.
-
-drachme, 226.
-
-Draguignan, 243.
-
-drawback, 45, 342.
-
-dreadnought, 246.
-
-drolatique, 109.
-
-Drouyn, 147, 148.
-
-Droysen, 50.
-
-druide, 197.
-
-Du Bellay, 271.
-
-Duchesnois, 73.
-
-Dugazon, 36.
-
-Du Guesclin, 73, 313.
-
-Dulaurens, 139, 309.
-
-Dumesnil, 73.
-
-Dumouriez, 53, 350.
-
-Duncan, etc., 149.
-
-Dundee, 78, 149.
-
-duo, 197.
-
-Dupleix, 344.
-
-Dupuytren, 138.
-
-Duras, 301.
-
-Dusaulx, 319.
-
-dysenterie, 141, 316.
-
-
-E
-
-ébruiter, 197.
-
-échecs, 213.
-
-échevelé, 157, 173.
-
-Ecouen, 137.
-
-écueil, 93.
-
-écuyer, 190.
-
-edelweis, 88.
-
-éden, 138.
-
-effendi, 144.
-
-éléphantiasis, 338.
-
-elle, 62.
-
-Elsa, Elsevier, 315.
-
-_emm-_, 132, 275-76.
-
-empierrer, 73.
-
-empoigne, -gner, 49.
-
-en, 137, 380.
-
-_en-_ initial, 140.
-
-enamourer, 133.
-
-encadre, -er, 31, 34.
-
-encaustique, 116.
-
-encoignure, 49.
-
-endiablé, 35.
-
-endosser, 110.
-
-enfer, 294.
-
-enflammer, 35.
-
-Engadine, 144.
-
-Enghien, 137.
-
-enhardir, 248.
-
-enharmonie, 132.
-
-enivrer, 132, 133.
-
-ennemi, 74.
-
-ennoblir, etc., 132.
-
-ennui, 132.
-
-enorgueillir, 97, 133.
-
-enregistrer, -ement, 170.
-
-ensevelir, 173.
-
-entasse, -er, 22, 34.
-
-entêté, 72.
-
-entier, 293.
-
-entrelacs, 213, 309.
-
-entresol, etc., 317.
-
-envergure, 240.
-
-enverrai, 73, 297.
-
-épaissir, 85.
-
-épaulette, 116.
-
-épenthèse, 142.
-
-épizootie, 338.
-
-époussette, 174.
-
-équarrir, 291.
-
-_équat-_, 291.
-
-_éque-_, 288.
-
-_équi-_, 289.
-
-érafle, -er, 31, 34.
-
-_err-_, 297-298.
-
-es (tu), 56.
-
-ès, 60, 302.
-
-escadre, 31.
-
-Eschine, 313.
-
-Eschyle, 225, 313.
-
-escient, 314.
-
-escroc, 100, 212.
-
-escroquer, 111.
-
-esquire, 120, 290.
-
-essaim, 130.
-
-essayer, 193.
-
-est (il), 55.
-
-est-ce, 60.
-
-estomac, 212.
-
-estramaçon, 37.
-
-Estramadure, 125.
-
-étaim, 130.
-
-Etats-Unis, 377, 383.
-
-éteuf, 231.
-
-étiage, 335.
-
-Etienne, 337.
-
-étioler, Etioles, 338.
-
-étiologie, 338.
-
-eu, eus, eusse, 94, 164.
-
-_eu-_, _Eu-_ initial, 75-96.
-
-Eudes, 92.
-
-euphuisme, 197.
-
-_ex-_ devant voy., 348-49.
-
-exact, 215, 330.
-
-ex æquo, 349.
-
-examen, 137-138, 279.
-
-_exc-_, 348.
-
-exeat, 325, 349.
-
-Exelmans, 135, 309, 349.
-
-exempt et dér., 284-285, 329, 349.
-
-exequatur, 291, 349.
-
-_exs-_, _ext-_, 348.
-
-extraordinaire, 41.
-
-extrémité, 73.
-
-ex voto, 111.
-
-Ezéchias, Ezéchiel, 226.
-
-
-F
-
-fa, 18.
-
-fabrique, 34.
-
-fabuliste, 34.
-
-factotum, 111.
-
-faim, 130.
-
-fainéant, 74.
-
-Fairfax, 88.
-
-fait, 327.
-
-fantasia, 318.
-
-faon, 183.
-
-farniente, 144.
-
-faséole, 36.
-
-fashion, 323.
-
-fat, 325.
-
-Faucilles, 267.
-
-faulx, 262.
-
-Faust, 114.
-
-fayot, 191.
-
-féerie, 73.
-
-feldspath, 229.
-
-fêlure, 72.
-
-femme, 64, 131.
-
-Fénelon, 165.
-
-fer, 294.
-
-Féroë, 77.
-
-_ferr-_, 297.
-
-ferrailler, 74.
-
-ferrer, ferrure, 73.
-
-fêter, 73.
-
-_feu-_, _Feu-_, 96.
-
-fez, Fez, 350, 351.
-
-fibrille, 266.
-
-fier, Fier, 293-295.
-
-Fieschi, 78, 226.
-
-Fiesole, 52, 78.
-
-fils, 261, 302-303, 309.
-
-five o’clock, 120.
-
-Flameng, 140, 238.
-
-Fleurus, Fleury, 96.
-
-flirt, flirter, 120, 330.
-
-fluide, 197.
-
-flush, 126.
-
-flux, 344.
-
-Foch, 221.
-
-fœhn, 77, 247.
-
-fœtus, 75.
-
-fol, 258.
-
-folklore, 112.
-
-football, 113.
-
-Forez, 53, 350
-
-forum, 111.
-
-fossé, fossette, etc., 110.
-
-fouet, 55.
-
-fouette, fouetter, 59.
-
-franc, 361.
-
-Francfort, 218.
-
-frangipane, 239.
-
-Freischütz, 88, 227.
-
-Fréjus, 307.
-
-frelon, 170.
-
-fret, 326.
-
-Friedland, 78, 228.
-
-Frœschwiller, 76, 227, 294.
-
-froid, 229.
-
-fruit, 197.
-
-fruitier, 198.
-
-fuchsine, 226.
-
-fueros, 124, 304.
-
-Furens, 140.
-
-furia francese, 124, 135, 220.
-
-
-G
-
-gageure, 94, 240.
-
-gagner, 34, 87.
-
-galimatias, 338.
-
-galop, 100, 284.
-
-galoper, 111.
-
-gangrène, 239.
-
-garden-party, 76.
-
-garer, 35.
-
-garrot, 37.
-
-gars, 295, 309.
-
-gaz, 350.
-
-_gaz-_, 36.
-
-_Ge-_, _Gé-_, 239.
-
-Gédoyn, 147.
-
-geline, gelinotte, 170.
-
-Gellée, 171.
-
-Genevois, 173.
-
-Geneviève, 173-174.
-
-Gengis-Khan, 144.
-
-gens, 139, 308.
-
-Genséric, 144.
-
-gentil, -homme, 260, 378.
-
-gentille, -esse, 265.
-
-gentleman, 76, 143, 246.
-
-geôle, geôlier, 239, 240.
-
-Gérardmer, 229, 295.
-
-Gerolstein, 146, 239.
-
-Gers, 294-295, 310.
-
-Gervinus, 125.
-
-Gessler, Gessner, 239.
-
-Gevaert, 82, 239, 330.
-
-Gex, 345.
-
-geyser, 89.
-
-giaour, 246.
-
-_Gi-_, 239.
-
-Gier, Rive-de-, 295.
-
-gin, 120, 146, 246.
-
-ginseng, 238.
-
-giorno (a), 246.
-
-gipsy, 246.
-
-girasol, 318.
-
-glabre, 32.
-
-globe, 104.
-
-Gluck, 125.
-
-_gn-_, _Gn-_, 245, 283.
-
-gneiss, 88, 245.
-
-goéland, goélette, 200.
-
-Gœthe, 77.
-
-Gœttingue, 77, 146, 230.
-
-gogo, 112.
-
-gong, 238.
-
-gosier, 110.
-
-Goth, 332.
-
-Gounod, 100, 229.
-
-Goya, 192.
-
-goyave, 191.
-
-gracier, gracieux, 33.
-
-grammaire, 131, 276.
-
-granit, 328.
-
-grasseyer, 34.
-
-gratis, 38.
-
-gratuit, 327.
-
-grazioso, 352.
-
-gréement, 73.
-
-Greenwich, 78, 226.
-
-gréneterie, 173.
-
-grésil, 261.
-
-Grieg, 78, 238.
-
-gril, 261.
-
-Groenland, 77, 144, 228.
-
-groin, 147, 199.
-
-groom, 113.
-
-groseille, 110.
-
-_gross-_, 110.
-
-gruyer, gruyère, 192.
-
-_Gua-_, 244.
-
-Guadeloupe, 244.
-
-guano, 243.
-
-_gué-_, _gué-_, 241.
-
-_Gue-_, _Gué-_, 241-242.
-
-guérilla, 268.
-
-guerrier, 73.
-
-gueule, -lard, 93.
-
-_gui-_, _Gui-_, 242.
-
-Guipuzcoa, 243, 252.
-
-guise, Guise, 242, 243.
-
-Guizot, 243.
-
-gulf-stream, 45, 126.
-
-Gunther, 145.
-
-gutta-percha, 126, 222, 339.
-
-_Guy-_, 192, 212.
-
-gymnase, 316.
-
-gymnosophiste, 318.
-
-
-H
-
-Hæckel, Hændel, 78.
-
-haler, 24.
-
-halluciner, 250.
-
-haltères, 250.
-
-hameau, 37.
-
-hameçon, 250.
-
-Hamlet, 254.
-
-Hanovre, 104, 254.
-
-hanse et dér-, 254.
-
-hareng, 140, 236.
-
-haro, 37.
-
-harpye, _Harp-_, 252, 254.
-
-haut-, _Haute-_, 252.
-
-havresac, 318.
-
-Haydée, Haydn, 88.
-
-hecto, 100, 250.
-
-Hegel, 239.
-
-Heidelberg, 88, 89.
-
-hélas, 300.
-
-_hélio-_, _hémi-_, etc., 250.
-
-_hémorr-_, 298.
-
-Hendaye, 28, 141, 191.
-
-_hendéca-_, 141.
-
-hennir, 74.
-
-Henri, -iette, 254.
-
-Hephaistos, 88.
-
-héraut, _hérald-_, 254.
-
-hérisser, -son, 252.
-
-héros et dér., 253.
-
-hésiter, 252.
-
-heurt, 330.
-
-heurte, 93.
-
-_hexa-_, 349.
-
-hiatus, 38.
-
-hidalgo, 251.
-
-hier, 195, 253, 294.
-
-_hiér-_, 195, 250, 252.
-
-high-life, 120.
-
-hinterland, 251.
-
-hiver, 294.
-
-_hipp-_, 286.
-
-hirsute, 250.
-
-hoir, hoirie, 250.
-
-Hollande, 254, 272.
-
-holocauste, 114.
-
-Holstein, 146.
-
-home, 112.
-
-home rule, 125.
-
-Hong-Kong, 238.
-
-Hongrie, 254.
-
-hôpital, 109.
-
-_horr-_, 298.
-
-hors, 252.
-
-Hortensius, 143.
-
-hosanna, 110, 252, 281.
-
-hôtel, 109.
-
-hourra, 19.
-
-Houssaye, 191.
-
-hoyau, 190.
-
-Hugo, 254.
-
-huile et dér., 118, 250, 253.
-
-huis, huissier, 254.
-
-huit, 153, 155, 253, 328.
-
-Humbert, 149.
-
-Humboldt, 149, 331.
-
-Hume (David), 126.
-
-humour, 126.
-
-Hyacinthe, 195, 250.
-
-hyène, 250.
-
-hymen, 138, 279.
-
-Hypatie, 337.
-
-hypocras, 23, 300.
-
-
-I
-
-ichneumon, 96.
-
-ichtyosaure, 318.
-
-idiotisme, 111.
-
-Iéna, 152.
-
-igname, 245.
-
-Ignatief, 245, 339.
-
-igné, _igne-_, _igni-_, 245.
-
-iguane, 243.
-
-il, 259.
-
-_ill-_, 270.
-
-imbroglio, 246.
-
-_imm-_, 276.
-
-immédiat, 325.
-
-imprégnation, 245.
-
-impresario, 76, 318.
-
-incognito, 146, 245.
-
-indemnité, -iser, 75, 275.
-
-indomptable, 285.
-
-in-douze, 145.
-
-indult, 261.
-
-ineptie, inertie, 335, 336, 337.
-
-inexpugnable, 245.
-
-in extenso, 141, 145.
-
-inextinguible, 242.
-
-in extremis, 75, 145, 305.
-
-infamie, 33.
-
-infect, 215.
-
-in-folio, 36, 145.
-
-ingrédient, 138.
-
-initier, 336.
-
-_inn-_, 281.
-
-in partibus, 145, 305.
-
-in petto, 145, 340.
-
-in-plano, 38, 145.
-
-in-quarto, 145, 291.
-
-inquiétude, 289.
-
-insister, 319.
-
-instinct, 217, 330.
-
-instruire, 197.
-
-_interr-_, 297.
-
-interview, -ewer, 146, 343.
-
-_intus-_ suivi d’_s_, 322.
-
-_irr-_, 298.
-
-Isaac, 25.
-
-_Isl-_, _Ism-_, _Isr-_, etc., 313, 315.
-
-isthme, -ique, 332.
-
-
-J
-
-Jacob, -bin, -bite, 35.
-
-jaconas, 301.
-
-_Jacqu-_, 35.
-
-Jacques, -erie, 21.
-
-jadis, 37, 302.
-
-jaguar, 243.
-
-James, 43, 256.
-
-Jamyn, 145.
-
-Janina, 255.
-
-Janus, 38.
-
-Japet, 255.
-
-jarret, 37.
-
-jaseran, Jason, 36.
-
-Jassy, 255.
-
-Jean et dér., 164.
-
-Jeanne, 26, 164.
-
-Jeannette, -eton, -ot, 35.
-
-Jéhovah, 19.
-
-Jenner, 256, 282.
-
-Jenny, 74, 282.
-
-Jersey, 256, 315.
-
-Jésus, 307-308.
-
-jettatura, 124, 255, 340.
-
-jeudi, 96.
-
-jeun (à), 92, 164.
-
-jeune, 93.
-
-jeûne, 92.
-
-Joachim, 130, 225.
-
-joaillier, 199.
-
-Jocelyn, 145.
-
-Joconde, 255.
-
-Johannisberg, 238, 255.
-
-John Bull, 125, 256.
-
-Jordaens, 79, 134, 139, 256.
-
-Joseph, -ine, 110.
-
-joug, 235-236.
-
-Juan, 125, 256.
-
-juillet 269, 326.
-
-Juilly, 269.
-
-juin, 197.
-
-Jungfrau, 116, 125, 255.
-
-jungle, 149.
-
-junte, 149.
-
-jusquiame, 289.
-
-Jutland, 228, 256.
-
-
-K
-
-kaiser et dérivés, 88.
-
-Kamtschatka, 227, 274, 332.
-
-Kant, 135, 330.
-
-Kehl, 57.
-
-Kent, 139.
-
-Kerguélen, 138, 242.
-
-Kiel, 78.
-
-Kiev, 341.
-
-kilo, 100.
-
-Kluck, 1285.
-
-knout, 329.
-
-Kœnigsberg, 77, 238.
-
-krach, 221.
-
-Kruger, 239, 295.
-
-kulturkampf, 124.
-
-Kurdistan, 125.
-
-Kyrie eleison, 148, 318.
-
-
-L
-
-la, 18.
-
-labadens, 308.
-
-La Boëtie, 333, 337.
-
-Laboulaye, 191.
-
-La Bruyère, 192.
-
-La Châtre, 31.
-
-lacs, 213, 309.
-
-ladre, 32.
-
-lady, 43.
-
-Lænsberg, 78, 238.
-
-laisser, laitue, 85.
-
-Lally-Tollendal, 141.
-
-lama, 37.
-
-Lamennais, 171.
-
-Lamoignon, 49.
-
-lampas, 300, 301.
-
-landsturm, 124.
-
-Lang-son, 148-149, 233.
-
-Laon, 133.
-
-Laonnais, 134.
-
-lapis-lazuli, 38, 303.
-
-laps, 309.
-
-Largillière, 270.
-
-lasse, lasser, 22, 34.
-
-La Trémoille, 269.
-
-latrine, 37.
-
-Lauraguais, 244.
-
-Laurens (J.-P.), 139, 309.
-
-lauréat, laurier, 115.
-
-La Vrillière, 270.
-
-Law, 45, 342.
-
-lawn-tennis, 45, 342.
-
-Lawrence, 140, 342.
-
-Laybach, 88.
-
-Lazare, 36.
-
-lazarone, 52, 351.
-
-lazzi, 351-52.
-
-Leclerc, Leclerq, 214.
-
-léger, 293.
-
-legs, 55, 237, 309.
-
-Leibniz, 88, 147, 351.
-
-Leicester, 88.
-
-Leipzig, 88, 238.
-
-Leitha, 88.
-
-leit-motif, 88.
-
-Lenau, 76.
-
-Lens, 139, 309.
-
-Lérins, 309.
-
-les, 54.
-
-_Les-_ devant cons., 312.
-
-_Les-_ devant voy., 318, 319.
-
-Lesbos, 103, 312.
-
-lesquels, 72, 312.
-
-Leuctres, 93.
-
-leude, 92.
-
-lez, 53, 350.
-
-lichen, 224, 279.
-
-Liebig, 78.
-
-lied, 77, 229.
-
-ligneux, lignite, 245.
-
-Lilliput, 329.
-
-lilliputien, 270, 337.
-
-limaçon, 37.
-
-linceul, 258.
-
-lingual, -iste, 242, 243.
-
-_liqu-_, 288.
-
-liquidambar, 290.
-
-lis, fleur de-, 302.
-
-Liszt, 351.
-
-_litt-_, 340.
-
-lloyd, 273.
-
-lobe, 101.
-
-loch, 221.
-
-Lohengrin, 145, 146.
-
-lolo, 111.
-
-lombric, 213.
-
-long, 236, 362.
-
-Longueil, 93.
-
-Longwy, 236, 244, 342.
-
-Lons-le-Saunier, 309.
-
-loquace, -acité, 291.
-
-lord, 228.
-
-lorsque, 183, 310.
-
-Lot, 328.
-
-louveterie, 173.
-
-Loyola, 192.
-
-Lucayes, 28, 191.
-
-lumbago, 149.
-
-lunch, luncher, 149, 220.
-
-lut, 329.
-
-lysimachie, 224.
-
-
-M
-
-macadam, 130.
-
-macfarlane, 43.
-
-Machiavel et dér., 226.
-
-maçon, 37.
-
-madeleine, 37.
-
-Madeleine, 37.
-
-madras, 300.
-
-Madras, 301.
-
-madré, madrier, 37.
-
-Madrid, 229.
-
-Mælzel, 78.
-
-Maeterlinck, 79, 146.
-
-Maëstricht, 79, 221, 330.
-
-mafflu, 37.
-
-Magendie, 143.
-
-_magn-_, 244-245, 287.
-
-magot, 37.
-
-mail-coach, 45, 88.
-
-maillechort, 222.
-
-Maimonide, 88.
-
-mairie, 165, 296.
-
-maïs, 302-303.
-
-maison, 85.
-
-majeur, major, etc., 38.
-
-Majorque, 38, 255-256, 269.
-
-Majunga, 149.
-
-Malachie, 224.
-
-malagueña, 280.
-
-Malesherbes, 165, 312, 315.
-
-malotru, 111.
-
-maman, 39.
-
-mandrill, 264.
-
-mangeure, 240.
-
-maniéré, 73.
-
-Mantegna, 282.
-
-manzanilla, 268.
-
-maquis, 37.
-
-maravédis, 303.
-
-marc, Marc, 214.
-
-mardi, 38.
-
-Marennes, 37.
-
-Marilhat, 273.
-
-Maroilles, 269.
-
-marqueterie, 172.
-
-marraine, marri, 37.
-
-marron, 37.
-
-mars, 310.
-
-martyr, 38.
-
-mas, Mas-, 300, 301.
-
-masure, 36.
-
-mat, 45, 325.
-
-matelasser, 35.
-
-mater, mâter, 21.
-
-Mathusalem, 319.
-
-Maubeuge, 92.
-
-Mauclerc, 214.
-
-Maupeou, 164.
-
-mauvais, 116.
-
-mayonnaise, 249.
-
-mazette, 36.
-
-Médicis, 303.
-
-Meilhiac, Meilhan, 273.
-
-Mein, 146.
-
-Meinam, 88.
-
-Mékong, 238.
-
-mélange, mêler, 73.
-
-_Melchi-_, 226.
-
-Melchisédec, 226, 319.
-
-Mélilla, 268.
-
-mélo, 100.
-
-Memphis, 143.
-
-menstrues, 141-142.
-
-menthol, 141, 143.
-
-mentor, 141, 142.
-
-menuisier, 198.
-
-Méphisto, 100.
-
-mercredi, 296.
-
-mérinos, 102, 304.
-
-mes, 54.
-
-_més-_, 316.
-
-mesdames, 72, 312.
-
-messied, 52.
-
-messieurs, 72, 91, 292.
-
-métis, 302.
-
-métro, 100.
-
-Metz, 60, 332, 351.
-
-meugle, 92.
-
-meule, 92.
-
-Meung, 92, 164, 236.
-
-meunier, 96.
-
-Meurice, 96.
-
-Meurthe, meurtre, 93.
-
-meut, meux, 91.
-
-mezzo, 352.
-
-Michel, 224.
-
-Michel-Ange, 224.
-
-mien, 136, 387.
-
-mil, 259, 261.
-
-mildew, 343.
-
-Milhau, 273.
-
-milieu, 262, 263.
-
-mille et dér., 266, 269.
-
-_Mill-_, 269-70.
-
-Milton, 148.
-
-miss, mistress, 120.
-
-moelle, -llon, 62, 200.
-
-mœurs, 310.
-
-moignon, 49.
-
-moins, 308.
-
-Moïse, 199.
-
-moitié, 334, 336.
-
-momerie, momie, momier, Momus, 110.
-
-monachisme, 225.
-
-mons, Mons, 308, 309.
-
-monsieur, 91, 148, 292.
-
-_Mont-_, 332.
-
-montagne, 87.
-
-Montaigne, 87.
-
-Montargis, 304.
-
-_Monte-_, 76.
-
-Montorgueil, 93.
-
-Montpellier, 171, 271.
-
-_Montr-_, 332-333.
-
-Morellet, 171, 272.
-
-mosaïque, 110.
-
-mot, 99.
-
-mot à mot, 100, 328.
-
-moteur, motrice, 111.
-
-motus, 110.
-
-mouette, 63.
-
-mourrai, 296.
-
-mousqueterie, 172.
-
-moyen, 189, 190.
-
-muezzin, 146, 351.
-
-muid, 229.
-
-Munster, 149.
-
-Murger, 239, 294.
-
-Murillo, 268.
-
-myrtille, 266.
-
-
-N
-
-nacre, 31, 32.
-
-naïade, 37.
-
-nanan, 39.
-
-nansouk, 319.
-
-Naples, 31.
-
-narrer, 34.
-
-nasal, naseaux, 36.
-
-Natchez, 350.
-
-naufrage, 116.
-
-navre, navrer, 32, 34.
-
-néanmoins, 132.
-
-négus, 124.
-
-Nelson, 148.
-
-nenni, 74.
-
-Népaul, 114.
-
-nerf, 232.
-
-Néris-les-Bains, 304.
-
-net, 326.
-
-_Neu-_, 96.
-
-neuf, 91, 93, 233-235.
-
-_Neuf-_, 91.
-
-neume, 92.
-
-neuvaine, -vième, 95.
-
-_New-_, 343.
-
-Newton, 148, 343.
-
-nez, 53, 350.
-
-nid, 229.
-
-_Nie-_, 78.
-
-Niebelung, 78, 125, 239.
-
-Niger, 239, 295.
-
-noël, 199.
-
-Nolhac, 273.
-
-nom, 130.
-
-nœud, 90, 229.
-
-notre, 296.
-
-nummulite, 123.
-
-nunc (hic et), 149.
-
-nurse, nursery, 126.
-
-
-O
-
-oasis, 112.
-
-obliquité, 290.
-
-_obs-_, 202, 315.
-
-obséquieux, 290.
-
-obstiné, 210.
-
-obus, 110, 305-6.
-
-occiput, 329.
-
-odeur, 110.
-
-œc-, œd-, Œd-, etc., 75.
-
-œil, 93.
-
-œuf, 91, 93, 231-32.
-
-œuvé, 95.
-
-oignon, 49.
-
-olim, 111.
-
-olla podrida, 269.
-
-on, 390-91.
-
-onze, 153-54, 358.
-
-opiat, 325.
-
-_opp-_, 286.
-
-orang-outang, 237, 362, 378.
-
-oratorio, 111.
-
-orchidée, 225.
-
-orchis, 225, 303.
-
-orée (à l’), 110.
-
-orgueil, 93, 97.
-
-orgueilleux, 97.
-
-Orpheus, 92, 304.
-
-ortie, 337.
-
-os, 102, 304.
-
-oscille, -ation, -er, 265.
-
-osier, 110.
-
-Osmanlis, 304.
-
-osselet, ossement, etc., 109.
-
-ost, 331.
-
-Ostrogoth, 332.
-
-otage, 111.
-
-ouate, 153, 358.
-
-oui, 152, 358.
-
-ouïr, 358.
-
-ouistiti, 153, 358.
-
-Ourcq, 214.
-
-ours, 310.
-
-outlaw, 45, 126, 342.
-
-outsider, 66, 120, 126.
-
-ovale, 111.
-
-ozone, 106.
-
-
-P
-
-pachyderme, 226.
-
-pagaye (en), 191.
-
-paie, paiera, 193.
-
-palabre, 32.
-
-Paladilhe, 273.
-
-pali, 39.
-
-palinod, 100, 229.
-
-palis, 302.
-
-pâme, -er, -oison, 33.
-
-pampas, 301.
-
-panem et circenses, 38.
-
-paneterie, 173.
-
-paon, 133.
-
-papayer, 191.
-
-papeterie, 172-73.
-
-papille, 266.
-
-Paraguay, 244.
-
-_paras-_, 317.
-
-parasol, 317, 318.
-
-parfum, 124, 130.
-
-parisis, 302.
-
-Paros, 103, 304.
-
-parqueterie, 172.
-
-parrain, 37.
-
-pascal, 38.
-
-_pass-_, 323.
-
-passe, passer, 22, 34.
-
-passant, 37.
-
-passeport, -poil, -menterie, 34.
-
-passereau, 37.
-
-pastel, pasteur, 38.
-
-pastille, 265.
-
-pat, 325.
-
-pataquès, 60, 301.
-
-pâte, pâté, pâtissier, pâtisserie, 33.
-
-pater, 38, 295.
-
-Pathmos, 103.
-
-pathos, 103, 304.
-
-Paul, Paule, 114.
-
-_Paulm-_, 261.
-
-paupière, 116.
-
-paye, payera, 193-94.
-
-pays, payse, etc., 190.
-
-pechblende, 144.
-
-pêcher, 73.
-
-Peer Gynt, 78, 239.
-
-pehlvi, 73.
-
-Pélasges, -ique, 313.
-
-pelleterie, 173.
-
-Penmarch, 143, 221.
-
-_pent-_, 141.
-
-Pentateuque, 92, 141.
-
-Pentecôte, 102, 141.
-
-Penthièvre, 143.
-
-perdrix, 344.
-
-péril, 261.
-
-Pernod, 100, 229.
-
-_perr-_, _Perr-_, 298.
-
-perron, 73.
-
-peseta, 76, 318.
-
-pétiole, 338.
-
-Pétion, 339.
-
-peu près (à), 95.
-
-peut, peux, 91.
-
-peut-être, 95.
-
-Pézenas, 165, 301.
-
-phaleuce, 92.
-
-_philh-_, 273.
-
-Phocyon, 110.
-
-photo, 100.
-
-piazza, -etta, 352.
-
-pickles, 120.
-
-pick-pocket, 327.
-
-pied, 52, 228, 368.
-
-pierreux, 73.
-
-pippermint, 330.
-
-piqueur, 94.
-
-pitié, 334, 336.
-
-pizzicati, 352.
-
-placenta, 141.
-
-placer, 295.
-
-placet, 327.
-
-plaisir, 85.
-
-plaza, 352.
-
-pleurer, 93.
-
-pleut, 91.
-
-plomb, 210.
-
-pluie, 197.
-
-plurier, 293.
-
-plumbago, 149.
-
-plumcake, 43, 125.
-
-plum-pudding, 125.
-
-plus, 306-307, 356, 374.
-
-pneumonie, 96.
-
-poêle, poêlon, 62, 200.
-
-poème, poète, 112, 199.
-
-poids, 229, 309.
-
-poigne, _poign-_, 49.
-
-Poitiers, 293, 295.
-
-poireau, 50.
-
-poitrail, poitrine, 50.
-
-polaire, 109.
-
-polenta, 144.
-
-Polyeucte, 93.
-
-Pompéi, 81, 119.
-
-poney, 80, 110.
-
-Pons, Saint-, 309.
-
-_Pont-_, 332-33.
-
-porc, 214-15.
-
-porc-épic, 215, 363, 379.
-
-posada, 318.
-
-Poseidôn, 88, 148, 319.
-
-_post-_, 322.
-
-_pot-_, 100, 368.
-
-Potsdam, 322.
-
-pouls, 258, 309.
-
-pourrai, 73, 297.
-
-pourrir, 122, 299.
-
-Pouzzoles-, -ane, 351.
-
-praline, 37.
-
-préciput, 329.
-
-prélasse, -asser, 22, 34.
-
-premier, 359.
-
-présalé, 318.
-
-prescience, 314.
-
-préséance, 317.
-
-_présompt-_, 285.
-
-présu, présupposer, 317.
-
-prêter, 73.
-
-prétérit, 327.
-
-Prévost, 331.
-
-prévôtal, 109.
-
-Privas, 301.
-
-prix, 344.
-
-_pro-_ et _pros-_, 110.
-
-Procyon, 110.
-
-pro domo, 111.
-
-profès, 301.
-
-Progné, 245.
-
-Prométheus, 92.
-
-prompt et dér., 284-85, 329.
-
-pronunciamiento, 124, 143.
-
-prosecteur, 317.
-
-prurit, 327.
-
-psaume, 284.
-
-pseudonyme, 96.
-
-pschent, 139, 227.
-
-puff, puffisme, 124.
-
-puisque, 198, 312.
-
-Pulcher, 224, 295.
-
-Pulchérie, 224.
-
-punch, 149, 221.
-
-pupille, 266.
-
-pusillanime, 270.
-
-Puységur, 319.
-
-_Pyrr-_, 299.
-
-
-Q
-
-_quadr-_, 291.
-
-quaker, 43, 68, 291.
-
-qualité, 290.
-
-quand, 228.
-
-quant et dér., 291.
-
-_quar-_, 291.
-
-quartz, 291, 351.
-
-quasi et dér., 36, 291.
-
-quassia, -ier, 291.
-
-_quat-_, 291.
-
-quatre, 296, 375.
-
-_queen-_, 289.
-
-quelque et dér., 262.
-
-_quér-_, 288.
-
-Quercy, -inois, 288-89.
-
-questeur, -ure, 288.
-
-quêter, 73.
-
-quetsche, 289.
-
-_qui-_, 289-90.
-
-quidam, 129-30, 289.
-
-_quin-_, 289-90.
-
-quiproquo, 111, 289.
-
-quorum, 111.
-
-
-R
-
-racahout, 329.
-
-Rachel, 224.
-
-rachis, 225, 303.
-
-racle, racler, 31, 34.
-
-raccroc, 100, 212.
-
-radoub, 210.
-
-rafle, rafler, 31, 34.
-
-rail, 26, 88, 259.
-
-railway, 88.
-
-rainure, 85.
-
-raison, 85.
-
-Raleigh, 88.
-
-rallye-paper, 43.
-
-ramasser, -assis, 34.
-
-Rambervillers, 295.
-
-ramure, 37.
-
-rang, 236, 362.
-
-ranz, 350.
-
-Raon-l’Etape, 133.
-
-Raoul, 41.
-
-raout, 45, 329.
-
-rapt, 331.
-
-rareté, 35.
-
-raye, 193.
-
-raz-de-marée, 350.
-
-razzia, 351.
-
-Reber, 76.
-
-record, recordman, 76.
-
-refléter, 170.
-
-réfréner, 170.
-
-registre, 170, 312.
-
-Regnard, 170, 283.
-
-Reichstag, 88.
-
-Reims, 309.
-
-reine-Claude, 218.
-
-reliquat, 291.
-
-Rembrandt, 135, 144, 228, 330.
-
-Remi, 171.
-
-René, 170.
-
-renseignement, 166.
-
-résection, -séquer, 317.
-
-respect, 216, 362.
-
-_ress-_, 171, 320.
-
-ressemeler, 171, 175.
-
-retable, 169.
-
-Rethel, 170.
-
-Retz, 60, 332, 351.
-
-Reuss, 92.
-
-revolver, 76.
-
-Reynolds, 88.
-
-rez-de-chaussée, 53, 350.
-
-rhinocéros, 102, 304.
-
-rhododendron, 141, 148.
-
-rhum, -merie, 124.
-
-rien, 136, 390.
-
-rifle, 120.
-
-rigaudon, 116.
-
-Rigi, Righi, 239.
-
-right, 120, 246.
-
-Riom, 130.
-
-risoluto, 318.
-
-rit, 327.
-
-riz, 350.
-
-Roanne, 200.
-
-Rob-Roy, 50.
-
-_rocking-chair_, 88.
-
-_Rochechouart_, 165.
-
-rococo, 111.
-
-Rodez, 351.
-
-Rœderer, 76-77.
-
-_Rol-_, _Roll-_, 110, 272.
-
-romancero, 76.
-
-rosace, rosat, rosier, etc., 110.
-
-rotang, 238.
-
-rôtir et dér., 109.
-
-Rothschild, 110.
-
-Rouen, 74, 137.
-
-rouennais, -erie, 74, 75.
-
-roule, -er, -ure, 122.
-
-Rubinstein, 146.
-
-Rueil, 65, 93, 260.
-
-ruolz, 351.
-
-Ruskin, 126.
-
-rut, 329.
-
-Ruysdaël, 24, 79.
-
-
-S
-
-_Saa-_, 39.
-
-sable, sabler, 30, 34.
-
-sabre, sabrer, 32, 34.
-
-saigner, 85.
-
-Saïgon, 88.
-
-Saint-Aignan, 87.
-
-Saint-Brieuc, 90, 212.
-
-Saint-Genest, 331.
-
-Saint-Germain-en-Laye, 191.
-
-Saint-Graal, 24.
-
-Saint-Just, 331.
-
-Saint-Maixent, 347.
-
-Saint-Mesmin, 73, 313.
-
-Saint-Ouen, 137.
-
-Saint-Priest, 331.
-
-Saint-Saëns, 134, 139, 140, 308-309.
-
-Saint-Valéry, 165.
-
-Saint-Wast, 331.
-
-Sainte-Menehould, 164, 262.
-
-Sainte-Wehme, 57, 341.
-
-saisir, 85.
-
-Salammbô, 135.
-
-Salisbury, 121, 126.
-
-Salomon, 110.
-
-_Salzb-_, 352.
-
-samouraï, 119.
-
-Samoyèdes, 192.
-
-Samson, 129.
-
-sanatorium, 111.
-
-_sanct-_, 218.
-
-sandwich, 226.
-
-sang, 236, 362.
-
-_sangui-_, 243.
-
-Santeul, 93, 258.
-
-Santillane, 268.
-
-Saône, 41.
-
-saoul, 39.
-
-sapientiaux, 142.
-
-Sarajevo, 255.
-
-Sardaigne, 87.
-
-Sarmatie, 337.
-
-sarrau, 37.
-
-Satan, 37.
-
-satisfecit, 328.
-
-Satyricon, 148.
-
-sauf, 114.
-
-Saulxures, 347.
-
-saur, 114.
-
-_saur-_, 115.
-
-savoyard, 190, 191.
-
-scabreux, 37.
-
-Scager-Rack, 239.
-
-Scaliger, 239, 295.
-
-_sce-_, _sci-_, _Sce-_, _Sci-_, 314.
-
-_Scha-_, _Sché-_, etc., 227.
-
-schako, 227.
-
-schampoing, 145.
-
-scheik, 88.
-
-schéma, schème, 227.
-
-scherzo, 227, 351.
-
-Schiedam, 227.
-
-schisme, schiste, 227.
-
-schola cantorum, 227.
-
-Schubert, Schumann, 125, 227.
-
-Schlitz, 351.
-
-scille, 266.
-
-scintille , -iller, 265.
-
-scintillation, 265, 270.
-
-scorbut, 329.
-
-scotie, 338.
-
-scottish, 323, 340.
-
-sculpter, 285.
-
-second, Second, et dér., 218.
-
-secrétaire, 170.
-
-secundo, 149.
-
-Sedan, Sedaine, 170.
-
-Sées, Séez, 56, 350.
-
-Segrais, Segré, 170.
-
-seigneurie, 165.
-
-seing, 236.
-
-Seltz (eau de), 351.
-
-semoule, 264-265.
-
-sempiternel, 142.
-
-séneçon, senestre, 170.
-
-Senef, 170.
-
-Senlis, 303.
-
-señor, señora, 280.
-
-sens, Sens, 139, 308, 309.
-
-sept, 285, 326.
-
-_sept-_, 285.
-
-septentrion, 141.
-
-Séquanes, 291.
-
-séquestre, 288.
-
-serrer, serrure, 73, 298.
-
-ses, 54.
-
-Séverin, 165.
-
-Séville, 267.
-
-Seymour, 88.
-
-_sexa-_, 349.
-
-_sh-_, _Sh-_, 323.
-
-Shanghaï, 28, 238, 323.
-
-Shakespeare, 45, 323.
-
-shelling, 145, 323.
-
-Shylock, 89, 121.
-
-Sichem, 224.
-
-sien, 136, 387.
-
-Siegmund, 78, 125.
-
-signe, signer, 282-283.
-
-signet, signifier, 282.
-
-silhouette, 273.
-
-sille, 266.
-
-singleton, 148.
-
-sirop, 100, 284.
-
-six, 345, 346.
-
-sixain, sixième, 348.
-
-skating, 43, 145, 238.
-
-sloop, 113.
-
-smala, 37.
-
-snow-boot, 113, 343.
-
-soit, 325-326.
-
-soixante, 347.
-
-sol, 258.
-
-solennel, solennité, 74, 131.
-
-Solesme, 63.
-
-soliste, solo, 111.
-
-sot-l’y-laisse, 99-100, 328.
-
-sotie, 337.
-
-soubassement, 35.
-
-soubresaut, 318.
-
-Souchong, 227, 238.
-
-souhait, souhaiter, 87, 198.
-
-souiller, souillon, 122.
-
-soûl, 258.
-
-Soult, 331.
-
-sourcilière, 262.
-
-soye, soyent, 163, 194.
-
-Soyecourt, 192.
-
-spahis, 303.
-
-sparadrap, 284.
-
-spécimen, 138.
-
-speech, 78, 226.
-
-spencer, 66, 144.
-
-Spinosa, 110.
-
-sport, 330.
-
-squale, 291.
-
-squameux, 291.
-
-square, 42, 291.
-
-squirre, 289.
-
-Staël (Mᵐᵉ de), 79.
-
-stagnant, -ation, 245.
-
-Stanley, 80, 135, 280.
-
-steam-boat, 45.
-
-steeple-chase, 43, 76, 226.
-
-Stendhal, 144.
-
-stentor, 142.
-
-sterling, 145.
-
-stipendier, 141.
-
-stout, 329.
-
-strass, 23, 300.
-
-stratus, 38.
-
-Stuart Mill, 330.
-
-subit, 387.
-
-_subs-_, 202, 315.
-
-succinct, 217, 330.
-
-sud, 229.
-
-Suez, 351.
-
-Suffren, 138.
-
-Sully, 269.
-
-Sund, 149.
-
-_supp-_, 286.
-
-suprématie, 73.
-
-surseoir, sursis, 315.
-
-sus, en sus, 307.
-
-susdit, _sus-_, 312.
-
-suspect, suspecte, 216.
-
-susurrer, 318.
-
-Swinburne, 126, 146.
-
-_syll-_, 272.
-
-symptôme, 285.
-
-symptomatique, 109.
-
-
-T
-
-tabac, 212.
-
-tachygraphie, 226.
-
-Tagliamento, 246.
-
-Taitbout, 332.
-
-Talleyrand, 86.
-
-talmud, 229.
-
-tandis que, 312.
-
-Tanger, 294.
-
-Tanit, 328.
-
-taon, 133.
-
-tarbouch, 221.
-
-tarentelle, -tule, 142.
-
-Tarn, 280.
-
-tarot, 37.
-
-tasse, tasser, 22, 34.
-
-Tasse (le), 23.
-
-tasseau, 37.
-
-tatillon, 33.
-
-taureau,-omachie, 115.
-
-tayaut, tayon, 191.
-
-Taylor, 88.
-
-tea-gown, 45, 343.
-
-Tempé, 143.
-
-temps, 284, 309.
-
-ténacité, 169.
-
-tender, 144.
-
-tennis, 281, 303.
-
-tentacule, 142.
-
-térébenthine, 142.
-
-_terr-_, 73-74, 297-98.
-
-terre-neuvas, 95.
-
-tes, 54.
-
-tétanos, 103, 404.
-
-têtu, 72.
-
-Teutatès, teuton, 96.
-
-Thaon, 133.
-
-thésis, 303, 318.
-
-Thiers, 293, 295.
-
-thuya, 192.
-
-thym, 130.
-
-ticket, 327.
-
-Tiepolo, 78.
-
-tiers, 294, 383.
-
-tilbury, 126.
-
-time, times, 120.
-
-titille, 266.
-
-Titye, 337.
-
-toast, 45, 110.
-
-Tolstoï, 81, 119.
-
-tomahawk, 43, 342.
-
-Tonneins, 309.
-
-toper, 110.
-
-torero, 76.
-
-Torquatus, 291.
-
-Torquemada, 289.
-
-_torr-_, 298.
-
-toton, 111.
-
-tournesol, 318.
-
-tous, 121, 304-5, 377.
-
-trabucos, 304.
-
-trachyte, 226.
-
-trahison, 249.
-
-tranquille et dér., 266, 269.
-
-_trans-_ devant voy., 319.
-
-transe, transi, 319.
-
-transept, 319, 331.
-
-transit, 319, 327.
-
-_transs-_, 322.
-
-Transvaal, 24.
-
-trépasse, -er, 22, 34.
-
-trescheur, 224.
-
-Tréville, 75.
-
-trichine, -ose, 225.
-
-triumvirat, 123, 274.
-
-trois, 301.
-
-trop, 100, 284, 360.
-
-truie, truite, 197.
-
-trust, 126.
-
-tub, 125.
-
-tunnel, 126.
-
-turf, 126.
-
-tutie, 338.
-
-tutti, 124, 340.
-
-tuyau, tuyère, 192.
-
-typo, 100.
-
-
-U
-
-Ubaye, 191.
-
-ubiquité, 290.
-
-uhlan, 124, 155, 358.
-
-Uhland, 125, 135.
-
-ulster, 126.
-
-un, 153-154, 280, 358, 389.
-
-_unis-_, 317.
-
-Ur, 125.
-
-Uruguay, 244.
-
-us, 306.
-
-Utrecht, 221, 330.
-
-
-V
-
-vacille, -ation, -er, 265.
-
-Valachie, 224.
-
-valet, 37.
-
-Valladolid, 269.
-
-Valparaiso, 88.
-
-Valréas, 301.
-
-Van Dyck, 121.
-
-Vanloo, 113.
-
-Van Swieten, 78.
-
-varech, 221.
-
-vasistas, 23, 300.
-
-vindas, 300.
-
-Vaugelas, 301.
-
-vaudrai, vaurien, 115.
-
-vayvode, 88.
-
-vedette, 170.
-
-veglione, 246.
-
-Véies, 81, 119.
-
-Velay, 170.
-
-vendémiaire, 142.
-
-vendetta, 144, 330.
-
-ventôse, 142.
-
-Ventoux, 141.
-
-ver, 294.
-
-verdict, 217, 330.
-
-vergeure, 240.
-
-vergiss mein nicht, 88, 239, 341.
-
-vermout, 329.
-
-_verr-_, 298.
-
-verrai, 73, 297.
-
-verrée, verrière, 73.
-
-verroterie, 74.
-
-vers, prép., 385.
-
-verticille, 266.
-
-veule, 92.
-
-veut, veux, 91.
-
-veuve, 94.
-
-veux-je, 93.
-
-Vevey, 170.
-
-_Vill-_, _Villa-_, 269-70.
-
-villanelle, 270.
-
-ville et dérivés, 266-7, 269.
-
-Villon, 267-8.
-
-Vinci, 146, 219.
-
-vingt, 236, 329-30.
-
-Vintimille, 246.
-
-violoncelle, 220.
-
-vis, tournevis, 302.
-
-vitchoura, 223.
-
-vivat, 325.
-
-vivisection, 318.
-
-Vogüé, 242.
-
-volontiers, 293, 295.
-
-vomir, 110.
-
-vooruit, 113, 328.
-
-Vosges, 104, 313.
-
-votre, 296.
-
-voyons, 189.
-
-voyou, 191.
-
-vraisemblable, 318.
-
-
-W
-
-Wallace, 342.
-
-Walter Scott, 342.
-
-Warens (Mᵐᵉ de), 140, 308.
-
-Washington, 146, 148, 342.
-
-water-closet, 327.
-
-Waterloo, 113, 342.
-
-Waverley, 342.
-
-Weber, 76.
-
-Westphalie, 332.
-
-Wieland, 78.
-
-Wiesbaden, 78, 279.
-
-Wisconsin, 146, 149, 342.
-
-Wiseman, 134, 319, 342.
-
-Wisigoths, 332.
-
-Witikind, 228.
-
-Wright, 120, 246, 342.
-
-wigh, 238.
-
-Wight, 120, 246, 342.
-
-
-X
-
-x ou X initial, 349-350.
-
-Xaintrailles, 349.
-
-Xanthe, etc., 349.
-
-Xavier, 349.
-
-_Xéno-_, 349.
-
-Xérès, 350.
-
-Xerxès, 347, 349.
-Ximénès, 350.
-
-_xylo-_, 349.
-
-
-Y
-
-yacht, 44, 152, 358.
-
-yatagan, yole, etc., 152, 358.
-
-Ysaye, 191.
-
-Yseult, 90, 261, 331.
-
-yucca, 125.
-
-
-Z
-
-z ou Z initial, 351-52.
-
-zélé, 73.
-
-zend, 139, 229.
-
-Zeus, 92, 304, 352.
-
-zinc, 214.
-
-Zollverein, 88, 352.
-
-Zug, 125, 351.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- Pages.
-
-PRÉFACE 1
-
-
-CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
-
-LES LETTRES
-
-Classification des voyelles 2
-
-Classification des consonnes 7
-
-Quelques considérations générales sur l’accent tonique 9
-
-Autres observations générales 14
-
-
-PREMIÈRE PARTIE
-
-LES VOYELLES
-
-=I.--La voyelle A= 18
-
-1º L’_a_ final 18
-
-2º L’_a_ suivi d’une consonne articulée 20
- I. _a_ bref 21
- II. _a_ moyen 23
- III. _a_ long 28
-
-3º L’_a_ suivi des groupes à liquides 30
-
-4º L’_a_ atone 32
-
-5º Quelques cas particuliers 39
-
-6º L’_a_ des mots anglais 41
-
-7º Le groupe _OI_ (oy) 45
- I. _OI_ tonique 46
- II. Le groupe _oign_ 48
-
-
-=II.--La voyelle E= 51
-
-1º L’_e_ final 51
- I. _e_ final fermé 52
- II. _e_ final ouvert 55
-
-2º L’e suivi d’une consonne articulée 57
- I. _e_ bref 57
- II. _e_ moyen 61
- III. _e_ long 65
-
-3º L’_e_ suivi des groupes à liquides 68
-
-4º L’_e_ atone 71
-
-5º Quelques cas particuliers 74
-
-6º L’_e_ des mots étrangers 76
-
-7º Les groupes _AI_ (ay) et _EI_ (ey) 79
- I. AI final 79
- II. AI suivi d’une consonne articulée 82
- III. AI atone 85
- IV. Le groupe _aign_ 87
- V. Les mots étrangers 88
-
-
-=III.--La voyelle EU= 90
-
-1º EU final 90
-
-2º EU suivi de consonnes articulées 91
- I. EU fermé 91
- II. EU ouvert 93
-
-3º EU atone 95
-
-
-=IV.-- La voyelle O= 98
-
-1º L’_o_ final 98
-
-2º L’_o_ suivi d’une consonne articulée 101
- I. _o_ fermé 101
- II. _o_ ouvert bref 102
- III. _o_ ouvert moyen 103
- IV. _o_ ouvert long 108
-
-3º L’_o_ suivi des groupes à liquides 108
-
-4º L’_o_ atone 108
-
-5º L’_o_ de quelques mots étrangers 112
-
-6º Le groupe AU 113
- I. AU tonique 113
- II. AU atone 115
-
-
-=V.--Les voyelles I (y), U, OU= 117
-
-1º La voyelle _I_ 117
-
-2º L’_i_ dans les mots étrangers 120
-
-3º U et OU 121
-
-4º L’_u_ dans les mots étrangers 124
-
-
-=VI.--Les voyelles nasales= 127
-
-1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales 127
-
-2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées 131
-
-3º Les cas particuliers de la nasale _an_ 133
-
-4º Quand le groupe _en_ se prononce-t-il _an_ ou _in_? 136
- I. _En_ final 136
- II. _En_ suivi d’une consonne finale 138
- III. _En_ atone 140
- IV. Les mots étrangers 143
-
-5º Les cas particuliers de la nasale _in_ 145
-
-6º Les cas particuliers de la nasale _on_ 148
-
-7º Les cas particuliers de la nasale _un_ 149
-
-
-=VII.--L’E muet= 150
-
-1º Considérations préliminaires sur l’_e_ non muet et l’élision 150
-
-2º La prétendue loi des trois consonnes 155
-
-3º L’_e_ muet final dans les polysyllabes 158
- I. Dans les mots isolés 158
- II. Devant un autre mot 159
-
-4º L’_e_ muet à l’intérieur des mots 160
- I. Entre voyelle et consonne 160
- II. Entre consonne et voyelle 161
- III. Entre deux consonnes 162
- IV. Dans la syllabe initiale 168
-
-5º L’_e_ muet intérieur dans deux syllabes consécutives 172
-
-6º L’_e_ muet dans les monosyllabes 175
- I. Un monosyllabe seul 176
- II. Deux monosyllabes consécutifs 178
- III. Trois monosyllabes consécutifs 180
- IV. Plus de trois monosyllabes consécutifs. 180
-
-7º Conclusions 181
-
-=VIII.--Les semi-voyelles= 186
-
-1º Divorce entre la poésie et l’usage 186
-
-2º La semi-voyelle _y_ 187
- I. Après une consonne 189
- II. Décomposition de l’_y_ entre deux voyelles 190
- III. Changement de l’_y_ en _i_ 193
- IV. L’_i_ ou _y_ grec initial devant une voyelle 194
-
-3º La semi-voyelle _u_ 196
-
-4º La semi-voyelle _ou_ 198
-
-
-DEUXIÈME PARTIE
-
-=LES CONSONNES=
-
-1º Le changement spontané des consonnes 201
-
-2º Quelques observations générales 205
-
-Note sur la prononciation du latin 209
-
-=B= 210
-
-_C_ 212
-
-1º Le _c_ final 212
-
-2º Les mots en _-ct_ 215
-
-3º Le _c_ intérieur 217
-
-=CH= 221
-
-1º Le _ch_ final 221
-
-2º Le _ch_ intérieur 221
- I. Devant _a_, _o_, _u_ 222
- II. Devant _e_ et _i_ 223
-
-=D= 228
-
-=F= 231
-
-=G= 236
-
-1º Le _g_ final 236
-
-2º Le _g_ devant une voyelle 238
-
-3º Le groupe _gu_ devant une voyelle 241
-
-4º Le _g_ devant une consonne 244
-
-=H= 247
-
-1º L’_h_ final ou intérieur 247
-
-2º L’_h_ initial, muet ou aspiré 247
-
-3º La loi de l’_h_ initial 249
-
-4º Les exceptions 251
-
-=J= 255
-
-=K= 257
-
-=L= 258
-
-1º L’_l_ final et les mots en _il_ 258
-
-2º L’_l_ intérieur 261
-
-3º L’_l_ double après un _i_ 264
- I. Les finales muettes en _ille_ 265
- II. Le groupe _ill_ intérieur 267
-
-4º L’_l_ double ailleurs qu’après un _i_ 270
-
-=M= 274
-
-1º L’_m_ simple 274
-
-2º L’_m_ double 275
-
-=N= 279
-
-1º L’_n_ simple 279
-
-2º L’_n_ double 281
-
-L’_n_ mouillé 282
-
-=P= 284
-
-=Q= 287
-
-1º Le _q_ final 287
-
-2º Le groupe _qu_ 287
- I. Devant _e_ 288
- II. Devant _i_ 289
- III. Devant _o_ et _a_ 290
-
-=R= 292
-
-1º L’_r_ simple 292
-
-2º L’_r_ double 296
-
-=S= 300
-
-1º L’_s_ final 300
-
-2º L’_s_ intérieur 311
- I. Devant une consonne 311
- II. Entre consonne et voyelle 315
- III. Entre deux voyelles 316
-
-IV. Entre une voyelle nasale et une autre 319
-
-3º L’_s_ double 320
-
-=T= 325
-
-1º Le _t_ final 325
-
-2º Le _t_ intérieur et le groupe _ti_ 332
-
-3º Le _t_ double 339
-
-=V= et =W= 341
-
-=X= et =Z= 344
-
-1º L’_x_ final 344
-
-2º L’_x_ intérieur 347
-
-3º Le _z_ 350
-
-Récapitulation des consonnes 353
-
-
-LES LIAISONS
-
-Quelques considérations préliminaires 355
-
-=Liaisons des muettes= 360
-
-1º Les labiales et les gutturales 360
-
-2º Les dentales, _d_ et _t_ 363
- I. Les verbes 363
- II. Adjectifs et adverbes 364
- III. Les substantifs 367
- IV. Après un _r_ 368
-
-=Liaisons des spirantes= 370
-
-1º Les chuintantes et les fricatives 370
-
-2º Les sifflantes, _s_, _x_, _z_ 371
- I. Les différentes espèces de mots 372
- II. Les pluriels 375
- III. L’_s_ après l’_e_ muet 379
- IV. L’_s_ après un _r_ 383
-
-=Liaisons des nasales= 386
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE DES FINALES 393
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS 395
-
-TABLE DES MATIÈRES 409
-
-Imp. LAROUSSE, 1 à 9, rue d’Arcueil, Montrouge (Seine).
-
-
-NOTES:
-
-[1] DOMERGUE, Manuel des étrangers amateurs de la langue française,
-_1805_ (_les exemplaires de 1806 portent pour premier titre_ la
-Prononciation française); Mᵐᵉ DUPUIS, Traité de prononciation ou
-Nouvelle Prosodie française, _1836_.
-
-[2] _Le_ Traité complet de la prononciation française _de Lesaint, même
-revu et complété en 1890 par le Professeur Dʳ Chr. Vogel, est fait
-sans méthode, et ne peut avoir aucune autorité: il prononce encore_
-scou_è_re, _et_ t_o_n, _pour_ ta(o)n, _et_ m_o_sieu, _etc., sans parler
-de_ Haydn _prononcé_ èdn, _avec Gh_y-ane _et Gh_y-enne. _Puis, voici
-M. Sudre, docteur ès lettres, professeur à la Guilde internationale,
-qui trouve très légitime qu’on prononce_ cinque francs _ou_ neufe sous,
-_qui admet_ aspè, aspec _ou_ aspect _et préfère_ aspect! _Le reste à
-l’avenant. Voilà ce qu’on enseigne aux étrangers. Un autre, professeur
-au Conservatoire, enseignait aux Français qu’_«_on_ commence _à pouvoir
-dire:_ une main habile.» (_Dupont-Vernon_, l’Art de bien dire.)
-
-[3] _Ou bien il a des formules singulières comme celle-ci:_ Beaucoup de
-personnes (!) _ne prononcent pas_ f _dans_ les bœufs.
-
-[4] _Je ne parle pas de Littré, qui en cette matière est déjà suranné
-sur beaucoup de points, notamment par son obstination à maintenir le
-son de l’_l _mouillé, et à séparer des syllabes que tout le monde
-réunit. Littré n’est déjà plus qu’un témoin historique, d’ailleurs
-infiniment précieux._
-
-[5] _Jusqu’à la lettre_ O, _la finale_-aille _est ouverte presque
-partout; ensuite elle est généralement fermée._
-
-[6] _Par exemple, il identifie pour la prononciation_ gr_ê_le _adjectif
-et_ gr_ê_le _substantif; il fait l’_a _final bref dans_ vasist_a_s, _et
-ferme_ au _dans au_rore _ou au_gmenter, _etc._
-
-[7] _Il croit que l’_a _est fermé dans_ crasse _et dans_ latrines; _il
-prononce_ coïncidence _comme_ coin; quadrilatère _par_ coua _ou_ ca,
-_et plutôt_ ca, joigne _avec_ oua _ou_ ouè, frêlon _avec_ e _ouvert,_
-asymétrie _et_ imprésario _avec des_ s _doux_, enharmonique _avec un_
-h _aspiré; il croit qu’on peut dire indifféremment_ échev’lé _ou_
-éch’vélé, déjà _ou_ d’jà, quérir _ou_ qu’rir, _des_ gentilzhommes _ou
-des_ gentil(_s_)hommes, hai(_e_) _ou_ haye, gen(_s_) _ou_ gensse;
-_il admet la suppression du_ c _dans_ san_c_tuaire, san_c_tion _et_
-san_c_tifier; _celle du_ p _dans_ ce_p et_ se_p_tembre; _il s’imagine
-que des bouches françaises peuvent encore garder une diphtongue dans
-des mots comme_ meurtr_ier_, encr_ier_, boucl_ier_, sabl_ier, etc.: il
-excepte seulement_ ouvri-er!
-
-[8] _Je recommande particulièrement à ce point de vue le chapitre de_
-en _prononcé_ an _ou_ in, _ou celui du groupe_ ti _devant une voyelle_.
-
-[9] _Nous le citerons cependant, vu son importance, au même titre et
-dans les mêmes cas que le_ Dictionnaire général.
-
-[10] _Les éléments de ces notes historiques sont naturellement
-empruntés au livre de_ THUROT: de la Prononciation française depuis
-le commencement du XVIᵉ siècle, _1881-1883. A défaut de ce livre
-capital, ceux qui s’intéressent à ces questions trouveront encore la
-plupart des renseignements nécessaires dans_ ROSSET, les Origines de la
-prononciation moderne, _1911._
-
-[11] Ceci ne peut suffire que pour les poètes:
-
- A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles,
- Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
-
-Mais quel E ou quel O? celui d’_écho_ ou celui d’_orge_? Et les autres
-sons?
-
-[12] Par exemple c_a_c_ique_, g_i_g_ot_, _salu_t_a_t_ion_.
-
-[13] Ces questions sont certainement un peu arides. Mais le lecteur
-qui ne s’intéresse qu’aux faits, et ne tient pas à s’en rendre compte
-méthodiquement et par principes, peut très bien passer directement au
-chapitre de la voyelle _A_. Il reviendra ensuite sur les principes, si
-le cœur lui en dit. Je dirai même que pour le lecteur qui n’est pas
-initié, mieux vaut sans doute commencer par les faits: il comprendra
-mieux les principes après cette étude préliminaire, et c’est toujours
-une bonne méthode que d’aller du concret à l’abstrait.
-
-[14] On voit que la voyelle fermée est aiguë, et que la voyelle ouverte
-est grave. On pourrait donc employer ces mots les uns pour les autres.
-Mais comme il convient de choisir, pour simplifier le vocabulaire, nous
-emploierons les deux termes _ouvert_ et _fermé_, qui sont ceux dont les
-autres voyelles s’accommodent le mieux.
-
-[15] Cette distinction est si nette que ces mots ne sauraient d’aucune
-façon rimer ensemble correctement, malgré l’exemple de V. Hugo, qui
-rapproche constamment _tr_ô_ne_ de _cour_o_nne_, ou _r_ô_le_ de
-_par_o_le_.
-
-[16] Cette distinction n’apparaît pas d’abord manifestement; mais une
-expérience facile, indiquée par l’abbé Rousselot (voir son _Précis de
-prononciation_, page 39), montre que le mot est en somme parfaitement
-exact: si l’on prononce normalement la voyelle =a=, et si, sans
-rien changer à la position de la bouche, on en rapproche et retire
-alternativement la main, on sentira nettement ce que c’est qu’un =a=
-fermé; or la main fait ici l’office du gosier. Ajoutons, pour mieux
-caractériser encore l’=a= fermé, qu’il se rapproche de l’=o=, au moins
-à Paris.
-
-[17] Il s’agit ici bien entendu du =c= et du =g= tels qu’on les entend
-devant =a=, =o=, =u=, et non transformés en d’autres consonnes, comme
-ils le sont devant =e= et =i=.
-
-[18] On ne le retrouve guère que dans certaines parties du Midi et en
-Suisse. Peut-être y a-t-il encore des instituteurs qui s’efforcent de
-le rétablir sous la forme _ly_: _alyeurs_ pour _ailleurs_, mais c’est
-autre chose, et c’est peine perdue. Il est encore plus vain de vouloir
-restaurer ce son disparu du français que de s’obstiner à faire vibrer
-l’_r_.
-
-[19] Voir sur ce point LÉONCE ROUDET, _la Désaccentuation et le
-déplacement d’accent dans le français moderne_, dans la _Revue de
-philologie française_, 1907.
-
-[20] Voir ROUDET, article cité. Toutefois l’auteur me semble réduire à
-l’excès le nombre des syllabes accentuées en fait. Il y a en moyenne
-un accent, plus ou moins fort, par groupe de trois syllabes, et c’est
-pourquoi il y a en moyenne quatre accents dans un alexandrin, l’accent
-étant sur la dernière syllabe non muette de chaque groupe. Ainsi dans
-ce vers:
-
- Laissez-moi _là_, vous _dis_-je, et cou_rez_ vous ca_cher_,
-
-il n’y a que _quatre_ accents, mais il y en a quatre: sur _là_, _dis_,
-_rez_ et _cher_.
-
-[21] Acte de volonté qui devient d’ailleurs facile et même inconscient,
-grâce à l’habitude, mais qui n’en subsiste pas moins, comme ceux qui
-dirigent les doigts du pianiste, même dans les «traits» les plus
-faciles, où le jeu semble le plus machinal.
-
-[22] On voit que l’accent dit _aigu_, quand il n’est pas final,
-surmonte presque toujours un _e_ à demi ouvert; pourtant l’_é_ initial
-est souvent moins ouvert que l’_é_ intérieur.
-
-[23] Je ne parle pas, bien entendu, des noms étrangers, comme _Brahms_,
-où l’_=h=_ allonge =l’_a_=, à côté de _rams_, qui a l’=_a_= bref.
-
-[24] Exactement et en fait, les groupes sont: =_bl_=, =_cl_=, =_fl_=,
-=_gl_=, =_pl_=, et =_br_=, =_cr_=, =_dr_=, =_fr_=, =_gr_=, =_pr_=,
-=_tr_=, =_vr_=. C’est ce que les grammairiens appellent _muta cum
-liquida_. Mais nous savons que les _muettes_ sont =_b_= et =_p_=,
-=_c_= et =_g_=, =_d_= et =_t_=; =_f_= et =_v_= sont des _spirantes_
-(_labiales_ ou _fricatives_). On voit qu’en principe, parmi les
-muettes, =_d_=, =_t_=, =_v_=, ne se groupent qu’avec l’=_r_=, en
-français; quant aux autres spirantes, =_s_= et =_z_=, =_ch_= et =_j_=,
-elles ne se groupent même pas avec l’=_r_=: quand par hasard elles
-en rencontrent un, comme dans _I_s-_raël_, ce qui est rare, elles
-n’appartiennent pas à la même syllabe.
-
-[25] Les plus nombreuses sont précisément celles dont la _première_
-consonne est =_l_= ou =_r_=, comme _-arbe_, _-arc_, _-arde_, etc.
-
-[26] On sait que cet accent tient presque toujours la place d’une
-lettre disparue, généralement un =_s_=, qui ne se prononçait plus, mais
-dont la présence allongeait la voyelle. Seulement, quand la syllabe
-qui a l’accent circonflexe est finale, l’allongement ne se fait plus
-sentir: _aim_â_t_, _for_ê_t_ et _bient_ô_t_ (de même que _reç_û_t_
-ou _f_î_t_) ne se prononcent plus autrement qu’_aim_a, _for_e_t_
-et _palet_o_t_. Il en est de même, disons-nous, de _aim_â_mes_ et
-_aim_â_tes_, comme de _f_î_mes_ ou _reç_û_mes_. Et ceci n’est pas
-nouveau: Mᵐᵉ Dupuis l’avait déjà constaté. Nous signalerons, en temps
-et lieu, les autres exceptions. D’ailleurs, comme les mots à accent
-circonflexe sur la finale ne sont pas très nombreux, on les trouvera
-tous dans les notes.
-
-[27] Sauf, très mal à propos, les trois noms de mois en _-ose_:
-_niv_ô_se_, _vent_ô_se_ et _pluvi_ô_se_.
-
-[28] Le _Dictionnaire général_ donne _la_ fermé et _fa_ ouvert: c’est
-certainement une erreur, si ce n’est pas une faute d’impression. On
-notera en passant que les noms des voyelles intermédiaires, _é_, _eu_,
-_o_, et ceux des consonnes qui s’énoncent avec un _e_ à la suite, _b_,
-_c_, _d_, etc., sont également fermés, ainsi que les notes _do_ ou
-_ré_, car tous appartiennent à des finales fermées.
-
-[29] La preuve, c’est que beaucoup d’_h_ sont tombés, notamment dans
-_casba_, _véranda_, _smala_, _massora_, et même _poussa_, et les noms
-de lieux arabes, comme _Blida_; mais ceux qui restent ne se sentent
-guère plus, par exemple dans _sura_(h), ou même _sha_(h), surtout dans
-_sha_(h) _de Perse_, ou _Jéhova_(h): je ne vois guère qu’_Allah_, où
-l’on maintienne _parfois_, par un effort _volontaire_, l’=_a_= long et
-fermé.
-
-[30] Cette identité de prononciation entre les singuliers et les
-pluriels est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis; mais les voyelles sont
-restées longues et fermées pendant longtemps au pluriel, en souvenir
-du temps où l’_s_ se prononçait; elles ne le sont plus aujourd’hui que
-dans certaines provinces.
-
-[31] Sauf bien entendu _b_â_t_, _dég_â_t_, _m_â_t_, _app_â_t_, où l’_a_
-est encore un peu fermé par l’accent circonflexe, qui a remplacé l’_s_
-antérieur; mais cette différence même est en voie de disparaître.
-C’est déjà chose faite, nous l’avons dit, pour les subjonctifs:
-_aim_â_t_ (pour _aim_a_st_) ou _aim_a ne diffèrent plus en rien,
-et malheureusement la confusion des prononciation amène parfois la
-confusion des formes elles-mêmes.
-
-[32] Sans aucun souci de l’étymologie, comme on peut voir. Ainsi l’_a_
-de _pén_a_tes_ ou _son_a_te_, qui était long en latin ou en italien,
-est bref en français; de même pour _s’év_a_de_ ou _arc_a_ne_.
-
-[33] Je ne parle pas bien entendu des finales dont il est question page
-38: _algue_, _calme_, _Alpes_, _salve_, _apte_, _rhubarbe_, _charge_,
-_écharde_, _écharpe_, etc.: on sait que l’_a_ n’y est jamais long ni
-fermé.
-
-[34] Il s’agit bien entendu du _c_ guttural et non du _c_ spirant ou
-sifflant de _ce_ et _ci_.
-
-[35] De même _Balz_a_c_ ou _Aurill_a_c_, _Karn_a_k_, _B_a_ch_ ou
-_Androm_a_que_. On excepte _Isa_a_c_ et _J_a_cques_, dont l’_a_ est
-fermé, et naturellement _P_â_que_ et _P_â_ques_, pour _P_a_(s)que_.
-D’ailleurs _Isaac_ s’est longtemps prononcé _isac_, où la contraction
-naturellement allongeait la voyelle. La réaction orthographique a
-fait rétablir le premier _a_, mais l’effort fait pour distinguer les
-voyelles maintient l’allongement de la seconde. En revanche, on ouvre
-ordinairement l’=_a_= dans les _J_a_cques_ (d’où _J_a_cquerie_, et
-peut-être _j_a_quette_), et dans faire le _J_a_cques_.
-
-[36] De même _G_a_p_, _Pri_a_pe_, _Ch_a_ppe_, _Escul_a_pe_,
-_Jemm_a_pes_, _la Tr_a_ppe_.
-
-[37] On exclut, bien entendu, _hâte_, _bâte_, _gâte_, _mâte_ et
-_démâte_, _pâte_, _empâte_ et _appâte_, et _hâte_, qui tous ont perdu
-un _s_. L’_a_ est douteux dans _Pil_a_te_, seul parmi les noms propres:
-cf. _Josaph_a_t_, _Cro_a_tes_, _Héc_a_te_, _Ag_a_the_, _Dalm_a_tes_,
-_Carp_a_thes_, _Socr_a_te_, etc.
-
-[38] De même _Malg_a_che_, _Gam_a_che_, _Carr_a_che_, _Eust_a_che_,
-etc. On excepte naturellement _b_â_che_, _rab_â_che_, _f_â_che_,
-_g_â_che_, _l_â_che_, _rel_â_che_, _m_â_che_ (substantif ou verbe) et
-_t_â_che_ (ne pas confondre avec _t_a_che_): tous avaient un _s_, sauf
-_b_â_che_ et _m_â_che_ (salade), qui ont pris l’accent circonflexe par
-analogie.
-
-[39] Sauf pour rimer avec _ch_â_sse_ et _gr_â_ce_, dont l’accent
-circonflexe est d’ailleurs assez mal justifié. Quant à _cr_a_sse_, il
-est toujours ouvert, et a toujours été bref, et je ne sais pourquoi
-Michaëlis et Passy distinguent ici l’adjectif du substantif: c’est
-le même mot. _Savant_a_sse_ a eu l’_a_ fermé; il s’est ouvert, par
-analogie avec tous les mots où le suffixe _asse_ prend un sens
-péjoratif. _M_a_sse_, terme de jeu, a aussi été long. D’autres
-encore ont été longtemps discutés. Ajoutons que l’=a= est long dans
-_Annem_a_sse_ et _Gr_a_sse_, et bref dans _le T_a_sse_, comme dans tous
-les autres noms propres: _Paill_a_sse_, _Madéc_a_sses_, _Sarg_a_sses_,
-aussi bien que _Curi_a_ce_, _Ign_a_ce_, _Bocc_a_ce_, _D_a_ces_,
-_Lapl_a_ce_, _Hor_a_ce_, _Thr_a_ce_, _Als_a_ce_, etc.
-
-[40] Le _Dictionnaire général_, qui s’en rapporte trop facilement à
-l’étymologie, conserve l’_a_ ouvert et bref dans _str_a_s_ (du nom
-propre _Strass_) et _vasist_a_s_ (de l’allemand _was ist das_), et même
-dans _hypocr_a_s_; il ne distingue pas entre ce qui devrait être et ce
-qui est.
-
-[41] Entendez le _g_ guttural, et non le _g_ chuintant qu’on entend
-dans _ge_ et _gi_.
-
-[42] Le _Dictionnaire général_ le fait ouvert, et il a certainement
-raison en principe, sinon en fait. On se demande ce qui a pu amener
-cette prononciation singulière, qui remonte fort loin. Cet _a_ finira
-probablement par s’ouvrir là comme ailleurs, un jour où l’autre, à
-cause du _b_, comme a fait l’_o_ de _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui jadis
-était fermé aussi. L’_a_ de _Sou_a_be_ est aussi bref que celui de
-_M_a_b_ ou _Ach_a_b_.
-
-[43] De même _Jo_a_d_, _Tch_a_d_, _Timg_a_d_, _Alcibi_a_de_,
-_Henri_a_de_, _Pléi_a_des_, etc.
-
-[44] L’=a= est moins ouvert dans _Reichst_a_g_ et _Landt_a_g_,
-mots étrangers, que dans _zigz_a_g_. Il est ouvert dans _Ag_a_g_,
-_Copenh_a_gue_, _Bir_a_gue_, _Pr_a_gue_, etc.
-
-[45] Ce sont _h_â_le_, _m_â_le_ et _r_â_le_ (verbe), qui ont perdu un
-_s_, avec _râle_, oiseau (pour _r_aa_lle_), _châle_ et _pâle_, dont
-l’accent est peu justifié. On y joindra _Bâle_, qui a aussi perdu
-un _s_, et _Domb_a(_s_)_le_, qui a gardé le sien: cf. _Duche(s)ne_,
-_Ne(s)le_, etc. _Saint-Gr_a_al_ et _Ruisd_a_ël_, où on ne prononce
-qu’un _a_, ont aussi la finale longue et fermée, et l’obligation de
-distinguer deux _a_ paraît fermer à demi l’_a_ final de _Ba_a_l_
-ou _Transva_al. L’_a_ est ouvert dans les autres noms propres,
-_Montré_a_l_, _Marti_a_l_, _Annib_a_l_, _Portug_a_l_, _Cant_a_l_,
-_Lamb_a_lle_, _Canc_a_le_, _Beng_a_le_, _saint François de S_a_les_,
-_Ambarv_a_les_, etc.
-
-[46] A ces mots il faut ajouter _br_a_hme_, à cause de l’_h_, sans
-compter _âme_ (pour _an-me_ nasal), _blâme_ et _pâme_, qui ont perdu
-leur _s_, et _infâme_ (par réaction étymologique, et aussi par emphase,
-car il avait autrefois l’_a_ bref, comme _diff_a_me_). Pour ne pas
-trahir le poète, mais pour ce motif seulement, il faudra prononcer
-_brame_ avec _a_ fermé dans ces vers:
-
- Elle brame
- Comme une âme
- Qu’une flamme
- Toujours suit.
- V. HUGO, _les Djinns_.
-
-La double voyelle paraît fermer à demi l’_a_ final dans _Bala_a_m_
-et _Abrah_a_m_, comme ci-dessus dans _Isa_a_c_ ou _Ba_a_l_; il est
-ouvert dans les autres noms propres, _Robo_a_m_, _Pri_a_m_, _Ann_a_m_,
-_Berg_a_me_, _Pyr_a_me_, etc.
-
-[47] Le _Dictionnaire général_ donne à ce mot l’_a_ ouvert et moyen.
-L’accent circonflexe est seulement dans _âne_, pour _a_(s)_ne_, dans
-_flâne_ (étym. inconnue), _mânes_, qui garde l’_a_ long du latin, et
-_crâne_ (dont l’allongement ne s’explique pas). On ferme aussi assez
-généralement l’_a_ de _Je_a_nne_, quand il n’y a pas de nom à la suite
-(moins, par exemple, dans _Je_a_nne d’Albret_). Beaucoup de gens disent
-encore A_nn_e avec =_a_= fermé et long, et surtout _Marie-_A_nne_,
-sans doute afin de distinguer ce prénom de _Mari_a_nne_. D’ailleurs
-_Mari_a_nne_ aussi eut autrefois l’_a_ long, puisqu’on l’écrivait
-_Mariamne_, comme _condamne_, et _Di_a_ne_ également, à cause de
-l’étymologie. Cet _a_ est bref et ouvert aujourd’hui, comme dans les
-autres noms propres, _Ari_a_ne_, _Guy_a_ne_, _Tosc_a_ne_, _Mod_a_ne_,
-_Aristoph_a_ne_, _Tuscul_a_nes_, _Tigr_a_ne_, _Font_a_nes_, etc.,
-aussi bien que _C_a_nnes_, _L_a_nnes_, _Suz_a_nne_, _Laus_a_nne_, ou
-_Ahrim_a_n_ et les noms étrangers en _-mann_; on doit le fermer dans
-_H_a_hn_, à cause de l’_h_ qui le suit.
-
-[48] Le _Dictionnaire général_ les fait longues par principe.
-
-[49] Ceci reste du temps où ce mot se prononçait _g_an-_gne_. L’_=a=_
-est ouvert également dans _Asc_a_gne_, _Cerd_a_gne_, _Allem_a_gne_,
-_Esp_a_gne_, etc.
-
-[50] C’est-à-dire =_a_=, suivi d’un _l_ mouillé, mais qui se prononce
-en réalité comme _a-ye_, l’ancien son mouillé étant complètement perdu.
-
-[51] Prononcé à l’anglaise, nous le retrouverons à =_ai_=, avec
-_m_ai_l-coach_.
-
-[52] Il est remarquable qu’au contraire la même intention péjorative
-tend plutôt à ouvrir et abréger l’=_a_= de la finale =_-asse_=.
-
-[53] Je sais bien que d’aucuns ferment et allongent autant qu’ils
-peuvent _où voulez-vous que j’_ai_lle_; mais cela ne sent-il pas un peu
-le faubourg extérieur?
-
-[54] Ce mot est le seul pour lequel le _Dictionnaire général_ hésite.
-Mais d’ailleurs sa doctrine a singulièrement changé au cours de
-l’impression: jusqu’à la lettre O, tous les _a_ sont ouverts, sauf
-dans _god_a_ille_ et quelques verbes en _-ailler_; à partir d’_O_,
-l’_a_ fermé l’emporte de beaucoup; mais pourquoi _relev_a_illes_
-et _trouv_a_ille_ ont-ils l’_a_ ouvert, à côté de _sem_a_illes_ et
-_vol_a_ille_, qui l’ont fermé?--Il va sans dire qu’à Paris on fait
-l’_a_ long et fermé dans _Vers_a_illes_, et aussi dans _Cornou_a_illes_
-ou _Xaintr_a_illes_, et même dans _No_a_illes_.
-
-[55] De même _Bisc_a_ye_, _Luc_a_yes_, _Hend_a_ye_, _Bl_a_ye_. On
-prononce _B_a_ïes_ de la même façon, et aussi quelques mots étrangers
-en _-aï_, comme _Shangh_aï: voir page 119, note 2.
-
-[56] Il me semble qu’il ne l’est plus dans les noms propres,
-_Balé_a_res_, _Ic_a_re_, _Pind_a_re_, _Bulg_a_re_, _Tén_a_re_,
-_Saint-Laz_a_re_, etc. Faute d’avoir distingué entre _bref_ et _ouvert_
-(qu’il appelle _aigu_), comme entre _long_ et _fermé_ (qu’il appelle
-_grave_), Thurot a manqué de précision et d’exactitude, autant que les
-grammairiens qu’il cite, en ce qui concerne les finales en _=-re=_.
-J’ajoute, en passant, que, dans le même chapitre de la quantité, il a
-oublié les finales en _=-se=_ doux (_-ase_, _-èse_, etc.).
-
-[57] De même _Asty_a_ge_, _Pél_a_ge_ et même _Pél_a(_s_)_ges_,
-_Mén_a_ge_, _Abencér_a_ges_, _Carth_a_ge_, _Carav_a_ge_, etc.
-
-[58] Peut-être l’_=a=_ est-il un peu plus bref dans les formes
-verbales: _il b_a_ve_, _p_a_ve_ ou _gr_a_ve_, par analogie avec
-_b_a_ver_, _p_a_ver_, _gr_a_ver_; cette distinction a déjà été faite
-par un grammairien du XVIIᵉ siècle, Chifflet, qui cependant exceptait
-_enc_a_ve_, évidemment à cause de _c_a_ve_. Tous ces mots ont été
-autrefois très discutés. L’_a_ a également une tendance à se fermer
-dans les noms propres, _Mold_a_ves_, _Barn_a_ve_, _Mor_a_ves_,
-_Tamat_a_ve_, _Oct_a_ve_, _Gust_a_ve_, etc.
-
-[59] De même _Anab_a_se_, _Cauc_a_se_, _Las C_a_ses_, _Métast_a_se_,
-_Di_a_z_, _Hedj_a_z_, _Dec_a_zes_, etc.
-
-[60] Le _Dictionnaire général_ fait l’_=a=_ long partout, mais l’ouvre
-aussi partout, sauf dans _f_a_ble_: pourquoi celui-là seul? Quant à
-l’accent circonflexe, il n’y avait guère de raison pour que ceux qui
-l’ont le prissent plutôt que d’autres; pourquoi pas _fâble_ comme
-_hâble_?
-
-[61] Sans parler de _bâcle_, _débâcle_ et _renâcle_, dont l’accent
-circonflexe est peu justifié.
-
-[62] Il n’y a pas de mots en _-agle_. L’_a_ est ouvert dans _N_a_ples_
-ou _Ét_a_ples_.
-
-[63] L’_=a=_ est naturellement long et fermé dans â_pre_ et _c_â_pre_,
-qui avaient un _s_, dans â_cre_ (mot savant qui a conservé la
-quantité latine, qu’il aurait perdue sans l’accent), dans _b_â_fre_
-(onomatopée probable), et dans une trentaine de mots en _-âtre_,
-pour _a_(s)_tre_, y compris ceux qui désignent des couleurs
-approchantes, _blanch_â_tre_, _bleu_â_tre_, etc. Il est ouvert dans
-_Odo_a_cre_ ou _Saint-Jean-d’_A_cre_, A_ffre_ et _C_a_fre_ et aussi
-dans _La Ch_â_tre_, malgré l’accent circonflexe; il est fermé dans
-_Malfil_â_tre_ et _Cléop_â_tre_.
-
-[64] De même _Œ_a_gre_, _Mélé_a_gre_, _Tan_a_gre_.
-
-[65] Le _Dictionnaire général_ l’ouvre dans _escadre_; mais c’est
-évidemment l’étymologie qui le détermine et non l’usage, car, dans la
-marine, on ferme l’_=a=_, et je pense que l’usage des marins doit être
-considéré ici comme le bon.
-
-[66] Michaëlis et Passy, qui ferment beaucoup d’_=a=_, ferment encore
-celui de _l_a_dre_ et aussi celui de _m_a_cle_, et celui d’a_ffres_, et
-acceptent même qu’on ferme celui de _n_a_cre_!
-
-[67] Le _Dictionnaire général_ ouvre l’_=a=_ dans _cin_a_bre_ et
-_gl_a_bre_: il ignore _pal_a_bre_. L’_=a=_ est aussi fermé le
-plus souvent dans _F_a_bre_, _L_a_bre_, _Cal_a_bre_, _Vél_a_bre_,
-_Cant_a_bre_, comme dans _Le H_a_vre_ ou _Jules F_a_vre_.
-
-[68] C’est là encore un phénomène général qui se retrouve
-dans toutes les voyelles, car toutes sont longues devant
-la finale _-re_ et s’abrègent en devenant atones sans être
-initiales: _vén_è_re_-_vén_é_rer_, _hon_o_re_-_hon_o_rer_,
-_dem_eu_re_-_dem_eu_rer_, _adm_i_re_-_adm_i_rer_,
-_murm_u_re_-_murm_u_rer_.
-
-[69] Il faut excepter _bâbord_, qui doit son accent à des grammairiens
-trompés par une fausse étymologie: _bas_ n’y est pour rien, et l’_a_ de
-_bâbord_ a toujours été aussi ouvert et bref que celui de _d’abord_.
-
-[70] On peut même en voir un quatrième dans _p_â_tisserie parisienne_.
-
-[71] L’_a_ de _Le Câtelet_ s’est également ouvert malgré l’accent
-circonflexe, ainsi que celui d’_Asnières_ malgré l’_s_.
-
-[72] L’_=a=_ reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique,
-dans _c_a_sser_, _l_a_sser_ et _prél_a_sser_, _cl_a_sser_ (mais
-non _cl_a_ssique_, où l’on entend les deux _s_), _am_a_sser_ et
-_ram_a_sser_ (moins dans _ram_a_ssis_), _p_a_sser_ et _trép_a_sser_,
-_t_a_sser_ et _ent_a_sser_; de même dans _cl_a_mer_ et ses composés,
-avec _cl_a_meur_; dans _d_a_mner_; dans _b_a_rrer_, _b_a_rreau_
-et _b_a_rrière_, _c_a_rrer_ et _contrec_a_rrer_, _c_a_rreau_ et
-_c_a_rrière_ (mais non _c_a_rrefour_ et _c_a_rrelage_, sans doute
-à cause des consonnes consécutives pour l’oreille _rf_ ou _rl_);
-dans _v_a_seux_, _g_a_zeux_ et tous les verbes en _-aser_, avec
-leurs dérivés, y compris _br_a_sier_ et _br_a_sero_, _embr_a_sure_,
-_c_a_suel_ et _c_a_suiste_; de même encore dans _s_a_bler_, _r_a_cler_,
-_r_a_fler_ ou _ér_a_fler_, dans _c_a_drer_ ou _enc_a_drer_,
-_c_a_brer_, _dél_a_bré_, _s_a_brer_, _n_a_vrer_ (mais non _c_a_dran_
-ni _f_a_brique_). L’_=a=_ s’est ouvert dans _big_a_rré_, _am_a_rrer_,
-_cham_a_rré_, _n_a_rrer_.
-
-[73] Si l’on peut fermer celui de _l_a_ssitude_, c’est uniquement à
-cause du sens, et parce qu’on appuie volontairement.
-
-[74] Pourtant ces mots n’ont aussi que deux syllabes pour l’oreille,
-comme _p_a_ssant_; mais le sens des composants est entièrement perdu de
-vue; dès lors, dans _p_a_spor_ ou _p_a_spoil_, l’_a_ est naturellement
-porté à s’ouvrir, à cause des deux consonnes, à moins d’une volonté
-expresse.
-
-[75] L’_=a=_ est ouvert aussi dans _Je_a_nnot_, _Je_a_nnette_, et
-_Je_a_nneton_. Il est fermé dans _J_a_cob_ (mais non dans _J_a_cobins_
-ou _J_a_cobites_); dans _J_a_cqu_(e)_line_, qui n’a que deux syllabes
-pour l’oreille, il est douteux, la seconde des consonnes qui
-suivent l’_=a=_ (_cl_) étant une liquide; mais il est ouvert dans
-_J_a_c(que)mont_ ou _J_a_c(que)mart_, et même dans _J_a_cquart_, comme
-dans _J_a_cquerie_.
-
-[76] Voir plus haut, pp. 27-28. Tous ces _a_ sont naturellement fermés
-dans Rousselot, ainsi que dans Michaëlis et Passy, mais non dans le
-_Dictionnaire général_.
-
-[77] Dont l’_=a=_ est fermé dans Michaëlis et Passy.
-
-[78] Malgré Michaëlis et Passy. L’_=a=_ prétonique est aussi fermé
-généralement dans _B_a_sile_, _B_a_zeilles_ et _J_a_son_, moins
-régulièrement dans _B_a_zaine_, _Dug_a_zon_ et _L_a_zare_, et plutôt
-ouvert dans _Saint-L_a_zare_, où il n’est plus initial.
-
-[79] De même _B_a_ron_, _C_a_ron_, _Ch_a_ron_, _Ch_a_rron_,
-_Sc_a_rron_, _V_a_rron_ (si on ne prononce qu’un _r_), en opposition
-avec _Masc_a_ron_.
-
-Toutefois, sur _ch_a_rron_, l’accord n’est pas parfait, à cause des
-autres dérivés de même racine. Quant à _m_a_rron_, le _Dictionnaire
-général_ fait l’_=a=_ long dans le substantif et bref dans l’adjectif
-(_esclave m_a_rron_): c’est encore uniquement l’étymologie qui le guide
-sur ce point.
-
-[80] Mais non dans _M_a_rennes_, malgré Michaëlis et Passy.
-
-[81] Tous ces _=a=_ sont fermés dans Mᵐᵉ Dupuis, et même celui de
-_décl_a_rer_! Michaëlis et Passy ferment aussi celui de _l_a_trines_!
-
-[82] Ceux qui ne prononcent pas l’_=s=_ final de ce mot ferment l’_=a=_
-le plus souvent; mais il faut prononcer l’_=s=_.
-
-[83] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’_=a=_ dans ces mots et même dans a_veline_,
-_h_a_meau_ et _rog_a_ton_. L’_=a=_ est encore fermé assez généralement
-dans A_dam_, _B_a_taves_, _C_a_lais_, _Ch_a_blis_; il est flottant dans
-_S_a_tan_ et _M_a_deleine_, mais ouvert dans _B_a_cchus_ et _C_a_dix_.
-
-[84] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’_=a=_ même dans _b_a_scule_, _b_a_stonnade_
-et _m_a_rtyr_, malgré les deux consonnes qui le suivent.
-
-[85] Ou _M_a_jorque_. Pour _m_a_jorité_, _m_a_jorat_ ou _m_a_juscule_,
-la question ne se pose même pas.
-
-[86] L’_=a=_ est fermé dans _J_a_nus_, mais non dans a_nus_, ni dans
-_l_a_pis_ (lazuli), et c’est très incorrectement qu’on le ferme
-dans _p_a_ter_ ou même _ad p_a_tres_. Il serait aussi correct de
-faire certains _=a=_ longs et fermés, comme en latin, dans quelques
-expressions latines souvent citées: _aud_a_ces fortuna juvat_, _auri
-s_a_cra fames_, _bella m_a_tribus detest_a_ta_, _delenda Carth_a_go_,
-_dignus intr_a_re_, _ense et ar_a_tro_, _err_a_re humanum est_,
-_facit indign_a_tio versum_, _genus irrit_a_bile v_a_tum_, _in caud_a
-_venenum_, _irrepar_a_bile tempus_, _manu milit_a_ri_, _mens s_a_na
-in corpore s_a_no_, _mir_a_bile visu_, _nil admir_a_ri_, _prof_a_num
-vulgus_, _o fortun_a_tos_, _pecc_a_vi_, _persona gr_a_ta_, _pro_
-a_ris et focis_, _qu_a_lis pater_, _quantum mut_a_tus_, _r_a_ra
-avis_, _si vis p_a_cem_, _ultima r_a_tio_, _v_a_de retro_, _v_a_nitas
-vanit_a_tum_; mais non dans _p_a_nem et circenses_, dont on allonge
-souvent l’_a_ mal à propos.
-
-[87] Et aussi dans _M_a_hdi_, _F_a_hrenheit_ ou _H_a_hnemann_, comme
-dans _H_a_hn_, à cause de l’_h_. Il l’est aussi dans les noms propres
-étrangers où les deux _a_ n’en font qu’un: Aa_rhus_, Aa_lborg_,
-_Boerh_aa_ve_, _S_aa_di_, _S_aa_le_, _S_aa_lfed_, _S_aa_rdam_,
-_S_aa_vedra_, etc.; mais _S_aa_di_ est devenu chez nous le prénom
-_S_a_di_, avec _a_ bref. On sépare les _a_ dans _A_-a_r_, _R_a-a_b_ ou
-_Nausic_a-a. Dans les noms hébreux, _B_a-a_l_, _Is_a-a_c_, _Bal_a-a_m_,
-_Abr_a-ha_m_, on sépare aussi aujourd’hui les _=a=_, mais au XVIᵉ
-siècle on les contractait volontiers, et on a continué à le faire
-pour Aa_ron_, surtout les poètes, notamment Racine, quoiqu’il scande
-_B_a-a_l_, et aussi V. Hugo, qui écrit de préférence _Aron_. Pour _a_
-suivi de _en_, voir aux nasales.
-
-[88] Je ne crois pas que la nasalisation du premier _=a=_ soit due,
-comme le veut l’abbé Rousselot, à l’influence des deux _=m=_ qui
-enferment l’_=a=_, sans quoi on devrait dire aussi _man-mour_ ou
-_man-melle_. C’est plutôt ce phénomène de répétition de syllabes
-identiques qui a produit tant de mots enfantins, comme _bobo_, _lolo_,
-etc., et même _pépée_ pour _poupée_.
-
-[89] Nous retrouverons ces mots au chapitre des nasales, avec quelques
-autres où figure l’_=a=_.
-
-[90] Livre Iᵉʳ, fable 1. Voir aussi fable 13 du livre Iᵉʳ, fables 9 et
-10 du livre V, et ailleurs.
-
-[91] L’Académie ne voit d’ailleurs rien de choquant à prononcer d’une
-part _outeron_, et d’autre part _a-outer_. L’abbé Rousselot et le
-_Dictionnaire général_ sont d’accord pour _ou_, et il n’y a pas lieu de
-distinguer entre (a)_oût_, (a)_oûter_ et (a)_oûteron_. _A-ou_ ne paraît
-s’être maintenu constamment que dans le prénom _Ra-oul_, d’allure
-aristocratique et peu populaire, et dans un mot relativement récent,
-_ca-outchouc_; mais cette association est si peu naturelle en français
-qu’on entend parfois _a-ou_ se réduire à _ou_ même dans ce mot, ou bien
-au contraire se séparer par un _yod_: _cayoutchouc_.
-
-[92] Le _Dictionnaire général_ donne _a-oriste_.
-
-[93] _=A-o=_ n’a pu se maintenir ailleurs dans le français pur qu’au
-moyen d’un _=h=_: _ca_h_ot_, _Ca_h_ors_; mais l’_=a=_ est tombé dans
-_S_(a)_ône_ et _Curaç_(a)_o_: il serait si simple de ne pas l’y écrire.
-Les autres mots qui conservent _a-o_ sont savants ou étrangers;
-_a-orte_, _caca-o_, _cha-os_, _ka-olin_, _Bilba-o_, _La-os_, etc.
-L’_=a=_ était tombé et a revécu dans _A-oste_, comme dans _a-oriste_.
-
-[94] On sait que l’orthographe anglaise est encore bien plus
-extravagante que la française, ce qui n’est pas peu dire.
-
-[95] Rémy de Gourmont voudrait même qu’on écrivît _boucmacaire_,
-mais cela encore est un compromis: pour que le mot eût une forme
-véritablement française, il faudrait aller jusqu’à _bouquemacaire_: on
-avouera que cela ne s’impose pas.
-
-[96] Mais c’est un _=a=_ nettement ouvert qu’on prononce, à tort ou à
-raison, dans _b_a_r_, _bl_a_ck rot_, _c_a_b_, _cr_a_ck_, _dog c_a_rt_,
-_dr_a_g_, _fashion_a_ble_, _flint gl_a_ss_, _godd_a_m_, _kr_a_ch_,
-_l_a_d_, _l_a_sting_, _m_a_lt_, _m_a_tch_, _p_a_ddock_, _scr_a_tch_,
-_t_a_tter-s_a_ll_, _tr_a_mway_, _w_a_terproof_, et dans _th_a_t is the
-question_ (approximativement _zatis-zecouèchtieune_). De même dans
-_M_a_cbeth_, _Sydenh_a_m_ et les noms en _-gh_a_m_, sans parler de
-_B_a_con_, qui est francisé depuis des siècles.
-
-[97] Ainsi dans _steeple-ch_a_se_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_,
-_p_a_le_-a_le_, _p_a_ll-m_a_ll-gazette_, _r_a_cing-club_,
-_sh_a_kehand_, _tr_a_des-unions_ (trèdiounieune), _r_a_llye-p_a_per_,
-_God s_a_ve_, _qu_a_ker_, et aussi _J_a_mes_ (djèms), _Bedl_a_m_ ou
-_Sh_a_kespeare_.
-
-[98] On en vient même à prononcer à la fois _r_a_llye_ à la française
-et _p_a_per_ à l’anglaise (rali-pepeur): il faudrait choisir pourtant!
-Je ne parle pas de _baby_, qui n’est plus guère qu’une orthographe
-prétentieuse, puisque nous avons _bébé_, qui est probablement le
-même mot, avec la même prononciation, approximativement. Sans doute
-il est trop français au goût de quelques-uns, qui trouvent _baby_
-beaucoup plus distingué. Pur snobisme, pour la plupart, comme d’écrire
-_beefsteak_. Mais au moins prononce-t-on _bifteck_, même quand on écrit
-_beefsteack_; le comble, c’est de prononcer _babi_, en s’imaginant
-que c’est de l’anglais! Il n’y a rien de plus ridicule que cette
-affectation dans l’ignorance. Je sais bien qu’on peut dire que _baby_ a
-pris un sens différent de _bébé_, et désigne des bébés d’allure et de
-costume particuliers; c’est possible, mais mon observation demeure.
-
-[99] En fait, cet _=a=_ anglais est plutôt intermédiaire entre l’_a_ et
-l’_o_, à peu près comme nous prononçons parfois un _ah_ prolongé pour
-marquer de l’étonnement ou du mécontentement.
-
-[100] Le _Dictionnaire général_ les accueille toutes les trois.
-
-[101] On ne voit pas très bien à quoi sert l’orthographe _beefst_ea_k_
-et _rumpst_ea_k_, puisque nous en avons fait _bifteck_ et _romsteck_
-(avec un _c_ complémentaire à l’allemande): qui donc prononce
-_reumpstec_?
-
-[102] Ajouter: _B_ea_consfield_, _Castler_ea(gh), _Chels_ea,
-_Chesap_ea_ke_, _K_ea_n_, _K_ea_ts_, _le roi L_ea_r_, _Shakesp_ea_re_,
-etc.
-
-[103] Et aussi dans le basque _C_oa_rraze_.
-
-[104] _Law_ aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer _lo_;
-mais ce mot ayant été à l’origine employé surtout au génitif (_Law’s
-bank_), le génitif fut pris pour le nom et la prononciation _lasse_
-prévalut, acceptée pas _Law_ lui-même; elle prévaut encore. Nous avons
-un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez
-absurdes, comme _chez Maxim’s_.
-
-[105] Le groupe _=oi=_ est dérivé d’un _e_ latin qui s’est d’abord
-renforcé, ou simplement mouillé, en _éï_, puis ouvert en _èï_, et
-ensuite _oï_, la voyelle initiale étant toujours le son principal.
-Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A partir de
-cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à
-évoluer. D’abord _i_ est devenu le son principal du groupe; puis _oï_
-s’est ouvert à son tour en _oé_, _oè_, _oa_, et, par l’assourdissement
-de l’_o_, _ouè_ et _oua_. C’est là que nous en sommes, si bien qu’il
-n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui
-est exactement _wa_, avec _w_ consonne, sans _i_ ni _o_. La lutte fut
-d’ailleurs très longue entre _ouè_ et _oua_, sans compter _è_ tout
-court, qu’on entendait notamment dans _adroit_, _froid_, _trois_ et
-_croire_. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il
-fallait prononcer _je crois_: _Je crès_, dit-il, _qu’il faut prononcer
-je croa_. Finalement on a adopté, pour le son _è_, l’orthographe _ai_,
-et _oi_ a fini par passer à _wa_. Il n’y pas fort longtemps que le
-fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement en
-1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui
-continuaient à enseigner le son _ouè_. Aujourd’hui cette prononciation
-est tout à fait surannée et dialectale, et je ne sais où Michaëlis et
-Passy ont pu entendre indifféremment _jw_a_gne_ et _jw_è_gne_.
-
-[106] La finale _=oy=_ a disparu de l’orthographe, mais se retrouve
-dans les noms propres français, où sa prononciation est la même:
-_Darb_oy, _Fonten_oy, _Jouffr_oy, _de Tr_oy, et même au besoin
-_Rob-R_oy, se prononcent comme s’ils avaient un _i_.
-
-[107] Et aussi dans _Tr_oi_e_, _Tr_oy_es_ ou _Millev_oy_e_, qui se
-prononcent exactement comme _tr_oi_s_ ou _v_oi_s_.
-
-[108] CORNEILLE, _le Cid_, acte II, scène 8.
-
-[109] Il n’est guère possible de justifier _roide_, en dehors de la
-rime: la langue _françoise_ ne s’en accommode plus. Domergue lui-même
-conseillait déjà _rède_, à côté de _r_oi_dir_ et _r_oi_deur_. _Faible_
-aussi s’est longtemps écrit _foible_, même au XIXᵉ siècle; mais il
-se prononçait tout de même _fèble_, et je ne sais pourquoi il avait
-conservé son ancienne orthographe.
-
-C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire _ai_ le
-groupe _oi_, quand il se prononçait _è_: encore fit-elle exception pour
-_r_oi_de_ et _harn_oi_s_.
-
-[110] _=Oi=_ est aussi assez long dans les mots en _-oirie_:
-_arm_oi_rie_, _plaid_oi_erie_, etc., mais moins que dans _-oir_.
-Autrefois il se fermait dans _-oire_, et y semblait plus long que dans
-_-oir_.
-
-[111] Il représente aussi un _s_ tombé (sauf dans _benoît_, _benoîte_,
-où il est peu justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois,
-et l’on trouve encore des exemples de la prononciation ancienne, mais
-elle est tout à fait surannée.
-
-[112] Quand ce n’était pas _ngn_ ou _ingn_: ainsi _gagner_ s’écrivait
-aussi bien _ga-igner_, _ga-ngner_, _ga-ingner_, d’autant plus que le
-son de l’_a_ a longtemps été nasal dans ce mot, comme l’_o_ l’est resté
-ou plutôt redevenu dans _Brongniart_, qui, régulièrement, devrait se
-prononcer _bro-gnar_.
-
-[113] Ces mots étaient pourtant à _joindre_, _soin_, _loin_, _témoin_,
-comme _besogner_, _cogner_ et _grogner_ sont à _besoin_, _coin_ et
-_groin_.
-
-[114] Mais pourquoi ne pas écrire _ognon_ comme _rognon_? Le cas est
-exactement le même.
-
-[115] Pourtant le _Dictionnaire général_ les prononce par _o_ et non
-par _oi_. Il retarde. Pourquoi pas _élo_(i)_gner_ et _so_(i)_gner_?
-_Lam_oi_gnon_ aussi, et _C_oi_gny_, sont altérés désormais dans l’usage
-le plus ordinaire.
-
-[116] Quoique ce soit admis par Michaëlis et Passy. Ajoutons que, très
-familièrement, _voilà_ devient _vla_, sans doute par l’intermédiaire
-ancien de _véla_: cela est un peu trop négligé.
-
-[117] On prononce _oï_ dans _Dr_oy_sen_, et, si l’on veut, _Rob-R_oy,
-par opposition aux noms français, _C_oy_pel_, _C_oy_sevox_, _L_oy_son_,
-_R_oy_bet_, etc., où _oy_ se prononce comme _oi_.
-
-[118] Sauf un cas, qui sera examiné.
-
-[119] On sait que l’_=e=_ non muet se prononce _é_ ou _è_, sans avoir
-d’accent, devant deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit _muta
-cum liquida_), et aussi devant une consonne finale, sauf l’_s_, parce
-que, devant un _s_, sans accent, il serait muet. Autrefois il n’avait
-pas d’accent dans ce cas, mais il y avait un _z_ à la place de l’_s_.
-
-[120] Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en _=-ète=_,
-_=-ède=_, _=-ège=_, etc., et la plupart des finales à consonne unique
-ont été longtemps fermées: _=-éte=_, _=-éde=_, _=-ége=_, etc.; elles
-se distinguaient ainsi des finales à consonne double, _=-elle=_,
-_=-emme=_, _=-ette=_, etc. Ce n’est même qu’en 1878 que l’Académie a
-consenti l’accent grave aux finales en _=-ège=_.
-
-[121] _A later_e, _d_e _profundis_, _ecc_e _homo_, _epitom_e, _in
-pac_e, _miserer_e, _noli m_e _tanger_e, _nota ben_e, _pang_e _lingua_,
-_salv_e, _sin_e _qua non_, _t_e _deum_, _toll_e, _vad_e _mecum_,
-_vic_e _versa_, aussi bien que _av_é, _bénédicit_é ou _fac-simil_é. La
-diphtongue latine _æ_ se prononce aussi comme un _e_ fermé: _Dies ir_æ,
-_lapsus lingu_æ, _v_æ _victis_, _Phil_æ.
-
-[122] L’_=e=_ final se prononce également dans _Cort_e, mais non dans
-_Casert_(e), _Bramant_(e) ou _Fiesol_(e). L’allemand est traité comme
-l’italien: l’_e_ ne se prononce pas dans _Gœth_(e), ni dans _Moltk_(e),
-_Hohenloh_(e), _Carlsruh_(e); mais il se prononce dans _Enck_e,
-_Heyn_e, _Heys_e, _Ranck_e, _Nietzch_e, etc. L’_e_ final anglais se
-prononce _i_ dans _to b_e _or not to b_e, où il est accentué; en
-général il ne se prononce pas: _steepl_(e) _chas_(e); il est muet même
-après une voyelle dans _blu_(e) _book_, _Edgar Po_(ë), _Lugné-Po_(ë),
-_Monro_(ë), _de Fo_(ë), _Jellico_(ë), et même _Ivanho_(ë); pourtant
-celui-ci, étant suffisamment populaire, se francise souvent en
-_Ivanho_-é, et il est à peu près impossible de ne pas franciser
-_Cruso_-é.
-
-[123] Voir plus loin, au chapitre de l’_R_.
-
-[124] _Plessis-l_e_z-Tours_; on l’écrit souvent _les_, et même _lès_,
-très malencontreusement, car l’_e_ est toujours fermé, même en liaison:
-_Caudebec-l_e_z-Elbeuf_.
-
-[125] Les noms propres _Dumouri_e_z_, _Dupr_e_z_, etc., suivent la
-règle, sauf _For_e_z_, qui a l’_=e=_ ouvert, quoique le _z_ n’y sonne
-pas non plus.
-
-[126] Au XVIIᵉ siècle, l’_e_ de ces mots était déjà généralement
-fermé, au moins à Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que
-les grammairiens finirent par le faire ouvrir, dans la prononciation
-soutenue; mais la tendance était trop forte pour qu’on pût la détruire
-dans la langue courante.
-
-[127] L’_e_ final s’est également fermé dans certains noms propres
-grecs, _Arachn_é, _Phryn_é, malgré l’étymologie. Il est vrai que les
-érudits se croient souvent obligés de prononcer _Ath_è_n_è, _Cor_è,
-_Anank_è; mais ces formes sont grecques et non françaises. Et puis,
-cette prononciation est-elle bien nécessaire? Si l’on ne veut pas dire
-_Athéné_, on ferait peut-être mieux de dire _Athéna_.
-
-[128] _Ben_ê_t_ (pour _beneet_), et ceux qui ont perdu l’_s_,
-_gen_ê_t_, _acqu_ê_t_, _arr_ê_t_, _intér_ê_t_, _for_ê_t_, _pr_ê_t_,
-_appr_ê_t_, _prot_ê_t_, _rev_ê_t_.
-
-[129] On y peut joindre _legs_, dont il vaut mieux ne pas prononcer le
-_g_.
-
-[130] Il n’y a véritablement d’_e_ final fermé un peu long que dans des
-mots étrangers comme _heimw_e_h_, à cause de l’_h_, et parce que le mot
-n’est pas français, sans quoi l’_h_ tomberait, comme il est tombé par
-exemple dans _narguilé_.
-
-[131] L’identité de _=-é=_ et _=-ée=_ est déjà constatée par Mᵐᵉ
-Dupuis. Aux finales en _-ées_ appartient _Séez_, qu’on écrit plutôt
-_Sées_, ainsi qu’il convient, orthographe qui d’ailleurs n’est pas
-nouvelle. On s’étonne de voir Mᵐᵉ Dupuis prononcer le mot en deux
-syllabes.
-
-[132] Sauf toujours des mots étrangers, comme _Sainte-W_e_hme_,
-_Auerst_æ_dt_ ou _K_e_hl_, qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne
-peuvent le faire qu’en s’ouvrant.
-
-[133] Nous éliminons, comme pour l’_=a=_, les finales dont il est
-question page 38: _dir_e_ct_, _in_e_pte_, _c_e_rcle_, _aub_e_rge_,
-_épid_e_rme_, _al_e_rte_, _obs_e_rve_, _mod_e_ste_, _orch_e_stre_,
-_ind_e_x_, etc., qui ont toujours l’_e_ ouvert, au plus moyen.
-
-[134] De même _Québ_e_c_, _Goss_e_c_, _Lam_e_ch_, _Utr_e_ch_(t),
-_Lub_e_ck_, _Wald_e_ck_, _Sén_è_que_, _La M_e_cque_, etc. L’_=e=_
-est naturellement long et beaucoup plus ouvert dans _év_ê_que_ et
-_archev_ê_que_, qui ont perdu leur _s_. Il redevient bref dans
-_br_ea_k_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_, qui, pour la prononciation,
-appartiennent à cette finale.
-
-[135] Voir notamment les finales en _-ome_ et _-omme_, en _-one_ et
-_-onne_. L’_e_ est naturellement long dans _gu_ê_pe_ et _cr_ê_pe_, qui
-ont perdu leur _s_.
-
-[136] On voit que le passage de _compl_e_t_ à _compl_è_te_, ou
-_pauvr_e_t_ à _pauvr_e_tte_, est encore le même que de _délic_a_t_ à
-_délic_a_te_: voir page 44. Autrefois _ète_ était fermé (_éte_) et ne
-rimait correctement ni avec _ette_ ni avec _aite_ L’Académie n’a adopté
-_ète_ qu’en 1740; encore a-t-elle excepté _athl_é_te_, jusqu’en 1835.
-L’_e_ est également bref dans les noms propres: _Hu_e_t_, _Japh_e_t_,
-_Élisab_e_th_, _Macb_e_th_, _G_è_tes_, _Spol_è_te_, _Polycl_è_te_,
-_Épict_è_te_, _Henri_e_tte_, _La Fay_e_tte_, _Col_e_tte_, _Char_e_tte_,
-etc. Cependant _Cr_è_te_ a l’_e_ plus long, probablement par confusion
-avec _cr_ê_te_.
-
-[137] Au contraire l’_e_ est toujours long dans _b_ê_te_, _f_ê_te_,
-_honn_ê_te_, _temp_ê_te_, _qu_ê_te_, _ar_ê_te_, _arr_ê_te_, _cr_ê_te_,
-_pr_ê_te_ (adjectif et verbe), _t_ê_te_ et _v_ê_te_, qui, comme _êtes_,
-ont perdu leur _s_. On notera aussi une sensible différence de quantité
-entre _acqu_ê_t_ et _conqu_ê_te_, _arr_ê_t_ et _arr_ê_te_, etc.
-
-[138]
-
- Que ne suis-je, prince ou poète,
- De ces mortels à haute tête,
- D’un monde à la fois base et faîte,
- Que leur temps ne peut contenir!
- (V. Hugo, _Feuilles d’automne_, VIII).
-
-
-[139] Nous verrons le même phénomène dans _douairière_ et _souhaiter_.
-Il est probable que _couette_ suivra. Cf. plus loin _moelle_ et _poêle_.
-
-[140] De même _Skobel_e_f_, _Sen_e_f_, _Jos_e_ph_, _Tél_è_phe_. Où
-l’abbé Rousselot a-t-il constaté un _e_ long dans _gr_e_ffe_? (Voir son
-_Précis_, page 143.)
-
-[141] Comme _b_ê_che_, _p_ê_che_, _r_ê_che_ et _rev_ê_che_; dans
-_dép_ê_che_, _emp_ê_che_ et _pr_ê_che_, il y a eu contraction de deux
-_e_.
-
-[142] Le _Dictionnaire général_ maintient la voyelle brève. L’_e_
-est long aussi dans _Camp_ê_che_, mais non dans _La Fl_è_che_ ou
-_Ard_è_che_, ni dans _F_e_sch_ ou _Marak_e_sch_.
-
-[143] Les termes qui désignent des personnes, _duch_e_sse_,
-_comt_e_sse_, _princ_e_sse_, _dé_e_sse_, _alt_e_sse_, _hôt_e_sse_,
-etc., ont eu longtemps aussi l’_e_ plus long que les mots abstraits,
-mais c’était en province plutôt qu’à Paris. Aujourd’hui encore, les
-noms propres en _-èce_, _Bo_è_ce_, _Vég_è_ce_, _Lucr_è_ce_, _Gr_è_ce_,
-_Lut_è_ce_, allongent volontiers l’_e_ dans la prononciation oratoire;
-mais _Br_e_sse_, _Perm_e_sse_, _Gon_e_sse_, avaient déjà l’_e_ bref
-au temps de Ménage. Il y faut joindre _H_e_sse_, _Tcherk_e_sses_,
-_Ed_e_sse_, etc., avec _M_e_tz_ _et_ _R_e_tz_, quoique quelques-uns
-prononcent encore _ré_ (cf. _rez_, page 53).
-
-[144] La plupart sont des noms propres: _Péricl_è_s_, _Bénar_è_s_,
-_Rams_è_s_, _Agn_è_s_, etc. Les mots latins non francisés ou
-incomplètement francisés n’ont pas l’accent grave: _faci_e_s_,
-_ad patr_e_s_, _do ut d_e_s_, etc., mais se prononcent de la même
-manière. Il en est de même des noms espagnols ou portugais en _-es_:
-_Rosal_e_s_, _Moral_e_s_, _Traz os Mont_e_s_, _Torr_e_s-Vedras_,
-aussi bien que _Cervant_e_s_, à qui nous donnons ordinairement un
-accent, faute de quoi beaucoup de personnes sont tentées de prononcer
-_Cervante_. Toutefois nous faisons _es_ muet dans _Buenos-Ayr_es.
-
-[145] «Un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux
-femmes, dont l’une était l’épouse d’un agioteur, ci-devant laquais;
-l’autre d’un fournisseur, ci-devant savetier. Tout à coup le jeune
-homme trouve sous sa main un éventail: «Madame, dit-il à la première,
-cet éventail est-il à vous?--Il n’est poin-z-à moi.--Est-il à vous,
-en le présentant à l’autre?--Il n’est pa-t-à moi.--Le beau diseur,
-en riant: Il n’est poin-z-à vous, il n’est pa-t-à vous, je ne sais
-pa-t-à-qu’est-ce. Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le
-mot est resté.»
-
-[146] Il a l’_e_ bref dans le _Dictionnaire général_: toujours
-l’étymologie!
-
-[147] On allonge plus régulièrement l’_e_ dans _Th_è_bes_, mais non
-dans _Turn_è_be_, _Er_è_be_, _Eus_è_be_, etc., pas plus que dans
-_Bab-el-Mand_e_b_, _Hor_e_b_ ou _Maghr_e_b_.
-
-[148] De même _Alfr_e_d_, _Manfr_e_d_ et parfois _Auerst_æ_d_(t),
-_Su_è_de_, _Tol_è_de_, _Archim_è_de_, _Nicom_è_de_, _Tancr_è_de_, etc.,
-et aussi _M_è_des_, qu’on allonge parfois, sans qu’il y ait plus de
-raisons que pour les autres.
-
-[149] De même _Touar_e_g_, _Gr_e_gh_, _don Di_è_gue_, _Nim_è_gue_.
-
-[150] De même _Samu_e_l_, _Rach_e_l_, _Deschan_e_l_, _Ad_è_le_,
-_Philom_è_le_, _Praxit_è_le_, _Isab_e_lle_, _Dardan_e_lles_,
-_Sganar_e_lle_, _Brux_e_lles_, etc. On peut franciser, avec le même
-son ouvert et assez bref, les noms germaniques en _el_, _Heg_el,
-_Schleg_el, _Hænd_el; dans ceux qui ne sont pas francisés, l’_e_ est
-presque muet. A cette catégorie appartient aussi _p_a_le_ a_le_.
-
-[151] _Ressemèle_ ou _ressemelle_, _grommèle_ ou _grommelle_, _ficèle_
-ou _ficelle_, etc., qu’importe?
-
-[152] _B_ê_le_, _f_ê_le_ et _v_ê_le_ qui ont contracté deux _e_,
-_m_ê_le_ qui a perdu son _s_, et les adjectifs _fr_ê_le_ et _gr_ê_le_,
-qui en avaient pris un, mais qui étaient pour _fraile_ et _graile_.
-Il faut y ajouter _N_e_sle_, nom propre qui a gardé le sien.
-Naturellement, dans _p_ê_le-m_ê_le_, le premier _ê_ est plutôt moyen,
-et quelquefois les deux. On allonge quelquefois l’_e_ d’_Aur_è_le_ ou
-_Philom_è_le_, mais c’est un peu suranné.
-
-[153] Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de _boîte_
-(boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle,
-époque où _oi_ se prononçait _oué_. La réforme n’ayant pas réussi,
-malheureusement, mieux eût valu unifier l’orthographe et écrire _moile_
-et _poîle_, comme _boîte_. Cela eût épargné à V. Hugo et à d’autres des
-rimes ridicules, comme celle-ci, où _moelle_ a de plus trois syllabes:
-
- Vous desséchez mes os jusque dans leur _mo-elle_.
- Mais les saints prévaudront! Votre engeance cruelle...
- _Cromwell_, acte I, scène 5.
-
-_Moelle_ rime correctement avec _étoile_ et même avec _squale_. La même
-observation est à faire pour _couette_ et _couenne_. Tous ces mots sont
-exposés à s’altérer dans la prononciation, comme _fouet_ l’a fait, et
-ils s’altèrent journellement, grâce à l’écriture. Quant à _mouette_, il
-est bien rare qu’on le prononce _moite_.
-
-[154] _Bl_ê_me_, _m_ê_me_, _car_ê_me_, _saint-chr_ê_me_, _bapt_ê_me_,
-qui ont perdu leur _s_, _supr_ê_me_, _extr_ê_me_, qui ont gardé, ou
-plutôt repris la quantité latine, et les noms propres _Boh_ê_me_,
-_Angoul_ê_me_, _Car_ê_me_, _Br_ê_me_, avec _Sol_e(s)_mes_.
-
-[155] Cf. encore _d_è_me_, _enthym_è_me_, _épichér_è_me_,
-_monotr_è_me_, _hélianth_è_me_, _abst_è_me_, etc. Il en est de même des
-noms propres en _-ème_, _Nicod_è_me_, _Polyph_è_me_, _Triptol_è_me_,
-_Bar_è_me_, etc., mais l’_e_ est toujours bref dans _Bethlé_e_m_,
-_Jérusal_e_m_, _S_e_m_, etc.
-
-[156] Cf., page 59, ce que nous avons dit pour _poète_. Il est
-surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre
-_s_è_me_, _deuxi_è_me_ et _stratag_è_me_, qui sont précisément à trois
-degrés différents. On a vu que _cold-cr_ea_m_ avait aussi la finale
-brève.
-
-[157] Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des
-nasales.
-
-[158] On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez
-bref, les noms germaniques en _-en_ les plus connus: _Ibs_e_n_,
-_Momms_e_n_, _Beethov_e_n_. Quand ces mots ne se francisent pas, la
-finale se prononce presque comme s’il n’y avait pas d’_e_.
-
-[159] Les mots _ch_ê_ne_, _p_ê_ne_, _r_ê_nes_ et _fr_ê_ne_ ont
-perdu un _s_, légitime ou non, tandis que _chev_e(s)_ne_ gardait le
-sien; _g_ê_ne_ a contracté deux _e_. Ajouter _G_ê_nes_, et aussi
-_Duch_e(s)_ne_, _Duqu_e(s)_ne_, qui ont gardé l’_s_.
-
-[160] Cf. _tro_è_ne_, _c_è_ne_, _sc_è_ne_ et _obsc_è_ne_ (mais pas
-dans _sc_è_ne IV_), _al_è_ne_, _ar_è_ne_, _car_è_ne_, _sir_è_ne_,
-_mur_è_ne_, les mots en _-gène_, les mots savants et les noms propres,
-_catéchum_è_ne_, _prolégom_è_nes_, _oz_è_ne_, ou _Carthag_è_ne_,
-_Eug_è_ne_, _Diog_è_ne_, _Hél_è_ne_, _Célim_è_ne_, _Mis_è_ne_,
-_Ath_è_nes_, etc.
-
-[161] _Morig_è_ne_ échappe difficilement à l’analogie des mots en
-_-gène_.
-
-[162] Voir ci-avant, page 62 et note 3.
-
-[163] On prononce trop facilement _Compiène_ pour _Compiègne_.
-
-[164] C’est-à-dire _e_ suivi de _l_ mouillé, mais qui se prononce en
-réalité comme _eye_.
-
-[165] _=Œil=_ et les mots en _=-cueil=_ et _=-gueil=_ n’appartiennent
-pas à cette catégorie, mais à celle des mots en _=-euil=_. _Ru_e_il_,
-au contraire, lui appartient, avec _Corb_e_il_, _Corn_e_ille_,
-_Mir_e_ille_, _Mars_e_ille_, _Baz_e_illes_, etc.
-
-[166] Comme on l’a vu plus haut, c’est en 1878 que l’Académie a
-consenti à mettre l’accent grave aux mots en _-ège_. On peut y joindre
-aussi les formes interrogatives _aim_é-_je_, _all_é-_je_, etc., que
-Domergue voulait à toute force faire prononcer par un _e_ fermé; mais
-ces formes sont aujourd’hui purement grammaticales et tout à fait
-inusitées. Et il y a encore des noms propres, _Li_è_ge_, _Ari_è_ge_,
-_Bar_è_ges_, _Corr_è_ge_, _Norv_è_ge_, etc.
-
-[167] Le _Dictionnaire général_ marque un _e_ long; mais ceci me paraît
-purement théorique. Il fait de même, bien entendu, pour les finales
-_-ègne_ et _-eil_ ou _-eille_.
-
-[168] De même _Fi_e_r_, _Thi_e_rs_, _Rey_e_r_, _Aub_e_r_, _Ch_e_r_,
-etc., avec les noms bibliques, comme _Abn_e_r_, _Eliéz_e_r_ ou
-_Esth_e_r_, ou anciens, comme _Lucif_e_r_, _Vesp_e_r_, _Antipat_e_r_,
-_Jupit_e_r_, etc.: voir au chapitre de l’_R_. On distinguait autrefois
-_=-erre=_ et _=-ère=_, même quand _=-ère=_ se fut ouvert, parce que les
-deux _r_ de _-erre_ se prononçaient, si bien qu’au XVIIᵉ siècle ces
-finales ne rimaient pas ensemble.
-
-[169] _Manag_e_r_ fait exception, quand on le francise, parce qu’il
-suit l’analogie des mots en _-ger_, et notamment celle de _ménag_e_r_,
-qui au fond est le même mot.
-
-[170] Peut-être aussi _landw_e_hr_, quoique l’_e_ de ce mot soit long
-et fermé en allemand, tandis que celui de _bitt_(e)_r_ s’y prononce à
-peine.
-
-[171] Il en est de même de beaucoup de noms propres très connus,
-surtout allemands, _Au_e_r_, _Schopenhau_e_r_, _Web_e_r_, _Kléb_e_r_,
-_Blüch_e_r_, _Od_e_r_, _Schiller_, _Képl_e_r_, _Neck_e_r_, _Wagn_e_r_,
-_Dur_e_r_ (que les poètes prononcent quelquefois _dure_, notamment V.
-Hugo), _Tannhaüs_e_r_, _Luth_e_r_, _Werth_e_r_, et même _Meyerb_ee_r_,
-tellement le français répugne à fermer l’_e_ devant une consonne,
-surtout un _r_. On peut prononcer de même _Chauc_e_r_, _Spenc_e_r_
-ou _Spens_e_r_, _List_e_r_, _Westminst_e_r_, _Manchest_e_r_,
-_Vancouv_e_r_, et naturellement _Gulliv_e_r_, et aussi _Bo_e_r_(s),
-quoique beaucoup de gens, trop bien renseignés, persistent à prononcer
-_bour_ et même _bours(e)_: pourquoi pas _London_ ou _Napoli_! Quelques
-noms allemands en _-berg_ sont aussi francisés en _er_ ouvert et long,
-le _g_ n’étant pas articulé: _Gutenb_e_r_(g), _Furstemb_e_r_(g),
-_Vurtemb_e_r_(g), _Spitzb_e_r_(g), et surtout _Nuremb_e_r_(g), qui est
-complètement modifié, la forme allemande étant _Nürnberg_; les autres,
-gardant les deux consonnes, comme _Johannisb_e_rg_, n’ont qu’un _e_
-moyen.
-
-[172] Qui est celle de _Bædek_(e)_r_, et fut autrefois celle de
-_Neck_(e)_r_, et quelque temps celle de _Web_(e)_r_; c’est celle qui
-convient aux noms allemands qu’on ne francise pas. D’autre part, on
-écrit et on prononce _Dniép_e_r_ et _Dniest_e_r_, ou mieux _Dniepr_ et
-_Dniestr_.
-
-[173] Aussi l’_=e=_ des mots en _=-ève=_ est-il à peu près aussi
-long que l’_ê_ de _r_ê_ve_ et _end_ê_ve_, qui ont perdu l’_s_, et de
-_tr_ê_ve_ (dont l’accent s’explique mal). De même È_ve_, _Genevi_è_ve_,
-_Lod_è_ve_, _Gen_è_ve_, _Tr_è_ves_, etc., et _God s_a_ve_. Pour la
-finale anglaise _ew_, voir au _W_.
-
-[174] Il y a toujours exception pour les vers, bien entendu:
-
- A l’heure où le soleil s’élève,
- Où l’arbre sent monter la sève,
- La vallée est comme un beau rêve.
- V. HUGO, _F. d’aut._, XXXIV
-
-
-[175] Pourquoi cette orthographe? Ou pourquoi les autres ne l’ont-ils
-pas aussi? Même quantité dans _Eph_è_se_, _Borgh_è_se_, _Pergol_è_se_,
-_Véron_è_se_, etc., dans _Su_e_z_, _Rod_e_z_, _Orth_e_z_, _Cort_e_z_,
-dans _B_è_ze_, _Zamb_è_ze_, _Corr_è_ze_, etc., et aussi dans
-_steeple-ch_a_se_.
-
-[176] Quoique le _Dictionnaire général_ fasse l’_e_ long dans
-_hi_è_ble_ et _n_è_fle_, et les mots en _-ègle_.
-
-[177] Avec _Boisd_e_ffre_, et aussi _Abou-b_e_kre_, _Bæd_e_k_(e)_r_ et
-_qu_a_k_(e)_r_. Quelques personnes font l’_=e=_ long dans _l_è_pre_, et
-le _Dictionnaire général_ les y autorise; on ne saurait tout de même
-prononcer _l_è_pre_ comme _v_ê_pre_, qui a perdu son _s_.
-
-[178] Ni _Èbre_, _H_è_bre_ ou _Gu_è_bres_. Le _Dictionnaire général_
-fait pourtant l’_=e=_ long dans toutes les finales en _-èbre_ et
-_-ègre_, sauf _z_è_bre_.
-
-[179] Ou celui de _don P_è_dre_. Celui de _Ph_è_dre_, au moins celui de
-l’héroïne, s’allonge aussi volontiers en poésie.
-
-[180] Quoique le _Dictionnaire général_ fasse l’_=e=_ long dans
-_m_è_tre_, _ur_è_tre_ et _pyr_è_tre_; il le ferait tel aussi sans doute
-dans _pén_è_tre_ ou _perp_è_tre_, s’il donnait la prononciation de ces
-mots.
-
-[181] _M_è_tre_ lui-même pourrait à la rigueur rimer avec _m_aî_tre_;
-_m_e_ttre_ ne pourrait pas. Mais les seuls _e_ proprement longs
-ici sont ceux de ê_tre_, _h_ê_tre_, _fen_ê_tre_, _emp_ê_tre_,
-_champ_ê_tre_, _pr_ê_tre_, _anc_ê_tre_ et _Bic_ê_tre_, qui ont perdu
-leur _s_; et ceux de _gu_ê_tre_ et _salp_ê_tre_, qui sont devenus longs
-sans raison évidente.
-
-[182] Quoique le _Dictionnaire général_ n’en fasse point.
-
-[183] De même les noms propres _Bi_è_vre_, _Ni_è_vre_ et
-_Penthi_è_vre_. Les autres noms propres, _Lef_è_vre_ (ou _Lef_e_bvre_),
-_Gen_è_vre_, et surtout _S_è_vres_, ouvrent leur _e_ plus régulièrement.
-
-[184] Il faut donc corriger les grammaires sur ce point: l’_e_ surmonté
-de l’accent grave est toujours ouvert, mais l’_e_ surmonté de l’accent
-aigu n’est certainement fermé que quand il est final.
-
-[185] Le _Dictionnaire général_ l’ignore. L’abbé Rousselot l’exagère.
-On notera ici aussi que des mots comme _supr_é_matie_ ou _extr_é_mité_
-n’ont jamais eu l’accent circonflexe, qui n’est sur _extr_ê_me_ ou
-_supr_ê_me_ qu’un signe de quantité arbitraire: voir page 63, note
-1. _M_é_lange_ et _m_é_langer_ ne l’ont pas non plus, et ont l’_e_
-moyen et même bref, malgré _m_ê_le_ et _m_ê_ler_. Des mots étrangers,
-comme _p_e_hlvi_, ont encore l’_e_ atone fermé et long; mais il faut
-faire effort pour le maintenir, car la tendance est de l’ouvrir
-en l’abrégeant. L’_e_ n’est non plus ni ouvert ni long dans _du
-Gu_e(s)_clin_, _Dum_e(s)_nil_, _Duch_e(s)_nois_; il est même fermé dans
-_Saint-M_e(s)_min_; mais il est ouvert dans _Champm_e(s)_lé_.
-
-[186] De même _t_e_rrain_ ou _t_e_rrasse_, _t_e_rrestre_ ou
-_att_e_rrir_, malgré l’_e_ ouvert de _t_e_rrer_ et _t_e_rreau_. On peut
-aussi comparer _s_e_rrer_ et _f_e_rrer_: la différence est grande.
-
-[187] La prononciation _fe_gn_an_ a d’ailleurs pour elle de vieilles
-traditions. Au XVᵉ et au XVIᵉ siècle, l’hiatus intérieur _éa_ et
-surtout _éan_ se résolvait par une diphtongue qui tantôt se réduisait à
-_a_ et _an_, comme dans _dea_ (oui-da) ou _Jehan_, tantôt conduisait à
-_ian_, comme dans _léans_ ou _Orléans_. _Néant_ fut dans ce cas, et on
-le voit rimer avec _escient_ ou _inconvénient_; _néanmoins_ a souvent
-deux syllabes à cette époque, et _fainéant_ aussi, jusque dans Baïf.
-
-[188] Voir page 64; on reviendra sur ce point au chapitre des nasales.
-
-[189] Le _Dictionnaire général_ ne connaît encore que la prononciation
-par _a_, quoique l’Académie se soit abstenue, en 1878, pour _hennir_.
-Thurot avoue qu’on prononce aujourd’hui _n_e_nni_ et _h_e_nnir_ par
-_e_; mais il ajoute qu’on prononce les deux _n_: je n’ai jamais
-entendu cela. _J_e_nny_ se prononce encore beaucoup par _a_; mais la
-prononciation par _e_ se répand de plus en plus.
-
-[190] C’est le même phénomène qui s’est produit dans _fou_e_t_ ou
-_fou_e_tter_, et qui est en voie de se produire dans _cou_e_nne_ et
-_cou_e_tte_. Les adverbes en _-emment_ sont inaltérables, à cause du
-voisinage constant de leurs primitifs en _-ent_; mais _rou_e_nnerie_,
-sinon _rou_e_nnais_, est mal protégé par _Rouen_.
-
-[191] Michaëlis et Passy, qui admettent cette prononciation, admettent
-aussi _qu’rir_ pour _quérir_: je me demande dans quel faubourg ils ont
-pris cette prononciation patoise.
-
-[192] _All_e_luia_, e_t c_e_t_e_ra_, _confit_e_or_, _d_e_l_e_atur_,
-_lib_e_ra_, _ex_e_at_, _m_e_mento_, _mis_e_r_e_re_, _nota b_e_ne_, _t_e
-_d_e_um_, _Unig_e_nitus_, _v_e_to_, et à fortiori _vade m_e_cum_ et
-_r_e_bus_, qui sont francisés. On ferait bien pourtant de fermer l’_e_,
-même non final, dans beaucoup de mots latins où il est long: _cr_e_do_,
-_R_e_mus_, _amant alterna Cam_e_næ_, _c_e_dant arma togæ_, _d_e_lenda
-Carthago_, _experto cr_e_d_e _Roberto_, _hab_e_mus confitentem reum_,
-_in extr_e_mis_, _ne vari_e_tur_, _v_e_ni vidi vici_, etc.
-
-[193] De même Œ_dipe_, Œ_none_, Œ_ta_, _M_œ_ris_, Æ_gos-Potamos_,
-_P_æ_stum_, _L_æ_titia_, etc. Il ne faut donc pas confondre l’_œ_ latin
-d’Œ_dipe_, avec l’_œ_ allemand de _G_œ_the_, dont nous allons parler:
-é_dipe_, et non eu_dipe_, comme on l’entend parfois. Pour _œ_ suivi
-d’_u_, voir _eu_. L’_e_ ne doit pas se prononcer dans _Co_(ë)_tlogon_,
-et l’on prétend qu’il se prononce _oi_ dans _Tr_é_ville_.
-
-[194] Il y a de même un _=e=_ mi-ouvert dans des noms italiens ou
-espagnols comme _Ang_e_lo_, _Barb_e_rini_, _Bols_e_na_, _Cabr_e_ra_
-ou _Capr_e_ra_, _Consu_e_lo_, _Mont_e_bello_, _Mont_e-_Cristo_,
-_Mont_e_cuculli_, _Mont_e_n_e_gro_, _Mont_e_vid_e_o_, _Mont_e_zuma_,
-_Pont_e_corvo_, _Pu_e_bla_, _S_e_rao_, _Torr_e _del Gr_e_co_,
-_Cald_e_ron_, _Lop_(e) _de V_e_ga_, _V_e_n_e_zu_e_la_, _V_e_ra Cruz_,
-et aussi dans des noms allemands ou anglais comme _R_e_mington_,
-_W_e_ser_, ou d’autres pays comme _Cam_e_roun_, _Skob_e_lef_ ou
-_Tourgu_e_nef_, _Sw_e_denborg_, etc. On notera qu’il est généralement
-fermé dans les noms allemands, quand il est initial, comme dans
-_B_e_bel_, E_bers_, _L_e_nau_, _R_e_ber_, _W_e_ber_.
-
-[195] Il se prononce alors comme l’_=e=_ muet (eu), mais extrêmement
-bref et presque insensible, encore plus faible que dans les finales en
-_-et_, _-en_ ou _-er_; ainsi dans _Esch_(e)_nbach_, _Fürst_(e)_nberg_
-ou _Fahr_(e)_nheit_. De même dans l’anglais _Syd_(e)_nham_, ou même
-_gard_(e)_n-party_; sans parler de _le_ qu’on intervertit, comme
-dans _gent_le_man_, prononcé _djent_(e)_lman_, ou _steep_le-_chas_e,
-prononcé _stîp_(e)_ltchèse_, ou _Cast_le_re_a(gh), etc.
-
-[196] Ce tréma représente en effet un _=e=_ primitif.
-
-[197] Par exemple dans _Fr_œ_schwiller_ (au contraire de _W_œ_rth_),
-dans _K_œ_chlin_, _R_œ_derer_, _Sch_œ_ffer_, _Sch_œ_lcher_. Dans
-_R_œ_derer_, quelques historiens voudraient remplacer _ré_ par
-_reu_, mais dans le commerce des vins, on prononce uniquement _ré_.
-Cette prononciation par _é_ est encore admissible ou tolérable dans
-_K_œ_nigsberg_, quoiqu’on prononce plutôt _keunixbergue_.
-
-[198] Comme dans _Gr_o-ë_nland_, ou même _Fér_o-ë.
-
-[199] Ainsi _G_œ_the_, qu’on écrivait autrefois et qu’on a prononcé
-parfois _G_o-ë_the_ (Th. Gautier le faisait rimer régulièrement avec
-_poète_), se prononce aujourd’hui toujours _gheute_ (comme _meute_):
-ce nom, comme celui de _Shakespeare_, appris par l’oreille autant que
-par l’œil à cause de sa grande notoriété, s’est imposé partout avec sa
-prononciation véritable, à peu près tout au moins, l’_=e=_ final étant
-muet chez nous. On prononce de même _eu_ dans d’autres noms allemands
-ou scandinaves, qui ne sont guère employés que par des gens instruits,
-comme _Bj_œ_rnstierne Bj_œ_rnson_, _B_œ_ckh_, _B_œ_cklin_, _B_œ_hm_,
-_G_œ_then_, _D_œ_llinger_, _G_œ_ttingue_, _G_œ_tz_, _Jonk_œ_ping_,
-_K_œ_nigsberg_ et autres mots commençant par _K_œ_nigs-_, _K_œ_rner_,
-_Malm_œ, _Maëlstr_œ_m_, _Nordenski_œ_ld_, Œ_lenschlager_, _R_œ_ntgen_,
-_Sch_œ_nbrunn_, _Sch_œ_ngauer_, _T_œ_pffer_, _Troms_œ, _W_œ_rth_, etc.
-
-[200] Qu’il me soit permis de dire ici, en passant, que le pluriel, de
-_lied_, puisque _lied_ est francisé, doit être _lieds_ et non _lieder_,
-auquel s’obstinent les musiciens. C’est en général un travers assez
-pédantesque que d’aller chercher le pluriel des mots dans la langue
-d’où ils sont tirés. _Lieder_ a pour excuse qu’il est peut-être plus
-employé que le singulier, au moins en musique, où il sert de titre
-à beaucoup d’œuvres très importantes; aussi est-il sans doute moins
-ridicule que _sanatoria_, mais il est de même ordre. Pourquoi pas
-des _harmonia_ ou des _pensa_? Tel journaliste, qui s’est par hasard
-égaré en Algérie, nous apprend que _Touareg_ est un pluriel, et qu’au
-singulier il faut dire _Targui_; et que le pluriel de _chérif_ est
-_chorfa_! Félicitons-le bien sincèrement de sa science toute fraîche,
-mais les gens qui parlent simplement français n’hésiteront pas à dire:
-_un Touareg_, _des Touaregs_, puisque c’est le pluriel ici qui est
-francisé, et des _chérifs_, et aussi _un li_(e)_d_, des _li_(e)_ds_,
-le singulier étant suffisamment connu. On peut évidemment établir une
-différence entre le sens musical et le sens littéraire; mais vraiment
-est-il admissible que ce mot ait deux pluriels, _lieds_ quand on parle
-de Gœthe, et _lieder_ quand on parle de Schubert?
-
-Les autres mots où l’_e_ allonge l’_i_ sont des noms propres:
-_Bjœrnsti_(e)_rne_, _Di_(e)_z_, _Elzevi_(e)_r_, écrit aussi _Elzévir_,
-_Fi_(e)_lding_, _Fri_(e)_dlingen_, _Gri_(e)_g_, _Ki_(e)_l_,
-_Li_(e)_bknecht_, _Ni_(e)_belung_, _Ni_(e)_buhr_, _Ni_(e)_dermeyer_,
-_Ni_(e)_tzche_, _Ki_(e)_pert_, _Ri_(e)_sener_, _Schli_(e)_mann_,
-_Si_(e)_gfried_, _Si_(e)_gmund_, _Spi_(e)_lberg_, _Ti_(e)_ck_,
-_Wi_(e)_land_, _Wi_(e)_sbaden_, _Zi_(e)_m_, etc., et tous les noms
-anglais terminés en _-field_. Il est pourtant difficile de ne pas
-admettre ou tolérer _Fri-ed-land_, en trois syllabes: en tout cas la
-plupart des Parisiens ne connaissent que l’_Avenue de Fri-ed-land_.
-L’_e_ se prononce aussi, à tort ou à raison, dans _Van Swi_e_ten_,
-_Li_e_big_ et _Bri_e_nz_; plus correctement dans _Sienki_e_wicz_,
-_Micki_e_wicz_, _Sobi_e_ski_, _Si_e_n-Reap_, et aussi dans _Ni_e_ld_
-et _Di_e_rx_, à fortiori. Il se prononce également dans les noms des
-langues romanes, comme _Fi_e_schi_ (et _Fi_e_sque_), _Fi_e_sole_,
-_Ti_e_polo_, _Ovi_e_do_, etc.
-
-[201] _P_ee_r Gynt_, _Sch_ee_le_, _S_ee_land_, _St_ee_n_, _Van der
-M_ee_r_; Pourtant _B_ee_thoven_ n’a plus en français qu’un _e_ bref
-mi-ouvert.
-
-[202] Et dans _Aberd_ee_n_, _B_ee_cher Stowe_, _Flamst_ee_d_, _Gretna
-Gr_ee_n_, _Gr_ee_nwich_, _L_ee_ds_, _Qu_ee_nsland_, _Qu_ee_nstown_,
-_S_ee_ley_, _Tenness_ee, etc.; mais on admet _é_ dans _Dund_ee.
-
-[203] L’_=oe=_ flamand se prononcerait correctement _ou_ dans des mots
-comme _B_oe_rs_, _B_oe_rhaave_, _G_oe_s_, _M_oe_rs_, _W_oe_vre_, mais
-cette prononciation est trop éloignée de l’usage français, et nous
-prononçons généralement _Bo-ers_, _Bo-erhaave_, etc. Nous germanisons
-même _Bloemfontein_ en _Bleumfontaïn_. Mais _Woëvre_ se prononce
-surtout _Voivre_, et s’écrit même de cette façon.
-
-A côté de l’_=o=_ avec trémas (_=eu=_), l’allemand a aussi un _=a=_
-avec tréma, que nous transcrivons également tantôt par _æ_ liés, tantôt
-par _aë_, et qui se prononce comme _è_ ouvert moyen ou même bref:
-_Auerst_æ_d_(t), _B_æ_dek_(e)_r_, _H_æ_ckel_, _H_æ_ndel_, _H_æ_nsel_
-et _Gr_e_tel_, _L_æ_nsberg_, _M_æ_lzel_, etc. Toutefois _L_æ_nsberg_
-se prononce encore _lansber_. D’autre part _=aë=_ se prononce comme
-_a_ long dans _M_aë_stricht_ et _M_aë_lstrœm_, _Ruysd_aë_l_, _M_ᵐᵉ _de
-St_aë_l_ et _Gev_aë_rt_; _Jord_aë_ns_ et _Saint-S_aë_ns_ se prononcent
-par _an_: voir aux nasales.
-
-L’_=e=_ est distinct de l’_=a=_ dans _La_ë_nnec_, _Ga_ë_te_, _Pa_ë_r_,
-etc., et même sans tréma, dans _La_e_ken_ ou _Ma_e_s_, et peut-être
-_Pa_e_siello_. _Ma_e_terlinck_ (et non _Mæ_) doit se prononcer _ma_ et
-non _mé_.
-
-[204] Si ce livre était un livre de phonétique, nous aurions traité le
-groupe _=ai=_ ou _=ei=_ avec l’_=e=_, car ils ne font qu’un: _=ai=_ ou
-_=ei=_, jadis diphtongues, comme _=oi=_, ne sont plus que des graphies
-surannées, qui disparaîtraient, s’il y avait quelque logique dans
-l’orthographe. On écrit bien _effet_ et _préfet_: pourquoi pas aussi
-bien _parfet_ ou _satisfet_, puisque l’étymologie est la même, ou à peu
-près, et la prononciation identique? Pratiquement, et l’orthographe
-étant ce qu’elle est, il a paru préférable de maintenir la distinction.
-
-[205] Cette prononciation est naturellement celle de Victor Hugo:
-
- ....... L’univers dislo_qué_,
- Mal sorti du chaos, penche et se cogne au _quai_.
- _Religion et Religions_, I, 4.
-
- Il était si crûment dans les excès plon_gé_
- Qu’il était dénoncé par la caille et le _geai_.
- _Lég. des Siècles, le Satyre._
-
-Pourtant, V. Hugo lui-même a fait rimer _quais_ au pluriel avec
-_laquais_ (voir _Lég., la Colère du bronze_) et avec _expliquais_:
-
- Je l’aimais, je l’avais acheté sur les _quais_,
- Et parfois aux marmots pensifs je l’expli_quais_.
- _Art d’être grand-père_, VI, 8.
-
-Aujourd’hui on fera mieux de faire rimer _quai_ avec _expliquait_,
-même au singulier, ou _geai_ avec _plongeait_ ou même _projet_. On ne
-saurait toutefois approuver cette rime de Mᵐᵉ de Noailles:
-
- La poussière dorée au plafond volti_geait_:
- Je t’expliquais parfois cette peine que _j’ai_.
- _Ombre des jours_, V, _l’Adolescence_.
-
-_J’ai_ est encore fermé aujourd’hui à peu près partout.
-
-[206] Les poètes, toujours traditionnalistes, font encore rimer parfois
-_mai_ avec _aimé_; mais cela ne rime plus.
-
-[207] On le trouve encore dans V. Hugo, où il surprend déjà:
-
- Tout ce que je _sais_,
- C’est que des peuples noirs devant moi sont _passés_.
- _Le Petit Roi de Galice_, VIII.
-
-
-[208] Voir Banville _Diane au bois_, acte I, scène 1:
-
- Le bon tour! O doux vin par le soleil _moiré_,
- Sois tranquille, je t’ai volé, je te _boirai_!
-
-Cette rime fut excellente, mais ne s’impose plus du tout.
-
-[209] On devrait aussi écrire _ponet_, puisque ce mot a pris un
-féminin, qui est _ponette_.
-
-_=Ay=_ final n’existe plus en français que dans les noms propres, où
-il a le même son que _ai_; ainsi, dans _Bell_ey ou _Du Bell_ay, _ey_
-et _ay_ sont plus ouverts que l’_e_ qui précède: on prononçait _bèlé_,
-on prononce _bélè_ et aussi _belè_. De même _Seignel_ay, _Epern_ay,
-_Sarc_ey, etc., et aussi _Bomb_ay, _Macaul_ay, _Berkel_ey, _Stanl_ey,
-_Bidp_ay ou _Pilp_ay, comme _Jok_ai ou _Tok_ay. _Bri_ey se prononce
-aussi _Bri-yi_. Dans certaines localités méridionales, comme _Hay_,
-_Tournay_ et _Espoey_, l’_y_ grec se prononce à part, comme si la
-finale était _a-ye_ ou _e-ye_. Quant à _Pompéi_, on le francise encore
-le plus souvent en lui donnant trois syllabes: _Pompé-ï_; mais la vraie
-prononciation est en deux, _eï_ étant en réalité une diphtongue qui
-se prononce comme dans _paye_; cette prononciation, adoptée par les
-voyageurs qui ont vu le pays, a des chances de se répandre, depuis que
-des noms tels que _Tolstoï_ nous ont habitués à ce genre de finales.
-On peut en dire autant de _Mafféi_. _Véies_ aussi vaut mieux prononcé
-comme _veille_, que _Vé-ies_, en deux syllabes.
-
-[210]
-
- J’étais l’Arioste et l’Homère
- D’un poème éclos d’un seul jet;
- Pendant que je parlais, leur mère
- Les regardait rire, et songeait.
- V. HUGO, _Contempl._, IV, 9.
-
-
-[211] Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en _ée_. En
-tout cas _-aie_ ne saurait être moins ouvert que _-ai_; par suite, dans
-_La Fresnaye_ (car les noms propres ont gardé l’_y_), c’est la dernière
-syllabe qui est la plus ouverte, et l’_e_ long de _frêne_ (fresne) se
-ferme ici à moitié: prononcez _énè_ plutôt que _èné_.
-
-[212] On peut même dire que _parf_ai_te_ rime mieux avec _estaf_e_tte_
-qu’avec _f_aî_te_, et même _proph_è_te_. Il en est de même de _vous
-faites_, que les poètes seuls prennent la liberté d’allonger:
-
- Mais songez à ce que vous faites!
- Hélas! cet ange au front si beau,
- Quand vous m’appelez à vos fêtes,
- Peut-être a froid dans son tombeau.
- V. HUGO, _Contempl._, IV, 9.
-
-
-[213] Qui devrait aussi s’écrire _sèche_ (sépia); ces mots sont à
-distinguer de _fr_aî_che_ et _l_aî_che_, qui ont perdu l’_s_, et
-auraient pu aussi bien s’écrire _fr_ê_che_ et _l_ê_che_: toutes ces
-orthographes sont absolument arbitraires.
-
-[214] Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de
-l’altérer, comme fait le _Dictionnaire général_, en faisant _ai_ long.
-
-[215]
-
- Je ne daigne plus même, en ma sombre _paresse_,
- Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
- O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit,
- Afin que je m’en aille et que je _disparaisse_.
- V. HUGO, _Contempl._, IV, 14.
-
-
-[216] _=Ai=_ est encore long dans _Al_ai_s_, qui se prononce comme les
-mots en _-ès_, et s’écrit du reste, maintenant, _Al_è_s_.
-
-[217] De même _L_ey_de_ et _Mayne-R_ei_d_, que nous francisons. Au
-contraire _Thomas R_ei_d_ se prononce _Rîd_. Voir page 47 ce que nous
-avons dit de _roide_.
-
-[218] Tandis que _La H_ay_e_, _Saint-Germain-en-L_ay_e_, _La
-Fresn_ay_e_, _Houss_ay_e_, etc., n’ont que le son _è_, comme les mots
-en _-aie_. Ne pas confondre ces noms avec ceux où l’_a_ reste séparé de
-l’_y_, comme _Bl_a-_ye_: voir plus loin, aux semi-voyelles.
-
-[219] Pour _aigne_ prononcé _agne_, voir plus loin.
-
-[220] Mais non pas _=-ail=_ prononcé à l’anglaise, dans _r_ai_l_ (rèl),
-_cock-t_ai_l_ et _m_ai_l-coach_. _B_ay_le_ et _B_ey_le_ sont douteux,
-mais plutôt brefs. Il va sans dire que les poètes ne se gênent pas pour
-allonger les finales en _elle_ afin de rimer avec _aile_:
-
- Comme un géant en sentinelle,
- Couvrant la ville de mon aile,
- Dans une attitude éternelle
- De génie et de majesté!
- V. HUGO, _Feuilles d’aut._, VIII.
-
-
-[221]
-
- L’air est plein d’un bruit de chaînes,
- Et dans les forêts prochaines,
- Frissonnent tous les grands chênes,
- Sous leur vol de feu pliés.
- V. HUGO, _Orient., les Djinns_.
-
-_Chaîne_ est pour _chaeine_; mais _faîne_ et _traîne_ auraient pu se
-passer de l’accent. _Ai_(s)_ne_ a gardé son _s_, comme _Duche_(s)_ne_
-ou _Duque_(s)_ne_.
-
-[222] Et aussi _Sed_ai_ne_, tandis que les autres, _Verl_ai_ne_ ou
-_Madel_ei_ne_, _M_ai_ne_ ou _Germ_ai_ne_, _Lorr_ai_ne_ ou _Tour_ai_ne_,
-_S_ei_ne_ ou _Baz_ai_ne_, _T_ai_ne_, _Aquit_ai_ne_, _La Font_ai_ne_,
-tendent à allonger leur finale.
-
-[223] Et aussi les noms propres, _Le C_ai_re_, _Beauc_ai_re_,
-_Baudel_ai_re_, _Bélis_ai_re_, etc., avec _Buenos-A_y_res_, que nous
-francisons; _Nic_ai_se_, _La Ch_ai_se_, _Fal_ai_se_, _V_ai_se_, etc.
-
-[224] Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131.
-
-[225] L’orthographe de _treize_ et _seize_ est tout à fait arbitraire.
-
-[226] Ce sont _m_aî_tre_, _n_aî_tre_, _p_aî_tre_, _par_aî_tre_ et
-_tr_aî_tre_ qui ont perdu leur _s_; _r_eî_tre_ aussi, mais ce mot, qui
-venait de l’allemand _reiter_, n’avait d’_s_ que par analogie avec les
-autres.
-
-[227] Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui
-prononcent _gai_ fermé.
-
-[228] Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’_e_ fermé jusque dans
-_m_ai_son_ ou _r_ai_son_; mais cette prononciation me paraît purement
-faubourienne.
-
-Les groupes _ay_ et _ey_, conservés à l’intérieur des noms propres
-devant une consonne, se prononcent aussi _è_, plus ou moins bref
-ou long, suivant les cas, dans les noms français: _Av_ey_ron_,
-Ay_mon_, _C_ay_lus_, _Dal_ay_rac_, _F_ey_deau_, _Fr_ey_cinet_,
-_Gl_ey_re_, _R_ay_nal_, etc., et même _T_ay_gète_, comme _R_ei_set_ ou
-_M_ei_ssonnier_. Mais _Tall_ey_rand_ se prononce _Tal’ran_. Dans le
-Midi, au contraire, _ey_ se prononce _eye_ dans Ey_met_, _S_ey_ne_,
-_P_ey_r_(eh)_orade_, etc.
-
-[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore
-_d_oi_rière_.
-
-[230] Voir plus haut, page 48.
-
-[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps
-hésitation. Ainsi le nom de _Mont_ai_gne_ était à l’origine le même
-mot que _mont_a_gne_ et se prononçait de même; mais tandis que
-_mont_a-_igne_, nom commun, perdait son _i_, _Mont_a-_igne_, nom
-propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent
-mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons
-de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps
-maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple,
-Delille non seulement prononce, mais écrit partout _Mont_a_gne_,
-notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini
-par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à
-peu près prononce _Mont_ai_gne_, comme il est écrit; la prononciation
-par _a_ est considérée comme surannée et serait à peine comprise.
-_Champ_a_gne_, au contraire, nom à demi commun, a perdu son _i_, comme
-_Bret_a_gne_, sauf parfois dans _Philippe de Champ_ai_gne_, qu’on
-est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours _Philippe
-de Champ_a_gne_? cela supprimerait toute difficulté. _Sard_ai_gne_,
-moins commun en France que _Bret_a_gne_ ou _Champ_a_gne_, a gardé son
-_i_: aussi prononce-t-on _ai_. De même aujourd’hui dans _Cav_ai_gnac_.
-Toutefois, dans _Saint_-Ai_gnan_, les diverses prononciations locales
-sont généralement a_gnan_.
-
-[232] On prononce également par _e_ mi-ouvert l’anglais _R_ey_nolds_,
-_S_ey_mour_, _T_ay_lor_ ou _C_ey_lan_, _F_ai_rfax_ ou _Ral_ei(gh),
-ou encore _L_ei_cester_, qui est souvent germanisé à tort en
-_aï_. On prononce encore de même _Aureng-Z_ey_b_, _B_ey_routh_,
-_Buenos_-Ay_res_, _B_ay_reuth_, _L_ay_bach_ et aussi _Valpar_ai_so_,
-et même _M_ei_nam_. En revanche, on prononce l’_i_ (ou _y_) à part,
-mais en diphtongue naturellement, dans _Héph_ai_stos_ ou _Pos_éi_dôn_,
-prononcés à la grecque, dans _M_ai_monide_, _K_ai_sarieh_ ou
-_K_ai_serslautern_ et _B_ay_len_, dans _Alm_ei_da_, _P_ei_xota_,
-_Z_ei_la_, etc., et même _L_ei_tha_, parce qu’allemand. Dans
-_H_a-y_dée_ ou _H_a-y_dn_, on sépare les voyelles. Au contraire
-_S_aï_gon_ devrait s’écrire _S_ai_gon_, puisque tous les Européens du
-pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation _ségon_.
-
-[233] Quelques noms propres francisent _=ei=_ en _=e=_ ouvert:
-_Henri H_ei_ne_, Ei_ffel_, _Schn_ei_der_, _L_ei_bniz_, _L_ei_pzig_,
-_R_ei_schoffen_, et aussi Ey_lau_, _van_ Ey_ck_, _Dr_ey_fus_;
-la plupart gardent le son allemand: Ei_senach_, Ei_sleben_,
-_Fahrenh_ei_t_, _Fr_ei_a_, _Fr_ei_schütz_, _G_ei_bel_, _G_ei_ssler_,
-_H_ei_delberg_, _Kl_ei_st_, _M_ei_ningen_, _M_ei_ster_ et
-_M_ei_stersinger_ (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront
-mieux de dire _Maîtres chanteurs_), _R_ei_cha_, _R_ei_chstadt_,
-_R_ei_sebilder_, _Schl_ei_ermacher_, _Schw_ei_nfurth_ et les mots en
-_-ein_ et _-eim_, et aussi, avec un _y_, _Fr_ey_tag_, _H_ey_se_, _Van
-der H_ey_den_, _Van der W_ey_den_, et tous les noms moins connus.
-
-[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification,
-V. Hugo a fait _geyser_ et _kayser_ de trois syllabes l’un et l’autre,
-dans l’un de ses poèmes les plus fameux, _Eviradnus_ (VI et XVI):
-
- Des _ge-ysers_ du pôle aux cités transalpines...
- Que Joss fût _ka-yser_ et que Zèno fût roi...
-
-Il en fait d’ailleurs autant pour _Heidelberg_ et pour _bairam_ (_Ane_,
-V, et _Quatre Vents de l’Esprit_, III, 2)... sans parler de _Shylock_,
-écrit et prononcé _Sha-ï-lock_. Il faut bien se garder de décomposer
-ces diphtongues.
-
-[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de
-devenir voyelle simple.
-
-_Eu_ s’écrit assez sottement _œu_, sous prétexte d’étymologie dans
-_v_œu, œu_vre_, etc.; il se réduit à _œ_ dans _œil_ et ses dérivés; il
-s’intervertit même en _ue_ dans les mots en _-cueil_ et _-gueil_.
-
-[236] Il y a aussi des noms propres: _Boïeld_ieu, _Richel_ieu,
-_Chaul_ieu, _Montesqu_ieu, _Saint-L_eu, etc. Pour les mots en _eue_,
-voir plus haut, page 56.
-
-[237] Et les noms propres _Andri_eu_x_, _Des Gri_eu_x_, _Dr_eu_x_,
-_Évr_eu_x_, auxquels on peut joindre _Saint-Bri_eu(c) et _Ys_eu(lt).
-
-[238] C’est ainsi qu’on disait correctement, naguère encore, _un œu_(f)
-_frais_, _un œu_(f) _dur_, _un œu_(f) _rouge_, avec _eu_ fermé, comme
-on dit encore aujourd’hui _Neu_(f)_château_, _Neu_(f)-_Brisach_, etc.
-
-[239] Pour plus de détails sur l’_f_ final, voir à la lettre _F_.
-
-[240] Voir sur ce point le chapitre de l’_R_. Cette prononciation
-n’avait d’ailleurs rien de si extraordinaire: aujourd’hui c’est dans
-les mots en _-er_ et _-ier_ qu’on n’entend plus l’_r_: _aime_(r),
-_premie_(r). Nous allons revenir sur les mots en _eur_.
-
-[241] Y compris _M_eu_se_, _Cr_eu_se_, _Gr_eu_ze_, _Chevr_eu_se_, etc.
-
-[242] _=Eun=_, sans _e muet_ final, est nasal dans _à j_(e)_un_ et
-_Jean de M_(e)_un_(g).
-
-[243] Ajoutez les noms propres Eu_des_, _Pentat_eu_que_, _Maub_eu_ge_,
-_R_eu_ss_, _Bayr_eu_th_ (cf. _G_œ_the_ ou _B_œ_hm_), et surtout les
-noms grecs en _-eus_, _Z_eu_s_, _Orph_eu_s_, _Prométh_eu_s_, et même
-_basil_eu_s_. Quand ces noms en _-eus_ commencèrent à être introduits
-dans la littérature, initiative qui revient à Leconte de Lisle, Victor
-Hugo voulut suivre le mouvement, comme d’habitude; mais comme il savait
-fort peu de grec, il crut voir dans ces mots la finale latine _us_, et
-il fit de _Zeus_ deux syllabes:
-
- _Zéus_ Jupiter vint, la main d’éclairs chargée,
- Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant
- Vit _Zéus_, devint roche et s’arrêta béant.
- _La Fin de Satan_, strophe troisième.
-
-On trouve la même prosodie dans _Religion et Religions_ et dans
-l’_Ane_. Pourtant V. Hugo a fait _Zeus_ monosyllabe dans _Dieu_.
-
-[244] Et les noms propres en _-beuf_: _Bab_eu_f_, _Bréb_eu_f_,
-_Ruteb_eu_f_, _Elb_eu_f_, _Marb_eu_f_.
-
-[245] Avec _Chevr_eu_l_, _Saint-Ach_eu_l_. Malgré Michaëlis et Passy,
-on ne saurait fermer _gu_eu_le_; tout au plus _gu_eu_lard_, quoique ce
-soit bien trivial.
-
-[246] Sans parler de _h_eu_rte_, _M_eu_rthe_ et _m_eu_rtre_, et même
-_L_eu_ctres_ et _Poly_eu_cte_, suivant le principe général: voir page
-38; mais la prononciation savante ferme parfois _eu_ dans ces deux mots.
-
-[247] Au XVIᵉ siècle, on écrivait non seulement _ueil_ pour _œil_,
-mais _d_ue_il_, _f_ue_ille_, etc. A _Vern_eu_il_, _Montr_eu_il_,
-_Aut_eu_il_, etc., on ajoutera _Arc_ue_il_, _Arg_ue_il_, _Bourg_ue_il_,
-_Long_ue_il_, _Montorg_ue_il_, etc., et _B_ue_il_, tandis que _Rueil_
-appartient à une autre catégorie. _Sant_eu_l_ a aussi la finale
-mouillée, et _Chois_eu_l_ l’a eue.
-
-[248] _V_eu_x-je_ serait peut-être long en même temps qu’ouvert, mais
-la vérité est qu’on ne l’emploie pas. Nous avons dit que _Maub_eu_ge_
-avait _eu_ fermé.
-
-[249] Ainsi que Eu_re_ et _Sol_eu_re_, _F_eu_rs_ et _Merc_œu_r_, etc.
-
-[250] _Faucheux_ n’est aussi qu’un doublet de _faucheur_. Inversement
-le peuple dit volontiers _au lieur de_, pour _au lieu de_.
-
-[251] Avec _Sainte-B_eu_ve_, _Villen_eu_ve_, _Terre-N_eu_ve_, etc.
-
-[252] _V_eu_ve_ fermé, admis par Michaëlis et Passy, est absolument
-incorrect, malgré l’analogie de _n_eu_f heures_.
-
-[253] Voir au chapitre du _G_.
-
-[254] C’est le même _e_, inutile aujourd’hui, qu’on trouve dans
-_ass_e_oir_ (à côté de _choir_ pour _ch_e_oir_), ou dans _J_e_an_ et
-_J_e_anne_.
-
-[255] Michaëlis et Passy enregistrent aussi, et admettent par
-conséquent _eu_ fermé dans _br_eu_vage_ et dans _pl_eu_rer_: c’est une
-prononciation qu’on ne doit pas entendre souvent.
-
-[256] Ainsi l’_eu_ de _j_eû_ne_, déjà moins long dans _j_eû_ner_ et
-encore moins dans _déj_eu_ner_, qui n’a plus d’accent, y devient si
-bref dans certaines provinces, qu’on l’y traite comme un _e muet_:
-_déj’né_; mais ceci est vraiment excessif, quoique enregistré encore
-par Michaëlis et Passy.
-
-[257] Il faut excepter Eu_rope_ et eu_ropéen_, et naturellement
-Eu_re-et-Loir_; mais _eu_ est fermé malgré l’_r_, dans les noms
-anciens, à prononciation savante, dans Eu_ripide_, Eu_rotas_,
-Eu_ryanthe_, Eu_ryclée_, Eu_rydice_, Eu_rysthée_, aussi bien que
-dans Eu_bée_, Eu_charis_, Eu_clide_, Eu_doxie_, Eu_dore_, Eu_ler_,
-Eu_mée_, Eu_ménides_, Eu_molpe_, Eu_patoria_, Eu_patride_, Eu_phrate_,
-Eu_polis_, Eu_sèbe_, Eu_stache_, Eu_terpe_, Eu_trope_, Eu_tychès_, etc.
-Il tend à s’ouvrir dans les plus connus de ces mots, comme Eu_phrate_
-ou Eu_stache_, et il est moins fermé dans Eu_gène_ que dans Eu_génie_,
-parce que, dans Eu_gène_, il tend à s’abréger par le voisinage de la
-tonique longue, comme dans _p_eu_t-être_. D’autre part, les faubourgs
-disent volontiers U_gène_, U_génie_, U_lalie_, et cette prononciation,
-qui fut correcte, comme U_stache_, U_rope_, _h_u_reux_, et beaucoup
-d’autres, le serait encore, comme celle de _vu_ pour _veü_, ou
-simplement comme celle de _j’ai_ (e)_u_, sans l’influence de l’écriture
-qui a prévalu: ainsi _Eure_ rime avec _nature_ et avec _structure_,
-dans la _Henriade_, VIII, 55-56, et IX, 125-126. Cf. _bl_eu et
-_bl_u_et_, _h_eu_re_ et _l_u_rette_, _l_eu_rre_ et _dél_u_ré_,
-_m_eu_te_ et _m_u_tin_. _Mim_eu_re_ même, paraît-il, se prononce encore
-par _u_.
-
-[258] De même dans _B_eu_chot_, _B_eu_lé_, _B_eu_dant_ et _B_eu_gnot_,
-_C_eu_ta_, _D_eu_calion_, _F_eu_chère_, _La F_eu_illade_, _F_eu_illet_
-et _F_eu_quières_, _M_eu_rice_ (malgré l’_r_), _N_eu_bourg_,
-_N_eu_illy_, _Mant_eu_ffel_ et _T_eu_tatès_. Mais _eu_ est ouvert dans
-_Beurnonville_, moins ouvert dans _Fl_eu_rus_ ou _Fl_eu_ry_.
-
-[259] On devrait le faire un peu plus long dans _Vanl_o(o) et
-_Waterl_o(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne
-comportent pas ces distinctions. L’_o_ final italien s’est souvent
-francisé en _e_, comme dans _Guid_o, devenu _Guide_, ou est tombé
-purement et simplement comme dans _Perugin_o, devenu _Pérugin_; il
-s’est maintenu dans _André del Sart_o, mais le plus souvent on ne le
-prononce pas.
-
-[260] Ceux-là se prononcent exactement comme _cl_ô_t_, _dép_ô_t_ (avec
-_entrep_ô_t_, _imp_ô_t_ et _supp_ô_t_), _r_ô_t_, _t_ô_t_ et _prév_ô_t_,
-qui ont perdu l’_s_, et _Prév_o(_s_)_t_, qui l’a gardé.
-
-[261] Et même _G_o_ths_, ainsi que beaucoup d’autres noms propres:
-_Did_o_t_, _Renaud_o_t_, _Carn_o_t_, _Guiz_o_t_, etc. Les poètes ne
-font pas ces distinctions, et les mots en _-ot_ ou _-ots_ riment tous
-aujourd’hui couramment avec les mots en _-eau_:
-
- Le faubourg Saint-Antoine accourant en sa_bots_,
- Et ce grand peuple, ainsi qu’un spectre des tom_beaux_,
- Sortant tout effaré de son antique opprobre.
- V. HUGO, _Contempl._, V. 3.
-
-
-[262] Il en est exactement de même dans telles expressions toutes
-faites, comme _aller_ au _tr_o_t_, ou dans tel nom propre, comme
-_Ren_au_d_o_t_.
-
-[263] Avec _palin_o_d_ et quelques noms propres en _=-od=_, comme
-_Pern_o_d_ et _Goun_o_d_.
-
-[264] Le français avait autrefois la finale muette _o_e (_Piritho_e,
-redevenu _Pirithoüs_, _co_e devenu _queue_, ou _ro_e devenu _roue_),
-et sans doute elle était longue. L’_o_ est la seule voyelle fermée qui
-ait perdu sa finale féminine (cf. _-ie_, _-ue_, _-oue_, _-ée_, _-eue_);
-mais nous la retrouvons dans quelques noms anglais: voir plus haut,
-page 53. L’_o_ final suédois, avec tréma, se prononce _eu_, et s’écrit
-d’ordinaire _œ_, comme dans les mots allemands: voir page 76.
-
-[265] C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que
-Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un
-accent circonflexe aux jolis mots qu’il inventa pour le calendrier:
-_pluvi_ô_se_, _vent_ô_se_ et _niv_ô_se_; un homme du Nord n’en aurait
-pas eu l’idée.
-
-[266] Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question
-page 38: _d_o_cte_ et _d_o_gme_, _g_o_lfe_ et _rév_o_lte_, _abs_o_rbe_,
-_éc_o_rche_ et _inf_o_rme_, _m_o_rne_, _m_o_rse_ et _m_o_rte_,
-_parad_o_xe_, etc., ont toujours l’_o_ bref ou moyen.
-
-[267] De même _Mar_o_c_, _En_o_ch_, _Bank_o_k_, _Shyl_o_ck_, _L_o_cke_
-ou _Archil_o_que_; _Eli_o_t_, _Sc_o_tt_, _Nab_o_th_, _Hérod_o_te_,
-_don Quich_o_tte_, _La M_o_the_; _És_o_pe_; _Roman_o_f_, _Malak_o_ff_,
-_Christ_o_phe_; _Anti_o_che_; _Thanat_o_s_, _Cappad_o_ce_, _Éc_o_sse_.
-
-_C_ô_te_, _h_ô_te_ et ô_te_ ont perdu un _s_, ainsi que _Pentec_ô_te_,
-qu’on a longtemps ouvert, mais qu’il vaut mieux fermer.
-
-[268] En revanche, chez le boucher, on dit volontiers _des_ o_s_ avec
-_o_ ouvert, comme au singulier, et de même _dés_o_sser_, la distinction
-étant trop délicate. Sans aller jusque-là, il est assez naturel de dire
-_un paquet d’_o_s_ (_o_ fermé) plutôt que _un paquet d’_o(s).
-
-[269] Le _Dictionnaire général_ l’ouvre (à volonté dans _albin_o_s_),
-mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis
-et Passy l’ouvrent aussi, mais en le faisant _long_: cette fois je ne
-comprends plus. L’_o_ est fermé également dans les noms de cigares,
-_trabuc_o_s_, _crapul_o_s_, etc., et dans les accusatifs latins, _intra
-mur_o_s_, _benedicat v_o_s_, et par conséquent _salvan_o_s_; également
-dans _Calvad_o_s_, _Burg_o_s_, _don Carl_o_s_, _Cornélius Nép_o_s_ et
-_Hyes_o_s_.
-
-[270] Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux
-ont remplacé simplement la forme latinisée en _=-us=_, seule usitée
-autrefois, comme _Laï_o_s_, _Dana_o_s_ ou _Phœb_o_s_. Pour ceux-là,
-l’_o_ doit être et est toujours ouvert et bref. Pour les autres, c’est
-encore l’étymologie qui devrait déterminer la prononciation, puisque
-ces mots appartiennent uniquement à la science ou à l’érudition. On
-devrait donc fermer l’_o_ seulement chez ceux qui en grec ont un
-oméga, _E_o_s_, _C_o_s_, _Arg_o_s_, _Min_o_s_, _Er_o_s_, _Ath_o_s_
-(réservant _Ath_o_s_ avec _o_ ouvert pour l’ami de _Porth_o_s_ et de
-d’_Artagnan_). Or ceux-là sont le petit nombre; et on devrait ouvrir
-l’_o_ chez les autres, _Lesb_o_s_, _Ténéd_o_s_, _Paph_o_s_, _Dél_o_s_,
-_Sam_o_s_, _Pathm_o_s_, _Lemn_o_s_, _Clar_o_s_, _Par_o_s_, _Nax_o_s_,
-etc. Malheureusement ceux qui ferment l’_o_ de _path_o_s_ ne manquent
-pas de fermer celui de _Lesb_o_s_, _Pathm_o_s_ ou _Par_o_s_.
-
-[271] Cependant _alc_o-o_lisme_ garde les _o_ séparés, comme _B_o-o_z_
-ou _z_o-o_logie_, qui ne sont pas des mots populaires.
-
-[272] Suivant son principe, le _Dictionnaire général_ fait _o_ ouvert,
-mais long, dans les finales _=-oge=_, _=-ove=_ et _=-ogne=_. L’accent
-circonflexe s’est mis dans _ge_ô_le_ et _enj_ô_le_, dans _m_ô_le_,
-_p_ô_le_, _r_ô_le_ et _contr_ô_le_, _dr_ô_le_, _fr_ô_le_, _tr_ô_le_
-et _t_ô_le_, ainsi que dans _r_ô_de_ et _alc_ô_ve_: ce fut arbitraire
-et pas toujours justifié. En tout cas cela est, et si Corneille a pu,
-en son temps, faire rimer _r_ô_le_ et _p_ô_le_, qui n’avaient point
-d’accent, avec _par_o_le_, ces rimes sont détestables dans V. Hugo.
-
-_K_o_hl_ a aussi l’_o_ fermé, à cause de l’_h_. _D_o_ge_ a été
-longtemps long et fermé, ainsi que _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui
-étaient d’abord des mots savants: tous ont suivi depuis l’analogie
-des autres. L’_o_ est également ouvert et suffisamment bref dans
-_Jac_o_b_ ou _Déiph_o_be_, _Nemr_o_d_ ou _Hér_o_de_, _Mag_o_g_ ou _La
-H_o_gue_, _Tir_o_l_ ou _Arc_o_le_, _Norod_o_m_, _R_o_me_ et _S_o_mme_,
-_Edis_o_n_, _B_o_nn_, _Antig_o_ne_ et _Lisb_o_nne_ et même _Lim_o_ges_.
-Il est un peu plus long dans _Laure de N_o_ves_ ou _Dord_o_gne_.
-_V_o(s)_ges_, qui a gardé son _s_, a l’_o_ long et fermé.
-
-[273] On y joignait généralement _R_o_me_, qui pour ce motif s’est
-longtemps écrit avec deux _m_.
-
-[274] De même _Deutéron_o_me_, _Chrysost_o_me_ et _Sod_o_me_, à côté de
-_R_o_me_, qui gardait seul l’_o_ ouvert.
-
-[275] S’ajoutant à _dipl_ô_me_ et _sympt_ô_me_, qui auraient pu s’en
-passer aussi bien qu’_idi_o_me_ et _axi_o_me_. L’accent est encore
-dans _ch_ô_me_ (par confusion sans doute, car on écrivait _ch_o_mme_
-bref à l’origine), dans le mot populaire _m_ô_me_, dans _fant_ô_me_,
-qui a perdu son _s_, et dans _C_ô_me_, _Pac_ô_me_, _Puy-de-D_ô_me_,
-_Vend_ô_me_, _Jér_ô_me_, _Dr_ô_me_, _Brant_ô_me_.
-
-[276] Sauf peut-être sur _majord_o_me_. Le _Dictionnaire général_ fait
-aussi l’_o_ ouvert dans _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_ et
-_at_o_me_, et _Deutéron_o_me_; mais c’est manifestement l’étymologie
-qui le guide, car ces mots sont encore loin d’être indiscutés.
-
-[277] Le _Dictionnaire général_ fait l’_o_ fermé dans _am_o_me_ et
-ouvert dans _cardam_o_me_ et _cinnam_o_me_. L’opinion a pu changer au
-cours de l’impression.
-
-[278] Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment
-l’_o_, comme _sarc_o_me_, _fibr_o_me_, etc. Mais il faut bien que
-_chr_o_me_ suive _polychr_o_me_, et il entraînera avec lui _br_o_me_
-et _br_o_mure_, à qui le _Dictionnaire général_ donne déjà un _o_
-ouvert. L’_o_ n’est plus fermé à peu près régulièrement que dans
-_Chrysost_o_me_, sans raison d’ailleurs.
-
-[279] De même que dans _Babyl_o_ne_, _Dod_o_ne_ et _Pom_o_ne_,
-_Bell_o_ne_ et _Suét_o_ne_.
-
-[280] Pas davantage dans _Antig_o_ne_, _Tisiph_o_ne_ ou _Gorg_o_ne_,
-qui longtemps eurent l’_o_ long, comme _Barcel_o_ne_.
-
-[281] Tous ces mots ont l’_o_ ouvert dans le _Dictionnaire général_,
-ainsi qu’_oz_o_ne_, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre
-prononciations différentes.
-
-[282] Outre _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, l’accent s’est mis sur _c_ô_ne_
-et _pyl_ô_ne_, qui avaient l’_o_ long; quant à _aum_ô_ne_ qui a perdu
-son _s_, son _o_ s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé
-aujourd’hui. L’_o_ est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en
-_-one_, même anglais, comme _Gladst_o_ne_ ou _Folkest_o_ne_. Corneille
-ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer _Antig_o_ne_ ou
-_Babyl_o_ne_ avec _tr_ô_ne_; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et
-sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi
-il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait
-constamment rimer _tr_ô_ne_ avec _cour_o_nne_:
-
- Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses _trônes_
- Aux vieilles nations comme aux vieilles _couronnes_,...
-
-rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et
-qu’aucune prononciation ne saurait pallier.
-
-Le seul nom propre en _-one_ où l’_o_ soit peut être long sans accent,
-c’est _Hipp_o_ne_, qui est savant. Il est naturellement long dans
-_B_ô_ne_, _Anc_ô_ne_, _Rh_ô_ne_ et _Sa_ô_ne_, avec _C_o(s)_ne_ et
-_Sain-Jean-de-L_o(s)_ne_, et aussi _khit_ô_n_ et _Poseid_ô_n_. En
-revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’_o_ même dans
-_Mendelss_o_hn_, ce qui est encore une erreur, à cause de l’_h_.
-
-[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’_o_ est ouvert: _Bo_o_z_,
-_Badaj_o_z_. En France, la finale _-oz_, comme la finale _-az_, est
-assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges,
-Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt
-l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle
-latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi _Berlioz_ se
-prononce _berl_ mouillé (_berlye_ en une syllabe). Le français ne
-saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même
-on prononce aussi _Berli_o, sans articuler le _z_, et par suite avec
-_o_ fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a
-réagi sur elle, comme d’habitude, et le _z_ est passé définitivement
-dans l’usage; seulement le _z_ amène beaucoup de gens à ouvrir l’_o_,
-comme dans _Bo_o_z_, malgré le son bien connu des finales en _-ose_.
-
-[284] De même _Méd_o_r_, _Cah_o_rs_, _Ni_o_rt_, _Chamb_o_rd_, etc.
-
-[285] _N_o_tre_ et _v_o_tre_ ne sont que la forme atone de _n_ô_tre_
-et _v_ô_tre_, qui ont perdu leur _s_, ainsi qu’_ap_ô_tre_ et
-_paten_ô_tre_. L’_o_ est également ouvert dans _Thémist_o_cle_ ou
-_L_o_cres_, _Constantin_o_ple_ ou _Christ_o_fle_, mais fermé dans _Le
-N_ô_tre_.
-
-[286] De même _Gren_o_ble_ et _Han_o_vre_, dont l’_o_ s’est également
-ouvert (comme partout devant _v_), quoi qu’en disent Michaëlis et
-Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car _pauvre_ n’a plus de
-rime, sauf à Marseille.
-
-[287] On notera ici aussi que des mots comme _c_o_nique_ ou
-_c_o_nifère_, _dr_o_latique_, _p_o_laire_, _dipl_o_mate_ et ses
-dérivés, ou _sympt_o_matique_, n’ont pas conservé l’accent circonflexe
-du simple, qui n’est qu’un signe arbitraire de quantité; aussi
-n’ont-ils pas l’_o_ fermé: voir ci-dessus, page 33, et page 73, note 1.
-
-[288] L’_=o=_ fermé qu’indiqué le _Dictionnaire général_ est-il là
-pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En
-revanche Michaëlis-Passy et Ch. Nyrop veulent qu’_h_ô_tel_ ait l’_o_
-ouvert, ainsi que tous ses dérivés: je pense que cette prononciation,
-qui a été fort répandue, tend à disparaître, sans doute à cause de
-l’orthographe. De même pour _prév_ô_tal_.
-
-[289] Mais non dans o_sseux_, o_ssuaire_, o_ssifier_, où les deux _s_
-se prononcent le plus souvent, et o_ss_(e)_let_, où l’_e_ est suivi de
-_sl_, pour l’oreille.
-
-[290] Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans
-_f_o_ssette_, toujours dans _f_o_s-sile_, surtout si l’on prononce les
-deux _s_, généralement dans _f_o_ssoyer_ et _f_o_ssoyeur_.
-
-[291] Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré
-_r_o_sier_, dans _r_o_sace_, _r_o_sat_, _r_o_séole_, _r_o_saire_,
-_r_o_seau_, _r_o_sette_, et même _r_o_sière_, si bien que _r_o_sier_
-lui-même tend à s’ouvrir, ainsi qu’o_sier_. _O_ est encore long et
-fermé dans _B_o_son_ ou _Spin_o_sa_; mais il n’est guère fermé dans
-_J_o_seph_ ou _J_o_séphine_, sauf à Paris.
-
-[292] Et dans _Ph_o_cion_, et plus sûrement encore dans _Pr_o_cyon_,
-comme dans _M_o_mus_. Il est douteux dans _Sal_o_mon_. Il est fermé
-dans O_hnet_ ou _Fr_o_hsdorf_, par l’effet de l’_h_, mais il est ouvert
-dans _R_o_thschild_, par l’effet des deux consonnes _tch_; il est
-aussi à peu près ouvert aujourd’hui dans _C_o_bourg_, tout à fait dans
-_R_o_land_, _R_o_llin_ ou _R_o_llon_.
-
-[293] Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’_o_ dans
-_p_o_ney_, et aussi dans _t_o_ast_, et même dans _diagn_o_stic_!
-Il en résulte que pour eux _p_o_ney_ a, comme o_z_o_ne_, quatre
-prononciations: _pôné_, _pônè_, _poné_, _ponè_: je ne connais pour ma
-part que la quatrième qui soit usitée.
-
-[294] Et même dans _gratis pr_o _Deo_, et encore, à cause de l’_r_ sans
-doute, dans _ad hon_o_res_, _ad val_o_rem_, _c_o_ram populo_, ou _ad
-maj_o_rem Dei gl_o_riam_. On fera bien cependant de fermer quelques
-_o_ latins, qui sont longs: _d_o_nec eris felix_, _ex ungue le_o_nem_,
-_finis cor_o_nat opus_, _in utr_o_que jure_, o_di profanum vulgus_,
-_o tempora o m_o_res_, o_re rotundo_, _proprio m_o_tu_, _qu_o_usque
-tandem_, _væ s_o_li_; en revanche il faudra faire bref et ouvert l’_o_
-de _tu qu_o_que_, qu’on ferme souvent, très mal à propos.
-
-[295] Cf. maman, page 39. Le _Dictionnaire général_ ouvre le premier
-_o_ de ces mots (les deux premiers dans _r_o_c_o_c_o).
-
-[296] Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199
-et la note.
-
-[297] Et dans quelques noms propres anciens, comme _B_o-o_z_, et aussi
-bien _Démoph_o-_on_ ou _Laoc_o-_on_, qui autrefois se contractaient.
-
-[298] L’_o_ tend vers _eu_ ouvert et très bref dans les noms propres en
-_-son_ et _-ton_, non francisés, comme _Addis_(o)_n_, _Emers_(o)_n_,
-_Palmerst_(o)_n_, et aussi bien _Beac_(o)_nsfield_; on peut cependant
-le prononcer un peu plus en français qu’en anglais.
-
-[299] De même dans _Atw_oo_d_, _B_oo_th_, _Br_oo_klyn_, _C_oo_k_,
-_C_oo_per_, _Robin H_oo_d_, _Lammerm_oo_r_, _Liverp_oo_l_,
-_Longw_oo_d_, _M_oo_re_, _Rang_oo_n_, _W_oo_lwich_, etc.
-
-[300] Et dans _Berg-op-Z_oo_m_, _Cl_oo_ts_, _L_oo_s_, _R_oo_sevelt_,
-_R_oo_sebeke_, aussi bien que dans _Vanl_oo et _Waterl_oo: où a-t-on vu
-qu’il fallait dire _la prise de Berg-op-Zoum_? Il en est de même dans
-le basque _Puy_oo. Le breton _Br_oo_ns_ se prononce _Bron_ nasal, par
-contraction de _bro-on_. Pour _ow_, voir au _W_.
-
-[301] _Au_ est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et _eau_ parfois
-triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle
-simple.
-
-[302] De même dans _Beauv_eau ou _Boil_eau, _Regn_au_d_, _E_s_c_au_t_,
-_Géric_au_lt_ ou _La Rochefouc_au_ld_, _Despré_au_x_, _Chenonc_eau_x_
-ou _Roncev_au_x_.
-
-La finale _eaue_ a aussi existé jadis (cf., p. 100) dans le substantif
-_eaue_, qui a précédé _eau_; elle a disparu depuis le XVIᵉ siècle.
-
-[303] _=Au=_ est de même fermé dans les noms propres: Au_be_,
-_Cl_au_de_, _G_au_le_ ou _B_eau_ne_. Mais on ouvre toujours _P_au_l_,
-qui devrait s’écrire _Pol_. On ouvre même _Nép_au_l_. Il est vrai que
-_P_au_le_ est plus souvent fermé; mais il y a là quelque affectation.
-On ouvre aussi fatalement _F_au_st_, à cause des deux consonnes, mais
-ce n’est pas nécessaire. On ouvre également Au_ch_ dans le Midi:
-prononciation locale qui s’impose difficilement au Nord.
-
-[304] Cf. l’espagnol _t_o_ro_ ou _t_o_rero_. On sait que la diphtongue
-latine _au_ devient régulièrement _o_ en français, transformation
-qu’on trouvait déjà dans le bas latin. Or cet _o_ a pu rester fermé
-devant _s_ ou _v_: _al_o_se_, _ch_o_se_, _l_o_s_, o_ser_, _cl_ô_ture_
-(pour closture), et aussi _p_o_vre_ et _p_o_se_, devenus _p_au_vre_
-et _p_au_se_ par réaction étymologique; mais devant _r_ il s’est
-ouvert, témoin o_r_, o_riflamme_, o_ripeau_ et _d_o_rer_ (qui tous
-se rattachent au latin au_rum_), ou encore o_reille_ et ses dérivés
-(au_ricula_) ou o_rage_ (au_ra_), ou _cl_o_re_ (_cl_au_dere_).
-
-[305] On l’ouvre aussi en majorité dans _M_au_res_, qui s’écrit aussi
-_Mores_, et dans _F_au_re_, _Duf_au_re_, _L_au_re_, _Roquel_au_re_,
-_Saint-M_au_r_. Les érudits le ferment encore volontiers dans
-la plupart de ces mots, ainsi que dans _Bucent_au_re_, et dans
-_Epid_au_re_, _Montm_au_r_, _Is_au_re_, _Lav_au_r_, _Mét_au_re_, qui
-sont moins populaires; mais ces mots eux-mêmes sont touchés. Ne faut-il
-pas d’ailleurs aider le poète à rimer?
-
- Fatal oracle d’_Épidaure_,
- Tu m’as dit: Les feuilles des bois
- A tes yeux jauniront _encore_,
- Mais c’est pour la dernière fois.
-
-Ne pouvant fermer _enc_o_re_, il faut bien ouvrir _Épid_au_re_.
-
-[306] Mais non dans ceux de _valoir_, malgré Michaëlis et Passy.
-
-[307] Le _Dictionnaire général_ ferme partout _au_ initial, même
-dans _aurore_ et _augmenter_! C’est évidemment l’étymologie et non
-l’expérience qui en a décidé.
-
-[308] De même pour les noms propres: on ferme correctement Au_rillac_,
-malgré l’_r_, aussi bien que Au_ber_, Au_dran_, Au_gias_, Au_guste_,
-Au_lis_, Au_male_, Au_stralie_, Au_teuil_, Au_vergne_, Au_xerre_ ou
-_Saint_-Au_laire_; et _Cal_au_rie_, _L_au_raguais_, _L_au_rent_,
-_L_au_rium_, _M_au_repas_, _M_au_rice_, _M_au_ritanie_, _M_au_ry_,
-etc., aussi bien que _B_au_delaire_, _B_au_din_, _B_au_dry_,
-_B_eau_vais_, _C_au_case_, _C_au_chy_, _C_au_debec_, _C_au_laincourt_,
-_L_au_sanne_, _P_au_lin_, _P_au_line_, _Pourc_eau_gnac_, etc., ou
-même _Ch_au_cer_. Notons en passant qu’au XVIIᵉ siècle les gens
-instruits prononçaient _aftomate_ et même _aftographe_, sous prétexte
-d’étymologie grecque!
-
-[309] De même dans Au_erbach_, Au_erstædt_, Au_gsbourg_, Au_sterlitz_,
-_Eyl_au, _G_au_ss_, _Gl_au_ber_, _Haguen_au, _H_au_ssmann_, _Nass_au,
-_N_au_ndorff_, _Rantz_au, _R_au_ch_, _Schopenh_au_er_, _Str_au_ss_,
-_Zwick_au. Autrement il se prononce _ao_, comme dans: _Don_au (Danube),
-ou _aou_, comme dans: _Jungfr_au, _H_au_ptmann_, _Hohenst_au_fen_,
-_K_au_fmann_, _K_au_lbach_, _K_au_nitz_, _Len_au, _Münch_au_sen_, et
-les noms moins connus. L’anglais fait entendre un _o_ ouvert dans
-_Conn_au(gh)_t_.
-
-[310] On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir
-entre les deux _i_ de _m_i_d_i n’intéresse que la science, et n’a guère
-d’utilité pratique, si ce n’est pour les étrangers, et encore! Quant à
-_i_, _u_, _ou_, semi-voyelles, on en parlera dans un chapitre spécial.
-
-[311] Le peuple dit volontiers _et pis_ pour _et puis_.
-
-[312] Corneille, _Le Cid_, acte III, scène 4.
-
-[313] _Castries_ se prononce _Castre_.
-
-[314] Michaëlis et Passy trouvent qu’_i_ est long dans les mots en _is_.
-
-[315] Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire _ri-i-ons_ de trois
-syllabes:
-
- Nous ri-i-ons en regardant la parodie.
- _Jeux rustiques_, la Grotte.
-
-Il est vrai que dans le même volume il fait aussi _naufrage-ri-ons_ de
-cinq syllabes (_ibid._, Péroraison).
-
-Ici encore on ferait bien d’appuyer sur quelques _i_ latins: _ad
-v_i_tam æternam_, _mirabile v_i_su_, _in f_i_ne_, _in v_i_no veritas_.
-
-[316] De même on sépare l’_=i=_ dans des mots français ou francisés,
-comme _Acha_-ï_e_, _Isa_-ï_e_, _A_-ï, _Sina_-ï, _Adona_-ï, _et aussi_
-_Godo_-y. _Shang-Ha_ï n’est pas dans le même cas, et doit se prononcer
-uniquement en deux syllabes, l’_i_ mouillant l’_a_, ou plutôt faisant
-fonction de semi-voyelle. De même _Angelo Ma_ï, _Moula_ï-_Hafid_,
-_Ouada_ï, _Bosna-Sera_ï, et aussi _Hokousa_ï, et d’autre part _Hano_ï
-ou _Tolsto_ï, _avec_ _Cro_ , qui se prononce _Crou-y_. Le cas est
-exactement le même que celui de _Pompéi_ et _Véies_, où l’accent aigu
-permet de ne pas employer le tréma: voir page 81, note de la page 80.
-
-[317] On rattache souvent ce mot au _fleurette_ français, dont les
-Anglais auraient jadis tiré leur _flirt_. Cette étymologie est plus que
-douteuse, et _fleureter_, qu’on lit quelquefois au lieu de _flirter_,
-est inutile autant que discutable.
-
-[318] De même dans _Br_i(gh)_t_ et _Br_i(gh)_ton_, _Ch_i_lde-Harold_,
-_F_i_fe_, _Un_i_ted States_, _W_i(gh)_t_ ou (W)_r_i(gh)_t_, et aussi
-_Sh_y_lock_ et _W_y_oming_. _G_i_rl_ se prononce _gheurle_.
-
-[319] Pour _baby_, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement _i_
-dans _Cantorbér_y, qui est la forme française de _Canterbur_y (beuré);
-généralement aussi dans _Salisbur_y, et très souvent dans _B_y_ron_,
-prononciation très ancienne, et toujours parfaitement admissible
-pour ceux qui ne savent pas l’anglais. On hésite entre _i_ et _aï_
-pour _Carl_y_le_; on prononce _aï_ de préférence dans _H_y_de Park_,
-_Dr_y_den_, _Cl_y_de_, et surtout _Sh_y_lock_; dans _B_y_ron_, si
-l’on veut. Quant à _Van D_y_ck_, qui n’est pas anglais, c’est à tort
-qu’on le prononce souvent _van’ daïc_: ce serait plutôt _van’ dèïc_;
-mais le plus simple est de le franciser en _i_, comme on fait pour
-_Zu_i_derzée_.
-
-[320] Et dans _f_û_t_ substantif et _f_û_t_ verbe, dans _d_û, _m_û,
-_cr_û, et _aff_û_t_, comme dans (a)oû_t_, _c_oû_t_, _g_oû_t_,
-_dég_oû_t_, _rag_oû_t_, _m_oû_t_ et _sa_oû_l_. Pour _-ue_ et _-oue_,
-voir ce qui est dit page 56.
-
-[321] Moins dans _sur_ préposition, qui est proclitique, à moins qu’on
-ne dise, par exemple, _j’aime mieux sous que s_u_r_.
-
-[322] Il ne faut pas confondre les finales latines en _-us_, qui sont
-moyennes, avec les finales grecques en _-eus_: voir page 92, note 2.
-
-[323] La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent
-«Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà _f_ou_ille_ long et
-_farf_ou_ille_ bref, et cette distinction n’a pas entièrement disparu.
-
-[324] L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en _-ûmes_
-et _-ûtes_ que dans les autres. Il ne l’est guère dans _b_û_che_ et
-_emb_û_che_. Il ne peut pas l’être non plus dans _m_û_r_, _m_û_re_ et
-_s_û_r_, puisque _-ur_ est déjà long sans accent, ni dans _piq_û_re_,
-orthographe conventionnelle destinée à éviter le double _u_ de
-_piqu-ure_.
-
-[325] Il serait bon de faire longs quelques _u_ latins: _ab_ u_no disce
-omnes_, _audaces fort_u_na juvat_, _d_u_ra lex sed lex_, _in utroque
-j_u_re_, _nec pl_u_ribus impar_.
-
-[326] Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’_=u=_ de _tu_
-devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante.
-Il en est de même de _auj_o_rd’hui_ pour _auj_ou_rd’hui_, et _s’coupe_
-pour _s_ou_coupe_, qui s’entendent fréquemment dans le peuple. Dans la
-conversation très rapide et familière, on supprime souvent _ou_ dans
-_vous_ devant une voyelle: _si v_(ou)_s avez_, ainsi que dans _t_(ou)_t
-à fait_ ou _t_(ou)_t à l’heure_, après une voyelle; ce n’est point à
-encourager.
-
-[327] La finale _-um_ était autrefois francisée en _on_ nasal; par
-exemple, _te De_u_m_ se prononçait _tédéon_. Cela dura jusqu’à la fin
-du XVIIIᵉ siècle, et l’on écrivait aussi bien _on_ que _um_: on trouve
-_matrimonion_ dans le _Dépit amoureux_, et Voltaire fait encore rimer
-_palladium_ avec _Ilion_. Nous avons conservé quelques traces de cette
-prononciation. Si _factotum_, longtemps écrit _factoton_, a repris
-définitivement le son _om_, si _factum_ ne se prononce plus _facton_,
-comme le voulait encore Mᵐᵉ Dupuis, en revanche, _dictum_, _rogatum_
-et _totum_ sont devenus définitivement _dicton_, _rogaton_ et _toton_.
-_Aliboron_ est aussi pour _Aliborum_, dont l’origine est inconnue.
-Que dis-je? _péplon_, pour _peplum_, est encore dans le _Dictionnaire
-général_, mais en vérité on ne l’emploie plus.
-
-[328] Ou en latin devant un autre _m_: _cons_u_m-matum est_, _s_u_m-mum
-jus_, _s_u_m-ma injuria_; mais _n_u_m-mulite_, et _n_u_m-mulaire_ ont
-pris le son _u_.
-
-[329] On prononce naturellement _-um_ par _o_ dans les noms propres
-latins: _Latium_, _Herculanum_, _Pæstum_, etc.; mais on prononce par
-_u_ _Vert_u_mne_, _D_u_m-norix_ et _M_u_m-mius_. En Suisse romande,
-on dit même _alboum_, _foroum_, etc., comme en Suisse allemande ou
-italienne, suivant la véritable prononciation du latin.
-
-[330] On vient d’en voir des exemples. L’_u_ scandinave ou hollandais
-se prononce toutefois comme le nôtre: U_léa_, U_méa_, U_trecht_.
-
-[331] _Ad libit_u_m_, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les
-mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par _o_,
-suivant la manière française de prononcer le latin.
-
-[332] Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il
-serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien
-qu’allemands ou anglais. Même dans un nom comme _Gervinus_, il arrive
-qu’on prononce _ghe_ à l’allemande et _nus_ à la française. On hésite
-pour quelques-uns, comme U_r_, _Estramad_u_re_, _Cher_u_bini_,
-_Gl_u_ck_, _K_u_rdistan_, _Vera-Cr_u_z_, _Y_u_kon_. On prononce
-toujours ou de préférence _ou_ dans _Abat_u_cci_, _Card_u_cci_,
-_Ci_u_dad-Réal_, _P_u_lci_ et _Y_u_ste_; dans _John B_u_ll_ et _British
-M_u_se_u_m_; dans _Boch_u_m_, _Carlsr_u_he_, _F_u_chs_, _Gm_u_nd_,
-_H_u_mperdinck_, _J_u_ngfrau_, _Kotzeb_u_e_, _Kr_u_pp_, _Metz_u,
-_M_u_nkaczy_, _Niebel_u_ng_, _Nieb_u_hr_, _Rigik_u_lm_, _R_u_binstein_,
-_R_u_hmkorff_, _Sch_u_bert_ (quoique on ne prononce pas le _t_),
-_Sch_u_lhoff_, _Sch_u_mann_, _Siegm_u_nd_, _S_u_ppé_, _Th_u_n_,
-_T_u_gendb_u_nd_, U_hland_, U_nterwalden_, _W_u_ndt_ et _Z_u_g_, et
-tous les noms en _-b_u_rg_; dans _B_u_kovine_, _L_u_le-Bourgas_ et
-_Usk_u_b_, dans _Y_u_s_u_f_ et _Hamm_u_rabi_, dans _Pég_u (écrit
-aussi _Pégou_), _Bég_u_m_, _Th_u_gs_, _Chem_u_lpo_, _Shog_u_ns_ et
-_F_u_si-Yama_, et à fortiori les noms moins connus. En France même,
-_Bany_u_ls_ se prononce par _ou_ dans la région, ainsi que le _golfe
-J_u_an_. L’_u_ ne se prononce pas dans l’italien _b_u_ona_, pas plus
-dans _B_(u)_onaparte_ que dans _B_(u)_onarotti_, malgré les efforts des
-émigrés, ni dans _e p_u_r si m_(u)_ove_ ou _galant_(u)_omo_.
-
-On remarquera que le cas de _Sch_u_ber_(t) est un admirable exemple
-de demi-francisation. Mais le cas de _Gluck_ est bien particulier.
-Ce mot fut sans doute francisé au XVIIIᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle,
-on s’imagina que _gluc_, prononciation courante, était aussi la
-prononciation allemande, et on se mit à écrire _Glück_, avec le tréma
-qui, en allemand, sert à distinguer _u_ de _ou_. Mais jamais les
-Allemands n’ont écrit ni prononcé _Glück_. S’ensuit-il qu’il faille
-nécessairement prononcer _glouc_, comme font les spécialistes? En
-aucune façon, car on n’a pas affaire ici à une tradition établie, comme
-pour _Sch_u_bert_ et _Sch_u_mann_. On a donc le choix; mais de quelque
-façon qu’on prononce, il faut écrire _Gluck_ uniquement. Mais dans
-la prononciation de _Kluck_, il n’y a pas le choix. Beaucoup disent
-et écrivent: le général allemand von Klück, avec le tréma. C’est une
-faute. Et l’on doit prononcer Klouck.
-
-[333] De même _B_u_rne Jones_, _B_u_rns_, les mots en _-burn_ et
-_-burne_, _B_u_rton_, _Ch_u_rchill_, _R_u_skin_, _R_u_ssel_, et les
-mots en _-bury_, encore que _Salisb_u_ry_ puisse très bien être
-francisé par les personnes qui ne savent pas l’anglais. _U_ initial se
-prononce _iou_ dans _David H_u_me_, et dans U_nited States_ (ce qui
-fait _iounaïted_).
-
-[334] Avec quelques noms propres: _Dec_am_ps_, _Féc_am_p_,
-_Longch_am_p_, _Desch_am_ps_, _Col_om_b_. De même _P_aim_beuf_ ou
-_G_am_betta_. Cet _m_ n’est en réalité qu’un _n_ modifié, soit en
-latin, soit en français, pour s’accommoder à _b_, _p_, ou _m_, par
-exemple dans les composés de _en_: em_barquer_, em_porter_, em_mener_.
-L’_m_ de _triu_m_vir_ ou _déce_m_vir_ n’étant pas dans ce cas, il n’y a
-point de nasale dans ces mots, qui gardent le son latin.
-
-[335] On trouve aussi l’_m_ exceptionnellement dans quelques noms
-propres: _Ch_am_fort_ et _Ch_am_lay_, _D_om_front_, _D_am_rémont_ et
-_D_am_ville_, et _S_am_son_, qui ont tous le son nasal, ainsi que
-_D_om_martin_, où les éléments composants, _dom_ et _Martin_, restent
-distincts, comme dans Mais_on_neuve.
-
-[336] Avec _Adam_. Autrefois les finales en _=-am=_ et _=-em=_,
-sauf l’interjection _hem_, étaient toutes nasalisées (même dans
-la prononciation du latin), aussi bien que les finales en _-um_:
-_Abraham_, _Balaam_, _Roboam_, rimaient avec _océan_, _Jérusalem_ avec
-_élan_, comme _Te Deum_ avec _odéon_.
-
-Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle qu’on commence à séparer l’_m_
-dans les finales en _-am_ et _-em_; mais Voltaire fait encore rimer
-_Balaam_ avec _Canaan_ dans _la Pucelle_. De cette prononciation
-nasale, il est resté, comme on voit, peu de traces. On ne prononce plus
-guère _quidam_ comme au temps de La Fontaine (_kidan_):
-
- Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part,
- Quand un _quidam_ parut...
-
-Ce mot avait même alors un féminin, qui était _quida_n_e_ et non
-_quida_m_e_; aujourd’hui on prononcerait plutôt _kidame_ ou _kuidame_,
-à la manière dont nous prononçons le latin; mais le mot n’est plus
-guère employé. De même _dam_, que La Fontaine fait rimer avec
-_clabaudant_ dans la fable du _Renard anglais_, n’appartient plus
-guère qu’au vocabulaire théologique: _la peine du dam_. _Adam_ est, en
-définitive, le seul mot usuel en _am_ qui ait gardé la finale nasale:
-il était trop populaire pour que sa prononciation pût être altérée, je
-veux dire défrancisée, comme l’a été celle d’_Abrah_am, par exemple:
-il en est ainsi de tous les mots qui s’apprennent par l’oreille et
-non par l’œil. _Macadam_ vient, il est vrai, de l’anglais _Mac-Adam_;
-mais _Adam_ n’est pas nasal en anglais, et _macadam_, en qualité
-d’étranger, s’est francisé, sans nasaliser sa finale. On connaît
-l’anecdote de _quanquam_, autrefois prononcé _kankan_, comme _quisquis_
-était prononcé _kiskis_: la réforme de cette prononciation est due
-au fameux Ramus. Mais comme cette réforme avait été faite en dehors
-de la Sorbonne, les docteurs de Sorbonne menacèrent de la censure
-ecclésiastique ceux qui adopteraient la nouvelle prononciation. Aussi,
-un jeune prêtre, ayant négligé de prononcer _kankan_ dans une thèse
-publique, vit la Sorbonne déclarer vacant un bénéfice considérable
-qu’il possédait. La question fut portée au Parlement, et il fallut
-l’intervention des professeurs du Collège Royal, Ramus en tête, pour
-prouver le ridicule de ce procès. On sait par ailleurs que c’est le
-grand usage du mot _quanquam_ dans les discussions de l’école qui a
-donné naissance au mot _cancan_.
-
-Les suffixes _hem_ et _hen_, qui terminent beaucoup de noms de lieu
-dans le nord de la France, nasalisent en _an_ ou _in_: Elinehem,
-Tournehem font: _Elinan_, _Tournan_.
-
-[337] Ces mots s’écrivaient par un _n_ au moyen âge, et c’est la
-réaction étymologique qui leur a rendu un _m_; mais le féminin de
-_daim_ est toujours _daine_, et même _dine_ (formé du son _din_). Ne
-pas confondre _étai_m avec _étai_n. Il faut ajouter ici _Joachim_, dont
-nous reparlerons.
-
-[338] Ajouter _Riom_, _Billom_, _Condom_.
-
-[339] Pour les finales latines en _-um_, voir page 123.
-
-[340] Plus souvent encore des noms propres: _Pria_m, _Isla_m, _Wagra_m,
-_Se_m, _Château-Yque_m, etc.
-
-[341] Voir pages 48, 64 et 74; de même dans _dam-ne_ et _autom-ne_.
-
-[342] C’est la prononciation du temps qui justifie le calembour
-involontaire de Martine, dans _les Femmes savantes_:
-
- --Veux-tu toute ta vie offenser la _gr_am-_maire_?
- --Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère?
-
-
-[343] _Savamment_ est en effet pour _savant-ment_, et _fréquemment_
-pour _fréquent-ment_.
-
-[344] C’est le même phénomène que nous avons vu tout à l’heure dans
-_rouennerie_: voir page 75, note 1. Nous reparlerons encore de la
-décomposition de la nasale à propos des liaisons.
-
-[345] _Ennui_ a longtemps oscillé entre an-_nui_ et a-_nui_: de
-même en-_noblir_ se confondait avec a-_noblir_. Les mots savants
-_e_m-m_énagogue_ ou _e_n-n_éagone_ n’appartiennent pas à cette
-catégorie et n’ont pas le son nasal.
-
-[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme _enhardir_, où
-l’_h_, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas
-d’_enharmonique_, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots
-plus rares encore, comme _enarbrer_ ou _enarrher_, qui gardent aussi le
-son nasal.
-
-[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de _do_ré_navant_,
-qui est pour d’_ore en avant_; toutefois _en_ initial doit résister
-mieux.
-
-[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà _énorgueillir_!
-
-[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais
-la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le
-XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté _fan_, et parfois _pan_, qui
-manifestement auraient dû s’imposer. Que l’_o_ se soit conservé dans
-les noms propres, comme _La_(o)_n_, _Cra_(o)_n_, _Ra_(o)_n-l’Étape_,
-_Tha_(o)_n_, etc., qui se prononcent aussi par _an_, cela même
-n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela
-est parfaitement absurde: on écrit bien _flan_, qui est aussi pour
-_flaon_. Écrit-on _paeur_, _veu_, ou _cheoir_? Il est vrai qu’on écrit
-_asseoir_, et c’est inepte. On écrit aussi _Jean_ et _Jeanne_, mais ce
-sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien
-se passer de leur _e_, aussi bien que _à jeun_.
-
-C’est encore par _an_ que se prononcent deux mots français que nous
-retrouverons, _C_(a)_en_ et _Saint-S_(a)_ëns_, avec _Jord_(a)_ens_;
-mais on sépare _Lyca-on_, _Pha-on_, _Phara-on_, etc., mots anciens et
-savants. _Saint-L_(a)_on_ se prononce par _on_.
-
-[350] De même _La_(on)_nais_, _Cra_(on)_nais_ ou _Ca_(en)_nais_, et
-aussi _Cra_(on)_ne_, le tout avec un _a_ simple.
-
-[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres
-en _-an_, étrangers aussi bien que français: _Aldébar_an, _Burid_an,
-_Ceyl_an, _Cor_an, _Érid_an, _Ériv_an, _Haïn_an, _Lém_an, _Magell_an,
-_Michig_an, _Ir_an, _Kaz_an, _Lockm_an, _M_an, _Nich_an, _Osm_an,
-_Othm_an, _S_an-(pour Saint), _Turkest_an, _Tuyen-Qu_an, _Wot_an (sauf
-dans Wagner), _Yucat_an, _Yunn_an, _Zurbar_an, et la particule flamande
-_Van_, du moins devant une consonne: _V_an _Dick_. Nous ne nasalisons
-pourtant ni _Ahrima_n, ni _Flaxma_n, _Wisema_n ou _Wouverma_n, ni bien
-entendu les noms en _-mann_.
-
-[352] On nasalise la finale _=-and=_ ou _=-ant=_ dans _Coven_an_t_,
-_Rembr_an_dt_, et tous les noms géographiques en _-land_, qu’on y
-prononce le _d_ ou non: voir au chapitre du _D_. De plus, et sans
-parler des noms anciens, comme _S_am_son_, _P_am_phylie_ ou _Z_an_te_,
-ni des noms à forme française, comme _Moz_am_bique_, _P_am_pelune_
-ou _Z_an_zibar_, on nasalise aussi _an_ intérieur dans An_dersen_,
-An_gelico_, _B_am_berg_ (malgré le _g_ qui sonne), _C_am_bridge_,
-_C_am_panella_, _C_am_po-Formio_, _C_am_po-S_an_to_, _C_am_pra_,
-_Ch_an_dos_ (malgré l’_s_ qui se prononce), _Cr_an_mer_, _Exelm_an_s_,
-_Gér_an_do_, _K_an_dahar_, _K_an_sas_, Kant, _M_an_cini_, _M_an_tegna_,
-_M_an_zoni_, _Oub_an_ghi_, _R_an_cke_, _S_an_dwich_, _S_an-_Francisco_,
-_S_an_grado_, _S_an_ta-_ (pour Sainte-), _S_an_tander_, _S_an_tiago_,
-_S_an_zio_, _Serv_an_doni_, _South_am_pton_ (malgré la finale
-sonore), _St_am_boul_, _St_am_boulof_, _St_an_dard_, _Tag_an_rog_,
-_T_an_ganyika_, _Trav_an_core_, _V_am_béry_, _V_an_couver_, _Z_am_pa_,
-_Z_am_pieri_, etc. On ne nasalise pas _Eva_n_s_, _Kilima_-n’_djaro_,
-_Ma_n_teuffel_, _Sta_n_ley_, fort peu _Uhla_n_d_ ou _Wiela_n_d_, et les
-noms moins connus, ni _am_ suivi d’une consonne autre que _b_ ou _p_.
-Toutefois, dans _Sal_am_mbô_, on nasalise _am_, comme dans _S_am_son_,
-tout en prononçant le second _m_.
-
-[353] _Bi_en_faisant_, _bi_en_séant_, _bi_en_tôt_, _bi_en_venu_, etc.
-(_bi-ennal_ n’en est pas), _chi_en_dent_ et _vauri_en. Notons en
-passant que dans la conversation très familière, _eh bien_ se réduit
-souvent à _eh ben_, et même à _ben_ tout court, toujours avec le son
-_in_.
-
-[354] De même tous les noms propres anciens, _Aché_-en_s_,
-_Phocé_-en_s_, etc., _Claudi_en, _Juli_en, _Justini_en, _Valéri_en,
-_Luci_en, _Vespasi_en, etc., avec _Édu_en_s_; et aussi les noms
-modernes, _Gi_en, _Talli_en, le _Titi_en, avec _Engh_(i)en, quoique ce
-mot perde son _i_ (anghin).
-
-[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans _chi_en_lit_, malgré
-la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec _chi_en_dent_,
-composé de _chi_en. A la préposition _en_ il faut ajouter trois ou
-quatre noms de villes: _Ca_en (et _Deca_en), _Ecou_en, _Rou_en, et
-_Saint-Ou_en, que les Parisiens prononcent volontiers saintou_in_, on
-ne sait pourquoi.
-
-[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation
-_examène_ n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que
-méridionale.
-
-[357] On trouve aussi _éden_ rimant avec _jardin_, rime
-particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les _Juifves_,
-Robert Garnier faisait rimer _éden_ avec _Adam_. Émile Goudeau, dans
-sa fameuse _Revanche des Bêtes_, a fait rimer _abdomen_ avec _carmin_:
-je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à _spécimen_ prononcé par
-_in_, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le
-rencontre bien souvent. Le son nasal _in_ s’est maintenu dans quelques
-noms propres, _Ag_en, _Rub_en, _Sirv_en, et aussi _Bo_ën (boin) et
-_Cah_en, et surtout dans les noms bretons: _Chatelaudr_en, _Dupuytr_en,
-_Elv_en, _Guich_en, _Kerguél_en, _Lesnev_en, _Pleyb_en, _Pont-Av_en,
-_Rospord_en, _Suffr_en, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment
-_sufrène_ ou _kerguélène_, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on
-doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette
-prononciation.
-
-[358] On notera par suite la différence de prononciation entre
-_comédi_en (yin) et _ingrédi_en_t_ (yan), _draconi_en (yin) et
-_inconvéni_en_t_ (yan), _histori_en (yin) et _Ori_en_t_ (yan), etc.
-C’est aussi _an_ qu’on entend dans _Hers_en_t_, _Sarg_en_t_ ou
-_Bénév_en_t_.
-
-[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales
-des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps
-prononcées _ont_ ou _ant_, ont fini par devenir aussi muettes que
-l’_e_ simple: _aim_(ent) ou _aim_(e), _aimai_(ent), _aimèr_(ent).
-Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le
-_t_, comme _psch_e_nt_, _privat-doc_e_nt_, _great-ev_e_nt_, _K_e_nt_,
-_Taschk_e_nt_; _zend_ se nasalise en _in_, et on articule la consonne,
-comme dans le latin _bis repetita plac_en_t_.
-
-[360] Je parle de _-ens_ après consonne, bien entendu: nous savons déjà
-que _tiens_ et _viens_ et leurs dérivés, et les pluriels en _-éens_ et
-en _-iens_, avec _Amiens_ ou _Damiens_, ont toujours le son _in_.
-
-[361] C’est aussi le son latin (_ince_) qu’on entend dans presque tous
-les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers:
-_Camo_ën_s_, _Dick_en_s_, _Flour_en_s_, _Huygh_en_s_, _Mart_en_s_,
-_Perr_en_s_, _Poug_en_s_, _Puylaur_en_s_, _Rabast_en_s_, _Rub_en_s_,
-_Saint-Gaud_en_s_, _Thor_en_s_, _Val_en_s_, etc. (avec _Morc_en_x_ ou
-_Navarr_en_x_). Ajoutons que des noms comme _Dick_en_s_ et _Huygh_en_s_
-peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que _Stev_en_s_. Toutefois
-quelques noms propres français ont réussi à garder le son _an_
-tout en faisant sonner l’_s_: _Arg_en_s_, _Dulaur_en_s_, _J.-P.
-Laur_en_s_, _L_en_s_, _S_en_s_, et aussi _Jord_(a)ën_s_ (dance),
-avec _Saint-S_(a)ën_s_. _Cobl_en_tz_ se prononçait naguère encore
-_Coblance_; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit
-qu’après _en_ l’_s_ se prononce toujours ou à peu près dans les noms
-propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer;
-et dans ceux-là, à part _Samoëns_, qui se prononce _Samoin_, c’est le
-son _an_ qui se maintient, comme dans les mots proprement français,
-_g_en(s) ou _dép_en(s). Ce sont d’une part _Fur_en(s), _Confol_en(s)
-et _Doull_en(s), d’où _Confolennais_ et _Doullennais_ prononcés par
-_a_, avec _Saint-S_(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre
-part une héroïne et une localité vaudoises, _Clar_en(s) et _M_ᵐᵉ
-_de War_en(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms
-propres par _ince_, comme les mots latins, fait altérer constamment la
-prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures
-traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même
-la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à
-Confolens même la prononciation _confolince_ commence à se répandre: ce
-serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord;
-mais est-ce bien sûr?
-
-[362] Et aussi dans _Timour-L_en_g_ (d’où _Tamerlan_) et
-_Aur_en_g-Zeyb_, noms anciens; mais le moderne _Flam_en_g_ se prononce
-par _ingue_, comme on prononce _inque_ dans _Méz_en_c_, _Teisser_en_c
-de Bort_ ou _Dehod_en_c_, noms méridionaux.
-
-[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms
-propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: _Clar_en_ce_,
-_May_en_ce_ et _Val_en_ce_ (d’Espagne), aussi bien que _Prud_en_ce_,
-_Fulg_en_ce_, _Tér_en_ce_, _Jouv_en_ce_, _Val_en_ce_ (de France),
-_V_en_ce_ et _Prov_en_ce_ (_Lawr_en_ce_ fait exception et se prononce
-_Lôrèns’_); de même _W_en_des_ et _Ost_en_de_, comme _M_en_de_,
-_T_en_de_ ou _Port-V_en_dres_; _Tar_en_te_, _Sorr_en_te_ et _Tr_en_te_,
-comme _Sal_en_te_; _Nouvelle-Z_em_ble_, comme _Gart_em_pe_ et même
-_Gardonn_en_que_.
-
-[364] Même dans les noms propres anciens: on prononce Em_pédocle_,
-En_celade_, En_dor_, En_dymion_, comme Em_brun_ ou En_tragues_;
-toutefois on prononce Em_porium_ par _in_, parce que sa forme est
-purement latine.
-
-[365] Ce qui a entraîné _c_en_tumvir_, que quelques-uns prononcent
-par _in_. Dans _quattroc_en_to_, on ne doit pas nasaliser _en_, le
-mot restant italien; mais _quattroc_en_tiste_, qui est francisé, se
-nasalise par _in_.
-
-[366] De même dans les noms propres: _Arg_en_son_, _Arg_en_tan_,
-_Arg_en_teuil_, _Arm_en_tières_, _Beaug_en_cy_, _Bér_en_ger_,
-_Bes_en_val_ (il paraît qu’on devrait prononcer _bézval_),
-_Car_en_tan_, _Carp_en_tras_, _Cav_en_tou_, _Char_en_ton_,
-_Clem_en_ceau_, _Cot_en_tin_, _Daub_en_ton_, _From_en_tin_,
-_G_en_lis_, _G_en_sonné_, _H_en_daye_ (autrefois écrit An_daye_),
-_L_en_glet-Dufresnoy_, _M_en_ton_, _Montmor_en_cy_, _Montp_en_sier_,
-_Porr_en_truy_, _Saint-Qu_en_tin_, _S_en_lis_, _Tar_en_taise_,
-_T_en_cin_, _Lally-Toll_en_dal_, _Val_en_çay_, _Val_en_ciennes_,
-_Val_en_tinois_, _V_en_dée_, _V_en_dôme_, _V_en_toux_, _Ys_en_grin_,
-etc., etc.
-
-[367] Avec les expressions latines _castigat rid_en_do mores_, _festina
-le_n_te_, _habemus confit_en_tem reum_, _intellig_en_ti pauca_, _nunc
-est bib_en_dum_, _o t_em_pora_, _panem et circ_en_ses_.
-
-[368] Et aussi _P_en_tateuque_ ou _P_en_thésilée_; mais _P_en_tecôte_,
-qui est ancien et populaire, a gardé le son _an_; _P_en_thée_ aussi,
-généralement. Pour _P_en_télique_, il y a doute.
-
-[369] On l’a fait pourtant dès l’origine, et l’abbé Barthélemy écrivait
-même _v_in_démiaire_, au témoignage de Domergue.
-
-[370] _M_en_tor_ n’est répandu que depuis le _Télémaque_ de Fénelon, et
-l’on prononça d’abord _M_é_n-tor_, qui naturellement s’est nasalisé en
-_in_.
-
-[371] Il y a aussi quelques noms propres français qui ont le son
-_in_, sans qu’on sache pourquoi, comme _B_en_serade_ (attesté dès
-1711), _Buz_en_val_ (à côté de _Bes_en_val_ par _an_), _Mag_en_die_,
-_P_en_thièvre_ (que quelques-uns prononcent par _an_, mais qui est
-attesté depuis 1761). Ces noms sont rares, sauf dans le Midi. On
-prononce encore par _in_ Em_porium_, quoique _em_ soit initial, et
-surtout _B_en_jamin_ et _M_em_phis_, _L_en_tulus_, _S_em_pronius_
-et _S_em_pronia_, et _Ter_en_tia_. _Hort_en_sius_ semblerait devoir
-aussi se prononcer par _in_: il a probablement subi l’analogie de
-_Hort_en_se_ et _hort_en_sia_, qui en dérive; _Av_en_tin_ a dû
-subir celle du français _av_en_t_, d’autant plus que _intin_ était
-désagréable; enfin _T_em_pé_, sur lequel on hésite, suit aisément celle
-de _t_em_ps_. Nous avons vu que la finale _-en_ se prononçait _in_ dans
-les noms propres bretons; à fortiori _-en-_ intérieur: _P_en_march_
-se prononce peut-être _pèn_(e)_mark_ en breton, mais en français de
-Bretagne on nasalise, et on prononce _p_in-_mar_, comme dans _Lesnev_en
-ou _Suffr_en.
-
-[372] _Cresc_en_do_ se francise certainement en _cressindo_, et on
-en a même fait un substantif. Pourtant les musiciens le prononcent
-volontiers à l’italienne, _créchèndo_; et on doit le prononcer ainsi
-dans la grande tirade de la calomnie du _Barbier de Séville_, où ce
-mot vient après _r_in_forz_an_do_, qui ne tolérerait pas les nasales.
-_Crechin-do_ seul est à éviter.
-
-[373] Il en est de même pour les noms propres que pour les autres.
-Très peu de noms étrangers nasalisent _en_ par _an_: En_gadine_, où
-_en_ est initial, _Carp_en_tarie_, quelquefois _Gr_en_ville_ (mais
-à tort), _G_en_gis-Khan_ et _G_en_séric_, qui sont fort anciens,
-_Hott_en_tots_ et _Maz_en_déran_, qui s’écrit aussi _Maz_an_déran_,
-_Lux_em_bourg_, _R_em_brandt_. Presque tous les noms qui nasalisent
-_en_ le font naturellement en _in_: _Ab_en_cérages_, _Alt_en_bourg_,
-_A K_em_pis_, _App_en_zel_, _B_en_der_, _B_en_da_, _B_en_fey_,
-_B_en_gale_, _B_en_guela_, _B_en_tivoglio_, _B_en_tley_, _B_en_venuto
-Cellini_, _Br_en_ta_, _Br_en_tano_, _Cav_en_dish_, _C_en_ci_,
-_Clem_en_ti_, _Cos_en_za_, _Dar_em_berg_, _Emm_en_thal_, _Fa_ën_za_,
-_Fl_en_sbourg_, _Fol_en_go_, _Form_en_tera_, _Furst_em_berg_,
-_Gass_en_di_, _Girg_en_ti_, _Gro_ën_land_, _Gutt_em_berg_,
-_Lor_en_zaccio_, _Low_en_dal_, _Mack_en_zie_, _Mag_en_ta_, _Mar_en_go_,
-_Meckl_em_bourg_, _M_en_cius_, _M_en_delssohn_, _M_en_doza_,
-_M_en_tana_, _Nur_em_berg_, _Od_en_sée_, _Off_en_bach_, _Old_en_bourg_,
-_P_en_djab_, _P_en_sylvanie_, _Sacram_en_to_, _Sem_en_dria_,
-_Smol_en_sk_, _Stru_en_sée_, _Tagliam_en_to_, _Tol_en_tino_,
-_Val_en_tia_ et _Val_en_cia_, _W_en_ceslas_, _Wiss_em_bourg_,
-_Wurt_em_berg_, et aussi _M_en_dès_ et _St_en_dhal_. Plusieurs de ces
-noms peuvent aussi se prononcer sans se nasaliser comme Daremberg,
-Wissembourg. Doivent être prononcés sans nasale la plupart de ceux qui
-ne sont pas cités ici: d’abord ceux qui ont _em_ suivi d’une consonne
-autre que _b_ ou _p_, comme _Emden_, et même _B_e_mbo_, _L_e_mberg_
-et _P_e_mbroke_, malgré le _b_ qui suit; et d’autre part E_ncke_,
-E_ngelman_, _Hoh_e_nlohe_, _K_e_ntucky_, _M_e_ntchikoff_, _Ri_e_nzi_,
-_Rod_e_nbach_, _Steph_e_nson_, _Swed_e_nborg_, _Si_e_nkiewicz_,
-_Si_e_m-Reap_, _Ti_e_n-tsin_, _Tuy_e_n-Quan_, et tous les autres,
-moins connus, dans lesquels l’_e_ est ordinairement presque muet,
-quand il n’est pas tonique ou initial, comme dans _Wall_(e)_nstein_,
-_Liecht_(e)_nstein_ ou _Tug_(e)_ndbund_.
-
-[374] Le groupe final _in_ (avec _ain_ et _ein_) étant toujours nasal
-dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans
-_Ysengr_in, _Lohengr_in (sauf en musique), _Ca_ïn, _Ebro_ïn, _Méch_ain,
-_T_ain, _Et_ain, _S_ein ou _C_ain (ne pas confondre avec _Caïn_), pas
-plus que dans _H_in_cmar_, _M_aim_bourg_, _P_aim_bœuf_ ou _P_aim_pol_,
-ou dans _C_ym_balum mundi_. L’_y_ ne change rien non plus à la nasale
-finale de _Jocel_yn et _Jam_yn, qu’on décompose quelquefois très mal
-à propos, surtout pour _Jam_yn, qui était certainement nasal au XVIᵉ
-siècle.
-
-[375] Pour les noms propres, les finales de _Berl_in, _Dubl_in,
-_Eliac_in, _Fic_in, _Frankl_in, _Guerch_in, _Kreml_in, _Pék_in,
-_Pérug_in, _Tess_in, _Tonk_in, _Wiscons_in, _Witik_in(d), sont
-françaises depuis longtemps; on peut y ajouter _Arg_(u)in, _K_œ_chl_in,
-_Vielé-Griff_in, _Yers_in, _Zeppel_in, etc. A l’intérieur, outre
-_Ed_im_bourg_, _F_in_gal_, _F_in_lande_, _Irm_in_sul_, _M_in_turnes_,
-_S_im_plon_, _Thur_in_ge_ ou _Verc_in_gétorix_, qui sont anciens,
-outre _Rob_in_son_, _Gœtt_in_gue_, _Tub_in_gue_ et _Zw_in_gle_,
-on nasalise aussi _Ch_im_borazo_, _C_in_tra_, _Damoreau-C_in_ti_,
-_M_in_cio_ et _V_in_ci_, _Birm_in_gham_, _C_in_cinnati_, _L_in_coln_,
-_L_in_gard_, _L_yn_ch_ et _S_in_ger_. On nasalise également _Champl_ain
-et _Chamberl_ain (mais non _G_ai_nsborough_), ainsi que _M_ein,
-_H_ein_sius_, _Huss_ein-_Dey_, _S_ein_galt_ et _St_ein_kerque_. On
-hésite pour certains mots, comme _Stett_in et _Behr_in_g_. On ne
-nasalise pas la finale de _B_oe_ckl_i_n_, _Brookl_i_n_, _Darw_i_n_,
-_Elg_i_n_, _Em_i_n-pacha_, _Er_i_n_, _Erw_i_n_, _Rob_i_n-Hood_,
-_Kazb_i_n_, _Sakhal_i_n_ (écrit aussi _Sakhaline_), _Schwer_i_n_
-(quoique _Meckl_em_bourg_ soit francisé), _Szeged_i_n_, _Tien-ts_i_n_,
-_Widd_i_n_, ni même _Lohengr_i_n_, du moins en musique, car ce nom,
-qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre
-national _Ysengr_in, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand.
-Si on nasalise certains noms flamands en _-inck_, comme _Edel_i_nck_,
-_M_ae_terl_i_nck_, il ne paraît guère possible de nasaliser les
-noms en _-ing_ ou _-ings_, _Essl_i_ng_, _Kipl_i_ng_, _Meml_i_ng_ ou
-_Hast_i_ngs_, ni _Semipalat_i_nsk_; pas davantage le groupe intérieur
-ou initial de _K_i_mberley_, _H_i_mly_, _T_i_mgad_ ou _W_i_mpffen_,
-de _Berlich_i_ngen_, _Bol_i_ngbroke_, _Bon_i_ngton_, _Buck_i_ngham_,
-_Elch_i_ngen_, _F_i_nmark_, _Gl_i_nka_, _Gr_i_ndelwald_, I_n-salah_,
-I_nterlaken_, I_nverness_, _Liv_i_ngstone_, _Mac-K_i_nley_,
-_Mack_i_ntosh_, _Mein_i_ngen_, _Minnes_i_nger_, _P_i_nturicchio_,
-_Str_i_ndberg_, _Sw_i_nburne_, _rio T_i_nto_, _T_y_ndall_,
-_V_i_nhlong_, _Wadd_i_ngton_, _Wash_i_ngton_, _Well_i_ngton_,
-_Westm_i_nster_, _W_i_ndsor_, _Z_i_nder_, etc., etc. Le groupe _ein_
-qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce
-_aïn_, en une syllabe, ne saurait se franciser en _in_, sauf dans
-_Mein_; mais il se francise parfois à moitié en _èn_: toujours la
-demi-francisation. Ainsi prenons _Rubinstein_ (roubin’staïn): on
-nasalise _in_ sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à
-l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde
-sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc
-à respecter l’_n_, comme on le fait dans _Ibse_n ou _Beethove_n, ou
-dans _policema_n, et c’est _ei_ tout seul qui se francise comme dans
-_Leibniz_; on a ainsi _Rubinstèn_. Il n’y a pas grand’chose à dire à
-cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que
-d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de
-prononcer à l’allemande _Holbein_ et aussi _Gérolstein_.
-
-[376] _Contemplations_, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835.
-Cf. _l’Ane_, VI, et _Toute la Lyre_, IV, XXV.
-
-[377] En revanche, c’est _o-in_ qu’il faut prononcer dans les composés
-de _co-_, comme _co-ïncidence_, ou _co-intéressé_, où la diphtongue
-_oin_ n’a rien à faire.
-
-[378] _Châtiments_, IV, XIII, pour rimer avec _Drouyn_, dont la finale
-est nasale, comme celle de _Gédoyn_.
-
-[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de _meur-trier_ ou
-_en-crier_, qui ont dû nécessairement se décomposer.
-
-[380] Sauf tout au plus dans _Drou_yn el _Duguay-Trou_in. Si _Ébro_-ïn
-a trois syllabes, c’est à cause du tréma.
-
-[381] Nous avons déjà rapproché _m’sieur_ de _m’man_: voir page 39.
-
-[382] Voir page 133. _A-on_ s’est maintenu dans _Phara-on_ et
-_Lyca-on_, comme _o-on_ dans _Démopho-on_ ou _Laoco-on_.
-
-[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand _kr_o_nprinz_. =_On_=
-final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français
-depuis longtemps, _Aar_on, _Plat_on, _Sol_on, etc., etc., mais non
-dans quelques noms savants en _-eion_, ni dans _Poseid_ô_n_, ni
-dans _Organ_o_n_ ou _Satyric_o_n_. _On_ final anglais, qui s’est
-nasalisé et francisé dans _singlet_on et _Robins_on, le héros de
-Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans _Bac_on,
-_Byr_on, _Casaub_on, _Domini_on, _Et_on, _Fult_on, _Gibb_on,
-_Gord_on, _Mélancht_on, _Newt_on, et au besoin _Nels_on et _Milt_on;
-mais la plupart des noms propres en _-son_ et _-ton_ se prononcent
-sans nasale, avec un _o_ faible: _Addis_o_n_, _Ben Johns_o_n_,
-_Edis_o_n_, _Emers_o_n_, _Huds_o_n_, _Mac-Phers_o_n_, _Roberts_o_n_,
-_Stephens_o_n_, _Tennys_o_n_, _Thoms_o_n_, et aussi _Bergs_o_n_;
-de même _Chattert_o_n_, _Fult_o_n_, _Hamilt_o_n_, _Palmerst_o_n_,
-_Prest_o_n_, _Southampt_o_n_, _Washingt_o_n_, _Wellingt_o_n_, etc.
-On nasalise _Apchér_on, _Bagrati_on, _Balat_on, _Fouta-Djall_on,
-_Khers_on, mais non _Lang_-_S_o_n_. Quant à _on_ non final, il se
-nasalise généralement comme en français: _B_om_bay_, _C_on_cini_,
-_Cr_on_stadt_, _D_om_browski_, _G_on_gora_, _Kl_on_dyke_, _L_om_broso_,
-_Missol_on_ghi_, _M_on_ck_, _M_on_mouth_, On_tario_, _Sebastien del
-Pi_om_bo_, _P_om_bal_, _Sp_on_tini_, _T_om_bouctou_, _T_on_ga_,
-_T_on_gouses_, _Tor_on_to_, _Wisc_on_sin_, etc.; plus rarement dans
-_Sch_o_mberg_ ou _S_o_nderbund_, ou dans _Heaut_o_ntimoroumenos_;
-jamais dans _om_ suivi d’une consonne autre que _b_ ou _p_ (malgré le
-français _D_om_front_ et _D_om_martin_).
-
-[384] Avec _acup_un_cture_, _av_un_culaire_, _becab_un_ga_,
-_inf_un_dibuliforme_, _n_un_cupatif_, _op_un_tia_, _t_un_gstène_
-ou un_guis_; mais il se prononce _un_ dans _hic et nunc_. Um_ble_
-(poisson) est devenu om_bre_. Quant aux noms propres, on prononce
-_on_ dans _Ann_un_zio_, _Ar_un_s_ (que Voltaire écrit _Arons_),
-_Col_um_bus_, _D_un_ciade_, _D_un_dee_, _D_un_s Scot_, _D_un_stan_,
-_F_un_chal_, _H_um_boldt_, _North_um_berland_ et _C_um_berland_, et
-même _B_un_sen_; on hésite entre _on_ et _un_ pour _D_un_can_ ou
-_Maj_un_ga_, _L_un_d_ et _S_un_d_, et par suite _Strals_un_d_ et
-_Bomars_un_d_; mais on prononce _un_ quand le groupe est final, dans
-_Ir_un, _Lesc_un, _Oss_un, et même _Fal_un, comme dans _Loud_un,
-_Mel_un ou _Châteaud_un (et _D_un_kerque_); on prononce encore
-_un_ dans _Bels_un_ce_ ou _H_um_bert_, dans _C_un_ctator_, dans
-_Br_un_swick_, _G_un_ther_ et _M_un_ster_. Quand _un_ ou _um_ n’est pas
-nasal, _u_ se prononce _ou_ (voir page 125, note 1).
-
-[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la _Revue de
-philologie française_, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques
-additions.
-
-[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique
-dans _dis-l_e, et muet dans _dis-j_e? Tonique à l’origine dans l’un
-et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout
-ailleurs; mais _le_ résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est
-pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple:
-
- Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut,
-
-où _l_’e est _muet_. Mais cette prosodie, encore fréquente dans
-Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup
-d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est
-même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet _e_ devant un point dans
-_Cromwell_:
-
- Chassons-l(e). Arrière, tous!
-
-
-[387] L’_e_ est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’_e
-muet_, devant deux consonnes, dans le préfixe _re-_ (_r_e_ssembler_,
-_r_e_ssortir_), dans _d_e_ssus_ et _d_e_ssous_ et quelques noms
-propres commençant par _de-_ ou _le-_, la seconde consonne étant
-_l_ ou _r_: _D_e_braux_, _D_e_bry_, _D_e_crès_, _D_e_prez_, etc.,
-_L_e_blanc_, _L_e_brun_, _L_e_clerc_, _L_e_dru-Rollin_, _L_e_franc_,
-_L_e_grand_, _L_e_prince_, _L_e_tronne_, _L_e_vroux_, etc.; de même
-dans _l_e_vraut_, _l_e_vrette_ et _l_e_vron_. Nous reviendrons sur le
-préfixe _re-_.
-
-[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’_e muet_ se fait
-par-dessus _s_ ou _nt_ pour éviter la liaison: _tu aim_(es) _à rire_,
-_ils aim_(ent) _à rire_; mais que la liaison se fasse on non, c’est
-tout un pour l’_e muet_, qui ne se prononce pas plus dans un cas que
-dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue
-de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre.
-
-[389] De même _l_e _Yalou_, _l_e _Yang-tsé-kiang_, _l_e _Yémen_,
-_l_e _Yucatan_, _l_e _Yunnan_, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort,
-l’_Yémen_. L’=_i_= initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut
-être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit _i_ ainsi
-dans I_éna_, aussi bien que dans J_ohannisberg_; et les matelots qui
-parlaient naguère de la catastrophe _du_ I_éna_, parlaient, en réalité,
-plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient
-_l’Iéna_, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout
-le monde dit _le pont d’Iéna_, mais cela tient à ce que, après un _d_,
-_ié_ reste plus facilement diphtongue qu’après un _l_.
-
-[390] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, acte I, scène 1. On dirait de
-même, le cas échéant, _ce ouais_, et aussi bien _ce ah_, _ce oh_: en
-général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au
-plus celle de la préposition _de_.
-
-[391] Après d’autres mots que _le_, _de_, _ce_, _que_, l’élision se
-fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à
-conserver l’hiatus apparent, même entre deux interlocuteurs:
-
- Quoi! de ma fille?--Oui; Clitandre en est charmé.
- Moi, ma mère?--Oui, vous. Faites la sotte un peu.
- _Femmes savantes_, II, 3, et III, 6.
-
-Il a fait la même chose devant _ouais_ (_ibid._, V, 2).
-
-[392] On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui
-commencent par _oua-_, comme _le Ouadaï_, plus usité que _l’Ouadaï_.
-
-[393] Nous reviendrons sur _huit_, au chapitre de l’_H_.
-
-[394] Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait
-_l’onzième_; mais si Corneille aussi disait _l’onzième_ (_Cinna_, acte
-II, scène 1), peut-être était-ce simplement de peur de faire un hiatus,
-comme V. Hugo disait _l’y-ole_. Leconte de Lisle aussi, pour le même
-motif, n’osant pas d’ailleurs aller jusqu’à dire _l’onzième siècle_,
-dit, du moins, dans _les Deux Glaives_, IV:
-
- Le siècl(e) onzième est mort...
-
-Ponsard, dans _Ulysse_, II, 4, a judicieusement accepté l’hiatus:
-
- Et _le_ onzième jour, la tempête calmée
- Lui permit de partir, suivi de son armée.
-
-
-[395] Mᵐᵉ DE NOAILLES, _Éblouissements_, _La douceur du matin_.
-
-[396] CORNEILLE, _Au roi, Sur sa campagne de 1676_.
-
-[397] Dans les cafés ou restaurants, on dit: _servez à l’as_, _voyez
-à l’as_, pour dire _à la table 1_. C’est très probablement parce que
-_servez au un_ serait désagréable, _l’un_ étant d’ailleurs évité
-instinctivement. Certains, comme les journalistes, disent _la une_,
-pour la première page.
-
-[398] _Légende des siècles_, XXI, II.
-
-[399] Voir M. GRAMMONT, _Mémoires de la Société de linguistique_, tome
-VIII, pages 53-57.
-
-[400] Ou _éch’vèlé_, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable
-prononce-t-on ainsi?
-
-[401] C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés
-complètement que par la chute d’une consonne: _saue_r_kraut_ est devenu
-_choucroute_ en perdant un _r_, _roa_t_sbeef_ et _beef_s_teack_ ont
-perdu un _t_ ou un _s_. D’autres ont intercalé un _e muet_ après la
-seconde consonne, comme _part_e_naire_, de l’anglais _partner_, ou
-_lansqu_e_net_, de l’allemand _landsknecht_. Voir sur ce point Léonce
-ROUDET, _Remarques sur la phonétique des mots français d’emprunt_, dans
-la _Revue de philologie française_ de 1908.
-
-[402] Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui
-que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup
-trop de chanteurs le prononcer comme _eu_ fermé. Cette prononciation
-de l’_e_ final est particulièrement grotesque au café-concert, où on
-appuie d’une façon invraisemblable:
-
- Mariet’teu,
- Ma mignonet’teu,
- Tu m’as quitté, ça, c’est pas chouet’teu.
-
-Il paraît que cela fait partie intégrante du genre!
-
-[403] Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas
-en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur
-font contester même des phénomènes constatés par des instruments
-enregistreurs. C’est à peu près comme s’ils disaient qu’il ne fait pas
-froid quand le thermomètre est à dix degrés au-dessous de zéro. Mais
-leurs dénégations obstinées n’empêchent pas les faits d’être les faits.
-
-[404] Voir surtout pages 56 et 117.
-
-[405] Pour l’_e_ final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se
-rappelle que l’_e_ final anglais atone ne s’entend pas non plus.
-
-[406] Le peuple conserve volontiers l’_e_ final de _cette_ au détriment
-du premier: _c_(et)_te femme_; mais cette prononciation, autorisée
-autrefois, est aujourd’hui expressément évitée par les gens qui veulent
-parler correctement.
-
-[407] En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne;
-mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui
-paraît ainsi précédée d’une consonne et suivie d’une autre. Quelques
-personnes se croient obligées de prononcer l’_e_ muet dans une
-rencontre comme celle de _onze sous_, afin de maintenir la distinction
-de la douce et de la forte; mais _ons’ sous_ est plus fréquent et
-parfaitement naturel. J’ajoute que dans ce cas, comme dans tous les cas
-pareils, il est indispensable de prononcer la consonne double, sans
-quoi on confondrait, par exemple, _une noix_ avec _une oie_.
-
-[408] Sans quoi _rien_ se décomposerait. Nous reviendrons plus loin
-sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien _une petit’
-lieue_, sans que _lieue_ soit décomposé, l’influence de l’_l_ étant
-moins forte que celle de l’_r_.
-
-[409] Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut
-qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée
-elle-même d’une spirante, comme ici _j_: le tout peut alors être suivi
-de _ou_ ou _u_ consonnes.
-
-[410] Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs
-écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait
-_tomboint_: _oient_ a prévalu, sans doute pour éviter la confusion
-avec la nasale de _point_, et plus tard celle de _saint_. Cette finale
-muette _-ent_ nous a conservé toute une série de formes verbales dont
-l’orthographe est identique (sauf parfois l’accent) à celle de mots en
-_-ent_ tonique: _expédient_, _affluent_ et _influent_, _coïncident_,
-_résident_ et _président_, _négligent_, _émergent_, _détergent_ et
-_abstergent_, _divergent_ et _convergent_, _équivalent_, _excellent_,
-_violent_, _somnolent_, _pressent_, _content_ et _couvent_, et d’autre
-part _convient_ (avec _précèdent_ et _excèdent_, _different_ et
-_adhèrent_, et _dévient_).
-
-Il va sans dire que la liaison de l’_s_ ou du _t_ devant une voyelle
-produit le même résultat que quand l’_e_ muet final est suivi d’un
-mot commençant par une consonne: _trist_e_s événements_, _pauvr_e_s
-hommes_, _ils ressembl_e_nt à leur père_, à moins qu’on ne dise
-familièrement _pauv_(re)_s hommes_ ou _i_(ls) _ressemb_(len)_t à leur
-père_.
-
-[411] _Gré_(e)_ment_ a pourtant l’_e_ plus fermé et plus long
-qu’_agrément_. Bien d’autres _e_ sont tombés au moyen âge, sans
-laisser aucune trace: _bé_(e)_gueule_, _di_(e)_manche_, _écu_(e)_ler_,
-_li_(e)_cou_, _li_(e)_mier_, _mi_(e)_nuit_, _rou_(e)_lette_, etc.
-
-[412] _Rou_(e)_rie_ et _flou_(e)_rie_ ont cependant _ou_ plus long que
-_sourie_ ou _souris_, et _fé_(e)_rie_ a l’_e_ plus fermé que _série_.
-
-[413] En vers, l’_e_, qui ne compte pas dans _pai_(e)_rai_, compte
-dans _pay_e_rai_, comme dans _sommeill_e_rai_, précisément parce qu’il
-s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’_e muet_ de
-_gay_e_té_. Sur ce point, voir plus loin, page 193.
-
-[414] C’est dans _le Lévrier de Magnus_. Ailleurs, dans _les Paraboles
-de don Guy_, il écrit _flamboyement_ en quatre syllabes, ce qui est
-encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre _balayeront_, qui
-est dans _la Paix des dieux_.
-
-[415] Ou _voye_, ou même _soye_ ou _aye_, pour _soit_ ou _ait_.
-
-[416] Et dans quelques noms propres: _J_(e)_an_, _J_(e)_anne_,
-_J_(e)_annot_, _J_(e)_annin_, etc., _Dej_(e)_an_, _Maup_(e)_ou_, _Jean
-de M_(e)_ung_, etc., et même _Sainte-Men_(eh)_ou_(ld), qu’on tend à
-remplacer par _Sainte-Menehoul(d)_. _É-u_ (eu) s’est maintenu très
-longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par
-Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez _é-u_
-ma sœur dans votre société.--Pourquoi pas? répondit gaiement M. de
-Boufflers. Jupiter _à é-u I-o_ dans la sienne.»
-
-[417] De même _M_(e)_aux_, _Carp_(e)_aux_, etc. Mais la diphtongue ne
-s’est pas faite dans E-_auze_, quoiqu’il n’y ait point d’accent.
-
-[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même
-procédé pour donner au _c_ le son sifflant devant _a_, _o_, _u_:
-_commenc_(e)_a_; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et
-unique mot _douc_(e)_âtre_: pourquoi pas _douçâtre_ aussi bien que
-_commençâmes_? Il est regrettable que les typographes n’aient pas
-adopté aussi un signe analogue pour le _g_: cela épargnerait quelques
-confusions.
-
-[419] L’_e_ est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais _an_
-est une voyelle simple, et _ch_ une consonne simple; plus loin, dans
-_longuement_ et _craquement_, l’_u_ n’est qu’un signe orthographique.
-
-[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois
-_trouv_é_rai_. _Dang_é_reux_ n’est pas meilleur, ni _cuill_è_rée_;
-et _aqu_é_duc_, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais
-_ass_(e)_ner_ a cédé la place à _ass_é_ner_, malgré les dictionnaires.
-Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop
-souvent, l’_e_ muet de _Saint-Val_(e)_ry_, _Saint-Sév_(e)_rin_ ou
-_Sév_(e)_rine_, _Ag_(e)_nais_, et surtout _Mal_(e)_sherbes_ ou
-_Fén_(e)_lon_, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient _Fénélon_, je
-ne sais pourquoi. _Péz_e_nas_ même ne se prononce _Péz_é_nas_ que dans
-le Midi; mais le second _e_ n’a point d’accent. En revanche _app_é_tit_
-en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit.
-
-[421] Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les
-consonnes, il est arrivé souvent que l’_e_ muet est tombé dans
-l’orthographe, sans qu’on sache toujours pourquoi il est resté à
-côté, dans les mêmes conditions. Car il est tombé non seulement dans
-les mots comme _esp_(e)_rit_, _chaud_(e)_ron_ ou _rég_(ue)_lisse_,
-où la muette et la liquide s’attiraient, mais aussi bien dans des
-mots comme _soup_(e)_çon_, _der_(re)_nier_, _lar_(re)_cin_, pendant
-que _dur_(e)_té_ et _sûr_(e)_té_, longtemps écrits comme _fierté_,
-reprenaient leur _e_, par un caprice des grammairiens. Au surplus,
-l’orthographe de ces deux mots et de beaucoup d’autres a été longtemps
-flottante: on trouve encore _carfour_ dans Corneille et dans Molière,
-_épouster_ dans Molière et dans La Fontaine, _laidron_ dans Voltaire,
-que dis-je? dans Béranger, avec _bourlet_.
-
-[422] Et même, par l’effet de la liaison, _ils se batt_(en)_t avec
-fureur_. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes,
-pour ne pas confondre _là-dedans_ avec _la dent_, et ne pas créer de
-barbarisme comme _honnêté_. D’autre part, il faut éviter aussi avec
-grand soin de donner deux _r_ à _mairie_ ou à _seigneurie_, comme si
-c’était _mair_(e)_rie_ ou _seigneur_(e)_rie_. Dans _Roch_e_chouart_,
-on se croit souvent obligé de prononcer l’_e_, comme dans _onze sous_,
-mais ce n’est pas absolument indispensable.
-
-[423] Et _Rich_e_lieu_. Deux mots qui auraient dû être aussi en
-_-elier_, sont à tort en _-ellier_: _prun_ell_ier_ et _dent_ell_ière_.
-Dans ceux-là on ne se borne pas à prononcer l’_e_: on le ferme le
-plus souvent; mais on prononce aussi très bien _dent_e_lière_, et
-peut-être cela pourra-t-il amener l’Académie à changer l’orthographe
-défectueuse de ce mot. Le seul substantif qui fut jadis en _-erier_,
-_cellerier_ (de _cellier_), a fait mieux encore; il a pris l’accent:
-_cellérier_.--Notons en passant que les dictionnaires mettent aussi
-un accent à _sorb_é_tière_; mais le mot était mal formé, et l’usage
-a refait _sorb_e_tière_, comme de _gilet_, _gil_(e)_tière_, de même
-qu’on dit souvent, non sans raison, _gen_(e)_vrier_, au lieu de
-_g_(e)_névrier_. De même les médecins prononcent _cur’ter_, _cur’tage_,
-et écrivent _curetter_, _curettage_: c’est la prononciation qui est
-bonne et l’orthographe qui ne vaut rien, car les deux _t_ de _curette_
-n’ont pas plus de raisons de se conserver dans _cur_(e)_ter_ que les
-deux _l_ de _chandelle_ dans _chand_e_lier_.
-
-[424] Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes
-finales monosyllabiques que _poir-ier_, _atel-ier_, _aimer-ions_,
-_aimer-iez_. Les nécessités de la prononciation ont amené la diérèse
-dès le XVIᵉ siècle ou avant; mais les poètes ne se sont conformés à
-l’usage qu’à partir de Corneille. Dans les deux premières pièces de
-Molière, on trouve encore _voudr-ions_, _voudr-iez_, et même _ouvr-ier_
-en deux syllabes, sans parler de _sanglier_, dont le cas est spécial.
-Sur cette question, voir mon article, _les Innovations prosodiques chez
-Corneille_, dans la _Revue d’histoire littéraire de la France_, 1913.
-
-[425] Ce phénomène est si marqué que, dans _ouvri-er_, le peuple
-refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un _e muet_:
-_ouve-rier_; de même _voude-riez_.
-
-[426] Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne
-_seule_ soit une liquide; le groupe _rl_ s’accommode donc de la
-diphtongue.
-
-[427] C’est uniquement à cause de la discordance de _tn_ ou _dn_, car
-on prononce facilement _diz’nier_, et _derrenier_ est devenu sans peine
-_dernier_. On prononce également l’_e muet_, par nécessité, dans nous
-_p_e_sions_, ou nous _f_ai_sions_. Dans _relier_ ou _renier_, on ne
-devrait pas avoir à craindre de séparer _i-er_, puisqu’en effet ce sont
-étymologiquement des syllabes distinctes; mais comme l’usage n’en fait
-qu’une, aussi bien que dans les substantifs, on dit plus fréquemment _à
-r_e_lier_ ou _à r_e_nier_ que _à r’lier_ ou _à r’nier_.
-
-[428] Toutefois une rencontre telle que _il rest’ d_e_bout_ est un peu
-dure, et il arrive qu’on dit _il rest_e _d’bout_, par exception à la
-règle générale; mais on prononce aussi bien les deux _e_: _il rest_e
-_d_e_bout_; de même _le maîtr_e _v_e_nait_ ou _v’nait de partir_. Je
-dois ajouter que le peuple paraît dire volontiers _ell_e _v’nait_ ou
-_ell_e _r’vient_; mais en réalité les deux _e_ tombent ici par parti
-pris; seulement les nécessités de la prononciation font renaître un
-_e_ factice devant la consonne initiale: _ell’_ e_r’vient_, comme
-dans l’infinitif e_r’venir_. Nous allons retrouver ce phénomène avec
-les monosyllabes.--Ajoutons que l’_e_ de _s_e_rein_ se maintient
-généralement, par opposition à celui de _s_e_rin_.
-
-[429] Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la
-liquide avec l’_e_ muet (voir page 182); mais ici la liquide est après
-l’_e_: _c_(el)_ui-là_. Cette prononciation, qui est triviale, est à
-rapprocher de celle de _d’jà_ pour _déjà_.
-
-[430] Inversement _pr_e_mier_ avait autrefois un accent, et cette
-prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté
-l’accent depuis 1740.
-
-[431] Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces
-mots. Au contraire, on commence à dire _t_e_nacité_, par analogie
-avec _t_e_nace_; mais _t_é_nacité_, qui vient du latin, est encore
-seul considéré comme correct. On écrit et on prononce _ch_é_neau_,
-au sens de _gouttière_; mais _ch_e_neau_, qui se rattache à _canal_,
-se dit encore dans certaines provinces; et en tout cas _ch_ê_neau_
-vaudrait mieux que _ch_é_neau_, car _ch_é_neau_ remplace en réalité
-_ch_es_neau_, qui se rattache peut-être à _chêne_ (chesne).
-
-[432] Le _Dictionnaire général_ dit déjà: _R_e_table_, _et mieux_
-_r_é_table_. Cet _et mieux_ est discutable.
-
-[433] Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un
-instant.
-
-[434] De même que _r_é_fugier_ ne change rien à _r_e_fuge_, ni
-_irr_é_ligion_ à _r_e_ligion_, l’_é_ fermé étant réservé au mot savant.
-Je rappelle en outre la différence de sens que l’accent établit entre
-_r_é_partir_, _r_é_créer_ ou _r_é_former_, et les verbes à préfixe
-populaire, _r_e_partir_, _r_e_créer_, _r_e_former_, etc.
-
-[435] Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’_e_
-muet de _R_e_né_, _R_e_thel_, _S_e_dan_, _S_e_daine_, _S_e_grais_,
-_S_e_gré_, _S_e_nef_, _V_e_lay_, _V_e_vey_, et surtout _R_e_gnard_.
-On est fort partagé entre _R_e_mi_ et _R_é_mi_: ce qui est sûr, c’est
-que _saint R_e_mi_ et _Domr_e_my_ ont l’_e muet_, quoiqu’on prononce
-plus souvent et qu’on écrive même _Domr_é_my_. Mᵐᵉ Dupuis fermait aussi
-l’_e_ de _Mont-C_e_nis_, sans doute comme italien.
-
-[436] On prononce aussi un _e_ muet, avec une seule consonne, ou
-plutôt l’_e_ muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres
-qui ont conservé une consonne double, car autrefois la consonne double
-n’empêchait pas l’_e_ de rester muet. Ainsi _Cha_(s)_t_(el)_lain_
-et _Cha_(s)_t_(el)_lux_, _Ev_(el)_lin_, _Mor_(el)_let_--témoin le
-calembour de Voltaire, _mords-les_--, et _La M_(en)_nais_, dont on
-a fait l’adjectif _menaisien_, qui n’a qu’un _n_. C’est aussi un _e
-muet_, mais un _e muet_ prononcé, qu’on a dans _Claude G_e(l)_lée_, dit
-_le Lorrain_, ou le parfumeur _Ge_(l)_lé_, ou dans _Montp_e(l)_lier_,
-qu’on a souvent écrit jadis avec un seul _l_: cf. _chap_e_lier_, page
-166.
-
-[437] Cf. _vil_(e)_brequin_, dont le premier _e_ ne s’explique
-d’ailleurs pas du tout.
-
-[438] Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux _t_, aussi
-bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en
-_-erie_, dérivés des mots en _-elier_, ont fini par prendre deux _l_:
-_chap_e_ll’rie_, _tonn_e_ll’rie_, _bat_e_ll’rie_, etc.
-
-[439] On voit que l’_r_ est encore troisième. Cette prononciation
-est accueillie par le _Dictionnaire général_; mais je ne crois pas,
-malgré son autorité, qu’on puisse aussi prononcer _pan_è_t’rie_,
-_pell_è_t’rie_, on _grén_è_t’rie_; il donne même exclusivement
-_louv_è_t’rie_: ce sont des prononciations purement théoriques, et
-qu’on n’entend nulle part.
-
-[440] Nous en reparlerons dans un instant.
-
-[441] Pourquoi _pap_è_t’rie_ et pas _louv_è_t’rie_? C’est un fait,
-voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas
-peut-être _caqu’t’rie_, mais en tout cas _briqu’t’rie_ et _bonn’t’rie_,
-parfois même _pap’t’rie_.
-
-[442] On dit aussi _G_e_n’vois_, bien plus souvent que _G’n_e_vois_,
-mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans
-_G_e_n’viève_. On sait que dans la conjugaison, comme dans les
-substantifs en _-ment_, il y a mieux: on met un accent grave sur le
-premier _e_, quand on ne double pas la consonne: _j’ach_è_t’rai_,
-formé sur _j’ach_è_te_ (et non _j’ach’t’rai_, qu’on entend trop
-souvent), et par suite _éch’v_è_l’ra_, formé sur _éch’v_è_le_, comme
-_ach_è_vement_ sur _ach_è_ve_. C’est ce qu’on aurait dû faire pour
-_pap_e_t’rie_, et les autres.--Nous rappelons ici que le français
-n’admet pas deux _e_ muets de suite à la fin d’un mot: tant qu’on
-écrira _fur_e_ter_, _décoll_e_ter_ ou _épouss_e_ter_, avec un _e muet_,
-les personnes instruites se croiront obligées de dire _je fur_è_te_,
-_j’épouss_e_tte_ ou _je décoll_è_te_, et non _je fur’te_, _j’épous’te_,
-ou _je décol’te_. Il est vrai que les futurs ou conditionnels
-_épouss’t_e_rai_(s) ou _décoll’t_e_rai_(s) sont généralement admis,
-ainsi que d’autres pareils, comme _étiqu’t_e_rai_: cela tient à ce que
-leurs _e muets_ sont intérieurs, et que le second _peut_ se prononcer,
-ce qui n’a pas lieu dans _décoll_è_te_. Cela n’empêche pas d’ailleurs
-qu’on ne prononce le plus souvent _décolte_ d’après l’analogie de
-_récolte_, _décoll_(e)_ter_ étant pareil à _récolter_. Le mieux serait
-que l’Académie acceptât _épouster_, _décolter_ et _furter_, et aussi
-_filter_, car qui peut dire qu’_on fil_è_te une vis_, quand tous les
-gens du métier disent qu’_on la fil’te_?
-
-[443] _Receler_ est devenu _recéler_, mais _receleur_ est demeuré;
-_receper_ est devenu aussi _recéper_.
-
-[444] Le peuple s’obstine parfois dans ce cas à laisser tomber l’_e_ du
-monosyllabe, mais alors il le remplace involontairement, et de toute
-nécessité, par un autre, et aboutit à _car ej’ dis_ ou à _bec ed gaz_,
-et même, en tête de phrase, _ej’ dis pas_: il ne faut pas perdre de vue
-que c’est uniquement le parti pris, d’ailleurs inconscient, de ne pas
-prononcer l’_e_ muet qui aboutit à ce résultat, de même que dans _une
-er’mise_, où ce n’est pas du tout l’_e_ de _une_ qui se prononce, comme
-on pourrait croire: voir plus haut, page 168, note 1.
-
-[445] On peut choisir, dans la conversation, entre _pas_ de _dieu_ et
-_pas d’dieu_, _pas_ de _lien_ et _pas d’lien_: voir ci-dessus page 160
-et note 1. On peut même dire _pas d’scrupules_, à cause de l’_s_ médian
-(voir ci-dessus, page 157).
-
-[446] Cela est si vrai qu’on dira _entend’ le discours_, et _pac’ qu_e
-_tu es venu_, plutôt que de dire _entendre l’discours_ et _parce qu’
-tu es venu_; mais d’ailleurs il est possible de prononcer _parc’ que_,
-aussi bien que _lorsque_, et c’est ce qu’on fait d’ordinaire. Nous
-allons retrouver le groupe _ce que_.
-
-[447] Pourvu que le même son ne soit pas répété: _je jette_, _ce
-signe_. On notera qu’avec _je_ et _ce_ initiaux, on va familièrement
-par l’élision jusqu’à trois et quatre consonnes initiales, dans _j’
-crève de faim_, _j’ crois bien_, _c’ train là_; mais il est impossible
-de dire _c’ rien_, _c’ ruisseau_, ni _c’ roi_, le groupe _sr_
-n’admettant pas après lui d’autre consonne, ni même de semi-voyelle: la
-liquide doit être ici finale et non médiane (voir plus haut, page 160
-et note 1).
-
-[448] Mais naturellement on est bien obligé de dire _les pas d’
-c_e_lui qui vient_, sans quoi il y aurait quatre consonnes, qui ne
-s’accommodent pas. On prononcera aussi nécessairement les deux _e_ dans
-_pour l’amour d_e _c_e_lui_, l’_e_ de _de_ étant maintenu par _rd_, et
-la sifflante qui suit étant initiale du groupe et non médiane.
-
-[449] On dit naturellement: _il croit qu’ tu viens_, parce qu’il n’y a
-qu’un seul _e muet_.
-
-[450] A fortiori, _ça n’ me_ fait rien (chute du premier _e_), et non
-_ça_ ne _m’ fait rien_.
-
-[451] On évitera cependant d’aller, surtout en tête de phrase, jusqu’à
-_j’_ ne _d’mande rien_; on préférera _j_e _n’ d_e_mande rien_: _de-_
-initial est sans doute moins faible que _re-_.
-
-[452] Ou _je n’ te l’remets pas_, moins bien, parce que, si _le_ est
-subordonné à _te_, la muette initiale de _remets_ est subordonnée à
-_le_.
-
-[453] On n’a pas oublié le président de la République que le peuple
-appelait généralement _Félix_e _Faure_, à moins que ce ne fût
-_Felisque_.
-
-[454] Nous reviendrons sur ce point au chapitre de l’_S_. C’est pour le
-même motif que le _p_ est tombé dans (p)_tisane_ ou (P)_falsbourg_, et
-aussi, au XVIᵉ et au XVIIᵉ siècle, dans _psaume_.
-
-[455] ROTROU, _Laure persécutée_, acte I, scène 10.
-
-[456] De même, à fortiori, _Plutôt_ que _d’ l_e_ver tes voiles_, et non
-_plutôt qu’_ de _lever_ (V. HUGO, _Contemplations_, IV, III).
-
-[457]_Les Burgraves_, acte I, scène 3.
-
-[458] Par exemple, avec cet hémistiche de V. Hugo ou d’Edmond Rostand:
-_Qu’est-ce que c’est que ça_, où le second _que_ ne peut pas rester
-tout à fait muet, même entre deux toniques.
-
-[459] De même _Bo_-ie_ldieu_. Mais il ne faut pas confondre ces cas,
-qui d’ailleurs ne sont pas fréquents, avec celui des voyelles suivies
-d’un _e muet_ final, qui ne s’entend plus, mais qui a toujours été
-distinct: _hai_-e, _haï_-e, _joi_-e, _obéi_-e.
-
-[460] Pourtant Edmond Rostand consent à la diphtongue dans _ruine_,
-et cela régulièrement, chose extraordinaire. Il est à souhaiter qu’on
-l’imite.
-
-[461] Ceux-là se distinguent aussi par la prononciation du _t_, et
-la liste est assez longue: _dations_, _relations_, _délations_,
-_translations_, _rations_, _complétions_, _éditions_, _reéditions_,
-_notions_, _exécutions_, _persécutions_, _mentions_, _exemptions_,
-_attentions_, _intentions_, _contentions_, _inventions_, _réfractions_,
-_rétractions_, _contractions_, _affections_, _désaffections_,
-_infections_, _désinfections_, _injections_, _objections_,
-_inspections_, _dictions_, _acceptions_, _exceptions_, _options_,
-_adoptions_, _désertions_, _portions_.
-
-[462] Auxquels il faut joindre _gr_i-_ef_, _br_i-_èveté_ et
-_quatr_i-_ème_. On est stupéfait de voir Michaëlis et Passy indiquer
-deux prononciations différentes, avec ou sans diphtongue, pour
-_meurtrier_, _encrier_, _tablier_, et tous les substantifs de ce
-groupe, sauf _ouvrier_!
-
-[463] Nous avons conseillé d’éviter cette prononciation. De même, et
-plus encore, dans les mots où les poètes maintiennent, par tradition,
-une diérèse que l’usage ne connaît plus, il faut éviter le _yod_:
-_passion_ ne doit se prononcer en vers ni _pass-yon_, comme en prose,
-ni _passi-yon_, qui serait ridicule, mais simplement _pass_i-_on_,
-qui est entre les deux. D’ailleurs, certains mots savants du type
-_meurtrier_, comme _pr_i-_orité_, _à pr_i-_ori_, ne développent pas non
-plus de _yod_ entre l’_i_ et la voyelle.
-
-[464] Voir plus haut, page 119.
-
-[465] D’autres disent _moi-lien_!
-
-[466] Dans certains endroits, on dit encore _pè-san_; mais quand on
-trouve _paysan_ en deux syllabes chez nos vieux poètes (il y en a
-encore un exemple dans _l’École des Femmes_), c’est qu’ils prononçaient
-_pay’san_, avec diphtongue initiale: ils écrivaient même parfois
-_païsan_. _Fays-Billot_ se prononce comme _pays_. Je ne sais pourquoi
-_Baïse_ se prononce comme _payse_; cette prononciation est d’ailleurs
-peu répandue en France.
-
-[467] Il y en avait bien davantage autrefois; mais leur _=y=_ grec
-a été changé en _ï_, précisément pour ce motif: ainsi _p_a-_ïen_,
-_b_a-_ïonnette_, a-_ïeul_, _gl_a-_ïeul_, qu’on eût pu sans cela
-prononcer par _è_; ou bien ils ont été ramenés à la règle, comme
-_al_o-_yau_, _h_o-_yau_, _m_o-_yen_, prononcés autrefois par _o_,
-aujourd’hui par _oi_.
-
-[468] Au contraire, _aigayer_ devrait se prononcer par _a_, venant
-d’_aiguail_, et même s’écrire _aiguailler_: mais il semble qu’on le
-prononce plutôt par _è_.
-
-[469] Sans parler des mots étrangers, comme _a-yuntamiento_. Il
-en est de même dans la plupart des noms propres, _même français_:
-_Bisc_a-_ye_, _Bl_a-_ye_, _F_a-_ye_, _Hend_a-_ye_ et _Ub_a-_ye_,
-comme _K_a-_yes_ ou _Luc_a-_yes_; A-_yen_, _B_a-_yard_, _B_a-_yeux_,
-_B_a-_yonne_, _C_a-_yenne_, _C_a-_yeux_, _Le F_a-_yet_, _La
-F_a-_yette_, _L_a-_ya_, _M_a-_yence_, _M_a-_yenne_, _M_a-_yeux_,
-_P_a-_yerne_, _R_a-_yet_, _Le V_a-_yer_, aussi bien que _F_a-_youm_,
-_Gu_a-_yaquil_, _Himal_a-_ya_, _M_a-_yer_, _M_a-_yotte_ ou
-_Ram_a-_yana_. Il est vrai aussi que _Cl_ay_e_, _La H_ay_e_,
-_Saint-Germain-en-L_ay_e_, _Laboul_ay_e_, _La Fresn_ay_e_,
-_Houss_ay_e_, _Puis_ay_e_, se prononcent par _è_: cela tient à ce
-que ces mots ont gardé la prononciation des primitifs, _cl_ai-_e_,
-_h_ai-_e_, _l_ai-_e_, _boul_ai-_e_, _frên_ai-e, _houss_ai-_e_,
-_puis_ai-_e_, qui sont ou furent des noms communs. On prononce de même
-_La Curne de Sainte-Pal_ay_e_, _les rochers de N_ay_e_ et _Lavel_ey_e_.
-Au contraire, on prononce _Ys_a-_ye_ en trois syllabes (_isaï_), comme
-s’il y avait un tréma: cf. _Ay_, qui s’écrit mieux _Aï_, et aussi
-l’_Hay_. J’ajoute qu’on prononce aussi _Merlin Cocc_a-_ie_ comme
-_Bisc_a-_ye_.
-
-[470] Contrairement à ce qui se passe pour l’_=a=_, _=o=_ devient
-généralement _=oi=_ dans les noms propres français, comme dans les
-autres mots: _B_oy_er_, _Gib_oy_er_, _D_oy_en_, _J_oy_euse_, _N_oy_on_,
-_R_oy_an_, _R_oy_at_, _R_oy_er-Collard_, _Tr_oy_on_, _Vaud_oy_er_,
-aussi bien que _R_oy_e_, _Brid_oy_e_, _Tr_oy_es_ (prononcé comme
-_Troie_) et même _L_oy_alty_, probablement sous l’influence de _loyal_.
-L’_o_ reste séparé seulement dans les noms étrangers: _G_o-_ya_, _Van
-G_o-_yen_, _L_o-_yola_, _O-yama_, _Sam_o-_yèdes_, et aussi _G_o-_yon_
-et quelques autres. _Soyecourt_ se prononce, _sôcour_.
-
-[471] Le mauvais calembour, _comment vas-t_u, _yau de poêle?_ en est un
-témoignage irrécusable.
-
-[472] L’_u_ reste distinct régulièrement dans _Berr_u-_yer_ ou
-_T_u-_yen-Quan_, comme dans _Gr_u-_yère_ et _La Br_u-_yère_. Au
-contraire, et quoique le prénom _Guy_ se prononce _ghi_, _ui_ l’emporte
-dans les noms commençant par _Guy-_; on doit donc prononcer _ui_
-correctement dans _G_uy_ane_, _G_uy_enne_, _G_uy_au_, _G_uy_ot_,
-_G_uy_on_, avec _Chatel-G_uy_on_, _La Vaug_uy_on_, _Long_uy_on_.
-A vrai dire, beaucoup de personnes prononcent _G_u-_yot_, voire
-même _Gh_i-_yot_, sans parler de l’algérien _Guyotville_, réduit à
-_ghyo-vil_, en deux syllabes; mais tout cela est très incorrect. Dans
-les premières éditions du _Poème de Fontenoy_, Voltaire avait fait
-aussi _Vauguyon_ de deux syllabes, comme si c’était écrit _Vaughyon_;
-mais il s’est corrigé dans les suivantes. Il a réduit aussi _Guyon_ à
-une syllabe et _Guyenne_ à deux, mais en écrivant _Guion_ et _Guienne_,
-ce qui ne pourrait plus se faire.
-
-[473] On a déjà parlé de ce phénomène, page 163.
-
-[474] Les poètes ne s’en privent pas, et il n’y a pas lieu de les en
-blâmer. Ch. Nyrop, rencontrant _paye_ en deux syllabes dans _Cyrano de
-Bergerac_, admire «la belle intrépidité de Rostand» qui fait «revivre
-cette prosodie médiévale». Mais cette prosodie n’a jamais disparu, et
-Ch. Nyrop confond _paye_ avec les finales en _-ée_, _-aie_, _-ue_,
-_-oue_, qui sont fort différentes. Il va sans dire qu’en pareil cas, il
-faut nettement distinguer les deux syllabes au moyen du _yod_. Quand
-Mᵐᵉ Sorel prononce dans Molière:
-
- Mais elle bat ses gens et ne les _pai_(e) point
- (_Misanthr._, acte II, scène 3).
-
-elle se conforme sans doute à l’usage le plus répandu aujourd’hui, mais
-elle devrait bien s’apercevoir qu’elle fait un vers faux! Et il est
-bien possible que _pai-ye point_ la choque, mais c’est _pai-ye point_
-qu’il faut dire.
-
-[475] Voir encore p. 163, note 2.
-
-[476] Voir plus haut, page 152 et la note.
-
-[477] Sans parler de _ya_ tout court, qui n’en a qu’une: _ya des gens
-qui..._, mais ceci est un peu familier!
-
-[478] Si bien que les poètes eux-mêmes, quand ils acceptent ce double
-hiatus, sont obligés, pour peu qu’ils aient de logique ou d’oreille,
-de compter les trois mots pour deux syllabes, d’autant plus que
-l’expression est toujours de style familier. On peut citer Richepin,
-_Don Quichotte_, acte VII, scène 20:
-
- Au premier choc... _Ça y est!_ patratas! la culbute!
-
-et _la Route d’émeraude_, vers final:
-
- Fais des chefs-d’œuvre... Moi, _ça y est_, j’ai fait le mien.
-
-Jean Aicard a compté le groupe pour trois syllabes, mais il n’y a pas
-lieu de l’en féliciter.
-
-[479] C’est Corneille qui a rénové en poésie l’usage de compter _hier_
-pour une syllabe, usage déjà suranné de son temps, et son autorité
-a malheureusement justifié les poètes qui l’ont suivi. Pourtant le
-XVIIIᵉ siècle avait repris les saines traditions, et Voltaire fait
-toujours _hier_ de deux syllabes (et même _avant-hier_ de quatre).
-Malheureusement, V. Hugo a cru pouvoir le faire presque indifféremment
-de deux ou de trois, et la plupart des poètes du XIXᵉ siècle l’ont
-suivi; mais c’est une erreur certaine: voir sur ce point notre article
-sur _les Innovations prosodiques dans Corneille_, dans la _Revue
-d’histoire littéraire de 1913_.
-
-[480] Au XVIIᵉ siècle, on trouvait ce groupe initial dans _Hiérome_,
-_Hiérusalem_ et _Hiéricho_, mais _hi_ s’y prononçait déjà _j_, comme
-on l’écrit aujourd’hui: _hi_ ou _hy_ se prononçait alors _j_, même
-dans _Hyacinthe_ (devenu _jacinthe_ comme nom de fleur), même dans
-_hiérarchie_ et _hiéroglyphe_, et c’est ce qui explique la prosodie de
-certains vers classiques, où il faut lire _jérarchie_ et _jéroglyphe_:
-voir page 250, note 3.
-
-[481] Si les _ll_ mouillés sont suivis d’un _i_, les deux _yods_
-primitifs se confondent aujourd’hui: _bailliage_ se prononce comme
-_pillage_, _voyage_ ou _mariage_, _joaillier_ comme _fouailler_,
-_médaillier_ comme _médaillé_. Il peut cependant y avoir deux _yods_
-dans une même finale, mais séparés par une voyelle: ainsi dans
-_vieille_ (vyeye) ou _piaille_ (pyaye) ou _qu’il y aille_.
-
-[482] Nous avons vu aussi que l’_i_ final faisait fonction de consonne
-dans certains noms propres étrangers: _Pompéi_, _Hanoï_, _Shanghaï_:
-voir page 119, note 2.
-
-[483] L’_u_ a la même fonction devant _y_ dans _C_u_yp_, _Ha_-ü_y_, _Le
-P_u_y_, _Lh_u_ys_, _L_u_ynes_, _Porrentr_u_y_, _R_u_yter_.
-
-[484] Je ne parle pas de _fabriq_(u)-_ions_ ou _navig_(u)-_ions_, où
-l’_u_ n’est qu’un signe orthographique.
-
-[485] Les groupes _brui_ ou _trui_ sont, en effet, beaucoup plus
-faciles à prononcer sans décomposition que _bryer_ ou _tryer_. C’est
-pourquoi la diphtongue a pu se conserver là où elle existait; mais elle
-n’a jamais existé dans _dru-ide_ et _flu-ide_, et ne s’y est point
-formée.
-
-[486] Voir plus loin, aux chapitres du _G_ et du _Q_.
-
-[487] Éviter seulement de prononcer _voui_ pour _oui_, ou de la
-_vouate_ pour de la _ouate_.
-
-[488] _Souhait_ lui-même, malgré l’_h_, ne fait qu’une syllabe dans
-l’usage courant, et nous savons que quelques-uns prononcent encore
-_s_oi_ter_, mais ceci est suranné: voir page 87.
-
-[489] Et encore _tramway_ pas toujours: voir au chapitre du _W_.
-
-[490] La diérèse de _oi_ est d’ailleurs impossible dans l’écriture;
-quant à celle de _groin_, elle aboutit à _gro-in_, où la prononciation
-du mot est évidemment altérée. Nous avons déjà vu cela.
-
-[491] Je ne pense cependant pas qu’on aille jusqu’à _cl_ou_aque_, parce
-que le groupe _cl_ maintient l’_o_ séparé de l’_a_.
-
-[492] Avant Boileau, quelques poètes hésitaient, quoique la majorité
-fût pour _po-ète_: ainsi Corneille ne connaît que la synérèse, et
-La Fontaine l’a faite trois fois sur quatre dans ses _Fables_. Le
-XVIIᵉ siècle faisait encore la synérèse jusque dans _M_o_ïse_ (écrit
-_Moyse_), _B_o_hême_, _N_o_ailles_ ou _N_o_ël_, et l’on trouverait
-encore des endroits où l’on prononce _Mouise_ ou _Nouel_, ou même
-_Noil_ (nwal), qui est encore donné par Mᵐᵉ Dupuis, concurremment avec
-_poite_, _poisie_ et _Boime_, prononcés par _ouè_.
-
-Mais ces prononciations sont depuis longtemps purement locales.
-Cependant _Roanne_ se prononce _roine_. _Coëffeteau_ ou _Boësset_ se
-prononcent aussi par _oi_. _P_o_ey_, _Esp_o_ey_ se prononcent par
-_oueye_ dans le Midi.
-
-[493] Voir page 62. Pour les groupes anglais _oa_ et _oo_, voir pages
-45 et 112.
-
-[494] Le phénomène avait déjà été observé par Dangeau, en 1694.
-
-[495] A l’intérieur des mots, l’_assimilation_ proprement dite est
-généralement réalisée par l’écriture. De là les consonnes doubles,
-généralement héritées du latin: _a_cc_omplir_, _a_ff_ecter_,
-_co_ll_aborer_, _i_mm_erger_, etc., etc.
-
-[496] Il arrive quelquefois, mais rarement, que l’accommodation, au
-lieu d’être _progressive_, est _régressive_, c’est-à-dire que c’est
-la seconde consonne qui s’accommode à la précédente, par exemple
-dans _subsister_ (_ubz_ au lieu de _ups_); mais ceci tient souvent à
-d’autres causes, comme on verra.
-
-[497] Ici encore, exceptionnellement et par accommodation régressive,
-_à cheval_ peut devenir _ach_f_al_, jamais _a_j_val_.
-
-[498] Exceptionnellement aussi, une douce devient forte même devant un
-_m_, dans _tout_ de _même_ (tout _t’_ même).
-
-[499] L’abbé Rousselot, qui a constaté le fait, l’explique en disant
-(_Précis_, page 86) que c’est la voyelle qui transforme en douce la
-consonne forte; mais on ne voit pas du tout pourquoi _ou_ changerait
-_s_ en _z_. Il en est de cet exemple comme des autres: dans un débit
-rapide, les organes se préparent d’avance à l’émission des sons qui
-vont suivre, ici l’_s_ doux de liaison, et c’est ce qui adoucit le
-premier. Comme dit M. Paul Passy, tout son subit, dans une certaine
-mesure, l’influence des sons voisins: c’est ainsi que la prononciation
-rapide aboutit encore facilement à _ton_-m_neuve_ pour _tomb_e _neuve_
-ou _lan_-n_main_ pour _lend_e_main_.
-
-[500] Voir page 182. C’est exactement le principe opposé qu’on applique
-sans s’en douter, quand on se fonde uniquement sur l’étymologie:
-_cela doit être, donc cela est_. Le principe des phonéticiens est
-certainement le bon, mais il ne faut pas l’appliquer sans distinction
-ni restriction.
-
-[501] Voir plus haut, page 10.
-
-[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un
-chapitre spécial.
-
-[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites
-étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme _d_ de _poids_, ou le
-_g_ de _legs_), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans
-l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ
-siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces
-lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de
-l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à
-qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en
-faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles.
-
-[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même
-que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la
-seconde initiale, notamment quand un _e muet_ tombe; et nous avons vu
-qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre
-de l’_e muet_, page 159, note 4.
-
-[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne
-distinguons plus entre les finales _tère_, _taire_ et _terre_,
-autrefois on prononçait parfaitement les deux _r_ de _terre_, et
-peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi,
-qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer!
-
-[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres
-doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la
-langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé
-que les _r_, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui,
-et même devant l’_e muet_, comme on vient de le voir.
-
-[507] J’ai un jour entendu articuler _do_n-n_er_, et cela est
-ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller
-contre l’usage, et le _Dictionnaire phonétique_ de Michaëlis et Passy,
-aussi bien que le _Manuel phonétique_ de Ch. Nyrop, qui n’admettent
-presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en
-contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.
-
-[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.
-
-[509] De même dans _Christophe Colom_(b), qui est complètement
-francisé, et dans _Dou_(bs) ou _Dussou_(bs).
-
-[510] De même dans le latin _ab_, et dans les noms propres _Moa_b,
-_Acha_b, _Ma_b, _Cale_b, _Hore_b, _Aureng-Zey_b, _Sennachéri_b, _Jo_b,
-_Jaco_b. Même dans ces mots, le _b_ ne se prononçait pas toujours
-autrefois, ou il se prononçait _p_, surtout devant une voyelle. Nous
-verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes
-sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de
-cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons
-la trace de ce phénomène dans les liaisons.
-
-[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu
-du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par _abs-_, _obs-_,
-_subs-_, où les grammairiens avaient rétabli récemment le _b_; car,
-au moyen âge, on écrivait _ostiner_, _oscur_, _astenir_, etc. Le _b_
-a toujours été muet dans _de_(b_voir_, où il était absurde, et aussi
-dans _de_(b)_te_, _dou_(b)_ter_, _pre_(bs)_tre_ et d’autres. Il l’est
-encore dans certains noms propres, devant un _v_: _Fa_(b)_vier_,
-_Lefe_(b)_vre_; mais il tend naturellement à y revivre.
-
-[512] Davantage dans quelques noms propres, _A_b-b_as_ et
-_A_b-b_assides_, _A_b-b_atucci_, _A_b-b_on_.
-
-[513] De même _Aurilla_c, _Caudebe_c, _Porni_c ou _Pernambou_c.
-
-[514] Les composés _bec-d’âne_ et _bec-jaune_ ont conservé la
-prononciation sans _c_, qui était de règle devant une consonne, mais
-ils s’écrivent plutôt _bédâne_ et _béjaune_. Le _c_ a revécu dans
-_be_c-_de-corbin_, _be_c-_de-cane_, _be_c-_de-lièvre_; il s’est
-toujours prononcé dans _be_c _fin_, _be_c_figue_ (qui est pour
-_bèquefigue_) et _be_c-_cornu_. Dans _pi_(c)_vert_, le _c_ a disparu
-aussi de l’écriture.
-
-[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer _estoma_c avec _Sidra_c,
-le _c_ doit sonner.
-
-[516] Mais non dans _cri_c, onomatopée, ni même dans _cri_c _cra_c,
-ou _de bri_c _et de bro_c, où tous les _c_ se prononcent. L’Académie
-prétend que _taba_c est familier, comme si le peuple ne disait pas
-_taba_(c). Le _c_ est également muet dans _Saint-Brieu_(c).
-
-[517] Et plus encore celui de _lombri_c, malgré Michaëlis et Passy,
-aussi bien que celui de _porc-épi_c.
-
-[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a
-changé la _rue Saint-André-dès-Ar_c_s_ en _rue Saint-André-des-Ar_t_s_.
-Toutefois d’autres prétendent que _arts_ a remplacé dans ce nom _ars_,
-brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents.
-
-[519] De même _Gobse_c(k), _Brunswi_c(k), _Van Dy_c(k), _Glu_c(k),
-etc., et aussi _Leco_c(q), _Lesto_c(q), _Vi_c(q) _d’Azyr_.
-
-[520] Il faut excepter quelques noms propres comme _Ran_c.
-
-[521] Le _Dictionnaire général_ trouve encore cette prononciation
-«familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée,
-quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache
-pas qu’on dise non plus _zinquer_, ni _zinqueur_. On devrait tout
-simplement écrire _zing_, comme on écrit _zingueur_.
-
-[522] Pourtant le _c_ sonne très rarement dans _porc_ (voir page 363).
-
-[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique _mark_; mais il
-est francisé sous la forme _marc_, tandis que dans _mark_, monnaie
-allemande, le _k_ sonne naturellement. Dans _Marc_, nom propre, le _c_
-avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: _le lion de
-Saint-Mar_(c), à Venise, ou _Saint-Mar_(c), nom propre; mais on dit
-_l’Évangile de Mar_c ou de _saint Mar_c, et surtout on fait sonner
-le _c_ de _Mar_c prénom. De même a fortiori dans _Mar_c-_Aurèle_ ou
-_Mar_c-_Antoine_, et même _Saint-Mar_c-_Girardin_.
-
-[524] Ni dans _Lecler_(c) ou _Lecler_(cq) ou _Maucler_(c) pas plus que
-dans l’expression _de cler_(c) _à maître_, qui n’est plus usitée que
-dans l’administration militaire. Il sonne dans _Our_c(q).
-
-[525] _Contra_(ct) a au contraire perdu son _c_ dans l’écriture, ce qui
-l’a mis à l’abri.
-
-[526] Au XVIᵉ siècle, _infect_ et _abject_ s’écrivaient souvent _infet_
-et _abjet_, et rimaient avec _effet_ et _projet_, dont l’étymologie
-est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir
-_ct_ d’abord dans _infect_, puis dans _abject_, à cause du sens.
-Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement _abject_, ou plutôt
-_abjet_, avec _projet_ ou _sujet_:
-
- Et dans les plus bas rangs les noms les plus _abjets_
- Ont voulu s’ennoblir par de si hauts _projets_.
- (_Cinna_, acte IV, scène 3.)
-
-Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui
-faisait déjà Aimé Martin.
-
-[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2.
-
-[528] Je ne sais comment il peut se faire que le _Dictionnaire général_
-admette _uniquement_--et simultanément--_aspe_(ct) sans _c_ ni _t_,
-_circonspe_c(t) et _respe_c(t) avec _c_ seul, et _suspe_ct avec _c_ et
-_t_! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites
-si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme _effet_,
-qui est, lui aussi, pour _effect_. Le _c_ est également muet dans _les
-frères Parfai_(ct).
-
-[529] Il serait si simple de lui ôter son _c_, comme on a fait à
-_défunt_, pour _défunct_.
-
-[530] Et aussi devant les diphtongues latines _œ_ et _æ_: C_æsar_,
-comme C_ésar_.
-
-[531] Autrefois on écrivait aussi _cueur_, où le premier _u_ n’était
-qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas.
-
-[532] On trouve d’ailleurs _ck_ devant une voyelle quelconque:
-_blo_ck_aus_ ou _ge_ck_o_ comme _jo_ck_ey_, _Sto_ck_holm_ comme
-_Ne_ck_er_.
-
-[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots
-sans _c_? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que
-_pon_(c)_tuel_; _di_(c)_ton_ et _antar_(c)_tique_ ont duré plus
-longtemps. Aujourd’hui que la plupart des _c_ étymologiques inutiles
-ont disparu, comme dans _bienfai_(c)_teur_, _je_(c)_ter_, etc., il
-n’y a plus d’exceptions. On prononce le _c_ même dans _Fran_c_fort_,
-sous prétexte que le _k_ allemand de _Frankfurt_ se prononce: à la
-vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer
-_Fran_(c)_fort_, mais ce n’est pas l’habitude.
-
-[534] On sait qu’_é_g_logue_ et _ci_g_ogne_ étaient autrefois
-_é_c_logue_ et _ci_c_ogne_; _é_g_ale_, _mi_g_raine_, _é_g_lise_, et
-depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un _c_ par
-un _g_? De même on a prononcé _se_g_ret_ et _se_g_rétaire_ jusqu’au
-XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle
-dernier que le _c_ s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a
-non seulement prononcé, mais écrit _né_g_romant_ et _né_g_romancie_.
-C’est naturellement aussi un _g_ qu’on entend dans _Jean Se_c_ond_ ou
-_Se_c_ondat de Montesquieu_. C’est le contraire de _gangrène_, qui
-s’est prononcée _cangrène_ jusqu’au siècle dernier.
-
-[535] Parce qu’il l’avait aussi dans C_laude_ et C_laudine_.
-
-[536] Le _Dictionnaire général_ joint à ces mots _a_c-c_lamer_,
-mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le
-_c_ double que dans _gecko_, alors que précisément _ck_ se prononce
-partout comme un seul _c_. On _peut_ encore prononcer deux _c_
-dans les noms latins: _Ba_c-c_hus_, _Bo_c-c_horis_, _Bo_c-c_hus_,
-_Fla_c-c_us_, _Gra_c-c_hus_, et quelques noms étrangers: _Be_c-c_aria_,
-_Bo_c-c_ador_, _Bo_c-c_herini_, _Civita-Ve_c-c_hia_, _Pi_c-c_olomini_,
-_Sa_c-c_hini_, _Se_c-c_hi_, _Vero_c-c_hio_, mais plus dans
-_Bo_(c)c_ace_, complètement francisé avec un seul _c_.
-
-[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux _c_ comme un seul, même
-dans ce cas: _a_(c)c_ident_; et cette prononciation s’entend encore
-dans les pays qui ont l’_a_c_ent_. _Aja_(c)c_io_ se prononce toujours
-avec un seul _c_.
-
-[538] Voir plus loin, an chapitre de l’_S_.
-
-[539] Le cas de _cqu_ est le même que celui de _ck_.
-
-[540] De même C_ellini_ et _For_c_ellini_, C_en_c_i_ et C_érisoles_,
-_Bonifa_c_io_, _Aja_cc_io_, avec un seul _c_, C_ialdini_, C_imabué_,
-C_ivita-Vecchia_, C_on_c_ini_, _Gar_c_ia_, _Man_c_ini_, _Min_c_io_,
-_Terra_c_ine_, et même _Vin_c_i_, et peut-être C_imarosa_ et
-_Botti_c_elli_. On prononce le _c_ de même dans C_e_c_il_, C_ellamare_,
-C_ervantès_ et C_euta_, C_in_c_innati_, C_intra_, C_iudad-Real_.
-
-[541] De même _Abatu_cc_i_, _Ba_cc_hiochi_, _Cardu_cc_i_,
-_Carpa_cc_io_, _Le_cc_e_, _Lorenza_cc_io_, _Pi_cc_iola_, _Pi_cc_inni_,
-_Pul_c_i_, _Ri_cc_i_, _Ve_c_ellio_. _Vermicelle_ et _violoncelle_ ont
-connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant _vermichelle_
-et _violonchelle_, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve
-encore des traces, mais fort rares.
-
-[542] Le _=cz=_ polonais se prononce _=tch=_, mais nous ne le
-prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans _Mickiewi_cz ou
-_Sienkiewi_cz: partout ailleurs on le prononce généralement _gz_, et
-c’est un tort. Notons en passant que le premier _c_ de _Mi_c_kiewicz_
-doit se prononcer à part, comme _ts_. Le _cz_ hongrois, qui s’écrit
-aujourd’hui _c_, doit se prononcer _ts_, et non _gz_, dans Cz_erny_,
-_Munka_cz_y_, _Ra-ko_cz_y_.
-
-[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même _Lame_c(h), _Metterni_c(h),
-_Muni_c(h), _Zuri_c(h), _Ko_c(h), _Molo_c(h), _Eno_c(h),
-_Saint-Ro_c(h), _Sacher-Maso_c(h), _Baru_c(h), etc., et aussi
-_Utre_c(ht) ou _Maëstric_(ht).
-
-[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme _Au_ch, _Fo_ch,
-_Bu_ch, _Te_ch, _Pue_ch, _Delpe_ch, avec _Monjui_ch, sans compter
-_Sidi-Ferru_ch, _Marrake_ch et _Ni_ch.
-
-[545] Il est muet aussi dans _Penmar_(ch) francisé.
-
-[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre
-_acheter_ et _jeter_. En effet, _jeter_ se prononce nécessairement
-comme _acheter_, quand l’_e muet_ tombe; dès lors, on a la proportion
-fatale: _j’ajète_ est à _acheter_ comme _je jette_ à _chter_.
-
-[547] De même dans tous les noms propres anciens: _Macc_(h)_abée_,
-_C_(h)_am_, _C_(h)_anaan_, _Zac_(h)_arie_, _Néc_(h)_ao_, _C_(h)_aldée_,
-_Epic_(h)_aris_, _C_(h)_arybde_, _C_(h)_aron_, _Anac_(h)_arsis_,
-_Calc_(h)_as_, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers:
-_Buc_(h)_anan_, _Buc_(h)_arest_, _C_(h)_andos_.
-
-[548] Et autrefois _métempsyc_(h)_ose_, qui n’a plus d’_h_; pourquoi
-_psyc_(h)_ologie_ en a-t-il un?
-
-[549] On prononce _co_ dans _Jéric_(h)_o_, _Jéc_(h)_onias_ et
-_Nabuc_(h)_odonosor_, _Terpsic_(h)_ore_, _Stésic_(h)_ore_,
-_C_(h)_oéphores_, _Orc_(h)_omêne_ et _Colc_(h)_os_, _Sanc_(h)_oniaton_,
-_C_(h)_osroès_, _C_(h)_oa_ et _Tyc_(h)_o-Brahé_, et même _La
-Péric_(h)_ole_, _Picroc_(h)_ole_; mais non dans _Mi_ch_ol_, _San_ch_o_
-ou _don Qui_ch_otte_ (francisé de l’espagnol _Quijote_ à _j_ guttural).
-
-[550] Et dans les noms propres anciens en _-chus_, comme
-_Antioc_(h)_us_, _Malc_(h)_us_, etc., mais non dans Ch_uquisaca_.
-
-[551] De même _Mi_ch_ée_, _Za_ch_ée_, _Si_ch_ée_, aussi bien que
-_Mardo_ch_ée_, et aussi bien _Psy_ch_é_. Cependant on a longtemps dit
-_trokée_.
-
-[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant _e_ et devant
-_i_, mis l’_h_ entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend
-le _c_ devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y
-trompera pas.
-
-[553] De même dans _Mi_ch_el_ et _Ra_ch_el_, deux prénoms trop
-populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans
-_Pul_ch_érie_ et _Si_ch_em_. Mais on prononce _ké_ dans la plupart
-des noms propres anciens: _A_ché_loüs_, _A_ché_ménides_, _A_ché_ron_,
-_Car_ché_mis_ Ché_ronée_, Ché_ronèse_, Ché_rusques_, _La_ché_sis_,
-_Pul_ch_er_ (rarement _Pul_ché_rie_) et _Senna_ché_rib_. Autrefois
-le _ch_ d’_A_ché_ron_ était francisé ainsi que beaucoup d’autres.
-C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent.
-La _Comédie_, avec Racine, tenait pour _A_ché_ron_ (La Fontaine
-aussi); l’_Opéra_, avec Lulli et Quinault, tenait pour _A_ké_ron_, qui
-prévaut aujourd’hui. On prononce aussi _ké_ dans les noms italiens,
-Ch_érubini_, _Mi_ch_el-Ange_. A la vérité, _Mikel-Ange_ paraît bizarre,
-car on francise le second mot (pour _Angelo_) et pas le premier, alors
-que nous avons pourtant _Mi_ch_el_ en français; mais, en réalité, le
-nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle
-et en conservant son accent sur la même syllabe _an_: c’est ainsi que
-sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et
-non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore _ké_
-dans Ch_emnitz_ et _Sa_ch_er-Masoch_, mais _ché_ dans _Blü_ch_er_ ou
-_Schœl_ch_er_.
-
-[554] Excepté _lysima_ch_ie_ (kie). _Mala_ch_ie_ est flottant, tandis
-que _Vala_ch_ie_ est toujours resté chuintant, malgré _Valaques_.
-
-[555] Pourtant on dit souvent _monakisme_, toujours _masokisme_.
-
-[556] Surtout à côté d’_ar_ch_itectonique_ ou _ar_ch_itriclin_, qui ne
-sont pas moins savants qu’_ar_ch_iépiscopal_, et qui pourtant chuintent
-comme les autres. _Arkiépiscopal_ a d’ailleurs l’air prétentieux, à
-côté d’_ar_ch_evêque_.
-
-[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme
-_Col_ch_ide_, _A_ch_ille_, _Es_ch_ine_, _Es_ch_yle_, Ch_ypre_,
-_Ar_ch_iloque_ et _Joa_ch_im_. Il est vrai que ce mot est bien
-maltraité: beaucoup de personnes prononcent _Joakin_, d’autres
-_Joakime_, ou plutôt _Yoakime_, surtout en parlant de _Du Bellay_;
-mais précisément _Du Bellay_ prononçait sans aucun doute son prénom en
-chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église.
-
-[558] Ajouter les noms propres anciens: _Ezé_ch_ias_ et _Ezé_ch_iel_,
-_Mel_ch_ior_ et _Mel_ch_isédec_, Ch_io_ et _Sper_ch_ius_,
-_Bac_ch_ylide_ et _Ar_ch_ytas_, _Tra_ch_iniennes_, _E_ch_idna_,
-_A_ch_illas_, et même _A_ch_illéide_ (malgré _A_ch_ille_); le plus
-souvent aussi aujourd’hui Ch_iites_, Ch_ilon_, Ch_iron_ et _An_ch_ise_;
-et surtout les noms italiens: _Brunelles_ch_i_, _Cernus_ch_i_,
-_Baccio_ch_i_, _Fies_ch_i_, _Monaldes_ch_i_, _Ma_ch_iavel_ (d’où
-_ma_ch_iavélique_ et _ma_ch_iavélisme_), _Sac_ch_ini_, Ch_ianti_,
-Ch_ioggia_, _Is_ch_ia_, _Civita-Vec_ch_ia_, _Porto-Vec_ch_io_,
-_Sec_ch_i_, _Veroc_ch_io_, etc., avec ch_i va sano_, ch_i lo sa?_ ou
-_an_ch’_io_. _Ma_ch_iavel_ (avec ses dérivés) est de ceux qui furent
-longtemps francisés, ainsi que Ch_iron_, Ch_ilon_, _An_ch_ise_, et bien
-d’autres, même _Ezé_ch_ias_ ou _Ezé_ch_iel_: de tous ces noms, je ne
-vois guère qu’_An_ch_ise_ qu’on fasse encore chuinter quelquefois.
-
-[559] D’où _A_c(h)_met_, _Ro_c(h)_dale_ et _Mélan_c(h)_ton_,
-comme C(h)_loé_, _Méne_c(h)_mes_, C(h)_ristophe_, _Ara_c(h)_né_,
-_Ere_c(h)_tée_, _Erési_c(h)_ton_; tous ces _h_ devraient disparaître.
-_Dra_c(h)_me_ se prononçait naguère encore _dragme_; mais cette
-prononciation est surannée. On chuinte dans _Fe_ch_ner_ ou _Ri_ch_ter_,
-comme dans _Met_ch_nikoff_.
-
-[560] De même dans _Lyn_ch, d’où le verbe _lyncher_, et aussi dans
-Ch_aucer_, Ch_esterfield_, Ch_icago_, _Man_ch_ester_, _Mi_ch_igan_,
-tandis qu’on prononce de préférence _tch_ dans _Sandwi_ch ou
-_Greenwi_ch, dans Ch_anning_, Ch_arleston_, Ch_atterton_,
-Ch_ilde-Harold_, et en général dans les noms moins connus, ainsi
-que dans _Pa_ch_eco_ ou _E_ch_egaray_. Dans les noms arabes ou
-asiatiques, _ch_ a le son français, comme on l’a vu déjà dans
-_chaou_ch ou _Marrake_ch: ainsi _Aï_ch_a_, _Kri_ch_na_ et _Vi_ch_nou_,
-avec Ch_andernagor_ et _Pondi_ch_éry_; Ch_an-si_, Ch_an-toung_,
-_Thian_-Ch_an_, _Sou_-ch_ong_, _Pet_ch_ili_, _Mand_ch_ourie_ et
-Ch_emulpo_; Ch_att-el-Arab_, Ch_iraz_, _Ap_ch_éron_, _Re_ch_t_,
-_Me_ch_ed_ et _Ka_ch_gar_; _Skoupt_ch_ina_, _Pri_ch_tina_, Ch_oumla_
-et Ch_odzko_. Ajoutons les noms américains: Ch_ili_, Ch_ihuahua_,
-Ch_iquitos_, Ch_imborazo_, _le Grand_ Ch_aco_, avec Ch_actas_; et
-aussi _A_ch_antis_, _A_ch_em_, _Fun_ch_al_, etc. Pourtant on prononce
-ordinairement _ki_ dans Ch_iloë_, et cela est assez bizarre.
-
-[561] Ajouter presque tous les noms propres commençant par _Sch-_:
-(S)_chaffouse_, (S)_chehérazade_, (S)_chelling_, (S)_chiller_,
-(S)_chlegel_, (S)_chlestadt_, (S)_chliemann_, (S)_chmid_,
-(S)_chneider_, (S)_chœlcher_, (S)_choll_, (S)_chomberg_,
-(S)_chopenhauer_, (S)_chubert_, (S)_chumann_, (S)_chwartz_, etc.,
-etc., et aussi _Fe_(s)_ch_, _E_(s)_chenbach_, _Her_(s)_chell_,
-_Frei_(s)_chütz_, _Frœ_(s)_chwiller_, _Haroun-al-Ra_(s)_chid_,
-_Kamt_(s)_chatka_ ou _Kamt_(s)_chadales_, et même _Ta_(s)_cher_. Mais
-il ne faut pas confondre le groupe _sch_ avec l’_s_ suivi du _ch_
-guttural dans les noms flamands ou italiens, comme _Honds_ch_oote_ ou
-_S_ch_iedam_, _Monaldes_ch_i_, _Cernus_ch_i_ ou _Pes_ch_iera_.
-
-[562] On dit bien quelquefois _skéma_, mais c’est fort rare.
-_Saint-Ans_ch_aire_ se prononce pourtant par _sk_. _S_ch_olastique_
-a gardé son _h_ en qualité de nom propre; mais _scolaire_, _scolie_,
-_scoliaste_, et _scolastique_ adjectif, ont perdu le leur. D’autre
-part, l’_s_ s’est mis inutilement dans (s)_chah_; _schako_ s’écrit
-mieux _shako_ (voir le groupe _sh_ à la lettre _s_); _schall_ est
-depuis longtemps remplacé par _châle_; _scheik_ est devenu _cheik_.
-
-[563] De même _Chateaubrian_(d), _Edmon_(d), _Bugeau_(d),
-_Saint-Clou_(d), _Ronsar_(d), _Chambor_(d), etc.
-
-[564] Cette prononciation de _quan_(d) est d’ailleurs très ancienne,
-et quand le _d_ final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours _t_
-qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir.
-
-[565] Avec _Shetlan_d et _Christiansan_d, _Samarkan_d et _Yarkan_d,
-_Clevelan_d et _Wielan_d, auxquels il faut joindre _George San_d,
-et les noms géographiques en _-land_. Mais plusieurs noms en
-_-land_ peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien
-que _Gan_(d), à savoir _Falklan_(d), _Marylan_(d), _Cumberlan_(d),
-_Northumberlan_(d), _Jutlan_(d), _Groënlan_(d) en trois syllabes, et
-_Friedlan_(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus
-haut page 78); de plus, _Kokan_(d), sans compter _Rembran_(dt), et
-aussi _Witikin_(d). On prononce encore le _d_ dans _Mahmou_d et _Lau_d,
-mais non dans _Bedfor_(d), _Bradfor_(d), _Oxfor_(d) ou _Straffor_(d),
-pas plus que dans _lor_(d).
-
-[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: _Joa_d,
-_Bagda_d, _Timga_d, _Moura_d, _Alfre_d, _Port-Saï_d, _le Ci_d, _Davi_d,
-_Nemro_d et _Robin-Hoo_d; _Sin_d, et même _Sun_d et ses composés
-(_soun_, en danois); _Romual_d, _Bonal_d, _Brunehil_d, _Rothschil_d, et
-les mots en _-field_; _Harol_d, _Hérol_d et aussi _Foul_d. Mais le _d_
-est muet dans _Gouno_(d), _Courajo_(d), _Grimo_(d) _de la Reynière_,
-_Perno_(d), les noms en _-auld_ et _-ould_, comme _La Rochefoucau_(ld)
-ou _Arnou_(ld), et même _Léopol_(d). On notera que l’_l_ qui ne se
-prononce pas dans A_rnou_(ld) se prononce dans A_rnou_l. Le _d_ de
-_Madrid_ peut se prononcer _d_ ou _t_, ou pas du tout; toutefois
-_Madri_(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait _Davi_(d), qui
-fut aussi usité.
-
-[567] C’était presque toujours à la suite de _a_ initial, devant _j_
-ou _v_, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou
-fausse: _a_(d)_journer_, _a_(d)_jouter_, _a_(d)_veu_, _a_(d)_vouer_,
-_a_(d)_vocat_, _a_(d)_venture_, _a_(d)_vis_, etc., et même
-_a_(d)_miral_! Ces _d_ n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième
-édition du _Dictionnaire de l’Académie_, sauf ceux que la prononciation
-avait adoptés mal à propos.
-
-[568] Il est resté à peu près muet dans _La_(d)_vocat_ et dans
-_Gérar_(d)_mer_, sans parler des mots composés, comme _Gran_(d)_mesnil_
-ou _Gran_(d)_pré_. Il sonne dans _Man_d_chourie_ ou _Richar_d_son_,
-_Cambo_d_ge_, _Cambri_d_ge_ ou _Hu_d_son_, mais non dans
-_Milne-Edwar_(d)_s_, ni dans _wel_(d)_t_ et _Barnevel_(d)_t_, ni
-dans les noms en _-dt_, comme _Cronsta_(d)_t_, _Golschmi_(d)_t_ ou
-_Humbol_(d)_t_; pour _Auerstædt_ et _Hochstedt_, on hésite entre le
-_d_ et le _t_. On prononce aussi le _d_ dans _Ma_d_gyar_, mais nous
-écrivons généralement ce mot sans _d_.
-
-[569] Et dans _A_d-d_a_ ou _E_d-d_a_, _Dje_d-d_a_, et, si l’on veut,
-_Bou_d-d_ha_, ainsi que dans _A_d-d_ison_ et _Mage_d-d_o_.
-
-[570] Ce sont précisément les mots en _-if_, presque tous savants, et
-où l’_f_ se prononçait, qui ont fait revivre l’_f_ dans les autres mots
-où il était tombé: d’abord dans les mots en _-if_ non savants, comme
-_jui(f)_ et _sui(f)_, puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent
-déjà perdu leur _f_ dans l’écriture, comme _apprenti_, _bailli_ et
-_clé_. Toutefois le rétablissement de cet _f_ final n’est pas encore
-complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms
-propres, où l’_f_ final sonne toujours.
-
-[571] L’_f_ a revécu même dans _bie_f, autrefois _bié_, et même _biez_.
-L’Académie prononce encore _éteu_f sans _f_, en 1878! Le mot ne
-s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec
-un _f_, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît.
-
-[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans _bœu_(fs) et _œu_(fs) prononcés
-sans _f_ «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du
-peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch.
-Nyrop.
-
-[573] Voir ci-dessus, page 91.
-
-[574] C’est la règle générale des noms de nombre. On énumère
-ordinairement les cas où se prononce la consonne finale des noms de
-nombre, et naturellement l’énumération n’est jamais complète. C’est le
-contraire qu’il fallait faire, c’est-à-dire énoncer les cas où elle ne
-se prononce pas, et la formule est si simple, qu’il est très surprenant
-que personne ne l’ait encore donnée.
-
-[575] On prononçait _vi_(f) v_ou mort_, _du bœu_(f) v_à la mode_, et
-surtout on a dit longtemps _vi_(f) v_argent_ et _neu_(f) v_et demi_.
-
-[576] Voir au chapitre des liaisons.
-
-[577] Autrefois on écrivait, très mal à propos d’ailleurs, mais
-sans prononcer l’_f_, car ç’eût été impossible, _brie_(f)_ve_,
-_brie_(f)_vement_, _veu_(f)_ve_ ou _ve_(f)_ve_, et _tre_(f)_ve_, tous
-mots où l’_f_ étymologique était en réalité représenté deux fois.
-
-[578] Michaëlis et Passy n’admettent l’_f_ double que dans le latin
-_a_f-f_idavit_!
-
-[579] De même _Cherbour_(g), _Strasbour_(g), et tous les noms
-francisés en _-bourg_, _Hambour_(g), _Edimbour_(g), _Pétersbour_(g),
-etc., et aussi _Bour_(g)_neuf_ ou _Bour_(g)_théroulde_. Toutefois
-_Bour_g, chef-lieu de l’Ain, a gardé l’ancienne prononciation _bour_c,
-même isolément, et non pas seulement dans _Bour_g-_en-Bresse_; car
-si l’on prononçait _bour_ isolément, on dirait tout aussi bien
-_Bour_(g)-_en-Bresse_. D’autre part, le _g_ se prononce tel quel
-dans _bour_g_mestre_, qui désigne une magistrature étrangère (cf.
-_Fran_c_fort_); mais on fera bien d’éviter _bour_gue_mestre_, qui est
-pourtant écrit ainsi par M. Verhæren, dans _les Villes à pignons_,
-pages 112 et 114. A l’inverse des noms francisés en _-bourg_, le _g_ se
-prononce toutes les fois que la finale garde la forme germanique _burg_
-(toujours avec le son _ou_): _Terbur_g, ainsi que dans le mot _bur_g
-lui-même. En revanche, nous avons francisé aussi, par l’amuissement
-du _g_, quelques finales germaniques en _-berg_: _Gutenber_(g),
-_Nurember_(g), _Furstember_(g), _Wurtember_(g), et si, l’on veut,
-_Spitzber_(g), mais non _Ber_g, _Heidelber_g et les autres.
-
-[580] De même _Bussan_(g), _Capestan_(g), _Castain_(g), _Estain_(g),
-_Serain_(g), _Loin_(g), _Bourgoin_(g), _Jean de Meun_(g) et _Neun_(g),
-et aussi _Lon_(g)_jumeau_, _Lon_(g)_champ_, _Lon_(g)_périer_ ou
-_Lon_(g)_wy_.
-
-[581] Le _Dictionnaire général_ ne prononce pas le _g_, mais Michaëlis
-et Passy l’acceptent. Ce _g_, qui avait disparu, même de l’écriture,
-est dû à la réaction orthographique.
-
-[582] Le _Dictionnaire général_ n’admet pas plus le _g_ de _legs_ que
-celui de _joug_.
-
-[583] On ne devrait pas non plus prononcer le _g_ dans les noms
-chinois en =_-ang_=, =_-eng_= et =_-ong_=, où les Anglais ont mis
-un _g_, en transcrivant les noms, uniquement pour conserver à la
-finale le son nasal. C’est une méthode que le XVIᵉ siècle avait
-pratiquée en France même, et dont il nous reste plus d’une trace.
-Comment donc une telle orthographe a-t-elle pu nous tromper, nous
-qui écrivons encore _ran_g, _san_g, _lon_g, etc., sans parler des
-graphies anciennes, _soin_g, _loin_g, _témoin_g, etc.? Le mal vient
-de ce que nous avons l’habitude de prononcer toutes les consonnes
-dans les mots étrangers, par principe; on s’est donc mis en France,
-même les professeurs, à prononcer les _g_ de tous ces mots en
-_-ong_, _-eng_, _-ang_, surtout _-ang_, oubliant qu’autrefois
-_Tonkin_ s’écrivait _Ton_g-_Kin_g, sans se prononcer autrement,
-et que _Kouang-Toung_ a donné _Canton_. Correctement, on devrait
-prononcer uniquement _Kouan_(g)-_Toun_(g); et de même _Kouan_(g)-_Si_,
-_Yan_(g)-_tsé-Kian_(g), _Si-Kian_(g), _Kian_(g)-_si_, _Kian_(g)-_sou_,
-_Li-_ _Hun_(g)-_Tchan_(g), _Louan_(g)-_Praban_(g) et _Samaran_(g),
-aussi bien que _Timour-Len_(g) et _Auren_(g)-_Zeyb_, qu’on respecte
-davantage, et aussi bien _Sou-Chon_(g), _Hon_(g)-_Kon_(g), _Mékon_(g),
-_Haïphon_(g), etc. Les marins ne prononcent pas autrement, ni les
-marchands de thé _Souchon_(g). On ne devrait même pas prononcer le _g_
-dans _Hoan_(g)-_Ho_ ou _Shan_(g)-_Haï_; toutefois, comme ici le second
-mot commence par une aspiration, comme, d’autre part, on écrit même
-aujourd’hui _Shanghaï_ ou _Changhaï_, en un seul mot, il est naturel
-que le _g_ s’y prononce, ne fût-ce que pour remplacer l’aspiration. Le
-_g_ est aussi bien établi dans _Lan_g-_son_. On pourrait au moins s’en
-tenir là.
-
-[584] Le _g_ se prononce de même dans la plupart des noms propres:
-_Aga_g, _Zadi_g, _Ri_g-_Véda_, _Liebi_g, _Schleswi_g, _Grie_g, _Herzo_g
-(avec _o_ fermé), _Mago_g (avec _o_ ouvert), _Flamen_g, _Cannin_g,
-_Fieldin_g, _Lessin_g, _Lon_g-_Island_, _Youn_g et _Yun_g, _Astor_g,
-_Swedenbor_g et _Vibor_g, etc., avec les noms géographiques en-_burg_,
-et la plupart des noms en _-berg_, _Ber_g, _Lember_g et _Schomber_g,
-_Heidelber_g, _Johannisber_g, _Lænsber_g, _Scanderber_g, etc., et même
-_Altenbour_g, quoique on l’écrive par _ourg_. Toutefois _Leipzi_g et
-_Dantzi_g qui se sont longtemps écrits _Dantzick_ et _Leipsick_, se
-francisent encore le plus souvent par _c_ au lieu de _g_.
-
-[585] Et devant les diphtongues latines _æ_ et _œ_. De plus, aux
-noms propres français, _An_g_ers_, _Béran_g_er_, G_illes_, etc. (y
-compris G_erle_ ou _Mur_g_er_), s’ajoutent les noms propres anciens ou
-bibliques: G_éla_, G_élase_, G_elboé_, G_élon_, G_énésareth_, G_éta_,
-G_ethsémani_, _Phlé_g_éton_, _Sé_g_este_, _Té_g_ée_, _Ser_g_ius_,
-G_y_g_ès_, G_yptis_, et quelques noms modernes francisés, comme
-_Clésin_g_er_, _Kru_g_er_, _Ni_g_er_, _Scali_g_er_, G_érando_,
-_Ma_g_ellan_, _Sca_g_er-Rack_ ou _Ur_g_el_, G_ibraltar_ ou G_iralda_.
-Mais le _g_ garde le son guttural en tête des mots germaniques,
-G_emmi_, G_erolstein_, G_ervinus_, G_essler_, G_essner_ ou G_ewaert_,
-et aussi G_ebhart_, quoique le _t_ ne s’y prononce pas, et encore
-G_œttingue_, _Peer_ G_ynt_, ou G_ibbon_; de même dans d’autres
-mots non francisés, _En_g_elmann_, _He_g_el_, _Schle_g_el_ ou
-_Vo_g_el_, _Meinin_g_en_, _Niebelun_g_en_, _Ber_g_en_ ou _Rœnt_g_en_,
-_Dœllin_g_er_ ou _Minnesin_g_er_, _Erz_g_ebir_g_e_, _Sze_g_edin_ ou
-_Djag_g_ernat_, et _Ri_g_i_, écrit aussi _Ri_g_hi_, avec _ver_g_iss
-mein nicht_.
-
-[586] On a vu déjà que _gangrène_ s’est longtemps prononcé c_angrène_,
-ce qui est le contraire de _se_c_ond_ prononcé _se_g_ond_; les
-médecins ont fini par imposer _gan_, mais l’Académie ne s’est inclinée
-qu’en 1878. D’autre part, _frangipane_ s’est longtemps prononcé
-_fran_ch_ipane_.
-
-[587] De même _Fi_g(e)_ac_, G(e)_orges_, _Albi_g(e)_ois_,
-_Clos-Vou_g(e)_ot_, et même _Kara_g(e)_orgewitch_.
-
-[588] On aurait pu écrire _jôle_, puisqu’on écrit _enjôler_.
-
-[589] L’_e_ étant nécessaire pour donner au _g_ le son chuintant devant
-un _u_, il en résulte que _gu_ ne saurait en aucune façon se prononcer
-_ju_, comme on l’entend parfois dans _enver_g_ure_, mot qui vient de
-_vergue_ et non de _verge_.
-
-[590] Même dans les noms propres étrangers, dans Gu_eldre_, Gu_elfes_,
-Gu_elma_, Gu_erchin_, Gu_ernesey_, Gu_errero_, Gu_evara_, comme
-dans Gu_ébriant_, Gu_éménée_, Gu_énégaud_, ou Gu_érande_, et même
-dans _Fi_gu_eras_ ou _San Mi_gu_el_, comme dans _Vauvenar_gu_es_ ou
-_Ai_gu_esmortes_, _Ker_gu_élen_ ou _Lin_gu_et_. Il n’y a d’exception
-que pour les mots latins _ex ung_u_e leonem_, _lapsus ling_u_æ_, et
-dans _Vog_ü_é_, qui a un tréma sur l’_u_, faute de pouvoir en prendre
-sur l’_é_, qui a déjà un accent. En outre l’_u_ se prononce _ou_ dans
-_Finig_u_erra_.
-
-[591] Il en est du nom propre _Ai_g_uillon_ comme du nom commun: il
-maintient son _u_, mais il a de la peine. De même _Fi_g_uig_, que les
-Allemands eux-mêmes écrivent à tort _Fi_g_ig_ (_fighig_).
-
-[592] Y compris Gu_ines_, Gu_inegatte_ ou Gu_iscard_ et Gu_y de
-Maupassant_, Gu_y Patin_ ou Gu_yton de Morveau_, et même les _ducs
-de_ Gu_ise_, quoique la localité d’origine ait la diphtongue _ui_:
-le nom commun gu_ise_ a aidé à l’altération de ce mot. L’usage de M.
-Guizot n’a pas non plus sauvé l’_u_ de son nom. Certains noms étrangers
-eux-mêmes ont cédé: Gu_ichardin_, d’ailleurs francisé, Gu_ido Reni_ ou
-_le_ Gu_ide_, Gu_ildhall_; mais l’_u_ résiste dans _Guipuzcoa_. Pour
-_Guyau_, _Guyot_, etc., voir page 192, note 2.
-
-[593] Ceci est tout à fait correct, l’étymologie étant _aigue_ (eau)
-et non _aigu_ (cf. _évier_). Aussi le mot a-t-il naturellement trois
-syllabes, et non quatre:
-
- Est-ce qu’elle a laissé, d’un esprit négligent,
- Dérober quelque _aiguière_ ou quelque plat d’argent?
-
-On prononce de même _Fal_gu_ière_, _Laromi_gu_ière_ ou
-_Lesdi_gu_ières_, _Sé_gu_ier_ ou _Tré_gu_ier_, et aussi Gu_ieysse_,
-_La_gu_iole_ ou _Man_gu_io_.
-
-[594] On prononce également _ghi_ dans _Dra_gu_ignan_, et _ghin_ nasal
-dans banc d’_Ar_gu_in_ (et non _Argouine_), comme dans _Ga_gu_in_ ou
-Gu_ingamp_.
-
-[595] _Gua_ se prononce _goua_ dans les noms italiens ou espagnols:
-_Aconca_g_ua_, _Mana_g_ua_ et _Nicara_g_ua_, _A_g_uado_, G_uadalaxara_,
-G_uadalquivir_, G_uadarrama_, G_uadiana_, G_uaranis_, G_uardafui_,
-G_uarini_, G_uarnerius_, G_uastalla_, G_uatemala_, G_uatimozin_,
-G_uayaquil_, _La_ G_uayra_, etc., et même G_uadeloupe_, qui est
-pourtant francisé. Toutefois le son _ghè_ a prévalu en France, au lieu
-de _gouè_, pour _Para_gu_ay_ et _Uru_gu_ay_, sauf dans les départements
-qui fournissent des immigrants à ces pays. Je ne parle pas de
-_Laura_gu_ais_, qui devrait s’écrire _Lauragais_: c’est un nom français
-dont la prononciation ne saurait être douteuse. Gu_adet_ et Gu_ay_ se
-prononcent avec ou sans _u_, mais pas avec le son _ou_. _Li_gu_ori_ se
-prononce par _go_.
-
-[596] Dans les noms propres, surtout étrangers, il se trouve devant
-d’autres consonnes, et s’y prononce: _Lon_g_fellow_, _Men_g_s_,
-_Lon_g_wood_, et même _Au_g_sbourg_. On sait que dans _Lon_(g)_wy_ il
-ne se prononce pas.
-
-[597] De même _Py_g_malion_, _A_g_de_ ou _Ba_g_dad_.
-
-[598] Nous retrouverons l’_n_ mouillé à la suite de l’_N_.
-
-[599] _I_gn_ame_ a toujours été mouillé, venant de l’espagnol:
-_i_g-_name_, indiqué par quelques dictionnaires, sans doute parce que
-ce mot n’est pas populaire, est une erreur. Le _g_ s’isole encore dans
-G_nathon_ et G_nide_, Ag-_ni_ et aussi _Ana_g-_ni_ (quoique à tort),
-_I_g-_natief_, _Ma_g-_nus_ et _Ma_g-_nence_, mais non dans _A_gn_ès_,
-prénom populaire. Dans _Pro_g-_né_, il peut d’autant moins se mouiller
-que la meilleure forme est _Procné_.
-
-[600] Pour _signet_ et quelques autres mots, voir au chapitre de l’_N_.
-
-[601] De même _A_g-g_ée_, _E_g-g_er_, _Fu_g-g_er_, _E_g-g_is_. Les
-noms propres offrent parfois deux _g_ devant d’autres voyelles, et ils
-s’y prononcent tous les deux: _Ho_g-g_ar_, _Tou_g-g_ourt_, et aussi
-_Dja_g-g_ernat_.
-
-[602] On prononce de préférence _dj_ dans G_iacomelli_, G_iacomo_,
-G_iordiano_, G_ior_g_ione_, G_iotto_, G_iovanni_, et aussi
-_Chio_gg_ia_, _Re_gg_io_, ou _Ru_gg_ieri_, où les deux _g_ ne font
-qu’un. _Borgia_ a toujours été francisé complètement en _gi_ comme
-_Scaliger_ en _jèr_.
-
-[603] De même _Bor_gh_èse_, _Ali_gh_ieri_, _Arri_gh_i_, Gh_iberti_,
-Gh_irlandajo_, _Missolon_gh_i_, _Ri_gh_i_; de même _Birmin_gh_am_,
-_En_gh_ien_, Gh_ika_, _Ouban_gh_i_, etc.
-
-[604] Prononcez _drèdnot_. De même dans _Wi_(gh)_t_ ou _Wri_(gh)_t_,
-_Castlerea_(gh) ou _Ralei_(gh) ou _Connau_(gh)_t_.
-
-[605] On trouve pourtant _imbroglio_ en trois syllabes dans Musset.
-Nous francisons également, à tort ou à raison, les noms propres les
-plus connus, _Casti_gli-_one_, _Ca_gli-_ostro_, _Ca_gli-_ari_, moins
-peut-être _Bentivo_gli_o_ ou _Ta_gli_amento_. Quant à _Broglie_,
-de l’italien _Broglio_, il se prononce _broille_ et, quelquefois
-_brog-lie_. _Vintimiglia_ s’est francisé en _Vintimille_ mouillé, afin
-de garder son accent.
-
-[606] Voir page 43, note 1.
-
-[607] Et surtout des noms propres: _Ke_h_l_, _Bœ_h_m_, _O_h_net_,
-_Fro_h_sdorf_, _Spo_h_r_: voir aussi page 39, note 1. Après _i_ et _u_,
-qui ne peuvent guère se fermer, l’effet de _h_ ne se sent plus que fort
-peu: _Schlemi_h_l_, _Eckmühl_.
-
-[608] Pour _sch_, voir au _CH_, page 227; pour _sh_, voir à l’_S_, page
-323.
-
-[609] Voir ci-contre. _Ranela_gh se francise nécessairement à Paris.
-_Malbrou_(gh) se prononce quelquefois _malbrouk_, à tort.
-
-[610] On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’_h_,
-évidemment inutile dans _r_h_éteur_ ou _At_h_ènes_, comme dans
-_mal_h_eur_ ou _in_h_abile_, peut encore jouer son rôle, soit
-en empêchant aussi la liaison comme dans _en_h_ardir_, soit en
-maintenant séparées des voyelles qui se fondraient sans cela, comme
-dans _a_h_uri_, _co_h_ue_, _de_h_ors_, _re_h_ausser_, _Ro_h_an_,
-_Ville_h_ardouin_. Il a même été ajouté pour ce motif dans un certain
-nombre de mots: _ca_h_oter_ et _Ca_h_ors_, _éba_h_ir_, _enva_h_ir_, et
-surtout _tra_h_ison_, qui devient souvent au XVIᵉ siècle _traï-son_,
-en deux syllabes. Ce n’est pas une raison cependant pour prononcer
-_ba_y_ut_ ou _ca_y_outchouc_, comme on fait quelquefois: c’est assez
-que la _sauce mahonnaise_ soit devenue définitivement _ma_y_onnaise_.
-
-Ce n’est pas tout; si, après une voyelle, l’hiatus est tout ce qui
-reste de l’aspiration, il n’en est pas tout à fait de même de la
-consonne articulée. _Par_ h_asard_ se prononce bien comme _par amour_,
-sans doute à cause du grand usage qu’on fait de l’expression: ne dit-on
-pas, dans le peuple, _à l’_h_asard_ de la fourchette? Mais _par_
-h_auteur_ ne se confond pas avec _par auteur_, et _avoir_ h_onte_
-s’articule un peu autrement que _fanfaron_: il semble qu’après la
-consonne il y ait comme une espèce d’arrêt ou d’hésitation, une espèce
-d’hiatus, au sens de lacune. Cela est si vrai, qu’on entend parfois
-_avoir honte_, ce qui, évidemment, est excessif.
-
-[611] On vient de voir que ceux même qui avaient un _h_ en latin
-l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction
-étymologique.
-
-[612] C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans _la
-Coupe et les Lèvres_:
-
- Capable _de_ h_uiler_ une porte secrète.
-
-
-[613] _Hiéroglyphe_ n’est pas aspiré dans La Fontaine, _Fables_, IX, 8:
-
- Ce sont ici _hiéroglyphes_ tout purs;
-
-on prononçait alors _jéroglyphes_, tout comme Racine prononçait
-_Jérôme_ en écrivant _Hiérosme_, dans _les Plaideurs_, II, 4.
-
-[614] Le mot _hyène_ n’est pas dans le même cas que _yacht_, _yak_,
-_yatagan_, _yole_, _yucca_, _youyou_: nous avons vu plus haut, page 152
-et suivantes, que ces mots, où l’_y_ est semi-voyelle, sont toujours
-traités comme s’ils avaient un _h_ aspiré, de même que _oui_ dans
-certains cas, et quelques autres, particulièrement _uhlan_.
-
-[615] Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois:
-h_alle_, h_ameau_, h_anche_, h_anneton_, h_anter_, h_arasser_,
-h_ardi_, h_areng_, h_aricot_, h_arnais_, h_asard_, h_ibou_, h_ideux_,
-h_oche_, h_ochet_, h_omard_, h_onnir_, h_onte_, h_onteux_, h_oue_,
-h_oux_, h_oublon_. On se rappelle encore la «scie» du Moulin-Rouge:
-En voulez-vous _de_(s) _zhomards_? Ces erreurs ne sont pas nouvelles.
-Ainsi Scarron fait plusieurs fois l’_h_ muet dans h_allebarde_,
-h_ardi_, h_asarder_, h_aïr_ ou h_aine_, sans compter une dizaine
-d’autres, et Voltaire dans h_arassé_. V. Hugo, dans _les Gueux_, a
-encore fait l’_h_ muet dans h_aridelle_. Tous ces mots ont l’_h_
-aspiré. Pourtant, quand nous avons adopté récemment en géographie le
-mot h_interland_, nous lui avons fait l’_h_ muet.
-
-[616] Quelques _h_ aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi
-l’italien nous a donné h_alte_; l’espagnol, h_âbler_ et h_amac_ (mais
-l’_h_ est muet dans (h)_idalgo_, malgré Rostand, _Cyrano_, IV, 5, et
-dans (h)_ombre_); l’arabe, h_aschisch_, h_aras_, h_arem_, h_enné_,
-h_ouri_, h_ousse_; le hongrois, h_ongre_, h_ousard_ et h_ussard_ (mais
-h_eiduque_ a l’_h_ muet); le tartare, h_orde_; le valaque, h_ospodar_.
-L’hébreu h_osanna_ a l’_h_ muet au moins au singulier, et la liaison
-s’impose dans _un_ h_osanna_; mais j’avoue que le pluriel serait gênant.
-
-[617] Dans _ex_h_ausser_ (egzôcé), l’_h_ est forcément devenu muet. On
-disait aussi _la maison d’_H_autefort_, et on dit encore, à Paris, _rue
-d’_H_auteville_, _rue d’_H_autpoul_.
-
-[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait _toujours_
-muet.
-
-[619] De même dans h_oc_ et même h_ile_: pouvait-on dire _l’hile_?
-
-[620] Notamment celles de h_aste_, h_âtier_, h_ernie_, h_erse_ et
-h_ercheur_. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire
-h_ésiter_ dans les premières éditions du _Menteur_, et il n’est pas le
-seul; Molière aspire h_ier_, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville
-(il s’agit naturellement de _hier_, monosyllabe: voir sur ce point
-notre article sur _les Innovations prosodiques chez Corneille_, dans la
-_Revue d’histoire littéraire_, 1913).
-
-[621] Car il vient d’_octo_. Cet _h_ a été mis devant _uit_, ainsi que
-devant _uile_ (oléum), _uis_ (ostium) et _uître_ (ostrea), afin de
-distinguer ces mots de _vit_, _vile_, _vis_, _vitre_, à l’époque où
-l’_u_ et le _v_ n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme
-_i_ et _j_; l’_h_ marquait donc le caractère _vocalique_ de l’_u_, et
-n’aspirait nullement ces mots.
-
-[622] On prononce naturellement _quatre-vingt_-h_uit_ comme
-_quatre-vingt-deux_, et aussi _cent_-h_uit_, sans liaison. Mais Scarron
-dit fort bien, dans _Don Japhet d’Arménie_:
-
- Mon cousin aux deux mille huitantième degré;
-
-et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe,
-quand il dit à la fin d’_Hespérus_:
-
- C’était le seize avril mille huit cent soixante.
-
-
-[623] Le _Dictionnaire général_ oublie l’_h_ aspiré de h_éraut_, comme
-celui de h_ersé_ et h_ersage_; en revanche, il aspire mal à propos
-celui d’(h)_anséatique_, d’(h)_umus_ et d’(h)_urluberlu_.
-
-Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine
-latine ou grecque ont l’_h_ muet: (H)_arpagon_, (H)_ébé_, (H)_ébreux_,
-(H)_écate_, (H)_ippolyte_, (H)_orace_, etc. Ceux qui sont d’origine
-germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart
-du temps: H_absbourg_, H_ainaut_, H_ampshire_, H_anovre_, H_erder_,
-H_ollande_, etc., etc., et aussi H_ottentots_, H_uns_, H_urons_,
-H_urepoix_. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur
-aspiration. Ainsi l’_h_ est muet dans (H)_alifax_, (H)_amilton_,
-(H)_amlet_, (H)_astings_, (H)_ausmann_, (H)_ébrides_, (H)_écla_,
-(H)_ermann_, (H)_udson_; a fortiori dans (H)_arcourt_, (H)_arfleur_
-et (H)_onfleur_, (H)_autpoul_, (H)_éloïse_, (H)_enri_, (H)_érault_,
-(H)_ortense_ (et par suite _hortensia_), (H)_yères_, etc., et aussi
-dans (H)_aïti_. Il l’a été autrefois dans les expressions: _toile
-d’_(H)_ollande_ ou _fromage d’_(H)_ollande_, _point d’_(H)_ongrie_ et
-_eau de la reine d’_(H)_ongrie_; et Corneille écrit même, en prose,
-_guerre d’_(H)_ollande_, _campagne d’_(H)_ollande_. Mais cela n’a
-jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On
-ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans _la Marquise Zabeth_:
-
- C’est un de ces bouquets qu’on a pour trente sous
- Chez la fleuriste, au coin du pavillon d’_Hanovre_.
-
-Je pense que les noms géographiques, comme _Hanovre_ et _Hollande_,
-subissent moins facilement ce traitement que les noms de personne,
-même _Jeanne_ (H)_achette_ ou (H)_amlet_, déjà cité. C’est pourquoi on
-critiquera encore ce vers de V. Hugo, dans le _Prélude_ des _Quatre
-Vents de l’Esprit_:
-
- Il est l’âcre Archiloque et _le Hamlet_ amer.
-
-_Henri_ a été longtemps aspiré, et Voltaire l’aspire régulièrement
-dans _la_ H_enriade_. H_enriade_ est toujours aspiré, mais _Henri_
-ne l’est plus guère, et l’on dit avec élision: _vive_ (H)_enri IV!_
-avec liaison: _un_ (H)_enri_, _deux_ (H)_enri_, _c’est_ (H)_enri_.
-Pourtant _le règne de_ H_enri IV_ n’est pas encore inusité. L’_h_
-d’(H)_enriette_ est encore plus muet que celui d’(H)_enri_ et depuis
-plus longtemps. On a autrefois repris Molière, au témoignage de
-Richelet, pour avoir dit:
-
- Clitandre auprès de vous me fait son interprète,
- Et son cœur est épris des grâces d’_Henriette_.
- _Les Femmes savantes_, acte II, scène 3.
-
-Aujourd’hui rien n’est plus naturel. Pour _Hugo_, l’usage n’est pas
-fixé.
-
-[624] Dans les anciens textes, il ne se distingue pas typographiquement
-de l’_i_, mais il se prononce _j_ tout de même.
-
-[625] Aux noms propres français s’ajoutent naturellement les noms
-bibliques et anciens: J_acob_, J_aphet_, J_éhu_, J_ephté_, J_ourdain_,
-etc., y compris J_oachim_; J_apet_ (quelques-uns disent _yapè_),
-J_ason_ et J_ocaste_; J_anus_, J_ugurtha_, J_uvénal_, etc., et aussi
-J_ansénius_ ou J_ornandès_.
-
-[626] De même dans l’italien _Bo_j_ardo_, _Porto-Ferra_j_o_,
-_Ghirlanda_j_o_, etc.; en tête des mots, dans l’allemand J_ahn_,
-J_ohannesburg_, J_ohannisberg_, J_ungfrau_, etc. (mais J_uliers_
-est français); dans J_anina_, J_assy_ et _Sara_j_evo_, qu’on peut
-écrire aussi par un _i_; dans _Pr_j_evalski_, _Nordensk_j_œld_,
-_B_j_œrnstierne-B_j_œrnson_, J_onkœping_, _Solve_j_g_, etc. Dans
-_A_j_accio_, J_oconde_ et _Ma_j_orque_, le _j_ est francisé,
-quoiqu’on prononce aussi _Mayorque_, à l’espagnole, dans le Midi
-(esp. _Mallorca_). On prononce aussi _j_ dans J_agellons_, J_ava_,
-J_ordaëns_, J_utland_.
-
-[627] Ou J_ames_, J_efferson_, J_ohn Bull_, J_ones_, J_ohnson_, etc.
-Mais J_enner_ et J_ersey_ sont francisés aussi bien que J_amaïque_.
-Le _d_ s’écrit devant la chuintante dans les noms arabes: Dj_erba_,
-Dj_érid_, Dj_ibouti_, Dj_inns_, Dj_idjelli_, Dj_ur_dj_ura_ (écrit
-quelquefois J_ur_j_ura_), _Al_-Dj_ézireh_, etc., et aussi quelquefois
-dans Dj_aggernat_. Le _j_ espagnol a un son guttural que nous n’avons
-pas l’habitude de conserver, notamment dans J_uan_, qui est francisé,
-et dans J_uarez_. On sait que ce _j_ est la même lettre que l’_x_ de
-X_érès_ ou X_iménès_, que nous prononçons _k_.
-
-[628] De même _Yor_k, _Cor_k: et même après une nasale: _Mon_k.
-
-[629] _De_kk_an_ s’écrit aussi _De_cc_an_, et les deux _k_ s’y
-prononcent.
-
-[630] Beaucoup de noms bretons commencent par _Ker_, qui signifie
-_maison_.
-
-En anglais, au commencement des mots, _kn_ se prononce _n_: (k)_night_,
-(k)_nox_, (k)_nock-out_.
-
-[631] Pendant longtemps _pluriel_ s’est écrit et prononcé _plurier_,
-par une fausse analogie avec _singulier_; mais cette orthographe a
-disparu depuis Vaugelas, et la prononciation en _é_, qui a continué
-quelque temps, s’est accommodée par la suite à l’écriture.
-
-[632] Au XVIᵉ siècle, les mots _col_, _fol_, _sol_, n’étaient déjà
-plus que des graphies conventionnelles pour _cou_, _fou_, _sou_, et se
-prononçaient par _ou_, même devant les voyelles. On conte qu’un jour
-un instituteur reprit un écolier qui prononçait _col_, en l’invitant à
-prononcer comme s’il y avait un _u_, et l’écolier, docile, mit un _u_
-à la place de l’_o_. La prononciation par _ol_ a été reprise depuis
-dans certains cas, pour des raisons d’euphonie, et même il est arrivé
-que _col_ et _cou_ ont fait deux substantifs différents. Pour _-eul_,
-il y a eu des exceptions, mais elles ont disparu: par exemple, on a
-dit long-temps _linceu_(l), _filleu_(l), _tilleu_(l), sans parler
-des _l_ qu’on ajoutait à _cheveu_(l) ou _moyeu_(l). D’autre part, la
-finale _-eul_ a été souvent mouillée comme dans _Choiseul_, et l’est
-encore dans _Santeul_; dans les noms communs elle est devenue _-euil_
-en pareil cas: ainsi _chevreuil_ et _écureuil_, venus de _chevreul_
-(qui est resté comme nom propre) et d’_écureul_. D’autre part,
-_linceul_ tend aujourd’hui encore à devenir _linceuil_. Dans Voltaire
-(_Henriade_, IV, 449-450), _Bayeul_ rime avec _Longueil_, et Delille
-fait rimer _chèvrefeuil_ avec _tilleul_ (_Paradis perdu_, IV).
-
-[633] _Tapecu_ s’écrit même sans _l_. Mais l’_l_ se prononce dans
-_culbute_, qui ne fait qu’un mot, autrefois _culebute_. Dans les noms
-propres, l’_l_ final se prononce toujours, y compris les mots en
-_-oul_, _Arnou_l, _Fortou_l, _Hautpou_l, _Mâchecou_l, _Mossou_l.
-
-[634] De même _Du Barra_il, _Du Fa_il, _Ga_il, _Montmira_il (le
-_Montmirail_ de la Marne se prononce _rèle_, et celui de la Sarthe
-_ral_), _Corbe_il, _Verce_il, _Foucher de Care_il, _Verneu_il,
-_Auteu_il, _Bourgue_il; voir aussi page 92, note 4.
-
-[635] Mais à quoi bon, puisqu’on ne dit pas _dé_rèl_er_?
-
-[636] Et quelques noms propres, comme _Ni_l, _Anqueti_l, _Myrti_l,
-_Daumesni_l, _Brési_l, etc.
-
-[637] L’_l_ final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles
-que l’_i_: on vient de le voir pour la finale _-eul_. _Rueil_ aussi est
-issu de _Ruel_.
-
-[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé
-semblait à tort nécessiter deux _l_.
-
-[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son _l_: c’est
-_émeri_. Le même phénomène s’est produit dans _pou_(il), _genou_(il),
-_verrou_(il), malgré _pouilleux_, _agenouiller_, _verrouiller_, à côté
-de _fenou_il, qui a repris et gardé le sien.
-
-[640] Domergue distingue encore entre _genti_(l) _garçon_ sans _l_ et
-_les genti_l(s) avec _l_ mouillé.
-
-[641] _Méni_l avait aussi amui son _l_, qui revit ordinairement dans
-_Méni_l_montant_, comme dans _Daumesni_l ou _Dumesni_l.
-
-[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter _mou_l_t_ n’a pas
-manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure
-ignorance.
-
-[643] L’_l_ ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms
-propres, notamment dans les noms en _-auld_ et _-ault_, _-ould_ et
-_-oult_, comme _La Rochefoucau_(ld), _Châtellerau_(lt), _Arnou_(ld),
-_Guérou_(lt), avec _Yseu_(lt); de plus, _Chau_(l)_ne_, _Au_(l)_nay_,
-_Au_(l)_noy_, _Pau_(l)_mier_, _Pau_(l)_my_, _Fau_(l)_quemont_,
-_Gau_(l)_tier_, _de Sau_(l)_cy_, et autres pareils, où cet _l_ a été
-rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le
-reconnaissaient pas dans l’_u_. On prononce également _Be_(l)_fort_,
-au moins dans l’Est. Mais on prononce l’_l_ dans _Fou_l_ques_ et dans
-_Montgo_l_fier_. Pour _Sainte-Menehould_, les avis sont très partagés:
-_mene-ou_ et _mene-oul_ ont des partisans, même locaux, à côté de
-_menou_, qui est la vraie tradition: seul le _d_ paraît n’être encore
-jamais admis.
-
-[644] On sait que, dans un mot comme _faulx_, l’_l_ du latin est
-représenté trois fois: une première fois dans l’_x_, qui n’est un _x_
-que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où _x_ remplaçait
-_us_; une seconde fois par l’_u_, qui n’est qu’un _l_ vocalisé; une
-troisième fois par l’_l_. Ainsi _chevals_ est devenu _cheva_x pour
-_cheva_us, puis _cheva_ux, puis même pendant quelque temps _cheva_ulx.
-Dans _aulne_ et _faulx_, et aussi dans _Chaulne_ et autres, cet _l_ a
-la même valeur que dans _chevaulx_.
-
-[645] Ni _rou_-l_ier_ avec _rouiller_, _fourmi_-l_ier_ avec
-_fourmiller_, _fusi_-l_ier_ avec _fusiller_, _pi_-l_ier_ avec _piller_,
-ou même _ra_ll_ier_ avec _railler_. Mais on dit indifféremment _arcade
-sourci_-l_ière_ ou _sourci_-y_ère_: cette exception est justifiée
-par le voisinage de _sourcilleux_ ou _sourciller_, qui ont les _ll_
-mouillés, sans compter que celui de _sourci_(l) le fut aussi jadis.
-D’autre part, il y avait autrefois un verbe _rouiller_, sans rapport
-avec _rouille_: on disait _rouiller les yeux_; ce verbe s’est confondu
-avec _rou_-l_er_.
-
-[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même
-pied que _celui_, de même qu’ils acceptent _mi_-l_ieu_ et _mi_-y_eu_,
-_fami_-l_ier_ et _fami_-y_er_, etc.
-
-[647] Enregistré aussi par Michaëlis et Passy.
-
-[648] On a vu plus haut des cas analogues, à propos de l’_e muet_: voir
-pages 182 et 183.
-
-[649] On évitera aussi le changement de _l_ en _n_, comme dans
-_ca_n_eçon_ et n_entilles_, qui sont fort anciens tous les deux; ou
-encore l’agglutination de l’article avec le mot, phénomène qui nous a
-donné _landier_, _lendemain_, _lendit_, _lierre_, _lingot_, _loriot_,
-_luette_, mais non _lévier_: ce serait assurément tout aussi naturel,
-mais le mot _évier_ a été jusqu’à présent plus heureux que les autres,
-et on fera bien de laisser _le lévier_ à la cuisinière.
-
-[650] De même dans les noms propres: _Noa_ill_es_, _Versa_ill_es_,
-_Corne_ill_e_, _Marse_ill_e_, etc., _Ba_ill_et_, _Ba_ill_y_,
-_Neu_ill_y_, etc., avec _Pau_ill_ac_.
-
-[651] Autrefois il y en avait bien davantage, par exemple
-_genti_(l)_le_ avec _genti_(l)_lesse_, _angui_(l)_le_ et
-_pasti_(l)_le_, qu’on ne connaît plus du tout, avec _camomi_(l)_le_ et
-_Cami_(l)_le_, qu’on n’entend plus que très rarement.
-
-[652] Avec les noms en _=-ylle=_, également savants, _siby_(l)_le_,
-_idy_(l)_le_, _chlorophy_(l)_le_ et _psy_(l)_le_.
-
-[653] Il y avait aussi _imbéci_(l)l_e_ qu’on a réduit à _imbécile_:
-pourquoi pas aussi bien _tranquile_?
-
-[654] La prononciation non mouillée de _ville_ s’est naturellement
-transmise à tous les noms propres dont il fait partie, et à d’autres
-aussi par analogie: _Chavi_(l)l_e_, _Navi_(l)l_e_, _Grévi_(l)l_e_,
-_Latouche-Trévi_(l)l_e_, _Bellevi_(l)l_e_, _Tocquevi_(l)l_e_,
-_Boutevi_(l)l_e_, _Calvi_(l)l_e_, _Chervi_(l)l_e_, etc., comme
-_Vi_(l)l_efranche_, _Vi_(l)l_edieu_, _Vi_(l)le_hardouin_,
-_Vi_(l)l_eneuve_, etc. Il s’est même produit ici un phénomène inverse
-de celui qui se produit d’ordinaire: un mot à finale mouillée qui a
-cessé de se mouiller. C’est assurément la prononciation de _vi_ll_e_,
-qui a fait altérer celle de _Sévi_ll_e_, quoiqu’il n’y ait aucun
-rapport entre eux. L’espagnol mouille _Sevilla_, et Corneille, dans _le
-Cid_, ne s’y trompe pas: il fait rimer _Sévi_ll_e_ avec _Casti_ll_e_
-et non avec _vi_(l)l_e_ (voir acte II, scène 6). Or aujourd’hui les
-chanteurs parlent du _Barbier de Sévi_(l)l_e_, et la Comédie-Française
-en fait autant. C’est, en somme, une grave erreur, et tant que
-l’espagnol sera là pour maintenir le son véritable, j’estime qu’on doit
-essayer de faire prévaloir la prononciation correcte, qui est mouillée.
-Je pense qu’il faut mouiller de même _Survi_ll_e_. Le son mouillé
-s’est d’ailleurs maintenu dans deux mots de la langue en _-ville_:
-_chevi_ll_e_ et _recroquevi_ll_e_.
-
-Aux noms propres en _-ville_, il faut joindre _I_(l)l_e-et-Vilaine_,
-_Achi_(l)l_e_, _Cyri_(l)l_e_, _Deli_(l)l_e_, _Gi_(l)l_e_, pris
-souvent comme nom commun, _Li_(l)l_e_, qui est mis pour _l’île_, et
-_Li_(l)l_ebonne_, _Mabi_(l)l_e_, _Régi_(l)l_e_, _Exi_(l)l_es_, avec
-_Trasy_(l)l_e_ et _Bathy_(l)l_e_. _Faucilles_ est confondu à tort avec
-le nom commun _fauci_ll_e_, et devrait s’écrire _Fauciles_, mais il est
-difficile de réagir, étant donnée l’orthographe.
-
-[655] Ajouter la plupart des noms propres: _Auri_ll_ac_, _Bi_ll_aut_,
-_Bi_ll_ot_, _Bi_ll_y_ ou _Debi_ll_y_, _Bobi_ll_ot_, _Chanti_ll_y_,
-_Condi_ll_ac_, _Genti_ll_y_, _Gui_ll_aume_, _Gui_ll_aumet_,
-_Gui_ll_eragues_, _Gui_ll_ot_, _Gui_ll_otière_, _Gui_ll_otin_ (et
-_gui_ll_otine_), _Mari_ll_ac_, _Mi_ll_ot_, _Mi_ll_y_, _Si_ll_é_,
-_Si_ll_ery_, _Ti_ll_y_, _Vari_ll_as_, _Vi_ll_eurbanne_, et tous les
-noms en _-illon_, sauf _Di_(l)l_on_, qui n’est pas français, mais y
-compris _Vi_ll_on_. Il est vrai que _Vi_(l)l_on_ est, en fait, beaucoup
-plus répandu aujourd’hui, toujours à cause de _vi_ll_e_, comme pour
-_Sévi_ll_e_; mais _Vi_ll_on_ est sans rapport avec _vi_ll_e_, et
-d’autre part ce poète fait toujours rimer son nom, non pas avec des
-mots en _-lon_, mais avec des mots en _-illon_ (i-yon). Il y a donc là
-une erreur qu’on _doit_ corriger, puisqu’il s’agit d’un nom propre dont
-le son est toujours vivant dans les vers du poète, et que, d’ailleurs,
-ce nom suit tout simplement la règle générale. C’était aussi l’avis de
-Gaston Pâris.
-
-[656] J’en puis dire autant pour _Santi_ll_ane_ et _Meli_ll_a_, qu’on
-ne mouille guère, sous prétexte que ce sont des noms étrangers, et
-qu’on devrait mouiller. Pourtant on mouille ordinairement _Zori_ll_a_
-et _Muri_ll_o_.
-
-[657] Voir plus haut, page 190, ce qui a été dit de _fuyions_, _fuyiez_.
-
-[658] Pourtant _cu_-ill_er_ et _cu_-ill_erée_ prononcés par _u_ ne sont
-pas très rares; quelques-uns même prononcent _keu-yèr_, mais ceci est
-détestable.
-
-[659] De même qu’on prononce _Ju_-ill_y_ et non _Jui_-ll_y_. Sans
-l’_i_, on prononcerait _ju-let_ et _ju-ly_. Ainsi les _ll_ de _Su_ll_y_
-sont mouillés dans la prononciation locale (Bourgogne), et Domergue les
-mouille encore; mais faute d’_i_, _Su-ly_ a prévalu en histoire, comme
-dans le prénom. D’autre part _Boilly_ se prononce _boi-yi_.
-
-L’exemple de _Sully_ montre que l’_i_ n’était pas plus nécessaire
-autrefois pour mouiller l’_l_ double que pour mouiller l’_l_ final; et
-_Bernou_ll_i_ se prononce en mouillant, comme _o_ll_a podrida_, qui a
-donné _oille_ (o-ye) en français. _Oille_ est d’ailleurs le seul mot
-de cette finale, car _La Trémoille_ se prononce et peut s’écrire _La
-Trémouille_, et _Maroi_(l)l_es_ n’est pas mouillé. En espagnol, l’_l_
-double est aussi mouillé sans _i_, et beaucoup de personnes, même en
-France, mouillent correctement _Va_ll_adolid_, comme s’il y avait un
-_yod_: cf. _Ma_ll_orca_, qui est _Majorque_, prononcé _mayorque_ dans
-le Midi.
-
-[660] C’est probablement le voisinage de _mille_ et _ville_,
-qui a permis _à_ _Mi_(l)l_ais_, _Mi_(l)l_et_, _Mi_(l)l_erand_,
-_Mi_(l)l_evoye_, _Mi_(l)l_in_, à _Vi_(l)l_ars_, _Vi_(l)l_aret-Joyeuse_,
-_Vi_(l)l_èle_, _Vi_(l)l_emain_, _Vi_(l)l_ette_, _Vi_(l)l_oison_,
-_Vi_(l)l_emessant_, _Vi_(l)l_ers_, _Vi_(l)l_ers-Cotterets_,
-_Vi_(l)l_ersexel_, etc., de se maintenir sans se mouiller. De même
-_Li_(l)l_ers_. On ne mouille pas non plus les noms en _-viller_ à
-_r_ sonore: _Bischvi_(l)l_er_, _Bouxvi_(l)l_er_, _Frœschvi_(l)l_er_,
-_Guebvi_(l)l_er_; et on a tort trop souvent de mouiller les
-noms en _-villier_ (_vilié_ et non _vi-yé_): _Vi_(l)l_iers_,
-_Aubervi_(l)l_iers_, _Beauvi_(l)l_iers_, _Brinvi_(l)l_iers_,
-_Cuvi_(l)l_ier_, etc., auxquels se joignent _I_(l)l_iers_ et _Baraguay
-d’Hi_(l)l_iers_, avec _Largi_(l)l_ière_ ou _La Vri_(l)l_ière_. Dans
-_Mi_l-l_esimo_, _Vi_l-l_afranca_, _Vi_l-l_aréal_ ou _Vi_l-l_aviciosa_,
-on prononce les deux _l_.
-
-[661] De même dans _I_l-l_yrie_ ou _I_l-l_inois_, comme dans
-_Amary_l-l_is_ ou _Sy_l-l_a_, l’_l_ double ne se mouillant pas après un
-_y_. On ne mouille pas non plus _Pi_(l)l_nitz_ ou _Gri_(l)l_parzer_.
-
-[662] C’est cette analogie même qui a contribué à réduire à un les
-deux _l_, qu’on prononce en italien; c’est à tort que le _Dictionnaire
-général_ maintient les deux _l_ en français, sans doute au nom de
-l’étymologie.
-
-[663] Michaëlis et Passy eux-mêmes sont obligés de faire de graves
-concessions. Nous irons plus loin: au lieu d’examiner les cas où la
-lettre se prononce double, nous énumérerons ceux où elle se prononce
-simple, qui sont les moins nombreux.
-
-[664] On dit aussi avec un seul _l_: _A_(l)l_ainval_, _A_(l)l_ard_,
-_A_(l)l_ier_, _Ca_(l)l_ot_, _Ga_(l)l_et_, _Ga_(l)l_ifet_,
-_Ga_(l)l_i-Marié_, et, en général, les noms propres français et
-allemands, et aussi _Wa_(l)l_ons_; on dit même le plus souvent
-_Sa_(l)l_uste_, quoique cette réduction soit rare dans les noms propres
-anciens, et aussi _Walha_(l)l_a_.
-
-[665] Et aussi dans _Be_(l)l_ey_, _Du Be_(l)l_ay_, que beaucoup de
-gens écorchent, sans compter les dictionnaires, dans _Be_(l)l_eau_,
-_Be_(l)l_one_, _Be_(l)l_une_, _De_(l)l_ys_, _Ke_(l)l_ermann_,
-_Pe_(l)l_isson_, _Le_ _Te_(l)l_ier_, et, par suite, _papier
-te_(l)l_ière_. L’_l_ reste double dans les noms italiens: _Be_l-l_ini_,
-_Paësie_l-l_o_, _Zingare_l-l_i_. Je rappelle que l’_e_ reste muet, et
-par conséquent l’_l_ simple dans _Chaste_(l)l_ain_, _Eve_(l)l_in_,
-_Ge_(l)l_ée_, _More_(l)l_et_ et _Montpe_(l)l_ier_.
-
-[666] Avec _Bertho_(l)l_et_, _Co_(l)l_é_, _Co_(l)l_ot d’Herbois_,
-_Ho_(l)l_ande_, _Mio_(l)l_is_, _Ro_(l)l_in_, _Ro_(l)l_on_, et
-ordinairement _Champo_(l)l_ion_, parfois même _Po_(l)l_ux_, quoique
-ancien.
-
-[667] Et aussi _Lu_(l)l_y_ ou _Su_(l)l_y_.
-
-[668] Le pronom de la troisième personne est, en effet, _i_ tout court,
-pour le peuple: _i_(l) _vient_, sauf devant un _l_; donc, à _i ll’a_,
-correspond _tu ll’as_.
-
-[669] Tandis que Ll_orente_ se prononce _liorante_.
-
-Il convient de distinguer _ll_ anglais, qui se prononce _l_, de _ll_
-catalan (y compris les Basses-Pyrénées), qui fait _li_.
-
-[670] Ni L(h)_éritier_ ou L(h)_omond_ ou L(h)_uillier_; mais on
-mouille les noms méridionaux. Et il faut noter que, là encore,
-après _a_, _e_, _u_, un _i_ s’intercale entre la voyelle et l’_l_:
-à côté de _Paladi_lh_e_, _Mi_lh_au_, _Mari_lh_at_, _Jumi_lh_ac_,
-on a _Ca_ilh_ava_, _Ga_ilh_ard_, _Parda_ilh_ac_, _Parda_ilh_an_,
-_Me_ilh_ac_, _Me_ilh_an_, _Tre_ilh_an_, _Bou_ilh_et_, _Genou_ilh_ac_.
-Toutefois, là non plus, l’_i_ n’était pas nécessaire, et il est
-souvent ajouté: _Parda_ilh_ac_, par exemple, s’écrivait _Parda_lh_ac_;
-seulement jamais les Parisiens ne mouilleront _lh_ sans _i_, et on
-ne prononce pas _No_lh_ac_ autrement que _no_l_ac_. Je pense que
-_Greffu_lh_e_ est dans le même cas. Pour le groupe _-gli_-mouillé, voir
-plus haut, page 246.
-
-[671] Voir pages 129-130, et pour _Joachim_, page 225, note 2.
-
-[672] De même _Ha_m, _Abraha_m ou _Pria_m, _Ozana_m ou _Anna_m,
-_Jérusale_m ou _Château-Yque_m, _Ephraï_m ou _Arni_m, _Herculanu_m ou
-_Epso_m. A fortiori _Malco_lm.
-
-[673] Voir encore page 129, note 2. Le _b_ ou le _p_ ne font pas
-forcément nasaliser certains mots étrangers, comme _Be_m_bo_,
-_Le_m_berg_, _Pe_m_broke_, _Scho_m_berg_ et _Schau_m_bourg_,
-_Ki_m_berley_, et autres moins connus. Voir les noms nasalisés, pages
-135, note 1, 144, note 2, 146, note 3, 148, note 4, et 149, note 1.
-
-[674] Ce sont presque tous des mots latins, ou des noms propres
-étrangers: _Fla_m_steed_, _Ka_m_tschatka_ et _Ka_m_tschadales_,
-_Ra_m_say_, _Ra_m_sès_, _Ra_m_sgate_; _E_m_den_, _E_m_s_, _Kre_m_lin_,
-_Me_m_ling_, _Ne_m_rod_, _Pote_m_kin_, _Se_m_lin_, _Tle_m_cen_;
-_Hi_m_ly_, _Ti_m_gad_; _Cro_m_well_, _O_m_sk_ et _To_m_sk_, etc.
-
-[675] _Hymne_ rimait avec _-ine_ ou _-inne_, et Ronsard écrit
-volontiers _hynne_ ou _hinne_. Il en était de même de _di_(g)_ne_ ou
-_si_(g)_ne_: voir plus loin, au chapitre de l’_N_.
-
-[676] Sur ce mot, voir page 75.
-
-[677] De même dans _Agame_m-n_on_, _Clyte_m-n_estre_, _Co_m-n_ène_,
-_Vertu_m-n_e_.
-
-[678] Ch. Nyrop cite l’anecdote suivante: «On demandait à une dame
-comment elle se portait.--Oh! répondit-elle, je souffre beaucoup d’un
-_rhumatisse_.--En ce cas-là, Madame, lui répondit-on, faites beaucoup
-d’_exercisme_.»
-
-[679] Voir plus haut, page 132.
-
-[680] Naturellement on dit _E_m-m_a_ ou _E_m-m_aüs_, mais plutôt
-_E_(m)m_anuel_, comme _E_(m)m_elines_ et _Je_(m)m_apes_.
-
-[681] Le _Dictionnaire général_ indique l’_m_ double dans tous et même
-dans _gra_m-m_aire_, ce qui est un peu surprenant. On ne prononce
-généralement qu’un _m_ dans _Gra_(m)m_ont_ ou _La_(m)m_ermoor_, mais
-deux dans _A_m-m_ien_, _A_m-m_on_, _A_m-m_onites_, _Ci_m-m_ériens_,
-_Sy_m-m_aque_.
-
-[682] D’ailleurs, pour conserver la nasale, on devrait écrire plutôt
-_in-mangeable_, comme on écrit _inlassable_ (exemple unique et
-déplorable, encore inconnu des dictionnaires), à côté de _i_l-l_isible_
-et _i_l-l_ogique_, qui pourtant ont été formés directement, eux aussi,
-sur des mots français. Puisque l’occasion s’en présente, je voudrais
-joindre ma protestation à celle d’Émile Faguet contre l’intrusion
-extraordinaire de ce barbarisme inutile, à la place d’_infatigable_,
-qui était excellent. Mais c’est un fait qu’on ne peut plus,
-aujourd’hui, ouvrir un livre ou un journal sans y trouver _inlassable_
-ou _inlassablement_, et qu’_infatigable_ a _complètement_ disparu. Qui
-nous dira pourquoi?
-
-[683] Le _Dictionnaire général_, qui admettait les deux _m_ dans
-_gra_m-m_aire_, les refuse dans ces deux mots. Ajoutons que, dans les
-cafés, on entend souvent _conso_m-m_ation_, ce qui est fort prétentieux.
-
-[684] Et aussi dans _Co_(m)m_ines_, _Co_(m)m_entry_, _Co_(m)m_ercy_,
-_Co_(m)m_inges_.
-
-[685] Voir au chapitre des nasales, page 138, note 1.
-
-[686] _Ade_n, _Anderse_n, _Backhuyse_n, _Bade_n, _Barme_n, _Bayle_n,
-_Beethove_n, _Berge_n, _Brocke_n, _Carme_n, _Chephre_n, _Cobde_n, _van
-Dieme_n, _Dryde_n, _Gretche_n, _Hohenstauffe_n, _Ibse_n, _Mommse_n,
-_Niebelunge_n, _Nieme_n, _Pose_n, _Reischoffe_n, _Thorwaldse_n,
-_Tlemce_n, _Yéme_n, etc., avec _Anne de Boley_n. On peut y joindre
-au besoin _Haydn_, qu’on prononce quelquefois _Hayde_n: il paraît
-qu’_Haydn_ a signé une fois _Hayden_; mais cette prononciation est
-aujourd’hui surannée. Les moins connus de ces noms propres en _-en_
-doivent se prononcer de préférence à l’allemande, c’est-à-dire
-en faisant à peine entendre l’_e_: _Meining_(e)_n_ et même,
-_Niebelung_(e)_n_. Dans _Wi_(e)_sbade_(n), l’_n_ ne se prononce pas.
-
-[687] _Ahrima_n, _Flaxma_n, et surtout les noms en _-mann_, bien
-entendu.
-
-[688] Voir au chapitre des nasales, page 146, note 1.
-
-[689] Voir au chapitre des nasales, page 148. A l’époque où la consonne
-finale se prononçait dans tous les noms de nombre, y compris _deux_
-et _trois_, elle se prononçait aussi dans _un_, sous la forme _eune_,
-d’abord; aujourd’hui encore, on marque la mesure par _une_, _deux_, ce
-qui est certainement un reliquat de l’ancienne prononciation de _un_.
-
-[690] L’_=n=_ n’est final après consonne que dans quelques noms
-propres. Or il est muet dans la prononciation locale de _Tar_(n) et
-_Béar_(n). Mais cette prononciation ne s’est pas imposée au reste de la
-France, et les personnes instruites, originaires de la région où coule
-le _Tarn_, prononcent couramment _Tarne_, et surtout _Tar-net-Garonne_.
-De même _Elor_n, et, a fortiori, les noms étrangers, _Hor_n,
-_Paderbor_n, _Sever_n ou _Lincol_n. Cependant les maisons nobles de
-_Béar_(n) et d’_Isar_(n) continuent à omettre l’_n_.
-
-[691] Voir encore au chapitre des nasales, pages 138 et 139.
-
-[692] Et encore pas toujours: voir page 132. Mais il est distinct
-dans beaucoup de noms étrangers, comme _Sta_n_ley_, _Be_n_tivoglio_,
-_Appe_n_zell_: voir au chapitre des nasales, pages 135, 145, 146, 149.
-
-[693] De même _Logro_ñ_o_ ou _Angra-Peque_ñ_a_. En portugais, le même
-son est représenté par _nh_, et _señor_ s’écrit _se_nh_or_; il faut
-donc mouiller _Mi_nh_o_ ou _Tristan da Cu_nh_a_.
-
-[694] On ne saura jamais pourquoi tel verbe est en _-onner_ et tel
-autre en _-oner_.
-
-[695] Et aussi dans les noms anciens: _Ha_n-n_on_, _Pa_n-n_onie_,
-_Pe_r_pe_n-n_a_, _Porse_n-n_a_, _Se_n-n_aar_, _Se_n-n_achérib_,
-_Ape_n-n_ins_, _E_n-n_ius_, _Bre_n-n_us_, _Ci_n-n_a_, _Cinci_n-n_atus_,
-_Eri_n-n_ye_, etc. Toutefois _A_(n)_nibal_ est tellement connu qu’on
-y prononce généralement l’_n_ simple. L’_n_ est encore double assez
-souvent dans _A_n-n_a_, _A_n-na_am_, _A_n-n_apolis_, _Sa_n-n_azar_,
-_Li_n-n_é_, _Co_n-n_ecticut_, _Yu_n-n_an_, etc. L’_n_ est simple
-dans _A_(n)_nonay_, _A_(n)_nunzio_, _Je_(n)_ner_, _Je_(n)_ny_,
-_Te_(n)_nyson_, _Fi_(n)_nois_, _Co_(n)_naught_.
-
-[696] Voir pages 244-245. On mouille donc par exemple dans
-_Bor_gn_is-Desbordes_, _I_gn_ace_, _Lusi_gn_an_, _Mari_gn_an_,
-_Ma_gn_ésie_, _Ma_gn_y_, _Mari_gn_y_, etc., et dans les noms
-italiens comme _A_gn_adel_, _Foli_gn_o_, _Le_gn_ano_, _Mante_gn_a_,
-_Masca_gn_i_, _Orca_gn_a_, _Si_gn_orelli_, etc., et _Pu_gn_o_.
-
-[697] Voir pages 48 et 87. La graphie de _gn_ mouillé a été aussi
-_ngn_: c’est ainsi qu’on écrivait _ivro-ngne_; on sait que _gagner_
-s’écrivait aussi bien _ga-ngner_ que _gai-gner_, voir même _gai-ngner_.
-Le groupe _ngn_ s’est conservé dans _Boullo-ngne_, sans nasaliser
-l’_o_; mais on prononce aujourd’hui _Bron-gnart_.
-
-[698] Quoique les poètes fassent très bien rimer ce mot avec les mots
-en _nie_.
-
-[699] Ceci reste d’un temps où l’on prononçait _si_(g)_ne_ et
-_di_(g)_ne_, _mali_(g)_ne_ et _béni_(g)_ne_, et même _cy_(g)_ne_,
-qui rimaient avec _-ine_, ainsi que _hy_(m)_ne_. On sait que dans
-les armes parlantes de Racine, il y avait un _rat_ et un _cygne_,
-et l’on se rappelle sans doute qu’il eût préféré un _sanglier_!
-Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, on prononça _si_(g)_ner_ et _assi_(g)_ner_. On
-prononça de même _Re_(g)_nard_ jusqu’au XIXᵉ siècle, et _Re_(g)_naud_,
-comme _co_(g)_noistre_. Mais tandis que le _g_ de _co_g_noistre_
-disparaissait de l’écriture, les noms propres gardaient le leur; aussi
-leur est-il arrivé le même accident qu’à _Montaigne_: l’orthographe a
-altéré leur prononciation. Aujourd’hui _Re_(g)_nard_ ne se comprendrait
-plus; encore n’est-ce pas un motif pour changer l’_e muet_ en _e_
-fermé, et dire _R_é_gnard_ pour _R_e_gnard_, comme il arrive trop
-souvent: nous avons déjà vu cela, page 170.
-
-[700] Malgré le _Dictionnaire général_.
-
-[701] De même _Fécam_(p), _Decam_(ps), _Guingam_(p), _Loncham_(p),
-_Descham_(ps), _Cham_(p)_cenetz_, _Cham_(p)_fleuri_, et aussi
-_Cham_(p)_meslé_ et autres pareils, et encore _Dupanlou_(p) et
-_Tro_(p)_long_. Mais le _p_ se prononce dans _Cham_p_lain_.
-
-[702] Et _Ga_p. Mais il n’y a pas si longtemps qu’on disait encore un
-_ce_(p) _de vigne_, à cause de la consonne qui suit.
-
-[703] Avec _Ale_p ou _Trom_p, a fortiori _Ra_pp ou _Kru_pp, sans
-compter _Le Ca_p, bien entendu.
-
-[704] Il a été muet même dans _Égy_(p)_te_ ou _sce_(p)_tre_, et on
-a prononcé quelque temps _conce_(pt), _ra_(pt) et _abru_(pt): cf.
-_succin_(ct), _exa_(ct), _respe_(ct), etc. Il était muet aussi dans
-_nie_(p)_ce_ et _no_(p)_ce_, dans _e_(s)_cri_(p)_ture_ et aussi dans
-_a_(p)_vril_ et _ne_(p)_veu_, où il n’avait que faire, ce qui ne l’a
-pas empêché de se maintenir dans _Lene_(p)_veu_. Le _p_ initial a aussi
-été longtemps muet dans (p)_saume_ et (p)_sautier_ (cf. _tisane_ et
-_Phalsbourg_, où il est tombé): on disait surtout, et même on écrivait
-_les Sept Seaumes_, si bien que quelques-uns, au témoignage de Henri
-Estienne, en vinrent à dire _un sesseaume_, ce qui en somme n’est pas
-plus extraordinaire que de dire un _cent-garde_. Aujourd’hui le _p_
-initial tombe parfois, mais très familièrement, dans _un_ (p)’_tit
-gars_ et autres expressions pareilles.
-
-[705] Y compris _Saint Jean-Ba_(p)_tiste_ et _Anaba_(p)_tiste_.
-
-[706] Je ne sais où Michaëlis et Passy ont entendu ces mots sans _p_.
-Ajouter, naturellement, _Se_p_timanie_ et _Se_p_time-Sévère_.
-
-[707] Malgré Michaëlis et Passy.
-
-[708] Ces mots sont peut-être les seuls qu’indique le _Dictionnaire
-général_. Notons pourtant qu’on prononce fort bien _hi_(p)_podrome_,
-_hi_(p)p_opotame_ et _Hi_(p)p_olyte_ avec un seul _p_.
-
-[709] Le _p_ se double ordinairement dans _A_p-p_ien_, _A_p-p_ius_,
-_Phili_p-p_iques_, dans _Maze_p-p_a_, dans les mots italiens comme
-_Be_p-p_o_, jamais dans _Co_(p)_pée_, ni par suite dans _Co_(p)_pélia_,
-ni dans _Co_(p)_pet_.
-
-[710] Pourquoi pas _filosofie_ aussi bien que _fantaisie_?
-
-[711] Notamment dans _co_(q) _d’Inde_, aujourd’hui remplacé par _dinde_
-ou plutôt par _dindon_; mais on a presque toujours dit _co_q _de
-bruyère_. Au pluriel, on disait _des cô_.
-
-[712] Voir ce qui est dit de _neuf_, page 233: _cinque francs_,
-très répandu, est particulièrement désobligeant pour une oreille
-délicate. On distingue aujourd’hui _cin_q _mars_, qui est la date,
-et _Cin_(q)-_Mar_(s), nom propre, qui a conservé la prononciation
-traditionnelle. Dans _Lecoc_q, _Lestoc_q, _Vic_q-_d’Azyr_, _Ourc_q, et
-autres, le _q_ ne change rien au _c_, et dans _Lecler_(cq), ils ne se
-prononcent ni l’un ni l’autre.
-
-[713] Dans _piqûre_, sous prétexte de pas mettre deux _u_ de suite, on
-a fondu ensemble celui du groupe _qu_ et celui du suffixe _-ure_.
-
-[714] Voir plus haut, p. 241. On évitera plus encore de prononcer _t_
-ou _ti_ pour _q_, surtout dans _qui_ suivi d’une voyelle, comme dans
-_cintième_!
-
-[715] Outre les mots latins, _quin_qu_ennium_, _tu quo_qu_e_, _in
-utro_qu_e jure_, _cui_qu_e suum_, etc.
-
-[716] On prononce _ké_ dans tous les noms propres français et la
-plupart des étrangers, comme Qué_bec_ ou _Albu_que_rque_. Il y
-a pourtant un nom français où l’on prononce très souvent l’_u_:
-c’est _Q_u_ercy_; or il est fort rare qu’on le prononce dans
-_Q_(u)_ercinois_, même quand on le fait dans _Q_u_ercy_: n’est-ce
-pas _kerci_ qu’on devrait dire, et que vient faire ici cette
-prononciation savante ou étrangère? On prononce encore l’_u_ dans
-_Q_u_eretaro_, _S_u_sq_u_ehannah_, _Torq_u_emada_, mais plus guère
-dans _Angra-Peq_u_eña_ ou _Anteq_u_era_. L’_u_ se prononce _ou_
-dans _Q_u_eensland_ et tous les composés de _queen_, et aussi dans
-_q_u_etsche_, qui est plus allemand que français.
-
-[717] Que Michaëlis et Passy consentent à réduire à trois syllabes:
-_ob-sé-kyeu_!
-
-[718] On prononce sans _u_ tous les noms français: _Aq_(u)_itaine_,
-_Créq_(u)i, _Esq_(u)_irol_, _Forcalq_(u)_ier_, _Montesq_(u)_ieu_,
-_Q_(u)_iberon_; tous les noms en _quin_, y compris _Tarq_(u)_in_,
-_Thomas d’Aq_(u)_in_ ou _le Dominiq_(u)_in_; tous les noms commençant
-par _Quin-_ (sauf _La Q_u_intinie_), etc., et aussi _Esq_(u)_imaux_,
-et même _Chuq_(u)_isaca_, ou _Q_(u)_ito_. On fait entendre l’_u_
-dans les noms latins: _Esq_u_ilin_, _Q_u_intus_, _Q_u_irinal_,
-_Q_u_irinus_ et _Q_u_irites_, _Tanaq_u_il_ et _Tarq_u_inies_, malgré
-_Tarq_(u)_in_, et aussi _Q_u_inte-Curce_ et _Q_u_intilien_, qui ont
-été longtemps francisés; mais on prononce généralement _Aq_(u)_ilée_
-sans _u_. On prononce encore l’_u_ dans les noms étrangers, _Aq_u_ila_,
-_Aréq_u_ipa_, _Esseq_u_ibo_, _Esq_u_iros_, _Iq_u_ique_.
-
-[719] Parce que, même en latin, nous le prononçons ainsi, de même que
-_quum_ s’articule _come_. Il est vrai que quelques-uns le prononcent
-depuis quelque temps _cuo_ ou _couo_, je ne sais pourquoi: tant que
-notre manière détestable de prononcer le latin se maintiendra, c’est
-_co_ qui existe seul, notamment dans _Q_(u)_o vadis_.
-
-[720] Malgré Michaëlis et Passy.
-
-[721] Du temps où florissait la loterie, _q_(u)_aterne_ était trop
-populaire pour se prononcer avec _ou_. D’autre part, dans les mots qui
-commencent par _quinqua_, l’_u_ ne peut guère se prononcer dans la
-seconde syllabe autrement que dans la première: il y faudrait un effort
-qu’on ne fait pas, et c’est deux fois _u_ qu’on entend le plus souvent.
-
-[722] L’_u_ se prononce également _ou_ dans les mots latins _Q_u_ades_,
-_Q_u_adrifrons_, _Séq_u_anes_ ou _Séq_u_anaise_, _Torq_u_atus_, et
-aussi dans _Brown-Séq_u_ard_, _Griq_u_aland_, _don Pasq_u_ale_ ou
-_Q_u_arterly-Review_.
-
-[723] Pendant très longtemps l’_r_ a été muet dans les mots en
-_=-ir=_, _=-oir=_ et _=-eur=_ à féminin _-euse_ (probablement par
-confusion entre _-eur_ et _-eux_). Etienne Tabourot, sieur des
-Accords, raconte, dans ses _Bigarrures et Touches_, qu’il a vu une
-enseigne, d’opticien sans doute, représentant des chats qui sciaient
-du bois, ce qui signifiait clairement: _Aux chats scieux_. Ce sont
-probablement les infinitifs en _-ire_ et _-oire_ qui ont provoqué la
-reviviscence de l’_r_ dans ceux en _-ir_ et _-oir_: seul _sortir_, pris
-substantivement, a résisté quelque temps. Quant aux mots en _-eur_,
-ce sont les grammairiens qui ont rétabli l’_r_, en distinguant le
-langage familier du langage soutenu, où ils exigeaient l’_r_ partout;
-mais l’ancienne prononciation n’avait pas encore disparu du bon usage
-après la Révolution: «_Un porteu_, _un porteu d’eau_, _le procureu
-du roi_, c’est, dit Domergue, la prononciation de l’afféterie ou de
-l’ignorance.» Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans _monsieu_(r)
-et _messieu_(rs); mais _péteux_ et _oublieux_ ne sont qu’un reliquat de
-l’ancienne prononciation, ainsi que _faucheux_, doublet de _faucheur_.
-Pour _piqueur_, voir plus haut, p. 94. Dans les mots en _-ar_, _-air_,
-_-or_, _-ur_ et _-our_, l’_r_ s’est toujours prononcé. Cependant on
-a dit _o_(r) _ça_; on a aussi supprimé l’_r_ dans _pour_: Tabourot,
-dans ses _Bigarrures_, assimile _poulets trépassés_ à _pou_(r) _les
-trépassés_; et le peuple fait encore volontiers cette suppression,
-ainsi que dans _bonjou’ M’sieu_. Quant à _su_(r), qu’on entend encore
-dans le peuple devant un _l_ (_su l’ banc_, _su l’ journal_), il est
-possible qu’il vienne de _sus_ plutôt que de _sur_.
-
-[724] Il s’y est longtemps prononcé, et avec _é_ fermé: _aimé_r. Et
-même l’_r_ était tombé dans les autres infinitifs, comme dans les mots
-en _-oir_ et _-eur_, avant de tomber dans les infinitifs en _-er_. Et
-justement il a revécu partout, tandis qu’il achevait de tomber dans les
-infinitifs en _-er_, sauf à la rime, où on ouvrait l’_e_.
-
-[725] Où l’_s_ n’est que la marque du pluriel. On y ajoute
-_poulaille_(r) et _oreille_(r), qui ont perdu leur _i_ dans
-l’orthographe, tandis que _quincaillie_(r), _joaillie_(r) et les
-autres le gardaient: la prononciation est d’ailleurs la même. Au
-contraire _cuiller_, qui avait aussi le suffixe _-ier_ à l’origine
-(d’où la prononciation ancienne _cui-yé_), est passé, sans doute à
-cause du genre féminin, à la catégorie des mots où l’_r_ se prononce.
-On ne prononce pas non plus l’_r_ dans les noms propres français en
-_-ier_ ou _-iers_, qui ont apparemment le même suffixe: _Fléchie_(r),
-_Pradie_(r), _Forcalquie_(r), _Poitie_(rs), etc., etc., et aussi
-_Ténie_(rs); les monosyllabes _Fie_r et _Thie_r_s_ n’appartiennent pas
-à cette catégorie, non plus que l’adjectif _fie_r, dont nous allons
-parler.
-
-[726] Le XVIIᵉ siècle faisait ordinairement sonner l’_r_ dans
-l’adjectif _lége_r, et l’Académie le maintint jusqu’en 1762. De
-même dans les adjectifs _entie_r, _altie_r, etc., sauf _premie_(r)
-et _dernie_(r), mais y compris _plurie_r lui-même, au moins pendant
-quelque temps. Cela était particulièrement naturel pour _entier_
-et _altier_, qui n’avaient pas le suffixe _-ier_, l’un venant
-d’_integrum_, l’autre de l’italien _altiero_. L’Académie maintient
-encore en 1762 l’_r_ d’_altie_r qu’elle ne laisse disparaître qu’en
-1835. Ainsi tous les adjectifs en _-ier_ ont fini par suivre l’analogie
-des substantifs, à l’exception de _fie_r et _che_r. Mais quand on
-rencontrera chez les classiques ou chez Voltaire la rime de _che_r
-avec _lége_r, ou celle de _fie_r avec _altie_r, on devra se rappeler
-que ces rimes étaient parfaitement correctes dans la prononciation
-normale, tandis que les rimes dites _normandes_, comme celle de _che_r
-avec _arrache_(r), n’étaient correctes qu’au moyen d’une prononciation
-spéciale adoptée ou conservée pour les vers: _arrachèr_, avec _r_
-sonore, prononciation toujours discutée, mais encore admise au début du
-XVIIIᵉ siècle. Je n’ai pas besoin de dire que dans V. Hugo ces rimes ne
-sont plus des rimes:
-
- ..... Que j’ai pu blasphé_mer_,
- Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
- Une pierre à la _mer_.
- _Contempl._, IV, 15, _A Villequier_.
-
-Ç’a été le tort de tous les poètes du XIXᵉ siècle de s’imaginer que
-tout ce qui était bon chez les classiques devait être bon chez eux,
-comme si la prononciation était la même.
-
-Les noms propres français en _-cher_ et _-ger_ font naturellement comme
-les noms communs: _Bouche_(r), _Fouche_(r), _Rouche_(r), _Ange_(rs),
-_Bérange_(r), _Roge_(r), etc., avec _Suge_(r), sur lequel on se trompe
-trop souvent. _Alge_(r) s’y est ajouté, après quelque hésitation, ce
-qui a probablement entraîné _Tange_(r), sur lequel on a hésité plus
-longtemps. On prononce l’_r_ dans _Murge_r, qui n’était pas du tout
-un nom allemand; mais l’auteur lui-même y a consenti, pour donner à
-son nom une allure plus romantique. On prononce aussi l’_r_ dans les
-monosyllabes _Che_r et _Ge_r_s_, et dans _Saint-Euche_r.
-
-[727] On vient de voir dans la note précédente que _entie_r et _altie_r
-s’étaient détachés du groupe.
-
-[728] Dans ces mots et les précédents, l’_e_ s’est ouvert dès le XVIᵉ
-siècle, et l’_r_ s’y est toujours prononcé. On prononce aussi l’_r_
-dans les noms propres français qui ne sont pas en _=-ier=_, _=-cher=_
-ou _=-ger=_: _Rouhe_r, _Aube_r, _Antife_r, _Lille_r_s_, _Frœschwille_r
-et tous les noms en _-viller_, _Bouffle_r_s_, _Locmariaque_r,
-_Saint-Ome_r, _Quimpe_r, _Prospe_r, _Neve_r_s_, _etc._, ainsi que
-_Fie_r, _Thie_r_s_, _Reye_r, _Che_r, _Saint-Euche_r et _Ge_rs, comme
-les adjectifs _fie_r et _che_r, et apparemment pour la même raison.
-Quant à _Gier_ on prononce _Gie_r pour la rivière et _Rive-de-Gie_(r)
-pour la ville! Contrairement à la règle, on ne prononce pas l’_r_ dans
-_Gérar(d)me_(r) ni dans _Rambervi(l)le_(rs), ni, croyons-nous, dans
-_Saint-Seve_(r) comme dans _Tasche_(r).
-
-[729] La différence entre les mots étrangers francisés et ceux qui ne
-le sont pas porte seulement sur la manière de prononcer l’_e_: voir
-pages 66 et 67. On prononce l’_r_ naturellement dans tous les noms
-propres anciens, bibliques ou étrangers, même s’ils sont en _-cher_ et
-_-ger_, comme _Pulche_r et _Blüche_r ou _Clésinge_r, _Egge_r, _Fugge_r,
-_Kruge_r, _Scalige_r, etc., sauf _Alge_(r) et _Tange_(r).
-
-[730] Nous avons vu aussi que les finales en _-ier_ où l’_r_ ne se
-prononce pas, pouvaient, elles aussi, être suivies à l’occasion d’une
-_s_, qui est alors la marque d’un pluriel, et par suite ne change rien
-à la prononciation: c’est le cas par exemple de _volontie_(rs) ou de
-_Poitie_(rs); de même _Ange_(rs). Dans les autres cas, l’_r_ suivi
-d’_s_ se prononce, comme on l’a vu, notamment dans les monosyllabes
-_tie_r(s), _Thie_r(s), _Ge_r(s).
-
-[731] Voir ci-dessus, page 159. Ajoutons qu’il faut éviter aussi de
-remplacer _co_rr_idor_ par _co_l_idor_.
-
-[732] On disait aussi _a_(r)_bre_ et _ma_(r)_bre_, que Vaugelas
-n’approuvait pas.
-
-[733] On sait que l’_r_ tombe aussi dans _Ma_(r)_lb_(o)_rou_(gh).
-
-[734] Ils s’y sont toujours prononcés, et on sait qu’autrefois ils se
-prononçaient même à l’infinitif: _que_r-r_e_, _cou_r-r_e_.
-
-[735] Cf. _a_(r)_ranger_, _a_(r)_rêt_, _a_(r)_rière_ ou _de_(r)_rière_,
-_a_(r)_river_, _a_(r)_rondir_, _a_(r)_roser_, etc., et _ba_(r)_rer_,
-_ca_(r)_ré_, _ja_(r)_ret_, _ga_(r)_rotter_, _cha_(r)_rue_,
-_cha_(r)_ron_, _la_(r)_ron_, _ma_(r)_ron_, _pa_(r)_rain_,
-_pa_(r)_ricide_, _sa_(r)_rasin_, _sa_(r)_rau_, etc., et même
-_dia_(r)_rhée_, mot savant, mais très ancien.
-
-[736] Il en résulte que j’_e_r-r_ais_, nous _e_r-r_ons_, diffèrent bien
-peu de j’_err_e_rai_, nous _err_e_rons_, où l’_e_ est nécessairement
-muet; on fera bien de ne pas employer ce verbe au futur ni au
-conditionnel, de même que le verbe _abho_r-r_er_.
-
-[737] Pourtant le _Dictionnaire général_ donne seulement _te_(r)_reur_
-et _te_(r)_rible_, et d’autre part il admet uniquement _e_r-r_eur_.
-Des mots comme _pe_(r)_ron_, _pe_(r)_roquet_, _pe_(r)_ruche_,
-_pe_(r)_ruque_, _se_(r)_rer_, _se_(r)_rure_, _ve_(r)_rat_,
-_ve_(r)_rier_, _ve_(r)_roterie_, _ve_(r)_rou_, sont restés intacts.
-De même la plupart des noms commençant par _Fer-_ ou _Per-_ comme
-_Clermont-Fe_(r)_rand_ ou _Pe_(r)_rault_.
-
-[738] Je ne parle pas de _courrai_, exception signalée plus haut: voir
-page 297.
-
-[739] L’_r_ se prononce volontiers double dans les noms anciens:
-_Pa_r-r_hasius_, _Va_r-r_on_, _Ve_r-r_ès_ et _Ve_r-r_ines_,
-_Py_r-r_ha_, _Py_r-r_hon_, _Py_r-r_hus_ et _Ty_r-r_héniens_, et
-_Bu_r-r_hus_, dans _Gue_r-r_ero_ ou _He_r-r_ero_, peut-être dans
-_So_r-r_ente_ et _Su_r-r_ey_, mais pas plus dans _Ga_(r)r_ick_,
-_Bo_(r)r_homées_ ou _Co_(r)r_ège_, que dans _Guillaume de Lo_(r)r_is_
-ou _Co_(r)r_èze_.
-
-[740] Domergue note que de son temps quelques actrices, «fidèles aux
-mauvaises traditions», prononçaient encore l’_s_ de _Grecs_ et de
-_Romains_. On ne prononce l’_s_ du pluriel qu’en liaison; nous en
-parlerons ailleurs. Ajoutons que l’_s_ du pluriel, quand on cessa de
-le prononcer, eut longtemps pour effet d’allonger la voyelle finale;
-cet allongement, qui a disparu de la prononciation courante depuis le
-XVIIIᵉ siècle, se conserve encore dans certaines provinces.
-
-[741] _Alcarazas_ est un pluriel espagnol devenu singulier; le
-phénomène n’est pas unique: nous allons le retrouver avec _albino_s et
-_mérino_s, sans compter les noms de cigares.
-
-[742] Dans les noms propres anciens ou étrangers, l’_s_ final se
-prononce toujours: _Barabba_s, _Jona_s et _Jonatha_s, _Phidia_s
-et _Cinéa_s, _Stanisla_s et _Wencesla_s, _Gil Bla_s, _Ruy Bla_s,
-_Microméga_s et _Chacta_s, _Caraca_s, _Dama_s, _Madra_s et _Texa_s,
-etc., etc. Il faut excepter les _Duka_(s) et naturellement les
-pluriels: _Papoua_(s), _Wyndhia_(s), _Maya_(s), _Arya_(s), _Inca_(s),
-_Véda_(s), _Saga_(s), _Galla_(s), _Foulah_(s), _Pourana_(s),
-_Damara_(s), _Soutra_(s), _Hova_(s). On prononce l’_s_ dans _Visaya_s.
-L’_s_ se prononce aussi le plus souvent dans les noms français; mais
-il y a des exceptions, notamment les prénoms qui, par leur popularité,
-sont assimilés aux noms communs: _Luca_(s), _Cola_(s), _Nicola_(s),
-_Thoma_(s), ainsi que _Juda_(s). On y joint naturellement _Le Ba_(s)
-ou _Pays-Ba_(s) et _Félix Gra_(s), et aussi _Vaugela_(s), _Duma_(s),
-_Maupa_(s) et _Maurepa_(s), _Dura_(s), quelquefois _Cala_(s),
-_Cuja_(s); en outre, les noms de l’Ardèche, _Priva_(s), _Aubena_(s),
-etc., avec une ville du comtat, _Carpentra_(s): c’est à tort qu’on
-prononce parfois l’_s_ dans _Carpentra_(s). En revanche on prononce
-régulièrement l’_s_ dans _Mathia_s, qui l’a repris, n’étant prénom
-qu’à demi, dans _Alcofriba_s, _d’Assa_s, _Barra_s, _Blaca_s, _Cala_s,
-_Cuja_s, _Du Barta_s, _Escarbagna_s, _Rabaga_s, etc., etc., dans
-_La_s _Cases_ et dans _Daoula_s, _Arra_s ou _Coutra_s, aussi bien
-que dans _Pézena_s, _Valréa_s ou _Ma_s _d’Azil_, ou autres _Ma_s,
-et en général les noms du Midi, y compris le Comtat, mais excepté
-_Carpentra_(s): on ne sait pas pourquoi, car _Valréa_s est au nord de
-cette ville. Pour _Caraba_s, les avis sont partagés: il est certain
-que l’auteur des _Contes_ prononçait sans _s_, et c’est assurément la
-bonne prononciation; mais j’avoue que la sonorité méridionale de l’_s_
-convient assez bien au personnage, et il n’est pas impossible qu’elle
-finisse par prévaloir.
-
-[743] Voir plus haut, pages 60 et 61, note 1.
-
-[744] On prononce aussi et on peut écrire _cacatoi_(s): le plus simple
-est de prononcer comme on écrit.
-
-[745] Et dans tous les noms propres: _Agnè_s, _Périclè_s, _Sieyè_s (que
-l’on prononce _Siès_), _Uzè_s, etc. _Decrè_(s) fait exception.
-
-[746] Mais non pourtant dans _Saint-Pierre-è_s_-liens_, où l’_e_ semble
-s’être fermé. Je rappelle que l’anglais prononce l’_s_ même après un
-_e_ muet qui, d’ailleurs, ne s’entend pas, comme dans _Hobbe_s, _Cecil
-Rhode_s, _Jame_s, _Time_s, _Jone_s, _Serlock Holme_s. Voir aussi page
-60, note 2.
-
-[747] De même, par exemple, _La Ferronay_(s). L’_s_ se prononce
-pourtant dans _Alai_s, cas unique. C’était là une orthographe que rien
-ne justifiait, et beaucoup de gens du pays voulaient fort justement
-écrire _Alès_, comme on faisait souvent jadis, car l’orthographe
-adoptée faisait que les non-indigènes prononçaient le plus souvent
-_Alè_, aussi écrit-on maintenant _Alès_. On prononce aussi l’_s_ dans
-les mots étrangers, _rei_s et _milrei_s, et dans _Bruey_s (bruis).
-
-[748] Mais non dans _pali_(s), comme le veulent Michaëlis et Passy.
-
-[749] Cela ne convient guère qu’à _fleur de li_(s), qui prend ainsi un
-air plus oratoire et en quelque sorte plus héraldique. V. Hugo fait
-souvent rimer _maïs_ avec _pays_, et cela était encore admissible de
-son temps; mais on sait que V. Hugo faisait constamment rimer des
-finales à consonnes sonores avec des finales à consonnes muettes. Quant
-à _fi_(l)_s_, on sait que Littré tenait toujours pour _fi_(ls), et
-Thurot affirme que l’usage était encore partagé de son temps. Partage
-fort inégal, sans doute.
-
-[750] Avec beaucoup de mots savants: _ungui_s, _pubi_s, _rachi_s
-et _rachiti_s, _orchi_s, _anagalli_s, _hamaméli_s, _amarylli_s,
-_syphili_s, _lychni_s, _propoli_s, _anthémi_s, _péni_s, _lapi_s
-(lazuli), _berbéri_s, _hespéri_s, _ophry_s, _épistaxi_s, _galeopsi_s,
-_coréopsi_s, _arsi_s, _thési_s, _satyriasi_s, _pityasi_s,
-_éléphantiasi_s, _phymosi_s, _paréati_s, _isati_s, _oarysti_s, etc.
-
-[751] Après _=i=_ comme après _=a=_, l’s final se prononce toujours
-dans les noms propres anciens ou étrangers: _Adoni_s, _Anubi_s, _Api_s,
-_Briséi_s, _Cypri_s, _Daphni_s, _Isi_s, _Laï_s, _Memphi_s, _Pâri_s,
-_Sémirami_s, _Théti_s ou _Tirci_s; _Davi_s, _Delly_s, _Lascari_s,
-_Taur_is, _Tuni_s, _Walpurgi_s, _Willi_s, etc., et même _Médici_s,
-quoique l’italien soit _Médici_; toutefois _Deny_(s) a subi l’analogie
-du prénom français, _Deni_(s). L’_s_ se prononce aussi le plus souvent
-dans les noms français autres que les prénoms: _Amadi_s, _Arami_s,
-_Azaï_s, _Berni_s, _Cabani_s, _Clovi_s, _Dami_s, _Duci_s, _Féti_s,
-_Genli_s, _Grisélidi_s, _Léri_s, _Nangi_s, _Puvi_s, _Raminagrobi_s,
-_Sourdi_s, _Vestri_s, avec _Auni_s, _Lorri_s, _Senli_s, _le roi d’Y_s,
-etc., et peut-être aussi _Cambrési_s et _Beauvaisi_s, avec le prénom
-_Franci_s. L’_s_ est muet dans les autres prénoms: _Loui_(s), _Deni_(s)
-ou _Deny_(s) et _Alexi_(s); dans _Dupui_(s), _Empi_(s), _Maupertui_(s)
-et _Duplessi_(s); dans _Arci_(s)-_sur-Aube_, _Chabli_(s),
-_Montargi_(s), _Mont-Ceni_(s), _Néri_(s)-_les-Bains_, _Pari_(s)
-ville, _Plessi_(s)-_les-Tours_. Dans _Abénaki_(s), _Achanli_(s),
-_Alleghany_(s), _Andely_(s), _Guarani_(s), _Kimri_(s), _Maori_(s),
-_Osmanli_(s), _Parsi_(s), _Somali_(s), l’_s_ ne se prononce pas non
-plus, étant seulement la marque du pluriel.
-
-[752] De même _Orpheu_s, _Zeu_s, etc., qu’il ne faut pas décomposer en
-_Orphé-us_ ou _Zé-us_, comme l’a fait parfois V. Hugo: voir plus haut,
-page 92, note 2.
-
-[753] Voir plus haut, page 102. L’_s_ ne se prononce donc pas dans
-_campo_(s).
-
-[754] Cf. _alcaraza_s. L’_s_ de _trabuco_s n’est aussi que la marque du
-pluriel; mais ce mot paraît devoir faire en français comme _albino_s.
-On prononce aussi l’_s_ dans le pluriel _fuero_s, qui n’est connu que
-comme pluriel.
-
-[755] Et une foule de noms propres également grecs, auxquels se
-joignent, par analogie ou autrement, _Calvado_s, _Chando_s, _Burgo_s,
-_Dubo_s, _Carlo_s, _Molino_s, _Esquiro_s, _Hycso_s, _Catho_s, _Atho_s
-et _Portho_s. Pour la prononciation de l’_o_ dans tous ces mots, voir
-pages 102 et 103. Ajouter _blockau_s. L’_s_ est muet dans _Duclo_(s),
-_Duco_(s), _Salomon de Cau_(s) et _Wattrelo_(s); dans _Aïno_(s),
-_Botocudo_(s), _Chiquito_(s), _Gaucho_(s), l’_s_ n’est que la marque
-du pluriel, et nous considérons ces mots comme assez connus pour les
-prononcer à la française.
-
-[756] Ajouter _Péipou_s, _Bonafou_s, _Frayssinou_s. _Papou_(s) est un
-pluriel comme _Andalou_(s).
-
-[757] Comme _détritu_s ne s’emploie guère qu’au pluriel, beaucoup de
-personnes prennent probablement son _s_ pour le signe du pluriel et
-prononcent _détritu_(s); cela est tout à fait injustifié. D’autre part,
-quand _Carolu_s était populaire, l’_s_ y était muet.
-
-[758] _Abu_(s) et _cabu_(s), _refu_(s), _diffu_(s), _infu_(s) et
-_confu_(s), _ju_(s) et _verju_(s), _talu_(s), _reclu_(s), _inclu_(s) et
-_perclu_(s), _plu_(s) et _surplu_(s), _camu_(s), _pu_(s), _intru_(s)
-et _abstru_(s), _dessu_(s), _jésu_(s), _obtu_(s) et _contu_(s), et les
-prétérits _eu_(s), _fu_(s), _couru_(s), _aperçu_(s), etc.
-
-[759] Naturellement on ne parle pas des liaisons, dont il sera question
-ailleurs.
-
-[760] Pourtant on dit quelquefois _tantôt plu_s, _tantôt moins_.
-
-[761] On prononce naturellement l’_s_ dans les noms propres latins,
-ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins,
-comme _Janséniu_s, _Stradivariu_s et _Confuciu_s, _Nostradamu_s et
-_Ramu_s, _Moru_s et _Diafoiru_s, etc.; et aussi dans beaucoup de noms
-propres méridionaux ou étrangers: _Artu_s, _Cabarru_s, _Caylu_s,
-_Cheveru_s, _Malthu_s et _Picpu_s, _Fleuru_s et _Fréju_s, etc., avec
-_Eviradnu_s. Ceux où l’_s_ ne se prononce pas sont moins connus:
-_Châlu_(s) et _Châtelu_(s), _Camu_(s), _Tournu_(s), _Vertu_(s). Mais il
-faut y joindre un autre nom où l’_s_ ne se prononce pas, précisément
-parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est
-_Jésu_(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’_s_, par
-respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun,
-et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette
-prononciation de _Jésu_s a été adoptée par un grand nombre de savants,
-ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le
-personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est
-plus tout à fait du respect. On parlera de _Jésus-Christ_ au chapitre
-du _T_.
-
-[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André
-Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir
-que cette prononciation est tournée en ridicule.
-
-[763] L’_s_ de _bon sen_s est particulièrement utile pour distinguer
-cette expression de _se faire du bon sang_.
-
-[764] C’est tout simplement une altération de _c’en devant derrière_ et
-_c’en dessus dessous_.
-
-[765] Dans les noms propres en _-ans_ ou _-ens_, prononcés par
-_an_, l’_s_ est normalement muet: _Conflan_(s), _Louhan_(s), _Le
-Man_(s), _Orléan_(s), _Jouffroy d’Abban_(s), _Constan_(s), etc., avec
-_Decam_(ps), _Descham_(ps), _Confolen_(s), _Doullen_(s), _Furen_(s),
-et _Saint-Saën_(s), de la Seine-Inférieure, enfin _Claren_(s), _M_ᵐᵉ
-_de Waren_(s); on prononce néanmoins l’_s_ dans _Huysman_s, _Exelman_s,
-_Paixhan_s, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans
-_Argen_s, _Len_s et _Sen_s, _Jean-Paul Lauren_s, _Dulauren_s,
-_Saint-Saën_s, le musicien, et _Jordaen_s: voir page 133, note 3. Quand
-_-ens_ se prononce par _in_, mais seulement après une consonne, ce qui
-élimine _Amien_(s) et _Damien_(s), l’_s_ se prononce toujours: voir
-page 139, note 2. Les noms en _-ins_ font comme les noms en _ans_:
-_Salin_(s), _Moulin_(s), _des Ursin_(s), _Provin_(s), _Vervin_(s),
-_Norvin_(s), etc.; mais on prononce l’_s_ dans _Tonnein_s et _Lérin_s,
-et même dans _Reim_s, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est
-un monosyllabe. L’_s_ est encore muet dans _Amonton_(s), _Nyon_(s),
-_Pon_(s), et _Saint-Pon_(s), _Saint-Giron_(s), _Soisson_(s); il
-s’entend dans _Mon_s et le prénom _Pon_s, et aussi dans _Arun_s,
-qu’on prononce par _on_, et _Larun_s, qu’on prononce par _un_. Pour
-_Lons-le-Saunier_, les habitants du pays, qui emploient _Lon_s seul,
-y font toujours sonner l’_s_; sur le nom complet, les avis sont
-partagés, mais l’_s_ ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des
-pluriels, _Grampian_(s), _Mohican_(s), _Turcoman_(s), _Pahouin_(s) et
-_Patarin_(s), _Mormon_(s), _Huron_(s), _Hun_(s), etc.
-
-[766] De même _Nui_(ts), _Dou_(bs), _Pierrefon_(ds), _Le Hor_(ps).
-
-[767] On prononce de même les deux consonnes dans _Lesse_ps, dans
-_O_ps, _Chéo_ps, _Pélo_ps, _Cécr_ops et _Au_ps, et aussi dans _Va_ls,
-_Pi_ls, _Dou_ls, _Banyu_ls, mais non dans _Marvéjol_(s) ou _Barjol_(s),
-ni dans _Tagal_(s), _Oural_(s), _Peul_(s) et _Tamoul_(s), qui sont
-des pluriels. On prononce encore l’_s_ avec d’autres consonnes dans
-les noms étrangers: _Adam_s, _Em_s, _Worm_s, _Huyghen_s, _Dicken_s,
-_Han_s _Sach_s, _Massachusett_s, _Aramit_s, _Cloot_s, _Thierry Bout_s,
-_Wynant_s, _Robert_s, etc.; _Wiking_(s) et _Taïping_(s) sont des
-pluriels.
-
-[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans _ga_(rs); sauf aussi dans
-_volontie_(rs) et les noms propres en _-iers_, qui sont apparemment des
-pluriels, ainsi qu’_Ange_(rs): voir pages 293 et 299.
-
-[769] Même comme nom propre, sauf dans _Cin_(q)-_Mar_(s) ou
-_Saint-Mar_(s). _Diver_(s) aussi a prononcé son _s_ pendant quelque
-temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle.
-
-[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans _s_:
-_Thouar_(s), _Dupetit-Thouar_(s) et _Cin_(q)-_Mar_(s), _Thier_(s),
-_Ger_(s), _Fler_(s), _Bouffler_(s), _Mamer_(s) et _Anver_(s),
-_Vaucouleur_(s), _Cahor_(s), _Vercor_(s) et _Givor_(s), _Bouhour_(s) et
-_Tour_(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de _Ger_s et
-_Anver_s conserve l’_s_, et on a bien le droit de la suivre, surtout
-quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette
-prononciation de la finale _-ers_ qu’elle n’a aucune chance de se
-répandre et de s’imposer, surtout pour _Anver_(s): comment _Anver_(s),
-nom français, puisque l’autre est _Antwerpen_, se prononcerait-il
-autrement en France que tous les mots en _-vers_, qui sont assez
-nombreux? Ces mots à part, l’_s_ ne se prononce que dans le monosyllabe
-_Ar_s, et dans les noms étrangers, comme _Kar_s, _Flatter_s ou
-_Milne-Edwar_(d)s.
-
-[771] Sauf dans la forme verbale _e_(st) et dans quelques noms propres:
-pour ce groupe final _=-st=_, voir plus loin, au chapitre du _T_.
-
-[772] En effet, l’_=s=_ était devenu muet partout devant une consonne
-au cours du moyen âge. L’introduction des mots savants dans la langue
-rétablit l’habitude de prononcer l’_s_, et fit même revivre des
-_s_ muets de la langue populaire. Il devint bientôt très difficile
-de savoir quels _s_ se prononçaient, quels _s_ ne se prononçaient
-pas devant une consonne; car on en comptait des milliers où l’_s_
-servait seulement, soit à allonger la voyelle précédente (comme
-l’_s_ du pluriel), par exemple dans _ba_(s)_tir_, _fe_(s)_te_,
-_di_(s)_ne_, soit simplement à marquer l’étymologie, par exemple en
-tête des mots commençant par _es-_, _des-_, _mes-_, _res-_, comme
-_e_(s)_cu_, _e_(s)_chelle_, _de_(s)_brouiller_, _me_(s)_chant_,
-_me_(s)_pris_, _re_(s)_pondre_, où l’_e_ était devenu bref. Cela dura
-jusqu’au jour où l’Académie prit enfin le parti, dans la troisième
-édition de son _Dictionnaire_ (1740), de remplacer partout ces _s_
-muets par des accents aigus ou circonflexes. Mais les mots qui
-avaient été altérés sont restés altérés: ainsi _sati_s_faction_,
-_re_s_treindre_, _pre_s_bytère_, _catapla_s_me_, etc., etc., et aussi
-_fe_s_toyer_, après de longues hésitations (_fêtoyer_ est encore dans
-le _Dictionnaire de l’Académie_): voir sur ce point le livre de Thurot,
-tome II, pages 320-326.
-
-[773] De même _Le_(s)_diguières_, _De_(s)_bordes_, _De_(s)_cartes_,
-_De_(s)_champs_, _De_(s)_combes_, _De_(s)_fontaines_, _De_(s)_forges_,
-_De_(s)_genettes_, _De_(s)_jardins_, _De_(s)_mahis_, _De_(s)_marets_,
-_De_(s)_moulins_, _De_(s)_noyers_, _De_(s)_périers_, _De_(s)_pois_,
-_De_(s)_portes_, _De_(s)_prez_, _De_(s)_préaux_, _De_(s)_roches_,
-_De_(s)_rousseaux_, _De_(s)_touches_, _Se_(s)_maisons_, etc., et même
-_De_(s)_chanel_, _De_(s)_pautère_ et _Dele_(s)_cluze_, quoiqu’ils
-n’aient pas d’_s_ final. De même aussi les noms qui commencent
-par _Bois-_: _Boi_(s)_lile_, _Boi_(s)_gelin_, _Boi_(s)_robert_,
-_Boi_(s)_guillebert_, _Boi_(s)_mont_, et encore _Gro_(s)_bois_,
-_Pa_(s)_deloup_ et _Pa_(s)-_de-Calais_. Mais on prononce l’_s_ dans
-_Le_s_car_, _Le_s_caut_, _Le_s_cot_, _Le_s_cun_ et _Le_s_cure_,
-dans _Le_s_parre_, _Le_s_pès_ et _Le_s_pinasse_, comme dans les
-noms anciens, _Le_s_bie_, _Le_s_bos_ et _Le_s_trygons_, le breton
-_Le_s_neven_ ou l’anglais _Le_s_lie_; de même dans _De_s_démone_ ou
-_De_s_tutt de Tracy_. Dans _Mal_(e)_sherbes_, on n’a pas non plus
-affaire à l’article, mais à un adjectif pluriel, qui s’accorde avec le
-substantif; c’est pourquoi l’_e_ est muet, et l’_s_ se lie.
-
-[774] _Registre_ a aussi fait exception pendant quelque temps, et
-pouvait s’écrire _regître_; l’_s_ y est rétabli définitivement. Il se
-prononce dans _mai_s_trance_, malgré _maître_. On ne prononce pas l’_s_
-de _beef_(s)_teack_, mais ce mot s’écrit beaucoup mieux _bifteck_.
-
-Le cas de _cheve_(s)_ne_, unique dans les mots de la langue, est au
-contraire très fréquent dans les noms propres, sur qui l’Académie
-n’avait point autorité, et qui ont conservé malheureusement cet
-_s_ inutile. Devant _l_ et _n_ surtout, les exemples en sont très
-nombreux, et jamais ou presque jamais l’_s_ ne se prononce dans les
-noms français: ainsi _Cha_(s)_les_, _Pra_(s)_lins_, _Ne_(s)_le_,
-_Pre_(s)_le_, _Champme_(s)_lé_, _l’I_(s)_le-Adam_, _Rouget de
-Li_(s)_le_, et tous les noms où figurent _I_(s)_le_ ou _Li_(s)_le_,
-_A_(s)_nières_, _Duque_(s)_ne_, _Sure_(s)_nes_, _Que_(s)_ne_,
-_Fre_(s)_nel_, _Daume_(s)_nil_ et tous les noms en _-mesnil_,
-_Ai_(s)_ne_, _Hui_(s)_ne_, _Co_(s)_ne_, _Do_(s)_ne_, _Ro_(s)_ny_,
-etc., etc. Les mots qui font exception sont très rares: je ne vois
-guère qu’_I_s_nard_. Devant les autres consonnes, surtout devant le
-_t_, l’_s_ se prononce ordinairement aujourd’hui pour des raisons
-diverses, ou simplement par altération analogique; ainsi l’_s_ ne se
-prononçait pas dans _Pa_s_quier_ ou _E_s_tienne_, de _Mai_s_tre_ et
-_Lemai_s_tre_, _Te_s_tu_ et _Te_s_telin_, et d’autres, et s’y prononce
-aujourd’hui généralement, tout comme dans _A_s_trée_, _Cou_s_tou_,
-_Cre_s_pin_, _Demou_s_tier_, _E_s_peuilles_, _E_s_quirol_, _E_s_taing_,
-_E_s_terel_, _E_s_trées_, _Le_s_pinasse_, _Me_s_mer_, _Mi_s_tral_,
-_Moni_s_trol_, _Monte_s_pan_, _Monte_s_quieu_, _Pa_s_cal_, _Re_s_taut_,
-_Re_s_tif_ (pas toujours), _Robe_s_pierre_, _Sylve_s_tre_, etc., outre
-les noms cités dans la note précédente. Il y a pourtant un assez
-grand nombre d’exceptions qui se sont conservées tant mal que bien,
-devant des consonnes diverses, surtout _m_: _Cha_(s)_te_(l)_lain_,
-et les noms commençant par _Cha_(s)_t-_, _Chre_(s)_tien de Troyes_,
-_d’E_(s)_préménil_, _duc d’E_(s)_cars_, écrit aussi _Des Cars_,
-_Du Gue_(s)_clin_, _Duhe_(s)_me_, _Fi_(s)_mes_, _He_(s)_din_,
-_l’E_(s)_toile_, _l’Ho_(s)_pital_, _Male_(s)_troit_, _Mene_(s)_trier_,
-_Me_(s)_mes_, _Me_(s)_vres_, _Pe_(s)_mes_, _Rai_(s)_mes_,
-_Saint-Me_(s)_min_, _Sole_(s)_mes_, _Vo_(s)_ges_, etc. Dans les noms
-anciens, l’_s_ se prononce, naturellement: _A_s_cagne_, _A_s_drubal_,
-_A_s_modée_, _A_s_pasie_, _Ave_s_ta_, _Démo_s_thène_, _E_s_culape_,
-_E_s_dras_, _E_s_pagne_ (quoique épagneul n’ait pas d’_s_), _I_s_mène_,
-_I_s_raël_, _I_s_trie_, _Ne_s_tor_, _Thémi_s_tocle_, etc., et même
-_E_s_chine_, et _E_s_chyle_, malgré la difficulté, et même devant
-un _n_ ou un _l_, comme dans _Mi_s_nie_; _Péla_(s)_ges_ seul fait
-exception, par la difficulté qu’il y aurait à prononcer l’_s_ devant la
-syllabe muette _ge_, comme dans _Vo_(s)_ges_, mais l’_s_ reparaît dans
-_péla_s_gique_, où la difficulté n’est qu’amoindrie. L’_s_ se prononce
-également dans les noms étrangers, comme _A_s_modée_, _Di_s_raéli_,
-_Dre_s_de_, _E_s_partero_, _Era_s_me_, _E_s_cobar_, _E_s_curial_,
-_I_s_maël_, _I_s_pahan_, _Li_s_bonne_, _Man_s_feld_, _Me_s_mer_,
-_Pa_s_quin_, _Pre_s_bourg_, _Sle_s_wig_, _Sobie_s_ki_, _Ta_s_manie_,
-_To_s_cane_, _Van O_s_tade_, _Vela_s_quez_, etc., et même devant un
-_l_, comme dans _I_s_lam_, _I_s_lande_, _I_s_ly_ ou _Vence_s_las_.
-
-[775] Mais il ne faut pas se dissimuler que l’_e_ ajouté ainsi dans
-es_candale_, es_crupule_ ou es_quelette_, es_pécial_ ou es_tatue_,
-est absolument le même que celui d’es_cabeau_, es_cadre_, es_cadron_,
-es_calade_, es_carcelle_, es_carmouche_, es_copette_, es_corte_ ou
-es_quif_, d’es_pace_, es_padon_, es_palier_, es_pèce_, es_pérer_,
-es_pion_ ou es_prit_, d’es_tampe_, es_tomac_ ou es_tropier_, etc., sans
-compter celui des mots qui ont perdu leurs _s_: é_chelle_, é_crire_
-ou é_cu_, é_pars_, é_pée_, é_pais_ ou é_poux_, é_table_, é_tablir_,
-é_ternuer_, é_touppe_, é_trennes_ ou é_troit_, etc., pour e(s)_chelle_,
-e(s)_crire_, etc. Tous ces _e_ sont des intrus qui ont réussi à
-s’imposer; les autres auraient pu réussir tout aussi bien: ce sont des
-cousins pauvres.
-
-[776] Michaëlis et Passy ne l’admettent pas une seule fois: ils
-prononcent _ascétique_ comme _acétique_. On entend aussi deux _s_ dans
-_Bre_sc_ia_, un seul ou un _c_ dans _Ko_(s)_ciusko_.
-
-[777] De même S(c)_évola_, S(c)_eaux_, S(c)_ipion_, S(c)_ylla_,
-identique à Sylla, S(c)_yros_, S(c)_ythie_.
-
-[778] _Fa_(s)_ce_, _ve_(s)_ce_, _acquie_(s)_ce_, _immi_(s)_ce_,
-rentrent naturellement dans le cas des consonnes doubles devant un _e
-muet_; on ne peut en prononcer qu’une.
-
-[779] Voir plus haut, page 202. Il en est de même dans les noms
-propres: _Li_s_bonne_, _A_s_drubal_ ou _Bri_s_gau_. On prononce même
-souvent _Be_dz_abé_ pour _Be_ts_abée_, ce qui est plus extraordinaire.
-
-[780] L’Académie avait accepté un temps que _asthme_ se prononçât
-_azme_; mais elle y a renoncé. Le son du _z_ apparaît aussi dans
-_I_s_raël_, rarement dans _I_s_lam_.
-
-[781] Malgré l’opinion du _Dictionnaire général_. Peut-être est-ce
-en partie par analogie avec _Guerne_s_ey_ et _Angle_s_ey_. Il est
-doux aussi dans _Ar_s_ace_ et _Ar_s_acides_, dans _Kier_s_y_, écrit
-aujourd’hui _Quier_z_y_, dans _Far_s_istan_, mais non dans _Ar_s_ène_,
-_Per_s_épolis_ ou _Ar_s_inoé_, pas plus que dans _Mar_s_eille_ ou
-_Ver_s_ailles_.
-
-[782] Ainsi que dans _Al_s_ace_ et _al_s_acien_; également dans
-_Bel_s_unce_ et _El_s_evier_, qui s’écrit couramment _El_z_évir_, sans
-parler de _Mal_(e)s_herbes_, où il y a un simple fait de liaison (voir
-page 312, note 1).
-
-[783] Le _Dictionnaire général_ et Michaëlis et Passy sont d’un avis
-contraire.
-
-[784] Même observation.
-
-[785] Comme dans _su_bs_tance_, _su_bs_titut_, etc.: le _Dictionnaire
-général_ n’indique pas ces accommodations.
-
-[786] Il ne faut donc pas prononcer _gymnâce_.
-
-[787] C’est un phénomène analogue que l’on constate dans
-_Bueno_s-_Ayres_, où l’_s_ dur est changé en _s_ doux par le voisinage
-de la voyelle suivante, comme si c’était un mot unique; de même parfois
-dans _les quatre fil_s _Aymon_ ou _nec plu_s _ultra_, tellement la
-tendance est forte, voire même dans _sub judice li_s _est_, d’où le
-calembour _sub judice Li_s_ette_.
-
-[788] Que l’Académie écrivait par deux _s_ jusqu’en 1878, pour empêcher
-le son doux.
-
-[789] On a doublé l’_s_, par une prudence excessive, dans
-_di_ss_yllabe_ et _tri_ss_yllabe_.
-
-[790] Il faudrait y ajouter, pour être complet, les composés
-familiers du préfixe _re-_, que les dictionnaires n’enregistrent pas,
-comme _re_-s_aler_, _re_-s_abler_, _re_-s_auver_, _re_-s_avonner_,
-_re_-s_igner_, _re_-s_ortir_, etc., où l’on n’a pas coutume de doubler
-l’_s_, comme on le fait dans les mots de la langue littéraire.
-
-[791] _Ichtyo_s_aure_ et _plé_s_io_s_aure_ devraient être dans le même
-cas; mais, comme les éléments n’y sont pas aussi nettement reconnus que
-dans les mots que nous avons cités, l’_s_ s’y est adouci généralement.
-
-[792] Le _Dictionnaire général_ ne connaît pas le mot _su_s_urrer_.
-Hélas! il y en a tant d’autres qu’il ne connaît pas. Mᵐᵉ Dupuis
-donnait aussi l’_s_ dur pour _gi_s_ant_, _gi_s_ait_, etc.: c’est une
-prononciation que je n’ai jamais entendue.
-
-[793] On écrit quelquefois _impre_ss_ario_, qui est mauvais, car
-il conduirait à prononcer deux _s_. Ajoutons que _para_s_ol_,
-_tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, que nous venons de voir, sont
-aussi d’origine italienne. On cite encore volontiers l’italien
-_ri_s_orgimento_, l’espagnol _pe_s_eta_ (piécette) et _po_s_ada_
-(auberge), où ne doit non plus sonner qu’un _s_ dur.
-
-[794] L’_s_ est naturellement doux dans les noms propres français;
-mais il est resté dur à la suite de l’article _le_, _la_: _La_s_alle_,
-_Le_s_ueur_, _Le_s_age_, _Le_s_urques_; il est généralement doux
-après _de_: _De_s_aix_, _De_s_ault_, _De_s_èze_ (ou _de Sèze_); il
-est doux dans _Dé_s_augiers_ et _De_s_houlières_, par liaison. Il
-est dur dans _Du_s_aulx_, dans des composés comme _Beau_s_éant_ ou
-_Beau_s_éjour_, et dans _Puy_s_égur_. Il est dur dans _Melchi_s_édec_,
-nom hébreu, mais non dans _Jéru_s_alem_ ou _Mathu_s_alem_, qui sont
-plus complètement francisés, étant plus populaires; et encore la
-vieille plaisanterie de _Mathieu salé_ rappelle que pendant longtemps
-on a prononcé _Mathu_s_alem_, avec _s_ dur, comme _Melchi_s_édec_. On
-hésite pour quelques noms propres anciens comme _Po_s_eidon_. Parmi
-les noms étrangers, il en est aussi que nous francisons en adoucissant
-l’_s_, comme _Ca_s_erte_, _Céri_s_oles_ ou _Wi_s_eman_, et aussi, mais
-à tort, _Ma_s_aniello_, _Va_s_ari_, _Vé_s_ale_, _Pe_s_aro_, voire
-_Algé_s_iras_, qu’on écrit parfois _Algé_c_iras_, et qu’on fera mieux
-de prononcer par _s_ dur, comme _Eli_s_ir d’amore_, _Fu_s_i-Yama_ ou
-_Fergu_s_on_.
-
-[795] L’_s_ est dur aussi dans _Tran_s_ylvanie_, et il devrait y avoir
-deux _s_.
-
-[796] Et dans _Nan_s_outy_, mais jamais dans _Fron_s_ac_, rarement et à
-tort dans _Arkan_s_as_.
-
-[797] Dans les composés commençant par _des-_, les étymologistes
-reconnaissent ordinairement le préfixe _dis-_: l’_s_ y était donc
-naturellement double, et l’on n’a pas eu besoin de le doubler pour
-la prononciation; toutefois l’_s_ paraît avoir été doublé (avec
-suppression de l’accent aigu) dans _de_(s)_sécher_, _de_(s)_servir_,
-_de_(s)_sication_, _de_(s)_siner_ et _de_(s)_sin_, qui paraissent
-formés du préfixe _dé-_ et non _dis-_.
-
-[798] Voir l’énumération, page 171.
-
-[799] On a vu que l’_s_ avait été doublé aussi, bien inutilement après
-un _i_, dans _di_(s)s_yllabe_ et _tri_(s)s_yllabe_. Peut-être faut-il
-y joindre _a_(s)s_ez_ et quelques mots commençant par _as-_, si leur
-préfixe est réellement _a-_, et non _ad-_, comme paraît l’indiquer
-l’orthographe primitive, _a_s_ez_, _a_s_esoner_, _a_s_ervir_, etc.
-
-[800] Quoique Michaëlis et Passy n’en admettent point. Il est vrai
-qu’ils admettent _bi_s-_sectrice_, qui est plutôt rare.
-
-[801] Et telles sont bien les indications du _Dictionnaire général_.
-
-[802] Quoique le _Dictionnaire général_ indique _di_s-s_oudre_, sans
-doute à cause de _di_s-s_olution_.
-
-[803] Malgré le _Dictionnaire général_.
-
-[804] Même observation.
-
-[805] Je ne parle pas de _di_(s)s_yllabe_, cité plus haut, et dont
-le préfixe est =_di-_= et non _dis-_. D’autre part, le _Dictionnaire
-général_ indique _di_(s)s_ection_ et _di_s-s_équer_: cette différence
-ne paraît guère justifiée, et _di_(s)s_équer_ est très admissible,
-aussi bien d’ailleurs que _di_s-s_ection_.
-
-[806] On notera ici que les deux _s_ ont ouvert l’_a_ de _classique_,
-même quand on n’en prononce qu’un, car il est fermé dans _classe_.
-
-[807] Ajouter les noms propres anciens: _Ma_s-s_ique_, _Ca_s-s_ius_,
-et _Cra_s-s_us_; _Be_s-s_us_, _Ne_s-s_us_, _E_s-s_éniens_ et
-_Me_s-s_aline_; _I_s-s_us_ et _Ili_s-s_us_ et _Mi_s-s_i dominici_;
-_Ato_s-s_a_; et quelques noms plus récents, _Orlando de La_s-s_us_,
-_Lha_s-s_a_ et _Ta_s-_soni; Be_s-s_arabie_, _Be_s-s_arion_,
-_E_s-s_equibo_ et _Tenne_s-s_ee_; _Li_s-s_a_, _Cano_s-s_a_,
-_O_s-s_ian_, et fort peu d’autres, et surtout point ou presque point de
-mots français.
-
-[808] De même Sh_akespeare_, Sh_effield_, Sh_elley_, Sh_eridan_,
-Sh_etland_, _Cavendi_sh, _Mar_sh_all_, _U_sh_er_, etc., et aussi
-Sh_éhérazade_, Sh_anghaï_, _Hiro_sh_ima_, Sh_intoïsme_, Sh_oguns_, les
-transcriptions des noms orientaux étant dues aux Anglais.
-
-[809] Voir plus haut, page 227.
-
-[810] Mais nous francisons _Buda-Pe_s_th_ par _s_.
-
-[811] De même _Mara_(t), _Courbe_(t), _Carno_(t), _Escau_(t),
-_Maupassan_(t), _Mozar_(t), _Rober_(t), etc., etc.
-
-[812] Ajouter quelques noms propres étrangers, _Toua_t, _Laghoua_t,
-_Raba_t, _Soba_t, _Midha_t-_Pacha_, _Josapha_t, _Arara_t, _Ghâ_t,
-_Cattéga_t, _Djaggerna_t, _Héra_t, et les noms en _-stadt_,
-_Cronsta_dt, _Reichsta_dt, où le _d_ cède généralement la place au _t_.
-Il faut y joindre la petite plage bretonne de _Morga_t, mais cette
-prononciation n’est pas proprement française. Ajoutons aussi _à dieu
-va_t.
-
-[813] L’abbé Rousselot dit qu’on hésite entre _ne_t et _ne_(t): où
-a-t-il vu cela? Dans les rimes de V. Hugo peut-être, mais cela ne
-suffit pas.
-
-[814] C’est la règle générale des adjectifs numéraux: voir plus haut,
-page 233, ce qui a été dit pour _neuf_.
-
-[815] Dans Pierre Lièvre, _Notes sur l’art poétique_, ce vers de
-Heredia:
-
- Ma flûte avec sept tiges de ciguë,
-
-est donné comme ayant pour l’oreille une demi-syllabe de trop! Hélas!
-J’espère que Heredia prononçait le français plus correctement que son
-critique. Mais encore _setti_ ne donnerait jamais qu’un _t_ prolongé et
-non une demi-syllabe de plus: _setti_ ferait le même effet que _secti_
-ou _celli_, sans plus.
-
-[816] Où le peuple assimile ordinairement le _t_ en prononçant
-_ec-cetera_, qu’on évitera avec soin.
-
-[817] On entend aussi le _t_ dans quelques noms propres bretons ou
-français, comme _Plancoë_t ou _Plouare_t, _Moë_t, _Hue_t, _Maloue_t,
-_Ale_t (écrit plutôt _Aleth_), mais non _Ane_(t), ni _Tê_(t). Un jour,
-à la Constituante, un député, faisant un discours, termina une phrase
-en disant: _C’est ma loi_, qu’il prononça à l’ancienne mode _ma louè_.
-Un loustic rectifia aussitôt: _Malouète_. On entend surtout le _t_ dans
-des noms étrangers: _Josabe_t, _Japhe_t, _Newmarke_t, _Aben-Hame_t,
-_Méhéme_t_-Ali_, _Médine_t_-el-Fayoum_, _Tiare_t, etc. _Hamle_(t) est
-francisé, comme _Mahome_(t), _Bajaze_(t) et _Jape_(t). Nous avons dit
-que pour _Auerstædt_ et _Hochstedt_ on hésitait entre le _d_ et le _t_.
-
-[818] Voir plus haut, page 233, ce qui a été dit de _neuf_.
-
-[819] Et dans _Tani_t, _Nitocri_t, _Tilsi_t, _Abauzi_t.
-
-[820] En revanche le même sud-ouest prononce le _t_ dans _Lo_t. Cela
-peut-il passer dans le français du Nord? Je ne sais trop, car _Lo_t
-mène à _Ger_s, puis à _Anver_s: voir page 310. En tout cas, on fait
-toujours la liaison dans _Lo_t_-et-Garonne_. Autrefois on prononçait le
-_t_ de _sot_ et _mot_ devant un repos comme devant une voyelle; mais je
-m’étonne que l’usage ait encore pu être «partagé» pour _so_(t) au temps
-de Thurot. A _do_t, il faut encore ajouter quelques mots étrangers,
-_black-ro_t, _forget me no_t, avec _George Elio_t, _Duns Sco_t et
-_Tho_t, mais non _Chevio_(t).
-
-[821] Sauf tout au plus dans _Fomalhau_t, et naturellement
-_Connau_(gh)t. Il ne sonne pas plus dans _Hau_(t)_poul_ que dans le
-composé _hau_(t)_bois_ ou _hau_(t)_boïs_t_e_.
-
-[822] Et des marins dans _vent debou_t. Il sonne naturellement dans les
-mois anglais en _-oot_ (_out_) et aussi dans _Siou_t.
-
-[823] Voltaire, entre autres, a même écrit _brute_ au masculin.
-
-[824] Le féminin _butte_ y est sans doute pour quelque chose, notamment
-l’expression _être en butte_, qui amène des confusions. Quoi qu’il
-en soit, les mots respectés ne sont plus très nombreux: _bahu_(t)
-et _chahu_(t), _débu_(t) et _rebu_(t), _tribu_(t) et _attribu_(t),
-_fû_(t), _affû_(t) et _raffu_(t), _salu_(t) et _chalu_(t), _canu_(t),
-_statu_(t), _institu_(t) et _substitu_(t). Le _t_ sonne aussi dans
-les noms propres étrangers: _Calicu_t, _Connecticu_t, _Farragu_t,
-_Lillipu_t, et, le plus souvent, _Canu_t.
-
-[825] On notera en passant que _et_ s’énonce devant _un_ depuis _vingt_
-jusqu’à _soixante_, y compris les nombres et adverbes ordinaux, et
-aussi dans _soixante_ et _onze_, mais pas au delà. On dit aussi _les
-Mille_ et _une nuits_, et, en parlant des femmes de don Juan, _mille_
-et _trois_. L’emploi de _et_ était autrefois plus étendu.
-
-[826] Avec _Kan_t, _Gran_t ou _Wun_dt; mais _Rembran_(dt) est
-complètement francisé.
-
-[827] On francise volontiers les noms propres en _-art_: _Marie
-Stuar_(t) et _les Stuar_(t), _Gebhar_(t), _Fischar_(t), _Stuttgar_(t),
-_Makar_(t), _Marquar_(dt), _Burckhar_(dt), _Mozar_(t). Mais on prononce
-le _t_ dans _Stuar_t _Mill_ ou _Dugald Stewar_t, ainsi que dans
-l’allemand _Erfur_t, _Kieper_t, _Rucker_t ou _Har_dt, dans _Gevaer_t et
-_Touggour_t.
-
-[828] Voir page 215. On a coutume de prononcer sans _t_ _Utrech_(t),
-_Dordrech_(t) et _Maëstrich_(t). Pour _yacht_, voir page 44.
-
-[829] Nous savons que _=lt=_ ne se prononce pas plus dans les mots
-en _=-ault=_ et _=-oult=_ que _ld_ dans les mots en _=-auld=_ et
-_=-ould=_, les uns et les autres étant français; de même _Yseu_(lt) est
-bien meilleur qu’_Yseu_lt. Mais on prononce intégralement _Anha_lt,
-_Seinga_lt, _Be_lt, _Arcade_lt, _Tafile_lt, _Barneve_lt (écrit aussi
-_Barneve_ldt), _Rooseve_lt et _Sou_lt, et aussi _De_lft; le _t_
-l’emporte sur le _d_ dans _Humbol_(d)_t_.
-
-[830] Avec la ville d’_Apt_.
-
-[831] Et le fut longtemps dans _o_(st). Il l’est encore dans
-_Saint-Wa_(st), _Saint-Gene_(st), _Cre_(st), _Charo_(st), _Prévo_(st),
-_Provo_(st), _Thibou_(st), _Saint-Ju_(st), souvent altéré, et même
-_Saint-Pri_(est). Il se prononce dans _Chri_st, qui, employé seul,
-est un mot savant, mais il est resté muet dans _Jésu_(s)-_Chri_(st),
-qui est populaire, et qui a gardé pour ce motif sa prononciation
-traditionnelle, sauf parfois chez les protestants: voir plus haut,
-page 307, ce qui est dit de _Jésus_. Quant à _Antechri_st, il a été
-longtemps populaire, et par conséquent _st_ ne s’y prononçait pas, et
-même l’_e_ y était muet; Littré tient absolument à cette prononciation;
-mais il est devenu un mot savant où tout se prononce, avec _e_ fermé.
-Le groupe _st_ se prononce aussi dans _Prou_st et dans _Marra_st
-(peut-être pour éviter une confusion avec _Marat_), dans _Erne_st et
-dans _Bre_st, et dans les noms d’origine étrangère: _Renaud d’A_st,
-_Belfa_st, _Budape_st, _Buchare_st, _Li_szt, _Fau_st, _Ern_st, etc.
-On prononce l’_s_ seul dans _roas_(t)_-beef_ qui, d’ailleurs, s’écrit
-correctement _rosbif_, comme il se prononce.
-
-[832] Et dans les noms propres: _Golia_th, _Macbe_th, _Bayreu_th,
-_Judi_th, _Nabo_th, _Beyrou_th, _Belzébu_th, etc. _Go_(th) fait
-exception, avec ses composés, _Wisigo_(ths) et _Ostrogo_(ths). Il faut
-excepter aussi le terme _bizu_(th), par lequel les élèves nouveaux sont
-désignés dans les classes qui préparent à des concours, par opposition
-aux _carrés_ et aux _cubes_.
-
-[833] Voir ci-dessus, page 156. On prononce à peu près exactement
-_pos_t_communion_ et _pos_t_scolaire_, malgré la difficulté. Mais
-le _t_ est encore muet dans _Wes_(t)_phalie_, _Kam_(t)_schatka_
-et _Kam_(t)_schadales_, et quelquefois _Mol_(t)_ke_. On prononce
-même _Po_(t)_sdam_, ce qui est plus bizarre: et c’est sans doute
-pour justifier cette prononciation irrégulière qu’on écrit souvent
-_Postdam_; mais c’est uniquement _Potsdam_ qui est correct, et mieux
-vaudrait prononcer le _t_, puisque c’est l’_s_ qui est médian.
-
-Les Parisiens prononcent le _t_ médian dans rue _Tai_t_bout_. Nous
-savons qu’il est muet dans _Me_(t)_z_ et _Re_(t)_z_. Il est également
-muet dans les composés de _Font-_, _Mont-_, _Pont-_, devant une
-consonne, comme _Mon_(t)_béliard_, _Mon_(t)_fort_, _Mon_(t)_morency_,
-_Mon_(t)_pensier_ ou _Pon_(t)_chartrain_, même si la consonne qui
-suit est un _l_ ou un _r_; _Mon_(t)_lhéry_, _Mon_(t)_losier_,
-_Mon_(t)_luc_, _Mon_(t)_luçon_, _Mon_(t)_luet_, _Mon_(t)_réal_,
-_Mon_(t)_redon_, _Mon_(t)_réjeau_, _Mon_(t)_revel_, _Mon_(t)_rose_,
-_Mon_(t)_rouge_, etc. Mais il arrive aussi que le _t_ n’appartienne pas
-à la syllabe initiale, ou même qu’il s’en soit détaché: ainsi il se
-groupe avec l’_r_ dans _Fon_tr_ailles_, _Mon_tr_ésor_, _Mon_tr_euil_,
-_Mon_tr_eux_, _Mon_tr_etout_, _Mon_tr_evault_ et même _Mon_tr_ichard_,
-et _Pon_tr_ieux_, comme dans l’italien _Pon_tr_emoli_. On ne prononce
-pas le _t_ dans _Alfor_(t)_ville_, mais on le prononce dans l’anglais
-_Por_t_land_.
-
-[834] Devant un _i_ seulement, et non devant un _y_ grec.
-
-[835] Les noms propres venus à nous du latin ou par le latin font
-naturellement comme les autres mots: _Croa_t_ie_, _Helvé_t_i_e,
-_Domi_t_ien_, _Eé_t_ion_, _Bru_t_ium_, _Hir_t_ius_, _Mil_t_iade_,
-_Mar_t_ial_, etc.; et les noms modernes ont fréquemment subi l’analogie
-des autres, comme _Gra_t_iolet_ ou _La Boé_t_ie_.
-
-[836] «Dès le temps de Palsgrave, on écrivait par un _t_ les mots en
-_-tion_ appartenant à la langue savante, que l’on prononçait _cion_
-comme en latin, par une habitude que Péletier et Bèze attestent. Cette
-orthographe et cette prononciation s’étendirent à un certain nombre
-d’autres mots, tous de la langue savante, qui ont _-ti-_ devant une
-voyelle, et comprirent les mots tirés de noms en _-tia_, _-tialis_,
-_-tiosus_, _-tiens_, _-tientia_, _-tianus_, _-tio_ (tionem), et de
-verbes en _-tiare_.» (THUROT, _Prononciation française_, II, 244.)
-
-[837] On verra que la règle s’applique seulement au _t_ placé entre
-deux lettres, et non en tête des mots; t_iare_, t_iers_, t_iède_,
-t_ien_, _il_ t_ient_, avec leurs familles, conservent tous le son
-normal du _t_: comme tous les mots latins qui commencent par _ti_. Au
-surplus, il y a, en outre, pour chaque cas, des raisons particulières
-d’étymologie, et nous allons retrouver tous ces mots.
-
-[838] Avec _Bas_t_ia_, _Bas_t_iat_, _Sébas_t_ien_, _Héphes_t_ion_, etc.
-
-[839] De là deux séries de mots en =_-tions_=, d’orthographe identique,
-mais de prononciation différente, _s_ pour les substantifs et _t_ pour
-les verbes: voir la liste, p. 187, note 2.
-
-[840] Qui était autrefois _appren_t_ive_, d’_appren_t_if_. Tous ces
-mots sont naturellement de formation populaire. Au contraire, à côté
-des simples _inepte_ et _inerte_, les substantifs _inep_t_ie_ ou
-_iner_t_ie_, mots savants, suivent la règle, parce qu’ils conservent la
-prononciation du latin. On verra encore dans un instant trois ou quatre
-mots en _-tie_ qui gardent le son dental, avec quelques noms propres.
-
-[841] Ces mots appartiennent à la même famille que les mots en =_-té_=,
-et ont seuls gardé l’_i_ que beaucoup d’autres ont perdu; le moyen âge,
-d’ailleurs, disait tout aussi bien _amité_ ou _pité_ que _amitié_ ou
-_pitié_; en tout cas le _t_ latin était devant un _a_ et non devant un
-_i_. Ces mots sont donc sans rapport avec le substantif _ini_t_i-é_,
-et son verbe, qui ont le son sifflant, comme en latin, de même que le
-verbe _balbu_t_i-er_, qui a suivi l’analogie de l’autre, malgré son
-étymologie. Ces deux verbes sont, en effet, les seuls verbes en _-tier_
-qui aient le son sifflant. _Amnis_t_ier_ ne peut pas l’avoir à cause
-de l’_s_; _châ_t_ier_ ne l’a pas, parce qu’il était primitivement
-_chas_t_ier_; les autres qui auraient pu avoir un _t_ ont pris un
-_c_: _justi_c_ier_, _vi_c_ier_, _négo_c_ier_, _différen_c_ier_,
-_quintessen_c_ier_, _licen_c_ier_, _circonstan_c_ier_, à cause du _c_
-de _justice_, _vice_, _négoce_, etc.
-
-[842] C’est la même diphtongue que dans les mots en _-tié_, et là
-aussi le _t_ latin était devant un _a_. A ces mots, il faut joindre
-naturellement, avec _volon_t_iers_, les noms propres en _-tier_
-ou _-tière_, qui ont le même suffixe: _Gau_t_ier_, _Poi_t_iers_,
-_Char_t_ier_, _Brune_t_ière_, etc.
-
-[843] C’est toujours une diphtongue étymologique, mais cette fois
-le _t_ latin était devant un _e_, l’_e_ du suffixe latin _-esimus_
-(_cen_t_esimus_), suffixe qui, en français, est passé des dizaines
-aux unités. D’ailleurs il était bon que les nombres _sept_, _huit_,
-etc., demeurassent intacts; mais la raison n’aurait peut-être pas
-suffi, puisqu’une raison pareille n’a pas suffi à conserver le _t_ dans
-_inep_t_ie_ et _iner_t_ie_.
-
-[844] Ici c’est le radical latin _ten-_; d’ailleurs le _t_ ne pouvait
-guère changer de son au cours de la conjugaison.
-
-[845] Du latin t_epidus_, t_ertius_, t_uus_, _an_t_iphona_ (on
-plutôt _an_t_ephona_, latin populaire), tous mots où le _t_ ne
-pouvait s’altérer. Ajoutons _E_t_ienne_, de _Stephanus_, outre que
-_E_t_ienne_ est pour _Es_t_ienne_, ce qui lui fait deux raisons pour
-conserver son _t_ intact. Au contraire, la diphtongue de _chrétien_
-n’est pas étymologique puisqu’il vient de _chris_ti-_anus_; aussi
-son _t_ n’est-il resté dental que parce que _chré_t_ien_ est pour
-_chre_st_ien_; mais le _t_ est sifflant, comme dans le latin, dans tous
-les autres mots en _-tien_: _béo_t_ien_, _véni_t_ien_, _égyp_t_ien_,
-_Domi_t_ien_, et même _capé_t_ien_ ou _lillipu_t_ien_, formés du même
-suffixe.
-
-[846] Du latin _ur_t_ica_, où le _t_ ne peut pas s’altérer.
-
-[847] Ce mot vient de l’arabe. Au contraire, _argu_t_ie_ garde le _t_
-sifflant qu’on donne au latin. Quelques noms propres, qui n’ont pas non
-plus le _t_ sifflant: _Sarma_t_ie_, _Hypa_t_ie_, _Cly_t_ie_, _Ti_t_ye_,
-ont gardé sans doute la prononciation du grec (en opposition avec
-_Croa_t_ie_, _Gala_t_ie_ ou _Dalma_t_ie_, _Véné_t_ie_ ou _Helvé_t_ie_,
-_Béo_t_ie_, etc.). _La Boé_t_ie_ lui-même a pris le _t_ sifflant, par
-analogie, quoique la localité de ce nom ne l’ait pas. Mais le _t_
-est dental dans _Clare_t_ie_, comme dans _par_t_ie_, _or_t_ie_ et
-_sor_t_ie_: en fait, _iner_t_ie_ est le seul mot en _-tie_ où le _t_
-soit sifflant après un _r_. Il est vrai qu’il est sifflant après un _r_
-dans _mar_t_ial_, _par_t_ial_ et beaucoup d’autres; mais _Clare_t_ie_
-a, de plus, un _e muet_ devant le _t_, cas unique. Pourtant la tendance
-est telle à prononcer le _t_ en sifflant dans les mots en _-tie_, que
-ce nom est constamment altéré par ceux qui ne sont pas renseignés; mais
-quand on consultait sur ce point Jules Claretie, il répondait:
-
-«Mon nom, bien cher monsieur, rime avec _sympathie_.»
-
-[848] Il devrait garder le son normal, car il ne vient pas du latin;
-mais il subit partiellement l’analogie des autres, comme l’ont subie
-plus complètement _prima_t_ie_, _presby_t_ie_ ou _onirocri_t_ie_, qui
-ont le _t_ sifflant. _Supréma_t_ie_ nous est venu de l’anglais, où il
-a un _c_. Le _t_ est sifflant aussi dans _goé_t_ie_ et _sco_t_ie_, qui
-sont transcrits du latin, et sur lesquels on pourrait se tromper.
-
-[849] De même dans _Arima_th_ie_, _Carin_th_ie_ ou _Scy_th_ie_, aussi
-bien que dans Th_iers_ ou Th_ierry_, _Ma_th_ias_, _Mat_h_ieu_ ou
-_Pon_th_ieu_, quelle qu’en soit l’origine; sans parler de Th_yades_,
-qui a de plus un _y_ grec, outre que le _t_ est initial.
-
-[850] Je rappelle qu’à côté d’_é_t_iole_ (et probablement aussi
-_E_t_ioles_), _pé_t_iole_ a, au contraire, le _t_ sifflant du latin.
-Je n’ai pas cité ici _é_t_iage_, qui est pour _es_t_iage_: voir plus
-haut. Le _t_ reste intact aussi dans _Cri_t_ias_, qui est grec,
-dans quelques noms français qui se sont dérobés à l’analogie, comme
-_Pé_t_ion_, je ne sais pourquoi, enfin dans les noms étrangers, non
-seulement _Tiaret_, _Tiepolo_ ou _Tien-tsin_, qui ont le _t_ initial,
-mais même _Igna_t_ief_ ou _Bagra_t_ion_, qu’on altère très souvent,
-ainsi que _Pé_t_ion_, en vertu de la tendance générale; naturellement
-aussi dans _Mon_t_yon_, qui a un _y_ grec, comme _Amphic_t_yons_ ou
-_Amphic_t_yonie_, qui d’ailleurs sont grecs eux-mêmes, ce qui leur fait
-deux raisons pour garder le _t_ intact.
-
-[851] D’ailleurs ce sont les exceptions qu’il faut énumérer, et non
-les mots qui suivent la règle générale. J’ajoute que la classification
-méthodique m’a permis de donner en outre, dans la mesure du possible,
-l’explication de _tous_ les cas particuliers, ce qui n’est pas un
-résultat négligeable.
-
-[852] Ce sont les seuls qu’indique le _Dictionnaire général_.
-
-[853] De même assez généralement dans _Gambe_(t)t_a_, beaucoup moins
-dans _Algaro_t-t_i_, _Donize_t-t_i_ ou _Vio_t-t_i_, _Be_t-t_ina_
-ou _Rigole_t-t_o_, ainsi que dans les noms anciens, _A_t-t_ila_ ou
-_Pi_t-t_acus_.
-
-[854] Pour _tz_, voir plus loin, à _z_.
-
-[855] De là certaines confusions dans les noms propres: _Fa_v_re_ est
-devenu _Fa_u_re_, _Fè_v_re_ est devenu _Fe_u_re_, et _Lefe_bv_re_ a
-donné _Leféb_u_re_.
-
-[856] Toutes formes complaisamment accueillies par Michaëlis et Passy.
-Pourquoi pas aussi bien _é_v_u_ pour _eu_, et _la_v_ou_ pour _là où_,
-où le phénomène est inverse?
-
-[857] Par exemple, V_irchow_, V_ogel_, V_ogt_, V_oss_, ou encore
-v_ergiss mein nicht_, _zoll_ v_erein_, la particule nobiliaire: _von_;
-_Sainte_-V_ehme_ est suffisamment francisé, et le _v_ y sonne _v_.
-
-[858] Comme dans _Kharko_w ou _Rimski-Korsako_w. Mais le plus
-simple est d’écrire ces mots avec un _f_: _Stamboulo_f, _Romano_f,
-_Dragomiro_f, _Souvaro_f, _Koutouso_f, _Sarato_f, et aussi _Iarosla_f,
-_Skobele_f, _Tourguene_f. On hésite pour le _v_ de _Kiev_, mais il n’y
-a pas de raison pour le distinguer des autres.
-
-[859] Ainsi _Bruns_w_ick_, _Ner_w_inde_, _Rys_w_ick_, _Sado_w_a_,
-_Sch_w_arz_w_ald_, _Sch_w_itz_, _S_w_edenborg_, _van S_w_ieten_ ou
-_Thor_w_aldsen_, et surtout en tête des mots: W_agner_, W_agram_,
-W_alpurgis_, W_aldeck_, W_aldemar_, W_alhalla_, W_alkyries_,
-W_allenstein_, W_assy_, W_eber_, W_eimar_, W_eser_, W_estphalie_,
-W_ilhelm_, W_illis_, W_impffen_, W_issembourg_, W_olff_, W_orms_,
-W_urtem_berg, W_urtz_, etc., tandis qu’à la fin des mots le _w_
-allemand ne sonne pas: _Bülo_(w), _Floto_(w), etc. Le _w_ flamand a
-gardé le son _ou_, qui lui appartient, dans _Lon_(g)w_y_ et W_issant_;
-mais W_allon_ est francisé, aussi bien que W_aterloo_ et W_atteau_,
-W_imereux_ et W_itt_, W_ou_w_erman_, et beaucoup d’autres.
-
-[860] De même _Both_w_ell_, _Crom_w_ell_, _Dar_w_in_, _Dela_w_are_
-et _Ed_w_ards_, _Edge_w_orth_ et W_ords_w_orth_, _Far_-W_est_
-et W_estminster_, _Green_w_ich_ et W_ool_w_ich_, _Long_w_ood_,
-_Sand_w_ich_, _S_w_ift_, _S_w_inburne_, W_akefied_, W_alter Scot_,
-W_ar_w_ick_, W_ashington_, W_att_, W_ellington_, W_iclef_, W_ight_,
-W_indsor_, W_olseley_, W_orcester_. Devant un _r_, le _w_ ne se
-prononce pas: (W)_right_.
-
-[861] On francise aussi en _v_ le _w_ de W_allace_ (fontaine), souvent
-aussi de W_addington_, W_ar_w_ick_, W_alter Scott_ et W_a_w_erley_,
-_Ber_w_ick_, W_isconsin_ et W_iseman_, _Fo_w_ler_ et quelques autres.
-
-[862] Et aussi dans _L_aw_rence_ ou _Bradsh_aw. Mais _Law_ se prononce
-_lâce_ par tradition depuis le XVIIIᵉ siècle, le nom s’étant répandu
-d’après l’enseigne de la banque, où _Law_ était au génitif: _La(w)’s
-bank_, de même qu’aujourd’hui on dit couramment _chez Maxim’s_.
-D’ailleurs, le fameux banquier avait accepté et presque adopté cette
-prononciation: voir sur ce point l’article de A. Beljame, dans les
-_Études romanes dédiées à G. Paris_. _Brauwer_ se prononce _brou-èr_.
-
-[863] Nous acceptons aussi _nioucasl_ pour _N_ew_castle_, et de même
-pour _N_ew-_haven_, _N_ew-_Jersey_, _N_ew_man_, _N_ew-_Market_,
-_N_ew_port_; et encore _dèlèniouse_ pour _Daily N_ew_s_; mais
-_N_ew_ton_ et _N_ew-_York_ sont francisés depuis trop longtemps en
-_neuton_ (_eu_ fermé) et _neu-york_ (_eu_ ouvert), pour qu’on puisse
-imposer _niout_(e)_n_ et _niou-York_. On prononce _u_ dans _Dugald
-St_ew_art_, et _ev_ dans _N_ew_ski_ ou _Wal_ew_ski_.
-
-[864] On prononce également _o_ fermé dans _Glasco_(w), _Hudson_
-_L_o(we), _Longfell_o(w), _Marl_o(we), _Clarisse Harl_o(we),
-_Luckn_o(w), _Beecher St_o(we) et _C_o(w)_per_; et _ou_ pour _aou_ dans
-_Br_own, _Br_ow_ning_, _Br_ow_n-Séquard_, _Cape T_ow_n_; _Gérard D_ow
-se prononce et s’écrit mieux _Dou_. Nous prononçons également _ou_,
-par une fausse analogie avec l’anglais, dans quelques noms slaves en
-_-owski_: _Dombr_ow_ski_, _Poniat_ow_ski_, etc., _ov_ dans d’autres
-moins connus; mais la vraie prononciation serait en _oski_, avec _o_
-ouvert.
-
-[865] Voir page 262, note 1: l’_x_ remplaça d’abord _us_, puis, quand
-l’_u_ fut rétabli à côté, il remplaça abusivement l’_s_ tout seul.
-
-[866] De même _Carmau_(x), _Carpeau_(x), _Cau_(x), _Bordeau_(x),
-_Meau_(x) ou _Saul_(x)-_Tavannes_, _Andrieu_(x), _des Grieu_(x) ou
-_Vieu_(x)-_Temps_, _Dreu_(x), _Évreu_(x) ou _Brizeu_(x), _Fallou_(x),
-_Barbarou_(x), _Bardou_(x), _Berchou_(x), _Châteaurou_(x),
-_Boutrou_(x), _Ventou_(x), _Trévou_(x), _Pelvou_(x), etc. (sauf a
-Marseille).
-
-[867] On évitera donc _deusse_, aussi bien que _eusse_ et _ceusse_ avec
-autant de soin que _gensse_ ou _moinsse_!
-
-[868] Ni dans _Saint-Yriei_(x) ou _Champei_(x), _Carhai_(x),
-_Desai_(x), _Roubai_(x) ou _Morlai_(x), _Foi_(x) ou _Mirepoi_(x). Il se
-prononce pourtant dans _Ai_x (autrefois on disait _ès_, déjà vieilli au
-temps de Mᵐᵉ Dupuis), et dans _Duplei_x.
-
-[869] Ni dans _Chamoni_(x), qui s’écrit aussi _Chamouny_, ni dans
-_Saint-Geni_(x), _ni dans Chastellu_(x). Il se prononce aujourd’hui
-dans _Ge_x, mais il ne se prononce pas dans _Be_(x), _Château d’Œ_(x)
-et autres localités voisines appartenant à la Suisse romande: _Ferney_
-même, qui est tout à côté de _Gex_, s’écrivit par un _x_, _Ferne_x,
-jusqu’au jour où Voltaire, seigneur du pays, en changea l’orthographe
-_pour l’accommoder à la prononciation_. Seul _Ge_x a repris son _x_.
-
-[870] Voir, page 233, ce qui a été dit pour _neuf_. C’est avec _six_ et
-_dix_ que l’erreur de prononciation se commet le plus fréquemment dans
-les dates: _le si_(x) _mai_, _le di_(x) _mars_; elle n’en est pas plus
-justifiée.
-
-[871] Et cela fait trois manières de prononcer _six_ et _dix_.
-
-[872] Comme pour _vingt_, cette prononciation de _dix_ devant _sept_,
-_huit_, _neuf_, remonte à plusieurs siècles.
-
-[873] Pour _Béatri_x, c’est inutile, puisqu’il y a _Béatrice_. _Cadi_x
-lui-même se prononce aujourd’hui par _cs_. Mais on prononce toujours
-par _s_ _Morcen_x et _Navarren_x.
-
-[874] Voici les autres: _smila_x, _contuma_x, _opopona_x, _anthra_x,
-_bora_x, _thora_x, _stora_x et _income-ta_x; _e_x-, _code_x, _cule_x,
-_ape_x, _care_x, _mure_x, _late_x, _narthe_x et _verte_x; _bomby_x,
-_préfi_x, _héli_x, _phéni_x, _ony_x, _pny_x, _lari_x et _tamari_x;
-_lyn_x, _phormin_x et _syrin_x, _pharyn_x et _laryn_x; _bo_x, _phlo_x
-et _cowpo_x; _fiat lu_x. Il faut y joindre les noms propres anciens
-ou étrangers, et même les noms français qui ne sont pas en _-aux_,
-_-eux_, _-oux_, _-aix_ et _-oix_: _Da_x, _Sfa_x, _Fairfa_x, _Aja_x ou
-_Gandera_x, _Esse_x, _Ete_x ou _Gerve_x, _Brui_x, _Féli_x, _Ery_x,
-_Vercingétori_x et _Sty_x, _Fo_x, _Pollu_x et _Carlu_x, etc., et aussi
-_Mar_x. Pourtant, on prononcera plutôt: _Coysevo_(x), _Oyonna_(x).
-L’_x_ se prononce même dans _Ai_x et _Duplei_x, mais non dans
-_Chamoni_(x): voir page 344, notes 4 et 5.
-
-[875] Le peuple intervertit volontiers les éléments de l’_x_ dans ces
-mots, prononçant _sesque_ pour _sexe_, comme _Félisque_ pour _Félix_:
-ce défaut remonte à plusieurs siècles.
-
-[876] L’_x_ amui a revécu dans le vieux mot _jou_x_te_. L’_x_ se
-prononce de même dans _A_x_oum_, _I_x_ion_, _I_x_elles_, _Ma_x_ime_ ou
-_Vau_x_hall_, comme dans _E_x_pilly_ ou _O_x_ford_. Dans _E_(x)_mes_,
-_Di_(x)_mont_, _La Di_(x)_merie_, l’_x_ est encore muet, comme
-autrefois dans _di_(x)_me_, aujourd’hui _dîme_; mais il se prononce
-dans _Di_x_mude_.
-
-[877] Je ne parle pas de _au_(x)_quels_, qui fait naturellement comme
-_le_(s)_quels_.
-
-[878] C’est le même _s_ qu’on entend dans _Xer_x_ès_ (ou
-_Artaxer_x_ès_), écrit quelquefois _Xer_c_ès_, ainsi que
-dans _Au_x_erre_, _Au_x_ois_, _Au_x_onne_, _Sau_(l)x_ures_,
-_Bu_x_y_ et _Bru_x_elles_. A Paris on prononce _cs_ dans
-_Saint-Germain-l’Au_x_errois_; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille
-dire _Au_-s_erre_ en _Au_c-_serrois_: en dehors de l’expression propre
-à Paris, on fera bien de prononcer _Au_-s_errois_ comme _Au_-s_erre_.
-En revanche on articule aujourd’hui _cs_ dans _Saint-Mai_x_ent_:
-telle est du moins la prononciation de toute l’armée; et aussi dans
-_Lu_x_euil_, _Lu_x_embourg_, _Ai_x-_les-Bains_, _Ai_x-_la-Chapelle_,
-malgré l’opinion de Kr. Nyrop. Il est certain que les autres noms
-suivront, à une échéance plus ou moins lointaine: on commence à
-prononcer beaucoup _bru_c-s_el_, et cela même à Bruxelles.
-
-[879] _Di_z_ain_ a pris un _z_: pourquoi n’écrit-on pas aussi
-_si_z_ain_, ou _di_z_ième_?
-
-[880] A l’époque où on prononçait _acident_, on prononçait aussi
-_ecellent_, et les personnes qui ont l’_a_c_ent_ n’ont pas perdu cette
-prononciation.
-
-[881] C’est le même phénomène que dans _a_c_ident_ ou _e_c_ellent_.
-
-[882] Malgré les préférences de Michaëlis et Passy.
-
-[883] Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on
-voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels
-qu’_exécuter_ des mots comme _excellent_, qui s’écrivaient autrement?
-Ou cela vient-il de ce qu’à l’époque où l’_x_ se réduisait toujours
-à un _s_ devant une voyelle, on prononçait naturellement _ezemple_,
-_ezercer_? Cependant on prononçait _ma-sime_ et non _mazime_, et
-_Ale-sandre_: alors? Et pourquoi X_avier_ se prononçait-il Z_avier_
-et non S_avier_, tandis que X_aintonge_ est devenu S_aintonge_? Qui
-expliquera ces bizarreries?
-
-[884] L’_x_ s’adoucit aussi dans _E_x_upère_, mais il reste intact dans
-_E_x_elmans_.
-
-[885] Cf. g_laude_ pour c_laude_. Le même changement se produit
-presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les
-anciens: X_anthe_, X_antippe_, X_énocrate_, X_énophane_, X_énophon_,
-X_erxès_ et _Arta_x_erxès_, et aussi X_avier_, et même X_aintrailles_.
-Mais la prononciation correcte de mot est S_aintrailles_, comme
-S_aintonge_, issu de X_aintonge_; le _c_ est tombé dans S_ain-tonge_ et
-X_aintrailles_, malgré l’orthographe: c’est toujours la répugnance qu’a
-le français pour deux consonnes initiales autres que _bl_, _br_, etc.
-
-Dans X_iménès_ et X_érès_, on prononce par tradition un _k_: en
-réalité, cet _x_ espagnol est une gutturale aspirée, qu’on a transcrite
-autrefois par un simple _ch_ chuintant, comme dans Ch_imène_, et
-qu’on écrit aujourd’hui _j_; mais aucune tradition pareille ne s’est
-établie pour les autres mots, comme X_enil_ ou J_enil_, X_ucar_ ou
-J_ucar_, qu’on prononce pourtant plus généralement avec un _x_, comme
-_Guadala_x_ara_.
-
-[886] Et en effet il se prononçait primitivement _ts_, comme
-en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans
-l’orthographe, à défaut d’accent, à distinguer l’_é_ fermé final
-de l’_e muet_: _tu aim_es, _ils sont aimés_, ce qui n’est pas plus
-extraordinaire que _vous aimez_.
-
-[887] Ni dans les noms propres du Nord: _Despre_(z) ou _Cherbulie_(z),
-_Saint-Genie_(z) ou _Dumourie_(z), _Mouche_(z) ou _Natche_(z),
-_Douarnene_(z), _Depre_(z), _Despre_(z) ou _Dupre_(z), _Géruse_(z)
-ou _Sée_(z), aujourd’hui écrit _Sées_, et naturellement _Gris-Ne_(z)
-ou _Blanc-Ne_(z). On ne prononce pas non plus le _z_ dans _Fore_(z),
-qui a l’_e_ ouvert, ni dans la vieille préposition _le_z de
-_Plessis-le_(z)_-Tours_ et autres lieux.
-
-[888] On y prononce aussi _Agassi_(z).
-
-[889] Le _z_ final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le
-son d’un _s_ dur, et non d’un _s_ doux. Il a aujourd’hui le son de
-l’_s_ doux dans les noms propres en _-az_, _-iz_, _-oz_, _-uz_, où on
-le prononce toujours: _Dia_z, _Hedja_z, _La Pa_z et _Chira_z, _Hafi_z
-et _Abdul-Azi_z, _Berlio_z, _Boo_z, _Badajo_z, _Dallo_z, _Bulo_z et
-_Dro_z, _Saint-Jean-de-Lu_z, _Santa-Cru_z et _Vera-Cru_z, et aussi
-_Elbour_z ou _Elbrou_z, etc. Quant aux noms propres en _-ez_, nous
-venons de voir que ceux du Nord se prononçaient encore par _é_ fermé
-sans _z_, mais ils commencent à s’altérer, notamment _Natche_z;
-ceux du Midi, _Ambe_z, _Barthe_z, _Lombe_z, _Orthe_z, _Rode_z ou
-_Saint-Trope_z, se prononçaient en _ès_ par _s_ dur, et se prononcent
-encore ainsi dans le Midi, mais dans le Nord on leur donne un _s_ doux,
-ainsi qu’à _Due_z, _Sue_z, _Buche_z; on le donne même souvent aux
-noms espagnols, où l’_s_ dur est préférable: _Aranjue_z, _Sanche_z,
-_Fernande_z, _Rodrigue_z, _Lope_z, _Vélasque_z, _Diégo-Suare_z,
-_Alvare_z, _Pere_z ou _Corte_z, sans compter _Fe_z. _Méquine_z s’écrit
-aussi _Meknès_, ce qui montre bien la vraie prononciation.
-
-[890] Dans _tz_, c’est l’accommodation régressive du _z_ au _t_, plus
-commode que celle du _t_ au _z_. On prononce de même _Ba_tz, _Gala_tz
-et _Gra_tz, _Fi_tz, _Stréli_tz, _Sedli_tz, _Austerli_tz, _Chemni_tz,
-_Biarri_tz, _Gori_tz, _Fri_tz et _Schwi_tz, _Freischü_tz et _Olmu_tz,
-_Har_tz, _Schwar_tz et _Her_tz, et aussi _Die_z, _Seidli_z, _Leibni_z,
-_Brien_z. Toutefois on prononce souvent _Leibniz_ et même _Austerlitz_
-et _Sedlitz_ par un _s_ simple. Dans _Lis_(z)t, le _z_ ne peut pas
-s’entendre.
-
-[891] C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans
-_Me_(t)z, dont l’adjectif est _messin_, et _Re_(t)z, et aussi
-_Féle_(t)z ou _Dujardin-Beaume_(t)z. On n’entend ni _t_ ni _z_ dans
-_Be_(tz), qui a l’_e_ ouvert, et _Champcene_(tz), qui a l’_e_ fermé.
-
-[892] De même _Véné_z_uéla_, _Chimbora_z_o_ ou _Sfor_z_a_, comme
-_Mo_z_art_ et _Pou_(z)z_oles_, _Fe_(z)z_an_ ou _Abru_(z)_zes_, et
-surtout en tête des mots: Z_ara_, Z_ermatt_, Z_immermann_, Z_urich_,
-Z_uyderzée_, Z_ug_, et Z_urbaran_.
-
-[893] Z_ollverein_, Z_wickau_, Z_wingle_, Z_wolle_, _Er_z_gebirge_,
-_Schwar_z_wald_, _Creu_z_er_ et aussi _Guipu_z_coa_; mais on prononce
-d’ordinaire un _s_ doux entre _l_ et _b_: _Sal_z_bourg_, _Sal_z_bach_.
-
-[894] De même _Are_zz_o_, _Bra_zz_a_, _Custo_zz_a_, _Foga_zz_aro_,
-_la Ga_zz_a ladra_, _Go_zz_oli_, _Pestalo_zz_i_, _Po_zz_o di Borgo_,
-_Man_z_oni_, _Ma_zz_ini_, _Rata_zz_i_, _Ri_zz_io_, _Stro_zz_i_,
-_Spe_zz_ia_, et aussi Z_eus_ ou _Oue_zz_an_. Il en est de même de _tz_
-dans _Bo_tz_aris_ et autres. Pour _cz_, voir page 220. Le _sz_ hongrois
-se prononce _s_, par exemple dans Sz_egedin_; le _sz_ polonais, _ch_,
-par exemple dans _Kali_sz.
-
-[895] On trouve bien encore un _d_ ou un _t_ dans certains _z_:
-_me_zz_o_ ou _gra_z_ioso_; du moins ceci est étranger.
-
-[896] C’est un reliquat de cette prononciation que nous avons constaté
-dans les noms de nombre, de _cinq_ à _dix_: on voit que cela remonte
-loin. Il y a aussi quelque chose de cela dans _plus_ et _tous_. Il y a
-même pour quelques-uns de ces mots trois prononciations différentes:
-isolément, devant consonnes dans certains cas, et devant voyelles:
-_dis_, _di_ et _diz_; _plus_, _plu_ et _pluz_, tout comme au XVIᵉ
-siècle.
-
-[897] Ce qui permet aux gens facétieux quelques calembours. Ch. Nyrop
-en cite quelques-uns, dus aux liaisons de _en agent_, _il est ouvert_,
-_trop heureux_, _le premier homme du monde_, etc. Et il ajoute très
-sérieusement: «A moins qu’on ne veuille plaisanter, on évite ces
-liaisons..., par exemple on s’abstiendra de faire entendre le _p_
-de _trop_ dans une phrase comme celle-ci: _Vous ne ferez jamais un
-bon marin_: _vous êtes tro_p _homme de terre_ (et non _trop pomme de
-terre_!).» Voilà un rapprochement auquel on ne s’attendait pas.
-
-[898] Je ne compte pas les ignorants qui s’étudient à «bien parler»,
-et qui entassent les _cuirs_ sur les _velours_ et les _pataquès_. Le
-mot _pataquès_, dont on a vu l’origine plus haut, page 60, désigne
-naturellement les confusions de liaison: _ce n’est poin_(t) z_à moi_
-et _ce n’est pa_(s) t_à moi_. On appellera plutôt _cuir_, l’addition
-d’un _t_: _va_ t_en ville_, et _velours_ celle d’un _s_: _j’ai_ z_été_,
-parce que le velours est plus doux que le cuir. D’ailleurs le _cuir_
-lui-même avait la prétention d’adoucir la prononciation, peut-être
-comme le cuir adoucit le rasoir. Notons qu’autrefois _on_ z_a_ ou
-_j’ai_ z_été_ ont été admis par les personnes les plus distinguées,
-sans parler des _quatre_ z_éléments_, ou _il leur_ z_a dit_; et tout
-cela n’était pas plus extraordinaire que _a-il_ ou _aime-il_ prononcés
-_ati_ ou _aimeti_ au XVIᵉ siècle, avant que le _t_ ne fût introduit
-dans l’écriture, où il avait figuré déjà à une époque beaucoup plus
-ancienne. Aujourd’hui encore, _entre quat’zyeux_ est admis par beaucoup
-de gens: nous reviendrons sur cette expression.
-
-[899] Voir plus haut, pages 151 sqq., ce qui a été dit de l’élision.
-
-[900] Comme on dit: _d_e _une heure à deux_, sans élision. Il est vrai
-qu’on fait la liaison dans _troi_s z_un_; mais c’est comme dans _troi_s
-z_hommes_: _un_ est pris ici comme substantif ordinaire. Théoriquement,
-on ferait aussi la liaison dans _cen_t t_un_, c’est-à-dire cent fois le
-numéro _1_, par opposition au nombre _101_, qui représente _cent et un_.
-
-[901] On dit pourtant: _ils son_(t) t_un_; mais ce n’est qu’une
-plaisanterie.
-
-[902] Sauf à la Comédie-Française, où l’on peut entendre le jeune
-premier, dans _le Jeu de l’amour et du hasard_, articuler nettement
-_dite_(s) z_oui ou non_. On prétend avoir entendu, à la même
-Comédie-Française, _mai_(s) z_oui_: je n’ose le croire! En revanche on
-peut faire la liaison dans _ce_(s) z_ouates_, ou _trè_(s) z_ouaté_;
-et si on ne la fait guère avec _ouistiti_, on la fait toujours avec
-_ouailles_ et les mots de la famille d’_ouïr_, quoi qu’en ait dit Mᵐᵉ
-Dupuis, qui prétendait faire prononcer sans liaison
-
- Ces rois _à vous ouïr_, m’ont paré d’un vain titre:
-
-ceci ferait simplement un vers faux, car l’absence de liaison ferait de
-_ou-ïr_ un monosyllabe.
-
-[903] Quoique dans ce cas on fasse assez facilement l’élision de la
-proposition _de_.
-
-[904] L’abbé d’Olivet préférait déjà l’hiatus dans la prose: «On ne
-doit pas craindre ces hiatus, dit-il; la prose les souffre, pourvu
-qu’ils ne soient ni trop rudes, ni trop fréquents; ils contribuent même
-à donner au discours un certain air naturel.»
-
-[905] Et cela depuis fort longtemps, malgré Domergue et beaucoup de
-grammairiens, qui voulaient à toute force maintenir l’_e_ fermé. Il
-en résulte une différence entre _le premier rhum_ (_e_ fermé) et _le
-premier homme_ (_e_ moyen).
-
-[906] Il n’est donc qu’à demi exact de dire que quand un mot est
-terminé par un _e muet_, il se lie par la consonne qui précède avec
-le mot suivant, s’il commence par une voyelle. Il y a bien là quelque
-chose de la liaison, en ce que la consonne sert aussi d’initiale au
-mot suivant; mais s’il y avait _liaison_ proprement dite, la consonne
-pourrait s’altérer; or elle ne s’altère jamais: _qu’il ren-d_(e) _aux
-hommes_, la _lan-g_(ue) _allemande_, comme le _li_s_est blanc_. Il
-n’y a de _liaison_ proprement dite, au sens où on l’entend dans ce
-chapitre, que pour les consonnes qui normalement ne se prononcent pas.
-
-[907] LA FONTAINE, _les Animaux malades de la peste_.
-
-[908] MOLIÈRE, _le Misanthrope_, acte I, scène 2.
-
-[909] Avec cette nuance qu’ici le _c_ garde le son guttural qui
-appartient au _c_ final, au lieu de s’altérer en _s_ devant _e_. On
-disait de même autrefois _de bro_(c) k_en bouche_.
-
-[910] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, II, 7. En vers, on pourra lier
-aussi le _c_ de _banc_, _blanc_ ou _flanc_, de _tabac_ ou d’_estomac_,
-et même d’_instinct_; mais si l’on peut éviter l’hiatus par une pause
-légère au lieu d’une liaison, cela vaudra mieux.
-
-[911] LA FONTAINE, _Fables_, XI, 8.
-
-[912] Ceci tient à ce qu’autrefois, quand les consonnes finales se
-prononçaient, les gutturales sonnaient toujours _c_, qui est d’une
-émission plus facile; et c’est pour cela que les mots à _c_ ou _g_
-final ont pu si longtemps rimer ensemble, par tradition, sans pouvoir
-rimer avec les mots à _d_ ou _t_ final, qui, eux aussi, ne rimaient
-qu’ensemble, pour une raison pareille. Mais il y a beau temps que
-toutes ces finales auraient dû être assimilées pour la rime. Je dois
-avouer d’ailleurs que dans les liaisons qui ne se font qu’en vers,
-comme celle de _long espoir_, il y a déjà tendance à conserver au _g_
-le son doux.
-
-[913] On disait autrefois de _cler_(c) c_à maître_; et nous savons
-qu’on dit encore _por_(c)-k_épic_. Mais si le _g_ sonne _c_ dans
-_Bourg-en-Bresse_, ce n’est pas par liaison. Voir page 236, note 1.
-
-[914] Le _d_ se lie toujours avec le même son que le _t_, car
-autrefois, quand le _d_ final se prononçait dans les mots proprement
-français, il se prononçait plus aisément comme un _t_, notamment après
-une nasale: voir ci-devant, note 3.
-
-[915] Cette liaison des formes très usitées est si nécessaire que le
-peuple la fait parfois même où il n’y en a point à faire, notamment
-avec _va_. Le peuple ignore en effet que cette finale _tonique_ de
-troisième personne se passe de _t_, sous prétexte qu’_aller_ est de
-la première conjugaison; il dit donc _va-_t_-et vient_, _coupe les
-chats et va-_t_-en ville_, et _Malbrough s’en va-_t_-en guerre_. Au
-surplus quelques-uns de ces _cuirs_ sont devenus corrects: _va-t-en_,
-_a-t-il_, _aime-t-il_, ne sont pas autre chose qu’une liaison faite,
-par _analogie_, là où il n’y a pas de _t_. De même _ne voilà-_t_-il
-pas_, par analogie avec les troisièmes personnes.--J’ajoute que
-_est_ se distingue précisément de _et_ par la liaison, car l’un se
-lie _toujours_ et l’autre _jamais_, et cela depuis le XVIᵉ siècle au
-moins, puisque dès cette époque l’hiatus de _et_ fut le seul hiatus
-avec consonne que les poètes commencèrent à s’interdire; les autres
-n’étaient pas encore des hiatus.
-
-[916] On notera qu’il y a des adjectifs qu’on ne met guère devant le
-substantif qu’au féminin ou devant une consonne: _chaude saison_,
-_blonde enfant_, _grossier personnage_, précisément pour éviter une
-liaison désagréable ou impossible, comme serait celle de _blon_(d)
-_tenfant_ ou _grossie_(r) _ranimal_.
-
-[917] Si l’on dit _ving_(t) t_et un_, c’est peut-être par analogie avec
-_tren_te _et un_: voir page 329; ou peut-être parce que c’est une sorte
-de mot composé.
-
-[918] Dans _j’ai chau_(d) _aux pieds_, _aux pieds_ n’est pas complément
-de _chaud_, mais de _j’ai chaud_.
-
-[919] On dit assez souvent, à tort, _avan_(t)-_hier_ sans liaison, et
-en trois syllabes; c’était même, malgré Ménage, la prononciation la
-plus usitée au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle; mais je crois qu’en ce cas
-on aspirait l’_h_, et je crois aussi qu’on avait tort. En tout cas,
-_avant-hier_ a aujourd’hui quatre syllabes, et la liaison s’y impose.
-
-[920] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, acte IV, scène 3.
-
-[921] Dans la marine, on dit en ouvrant l’_o_: _le cano_(t) t_est
-paré_; mais c’est une façon de parler en quelque sorte technique ou
-dialectale.
-
-[922] Mais _po_(t) _à tabac_, pour éviter la cacophonie, et même
-_po_(t) _à beurre_.
-
-[923] _Tô_(t) t_ou tard_, étant un peu cacophonique, se remplace
-avantageusement par _tô_(t) _ou tard_.
-
-[924] La liaison n’est indispensable ici que dans les noms composés,
-comme _Pon_(t)-t_à-Mousson_, _Pon_(t)-t_Audemer_, _Pon_(t)-t_Euxin_,
-aussi bien que celle de _Saint_ devant une voyelle, ou celle de
-_Lo_(t)-t_et-Garonne_. On la fait aussi ordinairement, par tradition,
-dans le titre du _Dépi_(t) t_amoureux_.
-
-[925] Il n’est pas possible d’accepter:
-
- Blanc comme Eglé qui _dor_(t) t_auprès_ d’un ami sien.
-
-et cela par-dessus la césure, avec un lien médiocre entre les mots!
-Pourquoi pas _à tor_(t) t_et à travers_?
-
-[926] On dit aussi généralement _Por_(t)-t_au-Prince_; mais
-_Por_(t)_-Arthur_, _Por_(t)_-Élisabeth_, etc., doivent se passer de
-liaison.
-
-[927] Je rappelle qu’on disait autrefois _vi_(f) v_argent_, _bœu_(f)
-v_à la mode_.
-
-[928] C’est ainsi que le verbe _suiver_, de _suif_, est devenu
-_suiffer_: «_Suiver_: quelques-uns disent _suiffer_», dit l’Académie en
-1845; et en 1878: «_Suiffer_: quelques-uns disent _suiver_.» En 19...,
-elle dira _suiffer_ tout court, à moins qu’elle ne dise _suifer_, ce
-qui serait plus simple.
-
-[929] Voir plus haut, page 345, _si_(x) z_avril_ et _entre si_(x) z_et
-sept_.
-
-[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller
-au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa
-prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «_Le
-tem_(ps) z_est beau_.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait
-parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est
-tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe:
-
- Le tem(ps) zest beau pour la saison.
-
-
-[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec _s_, dira plutôt
-_t’e_(s)_-t-une bête_, par analogie avec la troisième personne, et,
-mieux encore, _t’e_(s) _une bête_.
-
-[932] Le peuple dit volontiers _donne-moi-_z_en_: c’est la liaison de
-_donnes_, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent,
-quand on ne s’observe pas.
-
-[933] Et _lez_ ou _les_, dans les noms de lieux.
-
-[934] MOLIÈRE, _Misanthrope_, acte III, scène 7. On ne peut cependant
-pas lier _mais oui_; voir page 358, note 3. La liaison de _mais_ n’est
-d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est
-qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, _m_(ais) _enfin_.
-
-[935] Pour _six_ et _dix_, voir plus haut, page 345.
-
-[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les
-éléments, on le prononçait sans liaison.
-
-[937] Toutefois on peut écrire _matches_, ce qui permet de lier.
-
-[938] On dirait de même, sans liaison, _un chauffe-pied_(s) _élégant_,
-car l’_s_ marque le pluriel de _pied_, mais non du composé, et d’autre
-part le _d_ ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des
-_chauffe-pied_(s) z_élégants_, comme si l’_s_ n’était pas le même.
-
-[939] Je dis _nécessairement_, malgré Michaëlis et Passy.
-
-[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction
-_et_, comme on le fait quelquefois.
-
-[941] Par opposition à _Champs-Elysées_ ou _États-Unis_.
-
-[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance
-parfois à remplacer l’_s_ intérieur par un _s_ final incorrect: _des
-che_(fs)-_d’œuvre_ z_admirables_, _les chemins de fer_ z_algériens_.
-Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement _chédeuvre_, avec
-un _s_ au pluriel, puisque le sens de _chef_ disparaît complètement
-dans le mot composé?
-
-[943] On fait même souvent la liaison du _t_ et non celle de l’_s_ dans
-_deux accen_(ts) t_aigus_, qu’on traite comme des _gue_(ts) t_apens_;
-mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots
-restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels.
-
-[944] Je ne parle pas des formes en _âmes_ et _âtes_, et autres
-pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles
-appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire.
-
-[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, _enfonceur de porte_(s)
-z_ouvertes_.
-
-[946] CORNEILLE, _Polyeucte_, acte I, scène 3. S’il y avait _Persans_,
-la liaison se ferait même en prose.
-
-[947] _Id._, _ibid._, acte IV, scène 6.
-
-[948] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 2.
-
-[949] VOLTAIRE, _les Scythes_, acte II, scène 1.
-
-[950] V. HUGO, _Légende des siècles_, II, _la Conscience_. Le même dans
-ses _Odes_, I, 8, avait écrit d’abord: _Les bronzes ont tonné_; il a
-corrigé ensuite judicieusement, et mis: _Les canons ont tonné_.
-
-[951] Dans _Cromwell_, les noms de _Charles_ et _Londres_ reviennent à
-toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’_s_ y
-est _toujours_ supprimé. _Delphes_, _Thèbes_ et _Arles_ perdent leur
-_s_ chacun huit ou dix fois au moins dans _la Légende des siècles_:
-_Arles_ seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut
-déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V.
-Hugo, dans son _Traité de Poésie_, d’avoir écrit _Versaille_ sans _s_,
-sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que
-M. Donnay a écrit dans le _Ménage de Molière_:
-
- Versailles est vraiment un séjour enchanté;
-
-mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a
-dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit
-apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on
-ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’_s_ de celui-là, et en
-faire aussi de la prose.
-
-[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne
-faisait pas plus la liaison que dans _États-Unis_: voir plus haut; Mᵐᵉ
-Dupuis l’interdit encore.
-
-[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’_s_ après l’_r_, il
-serait encore plus ridicule de dire _des ver_(s) z_à soie_, que de dire
-_des moulin_(s) z_à vent_ ou _des salle_(s) z_à manger_.
-
-[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les
-Sociétaires de la Comédie-Française: «_L’univer_(s) z_ébloui_,» disait
-Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«_oublier le corp_(s) z_en
-rajeunissant l’âme_», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical
-entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, _prendre le
-mor_(s) z_aux dents_! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à
-la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en
-matière de liaisons.
-
-[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la _Princesse
-lointaine_:
-
- Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle?
- --Le prince l’a promis de nous mener _vers elle_.
-
-La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la
-prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de
-ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences;
-mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation
-qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très
-ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les
-acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.
-
-[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents
-chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par
-exemple, dans _Polyeucte_, acte II, scène 2, la seconde tirade de
-Pauline: on y trouve _trois_ rencontres qui, pour nous, sont des
-hiatus, et pour lui n’en étaient pas:
-
- Ma _raison_, _il_ est vrai, dompte mes sentiments.
- Votre mérite est grand, si ma _raison est_ forte.
- Plaignez-vous _en encor_, mais louez sa rigueur.
-
-Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous
-tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons
-l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable.
-La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres
-pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour
-nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison:
-
- Hélas! cette vertu, quoique _enfin invincible_...
- _Enfin épargnes-moi_ ces tristes souvenirs.
-
-Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même
-par-dessus une consonne: _je tien_(s) n_a dire_... C’est probablement
-un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on
-écrivait _je tien_.
-
-[957] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 4.
-
-[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des
-adjectifs qui dévocalisent leur _u_ devant une voyelle, _bel homme_,
-_nouvel an_, _fol orgueil_, _mol édredon_, _vieil homme_: ici aussi
-c’est le son du féminin qu’on entend.
-
-[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de
-l’accent aigu de _enamourer_, _enivrer_ et _enorgueillir_, où se
-rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots
-devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, _a-namourer_,
-_a-nivrer_, _a-norgueillir_, comme on prononce dans le Midi, très
-logiquement (cf. _a-nuyer_ pour _ennuyer_).
-
-[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le
-passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son
-nasal: _vain_, _vain-ne_, comme _fem-me_ et _ardent-ment_: voir pages
-64 et 131.
-
-[961] Tout comme dans _bo_-n_homme_, _bo_-n_heur_, _bo_-n_henri_ (sans
-compter _boniment_ ou _bonifier_).
-
-[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très
-naturelle de l’usage que nous faisons de _mon_, _ton_, _son_, au
-féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus
-de _ma âme_, _sa épée_, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait
-tout aussi bien en disant _m’âme_ ou _s’épée_, procédé dont il nous est
-resté _ma mie_, altération de _m’amie_. Mais la question est de savoir
-_pourquoi_ on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable,
-c’est que _mon_, _ton_, _son_, en liaison, même devant des masculins,
-prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les
-féminins: puisqu’on disait _mo-nami_ comme _bo-nami_, on pouvait aussi
-bien dire _mo-nâme_, comme _bonn_(e) _âme_.
-
-[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de
-_vin_: _vinaigre_, _vinage_, _vinasse_, _vinaire_, _vinification_, mais
-le latin y est pour quelque chose.
-
-[964] La correspondance demanderait _eune_, qu’on entend dans les
-campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier.
-
-[965] Mais si l’on ne dit pas _u-nami_, ce n’est pas une raison pour
-dire _eu-nami_.
-
-[966] Peut-être dira-t-on encore: _à eux trois, ils ont vingt et
-u_-n_enfants_: je ne crois pas qu’on puisse décomposer _un_ ailleurs.
-
-[967] Cf. par exemple _cin_(q) _francs_ et _cin_q _mai_.
-
-[968] De même dans les noms propres comme _Bienaimé_. Dans le Midi,
-on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait
-rimer de deux syllabes, _les savants en us_ avec _anus_! On y dit de
-même _a_-n_effet_, _a_-n_outre_, et _o_-n_est venu_, que préconisait
-Domergue. On y dit même _no_-n_avenu_ ou _no_-n_activité_; mais en
-français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites;
-par exemple, _non_ ne se lie jamais, malgré _no_n_obstant_, non plus
-que la préposition _selon_.
-
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-Phillipe H. Martinon
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
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-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
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- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
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-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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