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Martinon - -Release Date: August 4, 2019 [EBook #60052] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS *** - - - - -Produced by Chuck Greif and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net. - - - - - - - - - - COMMENT ON PRONONCE - LE FRANÇAIS - - _18ᵉ A 27ᵉ MILLE_ - - - - - OUVRAGES DU MÊME AUTEUR - - -COMMENT ON PARLE EN FRANÇAIS. La langue parlée correcte comparée avec -la langue littéraire et la langue familière. - -DICTIONNAIRE COMPLET, MÉTHODIQUE ET PRATIQUE DES RIMES FRANÇAISES, -précédé d’un traité de versification. Ouvrage composé sur un plan tout -à fait nouveau. Un volume in-12 de 300 pages. - - (_Librairie Larousse._) - - - - - PH. MARTINON - - Docteur ès lettres - - COMMENT ON PRONONCE - - LE FRANÇAIS - - Traité complet de - prononciation pratique - avec les noms propres - et les mots étrangers - - [Illustration: colophon] - - LIBRAIRIE LAROUSSE - 13-17, rue Montparnasse. PARIS - - - TOUS DROITS DE REPRODUCTION, - DE TRADUCTION, D’ADAPTATION ET D’EXÉCUTION - RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS. - - - COPYRIGHT 1913, BY THE LIBRAIRIE LAROUSSE, PARIS. - - - _A MA FEMME, - - Parisienne de Paris_ - - - _L’AUTEUR, - - Parisien de province._ - - - - -PRÉFACE - - -_Deux grammairiens, Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, ont publié en 1805 et 1836 -des traités de prononciation qui ont longtemps fait loi[1]. On voit -qu’ils remontent un peu loin. Et pourtant, depuis cette époque, il n’en -a guère paru de satisfaisants. Je n’en connais pas du moins qui n’ait -de graves défauts._ - -_D’abord ils sont inexacts, je veux dire qu’ils renferment de -nombreuses erreurs, parfois des erreurs énormes, soit qu’ils -conservent, par un respect excessif de la tradition, des manières de -prononcer qui sont tout à fait sur années, soit qu’au contraire, ils -accueillent avec une facilité déplorable des prononciations qui ont -peut-être l’avenir pour elles, mais qui en attendant sont désagréables -au plus haut degré[2]. Chose fâcheuse à constater, les meilleurs -travaux sur la matière sont encore ceux des étrangers. Mais comment -espérer qu’un étranger puisse vraisemblablement nous enseigner notre -prononciation? Ch. Nyrop lui-même, qui fait autorité en ce qui concerne -la grammaire historique de notre langue, ne peut pas ne pas commettre -des erreurs[3]._ - -_Un autre défaut des traités de prononciation contemporains, c’est -qu’ils sont très incomplets. Seul Lesaint s’est donné la peine de faire -une revue complète, trop complète même, du vocabulaire. Je dis trop -complète, parce qu’il donne des listes alphabétiques interminables de -mots que personne n’emploie. Mais lui-même n’a pas prévu tous les cas -intéressants ou douteux, tous ceux sur lesquels on peut ou on doit se -poser des questions. Aurait-on donc tout prévu dans ce nouveau livre? -Je ne l’affirmerai pas, et sans doute plus d’un point a dû échapper: -en aucune matière on ne peut prétendre être parfaitement complet, -et il peut y avoir des difficultés à côté desquelles on passe sans -les apercevoir. Il reste toujours que l’on trouvera traités ici des -problèmes, ou indiquées des prononciations qu’on chercherait vainement -ailleurs. Pour les noms propres notamment, on sera très largement -servi. Et les faits n’y seront pas énumérés, mais classés: les longues -listes alphabétiques qu’on trouve ailleurs, et qui, dans leur désordre -réel, que cache mal l’ordre apparent, rendent si peu de services, y -seront remplacées par des classifications méthodiques et logiques._ - -_Mais, dira-t-on, si les traités de prononciation sont incomplets, -les dictionnaires ne le sont pas. N’y en a-t-il pas qui donnent la -prononciation de tous les mots? Eh bien! c’est encore une erreur. Les -dictionnaires, outre qu’ils sont un peu gros pour être d’un usage -pratique, sont aussi très incomplets, d’abord parce qu’ils ne donnent -généralement qu’une prononciation dans beaucoup de cas où on a le droit -d’hésiter: or, quand les individus ont le droit d’hésiter, les livres -ont le devoir de le faire; ensuite parce qu’ils oublient les flexions, -qui sont capitales: ils donneront par exemple la prononciation de -l’infinitif des verbes, mais celle de la première personne, dans -la pluralité des cas, est beaucoup plus intéressante que celle de -l’infinitif. Et puis les dictionnaires considèrent uniquement les mots -isolés: or il importe souvent de les considérer dans le corps des -phrases._ - -_D’ailleurs les dictionnaires aussi renferment beaucoup d’erreurs. -Celui qui aujourd’hui fait autorité en toute matière, le_ Dictionnaire -général, _de Darmesteter, Hatzfeld et M. A. Thomas, laisse autant à -désirer au point de vue de la prononciation qu’au point de vue de -l’étendue du vocabulaire[4]. D’abord sa doctrine paraît avoir varié -sensiblement au cours de l’impression, et on y trouve d’étranges -inconséquences[5]; de plus il paraît dans beaucoup de cas subordonner -ses solutions à l’orthographe ou à l’étymologie, sans tenir assez de -compte de l’usage véritable, indiquant ce qui doit être ou ce qui -devrait être plutôt que ce qui est[6]. Au surplus, le dernier auteur -du livre, qui n’était pas le principal responsable, a si bien reconnu -le fait, que la prononciation a été l’objet d’une attention toute -particulière dans la revision qui a été faite._ - -_J’ai cru, néanmoins, devoir signaler en note les points principaux -sur lesquels je suis en accord ou en désaccord avec le_ Dictionnaire -général: _le lecteur aurait pu me reprocher de ne pas faire connaître, -dans un ouvrage qui veut être aussi complet que possible, l’opinion -d’un livre aussi important; il pourra donc se prononcer lui-même en -connaissance de cause._ - -_Un autre dictionnaire qui semblerait aussi devoir faire autorité en -la matière, c’est le_ Dictionnaire phonétique de la langue française -_par Michaëlis et Passy. Mais, malgré la préface complaisante (avec des -restrictions d’ailleurs) de Gaston Paris, je crains bien que le second -de ces auteurs n’ait dans ce livre une part singulièrement réduite. -C’est encore l’œuvre d’un étranger, et elle fourmille d’erreurs -étranges[7]._ - -_Ainsi les dictionnaires ne sont ni plus complets ni plus exacts que -les traités de prononciation. Quant à la méthode, l’ordre alphabétique -leur interdit d’en avoir une. Mais celle des meilleurs traités de -prononciation, fort scientifique peut-être, n’est aucunement pratique. -Ils partent en effet du son pour aboutir à l’orthographe. Comme -méthode générale d’enseignement pour les étrangers, cela est sans -doute excellent. Et d’autre part il peut être très intéressant pour -tout le monde de savoir qu’un son donné, voyelle ou consonne, s’écrit -de telles et telles manières différentes. Mais ceux qui, sachant -la langue par ailleurs, désirent simplement se renseigner sur des -points particuliers, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, ceux-là -ne partent pas du son, car il ne s’agit pas pour eux d’apprendre -l’orthographe; ils désirent au contraire apprendre quel est le son -qui correspond correctement à une graphie donnée. Un livre_ pratique, -_un livre de vulgarisation, destiné aux Français aussi bien qu’aux -étrangers, doit donc partir de l’orthographe exclusivement; il doit -partir de ce qui se voit, qui est absurde peut-être, mais qui est -fixe et certain, pour passer à ce qui s’entend, qui est souvent -douteux ou discutable. Sans doute dans les livres il y a des tables... -quelquefois, mais ce n’est pas assez; c’est dans le livre même que la -méthode doit être pratique._ - -_De plus, les meilleurs livres ont encore, je ne dirai, pas un défaut, -mais un inconvénient_ au point de vue pratique: _c’est de faire usage -de signes spéciaux inusités ailleurs. Je sais tout ce qu’on peut dire -en faveur des signes spéciaux, et combien il est plus aisé de marquer -les sons avec précision et correction, lorsque chaque son a un signe -unique, et chaque signe un son unique. C’est parfait au point de vue -scientifique. Le malheur, c’est qu’un profane qui veut se renseigner -et qui aperçoit ces signes dont il n’a pas l’habitude ferme le livre -immédiatement. Il est bien certain qu’il a tort, mais qu’y faire? -On aura beau simplifier, se réduire à une demi-douzaine de signes -particulièrement indispensables, rien n’y fera. Les personnes les plus -intelligentes, qui se rendraient immédiatement, si l’on avait deux -minutes pour leur montrer verbalement la nécessité de ces signes, et -combien leur usage est facile, ne feront pas elles-mêmes ce simple -effort de deux minutes, qui leur serait nécessaire pour se rendre -compte des choses avec une parfaite aisance. Elles fermeront le livre, -comme les autres. Encore une fois, qu’y faire? Tant pis pour elles, -dira quelqu’un! C’est parfait; mais alors on prêchera dans le désert! -Or, quand on fait un livre de vulgarisation, c’est pour être lu du plus -grand nombre, et il n’y a qu’un moyen de se tirer d’affaire, c’est -celui de Mahomet: quand la montagne ne veut pas venir, il faut aller à -elle! C’est pourquoi ce livre est imprimé d’un bout à l’autre avec les -caractères de tout le monde. La méthode a des inconvénients: pense-t-on -que je ne les voie pas? Elle sera certainement l’occasion de plus d’une -erreur passagère, due à l’inattention du lecteur. Mais l’avantage qu’il -y a d’atteindre la catégorie de lecteurs qui est de beaucoup la plus -nombreuse compense largement quelques inconvénients, d’ailleurs assez -médiocres en définitive._ - -_Ce n’est pas tout. Les traités de prononciation se bornent -généralement à énoncer les faits, sans les expliquer: on en -trouvera ici l’explication, historique ou théorique, sauf erreur, -toutes les fois qu’elle est possible et présente quelque intérêt. -Et c’est précisément l’avantage principal que présentent les -classifications méthodiques et logiques sur les simples listes -alphabétiques. Les lecteurs qui ne peuvent tirer parti que de l’ordre -alphabétique--j’espère que c’est la minorité--auront toujours la -ressource de recourir à la table des principaux mois cités, qui fera -l’office d’un dictionnaire; mais ceux qui préfèrent l’ordre véritable -et non artificiel, ceux qui veulent de la méthode, trouveront ici, -j’espère, quelques satisfactions, au moins dans les chapitres -importants, comme ceux de l’_S_ et du_ T, _sans parler des voyelles_[8]. - - * * * * * - -_Après avoir justifié la publication de ce nouveau traité, peut-être -faut-il faire connaître au lecteur les principes généraux qui m’ont -guidé dans sa composition, plus simplement, quelle est la prononciation -que je tiens en général pour la meilleure. Sur ce point je suis -tout à fait de l’avis de l’abbé Rousselot: ce n’est pas en province -qu’il faut chercher le modèle de la prononciation française, c’est -à Paris. Toutefois je ferai à ce principe quelques restrictions. La -prononciation parisienne est la bonne, mais à condition qu’elle ne soit -pas_ exclusivement _parisienne, auquel cas elle devient simplement -dialectale. Pour que la prononciation de Paris soit tenue pour bonne, -il faut qu’elle soit adoptée au moins par une grande partie de la -France du Nord. Dans bien des cas, il est permis d’opposer à la -prononciation de Paris une autre prononciation, si elle est répandue -dans la plus grande partie de la France. Que les Parisiens ferment l’a -de_ l_a_cer _et_ l_a_cet, _je ne vois rien à redire à ce qu’on les -imite, car ils ne sont pas les seuls: encore est-il au moins aussi -légitime de l’ouvrir, s’il est ouvert un peu partout; mais si les -Parisiens vont jusqu’à fermer l’_a _de_ caden_a_sser _et_ matel_a_sser, -_je pense que cette fois c’est peut-être trop, et qu’on peut préférer -une prononciation plus répandue._ - -_Il y a autre chose encore. Paris est grand, et il y a bien des -mondes à Paris. «La langue varie, en effet, dit l’abbé Rousselot, -suivant les quartiers, les conditions sociales, et les intentions du -sujet parlant. Un Parisien de la haute classe ne parlera pas comme -un homme du peuple. Et l’homme du peuple lui-même se gardera bien de -parler devant un étranger, une personne qu’il respecte, comme avec -un camarade... Donc le français à conseiller à tous est celui de la -bonne société parisienne.» On ne peut que souscrire à un principe si -judicieux. Malheureusement l’auteur ajoute presque immédiatement, en -précisant ce qu’il appelle bonne société parisienne: «...L’enfant né à -Paris est Parisien, et même l’enfant qui y arrive le devient très vite, -à la condition qu’il fréquente une école populaire.» Populaire? Mais -alors voilà une bonne société qui est terriblement large. Et ceci est -justement le défaut du_ Précis de prononciation _de l’abbé Rousselot, -outre qu’il est fort incomplet[9]. Autant l’auteur est inattaquable -quand il s’agit des constatations générales de la phonétique -expérimentale, dont il est le créateur et dont il est resté le maître, -autant il prête à la critique, quand il s’agit de savoir à quelle -espèce de gens il s’est adressé pour déterminer pratiquement l’usage -dans les cas particuliers ou douteux. Quel fond peut-on faire, sur le -témoignage de gens, des enfants sans doute, qui prononcent_ aighille -_pour_ aiguille? _Cela seul suffit à ôter parfois toute valeur à ses -statistiques, d’ailleurs fort réduites, et à ses conclusions._ - -_On ne sera donc pas surpris d’apprendre que la phonétique -expérimentale ne donne pas par elle-même de résultats définitifs sur -les questions qui font l’objet de ce livre. Si l’on veut savoir_ -de quelle manière on dispose ses organes _pour faire entendre un_ -a _fermé ou articuler un_ p _ou un_ s, _on peut s’adresser à elle -en toute confiance: ses instruments sont infaillibles; mais s’il -s’agit de savoir_ dans quels mots _l’_a _est ouvert ou fermé_, -dans quels mots _on prononce ou on ne prononce pas le_ p, _les -phonéticiens expérimentaux n’en savent pas plus que les autres, et -leurs instruments, sur ce point, ne serviront à rien, tant qu’ils -n’auront pas fait prononcer les mêmes mots par un assez grand nombre -de personnes_, choisies _expressément dans ce but. Or justement, le -premier point, celui qui est expressément de leur compétence, n’est pas -traité dans ce livre: je m’adresse aux gens qui savent suffisamment le -français, et aux Français eux-mêmes encore plus qu’aux étrangers, et je -suppose qu’ils savent comment les sons s’émettent, comment s’articulent -les consonnes. C’est pourquoi ce livre ne fait pas double emploi avec -les travaux de la phonétique expérimentale: il les complète._ - -_Le principe général est d’ailleurs le même, autant que possible, que -celui de la phonétique expérimentale, et l’on ne saurait aujourd’hui en -concevoir d’autre: il ne s’agit plus d’ordonner péremptoirement ce qui -doit être, mais de constater simplement ce qui est. Une prononciation -admise généralement par la bonne société est bonne par cela seul, -fût-elle absurde en soi. Si l’on me voit chemin faisant résister à -certaines prononciations que je crois mauvaises, c’est qu’elles ne -me paraissent pas encore très générales, et que la lutte est encore -permise et le triomphe possible; autrement je passe condamnation, car -il n’y a rien à faire contre les faits. La seule difficulté est de -savoir à quel moment une mauvaise prononciation est assez générale -pour qu’il faille s’incliner et la déclarer bonne; car il faut bien se -mettre dans l’esprit que toute prononciation qui est bonne a commencé -par être mauvaise, comme toute prononciation mauvaise peut devenir -bonne, si tout le monde l’adopte._ - - * * * * * - -_Ce traité se divise naturellement en deux parties, une pour les -voyelles et une pour les consonnes. Il est probable quelles seront -pour le lecteur d’un intérêt fort inégal, et voici pourquoi: la -première peut servir surtout à corriger les_ défauts _de prononciation, -autrement dit les_ accents _régionaux; mais ceci ne peut se faire -qu’avec des efforts soutenus dont peu de gens sont capables. La -seconde, au contraire, corrige les_ fautes _de prononciation, et ceci -ne demande pas d’effort: souvent il suffit que le fait soit constaté -une seule fois. Ainsi beaucoup de gens ont un_ accent _déplorable, -qui tiennent à parler fort correctement par ailleurs: c’est le cas de -beaucoup de professeurs qui seraient très mal placés pour enseigner -que l’_o _de_ rose _est fermé, alors qu’ils l’ouvrent outrageusement, -et ne font même aucun effort pour le fermer, mais qui, d’autre part, -sachant qu’on prononce_ dot _avec un_ t, _et_ comptable _sans_ p, -_pratiquent cette prononciation et l’enseignent scrupuleusement._ - -_D’ailleurs les voyelles sont très souvent flottantes: il y a tant -de degrés dans leur ouverture. Qu’on les ouvre un peu plus ou un peu -moins, dans une foule de cas, dans la plupart des cas, personne n’en -est choqué, et on n’y attache pas une très grande importance. Mais -qu’une consonne se prononce ou ne se prononce pas, c’est là souvent -un fait précis, catégorique, sur lequel il n’y a pas de discussion -possible, quand l’usage est suffisamment général; et beaucoup de gens -tiennent particulièrement à savoir si, dans tel mot, telle consonne se -prononce ou non._ - -_J’ai donné néanmoins à la première partie tout le développement -qu’elle comportait, mais je pense tout de même que ce livre servira -plus à corriger les_ fautes _que les_ défauts, _lesquels souvent sont -chers à ceux qui les ont._ - -_Qu’il me soit permis, chemin faisant, d’attirer spécialement -l’attention du lecteur curieux sur deux chapitres assez nouveaux, celui -de l’_e muet _et celui des_ liaisons. _La question de l’_e muet _a -déjà été traitée une fois; mais je l’ai reprise sur un plan différent. -Pour celle des_ liaisons, _on s’en tient d’ordinaire à des conseils -généraux: j’ai pris la peine d’entrer dans le détail et de classer -méthodiquement les faits._ - -_Enfin, je ne voudrais pas que le lecteur fût effrayé par l’abondance -des notes, qui pourraient sembler faire de ce livre un travail -d’érudition. Il n’en est rien. Ces notes, qui peuvent d’ailleurs être -négligées par ceux qu’elles n’intéressent pas, ont un double objet. -Elles contiennent d’une part la prononciation des noms propres, qui -auraient sans doute encombré le texte. D’autre part elles donnent -des renseignements qui peuvent être curieux sur les prononciations -d’autrefois; elles permettent ainsi d’apprécier certaines rimes qu’on -trouve chez les poètes classiques; elles font de plus savoir (s’ils -l’ignorent) à ceux qui aiment les vieilles éditions, que toutes -les consonnes qui jadis encombraient les textes ne se prononçaient -d’ordinaire pas plus qu’aujourd’hui où on ne les écrit plus[10]. Enfin -elles donnent parfois des explications complémentaires qui n’ont pas -paru être à leur place dans le texte._ - -_Après cela, et malgré les soins consciencieux que j’ai apportés à mon -travail, il y aura sans doute dans ce livre plus d’une erreur. En tout -cas, il est évidemment impossible qu’un lecteur qui a des opinions sur -la matière ait exactement les mêmes que l’auteur sur tous les points. -Si ce lecteur est particulièrement qualifié, il me suffira de ne -différer d’avec lui que sur des points secondaires. Quant au lecteur -qui cherchera ici des renseignements, j’espère qu’il ne s’égarera pas -trop souvent. Et puis, je compte un peu sur la collaboration de mes -lecteurs eux-mêmes pour perfectionner ce livre et le rendre plus utile, -si le public lui fait bon accueil: toutes les observations sérieuses, -appuyées sur une expérience suffisamment étendue, seront accueillies -avec reconnaissance._ - - - - -_NOTE DES ÉDITEURS_ - - -_Cette nouvelle édition a été, comme les deux premières, soigneusement -revue et a subi de nombreuses corrections et modifications._ - -_C’est qu’un ouvrage semblable, sous peine de perdre une partie de sa -valeur, doit suivre pas à pas les changements qu’apportent la mode et -l’usage._ - -_Dans leur vie brève ou longue, les mots voient leur sens évoluer; ils -voient aussi leur prononciation se modifier._ - -_Nous nous sommes efforcés, après la disparition de l’auteur de_ -Comment on prononce le français _et de_ Comment on parle en français, -_de tenir à jour avec un soin constant ces livres gui ont fait à -Philippe Martinon la plus enviable réputation de technicien_. - -_Il nous faut dire notre sincère gratitude à ceux qui, en grand nombre, -nous ont transmis leurs observations. Ces observations, nous les avons -examinées très attentivement et nous en avons tiré le plus grand -profit._ - - - - -COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS - - - - -CHAPITRE PRÉLIMINAIRE - -LES LETTRES - - -Quoique ce livre soit plutôt un ouvrage de vulgarisation, il n’est -pas possible de traiter de la prononciation en faisant table rase des -travaux de la phonétique. L’alphabet, tel qu’on l’enseigne aux enfants, -ne peut vraiment suffire ici. D’une part, les voyelles ne sauraient se -réduire à cinq, _=a=_, _=e=_, _=i=_, _=o=_, _=u=_[11]. D’autre part, -il y a souvent deux ou trois consonnes pour un seul son, comme _=c=_, -_=k=_, _=q=_, ou bien la même consonne a deux sons différents, comme -_=c=_ encore, ou _=g=_, ou _=t=_[12]; il y a même une lettre qui réunit -ordinairement deux sons en elle: _=x=_, tandis que pour tel son unique -nous employons deux lettres, comme _=ch=_ ou _=gn=_. Tout cela fait -beaucoup de confusion. Or, en matière de prononciation, les _sons_ -importent plus que les _lettres_, et, faute d’un alphabet phonétique, -au moins faut-il mettre un peu d’ordre dans les caractères que nous -possédons. On nous permettra donc de commencer ce livre par une -classification logique des sons, =voyelles= ou =consonnes=[13]. - - -Classification des voyelles. - -Pour ce qui est des voyelles, nous n’avons pas dessein d’entrer dans le -domaine de la physiologie, pour expliquer en détail leurs différences -d’émission, de timbre ou d’intensité: nous supposerons que le lecteur -sait émettre les sons et les distinguer. Nous lui dirons donc tout -de suite qu’il y a au moins dix voyelles essentielles, et l’on verra -qu’il y en a davantage. En voici le tableau, car les explications se -comprendront mieux ensuite: - - =è= (ouvert), =é= (fermé), =i=. - =a=, =eu= (_id._), =eu= (_id._), =u=. - =o= (_id._), =o= (_id._), =ou=. - --------------------- --------------------- - | | - Voy. ouvertes. Voy. fermées. - -Il est bien évident qu’on ne saurait identifier l’=é= aigu avec l’=è= -grave, ou, pour employer tout de suite des expressions qui seront plus -commodes ailleurs, l’=é= _fermé_ avec l’=è= _ouvert_, celui d’_enflé_ -avec celui d’_austère_[14]. On ne saurait confondre non plus l’=eu= -ouvert de _j_eu_ne_ avec l’=eu= fermé de _j_eû_ne_. Et il y a encore -exactement la même différence entre l’=o= ouvert de _cour_o_nne_ et -l’=o= fermé de _tr_ô_ne_[15]. - -Ainsi, partant de l’=a=, qui est la voyelle type, celle qu’on prononce -d’abord quand on ouvre la bouche naturellement et normalement, nous -voyons les voyelles se répartir en trois séries divergentes: d’une part -la série =a=, =è=, =é=, =i=, dont l’émission élargit progressivement la -bouche sur les côtés en la fermant à demi; d’autre part, la série =a=, -=o= ouvert, =o= fermé, =ou=, dont l’émission rapproche progressivement -les coins de la bouche en l’arrondissant; enfin, entre les deux, la -série =a=, =eu= ouvert, =eu= fermé, =u=, qui participe à la fois des -deux autres: de la première par la position de la langue, de la seconde -par les mouvements des lèvres. On se rendra compte facilement de ce -rapport en passant successivement du son =u= au son =i=, par simple -déplacement des lèvres, et au son =ou=, par déplacement de la langue -seule, même sans avancer les lèvres; on passe de même de =eu= fermé à -=é=, ou bien à =o= fermé, de =eu= ouvert à =è=, ou bien à =o= ouvert. -Et cela fait bien dix voyelles. - -Sur ces dix voyelles, six sont fermées, d’abord =é=, =eu= fermé, =o= -fermé; ensuite et plus encore, =i=, =u=, =ou=. Les autres sont ouvertes. - -On remarquera en passant que les trois voyelles extrêmes, les plus -fermées, =i=, =u=, =ou=, quand elles sont suivies d’autres voyelles, -s’en accommodent si bien qu’au lieu de faire hiatus, comme dans -_h_aï_r_ ou dans _És_aü, elles font presque nécessairement diphtongue -avec elles: _d_ia_ble_, _h_ui_t_, _d_oua_ne_: c’est ce que les -grammairiens appellent _synérèse_. Pour parler plus exactement encore, -elles se transforment alors en _semi-voyelles_, ce qui veut dire -que, n’étant plus voyelles qu’à moitié, car elles se prononcent plus -rapidement que les voyelles vraies, elles font à peu près l’office de -consonnes. Le =w= anglais de _whist_ représente assez bien la consonne -=ou=; il n’y a pas de signe courant pour représenter l’=u= consonne; -mais l’=i= consonne s’écrit ordinairement au moyen de l’=y=, et -s’appelle alors =yod=: c’est celui de l’anglais _yes_. - - * * * * * - -Mais ces dix voyelles ne sont pas tout. Le son de l’=a= n’est pas -plus unique que celui de l’=e= ou celui de l’=o=. Les grammaires se -bornent généralement à distinguer l’=a= long de l’=a= bref, _p_a_tte_ -et _p_â_te_, _f_a_ce_ et _gr_â_ce_, _t_a_che_ et _t_â_che_, et cette -distinction a certainement son importance, même pour les voyelles -autres que =a=; mais elle est insuffisante pour notre objet, car l’=a= -de _p_a_rs_ est aussi long que celui de _p_â_te_, sans avoir du tout -le même timbre. La vérité est qu’on doit faire ici une distinction -tout à fait analogue à celle qu’on fait si facilement pour =e=, =o= et -=eu=. En effet, nous avons d’une part un =a= qui n’est jamais bref, -et c’est celui de _p_â_te, gr_â_ce_ ou _t_â_che_, et un autre =a= qui -est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est celui de -_p_a_tte_, _f_a_ce_, _t_a_che_ ou _p_a_rs_. Or nous verrons qu’il y -a de même, par exemple, un =o= qui n’est jamais tout à fait bref, et -c’est l’=o= fermé: _domin_o, _r_o_se_, _gr_o_sse_, et un autre =o=, -qui est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est l’=o= -ouvert: _p_o_mmes_, _p_o_ste_ et _m_o_rt_. Nous admettrons, au moins -par analogie, et pour unifier les termes, qu’à côté de l’=a= ouvert -proprement dit, il y a aussi un =a= fermé, celui de _p_â_te_[16]. - -A ce second =a=, il faut encore ajouter l’=e= muet, appelé aussi =e= -_féminin_, qui tantôt se prononce et tantôt ne se prononce pas, suivant -les circonstances, et qui par suite n’est pas toujours muet, et cela -fait bien douze voyelles. - -En outre, à ces voyelles, qui sont dites _orales_, parce que l’air -expiré passe uniquement par la bouche, on doit en ajouter d’autres, -dites _nasales_, parce que l’air expiré passe par le nez en même temps -que par la bouche. Elles sont quatre, =an=, =in=, =on=, =un=, qui n’ont -rien de commun avec des diphtongues, et elles correspondent, non pas, -comme l’indique l’orthographe, aux voyelles =a=, =i=, =o=, =u=, mais -à peu près aux quatre voyelles ouvertes =a=, =è=, =o=, =eu=: on peut -s’en rendre compte aisément, en passant de chacune de ces voyelles -à la nasale correspondante. Et ce sont bien des voyelles simples: -l’=n= n’est ici qu’un signe orthographique, qui, entendu autrefois, -ne s’entend plus aujourd’hui en aucune façon, sauf dans le Midi, -naturellement. Et cela fait _seize voyelles_. - - * * * * * - -En fait, il y en a bien davantage encore, et voici pourquoi. Sans -doute une voyelle est fermée ou ne l’est pas, et _pratiquement_ on -ne voit pas qu’elle ait deux manières d’être fermée. Or, quand elle -n’est pas fermée, elle est ouverte; mais c’est ici qu’il y a bien des -degrés. L’=e= de _p_é_rir_ a beau avoir le même accent aigu que celui -de _tromp_é, celui de _tromp_é seul est fermé, et celui de _p_é_rir_ -est incontestablement ouvert, mais il l’est sensiblement moins que -celui de _p_è_re_. On pourrait même dire qu’il y mathématiquement une -infinité de degrés dans l’ouverture d’un son quelconque. Sans entrer -dans des distinctions scientifiques qui n’ont point d’intérêt pratique, -on peut dire que l’=é= de _p_é_rir_, _d_é_montre_, _pr_é_pare_, etc., -est _moyen_, étant à égale distance de l’=é= _fermé_ de _tromp_é et -de l’=e= tout à fait _ouvert_ de _p_è_re_, souvent même plus près du -second que du premier. De même il y a un =o= moyen, un =eu= moyen, et -si les voyelles =i=, =u=, =ou=, ne sauraient être _moyennes_, étant -toujours fermées, à l’autre bout il peut encore y avoir un =a= moyen. - -Ce mot _moyen_ a malheureusement un inconvénient: il est nécessaire par -ailleurs pour caractériser la _quantité_ des voyelles qui ne sont ni -_longues_ ni _brèves_. Nous veillerons donc à ce qu’aucune confusion -ne puisse se produire dans l’esprit du lecteur entre ces deux sens, -concernant le _timbre_ et la _quantité_. Par exemple, en parlant du -_timbre_, comme la caractéristique d’un son tel que l’=é= de _p_é_rir_ -est avant tout de n’être pas _fermé_, malgré son accent aigu, nous le -qualifierons à l’occasion d’=e= légèrement ouvert ou à demi ouvert, -quand il faudra le comparer à l’=è= grave, qui l’est tout à fait. - -Ainsi nous nous en tiendrons à notre tableau des voyelles, qui peut -suffire. On remarquera que trois d’entre elles sont écrites avec deux -lettres. Ce furent jadis des diphtongues; mais il y a longtemps que -ce n’en sont plus. L’orthographe a conservé le signe double, justifié -autrefois, mais l’orthographe n’y change rien, et ce sont des voyelles. -Mieux vaudrait assurément que chaque voyelle eût un signe propre, ou du -moins qu’il y en eût un spécial pour =eu=, ouvert ou fermé, et un autre -pour =ou=: nous n’avons pas cru devoir, dans un livre de vulgarisation, -choquer les habitudes du lecteur par l’usage de signes phonétiques peu -usités, et nous avons conservé l’orthographe courante. - -Il y a encore en français d’autres groupes de signes qui furent aussi -jadis des diphtongues et depuis longtemps n’en sont plus, et que nous -avons conservés tels quels: =ai=, =ei=, =au=, et aussi le groupe =oi=, -sans parler d’=œ= et =æ=, qui furent diphtongues aussi, mais en latin. -Ces groupes ne figurent pas dans le tableau, parce qu’ils y feraient -double emploi; ils seront étudiés à la suite des voyelles simples -auxquelles ils sont apparentés. - - -Classification des consonnes. - -Même en laissant de côté les semi-voyelles, nous avons dix-huit -consonnes simples. - -1º Six _muettes_: =b=, =c=, =d=, =g=, =p=, =t=, ainsi nommées parce -qu’elles ne se font sentir réellement qu’avec l’aide d’une voyelle[17]. -On les appelle aussi _momentanées_, pour la brièveté de leur émission, -et aussi _explosives_ ou _occlusives_, parce qu’elles produisent une -_explosion_ plus ou moins brusque, après _occlusion_ momentanée des -organes de la parole. - -Les muettes sont _labiales_, si la fermeture est faite par les lèvres: -=b=, =p=; _dentales_, si elle est faite par la langue appuyée contre -les dents: =d=, =t=; _gutturales_ ou _palatales_, si elle est faite par -la langue appuyée contre le haut du palais, plus ou moins près de la -gorge: =c=, =g=. Mais surtout on les divise en deux catégories: - -Les _muettes fortes_, ou _explosives sourdes_, qui ne sont accompagnées -d’aucune résonance, et qu’on peut appeler _brusques_; on les reconnaît -dans =pa=, =ta=, =ca=, ou =ap=, =at=, =ac=; - -Les _muettes douces_, ou _explosives sonores_, qu’on peut appeler -_retardées_, parce que la résonance interne qui précède le son et -l’adoucit a pour effet d’en retarder l’explosion; on les reconnaît dans -=_ba_=, =_da_=, =_ga_=, ou =_ab_=, =_ad_=, =_ag_=. - - -2º Six =_spirantes_=: =_f_=, =_ch_=, =_j_=, =_s_=, =_v_=, =_z_=, -dont l’émission est produite par une simple émission d’air, qui ne -nécessite absolument ni l’occlusion momentanée des organes (un simple -rétrécissement suffit), ni l’intervention d’une voyelle. - -Les spirantes aussi sont _labiales_, quand elles rapprochent la lèvre -inférieure des dents supérieures: =_f_=, =_v_=; _dentales_, quand elles -rapprochent les dents supérieures des inférieures: =_s_=, =_z_= (ou -=_c_= devant =_e_= et =_i_=); _palatales_, quand elles rapprochent -la langue du palais: =_ch_=, =_j_= (ou =_g_= devant =_e_= et =_i_=). -D’autre part les spirantes _labiales_ sont appelées aussi _fricatives_; -les _dentales_, _sifflantes_; les _palatales_, _chuintantes_. Mais les -spirantes, comme les muettes, se divisent surtout en deux catégorie -essentielles: - -Les _spirantes fortes_, ou _sourdes_, sans résonance, =_f_=, =_s_=, -=_ch_=; - -Les _spirantes douces_, ou _sonores_, et par suite _retardées_, =_v_=, -=_z_=, =_j_=. - - -3º Deux =_liquides_=: =_l_= et =_r_=. - -Il y a diverses façons de prononcer l’=_r_=; mais il est bien inutile, -à moins que ce ne soit pour le chant, de s’évertuer à retrouver l’=_r_= -vibrant qu’on prononçait avec la pointe de la langue: cet =_r_= a -disparu à peu près de l’usage, au moins dans les villes, et surtout -à Paris, où on _grasseye_, la pointe de la langue appuyée contre les -dents inférieures. - - -4º Deux _nasales_, qui étaient aussi qualifiées de _liquides_ par les -grammairiens grecs: =_m_= et =_n_=, l’une _labiale_, l’autre _dentale_. - - -5º Deux consonnes =_mouillées_=: =_l_= et =_n_=. - -L’=_l_= mouillé s’écrit par =_ll_= après =_i_=: _fi_ll_e_; par =_il_= -ou =_ill_= après =_a_=, =_e_=, =_eu_=, =_ou_=: _ba_il, _ca_ill_e_, -_sole_il, _pare_il, _deu_il, _feu_ill_e_, _bou_ill_e_. Il s’écrit -aussi =_lh_= ou =_ilh_= dans les noms méridionaux, comme _Me_ilh_ac_ -ou _Mi_lh_au_ et =_gli_= en italien. A la vérité, le son véritable de -l’=_l_= mouillé, que l’on confond souvent avec =_ly_=, est aujourd’hui -perdu pour la plupart des Français, malgré les efforts suprêmes de -Littré, et se confond désormais avec le simple =_yod_=[18]. - -L’=_n_= mouillé s’écrit =_gn_=; il se rapproche très sensiblement de -l’=_n_= suivi de la semi-voyelle =_y_=, et se confond souvent avec lui. - - -6º A ces dix-huit consonnes simples il faut ajouter une consonne -double, =_x_=, qui se prononce de diverses façons, mais qui en principe -représente _cs_; et d’autre part l’=_h_=, qui ne se prononce plus -guère, même quand il est aspiré, mais qui dans ce cas sert toujours à -empêcher l’élision et la liaison. - - -Quelques considérations générales sur l’accent tonique. - -Avant de commencer l’étude particulière des voyelles, une distinction -capitale est à faire, celle des voyelles _accentuées_ ou _toniques_, et -des voyelles _atones_, car l’=_e_= dit _muet_ n’est pas seul atone, et -toute voyelle qui ne porte pas l’accent tonique s’appelle _atone_. Or -l’_accent tonique_, très faible en français par comparaison avec les -autres langues, est cependant très important, comme on va voir. Mais il -ne faut pas le confondre avec l’accent dit _oratoire_, ou _emphatique_, -qui est tout autre chose. - -L’_accent oratoire_ se place sur la syllabe quelconque que l’on désire -mettre en relief, et souvent même sur des mots complètement atones, -comme _je_. Il se met en général sur la première syllabe des mots. Ch. -Nyrop, le grammairien danois, qui est classique chez nous en matière de -grammaire française, a relevé dans un cours public la phrase suivante, -dont il a noté les accents d’après le débit du professeur: «_Ain_si -nous avons _d’u_ne part une progression _croi_ssante, _d’au_tre -part une progression _dé_croissante.» On dirait de même: _c’est un_ -mi_sérable_; at_tention!_ im_possible_. Toutefois, si la première -syllabe commence par une voyelle, l’accent _oratoire_ se reporte le -plus souvent sur la seconde, afin de faire vibrer la première consonne: -_in_sen_sé_. Cela est particulièrement nécessaire quand il y a liaison -avec le mot précédent, dont la consonne finale prendrait sans cela -trop d’importance: _c’est im_pos_sible_ et non _c’est_ im_possible_. -Paul Passy a noté que certains mots sont prononcés plus souvent avec -cet accent qu’avec l’accent normal: beau_coup_, _ex_trê_mement_, -ter_rible_, ri_dicule_, ban_dit_, etc., et surtout des injures, comme -co_chon_; mais tous ces mots reprennent l’accent normal, si on les -prononce avec le calme parfait. Ainsi l’accentuation de beaucoup -de mots est dans une sorte d’équilibre instable, qui se prête -admirablement à l’expression de la pensée ou du sentiment, avec toutes -leurs nuances[19]. Seulement l’accent oratoire, qui est arbitraire, -peut bien exercer une grande influence sur l’_intensité_ des voyelles: -il n’en exerce aucune sur le _timbre_. - - * * * * * - -Il n’en est pas de même de l’_accent tonique_, qui est fixe, et qui -vient directement du latin: malgré sa faiblesse, il a conservé sa -place originelle dans les mots de formation populaire, et il est -uniquement sur la _dernière_ syllabe masculine des mots, les syllabes -muettes ne comptant pas: _prés_a_ge_ a l’accent tonique sur _a_, -_cour_o_nne_ sur _o_, _quatri_è_me_ sur _è_. D’ailleurs beaucoup de -mots d’une et même deux syllabes, articles, pronoms, prépositions, -conjonctions, s’appuient sur leurs voisins et n’ont pas d’accent propre -ou très peu. D’autres mots ont un accent, et peuvent le perdre au -profit d’un monosyllabe qui suit, lequel peut le perdre à son tour au -profit d’un autre monosyllabe; ainsi dans les expressions _laissez_, -_laissez-moi_, _laissez-moi là_, l’accent est toujours uniquement sur -la dernière syllabe, c’est-à-dire successivement sur _sez_, sur _moi_ -et sur _là_[20]. Et il faut noter que l’accent _oratoire_ ne détruit -pas nécessairement l’accent _tonique_: dans _je reste_, _tu t’en vas_, -l’accent oratoire peut être sur _je_ et _tu_, mais cela n’empêche pas -l’accent tonique d’être sur _res_ et _vas_. - - * * * * * - -Cela posé, on comprend sans peine que les voyelles qui ont un accent -tonique fixe ont beaucoup plus d’importance que les voyelles _atones_. -Ce point est capital, et la question de savoir si une voyelle est -_ouverte_ ou _fermée_, _longue_ ou _brève_, ne se pose réellement avec -intérêt que si cette voyelle est _tonique_. En effet, les voyelles -_atones_, n’ayant pas l’importance des autres, se prononcent presque -toutes plus ou moins légèrement, à moins d’une intention spéciale; -aussi sont-elles rarement fermées et rarement longues; car on ne peut -fermer ou allonger une voyelle que par un acte exprès de la volonté[21]. - -Ainsi _les voyelles atones sont généralement assez brèves et assez -ouvertes_, sans l’être beaucoup; elles sont _moyennes_, dans tous -les sens du mot, et diffèrent assez peu les unes des autres. On peut -comparer pour la _quantité_ les deux _a_ de _adage_ ou _placard_, où le -second est beaucoup plus long que le premier, et pour l’_ouverture_, -les deux _o_ de _folio_ ou _siroco_, où le second seul est fermé. -On met le plus souvent un accent aigu sur l’_e_ à l’intérieur des -mots, quand il n’est pas muet; mais il ne s’ensuit pas que cet _e_ -soit fermé: il est, lui aussi, moyen dans tous les sens. Par exemple -_dégénéré_ a d’abord trois _e_ à peu près identiques, et qui, malgré -l’accent aigu qui les assimile au quatrième, sont en réalité aussi -distincts de lui que de l’_e_ ouvert et long qui termine le présent -_dégénère_[22]. - -Ce phénomène est si général et si nécessaire, que la même syllabe -changera son ouverture et sa quantité suivant la place qu’elle aura -dans le mot, c’est-à-dire suivant qu’elle sera ou ne sera pas tonique. -Nous venons de voir le troisième _é_ de _dégénérer_ s’allonger -manifestement dans _dégénère_; inversement l’_a_ de _cave_ s’abrège -dans _caveau_. Une voyelle tonique qui était fermée et longue s’ouvre -à demi et s’abrège en perdant l’accent: _bah_, _ébahir_; une voyelle -tonique qui était ouverte et longue se ferme à demi et s’abrège aussi: -_or_, _dorer_; si bien que par exemple l’_e_ de _pied_, qui est fermé, -et l’_e_ de _diffère_, qui est ouvert, deviennent identiques, ni -ouverts ni fermés (malgré l’accent aigu), dans _piéton_ et _différer_. - -Même si la syllabe ne se déplace pas dans le mot, il suffit qu’elle -perde l’accent au profit du monosyllabe qui la suit, pour que son -ouverture et sa quantité changent également: _aime_ est moins ouvert -et moins long dans _aime-t-il_, où l’accent est sur _il_, que dans _il -aime_; _peux_ est moins fermé et plus bref dans _peux-tu_ que dans _tu -peux_; _êtes_ se prononce plus légèrement dans _vous êtes fou_ que dans -_fou que vous êtes_. Il n’est même pas besoin d’un monosyllabe héritant -de l’accent du mot qui précède: il suffit qu’un mot accentué soit suivi -immédiatement d’autres mots liés à lui intimement par le sens, pour -que le seul affaiblissement de l’accent produise un léger changement -d’ouverture ou de quantité, car l’accent qui n’est pas tout à fait -final est toujours plus faible que l’accent final; ainsi _aime_, étant -moins accentué, est aussi moins ouvert et plus bref dans _je les aime -depuis longtemps_, articulé sans pause, que dans _je les aime_ tout -court. - - * * * * * - -On voit quelle est l’importance du phénomène: il se manifeste aussi -bien dans les assemblages de mots que dans les mots considérés -séparément. C’est un point qu’il ne faudra jamais perdre de vue dans -l’étude des mots pris séparément. Nous le rappellerons d’ailleurs plus -d’une fois au lecteur. Mais de toutes ces considérations il résulte que -l’objet principal de la première partie de ce livre sera l’étude des -voyelles _toniques_, qui sont de beaucoup les plus importantes. Quant -aux voyelles _atones_, j’entends celles qui sont dans le corps des -mots, nous ne laisserons pas d’en dire un mot à la suite dans chaque -chapitre, mais seulement comme complément, et parce que le phénomène -général dont on vient de parler ne se manifeste pas également dans tous -les cas. Il faut voir notamment dans quelles circonstances il peut se -faire qu’une syllabe qui perd l’accent garde néanmoins en partie ses -qualités premières. - - -Autres observations générales. - -En dehors de la distinction capitale que nous venons de faire entre -les voyelles _toniques_ et les _atones_, nous pouvons encore, avant de -passer à l’étude des voyelles particulières, simplifier sensiblement la -besogne par avance au moyen de deux observations générales concernant -les voyelles toniques qui peuvent être ouvertes, _=a=_, _=e=_, _=eu=_, -_=o=_. - -C’est un fait constant que les groupes de consonnes abrègent la voyelle -qui précède, et cela est vrai des toniques encore plus que des autres. -Donc une voyelle tonique n’est jamais longue, et encore moins fermée, -quand elle est suivie de deux consonnes articulées: _secte_, _golfe_. -Je dis _articulées toutes les deux_, car d’une part une _consonne -double_ n’a jamais en fin de mot que la valeur d’une _consonne simple_; -d’autre part, dans un mot tel qu’_amante_, on ne prononce qu’une seule -consonne, l’_n_ n’étant plus que le signe extérieur de la nasalisation; -de même dans _Duquesne_, l’_s_ ne sert plus qu’à allonger la voyelle. -Mais si les deux consonnes sont articulées, elles produisent le même -effet que l’atonie, et elles le produisent avec une régularité et une -constance parfaites, que nous ne trouverons pas ailleurs. Par exemple, -_apte_, _arc_, _arche_, _taxe_ (car _x_=_cs_), etc., ou _secte_, -_berge_, _ferme_, _reste_, _vexe_, etc., ou _docte_, _dogme_, _golfe_, -_porche_, etc., ont la voyelle plus ou moins brève, suivant les cas, -mais jamais longue et toujours ouverte, et ces finales n’ont jamais -d’accent circonflexe[23]. - -Toutefois, ces groupes de deux consonnes ne comprennent pas ceux où -la seconde, mais _la seconde seule_, est une liquide, _=l=_ ou _=r=_; -car ceux-là sont traités en français comme s’ils ne faisaient qu’une -seule consonne[24]. Ainsi les finales en _-acle_ ou _-adre_, par -exemple, peuvent être, comme nous le verrons plus loin, longues ou -brèves, ouvertes ou fermées, et ne doivent pas être confondues avec -les finales en _-acte_ ou _-apte_, ou même _-arle_, toujours ouvertes, -et toujours brèves ou moyennes; de même _etre_ peut être long ou bref -(_être_, _mètre_), tandis que _-erte_, fait des mêmes lettres, n’est -jamais long; l’_a_ est long et fermé dans _s_a_bre_, tandis qu’il -est nécessairement ouvert et moyen dans _b_a_rbe_, qui a les mêmes -consonnes, et même dans _m_a_rbre_, qui en a une de plus. - -Malgré cette restriction, il reste un nombre considérable de finales -toniques dont nous n’aurons pas à nous occuper: plus de trente pour -chacune des voyelles =_a_=, =_é_=, =_o_=[25]. Nous n’aurons donc à -étudier que trois catégories: - - 1º Les voyelles finales, avec ou sans consonne muette: _panam_a, - _am_a(_s_), _clim_a(_t_), _estom_a(_c_); - - 2º Les voyelles suivies d’une seule consonne articulée, simple - ou double, avec ou sans _e_ muet: _cart_e_l_, _mart_è_le_, - _mort_e_lle_; - - 3º Les voyelles suivies de deux consonnes articulées dont la - seconde seule est =_l_= ou =_r_=, la première étant simple ou - double: _m_aî_tre_, _m_è_tre_, _m_e_ttre_. - -Notre seconde observation préliminaire à propos des voyelles toniques -=_a_=, =_e_=, =_eu_=, =_o_=, c’est que, lorsqu’elles ont l’accent -circonflexe, elles sont longues en principe, quand elles sont suivies -d’une syllabe muette, sauf dans les formes verbales[26]. - -De plus, les voyelles =_a_=, =_eu_=, =_o_= sont fermées quand elles -sont surmontées de l’accent circonflexe: _p_â_te_, _j_eû_ne_, _r_ô_le_, -tandis que l’=_e_=, également fermé jadis, au moins dans certains -mots, est aujourd’hui très ouvert presque partout dans le même cas: -_p_ê_che_, _fr_ê_le_, _t_ê_te_. - -Nous verrons qu’il en est exactement de même de nos quatre voyelles -devant l’_s_ doux: _écr_a_se_, _heur_eu_se_, _ch_o_se_ se prononcent -comme _p_â_te_, _je_û_ne_, _r_ô_le_; de même _trap_è_ze_ ou -_franç_ai_se_ comme _p_ê_che_ et _fr_ê_le_. Aussi les finales _-ase_, -_-euse_, _-ose_, _-èse_ ou _-aise_ n’ont elles jamais d’accent -circonflexe[27]. - -Au contraire, nous verrons l’=_r_= allonger toujours, et le =_v_= -ordinairement, la voyelle qui précède, mais sans jamais la fermer: -_ch_a_r_ et _ch_e_r_, _b_eu_rre_ et _b_o_rd_, _br_a_ve_ et _br_è_ve_, -ont la voyelle longue, mais ouverte. - - - - -PREMIÈRE PARTIE - - - - -LES VOYELLES - - -Pour étudier les voyelles, nous suivrons l’ordre du tableau. Nous -examinerons donc successivement: - - 1º La voyelle =_a_=, à laquelle nous joindrons le groupe =_oi_=, - diphtongue si l’on veut, puisqu’il exige deux sons vocaux, - _ou_ et _a_, mais qui est plus exactement un _a_ précédé d’une - semi-voyelle, _ou_ ou _w_, et qui en tout cas peut avoir les mêmes - nuances que l’_a_; - - 2º La voyelle =_e_=, ouverte ou fermée, en y joignant =_œ_= et - =_æ_=, diphtongues latines, généralement fermées, ainsi que - les groupes =_ai_= (ou =_ay_=) et =_ei_= (ou =_ey_=), qui sont - généralement ouverts; - - 3º La voyelle =_eu_=, ouverte ou fermée; - - 4º La voyelle =_o_=, ouverte ou fermée, avec le groupe =_au_= (ou - =_eau_=), généralement fermé; - - 5º Les voyelles extrêmes, =_i_=, =_u_=, =_ou_=, essentiellement - fermées, et sur lesquelles il y a donc peu à dire, parce que la - prononciation en diffère peu d’un mot à l’autre; - - 6º Les voyelles _nasales_, avec leurs graphies diverses, faites en - principe des diverses voyelles, suivies d’un =_n_= ou d’un =_m_=; - - 7º L’=_e_= _muet_; - - 8º Les =_semi-voyelles_=, c’est-à-dire, si l’on préfère, les - =_diphtongues_=. - - - - -I.--LA VOYELLE A. - - -1º L’A final. - -L’=_a_= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref ni -tout à fait ouvert; il est, si l’on veut, moyen, quelle que soit -d’ailleurs son origine, même l’ablatif latin: _cameli_a, _pari_a, -_tapioc_a, _falbal_a, _panam_a, _me_a _culp_a, _opér_a, _delt_a, _il -v_a. - -Il y a quelques exceptions, j’entends quelques =a= fermés. Ce sont: - - 1º Le nom même des lettres _a_ et _k_, et les notes de musique _fa_ - et _la_: comparez _la lettre a_ avec _il a_, et _c’est un la_ avec - _il est là_[28]. - - Toutefois, dans l’expression _a b c_, l’_a_, devenu atone, comme - l’_à_ de _à Paris_, est moins nécessairement fermé que quand il est - seul. - - 2º Le mot _bêt_a. On se demande pourquoi, si ce mot est vraiment - une forme dialectale de _bétail_, où l’_a_ s’est ouvert depuis - longtemps. Nous noterons cependant que ce mot s’emploie surtout - comme une espèce d’interjection, dont le son se prolonge. - - 3º Le mot _chocol_a_t_, au moins à Paris. C’est peut-être à cause - de son étymologie espagnole _chocol_a_te_, mot qui a l’accent sur - l’_a_; mais cet _a_ est destiné à s’ouvrir, comme dans les autres - mots en _-at_, et on n’est nullement obligé de le fermer. - - 4º Les interjections _b_a_h_ et _hourr_a, dont le son se prolonge - naturellement; mais si l’on fait de _hourra_ un substantif, il - rentre dans la règle générale. _Hourra_ est d’ailleurs d’origine - anglaise, et avait d’abord un =_h_= final; or l’_h_ final, qui, en - dehors des interjections _bah_ et _pouah_, appartient uniquement - à des mots d’origine étrangère, avait pour effet d’allonger et de - fermer l’_a_; mais cet effet est aussi en voie de disparition, à - mesure que les mots achèvent de se franciser[29]. - -Quand l’=a= est suivi d’une consonne qui ne se prononce pas, elle n’y -change pas d’ordinaire grand chose; et surtout, ici comme partout -ailleurs, les pluriels ne diffèrent plus en rien des singuliers: _un -opér_a, _des opér_a_s_, _une vill_a, _des vill_a_s_[30]. - -Peut-être l’=_a_= s’ouvre-t-il un peu plus devant le _t_ (avec ou sans -_s_): _un candid_a_t_, _des candid_a_ts_[31]. Peut-être aussi est-il -encore un peu plus fermé dans les futurs, comme _tu aimer_a_s_, que -dans les prétérits, comme _tu aim_a_s_, mais c’est peu de chose. - -Toutefois, l’=_a_= est resté en général un peu long et fermé, au moins -à Paris, dans la plupart des mots qui ont un _s_ au singulier comme au -pluriel: _b_a_s_, _c_a_s_, _l_a_s_, _lil_a_s_, _trép_a_s_, _t_a_s_. -Mais ici même, par analogie, l’=_a_= s’est ouvert ou tend à s’ouvrir -dans un grand nombre de mots: _galimati_a_s_, _trac_a_s_, _ch_a_s_, -et surtout les mots en =_-las_=, =_-nas_=, =_-ras_= et =_-tas_=: -_matel_a_s_, _chassel_a_s_, _cervel_a_s_, _entrel_a_cs_ et _vergl_a_s_, -_anan_a_s_ et _caden_a_s_, _br_a_s_ et _embarr_a_s_, _taffet_a_s_ et -_galet_a_s_. Même des rimes comme _c_a_s_ et _avoc_a_ts_, _b_a_s_ et -_grab_a_ts_ n’ont plus rien de choquant. - - -2º L’A suivi d’une consonne articulée. - -Quand l’=_a_= est suivi d’une consonne articulée, en principe il -s’ouvre et s’abrège plus ou moins. Le rôle que jouent ici les -consonnes, ou du moins la plupart des consonnes, se marque nettement -dans certains féminins: l’=_a_=, qui n’est encore que moyen dans -_délic_a_t_, _candid_a_t_, _scélér_a_t_ ou _ingr_a_t_, achève -de s’ouvrir et de s’abréger dans _délic_a_te_, _candid_a_te_, -_scélér_a_te_ ou _ingr_a_te_[32]. Et ce qui prouve bien que c’est la -consonne qui fait tout, et que l’_e_ muet n’y est pour rien, c’est que -_mate_, féminin de _mat_, ne se prononce pas autrement que le masculin, -le =_t_= étant articulé dans les deux cas. - -Cette ouverture de l’=_a_= se manifeste presque également dans la -plupart des finales à consonne, qui ainsi ne diffèrent les unes des -autres que par la quantité[33]. C’est donc la quantité qui nous -permettra de les classer. - -I. =A bref.=--Les finales les plus brèves sont celles dont la consonne -est une des trois explosives brusques, =_c_=, =_p_=, =_t_=[34]. - - 1º =_-ac_=, =_-ak_= et =_-aque_=: _cogn_a_c_ et _l_a_c_, _l_a_que_ - et _bar_a_que_[35]. - - 2º =_-ap_= et =_-ape_=, ou =_-appe_=: _c_a_p_ et _c_a_pe_, _p_a_pe_ - et _fr_a_ppe_[36]. On ferme souvent l’=_a_= dans _dér_a_pe_, par - une fausse analogie avec _r_â_pe_, qui est pour _r_a_spe_, mais - c’est une erreur. - - 3º =_-at_= et =_-ate_=, ou =_-atte_=, et même =_-âtes_=: _m_a_t_ et - _tom_a_te_, _r_a_te_, _son_a_te_ et _donn_â_tes_[37]. - -Ici encore, il ne faut pas qu’une fausse analogie fasse altérer les -formes des deux verbes _m_a_ter_, qui n’en font qu’un: ils viennent de -_m_a_t_, terme du jeu d’échecs, dont l’_a_ est ouvert et bref, et sans -rapport avec _m_â_ter_, terme de marine dérivé de _m_â_t_. - -Avec ces finales doivent figurer, étant brèves aussi, celles qui ont -une spirante également brusque ou sourde, =_f_=, =_ch_=, =_s_=. - -1º =_-af_=, =_-afe_= et =_-aphe_=: _gn_a_f_, _g_a_ffe_, _orthogr_a_phe_. - -2º =_-ache_=: _h_, _t_a_che_, _moust_a_che_, _arr_a_che_[38]. - -3º =_-ace_= et =_-asse_=, ou =_-ass_= (mais non =_-as_=): _dédic_a_ce_ -et _carc_a_sse_, _ch_a_sse_, _f_a_ce_ et _f_a_sse_, _terr_a_sse_ et -_vor_a_ce_, _ray-gr_a_ss_, etc., et les imparfaits de subjonctifs, -autrefois longs. Mais, comme tout à l’heure pour les mots en _as_ où -l’_s_ ne s’articulait pas, il y a ici beaucoup d’exceptions parmi les -mots en _-asse_. - -L’=_a_= est fermé et long en principe, d’abord dans les dérivés des -mots en =_-as_= qui ont l’_a_ long, mais non pas dans tous. Il l’est -dans les adjectifs féminins _b_a_sse_, _l_a_sse_ (et le verbe) et -_gr_a_sse_, qui conservent l’_a_ fermé du singulier; puis dans les -verbes _am_a_sse_ et _ram_a_sse_, _p_a_sse_ et _trép_a_sse_ (avec -_imp_a_sse_, quoique moins régulièrement), _s_a_sse_ et _ress_a_sse_ -(pas toujours non plus), _t_a_sse_ et _ent_a_sse_, peut-être même -_comp_a_sse_, _dam_a_sse_, _br_a_sse_ et le substantif _embr_a_sse_ -(mais non le verbe). Il est fermé également dans _c_a_sse_, terme -d’imprimerie, dans _prél_a_sse_, par analogie avec _l_a_sse_, dans -_cl_a_sse_ et _décl_a_sse_, et le substantif _t_a_sse_. A Paris, -on y ajoute généralement _caleb_a_sse_, _éch_a_sse_, _n_a_sse_, -_caden_a_sse_ et _Parn_a_sse_ ou _Montparn_a_sse_, et même des mots -en =_-ace_=: _esp_a_ce_ et _l_a_ce_, avec ses dérivés; mais ceci -n’est point du tout indispensable, pas plus que pour la _c_a_sse_ du -pharmacien, ou la _c_a_sse_ de la cuisinière[39]. - -Quant aux mots en =_-as_= où l’_s_ s’articule, l’=_a_= y est fermé -partout; mais il n’y a là de proprement français que le mot a_s_ (terme -de jeu) et les interjections _l_a_s_ ou _hél_a_s_; les autres mots -sont des mots grecs, latins ou étrangers, et surtout des noms propres -anciens (y compris _atl_a_s_ et _hypocr_a_s_). Cette prononciation -s’est imposée même à des mots récents, où l’étymologie semblait exiger -un =a= bref et ouvert, comme _str_a_s_ et _vasist_a_s_[40]. - - -II. =A moyen.=--Immédiatement après ces finales viennent celles dont -la consonne est une des trois explosives sonores ou retardées, =_b_=, -=_d_=, et =_g_=[41]. La résonance qui précède le son, et qui en retarde -l’explosion, a pour effet de rendre la voyelle un peu moins brève; mais -elle est tout aussi ouverte dans chacune des finales. - - 1º =_-ab_= et =_-abe_=: _nab_a_b_, _ar_a_be_, _syll_a_be_. Pourtant - l’_a_ de _cr_a_be_ est généralement fermé à Paris et dans le Nord, - quoique rien ne justifie cette prononciation[42]. - - 2º =_-ad_= et =_-ade_=: _aub_a_de_, _pint_a_de_, _brav_a_de_[43]. - - 3º =_-ag_= et =_-ague_=: _zigz_a_g_, _b_a_gue_. Beaucoup de - gens ferment l’_a_ dans _v_a_gue_, substantif ou adjectif, et - même parfois dans _div_a_gue_: cela fait bien en vers, mais non - ailleurs[44]. - -De même l’=_a_= est plutôt moyen que bref, mais toujours également -ouvert, dans les finales à =_l_=, =_m_= ou =_n_=, qui peuvent aussi -être considérées comme retardées. - - 1º =_-al_= et =_-ale_=, ou =_-alle_=: _chac_a_l_ et _anim_a_l_, - _scand_a_le_ et _d_a_lle_, _s_a_le_ et _s_a_lle_. Les poètes font - volontiers rimer _exh_a_le_ avec les mots en â_le_[45]. D’autre - part l’analogie de _h_â_le_ fait quelquefois allonger outre mesure - l’_a_ bref de _h_a_le_, du verbe _h_a_ler_ (un bateau). Enfin, dans - certaines provinces, _s_a_le_ se prononce _s_â_le_, mais cette - prononciation est tout à fait mauvaise. - - 2º =_-ame_= ou =_-amme_=: _g_a_mme_ et _big_a_me_, _dr_a_me_ et - _gr_a_mme_. Il faut encore excepter _cl_a_me_ et ses composés, - où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique, - comme autrefois dans _f_a_me_; et aussi _fl_a_mme_ et _enfl_a_mme_, - avec _orifl_a_mme_, sans doute parce qu’autrefois on prononçait - _flan-me_, avec une nasale[46]. - - 3º =_-ane_= ou =_-anne_=: _c_a_ne_ et _c_a_nne_, _rom_a_ne_ et - _p_a_nne_, _sult_a_ne_ et _hav_a_ne_. Il n’y a plus lieu d’excepter - les mots savants, comme _prof_a_ne_, malgré l’opinion de Thurot, - qui fermait l’_a_, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore - l’_a_ dans _pl_a_ne_ ou _ém_a_ne_, sans doute pour le même motif; - d’autres, sans motif cette fois, dans _bibliom_a_ne_ et d’autres - composés en _-mane_, ou même dans _gl_a_ne_; autant d’erreurs, - d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre - _pl_a_ne_ long, par emphase, surtout en vers. - - Il y a pourtant deux ou trois exceptions. _D_a_mne_ conserve - toujours l’a fermé (sans doute pour le même motif que _fl_a_mme_), - mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement, - dans _cond_a_mne_, qui est d’ailleurs plus employé. _Dame-Je_a_nne_ - le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce - mot. Les musiciens conservent volontiers l’=_a_= fermé de l’italien - dans _sopr_a_ne_, tandis qu’il s’ouvre dans _sopr_a_no_. Enfin, la - _m_a_nne_ (des Hébreux) a eu longtemps l’=_a_= fermé, probablement - aussi pour la même raison que _fl_a_mme_, et l’Académie lui a - conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne - double tend naturellement à abréger l’=_a_=, comme dans _m_a_nne_ - (panier), et l’=_a_= fermé paraît y devenir suranné[47]. - -A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore -l’=_a_= un peu moins bref que les précédentes[48]. - - 1º =_-agne_=: _b_a_gne_, _camp_a_gne_, _mont_a_gne_. Mais on ferme - encore l’_a_ dans _g_a_gne_ le plus souvent[49]. - - 2º =_-ail_= et =_-aille_=[50]: _sér_a_il_, _bét_a_il_, _méd_a_ille_. - - Cependant _r_a_il_ prononcé à la française est presque fermé[51]. - _Sér_a_il_ l’est aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce - n’est pas à imiter. - -Mais les mots en =_-aille_= méritent un examen particulier. A Paris, -on fait encore une différence très nette entre =_-ail_= et =_-aille_=, -qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette -prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni -applicable à tous les mots en =_-aille_=. Elle paraît assez justifiée, -encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots -qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément -d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie: -_monac_a_ille_, _rac_a_ille_, _antiqu_a_ille_, _froc_a_ille_, -_can_a_ille_, _cochonn_a_ille_, _ferr_a_ille_, _prêtr_a_ille_, -_valet_a_ille_, _crev_a_ille_ et vingt autres, qui d’ailleurs sont -d’origine populaire, et ont droit de conserver la prononciation -populaire[52]. De même les verbes en =_-ailler_=, de même intention, et -qui ont l’=_a_= fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert -quand il est tonique: _pi_a_ille_, _cri_a_ille_, _se cham_a_illent_, -_rim_a_ille_, _tir_a_ille_, _br_a_ille_, _se débr_a_ille_, -_écriv_a_ille_, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement -_r_a_ille_ et _dér_a_ille_. Mais, d’autre part, l’=_a_= n’a jamais -été fermé dans _méd_a_ille_, de l’italien _medaglia_; l’=_a_= fermé -est également peu usité dans _f_a_ille_ (soie) et _f_a_ille_ (fente), -moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en -=_-ail_=: _b_a_ille_ (ne pas confondre avec _b_â_ille_), _ém_a_ille_, -_dét_a_ille_, _trav_a_ille_, se prononceraient difficilement d’une -autre manière que _b_a_il_, _ém_a_il_, _dét_a_il_ et _trav_a_il_; les -subjonctifs a_ille_, _f_a_ille_, _v_a_ille_, se sont certainement -abrégés, ainsi que _éc_a_ille_ et _m_a_ille_, noms ou verbes, et -aussi _tress_a_ille_[53]. Pour les autres, on a parfaitement le droit -d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: _p_a_ille_ -lui-même n’est pas plus dialectal avec =a= ouvert qu’avec =a= fermé, -d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans _la p_a_ille_ tout -court, l’ouvriront aussi bien dans _la p_a_ille humide des cachots_, au -moins s’ils parlent vite. Il en est de même pour _t_a_ille_[54]. - -Ajoutons, pour compléter, que l’=a= est ouvert et bref dans les finales -en =-aye= où l’=y= ne se dédouble pas: _cob_a_ye_, _cip_a_ye_[55]. - - -III. =A long.=--Voici enfin des finales dont l’=a= peut être tenu pour -tout à fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se -fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un =r=, ou une spirante -sonore, =g=, =v=, =z=. - -1º L’=a= est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un =r=, =-ar= -(avec ou sans consonne) et =-are= ou =-arre=: a_rt_, a_re_, a_rrhes_ -ou _h_a_rt_, _c_a_r_, _qu_a_rt_ ou _plac_a_rd_, _m_a_rc_, _m_a_re_, -_am_a_rre_, _cam_a_rd_ ou _cauchem_a_r_, _tu p_a_rs_, _il p_a_rt_, _je -prép_a_re_. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui -toutes ont l’=a= parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’=a= -était souvent fermé dans les mots en =-are= ou =-arre=; il l’est encore -un peu, et même un peu trop à Paris, dans _b_a_rre_ et _remb_a_rre_, -_c_a_rre_ ou _contrec_a_rre_, _g_a_re_ et _b_a_garre_, et même -_r_a_re_[56]. - -2º Dans les finales en _=-age=_, autrefois irrégulières, l’_=a=_ -s’allonge aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert, -exactement comme dans les finales en _=-ar=_: _mari_a_ge_, _mén_a_ge_, -_étal_a_ge_[57]. Le mot â_ge_ lui-même a aujourd’hui l’_=a=_ ouvert, -malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: _à mon_ -â_ge_ diffère bien peu de _ramon_a_ge_. - -3º Le cas est presque le même pour les finales en _=-ave=_: _c_a_ve_, -_l_a_ve_, _escl_a_ve_, _gr_a_ve_; mais l’_=a=_ a déjà une tendance à se -fermer, au moins dans _gr_a_ve_ adjectif, et dans _esclave_[58]. - -4º L’_=a=_ est tout à fait long et fermé dans les finales en _=-ase=_, -_=-az=_ et _=-aze=_, qui se prononcent comme si elles avaient un -accent circonflexe: _b_a_se_, _bl_a_se_ ou _ext_a_se_, _g_a_z_ ou -_g_a_ze_[59]. - - * * * * * - -En résumé, l’_=a=_ reste bref ou moyen devant quatorze consonnes, sauf -les exceptions, et s’allonge devant quatre ou cinq seulement. Mais il -n’est fermé régulièrement que devant une seule, la sifflante douce. - - -3º L’A suivi des groupes à liquide. - -Il ne nous reste plus à examiner pour l’_=a=_ tonique que les groupes -où il est suivi de deux consonnes, dont la seconde est une liquide, -groupes qui sont tous très courts. - - * * * * * - -Quand la seconde consonne est un _=l=_, l’_=a=_ s’allonge assez -ordinairement et tend à se fermer; mais trois groupes seulement de -cette espèce se sont formés en français. - -1º Les mots en _=-able=_ ont toujours été fort discutés. L’_=a=_ est -encore un peu fermé et assez long dans les substantifs _di_a_ble_, -_j_a_ble_, _s_a_ble_, _f_a_ble_, _ér_a_ble_ et dans _aff_a_ble_ et -_acc_a_ble_: beaucoup de gens prononcent ces mots exactement comme -_h_â_ble_, _c_â_ble_ et _r_â_ble_. C’est parfaitement correct, pourvu -que cette prononciation ne passe pas à _t_a_ble_ ou _ét_a_ble_, ni -surtout aux adjectifs à suffixe _-able_, dont l’_a_, sans être bref, -n’est pas non plus fermé. Toutefois on pense bien qu’en poésie, dans la -rime _acc_a_ble-implac_a_ble_, l’_=a=_ doit être absolument fermé, pour -être plus long[60]. - -2º Les mots en _=-acle=_ ont été aussi fort discutés. L’_=a=_ est -ouvert généralement dans _m_a_cle_ et les mots en _=-nacle=_ et -_=-tacle=_: _cén_a_cle_, _pin_a_cle_, _obst_a_cle_, et c’est une -erreur de le fermer dans _obst_a_cle_ ou _tabern_a_cle_. Mais en -revanche il est généralement fermé dans les mots en _=-racle=_: -_r_a_cle_, _mir_a_cle_ et _or_a_cle_[61]. - -3º L’_=a=_ est toujours fermé dans _r_a_fle_ et _ér_a_fle_[62]. - - * * * * * - -Quand la seconde consonne est un _=r=_, l’_=a=_ est en général ouvert -ou fermé, suivant que l’_r_ est précédé d’une _sourde_ ou d’une -_sonore_. - -1º L’_=a=_ est ouvert de préférence, et par suite bref ou moyen, quand -l’_r_ est précédé d’une _sourde_, c’est-à-dire, en principe, dans les -finales _=-apre=_, _=-acre=_, _=-atre=_ et _=-afre=_: _di_a_cre_, -_s_a_cre_, _simul_a_cre_, _n_a_cre_, _s_a_cre_ et _mass_a_cre_; -_b_a_ttre_ et ses composés, avec _qu_a_tre_ et _bar_a_thre_; a_ffres_ -et _bal_a_fre_. Quelques personnes ferment encore l’_=a=_ dans -a_ffres_[63]. - -2º L’_=a=_ est de préférence long et fermé, quand l’_r_ est précédé -d’une _sonore_. Pourtant il est encore ouvert dans la finale _=-agre=_: -_pod_a_gre_, _on_a_gre_[64]. En revanche il est fermé dans _c_a_dre_ -et _esc_a_dre_[65]; et pourtant, dans _l_a_dre_, il est plutôt -ouvert[66]. Mais surtout l’_=a=_ est long et assez fermé dans les -finales _=-abre=_ et _=-avre=_: _c_a_bre_, _mac_a_bre_, _dél_a_bre_, -_candél_a_bre_ ou _s_a_bre_, _h_a_vre_, _cad_a_vre_ ou _n_a_vre_; -toutefois cette prononciation n’est pas absolument générale, notamment -pour _pal_a_bre_ _et_ _cin_a_bre_, ni sans doute pour _gl_a_bre_[67]. - - -4º L’A atone - -Après l’_=a=_ tonique nous devons parler de l’_=a=_ atone, d’autant -que, parmi les voyelles atones, c’est encore l’_=a=_ qui offre le plus -de variété. - -Nous savons qu’en principe il est moyen et assez ouvert. Il lui -arrive pourtant d’être fermé, et c’est cela seul qui importe ici, -car la quantité des voyelles atones est toujours subordonnée à leur -ouverture. Ainsi, tandis que l’_=a=_ tonique peut être long même quand -il est ouvert, comme dans _cour_a_ge_ ou _barb_a_re_, l’_=a=_ atone -ne peut être long qu’autant qu’il est fermé. C’est pourquoi l’_=a=_ -long des finales ouvertes en _-age_ et _-are_ s’abrège régulièrement -en devenant atone, au moins si la prétonique n’est pas initiale: -_cour_a_ge_-_cour_a_geux_, _barb_a_re_-_barb_a_rie_[68]. - -Quels sont donc les _=a=_ atones qui sont fermés, puisque ceux-là seuls -nous intéressent? - -Comme on peut s’y attendre, ce sont surtout des _=a=_ toniques fermés, -devenus atones par suite de la flexion, de la dérivation ou de la -composition, et qui ne peuvent pas perdre toujours et absolument tous -les caractères de leur nature première. - -Il y a d’abord les _=a= prétoniques qui ont l’accent circonflexe_, -surtout si la prétonique est initiale comme dans _ch_â_taigne_, -_g_â_ter_ ou _p_â_lir_[69]. Encore l’_=a=_ est-il alors un peu moins -fermé et surtout moins long que quand il est tonique, par exemple -dans _bl_â_mer_ que dans _bl_â_me_, dans _h_â_ler_ que dans _h_â_le_. -Quand il s’éloigne davantage de la tonique, il arrive parfois qu’il -devient tout à fait moyen. Cela ne s’aperçoit pas dans des mots comme -â_n_(e)_rie_ ou _p_â_qu_(e)_rette_, qui n’ont que deux syllabes pour -l’oreille; mais les trois degrés différents apparaissent assez bien -dans _p_â_me_, _p_â_mer_ et _p_â_moison_, ou dans _p_â_te_, _p_â_té_ -et _p_â_tissier_ ou _p_â_tisserie_[70]. On peut dire que ces deux -derniers mots, et plus encore _p_â_moison_, ne conservent leur accent -circonflexe que par une pure convention, respectueuse de l’étymologie. -En revanche, _t_a_tillon_, qui se rattache à _t_â_ter_, mais qui a -l’_a_ ouvert, n’a jamais eu d’accent. Il en est de même des mots -a_crimonie_, _diff_a_mer_ et _inf_a_mie_, _gr_a_cieux_ et _gr_a_cier_, -malgré l’accent circonflexe arbitraire que les grammairiens ont mis à -_âcre_, _infâme_ et _grâce_[71]. - -_Même quand ils n’ont pas d’accent circonflexe_, les _=a=_ qui étaient -fermés et longs, étant toniques, s’abrègent bien un peu, mais ne -s’ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent _prétoniques_, -c’est-à-dire avant-derniers, comme dans _g_a_gner_, de _g_a_gne_, ou -quand ils ne sont séparés de la tonique que par un _e_ muet, ce qui -est ordinairement la même chose pour l’oreille. Ainsi _gr_a_sse_ et -_gr_a_ss_(e)_ment_, _gr_a_ve_ et _gr_a_v_(e)_ment_ ou même _acc_a_ble_ -et _acc_a_blement_[72]. - - * * * * * - -_A plus grande distance de la tonique_, la voyelle s’ouvre davantage: -les _=a=_ de _b_a_rricade_, de _gr_a_sseyer_, de _d_a_mnation_, de -_f_a_buliste_, de _cad_a_véreux_ sont même tout à fait ouverts[73]. - -Un phénomène pareil se produit même dans des mots composés: l’_=a=_ -fermé et long de _p_a_sse_, déjà un peu flottant dans _p_a_ssant_, -s’ouvre tout à fait, non seulement dans _p_a_ssementerie_, mais même, -si l’on veut, dans _p_a_sseport_ ou _p_a_ssepoil_[74]. - -Mais voici qui est plus important: _certains_ a _toniques fermés -s’ouvrent même en devenant prétoniques_, comme dans _c_a_dran_ ou -_cl_a_ssique_; ainsi dans _fl_a_mmèche_ ou _enfl_a_mmer_, plus -encore dans _infl_a_mmable_ et les autres dérivés, ainsi que dans -_di_a_blesse_, _di_a_blotin_ ou _endi_a_blé_, sauf par emphase. Dans -_b_a_sset_, _b_a_ssesse_, _b_a_sson_ ou _soub_a_ssement_, l’_a_ paraît -avoir aussi tendance à s’ouvrir[75]. - -A fortiori, s’il est déjà douteux qu’il faille fermer l’_=a=_ de -_matel_a_s_ ou de _caden_a_s_, on ne saurait évidemment conseiller -de fermer celui de _matel_a_sser_ ou de _caden_a_sser_: ce sont des -prononciations parisiennes fort peu recommandables. De même, il n’est -pas indispensable de fermer l’_=a=_ de _g_a_rer_ ou _r_a_reté_, ou -celui de _c_a_ssette_, et je conseillerais encore moins de fermer celui -de _c_a_sserolle_. La manière de prononcer _esp_a_cer_, _l_a_cer_, -_l_a_cet_ ou _enl_a_cement_, _br_a_sser_ ou _br_a_sseur_, dépendra de -celle dont on prononce _esp_a_ce_, _l_a_ce_ ou _br_a_sse_. - -De même, pour les mots en _=-ailler=_, _=-ailleur=_, _=-aillon=_, etc., -c’est la manière de prononcer _aille_ qui décidera. Ainsi l’intention -péjorative paraît se marquer par l’_=a=_ fermé dans _écriv_a_iller_ -ou _écriv_a_illeur_, _br_a_iller_ ou _br_a_illeur_, _gr_a_illon_ -ou _avoc_a_illon_, etc. On ferme aussi l’_=a=_ dans _r_a_iller_ -ou _dér_a_iller_ (et aussi dans _jo_a_illier_), mais non pas dans -_trav_a_iller_ ou _trav_a_illeur_, _ém_a_iller_, _cor_a_illeur_, -_dét_a_iller_ ou _b_a_iller_ (donner). On le ferme dans _h_a_illon_, -et au besoin _p_a_illon_, mais non dans _méd_a_illon_, ni même dans -_bat_a_illon_, de quelque manière qu’on prononce _bat_a_ille_. - -On prononcera _t_a_illeur_ suivant la manière dont on prononce -_t_a_ille_. Surtout il n’y a aucun inconvénient à ouvrir l’_=a=_ -dans _poul_a_iller_, dans _c_a_iller_ et _c_a_illot_, et dans -presque tous les dérivés et composés de _p_a_ille_, comme -_p_a_illard_, _remp_a_iller_, _p_a_illasse_, _p_a_illette_, et surtout -_p_a_illasson_[76]. - -Il va sans dire que s’il n’y a pas de forme tonique en _-aille_, il -n’y a plus aucune raison pour que _-ail-_ prétonique soit fermé; aussi -est-il ouvert de préférence dans tous les mots qui commencent par -_cail-_, comme _c_a_illette_, _c_a_illasse_ et _c_a_illou_; de même, -et plus sûrement encore, dans a_illeurs_, _m_a_illet_, _m_a_illot_, -_s_a_illir_, _j_a_illir_ et leurs dérivés, et dans _crém_a_illère_[77]. - - * * * * * - -En revanche, il peut arriver que l’_=a= prétonique_ soit _fermé_, _même -sans avoir été tonique_, et cela pour les mêmes raisons que l’_=a=_ -tonique. Ainsi on a vu que la sifflante douce fermait l’_a_ tonique des -finales en _-ase_ ou _-aze_, et par suite l’_a_ des verbes en _-aser_ -et de leurs dérivés; elle ferme aussi l’_=a=_ atone, non sans quelque -flottement, dans _algu_a_zil_, _b_a_salte_, _b_a_sane_ et _b_a_sané_, -_b_a_zar_, _b_a_silic_ et _b_a_silique_, _b_a_soche_, _bl_a_son_ -et _g_a_zon_, _j_a_seran_, _m_a_sure_, _m_a_zette_, _n_a_sal_ et -_n_a_seaux_, _qu_a_si_, et quelques autres, si l’on veut; sensiblement -moins ceux des mots en _-asif_ et _-asion_; très peu aujourd’hui ceux -de _g_a_zelle_, _g_a_zette_ ou _g_a_zouiller_; plus du tout ou presque -plus ceux de _f_a_séole_ et surtout _c_a_semate_[78]. - -L’_=r=_ aussi, surtout l’_=r=_ double, sert à fermer l’_=a=_ prétonique -dans un certain nombre de mots, sans que ce soit indispensable, -notamment dans les mots de deux syllabes en _-aron_, parce que la -prétonique y est initiale: _b_a_ron_, _ch_a_rron_, _l_a_rron_, -_m_a_rron_, en opposition avec _fanf_a_ron_, _mac_a_ron_ ou -_masc_a_ron_, dont l’_a_ est toujours ouvert[79]. L’_=a=_ se ferme -encore assez souvent dans _c_a_rriole_, _c_a_rrosse_, _ch_a_riot_ et -_ch_a_rrue_ (mais beaucoup moins dans _ch_a_rrette_, _ch_a_rrier_ ou -_ch_a_rroyer_); aussi dans _s_a_rrau_, _p_a_rrain_ et _m_a_rraine_[80]; -dans _m_a_dré_, dans _sc_a_breux_, et, si l’on veut, dans _m_a_drier_ -et _m_a_rri_. A Paris, on y ajoute même _c_a_rotte_, mais je ne -conseille pas de fermer cet _=a=_, non plus celui de _j_a_rret_, -_b_a_roque_, _h_a_ro_, _t_a_rot_ et même _g_a_rrot_, moins encore celui -de _big_a_rré_, déjà signalé, ou même _big_a_rreau_[81]. - -L’_=a=_ est encore long et fermé dans quelques mots comme _m_a_got_, -_m_a_çon_ et ses dérivés; et si _estram_a_çon_ a gardé l’_=a=_ bref et -ouvert, _lim_a_çon_ suit parfois l’analogie de _m_a_çon_. Il est encore -plus ou moins fermé, mais il tend à s’ouvrir, dans _c_a_ssis_[82], -_ch_a_let_, _j_a_dis_, _l_a_ma_, _m_a_flu_, _m_a_quis_, _n_a_ïades_, -_pr_a_line_ et _pr_a_liné_, _r_a_mure_, _sm_a_la_, _t_a_sseau_, -_v_a_let_; il est sûrement ouvert et bref aujourd’hui dans a_nis_, -_pomme d’_a_pi_, _ch_a_ssieux_, _m_a_deleine_, _p_a_ssereau_[83]. - -D’autre part, on contrarie mal à propos la tendance générale de la -langue, quand on ferme l’_=a=_ devant deux consonnes distinctes, comme -dans _m_a_rdi_, _p_a_scal_, _p_a_stel_, _p_a_steur_ et ses dérivés, où -l’_=a=_ est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84]. - -Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’_=a=_ dans -_st_a_bat_, a_men_, _fr_a_ter_, _alma m_a_ter_, et dans _ab ir_a_to_, -_c_a_sus belli_, _de pl_a_no_, _sine qu_a _non_, ainsi et que dans -_postul_a_tum_, _ultim_a_tum_ et autres mots en _-atum_ et _-arium_, -qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour _hi_a_tus_ -et _str_a_tus_, pour _gr_a_tis_ et _in-pl_a_no_, plus encore pour -_m_a_jeur_ ou _m_a_jor_[85]. - -La prononciation de l’_=a=_ dans les mots en _=-ation=_ ou _=-assion=_ -varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement -ouvert dans _n_a_tion_, et je ne conseille pas de le fermer dans -_p_a_ssion_ et _comp_a_ssion_ et leurs dérivés. Quant aux mots en -_=-ateur=_, _=-atrice=_, _=-atif=_ ou _=-ature=_, ils ont l’_=a=_ -parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que _a priori_ ou _a -posteriori_[86]. - -L’_=a=_ est encore fermé dans _p_a_li_, langue de l’Hindoustan, -quelquefois écrit _pahli_[87]. - - -5º Quelques cas particuliers. - -Dans _m_a_man_ et _n_a_nan_, la première syllabe s’assimile à la -seconde dans l’usage familier, par une sorte d’attraction, et l’on -entend beaucoup plus souvent _man-man_ et _nan-nan_ que _m_a_man_ et -_n_a_nan_, qui même ont un air d’affectation[88]; on dit même sans -sourciller _m_o_man_, sans doute par l’intermédiaire de _m_on_-man_, -sans parler de _m’man_ qui rappelle exactement _m’sieu_. - - * * * * * - -Dans _août_, l’_=a=_ a cessé de se prononcer depuis le XVIᵉ -siècle, à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus, -absolument comme dans _saoul_, qui s’écrit encore mieux _soûl_. On -a malheureusement continué d’écrire _août_ avec un _a_, comme on a -continué d’écrire l’_o_ de _paon_, _faon_ et _taon_, qui ne se prononce -pas davantage[89]; mais la prononciation _a-ou_ est aussi surannée et -devrait paraître aussi ridicule que _pa-on_. La Fontaine écrivait même -_oût_: - - Je vous paierai, lui dit-elle, - Avant l’_oût_, foi d’animal, - Intérêt et principal[90]. - -Boileau ne prononce pas autrement: - - Et qu’à peine au mois d’_août_ l’on mange des pois verts. - -On peut dire que, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, il n’y avait plus de -discussion sur ce point. «_Août_ se prononce _oût_», dit Voltaire, -dans l’_Avertissement de Zaïre_. Jusqu’en 1835, l’Académie dit: -«Prononcez _oût_.» Mais déjà l’antique prononciation avait reparu. -D’où venait-elle? S’était-elle conservée dans quelques provinces, ou -était-elle seulement la réaction de l’orthographe? - -Déjà Domergue se plaignait que les orateurs démocrates, pour rappeler -le 10 août 1792, prononçassent _a-ou_. Dans la première moitié du XIXᵉ -siècle, on trouve cette prononciation jusque chez les poètes, peut-être -même surtout chez les poètes, dans Sainte-Beuve toujours, dans Victor -Hugo presque toujours; et il en est de même aujourd’hui, notamment dans -Henri de Régnier. - -Elle n’en est pas meilleure. Elle s’est tellement répandue au cours du -siècle dernier, que l’Académie en est venue à dire dans son édition -de 1878: «On prononce souvent _oût_.» Ce _souvent_ est délicieux. -Peut-être faut-il lire: «On prononce souvent _a-oût_.» Cela au moins -serait exact. Mais on serait dans la vraie tradition française en -prononçant toujours et uniquement _ou_[91]. - -Le cas d’_aoriste_ est sensiblement pareil à celui d’_août_. L’_=a=_ -avait cessé de se prononcer, sauf chez quelques puristes, pour qui -_oriste_ avait un sens opposé à celui d’_aoriste_; mais il a revécu de -nos jours, et comme l’influence de la prononciation populaire n’est pas -là pour contre-balancer celle de l’écriture, _a-oriste_ paraît devoir -l’emporter, malgré le désagrément de l’hiatus[92]. - - * * * * * - -Enfin _extr_a-_ordinaire_ ne se maintient que dans le langage soutenu: -on dit couramment _extrordinaire_[93]. - - -6º L’A dans les mots anglais. - -Ce travail ne serait pas complet, si l’on n’y parlait pas de l’_=a=_ -des mots étrangers adoptés par le français, et notamment des mots -anglais, dont la prononciation est si différente de la nôtre[94]. - -Quelques mots, dus à la transmission orale, ont pu être francisés -tant bien que mal avec la prononciation anglaise ou à peu près; ainsi -_bébé_, qui vient probablement de _baby_, quoique Littré lui donne une -autre étymologie. De même _bifteck_, _romsteck_ ou _rosbif_. - -Mais le plus souvent les mots étrangers, surtout les anglais, se -francisent à moitié seulement. Cela tient à ce qu’au lieu de partir du -son, comme pour les mots que nous venons de citer, on part généralement -de l’écriture; or la masse, qui ignore les langues étrangères, conserve -pourtant une sorte de scrupule malencontreux, et fait effort pour -conserver quand elle peut une allure étrangère aux mots étrangers -qu’elle adopte, et cela surtout dans la désinence. - -On indiquera, ici et ailleurs, la prononciation qui prévaut dans -l’usage le plus ordinaire. Nous nous excusons particulièrement auprès -des professeurs d’anglais, à qui nous ne faisons nullement concurrence: -il est bien entendu que ce n’est pas de prononciation _anglaise_ qu’il -est question ici. Et en effet, on ne s’adresse pas aux gens qui savent -l’anglais, mais au contraire à ceux qui ne le savent pas, pour leur -indiquer dans quelle mesure ils peuvent franciser les mots anglais sans -être ridicules; on enseignera donc la prononciation à demi francisée -que les Français adoptent le plus généralement. - - * * * * * - -Dans les mots anglais adoptés par le français, c’est précisément -l’_=a=_ qui est le plus ordinairement altéré; le reste du mot garde -à l’occasion une apparence exotique, surtout à la finale. Ainsi nous -avons francisé à moitié _squ_a_re_, puisque nous ne prononçons plus -_scouèr_, et moins encore _scar_, mais _scouar_, entre les deux; cela -tient à ce que nous avons pris à l’étranger d’autres mots où _qua_ se -prononce aussi _coua_. Il en est de même de _boo_k_m_a_ker_; car si -quelques-uns le prononcent à peu près à l’anglaise _boukmèkeur_, la -plupart, sachant par ailleurs que _oo_ se prononcent _ou_, acceptent -cette prononciation, mais francisent la fin du mot d’après l’écriture, -ce qui fait _boukmakèr_[95]. - -On peut franciser sans doute _cott_a_ge_, aussi bien que _l_a_dy_ -ou _m_a_cf_a_rl_a_ne_ et même _ch_a_llenge_ et _sk_a_ting_, quoique -beaucoup prononcent ce mot par _é_[96]. - - * * * * * - -Dans les mots anglais qui ne sont pas francisés du tout, l’_=a=_ se -prononce à l’anglaise ou à peu près, c’est-à-dire entre _a_ et _é_, -plus près de _é_. Mais comme l’_=e=_ n’est fermé en français que quand -il est final, c’est plutôt un _=e=_ ouvert que nous faisons entendre -dans ces mots[97]. _R_a_llye_ employé seul tend à se franciser[98]. - -Devant un _=l=_, l’_=a=_ se prononce à peu près comme _=o=_ ouvert, -dans a_ll right_ et _h_a_ll_, et _w_a_lk over_[99]. - - * * * * * - -_Y_a_cht_ aussi, après s’être longtemps prononcé _yac_, est devenu au -siècle dernier _yote_ chez les personnes qui ont l’usage de l’anglais, -chez les marins, et aussi chez les snobs. Un jour pourtant, les gens de -sport se sont aperçus que _yacht_, emprunté à l’anglais, il est vrai, -n’était pas anglais de naissance, mais hollandais. Or, précisément, -les Hollandais prononcent à peu près _yact_ à l’allemande. Les Anglais -avaient sans doute eu raison d’angliciser le mot pour leur usage -personnel; mais pour quelle raison devrions-nous prononcer comme eux, -en leur empruntant un mot qui n’est pas à eux? Ne valait-il pas mieux -ou bien faire comme eux, c’est-à-dire franciser le mot complètement -et prononcer _yact_, ou bien conserver la prononciation _yac_, admise -depuis longtemps et, par suite, francisée? C’est ce qui a paru à -beaucoup de gens; si bien qu’aujourd’hui le mot a trois prononciations -dont la plus ancienne, et peut-être la meilleure, est _yac_; et tel -fut, sauf erreur, l’avis des hommes de sport les plus qualifiés, le -jour où la question fut posée dans le journal le _Yacht_[100]. - - * * * * * - -L’_=a=_ précédé de l’_=e=_ ne se francise pas; nous le prononçons -tantôt _=è=_ comme dans _br_ea_k_ ou _d_ea_d-heat_[101]; tantôt _=eu=_ -ouvert, comme dans _y_ea_rling_; plus souvent _=î=_, comme dans -_cl_ea_ring-house_, _dead-h_ea_t_, _gr_ea_tevent_, _gulf-str_ea_m_, -_l_ea_der_, _if you pl_ea_se_, _r_ea_der_, _s_ea_son_, _sp_ea_k_ et -_sp_ea_ker_, _st_ea_mer_, _st_ea_mboat_ et _t_ea_gown_[102]. - -Les deux sons _=è=_ et _=i=_, réunis dans _Sh_a_kesp_ea_re_, sont -si bien francisés dans cette prononciation, qu’on en a fait le mot -français _shakespearien_ (chexpirien). - -Dans _cold-cr_ea_m_ (colcrem, par _=è=_ au lieu d’_=i=_), le français a -repris son bien (crème), mais en laissant au mot l’allure étrangère par -la brièveté de la finale, comme dans _br_ea_k_. - - * * * * * - -_=Oa=_ sonne _=o=_, plus ou moins ouvert dans _b_oa_rding house_, -_mail-c_oa_ch_ et _t_oa_st_, plus ou moins fermé dans _over-c_oa_t_ et -_cover-c_oa_t_, _c_oa_ltar_ et _steamb_oa_t_[103]. - -_R_aou_t_ se prononce de préférence et s’écrit aussi _rout_. - -_=Aw=_ sonne comme _=o=_ fermé dans _l_aw_n-tennis_, _outl_aw, -_dr_aw_back_ et _tomah_aw_k_[104]. - - -7º Le groupe OI (oy). - -Le son _=oi=_ se prononce aujourd’hui _oua_ ou _wa_[105]. Ce groupe -n’est donc plus qu’un cas particulier de _=a=_, et les usages sont -sensiblement les mêmes pour _=oi=_ que pour _=a=_, avec cette -différence que le nombre des finales où figure _=oi=_ est beaucoup -plus restreint, et que sa prononciation est beaucoup plus uniforme. Je -ne parle pas de _=oi=_ atone qui est généralement sans intérêt. - - -I. =OI tonique.=--Comme l’_=a=_ final, _=oi=_ final n’est ni long ni -fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec -ou sans consonne indifféremment, et après un _r_, aussi bien qu’après -une consonne quelconque: _un ab_oi, _des ab_oi_s_, _p_oi_s_, _p_oi_x_ -et _p_oi_ds_, _je cr_oi_s_, _il cr_oi_t_, _la cr_oi_x_, _effr_oi, etc.: -_oît_ même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales -en _-ât_: _tourn_oi, _dan_oi_s_, _ben_oî_t_ diffèrent bien peu, s’ils -diffèrent[106]. Pourtant _oi_ est ordinairement plus fermé dans les -substantifs _mois_ et _bois_. - -_Oie_ même n’est pas plus long aujourd’hui que _oi_, sauf en vers, pour -distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a -disparu de l’usage courant, même dans le mot _oie_[107]. - -_Harn_oi_s_ a été définitivement remplacé par _harn_ai_s_; pourtant on -peut encore prononcer _oi_ à la rime, mais seulement au sens figuré: - - Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harn_oi_s, - Ce sang pour vous servir prodigué tant de f_oi_s...[108] - -Passons à _=oi=_ suivi d’une consonne articulée. - -_Devant une sourde_, _=oi=_ s’ouvre et s’abrège comme l’_=a=_: _c_oi -est à _c_oi_te_, comme _délic_a_t_ à _délic_a_te_; on ne prononce même -plus guère une _b_oî_te_ autrement que _il b_oi_te_. De même _s_oi_f_ -ou _c_oi_ffe_; et la finale _-oisse_, de _par_oi_sse_ ou _ang_oi_sse_, -autrefois longue, comme sa sœur _-aisse_, s’est fort abrégée dans -l’usage le plus général. - -Comme l’_=a=_ encore, _=oi=_ est moins bref, mais tout aussi ouvert, -_devant d_, _l_, _n_, et _gn_ mouillé: _fr_oi_de_, _p_oi_l_, -_ét_oi_le_, _m_oi_ne_ et _s_oi_gne_. Quant à _r_oi_de_ et ses dérivés, -il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la -Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture -pour la rime _froide_; la seule forme usitée est _raide_, avec tous ses -dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre -depuis un demi-siècle[109]. - -Comme l’_=a=_ toujours, _=oi=_ s’allonge dans _-oir_ ou _-oire_, -sans se fermer sensiblement: _voul_oi_r_ et _gl_oire, _dev_oi_r_ et -_iv_oi_re_[110]. - -_Devant une spirante sonore_, _=oi=_ est plutôt moins long que l’_a_, -et surtout il ne se ferme pas comme l’_a_ devant _z_. Si _v_oi_s-je_ -est à peu près pareil à _riv_a_ge_, _oi_ est plus ouvert et plus -bref dans _reç_oi_ve_ que _a_ dans _b_a_ve_ ou _gr_a_ve_. De même et -surtout, si autrefois _oi_ a pu être fermé dans _-oise_, comme _a_ dans -_-ase_, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus -ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins: -_bourge_oi_s_, _bourge_oi_se_; _court_oi_s_, _court_oi_se_; _dan_oi_s_, -_dan_oi_se_, et de même _framb_oi_se_, _turqu_oi_se_ ou _appriv_oi_se_. - -_=Oi=_ est un peu moins ouvert dans _g_oi_tre_, _cl_oî_tre_, -_cr_oî_tre_ et ses composés, et _p_oi_vre_; mais même dans _-oître_, il -n’est plus fermé comme _=a=_ l’est encore dans _-âtre_. - - * * * * * - -En somme, on peut dire que _=oi=_ n’est plus fermé nulle part, et -l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de -cette voyelle[111]. - - -II. =Le groupe OIGN.=--Nous devons dire un mot, pour terminer, du -groupe _=oign=_. A l’origine, la graphie de l’_n_ mouillé n’était -pas _gn_, comme aujourd’hui, mais _ign_[112]. Il en résulte que -dans le groupe _-oign-_, c’est _o_ et non _oi_ qu’on prononçait -normalement: _bes_o-_igne_, _ivr_o-_igne_, _p_o-_ignard_. La -suppression de l’_i_ a conservé la prononciation d’un certain nombre -de ces mots, d’abord _besogne_ et _besogner_, _grogner_, _ivrogne_, -_rogne_, _rogner_, _trogne_, _trognon_, _vergogne_, et un peu plus -tard _rognon_ et _cogner_ ou _cognée_, avec _encognure_, qui s’écrit -encore trop souvent _enco_-ign_ure_. Les autres ont gardé leur _i_, -malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un -des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les -efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà -qu’on prononce définitivement _oi_ dans _j_oi_gnons_, _s_oi_gner_, -_él_oi_gner_, _tém_oi_gnage_[113]. Les autres ont suivi. _O_(i)_gnon_ -seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par _=o=_: -cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque -uniquement par l’oreille; _oi-gnon_ est donc ridicule[114]. On prononce -encore assez souvent _mo_(i)_gnon_, et le peuple dit fort justement -_po_(i)_gne_ et _empo_(i)_gner_; mais ceci passe déjà pour familier, -ainsi que _la foire d’empo_(i)_gne_, ces mots étant d’ailleurs plutôt -d’usage populaire. Quant à _p_oi-_gnet_, _p_oi-_gnée_, _p_oi-_gnard_, -qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore -_p_oi-_gnant_, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur -prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux -que l’_i_ de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui -est fait est fait, à tort ou à raison, et _p_o_gnard_ ou _p_o_gnet_ -sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes -instruites[115]. - -De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. _Poireau_, -dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois -_porreau_, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du -moins au sens propre; mais on prononce toujours _oi_ dans l’expression -populaire _faire le p_oi_reau_, ainsi que dans _p_oi_reau_, désignant -la décoration du _Mérite agricole_. D’autre part _p_oi_trine_ et -_p_oi_trail_ ne peuvent plus se prononcer correctement par _o_ tout -seul[116]. - -L’anglais _boy_ se prononce _bo_ï, mais en une syllabe. Il devrait en -être de même dans _b_oy_cotter_; mais le mot est à peu près francisé -avec le son _oi_[117]. - - - - -II.--LA VOYELLE E - - -Il ne sera pas question ici de l’_=e=_ muet proprement dit, qui -sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs _n’est jamais -tonique_[118]. Nous parlerons seulement de l’_=e=_ accentué. Peu -importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on -appelle accent: _aimé_ ou _aimer_, _succès_, _mortel_ ou _rebelle_ -appartiennent également à ce chapitre[119]. - - -1º L’E final. - -En règle générale, l’_=e=_ tonique est fermé quand il est final, ou -suivi d’un _=e=_ muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf -dans les finales _=-et=_ et _=-ès=_); il est au contraire toujours -plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120]. -L’_=e=_ est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories; -mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont -beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble. - - -I. =E final fermé.=--Les mots qui ont l’_=e=_ final fermé sont les -suivants: - - -1º La lettre _=e=_ elle-même et les noms des consonnes _=b=_, _=c=_, -_=d=_, _=g=_, _=p=_, _=t=_, _=v=_, et les innombrables mots en _=-é=_, -substantifs, adjectifs, participes: _bont_é, _zél_é, _aim_é, etc., etc. - -Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire -écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite _vic_(e) _versa_, -qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que _fac-simil_(e). - -Nous devons parler aussi des mots italiens à _=e=_ final. Quand nous ne -les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui -est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir -l’_=e=_, comme dans _lazaron_e, _ciceron_e, _farnient_e, _sempr_e, -_con amor_e, _furia frances_e, _anch’ io son pittor_e, _e pur si -muov_e. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux -méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec _e muet_, comme -dans _dilettant_(e), et aussi _andant_(e), si bien francisé avec _e -muet_, qu’on le prend comme substantif: _un andant_e; on peut y joindre -_canzon_(e), et même _vivac_(e), qui s’est naturellement confondu avec -le français _vivace_: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus -fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un -_e_ fermé que nous prononçons, comme dans _piano fort_e, _cantabil_e, -_a piacer_e, _dolc_e, _mezzo-termin_e. Dans _fara da s_e, l’_=e=_ est -accentué, même en italien[122]. - - -2º A la catégorie de l’_=e=_ final fermé appartiennent aussi: _pied_, -qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit _pié_, même en prose, et -non pas seulement pour la rime; puis _sied_ et _messied_, _assied_ et -_assieds_. Mais la prononciation d’_assied_ est moins sûre que celle de -_pied_. Elle paraît flotter entre l’_=e=_ fermé de _p_ie_d_ et l’_=e=_ -ouvert des mots en _=et=_. Peut-être est-ce l’_s_ d’_assi_e_ds_ qui en -est cause; en tout cas l’_e_ d’_assi_e_ds-toi_ est plutôt moyen. - -Je ne parle pas de _cl_e_f_, qui s’écrit aussi _clé_. - - -3º Les innombrables mots en _=-er=_, ou _=-ier=_, dans lesquels l’_r_ -ne se prononce pas: _aim_e_r_, _pri_e_r_, _pommi_e_r_, _meuni_e_r_, -_réguli_e_r_, _arch_e_r_, _messag_e_r_, _lég_e_r_, etc.[123]. - - -4º Les mots en _=-ez=_ où le _z_ ne se prononce pas, à savoir: -les formes verbales de la seconde personne du pluriel, _aim_e_z_, -_aimi_e_z_, _aimeri_e_z_; le substantif _n_e_z_; la préposition -_ch_e_z_; l’adverbe _ass_e_z_; enfin l’ancienne préposition _l_e_z_ -(près de), des noms de lieux[124]. - -Il y avait aussi autrefois un adverbe _r_e_z_ (au niveau de), qui -était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif -_r_e_z-de-chaussée_, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant -atone[125]. - -La distinction entre l’_e_ final, qui est fermé, et l’_e_ suivi d’une -consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante, -que quand les infinitifs en _=-er=_ (_é_) se lient avec la voyelle -suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter -l’hiatus, l’_e_ s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts -des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’_e_ fermé, ont -échoué. Ainsi dans l’hémistiche _pour aller à Paris_, avec liaison, -l’_=e=_ est intermédiaire entre l’_=é=_ fermé d’_all_e_r_ et l’_=è=_ -ouvert de _colère_. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent -contribue-t-il à cette ouverture. - -Les finales masculines en _=-é=_ sont fermées en quelque sorte si -nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes--par -la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance -naturelle--ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont -les articles et pronoms monosyllabiques _les_, _des_, _ces_, et _mes_, -_tes_, _ses_[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs, -d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler _l_è_s hommes_, et essayent -de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est -absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant, -qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer -_mes_ dans _mes sœurs_ autrement que dans _mesdames_, où il est -certainement fermé. Même après un impératif, le pronom _les_, devenu -tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans -doute les poètes continuent à faire rimer _donne-les_ avec _poulets_ ou -_balais_, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi _les_ -aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127]. - - -II. =E final ouvert.=--Ainsi le français ignore l’_=e= ouvert_ final. -Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour _é_ -tout seul, mais pour l’_e_ suivi de consonnes non articulées. - - -1º Les mots en _=-et=_, assez nombreux, avec ou sans _s_: _gib_et, -_cad_et, _m_et_s_, _r_et_s_, etc. Il faut excepter encore la -conjonction _et_, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble -avoir tendance à s’ouvrir par analogie. - -L’_=e=_ est tellement ouvert dans les mots en _=-et=_, qu’il ne l’est -pas sensiblement plus dans les mots en _=-êt=_[128]: _ben_êt et -_bonn_et, _for_et et _for_êt riment parfaitement ensemble. _Il est_, -qui a gardé son _s_, est de la même famille, mais son _e_ est moyen, -même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire -le plus souvent: _qu’_est_-ce que c’_est? _c’_est _lui_, ainsi dans -_c’_est _vrai_, _est_ est moins ouvert que _vrai_. - -_Fouet_ s’est longtemps prononcé _foi_, mais l’orthographe a réagi sur -la prononciation. - - -2º Un certain nombre de mots en _=-cès=_, _=-grès=_ ou _=-près=_, -dérivés de mots latins en _-cessus_, _-gressus_ et _-pressus_, à -savoir: _déc_ès, _proc_è_s_, _abc_è_s_, _exc_è_s_ et _succ_è_s_; -_progr_è_s_ et _congr_ès; _pr_è_s_, _apr_è_s_, _aupr_è_s_, _expr_è_s_, -et le substantif _cypr_ès[129]. De plus, sans doute par analogie, -_gr_è_s_, _agr_è_s_ et _tr_è_s_; enfin _d_è_s_ et _prof_è_s_. _Tu_ -e_s_ a plutôt l’_e_ moyen, un peu plus ouvert dans _folle que tu_ e_s_ -que dans _tu_ e_s folle_. - -La tendance à fermer l’_=e=_ final est si marquée en français que, même -pour ces deux catégories, _-et_ et _-ès_, dans beaucoup de provinces -on ferme l’_=e=_, comme dans _mes_ ou _les_. Cette prononciation, qui -n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de -nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des -défauts dont il faut se garder le plus. - -En parlant de l’_=e=_ fermé, ou plutôt de l’_=e=_ final, même ouvert, -nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même -partout: sans être tout à fait bref, l’_=e=_ final n’est jamais long; -comme l’_a_ final, il est moyen partout, dans _succ_è_s_, _cabin_e_t_ -ou même _for_ê_t_, comme dans _aim_e_r_, _aim_é ou _aim_e_z_. La -question est donc sans intérêt[130]. - -Pourtant les finales féminines en _=-ée=_ et _=-ées=_ furent jadis et -peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines. -Elles ont fait comme les finales en _=-oie=_, et nous retrouverons -le même phénomène dans les finales en _=-aie=_, _=-eue=_, _=-ie=_, -_=-ue=_, _=-oue=_. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les -finales en _=-ie=_ (et encore!), la distinction d’avec la finale -masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se -maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en -vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer, -_s’il est possible_, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est -plus qu’un artifice de diction[131]. - - -2º L’E suivi d’une consonne articulée. - -Ainsi l’_=e=_ fermé français n’est jamais long, mais toujours moyen. -Au contraire l’_=e=_ ouvert peut être, suivant les cas, bref, moyen ou -long. C’est ce que nous allons voir en étudiant l’_=e=_ suivi d’une -consonne articulée. Cet _=e=_, comme nous avons dit, est toujours plus -ou moins ouvert[132]. Mais il est surtout beaucoup plus ouvert quand -la voyelle est longue que quand elle est brève ou moyenne: _ouvert_ et -_long_ sont ici proportionnels[133]. - -L’ordre adopté pour la voyelle _a_ s’impose également pour l’_e_. - - -I. =E bref.=--Les finales brèves sont celles qui ont une explosive -brusque, _=c=_, _=p=_, _=t=_, ou une spirante sourde, _=f=_, _=ch=_, -_=s=_. - - -1º _=-ec=_ (avec _-ech_ non chuintant ou _-eck_) et _=-èque=_: _b_e_c_, -_éch_e_c_, _var_e_ch_, _bift_e_ck_, _ch_è_que_, _past_è_que_[134]. - - -2º _=-ep=_ et _=-eppe=_: _jul_e_p_, _st_e_ppe_. _C_è_pe_, qui n’a -qu’un _p_ devant l’_e_ final, est resté plus long et plus ouvert que -_st_e_ppe_ ou _c_e_p_: nous retrouverons ailleurs cette différence -entre la consonne simple et la consonne double[135]. - - -3º _=-et=_ et _=-ète=_ ou _=-ette=_: _n_e_t_ et _n_e_tte_, _s_e_pt_, -_di_è_te_ et _mi_e_tte_, _cach_è_te_ et _cach_e_tte_, _compl_è_te_ et -_empl_e_tte_, _secr_è_te_ et _regr_e_tte_[136]. - -Naguère encore la finale _=-ète=_ était moins brève que _=-ette=_: -il est bien difficile de saisir aujourd’hui une différence entre les -mots qu’on vient de lire[137]. _Vous êtes_ s’est lui-même fort abrégé, -malgré l’accent circonflexe, surtout devant un mot, parce qu’il perd -l’accent: _vous êtes fou_. En vers pourtant, la finale _=-ète=_ reste -souvent plus longue et plus ouverte, au moins pour rimer avec _=-ête=_, -et cette ouverture se maintient parfois dans la diction soutenue pour -certains mots, comme _proph_è_te_ et surtout _po_è_te_[138]. Mais -quand on dit dans le langage courant _les po_è_tes français_, il est -bien certain que l’_e_ de _po_è_te_ n’est pas plus ouvert que celui de -_mu_e_tte_. - -_Couette_ et _bouette_ s’écrivent aussi _coite_ et _boite_, et -se prononcent ainsi. Quelques-uns prononcent encore _foite_ et -_foiter_ pour _fou_e_tte_ et _fou_e_tter_, mais cette prononciation -est désormais surannée, presque autant que celle de _foi_ pour -_fou_e_t_: c’est toujours la réaction fâcheuse de l’orthographe sur la -prononciation, mais on n’y peut rien[139]. - - -4º _=-ef=_ et _=-effe=_ ou _=-èphe=_: _f_, _reli_e_f_, _ch_e_f_, -_gr_e_ffe_[140]. - - -5º _=-èche=_: _bob_è_che_, _s_è_che_. Malgré l’accent circonflexe, -_pimb_ê_che_ a aussi l’_e_ bref. Pourtant il s’écrivait autrefois avec -un _s_[141]; ainsi: - - Haute et puissante dame Yolande Cudasne - Comtesse de _Pimbesche_, _Orbesche_, et cætera; - -mais il faut croire que l’_e_ s’est abrégé, ou bien cet _sch_ venait -de l’allemand, et équivalait au _ch_ français: l’accent circonflexe ne -serait donc pas justifié. En revanche on allonge quelquefois l’_e_ dans -_cr_è_che_ et _br_è_che_, en achevant de l’ouvrir[142]. - - -6º _=-èce=_ et _=-esse=_ ou _=-esce=_, mais non _=-ès=_: _la lettre -s_ (écrite aussi _esse_), _ni_è_ce_ et _vieill_e_sse_, _esp_è_ce_ et -_pap_e_ss_e, _nobl_e_sse_, _allégr_e_sse_, _v_e_sce_, etc. Les verbes -_c_e_sse_ et _pr_e_sse_ et leurs dérivés ont conservé généralement un -_e_ un peu plus long; les autres se sont abrégés[143]. - -Quant aux mots en _=-ès=_ à _s_ articulé, ils ont tous l’_=e=_ -long, comme les mots en _=-as=_, dans le même cas; mais, de même -que les mots en _=-as=_, ils ne sont pas français: ils sont latins, -comme _palmar_è_s_ ou _faci_e_s_, ou étrangers, comme _londr_è_s_ -ou _cort_è_s_[144]. L’_e_ n’est bref ici que quand il est suivi de -deux _s_, comme dans _expr_e_ss_ et _m_e_ss_, et ces mots sont aussi -étrangers. - -_Est-ce_ devrait être long, mais il ne l’est guère, même quand il -est tonique: _à qui est-ce_ diffère peu de _acquiesce_; à plus forte -raison quand il ne l’est pas: _est-ce à lui?_ D’autre part l’article -pluriel composé archaïque _ès_ (en les) avait autrefois l’_s_ muet et -l’_e_ ouvert, comme dans la préposition _dès_; on prononce aujourd’hui -l’_s_, mais l’_e_ reste bref et n’est qu’à demi-ouvert: _bachelier ès -lettres_. Ces deux mots rentrent donc dans la règle générale. - -Pour ce qui est de _pataquès_, une anecdote bien connue, racontée par -Domergue, le tire de la phrase _je ne sais pas-t-à-qu’est-ce_, pour _je -ne sais pas à qui c’est_[145]. A ce compte, il devrait avoir l’_e_ -bref; mais il a suivi l’analogie de tous les mots en _ès_[146]. - - -II. =E moyen.=--L’_=e=_ est un peu moins bref devant une explosive -retardée, _b_, _d_, et _g_ guttural, devant _l_, _m_ et _n_, et devant -les consonnes mouillées, ainsi que devant la spirante sonore _j_ (ou -_g_ devant _e_ et _i_). - - -1º _=-eb=_ et _=-èbe=_: _éph_è_be_, _gl_è_be_. On allonge quelquefois -les monosyllabes _gl_è_be_ et _pl_è_be_, mais ceci n’est pas d’un bon -exemple[147]. - - -2º _=-ed=_ et _=-ède=_: _z_, _rem_è_de_, _poss_è_de_[148]. - - -3º _=-eg=_ et _=-ègue=_: _b_è_gue_, _gr_è_gues_[149]. - - -4º _=-el=_ et _=-èle=_ ou _=-elle=_: _l_, _app_e_l_, _app_e_lle_ -ou _ép_è_le_, _t_e_l_, _t_e_lle_ ou _att_e_lle_, _mart_è_le_ ou -_immort_e_lle_[150]. On voit que la différence entre les formes -verbales en _-èle_ et _-elle_ est une simple question d’orthographe, -assez ridicule d’ailleurs et souvent douteuse[151]. - -Pourtant le monosyllabe _h_è_le_ est généralement long; de même -_z_è_le_ et aussi _st_è_le_, qui garde la quantité grecque. Ces mots se -prononcent comme ceux qui ont l’accent circonflexe[152]. - -En revanche, le substantif _gr_ê_le_, autrefois _gresle_, comme -l’adjectif, s’est différencié de lui en s’abrégeant. - -D’autre part le pronom _elle_ s’allonge aussi quand il est tonique, -mais seulement à la suite d’une préposition: bref ou moyen dans -_dit_-e_lle_, aussi bien que dans e_lle dit_, il paraît long dans -_pour_ e_lle_, _sur_ e_lle_, _avec_ e_lle_, etc. De même _ré_e_lle_, -à cause de la nécessité de distinguer les voyelles identiques, et -quelquefois _p_e_lle_. - -Il y a la même différence entre _mo_e_lle_ et _po_ê_le_ qu’entre -_b_e_lle_ et _b_ê_le_, mais c’est _oua_ qu’on entend, ouvert dans -_mo_e_lle_ (mwal) et dans ses dérivés, ainsi que dans _mo_e_llon_, -fermé dans _po_ê_le_ (pwâl) et ses dérivés[153]. - - -5º _=-em=_ et _=-ème=_ ou _=-emme=_: _m_, _har_e_m_, _s_è_me_, -_dil_e_mme_, _centi_è_me_. - -Toutefois, dans beaucoup de mots en _-ème_, surtout des mots savants, -la prononciation soutenue, un peu oratoire, fait l’_e_ aussi long que -dans les mots en _-ême_[154]. On ne perçoit guère de différence entre -_bl_ê_me_ et _embl_è_me_, _car_ê_me_ et _théor_è_me_, _bapt_ê_me_ et -_anath_è_me_. De même, en vers, on allonge généralement _po_è_me_ -et _diad_è_me_, surtout à la rime, sans parler de _cr_è_me_ ou -_stratag_è_me_[155]. L’étymologie grecque, d’une part, la poésie et -la rime d’autre part, et l’enseignement, qui insiste outre mesure sur -l’accent grave, ont dû contribuer à amener cette confusion. Les seuls -mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les adjectifs -numéraux en _-ième_, où l’_e_ reste toujours moyen, et surtout _s_è_me_ -et ses composés, qui suivent l’analogie des verbes en _-eler_ et -_-eter_. On pense bien d’ailleurs que dans _syst_è_me métrique_, l’_e_ -ne peut être que moyen, de même que dans _les po_è_mes français_[156]. - -Quant à _femme_, il se prononçait autrefois _fan-me_, avec son nasal, -comme _flan-me_. La syllabe s’est dénasalisée de la même manière que -celle de _flamme_, puisque la prononciation était la même, et voilà -pourquoi on prononce _f_e_mme_ par un _a_, mais cet _a_ est plus bref -que celui de _flamme_[157]. - - -6º _=-en=_ et _=-ène=_ ou _=-enne=_: _n_, _cyclam_e_n_, _éb_è_ne_ et -_b_e_nne_, _étr_e_nne_ et _gangr_è_ne_[158]. Mais, ici aussi, sans -doute pour les mêmes raisons que _-ème_, _-ène_ se prononce très -souvent comme _-êne_[159]. Par exemple on voit peu de différence entre -_r_ê_nes_ et _ar_è_ne_, entre _g_ê_ne_ et _indig_è_ne_[160]. Les seuls -mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les formes -verbales des verbes en _-ener_ et même _-éner_, qui suivent aussi -l’analogie des verbes en _-eler_ et _-eter_: _emm_è_ne_, _égr_è_ne_, -_ass_è_ne_, etc., avec _ali_è_ne_, _rassér_è_ne_, _réfr_è_ne_[161]. -Mais on allonge parfois jusqu’à _éb_è_ne_ et _gangr_è_ne_, ce qui est -excessif. - -_Cou_e_nne_ se prononce encore _coine_, mais est en voie de -s’altérer[162]. - - -7º _=-ègne=_, avec trois mots: _du_è_gne_, _r_è_gne_ et _impr_è_gne_, -qui s’allongent quelquefois, mais sans nécessité[163]. - - -8º _=-eil=_ et _=-eille=_[164]: _somm_e_il_ et _somm_e_ille_, -_par_e_il_ et _par_e_ille_, _ort_e_il_ et _merv_e_ille_, sans qu’il y -ait aucune distinction entre les deux comme il y en a entre _-ail_ et -_-aille_[165]. - -On ferme encore l’_e_ dans _vi_e_ille_, comme autrefois, au moins dans -la conversation. - - -9º _=-ège=_: _pi_è_ge_, _coll_è_ge_, _abr_è_ge_, et aussi _puiss_é-_je_ -et _duss_é-_je_, malgré l’accent aigu, qui se conserve par tradition, -mais qui ne saurait empêcher l’_e_ de s’ouvrir dans cette finale[166]. - -On notera en outre que l’_e_, en s’ouvrant dans la finale _-ège_, s’est -en même temps abrégé, tandis que l’_a_ s’allongeait dans la finale -_-age_. La spirante sonore _j_ se sépare donc ici de ses sœurs _v_ et -_z_[167]. - - -III. =E long.=--Voici enfin les consonnes qui achèvent d’ouvrir et -allongent tout à fait l’_e_ qui les précède. Il n’y en a plus que -trois: _r_, _v_ et _z_. - - -1º _=-er=_ (avec ou sans consonne) et _=-ère=_ ou _=-erre=_: _r_, -_fi_e_r_, _ti_e_rs_ et _enti_è_re_, _f_e_r_, _off_e_rt_ et _enf_e_rre_, -_cl_e_rc_, _n_e_rfs_, _vén_è_re_ et _tonn_e_rre_. Il n’y a qu’une -prononciation pour _v_e_r_, _v_e_rs_, _v_e_rt_ et _v_e_rre_; et, -de même que pour la finale _=-ar=_ ou _=-are=_, il n’y a aucune -exception[168]. - -Cette prononciation de la finale _-er_, avec _e_ ouvert et _r_ sonore, -est purement française (ou latine); elle n’est la même pour les -mots étrangers en _-er_ que quand ils sont francisés ou à peu près. -Ainsi l’anglais _plac_e_r_, _spenc_e_r_, _tend_e_r_, _port_e_r_, -_report_e_r_, _ulst_e_r_, _revolv_e_r_, au besoin _outsid_e_r_ et -_start_e_r_[169]; l’allemand _thal_e_r_ ou _bitt_e_r_[170]; le -hollandais _stathoud_e_r_ et _pold_e_r_; le danois _geys_e_r_; le -suédois _eid_e_r_, sans compter _vétiv_e_r_, qui vient du tamoul, -et _mess_e_r_, qui vient de l’italien. Tous ces mots s’accommodent -parfaitement de notre _e_ ouvert, ou même n’en ont plus d’autres chez -nous[171]. - -Au contraire, beaucoup de mots anglais d’usage peu populaire conservent -_plutôt_ le son _eur_ ouvert: _cant_e_r_, _clipp_e_r_, _coron_e_r_, -_farm_e_r_, _for ev_e_r_, _globe-trott_e_r_, _highland_e_r_, -_ov_e_r-coat_ et _lead_e_r_, _cov_e_r-coat_, _port_e_r_, -_rally-pap_e_r_, _rememb_e_r_, _schoon_e_r_, _settl_e_r_, _stepp_e_r_, -_walkov_e_r_, _wat_e_r_. _Cutter_ s’est francisé en _cotre_. _Quaker_ -et même _bookmaker_ font entendre quelquefois la finale _ècre_[172]. -Quant à _fox-terrier_, il est complètement francisé et identifié au -français _terrier_: _fox-terrieur_ est assez ridicule, même chez les -personnes qui savent l’anglais. - - -2º _=-ève=_: _f_è_ve_, _br_è_ve_, _gr_è_ve_, _s_è_ve_. On notera -que les _e_ de _br_e_f_ et de _br_è_ve_ sont presque aux deux -extrémités[173]. - -Toutefois les formes verbales, _ach_è_ve_, _l_è_ve_, _cr_è_ve_ et -_gr_è_ve_, et leurs composés (et par conséquent les substantifs -_él_è_ve_ et _rel_è_ve_), ont l’_e_ plutôt moyen, suivant l’analogie -des verbes de même forme: _ach_è_te_, _g_è_le_, _s_è_me_ ou -_égr_è_ne_, et cela surtout quand ils perdent l’accent, comme dans -_rel_è_ve-t-il_[174]. - - -3º _=-èse=_, _=-ez=_ et _=-èze=_: _di_è_se_, _ob_è_se_, _f_e_z_, -_mél_è_ze_ et _trap_è_ze_[175]. Toutefois les verbes _p_è_se_ et -_emp_è_se_ ont l’_e_ moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_. - - * * * * * - -En résumé l’_e_ reste bref, ou tout au plus moyen, devant quinze -consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant trois; et plus il -est long, plus il s’ouvre. - - -3º L’E suivi des groupes à liquides. - -Les groupes de deux consonnes que terminent des liquides sont encore -moins abondants et sont aussi plus réguliers pour _e_ que pour _a_. - - * * * * * - -Ceux dont la seconde consonne est un _l_ sont quatre: _=-èble=_, -_=-ècle=_, _=-èfle=_, _=-ègle=_ (-è_ple_ n’existe pas), avec six -mots en tout: _hi_è_ble_, _si_è_cle_ (et _Th_è_cle_), _n_è_fle_ -et _tr_è_fle_, _espi_è_gle_ et _r_è_gle_. Ces mots correspondent -exactement, et appartiennent même, si l’on veut, aux finales en _-eb_, -_-ec_, _-ef_ et _-eg_, sauf que leur _e_ est un peu moins bref; mais -nulle part il n’est long[176]. - -Parmi les finales dont la seconde consonne est un _=r=_, les plus -brèves sont _=-ècre=_, _=-èfre=_ et _=-èpre=_: _ex_è_cre_ et -_l_è_pre_[177]. - - * * * * * - -Les mots en _=-èbre=_, _=-èdre=_, _=-ègre=_, ont l’_e_ moins bref: -moins bref que _-eb_, _-ed_, _-eg_, moins bref aussi que _-ècre_, -_-èfre_, _-èpre_, mais non pas long tout à fait pour cela, sauf -en vers, bien entendu, où les poètes se plaisent à prolonger la -rime _fun_è_bres_-_tén_è_bres_; mais je ne vois pas que, dans la -conversation ordinaire, on prononce _cél_è_bre_, _alg_è_bre_ ou -_vert_è_bre_ autrement que _z_è_bre_[178]. _C_è_dre_ s’allonge -volontiers en poésie; mais en prose l’_e_ de _c_è_dre_ est aussi moyen -que celui des mots géométriques en-è_dre_, _di_è_dre_, _tri_è_dre_, -etc.[179]. Enfin l’_e_ est également moyen dans _all_è_gre_, _n_è_gre_, -_int_è_gre_ et _p_è_gre_ (haute et basse). - - * * * * * - -Il ne reste plus dans cette catégorie que les finales en _=-ètre=_ ou -_=-ettre=_ et en _=-èvre=_, les plus abondantes de toutes, et celles où -l’_=e=_ est le plus bref ou le plus long. - -L’_e_ est bref dans _m_e_ttre_ et _l_e_ttre_ et leurs composés; mais je -ne vois pas que _m_è_tre_ se prononce autrement que _m_e_ttre_[180]; et -les deux _e_ de _p_é_n_è_tre_ sont, si on le veut, presque identiques. -Il faut bien allonger _ur_è_tre_ quand Victor Hugo le fait rimer avec -_pr_ê_tre_; mais en dehors des cas pareils, _=-ètre=_ doit être tenu -pour pareil à _-ettre_, de même que _complète_ et _emplette_, _épèle_ -et _appelle_. La seule différence est la faculté qu’ont les mots en -_=-ètre=_ d’allonger leur finale en cas de besoin[181]. - -Quant aux mots en _=-èvre=_, en principe ils ont l’_=e=_ long, comme -les mots en _=-ève=_, mais moins sans doute que les mots en _=-èse=_. -Et il y a des distinctions à faire[182]: _orf_è_vre_ et _l_è_vre_ -paraissent avoir l’_=e=_ plus constamment ouvert que les autres; -_ch_è_vre_ l’a beaucoup moins, et aussi _s_è_vre_, qui a l’_=e=_ -plutôt moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_; _pl_è_vre_ est douteux, et -aussi les mots en _-i_è_vre_: _fi_è_vre_, _li_è_vre_, _mi_è_vre_ et -_geni_è_vre_, du moins en prose, car en vers on tend à les ouvrir[183]. - - * * * * * - -_Remarque._--Cette observation à propos des vers, déjà faite plusieurs -fois, ne veut pas dire du tout qu’il faille en principe prononcer les -mots autrement en vers qu’en prose. Et je veux bien qu’il y ait tout de -même une prononciation oratoire ou poétique, qui ouvre les _e_ un peu -plus que ne fait l’usage courant. Mais c’est de la rime surtout qu’il -faut tenir compte, car les poètes font volontiers rimer des mots dont -la quantité n’est pas la même. Or il importe beaucoup de distinguer les -cas. - -_R_a_ce_ et _gr_â_ce_, malgré la consonne d’appui, font une rime -médiocre et que rien ne peut pallier, car les voyelles diffèrent -à la fois de timbre et de quantité, et on ne peut ni allonger et -fermer _r_a_ce_, ni abréger et ouvrir _gr_â_ce_; de même _tr_ô_ne_ et -_cour_o_nne_, rime si fréquente chez Victor Hugo. _Fleur_e_tte_ et -_arr_ê_te_ diffèrent déjà un peu moins; mais il est encore impossible -d’identifier les sons, de même que ceux de _m_e_ttre_ et _m_aî_tre_, et -la rime reste médiocre. - -Au contraire, les finales qui ont un accent grave sur l’_=e=_ ont la -faculté de s’ouvrir davantage pour se rapprocher de celles qui ont -l’accent circonflexe. Or il n’y a pas assez de mots en _=-êche=_, -_=-êle=_, _=-ême=_, _=-êne=_ ou _=-être=_, pour que les poètes ne -soient pas amenés à les faire rimer avec des mots à accent grave. En -ce cas, il faut bien faire quelque chose pour eux. On ne doit donc -pas souligner fâcheusement des licences nécessaires, en accentuant la -différence de prononciation, mais au contraire rapprocher l’_è_ de -l’_ê_, et en général l’_e_ qui peut s’ouvrir davantage de l’_e_ très -ouvert, qui ne peut guère s’ouvrir moins. Par exemple, si le poète fait -rimer _cr_è_che_ et _pr_ê_che_, _cis_è_le_ et _z_è_le_, _centi_è_me_ -et _Boh_ê_me_, _gangr_è_ne_ et _fr_ê_ne_, _pén_è_tre_ et _fen_ê_tre_, -rimes excellentes d’ailleurs et peu discutables, ce serait le trahir -que de ne pas ouvrir l’_e_ partout aussi également que possible, comme -il a probablement voulu qu’on l’ouvrît. Et si même il a fait une -erreur, il faut pallier cette erreur quand on le peut. - - * * * * * - -Il résulte aussi de toutes nos observations que le degré d’ouverture -de l’_e_ est souvent discutable, et qu’on a le droit de différer -d’opinion sur ce point. Il ne faut donc pas attacher à ce détail trop -d’importance: on ne sera jamais ridicule parce qu’on l’ouvrira un -peu plus ou un peu moins, et il y a des fautes beaucoup plus graves. -La faute grave ici consiste à fermer des _e_ qui sont certainement -ouverts. On a pu voir que la tendance générale, due peut-être à la -poésie, est de les ouvrir, et beaucoup sont ouverts qui jadis étaient -fermés, comme ceux des mots en _-ège_. Or dans beaucoup d’endroits -on continue à les fermer: on prononce _coll_é_ge_, _bonn_é_t_ et -même _bôn_é_t_, _ach_é_te_ et _emm_é_ne_; c’est là une prononciation -dialectale, qui est tout à fait vicieuse. - - -4º L’E atone. - -Nous savons déjà qu’en principe l’_=e=_ atone est moyen dans tous les -sens; du moins il n’est jamais complètement fermé, notamment devant un -_r_. Et il n’est pas plus fermé quand il a l’accent aigu que quand -il est suivi de deux consonnes: _r_é_v_é_ler_ ou _d_é_geler_ n’ont de -vraiment fermé que l’_e_ final, dont les autres diffèrent peu ou prou; -il en est de même de _d_e_ss_e_ller_ ou e_ffr_é_né_. Beaucoup de ces -_e_ ont été fermés autrefois, notamment tous ceux qui ont l’accent -aigu, et particulièrement les préfixes _é-_ et _dé-_ (autrefois _es-_ -et _des-_): é_lèves_, _d_é_faire_; ils s’ouvrent aujourd’hui de plus -en plus, au moins à demi, et plus qu’à demi[184]. Nous avons vu l’_e_ -fermé de _r_e_z_ s’ouvrir à moitié dans _r_e_z-de-chaussée_, aussi bien -que celui de _pi_e_d_ dans _pi_é_ton_; et quoique l’_e_ généralement -fermé de _mes_, _les_, _des_, reste fermé aussi dans les composés, -_m_e_sdames_, _l_e_squels_, _d_e_squels_, etc., il s’ouvre à demi -dans _m_e_ssieurs_, parce que les composants n’y sont plus reconnus. -Inversement, celui de _fi_è_vre_ ou _n_è_gre_ se ferme légèrement dans -_fi_é_vreux_ ou _n_é_gresse_. - -Toutefois, de même que l’_a_ tonique fermé restait souvent fermé en -devenant prétonique par suite de la flexion, de la dérivation ou de la -composition, de même l’_e_ tonique ouvert et long reste souvent tel ou -à peu près dans les mêmes conditions. - - * * * * * - -Ainsi l’_=e= prétonique_ est ouvert et long d’abord quand il a l’accent -circonflexe, mais naturellement un peu moins dans _p_ê_cher_ ou -_p_ê_cherie_ que dans _p_ê_che_, beaucoup moins même dans _pr_ê_ter_, -_rev_ê_tir_ ou _tr_aî_tresse_ que dans _pr_ê_te_, _rev_ê_te_ ou -_tr_aî_tre_. - -Cette conservation de l’_e_ ouvert est d’ailleurs combattue par la -tendance que l’_e_ prétonique paraît avoir à se fermer devant une -tonique fermée: phénomène d’assimilation ou d’accommodation. Ainsi -l’_e_ se ferme tout en restant long dans _f_ê_lure_, _b_ê_tise_, -_t_ê_tu_ et même _ent_ê_té_, malgré l’_e_ ouvert de _f_ê_le_, _b_ê_te_, -_t_ê_te_. Toutefois cette prononciation appartient presque uniquement à -la langue courante et familière, et ne serait point admise par exemple -en vers[185]. - -L’_=e=_ prétonique est encore fermé, sans être proprement long, devant -un _e_ muet: _fé_(e)_rie_, _gré_(e)_ment_. - - * * * * * - -Beaucoup d’_=e= prétoniques_ sans accent circonflexe restent aussi -ouverts et longs un peu plus qu’à demi: _z_è_le_, _pi_e_rreux_ ou -_empi_e_rrer_, _s_e_rrer_ ou _s_e_rrure_, _t_e_rreau_, _t_e_rrer_ -ou _ent_e_rrer_, _v_e_rrée_, _bri_è_vement_, _gri_è_vement_ et les -adverbes en _-èrement_ rappellent d’assez près _z_è_le_, _s_e_rre_, -_t_e_rre_, _br_è_ve_, etc. On y joindra _p_e_rron_, _je v_e_rrai_, -_j’env_e_rrai_, _la bobinette ch_e_rra_. - -On notera que l’_e_ des verbes en _-érer_, comme celui des verbes en -_-arer_, est tout à fait moyen, ce qui met une assez grande distance -entre _lib_é_rer_ et _lib_è_re_, _tol_é_rer_ et _tol_è_re_; cela tient -sans doute à ce que l’_e_ des formes toniques a dû être ouvert et -allongé par l’_r_ final, tandis que l’_e_ atone gardait sa quantité -normale. - -Il en est de même de _f_e_rrer_, _f_e_rrure_, _gu_e_rrier_, -_v_e_rrière_, et des mots où deux _r_ se prononcent, comme _t_e_rreur_. -Par analogie peut-être, des mots comme _mani_é_ré_ ou _arri_é_ré_ ont -pris aussi l’_e_ moyen[186]; à fortiori _f_e_rrailler_, _gu_e_rroyer_, -_t_e_rrasser_ ou _att_e_rrissage_, _v_e_rroterie_, etc., où l’_e_ est -plus éloigné de la tonique. - - -5º Quelques cas particuliers. - -_Fainéant_ se prononce _fégnan_ dans le peuple; mais les personnes -cultivées ont droit d’articuler _fai-né-ant_[187]. - - * * * * * - -On a vu plus haut que l’_e_ de _f_e_mme_ se prononçait _a_, et -pourquoi. Il en est de même de celui de _sol_e_nnel_ ou _sol_e_nnité_, -de _rou_e_nnais_ et _rou_e_nnerie_, et des adverbes en _-emment_, comme -_fréqu_e_mment_ et _ard_e_mment_, etc.: dans tous ces mots aussi, -le son primitif _an_ s’est dénasalisé en _a_ et en même temps s’est -abrégé[188]. - -Le même phénomène s’est produit dans bien d’autres mots, comme -_ennemi_, passé de _en-nemi_ nasal à _a-nemi_; mais _a-nemi_ est devenu -depuis _e-nemi_, à cause de l’orthographe. C’est ce qui s’est fait -aussi, malgré les efforts désespérés des grammairiens, dans _n_e_nni_ -et dans _h_e_nnir_ ou _h_e_nnissement_, qui, après être passés de _an_ -à _a_, sont aussi passés de _a_ à _e_[189]. - -Dans _ind_e_m-niser_ ou _ind_e_m-nité_, il en est de même, et la -prononciation _ind_a_mnité_, qui n’est pas rare, sera bientôt aussi -surannée que _h_a_nir_: toujours l’influence de l’orthographe. Cette -influence commence même à se faire sentir, non pas peut-être dans -_solennel_, mais du moins dans _solennité_[190]. - - * * * * * - -Il faut éviter avec soin de traiter l’_é_ de _d_é_jà_ comme un _e -muet_: _il est d’jà venu_[191]. - - * * * * * - -L’_e_ intérieur latin, qui ne prend pas d’accent, est aussi -généralement un _e_ moyen, plus ou moins ouvert[192]. - -Il en est de même des diphtongues _œ_ et _æ_: œ_sophage_, œ_dème_, -œ_cuménique_, œ_nophile_, æ_rarium_, _ad vitam_ æ_ternam_, etc.[193]. -Toutefois on ferme _œ_ dans _f_œ_tus_ ou _c_œ_cum_, _æ_ dans _ex_ -æ_quo_ ou æ_quo animo_. - - -6º L’E des mots étrangers. - -Dans les mots étrangers, l’_=e= intérieur_, aussi bien que l’_=e=_ -final, n’a pas d’accent aigu dans les cas où nous en mettrions un; mais -il se prononce comme s’il l’avait, surtout s’il porte l’accent tonique. -Ainsi l’_=e=_ est à demi ouvert dans _impr_e_sario_ ou _m_e_zzo_, -dans _bras_e_ro_, _romanc_e_ro_, _tor_e_ro_, et aussi dans e_vent_, -_r_e_volver_, _r_e_member_; il est même fermé dans _pes_e_ta_; mais -il est muet dans _r_e_cord_, qui est complètement francisé, si bien -qu’il ne se prononce même pas dans _r_e_cordman_, qui est manifestement -étranger[194]. D’autre part, quand l’_=e=_ intérieur est atone, il est -souvent presque muet, surtout en allemand[195]. - -L’_=o=_ germanique surmonté d’un tréma se prononce _=eu=_ en allemand -et aussi en suédois. L’_=œ=_, par lequel nous le représentons, faute -de caractère typographique spécial[196], se francise quelquefois en -_=é=_ dans certains noms propres[197]. D’autres fois, mais rarement, -il se décompose en _=o-ë=_[198]. Mais le plus souvent il garde le son -germanique _=eu=_, comme dans _f_œ_hn_[199]. - - * * * * * - -Dans beaucoup de mots étrangers, surtout allemands, l’_e_ ne sert qu’à -allonger l’_i_ qui le précède, comme dans _li_e_d_, mot savant qui a pu -garder sa prononciation originale _lîd_[200]. - -L’_=e=_ double germanique n’est qu’un _e_ fermé long[201]. - -L’_=e=_ double anglais, final ou non, se prononce encore _i_, par -exemple dans _m_ee_ting_, _sl_ee_ping_, _qu_ee_n_, _spl_ee_n_, -_k_ee_psake_, _yank_ee, _pedigr_ee, _str_ee_t_, _sp_ee_ch_ ou -_st_ee_ple_[202]. Cet _i_ est long; mais nous l’abrégeons souvent, -notamment dans _k_ee_psake_, parce que nous déplaçons l’accent[203]. - - -7º Les groupes AI (ay) et EI (ey). - -_Ai_ ou _ei_, ainsi que _ay_ ou _ey_, se prononcent généralement comme -_è_ ouvert[204]. - - -I. =AI final.=--_=Ai=_ final, sans consonne, était jadis fermé comme -_é_. Il ne l’est plus guère aujourd’hui que dans j’_ai_, mais non pas -dans _ai-je_, qui suit l’analogie des mots en _-ège_. - -A Paris, on continue à fermer la finale dans _geai_, _gai_ (avec -_gaie_, _gaiement_, _gaieté_) et _quai_, au pluriel comme au singulier; -mais cela n’est point indispensable: cela devient même dialectal[205]. -D’ailleurs, cette prononciation est probablement destinée à -disparaître dans ces mots comme dans les autres. _Mai_ prononcé _mé_ -est tout à fait suranné, et aussi incorrect que _vrai_ prononcé -_vré_[206]. Dans _je sais_, le son fermé, qui remonte sans doute à -l’époque où l’on écrivait _je sai_, n’est guère meilleur aujourd’hui -que dans _mai_[207]. Enfin les futurs, qui jadis se distinguaient -des conditionnels (_aimerai_ par _é_, _aimerais_ par _è_), ne s’en -distinguent plus aujourd’hui que par un effort volontaire, qu’il est -inutile de s’imposer[208]. - -Même les mots anglais en _=-ay=_ et _=-ey=_, qui se prononcent -_é_ en anglais, se francisent parfaitement, mais ne le font qu’en -s’ouvrant: _tramw_ay, _jock_ey, _troll_ey, _pon_ey, _jers_ey, comme -_bogh_ei, transcrit de l’anglais _buggy_, et parfois écrit _boghet_ ou -_boguet_[209]. - -Donc, d’une façon générale, _=ai=_ final est devenu sensiblement -identique à _=ais=_, qui est très ouvert, quoique le peuple le ferme -souvent, à Paris et ailleurs; et l’on peut dire qu’en définitive -_ai_ est ouvert à peu près partout et se prononce _è_, qu’il y ait -ou non une consonne, et quelle que soit la consonne, _-aid_, _-ais_, -_-ait_, _-aix_, et aussi _-aît_; car les mots en _-aît_, comme les -mots en _-êt_, ne se distinguent guère des autres, et _conn_aî_t_ -ou _par_aî_t_, comme _ben_ê_t_ ou _for_ê_t_, ne se prononcent pas -autrement que _bonn_e_t_ ou _cabar_e_t_. - -Ainsi entre _f_ai_s_, _parf_ai_t_, _portef_ai_x_, _préf_e_t_, -_prof_è_s_, il n’y a que des différences d’orthographe; de même entre -_ess_ai, _je s_ai_s_, _déc_è_s_, _franç_ai_s_, _forç_ai_t_, _cors_e_t_, -entre _bal_ai, _pal_ai_s_, _gal_e_t_, _égal_ai_t_, _l_e_gs_, _troll_ey, -_dépl_aî_t_: les mots de tous ces groupes riment parfaitement ensemble -pour l’oreille, et même richement[210]. - -Comme les finales en _-é_ ou _-et_, toutes ces finales sont également -moyennes pour la quantité. La finale _=-aie=_ ou _=-aies=_ s’allonge -un peu en vers, mais cette différence est insensible dans l’usage -courant: _est-ce vr_ai ou _est-elle vr_ai_e_ ne se prononcent pas de -deux manières, et le subjonctif _j’aie_ ne diffère de _j’ai_ que par -le timbre, c’est-à-dire par l’ouverture[211]. Il faut seulement éviter -de changer _-aie_ en _-aye_ (_ai-ye_). - - -II. =AI suivi d’une consonne articulée.=--Suivis d’une consonne -articulée, _=ai=_ ou _=ei=_ suivent naturellement le sort de l’_e_ -dans les cas correspondants, c’est-à-dire qu’étant toujours ouverts, -ils peuvent être néanmoins plus ou moins brefs ou longs; mais ils sont -quelquefois un peu plus longs que l’_e_. - -1º Devant une sourde, _c_, _t_, _ch_ ou _s_, il y a peu de différence. -On ne prononce pas de deux manières _éch_e_c_ et _ch_ei_k_, ni -_estaf_e_tte_ et _parf_ai_te_[212]; de même _soubr_e_tte_ et -_distr_ai_te_, _s_è_che_ et _s_ei_che_[213]; et la différence est -mince, s’il y en a une, entre _abb_e_sse_ et _bouillab_ai_sse_[214]; -entre _f_e_sse_ et _aff_ai_sse_, peut-être même entre _par_e_sse_ -et _par_ai_sse_, avec _ser_ai_t-ce_, ou encore _ét_ai_t-ce_ et -_polit_e_sse_[215]. - -Toutefois les finales en _=-aisse=_, autrefois longues, ont encore une -tendance à s’ouvrir plus que les autres: _ai_ est resté certainement -long dans _b_ai_sse_, _c_ai_sse_ et _gr_ai_sse_, et leurs composés; les -autres, _l_ai_sse_, _n_ai_sse_, _conn_ai_sse_, _p_ai_sse_, _ép_ai_sse_, -sont devenus douteux: notamment quand on dit _c_ai_sse d’épargne_, -ou _b_ai_sse de fonds_, ou _gr_ai_sse d’oie_, on ne se soucie guère -d’allonger _aisse_[216]. - - * * * * * - -Devant _d_ et _j_, _=ai=_ ou _=ei=_ sont encore sensiblement pareils à -_è_, et _r_ai_de_ se prononce comme _rem_è_de_[217]; on ne distingue -pas _n_ei_ge_ et _b_ei_ge_ de _man_è_ge_ et _arp_è_ge_, ni _f_ai_s-je_ -et _v_ai_s-je_ de _solf_è_ge_ ou _coll_è_ge_. Pourtant ai_de_ et -_pl_ai_de_ s’allongent assez facilement; _s_ai_s-je_ aussi. - -De même _p_ay_e_, _r_ay_e_, _bég_ay_e_, _grass_ey_e_ riment très -exactement avec _or_e_ille_ et _Mars_e_ille_[218]; _b_ai_gne_, -_d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et _chât_ai_gne_, aussi bien que _p_ei_gne_, -_emp_ei_gne_, _ens_ei_gne_ et _t_ei_gne_, et tous les subjonctifs en -_-aigne_ et _-eigne_, ne se distinguent pas davantage de _du_è_gne_ -et _r_è_gne_, et s’allongent même moins facilement, sauf tout au plus -_b_ai_gne_, _d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et peut-être _cr_ai_gne_, dans la -prononciation oratoire[219]. - - * * * * * - -2º En revanche, le mot _aile_ s’est allongé, comme _elle_ après une -préposition[220]. Le mot _aime_ aussi, du moins à la rime, mais non -pas _essaime_. Et ces finales n’ont pas d’autres mots. - -Les finales _=-aine=_ et _=-eine=_ sont au contraire très fréquentes, -et celles-là, souvent brèves autrefois, sont aujourd’hui plutôt -longues, comme celles de beaucoup de mots en _=-ène=_: _proch_ai_ne_ -rime très exactement avec _ch_ê_ne_, comme avec _ch_aî_ne_ et -_Duch_e_sne_[221]; de même _r_ei_ne_ et _marr_ai_ne_ avec _r_ê_nes_ -et _sir_è_ne_. Pourtant _gr_ai_ne_ et _migr_ai_ne_ ont plutôt _=ai=_ -bref ou moyen, et aussi _d_ai_ne_ (féminin de daim), et _bed_ai_ne_, et -peut-être _n_ai_ne_[222]. - -Les finales _=-air=_ et _=-aire=_, _=-aise=_ et _=-eize=_ sont longues -à fortiori, sans exception, ainsi que le mot _gl_ai_ve_[223]. Il n’y a -qu’une prononciation pour _=r=_, _=air=_, _=ère=_, _=hère=_, _=erre=_, -_=aire=_ et _=haire=_, et lorsque _grammaire_ avait encore le son -nasal, il se confondait avec _grand’mère_, au moins à partir du XVIIᵉ -siècle[224]. De même c’est l’identité de prononciation qui a fait -transformer les pantoufles de _v_ai_r_ de Cendrillon, qui étaient des -pantoufles de fourrure, en absurdes pantoufles de _v_e_rre_. - -Il n’y a pas d’avantage de différence possible entre _tr_ei_ze_, -_fr_ai_se_ et _diér_è_se_, _s_ei_ze_, _franç_ai_se_ et _dioc_è_se_[225]. - -Les mots _f_ai_ble_, ai_gle_ et _s_ei_gle_, ai_gre_, _vin_ai_gre_ et -_m_ai_gre_ ont également la finale longue, plus longue que les mots -correspondants en _-èble_, _-ègle_ et _-ègre_; toutefois cette quantité -ne s’impose ni pour _f_ai_ble_ ni pour _s_ei_gle_. - -Les mots en _=-aître=_ ont tous l’accent circonflexe[226]. - - -III. =AI atone.=--_=Ai=_ tonique long et ouvert garde assez facilement -sa quantité, à peu près du moins, en devenant atone: _fr_aî_cheur_, -_m_ai_grir_, ai_der_, ai_mer_, _ab_ai_sser_, _l_ai_sser_, _fr_ai_sier_, -_p_ai_sible_, _vous vous t_ai_rez_, et tous les mots en _-airie_, -rappellent suffisamment _fr_aî_che_, _m_ai_gre_, ai_de_, etc.; -l’orthographe y aide beaucoup, l’_r_ et l’_s_ encore plus peut-être. - -Mais les exceptions sont nombreuses. Dans _aff_ai_ré_, _ai_ est aussi -moyen que dans _parf_ai_tement_. Même dans _g_aî_té_, malgré l’accent -circonflexe, _ai_ est à peu près identique à l’_e_ bref, à peine -ouvert, de _gu_e_tter_[227]. Ici aussi on peut voir trois degrés -différents pour la quantité, par exemple _d_ai_gne_, _d_ai_gner_ et -_déd_ai_gner_. - -De plus, _=ai=_ prétonique, comme _=ê=_, a une tendance assez marquée -à se fermer _devant une tonique fermée_, mais généralement sans -s’abréger; ainsi dans ai_mer_, ai_sé_, _l_ai_sser_, _s_ai_gner_, -etc., et même dans _pl_ai_sir_, _s_ai_sir_, _ép_ai_ssir_, ou dans -ai_gu_, _l_ai_tue_, _r_ai_nure_. Il n’y a lieu ni de lutter contre -cette tendance, ni de se croire obligé de s’y conformer; mais elle -appartient plutôt à la conversation très familière[228]. - -Mais voici qui est plus particulier. Aujourd’hui encore, _=ai=_ se -réduit à un simple _e muet_ dans les formes de _faire_ et les mots -dérivés où _=ai=_ atone est suivi d’un _s_: _nous f_ai_sons_, _je -f_ai_sais_, _nous f_ai_sions_, _f_ai_sant_, et aussi _bienf_ai_sant_ et -_malf_ai_sant_, _f_ai_sable_ et _f_ai_seur_, qui doivent se prononcer -fe_sais_, fe_sons_, etc., en opposition avec _bienf_ai_teur_ et -_malf_ai_teur_, où _ai_ est suivi d’un _t_. - -C’est encore une des bizarreries de notre orthographe; nous écrivons -bien _je f_e_rai_ au futur, comme nous prononçons, et non pas -_f_ai_rai_, malgré l’identité constante d’orthographe entre le futur -et l’infinitif; pourquoi pas aussi bien _je fesais_? C’est ce que -_faisait_ ou _fesait_ Voltaire. Pourquoi l’Académie n’a-t-elle pas -suivi son autorité, comme elle s’est décidée à le faire pour les -mots en _-ais_, au lieu de _-ois_? La conséquence, c’est qu’on se -met de plus en plus à prononcer _f_ai_sais_, _f_ai_sons_, et surtout -_bienf_ai_sant_ et _bienf_ai_sance_, comme on écrit, et il y a des -chances pour que cette prononciation fautive finisse un jour par -prévaloir. - -Cette prononciation d’_e_ pour _ai_ a été longtemps aussi la seule -correcte pour _f_ai_san_, _f_ai_sane_, _f_ai_sandeau_, _f_ai_sander_; -mais elle tend déjà à disparaître dans ces mots, en attendant qu’elle -disparaisse dans les autres. - -Le groupe _=ouai=_ s’est prononcé _oi_ dans certains mots, comme le -groupe _oue_: on disait _d_oi_rière_, comme on disait _f_oi_ter_; mais -cette prononciation est aussi surannée aujourd’hui dans _dou_ai_rière_ -que dans _souh_ai_t_ et _souh_ai_ter_, ou dans _fou_e_t_[229]. - - -IV. =Le groupe AIGN.=--Il en est du groupe _aign_ comme du groupe -_oign_, non pas partout, mais dans beaucoup de mots; il contenait -à l’origine une voyelle simple, _a_, suivie d’un _n_ mouillé, qui -s’écrivait _ign_[230]. - -Ceux de ces mots qui ont perdu leur _i_, _g_a-(i)_gner_, -_mont_a-(i)_gne_, _a_-(i)_gneau_, _comp_a-(i)_gnon_, ont sauvé -leur prononciation; ceux qui ont gardé leur _i_, _ar_a-i_gne_, -_chât_a-i_gne_ se sont altérés, l’_i_ s’étant joint indûment à l’_a_: -_ar_ai-_gnée_, _chât_ai-_gne_. Tous ces mots se prononcent depuis -longtemps comme ils s’écrivent[231]. - - -V. =Les mots étrangers.=--Nous avons vu les finales anglaises _=-ay=_ -et _=-ey=_ se prononcer en français comme _e_ ouvert et non fermé; nous -ouvrons aussi _ai_ dans _bar-m_ai_d_, _cock-t_ai_l_, _m_ai_l-coach_, -_d_ai_ly_(-News) ou _rocking-ch_ai_r_. Quelques-uns prononcent de même -_r_ai_l_ ou _r_ai_lway_. - -Au contraire, _b_ai_ram_ se prononce _b_aï_ram_ (quelquefois -_b_éï_ram_), _aï_ faisant une seule syllabe, comme dans l’allemand -_k_ai_ser_. Mais _sch_ei_k_ est francisé en _ch_è_c_ et non en -_ch_eï_c_. _V_ay_vode_ a été remplacé par _v_oï_vode_[232]. - -Le groupe allemand _=ei=_ est une diphtongue qui se prononce à -peu près _=aï=_, monosyllabique. On le francise à moitié dans -_gn_ei_ss_ ou _edelw_ei_ss_, où l’on fait sonner tout au moins une -semi-voyelle (_eye_ au lieu de _aye_). Mais il importe d’articuler -nettement et à l’allemande, c’est-à-dire _aï_ ou _aye_, dans -_r_ei_chstag_ ou _r_ei_chsrath_, dans _vergiss m_ei_n nicht_, dans -_l_ei_t-motif_, _zollver_ei_n_, etc.; et cela vaut mieux également pour -_edelw_ei_ss_[233]. - -Le mot _g_e_yser_, qui devrait se prononcer comme _k_ai_ser_ (beaucoup, -néanmoins, prononcent _ka-i-ser_, à l’allemande), est un des exemples -les plus curieux de l’habitude que nous avons de franciser à demi; -le _g_ a gardé le son guttural et la diphtongue _ey_ est restée -diphtongue, mais en se francisant par _e_, et la finale a pris l’_e_ -ouvert et long qui est purement français: _gh_eï_zèr_[234]. - - - - -III.--LA VOYELLE EU. - - -Le groupe _eu_ est depuis longtemps une voyelle simple, ouverte et -fermée, dont le son se rapproche de celui qu’a l’_e muet_ quand il -n’est pas muet[235]. - - -1º EU final. - -=Eu= final est fermé partout comme _=é=_ final, et de plus moyen comme -toutes les voyelles finales. Il y a d’ailleurs peu de mots en _-eu_ -sans consonne à la suite; une dizaine de mots en _-ieu_: _dieu_, -_lieu_, _pieu_, etc., et une douzaine d’autres en _-eu_: _feu_, _jeu_, -etc., avec quelques mots en _-eue_, où l’_e_ muet ne change rien: -_lieue_, _banlieue_, _queue_ et les féminins _feue_ et _bleue_[236]. - - * * * * * - -_Avec une consonne non articulée_ à la suite, il y en a davantage et le -son _eu_ y est toujours fermé. Ce sont d’abord et surtout les adjectifs -et substantifs en _-eux_, qui sont fort nombreux, sans compter les -pluriels comme _di_eu_x_ et _bl_eu_s_[237]. Il y faut joindre les mots -suivants: - - -1º Le mot _n_œu_d_, qui devrait naturellement s’écrire et s’est -longtemps écrit _neu_, tout simplement, comme _nu_. - - -2º Les pluriels œu(_fs_) et _b_œu(_fs_), et aussi le singulier -_b_œu(_f_), à Paris du moins, dans l’expression carnavalesque _bœu_(f) -_gras_, où l’_f_ final est muet devant une consonne, suivant la règle -d’autrefois[238]. - -De plus et surtout, malgré l’affaiblissement de l’accent, l’adjectif -numéral _n_eu_f_ devant un pluriel commençant par une consonne: _les -n_eu(f) _muses_, _n_eu(f) _cents_, _n_eu(f) _mille_, ainsi que dans -_n_eu_f heures_ et _n_eu_f ans_, où il y a seulement liaison, avec -changement de l’_f_ en _v_; toutefois, dans ces deux expressions, _eu_ -tend déjà à s’ouvrir[239]. - - -3º _Monsi_eu_r_, comme _messi_eu_rs_, souvenir de l’époque où l’_r_ -avait cessé de se prononcer dans tous les mots en _-eur_[240]. - - -4º Les formes verbales _pl_eu_t_, _m_eu_x_ et _m_eu_t_, _p_eu_x_ et -_p_eu_t_, _v_eu_x_ et _v_eu_t_. Cependant _v_eu_x_ et _v_eu_t_ tendent -parfois à s’ouvrir. - - -2º EU suivi de consonnes articulées. - - -I. =EU fermé.=--Quand _=eu=_ est suivi d’une consonne articulée, il -est assez généralement ouvert; mais il est encore fermé dans certains -cas, et alors il n’est plus moyen, mais long, notamment dans tous -les mots en _=-euse=_, comme dans les mots en _-ase_: _baign_eu_se_, -_glan_eu_se_, _var_eu_se_, etc.[241]. Ceci est très important, car -c’est un des points sur lesquels les prononciations dialectales sont -le plus incorrectes, et l’incorrection est bien plus sensible dans -_-euse_ que dans _-ase_. - -Outre les mots en _=-euse=_, _=eu=_ tonique avec consonne articulée est -encore long et fermé dans les mots suivants: - -1º Les onomatopées _b_eu_gle_ et _m_eu_gle_; on peut d’ailleurs ouvrir -ces mots quand ils riment avec _av_eu_gle_: cela vaut mieux que de -fermer _eu_ dans _av_eu_gle_. - -2º Le mot _v_eu_le_, auquel _m_eu_le_ s’est ajouté depuis un siècle, -malgré l’étymologie. - -3º Le substantif _j_eû_ne_, que la prononciation aussi bien que -l’accent distingue de l’adjectif, _j_eû_ne_ ouvert étant tout à fait -incorrect. Mais _déj_eu_ne_, qui n’a plus d’accent, est beaucoup moins -fermé, et s’ouvre même un peu trop[242]. - -4º Les mots en _=-eute=_ et _=-eutre=_, contrairement aux principes -ordinaires: _m_eu_te_, _bl_eu_te_, etc., et _f_eu_tre_, _calf_eu_tre_, -_n_eu_tre_, _pl_eu_tre_. - -5º Un certain nombre de mots savants ou techniques, à finales uniques -ou rares: _phal_eu_ce_, _l_eu_de_, _n_eu_me_ et _empyr_eu_me_[243]. - - -II. =EU ouvert.=--Partout ailleurs _=eu=_ tonique est ouvert, avec -quelques différences de quantité. - -Il est bref, ou tout au plus moyen, quand il est suivi d’une consonne -autre que _r_ et _v_, notamment dans les mots en _=-euf=_ (sauf les -exceptions indiquées plus haut): œu_f_, _n_eu_f_, _v_eu_f_[244]; dans -les mots en _=-eul=_ et _=-eule=_ (sauf _m_eu_le_ et _v_eu_le_): -_s_eu_l_, _fill_eu_l_, _gu_eu_le_, _v_eu_lent_[245]; enfin dans -l’adjectif _j_eu_ne_. Il n’est guère plus long dans _p_eu_ple_, -_m_eu_ble_, _est_eu_ble_, et même _av_eu_gle_[246]. - -Les finales mouillées, _=-euil=_ et _=-euille=_, sont un peu moins -brèves: _d_eu_il_ et _s_eu_il_, _f_eu_ille_ et _v_eu_ille_. A cette -catégorie appartiennent les mots en _-cueil_ et _-gueil_, où la -présence nécessaire d’un _u_ à côté du _c_ ou du _g_ empêche d’en -mettre un second après l’_e_: _acc_ue_il_, _éc_ue_il_, _cerc_ue_il_, -_org_ue_il_, et aussi le mot _œil_, qui s’est longtemps écrit -_ueil_[247]. - -Les consonnes qui allongent réellement _=eu=_ ouvert sont seulement _r_ -et _v_, car nous avons vu que les finales en _-euse_ étaient, de plus, -fermées[248]. Il ne reste donc plus que les finales suivantes: - - -1º _=-eur=_ (avec ou sans _s_ ou _t_) et _=-eure=_ ou _=-eurre=_: -_lab_eu_r_ et _b_eu_rre_, _c_œu_r_ et _ch_œu_r_, _éc_œu_re_ et -_liqu_eu_r_, _l_eu_rre_, _l_eu_r_ et _l_eu_rs_, _si_eu_r_ et -_plusi_eu_rs_, _pl_eu_rs_ et _pl_eu_re_, _m_eu_rt_ et _m_eu_rent_, -_s_œu_r_, etc.[249]. - -Nous avons vu plus haut que _monsieu_(r) et _messieu_(rs) faisaient -exception, et pourquoi. Cet amuissement de l’_r_ s’est maintenu -dans les équipages de chasse à courre, pour le mot _piqu_eu(r), -qu’on écrit même quelquefois _piqueux_; et dans certains milieux de -sport aristocratique, ce serait un signe de roture indélébile que de -prononcer _piqu_eu_r_ comme le vulgaire[250]. - - -2º _=-euve=_ et surtout _=-euvre=_: _fl_eu_ve_ et _abr_eu_ve_, œu_vre_ -et _pi_eu_vre_[251]. - -Nous avons parlé plus haut des prononciations dialectales qui ouvraient -_eu_ partout, et notamment dans les finales en _-euse_. D’autres, au -contraire, ferment _eu_ partout, même dans _-eur_ et _-euve_, et le -défaut est tout aussi grave[252]. - - * * * * * - -_Remarque._--Il ne faut pas confondre le son _=eu=_ avec l’_=u=_ des -mots comme _gag_(e)_ure_, où un _e_ s’est intercalé dans l’orthographe, -entre le _g_ et l’_u_, pour garder au _g_ le son chuintant du -radical[253]. - -C’est également le son _u_, et non _eu_, qu’on a dans le participe -(e)_u_, du verbe _avoir_, ainsi que dans le prétérit et l’imparfait -du subjonctif, _j’_(e)_us_, _que j’_(e)_usse_: l’_e_ conservé par ces -formes faisait diphtongue autrefois dans beaucoup de verbes, comme -_receu_, _peu_; mais il a disparu partout, depuis que la diphtongue -s’est réduite à _u_, et son maintien dans le seul verbe _avoir_ est -assez ridicule[254]. - - -3º EU atone. - -_=Eu=_ tonique fermé, devenu atone par flexion ou dérivation, se -maintient fermé et long dans la plupart des cas: _b_eu_gler_ et -_b_eu_glement_, _m_eu_lière_, _j_eû_ner_, _cr_eu_ser_, _bl_eu_ir_ et -_bl_eu_ter_, _d_eu_xième_, _am_eu_ter_, _f_eu_trer_ et _calf_eu_trer_, -_n_eu_tralité_, _li_eu_tenant_, et les adverbes en _-eusement_. - -Nous avons vu plus haut _=eu=_ ouvert suivi d’_=f=_ se fermer quand -_f_ se changeait en _v_ par liaison: _n_eu_f ans_, _n_eu_f heures_. -Nous retrouvons le même phénomène dans _n_euv_ième_ et _n_eu_vaine_, où -il tend aussi à s’affaiblir. Nous le retrouvons encore, et même plus -nettement, dans _hareng_ œu_vé_ et _terre-n_eu_vas_, malgré l’_eu_ -ouvert d’œu_f_ et _n_eu_ve_[255]. - -Au contraire, _bl_eu_et_ abrège _=eu=_, qui même se réduit à _u_ dans -_bl_u_et_. D’autre part, _peu_ s’ouvre sensiblement dans _à_ peu -_près_, encore plus dans _p_eu_t-être_, étant abrégé par le voisinage -de la tonique qui est longue. Il devient même si bref et si rapide, -qu’il disparaît souvent complètement dans la conversation très -familière, comme si c’était un _e_ muet: _p_(eu)_t-êt_(re) _qu’il est -venu_[256]. - -_=Eu=_ atone est encore fermé en tête des mots, dans eu_rythmie_, où -il est suivi d’un _r_, aussi bien que dans eu_nuque_, eu_phémisme_ ou -eu_phonie_[257]. - -=Eu= est encore fermé dans _j_eu_di_, dans _m_eu_nier_, et parfois -dans _f_eu_illage_ et _f_eu_illée_, malgré l’ouverture de _f_eu_ille_; -enfin dans des mots techniques ou savants, comme _f_eu_diste_ et -_f_eu_dataire_, _d_eu_téronome_, _ichn_eu_mon_, _pn_eu_monie_, -_ps_eu_donyme_, _t_eu_ton_ et _t_eu_tonique_, et les mots en-eu_tique_ -et-eu_matique_[258]. - -Malgré ces exemples, on peut dire qu’en général _=eu=_ atone est -ouvert, notamment devant un _r_, mais naturellement plus bref, et -par suite moins ouvert, dans _abr_eu_ver_ que dans _abr_eu_ve_, dans -_h_eu_reux_ ou _malh_eu_reux_, _fl_eu_rdelisé_ ou _eff_eu_iller_ que -dans _h_eu_r_, _fl_eu_r_ ou _f_eu_ille_; il reste pourtant ouvert -et long, comme la tonique, dans la plupart des verbes en _-eurer_: -_b_eu_rrer_, _éc_œu_rer_, _désh_eu_rer_, _l_eu_rrer_ et _pl_eu_rer_, -tandis qu’il est bref dans _dem_eu_rer_, _fl_eu_rer_, _effl_eu_rer_. - -Signalons, pour terminer, une faute de prononciation qui ne date pas -d’aujourd’hui, que des grammairiens même ont cru devoir autoriser: -c’est celle qui consiste à prononcer _eil_ au lieu de _euil_, à cause -de l’orthographe, dans _org_ue_illeux_ ou _enorg_ue_illir_, qui, -évidemment, ne sauraient se prononcer autrement qu’_org_ue_il_. Il est -vrai qu’_orgueil_ lui-même est parfois assez altéré; mais ceci est plus -extraordinaire, et même assez ridicule. Tout de même, on est surpris -d’entendre _enorghé-yir_ jusqu’à la Comédie-Française. - - - - -IV.--LA VOYELLE O - - -1º L’O final. - -L’_=o=_ final est fermé, comme _é_ et _eu_, et moyen, comme _a_, _é_ et -_eu_: _adagi_o, _numér_o, _domin_o[259]. - -L’_s non articulé_ ne saurait ouvrir l’_=o=_: _cha_o_s_, _rep_o_s_, -_gr_o_s_, _des domin_o_s_. _N_o_s_ et _v_o_s_ eux-mêmes, quoique -proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs -_o_ sont même plus longs que les autres. - - * * * * * - -Il n’en est pas tout à fait de même du _t non articulé_, quoique les -mots en _-ot_ se soient progressivement fermés: sans être assurément ni -ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que -les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer. - -Ceux qui ont une voyelle devant l’_o_ ont toujours l’_o_ fermé, ou -à peu près: _cah_o_t_, _idi_o_t_, _chari_o_t_, et, par analogie, -_fay_o_t_, _caill_o_t_, _maill_o_t_. D’autres encore font comme eux: -_még_ot, _marg_ot, _serg_o_t_, _livar_o_t_, _palet_o_t_, _pav_o_t_; -mais c’est la minorité[260]. - -La plupart des autres sont souvent beaucoup moins fermés, au moins hors -de Paris. Le moins qu’on puisse dire est que leur prononciation est un -peu flottante: ainsi _jab_o_t_, _calic_o_t_, _cach_o_t_, _fag_o_t_, -_gig_o_t_, _grel_o_t_, _m_o_t_, _can_o_t_, _p_o_t_, _pierr_o_t_, -_dév_o_t_, et aussi bien leurs pluriels[261]. Sans doute, l’_o_ de ces -mots n’est jamais proprement ouvert chez les personnes qui prononcent -correctement, mais il arrive souvent qu’il n’est pas fermé non plus, -même chez ceux qui ont l’habitude de fermer l’_o_ final. La différence -est rendue particulièrement sensible par le voisinage immédiat de mots -à son fermé: - - Et Malherbe et Balzac, si savants en _beaux m_o_ts_, - En cuisine peut-être auraient été des _s_o_ts_. - -_Beaux_ est ici fermé, comme partout: quoiqu’il soit moins accentué -que _m_o_ts_, ce qui aurait pu contribuer à l’ouvrir un peu, c’est -pourtant lui qui est le plus fermé des deux. La différence est moindre -assurément que dans _beaux hommes_; elle est cependant certaine, et -la demi-ouverture de _m_o_ts_ entraîne celle de _s_o_ts_[262]. Il se -pourrait, d’ailleurs, que le mot _m_o_t_ fût précisément celui qui -s’ouvre le plus fréquemment ou le plus facilement, sans qu’il y ait -lieu de distinguer comme autrefois entre le singulier et le pluriel. -Toutefois, celui-là même n’est jamais ouvert qu’à moitié. - -Il n’y a qu’un seul mot en _=-ot=_ dont l’_o_ soit tout à fait ouvert -et bref, mais c’est parce que le _t_ se prononce: c’est _d_o_t_, la -prononciation _do_ étant dialectale. - -Il va sans dire que cet _o_, même fermé, s’ouvre dans les composés, -où il cesse d’être tonique, et où, très souvent, le _t_ se lie avec -le mot suivant: _s_o_t-l’y-laisse_, _m_o_t-à-mot_, _p_o_t-à-l’eau_, -_p_o_t-au-lait_, _p_o_t-au-feu_, _p_o_t-aux-roses_, et même, sans -liaison, _p_o_t à tabac_. - - * * * * * - -Aux mots en _=-ot=_ se joignent quelques autres mots à consonne non -articulée, dont la finale n’est pas non plus tout à fait ou toujours -fermée. Ce sont: _br_o_c_, _cr_o_c_, avec _accr_o_c_ et _raccr_o_c_, -_escr_o_c_, _gal_o_p_, _sir_o_p_, et _tr_o_p_[263]. On notera que -_tr_o_p_ est presque toujours proclitique, et, par suite, a tendance -à s’ouvrir tout à fait: _c’est tr_o_p juste_, ou mieux encore avec -liaison: _vous êtes tr_o_p aimable_; aussi est-il bien difficile de -ne pas l’ouvrir un peu, même quand il est tonique: _j’en ai beaucoup -tr_o_p_. De même l’_o_ est ouvert dans le composé _cr_o_c-en-jambe_, où -le _c_ sonne. - - * * * * * - -Malgré ces restrictions, on peut maintenir néanmoins que le son _=o=_ -final est, en général, fermé ou à peu près, surtout à Paris. Et la -tendance est si marquée que, dans les mots raccourcis de la fin, qui -se créent précisément à Paris, l’_o_ intérieur, qui était au moins à -demi ouvert dans le mot complet, se ferme en devenant final: on peut -comparer _kil_o_gramme_ et _kil_o, _typ_o_graphe_ et _typ_o. De même -_mél_o, _chrom_o, _métr_o, _phot_o, _hect_o, _arist_o, _Méphist_o, et -même _aut_o, malgré le son fermé qui précède l’_o_[264]. - - -2º L’O suivi d’une consonne articulée. - -Quand l’_=o=_ est suivi d’une consonne articulée, il est, comme _eu_, -assez généralement ouvert; mais lui aussi est fermé dans certains cas -et, de plus, long. - - -I. =O fermé.=--L’_=o=_ est fermé et long, avant tout, dans tous les -mots en _=-ose=_, comme _eu_ dans la finale _-euse_: on peut comparer -_ch_o_se_ et _fâch_eu_se_, _d_o_se_ et _hid_eu_se_, _r_o_se_ et -_peur_eu_se_; et, de même que pour _-euse_, c’est un des points sur -lesquels il importe le plus de corriger certaines prononciations -dialectales, qui ouvrent partout _o_ et _eu_[265]. - -A part les mots en _=-ose=_, _o_ tonique avec consonne articulée n’est -plus fermé et long qu’avec l’accent circonflexe, et dans un certain -nombre de mots en _=-ome=_, _=-one=_, _=-os=_ et _=-osse=_, que nous -allons voir dans leurs catégories respectives. - -Partout ailleurs l’_o_ tonique est ouvert, mais, comme _a_, _e_ et -_eu_, avec certaines différences de quantité[266]. - - -II. =O ouvert bref.=--L’_=o=_ est naturellement bref devant une -explosive brusque, _c_, _t_, _p_, ou une spirante sourde, _f_, _ch_, -_s_: _r_o_c_, _c_o_ke_, _bar_o_que_, _l_o_ch_ et même _l_(o)o_ch_, en -une syllabe; _d_o_t_, _rad_o_te_ et _car_o_tte_; _st_o_p_, _st_o_ppe_ -et _mét_o_pe_; _sous_-o_ff_, _ét_o_ffe_ et _philos_o_phe_; _r_o_che_; -_r_o_sse_ et _fér_o_ce_[267]. - - * * * * * - -Il n’y a d’exceptions que pour l’_s_. - -D’abord l’_o_ est long et fermé dans _ad_o_sse_ et _end_o_sse_ (de -_d_o_s_), dans _gr_o_sse_ et _engr_o_sse_ (de _gr_o_s_), dans _f_o_sse_ -(on ne sait trop pourquoi), et aussi _dés_o_sse_ (du pluriel o_s_). - -Mais surtout les mots en _=-os=_ demandent un examen particulier. -En principe, l’_o_ y est ouvert et bref, mais il y a une tendance -manifeste à le fermer et à l’allonger, peut-être par analogie avec -les mots en _-os_ à _s_ non articulé. On dit, et on doit dire de -préférence: _un_ o_s_, avec _o_ ouvert et en faisant sonner l’_s_, -_des_ o(s), avec _o_ fermé, comme _d_o(s) et _gr_o(s); toutefois, on -dit de plus en plus _des o_s avec _o_ fermé et _s_ articulé; et cette -prononciation réagit parfois sur le singulier: _un_ o_s_, avec _o_ -fermé[268]. D’autre part, les avis sont partagés sur _rhinocér_o_s_, -_mérin_o_s_, _albatr_o_s_, et même _albin_o_s_; je pense qu’il vaut -mieux fermer l’_o_ dans ces quatre mots[269]. - -A vrai dire, les mois en _=-os=_, dont le nombre s’est fort augmenté, -sont empruntés au grec le plus souvent, et la plupart sont des noms -propres. Ceux qui n’en sont pas, mots savants, comme _path_o_s_, -_tétan_o_s_, _pepl_o_s_, _cosm_o_s_, ou _sphynx atrop_o_s_, devraient -tous avoir l’_o_ bref, en vertu de l’étymologie. Mais cette -prononciation, qui est de pure érudition, est en contradiction avec la -tendance du français pour les mots en _-os_. Dès lors, une foule de -gens fort instruits, et même sachant du grec (il est vrai qu’ils le -prononcent fort mal), ferment l’_o_ sans hésitation, par exemple, dans -ce vers de Molière: - - On voit partout chez vous l’_ith_o_s_ et le _path_o_s_! - -Il en est de même pour _tétan_o_s_, et cette prononciation est -peut-être destinée à l’emporter sur la bonne. Elle ne peut, d’ailleurs, -choquer que les érudits[270]. - - -III. =O ouvert moyen.=--L’_=o=_ est un peu moins bref devant une -sonore, soit explosive, _b_, _d_, _g_, soit surtout spirante, _j_, -_v_ (et même parfois _z_), et devant _l_, _m_, _n_, et _gn_ mouillé: -ainsi _sn_o_b_ et _r_o_be_, _pag_o_de_ ou _raps_o_de_, _gr_o_g_ et -_dr_o_gue_; puis _c_o_l_, _éc_o_le_, _déc_o_lle_, et même _alc_(o)o_l_, -réduit à deux syllabes[271]; _h_o_mme_ et _métron_o_me_; _micr_o_n_, -_matr_o_ne_ et _patr_o_nne_; enfin, _horl_o_ge_, _inn_o_ve_ et -_ivr_o_gne_[272]. - -Seules les finales _=-ome=_, _=-one=_ et _=-oz=_ appellent quelques -observations. - - -1º Autrefois on distinguait les finales _=-omme=_ et _=-ome=_: les -mots en _-omme_, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou -dix, avaient seuls l’_o_ ouvert[273]; les mots en _-ome_, mots -savants, avaient au contraire l’_o_ fermé, au moins à partir du XVIIᵉ -siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas -par l’étymologie, notamment dans _sympt_ô_me_ et _dipl_ô_me_, qui -ont pris l’accent; dans _idi_o_me_ et _axi_o_me_, qui ne l’ont pas -pris, et aussi dans _br_o_me_, _chr_o_me_, _am_o_me_, _gn_o_me_ et -_ar_o_me_. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours -est-il que _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_, _at_o_me_ ou -_épit_o_me_ (remplacé depuis par _épitomé_), _n_o_me_, _écon_o_me_, et -même _astron_o_me_, et aussi _majord_o_me_, n’avaient aucune raison -de fermer leur _o_[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en -qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à _o_ également -bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe: -_d_ô_me_ et _mon_ô_me_, avec _bin_ô_me_ et _polyn_ô_me_[275]. Ceux-là -sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est -revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore -quelque chose. - -Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de -_métron_o_me_, _astron_o_me_, _auton_o_me_, qui ont certainement l’_o_ -ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore -l’_o_ dans _écon_o_me_; et l’on hésite souvent sur les autres[276]. -La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se -produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé -des _o_ légitimement ouverts; on a ouvert des _o_ légitimement fermés. -_Am_o_me_, ou du moins _cinnam_o_me_, ne se dit plus guère avec _o_ -fermé[277]; _gn_o_me_ et _ar_o_me_ ouvrent leur _o_ de plus en plus -souvent, et _polychr_o_me_ encore davantage. Je ne vois guère, sans -accent circonflexe, que _idi_o_me_ et _axi_o_me_ qui résistent avec -succès; et encore ils sont certainement touchés[278]. - - -2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots -en _=-one=_, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient -l’_o_ long et fermé, par opposition aux mots en _=-onne=_, mots de la -langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’_o_ fermé -pouvait se comprendre dans des mots comme _carb_o_ne_, _aph_o_ne_, -_polyg_o_ne_, _aném_o_ne_, _matr_o_ne_, mots savants où se conservait -la quantité étymologique[279]; ou encore dans _aut_o_mne_, autrefois -nasal, comme _d_a_mne_; il ne s’expliquait ni dans _mad_o_ne_ ou -_bellad_o_ne_, de l’italien _d_o_nna_, ni, et moins encore, dans -_at_o_ne_ ou _autocht_o_ne_, et pas davantage dans _pr_ô_ne_ et -_tr_ô_ne_, qui ont imité _d_ô_me_ et _mon_ô_me_[280]. Aujourd’hui, à -part les mots que l’orthographe a altérés, _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, -cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de _-one_ -à _-onne_: sans parler d’_aném_o_ne_ et _matr_o_ne_, qu’on ne discute -pas, _at_o_ne_ ne saurait garder l’_o_ fermé à côté de _monot_o_ne_, ni -_aph_o_ne_ à côté de _téléph_o_ne_ ou _saxoph_o_ne_. _Carb_o_ne_ et les -termes mathématiques de la famille de _polyg_o_ne_ résistent encore, -mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec _o_ long fermé d’une -façon assez générale que _z_o_ne_ et _amaz_o_ne_, _cycl_o_ne_ et -_ic_o_ne_; encore ces mots sont-ils atteints, surtout _amaz_o_ne_[282]. - - -3º Pour ce qui est de l’_s_ doux, nous avons vu plus haut que les mots -en _=-ose=_ avaient l’_o_ fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine -en _=-oze=_, il ne reste que les mots en _=-oz=_, sur lesquels l’accord -n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms -propres[283]. - - -IV. =O ouvert long.=--De même que _=a=_, _=e=_ et _=eu=_ devant _r_, -l’_=o=_ est allongé dans _=-or=_ (avec ou sans seconde consonne non -articulée) et dans _=-ore=_ (ou _=-orre=_), tout en restant très ouvert -sans exception: o_r_ et _h_o_rs_, _ab_o_rd_ et _abh_o_rre_, _c_o_r_, -_c_o_rps_, _rec_o_rs_, _acc_o_rd_, _enc_o_r_ et _enc_o_re_, _p_o_rc_, -_p_o_rt_ et _p_o_re_, _t_o_rd_, _t_o_rds_, _t_o_rt_, _ret_o_rs_, -_st_o_re_ et _ment_o_r_, ne se prononcent pas de deux manières[284]. - - -3º L’O suivi de groupes à liquides. - -Dans les groupes à liquides, l’_=o=_ est également ouvert. Il est plus -ou moins bref ou moyen dans les finales en _=-ocle=_ et _=-ocre=_, -_=-ople=_ et _=-opre=_, _=-otre=_, _=-ofle=_ et _=-ofre=_, où l’_o_ -est suivi d’une sourde: _s_o_cle_ et _médi_o_cre_, _sin_o_ple_ et -_pr_o_pre_, _n_o_tre_ et _v_o_tre_, _gir_o_fle_ et _c_o_ffre_[285]; -il est un peu plus long dans les finales en _=-oble=_, _=-obre=_ et -_=-ogre=_: _n_o_ble_, _s_o_bre_, o_gre_[286]. - - -4º L’O atone. - -L’_=o=_ atone est exactement dans le même cas que l’_a_: tandis que -l’_o_ tonique peut être long en restant ouvert, l’_o_ atone ne peut -être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent. -Ainsi l’_o_ de _d_o_re_ ou _dév_o_re_, n’étant pas fermé, s’abrège dans -_d_o_rer_ ou _dév_o_rer_. - -L’_=o=_ reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la -prétonique l’accent circonflexe de la tonique: _enj_ô_ler_, _enr_ô_ler_ -(ou _enr_ô_lement_), _fr_ô_ler_, _ch_ô_mer_, _pr_ô_ner_, _tr_ô_ner_, -_aum_ô_nier_, ô_ter_, _c_ô_té_, _h_ô_tel_, _prév_ô_té_, rappellent -sensiblement _ge_ô_le_, _r_ô_le_, _pr_ô_ne_, _tr_ô_ne_, etc., quoique -l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287]. - -La prononciation de _coteau_, dérivé de _côte_, comme _côté_, a quelque -chose d’irrégulier, car l’_o_ de ce mot est tout à fait bref et ouvert; -aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent -aussi celui de _c_ô_té_ (cf. _acc_o_ter_); et même il est assez rare -qu’on maintienne fermé celui de _c_ô_telette_, qui n’a pourtant que -deux syllabes pour l’oreille. - -A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’_o_ -reste difficilement fermé: il peut l’être dans _fant_ô_matique_, qui -est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans _H_ô_tel-Dieu_, -car _h_ô_tel_ ne peut y changer de nature; mais l’accent d’_h_ô_pital_, -qui est le même mot qu’_h_ô_tel_, ne sert plus absolument à rien[288]. - -On ouvre aussi assez généralement l’_o_ de _r_ô_tir_ et de ses dérivés. - - * * * * * - -Même sans accent circonflexe, l’_=o=_ reste ordinairement fermé et long -dans o_ssements_ ou _dés_o_sser_[289]; dans _d_o_ssier_, _ad_o_sser_, -_end_o_sser_; dans _gr_o_sseur_, _gr_o_ssir_ ou _gr_o_ssier_; dans -_f_o_ssé_[290]. - -L’_=o=_ est surtout fermé devant _s_ doux ou _z_: o_seille_, -_gr_o_seille_, o_sier_, _g_o_sier_, _ég_o_sille_, _r_o_sier_, -_r_o_sée_, _arr_o_soir_, _expl_o_sif_, _corr_o_sif_, et tous les -verbes en _-oser_, avec les substantifs en _-osion_ et même _-osité_, -comme _arr_o_ser_, _ér_o_sion_ ou _génér_o_sité_[291]. Il est moins -fermé dans les mots en _-osition_, notamment dans _prép_o_sition_. -Il est naturellement plus ouvert dans _h_o_sanna_, _m_o_saïque_ et -_pr_o_saïque_, et tous les mots qui commencent par _pros-_, ou même -plus généralement par _pro-_. - -L’_=o=_ prétonique est encore fermé dans _m_o_mier_, _m_o_merie_ et -_m_o_mie_, et dans les mots en _-otion_: _l_o_tion_, _ém_o_tion_, -_n_o_tion_, _p_o_tion_, _dév_o_tion_[292]. Il est encore à peu près -fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans o_bus_ et o_deur_, et il -s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques. -Il est douteux et plutôt ouvert dans _t_o_per_, dans _v_o_mir_ et ses -dérivés, dans à l’o_rée_, dans _m_o_tus_. - - * * * * * - -Malgré l’étymologie, l’_=o=_ est tout à fait ouvert et bref dans -_disp_o_nible_ et _p_o_ney_[293]; de même dans _m_o_teur_ et -_m_o_trice_; il l’est surtout dans les verbes en _-orer_, et dans les -dérivés des mots en _-ot_, suivant l’analogie des mots en _-ote_: -_cah_o_ter_, _sab_o_ter_, _tric_o_ter_, _fl_o_tter_, _v_o_ter_ -ou _v_o_tif_, et même _numér_o_ter_; de même _abric_o_tier_ ou -_idi_o_tisme_, tout comme _escr_o_quer_ ou _gal_o_per_; et encore, -peut-être par analogie, _mal_o_tru_ ou o_tage_. - -Beaucoup de Parisiens ferment l’_o_ dans o_vale_, mais ceci est -purement dialectal, car _o_ est ouvert partout devant _v_, comme devant -_r_ (à part _alc_ô_ve_, bien entendu). - - * * * * * - -Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’_o_ -dans _vari_o_rum_ ou _qu_o_rum_ (en opposition avec _déc_o_rum_ ou -_f_o_rum_, dont l’_o_ est ouvert et bref); de même dans o_lim_, dans -_ex v_o_to_ ou _ab_ o_vo_, dans le premier _o_ de _pr_o _domo_, qui -est un _o_ final; mais il est ouvert dans _fact_o_tum_ et _t_o_ton_, -dans _s_o_liste_, et souvent même dans _s_o_lo_, dans _quipr_o_quo_, -_orat_o_rio_ et _sanat_o_rium_, et naturellement les polysyllabes qui -commencent par _d_o_déca_[294]. - - * * * * * - -_Remarque._--Par un phénomène d’assimilation que nous avons déjà -constaté pour _e_ ou _ai_, qui se fermaient devant une tonique fermée, -la répétition de la même syllabe fait que l’_=o=_ prétonique est -presque aussi fermé que l’_=o=_ tonique dans _b_o_b_o, _c_o_c_o, -_roc_o_c_o, _d_o_d_o, _g_o_g_o et _l_o_l_o. Même le premier _o_ de -_r_o_c_o_c_o, qui est le même que l’_o_ ouvert de _r_o_caille_, tend -à se fermer comme les deux autres. Ces mots étant uniquement du style -familier, il n’y a pas lieu de réagir ici[295]. - -Devant une voyelle aussi, l’_=o=_ tend à se fermer à demi: -_c_o-_alition_, _c_o-_habiter_, _c_o-_efficient_, _b_o-_a_, -_cl_o-_aque_, o_a-sis_, _p_o_ème_, assourdiraient leur syllabe -initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et -cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer _o_ en _ou_ -consonne, ainsi que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans -_m_o_elle_[296]. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’_o_. De plus, -on doit prononcer les deux _o_ séparément et ouverts dans quelques -mots savants où on les trouve: _c_o-o_pération_, _épiz_o-o_tie_, -_z_o-o_logie_, etc.[297]. - - -5º L’O de quelques mots étrangers. - -L’_=o=_ est fermé dans l’anglais _h_o_me_, _at h_o_me_, et l’allemand -_kr_o_nprinz_ (sans nasale), mais l’_r_ l’a ouvert dans _folk l_o_re_; -il est assourdi en _ou_ dans _time is m_o_ney_, ou _t_o _be or not t_o -_be_[298]. - -L’_=o=_ double anglais se prononce _ou_ dans _c_oo_lie_, qu’on écrivait -jadis _couli_, fort justement; dans _b_oo_k_, _arrow-r_oo_t_, -_f_oo_t-ball_, _gr_oo_m_, _sl_oo_p_, _sch_oo_ner_, _snowb_oo_t_, -_waterpr_oo_f_[299]. - -L’_=o=_ double flamand n’est qu’un _o_ long, comme dans -_v_oo_ruit_[300]. - - -6º Le groupe AU. - -Le groupe _=au=_ (ou _=eau=_) se prononce généralement comme _o_ -fermé[301]. - - -I. =AU tonique.=--_=Au=_ final est pareil à _o_ final: _rad_eau, -_land_au ou _eldorad_o, _pann_eau et _pian_o, _mart_eau et _in-quart_o -ne se prononcent pas de deux manières. - -Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: _f_au_x_, -_déf_au_t_, _échaf_au_d_, avec cette différence que _-aut_ (ou _-aud_) -est un peu plus long et surtout plus fermé que _-ot_[302]. - -Devant une consonne articulée, tandis que les groupes _=oi=_ ou _=ai=_ -sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme -_a_ ou _e_, au contraire le groupe _=au=_ est régulièrement et très -également fermé et long comme _ô_: au_be_, _déb_au_che_, _émer_au_de_, -_ch_au_ffe_, _g_au_fre_, _s_au_ge_, _s_au_le_, _b_au_me_, _f_au_ne_, -_t_au_pe_, _r_au_que_, _c_au_se_, _f_au_sse_ et _s_au_ce_, _f_au_te_ et -_p_au_vre_. - -On ouvre quelquefois _s_au_f_, qui devient bref, surtout employé comme -préposition, et aussi _holoc_au_ste_, en vertu du principe général des -deux consonnes[303]. - -Mais l’exception capitale, c’est la finale _=-aur=_ ou _=-aure=_: -_=au=_ y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert -autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’_r_ d’ouvrir les -voyelles. - -Ainsi _au_ est ouvert d’abord dans _s_au_r_, qui est pour _sor_ (comme -_Paul_ pour _Pol_), et dans _t_au_re_, qui est aussi pour _tore_ (comme -_taure_au est pour _toreau_), car _au_ n’est dans ces mots que par -réaction étymologique[304]. - -Et partout le groupe latin _aur_ serait devenu _or_ si on l’avait -laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout _aur_ se prononcerait -_or_ ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son _o_ fermé. -Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de _cent_au_re_ et -_Minot_au_re_, proches parents de _t_au_re_, et que les érudits seuls -continuent à fermer, et plus encore celle de _rest_au_re_, sur qui -l’érudition n’a pas de prise. La finale _-aure_ s’ouvre même dans des -termes techniques, comme _ichtyos_au_re_ ou _plésios_au_re_[305]. - - -II. =AU atone.=--_=Au=_ atone est généralement fermé aussi, surtout -quand il est prétonique, sauf devant un _r_: au_bépine_, au_berge_, -au_dace_, au_tel_, etc., _c_au_chois_, _c_au_tion_, _clab_au_der_, -_ch_au_ffer_, _ch_au_sser_, _f_au_ssaire_, _m_au_viette_, -_p_eau_ssier_, etc., et les finales en _-auté_: _cru_au_té_, -_loy_au_té_. Il est fermé même dans _s_au_rien_, _t_au_romachie_ et -_cent_au_rée_, malgré l’_r_, parce que ce sont des mots savants, et -aussi dans _v_au_rien_, où le verbe primitif se reconnaît toujours. - - * * * * * - -Mais les exceptions sont fort nombreuses. - -_=Au=_ atone est ouvert d’abord devant un _r_, dans _t_au_reau_, comme -on vient de voir, et _s_au_ret_; généralement aussi dans les futurs et -conditionnels d’_avoir_ et _savoir_[306]; dans au_rore_, au_réole_, -au_rifère_ ou au_rifier_[307]; et tout au plus est-il douteux dans -_l_au_rier_ (pour _lorier_), _l_au_réat_, _l_au_réole_. - -En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes, -non seulement dans au_gment_ et au_gmenter_, où le phénomène est -général, mais souvent aussi dans des mots comme au_sculter_ ou -au_xiliaire_, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où -il est prétonique: au_spice_, au_stère_, au_stral_, _c_au_ch_(e)_mar_ -ou _enc_au_stique_. - -Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, -dans au_toriser_ et au_torité_ (mais non dans au_teur_), et surtout -dans _m_au_vais_, sans parler de _rig_au_don_, qui s’écrit aussi -_rig_o_don_. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques -mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, au_thentique_, -au_tomate_, au_tonome_, au_topsie_, _c_au_tériser_, et aussi dans -au_mône_, où il se distingue ainsi de l’_ô_ qui suit, dans au_guste_, -au_tomne_, _ép_au_lette_ (malgré _ép_au_le_), _p_au_pière_, ou même -nau_frage_. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus -correctement en fermant _au_, aussi bien que dans au_jourd’hui_, où il -est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308]. - -La diphtongue allemande _=au=_ se prononce comme _o_ fermé quand elle -se francise: _block_au_s_[309]. - - - - -V.--LES VOYELLES I (y), U, OU. - - -Les voyelles _=i=_, _=u=_, _=ou=_, étant fermées par définition, ne -se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la -phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de -timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les -toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310]. - -Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que -pour les autres voyelles. - - -1º La voyelle I. - -L’_=i=_ _final_ est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou -sans accent: _hard_i, _créd_i_t_, _rend_i_t_ ou _rend_î_t_, _rad_i_s_, -_out_i_l_, _crucif_i_x_, _r_i_z_, _jur_y, _Jésus-Chr_i_st_ ont la -finale identique. _Pis_, adverbe, est un peu plus long. D’autre part, -dans _ui_ final, la brièveté du premier élément paraît allonger le -second: _app_ui, _min_ui_t_, _m_ui_d_[311]. - -Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’_e muet_, -l’_=i=_ se distingue particulièrement, au moins en vers, parce -que là _=ie=_ devient facilement _i-ye_, et se trouve, par suite, -singulièrement allongé: - - Adieu: je vais traîner une mourante _vi-ye_, - Tant que par ta poursuite elle me soit _ravi-ye_[312]. - -Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela -aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant, -où il est difficile de distinguer par exemple: _elle est part_ie _ce -matin_, de _il est part_i _ce matin_, ou _mon am_ie _est venue_ de _mon -am_i _est venu_. On maintient sans doute une légère différence quand on -rapproche un masculin d’un féminin: _un am_i, _une am_ie, et ce n’est -pas grand’chose[313]. - -Devant la plupart des consonnes articulées, l’_=i=_ est bref ou -moyen: _traf_i_c_ et _traf_i_que_, _p_i_pe_, _hu_i_t_, _prof_i_te_ et -_f_î_tes_; _r_i_che_, _capt_i_f_ et _cal_i_fe_; _v_i_ce_, _v_i_sse_ -et _v_i_s_[314]; _diatr_i_be_, _ar_i_de_ et _fat_i_gue_; _hab_i_le_, -_an_i_me_, _f_î_mes_ et _cab_i_ne_. Il est plus long devant _g_ et _n_ -mouillé: _vert_i_ge_ et _ind_i_gne_; plus encore devant _r_, _s_ doux -et _v_: _r_i_re_, _mour_i_r_, _fin_i_rent_, _mer_i_se_ et _arr_i_ve_. -Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale -mouillée _=-ille=_, autrefois brève, quand on connaissait l’_l_ -mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce _i-ye_. - -Même gradation de quantité dans _c_y_cle_, _disc_i_ple_, _g_i_fle_, -_l_i_tre_ et _ch_i_ffre_; _l_i_bre_, _h_y_dre_, _t_i_gre_ et _v_i_vre_. - -_Hu_i_le_ a encore l’_i_ un peu plus long qu’_hab_i_le_, peut-être à -cause du groupe _ui_; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien, -non seulement dans les prétérits, _f_î_mes_ ou _f_î_tes_, pareils à -tous les prétérits, mais aussi bien dans î_le_, _hu_î_tre_, _ép_î_tre_ -et _bél_î_tre_, et souvent même dans _d_î_ne_. La prononciation -oratoire ou poétique appuie également sur _ab_î_me_ et _subl_i_me_: on -voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur -_fils_ en poésie, et sur _bis_, mais seulement quand on applaudit. - - * * * * * - -L’_=i=_ _atone_ est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand -il est suivi d’un _s_ doux, comme dans les verbes en _-iser_. Pourtant -l’_i_ long de _p_i_re_ se conserve exceptionnellement dans _emp_i_rer_, -contrairement à l’usage des verbes en _-rer_, qui ont presque tous la -prétonique brève, comme _adm_i_rer_. - -L’_i_ est également long dans les verbes en _-i-er_, à l’imparfait -et au subjonctif présents, devant les finales _-ions_ et _-iez_: -_pr_i-_ions_, _pr_i-_iez_; c’est la seule manière de distinguer ces -formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque -_priy-yons_; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour -cela[315]. - - * * * * * - -L’_=i=_ final avec tréma fait une syllabe à part en français: _ha_-ï, -_ou_-ï_e_; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais -_banza_ï ou _samoura_ï, il vaut mieux considérer _aï_ ou _oï_ comme des -diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer _ai_ -(_è_) ou _oi_ (_wa_) à la française, sans pour cela séparer l’_i_[316]. - - -2º L’I dans les mots étrangers. - -L’_=i=_ anglais se prononce _i_ dans _g_i_n_, _m_i_ss_ et _m_i_stress_ -(missess), dans _cl_i_pper_, _p_i_ckles_ (ess) et _cr_i_cket_, dans -_g_i_psy_, _wh_i_sky_ et _wh_i_g_, dans _br_i_dge_, dans les mots -en _-ing_, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement -_esqu_i_re_ (_ki_) et _r_i_fle_, et surtout _outs_i_der_. Enfin, -beaucoup de personnes prononcent encore _fl_i_rt_ par _i_, aussi bien -que par _eu_ ouvert, d’autant plus que de _fl_i_rt_ nous avons fait -_fl_i_rter_: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à -faire prévaloir _fleurte_ et même _fleurter_, ce qui est presque aussi -absurde qu’_interviouver_[317]. - -Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et -on doit se résoudre à donner à l’_i_ de ces mots un son intermédiaire -entre _aï_ (ou _aye_) et _aë_, notamment dans _all r_i(gh)_t_ -(_olraït_ en deux syllabes), _r_i(gh)_t man at the r_i(gh)_t place_ -(atzéraïtplèce), _h_i(gh)_l_i_fe_ ou _h_i(gh)_lander_, _t_i_mes_ -(_taïms_) et _t_i_me is money_, ou _f_i_ve o’clock_[318]. Pourtant rien -n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer _high life_ (iglife) -avec _hiéroglyphe_. On peut même se demander si, avec toutes les -_Chapelleries_, _Draperies_ ou _Épiceries du high life_ qu’on trouve -partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de -gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel -quel à bref délai. - - * * * * * - -L’_=y=_ final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en -français que dans des noms propres, et naturellement se prononce _i_. -L’_y_ final anglais se prononce _i_ ou _e_; mais beaucoup de mots -en _y_ sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas -l’anglais puissent prononcer un _i_ indifféremment et sans scrupule -dans _brand_y, _lad_y, _penn_y, _nurser_y, _tilbur_y, _dand_y, -_whisk_y, _tor_y, _gips_y, _derb_y, _gentr_y, _garden-part_y, et -_clerg_y_man_; on prononcera de préférence _aï_ dans _dr_y _farming_, -et _cross-countr_y se prononce _keuntré_[319]. - - -3º U et OU. - -Il est inutile de répéter littéralement pour _=u=_ et _=ou=_ ce que -nous avons dit pour _i_. - -Ils sont également moyens dans _f_u_s_, _f_u_t_, _refl_u_x_ et -_touff_u, dans _j’_eu_s_, il eu_t_, dans _m_ou, _m_ou_d_, _m_ou_t_, -_rem_ou_s_, _j_ou_g_, _l_ou_p_ et _caoutch_ou_c_[320]. - -Brefs ou moyens devant la plupart des consonnes finales articulées, -ils sont longs, comme toutes les voyelles, devant _r_: _j_ou_r_, -_brav_ou_re_, _obsc_u_r_, _bless_u_re_[321]; devant _s_ doux: -_ép_ou_se_, _d_ou_ze_, _r_u_se_; devant _v_: _l_ou_ve_, _ét_u_ve_, -_déc_ou_vre_, sauf pourtant les verbes _pr_ou_ve_ et _tr_ou_ve_, qui -paraissent plus brefs. - -Devant _s_ dur, _u_ et _ou_ ne s’allongent pas, sauf dans le mot -_t_ou_s_, quand il est tonique, en opposition avec _tou_(s) atone, qui -est très bref: _t_ou_s les hommes_, _il t_ou_sse_, pour _t_ou_s_, font -trois degrés très distincts[322]. - -Un certain nombre de mots en _-ouille_ ont aussi généralement la finale -longue: _f_ou_ille_, _r_ou_ille_, _br_ou_ille_, _s_ou_ille_; on y joint -quelquefois _h_ou_ille_ et _dép_ou_ille_[323]. - -On allonge aussi ordinairement _r_ou_le_ et _cr_oû_te_; quelquefois -_r_ou_ge_ et _b_ou_ge_, du moins en poésie. - -L’accent circonflexe se fait encore un peu sentir dans _br_û_le_ et -_aff_û_te_, beaucoup moins dans _fl_û_te_, quelquefois dans _c_oû_te_, -_g_oû_te_, _cr_oû_te_, _v_oû_te_ et _s_oû_le_, au moins quand ils ne -sont pas liés au mot qui suit, car _cela c_oû_te cher_ n’a pas toujours -le même son que _cela me c_oû_te_[324]. - -La voyelle prétonique reste à peu près longue dans les verbes qui -ont l’accent circonflexe, comme _br_û_ler_, _m_û_rir_ ou _c_oû_ter_; -exceptionnellement aussi dans deux ou trois verbes en _-rer_: -_m_u_rer_, _b_ou_rrer_, _f_ou_rrer_, _l_ou_rer_. Elle est flottante, -mais plutôt longue que brève, dans _f_ou_iller_, _r_ou_iller_, -_br_ou_iller_, _s_ou_iller_, avec _br_ou_illard_ et quelquefois -_br_ou_illon_, mais non _s_ou_illon_; dans _r_ou_iller_, _r_ou_ler_, -_r_ou_lure_ et _cr_ou_ler_, et dans la plupart des verbes en _-user_ et -_-ouser_; voire même dans _p_ou_rrir_ et les mots en _-urie_[325]. - -L’_=u=_ ne s’entend pas dans l’interjection _ch_(u)_t_, où le -_ch_ est ordinairement prolongé; _chut_ est donc une orthographe -conventionnelle, qui a paru nécessaire pour désigner l’interjection, -quand on en fait mention dans une phrase: _on entendit plusieurs -ch_u_t_, et aussi pour la rime. On en a fait d’ailleurs le verbe -_ch_u_ter_, dont l’_u_ se prononce toujours[326]. - - * * * * * - -L’_=u=_ se prononce _o_, ouvert et bref, dans la finale latine _=-um=_, -suivant la manière française de prononcer le latin, et cela, même -dans les mots complètement francisés, comme _alb_u_m_, _for_u_m_, -_post-script_u_m_, _gérani_u_m_, etc.; et aussi _barn_u_m_[327]. - -On prononce l’_u_ de la même manière à l’intérieur de certains -mots composés, d’origine latine, comme _tri_u_mvirat_ ou -_circ_u_mnavigation_[328]. - -L’_u_ se prononce encore en _o_ dans _rh_u_m_ et _rh_u_mmerie_. - -Dans _parf_um seul, la finale est restée nasale[329]. - - -4º L’U dans les mots étrangers. - -L’_=u=_ se prononce _ou_ dans les groupes _-gua-_ et _-qua-_, surtout -dans les mots d’origine étrangère: nous en parlerons aux lettres _G_ et -_Q_. - -D’ailleurs l’_u_ se prononce _ou_ presque partout ailleurs qu’en -français[330]. Mais, à part la finale _-um_, nous le francisons -infailliblement en _u_ dans tous les mots étrangers que nous adoptons. -Ainsi dans u_hlan_, où l’_u_ non seulement se prononce _u_, mais est -devenu bref; de même dans _trab_u_co_. On peut hésiter pour certains -mots, comme _nég_u_s_, qu’on prononce par _u_ et _ou_, ou _b_u_lb_u_l_, -qu’on prononce plutôt par _u_; comme _p_u_ff_, dont nous avons fait -_p_u_ffisme_ et _p_u_ffiste_, alors que nous avions déjà _pouff_. - -Il vaut mieux prononcer _ou_ dans les mots qui ne sont pas certainement -francisés, comme l’italien _jettat_u_ra_, _f_u_ria francese_, _e p_u_r -si m_(u)_ove_, et les termes de musique _opera b_u_ffa_, _risol_u_to_, -_riten_u_to_, _sosten_u_to_, u_n poco pi_u, _t_u_tti_[331]. De -même l’espagnol _c_u_adrilla_, _ch_u_lo_, _f_u_eros_, _m_u_leta_, -_ay_u_ntamiento_ et _pron_u_nciamiento_; l’allemand _b_u_rg_, -_k_u_lt_u_rkampf_ et _landst_u_rm_; l’anglais _home r_u_le_, _b_u_ll -f_u_ll_ (au poker), _homesp_u_n_, _pl_u_mcake_. Mais on prononcera: -_bleu_ dans _blu_ (e) _book_ et _pleum-poudding_ (_plum-pudding_)[332]. - - * * * * * - -Quoique l’_=u=_ anglais se prononce quelquefois _ou_, il se prononce -plus souvent comme _eu_ ouvert: c’est le cas, par exemple, dans -_cl_u_b_, _t_u_b_, _st_u_dbook_, _r_u_sh_ et _str_u_ggle for -life_[333]. Toutefois _club_ était déjà francisé sous la Révolution, -et, en histoire, on prononce plutôt _cl_u_b_, _cl_eu_b_ étant réservé -aux cercles plus ou moins aristocratiques qui trouvent ce mot plus -élégant que _cercle_. D’autre part, on le prononce sensiblement -comme un _o_ au poker, dans _fl_u_sh_ et _bl_u_ff_, d’où le verbe -_bl_u_ffer_. L’_=u=_ de _g_u_lf-stream_ se francise aussi en _o_, -sous l’influence de _golfe_, dont il vient. Enfin _b_u_dget_ et -_t_u_nnel_ sont francisés complètement depuis longtemps; _t_u_rf_ -l’est sans difficulté, ainsi que u_lster_, _tilb_u_ry_, _h_u_mour_, -_g_u_tta-percha_, _n_u_rse_ et _n_u_rsery_; _tr_u_st_ lui-même est en -voie de l’être. - -_=Ou=_ anglais se prononce _aou_ dans _boarding-h_ou_s_(e) ou -_clearing-h_ou_s_(e); mais on se contente généralement de _ou_, sinon -dans _st_ou_t_, au moins dans ou_tlaw_ et ou_tsider_. Il se prononce -_o_ dans _f_ou_r in hand_. - - - - -VI.--LES VOYELLES NASALES - - -1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales. - -Quand la consonne _=n=_ (ou _=m=_) est entre deux voyelles, elle se -groupe naturellement avec la voyelle qui suit, et celle qui précède -reste pure. Mais quand elle s’est trouvée placée dans les mots français -à la suite d’une voyelle, devant une consonne autre que _m_ ou _n_, -ou à la fin d’un mot, la voyelle s’est d’abord nasalisée, puis l’_n_ -(ou l’_m_) a peu à peu cessé de se faire entendre (sauf dans le Midi). -Il s’est maintenu toutefois dans l’orthographe, comme signe de la -nasalisation de la voyelle qui précède: an_ge_, _ch_am_bre_, _p_in. -Ainsi il n’y a plus que trois sons dans _enfant_, qui en avait six -autrefois. - -Cette conservation de l’_n_ comme signe orthographique n’est pas sans -inconvénient, car on ne sait pas toujours dans quels cas l’_n_ est une -consonne, ou un simple signe de nasalisation. - -Pas plus que les voyelles fermées, les voyelles nasales ne peuvent se -prononcer de deux manières. Une seule différence est à faire, pour -la quantité. Quand elles sont finales, elles sont moyennes, comme -toutes les autres voyelles: _rom_an, _chem_in, _mout_on, _auc_un; -quand elles sont suivies d’une consonne articulée, elles s’allongent -très sensiblement, surtout si elles sont toniques: _rom_an_ce_, -_bon-s_en_s_, _m_in_ce_, _t_on_dre_, _empr_un_te_; quand elles sont -atones, elles sont moins longues: on peut comparer _r_an_g_, _r_an_ge_, -et _r_an_ger_, qui est entre les deux; de même _l_on_g_, _l_on_gue_ et -_l_on_ger_. - -Il y a en français quatre nasales, c’est-à-dire quatre sons distincts -qui ne sauraient se confondre; mais un même son nasal peut s’écrire de -plusieurs façons. Outre que _en_ se prononce tantôt _an_, tantôt _in_, -que _ain_ et _ein_ ont le même son que _in_, il faut ajouter à cela la -différence de l’_m_ et de l’_n_; et si l’on tient compte, en outre, des -consonnes non articulées, on obtient pour chacun des quatre sons un -très grand nombre de graphies, que l’orthographe a conservées, à propos -ou hors de propos. - -Pour la voyelle _=an=_, voici d’abord _rom_an, _am_ant, flam_and_, -c_amp_, fr_anc_, r_ang_, et naturellement leurs pluriels; puis Rou_en_, -différ_ent_, différ_end_, har_eng_, et leurs pluriels; de plus -am_bition_, em_mener_, t_emps_, ex_empt_ ou ex_emp_te, sans compter -J_ean_, C_aen_, L_aon_, _han_ter et _Hen_ri, ce qui fait bien trente -manières d’écrire le seul et unique son _an_. - -Il n’y en a pas moins pour la voyelle _=in=_: voici d’abord v_in_, -v_ins_, prév_int_, v_ingt_, et quatre-v_ingts_, inst_inct_, et même -c_inq_, dans _cinq sous_; puis s_ain_, s_aint_, s_ein_, s_eing_, -ess_aim_, et leurs pluriels, f_eint_, th_ym_, avec v_ainc_ et v_aincs_; -de plus, exam_en_, vi_ens_ et vi_ent_; sans compter l_im_pide, -s_yn_taxe et R_eim_s; et j’en passe peut-être. Et encore faut-il -considérer à part s_oin_ ou mars_ouin_, p_oint_, p_oing_, et leurs -pluriels. - -La voyelle _=on=_ se trouve à son tour dans chiff_on_, prof_ond_, -affr_ont_, j_onc_, l_ong_, n_om_, pl_omb_, pr_ompt_, et leurs pluriels, -et dans r_omps_, sans compter p_un_ch; la voyelle _=un=_, dans -trib_un_, déf_unt_, parf_um_, et leurs pluriels, et dans à j_eun_ ou -Jean de M_eung_. - - * * * * * - -Mais l’_n_ et l’_m_ ne s’emploient pas indifféremment: l’_m_ ne fait -généralement que remplacer l’_n_ dans certains cas. En principe, -l’_m_ ne peut terminer une nasale qu’à l’intérieur des mots, devant -une labiale, _b_ ou _p_, ou dans le préfixe _-em_ (pour _en-_) suivi -d’un _m_. Le phénomène se produit même dans des syllabes masculines -finales: _c_am_p_, _ch_am_p_, _ex_em_pt_ et _t_em_ps_, _pl_om_b_, -_pr_om_pt_ et _r_om_pt_, ou _r_om_ps_[334]. - -Il faut y ajouter _c_om_te_ et ses dérivés auxquels on a conservé l’_m_ -tout à fait exceptionnellement, devant un _t_, sans doute pour éviter -une confusion avec _co_n_te_[335]. - -La prononciation est d’ailleurs exactement la même aujourd’hui, que la -consonne qui termine la nasale soit _m_ ou _n_: _c_am_p_, _ch_am_p_ -et _t_em_ps_, _c_am_per_ et am_bition_, _m_em_bre_, _t_em_pe_ et -em_mener_, _n_im_be_ et _s_im_ple_, _pl_om_b_ et _n_om_bre_, _r_om_pre_ -et _r_om_pt_ ou _r_om_ps_, et _h_um_ble_, prononcent leurs nasales -exactement comme an_ge_, _c_in_tre_, _r_on_de_ ou _déf_un_t_. - -A la fin des mots s’il n’y a pas de consonne à la suite, la voyelle -nasale est toujours écrite avec un _n_, les finales en _m_ ayant perdu -le son nasal. Il faut excepter: - -1º _Dam_ et au besoin _quidam_[336]; - -2º _Daim_, _faim_, _essaim_, _étaim_[337]; de plus, _thym_; - -3º _Nom_ et ses composés avec _dom_, qui est le même mot que l’espagnol -_don_[338]; - -4º _Parfum_[339]. - -Dans tous les autres mots, l’_m_ final se prononce à part, mais -d’ailleurs tous ces mots sont des mots étrangers, prononcés comme ils -sont écrits, ou des mots latins: _hare_m, _intéri_m, _albu_m, etc.[340]. - - -2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées - -Outre les finales en _m_, il y a encore d’autres syllabes qui ont perdu -en français le son nasal. On parlera plus loin des finales en _-en_. Je -veux parler ici de certaines syllabes intérieures, où la nasale _n_ ou -_m_ était suivie d’un autre _n_ ou _m_. - -Nous avons déjà vu précédemment la nasale primitive se réduire à une -voyelle dans _fla_(m)-_me_ et _fe_(m)-_me_[341]. Il en fut de même de -beaucoup d’autres mots, notamment _gra_(m)-_maire_[342]. - -Beaucoup de personnes conservent encore, très malencontreusement, le -son nasal dans an-_née_, dans _sol_en-_nel_ et _sol_en-_nité_, ou -dans les adverbes en _-amment_ ou _-emment_[343]. Dans tous ces mots -la décomposition est définitive depuis longtemps; et comme la nasale -avait partout le son _an_, c’est l’_a_ qui a prévalu partout après -décomposition; c’est pourquoi _impudemment_ et _abondamment_ se -prononcent de la même manière, _impudent_ et _abondant_ ayant la même -finale pour l’oreille[344]. - -Il est resté toutefois quelques spécimens de cette catégorie -de nasales. Par exemple, il faut bien se garder de remplacer -_né_an-_moins_ par _né_a-_moins_, qui est devenu une prononciation -purement dialectale; _néant_, qui a gardé ici son _n_ à défaut du _t_, -a gardé aussi sa prononciation. Le son nasal s’est maintenu également -dans _t_în-_mes_ et _v_în-_mes_, formes exceptionnelles et bizarres, -dont l’orthographe et la prononciation sont dues à l’uniformité de la -conjugaison. - -Mais surtout le son nasal s’est maintenu dans les mots de la famille -d’_en-nui_ et dans les composés de la préposition _en_: en-_noblir_, -em-_mener_, em-_ménager_, etc., y compris le vieux mot em-_mi_[345]. - -Il y a mieux, et voici une observation capitale: la préposition _en_ a -gardé parfois le son nasal, non seulement devant _n_ ou _m_, mais même -_devant une voyelle_, dans des composés d’origine purement française, -sans que l’_n_ se soit doublé: en-_ivrer_. Ce n’est pas sans peine, -car le voisinage de mots tels que _énigme_, _énergie_, _énoncer_, tend -continuellement à décomposer la préposition. La présence d’un _h_ -contribue peut-être à la maintenir dans _enherber_ ou _enharmonie_ -qui d’ailleurs ne sont pas d’usage courant[346]. Mais il y a trois -mots capitaux, trois mots très usités, trois mots nécessaires, où -il est indispensable de maintenir la préposition _en_ avec le son -nasal, malgré le voisinage immédiat de la voyelle, sous peine de -faire de véritables barbarismes. Ce sont en-_ivrer_, en-_amourer_ et -en-_orgueillir_, qui doivent se prononcer comme _s’en aller_, avec -nasale et liaison. - -Les fautes sur ce point sont si fréquentes que je ne sais trop quel -avenir est réservé à ces mots[347]. En-_orgueillir_ se tient encore -assez bien[348]; mais que de gens même fort instruits, et même des -typographes, vont jusqu’à mettre un accent sur _énamourer_, voir sur -_énivrer_! Écriture et prononciation également barbares, auxquelles il -faut résister de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on le pourra. - - * * * * * - -Passons aux observations particulières à chaque nasale. - - -3º Les cas particuliers de la nasale AN - -I. C’est à la nasale _=an=_ que se rattachent trois monosyllabes -d’orthographe irrégulière: _fa_(o)_n_, _pa_(o)_n_, _ta_(o)_n_. Pour -_taon_, c’est _ton_ et non _tan_ qui s’est prononcé longtemps et se -prononce encore dans certaines provinces, mais cette prononciation, -admise par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, est aujourd’hui dialectale[349]. - -Il va sans dire que dans les cas où la dérivation dénasalise la -syllabe, c’est l’_a_ seul qui s’entend: _pa_(o)_n_ et _fa_(o)_n_ -ne peuvent donner que _pa_(on)_ne_, _pa_(on)_neau_, _fa_(on)_ner_, -prononcés également sans _o_[350]. - -Autre observation sur _an_: nous nasalisons presque toujours le groupe -_an_, et aussi _am_ intérieur, dans les mots étrangers, même quand ces -mots ne sont pas francisés par ailleurs. Il y a là un phénomène général -très curieux. - -Pour la finale, d’abord, il n’y a guère que les mots anglais en _-man_ -qui fassent exception; après avoir nasalisé autrefois _drogm_an, -_dolm_an, _landamm_an, avec _parmes_an et d’autres, nous respectons -aujourd’hui, par suite de la diffusion de l’enseignement, et aussi -par un certain snobisme, la finale sonore de _policema_n, _clubma_n, -_sportsma_n, etc.[351]. - -Pour _an_ intérieur, il y a d’abord quelques mots qui sont entièrement -francisés: _d_an_dy_, _perform_an_ce_, et même _h_an_dicap_, puisque -nous en avons fait le verbe _h_an_dicaper_; de même an_d_an_te_ ou -an_d_an_tino_, _f_an_tasia_, _fr_an_co_ ou _dilett_an_te_. Il y a -ensuite les mots dans lesquels _an_ seul est francisé: ainsi _c_an_t_, -où nous prononçons le _t_, contrairement à l’usage français, et -_c_an_tabile_, où nous prononçons l’_e_ final; c’est toujours la -demi-francisation. De même _l_an_dwehr_ ou _l_an_dsturm_, _st_an_d_, -_s_an_dwich_ ou _shak_(e)_h_an_d_, _c_an_zone_ ou _b_an_derillero_, et -aussi _warr_an_t_, où le _t_ final ne se prononce plus, quoique le _w_ -se prononce encore quelquefois _ou_. - -En revanche, on ne nasalise guère _an_ dans _c_an_ter_, _highl_an_der_ -ou _four in h_an_d_, dans _f_an_toccini_, _bel c_an_to_, -_acceler_an_do_, _ritard_an_do_, _tutti qu_an_ti_, _furia fr_an_cese_, -_lasciate ogni sper_an_za_, qui sont trop manifestement étrangers. Ou -plutôt on nasalise bien un peu la syllabe, mais en faisant néanmoins -sonner l’_n_, ce qui n’est pas la nasale proprement française[352]. - -_Tra_m_way_ a pu se franciser sans se nasaliser. Cela tient à ce que le -_w_ ayant le son _ou_, l’_m_ a l’air de sé-parer deux voyelles; mais -on entend souvent dans le peuple _tran-vè_. - - -4º Quand le groupe EN se prononce-t-il _an_ ou _in_? - -Nous passons à _=en=_. Ici se pose la question la plus importante -peut-être de celles qui concernent les nasales en français: quand _en_ -se prononce-t-il _an_? quand se prononce-t-il _in_? Car c’est le seul -groupe à _n_ final qui se prononce de deux manières, autrement dit qui -appartienne à deux nasales. A l’origine, l’_e_ n’avait pu se nasaliser -qu’avec le son _in_, qui correspond phonétiquement à _e_ ouvert et non -à _i_. Mais il semble bien qu’à une certaine époque le groupe _en_ -était passé de _in_ à _an_ à peu près partout, et aujourd’hui encore -_=en=_ _se prononce normalement_ _=an=_, ainsi qu’on va voir. - -Mais les exceptions sont devenues assez nombreuses. - - -I. =EN final.=--C’est ici que le son _in_ s’est le plus généralisé. -Le changement ou le retour de _an_ à _in_ a dû se produire en premier -lieu dans la diphtongue finale accentuée _=-ien=_. On la trouve d’abord -dans _bien_, _chien_ et _rien_, avec tous leurs composés[353]; puis -dans _mien_, _tien_ et _sien_; enfin dans les formes de _venir_ et -_tenir_, _viens_, _viendra_, _tiendrait_, etc., avec leurs composés, et -aussi leurs dérivés: _soutien_, _maintien_, _entretien_. L’altération -du son primitif est passée de là à tous les mots où la finale _=-en=_, -dérivée du suffixe latin _-anus_, était précédée des voyelles _i_ -(et _y_) ou _e_: _paï_-en, _moy_-en, _chréti_-en (autrefois de trois -syllabes), _patrici_-en, etc., _europé_-en, _chaldé_-en, etc. - -Ce ne fut pas sans résistance. Beaucoup de mots, au moins les noms -propres, ont hésité longtemps entre _an_ et _in_. Voltaire, qui faisait -parfois des efforts pour rapprocher l’orthographe de la prononciation, -et qui écrivait fort judicieusement _f_e_sons_ et _bienf_e_sant_, -écrivait aussi _europé_an. Aujourd’hui il n’y a plus d’hésitation: tous -les mots en _=-éen=_ et _=-ien=_ ou _=-yen=_ se prononcent _é-in_ et -_i-in_ ou plutôt _yin_, quoique les poètes s’obstinent à séparer l’_i_ -la plupart du temps: _tragédi_en, _bohémi_en, _aéri_en, _parisi_en, -etc., etc.[354]. - - * * * * * - -Si nous passons aux autres mots terminés en _-en_, nous constatons que -le son _an_ ne se retrouve plus que dans la préposition _en_[355]. Il -est vrai que dans la plupart des autres (ils ne sont d’ailleurs pas -nombreux), la finale n’est plus nasale: ainsi _abdome_n ou _glute_n. -Ces mots ont subi l’analogie des mots latins ou étrangers, et surtout -des noms propres qui sont fort nombreux; nous les retrouverons quand -nous parlerons de l’_n_ final. Seul, _exam_en s’est complètement -détaché du groupe: sa finale, qui n’avait d’ailleurs jamais perdu -complètement le son _in_, l’a repris définitivement depuis un -siècle[356]. - -De plus, les poètes ont fait longtemps et font souvent encore rimer -_hymen_ avec _main_; mais comme le mot n’est plus d’usage courant -et prend une apparence un peu scientifique, il est fort rare qu’on -nasalise sa finale en prose[357]. - - -II. =EN tonique suivi d’une consonne.=--La finale _-ent_ ou _-end_, -à consonne muette, a partout le son _an_: _prud_en_t_, _ag_en_t_, -_m_en_t_, _susp_en_d_, _att_en_d_, etc., etc., et même les mots en -_-ient_, même _ingrédi_en_t_, qu’on écorche parfois[358]. - -Il faut excepter toutefois _ti_en_t_ et _vi_en_t_ et leurs composés, -qui ne peuvent pas se prononcer autrement que les formes voisines de -_tenir_ et _venir_[359]. - -Il en est de même de _-ens_, qui en principe se prononce également _an_ -dans les mots proprement français, où l’_s_ ne se prononce pas[360]. -Mais ces mots sont en fort petit nombre: _g_en_s_, _guet-ap_en_s_, -_dép_en_s_, _susp_en_s_, avec le substantif _s_en_s_, dont l’_s_ se -prononce aujourd’hui presque partout, et les formes verbales _s_en_s_, -_m_en_s_, _rep_en_s_. - -Les autres mots sont des mots latins, et sont naturellement prononcés -comme en latin, c’est-à-dire que _en_ se nasalise en _in_ et que l’_s_ -se prononce (_ince_): _g_en_s_, _delirium trem_en_s_, _alma par_en_s_, -_semper vir_en_s_, _horresco refer_en_s_, d’où, par analogie, -_labad_en_s_, inventé par Labiche. Pourtant le mot technique _cens_ a -gardé le son _an_, sans doute par analogie avec _sens_ et _bon sens_, -qui n’ont jamais varié sur la nasale[361]. - -C’est aussi _an_ tout court qui sonne dans _t_em_ps_ ou _har_en_g_[362]. - -Enfin c’est encore _an_ qu’on prononce toutes les fois que _en_ est -suivi d’une syllabe muette: ainsi les finales _-ente_, _-ence_ ou -_-ense_, _-ende_ et _-endre_, _-emble_, _-embre_, _-empe_ et _-emple_, -etc.[363]. - - -III. =EN atone.=--Si nous passons à _en_ atone, nous constatons encore -que c’est le son _an_ qui est le son propre du groupe dans les mots -proprement français. - -En tête des mots, il n’y a pas d’exception[364]. - -A l’intérieur, le son _an_ s’est maintenu non seulement dans les -finales _-ention_, _-entiel_, etc., mais même dans des mots plus -ou moins techniques ou savants qui étaient déjà anciens: d’abord -les dérivés de _cent_, comme _c_en_turie_ ou _c_en_turion_[365]; -par analogie, _c_en_taure_; puis _adv_en_tice_ et _adv_en_tif_, -_app_en_tis_ et _perp_en_diculaire_, _cal_en_der_ et _cal_en_drier_, -_comm_en_sal_, _comp_en_dieux_, _dys_en_terie_ et _li_en_terie_, -en_tité_, _m_en_dicité_, _m_en_strues_, _sept_en_trion_, -_stip_en_dier_, etc. C’est la vraie tradition française[366]. - -Au contraire, dans les mots plus ou moins savants, plus ou moins -techniques, qui sont entrés dans la langue assez récemment, -c’est-à-dire depuis la Renaissance, la prononciation moderne du latin a -amené l’emploi du son _in_. Ce sont d’abord des mots purement latins, -_ag_en_da_, _p_en_sum_, _mem_en_to_, _comp_en_dium_, _s_en_sorium_, _in -ext_en_so_, _modus viv_en_di_[367]; puis les mots tirés du grec, qui -commencent par _hendéca-_ ou par _pent-_, comme _p_en_tagone_[368]; en -outre _b_em_bex_, _rhodod_en_dron_ et _plac_en_ta_, avec _m_en_tor_ et -_m_en_thol_, etc. - -En outre _app_en_dice_ et _s_em_piternel_, quoique anciens, ont à peu -près passé de _an_ à _in_, sous l’influence du latin _app_en_dix_ -et _s_em_piternus_, et _app_en_dicite_, mot savant, qui se prononce -fatalement par _in_, achève l’altération d’_app_en_dice_. _Chrétien_ a -fini aussi par entraîner _chréti_en_té_, qui a été longtemps discuté. - -D’autres mots flottent déjà, comme _adv_en_tice_ ou _m_en_strues_. -_Sapi_en_tiaux_ est exposé à passer de _an_ à _in_, étant mal protégé -par _sapi_en_ce_, qui est peu usité, tandis que _obédi_en_tiel_, -_pestil_en_tiel_, et surtout _sci_en_tifique_, le sont beaucoup mieux -par _obédi_en_ce_, _pestil_en_ce_ et _sci_en_ce_, dont la finale est -inaltérable actuellement. - -En revanche, quelques mots plus ou moins récents ont pris ou gardé -le son _an_ par analogie, ou pour des raisons qui échappent, car une -logique parfaite ne préside pas toujours à la répartition des sons. - -_P_en_d_en_tif_ a suivi l’analogie de _p_en_dre_ et _p_en_d_an_t_; -_t_en_tacule_, celle de _t_en_ter_ et _t_en_tative_. _Tar_en_telle_ -et _tar_en_tule_ ont suivi _Tar_en_te_, qui était ancien. Quand Fabre -d’Églantine inventa _v_en_démiaire_, il le tira du latin _v_in_demia_, -mais s’il l’écrivit _ven_ et non _vin_, c’est qu’il voulait en faire -un mot populaire comme _v_en_tôse_, et pour cela le rapprocher de -_v_en_dange_; c’est donc à tort que quelques-uns le prononcent par -_in_[369]. - -Tous ces mots s’expliquent assez bien. Mais pourquoi _st_en_tor_ -avec _an_ à côté de _m_en_tor_ avec _in_? Je ne sais si _st_en_tor_ -est ancien dans l’usage; en tout cas, les grammairiens n’en parlent -pas[370]. Pourquoi prononce-t-on _ép_en_thèse_ par _an_? Pourquoi, à -côté de _rhodod_en_dron_ prononcé par _in_, prononce-t-on _d_en_drite_ -par _an_? Que dis-je? A côté de _téréb_in_the_, non seulement prononcé, -mais écrit par _in_, on a _téréb_en_thine_, prononcé par _an_; et au -contraire, de _m_en_the_, qui a naturellement gardé le son de son -orthographe primitive _m_en_te_, on a tiré _m_en_thol_, à qui on a -imposé le son _in_, à titre de mot savant![371]. - -IV. =Les mots étrangers.=--On sait que les voyelles nasales -appartiennent presque exclusivement au français. Quand on ne francise -pas du tout un mot étranger, et il y a des cas où cela n’est guère -possible, on doit se garder de nasaliser le groupe _en_, aussi bien que -les autres. Ainsi l’anglais _p_e_nce_, e_nglish_, _great ev_e_nt_ ou -_self governm_e_nt_, _g_e_ntry_ ou même _g_e_ntleman_ et _rem_e_mber_; -de même l’italien _l_e_nto_, _a t_e_mpo_ ou _s_e_nza t_e_mpo_, -_rall_e_ntando_, _risorgim_e_nto_, et aussi l’espagnol _ayuntami_e_nto_ -ou _pronunciami_e_nto_. - -Mais si on francise, ne fût-ce qu’à moitié, c’est toujours par la -nasale qu’on commence; or _en_ ne peut se nasaliser directement qu’en -_in_, seule nasale correspondant à _e_. Ainsi dans _b_en_gali_, dans -_b_en_join_, d’où _b_en_zine_ avec ses dérivés; dans _eff_en_di_; -dans _farni_en_te_ (que l’_e_ final soit muet ou non), _pol_en_ta_, -_v_en_detta_ et _cresc_en_do_[372]. Ainsi encore dans _bl_en_de_ et -_pechbl_en_de_, qu’on prononce quelquefois par _an_, à cause de la -finale _ende_; et encore dans _sp_en_cer_. A _sp_en_cer_ on devrait -joindre _t_en_der_ et _chall_en_ge_, mais l’usage des employés -de chemins de fer a définitivement francisé _t_en_der_ par _an_, -évidemment par l’analogie des mots _t_en_dre_, _t_en_deur_ et autres, -et de son côté _chall_en_ge_ a pris le son des finales en _-ange_, -comme _v_en_ge_. - -D’autre part, beaucoup de gens prononcent aussi _v_en_detta_ par _an_, -et cette prononciation s’imposera fatalement un jour[373]. - - -5º Les cas particuliers de la nasale IN. - -Sur la nasale =_in_=, il y a moins à dire[374]. - -La préposition latine _in_, qui n’est pas nasale en latin, parce que -l’_n_ est final, s’est nasalisée en français devant une consonne, -dans les termes qui désignent les formats de livres, in-_folio_, -in-_quarto_, comme in-_douze_, in-_seize_, etc., et le plus souvent -aussi in-_plano_; mais on ne nasalise pas i_n-octavo_ à cause de la -voyelle, pas plus que i_n extremis_ ou i_n extenso_, qui sont en deux -mots; pas davantage i_n partibus_, non plus que l’italien i_n petto_. - - * * * * * - -D’autre part, dans les mots étrangers, c’est le groupe _in_ qui se -conserve le mieux en français sans se nasaliser. Ainsi on ne doit pas -nasaliser la finale anglaise _-ing_, sauf dans _schamp_oin(g), qui est -tout à fait francisé. Il est vrai que _shelling_ et _sterling_ peuvent -encore se prononcer _chel_in et _sterl_in sans _g_, et d’autre part on -nasalise encore quelquefois _shirt_ing, _lasti_ng et _poud_ing (sans -parler de _meet_ing) en prononçant le _g_ guttural, mais il semble -qu’on cesse peu à peu de nasaliser ces mots. On ne doit pas non plus -nasaliser _fl_i_nt-glass_, i_ncome-tax_, _mack_i_ntosh_, _kronpr_i_nz_, -_h_i_nterland_, _tch_i_n_, _khams_i_n_. - -On nasalise quelquefois _g_in, et ordinairement _mue(z)-z_in, toujours -in_cognito_, im_presario_, _pepperm_in_t_, _aquat_in_te_ (à côté de -_aqua-t_i_nta_); généralement aussi in_terview_, suffisamment francisé, -puisqu’on en a fait in_terviewer_. [375] - -Le groupe =_oin_= doit se prononcer _ouin_ et non ou_an_, comme on fait -dans certaines provinces, et _m_oin_dre_ peut rimer avec _cyl_in_dre_, -mais non avec _ent_en_dre_. - -J’ajoute que _oin_ est toujours _monosyllabe_. V. Hugo a cru, et il -n’était pas le premier, que les nécessités ou les commodités de la -versification l’autorisaient à scinder en deux le mot _groin_: - - ... eux, déchiffrer Homère, ces gens-là! - Ces diacres, ces bedeaux dont le _gro-in_ renifle[376]. - -Mais alors on est obligé de prononcer _gro-in_, ce qui altère le mot -sensiblement[377]. Ailleurs, il écrit _grou-in_ pour la rime[378]: -cela vaut encore mieux; d’autres l’avaient fait avant lui, et quelques -personnes prononcent ainsi. Mais c’est une erreur, et, malgré les -trois consonnes initiales (grw), _groin_ n’est pas plus difficile à -prononcer en une syllabe que _bruit_, _instruit_ ou _croix_, qui en ont -autant[379]. Voyez Saint-Amant, dans _le Melon_: - - Et des truffes... qu’un porc..... - Fouille pour notre bouche et renverse du _groin_. - -Le groupe =_ouin_=, dissyllabe autrefois, est aujourd’hui monosyllabe, -comme _oin_[380]. - - -6º Les cas particuliers de la nasale ON. - -La nasale =_on_= n’a d’intéressant que _m_on_sieur_, où _on_, réduit -d’abord à _o_--on dit encore parfois _m_o_sieu_ par plaisanterie--s’est -réduit en définitive à un _e_ muet (_mesieu_) qui, comme la plupart des -_e_ muets, disparaît ordinairement dans la prononciation rapide[381]. - -Nous avons parlé plus haut des mots en _-aon_, à finale monosyllabique, -prononcée _an_[382]. - -_On_ final ne se nasalise pas dans quelques mots empruntés au grec: -_epsil_o_n_, _omicr_o_n_, _kyrie eleis_o_n_, _gnôthi seaut_o_n_, -etc., ni dans _sine qua n_o_n_ ou _baralipt_o_n_, ou les expressions -italiennes _c_o_n brio_, _c_o_n moto_, etc.; mais en physique on -nasalise _micr_on[383]. - - -7º Les cas particuliers de la nasale UN. - -La nasale _un_ (ou _um_) se prononce _on_ dans les mots latins: -_sec_un_do_, _conj_un_go_, _de prof_un_dis_; dans _rh_um_b_, -_l_um_bago_ et _p_lum_bago_, dans _j_un_gle_ et _j_un_te_, et dans -_p_un_ch_[384]. Mais pourquoi _ponch_, qui n’est ni anglais, ni -français? et pourquoi _ponch_ à côté de _lunch_, qui se francise avec -la nasale _un_, si bien que nous en avons fait _luncher_? Ce sont des -mystères que nul ne peut expliquer. - -Mais le point capital à propos de la nasale _un_, c’est de ne pas -la prononcer _in_! On entend trop souvent _in jour_, _in homme_. -Heureusement ce n’est pas encore chose très fréquente chez les gens qui -ont quelque instruction; mais il est peu de fautes plus choquantes. - - - - -VII.--L’E MUET[385] - - -1º Considérations préliminaires sur l’E non muet et l’élision. - -L’=_e_= muet est ainsi nommé parce qu’on le prononce le moins possible, -et le plus souvent pas du tout; mais il s’en faut bien qu’il soit -toujours muet: s’il l’était toujours, il n’y aurait rien à en dire, et -il s’agit précisément de savoir quand il est réellement muet, et quand -il ne l’est pas. - -Éliminons d’abord ce qui n’est pas dans le sujet proprement dit. - -Il y a, d’une part, un cas où l’=_e_= dit _muet_ est tellement loin -d’être muet, qu’il est même _tonique_; c’est dans le pronom _le_ -précédé d’un impératif: _dis-l_e[386]. L’_e_ dit _muet_ est alors -ouvert et bref, moins ouvert, mais aussi bref que _eu_ dans _œuf_. -Et de même toutes les fois qu’il se prononce: il y a, par exemple, -une différence très sensible entre _le rôt_ et _leur eau_, où _leur_ -est long et _le_ très bref. C’est encore ainsi qu’il se prononce -constamment devant une _h_ aspirée: _l_e _haut_, ou en épelant: _l_, -_e_, _d_, _e_, tandis qu’on prononce _é_ dans _e muet_. - -On sait, d’autre part, que l’=_e_= n’est jamais muet ni devant _z_ -final, ni devant deux consonnes, quoique, dans ces cas-là, il ne -porte pas d’accent. Nous n’avons donc point à parler non plus de -celui-là[387]. - -Ce n’est pas tout: il y a encore et surtout l’_élision_, où l’=_e_= -ne compte plus pour rien du tout. On sait que l’_e_ final s’élide -devant un mot commençant par une voyelle, même précédée de l’_h_ muet: -_l’état_, _l’herbe_, _il aim_(e) _à rire_, _plein d’honneur_, _la -vi_(e) _est courte_. On voit qu’il n’importe pas que cette élision soit -notée par l’écriture[388]. - -On doit noter ici toutefois, avant de passer outre, un certain nombre -d’élisions qui ne se font pas dans l’usage courant, ce qui oblige -à prononcer l’_e muet_: ce sont, la plupart du temps, des hiatus -seulement apparents, que la versification elle-même admet ou devrait -admettre. - - * * * * * - -1º On parlera tout à l’heure des semi-voyelles, et notamment du -=_yod_=. L’_y_ grec appuyé sur une voyelle devient _yod_, c’est-à-dire -consonne, aussi bien en tête que dans le corps des mots, et l’on dit, -sans élision, _l_e _yatagan_, comme _l_a _yole_. C’est une idée que -les poètes acceptent difficilement. V. Hugo, notamment, par crainte -de faire un hiatus, ne manque pas de dire _l’y-ole_ ou _l’y-atagan_; -et l’erreur est double, car il fait une élision qui n’est point à -faire, et cette élision l’amène à donner aux mots victimes une syllabe -de trop. Les poètes devraient bien parler comme tout le monde, et -dire _l_e _ya-tagan_ (et _l_es _yatagans_, sans liaison), comme _l_e -_yacht_, _l_e _yak_, _l_e _yucca_, _l_e _yod_, _l_e _youyou_, _l_e -_youtre_, car il n’y a là aucun hiatus[389]. - -2º Le groupe =_ou_= initial est également consonne devant une voyelle. -Cela n’empêche certainement pas de dire _à l’ouest_, _un_(e) _ouaille_, -_un_(e) _ouïe_. Mais devant _oui_ pris substantivement, on n’élide ni -_le_, ni _de_, pas plus qu’on ne lie _un_, _les_, _ces_, etc., ou qu’on -ne remplace _ce_ par _cet_, même en vers, malgré l’hiatus apparent: - - Oui, ma sœur.--Ah! _ce oui_ se peut-il supporter?[390]. - -Il est vrai qu’on dit fort bien, familièrement, _je crois qu’oui_; mais -cette élision ne s’impose pas toujours, et les poètes eux-mêmes s’en -abstiennent souvent. Ainsi, La Fontaine, dans un vers de _Clymène_, -souvent cité: - - Qu’on me vienne aujourd’hui - Demander: «Aimez-vous?» Je répondrai _que oui_[391]. - -On dit aussi plus volontiers _le ouistiti_ que _l’ouistiti_, quoiqu’on -fasse fort bien la liaison dans _un ouistiti_ ou _des ouistitis_. - -Pour _ouate_, l’usage est flottant. Il est vrai qu’on dit plus -ordinairement aujourd’hui _de la ouate_ que _de l’ouate_, malgré une -tendance fâcheuse à revenir à l’ancienne prononciation: scrupule de -purisme fort déplacé, qui se manifeste, paraît-il, chez certains -médecins et chez les _premières_ des _grandes_ maisons de couture. Mais -dire _la ouate_ n’empêche pas du tout de faire l’élision de l’_e_ muet: -_un_(e) _ouate_, _plein d’ouate_, sont généralement usités[392]. - - -3º L’habitude d’isoler les noms de nombre, qui commencent généralement -par des consonnes, fait qu’on traite souvent comme les autres ceux qui -commencent par des voyelles, _un_ et _onze_, et aussi _huit_, dont -l’_h_, naturellement muet, ne s’est aspiré (et encore pas toujours) que -par suite de cette convention spéciale[393]. On dit donc _le onze_ et -_le onzième_, et non pas _l’onze_ et _l’onzième_, témoin la complainte -du _Vengeur_: - - _Le_ onze, un gabier de vigie - S’écria: Voile sous le vent. - -On n’a probablement jamais dit _une lettre de l’onze_, et pas souvent -sans doute _à l’onzième siècle_, quoiqu’on trouve cette façon de parler -dans Th. Corneille[394]. Pourtant on dit à peu près indifféremment _le -train de onze heures_ ou _le train d’onze heures_; et Littré écrira -dans son dictionnaire: _bouillon d’onze heures_. - - Les astres aujourd’hui, sous le soleil _d’onze heures_, - Brillent comme des prés[395]. - -Ceci est un cas spécial, qui permet même la liaison du _t_ du verbe -_être_: on dit presque uniquement _il est onze heures_ avec liaison, -et c’est la seule liaison qu’on fasse avec _onze_; l’élision _d’onze -heures_ en est la conséquence naturelle. Mais on ne dirait pas avec -Corneille, _l’œuvre d’onze jours_[396]. - -L’élision est beaucoup plus libre avec _un_ qu’avec _onze_. Cependant, -on dira uniquement _le un_, soit pour numéroter, soit pour dater, en -opposition avec _l’un_, où _un_ n’est plus le nom du nombre[397]. On -dit aussi fort bien _livre un_, _chapitre un_, comme _chapitre onze_, -quoiqu’on élide parfois dans ces deux expressions, et qu’on dise plutôt -_pag_(e) _un_ et _pag_(e) _onze_. On dit de même, _le huit_, _livre -huit_, _chapitre huit_, quoiqu’on dise _quarant_(e)-_huit_, et que -_mill_(e) _huit cents_ soit identique à _mil huit cents_. - - -4º Enfin, on dit aussi _le uhlan_ et non _l’uhlan_. C’est peut-être -pour des raisons d’euphonie; mais on dira tout aussi bien _du uhlan_, -qui n’est pas plus harmonieux que _l’uhlan_, et V. Hugo lui-même a osé -risquer cet hiatus nécessaire: - - Quand Mathias livre Ancône au sabre _du uhlan_[398]. - -Ce mot est donc traité comme s’il avait un _h_ aspiré sans qu’on sache -pourquoi (en allemand: ulan). - -Nous venons d’examiner les cas où l’_e_ muet ne s’élide pas devant -une voyelle. Il y en a un où il s’élide encore en réalité devant une -voyelle, mais en apparence devant une consonne: c’est quand on désigne -par leurs noms les sept consonnes dont l’articulation est précédée d’un -_e_: _l’f_, _l’h_, _l’l_, _l’m_, _l’r_, _l’s_, _l’x_, _plein d’m_, -_beaucoup d’r_, etc.; mais on dira au contraire _suivi_ ou _précédé de -r_ ou _s_, comme _de a_ ou _i_, parce que les lettres sont ici comme -des mots qu’on cite; de même _je crois que r_ ou _s..._, comme _je -crois que a..._, ou _je dis que x...._ - - -2º La prétendue loi des trois consonnes. - -Ces questions étant éliminées, arrivons au vrai sujet, l’_e muet_. - -Sur ce point, un certain nombre de philologues font grand état, depuis -une vingtaine d’années, d’une prétendue _loi des trois consonnes_, qui -dominerait toute la question de l’_e_ muet; cette loi peut se formuler -ainsi: - -Lorsqu’il n’y a que deux consonnes entre deux voyelles non caduques, -elles ne sont jamais séparées par un _e_ muet; mais lorsqu’il y en a -trois ou plus, il reste (_ou il s’intercale_) un _e_ muet après la -seconde, et de deux en deux, s’il y a lieu[399]. Ainsi _la f’nêtre_, -mais _un’ f_e_nêtre_, et _qu’est-c’ qu_e _j’ t_e _disais_. - -A vrai dire, l’auteur commence par déclarer que sa «loi» ne vaut, à -Paris, que «pour le français de la bonne conversation», et non pour -«le parler populaire», et il oppose _ça n_e _m’ fait rien_, qui est, -dit-il, populaire, à _ça n’ m_e _fait rien_. Mais alors on se demande -ce que c’est qu’une loi phonétique régissant un parler qui doit avoir, -qui ne peut pas ne pas avoir quelque chose d’artificiel, au moins sur -certains points, et à laquelle se dérobe précisément le parler le -plus naturel, le plus spontané, celui qui, en principe, obéit le plus -rigoureusement aux _lois_ phonétiques. D’autre part, on se demande -en quoi _veux-tu t_e _l’ver_ est plus populaire et de moins «bonne -conversation» que _veux-tu t’l_e_ver_? Et moi-même, ai-je dit _on s_e -_d’mande_ ou _on s’ d_e_mande_? L’auteur traite ici les monosyllabes -absolument comme les autres _e muets_, ce qui est une grave erreur. Il -reconnaît d’ailleurs plus loin que les monosyllabes mettent à chaque -instant sa «loi» en défaut. - -Mais, même à l’intérieur des mots, «sa loi» n’est pas plus sûre, et il -doit reconnaître que les liquides, _l_ et _r_, y font de perpétuels -accrocs. - -D’abord les groupes de trois consonnes ne sont pas rares, quand la -seconde est une _muette_ ou _explosive_ (_b_, _c_, _d_, _g_, _t_, _p_), -ou une _fricative_ (_f_, _v_), suivie d’une _liquide_, _l_ ou _r_, -ces groupes étant presque aussi faciles à prononcer qu’une consonne -seule: _a_rbr_e_, _o_rdr_e_, _pou_rpr_e_, _te_rtr_e_, _a_str_e_, -_terre_str_e_, etc. Ils ne sont guère plus rares quand la seconde -consonne est un _s_: _lo_rsq_ue_, _o_bsc_ur_, _te_xt_e_ (_te_cst_e_) -ou _e_xp_édier_. On peut même avoir quatre consonnes consécutives, -si les deux conditions sont réalisées simultanément, comme dans -_a_bstr_ait_, _e_xtr_ême_ ou _e_xpr_imer_. Et jamais on n’a éprouvé -le besoin d’intercaler un _e muet_ après la seconde ou la troisième -consonne de _ast_(e)_ral_ ou abst(e)rait, pas plus que dans _un’ -planche_. - -Les innombrables mots du type _chap_e_lier_, _aim_e_rions_, -_aim_e_riez_, contredisent aussi la «loi», en maintenant l’_e muet_ -entre les deux consonnes, si l’on n’en voit que deux dans ces mots, ou -plutôt après la première, et non la seconde, si, comme il convient, on -prend l’_i_ pour une troisième consonne. - -D’autre part, il y a des phénomènes que l’auteur n’a point aperçus. Je -ne parle pas des mots du type _achèt’rai_, qui maintiennent l’_e_ après -la première consonne: on pourrait me dire que cette prononciation est -artificielle. Mais pourquoi dit-on uniquement _éch_e_v’lé_, quand la -«loi» exigerait _éch’v_e_lé_[400]? Pourquoi, à côté de _pell’t_e_rie_, -ou plutôt _pel’t’rie_, avec trois consonnes, a-t-on _pap_e_t’rie_, avec -maintien du premier _e muet_, qui même devient le plus souvent un _e_ à -demi ouvert? - -Ainsi nous ne nous embarrasserons pas de cette fausse loi. Nous -constaterons, si l’on veut, qu’il y a là une tendance très générale, -nécessaire même, en français, du moins, et qui se manifeste -certainement dans la pluralité des cas[401]. Mais une tendance n’est -pas une loi. Nous nous bornerons donc à examiner sans prévention les -faits, dont la variété est presque infinie, et nous nous efforcerons -d’y mettre le plus d’ordre et de clarté que nous pourrons, sans -méconnaître qu’on peut différer d’avis sur beaucoup de points de -détails. - - -3º L’E muet final dans les polysyllabes. - -I. =Dans les mots isolés.=--A la fin des mots pris isolément, ou s’il -n’y a rien à la suite, l’_=e=_ non accentué est réellement muet, -c’est-à-dire qu’on ne l’entend plus[402]. Les instruments délicats -de la phonétique expérimentale peuvent bien en constater encore -l’existence après certaines consonnes ou certains groupes de consonnes -(je ne parle pas de la consonne double, qui compte comme simple); mais -alors il est involontaire, car ces instruments le constatent, après -les consonnes dont je parle, aussi bien quand il n’est pas écrit que -quand il est écrit; autrement dit, _est_, point cardinal, et la finale -_-este_ se prononcent de la même manière, tout aussi bien que _beurre_ -et _labeur_, _mortel_ et _mortelle_, _sommeil_ et _sommeille_[403]. - -Nous avons vu au cours des chapitres précédents que la présence même de -l’_e_ muet après une voyelle finale ne change plus rien ni au timbre ni -à la quantité de la voyelle qui précède, au moins dans la conversation -courante. Il y a exception pour la rime, mais ceci est voulu, et -par suite artificiel[404]: on ne parle ici que de la prononciation -spontanée[405]. - -Ce n’est pas tout. Quand la consonne qui précède l’_e muet_ final est -une liquide, _l_ ou _r_, précédée elle-même d’une explosive ou d’une -fricative, la prononciation populaire supprime souvent la liquide avec -l’_e_: _du suc_(re), _du vinaig_(re), datent de fort loin, mais cette -prononciation n’est plus admise dans la bonne conversation. Pourtant -_mart_(r)_e_ a fini par avoir droit de cité. - - -II. =Devant un autre mot.=--Considérons maintenant l’_=e=_ muet final -dans un mot suivi d’un autre mot. - -Si le second mot commence par une voyelle ou un _h_ muet, nous savons -que l’_e_ s’élide. Mais si le second mot commence par une consonne -(autre que l’_h_ aspiré), l’_e_ muet n’en tombe pas moins: _el_(l)’ -_m’a dit_[406]. - -Le phénomène est le même si les consonnes qui se rencontrent sont -pareilles: _el_(l)’ _lit_[407]. - -L’_e_ tombe encore s’il y a deux consonnes en tête du second mot: -_el_(l)’ _croit_, _el_(l)’ _scandalise_, _un’ statue_. - -Toutefois l’_e_ se prononce, si le mot suivant commence par _r_ ou -_l_, suivi d’une diphtongue: _il ne mang_e _rien_[408]. On dit même, -sans élision, _qu’il devienn_e _roi_, les trois consonnes _nrw_ -s’accommodant mal ensemble, tandis qu’on dit avec élision, _si j’ -crois_, qui, pourtant, réunit quatre consonnes, _jcrw_: nous verrons -plus d’une fois que la liquide ne peut figurer dans un groupe de trois -consonnes réelles que si elle est première (_lorsque_) ou troisième -(_si j’ crois_) et non seconde[409]. - -Ici encore ce n’est pas tout. Si l’_e_ muet final est lui-même précédé -de deux consonnes différentes devant la consonne initiale du mot -suivant, en principe l’_e_ se prononce: _reste là_, _pauvre femme_, -_Barbe-bleue_. Mais il s’en faut bien que le phénomène soit général. - -D’une part, on dit fort bien, en parlant vite: _rest’ là_. - -D’autre part, devant un autre mot encore mieux qu’isolément, la -prononciation populaire, ou simplement familière, supprime à la fois, -et depuis des siècles, l’_e_ et la liquide qui précède, _l_ ou _r_, à -la suite d’une muette ou explosive ou d’une fricative: _pauv’ femme_, -_bouc’ d’oreille_. - -Ce phénomène affecte surtout l’_r_; et on peut dire que l’_r_ tombe -régulièrement dans _maît’ d’hôtel_, _maît’ d’étude_, _maît’ de -conférences_, où il est rare qu’on le fasse sonner; cela est même tout -à fait impossible dans telle expression uniquement familière, comme _à -la six quat_(re) _deux_. Dès longtemps, les grammairiens ont constaté -et apprécié diversement cet usage avec les mots _notre_, _votre_ et -_autre_. Aujourd’hui cette prononciation n’est jamais considérée comme -tout à fait correcte. Elle est, il est vrai, seule usitée dans la -conversation courante, mais non dans la lecture, ni simplement quand -ou parle à quelqu’un à qui l’on doit des égards, et devant qui on ne -veut pas se négliger: je citerai, comme exemples plus particulièrement -probants, _Notr_e _Père, qui êtes aux cieux_, ou _Notr_e-_Dame_. On dit -aussi uniquement _quatr_e-_vingts_. - -Ajoutons que la présence d’un _s_ après l’_e_ muet ne change rien à -l’élision, et pas davantage celle de _nt_ dans les troisièmes personnes -du pluriel: _j’aim_(e) _bien_, _tu aim_(es) _bien_ ou _ils aime_(nt) -_bien_, _la ru_(e) _de Paris_ ou _les ru_(es) _de Paris_, _tombait dru_ -ou _tombai_(en)_t dru_, ont des prononciations identiques[410]. - - -4º L’E muet à l’intérieur des mots. - -I. =Entré voyelle et consonne.=--Entre une voyelle et une consonne, -l’=_e_= muet ne se prononce plus depuis bien longtemps, et, pour ce -motif, il est tombé dans un grand nombre de mots, sans qu’on puisse -savoir pourquoi il s’est maintenu dans les autres. Aussi n’y a-t-il -pas de raison pour prononcer _gai_(e)_ment_, qui a gardé son _e_, -autrement que _vraiment_, qui a perdu le sien. D’ailleurs, quand -l’_e_ s’est maintenu, on peut le remplacer à volonté dans la finale -=_-ement_= (substantifs et adverbes) par un accent circonflexe sur la -voyelle qui précède: _gai_(e)_ment_ ou _gaîment_, _remerci_(e)_ment_ -_ou_ _remercîment_, _dénou_(e)_ment_ ou _dénoûment_, _dénu_(e)_ment_ ou -_dénûment_. - -Mais ceci pourrait faire croire que la voyelle qui précède l’_e_ est -réellement allongée par lui; en réalité, elle ne l’est pas plus ici -qu’à la fin des mots, et la prononciation est la même partout, avec ou -sans accent, avec ou sans _e_, dans _remerci_(e)_ment_ et _poliment_, -dans _assidûment_ et _ingénu_(e)_ment_[411]. - -Le même phénomène se produit avec la finale =_-erie_= précédée d’une -voyelle: _soi_(e)_rie_, qui a gardé son _e_, se prononce comme _voirie_ -ou _plaidoirie_, qui ont perdu le leur; _sci_(e)_rie_ est identique à -_Syrie_, et l’_u_ est à peu près le même dans _furie_, qui n’a jamais -eu d’_e_, _tu_(e)_rie_, qui a gardé le sien, ou _écurie_, qui l’a -perdu[412]. - -Enfin, le cas est encore le même dans les futurs et conditionnels des -verbes en =_-ier_= et =_-yer_=, ceux-ci changeant régulièrement leur -_y_ en _i_ devant l’_e muet_: _j’étudi_(e)_rai_, _je balai_(e)_rai_, -_j’aboi_(e)_rai_, _j’appui_(e)_rai_. Tout au plus y a-t-il ici cette -différence, que l’_e_, qui ne peut pas disparaître, allonge assez -facilement la voyelle précédente, surtout dans les mots de deux -syllabes: je _pai_(e)_rai_, je ne _ni_(e)_rai_ pas; dans les autres, -l’allongement tend aussi à disparaître. - -Les verbes en =_-ayer_= ou =_-eyer_=, quelques-uns du moins, ont -gardé la faculté de conserver leur _y_ dans les mêmes temps, et aussi -au présent, je _pay_(e), je _pay_(e)_rai_. En ce cas, on entend une -consonne de plus, le _yod_, comme dans _sommeil_ et _sommeil_(le)_rai_; -mais on n’entend pas davantage l’_e_ muet[413]. Cette faculté est -complètement perdue pour les verbes en =_-oyer_=: _flamboyent_, qu’on -trouve dans Leconte de Lisle, en trois syllabes: - - Au fond de l’antre creux _flamboyent_ quatre souches, - -est presque un barbarisme[414]. De telles formes ne valent pas mieux -que _soyent_ ou _ayent_, qu’on entend parfois dans le peuple[415]. - -II. =Entre consonne et voyelle.=--Entre une consonne et une voyelle, -comme devant une voyelle en tête du mot, l’_e_ muet n’est plus qu’un -résidu inutile d’anciennes diphtongues, conservé malencontreusement -dans quelques formes du verbe avoir: (e)_u_, j’(e)_us_, j’(e)_usse_, -dans _ass_(e)_oir_, dans _à j_(e)_un_[416]. - -Il en est de même dans le groupe _eau_: (e)_au_, _tomb_(e)_au_, -_ép_(e)_autre_, etc.[417]. - -Ou bien l’_e_ muet n’est qu’un simple signe orthographique destiné -à donner à la _gutturale_ douce _g_, devant les voyelles _a_, _o_, -_u_, le son qu’elle a normalement devant _e_ et _i_, c’est-à-dire -celui de la _spirante_ palatale douce, _j_: _mang_(e)_a_, _g_(e)_ai_, -_afflig_(e)_ant_, _g_(e)_ôlier_, _pig_(e)_on_, _gag_(e)_ure_[418]. - -III. =Entre deux consonnes.=--Entre deux consonnes, dont la première -peut être indifféremment simple ou double, l’_e_ muet tombe -régulièrement, à condition que les consonnes ainsi rapprochées puissent -s’appuyer sur deux voyelles non caduques, une devant, une derrière; -ainsi dans _ruiss’ler_ ou _chanc’ler_, aussi bien que dans _app’ler_ -ou _ép’ler_ (où _pl_ font un groupe naturel); de même dans _gab’gie_, -_épanch’ment_[419], _command’rie_, _échauff’ment_, _jug’ment_, -_longu’ment_, _mul’tier_, _raill’rie_, _parfum’rie_, _ân’rie_, -_group’ment_, _craqu’ment_, _dur’té_, _honnêt’ment_, _naïv’té_, -et même _lay’tier_, aussi bien que dans _prud’rie_, _moqu’rie_ ou -_pot’rie_[420]. - -On voit qu’il n’est pas du tout nécessaire qu’il y ait affinité -entre les consonnes[421]. Mieux encore: l’_e_ muet tombe aussi, -comme entre deux mots, même si les consonnes sont identiques: -_honnêt’té_, _là-d’dans_, _extrêm’ment_, _verr’rie_, _trésor’rie_, -_serrur’rie_[422]. Quelques personnes répugnent à laisser tomber -l’_e_ après _gn_ mouillé; mais c’est une erreur: _renseign’ra_ ou -_renseign’ment_ se prononcent comme _pill’ra_ ou _habill’ment_, car la -difficulté n’est pas plus grande. - - * * * * * - -Toutefois, quand l’_=e=_ muet est suivi d’une liquide qui s’appuie -sur les finales _=-ier=_, _=-iez=_ et _=-ions=_, il se prononce -ordinairement: _bach_e_lier_, _chand_e_lier_, _chap_e_lier_, -_mus_e_lière_, _hôt_e_lier_, etc.; de même, _app_e_lions_, _app_e_liez_ -(avec _e_ muet et non _e_ fermé), _aim_e_rions_, _aim_e_riez_[423]. - -Ce qui empêche l’_e_ muet de tomber devant ces finales à liquide, c’est -que, s’il tombait, il arriverait ici ce qui est arrivé aux mots tels -que _meurtr-ier_, _ouvr-ier_, _tabl-ier_, _voudr-ions_, _voudr-iez_, -où les groupes de consonnes que terminent _l_ ou _r_ ont diérésé les -finales _-ier_, _-ions_, _-iez_, en _-i-er_, _-i-ons_, _-i-ez_[424]. -Or, le français aime encore mieux conserver une diphtongue que de -laisser tomber un _e_ muet; et alors plutôt que d’avoir _chandli-er_ ou -_chapli-er_, on préfère articuler l’_e_ muet[425]. - -Exceptionnellement, l’_=e=_ muet tombe dans _bourr’lier_, parce que -rien ne s’y oppose: c’est ainsi qu’on a, sans diérèse, _ourl-iez_ ou -_parl-iez_[426]. - -En revanche, on prononce assez généralement l’_e_ muet dans -_cent_e_nier_ ou _sout_e_niez_, et même dans _un d_e_nier_[427]. - -D’autre part, si l’_e_ muet est précédé de deux consonnes différentes, -en principe il ne tombe pas non plus, puisque le français tolère -mal trois consonnes de suite: ainsi _fourb_e_rie_, _superch_e_rie_, -_débord_e_ment_, _berg_e_rie_, _aveugl_e_ment_, _ferm_e_té_, -_orn_e_ment_, _escarp_e_ment_, _propr_e_té_, _appart_e_ment_. - -A vrai dire, là même, quand on parle vite, il y en a bien quelques-uns -qui tombent encore, toutes les fois qu’il n’y a pas incompatibilité -entre les consonnes; et si cela est impossible après une liquide, comme -dans _propr_e_té_, cela peut se faire par exemple dans _appart’ment_ ou -_pard’sus_, et surtout quand l’_e_ muet sépare les groupes _br_, _cr_, -etc., comme dans _fourb’rie_, _étourd’rie_ ou _lampist’rie_; mais cette -prononciation n’est plus considérée comme correcte, et quand on parle -posément on ne l’emploie pas. - - -IV. =Dans la syllabe initiale.=--En tête des mots, l’_=e=_ muet se -prononce en principe, faute d’appui en arrière pour la consonne -initiale: _b_e_lette_, _r_e_faire_, _t_e_nir_; mais aussi, que devant -le mot il y ait un son vocal, l’_e_ tombe aussitôt, dans les mêmes -conditions qu’à l’intérieur du mot: _la b’lette_, _à r’faire_, _vous -t’nez_, à côté de _pour r_e_faire_, ou _il t_e_nait_. Naturellement, -s’il y a une _finale_ muette devant la muette _initiale_, c’est la -finale qui cède la place, car l’_e_ muet _final_ tombe, toutes les fois -qu’il peut: _ell’ t_e_nait_ ou _ell’ t_e_naient_, et jamais _ell_e -_t’nait_[428]. - -D’ailleurs, même sans un son vocal placé devant le mot, l’_e_ muet de -la syllabe initiale tombe encore assez facilement dans la conversation -courante, pourvu qu’il y ait affinité suffisante entre les consonnes -qui l’enferment: _b’lette ou rat_, _rat ou b’lette_ se disent presque -aussi facilement l’un que l’autre, à cause du groupe naturel _bl_. -On dit aussi très bien, _v’nez ici_ ou _c’la fait_, avec spirante -initiale; avec _l_ ou _r_, _m_ ou _n_, c’est beaucoup moins commode: -_m’nez moi_, _r’mettez-vous_, sont durs et moins généralement employés. -On dira moins encore _c’lui-là_, parce qu’il y aurait en tête du mot -trois consonnes qui ne s’accommodent pas[429]. - -Pendant que je parle de l’_e_ muet de la syllabe initiale, je dois -mettre le lecteur en garde contre la tendance qu’on a parfois à le -fermer mal à propos. Cette tendance n’est pas nouvelle, car un très -grand nombre de mots ont vu un _e_ fermé se substituer à leur _e_ muet -initial au cours des siècles; par exemple, _cr_é_celle_, _pr_é_vôt_, -_p_é_pie_, _s_é_jour_, _b_é_ni_, _d_é_sert_, _p_é_ter_ ou _p_é_tiller_, -etc. Quelques lecteurs peuvent encore se rappeler que l’archaïsme -_d_e_sir_ (d’sir, d’sirer) faisait jadis les délices de Got, et qu’il -était de tradition à la Comédie-Française; pourtant l’Académie avait -donné un accent à ce mot depuis 1762[430]. _R_é_bellion_ a aussi pris -l’accent, malgré l’_e_ muet de _r_e_belle_ et _se r_e_beller_. Plus -récemment, _r_é_viser_ et _r_é_vision_ ont fait de même, ainsi que -_t_é_tin_, _t_é_tine_ ou _t_é_ton_[431]. _R_e_table_ tend manifestement -à céder la place à _r_é_table_, formé sans doute par l’analogie -malencontreuse de _r_é_tablir_, et que les dictionnaires admettent -aujourd’hui, concurremment avec _r_e_table_[432]. - -En revanche, les dictionnaires écrivent encore uniquement avec _e_ -muet _r_e_fréner_, _s_e_neçon_, _ch_e_vecier_ et _br_e_chet_, qu’on -prononce presque toujours avec un _e_ fermé. _Br_e_veté_ paraît les -suivre de près[433]. Quoique la prononciation de _v_e_dette_ et -_b_e_sicles_ avec _e_ muet soit encore loin d’avoir disparu, il est -probable que _v_é_dette_ et _b_é_sicles_ l’emporteront prochainement. -Enfin _c_é_ler_ est en voie de remplacer _c_e_ler_, sous l’influence -de _rec_é_ler_, qui a pris l’accent, probablement par l’analogie de -_r_e_cel_. - -D’autres mots sont aussi touchés, mais beaucoup moins jusqu’à présent: -les personnes qui parlent correctement ne disent pas encore ou ne -disent plus _d_é_hors_ pour _d_e_hors_ (comparez _d_e_dans_), ni -_d_é_gré_, _s_é_nestre_, _g_é_linotte_ (de _g_e_line_) ou _fr_é_lon_, -ni enfin _r_é_fléter_, malgré _r_é_flecteur_[434]. - -Il est vrai qu’on entend bien souvent _r_é_gistre_, et, par suite, -_enr_é_gistrer_ et _enr_é_gistrement_, même dans la bouche de personnes -fort instruites; et l’on pourrait croire que cette prononciation est -aussi en voie de remplacer l’autre, si nous n’avions précisément une -administration qui porte ce nom, et qui ignore l’_é_ fermé: c’est un -obstacle sérieux à sa diffusion et à sa prépondérance. - -J’ajoute que _s_e_cret_ a donné, à tort ou à raison, _s_e_cr_é_taire_ -et non _s_é_cr_e_taire_, qu’on entend parfois, concurremment avec -_s_e_cr_e_taire_ ou _s_é_cr_é_taire_, toutes formes encore fort peu -admises[435]. - -Il nous reste à examiner un cas particulier. - -On sait que l’_e_ suivi d’une consonne double n’est pas un _e muet_. Il -y a à cela quelques exceptions. Il a paru nécessaire de doubler l’_s_ -dans _d_e_ssus_ et dans _d_e_ssous_, et après le préfixe _re-_, pour -éviter que l’_s_ ne prît le son du _z_ entre deux voyelles; mais cela -n’a rien changé à la nature du préfixe, qui est toujours _re-_, avec -_e muet_: _r_e_ssaisir_, _r_e_ssasser_, _r_e_ssaut_, _r_e_ssembler_, -_r_e_ssemblance_, _r_e_ssemeler_, _r_e_ssemelage_, _r_e_ssentir_, -_r_e_ssentiment_, _r_e_sserrer_, _r_e_sserrement_, _r_e_ssort_, -_r_e_ssortir_, _r_e_ssource_, _r_e_ssouvenir_ et quelques autres, et -aussi _r_e_ssac_, par analogie ou confusion d’étymologie. Si l’on dit -_r_e_ssusciter_ par _é fermé_, c’est parce que le mot vient directement -du latin _resuscitare_, et non du français _susciter_. On prononce de -même _r_e_ssuyer_, qui est composé d’_essuyer_. Mais prononcer un _é -fermé_ dans _r_e_ssembler_ ou _r_e_ssource_ est une faute très grave. - -Ces _e_ muets peuvent même et doivent tomber comme les autres: _il est -sans r’source_, _tu r’sembles_ et _tu_ me _r’essembles_, concurremment -avec _tu m’r_e_ssembles_. - -La prononciation de l’_e_ muet se maintient aussi dans _cr_e_sson_ et -_cr_e_ssonnière_, au moins à Paris et dans une partie de la France du -Nord, quelquefois même dans _b_e_sson_[436]. - - -5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives. - -Ceci est un phénomène qui se produit d’abord dans certains mots -composés, et alors le traitement de l’_=e=_ muet dépend des -circonstances. Il est clair que, dans _arrièr_e-_neveu_, c’est le -premier _e_ qui ne compte pas. Mais les mots de cette espèce sont -presque tous des composés d’_entre_ et _contre_, dont l’_e_ est soutenu -par le groupe _=tr=_; c’est donc le premier _e_ qui se maintiendra: -_s’entr_e-_r’garder_, _contr_e-_v’nir_, _contr_e-_m’sure_. Cependant, -dans _entr_e_pr_e_neur_ ou _entr_e_pr_e_nant_, il faut bien les -prononcer tous les deux, et je crois bien que dans _entr_e_t_e_nir_, et -surtout _contr_e_p_e_ser_, c’est encore le second qui se prononce le -plus complètement. - -Il peut arriver d’autre part, et ceci est plus intéressant, qu’à -la suite d’une première syllabe muette, la dérivation transforme -une syllabe accentuée en atone contenant un _e_: _pap_e_tier_, -_pap_e_t_e_rie_. - -1º Si l’un de ces _e_ muets se prononce nécessairement, la question -est tranchée: ainsi, _pal’fr_e_nier_, où le second _e_ est soutenu -par le groupe _fr_, car _frn_ serait impossible[437]. De même, mais -inversement, _buffl_e_t’rie_, _marqu_e_t’rie_, _par_q_u_e_t’rie_, -_mousqu_e_t’rie_, où c’est le premier _e_ qui est maintenu; mais -on notera que l’_e_ devient généralement mi-ouvert dans tous ces -mots, soit par analogie avec _tabl_e_tt’rie_ et _coqu_e_tt’rie_, qui -ont deux _t_, soit sous l’influence de _marqu_è_te_, _parqu_e_t_, -_mousqu_e_t_[438]. - -2º Si aucun des deux _e_ muets ne se prononce nécessairement, l’appui -manque à la fois en avant pour l’un et en arrière pour l’autre. En -ce cas, la tendance populaire étant de faire tomber le plus d’_e_ -possible, et de préférence le premier qu’on rencontre, c’est souvent -le premier qui tombera, et au besoin les deux. On dit, quelquefois, -_pell’t_e_rie_, _pan’t_e_rie_, _grèn’t_e_rie_, _louv’t_e_rie_, suivant -l’analogie de _pell’tier_, _pan’tier_, _grèn’tier_, _louv’teau_; -mais on dit mieux encore, ou du moins plus souvent, et même presque -toujours, _pell’t’rie_, _pan’t’rie_, _gren’t’rie_, _louv’t’rie_, grâce -au groupe naturel _tr_[439]. - -D’autres fois, c’est le second _e_ qui tombe, pour des raisons -diverses: _éch_e_v’lé_, par exemple, a gardé l’_e_ qui se prononce dans -_ch_e_v’lu_, où il est initial[440]; on dit de même _ens_e_v’lir_. Mais -dans ce cas l’_e_ conservé prend parfois le son de l’_e_ mi-ouvert: -ainsi on prononce généralement _caqu_è_t’erie_, sous l’influence de -_caqu_e_t_ ou _caqu_è_te_; _bonn_è_t’rie_ et _briqu_è_t’rie_, sous -l’influence de _bonn_e_t_ et _briqu_e_tte_, en concurrence avec celle -de _bonn’tier_, et _briqu’tier_; et surtout _pap_è_t’rie_, plutôt que -_pap_e_t’rie_[441]. Même l’_e_ de _br_e_vet_, qui se prononçait déjà -nécessairement dans _br_e_vet_, à cause du groupe =_br_=, prend très -souvent le son de l’_e_ mi-ouvert dans _br_e_v’té_[442]. - -On remarquera que, dans _br_e_v_e_té_, les deux _e_ muets étaient en -tête du mot, comme dans _s_e_n_e_çon_ et _ch_e_v_e_cier_: c’est ce qui -explique l’_e_ mi-ouvert qu’on donne à ces mots, comme on l’a donné à -_ch_é_nevis_. En dehors de ces exemples, ce cas ne se présente que dans -un très petit nombre de mots, _chevelu_ et _chevelure_, _devenir_, et -une dizaine de verbes de formation populaire, avec préfixe _re-_ et -non _ré-_, comme dans tous les mots qui ne viennent pas directement -du latin: _recevoir_, _redemander_, _redevoir_, _regeler_, _rejeter_, -_relever_, _remener_, _retenir_, _revenir_, avec leurs dérivés[443]; de -plus, quelques formes verbales de _refaire_ et _reprendre_. Voyons ce -qui arrive à ces mots. - -Il est clair que si le mot est en tête d’un membre de phrase ou à -la suite d’une consonne, c’est _re_ qu’on prononce, sans d’ailleurs -en modifier le timbre: _r_e_v’nez_, il _r_e_v’nait_. Si le mot est -précédé d’un son vocal, on a le choix: _si vous r_e_v’nez_ ou _si -vous r’v_e_nez_; le second est plus populaire et plus conforme à la -tendance générale que nous avons signalée tout à l’heure. D’ailleurs, -nous verrons un peu partout que _re-_ initial est une des syllabes où -l’_e_ est le plus caduc, apparemment par suite du grand usage qu’on en -fait: c’est probablement une question de sens plutôt qu’une question -de phonétique. Néanmoins, il est peut-être plus correct de prononcer -le premier _e_, comme s’il n’y avait rien devant le mot. En tout -cas, c’est toujours le premier qui se prononce dans _ch_e_v’lu_ et -_ch_e_v’lure_, et c’est peut-être en partie pour cela qu’on prononce -_éch_e_v’lé_ et non _éch’v_e_lé_. Dans les formes comme _r_e_pr_e_nez_, -_r_e_pr_e_nais_, c’est le second _e_ qui se prononce nécessairement, -et par conséquent les deux, quand le mot ne s’appuie sur rien: _vous -r’pr_e_nez_, mais _r_e_pr_e_nez vos papiers_. - -Mais voici qui est plus extraordinaire: il y a deux verbes qui -commencent par _trois syllabes muettes_, à savoir _redevenir_ et -_ressemeler_. Dans ces deux mots, le second _e_ ne tombe jamais, -peut-être parce qu’il rappelle et représente le premier _e_ de -_d_e_venir_ et de _s_e_melle_; par suite, le troisième _e_ tombe -toujours; quant au premier, il peut tomber après un son vocal; mais on -trouve plus élégant de le conserver. Ainsi, _vous r_e_d_e_v’nez_ est -plus distingué; _vous r’d_e_v’nez_, plus populaire, avec ses deux _e_ -qui tombent sur trois. Et peut-être les puristes seraient-ils tentés -de dire _vous r_e_d’v_e_nez_, pour ne laisser tomber que l’_e_ du -milieu; mais c’est là une prononciation affectée, qu’on doit absolument -s’interdire; quant à _r_e_ss’m_e_ler_, il ne s’est peut-être jamais dit. - - -6º L’E muet dans les monosyllabes. - -J’ai réservé jusqu’ici les monosyllabes, _le_, _ce_, _je_, _me_, _te_, -_se_, _de_, _ne_ et _que_, pour les considérer à part, parce qu’ils -ont un peu plus d’importance que les syllabes muettes ordinaires. - - -I. =Un monosyllabe seul.=--Le monosyllabe seul est traité en thèse -générale comme les syllabes muettes _initiales_, et non comme les -syllabes muettes _finales_. Ainsi l’_e_ se maintient en principe dans -_j_e _dis_ et tombe dans _si j’ dis_, et même _si j’ crois_, malgré les -quatre consonnes, et même _si j’ joue_, malgré la répétition du même -son, tandis qu’il reparaît dans _car_ je _dis_[444]. On dit de même, -_la rob’_ me _va_, _à_ ce _rien_, _à_ ce _roi_, _à_ ce _ruisseau_, -_pas_ de _scrupules_[445]. - -Mieux encore: si le monosyllabe est précédé d’une finale muette qui se -prononce nécessairement, lui aussi se prononce en même temps le plus -souvent: _je veux entendr_e le _discours_[446]. - -Toutefois, ici encore, dans la conversation courante, les trois -monosyllabes _je_, _ce_ et _se_, dont la consonne est une _spirante_, -s’élident assez facilement, même sans appui antérieur: _s’ laver -les mains_, _j’ sais bien_, _c’ qu’on a fait_[447]. Mais cette -prononciation n’est point indispensable; elle est surtout très peu -admissible avec les autres monosyllabes: _l’ métier_, _n’ fais rien_, -_qu’ tu es sot_, réclament un appui antérieur; on ne dit guère même -_qu’ r_é_clames-tu_, malgré le groupe _cr_. Il en résulte seulement -qu’on pourra dire: _je veux entendr_e _c’ qu’on dit_, à côté de -_entendr_e ce _qu’on dit_, avec _dre_ à peine sensible. En fait, on dit -presque toujours _je veux entend’_ ce _qu’on dit_, et même, _entend’ -c’ qu’on dit_, à cause de la spirante médiane, comme on dit fort -correctement _tu demand’ c’ qu’on dit_, avec double élision, l’_s_ -médian permettant la consonne triple. - -Mais il y a un cas particulier à considérer: le monosyllabe suivi -d’une syllabe initiale à _e_ muet. Dans ce cas, il y a hésitation. -La tendance à laisser tomber le premier _e_ se manifeste souvent: -_on l’ d_e_vine_, _pas d’ r_e_traite_, _si tu t’ r_e_lèves_, sont -aussi usités, quoique moins élégants, que _on_ le _d’vine_, _pas_ de -_r’traite_, où _si tu_ te _r’lèves_; mais du moins on a le choix, -tandis que plus haut on disait _uniquement_ _ell’ t_e_nait_, et jamais -_ell_e _t’nait_, _elle_ n’étant pas un monosyllabe. D’autre part, en -tête de phrase, il faut bien dire _l_e _r’pas_ et non _l’ r_e_pas_. - -Avec l’_s_ médian, on peut avoir ici encore une double élision: _tu n’ -s’ras pas reçu_[448]. - - -II. =Deux monosyllabes consécutifs.=--S’il y a deux monosyllabes de -suite, il faut presque toujours que l’un des deux tombe, et c’est -généralement le premier, sauf empêchement: _si j’_ te _prends_ est -infiniment plus usité que _si_ je _t’ prends_. Mais, naturellement, on -est obligé de dire, en tête de phrase, _n_e _m’ bats pas_, à côté de -_si tu n’_ me _bats pas_; et _j_e _t’ prends_ est peut-être mieux reçu -que _j’_ te _prends_, quoique moins usité. - -Surtout on dit à peu près toujours _fais attention à c’_ que _tu dis_, -et non _à_ ce _qu’ tu dis_, qui est affecté; on va même, nous venons de -le voir, grâce à l’_s_ médian, jusqu’à _pour c’ qu_e _tu dis_, _avec -c’ qu_e _tu dis_, _écrir’ c’ qu_e _tu dis_, car dans l’assemblage si -fréquent _ce que_, c’est toujours _ce_ qui s’efface devant _que_; et si -les sons paraissent trop durs, on prononcera à la fois _ce_ et _que_, -comme plus haut dans _parce que_, plutôt que de sacrifier _que_. Il -semble que ce soit une loi générale que _que_ ne tombe jamais devant -une consonne, quand il est précédé d’une autre syllabe muette[449]. - -Au contraire, _le_ est généralement sacrifié au monosyllabe qui -précède, quel qu’il soit: _on_ me _l’ donne_, _on_ te _l’ donne_, _si_ -je _l’ savais_, sont certainement plus usités et considérés comme -plus corrects que _on m’_ le _donne_, _on t’_ le _donne_, _si j’_ le -_savais_. C’est probablement parce que _me_, _te_, _je_, pourraient -être remplacés par des mots inélidables, _nous_, _vous_, _tu_: _on vous -l’ donne_, _si tu l’ savais_, tandis que _le_ est toujours _le_, et -toujours élidable, outre qu’on a une très grande habitude de l’élider -par ailleurs. - -D’autre part, _je_ et _de_ l’emportent aussi généralement sur _ne_, -quand rien ne s’y oppose: _si_ je _n’veux pas_, comme _si_ tu _n’veux -pas_, et non _si_ _j’_ne _veux pas_[450]; de même _je promets_ de -_n’pas sortir_ et non _d’_ne _pas sortir_, sans doute à cause de la -fréquence du groupe _n’pas_. Toutefois on sera bien obligé de dire _je -promets d’_ne _rien manger_, pour le même motif que l’_e_ se maintient -dans _chap_e_lier_ ou _mang_e_riez_, ou dans _à_ ce _rien_. - - * * * * * - -Et maintenant, s’il y a concurrence entre _que_ et _je_, ou entre _que_ -et _de_, c’est encore _que_ qui l’emporte de préférence: on dit _il est -certain_ que _j’viens_ et non _qu’_je _viens_, et _plutôt_ que _d’fuir_ -est préféré à _plutôt qu’_de _fuir_, qui est plus familier. - - * * * * * - -On voit donc qu’il y a une véritable hiérarchie entre les monosyllabes: -au sommet, _que_, puis _je_; au plus bas degré _le_, suivi de la muette -_initiale_ des mots, et en dernier lieu de la muette _finale_, celle-ci -ne se prononçant que quand il est impossible de faire autrement. - -Dernière observation: deux monosyllabes peuvent aussi être suivis -d’un mot commençant par une syllabe muette. En ce cas, c’est elle qui -s’élide de préférence quand elle peut; on dira donc _il fut content -d’_ne _r’trouver personne_, et même, familièrement, _j’_ne _r’grette -rien_, aussi bien que _j’_le _r’grette_ ou _j’_me _d’mande_: c’est ici -l’_e_ du milieu qui se maintient, comme nous allons le voir avec trois -monosyllabes, et qui se maintient d’autant mieux que le troisième _e_ -est plus faible[451]. Et si le premier monosyllabe est obligé de se -prononcer, on les prononce donc tous les deux: on dit _au sortir_ de -ce _ch’min_, plutôt que _d_e _c’ch_e_min_; _ell’_ ne me _r’vient pas_, -plutôt que _ell’_ ne _m’r_e_vient pas_, qui se dit aussi. - - -III. =Trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a trois monosyllabes -de suite, quelques puristes prononcent le premier et le troisième: -_si_ je _t’_le _dis_; mais tout le monde prononce en général le second -seul: _si j’_te _l’dis_, et même au besoin _j’_te _l’dis_, sans _si_, -comme tout à l’heure _j’_le _r’grette_. _Tout_ ce _qu’_ je _dis_ -est particulièrement affecté, et _tout c’_ que _j’dis_ est la seule -prononciation usitée; et si _pour écrir’ c’_ que _j’dis_ paraît trop -dur, nous savons déjà qu’on prononce _ce_ avec _que_, c’est-à-dire -_les deux e_ médians, plutôt que d’élider _que_: _pour écrir’_ ce que -_j’dis_, _pour prendr_(e) ce que _j’remets_ (ou _c’_que _j’r_e_mets_, -ou _c’_ que je _r’mets_). - -Toutefois, _ne_ étant subordonné à _je_ et _de_, on dira _si_ je _n’_le -_dis pas_ plus correctement que _si j’_ne _l’dis pas_; et en tête de -phrase on disait bien _j’_ne _r’grette rien_, à cause de la faiblesse -de _re_ initial, mais on ne dirait pas _j’_ ne _l’sais pas_, et pas -davantage _j’_ne _l’r_e_grette pas_, avec ou sans _si_, mais uniquement -_j_e _n’_le _r’grette pas_. En revanche, la prédominance de _que_ sur -_je_ fait qu’on peut dire _c’_que _j’d_e_mande_ aussi bien que _c’_que -je _d’mande_, et même _c’est c’_que _j’r_e_grette_. - -D’autre part, si, sur trois monosyllabes, _que_ est en concurrence -avec _je_, c’est celui des deux qui est médian qui l’emporte; on a -donc _c’est qu’_je _n’sais pas_, et non _c’est_ que _j’_ne _sais pas_, -à côté de _c’est c’_que _j’sais bien_. On voit même _je_ médian se -maintenir à côté de _que_ obligé: _il est sûr_ que je _n’sais pas_, et -non _qu_e _j’_ne _sais pas_, malgré _il est sûr_ que _j’t_e _crains -peu_. Mais _que_ reprend sa primauté, s’il y a une muette initiale -supplémentaire, et qu’il faille choisir: _c’est_ que _j’_ne _r’viens -pas_ est plus usité que _c’est qu’_je _n’r_e_viens pas_. - - -IV. =Plus de trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a plus de trois -monosyllabes de suite, avec ou sans syllabe muette antérieure ou -postérieure, il y aura certainement dans le nombre _que_, et même -_ce que_, ou bien _je_, sinon les deux; dès lors la prédominance de -_que_, ou, le cas échéant, celle de _je_, et d’autre part l’effacement -ordinaire de _le_ et _ne_, détermineront aisément le choix, ou même -couperont la série en deux ou trois membres, où _que_ fera l’effet -d’une tonique, et aussi _je_, le cas échéant: _si_ je _n’_te _l’dis -pas_, _si_ je _n’_me _l’d_e_mande pas_, _c’est c’_que _j’_me _d’mande_, -_c’est c’_que _j’_me _r’_de_mande_. - -On voit qu’en général les _e_ élidés alternent avec les autres. Mais -ici encore, bien entendu, _que_ et _je_ pourront être prononcés à -côté l’un de l’autre. Ainsi l’on dira aussi bien, et même mieux, -_c’est c’_que je _r’d_e_mande_, que _c’est c’_que _j’r_e_d’mande_, et -nécessairement _c’est c’_que je _n’_te _d’mande pas_ et _c’est c’_que -je _n’_te _r’d_e_mande pas_, _tu veux t’instruir’_ de _c’_que je -_n’sais pas_, _parc’_que (ou puisque) je _n’_te _l’fais pas dire_, _tu -réclam’ c’_que je _n’_te _r’mets pas_, _parc_e que je _n’_te le _r’mets -pas_[452]. - -On notera que, dans ce dernier exemple, on peut prononcer jusqu’à cinq -_e muets_ sur sept, dont _trois de suite_; le plus fort écrasement en -laissera encore trois debout, dont _que_ et _je_ de suite: _parc’_ que -je _n’t’_ le _r’mets pas_, car ni _que_ ne peut s’élider après _parce_, -ni _je_ devant _ne_. - -On avait ici sept _e muets_ de suite; en voici huit et même neuf: -_tiens-moi quitt’_ de _c’_que je _n’_te _r’mets pas_, et _tu t’lament’_ -de _c’_que je _n’_te le _r’mets pas_ (ou _j_e _n’_te _l’r_e_mets pas_, -ou plus souvent _j_e _n’t’_le _r’mets pas_). - - -7º Conclusions. - -De toutes ces considérations il résulte qu’il y a souvent plusieurs -façons de prononcer les mêmes phrases, même sans parler des cas où -l’on tient à mettre en relief une syllabe particulière. D’une façon -générale les _e muets_, quels qu’ils soient, peuvent tomber en plus -ou moins grand nombre, suivant les personnes, suivant les lieux, et -surtout suivant l’allure du débit. On parle plus rapidement qu’on ne -lit: la lecture conservera donc des _e muets_ que la langue parlée -laisse tomber. On parle ou on peut parler dans la conversation plus -rapidement que dans un discours: la conversation rapide ou simplement -négligée écrase donc une foule d’_e muets_ qui se conservent partout -ailleurs. Mais alors on arrive facilement à des incorrections que rien -ne peut justifier. - -C’est le défaut des phonéticiens, et surtout des phonéticiens -étrangers, de recueillir précieusement les façons de parler les -plus négligées, pour les offrir comme modèles; et alors on voit des -étrangers s’évertuer consciencieusement à reproduire dans un discours -étudié et lent des formes de langage que la rapidité du débit pourrait -seule excuser: cela est ridicule. Ces phénomènes se produiront toujours -assez tôt et spontanément, quand la connaissance de la langue sera -parfaite et qu’on en fera un usage habituel et constant. - -Ainsi tout à l’heure nous citions _parce que_ réduit à _pasque_: ces -choses-là se constatent, mais ne doivent pas s’imiter volontairement. - -On a vu aussi que, dans la prononciation populaire ou simplement -négligée, la chute de l’_e muet_ entraîne souvent celle de l’_r_: _vot’ -père_, _quat’ jours_, _un maît’ d’anglais_, _pour entend’ le discours_. -C’est également pour permettre à l’_e muet_ final de tomber qu’on -supprime l’_l_ dans _quelque_; mais ce n’est que dans une conversation -très familière qu’on dit _que’qu’chose_, ou _que’qu’fois_. On va plus -loin: on dit couramment _c’t homme_, qui au temps de Restaut était -considéré comme correct, et même _c’t un fou_, où l’on fait tomber -non pas un _e muet_, mais un _e ouvert_; comme dans _s’pas_, pour -_n’est-pas_, et même _pas?_ tout court; et l’on dit encore _p’têt’ -bien_ (ou _ben_), où ce n’est plus un _e_ qui tombe, mais _eu_, -assimilé à l’_e_ muet, sans compter la finale _re_: tout cela est-il à -recommander? Le peuple, et même les gens les plus cultivés en disent -bien d’autres: _qu’ est qu’ c’est qu’ça_, ou même simplement _c’est -qu’ça_, ou encore _qu’ça fait_, sans parler de _ou ’st-c’ que c’est_, -ou plus brièvement _où qu’c’est_. Car on parle uniquement pour se faire -comprendre, et avec le moins de frais possible: c’est le principe de -moindre action, qui s’applique là comme ailleurs. Mais d’abord ce -n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux; ensuite on ne dit pas -cela partout, ni à tout le monde; enfin, quand on parle ainsi, on n’a -nullement la prétention de fournir un modèle à suivre. - - * * * * * - -On voit que l’écueil de la prononciation, relativement à l’_e muet_, -c’est l’abus des élisions. Mais le contraire se produit aussi parfois. -Comme deux consonnes tendent à maintenir l’_e_ muet devant une -troisième, il arrive aussi qu’elles en appellent un qui n’existe pas! -Il n’est pas rare d’entendre prononcer _lors_e_que_, _ex_e_près_, -_Ouest_e-_Ceinture_, _ours_e _blanc_, qui rappellent _bec ed gaz_[453]. -Évidemment _l’est de Paris_ est difficile à prononcer, à cause des deux -dentales qui se heurtent: on est obligé de les fondre à peu près en une -seule. D’autre part le français répugne à commencer les mots par deux -consonnes, si la seconde n’est pas une liquide; de là la formation de -mots tels que e_sprit_, é(s)_chelle_, é(s)_tat_, qui ont gardé ou perdu -leur _s_ après addition de l’_e_; mais il faut éviter d’augmenter le -nombre de ces mots en disant une e_statue_, ou d’intercaler un _e_ dans -_s_(e)_velte_[454]. - - * * * * * - -Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans dire un mot de la -question des vers, dont l’_e muet_ est un des charmes les plus -sensibles, comme aussi les plus mystérieux. L’_e muet_ est une des -caractéristiques les plus remarquables de la poésie française. Aussi -les principes que nous venons de développer ne sauraient-ils en -aucune façon s’appliquer à la lecture des vers, qui exige un respect -particulier de l’_e muet_. - -Voici un vers de _l’Expiation_, de V. Hugo: - - Sombr_e_s jours! l’emp_e_reur r_e_v_e_nait lent_e_ment. - -On laissera les acteurs articuler neuf syllabes, comme si c’était -une phrase de Thiers: ici il en faut douze, si l’on peut. L’_e_ muet -d’_emp_e_reur_ est le seul qui évidemment ne puisse pas se prononcer, -car il est de ceux qu’on ne devrait pas écrire; s’ensuit-il qu’il -faille le laisser tomber complètement? En aucune façon: l’oreille -doit en percevoir la trace, ne fût-ce qu’un demi-quart d’_e muet_; il -suffira même d’appuyer un peu plus sur la syllabe précédente pour faire -sentir à l’oreille qu’il y a là quelque chose comme une demi-syllabe. -Et sans doute cela est difficile; mais les autres n’offrent aucune -difficulté. Les _e_ de _r_e_v_e_nait_ doivent se prononcer pleinement -tous les deux, et quand à celui de _lent_e_ment_, on peut aisément -le faire sentir plus que celui d’_emp_e_reur_: le sens même ne -l’exige-t-il pas? - -Voici un vers d’une toute autre espèce, qui ne peut, pas être dit non -plus de n’importe quelle manière: - - Je veux ce que je veux, parce que je le veux[455]. - -Le premier élément _je veux_ doit être suivi d’une pause; le second -a quatre syllabes dont il sera bon de prononcer la première et la -troisième, contrairement à l’usage courant[456]; le second hémistiche -doit se diviser en deux parties égales avec un accent fort sur _que_; -ou si l’on accentue sur _par_, il faudra faire sentir tous les _e_ -muets. - -Dans cet autre vers de V. Hugo: - - Mais ne me dis jamais que je ne t’aime pas[457], - -qui aurait huit syllabes en prose rapide, _tous_ les _e muets_ doivent -être prononcés, sauf le dernier, qu’on doit encore sentir à moitié; et -je dis _sentir_ plutôt qu’_entendre_, le prolongement du son _ai_ et -aussi de l’_m_ suffisant à marquer l’existence de la muette qui suit. - -Il est bien vrai que les poètes ne manient pas toujours l’_e muet_ -avec l’art et la prudence qu’il faudrait, et qu’ils mettent souvent le -lecteur à de rudes épreuves. Il ne faut pourtant pas les trahir, même -s’ils le méritent parfois[458]. - - - - -VIII.--LES SEMI-VOYELLES - - -1º Divorce entre la poésie et l’usage. - -On se rappelle que les trois voyelles extrêmes, _=i=_, _=u=_, _=ou=_, -quand elles sont suivies d’autres voyelles, font presque nécessairement -diphtongue avec elles, et, se prononçant très rapidement, doivent être -tenues pour des consonnes autant que pour des voyelles. - -Quand le groupe est précédé d’une autre voyelle, il n’y a pas de -discussion possible, et la synérèse entre les deux dernières est -nécessaire et manifeste: _na_-ïa_de_, _plé_-ïa_de_, _pa_-ïen, -_fa_-ïen_ce_, _a_-ïeux, _ba_-ïo_nnette_[459]. - -Si au contraire le groupe est précédé d’une consonne, il y a alors -une très grande différence à faire entre la prose et la poésie, car -les poètes s’en tiennent encore aujourd’hui, dans la plupart des cas, -à des traditions de plusieurs siècles, qui remontent aux origines -latines, et par suite ils ne comptent guère comme diphtongues que les -diphtongues étymologiques. Or il n’y en a plus que deux en français: -_ié_ et _ui_. Encore _ie_ et _ui_ ne sont-ils pas diphtongues partout -étymologiquement: aussi _ie_ est-il diphtongue pour les poètes dans -_pied_, mais non dans _épi-é_; dans _dieu_, mais non dans _odi-eux_; -dans _rien_, mais non _aéri-en_; _ui_ est diphtongue pour eux dans -_puits_, mais non _ru-ine_, dans _bruit_, mais non _ingénu-ité_[460]. - -Les poètes admettent encore les diphtongue _ions_ et _iez_ dans les -imparfaits et les conditionnels, mais point ailleurs: ils distinguent -ainsi les imparfaits _alliez_, _mandiez_, des présents _alli-ez_, -_mendi-ez_, etc., les imparfaits _portions_, _inventions_, etc., des -substantifs _porti-ons_, _inventi-ons_[461]. - -En dehors de ces cas, les diphtongues sont rares chez eux: les groupes -_=ia=_, _=io=_, _=iu=_, fournissent à peine quelques exceptions -courantes, comme _d_ia_ble_ ou _p_io_che_; de même les autre groupes, -commençant par _u_ et _ou_: ainsi _d_uè_gne_ et _oui_. - -Nous n’insisterons pas sur la question, ceci n’étant pas un traité de -versification, mais il importait que le lecteur fût averti que dans ces -rencontres les vers doivent très souvent se prononcer autrement que la -prose. - - -2º La semi-voyelle Y. - -La plus importante et la plus fréquente des semi-voyelles, et celle qui -se forme le plus facilement, c’est celle qui provient de l’_=i=_: dans -cette fonction elle s’appelle _=yod=_, et sa prononciation se marque -commodément par _y_. - - -I. =Après une consonne.=--Le groupe _=ia=_ est assez fréquent, et se -trouve par exemple dans un grand nombre de finales: _-ia_, _-iable_, -_-iaque_, _-iacre_, _-iade_, _-iaffe_, _-iage_, etc. Le groupe _=ie=_ -n’est pas moins fréquent. Mais quel que soit le groupe, _=ia=_, _=iai=_ -ou _=ian=_, _=ié=_, _=iè=_, _=ien=_ ou _=ieu=_, _=io=_, _=ion=_ ou -_=iu=_, partout c’est _ya_, _yai_, _yé_, etc., qui se prononcent, même -si l’_i_ appartient étymologiquement à la syllabe précédente, ce qui -d’ailleurs est le cas ordinaire: _mar_-ya_ge_, _b_yai_s_, _or_-yen_t_, -_ép_-ye_r_, _n_yè_ce_, _coméd_-yen, _pluv_-yeu_x_, _ag_-yo_ter_, -_pass_-yon, _bin_-you, _op_-yum. - -Toutefois, si l’_i_ appartient à un préfixe qui garde son sens plein, -la séparation est maintenue: _ant_i-_alcoolisme_, _arch_i-_épiscopal_. - -D’autre part, il ne faut pas non plus qu’il y ait dans la prononciation -même un obstacle à la formation de la diphtongue. Ainsi il est clair -que _lier_ ou _nier_ en tête d’une phrase se prononceront difficilement -en une syllabe. - -Mais surtout la synérèse est impossible, quand l’_i_ est précédé -soit de l’_u_ consonne, soit, et plus encore, de l’un des groupes à -liquide finale, _bl_, _br_, _cl_, _cr_, etc. L’_i_ (ou _y_) reste donc -nécessairement voyelle dans des mots comme _qu_i-_étisme_, et surtout -_maestr_i-_a_, _dr_y-_ade_, _tr_i-_ait_, _fabl_i-_au_, _oubl_i_er_, -_pr_i-_ère_, _Adr_i-_en_, _oubl_i-_eux_, _br_i-_oche_, _tr_i-_omphe_, -_Br_i-_oude_, _str_i-_ure_ ou _atr_i-_um_. Mieux encore: on sait qu’à -la suite des mêmes groupes, les diphtongues originelles ont dû se -décomposer avec une nécessité qui s’est imposée aux poètes eux-mêmes, -dans les mots tels que _meurtr_i-_er_, _sabl_i-_er_, _devr_i-_ons_, -_devr_i-_ez_[462]. - -Mais on notera ici un phénomène remarquable: dans tous les mots où -l’_i_ reste ainsi rattaché à la syllabe précédente, il se développe -spontanément entre l’_i_ et la syllabe qui en reste séparée, un -_yod_, qui s’ajoute à l’_i_: q_ui-étism_e, _bri-oche_ et _meurtri-er_ -se prononcent en réalité _qui_-y_étisme_, _bri_-y_oche_, et -_meurtri_-y_er_, de même que plus haut nous avons vu la finale _i-e_ -prolongée aboutir à _i_-y_e_: _la vi_-y_e_[463]. Que dis-je? pour -distinguer l’imparfait du présent dans les verbes en _i-er_, tandis que -_vous étudi-ez_ se prononce ordinairement _étud_-y_ez_, _étudi-iez_ se -prononce en réalité _étudi_y-y_ez_[464]. _Daign-iez_, dont le cas est -pareil, est même fort difficile à prononcer. - - -II. =Décomposition de l’=_y grec_ =entre deux voyelles.=--Nous avons -dit que l’_=i=_ est assez rare entre deux voyelles dans le corps d’un -mot. L’_=y=_ grec y est au contraire assez fréquent. Il se produit -alors une décomposition de l’_y_ grec en deux _i_, qui appartiennent à -des syllabes différentes; et alors le premier altère ou diphtongue la -voyelle précédente, tandis que le second devient semi-voyelle: _payer_ -ou _grasseyer_ se prononcent _p_ai-_yer_ et _grass_ei-_yer_; _royal_ se -prononce _r_oi-_yal_; _fuyard_ se prononce _f_ui-_yard_. - -Il est évident que _roi_ ne peut pas s’accommoder de _r_o-_yal_, ni -_fuir_ de _f_u-_yard_. _M_o-_yen_, qu’on entend encore parfois, est -tout à fait suranné et détestable, malgré les efforts de Littré[465]; -_v_o-_yons_ ou a-_yant_, qu’on entend aussi, sont peut-être encore -pires; _sav_o-_yard_ et _br_u-_yant_, qui ne sont pas rares, ne sont -guère meilleurs; _éc_u-_yer_ serait plus justifié, mais il y a beau -temps qu’il est passé à _éc_ui-_yer_. - -Mais voici un phénomène plus curieux: l’_y_ grec se décompose même à -la fin du mot, le second _i_ faisant syllabe à lui seul, dans _pays_ -(pè-i), et par suite _payse_, _paysan_, _paysage_, _dépayser_, malgré -la consonne articulée qui suit. Il en est de même devant l’_e muet_, -dans _abbaye_ (abè-i), qui a ainsi quatre syllabes, si on compte la -muette. On prononce d’ailleurs _abè_-y_i_ aussi souvent que _abè-i_; -mais on dit plus généralement _pè-i_, _pèi-se_, _pè-isage_[466]. - -J’ajoute qu’ici aussi, bien entendu, la décomposition de l’_y_ grec -n’empêche pas la formation de deux _yods_ dans les imparfaits et -subjonctifs en _-ions_ et _-iez_: _fuyions_, _fuyiez_ se prononcent en -réalité _fui_y-y_ons_, _fui_y-y_ez_. - -Cette décomposition de l’_y_ grec entre deux voyelles est en français -une règle très générale. On y trouve cependant un certain nombre -d’exceptions qu’il faut indiquer: je veux dire des mots qui ne -décomposent pas l’_y_ grec, mais gardent intacte la voyelle qui le -précède[467]. - - -1º L’_=a=_ reste intact dans le populaire _f_a-_yot_, dans _t_a-_yon_ -et _t_a-_yaut_, qui s’écrit aussi _taïaut_, dans _br_a-_yette_, qui -est plutôt _braguette_ (mais non dans _brayer_ ou _brayon_), et dans -_b_a-_yer aux corneilles_, qui devrait être _b_ai-_yer_ (comparez -_bouche b_é_e_, _b_é_ant_): une confusion s’est faite avec _bailler_ -depuis fort longtemps, contre laquelle il est impossible de réagir[468]. - -L’_a_ se maintient aussi dans _cob_a-_ye_, _cip_a-_ye_, _b_a-_yadère_ -et _pap_a-_yer_, qui sont des mots d’origine étrangère, ainsi que dans -l’expression exotique _en pag_a-_ye_[469]. - - -2º L’_=o=_ reste intact dans _b_o-_yard_ et _g_o-_yave_, mots -étrangers, et dans _caca_o-_yère_, pour conserver le simple _cacao_, -mais non dans _v_oy-_ou_, qui vient de _voie_, ni dans _sav_oy-_ard_, -qui vient de _Savoie_, ni dans les mots en _-oyau_, où la prononciation -par _o_ est devenue exclusivement populaire[470]. - - -3º L’_=u=_ reste intact dans _gr_u-_yer_, mot étranger, ordinairement -aussi dans _th_u-_ya_, qui est dans le même cas; de plus dans -_br_u-_yère_, qui a peut-être été maintenu par le nom propre _La -Br_u-_yère_, et dans _gr_u-_yère_, qui est aussi originellement un nom -propre. - -La tendance à décomposer l’_y_ dans les mots français est si forte -qu’on prononce quelquefois _th_ui-_ya_ et que _gr_u-_yèr_e lui-même, -nom propre francisé en nom commun, est parfois articulé _gr_ui-_yère_, -malgré la difficulté; mais c’est assez rare. Avec l’_u_, c’est plutôt -le phénomène contraire qui se produit, c’est-à-dire qu’on paraît tendre -parfois à revenir de _ui_ à _u_. - -Ainsi le mot _t_uy_au_, peut-être sous l’influence de _gr_u-_yèr_e, est -en voie de perdre sa prononciation correcte; sans doute, même en dehors -des puristes, il y a encore beaucoup de gens, des femmes surtout, qui -prononcent _t_ui-_yau_; mais la prononciation populaire _t_u-_yau_ est -aujourd’hui répandue partout et paraît devoir prévaloir[471]. - -De même _t_u-_yèr_e. On altère parfois jusqu’à _br_uy_ant_, qui -vient de _bruit_, sans doute par l’analogie de _br_u-_yère_; mais -je ne pense pas que _br_u-_yant_, qui est fort incorrect, puisse se -généraliser[472]. - -On peut ajouter ici que le mot _alleluia_, quoiqu’il n’ait point d’_y_ -grec, se prononce le plus généralement _allel_ui-_ya_, comme le latin -_quia_. - - -III. =Changement de l’Y grec en I.=--Une autre modification s’est -faite à la prononciation de l’_y_ grec dans les verbes en _=-ayer=_, -_=-oyer=_, _=-uyer=_; ou plutôt il s’est changé en _i_ simple devant un -_e muet_, au présent, au futur et au conditionnel, d’où disparition du -_yod_: _noi_(e), _noi_(e)_ra_, _noi_(e)_rait_[473]. - -Seuls les verbes en _=-eyer=_ ont gardé partout l’_y_ grec; mais -_grasseyer_ est le seul qui soit répandu. - -Les verbes en _=-ayer=_, qui sont fort rapprochés des précédents, -hésitent souvent entre deux formes et deux prononciations: _pai_(e) -et _pai_(e)_ra_, ou _paye_ (pai-ye) et _payera_ (pai-yera). Au futur -et au conditionnel, l’_i_ l’emporte sans conteste, et si l’on dit -encore _rai_-ye_ra_ ou _pai_-ye_ra_, on ne dit plus _effrai_-ye_ra_, -plus guère _essai_-ye_ra_ ou _balai_-ye_ra_. Au présent, l’_y_ grec se -maintient un peu mieux: _j’essai_-ye et surtout _je rai_-ye sont fort -usités; _je balai_-ye ou _je pai_-ye le sont moins, mais sont encore -très corrects[474]. - -Ce phénomène a complètement disparu des verbes en _=oyer=_, et des -formes comme _noye_ ou _flamboye_ sont tout à fait inusitées, malgré -le voisinage de _noyons_ et _flamboyons_. Il est vrai qu’on entend -encore assez souvent dans le peuple _soye_ (soi-ye) et _soyent_, sans -doute par analogie avec _soyons_, _soyez_; mais cette prononciation est -extrêmement vicieuse, d’autant plus qu’on écrit _sois_ et _soit_ au -singulier; et quoiqu’on écrive assez sottement _aie_ et _aies_, comme -_voie_, avec des _e muets_, la prononciation _ai-ye_ ou _voi-ye_, qu’on -entend parfois, n’est pas moins condamnable aujourd’hui[475]. - - -IV. =L’I ou Y grec initial devant une voyelle.=--L’_=y=_ grec _initial_ -devant une voyelle est toujours consonne: y_acht_, y_atagan_, et les -poètes eux-mêmes ont bien de la peine à le séparer[476]. - -On peut considérer le groupe _il y a_ comme un cas particulier de ce -fait général: ce n’est qu’en vers que _il y a_ peut compter pour trois -syllabes; mais quand on parle, on n’en fait que deux, quoiqu’il y ait -trois mots[477]. - -Le phénomène est le même pour _il y eut_, _il y aura_ et toute la -conjugaison, et aussi pour la conjugaison de _il y est_. Le phénomène -est même bien plus marqué encore pour _ça y est_, où _y_ se trouve -entre deux voyelles, cas identique à celui de _na_-ïa_de_ ou -_go_-ya_ve_[478]. - -Quant à l’_i_, on ne le trouve en tête des mots que dans quelques mots -savants d’origine latine, où l’usage ordinaire, à défaut des poètes, en -fait aussi une consonne: ï_ambe_, i_ode_, i_onique_, i_ota_, i_ule_ et -leurs dérivés. En revanche, l’adverbe _hi-er_ a deux syllabes depuis -le XVIᵉ siècle, et ne doit pas se prononcer _yer_, sauf en vers, quand -la mesure l’exige; tout au plus peut-on dire _avantyer_, et ce n’est -nullement nécessaire[479]. Il n’en est pas de même du groupe initial -_hiér-_ (_h_ié_roglyphe_, _h_ié_rarchie_), qui ne fait deux syllabes -qu’en vers et encore pas toujours[480]. - -Pour terminer sur ce point, nous ajouterons que la prononciation -actuelle des _ll_ mouillés les assimile complètement au _yod_, par -exemple dans _taille_, _abeille_, _fille_, etc., qui se prononcent -_ta-ye_, _abe-ye_, _fi-ye_; d’où il résulte que les finales de _prier_ -et _briller_ se prononcent exactement de la même manière: _pri-yer_, -_bri-yer_[481]. - -Le _=gli=_ italien est dans le même cas que les _ll_ mouillés. Enfin -_=gn=_ mouillé diffère peu de _ny_: les finales de _daigner_ et -_dernier_ sont à peu près identiques. Nous reviendrons sur tous ces -points dans les chapitres consacrés aux consonnes[482]. - - -3º La semi-voyelle U. - -Les autres semi-voyelles nous arrêteront moins. - -Les groupes de voyelles qui commencent par _=u=_, à savoir _=ua=_, -_=uai=_, _=ué=_, _=uè=_, _=uei=_, _=ui=_, _=uin=_, et même _=uon=_, -sont aussi des diphtongues en général dans l’usage courant, sinon en -vers; et l’on sait que le groupe _ui_ est généralement diphtongue, même -en vers. Ainsi _u_ fait fonction de consonne dans _per-s_u_a-der_, -_s_-u_aire_, _insi-n_u_ant_, _s_u_é-dois_, _impé-t_u_eux_, _f_u_ir_, -_j_u_in_ et même _nous nous r_u_ons_[483]. - -Pourtant le phénomène est moins constant que dans les groupes qui -commencent par _i_. - -D’abord l’_u_ est parfois suivi lui-même d’un groupe où _i_ est -semi-voyelle, auquel cas l’_u_ doit rester distinct, comme dans -_t_u-_ions_, _t_u-_iez_[484]. - -Mais surtout deux consonnes différentes quelconques suffisent -généralement ici pour empêcher la synérèse, par exemple dans -_arg_u-_er_, _sanct_u-_aire_ ou _respect_u-_eux_, et presque tous les -mots en _-ueux_, aussi bien que dans _obstr_u-_er_, _concl_u-_ant_, -_concl_u-_ons_, _fl_u-_ide_, _br_u-_ine_ et _dr_u-_ide_, où figurent -les groupes connus _cl_, _br_, etc. - -Toutefois la diphtongue étymologique s’est maintenue, _même en -vers_, malgré les mêmes consonnes, dans _autr_ui, dans _pl_ui_e_ et -_tr_ui_e_, dans _br_ui_t_, _fr_ui_t_ et _tr_ui_te_, dans _détr_ui_re_, -_instr_ui_re_ et _constr_ui_re_[485]; elle s’est diérésée seulement -dans _br_u-_ire_, _br_u-_issant_, _br_u-_issement_, qui sont plutôt des -mots poétiques, et même dans _ébr_u-_iter_. _Euph_u-_isme_, mot savant, -n’a pas subi la synérèse, non plus que _d_u-_o_. - -L’_=u=_ est semi-voyelle à fortiori, même en vers, quand il se prononce -dans les groupes _qua_, _que_ et _qui_, _gua_, _gue_ et _gui_; mais il -ne garde le son _u_ que devant _e_ et _i_: _q_u_esteur_, _aig_u_ille_; -il prend le son de la semi-voyelle _ou_ devant _a_: _éq_u_ation_, -_g_u_ano_[486]. - -Il va sans dire que, dans _juin_, l’_u_ ne doit pas prendre le son -_ou_, comme il arrive souvent (cela arrive parfois même dans _p_u_is_). -Quelques-uns prononcent _jun_, ce qui est encore pis; d’autres même -prononcent _juun_ sans s’en apercevoir! _Juin_ doit se prononcer comme -il est écrit, mais en une seule syllabe. - -Enfin il faut éviter avec soin de réduire _ui_ à _u_ dans _men_ui_sier_ -ou _fr_ui_tier_, comme de le réduire à _i_ dans _p_ui_s_ ou _p_ui_sque_. - - -4º La semi-voyelle OU. - -Les groupes de voyelles qui commencent par _=ou=_, à savoir _=oua=_, -_=ouai=_, _=ouan=_, _=oué=_, _=ouè=_, _=ouen=_, _=oueu=_, _=oui=_, -_=ouin=_, et même _=ouon=_, sont également diphtongues dans l’usage -courant, sinon en vers, et même plus facilement que ceux qui commencent -par _u_. Ainsi _ou_ fait fonction de consonne dans des mots comme -ou_ail-les_, _c_ou_en-ne_, _d_ou_ai-re_, _j_ou_er_, _m_ou_ette_, -_j_ou_euse_, _f_ou_ine_ ou _barag_ou_in_ et, _nous j_ou_ons_[487]; -et la synérèse n’est guère empêchée que par les groupes de consonnes -_bl_, _br_, etc., dans des mots tels que _fl_ou-_er_, _tr_ou-_er_, -_tr_ou-_ait_, _tr_ou-_ons_, _pr_ou-_esse_, _ébl_ou-_ir_, qui ne sont -pas très nombreux[488]. - -Pourtant des mots comme _b_ou-_eux_ et _n_ou-_eux_ subissent mal -la synérèse, et le discours soutenu, qui se rapproche du vers, -l’évite souvent dans des mots tels que _j_ou-_er_, _l_ou-_er_, comme -aussi _t_u-_er_. Il faut y ajouter naturellement les formes comme -_j_ou-_ions_, _j_ou-_iez_, qui sont dans le même cas que _t_u-_ions_, -_t_u-_iez_. - - * * * * * - -On sait que le _w_ anglais est précisément la consonne que nous -représentons par _ou_: ainsi dans _whist_ ou _tramway_, mais ces deux -mots sont les seuls mots de la langue, noms propres à part, où le _w_ -conserve régulièrement le son _ou_[489]. - -Nous venons de voir _ou_ semi-voyelle quand l’_u_ se prononce dans les -groupes _qua_ et _gua_. Nous avons vu aussi que la diphtongue _oi_ -représentait en réalité _oua_ ou _wa_; et il en est de même de _oin_ -qui est identique à _ouin_. - -La prononciation de _oi_ et _oin_ en une seule syllabe est même si -facile que les groupes de consonnes _bl_, _br_, etc., ne produisent -jamais ici la diérèse, pas plus dans _groin_, malgré Victor Hugo, que -dans _croix_ ou _emploi_[490]. - -Il arrive aussi parfois que l’_o_ s’assourdit en _ou_ même devant -une voyelle autre que _in_. Cela est nécessaire dans _j_o_aillier_, -qui, malgré son orthographe, est apparenté à _joyau_, et il n’y a que -les poètes pour obliger le lecteur à scander _j_o-_aillier_. Mais le -phénomène se produit parfois même dans o_asis_ ou _cas_o_ar_, qu’on -prononce facilement ou_asis_ et _cas_ou_ar_, quand on parle un peu -vite[491]. - -Autrefois, notamment au XVIᵉ siècle, cet assourdissement de l’_o_ en -_ou_ était un phénomène général; jusqu’à la Révolution, _p_o_ète_ -et _p_o_ème_, où Boileau avait rétabli définitivement la diérèse en -vers, se prononcèrent en prose et dans l’usage courant _p_ou_ème_ -et _p_ou_ète_. Mais cette prononciation ne saurait aujourd’hui être -admise[492]. - -Je rappelle que _moelle_, _moelleux_, _moellon_, _poêle_, _poêlon_, -devraient s’écrire par _oi_[493]. De même on a respecté l’orthographe -adoptée, à tort ou à raison, pour _g_o-_éland_ (en breton _g_w_élan_) -et pour _g_o-_élette_ (autrefois _goualette_); mais ici l’orthographe a -réagi sur la prononciation, surtout en vers, et l’on est bien obligé de -séparer l’_o_. - - - - -DEUXIÈME PARTIE - - - - -LES CONSONNES. - - -Quoique nous ayons établi au début de ce livre un classement des -consonnes, qui nous a été fort utile pour l’étude des voyelles, nous -suivrons ici l’ordre alphabétique, qui paraît plus pratique, en mettant -_ch_ après _c_, et l’_n_ mouillé (_gn_) à la suite de l’_n_. - -Mais avant de passer à l’étude particulière des consonnes, quelques -observations générales ne seront pas déplacées. - - -1º Le changement spontané des consonnes. - -Avant tout, nous devons constater une fois pour toutes, pour n’y pas -revenir à chaque instant, un phénomène d’ordre général, qui est le -changement spontané de certaines consonnes[494]. - -Pour prendre l’exemple le plus simple et le plus aisé à constater, on -croit prononcer _o_b_tenir_, mais on prononce en réalité _o_p_tenir_; -pour prononcer exactement _o_b_tenir_, il faudrait un effort qu’on -ne fait jamais, pas plus en vers qu’en prose, pas plus en discourant -lentement qu’en parlant vite. Ce phénomène s’appelle _accommodation_, -ou même _assimilation_[495]. - -Ceux qui ont fait un peu de grec connaissent bien ce phénomène: _quand -une muette_, leur dit la grammaire, _est suivie d’une autre muette, -elle se met au même degré qu’elle_. Dans _o_b_tenir_, la labiale douce -_b_, suivie de la dentale forte _t_, se change en la labiale forte _p_; -elle _s’accommode_ à la consonne _qui suit_, et cela spontanément et -nécessairement, par le jeu naturel des organes[496]. - -En français, ce phénomène est extrêmement général. - -D’abord, une muette ne s’accommode pas seulement à une autre muette, -comme dans _o_b_tenir_, où la douce devient forte, et _ane_c_dote_ -(ane_g_dote) où la forte devient douce, mais aussi bien à une spirante, -comme dans tous les mots commençant par _abs-_ (a_p_s) ou _obs-_ -(o_p_s) et même _subs-_ (su_p_s, sauf devant _i_). - -D’autre part, une spirante aussi peut s’accommoder soit à une autre -spirante, comme dans _tran_s_vaser_ (tran_z_vaser) ou _di_s_joindre_ -(di_z_joindre), soit à une muette, comme dans _ro_s_bif_ (ro_z_bif), -_Asdrubal_ (a_z_drubal) ou _di_s_grâce_ (di_z_grâce). - -Il est vrai que ces heurts de consonnes sont assez rares dans les -mots français; mais cette accommodation passe aussi bien par-dessus -l’_e_ muet, toutes les fois que l’_e_ muet peut tomber, comme dans -_pa_que_bot_ (pa_g_bot) ou _mé_de_cine_ (mé_t_sine), dans _cla_ve_cin_ -(cla_f_cin) ou _nous f_ai_sons_ (_v_zons), dans _cré_ve_cœur_ -(cre_f_keur), _re_je_ton_ (re_ch_ton), _naï_ve_té_ (naï_f_té), ou _le_ -se_cond_ (le_z_gon)[497]. - -Mais tout ceci se fait normalement, dans le langage le plus soutenu et -le plus lent. Dans le langage très rapide, on en voit bien d’autres, -car l’accommodation s’y fait même entre des mots différents. Le _b_ -devient _p_ dans _qu’exhi_bes-_tu là?_ et inversement le _p_ devient -_b_ dans _Phili_ppe _de Valois_; le _d_ se change en _t_ dans _et -ainsi_ de _suite_, et le _t_ se change en _d_ dans _vous ê_te_s -insensé_ (cette fois, c’est l’_s_ final, prononcé uniquement pour la -liaison, et prononcé doux, qui détermine le changement); de même encore -_g_ devient _k_, et _k_ devient _g_, dans _on navi_gue _chez nous_ -(i_k_ch) et _cha_que _jour_ (a_g_j)[498]. - -Même phénomène pour les spirantes: on peut comparer _gra_ve _cela_ -(a_f_s) avec _gri_ffes _aiguës_ (i_v_z), _voya_ges-_tu?_ (a_ch_t), -avec _ta_che _de vin_ (a_j_d), _ro_se _pourpre_ (o_s_p), avec _est_-ce -_bien?_ (e_z_b). Le langage tres rapide rapproche même des muettes ou -des spirantes identiques, changeant par exemple une dentale forte _t_ -en dentale douce _d_ devant un autre _d_, et ceci est l’assimilation -proprement dite: _vous ê_tes _dur_ (e_d_d), _il galo_pe _bien_ (o_b_b), -_je ne navi_gue _qu’ici_ (i_k_k), _tu bri_ses _ce pot_ (i_s_s), _je -man_ge _chez vous_ (_ch_ch), etc. On va plus loin encore: dans la -prononciation populaire, ou simplement familière, qui supprime non -seulement l’_e_ muet, mais aussi l’_r_ qui précède, à la suite d’une -muette ou d’une spirante, on arrive à _un maî_tre _d’hôtel_ (ai_d_d) ou -_une pau_vre _femme_ (au_f_f). - -Les appareils de là phonétique expérimentale ont même constaté une -assimilation plus extraordinaire encore, _par-dessus une voyelle -sonore_. Dans les mots _couché_ s_ous un pin_, il arrive que le premier -_s_ se rapproche sensiblement du second[499]. - -Tous ces phénomènes sont spontanés et involontaires. Aussi doivent-ils -rester tels, et par conséquent ne se produire que dans un débit très -rapide. Ils sont extrêmement curieux pour le savant, mais ne doivent -être étudiés qu’à un point de vue purement scientifique. Je ne puis que -répéter ici ce que j’ai dit à propos de l’_e_ muet: les phonéticiens -étrangers recueillent précieusement ces phénomènes pour les offrir à -l’étude de leurs compatriotes, ayant pour principe unique: _cela est, -donc cela doit être_[500]. Ils ne se doutent pas que beaucoup de façons -de parler ne sont acceptables que lorsque _et parce que_ personne ne -s’en aperçoit, mais qu’elles sont ridicules, quand elles sont voulues -et manifestes. Il faut parler naturellement. On n’a pas besoin d’effort -pour prononcer un _p_ dans _o_b_tenir_: on le prononce nécessairement, -et, par suite, il est toujours légitime. Mais on ne met pas -_nécessairement_ un _s_ doux dans _est-ce bien_; on doit donc prononcer -le _c_ naturellement, et ne jamais faire effort pour prononcer autre -chose que _c_, même quand on parle vite: il se change toujours assez -tôt en _z_, sans qu’on s’en aperçoive, ni celui qui parle, ni celui qui -écoute, et c’est alors seulement que le phénomène devient légitime. - -De ce phénomène spontané on peut rapprocher un autre phénomène qui -se produit aussi spontanément: c’est le redoublement de la première -consonne, dans certains mots sur lesquels on veut appuyer, surtout dans -l’interjection: mmi_sérable!_ _in_ss_ensé!_ Si la première consonne est -suivie d’un _r_, c’est l’_r_ qui se redouble; il est tt_oujours là à -g_rr_atter_. On voit que ce redoublement est un phénomène analogue à -l’accent _oratoire_, et qui coïncide généralement avec lui[501]. - - -2º Quelques observations générales. - -Première observation: _les consonnes finales_, qui autrefois se -prononçaient toutes, comme en latin, ont peu à peu cessé en grande -majorité de se prononcer[502]; toutefois, depuis un siècle, grâce à -l’orthographe, beaucoup ont reparu de celles qui ne se prononçaient -plus. Il y a notamment quatre consonnes finales qui se prononcent -aujourd’hui régulièrement; ce sont les deux liquides: _l_ et _r_, avec -_f_ et _c_. - -En second lieu, _les consonnes intérieures_ se prononcent aussi -presque toutes aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait encore beaucoup -d’exceptions; mais leur nombre tend toujours à diminuer, et toujours -par l’effet de la fâcheuse réaction orthographique, due surtout à la -diffusion de l’enseignement primaire[503]. Depuis qu’une foule de -mots sont appris par l’œil avant d’être appris par l’oreille, on les -prononce naturellement comme ils sont écrits. Et puis il y a là aussi -l’effet naturel d’un pédantisme naïf et inconscient; car enfin, quand -on prononce _sculpeter_, _lègue_ ou _aspecte_, cela ne prouve-t-il -pas qu’on a fait des études, et qu’on sait l’orthographe? Aussi les -plus coupables dans cette affaire sont encore ceux, journalistes ou -hommes de lettres, qui s’opposent par tous les moyens à la réforme -de l’orthographe. Quant à ceux qu’on appelle dédaigneusement les -«primaires», ils sont plus excusables: sachant bien qu’il ne dépend -pas d’eux d’écrire comme on parle, ils parlent comme on écrit! Nous -verrons, chemin faisant, les altérations que la langue a déjà subies ou -subira encore, par le fait de notre orthographe. - -Enfin, il y a la question des _consonnes doubles_: Quand se -prononcent-elles doubles ou simples[504]? Cette question doit être -étudiée à propos de chaque consonne, dans un intérêt pratique; mais il -y a encore là un phénomène d’ordre général, dont il faut dire un mot -d’avance. - -Il va sans dire que la question ne se pose qu’entre deux voyelles -_non caduques_, appuis nécessaires des deux consonnes en avant et en -arrière: _co_l-l_aborer_. Et en effet, à la fin d’un mot, ou devant -un _e muet_, qui tombe régulièrement, la question ne se pose plus: -_djin_(n), _bal_(le), _ter_(re), _dilem_(me), _al_(le)_mand_ se -prononcent nécessairement comme si la consonne était simple[505]. - -Or, entre voyelles non caduques, la règle générale est que, dans les -mots purement français, et d’usage très courant, la consonne double se -prononce simple: _a_(l)_ler_, _do_(n)_ner_; et il y en a souvent deux -ou même trois dans le même mot, comme _a_(s)_suje_(t)_ti_(s)_sant_ -ou _a_(t)_te_(r)_ri_(s)_sage_. On ne devrait donc prononcer les deux -consonnes que dans les mots tout à fait savants, où l’on peut, à la -rigueur, conserver légitimement la prononciation attribuée à l’original -sur lequel ils sont calqués: _co_l-l_apsus_, _co_m-m_utateur_, -_septe_n-n_at_, _i_r-r_écusable_, _proce_s-s_us_, _dile_t-t_ante_[506]. - -Malheureusement l’emphase naturelle de l’accent oratoire a étendu -cette prononciation à beaucoup d’autres mots, comme _ho_r-r_eur_ -ou _ho_r-r_ible_. Et surtout le pédantisme encore s’en est mêlé. -Beaucoup de gens ont cru voir un signe certain d’éducation supérieure, -d’instruction complète, dans cette prononciation réputée savante, -qui est celle du latin et du grec. Aussi s’est-elle étendue -progressivement. Aujourd’hui encore on voit très bien qu’elle gagne de -plus en plus, et atteint beaucoup de mots fort usités qu’elle devrait -respecter, parce qu’ils n’ont rien de nouveau ni de savant[507]. Elle -respecte encore assez généralement les muettes ou explosives, à cause -de la difficulté que produit l’occlusion complète que la bouche doit -subir en les prononçant, comme dans _a_p-p_arat_; elle atteint beaucoup -plus les spirantes (_f_ et _s_ sont d’ailleurs les seules qui se -répètent), car elles ne présentent pas cet inconvénient, mais surtout -_l_, _m_, _n_, _r_, les quatres liquides des grammairiens grecs. Ainsi, -de tous les mots commençant par _=ill=_, _=imm=_, _=inn-=_, _=irr-=_, -et qui, presque tous, sont privatifs, il n’y a plus qu’_i_(n)_nocent_ -et ses dérivés immédiats qui soient à peu près respectés, et dans la -plupart des mots on prononce _toujours_ les deux consonnes, à moins -qu’on ne parle très vite[508]. - -Il faut dire en effet que cette prononciation dépend beaucoup du plus -ou moins de rapidité de l’élocution: entre les mots où on ne prononce -jamais qu’une consonne et ceux où on en prononce toujours deux, il y -en a beaucoup où on en prononce tantôt une, tantôt deux, suivant qu’on -parle plus ou moins vite. D’ailleurs, en cas d’hésitation, il sera bon -de se pénétrer de ce principe qu’on ne fera jamais une faute grave -en prononçant une consonne simple quand l’usage est de la prononcer -double, tandis qu’on peut être parfaitement ridicule en la prononçant -double quand elle doit rester simple, comme de dire _do_n-n_er_ ou -_nous a_l-l_ons_. - - -_NOTE SUR LA PRONONCIATION DU LATIN_ - -Puisque la prononciation latine est en cause dans ce cas plus -qu’ailleurs, on nous saura peut-être gré de réunir ici, en tête -des consonnes, les règles spéciales qui la concernent, et qui sont -disséminées un peu partout dans le livre, avec les exemples nécessaires. - -En principe, nous prononçons le latin, à tort ou à raison, plutôt à -tort, à peu près comme le français. Nous ne l’en distinguons que dans -un petit nombre de cas, dont l’énumération n’est pas longue. - -On a vu déjà précédemment comment nous prononçons les voyelles: que -l’_e_ ouvert ou fermé n’a pas d’accent, que l’_u_ ne sonne jamais _ou_, -que _um_ se prononce toujours _ome_ (même après un _o_), et que _un_ se -prononce toujours _on_, sauf dans _hunc_, _nunc_ et _tunc_, et les mots -commençant par _cunct-_. - -Les nasales sont identiques à celles du français, sauf qu’il ne peut y -en avoir que devant une consonne, et non en fin de mot, et que _en_ a -toujours le son _in_, notamment dans la finale _-ens_. - -On a vu aussi que les seules diphtongues latines, _æ_, _œ_ et _au_, -sont prononcées comme les voyelles _é_ et _o_. Il en résulte que devant -_æ_ et _œ_, le _c_ et le _g_ gardent le même son qu’en français devant -_e_. - -Nous faisons aussi de fausses diphtongues avec l’_u_, après _g_ ou _q_, -mais seulement devant _a_, _e_ (ou _æ_) et _i_: l’_u_ se prononce _u_ -devant _e_ et _i_, et _ou_ devant _a_, tandis que devant _o_ et _u_ il -ne compte pas. - -_Ch_ a toujours le son guttural. - -Il n’y a jamais de son mouillé, ni pour _gn_, ni pour _ll_. - -_Ti_ devant une voyelle est sifflant, comme en français, sauf en tête -des mots, ou après _s_ ou _x_. - -Les consonnes finales s’articulent toujours: c’est ce qui fait qu’il -n’y a point de nasales à la fin des mots. - -Cette prononciation est d’ailleurs détestable, et peut-être le jour -n’est-il plus éloigné où on en adoptera une autre, un peu moins -française, mais plus latine. - - - - -B - - -_A la fin des mots_, le _=b=_, très rare dans les mots proprement -français, ne s’y prononce pas: _plom_(b), _aplom_(b), _surplom_(b), et -autrefois _coulom_(b)[509]. - -Il se prononce dans les mots étrangers, qui sont naturellement beaucoup -plus nombreux, comme: _naba_b, _baoba_b, _ca_b, _naï_b, _sno_b, _ro_b, -_clu_b, _tu_b, _rhum_b, etc.[510]. - -Dans _radoub_, le _b_ ne devrait pas davantage se prononcer, et -les gens de métier ne le prononcent pas; mais la vérité est qu’ils -emploient fort peu ce mot, se contentant du mot _bassin_; ils laissent -ainsi le champ libre à ceux qui n’apprennent ce mot que par l’œil, et -qui naturellement articulent le _b_: ce sont de beaucoup, aujourd’hui, -les plus nombreux. - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, le _b_ se prononce aujourd’hui partout -devant une consonne. On fera bien de veiller à ne pas le changer en -_m_ dans _tom_b(e) _neuve_, et plus encore à ne pas le supprimer dans -_o_b_stiné_ et _o_b_stination_[511]. - -Le _=b=_ _double_, assez rare, compte pour un seul à peu près -partout: _a_(b)_bé_, _sa_(b)_bat_, _ra_(b)_bin_, et aussi bien -_ra_(b)_bi_, qui est le même mot au vocatif. On n’en prononce deux -que dans deux ou trois mots savants: _gi_b-b_eux_ et _gi_b-b_osité_, -peut-être _a_b-b_atial_ ou _sa_b-b_atique_; encore n’est-ce pas -indispensable[512]. - - - - -C - - -1º Le C final. - -Le _=c=_ est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui -normalement _à la fin des mots_: - - -I. _Après une voyelle orale_, d’abord, le _c_ final sonne généralement: -_cogna_c, _ba_c, _la_c, _sa_c, _be_c, _se_c, _ave_c, _trafi_c, -_publi_c, _cho_c, _blo_c, _ro_c, _bou_c, _du_c, _cadu_c, _su_c, -etc.[513]. - -La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins -techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des -mots où le _c_ a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand -nombre[514]. - -Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des -consonnes finales, le _c_ est devenu ou resté muet dans un certain -nombre de mots suffisamment populaires: dans _estoma_(c) et _taba_(c), -et dans _cotigna_(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans -_cri_(c), machine; dans _bro_(c), _cro_(c), _accro_(c), _raccro_(c) et -_escro_(c); dans _caoutchou_(c)[516]. - -Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le _c_ -d’_ave_c devant une consonne: _ave_(c) _moi_, _ave_(c) _lui_: cette -prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en -ridicule. - -Le _c_ d’_arseni_c, qui s’était amui, s’est aussi généralement -rétabli[517]. - -Au pluriel, le _c_ sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres -ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518]. -Même dans le pluriel _éche_c_s_, qui s’est longtemps écrit _échets_, au -sens de jeu, la suppression du _c_ est tout à fait surannée, le pluriel -s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier. - -Toutefois le _c_ ne sonne pas devant l’_s_ dans _la_(cs) et -_entrela_(cs). - -Le _k_ ou le _q_ joints au _c_ final n’y ajoutent rien: _colba_c(k), -_bifte_c(k), _sti_c(k), _bo_c(k), etc.[519]. - - -II. _Après une voyelle nasale_, le _c_ final est resté muet: _ban_(c), -_blan_(c), _flan_(c) et _fran_(c), _vain_(c) et _convain_(c), _jon_(c), -_ajon_(c) et _tron_(c)[520]. - -Le cas de _donc_ est particulier. En principe, le _c_ n’y sonne pas -non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour -annoncer une conclusion (_je pense, don_c _je suis_), et, d’une façon -générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on -prononce le _c_ (ainsi que dans _adon_c et _on_c). En dehors de ces -cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: _laissez -don_(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: _vous êtes -don_(c) _bien riche?_ Devant une voyelle, il est encore correct ou -élégant de le lier: _où êtes-vous don_c _allé?_ Mais cela même n’est -pas indispensable. - -Le _c_ de _zin_c, se prononce toujours, mais il sonne comme un _g_. -On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le _g_ final qui -s’assourdissait en _c_, comme toutes les sonores finales; or, c’est -justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre -lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521]. - - -III. _Après une consonne articulée_, le _c_ final sonne généralement: -_tal_c, _ar_c, _tur_c, _fis_c, _mus_c[522]. Il sonne même -aujourd’hui dans les composés _ar_c-_bouter_ et _ar_c-_boutant_ ou -_ar_c-_doubleau_, quoi qu’en disent les _Dictionnaires_, qui retardent -sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il -faut seulement éviter _ar_que-_boutant_. - -Toutefois, il ne se prononce pas encore dans _mar_(c), résidu: -_eau-de-vie de mar_(c); ni dans _mar_(c), poids: _au mar_(c) _le -franc_[523]. - -Le _c_ ne sonne pas davantage dans _cler_(c)[524]. - -De plus, le _c_ de _por_c, qui ne sonnait plus nulle part depuis -longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on -n’y achète pas _du por_c _frais_, mais du _por_(c) _frais_, _du por_(c) -_salé_, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on -rétablit volontiers le _c_, même au pluriel: _un troupeau de por_(cs) -ou _de por_c(s), mais surtout au singulier: _un por_c, et plus encore -si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le _c_ sonne -également dans le composé _por_c-_épic_. - - -2º Les mots en-CT. - -Les mots en =_-ct_= demandent un examen particulier, car leur histoire -est complexe et n’est pas terminée. - -1º Dans _ta_ct, _inta_ct, _conta_ct, et dans _compa_ct, il semble que -_ct_ s’est toujours prononcé. _Exact_, plus populaire, a tendu à perdre -le _c_ ou le _t_, ou les deux; et si l’on ne prononce plus _exa_c(t) -ni _exa_(c)t, on entend encore _exa_(ct); pourtant _exa_ct a fini par -l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525]. - -2º _Parmi les mots en_ =_-ect_=, les mots _dire_ct et _indire_ct, -_corre_ct et _incorre_ct ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs -consonnes finales, non plus que le mot savant _intelle_ct, sans parler -de l’anglais _sele_ct. Il n’en est pas de même des autres. - -_Abje_ct et _infe_ct ont flotté longtemps, avec préférence pour le son -_è_, avant de reprendre définitivement _ct_[526]. - -Restent les mots en _=-spect=_: _aspect_, _respect_, _suspect_, -_circonspect_. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre -prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec _bec_, n’hésite pas à -écrire _respec_ et _circonspec_[527]. La prononciation par _t_ seul -a complètement disparu, mais les prononciations par _c_ ou _ct_ ont -encore l’espoir de vaincre. La seconde, par _ct_, admissible peut-être -pour _suspe_ct, est certainement la plus mauvaise pour _aspe_(ct) et -_respe_(ct); l’autre, par _c_ seul, est admissible en liaison, et même -tout à fait générale dans _respec_(t) _humain_; mais, en dehors de la -liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et -s’en tenir à _respe_(ct), aussi bien qu’à _aspe_(ct), _circonspe_(ct), -et même _suspe_(ct)[528]. - -En revanche, le _c_ et le _t_ se prononcent également dans _suspe_ct_e_ -et _circonspe_ct_e_: sur ce point, il n’y a pas de discussion. - -Il ne faut pas assimiler aux autres mots en _-spect_ le mot technique -_anspe_c(t), terme de marine, qui n’a pris un _t_ dans l’orthographe -que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le -_c_ doive toujours se prononcer, et toujours seul. - -3º Parmi les mots en _=-ict=_, le _c_ et le _t_ se prononcent encore -dans _stri_ct et _distri_ct, et naturellement dans l’anglais _verdi_ct -et _convi_ct, mais non dans _ami_(ct), terme de liturgie, qui n’est -guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie -contre l’altération. - -4º Les mots en _=-inct=_ ont flotté longtemps, comme les mots en -_-ect_, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais _distin_ct et -_succin_ct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute -ne les perdront plus: _succin_(ct), et par suite _succin_te, sont -surannés. Au contraire, _instin_(ct) résiste fort bien sans _c_ ni _t_, -et l’on doit encore condamner _instin_c(t)[529]. - - -3º Le C intérieur. - -Dans le corps des mots, le _=c=_ n’a le son guttural que devant -_=a=_, _=o=_, _=u=_, et devant une consonne: c_alibre_, _dé_c_oller_, -_re_c_uler_, _a_c_tion_, _instin_c_tif_, et même _ar_c_tique_, où -le _c_ amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant _e_ et _i_: -c_e_c_i_, _dé_c_ence_, c_ygne_, _lar_c_in_[530]. - -On donne au _=c=_ le son sifflant devant _=a=_, _=o=_, _=u=_, au -moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural -devant _=e=_ et _=i=_, sauf le changement de _eu_ en _œu_, dans c_œur_ -(c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un _o_), et d’autre part -l’addition ou le maintien d’un _u_ dans le groupe _cueil_ (keuil): -cu_eillir_, _ac_cu_eillir_, etc.[531]. Partout ailleurs le _c_ est -remplacé dans ce rôle par _qu_ dans les mots français, par _k_ ou _ck_ -dans les mots étrangers, comme _jo_ck_ey_[532]. - -Devant une consonne, le _=c=_ intérieur sonne aujourd’hui partout, -même après une nasale, comme dans _san_c_tuaire_, _san_c_tion_ ou -_san_c_tifier_[533]. - -Le _=c=_ ne prend pas le son du _=g=_ seulement dans _zin_c; il le -prend aussi dans _se_c_ond_ et tous ses dérivés (même dans le latin -_se_c_undo_), qui devraient s’écrire avec un _g_, comme on le fait en -d’autres langues[534]. - -Le _c_ a eu longtemps aussi le son du _g_ dans _reine_-C_laude_[535]; -mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de -l’écriture, et le son du _g_ y devient aujourd’hui populaire ou -dialectal. - -Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la -prononciation du _c_ consiste à mouiller le _c_ initial, par exemple -dans _cœur_, qu’on entend quelquefois sonner presque comme _kyeur_. - - * * * * * - -Le _=c=_ double se prononce comme un _c_ simple devant _=a=_, _=o=_, -_=u=_, et devant _=l=_ ou _=r=_, dans les mots d’usage courant: -_a_(c)c_abler_, _a_(c)c_aparer_, _ba_(c)c_alauréat_, _a_(c)c_limater_, -_a_(c)c_réditer_, _a_(c)c_roc_, _e_(c)c_lésiastique_, _o_(c)c_asion_, -_su_(c)c_omber_, etc.; les deux _c_ peuvent se prononcer dans -_e_c-c_hymose_, _o_c-c_lusion_ et _o_c-c_ulte_, et, si l’on veut, -_ba_c-c_hante_, _humeurs pe_c-c_antes_, _impe_c-c_able_, _pe_cc_adille_ -et _pe_c-c_avi_; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin -_pe_c-c_avi_[536]. - -Devant =_e_= et =_i_=, ils se prononcent toujours tous les deux, le -premier guttural, le second sifflant: _a_c-c_ident_, _vac_-c_in_, -_a_c-c_ès_[537]; au contraire _sc_ se réduit ordinairement à un _s_ ou -un _c_ seul: _ob_(s)_cène_, _s_(c)_ie_[538]. - -Devant les mêmes voyelles _e_ et _i_, quand le _c_ est suivi de _qu_, -on ne prononce qu’une gutturale: _a_(c)_quitter_, _a_(c)_quérir_, à -fortiori _be_(c)_queter_ ou _gre_(c)_que_[539]. - - * * * * * - -Devant =_e_= et =_i_= toujours, le =_c_= italien reste sifflant, si le -mot est suffisamment francisé, comme dans _gra_c_ioso_, _con_c_etti_, -_ac_-c_elerando_ (trop voisin _d’ac_-c_élérer_ pour se prononcer -autrement) et _quattro_c_entiste_[540]. Autrement, et surtout quand -il est double, il se prononce _tch_: _dol_c_e_, _sotto vo_c_e_, _a -pia_c_ere_, _furia fran_c_ese_, _fanto_cc_ini_[541]. Pour _sc_, le -son de _ch_ suffit, sans _t_: _cre_sc_endo_ (chèn), _la_sc_iate ogni -speranza_. - -_Czar_ se prononce _gsar_ plutôt que _c_s_ar_; mais c’est là une -mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie _cæsar_; ce -mot, qui en polonais s’écrie _car_, doit se transcrire et se prononcer -_tsar_[542]. - - - - -CH - - -Le son normal de _=ch=_ en français n’a guère de rapport avec le son du -_c_, qui est le son de _ch_ en latin; mais, étant donné l’ordre suivi -dans ce chapitre, sa place normale est pratiquement ici. D’ailleurs -_ch_ prend souvent le son du _c_, même en français. - - -1º Le CH final. - -_A la fin des mots_, _ch_ appartient presque uniquement à des mots -étrangers, et garde presque partout le son du _c_ guttural: _krac_(h), -_varec_(h) et _loc_(h), et aussi _yac_(ht)[543]. - -Il garde pourtant le son chuintant du français dans _mat_ch et -_tzaréwit_ch, dans _chaou_ch, _tarbou_ch et _farou_ch, dans _lun_ch et -_pun_ch francisés[544]. - -_Ch_ est muet dans _almana_(ch), où la réaction orthographique n’a -pas encore réussi à le rétablir, le mot étant trop populaire, et -connu par l’oreille encore plus que par l’œil, comme _estoma_(c) et -_taba_(c)[545]. - - -2º Le CH intérieur. - -_Dans le corps ou en tête des mots_ proprement français, _ch_ a -naturellement le son chuintant devant une voyelle; chuintante forte, -bien entendu, et non chuintante douce: il faut se garder de prononcer -_ajète_ pour _achète_, comme il arrive trop souvent à Paris[546]. - -Toutefois, dans un très grand nombre de mots plus ou moins savants, -et notamment des mots tirés du grec, _ch_ a gardé, parfois même il a -repris, après l’avoir perdu, le son que nous lui donnons en latin, -c’est-à-dire celui du _c_ guttural. - - -I. =Devant a, o, u.=--Devant les voyelles _=a=_, _=o=_, _=u=_, le -phénomène ne souffrait pas de difficultés, parce que l’oreille était -accoutumée au son guttural du _c_ devant ces voyelles. Par suite: - -1º On prononce _ca_ (ou _can_) dans _gutta-per_c(h)_a_ et -les mots en _-archat_, dans _c_(h)_aos_, _c_(h)_alcédoine_, -_c_(h)_alcographie_, _bacc_(h)_anale_ et _bacc_(h)_ante_, dans -_arc_(h)_ange_, _arc_(h)_aïque_, _troc_(h)_anter_, _euc_(h)_aristie_, -_sacc_(h)_arifère_; mais non dans _fil d’ar_ch_al_, qui est français et -très ancien[547]. - -2º On prononce _co_ dans _éc_(h)_o_; dans tous les mots commençant par -_chol-_ et _chor-_, comme _c_(h)_oléra_, _c_(h)_orus_, _c_(h)_oral_, -etc., avec _c_(h)_œur_, et leurs dérivés ou composés, comme -_anac_(h)_orète_; dans _psyc_(h)_ologie_[548], _calc_(h)_ographie_, -_inc_(h)_oatif_, _batrac_(h)_omyomachie_, _dic_(h)_otomie_, -_bronc_(h)_opneumonie_ ou _bronc_(h)_otomie_ (malgré _bron_ch_e_ et -_bron_ch_ite_), dans _arc_(h)_onte_ et _péric_(h)_ondre_ et quelques -autres mots moins répandus; mais non dans _maille_ch_ort_ (tiré des -noms propres français _Maillot_ et _Chorier_), ni dans _vit_ch_oura_, -où _tch_ représente le polonais _cz_[549]. - -3º On prononce _=cu=_ dans _catéc_(h)_umène_ ou _isc_(h)_urie_[550]. - - -II. =Devant e et i.=--Devant _=e=_ et surtout devant _=i=_, le -phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée -jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le -_ch_ grec, ou le _ch_ latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ -siècle, comme le _ch_ français. Aussi la francisation du _ch_ en son -chuintant était-elle générale autrefois devant _e_ et _i_. - -Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris -depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants, -non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude. - -1º Devant un _e muet_, le son chuintant s’est maintenu _partout_, -dans _ar_ch_evêque_, _bron_ch_es_ ou _aristolo_ch_e_, comme dans -_mar_ch_epied_, _bron_ch_er_ ou _brio_ch_e_. Il en est de même dans la -finale _=-chée=_: _tra_ch_ée_, _ar_ch_ée_, _tro_ch_ée_, aussi bien que -_bou_ch_ée_ ou _ni_ch_ée_[551]. - -Mais on prononce aujourd’hui _=ké=_ dans _a_ch_éen_, _mani_ch_éen_ -ou _euty_ch_éen_[552]; dans _ar_ch_éologie_ et _ar_ch_étype_; dans -ch_eiroptères_ (_keye_), ch_élidoine_, ch_élonien_, ch_énisque_ -et ch_énopode_; dans _li_ch_en_, _épi_ch_érème_, _or_ch_estre_ et -ch_étodon_; dans _tres_ch_eur_ ou _tré_ch_eur_ et dans _tra_ch_éotomie_ -(malgré _tra_ch_ée_). En revanche, on chuinte dans _ca_ch_exie_ et -_ca_ch_ectique_, aussi bien que dans ch_érif_ et ch_érubin_[553]. - -2º C’est surtout pour le groupe _=chi=_ que la question est délicate, -car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe _=che=_, -et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu. - -En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant: -non seulement ch_imie_, ch_imère_ ou ch_irurgie_ (et très souvent -ch_iromancie_), mais tous les mots en _-archie_ ou _-machie_, avec -_entélé_ch_ie_ et _bran_ch_ie_[554]; de même tous les mots en _-chin_ -et _-chine_, en _-chique_, _-chisme_ et _-chiste_: c’est ainsi -que _Bacc_(h)_us_ ou _psyc_(h)_ologie_, qui ont le son guttural, -n’empêchent nullement _ba_ch_ique_ ou _psy_ch_ique_ de chuinter[555]. - -En tête des mots, le préfixe _archi-_ fait de même partout. Seul le mot -_ar_ch_iépiscopal_, étant plus récent, s’est prononcé _arki_, au moins -depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a -fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus -ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient -encore obligées de suivre les dictionnaires[556]. - -On chuinte encore dans _ra_ch_is_ (d’où _ra_ch_itique_) et -_ara_ch_ide_, dans _kami_ch_i_, _let_ch_i_ et _mamamou_ch_i_, dans -ch_ibouque_ et _ba_ch_i-bouzouck_, dans ch_impanzé_, enfin devant _y_ -grec, dans ch_yle_, ch_yme_ et ses composés et _dia_ch_ylon_[557]. - -En revanche, on prononce aujourd’hui _ki_ dans beaucoup d’autres -mots savants, généralement les plus récents et les moins usités; -d’abord dans les mots en _-chite_ (sauf _bron_ch_ite_, à cause de -_bron_ch_e_ et _bron_ch_ial_), dans le _chi_ grec, dans _tri_ch_inose_ -(malgré _tri_ch_ine_, qui par suite tend à devenir _trikine_), dans -_a_ch_illée_ le plus souvent (malgré _A_ch_ille_), dans ch_iragre_, -ch_irographaire_ et souvent ch_iromancie_ (malgré ch_irurgie_), -dans _or_ch_is_ et _or_ch_idée_, _bra_ch_ial_ et _bra_ch_iopode_, -_is_ch_ion_, et aussi dans _bra_ch_ycéphale_, _con_ch_yliologie_, -_ec_ch_ymose_, _tra_ch_yte_, et, le plus souvent, _pa_ch_yderme_ et -_ta_ch_ygraphie_, sur lesquels on hésite encore[558]. - -Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les -consonnes, le _ch_ est toujours d’origine savante et garde partout -le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, _=l=_, _=m=_, -_=n=_, _=r=_, et parfois _=s=_ et _=t=_: c(h)_lore_, _dra_c(h)_me_, -_te_c(h)_nique_, c(h)_rétien_, _fu_c(h)_sine_, _i_c(h)_tyologie_[559]. - - * * * * * - -Le _=ch=_ anglais se prononce _tch_ en principe: _spee_ch, _sandwi_ch, -_mail-coa_ch, _rocking_-ch_air_ et _steeple_-ch_ase_; de même -l’espagnol ch_ulo_, _ca_ch_etera_ ou _ca_ch_u_ch_a_. On francise -pourtant le _ch_ dans ch_ester_, comme dans ch_in_ch_illa_ et -ch_ipolata_, souvent aussi quand il est final comme dans _spee_ch ou -_sandwi_ch[560]. - -Le groupe étranger _=sch=_ a partout le son du _ch_ français: -_ha_(s)ch_i_(s)ch, _scotti_(s)ch, _kir_(s)ch ou (s)ch_abraque_, -(s)ch_lague_ et (s)ch_nick_, et (s)ch_ibboleth_, et même _p_(s)ch_ent_ -qu’on prononce aussi _pskent_[561]. - -Le son chuintant de ce groupe est si connu qu’il est passé même à des -mots d’origine grecque (devant _e_ et _i_), où il n’est pas justifié -du tout: (s)ch_éma_ ou (s)ch_ème_, (s)ch_isme_ et (s)ch_iste_ auraient -dû se prononcer par _sk_, comme nous prononçons _s_ch_ola cantorum_, -_es_ch_are_, ou l’italien _s_ch_erzo_[562]. - - - - -D - - -_A la fin des mots_, le _=d=_ est muet dans les mots français ou -tout à fait francisés. Ces mots se terminent presque tous en _-and_, -_-end_ (prononcé _an_) et _-ond_, comme _gourman_(d), _défen_(d) -ou _fécon_(d); en _-aud_ et _-oud_, comme _chau_(d) et _cou_(d); -en _-ard_, _-erd_, _-ord_ et _-ourd_, comme _regar_(d), _per_(d), -_accor_(d) et _sour_(d), tous avec ou sans _s_[563]. - -C’est par un abus tout à fait injustifié qu’on prononce parfois le -_d_ de _quan_(d) devant une consonne, comme s’il y avait une liaison, -c’est-à-dire avec le son d’un _t_[564]. - -Parmi ces finales, seule la finale _-and_ comprend quelques mots -étrangers où le _d_ se prononce: _hinterlan_d, _stan_d[565]. - -Pour les autres finales, le _d_ est également muet dans les mots -proprement français; mais ils sont peu nombreux: _pie_(d), longtemps -écrit _pié_, et _sie_(d), avec leurs composés; _nœu_(d), _lai_(d) -et _plai_(d), _poi_(ds) et _froi_(d), _ni_(d) et _mui_(d), avec -_palino_(_d_), et, par analogie, l’anglais _plai_(d), qui n’a pas de -rapport avec l’autre. - - * * * * * - -A part _plai_(d), le _d_ final se fait entendre dans tous les mots -étrangers: _la_d, _oue_d, _caï_d, _celluloï_d, _lloy_d, _li_(e)d, -_zen_d, _épho_d, _yo_d, _kobol_d, _talmu_d et _su_d, avec le latin -_a_d[566]. - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, le _d_ autrefois tombait devant une -consonne[567]. Il a revécu progressivement dans un certain nombre de -mots où l’orthographe l’a conservé, comme _a_d_juger_, _a_d_judant_, -_a_d_joindre_, _a_d_versaire_, _a_d_verbe_, _a_d_mirer_, etc., si bien -que le _d_ intérieur n’est plus muet nulle part, pas plus dans les mots -français que dans les mots étrangers, comme _bri_d_ge_, _lan_d_grave_, -_lan_d_sturm_, etc., sauf peut-être _fel_(d)_spath_[568]. - -Dans _mad_(e)_moiselle_, le _d_ tombe facilement quand on parle vite, -mais ce n’est pas correct; quant à _mamzelle_, c’est un peu familier ou -même impertinent. - - * * * * * - -Le _d double_, assez rare, se prononce double dans _a_d-d_enda_ -et _qui_d-d_ité_, dans _a_d-d_ucteur_ et même, si l’on veut, dans -_re_d-d_ition_[569]; mais non dans des mots d’usage aussi courant que -_a_(d)_dition_ et _a_(d)_ditionner_, quoiqu’on l’y ait prononcé double -autrefois. - - - - -F - - -L’_f_ est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui -normalement _à la fin des mots_, notamment dans les mots en _-ef_, -_-euf_, et surtout _-if_, ceux-ci très nombreux[570]. - -Les exceptions sont rares. - -1º Il y a d’abord _cle_(f), qui peut aussi s’écrire _clé_. C’est le -seul mot dont l’_f_ final ne se prononce jamais: pourquoi l’écrit-on -encore[571]? - -2º On prononce sans _f_ _che_(f)-_d’œuvre_, mais l’_e_ reste ouvert: -c’est un reste de la prononciation ancienne qui supprimait l’_f_ devant -une consonne. L’_f_ s’est rétabli dans _che_f-_lieu_. - -3º De plus on prononce encore au pluriel _œu_(fs) et _bœu_(fs), reste -de la prononciation des pluriels, car autrefois on disait également -_des habits neu_(fs). Même au singulier, si l’on ne dit plus, sans -_f_, _du bœu_(f) _salé_, un _œu_(f) _frais_, _un œu_(f) _dur_, comme -on faisait encore assez généralement il n’y a pas cent ans, on dit -toujours _le bœu_(f) _gras_, nouveau reste de la prononciation qui -supprimait l’_f_ devant une consonne. Mais je crois bien que cette -prononciation est en voie de disparaître. Je ne sais ce que durera -_bœu_(f) _gras_, mais il me semble bien que l’_f_ est destiné à se -rétablir partout, un jour ou l’autre, dans les pluriels _œu_(fs) et -_bœu_(fs), car on voit très bien le mouvement de réviviscence de -l’_f_ se continuer. Beaucoup de personnes déjà ne prononcent _œu_(fs) -qu’à la suite d’un _s_ doux: _trois œu_(fs), _douze œu_(fs), _quinze -œu_(fs), par analogie sans doute avec _les œu_(fs), _des œu_(fs), -dont la prononciation ne peut pas s’altérer facilement; mais elles -disent avec l’_f_ _quatre œu_fs, _huit œu_fs, _combien d’œu_fs, _un -cent d’œu_fs. Cette distinction, d’autant plus curieuse qu’elle est -naturellement involontaire, est sans doute l’étape qui nous mènera -un jour à prononcer l’_f_ partout, car _œu_(fs) et _bœu_(fs) sont -presque aujourd’hui les seuls mots qui se prononcent encore au pluriel -autrement qu’au singulier; et sans doute il est temps que cela -finisse[572]. - -4º Dans _cer_f, où l’amuissement de l’_f_ a été général jusqu’à une -époque toute récente, l’_f_ a revécu quelque peu aujourd’hui, même -au pluriel. _Cer_(f) et même _cer_(fs) seront peut-être un jour -surannés; dès maintenant il semble qu’ils ne sont admis qu’en vénerie, -dans le style très oratoire, et en poésie, surtout pour la rime. -_Cer_(f)-_volant_ continue à se passer d’_f_; il lui serait, du reste, -difficile de faire autrement. - -5º L’évolution de _ner_f est beaucoup moins avancée. Au pluriel on -prononce encore uniquement _ner_(fs), et je ne crois pas qu’on ait -jamais dit encore _une attaque de ner_f(s). Au singulier, cela dépend -des cas, et il faut distinguer le sens propre du figuré; car il y a -fort longtemps qu’on dit par exemple: _ce style a du ner_f; on dira -même: _cet homme a du ner_f ou _manque de ner_f, voire même _le ner_f -_de la guerre_ ou _le ner_f _de l’intrigue_; mais ceci est déjà moins -général. Quant au sens propre, quoi qu’en disent les dictionnaires et -les livres, c’est encore _ner_(f) qui l’emporte, et de beaucoup, non -seulement chez le boucher, où l’on ne se plaint pas d’avoir du _ner_f -dans sa viande, mais aussi bien à l’amphithéâtre, où le mot _ner_(f) -a un sens fort différent. _Ner_f viendra certainement, mais n’est -pas encore venu. A fortiori prononce-t-on encore _ner_(f) _de bœuf_, -sans parler de _ner_(f) _foulé_ ou _ner_(f)-_férure_, qu’on pourrait -difficilement prononcer d’une autre manière. - -6º Enfin il y a encore l’adjectif numéral _neu_f. Nous avons vu[573] -qu’on prononce encore _neu_(f) fermé dans certains cas. Mais, de même -que pour _bœu_f ou _cer_f, ces cas se sont fort réduits. Le phénomène -a lieu, non pas devant une consonne, comme on le dit souvent, mais -_devant un pluriel commençant par une consonne_[574]. Ainsi les -personnes qui savent le français disent encore le plus généralement -_neu_(f) _sous_, _les neu_(f) _premiers_, _neu_(f) _fois neu_f, -_dix-neu_(f) _cents_, _neu_(f) _mille_; mais, avec _f_ sonore et _eu_ -ouvert, _le neu_f _mai_, comme _le neu_f _de cœur_, _neu_f _par neu_f, -_en voilà neu_f _de faits_, de même que _page neu_f, ou _j’en ai neu_f. -On peut même distinguer au besoin _trois Japonais et neu_(f) _Chinois_, -de _trois panneaux japonais et neu_f _chinois_, parce qu’il y a ellipse -ici entre _neu_f et _chinois_. Ce n’est donc pas la consonne seulement -qui détermine la prononciation _neu_, ni même proprement le pluriel, -mais le lien étroit qui existe entre _neuf_ et le mot suivant, lien qui -ne se réalise qu’avec un pluriel, c’est-à-dire par la multiplication de -l’objet par neuf. - -C’est un des points sur lesquels on se trompe le plus dans la -prononciation courante. Beaucoup de personnes disent encore _le neu_(f) -_mai_; mais cette prononciation est surannée; elle se maintient encore -çà et là, parce que le lien semble étroit entre le chiffre et le nom -du mois, mais ce lien est fort loin d’être aussi étroit qu’avec un -pluriel: on sait bien ou on doit savoir que _neuf mai_ est en réalité -une abréviation de _neuvième_ (jour du mois) _de mai_, ou _neuf_ de -_mai_; c’est pourquoi l’_f_ s’y prononce depuis longtemps déjà. - -En revanche d’autres prononcent _neu_f _sous_, avec _eu_ ouvert et -_f_ sonore: erreur encore plus grave, mais qui, hélas! tend fort à -se répandre, et qui les conduit naturellement à prononcer avec _f_ -_dix-neu_f-_cents_, au lieu de _dix-neu_(f)-_cents_, qui est encore -seul correct, dix-neuf multipliant cent. - -Il est d’ailleurs fort possible que pour _neu_f, comme pour _œu_f et -_œu_fs, le mouvement commencé soit destiné à s’achever, et que le son -de l’_f_ soit destiné à s’imposer partout un jour ou l’autre; mais -nous n’en sommes pas là, et il y a encore une prononciation spéciale, -seule correcte provisoirement, pour les adjectifs numéraux suivis d’un -pluriel: on doit s’y tenir. Ce qui est le plus surprenant, c’est que -ceux qui disent _neu_f _cents_ avec _f_ sont généralement ceux-là même -qui disent _neu_(f) _mai_ sans _f_! - -Cette prononciation de _neuf_ sans _f_ est naturellement réservée aux -pluriels commençant par une _consonne_, par la raison bien simple que -devant une voyelle il se produit un phénomène de liaison. Mais ici -encore il y a une remarque à faire. En principe, cette liaison devrait -maintenir le son _eu_ fermé, avec changement de _f_ en _v_, phénomène -qui était général autrefois[575]. A vrai dire, le phénomène n’a pas -complètement disparu, mais il ne s’est maintenu que dans _neu_(f) -_vans_ et _neu_(f) _vheures_; ailleurs on prononce généralement _neuf_ -ouvert, comme partout[576]. - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, l’_f_ ne se met plus devant une consonne[577]. - - * * * * * - -L’_=f=_ _double_ final se prononce comme un _f_ simple, le double -_f_ intérieur aussi: _a_(f)_faire_, _a_(f)_faissé_, _a_(f)_fiche_, -_a_(f)_franchi_, _en e_(f)_fet_, _o_(f)_fice_, _su_(f)_fire_, -_di_(f)_férence_. Toutefois, comme nous avons affaire ici à une -spirante, la prononciation des deux _f_, devenue plus facile, est -une tentation à laquelle on ne résiste pas toujours, et on les -prononce volontiers dans quelques mots savants: _a_f-f_ixe_ et -_su_f-f_ixe_, _a_f-f_usion_, _e_f-f_usion_, _di_f-f_usion_ (mais non -_di_f-f_us_), _su_f-f_usion_, _e_f-f_lorescence_, _di_f-f_ringent_ -et _di_f-f_raction_, _su_f-f_ète_; on hésite même pour des mots -comme _a_ff_abulation_, _di_ff_luent_, _e_ff_luve_, _di_ff_amer_, -_e_ff_ervescence_, _cause e_ff_iciente_, _e_ff_raction_; enfin l’accent -oratoire sépare volontiers les _f_ dans _a_f-f_amé_, _a_f-f_ecté_, -_a_f-f_éterie_, _a_f-f_irmer_, _a_f-f_olant_, _e_f-f_aré_, -_e_f-f_éminé_, _e_f-f_lanqué_, _e_f-f_réné_, et même _e_f-f_royable_, -et quelques autres[578]. - - - - -G - - -1º Le G final. - -_A la fin des mots_, le =_g_= ne se prononce pas dans les mots -français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture -que dans deux cas: d’une part dans _bour_(g) et ses composés, avec -_faubour_(g)[579]; d’autre part après une nasale: _ran_(g), _san_(g) -ou _san_(g)_sue_, _étan_(g) et _haren_(g); _sein_(g), _vin_(gt) -et ses dérivés, _coin_(g), _poin_(g), _vieux oin_(g), _lon_(g) et -_lon_(g)_temps_[580]. - -En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un -_g_ final, et ce _g_ ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont -_doi_(gt), _jou_(g) et _le_(gs). - -Pour _doi_(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par -l’oreille et non par l’œil. - -Mais beaucoup de gens prononcent _jougue_, et depuis fort longtemps -l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la -majeure partie des gens instruits continue à préférer _jou_(g), au -moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581]. - -Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du _g_ est -encore plus fréquente dans _le_(gs), orthographe déplorable d’un mot -qui devrait s’écrire _lais_, du verbe _laisser_, dont il vient: il est -fort à craindre que la prononciation _lègue_ ne finisse par s’imposer -un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des -professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe _legs_, -par une fausse analogie avec _léguer_[582]. - -Le _g_ final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales -étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui -se sont francisées: _mustan_(g), _oran_(g)-_outan_(g), _parpain_(g), -_shampoin_(g), et, si l’on veut, _shellin_(g) et _sterlin_(g)[583]. - -Le _g_ final se prononce dans les autres mots étrangers: dans -_dra_g, _thalwe_g, _wi_gh, _bo_g, _gro_g, _tou_g, etc., ainsi que -dans l’onomatopée _zigza_g et le populaire _bon zi_g; dans _er_g et -_iceber_g; dans _rotan_g, _ginsen_g et _gon_g, peut-être à tort; dans -l’onomatopée _di_g _din don_ et la plupart des mots anglais en _-ing_: -_brownin_g, _poudin_g, _skatin_g, _meetin_g, etc. La prononciation -exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français; -mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit -d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère, -et garde une allure exotique[584]. - - -2º Le G devant une voyelle. - -_Dans le corps ou en tête des mots_, devant une voyelle, le _g_ n’a -le son guttural que devant =_a_=, =_o_=, =_u_=: g_alon_, _bri_g_and_, -g_orille_, g_onfler_, _fi_g_ure_; il a le son chuintant devant _e_ et -_i_: g_énie_, g_entil_, g_in_g_embre_, _a_g_ir_, g_ymnase_[585]. Les -deux sons sont réunis dans g_i_g_ot_ ou g_i_g_antesque_[586]. - -On doit cependant pouvoir donner au _g_ le son chuintant devant _a_, -_o_, _u_, et le son guttural devant _e_ et _i_. - - -I.--On donne au _g_ le son _chuintant devant_ _=a=_, _=o=_, _=u=_, -par l’intercalation d’un _e_ qui ne se prononce pas: _man_g(e)_a_, -_man_g(e)_aille_, _man_g(e)_ons_, _man_g(e)_ure_ (de vers), g(e)_ai_, -_rou_g(e)_ole_, _pi_g(e)_on_, _na_g(e)_oire_, etc.[587]. - -Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’_e_ de -_g_(e)_ôle_, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu -disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore -beaucoup de gens à prononcer _gé-ôle_, comme s’il y avait un accent -aigu sur l’_é_, cela parce que _g_(e)_ôle_ a été remplacé dans l’usage -courant par _prison_, et que le mot est de ceux qu’on apprend par -l’œil et non par l’oreille; et naturellement _gé-ôle_ amène souvent -_gé-ôlier_. - -Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le -mot _ga_g(e)_ure_ a cédé la place dans l’usage courant au mot _pari_, -beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale -_-eure_, et la prononciation par _eure_ est extrêmement répandue. -Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe _-eure_ n’existe -en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation -ancienne: _meill-eure_, _pri-eure_, _min-eure_, _maj-eure_, et ceux -des adjectifs en _-érieur_; mais les substantifs ne connaissent -que le suffixe _-ure_: _blesser_-_blessure_, _brocher_-_brochure_, -_coiffer_-_coiffure_, _peler_-_pelure_, _couper_-_coupure_, etc.; -d’où, étant donné le procédé orthographique, _gager_-_gag_(e)_ure_, -_verger_-_verg_(e)_ure_ (du papier), _manger_-_mang_(e)_ure_ (de vers), -et _charger_-_charg_(e)_ure_ (terme de blason)[589]. - -II.--D’autre part on donne au _g_ le son _guttural devant_ =_e_= et -=_i_=, y compris l’=_e_= muet, par l’addition d’un _u_, qui ne se -prononce pas plus que l’_e_ de _pig_e_on_: _g_u_erre_, _g_u_érir_, -_fatig_u_er_, _narg_u_er_, _g_u_irlande_, _g_u_ider_, _g_u_impe_, -_lig_u_e_, _dog_u_e_. - -Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres -confusions. Il y a, en effet, des mots où l’_u_ ainsi placé appartient -au radical, comme dans _ai_gu_ille_, et doit se prononcer, tout en -faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment -savoir si l’_u_ de _-gué-_ ou _-gui-_ se prononce? Celle des deux -prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire _ghé_ et -_ghi_, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce _ghé_ et -_ghi_, et non _gué_ et _gui_, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les -confusions. - -Il faut donc que nous recherchions les cas où l’_u_ se fait entendre -dans les groupes _gué_ et _gui_. - -Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut -éviter désormais de mouiller le _g_ guttural, aussi bien que le _c_, -par exemple de dire à peu près _ghyamin_ ou _ghyerre_ pour _gamin_ -ou _guerre_: la distinction que Nodier établissait à ce point de -vue au profit des voyelles _é_ et _i_ a cessé d’être admise dans la -prononciation correcte. - - -3º Le groupe GU devant une voyelle. - -I.--_Devant un_ =_e_=, l’_u_ ne se prononce à part en français que dans -le verbe _arg_u-_er_, et devant l’_e_ muet final des quatre adjectifs -féminins _aig_uë, _ambig_uë, _contig_uë, _exig_uë, et des deux -substantifs _besaig_uë et _cig_uë. On voit que cet _e_, quoique muet, -porte un tréma pour marquer la prononciation de l’_u_. - -Dans le verbe _ar_gu-_er_, le suffixe étant naturellement _-er_, l’_u_ -appartient au radical, qui est le même que dans _ar_gu-_ment_. Les gens -de loi savent très bien qu’on prononce _ar_gu-_er_, _j’ar_gu-_e_, _nous -ar_gu-_ons_, _j’ar_gu-_ais_, comme _tu-er_, _je tue_, etc.; mais que de -gens, voire des professeurs, articulent _ar_gh_er_, comme _narguer_, -_j’ar_gh_e_, _il ar_gh_ait_! - -On a mis parfois un tréma dans _j’ar_guë, _il ar_guë, comme dans -_ci_guë, _ambi_guë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup -d’erreurs, devrait être la seule correcte. - -Partout ailleurs les groupes _gue_ et _gué_ se prononcent _ghe_ et -_ghé_: gu_enille_, gu_érir_, _dra_gu_er_, etc.[590]. - -II.--_Devant un_ =I= le cas est bien plus grave, parce que _-gui-_ est -plus fréquent que _-gué-_. Aussi la plupart des _u_ qui devraient se -prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long. - -_Aiguille_ et _aiguillon_, avec leurs dérivés, sont les derniers mots -d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’_u_. Encore -faut-il faire une distinction. _Aiguille_ paraît trop commun pour être -altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et -non par l’œil. Et pourtant _ai_gh_ille_ n’est déjà pas sans exemple. -Quand à _aiguillon_, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en -_ai_gh_illon_, étant moins populaire ou moins général qu’_aiguille_; -pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue -qu’elle est par le voisinage d’_ai_gu_ille_. - -Outre ces deux mots, on prononce _ui_ naturellement dans -_ambi_g_uïté_, _conti_g_uïté_, _exi_g_uïté_, comme dans tous les mots -en _-uité_ (_u-ité_ chez les poètes); et enfin dans quelques mots -savants, _consan_g_uinité_ ou _san_g_uification_, _lin_g_uiste_ et -_lin_g_uistique_, _inextin_g_uible_, _in_g_uinal_, _on_g_uiculé_ et -_un_g_uis_, ou des mots purement latins, comme _an_g_uis in herba_[591]. - -Partout ailleurs on prononce _ghi_ aujourd’hui, notamment en tête -des mots: gu_ichet_, gu_imauve_, gu_itare_, etc.[592]; de même, -malgré le latin, dans _an_gu_ille_ et dans les mots de la racine de -_sang_ (sauf _consan_g_uinité_ et _san_g_uification_): _san_gu_in_ et -_consan_gu_in_, _san_gu_ine_, _san_gu_inaire_, _san_gu_inolent_; aussi -dans _bé_gu_ine_ et _bé_gu_in_, et dans _ai_gu_ière_[593]; enfin dans -_ai_gu_iser_, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe -a altéré la prononciation. - -Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore _ai_g_uiser_ par -_u_, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce _aighiser_, et -nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus -longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens -propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à -réagir[594]. - - -III.--Ce n’est pas tout. Les groupes _=gua=_ et _=guo=_ ne sont pas -français, sauf dans les verbes en _-guer_, où l’_u_ se conserve -partout, pour l’unité de la conjugaison: _navi_gu_a_, _navi_gu_ons_, -_navi_gu_ait_. Il suit de là que, hors ce cas, _gua_ ne se prononce pas -_ga_: il se prononce _goua_ (_gwa_), comme en latin, tout en faisant -diphtongue, bien entendu. Ainsi dans _ja_g_uar_ et _cou_g_uar_, dans -g_uano_, _i_g_uane_ et _al_g_uazil_, et même dans _lin_g_ual_. Pourtant -l’_u_ a cessé de se prononcer dans _ai_gu_ade_, _ai_gu_ail_ ou -_ai_gu_ayer_, et aussi dans _para_gu_ante_, qui est d’ailleurs passé de -mode. - -Quant à _-guo-_, même en latin, il se prononce _go_: -_distin_g(u)_o_[595]. - - -4º Le G devant une consonne. - -Les consonnes devant lesquelles on rencontre quelquefois _g_ en -français sont les liquides, _=l=_, _=m=_, _=n=_, _=r=_, et _=d=_ ou -_=g=_[596]. - -Les groupes _=gl=_ et _=gr=_ n’offrent pas de difficultés. - -Devant un _=m=_ ou un _=d=_, le _g_ se prononce toujours; il ne -s’y trouve d’ailleurs que dans des mots d’origine savante, comme -_amy_g_dale_ ou _au_g_menter_[597]. - -Devant _=n=_, la question est moins simple, car le français _=gn=_ -n’est normalement qu’un _n_ mouillé[598]. Aussi le groupe _=gn=_ -est-il mouillé presque partout, notamment devant un _e_ muet, sans -exception, et même dans les mots d’origine savante, pourvu qu’ils -soient suffisamment répandus, comme _ma_gn_étisme_, depuis Mesmer. -On a même longtemps mouillé un mot latin comme _agnus_, parce qu’il -était fort usité. Il en résulte qu’on ne sépare le _g_ de l’_n_ que -dans quelques mots savants moins usités, ou des mots étrangers, -notamment en tête des mots: g_neiss_; g_nome_ et g_nomique_, g_nomon_ -et g_nomonique_, avec _physio_g_nomie_; g_nose_ et g_nostique_, avec -_dia_g_nostic_, _géo_g_nosie_, _reco_g_nition_ et _inco_g_nito_, -celui-ci par confusion, car il est italien, et on le mouille encore -quelquefois, comme en italien; de plus, dans _ma_g-_nificat_ et -_a_g-_nus_, mots latins; dans _a_g-_nat_ et _ma_g-_nat_, dans -_co_g-_nat_, et _co_g-_nation_, dans _sta_g-_nant_ et _sta_g-_nation_, -dans _re_g-_nicole_ et _inexpu_g-_nable_, dans _i_g-_né_ et tous les -mots commençant par _igne-_ et _igni-_; souvent aussi dans _li_g-_nite_ -(mais non _ligneux_) et dans _pi_g-_noratif_[599]. Dans _ma_gn_olia_, -on mouille encore, mais la cacophonie de _nyolya_ est en voie de -séparer l’_n_ du _g_[600]. - -Il ne faut pas séparer le _g_ de l’_n_ dans d’autres mots, -même d’apparence plus ou moins savante, comme _co_gn_assier_, -_dési_gn_atif_, _impré_gn_ation_, _ma_gn_ésie_ ou même _ma_gn_ifier_. - -Enfin le =_g_= _double_, devant une consonne, se prononce comme un seul -_g_: _a_(g)g_lomérer_, _a_(g)g_lutiner_, _a_(g)_graver_; mais on peut -aussi prononcer les deux. Devant _e_ ou _i_, on a naturellement un _g_ -guttural, puis un _g_ chuintant: _su_g-g_érer_[601]. - - * * * * * - -Dans les mots italiens non francisés, le _=g=_ simple ou double se -prononce _dj_ devant _i_, par exemple dans _a_ g_iorno_, _dramma_ -g_iocoso_ ou _risor_g_imento_; mais _appo_g_iature_ est francisé, -puisqu’il n’a même pas l’orthographe italienne[602]. - -On prononce de même _dj_ dans g_iaour_ et g_entry_; mais on peut -prononcer indifféremment _gentleman_ par _jan_ ou _djen_, quoique _man_ -ne soit jamais nasal, et _gin_ par _jin_ nasal ou _djin_ non nasal; on -francise encore à volonté g_ipsy_ et _bostan_g_i_. - -_=Gh=_ est proprement le _g_ guttural étranger devant _e_ et _i_, et -quelquefois ailleurs: gh_etto_, _slou_gh_i_, _yo_gh_i_[603]. On ne -l’entend pas dans _hi_gh, _ri_gh_t_, _dreadnou_gh_t_[604]. - -Le _=gli=_ italien n’est pas autre chose qu’un _=l=_ mouillé, -c’est-à-dire chez nous un _y_, et ne fait pas syllabe à part; mais nous -avons complètement francisé, en y ajoutant une syllabe, _imbrogli-o_ et -_vegli-one_[605]. - - - - -H - - -1º L’H final ou intérieur. - -_Après une voyelle finale_, l’_=h=_ allongeait la voyelle dans quelques -mots étrangers; mais nous avons vu que le phénomène n’est plus guère -sensible chez nous[606]. Il l’est davantage dans le corps des mots, où -l’_h_ peut encore parfois fermer et allonger la voyelle qui précède; -mais ce sont aussi des mots étrangers: _o_h_m_, _fœ_h_n_[607]. - -_Après une consonne_, sauf le groupe français _=ch=_, étudié plus haut, -l’_=h=_ ne change rien généralement au son de cette consonne: ainsi -_=kh=_ égale _k_ partout; quant au _=g=_, l’_h_ ne fait que lui rendre -le son guttural devant _e_ et _i_; _=th=_ égale _t_ pour nous, _=rh=_ -égale _r_. - -Dans le Midi, _=lh=_ et _=nh=_ représentent _l_ et _n_ mouillés. - -D’autre part, _=sch=_ allemand et _=sh=_ anglais ou russe ont le son du -_ch_ français[608]. - -Tous ces groupes se prononcent à la fin des mots, sauf _ch_ final dans -_almana_(ch), et _gh_ final ou devant _t_ en anglais[609]. - - -2º L’H initial, muet ou aspiré. - -Mais ce n’est pas après une autre lettre, voyelle ou consonne, c’est -_en tête des mots_ que l’_h_ joue un rôle intéressant en français. Il -est vrai que ce rôle a été contesté. Et assurément l’_h_ dit _muet_ -ne sert absolument à rien et aurait dû disparaître depuis longtemps -de l’orthographe, ou plutôt n’aurait jamais dû y être introduit sous -prétexte d’étymologie. - -Mais quoi qu’on en dise, il n’en est pas de même, de l’_h aspiré_. -J’avoue que, d’aspiration proprement dite, il n’y en a plus guère -depuis plus d’un siècle. Pourtant il y en a certainement une dans -quelques onomatopées ou exclamations comme h_a_, h_é_, h_ola_, h_om_, -h_ue_; il y a aussi aspiration entre _oh! oh!_ et _ah! ah!_ quoique -ici l’_h_ soit final et non initial, et aussi, par emphase, quand on -exprime un sentiment violent: _je le_ h_ais_, _c’est une_ h_onte_. -Mais ce n’est pas tout: même sans accent oratoire, il y a toujours -_l’interdiction absolue de l’élision et de la liaison_, et par -suite _l’obligation de l’hiatus_, qui est une caractéristique assez -remarquable. - -Il est parfaitement vrai qu’on prononce _il est_ h_ardi_ ou _des_ -h_omards_ sans plus d’aspiration que dans _il est allé à Paris_ ou -_alvéole_; mais tout de même, tant qu’on dira _il est_ h_ardi_ ou _des_ -h_omards_ sans liaison, et par suite avec hiatus, tant qu’on dira _le_ -h_ameau_ ou _la_ h_otte_ sans élision, et par suite encore avec hiatus, -et cela en vers comme en prose, par nécessité, tant qu’on distinguera, -par la liaison, _en eau_ de _en_ h_aut_, _les auteurs_ de _les_ -h_auteurs_, etc., aussi longtemps l’_h_ jouera son rôle, à moins qu’on -ne le remplace par un autre signe diacritique, ce qui est parfaitement -inutile[610]. - -Je sais bien que ces finesses n’appartiennent pas à la langue -populaire, et que même les erreurs nombreuses que fait le peuple en -cette matière montrent bien la répugnance instinctive qu’il a pour -l’_h_ aspiré: si la langue était livrée à elle-même, l’_h_ aspiré -deviendrait promptement identique à l’_h_ muet. Mais ces erreurs, les -gens instruits ne les font pas, et c’est la langue des gens instruits -qu’on enseigne ici. - -Il y a donc en français un _h_ aspiré. Toutefois nous sortirions de -notre sujet pour entrer dans le domaine de la grammaire ou de la -lexicographie, si nous énumérions ici les mots dont l’_h_ est aspiré. -D’ailleurs, les dictionnaires sont là pour renseigner sur ce point, -s’il en est besoin. Il convient toutefois d’énoncer la loi générale qui -domine ici les faits, en indiquant les exceptions essentielles. - - -3º La loi de l’H initial. - -La loi est celle-ci: _l’__=h=_ _est_ muet _quand il est d’origine -latine ou grecque_, aspiré _ailleurs, et surtout quand il est d’origine -germanique_. - -I.--L’_h_ est _muet_ quand il vient du latin: (h)_abile_, (h)_abit_, -(h)_erbe_, (h)_omme_ et (h)_umain_, (h)_ospice_, (h)_ôtel_, (h)_umeur_, -etc.; à fortiori dans quelques mots qui ne devraient point avoir -d’_h_, n’en ayant point en latin: (h)_eur_, (h)_ermine_, (h)_ièble_, -(h)_uile_, (h)_uis_, (h)_uître_[611]. - -Il n’y a donc pas lieu d’aspirer (h)_ameçon_, (h)_allucination_ ou -(h)_altères_, ni (h)_iatus_, malgré le sens, ni (h)_irsute_, ni -(h)_oir_ et (h)_oirie_, ni enfin les dérivés d’(h)_uile_[612]. - -L’_h_ est tout aussi muet quand il remplace, très inutilement, l’esprit -rude du grec, notamment dans tous les mots qui commencent par _hecto-_, -_hélio-_, _hémi-_, _hémo-_, _hepta-_, _hétéro-_, _hexa-_, _hiéro-_, -_hippo-_, _homo-_, etc., et tous ceux qui commencent par _hy-_[613]. - -Il y a aujourd’hui une tendance très marquée à aspirer l’_h_ dans -(h)_y-ène_; mais il n’y a à cela aucune raison; et si _l’_(h)_yène_ -paraît dur avec diphtongue, il est assez simple de dire _l’_(h)_y-ène_, -comme Victor Hugo, conformément à l’étymologie grecque, tout comme on -dit _l’_(h)_y-acinthe_ et non _le_ h_yacinthe_; cela vaut certainement -mieux que _la_ h_yène_, ou _des_ h_yènes_ sans liaison[614]. - - -II. L’_h_ qui n’est pas latin ou grec est presque toujours _aspiré_. - -Il l’est d’abord dans nombre d’exclamations ou d’onomatopées sûres -ou probables, ou même simplement prises pour telles, h_aleter_, -h_an_, h_ennir_, h_isser_, h_ola_, h_oquet_ (qui a peut-être altéré -h_oqueton_), h_oup_, h_ourra_, h_uer_, etc. L’_h_ n’est pas aspiré dans -_hallali_. - -Il l’est surtout dans un grand nombre de mots (une centaine de racines) -d’origine germanique. On y voit figurer en majorité le haut et le bas -allemand[615]. - -On y trouve aussi l’anglais, avec h_andicap_ ou h_éler_; les dialectes -scandinaves, avec h_auban_, h_isser_ et h_une_; le néerlandais avec -h_apper_, h_être_, h_ie_, h_obereau_, h_oublon_ et h_ouille_, et vingt -ou trente racines d’origine inconnue, qui ont toutes les chances d’être -germaniques, ne pouvant être latines ou grecques[616]. - - -4º Les exceptions. - -Il y a, avons-nous dit, des exceptions. Cette distinction entre ces -deux catégories de mots, mots latins et mots germaniques, est si -certaine et si caractéristique que c’est précisément et uniquement -l’influence des mots germaniques qui a fait aspirer l’_h_ de certains -mots d’origine latine, par l’effet d’une fausse analogie: ainsi -h_arpon_ a été altéré probablement par h_arpe_, h_uguenot_ par -H_ugues_, h_uppe_ par l’allemand aussi, et surtout tous les mots de la -famille de _haut_, qui ne devraient point avoir d’_h_, par l’allemand -_hoch_, quoique l’origine latine de h_aut_ ne soit pas douteuse[617]. - -Il y a encore d’autres aspirations irrégulières qui s’expliquent plus -ou moins bien. Ainsi, parmi les mots qui viennent du grec, on trouve -h_alo_, peut-être par euphonie pour éviter l’(h)_alo_, comme on dit -_le_ h_ulan_; et encore h_alurgie_ et h_arpye_, quoique (H)_arpagon_ -ait l’_h_ muet. - -On dit aussi, sans doute par euphonie, la h_iérarchie_; mais -l’_h_ de ce mot est muet par ailleurs, et généralement aussi dans -(h)_iérarchique_, toujours dans (h)_iérophante_, (h)_iéroglyphe_ ou -(h)_iératique_. - -On s’explique assez bien l’aspiration dans h_ors_ qui vient du latin, -parce que l’_h_ remplace un _f_[618]; et aussi dans _voilà le_ -h_ic_[619]. - -Dans h_arceler_ et h_argneux_, il y a peut-être une espèce -d’onomatopée. H_érisser_ ou h_érisson_ ont pu s’aspirer aussi à cause -du sens. D’autres aspirations s’expliquent difficilement[620]. - -Enfin il y a des racines qui ont pris un caractère hybride, tantôt -aspirées, tantôt non. - - -1º _Huit_ n’a même pas d’_h_ en latin[621]. Il s’est aspiré pourtant, -mais seulement en qualité de nom de nombre, comme _un_ et _onze_, afin -de s’isoler nettement des mots voisins, comme tous les noms de nombre: -_le un_, _le deux_, _le sept_, _le_ h_uit_, _le onze_, _le_ h_uitième_, -_la_ h_uitaine_; de même _chapitre_ h_uit_ et _livre_ h_uit_, quoiqu’on -dise _page_ (h)_uit_; de même encore _trois_ h_uit_ sans liaison. -Toutefois _huit_ n’est plus aspiré quand il n’est pas initial; ainsi -on fait la liaison dans _dix_-(h)_uit_ par _s_ doux comme dans _dix -hommes_ et l’on prononce _vingt_-(h)_uit_ comme _quarant_(e)-(h)_uit_ -où l’_e_ s’élide; de même _mill_(e)-(h)_uit cents_[622]. - - -2º L’_h_ de h_éros_ s’est aspiré aussi par une sorte d’euphonie, et -sans doute pour éviter la confusion ou plutôt le calembour que la -liaison aurait faite au pluriel avec _les zéros_. Mais tous les autres -mots de la même racine, (h)_éroïque_, (h)_éroïsme_, (h)_éroïne_, -(h)_éroïde_, ont gardé l’_h_ muet qu’ils tenaient du latin. - -3º Le mot (h)_uis_, qui a l’_h_ muet, comme son dérivé (h)_uissier_, -s’aspire dans l’expression h_uis clos_. - -4º Inversement, h_anse_, de l’ancien haut allemand, a gardé son _h_ -aspiré, car on ne saurait dire l’(h)_anse_; mais on dit, avec élision -ou liaison, _la ligue_ (h)_anséatique_, _les villes_ (h)_anséatiques_. - -5º De même h_éraut_, probablement de même origine que h_anse_, a gardé -aussi son _h_ aspiré; mais (h)_éraldique_ et (h)_éraldiste_ ont l’_h_ -muet, parce qu’ils nous sont venus par l’intermédiaire de formes -latines[623]. - - - - -J - - -Le _j_, qui n’est autre que _i_ consonne, transformé en chuintante -douce ou sonore, ne se trouve jamais à la fin des mots[624]. - -Dans le corps des mots et surtout en tête, il est toujours devant une -voyelle et se prononce devant toutes comme _g_ devant _e_ et _i_[625]. - -Le _j_ étranger n’est non plus que l’_i_ consonne, mais il se prononce -le plus généralement comme un _yod_; ainsi dans l’italien j_ettatura_ -ou dans le hongrois _el_ j_en_[626]. - -En anglais et dans quelques autres langues, il se prononce comme _dj_: -ainsi dans _ban_j_o_[627]. - - - - -K - - -Le =_k_= n’est pas autre chose qu’un _c_ guttural, dont le son ne -change pas. Mais ce n’est pas une lettre proprement française, pas plus -que latine d’ailleurs, le français ayant adopté, après le latin, _c_ et -_qu_ pour noter le même son. - -Le _k intérieur_ ou _final_ est toujours étranger: _mo_k_a_. - -_A la fin des mots_, le _k_ se prononce toujours, comme ailleurs: ainsi -_mar_k[628]; mais il s’ajoute presque toujours au _c_, au moins après -une voyelle, sans d’ailleurs modifier le son; ainsi de _beefsteak_ nous -avons fait _bifte_ck, avec addition d’un _c_. - -On trouve exceptionnellement un _k_ devant un _e_ muet dans -_co_k_e_[629]. - -Les mots qui _commencent_ par _k_ sont d’origine étrangère ou tirés du -grec, comme k_épi_, k_nout_ ou k_ilogramme_[630]. - - - - -L - - -1º L’L final et les mots en il. - -La lettre =_l_= est une de celles qui se prononcent en français _à la -fin des mots_. - -Les finales en =_-al_= et en =_-el_= notamment sont très nombreuses et -n’offrent point d’exceptions[631]. - -Les finales en =_-eul_=, =_-ol_= et =_-oil_= n’en ont pas -davantage[632]. - -Parmi les finales en =_-oul_= et =_-ul_=, il faut excepter _pou_(ls) -et _soû_(l), qu’on écrit aussi _saoul_ très mal à propos, et _cu_(l), -avec ses composés _gratte-cu_(l), _torche-cu_(l), _cu_(l)-_blanc_, -_cu_(l)-_de-jatte_, _cu_(l)-_de-bouteille_, _cu_(l)-_de-sac_, -_cu_(l)-_de-lampe_, _cu_(l)-_de-poule_, etc.[633]. - -Les finales en =_-ail_=, =_-eil_=, =_-euil_=, et =_-ouil_= (y compris -_œil_ et les mots en _-cueil_ et _-gueil_) ont un _l_ mouillé par -l’_i_: _éma_il, _cora_il, _sole_il, _pare_il, _deu_il, _fauteu_il, -_accue_il, _orgue_il, _fenou_il, etc.[634]. _Rail_ seul se prononce -quelquefois _rèl_ à l’anglaise[635]. - -Restent les finales en =_-il_= après une consonne, qui appellent -quelques observations. - -D’abord le pronom _il_. Ce mot avait amui son _l_ depuis le XVIᵉ -siècle, sauf en liaison, bien entendu. C’est un phénomène assez curieux -qu’à cette époque on écrivait _a-il_ et on prononçait _ati_. - -Ni le XVIIᵉ siècle, ni le XVIIIᵉ n’ont rétabli cet _l_ dans la -prononciation courante, et le XVIIIᵉ siècle n’a cherché à le rétablir -que dans le discours soutenu. Restaut reconnaît qu’il ne se prononce -pas ailleurs. Depuis Domergue, les grammairiens veulent qu’on -le prononce partout; mais dans l’usage courant et familier: _où -va-t-i_(l), _i_(l) _vient_ s’entendent presque uniquement à côté de -_i_l _a_. L’enseignement seul maintient cet _l_ dans la lecture et dans -le langage soigné. - -Les autres mots en =_-il_= se divisaient autrefois en deux catégories: -les mots à _l_ simple et les mots à _l_ mouillé. - -I.--_Les mots à_ =_l_= _simple_ ont gardé leur _l_ dans la -prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont: -l’adjectif numéral _mi_l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en -_-ilis_, _puéri_l, _viri_l, _volati_l, _subti_l, _bissexti_l, _vi_l, -_civi_l; le vieux pronom _ci_l; des substantifs également venus du -latin: _fi_l (avec _profi_l et _morfi_l), _si_l, _exi_l, _pisti_l; et -quelques mots étrangers, _ani_l, _tori_l, _alguazi_l, avec _béry_l[636]. - - -II.--_Les mots à_ _=l=_ _mouillé_, d’origines variées ou inconnues, -se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’_l_ final unique -se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu -progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené -la chute de la consonne, soit par changement de l’_l_ mouillé en _l_ -simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux -groupes: - - -1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’_l_ depuis -longtemps: ce sont _bari_(l), _charti_(l), _cheni_(l), _courbari_(l), -_courti_(l), _couti_(l), _douzi_(l) ou _doisi_(l), _feni_(l), -_fourni_(l), _fraisi_(l), _fusi_(l), _genti_(l), _nombri_(l), -_outi_(l), _sourci_(l), et plus récemment _persi_(l), malgré le -voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme _bari_ll_et_, -_outi_ll_er_, _fusi_ll_er_, _sourci_ll_er_, etc.[639]. - -_Genti_(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à _l_ -sonore (latin _gentilis_), est passé ensuite à la seconde, _avec_ _=l=_ -_mouillé_, après quoi il a également amui son _l_[640]; toutefois, au -singulier de _gentilhomme_, un _yod_ est demeuré nécessairement entre -l’_i_ et l’_o_ (gentiyom). - - -2º Au contraire, _ci_l, _péni_l, _brési_l, _torti_l (pour _tortis_, -sous l’influence de _torti_ll_er_), ont passé au groupe des mots à _l_ -non mouillé; _péri_l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions; -_avri_l de même, après s’être prononcé _avri_ au XVIIᵉ siècle, et -_avriy_ au commencement du XIXᵉ. - -Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: _babil_, -_grésil_, _gril_ et _mil_ (avec _grémil_). Non qu’on puisse y conserver -le son mouillé, ou plutôt le _yod_, car il s’y entend de moins en -moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de -formes mouillées, comme _babi_ll_er_, _grési_ll_er_, _gri_ll_er_: la -seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec -ou sans _l_, car les deux coexistent. Il est probable que le son _il_ -l’emportera dans _mi_l et _babi_l, comme dans _péri_l et _avri_l. Mais -_grési_(l), et surtout _gri_(l), sans _l_, paraissent avoir des chances -sérieuses[641]. - - -2º L’L intérieur. - -_Dans le corps des mots_, l’_=l=_ se prononce aujourd’hui partout, -notamment dans _pou_l_pe_, _sou_l_te_ et _indu_l_t_, où il a revécu, -grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642]. -Il faut excepter _fi_(l)_s_ et _au_(l)_x_, pluriel de _ail_[643]. Je -ne parle pas de _au_(l)_ne_, qui a cédé la place à _aune_, ni de -_fau_(l)_x_, graphie assez ridicule pour _faux_, adoptée néanmoins par -V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire _lys_ -pour _lis_[644]. - -Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’_l_ intérieur tombe -souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver. -Ainsi, dans les mots en =_-lier_=, le peuple fait souvent tomber -l’_l_, et prononce par exemple _escayer_, et surtout _souyer_, et cela -depuis des siècles; de même _bi-yeux_ et _mi-yeu_, pour _bi-lieux_ -et _mi-lieu_, _un yard_ pour _un liard_. Il faut éviter avec soin -cette prononciation, et ne pas confondre _sou_-l_ier_ avec _souiller_ -(souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645]. - -Il n’en est pas tout à fait de même de _que_(l)_qu’un_, et surtout -_que_(l)_qu_(e)_s-uns_, _que_(l)_qu’ chose_, et _que_(l)_qu’ fois_, -qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et -cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme -au génie de la langue, qui admet mal le groupe _lq_, ne saurait être -condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison -pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les -phonéticiens purs? - -Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la -conversation, _capab_(le), _impossib_(le), _discip_(le), _muf_(le), -au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous -l’avons vu à propos de l’_e muet_, et même quelquefois sans cela. Mais -que ne dit-on pas? On dit non seulement _c_(el)_a_, qui est admis, -mais _c_(el)_ui qui_ et _c_(el)_ui-ci_[646]; et aussi _j_(e l)_ui ai -dit_, et même _j_(e lu)_i ai dit_; et non seulement _i_(l) _vient_, ou -_ainsi soit-i_(l), mais aussi _e_(lle) _vient_ ou _e_(lle) _n’ vient -pas_ (voire _a vient_!); et aussi _que_(l) _sale métier_, et (il) _y a -du bon_, et (il n’)_y en a plus_ (ou _pus_); et non seulement _s’i_(l) -_vous plaît_, mais _s’i_(l v)_ous plaît_[647], et _s’_(il v)_ous -plaît_, et même _s’_(il) _te plaît_ et _s’_(il vous) _plaît_. Tout -cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais -va-t-on le conseiller aussi[648]? - -Assurément, si l’on disait toujours _que_(l)_qu’ fois_, il faudrait -bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il -s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours -_çà_ pour _cela_: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes -à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables -dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme -modèles[649]. - - -3º L’L double après un i. - -L’_l double_ se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un -_l_ simple, comme deux _l_, et comme l’_l_ mouillé: c’est-à-dire bien -entendu le _yod_. - -Quand l’_l_ double est final, il se prononce simple, comme les autres -consonnes, même après _i_: _bi_l(l) et _mandri_l(l), comme _footbal_(l) -ou _atol_(l). C’est donc une erreur de mouiller _mandril_(l). - -Quand l’_l_ double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de -la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un -_i_, car si c’est un _i_, l’_l_ double est généralement mouillé. - - * * * * * - -L’_l_ double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes -_-aill-_, _-eill-_, _-euill-_, _-ouill-_, à commencer par les finales -muettes en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, qui -correspondent aux finales masculines en _-ail_, _-eil_, _-euil_, -_-ouil_: _éca_ille et _bata_ill_e_, _abe_ill_e_ et _ose_ill_e_, -_feu_ill_e_ et _cue_ill_e_, _grenou_ill_e_, etc. Il en est de même dans -le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe -_=-ill-=_ intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650]. - -Ainsi l’addition de l’_i_ entre l’une des voyelles _a_, _e_, _ou_ et -l’_l_ double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation -de _nouille_, autrefois écrit _noule_, a pu se fixer au son mouillé, -tandis que _semoule_, longtemps mouillé, est retourné au son _oule_ -non mouillé, par réaction orthographique et faute d’_i_. - - * * * * * - -Le cas est moins simple quand le groupe _=-ill-=_ n’est pas précédé -d’une voyelle, car alors l’_i_ se prononce, et la question de savoir si -l’_l_ double est mouillé reste entière. - - -I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes -mouillées, comme les finales en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et -_=-ouille=_, étant donné que les finales non mouillées sont presque -toutes en _=-ile=_ avec un seul _l_. Pourtant il y a des exceptions, -quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de -l’analogie[651]. - - -1º Commençons par les verbes. On peut dire que _scinti_(l)_le_ non -mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps -qu’il a mouillé ses _l_, et l’on conserve toujours à côté de lui -_scinti_l-l_ation_, où les deux _l_ sont distincts. - -Nous assistons actuellement à la transformation de _osci_(l)_le_ -et _vaci_(l)_le_ en _osciye_ et _vaciye_, qui est bien près d’être -achevée, surtout pour _vaci_(l)_le_, quoique _osci_l-l_ation_ et -_vaci_l-l_ation_ soient aussi à peu près intacts. On doit encore -conseiller _osci_(l)l_e_; on peut même conseiller _vaci_(l)l_e_, mais -il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et -naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de -la même manière par réaction analogique. - -Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est -_titi_(l)_le_. - -Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très -courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que -par l’œil, c’est _disti_(l)l_e_; on ne prononce même généralement -qu’un _l_ dans _disti_(l)l_er_, et, par suite, _disti_(l)l_erie_ et -_disti_(l)l_ation_. - - -2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère -plus répandue dans les finales en _=-ille=_. Cette prononciation ne -se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au -contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants. - -Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez -restreint, ou du moins peu populaire: _papi_(l)l_e_, _pupi_(l)l_e_, -_si_(l)l_e_, _sci_(l)l_e_, _baci_(l)l_e_, _vertici_(l)l_e_, -_codici_(l)l_e_ et _myrti_(l)l_e_[652]. Les dictionnaires y ajoutent -encore _fibri_(l)l_e_, mais ils feront bien de se corriger sur ce -point. _Pupi_(l)l_e_ lui-même est déjà très atteint, et _myrti_(l)l_e_ -n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps. - -Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très -courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, -étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils -sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, _mi_(l)_le_ -et _tranqui_(l)_le_[653], et un substantif, _vi_(l)_le_, avec -_vaudevi_(l)_le_, dont l’étymologie est toujours contestée[654]. - - -II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en _=-ille=_ étant -mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou -moins à celle-là le sont également: _fusi_ll_ade_ et _outi_ll_age_, -_sémi_ll_ant_ ou _bri_ll_anter_ (avec _casti_ll_an_ et _sévi_ll_an_), -_corbi_ll_ard_ ou _babi_ll_arde_, _gaspi_ll_er_, _habi_ll_ement_ -et _arti_ll_erie_, _bi_ll_et_ ou _fi_ll_ette_, _torpi_ll_eur_ et -_péri_ll_eux_, _pavi_ll_on_, etc., et tous leurs dérivés. - -Ont encore l’_l_ double mouillé quelques mots à finales plus rares: -_ti_ll_ac_, _cabi_ll_aud_, _genti_ll_esse_, _ti_ll_eul_ et _fi_ll_eul_, -_gri_ll_ot_, tous les mots qui commencent par _=quill-=_, ou encore des -dérivés comme _bi_ll_ebaude_, et aussi _bi_ll_evesée_, sur qui les avis -se partagent, bien à tort[655]. - -On peut y joindre l’_l_ double espagnol, notamment la finale _=-illa=_; -malheureusement, à côté de _manzani_ll_a_, _guéri_ll_a_, _cuadri_ll_a_ -ou _banderi_ll_ero_, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a -trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans -_chinchi_l-l_a_ (qui devient souvent _chinchi-la_) et _camari_l-l_a_: -c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, -puisque l’espagnol est toujours là[656]. - -On remarquera que la finale _=-ier=_, qu’on trouve dans un assez -grand nombre de mots à la suite de l’_l_ double mouillé, ne change -plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale -était _=-er=_, de même qu’après _=gn=_: ainsi _quinca_illi_er_, -_éca_illi_ère_, _vani_lli_er_, _manceni_lli_er_, _cornou_illi_er_, à -côté de _ore_ill_er_, et _poula_ill_er_, qui avaient aussi un _i_, et -l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, -les finales verbales _=-ions=_ et _=-iez=_ ajoutent un _yod_ aux _ll_ -mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: _nous -travaillions_ se prononce donc _nous trava_y-y_ons_, à côté du présent -_trava_-y_ons_[657]. - -D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées -après la voyelle _u_. Mais en _=-uille=_, cas particulier de _-ille_, -nous connaissons déjà _aigui_ll_e_. On retrouve le même groupe _=ui=_ -suivi de l’_l_ double mouillé dans _cui_ll_er_, et il est surprenant -que l’_i_ ne se soit pas détaché de l’_u_ dans ce mot[658]. - -Au contraire, c’est _u_ qui se change en _ui_, très malencontreusement, -et depuis bien longtemps, dans _ju-illet_, où l’_i_ ne devrait -servir qu’à mouiller les _ll_, comme dans les finales en _-euille_ -et _-ouille_. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes -prononcent encore _juliet_, qui est le faux mouillage: ce sont les -mêmes qui prononcent _alieurs_. Mais la vraie prononciation est -_ju-yet_[659]. - - * * * * * - -En somme, le groupe _=-ill-=_ est mouillé à peu près partout à -l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes: - - -1º Les dérivés de _vi_(l)l_e_, _tranqui_(l)l_e_ et _mi_(l)l_e_, -à savoir: _vi_(l)l_age_, _vi_(l)l_ette_, avec _vi_l-l_a_ et -_vi_l-l_égiature_, où sonnent deux _l_, comme dans les mots latins; -_tranqui_(l)l_ité_, _tranqui_(l)l_iser_, _tranqui_(l)l_ement_; -_mi_(l)l_ier_, _mi_(l)l_iard_, _mi_(l)l_ième_, _mi_(l)l_ion_, et -aussi, par analogie, _bi_(l)l_ion_, _tri_(l)l_ion_, etc., avec -_mi_l-l_énaire_, _mi_l-l_ésime_, _mi_l-l_imètre_, etc., où sonnent -aussi deux _l_[660]. - - -2º D’autre part, deux _l_ sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, -dans _pénici_l-l_é_, _vertici_l-l_é_, _sigi_l-l_é_, et les mots en -_-illation_ et _-illaire_: _scinti_l-l_ation_, _capi_l-l_aire_ (et -_capi_l-l_arité_), _anci_l-l_aire_, etc.; dans _pusi_l-l_anime_, dans -_achi_l-l_ée_ et _achi_l-l_éide_[661]. - - -3º De plus, en tête des mots, le préfixe _il-_ reste distinct devant un -_l_: _i_l-l_uminé_, _i_l-l_égitime_, etc.; tout au plus peut-on réduire -les deux _l_ à un, si l’on veut, dans _i_ll_ustration_, mais, en tout -cas, on ne mouille jamais. - - -4º On ne prononce qu’un _l_ simple dans _li_(l)l_iputien_, qui a peu de -chances de se mouiller, et dans _vi_(l)l_anelle_, qui est évidemment -protégé par l’analogie de _vi_(l)l_e_ et _vi_(l)l_age_[662]. - - -4º L’L double ailleurs qu’après un i. - -Après une voyelle autre que _i_, l’_l_ double fait comme les autres -consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que -le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu -ailleurs. Mais ici, _la prononciation double l’emporte de beaucoup_, et -de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, -soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les _ll_, -comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs -d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un _l_ ou deux dans -beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite. - -C’est après un _a_ que l’_l_ double se réduit encore le plus -souvent à un. Cela est indispensable dans _a_(l)l_er_, _a_(l)l_eu_, -_a_(l)l_iance_, _a_(l)l_o_, _a_(l)l_onger_, _a_(l)l_otir_, -_a_(l)l_umer_, _ba_(l)l_et_, _ba_(l)l_ot_, _ba_(l)l_ant_, _ba_(l)l_on_, -_ca_(l)l_eux_ (à côté de _ca_l-l_osité_); _da_(l)l_er_, _fa_(l)l_oir_, -_ga_(l)l_on_, _ha_(l)l_ali_, _insta_(l)l_er_, _va_(l)l_ée_, -_va_(l)l_on_, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire -autant dans des mots aussi usités que _a_(l)l_aiter_, _a_(l)l_écher_, -_a_(l)l_ouer_, et même _a_(l)l_egro_ ou _a_(l)l_egretto_, voire -_a_(l)l_égresse_, _a_(l)l_éguer_, _a_(l)l_éger_, _ha_(l)l_ucination_, -et quelques autres, encore que les deux _l_ s’y prononcent le plus -souvent[664]. - -Après _e_, _o_, _u_, _y_, les deux _l_ se maintiennent mieux qu’après -_a_. - -Après _e_, ils ne se réduisent guère que dans _ce_(l)l_ier_, -_ce_(l)l_ule_, _exce_(l)l_ent_, et, si l’on veut, dans _pe_(l)l_icule_, -_rebe_(l)l_ion_ et _libe_(l)l_é_[665]. - -Dans les mots commençant par _=col-=_, les deux _l_ ne se réduisent -régulièrement que dans _co_(l)l_er_, _co_(l)l_ège_, _co_(l)l_et_, -_co_(l)l_ier_, _co_(l)l_ine_, _co_(l)l_ation_, et leurs parents, mais -non pas dans les expressions savantes _co_l-l_ation des grades_ ou -_co_l-l_ationner des registres_. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient -à y joindre _co_(l)l_ègue_, _co_(l)l_odion_ ou _co_(l)l_yre_, -et quelques autres. On prononce aussi uniquement _do_(l)l_ar_, -_fo_(l)l_et_, _mo_(l)l_et_, _mo_(l)l_ir_ et _mo_(l)l_usque_, et même, -si l’on veut, _so_(l)l_icitude_[666]. - -Après _u_, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans -_pu_(l)l_uler_, si l’on veut, ou _ébu_(l)l_ition_[667]. - -Après _y_, notamment, pour le préfixe _=syl-=_, la réduction est aussi -rare que pour le préfixe _il-_. - - * * * * * - -Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les -deux _l_ à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également -populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler -l’_l_ après un pronom: _je_ ll’_ai vu_, _tu_ ll’_as dit_, _j’ te_ -ll’_ai dit_. C’est sans doute par analogie avec _il l’a vu_, _il l’a -dit_[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la -prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement -difficile à corriger. - -En tête des mots, on trouve aussi l’_l_ double dans certaines langues, -et c’est l’_l_ mouillé; mais _lloyd_ se francise avec _l_ simple, non -mouillé[669]. - - * * * * * - -On a vu, plus haut, que _lh_ représentait dans le Midi l’_l_ mouillé. -Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard -seul qui a rapproché ces deux lettres dans _phi_l-(h)_ellène_ -ou _phi_l-(h)_armonique_, où ils appartiennent à des éléments -différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus -_si_l(h)_ouette_, qui vient d’un nom propre[670]. - -NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que _il_ se prononçait partout _i_ -autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute -d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans -Bossuet), et qui consistait à écrire _qui_ pour _qu’il_. On ne répétera -jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la -fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours -surprenante et qu’on imite perpétuellement: _depuis plus de six mille -ans qu’il y a des hommes_ et qui _pensent_. La Bruyère voulait dire _et -qu’ils pensent_, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses -contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier -_et qui_, il eût fallu au moins une épithète à _hommes_. - - - - -M - - -1º L’M simple. - -On a vu, au chapitre des nasales, qu’_à la fin des mots_ l’_=m=_ ne -faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, -purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre -de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots -terminés en _m_ étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’_m_ -final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: -_madapola_m, _hare_m, _intéri_m, _albu_m[672]. - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, l’_m_ ne nasalise la voyelle qui précède -que quand il est suivi lui-même d’une labiale _b_ ou _p_, ou dans le -préfixe _em-_ (pour _en-_), suivi d’un _m_: _ambition_, _em-mener_, -_simple_, _nymphe_, _compte_, etc., et aussi _comte_ et ses -dérivés[673]. - -Devant toute autre consonne, l’_m_ se prononce à part: _ha_m_ster_, -_déce_m_vir_, _triu_m_virat_[674]. - -D’autre part, dans le groupe _=mn=_ intérieur, l’_m_ avait cessé -autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’_m_ avec -l’_n_[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des -cas, s’est maintenue dans _da_(m)_ner_ et ses dérivés, ainsi que -dans _auto_(m)_ne_, parce que le groupe _am_ ou _om_ s’est d’abord -nasalisé: on entend parfois encore _d_an-_ner_. Mais on prononce -aujourd’hui l’_m_ et l’_n_ dans _inde_m-ne, _ind_em-n_iser_ ou -_inde_m-n_ité_[676], ainsi que dans _auto_m-n_al_, mot savant, aussi -bien que dans _calo_m-n_ie_, _a_m-n_istie_, _o_m-n_ibus_ et tous les -mots récents[677]. - -Le peuple laisse volontiers tomber l’_m_ dans les mots en _=-asme=_ et -_=-isme=_: _cataplas_m_e_, _catéchis_m_e_, _rhumatis_m_e_; c’est une -paresse dont il faut se garder avec soin[678]. - - -2º L’M double. - -L’_m double_, entre voyelles non caduques, subit toujours la -distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. -Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle -qui précède. - -On sait déjà qu’après _e_ initial (même devant un _e muet_), le premier -_m_ ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe _en_ qui se -maintient en assimilant son _n_ à l’_m_ qui suit: _em_-m_ancher_, -_em_-m_énager_, _em_m_ener_, etc., et par suite _rem_-m_ener_, -etc.[679]. Mais on prononce deux _m_ dans _e_m-m_énagogue_, mot savant -et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en _-emment_ -(aman), mais deux dans _ge_m-m_ation_ et _pe_m-m_ican_[680]. - -Après _=a=_, _=i=_ et _=u=_, à part les adverbes en _-amment_, il -est très rare qu’on ne prononce pas les deux _m_, sans doute parce -que la plupart des mots sont des mots savants. _Épigra_(m)m_e_ même -n’empêche pas _épigra_m-m_atique_. _Ga_(m)m_a_ est devenu _ga_m-m_a_. -Il n’y a plus guère que _enfla_(m)m_er_, qui résiste absolument, et -_gra_(m)m_aire_, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt -_gra_m-m_airien_, et à fortiori _gra_m-m_atical_, sans parler -d’_infla_m-m_ation_. C’est à peine si on réduit encore parfois, -quand on parle vite, les deux _m_ d’_i_m-m_ense_, _i_m-m_obile_, -_i_m-m_oler_, _i_m-m_ortel_; mais pour tous les autres mots en _=im-=_, -à peu près jamais[681]. - - * * * * * - -Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe _im-_ dans -_i_m-m_angeable_ et _i_m-m_anquable_. Assurément cela est soutenable, -mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la -raison qu’on ne nasalise pas le préfixe _=im-=_ dans _i_m-m_obile_ ou -_i_m-m_odéré_, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une -différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes -latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont -formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le -préfixe. Mais _inébranlable_, _ineffaçable_, et beaucoup d’autres, sont -dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, -comme on la maintient par exemple avec liaison dans _enorgueillir_. -Il n’y a pas plus de raison pour prononcer _in_-m_angeable_ que pour -prononcer _in_-n_effaçable_, et il est très naturel que ces deux mots -suivent l’analogie, comme tous les autres[682]. - -Reste la voyelle _o_, dont le cas est tout différent. Il y a en effet -un certain nombre de mots en _-omme_ très usités, dont les dérivés -et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’_m_ -unique: _co_(m)m_ent_, _ho_(m)m_age_, _po_(m)m_ier_, _po_(m)m_ade_, -_so_(m)m_et_, _so_(m)m_ier_, _so_(m)m_meil_, etc., et les verbes -_no_(m)m_er_, _so_(m)m_er_, _asso_(m)m_er_, _conso_(m)m_er_, avec -_asso_(m)m_oir_. Mais déjà _so_m-m_ité_ ne se réduit plus guère; on dit -souvent aussi _so_m-m_aire_ et plus encore _so_m-m_ation_[683]. - -Il reste encore, outre _do_(m)m_age_, les mots composés avec -_com-_. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots -plus ou moins savants: on prononce un _m_ dans _co_(m)m_ander_, -_co_(m)m_encer_, _co_(m)m_ère_, _co_(m)m_erce_, _co_(m)m_ettre_, -_co_(m)m_is_, _co_(m)m_ode_, _co_(m)m_un_ et même _co_(m)m_ende_ et -tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans _co_m-m_émorer_ et -ses dérivés, _inco_m-m_ensurable_, _co_m-m_inatoire_, _co_m-m_odat_, -_co_m-m_odore_, _co_m-m_otion_, _co_m-m_ittimus_, _co_m-m_uer_, -_co_m-m_utateur_; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans -_co_m-m_ensal_, _co_m-m_enter_, _co_m-m_entaire_, _co_m-m_isération_, -souvent même dans _co_m-m_andite_, malgré _co_(m)m_ander_. - -Toutefois les musiciens prononcent _co_(m)m_a_ et non _co_m-m_a_. -Pour _commissure_ et _commissoire_, comme on ne peut pas doubler à la -fois l’_m_ et l’_s_, il y a hésitation, mais on double plutôt l’_s_: -_co(m)mi_s-s_ure_. - - - - -N - - -1º L’N simple. - -L’_=n=_ est la consonne nasale par excellence. - - * * * * * - -_A la fin des mots_, elle continue à n’être en français que le signe -orthographique de la voyelle nasale: _=-an=_, _=-en=_, _=-in=_ (_-ain_, -_-ein-_, _-oin_) _=-on=_, _=-un=_. - -Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en _=-en -après consonne=_, finales autrefois nasales comme les autres, et même -en _an_, puis en _in_, mais où l’_n_ s’est séparé de la voyelle sous -l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin: -_liche_n, _éde_n, _polle_n, _cyclame_n, _hyme_n (sauf parfois à la -rime), _spécime_n, _abdome_n, _dolme_n, etc. De tous les mots de cette -finale, français ou étrangers, _examen_ est le seul qui ait conservé ou -plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685]. - -En dehors des mots français en _=-en=_ après consonne, l’_n_ final -précédé d’une voyelle ne se prononce que dans des mots et dans des -noms propres étrangers: en _=-en=_ aussi d’abord[686]; puis en -_=-man=_[687]; en _=-in=_, avec des noms allemands en _=-ain=_ -et _=-ein=_[688]; enfin quelques mots savants et beaucoup de noms -étrangers en _=-on=_[689]. La finale _=-oun=_ ne peut pas être -nasale[690]. - -Les finales en _=n=_ suivi de _=c=_ ou _=g=_, de _=t=_ ou _=d=_ ou -d’_=s=_, prononcés ou non, sont également nasales, sauf les troisièmes -personnes du pluriel, dont la finale est muette, sauf aussi la plupart -des mots anglais en _=-ing=_ et quelques noms étrangers en _=-ens=_ ou -_=-ent=_[691]. - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, l’_n_ n’est distinct en français que devant -une voyelle[692]. - -Dans _do_ñ_a_, _se_ñ_or_, _se_ñ_ora_, _malague_ñ_a_, même sans le -_tilde_ qui le surmonte, il faut mouiller l’_n_: _dogna_, _segnor_. De -même dans _ca_ñ_on_[693]. - - -2º L’N double. - -On a vu que l’_n double_ conserve le son nasal suivi d’_n_ simple dans -les composés du préfixe _en-_, comme _en_-n_oblir_, et dans les mots -de la famille d’_en-nui_. Ailleurs, entre voyelles non caduques, l’_n_ -double a le son de l’_n_ simple sans nasale, notamment après _o_ dans -les finales en _-onner_[694] ou _-onnaire_, et toutes celles qui se -rattachent aux mots en _-on_ et _-onne_, aussi bien que celles qui se -rattachent aux mots en _-en_, comme _doye_(n)_né_, _moye_(n)_nant_, -_chie_(n)_ner_. - - * * * * * - -L’_n_ double ne se prononce double que dans des mots plus ou moins -savants, à savoir: - -1º Dans les mots commençant par _ann-_, sauf _a_(n)_neau_, _a_(n)_née_, -_a_(n)_niversaire_, _a_(n)_noncer_ et ses dérivés, et, si l’on veut, -_a_(n)_nuel_, _a_(n)_nuaire_, _a_(n)_noter_ et _a_(n)_nuler_; dans -_ca_n-n_ibale_, _tyra_n-n_ique_ et _tyra_n-n_iser_, _hosa_n-n_a_, -_ta_n-n_ique_ et _brita_n-n_ique_; - -2º Dans _e_n-n_éagone_, _bie_n-n_al_, _déce_n-n_al_ ou _septe_n-n_at_ -et autres de même famille; dans _pe_n-n_on_, _pe_n-n_age_ et -_empe_n-n_é_, _fesce_n-n_in_ ou _ante_n-n_ule_, mais non dans -_he_(n)_né_ ni dans _te_(n)_nis_; - -3º Dans les mots commençant par _inn-_, sauf _i_(n)_nocent_ et sa -famille, et, si l’on veut, _i_(n)_nombrable_; dans _ci_n-n_ame_ et -_ci_n-n_amome_, _mi_n-n_esænger_ et _pi_n-n_ule_; - -4º Dans _co_n-n_exe_ et ses dérivés, _co_n-n_ivence_ et _prima -do_n-n_a_; dans _su_n-n_ite_[695]. - - -L’N mouillé. - -On sait que l’_=n=_ mouillé est représenté en français par _=gn=_ -(_ny_ à peu de chose près). On a vu au chapitre du _G_ dans quels -cas le _g_ faisait une consonne distincte[696]. On a vu aussi aux -chapitres de _OI_ et _AI_ comment l’_i_ s’était détaché du groupe -_ign_, signe primitif de l’_n_ mouillé, pour se joindre à l’_a_ ou à -l’_o_ qui précédait, remplaçant _Monta_-ign-_e_ par _Montai_-gn-_e_ et -_po_-ign-_ard_ par _poi_-gn-_ard_[697]. - -La prononciation de _=gni=_ mouillé est assez difficile, étant -à peu près _n_y_i_: il faut éviter cependant de faire entendre -_compa_(g)_nie_[698], _si_(g)_nifier_, et surtout _ma_(g)_nifique_. - -Les livres maintiennent encore _si_(g)_net_ non mouillé; mais ce -résidu d’une prononciation désuète ne peut manquer de disparaître par -l’effet de l’analogie, le mot étant de ceux qu’on apprend plutôt par -l’œil[699]. - -Si le groupe _gn_ est suivi du suffixe _ier_, le son est le même que si -le suffixe était seulement _er_: _gui_gn-_ier_, _Ré_gn-_ier_. - -Nous ajouterons que _gn_ mouillé n’est jamais initial en français, sauf -dans quelques mots de la langue populaire: gn_af_ (que quelques-uns -écrivent gn_iaf_), gn_on_ ou gn_iole_, gn_an_gn_an_, gn_o_gn_ote_ et -gn_ouf_. - - - - -P - - -_A la fin des mots_, dans les mots français ou entièrement francisés, -le _=p=_, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet: -_dra_(p), et aussi _sparadra_(p)[700], _cam_(p) et _cham_(p), -_galo_(p), _siro_(p) et _tro_(p), _cou_(p) et _beaucou_(p), _lou_(p) et -_cantalou_(p)[701]. - -Il n’y a d’exceptions que dans _ca_p et _ce_p[702]; naturellement aussi -les interjections _ho_p, _hi_p, _hou_p. - -Le _p_ se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère, -_handica_p, _jala_p, _hana_p, _sale_p, _jule_p, _midshi_p, _bisho_p, -_sto_p, _crou_p et _grou_p[703]. - -Le _p_ est encore muet dans _tem_(ps) et _printem_(ps), dans -_exem_(pt), dans _rom_(ps) ou _rom_(pt) et leurs composés, dans -_prom_(pt) et dans _cor_(ps). - - * * * * * - -_Dans le corps des mots_, devant une consonne, le _p_ se prononce -aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités, -surtout devant un _t_[704]. Il est encore muet devant _t_ dans un grand -nombre de mots: - -1º _Ba_(p)_tême_ et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on -quelquefois _ba_p_tismal_, non sans une nuance de pédantisme, mais on -dit toujours _les fonts ba_(p)_tismaux_; - -2º _Se_(p)_t_, _se_(p)_tième_ et _se_(p)_tièmement_, mais non les -autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent -le _p_ comme en latin, y compris _se_p_tembre_, _se_p_tante_ et -_se_p_tentrion_, par réaction étymologique[706]; - -3º _Exem_(p)_ter_, mais non _exem_p_tion_; - -4º _Com_(p)_te_ et tous ses dérivés, avec ceux de _prom_(pt), y compris -_com_(p)_tabilité_ et _prom_(p)_titude_; - -5º _Scul_(p)_ter_ et sa famille, malgré Domergue; - -Dans _che_(p)_tel_ (_che_ et non _ché_), on commence à prononcer le _p_ -même dans les facultés de droit, et cela fait _ché_ et non plus _che_. - -Pour _dompter_ et _indomptable_, la pratique et les opinions sont fort -partagées. Depuis longtemps la tradition est pour _imdom_(p)_table_ -et surtout _dom_(p)_ter_, mais je crains fort que le _p_, admis mal à -propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir. - -On ne supprime plus le _p_ dans _présom_p_tion_, _présom_p_tif_, -_présom_p_tueux_, _consom_p_tion_, _sym_p_tôme_, ni devant aucun autre -_t_. - - * * * * * - -C’est le _p_ qui conserve le mieux, quand il est _double_, la -prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait -pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707]. - -Il y a d’abord _a_p-p_endice_ et _a_p-p_endicite_, _a_p-p_étence_ et -_a_p-p_étition_, _a_p-p_ogiature_ et _li_p-p_itude_, et les composés -commençant par _hipp-_[708]. - -De plus, les mots très nombreux qui commencent par _ap-_, _op-_ -et _sup-_, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés. -Des mots comme _a_(p)_pliqué_ ou _a_(p)_porter_ sont actuellement -intangibles; mais on double fréquemment le _p_ dans _a_p-p_âter_, -sinon dans _a_(p)p_ât_, dans _a_p-p_réhender_, dans _a_p-p_réciable_ -et _a_p-p_roprier_ (moins dans _a_(p)p_roprié_), et surtout dans -_o_p-p_robre_, par emphase, et dans _su_p-p_uter_, qui a l’air -savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans -_a_p-p_arier_, _a_p-p_auvrir_, _a_p-p_ointer_, _a_p-p_ontement_, -_a_p-p_réhension_, _o_p-p_ortunité_, voire, par emphase toujours, dans -_o_p-p_rimer_ ou _o_p-p_resser_, parfois même dans _su_p-p_lanter_, -_su_p-p_léer_ ou _su_p-p_lique_[709]. - - * * * * * - -On sait que _=ph=_ a partout le son de l’_f_: ce n’est qu’une -graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort -judicieusement[710]. - - - - -Q - - -1º Le Q final. - -Le _=q=_ n’est _final_ que dans _coq_ et _cinq_. - -Dans _coq_, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus -d’exceptions aujourd’hui. - -Dans _cin_q, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle -générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel -commençant par une consonne: _j’en ai cin_q, _le cin_q _mai_, _page -cin_q, _cin_q _pour cent_, _cin_q _sur cin_q, et aussi, par liaison, -_cin_q _amis_, mais _cin_(q) _francs_, _cin_(q) _cents_, _cin_(q) -_mille_, _les cin_(q) _derniers_[712]. - - -2º Le groupe QU. - -_Dans le corps des mots_, le _=q=_ est toujours séparé de la voyelle -qui sonne par un _u_, qui, en principe, ne s’entend pas[713]. -Devant _e_ et _i_, notamment, le _c_ étant devenu sifflant devant -ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au -groupe _=qu=_, la lettre _k_ étant peu française: _é_q(u)_erre_, -q(u)_estion_, q(u)_itter_, et toutes les finales en _=-que=_. - -Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le _g_, devant _e_ -et _i_, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue -nettement entre _qu’il_ et _tranquille_. Cet usage n’est plus apprécié -aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le _g_[714]. - -De toute façon, l’_u_ qui suit le _q_ ne se prononce pas plus en -français devant _e_ et _i_ que devant _a_ et _o_. Toutefois, il y -a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du -latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais -pourtant devant un _e muet_); il fait alors fonction de semi-voyelle. - - -I. =Devant E.=--L’_=u=_ se conserve devant _e_ dans _déli_qu_escence_, -_li_qu_éfier_ et _li_qu_éfaction_--à côté de _li_q(u)_ide_ et -_li_q(u)_eur_--, qu_esteur_ et qu_esture_, et _é_qu_estre_[715]. - -Mais ce dernier mot est bien près de passer à _é_k_estre_, comme ont -fait avant lui _é_q(u)_erre_ et _sé_q(u)_estre_, et tant d’autres, y -compris q(u)_érimonie_ et q(u)_ercitron_. D’autre part, _li_k_éfier_ -est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, -l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin k_esteur_ -est loin d’être rare. - -Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien -convaincus que _qué_ est destiné à devenir _ké_ partout, un jour ou -l’autre[716]. - - -II. =Devant I.=--L’_=u=_ se conserve mieux dans _=-qui-=_ et _=-quin-=_ -que dans _=-que-=_, sans doute parce que les exemples en sont restés -plus nombreux. - -Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots -plus ou moins savants, comme q(u)_iproquo_, _jus_q(u)_iame_ ou -_a_q(u)_ilon_, ni même dans _a_q(u)_ilin_ ou _s_q(u)_irre_, ni dans une -partie des mots commençant par _=équi-=_, ni dans les finales _=-quin=_ -et _=-quine=_, qui sont francisées jusque dans _bas_q(u)_ine_ ou _race -é_q(u)_ine_. - -En revanche, on prononce l’_u_: - -1º Dans le latin qu_id_, _a_ qu_ia_, _re_qu_iem_, etc., avec qu_ibus_, -qu_itus_ et même qu_idam_ (autrefois _kidan_); - -2º Dans _é_qu_iangle_, _é_qu_idistant_, _é_qu_imultiple_, mots savants, -et même _é_qu_ilatéral_, à côté d’_é_q(u)_ilibre_, _é_q(u)_inoxe_, -_é_q(u)_ité_, _é_q(u)_ivaloir_, _é_q(u)_ivalent_--autrefois -_é_q(u)_ipollent_--et _é_q(u)_ivoque_; - -3º Dans _é_qu_isétique_ et _é_qu_itant_: quant à _é_qu_itation_, ce -mot est dans le même cas qu’_équestre_, étant déjà à peu près passé à -_é_q(u)_itation_; - -4º Dans qu_iet_, qu_iescent_, qu_iétisme_ et quelquefois encore -qu_iétude_, à côté de _in_q(u)_iétude_; mais il est difficile que -_in_k_iétude_ n’entraîne pas définitivement k_iétude_; - -5º Dans une partie des dérivés du latin _quinque_, car ne prononce pas -l’_u_ dans q(u)_ine_, q(u)_inaire_ et q(u)_inola_, dans q(u)_inconce_ -et q(u)_inquenove_, dans q(u)_int_, q(u)_inte_ et q(u)_inze_ et leurs -dérivés naturels, y compris q(u)_intessence_--et autrefois le populaire -_henri_q(u)_in_q(u)_iste_--; mais on le prononce dans qu_inquagénaire_ -et tous les mots commençant par _quinque_--sauf q(u)_in_q(u)_enove_--, -dans qu_intette_, qu_intidi_, qu_intil_, qu_into_ et même qu_intuple_, -qui est souvent écorché; - -6º Dans _obsé_qu_iosité_ et _obsé_qu_ieux_[717]; dans _obli_qu_ité_ et -_ubi_qu_ité_; dans _ses_qu_ialtère_ et qu_iddité_; - -7º Dans l’espagnol _con_qu_istador_, qui a gardé l’_u_, à côté de -q(u)_ipos_, _li_q(u)_idambar_ et _bas_q(u)_ine_, qui l’ont perdu, -sans compter q(u)_ina_, q(u)_inine_ ou q(u)_in_qu_ina_[718]. Ajoutons -_es_qu_ire_, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r). - - -III. =Devant O et A.=--Quoique le groupe _=qu=_ ne soit proprement -utile dans les mots français que devant _=e=_ et _=i=_, on le trouve -aussi devant _=o=_ et _=a=_, où il s’est conservé du latin, dans des -mots plus ou moins savants, comme q(u)_alité_, q(u)_otient_, à côté -de c_arré_, c_asser_, c_arême_, qui sont d’origine populaire. Mais du -moins _=-quo-=_ se prononce toujours _co_[719]. Au contraire, _=-qua-=_ -se prononce _coua_ (_kwa_) dans un certain nombre de ces mots, -incomplètement francisés: - -1º Dans le latin qu_ater_ ou qu_atuor_, _sine_ qu_a non_, -_exe_qu_atur_, à côté de q(u)_asi_, q(u)_asiment_, q(u)_asimodo_, -francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de _partie -ali_q(u)_ante_, francisé lui-même aussi comme q(u)_ant_ et ses dérivés; - -2º Dans _a_qu_afortiste_ (et _a_qu_a-tinte_, de l’italien), -_a_qu_arelle_, _a_qu_arium_ et _a_qu_atile_, qui ont réagi sur -_a_qu_atique_, francisé autrefois; - -3º Dans _adé_qu_at_, _é_qu_ateur_, _é_qu_ation_, _é_qu_atorial_, mais -non dans _reli_q(u)_at_; - -4º Dans une partie des dérivés du latin _quatuor_, car nous ne -prononçons pas l’_u_ dans des mots aussi complètement francisés que -q(u)_adrille_, q(u)_art_, q(u)_artaut_, q(u)_atre_, q(u)_atorze_, -q(u)_arante_, et leurs dérivés naturels, y compris _é_q(u)_arrir_; -mais nous le prononçons _ou_ dans qu_adragénaire_, et tous les -mots commençant par _quadr-_[720], y compris qu_adrige_, mais non -q(u)_adrille_, dans qu_artette_ (de l’italien), qu_artidi_, qu_artil_ -et _in_-qu_arto_, dans qu_aterne_ et qu_aternaire_[721]; - -5º Dans _lo_qu_ace_ et _lo_qu_acité_, qu’on écorche parfois; dans -qu_assier_ et qu_assia amara_, _colli_qu_atif_ et _colli_qu_ation_; -dans _squameux_ et _des_qu_amation_; - -6º Enfin, dans quelques mots étrangers, _s_qu_ale_, _s_qu_are_, -qu_aker_ et qu_akeresse_, qu_artz_ et qu_artzeux_, qu_attrocento_, -qu_attrocentiste_ et _tutti_ qu_anti_[722]. - - - - -R - - -1º L’R simple. - -L’_=r=_, comme l’_=l=_, se prononce aujourd’hui régulièrement _à -la fin des mots_. On l’articule partout, sauf dans _monsieu_(r) et -_messieu_(rs), et dans la plupart des mots en _=-er=_. Ainsi _cha_r, -_cauchema_r, _boudoi_r, _asseoi_r, _clai_r, _offri_r, _dési_r, -_zéphi_r, _chaleu_r, _amou_r, _tréso_r, _obscu_r, etc.[723]. - -Pour les mots en _=-er=_, il faut distinguer les cas avec précision. - -L’_=r=_ final est muet: - -1º Dans les innombrables infinitifs en _=-er=_[724]; - -2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le -suffixe _=-ier=_: _premie_(r), _menuisie_(r), _régulie_(r), _foye_(r), -etc., etc., et l’adverbe _volontie_(rs)[725]; - -3º Dans les substantifs et adjectifs en _=-cher=_ et _=-ger=_, parce -qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents, -ayant été autrefois en _-chier_ et _-gier_: ils sont une trentaine -environ, comme _arche_(r), _dange_(r), _lége_(r)[726]. - -L’_=r=_ final est au contraire sonore en principe dans les mots en -_=-er=_ (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe _=-ier=_, et -ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en -_=-cher=_ ni en _=-ger=_. Mais ici, les mots proprement français sont -en petit nombre. Ce sont des mots où _-er_ appartient au radical même -du mot: - -1º L’adverbe _hie_r, et les adjectifs _fie_r, _tie_r_s_ et _che_r, -malgré l’_i_ et le _ch_[727]; - -2º _Fe_r et _enfe_r, _me_r et _ame_r, _ve_r et _hive_r; - -3º Les formes de _quérir_ et de ses composés: _j’acquie_rs, _tu -acquie_rs, _requie_rs, _conquie_rs, etc.[728]; - -4º Le mot _cuille_r, autrefois _cuillie_(r), qui s’est joint à ce -groupe après beaucoup d’hésitation; - -5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: _libe_r, -_cance_r, _pate_r, _éthe_r, _magiste_r, _auste_r, etc., et tous les -mots étrangers, francisés ou non: _bitte_r, _cheste_r, _eide_r, -_kreutze_r, _messe_r, _place_r, etc.[729]. - - * * * * * - -Quand le groupe _=er=_ est suivi d’une consonne, même muette, et -notamment d’un _=t=_, l’_r_ n’est plus final, mais intérieur, et s’y -prononce comme partout: dans _haube_rt, _offe_rt, _cle_rc, _ne_rf, -_pe_rd ou _pe_rds, comme dans _bava_rd, _pa_rt, _je pa_rs, _co_rps, -_bou_rg, etc. Il n’y a d’exception que pour _ga_(rs)[730]. - - * * * * * - -On a vu au chapitre de l’_e_ muet, que l’_r final suivi d’un_ e _muet_ -tombe facilement avec l’_e_ devant une consonne dans la prononciation -rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes _f_ -et _v_: _maît_(re) _d’hôtel_. C’est une prononciation dont il ne faut -pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation -familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente -avec _notre_, _votre_ et _quatre_: _vot_(re) _cheval_, _quat_(re) -_sous_; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, _Not_re-_Dame_, le -_Not_re _Père_, où le respect a maintenu l’_r_, et _quat_re-_vingts_, -où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il -vaut mieux conserver l’_r_ partout. - -La chute de l’_r_ est particulièrement incorrecte quand la finale -muette n’est pas suivie d’une consonne: _du suc_(re), _du vinaig_(re), -encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731]. - -_Me_(r)_credi_ a été autrefois très correct, et Vaugelas -l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, -mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement -l’_r_, sans pourtant faire disparaître entièrement _me_(r)_credi_. Je -ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, -car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui -double l’_r_ dans _mai_rer_ie_, pour _mai_r_ie_[733]. - - -2º L’R double. - -Les deux _r_ se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels -de trois verbes en _=-rir=_: _quérir_, _courir_ et _mourir_, et leurs -composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, -c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: _je -cou_-r_ais_, _je cou_r-r_ai_. En revanche, c’est une faute très grave -que de ne pas laisser l’_r_ simple dans les futurs _ve_(r)r_ai_, -_enve_(r)r_ai_, _pou_(r)r_ai_, et leurs conditionnels, et aussi, _la -bobinette che_(r)r_a_, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de -confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède. - - * * * * * - -Ce cas spécial étant mis à part, l’_r_ double se prononce assez -généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font _l_ ou _m_. - -1º Cela est particulièrement sensible après un _=a=_. Les composés -qui commencent par _=ar-=_, notamment, ne font entendre qu’un _r_, -sauf quelquefois, par exemple, dans _a_r-r_acher_, _a_r-r_ogance_, -ou _a_r-r_oger_[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme -_fa_r-r_ago_ ou _ma_r-r_ube_, qui sont à peine français, et, trop -souvent, _na_r-r_ation_, _na_r-r_ateur_, _inéna_r-r_able_, et même -_na_r-r_er_, qui auraient pu être respectés. - -2º Après _=e=_, l’_r_ double est un peu plus atteint qu’après _a_. -Ainsi, quoique _fe_(r)r_er_, _fe_(r)r_aille_ et tous les autres ne -laissent entendre qu’un _r_, on en prononce quelquefois deux dans -_fe_r-r_ugineux_, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de -_terre_, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un _r_, et pourtant -on en prononce parfois deux dans _te_r-r_estre_, et même dans le -vieux mot _te_r-r_aqué_. Malgré _ve_(r)r_ue_, _ve_(r)r_uqueux_ reste -douteux. _Inte_(r)r_oger_ et _inte_(r)r_ompre_ sont à peu près -intacts; mais on entend souvent _inte_r-r_ogation_, _inte_r-r_uption_, -_inte_r-r_upteur_, à côté d’_inte_r-r_ègne_. Des mots d’usage très -courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. -Ainsi les deux _r_ d’_abe_r-r_ation_, _e_r-r_ata_ ou _e_r-r_atique_, -ont réagi sur _e_r-r_oné_, _e_r-r_er_ et même _e_r-r_eur_[736]. De -même _te_r-r_oriser_, _te_r-r_oriste_, _te_r-r_ifier_, ont réagi sur -_te_r-r_ible_ et même _te_r-r_eur_, où l’emphase d’ailleurs explique ou -excuse le double _r_[737]. - -3º Nous savons que les mots commençant par _=ir-=_ font entendre les -deux _r_, même _i_r-r_iguer_ et _i_r-r_iter_, qui n’ont pas le sens -privatif. Toutefois, _i_(r)r_iter_ ou _i_(r)r_itation_ sont encore -parfaitement corrects. On dit naturellement _ci_r-r_us_, _ci_r-r_ipède_ -et _py_r-r_hique_. - -4º Parmi les mots commençant par _=cor-=_, on ne prononce qu’un -_r_ dans _co_(r)_ridor_, _co_(r)_riger_ ou _inco_(r)_rigible_, -_co_(r)_royer_ et _co_(r)_roi_, ordinairement aussi dans -_co_(r)_respondre_ et ses dérivés et dans _co_(r)_rompre_. Mais ces -derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le -participe _co_r-r_ompu_, et l’on entend généralement deux _r_ dans -tous les mots où figure le radical _corrupt-_; de même dans ceux où -figure le radical _correct-_ (avec _co_r-r_égidor_), en outre dans -_co_r-r_élatif_, _co_r-r_oborer_, _co_r-r_oder_ ou _co_r-r_osif_. -D’autre part, on dit fréquemment _ho_r-r_eur_, _ho_r-r_ible_ et -_abho_r-r_er_, par emphase, comme _te_r-r_eur_ et _te_r-r_ible_, et -toujours _ho_r-r_ipiler_. On dit aussi _to_r-r_éfier_ et _to_r-r_ide_; -et _to_r-r_entiel_ réagit parfois même sur _to_r-r_ent_. Je ne parle -pas de mots tels que _bo_r-r_aginées_ ou _po_r-r_ection_. On notera -que l’_r_ reste pourtant simple, même dans des mots savants comme -_hémo_(r)r_agie_ ou _hémo_(r)r_oïdes_. - -5º Après _=ou=_, l’_=r=_ simple se maintient: _cou_(r)r_oie_, -_cou_(r)r_ier_, _cou_(r)r_oux_, _pou_(r)r_ir_. Encore _cou_(r)r_oucé_ -n’est-il pas intact[738]. - -6º L’_=r=_ simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que -bien, dans _résu_(r)r_ection_; plus mal encore dans _insu_(r)r_ection_, -presque plus dans _concu_r-r_ent_ et ses dérivés. On dit naturellement -_scu_r-r_ile_, _su_r-r_énal_ et vase _mu_r-r_hin_[739]. - - - - -S - - -1º L’S final. - -_A la fin des mots_, en principe, l’_=s=_ ne se prononce plus en -français depuis fort longtemps. Pour l’_=s=_ du pluriel, notamment, il -n’y a pas d’exceptions[740]. - -Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’_=s=_ qui -n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son _dur_ ou -_sourd_. - - -=1º Après un= _a_, il y a très peu d’exceptions dans les mots -proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour -le monosyllabe _as_, terme de jeu, et par suite _ambesa_s: la -prononciation _a_(s) est purement dialectale; l’autre pour les -interjections _la_s, _héla_s, qui n’en font qu’une. Quant à _atla_s, -_stra_s, _hypocra_s, ce sont en réalité des noms propres. - -Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: _Deo -gratia_s, _per fa_s _et nefa_s, _habea_s _corpus_, _pancréa_s, _lia_s -et _tria_s, _flint gla_s, _christma_s, _papa_s, _lépa_s, _upa_s, -_lampa_s (s’humecter le), _madra_s, _abraxa_s, _alcaraza_s, _vasista_s, -ou le provençal _ma_s[741]. - -On hésite aujourd’hui pour _vinda_s, autrefois _guinda_s, d’ailleurs -peu usité; mais on ne prononce plus l’_=s=_, ni dans les noms -d’étoffes, _jacona_(s), _lampa_(s), _ginga_(s) ou _dama_(s), celui-ci -malgré l’étymologie; ni dans _balandra_(s), _sassafra_(s), _matra_(s) -ou _tétra_(s), ni enfin dans _pampa_(s), où l’_=s=_ n’est que la marque -du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742]. - - * * * * * - -Après _=oi=_, l’_s_ ne se prononce jamais: _boi_(s), _parfoi_(s), -_courtoi_(s), etc. L’_s_ même de _troi_(s), longtemps sonore, comme la -consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir. - - -=2º Après un= _e_, l’_s_ ne se prononce que dans _pataquè_s, -altération de _pat-à-qu’est-ce_[743]; dans des mots latins ou grecs: -_facie_s, _aspergè_s, _hermè_s, _palmarè_s, _herpè_s, _faire florè_s, -_népenthè_s; dans les mots étrangers: _aloè_s et _cacatoè_s[744], -_kermè_s, _xérè_s, _londrè_s, _cortè_s[745]. - -On ne doit donc pas plus prononcer l’_s_ dans _profè_(s) que dans -_progrè_(s), _succè_(s) ou _prè_(s). Il se prononce aujourd’hui, à -grand tort d’ailleurs, dans _è_s _lettres_, _è_s _sciences_ et autres -expressions analogues, où figure un pluriel[746]. - -Après _=ai=_, comme après _oi_, l’_s_ ne se prononce jamais: -_jamai_(s), _j’aimai_(s), etc.[747]. - - -=3º Après un= _i_, les exceptions sont plus nombreuses qu’après _=a=_ -ou _=e=_. - -L’_s_ s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins -longtemps dans _maï_s, _jadi_s, _fi_(l)s et _li_s (y compris _fleur de -li_s le plus souvent, malgré l’Académie); dans _méti_s, _cassi_s, _vi_s -(substantif) et _tournevi_s[748]. La prononciation de ces mots sans _s_ -est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les -nécessités de la rime, et encore![749]. - -Les autres mots où l’_s_ se prononce sont des mots grecs ou latins: -_bi_s (ne pas confondre avec l’adjectif), _ibi_s, _de profundi_s, -_volubili_s, _in extremi_s, _tamari_s, _iri_s, _ex libri_s, -_corylopsi_s, _oasi_s, _miti_s, _grati_s, _myosoti_s; ou des mots -étrangers: _maravédi_s (et encore pas toujours), _tenni_s, et les vieux -jurons gascons _cadédi_s ou _sandi_s[750]. - -On peut y joindre _spahi_s. Les dictionnaires ont conservé _spahi_, -qui est assurément plus correct, étant un doublet de _cipaye_, et Loti -s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit _spahi_s; c’est -un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent -eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré -l’autorité de Pierre Loti[751]. - - -=4º Après= _eu_, l’_s_ final ne se rencontre que dans des mots grecs -et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que -_basileu_s[752]. - - -=5º Après= _o_, le seul mot de la langue vulgaire où l’_s_ se prononce -est _o_s; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753]. - -Les autres mots où l’_s_ se prononce sont parfois d’origine latine, -comme _salva no_s ou _nescio vo_s, ou étrangère: _albatro_s, puis -_albino_s et _mérino_s, pluriels devenus singuliers, ainsi que le -gascon _escampativo_s[754]. - -Presque tous sont d’origine grecque: _atropo_s, _paro_s, _cosmo_s, -_tétano_s, _rhinocéro_s, _itho_s et _patho_s, _loto_s et autres mots -savants[755]. - - -=6º Après= _ou_, l’_s_ se prononce dans le monosyllabe _tou_s, non -suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est -sous-entendu, autrement dit quand _tous_ est accentué: _ils viendront -tou_s, _tou_s _viendront_, _un pour tou_s et _tou_s _pour un_, _tou_s -_debout_ et même _tou_s _soldats_, _soldats_ étant ici une apposition; -on dira au contraire _tou_(s) _les hommes_, ou _tou_(s) _soldats qui..._ - -Cette distinction très nette empêche toute confusion entre _ils ont -tou_s _dit_ et _ils ont tou_(t) _dit_, _ils sont tou_s _fiers_ et _ils -sont tou_(t) _fiers_, _ils savent tou_s _ce qu’on a dit_ et _ils savent -tou_(t) _ce qu’on a dit_; mieux encore, entre _nous connaissons tou_s -_les livres de..._ et _nous connaissons tou_(s) _les livres de..._ - -L’_s_ se prononce aussi dans les mots arabes _burnou_s et _couscou_s, -et dans _négou_s, écrit aussi _négus_[756]. - - -=7º Après un= _u_, l’_s_ final se prononce surtout dans un très grand -nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: _angelu_s, -_cactu_s, _calu_s, _carolu_s, _choru_s, _convolvulu_s, _crocu_s, -_détritu_s[757], _eucalyptu_s, _fœtu_s, _hiatu_s, _humu_s, _in manu_s, -_in partibu_s, _lapsu_s, _mordicu_s, _omnibu_s, _papyru_s, _orému_s, -_prospectu_s, _rébu_s, _rictu_s, _sénatu_s-_consulte_, _sinu_s et -_cosinu_s, _typhu_s, _viru_s, etc., dans _blocu_s et _négu_s, mots -étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur -l’analogie des mots latins, comme _laïu_s, _motu_s, _olibriu_s, -_quitu_s ou _rasibu_s, avec _gibu_s. - -Dans les mots proprement français, l’_s_ ne se prononce pas[758]. -_Obu_s lui-même, où l’_s_ se prononce régulièrement avec le son doux -(_obuse_), peut-être par l’analogie d’_obu_s_ier_, s’est si bien -francisé que dans l’armée on prononce régulièrement _obu_, qui est donc -devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille -rien du tout, c’est _obusse_. - - * * * * * - -Pourtant l’_s_ se retrouve dans deux ou trois mots. - -Quoique l’_s_ d’_abu_(s) ne se prononce pas, le monosyllabe _us_ paraît -avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de -monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce -mot ne s’emploie guère que dans l’expression _us et coutumes_, où la -liaison se fait tout aussi bien avec un _s_ doux: _u_(s) z_et coutumes_. - -D’autre part, la prononciation de _plus_ est assez délicate et assez -variable. - -On ne prononce jamais l’_s_ dans la négation _ne... plu_(s): _je -n’en veux plu_(s) et de même _sans plu_(s)[759]; ni dans les -comparatifs ou superlatifs: _plu_(s) _grand_, _le plu_(s) _grand_, -_plu_(s) _justement_, _j’ai plu_(s) _fait que vous ne pensez_, _une -plu_(s)-_value_; ni devant _de_, dans tous les sens: _plu_(s) _de -monde_, _plu_(s) _d’amour_; ni quand il est répété: _plu_(s) _j’en ai, -plu_(s) _j’en veux_, ou opposé à _moins_: _plu_(s) _j’en ai, moins j’en -veux_, ou _ni plu_(s) _ni moins_[760]. - -Mais quand _plus_ est suivi immédiatement de _que_, on prononce -volontiers l’_s_, sauf après _pas_ ou _d’autant_: _pas plu_(s) _que -vous_, _d’autant plu_(s) _que je ne sais si..._, mais _j’ai fait -plu_(s) _ou plu_s _que vous ne pensez_, _j’ai cinq ans de plu_(s) ou -_de plu_s _que lui_. - -On le prononce aussi quand _plus_ est séparé par _que_ d’un -adjectif ou d’un adverbe: _plu_s _que content_, à côté de _plu_(s) -content; _plu_s _qu’à moitié_, à côté de _plu_(s) _d’à moitié_; -mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’_s_ de -_plu_s-_que-parfait_, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs -et d’institutrices: _plu_(s)-_que-parfait_ est tout à fait suranné. - -On prononce également l’_s_ dans les opérations de l’arithmétique ou de -l’algèbre: _le signe plu_s, _deux plu_s _deux égalent quatre_, _plu_s -_par plu_s _donne plu_s. - -Enfin, d’une façon générale, sauf dans _ne... plu_(s) et _de plus en -plu_(s), il y a une tendance à prononcer l’_s_ quand _plus_ est final. -A vrai dire, _rien de plu_(s) vaut mieux que _rien de plu_s, sans doute -à cause de la négation; et dans le style tragique, _je te dirai bien -plu_(s), _il y va de bien plu_(s), semblent encore s’imposer; mais on -dira très bien, surtout dans le langage familier, _il y a plu_s ou -_trois jours au plu_s; on dira même nécessairement: _plu_s... _un lit_, -et même, quoique moins bien, _de plu_s... _un lit_, ou _de plu_s, _je -n’en crois rien_, ou encore _après mille ans et plu_s, sauf en vers, -s’il y a une suite: - - Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée - -L’analogie de _plus_ s’est exercée sur _sus_, dont on prononce souvent -l’_s_ dans _en su_s, comme dans _en plu_s. Mais à part l’expression _en -sus_, le mot est généralement suivi de _a_, ce qui amène une liaison; -il en résulte que beaucoup de personnes prononcent _courir su_s avec -l’_s_, mais c’est une prononciation discutable[761]. - - -=8º Après les voyelles nasales=, l’_s_ final n’est pas moins muet -qu’après les voyelles orales: _dan_(s), _céan_(s), _san_(s), _gen_(s), -_repen_(s), _consen_(s), _plain_(s), _étein_(s), _tien_(s), _vien_(s), -_moin_(s), _aimon_(s), etc. Il faut donc éviter _moinsse_ avec le plus -grand soin, et aussi _gensse_[762]. - -Pourtant le mot _sens_ a repris peu à peu son _s_ dans presque tous -les cas: _bon sen_(s) ou _contresen_(s), qui ont résisté longtemps, -ont à peu près disparu[763]; _sen_(s) _commun_ lui-même, qui s’est -conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la -prononciation de l’_s_ y est entravée par la consonne qui suit, est -déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne -restera bientôt plus que _sen_(s) _dessus dessous_ et _sen_(s) _devant -derrière_, qui justement sont sans rapport avec _sen_s[764]. - -On prononce également l’_s_ dans _mon_s pour _monsieur_, dans le mot -savant _cen_s, dans le vieux mot _ain_s, et dans les mots latins où -_en_ sonne _in_: _gen_s, _delirium tremen_s, _semperviren_s, etc., sur -l’analogie desquels Labiche a formé _labaden_s[765]. - - -=9º Après les consonnes=, il faut distinguer, suivant la consonne qui -précède. - -Quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par une consonne non articulée_, -il ne se prononce pas non plus: _ga_(rs), _la_(cs) et _entrela_(cs), -_poi_(ds), _le_(gs) et _me_(ts), _pui_(ts), _pou_(ls), _tem_(ps) et -_défen_(ds), _rom_(ps) et _fon_(ds), _cor_(ps) et _remor_(ds)[766]. - -Ceux même qui prononcent à tort le _g_ de _le_(gs) ne vont pas jusqu’à -prononcer l’_s_. La seule exception est _fi_(l)s, que nous avons vu à -l’_i_. - -En revanche, à part _cor_(ps), le groupe final _ps_ se prononce -toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement -français: _la_ps et _rela_ps, _schna_ps, _re_ps, _se_ps, _bice_ps, -_prince_ps, _force_ps, _éthio_ps et _anchilo_ps. - -On articule aussi intégralement _ra_ms et _auro_chs (aurox). On notera -seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à -remplacer _auro_chs par _auro_ch: en ce cas, le pluriel se prononce -comme le singulier; mais c’est _auro_chs qui est le vrai mot[767]. - -D’autre part, quand l’_s_ est séparé de la voyelle _par un r_, l’_r_ -se prononce toujours[768]; mais l’_s_ ne se prononce pas: _unive_r(s), -_alo_r(s), _toujou_r(s), _ailleu_r(s), etc. Il faut éviter avec grand -soin de prononcer _alorsse_, quoiqu’on prononce l’_s_ dans le composé -_lor_s_que_. Le substantif _cour_(s) se prononce de même sans _s_. - -Il y a pourtant trois exceptions: le mot _mar_s a repris son _s_ depuis -longtemps[769]; les mots _mœur_s et _our_s ont repris le leur au -dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, -pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770]. - - -2º L’S intérieur. - -_Dans le corps des mots_, l’_s_ se prononce presque toujours, mais -quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son -normal, tantôt doux ou sonore. - - -I.--=Devant une consonne=, l’_s_ se prononce partout en principe, -et toujours ou presque toujours avec le son dur: les _s_ qui ne se -prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce -ainsi même à la fin des mots: _fi_s_c_, _bu_s_c_, _mu_s_c_ et les mots -en _=-st=_[771]. - -Mais tous ces mots où l’_s_ se prononce devant une consonne sont en -réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a -altérés en y restaurant un _s_ autrefois muet[772]. - -Par analogie, l’_s_ se prononce depuis longtemps même dans _lor_s_que_, -_pre_s_que_, _pui_s_que_, malgré l’étymologie _lor_(s), _prè_(s), -_pui_(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme -dans _ju_s_que_; mais _tandi_(s) _que_ n’est pas dans le même cas, -les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y -prononcer l’_s_. - -L’_s_ se prononce aussi dans _su_s_dit_, qui s’écrit en un seul mot, -mais non dans _su_s-_tonique_ et _su_s-_dominante_, qui s’écrivent en -deux. Il me paraît choquant dans _su_s_nommé_ et _su_s_mentionné_, qui -pourraient bien se prononcer comme les précédents. - - * * * * * - -Dans les mots composés commençant par les articles _les_ et _des_ ou -l’adjectif possessif _mes_, ces monosyllabes sont demeurés distincts, -et l’_s_ ne s’y prononce pas: _le_(s)_quels_, _de_(s)_quels_, -_me_(s)_dames_[773]. - -Il y a aussi un mot simple où l’_s_ intérieur, muet devant une -consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, -tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est -_cheve_(s)_ne_, résidu singulier d’une orthographe disparue[774]. - -Aux mots commençant par un _s_ suivi d’une sourde, _c_, _p_, _t_, le -peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’_e_ prosthétique des -grammairiens: es_tatue_. Cela n’est sans doute point à imiter[775]. - - * * * * * - -Dans le groupe _=sc=_, qu’on ne trouve que dans les mots relativement -récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes -se prononcent sans difficulté devant _a_, _o_, _u_: _e_s-c_argot_, -_e_s-c_ompte_, sc_olaire_, sc_ulpture_. - -Devant _e_ et _i_, on entend généralement deux _s_: _a_s-c_ète_, -_tran_s-c_endant_, _la_s-c_if_, _re_s-c_inder_[776]. - -Toutefois on ne peut entendre qu’un _s_ en tête des mots: _un -s_(c)_eau_, _une s_(c)_ie_[777]. On n’entend qu’un _s_ aussi (ou un -_c_) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord _ob_(s)_cène_ -et _ob_(s)_cénité_, où il est difficile de faire autrement; puis -_fa_(s)_cé_, de _fa_(s)_ce_, terme de blason[778]; _de_(s)_cendre_ -et ses dérivés; _con_(s)_cience_ et ses dérivés, quoiqu’on entende -généralement deux _s_ dans _e_s-c_ient_, _pre_s-c_ience_ et -_con_s-c_ient_; enfin _di_(s)_ciple_ et _di_(s)_cipline_ avec ses -dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, _a_(s)_censeur_ -et _a_(s)_cension_ (surtout la fête), _di_(s)_cerner_ et -_di_(s)_cernement_, _su_(s)_ceptible_ et _su_(s)_citer_. - - * * * * * - -Nous avons vu déjà que l’_=s=_ prenait naturellement le son doux -du _=z=_, par accommodation, devant une douce, _b_, _d_, _g_, _v_ -et _j_: s_bire_ et _pre_s_byte_, _péla_s_gique_ et _di_s_joindre_, -_tran_s_gresser_, s_velte_ ou _tran_s_versal_. C’est là un phénomène -spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. -L’_s_ prend souvent aussi le même son dans les mots en _-isme_ comme -_rhumati_s_me_ (izme) ou même en _-asme_; mais ceci s’impose beaucoup -moins[780]. - - -II. =Entre consonne et voyelle=, l’_s_ est encore dur en principe. - -Il est dur notamment après un _r_: _sur_-s_eoir_ et _sur_-s_is_ (et non -_sur_z_is_), _traver_-s_in_, _subver_-s_if_, etc.; mais il est doux -dans _jer_s_ey_[781]. - -Il est doux entre _l_ et _a_, dans _bal_s_amique_ et les mots de cette -famille[782]. - -On a vu que l’accommodation changeait le _b_ en _p_ dans les mots qui -commencent par _abs-_ et _obs-_, et aussi _subs-_, mais sauf devant -_i_. En effet, dans _sub_s_ister_, l’accommodation paraît être plus -souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui -s’accommode à la première: _su_bz_ister_ plutôt que _su_ps_ister_, et -de même _su_bz_istance_, sans doute par l’analogie de _dé_s_ister_, -_e_x_ister_ et _ré_s_ister_, dont nous allons parler dans un -instant[783]. - -Il en est de même le plus souvent dans _su_bs_ide_ et -_su_bs_idiaire_[784]. - -Au contraire, c’est le _b_ qui se change normalement en _p_ dans -_a_bs_ide_ et dans _su_bs_équent_[785]. - - -III. =Entre deux voyelles= _dont la première n’est pas nasale_, -l’_s_ prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: -_ro_s_e_, _va_s_e_, _cyti_s_e_, _ba_s_ilique_, _va_s_istas_, -_philo_s_ophe_, _mi_s_anthrope_, etc.[786]. Il prend le son doux même -dans les préfixes à _s_ final _dés-_ et _més-_, et cela peut passer -pour une liaison naturelle: _dé_s-_unir_, _dé_s-_armer_, _mé_s-_user_, -_mé_s-_intelligence_, etc.[787]. Pourtant l’_s_ est resté dur dans -_dy_s-_enterie_ et _dy_s-_entérique_[788]. - -L’_s_ prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans -_dé_-s_igner_ et _se dé_-s_ister_ (sans parler de _dé_s_oler_), et -généralement après les préfixes _ré-_ et _pré-_: _ré_-s_erver_ et -_pré_-s_erver_, _ré_-s_ider_ et _pré_-s_ider_, _ré_-s_olution_, -_ré_-s_onance_, _ré_-s_umer_ et _pré_-s_umer_, _pré_s_age_, -_pré_-s_omption_, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple -a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les -deux cas, le composé est traité comme un mot simple. - -Il en est de même du mot _aba_s_ourdir_, où l’élément _sourd_ a pu -être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens -abstrait qu’a pris le mot. - - * * * * * - -Néanmoins, l’_s_ reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et -beaucoup plus souvent qu’on ne croit: - -1º Après les préfixes _pré-_, _ré-_ et _dé-_ eux-mêmes, dans -_pré_-s_éance_ et _pré_-s_upposer_, sans doute parce qu’ici le -simple est trop connu pour s’altérer; dans _pré_-s_u_ (le mot est -dans Pascal); dans _ré_-s_ection_ et _ré_-s_équer_, _dé_-s_uet_ et -_dé_-s_uétude_, qui gardent la prononciation du latin. - -2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de -préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: _a-_, -dans _a_-s_eptique, a_-s_ymétrie_ ou _a_-s_ymptote_; _para-_, dans -_para_-s_élène_ et _para_-s_ol_ (malgré l’_s_ doux de _para_-s_ite_, -vieux mot dont le simple n’existe pas); _contre-_ et _entre-_, dans -_contre_-s_ens_, _contre_-s_eing_, _contre_-s_igner_ et _contre_-s_ol_, -_s’entre_-s_ecourir_ ou _s’entre_-s_uivre_, et _entre_-s_ol_; _anti-_, -dans _anti_-s_ocial_ ou _anti_-s_eptique_; _co-_ et _pro-_, dans -_co_-s_eigneur_, _co_-s_ignataire_, _co_-s_inus_ ou _co_-s_écante_, -et _pro_-s_ecteur_; _uni-_, _bi-_ et _tri-_, _proto-_ et _deuto-_, -etc., dans _uni_-s_exuel_ et une foule de composés chimiques, -botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui -marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: -_mono_-s_yllabe_ et _mono_-s_yllabique_, _tétra_-s_yllabe_, -_déca_-s_yllabe_, etc., _poly_-s_yllabe_ et _poly_-s_ynodie_, -_pari_-s_yllabique_ et _impari_-s_yllabique_[790]. - -3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans -l’écriture: _tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, _soubre_s_aut_, _havre_s_ac_, -_vrai_s_emblable_ et _vrai_s_emblance_, _pré_s_alé_, _vivi_s_ection_, -_gymno_s_ophiste_, _idio_s_yncrasie_, _petro_s_ilex_, _sangui_s_orbe_, -etc.[791]. - -4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, -où l’on conserve la prononciation d’origine, comme _thé_s_is_ ou -_ba_s_ileus_. - -5º Dans une onomatopée comme _su_s_urrer_, _su_s_urrement_, que les -dictionnaires altèrent fort mal à propos[792]. - -6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, -l’adoucissement de l’_s_ entre deux voyelles étant propre au français: -ainsi le grec _kyrie elei_s_on_, ou l’italien _impre_s_ario_, à demi -francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise _im_[793]. Pourtant l’_s_ -s’est adouci dans l’espagnol _bra_s_ero_ et l’italien _ri_s_oluto_ -ou _fanta_s_ia_, apparemment par l’analogie de _bra_s_ier_, -_ré_s_olution_, _fantai_s_ie_[794]. - -=IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle=, l’_s_ reste -dur, parce qu’autrefois l’_n_ se prononçait: _an_s_e_, _pen_s_er_, -_pen_s_ion_, _encen_s_er_, _in_s_igne_, _con_s_idérer_, etc., et même -_in_s_ister_, malgré l’_s_ doux de _ré_s_ister_ et des autres. - -Toutefois, avec le préfixe =_trans-_=, on a encore un phénomène -de liaison, comme avec _dés-_ et _més-_, et c’est un _z_ qu’on -entend, sans exception, dans _tran_s_alpin_, _tran_s_action_, -_tran_s_atlantique_, _tran_s_iger_, _tran_s_it_, _tran_s_itaire_, -_tran_s_itif_, _tran_s_ition_, _tran_s_itoire_, _tran_s_humer_ et -_tran_s_humance_. - -Mais l’_s_ du substantif _transe_ est nécessairement dur, comme dans -toutes les finales en _-anse_, et il se maintient encore dur tant bien -que mal dans _tran_s_i_ et _tran_s_ir_, très fréquemment altérés par le -voisinage de _tran_s_it_. _Tran_s_ept_ a aussi l’_s_ dur, étant pour -_tran_ss_ept_[795]. - -On entend quelquefois, mais à tort, l’_s_ doux dans _in_-s_urrection_, -par analogie avec _ré_s_urrection_. - -Enfin l’_s_ est doux dans _nan_s_ouk_[796]. - - -3º L’S double. - -L’=s= _double_ final se prononce comme l’_s_ dur, mais il abrège la -voyelle qui précède: _ray-gra_ss, _me_ss, _expre_ss, _mi_ss, etc. - -L’=s= double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord -assez souvent un _s_ simple, qu’on a doublé après un _e_ dans certains -composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à -propos le son dur, entre deux voyelles. - -Nous avons vu tout à l’heure qu’après _é fermé_ on se contentait -souvent d’un seul _s_ en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: -_pré-_s_éance_, _dé-_s_uet_; mais on écrit avec deux _s_, et peu de -logique, _pre_(s)_sentir_ et _pre_(s)_sentiment_[797]. - -Après un _e_ muet, un seul _s_ a suffi encore, dans quelques composés -cités plus haut, comme _entre_s_ol_, _havre_s_ac_ ou _soubre_s_aut_; -mais on met deux _s_ à _re_(s)s_aut_ et à _re_(s)s_auter_, et -partout après le préfixe _re-_, dans les mots de la langue écrite: -_re_(s)s_embler_, _re_(s)s_entir_, _re_(s)s_ort_, _re_(s)s_ource_, -etc.[798], ainsi que dans _de_(s)s_us_ et _de_(s)s_ous_, sans -compter _re_(s)s_usciter_, dont l’_e_ est fermé. Je ne sais si cet -emploi de l’_s_ double après le préfixe _re-_ est très heureux, car -s’il fait respecter le son de l’_s_, en revanche il fait altérer -malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’_e -muet_ lui-même, et le mal n’est guère moindre[799]. - -Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’_e_ soit fermé ou muet, -on ne peut prononcer qu’un seul _s_, puisque l’_s_ ajouté n’y est en -quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à -maintenir le son dur ou sourd. - -Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon -générale, entre deux voyelles, _l_’s _simple est un_ s _doux et l_’s -_double un_ s _dur_. - -Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir -généralement la prononciation d’un _s_ simple quand il y en a deux. -Toujours est-il que l’_s_ double se prononce simple beaucoup plus -souvent que les liquides _l_, _m_, _n_, _r_, malgré la tendance -générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on -prononce deux _s_ dans les mots d’usage courant, qui sont très -nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots -tels que _a_(s)s_eoir_, _pa_(s)s_age_, _va_(s)s_al_, _ma_(s)s_acre_, -_e_(s)s_ai_, _e_(s)s_uyer_, _me_(s)s_ie_, _me_(s)s_age_, _i_(s)s_u_, -_bo_(s)s_u_, _fau_(s)s_aire_, _bou_(s)s_ole_, _hu_(s)s_ard_, etc. -L’_s_ reste simple notamment dans tous les composés de _des-_, comme -_de_(s)s_aler_, _de_(s)s_errer_, _de_(s)s_ouder_, et dans tous les mots -en _-seur_, _-sion_, _-soir_ ou _-soire_, quelle que soit la voyelle -précédente: _embra_(s)s_eur_, _oppre_(s)s_eur_, _régi_(s)s_eur_ ou -_endo_(s)s_eur_, _pa_(s)s_ion_, _pre_(s)s_ion_, _commi_(s)s_ion_ ou -_percu_(s)s_ion_, _pre_(s)s_oir_ ou _acce_(s)s_oire_. - -Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour -les préfices =as-= et =dis-=[800]. - -1º Le préfixe =_as-_= étant plus populaire que savant, dans tous les -composés, sauf _a_s-s_imiler_ et ses dérivés, on devrait ne prononcer -qu’un _s_[801]. Toutefois, je ne vois guère que _a_(s)s_aut_, -_a_(s)s_embler_ et _a_(s)s_emblage_, _a_(s)s_eoir_, _a_(s)s_iéger_, -_a_(s)s_iette_ et _a_(s)s_ise_, _a_(s)s_ez_, _a_(s)s_urer_ et ses -dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont -_a_s-s_agir_, _a_s-s_ainir_, _a_s-s_écher_, _a_s-s_éner_ (pour -_a_(s)s_ener_), _a_s-s_entiment_, _a_s-s_ermenté_, _a_ss_ertion_, -_a_s-s_ervir_, _a_s-s_idu_ et _a_s-s_iduité_, _a_s-s_igner_ et -_a_s-s_ignation_, _a_s-s_ombrir_, _a_s-s_omption_, _a_s-s_onance_, -_a_s-s_ourdir_, _a_s-s_ouvir_ et _a_s-s_umer_. Mais pas plus dans -ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux -_s_. - -2º Au contraire, le préfixe =_dis-_= étant expressément un préfixe -savant, les composés font entendre généralement deux _s_. Il n’y a -d’exception incontestable que pour _di_(s)s_iper_ et ses dérivés et -_di_(s)s_oudre_[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un -seul _s_ _di_(s)s_olu_[803], _di_(s)s_erter_ et _di_(s)s_ertation_, -_di_(s)s_imuler_ et _di_(s)s_imulation_[804], voire même -_di_(s)s_éminer_, _di_(s)s_ension_ ou _di_(s)s_entiment_, ces mots -étant d’un usage fort général[805]. - -3º Aux préfixes _as-_ et _dis-_ on peut ajouter =_intus-_= et -=_trans-_=, dans _intu_s-s_usception_, _tran_s-s_udation_ ou -_tran_s-s_ubstantiation_. - -4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants -où l’on prononce deux _s_: _a_s-s_a fœtida_, _pa_s-s_ible_ et -_impa_s-s_ible_, _pa_s-s_if_ et ses dérivés (sauf en grammaire) et -_pa_s-s_iflore_, _cla_s-s_ification_ et quelquefois _cla_s-s_ique_, -et aussi _jura_s-s_ique_[806];--_te_s-s_ère_ et _pe_s-s_aire_, -_e_s-s_ence_ (au sens figuré) et ses dérivés, _ince_s-s_ible_ -et _immarce_s-s_ible_, et les composés en _pre_s-s_ible_; -_congre_s-s_iste_ et _progre_s-s_iste_, qui, avec _proce_s-s_us_, -réagissent sur _progre_s-s_if_, _proce_s-s_if_ et quelques mots -_en-essif_; _me_s-s_idor_, _se_s-s_ile_, _pe_s-s_imiste_ et -_pe_s-s_imisme_, et au besoin _e_s-s_ouflé_ ou _e_s-s_aimer_;--les -mots en _i_s-s_ible_ et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en -_i_s-s_ime_ et _i_s-s_imo_, avec _commi_s-s_oire_, _fi_s-s_ipare_ -et _fi_s-s_ipède_, et _by_s-s_us_, auxquels on joint quelquefois -_fi_s-s_ure_ et _bi_s-s_extile_;--enfin _glo_s-s_aire_, _o_s-s_ature_, -_o_s-s_ification_, _o_s-s_uaire_ et quelquefois _o_s-s_eux_, avec -_fo_s-s_ile_ et _opo_s-s_um_[807]. - - * * * * * - -Nous savons que le groupe anglais _=sh=_ équivaut au _ch_ français -à toute place: sh_elling_, sh_ocking_ ou sh_ampoing_, _engli_sh, -_mackinto_sh ou _stockfi_sh[808]. A la vérité _fa_sh_ion_ se prononçait -aussi bien _fazion_ à la française, que _facheune_, à l’anglaise, et de -même _fa_sh_ionable_; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en -désuétude. - -C’est aussi au _ch_ français que correspondent le groupe germanique -_=sch=_[809], le danois _=sj=_, le polonais _=sz=_ et l’_=s=_ -hongrois[810]. - - - - -T - - -1º Le T final. - -_A la fin des mots_, le =t=, comme l’_s_, en principe ne se prononce -pas: _acha_(t), _avoca_(t), _étroi_(t), _bonne_(t), _livre_(t), -_tombai_(t), _crédi_(t), _peti_(t), _calico_(t), _tripo_(t), -_prévô_(t), _défau_(t), _ragou_(t), _institu_(t), _cha_(t)-_huan_(t), -_vacan_(t), _accen_(t), _événemen_(t), _sain_(t), _poin_(t), _fron_(t), -_défun_(t), _dépar_(t), _concer_(t), _transpor_(t), _meur_(t), -_accour_(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus -rares que pour l’_s_ parmi les mots proprement français. Naturellement -elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte -renforcés ou élargis par cette prononciation. - -=1º Après= _a_, il n’y a que les adjectifs _fa_t et _ma_t, avec les -termes d’échecs _ma_t et _pa_t; _adéqua_(t) et _immédia_(t) n’en sont -plus, ni _opia_(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le _t_ en -1878. - -Il faut ajouter cependant les mots latins, _exea_t, _fia_t, _staba_t, -_magnifica_t, _viva_t, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la -prononciation; on entend bien parfois _des viva_(ts), mais c’est une -fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812]. - -Après _=oi=_, il n’y a rien, pas plus _doi_(gt) que _adroi_(t) ou -_pourvoi_(t). Toutefois, quand _soit_ est employé seul, on fait -volontiers sonner le _t_, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu -ailleurs. - -=2º Après= _e_, il n’y a que _ne_t, _fre_t et _se_(p)t. - -Pour _ne_t, il ne saurait y avoir de discussion[813]. - -Pour _fre_t, tous les dictionnaires maintiennent _fre_(t). Ils -pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore -absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir -ici, sinon précisément celui de la marine marchande? - -Enfin, pour _se_(p)t, il faut naturellement dire _sè_ devant un pluriel -commençant par une consonne: _se_(pt) _sous_, _se_(pt) _cents_, -_se_(pt) _mille_[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et -comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que _se_(p)t, -en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait -confondre _se_(pt) _sous_ et _se_(pt) _cents_ avec _seize sous_ et -_seize cents_! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à -la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si -nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce -point[815]. - -A _ne_t, _fre_t et _se_(p)t on fera bien de ne pas ajouter _juille_t, -pas plus qu’_alphabe_t, la prononciation du _t_ dans ces mots étant -surannée ou dialectale. Quant à _ce_t, il ne s’écrit que devant une -voyelle, et nécessairement il se lie. - -On prononce naturellement le _t_ dans quelques mots latins ou -étrangers: _e_t _cetera_[816], _hic e_t _nunc_, _hic jace_t, _lice_t, -_tace_t, _clare_t, et _water-close_t; mais _débe_(t) et _place_(t) -sont francisés depuis fort longtemps; _croque_(t), _cricke_(t), -_ticke_(t) le sont aussi, et même _pick-pocke_(t), et souvent -_water-close_(t)[817]. - -Après =ai=, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à -faire sentir le _t_ du substantif _fait_, au singulier, surtout quand -il est final ou accentué: _en fai_t, _au fai_t, _par le fai_t, _voie de -fai_t, _voici le fai_t, _il est de fai_t, _je mets en fai_t, _je l’ai -pris sur le fai_t, _c’est un fai_t, et même _c’est un fai_t _constant_, -_c’est le fai_t _d’un honnête homme_, _le fai_t _de mentir_, _le fai_t -_du prince_; mais on ne doit jamais faire sentir le _t_ au pluriel, ni -dans _fai_t _divers_, singulier identique au pluriel, ni dans _en fai_t -_de_ ou _tout à fai_t. - -=3º Après= _i_, le _t_ sonne encore presque toujours dans les mots -qui viennent de mots latins en _-itus_ et _-itum_: _coï_t, _introï_t, -_obi_t, _bardi_t, _aconi_t, _ri_t (même mot que rite), _prétéri_t, -_pruri_t et _transi_t; mais on a cessé généralement de le prononcer -dans _subi_(t) aussi bien que dans _gratui_(t). Il en est de même dans -_ci-gî_(t). On le prononce encore le plus souvent dans _grani_t, mais -_grani_(t) se répand. - -On le prononce aussi, naturellement, dans _hui_t, avec la seule -restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des -consonnes: _page hui_t, _in-dix-hui_t, _le hui_t _mai_, et aussi, par -liaison, _hui_t _hommes_, mais _hui_(t) _sous_, _hui_(t) _cents_, -_hui_(t) _mille_[818]. - -Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou -non, dans _accessi_t, _satisfeci_t et même _défici_t, malgré l’usage -de quelques personnes, aussi bien que dans _incipi_t, _suffici_t, -_explici_t, _exi_t et _affidavi_t, ainsi que dans _voorui_t et -_dead-hea_t[819]. - -4º Après _o_, le _t_ ne sonne plus aujourd’hui que dans _do_t, où il -ouvre l’_o_, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le -mot avait autrefois deux formes, un masculin _do_(t) et un féminin -_dote_ (cf. _aubépin_ et _aubépine_); le féminin se serait ici conservé -avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en _-ot_ -qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation _do_(t) est -aujourd’hui particulière au sud-ouest[820]. - -5º Dans les finales _-aut_ et _-ault_, le _t_ ne sonne jamais[821]; -pas davantage dans _-eut_, ni dans _-out_ et _-oult_, les mots -étrangers, _lock-ou_t, _vermou_t, _knou_t, _raou_t et _stou_t, mais non -_racahou_(t). - -Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)_oû_(t) que dans _debou_(t), -malgré l’usage de quelques provinces[822]. - -=6º Après= _u_, le _t_ final sonne toujours dans un certain nombre de -mots savants: _azimu_t, _cajepu_t, _occipu_t, _sincipu_t et _compu_t, -avec _u_t et _capu_t; quelquefois aussi, mais à tort, dans _scorbu_(t) -et _précipu_(t); de plus, dans les interjections _chu_t et _zu_t, et -dans les monosyllabes _lu_t, _ru_t et _bru_t[823]. La province y ajoute -généralement un autre monosyllabe, _bu_t, malgré _débu_(t), mais à -Paris on prononce toujours _bu_(t)[824]. - -=7º Après les voyelles nasales= (les mots en _-ant_ et _-ent_ sont -particulièrement innombrables), le _t_ ne sonne pas plus en français -qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale, -comme dans _exem_(pt), _vin_(gt), _prom_(pt), _rom_(pt), _corrom_(pt), -_interrom_(pt). - -Il a longtemps sonné dans _ving_(t), comme sonnaient l’_s_ et l’_x_ -de _troi_s et _deu_x, conformément à l’usage de tous les noms de -nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait _cente_ pour -_cen_(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le _t_ de -_vingt_ sonne encore dans _vin_(g)t _et un_, par liaison, et aussi -dans _vin_(g)t-_deux_, _vin_(g)t-_trois_, etc., malgré la consonne -qui suit, soit par un souvenir de _vin_(g)_t et deux_, _vin_(g)_t -et trois_, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec -_trente-deux_, _quarante-quatre_, _cinquante-sept_, etc. Mais il ne -sonne pas dans _quatre-vin_(gt)_-un_, _-deux_, _-trois_, etc., et -cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans _quatre-vingt-trois_, -ce serait _quatre fois vingt-trois_, et non _quatre fois vingt -plus trois_; il y a des siècles que cette distinction a été faite -inconsciemment. Il est vrai que tous ces _t_, devant _deux_, deviennent -nécessairement des _d_: _vin_d d_eux_; ce n’est pas une raison -cependant pour prononcer _vin_(g)te_-deux_[825]. - -Le _t_ sonne encore dans quelques mots étrangers, comme _can_t ou -_pippermin_t[826]. - -=8º Restent= _les consonnes_. Le _t_ ne sonne pas après un _r_: -_écar_(t), _exper_(t), _ressor_(t), _cour_(t), et aussi _heur_(t), où -il a longtemps sonné; _spor_(t) lui même est francisé, et _dog-car_(t) -à peu près; mais _flir_t garde son _t_, même quand on le francise[827]. -En revanche, le _t_ sonne après et avec les consonnes _c_, _l_, _p_, -_s_. - -Pour les mots en _=-ct=_, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus -excepter que les mots en _=-spect=_, _ami_(ct) et _instin_(ct), mais -non _exa_ct, _abje_ct, _verdi_ct, _distri_ct, _succin_ct et _distin_ct, -ni aucun autre[828]. - -Les mots en _=lt=_ ne sont pas des mots français: _cobal_t, _mal_t, -_smal_t, _spal_t, _vel_dt, _vol_t, sauf le vieux mot _mou_lt, et -_indu_lt, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de -_lt_[829]. - -Si des mots en _=pt=_ nous éliminons _se_(p)t, examiné tout à l’heure, -où le _p_ ne sonne pas, et les mots en _-empt_ et _-ompt_, où ne -sonnent ni _p_ ni _t_, il reste trois ou quatre mots savants où -les deux consonnes se prononcent: _ra_pt, qui a longtemps flotté, -_conce_pt, _transe_pt et _abru_pt[830]. - -Le groupe final _=st=_ se prononce dans quelques mots, la plupart -étrangers: _ha_st (armes d’), _balla_st, _to_(a)st, _e_st et _oue_st, -_le_st, _zi_st et _ze_st, _whi_st, _o_st et souvent _compo_st. Il est -muet dans le verbe _e_(st)[831]. - -Ajoutons pour terminer que l’_h_ après le _t_ final, qui d’ailleurs -est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son -du _t_; mais naturellement le _t_ suivi d’un _h_ se prononce toujours: -_feldspa_th, _ane_th, _zéni_th, _mammou_th, _lu_th et _bismu_th[832]. - - -2º Le T intérieur et le groupe TI. - -_Dans le corps des mots_, le _=t=_ se maintient difficilement entre -deux consonnes, si la dernière n’est pas un _r_, comme dans _as_t_ral_. -Aussi est-il devenu muet dans _as_(th)_me_ et _as_(th)_matique_, -_is_(th)_me_ et _is_(th)_mique_, et même _pos_(t-s)_criptum_ et parfois -_pos_(t)_dater_: c’est toujours la répugnance du français à prononcer -trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et -c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les -autres, à moins qu’elle ne soit un _s_[833]. - -Dans les mots en _=-iste=_, comme dans les mots en _=isme=_, le -peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: _artis_(te), -_anarchis_(te). Il dit de même _prétex_(te) ou _insec_(te): paresse de -langage, qu’il faut éviter. - -L’_h_ ne change rien au _t_, bien entendu: t(h)_éâtre_, t(h)_on_, -t(h)_ym_, _at_(h)_ée_, _got_(h)_ique_, etc. - - * * * * * - -Mais la question la plus intéressante concernant le _t_ intérieur est -celle de son traitement devant l’_i_ suivi d’une voyelle. - -La règle générale n’est pas douteuse: _Devant un_ i _suivi d’une autre -voyelle_, _le_ t _prend le son de l’_s _dur_[834]. - -Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en _=-tie=_ -et _=-tien=_, à presque tous les mots en _=-tiaire=_, _=-tiel=_, -_=-tieux=_, _=-tion=_, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres -mots: _supréma_t_ie_, _iner_t_ie_, _béo_t_ien_, _ter_t_iaire_, -_torren_t_iel_, _ambi_t_ieux_, _na_t_ion_, _na_t_ional_, etc., et -aussi bien _nup_t_ial_, _gen_t_iane_, _spar_t_iate_, _pa_t_ient_, -_pa_t_ience_, _sa_t_iété_, _pé_t_iole_, etc., etc.[835] - -En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la -prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour -le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots -d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent -en principe le son normal du _t_, notamment quand l’_i_ fait diphtongue -étymologiquement avec un _e_, comme dans _pi_t_ié_. - -On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle -générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus -nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi -l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en -dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même -ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant -populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de -pouvoir altérer les mots les plus usités. - -J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas -où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup -d’omissions. - -Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les -sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait -qu’_entre deux_ =_i_= le _t_ avait toujours le son de l’_s_: «La règle -est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer, -du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez _picié_ de mon ignorance, -et faites-moi l’_amicié_ de me répéter seulement la _moicié_ de ce -que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut -croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là -qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux _i_, sans -compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837]. - -I.--Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce -que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont: - -1º _Tous les mots dans lesquels le =t= est déjà précédé d’une -sifflante_, _s_ ou _x_, ce qui empêche absolument le _t_ de s’altérer, -aussi bien en latin qu’en français: _bas_t_ion_, _ques_t_ion_, -_immix_t_ion_ (une douzaine de mots en =_-tion_=); _dynas_t_ie_, -_modes_t_ie_, _amnis_t_ie_ (une douzaine de mots en =_-tie_=); -_bes_t_ial_, _bes_t_iole_, _ves_t_iaire_, etc., etc.[838]. - -A cette catégorie appartiennent aussi _é_t_iage_, _châ_t_ier_ et -_chré_t_ien_ avec sa famille, autrefois _e_st_iage_, _cha_st_ier_ et -_chre_st_ien_. - -2º _Tous les imparfaits et subjonctifs présents_, où le _t_ ne -peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: _é_t_ais_, -_é_t_ions_, _é_t_iez_, _por_t_ais_, _por_t_ions_, _por_t_iez_, que nous -_men_t_ions_, que vous _men_t_iez_, etc.[839]. - -De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en -_tir_: _sor_t_i_, _sor_t_ie_, _anéan_t_i_, _anéan_t_ie_, etc., avec -les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes: -_rô_t_ie_, _garan_t_ie_, _par_t_ie_, _sor_t_ie_, et le féminin -d’_appren_t_i_[840]. - -II.--Voici maintenant toute la collection des _mots d’origine populaire -où =-ti-= est suivi d’un_ e, _et où le groupe =ie= est une diphtongue -étymologique_, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant -laquelle le _t_ n’a pas pu s’altérer. Ce sont: - -1º Les trois substantifs en =_-tié_=: _pi_t_ié_, _moi_t_ié_, -_ami_t_ié_, avec _inimi_t_ié_[841]; - -2º Les adjectifs et substantifs en =_-tier_= ou =_-tière_=, à -suffixe _-ier_, féminin _-ière_, comme _en_t_ier_ ou _héri_t_ier_, -_jarre_t_ière_ ou _taba_t_ière_: ils sont près de deux cents[842]; - -3º Les mots qui ont le suffixe =_-ième_=, à savoir _sep_t_ième_, -_hui_t_ième_, _ving_t_ième_, etc., avec _quan_t_ième_ ou -_pénul_t_ième_[843]; - -4º Les formes verbales de _tenir_ et ses composés, t_ient_ ou -_con_t_ient_, _dé_t_iendra_ on _main_t_iendrait_, avec les dérivés -_entre_t_ien_, _main_t_ien_, _sou_t_ien_[844]; - -5º Enfin les mots t_iède_, t_iers_ et t_ien_, où le _t_ est initial, et -_an_t_ienne_, où il ne l’est pas[845]. - -III.--Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses. - -1º Voici d’abord trois mots en =_-tie_=: _or_t_ie_, d’origine -populaire[846]; _so_t_ie_, dérivé populaire de _sot_, qui avait deux -_t_ autrefois comme _sottise_, et qui a gardé sa prononciation en -devenant savant; enfin _tu_t_ie_, qui ne vient pas du latin[847]. - -_Épizoo_t_ie_ est encore flottant[848]. - -2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où =_ti-_= a -résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord -_éléphan_t_iasis_ ou _é_t_iologie_, sans compter _tiare_; d’autre part -tous les mots où le _t_ est séparé de l’_i_ par un _h_, ce _th_ étant -grec: _sympa_t(h)_ie_, _py_t(h)_ie_, _corin_t(h)_ien_; de sorte qu’ici -non seulement l’_h_ ne change rien au _t_, mais aide à le conserver -intact[849]. - -Pourtant la tendance générale est telle que le mot _chrestoma_t(h)_ie_ -a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la -prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est _tie_ -et non _cie_, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer. - -3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en =_-ti_=, à savoir: -d’une part le mot _cen_ti_are_, qui a gardé devant le mot _are_ la -prononciation uniforme du préfixe _centi-_, quoiqu’une diphtongue s’y -soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par -le préfixe _anti-_, comme _an_ti_alcoolisme_, où il n’y a point de -diphtongue. - -4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: _galima_t_ias_, -qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à _Ma_th_ias_; _é_t_ioler_, -_é_t_iolement_, qui se rattachent peut-être à _é_t_eule_; et aussi -l’espagnol _pa_t_io_[850]. - -Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut -longue sans doute, mais celle des mots où le _t_ est sifflant l’eût -été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus -difficile à classer méthodiquement[851]. - - -3º Le T double. - -Le _=t= double_ se prononce encore simple assez généralement, et -autrefois il n’y avait point d’exception. - -Parmi les mots commençant par =_att-_=, qui sont fort nombreux, il -n’y a guère qu’_a_t-t_ique_ et _a_t-t_icisme_ où l’on soit à peu près -obligé de prononcer deux _t_[852]; mais il faut avouer que cette -prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots -où elle ne s’impose nullement, comme _a_t-t_enter_, _a_t-t_entif_, -_a_t-t_énuer_, _a_t-t_errer_, _a_t-t_ester_, _a_t-t_iédir_, -_a_t-t_itré_, _a_t-t_itude_, _a_t-t_ouchement_, _a_t-t_raction_, -_a_t-t_ributif_, _a_t-t_rister_, _a_t-t_rition_. - -Cette prononciation est plus correcte dans _ba_t-t_ologie_, -_intermi_t-t_ent_ et _intermi_t-t_ence_, _commi_t-t_imus_ et -_commi_t-t_itur_, _gu_t-t_ural_ et _gu_t-t_a-percha_; mais elle atteint -aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme _sagi_t-t_aire_, -_li_t-t_éraire_, _li_t-t_éral_, _li_t-t_érature_, _li_t-t_oral_ et -_pi_t-t_oresque_. - -Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien, -où les deux consonnes se prononcent régulièrement: _conce_t-t_i_, -_vende_t-t_a_, _je_t-t_atura_, _dile_t-t_ante_, _libre_t-t_o_ et -_libre_t-t_iste_, _grupe_t-t_o_, _tu_t-t_i_ et _so_t-t_o voce_, -et aussi dans _gu_t-t_a-percha_. Mais on ne prononce plus qu’un -_t_ généralement dans _ghe_(t)t_o_ et _confe_(t)t_i_, qui se sont -popularisés, souvent aussi dans _larghe_(t)t_o_[853]. - -On ne prononce jamais qu’un _t_ dans _sco_(t)t_ish_[854]. - - - - -V et W. - - -Le =_v_= s’appelait autrefois =_u_= consonne, et ne se distinguait pas -typographiquement de l’_u_[855]. - -Du _v_ simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le -supprimer devant _oi_, et de dire (v)_oiture_, (v)_oilà_, _la_(v)_oir_, -au _r_(ev)_oir_[856]. - -Le =_v_= allemand se prononce =_f_=; mais cela ne nous intéresse guère -que pour les noms propres non francisés[857]. - -Le _v_ a aussi le son de l’_f_ à la fin des noms slaves, surtout après -un _o_, où il est souvent double[858]. - -Le =_w_= n’est pas français. Mais le _w_ germanique se prononce comme -le _v_ français, ainsi que celui du polonais _redo_w_a_[859]. - -Le =_w_= anglais demande plus d’attention. - -En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle _ou_: -w_ater-closet_ ou w_aterproof_, w_attman_, w_arf_, w_hist_, w_hig_, -w_isky_, w_ig_w_am_, w_orkhouse_, _s_w_ell_, _tram_w_ay_, _rail_w_ay_, -_sand_w_ich_[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours -en _v_; ainsi il est complètement francisé en _v_ dans w_agon_ et ses -dérivés, à peu près dans w_arrant_ et ses dérivés, souvent aussi dans -w_aterproof_, quoiqu’on ne francise pas _oo_, et dans w_ater-closet_ -ou w_attman_. S’il s’est francisé définitivement en _ou_ dans w_hist_, -c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais -_tram_w_ay_ a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son -_ou_, qui pourtant semble l’emporter[861]. - -Nous avons réduit _aw_ à _au_ dans _outl_aw, _l_aw_n-tennis_, -_tomah_aw_k_, _dr_aw_back_[862]. - -Nous avons accepté pour l’anglais _ew_ la prononciation _iou_; ainsi -pour _mild_ew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non -par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux _mildiou_, comme il -convient. _Intervi_ew se prononce indifféremment _viev_ ou _viou_, et -le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du -dérivé _intervi_ew_er_, pour lequel la prononciation _viou-ver_ est -assez ridicule[863]. - -L’anglais _ow_ se prononce comme _o_ fermé dans _b_o(w)-_wind_o(w), -_r_o(w)_ing_, _arr_o(w)-_root_, _sn_o(w)-_boot_, et quelquefois -_co_(w)-_boy_ (pour _caouboï_); d’autre part nous réduisons -facilement _ow_ à _ou_ dans _cl_ow_n_, _teag_ow_n_, _c_ow_pox_ ou -_br_ow_ning_[864]. - - - - -X et Z - - -1º L’X final. - -_A la fin des mots français_, l’=_x_= n’est plus généralement qu’un -signe orthographique qui tient simplement la place d’un _s_[865]. Aussi -ne se prononce-t-il pas plus que l’_s_ du pluriel, notamment après -_u_, dans tous les mots en _-aux_, _-eux_, _-oux_, au singulier comme -au pluriel: _fau_(x), _veau_(x), _aïeu_(x), _heureu_(x), _dou_(x), -_genou_(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune -exception, pas même pour _deu_(x), dont l’_x_ s’est amui, comme l’_s_ -de _troi_(s), quoiqu’il se soit conservé dans _six_ et _dix_, dont nous -allons parler[867]. - -L’_x_ final ne se prononce pas davantage dans _pai_(x), _fai_(x) et ses -composés, ni dans les mots en _-oix_[868]. - -Il ne se prononce pas non plus dans _pri_(x), _perdri_(x) et -_crucifi_(x), ni dans _flu_(x), _reflu_(x), _influ_(x)[869]. - -On vient de voir que l’_x_ final se prononce par exception dans les -noms de nombre _six_ et _dix_, comme se prononcent les consonnes -finales de _cin_q, _sep_t, _hui_t, _neu_f; mais ceci demande des -explications. - -D’abord cet _x_ devrait s’écrire _s_, comme autrefois, car il a -conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme -un _s_: _j’en ai si_x, _page di_x, _Charles di_x, _le si_x _mai_, _le -di_x _août_. - -En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des -adjectifs numéraux, les cas où _six_ et _dix_ sont suivis d’un pluriel -commençant par une consonne: _di_(x) _francs_, _si_(x) _sous_, _si_(x) -_cents_, _di_(x) _mille_[870]. - -Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est -encore pas le son normal de l’_s_ qu’on entend; car il se produit alors -simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’_s_ est -doux[871]. De là la différence qu’il y a entre _si_x _hommes_ (si-zom) -et _si_x _avril_ (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, -_dix_ et _six_ se prononcent _dis_ et _sis_ devant _avril_, _août_, -_octobre_, comme devant _mai_, _juin_ ou _septembre_. A vrai dire, on -prononce souvent _si zavril_ comme _si zhommes_, comme on dit aussi -_entre si zet huit_, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, -pour _si_x _et huit_, on peut choisir entre le son dur et le son -doux, tandis que pour _si_x _hommes_ on n’a pas le choix: l’_s_ est -nécessairement doux. - -On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas -multiplication, dans _dix-huit_ (dizuite) et ses dérivés. - -Par analogie avec _di_x_-huit_, on prononce également un _s_ doux -dans _di_x_-neuf_, comme on prononce le _t_ dans _ving_t_-quatre_ ou -_ving_t_-neuf_. - -Dans _di_x_-sept_, l’_x_ garde le son de l’_s_ dur à cause de l’autre -_s_ qui suit: _dis-sète_; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit -facilement _di-sète_, l’_s_ double se réduisant à un, comme dans tous -les mots populaires[872]. - -On prononce de même avec un _s_ dur les termes de musique -_si_x_-quatre_ ou _si_x_-huit_, quoiqu’il y ait multiplication, parce -qu’en réalité ce n’est pas _quatre_ et _huit_ qui sont multipliés, -mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que -les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; -_sizuit_ est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable. - - * * * * * - -Comme _six_ et _dix_, _coccy_x se prononce avec un _s_ simple, au moins -par euphonie[873]. - - * * * * * - -En dehors de _six_, _dix_ et _coccyx_, quand l’_x_ final se prononce, -il se prononce _cs_. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins -ou étrangers, comme _inde_x, _sile_x ou _sphin_x[874]. - - -2º L’X intérieur. - -_Dans le corps des mots_, l’_x_ se prononce en principe _cs_ devant une -voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, -_a_x_e_, _ri_x_e_, _se_x_e_[875]; et aussi bien dans _la_x_atif_, -_a_x_iome_ ou _ma_x_ime_, _le_x_ique_ ou _se_x_uel_, _fi_x_er_ ou -_lu_x_ure_, comme dans _te_x_tuel_, _bisse_x_til_ ou _mi_x_ture_[876]. - -Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste -beaucoup d’autres où l’_x_ ne se prononce pas ou pas toujours _cs_[877]. - -D’abord nous retrouvons l’_s_ dur simple de la prononciation populaire -dans _soi_x_ante_ et ses dérivés, où l’_x_ étymologique a été rétabli -après coup, comme dans _six_ et _dix_[878]. - -Nous retrouvons aussi l’_s_ doux de la simple liaison dans les dérivés -de _deux_, _six_ et _dix_: _deu_x_ième_, _di_x_ième_, _si_x_ième_, -_si_x_ain_ se prononcent comme _deu_(x) _hommes_ ou _si_(x) -_hommes_[879]. - - * * * * * - -Mais surtout les mots qui commencent par =_ex_= ou =_x_= demandent un -examen spécial. - -On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, -c’est-à-dire devant =_ce_= ou =_ci_= ou devant un =_s_=, la seconde -partie de l’_x_ se confondant nécessairement avec le son qui suit, le -son _ecs_ se trouve réduit à _ec_: _e_c-c_ellent_, _e_c-c_entrique_ ou -_e_c-s_angue_[880]. - -Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance -naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, -à réduire _ecs_, non à _ec_, mais à _es_: _e_s_trême_, _e_s_cuse_, -_e_s_press_[881]. - -Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y -a qu’une consonne, comme dans _e_s_cuse_, autrefois correct. Elle est -plus admissible dans les mots commençant par _excl-_ ou _excr-_, comme -_e_x_clamation_ ou _e_x_crément_, mais là même elle est familière et -médiocrement correcte[882]. - - * * * * * - -D’autre part et surtout, devant une voyelle, _ex-_ initial (ou -_hex-_) s’adoucit régulièrement en _egz_. Par exemple: _e_x_alter_, -_e_x_haler_, _e_x_écuter_, _e_x_iger_, _e_x_otique_, _e_x_ubérant_, -_he_x_amètre_, etc., et, par suite, _ine_x_igible_ ou _ine_x_act_; il -faut y ajouter _se_x_agénaire_ et _se_x_agésime_, et peut-être aussi -_se_x_ennal_[883]. Seuls _e_x_écration_ et _e_x_écrable_ sont très -souvent prononcés avec _cs_, par emphase. - -Cette tendance à adoucir l’_x_ après l’_e_ initial est si forte qu’elle -atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même -qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même -pas de dire _e_x_eat_ ou _e_x_ercitus_ avec _gz_: même une expression -latine composée comme _e_x _æquo_, qui ne peut guère s’altérer en -latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: -_un ex æquo_, _des ex æquo_, et par suite comme un mot simple. _E_x -_abrupto_ s’altère beaucoup moins souvent[884]. - -_En tête des mots_, l’_x_ ne garde le son de _cs_ que parce que les -mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage -restreint: x_érasie_, x_érophagie_, x_iphoïde_, x_ylographie_; encore -devient-il _gz_ très souvent dans x_ylophone_, qui est un peu plus -connu[885]. - - -3º Le Z - -Le =_z_= _final_, dans les mots proprement français, est dans le même -cas que l’_x_: il remplace simplement un _s_, même quand il représente -étymologiquement _ts_[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que -l’_s_ ou l’_x_, notamment dans toutes les secondes personnes du -pluriel: _aime_(z), _aimie_(z), _aimerie_(z), etc. - -Il ne se prononce pas davantage dans le mot _sonne_(z), qui est en -réalité un impératif, ni dans les substantifs _ne_(z) et _bie_(z), -disparu devant _bief_, ni dans l’adverbe _asse_(z) et les prépositions -_che_(z) et _re_(z), de _re_(z)_-de-chaussée_[887]. - -On voit que le _z_ final muet suit généralement un _e_; mais le _z_ ne -se prononce pas davantage dans _ra_(z) _de marée_, ni dans _ri_(z); et -si, en France, on le prononce ordinairement dans _ran_z _des vaches_, -en Suisse on prononce _ran_, et on doit y savoir comment ce mot se -prononce[888]. - -Le _z_ final se prononce dans _ga_z et dans _fe_z; mais ce sont des -mots étrangers[889]. - -Le _z_ final allemand, avec ou sans _t_ devant, se prononce _ts_: -_quar_tz, _kronprin_z[890]. - -Et même _tz_ après _l_ se réduisent le plus souvent à un _s_: _eau de -sel_(t)z[891]. - -On n’entend également qu’un _s_ dans _ruol_z. - -_Dans le corps ou en tête des mots_, le _z_ français a toujours le -son d’un _s_ doux devant une voyelle: z_èle_, z_one_, _bron_z_é_, -_topa_z_e_, _ri_z_ière_, etc. - -Il en est de même du =_z_=, simple ou double, des mots étrangers, quand -nous les francisons: _la_z_arone_, _scher_z_o_, _pou_(z)z_olane_, -_mue_(z)z_in_, souvent aussi _ra_(z)z_ia_ ou _la_(z)z_i_[892]. - -Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le _z_ allemand se -prononce _ts_[893]. - -Le _z_ italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi _ts_, -comme dans _gra_z_ioso_, plus souvent _dz_: _pia_zz_a_, _pia_zz_etta_, -_la_zz_i_, _me_zz_o_, _me_zz_anine_, _pi_zz_icati_[894]. - -L’espagnol _pla_z_a_ se prononce _plaça_. - - -RÉCAPITULATION DES CONSONNES - -On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer -à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se -prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, -faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit -chez nous chacun des sons que nous employons. - -On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci -achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre -orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans -inconvénients. - -Parmi les _explosives_, les _labiales_ =b= et =p= et les _dentales_ -=_d_= et =_t_= se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, -tout en se prononçant simples: _ha_b_it_ et _a_bb_é_, _râ_p_er_ -et _a_pp_el_, _a_d_ieu_ et _a_dd_ition_, _bâ_t_ir_ et _ba_tt_re_. -Elles peuvent aussi s’interchanger: _a_b_sent_ devient _a_p_sent_ et -_mé_d_ecine_ devient _me_t_sine_. Tout cela est peu de chose et, si le -reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895]. - -Mais pour les _gutturales_, c’est une autre affaire: la gutturale -forte ou sourde s’écrit _c_ dans _ra_c_onter_, _cc_ dans _a_cc_ord_, -_ch_ dans ch_rétien_, _k_ dans k_épi_, _ck_ dans _bo_ck, _kh_ dans -kh_édive_, _q_ dans _co_q, _qu_ dans qu_atre_, _cq_ dans _Ja_cq_ues_, -_cqu_ dans _be_cqu_eter_, _x_ dans _e_x_cès_ ou X_érès_, et même -_g_ dans _Bour_g, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié -de l’_x_; la gutturale douce ou sonore s’écrit _g_ dans g_rave_, -_gg_ dans _a_gg_raver_, _gu_ dans gu_eule_, _gh_ dans gh_etto_, _c_ -dans _se_c_ond_, parfois même _ch_ dans _dra_ch_me_, ou _qu_ dans -_a_qu_educ_, et fait la moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_. - -De même, parmi les _spirantes_, nous retrouvons un peu plus de -simplicité dans les _fricatives_ et les _chuintantes_: les fortes -s’écrivent seulement de quatre manières: _f_, _ff_, _ph_ ou _v_, et -_ch_, _sh_, _sch_ ou _j_: f_ait_, _e_ff_et_, ph_are_, _crè_(v)e_-cœur_, -et ch_at_, sh_ako_, sch_isme_, _re_j(e)_ter_; les douces n’en ont que -trois: _v_, _w_ ou _f_, et _j_, _g_ ou _ge_: v_ague_, w_agon_, _neu_f -_ans_, et _en_j_ôler_, _rou_g_ir_, g_eôle_, sans compter _ta_ch(e) _de -vin_. - -Mais les _sifflantes_ se rattrapent: la forte s’écrit _s_ dans s_el_, -_ss_ dans _a_ss_ez_, _c_ dans c_e_c_i_, _ç_ dans _re_ç_u_, _sc_ -dans sc_ie_, _t_ dans _pa_t_ience_, _x_ dans _soi_x_ante_, _z_ dans -_quart_z, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié -de l’_x_, quand l’_x_ se prononce, et aussi la seconde moitié du _z_, -quand on le prononce _ts_; la douce s’écrit _z_ dans z_èle_, _zz_ dans -_pou_zz_olane_, _s_ dans _rai_s_on_, _x_ dans _deu_x_ième_, et fait la -seconde moitié de l’_x_ dans _e_x_emple_. - -Les sons de =l=, =m=, =n=, =r= se bornent à s’écrire par une lettre ou -par deux; _r_ devient aussi _rh_ dans rh_um_. - -Enfin =l= mouillé s’écrit _ll_ dans _bi_ll_e_, _ill_ dans _pa_ill_e_, -_l_ simple dans _genti_l_homme_, _lh_ dans _Mi_lh_au_, _gli_ dans -_Bro_gli_e_. L’_n_ mouillé se contente de _gn_ dans _a_gn_eau_ ou _ign_ -dans _o_ign_on_, et au besoin _ni_ dans _pa_ni_er_, sans parler de _ñ_ -dans _do_ñ_a_. - -Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout -pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup -qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on -conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne -et que _la langue_ surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant -soustraite ainsi à de graves dangers d’altération. - -Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec -les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs -écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue -_ortho_graphe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur -ce point n’appartenait à l’anglaise? - - - - -LES LIAISONS - -Quelques considérations préliminaires. - - -Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient -partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux -mots étaient liés par le sens[896]. - -Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement -cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant -une voyelle (ou un _h_ muet), quand les mots étaient intimement liés -par le sens. Je dis _dans l’usage ordinaire_, parce que les consonnes -sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et -dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage -courant, les consonnes ne sont pas tombées dans _tous_ les mots. -D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent -encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? -Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce -toujours, ou bien elle ne se prononce jamais. - -Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer -seulement devant une voyelle, _dans certains cas_: ce qui reste de -cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément _liaison_. La -consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot -suivant[897]. - -Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la -poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers -elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart -des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible -que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des -liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres -choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe. - -Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait -infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires. -D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers. - -D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent -souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des -circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en -parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage, -tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le -moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi, -pour le même motif, que dans une conversation familière. - -D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du -monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font -trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car -ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne -fait pas. - -Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte -de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux -comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus -qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans -la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie, -un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et -la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle -par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés, -quand il n’y a pas nécessité[898]. - - * * * * * - -Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques -règles générales. - -On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision, -car les deux vont presque toujours ensemble) devant un _h aspiré_. Elle -l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]: - -1º Devant les noms de nombre _un_ et _onze_: _les numéro_(s) _un et -deux_, _sur le_(s) _une heure_[900]; _no_(s) _onze enfants_, _aprè_(s) -_onze heures_, _Loui_(s) _onze_; et, quoiqu’on dise régulièrement _il -es_(t) t_onze heures_, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant _ils -étai_(ent) _onze_ ou _ils son_(t) _onze_[901]; - -2º Devant l’adverbe _oui_: _je di_(s) _oui_; _pour un oui, pour un -non_[902]; - -3º Devant les interjections: _ce_(s) _ah!_ _ce_(s) _oh!_ et en général -quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant -pas[903]; - -4º Devant _uhlan_, et devant les mots commençant par un _y_ grec suivi -d’une voyelle, parce que cet _y_ fait alors fonction de semi-voyelle: -_de_(s) _uhlans_, _de_(s) _yachts_, _de_(s) _youyous_. - -De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le -sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de -liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de -ponctuation. - -Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe, -dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne -sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille -un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison. - -En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour -les quatre liquides grecques, _l_, _m_, _n_, _r_, sauf d’une part le -cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois -ou quatre adjectifs en _-ier_, surtout _premier_ et _dernier_, quand -ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus -loin: _premie_(r) r_acte_, _dernie_(r) r_acte_. Il y a bien encore les -infinitifs en _-er_, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf -la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement -à la poésie[904]. Même _laisse_(r)_-aller_ ne se lie pas. - -On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’_e_ s’ouvre à demi, comme -dans _premier_ et _dernier_: _mangè_(r) r_avec plaisir_, _donnè_(r) -r_aux pauvres_, etc.[905]. - -Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les _muettes_ et les -_spirantes_. - -Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours -gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une -consonne (_le li_s _est blanc_), au contraire celles qui ne se -prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer, -les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, _p_, _k_, _t_, -tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la -douce, _v_ et _z_[906]. - - - - -LIAISONS DES MUETTES - - -1º Les labiales et les gutturales. - -Les _labiales_ ne se lient pas, sauf le _p_ des adverbes _beaucoup_ et -_trop_ devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition -_à_. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: _il a -beaucou_(p) p_appris_, _il y a beaucou_(p) p_à faire_, tandis qu’on ne -fait pas de liaison dans _il y a un cou_(p) _à faire_; de même _j’ai -tro_(p) p_à dire_, _je suis tro_(p) p_ému_. Encore ces liaisons ne -sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf -peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots. - -On dit aussi: _qui tro_(p) p_embrasse mal étreint_, à cause de -l’inversion qui appuie _trop_ sur _embrasse_; mais on ne peut plus dire -_tro_(p) p_est trop_, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer -_c’est dire beaucou_(p) p_en peu de mots_, ou encore _beaucou_(p) p_ont -cru_. - -En vers, on peut même encore lier _coup_: _par un cou_(p) p_imprévu_, -mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque. -On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un -_plom_(b) _assassin_, _un cham_(p) _immense_, _le cam_(p) _ennemi_, _un -dra_(p) _usé_, voire même _un lou_(p) _affamé_, et à _fortiori_ _du -plom_(b) _et du fer_. - - * * * * * - -Les _gutturales_ ne se lient pas beaucoup plus: _le cri_(c) _est -lourd_, _fran_(c) _et net_, _blan_(c) _et noir_, et aussi bien _du -blan_(c) _au noir_, _de flan_(c) _en flanc_, _l’étan_(g) _est vide_, et -aussi bien _un étan_(g) _immense_, n’admettent plus la liaison, même en -vers. - - _Les jugements de cour vous rendront blan_(c) _ou noir_[907]. - -Toutefois on peut encore lier, même en prose, le _c_ de l’adjectif -_franc_ devant un substantif: _un fran_(c) k_étourdi_, et on lie -toujours les expressions composées _fran_(c) k_archer_, _fran_(c) -k_alleu_] et à _fran_(c) k_étrier_. Ceci permettra peut-être de lier en -vers: - - _Être fran_(c) k_et sincère est mon plus grand talent_[908]; - -mais c’est tout juste, et _taba_(c) k_à priser_ ne saurait plus guère -passer aujourd’hui, et moins encore _il me convain_(c) k_assez_. - -Quoique le _c_ de _croc_ isolé ne se lie jamais, on le lie -nécessairement dans _cro_(c)-k_en-jambe_ (avec ouverture de l’_o_), les -mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où -toutes les consonnes se prononceraient normalement[909]. - - * * * * * - -Dans les mots en _-spect_, c’est le _c_ qui se lie, mais on ne le lie -en prose que dans l’expression inséparable _respe_(ct) k_humain_, -tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout: - - Et cent brimborions dont l’_aspe_(ct) k_importune_[910]. - -Le _g_ ne se lie plus dans l’usage courant que dans l’expression -composée _san_(g) k_et eau_. Dans la lecture, on y ajoute _san_(g) -k_humain_, _san_(g) k_artériel_, en vers seulement _san_(g) k_impur_. - -On peut aussi lier en vers ou dans le style oratoire le _g_ de -_ran_(g): _ran_(g) k_élevé_, mais non pas cependant _ran_(g) k_auquel!_ -De même celui de _lon_(g): - - Quittez le _lon_(g) k_espoir_ et les vaines pensées[911]. - -Mais en prose on prononce sans liaison même une expression composée -comme de _lon_(g) _en large_. - -On voit qu’en liaison, comme nous l’avons dit, la gutturale douce -devient forte[912]. - -On fait aussi entendre le _g_ de _jou_(g) et celui de _le_(gs) devant -une voyelle, cette fois sans le changer en _c_, mais ceci est plutôt un -fait de prononciation qu’un phénomène de liaison. - -A l’intérieur _d’oran_(g)_-outan_(g), malgré la règle générale, il n’y -a pas de liaison. - -D’autre part, avec _cler_(c) et _por_(c), et les mots en _er_(g) et -_our_(g), la liaison est inutile, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à -éviter[913]. - - -2º Les dentales, D et T. - -Les _dentales_, _d_ et _t_, se lient infiniment plus que les autres -muettes, et ceci va nous permettre d’énoncer quelques principes -généraux[914]. Naturellement, vu le nombre des liaisons, c’est ici -surtout qu’intervient le goût personnel, et beaucoup de liaisons qui -sont nécessaires en vers sont facultatives dans le langage courant, -où l’hiatus est fréquent; mais il y a aussi des liaisons qui sont -interdites partout ou obligatoires partout. - -I. =Les verbes.=--Il y a d’abord l’innombrable catégorie des _formes -verbales_, troisièmes personnes et participes. - -Pour les troisièmes personnes autres que celles en _-ent_, et même -pour _aient_ ou _soient_, traités comme _ait_ et _soit_, la liaison -est encore très souvent obligatoire. Plus les formes sont usitées, -plus la liaison est nécessaire: par exemple l’emploi de formes comme -_est_ ou _sont_, _avait_ ou _ont_, sans liaison, est certainement -incorrect, surtout si ce sont des auxiliaires, comme dans _ils on_(t) -t_aimé_[915]. De même devant l’infinitif: _il veu_(t) t_aller_, _il -vi_(t) t_entrer_, ou encore _il veu_(t) t_y aller_, _il veu_(t) t_en -avoir_. On lie également, et plus nécessairement encore, quand il y a -inversion du verbe et du sujet: _di_(t)-t_il_, que _per_(d)-t_on?_ - -Hors ces cas, la liaison est moins nécessaire: _il pein_(t) t_avec -feu_, ou _il pren_(d) t_un livre_, ou _ils mangeaien_(t) t_et -buvaient_, ne sont pas aussi indispensables que _il e_(st) t_à Paris_; -pourtant ce sont encore les seules formes qui soient admissibles, quand -on veut parler correctement. - -Il en est de même pour les finales muettes en _-ent_: on dit assez -facilement et de plus en plus, _ils mange_(nt) _un morceau et -recommence_(nt) _à travailler_; mais _ils mange_(nt) t_un morceau_, -_ils aime_(nt) t_à rire_, _deux noires vale_(nt) t_une blanche_ sont -encore des façons de parler beaucoup plus correctes, sans qu’on y -puisse relever le moindre pédantisme. - -Il n’y en a aucun non plus à lier les participes, surtout les plus -employés: _ceci est fai_(t) t_avec soin_, est encore fort usité, -et d’une diction plus soignée que _fai_(t) _avec soin_; de même -_ils étaient là mangean_(t) t_et buvant_, encore que ce ne soit pas -indispensable. - -II. =Adjectifs et adverbes.=--Il y a ensuite la catégorie également -innombrable des _adjectifs_ et des _adverbes_. Mais ici encore il faut -distinguer. - -Dans le langage parlé, l’adjectif se lie à peu près uniquement, mais -obligatoirement, avec le substantif qui le suit; seulement on ne peut -mettre devant le substantif, dans la langue courante, qu’un très petit -nombre d’adjectifs généralement courts. C’est d’abord _cet_ et _tout_, -qui se lient toujours, étant toujours devant le substantif: _ce_(t) -t_homme_ ou _tou_(t) t_homme_; puis quelques autres, dont la place peut -varier: _gran_(d) t_homme_, _sain_(t) t_homme_, _parfai_(t) t_honnête -homme_, _secon_(d) t_acte_; de même encore _ving_(t) t_hommes_ ou -_cen_(t) t_hommes_. Cette liaison est donc en somme assez restreinte, -car une expression comme _froi_(d) t_hiver_ appartient déjà au langage -écrit; en parlant, on dit plutôt _hiver froid_. En tout cas, la liaison -est nécessaire dans cette construction, parce que le lien y est plus -étroit entre les mots ainsi placés, l’adjectif étant en quelque sorte -proclitique et s’appuyant sur le substantif[916]. - - * * * * * - -Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère -qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans -le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, _j’ai froi_(d) -t_aux pieds_, parce qu’il y a là comme une expression toute faite -où _froid_ devient substantif, puisqu’on dit de même _le froi_(d) -t_aux pieds_. Mais on ne dit pas _le chau_(d) t_aux pieds_; on dira -donc _j’ai chau_(d) _aux pieds_, malgré l’hiatus de deux voyelles -identiques; on dit même sans liaison _chau_(d) et _froid_, qui est -pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs; -on dira donc à fortiori _alternativement chau_(d) _et froid_; et de -même presque uniquement _il est gran_(d) _et fort_, _un sain_(t) _a pu -seul..._, _le secon_(d) _est venu_[917]. - -En revanche la préposition _à_ requiert ordinairement la liaison de -l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint: -_tou_(t) t_à vous_, _prê_(t) t_à sortir_[918]. - - * * * * * - -De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se -lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord _tout_, bien entendu; -par exemple _il est tou_(t) t_autre_; de même _vraimen_(t) t_aimable_, -_tendremen_(t) t_aimé_, _tout à fai_(t) t_extraordinaire_. - -On dit de même encore _commen_(t) t_allez-vous?_ à cause du lien intime -qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans -_quan_(t) t_à_, comme elle se faisait autrefois dans _quan_(d) t_et -quand_. - -Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins -nécessairement: _partou_(t) t_où vous serez_, _tan_(t) t_il est beau_, -_tellemen_(t) t_on est serré_; de même pour _autant_ ou _tantôt_ -répétés, pour _aussitôt_, _bientôt_, _souvent_, _cependant_; mais on -lie nécessairement dans _aussitô_(t) t_après_ ou _bientô_(t) t_après_. - -La négation _point_ se lie toujours, étant inséparable de ce qui la -suit: _je ne t’ai poin_(t) t_aimé!_ - -De même le pronom relatif _dont_ et la conjonction _quand_: -_quan_(d) t_il viendra_, _don_(t) t_il est_. De même ou à peu près -les prépositions _avant_, _pendant_, _devant_ et autres, avec leurs -régimes: _avan_(t) t_un jour_, _pendan_(t) t_un jour_, _devan_(t) t_une -femme_[919]. - -III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont -à peu près les seules. Par conséquent les _substantifs_ en principe -ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en -vers, le _d_ ne se lie guère: _un nœu_(d) _assorti_, _le ni_(d) -_est vide_, _blon_(d) _ardent_ s’imposent partout et toujours. Que -dis-je? _Le petit cha_(t) t_est mort_, si cher aux ingénues de la -Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi -que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait -pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser -l’hiatus. - -Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni _d_ ni _t_, même -quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de -distinguer par exemple _un savan_(t) t_Allemand_, où _savant_ est -adjectif, et _un savan_(t) _allemand_, où _savant_ est substantif, -distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit: - - _Un sot savan_(t) t_est sot plus qu’un so_(t) t_ignorant_[920]. - -En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques: -_en quel endroi_(t) t_avez-vous vu_; encore cette liaison convient-elle -mieux à la lecture qu’à la conversation[921]. - - * * * * * - -_Tout_ lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement, -ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: _le -tou_(t) _et la partie_, _le tou_(t) _est de savoir_, tandis que le -pronom indéfini sujet se lie toujours: _tou_(t) t_est fini_. - -Toutefois, ici encore, la préposition _à_, je ne dis plus requiert, -mais admet régulièrement la liaison, _nous avons droi_(t) t_à cette -faveur_. - -De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou -expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot -_tout_; puis d’autres, comme _gue_(t)-t_apens_, pon__(t) t_aux ânes_, -_mo_(t) t_à mot_, _po_(t) t_à eau_, _po_(t) t_au lait_, _po_(t) t_au -feu_, _po_(t) t_au noir_, _po_(t) t_aux roses_[922]; et aussi _peti_(t) -t_à petit_, _de hau_(t) t_en bas_, _d’un bou_(t) t_à l’autre_, _bou_(t) -t_à bout_, _bu_(t) t_à but_, _de bou_(t) t_en bout_, _de bu_(t) t_en -blanc_, _de fon_(d) t_en comble_, _de momen_(t) t_en moment_, _de -poin_(t) t_en point_[923]; et même _accen_(t) t_aigu_, et _c’est un -droi_(t) t_acquis_. Et ainsi _pied_, qui avait perdu son _d_, et pour -lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles -de _pie_(d) t_à terre_, _de pie_(d) t_en cap_, et même _pie_(d) t_à -pied_; et l’on distingue _avoir un pie_(d) t_à terre_ (logement) et -_avoir un pie_(d) _à terre_ (sens littéral). - -En revanche, _cha_(t) _échaudé_ ou _cha_(t) _en poche_ ne sauraient -passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, -malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans _au doi_(gt) -_et à l’œil_, pas plus que dans _mon_(t) _Etna_, _mon_(t) _Hécla_ ou -_mon_(t) _Œta_, où elle est seulement possible[924]. - -IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il -importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est -celle des finales où le _t_ est précédé d’un _r_; ou plutôt la liaison -s’y fait si naturellement par l’_r_, qu’on n’a nul besoin d’en chercher -une autre, qui est depuis longtemps condamnée. - -C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart -des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne -croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas _Mor_(t) t_à -l’impie_! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle -n’en est pas meilleure, et _prendre par_(t) t_à_, qu’on y entend, ne -saurait pas plus passer que _par_(t) t_à deux_, qui serait grotesque. - -De même, avec un _d_, _bavar_(d) _impudent_, _regar_(d) e_ffaré_, -_abor_(d) _aimable_, _sour_(d) _et muet_, et aussi bien avec un _t_, -_ar_t _exquis_ ou même _ar_(t) _oratoire_, _un quar_(t) _au moins_, -un _rempar_(t) _infranchissable_, _déser_(t) _immense_, _por_(t) -_ouvert_, _ver_(t) _et bleu_, et à fortiori _le sor_(t) _en est jeté_, -ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun -prétexte. - -Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: -_un for_(t) _avantage_, _un cour_(t) _espace de temps_. Il en est de -même des verbes: _il par_(t) _au matin_, _il conquier_(t) _un empire_, -_il est mor_(t) _avant l’âge_. - -Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que -fort peu d’exceptions. - -L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le _t_ de l’adverbe _fort_, -par analogie avec _trop_, _tant_ et les autres; on dit donc aujourd’hui -généralement _for_(t) t_habile_ ou _for_(t) t_aimable_, mais jamais _le -for_(t) t_et le faible_, ni _le plus for_(t) t_en est fait_, ni même -_for_(t) t_en gueule_[925]. - -On lie aussi le _t_, bien entendu, dans les formes interrogatives, -qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: _par_(t)-t_il_? _d’où -sor_(t)-t_il_? On peut même dire _cela ne ser_(t) t_à rien_, pour -éviter la cacophonie de _rarien_, mais jamais _qui ser_(t) t_à table_. - -Enfin on dit généralement de la _mor_(t) t_aux rats_, pour le même -motif[926]. - -C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus _par rappor_(t) -t_à_ et _de par_(t) t_et d’autre_, qui se disent très souvent, que _de -par_(t) t_en par_(t), qui est devenu fort rare, ou _bor_(d) t_à bord_, -_mor_(t) t_ou vif_, _souffrir mor_(t) t_et passion_, _à tor_(t) t_et à -travers_, qui ne se disent jamais. - -On ne dit pas non plus _du nor_(d) t_au midi_; mais beaucoup de -personnes disent _nor_(d)-d_est_ et _nor_(d)-d_ouest_, sans doute -par analogie avec _su_d_-est_ et _su_d_-ouest_. Cette assimilation, -d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le _d_ de -_su_d se prononce toujours, et celui de _nor_(d) jamais; aussi le -_d_ de _su_d reste-t-il _d_ dans _su_d_-ouest_, fort légitimement; -mais à quel titre le _d_ de _nord_ peut-il se prononcer _d_ dans -_nor_(d)_-ouest_ ou _nor_(d)_-est_? Sans doute il est possible de -traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les -marins disent aussi _nordet_, par analogie avec _sudet_; mais en -revanche ils disent _noroit_, et même _suroit_, ce qui est remarquable. -Je conclus qu’il vaut mieux prononcer _nor_(d)_-ouest_, ce qui entraîne -à peu près nécessairement _nor_(d)_-est_. - - - - -_LIAISONS DES SPIRANTES_ - - -1º Les chuintantes et les fricatives. - -Les _chuintantes_, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas -de liaisons. - -Les _fricatives_ n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception, -reste de l’ancienne liaison de l’_f_ avec changement en _v_[927]. Voici -dans quel cas. Nous avons vu que _neuf_ se prononçait _neu_ fermé sans -_f_ devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison -si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’_f_ -devrait se changer en _v_, comme dans _neu_v_aine_ et _neu_v_ième_. -Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux -expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se -conservent intactes: d’une part, _neu_(f) v_ans_, _dix-neu_(f) v_ans_, -etc., d’autre part, _neu_(f) v_heures_. C’est à peu près tout: à peine -peut-on dire _neu_(f) v_hommes_; en tout cas il est bien difficile -aujourd’hui de dire _neu_(f) v_œufs_ ou _neu_(f) v_enfants_; c’est -pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle, -la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par _f_; plus -exactement, on prononce _neu_f, comme si le mot qui suit n’était pas -un pluriel: _neu_f _amis_, et même _neu_f _années_, à côté de _neu_(f) -v_ans_[928]. - - -2º Les sifflantes, S, X, Z. - -Restent les _sifflantes_, _s_ et _z_, et aussi _x_, partout où il -remplace l’_s_, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas. - -Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des -dentales, et demande à être aussi étudié de près. - -Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont -facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou -interdites partout. - -De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes -que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement -sur ces points. - -J’ajoute que la liaison se fait toujours en _s_ doux ou _z_: c’est un -cas particulier de la prononciation de l’_s_ entre deux voyelles. Le -phénomène est si général et si nécessaire, que l’_s_ dur qui sonne à la -fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots -sont liés par le sens: on dit beaucoup moins _fi_(ls) s_unique_ que -_fi_(ls) z_unique_[929]. - -I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le _t_, les -_substantifs_ en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la -lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel -étant l’objet d’un examen spécial. - -Même des expressions aussi courantes que la _voix humaine_, _le temps -est beau_, ou même un _avis important_, qu’on peut encore lier si -l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation -courante[930]. - -La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes -faites, comme _pa_(s) z_à pas_, _au pi_(s) z_aller_, _de temp_(s) z_en -temp_(s), _de temp_(s) z_à autre_, _en temp_(s) z_et lieu_, _do_(s) z_à -dos_, _do_(s) z_au feu et ventre à table_, ou encore _la pai_(x) z_et -la guerre_, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des -substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme _noix_, _nez_ -ou _riz_: _ne_(z) _aquilin_, _ne_(z) _au vent_, _nez à ne_(z), _ri_(z) -_au lait_. - -On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est -à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, _Pari_(s) z_est -grand_. - - * * * * * - -Les _adjectifs_ se lient aussi dans les mêmes conditions que pour -le _t_, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc _ba_s z_étage_ -toujours, ou encore _gra_s z_à lard_; mais _ba_(s) z_et profond_ dans -la lecture seulement, _ba_(s) _et profond_ dans la langue parlée. - - * * * * * - -Il en est de même encore pour les _verbes_. Dans les formes les plus -courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les -formes des verbes _être_ et _avoir_ sans liaison. Et pourtant elle -est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de _nous avons_ -et _vous avez_ qu’avec les monosyllabes du singulier, _je suis_, _tu -es_, _tu as_, et aussi _nous sommes_, _vous êtes_; elle est même moins -indispensable après _tu as_ qu’après _tu es_[931]. - -Elle est encore évidemment nécessaire devant _y_ et _en_ toniques: -_va_(s)-z_y_, _alle_(z)-z_y_, et même avec _e muet_: _songe_(s)-z_y -bien_, _donne_(s)-z_en_[932]. - -La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la -prononciation correcte, comme pour le _t_, devant _y_ et _en_ atones, -et devant un infinitif: _je veu_(x) z_aller_, _je veu_(x) z_y aller_ -ou _vous aime_(z) z_à rire_; moins encore dans _tu va_(s) z_en -Suisse_, ou _en_ est préposition. Pourtant beaucoup de personnes -diront très naturellement _si tu va_(s) z_à Paris_, pour éviter -l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point -indispensable; pas davantage dans _je rend_(s) _à César_ ou _rende_(z) -_à César_. On parlera plus loin des formes à _e muet_ suivi d’un _s_. - - * * * * * - -La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, -_dans_, _dès_, _sans_, _chez_, _sous_, devant leurs régimes[933]: -_dan_(s) z_un jour_, _san_(s) z_amour_, _che_(z) z_elle_, _sou_(s) z_un -arbre_; elle est un peu moins indispensable avec _après_ ou _depuis_. -Elle est réservée à la lecture avec _ci-inclus_, _non compris_ ou -même _hormis_, tout à fait inusitée avec _hors_, _vers_, _envers_, _à -travers_, dont nous parlerons tout à l’heure. - -La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs -_pas_, _plus_, _jamais_, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: _je -n’aime pa_(s) z_à boire_, _nous n’irons plu_(s) z_au bois_, _jamai_(s) -z_on a vu_; de même avec les adverbes de quantité _plus_, _moins_, -_très_, _assez_, portant sur le mot qui suit: _plu_(s) z_aimable_, -_moin_(s) z_il en fait_, et même, en vers, _asse_(z) z_et trop -longtemps_. - -Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme -_de mieu_(x) z_en mieux_, _de plu_(s) z_en plus_, _de moin_(s) z_en -moins_, voire même, si l’on veut, _d’ore_(s) z_et déjà_, sans parler de -_vi_(s)-z_à-vis_. - -D’autres adverbes, comme _autrefois_, _parfois_, _quelquefois_, -_désormais_, _longtemps_, _puis_, se lient encore très correctement, -mais plutôt dans la lecture. - -La conjonction _mais_ se lie fort bien aussi, même par-dessus une -virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille -produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les -suivent: - - _Mai_(s), z_en_ disant cela, songez-vous, je vous prie...[934]. - -II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui -qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer -le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère. - -C’est pour cela que les articles pluriels, _les_, _des_, _aux_, ainsi -que _ces_, les adjectifs possessifs ou indéfinis, _mes_, _les_, _ses_, -_nos_, _vos_, _leurs_, _certains_, _plusieurs_, etc., les adjectifs -numéraux, _deux_, _trois_, _six_, _dix_, _quatre-vingt_, se lient -encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé -de son adjectif: _le_(s) z_amis_, _ce_(s) z_hommes_, _certain_(s) -z_auteurs_, _plusieur_(s) z_autres personnes_, _deu_(x) z_aimables -personnes_, et même _deu_(x) z_ix_(x) ou _troi_(s) z_em_ (m), et aussi, -avec double liaison, _ce_(s) z_aimable_(s) z_enfants_. - -Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers -_quatre_ à _deux_, _trois_, _six_ et _dix_: _le bal des Quat_(re) -z_Arts_ et même _par quatre_ z_officiers_. - -Que dis-je? L’expression _entre quat_(re) z_yeux_ a été l’objet de -nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré, -l’ayant admise. Et il est certain que _entre quatre yeux_ est difficile -à prononcer, mais _entre quat’yeux_ serait encore plus facile que -_entre quat’zyeux_; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette -expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question -de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le -peuple le mot _œil_ n’a pas d’autre pluriel que _zyeux_, et non _yeux_, -qu’il ignore[935]. - -Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait -plus dans la conversation: ainsi _plusieur_(s) _ont prétendu_, où -_plusieurs_ devient pronom; de même _deu_(x) et _deux quatre, troi_(s) -et _trois six, ceu_(x) _et celles_, toutes liaisons qui se font fort -bien dans la lecture. On peut bien lier aussi _troi_(s) z_avril_, -quoique ce soit tout autre chose que _troi_(s) z_ans_; mais ce sera -uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus -naturellement _deu_(x) _avril_, sans liaison. - - * * * * * - -Les pronoms personnels _nous_, _vous_, _ils_, _elles_, et même _les_, -devant les verbes ou devant _en_ et _y_, sont à peu près dans la même -situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on -nécessairement: _nou_(s) z_avons dit, je vou_(s) z_ai vu_, _elle_(s) -z_ont fait_, _elle_(s) z_en ont_, _elle_(s) z_y vont_, _je le_(s) -z_attends_. - -Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient -plus dans la conversation: _pour vou_(s) _et pour nous_, _donne-le_(s) -_à mon père_; _donne-le_(s) z_à mon père_ semble tout à fait -prétentieux. _Eux_ lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il -n’est pas proclitique comme _ils_: _eu_(x) _ont été à Paris_. Toutes -ces liaisons se font naturellement dans la lecture. - - * * * * * - -Il va sans dire que l’_adjectif_ se lie avec le substantif qui le suit, -puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui -ne se lient pas au singulier, _adjectifs_ ou _substantifs_, peuvent se -lier au pluriel: _grand_(s) z_et forts_, _les saint_(s) z_ont dit_, -_les second_(s) z_ont fait_, et aussi _des gen_(s) z_âgés_. - -Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens, -car on distinguera correctement _un marchand de drap_(s) z_anglais_, -où _anglais_ est l’épithète de _draps_, et _un marchand de drap_(s) -_anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _marchand_. - -Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots -ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme -_Cham_(ps)-z_Élysées_ ou _Éta_(ts)-z_Unis_[936]. - -Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison: -_on a vu des match_(s) _admirables_[937]. Mais la tendance générale est -si forte qu’on ajoute parfois l’_s_ doux même à l’_s_ dur: _les mœur_s -z_antiques_, ce qui mène à _mœurse zantiques_. - -En pareil cas, c’est l’_s_ dur qui doit prévaloir, bien entendu: -puisque l’_s_ final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle -comme devant une consonne. On dira donc de préférence des _our_(s) -s_affamés_, puisqu’on ne dit plus des _our_(s), et de même _des fil_(s) -s_aimables_. - -On préfère cependant _tou_(s) z_ensemble_, pour éviter la cacophonie de -_sansan_. L’_s de tous_ a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant -une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de _tou_(s) atone et -proclitique, qui est forcément doux: _à tou_(s) z_égards_, ceci étant -un cas ordinaire de liaison. - -Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et -adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel, -il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un -_s_ final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la -conversation, peuvent le faire au pluriel: _un ca_(s) _intéressant_, -_des ca_(s) z_intéressants_, _un repa_(s) _excellent_, _des repa_(s) -z_excellents_[938]. - -On voit même l’_s_ s’intercaler et se lier _nécessairement_ dans -_genti_(ls)z_hommes_, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par -analogie avec _grand_(s) z_hommes_[939]. - - * * * * * - -La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions -_et_, _ou_, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela -non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article -en tête, comme _les pont_(s) z_et chaussées_, _les voie_(s) z_et -moyens_, _les voie_(s) z_et communications_, mais même entre deux -substantifs quelconques sans aucun article, comme _vertu_(s) z_et -vices_, _leçon_(s) z_ou devoirs_, _vin_(s) z_et liqueurs_: outre que le -lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le -pluriel en l’absence d’article. - -Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste -correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire _les -messieur_(s) z_et les dames_, ou plus simplement _les messieur_(s) _et -les dames_, tout comme _messieur_(s) _un tel et un tel_[940]. - - * * * * * - -Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui -ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne -peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’_s_ intérieur du -pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre, -ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le -singulier. On dira donc, sans exception, _des orang_(s)-_outangs_, _des -char_(s)-_à-bancs_, et tout aussi bien _des ar_(cs)-k_en-ciel_, _des -cro_(cs)-k_enjambe_, _des por_(cs)-k_épics_, des _gue_(ts)-t_apens_, -_des po_(ts)-t_au-feu_, la consonne _c_ ou _t_ de ces mots, qui en fait -sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction -de l’_s_[942]. - -On dira même de préférence _les du_(cs) k_et pairs_, parce que _duc_(s) -z_et pairs_ ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes. -On dira de même sans liaison _des moulin_(s) _à vent_, _des ciseau_(x) -_à froid_, _des salle_(s) _à manger_[943]. Dans l’exemple de _salle_(s) -_à manger_, nous retrouvons encore la question de l’_e muet_, qu’il -faut traiter à part. - -III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’_e muet_ a une tendance -naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un _s_. Il est -même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’_s_ après un _e -muet_; il va jusqu’à dire _elle_(s) _ont fait_ ou _vous ête_(s) _un -brave homme_. - -Pourtant l’_s_ du pronom _elles_ ne peut pas correctement ne pas se -lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant -_en_ et _y_: _donne_(s)-z_en_, _songe_(s)-z_y bien_; et aussi des -formes verbales monosyllabiques si usitées, _sommes_ et _êtes_: _nous -somm_(es) z_amis_, _vous ête_(s) z_un brave homme_. - -Il y a encore deux formes verbales pareilles, _dites_ et _faites_, qui -sont dans le même cas: _dite_(s) z_un mot_, _vous faite_(s) z_un beau -travail_; on est peutêtre un peu moins exigeant pour _dites_ que pour -_faites_, mais ce n’est qu’une nuance[944]. - -On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le -substantif: _jeune_(s) z_années_. On liera même très bien le substantif -pluriel avec l’adjectif qui suit: _les Inde_(s) z_occidentales_, _les -Pyrénée_(s)-z_Orientales_, qui sont d’ailleurs un mot composé, _les -femme_(s) z_anglaises_[945]; et l’on pourra distinguer aussi _une -fabrique d’arme_(s) z_anglaises_, où l’épithète qualifie _armes_, et -_une fabrique d’arme_(s) _anglaise_, où l’épithète qualifie _fabrique_. - -On dira aussi, sans article, _homme_(s) z_et femmes_, _femme_(s) z_ou -enfants_, _sage_(s) z_et fous_, et la liaison restera possible avec -l’article, sans être nécessaire. - -De même, on peut dire à la rigueur _deux livre_(s) z_et demie_. -Pourtant il n’est guère admis de dire _deux heure_(s) z_et demie_: -cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une -certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient, -et l’on fera mieux de dire _deux heures et demie_, comme _une heure et -demie_; quant à dire _deux heure_(s) z_et quart_ ou _deux heure_(s) -z_un quart_, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à -dire _entre onze heure_(s) z_et midi_ ou _trois heure_(s) z_après_: ce -serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement _trois an_(s) -z_après_. On ne dit pas davantage _des pompe_(s) z_à vapeur_, sans -parler des _maître_(s) z_ès arts_, qui est imprononçable. - -On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation: -_ces homme_(s) z_ont fait leur devoir_ que: _ces gen_(s) z_ont fait -leur devoir_. - -On voit que la liaison de la syllabe muette avec _s_, _au pluriel_, est -plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique. -Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme -désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se -faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans -quoi les vers seraient faux: - - Et fit tourner le sort des _Perse_(s) z_aux Romains_[946]. - Nos _prince_(s) z_ont-ils_ eu des soldats plus fidèles?[947]. - -A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes -épreuves, jusqu’à Racine lui-même: - - Mes _promesse_(s) z_au_(x) z_un_(s) z_éblouirent les yeux_[948]. - -Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après _promesses_; -mais alors le vers paraît clocher, parce que l’_e muet_ a l’air de -s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et -l’on n’hésitera pas à dire, par exemple: - - Quels _reproche_(s), z_hélas!_ auriez-vous à vous faire?[949]. - -car le mot _hélas!_ se lie assez bien à ce qui précède. Il y a -d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans - - Et le soir on lançait des _flèche_(s) z_au_(x) z_étoiles_, - -où la liaison de _flèches_ demande de la délicatesse[950]. - -Si l’_s_ même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans -l’usage courant après un _e muet_, il en est de même à fortiori -pour celui de la _seconde personne du singulier_, à part l’impératif -suivi de _en_ ou _y_. Car on est bien obligé de dire _songe_(s)-z_y_ -ou _donne_(z)-_en_, puisque l’_s_ a été mis là exprès pour cela. Ou -plutôt l’_s_ a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit -de préférence sans liaison: _tu aime_(s) _à rire_, _tu chante_(s) _à -ravir_. - -Sans doute, _tu chante_(s) z_à ravir_ irait encore assez bien en vers; -mais que dire de _Tu lâche_(s) z_Oscar_, que Victor Hugo a mis dans _la -Forêt mouillée_? - -D’autre part, quand Lamartine écrit dans _la Mort de Socrate_: - - Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle, - _Caresse_ encor mon front au doux vent de ton aile, - -il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait -beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que -d’écrire _Me caresse_(s) z_encore_, qui était facile. On se demande -lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les -poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré -l’_s_, toutes ces secondes personnes de première conjugaison. - - * * * * * - -Quant à l’_s_ des _noms propres_, il est vraiment impossible de le -prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce -pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le -prononcer après un _e muet_: imagine-t-on _Versaille_(s) z_est superbe, -George_(s) z_Ohnet_ ou _Charle_(s)-z_Albert_? - -Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a -longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer -l’_s_. Voici par exemple deux vers d’_Aymerillot_, où Victor Hugo avait -le choix: - - Le _bon_ roi _Charle_ est plein de douleur et d’ennui. - _Charle, en_ voyant ces tours, tressaille sur les monts. - -Ni _bon_, ni _en_ n’étaient indispensables; mais dans le premier -vers, le poète n’a pas voulu d’une liaison qui contredisait si -catégoriquement l’usage universel, et peut-être a-t-il ajouté _bon_ -uniquement pour l’éviter; dans le second, il a mieux aimé, ayant le -choix, supprimer l’_s_ que de supprimer _en_[951]. - -Victor Hugo, Edmond Rostand font généralement de même pour l’adverbe -_certes_. Suivant les besoins du vers, Molière écrit _certe_ ou -_certes_, et _grâce_ ou _grâces_. - -IV. =L’S après un R.=--Enfin, de même que pour le _t_, il importe -particulièrement d’éviter la liaison de l’_s_ précédé d’un _r_, sauf -deux cas: d’une part, dans un mot composé, comme _tier_(s)-z_état_, -traité comme un mot simple[952]; d’autre part, au pluriel. - -Et encore, au pluriel, il faut distinguer. - -On dira uniquement _plusieur_(s) z_enfants_ et _diver_(s) z_auteurs_, -parce que l’adjectif est devant le substantif, et aussi des _jour_(s) -z_heureux_, pour éviter une cacophonie. Mais déjà on pourra dire au -choix des _part_(s) z_égales_, à cause du lien qui existe entre les -mots, ou _des part_(s) _égales_, comme au singulier; de même _des -ver_(s) z_admirables_ ou des _ver_(s) _admirables_. - -Et l’on dira plutôt _des cor_(s) _anglais_, parce que _cor anglais_ est -presque un mot composé, qui se prononce au pluriel comme au singulier; -de même, à fortiori, _des cuiller_(s) _à café_, _des fer_(s) _à -repasser_, _des ver_(s) _à soie_[953]. - -Si l’usage a fait prévaloir, du moins parmi les spécialistes, _art_(s) -z_et métiers_, _art_(s) z_et manufactures_, c’est que ce sont là comme -des mots composés dont le singulier n’existe pas, ce qui rappelle le -cas de _Cham_(ps)-z_Élysées_. - -On dira encore fort bien: _aveugles, sourd_(s) z_et muets, tous -guérissaient_, parce qu’il s’agit de catégories différentes, mais -on dira _les sour_(ds) _et muets_, comme au singulier, et aussi -_les sour_(ds) _et les muets_, _les bavar_(ds) _aiment à_..., _ses -discour_(s) _ont quelque chose de_... - - * * * * * - -Telles sont les distinctions qu’on peut faire au pluriel. Au singulier, -c’est plus simple: il n’y a pas de distinctions à faire. On dira -uniquement _un ver_(s) _admirable_, comme _une par_(t) _égale_, et de -même à fortiori _l’univer_(s) _est immense_, et cela où que ce soit, en -vers comme en prose, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter, ni de vers -qui fussent faux sans cela. La liaison ici est non seulement inutile, -puisque l’_r_ se lie naturellement avec la voyelle qui suit, mais de -plus prétentieuse, n’étant plus employée nulle part. Il y a beau temps -déjà que Legouvé, dans son _Art de la lecture_, raillait _le corp_(s) -z_ensanglanté_ d’un certain avocat. - -On ne fait même pas de liaisons dans des expressions qui pourraient -passer pour composées, comme _corp_(s) _et âme_ ou _corp_(s) _à corps_ -ou _prendre le mor_(s) _aux dents_[954]. - -On n’en fait pas davantage dans les verbes: _je par_(s) _aujourd’hui_, -_tu sor_(s) _avec moi_. - -Avec l’adverbe _toujours_, la liaison, de moins en moins fréquente, -est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir -du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions _hors_, _vers_, -_envers_, _à travers_ ne doivent pas plus se lier que les autres mots, -même dans une expression toute faite, comme _enver_(s) _et contre -tous_. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus -désobligeantes, que celle de _ver_(s) z_elle_[955]. - -Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si -elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même -dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec -l’_s_ que le cas se produit le plus facilement. Ainsi _tu a_(s) z_ôté_ -est parfaitement correct: _tu le_(s) z_as_ est indispensable; mais _tu -le_(s) z_a_(s) z_ôtés_ est inadmissible; on dira donc _tu le_(s) _a_(s) -_ôtés_, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première. - - - - -_LIAISONS DES NASALES_ - - -En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et -vivantes qu’avec le son du _t_ ou de l’_s_ doux. Il y en a encore une, -moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’_n_ dans les -_finales nasales_, l’_m_ ne se liant jamais. - -Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes, -et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font -aujourd’hui pour nous[956]. - -Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux -adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu, -en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place -sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose. - -La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en =-ain=: _cert_ain, -_haut_ain, _loint_ain, _hum_ain, _proch_ain, _soud_ain, _souver_ain, -_v_ain et _vil_ain, avec _pl_ein, _anci_en et _moy_en. Mais la -liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se -décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: _certai_-n_auteur_, -_un vai_-n_espoir_, _un vilai_-n_enfant_, _en plei_-n_air_, _le -moye_-n_âge_, _un ancie_-n_ami_, et même _au prochai_-n_avertissement_; -et en vers, ou dans le style oratoire, _un certai_-n_espoir_, _un -soudai_-n_espoir_, ou encore: - - Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis: - Elle a repris sur vous son _souverai_-n_empire_[957]. - -On dit de même un _mie_-n_ami_, un _sie_-n_ami_, expressions d’ailleurs -assez rares[958]. - -On conçoit que l’existence du féminin a singulièrement facilité, -ou peut-être, pour mieux dire, a seule permis cette décomposition. -On se rappelle d’ailleurs que la voyelle _orale_ qui correspond -phonétiquement au son _in_ n’est pas _i_, mais bien _è_, ce -qui facilite encore la décomposition: _in_ devient _è_ très -naturellement[959]. - -Il est vrai que quelques personnes lient sans décomposer: _plein_ -n_air_; mais c’est encore une erreur, qui provient uniquement du -fétichisme de l’orthographe, et du besoin de prononcer les mots comme -ils sont écrits. Ou peut-être est-ce un respect scrupuleux d’anciennes -traditions: l’abbé Rousselot a remarqué que cette prononciation se -rencontre de préférence dans certains milieux traditionalistes et -réactionnaires. - -En tout cas, elle est presque aussi surannée que an-_née_, -_sol_en-_nel_ ou _ard_em-_ment_ prononcés avec des nasales[960]. - -Naturellement on dira sans liaison: _vain et faux_, _ancien et démodé_, -etc., l’adjectif n’étant pas devant un substantif. - - * * * * * - -Il y a encore quelques autres adjectifs qui sont dans le même cas que -les adjectifs en _-ain_. - -Il n’y en a point en =_-an_=, et cette finale ne doit jamais se lier. - -En =_-on_=, il y a _bon_, et le phénomène est exactement le même: _un -bo_-n_élève_, et non _un bon_ n_élève_[961]; alors qu’on dit _bon à -rien_, _bon à tirer_, sans liaison. - -L’exemple de _bon_ est suivi par _mon_, _ton_, _son_, qui sont aussi -des adjectifs, et sont traités comme si leurs féminins étaient _monne_, -_tonne_, _sonne_: _mo_-n_habit_, _to_-n_amour_, _so_-n_esprit_[962]. - -Le cas des adjectifs en =-in= est plus délicat, car _-in_ fait au -féminin _-ine_, qui ne correspond pas phonétiquement au masculin. -Pourtant la grande diffusion des cantiques de Noël a répandu et imposé -l’expression _divi_-n_enfant_. Par analogie, on dira très correctement -_divi_-n_Achille_, _divi_-n_Ulysse_, _divi_-n_Homère_; mais ici la -décomposition de la nasale s’impose moins absolument, quoique la -liaison soit également indispensable. C’est d’ailleurs le seul adjectif -en _-in_ qui puisse se décomposer: _malin esprit_ ou _fin esprit_ se -lieront donc _au besoin_ sans décomposition; mais je pense qu’_esprit -malin_ et surtout _esprit fin_ vaudraient beaucoup mieux[963]. - - * * * * * - -On peut dire de =_-un_= la même chose que de _-in_: le féminin ne -correspond pas phonétiquement au masculin[964]. Néanmoins l’adjectif -_un_ s’est longtemps décomposé comme les autres, et Littré disait -encore _u_-n_homme_. Cette prononciation a disparu à peu près -complètement, à Paris du moins, chez les personnes instruites. Cela -tient sans doute à ce que des confusions de genre se sont produites. -Par exemple le peuple faisait _u_-n_omnibus_ du féminin. Dès lors les -personnes instruites ont craint peut-être qu’on ne les accusât de faire -féminins des noms masculins, et l’usage s’est établi de faire la -liaison sans décomposer: _un_ n_homme_, _un_ n_ami_, _un_ n_un_[965]. - -On dit aussi _un_ n_à un_, et même, si l’on veut, _l’un_ n_et -l’autre_[966]; mais on dit sans liaison _un ou deux_, et même _un et -un font deux_, _l’un est venu_, _l’autre est resté_; et à _ving et un_ -n_ans_, où _ans_ est multiplié par _ving et un_, on opposera _vingt et -un avril_, où avril n’est pas multiplié[967]. - -_Aucun_ a fait exactement comme _un_, dont il est composé, et conserve -aujourd’hui le son nasal en se liant devant un substantif: _un_ -n_homme_, _aucun_ n_homme_. On dit aussi _d’un commun_ n_accord_, ou -encore _chacun_ n_un_, qui évite un hiatus désagréable, et même, en -géométrie, _chacun_ n_à chacun_; mais, à part ces expressions, on lie -très rarement _chacun_ et _quelqu’un_, et seulement dans la lecture. - -Outre les adjectifs, il y a encore cinq ou six _mots invariables_ qui -se lient: les pronoms indéfinis _en_ (pronom ou adverbe), _on_ et -_rien_, l’adverbe _bien_ et la préposition _en_, parfois même l’adverbe -_combien_. Ces mots-là aussi se lient sans se dénasaliser, tout -simplement sans doute parce qu’ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir de -féminin: ainsi _je n’en_ n_ai pas_, _s’en_ n_aller_, _on_ n_a dit_, _je -n’ai rien_ n_accepté_, _rien_ n_à dire_, _rien_ n_autre_, _vous êtes -bien_ n_aimable_, ou _bien_ n_à plaindre_, _bien_ n_entendu_, _c’est -bien_ n_à vous de_..., _en_ n_Asie_, _en_ n_argent_, _en_ n_étourdi_, -_en_ n_aimant_; et aussi, mais moins nécessairement, _combien_ -n_avez-vous de...?_[968]. - -Naturellement, pour que la liaison puisse se faire, il faut que le lien -entre les mots soit suffisant, car on dira sans liaison _donnez-m’en -un peu_, _parlez-en à votre père_, _a-t-on été_, _je n’ai rien -aujourd’hui_, _rien ou peu de chose_, _nous sommes bien ici_, _bien et -vite_, _combien y a-t-il d’habitants à Paris?_ et cela même en vers, au -moins dans les premiers exemples. - -Mieux encore: il arrive que _on_ est traité comme une sorte de nom -propre, et en ce cas il ne se lie pas. Ainsi, à une phrase telle que -_on_ n_a prétendu que_..., il sera répondu, sans liaison: On _est un -sot_, comme on dirait _Caton est un grand homme_. - - -CONCLUSION - -En somme, et tout bien considéré, on a pu voir que même en prose, même -dans la conversation la plus courante, il se fait encore un assez grand -nombre de liaisons, dont certaines sont absolument indispensables. Il -est même à noter que, pour quelques liaisons qu’on faisait autrefois et -que nous ne faisons plus, en revanche la diffusion de l’enseignement a -rétabli dans l’usage courant de la conversation beaucoup de liaisons -que le XVIIᵉ siècle et le XVIIIᵉ n’y faisaient déjà plus. Au XVIIᵉ -siècle, les personnes les plus instruites disaient couramment sans -liaison, d’après le témoignage des meilleurs grammairiens, cités par -Thurot: _vene_(z) _ici_, _je sui_(s) _assez bien_, _voyon_(s) _un peu_, -_avez-vou_(s) _appris_, _des cruauté_(s) _inouïes_, _des tromperie_(s) -_inutiles_, et même _d’inutile_(s) _adresses_; et encore _commen_(t) -avez-vous _dit_, _i_(ls) _doive_(nt) _arriver_, _nous somme_(s) -_allés_; toutes façons de parler qui subsistent plus ou moins dans le -langage de la bonne compagnie, celle qui, par tradition, garde, dans la -conversation comme dans les manières, cette simplicité qui est une de -ses élégances. - -Il nous faut répéter, pour conclure, ce que nous avons dit maintes -fois dans cet ouvrage: le parler des gens du monde n’est pas celui des -professeurs, des acteurs, et, en général, des gens qui font profession -de la parole, avocats, hommes politiques, etc. - -Molière avait bien remarqué ces nuances, comme il se voit par les -recommandations qu’il adresse à l’un des comédiens de _l’Impromptu de -Versailles_: «Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de -ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce -du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de -prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper -aucune lettre de la plus sévère orthographe.» - -Depuis le temps de Molière, et pour diverses raisons, les façons de -parler prétentieuses qu’il raillait si bien ont gagné du terrain, et -elles ont atteint des classes sociales qui, jusqu’à présent, en étaient -exemptes. Mais, aujourd’hui comme autrefois, le dire de l’abbé d’Olivet -reste vrai: «La conversation des honnêtes gens est pleine d’hiatus -volontaires qui sont tellement autorisés par l’usage que, si l’on -parlait autrement, cela serait d’un pédant ou d’un provincial.» - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE - -DES FINALES - - --a, 18. - --ab, -abe, 23. - --able, -âble, 30. - --abre, 32. - --ac, 21, 212. - --ace, -âce, 22. - --ache,-âche, 22. - --acle, -âcle, 30. - --acre, -âcre, 31. - --act, 215. - --ad, -ade, 24. - --adre, 31-32. - --af, -afe, 22. - --afle, 30. - --afre, -âfre, 31. - --ag, 24. - --age, 29. - --agne, 26. - --agre, 31. - --ague, 24. - --ah, 19. - --ai, 79. - --aï, 119. - --aid, 81, 229. - --aide, 83. - --aie, 56, 81. - --aigne, 83. - --ail, 26, 259. - --aile, 83. - --aille, 26, 28, 264. - --ailler, -ailleur, etc., 35-36. - --aime, 83-84. - --ain, 344. - --ainc, 213. - --aine, 84. - --aing, 236-37. - --ains, 308. - --air, -aire, 84, 292. - --airie, 85. - --ais, 81, 302. - --aise, 84. - --aisse, 83. - --ait, 81, 327. - --aite, 82. - --aître, 85. - --aix, 344. - --ak, 45. - --al, 24, 258. - --ale, -âle, -alle, 24. - --am, 24, 129-131, 274. - --ame, -âme, -amme, 24. - --amment, 276. - --an, 25, 134. - --anc, 213. - --and, 135, 228. - --ane, -âne, -anne, 25-26. - --ang, 236-238. - --ans, 303-309. - --ant, 135, 228, 329. - --ap, 21, 284. - --ape, -âpe, -appe, 21. - --aphe, 22. - --aple, 31. - --apre, -âpre, 31. - --aque, -âque, 21. - --ar, 28, 292. - --ard, 28, 228. - --are, -arre, 28, 29. - --archat, 222. - --archie, 224. - --aron, -arron, 36. - --art, 28, 330. - --as, 19-20, 23, 300-301. - --ase, 29. - --aser, -asif, etc., 34, 36. - --asme, 275, 315. - --ass, -asse, -âsse, 22. - --asser, 34. - --assion, 38. - --at, 19, 45, 325. - --ate, -âte, -atte, 19, 45. - --ateur, -ation, -atif, 38. - --atre, -âtre, 31. - --atrice, -ature, 38. - --au, 113, 116. - --aube, -auce, etc., 114. - --aud, 113, 229. - --aude, -auffe, etc., 114. - --auld, 229, 261. - --ault, 268, 328. - --aur, -aure, 114-15. - --aut, -aute, 113-14, 328. - --auté, 115. - --aux, 344. - --ave, 29. - --avre, 32. - --ay, 80. - --aye, 28, 83, 191. - --ayer, 163, 191, 193. - --az, -aze, 29, 350-51. - - --berg, 67, 236, 238. - --bourg, -burg, 236, 238. - --burn, -burns, -bury, 126. - - --chée, -chéen, 223. - --cher, 293-94. - --chi, 226. - --chin, 224. - --chine, -chique, -chisme, -chiste, 225. - --chite, 225. - --cueil, 93, 259. - - --é, 52. - --e latin ou étranger, 52, 75-76. - --è, 54. - --eb, -èbe, 61. - --èble, -èbre, 68. - --ec, -ecq, -ecque, 57, 212. - --èce, 59-60. - --èche, -êche, 59. - --ècle, -ècre, 68. - --ect, 215-16. - --ed, -ède, 61. - --èdre, 68. - --ée, -ées, 56. - --éen, 137. - --ef, -effe, 59, 231. - --èfle, -effre, 68. - --eg, 61. - --ège, 65. - --ègle, 68. - --ègne, 64. - --ègre, 68. - --ègue, 61. - --eiche, -eige, etc., 82-85. - --eil, 65, 259. - --eille, 65, 83, 264. - --é-je, 65. - --el, 61, 258. - --èle, -ête, -elle, 61. - --elier, -elions, -eliez, 166. - --em, 62, 129, 131, 274. - --emble, -embre, 140. - --ème, -ême, -emme, 62-63. - --emment, 74, 131, 276. - --empe, -emple, 140. - --en, 64, 136-38, 279. - --enc, 140. - --ence, 140. - --end, 138. - --ende, -endre, 140. - --ène, -êne, -enne, 61. - --eng, 140, 237-38. - --ennal, -ennat, etc., 281. - --enné, -ennant, etc., 281. - --ens, 139-140, 308-309. - --ense, 140. - --ent, 138, 161, 329. - --ente, 140. - --entiel, -ention, 141. - --ep, -èpe, -êpe, -eppe, 57-58. - --eph, -èphe, 59. - --èpre, -êpre, 68. - --eps, 309-10. - --èque, -êque, 57. - --er, 53-54, 66-67, 292 sqq. - --erd, 228. - --ère, -erre, 66. - --èrement, 73. - --ers, 295, 310. - --ès, 55, 60, 301-302. - --esce, 59. - --èse, 68. - --esle, -esme, -esne, etc., 313. - --esse, 59-60. - --essible, -essif, etc., 323. - --et, 55, 58, 326-27. - --êt, 55. - --ète, -ête, -ette, 58. - --ètre, -être, -ettre, 69. - --etti, -etto, etc., 340. - --eu, -eue, 90. - --euble, 93. - --eude, 92. - --euf, 91, 93, 231. - --euil, 93, 259. - --euille, 93, 264. - --eul, 93, 258. - --eule, 92, 93. - --eumatique, 96. - --eume, 92. - --eune, -eûne, 92, 93. - --euple, 93. - --eur, 93-94, 292. - --eure, -eurre, 93-94. - --eurer, 96. - --eus, 92, 304. - --euse, 91. - --eusement, 95. - --eut, 91. - --eute, -eutre, 92. - --eutique, 96. - --euve, -euvre, 94. - --eux, 90, 91, 344. - --ève, êve, 67. - --èvre, 69-70. - --ey, 345. - --ey, 80. - --eyer, 163, 193. - --ez, 53, 68, 350-51. - --èze, 68. - - --field, 78, 229. - --ford, 228. - - --ger, 293-94. - --gua, 241. - --guë, 244. - --gueil, 93, 259. - --guier, -guière, 243. - - --i, -ie, 117, 118. - --ibe, 118. - --ic, 118, 212. - --ict, 217. - --iez, 220, 352. - --ide, 118. - --ien, 136-37. - --iens, 308. - --ient, 138. - --ier, -iers, 53, 268, 293, 295. - --if, 118, 231. - --ig, igue, 118, 238, 241. - --iions, -iiez, 119, 189, 190. - --il, 259-60. - --ille, 265-67. - --illa, 268. - --illade, -illage, etc., -267, 270. - --im, -ime, 118, 274. - --in, 145, 279. - --inck, 146. - --inct, 217. - --ing, 120, 145-46, 237-38. - --ins, 309. - --ions, -iez, 268. - --ip, -ique, 118. - --ir, -ire, 118, 292. - --is, 117, 302-303 - --ise, isse, 118. - --iser, 119. - --isme, 275, 315. - --issible, -issime, etc., 323. - --iste, 333. - --it, -ite, 117-18, 327-28. - --itz, 351. - --ix, 117, 344-46. - --iz, 350-51. - - --land, 135, 228. - --lier, 262. - - --machie, 224. - --man, -mann, 131, 279. - --mesnil, 313. - - --o, 98. - --ob, -obe, 104. - --oble, obre, 108. - --oc, 100, 102, 212. - --oce, -oche, 102. - --ocle, -ocre, 108. - --od, 100, 229. - --ode, 104. - --oë anglais, 53. - --of, -ofe, 102. - --ofle, -ofre, 108. - --oge, -ogue, 104. - --ogre, 108. - --ogue, 104. - --oi, oie, 46. - --oï, 119. - --oide, -oif, -oile, etc., 47-48. - --oing, 236-37. - --oir, oire, 47, 292. - --ois, 46, 301. - --oit, oite, 40-47, 325-26. - --oix, 47, 344. - --ol, -ole, -olle, 104. - --ome, -omme, 104-6. - --ompt, 329. - --on, 148, 388. - --onc , 213. - --ond, 288. - --one, -onne, 106. - --ong, 236-38. - --onner, -onnaire, etc., 281. - --ons, 302. - --ont, 325. - --op, -ope, 100, 102. - --ophe, 102. - --ople, -opre, 108. - --ops, 309-10. - --ogue, 102. - --or, 108, 292. - --ord, 108, 228. - --ore, -orre, 108. - --orer, 111. - --ors, 108. - --ort, 108, 330. - --os, 98, 102, 304. - --ose, 101. - --oser, -oisif, -osion, 110. - --osité, -osition, 110. - --osse, 102. - --ost, 331. - --ot, 98-99, 327-28. - --ote, -otte, 102. - --oter, -otif, 111. - --otion, 110. - --otre, 108. - --ou, 121. - --oud, 121, 228. - --ouil, 259. - --ouille, 122, 264. - --ouiller, 122. - --oul, 258-59. - --ould, 229, 261. - --oult, 261, 328. - --oup, 284. - --our, -oure, 121, 292. - --ourd, 228. - --ourer, 122. - --ous, 121, 304-5. - --ouser, 122. - --out, 121, 328-29. - --oux, 344. - --ove, 104. - --ow, 341, 343. - --own, -owski, 343. - --oyau, 191. - --oyer, 163, 193-94. - --oz, 107, 351. - - --put, 329. - - --quin, -quine, 289. - - --schi, 226. - --seur, -sion, -soir(e), 321. - --son anglais, 148. - --spect, 216, 330, 361-62. - --stadt, 325. - - --tiaire, -tial, 333. - --tie, 333, 335, 337. - --tié, 334, 336. - --tiel et dér., 333. - --tième, 336. - --tien, -tienne, 333, 337. - --tier, tière, 336. - --tieux et dér., 333. - --tion et dér., 187, 333, 335. - --ton anglais, 148. - - --u, ude, etc., 121-22 - --ueil, 93. - --uite, 242. - --um, 123, 125. - --un, 149, 389. - --ur, -ure, 121, 292. - --urer, -urie, 122. - --us, 305-307. - --user, 122. - --ut, 329. - --ux, 344. - --uyer, 193. - --uz, 351. - - --ville, 266-67. - --viller, villier, 270, 291. - - --yen, 137. - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE - -DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS PROPRES - -N. B. Cet index eût été plus que doublé, si on y avait introduit tous -les mots du texte et tous les noms propres. Mais c’eût été parfaitement -inutile. D’abord une foule de mots sont cités comme exemples de -prononciation normale pour les finales principales, et pour ceux-là -l’index qui précède doit évidemment suffire. On peut même dire que -cet index, qui est très étendu, en y joignant la _Table des matières_ -qui est fort développée, suffirait aisément pour trouver n’importe -quel mot. On n’a pas voulu cependant refuser au lecteur un index -alphabétique, qui dans certains cas peut être commode; mais on n’y a -mis que l’utile, c’est-à-dire les mots sur la prononciation desquels -on peut hésiter, ceux qui sont cités plus d’une fois, ceux qui sont -l’objet de remarques spéciales, enfin tous ceux qui ont quelques -chances d’y être cherchés. Par exemple certains mots techniques et -rares ne sont employés que par les spécialistes, qui connaissent leur -prononciation: à quoi bon en encombrer un index où personne ne les -cherchera? D’autre part beaucoup de noms propres sont insérés dans des -listes plus ou moins longues, où on les trouvera aussi facilement ou -aussi rapidement avec la _Table des matières_ qu’à l’aide d’un index -alphabétique. A quoi bon répéter par exemple au W les listes qui sont -déjà au chapitre du W? De même pour beaucoup de mots étrangers. Il -suffit que le lecteur soit bien averti qu’un mot qui est absent de -la liste n’est pas pour ce motif absent du livre. J’ajoute que les -abréviations imprimées en italique représentent plusieurs mots qui sont -dans la même page, ou même des séries nombreuses, comme les finales. - - -A - -Abatucci, 125, 220. - -abbaye, 190. - -abject, 215, 330. - -ab ovo, 111. - -Abraham, 25, 129, 130. - -abricotier, 111. - -abrupt, 331. - -Abruzzes, 351. - -_abs-_, 202, 315. - -accessit, 328. - -accroc, 100, 212. - -accueil, 93. - -Achéron, 224. - -achète, 222. - -Achille, 225, 267. - -achillée, -éide, 225-26, 270. - -Achmet, 226. - -aconit, 327. - -acrimonie, 33. - -Adam, 37, 129-30. - -adéquat, 291, 325. - -adosser, 110. - -ad patres, 38. - -adventice, 141, 142. - -adventif, 141. - -affairé, 85. - -affres, 31, 32. - -Agen, 138. - -Agenais, 165. - -agneau, 87. - -Agnès, agnus, 245. - -aigu, 85. - -_aigu-_, 242-44. - -aimer, 85. - -Aïnos, 304. - -ains, 308. - -aisé, 85. - -Aix, 344. - -Ajaccio, 219, 255. - -Alais, 302. - -albatros, 102, 304. - -albinos, 102, 304. - -alcarazas, 300. - -alcool, 104. - -Alexis, 303. - -Alger, 294. - -Algésiras, 319. - -alguazil, 36, 243, 260. - -aliquante, 291. - -Allah, 19. - -alleluia, 193. - -all right, 120. - -almanach, 221. - -Almeida, 88. - -alors, 310. - -aloyau, 190. - -alphabet, 326. - -Alsace, 315. - -altier, 293. - -amarrer, 34. - -ambesas, 300. - -amer, 294. - -amict, 217, 330. - -Amiens, 139, 309. - -amitié, 334, 336. - -Anchise, 226. - -ancillaire, 270. - -Angers, 295. - -Angra-Pequeña, 280, 289. - -anguille, 242, 265. - -anis, 37. - -_ann-_, 281. - -Anne, 26. - -année, 131, 281. - -Annunzio, 149, 282. - -anspect, 216. - -antechrist, 331. - -_anti-_ devant voy., 383. - -_anti-_ devant _s_ et voy., 317. - -antienne, 337. - -anus, 38. - -Anvers, 310. - -aoriste, Aoste, 41. - -août, 39-40, 329. - -aoûter, aoûteron, 40-41. - -api, 37. - -aplomb, 210. - -_app-_, 286. - -appendice, -icite, 142, 286. - -appétit, 165. - -appogiature, 246. - -a priori, 38. - -_aqua-_, 291. - -aqueduc, 165. - -aquilin, aquilon, 289. - -arachide, 225. - -araignée, 87. - -arc-boutant, etc., 214. - -archal, 222. - -_arché-_, 223. - -_archi-_, 225. - -arctique, 217. - -Arcueil, 93. - -Argens, 139, 309. - -Argueil, 93. - -arguer, 241. - -Arguin, 146, 243. - -argutie, 337. - -aristo, 100. - -Arkansas, 319. - -_arr-_, 297. - -Arras, 301. - -arriéré, 73. - -arroser, 110. - -arrow-root, 113, 343. - -_Ars-_, 315. - -arsenic, 213. - -arts et métiers, 384. - -Aruns, 149, 309. - -as, 300. - -aseptique, 317. - -Asnières, 33. - -aspect, 216. - -_ass-_, 322. - -Assas (d’), 301. - -assez, 53, 350. - -assied, assieds, 52, 228. - -asthme, -atique, 315, 332. - -_asym-_, 317. - -atlas, 23, 300. - -_att-_, 339. - -atterrir, 73. - -_au-_ initial, 115-116. - -Aubenas, 301. - -Auch, 114, 221. - -Auerstædt, 57, 61, 78. - -Augsbourg, 244. - -aujourd’hui, 116. - -aulne, _Auln-_, 261-62. - -Aunis, 303. - -Aureng-Zeyb, 88, 238. - -aurochs, 309. - -Austerlitz, 351. - -auto, 100. - -automne, -al, 275. - -autrui, 197. - -Auxerre, -ois, 347. - -Auxonne, 347. - -avant-hier, 366. - -avec, 213. - -aveline, 37. - -aveugle, 92, 93. - -avril, 261. - -Ay, 191. - -ayant, 189. - -aye, ayent, 163, 194. - -Ayen, 191. - -azimut, 329. - - -B - -Baal, 24. - -babil, 261. - -baby, 43, 121. - -Bacciochi, 220, 226. - -Bacchus, 37. - -bacille, 266. - -Bædeker, 68, 78. - -Bagration, 339. - -Baïes, 28. - -bairam, 88. - -Balaam, 25. - -balaye, 193. - -balbutier, 336. - -balsamique, 315. - -Banyuls, 125, 310. - -banzaï, 119. - -_bapt-_, 285. - -bardit, 327. - -bar-maid, 88. - -baroque, 37. - -barricade, 34. - -_basa-_, 36. - -bascule, 38. - -Basile, 36. - -basileus, 72, 304, 318. - -basilique, basoche, 36. - -basquine, 289. - -basset, bassesse, basson, 35. - -bastonnade, 38. - -Bataves, 37. - -_bay-_, _Bay-_, 191. - -Baylen, 88. - -Bayreuth, 88, 92. - -_baz-_, _Baz-_, 36. - -Béarn, 280. - -beaucoup, 284, 360. - -Beauvaisis, 303. - -Bebel, 76. - -_bec-_, 212. - -beefsteack, 43, 313. - -Beethoven, 78. - -béguin, béguine, 243. - -Belfort, 262. - -Belsunce, 149, 315. - -Belzébuth, 332. - -_Ben-_, 144. - -bengali, 143. - -Benjamin, 143. - -benjoin, 143. - -Benserade, 143. - -Bentivoglio, 144, 246, 280. - -benzine, 144. - -Berlioz, 107. - -Bernoulli, 269. - -Besenval, 141. - -besicles, 170. - -besson, 171. - -bêta, 18. - -bêtise, 72. - -_Beu-_, 96. - -beugle, 92. - -Beyrouth, 88. - -bief, biez, 231, 350. - -bien, 136, 390. - -bigarré, -reau, 34, 37. - -bill, 264. - -billebaude, -vesée, 267. - -Billom, 130. - -bis, 303. - -Biscaye, 28, 191. - -blason, 36. - -Blaye, 28, 191. - -bleuet, bluet, 94. - -blockhaus, 116, 304. - -Blücher, 224, 295. - -bluff, bluffer, 126. - -boa, 112. - -bobo, 111. - -Bœcklin, 77, 146. - -Boerhaave, 39, 78. - -Boers, 66, 78. - -bœuf, 91, 93, 231-32. - -Bohême, 199. - -Boilly, 269. - -_Bois-_, 312. - -bonneterie, 173. - -book, 112. - -bookmaker, 42-43. - -Boson, 110. - -Boullongne, 282. - -bourg, Bourg, 236, 363. - -bourgmestre, 236. - -Bourgueil, 93. - -bow-window, 343. - -boy, 50. - -boyard, 191. - -boycotter, 50. - -brahme, 25. - -Bramante, 52. - -brame, 25. - -brasero, 76, 318. - -brayette, 191. - -bréchet, 170. - -Bretagne, 87. - -breuvage, 93. - -breveté, 170, 173. - -bric (de) et de broc, 212. - -briqueterie, 173. - -broc, 100, 212. - -Broglie, 246. - -_bronch-_, 222. - -Brongniart, 232. - -Brooklyn, 113, 146. - -browning, 145, 238, 343. - -Brown-Sequard, 291, 343. - -bruire, bruit, etc., 197. - -Brunswick, 149. - -brut, 329. - -Bruxelles, 347. - -bruyant, 190, 192. - -bruyère, 192. - -Buch, 221. - -budget, 126. - -_Buona-_, 125. - -Bueil, 53. - -Buenos-Ayres, 60, 84, 88. - -buffleterie, 172. - -bulbul, 124. - -bull, John Bull, 125. - -burg, 124. - -but, 329. - -Buzenval, 143. - -Byron, 121, 148. - - -C - -cabre, cabrer, 32, 34. - -cacaoyère, 191. - -cachexie, 224. - -cachucha, 226. - -cadavéreux, 34. - -cadédis, 303. - -cadenasser, 35. - -Cadix, 37. - -cadran, cadrer, 34. - -cadre, 31. - -cæcum, 75. - -Caen, 134, 137. - -Caennais, 134. - -Cagliostro, 246. - -_cail-_, 36. - -Calais, 37. - -Calas, 301. - -Calderon, 76. - -Calicut, 329. - -Calvados, 103, 304. - -camarilla, 268. - -Cambrésis, 303. - -Cameroun, 76. - -Camille, 265. - -camomille, 265. - -cant, 330. - -canut, Canut, 329. - -caoutchouc, 41, 212, 249. - -capillaire, 270. - -caqueterie, 173. - -Carabas, 301. - -Carducci, 125, 220. - -carotte, 37. - -Carpentras, 141, 301. - -_carr-_, 34. - -carriole, carrosse, 37. - -casemate, 36. - -Caserte, 52. - -casoar, 199. - -casse, casser, 22, 34. - -casserole, 35. - -cassette, 35. - -cassis, 37, 302. - -Castiglione, 246. - -Câtelet, 33. - -catéchumène, 223. - -cauchemar, 116. - -cautériser, 116. - -Cavaignac, 87. - -Caventou, 141. - -celer, 190. - -Cellini, 219. - -celui, 263. - -cens, 139, 308. - -_cent-_, 141. - -centaure, 114. - -centaurée, 115. - -centiare, 338. - -cep, 284. - -cercueil, 93. - -cerf, 232. - -ces, 54. - -Ceuta, 96. - -Ceylan, 88. - -Chablis, 37. - -chalet, 37. - -challenge, 43, 144. - -chamarrer, 34. - -Chamfort, 129. - -Chamlay, 129. - -Chamonix, 344. - -Champagne, 87. - -Champaigne, 87. - -Champmeslé, 73, 284. - -Champs-Elysées, 377, 378, 384. - -_Chan-_, 227. - -chaouch, 221. - -chargeure, 240. - -chariot, 37. - -_charr-_, 36-37, 297. - -chassieux, 37. - -châtaigne, 87. - -châtier, 335. - -Chaulne, 261. - -_ché-_, _Ché-_, 224. - -_chef-_, 231. - -Chemulpo, 125, 227. - -chéneau, 169. - -cheptel, 285. - -cher, Cher, 294. - -Cherbuliez, 350. - -chérif, 224. - -cherra, 73, 297. - -chérubin, 224. - -Cherubini, 125, 224. - -chester, 226, 295. - -chévecier, 170. - -chevesne, 310. - -Cheviot, 328. - -chez, 53, 350. - -_chi-_, 224-25. - -_Chi-_, 226-27. - -Childe-Harold, 120, 226 - -chinchilla, 226, 268. - -chocolat, 18. - -Choiseul, 93, 258. - -_chol-_, _chor-_, 222. - -chrétien, 142, 335, 337. - -chrétienté, 142. - -Christ, 331. - -chrestomathie, 338. - -chromo, 100. - -chulo, 124, 226. - -chut, 123. - -chyle, chyme, 225. - -ci-gît, 327. - -cinabre, 32. - -cinq, 287. - -Cinq-Mars, 287, 310. - -cipaye, 28, 191, 303. - -circonspect, 216. - -clamer, clameur, 34. - -Clarens, 140, 308. - -claret, 327. - -Claretie, 337. - -classe, classer, 22, 33. - -classique, 33, 323. - -Claude, Claudine, 218. - -clef, 231. - -clerc, 214, 363. - -Clésinger, 239, 295. - -cloaque, 112. - -clown, 343. - -club, 126. - -Clytie, 337. - -_co-_, 112. - -coaltar, 45. - -cobaye, 28, 191. - -Coblentz, 139. - -Cobourg, 110. - -Coccaie, 191. - -coccyx, 346. - -cock-tail, 88. - -coco, 111. - -codicille, 266. - -Coëfféteau, 200. - -Coëtlogon, 75. - -cognassier, 245. - -Coigny, 49. - -col, 258. - -cold-cream, 45. - -_coll-_, 272. - -_colliqu-_, 291. - -Colomb, 210. - -_comm-_, 277. - -compagnie, 282. - -compagnon, 87. - -compendieux, 141. - -compte et dér., 285. - -con brio, etc., 148. - -concept, 331. - -Condom, 130. - -Confolens, 140, 308. - -conifère, conique, 109. - -conjungo, 149. - -Connaught, 116, 282, 328. - -conquistador, 290. - -conscience, -ient, 314. - -consomption, 285. - -construire, 197. - -_contre-_ devant _s_ et voy., 317. - -coolie, 112. - -coq, 287. - -corps, 284, 309. - -_corr-_, 298, 299. - -Corte, 52. - -_cos-_ devant voy., 317. - -côté, coteau, -lette, 109. - -cotignac, 212. - -cottage, 43. - -couenne, 64. - -couguar, 243. - -coup, 284. - -_courr-_, 297, 299. - -cours, 310. - -Coutras, 301. - -cow-boy, 50, 343. - -cowpox, 343. - -crabe, 23. - -Craon, 133. - -Craonnais, 134. - -Craonne, 134. - -crémaillère, 36. - -crescendo, 144, 220. - -cresson, 171. - -cric, 212. - -cricket, 327. - -Critias, 339. - -croc, 100, 212. - -croc-en-jambe, 100, 361. - -Cromwell, 274, 342. - -croquet, 327. - -crucifix, 344. - -cuiller, 269, 293, 295. - -cuillerée, 165, 269. - -Cujas, 301. - -cul et comp., 258-259. - -Curaçao, 41. - -curetter, 166. - -Cyrille, 267. - -czar, 220. - -_Czar-_, Czerny, etc., 220, 352. - - -D - -Daily News, 87, 343. - -daim, 130. - -dam, 129. - -damas, Damas, 301. - -dame-jeanne, 26. - -damnation, 34. - -damne, damner, 25, 34, 275. - -Damrémont, 129. - -Damville, 129. - -Dantzig, 238. - -Darwin, 146, 342. - -Daubenton, 141. - -David, 229. - -débet, 327. - -debout, 329. - -Decaen, 137. - -déclarer, 37. - -décollète, 174. - -décorum, 111. - -dédaigner, 85. - -déficit, 328. - -degré, 170. - -dehors, 170. - -déjà, 75. - -déjeune, 92. - -délabre, -er, 32, 34. - -déliquescence, 288. - -dendrite, 142. - -Denis, Denys, 303. - -de profundis, 149. - -dérailler, 35, 259. - -dernier, 359. - -des, 54. - -_Des-_ devant cons., 312. - -_dés-_ devant voy., 316, 317. - -Desaix, 319, 344. - -Desèze, etc., 319. - -désosser, 109. - -desquamation, 291. - -desquels, 72, 312. - -_dess-_, 321. - -dessus, dessous, 320. - -détritus, 305. - -détruire, 197. - -Deucalion, 96. - -deutéronome, 96. - -deux, 344. - -deuxième, 348. - -diable, 30. - -diablesse, diablotin, 35. - -diachylon, 225. - -diagnostic, 110. - -diffamer, 33. - -Dillon, 267. - -diplomate, 109. - -disponible, 110. - -_diss-_, 322. - -distille et dér., 266. - -distinct, 217, 330. - -district, 217, 330. - -divin, 389. - -dix, 345-346, 356. - -dixième, 348. - -_dodéca-_, 111. - -dodo, 111. - -dog-cart, 330. - -doge, 104. - -doigt, 236, 325. - -dom, 130. - -Dombasle, 24. - -Domfront, 129. - -Dommartin, 129. - -dompter, 285. - -Domremy, 171. - -doña, 280. - -donc, 213. - -dossier, 110. - -dot, 100, 328. - -douairière, 87. - -Douarnenez, 350. - -Doubs, 210. - -Doullons, 140, 308. - -drachme, 226. - -Draguignan, 243. - -drawback, 45, 342. - -dreadnought, 246. - -drolatique, 109. - -Drouyn, 147, 148. - -Droysen, 50. - -druide, 197. - -Du Bellay, 271. - -Duchesnois, 73. - -Dugazon, 36. - -Du Guesclin, 73, 313. - -Dulaurens, 139, 309. - -Dumesnil, 73. - -Dumouriez, 53, 350. - -Duncan, etc., 149. - -Dundee, 78, 149. - -duo, 197. - -Dupleix, 344. - -Dupuytren, 138. - -Duras, 301. - -Dusaulx, 319. - -dysenterie, 141, 316. - - -E - -ébruiter, 197. - -échecs, 213. - -échevelé, 157, 173. - -Ecouen, 137. - -écueil, 93. - -écuyer, 190. - -edelweis, 88. - -éden, 138. - -effendi, 144. - -éléphantiasis, 338. - -elle, 62. - -Elsa, Elsevier, 315. - -_emm-_, 132, 275-76. - -empierrer, 73. - -empoigne, -gner, 49. - -en, 137, 380. - -_en-_ initial, 140. - -enamourer, 133. - -encadre, -er, 31, 34. - -encaustique, 116. - -encoignure, 49. - -endiablé, 35. - -endosser, 110. - -enfer, 294. - -enflammer, 35. - -Engadine, 144. - -Enghien, 137. - -enhardir, 248. - -enharmonie, 132. - -enivrer, 132, 133. - -ennemi, 74. - -ennoblir, etc., 132. - -ennui, 132. - -enorgueillir, 97, 133. - -enregistrer, -ement, 170. - -ensevelir, 173. - -entasse, -er, 22, 34. - -entêté, 72. - -entier, 293. - -entrelacs, 213, 309. - -entresol, etc., 317. - -envergure, 240. - -enverrai, 73, 297. - -épaissir, 85. - -épaulette, 116. - -épenthèse, 142. - -épizootie, 338. - -époussette, 174. - -équarrir, 291. - -_équat-_, 291. - -_éque-_, 288. - -_équi-_, 289. - -érafle, -er, 31, 34. - -_err-_, 297-298. - -es (tu), 56. - -ès, 60, 302. - -escadre, 31. - -Eschine, 313. - -Eschyle, 225, 313. - -escient, 314. - -escroc, 100, 212. - -escroquer, 111. - -esquire, 120, 290. - -essaim, 130. - -essayer, 193. - -est (il), 55. - -est-ce, 60. - -estomac, 212. - -estramaçon, 37. - -Estramadure, 125. - -étaim, 130. - -Etats-Unis, 377, 383. - -éteuf, 231. - -étiage, 335. - -Etienne, 337. - -étioler, Etioles, 338. - -étiologie, 338. - -eu, eus, eusse, 94, 164. - -_eu-_, _Eu-_ initial, 75-96. - -Eudes, 92. - -euphuisme, 197. - -_ex-_ devant voy., 348-49. - -exact, 215, 330. - -ex æquo, 349. - -examen, 137-138, 279. - -_exc-_, 348. - -exeat, 325, 349. - -Exelmans, 135, 309, 349. - -exempt et dér., 284-285, 329, 349. - -exequatur, 291, 349. - -_exs-_, _ext-_, 348. - -extraordinaire, 41. - -extrémité, 73. - -ex voto, 111. - -Ezéchias, Ezéchiel, 226. - - -F - -fa, 18. - -fabrique, 34. - -fabuliste, 34. - -factotum, 111. - -faim, 130. - -fainéant, 74. - -Fairfax, 88. - -fait, 327. - -fantasia, 318. - -faon, 183. - -farniente, 144. - -faséole, 36. - -fashion, 323. - -fat, 325. - -Faucilles, 267. - -faulx, 262. - -Faust, 114. - -fayot, 191. - -féerie, 73. - -feldspath, 229. - -fêlure, 72. - -femme, 64, 131. - -Fénelon, 165. - -fer, 294. - -Féroë, 77. - -_ferr-_, 297. - -ferrailler, 74. - -ferrer, ferrure, 73. - -fêter, 73. - -_feu-_, _Feu-_, 96. - -fez, Fez, 350, 351. - -fibrille, 266. - -fier, Fier, 293-295. - -Fieschi, 78, 226. - -Fiesole, 52, 78. - -fils, 261, 302-303, 309. - -five o’clock, 120. - -Flameng, 140, 238. - -Fleurus, Fleury, 96. - -flirt, flirter, 120, 330. - -fluide, 197. - -flush, 126. - -flux, 344. - -Foch, 221. - -fœhn, 77, 247. - -fœtus, 75. - -fol, 258. - -folklore, 112. - -football, 113. - -Forez, 53, 350 - -forum, 111. - -fossé, fossette, etc., 110. - -fouet, 55. - -fouette, fouetter, 59. - -franc, 361. - -Francfort, 218. - -frangipane, 239. - -Freischütz, 88, 227. - -Fréjus, 307. - -frelon, 170. - -fret, 326. - -Friedland, 78, 228. - -Frœschwiller, 76, 227, 294. - -froid, 229. - -fruit, 197. - -fruitier, 198. - -fuchsine, 226. - -fueros, 124, 304. - -Furens, 140. - -furia francese, 124, 135, 220. - - -G - -gageure, 94, 240. - -gagner, 34, 87. - -galimatias, 338. - -galop, 100, 284. - -galoper, 111. - -gangrène, 239. - -garden-party, 76. - -garer, 35. - -garrot, 37. - -gars, 295, 309. - -gaz, 350. - -_gaz-_, 36. - -_Ge-_, _Gé-_, 239. - -Gédoyn, 147. - -geline, gelinotte, 170. - -Gellée, 171. - -Genevois, 173. - -Geneviève, 173-174. - -Gengis-Khan, 144. - -gens, 139, 308. - -Genséric, 144. - -gentil, -homme, 260, 378. - -gentille, -esse, 265. - -gentleman, 76, 143, 246. - -geôle, geôlier, 239, 240. - -Gérardmer, 229, 295. - -Gerolstein, 146, 239. - -Gers, 294-295, 310. - -Gervinus, 125. - -Gessler, Gessner, 239. - -Gevaert, 82, 239, 330. - -Gex, 345. - -geyser, 89. - -giaour, 246. - -_Gi-_, 239. - -Gier, Rive-de-, 295. - -gin, 120, 146, 246. - -ginseng, 238. - -giorno (a), 246. - -gipsy, 246. - -girasol, 318. - -glabre, 32. - -globe, 104. - -Gluck, 125. - -_gn-_, _Gn-_, 245, 283. - -gneiss, 88, 245. - -goéland, goélette, 200. - -Gœthe, 77. - -Gœttingue, 77, 146, 230. - -gogo, 112. - -gong, 238. - -gosier, 110. - -Goth, 332. - -Gounod, 100, 229. - -Goya, 192. - -goyave, 191. - -gracier, gracieux, 33. - -grammaire, 131, 276. - -granit, 328. - -grasseyer, 34. - -gratis, 38. - -gratuit, 327. - -grazioso, 352. - -gréement, 73. - -Greenwich, 78, 226. - -gréneterie, 173. - -grésil, 261. - -Grieg, 78, 238. - -gril, 261. - -Groenland, 77, 144, 228. - -groin, 147, 199. - -groom, 113. - -groseille, 110. - -_gross-_, 110. - -gruyer, gruyère, 192. - -_Gua-_, 244. - -Guadeloupe, 244. - -guano, 243. - -_gué-_, _gué-_, 241. - -_Gue-_, _Gué-_, 241-242. - -guérilla, 268. - -guerrier, 73. - -gueule, -lard, 93. - -_gui-_, _Gui-_, 242. - -Guipuzcoa, 243, 252. - -guise, Guise, 242, 243. - -Guizot, 243. - -gulf-stream, 45, 126. - -Gunther, 145. - -gutta-percha, 126, 222, 339. - -_Guy-_, 192, 212. - -gymnase, 316. - -gymnosophiste, 318. - - -H - -Hæckel, Hændel, 78. - -haler, 24. - -halluciner, 250. - -haltères, 250. - -hameau, 37. - -hameçon, 250. - -Hamlet, 254. - -Hanovre, 104, 254. - -hanse et dér-, 254. - -hareng, 140, 236. - -haro, 37. - -harpye, _Harp-_, 252, 254. - -haut-, _Haute-_, 252. - -havresac, 318. - -Haydée, Haydn, 88. - -hecto, 100, 250. - -Hegel, 239. - -Heidelberg, 88, 89. - -hélas, 300. - -_hélio-_, _hémi-_, etc., 250. - -_hémorr-_, 298. - -Hendaye, 28, 141, 191. - -_hendéca-_, 141. - -hennir, 74. - -Henri, -iette, 254. - -Hephaistos, 88. - -héraut, _hérald-_, 254. - -hérisser, -son, 252. - -héros et dér., 253. - -hésiter, 252. - -heurt, 330. - -heurte, 93. - -_hexa-_, 349. - -hiatus, 38. - -hidalgo, 251. - -hier, 195, 253, 294. - -_hiér-_, 195, 250, 252. - -high-life, 120. - -hinterland, 251. - -hiver, 294. - -_hipp-_, 286. - -hirsute, 250. - -hoir, hoirie, 250. - -Hollande, 254, 272. - -holocauste, 114. - -Holstein, 146. - -home, 112. - -home rule, 125. - -Hong-Kong, 238. - -Hongrie, 254. - -hôpital, 109. - -_horr-_, 298. - -hors, 252. - -Hortensius, 143. - -hosanna, 110, 252, 281. - -hôtel, 109. - -hourra, 19. - -Houssaye, 191. - -hoyau, 190. - -Hugo, 254. - -huile et dér., 118, 250, 253. - -huis, huissier, 254. - -huit, 153, 155, 253, 328. - -Humbert, 149. - -Humboldt, 149, 331. - -Hume (David), 126. - -humour, 126. - -Hyacinthe, 195, 250. - -hyène, 250. - -hymen, 138, 279. - -Hypatie, 337. - -hypocras, 23, 300. - - -I - -ichneumon, 96. - -ichtyosaure, 318. - -idiotisme, 111. - -Iéna, 152. - -igname, 245. - -Ignatief, 245, 339. - -igné, _igne-_, _igni-_, 245. - -iguane, 243. - -il, 259. - -_ill-_, 270. - -imbroglio, 246. - -_imm-_, 276. - -immédiat, 325. - -imprégnation, 245. - -impresario, 76, 318. - -incognito, 146, 245. - -indemnité, -iser, 75, 275. - -indomptable, 285. - -in-douze, 145. - -indult, 261. - -ineptie, inertie, 335, 336, 337. - -inexpugnable, 245. - -in extenso, 141, 145. - -inextinguible, 242. - -in extremis, 75, 145, 305. - -infamie, 33. - -infect, 215. - -in-folio, 36, 145. - -ingrédient, 138. - -initier, 336. - -_inn-_, 281. - -in partibus, 145, 305. - -in petto, 145, 340. - -in-plano, 38, 145. - -in-quarto, 145, 291. - -inquiétude, 289. - -insister, 319. - -instinct, 217, 330. - -instruire, 197. - -_interr-_, 297. - -interview, -ewer, 146, 343. - -_intus-_ suivi d’_s_, 322. - -_irr-_, 298. - -Isaac, 25. - -_Isl-_, _Ism-_, _Isr-_, etc., 313, 315. - -isthme, -ique, 332. - - -J - -Jacob, -bin, -bite, 35. - -jaconas, 301. - -_Jacqu-_, 35. - -Jacques, -erie, 21. - -jadis, 37, 302. - -jaguar, 243. - -James, 43, 256. - -Jamyn, 145. - -Janina, 255. - -Janus, 38. - -Japet, 255. - -jarret, 37. - -jaseran, Jason, 36. - -Jassy, 255. - -Jean et dér., 164. - -Jeanne, 26, 164. - -Jeannette, -eton, -ot, 35. - -Jéhovah, 19. - -Jenner, 256, 282. - -Jenny, 74, 282. - -Jersey, 256, 315. - -Jésus, 307-308. - -jettatura, 124, 255, 340. - -jeudi, 96. - -jeun (à), 92, 164. - -jeune, 93. - -jeûne, 92. - -Joachim, 130, 225. - -joaillier, 199. - -Jocelyn, 145. - -Joconde, 255. - -Johannisberg, 238, 255. - -John Bull, 125, 256. - -Jordaens, 79, 134, 139, 256. - -Joseph, -ine, 110. - -joug, 235-236. - -Juan, 125, 256. - -juillet 269, 326. - -Juilly, 269. - -juin, 197. - -Jungfrau, 116, 125, 255. - -jungle, 149. - -junte, 149. - -jusquiame, 289. - -Jutland, 228, 256. - - -K - -kaiser et dérivés, 88. - -Kamtschatka, 227, 274, 332. - -Kant, 135, 330. - -Kehl, 57. - -Kent, 139. - -Kerguélen, 138, 242. - -Kiel, 78. - -Kiev, 341. - -kilo, 100. - -Kluck, 1285. - -knout, 329. - -Kœnigsberg, 77, 238. - -krach, 221. - -Kruger, 239, 295. - -kulturkampf, 124. - -Kurdistan, 125. - -Kyrie eleison, 148, 318. - - -L - -la, 18. - -labadens, 308. - -La Boëtie, 333, 337. - -Laboulaye, 191. - -La Bruyère, 192. - -La Châtre, 31. - -lacs, 213, 309. - -ladre, 32. - -lady, 43. - -Lænsberg, 78, 238. - -laisser, laitue, 85. - -Lally-Tollendal, 141. - -lama, 37. - -Lamennais, 171. - -Lamoignon, 49. - -lampas, 300, 301. - -landsturm, 124. - -Lang-son, 148-149, 233. - -Laon, 133. - -Laonnais, 134. - -lapis-lazuli, 38, 303. - -laps, 309. - -Largillière, 270. - -lasse, lasser, 22, 34. - -La Trémoille, 269. - -latrine, 37. - -Lauraguais, 244. - -Laurens (J.-P.), 139, 309. - -lauréat, laurier, 115. - -La Vrillière, 270. - -Law, 45, 342. - -lawn-tennis, 45, 342. - -Lawrence, 140, 342. - -Laybach, 88. - -Lazare, 36. - -lazarone, 52, 351. - -lazzi, 351-52. - -Leclerc, Leclerq, 214. - -léger, 293. - -legs, 55, 237, 309. - -Leibniz, 88, 147, 351. - -Leicester, 88. - -Leipzig, 88, 238. - -Leitha, 88. - -leit-motif, 88. - -Lenau, 76. - -Lens, 139, 309. - -Lérins, 309. - -les, 54. - -_Les-_ devant cons., 312. - -_Les-_ devant voy., 318, 319. - -Lesbos, 103, 312. - -lesquels, 72, 312. - -Leuctres, 93. - -leude, 92. - -lez, 53, 350. - -lichen, 224, 279. - -Liebig, 78. - -lied, 77, 229. - -ligneux, lignite, 245. - -Lilliput, 329. - -lilliputien, 270, 337. - -limaçon, 37. - -linceul, 258. - -lingual, -iste, 242, 243. - -_liqu-_, 288. - -liquidambar, 290. - -lis, fleur de-, 302. - -Liszt, 351. - -_litt-_, 340. - -lloyd, 273. - -lobe, 101. - -loch, 221. - -Lohengrin, 145, 146. - -lolo, 111. - -lombric, 213. - -long, 236, 362. - -Longueil, 93. - -Longwy, 236, 244, 342. - -Lons-le-Saunier, 309. - -loquace, -acité, 291. - -lord, 228. - -lorsque, 183, 310. - -Lot, 328. - -louveterie, 173. - -Loyola, 192. - -Lucayes, 28, 191. - -lumbago, 149. - -lunch, luncher, 149, 220. - -lut, 329. - -lysimachie, 224. - - -M - -macadam, 130. - -macfarlane, 43. - -Machiavel et dér., 226. - -maçon, 37. - -madeleine, 37. - -Madeleine, 37. - -madras, 300. - -Madras, 301. - -madré, madrier, 37. - -Madrid, 229. - -Mælzel, 78. - -Maeterlinck, 79, 146. - -Maëstricht, 79, 221, 330. - -mafflu, 37. - -Magendie, 143. - -_magn-_, 244-245, 287. - -magot, 37. - -mail-coach, 45, 88. - -maillechort, 222. - -Maimonide, 88. - -mairie, 165, 296. - -maïs, 302-303. - -maison, 85. - -majeur, major, etc., 38. - -Majorque, 38, 255-256, 269. - -Majunga, 149. - -Malachie, 224. - -malagueña, 280. - -Malesherbes, 165, 312, 315. - -malotru, 111. - -maman, 39. - -mandrill, 264. - -mangeure, 240. - -maniéré, 73. - -Mantegna, 282. - -manzanilla, 268. - -maquis, 37. - -maravédis, 303. - -marc, Marc, 214. - -mardi, 38. - -Marennes, 37. - -Marilhat, 273. - -Maroilles, 269. - -marqueterie, 172. - -marraine, marri, 37. - -marron, 37. - -mars, 310. - -martyr, 38. - -mas, Mas-, 300, 301. - -masure, 36. - -mat, 45, 325. - -matelasser, 35. - -mater, mâter, 21. - -Mathusalem, 319. - -Maubeuge, 92. - -Mauclerc, 214. - -Maupeou, 164. - -mauvais, 116. - -mayonnaise, 249. - -mazette, 36. - -Médicis, 303. - -Meilhiac, Meilhan, 273. - -Mein, 146. - -Meinam, 88. - -Mékong, 238. - -mélange, mêler, 73. - -_Melchi-_, 226. - -Melchisédec, 226, 319. - -Mélilla, 268. - -mélo, 100. - -Memphis, 143. - -menstrues, 141-142. - -menthol, 141, 143. - -mentor, 141, 142. - -menuisier, 198. - -Méphisto, 100. - -mercredi, 296. - -mérinos, 102, 304. - -mes, 54. - -_més-_, 316. - -mesdames, 72, 312. - -messied, 52. - -messieurs, 72, 91, 292. - -métis, 302. - -métro, 100. - -Metz, 60, 332, 351. - -meugle, 92. - -meule, 92. - -Meung, 92, 164, 236. - -meunier, 96. - -Meurice, 96. - -Meurthe, meurtre, 93. - -meut, meux, 91. - -mezzo, 352. - -Michel, 224. - -Michel-Ange, 224. - -mien, 136, 387. - -mil, 259, 261. - -mildew, 343. - -Milhau, 273. - -milieu, 262, 263. - -mille et dér., 266, 269. - -_Mill-_, 269-70. - -Milton, 148. - -miss, mistress, 120. - -moelle, -llon, 62, 200. - -mœurs, 310. - -moignon, 49. - -moins, 308. - -Moïse, 199. - -moitié, 334, 336. - -momerie, momie, momier, Momus, 110. - -monachisme, 225. - -mons, Mons, 308, 309. - -monsieur, 91, 148, 292. - -_Mont-_, 332. - -montagne, 87. - -Montaigne, 87. - -Montargis, 304. - -_Monte-_, 76. - -Montorgueil, 93. - -Montpellier, 171, 271. - -_Montr-_, 332-333. - -Morellet, 171, 272. - -mosaïque, 110. - -mot, 99. - -mot à mot, 100, 328. - -moteur, motrice, 111. - -motus, 110. - -mouette, 63. - -mourrai, 296. - -mousqueterie, 172. - -moyen, 189, 190. - -muezzin, 146, 351. - -muid, 229. - -Munster, 149. - -Murger, 239, 294. - -Murillo, 268. - -myrtille, 266. - - -N - -nacre, 31, 32. - -naïade, 37. - -nanan, 39. - -nansouk, 319. - -Naples, 31. - -narrer, 34. - -nasal, naseaux, 36. - -Natchez, 350. - -naufrage, 116. - -navre, navrer, 32, 34. - -néanmoins, 132. - -négus, 124. - -Nelson, 148. - -nenni, 74. - -Népaul, 114. - -nerf, 232. - -Néris-les-Bains, 304. - -net, 326. - -_Neu-_, 96. - -neuf, 91, 93, 233-235. - -_Neuf-_, 91. - -neume, 92. - -neuvaine, -vième, 95. - -_New-_, 343. - -Newton, 148, 343. - -nez, 53, 350. - -nid, 229. - -_Nie-_, 78. - -Niebelung, 78, 125, 239. - -Niger, 239, 295. - -noël, 199. - -Nolhac, 273. - -nom, 130. - -nœud, 90, 229. - -notre, 296. - -nummulite, 123. - -nunc (hic et), 149. - -nurse, nursery, 126. - - -O - -oasis, 112. - -obliquité, 290. - -_obs-_, 202, 315. - -obséquieux, 290. - -obstiné, 210. - -obus, 110, 305-6. - -occiput, 329. - -odeur, 110. - -œc-, œd-, Œd-, etc., 75. - -œil, 93. - -œuf, 91, 93, 231-32. - -œuvé, 95. - -oignon, 49. - -olim, 111. - -olla podrida, 269. - -on, 390-91. - -onze, 153-54, 358. - -opiat, 325. - -_opp-_, 286. - -orang-outang, 237, 362, 378. - -oratorio, 111. - -orchidée, 225. - -orchis, 225, 303. - -orée (à l’), 110. - -orgueil, 93, 97. - -orgueilleux, 97. - -Orpheus, 92, 304. - -ortie, 337. - -os, 102, 304. - -oscille, -ation, -er, 265. - -osier, 110. - -Osmanlis, 304. - -osselet, ossement, etc., 109. - -ost, 331. - -Ostrogoth, 332. - -otage, 111. - -ouate, 153, 358. - -oui, 152, 358. - -ouïr, 358. - -ouistiti, 153, 358. - -Ourcq, 214. - -ours, 310. - -outlaw, 45, 126, 342. - -outsider, 66, 120, 126. - -ovale, 111. - -ozone, 106. - - -P - -pachyderme, 226. - -pagaye (en), 191. - -paie, paiera, 193. - -palabre, 32. - -Paladilhe, 273. - -pali, 39. - -palinod, 100, 229. - -palis, 302. - -pâme, -er, -oison, 33. - -pampas, 301. - -panem et circenses, 38. - -paneterie, 173. - -paon, 133. - -papayer, 191. - -papeterie, 172-73. - -papille, 266. - -Paraguay, 244. - -_paras-_, 317. - -parasol, 317, 318. - -parfum, 124, 130. - -parisis, 302. - -Paros, 103, 304. - -parqueterie, 172. - -parrain, 37. - -pascal, 38. - -_pass-_, 323. - -passe, passer, 22, 34. - -passant, 37. - -passeport, -poil, -menterie, 34. - -passereau, 37. - -pastel, pasteur, 38. - -pastille, 265. - -pat, 325. - -pataquès, 60, 301. - -pâte, pâté, pâtissier, pâtisserie, 33. - -pater, 38, 295. - -Pathmos, 103. - -pathos, 103, 304. - -Paul, Paule, 114. - -_Paulm-_, 261. - -paupière, 116. - -paye, payera, 193-94. - -pays, payse, etc., 190. - -pechblende, 144. - -pêcher, 73. - -Peer Gynt, 78, 239. - -pehlvi, 73. - -Pélasges, -ique, 313. - -pelleterie, 173. - -Penmarch, 143, 221. - -_pent-_, 141. - -Pentateuque, 92, 141. - -Pentecôte, 102, 141. - -Penthièvre, 143. - -perdrix, 344. - -péril, 261. - -Pernod, 100, 229. - -_perr-_, _Perr-_, 298. - -perron, 73. - -peseta, 76, 318. - -pétiole, 338. - -Pétion, 339. - -peu près (à), 95. - -peut, peux, 91. - -peut-être, 95. - -Pézenas, 165, 301. - -phaleuce, 92. - -_philh-_, 273. - -Phocyon, 110. - -photo, 100. - -piazza, -etta, 352. - -pickles, 120. - -pick-pocket, 327. - -pied, 52, 228, 368. - -pierreux, 73. - -pippermint, 330. - -piqueur, 94. - -pitié, 334, 336. - -pizzicati, 352. - -placenta, 141. - -placer, 295. - -placet, 327. - -plaisir, 85. - -plaza, 352. - -pleurer, 93. - -pleut, 91. - -plomb, 210. - -pluie, 197. - -plurier, 293. - -plumbago, 149. - -plumcake, 43, 125. - -plum-pudding, 125. - -plus, 306-307, 356, 374. - -pneumonie, 96. - -poêle, poêlon, 62, 200. - -poème, poète, 112, 199. - -poids, 229, 309. - -poigne, _poign-_, 49. - -Poitiers, 293, 295. - -poireau, 50. - -poitrail, poitrine, 50. - -polaire, 109. - -polenta, 144. - -Polyeucte, 93. - -Pompéi, 81, 119. - -poney, 80, 110. - -Pons, Saint-, 309. - -_Pont-_, 332-33. - -porc, 214-15. - -porc-épic, 215, 363, 379. - -posada, 318. - -Poseidôn, 88, 148, 319. - -_post-_, 322. - -_pot-_, 100, 368. - -Potsdam, 322. - -pouls, 258, 309. - -pourrai, 73, 297. - -pourrir, 122, 299. - -Pouzzoles-, -ane, 351. - -praline, 37. - -préciput, 329. - -prélasse, -asser, 22, 34. - -premier, 359. - -présalé, 318. - -prescience, 314. - -préséance, 317. - -_présompt-_, 285. - -présu, présupposer, 317. - -prêter, 73. - -prétérit, 327. - -Prévost, 331. - -prévôtal, 109. - -Privas, 301. - -prix, 344. - -_pro-_ et _pros-_, 110. - -Procyon, 110. - -pro domo, 111. - -profès, 301. - -Progné, 245. - -Prométheus, 92. - -prompt et dér., 284-85, 329. - -pronunciamiento, 124, 143. - -prosecteur, 317. - -prurit, 327. - -psaume, 284. - -pseudonyme, 96. - -pschent, 139, 227. - -puff, puffisme, 124. - -puisque, 198, 312. - -Pulcher, 224, 295. - -Pulchérie, 224. - -punch, 149, 221. - -pupille, 266. - -pusillanime, 270. - -Puységur, 319. - -_Pyrr-_, 299. - - -Q - -_quadr-_, 291. - -quaker, 43, 68, 291. - -qualité, 290. - -quand, 228. - -quant et dér., 291. - -_quar-_, 291. - -quartz, 291, 351. - -quasi et dér., 36, 291. - -quassia, -ier, 291. - -_quat-_, 291. - -quatre, 296, 375. - -_queen-_, 289. - -quelque et dér., 262. - -_quér-_, 288. - -Quercy, -inois, 288-89. - -questeur, -ure, 288. - -quêter, 73. - -quetsche, 289. - -_qui-_, 289-90. - -quidam, 129-30, 289. - -_quin-_, 289-90. - -quiproquo, 111, 289. - -quorum, 111. - - -R - -racahout, 329. - -Rachel, 224. - -rachis, 225, 303. - -racle, racler, 31, 34. - -raccroc, 100, 212. - -radoub, 210. - -rafle, rafler, 31, 34. - -rail, 26, 88, 259. - -railway, 88. - -rainure, 85. - -raison, 85. - -Raleigh, 88. - -rallye-paper, 43. - -ramasser, -assis, 34. - -Rambervillers, 295. - -ramure, 37. - -rang, 236, 362. - -ranz, 350. - -Raon-l’Etape, 133. - -Raoul, 41. - -raout, 45, 329. - -rapt, 331. - -rareté, 35. - -raye, 193. - -raz-de-marée, 350. - -razzia, 351. - -Reber, 76. - -record, recordman, 76. - -refléter, 170. - -réfréner, 170. - -registre, 170, 312. - -Regnard, 170, 283. - -Reichstag, 88. - -Reims, 309. - -reine-Claude, 218. - -reliquat, 291. - -Rembrandt, 135, 144, 228, 330. - -Remi, 171. - -René, 170. - -renseignement, 166. - -résection, -séquer, 317. - -respect, 216, 362. - -_ress-_, 171, 320. - -ressemeler, 171, 175. - -retable, 169. - -Rethel, 170. - -Retz, 60, 332, 351. - -Reuss, 92. - -revolver, 76. - -Reynolds, 88. - -rez-de-chaussée, 53, 350. - -rhinocéros, 102, 304. - -rhododendron, 141, 148. - -rhum, -merie, 124. - -rien, 136, 390. - -rifle, 120. - -rigaudon, 116. - -Rigi, Righi, 239. - -right, 120, 246. - -Riom, 130. - -risoluto, 318. - -rit, 327. - -riz, 350. - -Roanne, 200. - -Rob-Roy, 50. - -_rocking-chair_, 88. - -_Rochechouart_, 165. - -rococo, 111. - -Rodez, 351. - -Rœderer, 76-77. - -_Rol-_, _Roll-_, 110, 272. - -romancero, 76. - -rosace, rosat, rosier, etc., 110. - -rotang, 238. - -rôtir et dér., 109. - -Rothschild, 110. - -Rouen, 74, 137. - -rouennais, -erie, 74, 75. - -roule, -er, -ure, 122. - -Rubinstein, 146. - -Rueil, 65, 93, 260. - -ruolz, 351. - -Ruskin, 126. - -rut, 329. - -Ruysdaël, 24, 79. - - -S - -_Saa-_, 39. - -sable, sabler, 30, 34. - -sabre, sabrer, 32, 34. - -saigner, 85. - -Saïgon, 88. - -Saint-Aignan, 87. - -Saint-Brieuc, 90, 212. - -Saint-Genest, 331. - -Saint-Germain-en-Laye, 191. - -Saint-Graal, 24. - -Saint-Just, 331. - -Saint-Maixent, 347. - -Saint-Mesmin, 73, 313. - -Saint-Ouen, 137. - -Saint-Priest, 331. - -Saint-Saëns, 134, 139, 140, 308-309. - -Saint-Valéry, 165. - -Saint-Wast, 331. - -Sainte-Menehould, 164, 262. - -Sainte-Wehme, 57, 341. - -saisir, 85. - -Salammbô, 135. - -Salisbury, 121, 126. - -Salomon, 110. - -_Salzb-_, 352. - -samouraï, 119. - -Samoyèdes, 192. - -Samson, 129. - -sanatorium, 111. - -_sanct-_, 218. - -sandwich, 226. - -sang, 236, 362. - -_sangui-_, 243. - -Santeul, 93, 258. - -Santillane, 268. - -Saône, 41. - -saoul, 39. - -sapientiaux, 142. - -Sarajevo, 255. - -Sardaigne, 87. - -Sarmatie, 337. - -sarrau, 37. - -Satan, 37. - -satisfecit, 328. - -Satyricon, 148. - -sauf, 114. - -Saulxures, 347. - -saur, 114. - -_saur-_, 115. - -savoyard, 190, 191. - -scabreux, 37. - -Scager-Rack, 239. - -Scaliger, 239, 295. - -_sce-_, _sci-_, _Sce-_, _Sci-_, 314. - -_Scha-_, _Sché-_, etc., 227. - -schako, 227. - -schampoing, 145. - -scheik, 88. - -schéma, schème, 227. - -scherzo, 227, 351. - -Schiedam, 227. - -schisme, schiste, 227. - -schola cantorum, 227. - -Schubert, Schumann, 125, 227. - -Schlitz, 351. - -scille, 266. - -scintille , -iller, 265. - -scintillation, 265, 270. - -scorbut, 329. - -scotie, 338. - -scottish, 323, 340. - -sculpter, 285. - -second, Second, et dér., 218. - -secrétaire, 170. - -secundo, 149. - -Sedan, Sedaine, 170. - -Sées, Séez, 56, 350. - -Segrais, Segré, 170. - -seigneurie, 165. - -seing, 236. - -Seltz (eau de), 351. - -semoule, 264-265. - -sempiternel, 142. - -séneçon, senestre, 170. - -Senef, 170. - -Senlis, 303. - -señor, señora, 280. - -sens, Sens, 139, 308, 309. - -sept, 285, 326. - -_sept-_, 285. - -septentrion, 141. - -Séquanes, 291. - -séquestre, 288. - -serrer, serrure, 73, 298. - -ses, 54. - -Séverin, 165. - -Séville, 267. - -Seymour, 88. - -_sexa-_, 349. - -_sh-_, _Sh-_, 323. - -Shanghaï, 28, 238, 323. - -Shakespeare, 45, 323. - -shelling, 145, 323. - -Shylock, 89, 121. - -Sichem, 224. - -sien, 136, 387. - -Siegmund, 78, 125. - -signe, signer, 282-283. - -signet, signifier, 282. - -silhouette, 273. - -sille, 266. - -singleton, 148. - -sirop, 100, 284. - -six, 345, 346. - -sixain, sixième, 348. - -skating, 43, 145, 238. - -sloop, 113. - -smala, 37. - -snow-boot, 113, 343. - -soit, 325-326. - -soixante, 347. - -sol, 258. - -solennel, solennité, 74, 131. - -Solesme, 63. - -soliste, solo, 111. - -sot-l’y-laisse, 99-100, 328. - -sotie, 337. - -soubassement, 35. - -soubresaut, 318. - -Souchong, 227, 238. - -souhait, souhaiter, 87, 198. - -souiller, souillon, 122. - -soûl, 258. - -Soult, 331. - -sourcilière, 262. - -soye, soyent, 163, 194. - -Soyecourt, 192. - -spahis, 303. - -sparadrap, 284. - -spécimen, 138. - -speech, 78, 226. - -spencer, 66, 144. - -Spinosa, 110. - -sport, 330. - -squale, 291. - -squameux, 291. - -square, 42, 291. - -squirre, 289. - -Staël (Mᵐᵉ de), 79. - -stagnant, -ation, 245. - -Stanley, 80, 135, 280. - -steam-boat, 45. - -steeple-chase, 43, 76, 226. - -Stendhal, 144. - -stentor, 142. - -sterling, 145. - -stipendier, 141. - -stout, 329. - -strass, 23, 300. - -stratus, 38. - -Stuart Mill, 330. - -subit, 387. - -_subs-_, 202, 315. - -succinct, 217, 330. - -sud, 229. - -Suez, 351. - -Suffren, 138. - -Sully, 269. - -Sund, 149. - -_supp-_, 286. - -suprématie, 73. - -surseoir, sursis, 315. - -sus, en sus, 307. - -susdit, _sus-_, 312. - -suspect, suspecte, 216. - -susurrer, 318. - -Swinburne, 126, 146. - -_syll-_, 272. - -symptôme, 285. - -symptomatique, 109. - - -T - -tabac, 212. - -tachygraphie, 226. - -Tagliamento, 246. - -Taitbout, 332. - -Talleyrand, 86. - -talmud, 229. - -tandis que, 312. - -Tanger, 294. - -Tanit, 328. - -taon, 133. - -tarbouch, 221. - -tarentelle, -tule, 142. - -Tarn, 280. - -tarot, 37. - -tasse, tasser, 22, 34. - -Tasse (le), 23. - -tasseau, 37. - -tatillon, 33. - -taureau,-omachie, 115. - -tayaut, tayon, 191. - -Taylor, 88. - -tea-gown, 45, 343. - -Tempé, 143. - -temps, 284, 309. - -ténacité, 169. - -tender, 144. - -tennis, 281, 303. - -tentacule, 142. - -térébenthine, 142. - -_terr-_, 73-74, 297-98. - -terre-neuvas, 95. - -tes, 54. - -tétanos, 103, 404. - -têtu, 72. - -Teutatès, teuton, 96. - -Thaon, 133. - -thésis, 303, 318. - -Thiers, 293, 295. - -thuya, 192. - -thym, 130. - -ticket, 327. - -Tiepolo, 78. - -tiers, 294, 383. - -tilbury, 126. - -time, times, 120. - -titille, 266. - -Titye, 337. - -toast, 45, 110. - -Tolstoï, 81, 119. - -tomahawk, 43, 342. - -Tonneins, 309. - -toper, 110. - -torero, 76. - -Torquatus, 291. - -Torquemada, 289. - -_torr-_, 298. - -toton, 111. - -tournesol, 318. - -tous, 121, 304-5, 377. - -trabucos, 304. - -trachyte, 226. - -trahison, 249. - -tranquille et dér., 266, 269. - -_trans-_ devant voy., 319. - -transe, transi, 319. - -transept, 319, 331. - -transit, 319, 327. - -_transs-_, 322. - -Transvaal, 24. - -trépasse, -er, 22, 34. - -trescheur, 224. - -Tréville, 75. - -trichine, -ose, 225. - -triumvirat, 123, 274. - -trois, 301. - -trop, 100, 284, 360. - -truie, truite, 197. - -trust, 126. - -tub, 125. - -tunnel, 126. - -turf, 126. - -tutie, 338. - -tutti, 124, 340. - -tuyau, tuyère, 192. - -typo, 100. - - -U - -Ubaye, 191. - -ubiquité, 290. - -uhlan, 124, 155, 358. - -Uhland, 125, 135. - -ulster, 126. - -un, 153-154, 280, 358, 389. - -_unis-_, 317. - -Ur, 125. - -Uruguay, 244. - -us, 306. - -Utrecht, 221, 330. - - -V - -vacille, -ation, -er, 265. - -Valachie, 224. - -valet, 37. - -Valladolid, 269. - -Valparaiso, 88. - -Valréas, 301. - -Van Dyck, 121. - -Vanloo, 113. - -Van Swieten, 78. - -varech, 221. - -vasistas, 23, 300. - -vindas, 300. - -Vaugelas, 301. - -vaudrai, vaurien, 115. - -vayvode, 88. - -vedette, 170. - -veglione, 246. - -Véies, 81, 119. - -Velay, 170. - -vendémiaire, 142. - -vendetta, 144, 330. - -ventôse, 142. - -Ventoux, 141. - -ver, 294. - -verdict, 217, 330. - -vergeure, 240. - -vergiss mein nicht, 88, 239, 341. - -vermout, 329. - -_verr-_, 298. - -verrai, 73, 297. - -verrée, verrière, 73. - -verroterie, 74. - -vers, prép., 385. - -verticille, 266. - -veule, 92. - -veut, veux, 91. - -veuve, 94. - -veux-je, 93. - -Vevey, 170. - -_Vill-_, _Villa-_, 269-70. - -villanelle, 270. - -ville et dérivés, 266-7, 269. - -Villon, 267-8. - -Vinci, 146, 219. - -vingt, 236, 329-30. - -Vintimille, 246. - -violoncelle, 220. - -vis, tournevis, 302. - -vitchoura, 223. - -vivat, 325. - -vivisection, 318. - -Vogüé, 242. - -volontiers, 293, 295. - -vomir, 110. - -vooruit, 113, 328. - -Vosges, 104, 313. - -votre, 296. - -voyons, 189. - -voyou, 191. - -vraisemblable, 318. - - -W - -Wallace, 342. - -Walter Scott, 342. - -Warens (Mᵐᵉ de), 140, 308. - -Washington, 146, 148, 342. - -water-closet, 327. - -Waterloo, 113, 342. - -Waverley, 342. - -Weber, 76. - -Westphalie, 332. - -Wieland, 78. - -Wiesbaden, 78, 279. - -Wisconsin, 146, 149, 342. - -Wiseman, 134, 319, 342. - -Wisigoths, 332. - -Witikind, 228. - -Wright, 120, 246, 342. - -wigh, 238. - -Wight, 120, 246, 342. - - -X - -x ou X initial, 349-350. - -Xaintrailles, 349. - -Xanthe, etc., 349. - -Xavier, 349. - -_Xéno-_, 349. - -Xérès, 350. - -Xerxès, 347, 349. -Ximénès, 350. - -_xylo-_, 349. - - -Y - -yacht, 44, 152, 358. - -yatagan, yole, etc., 152, 358. - -Ysaye, 191. - -Yseult, 90, 261, 331. - -yucca, 125. - - -Z - -z ou Z initial, 351-52. - -zélé, 73. - -zend, 139, 229. - -Zeus, 92, 304, 352. - -zinc, 214. - -Zollverein, 88, 352. - -Zug, 125, 351. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - Pages. - -PRÉFACE 1 - - -CHAPITRE PRÉLIMINAIRE - -LES LETTRES - -Classification des voyelles 2 - -Classification des consonnes 7 - -Quelques considérations générales sur l’accent tonique 9 - -Autres observations générales 14 - - -PREMIÈRE PARTIE - -LES VOYELLES - -=I.--La voyelle A= 18 - -1º L’_a_ final 18 - -2º L’_a_ suivi d’une consonne articulée 20 - I. _a_ bref 21 - II. _a_ moyen 23 - III. _a_ long 28 - -3º L’_a_ suivi des groupes à liquides 30 - -4º L’_a_ atone 32 - -5º Quelques cas particuliers 39 - -6º L’_a_ des mots anglais 41 - -7º Le groupe _OI_ (oy) 45 - I. _OI_ tonique 46 - II. Le groupe _oign_ 48 - - -=II.--La voyelle E= 51 - -1º L’_e_ final 51 - I. _e_ final fermé 52 - II. _e_ final ouvert 55 - -2º L’e suivi d’une consonne articulée 57 - I. _e_ bref 57 - II. _e_ moyen 61 - III. _e_ long 65 - -3º L’_e_ suivi des groupes à liquides 68 - -4º L’_e_ atone 71 - -5º Quelques cas particuliers 74 - -6º L’_e_ des mots étrangers 76 - -7º Les groupes _AI_ (ay) et _EI_ (ey) 79 - I. AI final 79 - II. AI suivi d’une consonne articulée 82 - III. AI atone 85 - IV. Le groupe _aign_ 87 - V. Les mots étrangers 88 - - -=III.--La voyelle EU= 90 - -1º EU final 90 - -2º EU suivi de consonnes articulées 91 - I. EU fermé 91 - II. EU ouvert 93 - -3º EU atone 95 - - -=IV.-- La voyelle O= 98 - -1º L’_o_ final 98 - -2º L’_o_ suivi d’une consonne articulée 101 - I. _o_ fermé 101 - II. _o_ ouvert bref 102 - III. _o_ ouvert moyen 103 - IV. _o_ ouvert long 108 - -3º L’_o_ suivi des groupes à liquides 108 - -4º L’_o_ atone 108 - -5º L’_o_ de quelques mots étrangers 112 - -6º Le groupe AU 113 - I. AU tonique 113 - II. AU atone 115 - - -=V.--Les voyelles I (y), U, OU= 117 - -1º La voyelle _I_ 117 - -2º L’_i_ dans les mots étrangers 120 - -3º U et OU 121 - -4º L’_u_ dans les mots étrangers 124 - - -=VI.--Les voyelles nasales= 127 - -1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales 127 - -2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées 131 - -3º Les cas particuliers de la nasale _an_ 133 - -4º Quand le groupe _en_ se prononce-t-il _an_ ou _in_? 136 - I. _En_ final 136 - II. _En_ suivi d’une consonne finale 138 - III. _En_ atone 140 - IV. Les mots étrangers 143 - -5º Les cas particuliers de la nasale _in_ 145 - -6º Les cas particuliers de la nasale _on_ 148 - -7º Les cas particuliers de la nasale _un_ 149 - - -=VII.--L’E muet= 150 - -1º Considérations préliminaires sur l’_e_ non muet et l’élision 150 - -2º La prétendue loi des trois consonnes 155 - -3º L’_e_ muet final dans les polysyllabes 158 - I. Dans les mots isolés 158 - II. Devant un autre mot 159 - -4º L’_e_ muet à l’intérieur des mots 160 - I. Entre voyelle et consonne 160 - II. Entre consonne et voyelle 161 - III. Entre deux consonnes 162 - IV. Dans la syllabe initiale 168 - -5º L’_e_ muet intérieur dans deux syllabes consécutives 172 - -6º L’_e_ muet dans les monosyllabes 175 - I. Un monosyllabe seul 176 - II. Deux monosyllabes consécutifs 178 - III. Trois monosyllabes consécutifs 180 - IV. Plus de trois monosyllabes consécutifs. 180 - -7º Conclusions 181 - -=VIII.--Les semi-voyelles= 186 - -1º Divorce entre la poésie et l’usage 186 - -2º La semi-voyelle _y_ 187 - I. Après une consonne 189 - II. Décomposition de l’_y_ entre deux voyelles 190 - III. Changement de l’_y_ en _i_ 193 - IV. L’_i_ ou _y_ grec initial devant une voyelle 194 - -3º La semi-voyelle _u_ 196 - -4º La semi-voyelle _ou_ 198 - - -DEUXIÈME PARTIE - -=LES CONSONNES= - -1º Le changement spontané des consonnes 201 - -2º Quelques observations générales 205 - -Note sur la prononciation du latin 209 - -=B= 210 - -_C_ 212 - -1º Le _c_ final 212 - -2º Les mots en _-ct_ 215 - -3º Le _c_ intérieur 217 - -=CH= 221 - -1º Le _ch_ final 221 - -2º Le _ch_ intérieur 221 - I. Devant _a_, _o_, _u_ 222 - II. Devant _e_ et _i_ 223 - -=D= 228 - -=F= 231 - -=G= 236 - -1º Le _g_ final 236 - -2º Le _g_ devant une voyelle 238 - -3º Le groupe _gu_ devant une voyelle 241 - -4º Le _g_ devant une consonne 244 - -=H= 247 - -1º L’_h_ final ou intérieur 247 - -2º L’_h_ initial, muet ou aspiré 247 - -3º La loi de l’_h_ initial 249 - -4º Les exceptions 251 - -=J= 255 - -=K= 257 - -=L= 258 - -1º L’_l_ final et les mots en _il_ 258 - -2º L’_l_ intérieur 261 - -3º L’_l_ double après un _i_ 264 - I. Les finales muettes en _ille_ 265 - II. Le groupe _ill_ intérieur 267 - -4º L’_l_ double ailleurs qu’après un _i_ 270 - -=M= 274 - -1º L’_m_ simple 274 - -2º L’_m_ double 275 - -=N= 279 - -1º L’_n_ simple 279 - -2º L’_n_ double 281 - -L’_n_ mouillé 282 - -=P= 284 - -=Q= 287 - -1º Le _q_ final 287 - -2º Le groupe _qu_ 287 - I. Devant _e_ 288 - II. Devant _i_ 289 - III. Devant _o_ et _a_ 290 - -=R= 292 - -1º L’_r_ simple 292 - -2º L’_r_ double 296 - -=S= 300 - -1º L’_s_ final 300 - -2º L’_s_ intérieur 311 - I. Devant une consonne 311 - II. Entre consonne et voyelle 315 - III. Entre deux voyelles 316 - -IV. Entre une voyelle nasale et une autre 319 - -3º L’_s_ double 320 - -=T= 325 - -1º Le _t_ final 325 - -2º Le _t_ intérieur et le groupe _ti_ 332 - -3º Le _t_ double 339 - -=V= et =W= 341 - -=X= et =Z= 344 - -1º L’_x_ final 344 - -2º L’_x_ intérieur 347 - -3º Le _z_ 350 - -Récapitulation des consonnes 353 - - -LES LIAISONS - -Quelques considérations préliminaires 355 - -=Liaisons des muettes= 360 - -1º Les labiales et les gutturales 360 - -2º Les dentales, _d_ et _t_ 363 - I. Les verbes 363 - II. Adjectifs et adverbes 364 - III. Les substantifs 367 - IV. Après un _r_ 368 - -=Liaisons des spirantes= 370 - -1º Les chuintantes et les fricatives 370 - -2º Les sifflantes, _s_, _x_, _z_ 371 - I. Les différentes espèces de mots 372 - II. Les pluriels 375 - III. L’_s_ après l’_e_ muet 379 - IV. L’_s_ après un _r_ 383 - -=Liaisons des nasales= 386 - -INDEX ALPHABÉTIQUE DES FINALES 393 - -INDEX ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS 395 - -TABLE DES MATIÈRES 409 - -Imp. LAROUSSE, 1 à 9, rue d’Arcueil, Montrouge (Seine). - - -NOTES: - -[1] DOMERGUE, Manuel des étrangers amateurs de la langue française, -_1805_ (_les exemplaires de 1806 portent pour premier titre_ la -Prononciation française); Mᵐᵉ DUPUIS, Traité de prononciation ou -Nouvelle Prosodie française, _1836_. - -[2] _Le_ Traité complet de la prononciation française _de Lesaint, même -revu et complété en 1890 par le Professeur Dʳ Chr. Vogel, est fait -sans méthode, et ne peut avoir aucune autorité: il prononce encore_ -scou_è_re, _et_ t_o_n, _pour_ ta(o)n, _et_ m_o_sieu, _etc., sans parler -de_ Haydn _prononcé_ èdn, _avec Gh_y-ane _et Gh_y-enne. _Puis, voici -M. Sudre, docteur ès lettres, professeur à la Guilde internationale, -qui trouve très légitime qu’on prononce_ cinque francs _ou_ neufe sous, -_qui admet_ aspè, aspec _ou_ aspect _et préfère_ aspect! _Le reste à -l’avenant. Voilà ce qu’on enseigne aux étrangers. Un autre, professeur -au Conservatoire, enseignait aux Français qu’_«_on_ commence _à pouvoir -dire:_ une main habile.» (_Dupont-Vernon_, l’Art de bien dire.) - -[3] _Ou bien il a des formules singulières comme celle-ci:_ Beaucoup de -personnes (!) _ne prononcent pas_ f _dans_ les bœufs. - -[4] _Je ne parle pas de Littré, qui en cette matière est déjà suranné -sur beaucoup de points, notamment par son obstination à maintenir le -son de l’_l _mouillé, et à séparer des syllabes que tout le monde -réunit. Littré n’est déjà plus qu’un témoin historique, d’ailleurs -infiniment précieux._ - -[5] _Jusqu’à la lettre_ O, _la finale_-aille _est ouverte presque -partout; ensuite elle est généralement fermée._ - -[6] _Par exemple, il identifie pour la prononciation_ gr_ê_le _adjectif -et_ gr_ê_le _substantif; il fait l’_a _final bref dans_ vasist_a_s, _et -ferme_ au _dans au_rore _ou au_gmenter, _etc._ - -[7] _Il croit que l’_a _est fermé dans_ crasse _et dans_ latrines; _il -prononce_ coïncidence _comme_ coin; quadrilatère _par_ coua _ou_ ca, -_et plutôt_ ca, joigne _avec_ oua _ou_ ouè, frêlon _avec_ e _ouvert,_ -asymétrie _et_ imprésario _avec des_ s _doux_, enharmonique _avec un_ -h _aspiré; il croit qu’on peut dire indifféremment_ échev’lé _ou_ -éch’vélé, déjà _ou_ d’jà, quérir _ou_ qu’rir, _des_ gentilzhommes _ou -des_ gentil(_s_)hommes, hai(_e_) _ou_ haye, gen(_s_) _ou_ gensse; -_il admet la suppression du_ c _dans_ san_c_tuaire, san_c_tion _et_ -san_c_tifier; _celle du_ p _dans_ ce_p et_ se_p_tembre; _il s’imagine -que des bouches françaises peuvent encore garder une diphtongue dans -des mots comme_ meurtr_ier_, encr_ier_, boucl_ier_, sabl_ier, etc.: il -excepte seulement_ ouvri-er! - -[8] _Je recommande particulièrement à ce point de vue le chapitre de_ -en _prononcé_ an _ou_ in, _ou celui du groupe_ ti _devant une voyelle_. - -[9] _Nous le citerons cependant, vu son importance, au même titre et -dans les mêmes cas que le_ Dictionnaire général. - -[10] _Les éléments de ces notes historiques sont naturellement -empruntés au livre de_ THUROT: de la Prononciation française depuis -le commencement du XVIᵉ siècle, _1881-1883. A défaut de ce livre -capital, ceux qui s’intéressent à ces questions trouveront encore la -plupart des renseignements nécessaires dans_ ROSSET, les Origines de la -prononciation moderne, _1911._ - -[11] Ceci ne peut suffire que pour les poètes: - - A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles, - Je dirai quelque jour vos naissances latentes. - -Mais quel E ou quel O? celui d’_écho_ ou celui d’_orge_? Et les autres -sons? - -[12] Par exemple c_a_c_ique_, g_i_g_ot_, _salu_t_a_t_ion_. - -[13] Ces questions sont certainement un peu arides. Mais le lecteur -qui ne s’intéresse qu’aux faits, et ne tient pas à s’en rendre compte -méthodiquement et par principes, peut très bien passer directement au -chapitre de la voyelle _A_. Il reviendra ensuite sur les principes, si -le cœur lui en dit. Je dirai même que pour le lecteur qui n’est pas -initié, mieux vaut sans doute commencer par les faits: il comprendra -mieux les principes après cette étude préliminaire, et c’est toujours -une bonne méthode que d’aller du concret à l’abstrait. - -[14] On voit que la voyelle fermée est aiguë, et que la voyelle ouverte -est grave. On pourrait donc employer ces mots les uns pour les autres. -Mais comme il convient de choisir, pour simplifier le vocabulaire, nous -emploierons les deux termes _ouvert_ et _fermé_, qui sont ceux dont les -autres voyelles s’accommodent le mieux. - -[15] Cette distinction est si nette que ces mots ne sauraient d’aucune -façon rimer ensemble correctement, malgré l’exemple de V. Hugo, qui -rapproche constamment _tr_ô_ne_ de _cour_o_nne_, ou _r_ô_le_ de -_par_o_le_. - -[16] Cette distinction n’apparaît pas d’abord manifestement; mais une -expérience facile, indiquée par l’abbé Rousselot (voir son _Précis de -prononciation_, page 39), montre que le mot est en somme parfaitement -exact: si l’on prononce normalement la voyelle =a=, et si, sans -rien changer à la position de la bouche, on en rapproche et retire -alternativement la main, on sentira nettement ce que c’est qu’un =a= -fermé; or la main fait ici l’office du gosier. Ajoutons, pour mieux -caractériser encore l’=a= fermé, qu’il se rapproche de l’=o=, au moins -à Paris. - -[17] Il s’agit ici bien entendu du =c= et du =g= tels qu’on les entend -devant =a=, =o=, =u=, et non transformés en d’autres consonnes, comme -ils le sont devant =e= et =i=. - -[18] On ne le retrouve guère que dans certaines parties du Midi et en -Suisse. Peut-être y a-t-il encore des instituteurs qui s’efforcent de -le rétablir sous la forme _ly_: _alyeurs_ pour _ailleurs_, mais c’est -autre chose, et c’est peine perdue. Il est encore plus vain de vouloir -restaurer ce son disparu du français que de s’obstiner à faire vibrer -l’_r_. - -[19] Voir sur ce point LÉONCE ROUDET, _la Désaccentuation et le -déplacement d’accent dans le français moderne_, dans la _Revue de -philologie française_, 1907. - -[20] Voir ROUDET, article cité. Toutefois l’auteur me semble réduire à -l’excès le nombre des syllabes accentuées en fait. Il y a en moyenne -un accent, plus ou moins fort, par groupe de trois syllabes, et c’est -pourquoi il y a en moyenne quatre accents dans un alexandrin, l’accent -étant sur la dernière syllabe non muette de chaque groupe. Ainsi dans -ce vers: - - Laissez-moi _là_, vous _dis_-je, et cou_rez_ vous ca_cher_, - -il n’y a que _quatre_ accents, mais il y en a quatre: sur _là_, _dis_, -_rez_ et _cher_. - -[21] Acte de volonté qui devient d’ailleurs facile et même inconscient, -grâce à l’habitude, mais qui n’en subsiste pas moins, comme ceux qui -dirigent les doigts du pianiste, même dans les «traits» les plus -faciles, où le jeu semble le plus machinal. - -[22] On voit que l’accent dit _aigu_, quand il n’est pas final, -surmonte presque toujours un _e_ à demi ouvert; pourtant l’_é_ initial -est souvent moins ouvert que l’_é_ intérieur. - -[23] Je ne parle pas, bien entendu, des noms étrangers, comme _Brahms_, -où l’_=h=_ allonge =l’_a_=, à côté de _rams_, qui a l’=_a_= bref. - -[24] Exactement et en fait, les groupes sont: =_bl_=, =_cl_=, =_fl_=, -=_gl_=, =_pl_=, et =_br_=, =_cr_=, =_dr_=, =_fr_=, =_gr_=, =_pr_=, -=_tr_=, =_vr_=. C’est ce que les grammairiens appellent _muta cum -liquida_. Mais nous savons que les _muettes_ sont =_b_= et =_p_=, -=_c_= et =_g_=, =_d_= et =_t_=; =_f_= et =_v_= sont des _spirantes_ -(_labiales_ ou _fricatives_). On voit qu’en principe, parmi les -muettes, =_d_=, =_t_=, =_v_=, ne se groupent qu’avec l’=_r_=, en -français; quant aux autres spirantes, =_s_= et =_z_=, =_ch_= et =_j_=, -elles ne se groupent même pas avec l’=_r_=: quand par hasard elles -en rencontrent un, comme dans _I_s-_raël_, ce qui est rare, elles -n’appartiennent pas à la même syllabe. - -[25] Les plus nombreuses sont précisément celles dont la _première_ -consonne est =_l_= ou =_r_=, comme _-arbe_, _-arc_, _-arde_, etc. - -[26] On sait que cet accent tient presque toujours la place d’une -lettre disparue, généralement un =_s_=, qui ne se prononçait plus, mais -dont la présence allongeait la voyelle. Seulement, quand la syllabe -qui a l’accent circonflexe est finale, l’allongement ne se fait plus -sentir: _aim_â_t_, _for_ê_t_ et _bient_ô_t_ (de même que _reç_û_t_ -ou _f_î_t_) ne se prononcent plus autrement qu’_aim_a, _for_e_t_ -et _palet_o_t_. Il en est de même, disons-nous, de _aim_â_mes_ et -_aim_â_tes_, comme de _f_î_mes_ ou _reç_û_mes_. Et ceci n’est pas -nouveau: Mᵐᵉ Dupuis l’avait déjà constaté. Nous signalerons, en temps -et lieu, les autres exceptions. D’ailleurs, comme les mots à accent -circonflexe sur la finale ne sont pas très nombreux, on les trouvera -tous dans les notes. - -[27] Sauf, très mal à propos, les trois noms de mois en _-ose_: -_niv_ô_se_, _vent_ô_se_ et _pluvi_ô_se_. - -[28] Le _Dictionnaire général_ donne _la_ fermé et _fa_ ouvert: c’est -certainement une erreur, si ce n’est pas une faute d’impression. On -notera en passant que les noms des voyelles intermédiaires, _é_, _eu_, -_o_, et ceux des consonnes qui s’énoncent avec un _e_ à la suite, _b_, -_c_, _d_, etc., sont également fermés, ainsi que les notes _do_ ou -_ré_, car tous appartiennent à des finales fermées. - -[29] La preuve, c’est que beaucoup d’_h_ sont tombés, notamment dans -_casba_, _véranda_, _smala_, _massora_, et même _poussa_, et les noms -de lieux arabes, comme _Blida_; mais ceux qui restent ne se sentent -guère plus, par exemple dans _sura_(h), ou même _sha_(h), surtout dans -_sha_(h) _de Perse_, ou _Jéhova_(h): je ne vois guère qu’_Allah_, où -l’on maintienne _parfois_, par un effort _volontaire_, l’=_a_= long et -fermé. - -[30] Cette identité de prononciation entre les singuliers et les -pluriels est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis; mais les voyelles sont -restées longues et fermées pendant longtemps au pluriel, en souvenir -du temps où l’_s_ se prononçait; elles ne le sont plus aujourd’hui que -dans certaines provinces. - -[31] Sauf bien entendu _b_â_t_, _dég_â_t_, _m_â_t_, _app_â_t_, où l’_a_ -est encore un peu fermé par l’accent circonflexe, qui a remplacé l’_s_ -antérieur; mais cette différence même est en voie de disparaître. -C’est déjà chose faite, nous l’avons dit, pour les subjonctifs: -_aim_â_t_ (pour _aim_a_st_) ou _aim_a ne diffèrent plus en rien, -et malheureusement la confusion des prononciation amène parfois la -confusion des formes elles-mêmes. - -[32] Sans aucun souci de l’étymologie, comme on peut voir. Ainsi l’_a_ -de _pén_a_tes_ ou _son_a_te_, qui était long en latin ou en italien, -est bref en français; de même pour _s’év_a_de_ ou _arc_a_ne_. - -[33] Je ne parle pas bien entendu des finales dont il est question page -38: _algue_, _calme_, _Alpes_, _salve_, _apte_, _rhubarbe_, _charge_, -_écharde_, _écharpe_, etc.: on sait que l’_a_ n’y est jamais long ni -fermé. - -[34] Il s’agit bien entendu du _c_ guttural et non du _c_ spirant ou -sifflant de _ce_ et _ci_. - -[35] De même _Balz_a_c_ ou _Aurill_a_c_, _Karn_a_k_, _B_a_ch_ ou -_Androm_a_que_. On excepte _Isa_a_c_ et _J_a_cques_, dont l’_a_ est -fermé, et naturellement _P_â_que_ et _P_â_ques_, pour _P_a_(s)que_. -D’ailleurs _Isaac_ s’est longtemps prononcé _isac_, où la contraction -naturellement allongeait la voyelle. La réaction orthographique a -fait rétablir le premier _a_, mais l’effort fait pour distinguer les -voyelles maintient l’allongement de la seconde. En revanche, on ouvre -ordinairement l’=_a_= dans les _J_a_cques_ (d’où _J_a_cquerie_, et -peut-être _j_a_quette_), et dans faire le _J_a_cques_. - -[36] De même _G_a_p_, _Pri_a_pe_, _Ch_a_ppe_, _Escul_a_pe_, -_Jemm_a_pes_, _la Tr_a_ppe_. - -[37] On exclut, bien entendu, _hâte_, _bâte_, _gâte_, _mâte_ et -_démâte_, _pâte_, _empâte_ et _appâte_, et _hâte_, qui tous ont perdu -un _s_. L’_a_ est douteux dans _Pil_a_te_, seul parmi les noms propres: -cf. _Josaph_a_t_, _Cro_a_tes_, _Héc_a_te_, _Ag_a_the_, _Dalm_a_tes_, -_Carp_a_thes_, _Socr_a_te_, etc. - -[38] De même _Malg_a_che_, _Gam_a_che_, _Carr_a_che_, _Eust_a_che_, -etc. On excepte naturellement _b_â_che_, _rab_â_che_, _f_â_che_, -_g_â_che_, _l_â_che_, _rel_â_che_, _m_â_che_ (substantif ou verbe) et -_t_â_che_ (ne pas confondre avec _t_a_che_): tous avaient un _s_, sauf -_b_â_che_ et _m_â_che_ (salade), qui ont pris l’accent circonflexe par -analogie. - -[39] Sauf pour rimer avec _ch_â_sse_ et _gr_â_ce_, dont l’accent -circonflexe est d’ailleurs assez mal justifié. Quant à _cr_a_sse_, il -est toujours ouvert, et a toujours été bref, et je ne sais pourquoi -Michaëlis et Passy distinguent ici l’adjectif du substantif: c’est -le même mot. _Savant_a_sse_ a eu l’_a_ fermé; il s’est ouvert, par -analogie avec tous les mots où le suffixe _asse_ prend un sens -péjoratif. _M_a_sse_, terme de jeu, a aussi été long. D’autres -encore ont été longtemps discutés. Ajoutons que l’=a= est long dans -_Annem_a_sse_ et _Gr_a_sse_, et bref dans _le T_a_sse_, comme dans tous -les autres noms propres: _Paill_a_sse_, _Madéc_a_sses_, _Sarg_a_sses_, -aussi bien que _Curi_a_ce_, _Ign_a_ce_, _Bocc_a_ce_, _D_a_ces_, -_Lapl_a_ce_, _Hor_a_ce_, _Thr_a_ce_, _Als_a_ce_, etc. - -[40] Le _Dictionnaire général_, qui s’en rapporte trop facilement à -l’étymologie, conserve l’_a_ ouvert et bref dans _str_a_s_ (du nom -propre _Strass_) et _vasist_a_s_ (de l’allemand _was ist das_), et même -dans _hypocr_a_s_; il ne distingue pas entre ce qui devrait être et ce -qui est. - -[41] Entendez le _g_ guttural, et non le _g_ chuintant qu’on entend -dans _ge_ et _gi_. - -[42] Le _Dictionnaire général_ le fait ouvert, et il a certainement -raison en principe, sinon en fait. On se demande ce qui a pu amener -cette prononciation singulière, qui remonte fort loin. Cet _a_ finira -probablement par s’ouvrir là comme ailleurs, un jour où l’autre, à -cause du _b_, comme a fait l’_o_ de _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui jadis -était fermé aussi. L’_a_ de _Sou_a_be_ est aussi bref que celui de -_M_a_b_ ou _Ach_a_b_. - -[43] De même _Jo_a_d_, _Tch_a_d_, _Timg_a_d_, _Alcibi_a_de_, -_Henri_a_de_, _Pléi_a_des_, etc. - -[44] L’=a= est moins ouvert dans _Reichst_a_g_ et _Landt_a_g_, -mots étrangers, que dans _zigz_a_g_. Il est ouvert dans _Ag_a_g_, -_Copenh_a_gue_, _Bir_a_gue_, _Pr_a_gue_, etc. - -[45] Ce sont _h_â_le_, _m_â_le_ et _r_â_le_ (verbe), qui ont perdu un -_s_, avec _râle_, oiseau (pour _r_aa_lle_), _châle_ et _pâle_, dont -l’accent est peu justifié. On y joindra _Bâle_, qui a aussi perdu -un _s_, et _Domb_a(_s_)_le_, qui a gardé le sien: cf. _Duche(s)ne_, -_Ne(s)le_, etc. _Saint-Gr_a_al_ et _Ruisd_a_ël_, où on ne prononce -qu’un _a_, ont aussi la finale longue et fermée, et l’obligation de -distinguer deux _a_ paraît fermer à demi l’_a_ final de _Ba_a_l_ -ou _Transva_al. L’_a_ est ouvert dans les autres noms propres, -_Montré_a_l_, _Marti_a_l_, _Annib_a_l_, _Portug_a_l_, _Cant_a_l_, -_Lamb_a_lle_, _Canc_a_le_, _Beng_a_le_, _saint François de S_a_les_, -_Ambarv_a_les_, etc. - -[46] A ces mots il faut ajouter _br_a_hme_, à cause de l’_h_, sans -compter _âme_ (pour _an-me_ nasal), _blâme_ et _pâme_, qui ont perdu -leur _s_, et _infâme_ (par réaction étymologique, et aussi par emphase, -car il avait autrefois l’_a_ bref, comme _diff_a_me_). Pour ne pas -trahir le poète, mais pour ce motif seulement, il faudra prononcer -_brame_ avec _a_ fermé dans ces vers: - - Elle brame - Comme une âme - Qu’une flamme - Toujours suit. - V. HUGO, _les Djinns_. - -La double voyelle paraît fermer à demi l’_a_ final dans _Bala_a_m_ -et _Abrah_a_m_, comme ci-dessus dans _Isa_a_c_ ou _Ba_a_l_; il est -ouvert dans les autres noms propres, _Robo_a_m_, _Pri_a_m_, _Ann_a_m_, -_Berg_a_me_, _Pyr_a_me_, etc. - -[47] Le _Dictionnaire général_ donne à ce mot l’_a_ ouvert et moyen. -L’accent circonflexe est seulement dans _âne_, pour _a_(s)_ne_, dans -_flâne_ (étym. inconnue), _mânes_, qui garde l’_a_ long du latin, et -_crâne_ (dont l’allongement ne s’explique pas). On ferme aussi assez -généralement l’_a_ de _Je_a_nne_, quand il n’y a pas de nom à la suite -(moins, par exemple, dans _Je_a_nne d’Albret_). Beaucoup de gens disent -encore A_nn_e avec =_a_= fermé et long, et surtout _Marie-_A_nne_, -sans doute afin de distinguer ce prénom de _Mari_a_nne_. D’ailleurs -_Mari_a_nne_ aussi eut autrefois l’_a_ long, puisqu’on l’écrivait -_Mariamne_, comme _condamne_, et _Di_a_ne_ également, à cause de -l’étymologie. Cet _a_ est bref et ouvert aujourd’hui, comme dans les -autres noms propres, _Ari_a_ne_, _Guy_a_ne_, _Tosc_a_ne_, _Mod_a_ne_, -_Aristoph_a_ne_, _Tuscul_a_nes_, _Tigr_a_ne_, _Font_a_nes_, etc., -aussi bien que _C_a_nnes_, _L_a_nnes_, _Suz_a_nne_, _Laus_a_nne_, ou -_Ahrim_a_n_ et les noms étrangers en _-mann_; on doit le fermer dans -_H_a_hn_, à cause de l’_h_ qui le suit. - -[48] Le _Dictionnaire général_ les fait longues par principe. - -[49] Ceci reste du temps où ce mot se prononçait _g_an-_gne_. L’_=a=_ -est ouvert également dans _Asc_a_gne_, _Cerd_a_gne_, _Allem_a_gne_, -_Esp_a_gne_, etc. - -[50] C’est-à-dire =_a_=, suivi d’un _l_ mouillé, mais qui se prononce -en réalité comme _a-ye_, l’ancien son mouillé étant complètement perdu. - -[51] Prononcé à l’anglaise, nous le retrouverons à =_ai_=, avec -_m_ai_l-coach_. - -[52] Il est remarquable qu’au contraire la même intention péjorative -tend plutôt à ouvrir et abréger l’=_a_= de la finale =_-asse_=. - -[53] Je sais bien que d’aucuns ferment et allongent autant qu’ils -peuvent _où voulez-vous que j’_ai_lle_; mais cela ne sent-il pas un peu -le faubourg extérieur? - -[54] Ce mot est le seul pour lequel le _Dictionnaire général_ hésite. -Mais d’ailleurs sa doctrine a singulièrement changé au cours de -l’impression: jusqu’à la lettre O, tous les _a_ sont ouverts, sauf -dans _god_a_ille_ et quelques verbes en _-ailler_; à partir d’_O_, -l’_a_ fermé l’emporte de beaucoup; mais pourquoi _relev_a_illes_ -et _trouv_a_ille_ ont-ils l’_a_ ouvert, à côté de _sem_a_illes_ et -_vol_a_ille_, qui l’ont fermé?--Il va sans dire qu’à Paris on fait -l’_a_ long et fermé dans _Vers_a_illes_, et aussi dans _Cornou_a_illes_ -ou _Xaintr_a_illes_, et même dans _No_a_illes_. - -[55] De même _Bisc_a_ye_, _Luc_a_yes_, _Hend_a_ye_, _Bl_a_ye_. On -prononce _B_a_ïes_ de la même façon, et aussi quelques mots étrangers -en _-aï_, comme _Shangh_aï: voir page 119, note 2. - -[56] Il me semble qu’il ne l’est plus dans les noms propres, -_Balé_a_res_, _Ic_a_re_, _Pind_a_re_, _Bulg_a_re_, _Tén_a_re_, -_Saint-Laz_a_re_, etc. Faute d’avoir distingué entre _bref_ et _ouvert_ -(qu’il appelle _aigu_), comme entre _long_ et _fermé_ (qu’il appelle -_grave_), Thurot a manqué de précision et d’exactitude, autant que les -grammairiens qu’il cite, en ce qui concerne les finales en _=-re=_. -J’ajoute, en passant, que, dans le même chapitre de la quantité, il a -oublié les finales en _=-se=_ doux (_-ase_, _-èse_, etc.). - -[57] De même _Asty_a_ge_, _Pél_a_ge_ et même _Pél_a(_s_)_ges_, -_Mén_a_ge_, _Abencér_a_ges_, _Carth_a_ge_, _Carav_a_ge_, etc. - -[58] Peut-être l’_=a=_ est-il un peu plus bref dans les formes -verbales: _il b_a_ve_, _p_a_ve_ ou _gr_a_ve_, par analogie avec -_b_a_ver_, _p_a_ver_, _gr_a_ver_; cette distinction a déjà été faite -par un grammairien du XVIIᵉ siècle, Chifflet, qui cependant exceptait -_enc_a_ve_, évidemment à cause de _c_a_ve_. Tous ces mots ont été -autrefois très discutés. L’_a_ a également une tendance à se fermer -dans les noms propres, _Mold_a_ves_, _Barn_a_ve_, _Mor_a_ves_, -_Tamat_a_ve_, _Oct_a_ve_, _Gust_a_ve_, etc. - -[59] De même _Anab_a_se_, _Cauc_a_se_, _Las C_a_ses_, _Métast_a_se_, -_Di_a_z_, _Hedj_a_z_, _Dec_a_zes_, etc. - -[60] Le _Dictionnaire général_ fait l’_=a=_ long partout, mais l’ouvre -aussi partout, sauf dans _f_a_ble_: pourquoi celui-là seul? Quant à -l’accent circonflexe, il n’y avait guère de raison pour que ceux qui -l’ont le prissent plutôt que d’autres; pourquoi pas _fâble_ comme -_hâble_? - -[61] Sans parler de _bâcle_, _débâcle_ et _renâcle_, dont l’accent -circonflexe est peu justifié. - -[62] Il n’y a pas de mots en _-agle_. L’_a_ est ouvert dans _N_a_ples_ -ou _Ét_a_ples_. - -[63] L’_=a=_ est naturellement long et fermé dans â_pre_ et _c_â_pre_, -qui avaient un _s_, dans â_cre_ (mot savant qui a conservé la -quantité latine, qu’il aurait perdue sans l’accent), dans _b_â_fre_ -(onomatopée probable), et dans une trentaine de mots en _-âtre_, -pour _a_(s)_tre_, y compris ceux qui désignent des couleurs -approchantes, _blanch_â_tre_, _bleu_â_tre_, etc. Il est ouvert dans -_Odo_a_cre_ ou _Saint-Jean-d’_A_cre_, A_ffre_ et _C_a_fre_ et aussi -dans _La Ch_â_tre_, malgré l’accent circonflexe; il est fermé dans -_Malfil_â_tre_ et _Cléop_â_tre_. - -[64] De même _Œ_a_gre_, _Mélé_a_gre_, _Tan_a_gre_. - -[65] Le _Dictionnaire général_ l’ouvre dans _escadre_; mais c’est -évidemment l’étymologie qui le détermine et non l’usage, car, dans la -marine, on ferme l’_=a=_, et je pense que l’usage des marins doit être -considéré ici comme le bon. - -[66] Michaëlis et Passy, qui ferment beaucoup d’_=a=_, ferment encore -celui de _l_a_dre_ et aussi celui de _m_a_cle_, et celui d’a_ffres_, et -acceptent même qu’on ferme celui de _n_a_cre_! - -[67] Le _Dictionnaire général_ ouvre l’_=a=_ dans _cin_a_bre_ et -_gl_a_bre_: il ignore _pal_a_bre_. L’_=a=_ est aussi fermé le -plus souvent dans _F_a_bre_, _L_a_bre_, _Cal_a_bre_, _Vél_a_bre_, -_Cant_a_bre_, comme dans _Le H_a_vre_ ou _Jules F_a_vre_. - -[68] C’est là encore un phénomène général qui se retrouve -dans toutes les voyelles, car toutes sont longues devant -la finale _-re_ et s’abrègent en devenant atones sans être -initiales: _vén_è_re_-_vén_é_rer_, _hon_o_re_-_hon_o_rer_, -_dem_eu_re_-_dem_eu_rer_, _adm_i_re_-_adm_i_rer_, -_murm_u_re_-_murm_u_rer_. - -[69] Il faut excepter _bâbord_, qui doit son accent à des grammairiens -trompés par une fausse étymologie: _bas_ n’y est pour rien, et l’_a_ de -_bâbord_ a toujours été aussi ouvert et bref que celui de _d’abord_. - -[70] On peut même en voir un quatrième dans _p_â_tisserie parisienne_. - -[71] L’_a_ de _Le Câtelet_ s’est également ouvert malgré l’accent -circonflexe, ainsi que celui d’_Asnières_ malgré l’_s_. - -[72] L’_=a=_ reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique, -dans _c_a_sser_, _l_a_sser_ et _prél_a_sser_, _cl_a_sser_ (mais -non _cl_a_ssique_, où l’on entend les deux _s_), _am_a_sser_ et -_ram_a_sser_ (moins dans _ram_a_ssis_), _p_a_sser_ et _trép_a_sser_, -_t_a_sser_ et _ent_a_sser_; de même dans _cl_a_mer_ et ses composés, -avec _cl_a_meur_; dans _d_a_mner_; dans _b_a_rrer_, _b_a_rreau_ -et _b_a_rrière_, _c_a_rrer_ et _contrec_a_rrer_, _c_a_rreau_ et -_c_a_rrière_ (mais non _c_a_rrefour_ et _c_a_rrelage_, sans doute -à cause des consonnes consécutives pour l’oreille _rf_ ou _rl_); -dans _v_a_seux_, _g_a_zeux_ et tous les verbes en _-aser_, avec -leurs dérivés, y compris _br_a_sier_ et _br_a_sero_, _embr_a_sure_, -_c_a_suel_ et _c_a_suiste_; de même encore dans _s_a_bler_, _r_a_cler_, -_r_a_fler_ ou _ér_a_fler_, dans _c_a_drer_ ou _enc_a_drer_, -_c_a_brer_, _dél_a_bré_, _s_a_brer_, _n_a_vrer_ (mais non _c_a_dran_ -ni _f_a_brique_). L’_=a=_ s’est ouvert dans _big_a_rré_, _am_a_rrer_, -_cham_a_rré_, _n_a_rrer_. - -[73] Si l’on peut fermer celui de _l_a_ssitude_, c’est uniquement à -cause du sens, et parce qu’on appuie volontairement. - -[74] Pourtant ces mots n’ont aussi que deux syllabes pour l’oreille, -comme _p_a_ssant_; mais le sens des composants est entièrement perdu de -vue; dès lors, dans _p_a_spor_ ou _p_a_spoil_, l’_a_ est naturellement -porté à s’ouvrir, à cause des deux consonnes, à moins d’une volonté -expresse. - -[75] L’_=a=_ est ouvert aussi dans _Je_a_nnot_, _Je_a_nnette_, et -_Je_a_nneton_. Il est fermé dans _J_a_cob_ (mais non dans _J_a_cobins_ -ou _J_a_cobites_); dans _J_a_cqu_(e)_line_, qui n’a que deux syllabes -pour l’oreille, il est douteux, la seconde des consonnes qui -suivent l’_=a=_ (_cl_) étant une liquide; mais il est ouvert dans -_J_a_c(que)mont_ ou _J_a_c(que)mart_, et même dans _J_a_cquart_, comme -dans _J_a_cquerie_. - -[76] Voir plus haut, pp. 27-28. Tous ces _a_ sont naturellement fermés -dans Rousselot, ainsi que dans Michaëlis et Passy, mais non dans le -_Dictionnaire général_. - -[77] Dont l’_=a=_ est fermé dans Michaëlis et Passy. - -[78] Malgré Michaëlis et Passy. L’_=a=_ prétonique est aussi fermé -généralement dans _B_a_sile_, _B_a_zeilles_ et _J_a_son_, moins -régulièrement dans _B_a_zaine_, _Dug_a_zon_ et _L_a_zare_, et plutôt -ouvert dans _Saint-L_a_zare_, où il n’est plus initial. - -[79] De même _B_a_ron_, _C_a_ron_, _Ch_a_ron_, _Ch_a_rron_, -_Sc_a_rron_, _V_a_rron_ (si on ne prononce qu’un _r_), en opposition -avec _Masc_a_ron_. - -Toutefois, sur _ch_a_rron_, l’accord n’est pas parfait, à cause des -autres dérivés de même racine. Quant à _m_a_rron_, le _Dictionnaire -général_ fait l’_=a=_ long dans le substantif et bref dans l’adjectif -(_esclave m_a_rron_): c’est encore uniquement l’étymologie qui le guide -sur ce point. - -[80] Mais non dans _M_a_rennes_, malgré Michaëlis et Passy. - -[81] Tous ces _=a=_ sont fermés dans Mᵐᵉ Dupuis, et même celui de -_décl_a_rer_! Michaëlis et Passy ferment aussi celui de _l_a_trines_! - -[82] Ceux qui ne prononcent pas l’_=s=_ final de ce mot ferment l’_=a=_ -le plus souvent; mais il faut prononcer l’_=s=_. - -[83] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’_=a=_ dans ces mots et même dans a_veline_, -_h_a_meau_ et _rog_a_ton_. L’_=a=_ est encore fermé assez généralement -dans A_dam_, _B_a_taves_, _C_a_lais_, _Ch_a_blis_; il est flottant dans -_S_a_tan_ et _M_a_deleine_, mais ouvert dans _B_a_cchus_ et _C_a_dix_. - -[84] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’_=a=_ même dans _b_a_scule_, _b_a_stonnade_ -et _m_a_rtyr_, malgré les deux consonnes qui le suivent. - -[85] Ou _M_a_jorque_. Pour _m_a_jorité_, _m_a_jorat_ ou _m_a_juscule_, -la question ne se pose même pas. - -[86] L’_=a=_ est fermé dans _J_a_nus_, mais non dans a_nus_, ni dans -_l_a_pis_ (lazuli), et c’est très incorrectement qu’on le ferme -dans _p_a_ter_ ou même _ad p_a_tres_. Il serait aussi correct de -faire certains _=a=_ longs et fermés, comme en latin, dans quelques -expressions latines souvent citées: _aud_a_ces fortuna juvat_, _auri -s_a_cra fames_, _bella m_a_tribus detest_a_ta_, _delenda Carth_a_go_, -_dignus intr_a_re_, _ense et ar_a_tro_, _err_a_re humanum est_, -_facit indign_a_tio versum_, _genus irrit_a_bile v_a_tum_, _in caud_a -_venenum_, _irrepar_a_bile tempus_, _manu milit_a_ri_, _mens s_a_na -in corpore s_a_no_, _mir_a_bile visu_, _nil admir_a_ri_, _prof_a_num -vulgus_, _o fortun_a_tos_, _pecc_a_vi_, _persona gr_a_ta_, _pro_ -a_ris et focis_, _qu_a_lis pater_, _quantum mut_a_tus_, _r_a_ra -avis_, _si vis p_a_cem_, _ultima r_a_tio_, _v_a_de retro_, _v_a_nitas -vanit_a_tum_; mais non dans _p_a_nem et circenses_, dont on allonge -souvent l’_a_ mal à propos. - -[87] Et aussi dans _M_a_hdi_, _F_a_hrenheit_ ou _H_a_hnemann_, comme -dans _H_a_hn_, à cause de l’_h_. Il l’est aussi dans les noms propres -étrangers où les deux _a_ n’en font qu’un: Aa_rhus_, Aa_lborg_, -_Boerh_aa_ve_, _S_aa_di_, _S_aa_le_, _S_aa_lfed_, _S_aa_rdam_, -_S_aa_vedra_, etc.; mais _S_aa_di_ est devenu chez nous le prénom -_S_a_di_, avec _a_ bref. On sépare les _a_ dans _A_-a_r_, _R_a-a_b_ ou -_Nausic_a-a. Dans les noms hébreux, _B_a-a_l_, _Is_a-a_c_, _Bal_a-a_m_, -_Abr_a-ha_m_, on sépare aussi aujourd’hui les _=a=_, mais au XVIᵉ -siècle on les contractait volontiers, et on a continué à le faire -pour Aa_ron_, surtout les poètes, notamment Racine, quoiqu’il scande -_B_a-a_l_, et aussi V. Hugo, qui écrit de préférence _Aron_. Pour _a_ -suivi de _en_, voir aux nasales. - -[88] Je ne crois pas que la nasalisation du premier _=a=_ soit due, -comme le veut l’abbé Rousselot, à l’influence des deux _=m=_ qui -enferment l’_=a=_, sans quoi on devrait dire aussi _man-mour_ ou -_man-melle_. C’est plutôt ce phénomène de répétition de syllabes -identiques qui a produit tant de mots enfantins, comme _bobo_, _lolo_, -etc., et même _pépée_ pour _poupée_. - -[89] Nous retrouverons ces mots au chapitre des nasales, avec quelques -autres où figure l’_=a=_. - -[90] Livre Iᵉʳ, fable 1. Voir aussi fable 13 du livre Iᵉʳ, fables 9 et -10 du livre V, et ailleurs. - -[91] L’Académie ne voit d’ailleurs rien de choquant à prononcer d’une -part _outeron_, et d’autre part _a-outer_. L’abbé Rousselot et le -_Dictionnaire général_ sont d’accord pour _ou_, et il n’y a pas lieu de -distinguer entre (a)_oût_, (a)_oûter_ et (a)_oûteron_. _A-ou_ ne paraît -s’être maintenu constamment que dans le prénom _Ra-oul_, d’allure -aristocratique et peu populaire, et dans un mot relativement récent, -_ca-outchouc_; mais cette association est si peu naturelle en français -qu’on entend parfois _a-ou_ se réduire à _ou_ même dans ce mot, ou bien -au contraire se séparer par un _yod_: _cayoutchouc_. - -[92] Le _Dictionnaire général_ donne _a-oriste_. - -[93] _=A-o=_ n’a pu se maintenir ailleurs dans le français pur qu’au -moyen d’un _=h=_: _ca_h_ot_, _Ca_h_ors_; mais l’_=a=_ est tombé dans -_S_(a)_ône_ et _Curaç_(a)_o_: il serait si simple de ne pas l’y écrire. -Les autres mots qui conservent _a-o_ sont savants ou étrangers; -_a-orte_, _caca-o_, _cha-os_, _ka-olin_, _Bilba-o_, _La-os_, etc. -L’_=a=_ était tombé et a revécu dans _A-oste_, comme dans _a-oriste_. - -[94] On sait que l’orthographe anglaise est encore bien plus -extravagante que la française, ce qui n’est pas peu dire. - -[95] Rémy de Gourmont voudrait même qu’on écrivît _boucmacaire_, -mais cela encore est un compromis: pour que le mot eût une forme -véritablement française, il faudrait aller jusqu’à _bouquemacaire_: on -avouera que cela ne s’impose pas. - -[96] Mais c’est un _=a=_ nettement ouvert qu’on prononce, à tort ou à -raison, dans _b_a_r_, _bl_a_ck rot_, _c_a_b_, _cr_a_ck_, _dog c_a_rt_, -_dr_a_g_, _fashion_a_ble_, _flint gl_a_ss_, _godd_a_m_, _kr_a_ch_, -_l_a_d_, _l_a_sting_, _m_a_lt_, _m_a_tch_, _p_a_ddock_, _scr_a_tch_, -_t_a_tter-s_a_ll_, _tr_a_mway_, _w_a_terproof_, et dans _th_a_t is the -question_ (approximativement _zatis-zecouèchtieune_). De même dans -_M_a_cbeth_, _Sydenh_a_m_ et les noms en _-gh_a_m_, sans parler de -_B_a_con_, qui est francisé depuis des siècles. - -[97] Ainsi dans _steeple-ch_a_se_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_, -_p_a_le_-a_le_, _p_a_ll-m_a_ll-gazette_, _r_a_cing-club_, -_sh_a_kehand_, _tr_a_des-unions_ (trèdiounieune), _r_a_llye-p_a_per_, -_God s_a_ve_, _qu_a_ker_, et aussi _J_a_mes_ (djèms), _Bedl_a_m_ ou -_Sh_a_kespeare_. - -[98] On en vient même à prononcer à la fois _r_a_llye_ à la française -et _p_a_per_ à l’anglaise (rali-pepeur): il faudrait choisir pourtant! -Je ne parle pas de _baby_, qui n’est plus guère qu’une orthographe -prétentieuse, puisque nous avons _bébé_, qui est probablement le -même mot, avec la même prononciation, approximativement. Sans doute -il est trop français au goût de quelques-uns, qui trouvent _baby_ -beaucoup plus distingué. Pur snobisme, pour la plupart, comme d’écrire -_beefsteak_. Mais au moins prononce-t-on _bifteck_, même quand on écrit -_beefsteack_; le comble, c’est de prononcer _babi_, en s’imaginant -que c’est de l’anglais! Il n’y a rien de plus ridicule que cette -affectation dans l’ignorance. Je sais bien qu’on peut dire que _baby_ a -pris un sens différent de _bébé_, et désigne des bébés d’allure et de -costume particuliers; c’est possible, mais mon observation demeure. - -[99] En fait, cet _=a=_ anglais est plutôt intermédiaire entre l’_a_ et -l’_o_, à peu près comme nous prononçons parfois un _ah_ prolongé pour -marquer de l’étonnement ou du mécontentement. - -[100] Le _Dictionnaire général_ les accueille toutes les trois. - -[101] On ne voit pas très bien à quoi sert l’orthographe _beefst_ea_k_ -et _rumpst_ea_k_, puisque nous en avons fait _bifteck_ et _romsteck_ -(avec un _c_ complémentaire à l’allemande): qui donc prononce -_reumpstec_? - -[102] Ajouter: _B_ea_consfield_, _Castler_ea(gh), _Chels_ea, -_Chesap_ea_ke_, _K_ea_n_, _K_ea_ts_, _le roi L_ea_r_, _Shakesp_ea_re_, -etc. - -[103] Et aussi dans le basque _C_oa_rraze_. - -[104] _Law_ aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer _lo_; -mais ce mot ayant été à l’origine employé surtout au génitif (_Law’s -bank_), le génitif fut pris pour le nom et la prononciation _lasse_ -prévalut, acceptée pas _Law_ lui-même; elle prévaut encore. Nous avons -un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez -absurdes, comme _chez Maxim’s_. - -[105] Le groupe _=oi=_ est dérivé d’un _e_ latin qui s’est d’abord -renforcé, ou simplement mouillé, en _éï_, puis ouvert en _èï_, et -ensuite _oï_, la voyelle initiale étant toujours le son principal. -Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A partir de -cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à -évoluer. D’abord _i_ est devenu le son principal du groupe; puis _oï_ -s’est ouvert à son tour en _oé_, _oè_, _oa_, et, par l’assourdissement -de l’_o_, _ouè_ et _oua_. C’est là que nous en sommes, si bien qu’il -n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui -est exactement _wa_, avec _w_ consonne, sans _i_ ni _o_. La lutte fut -d’ailleurs très longue entre _ouè_ et _oua_, sans compter _è_ tout -court, qu’on entendait notamment dans _adroit_, _froid_, _trois_ et -_croire_. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il -fallait prononcer _je crois_: _Je crès_, dit-il, _qu’il faut prononcer -je croa_. Finalement on a adopté, pour le son _è_, l’orthographe _ai_, -et _oi_ a fini par passer à _wa_. Il n’y pas fort longtemps que le -fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement en -1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui -continuaient à enseigner le son _ouè_. Aujourd’hui cette prononciation -est tout à fait surannée et dialectale, et je ne sais où Michaëlis et -Passy ont pu entendre indifféremment _jw_a_gne_ et _jw_è_gne_. - -[106] La finale _=oy=_ a disparu de l’orthographe, mais se retrouve -dans les noms propres français, où sa prononciation est la même: -_Darb_oy, _Fonten_oy, _Jouffr_oy, _de Tr_oy, et même au besoin -_Rob-R_oy, se prononcent comme s’ils avaient un _i_. - -[107] Et aussi dans _Tr_oi_e_, _Tr_oy_es_ ou _Millev_oy_e_, qui se -prononcent exactement comme _tr_oi_s_ ou _v_oi_s_. - -[108] CORNEILLE, _le Cid_, acte II, scène 8. - -[109] Il n’est guère possible de justifier _roide_, en dehors de la -rime: la langue _françoise_ ne s’en accommode plus. Domergue lui-même -conseillait déjà _rède_, à côté de _r_oi_dir_ et _r_oi_deur_. _Faible_ -aussi s’est longtemps écrit _foible_, même au XIXᵉ siècle; mais il -se prononçait tout de même _fèble_, et je ne sais pourquoi il avait -conservé son ancienne orthographe. - -C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire _ai_ le -groupe _oi_, quand il se prononçait _è_: encore fit-elle exception pour -_r_oi_de_ et _harn_oi_s_. - -[110] _=Oi=_ est aussi assez long dans les mots en _-oirie_: -_arm_oi_rie_, _plaid_oi_erie_, etc., mais moins que dans _-oir_. -Autrefois il se fermait dans _-oire_, et y semblait plus long que dans -_-oir_. - -[111] Il représente aussi un _s_ tombé (sauf dans _benoît_, _benoîte_, -où il est peu justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois, -et l’on trouve encore des exemples de la prononciation ancienne, mais -elle est tout à fait surannée. - -[112] Quand ce n’était pas _ngn_ ou _ingn_: ainsi _gagner_ s’écrivait -aussi bien _ga-igner_, _ga-ngner_, _ga-ingner_, d’autant plus que le -son de l’_a_ a longtemps été nasal dans ce mot, comme l’_o_ l’est resté -ou plutôt redevenu dans _Brongniart_, qui, régulièrement, devrait se -prononcer _bro-gnar_. - -[113] Ces mots étaient pourtant à _joindre_, _soin_, _loin_, _témoin_, -comme _besogner_, _cogner_ et _grogner_ sont à _besoin_, _coin_ et -_groin_. - -[114] Mais pourquoi ne pas écrire _ognon_ comme _rognon_? Le cas est -exactement le même. - -[115] Pourtant le _Dictionnaire général_ les prononce par _o_ et non -par _oi_. Il retarde. Pourquoi pas _élo_(i)_gner_ et _so_(i)_gner_? -_Lam_oi_gnon_ aussi, et _C_oi_gny_, sont altérés désormais dans l’usage -le plus ordinaire. - -[116] Quoique ce soit admis par Michaëlis et Passy. Ajoutons que, très -familièrement, _voilà_ devient _vla_, sans doute par l’intermédiaire -ancien de _véla_: cela est un peu trop négligé. - -[117] On prononce _oï_ dans _Dr_oy_sen_, et, si l’on veut, _Rob-R_oy, -par opposition aux noms français, _C_oy_pel_, _C_oy_sevox_, _L_oy_son_, -_R_oy_bet_, etc., où _oy_ se prononce comme _oi_. - -[118] Sauf un cas, qui sera examiné. - -[119] On sait que l’_=e=_ non muet se prononce _é_ ou _è_, sans avoir -d’accent, devant deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit _muta -cum liquida_), et aussi devant une consonne finale, sauf l’_s_, parce -que, devant un _s_, sans accent, il serait muet. Autrefois il n’avait -pas d’accent dans ce cas, mais il y avait un _z_ à la place de l’_s_. - -[120] Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en _=-ète=_, -_=-ède=_, _=-ège=_, etc., et la plupart des finales à consonne unique -ont été longtemps fermées: _=-éte=_, _=-éde=_, _=-ége=_, etc.; elles -se distinguaient ainsi des finales à consonne double, _=-elle=_, -_=-emme=_, _=-ette=_, etc. Ce n’est même qu’en 1878 que l’Académie a -consenti l’accent grave aux finales en _=-ège=_. - -[121] _A later_e, _d_e _profundis_, _ecc_e _homo_, _epitom_e, _in -pac_e, _miserer_e, _noli m_e _tanger_e, _nota ben_e, _pang_e _lingua_, -_salv_e, _sin_e _qua non_, _t_e _deum_, _toll_e, _vad_e _mecum_, -_vic_e _versa_, aussi bien que _av_é, _bénédicit_é ou _fac-simil_é. La -diphtongue latine _æ_ se prononce aussi comme un _e_ fermé: _Dies ir_æ, -_lapsus lingu_æ, _v_æ _victis_, _Phil_æ. - -[122] L’_=e=_ final se prononce également dans _Cort_e, mais non dans -_Casert_(e), _Bramant_(e) ou _Fiesol_(e). L’allemand est traité comme -l’italien: l’_e_ ne se prononce pas dans _Gœth_(e), ni dans _Moltk_(e), -_Hohenloh_(e), _Carlsruh_(e); mais il se prononce dans _Enck_e, -_Heyn_e, _Heys_e, _Ranck_e, _Nietzch_e, etc. L’_e_ final anglais se -prononce _i_ dans _to b_e _or not to b_e, où il est accentué; en -général il ne se prononce pas: _steepl_(e) _chas_(e); il est muet même -après une voyelle dans _blu_(e) _book_, _Edgar Po_(ë), _Lugné-Po_(ë), -_Monro_(ë), _de Fo_(ë), _Jellico_(ë), et même _Ivanho_(ë); pourtant -celui-ci, étant suffisamment populaire, se francise souvent en -_Ivanho_-é, et il est à peu près impossible de ne pas franciser -_Cruso_-é. - -[123] Voir plus loin, au chapitre de l’_R_. - -[124] _Plessis-l_e_z-Tours_; on l’écrit souvent _les_, et même _lès_, -très malencontreusement, car l’_e_ est toujours fermé, même en liaison: -_Caudebec-l_e_z-Elbeuf_. - -[125] Les noms propres _Dumouri_e_z_, _Dupr_e_z_, etc., suivent la -règle, sauf _For_e_z_, qui a l’_=e=_ ouvert, quoique le _z_ n’y sonne -pas non plus. - -[126] Au XVIIᵉ siècle, l’_e_ de ces mots était déjà généralement -fermé, au moins à Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que -les grammairiens finirent par le faire ouvrir, dans la prononciation -soutenue; mais la tendance était trop forte pour qu’on pût la détruire -dans la langue courante. - -[127] L’_e_ final s’est également fermé dans certains noms propres -grecs, _Arachn_é, _Phryn_é, malgré l’étymologie. Il est vrai que les -érudits se croient souvent obligés de prononcer _Ath_è_n_è, _Cor_è, -_Anank_è; mais ces formes sont grecques et non françaises. Et puis, -cette prononciation est-elle bien nécessaire? Si l’on ne veut pas dire -_Athéné_, on ferait peut-être mieux de dire _Athéna_. - -[128] _Ben_ê_t_ (pour _beneet_), et ceux qui ont perdu l’_s_, -_gen_ê_t_, _acqu_ê_t_, _arr_ê_t_, _intér_ê_t_, _for_ê_t_, _pr_ê_t_, -_appr_ê_t_, _prot_ê_t_, _rev_ê_t_. - -[129] On y peut joindre _legs_, dont il vaut mieux ne pas prononcer le -_g_. - -[130] Il n’y a véritablement d’_e_ final fermé un peu long que dans des -mots étrangers comme _heimw_e_h_, à cause de l’_h_, et parce que le mot -n’est pas français, sans quoi l’_h_ tomberait, comme il est tombé par -exemple dans _narguilé_. - -[131] L’identité de _=-é=_ et _=-ée=_ est déjà constatée par Mᵐᵉ -Dupuis. Aux finales en _-ées_ appartient _Séez_, qu’on écrit plutôt -_Sées_, ainsi qu’il convient, orthographe qui d’ailleurs n’est pas -nouvelle. On s’étonne de voir Mᵐᵉ Dupuis prononcer le mot en deux -syllabes. - -[132] Sauf toujours des mots étrangers, comme _Sainte-W_e_hme_, -_Auerst_æ_dt_ ou _K_e_hl_, qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne -peuvent le faire qu’en s’ouvrant. - -[133] Nous éliminons, comme pour l’_=a=_, les finales dont il est -question page 38: _dir_e_ct_, _in_e_pte_, _c_e_rcle_, _aub_e_rge_, -_épid_e_rme_, _al_e_rte_, _obs_e_rve_, _mod_e_ste_, _orch_e_stre_, -_ind_e_x_, etc., qui ont toujours l’_e_ ouvert, au plus moyen. - -[134] De même _Québ_e_c_, _Goss_e_c_, _Lam_e_ch_, _Utr_e_ch_(t), -_Lub_e_ck_, _Wald_e_ck_, _Sén_è_que_, _La M_e_cque_, etc. L’_=e=_ -est naturellement long et beaucoup plus ouvert dans _év_ê_que_ et -_archev_ê_que_, qui ont perdu leur _s_. Il redevient bref dans -_br_ea_k_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_, qui, pour la prononciation, -appartiennent à cette finale. - -[135] Voir notamment les finales en _-ome_ et _-omme_, en _-one_ et -_-onne_. L’_e_ est naturellement long dans _gu_ê_pe_ et _cr_ê_pe_, qui -ont perdu leur _s_. - -[136] On voit que le passage de _compl_e_t_ à _compl_è_te_, ou -_pauvr_e_t_ à _pauvr_e_tte_, est encore le même que de _délic_a_t_ à -_délic_a_te_: voir page 44. Autrefois _ète_ était fermé (_éte_) et ne -rimait correctement ni avec _ette_ ni avec _aite_ L’Académie n’a adopté -_ète_ qu’en 1740; encore a-t-elle excepté _athl_é_te_, jusqu’en 1835. -L’_e_ est également bref dans les noms propres: _Hu_e_t_, _Japh_e_t_, -_Élisab_e_th_, _Macb_e_th_, _G_è_tes_, _Spol_è_te_, _Polycl_è_te_, -_Épict_è_te_, _Henri_e_tte_, _La Fay_e_tte_, _Col_e_tte_, _Char_e_tte_, -etc. Cependant _Cr_è_te_ a l’_e_ plus long, probablement par confusion -avec _cr_ê_te_. - -[137] Au contraire l’_e_ est toujours long dans _b_ê_te_, _f_ê_te_, -_honn_ê_te_, _temp_ê_te_, _qu_ê_te_, _ar_ê_te_, _arr_ê_te_, _cr_ê_te_, -_pr_ê_te_ (adjectif et verbe), _t_ê_te_ et _v_ê_te_, qui, comme _êtes_, -ont perdu leur _s_. On notera aussi une sensible différence de quantité -entre _acqu_ê_t_ et _conqu_ê_te_, _arr_ê_t_ et _arr_ê_te_, etc. - -[138] - - Que ne suis-je, prince ou poète, - De ces mortels à haute tête, - D’un monde à la fois base et faîte, - Que leur temps ne peut contenir! - (V. Hugo, _Feuilles d’automne_, VIII). - - -[139] Nous verrons le même phénomène dans _douairière_ et _souhaiter_. -Il est probable que _couette_ suivra. Cf. plus loin _moelle_ et _poêle_. - -[140] De même _Skobel_e_f_, _Sen_e_f_, _Jos_e_ph_, _Tél_è_phe_. Où -l’abbé Rousselot a-t-il constaté un _e_ long dans _gr_e_ffe_? (Voir son -_Précis_, page 143.) - -[141] Comme _b_ê_che_, _p_ê_che_, _r_ê_che_ et _rev_ê_che_; dans -_dép_ê_che_, _emp_ê_che_ et _pr_ê_che_, il y a eu contraction de deux -_e_. - -[142] Le _Dictionnaire général_ maintient la voyelle brève. L’_e_ -est long aussi dans _Camp_ê_che_, mais non dans _La Fl_è_che_ ou -_Ard_è_che_, ni dans _F_e_sch_ ou _Marak_e_sch_. - -[143] Les termes qui désignent des personnes, _duch_e_sse_, -_comt_e_sse_, _princ_e_sse_, _dé_e_sse_, _alt_e_sse_, _hôt_e_sse_, -etc., ont eu longtemps aussi l’_e_ plus long que les mots abstraits, -mais c’était en province plutôt qu’à Paris. Aujourd’hui encore, les -noms propres en _-èce_, _Bo_è_ce_, _Vég_è_ce_, _Lucr_è_ce_, _Gr_è_ce_, -_Lut_è_ce_, allongent volontiers l’_e_ dans la prononciation oratoire; -mais _Br_e_sse_, _Perm_e_sse_, _Gon_e_sse_, avaient déjà l’_e_ bref -au temps de Ménage. Il y faut joindre _H_e_sse_, _Tcherk_e_sses_, -_Ed_e_sse_, etc., avec _M_e_tz_ _et_ _R_e_tz_, quoique quelques-uns -prononcent encore _ré_ (cf. _rez_, page 53). - -[144] La plupart sont des noms propres: _Péricl_è_s_, _Bénar_è_s_, -_Rams_è_s_, _Agn_è_s_, etc. Les mots latins non francisés ou -incomplètement francisés n’ont pas l’accent grave: _faci_e_s_, -_ad patr_e_s_, _do ut d_e_s_, etc., mais se prononcent de la même -manière. Il en est de même des noms espagnols ou portugais en _-es_: -_Rosal_e_s_, _Moral_e_s_, _Traz os Mont_e_s_, _Torr_e_s-Vedras_, -aussi bien que _Cervant_e_s_, à qui nous donnons ordinairement un -accent, faute de quoi beaucoup de personnes sont tentées de prononcer -_Cervante_. Toutefois nous faisons _es_ muet dans _Buenos-Ayr_es. - -[145] «Un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux -femmes, dont l’une était l’épouse d’un agioteur, ci-devant laquais; -l’autre d’un fournisseur, ci-devant savetier. Tout à coup le jeune -homme trouve sous sa main un éventail: «Madame, dit-il à la première, -cet éventail est-il à vous?--Il n’est poin-z-à moi.--Est-il à vous, -en le présentant à l’autre?--Il n’est pa-t-à moi.--Le beau diseur, -en riant: Il n’est poin-z-à vous, il n’est pa-t-à vous, je ne sais -pa-t-à-qu’est-ce. Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le -mot est resté.» - -[146] Il a l’_e_ bref dans le _Dictionnaire général_: toujours -l’étymologie! - -[147] On allonge plus régulièrement l’_e_ dans _Th_è_bes_, mais non -dans _Turn_è_be_, _Er_è_be_, _Eus_è_be_, etc., pas plus que dans -_Bab-el-Mand_e_b_, _Hor_e_b_ ou _Maghr_e_b_. - -[148] De même _Alfr_e_d_, _Manfr_e_d_ et parfois _Auerst_æ_d_(t), -_Su_è_de_, _Tol_è_de_, _Archim_è_de_, _Nicom_è_de_, _Tancr_è_de_, etc., -et aussi _M_è_des_, qu’on allonge parfois, sans qu’il y ait plus de -raisons que pour les autres. - -[149] De même _Touar_e_g_, _Gr_e_gh_, _don Di_è_gue_, _Nim_è_gue_. - -[150] De même _Samu_e_l_, _Rach_e_l_, _Deschan_e_l_, _Ad_è_le_, -_Philom_è_le_, _Praxit_è_le_, _Isab_e_lle_, _Dardan_e_lles_, -_Sganar_e_lle_, _Brux_e_lles_, etc. On peut franciser, avec le même -son ouvert et assez bref, les noms germaniques en _el_, _Heg_el, -_Schleg_el, _Hænd_el; dans ceux qui ne sont pas francisés, l’_e_ est -presque muet. A cette catégorie appartient aussi _p_a_le_ a_le_. - -[151] _Ressemèle_ ou _ressemelle_, _grommèle_ ou _grommelle_, _ficèle_ -ou _ficelle_, etc., qu’importe? - -[152] _B_ê_le_, _f_ê_le_ et _v_ê_le_ qui ont contracté deux _e_, -_m_ê_le_ qui a perdu son _s_, et les adjectifs _fr_ê_le_ et _gr_ê_le_, -qui en avaient pris un, mais qui étaient pour _fraile_ et _graile_. -Il faut y ajouter _N_e_sle_, nom propre qui a gardé le sien. -Naturellement, dans _p_ê_le-m_ê_le_, le premier _ê_ est plutôt moyen, -et quelquefois les deux. On allonge quelquefois l’_e_ d’_Aur_è_le_ ou -_Philom_è_le_, mais c’est un peu suranné. - -[153] Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de _boîte_ -(boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle, -époque où _oi_ se prononçait _oué_. La réforme n’ayant pas réussi, -malheureusement, mieux eût valu unifier l’orthographe et écrire _moile_ -et _poîle_, comme _boîte_. Cela eût épargné à V. Hugo et à d’autres des -rimes ridicules, comme celle-ci, où _moelle_ a de plus trois syllabes: - - Vous desséchez mes os jusque dans leur _mo-elle_. - Mais les saints prévaudront! Votre engeance cruelle... - _Cromwell_, acte I, scène 5. - -_Moelle_ rime correctement avec _étoile_ et même avec _squale_. La même -observation est à faire pour _couette_ et _couenne_. Tous ces mots sont -exposés à s’altérer dans la prononciation, comme _fouet_ l’a fait, et -ils s’altèrent journellement, grâce à l’écriture. Quant à _mouette_, il -est bien rare qu’on le prononce _moite_. - -[154] _Bl_ê_me_, _m_ê_me_, _car_ê_me_, _saint-chr_ê_me_, _bapt_ê_me_, -qui ont perdu leur _s_, _supr_ê_me_, _extr_ê_me_, qui ont gardé, ou -plutôt repris la quantité latine, et les noms propres _Boh_ê_me_, -_Angoul_ê_me_, _Car_ê_me_, _Br_ê_me_, avec _Sol_e(s)_mes_. - -[155] Cf. encore _d_è_me_, _enthym_è_me_, _épichér_è_me_, -_monotr_è_me_, _hélianth_è_me_, _abst_è_me_, etc. Il en est de même des -noms propres en _-ème_, _Nicod_è_me_, _Polyph_è_me_, _Triptol_è_me_, -_Bar_è_me_, etc., mais l’_e_ est toujours bref dans _Bethlé_e_m_, -_Jérusal_e_m_, _S_e_m_, etc. - -[156] Cf., page 59, ce que nous avons dit pour _poète_. Il est -surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre -_s_è_me_, _deuxi_è_me_ et _stratag_è_me_, qui sont précisément à trois -degrés différents. On a vu que _cold-cr_ea_m_ avait aussi la finale -brève. - -[157] Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des -nasales. - -[158] On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez -bref, les noms germaniques en _-en_ les plus connus: _Ibs_e_n_, -_Momms_e_n_, _Beethov_e_n_. Quand ces mots ne se francisent pas, la -finale se prononce presque comme s’il n’y avait pas d’_e_. - -[159] Les mots _ch_ê_ne_, _p_ê_ne_, _r_ê_nes_ et _fr_ê_ne_ ont -perdu un _s_, légitime ou non, tandis que _chev_e(s)_ne_ gardait le -sien; _g_ê_ne_ a contracté deux _e_. Ajouter _G_ê_nes_, et aussi -_Duch_e(s)_ne_, _Duqu_e(s)_ne_, qui ont gardé l’_s_. - -[160] Cf. _tro_è_ne_, _c_è_ne_, _sc_è_ne_ et _obsc_è_ne_ (mais pas -dans _sc_è_ne IV_), _al_è_ne_, _ar_è_ne_, _car_è_ne_, _sir_è_ne_, -_mur_è_ne_, les mots en _-gène_, les mots savants et les noms propres, -_catéchum_è_ne_, _prolégom_è_nes_, _oz_è_ne_, ou _Carthag_è_ne_, -_Eug_è_ne_, _Diog_è_ne_, _Hél_è_ne_, _Célim_è_ne_, _Mis_è_ne_, -_Ath_è_nes_, etc. - -[161] _Morig_è_ne_ échappe difficilement à l’analogie des mots en -_-gène_. - -[162] Voir ci-avant, page 62 et note 3. - -[163] On prononce trop facilement _Compiène_ pour _Compiègne_. - -[164] C’est-à-dire _e_ suivi de _l_ mouillé, mais qui se prononce en -réalité comme _eye_. - -[165] _=Œil=_ et les mots en _=-cueil=_ et _=-gueil=_ n’appartiennent -pas à cette catégorie, mais à celle des mots en _=-euil=_. _Ru_e_il_, -au contraire, lui appartient, avec _Corb_e_il_, _Corn_e_ille_, -_Mir_e_ille_, _Mars_e_ille_, _Baz_e_illes_, etc. - -[166] Comme on l’a vu plus haut, c’est en 1878 que l’Académie a -consenti à mettre l’accent grave aux mots en _-ège_. On peut y joindre -aussi les formes interrogatives _aim_é-_je_, _all_é-_je_, etc., que -Domergue voulait à toute force faire prononcer par un _e_ fermé; mais -ces formes sont aujourd’hui purement grammaticales et tout à fait -inusitées. Et il y a encore des noms propres, _Li_è_ge_, _Ari_è_ge_, -_Bar_è_ges_, _Corr_è_ge_, _Norv_è_ge_, etc. - -[167] Le _Dictionnaire général_ marque un _e_ long; mais ceci me paraît -purement théorique. Il fait de même, bien entendu, pour les finales -_-ègne_ et _-eil_ ou _-eille_. - -[168] De même _Fi_e_r_, _Thi_e_rs_, _Rey_e_r_, _Aub_e_r_, _Ch_e_r_, -etc., avec les noms bibliques, comme _Abn_e_r_, _Eliéz_e_r_ ou -_Esth_e_r_, ou anciens, comme _Lucif_e_r_, _Vesp_e_r_, _Antipat_e_r_, -_Jupit_e_r_, etc.: voir au chapitre de l’_R_. On distinguait autrefois -_=-erre=_ et _=-ère=_, même quand _=-ère=_ se fut ouvert, parce que les -deux _r_ de _-erre_ se prononçaient, si bien qu’au XVIIᵉ siècle ces -finales ne rimaient pas ensemble. - -[169] _Manag_e_r_ fait exception, quand on le francise, parce qu’il -suit l’analogie des mots en _-ger_, et notamment celle de _ménag_e_r_, -qui au fond est le même mot. - -[170] Peut-être aussi _landw_e_hr_, quoique l’_e_ de ce mot soit long -et fermé en allemand, tandis que celui de _bitt_(e)_r_ s’y prononce à -peine. - -[171] Il en est de même de beaucoup de noms propres très connus, -surtout allemands, _Au_e_r_, _Schopenhau_e_r_, _Web_e_r_, _Kléb_e_r_, -_Blüch_e_r_, _Od_e_r_, _Schiller_, _Képl_e_r_, _Neck_e_r_, _Wagn_e_r_, -_Dur_e_r_ (que les poètes prononcent quelquefois _dure_, notamment V. -Hugo), _Tannhaüs_e_r_, _Luth_e_r_, _Werth_e_r_, et même _Meyerb_ee_r_, -tellement le français répugne à fermer l’_e_ devant une consonne, -surtout un _r_. On peut prononcer de même _Chauc_e_r_, _Spenc_e_r_ -ou _Spens_e_r_, _List_e_r_, _Westminst_e_r_, _Manchest_e_r_, -_Vancouv_e_r_, et naturellement _Gulliv_e_r_, et aussi _Bo_e_r_(s), -quoique beaucoup de gens, trop bien renseignés, persistent à prononcer -_bour_ et même _bours(e)_: pourquoi pas _London_ ou _Napoli_! Quelques -noms allemands en _-berg_ sont aussi francisés en _er_ ouvert et long, -le _g_ n’étant pas articulé: _Gutenb_e_r_(g), _Furstemb_e_r_(g), -_Vurtemb_e_r_(g), _Spitzb_e_r_(g), et surtout _Nuremb_e_r_(g), qui est -complètement modifié, la forme allemande étant _Nürnberg_; les autres, -gardant les deux consonnes, comme _Johannisb_e_rg_, n’ont qu’un _e_ -moyen. - -[172] Qui est celle de _Bædek_(e)_r_, et fut autrefois celle de -_Neck_(e)_r_, et quelque temps celle de _Web_(e)_r_; c’est celle qui -convient aux noms allemands qu’on ne francise pas. D’autre part, on -écrit et on prononce _Dniép_e_r_ et _Dniest_e_r_, ou mieux _Dniepr_ et -_Dniestr_. - -[173] Aussi l’_=e=_ des mots en _=-ève=_ est-il à peu près aussi -long que l’_ê_ de _r_ê_ve_ et _end_ê_ve_, qui ont perdu l’_s_, et de -_tr_ê_ve_ (dont l’accent s’explique mal). De même È_ve_, _Genevi_è_ve_, -_Lod_è_ve_, _Gen_è_ve_, _Tr_è_ves_, etc., et _God s_a_ve_. Pour la -finale anglaise _ew_, voir au _W_. - -[174] Il y a toujours exception pour les vers, bien entendu: - - A l’heure où le soleil s’élève, - Où l’arbre sent monter la sève, - La vallée est comme un beau rêve. - V. HUGO, _F. d’aut._, XXXIV - - -[175] Pourquoi cette orthographe? Ou pourquoi les autres ne l’ont-ils -pas aussi? Même quantité dans _Eph_è_se_, _Borgh_è_se_, _Pergol_è_se_, -_Véron_è_se_, etc., dans _Su_e_z_, _Rod_e_z_, _Orth_e_z_, _Cort_e_z_, -dans _B_è_ze_, _Zamb_è_ze_, _Corr_è_ze_, etc., et aussi dans -_steeple-ch_a_se_. - -[176] Quoique le _Dictionnaire général_ fasse l’_e_ long dans -_hi_è_ble_ et _n_è_fle_, et les mots en _-ègle_. - -[177] Avec _Boisd_e_ffre_, et aussi _Abou-b_e_kre_, _Bæd_e_k_(e)_r_ et -_qu_a_k_(e)_r_. Quelques personnes font l’_=e=_ long dans _l_è_pre_, et -le _Dictionnaire général_ les y autorise; on ne saurait tout de même -prononcer _l_è_pre_ comme _v_ê_pre_, qui a perdu son _s_. - -[178] Ni _Èbre_, _H_è_bre_ ou _Gu_è_bres_. Le _Dictionnaire général_ -fait pourtant l’_=e=_ long dans toutes les finales en _-èbre_ et -_-ègre_, sauf _z_è_bre_. - -[179] Ou celui de _don P_è_dre_. Celui de _Ph_è_dre_, au moins celui de -l’héroïne, s’allonge aussi volontiers en poésie. - -[180] Quoique le _Dictionnaire général_ fasse l’_=e=_ long dans -_m_è_tre_, _ur_è_tre_ et _pyr_è_tre_; il le ferait tel aussi sans doute -dans _pén_è_tre_ ou _perp_è_tre_, s’il donnait la prononciation de ces -mots. - -[181] _M_è_tre_ lui-même pourrait à la rigueur rimer avec _m_aî_tre_; -_m_e_ttre_ ne pourrait pas. Mais les seuls _e_ proprement longs -ici sont ceux de ê_tre_, _h_ê_tre_, _fen_ê_tre_, _emp_ê_tre_, -_champ_ê_tre_, _pr_ê_tre_, _anc_ê_tre_ et _Bic_ê_tre_, qui ont perdu -leur _s_; et ceux de _gu_ê_tre_ et _salp_ê_tre_, qui sont devenus longs -sans raison évidente. - -[182] Quoique le _Dictionnaire général_ n’en fasse point. - -[183] De même les noms propres _Bi_è_vre_, _Ni_è_vre_ et -_Penthi_è_vre_. Les autres noms propres, _Lef_è_vre_ (ou _Lef_e_bvre_), -_Gen_è_vre_, et surtout _S_è_vres_, ouvrent leur _e_ plus régulièrement. - -[184] Il faut donc corriger les grammaires sur ce point: l’_e_ surmonté -de l’accent grave est toujours ouvert, mais l’_e_ surmonté de l’accent -aigu n’est certainement fermé que quand il est final. - -[185] Le _Dictionnaire général_ l’ignore. L’abbé Rousselot l’exagère. -On notera ici aussi que des mots comme _supr_é_matie_ ou _extr_é_mité_ -n’ont jamais eu l’accent circonflexe, qui n’est sur _extr_ê_me_ ou -_supr_ê_me_ qu’un signe de quantité arbitraire: voir page 63, note -1. _M_é_lange_ et _m_é_langer_ ne l’ont pas non plus, et ont l’_e_ -moyen et même bref, malgré _m_ê_le_ et _m_ê_ler_. Des mots étrangers, -comme _p_e_hlvi_, ont encore l’_e_ atone fermé et long; mais il faut -faire effort pour le maintenir, car la tendance est de l’ouvrir -en l’abrégeant. L’_e_ n’est non plus ni ouvert ni long dans _du -Gu_e(s)_clin_, _Dum_e(s)_nil_, _Duch_e(s)_nois_; il est même fermé dans -_Saint-M_e(s)_min_; mais il est ouvert dans _Champm_e(s)_lé_. - -[186] De même _t_e_rrain_ ou _t_e_rrasse_, _t_e_rrestre_ ou -_att_e_rrir_, malgré l’_e_ ouvert de _t_e_rrer_ et _t_e_rreau_. On peut -aussi comparer _s_e_rrer_ et _f_e_rrer_: la différence est grande. - -[187] La prononciation _fe_gn_an_ a d’ailleurs pour elle de vieilles -traditions. Au XVᵉ et au XVIᵉ siècle, l’hiatus intérieur _éa_ et -surtout _éan_ se résolvait par une diphtongue qui tantôt se réduisait à -_a_ et _an_, comme dans _dea_ (oui-da) ou _Jehan_, tantôt conduisait à -_ian_, comme dans _léans_ ou _Orléans_. _Néant_ fut dans ce cas, et on -le voit rimer avec _escient_ ou _inconvénient_; _néanmoins_ a souvent -deux syllabes à cette époque, et _fainéant_ aussi, jusque dans Baïf. - -[188] Voir page 64; on reviendra sur ce point au chapitre des nasales. - -[189] Le _Dictionnaire général_ ne connaît encore que la prononciation -par _a_, quoique l’Académie se soit abstenue, en 1878, pour _hennir_. -Thurot avoue qu’on prononce aujourd’hui _n_e_nni_ et _h_e_nnir_ par -_e_; mais il ajoute qu’on prononce les deux _n_: je n’ai jamais -entendu cela. _J_e_nny_ se prononce encore beaucoup par _a_; mais la -prononciation par _e_ se répand de plus en plus. - -[190] C’est le même phénomène qui s’est produit dans _fou_e_t_ ou -_fou_e_tter_, et qui est en voie de se produire dans _cou_e_nne_ et -_cou_e_tte_. Les adverbes en _-emment_ sont inaltérables, à cause du -voisinage constant de leurs primitifs en _-ent_; mais _rou_e_nnerie_, -sinon _rou_e_nnais_, est mal protégé par _Rouen_. - -[191] Michaëlis et Passy, qui admettent cette prononciation, admettent -aussi _qu’rir_ pour _quérir_: je me demande dans quel faubourg ils ont -pris cette prononciation patoise. - -[192] _All_e_luia_, e_t c_e_t_e_ra_, _confit_e_or_, _d_e_l_e_atur_, -_lib_e_ra_, _ex_e_at_, _m_e_mento_, _mis_e_r_e_re_, _nota b_e_ne_, _t_e -_d_e_um_, _Unig_e_nitus_, _v_e_to_, et à fortiori _vade m_e_cum_ et -_r_e_bus_, qui sont francisés. On ferait bien pourtant de fermer l’_e_, -même non final, dans beaucoup de mots latins où il est long: _cr_e_do_, -_R_e_mus_, _amant alterna Cam_e_næ_, _c_e_dant arma togæ_, _d_e_lenda -Carthago_, _experto cr_e_d_e _Roberto_, _hab_e_mus confitentem reum_, -_in extr_e_mis_, _ne vari_e_tur_, _v_e_ni vidi vici_, etc. - -[193] De même Œ_dipe_, Œ_none_, Œ_ta_, _M_œ_ris_, Æ_gos-Potamos_, -_P_æ_stum_, _L_æ_titia_, etc. Il ne faut donc pas confondre l’_œ_ latin -d’Œ_dipe_, avec l’_œ_ allemand de _G_œ_the_, dont nous allons parler: -é_dipe_, et non eu_dipe_, comme on l’entend parfois. Pour _œ_ suivi -d’_u_, voir _eu_. L’_e_ ne doit pas se prononcer dans _Co_(ë)_tlogon_, -et l’on prétend qu’il se prononce _oi_ dans _Tr_é_ville_. - -[194] Il y a de même un _=e=_ mi-ouvert dans des noms italiens ou -espagnols comme _Ang_e_lo_, _Barb_e_rini_, _Bols_e_na_, _Cabr_e_ra_ -ou _Capr_e_ra_, _Consu_e_lo_, _Mont_e_bello_, _Mont_e-_Cristo_, -_Mont_e_cuculli_, _Mont_e_n_e_gro_, _Mont_e_vid_e_o_, _Mont_e_zuma_, -_Pont_e_corvo_, _Pu_e_bla_, _S_e_rao_, _Torr_e _del Gr_e_co_, -_Cald_e_ron_, _Lop_(e) _de V_e_ga_, _V_e_n_e_zu_e_la_, _V_e_ra Cruz_, -et aussi dans des noms allemands ou anglais comme _R_e_mington_, -_W_e_ser_, ou d’autres pays comme _Cam_e_roun_, _Skob_e_lef_ ou -_Tourgu_e_nef_, _Sw_e_denborg_, etc. On notera qu’il est généralement -fermé dans les noms allemands, quand il est initial, comme dans -_B_e_bel_, E_bers_, _L_e_nau_, _R_e_ber_, _W_e_ber_. - -[195] Il se prononce alors comme l’_=e=_ muet (eu), mais extrêmement -bref et presque insensible, encore plus faible que dans les finales en -_-et_, _-en_ ou _-er_; ainsi dans _Esch_(e)_nbach_, _Fürst_(e)_nberg_ -ou _Fahr_(e)_nheit_. De même dans l’anglais _Syd_(e)_nham_, ou même -_gard_(e)_n-party_; sans parler de _le_ qu’on intervertit, comme -dans _gent_le_man_, prononcé _djent_(e)_lman_, ou _steep_le-_chas_e, -prononcé _stîp_(e)_ltchèse_, ou _Cast_le_re_a(gh), etc. - -[196] Ce tréma représente en effet un _=e=_ primitif. - -[197] Par exemple dans _Fr_œ_schwiller_ (au contraire de _W_œ_rth_), -dans _K_œ_chlin_, _R_œ_derer_, _Sch_œ_ffer_, _Sch_œ_lcher_. Dans -_R_œ_derer_, quelques historiens voudraient remplacer _ré_ par -_reu_, mais dans le commerce des vins, on prononce uniquement _ré_. -Cette prononciation par _é_ est encore admissible ou tolérable dans -_K_œ_nigsberg_, quoiqu’on prononce plutôt _keunixbergue_. - -[198] Comme dans _Gr_o-ë_nland_, ou même _Fér_o-ë. - -[199] Ainsi _G_œ_the_, qu’on écrivait autrefois et qu’on a prononcé -parfois _G_o-ë_the_ (Th. Gautier le faisait rimer régulièrement avec -_poète_), se prononce aujourd’hui toujours _gheute_ (comme _meute_): -ce nom, comme celui de _Shakespeare_, appris par l’oreille autant que -par l’œil à cause de sa grande notoriété, s’est imposé partout avec sa -prononciation véritable, à peu près tout au moins, l’_=e=_ final étant -muet chez nous. On prononce de même _eu_ dans d’autres noms allemands -ou scandinaves, qui ne sont guère employés que par des gens instruits, -comme _Bj_œ_rnstierne Bj_œ_rnson_, _B_œ_ckh_, _B_œ_cklin_, _B_œ_hm_, -_G_œ_then_, _D_œ_llinger_, _G_œ_ttingue_, _G_œ_tz_, _Jonk_œ_ping_, -_K_œ_nigsberg_ et autres mots commençant par _K_œ_nigs-_, _K_œ_rner_, -_Malm_œ, _Maëlstr_œ_m_, _Nordenski_œ_ld_, Œ_lenschlager_, _R_œ_ntgen_, -_Sch_œ_nbrunn_, _Sch_œ_ngauer_, _T_œ_pffer_, _Troms_œ, _W_œ_rth_, etc. - -[200] Qu’il me soit permis de dire ici, en passant, que le pluriel, de -_lied_, puisque _lied_ est francisé, doit être _lieds_ et non _lieder_, -auquel s’obstinent les musiciens. C’est en général un travers assez -pédantesque que d’aller chercher le pluriel des mots dans la langue -d’où ils sont tirés. _Lieder_ a pour excuse qu’il est peut-être plus -employé que le singulier, au moins en musique, où il sert de titre -à beaucoup d’œuvres très importantes; aussi est-il sans doute moins -ridicule que _sanatoria_, mais il est de même ordre. Pourquoi pas -des _harmonia_ ou des _pensa_? Tel journaliste, qui s’est par hasard -égaré en Algérie, nous apprend que _Touareg_ est un pluriel, et qu’au -singulier il faut dire _Targui_; et que le pluriel de _chérif_ est -_chorfa_! Félicitons-le bien sincèrement de sa science toute fraîche, -mais les gens qui parlent simplement français n’hésiteront pas à dire: -_un Touareg_, _des Touaregs_, puisque c’est le pluriel ici qui est -francisé, et des _chérifs_, et aussi _un li_(e)_d_, des _li_(e)_ds_, -le singulier étant suffisamment connu. On peut évidemment établir une -différence entre le sens musical et le sens littéraire; mais vraiment -est-il admissible que ce mot ait deux pluriels, _lieds_ quand on parle -de Gœthe, et _lieder_ quand on parle de Schubert? - -Les autres mots où l’_e_ allonge l’_i_ sont des noms propres: -_Bjœrnsti_(e)_rne_, _Di_(e)_z_, _Elzevi_(e)_r_, écrit aussi _Elzévir_, -_Fi_(e)_lding_, _Fri_(e)_dlingen_, _Gri_(e)_g_, _Ki_(e)_l_, -_Li_(e)_bknecht_, _Ni_(e)_belung_, _Ni_(e)_buhr_, _Ni_(e)_dermeyer_, -_Ni_(e)_tzche_, _Ki_(e)_pert_, _Ri_(e)_sener_, _Schli_(e)_mann_, -_Si_(e)_gfried_, _Si_(e)_gmund_, _Spi_(e)_lberg_, _Ti_(e)_ck_, -_Wi_(e)_land_, _Wi_(e)_sbaden_, _Zi_(e)_m_, etc., et tous les noms -anglais terminés en _-field_. Il est pourtant difficile de ne pas -admettre ou tolérer _Fri-ed-land_, en trois syllabes: en tout cas la -plupart des Parisiens ne connaissent que l’_Avenue de Fri-ed-land_. -L’_e_ se prononce aussi, à tort ou à raison, dans _Van Swi_e_ten_, -_Li_e_big_ et _Bri_e_nz_; plus correctement dans _Sienki_e_wicz_, -_Micki_e_wicz_, _Sobi_e_ski_, _Si_e_n-Reap_, et aussi dans _Ni_e_ld_ -et _Di_e_rx_, à fortiori. Il se prononce également dans les noms des -langues romanes, comme _Fi_e_schi_ (et _Fi_e_sque_), _Fi_e_sole_, -_Ti_e_polo_, _Ovi_e_do_, etc. - -[201] _P_ee_r Gynt_, _Sch_ee_le_, _S_ee_land_, _St_ee_n_, _Van der -M_ee_r_; Pourtant _B_ee_thoven_ n’a plus en français qu’un _e_ bref -mi-ouvert. - -[202] Et dans _Aberd_ee_n_, _B_ee_cher Stowe_, _Flamst_ee_d_, _Gretna -Gr_ee_n_, _Gr_ee_nwich_, _L_ee_ds_, _Qu_ee_nsland_, _Qu_ee_nstown_, -_S_ee_ley_, _Tenness_ee, etc.; mais on admet _é_ dans _Dund_ee. - -[203] L’_=oe=_ flamand se prononcerait correctement _ou_ dans des mots -comme _B_oe_rs_, _B_oe_rhaave_, _G_oe_s_, _M_oe_rs_, _W_oe_vre_, mais -cette prononciation est trop éloignée de l’usage français, et nous -prononçons généralement _Bo-ers_, _Bo-erhaave_, etc. Nous germanisons -même _Bloemfontein_ en _Bleumfontaïn_. Mais _Woëvre_ se prononce -surtout _Voivre_, et s’écrit même de cette façon. - -A côté de l’_=o=_ avec trémas (_=eu=_), l’allemand a aussi un _=a=_ -avec tréma, que nous transcrivons également tantôt par _æ_ liés, tantôt -par _aë_, et qui se prononce comme _è_ ouvert moyen ou même bref: -_Auerst_æ_d_(t), _B_æ_dek_(e)_r_, _H_æ_ckel_, _H_æ_ndel_, _H_æ_nsel_ -et _Gr_e_tel_, _L_æ_nsberg_, _M_æ_lzel_, etc. Toutefois _L_æ_nsberg_ -se prononce encore _lansber_. D’autre part _=aë=_ se prononce comme -_a_ long dans _M_aë_stricht_ et _M_aë_lstrœm_, _Ruysd_aë_l_, _M_ᵐᵉ _de -St_aë_l_ et _Gev_aë_rt_; _Jord_aë_ns_ et _Saint-S_aë_ns_ se prononcent -par _an_: voir aux nasales. - -L’_=e=_ est distinct de l’_=a=_ dans _La_ë_nnec_, _Ga_ë_te_, _Pa_ë_r_, -etc., et même sans tréma, dans _La_e_ken_ ou _Ma_e_s_, et peut-être -_Pa_e_siello_. _Ma_e_terlinck_ (et non _Mæ_) doit se prononcer _ma_ et -non _mé_. - -[204] Si ce livre était un livre de phonétique, nous aurions traité le -groupe _=ai=_ ou _=ei=_ avec l’_=e=_, car ils ne font qu’un: _=ai=_ ou -_=ei=_, jadis diphtongues, comme _=oi=_, ne sont plus que des graphies -surannées, qui disparaîtraient, s’il y avait quelque logique dans -l’orthographe. On écrit bien _effet_ et _préfet_: pourquoi pas aussi -bien _parfet_ ou _satisfet_, puisque l’étymologie est la même, ou à peu -près, et la prononciation identique? Pratiquement, et l’orthographe -étant ce qu’elle est, il a paru préférable de maintenir la distinction. - -[205] Cette prononciation est naturellement celle de Victor Hugo: - - ....... L’univers dislo_qué_, - Mal sorti du chaos, penche et se cogne au _quai_. - _Religion et Religions_, I, 4. - - Il était si crûment dans les excès plon_gé_ - Qu’il était dénoncé par la caille et le _geai_. - _Lég. des Siècles, le Satyre._ - -Pourtant, V. Hugo lui-même a fait rimer _quais_ au pluriel avec -_laquais_ (voir _Lég., la Colère du bronze_) et avec _expliquais_: - - Je l’aimais, je l’avais acheté sur les _quais_, - Et parfois aux marmots pensifs je l’expli_quais_. - _Art d’être grand-père_, VI, 8. - -Aujourd’hui on fera mieux de faire rimer _quai_ avec _expliquait_, -même au singulier, ou _geai_ avec _plongeait_ ou même _projet_. On ne -saurait toutefois approuver cette rime de Mᵐᵉ de Noailles: - - La poussière dorée au plafond volti_geait_: - Je t’expliquais parfois cette peine que _j’ai_. - _Ombre des jours_, V, _l’Adolescence_. - -_J’ai_ est encore fermé aujourd’hui à peu près partout. - -[206] Les poètes, toujours traditionnalistes, font encore rimer parfois -_mai_ avec _aimé_; mais cela ne rime plus. - -[207] On le trouve encore dans V. Hugo, où il surprend déjà: - - Tout ce que je _sais_, - C’est que des peuples noirs devant moi sont _passés_. - _Le Petit Roi de Galice_, VIII. - - -[208] Voir Banville _Diane au bois_, acte I, scène 1: - - Le bon tour! O doux vin par le soleil _moiré_, - Sois tranquille, je t’ai volé, je te _boirai_! - -Cette rime fut excellente, mais ne s’impose plus du tout. - -[209] On devrait aussi écrire _ponet_, puisque ce mot a pris un -féminin, qui est _ponette_. - -_=Ay=_ final n’existe plus en français que dans les noms propres, où -il a le même son que _ai_; ainsi, dans _Bell_ey ou _Du Bell_ay, _ey_ -et _ay_ sont plus ouverts que l’_e_ qui précède: on prononçait _bèlé_, -on prononce _bélè_ et aussi _belè_. De même _Seignel_ay, _Epern_ay, -_Sarc_ey, etc., et aussi _Bomb_ay, _Macaul_ay, _Berkel_ey, _Stanl_ey, -_Bidp_ay ou _Pilp_ay, comme _Jok_ai ou _Tok_ay. _Bri_ey se prononce -aussi _Bri-yi_. Dans certaines localités méridionales, comme _Hay_, -_Tournay_ et _Espoey_, l’_y_ grec se prononce à part, comme si la -finale était _a-ye_ ou _e-ye_. Quant à _Pompéi_, on le francise encore -le plus souvent en lui donnant trois syllabes: _Pompé-ï_; mais la vraie -prononciation est en deux, _eï_ étant en réalité une diphtongue qui -se prononce comme dans _paye_; cette prononciation, adoptée par les -voyageurs qui ont vu le pays, a des chances de se répandre, depuis que -des noms tels que _Tolstoï_ nous ont habitués à ce genre de finales. -On peut en dire autant de _Mafféi_. _Véies_ aussi vaut mieux prononcé -comme _veille_, que _Vé-ies_, en deux syllabes. - -[210] - - J’étais l’Arioste et l’Homère - D’un poème éclos d’un seul jet; - Pendant que je parlais, leur mère - Les regardait rire, et songeait. - V. HUGO, _Contempl._, IV, 9. - - -[211] Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en _ée_. En -tout cas _-aie_ ne saurait être moins ouvert que _-ai_; par suite, dans -_La Fresnaye_ (car les noms propres ont gardé l’_y_), c’est la dernière -syllabe qui est la plus ouverte, et l’_e_ long de _frêne_ (fresne) se -ferme ici à moitié: prononcez _énè_ plutôt que _èné_. - -[212] On peut même dire que _parf_ai_te_ rime mieux avec _estaf_e_tte_ -qu’avec _f_aî_te_, et même _proph_è_te_. Il en est de même de _vous -faites_, que les poètes seuls prennent la liberté d’allonger: - - Mais songez à ce que vous faites! - Hélas! cet ange au front si beau, - Quand vous m’appelez à vos fêtes, - Peut-être a froid dans son tombeau. - V. HUGO, _Contempl._, IV, 9. - - -[213] Qui devrait aussi s’écrire _sèche_ (sépia); ces mots sont à -distinguer de _fr_aî_che_ et _l_aî_che_, qui ont perdu l’_s_, et -auraient pu aussi bien s’écrire _fr_ê_che_ et _l_ê_che_: toutes ces -orthographes sont absolument arbitraires. - -[214] Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de -l’altérer, comme fait le _Dictionnaire général_, en faisant _ai_ long. - -[215] - - Je ne daigne plus même, en ma sombre _paresse_, - Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit. - O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit, - Afin que je m’en aille et que je _disparaisse_. - V. HUGO, _Contempl._, IV, 14. - - -[216] _=Ai=_ est encore long dans _Al_ai_s_, qui se prononce comme les -mots en _-ès_, et s’écrit du reste, maintenant, _Al_è_s_. - -[217] De même _L_ey_de_ et _Mayne-R_ei_d_, que nous francisons. Au -contraire _Thomas R_ei_d_ se prononce _Rîd_. Voir page 47 ce que nous -avons dit de _roide_. - -[218] Tandis que _La H_ay_e_, _Saint-Germain-en-L_ay_e_, _La -Fresn_ay_e_, _Houss_ay_e_, etc., n’ont que le son _è_, comme les mots -en _-aie_. Ne pas confondre ces noms avec ceux où l’_a_ reste séparé de -l’_y_, comme _Bl_a-_ye_: voir plus loin, aux semi-voyelles. - -[219] Pour _aigne_ prononcé _agne_, voir plus loin. - -[220] Mais non pas _=-ail=_ prononcé à l’anglaise, dans _r_ai_l_ (rèl), -_cock-t_ai_l_ et _m_ai_l-coach_. _B_ay_le_ et _B_ey_le_ sont douteux, -mais plutôt brefs. Il va sans dire que les poètes ne se gênent pas pour -allonger les finales en _elle_ afin de rimer avec _aile_: - - Comme un géant en sentinelle, - Couvrant la ville de mon aile, - Dans une attitude éternelle - De génie et de majesté! - V. HUGO, _Feuilles d’aut._, VIII. - - -[221] - - L’air est plein d’un bruit de chaînes, - Et dans les forêts prochaines, - Frissonnent tous les grands chênes, - Sous leur vol de feu pliés. - V. HUGO, _Orient., les Djinns_. - -_Chaîne_ est pour _chaeine_; mais _faîne_ et _traîne_ auraient pu se -passer de l’accent. _Ai_(s)_ne_ a gardé son _s_, comme _Duche_(s)_ne_ -ou _Duque_(s)_ne_. - -[222] Et aussi _Sed_ai_ne_, tandis que les autres, _Verl_ai_ne_ ou -_Madel_ei_ne_, _M_ai_ne_ ou _Germ_ai_ne_, _Lorr_ai_ne_ ou _Tour_ai_ne_, -_S_ei_ne_ ou _Baz_ai_ne_, _T_ai_ne_, _Aquit_ai_ne_, _La Font_ai_ne_, -tendent à allonger leur finale. - -[223] Et aussi les noms propres, _Le C_ai_re_, _Beauc_ai_re_, -_Baudel_ai_re_, _Bélis_ai_re_, etc., avec _Buenos-A_y_res_, que nous -francisons; _Nic_ai_se_, _La Ch_ai_se_, _Fal_ai_se_, _V_ai_se_, etc. - -[224] Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131. - -[225] L’orthographe de _treize_ et _seize_ est tout à fait arbitraire. - -[226] Ce sont _m_aî_tre_, _n_aî_tre_, _p_aî_tre_, _par_aî_tre_ et -_tr_aî_tre_ qui ont perdu leur _s_; _r_eî_tre_ aussi, mais ce mot, qui -venait de l’allemand _reiter_, n’avait d’_s_ que par analogie avec les -autres. - -[227] Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui -prononcent _gai_ fermé. - -[228] Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’_e_ fermé jusque dans -_m_ai_son_ ou _r_ai_son_; mais cette prononciation me paraît purement -faubourienne. - -Les groupes _ay_ et _ey_, conservés à l’intérieur des noms propres -devant une consonne, se prononcent aussi _è_, plus ou moins bref -ou long, suivant les cas, dans les noms français: _Av_ey_ron_, -Ay_mon_, _C_ay_lus_, _Dal_ay_rac_, _F_ey_deau_, _Fr_ey_cinet_, -_Gl_ey_re_, _R_ay_nal_, etc., et même _T_ay_gète_, comme _R_ei_set_ ou -_M_ei_ssonnier_. Mais _Tall_ey_rand_ se prononce _Tal’ran_. Dans le -Midi, au contraire, _ey_ se prononce _eye_ dans Ey_met_, _S_ey_ne_, -_P_ey_r_(eh)_orade_, etc. - -[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore -_d_oi_rière_. - -[230] Voir plus haut, page 48. - -[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps -hésitation. Ainsi le nom de _Mont_ai_gne_ était à l’origine le même -mot que _mont_a_gne_ et se prononçait de même; mais tandis que -_mont_a-_igne_, nom commun, perdait son _i_, _Mont_a-_igne_, nom -propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent -mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons -de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps -maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple, -Delille non seulement prononce, mais écrit partout _Mont_a_gne_, -notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini -par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à -peu près prononce _Mont_ai_gne_, comme il est écrit; la prononciation -par _a_ est considérée comme surannée et serait à peine comprise. -_Champ_a_gne_, au contraire, nom à demi commun, a perdu son _i_, comme -_Bret_a_gne_, sauf parfois dans _Philippe de Champ_ai_gne_, qu’on -est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours _Philippe -de Champ_a_gne_? cela supprimerait toute difficulté. _Sard_ai_gne_, -moins commun en France que _Bret_a_gne_ ou _Champ_a_gne_, a gardé son -_i_: aussi prononce-t-on _ai_. De même aujourd’hui dans _Cav_ai_gnac_. -Toutefois, dans _Saint_-Ai_gnan_, les diverses prononciations locales -sont généralement a_gnan_. - -[232] On prononce également par _e_ mi-ouvert l’anglais _R_ey_nolds_, -_S_ey_mour_, _T_ay_lor_ ou _C_ey_lan_, _F_ai_rfax_ ou _Ral_ei(gh), -ou encore _L_ei_cester_, qui est souvent germanisé à tort en -_aï_. On prononce encore de même _Aureng-Z_ey_b_, _B_ey_routh_, -_Buenos_-Ay_res_, _B_ay_reuth_, _L_ay_bach_ et aussi _Valpar_ai_so_, -et même _M_ei_nam_. En revanche, on prononce l’_i_ (ou _y_) à part, -mais en diphtongue naturellement, dans _Héph_ai_stos_ ou _Pos_éi_dôn_, -prononcés à la grecque, dans _M_ai_monide_, _K_ai_sarieh_ ou -_K_ai_serslautern_ et _B_ay_len_, dans _Alm_ei_da_, _P_ei_xota_, -_Z_ei_la_, etc., et même _L_ei_tha_, parce qu’allemand. Dans -_H_a-y_dée_ ou _H_a-y_dn_, on sépare les voyelles. Au contraire -_S_aï_gon_ devrait s’écrire _S_ai_gon_, puisque tous les Européens du -pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation _ségon_. - -[233] Quelques noms propres francisent _=ei=_ en _=e=_ ouvert: -_Henri H_ei_ne_, Ei_ffel_, _Schn_ei_der_, _L_ei_bniz_, _L_ei_pzig_, -_R_ei_schoffen_, et aussi Ey_lau_, _van_ Ey_ck_, _Dr_ey_fus_; -la plupart gardent le son allemand: Ei_senach_, Ei_sleben_, -_Fahrenh_ei_t_, _Fr_ei_a_, _Fr_ei_schütz_, _G_ei_bel_, _G_ei_ssler_, -_H_ei_delberg_, _Kl_ei_st_, _M_ei_ningen_, _M_ei_ster_ et -_M_ei_stersinger_ (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront -mieux de dire _Maîtres chanteurs_), _R_ei_cha_, _R_ei_chstadt_, -_R_ei_sebilder_, _Schl_ei_ermacher_, _Schw_ei_nfurth_ et les mots en -_-ein_ et _-eim_, et aussi, avec un _y_, _Fr_ey_tag_, _H_ey_se_, _Van -der H_ey_den_, _Van der W_ey_den_, et tous les noms moins connus. - -[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, -V. Hugo a fait _geyser_ et _kayser_ de trois syllabes l’un et l’autre, -dans l’un de ses poèmes les plus fameux, _Eviradnus_ (VI et XVI): - - Des _ge-ysers_ du pôle aux cités transalpines... - Que Joss fût _ka-yser_ et que Zèno fût roi... - -Il en fait d’ailleurs autant pour _Heidelberg_ et pour _bairam_ (_Ane_, -V, et _Quatre Vents de l’Esprit_, III, 2)... sans parler de _Shylock_, -écrit et prononcé _Sha-ï-lock_. Il faut bien se garder de décomposer -ces diphtongues. - -[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de -devenir voyelle simple. - -_Eu_ s’écrit assez sottement _œu_, sous prétexte d’étymologie dans -_v_œu, œu_vre_, etc.; il se réduit à _œ_ dans _œil_ et ses dérivés; il -s’intervertit même en _ue_ dans les mots en _-cueil_ et _-gueil_. - -[236] Il y a aussi des noms propres: _Boïeld_ieu, _Richel_ieu, -_Chaul_ieu, _Montesqu_ieu, _Saint-L_eu, etc. Pour les mots en _eue_, -voir plus haut, page 56. - -[237] Et les noms propres _Andri_eu_x_, _Des Gri_eu_x_, _Dr_eu_x_, -_Évr_eu_x_, auxquels on peut joindre _Saint-Bri_eu(c) et _Ys_eu(lt). - -[238] C’est ainsi qu’on disait correctement, naguère encore, _un œu_(f) -_frais_, _un œu_(f) _dur_, _un œu_(f) _rouge_, avec _eu_ fermé, comme -on dit encore aujourd’hui _Neu_(f)_château_, _Neu_(f)-_Brisach_, etc. - -[239] Pour plus de détails sur l’_f_ final, voir à la lettre _F_. - -[240] Voir sur ce point le chapitre de l’_R_. Cette prononciation -n’avait d’ailleurs rien de si extraordinaire: aujourd’hui c’est dans -les mots en _-er_ et _-ier_ qu’on n’entend plus l’_r_: _aime_(r), -_premie_(r). Nous allons revenir sur les mots en _eur_. - -[241] Y compris _M_eu_se_, _Cr_eu_se_, _Gr_eu_ze_, _Chevr_eu_se_, etc. - -[242] _=Eun=_, sans _e muet_ final, est nasal dans _à j_(e)_un_ et -_Jean de M_(e)_un_(g). - -[243] Ajoutez les noms propres Eu_des_, _Pentat_eu_que_, _Maub_eu_ge_, -_R_eu_ss_, _Bayr_eu_th_ (cf. _G_œ_the_ ou _B_œ_hm_), et surtout les -noms grecs en _-eus_, _Z_eu_s_, _Orph_eu_s_, _Prométh_eu_s_, et même -_basil_eu_s_. Quand ces noms en _-eus_ commencèrent à être introduits -dans la littérature, initiative qui revient à Leconte de Lisle, Victor -Hugo voulut suivre le mouvement, comme d’habitude; mais comme il savait -fort peu de grec, il crut voir dans ces mots la finale latine _us_, et -il fit de _Zeus_ deux syllabes: - - _Zéus_ Jupiter vint, la main d’éclairs chargée, - Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant - Vit _Zéus_, devint roche et s’arrêta béant. - _La Fin de Satan_, strophe troisième. - -On trouve la même prosodie dans _Religion et Religions_ et dans -l’_Ane_. Pourtant V. Hugo a fait _Zeus_ monosyllabe dans _Dieu_. - -[244] Et les noms propres en _-beuf_: _Bab_eu_f_, _Bréb_eu_f_, -_Ruteb_eu_f_, _Elb_eu_f_, _Marb_eu_f_. - -[245] Avec _Chevr_eu_l_, _Saint-Ach_eu_l_. Malgré Michaëlis et Passy, -on ne saurait fermer _gu_eu_le_; tout au plus _gu_eu_lard_, quoique ce -soit bien trivial. - -[246] Sans parler de _h_eu_rte_, _M_eu_rthe_ et _m_eu_rtre_, et même -_L_eu_ctres_ et _Poly_eu_cte_, suivant le principe général: voir page -38; mais la prononciation savante ferme parfois _eu_ dans ces deux mots. - -[247] Au XVIᵉ siècle, on écrivait non seulement _ueil_ pour _œil_, -mais _d_ue_il_, _f_ue_ille_, etc. A _Vern_eu_il_, _Montr_eu_il_, -_Aut_eu_il_, etc., on ajoutera _Arc_ue_il_, _Arg_ue_il_, _Bourg_ue_il_, -_Long_ue_il_, _Montorg_ue_il_, etc., et _B_ue_il_, tandis que _Rueil_ -appartient à une autre catégorie. _Sant_eu_l_ a aussi la finale -mouillée, et _Chois_eu_l_ l’a eue. - -[248] _V_eu_x-je_ serait peut-être long en même temps qu’ouvert, mais -la vérité est qu’on ne l’emploie pas. Nous avons dit que _Maub_eu_ge_ -avait _eu_ fermé. - -[249] Ainsi que Eu_re_ et _Sol_eu_re_, _F_eu_rs_ et _Merc_œu_r_, etc. - -[250] _Faucheux_ n’est aussi qu’un doublet de _faucheur_. Inversement -le peuple dit volontiers _au lieur de_, pour _au lieu de_. - -[251] Avec _Sainte-B_eu_ve_, _Villen_eu_ve_, _Terre-N_eu_ve_, etc. - -[252] _V_eu_ve_ fermé, admis par Michaëlis et Passy, est absolument -incorrect, malgré l’analogie de _n_eu_f heures_. - -[253] Voir au chapitre du _G_. - -[254] C’est le même _e_, inutile aujourd’hui, qu’on trouve dans -_ass_e_oir_ (à côté de _choir_ pour _ch_e_oir_), ou dans _J_e_an_ et -_J_e_anne_. - -[255] Michaëlis et Passy enregistrent aussi, et admettent par -conséquent _eu_ fermé dans _br_eu_vage_ et dans _pl_eu_rer_: c’est une -prononciation qu’on ne doit pas entendre souvent. - -[256] Ainsi l’_eu_ de _j_eû_ne_, déjà moins long dans _j_eû_ner_ et -encore moins dans _déj_eu_ner_, qui n’a plus d’accent, y devient si -bref dans certaines provinces, qu’on l’y traite comme un _e muet_: -_déj’né_; mais ceci est vraiment excessif, quoique enregistré encore -par Michaëlis et Passy. - -[257] Il faut excepter Eu_rope_ et eu_ropéen_, et naturellement -Eu_re-et-Loir_; mais _eu_ est fermé malgré l’_r_, dans les noms -anciens, à prononciation savante, dans Eu_ripide_, Eu_rotas_, -Eu_ryanthe_, Eu_ryclée_, Eu_rydice_, Eu_rysthée_, aussi bien que -dans Eu_bée_, Eu_charis_, Eu_clide_, Eu_doxie_, Eu_dore_, Eu_ler_, -Eu_mée_, Eu_ménides_, Eu_molpe_, Eu_patoria_, Eu_patride_, Eu_phrate_, -Eu_polis_, Eu_sèbe_, Eu_stache_, Eu_terpe_, Eu_trope_, Eu_tychès_, etc. -Il tend à s’ouvrir dans les plus connus de ces mots, comme Eu_phrate_ -ou Eu_stache_, et il est moins fermé dans Eu_gène_ que dans Eu_génie_, -parce que, dans Eu_gène_, il tend à s’abréger par le voisinage de la -tonique longue, comme dans _p_eu_t-être_. D’autre part, les faubourgs -disent volontiers U_gène_, U_génie_, U_lalie_, et cette prononciation, -qui fut correcte, comme U_stache_, U_rope_, _h_u_reux_, et beaucoup -d’autres, le serait encore, comme celle de _vu_ pour _veü_, ou -simplement comme celle de _j’ai_ (e)_u_, sans l’influence de l’écriture -qui a prévalu: ainsi _Eure_ rime avec _nature_ et avec _structure_, -dans la _Henriade_, VIII, 55-56, et IX, 125-126. Cf. _bl_eu et -_bl_u_et_, _h_eu_re_ et _l_u_rette_, _l_eu_rre_ et _dél_u_ré_, -_m_eu_te_ et _m_u_tin_. _Mim_eu_re_ même, paraît-il, se prononce encore -par _u_. - -[258] De même dans _B_eu_chot_, _B_eu_lé_, _B_eu_dant_ et _B_eu_gnot_, -_C_eu_ta_, _D_eu_calion_, _F_eu_chère_, _La F_eu_illade_, _F_eu_illet_ -et _F_eu_quières_, _M_eu_rice_ (malgré l’_r_), _N_eu_bourg_, -_N_eu_illy_, _Mant_eu_ffel_ et _T_eu_tatès_. Mais _eu_ est ouvert dans -_Beurnonville_, moins ouvert dans _Fl_eu_rus_ ou _Fl_eu_ry_. - -[259] On devrait le faire un peu plus long dans _Vanl_o(o) et -_Waterl_o(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne -comportent pas ces distinctions. L’_o_ final italien s’est souvent -francisé en _e_, comme dans _Guid_o, devenu _Guide_, ou est tombé -purement et simplement comme dans _Perugin_o, devenu _Pérugin_; il -s’est maintenu dans _André del Sart_o, mais le plus souvent on ne le -prononce pas. - -[260] Ceux-là se prononcent exactement comme _cl_ô_t_, _dép_ô_t_ (avec -_entrep_ô_t_, _imp_ô_t_ et _supp_ô_t_), _r_ô_t_, _t_ô_t_ et _prév_ô_t_, -qui ont perdu l’_s_, et _Prév_o(_s_)_t_, qui l’a gardé. - -[261] Et même _G_o_ths_, ainsi que beaucoup d’autres noms propres: -_Did_o_t_, _Renaud_o_t_, _Carn_o_t_, _Guiz_o_t_, etc. Les poètes ne -font pas ces distinctions, et les mots en _-ot_ ou _-ots_ riment tous -aujourd’hui couramment avec les mots en _-eau_: - - Le faubourg Saint-Antoine accourant en sa_bots_, - Et ce grand peuple, ainsi qu’un spectre des tom_beaux_, - Sortant tout effaré de son antique opprobre. - V. HUGO, _Contempl._, V. 3. - - -[262] Il en est exactement de même dans telles expressions toutes -faites, comme _aller_ au _tr_o_t_, ou dans tel nom propre, comme -_Ren_au_d_o_t_. - -[263] Avec _palin_o_d_ et quelques noms propres en _=-od=_, comme -_Pern_o_d_ et _Goun_o_d_. - -[264] Le français avait autrefois la finale muette _o_e (_Piritho_e, -redevenu _Pirithoüs_, _co_e devenu _queue_, ou _ro_e devenu _roue_), -et sans doute elle était longue. L’_o_ est la seule voyelle fermée qui -ait perdu sa finale féminine (cf. _-ie_, _-ue_, _-oue_, _-ée_, _-eue_); -mais nous la retrouvons dans quelques noms anglais: voir plus haut, -page 53. L’_o_ final suédois, avec tréma, se prononce _eu_, et s’écrit -d’ordinaire _œ_, comme dans les mots allemands: voir page 76. - -[265] C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que -Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un -accent circonflexe aux jolis mots qu’il inventa pour le calendrier: -_pluvi_ô_se_, _vent_ô_se_ et _niv_ô_se_; un homme du Nord n’en aurait -pas eu l’idée. - -[266] Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question -page 38: _d_o_cte_ et _d_o_gme_, _g_o_lfe_ et _rév_o_lte_, _abs_o_rbe_, -_éc_o_rche_ et _inf_o_rme_, _m_o_rne_, _m_o_rse_ et _m_o_rte_, -_parad_o_xe_, etc., ont toujours l’_o_ bref ou moyen. - -[267] De même _Mar_o_c_, _En_o_ch_, _Bank_o_k_, _Shyl_o_ck_, _L_o_cke_ -ou _Archil_o_que_; _Eli_o_t_, _Sc_o_tt_, _Nab_o_th_, _Hérod_o_te_, -_don Quich_o_tte_, _La M_o_the_; _És_o_pe_; _Roman_o_f_, _Malak_o_ff_, -_Christ_o_phe_; _Anti_o_che_; _Thanat_o_s_, _Cappad_o_ce_, _Éc_o_sse_. - -_C_ô_te_, _h_ô_te_ et ô_te_ ont perdu un _s_, ainsi que _Pentec_ô_te_, -qu’on a longtemps ouvert, mais qu’il vaut mieux fermer. - -[268] En revanche, chez le boucher, on dit volontiers _des_ o_s_ avec -_o_ ouvert, comme au singulier, et de même _dés_o_sser_, la distinction -étant trop délicate. Sans aller jusque-là, il est assez naturel de dire -_un paquet d’_o_s_ (_o_ fermé) plutôt que _un paquet d’_o(s). - -[269] Le _Dictionnaire général_ l’ouvre (à volonté dans _albin_o_s_), -mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis -et Passy l’ouvrent aussi, mais en le faisant _long_: cette fois je ne -comprends plus. L’_o_ est fermé également dans les noms de cigares, -_trabuc_o_s_, _crapul_o_s_, etc., et dans les accusatifs latins, _intra -mur_o_s_, _benedicat v_o_s_, et par conséquent _salvan_o_s_; également -dans _Calvad_o_s_, _Burg_o_s_, _don Carl_o_s_, _Cornélius Nép_o_s_ et -_Hyes_o_s_. - -[270] Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux -ont remplacé simplement la forme latinisée en _=-us=_, seule usitée -autrefois, comme _Laï_o_s_, _Dana_o_s_ ou _Phœb_o_s_. Pour ceux-là, -l’_o_ doit être et est toujours ouvert et bref. Pour les autres, c’est -encore l’étymologie qui devrait déterminer la prononciation, puisque -ces mots appartiennent uniquement à la science ou à l’érudition. On -devrait donc fermer l’_o_ seulement chez ceux qui en grec ont un -oméga, _E_o_s_, _C_o_s_, _Arg_o_s_, _Min_o_s_, _Er_o_s_, _Ath_o_s_ -(réservant _Ath_o_s_ avec _o_ ouvert pour l’ami de _Porth_o_s_ et de -d’_Artagnan_). Or ceux-là sont le petit nombre; et on devrait ouvrir -l’_o_ chez les autres, _Lesb_o_s_, _Ténéd_o_s_, _Paph_o_s_, _Dél_o_s_, -_Sam_o_s_, _Pathm_o_s_, _Lemn_o_s_, _Clar_o_s_, _Par_o_s_, _Nax_o_s_, -etc. Malheureusement ceux qui ferment l’_o_ de _path_o_s_ ne manquent -pas de fermer celui de _Lesb_o_s_, _Pathm_o_s_ ou _Par_o_s_. - -[271] Cependant _alc_o-o_lisme_ garde les _o_ séparés, comme _B_o-o_z_ -ou _z_o-o_logie_, qui ne sont pas des mots populaires. - -[272] Suivant son principe, le _Dictionnaire général_ fait _o_ ouvert, -mais long, dans les finales _=-oge=_, _=-ove=_ et _=-ogne=_. L’accent -circonflexe s’est mis dans _ge_ô_le_ et _enj_ô_le_, dans _m_ô_le_, -_p_ô_le_, _r_ô_le_ et _contr_ô_le_, _dr_ô_le_, _fr_ô_le_, _tr_ô_le_ -et _t_ô_le_, ainsi que dans _r_ô_de_ et _alc_ô_ve_: ce fut arbitraire -et pas toujours justifié. En tout cas cela est, et si Corneille a pu, -en son temps, faire rimer _r_ô_le_ et _p_ô_le_, qui n’avaient point -d’accent, avec _par_o_le_, ces rimes sont détestables dans V. Hugo. - -_K_o_hl_ a aussi l’_o_ fermé, à cause de l’_h_. _D_o_ge_ a été -longtemps long et fermé, ainsi que _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui -étaient d’abord des mots savants: tous ont suivi depuis l’analogie -des autres. L’_o_ est également ouvert et suffisamment bref dans -_Jac_o_b_ ou _Déiph_o_be_, _Nemr_o_d_ ou _Hér_o_de_, _Mag_o_g_ ou _La -H_o_gue_, _Tir_o_l_ ou _Arc_o_le_, _Norod_o_m_, _R_o_me_ et _S_o_mme_, -_Edis_o_n_, _B_o_nn_, _Antig_o_ne_ et _Lisb_o_nne_ et même _Lim_o_ges_. -Il est un peu plus long dans _Laure de N_o_ves_ ou _Dord_o_gne_. -_V_o(s)_ges_, qui a gardé son _s_, a l’_o_ long et fermé. - -[273] On y joignait généralement _R_o_me_, qui pour ce motif s’est -longtemps écrit avec deux _m_. - -[274] De même _Deutéron_o_me_, _Chrysost_o_me_ et _Sod_o_me_, à côté de -_R_o_me_, qui gardait seul l’_o_ ouvert. - -[275] S’ajoutant à _dipl_ô_me_ et _sympt_ô_me_, qui auraient pu s’en -passer aussi bien qu’_idi_o_me_ et _axi_o_me_. L’accent est encore -dans _ch_ô_me_ (par confusion sans doute, car on écrivait _ch_o_mme_ -bref à l’origine), dans le mot populaire _m_ô_me_, dans _fant_ô_me_, -qui a perdu son _s_, et dans _C_ô_me_, _Pac_ô_me_, _Puy-de-D_ô_me_, -_Vend_ô_me_, _Jér_ô_me_, _Dr_ô_me_, _Brant_ô_me_. - -[276] Sauf peut-être sur _majord_o_me_. Le _Dictionnaire général_ fait -aussi l’_o_ ouvert dans _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_ et -_at_o_me_, et _Deutéron_o_me_; mais c’est manifestement l’étymologie -qui le guide, car ces mots sont encore loin d’être indiscutés. - -[277] Le _Dictionnaire général_ fait l’_o_ fermé dans _am_o_me_ et -ouvert dans _cardam_o_me_ et _cinnam_o_me_. L’opinion a pu changer au -cours de l’impression. - -[278] Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment -l’_o_, comme _sarc_o_me_, _fibr_o_me_, etc. Mais il faut bien que -_chr_o_me_ suive _polychr_o_me_, et il entraînera avec lui _br_o_me_ -et _br_o_mure_, à qui le _Dictionnaire général_ donne déjà un _o_ -ouvert. L’_o_ n’est plus fermé à peu près régulièrement que dans -_Chrysost_o_me_, sans raison d’ailleurs. - -[279] De même que dans _Babyl_o_ne_, _Dod_o_ne_ et _Pom_o_ne_, -_Bell_o_ne_ et _Suét_o_ne_. - -[280] Pas davantage dans _Antig_o_ne_, _Tisiph_o_ne_ ou _Gorg_o_ne_, -qui longtemps eurent l’_o_ long, comme _Barcel_o_ne_. - -[281] Tous ces mots ont l’_o_ ouvert dans le _Dictionnaire général_, -ainsi qu’_oz_o_ne_, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre -prononciations différentes. - -[282] Outre _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, l’accent s’est mis sur _c_ô_ne_ -et _pyl_ô_ne_, qui avaient l’_o_ long; quant à _aum_ô_ne_ qui a perdu -son _s_, son _o_ s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé -aujourd’hui. L’_o_ est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en -_-one_, même anglais, comme _Gladst_o_ne_ ou _Folkest_o_ne_. Corneille -ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer _Antig_o_ne_ ou -_Babyl_o_ne_ avec _tr_ô_ne_; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et -sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi -il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait -constamment rimer _tr_ô_ne_ avec _cour_o_nne_: - - Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses _trônes_ - Aux vieilles nations comme aux vieilles _couronnes_,... - -rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et -qu’aucune prononciation ne saurait pallier. - -Le seul nom propre en _-one_ où l’_o_ soit peut être long sans accent, -c’est _Hipp_o_ne_, qui est savant. Il est naturellement long dans -_B_ô_ne_, _Anc_ô_ne_, _Rh_ô_ne_ et _Sa_ô_ne_, avec _C_o(s)_ne_ et -_Sain-Jean-de-L_o(s)_ne_, et aussi _khit_ô_n_ et _Poseid_ô_n_. En -revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’_o_ même dans -_Mendelss_o_hn_, ce qui est encore une erreur, à cause de l’_h_. - -[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’_o_ est ouvert: _Bo_o_z_, -_Badaj_o_z_. En France, la finale _-oz_, comme la finale _-az_, est -assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges, -Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt -l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle -latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi _Berlioz_ se -prononce _berl_ mouillé (_berlye_ en une syllabe). Le français ne -saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même -on prononce aussi _Berli_o, sans articuler le _z_, et par suite avec -_o_ fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a -réagi sur elle, comme d’habitude, et le _z_ est passé définitivement -dans l’usage; seulement le _z_ amène beaucoup de gens à ouvrir l’_o_, -comme dans _Bo_o_z_, malgré le son bien connu des finales en _-ose_. - -[284] De même _Méd_o_r_, _Cah_o_rs_, _Ni_o_rt_, _Chamb_o_rd_, etc. - -[285] _N_o_tre_ et _v_o_tre_ ne sont que la forme atone de _n_ô_tre_ -et _v_ô_tre_, qui ont perdu leur _s_, ainsi qu’_ap_ô_tre_ et -_paten_ô_tre_. L’_o_ est également ouvert dans _Thémist_o_cle_ ou -_L_o_cres_, _Constantin_o_ple_ ou _Christ_o_fle_, mais fermé dans _Le -N_ô_tre_. - -[286] De même _Gren_o_ble_ et _Han_o_vre_, dont l’_o_ s’est également -ouvert (comme partout devant _v_), quoi qu’en disent Michaëlis et -Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car _pauvre_ n’a plus de -rime, sauf à Marseille. - -[287] On notera ici aussi que des mots comme _c_o_nique_ ou -_c_o_nifère_, _dr_o_latique_, _p_o_laire_, _dipl_o_mate_ et ses -dérivés, ou _sympt_o_matique_, n’ont pas conservé l’accent circonflexe -du simple, qui n’est qu’un signe arbitraire de quantité; aussi -n’ont-ils pas l’_o_ fermé: voir ci-dessus, page 33, et page 73, note 1. - -[288] L’_=o=_ fermé qu’indiqué le _Dictionnaire général_ est-il là -pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En -revanche Michaëlis-Passy et Ch. Nyrop veulent qu’_h_ô_tel_ ait l’_o_ -ouvert, ainsi que tous ses dérivés: je pense que cette prononciation, -qui a été fort répandue, tend à disparaître, sans doute à cause de -l’orthographe. De même pour _prév_ô_tal_. - -[289] Mais non dans o_sseux_, o_ssuaire_, o_ssifier_, où les deux _s_ -se prononcent le plus souvent, et o_ss_(e)_let_, où l’_e_ est suivi de -_sl_, pour l’oreille. - -[290] Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans -_f_o_ssette_, toujours dans _f_o_s-sile_, surtout si l’on prononce les -deux _s_, généralement dans _f_o_ssoyer_ et _f_o_ssoyeur_. - -[291] Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré -_r_o_sier_, dans _r_o_sace_, _r_o_sat_, _r_o_séole_, _r_o_saire_, -_r_o_seau_, _r_o_sette_, et même _r_o_sière_, si bien que _r_o_sier_ -lui-même tend à s’ouvrir, ainsi qu’o_sier_. _O_ est encore long et -fermé dans _B_o_son_ ou _Spin_o_sa_; mais il n’est guère fermé dans -_J_o_seph_ ou _J_o_séphine_, sauf à Paris. - -[292] Et dans _Ph_o_cion_, et plus sûrement encore dans _Pr_o_cyon_, -comme dans _M_o_mus_. Il est douteux dans _Sal_o_mon_. Il est fermé -dans O_hnet_ ou _Fr_o_hsdorf_, par l’effet de l’_h_, mais il est ouvert -dans _R_o_thschild_, par l’effet des deux consonnes _tch_; il est -aussi à peu près ouvert aujourd’hui dans _C_o_bourg_, tout à fait dans -_R_o_land_, _R_o_llin_ ou _R_o_llon_. - -[293] Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’_o_ dans -_p_o_ney_, et aussi dans _t_o_ast_, et même dans _diagn_o_stic_! -Il en résulte que pour eux _p_o_ney_ a, comme o_z_o_ne_, quatre -prononciations: _pôné_, _pônè_, _poné_, _ponè_: je ne connais pour ma -part que la quatrième qui soit usitée. - -[294] Et même dans _gratis pr_o _Deo_, et encore, à cause de l’_r_ sans -doute, dans _ad hon_o_res_, _ad val_o_rem_, _c_o_ram populo_, ou _ad -maj_o_rem Dei gl_o_riam_. On fera bien cependant de fermer quelques -_o_ latins, qui sont longs: _d_o_nec eris felix_, _ex ungue le_o_nem_, -_finis cor_o_nat opus_, _in utr_o_que jure_, o_di profanum vulgus_, -_o tempora o m_o_res_, o_re rotundo_, _proprio m_o_tu_, _qu_o_usque -tandem_, _væ s_o_li_; en revanche il faudra faire bref et ouvert l’_o_ -de _tu qu_o_que_, qu’on ferme souvent, très mal à propos. - -[295] Cf. maman, page 39. Le _Dictionnaire général_ ouvre le premier -_o_ de ces mots (les deux premiers dans _r_o_c_o_c_o). - -[296] Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199 -et la note. - -[297] Et dans quelques noms propres anciens, comme _B_o-o_z_, et aussi -bien _Démoph_o-_on_ ou _Laoc_o-_on_, qui autrefois se contractaient. - -[298] L’_o_ tend vers _eu_ ouvert et très bref dans les noms propres en -_-son_ et _-ton_, non francisés, comme _Addis_(o)_n_, _Emers_(o)_n_, -_Palmerst_(o)_n_, et aussi bien _Beac_(o)_nsfield_; on peut cependant -le prononcer un peu plus en français qu’en anglais. - -[299] De même dans _Atw_oo_d_, _B_oo_th_, _Br_oo_klyn_, _C_oo_k_, -_C_oo_per_, _Robin H_oo_d_, _Lammerm_oo_r_, _Liverp_oo_l_, -_Longw_oo_d_, _M_oo_re_, _Rang_oo_n_, _W_oo_lwich_, etc. - -[300] Et dans _Berg-op-Z_oo_m_, _Cl_oo_ts_, _L_oo_s_, _R_oo_sevelt_, -_R_oo_sebeke_, aussi bien que dans _Vanl_oo et _Waterl_oo: où a-t-on vu -qu’il fallait dire _la prise de Berg-op-Zoum_? Il en est de même dans -le basque _Puy_oo. Le breton _Br_oo_ns_ se prononce _Bron_ nasal, par -contraction de _bro-on_. Pour _ow_, voir au _W_. - -[301] _Au_ est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et _eau_ parfois -triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle -simple. - -[302] De même dans _Beauv_eau ou _Boil_eau, _Regn_au_d_, _E_s_c_au_t_, -_Géric_au_lt_ ou _La Rochefouc_au_ld_, _Despré_au_x_, _Chenonc_eau_x_ -ou _Roncev_au_x_. - -La finale _eaue_ a aussi existé jadis (cf., p. 100) dans le substantif -_eaue_, qui a précédé _eau_; elle a disparu depuis le XVIᵉ siècle. - -[303] _=Au=_ est de même fermé dans les noms propres: Au_be_, -_Cl_au_de_, _G_au_le_ ou _B_eau_ne_. Mais on ouvre toujours _P_au_l_, -qui devrait s’écrire _Pol_. On ouvre même _Nép_au_l_. Il est vrai que -_P_au_le_ est plus souvent fermé; mais il y a là quelque affectation. -On ouvre aussi fatalement _F_au_st_, à cause des deux consonnes, mais -ce n’est pas nécessaire. On ouvre également Au_ch_ dans le Midi: -prononciation locale qui s’impose difficilement au Nord. - -[304] Cf. l’espagnol _t_o_ro_ ou _t_o_rero_. On sait que la diphtongue -latine _au_ devient régulièrement _o_ en français, transformation -qu’on trouvait déjà dans le bas latin. Or cet _o_ a pu rester fermé -devant _s_ ou _v_: _al_o_se_, _ch_o_se_, _l_o_s_, o_ser_, _cl_ô_ture_ -(pour closture), et aussi _p_o_vre_ et _p_o_se_, devenus _p_au_vre_ -et _p_au_se_ par réaction étymologique; mais devant _r_ il s’est -ouvert, témoin o_r_, o_riflamme_, o_ripeau_ et _d_o_rer_ (qui tous -se rattachent au latin au_rum_), ou encore o_reille_ et ses dérivés -(au_ricula_) ou o_rage_ (au_ra_), ou _cl_o_re_ (_cl_au_dere_). - -[305] On l’ouvre aussi en majorité dans _M_au_res_, qui s’écrit aussi -_Mores_, et dans _F_au_re_, _Duf_au_re_, _L_au_re_, _Roquel_au_re_, -_Saint-M_au_r_. Les érudits le ferment encore volontiers dans -la plupart de ces mots, ainsi que dans _Bucent_au_re_, et dans -_Epid_au_re_, _Montm_au_r_, _Is_au_re_, _Lav_au_r_, _Mét_au_re_, qui -sont moins populaires; mais ces mots eux-mêmes sont touchés. Ne faut-il -pas d’ailleurs aider le poète à rimer? - - Fatal oracle d’_Épidaure_, - Tu m’as dit: Les feuilles des bois - A tes yeux jauniront _encore_, - Mais c’est pour la dernière fois. - -Ne pouvant fermer _enc_o_re_, il faut bien ouvrir _Épid_au_re_. - -[306] Mais non dans ceux de _valoir_, malgré Michaëlis et Passy. - -[307] Le _Dictionnaire général_ ferme partout _au_ initial, même -dans _aurore_ et _augmenter_! C’est évidemment l’étymologie et non -l’expérience qui en a décidé. - -[308] De même pour les noms propres: on ferme correctement Au_rillac_, -malgré l’_r_, aussi bien que Au_ber_, Au_dran_, Au_gias_, Au_guste_, -Au_lis_, Au_male_, Au_stralie_, Au_teuil_, Au_vergne_, Au_xerre_ ou -_Saint_-Au_laire_; et _Cal_au_rie_, _L_au_raguais_, _L_au_rent_, -_L_au_rium_, _M_au_repas_, _M_au_rice_, _M_au_ritanie_, _M_au_ry_, -etc., aussi bien que _B_au_delaire_, _B_au_din_, _B_au_dry_, -_B_eau_vais_, _C_au_case_, _C_au_chy_, _C_au_debec_, _C_au_laincourt_, -_L_au_sanne_, _P_au_lin_, _P_au_line_, _Pourc_eau_gnac_, etc., ou -même _Ch_au_cer_. Notons en passant qu’au XVIIᵉ siècle les gens -instruits prononçaient _aftomate_ et même _aftographe_, sous prétexte -d’étymologie grecque! - -[309] De même dans Au_erbach_, Au_erstædt_, Au_gsbourg_, Au_sterlitz_, -_Eyl_au, _G_au_ss_, _Gl_au_ber_, _Haguen_au, _H_au_ssmann_, _Nass_au, -_N_au_ndorff_, _Rantz_au, _R_au_ch_, _Schopenh_au_er_, _Str_au_ss_, -_Zwick_au. Autrement il se prononce _ao_, comme dans: _Don_au (Danube), -ou _aou_, comme dans: _Jungfr_au, _H_au_ptmann_, _Hohenst_au_fen_, -_K_au_fmann_, _K_au_lbach_, _K_au_nitz_, _Len_au, _Münch_au_sen_, et -les noms moins connus. L’anglais fait entendre un _o_ ouvert dans -_Conn_au(gh)_t_. - -[310] On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir -entre les deux _i_ de _m_i_d_i n’intéresse que la science, et n’a guère -d’utilité pratique, si ce n’est pour les étrangers, et encore! Quant à -_i_, _u_, _ou_, semi-voyelles, on en parlera dans un chapitre spécial. - -[311] Le peuple dit volontiers _et pis_ pour _et puis_. - -[312] Corneille, _Le Cid_, acte III, scène 4. - -[313] _Castries_ se prononce _Castre_. - -[314] Michaëlis et Passy trouvent qu’_i_ est long dans les mots en _is_. - -[315] Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire _ri-i-ons_ de trois -syllabes: - - Nous ri-i-ons en regardant la parodie. - _Jeux rustiques_, la Grotte. - -Il est vrai que dans le même volume il fait aussi _naufrage-ri-ons_ de -cinq syllabes (_ibid._, Péroraison). - -Ici encore on ferait bien d’appuyer sur quelques _i_ latins: _ad -v_i_tam æternam_, _mirabile v_i_su_, _in f_i_ne_, _in v_i_no veritas_. - -[316] De même on sépare l’_=i=_ dans des mots français ou francisés, -comme _Acha_-ï_e_, _Isa_-ï_e_, _A_-ï, _Sina_-ï, _Adona_-ï, _et aussi_ -_Godo_-y. _Shang-Ha_ï n’est pas dans le même cas, et doit se prononcer -uniquement en deux syllabes, l’_i_ mouillant l’_a_, ou plutôt faisant -fonction de semi-voyelle. De même _Angelo Ma_ï, _Moula_ï-_Hafid_, -_Ouada_ï, _Bosna-Sera_ï, et aussi _Hokousa_ï, et d’autre part _Hano_ï -ou _Tolsto_ï, _avec_ _Cro_ , qui se prononce _Crou-y_. Le cas est -exactement le même que celui de _Pompéi_ et _Véies_, où l’accent aigu -permet de ne pas employer le tréma: voir page 81, note de la page 80. - -[317] On rattache souvent ce mot au _fleurette_ français, dont les -Anglais auraient jadis tiré leur _flirt_. Cette étymologie est plus que -douteuse, et _fleureter_, qu’on lit quelquefois au lieu de _flirter_, -est inutile autant que discutable. - -[318] De même dans _Br_i(gh)_t_ et _Br_i(gh)_ton_, _Ch_i_lde-Harold_, -_F_i_fe_, _Un_i_ted States_, _W_i(gh)_t_ ou (W)_r_i(gh)_t_, et aussi -_Sh_y_lock_ et _W_y_oming_. _G_i_rl_ se prononce _gheurle_. - -[319] Pour _baby_, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement _i_ -dans _Cantorbér_y, qui est la forme française de _Canterbur_y (beuré); -généralement aussi dans _Salisbur_y, et très souvent dans _B_y_ron_, -prononciation très ancienne, et toujours parfaitement admissible -pour ceux qui ne savent pas l’anglais. On hésite entre _i_ et _aï_ -pour _Carl_y_le_; on prononce _aï_ de préférence dans _H_y_de Park_, -_Dr_y_den_, _Cl_y_de_, et surtout _Sh_y_lock_; dans _B_y_ron_, si -l’on veut. Quant à _Van D_y_ck_, qui n’est pas anglais, c’est à tort -qu’on le prononce souvent _van’ daïc_: ce serait plutôt _van’ dèïc_; -mais le plus simple est de le franciser en _i_, comme on fait pour -_Zu_i_derzée_. - -[320] Et dans _f_û_t_ substantif et _f_û_t_ verbe, dans _d_û, _m_û, -_cr_û, et _aff_û_t_, comme dans (a)oû_t_, _c_oû_t_, _g_oû_t_, -_dég_oû_t_, _rag_oû_t_, _m_oû_t_ et _sa_oû_l_. Pour _-ue_ et _-oue_, -voir ce qui est dit page 56. - -[321] Moins dans _sur_ préposition, qui est proclitique, à moins qu’on -ne dise, par exemple, _j’aime mieux sous que s_u_r_. - -[322] Il ne faut pas confondre les finales latines en _-us_, qui sont -moyennes, avec les finales grecques en _-eus_: voir page 92, note 2. - -[323] La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent -«Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà _f_ou_ille_ long et -_farf_ou_ille_ bref, et cette distinction n’a pas entièrement disparu. - -[324] L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en _-ûmes_ -et _-ûtes_ que dans les autres. Il ne l’est guère dans _b_û_che_ et -_emb_û_che_. Il ne peut pas l’être non plus dans _m_û_r_, _m_û_re_ et -_s_û_r_, puisque _-ur_ est déjà long sans accent, ni dans _piq_û_re_, -orthographe conventionnelle destinée à éviter le double _u_ de -_piqu-ure_. - -[325] Il serait bon de faire longs quelques _u_ latins: _ab_ u_no disce -omnes_, _audaces fort_u_na juvat_, _d_u_ra lex sed lex_, _in utroque -j_u_re_, _nec pl_u_ribus impar_. - -[326] Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’_=u=_ de _tu_ -devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante. -Il en est de même de _auj_o_rd’hui_ pour _auj_ou_rd’hui_, et _s’coupe_ -pour _s_ou_coupe_, qui s’entendent fréquemment dans le peuple. Dans la -conversation très rapide et familière, on supprime souvent _ou_ dans -_vous_ devant une voyelle: _si v_(ou)_s avez_, ainsi que dans _t_(ou)_t -à fait_ ou _t_(ou)_t à l’heure_, après une voyelle; ce n’est point à -encourager. - -[327] La finale _-um_ était autrefois francisée en _on_ nasal; par -exemple, _te De_u_m_ se prononçait _tédéon_. Cela dura jusqu’à la fin -du XVIIIᵉ siècle, et l’on écrivait aussi bien _on_ que _um_: on trouve -_matrimonion_ dans le _Dépit amoureux_, et Voltaire fait encore rimer -_palladium_ avec _Ilion_. Nous avons conservé quelques traces de cette -prononciation. Si _factotum_, longtemps écrit _factoton_, a repris -définitivement le son _om_, si _factum_ ne se prononce plus _facton_, -comme le voulait encore Mᵐᵉ Dupuis, en revanche, _dictum_, _rogatum_ -et _totum_ sont devenus définitivement _dicton_, _rogaton_ et _toton_. -_Aliboron_ est aussi pour _Aliborum_, dont l’origine est inconnue. -Que dis-je? _péplon_, pour _peplum_, est encore dans le _Dictionnaire -général_, mais en vérité on ne l’emploie plus. - -[328] Ou en latin devant un autre _m_: _cons_u_m-matum est_, _s_u_m-mum -jus_, _s_u_m-ma injuria_; mais _n_u_m-mulite_, et _n_u_m-mulaire_ ont -pris le son _u_. - -[329] On prononce naturellement _-um_ par _o_ dans les noms propres -latins: _Latium_, _Herculanum_, _Pæstum_, etc.; mais on prononce par -_u_ _Vert_u_mne_, _D_u_m-norix_ et _M_u_m-mius_. En Suisse romande, -on dit même _alboum_, _foroum_, etc., comme en Suisse allemande ou -italienne, suivant la véritable prononciation du latin. - -[330] On vient d’en voir des exemples. L’_u_ scandinave ou hollandais -se prononce toutefois comme le nôtre: U_léa_, U_méa_, U_trecht_. - -[331] _Ad libit_u_m_, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les -mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par _o_, -suivant la manière française de prononcer le latin. - -[332] Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il -serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien -qu’allemands ou anglais. Même dans un nom comme _Gervinus_, il arrive -qu’on prononce _ghe_ à l’allemande et _nus_ à la française. On hésite -pour quelques-uns, comme U_r_, _Estramad_u_re_, _Cher_u_bini_, -_Gl_u_ck_, _K_u_rdistan_, _Vera-Cr_u_z_, _Y_u_kon_. On prononce -toujours ou de préférence _ou_ dans _Abat_u_cci_, _Card_u_cci_, -_Ci_u_dad-Réal_, _P_u_lci_ et _Y_u_ste_; dans _John B_u_ll_ et _British -M_u_se_u_m_; dans _Boch_u_m_, _Carlsr_u_he_, _F_u_chs_, _Gm_u_nd_, -_H_u_mperdinck_, _J_u_ngfrau_, _Kotzeb_u_e_, _Kr_u_pp_, _Metz_u, -_M_u_nkaczy_, _Niebel_u_ng_, _Nieb_u_hr_, _Rigik_u_lm_, _R_u_binstein_, -_R_u_hmkorff_, _Sch_u_bert_ (quoique on ne prononce pas le _t_), -_Sch_u_lhoff_, _Sch_u_mann_, _Siegm_u_nd_, _S_u_ppé_, _Th_u_n_, -_T_u_gendb_u_nd_, U_hland_, U_nterwalden_, _W_u_ndt_ et _Z_u_g_, et -tous les noms en _-b_u_rg_; dans _B_u_kovine_, _L_u_le-Bourgas_ et -_Usk_u_b_, dans _Y_u_s_u_f_ et _Hamm_u_rabi_, dans _Pég_u (écrit -aussi _Pégou_), _Bég_u_m_, _Th_u_gs_, _Chem_u_lpo_, _Shog_u_ns_ et -_F_u_si-Yama_, et à fortiori les noms moins connus. En France même, -_Bany_u_ls_ se prononce par _ou_ dans la région, ainsi que le _golfe -J_u_an_. L’_u_ ne se prononce pas dans l’italien _b_u_ona_, pas plus -dans _B_(u)_onaparte_ que dans _B_(u)_onarotti_, malgré les efforts des -émigrés, ni dans _e p_u_r si m_(u)_ove_ ou _galant_(u)_omo_. - -On remarquera que le cas de _Sch_u_ber_(t) est un admirable exemple -de demi-francisation. Mais le cas de _Gluck_ est bien particulier. -Ce mot fut sans doute francisé au XVIIIᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle, -on s’imagina que _gluc_, prononciation courante, était aussi la -prononciation allemande, et on se mit à écrire _Glück_, avec le tréma -qui, en allemand, sert à distinguer _u_ de _ou_. Mais jamais les -Allemands n’ont écrit ni prononcé _Glück_. S’ensuit-il qu’il faille -nécessairement prononcer _glouc_, comme font les spécialistes? En -aucune façon, car on n’a pas affaire ici à une tradition établie, comme -pour _Sch_u_bert_ et _Sch_u_mann_. On a donc le choix; mais de quelque -façon qu’on prononce, il faut écrire _Gluck_ uniquement. Mais dans -la prononciation de _Kluck_, il n’y a pas le choix. Beaucoup disent -et écrivent: le général allemand von Klück, avec le tréma. C’est une -faute. Et l’on doit prononcer Klouck. - -[333] De même _B_u_rne Jones_, _B_u_rns_, les mots en _-burn_ et -_-burne_, _B_u_rton_, _Ch_u_rchill_, _R_u_skin_, _R_u_ssel_, et les -mots en _-bury_, encore que _Salisb_u_ry_ puisse très bien être -francisé par les personnes qui ne savent pas l’anglais. _U_ initial se -prononce _iou_ dans _David H_u_me_, et dans U_nited States_ (ce qui -fait _iounaïted_). - -[334] Avec quelques noms propres: _Dec_am_ps_, _Féc_am_p_, -_Longch_am_p_, _Desch_am_ps_, _Col_om_b_. De même _P_aim_beuf_ ou -_G_am_betta_. Cet _m_ n’est en réalité qu’un _n_ modifié, soit en -latin, soit en français, pour s’accommoder à _b_, _p_, ou _m_, par -exemple dans les composés de _en_: em_barquer_, em_porter_, em_mener_. -L’_m_ de _triu_m_vir_ ou _déce_m_vir_ n’étant pas dans ce cas, il n’y a -point de nasale dans ces mots, qui gardent le son latin. - -[335] On trouve aussi l’_m_ exceptionnellement dans quelques noms -propres: _Ch_am_fort_ et _Ch_am_lay_, _D_om_front_, _D_am_rémont_ et -_D_am_ville_, et _S_am_son_, qui ont tous le son nasal, ainsi que -_D_om_martin_, où les éléments composants, _dom_ et _Martin_, restent -distincts, comme dans Mais_on_neuve. - -[336] Avec _Adam_. Autrefois les finales en _=-am=_ et _=-em=_, -sauf l’interjection _hem_, étaient toutes nasalisées (même dans -la prononciation du latin), aussi bien que les finales en _-um_: -_Abraham_, _Balaam_, _Roboam_, rimaient avec _océan_, _Jérusalem_ avec -_élan_, comme _Te Deum_ avec _odéon_. - -Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle qu’on commence à séparer l’_m_ -dans les finales en _-am_ et _-em_; mais Voltaire fait encore rimer -_Balaam_ avec _Canaan_ dans _la Pucelle_. De cette prononciation -nasale, il est resté, comme on voit, peu de traces. On ne prononce plus -guère _quidam_ comme au temps de La Fontaine (_kidan_): - - Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part, - Quand un _quidam_ parut... - -Ce mot avait même alors un féminin, qui était _quida_n_e_ et non -_quida_m_e_; aujourd’hui on prononcerait plutôt _kidame_ ou _kuidame_, -à la manière dont nous prononçons le latin; mais le mot n’est plus -guère employé. De même _dam_, que La Fontaine fait rimer avec -_clabaudant_ dans la fable du _Renard anglais_, n’appartient plus -guère qu’au vocabulaire théologique: _la peine du dam_. _Adam_ est, en -définitive, le seul mot usuel en _am_ qui ait gardé la finale nasale: -il était trop populaire pour que sa prononciation pût être altérée, je -veux dire défrancisée, comme l’a été celle d’_Abrah_am, par exemple: -il en est ainsi de tous les mots qui s’apprennent par l’oreille et -non par l’œil. _Macadam_ vient, il est vrai, de l’anglais _Mac-Adam_; -mais _Adam_ n’est pas nasal en anglais, et _macadam_, en qualité -d’étranger, s’est francisé, sans nasaliser sa finale. On connaît -l’anecdote de _quanquam_, autrefois prononcé _kankan_, comme _quisquis_ -était prononcé _kiskis_: la réforme de cette prononciation est due -au fameux Ramus. Mais comme cette réforme avait été faite en dehors -de la Sorbonne, les docteurs de Sorbonne menacèrent de la censure -ecclésiastique ceux qui adopteraient la nouvelle prononciation. Aussi, -un jeune prêtre, ayant négligé de prononcer _kankan_ dans une thèse -publique, vit la Sorbonne déclarer vacant un bénéfice considérable -qu’il possédait. La question fut portée au Parlement, et il fallut -l’intervention des professeurs du Collège Royal, Ramus en tête, pour -prouver le ridicule de ce procès. On sait par ailleurs que c’est le -grand usage du mot _quanquam_ dans les discussions de l’école qui a -donné naissance au mot _cancan_. - -Les suffixes _hem_ et _hen_, qui terminent beaucoup de noms de lieu -dans le nord de la France, nasalisent en _an_ ou _in_: Elinehem, -Tournehem font: _Elinan_, _Tournan_. - -[337] Ces mots s’écrivaient par un _n_ au moyen âge, et c’est la -réaction étymologique qui leur a rendu un _m_; mais le féminin de -_daim_ est toujours _daine_, et même _dine_ (formé du son _din_). Ne -pas confondre _étai_m avec _étai_n. Il faut ajouter ici _Joachim_, dont -nous reparlerons. - -[338] Ajouter _Riom_, _Billom_, _Condom_. - -[339] Pour les finales latines en _-um_, voir page 123. - -[340] Plus souvent encore des noms propres: _Pria_m, _Isla_m, _Wagra_m, -_Se_m, _Château-Yque_m, etc. - -[341] Voir pages 48, 64 et 74; de même dans _dam-ne_ et _autom-ne_. - -[342] C’est la prononciation du temps qui justifie le calembour -involontaire de Martine, dans _les Femmes savantes_: - - --Veux-tu toute ta vie offenser la _gr_am-_maire_? - --Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère? - - -[343] _Savamment_ est en effet pour _savant-ment_, et _fréquemment_ -pour _fréquent-ment_. - -[344] C’est le même phénomène que nous avons vu tout à l’heure dans -_rouennerie_: voir page 75, note 1. Nous reparlerons encore de la -décomposition de la nasale à propos des liaisons. - -[345] _Ennui_ a longtemps oscillé entre an-_nui_ et a-_nui_: de -même en-_noblir_ se confondait avec a-_noblir_. Les mots savants -_e_m-m_énagogue_ ou _e_n-n_éagone_ n’appartiennent pas à cette -catégorie et n’ont pas le son nasal. - -[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme _enhardir_, où -l’_h_, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas -d’_enharmonique_, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots -plus rares encore, comme _enarbrer_ ou _enarrher_, qui gardent aussi le -son nasal. - -[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de _do_ré_navant_, -qui est pour d’_ore en avant_; toutefois _en_ initial doit résister -mieux. - -[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà _énorgueillir_! - -[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais -la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le -XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté _fan_, et parfois _pan_, qui -manifestement auraient dû s’imposer. Que l’_o_ se soit conservé dans -les noms propres, comme _La_(o)_n_, _Cra_(o)_n_, _Ra_(o)_n-l’Étape_, -_Tha_(o)_n_, etc., qui se prononcent aussi par _an_, cela même -n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela -est parfaitement absurde: on écrit bien _flan_, qui est aussi pour -_flaon_. Écrit-on _paeur_, _veu_, ou _cheoir_? Il est vrai qu’on écrit -_asseoir_, et c’est inepte. On écrit aussi _Jean_ et _Jeanne_, mais ce -sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien -se passer de leur _e_, aussi bien que _à jeun_. - -C’est encore par _an_ que se prononcent deux mots français que nous -retrouverons, _C_(a)_en_ et _Saint-S_(a)_ëns_, avec _Jord_(a)_ens_; -mais on sépare _Lyca-on_, _Pha-on_, _Phara-on_, etc., mots anciens et -savants. _Saint-L_(a)_on_ se prononce par _on_. - -[350] De même _La_(on)_nais_, _Cra_(on)_nais_ ou _Ca_(en)_nais_, et -aussi _Cra_(on)_ne_, le tout avec un _a_ simple. - -[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres -en _-an_, étrangers aussi bien que français: _Aldébar_an, _Burid_an, -_Ceyl_an, _Cor_an, _Érid_an, _Ériv_an, _Haïn_an, _Lém_an, _Magell_an, -_Michig_an, _Ir_an, _Kaz_an, _Lockm_an, _M_an, _Nich_an, _Osm_an, -_Othm_an, _S_an-(pour Saint), _Turkest_an, _Tuyen-Qu_an, _Wot_an (sauf -dans Wagner), _Yucat_an, _Yunn_an, _Zurbar_an, et la particule flamande -_Van_, du moins devant une consonne: _V_an _Dick_. Nous ne nasalisons -pourtant ni _Ahrima_n, ni _Flaxma_n, _Wisema_n ou _Wouverma_n, ni bien -entendu les noms en _-mann_. - -[352] On nasalise la finale _=-and=_ ou _=-ant=_ dans _Coven_an_t_, -_Rembr_an_dt_, et tous les noms géographiques en _-land_, qu’on y -prononce le _d_ ou non: voir au chapitre du _D_. De plus, et sans -parler des noms anciens, comme _S_am_son_, _P_am_phylie_ ou _Z_an_te_, -ni des noms à forme française, comme _Moz_am_bique_, _P_am_pelune_ -ou _Z_an_zibar_, on nasalise aussi _an_ intérieur dans An_dersen_, -An_gelico_, _B_am_berg_ (malgré le _g_ qui sonne), _C_am_bridge_, -_C_am_panella_, _C_am_po-Formio_, _C_am_po-S_an_to_, _C_am_pra_, -_Ch_an_dos_ (malgré l’_s_ qui se prononce), _Cr_an_mer_, _Exelm_an_s_, -_Gér_an_do_, _K_an_dahar_, _K_an_sas_, Kant, _M_an_cini_, _M_an_tegna_, -_M_an_zoni_, _Oub_an_ghi_, _R_an_cke_, _S_an_dwich_, _S_an-_Francisco_, -_S_an_grado_, _S_an_ta-_ (pour Sainte-), _S_an_tander_, _S_an_tiago_, -_S_an_zio_, _Serv_an_doni_, _South_am_pton_ (malgré la finale -sonore), _St_am_boul_, _St_am_boulof_, _St_an_dard_, _Tag_an_rog_, -_T_an_ganyika_, _Trav_an_core_, _V_am_béry_, _V_an_couver_, _Z_am_pa_, -_Z_am_pieri_, etc. On ne nasalise pas _Eva_n_s_, _Kilima_-n’_djaro_, -_Ma_n_teuffel_, _Sta_n_ley_, fort peu _Uhla_n_d_ ou _Wiela_n_d_, et les -noms moins connus, ni _am_ suivi d’une consonne autre que _b_ ou _p_. -Toutefois, dans _Sal_am_mbô_, on nasalise _am_, comme dans _S_am_son_, -tout en prononçant le second _m_. - -[353] _Bi_en_faisant_, _bi_en_séant_, _bi_en_tôt_, _bi_en_venu_, etc. -(_bi-ennal_ n’en est pas), _chi_en_dent_ et _vauri_en. Notons en -passant que dans la conversation très familière, _eh bien_ se réduit -souvent à _eh ben_, et même à _ben_ tout court, toujours avec le son -_in_. - -[354] De même tous les noms propres anciens, _Aché_-en_s_, -_Phocé_-en_s_, etc., _Claudi_en, _Juli_en, _Justini_en, _Valéri_en, -_Luci_en, _Vespasi_en, etc., avec _Édu_en_s_; et aussi les noms -modernes, _Gi_en, _Talli_en, le _Titi_en, avec _Engh_(i)en, quoique ce -mot perde son _i_ (anghin). - -[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans _chi_en_lit_, malgré -la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec _chi_en_dent_, -composé de _chi_en. A la préposition _en_ il faut ajouter trois ou -quatre noms de villes: _Ca_en (et _Deca_en), _Ecou_en, _Rou_en, et -_Saint-Ou_en, que les Parisiens prononcent volontiers saintou_in_, on -ne sait pourquoi. - -[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation -_examène_ n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que -méridionale. - -[357] On trouve aussi _éden_ rimant avec _jardin_, rime -particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les _Juifves_, -Robert Garnier faisait rimer _éden_ avec _Adam_. Émile Goudeau, dans -sa fameuse _Revanche des Bêtes_, a fait rimer _abdomen_ avec _carmin_: -je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à _spécimen_ prononcé par -_in_, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le -rencontre bien souvent. Le son nasal _in_ s’est maintenu dans quelques -noms propres, _Ag_en, _Rub_en, _Sirv_en, et aussi _Bo_ën (boin) et -_Cah_en, et surtout dans les noms bretons: _Chatelaudr_en, _Dupuytr_en, -_Elv_en, _Guich_en, _Kerguél_en, _Lesnev_en, _Pleyb_en, _Pont-Av_en, -_Rospord_en, _Suffr_en, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment -_sufrène_ ou _kerguélène_, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on -doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette -prononciation. - -[358] On notera par suite la différence de prononciation entre -_comédi_en (yin) et _ingrédi_en_t_ (yan), _draconi_en (yin) et -_inconvéni_en_t_ (yan), _histori_en (yin) et _Ori_en_t_ (yan), etc. -C’est aussi _an_ qu’on entend dans _Hers_en_t_, _Sarg_en_t_ ou -_Bénév_en_t_. - -[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales -des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps -prononcées _ont_ ou _ant_, ont fini par devenir aussi muettes que -l’_e_ simple: _aim_(ent) ou _aim_(e), _aimai_(ent), _aimèr_(ent). -Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le -_t_, comme _psch_e_nt_, _privat-doc_e_nt_, _great-ev_e_nt_, _K_e_nt_, -_Taschk_e_nt_; _zend_ se nasalise en _in_, et on articule la consonne, -comme dans le latin _bis repetita plac_en_t_. - -[360] Je parle de _-ens_ après consonne, bien entendu: nous savons déjà -que _tiens_ et _viens_ et leurs dérivés, et les pluriels en _-éens_ et -en _-iens_, avec _Amiens_ ou _Damiens_, ont toujours le son _in_. - -[361] C’est aussi le son latin (_ince_) qu’on entend dans presque tous -les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers: -_Camo_ën_s_, _Dick_en_s_, _Flour_en_s_, _Huygh_en_s_, _Mart_en_s_, -_Perr_en_s_, _Poug_en_s_, _Puylaur_en_s_, _Rabast_en_s_, _Rub_en_s_, -_Saint-Gaud_en_s_, _Thor_en_s_, _Val_en_s_, etc. (avec _Morc_en_x_ ou -_Navarr_en_x_). Ajoutons que des noms comme _Dick_en_s_ et _Huygh_en_s_ -peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que _Stev_en_s_. Toutefois -quelques noms propres français ont réussi à garder le son _an_ -tout en faisant sonner l’_s_: _Arg_en_s_, _Dulaur_en_s_, _J.-P. -Laur_en_s_, _L_en_s_, _S_en_s_, et aussi _Jord_(a)ën_s_ (dance), -avec _Saint-S_(a)ën_s_. _Cobl_en_tz_ se prononçait naguère encore -_Coblance_; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit -qu’après _en_ l’_s_ se prononce toujours ou à peu près dans les noms -propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer; -et dans ceux-là, à part _Samoëns_, qui se prononce _Samoin_, c’est le -son _an_ qui se maintient, comme dans les mots proprement français, -_g_en(s) ou _dép_en(s). Ce sont d’une part _Fur_en(s), _Confol_en(s) -et _Doull_en(s), d’où _Confolennais_ et _Doullennais_ prononcés par -_a_, avec _Saint-S_(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre -part une héroïne et une localité vaudoises, _Clar_en(s) et _M_ᵐᵉ -_de War_en(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms -propres par _ince_, comme les mots latins, fait altérer constamment la -prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures -traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même -la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à -Confolens même la prononciation _confolince_ commence à se répandre: ce -serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord; -mais est-ce bien sûr? - -[362] Et aussi dans _Timour-L_en_g_ (d’où _Tamerlan_) et -_Aur_en_g-Zeyb_, noms anciens; mais le moderne _Flam_en_g_ se prononce -par _ingue_, comme on prononce _inque_ dans _Méz_en_c_, _Teisser_en_c -de Bort_ ou _Dehod_en_c_, noms méridionaux. - -[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms -propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: _Clar_en_ce_, -_May_en_ce_ et _Val_en_ce_ (d’Espagne), aussi bien que _Prud_en_ce_, -_Fulg_en_ce_, _Tér_en_ce_, _Jouv_en_ce_, _Val_en_ce_ (de France), -_V_en_ce_ et _Prov_en_ce_ (_Lawr_en_ce_ fait exception et se prononce -_Lôrèns’_); de même _W_en_des_ et _Ost_en_de_, comme _M_en_de_, -_T_en_de_ ou _Port-V_en_dres_; _Tar_en_te_, _Sorr_en_te_ et _Tr_en_te_, -comme _Sal_en_te_; _Nouvelle-Z_em_ble_, comme _Gart_em_pe_ et même -_Gardonn_en_que_. - -[364] Même dans les noms propres anciens: on prononce Em_pédocle_, -En_celade_, En_dor_, En_dymion_, comme Em_brun_ ou En_tragues_; -toutefois on prononce Em_porium_ par _in_, parce que sa forme est -purement latine. - -[365] Ce qui a entraîné _c_en_tumvir_, que quelques-uns prononcent -par _in_. Dans _quattroc_en_to_, on ne doit pas nasaliser _en_, le -mot restant italien; mais _quattroc_en_tiste_, qui est francisé, se -nasalise par _in_. - -[366] De même dans les noms propres: _Arg_en_son_, _Arg_en_tan_, -_Arg_en_teuil_, _Arm_en_tières_, _Beaug_en_cy_, _Bér_en_ger_, -_Bes_en_val_ (il paraît qu’on devrait prononcer _bézval_), -_Car_en_tan_, _Carp_en_tras_, _Cav_en_tou_, _Char_en_ton_, -_Clem_en_ceau_, _Cot_en_tin_, _Daub_en_ton_, _From_en_tin_, -_G_en_lis_, _G_en_sonné_, _H_en_daye_ (autrefois écrit An_daye_), -_L_en_glet-Dufresnoy_, _M_en_ton_, _Montmor_en_cy_, _Montp_en_sier_, -_Porr_en_truy_, _Saint-Qu_en_tin_, _S_en_lis_, _Tar_en_taise_, -_T_en_cin_, _Lally-Toll_en_dal_, _Val_en_çay_, _Val_en_ciennes_, -_Val_en_tinois_, _V_en_dée_, _V_en_dôme_, _V_en_toux_, _Ys_en_grin_, -etc., etc. - -[367] Avec les expressions latines _castigat rid_en_do mores_, _festina -le_n_te_, _habemus confit_en_tem reum_, _intellig_en_ti pauca_, _nunc -est bib_en_dum_, _o t_em_pora_, _panem et circ_en_ses_. - -[368] Et aussi _P_en_tateuque_ ou _P_en_thésilée_; mais _P_en_tecôte_, -qui est ancien et populaire, a gardé le son _an_; _P_en_thée_ aussi, -généralement. Pour _P_en_télique_, il y a doute. - -[369] On l’a fait pourtant dès l’origine, et l’abbé Barthélemy écrivait -même _v_in_démiaire_, au témoignage de Domergue. - -[370] _M_en_tor_ n’est répandu que depuis le _Télémaque_ de Fénelon, et -l’on prononça d’abord _M_é_n-tor_, qui naturellement s’est nasalisé en -_in_. - -[371] Il y a aussi quelques noms propres français qui ont le son -_in_, sans qu’on sache pourquoi, comme _B_en_serade_ (attesté dès -1711), _Buz_en_val_ (à côté de _Bes_en_val_ par _an_), _Mag_en_die_, -_P_en_thièvre_ (que quelques-uns prononcent par _an_, mais qui est -attesté depuis 1761). Ces noms sont rares, sauf dans le Midi. On -prononce encore par _in_ Em_porium_, quoique _em_ soit initial, et -surtout _B_en_jamin_ et _M_em_phis_, _L_en_tulus_, _S_em_pronius_ -et _S_em_pronia_, et _Ter_en_tia_. _Hort_en_sius_ semblerait devoir -aussi se prononcer par _in_: il a probablement subi l’analogie de -_Hort_en_se_ et _hort_en_sia_, qui en dérive; _Av_en_tin_ a dû -subir celle du français _av_en_t_, d’autant plus que _intin_ était -désagréable; enfin _T_em_pé_, sur lequel on hésite, suit aisément celle -de _t_em_ps_. Nous avons vu que la finale _-en_ se prononçait _in_ dans -les noms propres bretons; à fortiori _-en-_ intérieur: _P_en_march_ -se prononce peut-être _pèn_(e)_mark_ en breton, mais en français de -Bretagne on nasalise, et on prononce _p_in-_mar_, comme dans _Lesnev_en -ou _Suffr_en. - -[372] _Cresc_en_do_ se francise certainement en _cressindo_, et on -en a même fait un substantif. Pourtant les musiciens le prononcent -volontiers à l’italienne, _créchèndo_; et on doit le prononcer ainsi -dans la grande tirade de la calomnie du _Barbier de Séville_, où ce -mot vient après _r_in_forz_an_do_, qui ne tolérerait pas les nasales. -_Crechin-do_ seul est à éviter. - -[373] Il en est de même pour les noms propres que pour les autres. -Très peu de noms étrangers nasalisent _en_ par _an_: En_gadine_, où -_en_ est initial, _Carp_en_tarie_, quelquefois _Gr_en_ville_ (mais -à tort), _G_en_gis-Khan_ et _G_en_séric_, qui sont fort anciens, -_Hott_en_tots_ et _Maz_en_déran_, qui s’écrit aussi _Maz_an_déran_, -_Lux_em_bourg_, _R_em_brandt_. Presque tous les noms qui nasalisent -_en_ le font naturellement en _in_: _Ab_en_cérages_, _Alt_en_bourg_, -_A K_em_pis_, _App_en_zel_, _B_en_der_, _B_en_da_, _B_en_fey_, -_B_en_gale_, _B_en_guela_, _B_en_tivoglio_, _B_en_tley_, _B_en_venuto -Cellini_, _Br_en_ta_, _Br_en_tano_, _Cav_en_dish_, _C_en_ci_, -_Clem_en_ti_, _Cos_en_za_, _Dar_em_berg_, _Emm_en_thal_, _Fa_ën_za_, -_Fl_en_sbourg_, _Fol_en_go_, _Form_en_tera_, _Furst_em_berg_, -_Gass_en_di_, _Girg_en_ti_, _Gro_ën_land_, _Gutt_em_berg_, -_Lor_en_zaccio_, _Low_en_dal_, _Mack_en_zie_, _Mag_en_ta_, _Mar_en_go_, -_Meckl_em_bourg_, _M_en_cius_, _M_en_delssohn_, _M_en_doza_, -_M_en_tana_, _Nur_em_berg_, _Od_en_sée_, _Off_en_bach_, _Old_en_bourg_, -_P_en_djab_, _P_en_sylvanie_, _Sacram_en_to_, _Sem_en_dria_, -_Smol_en_sk_, _Stru_en_sée_, _Tagliam_en_to_, _Tol_en_tino_, -_Val_en_tia_ et _Val_en_cia_, _W_en_ceslas_, _Wiss_em_bourg_, -_Wurt_em_berg_, et aussi _M_en_dès_ et _St_en_dhal_. Plusieurs de ces -noms peuvent aussi se prononcer sans se nasaliser comme Daremberg, -Wissembourg. Doivent être prononcés sans nasale la plupart de ceux qui -ne sont pas cités ici: d’abord ceux qui ont _em_ suivi d’une consonne -autre que _b_ ou _p_, comme _Emden_, et même _B_e_mbo_, _L_e_mberg_ -et _P_e_mbroke_, malgré le _b_ qui suit; et d’autre part E_ncke_, -E_ngelman_, _Hoh_e_nlohe_, _K_e_ntucky_, _M_e_ntchikoff_, _Ri_e_nzi_, -_Rod_e_nbach_, _Steph_e_nson_, _Swed_e_nborg_, _Si_e_nkiewicz_, -_Si_e_m-Reap_, _Ti_e_n-tsin_, _Tuy_e_n-Quan_, et tous les autres, -moins connus, dans lesquels l’_e_ est ordinairement presque muet, -quand il n’est pas tonique ou initial, comme dans _Wall_(e)_nstein_, -_Liecht_(e)_nstein_ ou _Tug_(e)_ndbund_. - -[374] Le groupe final _in_ (avec _ain_ et _ein_) étant toujours nasal -dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans -_Ysengr_in, _Lohengr_in (sauf en musique), _Ca_ïn, _Ebro_ïn, _Méch_ain, -_T_ain, _Et_ain, _S_ein ou _C_ain (ne pas confondre avec _Caïn_), pas -plus que dans _H_in_cmar_, _M_aim_bourg_, _P_aim_bœuf_ ou _P_aim_pol_, -ou dans _C_ym_balum mundi_. L’_y_ ne change rien non plus à la nasale -finale de _Jocel_yn et _Jam_yn, qu’on décompose quelquefois très mal -à propos, surtout pour _Jam_yn, qui était certainement nasal au XVIᵉ -siècle. - -[375] Pour les noms propres, les finales de _Berl_in, _Dubl_in, -_Eliac_in, _Fic_in, _Frankl_in, _Guerch_in, _Kreml_in, _Pék_in, -_Pérug_in, _Tess_in, _Tonk_in, _Wiscons_in, _Witik_in(d), sont -françaises depuis longtemps; on peut y ajouter _Arg_(u)in, _K_œ_chl_in, -_Vielé-Griff_in, _Yers_in, _Zeppel_in, etc. A l’intérieur, outre -_Ed_im_bourg_, _F_in_gal_, _F_in_lande_, _Irm_in_sul_, _M_in_turnes_, -_S_im_plon_, _Thur_in_ge_ ou _Verc_in_gétorix_, qui sont anciens, -outre _Rob_in_son_, _Gœtt_in_gue_, _Tub_in_gue_ et _Zw_in_gle_, -on nasalise aussi _Ch_im_borazo_, _C_in_tra_, _Damoreau-C_in_ti_, -_M_in_cio_ et _V_in_ci_, _Birm_in_gham_, _C_in_cinnati_, _L_in_coln_, -_L_in_gard_, _L_yn_ch_ et _S_in_ger_. On nasalise également _Champl_ain -et _Chamberl_ain (mais non _G_ai_nsborough_), ainsi que _M_ein, -_H_ein_sius_, _Huss_ein-_Dey_, _S_ein_galt_ et _St_ein_kerque_. On -hésite pour certains mots, comme _Stett_in et _Behr_in_g_. On ne -nasalise pas la finale de _B_oe_ckl_i_n_, _Brookl_i_n_, _Darw_i_n_, -_Elg_i_n_, _Em_i_n-pacha_, _Er_i_n_, _Erw_i_n_, _Rob_i_n-Hood_, -_Kazb_i_n_, _Sakhal_i_n_ (écrit aussi _Sakhaline_), _Schwer_i_n_ -(quoique _Meckl_em_bourg_ soit francisé), _Szeged_i_n_, _Tien-ts_i_n_, -_Widd_i_n_, ni même _Lohengr_i_n_, du moins en musique, car ce nom, -qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre -national _Ysengr_in, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand. -Si on nasalise certains noms flamands en _-inck_, comme _Edel_i_nck_, -_M_ae_terl_i_nck_, il ne paraît guère possible de nasaliser les -noms en _-ing_ ou _-ings_, _Essl_i_ng_, _Kipl_i_ng_, _Meml_i_ng_ ou -_Hast_i_ngs_, ni _Semipalat_i_nsk_; pas davantage le groupe intérieur -ou initial de _K_i_mberley_, _H_i_mly_, _T_i_mgad_ ou _W_i_mpffen_, -de _Berlich_i_ngen_, _Bol_i_ngbroke_, _Bon_i_ngton_, _Buck_i_ngham_, -_Elch_i_ngen_, _F_i_nmark_, _Gl_i_nka_, _Gr_i_ndelwald_, I_n-salah_, -I_nterlaken_, I_nverness_, _Liv_i_ngstone_, _Mac-K_i_nley_, -_Mack_i_ntosh_, _Mein_i_ngen_, _Minnes_i_nger_, _P_i_nturicchio_, -_Str_i_ndberg_, _Sw_i_nburne_, _rio T_i_nto_, _T_y_ndall_, -_V_i_nhlong_, _Wadd_i_ngton_, _Wash_i_ngton_, _Well_i_ngton_, -_Westm_i_nster_, _W_i_ndsor_, _Z_i_nder_, etc., etc. Le groupe _ein_ -qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce -_aïn_, en une syllabe, ne saurait se franciser en _in_, sauf dans -_Mein_; mais il se francise parfois à moitié en _èn_: toujours la -demi-francisation. Ainsi prenons _Rubinstein_ (roubin’staïn): on -nasalise _in_ sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à -l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde -sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc -à respecter l’_n_, comme on le fait dans _Ibse_n ou _Beethove_n, ou -dans _policema_n, et c’est _ei_ tout seul qui se francise comme dans -_Leibniz_; on a ainsi _Rubinstèn_. Il n’y a pas grand’chose à dire à -cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que -d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de -prononcer à l’allemande _Holbein_ et aussi _Gérolstein_. - -[376] _Contemplations_, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835. -Cf. _l’Ane_, VI, et _Toute la Lyre_, IV, XXV. - -[377] En revanche, c’est _o-in_ qu’il faut prononcer dans les composés -de _co-_, comme _co-ïncidence_, ou _co-intéressé_, où la diphtongue -_oin_ n’a rien à faire. - -[378] _Châtiments_, IV, XIII, pour rimer avec _Drouyn_, dont la finale -est nasale, comme celle de _Gédoyn_. - -[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de _meur-trier_ ou -_en-crier_, qui ont dû nécessairement se décomposer. - -[380] Sauf tout au plus dans _Drou_yn el _Duguay-Trou_in. Si _Ébro_-ïn -a trois syllabes, c’est à cause du tréma. - -[381] Nous avons déjà rapproché _m’sieur_ de _m’man_: voir page 39. - -[382] Voir page 133. _A-on_ s’est maintenu dans _Phara-on_ et -_Lyca-on_, comme _o-on_ dans _Démopho-on_ ou _Laoco-on_. - -[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand _kr_o_nprinz_. =_On_= -final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français -depuis longtemps, _Aar_on, _Plat_on, _Sol_on, etc., etc., mais non -dans quelques noms savants en _-eion_, ni dans _Poseid_ô_n_, ni -dans _Organ_o_n_ ou _Satyric_o_n_. _On_ final anglais, qui s’est -nasalisé et francisé dans _singlet_on et _Robins_on, le héros de -Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans _Bac_on, -_Byr_on, _Casaub_on, _Domini_on, _Et_on, _Fult_on, _Gibb_on, -_Gord_on, _Mélancht_on, _Newt_on, et au besoin _Nels_on et _Milt_on; -mais la plupart des noms propres en _-son_ et _-ton_ se prononcent -sans nasale, avec un _o_ faible: _Addis_o_n_, _Ben Johns_o_n_, -_Edis_o_n_, _Emers_o_n_, _Huds_o_n_, _Mac-Phers_o_n_, _Roberts_o_n_, -_Stephens_o_n_, _Tennys_o_n_, _Thoms_o_n_, et aussi _Bergs_o_n_; -de même _Chattert_o_n_, _Fult_o_n_, _Hamilt_o_n_, _Palmerst_o_n_, -_Prest_o_n_, _Southampt_o_n_, _Washingt_o_n_, _Wellingt_o_n_, etc. -On nasalise _Apchér_on, _Bagrati_on, _Balat_on, _Fouta-Djall_on, -_Khers_on, mais non _Lang_-_S_o_n_. Quant à _on_ non final, il se -nasalise généralement comme en français: _B_om_bay_, _C_on_cini_, -_Cr_on_stadt_, _D_om_browski_, _G_on_gora_, _Kl_on_dyke_, _L_om_broso_, -_Missol_on_ghi_, _M_on_ck_, _M_on_mouth_, On_tario_, _Sebastien del -Pi_om_bo_, _P_om_bal_, _Sp_on_tini_, _T_om_bouctou_, _T_on_ga_, -_T_on_gouses_, _Tor_on_to_, _Wisc_on_sin_, etc.; plus rarement dans -_Sch_o_mberg_ ou _S_o_nderbund_, ou dans _Heaut_o_ntimoroumenos_; -jamais dans _om_ suivi d’une consonne autre que _b_ ou _p_ (malgré le -français _D_om_front_ et _D_om_martin_). - -[384] Avec _acup_un_cture_, _av_un_culaire_, _becab_un_ga_, -_inf_un_dibuliforme_, _n_un_cupatif_, _op_un_tia_, _t_un_gstène_ -ou un_guis_; mais il se prononce _un_ dans _hic et nunc_. Um_ble_ -(poisson) est devenu om_bre_. Quant aux noms propres, on prononce -_on_ dans _Ann_un_zio_, _Ar_un_s_ (que Voltaire écrit _Arons_), -_Col_um_bus_, _D_un_ciade_, _D_un_dee_, _D_un_s Scot_, _D_un_stan_, -_F_un_chal_, _H_um_boldt_, _North_um_berland_ et _C_um_berland_, et -même _B_un_sen_; on hésite entre _on_ et _un_ pour _D_un_can_ ou -_Maj_un_ga_, _L_un_d_ et _S_un_d_, et par suite _Strals_un_d_ et -_Bomars_un_d_; mais on prononce _un_ quand le groupe est final, dans -_Ir_un, _Lesc_un, _Oss_un, et même _Fal_un, comme dans _Loud_un, -_Mel_un ou _Châteaud_un (et _D_un_kerque_); on prononce encore -_un_ dans _Bels_un_ce_ ou _H_um_bert_, dans _C_un_ctator_, dans -_Br_un_swick_, _G_un_ther_ et _M_un_ster_. Quand _un_ ou _um_ n’est pas -nasal, _u_ se prononce _ou_ (voir page 125, note 1). - -[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la _Revue de -philologie française_, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques -additions. - -[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique -dans _dis-l_e, et muet dans _dis-j_e? Tonique à l’origine dans l’un -et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout -ailleurs; mais _le_ résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est -pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple: - - Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut, - -où _l_’e est _muet_. Mais cette prosodie, encore fréquente dans -Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup -d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est -même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet _e_ devant un point dans -_Cromwell_: - - Chassons-l(e). Arrière, tous! - - -[387] L’_e_ est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’_e -muet_, devant deux consonnes, dans le préfixe _re-_ (_r_e_ssembler_, -_r_e_ssortir_), dans _d_e_ssus_ et _d_e_ssous_ et quelques noms -propres commençant par _de-_ ou _le-_, la seconde consonne étant -_l_ ou _r_: _D_e_braux_, _D_e_bry_, _D_e_crès_, _D_e_prez_, etc., -_L_e_blanc_, _L_e_brun_, _L_e_clerc_, _L_e_dru-Rollin_, _L_e_franc_, -_L_e_grand_, _L_e_prince_, _L_e_tronne_, _L_e_vroux_, etc.; de même -dans _l_e_vraut_, _l_e_vrette_ et _l_e_vron_. Nous reviendrons sur le -préfixe _re-_. - -[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’_e muet_ se fait -par-dessus _s_ ou _nt_ pour éviter la liaison: _tu aim_(es) _à rire_, -_ils aim_(ent) _à rire_; mais que la liaison se fasse on non, c’est -tout un pour l’_e muet_, qui ne se prononce pas plus dans un cas que -dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue -de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre. - -[389] De même _l_e _Yalou_, _l_e _Yang-tsé-kiang_, _l_e _Yémen_, -_l_e _Yucatan_, _l_e _Yunnan_, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, -l’_Yémen_. L’=_i_= initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut -être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit _i_ ainsi -dans I_éna_, aussi bien que dans J_ohannisberg_; et les matelots qui -parlaient naguère de la catastrophe _du_ I_éna_, parlaient, en réalité, -plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient -_l’Iéna_, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout -le monde dit _le pont d’Iéna_, mais cela tient à ce que, après un _d_, -_ié_ reste plus facilement diphtongue qu’après un _l_. - -[390] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, acte I, scène 1. On dirait de -même, le cas échéant, _ce ouais_, et aussi bien _ce ah_, _ce oh_: en -général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au -plus celle de la préposition _de_. - -[391] Après d’autres mots que _le_, _de_, _ce_, _que_, l’élision se -fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à -conserver l’hiatus apparent, même entre deux interlocuteurs: - - Quoi! de ma fille?--Oui; Clitandre en est charmé. - Moi, ma mère?--Oui, vous. Faites la sotte un peu. - _Femmes savantes_, II, 3, et III, 6. - -Il a fait la même chose devant _ouais_ (_ibid._, V, 2). - -[392] On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui -commencent par _oua-_, comme _le Ouadaï_, plus usité que _l’Ouadaï_. - -[393] Nous reviendrons sur _huit_, au chapitre de l’_H_. - -[394] Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait -_l’onzième_; mais si Corneille aussi disait _l’onzième_ (_Cinna_, acte -II, scène 1), peut-être était-ce simplement de peur de faire un hiatus, -comme V. Hugo disait _l’y-ole_. Leconte de Lisle aussi, pour le même -motif, n’osant pas d’ailleurs aller jusqu’à dire _l’onzième siècle_, -dit, du moins, dans _les Deux Glaives_, IV: - - Le siècl(e) onzième est mort... - -Ponsard, dans _Ulysse_, II, 4, a judicieusement accepté l’hiatus: - - Et _le_ onzième jour, la tempête calmée - Lui permit de partir, suivi de son armée. - - -[395] Mᵐᵉ DE NOAILLES, _Éblouissements_, _La douceur du matin_. - -[396] CORNEILLE, _Au roi, Sur sa campagne de 1676_. - -[397] Dans les cafés ou restaurants, on dit: _servez à l’as_, _voyez -à l’as_, pour dire _à la table 1_. C’est très probablement parce que -_servez au un_ serait désagréable, _l’un_ étant d’ailleurs évité -instinctivement. Certains, comme les journalistes, disent _la une_, -pour la première page. - -[398] _Légende des siècles_, XXI, II. - -[399] Voir M. GRAMMONT, _Mémoires de la Société de linguistique_, tome -VIII, pages 53-57. - -[400] Ou _éch’vèlé_, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable -prononce-t-on ainsi? - -[401] C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés -complètement que par la chute d’une consonne: _saue_r_kraut_ est devenu -_choucroute_ en perdant un _r_, _roa_t_sbeef_ et _beef_s_teack_ ont -perdu un _t_ ou un _s_. D’autres ont intercalé un _e muet_ après la -seconde consonne, comme _part_e_naire_, de l’anglais _partner_, ou -_lansqu_e_net_, de l’allemand _landsknecht_. Voir sur ce point Léonce -ROUDET, _Remarques sur la phonétique des mots français d’emprunt_, dans -la _Revue de philologie française_ de 1908. - -[402] Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui -que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup -trop de chanteurs le prononcer comme _eu_ fermé. Cette prononciation -de l’_e_ final est particulièrement grotesque au café-concert, où on -appuie d’une façon invraisemblable: - - Mariet’teu, - Ma mignonet’teu, - Tu m’as quitté, ça, c’est pas chouet’teu. - -Il paraît que cela fait partie intégrante du genre! - -[403] Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas -en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur -font contester même des phénomènes constatés par des instruments -enregistreurs. C’est à peu près comme s’ils disaient qu’il ne fait pas -froid quand le thermomètre est à dix degrés au-dessous de zéro. Mais -leurs dénégations obstinées n’empêchent pas les faits d’être les faits. - -[404] Voir surtout pages 56 et 117. - -[405] Pour l’_e_ final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se -rappelle que l’_e_ final anglais atone ne s’entend pas non plus. - -[406] Le peuple conserve volontiers l’_e_ final de _cette_ au détriment -du premier: _c_(et)_te femme_; mais cette prononciation, autorisée -autrefois, est aujourd’hui expressément évitée par les gens qui veulent -parler correctement. - -[407] En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne; -mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui -paraît ainsi précédée d’une consonne et suivie d’une autre. Quelques -personnes se croient obligées de prononcer l’_e_ muet dans une -rencontre comme celle de _onze sous_, afin de maintenir la distinction -de la douce et de la forte; mais _ons’ sous_ est plus fréquent et -parfaitement naturel. J’ajoute que dans ce cas, comme dans tous les cas -pareils, il est indispensable de prononcer la consonne double, sans -quoi on confondrait, par exemple, _une noix_ avec _une oie_. - -[408] Sans quoi _rien_ se décomposerait. Nous reviendrons plus loin -sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien _une petit’ -lieue_, sans que _lieue_ soit décomposé, l’influence de l’_l_ étant -moins forte que celle de l’_r_. - -[409] Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut -qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée -elle-même d’une spirante, comme ici _j_: le tout peut alors être suivi -de _ou_ ou _u_ consonnes. - -[410] Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs -écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait -_tomboint_: _oient_ a prévalu, sans doute pour éviter la confusion -avec la nasale de _point_, et plus tard celle de _saint_. Cette finale -muette _-ent_ nous a conservé toute une série de formes verbales dont -l’orthographe est identique (sauf parfois l’accent) à celle de mots en -_-ent_ tonique: _expédient_, _affluent_ et _influent_, _coïncident_, -_résident_ et _président_, _négligent_, _émergent_, _détergent_ et -_abstergent_, _divergent_ et _convergent_, _équivalent_, _excellent_, -_violent_, _somnolent_, _pressent_, _content_ et _couvent_, et d’autre -part _convient_ (avec _précèdent_ et _excèdent_, _different_ et -_adhèrent_, et _dévient_). - -Il va sans dire que la liaison de l’_s_ ou du _t_ devant une voyelle -produit le même résultat que quand l’_e_ muet final est suivi d’un -mot commençant par une consonne: _trist_e_s événements_, _pauvr_e_s -hommes_, _ils ressembl_e_nt à leur père_, à moins qu’on ne dise -familièrement _pauv_(re)_s hommes_ ou _i_(ls) _ressemb_(len)_t à leur -père_. - -[411] _Gré_(e)_ment_ a pourtant l’_e_ plus fermé et plus long -qu’_agrément_. Bien d’autres _e_ sont tombés au moyen âge, sans -laisser aucune trace: _bé_(e)_gueule_, _di_(e)_manche_, _écu_(e)_ler_, -_li_(e)_cou_, _li_(e)_mier_, _mi_(e)_nuit_, _rou_(e)_lette_, etc. - -[412] _Rou_(e)_rie_ et _flou_(e)_rie_ ont cependant _ou_ plus long que -_sourie_ ou _souris_, et _fé_(e)_rie_ a l’_e_ plus fermé que _série_. - -[413] En vers, l’_e_, qui ne compte pas dans _pai_(e)_rai_, compte -dans _pay_e_rai_, comme dans _sommeill_e_rai_, précisément parce qu’il -s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’_e muet_ de -_gay_e_té_. Sur ce point, voir plus loin, page 193. - -[414] C’est dans _le Lévrier de Magnus_. Ailleurs, dans _les Paraboles -de don Guy_, il écrit _flamboyement_ en quatre syllabes, ce qui est -encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre _balayeront_, qui -est dans _la Paix des dieux_. - -[415] Ou _voye_, ou même _soye_ ou _aye_, pour _soit_ ou _ait_. - -[416] Et dans quelques noms propres: _J_(e)_an_, _J_(e)_anne_, -_J_(e)_annot_, _J_(e)_annin_, etc., _Dej_(e)_an_, _Maup_(e)_ou_, _Jean -de M_(e)_ung_, etc., et même _Sainte-Men_(eh)_ou_(ld), qu’on tend à -remplacer par _Sainte-Menehoul(d)_. _É-u_ (eu) s’est maintenu très -longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par -Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez _é-u_ -ma sœur dans votre société.--Pourquoi pas? répondit gaiement M. de -Boufflers. Jupiter _à é-u I-o_ dans la sienne.» - -[417] De même _M_(e)_aux_, _Carp_(e)_aux_, etc. Mais la diphtongue ne -s’est pas faite dans E-_auze_, quoiqu’il n’y ait point d’accent. - -[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même -procédé pour donner au _c_ le son sifflant devant _a_, _o_, _u_: -_commenc_(e)_a_; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et -unique mot _douc_(e)_âtre_: pourquoi pas _douçâtre_ aussi bien que -_commençâmes_? Il est regrettable que les typographes n’aient pas -adopté aussi un signe analogue pour le _g_: cela épargnerait quelques -confusions. - -[419] L’_e_ est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais _an_ -est une voyelle simple, et _ch_ une consonne simple; plus loin, dans -_longuement_ et _craquement_, l’_u_ n’est qu’un signe orthographique. - -[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois -_trouv_é_rai_. _Dang_é_reux_ n’est pas meilleur, ni _cuill_è_rée_; -et _aqu_é_duc_, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais -_ass_(e)_ner_ a cédé la place à _ass_é_ner_, malgré les dictionnaires. -Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop -souvent, l’_e_ muet de _Saint-Val_(e)_ry_, _Saint-Sév_(e)_rin_ ou -_Sév_(e)_rine_, _Ag_(e)_nais_, et surtout _Mal_(e)_sherbes_ ou -_Fén_(e)_lon_, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient _Fénélon_, je -ne sais pourquoi. _Péz_e_nas_ même ne se prononce _Péz_é_nas_ que dans -le Midi; mais le second _e_ n’a point d’accent. En revanche _app_é_tit_ -en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit. - -[421] Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les -consonnes, il est arrivé souvent que l’_e_ muet est tombé dans -l’orthographe, sans qu’on sache toujours pourquoi il est resté à -côté, dans les mêmes conditions. Car il est tombé non seulement dans -les mots comme _esp_(e)_rit_, _chaud_(e)_ron_ ou _rég_(ue)_lisse_, -où la muette et la liquide s’attiraient, mais aussi bien dans des -mots comme _soup_(e)_çon_, _der_(re)_nier_, _lar_(re)_cin_, pendant -que _dur_(e)_té_ et _sûr_(e)_té_, longtemps écrits comme _fierté_, -reprenaient leur _e_, par un caprice des grammairiens. Au surplus, -l’orthographe de ces deux mots et de beaucoup d’autres a été longtemps -flottante: on trouve encore _carfour_ dans Corneille et dans Molière, -_épouster_ dans Molière et dans La Fontaine, _laidron_ dans Voltaire, -que dis-je? dans Béranger, avec _bourlet_. - -[422] Et même, par l’effet de la liaison, _ils se batt_(en)_t avec -fureur_. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes, -pour ne pas confondre _là-dedans_ avec _la dent_, et ne pas créer de -barbarisme comme _honnêté_. D’autre part, il faut éviter aussi avec -grand soin de donner deux _r_ à _mairie_ ou à _seigneurie_, comme si -c’était _mair_(e)_rie_ ou _seigneur_(e)_rie_. Dans _Roch_e_chouart_, -on se croit souvent obligé de prononcer l’_e_, comme dans _onze sous_, -mais ce n’est pas absolument indispensable. - -[423] Et _Rich_e_lieu_. Deux mots qui auraient dû être aussi en -_-elier_, sont à tort en _-ellier_: _prun_ell_ier_ et _dent_ell_ière_. -Dans ceux-là on ne se borne pas à prononcer l’_e_: on le ferme le -plus souvent; mais on prononce aussi très bien _dent_e_lière_, et -peut-être cela pourra-t-il amener l’Académie à changer l’orthographe -défectueuse de ce mot. Le seul substantif qui fut jadis en _-erier_, -_cellerier_ (de _cellier_), a fait mieux encore; il a pris l’accent: -_cellérier_.--Notons en passant que les dictionnaires mettent aussi -un accent à _sorb_é_tière_; mais le mot était mal formé, et l’usage -a refait _sorb_e_tière_, comme de _gilet_, _gil_(e)_tière_, de même -qu’on dit souvent, non sans raison, _gen_(e)_vrier_, au lieu de -_g_(e)_névrier_. De même les médecins prononcent _cur’ter_, _cur’tage_, -et écrivent _curetter_, _curettage_: c’est la prononciation qui est -bonne et l’orthographe qui ne vaut rien, car les deux _t_ de _curette_ -n’ont pas plus de raisons de se conserver dans _cur_(e)_ter_ que les -deux _l_ de _chandelle_ dans _chand_e_lier_. - -[424] Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes -finales monosyllabiques que _poir-ier_, _atel-ier_, _aimer-ions_, -_aimer-iez_. Les nécessités de la prononciation ont amené la diérèse -dès le XVIᵉ siècle ou avant; mais les poètes ne se sont conformés à -l’usage qu’à partir de Corneille. Dans les deux premières pièces de -Molière, on trouve encore _voudr-ions_, _voudr-iez_, et même _ouvr-ier_ -en deux syllabes, sans parler de _sanglier_, dont le cas est spécial. -Sur cette question, voir mon article, _les Innovations prosodiques chez -Corneille_, dans la _Revue d’histoire littéraire de la France_, 1913. - -[425] Ce phénomène est si marqué que, dans _ouvri-er_, le peuple -refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un _e muet_: -_ouve-rier_; de même _voude-riez_. - -[426] Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne -_seule_ soit une liquide; le groupe _rl_ s’accommode donc de la -diphtongue. - -[427] C’est uniquement à cause de la discordance de _tn_ ou _dn_, car -on prononce facilement _diz’nier_, et _derrenier_ est devenu sans peine -_dernier_. On prononce également l’_e muet_, par nécessité, dans nous -_p_e_sions_, ou nous _f_ai_sions_. Dans _relier_ ou _renier_, on ne -devrait pas avoir à craindre de séparer _i-er_, puisqu’en effet ce sont -étymologiquement des syllabes distinctes; mais comme l’usage n’en fait -qu’une, aussi bien que dans les substantifs, on dit plus fréquemment _à -r_e_lier_ ou _à r_e_nier_ que _à r’lier_ ou _à r’nier_. - -[428] Toutefois une rencontre telle que _il rest’ d_e_bout_ est un peu -dure, et il arrive qu’on dit _il rest_e _d’bout_, par exception à la -règle générale; mais on prononce aussi bien les deux _e_: _il rest_e -_d_e_bout_; de même _le maîtr_e _v_e_nait_ ou _v’nait de partir_. Je -dois ajouter que le peuple paraît dire volontiers _ell_e _v’nait_ ou -_ell_e _r’vient_; mais en réalité les deux _e_ tombent ici par parti -pris; seulement les nécessités de la prononciation font renaître un -_e_ factice devant la consonne initiale: _ell’_ e_r’vient_, comme -dans l’infinitif e_r’venir_. Nous allons retrouver ce phénomène avec -les monosyllabes.--Ajoutons que l’_e_ de _s_e_rein_ se maintient -généralement, par opposition à celui de _s_e_rin_. - -[429] Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la -liquide avec l’_e_ muet (voir page 182); mais ici la liquide est après -l’_e_: _c_(el)_ui-là_. Cette prononciation, qui est triviale, est à -rapprocher de celle de _d’jà_ pour _déjà_. - -[430] Inversement _pr_e_mier_ avait autrefois un accent, et cette -prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté -l’accent depuis 1740. - -[431] Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces -mots. Au contraire, on commence à dire _t_e_nacité_, par analogie -avec _t_e_nace_; mais _t_é_nacité_, qui vient du latin, est encore -seul considéré comme correct. On écrit et on prononce _ch_é_neau_, -au sens de _gouttière_; mais _ch_e_neau_, qui se rattache à _canal_, -se dit encore dans certaines provinces; et en tout cas _ch_ê_neau_ -vaudrait mieux que _ch_é_neau_, car _ch_é_neau_ remplace en réalité -_ch_es_neau_, qui se rattache peut-être à _chêne_ (chesne). - -[432] Le _Dictionnaire général_ dit déjà: _R_e_table_, _et mieux_ -_r_é_table_. Cet _et mieux_ est discutable. - -[433] Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un -instant. - -[434] De même que _r_é_fugier_ ne change rien à _r_e_fuge_, ni -_irr_é_ligion_ à _r_e_ligion_, l’_é_ fermé étant réservé au mot savant. -Je rappelle en outre la différence de sens que l’accent établit entre -_r_é_partir_, _r_é_créer_ ou _r_é_former_, et les verbes à préfixe -populaire, _r_e_partir_, _r_e_créer_, _r_e_former_, etc. - -[435] Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’_e_ -muet de _R_e_né_, _R_e_thel_, _S_e_dan_, _S_e_daine_, _S_e_grais_, -_S_e_gré_, _S_e_nef_, _V_e_lay_, _V_e_vey_, et surtout _R_e_gnard_. -On est fort partagé entre _R_e_mi_ et _R_é_mi_: ce qui est sûr, c’est -que _saint R_e_mi_ et _Domr_e_my_ ont l’_e muet_, quoiqu’on prononce -plus souvent et qu’on écrive même _Domr_é_my_. Mᵐᵉ Dupuis fermait aussi -l’_e_ de _Mont-C_e_nis_, sans doute comme italien. - -[436] On prononce aussi un _e_ muet, avec une seule consonne, ou -plutôt l’_e_ muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres -qui ont conservé une consonne double, car autrefois la consonne double -n’empêchait pas l’_e_ de rester muet. Ainsi _Cha_(s)_t_(el)_lain_ -et _Cha_(s)_t_(el)_lux_, _Ev_(el)_lin_, _Mor_(el)_let_--témoin le -calembour de Voltaire, _mords-les_--, et _La M_(en)_nais_, dont on -a fait l’adjectif _menaisien_, qui n’a qu’un _n_. C’est aussi un _e -muet_, mais un _e muet_ prononcé, qu’on a dans _Claude G_e(l)_lée_, dit -_le Lorrain_, ou le parfumeur _Ge_(l)_lé_, ou dans _Montp_e(l)_lier_, -qu’on a souvent écrit jadis avec un seul _l_: cf. _chap_e_lier_, page -166. - -[437] Cf. _vil_(e)_brequin_, dont le premier _e_ ne s’explique -d’ailleurs pas du tout. - -[438] Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux _t_, aussi -bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en -_-erie_, dérivés des mots en _-elier_, ont fini par prendre deux _l_: -_chap_e_ll’rie_, _tonn_e_ll’rie_, _bat_e_ll’rie_, etc. - -[439] On voit que l’_r_ est encore troisième. Cette prononciation -est accueillie par le _Dictionnaire général_; mais je ne crois pas, -malgré son autorité, qu’on puisse aussi prononcer _pan_è_t’rie_, -_pell_è_t’rie_, on _grén_è_t’rie_; il donne même exclusivement -_louv_è_t’rie_: ce sont des prononciations purement théoriques, et -qu’on n’entend nulle part. - -[440] Nous en reparlerons dans un instant. - -[441] Pourquoi _pap_è_t’rie_ et pas _louv_è_t’rie_? C’est un fait, -voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas -peut-être _caqu’t’rie_, mais en tout cas _briqu’t’rie_ et _bonn’t’rie_, -parfois même _pap’t’rie_. - -[442] On dit aussi _G_e_n’vois_, bien plus souvent que _G’n_e_vois_, -mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans -_G_e_n’viève_. On sait que dans la conjugaison, comme dans les -substantifs en _-ment_, il y a mieux: on met un accent grave sur le -premier _e_, quand on ne double pas la consonne: _j’ach_è_t’rai_, -formé sur _j’ach_è_te_ (et non _j’ach’t’rai_, qu’on entend trop -souvent), et par suite _éch’v_è_l’ra_, formé sur _éch’v_è_le_, comme -_ach_è_vement_ sur _ach_è_ve_. C’est ce qu’on aurait dû faire pour -_pap_e_t’rie_, et les autres.--Nous rappelons ici que le français -n’admet pas deux _e_ muets de suite à la fin d’un mot: tant qu’on -écrira _fur_e_ter_, _décoll_e_ter_ ou _épouss_e_ter_, avec un _e muet_, -les personnes instruites se croiront obligées de dire _je fur_è_te_, -_j’épouss_e_tte_ ou _je décoll_è_te_, et non _je fur’te_, _j’épous’te_, -ou _je décol’te_. Il est vrai que les futurs ou conditionnels -_épouss’t_e_rai_(s) ou _décoll’t_e_rai_(s) sont généralement admis, -ainsi que d’autres pareils, comme _étiqu’t_e_rai_: cela tient à ce que -leurs _e muets_ sont intérieurs, et que le second _peut_ se prononcer, -ce qui n’a pas lieu dans _décoll_è_te_. Cela n’empêche pas d’ailleurs -qu’on ne prononce le plus souvent _décolte_ d’après l’analogie de -_récolte_, _décoll_(e)_ter_ étant pareil à _récolter_. Le mieux serait -que l’Académie acceptât _épouster_, _décolter_ et _furter_, et aussi -_filter_, car qui peut dire qu’_on fil_è_te une vis_, quand tous les -gens du métier disent qu’_on la fil’te_? - -[443] _Receler_ est devenu _recéler_, mais _receleur_ est demeuré; -_receper_ est devenu aussi _recéper_. - -[444] Le peuple s’obstine parfois dans ce cas à laisser tomber l’_e_ du -monosyllabe, mais alors il le remplace involontairement, et de toute -nécessité, par un autre, et aboutit à _car ej’ dis_ ou à _bec ed gaz_, -et même, en tête de phrase, _ej’ dis pas_: il ne faut pas perdre de vue -que c’est uniquement le parti pris, d’ailleurs inconscient, de ne pas -prononcer l’_e_ muet qui aboutit à ce résultat, de même que dans _une -er’mise_, où ce n’est pas du tout l’_e_ de _une_ qui se prononce, comme -on pourrait croire: voir plus haut, page 168, note 1. - -[445] On peut choisir, dans la conversation, entre _pas_ de _dieu_ et -_pas d’dieu_, _pas_ de _lien_ et _pas d’lien_: voir ci-dessus page 160 -et note 1. On peut même dire _pas d’scrupules_, à cause de l’_s_ médian -(voir ci-dessus, page 157). - -[446] Cela est si vrai qu’on dira _entend’ le discours_, et _pac’ qu_e -_tu es venu_, plutôt que de dire _entendre l’discours_ et _parce qu’ -tu es venu_; mais d’ailleurs il est possible de prononcer _parc’ que_, -aussi bien que _lorsque_, et c’est ce qu’on fait d’ordinaire. Nous -allons retrouver le groupe _ce que_. - -[447] Pourvu que le même son ne soit pas répété: _je jette_, _ce -signe_. On notera qu’avec _je_ et _ce_ initiaux, on va familièrement -par l’élision jusqu’à trois et quatre consonnes initiales, dans _j’ -crève de faim_, _j’ crois bien_, _c’ train là_; mais il est impossible -de dire _c’ rien_, _c’ ruisseau_, ni _c’ roi_, le groupe _sr_ -n’admettant pas après lui d’autre consonne, ni même de semi-voyelle: la -liquide doit être ici finale et non médiane (voir plus haut, page 160 -et note 1). - -[448] Mais naturellement on est bien obligé de dire _les pas d’ -c_e_lui qui vient_, sans quoi il y aurait quatre consonnes, qui ne -s’accommodent pas. On prononcera aussi nécessairement les deux _e_ dans -_pour l’amour d_e _c_e_lui_, l’_e_ de _de_ étant maintenu par _rd_, et -la sifflante qui suit étant initiale du groupe et non médiane. - -[449] On dit naturellement: _il croit qu’ tu viens_, parce qu’il n’y a -qu’un seul _e muet_. - -[450] A fortiori, _ça n’ me_ fait rien (chute du premier _e_), et non -_ça_ ne _m’ fait rien_. - -[451] On évitera cependant d’aller, surtout en tête de phrase, jusqu’à -_j’_ ne _d’mande rien_; on préférera _j_e _n’ d_e_mande rien_: _de-_ -initial est sans doute moins faible que _re-_. - -[452] Ou _je n’ te l’remets pas_, moins bien, parce que, si _le_ est -subordonné à _te_, la muette initiale de _remets_ est subordonnée à -_le_. - -[453] On n’a pas oublié le président de la République que le peuple -appelait généralement _Félix_e _Faure_, à moins que ce ne fût -_Felisque_. - -[454] Nous reviendrons sur ce point au chapitre de l’_S_. C’est pour le -même motif que le _p_ est tombé dans (p)_tisane_ ou (P)_falsbourg_, et -aussi, au XVIᵉ et au XVIIᵉ siècle, dans _psaume_. - -[455] ROTROU, _Laure persécutée_, acte I, scène 10. - -[456] De même, à fortiori, _Plutôt_ que _d’ l_e_ver tes voiles_, et non -_plutôt qu’_ de _lever_ (V. HUGO, _Contemplations_, IV, III). - -[457]_Les Burgraves_, acte I, scène 3. - -[458] Par exemple, avec cet hémistiche de V. Hugo ou d’Edmond Rostand: -_Qu’est-ce que c’est que ça_, où le second _que_ ne peut pas rester -tout à fait muet, même entre deux toniques. - -[459] De même _Bo_-ie_ldieu_. Mais il ne faut pas confondre ces cas, -qui d’ailleurs ne sont pas fréquents, avec celui des voyelles suivies -d’un _e muet_ final, qui ne s’entend plus, mais qui a toujours été -distinct: _hai_-e, _haï_-e, _joi_-e, _obéi_-e. - -[460] Pourtant Edmond Rostand consent à la diphtongue dans _ruine_, -et cela régulièrement, chose extraordinaire. Il est à souhaiter qu’on -l’imite. - -[461] Ceux-là se distinguent aussi par la prononciation du _t_, et -la liste est assez longue: _dations_, _relations_, _délations_, -_translations_, _rations_, _complétions_, _éditions_, _reéditions_, -_notions_, _exécutions_, _persécutions_, _mentions_, _exemptions_, -_attentions_, _intentions_, _contentions_, _inventions_, _réfractions_, -_rétractions_, _contractions_, _affections_, _désaffections_, -_infections_, _désinfections_, _injections_, _objections_, -_inspections_, _dictions_, _acceptions_, _exceptions_, _options_, -_adoptions_, _désertions_, _portions_. - -[462] Auxquels il faut joindre _gr_i-_ef_, _br_i-_èveté_ et -_quatr_i-_ème_. On est stupéfait de voir Michaëlis et Passy indiquer -deux prononciations différentes, avec ou sans diphtongue, pour -_meurtrier_, _encrier_, _tablier_, et tous les substantifs de ce -groupe, sauf _ouvrier_! - -[463] Nous avons conseillé d’éviter cette prononciation. De même, et -plus encore, dans les mots où les poètes maintiennent, par tradition, -une diérèse que l’usage ne connaît plus, il faut éviter le _yod_: -_passion_ ne doit se prononcer en vers ni _pass-yon_, comme en prose, -ni _passi-yon_, qui serait ridicule, mais simplement _pass_i-_on_, -qui est entre les deux. D’ailleurs, certains mots savants du type -_meurtrier_, comme _pr_i-_orité_, _à pr_i-_ori_, ne développent pas non -plus de _yod_ entre l’_i_ et la voyelle. - -[464] Voir plus haut, page 119. - -[465] D’autres disent _moi-lien_! - -[466] Dans certains endroits, on dit encore _pè-san_; mais quand on -trouve _paysan_ en deux syllabes chez nos vieux poètes (il y en a -encore un exemple dans _l’École des Femmes_), c’est qu’ils prononçaient -_pay’san_, avec diphtongue initiale: ils écrivaient même parfois -_païsan_. _Fays-Billot_ se prononce comme _pays_. Je ne sais pourquoi -_Baïse_ se prononce comme _payse_; cette prononciation est d’ailleurs -peu répandue en France. - -[467] Il y en avait bien davantage autrefois; mais leur _=y=_ grec -a été changé en _ï_, précisément pour ce motif: ainsi _p_a-_ïen_, -_b_a-_ïonnette_, a-_ïeul_, _gl_a-_ïeul_, qu’on eût pu sans cela -prononcer par _è_; ou bien ils ont été ramenés à la règle, comme -_al_o-_yau_, _h_o-_yau_, _m_o-_yen_, prononcés autrefois par _o_, -aujourd’hui par _oi_. - -[468] Au contraire, _aigayer_ devrait se prononcer par _a_, venant -d’_aiguail_, et même s’écrire _aiguailler_: mais il semble qu’on le -prononce plutôt par _è_. - -[469] Sans parler des mots étrangers, comme _a-yuntamiento_. Il -en est de même dans la plupart des noms propres, _même français_: -_Bisc_a-_ye_, _Bl_a-_ye_, _F_a-_ye_, _Hend_a-_ye_ et _Ub_a-_ye_, -comme _K_a-_yes_ ou _Luc_a-_yes_; A-_yen_, _B_a-_yard_, _B_a-_yeux_, -_B_a-_yonne_, _C_a-_yenne_, _C_a-_yeux_, _Le F_a-_yet_, _La -F_a-_yette_, _L_a-_ya_, _M_a-_yence_, _M_a-_yenne_, _M_a-_yeux_, -_P_a-_yerne_, _R_a-_yet_, _Le V_a-_yer_, aussi bien que _F_a-_youm_, -_Gu_a-_yaquil_, _Himal_a-_ya_, _M_a-_yer_, _M_a-_yotte_ ou -_Ram_a-_yana_. Il est vrai aussi que _Cl_ay_e_, _La H_ay_e_, -_Saint-Germain-en-L_ay_e_, _Laboul_ay_e_, _La Fresn_ay_e_, -_Houss_ay_e_, _Puis_ay_e_, se prononcent par _è_: cela tient à ce -que ces mots ont gardé la prononciation des primitifs, _cl_ai-_e_, -_h_ai-_e_, _l_ai-_e_, _boul_ai-_e_, _frên_ai-e, _houss_ai-_e_, -_puis_ai-_e_, qui sont ou furent des noms communs. On prononce de même -_La Curne de Sainte-Pal_ay_e_, _les rochers de N_ay_e_ et _Lavel_ey_e_. -Au contraire, on prononce _Ys_a-_ye_ en trois syllabes (_isaï_), comme -s’il y avait un tréma: cf. _Ay_, qui s’écrit mieux _Aï_, et aussi -l’_Hay_. J’ajoute qu’on prononce aussi _Merlin Cocc_a-_ie_ comme -_Bisc_a-_ye_. - -[470] Contrairement à ce qui se passe pour l’_=a=_, _=o=_ devient -généralement _=oi=_ dans les noms propres français, comme dans les -autres mots: _B_oy_er_, _Gib_oy_er_, _D_oy_en_, _J_oy_euse_, _N_oy_on_, -_R_oy_an_, _R_oy_at_, _R_oy_er-Collard_, _Tr_oy_on_, _Vaud_oy_er_, -aussi bien que _R_oy_e_, _Brid_oy_e_, _Tr_oy_es_ (prononcé comme -_Troie_) et même _L_oy_alty_, probablement sous l’influence de _loyal_. -L’_o_ reste séparé seulement dans les noms étrangers: _G_o-_ya_, _Van -G_o-_yen_, _L_o-_yola_, _O-yama_, _Sam_o-_yèdes_, et aussi _G_o-_yon_ -et quelques autres. _Soyecourt_ se prononce, _sôcour_. - -[471] Le mauvais calembour, _comment vas-t_u, _yau de poêle?_ en est un -témoignage irrécusable. - -[472] L’_u_ reste distinct régulièrement dans _Berr_u-_yer_ ou -_T_u-_yen-Quan_, comme dans _Gr_u-_yère_ et _La Br_u-_yère_. Au -contraire, et quoique le prénom _Guy_ se prononce _ghi_, _ui_ l’emporte -dans les noms commençant par _Guy-_; on doit donc prononcer _ui_ -correctement dans _G_uy_ane_, _G_uy_enne_, _G_uy_au_, _G_uy_ot_, -_G_uy_on_, avec _Chatel-G_uy_on_, _La Vaug_uy_on_, _Long_uy_on_. -A vrai dire, beaucoup de personnes prononcent _G_u-_yot_, voire -même _Gh_i-_yot_, sans parler de l’algérien _Guyotville_, réduit à -_ghyo-vil_, en deux syllabes; mais tout cela est très incorrect. Dans -les premières éditions du _Poème de Fontenoy_, Voltaire avait fait -aussi _Vauguyon_ de deux syllabes, comme si c’était écrit _Vaughyon_; -mais il s’est corrigé dans les suivantes. Il a réduit aussi _Guyon_ à -une syllabe et _Guyenne_ à deux, mais en écrivant _Guion_ et _Guienne_, -ce qui ne pourrait plus se faire. - -[473] On a déjà parlé de ce phénomène, page 163. - -[474] Les poètes ne s’en privent pas, et il n’y a pas lieu de les en -blâmer. Ch. Nyrop, rencontrant _paye_ en deux syllabes dans _Cyrano de -Bergerac_, admire «la belle intrépidité de Rostand» qui fait «revivre -cette prosodie médiévale». Mais cette prosodie n’a jamais disparu, et -Ch. Nyrop confond _paye_ avec les finales en _-ée_, _-aie_, _-ue_, -_-oue_, qui sont fort différentes. Il va sans dire qu’en pareil cas, il -faut nettement distinguer les deux syllabes au moyen du _yod_. Quand -Mᵐᵉ Sorel prononce dans Molière: - - Mais elle bat ses gens et ne les _pai_(e) point - (_Misanthr._, acte II, scène 3). - -elle se conforme sans doute à l’usage le plus répandu aujourd’hui, mais -elle devrait bien s’apercevoir qu’elle fait un vers faux! Et il est -bien possible que _pai-ye point_ la choque, mais c’est _pai-ye point_ -qu’il faut dire. - -[475] Voir encore p. 163, note 2. - -[476] Voir plus haut, page 152 et la note. - -[477] Sans parler de _ya_ tout court, qui n’en a qu’une: _ya des gens -qui..._, mais ceci est un peu familier! - -[478] Si bien que les poètes eux-mêmes, quand ils acceptent ce double -hiatus, sont obligés, pour peu qu’ils aient de logique ou d’oreille, -de compter les trois mots pour deux syllabes, d’autant plus que -l’expression est toujours de style familier. On peut citer Richepin, -_Don Quichotte_, acte VII, scène 20: - - Au premier choc... _Ça y est!_ patratas! la culbute! - -et _la Route d’émeraude_, vers final: - - Fais des chefs-d’œuvre... Moi, _ça y est_, j’ai fait le mien. - -Jean Aicard a compté le groupe pour trois syllabes, mais il n’y a pas -lieu de l’en féliciter. - -[479] C’est Corneille qui a rénové en poésie l’usage de compter _hier_ -pour une syllabe, usage déjà suranné de son temps, et son autorité -a malheureusement justifié les poètes qui l’ont suivi. Pourtant le -XVIIIᵉ siècle avait repris les saines traditions, et Voltaire fait -toujours _hier_ de deux syllabes (et même _avant-hier_ de quatre). -Malheureusement, V. Hugo a cru pouvoir le faire presque indifféremment -de deux ou de trois, et la plupart des poètes du XIXᵉ siècle l’ont -suivi; mais c’est une erreur certaine: voir sur ce point notre article -sur _les Innovations prosodiques dans Corneille_, dans la _Revue -d’histoire littéraire de 1913_. - -[480] Au XVIIᵉ siècle, on trouvait ce groupe initial dans _Hiérome_, -_Hiérusalem_ et _Hiéricho_, mais _hi_ s’y prononçait déjà _j_, comme -on l’écrit aujourd’hui: _hi_ ou _hy_ se prononçait alors _j_, même -dans _Hyacinthe_ (devenu _jacinthe_ comme nom de fleur), même dans -_hiérarchie_ et _hiéroglyphe_, et c’est ce qui explique la prosodie de -certains vers classiques, où il faut lire _jérarchie_ et _jéroglyphe_: -voir page 250, note 3. - -[481] Si les _ll_ mouillés sont suivis d’un _i_, les deux _yods_ -primitifs se confondent aujourd’hui: _bailliage_ se prononce comme -_pillage_, _voyage_ ou _mariage_, _joaillier_ comme _fouailler_, -_médaillier_ comme _médaillé_. Il peut cependant y avoir deux _yods_ -dans une même finale, mais séparés par une voyelle: ainsi dans -_vieille_ (vyeye) ou _piaille_ (pyaye) ou _qu’il y aille_. - -[482] Nous avons vu aussi que l’_i_ final faisait fonction de consonne -dans certains noms propres étrangers: _Pompéi_, _Hanoï_, _Shanghaï_: -voir page 119, note 2. - -[483] L’_u_ a la même fonction devant _y_ dans _C_u_yp_, _Ha_-ü_y_, _Le -P_u_y_, _Lh_u_ys_, _L_u_ynes_, _Porrentr_u_y_, _R_u_yter_. - -[484] Je ne parle pas de _fabriq_(u)-_ions_ ou _navig_(u)-_ions_, où -l’_u_ n’est qu’un signe orthographique. - -[485] Les groupes _brui_ ou _trui_ sont, en effet, beaucoup plus -faciles à prononcer sans décomposition que _bryer_ ou _tryer_. C’est -pourquoi la diphtongue a pu se conserver là où elle existait; mais elle -n’a jamais existé dans _dru-ide_ et _flu-ide_, et ne s’y est point -formée. - -[486] Voir plus loin, aux chapitres du _G_ et du _Q_. - -[487] Éviter seulement de prononcer _voui_ pour _oui_, ou de la -_vouate_ pour de la _ouate_. - -[488] _Souhait_ lui-même, malgré l’_h_, ne fait qu’une syllabe dans -l’usage courant, et nous savons que quelques-uns prononcent encore -_s_oi_ter_, mais ceci est suranné: voir page 87. - -[489] Et encore _tramway_ pas toujours: voir au chapitre du _W_. - -[490] La diérèse de _oi_ est d’ailleurs impossible dans l’écriture; -quant à celle de _groin_, elle aboutit à _gro-in_, où la prononciation -du mot est évidemment altérée. Nous avons déjà vu cela. - -[491] Je ne pense cependant pas qu’on aille jusqu’à _cl_ou_aque_, parce -que le groupe _cl_ maintient l’_o_ séparé de l’_a_. - -[492] Avant Boileau, quelques poètes hésitaient, quoique la majorité -fût pour _po-ète_: ainsi Corneille ne connaît que la synérèse, et -La Fontaine l’a faite trois fois sur quatre dans ses _Fables_. Le -XVIIᵉ siècle faisait encore la synérèse jusque dans _M_o_ïse_ (écrit -_Moyse_), _B_o_hême_, _N_o_ailles_ ou _N_o_ël_, et l’on trouverait -encore des endroits où l’on prononce _Mouise_ ou _Nouel_, ou même -_Noil_ (nwal), qui est encore donné par Mᵐᵉ Dupuis, concurremment avec -_poite_, _poisie_ et _Boime_, prononcés par _ouè_. - -Mais ces prononciations sont depuis longtemps purement locales. -Cependant _Roanne_ se prononce _roine_. _Coëffeteau_ ou _Boësset_ se -prononcent aussi par _oi_. _P_o_ey_, _Esp_o_ey_ se prononcent par -_oueye_ dans le Midi. - -[493] Voir page 62. Pour les groupes anglais _oa_ et _oo_, voir pages -45 et 112. - -[494] Le phénomène avait déjà été observé par Dangeau, en 1694. - -[495] A l’intérieur des mots, l’_assimilation_ proprement dite est -généralement réalisée par l’écriture. De là les consonnes doubles, -généralement héritées du latin: _a_cc_omplir_, _a_ff_ecter_, -_co_ll_aborer_, _i_mm_erger_, etc., etc. - -[496] Il arrive quelquefois, mais rarement, que l’accommodation, au -lieu d’être _progressive_, est _régressive_, c’est-à-dire que c’est -la seconde consonne qui s’accommode à la précédente, par exemple -dans _subsister_ (_ubz_ au lieu de _ups_); mais ceci tient souvent à -d’autres causes, comme on verra. - -[497] Ici encore, exceptionnellement et par accommodation régressive, -_à cheval_ peut devenir _ach_f_al_, jamais _a_j_val_. - -[498] Exceptionnellement aussi, une douce devient forte même devant un -_m_, dans _tout_ de _même_ (tout _t’_ même). - -[499] L’abbé Rousselot, qui a constaté le fait, l’explique en disant -(_Précis_, page 86) que c’est la voyelle qui transforme en douce la -consonne forte; mais on ne voit pas du tout pourquoi _ou_ changerait -_s_ en _z_. Il en est de cet exemple comme des autres: dans un débit -rapide, les organes se préparent d’avance à l’émission des sons qui -vont suivre, ici l’_s_ doux de liaison, et c’est ce qui adoucit le -premier. Comme dit M. Paul Passy, tout son subit, dans une certaine -mesure, l’influence des sons voisins: c’est ainsi que la prononciation -rapide aboutit encore facilement à _ton_-m_neuve_ pour _tomb_e _neuve_ -ou _lan_-n_main_ pour _lend_e_main_. - -[500] Voir page 182. C’est exactement le principe opposé qu’on applique -sans s’en douter, quand on se fonde uniquement sur l’étymologie: -_cela doit être, donc cela est_. Le principe des phonéticiens est -certainement le bon, mais il ne faut pas l’appliquer sans distinction -ni restriction. - -[501] Voir plus haut, page 10. - -[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un -chapitre spécial. - -[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites -étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme _d_ de _poids_, ou le -_g_ de _legs_), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans -l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ -siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces -lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de -l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à -qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en -faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles. - -[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même -que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la -seconde initiale, notamment quand un _e muet_ tombe; et nous avons vu -qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre -de l’_e muet_, page 159, note 4. - -[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne -distinguons plus entre les finales _tère_, _taire_ et _terre_, -autrefois on prononçait parfaitement les deux _r_ de _terre_, et -peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi, -qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer! - -[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres -doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la -langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé -que les _r_, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, -et même devant l’_e muet_, comme on vient de le voir. - -[507] J’ai un jour entendu articuler _do_n-n_er_, et cela est -ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller -contre l’usage, et le _Dictionnaire phonétique_ de Michaëlis et Passy, -aussi bien que le _Manuel phonétique_ de Ch. Nyrop, qui n’admettent -presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en -contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots. - -[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout. - -[509] De même dans _Christophe Colom_(b), qui est complètement -francisé, et dans _Dou_(bs) ou _Dussou_(bs). - -[510] De même dans le latin _ab_, et dans les noms propres _Moa_b, -_Acha_b, _Ma_b, _Cale_b, _Hore_b, _Aureng-Zey_b, _Sennachéri_b, _Jo_b, -_Jaco_b. Même dans ces mots, le _b_ ne se prononçait pas toujours -autrefois, ou il se prononçait _p_, surtout devant une voyelle. Nous -verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes -sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de -cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons -la trace de ce phénomène dans les liaisons. - -[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu -du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par _abs-_, _obs-_, -_subs-_, où les grammairiens avaient rétabli récemment le _b_; car, -au moyen âge, on écrivait _ostiner_, _oscur_, _astenir_, etc. Le _b_ -a toujours été muet dans _de_(b_voir_, où il était absurde, et aussi -dans _de_(b)_te_, _dou_(b)_ter_, _pre_(bs)_tre_ et d’autres. Il l’est -encore dans certains noms propres, devant un _v_: _Fa_(b)_vier_, -_Lefe_(b)_vre_; mais il tend naturellement à y revivre. - -[512] Davantage dans quelques noms propres, _A_b-b_as_ et -_A_b-b_assides_, _A_b-b_atucci_, _A_b-b_on_. - -[513] De même _Aurilla_c, _Caudebe_c, _Porni_c ou _Pernambou_c. - -[514] Les composés _bec-d’âne_ et _bec-jaune_ ont conservé la -prononciation sans _c_, qui était de règle devant une consonne, mais -ils s’écrivent plutôt _bédâne_ et _béjaune_. Le _c_ a revécu dans -_be_c-_de-corbin_, _be_c-_de-cane_, _be_c-_de-lièvre_; il s’est -toujours prononcé dans _be_c _fin_, _be_c_figue_ (qui est pour -_bèquefigue_) et _be_c-_cornu_. Dans _pi_(c)_vert_, le _c_ a disparu -aussi de l’écriture. - -[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer _estoma_c avec _Sidra_c, -le _c_ doit sonner. - -[516] Mais non dans _cri_c, onomatopée, ni même dans _cri_c _cra_c, -ou _de bri_c _et de bro_c, où tous les _c_ se prononcent. L’Académie -prétend que _taba_c est familier, comme si le peuple ne disait pas -_taba_(c). Le _c_ est également muet dans _Saint-Brieu_(c). - -[517] Et plus encore celui de _lombri_c, malgré Michaëlis et Passy, -aussi bien que celui de _porc-épi_c. - -[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a -changé la _rue Saint-André-dès-Ar_c_s_ en _rue Saint-André-des-Ar_t_s_. -Toutefois d’autres prétendent que _arts_ a remplacé dans ce nom _ars_, -brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents. - -[519] De même _Gobse_c(k), _Brunswi_c(k), _Van Dy_c(k), _Glu_c(k), -etc., et aussi _Leco_c(q), _Lesto_c(q), _Vi_c(q) _d’Azyr_. - -[520] Il faut excepter quelques noms propres comme _Ran_c. - -[521] Le _Dictionnaire général_ trouve encore cette prononciation -«familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée, -quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache -pas qu’on dise non plus _zinquer_, ni _zinqueur_. On devrait tout -simplement écrire _zing_, comme on écrit _zingueur_. - -[522] Pourtant le _c_ sonne très rarement dans _porc_ (voir page 363). - -[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique _mark_; mais il -est francisé sous la forme _marc_, tandis que dans _mark_, monnaie -allemande, le _k_ sonne naturellement. Dans _Marc_, nom propre, le _c_ -avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: _le lion de -Saint-Mar_(c), à Venise, ou _Saint-Mar_(c), nom propre; mais on dit -_l’Évangile de Mar_c ou de _saint Mar_c, et surtout on fait sonner -le _c_ de _Mar_c prénom. De même a fortiori dans _Mar_c-_Aurèle_ ou -_Mar_c-_Antoine_, et même _Saint-Mar_c-_Girardin_. - -[524] Ni dans _Lecler_(c) ou _Lecler_(cq) ou _Maucler_(c) pas plus que -dans l’expression _de cler_(c) _à maître_, qui n’est plus usitée que -dans l’administration militaire. Il sonne dans _Our_c(q). - -[525] _Contra_(ct) a au contraire perdu son _c_ dans l’écriture, ce qui -l’a mis à l’abri. - -[526] Au XVIᵉ siècle, _infect_ et _abject_ s’écrivaient souvent _infet_ -et _abjet_, et rimaient avec _effet_ et _projet_, dont l’étymologie -est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir -_ct_ d’abord dans _infect_, puis dans _abject_, à cause du sens. -Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement _abject_, ou plutôt -_abjet_, avec _projet_ ou _sujet_: - - Et dans les plus bas rangs les noms les plus _abjets_ - Ont voulu s’ennoblir par de si hauts _projets_. - (_Cinna_, acte IV, scène 3.) - -Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui -faisait déjà Aimé Martin. - -[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2. - -[528] Je ne sais comment il peut se faire que le _Dictionnaire général_ -admette _uniquement_--et simultanément--_aspe_(ct) sans _c_ ni _t_, -_circonspe_c(t) et _respe_c(t) avec _c_ seul, et _suspe_ct avec _c_ et -_t_! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites -si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme _effet_, -qui est, lui aussi, pour _effect_. Le _c_ est également muet dans _les -frères Parfai_(ct). - -[529] Il serait si simple de lui ôter son _c_, comme on a fait à -_défunt_, pour _défunct_. - -[530] Et aussi devant les diphtongues latines _œ_ et _æ_: C_æsar_, -comme C_ésar_. - -[531] Autrefois on écrivait aussi _cueur_, où le premier _u_ n’était -qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas. - -[532] On trouve d’ailleurs _ck_ devant une voyelle quelconque: -_blo_ck_aus_ ou _ge_ck_o_ comme _jo_ck_ey_, _Sto_ck_holm_ comme -_Ne_ck_er_. - -[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots -sans _c_? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que -_pon_(c)_tuel_; _di_(c)_ton_ et _antar_(c)_tique_ ont duré plus -longtemps. Aujourd’hui que la plupart des _c_ étymologiques inutiles -ont disparu, comme dans _bienfai_(c)_teur_, _je_(c)_ter_, etc., il -n’y a plus d’exceptions. On prononce le _c_ même dans _Fran_c_fort_, -sous prétexte que le _k_ allemand de _Frankfurt_ se prononce: à la -vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer -_Fran_(c)_fort_, mais ce n’est pas l’habitude. - -[534] On sait qu’_é_g_logue_ et _ci_g_ogne_ étaient autrefois -_é_c_logue_ et _ci_c_ogne_; _é_g_ale_, _mi_g_raine_, _é_g_lise_, et -depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un _c_ par -un _g_? De même on a prononcé _se_g_ret_ et _se_g_rétaire_ jusqu’au -XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle -dernier que le _c_ s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a -non seulement prononcé, mais écrit _né_g_romant_ et _né_g_romancie_. -C’est naturellement aussi un _g_ qu’on entend dans _Jean Se_c_ond_ ou -_Se_c_ondat de Montesquieu_. C’est le contraire de _gangrène_, qui -s’est prononcée _cangrène_ jusqu’au siècle dernier. - -[535] Parce qu’il l’avait aussi dans C_laude_ et C_laudine_. - -[536] Le _Dictionnaire général_ joint à ces mots _a_c-c_lamer_, -mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le -_c_ double que dans _gecko_, alors que précisément _ck_ se prononce -partout comme un seul _c_. On _peut_ encore prononcer deux _c_ -dans les noms latins: _Ba_c-c_hus_, _Bo_c-c_horis_, _Bo_c-c_hus_, -_Fla_c-c_us_, _Gra_c-c_hus_, et quelques noms étrangers: _Be_c-c_aria_, -_Bo_c-c_ador_, _Bo_c-c_herini_, _Civita-Ve_c-c_hia_, _Pi_c-c_olomini_, -_Sa_c-c_hini_, _Se_c-c_hi_, _Vero_c-c_hio_, mais plus dans -_Bo_(c)c_ace_, complètement francisé avec un seul _c_. - -[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux _c_ comme un seul, même -dans ce cas: _a_(c)c_ident_; et cette prononciation s’entend encore -dans les pays qui ont l’_a_c_ent_. _Aja_(c)c_io_ se prononce toujours -avec un seul _c_. - -[538] Voir plus loin, an chapitre de l’_S_. - -[539] Le cas de _cqu_ est le même que celui de _ck_. - -[540] De même C_ellini_ et _For_c_ellini_, C_en_c_i_ et C_érisoles_, -_Bonifa_c_io_, _Aja_cc_io_, avec un seul _c_, C_ialdini_, C_imabué_, -C_ivita-Vecchia_, C_on_c_ini_, _Gar_c_ia_, _Man_c_ini_, _Min_c_io_, -_Terra_c_ine_, et même _Vin_c_i_, et peut-être C_imarosa_ et -_Botti_c_elli_. On prononce le _c_ de même dans C_e_c_il_, C_ellamare_, -C_ervantès_ et C_euta_, C_in_c_innati_, C_intra_, C_iudad-Real_. - -[541] De même _Abatu_cc_i_, _Ba_cc_hiochi_, _Cardu_cc_i_, -_Carpa_cc_io_, _Le_cc_e_, _Lorenza_cc_io_, _Pi_cc_iola_, _Pi_cc_inni_, -_Pul_c_i_, _Ri_cc_i_, _Ve_c_ellio_. _Vermicelle_ et _violoncelle_ ont -connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant _vermichelle_ -et _violonchelle_, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve -encore des traces, mais fort rares. - -[542] Le _=cz=_ polonais se prononce _=tch=_, mais nous ne le -prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans _Mickiewi_cz ou -_Sienkiewi_cz: partout ailleurs on le prononce généralement _gz_, et -c’est un tort. Notons en passant que le premier _c_ de _Mi_c_kiewicz_ -doit se prononcer à part, comme _ts_. Le _cz_ hongrois, qui s’écrit -aujourd’hui _c_, doit se prononcer _ts_, et non _gz_, dans Cz_erny_, -_Munka_cz_y_, _Ra-ko_cz_y_. - -[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même _Lame_c(h), _Metterni_c(h), -_Muni_c(h), _Zuri_c(h), _Ko_c(h), _Molo_c(h), _Eno_c(h), -_Saint-Ro_c(h), _Sacher-Maso_c(h), _Baru_c(h), etc., et aussi -_Utre_c(ht) ou _Maëstric_(ht). - -[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme _Au_ch, _Fo_ch, -_Bu_ch, _Te_ch, _Pue_ch, _Delpe_ch, avec _Monjui_ch, sans compter -_Sidi-Ferru_ch, _Marrake_ch et _Ni_ch. - -[545] Il est muet aussi dans _Penmar_(ch) francisé. - -[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre -_acheter_ et _jeter_. En effet, _jeter_ se prononce nécessairement -comme _acheter_, quand l’_e muet_ tombe; dès lors, on a la proportion -fatale: _j’ajète_ est à _acheter_ comme _je jette_ à _chter_. - -[547] De même dans tous les noms propres anciens: _Macc_(h)_abée_, -_C_(h)_am_, _C_(h)_anaan_, _Zac_(h)_arie_, _Néc_(h)_ao_, _C_(h)_aldée_, -_Epic_(h)_aris_, _C_(h)_arybde_, _C_(h)_aron_, _Anac_(h)_arsis_, -_Calc_(h)_as_, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers: -_Buc_(h)_anan_, _Buc_(h)_arest_, _C_(h)_andos_. - -[548] Et autrefois _métempsyc_(h)_ose_, qui n’a plus d’_h_; pourquoi -_psyc_(h)_ologie_ en a-t-il un? - -[549] On prononce _co_ dans _Jéric_(h)_o_, _Jéc_(h)_onias_ et -_Nabuc_(h)_odonosor_, _Terpsic_(h)_ore_, _Stésic_(h)_ore_, -_C_(h)_oéphores_, _Orc_(h)_omêne_ et _Colc_(h)_os_, _Sanc_(h)_oniaton_, -_C_(h)_osroès_, _C_(h)_oa_ et _Tyc_(h)_o-Brahé_, et même _La -Péric_(h)_ole_, _Picroc_(h)_ole_; mais non dans _Mi_ch_ol_, _San_ch_o_ -ou _don Qui_ch_otte_ (francisé de l’espagnol _Quijote_ à _j_ guttural). - -[550] Et dans les noms propres anciens en _-chus_, comme -_Antioc_(h)_us_, _Malc_(h)_us_, etc., mais non dans Ch_uquisaca_. - -[551] De même _Mi_ch_ée_, _Za_ch_ée_, _Si_ch_ée_, aussi bien que -_Mardo_ch_ée_, et aussi bien _Psy_ch_é_. Cependant on a longtemps dit -_trokée_. - -[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant _e_ et devant -_i_, mis l’_h_ entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend -le _c_ devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y -trompera pas. - -[553] De même dans _Mi_ch_el_ et _Ra_ch_el_, deux prénoms trop -populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans -_Pul_ch_érie_ et _Si_ch_em_. Mais on prononce _ké_ dans la plupart -des noms propres anciens: _A_ché_loüs_, _A_ché_ménides_, _A_ché_ron_, -_Car_ché_mis_ Ché_ronée_, Ché_ronèse_, Ché_rusques_, _La_ché_sis_, -_Pul_ch_er_ (rarement _Pul_ché_rie_) et _Senna_ché_rib_. Autrefois -le _ch_ d’_A_ché_ron_ était francisé ainsi que beaucoup d’autres. -C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent. -La _Comédie_, avec Racine, tenait pour _A_ché_ron_ (La Fontaine -aussi); l’_Opéra_, avec Lulli et Quinault, tenait pour _A_ké_ron_, qui -prévaut aujourd’hui. On prononce aussi _ké_ dans les noms italiens, -Ch_érubini_, _Mi_ch_el-Ange_. A la vérité, _Mikel-Ange_ paraît bizarre, -car on francise le second mot (pour _Angelo_) et pas le premier, alors -que nous avons pourtant _Mi_ch_el_ en français; mais, en réalité, le -nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle -et en conservant son accent sur la même syllabe _an_: c’est ainsi que -sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et -non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore _ké_ -dans Ch_emnitz_ et _Sa_ch_er-Masoch_, mais _ché_ dans _Blü_ch_er_ ou -_Schœl_ch_er_. - -[554] Excepté _lysima_ch_ie_ (kie). _Mala_ch_ie_ est flottant, tandis -que _Vala_ch_ie_ est toujours resté chuintant, malgré _Valaques_. - -[555] Pourtant on dit souvent _monakisme_, toujours _masokisme_. - -[556] Surtout à côté d’_ar_ch_itectonique_ ou _ar_ch_itriclin_, qui ne -sont pas moins savants qu’_ar_ch_iépiscopal_, et qui pourtant chuintent -comme les autres. _Arkiépiscopal_ a d’ailleurs l’air prétentieux, à -côté d’_ar_ch_evêque_. - -[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme -_Col_ch_ide_, _A_ch_ille_, _Es_ch_ine_, _Es_ch_yle_, Ch_ypre_, -_Ar_ch_iloque_ et _Joa_ch_im_. Il est vrai que ce mot est bien -maltraité: beaucoup de personnes prononcent _Joakin_, d’autres -_Joakime_, ou plutôt _Yoakime_, surtout en parlant de _Du Bellay_; -mais précisément _Du Bellay_ prononçait sans aucun doute son prénom en -chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église. - -[558] Ajouter les noms propres anciens: _Ezé_ch_ias_ et _Ezé_ch_iel_, -_Mel_ch_ior_ et _Mel_ch_isédec_, Ch_io_ et _Sper_ch_ius_, -_Bac_ch_ylide_ et _Ar_ch_ytas_, _Tra_ch_iniennes_, _E_ch_idna_, -_A_ch_illas_, et même _A_ch_illéide_ (malgré _A_ch_ille_); le plus -souvent aussi aujourd’hui Ch_iites_, Ch_ilon_, Ch_iron_ et _An_ch_ise_; -et surtout les noms italiens: _Brunelles_ch_i_, _Cernus_ch_i_, -_Baccio_ch_i_, _Fies_ch_i_, _Monaldes_ch_i_, _Ma_ch_iavel_ (d’où -_ma_ch_iavélique_ et _ma_ch_iavélisme_), _Sac_ch_ini_, Ch_ianti_, -Ch_ioggia_, _Is_ch_ia_, _Civita-Vec_ch_ia_, _Porto-Vec_ch_io_, -_Sec_ch_i_, _Veroc_ch_io_, etc., avec ch_i va sano_, ch_i lo sa?_ ou -_an_ch’_io_. _Ma_ch_iavel_ (avec ses dérivés) est de ceux qui furent -longtemps francisés, ainsi que Ch_iron_, Ch_ilon_, _An_ch_ise_, et bien -d’autres, même _Ezé_ch_ias_ ou _Ezé_ch_iel_: de tous ces noms, je ne -vois guère qu’_An_ch_ise_ qu’on fasse encore chuinter quelquefois. - -[559] D’où _A_c(h)_met_, _Ro_c(h)_dale_ et _Mélan_c(h)_ton_, -comme C(h)_loé_, _Méne_c(h)_mes_, C(h)_ristophe_, _Ara_c(h)_né_, -_Ere_c(h)_tée_, _Erési_c(h)_ton_; tous ces _h_ devraient disparaître. -_Dra_c(h)_me_ se prononçait naguère encore _dragme_; mais cette -prononciation est surannée. On chuinte dans _Fe_ch_ner_ ou _Ri_ch_ter_, -comme dans _Met_ch_nikoff_. - -[560] De même dans _Lyn_ch, d’où le verbe _lyncher_, et aussi dans -Ch_aucer_, Ch_esterfield_, Ch_icago_, _Man_ch_ester_, _Mi_ch_igan_, -tandis qu’on prononce de préférence _tch_ dans _Sandwi_ch ou -_Greenwi_ch, dans Ch_anning_, Ch_arleston_, Ch_atterton_, -Ch_ilde-Harold_, et en général dans les noms moins connus, ainsi -que dans _Pa_ch_eco_ ou _E_ch_egaray_. Dans les noms arabes ou -asiatiques, _ch_ a le son français, comme on l’a vu déjà dans -_chaou_ch ou _Marrake_ch: ainsi _Aï_ch_a_, _Kri_ch_na_ et _Vi_ch_nou_, -avec Ch_andernagor_ et _Pondi_ch_éry_; Ch_an-si_, Ch_an-toung_, -_Thian_-Ch_an_, _Sou_-ch_ong_, _Pet_ch_ili_, _Mand_ch_ourie_ et -Ch_emulpo_; Ch_att-el-Arab_, Ch_iraz_, _Ap_ch_éron_, _Re_ch_t_, -_Me_ch_ed_ et _Ka_ch_gar_; _Skoupt_ch_ina_, _Pri_ch_tina_, Ch_oumla_ -et Ch_odzko_. Ajoutons les noms américains: Ch_ili_, Ch_ihuahua_, -Ch_iquitos_, Ch_imborazo_, _le Grand_ Ch_aco_, avec Ch_actas_; et -aussi _A_ch_antis_, _A_ch_em_, _Fun_ch_al_, etc. Pourtant on prononce -ordinairement _ki_ dans Ch_iloë_, et cela est assez bizarre. - -[561] Ajouter presque tous les noms propres commençant par _Sch-_: -(S)_chaffouse_, (S)_chehérazade_, (S)_chelling_, (S)_chiller_, -(S)_chlegel_, (S)_chlestadt_, (S)_chliemann_, (S)_chmid_, -(S)_chneider_, (S)_chœlcher_, (S)_choll_, (S)_chomberg_, -(S)_chopenhauer_, (S)_chubert_, (S)_chumann_, (S)_chwartz_, etc., -etc., et aussi _Fe_(s)_ch_, _E_(s)_chenbach_, _Her_(s)_chell_, -_Frei_(s)_chütz_, _Frœ_(s)_chwiller_, _Haroun-al-Ra_(s)_chid_, -_Kamt_(s)_chatka_ ou _Kamt_(s)_chadales_, et même _Ta_(s)_cher_. Mais -il ne faut pas confondre le groupe _sch_ avec l’_s_ suivi du _ch_ -guttural dans les noms flamands ou italiens, comme _Honds_ch_oote_ ou -_S_ch_iedam_, _Monaldes_ch_i_, _Cernus_ch_i_ ou _Pes_ch_iera_. - -[562] On dit bien quelquefois _skéma_, mais c’est fort rare. -_Saint-Ans_ch_aire_ se prononce pourtant par _sk_. _S_ch_olastique_ -a gardé son _h_ en qualité de nom propre; mais _scolaire_, _scolie_, -_scoliaste_, et _scolastique_ adjectif, ont perdu le leur. D’autre -part, l’_s_ s’est mis inutilement dans (s)_chah_; _schako_ s’écrit -mieux _shako_ (voir le groupe _sh_ à la lettre _s_); _schall_ est -depuis longtemps remplacé par _châle_; _scheik_ est devenu _cheik_. - -[563] De même _Chateaubrian_(d), _Edmon_(d), _Bugeau_(d), -_Saint-Clou_(d), _Ronsar_(d), _Chambor_(d), etc. - -[564] Cette prononciation de _quan_(d) est d’ailleurs très ancienne, -et quand le _d_ final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours _t_ -qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir. - -[565] Avec _Shetlan_d et _Christiansan_d, _Samarkan_d et _Yarkan_d, -_Clevelan_d et _Wielan_d, auxquels il faut joindre _George San_d, -et les noms géographiques en _-land_. Mais plusieurs noms en -_-land_ peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien -que _Gan_(d), à savoir _Falklan_(d), _Marylan_(d), _Cumberlan_(d), -_Northumberlan_(d), _Jutlan_(d), _Groënlan_(d) en trois syllabes, et -_Friedlan_(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus -haut page 78); de plus, _Kokan_(d), sans compter _Rembran_(dt), et -aussi _Witikin_(d). On prononce encore le _d_ dans _Mahmou_d et _Lau_d, -mais non dans _Bedfor_(d), _Bradfor_(d), _Oxfor_(d) ou _Straffor_(d), -pas plus que dans _lor_(d). - -[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: _Joa_d, -_Bagda_d, _Timga_d, _Moura_d, _Alfre_d, _Port-Saï_d, _le Ci_d, _Davi_d, -_Nemro_d et _Robin-Hoo_d; _Sin_d, et même _Sun_d et ses composés -(_soun_, en danois); _Romual_d, _Bonal_d, _Brunehil_d, _Rothschil_d, et -les mots en _-field_; _Harol_d, _Hérol_d et aussi _Foul_d. Mais le _d_ -est muet dans _Gouno_(d), _Courajo_(d), _Grimo_(d) _de la Reynière_, -_Perno_(d), les noms en _-auld_ et _-ould_, comme _La Rochefoucau_(ld) -ou _Arnou_(ld), et même _Léopol_(d). On notera que l’_l_ qui ne se -prononce pas dans A_rnou_(ld) se prononce dans A_rnou_l. Le _d_ de -_Madrid_ peut se prononcer _d_ ou _t_, ou pas du tout; toutefois -_Madri_(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait _Davi_(d), qui -fut aussi usité. - -[567] C’était presque toujours à la suite de _a_ initial, devant _j_ -ou _v_, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou -fausse: _a_(d)_journer_, _a_(d)_jouter_, _a_(d)_veu_, _a_(d)_vouer_, -_a_(d)_vocat_, _a_(d)_venture_, _a_(d)_vis_, etc., et même -_a_(d)_miral_! Ces _d_ n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième -édition du _Dictionnaire de l’Académie_, sauf ceux que la prononciation -avait adoptés mal à propos. - -[568] Il est resté à peu près muet dans _La_(d)_vocat_ et dans -_Gérar_(d)_mer_, sans parler des mots composés, comme _Gran_(d)_mesnil_ -ou _Gran_(d)_pré_. Il sonne dans _Man_d_chourie_ ou _Richar_d_son_, -_Cambo_d_ge_, _Cambri_d_ge_ ou _Hu_d_son_, mais non dans -_Milne-Edwar_(d)_s_, ni dans _wel_(d)_t_ et _Barnevel_(d)_t_, ni -dans les noms en _-dt_, comme _Cronsta_(d)_t_, _Golschmi_(d)_t_ ou -_Humbol_(d)_t_; pour _Auerstædt_ et _Hochstedt_, on hésite entre le -_d_ et le _t_. On prononce aussi le _d_ dans _Ma_d_gyar_, mais nous -écrivons généralement ce mot sans _d_. - -[569] Et dans _A_d-d_a_ ou _E_d-d_a_, _Dje_d-d_a_, et, si l’on veut, -_Bou_d-d_ha_, ainsi que dans _A_d-d_ison_ et _Mage_d-d_o_. - -[570] Ce sont précisément les mots en _-if_, presque tous savants, et -où l’_f_ se prononçait, qui ont fait revivre l’_f_ dans les autres mots -où il était tombé: d’abord dans les mots en _-if_ non savants, comme -_jui(f)_ et _sui(f)_, puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent -déjà perdu leur _f_ dans l’écriture, comme _apprenti_, _bailli_ et -_clé_. Toutefois le rétablissement de cet _f_ final n’est pas encore -complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms -propres, où l’_f_ final sonne toujours. - -[571] L’_f_ a revécu même dans _bie_f, autrefois _bié_, et même _biez_. -L’Académie prononce encore _éteu_f sans _f_, en 1878! Le mot ne -s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec -un _f_, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît. - -[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans _bœu_(fs) et _œu_(fs) prononcés -sans _f_ «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du -peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch. -Nyrop. - -[573] Voir ci-dessus, page 91. - -[574] C’est la règle générale des noms de nombre. On énumère -ordinairement les cas où se prononce la consonne finale des noms de -nombre, et naturellement l’énumération n’est jamais complète. C’est le -contraire qu’il fallait faire, c’est-à-dire énoncer les cas où elle ne -se prononce pas, et la formule est si simple, qu’il est très surprenant -que personne ne l’ait encore donnée. - -[575] On prononçait _vi_(f) v_ou mort_, _du bœu_(f) v_à la mode_, et -surtout on a dit longtemps _vi_(f) v_argent_ et _neu_(f) v_et demi_. - -[576] Voir au chapitre des liaisons. - -[577] Autrefois on écrivait, très mal à propos d’ailleurs, mais -sans prononcer l’_f_, car ç’eût été impossible, _brie_(f)_ve_, -_brie_(f)_vement_, _veu_(f)_ve_ ou _ve_(f)_ve_, et _tre_(f)_ve_, tous -mots où l’_f_ étymologique était en réalité représenté deux fois. - -[578] Michaëlis et Passy n’admettent l’_f_ double que dans le latin -_a_f-f_idavit_! - -[579] De même _Cherbour_(g), _Strasbour_(g), et tous les noms -francisés en _-bourg_, _Hambour_(g), _Edimbour_(g), _Pétersbour_(g), -etc., et aussi _Bour_(g)_neuf_ ou _Bour_(g)_théroulde_. Toutefois -_Bour_g, chef-lieu de l’Ain, a gardé l’ancienne prononciation _bour_c, -même isolément, et non pas seulement dans _Bour_g-_en-Bresse_; car -si l’on prononçait _bour_ isolément, on dirait tout aussi bien -_Bour_(g)-_en-Bresse_. D’autre part, le _g_ se prononce tel quel -dans _bour_g_mestre_, qui désigne une magistrature étrangère (cf. -_Fran_c_fort_); mais on fera bien d’éviter _bour_gue_mestre_, qui est -pourtant écrit ainsi par M. Verhæren, dans _les Villes à pignons_, -pages 112 et 114. A l’inverse des noms francisés en _-bourg_, le _g_ se -prononce toutes les fois que la finale garde la forme germanique _burg_ -(toujours avec le son _ou_): _Terbur_g, ainsi que dans le mot _bur_g -lui-même. En revanche, nous avons francisé aussi, par l’amuissement -du _g_, quelques finales germaniques en _-berg_: _Gutenber_(g), -_Nurember_(g), _Furstember_(g), _Wurtember_(g), et si, l’on veut, -_Spitzber_(g), mais non _Ber_g, _Heidelber_g et les autres. - -[580] De même _Bussan_(g), _Capestan_(g), _Castain_(g), _Estain_(g), -_Serain_(g), _Loin_(g), _Bourgoin_(g), _Jean de Meun_(g) et _Neun_(g), -et aussi _Lon_(g)_jumeau_, _Lon_(g)_champ_, _Lon_(g)_périer_ ou -_Lon_(g)_wy_. - -[581] Le _Dictionnaire général_ ne prononce pas le _g_, mais Michaëlis -et Passy l’acceptent. Ce _g_, qui avait disparu, même de l’écriture, -est dû à la réaction orthographique. - -[582] Le _Dictionnaire général_ n’admet pas plus le _g_ de _legs_ que -celui de _joug_. - -[583] On ne devrait pas non plus prononcer le _g_ dans les noms -chinois en =_-ang_=, =_-eng_= et =_-ong_=, où les Anglais ont mis -un _g_, en transcrivant les noms, uniquement pour conserver à la -finale le son nasal. C’est une méthode que le XVIᵉ siècle avait -pratiquée en France même, et dont il nous reste plus d’une trace. -Comment donc une telle orthographe a-t-elle pu nous tromper, nous -qui écrivons encore _ran_g, _san_g, _lon_g, etc., sans parler des -graphies anciennes, _soin_g, _loin_g, _témoin_g, etc.? Le mal vient -de ce que nous avons l’habitude de prononcer toutes les consonnes -dans les mots étrangers, par principe; on s’est donc mis en France, -même les professeurs, à prononcer les _g_ de tous ces mots en -_-ong_, _-eng_, _-ang_, surtout _-ang_, oubliant qu’autrefois -_Tonkin_ s’écrivait _Ton_g-_Kin_g, sans se prononcer autrement, -et que _Kouang-Toung_ a donné _Canton_. Correctement, on devrait -prononcer uniquement _Kouan_(g)-_Toun_(g); et de même _Kouan_(g)-_Si_, -_Yan_(g)-_tsé-Kian_(g), _Si-Kian_(g), _Kian_(g)-_si_, _Kian_(g)-_sou_, -_Li-_ _Hun_(g)-_Tchan_(g), _Louan_(g)-_Praban_(g) et _Samaran_(g), -aussi bien que _Timour-Len_(g) et _Auren_(g)-_Zeyb_, qu’on respecte -davantage, et aussi bien _Sou-Chon_(g), _Hon_(g)-_Kon_(g), _Mékon_(g), -_Haïphon_(g), etc. Les marins ne prononcent pas autrement, ni les -marchands de thé _Souchon_(g). On ne devrait même pas prononcer le _g_ -dans _Hoan_(g)-_Ho_ ou _Shan_(g)-_Haï_; toutefois, comme ici le second -mot commence par une aspiration, comme, d’autre part, on écrit même -aujourd’hui _Shanghaï_ ou _Changhaï_, en un seul mot, il est naturel -que le _g_ s’y prononce, ne fût-ce que pour remplacer l’aspiration. Le -_g_ est aussi bien établi dans _Lan_g-_son_. On pourrait au moins s’en -tenir là. - -[584] Le _g_ se prononce de même dans la plupart des noms propres: -_Aga_g, _Zadi_g, _Ri_g-_Véda_, _Liebi_g, _Schleswi_g, _Grie_g, _Herzo_g -(avec _o_ fermé), _Mago_g (avec _o_ ouvert), _Flamen_g, _Cannin_g, -_Fieldin_g, _Lessin_g, _Lon_g-_Island_, _Youn_g et _Yun_g, _Astor_g, -_Swedenbor_g et _Vibor_g, etc., avec les noms géographiques en-_burg_, -et la plupart des noms en _-berg_, _Ber_g, _Lember_g et _Schomber_g, -_Heidelber_g, _Johannisber_g, _Lænsber_g, _Scanderber_g, etc., et même -_Altenbour_g, quoique on l’écrive par _ourg_. Toutefois _Leipzi_g et -_Dantzi_g qui se sont longtemps écrits _Dantzick_ et _Leipsick_, se -francisent encore le plus souvent par _c_ au lieu de _g_. - -[585] Et devant les diphtongues latines _æ_ et _œ_. De plus, aux -noms propres français, _An_g_ers_, _Béran_g_er_, G_illes_, etc. (y -compris G_erle_ ou _Mur_g_er_), s’ajoutent les noms propres anciens ou -bibliques: G_éla_, G_élase_, G_elboé_, G_élon_, G_énésareth_, G_éta_, -G_ethsémani_, _Phlé_g_éton_, _Sé_g_este_, _Té_g_ée_, _Ser_g_ius_, -G_y_g_ès_, G_yptis_, et quelques noms modernes francisés, comme -_Clésin_g_er_, _Kru_g_er_, _Ni_g_er_, _Scali_g_er_, G_érando_, -_Ma_g_ellan_, _Sca_g_er-Rack_ ou _Ur_g_el_, G_ibraltar_ ou G_iralda_. -Mais le _g_ garde le son guttural en tête des mots germaniques, -G_emmi_, G_erolstein_, G_ervinus_, G_essler_, G_essner_ ou G_ewaert_, -et aussi G_ebhart_, quoique le _t_ ne s’y prononce pas, et encore -G_œttingue_, _Peer_ G_ynt_, ou G_ibbon_; de même dans d’autres -mots non francisés, _En_g_elmann_, _He_g_el_, _Schle_g_el_ ou -_Vo_g_el_, _Meinin_g_en_, _Niebelun_g_en_, _Ber_g_en_ ou _Rœnt_g_en_, -_Dœllin_g_er_ ou _Minnesin_g_er_, _Erz_g_ebir_g_e_, _Sze_g_edin_ ou -_Djag_g_ernat_, et _Ri_g_i_, écrit aussi _Ri_g_hi_, avec _ver_g_iss -mein nicht_. - -[586] On a vu déjà que _gangrène_ s’est longtemps prononcé c_angrène_, -ce qui est le contraire de _se_c_ond_ prononcé _se_g_ond_; les -médecins ont fini par imposer _gan_, mais l’Académie ne s’est inclinée -qu’en 1878. D’autre part, _frangipane_ s’est longtemps prononcé -_fran_ch_ipane_. - -[587] De même _Fi_g(e)_ac_, G(e)_orges_, _Albi_g(e)_ois_, -_Clos-Vou_g(e)_ot_, et même _Kara_g(e)_orgewitch_. - -[588] On aurait pu écrire _jôle_, puisqu’on écrit _enjôler_. - -[589] L’_e_ étant nécessaire pour donner au _g_ le son chuintant devant -un _u_, il en résulte que _gu_ ne saurait en aucune façon se prononcer -_ju_, comme on l’entend parfois dans _enver_g_ure_, mot qui vient de -_vergue_ et non de _verge_. - -[590] Même dans les noms propres étrangers, dans Gu_eldre_, Gu_elfes_, -Gu_elma_, Gu_erchin_, Gu_ernesey_, Gu_errero_, Gu_evara_, comme -dans Gu_ébriant_, Gu_éménée_, Gu_énégaud_, ou Gu_érande_, et même -dans _Fi_gu_eras_ ou _San Mi_gu_el_, comme dans _Vauvenar_gu_es_ ou -_Ai_gu_esmortes_, _Ker_gu_élen_ ou _Lin_gu_et_. Il n’y a d’exception -que pour les mots latins _ex ung_u_e leonem_, _lapsus ling_u_æ_, et -dans _Vog_ü_é_, qui a un tréma sur l’_u_, faute de pouvoir en prendre -sur l’_é_, qui a déjà un accent. En outre l’_u_ se prononce _ou_ dans -_Finig_u_erra_. - -[591] Il en est du nom propre _Ai_g_uillon_ comme du nom commun: il -maintient son _u_, mais il a de la peine. De même _Fi_g_uig_, que les -Allemands eux-mêmes écrivent à tort _Fi_g_ig_ (_fighig_). - -[592] Y compris Gu_ines_, Gu_inegatte_ ou Gu_iscard_ et Gu_y de -Maupassant_, Gu_y Patin_ ou Gu_yton de Morveau_, et même les _ducs -de_ Gu_ise_, quoique la localité d’origine ait la diphtongue _ui_: -le nom commun gu_ise_ a aidé à l’altération de ce mot. L’usage de M. -Guizot n’a pas non plus sauvé l’_u_ de son nom. Certains noms étrangers -eux-mêmes ont cédé: Gu_ichardin_, d’ailleurs francisé, Gu_ido Reni_ ou -_le_ Gu_ide_, Gu_ildhall_; mais l’_u_ résiste dans _Guipuzcoa_. Pour -_Guyau_, _Guyot_, etc., voir page 192, note 2. - -[593] Ceci est tout à fait correct, l’étymologie étant _aigue_ (eau) -et non _aigu_ (cf. _évier_). Aussi le mot a-t-il naturellement trois -syllabes, et non quatre: - - Est-ce qu’elle a laissé, d’un esprit négligent, - Dérober quelque _aiguière_ ou quelque plat d’argent? - -On prononce de même _Fal_gu_ière_, _Laromi_gu_ière_ ou -_Lesdi_gu_ières_, _Sé_gu_ier_ ou _Tré_gu_ier_, et aussi Gu_ieysse_, -_La_gu_iole_ ou _Man_gu_io_. - -[594] On prononce également _ghi_ dans _Dra_gu_ignan_, et _ghin_ nasal -dans banc d’_Ar_gu_in_ (et non _Argouine_), comme dans _Ga_gu_in_ ou -Gu_ingamp_. - -[595] _Gua_ se prononce _goua_ dans les noms italiens ou espagnols: -_Aconca_g_ua_, _Mana_g_ua_ et _Nicara_g_ua_, _A_g_uado_, G_uadalaxara_, -G_uadalquivir_, G_uadarrama_, G_uadiana_, G_uaranis_, G_uardafui_, -G_uarini_, G_uarnerius_, G_uastalla_, G_uatemala_, G_uatimozin_, -G_uayaquil_, _La_ G_uayra_, etc., et même G_uadeloupe_, qui est -pourtant francisé. Toutefois le son _ghè_ a prévalu en France, au lieu -de _gouè_, pour _Para_gu_ay_ et _Uru_gu_ay_, sauf dans les départements -qui fournissent des immigrants à ces pays. Je ne parle pas de -_Laura_gu_ais_, qui devrait s’écrire _Lauragais_: c’est un nom français -dont la prononciation ne saurait être douteuse. Gu_adet_ et Gu_ay_ se -prononcent avec ou sans _u_, mais pas avec le son _ou_. _Li_gu_ori_ se -prononce par _go_. - -[596] Dans les noms propres, surtout étrangers, il se trouve devant -d’autres consonnes, et s’y prononce: _Lon_g_fellow_, _Men_g_s_, -_Lon_g_wood_, et même _Au_g_sbourg_. On sait que dans _Lon_(g)_wy_ il -ne se prononce pas. - -[597] De même _Py_g_malion_, _A_g_de_ ou _Ba_g_dad_. - -[598] Nous retrouverons l’_n_ mouillé à la suite de l’_N_. - -[599] _I_gn_ame_ a toujours été mouillé, venant de l’espagnol: -_i_g-_name_, indiqué par quelques dictionnaires, sans doute parce que -ce mot n’est pas populaire, est une erreur. Le _g_ s’isole encore dans -G_nathon_ et G_nide_, Ag-_ni_ et aussi _Ana_g-_ni_ (quoique à tort), -_I_g-_natief_, _Ma_g-_nus_ et _Ma_g-_nence_, mais non dans _A_gn_ès_, -prénom populaire. Dans _Pro_g-_né_, il peut d’autant moins se mouiller -que la meilleure forme est _Procné_. - -[600] Pour _signet_ et quelques autres mots, voir au chapitre de l’_N_. - -[601] De même _A_g-g_ée_, _E_g-g_er_, _Fu_g-g_er_, _E_g-g_is_. Les -noms propres offrent parfois deux _g_ devant d’autres voyelles, et ils -s’y prononcent tous les deux: _Ho_g-g_ar_, _Tou_g-g_ourt_, et aussi -_Dja_g-g_ernat_. - -[602] On prononce de préférence _dj_ dans G_iacomelli_, G_iacomo_, -G_iordiano_, G_ior_g_ione_, G_iotto_, G_iovanni_, et aussi -_Chio_gg_ia_, _Re_gg_io_, ou _Ru_gg_ieri_, où les deux _g_ ne font -qu’un. _Borgia_ a toujours été francisé complètement en _gi_ comme -_Scaliger_ en _jèr_. - -[603] De même _Bor_gh_èse_, _Ali_gh_ieri_, _Arri_gh_i_, Gh_iberti_, -Gh_irlandajo_, _Missolon_gh_i_, _Ri_gh_i_; de même _Birmin_gh_am_, -_En_gh_ien_, Gh_ika_, _Ouban_gh_i_, etc. - -[604] Prononcez _drèdnot_. De même dans _Wi_(gh)_t_ ou _Wri_(gh)_t_, -_Castlerea_(gh) ou _Ralei_(gh) ou _Connau_(gh)_t_. - -[605] On trouve pourtant _imbroglio_ en trois syllabes dans Musset. -Nous francisons également, à tort ou à raison, les noms propres les -plus connus, _Casti_gli-_one_, _Ca_gli-_ostro_, _Ca_gli-_ari_, moins -peut-être _Bentivo_gli_o_ ou _Ta_gli_amento_. Quant à _Broglie_, -de l’italien _Broglio_, il se prononce _broille_ et, quelquefois -_brog-lie_. _Vintimiglia_ s’est francisé en _Vintimille_ mouillé, afin -de garder son accent. - -[606] Voir page 43, note 1. - -[607] Et surtout des noms propres: _Ke_h_l_, _Bœ_h_m_, _O_h_net_, -_Fro_h_sdorf_, _Spo_h_r_: voir aussi page 39, note 1. Après _i_ et _u_, -qui ne peuvent guère se fermer, l’effet de _h_ ne se sent plus que fort -peu: _Schlemi_h_l_, _Eckmühl_. - -[608] Pour _sch_, voir au _CH_, page 227; pour _sh_, voir à l’_S_, page -323. - -[609] Voir ci-contre. _Ranela_gh se francise nécessairement à Paris. -_Malbrou_(gh) se prononce quelquefois _malbrouk_, à tort. - -[610] On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’_h_, -évidemment inutile dans _r_h_éteur_ ou _At_h_ènes_, comme dans -_mal_h_eur_ ou _in_h_abile_, peut encore jouer son rôle, soit -en empêchant aussi la liaison comme dans _en_h_ardir_, soit en -maintenant séparées des voyelles qui se fondraient sans cela, comme -dans _a_h_uri_, _co_h_ue_, _de_h_ors_, _re_h_ausser_, _Ro_h_an_, -_Ville_h_ardouin_. Il a même été ajouté pour ce motif dans un certain -nombre de mots: _ca_h_oter_ et _Ca_h_ors_, _éba_h_ir_, _enva_h_ir_, et -surtout _tra_h_ison_, qui devient souvent au XVIᵉ siècle _traï-son_, -en deux syllabes. Ce n’est pas une raison cependant pour prononcer -_ba_y_ut_ ou _ca_y_outchouc_, comme on fait quelquefois: c’est assez -que la _sauce mahonnaise_ soit devenue définitivement _ma_y_onnaise_. - -Ce n’est pas tout; si, après une voyelle, l’hiatus est tout ce qui -reste de l’aspiration, il n’en est pas tout à fait de même de la -consonne articulée. _Par_ h_asard_ se prononce bien comme _par amour_, -sans doute à cause du grand usage qu’on fait de l’expression: ne dit-on -pas, dans le peuple, _à l’_h_asard_ de la fourchette? Mais _par_ -h_auteur_ ne se confond pas avec _par auteur_, et _avoir_ h_onte_ -s’articule un peu autrement que _fanfaron_: il semble qu’après la -consonne il y ait comme une espèce d’arrêt ou d’hésitation, une espèce -d’hiatus, au sens de lacune. Cela est si vrai, qu’on entend parfois -_avoir honte_, ce qui, évidemment, est excessif. - -[611] On vient de voir que ceux même qui avaient un _h_ en latin -l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction -étymologique. - -[612] C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans _la -Coupe et les Lèvres_: - - Capable _de_ h_uiler_ une porte secrète. - - -[613] _Hiéroglyphe_ n’est pas aspiré dans La Fontaine, _Fables_, IX, 8: - - Ce sont ici _hiéroglyphes_ tout purs; - -on prononçait alors _jéroglyphes_, tout comme Racine prononçait -_Jérôme_ en écrivant _Hiérosme_, dans _les Plaideurs_, II, 4. - -[614] Le mot _hyène_ n’est pas dans le même cas que _yacht_, _yak_, -_yatagan_, _yole_, _yucca_, _youyou_: nous avons vu plus haut, page 152 -et suivantes, que ces mots, où l’_y_ est semi-voyelle, sont toujours -traités comme s’ils avaient un _h_ aspiré, de même que _oui_ dans -certains cas, et quelques autres, particulièrement _uhlan_. - -[615] Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois: -h_alle_, h_ameau_, h_anche_, h_anneton_, h_anter_, h_arasser_, -h_ardi_, h_areng_, h_aricot_, h_arnais_, h_asard_, h_ibou_, h_ideux_, -h_oche_, h_ochet_, h_omard_, h_onnir_, h_onte_, h_onteux_, h_oue_, -h_oux_, h_oublon_. On se rappelle encore la «scie» du Moulin-Rouge: -En voulez-vous _de_(s) _zhomards_? Ces erreurs ne sont pas nouvelles. -Ainsi Scarron fait plusieurs fois l’_h_ muet dans h_allebarde_, -h_ardi_, h_asarder_, h_aïr_ ou h_aine_, sans compter une dizaine -d’autres, et Voltaire dans h_arassé_. V. Hugo, dans _les Gueux_, a -encore fait l’_h_ muet dans h_aridelle_. Tous ces mots ont l’_h_ -aspiré. Pourtant, quand nous avons adopté récemment en géographie le -mot h_interland_, nous lui avons fait l’_h_ muet. - -[616] Quelques _h_ aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi -l’italien nous a donné h_alte_; l’espagnol, h_âbler_ et h_amac_ (mais -l’_h_ est muet dans (h)_idalgo_, malgré Rostand, _Cyrano_, IV, 5, et -dans (h)_ombre_); l’arabe, h_aschisch_, h_aras_, h_arem_, h_enné_, -h_ouri_, h_ousse_; le hongrois, h_ongre_, h_ousard_ et h_ussard_ (mais -h_eiduque_ a l’_h_ muet); le tartare, h_orde_; le valaque, h_ospodar_. -L’hébreu h_osanna_ a l’_h_ muet au moins au singulier, et la liaison -s’impose dans _un_ h_osanna_; mais j’avoue que le pluriel serait gênant. - -[617] Dans _ex_h_ausser_ (egzôcé), l’_h_ est forcément devenu muet. On -disait aussi _la maison d’_H_autefort_, et on dit encore, à Paris, _rue -d’_H_auteville_, _rue d’_H_autpoul_. - -[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait _toujours_ -muet. - -[619] De même dans h_oc_ et même h_ile_: pouvait-on dire _l’hile_? - -[620] Notamment celles de h_aste_, h_âtier_, h_ernie_, h_erse_ et -h_ercheur_. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire -h_ésiter_ dans les premières éditions du _Menteur_, et il n’est pas le -seul; Molière aspire h_ier_, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville -(il s’agit naturellement de _hier_, monosyllabe: voir sur ce point -notre article sur _les Innovations prosodiques chez Corneille_, dans la -_Revue d’histoire littéraire_, 1913). - -[621] Car il vient d’_octo_. Cet _h_ a été mis devant _uit_, ainsi que -devant _uile_ (oléum), _uis_ (ostium) et _uître_ (ostrea), afin de -distinguer ces mots de _vit_, _vile_, _vis_, _vitre_, à l’époque où -l’_u_ et le _v_ n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme -_i_ et _j_; l’_h_ marquait donc le caractère _vocalique_ de l’_u_, et -n’aspirait nullement ces mots. - -[622] On prononce naturellement _quatre-vingt_-h_uit_ comme -_quatre-vingt-deux_, et aussi _cent_-h_uit_, sans liaison. Mais Scarron -dit fort bien, dans _Don Japhet d’Arménie_: - - Mon cousin aux deux mille huitantième degré; - -et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe, -quand il dit à la fin d’_Hespérus_: - - C’était le seize avril mille huit cent soixante. - - -[623] Le _Dictionnaire général_ oublie l’_h_ aspiré de h_éraut_, comme -celui de h_ersé_ et h_ersage_; en revanche, il aspire mal à propos -celui d’(h)_anséatique_, d’(h)_umus_ et d’(h)_urluberlu_. - -Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine -latine ou grecque ont l’_h_ muet: (H)_arpagon_, (H)_ébé_, (H)_ébreux_, -(H)_écate_, (H)_ippolyte_, (H)_orace_, etc. Ceux qui sont d’origine -germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart -du temps: H_absbourg_, H_ainaut_, H_ampshire_, H_anovre_, H_erder_, -H_ollande_, etc., etc., et aussi H_ottentots_, H_uns_, H_urons_, -H_urepoix_. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur -aspiration. Ainsi l’_h_ est muet dans (H)_alifax_, (H)_amilton_, -(H)_amlet_, (H)_astings_, (H)_ausmann_, (H)_ébrides_, (H)_écla_, -(H)_ermann_, (H)_udson_; a fortiori dans (H)_arcourt_, (H)_arfleur_ -et (H)_onfleur_, (H)_autpoul_, (H)_éloïse_, (H)_enri_, (H)_érault_, -(H)_ortense_ (et par suite _hortensia_), (H)_yères_, etc., et aussi -dans (H)_aïti_. Il l’a été autrefois dans les expressions: _toile -d’_(H)_ollande_ ou _fromage d’_(H)_ollande_, _point d’_(H)_ongrie_ et -_eau de la reine d’_(H)_ongrie_; et Corneille écrit même, en prose, -_guerre d’_(H)_ollande_, _campagne d’_(H)_ollande_. Mais cela n’a -jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On -ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans _la Marquise Zabeth_: - - C’est un de ces bouquets qu’on a pour trente sous - Chez la fleuriste, au coin du pavillon d’_Hanovre_. - -Je pense que les noms géographiques, comme _Hanovre_ et _Hollande_, -subissent moins facilement ce traitement que les noms de personne, -même _Jeanne_ (H)_achette_ ou (H)_amlet_, déjà cité. C’est pourquoi on -critiquera encore ce vers de V. Hugo, dans le _Prélude_ des _Quatre -Vents de l’Esprit_: - - Il est l’âcre Archiloque et _le Hamlet_ amer. - -_Henri_ a été longtemps aspiré, et Voltaire l’aspire régulièrement -dans _la_ H_enriade_. H_enriade_ est toujours aspiré, mais _Henri_ -ne l’est plus guère, et l’on dit avec élision: _vive_ (H)_enri IV!_ -avec liaison: _un_ (H)_enri_, _deux_ (H)_enri_, _c’est_ (H)_enri_. -Pourtant _le règne de_ H_enri IV_ n’est pas encore inusité. L’_h_ -d’(H)_enriette_ est encore plus muet que celui d’(H)_enri_ et depuis -plus longtemps. On a autrefois repris Molière, au témoignage de -Richelet, pour avoir dit: - - Clitandre auprès de vous me fait son interprète, - Et son cœur est épris des grâces d’_Henriette_. - _Les Femmes savantes_, acte II, scène 3. - -Aujourd’hui rien n’est plus naturel. Pour _Hugo_, l’usage n’est pas -fixé. - -[624] Dans les anciens textes, il ne se distingue pas typographiquement -de l’_i_, mais il se prononce _j_ tout de même. - -[625] Aux noms propres français s’ajoutent naturellement les noms -bibliques et anciens: J_acob_, J_aphet_, J_éhu_, J_ephté_, J_ourdain_, -etc., y compris J_oachim_; J_apet_ (quelques-uns disent _yapè_), -J_ason_ et J_ocaste_; J_anus_, J_ugurtha_, J_uvénal_, etc., et aussi -J_ansénius_ ou J_ornandès_. - -[626] De même dans l’italien _Bo_j_ardo_, _Porto-Ferra_j_o_, -_Ghirlanda_j_o_, etc.; en tête des mots, dans l’allemand J_ahn_, -J_ohannesburg_, J_ohannisberg_, J_ungfrau_, etc. (mais J_uliers_ -est français); dans J_anina_, J_assy_ et _Sara_j_evo_, qu’on peut -écrire aussi par un _i_; dans _Pr_j_evalski_, _Nordensk_j_œld_, -_B_j_œrnstierne-B_j_œrnson_, J_onkœping_, _Solve_j_g_, etc. Dans -_A_j_accio_, J_oconde_ et _Ma_j_orque_, le _j_ est francisé, -quoiqu’on prononce aussi _Mayorque_, à l’espagnole, dans le Midi -(esp. _Mallorca_). On prononce aussi _j_ dans J_agellons_, J_ava_, -J_ordaëns_, J_utland_. - -[627] Ou J_ames_, J_efferson_, J_ohn Bull_, J_ones_, J_ohnson_, etc. -Mais J_enner_ et J_ersey_ sont francisés aussi bien que J_amaïque_. -Le _d_ s’écrit devant la chuintante dans les noms arabes: Dj_erba_, -Dj_érid_, Dj_ibouti_, Dj_inns_, Dj_idjelli_, Dj_ur_dj_ura_ (écrit -quelquefois J_ur_j_ura_), _Al_-Dj_ézireh_, etc., et aussi quelquefois -dans Dj_aggernat_. Le _j_ espagnol a un son guttural que nous n’avons -pas l’habitude de conserver, notamment dans J_uan_, qui est francisé, -et dans J_uarez_. On sait que ce _j_ est la même lettre que l’_x_ de -X_érès_ ou X_iménès_, que nous prononçons _k_. - -[628] De même _Yor_k, _Cor_k: et même après une nasale: _Mon_k. - -[629] _De_kk_an_ s’écrit aussi _De_cc_an_, et les deux _k_ s’y -prononcent. - -[630] Beaucoup de noms bretons commencent par _Ker_, qui signifie -_maison_. - -En anglais, au commencement des mots, _kn_ se prononce _n_: (k)_night_, -(k)_nox_, (k)_nock-out_. - -[631] Pendant longtemps _pluriel_ s’est écrit et prononcé _plurier_, -par une fausse analogie avec _singulier_; mais cette orthographe a -disparu depuis Vaugelas, et la prononciation en _é_, qui a continué -quelque temps, s’est accommodée par la suite à l’écriture. - -[632] Au XVIᵉ siècle, les mots _col_, _fol_, _sol_, n’étaient déjà -plus que des graphies conventionnelles pour _cou_, _fou_, _sou_, et se -prononçaient par _ou_, même devant les voyelles. On conte qu’un jour -un instituteur reprit un écolier qui prononçait _col_, en l’invitant à -prononcer comme s’il y avait un _u_, et l’écolier, docile, mit un _u_ -à la place de l’_o_. La prononciation par _ol_ a été reprise depuis -dans certains cas, pour des raisons d’euphonie, et même il est arrivé -que _col_ et _cou_ ont fait deux substantifs différents. Pour _-eul_, -il y a eu des exceptions, mais elles ont disparu: par exemple, on a -dit long-temps _linceu_(l), _filleu_(l), _tilleu_(l), sans parler -des _l_ qu’on ajoutait à _cheveu_(l) ou _moyeu_(l). D’autre part, la -finale _-eul_ a été souvent mouillée comme dans _Choiseul_, et l’est -encore dans _Santeul_; dans les noms communs elle est devenue _-euil_ -en pareil cas: ainsi _chevreuil_ et _écureuil_, venus de _chevreul_ -(qui est resté comme nom propre) et d’_écureul_. D’autre part, -_linceul_ tend aujourd’hui encore à devenir _linceuil_. Dans Voltaire -(_Henriade_, IV, 449-450), _Bayeul_ rime avec _Longueil_, et Delille -fait rimer _chèvrefeuil_ avec _tilleul_ (_Paradis perdu_, IV). - -[633] _Tapecu_ s’écrit même sans _l_. Mais l’_l_ se prononce dans -_culbute_, qui ne fait qu’un mot, autrefois _culebute_. Dans les noms -propres, l’_l_ final se prononce toujours, y compris les mots en -_-oul_, _Arnou_l, _Fortou_l, _Hautpou_l, _Mâchecou_l, _Mossou_l. - -[634] De même _Du Barra_il, _Du Fa_il, _Ga_il, _Montmira_il (le -_Montmirail_ de la Marne se prononce _rèle_, et celui de la Sarthe -_ral_), _Corbe_il, _Verce_il, _Foucher de Care_il, _Verneu_il, -_Auteu_il, _Bourgue_il; voir aussi page 92, note 4. - -[635] Mais à quoi bon, puisqu’on ne dit pas _dé_rèl_er_? - -[636] Et quelques noms propres, comme _Ni_l, _Anqueti_l, _Myrti_l, -_Daumesni_l, _Brési_l, etc. - -[637] L’_l_ final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles -que l’_i_: on vient de le voir pour la finale _-eul_. _Rueil_ aussi est -issu de _Ruel_. - -[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé -semblait à tort nécessiter deux _l_. - -[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son _l_: c’est -_émeri_. Le même phénomène s’est produit dans _pou_(il), _genou_(il), -_verrou_(il), malgré _pouilleux_, _agenouiller_, _verrouiller_, à côté -de _fenou_il, qui a repris et gardé le sien. - -[640] Domergue distingue encore entre _genti_(l) _garçon_ sans _l_ et -_les genti_l(s) avec _l_ mouillé. - -[641] _Méni_l avait aussi amui son _l_, qui revit ordinairement dans -_Méni_l_montant_, comme dans _Daumesni_l ou _Dumesni_l. - -[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter _mou_l_t_ n’a pas -manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure -ignorance. - -[643] L’_l_ ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms -propres, notamment dans les noms en _-auld_ et _-ault_, _-ould_ et -_-oult_, comme _La Rochefoucau_(ld), _Châtellerau_(lt), _Arnou_(ld), -_Guérou_(lt), avec _Yseu_(lt); de plus, _Chau_(l)_ne_, _Au_(l)_nay_, -_Au_(l)_noy_, _Pau_(l)_mier_, _Pau_(l)_my_, _Fau_(l)_quemont_, -_Gau_(l)_tier_, _de Sau_(l)_cy_, et autres pareils, où cet _l_ a été -rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le -reconnaissaient pas dans l’_u_. On prononce également _Be_(l)_fort_, -au moins dans l’Est. Mais on prononce l’_l_ dans _Fou_l_ques_ et dans -_Montgo_l_fier_. Pour _Sainte-Menehould_, les avis sont très partagés: -_mene-ou_ et _mene-oul_ ont des partisans, même locaux, à côté de -_menou_, qui est la vraie tradition: seul le _d_ paraît n’être encore -jamais admis. - -[644] On sait que, dans un mot comme _faulx_, l’_l_ du latin est -représenté trois fois: une première fois dans l’_x_, qui n’est un _x_ -que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où _x_ remplaçait -_us_; une seconde fois par l’_u_, qui n’est qu’un _l_ vocalisé; une -troisième fois par l’_l_. Ainsi _chevals_ est devenu _cheva_x pour -_cheva_us, puis _cheva_ux, puis même pendant quelque temps _cheva_ulx. -Dans _aulne_ et _faulx_, et aussi dans _Chaulne_ et autres, cet _l_ a -la même valeur que dans _chevaulx_. - -[645] Ni _rou_-l_ier_ avec _rouiller_, _fourmi_-l_ier_ avec -_fourmiller_, _fusi_-l_ier_ avec _fusiller_, _pi_-l_ier_ avec _piller_, -ou même _ra_ll_ier_ avec _railler_. Mais on dit indifféremment _arcade -sourci_-l_ière_ ou _sourci_-y_ère_: cette exception est justifiée -par le voisinage de _sourcilleux_ ou _sourciller_, qui ont les _ll_ -mouillés, sans compter que celui de _sourci_(l) le fut aussi jadis. -D’autre part, il y avait autrefois un verbe _rouiller_, sans rapport -avec _rouille_: on disait _rouiller les yeux_; ce verbe s’est confondu -avec _rou_-l_er_. - -[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même -pied que _celui_, de même qu’ils acceptent _mi_-l_ieu_ et _mi_-y_eu_, -_fami_-l_ier_ et _fami_-y_er_, etc. - -[647] Enregistré aussi par Michaëlis et Passy. - -[648] On a vu plus haut des cas analogues, à propos de l’_e muet_: voir -pages 182 et 183. - -[649] On évitera aussi le changement de _l_ en _n_, comme dans -_ca_n_eçon_ et n_entilles_, qui sont fort anciens tous les deux; ou -encore l’agglutination de l’article avec le mot, phénomène qui nous a -donné _landier_, _lendemain_, _lendit_, _lierre_, _lingot_, _loriot_, -_luette_, mais non _lévier_: ce serait assurément tout aussi naturel, -mais le mot _évier_ a été jusqu’à présent plus heureux que les autres, -et on fera bien de laisser _le lévier_ à la cuisinière. - -[650] De même dans les noms propres: _Noa_ill_es_, _Versa_ill_es_, -_Corne_ill_e_, _Marse_ill_e_, etc., _Ba_ill_et_, _Ba_ill_y_, -_Neu_ill_y_, etc., avec _Pau_ill_ac_. - -[651] Autrefois il y en avait bien davantage, par exemple -_genti_(l)_le_ avec _genti_(l)_lesse_, _angui_(l)_le_ et -_pasti_(l)_le_, qu’on ne connaît plus du tout, avec _camomi_(l)_le_ et -_Cami_(l)_le_, qu’on n’entend plus que très rarement. - -[652] Avec les noms en _=-ylle=_, également savants, _siby_(l)_le_, -_idy_(l)_le_, _chlorophy_(l)_le_ et _psy_(l)_le_. - -[653] Il y avait aussi _imbéci_(l)l_e_ qu’on a réduit à _imbécile_: -pourquoi pas aussi bien _tranquile_? - -[654] La prononciation non mouillée de _ville_ s’est naturellement -transmise à tous les noms propres dont il fait partie, et à d’autres -aussi par analogie: _Chavi_(l)l_e_, _Navi_(l)l_e_, _Grévi_(l)l_e_, -_Latouche-Trévi_(l)l_e_, _Bellevi_(l)l_e_, _Tocquevi_(l)l_e_, -_Boutevi_(l)l_e_, _Calvi_(l)l_e_, _Chervi_(l)l_e_, etc., comme -_Vi_(l)l_efranche_, _Vi_(l)l_edieu_, _Vi_(l)le_hardouin_, -_Vi_(l)l_eneuve_, etc. Il s’est même produit ici un phénomène inverse -de celui qui se produit d’ordinaire: un mot à finale mouillée qui a -cessé de se mouiller. C’est assurément la prononciation de _vi_ll_e_, -qui a fait altérer celle de _Sévi_ll_e_, quoiqu’il n’y ait aucun -rapport entre eux. L’espagnol mouille _Sevilla_, et Corneille, dans _le -Cid_, ne s’y trompe pas: il fait rimer _Sévi_ll_e_ avec _Casti_ll_e_ -et non avec _vi_(l)l_e_ (voir acte II, scène 6). Or aujourd’hui les -chanteurs parlent du _Barbier de Sévi_(l)l_e_, et la Comédie-Française -en fait autant. C’est, en somme, une grave erreur, et tant que -l’espagnol sera là pour maintenir le son véritable, j’estime qu’on doit -essayer de faire prévaloir la prononciation correcte, qui est mouillée. -Je pense qu’il faut mouiller de même _Survi_ll_e_. Le son mouillé -s’est d’ailleurs maintenu dans deux mots de la langue en _-ville_: -_chevi_ll_e_ et _recroquevi_ll_e_. - -Aux noms propres en _-ville_, il faut joindre _I_(l)l_e-et-Vilaine_, -_Achi_(l)l_e_, _Cyri_(l)l_e_, _Deli_(l)l_e_, _Gi_(l)l_e_, pris -souvent comme nom commun, _Li_(l)l_e_, qui est mis pour _l’île_, et -_Li_(l)l_ebonne_, _Mabi_(l)l_e_, _Régi_(l)l_e_, _Exi_(l)l_es_, avec -_Trasy_(l)l_e_ et _Bathy_(l)l_e_. _Faucilles_ est confondu à tort avec -le nom commun _fauci_ll_e_, et devrait s’écrire _Fauciles_, mais il est -difficile de réagir, étant donnée l’orthographe. - -[655] Ajouter la plupart des noms propres: _Auri_ll_ac_, _Bi_ll_aut_, -_Bi_ll_ot_, _Bi_ll_y_ ou _Debi_ll_y_, _Bobi_ll_ot_, _Chanti_ll_y_, -_Condi_ll_ac_, _Genti_ll_y_, _Gui_ll_aume_, _Gui_ll_aumet_, -_Gui_ll_eragues_, _Gui_ll_ot_, _Gui_ll_otière_, _Gui_ll_otin_ (et -_gui_ll_otine_), _Mari_ll_ac_, _Mi_ll_ot_, _Mi_ll_y_, _Si_ll_é_, -_Si_ll_ery_, _Ti_ll_y_, _Vari_ll_as_, _Vi_ll_eurbanne_, et tous les -noms en _-illon_, sauf _Di_(l)l_on_, qui n’est pas français, mais y -compris _Vi_ll_on_. Il est vrai que _Vi_(l)l_on_ est, en fait, beaucoup -plus répandu aujourd’hui, toujours à cause de _vi_ll_e_, comme pour -_Sévi_ll_e_; mais _Vi_ll_on_ est sans rapport avec _vi_ll_e_, et -d’autre part ce poète fait toujours rimer son nom, non pas avec des -mots en _-lon_, mais avec des mots en _-illon_ (i-yon). Il y a donc là -une erreur qu’on _doit_ corriger, puisqu’il s’agit d’un nom propre dont -le son est toujours vivant dans les vers du poète, et que, d’ailleurs, -ce nom suit tout simplement la règle générale. C’était aussi l’avis de -Gaston Pâris. - -[656] J’en puis dire autant pour _Santi_ll_ane_ et _Meli_ll_a_, qu’on -ne mouille guère, sous prétexte que ce sont des noms étrangers, et -qu’on devrait mouiller. Pourtant on mouille ordinairement _Zori_ll_a_ -et _Muri_ll_o_. - -[657] Voir plus haut, page 190, ce qui a été dit de _fuyions_, _fuyiez_. - -[658] Pourtant _cu_-ill_er_ et _cu_-ill_erée_ prononcés par _u_ ne sont -pas très rares; quelques-uns même prononcent _keu-yèr_, mais ceci est -détestable. - -[659] De même qu’on prononce _Ju_-ill_y_ et non _Jui_-ll_y_. Sans -l’_i_, on prononcerait _ju-let_ et _ju-ly_. Ainsi les _ll_ de _Su_ll_y_ -sont mouillés dans la prononciation locale (Bourgogne), et Domergue les -mouille encore; mais faute d’_i_, _Su-ly_ a prévalu en histoire, comme -dans le prénom. D’autre part _Boilly_ se prononce _boi-yi_. - -L’exemple de _Sully_ montre que l’_i_ n’était pas plus nécessaire -autrefois pour mouiller l’_l_ double que pour mouiller l’_l_ final; et -_Bernou_ll_i_ se prononce en mouillant, comme _o_ll_a podrida_, qui a -donné _oille_ (o-ye) en français. _Oille_ est d’ailleurs le seul mot -de cette finale, car _La Trémoille_ se prononce et peut s’écrire _La -Trémouille_, et _Maroi_(l)l_es_ n’est pas mouillé. En espagnol, l’_l_ -double est aussi mouillé sans _i_, et beaucoup de personnes, même en -France, mouillent correctement _Va_ll_adolid_, comme s’il y avait un -_yod_: cf. _Ma_ll_orca_, qui est _Majorque_, prononcé _mayorque_ dans -le Midi. - -[660] C’est probablement le voisinage de _mille_ et _ville_, -qui a permis _à_ _Mi_(l)l_ais_, _Mi_(l)l_et_, _Mi_(l)l_erand_, -_Mi_(l)l_evoye_, _Mi_(l)l_in_, à _Vi_(l)l_ars_, _Vi_(l)l_aret-Joyeuse_, -_Vi_(l)l_èle_, _Vi_(l)l_emain_, _Vi_(l)l_ette_, _Vi_(l)l_oison_, -_Vi_(l)l_emessant_, _Vi_(l)l_ers_, _Vi_(l)l_ers-Cotterets_, -_Vi_(l)l_ersexel_, etc., de se maintenir sans se mouiller. De même -_Li_(l)l_ers_. On ne mouille pas non plus les noms en _-viller_ à -_r_ sonore: _Bischvi_(l)l_er_, _Bouxvi_(l)l_er_, _Frœschvi_(l)l_er_, -_Guebvi_(l)l_er_; et on a tort trop souvent de mouiller les -noms en _-villier_ (_vilié_ et non _vi-yé_): _Vi_(l)l_iers_, -_Aubervi_(l)l_iers_, _Beauvi_(l)l_iers_, _Brinvi_(l)l_iers_, -_Cuvi_(l)l_ier_, etc., auxquels se joignent _I_(l)l_iers_ et _Baraguay -d’Hi_(l)l_iers_, avec _Largi_(l)l_ière_ ou _La Vri_(l)l_ière_. Dans -_Mi_l-l_esimo_, _Vi_l-l_afranca_, _Vi_l-l_aréal_ ou _Vi_l-l_aviciosa_, -on prononce les deux _l_. - -[661] De même dans _I_l-l_yrie_ ou _I_l-l_inois_, comme dans -_Amary_l-l_is_ ou _Sy_l-l_a_, l’_l_ double ne se mouillant pas après un -_y_. On ne mouille pas non plus _Pi_(l)l_nitz_ ou _Gri_(l)l_parzer_. - -[662] C’est cette analogie même qui a contribué à réduire à un les -deux _l_, qu’on prononce en italien; c’est à tort que le _Dictionnaire -général_ maintient les deux _l_ en français, sans doute au nom de -l’étymologie. - -[663] Michaëlis et Passy eux-mêmes sont obligés de faire de graves -concessions. Nous irons plus loin: au lieu d’examiner les cas où la -lettre se prononce double, nous énumérerons ceux où elle se prononce -simple, qui sont les moins nombreux. - -[664] On dit aussi avec un seul _l_: _A_(l)l_ainval_, _A_(l)l_ard_, -_A_(l)l_ier_, _Ca_(l)l_ot_, _Ga_(l)l_et_, _Ga_(l)l_ifet_, -_Ga_(l)l_i-Marié_, et, en général, les noms propres français et -allemands, et aussi _Wa_(l)l_ons_; on dit même le plus souvent -_Sa_(l)l_uste_, quoique cette réduction soit rare dans les noms propres -anciens, et aussi _Walha_(l)l_a_. - -[665] Et aussi dans _Be_(l)l_ey_, _Du Be_(l)l_ay_, que beaucoup de -gens écorchent, sans compter les dictionnaires, dans _Be_(l)l_eau_, -_Be_(l)l_one_, _Be_(l)l_une_, _De_(l)l_ys_, _Ke_(l)l_ermann_, -_Pe_(l)l_isson_, _Le_ _Te_(l)l_ier_, et, par suite, _papier -te_(l)l_ière_. L’_l_ reste double dans les noms italiens: _Be_l-l_ini_, -_Paësie_l-l_o_, _Zingare_l-l_i_. Je rappelle que l’_e_ reste muet, et -par conséquent l’_l_ simple dans _Chaste_(l)l_ain_, _Eve_(l)l_in_, -_Ge_(l)l_ée_, _More_(l)l_et_ et _Montpe_(l)l_ier_. - -[666] Avec _Bertho_(l)l_et_, _Co_(l)l_é_, _Co_(l)l_ot d’Herbois_, -_Ho_(l)l_ande_, _Mio_(l)l_is_, _Ro_(l)l_in_, _Ro_(l)l_on_, et -ordinairement _Champo_(l)l_ion_, parfois même _Po_(l)l_ux_, quoique -ancien. - -[667] Et aussi _Lu_(l)l_y_ ou _Su_(l)l_y_. - -[668] Le pronom de la troisième personne est, en effet, _i_ tout court, -pour le peuple: _i_(l) _vient_, sauf devant un _l_; donc, à _i ll’a_, -correspond _tu ll’as_. - -[669] Tandis que Ll_orente_ se prononce _liorante_. - -Il convient de distinguer _ll_ anglais, qui se prononce _l_, de _ll_ -catalan (y compris les Basses-Pyrénées), qui fait _li_. - -[670] Ni L(h)_éritier_ ou L(h)_omond_ ou L(h)_uillier_; mais on -mouille les noms méridionaux. Et il faut noter que, là encore, -après _a_, _e_, _u_, un _i_ s’intercale entre la voyelle et l’_l_: -à côté de _Paladi_lh_e_, _Mi_lh_au_, _Mari_lh_at_, _Jumi_lh_ac_, -on a _Ca_ilh_ava_, _Ga_ilh_ard_, _Parda_ilh_ac_, _Parda_ilh_an_, -_Me_ilh_ac_, _Me_ilh_an_, _Tre_ilh_an_, _Bou_ilh_et_, _Genou_ilh_ac_. -Toutefois, là non plus, l’_i_ n’était pas nécessaire, et il est -souvent ajouté: _Parda_ilh_ac_, par exemple, s’écrivait _Parda_lh_ac_; -seulement jamais les Parisiens ne mouilleront _lh_ sans _i_, et on -ne prononce pas _No_lh_ac_ autrement que _no_l_ac_. Je pense que -_Greffu_lh_e_ est dans le même cas. Pour le groupe _-gli_-mouillé, voir -plus haut, page 246. - -[671] Voir pages 129-130, et pour _Joachim_, page 225, note 2. - -[672] De même _Ha_m, _Abraha_m ou _Pria_m, _Ozana_m ou _Anna_m, -_Jérusale_m ou _Château-Yque_m, _Ephraï_m ou _Arni_m, _Herculanu_m ou -_Epso_m. A fortiori _Malco_lm. - -[673] Voir encore page 129, note 2. Le _b_ ou le _p_ ne font pas -forcément nasaliser certains mots étrangers, comme _Be_m_bo_, -_Le_m_berg_, _Pe_m_broke_, _Scho_m_berg_ et _Schau_m_bourg_, -_Ki_m_berley_, et autres moins connus. Voir les noms nasalisés, pages -135, note 1, 144, note 2, 146, note 3, 148, note 4, et 149, note 1. - -[674] Ce sont presque tous des mots latins, ou des noms propres -étrangers: _Fla_m_steed_, _Ka_m_tschatka_ et _Ka_m_tschadales_, -_Ra_m_say_, _Ra_m_sès_, _Ra_m_sgate_; _E_m_den_, _E_m_s_, _Kre_m_lin_, -_Me_m_ling_, _Ne_m_rod_, _Pote_m_kin_, _Se_m_lin_, _Tle_m_cen_; -_Hi_m_ly_, _Ti_m_gad_; _Cro_m_well_, _O_m_sk_ et _To_m_sk_, etc. - -[675] _Hymne_ rimait avec _-ine_ ou _-inne_, et Ronsard écrit -volontiers _hynne_ ou _hinne_. Il en était de même de _di_(g)_ne_ ou -_si_(g)_ne_: voir plus loin, au chapitre de l’_N_. - -[676] Sur ce mot, voir page 75. - -[677] De même dans _Agame_m-n_on_, _Clyte_m-n_estre_, _Co_m-n_ène_, -_Vertu_m-n_e_. - -[678] Ch. Nyrop cite l’anecdote suivante: «On demandait à une dame -comment elle se portait.--Oh! répondit-elle, je souffre beaucoup d’un -_rhumatisse_.--En ce cas-là, Madame, lui répondit-on, faites beaucoup -d’_exercisme_.» - -[679] Voir plus haut, page 132. - -[680] Naturellement on dit _E_m-m_a_ ou _E_m-m_aüs_, mais plutôt -_E_(m)m_anuel_, comme _E_(m)m_elines_ et _Je_(m)m_apes_. - -[681] Le _Dictionnaire général_ indique l’_m_ double dans tous et même -dans _gra_m-m_aire_, ce qui est un peu surprenant. On ne prononce -généralement qu’un _m_ dans _Gra_(m)m_ont_ ou _La_(m)m_ermoor_, mais -deux dans _A_m-m_ien_, _A_m-m_on_, _A_m-m_onites_, _Ci_m-m_ériens_, -_Sy_m-m_aque_. - -[682] D’ailleurs, pour conserver la nasale, on devrait écrire plutôt -_in-mangeable_, comme on écrit _inlassable_ (exemple unique et -déplorable, encore inconnu des dictionnaires), à côté de _i_l-l_isible_ -et _i_l-l_ogique_, qui pourtant ont été formés directement, eux aussi, -sur des mots français. Puisque l’occasion s’en présente, je voudrais -joindre ma protestation à celle d’Émile Faguet contre l’intrusion -extraordinaire de ce barbarisme inutile, à la place d’_infatigable_, -qui était excellent. Mais c’est un fait qu’on ne peut plus, -aujourd’hui, ouvrir un livre ou un journal sans y trouver _inlassable_ -ou _inlassablement_, et qu’_infatigable_ a _complètement_ disparu. Qui -nous dira pourquoi? - -[683] Le _Dictionnaire général_, qui admettait les deux _m_ dans -_gra_m-m_aire_, les refuse dans ces deux mots. Ajoutons que, dans les -cafés, on entend souvent _conso_m-m_ation_, ce qui est fort prétentieux. - -[684] Et aussi dans _Co_(m)m_ines_, _Co_(m)m_entry_, _Co_(m)m_ercy_, -_Co_(m)m_inges_. - -[685] Voir au chapitre des nasales, page 138, note 1. - -[686] _Ade_n, _Anderse_n, _Backhuyse_n, _Bade_n, _Barme_n, _Bayle_n, -_Beethove_n, _Berge_n, _Brocke_n, _Carme_n, _Chephre_n, _Cobde_n, _van -Dieme_n, _Dryde_n, _Gretche_n, _Hohenstauffe_n, _Ibse_n, _Mommse_n, -_Niebelunge_n, _Nieme_n, _Pose_n, _Reischoffe_n, _Thorwaldse_n, -_Tlemce_n, _Yéme_n, etc., avec _Anne de Boley_n. On peut y joindre -au besoin _Haydn_, qu’on prononce quelquefois _Hayde_n: il paraît -qu’_Haydn_ a signé une fois _Hayden_; mais cette prononciation est -aujourd’hui surannée. Les moins connus de ces noms propres en _-en_ -doivent se prononcer de préférence à l’allemande, c’est-à-dire -en faisant à peine entendre l’_e_: _Meining_(e)_n_ et même, -_Niebelung_(e)_n_. Dans _Wi_(e)_sbade_(n), l’_n_ ne se prononce pas. - -[687] _Ahrima_n, _Flaxma_n, et surtout les noms en _-mann_, bien -entendu. - -[688] Voir au chapitre des nasales, page 146, note 1. - -[689] Voir au chapitre des nasales, page 148. A l’époque où la consonne -finale se prononçait dans tous les noms de nombre, y compris _deux_ -et _trois_, elle se prononçait aussi dans _un_, sous la forme _eune_, -d’abord; aujourd’hui encore, on marque la mesure par _une_, _deux_, ce -qui est certainement un reliquat de l’ancienne prononciation de _un_. - -[690] L’_=n=_ n’est final après consonne que dans quelques noms -propres. Or il est muet dans la prononciation locale de _Tar_(n) et -_Béar_(n). Mais cette prononciation ne s’est pas imposée au reste de la -France, et les personnes instruites, originaires de la région où coule -le _Tarn_, prononcent couramment _Tarne_, et surtout _Tar-net-Garonne_. -De même _Elor_n, et, a fortiori, les noms étrangers, _Hor_n, -_Paderbor_n, _Sever_n ou _Lincol_n. Cependant les maisons nobles de -_Béar_(n) et d’_Isar_(n) continuent à omettre l’_n_. - -[691] Voir encore au chapitre des nasales, pages 138 et 139. - -[692] Et encore pas toujours: voir page 132. Mais il est distinct -dans beaucoup de noms étrangers, comme _Sta_n_ley_, _Be_n_tivoglio_, -_Appe_n_zell_: voir au chapitre des nasales, pages 135, 145, 146, 149. - -[693] De même _Logro_ñ_o_ ou _Angra-Peque_ñ_a_. En portugais, le même -son est représenté par _nh_, et _señor_ s’écrit _se_nh_or_; il faut -donc mouiller _Mi_nh_o_ ou _Tristan da Cu_nh_a_. - -[694] On ne saura jamais pourquoi tel verbe est en _-onner_ et tel -autre en _-oner_. - -[695] Et aussi dans les noms anciens: _Ha_n-n_on_, _Pa_n-n_onie_, -_Pe_r_pe_n-n_a_, _Porse_n-n_a_, _Se_n-n_aar_, _Se_n-n_achérib_, -_Ape_n-n_ins_, _E_n-n_ius_, _Bre_n-n_us_, _Ci_n-n_a_, _Cinci_n-n_atus_, -_Eri_n-n_ye_, etc. Toutefois _A_(n)_nibal_ est tellement connu qu’on -y prononce généralement l’_n_ simple. L’_n_ est encore double assez -souvent dans _A_n-n_a_, _A_n-na_am_, _A_n-n_apolis_, _Sa_n-n_azar_, -_Li_n-n_é_, _Co_n-n_ecticut_, _Yu_n-n_an_, etc. L’_n_ est simple -dans _A_(n)_nonay_, _A_(n)_nunzio_, _Je_(n)_ner_, _Je_(n)_ny_, -_Te_(n)_nyson_, _Fi_(n)_nois_, _Co_(n)_naught_. - -[696] Voir pages 244-245. On mouille donc par exemple dans -_Bor_gn_is-Desbordes_, _I_gn_ace_, _Lusi_gn_an_, _Mari_gn_an_, -_Ma_gn_ésie_, _Ma_gn_y_, _Mari_gn_y_, etc., et dans les noms -italiens comme _A_gn_adel_, _Foli_gn_o_, _Le_gn_ano_, _Mante_gn_a_, -_Masca_gn_i_, _Orca_gn_a_, _Si_gn_orelli_, etc., et _Pu_gn_o_. - -[697] Voir pages 48 et 87. La graphie de _gn_ mouillé a été aussi -_ngn_: c’est ainsi qu’on écrivait _ivro-ngne_; on sait que _gagner_ -s’écrivait aussi bien _ga-ngner_ que _gai-gner_, voir même _gai-ngner_. -Le groupe _ngn_ s’est conservé dans _Boullo-ngne_, sans nasaliser -l’_o_; mais on prononce aujourd’hui _Bron-gnart_. - -[698] Quoique les poètes fassent très bien rimer ce mot avec les mots -en _nie_. - -[699] Ceci reste d’un temps où l’on prononçait _si_(g)_ne_ et -_di_(g)_ne_, _mali_(g)_ne_ et _béni_(g)_ne_, et même _cy_(g)_ne_, -qui rimaient avec _-ine_, ainsi que _hy_(m)_ne_. On sait que dans -les armes parlantes de Racine, il y avait un _rat_ et un _cygne_, -et l’on se rappelle sans doute qu’il eût préféré un _sanglier_! -Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, on prononça _si_(g)_ner_ et _assi_(g)_ner_. On -prononça de même _Re_(g)_nard_ jusqu’au XIXᵉ siècle, et _Re_(g)_naud_, -comme _co_(g)_noistre_. Mais tandis que le _g_ de _co_g_noistre_ -disparaissait de l’écriture, les noms propres gardaient le leur; aussi -leur est-il arrivé le même accident qu’à _Montaigne_: l’orthographe a -altéré leur prononciation. Aujourd’hui _Re_(g)_nard_ ne se comprendrait -plus; encore n’est-ce pas un motif pour changer l’_e muet_ en _e_ -fermé, et dire _R_é_gnard_ pour _R_e_gnard_, comme il arrive trop -souvent: nous avons déjà vu cela, page 170. - -[700] Malgré le _Dictionnaire général_. - -[701] De même _Fécam_(p), _Decam_(ps), _Guingam_(p), _Loncham_(p), -_Descham_(ps), _Cham_(p)_cenetz_, _Cham_(p)_fleuri_, et aussi -_Cham_(p)_meslé_ et autres pareils, et encore _Dupanlou_(p) et -_Tro_(p)_long_. Mais le _p_ se prononce dans _Cham_p_lain_. - -[702] Et _Ga_p. Mais il n’y a pas si longtemps qu’on disait encore un -_ce_(p) _de vigne_, à cause de la consonne qui suit. - -[703] Avec _Ale_p ou _Trom_p, a fortiori _Ra_pp ou _Kru_pp, sans -compter _Le Ca_p, bien entendu. - -[704] Il a été muet même dans _Égy_(p)_te_ ou _sce_(p)_tre_, et on -a prononcé quelque temps _conce_(pt), _ra_(pt) et _abru_(pt): cf. -_succin_(ct), _exa_(ct), _respe_(ct), etc. Il était muet aussi dans -_nie_(p)_ce_ et _no_(p)_ce_, dans _e_(s)_cri_(p)_ture_ et aussi dans -_a_(p)_vril_ et _ne_(p)_veu_, où il n’avait que faire, ce qui ne l’a -pas empêché de se maintenir dans _Lene_(p)_veu_. Le _p_ initial a aussi -été longtemps muet dans (p)_saume_ et (p)_sautier_ (cf. _tisane_ et -_Phalsbourg_, où il est tombé): on disait surtout, et même on écrivait -_les Sept Seaumes_, si bien que quelques-uns, au témoignage de Henri -Estienne, en vinrent à dire _un sesseaume_, ce qui en somme n’est pas -plus extraordinaire que de dire un _cent-garde_. Aujourd’hui le _p_ -initial tombe parfois, mais très familièrement, dans _un_ (p)’_tit -gars_ et autres expressions pareilles. - -[705] Y compris _Saint Jean-Ba_(p)_tiste_ et _Anaba_(p)_tiste_. - -[706] Je ne sais où Michaëlis et Passy ont entendu ces mots sans _p_. -Ajouter, naturellement, _Se_p_timanie_ et _Se_p_time-Sévère_. - -[707] Malgré Michaëlis et Passy. - -[708] Ces mots sont peut-être les seuls qu’indique le _Dictionnaire -général_. Notons pourtant qu’on prononce fort bien _hi_(p)_podrome_, -_hi_(p)p_opotame_ et _Hi_(p)p_olyte_ avec un seul _p_. - -[709] Le _p_ se double ordinairement dans _A_p-p_ien_, _A_p-p_ius_, -_Phili_p-p_iques_, dans _Maze_p-p_a_, dans les mots italiens comme -_Be_p-p_o_, jamais dans _Co_(p)_pée_, ni par suite dans _Co_(p)_pélia_, -ni dans _Co_(p)_pet_. - -[710] Pourquoi pas _filosofie_ aussi bien que _fantaisie_? - -[711] Notamment dans _co_(q) _d’Inde_, aujourd’hui remplacé par _dinde_ -ou plutôt par _dindon_; mais on a presque toujours dit _co_q _de -bruyère_. Au pluriel, on disait _des cô_. - -[712] Voir ce qui est dit de _neuf_, page 233: _cinque francs_, -très répandu, est particulièrement désobligeant pour une oreille -délicate. On distingue aujourd’hui _cin_q _mars_, qui est la date, -et _Cin_(q)-_Mar_(s), nom propre, qui a conservé la prononciation -traditionnelle. Dans _Lecoc_q, _Lestoc_q, _Vic_q-_d’Azyr_, _Ourc_q, et -autres, le _q_ ne change rien au _c_, et dans _Lecler_(cq), ils ne se -prononcent ni l’un ni l’autre. - -[713] Dans _piqûre_, sous prétexte de pas mettre deux _u_ de suite, on -a fondu ensemble celui du groupe _qu_ et celui du suffixe _-ure_. - -[714] Voir plus haut, p. 241. On évitera plus encore de prononcer _t_ -ou _ti_ pour _q_, surtout dans _qui_ suivi d’une voyelle, comme dans -_cintième_! - -[715] Outre les mots latins, _quin_qu_ennium_, _tu quo_qu_e_, _in -utro_qu_e jure_, _cui_qu_e suum_, etc. - -[716] On prononce _ké_ dans tous les noms propres français et la -plupart des étrangers, comme Qué_bec_ ou _Albu_que_rque_. Il y -a pourtant un nom français où l’on prononce très souvent l’_u_: -c’est _Q_u_ercy_; or il est fort rare qu’on le prononce dans -_Q_(u)_ercinois_, même quand on le fait dans _Q_u_ercy_: n’est-ce -pas _kerci_ qu’on devrait dire, et que vient faire ici cette -prononciation savante ou étrangère? On prononce encore l’_u_ dans -_Q_u_eretaro_, _S_u_sq_u_ehannah_, _Torq_u_emada_, mais plus guère -dans _Angra-Peq_u_eña_ ou _Anteq_u_era_. L’_u_ se prononce _ou_ -dans _Q_u_eensland_ et tous les composés de _queen_, et aussi dans -_q_u_etsche_, qui est plus allemand que français. - -[717] Que Michaëlis et Passy consentent à réduire à trois syllabes: -_ob-sé-kyeu_! - -[718] On prononce sans _u_ tous les noms français: _Aq_(u)_itaine_, -_Créq_(u)i, _Esq_(u)_irol_, _Forcalq_(u)_ier_, _Montesq_(u)_ieu_, -_Q_(u)_iberon_; tous les noms en _quin_, y compris _Tarq_(u)_in_, -_Thomas d’Aq_(u)_in_ ou _le Dominiq_(u)_in_; tous les noms commençant -par _Quin-_ (sauf _La Q_u_intinie_), etc., et aussi _Esq_(u)_imaux_, -et même _Chuq_(u)_isaca_, ou _Q_(u)_ito_. On fait entendre l’_u_ -dans les noms latins: _Esq_u_ilin_, _Q_u_intus_, _Q_u_irinal_, -_Q_u_irinus_ et _Q_u_irites_, _Tanaq_u_il_ et _Tarq_u_inies_, malgré -_Tarq_(u)_in_, et aussi _Q_u_inte-Curce_ et _Q_u_intilien_, qui ont -été longtemps francisés; mais on prononce généralement _Aq_(u)_ilée_ -sans _u_. On prononce encore l’_u_ dans les noms étrangers, _Aq_u_ila_, -_Aréq_u_ipa_, _Esseq_u_ibo_, _Esq_u_iros_, _Iq_u_ique_. - -[719] Parce que, même en latin, nous le prononçons ainsi, de même que -_quum_ s’articule _come_. Il est vrai que quelques-uns le prononcent -depuis quelque temps _cuo_ ou _couo_, je ne sais pourquoi: tant que -notre manière détestable de prononcer le latin se maintiendra, c’est -_co_ qui existe seul, notamment dans _Q_(u)_o vadis_. - -[720] Malgré Michaëlis et Passy. - -[721] Du temps où florissait la loterie, _q_(u)_aterne_ était trop -populaire pour se prononcer avec _ou_. D’autre part, dans les mots qui -commencent par _quinqua_, l’_u_ ne peut guère se prononcer dans la -seconde syllabe autrement que dans la première: il y faudrait un effort -qu’on ne fait pas, et c’est deux fois _u_ qu’on entend le plus souvent. - -[722] L’_u_ se prononce également _ou_ dans les mots latins _Q_u_ades_, -_Q_u_adrifrons_, _Séq_u_anes_ ou _Séq_u_anaise_, _Torq_u_atus_, et -aussi dans _Brown-Séq_u_ard_, _Griq_u_aland_, _don Pasq_u_ale_ ou -_Q_u_arterly-Review_. - -[723] Pendant très longtemps l’_r_ a été muet dans les mots en -_=-ir=_, _=-oir=_ et _=-eur=_ à féminin _-euse_ (probablement par -confusion entre _-eur_ et _-eux_). Etienne Tabourot, sieur des -Accords, raconte, dans ses _Bigarrures et Touches_, qu’il a vu une -enseigne, d’opticien sans doute, représentant des chats qui sciaient -du bois, ce qui signifiait clairement: _Aux chats scieux_. Ce sont -probablement les infinitifs en _-ire_ et _-oire_ qui ont provoqué la -reviviscence de l’_r_ dans ceux en _-ir_ et _-oir_: seul _sortir_, pris -substantivement, a résisté quelque temps. Quant aux mots en _-eur_, -ce sont les grammairiens qui ont rétabli l’_r_, en distinguant le -langage familier du langage soutenu, où ils exigeaient l’_r_ partout; -mais l’ancienne prononciation n’avait pas encore disparu du bon usage -après la Révolution: «_Un porteu_, _un porteu d’eau_, _le procureu -du roi_, c’est, dit Domergue, la prononciation de l’afféterie ou de -l’ignorance.» Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans _monsieu_(r) -et _messieu_(rs); mais _péteux_ et _oublieux_ ne sont qu’un reliquat de -l’ancienne prononciation, ainsi que _faucheux_, doublet de _faucheur_. -Pour _piqueur_, voir plus haut, p. 94. Dans les mots en _-ar_, _-air_, -_-or_, _-ur_ et _-our_, l’_r_ s’est toujours prononcé. Cependant on -a dit _o_(r) _ça_; on a aussi supprimé l’_r_ dans _pour_: Tabourot, -dans ses _Bigarrures_, assimile _poulets trépassés_ à _pou_(r) _les -trépassés_; et le peuple fait encore volontiers cette suppression, -ainsi que dans _bonjou’ M’sieu_. Quant à _su_(r), qu’on entend encore -dans le peuple devant un _l_ (_su l’ banc_, _su l’ journal_), il est -possible qu’il vienne de _sus_ plutôt que de _sur_. - -[724] Il s’y est longtemps prononcé, et avec _é_ fermé: _aimé_r. Et -même l’_r_ était tombé dans les autres infinitifs, comme dans les mots -en _-oir_ et _-eur_, avant de tomber dans les infinitifs en _-er_. Et -justement il a revécu partout, tandis qu’il achevait de tomber dans les -infinitifs en _-er_, sauf à la rime, où on ouvrait l’_e_. - -[725] Où l’_s_ n’est que la marque du pluriel. On y ajoute -_poulaille_(r) et _oreille_(r), qui ont perdu leur _i_ dans -l’orthographe, tandis que _quincaillie_(r), _joaillie_(r) et les -autres le gardaient: la prononciation est d’ailleurs la même. Au -contraire _cuiller_, qui avait aussi le suffixe _-ier_ à l’origine -(d’où la prononciation ancienne _cui-yé_), est passé, sans doute à -cause du genre féminin, à la catégorie des mots où l’_r_ se prononce. -On ne prononce pas non plus l’_r_ dans les noms propres français en -_-ier_ ou _-iers_, qui ont apparemment le même suffixe: _Fléchie_(r), -_Pradie_(r), _Forcalquie_(r), _Poitie_(rs), etc., etc., et aussi -_Ténie_(rs); les monosyllabes _Fie_r et _Thie_r_s_ n’appartiennent pas -à cette catégorie, non plus que l’adjectif _fie_r, dont nous allons -parler. - -[726] Le XVIIᵉ siècle faisait ordinairement sonner l’_r_ dans -l’adjectif _lége_r, et l’Académie le maintint jusqu’en 1762. De -même dans les adjectifs _entie_r, _altie_r, etc., sauf _premie_(r) -et _dernie_(r), mais y compris _plurie_r lui-même, au moins pendant -quelque temps. Cela était particulièrement naturel pour _entier_ -et _altier_, qui n’avaient pas le suffixe _-ier_, l’un venant -d’_integrum_, l’autre de l’italien _altiero_. L’Académie maintient -encore en 1762 l’_r_ d’_altie_r qu’elle ne laisse disparaître qu’en -1835. Ainsi tous les adjectifs en _-ier_ ont fini par suivre l’analogie -des substantifs, à l’exception de _fie_r et _che_r. Mais quand on -rencontrera chez les classiques ou chez Voltaire la rime de _che_r -avec _lége_r, ou celle de _fie_r avec _altie_r, on devra se rappeler -que ces rimes étaient parfaitement correctes dans la prononciation -normale, tandis que les rimes dites _normandes_, comme celle de _che_r -avec _arrache_(r), n’étaient correctes qu’au moyen d’une prononciation -spéciale adoptée ou conservée pour les vers: _arrachèr_, avec _r_ -sonore, prononciation toujours discutée, mais encore admise au début du -XVIIIᵉ siècle. Je n’ai pas besoin de dire que dans V. Hugo ces rimes ne -sont plus des rimes: - - ..... Que j’ai pu blasphé_mer_, - Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette - Une pierre à la _mer_. - _Contempl._, IV, 15, _A Villequier_. - -Ç’a été le tort de tous les poètes du XIXᵉ siècle de s’imaginer que -tout ce qui était bon chez les classiques devait être bon chez eux, -comme si la prononciation était la même. - -Les noms propres français en _-cher_ et _-ger_ font naturellement comme -les noms communs: _Bouche_(r), _Fouche_(r), _Rouche_(r), _Ange_(rs), -_Bérange_(r), _Roge_(r), etc., avec _Suge_(r), sur lequel on se trompe -trop souvent. _Alge_(r) s’y est ajouté, après quelque hésitation, ce -qui a probablement entraîné _Tange_(r), sur lequel on a hésité plus -longtemps. On prononce l’_r_ dans _Murge_r, qui n’était pas du tout -un nom allemand; mais l’auteur lui-même y a consenti, pour donner à -son nom une allure plus romantique. On prononce aussi l’_r_ dans les -monosyllabes _Che_r et _Ge_r_s_, et dans _Saint-Euche_r. - -[727] On vient de voir dans la note précédente que _entie_r et _altie_r -s’étaient détachés du groupe. - -[728] Dans ces mots et les précédents, l’_e_ s’est ouvert dès le XVIᵉ -siècle, et l’_r_ s’y est toujours prononcé. On prononce aussi l’_r_ -dans les noms propres français qui ne sont pas en _=-ier=_, _=-cher=_ -ou _=-ger=_: _Rouhe_r, _Aube_r, _Antife_r, _Lille_r_s_, _Frœschwille_r -et tous les noms en _-viller_, _Bouffle_r_s_, _Locmariaque_r, -_Saint-Ome_r, _Quimpe_r, _Prospe_r, _Neve_r_s_, _etc._, ainsi que -_Fie_r, _Thie_r_s_, _Reye_r, _Che_r, _Saint-Euche_r et _Ge_rs, comme -les adjectifs _fie_r et _che_r, et apparemment pour la même raison. -Quant à _Gier_ on prononce _Gie_r pour la rivière et _Rive-de-Gie_(r) -pour la ville! Contrairement à la règle, on ne prononce pas l’_r_ dans -_Gérar(d)me_(r) ni dans _Rambervi(l)le_(rs), ni, croyons-nous, dans -_Saint-Seve_(r) comme dans _Tasche_(r). - -[729] La différence entre les mots étrangers francisés et ceux qui ne -le sont pas porte seulement sur la manière de prononcer l’_e_: voir -pages 66 et 67. On prononce l’_r_ naturellement dans tous les noms -propres anciens, bibliques ou étrangers, même s’ils sont en _-cher_ et -_-ger_, comme _Pulche_r et _Blüche_r ou _Clésinge_r, _Egge_r, _Fugge_r, -_Kruge_r, _Scalige_r, etc., sauf _Alge_(r) et _Tange_(r). - -[730] Nous avons vu aussi que les finales en _-ier_ où l’_r_ ne se -prononce pas, pouvaient, elles aussi, être suivies à l’occasion d’une -_s_, qui est alors la marque d’un pluriel, et par suite ne change rien -à la prononciation: c’est le cas par exemple de _volontie_(rs) ou de -_Poitie_(rs); de même _Ange_(rs). Dans les autres cas, l’_r_ suivi -d’_s_ se prononce, comme on l’a vu, notamment dans les monosyllabes -_tie_r(s), _Thie_r(s), _Ge_r(s). - -[731] Voir ci-dessus, page 159. Ajoutons qu’il faut éviter aussi de -remplacer _co_rr_idor_ par _co_l_idor_. - -[732] On disait aussi _a_(r)_bre_ et _ma_(r)_bre_, que Vaugelas -n’approuvait pas. - -[733] On sait que l’_r_ tombe aussi dans _Ma_(r)_lb_(o)_rou_(gh). - -[734] Ils s’y sont toujours prononcés, et on sait qu’autrefois ils se -prononçaient même à l’infinitif: _que_r-r_e_, _cou_r-r_e_. - -[735] Cf. _a_(r)_ranger_, _a_(r)_rêt_, _a_(r)_rière_ ou _de_(r)_rière_, -_a_(r)_river_, _a_(r)_rondir_, _a_(r)_roser_, etc., et _ba_(r)_rer_, -_ca_(r)_ré_, _ja_(r)_ret_, _ga_(r)_rotter_, _cha_(r)_rue_, -_cha_(r)_ron_, _la_(r)_ron_, _ma_(r)_ron_, _pa_(r)_rain_, -_pa_(r)_ricide_, _sa_(r)_rasin_, _sa_(r)_rau_, etc., et même -_dia_(r)_rhée_, mot savant, mais très ancien. - -[736] Il en résulte que j’_e_r-r_ais_, nous _e_r-r_ons_, diffèrent bien -peu de j’_err_e_rai_, nous _err_e_rons_, où l’_e_ est nécessairement -muet; on fera bien de ne pas employer ce verbe au futur ni au -conditionnel, de même que le verbe _abho_r-r_er_. - -[737] Pourtant le _Dictionnaire général_ donne seulement _te_(r)_reur_ -et _te_(r)_rible_, et d’autre part il admet uniquement _e_r-r_eur_. -Des mots comme _pe_(r)_ron_, _pe_(r)_roquet_, _pe_(r)_ruche_, -_pe_(r)_ruque_, _se_(r)_rer_, _se_(r)_rure_, _ve_(r)_rat_, -_ve_(r)_rier_, _ve_(r)_roterie_, _ve_(r)_rou_, sont restés intacts. -De même la plupart des noms commençant par _Fer-_ ou _Per-_ comme -_Clermont-Fe_(r)_rand_ ou _Pe_(r)_rault_. - -[738] Je ne parle pas de _courrai_, exception signalée plus haut: voir -page 297. - -[739] L’_r_ se prononce volontiers double dans les noms anciens: -_Pa_r-r_hasius_, _Va_r-r_on_, _Ve_r-r_ès_ et _Ve_r-r_ines_, -_Py_r-r_ha_, _Py_r-r_hon_, _Py_r-r_hus_ et _Ty_r-r_héniens_, et -_Bu_r-r_hus_, dans _Gue_r-r_ero_ ou _He_r-r_ero_, peut-être dans -_So_r-r_ente_ et _Su_r-r_ey_, mais pas plus dans _Ga_(r)r_ick_, -_Bo_(r)r_homées_ ou _Co_(r)r_ège_, que dans _Guillaume de Lo_(r)r_is_ -ou _Co_(r)r_èze_. - -[740] Domergue note que de son temps quelques actrices, «fidèles aux -mauvaises traditions», prononçaient encore l’_s_ de _Grecs_ et de -_Romains_. On ne prononce l’_s_ du pluriel qu’en liaison; nous en -parlerons ailleurs. Ajoutons que l’_s_ du pluriel, quand on cessa de -le prononcer, eut longtemps pour effet d’allonger la voyelle finale; -cet allongement, qui a disparu de la prononciation courante depuis le -XVIIIᵉ siècle, se conserve encore dans certaines provinces. - -[741] _Alcarazas_ est un pluriel espagnol devenu singulier; le -phénomène n’est pas unique: nous allons le retrouver avec _albino_s et -_mérino_s, sans compter les noms de cigares. - -[742] Dans les noms propres anciens ou étrangers, l’_s_ final se -prononce toujours: _Barabba_s, _Jona_s et _Jonatha_s, _Phidia_s -et _Cinéa_s, _Stanisla_s et _Wencesla_s, _Gil Bla_s, _Ruy Bla_s, -_Microméga_s et _Chacta_s, _Caraca_s, _Dama_s, _Madra_s et _Texa_s, -etc., etc. Il faut excepter les _Duka_(s) et naturellement les -pluriels: _Papoua_(s), _Wyndhia_(s), _Maya_(s), _Arya_(s), _Inca_(s), -_Véda_(s), _Saga_(s), _Galla_(s), _Foulah_(s), _Pourana_(s), -_Damara_(s), _Soutra_(s), _Hova_(s). On prononce l’_s_ dans _Visaya_s. -L’_s_ se prononce aussi le plus souvent dans les noms français; mais -il y a des exceptions, notamment les prénoms qui, par leur popularité, -sont assimilés aux noms communs: _Luca_(s), _Cola_(s), _Nicola_(s), -_Thoma_(s), ainsi que _Juda_(s). On y joint naturellement _Le Ba_(s) -ou _Pays-Ba_(s) et _Félix Gra_(s), et aussi _Vaugela_(s), _Duma_(s), -_Maupa_(s) et _Maurepa_(s), _Dura_(s), quelquefois _Cala_(s), -_Cuja_(s); en outre, les noms de l’Ardèche, _Priva_(s), _Aubena_(s), -etc., avec une ville du comtat, _Carpentra_(s): c’est à tort qu’on -prononce parfois l’_s_ dans _Carpentra_(s). En revanche on prononce -régulièrement l’_s_ dans _Mathia_s, qui l’a repris, n’étant prénom -qu’à demi, dans _Alcofriba_s, _d’Assa_s, _Barra_s, _Blaca_s, _Cala_s, -_Cuja_s, _Du Barta_s, _Escarbagna_s, _Rabaga_s, etc., etc., dans -_La_s _Cases_ et dans _Daoula_s, _Arra_s ou _Coutra_s, aussi bien -que dans _Pézena_s, _Valréa_s ou _Ma_s _d’Azil_, ou autres _Ma_s, -et en général les noms du Midi, y compris le Comtat, mais excepté -_Carpentra_(s): on ne sait pas pourquoi, car _Valréa_s est au nord de -cette ville. Pour _Caraba_s, les avis sont partagés: il est certain -que l’auteur des _Contes_ prononçait sans _s_, et c’est assurément la -bonne prononciation; mais j’avoue que la sonorité méridionale de l’_s_ -convient assez bien au personnage, et il n’est pas impossible qu’elle -finisse par prévaloir. - -[743] Voir plus haut, pages 60 et 61, note 1. - -[744] On prononce aussi et on peut écrire _cacatoi_(s): le plus simple -est de prononcer comme on écrit. - -[745] Et dans tous les noms propres: _Agnè_s, _Périclè_s, _Sieyè_s (que -l’on prononce _Siès_), _Uzè_s, etc. _Decrè_(s) fait exception. - -[746] Mais non pourtant dans _Saint-Pierre-è_s_-liens_, où l’_e_ semble -s’être fermé. Je rappelle que l’anglais prononce l’_s_ même après un -_e_ muet qui, d’ailleurs, ne s’entend pas, comme dans _Hobbe_s, _Cecil -Rhode_s, _Jame_s, _Time_s, _Jone_s, _Serlock Holme_s. Voir aussi page -60, note 2. - -[747] De même, par exemple, _La Ferronay_(s). L’_s_ se prononce -pourtant dans _Alai_s, cas unique. C’était là une orthographe que rien -ne justifiait, et beaucoup de gens du pays voulaient fort justement -écrire _Alès_, comme on faisait souvent jadis, car l’orthographe -adoptée faisait que les non-indigènes prononçaient le plus souvent -_Alè_, aussi écrit-on maintenant _Alès_. On prononce aussi l’_s_ dans -les mots étrangers, _rei_s et _milrei_s, et dans _Bruey_s (bruis). - -[748] Mais non dans _pali_(s), comme le veulent Michaëlis et Passy. - -[749] Cela ne convient guère qu’à _fleur de li_(s), qui prend ainsi un -air plus oratoire et en quelque sorte plus héraldique. V. Hugo fait -souvent rimer _maïs_ avec _pays_, et cela était encore admissible de -son temps; mais on sait que V. Hugo faisait constamment rimer des -finales à consonnes sonores avec des finales à consonnes muettes. Quant -à _fi_(l)_s_, on sait que Littré tenait toujours pour _fi_(ls), et -Thurot affirme que l’usage était encore partagé de son temps. Partage -fort inégal, sans doute. - -[750] Avec beaucoup de mots savants: _ungui_s, _pubi_s, _rachi_s -et _rachiti_s, _orchi_s, _anagalli_s, _hamaméli_s, _amarylli_s, -_syphili_s, _lychni_s, _propoli_s, _anthémi_s, _péni_s, _lapi_s -(lazuli), _berbéri_s, _hespéri_s, _ophry_s, _épistaxi_s, _galeopsi_s, -_coréopsi_s, _arsi_s, _thési_s, _satyriasi_s, _pityasi_s, -_éléphantiasi_s, _phymosi_s, _paréati_s, _isati_s, _oarysti_s, etc. - -[751] Après _=i=_ comme après _=a=_, l’s final se prononce toujours -dans les noms propres anciens ou étrangers: _Adoni_s, _Anubi_s, _Api_s, -_Briséi_s, _Cypri_s, _Daphni_s, _Isi_s, _Laï_s, _Memphi_s, _Pâri_s, -_Sémirami_s, _Théti_s ou _Tirci_s; _Davi_s, _Delly_s, _Lascari_s, -_Taur_is, _Tuni_s, _Walpurgi_s, _Willi_s, etc., et même _Médici_s, -quoique l’italien soit _Médici_; toutefois _Deny_(s) a subi l’analogie -du prénom français, _Deni_(s). L’_s_ se prononce aussi le plus souvent -dans les noms français autres que les prénoms: _Amadi_s, _Arami_s, -_Azaï_s, _Berni_s, _Cabani_s, _Clovi_s, _Dami_s, _Duci_s, _Féti_s, -_Genli_s, _Grisélidi_s, _Léri_s, _Nangi_s, _Puvi_s, _Raminagrobi_s, -_Sourdi_s, _Vestri_s, avec _Auni_s, _Lorri_s, _Senli_s, _le roi d’Y_s, -etc., et peut-être aussi _Cambrési_s et _Beauvaisi_s, avec le prénom -_Franci_s. L’_s_ est muet dans les autres prénoms: _Loui_(s), _Deni_(s) -ou _Deny_(s) et _Alexi_(s); dans _Dupui_(s), _Empi_(s), _Maupertui_(s) -et _Duplessi_(s); dans _Arci_(s)-_sur-Aube_, _Chabli_(s), -_Montargi_(s), _Mont-Ceni_(s), _Néri_(s)-_les-Bains_, _Pari_(s) -ville, _Plessi_(s)-_les-Tours_. Dans _Abénaki_(s), _Achanli_(s), -_Alleghany_(s), _Andely_(s), _Guarani_(s), _Kimri_(s), _Maori_(s), -_Osmanli_(s), _Parsi_(s), _Somali_(s), l’_s_ ne se prononce pas non -plus, étant seulement la marque du pluriel. - -[752] De même _Orpheu_s, _Zeu_s, etc., qu’il ne faut pas décomposer en -_Orphé-us_ ou _Zé-us_, comme l’a fait parfois V. Hugo: voir plus haut, -page 92, note 2. - -[753] Voir plus haut, page 102. L’_s_ ne se prononce donc pas dans -_campo_(s). - -[754] Cf. _alcaraza_s. L’_s_ de _trabuco_s n’est aussi que la marque du -pluriel; mais ce mot paraît devoir faire en français comme _albino_s. -On prononce aussi l’_s_ dans le pluriel _fuero_s, qui n’est connu que -comme pluriel. - -[755] Et une foule de noms propres également grecs, auxquels se -joignent, par analogie ou autrement, _Calvado_s, _Chando_s, _Burgo_s, -_Dubo_s, _Carlo_s, _Molino_s, _Esquiro_s, _Hycso_s, _Catho_s, _Atho_s -et _Portho_s. Pour la prononciation de l’_o_ dans tous ces mots, voir -pages 102 et 103. Ajouter _blockau_s. L’_s_ est muet dans _Duclo_(s), -_Duco_(s), _Salomon de Cau_(s) et _Wattrelo_(s); dans _Aïno_(s), -_Botocudo_(s), _Chiquito_(s), _Gaucho_(s), l’_s_ n’est que la marque -du pluriel, et nous considérons ces mots comme assez connus pour les -prononcer à la française. - -[756] Ajouter _Péipou_s, _Bonafou_s, _Frayssinou_s. _Papou_(s) est un -pluriel comme _Andalou_(s). - -[757] Comme _détritu_s ne s’emploie guère qu’au pluriel, beaucoup de -personnes prennent probablement son _s_ pour le signe du pluriel et -prononcent _détritu_(s); cela est tout à fait injustifié. D’autre part, -quand _Carolu_s était populaire, l’_s_ y était muet. - -[758] _Abu_(s) et _cabu_(s), _refu_(s), _diffu_(s), _infu_(s) et -_confu_(s), _ju_(s) et _verju_(s), _talu_(s), _reclu_(s), _inclu_(s) et -_perclu_(s), _plu_(s) et _surplu_(s), _camu_(s), _pu_(s), _intru_(s) -et _abstru_(s), _dessu_(s), _jésu_(s), _obtu_(s) et _contu_(s), et les -prétérits _eu_(s), _fu_(s), _couru_(s), _aperçu_(s), etc. - -[759] Naturellement on ne parle pas des liaisons, dont il sera question -ailleurs. - -[760] Pourtant on dit quelquefois _tantôt plu_s, _tantôt moins_. - -[761] On prononce naturellement l’_s_ dans les noms propres latins, -ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins, -comme _Janséniu_s, _Stradivariu_s et _Confuciu_s, _Nostradamu_s et -_Ramu_s, _Moru_s et _Diafoiru_s, etc.; et aussi dans beaucoup de noms -propres méridionaux ou étrangers: _Artu_s, _Cabarru_s, _Caylu_s, -_Cheveru_s, _Malthu_s et _Picpu_s, _Fleuru_s et _Fréju_s, etc., avec -_Eviradnu_s. Ceux où l’_s_ ne se prononce pas sont moins connus: -_Châlu_(s) et _Châtelu_(s), _Camu_(s), _Tournu_(s), _Vertu_(s). Mais il -faut y joindre un autre nom où l’_s_ ne se prononce pas, précisément -parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est -_Jésu_(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’_s_, par -respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun, -et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette -prononciation de _Jésu_s a été adoptée par un grand nombre de savants, -ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le -personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est -plus tout à fait du respect. On parlera de _Jésus-Christ_ au chapitre -du _T_. - -[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André -Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir -que cette prononciation est tournée en ridicule. - -[763] L’_s_ de _bon sen_s est particulièrement utile pour distinguer -cette expression de _se faire du bon sang_. - -[764] C’est tout simplement une altération de _c’en devant derrière_ et -_c’en dessus dessous_. - -[765] Dans les noms propres en _-ans_ ou _-ens_, prononcés par -_an_, l’_s_ est normalement muet: _Conflan_(s), _Louhan_(s), _Le -Man_(s), _Orléan_(s), _Jouffroy d’Abban_(s), _Constan_(s), etc., avec -_Decam_(ps), _Descham_(ps), _Confolen_(s), _Doullen_(s), _Furen_(s), -et _Saint-Saën_(s), de la Seine-Inférieure, enfin _Claren_(s), _M_ᵐᵉ -_de Waren_(s); on prononce néanmoins l’_s_ dans _Huysman_s, _Exelman_s, -_Paixhan_s, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans -_Argen_s, _Len_s et _Sen_s, _Jean-Paul Lauren_s, _Dulauren_s, -_Saint-Saën_s, le musicien, et _Jordaen_s: voir page 133, note 3. Quand -_-ens_ se prononce par _in_, mais seulement après une consonne, ce qui -élimine _Amien_(s) et _Damien_(s), l’_s_ se prononce toujours: voir -page 139, note 2. Les noms en _-ins_ font comme les noms en _ans_: -_Salin_(s), _Moulin_(s), _des Ursin_(s), _Provin_(s), _Vervin_(s), -_Norvin_(s), etc.; mais on prononce l’_s_ dans _Tonnein_s et _Lérin_s, -et même dans _Reim_s, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est -un monosyllabe. L’_s_ est encore muet dans _Amonton_(s), _Nyon_(s), -_Pon_(s), et _Saint-Pon_(s), _Saint-Giron_(s), _Soisson_(s); il -s’entend dans _Mon_s et le prénom _Pon_s, et aussi dans _Arun_s, -qu’on prononce par _on_, et _Larun_s, qu’on prononce par _un_. Pour -_Lons-le-Saunier_, les habitants du pays, qui emploient _Lon_s seul, -y font toujours sonner l’_s_; sur le nom complet, les avis sont -partagés, mais l’_s_ ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des -pluriels, _Grampian_(s), _Mohican_(s), _Turcoman_(s), _Pahouin_(s) et -_Patarin_(s), _Mormon_(s), _Huron_(s), _Hun_(s), etc. - -[766] De même _Nui_(ts), _Dou_(bs), _Pierrefon_(ds), _Le Hor_(ps). - -[767] On prononce de même les deux consonnes dans _Lesse_ps, dans -_O_ps, _Chéo_ps, _Pélo_ps, _Cécr_ops et _Au_ps, et aussi dans _Va_ls, -_Pi_ls, _Dou_ls, _Banyu_ls, mais non dans _Marvéjol_(s) ou _Barjol_(s), -ni dans _Tagal_(s), _Oural_(s), _Peul_(s) et _Tamoul_(s), qui sont -des pluriels. On prononce encore l’_s_ avec d’autres consonnes dans -les noms étrangers: _Adam_s, _Em_s, _Worm_s, _Huyghen_s, _Dicken_s, -_Han_s _Sach_s, _Massachusett_s, _Aramit_s, _Cloot_s, _Thierry Bout_s, -_Wynant_s, _Robert_s, etc.; _Wiking_(s) et _Taïping_(s) sont des -pluriels. - -[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans _ga_(rs); sauf aussi dans -_volontie_(rs) et les noms propres en _-iers_, qui sont apparemment des -pluriels, ainsi qu’_Ange_(rs): voir pages 293 et 299. - -[769] Même comme nom propre, sauf dans _Cin_(q)-_Mar_(s) ou -_Saint-Mar_(s). _Diver_(s) aussi a prononcé son _s_ pendant quelque -temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle. - -[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans _s_: -_Thouar_(s), _Dupetit-Thouar_(s) et _Cin_(q)-_Mar_(s), _Thier_(s), -_Ger_(s), _Fler_(s), _Bouffler_(s), _Mamer_(s) et _Anver_(s), -_Vaucouleur_(s), _Cahor_(s), _Vercor_(s) et _Givor_(s), _Bouhour_(s) et -_Tour_(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de _Ger_s et -_Anver_s conserve l’_s_, et on a bien le droit de la suivre, surtout -quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette -prononciation de la finale _-ers_ qu’elle n’a aucune chance de se -répandre et de s’imposer, surtout pour _Anver_(s): comment _Anver_(s), -nom français, puisque l’autre est _Antwerpen_, se prononcerait-il -autrement en France que tous les mots en _-vers_, qui sont assez -nombreux? Ces mots à part, l’_s_ ne se prononce que dans le monosyllabe -_Ar_s, et dans les noms étrangers, comme _Kar_s, _Flatter_s ou -_Milne-Edwar_(d)s. - -[771] Sauf dans la forme verbale _e_(st) et dans quelques noms propres: -pour ce groupe final _=-st=_, voir plus loin, au chapitre du _T_. - -[772] En effet, l’_=s=_ était devenu muet partout devant une consonne -au cours du moyen âge. L’introduction des mots savants dans la langue -rétablit l’habitude de prononcer l’_s_, et fit même revivre des -_s_ muets de la langue populaire. Il devint bientôt très difficile -de savoir quels _s_ se prononçaient, quels _s_ ne se prononçaient -pas devant une consonne; car on en comptait des milliers où l’_s_ -servait seulement, soit à allonger la voyelle précédente (comme -l’_s_ du pluriel), par exemple dans _ba_(s)_tir_, _fe_(s)_te_, -_di_(s)_ne_, soit simplement à marquer l’étymologie, par exemple en -tête des mots commençant par _es-_, _des-_, _mes-_, _res-_, comme -_e_(s)_cu_, _e_(s)_chelle_, _de_(s)_brouiller_, _me_(s)_chant_, -_me_(s)_pris_, _re_(s)_pondre_, où l’_e_ était devenu bref. Cela dura -jusqu’au jour où l’Académie prit enfin le parti, dans la troisième -édition de son _Dictionnaire_ (1740), de remplacer partout ces _s_ -muets par des accents aigus ou circonflexes. Mais les mots qui -avaient été altérés sont restés altérés: ainsi _sati_s_faction_, -_re_s_treindre_, _pre_s_bytère_, _catapla_s_me_, etc., etc., et aussi -_fe_s_toyer_, après de longues hésitations (_fêtoyer_ est encore dans -le _Dictionnaire de l’Académie_): voir sur ce point le livre de Thurot, -tome II, pages 320-326. - -[773] De même _Le_(s)_diguières_, _De_(s)_bordes_, _De_(s)_cartes_, -_De_(s)_champs_, _De_(s)_combes_, _De_(s)_fontaines_, _De_(s)_forges_, -_De_(s)_genettes_, _De_(s)_jardins_, _De_(s)_mahis_, _De_(s)_marets_, -_De_(s)_moulins_, _De_(s)_noyers_, _De_(s)_périers_, _De_(s)_pois_, -_De_(s)_portes_, _De_(s)_prez_, _De_(s)_préaux_, _De_(s)_roches_, -_De_(s)_rousseaux_, _De_(s)_touches_, _Se_(s)_maisons_, etc., et même -_De_(s)_chanel_, _De_(s)_pautère_ et _Dele_(s)_cluze_, quoiqu’ils -n’aient pas d’_s_ final. De même aussi les noms qui commencent -par _Bois-_: _Boi_(s)_lile_, _Boi_(s)_gelin_, _Boi_(s)_robert_, -_Boi_(s)_guillebert_, _Boi_(s)_mont_, et encore _Gro_(s)_bois_, -_Pa_(s)_deloup_ et _Pa_(s)-_de-Calais_. Mais on prononce l’_s_ dans -_Le_s_car_, _Le_s_caut_, _Le_s_cot_, _Le_s_cun_ et _Le_s_cure_, -dans _Le_s_parre_, _Le_s_pès_ et _Le_s_pinasse_, comme dans les -noms anciens, _Le_s_bie_, _Le_s_bos_ et _Le_s_trygons_, le breton -_Le_s_neven_ ou l’anglais _Le_s_lie_; de même dans _De_s_démone_ ou -_De_s_tutt de Tracy_. Dans _Mal_(e)_sherbes_, on n’a pas non plus -affaire à l’article, mais à un adjectif pluriel, qui s’accorde avec le -substantif; c’est pourquoi l’_e_ est muet, et l’_s_ se lie. - -[774] _Registre_ a aussi fait exception pendant quelque temps, et -pouvait s’écrire _regître_; l’_s_ y est rétabli définitivement. Il se -prononce dans _mai_s_trance_, malgré _maître_. On ne prononce pas l’_s_ -de _beef_(s)_teack_, mais ce mot s’écrit beaucoup mieux _bifteck_. - -Le cas de _cheve_(s)_ne_, unique dans les mots de la langue, est au -contraire très fréquent dans les noms propres, sur qui l’Académie -n’avait point autorité, et qui ont conservé malheureusement cet -_s_ inutile. Devant _l_ et _n_ surtout, les exemples en sont très -nombreux, et jamais ou presque jamais l’_s_ ne se prononce dans les -noms français: ainsi _Cha_(s)_les_, _Pra_(s)_lins_, _Ne_(s)_le_, -_Pre_(s)_le_, _Champme_(s)_lé_, _l’I_(s)_le-Adam_, _Rouget de -Li_(s)_le_, et tous les noms où figurent _I_(s)_le_ ou _Li_(s)_le_, -_A_(s)_nières_, _Duque_(s)_ne_, _Sure_(s)_nes_, _Que_(s)_ne_, -_Fre_(s)_nel_, _Daume_(s)_nil_ et tous les noms en _-mesnil_, -_Ai_(s)_ne_, _Hui_(s)_ne_, _Co_(s)_ne_, _Do_(s)_ne_, _Ro_(s)_ny_, -etc., etc. Les mots qui font exception sont très rares: je ne vois -guère qu’_I_s_nard_. Devant les autres consonnes, surtout devant le -_t_, l’_s_ se prononce ordinairement aujourd’hui pour des raisons -diverses, ou simplement par altération analogique; ainsi l’_s_ ne se -prononçait pas dans _Pa_s_quier_ ou _E_s_tienne_, de _Mai_s_tre_ et -_Lemai_s_tre_, _Te_s_tu_ et _Te_s_telin_, et d’autres, et s’y prononce -aujourd’hui généralement, tout comme dans _A_s_trée_, _Cou_s_tou_, -_Cre_s_pin_, _Demou_s_tier_, _E_s_peuilles_, _E_s_quirol_, _E_s_taing_, -_E_s_terel_, _E_s_trées_, _Le_s_pinasse_, _Me_s_mer_, _Mi_s_tral_, -_Moni_s_trol_, _Monte_s_pan_, _Monte_s_quieu_, _Pa_s_cal_, _Re_s_taut_, -_Re_s_tif_ (pas toujours), _Robe_s_pierre_, _Sylve_s_tre_, etc., outre -les noms cités dans la note précédente. Il y a pourtant un assez -grand nombre d’exceptions qui se sont conservées tant mal que bien, -devant des consonnes diverses, surtout _m_: _Cha_(s)_te_(l)_lain_, -et les noms commençant par _Cha_(s)_t-_, _Chre_(s)_tien de Troyes_, -_d’E_(s)_préménil_, _duc d’E_(s)_cars_, écrit aussi _Des Cars_, -_Du Gue_(s)_clin_, _Duhe_(s)_me_, _Fi_(s)_mes_, _He_(s)_din_, -_l’E_(s)_toile_, _l’Ho_(s)_pital_, _Male_(s)_troit_, _Mene_(s)_trier_, -_Me_(s)_mes_, _Me_(s)_vres_, _Pe_(s)_mes_, _Rai_(s)_mes_, -_Saint-Me_(s)_min_, _Sole_(s)_mes_, _Vo_(s)_ges_, etc. Dans les noms -anciens, l’_s_ se prononce, naturellement: _A_s_cagne_, _A_s_drubal_, -_A_s_modée_, _A_s_pasie_, _Ave_s_ta_, _Démo_s_thène_, _E_s_culape_, -_E_s_dras_, _E_s_pagne_ (quoique épagneul n’ait pas d’_s_), _I_s_mène_, -_I_s_raël_, _I_s_trie_, _Ne_s_tor_, _Thémi_s_tocle_, etc., et même -_E_s_chine_, et _E_s_chyle_, malgré la difficulté, et même devant -un _n_ ou un _l_, comme dans _Mi_s_nie_; _Péla_(s)_ges_ seul fait -exception, par la difficulté qu’il y aurait à prononcer l’_s_ devant la -syllabe muette _ge_, comme dans _Vo_(s)_ges_, mais l’_s_ reparaît dans -_péla_s_gique_, où la difficulté n’est qu’amoindrie. L’_s_ se prononce -également dans les noms étrangers, comme _A_s_modée_, _Di_s_raéli_, -_Dre_s_de_, _E_s_partero_, _Era_s_me_, _E_s_cobar_, _E_s_curial_, -_I_s_maël_, _I_s_pahan_, _Li_s_bonne_, _Man_s_feld_, _Me_s_mer_, -_Pa_s_quin_, _Pre_s_bourg_, _Sle_s_wig_, _Sobie_s_ki_, _Ta_s_manie_, -_To_s_cane_, _Van O_s_tade_, _Vela_s_quez_, etc., et même devant un -_l_, comme dans _I_s_lam_, _I_s_lande_, _I_s_ly_ ou _Vence_s_las_. - -[775] Mais il ne faut pas se dissimuler que l’_e_ ajouté ainsi dans -es_candale_, es_crupule_ ou es_quelette_, es_pécial_ ou es_tatue_, -est absolument le même que celui d’es_cabeau_, es_cadre_, es_cadron_, -es_calade_, es_carcelle_, es_carmouche_, es_copette_, es_corte_ ou -es_quif_, d’es_pace_, es_padon_, es_palier_, es_pèce_, es_pérer_, -es_pion_ ou es_prit_, d’es_tampe_, es_tomac_ ou es_tropier_, etc., sans -compter celui des mots qui ont perdu leurs _s_: é_chelle_, é_crire_ -ou é_cu_, é_pars_, é_pée_, é_pais_ ou é_poux_, é_table_, é_tablir_, -é_ternuer_, é_touppe_, é_trennes_ ou é_troit_, etc., pour e(s)_chelle_, -e(s)_crire_, etc. Tous ces _e_ sont des intrus qui ont réussi à -s’imposer; les autres auraient pu réussir tout aussi bien: ce sont des -cousins pauvres. - -[776] Michaëlis et Passy ne l’admettent pas une seule fois: ils -prononcent _ascétique_ comme _acétique_. On entend aussi deux _s_ dans -_Bre_sc_ia_, un seul ou un _c_ dans _Ko_(s)_ciusko_. - -[777] De même S(c)_évola_, S(c)_eaux_, S(c)_ipion_, S(c)_ylla_, -identique à Sylla, S(c)_yros_, S(c)_ythie_. - -[778] _Fa_(s)_ce_, _ve_(s)_ce_, _acquie_(s)_ce_, _immi_(s)_ce_, -rentrent naturellement dans le cas des consonnes doubles devant un _e -muet_; on ne peut en prononcer qu’une. - -[779] Voir plus haut, page 202. Il en est de même dans les noms -propres: _Li_s_bonne_, _A_s_drubal_ ou _Bri_s_gau_. On prononce même -souvent _Be_dz_abé_ pour _Be_ts_abée_, ce qui est plus extraordinaire. - -[780] L’Académie avait accepté un temps que _asthme_ se prononçât -_azme_; mais elle y a renoncé. Le son du _z_ apparaît aussi dans -_I_s_raël_, rarement dans _I_s_lam_. - -[781] Malgré l’opinion du _Dictionnaire général_. Peut-être est-ce -en partie par analogie avec _Guerne_s_ey_ et _Angle_s_ey_. Il est -doux aussi dans _Ar_s_ace_ et _Ar_s_acides_, dans _Kier_s_y_, écrit -aujourd’hui _Quier_z_y_, dans _Far_s_istan_, mais non dans _Ar_s_ène_, -_Per_s_épolis_ ou _Ar_s_inoé_, pas plus que dans _Mar_s_eille_ ou -_Ver_s_ailles_. - -[782] Ainsi que dans _Al_s_ace_ et _al_s_acien_; également dans -_Bel_s_unce_ et _El_s_evier_, qui s’écrit couramment _El_z_évir_, sans -parler de _Mal_(e)s_herbes_, où il y a un simple fait de liaison (voir -page 312, note 1). - -[783] Le _Dictionnaire général_ et Michaëlis et Passy sont d’un avis -contraire. - -[784] Même observation. - -[785] Comme dans _su_bs_tance_, _su_bs_titut_, etc.: le _Dictionnaire -général_ n’indique pas ces accommodations. - -[786] Il ne faut donc pas prononcer _gymnâce_. - -[787] C’est un phénomène analogue que l’on constate dans -_Bueno_s-_Ayres_, où l’_s_ dur est changé en _s_ doux par le voisinage -de la voyelle suivante, comme si c’était un mot unique; de même parfois -dans _les quatre fil_s _Aymon_ ou _nec plu_s _ultra_, tellement la -tendance est forte, voire même dans _sub judice li_s _est_, d’où le -calembour _sub judice Li_s_ette_. - -[788] Que l’Académie écrivait par deux _s_ jusqu’en 1878, pour empêcher -le son doux. - -[789] On a doublé l’_s_, par une prudence excessive, dans -_di_ss_yllabe_ et _tri_ss_yllabe_. - -[790] Il faudrait y ajouter, pour être complet, les composés -familiers du préfixe _re-_, que les dictionnaires n’enregistrent pas, -comme _re_-s_aler_, _re_-s_abler_, _re_-s_auver_, _re_-s_avonner_, -_re_-s_igner_, _re_-s_ortir_, etc., où l’on n’a pas coutume de doubler -l’_s_, comme on le fait dans les mots de la langue littéraire. - -[791] _Ichtyo_s_aure_ et _plé_s_io_s_aure_ devraient être dans le même -cas; mais, comme les éléments n’y sont pas aussi nettement reconnus que -dans les mots que nous avons cités, l’_s_ s’y est adouci généralement. - -[792] Le _Dictionnaire général_ ne connaît pas le mot _su_s_urrer_. -Hélas! il y en a tant d’autres qu’il ne connaît pas. Mᵐᵉ Dupuis -donnait aussi l’_s_ dur pour _gi_s_ant_, _gi_s_ait_, etc.: c’est une -prononciation que je n’ai jamais entendue. - -[793] On écrit quelquefois _impre_ss_ario_, qui est mauvais, car -il conduirait à prononcer deux _s_. Ajoutons que _para_s_ol_, -_tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, que nous venons de voir, sont -aussi d’origine italienne. On cite encore volontiers l’italien -_ri_s_orgimento_, l’espagnol _pe_s_eta_ (piécette) et _po_s_ada_ -(auberge), où ne doit non plus sonner qu’un _s_ dur. - -[794] L’_s_ est naturellement doux dans les noms propres français; -mais il est resté dur à la suite de l’article _le_, _la_: _La_s_alle_, -_Le_s_ueur_, _Le_s_age_, _Le_s_urques_; il est généralement doux -après _de_: _De_s_aix_, _De_s_ault_, _De_s_èze_ (ou _de Sèze_); il -est doux dans _Dé_s_augiers_ et _De_s_houlières_, par liaison. Il -est dur dans _Du_s_aulx_, dans des composés comme _Beau_s_éant_ ou -_Beau_s_éjour_, et dans _Puy_s_égur_. Il est dur dans _Melchi_s_édec_, -nom hébreu, mais non dans _Jéru_s_alem_ ou _Mathu_s_alem_, qui sont -plus complètement francisés, étant plus populaires; et encore la -vieille plaisanterie de _Mathieu salé_ rappelle que pendant longtemps -on a prononcé _Mathu_s_alem_, avec _s_ dur, comme _Melchi_s_édec_. On -hésite pour quelques noms propres anciens comme _Po_s_eidon_. Parmi -les noms étrangers, il en est aussi que nous francisons en adoucissant -l’_s_, comme _Ca_s_erte_, _Céri_s_oles_ ou _Wi_s_eman_, et aussi, mais -à tort, _Ma_s_aniello_, _Va_s_ari_, _Vé_s_ale_, _Pe_s_aro_, voire -_Algé_s_iras_, qu’on écrit parfois _Algé_c_iras_, et qu’on fera mieux -de prononcer par _s_ dur, comme _Eli_s_ir d’amore_, _Fu_s_i-Yama_ ou -_Fergu_s_on_. - -[795] L’_s_ est dur aussi dans _Tran_s_ylvanie_, et il devrait y avoir -deux _s_. - -[796] Et dans _Nan_s_outy_, mais jamais dans _Fron_s_ac_, rarement et à -tort dans _Arkan_s_as_. - -[797] Dans les composés commençant par _des-_, les étymologistes -reconnaissent ordinairement le préfixe _dis-_: l’_s_ y était donc -naturellement double, et l’on n’a pas eu besoin de le doubler pour -la prononciation; toutefois l’_s_ paraît avoir été doublé (avec -suppression de l’accent aigu) dans _de_(s)_sécher_, _de_(s)_servir_, -_de_(s)_sication_, _de_(s)_siner_ et _de_(s)_sin_, qui paraissent -formés du préfixe _dé-_ et non _dis-_. - -[798] Voir l’énumération, page 171. - -[799] On a vu que l’_s_ avait été doublé aussi, bien inutilement après -un _i_, dans _di_(s)s_yllabe_ et _tri_(s)s_yllabe_. Peut-être faut-il -y joindre _a_(s)s_ez_ et quelques mots commençant par _as-_, si leur -préfixe est réellement _a-_, et non _ad-_, comme paraît l’indiquer -l’orthographe primitive, _a_s_ez_, _a_s_esoner_, _a_s_ervir_, etc. - -[800] Quoique Michaëlis et Passy n’en admettent point. Il est vrai -qu’ils admettent _bi_s-_sectrice_, qui est plutôt rare. - -[801] Et telles sont bien les indications du _Dictionnaire général_. - -[802] Quoique le _Dictionnaire général_ indique _di_s-s_oudre_, sans -doute à cause de _di_s-s_olution_. - -[803] Malgré le _Dictionnaire général_. - -[804] Même observation. - -[805] Je ne parle pas de _di_(s)s_yllabe_, cité plus haut, et dont -le préfixe est =_di-_= et non _dis-_. D’autre part, le _Dictionnaire -général_ indique _di_(s)s_ection_ et _di_s-s_équer_: cette différence -ne paraît guère justifiée, et _di_(s)s_équer_ est très admissible, -aussi bien d’ailleurs que _di_s-s_ection_. - -[806] On notera ici que les deux _s_ ont ouvert l’_a_ de _classique_, -même quand on n’en prononce qu’un, car il est fermé dans _classe_. - -[807] Ajouter les noms propres anciens: _Ma_s-s_ique_, _Ca_s-s_ius_, -et _Cra_s-s_us_; _Be_s-s_us_, _Ne_s-s_us_, _E_s-s_éniens_ et -_Me_s-s_aline_; _I_s-s_us_ et _Ili_s-s_us_ et _Mi_s-s_i dominici_; -_Ato_s-s_a_; et quelques noms plus récents, _Orlando de La_s-s_us_, -_Lha_s-s_a_ et _Ta_s-_soni; Be_s-s_arabie_, _Be_s-s_arion_, -_E_s-s_equibo_ et _Tenne_s-s_ee_; _Li_s-s_a_, _Cano_s-s_a_, -_O_s-s_ian_, et fort peu d’autres, et surtout point ou presque point de -mots français. - -[808] De même Sh_akespeare_, Sh_effield_, Sh_elley_, Sh_eridan_, -Sh_etland_, _Cavendi_sh, _Mar_sh_all_, _U_sh_er_, etc., et aussi -Sh_éhérazade_, Sh_anghaï_, _Hiro_sh_ima_, Sh_intoïsme_, Sh_oguns_, les -transcriptions des noms orientaux étant dues aux Anglais. - -[809] Voir plus haut, page 227. - -[810] Mais nous francisons _Buda-Pe_s_th_ par _s_. - -[811] De même _Mara_(t), _Courbe_(t), _Carno_(t), _Escau_(t), -_Maupassan_(t), _Mozar_(t), _Rober_(t), etc., etc. - -[812] Ajouter quelques noms propres étrangers, _Toua_t, _Laghoua_t, -_Raba_t, _Soba_t, _Midha_t-_Pacha_, _Josapha_t, _Arara_t, _Ghâ_t, -_Cattéga_t, _Djaggerna_t, _Héra_t, et les noms en _-stadt_, -_Cronsta_dt, _Reichsta_dt, où le _d_ cède généralement la place au _t_. -Il faut y joindre la petite plage bretonne de _Morga_t, mais cette -prononciation n’est pas proprement française. Ajoutons aussi _à dieu -va_t. - -[813] L’abbé Rousselot dit qu’on hésite entre _ne_t et _ne_(t): où -a-t-il vu cela? Dans les rimes de V. Hugo peut-être, mais cela ne -suffit pas. - -[814] C’est la règle générale des adjectifs numéraux: voir plus haut, -page 233, ce qui a été dit pour _neuf_. - -[815] Dans Pierre Lièvre, _Notes sur l’art poétique_, ce vers de -Heredia: - - Ma flûte avec sept tiges de ciguë, - -est donné comme ayant pour l’oreille une demi-syllabe de trop! Hélas! -J’espère que Heredia prononçait le français plus correctement que son -critique. Mais encore _setti_ ne donnerait jamais qu’un _t_ prolongé et -non une demi-syllabe de plus: _setti_ ferait le même effet que _secti_ -ou _celli_, sans plus. - -[816] Où le peuple assimile ordinairement le _t_ en prononçant -_ec-cetera_, qu’on évitera avec soin. - -[817] On entend aussi le _t_ dans quelques noms propres bretons ou -français, comme _Plancoë_t ou _Plouare_t, _Moë_t, _Hue_t, _Maloue_t, -_Ale_t (écrit plutôt _Aleth_), mais non _Ane_(t), ni _Tê_(t). Un jour, -à la Constituante, un député, faisant un discours, termina une phrase -en disant: _C’est ma loi_, qu’il prononça à l’ancienne mode _ma louè_. -Un loustic rectifia aussitôt: _Malouète_. On entend surtout le _t_ dans -des noms étrangers: _Josabe_t, _Japhe_t, _Newmarke_t, _Aben-Hame_t, -_Méhéme_t_-Ali_, _Médine_t_-el-Fayoum_, _Tiare_t, etc. _Hamle_(t) est -francisé, comme _Mahome_(t), _Bajaze_(t) et _Jape_(t). Nous avons dit -que pour _Auerstædt_ et _Hochstedt_ on hésitait entre le _d_ et le _t_. - -[818] Voir plus haut, page 233, ce qui a été dit de _neuf_. - -[819] Et dans _Tani_t, _Nitocri_t, _Tilsi_t, _Abauzi_t. - -[820] En revanche le même sud-ouest prononce le _t_ dans _Lo_t. Cela -peut-il passer dans le français du Nord? Je ne sais trop, car _Lo_t -mène à _Ger_s, puis à _Anver_s: voir page 310. En tout cas, on fait -toujours la liaison dans _Lo_t_-et-Garonne_. Autrefois on prononçait le -_t_ de _sot_ et _mot_ devant un repos comme devant une voyelle; mais je -m’étonne que l’usage ait encore pu être «partagé» pour _so_(t) au temps -de Thurot. A _do_t, il faut encore ajouter quelques mots étrangers, -_black-ro_t, _forget me no_t, avec _George Elio_t, _Duns Sco_t et -_Tho_t, mais non _Chevio_(t). - -[821] Sauf tout au plus dans _Fomalhau_t, et naturellement -_Connau_(gh)t. Il ne sonne pas plus dans _Hau_(t)_poul_ que dans le -composé _hau_(t)_bois_ ou _hau_(t)_boïs_t_e_. - -[822] Et des marins dans _vent debou_t. Il sonne naturellement dans les -mois anglais en _-oot_ (_out_) et aussi dans _Siou_t. - -[823] Voltaire, entre autres, a même écrit _brute_ au masculin. - -[824] Le féminin _butte_ y est sans doute pour quelque chose, notamment -l’expression _être en butte_, qui amène des confusions. Quoi qu’il -en soit, les mots respectés ne sont plus très nombreux: _bahu_(t) -et _chahu_(t), _débu_(t) et _rebu_(t), _tribu_(t) et _attribu_(t), -_fû_(t), _affû_(t) et _raffu_(t), _salu_(t) et _chalu_(t), _canu_(t), -_statu_(t), _institu_(t) et _substitu_(t). Le _t_ sonne aussi dans -les noms propres étrangers: _Calicu_t, _Connecticu_t, _Farragu_t, -_Lillipu_t, et, le plus souvent, _Canu_t. - -[825] On notera en passant que _et_ s’énonce devant _un_ depuis _vingt_ -jusqu’à _soixante_, y compris les nombres et adverbes ordinaux, et -aussi dans _soixante_ et _onze_, mais pas au delà. On dit aussi _les -Mille_ et _une nuits_, et, en parlant des femmes de don Juan, _mille_ -et _trois_. L’emploi de _et_ était autrefois plus étendu. - -[826] Avec _Kan_t, _Gran_t ou _Wun_dt; mais _Rembran_(dt) est -complètement francisé. - -[827] On francise volontiers les noms propres en _-art_: _Marie -Stuar_(t) et _les Stuar_(t), _Gebhar_(t), _Fischar_(t), _Stuttgar_(t), -_Makar_(t), _Marquar_(dt), _Burckhar_(dt), _Mozar_(t). Mais on prononce -le _t_ dans _Stuar_t _Mill_ ou _Dugald Stewar_t, ainsi que dans -l’allemand _Erfur_t, _Kieper_t, _Rucker_t ou _Har_dt, dans _Gevaer_t et -_Touggour_t. - -[828] Voir page 215. On a coutume de prononcer sans _t_ _Utrech_(t), -_Dordrech_(t) et _Maëstrich_(t). Pour _yacht_, voir page 44. - -[829] Nous savons que _=lt=_ ne se prononce pas plus dans les mots -en _=-ault=_ et _=-oult=_ que _ld_ dans les mots en _=-auld=_ et -_=-ould=_, les uns et les autres étant français; de même _Yseu_(lt) est -bien meilleur qu’_Yseu_lt. Mais on prononce intégralement _Anha_lt, -_Seinga_lt, _Be_lt, _Arcade_lt, _Tafile_lt, _Barneve_lt (écrit aussi -_Barneve_ldt), _Rooseve_lt et _Sou_lt, et aussi _De_lft; le _t_ -l’emporte sur le _d_ dans _Humbol_(d)_t_. - -[830] Avec la ville d’_Apt_. - -[831] Et le fut longtemps dans _o_(st). Il l’est encore dans -_Saint-Wa_(st), _Saint-Gene_(st), _Cre_(st), _Charo_(st), _Prévo_(st), -_Provo_(st), _Thibou_(st), _Saint-Ju_(st), souvent altéré, et même -_Saint-Pri_(est). Il se prononce dans _Chri_st, qui, employé seul, -est un mot savant, mais il est resté muet dans _Jésu_(s)-_Chri_(st), -qui est populaire, et qui a gardé pour ce motif sa prononciation -traditionnelle, sauf parfois chez les protestants: voir plus haut, -page 307, ce qui est dit de _Jésus_. Quant à _Antechri_st, il a été -longtemps populaire, et par conséquent _st_ ne s’y prononçait pas, et -même l’_e_ y était muet; Littré tient absolument à cette prononciation; -mais il est devenu un mot savant où tout se prononce, avec _e_ fermé. -Le groupe _st_ se prononce aussi dans _Prou_st et dans _Marra_st -(peut-être pour éviter une confusion avec _Marat_), dans _Erne_st et -dans _Bre_st, et dans les noms d’origine étrangère: _Renaud d’A_st, -_Belfa_st, _Budape_st, _Buchare_st, _Li_szt, _Fau_st, _Ern_st, etc. -On prononce l’_s_ seul dans _roas_(t)_-beef_ qui, d’ailleurs, s’écrit -correctement _rosbif_, comme il se prononce. - -[832] Et dans les noms propres: _Golia_th, _Macbe_th, _Bayreu_th, -_Judi_th, _Nabo_th, _Beyrou_th, _Belzébu_th, etc. _Go_(th) fait -exception, avec ses composés, _Wisigo_(ths) et _Ostrogo_(ths). Il faut -excepter aussi le terme _bizu_(th), par lequel les élèves nouveaux sont -désignés dans les classes qui préparent à des concours, par opposition -aux _carrés_ et aux _cubes_. - -[833] Voir ci-dessus, page 156. On prononce à peu près exactement -_pos_t_communion_ et _pos_t_scolaire_, malgré la difficulté. Mais -le _t_ est encore muet dans _Wes_(t)_phalie_, _Kam_(t)_schatka_ -et _Kam_(t)_schadales_, et quelquefois _Mol_(t)_ke_. On prononce -même _Po_(t)_sdam_, ce qui est plus bizarre: et c’est sans doute -pour justifier cette prononciation irrégulière qu’on écrit souvent -_Postdam_; mais c’est uniquement _Potsdam_ qui est correct, et mieux -vaudrait prononcer le _t_, puisque c’est l’_s_ qui est médian. - -Les Parisiens prononcent le _t_ médian dans rue _Tai_t_bout_. Nous -savons qu’il est muet dans _Me_(t)_z_ et _Re_(t)_z_. Il est également -muet dans les composés de _Font-_, _Mont-_, _Pont-_, devant une -consonne, comme _Mon_(t)_béliard_, _Mon_(t)_fort_, _Mon_(t)_morency_, -_Mon_(t)_pensier_ ou _Pon_(t)_chartrain_, même si la consonne qui -suit est un _l_ ou un _r_; _Mon_(t)_lhéry_, _Mon_(t)_losier_, -_Mon_(t)_luc_, _Mon_(t)_luçon_, _Mon_(t)_luet_, _Mon_(t)_réal_, -_Mon_(t)_redon_, _Mon_(t)_réjeau_, _Mon_(t)_revel_, _Mon_(t)_rose_, -_Mon_(t)_rouge_, etc. Mais il arrive aussi que le _t_ n’appartienne pas -à la syllabe initiale, ou même qu’il s’en soit détaché: ainsi il se -groupe avec l’_r_ dans _Fon_tr_ailles_, _Mon_tr_ésor_, _Mon_tr_euil_, -_Mon_tr_eux_, _Mon_tr_etout_, _Mon_tr_evault_ et même _Mon_tr_ichard_, -et _Pon_tr_ieux_, comme dans l’italien _Pon_tr_emoli_. On ne prononce -pas le _t_ dans _Alfor_(t)_ville_, mais on le prononce dans l’anglais -_Por_t_land_. - -[834] Devant un _i_ seulement, et non devant un _y_ grec. - -[835] Les noms propres venus à nous du latin ou par le latin font -naturellement comme les autres mots: _Croa_t_ie_, _Helvé_t_i_e, -_Domi_t_ien_, _Eé_t_ion_, _Bru_t_ium_, _Hir_t_ius_, _Mil_t_iade_, -_Mar_t_ial_, etc.; et les noms modernes ont fréquemment subi l’analogie -des autres, comme _Gra_t_iolet_ ou _La Boé_t_ie_. - -[836] «Dès le temps de Palsgrave, on écrivait par un _t_ les mots en -_-tion_ appartenant à la langue savante, que l’on prononçait _cion_ -comme en latin, par une habitude que Péletier et Bèze attestent. Cette -orthographe et cette prononciation s’étendirent à un certain nombre -d’autres mots, tous de la langue savante, qui ont _-ti-_ devant une -voyelle, et comprirent les mots tirés de noms en _-tia_, _-tialis_, -_-tiosus_, _-tiens_, _-tientia_, _-tianus_, _-tio_ (tionem), et de -verbes en _-tiare_.» (THUROT, _Prononciation française_, II, 244.) - -[837] On verra que la règle s’applique seulement au _t_ placé entre -deux lettres, et non en tête des mots; t_iare_, t_iers_, t_iède_, -t_ien_, _il_ t_ient_, avec leurs familles, conservent tous le son -normal du _t_: comme tous les mots latins qui commencent par _ti_. Au -surplus, il y a, en outre, pour chaque cas, des raisons particulières -d’étymologie, et nous allons retrouver tous ces mots. - -[838] Avec _Bas_t_ia_, _Bas_t_iat_, _Sébas_t_ien_, _Héphes_t_ion_, etc. - -[839] De là deux séries de mots en =_-tions_=, d’orthographe identique, -mais de prononciation différente, _s_ pour les substantifs et _t_ pour -les verbes: voir la liste, p. 187, note 2. - -[840] Qui était autrefois _appren_t_ive_, d’_appren_t_if_. Tous ces -mots sont naturellement de formation populaire. Au contraire, à côté -des simples _inepte_ et _inerte_, les substantifs _inep_t_ie_ ou -_iner_t_ie_, mots savants, suivent la règle, parce qu’ils conservent la -prononciation du latin. On verra encore dans un instant trois ou quatre -mots en _-tie_ qui gardent le son dental, avec quelques noms propres. - -[841] Ces mots appartiennent à la même famille que les mots en =_-té_=, -et ont seuls gardé l’_i_ que beaucoup d’autres ont perdu; le moyen âge, -d’ailleurs, disait tout aussi bien _amité_ ou _pité_ que _amitié_ ou -_pitié_; en tout cas le _t_ latin était devant un _a_ et non devant un -_i_. Ces mots sont donc sans rapport avec le substantif _ini_t_i-é_, -et son verbe, qui ont le son sifflant, comme en latin, de même que le -verbe _balbu_t_i-er_, qui a suivi l’analogie de l’autre, malgré son -étymologie. Ces deux verbes sont, en effet, les seuls verbes en _-tier_ -qui aient le son sifflant. _Amnis_t_ier_ ne peut pas l’avoir à cause -de l’_s_; _châ_t_ier_ ne l’a pas, parce qu’il était primitivement -_chas_t_ier_; les autres qui auraient pu avoir un _t_ ont pris un -_c_: _justi_c_ier_, _vi_c_ier_, _négo_c_ier_, _différen_c_ier_, -_quintessen_c_ier_, _licen_c_ier_, _circonstan_c_ier_, à cause du _c_ -de _justice_, _vice_, _négoce_, etc. - -[842] C’est la même diphtongue que dans les mots en _-tié_, et là -aussi le _t_ latin était devant un _a_. A ces mots, il faut joindre -naturellement, avec _volon_t_iers_, les noms propres en _-tier_ -ou _-tière_, qui ont le même suffixe: _Gau_t_ier_, _Poi_t_iers_, -_Char_t_ier_, _Brune_t_ière_, etc. - -[843] C’est toujours une diphtongue étymologique, mais cette fois -le _t_ latin était devant un _e_, l’_e_ du suffixe latin _-esimus_ -(_cen_t_esimus_), suffixe qui, en français, est passé des dizaines -aux unités. D’ailleurs il était bon que les nombres _sept_, _huit_, -etc., demeurassent intacts; mais la raison n’aurait peut-être pas -suffi, puisqu’une raison pareille n’a pas suffi à conserver le _t_ dans -_inep_t_ie_ et _iner_t_ie_. - -[844] Ici c’est le radical latin _ten-_; d’ailleurs le _t_ ne pouvait -guère changer de son au cours de la conjugaison. - -[845] Du latin t_epidus_, t_ertius_, t_uus_, _an_t_iphona_ (on -plutôt _an_t_ephona_, latin populaire), tous mots où le _t_ ne -pouvait s’altérer. Ajoutons _E_t_ienne_, de _Stephanus_, outre que -_E_t_ienne_ est pour _Es_t_ienne_, ce qui lui fait deux raisons pour -conserver son _t_ intact. Au contraire, la diphtongue de _chrétien_ -n’est pas étymologique puisqu’il vient de _chris_ti-_anus_; aussi -son _t_ n’est-il resté dental que parce que _chré_t_ien_ est pour -_chre_st_ien_; mais le _t_ est sifflant, comme dans le latin, dans tous -les autres mots en _-tien_: _béo_t_ien_, _véni_t_ien_, _égyp_t_ien_, -_Domi_t_ien_, et même _capé_t_ien_ ou _lillipu_t_ien_, formés du même -suffixe. - -[846] Du latin _ur_t_ica_, où le _t_ ne peut pas s’altérer. - -[847] Ce mot vient de l’arabe. Au contraire, _argu_t_ie_ garde le _t_ -sifflant qu’on donne au latin. Quelques noms propres, qui n’ont pas non -plus le _t_ sifflant: _Sarma_t_ie_, _Hypa_t_ie_, _Cly_t_ie_, _Ti_t_ye_, -ont gardé sans doute la prononciation du grec (en opposition avec -_Croa_t_ie_, _Gala_t_ie_ ou _Dalma_t_ie_, _Véné_t_ie_ ou _Helvé_t_ie_, -_Béo_t_ie_, etc.). _La Boé_t_ie_ lui-même a pris le _t_ sifflant, par -analogie, quoique la localité de ce nom ne l’ait pas. Mais le _t_ -est dental dans _Clare_t_ie_, comme dans _par_t_ie_, _or_t_ie_ et -_sor_t_ie_: en fait, _iner_t_ie_ est le seul mot en _-tie_ où le _t_ -soit sifflant après un _r_. Il est vrai qu’il est sifflant après un _r_ -dans _mar_t_ial_, _par_t_ial_ et beaucoup d’autres; mais _Clare_t_ie_ -a, de plus, un _e muet_ devant le _t_, cas unique. Pourtant la tendance -est telle à prononcer le _t_ en sifflant dans les mots en _-tie_, que -ce nom est constamment altéré par ceux qui ne sont pas renseignés; mais -quand on consultait sur ce point Jules Claretie, il répondait: - -«Mon nom, bien cher monsieur, rime avec _sympathie_.» - -[848] Il devrait garder le son normal, car il ne vient pas du latin; -mais il subit partiellement l’analogie des autres, comme l’ont subie -plus complètement _prima_t_ie_, _presby_t_ie_ ou _onirocri_t_ie_, qui -ont le _t_ sifflant. _Supréma_t_ie_ nous est venu de l’anglais, où il -a un _c_. Le _t_ est sifflant aussi dans _goé_t_ie_ et _sco_t_ie_, qui -sont transcrits du latin, et sur lesquels on pourrait se tromper. - -[849] De même dans _Arima_th_ie_, _Carin_th_ie_ ou _Scy_th_ie_, aussi -bien que dans Th_iers_ ou Th_ierry_, _Ma_th_ias_, _Mat_h_ieu_ ou -_Pon_th_ieu_, quelle qu’en soit l’origine; sans parler de Th_yades_, -qui a de plus un _y_ grec, outre que le _t_ est initial. - -[850] Je rappelle qu’à côté d’_é_t_iole_ (et probablement aussi -_E_t_ioles_), _pé_t_iole_ a, au contraire, le _t_ sifflant du latin. -Je n’ai pas cité ici _é_t_iage_, qui est pour _es_t_iage_: voir plus -haut. Le _t_ reste intact aussi dans _Cri_t_ias_, qui est grec, -dans quelques noms français qui se sont dérobés à l’analogie, comme -_Pé_t_ion_, je ne sais pourquoi, enfin dans les noms étrangers, non -seulement _Tiaret_, _Tiepolo_ ou _Tien-tsin_, qui ont le _t_ initial, -mais même _Igna_t_ief_ ou _Bagra_t_ion_, qu’on altère très souvent, -ainsi que _Pé_t_ion_, en vertu de la tendance générale; naturellement -aussi dans _Mon_t_yon_, qui a un _y_ grec, comme _Amphic_t_yons_ ou -_Amphic_t_yonie_, qui d’ailleurs sont grecs eux-mêmes, ce qui leur fait -deux raisons pour garder le _t_ intact. - -[851] D’ailleurs ce sont les exceptions qu’il faut énumérer, et non -les mots qui suivent la règle générale. J’ajoute que la classification -méthodique m’a permis de donner en outre, dans la mesure du possible, -l’explication de _tous_ les cas particuliers, ce qui n’est pas un -résultat négligeable. - -[852] Ce sont les seuls qu’indique le _Dictionnaire général_. - -[853] De même assez généralement dans _Gambe_(t)t_a_, beaucoup moins -dans _Algaro_t-t_i_, _Donize_t-t_i_ ou _Vio_t-t_i_, _Be_t-t_ina_ -ou _Rigole_t-t_o_, ainsi que dans les noms anciens, _A_t-t_ila_ ou -_Pi_t-t_acus_. - -[854] Pour _tz_, voir plus loin, à _z_. - -[855] De là certaines confusions dans les noms propres: _Fa_v_re_ est -devenu _Fa_u_re_, _Fè_v_re_ est devenu _Fe_u_re_, et _Lefe_bv_re_ a -donné _Leféb_u_re_. - -[856] Toutes formes complaisamment accueillies par Michaëlis et Passy. -Pourquoi pas aussi bien _é_v_u_ pour _eu_, et _la_v_ou_ pour _là où_, -où le phénomène est inverse? - -[857] Par exemple, V_irchow_, V_ogel_, V_ogt_, V_oss_, ou encore -v_ergiss mein nicht_, _zoll_ v_erein_, la particule nobiliaire: _von_; -_Sainte_-V_ehme_ est suffisamment francisé, et le _v_ y sonne _v_. - -[858] Comme dans _Kharko_w ou _Rimski-Korsako_w. Mais le plus -simple est d’écrire ces mots avec un _f_: _Stamboulo_f, _Romano_f, -_Dragomiro_f, _Souvaro_f, _Koutouso_f, _Sarato_f, et aussi _Iarosla_f, -_Skobele_f, _Tourguene_f. On hésite pour le _v_ de _Kiev_, mais il n’y -a pas de raison pour le distinguer des autres. - -[859] Ainsi _Bruns_w_ick_, _Ner_w_inde_, _Rys_w_ick_, _Sado_w_a_, -_Sch_w_arz_w_ald_, _Sch_w_itz_, _S_w_edenborg_, _van S_w_ieten_ ou -_Thor_w_aldsen_, et surtout en tête des mots: W_agner_, W_agram_, -W_alpurgis_, W_aldeck_, W_aldemar_, W_alhalla_, W_alkyries_, -W_allenstein_, W_assy_, W_eber_, W_eimar_, W_eser_, W_estphalie_, -W_ilhelm_, W_illis_, W_impffen_, W_issembourg_, W_olff_, W_orms_, -W_urtem_berg, W_urtz_, etc., tandis qu’à la fin des mots le _w_ -allemand ne sonne pas: _Bülo_(w), _Floto_(w), etc. Le _w_ flamand a -gardé le son _ou_, qui lui appartient, dans _Lon_(g)w_y_ et W_issant_; -mais W_allon_ est francisé, aussi bien que W_aterloo_ et W_atteau_, -W_imereux_ et W_itt_, W_ou_w_erman_, et beaucoup d’autres. - -[860] De même _Both_w_ell_, _Crom_w_ell_, _Dar_w_in_, _Dela_w_are_ -et _Ed_w_ards_, _Edge_w_orth_ et W_ords_w_orth_, _Far_-W_est_ -et W_estminster_, _Green_w_ich_ et W_ool_w_ich_, _Long_w_ood_, -_Sand_w_ich_, _S_w_ift_, _S_w_inburne_, W_akefied_, W_alter Scot_, -W_ar_w_ick_, W_ashington_, W_att_, W_ellington_, W_iclef_, W_ight_, -W_indsor_, W_olseley_, W_orcester_. Devant un _r_, le _w_ ne se -prononce pas: (W)_right_. - -[861] On francise aussi en _v_ le _w_ de W_allace_ (fontaine), souvent -aussi de W_addington_, W_ar_w_ick_, W_alter Scott_ et W_a_w_erley_, -_Ber_w_ick_, W_isconsin_ et W_iseman_, _Fo_w_ler_ et quelques autres. - -[862] Et aussi dans _L_aw_rence_ ou _Bradsh_aw. Mais _Law_ se prononce -_lâce_ par tradition depuis le XVIIIᵉ siècle, le nom s’étant répandu -d’après l’enseigne de la banque, où _Law_ était au génitif: _La(w)’s -bank_, de même qu’aujourd’hui on dit couramment _chez Maxim’s_. -D’ailleurs, le fameux banquier avait accepté et presque adopté cette -prononciation: voir sur ce point l’article de A. Beljame, dans les -_Études romanes dédiées à G. Paris_. _Brauwer_ se prononce _brou-èr_. - -[863] Nous acceptons aussi _nioucasl_ pour _N_ew_castle_, et de même -pour _N_ew-_haven_, _N_ew-_Jersey_, _N_ew_man_, _N_ew-_Market_, -_N_ew_port_; et encore _dèlèniouse_ pour _Daily N_ew_s_; mais -_N_ew_ton_ et _N_ew-_York_ sont francisés depuis trop longtemps en -_neuton_ (_eu_ fermé) et _neu-york_ (_eu_ ouvert), pour qu’on puisse -imposer _niout_(e)_n_ et _niou-York_. On prononce _u_ dans _Dugald -St_ew_art_, et _ev_ dans _N_ew_ski_ ou _Wal_ew_ski_. - -[864] On prononce également _o_ fermé dans _Glasco_(w), _Hudson_ -_L_o(we), _Longfell_o(w), _Marl_o(we), _Clarisse Harl_o(we), -_Luckn_o(w), _Beecher St_o(we) et _C_o(w)_per_; et _ou_ pour _aou_ dans -_Br_own, _Br_ow_ning_, _Br_ow_n-Séquard_, _Cape T_ow_n_; _Gérard D_ow -se prononce et s’écrit mieux _Dou_. Nous prononçons également _ou_, -par une fausse analogie avec l’anglais, dans quelques noms slaves en -_-owski_: _Dombr_ow_ski_, _Poniat_ow_ski_, etc., _ov_ dans d’autres -moins connus; mais la vraie prononciation serait en _oski_, avec _o_ -ouvert. - -[865] Voir page 262, note 1: l’_x_ remplaça d’abord _us_, puis, quand -l’_u_ fut rétabli à côté, il remplaça abusivement l’_s_ tout seul. - -[866] De même _Carmau_(x), _Carpeau_(x), _Cau_(x), _Bordeau_(x), -_Meau_(x) ou _Saul_(x)-_Tavannes_, _Andrieu_(x), _des Grieu_(x) ou -_Vieu_(x)-_Temps_, _Dreu_(x), _Évreu_(x) ou _Brizeu_(x), _Fallou_(x), -_Barbarou_(x), _Bardou_(x), _Berchou_(x), _Châteaurou_(x), -_Boutrou_(x), _Ventou_(x), _Trévou_(x), _Pelvou_(x), etc. (sauf a -Marseille). - -[867] On évitera donc _deusse_, aussi bien que _eusse_ et _ceusse_ avec -autant de soin que _gensse_ ou _moinsse_! - -[868] Ni dans _Saint-Yriei_(x) ou _Champei_(x), _Carhai_(x), -_Desai_(x), _Roubai_(x) ou _Morlai_(x), _Foi_(x) ou _Mirepoi_(x). Il se -prononce pourtant dans _Ai_x (autrefois on disait _ès_, déjà vieilli au -temps de Mᵐᵉ Dupuis), et dans _Duplei_x. - -[869] Ni dans _Chamoni_(x), qui s’écrit aussi _Chamouny_, ni dans -_Saint-Geni_(x), _ni dans Chastellu_(x). Il se prononce aujourd’hui -dans _Ge_x, mais il ne se prononce pas dans _Be_(x), _Château d’Œ_(x) -et autres localités voisines appartenant à la Suisse romande: _Ferney_ -même, qui est tout à côté de _Gex_, s’écrivit par un _x_, _Ferne_x, -jusqu’au jour où Voltaire, seigneur du pays, en changea l’orthographe -_pour l’accommoder à la prononciation_. Seul _Ge_x a repris son _x_. - -[870] Voir, page 233, ce qui a été dit pour _neuf_. C’est avec _six_ et -_dix_ que l’erreur de prononciation se commet le plus fréquemment dans -les dates: _le si_(x) _mai_, _le di_(x) _mars_; elle n’en est pas plus -justifiée. - -[871] Et cela fait trois manières de prononcer _six_ et _dix_. - -[872] Comme pour _vingt_, cette prononciation de _dix_ devant _sept_, -_huit_, _neuf_, remonte à plusieurs siècles. - -[873] Pour _Béatri_x, c’est inutile, puisqu’il y a _Béatrice_. _Cadi_x -lui-même se prononce aujourd’hui par _cs_. Mais on prononce toujours -par _s_ _Morcen_x et _Navarren_x. - -[874] Voici les autres: _smila_x, _contuma_x, _opopona_x, _anthra_x, -_bora_x, _thora_x, _stora_x et _income-ta_x; _e_x-, _code_x, _cule_x, -_ape_x, _care_x, _mure_x, _late_x, _narthe_x et _verte_x; _bomby_x, -_préfi_x, _héli_x, _phéni_x, _ony_x, _pny_x, _lari_x et _tamari_x; -_lyn_x, _phormin_x et _syrin_x, _pharyn_x et _laryn_x; _bo_x, _phlo_x -et _cowpo_x; _fiat lu_x. Il faut y joindre les noms propres anciens -ou étrangers, et même les noms français qui ne sont pas en _-aux_, -_-eux_, _-oux_, _-aix_ et _-oix_: _Da_x, _Sfa_x, _Fairfa_x, _Aja_x ou -_Gandera_x, _Esse_x, _Ete_x ou _Gerve_x, _Brui_x, _Féli_x, _Ery_x, -_Vercingétori_x et _Sty_x, _Fo_x, _Pollu_x et _Carlu_x, etc., et aussi -_Mar_x. Pourtant, on prononcera plutôt: _Coysevo_(x), _Oyonna_(x). -L’_x_ se prononce même dans _Ai_x et _Duplei_x, mais non dans -_Chamoni_(x): voir page 344, notes 4 et 5. - -[875] Le peuple intervertit volontiers les éléments de l’_x_ dans ces -mots, prononçant _sesque_ pour _sexe_, comme _Félisque_ pour _Félix_: -ce défaut remonte à plusieurs siècles. - -[876] L’_x_ amui a revécu dans le vieux mot _jou_x_te_. L’_x_ se -prononce de même dans _A_x_oum_, _I_x_ion_, _I_x_elles_, _Ma_x_ime_ ou -_Vau_x_hall_, comme dans _E_x_pilly_ ou _O_x_ford_. Dans _E_(x)_mes_, -_Di_(x)_mont_, _La Di_(x)_merie_, l’_x_ est encore muet, comme -autrefois dans _di_(x)_me_, aujourd’hui _dîme_; mais il se prononce -dans _Di_x_mude_. - -[877] Je ne parle pas de _au_(x)_quels_, qui fait naturellement comme -_le_(s)_quels_. - -[878] C’est le même _s_ qu’on entend dans _Xer_x_ès_ (ou -_Artaxer_x_ès_), écrit quelquefois _Xer_c_ès_, ainsi que -dans _Au_x_erre_, _Au_x_ois_, _Au_x_onne_, _Sau_(l)x_ures_, -_Bu_x_y_ et _Bru_x_elles_. A Paris on prononce _cs_ dans -_Saint-Germain-l’Au_x_errois_; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille -dire _Au_-s_erre_ en _Au_c-_serrois_: en dehors de l’expression propre -à Paris, on fera bien de prononcer _Au_-s_errois_ comme _Au_-s_erre_. -En revanche on articule aujourd’hui _cs_ dans _Saint-Mai_x_ent_: -telle est du moins la prononciation de toute l’armée; et aussi dans -_Lu_x_euil_, _Lu_x_embourg_, _Ai_x-_les-Bains_, _Ai_x-_la-Chapelle_, -malgré l’opinion de Kr. Nyrop. Il est certain que les autres noms -suivront, à une échéance plus ou moins lointaine: on commence à -prononcer beaucoup _bru_c-s_el_, et cela même à Bruxelles. - -[879] _Di_z_ain_ a pris un _z_: pourquoi n’écrit-on pas aussi -_si_z_ain_, ou _di_z_ième_? - -[880] A l’époque où on prononçait _acident_, on prononçait aussi -_ecellent_, et les personnes qui ont l’_a_c_ent_ n’ont pas perdu cette -prononciation. - -[881] C’est le même phénomène que dans _a_c_ident_ ou _e_c_ellent_. - -[882] Malgré les préférences de Michaëlis et Passy. - -[883] Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on -voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels -qu’_exécuter_ des mots comme _excellent_, qui s’écrivaient autrement? -Ou cela vient-il de ce qu’à l’époque où l’_x_ se réduisait toujours -à un _s_ devant une voyelle, on prononçait naturellement _ezemple_, -_ezercer_? Cependant on prononçait _ma-sime_ et non _mazime_, et -_Ale-sandre_: alors? Et pourquoi X_avier_ se prononçait-il Z_avier_ -et non S_avier_, tandis que X_aintonge_ est devenu S_aintonge_? Qui -expliquera ces bizarreries? - -[884] L’_x_ s’adoucit aussi dans _E_x_upère_, mais il reste intact dans -_E_x_elmans_. - -[885] Cf. g_laude_ pour c_laude_. Le même changement se produit -presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les -anciens: X_anthe_, X_antippe_, X_énocrate_, X_énophane_, X_énophon_, -X_erxès_ et _Arta_x_erxès_, et aussi X_avier_, et même X_aintrailles_. -Mais la prononciation correcte de mot est S_aintrailles_, comme -S_aintonge_, issu de X_aintonge_; le _c_ est tombé dans S_ain-tonge_ et -X_aintrailles_, malgré l’orthographe: c’est toujours la répugnance qu’a -le français pour deux consonnes initiales autres que _bl_, _br_, etc. - -Dans X_iménès_ et X_érès_, on prononce par tradition un _k_: en -réalité, cet _x_ espagnol est une gutturale aspirée, qu’on a transcrite -autrefois par un simple _ch_ chuintant, comme dans Ch_imène_, et -qu’on écrit aujourd’hui _j_; mais aucune tradition pareille ne s’est -établie pour les autres mots, comme X_enil_ ou J_enil_, X_ucar_ ou -J_ucar_, qu’on prononce pourtant plus généralement avec un _x_, comme -_Guadala_x_ara_. - -[886] Et en effet il se prononçait primitivement _ts_, comme -en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans -l’orthographe, à défaut d’accent, à distinguer l’_é_ fermé final -de l’_e muet_: _tu aim_es, _ils sont aimés_, ce qui n’est pas plus -extraordinaire que _vous aimez_. - -[887] Ni dans les noms propres du Nord: _Despre_(z) ou _Cherbulie_(z), -_Saint-Genie_(z) ou _Dumourie_(z), _Mouche_(z) ou _Natche_(z), -_Douarnene_(z), _Depre_(z), _Despre_(z) ou _Dupre_(z), _Géruse_(z) -ou _Sée_(z), aujourd’hui écrit _Sées_, et naturellement _Gris-Ne_(z) -ou _Blanc-Ne_(z). On ne prononce pas non plus le _z_ dans _Fore_(z), -qui a l’_e_ ouvert, ni dans la vieille préposition _le_z de -_Plessis-le_(z)_-Tours_ et autres lieux. - -[888] On y prononce aussi _Agassi_(z). - -[889] Le _z_ final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le -son d’un _s_ dur, et non d’un _s_ doux. Il a aujourd’hui le son de -l’_s_ doux dans les noms propres en _-az_, _-iz_, _-oz_, _-uz_, où on -le prononce toujours: _Dia_z, _Hedja_z, _La Pa_z et _Chira_z, _Hafi_z -et _Abdul-Azi_z, _Berlio_z, _Boo_z, _Badajo_z, _Dallo_z, _Bulo_z et -_Dro_z, _Saint-Jean-de-Lu_z, _Santa-Cru_z et _Vera-Cru_z, et aussi -_Elbour_z ou _Elbrou_z, etc. Quant aux noms propres en _-ez_, nous -venons de voir que ceux du Nord se prononçaient encore par _é_ fermé -sans _z_, mais ils commencent à s’altérer, notamment _Natche_z; -ceux du Midi, _Ambe_z, _Barthe_z, _Lombe_z, _Orthe_z, _Rode_z ou -_Saint-Trope_z, se prononçaient en _ès_ par _s_ dur, et se prononcent -encore ainsi dans le Midi, mais dans le Nord on leur donne un _s_ doux, -ainsi qu’à _Due_z, _Sue_z, _Buche_z; on le donne même souvent aux -noms espagnols, où l’_s_ dur est préférable: _Aranjue_z, _Sanche_z, -_Fernande_z, _Rodrigue_z, _Lope_z, _Vélasque_z, _Diégo-Suare_z, -_Alvare_z, _Pere_z ou _Corte_z, sans compter _Fe_z. _Méquine_z s’écrit -aussi _Meknès_, ce qui montre bien la vraie prononciation. - -[890] Dans _tz_, c’est l’accommodation régressive du _z_ au _t_, plus -commode que celle du _t_ au _z_. On prononce de même _Ba_tz, _Gala_tz -et _Gra_tz, _Fi_tz, _Stréli_tz, _Sedli_tz, _Austerli_tz, _Chemni_tz, -_Biarri_tz, _Gori_tz, _Fri_tz et _Schwi_tz, _Freischü_tz et _Olmu_tz, -_Har_tz, _Schwar_tz et _Her_tz, et aussi _Die_z, _Seidli_z, _Leibni_z, -_Brien_z. Toutefois on prononce souvent _Leibniz_ et même _Austerlitz_ -et _Sedlitz_ par un _s_ simple. Dans _Lis_(z)t, le _z_ ne peut pas -s’entendre. - -[891] C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans -_Me_(t)z, dont l’adjectif est _messin_, et _Re_(t)z, et aussi -_Féle_(t)z ou _Dujardin-Beaume_(t)z. On n’entend ni _t_ ni _z_ dans -_Be_(tz), qui a l’_e_ ouvert, et _Champcene_(tz), qui a l’_e_ fermé. - -[892] De même _Véné_z_uéla_, _Chimbora_z_o_ ou _Sfor_z_a_, comme -_Mo_z_art_ et _Pou_(z)z_oles_, _Fe_(z)z_an_ ou _Abru_(z)_zes_, et -surtout en tête des mots: Z_ara_, Z_ermatt_, Z_immermann_, Z_urich_, -Z_uyderzée_, Z_ug_, et Z_urbaran_. - -[893] Z_ollverein_, Z_wickau_, Z_wingle_, Z_wolle_, _Er_z_gebirge_, -_Schwar_z_wald_, _Creu_z_er_ et aussi _Guipu_z_coa_; mais on prononce -d’ordinaire un _s_ doux entre _l_ et _b_: _Sal_z_bourg_, _Sal_z_bach_. - -[894] De même _Are_zz_o_, _Bra_zz_a_, _Custo_zz_a_, _Foga_zz_aro_, -_la Ga_zz_a ladra_, _Go_zz_oli_, _Pestalo_zz_i_, _Po_zz_o di Borgo_, -_Man_z_oni_, _Ma_zz_ini_, _Rata_zz_i_, _Ri_zz_io_, _Stro_zz_i_, -_Spe_zz_ia_, et aussi Z_eus_ ou _Oue_zz_an_. Il en est de même de _tz_ -dans _Bo_tz_aris_ et autres. Pour _cz_, voir page 220. Le _sz_ hongrois -se prononce _s_, par exemple dans Sz_egedin_; le _sz_ polonais, _ch_, -par exemple dans _Kali_sz. - -[895] On trouve bien encore un _d_ ou un _t_ dans certains _z_: -_me_zz_o_ ou _gra_z_ioso_; du moins ceci est étranger. - -[896] C’est un reliquat de cette prononciation que nous avons constaté -dans les noms de nombre, de _cinq_ à _dix_: on voit que cela remonte -loin. Il y a aussi quelque chose de cela dans _plus_ et _tous_. Il y a -même pour quelques-uns de ces mots trois prononciations différentes: -isolément, devant consonnes dans certains cas, et devant voyelles: -_dis_, _di_ et _diz_; _plus_, _plu_ et _pluz_, tout comme au XVIᵉ -siècle. - -[897] Ce qui permet aux gens facétieux quelques calembours. Ch. Nyrop -en cite quelques-uns, dus aux liaisons de _en agent_, _il est ouvert_, -_trop heureux_, _le premier homme du monde_, etc. Et il ajoute très -sérieusement: «A moins qu’on ne veuille plaisanter, on évite ces -liaisons..., par exemple on s’abstiendra de faire entendre le _p_ -de _trop_ dans une phrase comme celle-ci: _Vous ne ferez jamais un -bon marin_: _vous êtes tro_p _homme de terre_ (et non _trop pomme de -terre_!).» Voilà un rapprochement auquel on ne s’attendait pas. - -[898] Je ne compte pas les ignorants qui s’étudient à «bien parler», -et qui entassent les _cuirs_ sur les _velours_ et les _pataquès_. Le -mot _pataquès_, dont on a vu l’origine plus haut, page 60, désigne -naturellement les confusions de liaison: _ce n’est poin_(t) z_à moi_ -et _ce n’est pa_(s) t_à moi_. On appellera plutôt _cuir_, l’addition -d’un _t_: _va_ t_en ville_, et _velours_ celle d’un _s_: _j’ai_ z_été_, -parce que le velours est plus doux que le cuir. D’ailleurs le _cuir_ -lui-même avait la prétention d’adoucir la prononciation, peut-être -comme le cuir adoucit le rasoir. Notons qu’autrefois _on_ z_a_ ou -_j’ai_ z_été_ ont été admis par les personnes les plus distinguées, -sans parler des _quatre_ z_éléments_, ou _il leur_ z_a dit_; et tout -cela n’était pas plus extraordinaire que _a-il_ ou _aime-il_ prononcés -_ati_ ou _aimeti_ au XVIᵉ siècle, avant que le _t_ ne fût introduit -dans l’écriture, où il avait figuré déjà à une époque beaucoup plus -ancienne. Aujourd’hui encore, _entre quat’zyeux_ est admis par beaucoup -de gens: nous reviendrons sur cette expression. - -[899] Voir plus haut, pages 151 sqq., ce qui a été dit de l’élision. - -[900] Comme on dit: _d_e _une heure à deux_, sans élision. Il est vrai -qu’on fait la liaison dans _troi_s z_un_; mais c’est comme dans _troi_s -z_hommes_: _un_ est pris ici comme substantif ordinaire. Théoriquement, -on ferait aussi la liaison dans _cen_t t_un_, c’est-à-dire cent fois le -numéro _1_, par opposition au nombre _101_, qui représente _cent et un_. - -[901] On dit pourtant: _ils son_(t) t_un_; mais ce n’est qu’une -plaisanterie. - -[902] Sauf à la Comédie-Française, où l’on peut entendre le jeune -premier, dans _le Jeu de l’amour et du hasard_, articuler nettement -_dite_(s) z_oui ou non_. On prétend avoir entendu, à la même -Comédie-Française, _mai_(s) z_oui_: je n’ose le croire! En revanche on -peut faire la liaison dans _ce_(s) z_ouates_, ou _trè_(s) z_ouaté_; -et si on ne la fait guère avec _ouistiti_, on la fait toujours avec -_ouailles_ et les mots de la famille d’_ouïr_, quoi qu’en ait dit Mᵐᵉ -Dupuis, qui prétendait faire prononcer sans liaison - - Ces rois _à vous ouïr_, m’ont paré d’un vain titre: - -ceci ferait simplement un vers faux, car l’absence de liaison ferait de -_ou-ïr_ un monosyllabe. - -[903] Quoique dans ce cas on fasse assez facilement l’élision de la -proposition _de_. - -[904] L’abbé d’Olivet préférait déjà l’hiatus dans la prose: «On ne -doit pas craindre ces hiatus, dit-il; la prose les souffre, pourvu -qu’ils ne soient ni trop rudes, ni trop fréquents; ils contribuent même -à donner au discours un certain air naturel.» - -[905] Et cela depuis fort longtemps, malgré Domergue et beaucoup de -grammairiens, qui voulaient à toute force maintenir l’_e_ fermé. Il -en résulte une différence entre _le premier rhum_ (_e_ fermé) et _le -premier homme_ (_e_ moyen). - -[906] Il n’est donc qu’à demi exact de dire que quand un mot est -terminé par un _e muet_, il se lie par la consonne qui précède avec -le mot suivant, s’il commence par une voyelle. Il y a bien là quelque -chose de la liaison, en ce que la consonne sert aussi d’initiale au -mot suivant; mais s’il y avait _liaison_ proprement dite, la consonne -pourrait s’altérer; or elle ne s’altère jamais: _qu’il ren-d_(e) _aux -hommes_, la _lan-g_(ue) _allemande_, comme le _li_s_est blanc_. Il -n’y a de _liaison_ proprement dite, au sens où on l’entend dans ce -chapitre, que pour les consonnes qui normalement ne se prononcent pas. - -[907] LA FONTAINE, _les Animaux malades de la peste_. - -[908] MOLIÈRE, _le Misanthrope_, acte I, scène 2. - -[909] Avec cette nuance qu’ici le _c_ garde le son guttural qui -appartient au _c_ final, au lieu de s’altérer en _s_ devant _e_. On -disait de même autrefois _de bro_(c) k_en bouche_. - -[910] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, II, 7. En vers, on pourra lier -aussi le _c_ de _banc_, _blanc_ ou _flanc_, de _tabac_ ou d’_estomac_, -et même d’_instinct_; mais si l’on peut éviter l’hiatus par une pause -légère au lieu d’une liaison, cela vaudra mieux. - -[911] LA FONTAINE, _Fables_, XI, 8. - -[912] Ceci tient à ce qu’autrefois, quand les consonnes finales se -prononçaient, les gutturales sonnaient toujours _c_, qui est d’une -émission plus facile; et c’est pour cela que les mots à _c_ ou _g_ -final ont pu si longtemps rimer ensemble, par tradition, sans pouvoir -rimer avec les mots à _d_ ou _t_ final, qui, eux aussi, ne rimaient -qu’ensemble, pour une raison pareille. Mais il y a beau temps que -toutes ces finales auraient dû être assimilées pour la rime. Je dois -avouer d’ailleurs que dans les liaisons qui ne se font qu’en vers, -comme celle de _long espoir_, il y a déjà tendance à conserver au _g_ -le son doux. - -[913] On disait autrefois de _cler_(c) c_à maître_; et nous savons -qu’on dit encore _por_(c)-k_épic_. Mais si le _g_ sonne _c_ dans -_Bourg-en-Bresse_, ce n’est pas par liaison. Voir page 236, note 1. - -[914] Le _d_ se lie toujours avec le même son que le _t_, car -autrefois, quand le _d_ final se prononçait dans les mots proprement -français, il se prononçait plus aisément comme un _t_, notamment après -une nasale: voir ci-devant, note 3. - -[915] Cette liaison des formes très usitées est si nécessaire que le -peuple la fait parfois même où il n’y en a point à faire, notamment -avec _va_. Le peuple ignore en effet que cette finale _tonique_ de -troisième personne se passe de _t_, sous prétexte qu’_aller_ est de -la première conjugaison; il dit donc _va-_t_-et vient_, _coupe les -chats et va-_t_-en ville_, et _Malbrough s’en va-_t_-en guerre_. Au -surplus quelques-uns de ces _cuirs_ sont devenus corrects: _va-t-en_, -_a-t-il_, _aime-t-il_, ne sont pas autre chose qu’une liaison faite, -par _analogie_, là où il n’y a pas de _t_. De même _ne voilà-_t_-il -pas_, par analogie avec les troisièmes personnes.--J’ajoute que -_est_ se distingue précisément de _et_ par la liaison, car l’un se -lie _toujours_ et l’autre _jamais_, et cela depuis le XVIᵉ siècle au -moins, puisque dès cette époque l’hiatus de _et_ fut le seul hiatus -avec consonne que les poètes commencèrent à s’interdire; les autres -n’étaient pas encore des hiatus. - -[916] On notera qu’il y a des adjectifs qu’on ne met guère devant le -substantif qu’au féminin ou devant une consonne: _chaude saison_, -_blonde enfant_, _grossier personnage_, précisément pour éviter une -liaison désagréable ou impossible, comme serait celle de _blon_(d) -_tenfant_ ou _grossie_(r) _ranimal_. - -[917] Si l’on dit _ving_(t) t_et un_, c’est peut-être par analogie avec -_tren_te _et un_: voir page 329; ou peut-être parce que c’est une sorte -de mot composé. - -[918] Dans _j’ai chau_(d) _aux pieds_, _aux pieds_ n’est pas complément -de _chaud_, mais de _j’ai chaud_. - -[919] On dit assez souvent, à tort, _avan_(t)-_hier_ sans liaison, et -en trois syllabes; c’était même, malgré Ménage, la prononciation la -plus usitée au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle; mais je crois qu’en ce cas -on aspirait l’_h_, et je crois aussi qu’on avait tort. En tout cas, -_avant-hier_ a aujourd’hui quatre syllabes, et la liaison s’y impose. - -[920] MOLIÈRE, _les Femmes savantes_, acte IV, scène 3. - -[921] Dans la marine, on dit en ouvrant l’_o_: _le cano_(t) t_est -paré_; mais c’est une façon de parler en quelque sorte technique ou -dialectale. - -[922] Mais _po_(t) _à tabac_, pour éviter la cacophonie, et même -_po_(t) _à beurre_. - -[923] _Tô_(t) t_ou tard_, étant un peu cacophonique, se remplace -avantageusement par _tô_(t) _ou tard_. - -[924] La liaison n’est indispensable ici que dans les noms composés, -comme _Pon_(t)-t_à-Mousson_, _Pon_(t)-t_Audemer_, _Pon_(t)-t_Euxin_, -aussi bien que celle de _Saint_ devant une voyelle, ou celle de -_Lo_(t)-t_et-Garonne_. On la fait aussi ordinairement, par tradition, -dans le titre du _Dépi_(t) t_amoureux_. - -[925] Il n’est pas possible d’accepter: - - Blanc comme Eglé qui _dor_(t) t_auprès_ d’un ami sien. - -et cela par-dessus la césure, avec un lien médiocre entre les mots! -Pourquoi pas _à tor_(t) t_et à travers_? - -[926] On dit aussi généralement _Por_(t)-t_au-Prince_; mais -_Por_(t)_-Arthur_, _Por_(t)_-Élisabeth_, etc., doivent se passer de -liaison. - -[927] Je rappelle qu’on disait autrefois _vi_(f) v_argent_, _bœu_(f) -v_à la mode_. - -[928] C’est ainsi que le verbe _suiver_, de _suif_, est devenu -_suiffer_: «_Suiver_: quelques-uns disent _suiffer_», dit l’Académie en -1845; et en 1878: «_Suiffer_: quelques-uns disent _suiver_.» En 19..., -elle dira _suiffer_ tout court, à moins qu’elle ne dise _suifer_, ce -qui serait plus simple. - -[929] Voir plus haut, page 345, _si_(x) z_avril_ et _entre si_(x) z_et -sept_. - -[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller -au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa -prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «_Le -tem_(ps) z_est beau_.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait -parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est -tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe: - - Le tem(ps) zest beau pour la saison. - - -[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec _s_, dira plutôt -_t’e_(s)_-t-une bête_, par analogie avec la troisième personne, et, -mieux encore, _t’e_(s) _une bête_. - -[932] Le peuple dit volontiers _donne-moi-_z_en_: c’est la liaison de -_donnes_, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent, -quand on ne s’observe pas. - -[933] Et _lez_ ou _les_, dans les noms de lieux. - -[934] MOLIÈRE, _Misanthrope_, acte III, scène 7. On ne peut cependant -pas lier _mais oui_; voir page 358, note 3. La liaison de _mais_ n’est -d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est -qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, _m_(ais) _enfin_. - -[935] Pour _six_ et _dix_, voir plus haut, page 345. - -[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les -éléments, on le prononçait sans liaison. - -[937] Toutefois on peut écrire _matches_, ce qui permet de lier. - -[938] On dirait de même, sans liaison, _un chauffe-pied_(s) _élégant_, -car l’_s_ marque le pluriel de _pied_, mais non du composé, et d’autre -part le _d_ ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des -_chauffe-pied_(s) z_élégants_, comme si l’_s_ n’était pas le même. - -[939] Je dis _nécessairement_, malgré Michaëlis et Passy. - -[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction -_et_, comme on le fait quelquefois. - -[941] Par opposition à _Champs-Elysées_ ou _États-Unis_. - -[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance -parfois à remplacer l’_s_ intérieur par un _s_ final incorrect: _des -che_(fs)-_d’œuvre_ z_admirables_, _les chemins de fer_ z_algériens_. -Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement _chédeuvre_, avec -un _s_ au pluriel, puisque le sens de _chef_ disparaît complètement -dans le mot composé? - -[943] On fait même souvent la liaison du _t_ et non celle de l’_s_ dans -_deux accen_(ts) t_aigus_, qu’on traite comme des _gue_(ts) t_apens_; -mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots -restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels. - -[944] Je ne parle pas des formes en _âmes_ et _âtes_, et autres -pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles -appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire. - -[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, _enfonceur de porte_(s) -z_ouvertes_. - -[946] CORNEILLE, _Polyeucte_, acte I, scène 3. S’il y avait _Persans_, -la liaison se ferait même en prose. - -[947] _Id._, _ibid._, acte IV, scène 6. - -[948] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 2. - -[949] VOLTAIRE, _les Scythes_, acte II, scène 1. - -[950] V. HUGO, _Légende des siècles_, II, _la Conscience_. Le même dans -ses _Odes_, I, 8, avait écrit d’abord: _Les bronzes ont tonné_; il a -corrigé ensuite judicieusement, et mis: _Les canons ont tonné_. - -[951] Dans _Cromwell_, les noms de _Charles_ et _Londres_ reviennent à -toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’_s_ y -est _toujours_ supprimé. _Delphes_, _Thèbes_ et _Arles_ perdent leur -_s_ chacun huit ou dix fois au moins dans _la Légende des siècles_: -_Arles_ seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut -déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V. -Hugo, dans son _Traité de Poésie_, d’avoir écrit _Versaille_ sans _s_, -sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que -M. Donnay a écrit dans le _Ménage de Molière_: - - Versailles est vraiment un séjour enchanté; - -mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a -dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit -apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on -ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’_s_ de celui-là, et en -faire aussi de la prose. - -[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne -faisait pas plus la liaison que dans _États-Unis_: voir plus haut; Mᵐᵉ -Dupuis l’interdit encore. - -[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’_s_ après l’_r_, il -serait encore plus ridicule de dire _des ver_(s) z_à soie_, que de dire -_des moulin_(s) z_à vent_ ou _des salle_(s) z_à manger_. - -[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les -Sociétaires de la Comédie-Française: «_L’univer_(s) z_ébloui_,» disait -Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«_oublier le corp_(s) z_en -rajeunissant l’âme_», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical -entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, _prendre le -mor_(s) z_aux dents_! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à -la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en -matière de liaisons. - -[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la _Princesse -lointaine_: - - Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle? - --Le prince l’a promis de nous mener _vers elle_. - -La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la -prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de -ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences; -mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation -qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très -ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les -acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles. - -[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents -chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par -exemple, dans _Polyeucte_, acte II, scène 2, la seconde tirade de -Pauline: on y trouve _trois_ rencontres qui, pour nous, sont des -hiatus, et pour lui n’en étaient pas: - - Ma _raison_, _il_ est vrai, dompte mes sentiments. - Votre mérite est grand, si ma _raison est_ forte. - Plaignez-vous _en encor_, mais louez sa rigueur. - -Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous -tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons -l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable. -La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres -pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour -nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison: - - Hélas! cette vertu, quoique _enfin invincible_... - _Enfin épargnes-moi_ ces tristes souvenirs. - -Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même -par-dessus une consonne: _je tien_(s) n_a dire_... C’est probablement -un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on -écrivait _je tien_. - -[957] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 4. - -[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des -adjectifs qui dévocalisent leur _u_ devant une voyelle, _bel homme_, -_nouvel an_, _fol orgueil_, _mol édredon_, _vieil homme_: ici aussi -c’est le son du féminin qu’on entend. - -[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de -l’accent aigu de _enamourer_, _enivrer_ et _enorgueillir_, où se -rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots -devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, _a-namourer_, -_a-nivrer_, _a-norgueillir_, comme on prononce dans le Midi, très -logiquement (cf. _a-nuyer_ pour _ennuyer_). - -[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le -passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son -nasal: _vain_, _vain-ne_, comme _fem-me_ et _ardent-ment_: voir pages -64 et 131. - -[961] Tout comme dans _bo_-n_homme_, _bo_-n_heur_, _bo_-n_henri_ (sans -compter _boniment_ ou _bonifier_). - -[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très -naturelle de l’usage que nous faisons de _mon_, _ton_, _son_, au -féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus -de _ma âme_, _sa épée_, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait -tout aussi bien en disant _m’âme_ ou _s’épée_, procédé dont il nous est -resté _ma mie_, altération de _m’amie_. Mais la question est de savoir -_pourquoi_ on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable, -c’est que _mon_, _ton_, _son_, en liaison, même devant des masculins, -prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les -féminins: puisqu’on disait _mo-nami_ comme _bo-nami_, on pouvait aussi -bien dire _mo-nâme_, comme _bonn_(e) _âme_. - -[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de -_vin_: _vinaigre_, _vinage_, _vinasse_, _vinaire_, _vinification_, mais -le latin y est pour quelque chose. - -[964] La correspondance demanderait _eune_, qu’on entend dans les -campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier. - -[965] Mais si l’on ne dit pas _u-nami_, ce n’est pas une raison pour -dire _eu-nami_. - -[966] Peut-être dira-t-on encore: _à eux trois, ils ont vingt et -u_-n_enfants_: je ne crois pas qu’on puisse décomposer _un_ ailleurs. - -[967] Cf. par exemple _cin_(q) _francs_ et _cin_q _mai_. - -[968] De même dans les noms propres comme _Bienaimé_. Dans le Midi, -on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait -rimer de deux syllabes, _les savants en us_ avec _anus_! On y dit de -même _a_-n_effet_, _a_-n_outre_, et _o_-n_est venu_, que préconisait -Domergue. On y dit même _no_-n_avenu_ ou _no_-n_activité_; mais en -français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites; -par exemple, _non_ ne se lie jamais, malgré _no_n_obstant_, non plus -que la préposition _selon_. - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Comment on Prononce le Français, by -Phillipe H. Martinon - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS *** - -***** This file should be named 60052-0.txt or 60052-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/6/0/0/5/60052/ - -Produced by Chuck Greif and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net. - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. 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