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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 58467 ***
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+Cy commence le traittié intitulé les euvangiles des quenoilles faittes a
+l'onneur et exaucement des dames.
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+Maintes gens sont au jour d'huy qui alleguent et auctorisent leurs
+parolles et raisons par les euvangilles des quenouilles qui gaires ne
+scevent de quele importance et auctorité elles sont ne qui en furent les
+sages doctoresses et premieres inventerresses. Et aincoires qui pis est
+les alleguent plus par derrision et en mocquerie qu'ilz ne font par
+affection qu'ilz ayent a la grande substance qu'elles contiennent. Et ce
+font ilz tousjours en l'amoindrissement et reboutement des dames dont
+c'est pechié et grant honte pour ceulx qui ainsy le font.
+
+Car ilz ygnorent la grande noblesse des dames/ et les grans biens qui
+d'elles procedent. Car pour ce que la premiere femme fut faitte et cree
+en lieu hault et noble plain de net et pur air pour ce sont toutes
+femmes naturelement nobles/ nettes/ douces/ courtoises/ et plaines
+d'esperit legier et inventif et si tressoubtil: que a bien pou d'ayde
+elles scevent pluiseurs choses avenir. Car les passeez et presentes
+scevent de leur propre nature selon les conjectures et dispositions des
+temps des personnes des auguremens des oyseaulx et des bestes et brief
+de toutes autres creatures comme il apperra ou procés de ce livre.
+
+Or est ainsi doncques que pour obvier a teles injures et teles
+mocqueries mettre a neant/ et par contraire exauchier les dames et leurs
+euvangiles verifier: je qui de pieça et mesmes des mon enfance ay esté
+leur humble clerc et serviteur/ et dont des biens que d'elles ay receus
+assez ne me sauroie loer/ je a la requeste d'aucunes mes treschieres/ ay
+comme cy aprés porrez veoir mis par escript et en ordre ce petit
+traittié qui contient en soy le texte des euvangiles des quenouilles
+ensemble pluiseurs gloses et postiles y adjousteez et esclarciez par
+aucunes sages dames desqueles les noms seront cy ensiuvant mis et
+escrips.
+
+
+
+
+Les noms des dames qui firent le texte des euvangiles des quenoilles.
+
+
+Pour entammer doncques ceste euvre il est tout notoire a tous bons et
+vrais catholicques que pour mettre et redigier par escript a la memoire
+perpetuele des crestiens les saintes et vraies parolles/ ensambles les
+vertueuses euvres et fais de nostre benoit sauveur et redempteur jhesus
+crist/ et de ses sains apostres/ furent esleus quatre preudhommes
+d'entr'eulx plains de verité et vertus pour faire cestui sainct mistere
+qui se nomment euvangiles par les escriptures lesqueles la vraye et
+sainte foy catholique est tenue/ enluminee et corroboree/ et sera
+jusques en la fin des siecles.
+
+A semblable doncques pour verifier et mettre en en avant les parolles et
+auctoritez des femmes de jadis/ affin aussi de les nom perdre ne
+telement evanouyr que la memoire ne puisse estre fresche et recente
+entre celles du temps present et de cellui ont esté trouveez six
+matrones sages et prudentes pour reciter et lire lesdittes euvangiles
+des quenouilles en la maniere que cy aprés sera declairié.
+
+Et pour ce que en tout tesmoingnage de verité il convient trois femmes
+pour deux hommes: pour faire et acomplir doncques le nombre desdiz
+quatre euvangelistes il a convenu que six femmes aient esté empeschiez
+de faire cestui euvre pour plusgrande approbacion de verité. desqueles
+les noms se ensuivent.
+
+La premiere fut nommee dame ysengrine du glay.
+
+La seconde estoit appellee dame transeline du croq.
+
+La tierce eut nom dame abonde du four.
+
+La quatre fut appellee dame sebile des marez.
+
+La quinte eut nom dame gomberde la faee.
+
+Et la sixiesme eut nom dame berthe de corne.
+
+Ces six dames furent si tressaiges en leur temps que se ce eust esté
+pour conjurer un bleu dyable ou pour le loyer dessus un coussin: si
+estoient elles assez expertes et habilles.
+
+
+
+
+Qui fut la premiere femme qui mist avant ces euvangiles. Et comment le
+composeur de ce livre fut constraint de faire cest euvre.
+
+
+Selon ce que je treuve es anciens registres ces euvangiles furent
+commenceez des les premiers et second eages du monde ou temps que
+regnoit le fort et puissant roy zoroastes qui fut le premier qui trouva
+l'art de nygromancie/ de laquele art il monstra et enseigna partie a la
+royne sa femme nommee hermofrodita. et laquele depuis fist de beaux
+principes pour le commencement de ces euvangiles. mais elles ne furent
+de son temps acheveez. ains d'eage en eage/ et de siecle en siecle elles
+ont esté multiplieez/ et par legiers espris infusez es corages des
+prudentes femmes chascunes en son temps selon les auguremens et signes
+qu'elles povoient concevoir et veoir tant en la terre comme en l'air.
+
+Et depuis ce temps n'a esté aincoires aucun/ voire que j'aye sceu ne qui
+soit venu a ma congnoissance qui ait volu prendre la paine de les mettre
+par escript ou en registre/ au moins le tout/ ne par ordre/ mais ce tant
+pou que fait en a esté/ ce a esté confusiblement et par pieces puis cy
+puis la sans tenir aucun ordre. et aincoires ce que fait en a esté/ ç'a
+esté plus par derrision et mocquerie que autrement et toutesfois elles
+ne deffaillent pas de grant mistere. Et pour vous donner a cognoistre
+comment je suis venu en ceste temeraire et presumptueuse hardiesse et
+outrecuidance que de vouloir escripre et mettre par ordre cest euvre: il
+est verité que un soir aprés souper/ pour cause d'esbat et de
+passetemps/ es longues nuis entre le noel et la chandeleur derrain
+passé/ je me transportay en l'ostel d'une assez ancienne damoisselle
+assez prez ma voisine ou j'avoye acoustumé d'aler souvent deviser/ car
+pluiseurs des voisines d'environ venoient illec filer et deviser de
+pluiseurs menus et joieux propos dont je prenoie grant soulas et
+plaisir. mais pour ceste fois estoient illec les six dames assambleez
+qui moult fort estoient empeschiez de diverses raisons/ et souvent de la
+grant haste qu'elles avoient de dire leurs propos: elles anticipoient
+l'une l'autre et parloient toutes ensemble.
+
+Moy aucunement honteux de ceste ma soudaine avenue entr'elles/ me voulz
+retraire arriere et pris congié d'elles en moy deportant d'illec. Mais
+soudainement je fus d'elles rappellez et de fait arrestez par la robe
+par l'une d'elles dont moitié force moitié requeste je retournay et
+m'assiz entr'elles et leur priay moult humblement qu'elles me
+pardonnaissent de ce que si francement et si baudement me estoie embatus
+entre elles.
+
+L'une prist la parolle pour toutes les autres. et me dist que vrayement
+je leur estoie le tresbien venus et le mieulx que homme qu'elles
+sceussent en ce monde. et qu'il leur sembloit que dieu m'avoit illec
+amené pour estre en leur ayde attendu le fait en quoy elles estoient
+pour ceste heure occuppeez et empeschiez/ et que mieulx leur drescheroie
+leur euvre et concept veu que autreffois en autres matieres avoie
+escript des dames fort a leur honneur. et aincoires de present me
+prioient que le pareil voulsisse faire a cestui leur tresgrant besoing/
+et elles en temps oportun par elles ou par leurs successeurs me feroient
+tele remuneracion que jusques a souffire/ me priant en oultre que
+voulsisse entreprendre de mettre par escript un petit volume qui pour
+son nom prenderoit. les euvangiles des quenoilles en memoire et
+souvenance perpetuele d'elles/ et a l'adreschement de toutes celles qui
+vendroient.
+
+Moy aucunement honteux de la loenge qu'elles me donnoient me cuiday
+excuser. mais tantost je fus sy anticipez de parolles/ et de diverses
+raisons enveloppez: que tout confus me convint entreprendre ceste
+charge. En laquele s'il y a a redire ou aucune faulte/ ou mauvais
+entendement: je vous supplie le me pardonner/ et laditte faulte imputer
+a celles qui par si tresgrant haste le me disoient: que loisir ne temps
+n'avoie aucuneffois les bien entendre/ ne ma main qui par vieillesse est
+devenue pesante/ et mes yeulx obnubilez ne les povoient si hastivement
+comprendre ne servir si tost qu'elles eussent bien volu.
+
+Ceste charge doncques par moy ainsi prise les dames me remercierent
+grandement/ et prindrent jour entr'elles et heure de retourner le
+lendemain aprés souper. Et me chargierent que avec moy aporttaisse
+largement papier et enchre et plumes car elles vouloient determiner de
+haultes besoingnes.
+
+
+
+
+L'ordonnance de cestui livre mise en termes par dame ysengrine.
+
+
+L'endemain a heure assignee je furny de mes agoubilles me trouvay ou
+lieu assigné ouquel estoient desja assambleez les six dames qui aprés
+moy attendoient. Et elles de ma venue joyeuses comme par samblance elles
+demonstroient/ aprés qu'elles me eurent preparé mon lieu pour a mon aise
+oyr et escripre leurs oppinions et doctrines: l'une d'elles et la plus
+ancienne nommee/ dame ysengrine du glay: commença a parler aprés licence
+obtenue des autres ses compaignes les parolles qui s'ensuivent.
+
+Mes treschieres voisines et compaignes en ceste vocacion vous voyez/ et
+aussy il est tout notoire comment les hommes du temps present ne cessent
+de escripre et faire libelles diffamatoires et livres contagieux
+poingnans l'onneur de nostre sexe. Et touteffois attendu que eux et nous
+sommes fais tous d'un ouvrier descendans l'un de l'autre. Et encoires
+puis que dire le me convient sommes venues et descendues de plus hault
+et plusnoble lieu qu'ilz ne sont/ et faittes de matiere plus nette et
+plus clarifiee que eux: il m'est avis a correction de vous toutes que
+bon seroit que a l'ayde de cestui nostre secretaire et amy nous feissons
+un petit traittié des chappitres que volons tenir/ et mettre par ordre/
+lesquelz depieça de noz grandes et anciennes meres ont esté trouveez
+affin de les non mettre en oubliance et qu'il puisse venir entre les
+mains de celles qui aincoires sont a a venir. Lequel traittié contendra
+les chappitres des euvangiles des quenoilles/ ensemble les gloses que
+aucunes sages et prudentes matrones y ont adjousté et aincoires feront
+en multipliant le texte.
+
+Et pour entrer en la matiere et mettre ordre en nostre commencement vous
+savez qu'ilz sont six jours ouvriers en la sepmaine et nous sommes six
+qui avons empris ceste besoingne/ et qui avons veu et oy recorder par
+noz anciennes pluiseurs choses des viel et nouvel testament/ et
+pluiseurs vraies et bonnes auctoritez. Si m'est avis en conclusion qu'il
+seroit bon que a lundy prochain venant nous assamblissons en l'ostel de
+maroie ployarde ou l'en a acoustumé de tenir la serie/ environ sept
+heures du vespre/ et illec se c'est vostre avis l'une de nous commencera
+sa lecture/ et ses chappitres recitera en la presence de toutes celles
+qui illec seront assambleez pour les tenir et mettre en perpetuele
+memoire.
+
+Les assistentes tantost et sans autre deliberacion dirent toutes a une
+voix que dame ysengrine avoit tresbien dit. Et de fait lui prierent
+qu'elle voulsist entreprendre ceste charge de lire la premiere pour ce
+lundy a l'eure assignee/ et elles sans aucune faulte y seroient et sy
+prieroient aucunes de leurs voisines vielles et jones pour mieulx
+auctorisier leur chappitre. Ceste charge prist moult volentiers dame
+ysengrine et dist qu'elle en feroit son mieulx. En ce disant elle se
+tourna vers moy et moult amoureusement me requist que son secretaire
+voulsisse estre/ et pareillement de toutes les autres. et qu'elles me
+feroient guerredonner par aucunes d'elles des plusjones et a mon chois/
+duquel guerredon je les remercie/ et dont desja je me tiens pour
+content.
+
+
+
+
+L'ordonance de la premiere journee. et de la descripcion de dame
+ysengrine du glay et qui elle fut.
+
+
+Le lundy au soir environ entre sept et huit heures aprés souper
+s'assemblerent lesdites dix dames/ ensembles toutes les voisines qui
+accoustumé avoient d'y venir et pluiseurs autres qui y furent inviteez
+qui aincoires n'y avoient esté pour oyr le mistere que illec faire se
+devoit/ dame ysengrine du glay y vint acompaignie de pluiseurs de sa
+congnoissance qui toutes apporterent leurs quenoilles/ lin/ fuiseaux/
+estandars/ happles/ et toutes agoubilles servans a leur art. Et brief ce
+sembloit a veoir un droit marchié ou l'en ne vendoit que parolles et
+raisons a divers propos de pou d'effect/ et de petite valeur.
+
+Le siege de dame ysengrine estoit preparé a un costé un pou plushault
+des autres/ et le mien decosté elle devant moy un rondeau ou estoit
+assise une lampe d'oile pour enluminer sur mon euvre/ et toutes les
+assistentes avoient tourné leurs visages ou regart de dame ysengrine
+Laquele aprés licence obtenue commença a parler en ceste maniere. Mais
+avant que je commence escripre ses chappitres je vous veuil reciter
+l'estat/ et la genealogie d'elle.
+
+Dame ysengrine estoit eagie de .lxv. ans ou environ/ belle femme avoit
+esté en son temps mais elle estoit devenue fort ridee. les yeulx avoit
+enfonssez et la bouce grande et large/ cinq maris avoit eu/ sans les
+acointes de costé. Elle se mesloit en sa viellesse de recevoir les
+enfans nouvellement nez. mais en sa jonesse elle recevoit les grans
+enfans. moult experte fut en pluiseurs ars. Son mari estoit asses jone
+duquel elle estoit fort jalouse/ et dont elle faisoit souvent grandes
+complaintes a ses voisines. Touteffois licence comme dit est obtenue/
+elle commença son euvangille et prist son thume sur son mari en hongnant
+et dist.
+
+
+Cy commencent les chappitres de l'euvangile dame ysengrine du glay pour
+le lundy.
+
+Mes bonnes compaignes et voisines/ il n'est aucune de vous qui ne sace
+que je prins mon mari josselin plus pour par sa beaulté que pour sa
+richesse/ car povre compaignon estoit. Et vela je ne le vey ne hier ne
+au jour d'huy/ dont j'ay grant doleur au cuer. Et certes il a grant
+marchié des biens que mes maris ses predecesseurs ont parcidevant a
+grande paine et doleur assemblez. je croi que ce sera ma mort.
+
+Et a ce propos et pour le premier chappitre/ je dy pour aussy vray comme
+euvangile que l'omme qui despent indeuement les biens qui lui viennent
+de par sa femme et sans son gré et congié: il en rendera conte devant
+dieu comme de chose emblee.
+
+Glose. Sur ce chappitre dist une ancienne matrone nommee griele femme de
+jehan joquesus. Certes cellui mari qui fait contre ce chappitre/ est mis
+aprés sa mort ou purgatoire des mauvais maris en un baing plain de
+soulphre ardant. s'il n'a faitte sa penitance en ce monde par les
+hospitaux.
+
+
+Le second chappitre.
+
+Il n'est riens plus certain que le mari qui va au contraire de ce que sa
+femme lui conseille et veut faire/ et qui la contredist de chose qu'elle
+dye: il est faulx et desloyal parjur.
+
+Glose. Certes dist gombaude du fossé j'en ay veu pluiseurs miracles de
+ceulx qui ont transgessé ce chappitre. et mesmes mon parastre se rompy
+la jambe pour ce qu'il n'avoit volu croire le conseil de ma mere.
+
+
+Le tiers chappitre.
+
+Homme qui sa femme bat pour quelconque cause que ce soit n'aura jamais
+pour priere qu'il face faire grace de la vierge marie/ se premierement
+il n'a obtenu pardon de sa femme.
+
+Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que cellui qui bat sa femme
+fait autel pechié comme s'il se voloit soy mesmes desesperer. Car selon
+ce j'ay oy dire a no curé/ ce n'est que un corps d'homme et de femme
+acouplez par mariage.
+
+
+Le quart chappitre.
+
+Homme qui fait aucune chose sans qu'il le donne a congnoistre a sa femme
+je vous dy comme euvangile qu'il est en conscience pire que larron qui
+bien l'oseroit dire.
+
+Glose. Les anciennes matrones ont maintenu pour verité que les enfans
+qui viennent de tel mariage jamais en ce monde ne devendront riches/ et
+si seront volentiers menteurs.
+
+
+Le cinquiesme chappitre.
+
+Mes amies je vous di pour verité qu'il n'est doleur ne angoisse pareille
+a celle que femme porte quant son mari va autre part porter et donner sa
+substance. et especialement quant les biens viennent de par elle.
+
+Glose. Pour certain dist une vielle qui estoit nommee flourette la
+noire. Cellui qui rompt son mariage par adultere est moins a prisier que
+un juyf ou sarasin. car il est parjur.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Fille qui veult savoir le nom de son mari a venir/ doit tendre devant
+son huis le premier fil qu'elle filera cellui jour/ et de tout le
+premier homme qui par illec passera savoir son nom. sache pour certain
+que tel nom aura son mari.
+
+Glose. A ce mot se leva l'une des assistentes nommee geffrine femme de
+jehan le bleu et dist que ceste chose avoit esprouvee et que ainsi lui
+en estoit avenu/ dont elle maudissoit l'eure d'avoir encontré un tel
+homme qui toute couleur et beauté avoit perdue/ et si estoit si
+tresmauvais mesnagier que autre chose ne povoit faire que dormir.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Quant femme porte enfant et on veult savoir s'elle porte filz ou fille
+on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si soement que point ne le
+sache/ et aprés en devisant a elle sachiez quel nom elle nommera s'elle
+nomme homme ce sera un fils/ et s'elle nomme femme ce sera une fille.
+
+Glose. Ceste mesmes chose m'avint quant je portoie ma fille lise
+tempremeure/ dist griele du solier/ et le me fist/ et aprist ma tante
+qui estoit fort ancienne et moult renommee en pluiseurs ars.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+On ne doit point donner a jones filles a mengier de la teste d'un lievre
+affin qu'elles marieez et par especial enchaintes n'y pensent/ car pour
+certain leurs enfans en pourroient avoir leurs levres fenduez.
+
+Glose. Dist tantost Margot des bledz. tout ainsi en avint il nagaires a
+l'une de mes cousines. car pource qu'elle avoit mengié de la teste d'un
+lievre sa fille dont elle estoit enchainte en apporta sur terre quatre
+levres.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+On ne doit point aussi laissier mengier aux jones filles a marier de
+teste de mouton/ de crest de coq ne d'anguille affin qu'elles ne cheent
+du mal sainct loup par derriere.
+
+Glose. Certainement dist belotte la cornue/ c'est un tresgrant dangier/
+car pour ce que ma mere en mengea j'en ay eu trois taches qui comme je
+croy jamais ne me fauldront. L'une si est que souvent me laisse cheoir
+par derriere/ La seconde que je hurte volentiers. et la tierce qu'il me
+croist ou plus secret lieu de mon corps une chose a maniere de la creste
+d'un coq dont j'ai grant vergoingne.
+
+
+Le .x.e chappitre.
+
+Je vous jure comme euvangile que quant une jone fille mengue
+acoustumeement lait bouilly en la paelle/ ou en un pot de terre: qu'il
+pleut volentiers et par coustume le jour de ses nopces. Et si a
+volentiers mari merancolieux et hoingnart/ et aussi ne fault elle pas
+d'estre souvent crottee et mal paree.
+
+Glose. Dist dame abonde/ a cest texte ne fault aucune exposicion/ car la
+regle en est toute commune/ et jamais n'y a faulte/ comme il apparut a
+mes nopces ou pluiseurs de vous furent.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Pour certain et pour aussi vray que euvangile quant un homme couche avec
+sa femme ou s'amie ayans les piez ors et puans/ et il avient qu'il
+engendre un filz: il aura puante et mauvaise alaine Et se c'est une
+fille elle l'aura puante par derriere.
+
+Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que de sa cousine germaine
+en avint ainsi. Car par tout ou elle aloit elle rendoit une odeur si
+puante de son derriere: que les assistens en estouppoient leurs nez mais
+ne savoient qui cellui estoit qui estoit en cause.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Pour aussi vray que euvangile je vous dy que quant un jone homme pucel
+espouse une fille pucele le premier enfant qu'ilz ont est par coustume
+fol.
+
+Glose. Berte l'estroite sur ce chappitre dist que ainsi estoit nagaires
+avenu a l'une de ses filles qu'elle avoit mariee au porchier de son
+hostel/ car il convint que pour la premiere nuit elle leur enseignast
+comment ilz devoient faire. dont il est avenu que leur premier filz est
+fol et pour innocent.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Mes voisines et compaignes je vous dy pour euvangile que quant l'enfant
+est nouvellement né et avant qu'il suche la mamelle/ se on lui donne a
+mengier d'une pomme cuitte/ jamais aprés toute sa vie il n'en sera si
+luffres ne gourmant a table en boire/ et en mengier. Et si en sera plus
+courtois en fais et en parolle entre les dames.
+
+Glose. Maroie morele dist sur ce texte que quant un enfant est né qui
+lui porteroit le petit boyau jusques au chief: il en auroit longue vie/
+douce alaine/ bonne voix/ et gracieuse loquense.
+
+
+Le .xiiii.e chappitre.
+
+Je vous asseure pour aussy vray qu'euvangile que pour faire avoir aux
+enfans cheveux crespés. tantost aprés qu'ilz sont desobez/ il convient
+laver leur chief de vin blanc. et en leur baing soit mise la rachine de
+blanche vigne.
+
+Glose. Dame hermofrode sur ce pas dist en corroborant le texte que qui
+feroit/ sechier par deux enfans jones et beaulx l'aubette du petit
+enfant sur la pointe d'une espee tranchant/ et clere que l'enfant sera
+toute sa vie beaux et hardis/ et bien venus entre les nobles.
+
+
+Le .xv.e chappitre.
+
+Or entendez bien vous toutes qui cy estes presentes/ je vous avertis que
+jamais on ne doit tirer espee nue ne autre long trenchant devant femme
+grosse que premier que riens s'en face ne lui va doucement touchier du
+plat/ sur son chief/ affin qu'ele demeure asseuree. et que son fruit en
+soit toute sa vie plushardy.
+
+Glose. Peronne bevette dist que pour ce que on ne fist point ainsi a sa
+mere quant elle le portoit/ elle a esté et aincoires est si paoureuse
+qu'elle n'oseroit couchier seule sans avoir compaignie d'hommes.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Je vous di pour aussi vray que euvangile que jones filles ne doivent
+jamais mengier cerises a la derraine avec leurs amoureux car souvent
+avient que cellui a qui vient la derreniere: demeure le derrenier de
+tous a marier.
+
+Glose. Dame sebile des mares dist sur ce pas que les filles ne doivent
+point mengier a cachelouche leur potage avec leurs amoureux. car par
+coustume il avient souvent que leurs maris ont acointe apart et non pas
+les femmes.
+
+
+Le .xvii.e chappitre.
+
+Aincoires vous dy que dieu et raison deffendent le parler ou le
+ramentevoir devant aucune femme mariee en eage de porter enfans ou qui
+est enchainte de quelconque chose pour mengier qui pour le present et au
+besoing ne se pourroit trouver affin que le fruict qu'elle porte n'en
+apporte enseigne sur son corps.
+
+Glose. Dame abonde du four dist que par ruer ou visage de la femme qui
+porte enfant/ aucunes cerises frezes ou vin vermeil l'enfant en
+apportera sur soy aucune enseigne.
+
+
+Le .xviii.e chappitre.
+
+Sachiez que homme qui se double en mariage est inhabile de parvenir a
+aucune dignité. Et se sa femme lui faisoit le pareil cas/ sans faulte il
+seroit cause de l'ung et de l'autre mal. et elle deveroit estre jugié
+quitte et sans pugnicion.
+
+Glose. Dame ysoree la courte dist sur ce pas que la femme qui veult que
+son mari point ne se desvoye avec autres femmes si face par trois lundis
+chanter messe de saincte avoie. et je vous dy pour certain que les dames
+de paris en entretiennent/ ainsi leurs maris.
+
+
+Le .xix.e chappitre.
+
+Quant on baptise aucun enfant soit filz soit fille. se la fille a deux
+parrins elle aura deux barons ou plus. et aussi se le filz a deux
+marrines et il vit eage d'homme il aura deux femmes ou pluiseurs.
+
+Glose. Certainement dist ampelune hucquette. je doy bien mauldire l'eure
+que vvillequin mon mari en eut oncques tant. car il en a trois accointes
+sans celles que point ne sçay.
+
+
+Le .xx.e chappitre.
+
+Quant on voit ces petis enfans courir parmi les rues a chevaulx de bois/
+a tout lances/ et desguisez par maniere de gens de guerre. c'est tout
+vray signe de prochainement avoir guerre et dissencion ou pays.
+
+Glose. Perrine hulottote dist sur ce pas que quant les petis enfans
+portent bannieres/ et confanons en chantant par les rues/ c'est tout
+signe de mortalité.
+
+
+Le .xxi.e chappitre.
+
+Se femme veult certainement savoir se son mari se double/ si avise se
+une plaine lune se passe sans elle approchier/ certes s'elle y a
+souspecion se n'est pas sans cause.
+
+Glose. Ceste euvangile est bien vraye dist maroie ployarde car il y a
+plus de trois lunoisons que jan ployart mon baron ne fist ne cou ne
+quoy/ et si suis aincoires femme assez pour l'endurer.
+
+
+Le .xxii.e chappitre.
+
+On ne doit point donner aux femmes grosses a mengier de nulles testes de
+poissons affin que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre
+la bouche plus relevee/ et plus ague qu'il n'est de coustume.
+
+Glose. Perrette faytos sage femme/ dist qu'elle avoit receut pluiseurs
+enfans qui avoient leur debout plus long oultre mesure que les autres.
+
+
+Le .xxiii.e chappitre.
+
+Se d'aventure un homme bat sa femme enchainte/ ou la pile du pié lors
+qu'elle enfantera moult grant traveil en aura. et bien souvent les en
+convient morir.
+
+Glose. Dame hermofrode dist que en ce n'a aucun remede fors qu'il
+convient avoir le soler dont le mari la pila/ et qu'ele boive a mesmes
+et se ainsi le fait sachiez qu'elle enfantera legierement.
+
+
+Le .xxiiii.e chappitre.
+
+S'il avient que aucun ou aucune engambe par dessus un petit enfant/
+sachiez que jamais plus ne croistera/ se cellui ou celle mesmes ne
+rengambe au contraire et retourne par dessus.
+
+Glose. Certes dist sebile de ceste chose viennent les nains et les
+petites femmes.
+
+
+Le .xxv.e chappitre.
+
+Sachiez pour vray comme euvangile que se la chausse d'une femme ou fille
+se desloie emmy la rue et qu'elle le perde: c'est signe et n'y a jamais
+faulte que son mari ou amy ne se desvoie.
+
+Glose. A ce mot laissa le filler une nommee Transsie d'amours jone de
+.lxvii. ans/ et dist qu'il n'estoit chose plus vraye que ceste
+euvangile. car des mercredy derrain passé je ne vey mon amy joliet. pour
+ce que en ce mesmes jour je perdy mon gartier en la rue.
+
+
+Le .xxvi.e et derrain chappitre.
+
+Et pour conclusion mes amies et voisines et pour mettre fin a mes
+chappitres je vous dy que quant a une femme vient le mal des mammelles
+il ne lui fault autre chose si non que son mari lui face de son
+instrument naturel trois cercles environ le mal/ et sans aucune doubte
+elle en garira.
+
+Glose. Saintine tempremeure dist que on doit entendre ces trois cercles
+estre fais au debout du ventre un pou soubz la chainture.
+
+ * * * * *
+
+Toutes les assistentes commencerent moult fort a rire de ceste joyeuse
+conclusion/ et moult fort loerent la sage dame ysengrine qui si
+hautement avoit continuee son euvangile et departi par .xxvi. articles
+qui tous estoient de grant sens et de grande importance. et promirent
+qu'elles metteroient paine de tant les repeter qu'elles les sauroient
+par cuer pour les publier et communicquier a celles qui point n'avoient
+esté a ceste lecture.
+
+Moult me fut bel quant dame ysengrine mist fin a son parler car papier/
+et chandeille me failloient/ avec sommeil qui fort m'avoit accueilli/
+car pres de minuit estoit. Si voulz prendre d'elles congié/ mais elles
+me prierent que avant que partisse je veisse eslire celle qui a
+l'endemain deveroit lire son euvangile. Si se mirent toutes ensemble a
+conseil et d'un commun accort esleurent Transeline du croq une ancienne
+damoiselle/ laquelle prist volentiers la cherge de ce faire. et me
+requist tresinstamment en la presence d'elles toutes que a ce besoing la
+voulsisse servir. je lui promis que envis que volentiers: mais d'une
+chose la requis/ c'est qu'elle venist un pou plus tempre que ce lundy
+n'avoient fait affin de eviter le traveil de la nuit et le veillier qui
+les yeulx traveille.
+
+
+
+
+S'ensieut la continuacion des euvangiles faittes et leuttes par dame
+transeline du croq pour le mardy en l'ostel et a heure acoustumez.
+
+
+Quant vint le mardi environ cinq heures du vespre commencerent venir et
+assembler femmes tant vielles comme jones de toutes pars/ car desja
+elles avoient publié ce que le lundy avoit esté fait/ et ce que le mardy
+faire se devoit par dame transeline du croq femme bien renommee/ car
+elle estoit gentil femme eagie de environ soixante ans longue et maigre
+estoit. en ses jones jours avoit demouré avec une dame qui savoit partie
+de l'art de geomancie et rendoit raisons de pluiseurs choses avenir.
+avec laquelle elle aprist moult d'augurie dont depuis elle fut moult
+renommee et honnouree. Mais pour ce qu'elle avoit un jour mengié souppe
+avec venus faitte au chauderon d'amours: oncques depuis ne cessa de
+exercer son service avec les subgez d'icele. Et en sa vieillesse
+s'estoit retraitté et alliee avec le curé de la ville qui de nuit et de
+jour oyoit sa confesse/ pourquoy toutes celles de son voisinage
+l'avoient en grant reverence.
+
+Dame transeline doncques venue entr'elles salua toute la compaignie. Et
+aprés qu'elle m'eut demandé se ma plume estoit preste d'escripre:
+commença a parler en ceste maniere.
+
+
+Le premier chappitre.
+
+Or ça dist elle mes bonnes voisines et amies en continuant nostre propos
+du soir precedent. je vous prie que silence soit faitte et je vous dy
+pour aussi vray comme euvangile que quant une femme veult estre de son
+mari ou de son amy bien amee: si lui face mengier herbe de chat/ et il
+sera d'elle si tresamoureulx qu'il n'aura aucun repos se d'emprez elle
+n'est.
+
+Glose. Ceste chose est veritable dist burge fauvele/ car tout ainsi en
+fis a mon mari/ et lui en feis une salade/ mais ceste amour ne dura que
+six sepmaines pourquoy je cuide qu'il le fault renouveller souvent.
+
+
+Le second chappitre.
+
+Et si vous dy que qui pourroit finer d'un vray mandegloire et le
+couchast en blans draps/ et lui presentast a mengier et a boire deux
+fois le jour/ combien qu'il ne mengue ne boive: cellui qui ce feroit
+devendroit/ en pou d'espace moult riche. et ne sauroit comment.
+
+Glose. Certes dist jehane vvasteliere on dist/ mais c'est en tapinage/
+que alexus du cornet est ainsi devenus riche.
+
+
+Le tiers chappitre.
+
+Je vous dy pour euvangile que quant aucun se met au chemin et un lievre
+lui vient audevant c'est un tresmauvais signe. Et pour tous dangiers
+eviter il doit par trois fois soy retourner dont il vient et puis aler
+son chemin/ et alors sera il hors du peril.
+
+Glose. A ceste parolle se leva maroie la faee et dist tout hault/ que
+cestui chappitre estoit moult veritable. Car son parrastre avoit rompu
+la jambe au cheoir de son cheval aprés qu'il avoit rencontré un lievre.
+Mais qui rencontre un loup/ un cerf/ ou un ours c'est tresbon signe.
+
+
+Le .iiii.e chappitre.
+
+Oncques homme sage ne monta sur asne pour l'onneur de nostre seigneur
+qui dessus monta. mais tresbien sur cheval. car qui chiet de l'asne il
+dist crieve: et qui chiet de cheval il dit lieve.
+
+Glose. Sur cest article se peut faire un argument. car quant joseph mena
+la vierge marie en egypte elle monta sur un asne/ et toutesfois elle
+n'en eut nul grief. Respondy dame sebile du fossé que aincoires n'avoit
+jhesucrist point monté sur l'asne comme il fist depuis. replica une
+ancienne nommee perrette du trou punais/ que si avoit et que nostre dame
+l'emporta avec elle monté sur l'asne. Pour cest argument sourdy grande
+noise entre toutes les assistentes/ et telement que les unes
+soustenoient le texte de ceste euvangile/ et les autres soustenoient la
+glose/ et si grant clameur sourdy entre elles que on ne savoit a la
+quelle entendre. Touteffois dame ysegrine comme presidente pour ceste
+nuitie leur imposa silence affin qu'elle peust paisiblement parfaire sa
+lecture. laquele chose elle obtint a tresgrande paine.
+
+
+Le .v.e chappitre.
+
+Mes voisines pour muer propos et abaissier vos debaz je vous dy pour
+euvangile que se une femme laisse son trepié ou son greil sur le feu
+sans y mettre ou baston ou tison ardant/ sachiez qu'elle en envieillist
+fort et en a ride le visage.
+
+Glose. Dist l'une des filleresses nommee piate au long nez que qui s'en
+va couchier sans remuer le siege sur quoy on s'est deschaussié/ il est
+en dangier d'estre ceste nuit chevauchié de la quauquemare.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Qui laisse de nuit une selle ou un trepié les piez dessus/ autant et
+aussi longuement/ est l'ennemi a cheval dessus la maison.
+
+Glose. Certes dist ysoree la temprieve que sa grant mere disoit que
+autant de gannes dyables sont assiz dessus chascun pied s'ainsi demoure/
+comme il en y a.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Je vous asseure et dy pour euvangile que quant agaches ou pyes
+gargonnent dessus une maison que c'est signe de tresmauvaises nouvelles.
+Mais se moussons y gargonnent/ ou y font leurs nyds c'est signe de bon
+air/ et de bonne fortune.
+
+Glose. Gertrud des blez dist que quant une cygoingne fait son nyd dessus
+une cheminee/ c'est signe que le seigneur de l'ostel sera riche et
+vivera longuement.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+Quant les oreilles escopissent ou demenguent a aucun/ sachiez pour
+verité/ et comme euvangile que se c'est la droite oreille ce seront
+bonnes nouvelles. et se c'est la senestre elles seront mauvaises.
+
+Glose. Ysabel de la creste rouge dist sur ce propos que quant le nez
+escopist c'est signe de boire vin vermeil.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+Quant poix ou poiree boueillent ou pot qui est mis jus du feu/ sachiez
+pour vray que en cestui hostel n'y a nulles sorcieres.
+
+Glose. Perrette tost vestue dist que la chose que les cauquemares
+craingnent le plus: c'est un pot qui boult jus du feu.
+
+
+Le .x.e chappitre.
+
+Or entendez vous toutes bien ce chappitre. Car je vous dy que qui doubte
+la cauquemare qu'elle ne viengne de nuit a son lit/ il convient mettre
+une sellette de bois de chesne devant un bon feu et se elle venue se
+siet dessus: jamais de la ne se porra lever qu'il ne soit cler jour/ et
+est chose esprouvee.
+
+Glose. Jenneton tost preste dit qu'elle oublia une fois a ceste chose
+faire/ mais elle aprés qu'elle fut cauquie tasta que ce povoit estre si
+trouva que c'estoit une chose velue de assez doux poil.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Qui laisse le samedy a parfiler le lin qui est en sa queloingne/ le fil
+qui en est filé le lundy ensuivant jamais bien ne fera/ et si on en fait
+toile jamais elle ne blanchira.
+
+Glose. Dist marion le bleue pour ce que les femmes d'alemaigne ont ceste
+coustume que de laissier le lin a la queloingne le samedi: jamais leurs
+toilles ne sont blanches. Et cest verité il appert aux chemises que les
+hommes en apportent pardeça.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Qui se abstient de torchier son derriere d'herbe/ de feuilles ou d'autre
+verdure qui ait creu sur terre il n'aura ja mal en l'eschine ne es
+rains.
+
+Glose. Pyatine le verde dist a ce propos que cellui qui ce fait il
+n'aura jamais les trenchisons en la teste. mais en ce lieu il aura
+souvent sa chemise doree.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Cellui qui ne jette ou seuffre jetter ou feu les os aprés qu'il en a
+mengié la char: jamais n'aura mal es dens pour l'onneur de sainct
+laurens.
+
+Glose. Mais noir trou afferme ce chappitre estre vray/ mais elle dit que
+en ce lieu les chiens s'en combatent volentiers.
+
+
+Le .xiiii.e chappitre.
+
+Cellui qui point d'argent n'a en sa bourse/ se doit abstenir de regarder
+la nouvelle lune ou autrement il n'en aura gaires tout au long d'icelle.
+
+Glose. Robinette noire trache dist sur ce chapitre que cellui qui
+perchoit le croissant a plaine bourse: il le doit saluer et encliner
+devotement et pour certain il multipliera toudis celle lonoison.
+
+
+Le .xv. chappitre.
+
+Cellui ou celle qui treuve le treffle a quatre fueilles s'il le garde en
+reverence sachiez pour aussi vray que euvangile qu'il sera eureux et
+riche toute sa vie.
+
+Glose. Sur cest article dist dame sebile rouge en taille que se un homme
+passe a pieds nuds sur le treffle a quatre fueilles/ il ne puet
+eschapper d'avoir les fievres blanches. Et se c'est une femme elle sera
+vvihotte.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Quant un homme treuve sur sa robe une yraigne c'est signe d'estre ce
+jour moult eureux. et pareillement qui treuve le fer d'un cheval ou
+partie d'icellui: il aura bonne fortune.
+
+Glose. Lors se leva francine molles tettes/ et dist que quant on treuve
+au matin devant desjuner argent a terre c'est tresmauvais eur/ s'il n'y
+a de l'or parmy.
+
+
+Le .xvii.e chappitre.
+
+Quiconques frotte un porion la veille de sainct jehan de la fueille
+d'ung sehus/ et puis la boute parfont en terre/ a mesure que celle
+fueille pourrira: le porion sechera.
+
+Glose. Ysabel de la doutre dist/ que ceste avoit autreffois fait: mais
+de frotter le porion du lait d'une fueille de pissenlit/ il en seche
+plus tost. Car elle l'avoit esprouvé.
+
+
+Le .xviii.e chappitre.
+
+Quant un homme treuve en son pourpris un vaisseau d'eeps atachiés en un
+arbre s'il ne l'estrine d'une piece d'argent c'est mauvais signe.
+
+Glose. Baudinon gorgette dist que cellui qui approprie a soy les eeps
+sans les estriner comme dit est ou texte: elles ne feront que picquier
+cellui/ et jamais ne l'aimeront ne lui feront prouffit.
+
+
+Le .xix.e chappitre.
+
+Cellui qui le jour sainct vincent loye les arbres de son gardin de
+loyens de fuerre de fromment: il aura cestui an plenté de fruis.
+
+Glose. Emmeline le crottee dist a ce propos que qui behourde le jour des
+brandons ses arbres/ sache pour vray qu'ilz n'auront en tout cest an ne
+honnines ne vermines.
+
+
+Le .xx.e chappitre.
+
+Cellui qui estrine sa dame par amours le jour de l'an de couteaux
+sachiez que leur amour refroidera.
+
+Glose. Dist a cest article collette du cren. je vous asseure que cellui
+qui estrine sa dame d'espinceaux a grosses testes que l'amour en devient
+plus ardant et plus durable.
+
+
+le .xxi.e chappitre.
+
+Cellui qui franchement puet chevauchier l'ours .ix. pas d'un tenant/ il
+est affranchy de .ix. paires de maladis.
+
+Glose. Dist une vielle matrone qui derriere les autres estoit. je cuide
+bien qu'il soit vray de la garison desdites .ix. maladies. mais non pas
+de celles dont on chiet a la renverse.
+
+
+Le .xxii.e chappitre.
+
+Quant vous veez un chat assis sur une fenestre au soleil qui lesche son
+derriere/ et la patte qu'il lieve ne porte audessus de l'oreille il ne
+vous convient doubter que celle journee il ne pleuve.
+
+Glose. Lors se leva dame mehault caillotte/ et dist que point n'y a
+faulte/ car aincoires est sa buee ou cuvier qu'elle n'ose laver pour ce
+que son chat ne cesse de lechier son derriere.
+
+
+Le .xxiii.e chappitre.
+
+Qui se siet au feu et escript es cendres de son doy ou d'ung baston ou
+qui se joue du feu/ c'est signe qu'il a pissié ou qu'il pissera au lit.
+
+Glose. Peronne l'enfumee dist en affermant ce texte que cellui qui
+regarde sa femme couvrir le feu devant lui sans soy lever: sachiez que
+celle nuit il ne cessera de ronquier et de dormir. Et se c'est une fille
+a marier/ elle ne sera de l'annee mariee.
+
+
+Le .xxiiii.e chappitre.
+
+Quant on craint que son chien ne soit mors de chien enragié/ faittes le
+mengier et boire parmy un trepié et il sera ce jour asseuré de la rage.
+
+Glose. A ce propos dist Guillemette la boisteuse que qui veult son chat
+ou sa geline tenir a l'ostel sans les perdre si prengne ou le chat ou la
+geline et la tourne par trois fois entour la crameillie/ et puis leur
+frote leurs pattes contre le mur de la cheminee. et sans nulle faulte
+jamais de cest hostel ne se departiront.
+
+
+La conclusion de ceste journee.
+
+Pour ceste euvangile commencerent toutes les assistentes moult fort a
+rire/ et de fait en laissierent le filer et desvuidier/ et moult fort
+loerent dame transeline du croq de la deduction de son euvangile/
+ensamble celles doctoresse et sages femmes qui l'avoient glosé/ et si
+honnourablement deduit/ et postilé que mieulx on ne les porroit exposer.
+Je me levay de mon siege a demy lassé et desja semons du messagier du
+dieu dormant pour aller le berchier en son repos. Mais avant mon
+departement. je voulz veoir faire l'election de celle qui l'endemain
+devoit presider. Les femmes donques ayans laissié le rire dirent que
+temps estoit d'eslire la dame qui l'endemain presideroit. Si eslurent
+d'un commun accort dame abonde du four/ qui l'accepta benignement et
+promist d'en faire son povoir.
+
+Aprés ceste election ainsi de dame abonde du four: je me departis le
+plus coyement que je peus/ car elles se prindrent si fort a quaqueter
+ensemble qu'elles n'eurent regart a mon departement.
+
+
+
+
+S'ensieut la continuacion des euvangiles des queloingnes faittes le
+mercredy soir par dame abonde du four.
+
+
+Le merdredy soir a heure acoustumee convindrent et s'assemblerent toutes
+les femmes qui avoient acoustumé d'y estre/ ensemble pluiseurs autres
+qui paravant n'y avoient esté par la induction de leurs voisines. Et
+elles ainsi assembleez survint dame abonde du four qui pour ceste nuit
+devoit et estoit ordonnee pour lire son euvangile/ comme elle fist. Mais
+avant que je procede aux chappittres d'icelle: je vueil descripre de son
+estat la maniere. Il est vray qu'en ses jones jours elle fut marchande
+de luxure a detail/ et depuis en tint bouticle en gros a bruges entre
+les marchans. belle femme avoit esté en sa jonesse: mais le vin et les
+bons morseaux qu'elle avoit pris et souvent l'avoient faitte si grasse
+que apou avoit sa rondeur sa longueur. Et abrief dire elle avoit une
+partie des sept ars en sa memoire/ car elle avoit estudié a paris par
+l'espace de sept ans ou colliege de glatigny. dont elle avoit rapporté
+mainte parfonde science. Elle doncques venue se ala seoir ou siege a ce
+determiné et aprés scilence faitte des assistentes commença pour son
+thume et premier chappitre en ceste maniere.
+
+
+Le premier chappitre.
+
+Pour le premier chappitre de mon euvangile/ je vous asseure que pour
+pissier entre deux maisons/ ou contre le soleil: on en gaigne le mal des
+yeulx qu'on apelle le leurieul.
+
+Glose. Aucuns l'appellent la rougerole dist beatrix flabaude/ mais je
+croy mieulx que ceste maladie viengne de trop boire a la fontaine
+d'amours.
+
+
+Le .xx.e chappitre.
+
+Pour eschever de non venir palasineux de la teste ou des rains il se
+fault abstenir de mengier de teste ne de char de chat ou de ours.
+
+Glose. Dist tantost berte au court talon je cuide et si croy que pour le
+palasin des rains/ il se fault garder de couchier a l'envers voire les
+femmes/ et les hommes au contraire.
+
+
+Le .iii.e chappitre.
+
+Qui se met a pissier contre un monstier ou en une atre/ c'est grant
+merveille se avant sa mort il ne chiet en apopelisie. car du moins il
+sera graveleux.
+
+Glose. Certainement dist jacquemine galoise qui long temps avoit servi
+le curé/ je vous asseure que cellui qui ainsi pisse ou fait sa
+neccessité contre l'eglise ou en l'attre l'eaue benoite qu'il rechoit le
+dimence ne le puet aidier contre le tonnoire pour celle sepmaine.
+
+
+Le .iiii.e chappitre.
+
+Se une femme perchoit un loup qui le suive/ elle doit tantost trayner sa
+chainture par terre aprés elle en disant. Garde toy loup que la mere
+dieu ne te fiere/ et tantost tout confus s'en retournera.
+
+Glose. Jane la sauvage dist que se aucun voit le loup devant que le loup
+le voye il n'aura povoir de lui meffaire. Et pareillement la personne au
+loup.
+
+
+Le .v.e chappitre.
+
+Quant le seigneur ou la dame d'un hostel est malade et un corbauld vient
+crier dessus la cheminee ou la maison ou le pacient gist: c'est grant
+signe qu'il mora de ceste maladie.
+
+Glose. Mehault tost preste dist a ce propos que quant une agache y vient
+gargonner/ c'est bon signe et que le pacient garira.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Quant le vent d'escorchevel vente les femmes sages et bonnes mesnagieres
+doivent taillier le debout de l'oreille dextre de leur jone veau et
+jetter celle piece a l'encontre du vent affin que leur veau croisse et
+amende comme il fera.
+
+Glose. Certes dist maroie joe brulee/ je croy que qui prometteroit a
+sainct barthelmieu sa dextre corne qu'il souffiroit.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Mes bonnes voisines/ je vous vueil en ce chappitre dire l'un des
+plusgrans secrez que j'aye oncques apris en savoie/ c'est pour aussi
+vray comme euvangile que quant aucune tempeste levera en l'air vous
+devez tantost faire du feu de quatre bastons de chesne en croix au
+dessus du vent/ et lui faire une croix dessus/ et tantost la tempeste se
+tournera de costé et ne touchera a voz biens.
+
+Glose. Baudine camuse dist bien que ou pays de savoie a pluiseurs sages
+femmes/ car pour faire bel ou lait temps elles en sont maistresses.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+Quant les anettes sentent la tempeste esmouvoir en l'air et qu'elles
+volent/ et crient sur l'eaue en bas c'est signe qu'il plouvera sans
+tempeste. mais quant elles se taisent: elles redoubtent fort le
+tonnoire.
+
+Glose. A ce propos dist Mabelie joliette que quant les cynes ou les oies
+se baignent et debatent en l'eaue/ il n'y aura aucune faulte qu'il ne
+pleuve cellui jour.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+Quant on oit chiens uller on doit estoupper ses oreilles. car ilz
+apportent mauvaises nouvelles. Et par contraire on doit oyr le cheval
+crier et haynir.
+
+Glose. Magnon broquette dit en approuvant cest article. que quant on oit
+les loups uller on se doit mettre en bon estat/ car c'est signe de grant
+pestilence avenir par guerre ou par famine.
+
+
+Le .x.e chappitre.
+
+Quant vous veez les loups venir querre leur proie pres des villes ou
+dedens les villages sachiez que c'est grande apparence de chier temps.
+
+Glose. Jehane baguette dist sur ce texte que quant cerfz/ bisches/ ou
+dains viennent paistre pres des villages et des maisons c'est bon signe
+et habondance de tous biens.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Je vous dy pour euvangile que nul qui veult gaignier au jeu de dez ne se
+doit jamais asseoir pour jouer son dos devers la lune ou qu'elle soit
+lors/ ains lui doit tourner le visage ou se ce non jamais il n'en levera
+sans perte.
+
+Glose. Michelette houchue dist a ce promos que qui veult gaignier aux
+dez par jour il convient faire le contraire car il fault tourner le dos
+au soleil.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Je vous dy mes voisines que quant on met blans draps en un lit l'angele
+de dieu s'i repose jusques a ce que on y fait/ ou pet/ ou vesse.
+
+Glose. Marion ort trau dist a ce propos que tantost que l'angele s'est
+departis du lit le dyable puant y entre dont souvent en sourt grande
+noise entre homme et femme.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Cellui qui rechoit de l'eaue benoite le dimence a la grant messe le
+diable mauvais en toute ceste sepmaine/ ne puet cellui ou celle tempter
+ne approchier a sept piez prez.
+
+Glose. Berte le lourde dist que qui ne rechoit de l'eaue benoite le
+dimence/ le dyable lui puet et jour et nuit asseoir invisiblement sur
+l'espaule. Et qui ne la rechoit de la main du prestre/ sachiez qu'elle
+n'a ne force ne vertu.
+
+
+Le .xiiii.e chappitre.
+
+Cellui qui souvent benist le soleil la lune et les estoilles ses biens
+lui multiplieront au double.
+
+Glose. Jossine tost preste dist que qui a son couchier salueront
+l'estoille pouchiniere/ il ne seroit possible de perdre aucun de ses
+pouchins/ et se multiplieroient doublement.
+
+
+Le .xv.e chappitre.
+
+Cellui qui au matin a son lever fait le signe de la croix/ et laver ses
+mains ains qu'il passe hors de son huys le diable pour ce jour n'aura
+povoir de le grever. Et s'il ne le fait quelque labeur qu'il face tout
+ce jour ne lui pourra multiplier.
+
+Glose. A ce propos dist geffrine tost preste que qui ne fait dire le
+benedicite a son disner/ le dyable invisiblement siet a celle table et y
+boit et mengue.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Quant aucune femme porte des chappons a la bonne ville pour les vendre
+ou autres choses/ s'elle d'aventure chausse au matin son pied droit
+premier/ elle aura bon eur de bien vendre.
+
+Glose. Ceste chose m'est souvent avenue dist tempre meure. Et oultre ce
+ay esté maintefois estrinee de tel marchant qu'il en penseroit a mari
+s'il le savoit.
+
+
+Le .xvii.e chappitre.
+
+Quant une femme entre au matin en son estable pour moudre ses vaches/
+s'elle ne dist vous sauve dieux/ et sainte bride volentiers les vaches
+du pied de derriere regibent et souvent brisent le pot ou respandent le
+lait.
+
+Glose. A ce propos se leva une vielle qui n'avoit mais que un dent/ et
+dist en audience que quant les veaulx ne veulent boire ne au doy ne
+autrement/ que le toreau qui engendra ce veau n'eut point d'amour a la
+mere.
+
+
+Le .xviii.e chappitre.
+
+Se une cense a plenté de brebis qui aient pluiseurs aigneaux/ et aprés
+la disme payee on en presente chascun an un au loup/ certes il en
+prendera un nonobstant garde qu'on y commette.
+
+Glose. Emmelotte du glay dist a ce propos que qui ne presente un aignel
+au loup en l'onneur de l'aignel de dieu: il sache certainement qu'il en
+y aura de foireux en l'annee.
+
+
+Le .xix.e chappitre.
+
+Qui cueille ou eslit la poree le samedy aprés nonne pour le dimence
+cuire et mengier/ il en vient de legier a celles qui ce font le mal
+qu'on dist le joyel nostre dame.
+
+Glose. Jehanne court talon dist que ainsi l'en avint en sa jonesse/ mais
+un jone medecin l'en garist assez doucement en pou de temps.
+
+
+Le .xx.e chappitre.
+
+Quant un homme est prest pour monter a cheval/ il ne doit prendre de la
+main de sa femme son espee ne autre piece de harnas/ car a son besoing
+il ne s'en porroit deffendre.
+
+Glose. Dist une des assistentes nommee angeline verde vaine que ainsi en
+avint il a son premier mari. Car en chevauchant de nuit il vey a la
+clarté de la lune un espovantaire de costé sa voye/ mais il ne sceut
+onques tirer son espee que lui avoie baillié de haste qu'il eut de s'en
+fouyr.
+
+
+Le .xxi.e chappitre.
+
+Cellui qui pisse contre le soleil il devient en sa plaine vie graveleux/
+et si engendre souvent la pierre.
+
+Glose. Je croy dist agnechon la pellee que la gravele viengne plus tost
+de boire trouble vin ou autre beuvrage trouble et especiallement de
+chevauchier sans selle.
+
+
+La conclusion de ceste journee
+
+Aprés ceste euvangile fist pause dame abonde du four/ car il ne lui
+estoit possible de proceder en oultre a sa lecture pour le murmure des
+riseez que les filleresses firent lors toutes ensemble. Et quant a piece
+de temps elles firent aucun pou de silence: elles remercierent moult
+dame abonde de ses vrayez euvangiles promettans que point ne les
+metteroient en oreille de veel/ ains le divulgueroient et publieroient
+par tout leur sexe a celle fin que de generacion en generacion elles
+fussent continueez et auguementeez. Sur ce se commencerent toutes a
+elles lever et prendre leurs quenouilles/ fuisseaulx/ fusseez/ happlez/
+vertoiles/ toures et autres bagaiges appartenans a l'art de fillerie
+pour elles retourner chascune a sa chascune.
+
+Et je troussay mes agoubilles pour m'en tourner dormir/ car la minuit
+approchoit. elles aprés pluiseurs raisons et menues suffrages esleurent
+dame sebile des mares pour l'endemain lire a heure acoustumee. dont
+elles furent moult joyeuses/ et tandis qu'elles estoient empeschiez je
+m'en alay reposer.
+
+
+
+
+S'ensieut la continuacion des euvangiles leuttes par dames sebile des
+mares le jeudy soir en l'ostel accoustumez.
+
+
+Le jeudy entre six et sept heures du vespre aprés souper convindrent et
+assemblerent les matrones et femmes acoustumeez de venir a la serie
+ensemble pluiseurs autres qui point n'avoient accoustumé d'y venir pour
+oir lire dame sebile des mares son euvangile.
+
+Dame sebile qui fort tenoit du grave vint en la compagnie de pluiseurs
+de sa cognoissance/ et se assist pour presider ceste nuit/ comme celle
+qui a ce faire estoit ordonnee. mais ains que oultre procede: je vueil
+touchier un pou de sa vie et l'estat de conversacion.
+
+Ceste sebile estoit de par sa grant mere venue de savoie d'une contree
+nommee vaux dont premiers vindrent les vaudois de laquele science elle
+avoit beaucop retenu. elle avoit d'eage environ .lvii. ans maigre et
+longue femme estoit/ et si se disoit gentil femme a cause de vaux. et en
+quelque assemblee qu'elle se trouvoit: elle avoit volentiers la
+derreniere parolle pour tout couclure et ainsi estoit elle avantaigiere
+pourquoi il y eut pluiseurs femmes qui pour ceste cause y vindrent qui
+paravant n'y avoient esté. Dame sebile doncques assise en son siege
+aprés silence obtenue commença le premier chappitre de son euvangile et
+dist.
+
+
+Le premier chappitre.
+
+Qui vuelt que ses enfans ne soient paoreux il est expedient que
+incontinent aprés le batesme de l'enfant/ le pere lui face empoingnier
+de la main droite son espee ou son glaive/ et il sera toute sa vie
+hardis.
+
+Glose. Dame alix des mares sa suer dist que qui feroit lire par un
+prestre dessus l'enfant l'euvangile des trois rois ou l'oroison sainct
+charlemaine il seroit hardis et victorieux.
+
+
+Le second chappitre.
+
+Quant deux jones gens filz et fille sont pour lever un enfant le prestre
+se doit mettre entre deux car s'il avenoit qu'ilz preissent l'ung
+l'autre a mariage jamais n'auroit paix entre eulx.
+
+Glose. Une vielle qui la estoit dist tantost sur cest article qu'il
+estoit certain et vray. Et oultre que s'ilz avoient enfans ils feroient
+tous pute fin.
+
+
+Le tiers chappitre.
+
+Cellui qui congnoist charnelement sa commere a sa priere jamais ne puet
+en paradis entrer se le filleul son enfant ne fait de son gré la
+penitance premier pour sa marrine/ et aprés pour son pere.
+
+Glose. Cristine la sauvage dist que qui prent sa commere par mariage/
+touteffois qu'ilz se conjoindent charnelement/ qu'il tonne volentiers ou
+fait orage en terre ou en mer.
+
+
+Le quart chappitre.
+
+Quiconques congnoist charnelement nonnain ou femme voilee par copulacion
+d'homme de religion ou prestre seculier/ sachiez qu'ilz morrons tous a
+membre roit/ et a trop plus de doleur que autres gens.
+
+Glose. Fillette l'estroite dist que se de tel accouplement viennent
+enfans ilz sont enclins a mains maulz et fortunes.
+
+
+Le .v.e chappitre.
+
+Une meschine de prestre perseverant en son pechié jusques a la mort/
+sachiez pour vray comme euvangile qu'elle est chevalet au dyable/ et ne
+convient prier pour elle.
+
+Glose. L'une d'entre elles qui savoit de cest article respondy que le
+pechié se povoit estaindre par les prieres du prestre/ et par les enfans
+qu'ilz ont engendrez jasoit ce que communement ilz ne facent gaire bonne
+fin.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Se un prestre seculier ou autre religieux congnoist charnelement femme
+mariee/ il n'aura jamais du pechié pardon/ se premierement ne lui est
+pardonné du mari d'elle.
+
+Glose. Certainement respondy une matrone cest article croy je bien/ car
+dieu n'emprent jamais sur le droit d'autrui/ et aprés il pardonne le
+droit de partie sauf.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Se un homme marié habite a la femme de son voisin ou autre femme mariee/
+il mesmes se clot la porte de paradis et ja n'y enterra com fort qu'il y
+busche.
+
+Glose. Margot clappeie dist que jamais ne lui sera ouverte fors par
+cellui a qui tant a offensé/ quant aincoires il lui auroit pardonné.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+Quant le preste a chanté messe et que les aucuns vont baisier l'autel
+ceulz en celle sepmaine ne doivent baisier femme nulle se ilz ne l'ont
+espousee.
+
+Glose. Certainement dist une vielle filleresse/ ceulx qui font contre
+cest article ne fauldront avoir mal aux dens ou a la teste.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+Quant une femme enchainte porte son enfant plus sur le costé dextre et
+qu'elle mengue volentiers venoison et volille/ qu'elle oyt volentiers
+parler de tournois et de joustes sachiez de vray qu'elle porte un filz.
+
+Glose. Mabelie qui mere alerresse estoit dit que quant la femme porte
+sur le costé senestre et appete dansses et sons d'instrumens que elle
+aura une fille.
+
+
+Le .x.e chappitre.
+
+Se une femme grosse d'enfant desire savoir quel hoir elle porte ascoutez
+la parler/ et par elle mesmes le saurez. car quant elle demandera quel
+hoir vous semble il que je porte. Se vous dittes un beau fils et elle
+n'en rougist: sachiez pour vray qu'elle fera une fille.
+
+Glose. Dist laurette la serie que se la femme enchainte marche au
+mouvoir plus tost du pied droit que du senestre elle porte sans faulte
+un filz. et s'elle fait le contraire ce sera une fille.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Quant un homme engendre naturellement un enfant s'il lui povoit lors
+souvenir le temps qu'il lui avint et il pensoit comment aprés le fait il
+se trouva disposé/ autre juge fors lui n'y fauldroit car quant l'omme
+engendre un filz petit s'en change pour ce qu'il engendre son semblable.
+mais a engendrer une fille qui est hors de sa complexion: il s'en treuve
+fort aliené voire pour deulx ou pour trois jours.
+
+Glose. Perrote galoise dist que incontinent que femme a conceu enfant
+masle pour les trois premiers mois elle porte assez bel. mais les autres
+six mois moult en a grant doleur plus que d'une fille. Toutefois les
+trois premiers mois la fille lui baille plus a souffrir.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Quant vous voyez les gelines assembler dessoubz quelque apentis ou en
+requoy sachiez pour vray que le temps se muera en pluye de brief.
+
+Glose. Puis que sommes entrez de parler des gelines dist emmeline
+trumeliere je vous en diray droites merveilles. car quant vous volez
+avoir vos poules coupez dessus leurs testes pour aussi vray que sommes
+icy il vous convient affubler un sac aquoquide quant vous mettez les
+oefs couver/ et les pouilles seront toutes couppeez dessus leurs testes.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Et quant vous verrez alumer la sieuye dedens voz chemineez faittes lui
+la moe: et pour aussi vray que euvangile elle s'estaindera a acop.
+
+
+Le .xiiii.e chappitre.
+
+Mes amies et voisines quant vous alez au retrait gardez vous de torchier
+vostre derriere de fueilles/ et pour aussi vray que euvangile jamais ne
+serez malade du mal sainct loup de fueilloy.
+
+Glose. Calle court talon dist qu'elle le fist une fois. mais elle ne
+povoit durer d'escopine qui le poingnoit/ je croy que le dyable estoit
+en l'erbe.
+
+
+Le .xv.e chappitre.
+
+Quant un enfant est né avant qu'il soit baptisié gardez vous de le
+mettre premierement ne porter sur vostre bras senestre. car pour vrai il
+en seroit gauchier toute sa vie.
+
+Glose. Martine tost preste dist a ce propos que se vous faites tourner a
+vostre mari son visage vers orient tandis qu'il est embesoingnié ou fait
+d'amours/ s'il fait generacion se sera un filz.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Qui se mire en un miroir de nuit pour aussi vray que euvangile/ il y
+voit le mauvais et si n'en embellira ja pourtant ains en devendra plus
+lait.
+
+Glose. Belotte camuse dist qu'il y a des miroirs a bruge glace qui sont
+naturelz et qui rendent les gens qui s'i mirent un pou bruns/ mais ilz
+ont mauvaise alaine.
+
+
+Le .xvii.e chappitre.
+
+Qui veult estre victorieulx en guerre ou eureulx en marchandise/ si
+veste au matin sa chemise ce devant derriere ou a l'envers/ et pour vray
+il le sera.
+
+Glose. Ceste rigle et sans aucune faulte mais que la guerre ne soit
+contre sa femme/ car s'il la voloit batre il le perderoit.
+
+
+Le .xviii.e chappitre.
+
+Quant une femme a son coq lent et niche elle lui doit faire mengier des
+aux/ et lui en oindre la creste affin qu'il en deviengne plus fort et
+plus vigoureux/ et aussi il en gardera mieulx ses drois envers ses
+gelines.
+
+Glose. Qui pourroit trouver dist marote ridee l'erbe qui resveille les
+niches maris j'en donroie jusques a ma chemise/ et deusse aler pour mon
+pain.
+
+
+Le .xix.e chappitre.
+
+Qui veult nourrir et eslever petis chiens sans gaires croistre/ il doit
+au matin laver ses mains en largement d'eaue/ et d'icele mouillier le
+pain qu'on donne aux chiens et de celle eaue a boire/ et pour vrai
+jamais plus ne croisteront/ neiz que les mains d'icelle sont laveez.
+
+Glose. Je croy bien qu'il soit ainsi/ mais marote pelee ma taie les
+nourrissoit en un pot et ils ne povoient croistre plusgrant que le pot
+n'estoit.
+
+
+Le .xx.e chappitre.
+
+Quant une femme se lieve de nuit pour pissier devant que le coq chante
+la tierce fois/ et elle engambe par dessus son mari sachiez que s'il a
+acun de ses membres roide qu'il se amollira s'elle ne retourne en son
+lieu par ou elle est engambee.
+
+Glose. Maroie ployarde dist que se c'est aprés le premier chant du coq
+elle sans prejudice s'en puet retourner par ou lui plaist.
+
+
+Le .xxi.e chappitre.
+
+Pour certain mes voisines quant vous orrez fort venter sachiez que c'est
+tout signe de traison ou aumoins de mauvaises nouvelles.
+
+Glose. C'est chose moult de fois esprouvee dont les exemples en seroient
+trop longues a raconter.
+
+
+Le .xxii.e chappitre.
+
+Quant un homme chevauce par le chemin et il rencontre une femme filant/
+c'est tresmauvais rencontre et doit retourner et prendre son chemin par
+autre voye.
+
+Glose. Jaquette joquesus dist que se la femme veult muchier sa
+queloingne en son gyron ou derriere son cul: qu'il ne lui puet nuire.
+mais s'il paraventure cheoit de son cheval: il se porroit bien fort
+blechier en aucun de ses membres.
+
+
+Le .xxiii.e chappitre.
+
+Je vous dy pour conclusion et pour aussi vray que nous sommes icy que se
+une femme veult que son mari ou amy l'aime fort: elle lui doit mettre
+une fueille de gauguier cueillie la nuit sainct jehan tantis qu'on sonne
+nonne en son souler du pied senestre. et sans faulte il l'amera moult
+merveilleusement.
+
+
+Conclusion de la serie du jeudy.
+
+A celle conclusion commencerent toutes les vieilles et jones qui presens
+y estoient a deviser toutes ensemble et faire un murmure comme toutes
+esbahiez des nobles auctoritez et vrayes euvangiles que dame sebile leur
+avoit exposé/ et bien promirent entr'elles de les retenir et mettre en
+leurs memoires/ car sainctes et bonnes les tenoient.
+
+Il me desplaisoit moult que compaignie d'aucun homme ne povoie avoir
+pour rire/ car certes la maniere qu'elles tenoient estoient moult
+estrange/ et a mon avis il leur sembloit que le monde par ces
+constitucions et chappitres se devoit cy aprés gouverner et regir par
+elles.
+
+Or ça dist l'une qui moult vieille et bochue estoit nommee estoit
+Mabelie du cendrier. Mes amies et voisines il est jeudy qui est jour de
+recreacion et le plus cras de la sepmaine. il m'est avis qu'il seroit
+bon que feissions un petit bancquet pour recreer noz espris/ et
+especiallement pour bien vegnier le profiat de noz bonnes et sages
+doctoresses qui jusques icy nous ont instruit et amonnesté la noble
+doctrine dont ci aprés sans aucune doubte serons ameez prisiez et
+honnoreez et par aventure parvendrons a avoir dominacion par dessus les
+hommes. Qu'en dittes vous: Certes dist une sienne voisine qui bonne
+galoise estoit/ et savoit assez du bas voler/ nommee Mehault ployarde.
+je vous diray oncques femme ne dist mieulx. je m'en voy a ma maison tout
+quoyement tandis que mon mari ployart dort et apporteray une douzaine
+d'oefs. Dist une autre. Et je m'en voy querir de la farine et du burre
+si ferons des gauffres. et par dieu le vilain joquesus n'en tastera ja.
+Respondit une vieille ridee nommee flourette du pré. et je m'en voy
+querir demy lot de vin doulz/ car aincoires ay je espargnié un denier
+que mon mari malprest ne scet point. Or sus doncques chascune se mette
+en ses devoirs dist l'une et je ferai tout apprester.
+
+Tandis qu'elles estoient ainsi empeschiés et ne pensoient fors
+d'acomplir leur entencion: je me departi en muchettes. et sans congié me
+retray/ car grant sommeil avoie. De la chiere qu'elles firent riens n'en
+sçay fors ce que l'endemain m'en fut dit. mais il n'y a chose digne
+d'estre mise par escript car en ce bancquet y eut tant de raisons sans
+effect qu'il n'est secretaire tant soit publique qui en eust sceut tenir
+le conte
+
+
+
+
+La continuacion de la journee du jeudy au vendredy faitte par dame
+gomberde la faee.
+
+
+Quant vint le vendredi a heure acoustumee et que les vielles matrones et
+autres voisines de toutes sortes furent illec venues avant que dame
+gomberde la faee fust venue pour presider en son siege: elles se
+commencerent a deviser entr'elles de la bonne chiere qu'elles avoient
+faittes le soir precedent depuis mon departement parquoy je sceus
+comment la nuit s'estoit portee: et disoit dame mabelie du cendrier a
+flourette du pré: dya voisine et comment vous voz huvastes hier soir je
+croy que ce fut pour mieulx dormir vous touchastes de la tierce pinte.
+Et je le croy bien respondy flourette/ pieça ne m'avint d'avoir si bonne
+nuit/ car ce songart joquesus mon mari ne me fist ne chou ne quoy/ voire
+au moins qui vaille/ passé a plus de .ix. jours/ je croy qu'il face sa
+neuvaine a quelque sainct maupreu lui puist il faire de me ainsi
+espargnier mais puis que temps avons de deviser/ comment s'achema
+mehault ployarde/ il sembloit que tout fust sien/ et a brief dire il n'y
+avoit que pour elle. il seroit bon de savoir se elle ne resveilla point
+son mari ployart au couchier. A hay respondy mehault/ et pour dieu qu'on
+le laisse desormais en paix/ car il ne vault desormais plus riens et
+moins que riens que male froide joye en peust on avoir. Et comment dist
+une jone fille qui l'escoutoit. dame mehault vous qui estes si vielle et
+si ancienne vouldriez vous aincores gymberter et y a il en vous
+aincoires vaine qui y tende: A ceste parolle mist dame mehault ses mains
+a ses costez/ et en grant couroux lui respondit que voirement avoit elle
+aincoires une verde vaine/ et que pour couchier dessoubz il ne failloit
+point regarder a l'eage: mais seulement au bon voloir qui aincoires lui
+estoit demouré/ et que dieu merci aincoires fondoit le burre en sa
+bouche/ combien qu'elle ne peust croquier noisettes/ car elle n'avoit
+que un seul dent.
+
+A dont vint dame Gomberde la faee pour commencer son euvangile a la
+venue de la quele fut faitte silence/ mais ce fust a tresgrande paine.
+car dame mehault estoit si malcontente de ce que elle avoit esté
+appellee vielle: et si n'avoit aincoires que .lxxvii. ans que nullement
+se voloit appaisier. Touteffois tant l'en pria l'en qu'elle se teust la
+dieu merci. Si pris ma plume et mon papier/ et me mis en mon devoir pour
+noter ce qu'elle diroit. mais avant que je procede a ses chappitres: je
+vous vueil dire qui fut celle doctoresse gomberde.
+
+Elle estoit de par sa mere d'auvergne et de par son pere de piemont. de
+simple et assez belle maniere estoit devant les gens/ car elle se disoit
+gentil femme. Mais se aucun avoit perdu quelque chose elle se mesloit de
+le renseignier. et qui eust a faire d'aucune fille secrete elle en eust
+fait plaisir pour gracieulx vin et c'estoit la practique de quoy elle
+s'entretenoit le mieulx. Subtile estoit comme il apperra par sa lecture.
+
+Quant elle fut assise et que silence fut faitte elle commença son thume
+en cest maniere.
+
+
+Le premier chappitre.
+
+Or sus dist dame gomberde laissons toutes rihotes et debas ester et
+commençons pour l'onneur du vendredy ouquel nous sommes a parler du
+sainct sacrement de mariage/ car j'ay esté sept fois mariee. mais ce non
+obstant se le .viii.e me venoit et il estoit a mon het aincoires y
+entenderoie volentiers. Et pour de lui estre fort amee je lui feroie
+mengier une poiree d'herbes cueillies la nuit sainct jehan a nonne. et
+pour vray il ne lui seroit possible de me laissier pour une autre plus
+jone de moy.
+
+Glose. Dist belotte court talon a ce propos que se une femme mettoit en
+l'oreille de son mari des plumes d'un chappon qui auroit mené jones
+pouchins/ et du poil de la droite patte de son chien/ et du poil du bout
+de la queue de son chat. il ne pourroit jamais oublier l'amour d'elle.
+
+
+Le second chappitre.
+
+Se une femme veult estre audessus que son mari ne la batte. il fault
+prendre toutes ses chemises et quant le curé list la passion le vendredi
+les mettre dessoubz l'autel/ et lui faire vestir le dimence ensuivant/
+sachiez que tant qu'il aura vestue ceste chemise: il sera a sa femme
+doulx et courtois.
+
+
+Le tiers chappitre.
+
+Se une femme veult que son mari aime mieulx l'un de ses enfans que
+l'autre: si lui face mengier des deux debous des oreilles de son chien
+la moitié/ et a l'enfant l'autre moitié. et pour aussi vray que
+euvangile ilz s'entraimeront si fort que a pou pourront ilz estre l'un
+sans l'autre.
+
+
+Le quart chappitre.
+
+Se une femme veult faire que son mari aime tous ses enfans outre mesure
+si prende de l'orine de tous ses enfans atout eaue belle et clere/ et
+par .ix. jours au desceu de son mari lui en face laver ses mains et son
+visage/ et sans faulte il les amera oultre mesure.
+
+
+Le .v.e chappitre.
+
+Qui veult affranchir son chien de devenir enragié si lui donne a mengier
+tous les jours au matin du propre pain un morseau ou deux qui aura esté
+porté a l'offrande le dimence derrain passé/ et si le reffuse sachiez
+pour vray qu'il est mal disposé.
+
+Glose. Marotte pelee dist que qui ne veult estre assailli ne abayé des
+chiens de jour ne de nuit/ si ait du bon frommage rosti et leur donne en
+disant Inchamo et freno tout au long/ et pour certain ilz le laisseront
+en paix. voire et se fussent ilz rabis.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Femme qui desire que ses vaches donnent chascune autant de lait comme
+celles de ses voisines elle doit par chascun jour son vaissel a moudre
+froter de bonnes herbes cueillies sur la nuit de sainct jehan tandis
+qu'on sonne nonne.
+
+Glose. Je croy dist jennette grosse motte que qui metteroit ces herbes
+ainsi cueillies la nuit saint jehan deseure l'uys de l'estable ou les
+vaches couchent en disant que dieu les sauve et sainte bride qu'elles
+donneront lait tous jours de bien en mieulx.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Qui veult avoir de ses vaches et l'yver et l'esté burre frais. il doit
+quant elles sont en sault les mener devant le thaur/ et les lui laissier
+flairier sans touchier/ et mener la vache trois tours autour du thaur/
+et puis lui laissier saillir et pour vray vous aurez toute l'annee frais
+burre.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+Quant une femme grosse engambe le tymon d'un char/ se c'est un filz il
+aura gros membre et dur a merveilles. Et se c'est une fille elle aura
+moult grosses levres et vermeilles aussi bien dessoubz comme dessus.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+Femme qui jamais ne veult perdre son bon chat quant on l'a on lui doit
+oindre les quatre pates de burre par trois vespreez/ et jamais de cestui
+hostel ne se depatira.
+
+
+Le .x.e chappitre.
+
+Je vous dy pour aussi vray que euvangile que se une personne mengue
+d'une beste que le loup aura estranglé/ et de laquelle il aura par
+aventure mengié/ a grande paine puet icelle personne rendre ame se le
+loup n'estoit premierement mort.
+
+Glose. Au moins ne pourroit il parler dist belotte le cornue par long
+temps s'il n'avoit fait son offrande a monseigneur sainct loup.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Quant on voit blans religieux aler ou chevauchier par les champs nul ne
+se doit acheminer celle part pour le lait temps qui par coustume leur
+survient.
+
+Glose. Aucunes sages femmes dist margot le pelee ont dit pour vray que
+le rencontrer du matin d'un blanc moisne est tresmauvais signe. mais le
+rencontre d'un noir est par le contraire bon signe voire mais qu'il
+n'ait riens de blanc.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Quant une espousee va de sa maison a l'eglise pour espouser son fiancé
+la meilleur de toutes les prieres qu'on lui donne demeurent a son
+prouffit/ moiennant qu'elle remercie incontinent le donneur autrement
+celle priere ne lui vauldroit riens.
+
+Glose. Dist une bonne galoise nommee perrine bleue levre de cest
+chappitre ay trouvé une exepcion/ car quant j'alay espouser janot bleue
+levre mon mari/ ma taye me salua en priant que je peusse avoir bon et
+roide encontre/ dont je l'en merciay. mais il m'en avint tout autrement/
+car je le trouvay si doulz qu'on le eust lyé au droit neu/ qu'on en ait
+froide joye.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+On ne doit jamais mettre couver oefs de geline ne d'anettes par le jour
+du vendredy. Car pour vray les pouchins qui en viennent sont volentiers
+devorez des oyseaux et bestes sauvages.
+
+Glose. Certainement dist maroie du cendrier/ j'ay souvent oy dire qu'il
+fault se garder de mettre oefz couver le jour devant que la lune se
+reface et le jour aprés qu'elle est refaitte. car les pouchins qui en
+viennent ne font jamais bonne fin.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Quant a une femme lui escopist la gorge/ ce lui sont bonnes nouvelles
+que brief yra aux nopces ou a relevee faire grande chiere. Mais quant la
+teste lui escopist/ c'est signe contraire/ car elle pourra bien estre
+batue de son mari.
+
+Glose. Perrette longues tettes dist que quant la gorge escopist a un
+homme qui autreffois a batu sa femme c'est tout signe de pendre.
+
+
+Le .xv.e chappitre.
+
+Quant on voit plenté de chauvesoris voler entour une maison il en fait
+bon deslogier/ car c'est un grant signe que temprement on y boutera le
+feu.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Qui de nuit laisse sur la table la nape estendue/ et les soris viennent
+par nuit sur la nape mengier les miettes du pain qui y sont demoureez/
+quiconques mengue l'endemain sur icelle: ses dens lui devendront noirs
+et tost aprés pourriront.
+
+Glose. Maroye bouche d'or dist a ce propos que de mangier chault
+potaige/ et especialment poree de choulz: on en a les dens noirs.
+
+
+Le .xvii.e chappitre.
+
+Quant un enfant est nouveau né se c'est un filz il le convient porter au
+pere/ et lui bouter des pieds contre la poitrine/ et pour certain jamais
+ne fera l'enfant male fin.
+
+Glose. Fremine fauvele dist a ce point que quant une femme est acouchie
+d'une fille il convient l'asseoir sur la poitrine de la mere en disant/
+dieu te face predefemme/ et jamais elle n'aura honte de son corps.
+
+
+Le .xviii.e chappitre.
+
+Quant une femme couchie avec son mari et veult avoir plus tost un filz
+que une fille elle doit tenir ses mains closes tandis que son mari fait
+l'euvre de nature/ et pour vray elle aura un filz.
+
+Glose. Aucunes anciennes matrones maintiennent que qui veult faire un
+filz il le convient faire au matin de jour/ et une fille au vespre et de
+nuit.
+
+
+Le .xix.e chappitre.
+
+Une femme qui veult avoir petis enfans tandis qu'elle porte se doit
+desjuner au matin d'une tostee de pain blanc en vin et sans faulte
+l'enfant qu'elle porte sera petit.
+
+Glose. Dist une vielle qui la estoit/ je croy mieulx que les petis
+enfans soient engendrez en faulte de la lune que autrement car par
+coustume les hommes ont lors deffaulte de moele.
+
+
+La conclusion de la serie du vendredy.
+
+Pour ceste derraine glose sourdy grande tumulte entre les femmes illec
+assembleez tant de rire comme de parler toutes ensemble/ et ne sembloit
+autre chose fors que ce fust un marchié de hire hare sans ordre et sans
+voloir entendre l'une l'autre ne atendre la fin de leurs raisons
+pourquoy quant je vey ceste confusion je ploiay mon papier/ estouppay et
+serray mon escriptoire/ remis ma plume en mon coffin/ et me levay me
+cuidant embler d'elles/ mais tantost je fus apperceus d'aucunes d'elles
+qui me retindrent a toute force et pour moy firent aucun pou de silence
+qui gaires ne dura. en laquele elles me prierent que l'endemain
+voulsisse retourner entr'elles a l'eure acoustumee affin de parfurnir/
+et achever leur intencion et la chose encommencee/ et pour mettre par
+escript le residu des euvangiles de dame berthe de corne qui estoit la
+derraine assemblee qu'elles devoient faire/ et ou elles devoient
+conclurre et faire fin de leurs articles. Moy considerant le commun
+proverbe qui se dit. Que qui sert et ne parsert son loyer pert: leur
+ottroiay leur requeste liberalement. Et aprés congié pris d'elles me
+parti. et m'en alay reposer/ car la teste avoie fort vuide pour les
+raisons traversaines d'elles que mon entendement n'avoit peu comprendre.
+Si les laissay illecques trousser leurs bagues et leurs quilles et m'en
+alay reposer.
+
+
+
+
+La continuacion de la serie du vendredy a celle du sammedy.
+
+
+Le samedy soir environ six heures aprés le salve de nostre dame/ et que
+j'eus prise assez legiere refection tant pour l'onneur du jour comme
+pour l'affeccion que j'avoie pour veoir et oyr a quel fin prenderoient
+noz dames conclusion de leurs euvangiles: je aprés que j'eus prises mes
+agoubilles/ papier plume/ et enchre me transportay ou lieu ou le soir
+precedent avions assemblé.
+
+Et moy illec venus me assis en mon lieu acoustumé/ pluiseurs des
+escolieres estoient desja venues qui commençoient a desvuider et haspler
+leurs fuseez. car filer ne povoient pour l'onneur du samedy et de la
+vierge marie. je n'eus illec gaires sejourné quant vint dame berthe de
+corne acompaignie de pluiseurs de ses amies et voisines pour son
+euvangile lire et continuer comme a ce faire estoit esleute. Mais avant
+que je procede a ses chappitres: je vueil descripre aucune chose de sa
+genealogie et venue.
+
+Dame berthe de corne estoit de l'eage environ de .iiii.xx. ans ou plus
+fille avoit esté de regnaut de corne sage homme a merveille qui en son
+temps avoit estudié a toulette en l'art de gramaire et en geomancie:
+depuis avoit esté a montpellier ou il avoit estudié en medecine/ et
+ceste art fut dont il vesqui toute sa vie et introduist dame berthe sa
+fille en laquelle elle prouffita moult/ et s'en vesqui depuis en
+tapinage assez honnestement. Elle doncques assise en son siege et
+silence obtenue commença son euvangile en ceste maniere.
+
+Mes bonnes amies et voisines puis que mon tour est venu que je vous doy
+faire fin et conclusion de l'euvre par mes dames encommencé: je a mon
+povoir traitteray de la science que j'ay aprise qui touche medecine. et
+m'en acquiteray au mieulx que porray. Si vueilliez diligemment entendre
+et les retenir car elles sont dignes d'estre mises en vostre memoire.
+
+
+Le premier chappitre.
+
+Et pour mon premier chappitre je vous dy qui a les fievres et il june le
+premier dimence aprés le premier jour qu'elles l'auront pris sachiez
+pour vray qu'elles le laisseront.
+
+
+Le second chappitre.
+
+Cellui qui aura les fievres tierces et il porte a son col en un petit de
+soie les haulz noms lyez sans doubte il en garira.
+
+
+Le tiers chappitre.
+
+Se vous avez mari rebelle et qui ne vous vueille baillier argent a
+vostre besoing prenez le premier neu d'un festu de fromment cueillie
+auprés de terre la nuit sainct jan tandis qu'on sonne nonne/ et icellui
+boutez ou trou du coffre ou lieu de la clef: et sans faulte elle
+s'ouvrira.
+
+
+Le quart chappitre.
+
+Cellui qui a les fievres quartaines face tant qu'il treuve le tesffle a
+quatre fueilles/ et s'en desjune par quatre jours/ et pour vray elles le
+laisseront.
+
+
+Le .v.e chappitre.
+
+Femme qui est malade de la rougereule doit prendre de l'eaue qui aura
+esté benoite le dimence et d'icelle en faire un chaudeau et en humer/ et
+pour certain elle en garira.
+
+
+Le .vi.e chappitre.
+
+Pluiseurs gens parlent de la maladie des fievres blanches qui gaires ne
+scevent que c'est/ mais elles sont pires que doubles quartes. touteffois
+se pevent elles garir par faire une souppe ou vaissel sainct george.
+
+
+Le .vii.e chappitre.
+
+Pour garir fievres continues il fault escripre trois les premiers mos de
+la paternoster sur une fueille de sauge nostree et icelle mengier par
+trois matineez et il garira.
+
+
+Le .viii.e chappitre.
+
+Se une femme se mespasse le pied telement qu'il soit estors et comme
+hors du lieu. il convient que son mari voise en pelerinage a monseigneur
+sainct martin pour sa santé et qu'il raporte des lavemens du pied du
+cheval sainct martin. et d'iceulx lavemens en lave son pied et tantost
+elle garira.
+
+
+Le .ix.e chappitre.
+
+Se une femme est malade des varoles il convient que son mari achate un
+noir aigneau de l'annee et qu'il couche et lye sa femme en la peau
+d'icellui agneau toute chaude/ et qu'il face son pelerinage et offrande
+a saincte arragonde et pour certain elle en garira.
+
+
+Le .x.e chappitre
+
+Se un cheval s'est estors la gambe ou le pied/ il convient le
+chevauchier vers l'ostel du prestre et le appeller pardehors et sans
+parler a lui tantost s'en retourner et pour certain le cheval yra tout
+droit comme devant sans sentir aucune douleur.
+
+
+Le .xi.e chappitre.
+
+Je vous diroie merveilles des chevaux et de leurs medecines. Mais pour
+ce que les hommes ne le prengnent a leur prouffit/ je m'en tairay et
+parleray d'autre chose/ mais touteffois je vous vueil bien aincoires
+tant dire que quant vous veez un cheval si terrible qu'il ne vuelt
+souffrir qu'on monte sur lui/ ou ne veult entrer en un navire/ ou sur un
+pont/ dittes lui en l'oreille ces parolles. Cheval aussy vray que
+meschine de prestre est cheval au dyable/ tu vueilles souffrir que je
+monte sur toy. Et tantost il sera paisible et en ferez vostre volenté.
+
+
+Le .xii.e chappitre.
+
+Mes amies et voisines aincoires vous dy pour verité que se un homme
+avoit sur lui ou portoit en bataille la petite peau qu'il apporte du
+ventre sa mere: sachiez qu'il ne porroit estre blechiez ne navrez en son
+corps.
+
+Glose. Lors sourdy une vielle matrone d'entr'elles nommee jehanne tost
+vestue/ et dist oyant toutes que se un homme portoit sur lui quant il
+doit aler en bataille les haulz noms qui sont telz.
+
+ Tart y va
+ loing te tien.
+ S'on s'i combat/
+ si t'en revien.
+
+que jamais bleschiez ne seroit en la guerre.
+
+
+Le .xiii.e chappitre.
+
+Je ne me puis retraire de toudis parler des choses a l'avantaige des
+hommes/ et si sçay bien que de nous ne font gaires de compte/ car ilz
+tiennent leurs parlemens et gengle de nous toudis en la reproche de
+nostre sexe mais tant vous vueil aincoires bien dire que a femmes qui a
+nouvellement pris les fievres s'elle oingt tous ses conduis de miel le
+premier jeudy aprés qu'elles les aura eues: sachiez qu'elle en sera
+quitte et delivre.
+
+
+Le .xiiii.e chappitre.
+
+Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison sachiez que
+c'est tout signe de povreté. Et se les moissons y font leur nyd/ c'est
+signe de prosperité et de toute bonne fortune.
+
+
+Le .xv.e chappitre.
+
+Je vous dy aincoires pour verité que qui veult boire de toutes manieres
+de vins et avec toutes manieres de gens sans estre yvre sachiez qu'il ne
+fault que se desjuner d'une pomme sure au matin et boire un trait de
+fresche eaue et sans faulte il ne sera ce jour yvre.
+
+Glose. Joly treu le fille de mouscaille dist a ce propos que son pere
+pour vin qu'il beust oncques ne fut yvre/ mais il reclamoit tousjours
+sainct nycolas en toutes ses requestes.
+
+
+Le .xvi.e chappitre.
+
+Mes amies pour la conclusion finale de mon euvangile/ ensemble pour
+l'onneur du saint dimenche qui nous approche/ je vous vueil dire un
+merveilleux secret que pou d'hommes scevent. je vous dy pour certain que
+les cygoignes qui en l'esté se tiennent en ce pays et en yver s'en
+retournent en leur pays/ qui est entour le mont de synay: sont pardela
+creatures comme nous. Et qu'il appere qu'elles ayent raison elles
+donnent tousjours et paient leurs dismes a dieu quant elles ont fait des
+petis de l'un d'iceulx.
+
+Glose. A ceste conclusion affermer se leva dame abreye l'enfflee vielle
+a merveilles/ et dist qu'il estoit vray ce que dame berthe de corne
+avoit dit. Car elle avoit souvent oy dire a son tayon/ clais van triere
+que quant il avoit esté a sainte katherine du mont de synay/ et en
+passant les desers avoit perdu par mortalité toute sa compaignie/ il vey
+de loing une creature a laquele il ala et commença a demander son chemin
+en flameng. Celle creature lui respondi tantost et lui enseigna son
+chemin et de fait ala longuement avec lui. Et lui devisa tout son estat/
+et comment elle estoit cygoigne par deça/ et faisoit son nyd en flandres
+sur l'ostel de son voisin. Clais qui ceste chose ne voloit croire lui
+pria qu'elle lui baillast certaines enseignes affin que s'il povoit
+jamais retourner ou pays qu'il la remerciast de sa courtoisie. Adont la
+cygoigne tira un annel d'or qu'elle avoit recueillie en la place delez
+sa maison et lui monstra/ et tantost que clais le vey il le recongneut/
+car c'estoit l'annel duquel il avoit espousé mal cenglee sa femme. La
+cygoigne lui rendy son annel par tel si qu'il deffenderoit aux porchiers
+et vachiers de son hostel qu'ilz ne lui feissent plus de moleste comme
+paravant ilz avoient acoustumé a faire. Et aprés ces promesses prist mon
+tayon congié et s'en retourna a bruges ou depuis vesqui si bien qu'il
+estoit gros de .xiiii. palmes de tour quant il morut.
+
+ * * * * *
+
+Grande risee fut illec faitte de toutes les assistentes/ que desja
+avoient lavé leurs cheveulx et desvuidié leurs fuseez/ et estoient
+prestes de trousser leurs quilles et agoubilles dont je fus moult
+joyeux/ car certes je m'en commençoie fort a taner/ pour ce que ce
+qu'elles avoient dit me sembloient choses toutes sans aucune raison ou
+aucune bonne consequence/ comme j'avoie au commencement pensé. Mais pour
+me monstrer non parcial ne aussi vilipendeur ne despriseur de leurs
+volentez/ je a demy chiere joyeuse/ et non pas trop attendi entr'elles
+quele fin elles metteroient en leurs euvangilles et auctoritez: et
+comment mon honneur sauvé je prenderoie congié d'elles. Il n'estoit
+aincoires apparent que silence fust entr'elles/ pourquoy je me mis en la
+veue d'elles affin que par mon regard elle eussent aucune vergoingne et
+honte de leur affaire que certes estoit moult desriglé comme d'une
+bataille faillie. Enfin les six qui avoient esté inventeresses et
+presidentes toute la sepmaine vindrent vers moy/ et me remercierent
+moult de la paine que prise avoie pour elles/ et pour mon salaire me
+promirent ayde se les requeroie de me avanchier envers quelque
+damoiselle. Dont je les remerciay en moy excusant par une auctorité
+joyeuse qui se dist communement. C'est que quant un cheval va boire sans
+qu'on lui maine/ et un homme va a complie atout un baston: Certes ces
+deux ont passé leur temps: de ces deux bestes j'en suis l'une.
+
+
+
+
+Conclusion de l'acteur.
+
+
+Vous messeigneurs et mes dames qui cest petit traittié lirez/ ou avez
+leut prenez le en passetemps d'oyseuse je vous prie/ et n'ayez regard a
+aucun des chappitres quant au regard d'acune apparence de verité ne
+d'aucune bonne introduction/ mais prenez le tout estre dit et escript
+pour demonstrer la fragilité de celles qui ainsi se devisent souvent
+quant ensamble se treuvent. Et aincoires plus en ay oy d'elles/ mais il
+doit souffire quant a present/ pour ma part un autre vendra qui les
+augmentera.
+
+
+
+
+Note sur la transcription.
+
+
+On reproduit dans cette version électronique le livre coté Res-Ye-92 de
+la Bibliothèque nationale de France, édité vers 1479-1482 par Colard
+Mansion.
+
+On a conservé l'orthographe, la ponctuation et l'usage des majuscules de
+l'original. Pour le confort de lecture, on a cependant résolu les
+abréviations par signes conventionnels, introduit apostrophes, accents
+et cédilles, et distingué u/v et i/j selon l'usage.
+
+Seules les coquilles manifestes (par exemple: qne > que) ont été
+corrigées.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Les évangiles des quenouilles, by Anonymous
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 58467 ***