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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: L'imitation de Jésus-Christ - Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre - -Author: Various - -Translator: Félicité de Lamennais - -Release Date: September 1, 2018 [EBook #57824] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST *** - - - - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from the Google Books project.) - - - - - - - - - - -L'IMITATION - -DE - -JÉSUS-CHRIST, - -TRADUCTION NOUVELLE - -AVEC DES - -RÉFLEXIONS À LA FIN DE CHAQUE CHAPITRE, - -PAR M. L'ABBÉ - -F. DE LAMENNAIS; - -Suivie de la Messe tirée de Fénelon et des Vêpres du Dimanche. - -XLIIIe Édition. - -PARIS. - -ANCIENNE MAISON SAGNIER ET BRAY. - -AMBROISE BRAY, LIBRAIRE-ÉDITEUR, - -RUE DES SAINTS-PÈRES, 66. - -1859 - - - - -Ouvrages du même Auteur: - - - - L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST, traduction nouvelle, avec des réflexions - à la fin de chaque chapitre; suivie de la MESSE tirée de Fénelon et - des Vêpres du Dimanche. 1 vol. in-32 diamant. 2 fr. - - --MÊME OUVRAGE, in-32 raisin, papier vélin glacé. 2 fr. 50 - - --_Idem_, in-18, papier ordinaire. 2 fr. 50 - - --_Idem_, grand in-18, papier vélin glacé. 3 fr. 50 - - --_Idem_, grand in-8º, papier Jésus vélin glacé, orné de 4 - magnifiques gravures sur acier. 12 fr. - - - JOURNÉE DU CHRÉTIEN, ou moyen de se sanctifier au milieu du monde. - 1 vol. in-32. 2 fr. - - --MÊME OUVRAGE, grand in-32, papier vélin glacé. 3 fr. - - --_Idem_, in-18, papier ordinaire. 2 fr. 50 - - --_Idem_, grand in-18, papier vélin glacé. 3 fr. 50 - - - LE GUIDE DE LA JEUNESSE. 1 vol. in-18. 1 fr. - - --MÊME OUVRAGE, gr. in-18, pap. vél. gl. 1 fr. 50 - - SOMMAIRE: Dangers du monde dans le premier âge.--De la vraie fin de - l'homme.--De la fidélité aux devoirs.--De la confession.--De la - communion.--De la dévotion à la sainte Vierge, aux saints Patrons et - aux Saints Anges.--Messe, Vêpres du Dimanche. - - - GUIDE SPIRITUEL, ou le _Miroir des âmes religieuses_, par le V. LOUIS - DE BLOIS; traduit du latin et précédé d'une Introduction. Ouvrage - suivi des _Maximes spirituelles_ de saint Jean-de-la-Croix. 1 vol. - in-30. 80 c. - - - - -[Illustration] - -H. Lazerges del. A. Leroy sc. - -LAISSEZ LÀ CE MISÉRABLE MONDE, ET VOTRE COEUR TROUVERA LE REPOS. - -Imit. Livre II. - - - - -AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS. - - -Les personnes qui recherchent avec une préférence fondée sur le mérite -incontestable de la traduction et surtout des Réflexions, l'_Imitation -de Jésus-Christ_ de M. l'abbé de Lamennais, sont induites en erreur, -lorsqu'on leur présente comme enrichie de ces Réflexions la traduction -qui a paru sous le nom de M. de Genoude. Ce qui a pu accréditer cette -erreur, c'est que M. de Lamennais a donné en effet des Réflexions pour -quatre ou cinq chapitres de cette traduction, lorsqu'elle a été publiée -par les éditeurs de la _Bibliothèque des Dames chrétiennes_. - - - - -PRÉFACE. - -Décembre 1824. - - -On ne connaît point l'auteur de l'_Imitation_. Les uns l'attribuent à -Thomas A-Kempis, les autres à l'abbé Gersen: et cette diversité -d'opinions a été la source de longues controverses, selon nous assez -inutiles. Mais il n'est point d'objet frivole pour la curiosité humaine. -On a fait des recherches immenses pour découvrir le nom d'un pauvre -solitaire du treizième siècle. Qu'est-il résulté de tant de travaux? Le -solitaire est demeuré inconnu, et l'heureuse obscurité où s'écoula sa -vie a protégé son humilité contre notre vaine science. - -Au reste, si l'on se divise sur l'auteur, tout le monde est d'accord sur -l'ouvrage, _le plus beau_, dit Fontenelle, _qui soit parti de la main -des hommes, puisque l'Évangile n'en vient pas_. Il y a, en effet, -quelque chose de céleste dans la simplicité de ce livre prodigieux. On -croirait presque qu'un de ces purs esprits qui voient Dieu face à face -soit venu nous expliquer sa parole, et nous révéler ses secrets. On est -ému profondément à l'aspect de cette douce lumière, qui nourrit l'âme et -la fortifie, et l'échauffe sans la troubler. C'est ainsi qu'après avoir -entendu Jésus-Christ lui-même, les disciples d'Emmaüs se disaient l'un à -l'autre: _Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, -lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les -Écritures[1]?_ - - [1] Luc., XXIV, 32. - -On a dit que l'_Imitation_ était le livre des parfaits: elle ne laisse -pas néanmoins d'être utile à ceux qui commencent. Nulle part on ne -trouvera une plus profonde connaissance de l'homme, de ses -contradictions, de ses faiblesses, des plus secrets mouvements de son -coeur. Mais l'auteur ne se borne pas à nous montrer nos misères; il en -indique le remède, il nous le fait goûter; et c'est un des caractères -qui distinguent les écrivains ascétiques des simples moralistes. Ceux-ci -ne savent guère que sonder la plaie de notre nature; ils nous effraient -de nous-mêmes, et affaiblissent l'espérance de tout ce qu'ils ôtent à -l'orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nous -relever; et, plaçant dans le Ciel notre point d'appui, ils nous -apprennent à contempler sans découragement, du sein même de notre -impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés. - -De là ce calme ravissant, cette paix inexprimable qu'on éprouve en -lisant leurs écrits avec une foi docile et un humble amour. Il semble -que les bruits de la terre s'éteignent autour de nous. Alors, au milieu -d'un grand silence, on n'entend plus qu'une seule voix, qui parle du -sauveur Jésus, et nous attire à lui comme par un charme irrésistible. -L'âme transportée aspire au moment où se consommera son union avec le -céleste Époux. _Et l'esprit et l'épouse disent: Venez. Et que celui qui -écoute, dise: Venez. Oui, je viens, je me hâte de venir. Ainsi soit-il! -Venez, Seigneur Jésus_[2]. - - [2] Apoc., XXII, 17 et 20. - -Que sont les plaisirs du monde près de ces joies inénarrables de la foi? -Comment peut-on sacrifier le seul vrai bonheur à quelques instants -d'ivresse, bientôt suivis de longs regrets et d'un amer dégoût? Oh! _si -vous connaissiez le don de Dieu, si vous saviez quel est celui qui vous -appelle_[3], qui vous presse de vous donner à lui, afin de se donner -lui-même à vous, avec quelle ardeur vous répondriez aux invitations de -son amour! _Venez donc, et goûtez combien le Seigneur est doux_[4]: -venez et vivez. Maintenant vous ne vivez pas, car ce n'est pas vivre que -d'être séparé de celui qui a dit: _Je suis la vérité et la vie_[5]. Mais -quand vous l'aurez connu, quand votre coeur fatigué se sera -délicieusement reposé sur le sien, il ne vous restera que cette parole: -_Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui_[6]. _J'ai trouvé celui qu'aime -mon âme: je l'ai saisi, et ne le laisserai point aller_[7]. - - [3] Joan., IV, 10. - - [4] Ps. XXXIII, 9. - - [5] Joan., XIV, 6. - - [6] Cant., II, 16. - - [7] _Ibid._, III, 4. - -Et vous qui souffrez, vous que le monde afflige, venez aussi, venez à -Jésus: il bénira vos larmes, il les essuiera de sa main compatissante. -Son âme est toute tendresse et commisération. _Il a porté nos -infirmités, et connu nos langueurs_[8]: il sait ce que c'est que -pleurer. - - [8] Is., LIII, 3 et 4. - -L'_Imitation_ ne contient pas seulement des réflexions propres à toucher -l'âme, elle est encore remplie d'admirables conseils pour toutes les -circonstances de la vie. En quelque position qu'on se trouve, on ne la -lit jamais sans fruit. M. de La Harpe en est un exemple frappant; -écoutons-le parler lui-même. - -«J'étais dans ma prison, seul, dans une petite chambre, et profondément -triste. Depuis quelques jours j'avais lu les Psaumes, l'Évangile et -quelques bons livres. Leur effet avait été rapide, quoique gradué. Déjà -j'étais rendu à la foi; je voyais une lumière nouvelle; mais elle -m'épouvantait et me consternait, en me montrant un abîme, celui de -quarante années d'égarement. Je voyais tout le mal et aucun remède: rien -autour de moi qui m'offrît les secours de la religion. D'un autre côté, -ma vie était devant mes yeux, telle que je la voyais au flambeau de la -vérité céleste; et de l'autre, la mort, la mort que j'attendais tous les -jours, telle qu'on la recevait alors. Le prêtre ne paraissait plus sur -l'échafaud pour consoler celui qui allait mourir; il n'y montait plus -que pour mourir lui-même. Plein de ces désolantes idées, mon coeur était -abattu, et s'adressait tout bas à Dieu que je venais de retrouver, et -qu'à peine connaissais-je encore. Je lui disais: Que dois-je faire? que -vais-je devenir? J'avais sur une table l'_Imitation_; et l'on m'avait -dit que dans cet excellent livre je trouverais souvent la réponse à mes -pensées. Je l'ouvre au hasard, et je tombe, en l'ouvrant, sur ces -paroles: _Me voici, mon fils! je viens à vous parce que vous m'avez -invoqué_. Je n'en lus pas davantage: l'impression subite que j'éprouvais -est au-dessus de toute expression, et il ne m'est pas plus possible de -la rendre que de l'oublier. Je tombai la face contre terre, baigné de -larmes, étouffé de sanglots, jetant des cris et des paroles -entrecoupées. Je sentais mon coeur soulagé et dilaté, mais en même temps -comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule d'idées et de sentiments, -je pleurai assez longtemps, sans qu'il me reste d'ailleurs d'autre -souvenir de cette situation, si ce n'est que c'est, sans aucune -comparaison, ce que mon coeur a jamais senti de plus violent et de plus -délicieux; et que ces mots, _Me voici, mon fils!_ ne cessaient de -retentir dans mon âme, et d'en ébranler puissamment toutes les -facultés.» - -Que de grâces cachées renferme un livre dont un seul passage, aussi -court que simple, a pu toucher de la sorte une âme longtemps endurcie -par l'orgueil philosophique! Qu'on ne s'y trompe pas cependant: pour -produire ces vives et soudaines impressions, et même un effet vraiment -salutaire, l'_Imitation_ demande un Coeur préparé. On peut, jusqu'à un -certain point, en sentir le charme, on peut l'admirer, sans qu'il -résulte de cette stérile admiration aucun changement dans la volonté ni -dans la conduite. Rien n'est utile pour le salut que ce qui repose sur -l'humilité. Si vous n'êtes pas humble, ou si, au moins, vous ne désirez -pas le devenir, la parole de Dieu tombera sur votre âme comme la rosée -sur un sable aride. Ne croire que soi et n'aimer que soi est le -caractère de l'orgueil. Or, privé de foi et d'amour, de quel bien -l'homme est-il capable? À quoi lui peuvent servir les instructions les -plus solides, les plus pressantes exhortations? Tout se perd dans le -vide de son âme, ou se brise contre sa dureté. Humilions-nous, et la foi -et l'amour nous seront donnés: humilions-nous, et le salut sera le prix -de la victoire que nous remporterons sur l'orgueil. Quand le Sauveur -voulut montrer, pour ainsi dire, aux yeux de ses disciples la voie du -Ciel, que fit-il? _Jésus appelant un petit enfant, le plaça au milieu -d'eux, et dit: En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez -et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le -royaume des Cieux_[9]. - - [9] Matth., XVIII, 2 et 3. - - * * * * * - -_P. S._ On a cru qu'il serait utile de placer à la fin des chapitres de -l'_Imitation_ quelques _Réflexions_ qui en fussent comme le résumé. -Elles tiendront lieu des pratiques du P. GONNELIEU. Ces pratiques, qui -furent écrites dans un siècle où il y avait encore de la foi dans les -coeurs et de la simplicité dans les esprits, semblent être devenues -insuffisantes dans des temps malheureux où le _raisonnement_ a tout -attaqué et tout corrompu. On s'est néanmoins efforcé d'atteindre, par -des moyens différents, le même but que s'était proposé ce pieux -écrivain, en fixant l'attention sur les principaux préceptes ou sur les -plus importants conseils contenus dans chaque chapitre. - -Nous finirons par un mot sur les principales traductions, faites dans -notre langue, du livre de l'_Imitation_. - -La plus ancienne de celles qui méritent d'être citées a pour auteur le -chancelier de Marillac, et fut publiée en 1621. Cette traduction, qui se -rapproche plus qu'aucune autre du texte original, a, dans son vieux -langage, beaucoup de grâce et de naïveté: il est remarquable qu'elle n'a -été que rarement imitée par les traducteurs qui sont venus après. - -En 1662 parut celle de M. Le Maistre de Saci: elle eut un grand succès. -Toutefois ce n'est le plus souvent qu'une paraphrase élégante du texte. -Le P. Lallemant, qui publia la sienne en 1740[10], et M. Beauzée, dont -la traduction fut imprimée en 1788, évitèrent ce défaut, mais laissèrent -encore beaucoup à désirer. Beauzée, correct, quelquefois même élégant, -manque de chaleur et d'onction; le P. Lallemant, avec plus de précision -que Saci et moins de sécheresse que Beauzée, est loin cependant d'avoir -fidèlement rendu le tour animé et plein de sentiment, l'expression -souvent si hardie et si pittoresque de l'original. Du reste, l'un et -l'autre s'emparèrent, sans scrupule, de tout ce qu'ils jugèrent bien -traduit par leurs devanciers. - - [10] Il avait alors quatre-vingts ans. - -La traduction de Saci a été depuis revue et corrigée par l'abbé de La -Hogue, qui l'a fort améliorée, sans avoir cependant rien changé au -système de paraphrase adopté par ce traducteur. - -Il nous reste à parler de la traduction qui, depuis un siècle, a été le -plus souvent réimprimée, et qui, sous le nom du P. Gonnelieu, auteur des -pratiques et des prières dont elle est constamment accompagnée, passe -pour la plus parfaite de toutes. _Habent sua fata libelli_; ce singulier -jugement que répète, à peu près dans les mêmes termes, chaque nouvel -éditeur de cette traduction, l'a rendue, en quelque sorte, l'objet d'un -respect religieux, qu'il semble bien hardi de vouloir essayer de -détruire. La vérité est cependant que le P. Gonnelieu n'a jamais traduit -l'_Imitation_; que cette traduction, depuis si longtemps honorée d'une -si grande faveur, est d'un libraire de Paris, nommé Jean Cusson, qui la -fit paraître pour la première fois en 1673; et que, bien qu'elle ait été -retouchée et corrigée par J.-B. Cusson, son fils, qui la publia de -nouveau en 1712[11], y joignant alors, pour la première fois, les -pratiques du P. Gonnelieu, elle n'est en effet qu'une continuelle et -faible copie de celle de Saci, et, à notre avis, la plus médiocre de -toutes les traductions que nous venons de citer[12]. - - [11] Ces documents bibliographiques ont été puisés dans une - dissertation très-savante et très-bien faite sur soixante - traductions françaises de l'_Imitation_, publiée en 1812 par M. A. - A. Barbier, bibliothécaire du Roi. - - [12] Tous les traducteurs de l'_Imitation_ n'ont cessé de se copier - les uns les autres; et Saci est celui auquel on a le plus - fréquemment emprunté. (_Voy._ la dissertation déjà citée.) Du reste, - tel est le désordre qui règne dans les réimpressions continuelles - que l'on fait de ce livre, que ces pratiques du P. Gonnelieu se - trouvent, dans plusieurs éditions, à la suite des traductions de - Beauzée, de Lallemant, etc.; et néanmoins, dans l'avertissement de - l'éditeur, c'est toujours «_l'excellente traduction_ du P. Gonnelieu - que l'on présente aux lecteurs, cette traduction qui surpasse toutes - les autres _pour la fidélité et l'onction_.» - -Quoique M. Genoude, surtout dans les deux premiers livres, les ait -quelquefois corrigées heureusement, peut-être laisse-t-il encore quelque -chose à désirer. Il nous a paru du moins qu'on pouvait, en conservant ce -qu'il y a de bon dans les traductions anciennes[13], essayer de -reproduire plus fidèlement quelques unes des beautés de l'_Imitation_. -En ce genre de travail, venir le dernier est un avantage: heureux si -nous avons su en profiter pour le bien des âmes, et si nous pouvons -ainsi avoir quelque petite part dans les fruits abondants que produit -tous les jours ce saint livre! - - [13] Le P. Lallemant justifie cette manière de traduire l'_Imitation_ - par une réflexion pleine de sens: «Il y a, dit-il à la fin de sa - préface, dans l'_Imitation_, un nombre d'expressions si simples, - qu'il n'est pas possible de les rendre bien en deux façons. On ne - doit donc pas être surpris de trouver en cette traduction plusieurs - versets exprimés de la même manière que dans les éditions - précédentes. Il ne serait point juste de vouloir obliger un auteur - de traduire moins bien un texte, pour s'éloigner de ceux qui ont - saisi la seule bonne manière de le traduire.» - - - - -L'IMITATION - -DE - -JÉSUS-CHRIST. - - - - -LIVRE PREMIER. - -AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTÉRIEURE. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -Qu'il faut imiter JÉSUS-CHRIST, et mépriser toutes les vanités du monde. - - -1. _Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres_, dit le -Seigneur[14]. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il -nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être -vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du coeur. - - [14] Joan., VIII, 12. - -Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ. - -2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints; et -qui posséderait son esprit, y trouverait la manne cachée. - -Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Évangile n'en sont -que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ. - -Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de -Jésus-Christ: appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne. - -3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous -n'êtes pas humbles, et que par là vous déplaisiez à la Trinité? - -Certes les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint; mais -une vie pure rend cher à Dieu. - -J'aime mieux sentir la componction, que d'en savoir la définition. - -Quand vous sauriez toute la Bible et toutes les sentences des -philosophes, que vous servirait tout cela, sans la grâce et la charité? - -_Vanité des vanités, et tout n'est que vanité_[15], hors aimer Dieu, et -le servir lui seul. - - [15] Eccl., I, 2. - -La souveraine sagesse est de tendre au royaume du Ciel par le mépris du -monde. - -4. Vanité donc, d'amasser des richesses périssables, et d'espérer en -elles. - -Vanité, d'aspirer aux honneurs, et de s'élever à ce qu'il y a de plus -haut. - -Vanité, de suivre les désirs de la chair, et de rechercher ce dont il -faudra bientôt être rigoureusement puni. - -Vanité, de souhaiter une longue vie, et de ne pas se soucier de bien -vivre. - -Vanité, de ne penser qu'à la vie présente, et de ne pas prévoir ce qui -la suivra. - -Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite, et de ne se pas hâter vers -la joie qui ne finit point. - -5. Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: _L'oeil n'est pas -rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille remplie de ce qu'elle -entend_[16]. - - [16] Eccl., I, 8. - -Appliquez-vous donc à détacher votre coeur de l'amour des choses -visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles. - -Car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme, et -perdent la grâce de Dieu. - - -RÉFLEXION. - - Nous n'avons ici-bas qu'un intérêt, celui de notre salut[17], et nul - ne peut être sauvé qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ[18]; la foi - en sa parole, l'obéissance à ses commandements, l'imitation de ses - vertus, voilà la vie, il n'y en a point d'autre: tout le reste est - vanité, et j'ai vu, dit le Sage, que _l'homme n'a rien de plus de tous - les travaux dont il se consume sous le soleil_[19]: richesses, - plaisirs, grandeurs, qu'est-ce que cela, lorsqu'on jette le corps dans - la fosse, et que l'âme s'en va dans son éternité? Pensez-y dès - aujourd'hui, dès ce moment même, car, demain peut-être, il ne sera - plus temps. Travaillez pendant que le jour luit: hâtez-vous d'amasser - un trésor qui ne périsse point[20]: _la nuit vient où l'on ne peut - rien faire_[21]. De stériles désirs ne vous sauveront pas: ce sont des - oeuvres que Dieu veut. Or donc, imitez Jésus, si vous voulez vivre - éternellement avec Jésus. - - [17] Luc., X, 42. - - [18] Act., IV, 12. - - [19] Eccl., I, 3. - - [20] Matth., VI, 20. - - [21] Joan., IX, 4. - - - - -CHAPITRE II. - -Avoir d'humbles sentiments de soi-même. - - -1. Tout homme désire naturellement de savoir: mais la science sans la -crainte de Dieu, que vaut-elle? - -Un humble paysan qui sert Dieu, est certainement fort au-dessus du -philosophe superbe qui, se négligeant lui-même, considère le cours des -astres. - -Celui qui se connaît bien, se méprise, et ne se plaît point aux louanges -des hommes. - -Quand j'aurais toute la science du monde, si je n'ai pas la charité, à -quoi cela me servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes oeuvres? - -2. Modérez le désir trop vif de savoir; on ne trouvera là qu'une grande -dissipation et une grande illusion. - -Les savants sont bien aises de paraître et de passer pour habiles. - -Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point à -l'âme de connaître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre -chose que de ce qui intéresse son salut. - -La multitude des paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie sainte et -une conscience pure donnent le repos du coeur et une grande confiance -près de Dieu. - -3. Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous -n'en vivez pas plus saintement. - -Quelque art et quelque science que vous possédiez, n'en tirez donc point -de vanité: craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été -données. - -Si vous croyez beaucoup savoir, et savoir bien, souvenez-vous que c'est -peu de chose près de ce que vous ignorez. - -_Ne vous élevez point en vous-même_[22]: avouez plutôt votre ignorance. - - [22] Rom., XI, 20. - -Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y -en a tant de plus doctes que vous, et de plus instruits en la loi de -Dieu? - -Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve? Aimez à -vivre inconnu et à n'être compté pour rien. - -4. La science la plus haute et la plus utile est la connaissance exacte -et le mépris de soi-même. - -Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une grande -sagesse et une grande perfection. - -Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une -faute très-grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui: car -vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien. - -Nous sommes tous fragiles; mais croyez que personne n'est plus fragile -que vous. - - -RÉFLEXION. - - L'orgueil a perdu l'homme, l'humilité le relève et le rétablit en - grâce avec Dieu. Son mérite n'est pas dans ce qu'il sait, mais dans ce - qu'il fait. La science sans les oeuvres ne le justifiera point au - tribunal suprême; elle aggravera plutôt son jugement. Ce n'est pas que - la science n'ait ses avantages, puisqu'elle vient de Dieu: mais elle - cache un grand piége et une grande tentation. _Elle enfle_, dit - l'Apôtre[23]; elle nourrit la superbe, elle inspire une secrète - préférence de soi, préférence criminelle et folle en même temps, car - la science la plus étendue n'est qu'un autre genre d'ignorance, et la - vraie perfection consiste uniquement dans les dispositions du coeur. - N'oublions jamais que nous ne sommes rien, que nous ne possédons en - propre que le péché, que la justice veut que nous nous abaissions - au-dessous de toutes les créatures, et que, dans le royaume de - Jésus-Christ, _les premiers seront les derniers, et les derniers - seront les premiers_[24]. - - [23] I Cor., VIII, 1. - - [24] Matth., XIX, 30. - - - - -CHAPITRE III. - -De la Doctrine de vérité. - - -1. Heureux celui que la vérité instruit elle-même, non par des figures -et des paroles qui passent, mais en se montrant telle qu'elle est. - -Notre raison et nos sens voient peu et nous trompent souvent. - -À quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et obscures, -qu'au jugement de Dieu on ne vous reprochera point d'avoir ignorées? - -C'est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire, pour -s'appliquer curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux, et nous ne -voyons point. - -2. Que nous importe tout ce qu'on dit sur les genres et sur les espèces? - -Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions. - -Tout vient de ce Verbe unique: de lui procède toute parole, _il en est -le principe, et c'est lui qui parle en dedans de nous_[25]. - - [25] Joan., VIII, 25. - -Sans lui nulle intelligence; sans lui nul jugement n'est droit. - -Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette -unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son coeur -demeurera dans la paix de Dieu. - -Ô vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour -éternel. - -Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre: en vous -est tout ce que je désire, tout ce que je veux. - -Que tous les docteurs se taisent: que toutes les créatures soient dans -le silence devant vous: parlez-moi vous seul. - -3. Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses -extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, -parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence. - -Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au -milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout -pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se -rechercher en rien. - -Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections -immortifiées de votre coeur? - -4. L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au dedans de lui tout -ce qu'il doit faire au dehors: il ne se laisse point entraîner, dans ses -actions, au désir d'une inclination vicieuse: mais il les soumet à la -règle d'une droite raison. - -Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se -vaincre? - -C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre -nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour -faire quelques progrès dans le bien. - -Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et -nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité. - -L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à -Dieu, que les recherches profondes de la science. - -Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance -d'aucune chose: car elle est bonne en soi et dans l'ordre de Dieu; -seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie -sainte. - -Mais parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien -vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit -de leur travail. - -5. Oh! s'ils avaient autant d'ardeur pour extirper leurs vices et pour -cultiver la vertu, que pour remuer de vaines questions, on ne verrait -pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relâchement -dans les monastères. - -Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous avons -lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si -nous avons bien vécu. - -Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez -connus, lorsqu'ils vivaient encore, et qu'ils fleurissaient dans leur -science? - -D'autres occupent à présent leurs places, et je ne sais s'ils pensent -seulement à eux. - -Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on -n'en parle plus. - -Oh! que la gloire du monde passe vite! Plût à Dieu que leur vie eût -répondu à leur science! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit. - -Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par -l'oubli du service de Dieu! - -Et parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils -s'évanouissent dans leurs pensées. - -Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité. - -Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour -qui les honneurs du monde ne sont qu'un pur néant. - -Celui-là est vraiment sage, qui, _pour gagner Jésus-Christ, regarde -comme de la boue toutes les choses de la terre_[26]. - - [26] Philipp., III, 8. - -Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu, et -renonce à la sienne. - - -RÉFLEXION. - - Il y a deux doctrines, mais il n'y a qu'une vérité. Il y a deux - doctrines, l'une de Dieu, immuable comme lui; l'autre de l'homme, - changeante comme lui. La sagesse incréée, le Verbe divin répand la - première dans les âmes préparées à la recevoir; et la lumière qu'elle - leur communique est une partie de lui-même, de la vérité substantielle - et toujours vivante. Offerte à tous, elle est donnée avec plus - d'abondance à l'humble de coeur; et comme elle ne vient pas de lui, - qu'elle peut à chaque instant lui être retirée, qu'elle ne dépend en - aucune façon de l'intelligence qu'elle éclaire, il la possède sans - être tenté de vaine complaisance dans sa possession. La doctrine de - l'homme, au contraire, flatte son orgueil, parce qu'il en est le père. - «Cette idée m'appartient; j'ai dit cela le premier; on ne savait rien - là-dessus avant moi.» Esprit superbe, voilà ton langage. Mais bientôt - on conteste à cette puissante raison ce qui fait sa joie; on rit de - ses idées fausses qu'elle a crues vraies, de ses découvertes - imaginaires: le lendemain on n'y pense plus, et le temps emporte - jusqu'au nom de l'insensé qui ne vécut que pour être immortel sur la - terre. Ô Jésus, daignez mettre en moi votre vérité sainte et qu'elle - me préserve à jamais des égarements de mon propre esprit! - - - - -CHAPITRE IV. - -De la Prévoyance dans les actions. - - -1. Il ne faut pas croire à toute parole, ni obéir à tout mouvement -intérieur; mais peser chaque chose selon Dieu, avec prudence et avec une -longue attention. - -Hélas! nous croyons et nous disons plus facilement des autres le mal que -le bien, tant nous sommes faibles! - -Mais les parfaits n'ajoutent pas foi aisément à tout ce qu'ils -entendent, parce qu'ils connaissent l'infirmité de l'homme, enclin au -mal et léger dans ses paroles. - -2. C'est une grande sagesse que de ne point agir avec précipitation, et -de ne pas s'attacher obstinément à son propre sens. - -Il est encore de la sagesse de ne pas croire indistinctement tout ce que -les hommes disent; et ce qu'on a entendu ou cru, de ne point aller -aussitôt le rapporter aux autres. - -Prenez conseil d'un homme sage et de conscience; et laissez-vous guider -par un autre qui vaille mieux que vous, plutôt que de suivre vos propres -pensées. - -Une bonne vie rend l'homme sage selon Dieu, et lui donne une grande -expérience. - -Plus on sera humble et soumis à Dieu, plus on aura de sagesse et de paix -en toutes choses. - - -RÉFLEXION. - - Dieu devant être la dernière fin de nos actions comme de nos désirs, - il est nécessaire qu'en agissant, nous évitions de nous abandonner aux - mouvements précipités de la nature, dont le penchant est de tout - rapporter à soi. Et comme nul ne se connaît lui-même, et ne peut dès - lors être son propre guide, la sagesse veut que nous ne hasardions - aucune démarche de quelque importance avant d'avoir pris conseil, en - esprit de soumission et d'humilité. Cette juste défiance de soi - prévient les chutes et purifie le coeur. _Le conseil vous gardera_, - dit l'Écriture, _et vous retirera de la voie mauvaise_[27]. - - [27] Prov., II, 11 et 12. - - - - -CHAPITRE V. - -De la lecture de l'Écriture sainte. - - -1. Il faut chercher la vérité dans l'Écriture sainte, et non -l'éloquence. - -Toute l'Écriture doit être lue dans le même esprit qui l'a dictée. - -Nous devons y chercher l'utilité, plutôt que la délicatesse du langage. - -Nous devons lire aussi volontiers les livres simples et pieux, que les -livres profonds et sublimes. - -Ne vous prévenez point contre l'auteur; mais, sans vous inquiéter s'il a -peu ou beaucoup de science, que le pur amour de la vérité vous porte à -le lire. - -Considérez ce qu'on vous dit, sans rechercher qui le dit. - -2. _Les hommes passent; mais la vérité du Seigneur demeure -éternellement_[28]. - - [28] Ps. XXXVIII, 7; CVI, 2. - -Dieu nous parle en diverses manières, et par des personnes -très-diverses. - -Dans la lecture de l'Écriture sainte, souvent notre curiosité nous nuit, -voulant examiner et comprendre, lorsqu'il faudrait passer simplement. - -Si vous voulez en retirer du fruit, lisez avec humilité, avec -simplicité, avec foi; et ne cherchez jamais à passer pour habile. - -Aimez à interroger; écoutez en silence les paroles des Saints, et ne -méprisez point les sentences des vieillards; car elles ne sont pas -proférées en vain. - - -RÉFLEXION. - - Qu'est-ce que la raison comprend? presque rien: mais la foi embrasse - l'infini. Celui qui croit est donc bien au-dessus de celui qui - raisonne, et la simplicité du coeur, bien préférable à la science qui - nourrit l'orgueil. C'est le désir de savoir qui perdit le premier - homme: il cherchait la science, il trouva la mort. Dieu qui nous parle - dans l'Écriture, n'a pas voulu satisfaire notre vaine curiosité, mais - nous éclairer sur nos devoirs, exercer notre foi, purifier et nourrir - notre âme par l'amour des vrais biens, qui sont tous renfermés en lui. - L'humilité d'esprit est donc la disposition la plus nécessaire pour - lire avec fruit les livres saints, et c'est déjà avoir profité - beaucoup que de comprendre combien ils sont au-dessus de notre raison - faible et bornée. - - - - -CHAPITRE VI. - -Des Affections déréglées. - - -1. Dès que l'homme commence à désirer quelque chose désordonnément, -aussitôt il devient inquiet en lui-même. - -Le superbe et l'avare n'ont jamais de repos; mais le pauvre et l'humble -d'esprit vivent dans l'abondance de la paix. - -L'homme qui n'est pas encore parfaitement mort à lui-même, est bien vite -tenté; et il succombe dans les plus petites choses. - -Celui dont l'esprit est encore infirme, appesanti par la chair, et -incliné vers les choses sensibles, a grande peine à se détacher -entièrement des désirs terrestres. - -C'est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il éprouve -de la tristesse; et il est disposé à l'impatience, quand on lui résiste. - -2. Que s'il a obtenu ce qu'il convoitait, aussitôt le remords de la -conscience pèse sur lui, parce qu'il a suivi sa passion, qui ne sert de -rien pour la paix qu'il cherchait. - -C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la -véritable paix du coeur. - -Point de paix donc dans le coeur de l'homme charnel, de l'homme livré -aux choses extérieures: la paix est le partage de l'homme fervent et -spirituel. - - -RÉFLEXION. - - Un joug pesant accable les enfants d'Adam[29], fatigués sans relâche - par les convoitises de la nature corrompue. Succombent-ils, la - tristesse, le trouble, l'amertume, le remords, s'emparent aussitôt de - leur âme. «Superbe encore au fond de l'ignominie, inquiet et las de - moi-même, dit saint Augustin en racontant les désordres de sa - jeunesse, je m'en allais loin de vous, ô mon Dieu! à travers des voies - toutes semées de stériles douleurs[30].» Il en coûte plus à l'homme de - céder à ses penchants, que de les vaincre; et si le combat contre les - passions est dur, une paix ineffable en est le fruit. Appelons le - Seigneur à notre aide dans ce saint combat; n'en craignons point le - travail, il sera court: aujourd'hui, demain; et puis le repos éternel! - - [29] Eccl., XL, 1. - - [30] Conf., lib. II, cap. II. - - - - -CHAPITRE VII. - -Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances. - - -1. Insensé celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque -créature que ce soit. - -N'ayez point de honte de servir les autres, et de paraître pauvre en ce -monde, pour l'amour de Jésus-Christ. - -Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu -seul. - -Faites ce qui est en vous, et Dieu secondera votre bonne volonté. - -Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune -créature; mais plutôt dans la grâce de Dieu, qui aide les humbles et qui -humilie les présomptueux. - -2. Ne vous glorifiez point dans les richesses, si vous en avez, ni dans -vos amis parce qu'ils sont puissants, mais en Dieu, qui donne tout, et -qui, par-dessus tout, désire encore se donner lui-même. - -Ne vous élevez point à cause de la force ou de la beauté de votre corps, -qu'une légère infirmité abat et flétrit. - -N'ayez point de complaisance en vous-même à cause de votre esprit ou de -votre habileté, de peur de déplaire à Dieu, de qui vient tout ce que -vous avez reçu de bon de la nature. - -3. Ne vous estimez pas meilleur que les autres, de crainte que peut-être -vous ne soyez pire aux yeux de Dieu, qui sait ce qu'il y a dans l'homme. - -Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes oeuvres, car les jugements de -Dieu sont autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes, -souvent lui déplaît. - -S'il y a quelque bien en vous, croyez qu'il y en a plus dans les autres, -afin de conserver l'humilité. - -Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous: mais il vous -serait très-nuisible de vous préférer à un seul. - -L'homme humble jouit d'une paix inaltérable; la colère et l'envie -troublent le coeur du superbe. - - -RÉFLEXION. - - En considérant la faiblesse de l'homme, la fragilité de sa vie, les - souffrances dont il est assailli de toutes parts, les ténèbres de sa - raison, les incertitudes de sa volonté _inclinée au mal dès - l'enfance_[31], on s'étonne qu'un seul mouvement d'orgueil puisse - s'élever dans une créature si misérable; et cependant l'orgueil est le - fond même de notre nature dégradée. Selon la pensée d'un Père, _il - nous sépare de la sagesse; il fait que nous voulons être nous-mêmes - notre bien, comme Dieu lui-même est son bien_[32]: tant il y a de - folie dans le crime! C'est alors que l'homme se recherche et s'admire - dans tout ce qui le distingue des autres et l'agrandit à ses propres - yeux, dans les avantages du corps, de l'esprit, de la naissance, de la - fortune, de la grâce même, abusant ainsi à la fois des dons du - créateur et du rédempteur. Oh! que ce désordre est effrayant et - combien nous devons trembler lorsque nous découvrons en nous un - sentiment de vaine complaisance, ou qu'il nous arrive de nous préférer - à l'un de nos frères! Rappelons-nous souvent le pharisien de - l'Évangile, sa fausse piété, si contente d'elle-même et si coupable - devant Dieu, son mépris pour le publicain _qui s'en alla justifié_ à - cause de l'humble aveu de sa misère, et disons au fond du coeur avec - celui-ci: _Mon Dieu, ayez pitié de moi_ pauvre pécheur[33]! - - [31] Gen., VIII, 21. - - [32] S. Aug. de lib. arbitr., lib. III, cap. XXIV. - - [33] Luc., XVIII, 13. - - - - -CHAPITRE VIII. - -Éviter la trop grande familiarité. - - -1. _N'ouvrez pas votre coeur à tous indistinctement_[34]; mais confiez -ce qui vous touche à l'homme sage et craignant Dieu. - - [34] Eccl., VIII, 22. - -Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les personnes du monde. - -Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant les -grands. - -Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de bonnes -moeurs; et ne vous entretenez que de choses édifiantes. - -N'ayez de familiarité avec aucune femme; mais recommandez à Dieu toutes -celles qui sont vertueuses. - -Ne souhaitez d'être familier qu'avec Dieu et les Anges, et évitez d'être -connu des hommes. - -2. Il faut avoir de la charité pour tout le monde; mais la familiarité -ne convient point. - -Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa bonne -réputation: et en se montrant, elle détruit l'opinion qu'on avait -d'elle. - -Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos assiduités; et -c'est plutôt alors que nous commençons à leur déplaire par les défauts -qu'ils découvrent en nous. - - -RÉFLEXION. - - Il faut se prêter aux hommes, et ne se donner qu'à Dieu. Un commerce - trop étroit avec la créature partage l'âme et l'affaiblit: elle doit - vivre plus haut. _Notre conversation est dans le ciel_, dit - l'Apôtre[35]. - - [35] Philipp., III, 20. - - - - -CHAPITRE IX. - -De l'obéissance et du renoncement à son propre sens. - - -1. C'est quelque chose de bien grand que de vivre sous un supérieur, -dans l'obéissance, et de ne pas dépendre de soi-même. - -Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander. - -Quelques-uns obéissent plutôt par nécessité que par amour; et ceux-là, -toujours souffrants, sont portés au murmure. Jamais ils ne posséderont -la liberté d'esprit, à moins qu'ils ne se soumettent de tout leur coeur, -à cause de Dieu. - -Allez où vous voudrez, vous ne trouverez de repos que dans une humble -soumission à la conduite d'un supérieur. Plusieurs, s'imaginant qu'ils -seraient meilleurs en d'autres lieux, ont été trompés par cette idée de -changement. - -2. Il est vrai que chacun aime à suivre son propre sens, et a plus -d'inclination pour ceux qui pensent comme lui. - -Mais si Dieu est au milieu de nous, il est quelquefois nécessaire de -renoncer à notre sentiment pour le bien de la paix. - -Quel est l'homme si éclairé, qu'il sache tout parfaitement? - -Ne vous fiez donc pas trop à votre sentiment; mais écoutez aussi -volontiers celui des autres. - -Si votre sentiment est bon, et qu'à cause de Dieu vous l'abandonniez -pour en suivre un autre, vous en retirerez plus d'avantage. - -3. J'ai souvent ouï dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un -conseil, que de le donner. - -Car il peut arriver que le sentiment de chacun soit bon: mais ne vouloir -pas céder aux autres, lorsque l'occasion ou la raison le demande, c'est -la marque d'un esprit superbe et opiniâtre. - - -RÉFLEXION. - - _Le Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la - croix_[36]. Qui oserait après cela refuser d'obéir? Nul ordre dans le - monde, nulle vie que par l'obéissance: elle est le lien des hommes - entre eux et avec leur auteur, le fondement de la paix et le principe - de l'harmonie universelle. La famille, la cité, l'Église ou la grande - société des intelligences, ne subsistent que par elle, et la - perfection la plus haute n'est, pour les créatures, qu'une plus - parfaite obéissance, elle seule nous garantit de l'erreur et du péché. - Qu'est-ce que l'erreur? la pensée d'un esprit faillible, qui ne - reconnaît point de maître et n'obéit qu'à soi. Qu'est-ce que le péché? - l'acte d'une volonté corrompue, qui ne reconnaît point de maître et - n'obéit qu'à soi. Mais à qui devrons-nous obéir? à un homme comme - nous? Non, non, l'homme n'a sur l'homme aucun légitime empire; son - pouvoir n'est que la force, et quand il commande en son propre nom, il - usurpe insolemment un droit qui ne lui appartient en aucune manière. - Dieu est l'unique monarque, et toute autorité légitime est un - écoulement, une participation de sa puissance éternelle, infinie. - Ainsi, comme l'enseigne l'Apôtre, _le pouvoir vient de Dieu_[37], et - il est soumis à une règle divine, aussi bien dans l'ordre temporel que - dans l'ordre religieux; de sorte qu'en obéissant au pontife, au - prince, au père, à quiconque est réellement _le ministre de Dieu pour - le bien_[38], c'est à Dieu seul qu'on obéit. Heureux celui qui - comprend cette céleste doctrine: délivré de la servitude de l'erreur - et des passions, de la servitude de l'homme, il jouit _de la vraie - liberté des enfants de Dieu_[39]. - - [36] Philipp., II, 8. - - [37] Rom., XIII, 1. - - [38] _Ibid._ - - [39] _Ibid._, VIII, 21. - - - - -CHAPITRE X. - -Qu'il faut éviter les entretiens inutiles. - - -1. Évitez, autant que vous pourrez, le tumulte du monde; car il y a du -danger à s'entretenir des choses du siècle, même avec une intention -pure. - -Bientôt la vanité souille l'âme, et la captive. - -Je voudrais souvent m'être tû, et ne m'être point trouvé avec des -hommes. - -D'où vient que nous aimons tant à parler et à converser, lorsque si -rarement il arrive que nous rentrions dans le silence avec une -conscience qui ne soit pas blessée? - -C'est que nous cherchons dans ces entretiens une consolation mutuelle, -et un soulagement pour notre coeur fatigué de pensées diverses. - -Nous nous plaisons à parler, à occuper notre esprit de ce que nous -aimons, de ce que nous souhaitons, de ce qui contrarie nos désirs. - -2. Mais souvent, hélas! bien vainement: car cette consolation extérieure -n'est pas un médiocre obstacle à la consolation que Dieu donne -intérieurement. - -Il faut donc veiller et prier, afin que le temps ne se passe pas sans -fruit. - -S'il est permis, s'il convient de parler, parlez de ce qui peut édifier. - -La mauvaise habitude et le peu de soin de notre avancement, nous -empêchent d'observer notre langue. - -Cependant, de pieuses conférences sur les choses spirituelles, entre des -personnes unies selon Dieu et animées d'un même esprit, servent beaucoup -au progrès dans la perfection. - - -RÉFLEXION. - - Il est écrit que nous rendrons compte, au jour du jugement, même d'une - parole oiseuse[40]. Ne nous étonnons pas de tant de rigueur: tout est - sérieux dans la vie humaine, dont chaque moment peut avoir de si - formidables conséquences. Ce temps que vous dissipez en des entretiens - inutiles, vous était donné pour gagner le ciel. Comparez la fin pour - laquelle vous l'avez reçu avec l'usage que vous en faites; et - cependant que savez-vous s'il vous sera seulement accordé une heure de - plus? - - [40] Matth., XII, 36. - - - - -CHAPITRE XI. - -Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du soin d'avancer dans la -vertu. - - -1. Nous pourrions jouir d'une grande paix, si nous voulions ne nous -point occuper de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce -dont nous ne sommes point chargés. - -Comment peut-il être longtemps en paix, celui qui s'embarrasse de soins -étrangers, qui cherche à se répandre au dehors, et ne se recueille que -peu ou rarement en lui-même? - -Heureux les simples, parce qu'ils posséderont une grande paix! - -2. Comment quelques Saints se sont-ils élevés à un si haut degré de -vertu et de contemplation? - -C'est qu'ils se sont efforcés de mourir à tous les désirs de la terre, -et qu'ils ont pu ainsi s'unir à Dieu par le fond le plus intime de leur -coeur, et s'occuper librement d'eux-mêmes. - -Pour nous, nous sommes trop à nos passions, et trop inquiets de ce qui -se passe. - -Rarement nous surmontons parfaitement un seul vice; nous n'avons point -d'ardeur pour faire chaque jour quelque progrès, et ainsi nous restons -tièdes et froids. - -3. Si nous étions tout à fait morts à nous-mêmes, et moins préoccupés au -dedans de nous, alors nous pourrions aussi goûter les choses de Dieu, et -acquérir quelque expérience de la céleste contemplation. - -Le plus grand, l'unique obstacle, c'est qu'asservis à nos passions et à -nos convoitises, nous ne faisons aucun effort pour entrer dans la voie -parfaite des Saints. - -Et, s'il arrive que nous éprouvions quelque légère adversité, nous nous -laissons aussitôt abattre, et nous recourons aux consolations humaines. - -4. Si, tels que des soldats généreux, nous demeurions fermes dans le -combat, nous verrions certainement le secours de Dieu descendre sur nous -du Ciel. - -Car il est toujours prêt à aider ceux qui résistent, et qui espèrent en -sa grâce; et c'est lui qui nous donne des occasions de combattre, afin -de nous rendre victorieux. - -Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les -observances extérieures, notre dévotion sera de peu de durée. - -Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que, dégagés des -passions, nous possédions notre âme en paix. - -5. Si nous déracinions chaque année un seul vice, bientôt nous serions -parfaits. - -Mais nous sentons souvent au contraire que nous étions meilleurs, et que -notre vie était plus pure, lorsque nous quittâmes le siècle, qu'après -plusieurs années de profession. - -Nous devrions croître chaque jour en ferveur et en vertu, et maintenant -on compte pour beaucoup d'avoir conservé une partie de sa ferveur. - -Si nous nous faisions d'abord un peu de violence, nous pourrions tout -faire ensuite aisément et avec joie. - -6. Il est dur de renoncer à ses habitudes; mais il est plus dur encore -de courber sa propre volonté. - -Cependant si vous ne savez pas vous vaincre en des choses légères, -comment remporterez-vous des victoires plus difficiles? - -Résistez dès le commencement à votre inclination: rompez sans aucun -retard toute habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous -engage dans de plus grandes difficultés. - -Oh! si vous considériez quelle paix pour vous, quelle joie pour les -autres, en vivant comme vous le devez, vous auriez, je crois, plus -d'ardeur pour votre avancement spirituel. - - -RÉFLEXION. - - _Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, non comme le monde la - donne_[41]. Quelle aimable douceur, quel touchant amour dans ces - paroles de Jésus-Christ, et en même temps quelle instruction profonde. - Tous les hommes souhaitent la paix, mais il y a deux paix, la paix de - Jésus-Christ et la paix du monde. Le monde dit à l'ambitieux: Le désir - des grandeurs te trouble et t'agite, monte, élève-toi. Il dit à - l'avare: L'envie des richesses te dévore, amasse, amasse, sans - t'arrêter jamais. Il dit au mondain tourmenté de ses convoitises: - Enivre-toi de tous les plaisirs. Il dit enfin à chaque passion: Jouis - et tu auras la paix. Promesse menteuse! Les soucis, la tristesse, - l'inquiétude, le dégoût, les remords, voilà la paix du monde. Jésus - dit: Triomphez de vous-même, combattez vos désirs, domptez vos - convoitises, brisez vos passions: et l'âme docile à ses commandements - repose dans un calme ineffable. Les peines de la vie, les souffrances, - les injustices, les persécutions, rien n'altère sa paix; et cette - céleste paix, _qui surpasse tout sentiment_[42], l'accompagne au - dernier passage, et la suit jusqu'au ciel où se consommera sa - félicité. - - [41] Joan., XIV, 27. - - [42] Philipp., IV, 7. - - - - -CHAPITRE XII. - -De l'avantage de l'adversité. - - -1. Il nous est bon d'avoir quelquefois des peines et des traverses, -parce que souvent elles rappellent l'homme à son coeur, et lui font -sentir qu'il est en exil, et qu'il ne doit mettre son espérance en -aucune chose du monde. - -Il nous est bon de souffrir quelquefois des contradictions, et qu'on -pense mal, ou peu favorablement de nous, quelque bonnes que soient nos -actions et nos intentions. Souvent cela sert à nous rendre humbles, et à -nous prémunir contre la vaine gloire. - -Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du -coeur, quand les hommes au dehors nous rabaissent, et pensent mal de -nous. - -2. C'est pourquoi l'homme devrait s'affermir tellement en Dieu, qu'il -n'eût pas besoin de chercher tant de consolations humaines. - -Lorsqu'avec une volonté droite, l'homme est troublé, tenté, affligé de -mauvaises pensées, il reconnaît alors combien Dieu lui est nécessaire, -et qu'il n'est capable d'aucun bien sans lui. - -Alors il s'attriste, il gémit, il prie, à cause des maux qu'il souffre. - -Alors il s'ennuie de vivre plus longtemps, et il souhaite que la mort -arrive, afin que, délivré de ses liens, il soit avec Jésus-Christ. - -Alors aussi il comprend bien qu'une sécurité parfaite, une pleine paix, -ne sont point de ce monde. - - -RÉFLEXION. - - C'est dans l'adversité que chacun de nous apprend à connaître ce qu'il - est réellement. _Celui qui n'a pas été éprouvé, que sait-il[43]?_ - L'homme à qui tout prospère est exposé à un grand danger; il est bien - à craindre que son âme s'assoupisse d'un sommeil pesant, et qu'à - l'heure du réveil on ne lui dise: _Souvenez-vous que vous avez reçu - vos biens sur la terre_[44]. Ici-bas les souffrances sont une grâce de - prédilection; elles nous exercent à la vertu, elles nous fournissent - de nouvelles occasions de mérite, et nous rendent conformes au Fils de - Dieu, dont il est écrit: _Il a fallu que le Christ souffrît, et qu'il - entrât ainsi dans sa gloire_[45]. - - [43] Eccl., XXXIV, 9. - - [44] Luc., XVI, 25. - - [45] Act., XVII, 3. - - - - -CHAPITRE XIII. - -De la résistance aux tentations. - - -1. Tant que nous vivons ici-bas, nous ne pouvons être exempts de -tribulations et d'épreuves. - -C'est pourquoi il est écrit au livre de Job: _La tentation est la vie de -l'homme sur la terre_[46]. - - [46] Job, VII, 1. - -Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations qui -l'assiégent, et veiller et prier pour ne point laisser lieu aux -surprises du démon, qui ne dort jamais, et _qui tourne de tous côtés, -cherchant quelqu'un pour le dévorer_[47]. - - [47] I. Pet.; Ps. V, 8. - -Il n'est point d'homme si parfait et si saint, qui n'ait quelquefois des -tentations, et nous ne pouvons en être entièrement affranchis. - -2. Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas d'être -souvent très-utiles à l'homme, parce qu'elles l'humilient, le purifient -et l'instruisent. - -Tous les Saints ont passé par beaucoup de tentations et de souffrances, -et c'est par cette voie qu'ils ont avancé; mais ceux qui n'ont pu -soutenir ces épreuves, Dieu les a réprouvés, et ils ont défailli dans la -route du salut. - -Il n'y a point d'ordre si saint, ni de lieu si secret, où l'on ne trouve -des peines et des tentations. - -3. L'homme, tant qu'il vit, n'est jamais entièrement à l'abri des -tentations: car nous en portons le germe en nous, à cause de la -concupiscence dans laquelle nous sommes nés. - -L'une succède à l'autre; et nous aurons toujours quelque chose à -souffrir, parce que nous avons perdu le bien et la félicité primitive. - -Plusieurs cherchent à fuir pour n'être point tentés, et ils tombent dans -des tentations plus dangereuses. - -Il ne suffit pas de fuir pour vaincre; mais la patience et la véritable -humilité nous rendent plus forts que tous nos ennemis. - -4. Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les -occasions extérieures, avancera peu: au contraire les tentations -reviennent à lui plus promptement et plus violentes. - -Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue patience, aidé -du secours de Dieu, que par une rude et inquiète opiniâtreté. - -Prenez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point durement -celui qui est tenté; mais consolez-le comme vous voudriez qu'on vous -consolât vous-même. - -5. Le commencement de toutes les tentations est l'inconstance de -l'esprit et le peu de confiance en Dieu. - -Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les -flots, ainsi l'homme faible et changeant qui abandonne ses résolutions -est agité par des tentations diverses. - -_Le feu éprouve le fer_[48], et la tentation, l'homme juste. - - [48] Eccl., XXXI, 31. - -Nous ne savons souvent ce que nous pouvons: mais la tentation montre ce -que nous sommes. - -Il faut veiller cependant, surtout au commencement de la tentation; car -on triomphe beaucoup plus facilement de l'ennemi, si on ne le laisse -point pénétrer dans l'âme, et si on le repousse à l'instant même où il -se présente pour entrer. - -C'est ce qui a fait dire à un ancien: _Arrêtez le mal dès son origine, -le remède vient trop tard, quand le mal s'est accru par de longs -délais_[49]. - - [49] Ovid. - -D'abord une simple pensée s'offre à l'esprit, puis une vive imagination; -ensuite le plaisir, et le mouvement déréglé, et le consentement. Ainsi -peu à peu l'ennemi envahit toute l'âme, lorsqu'on ne lui résiste pas dès -le commencement. - -Plus on met de retard et de langueur à le repousser, plus on s'affaiblit -chaque jour, et plus l'ennemi devient fort contre nous. - -6. Plusieurs sont affligés de tentations plus violentes au commencement -de leur conversion; d'autres à la fin: il y en a qui souffrent presque -toute leur vie. - -Quelques-uns sont tentés assez légèrement, selon l'ordre de la sagesse -et de la justice de Dieu, qui connaît l'état des hommes, pèse leurs -mérites, et dispose tout pour le salut de ses élus. - -7. C'est pourquoi, quand nous sommes tentés, nous ne devons point perdre -l'espérance, mais prier Dieu avec plus de ferveur, afin qu'il daigne -nous secourir dans toutes nos tribulations; car, selon la parole de -l'Apôtre, _il nous fera tirer avantage de la tentation même, de sorte -que nous puissions la surmonter_[50]. - - [50] I. Cor., X, 13. - -_Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu_[51], dans toutes nos -tentations, dans toutes nos peines, parce qu'il sauvera et relèvera les -humbles d'esprit. - - [51] I. Pet. - -8. Dans les tentations et les traverses, on reconnaît combien l'homme a -fait de progrès. Le mérite est plus grand, et la vertu paraît davantage. - -Il est peu difficile d'être pieux et fervent, lorsque l'on n'éprouve -rien de pénible; mais celui qui se soutient avec patience au temps de -l'adversité, donne l'espoir d'un grand avancement. - -Quelques-uns surmontent les grandes tentations et succombent tous les -jours aux petites, afin qu'humiliés d'être si faibles dans les moindres -occasions, ils ne présument jamais d'eux-mêmes dans les grandes. - - -RÉFLEXION. - - Nul homme n'est exempt de tentations. Elles nous purifient, nous - éprouvent, nous instruisent, nous humilient. Ce n'est pas seulement - par la fuite ou par une résistance violente qu'on en triomphe, mais - par une patience tranquille et un confiant abandon entre les mains de - Dieu. Veillons cependant, selon le précepte de Jésus-Christ, _Veillons - et prions_[52]. On surmonte aisément la tentation naissante; mais si - on la laisse croître et se fortifier, on porte, en succombant, la - peine de sa négligence ou de sa présomption. Voulez-vous réellement - vaincre? Repoussez l'ennemi dès la première attaque. Voulez-vous - retirer du combat l'avantage en vue duquel Dieu permet que nous soyons - tentés? Reconnaissez votre misère, votre faiblesse, votre impuissance; - et humiliez-vous de plus en plus. L'humilité est le fondement de notre - sûreté, de notre paix et de toute perfection. - - [52] Marc., XIV, 38. - - - - -CHAPITRE XIV. - -Éviter les jugements téméraires, et ne se point rechercher soi-même. - - -1. Tournez les yeux sur vous-même, et gardez-vous de juger les actions -des autres. - -En jugeant les autres, l'homme se fatigue vainement: il se trompe le -plus souvent, et commet beaucoup de fautes; mais en s'examinant et se -jugeant lui-même, il travaille toujours avec fruit. - -D'ordinaire nous jugeons des choses selon l'inclination de notre coeur, -car l'amour-propre altère aisément en nous la droiture du jugement. - -Si nous n'avions jamais en vue que Dieu seul, nous serions moins -troublés quand on résiste à notre sentiment. - -2. Mais souvent il y a quelque chose hors de nous, ou de caché en nous, -qui nous entraîne. - -Plusieurs se recherchent secrètement eux-mêmes dans ce qu'ils font, et -ils l'ignorent. - -Ils semblent affermis dans la paix, lorsque tout va selon leurs désirs; -mais éprouvent-ils des contradictions, aussitôt ils s'émeuvent, et -tombent dans la tristesse. - -La diversité des opinions produit souvent des dissensions entre les -amis, entre les citoyens, et même entre les religieux et les personnes -dévotes. - -3. On quitte difficilement une vieille habitude; et nul ne se laisse -volontiers conduire au-delà de ce qu'il voit. - -Si vous vous appuyez sur votre esprit et sur votre pénétration, plus que -sur la soumission dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple, vous serez -très-peu et très-tard éclairé dans la vie spirituelle: car Dieu veut que -nous lui soyons parfaitement soumis, et que nous nous élevions au-dessus -de toute raison par un ardent amour. - - -RÉFLEXION. - - Il y a en nous une secrète malice qui se complaît à découvrir les - imperfections de nos frères: et voilà pourquoi nous sommes si prompts - à les juger, oubliant qu'à Dieu seul appartient le jugement des - coeurs. Au lieu de scruter si curieusement la conscience d'autrui, - descendons dans la nôtre; nous y trouverons assez de motifs d'être - indulgents envers le prochain et de troubles pour nous-même. Vous - n'êtes chargé que de vous, vous ne répondrez que de vous; _Ne jugez - donc point, afin que vous ne soyez point jugé_[53]. - - [53] Matth., VII, 2. - - - - -CHAPITRE XV. - -Des oeuvres de charité. - - -1. Pour nulle chose au monde, ni pour l'amour d'aucun homme, on ne doit -faire le moindre mal; on peut quelquefois cependant, pour rendre un -service dans le besoin, différer une bonne oeuvre, ou lui en substituer -une meilleure: car alors le bien n'est pas détruit, mais il se change en -un plus grand. - -Aucune oeuvre extérieure ne sert sans la charité; mais tout ce qui se -fait par la charité, quelque petit et quelque vil qu'il soit, produit -des fruits abondants. - -Car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui fait agir. - -2. Celui-là fait beaucoup, qui aime beaucoup. - -Celui-là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait; et il fait bien -lorsqu'il subordonne sa volonté à l'utilité publique. - -Ce qu'on prend pour la charité, souvent n'est que la convoitise; car il -est rare que l'inclination, la volonté propre, l'espoir de la -récompense, ou la vue de quelque avantage particulier, n'influe pas sur -nos actions. - -3. Celui qui possède la charité véritable et parfaite, ne se recherche -en rien; mais son unique désir est que la gloire de Dieu s'opère en -toute chose. - -Il ne porte envie à personne, parce qu'il ne souhaite aucune faveur -particulière, ne met point sa joie en lui-même, et que, dédaignant tous -les autres biens, il ne cherche qu'en Dieu son bonheur. - -Il n'attribue jamais aucun bien à la créature; il les rapporte tous à -Dieu de qui ils découlent comme de leur source, et dans la jouissance -duquel tous les Saints se reposent à jamais comme dans leur fin -dernière. - -Oh! qui aurait une étincelle de la vraie charité, que toutes les choses -de la terre lui paraîtraient vaines! - - -RÉFLEXION. - - Presque toutes les actions des hommes partent d'un principe vicié, de - cette triple concupiscence dont parle saint Jean[54], et contre - laquelle la vie chrétienne n'est qu'un perpétuel combat. L'amour - déréglé de soi, si difficile à vaincre entièrement, corrompt trop - souvent les oeuvres mêmes en apparence les plus pures. Que de travaux, - que d'aumônes, que de pénitences, dans lesquelles on se confie - peut-être, seront stériles pour le ciel! Dieu ne se donne qu'à ceux - qui l'aiment; il est le prix de la charité, de cet amour inénarrable, - sans bornes et sans mesure, qui, tandis que tout le reste passe, - demeure éternellement, dit saint Paul[55]. Amour, qui seul faites les - saints, amour _qui êtes Dieu même_[56], pénétrez, possédez, - transformez en vous toutes les puissances de mon âme, soyez ma vie, - mon unique vie, et maintenant, et à jamais dans les siècles des - siècles. Ainsi soit-il! - - [54] I. Joan., II, 16. - - [55] I. Cor., XIII, 8. - - [56] I. Joan., IV, 16. - - - - -CHAPITRE XVI. - -Qu'il faut supporter les défauts d'autrui. - - -1. Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le -supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement. - -Songez qu'il est peut-être mieux qu'il en soit ainsi, pour vous éprouver -par la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose. - -Vous devez cependant prier Dieu de vous aider à vaincre ces obstacles, -ou à les supporter avec douceur. - -2. Si quelqu'un, averti une ou deux fois, ne se rend point, ne contestez -point avec lui, mais confiez tout à Dieu, qui sait tirer le bien du mal, -afin que sa volonté s'accomplisse, et qu'il soit glorifié dans tous ses -serviteurs. - -Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités des -autres, quelles qu'elles soient; parce qu'il y a aussi bien des choses -en vous, que les autres ont à supporter. - -Si vous ne pouvez vous rendre tel que vous voudriez, comment -pourrez-vous faire que les autres soient selon votre gré? - -Nous aimons que les autres soient exempts de défauts, et nous ne -corrigeons point les nôtres. - -3. Nous voulons qu'on reprenne les autres sévèrement, et nous ne voulons -pas être repris nous-mêmes. - -Nous sommes choqués qu'on leur laisse une trop grande liberté, et nous -ne voulons pas qu'on nous refuse rien. - -Nous voulons qu'on les retienne par des règlements, et nous ne souffrons -pas qu'on nous contraigne en la moindre chose. - -Par là on voit clairement combien il est rare que nous usions de la même -mesure pour nous et pour les autres. - -Si tous étaient parfaits, qu'aurions-nous de leur part à souffrir pour -Dieu? - -4. Or Dieu l'a ainsi ordonné, afin que nous apprenions à porter le -fardeau les uns des autres: car chacun a son fardeau: personne n'est -sans défauts, nul ne se suffit à soi-même, nul n'est assez sage pour se -conduire seul; mais il faut nous supporter, nous consoler, nous aider, -nous instruire, nous avertir mutuellement. - -C'est dans l'adversité qu'on voit le mieux ce que chacun a de vertus. - -Car les occasions ne rendent pas l'homme fragile; mais elles montrent ce -qu'il est. - - -RÉFLEXION. - - Vous ne sauriez, dites-vous, supporter tels et tels défauts; puissant - motif de vous humilier! Car Dieu, qui est la perfection même, les - supporte, et de beaucoup plus grands. Ce qui vous rend si susceptible, - ce n'est pas le zèle du prochain, mais un amour-propre difficile, - irritable, ombrageux. Tournez vos regards sur vous-même, et voyez si - vos frères n'ont rien à souffrir de vous? La vraie piété est douce et - patiente, parce qu'elle éclaire sur ce que l'on est. Celui qui se sent - faible, et qui en gémit, ne se choque pas aisément des faiblesses des - autres; il sait que nous avons tous besoin de support, d'indulgence et - de miséricorde; il excuse, il compatit, il pardonne, et conserve ainsi - la paix au dedans de soi et au dehors la charité. - - - - -CHAPITRE XVII. - -De la vie religieuse. - - -1. Il faut que vous appreniez à vous briser en beaucoup de choses, si -vous voulez conserver la paix et la concorde avec les autres. - -Ce n'est pas peu de chose de vivre dans un monastère ou dans une -congrégation, de n'y être jamais une occasion de plainte, et d'y -persévérer fidèlement jusqu'à la mort. - -Heureux celui qui, après une vie sainte, y a heureusement consommé sa -course! - -Si vous voulez être affermi et croître dans la vertu, regardez-vous -comme exilé et comme étranger sur la terre. - -Il faut, pour l'amour de Jésus-Christ, devenir insensé selon le monde, -si vous voulez vivre en religieux. - -2. L'habit et la tonsure servent peu: c'est le changement des moeurs et -la mortification entière des passions qui font le vrai religieux. - -Celui qui cherche autre chose que Dieu seul et le salut de son âme, ne -trouvera que tribulation et douleur. - -Celui-là ne saurait non plus demeurer longtemps en paix, qui ne -s'efforce point d'être le dernier de tous, et soumis à tous. - -3. Vous êtes venu pour servir, et non pour dominer: sachez que vous êtes -appelé pour souffrir et pour travailler, et non pour discourir dans une -vaine oisiveté. - -Ici donc les hommes sont éprouvés comme l'or dans la fournaise. - -Ici nul ne peut vivre, s'il ne veut s'humilier de tout son coeur à cause -de Dieu. - - -RÉFLEXION. - - Qu'est-ce qu'un bon religieux? c'est un chrétien toujours occupé de - tendre à la perfection. La vie religieuse n'est donc qu'une vie, pour - ainsi dire, plus chrétienne; et l'abnégation de soi-même est l'abrégé - de tous les devoirs qu'elle impose. Or ces devoirs sont aussi les - nôtres, puisque ce n'est pas seulement à quelques-uns, mais à tous, - que Jésus-Christ a dit: _Soyez parfaits comme votre Père céleste est - parfait_[57]. Pour remplir cette grande vocation, renonçons à - nous-mêmes; unissons-nous pleinement au sacrifice de notre divin chef; - aimons surtout la dépendance, les humiliations, les mépris. Le salut - est un édifice qui ne s'élève que sur les ruines de l'orgueil. - - [57] Matth., V, 48. - - - - -CHAPITRE XVIII. - -De l'exemple des Saints. - - -1. Contemplez les exemples des saints Pères, en qui reluisait la vraie -perfection de la vie religieuse, et vous verrez combien peu est ce que -nous faisons, et presque rien. - -Hélas! qu'est-ce que notre vie comparée à la leur? - -Les Saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et -dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans -la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et -dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et -d'opprobres. - -2. Oh! que de pesantes tribulations ont souffertes les Apôtres, les -Martyrs, les Confesseurs, les Vierges, et tous ceux qui ont voulu suivre -les traces de Jésus-Christ! _Ils ont haï leur âme en ce monde, pour la -posséder dans l'éternité_[58]. - - [58] Joan., XII, 25. - -Oh! quelle vie de renoncement et d'austérités, que celle des Saints dans -le désert! quelles longues et dures tentations ils ont essuyées! que de -fois ils ont été tourmentés par l'ennemi! que de fréquentes et ferventes -prières ils ont offertes à Dieu! Quelles rigoureuses abstinences ils ont -pratiquées! quel zèle, quelle ardeur pour leur avancement spirituel! -quelle forte guerre contre leurs passions! quelle intention pure et -droite toujours dirigée vers Dieu! - -Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prières; et -même, durant le travail, ils ne cessaient point de prier en esprit. - -3. Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu'ils donnaient à -Dieu leur semblaient courtes, et ils trouvaient tant de douceur dans la -contemplation, qu'ils en oubliaient les besoins du corps. - -Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs amis, -à leurs parents: ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient à peine -ce qui était nécessaire pour la vie; s'occuper du corps, même dans la -nécessité, leur était une affliction. - -Ils étaient pauvres des choses de la terre: mais ils étaient riches en -grâces et en vertus. - -Au dehors tout leur manquait; mais Dieu les fortifiait au dedans par sa -grâce et par ses consolations. - -4. Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu, et ses amis -familiers. - -Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait; mais -ils étaient chéris de Dieu, et précieux devant lui. - -Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple, dans -la charité, dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus -parfaits et plus agréables à Dieu. - -Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie -religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la perfection, -que la multitude des tièdes ne nous porte au relâchement. - -5. Oh! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de leur -sainte institution! quelle ardeur pour la prière! quelle émulation de -vertu! quelle sévère discipline! que de soumission, que de respect ils -montraient tous pour la règle de leur fondateur! - -Ce qui nous reste d'eux atteste encore la sainteté et la perfection de -ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds le -monde. - -Aujourd'hui on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole point sa -règle, et qu'il porte patiemment le joug dont il s'est chargé. - -Ô tiédeur! ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi nous -l'ancienne ferveur! Maintenant tout fatigue notre lâcheté, jusqu'à nous -rendre la vie ennuyeuse. - -Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'hommes vraiment pieux, -vous ne laissiez pas entièrement s'assoupir en vous le désir d'avancer -dans la vertu! - - -RÉFLEXION. - - À la vue des exemples admirables que nous ont laissés tant de - disciples fervents de Jésus-Christ, rougissons de notre lâcheté, et - animons-nous à marcher courageusement sur leurs traces. Répétons - souvent ces paroles d'un saint: _Quoi! je ne pourrai pas ce qu'ont pu - tels et tels?_ Et ajoutons avec l'Apôtre: _De moi-même je ne peux - rien; mais je puis tout en celui qui me fortifie_[59]. Toute notre - force consiste à sentir notre faiblesse et à en connaître le remède - qui est la grâce du médiateur. - - [59] Philipp., IV, 13. - - - - -CHAPITRE XIX. - -Des exercices d'un bon religieux. - - -1. La vie d'un vrai religieux doit être pleine de toutes les vertus; de -sorte qu'il soit tel intérieurement qu'il paraît devant les hommes. - -Et certes il doit être encore bien plus parfait au dedans qu'il ne le -semble au dehors, parce que Dieu nous regarde, et que nous devons, -partout où nous sommes, le révérer profondément, et marcher en sa -présence purs comme les Anges. - -Nous devons chaque jour renouveler notre résolution, nous exciter à la -ferveur, comme si notre conversion commençait aujourd'hui seulement, et -dire: - -Aidez-moi, Seigneur, dans mes saintes résolutions et dans votre service; -donnez-moi de bien commencer maintenant, car ce que j'ai fait jusqu'ici -n'est rien. - -2. La fermeté de notre résolution est la mesure de notre progrès; et une -grande diligence est nécessaire à celui qui veut avancer. Si celui qui -forme les résolutions les plus fortes se relâche souvent, que sera-ce de -celui qui n'en prend que rarement, ou n'en prend que de faibles? - -Toutefois nous abandonnons nos résolutions de diverses manières, et la -moindre omission dans nos exercices a presque toujours quelque suite -fâcheuse. - -Les justes, dans leurs résolutions, comptent bien plus sur la grâce de -Dieu que sur leur propre sagesse; et quelque chose qu'ils entreprennent, -c'est en lui seul qu'ils mettent leur confiance. - -_Car l'homme propose, mais Dieu dispose_[60], _et la voie de l'homme -n'est pas en lui_[61]. - - [60] Prov., XVI, 9. - - [61] Jér., X, 23. - -3. Si nous omettons quelquefois nos exercices ordinaires, par quelque -motif pieux, ou pour l'utilité de nos frères, il nous sera facile -ensuite de réparer cette omission. - -Mais si nous les abandonnons sans sujet, par ennui ou par négligence, -c'est une faute grave, et qui nous sera funeste. - -Faisons tous nos efforts, et nous tomberons encore aisément en beaucoup -de fautes. - -On doit cependant toujours se proposer quelque chose de fixe, surtout à -l'égard de ce qui forme le plus grand obstacle à notre avancement. - -Il faut examiner et régler également notre intérieur et notre extérieur, -parce que l'un et l'autre servent à nos progrès. - -4. Ne pouvez-vous continuellement vous recueillir, recueillez-vous au -moins de temps en temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir. - -Le matin, formez vos résolutions; le soir, examinez votre conduite, ce -que vous avez été dans vos paroles, vos actions, vos pensées: peut-être -en cela avez-vous souvent offensé Dieu et le prochain. - -Tel qu'un soldat plein de courage, armez-vous contre les attaques du -démon. - -Réprimez l'intempérance, et vous réprimerez plus aisément tous les -autres désirs de la chair. - -Ne soyez jamais tout à fait oisif; mais lisez, ou écrivez, ou priez, ou -méditez, ou travaillez à quelque chose d'utile à la communauté. - -Il ne faut cependant s'appliquer qu'avec discrétion aux exercices du -corps, et ils ne conviennent pas également à tous. - -5. Ce qui sort des pratiques communes ne doit point paraître au dehors: -il est plus sûr de remplir en secret ses exercices particuliers. - -Prenez garde cependant de négliger les exercices communs pour ceux de -votre choix. Mais, après avoir accompli fidèlement et pleinement les -devoirs prescrits, s'il vous reste du temps, rendez-vous à vous-même, -selon le mouvement de votre dévotion. - -Tous ne sauraient suivre les mêmes exercices: l'un convient mieux à -celui-ci, l'autre à celui-là. - -On aime même à les diversifier selon les temps; il y en a qu'on goûte -plus aux jours de fêtes, et d'autres aux jours ordinaires. - -Les uns nous sont nécessaires au temps de la tentation, les autres au -temps de la paix et du repos. - -Autres sont les pensées qui nous plaisent dans la tristesse, ou quand -nous éprouvons de la joie en Dieu. - -6. Il faut, vers l'époque des grandes fêtes, renouveler nos pieux -exercices, et implorer avec plus de ferveur les suffrages des Saints. - -Proposons-nous de vivre d'une fête à l'autre, comme si nous devions -alors sortir de ce monde, et entrer dans l'éternelle fête. - -Et pour cela préparons-nous avec soin dans ces saints temps, par une vie -plus fervente, par une plus sévère observance des règles, comme devant -bientôt recevoir de Dieu le prix de notre travail. - -7. Et si ce moment est différé, croyons que nous ne sommes pas encore -bien préparés, ni dignes de cette gloire immense qui nous sera -découverte en son temps, et redoublons d'efforts pour nous mieux -disposer à ce passage. - -_Heureux le serviteur_, dit saint Luc, _que le Seigneur, quand il -viendra, trouvera veillant. Je vous dis, en vérité, qu'il l'établira sur -tous ses biens_[62]. - - [62] Luc., XII, 37. - - -RÉFLEXION. - - _La vie de l'homme sur la terre est un combat perpétuel_[63] contre le - démon, contre le monde et contre lui-même. Les uns se retirent dans le - cloître pour résister plus aisément, les autres demeurent au milieu du - siècle: mais tous ne peuvent vaincre que par l'exercice d'une - continuelle vigilance. L'habitude du recueillement, l'amour de la - retraite, une attention constante sur ses paroles, ses pensées, ses - sentiments, la fidélité aux plus légers devoirs et aux plus humbles - pratiques, préservent de grandes tentations, et attirent les grâces du - Ciel. _Celui qui néglige les petites choses, tombera peu à peu_[64], - dit l'Esprit saint. - - [63] Job, VII, 1. - - [64] Eccli., XIX, 1. - - - - -CHAPITRE XX. - -De l'amour de la solitude et du silence. - - -1. Cherchez un temps propre à vous occuper de vous-même; et pensez -souvent aux bienfaits de Dieu. - -Laissez là ce qui ne sert qu'à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui -touche le coeur, que qui amuse l'esprit. - -Retranchez les discours superflus, les courses inutiles; fermez -l'oreille aux vains bruits du monde, et vous trouverez assez de loisir -pour les saintes méditations. - -Les plus grands Saints évitaient, autant qu'il leur était possible, le -commerce des hommes, et préféraient vivre en secret avec Dieu. - -2. Un ancien a dit: _Toutes les fois que j'ai été dans la compagnie des -hommes, j'en suis revenu moins homme que je n'étais_[65]. - - [65] Senec., ép. VII. - -C'est ce que nous éprouvons souvent, lorsque nous nous livrons à de -longs entretiens. - -Il est plus aisé de se taire que de ne point excéder dans ses paroles. - -Il est plus aisé de se tenir chez soi caché, que de se garder de -soi-même suffisamment au dehors. - -Celui donc qui aspire à la vie intérieure et spirituelle doit se retirer -de la foule avec Jésus. - -Nul ne se montre sans péril, s'il n'aime à demeurer caché. - -Nul ne parle avec mesure, s'il ne se tait volontiers. - -Nul n'est en sûreté dans les premières places, s'il n'aime les -dernières. - -Nul ne commande sans danger, s'il n'a pas appris à bien obéir. - -3. Nul ne se réjouit avec sécurité, s'il ne possède en lui-même le -témoignage d'une bonne conscience. - -Cependant la confiance des Saints a toujours été pleine de la crainte de -Dieu: quel que fût l'éclat de leurs vertus, quelque abondantes que -fussent leurs grâces, ils n'en étaient ni moins humbles ni moins -vigilants. - -L'assurance des méchants naît au contraire de l'orgueil et de la -présomption, et finit par l'aveuglement. - -Ne vous promettez point de sûreté en cette vie, quoique vous paraissiez -être un saint religieux ou un pieux solitaire. - -4. Souvent les meilleurs dans l'estime des hommes ont couru les plus -grands dangers, à cause de leur trop de confiance. - -Il est donc utile à plusieurs de n'être pas entièrement délivrés des -tentations, et de souffrir des attaques fréquentes; de peur que, -tranquilles sur eux-mêmes, ils ne s'élèvent avec orgueil, ou qu'ils ne -se livrent trop aux consolations du dehors. - -Oh! si l'on ne recherchait jamais les joies qui passent, si jamais l'on -ne s'occupait du monde, qu'on posséderait une conscience pure! - -Oh! qui retrancherait toute sollicitude vaine, ne pensant qu'au salut et -à Dieu, et plaçant en lui toute son espérance, de quelle paix et de quel -repos il jouirait! - -5. Nul n'est digne des consolations célestes, s'il ne s'est exercé -longtemps dans la sainte componction. - -Si vous désirez la vraie componction du coeur, entrez dans votre -cellule, et bannissez-en le bruit du monde, selon ce qui est écrit: -_Même sur votre couche, que votre coeur soit plein de componction_[66]. - - [66] Ps. IV, 5. - -Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous perdrez au dehors. - -La cellule qu'on quitte peu devient douce; fréquemment délaissée, elle -engendre l'ennui. - -Si, dès le premier moment où vous sortez du siècle, vous êtes fidèle à -la garder, elle vous deviendra comme une amie chère, et sera votre -consolation la plus douce. - -6. Dans le silence et le repos, l'âme pieuse fait de grands progrès, et -pénètre ce qu'il y a de caché dans l'Écriture. - -Là, elle trouve la source des larmes dont elle se lave et se purifie -toutes les nuits; et elle s'unit d'autant plus familièrement à son -Créateur, qu'elle vit plus éloignée du tumulte du monde. - -Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis, Dieu -s'approchera de lui avec les saints Anges. - -Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme, que de faire des -miracles et de s'oublier soi-même. - -Il est louable dans un religieux de sortir rarement, et de n'aimer ni à -voir les hommes ni à être vu d'eux. - -7. Pourquoi voulez-vous voir ce qu'il ne vous est point permis d'avoir? - -Le monde passe et sa concupiscence. - -Les désirs des sens entraînent çà et là; mais, l'heure passée, que -rapportez-vous, qu'une conscience pesante et un coeur dissipé? - -Parce qu'on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la -tristesse; et la veille joyeuse du soir attriste le matin. - -Ainsi toute joie des sens s'insinue avec douceur, mais à la fin elle -blesse et tue. - -8. Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes? Voilà -le ciel, la terre, les éléments: or, c'est d'eux que tout est fait. - -Où que vous alliez, que verrez-vous qui soit stable sous le soleil? - -Vous croyez peut-être vous rassasier; mais vous n'y parviendrez jamais. - -Quand vous verriez toutes choses à la fois, que serait-ce qu'une vision -vaine? - -Levez les veux en haut vers Dieu, et priez pour vos péchés et vos -négligences. - -Laissez aux hommes vains les choses vaines: pour vous, ne vous occupez -que de ce que Dieu vous commande. - -Fermez sur vous votre porte, et appelez à vous Jésus votre bien-aimé. - -Demeurez avec lui dans votre cellule: car vous ne trouverez nulle part -autant de paix. - -Si vous n'étiez pas sorti, et que vous n'eussiez pas entendu quelque -bruit du monde, vous seriez demeuré dans cette douce paix: mais parce -que vous aimez à entendre des choses nouvelles, il vous faut supporter -ensuite le trouble du coeur. - - -RÉFLEXION. - - Que cherchez-vous dans le monde? le bonheur? Il n'y est pas. Écoutez - ce cri de détresse, cette plainte lamentable qui s'élève de tous les - points de la terre, et se prolonge de siècle en siècle. C'est la voix - du monde. Qu'y cherchez-vous encore? Des lumières, des secours, des - consolations, pour accomplir en paix votre pèlerinage? Le monde est - livré à l'esprit de ténèbres[67], à toutes les convoitises qu'il - inspire, à tous les crimes et à tous les maux dont il est le principe; - et c'est pourquoi le prophète s'écriait: _Je me suis éloigné, j'ai - fui, et j'ai demeuré dans la solitude_[68]. Là, dans le silence des - créatures, Dieu parle au coeur, et sa parole est si merveilleuse, si - douce et si ravissante, que l'âme ne veut plus entendre que lui, - jusqu'au jour où tous les voiles étant déchirés, elle le contemplera - face à face[69]. Le christianisme a peuplé le désert de ces âmes - choisies, qui, se dérobant au monde, et foulant aux pieds ses - plaisirs, ses honneurs, ses trésors, et la chair, et le sang, nous - offrent, dans la pureté de leur vie, une image de la vie des anges. - Cependant les Chrétiens ne sont pas tous appelés à ce sublime état de - perfection; mais au milieu du bruit et du tumulte de la société, tous - doivent se créer, au fond de leur coeur, une solitude où ils puissent - se retirer pour converser avec Jésus-Christ, et se recueillir en sa - présence. C'est ainsi que ramenés des pensées du temps à la pensée des - choses éternelles, ils auront à dégoût celles qui passent, et seront - dans le monde comme n'en étant pas: heureux état où s'accomplit pour - le fidèle ce que dit l'Apôtre: _notre vie est cachée avec Jésus-Christ - en Dieu_[70]. - - [67] I. Joann., V, 19. - - [68] Ps. LIV, 8. - - [69] I. Cor., XIII, 12. - - [70] Coloss., III, 3. - - - - -CHAPITRE XXI. - -De la componction du coeur. - - -1. Si vous voulez faire quelque progrès, conservez-vous dans la crainte -de Dieu, et ne soyez point trop libre; mais soumettez vos sens à une -sévère discipline, et ne vous livrez pas aux joies insensées. - -Disposez votre coeur à la componction, et vous trouverez la vraie piété. - -La componction produit beaucoup de biens, qu'on perd bientôt en -s'abandonnant aux vains mouvements de son coeur. - -Chose étrange, qu'un homme en cette vie puisse se reposer pleinement -dans la joie, lorsqu'il considère son exil, et à combien de périls est -exposée son âme! - -2. À cause de la légèreté de notre coeur et de l'oubli de nos défauts, -nous ne sentons pas les maux de notre âme, et souvent nous rions -vainement quand nous devrions bien plutôt pleurer. - -Il n'y a de vraie liberté et de joie solide que dans la crainte de Dieu -et la bonne conscience. - -Heureux qui peut éloigner tout ce qui le distrait et l'arrête, pour se -recueillir tout entier dans une sainte componction. - -Heureux qui rejette tout ce qui peut souiller sa conscience ou -l'appesantir. - -Combattez généreusement: on triomphe d'une habitude par une autre -habitude. - -Si vous savez laisser là les hommes, ils vous laisseront bientôt faire -ce que vous voudrez. - -3. N'attirez pas à vous les affaires d'autrui; et ne vous embarrassez -point dans celles des grands. - -Que votre oeil soit ouvert sur vous d'abord; et avant de reprendre vos -amis, ayez soin de vous reprendre vous-même. - -Si vous n'avez point la faveur des hommes, ne vous en attristez point; -mais que votre peine soit de ne pas vivre aussi bien et avec autant de -vigilance que le devrait un serviteur de Dieu et un bon religieux. - -Il est souvent plus utile et plus sûr de n'avoir pas beaucoup de -consolations en cette vie, et surtout de consolations sensibles. - -Cependant si nous sommes privés des consolations divines, ou si nous ne -les éprouvons que rarement, la faute en est à nous, parce que nous ne -cherchons point la componction du coeur, et que nous ne rejetons pas -entièrement les vaines consolations du dehors. - -4. Reconnaissez que vous êtes indigne des consolations célestes, et que -vous méritez plutôt de grandes tribulations. - -Quand l'homme est pénétré d'une parfaite componction, le monde entier -lui est alors amer et insupportable. - -Le juste trouve toujours assez de sujets de s'affliger et de pleurer. - -Car, en considérant, soit lui-même, soit les autres, il sait que nul -ici-bas n'est sans tribulation; et plus il se regarde attentivement, -plus profonde est sa douleur. - -Le sujet d'une juste affliction et d'une grande tristesse intérieure, ce -sont nos péchés et nos vices, dans lesquels nous sommes tellement -ensevelis, que rarement pouvons-nous contempler les choses du ciel. - -5. Si vous pensiez plus souvent à votre mort qu'à la longueur de la vie, -nul doute que vous n'auriez plus d'ardeur pour vous corriger. - -Et si vous réfléchissiez sérieusement aux peines de l'Enfer et du -Purgatoire, je crois que vous supporteriez volontiers le travail et la -douleur, et que vous ne redouteriez aucune austérité. - -Mais parce que ces vérités ne pénètrent point jusqu'au coeur, et que -nous aimons encore ce qui nous flatte, nous demeurons froids et -négligents. - -6. Souvent c'est langueur de l'âme, si notre chair misérable se plaint -si aisément. - -Priez donc humblement le Seigneur qu'il vous donne l'esprit de -componction, et dites avec le Prophète: _Nourrissez-moi, Seigneur, du -pain des larmes; abreuvez-moi du calice des pleurs_[71]. - - [71] Ps. LXXIX, 6. - - -RÉFLEXION. - - La douleur est le fond de la vie humaine. Souffrances du corps, - maladies de l'âme, inquiétudes, afflictions, péché, tel est - l'accablant fardeau qu'il nous faut porter, depuis notre naissance - jusqu'à la tombe; et cependant, à force de travail, l'homme parvient à - découvrir, au milieu de ses misères, je ne sais quelles joies - insensées dont il s'enivre avidement. Fuyons ces folles joies du - monde: arrêtons notre pensée sur le châtiment qui les doit suivre, sur - nos fautes si multipliées; et demandons à Dieu avec la componction du - coeur, ce repentir plein d'amour, ces heureuses larmes que Jésus a - bénies par ces consolantes paroles: _Beaucoup de péchés vous sont - remis, parce que vous avez beaucoup aimé_[72]. - - - [72] Luc., VII, 47. - - - - -CHAPITRE XXII. - -De la considération de la misère humaine. - - -1. En quelque lieu que vous soyez, de quelque côté que vous vous -tourniez, vous serez misérable, si vous ne revenez vers Dieu. - -Pourquoi vous troubler de ce que rien n'arrive comme vous le désirez et -comme vous le voulez? À qui est-ce que tout succède selon sa volonté? Ni -à vous, ni à moi, ni à aucun homme sur la terre. - -Nul en ce moment, fût-il roi ou pape, n'est exempt d'angoisses et de -tribulations. - -Qui donc a le meilleur sort? Celui, certes, qui sait souffrir quelque -chose pour Dieu. - -2. Dans leur faiblesse et leur peu de lumières, plusieurs disent: Que -cet homme a une heureuse vie! qu'il est riche, grand, puissant, élevé! - -Mais considérez les biens du ciel, et vous verrez que tous ces biens du -temps ne sont rien; que, toujours très-incertains, ils sont plutôt un -poids qui fatigue, parce qu'on ne les possède jamais sans défiance et -sans crainte. - -Avoir en abondance les biens du temps, ce n'est pas là le bonheur de -l'homme: la médiocrité lui suffit. - -C'est vraiment une grande misère de vivre sur la terre. - -Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie -présente lui devient amère, parce qu'il sent mieux et voit plus -clairement l'infirmité de la nature humaine et sa corruption. - -Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à -toutes les nécessités de la nature, c'est vraiment une grande misère et -une grande affliction pour l'homme pieux qui voudrait être dégagé de ses -liens terrestres, et délivré de tout péché. - -3. Car l'homme intérieur est, en ce monde, étrangement appesanti par les -nécessités du corps. - -Et c'est pourquoi le Prophète demandait, avec d'ardentes prières, d'en -être affranchi, disant: _Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités_[73]. - - [73] Ps. XXIV, 17. - -Malheur donc à ceux qui ne connaissent point leur misère! et malheur -encore plus à ceux qui aiment cette misère et cette vie périssable! - -Car il y en a qui l'embrassent si avidement, qu'ayant à peine le -nécessaire en travaillant ou en mendiant, ils n'éprouveraient aucun -souci du royaume de Dieu, s'ils pouvaient toujours vivre ici-bas. - -4. Ô coeurs insensés et infidèles, si profondément enfoncés dans les -choses de la terre, qu'ils ne goûtent rien que ce qui est charnel! - -Les malheureux! ils sentiront douloureusement à la fin combien était -vil, combien n'était rien ce qu'ils ont aimé. - -Mais les Saints de Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ ont -méprisé ce qui flatte la chair et ce qui brille dans le temps; toute -leur espérance, tous leurs désirs aspiraient aux biens éternels. - -Tout leur coeur s'élevait vers les biens invisibles et impérissables, de -peur que l'amour des choses visibles ne les abaissât vers la terre. - -5. Ne perdez pas, mon frère, l'espérance d'avancer dans la vie -spirituelle: vous en avez encore le temps. - -Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de vos -résolutions? Levez-vous et commencez à l'instant, et dites: Voici le -temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps de me -corriger. - -Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de méditer. - -_Il faut passer par le feu et par l'eau, avant d'entrer dans le lieu de -rafraîchissement_[74]. - - [74] Ps. LXV, 12. - -Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice. - -Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans péché, -ni sans ennui et sans douleur. - -Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère; mais en -perdant l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie -félicité. - -Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde de -Dieu, _jusqu'à ce que l'iniquité passe_[75], _et que ce qui est mortel -en vous soit absorbé par la vie_[76]. - - [75] Ps. LV, LVI, 2. - - [76] II. Cor., V, 4. - -6. Oh! quelle est grande la fragilité qui toujours incline l'homme au -mal! - -Vous confessez aujourd'hui vos péchés, et vous y retombez le lendemain. - -Vous vous proposez d'être sur vos gardes, et une heure après vous -agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé. - -Nous avons donc grand sujet de nous humilier, et de ne nous jamais -élever en nous-même, étant si fragiles et si inconstants. - -Nous pouvons perdre en un moment, par notre négligence, ce qu'à peine -avons-nous acquis par la grâce, avec un long travail. - -7. Que sera-ce de nous à la fin du jour, si nous sommes si lâches dès le -matin? - -Malheur à nous, si nous voulons goûter le repos, comme si déjà nous -étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre -vie une seule trace de vraie sainteté! - -Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de -nouvelles moeurs comme des novices dociles, pour essayer du moins s'il y -aurait en nous quelque espérance de changement, et d'un plus grand -progrès dans la vertu. - - -RÉFLEXION. - - _L'homme né de la femme vit peu de jours, et il est rassasié - d'angoisses_[77]. Voilà notre destinée telle que le péché l'a faite. - Écoutez les gémissements de l'humanité entière dont Job était la - figure: «Périsse le jour où je suis né, et la nuit où il fut dit: Un - homme a été conçu! Pourquoi ne suis-je pas mort dans le sein de ma - mère, ou n'ai-je pas péri en en sortant? Pourquoi m'a-t-elle reçu sur - ses genoux, et allaité de ses mamelles? Maintenant je dormirais en - silence, et je reposerais dans mon sommeil[78].» Mais déjà sur cette - grande misère se levait l'aurore d'une grande espérance. «Je sais que - mon Rédempteur est vivant, et que je serai de nouveau revêtu de ma - chair, et dans ma chair je verrai mon Dieu; je le verrai, et mes yeux - le contempleront[79].» Dès lors tout change: ces douleurs, auparavant - sans consolation, unies à celles du Rédempteur, ne sont plus qu'une - expiation nécessaire, une épreuve de justice et de miséricorde, une - semence d'éternelles joies. Le Christ, en mourant, a ouvert le ciel à - l'homme déchu, qui, pour unique grâce, demandait à la terre un - tombeau[80]. Et nous nous plaindrions des souffrances auxquelles Dieu - réserve un tel prix! Et le murmure serait sur nos lèvres, lorsque, par - les tribulations, Jésus-Christ daigne nous associer aux mérites de son - sacrifice! C'en est fait, Seigneur, je reconnais mon aveuglement, mon - ingratitude, et je ne veux plus désirer ici-bas que d'avoir part à - votre passion, afin de participer un jour à votre gloire. - - [77] Job, XIV, 1. - - [78] _Ibid._, III, 3, 11-13. - - [79] _Ibid._, XIX, 25-27. - - [80] _Ibid._, III, 21, 22. - - - - -CHAPITRE XXIII. - -De la méditation de la mort. - - -1. C'en sera fait de vous bien vite ici-bas: voyez donc en quel état -vous êtes. - -L'homme est aujourd'hui, et demain il a disparu; et quand il n'est plus -sous les yeux, il passe bien vite de l'esprit. - -Ô stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu'au présent et ne -prévoit pas l'avenir! - -Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel -que vous seriez s'il vous fallait mourir aujourd'hui. - -Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort. - -Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort. - -Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez-vous demain? - -Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un -lendemain? - -2. Que sert de vivre longtemps, puisque nous nous corrigeons si peu? - -Ah! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle augmente -nos crimes. - -Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour! - -Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent qu'ils -sont peu changés, et que ces années ont été stériles! - -S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si -longtemps. - -Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours présente, et qui se -prépare chaque jour à mourir! - -Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous -passerez par cette voie. - -3. Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n'osez -pas vous promettre de voir le matin. - -Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous -surprenne jamais. - -Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: _car le Fils -de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas_[81]. - - [81] Luc., XII, 40. - -Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout -autrement de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été si -négligent et si lâche. - -4. Qu'heureux et sage est celui qui s'efforce d'être tel dans la vie -qu'il souhaite d'être trouvé à la mort! - -Car rien ne donnera une si grande confiance de mourir heureusement, que -le parfait mépris du monde, le désir ardent d'avancer dans la vertu, -l'amour de la régularité, le travail de la pénitence, l'abnégation de -soi-même, et la constance à souffrir toutes sortes d'adversités pour -l'amour de Jésus-Christ. - -Vous pouvez faire beaucoup de bien, tandis que vous êtes en santé: mais, -malade, je ne sais ce que vous pourrez. - -Il en est peu que la maladie rende meilleurs, comme il en est peu qui se -sanctifient par de fréquents pèlerinages. - -5. Ne comptez point sur vos amis ni sur vos proches, et ne différez -point votre salut dans l'avenir, car les hommes vous oublieront plus -vite que vous ne pensez. - -Il vaut mieux y pourvoir de bonne heure et envoyer devant soi un peu de -bien, que d'espérer dans le secours des autres. - -Si vous n'avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s'inquiétera de -vous dans l'avenir? - -Maintenant le temps est d'un grand prix. _Voici maintenant le temps -propice, voici le jour du salut_[82]. - - [82] II. Cor., VI, 2. - -Mais, ô douleur! que vous fassiez un si vain usage de ce qui pourrait -vous servir à mériter de vivre éternellement. - -6. Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure, -pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l'obtiendrez. - -Ah! mon frère, de quel péril, de quelle crainte terrible vous pourriez -vous délivrer, si vous étiez à présent toujours en crainte et en -défiance de la mort! - -Étudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu'à l'heure de la mort -vous ayez plus sujet de vous réjouir que de craindre. - -Apprenez maintenant à mourir au monde, afin de commencer alors à vivre -avec Jésus-Christ. - -Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller -librement à Jésus-Christ. - -Châtiez maintenant votre corps par la pénitence, afin que vous puissiez -alors avoir une solide confiance. - -7. Insensés, sur quoi vous promettez-vous de vivre longtemps, lorsque -vous n'avez pas un seul jour d'assuré? - -Combien ont été trompés et arrachés subitement de leurs corps! - -Combien de fois avez-vous ouï dire: Cet homme a été tué d'un coup -d'épée, celui-ci s'est noyé, celui-là s'est brisé en tombant d'un lieu -élevé; l'un a expiré en mangeant, l'autre en jouant; l'un a péri par le -feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un autre par la main -des voleurs. - -Et ainsi la fin de tous est la mort, et _la vie des hommes passe comme -l'ombre_[83]. - - [83] Job, XIV, 10. Ps. CXLIII, 4. - -8. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous? - -Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car -vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la -mort. - -Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles. - -Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu. - -_Faites-vous maintenant des amis_, en honorant les Saints et en imitant -leurs oeuvres, _afin qu'arrivé au terme de cette vie, ils vous reçoivent -dans les tabernacles éternels_[84]. - - [84] Luc., XVI, 9. - -9. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses -du monde ne sont rien. - -Conservez voire coeur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que _vous -n'avez point ici-bas de demeure permanente_[85]. - - [85] Heb., XIII, 14. - -Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les jours -vers le ciel, afin que votre âme, après la mort, mérite de passer -heureusement à Dieu. - - -RÉFLEXION. - - Approchez de cette fosse, regardez ces ossements blanchis et déjoints: - voilà tout ce qui reste ici-bas d'un homme que vous avez connu - peut-être, et qui ne pensait pas plus à la mort, il y a peu d'années, - que vous n'y pensez aujourd'hui. Ne fallait-il pas, en effet, qu'il - songeât d'abord à sa fortune, à celle des siens, à l'établissement de - sa famille? aussi s'en est-il occupé jusqu'au dernier moment. Eh bien! - maintenant allez, entrez dans sa maison. Des héritiers indifférents y - jouissent des biens qu'il avait amassés, et travaillent eux-mêmes à en - amasser de nouveaux: du reste nul souvenir du mort. Quelque chose de - lui subsiste cependant, et la tombe ne le renferme pas tout entier. Il - avait une âme, une âme rachetée du sang de Jésus-Christ: où est-elle? - à l'instant où elle quitta le corps, sa demeure fut fixée, ou dans le - ciel sans crainte désormais, ou dans l'enfer sans espérance. Terrible, - terrible alternative! Et à présent, plongez-vous dans les soins de la - terre, différez votre conversion: dites encore, il sera temps demain. - Insensé! ce temps, dont tu abuses, creuse ta fosse, et demain ce sera - l'éternité! - - - - -CHAPITRE XXIV. - -Du jugement et des peines des pécheurs. - - -1. En toutes choses regardez la fin, et reportez-vous au jour où vous -serez là, debout devant le Juge sévère, à qui rien n'est caché, qu'on -n'apaise point par des présents, qui ne reçoit point d'excuses; mais qui -jugera selon la justice. - -Pécheur misérable et insensé! que répondrez-vous à Dieu qui sait tous -vos crimes, vous qui tremblez quelquefois à l'aspect d'un homme irrité? - -Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien -prévoir, vers ce jour où nul ne pourra être excusé ni défendu par un -autre, mais où chacun sera pour soi un fardeau assez pesant? - -Maintenant votre travail produit son fruit; vos larmes sont agréées, vos -gémissements écoutés; votre douleur satisfait à Dieu, et purifie votre -âme. - -2. Il a ici-bas un grand et salutaire purgatoire, l'homme patient qui, -en butte aux outrages, s'afflige plus de la malice d'autrui que de sa -propre injure; qui prie sincèrement pour ceux qui le contristent, et -leur pardonne du fond du coeur; qui, s'il a peiné les autres, est -toujours prêt à demander pardon; qui incline à la compassion plus qu'à -la colère; qui se fait violence à lui-même, et s'efforce d'assujettir -entièrement la chair à l'esprit. - -Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et retrancher ses -vices, que d'attendre à les expier en l'autre vie. - -Oh! combien nous nous trompons nous-mêmes par l'amour désordonné que -nous avons pour notre chair! - -3. Que dévorera ce feu, sinon vos péchés? - -Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez votre -chair, plus ensuite votre châtiment sera terrible, et plus vous amassez -pour le feu éternel. - -L'homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le plus -péché. - -Là, les paresseux seront percés par des aiguillons ardents, et les -intempérants tourmentés par une faim et une soif extrêmes. - -Là, les voluptueux et les impudiques seront plongés dans une poix -brûlante et dans un soufre fétide; comme des chiens furieux, les envieux -hurleront dans leur douleur. - -4. Chaque vice aura son tourment propre. - -Là, les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à la -plus misérable indigence. - -Là, une heure sera plus terrible dans le supplice, que cent années ici -dans la plus dure pénitence. - -Ici, quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis: là, nul -repos, nulle consolation pour les damnés. - -Soyez donc maintenant plein d'appréhension et de douleur pour vos -péchés, afin de partager, au jour du jugement, la sécurité des -bienheureux. - -_Car les justes alors s'élèveront avec une grande assurance contre ceux -qui les auront opprimés et méprisés_[86]. - - [86] Sap., V, 1. - -Alors se lèvera, pour juger, celui qui se soumet aujourd'hui humblement -aux jugements des hommes. - -Alors l'humble et le pauvre auront une grande confiance; et de tous -côtés l'épouvante environnera le superbe. - -5. Alors on verra qu'il fut sage en ce monde, celui qui apprit à être -insensé et méprisable pour Jésus-Christ. - -Alors on s'applaudira des tribulations souffertes avec patience, _et -toute iniquité sera muette_[87]. - - [87] Ps. CVI, 42. - -Alors tous les justes seront transportés d'allégresse, et tous les -impies consternés de douleur. - -Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait toujours été -nourrie dans les délices. - -Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux -perdront tout leur éclat. - -Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais tout -brillant d'or. - -Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que -toute la puissance du monde; et une obéissance simple, élevée plus haut -que toute la prudence du siècle. - -6. Alors on trouvera plus de joie dans la pureté d'une bonne conscience, -que dans une docte philosophie. - -Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance, que -tous les trésors de la terre. - -Alors le souvenir d'une pieuse prière vous sera de plus de consolation, -que celui d'un repas splendide. - -Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que des longs -entretiens. - -Alors les oeuvres saintes l'emporteront sur les beaux discours. - -Alors vous préférerez une vie de peine et de travail à tous les plaisirs -de la terre. - -Apprenez donc maintenant à supporter quelques légères souffrances, afin -d'être alors délivré de souffrances plus grandes. - -Éprouvez ici d'abord ce que vous pourrez dans la suite. - -Si vous ne pouvez maintenant souffrir si peu de chose, comment -supporterez-vous les tourments éternels? - -Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d'impatience, que -sera-ce donc alors des tortures de l'enfer! - -Il y a, n'en doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir; vous ne -pouvez goûter ici-bas les délices du monde, et régner ensuite avec -Jésus-Christ. - -7. Si vous aviez vécu jusqu'à ce jour dans les honneurs et les voluptés, -de quoi cela vous servirait-il, s'il vous fallait mourir à l'instant? - -Donc tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul. - -Car celui qui aime Dieu de tout son coeur, ne craint ni la mort, ni le -supplice, ni le jugement, ni l'enfer, parce que l'amour parfait nous -donne un sûr accès près de Dieu. - -Mais celui qui aime encore le péché, il n'est pas surprenant qu'il -redoute la mort et le jugement. - -Cependant si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon qu'au -moins la crainte vous retienne. - -Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurait longtemps -persévérer dans le bien: mais il tombera bientôt dans les piéges du -démon. - - -RÉFLEXION. - - _Dieu est patient_, dit saint Augustin, _parce qu'il est éternel_. - Mais, après les jours de patience, viendra le jour de la justice; jour - d'effroi, jour inévitable; où toute chair comparaîtra devant le Roi de - l'éternité, pour rendre compte de ses oeuvres et de ses pensées mêmes. - Transportez-vous en esprit à ce moment formidable: voilà que la - poussière des tombeaux s'émeut, et de toutes parts la foule des morts - accourt aux pieds du souverain juge. Là, tous les secrets sont - dévoilés, la conscience n'a plus de ténèbres, et chacun attend en - silence le sort qui lui est destiné pour toujours. Les deux cités se - séparent; la grande sentence est prononcée; elle ouvre le paradis aux - justes, et tombe sur les pécheurs avec tout le poids d'une éternelle - réprobation. Environné des anges fidèles et de la troupe - resplendissante des élus, Jésus-Christ remonte dans sa gloire: Satan - saisit sa proie et l'entraîne dans l'abîme: tout est consommé à - jamais; il ne reste plus que les joies du ciel, et le désespoir de - l'enfer. Pendant que vous êtes encore sur la terre, le choix entre ces - demeures vous est laissé: choisissez donc, mais n'oubliez pas qu'il - n'y a point de repentir de l'autre côté de la tombe. - - - - -CHAPITRE XXV. - -Qu'il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie. - - -1. Soyez vigilant et fervent dans le service de Dieu, et faites-vous -souvent cette demande: Pourquoi es-tu venu ici, et pourquoi as-tu quitté -le siècle? - -N'était-ce pas afin de vivre pour Dieu, et devenir un homme spirituel? - -Embrasez-vous donc du désir d'avancer, parce que vous recevrez bientôt -la récompense de vos travaux, et qu'alors il n'y aura plus ni crainte ni -douleur. - -Maintenant un peu de travail, et puis un grand repos: que dis-je? une -joie éternelle! - -Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera -sans doute fidèle et magnifique dans ses récompenses. - -Vous devez conserver une ferme espérance de parvenir à la gloire; mais -il ne faut pas vous livrer à une sécurité trop profonde, de peur de -tomber dans le relâchement ou dans la présomption. - -2. Un nomme qui flottait souvent, plein d'anxiétés, entre la crainte et -l'espérance, étant un jour accablé de tristesse, entra dans une église, -et, se prosternant devant un autel pour prier, il disait et redisait en -lui-même: Oh! si je savais que je dusse persévérer! Aussitôt il entendit -intérieurement cette divine réponse: Si vous le saviez, que -voudriez-vous faire? Faites maintenant ce que vous feriez alors, et vous -jouirez de la paix. - -Consolé à l'instant même, et fortifié, il s'abandonna sans réserve à la -volonté de Dieu, et ses agitations cessèrent. - -Il ne voulut plus rechercher avec curiosité ce qui lui arriverait dans -l'avenir; mais il s'appliqua uniquement à connaître la volonté de Dieu, -et ce qui lui plaît davantage, afin de commencer et d'achever tout ce -qui est bien. - -3. _Espérez en Dieu,_ dit le Prophète, _et faites le bien: habitez en -paix la terre, et vous serez nourri de ses richesses_[88], - - [88] Ps. XXXVI, 3. - -Une chose refroidit en quelques-uns l'ardeur d'avancer et de se -corriger: la crainte des difficultés, et le travail du combat. - -Eu effet, ceux-là devancent les autres dans la vertu, qui s'efforcent -avec le plus de courage de se vaincre eux-mêmes dans ce qui leur est le -plus pénible et qui contrarie le plus leurs penchants. - -Car l'homme fait d'autant plus de progrès et mérite d'autant plus de -grâces, qu'il se surmonte lui-même et se mortifie davantage. - -4. Il est vrai que tous n'ont pas également à combattre pour se vaincre -et mourir à eux-mêmes. - -Cependant un homme animé d'un zèle ardent avancera bien plus, même avec -de nombreuses passions, qu'un autre à cet égard mieux disposé, mais -tiède pour la vertu. - -Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement: s'arracher avec -violence à ce que la nature dégradée convoite, et travailler ardemment à -acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin. - -Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les défauts -qui vous déplaisent le plus dans les autres. - -5. Profitez de tout pour votre avancement. Si vous voyez de bons -exemples, ou si vous les entendez raconter, animez-vous à les imiter. - -Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde de -commettre la même faute; ou, si vous l'avez quelquefois commise, tâchez -de vous corriger promptement. - -Comme votre oeil observe les autres, les autres vous observent aussi. - -Qu'il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux, -fervents, fidèles observateurs de la règle! - -Qu'il est triste, au contraire, et pénible d'en voir qui ne vivent pas -dans l'ordre, et qui ne remplissent pas les engagements auxquels ils ont -été appelés! - -Qu'on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation, et en -détournant son coeur à des choses dont on n'est point chargé! - -6. Souvenez-vous de ce que vous avez promis, et que Jésus crucifié vous -soit toujours présent. - -Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus-Christ, -d'avoir jusqu'ici fait si peu d'efforts pour y conformer la vôtre, -quoique vous soyez, depuis si longtemps, entré dans la voie de Dieu. - -Un religieux qui s'exerce à méditer sérieusement, et avec piété, la vie -très-sainte et la Passion du Sauveur, y trouvera en abondance tout ce -qui lui est utile et nécessaire: et il n'a pas besoin de chercher hors -de Jésus quelque chose de meilleur. - -Ah! si Jésus crucifié entrait dans notre coeur, que nous serions bientôt -suffisamment instruits! - -7. Un religieux fervent reçoit bien ce qu'on lui commande, et s'y soumet -sans peine. - -Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation, et ne -trouve de tous côtés que la gêne, parce qu'il est privé des consolations -intérieures, et qu'il lui est interdit d'en chercher au dehors. - -Un religieux qui s'affranchit de sa règle est exposé à des chutes -terribles. - -Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera -toujours dans l'angoisse: car toujours quelque chose lui déplaira. - -8. Comment font tant d'autres religieux qui observent, dans les -cloîtres, une si étroite discipline? - -Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris -très-pauvrement et grossièrement vêtus; ils travaillent beaucoup, -parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin, font de longues -prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte -discipline. - -Considérez les Chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres -religieux et religieuses de différents ordres, qui se lèvent toutes les -nuits pour chanter les louanges de Dieu. - -Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné d'un -saint exercice, lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le -Seigneur. - -9. Oh! si vous n'aviez autre chose à faire qu'à louer de coeur et de -bouche, perpétuellement, le Seigneur notre Dieu! si jamais vous n'aviez -besoin de manger, de boire, de dormir, et que vous puissiez ne pas -interrompre un seul moment ces louanges ni les autres exercices -spirituels! vous seriez alors beaucoup plus heureux qu'à présent, -assujetti comme vous l'êtes au corps et à toutes ses nécessités. - -Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités, et que nous -n'eussions à songer qu'à la nourriture de notre âme, que nous goûtons, -hélas! si rarement! - -10. Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation dans aucune -créature, c'est alors qu'il commence à goûter Dieu parfaitement, et -qu'il est, quoi qu'il arrive, toujours satisfait. - -Alors il ne se réjouit d'aucune prospérité, et aucun revers ne le -contriste; mais il s'abandonne tout entier, avec une pleine confiance, à -Dieu, qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien ne périt, rien ne -meurt, pour qui, au contraire, tout vit, et à qui tout obéit sans délai. - -11. Souvenez-vous toujours que votre fin approche, et que le temps perdu -ne revient point. - -Les vertus ne s'acquièrent qu'avec beaucoup de soins et des efforts -constants. - -Dès que vous commencerez à tomber dans la tiédeur, vous tomberez dans le -trouble. - -Mais si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix, -et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce de Dieu, -et de l'amour de la vertu. - -L'homme fervent et zélé est prêt à tout. - -Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions, que de -supporter les fatigues du corps. - -_Celui qui n'évite pas les petites fautes, tombera peu à peu dans les -grandes_[89]. - - [89] Eccli., XIX, 1. - -Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le jour -avec fruit. - -Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous; et quoi qu'il en soit -des autres, ne vous négligez pas vous-même. - -Vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez de violence. - - -RÉFLEXION. - - Êtes-vous sincèrement résolu à vous sauver? en avez-vous la volonté - ferme? Alors préparez-vous au travail, au combat; car le salut est à - ce prix: _La voie qui conduit à la perte est large_: mais qu'étroite, - dit l'Évangile, _est celle qui conduit à la vie_[90]! Sans doute - l'onction de la grâce adoucit, pour le fidèle, ce travail, ce combat; - au milieu des fatigues et des souffrances, il jouit d'une paix céleste - que le pécheur ne connaît point. Cependant il a besoin de continuels - efforts pour triompher de lui-même, pour vaincre ses désirs, ses - passions, et le monde, _et le prince de ce monde_[91]. Qui a fait les - saints, sinon cette lutte courageuse et persévérante? _Les uns ont été - tourmentés, ne voulant pas racheter leur vie, afin d'en trouver une - meilleure dans la résurrection. Les autres ont souffert les moqueries, - les fouets, les chaînes et les prisons; ils ont été lapidés, sciés, - éprouvés_ en toute manière; _ils sont morts par le tranchant du - glaive; vagabonds, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, - oppressés par le besoin, l'affliction, l'angoisse, ils ont erré dans - les déserts, et dans les montagnes, et dans les antres, et dans les - cavernes de la terre; eux dont le monde n'était pas digne. Enveloppés - donc d'une si grande nuée de témoins, dégageons-nous de tout ce qui - nous appesantit, et du péché qui nous environne, et courons par la - patience au combat qui nous est proposé; les regards fixés sur Jésus, - l'auteur et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui - était préparée, a souffert la croix, en méprisant l'ignominie; et - maintenant il est assis à la droite du trône de Dieu_[92]. - - [90] Matth., VII, 13, 14. - - [91] Joann., XIV, 30. - - [92] Heb., XI, 35-38; XII, 1, 2. - - -FIN DU PREMIER LIVRE. - - - - -L'IMITATION - -DE - -JÉSUS-CHRIST. - - - - -LIVRE DEUXIÈME. - -INSTRUCTION POUR AVANCER DANS LA VIE INTÉRIEURE. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -De la conversation intérieure. - - -1. _Le royaume de Dieu est au dedans de vous_[93], dit le Seigneur. - - [93] Luc., XVII, 21. - -Revenez à Dieu de tout votre coeur, laissez là ce misérable monde, et -votre âme trouvera le repos. - -Apprenez à mépriser les choses extérieures, et à vous donner aux -intérieures, et vous verrez le royaume de Dieu venir en vous. - -_Car le royaume de Dieu est paix et joie dans l'Esprit saint_[94]: ce -qui n'est pas donné aux impies. - - [94] Rom., XIV, 17. - -Jésus-Christ viendra à vous, et il vous remplira de ses consolations, si -vous lui préparez au dedans de vous une demeure digne de lui. - -_Toute sa gloire_ et toute sa beauté _est intérieure_[95]; c'est dans le -secret du coeur qu'il se plaît. - - [95] Ps. XLIV, 14. - -Il visite souvent l'homme intérieur, et ses entretiens sont doux, ses -consolations ravissantes; sa paix est inépuisable, et sa familiarité -incompréhensible. - -2. Âme fidèle, hâtez-vous donc de préparer votre coeur pour l'époux, -afin qu'il daigne venir et habiter en vous. - -Car il a dit: _Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous -viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure_[96]. Laissez donc -Jésus entrer en vous, et n'y laissez entrer que lui. - - [96] Joann., XIV, 23. - -Lorsque vous posséderez Jésus, vous serez riche, et lui seul vous -suffit. Il veillera pour vous, il prendra de vous un soin fidèle en -toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus besoin de rien attendre -des hommes. - -Car les hommes changent vite, et vous manquent tout d'un coup; _mais -Jésus-Christ demeure éternellement_[97]: inébranlable dans sa constance, -il est près de vous jusqu'à la fin. - - [97] Joann., XII, 34. - -3. On ne doit guère compter sur un homme fragile et mortel, encore bien -qu'il vous soit utile, et que vous soyez chers l'un à l'autre; et il n'y -a pas lieu de s'attrister beaucoup, si quelquefois il vous traverse et -s'élève contre vous. - -Ceux qui sont aujourd'hui pour vous, pourront demain être contre vous, -et réciproquement: les hommes changent comme le vent. - -Mettez en Dieu toute votre confiance: qu'il soit votre crainte et votre -amour: il répondra pour vous, et il fera ce qui est le meilleur. - -_Vous n'avez point ici de demeure stable_[98]: en quelque lieu que vous -soyez, vous êtes étranger et voyageur; et vous n'aurez jamais de repos, -que vous ne soyez uni intimement à Jésus-Christ. - - [98] Heb., XIII, 14. - -4. Que cherchez-vous autour de vous? Ce n'est pas ici le lieu de votre -repos. - -Votre demeure doit être dans le ciel, et vous ne devez regarder toutes -les choses de la terre que comme en passant. - -Tout passe: et vous passez avec tout le reste. - -Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit, de peur d'en devenir -l'esclave, et de vous perdre. - -Que sans cesse votre pensée monte vers le Très-Haut, et votre prière -vers Jésus-Christ. - -Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations célestes, -reposez-vous dans la Passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses -plaies sacrées. - -Car si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieux -stigmates, vous sentirez une grande force au temps de la tribulation; -vous vous inquiéterez peu du mépris des hommes, et vous supporterez -aisément les paroles médisantes. - -5. Jésus-Christ a été aussi méprisé des hommes en ce monde, et, dans les -plus extrêmes angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses -proches, au milieu des opprobres. - -Jésus-Christ a voulu souffrir et être méprisé, et vous osez vous -plaindre de quelque chose! - -Jésus-Christ a eu des ennemis et des détracteurs, et vous voudriez -n'avoir que des amis et des bienfaiteurs! - -Comment votre patience méritera-t-elle d'être couronnée, s'il ne vous -arrive rien de pénible? - -Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ? - -Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, si vous voulez régner -avec Jésus-Christ. - -6. Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le coeur de Jésus, -et que vous eussiez ressenti quelque mouvement de son amour, que vous -auriez peu de souci de ce qui peut ou vous contrarier ou vous plaire! -Vous vous réjouiriez d'un outrage reçu, parce que l'amour de Jésus -apprend à l'homme à se mépriser lui-même. - -Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur, et -dégagé de toute affection déréglée, peut librement s'approcher de Dieu, -et, s'élevant en esprit au-dessus de soi-même, se reposer en lui par une -jouissance anticipée. - -7. Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont, et non d'après -les discours et l'opinion des hommes, est vraiment sage; et c'est Dieu -qui l'instruit plus que les hommes. - -Celui qui vit au dedans de lui-même, et qui s'inquiète peu des choses du -dehors, tous les lieux lui sont bons, et tous les temps pour remplir ses -pieux exercices. - -Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand -jamais tout entier au dehors. - -Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, -ne le troublent point; mais il se prête aux choses, selon qu'elles -arrivent. - -Celui qui a établi l'ordre au dedans de soi, ne se tourmente guère de ce -qu'il y a de bien ou de mal dans les autres. - -L'on n'a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée -soi-même. - -8. Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, -tout contribuerait à votre bien et à votre avancement. - -Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce -que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des -choses de la terre. - -Rien n'embarrasse et ne souille tant le coeur de l'homme que l'amour -impur des créatures. - -Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les -choses du ciel, et goûter souvent les joies intérieures. - - -RÉFLEXION. - - L'âme chrétienne, détachée du monde, n'a qu'un désir pour le temps - comme pour l'éternité; d'être unie à Jésus, de cette union ineffable - dont la divine peinture nous ravit dans le cantique mystérieux de - l'amour. _Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; il repose entre - les lis, jusqu'à ce que l'aurore se lève, et que les ombres - déclinent_[99]. Hélas! que cherchez-vous au dehors? Rentrez, rentrez - en vous-même, préparez au céleste époux une demeure digne de lui, et - il viendra, et il s'y reposera; car ses délices sont d'habiter dans le - coeur qui l'appelle. Alors, seul avec Jésus, loin des bruits de la - terre, dans le silence des créatures, il vous parlera, _comme un ami - parle à son ami_[100], et transporté de l'entendre, vous ne voudrez - plus à jamais écouter que lui. - - [99] Cant., II, 16, 17. - - [100] Exod., XXXIII, 11. - - - - -CHAPITRE II. - -Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité. - - -1. Inquiétez-vous peu de qui est pour vous ou contre vous; mais prenez -soin que Dieu soit avec vous en tout ce que vous faites. - -Ayez la conscience pure, et Dieu prendra votre défense. - -Toute la malice des hommes ne saurait nuire à celui que Dieu veut -protéger. - -Si vous savez vous taire et souffrir, Dieu, sans doute, vous assistera. - -Il sait le temps et la manière de vous délivrer; abandonnez-vous donc à -lui. - -C'est de Dieu que vient le secours, c'est lui qui délivre de la -confusion. - -Il est souvent très-utile, pour nous retenir dans une plus grande -humilité, que les autres soient instruits de nos défauts, et qu'ils nous -les reprochent. - -2. Quand un homme s'humilie de ses défauts, il apaise aisément les -autres, et se réconcilie sans peine ceux qui sont irrités contre lui. - -Dieu protége l'humble et le délivre; il aime l'humble et le console; il -s'incline vers l'humble et lui prodigue ses grâces, et après -l'abaissement, il l'élève dans la gloire. - -Il révèle à l'humble ses secrets; il l'invite et l'attire doucement à -lui. - -Quelque affront qu'il reçoive, l'humble vit encore en paix, parce qu'il -s'appuie sur Dieu et non sur le monde. - -Ne pensez pas avoir fait de progrès, si vous ne vous croyez au-dessous -de tous les autres. - - -RÉFLEXION. - - Que vous importent les discours et les pensées des hommes! Ce ne - seront point eux qui vous jugeront. S'ils vous accusent à tort, celui - qui voit le fond des consciences vous a déjà justifié. S'ils vous - reprochent des fautes réelles, n'êtes-vous pas heureux d'être averti, - heureux de souffrir une humiliation salutaire? Ce qui vous trouble, - c'est l'orgueil, qui ne saurait supporter d'être repris. L'humble ne - s'irrite point, ne s'émeut point, lors même que la passion le condamne - injustement. Plein du sentiment de sa misère, on ne saurait jamais - tant s'abaisser, qu'il ne s'abaisse dans son coeur encore davantage. - Voulez-vous que rien n'altère le calme de votre âme? abandonnez-vous à - Dieu en toutes choses; et dans les peines, les contrariétés, les - traverses, dites avec Jésus-Christ: _Oui, mon Père, parce qu'il vous a - plu ainsi_[101]! - - [101] Luc., X, 21. - - - - -CHAPITRE III. - -De l'homme pacifique. - - -1. Conservez-vous premièrement dans la paix; et alors vous pourrez la -donner aux autres. - -Le pacifique est plus utile que le savant. - -Un homme passionné change le bien en mal, et croit le mal aisément. -L'homme paisible et bon ramène tout au bien. - -Celui qui est affermi dans la paix ne pense mal de personne; mais -l'homme inquiet et mécontent est agité de divers soupçons: il n'a jamais -de repos, et n'en laisse point aux autres. - -Il dit souvent ce qu'il ne faudrait pas dire, et ne fait pas ce qu'il -faudrait faire. - -Attentif au devoir des autres, il néglige ses propres devoirs. - -Ayez donc premièrement du zèle pour vous-même, et vous pourrez ensuite -avec justice l'étendre sur le prochain. - -2. Vous savez bien colorer et excuser vos fautes, et vous ne voulez pas -recevoir les excuses des autres. - -Il serait plus juste de vous accuser vous-même, et d'excuser votre -frère. - -Si vous voulez qu'on vous supporte, supportez aussi les autres. - -Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de -l'humilité, qui jamais ne s'irrite et ne s'indigne que contre elle-même! - -Ce n'est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et -bons, car cela plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et -s'affectionne à ceux qui partagent ses sentiments. - -Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans règle, ou qui -nous contrarient, c'est une grande grâce, une vertu courageuse et digne -d'être louée. - -3. Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec les autres. - -Et il y en a qui n'ont point la paix, et qui troublent celle d'autrui: -ils sont à charge aux autres et plus à charge à eux-mêmes. - -Il y en a enfin qui se maintiennent dans la paix, et qui s'efforcent de -la rendre aux autres. - -Au reste, toute notre paix, dans cette misérable vie, consiste plus dans -une souffrance humble que dans l'exemption de la souffrance. - -Qui sait le mieux souffrir, possédera la plus grande paix. Celui-là est -vainqueur de soi et maître du monde, ami de Jésus-Christ et héritier du -ciel. - - -RÉFLEXION. - - _Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de - Dieu_[102]. Comprenez la grandeur de ce nom et l'instruction profonde - qu'il renferme. La paix, c'est l'ordre parfait; et le trouble, les - dissensions, les discordes, la guerre, ne sont entrés dans le monde - que par la violation de l'ordre ou par le péché. Ainsi point de paix - où règne le péché; point de paix dans l'homme dont les pensées, les - affections, les volontés ne sont pas en tout conformes à l'ordre ou à - la vérité et à la volonté de Dieu; point de paix dans la société dont - les doctrines et les lois s'écartent de la loi et des doctrines - révélées de Dieu: et quiconque, homme ou peuple, brise cette loi, nie - ces doctrines, ne fût-ce qu'en un seul point, cet homme, ce peuple - rebelle à Dieu, subit à l'instant le châtiment de son crime. Un - malaise inconnu s'empare de lui: je ne sais quelle force désordonnée - le pousse et le repousse en tous sens, et nulle part il ne trouve de - repos: comme Caïn, après son meurtre, il a peur. Non, la paix n'est en - effet que pour _les enfants de Dieu_: ils la goûtent en eux-mêmes, et - la répandent sur les autres; elle coule, pour ainsi dire, de leur - coeur, comme ces fleurs qui arrosaient l'heureux séjour de notre - premier père, au temps de son innocence. Et quand viendra la dernière - heure, ce sera encore la paix; car _le royaume de Dieu est justice et - paix_[103]. Enfants de Dieu, _entrez dans le royaume qui vous a été - préparé dès le commencement du monde_[104]! - - [102] Matth., V, 9. - - [103] Rom., XIV, 17. - - [104] Matth., XXV, 34. - - - - -CHAPITRE IV. - -De la pureté d'esprit, et de la droiture d'intention. - - -1. L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes, la simplicité -et la pureté. - -La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'affection. - -La simplicité cherche Dieu; la pureté le trouve et le goûte. - -Nulle bonne oeuvre ne vous sera difficile, si vous êtes libre au dedans -de toute affection déréglée. - -Si vous ne voulez que ce que Dieu veut, et ce qui est utile au prochain, -vous jouirez de la liberté intérieure. - -Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir -de vie et un livre rempli de saintes instructions. - -Il n'est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque -image de la bonté de Dieu. - -2. Si vous aviez en vous assez d'innocence et de pureté, vous verriez -tout sans obstacle. Un coeur pur pénètre le ciel et l'enfer. - -Chacun juge des choses du dehors selon ce qu'il est au dedans de -lui-même. - -S'il est quelque joie dans le monde, le coeur pur la possède. - -Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont -connues de la mauvaise conscience. - -Comme le fer mis au feu perd sa rouille, et devient tout étincelant, -ainsi celui qui se donne sans réserve à Dieu, se dépouille de sa -langueur et se change en un homme nouveau. - -3. Quand l'homme commence à tomber dans la tiédeur, alors il craint le -moindre travail, et reçoit avidement les consolations du dehors. - -Mais quand il commence à se vaincre parfaitement et à marcher avec -courage dans la voie de Dieu, alors il compte pour rien ce qui lui était -le plus pénible. - - -RÉFLEXION. - - Quand Jésus-Christ voulut proposer un modèle à ses disciples, le - choisit-il parmi les hommes distingués par leur science ou par la - supériorité de leur esprit? Non; _il appela un petit enfant, le plaça - au milieu d'eux, et dit: En vérité je vous le dis, si vous ne vous - convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez - point dans le royaume des cieux_[105]. Or, que voyons-nous dans - l'enfance? la simplicité, la pureté. Elle croit, elle aime, elle agit, - sans aucun retour sur elle-même, par un premier mouvement du coeur: et - voilà ce qui plaît à Dieu. Il ne demande ni de longues prières, ni - d'éloquents discours, ni des méditations profondes, mais une volonté - droite et un amour plein de candeur. N'avoir en tout de désirs que les - siens, s'oublier entièrement soi-même, se soumettre aux volontés de - l'adorable Providence, sans chercher à les scruter; quoi de plus pur - que cet abandon, que cette simple obéissance? Aussi la récompense en - sera-t-elle grande: _Heureux_, est-il dit, _ceux qui ont le coeur pur, - parce qu'ils verront Dieu_[106]. - - [105] Matth., XVIII, 2, 3. - - [106] Matth., V, 8. - - - - -CHAPITRE V. - -De la considération de soi-même. - - -1. Nous ne devons pas trop compter sur nous-mêmes, parce que souvent la -grâce et le jugement nous manquent. - -Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu il est aisé de le -perdre par négligence. - -Souvent, nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles au -dedans de nous. - -À de mauvaises actions souvent nous donnons de pires excuses. - -Quelquefois nous sommes mus par la passion, et nous croyons que c'est -par le zèle. - -Nous relevons de petites fautes dans les autres, et nous nous en -permettons de plus grandes. - -Nous sentons bien vite, et nous pensons ce que nous souffrons des -autres; mais tout ce qu'ils ont à souffrir de nous, nous n'y songeons -point. - -Qui se jugerait équitablement soi-même, sentirait qu'il n'a droit de -juger personne sévèrement. - -2. L'homme intérieur préfère le soin de soi-même à tout autre soin; et -lorsqu'on est attentif à soi, on se tait aisément sur les autres. - -Vous ne serez jamais un homme intérieur et vraiment pieux, si vous ne -gardez le silence sur ce qui vous est étranger, et si vous ne vous -occupez principalement de vous-même. - -Si vous n'avez que Dieu et vous-même en vue, vous serez peu touché de ce -que vous apercevrez au dehors. - -Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous-même? Et que vous -revient-il d'avoir tout parcouru, et de vous être oublié? - -Si vous voulez posséder la paix et être véritablement uni à Dieu, il -faut laisser là tout le reste, et ne penser qu'à vous seul. - -3. Vous ferez de grands progrès, si vous vous dégagez de tous les soins -du temps. - -Vous serez au contraire fatigué bien vite, si vous comptez pour quelque -chose ce qui n'est que de ce monde. - -Qu'il n'y ait rien de grand à vos yeux, d'élevé, de doux, d'aimable, que -Dieu seul, ou ce qui vient de Dieu. - -Regardez comme une pure vanité toute consolation qui repose sur la -créature. - -L'âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu. - -Dieu seul est éternel, immense, et remplissant tout, est la consolation -de l'âme, et la vraie joie du coeur. - - -RÉFLEXION. - - Quand vous sauriez ce qu'il y a de bon et de mauvais dans chaque - homme, sans en excepter un seul, à quoi cela vous servirait-il, si - vous vous ignorez vous-même? On ne vous interrogera point, au dernier - jour, sur la conscience d'autrui. Laissez donc là une sollicitude dont - presque toujours l'orgueil et la malignité sont le principe, et - occupez-vous d'un soin plus agréable à Dieu et plus utile pour vous. - La grande, la vraie science est de se connaître soi-même: ce doit être - notre étude de tous les instants. Alors on apprend à se mépriser, à - gémir sur la plaie de son coeur, sur l'amour-propre effréné qui nous - domine, sur les secrètes convoitises qui nous tourmentent, et l'on - s'écrie comme l'Apôtre: _Qui me délivrera de ce corps de mort_[107]? - Heureuse, heureuse délivrance! mais que trouverons-nous après, si nous - avons été fidèles? Dieu, uniquement Dieu, et en lui toutes choses, - toute consolation, tout bien. Ô mon âme! puisqu'il est ainsi, commence - dès ce moment même à te dégager du poids qui t'affaisse, de la terre - et des créatures, pour ne t'attacher qu'à Dieu seul. - - [107] Rom., VII, 24. - - - - -CHAPITRE VI. - -De la joie d'une bonne conscience. - - -1. _La gloire de l'homme de bien est le témoignage de sa -conscience_[108]. - - [108] II. Cor., I, 12. - -Ayez la conscience pure, et vous posséderez toujours la joie. - -La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses, et elle est -pleine de joie dans les adversités. - -La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée. - -Vous jouirez d'un repos ravissant, si votre coeur ne vous reproche rien. - -Ne vous réjouissez que d'avoir fait le bien. - -Les méchants n'ont jamais de véritable joie, ils ne possèdent point la -paix intérieure, _parce qu'il n'y a point de paix pour l'impie_[109], -dit le Seigneur. - - [109] Is., LVII, 21. - -Et s'ils disent: _Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas -sur nous; et qui oserait nous nuire[110]?_ ne les croyez pas: car la -colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs oeuvres seront réduites à -rien, et leurs pensées périront. - - [110] Jer., V, 12. - -2. Se faire un sujet de gloire de la tribulation, n'est pas difficile à -celui qui aime: car se glorifier ainsi, c'est _se glorifier dans la -Croix de Jésus-Christ_[111]. - - [111] Rom., V, 3. Gal., VI, 14. - -La gloire que les hommes donnent et reçoivent est courte. - -La tristesse accompagne toujours la gloire du monde. - -La gloire des bons est dans leur conscience, et non dans la bouche des -hommes. - -L'allégresse des justes est de Dieu et en Dieu, et leur joie vient de la -vérité. - -Celui qui désire la gloire véritable et éternelle dédaigne la gloire du -temps. - -Et celui qui recherche la gloire du temps, et ne la méprise pas de toute -son âme, montre qu'il aime peu la gloire éternelle. - -Il jouit d'une grande tranquillité de coeur, celui que n'émeut ni la -louange ni le blâme. - -3. Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est -pure. - -Vous n'êtes pas plus saint parce qu'on vous loue, ni plus imparfait -parce qu'on vous blâme. - -Vous êtes ce que vous êtes; et tout ce qu'on pourra dire ne vous fera -pas plus grand que vous ne l'êtes aux yeux de Dieu. - -Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous -embarrasserez peu de ce que les hommes disent de vous. - -_L'homme voit le visage, mais Dieu voit le coeur_[112]. L'homme regarde -les actions, mais Dieu pèse l'intention. - - [112] I. Reg., XVI, 7. - -Faire toujours bien et s'estimer peu, c'est le signe d'une âme humble. - -Ne vouloir de consolation d'aucune créature, c'est la marque d'une -grande pureté et d'une grande confiance intérieure. - -4. Quand on ne cherche au dehors aucun témoignage en sa faveur, il est -manifeste qu'on s'est entièrement remis à Dieu. - -_Car ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé,_ -dit saint Paul, _mais celui que Dieu recommande_[113]. - - [113] II. Cor., _X_, 18. - -Avoir toujours Dieu présent au dedans de soi, et ne tenir à rien au -dehors, c'est l'état de l'homme intérieur. - - -RÉFLEXION. - - Nul repos pour celui qui ne le trouve pas en soi. Le coeur inquiet qui - cherche au dehors dans les créatures la paix dont il est privé - intérieurement, se fait une grande illusion; elle n'est pas là. - Pourquoi vous tromper vous-même? La mer soulevée par les tempêtes - n'est pas plus agitée que le monde; et vous lui dites: Apaise mon - trouble! il n'y a de calme que dans le sein de Dieu: il n'y a de joie - que dans la conscience pure. Les plaisirs distraient, les passions - enivrent un moment; mais ce moment passé, que reste-t-il? Et encore - que d'ennui souvent et que d'amertume pendant sa durée! Vous - représentez-vous, au contraire, une félicité comparable à celle qui - accompagne l'innocence; quelque chose qui, dès ici-bas, ressemble plus - au ciel, que l'état d'une âme détachée de la terre, et tranquille sous - la main de Dieu qu'elle possède déjà par l'espérance et par l'amour? - Eh bien donc, que cet état devienne le vôtre; _venez et goûtez combien - le Seigneur est doux_[114]; faites un effort, veuillez seulement: - celui qui donne le bon vouloir, vous donnera aussi de l'accomplir. - - [114] Ps. XXXIII, 9. - - - - -CHAPITRE VII. - -Qu'il faut aimer JÉSUS-CHRIST par-dessus toutes choses. - - -1. Heureux celui qui comprend ce que c'est que d'aimer Jésus, et de se -mépriser soi-même à cause de Jésus. - -Il faut que notre amour pour lui nous détache de tout autre amour, parce -que Jésus veut être aimé seul par-dessus toutes choses. - -L'amour de la créature est trompeur et passe bientôt; l'amour de Jésus -est stable et fidèle. - -Celui qui s'attache à la créature tombera comme elle et avec elle; celui -qui s'attache à Jésus sera pour jamais affermi. - -Aimez et conservez pour ami celui qui ne vous quittera point, alors que -tous vous abandonneront, et qui, quand viendra votre fin, ne vous -laissera point périr. - -Que vous le vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout. - -2. Vivant et mourant, tenez-vous donc près de Jésus, et confiez-vous à -la fidélité de celui qui seul peut vous secourir lorsque tout vous -manquera. - -Tel est votre bien-aimé, qu'il ne veut point de partage; il veut -posséder seul votre coeur, et y régner comme un roi sur le trône qui est -à lui. - -Si vous saviez bannir de votre âme toutes les créatures, Jésus se -plairait à demeurer en vous. - -Vous trouverez avoir perdu presque tout ce que vous aurez établi sur les -hommes et non sur Jésus. - -Ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent, et n'y mettez pas -votre confiance, _car toute chair est comme l'herbe, et sa gloire passe -comme la fleur des champs_[115]. - - [115] Is., XL, 6. - -Vous serez trompé souvent, si vous jugez des hommes d'après ce qui -paraît au dehors; au lieu des avantages et du soulagement que vous -cherchez en eux, vous n'éprouverez presque toujours que du préjudice. - -Cherchez Jésus en tout, et en tout vous trouverez Jésus. Si vous vous -cherchez vous-même, vous vous trouverez aussi, mais pour votre perte. - -Car l'homme qui ne cherche pas Jésus, se nuit plus à lui-même que tous -ses ennemis, et que le monde entier. - - -RÉFLEXION. - - Entraînés par le _charme de sentir_, ainsi que parle Bossuet, nous - cherchons notre bien dans les créatures qui nous échappent et - s'évanouissent comme des ombres. Nous voulons aimer et être aimés; et - nous nous éloignons de la source du véritable amour, de l'amour - infini. Comprenons enfin combien il est insensé d'attacher notre coeur - à ce qui passe, et combien sont vaines ces amitiés de la terre, _qui - s'en vont avec les années et les intérêts_. Aimons Jésus sans partage; - aimons-le comme il nous aime et comme il veut être aimé. _La mesure de - notre amour pour lui_, dit saint Bernard, _est de l'aimer sans - mesure_. Malheur à qui lui préfère quelque chose! ses désirs sont sur - la route du néant. - - - - -CHAPITRE VIII. - -De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle. - - -1. Quand Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble difficile; -mais quand Jésus se retire, tout fatigue. - -Quand Jésus ne parle pas au dedans, nulle consolation n'a de prix; mais -si Jésus dit une seule parole, on est merveilleusement consolé. - -Marie Madeleine ne se leva-t-elle pas aussitôt du lieu où elle pleurait, -lorsque Marthe lui dit: _Le Maître est là, et il vous appelle_[116]. - - [116] Joann., XI, 28. - -Heureux moment, où Jésus appelle des larmes à la joie de l'esprit! - -Combien, sans Jésus, n'êtes-vous pas aride et insensible! - -Et quelle vanité, quelle folie, si vous désirez autre chose que -Jésus-Christ? Ne serait-ce pas une plus grande perte que si vous aviez -perdu le monde entier? - -2. Que peut vous donner le monde sans Jésus? - -Être sans Jésus, c'est un insupportable enfer; être avec Jésus, c'est un -paradis de délices. - -Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire. - -Qui trouve Jésus, trouve un trésor immense, ou plutôt un bien au-dessus -de tout bien. - -Qui perd Jésus, perd plus et beaucoup plus que s'il perdait le monde -entier. - -Vivre sans Jésus, c'est le comble de l'indigence; être uni à Jésus, -c'est posséder des richesses infinies. - -3. C'est un grand art que de savoir converser avec Jésus; et une grande -prudence que de savoir le retenir près de soi. - -Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous. - -Que votre vie soit pieuse et calme, et Jésus demeurera près de vous. - -Vous éloignerez bientôt Jésus, et vous perdrez sa grâce, si vous voulez -vous répandre au dehors. - -Et si vous l'éloignez et le perdez, qui sera votre refuge, et quel autre -ami chercherez-vous? - -Vous ne sauriez vivre heureux sans ami, et si Jésus n'est pas pour vous -un ami au-dessus de tous les autres, n'attendez que tristesse et -désolation. - -Qu'insensés vous êtes, si vous mettez en quelqu'autre votre confiance ou -votre joie! - -Il vaudrait mieux avoir le monde entier contre vous, que d'être dans la -disgrâce de Jésus. - -Qu'il vous soit donc plus cher que tout ce qui vous est cher. - -4. Aimez tous les autres pour Jésus, et Jésus pour lui-même. - -Lui seul doit être aimé uniquement, parce qu'il est le seul ami bon, -fidèle, entre tous les amis. - -Aimez en lui et à cause de lui, vos amis et vos ennemis, et priez-le -pour tous, afin que tous le connaissent et l'aiment. - -Ne souhaitez jamais d'obtenir aucune préférence dans l'estime ou l'amour -des hommes: car cela n'appartient qu'à Dieu, qui n'a point d'égal. - -Ne désirez point que quelqu'un s'occupe de vous dans son coeur, et ne -soyez vous-même préoccupé de l'amour de personne; mais que Jésus soit en -vous et en tout homme de bien. - -5. Soyez pur et libre au dedans, sans aucune attache à la créature. - -Il vous faut être dépouillé de tout, et offrir à Dieu un coeur pur, si -vous voulez être libre, et goûter combien le Seigneur est doux. - -Et certes, jamais vous n'y parviendrez, si sa grâce ne vous prévient et -ne vous attire; de sorte qu'ayant exclu et banni tout le reste, vous -soyez seul uni à lui seul. - -Car, lorsque la grâce de Dieu visite l'homme, alors il peut tout; et -quand elle se retire, alors il est pauvre et infirme, et ne semble -réservé qu'aux châtiments. - -En cet état même, il ne doit ni se laisser abattre ni désespérer; mais -il doit se soumettre avec calme à la volonté de Dieu, et souffrir, pour -l'amour de Jésus-Christ, tout ce qui lui arrive: car l'été succède à -l'hiver, après la nuit revient le jour, et après la tempête une grande -sérénité. - - -RÉFLEXION. - - L'amour a fait descendre le fils de Dieu sur la terre: l'amour nous - élève jusqu'à lui. Alors il s'établit entre notre âme et Jésus, comme - une union ravissante; alors s'accomplit cette promesse: _je ne vous - laisserai pas orphelin, je viendrai à vous_[117]. Venez donc, ô mon - Jésus, venez briser les derniers liens qui m'attachent aux créatures - et retardent l'heureux moment où je ne vivrai plus que pour vous. - Faites que, m'oubliant moi-même, je ne voie, je ne désire que vous - seul, et me repose sur votre sein comme le disciple bien-aimé, dans - cette paix délicieuse que _le monde ne donne pas_[118], qu'il ne peut - même comprendre, mais aussi que ses orages ne sauraient troubler. - - [117] Joann., XIV, 18. - - [118] _Ibid._, 27. - - - - -CHAPITRE IX. - -De la privation de toute consolation. - - -1. Il n'est pas difficile de mépriser les consolations humaines, quand -on jouit des consolations divines. - -Mais il est grand et très-grand de consentir à être privé tout à la fois -des consolations des hommes et de celles de Dieu, de supporter -volontairement pour sa gloire cet exil du coeur, de ne se rechercher en -rien, et de ne faire aucun retour sur ses propres mérites. - -Qu'y a-t-il d'étonnant, si vous êtes rempli d'allégresse et de ferveur -lorsque la grâce descend en vous? C'est pour tous l'heure désirable. - -Il avance aisément et avec joie, celui que la grâce soulève. - -Comment sentirait-il son fardeau, quand il est porté par le -Tout-Puissant, et conduit par le guide suprême? - -2. Toujours nous cherchons quelque soulagement, et difficilement l'homme -se dépouille de lui-même. - -Fidèle à son évêque, le saint martyr Laurent vainquit le siècle, parce -qu'il méprisa tout ce que le monde offre de séduisant, et qu'il souffrit -en paix, pour l'amour de Jésus-Christ, d'être séparé du souverain prêtre -de Dieu, de Sixte, qu'il aimait avec une vive tendresse. - -Par l'amour du Créateur, surmontant l'amour de l'homme, aux consolations -humaines il préféra le bon plaisir divin. - -Et vous aussi, apprenez donc à quitter, pour l'amour de Dieu, l'ami le -plus cher et le plus intime. - -Et ne murmurez point, s'il arrive que votre ami vous abandonne, sachant -qu'après tout il faut bien un jour se séparer tous. - -3. Ce n'est pas sans combattre beaucoup et longtemps en lui-même, que -l'homme apprend à se vaincre pleinement, et à reporter en Dieu toutes -ses affections. - -Lorsqu'il s'appuie sur lui-même, il se laisse aisément aller aux -consolations humaines. - -Mais celui qui a vraiment l'amour de Jésus-Christ, et le zèle de la -vertu, ne cède point à l'attrait des consolations, et ne cherche point -les douceurs sensibles: il désire plutôt de fortes épreuves, et de -souffrir de durs travaux pour Jésus-Christ. - -4. Quand donc Dieu vous accorde quelque consolation spirituelle, -recevez-la avec action de grâces; mais reconnaissez-y le don de Dieu, et -non votre propre mérite. - -Ne vous en élevez pas, n'en ayez point trop de joie, n'en concevez pas -une vaine présomption. Que cette grâce, au contraire, vous rende plus -humble, plus vigilant, plus timide dans toutes vos actions: car ce -moment passera et sera suivi de la tentation. - -Quand la consolation vous est ôtée, ne vous découragez pas aussitôt; -mais attendez avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de -nouveau: car il est tout-puissant pour vous consoler encore plus. - -Cela n'est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l'expérience des -voies de Dieu: les grands Saints et les anciens prophètes ont souvent -éprouvé ces vicissitudes. - -5. Un d'eux, sentant la présence de la grâce, s'écriait: _J'ai dit dans -mon abondance: Je ne serai jamais ébranlé!_ Mais la grâce s'étant -retirée, il ajoutait: _Vous avez détourné de moi votre face, et j'ai été -rempli de trouble_[119]. - - [119] Ps. XXIX, 7, 8. - -Dans ce trouble, cependant, il ne désespère point, mais il prie le -Seigneur avec plus d'instance, disant: _Seigneur, je crierai vers vous, -et j'implorerai mon Dieu_[120]. - - [120] _Ibid._, 9. - -Enfin il recueille le fruit de sa prière, et il témoigne qu'il a été -exaucé: _Le Seigneur m'a écouté, et il a eu pitié de moi: le Seigneur -s'est fait mon appui_[121]. - - [121] _Ibid._, 11. - -Mais comment? _Vous avez_, dit-il, _changé mes gémissements en chants -d'allégresse, et vous m'avez environné de joie_[122]. - - [122] _Ibid._, 12. - -Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands Saints, nous ne -devons pas perdre courage, pauvres infirmes que nous sommes, si -quelquefois nous éprouvons de la ferveur et quelquefois du -refroidissement: car l'esprit de Dieu vient et se retire comme il lui -plaît. Ce qui faisait dire au bienheureux Job: _Vous visitez l'homme dès -le matin, et aussitôt vous l'éprouvez_[123]. - - [123] Job, VII, 18. - -6. En quoi donc espérer, et en quoi mettre ma confiance, si ce n'est -uniquement dans la grande miséricorde de mon Dieu et dans l'attente de -la grâce céleste? - -Car, soit que j'aie près de moi des hommes vertueux, des religieux -fervents, des amis fidèles; soit que je lise de saints livres et -d'éloquents traités; soit que j'entende le doux chant des hymnes; tout -cela aide peu et ne touche guère, quand la grâce se retire, et que je -suis délaissé dans ma propre indigence. - -Alors il n'est point de meilleur remède qu'une humble patience, et -l'abandon de soi-même à la volonté de Dieu. - -7. Je n'ai jamais rencontré d'homme si pieux et si parfait, qui n'ait -éprouvé quelquefois cette privation de la grâce, et une diminution de -ferveur. - -Nul Saint n'a été ravi si haut ni si rempli de lumières, qu'il n'ait été -tenté avant ou après. - -Car il n'est pas digne d'être élevé jusqu'à la contemplation de Dieu -celui qui n'a pas souffert pour Dieu quelque tribulation. - -La tentation annonce d'ordinaire la consolation qui doit suivre. - -Car la consolation céleste est promise à ceux qu'a éprouvés la -tentation. _Celui qui vaincra_, dit le Seigneur, _je lui donnerai à -manger du fruit de l'arbre de vie_[124]. - - [124] Apoc., II, 7. - -8. La consolation divine est donnée, afin que l'homme ait plus de force -pour soutenir l'adversité. - -La tentation vient après, afin qu'il ne s'enorgueillisse pas du bien. - -Car Satan ne dort point, et la chair n'est pas encore morte: c'est -pourquoi ne cessez de vous préparer au combat, parce qu'à droite et à -gauche sont des ennemis qui ne se reposent jamais. - - -RÉFLEXION. - - Bien que l'humanité sainte du Sauveur ne cessât de jouir, par son - intime union avec le Verbe divin, d'une paix et d'une joie - inaltérables, il ne laissait pas de ressentir souvent, dans la partie - inférieure de l'âme, les afflictions et les douleurs devenues - l'apanage de notre nature depuis le péché. Qui n'a présentes à - l'esprit ces grandes paroles: _Mon âme est triste jusqu'à la - mort_[125]. _Mon Père! mon Père! pourquoi m'avez-vous délaissé[126]?_ - Ainsi l'âme chrétienne, sans perdre sa paix, est éprouvée aussi par la - tristesse et les tribulations intérieures. Si elle goûtait toujours la - consolation, il serait à craindre qu'elle ne tombât peu à peu dans le - relâchement; et qu'aurait-elle d'ailleurs à offrir à son bien-aimé? - _La vertu se perfectionne dans l'infirmité_. C'est l'Apôtre qui nous - l'apprend, et il ajoute aussitôt: _Je me glorifierai donc dans mes - infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi_[127]. - Cette espèce d'abandon, cet _exil du coeur_ nous rappelle vivement - notre misère, que nous oublions trop facilement, exerce notre foi, - notre amour, et nous maintient dans l'humilité. Gardez-vous donc, en - ces moments où Jésus paraît se retirer de vous, de fléchir sous le - poids de l'épreuve, et de vous laisser aller au découragement. «Un des - grands secours, dit un pieux auteur, pour bien porter sa croix, est - d'en ôter l'inquiétude, et de rendre cette peine tranquille par une - totale conformité à la divine volonté[128].» Au lieu de gémir et de - vous troubler, réjouissez-vous plutôt; car il est écrit: _Ceux qui - sèment dans les larmes moissonnent dans l'allégresse. Ils allaient et - pleuraient en répandant des semences; ils reviendront pleins de joie, - portant des gerbes dans leurs mains_[129]. - - [125] Matth., XXVI, 38. - - [126] _Ibid._, XXVII, 46. - - [127] II. Cor., XII, 9. - - [128] Boudon, les Saintes Voies de la Croix, liv. II, chap. III. - - [129] Ps. CXXV, 5. 6. - - - - -CHAPITRE X. - -De la reconnaissance pour la grâce de Dieu. - - -1. Pourquoi cherchez-vous le repos, lorsque vous êtes né pour le -travail? - -Disposez-vous à la patience plutôt qu'aux consolations, et à porter la -croix plutôt qu'à goûter la joie. - -Quel est l'homme du siècle qui ne reçût volontiers les joies et les -consolations spirituelles, s'il pouvait en jouir toujours? - -Car les consolations spirituelles surpassent toutes les délices du monde -et toutes les voluptés de la chair. - -Toutes les délices du monde sont ou honteuses ou vaines; les délices -spirituelles sont seules douces et chastes, nées des vertus et répandues -par Dieu dans les coeurs purs. - -Mais nul ne peut jouir, toujours à son gré, des consolations divines; -parce que la tentation ne cesse jamais longtemps. - -2. Une fausse liberté d'esprit et une grande confiance en soi-même -forment un grand obstacle aux visites d'en haut. - -Dieu accorde à l'homme un grand bien en lui donnant la grâce de la -consolation; mais l'homme fait un grand mal, quand il ne remercie pas -Dieu de ce don, et ne le lui rapporte pas tout entier. - -Si la grâce ne coule point abondamment sur nous, c'est que nous sommes -ingrats envers son Auteur, et que nous ne remontons point à sa source -première. - -Car la grâce n'est jamais refusée à celui qui la reçoit avec gratitude, -et Dieu ordinairement donne à l'humble ce qu'il ôte au superbe. - -3. Je ne veux point de la consolation qui m'ôte la componction; je -n'aspire point à la contemplation qui conduit à l'orgueil. - -Car tout ce qui est élevé n'est pas saint; tout ce qui est doux n'est -pas bon; tout désir n'est pas pur; tout ce qui est cher à l'homme n'est -pas agréable à Dieu. - -J'aime une grâce qui me rend plus humble, plus vigilant, plus prêt à me -renoncer moi-même. - -L'homme instruit par le don de la grâce, et par sa privation, n'osera -s'attribuer aucun bien; mais plutôt il confessera son indigence et sa -nudité. - -Donnez à Dieu ce qui est à Dieu; et ce qui est de vous, ne l'imputez -qu'à vous. Rendez gloire à Dieu de ses grâces, et reconnaissez que, -n'ayant rien à vous que le péché, rien ne vous est dû que la peine du -péché. - -4. _Mettez-vous_ toujours _à la dernière place_[130], et la première -vous sera donnée; car ce qui est le plus élevé s'appuie sur ce qui est -le plus bas. - - [130] Luc, XIV, 10. - -Les plus grands Saints aux yeux de Dieu, sont les plus petits à leurs -propres yeux; et plus leur vocation est sublime, plus ils sont humbles -dans leur coeur. - -Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides -d'une gloire vaine. - -Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s'élever en eux-mêmes. - -Rapportant à Dieu tout ce qu'ils ont reçu de bien, ils ne recherchent -point la gloire que donnent les hommes, et ne veulent que celle qui -vient de Dieu seul: leur unique but, leur désir unique, est qu'il soit -glorifié en lui-même et dans tous les Saints, par-dessus toutes choses. - -5. Soyez donc reconnaissant des moindres grâces, et vous mériterez d'en -recevoir de plus grandes. - -Que le plus léger don, la plus petite faveur, aient pour vous autant de -prix que le don le plus excellent et la faveur la plus singulière. - -Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu'il -donne ne vous paraîtra petit ni méprisable: car peut-il être quelque -chose de tel dans ce qui vient d'un Dieu infini? - -Vous envoie-t-il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec -joie: car c'est toujours pour notre salut qu'il fait ou qu'il permet -tout ce qui nous arrive. - -Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il -vous la donne, patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous -soit rendue, et soyez humble et vigilant pour ne pas la perdre. - - -RÉFLEXION. - - L'homme est si pauvre, qu'il n'a pas même une bonne pensée, un bon - désir, qui ne lui vienne d'en haut. De lui-même il ne peut rien, pas - même souhaiter d'être affranchi de sa misère, qu'il ne connaît que par - une lumière surnaturelle... Si la divine miséricorde ne le prévenait, - il languirait dans une éternelle impuissance de tout bien. Plus la - grâce donc lui est donnée avec abondance, plus il a raison de - s'humilier, en voyant ce qu'il serait sans elle, ce qu'il est par son - propre fonds. Créature insensée, qui t'enorgueillis des dons de Dieu, - _qu'as-tu que tu n'aies reçu? et si tu l'as reçu, pourquoi te - glorifier, comme si tu ne l'avais pas reçu_[131]? Il faut que - l'orgueil plie sous cette parole, et que l'homme tout entier - s'anéantisse en présence de celui qui seul le retire de l'abîme où le - péché l'avait précipité. Il ne se relève qu'en s'abaissant; ce qui - faisait dire à saint Paul: _Quand je me sens faible, c'est alors que - suis fort_[132]. Je vous comprends, ô grand Apôtre! ce sentiment qui - vous humilie appelle la grâce promise _aux humbles_[133], et par elle - vous êtes revêtu de la force de Dieu même. Que ne devons-nous point à - ce Dieu de bonté, et que lui rendrons-nous pour tant de bienfaits? - Hélas! dans notre indigence, nous n'avons à lui offrir que notre - coeur, et c'est aussi tout ce qu'il demande de sa pauvre créature. Que - ce coeur au moins lui appartienne sans réserve; que rien ne le - partage; qu'il ne veuille, qu'il ne goûte que Dieu, ne vive que de son - amour; et qu'ainsi commence sur la terre cette union ravissante qui - sera plus tard notre éternelle félicité! - - [131] I. Cor., IV, 7. - - [132] II. Cor., XII, 10. - - [133] Jacob, IV, 6. - - - - -CHAPITRE XI. - -Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de JÉSUS-CHRIST. - - -1. Il y en a beaucoup gui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu -consentent à porter sa Croix. - -Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances. - -Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son -abstinence. - -Tous veulent partager sa joie, mais peu veulent souffrir quelque chose -pour lui. - -Plusieurs suivent Jésus jusqu'à la fraction du pain, mais peu jusqu'à -boire le Calice de sa Passion. - -Plusieurs admirent ses miracles, mais peu goûtent l'ignominie de sa -Croix. - -Plusieurs aiment Jésus, pendant qu'il ne leur arrive aucune adversité. - -Plusieurs le louent et le bénissent, tandis qu'ils reçoivent ses -consolations. - -Mais si Jésus se cache et les délaisse un moment, ils tombent dans le -murmure, ou dans un excessif abattement. - -2. Mais ceux qui aiment Jésus pour Jésus, et non pour eux-mêmes, le -bénissent dans toutes les tribulations et dans l'angoisse du coeur, -comme dans les consolations les plus douces. - -Et quand il ne voudrait jamais les consoler, toujours cependant ils le -loueraient, toujours ils lui rendraient grâces. - -3. Oh! que ne peut l'amour de Jésus, quand il est pur et sans aucun -mélange d'amour ni d'intérêt propre! - -Ne sont-ce pas des mercenaires, ceux qui cherchent toujours des -consolations? - -Ne prouvent-ils pas qu'ils s'aiment eux-mêmes plus que Jésus-Christ, -ceux qui pensent toujours à leur gain et à leurs avantages? - -Où trouvera-t-on quelqu'un qui veuille servir Dieu pour Dieu seul? - -4. Rarement on rencontre un homme assez avancé dans les voies -spirituelles pour être dépouillé de tout. - -Car le véritable pauvre d'esprit, détaché de toute créature, qui le -trouvera? _Il faut le chercher bien loin, et jusqu'aux extrémités de la -terre_[134]. - - [134] Prov., XXXI, 10. - -_Si l'homme donne tout ce qu'il possède, ce n'est encore rien_[135]. - - [135] Cant., _VIII_, 7 - -S'il fait une grande pénitence, c'est peu encore. - -Et s'il embrasse toutes les sciences, il est encore loin. - -Et s'il a une grande vertu et une piété fervente, il lui manque encore -beaucoup, il lui manque une chose souverainement nécessaire. - -Qu'est-ce donc? C'est qu'après avoir tout quitté, il se quitte aussi -lui-même, et se dépouille entièrement de l'amour de soi. - -C'est, enfin, qu'après avoir fait tout ce qu'il sait devoir faire, il -pense encore n'avoir rien fait. - -5. Qu'il estime peu ce qu'on pourrait regarder comme quelque chose de -grand, et qu'en toute sincérité il confesse qu'il est un serviteur -inutile, selon la parole de la Vérité: _Quand vous aurez fait tout ce -qui vous est commandé, dites: Nous sommes des serviteur inutiles_[136]. - - [136] Luc., XVII, 10. - -Alors il sera vraiment pauvre et séparé de tout en esprit, et il pourra -dire avec le Prophète: _Oui, je suis pauvre et seul dans le monde_[137]. - - [137] Ps. XXIV, 17. - -Nul cependant n'est plus riche, plus puissant, plus libre, que celui qui -sait quitter tout, et soi-même, et se mettre au dernier rang. - - -RÉFLEXION. - - Il faut aimer Dieu pour Dieu même, et non pas à cause de la joie que - l'on goûte à le servir: car, s'il nous retirait ses consolations, que - deviendrait cet amour mercenaire? Celui qui se cherche encore en - quelque chose, ne sait point aimer. Regardez votre modèle, contemplez - Jésus, il ne s'est recherché en rien: _Christus non sibi - placuit_[138]. Il a tout sacrifié pour vous, son repos, sa vie, sa - volonté même: _Non pas ce que je veux_, disait-il, _mais ce que vous - voulez_[139]. Il a tout souffert jusqu'à la croix, jusqu'au - délaissement de son Père: _Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous - abandonné[140]?_ Entrons, à son exemple, dans cet esprit de sacrifice; - et détachés désormais de tout intérêt propre, acceptons, avec une - égale sérénité, les biens et les maux, les peines et les joies, en - sorte que, n'ayant de pensées, de désirs que ceux de Jésus, nous - soyons _consommés avec lui dans cette unité parfaite_[141], que, près - de quitter ce monde, il demandait pour nous à son Père, comme le - dernier et le plus grand de ses dons. - - [138] Rom., XV, 3. - - [139] Matth., XXVI, 19. - - [140] _Ibid._, XXVII, 46. - - [141] Joann., XVII, 23. - - - - -CHAPITRE XII. - -De la sainte voie de la Croix. - - -1. Cette parole semble dure à plusieurs: _Renoncez à vous-même, prenez -votre croix, et suivez_[142] Jésus. - - [142] Luc., IX, 23. - -Mais il sera bien plus dur, au dernier jour, d'entendre cette parole: -_Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel_[143]! - - [143] Matth., XXV, 41. - -Ceux qui écoutent maintenant volontiers la parole qui commande de porter -la Croix, et qui y obéissent, ne craindront point alors d'entendre -l'arrêt d'une éternelle condamnation. - -_Ce signe de la Croix sera dans le Ciel, lorsque le Seigneur viendra -pour juger_[144]. - - [144] _Ibid._, XXIV, 30. - -Alors tous les disciples de la Croix, qui auront imité, pendant leur -vie, Jésus crucifié, s'approcheront avec une grande confiance de -Jésus-Christ juge. - -2. Pourquoi donc craignez-vous de porter la Croix par laquelle on arrive -au royaume du Ciel? - -Dans la Croix est le salut, dans la Croix la vie, dans la Croix la -protection contre nos ennemis. - -C'est de la Croix que découlent les suavités célestes. - -Dans la Croix est la force de l'âme, dans la Croix la joie de l'esprit, -la consommation de la vertu, la perfection de la sainteté. - -Il n'y a de salut pour l'âme, ni d'espérance de vie éternelle, que dans -la Croix. - -Prenez donc votre Croix, et suivez Jésus, et vous parviendrez à -l'éternelle vie. - -Il vous a précédé portant sa Croix, et il est mort pour vous sur la -Croix, afin que vous aussi vous portiez votre Croix, et que vous -aspiriez à mourir sur la Croix. - -_Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui_[145]; et si -vous partagez ses souffrances, vous partagerez sa gloire. - - [145] Rom., VI, 8. - -3. Ainsi tout est dans la Croix, et tout consiste à mourir. Il n'est -point d'autre voie qui conduise à la vie et à la véritable paix du -coeur, que la voie de la Croix et d'une mortification continuelle. - -Allez où vous voudrez, cherchez tout ce que vous voudrez, et vous ne -trouverez pas au-dessus une voie plus élevée, au-dessous une voie plus -sûre que la voie de la sainte Croix. - -Disposez de tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et -toujours vous trouverez qu'il vous faut souffrir quelque chose, que vous -le vouliez ou non; et ainsi vous trouverez toujours la Croix. - -Car, ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverez de -l'amertume dans l'âme. - -4. Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt exercé par le prochain, et -ce qui est plus encore, vous serez souvent à charge de vous-même. Vous -ne trouverez à vos peines aucun remède, aucun soulagement; mais il vous -faudra souffrir aussi longtemps que Dieu le voudra. - -Car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolation, et que -vous vous soumettiez à lui sans réserve, et que vous deveniez plus -humble par la tribulation. - -Nul n'a si avant dans son coeur la Passion de Jésus-Christ, que celui -qui a souffert quelque chose de semblable. - -La Croix est donc toujours préparée; elle vous attend partout. - -Vous ne pouvez la fuir, quelque part que vous alliez, puisque partout où -vous irez, vous vous porterez et vous trouverez toujours vous-même. - -Élevez-vous, abaissez-vous, sortez de vous-même, rentrez-y: toujours -vous trouverez la Croix; et il faut que partout vous preniez patience, -si vous voulez posséder la paix intérieure et mériter la couronne -immortelle. - -5. Si vous portez de bon coeur la Croix, elle-même vous portera, et vous -conduira au terme désiré, où vous cesserez de souffrir: mais ce ne sera -pas en ce monde. - -Si vous la portez à regret, vous en augmentez le poids, vous rendez -votre fardeau plus dur; et cependant il vous faut la porter. - -Si vous rejetez une Croix, vous en trouverez certainement une autre, et -peut-être plus pesante. - -6. Croyez-vous échapper à ce que nul homme n'a pu éviter? Quel Saint a -été en ce monde sans Croix et sans tribulation? - -Jésus-Christ lui-même, Notre-Seigneur, n'a pas été une seule heure, dans -toute sa vie, sans éprouver quelques souffrances: _Il fallait, dit-il, -que le Christ souffrît, et qu'il ressuscitât d'entre les morts, et qu'il -entrât ainsi dans sa gloire_[146]. - - [146] Luc., XXIV, 26, 46. - -Comment donc cherchez-vous une autre voie, que la voie royale de la -sainte Croix? - -7. Toute la vie de Jésus-Christ n'a été qu'une Croix et un long martyre: -et vous cherchez le repos et la joie! - -Vous vous trompez, n'en doutez pas, vous vous trompez lamentablement, si -vous cherchez autre chose que des afflictions à souffrir; car toute -cette vie mortelle est pleine de misères et environnée de Croix. - -Et plus un homme aura fait de progrès dans les voies spirituelles, plus -ses Croix souvent seront pesantes; parce que l'amour lui rend son exil -plus douloureux. - -8. Cependant celui que Dieu éprouve par tant de peines, n'est pas sans -consolations qui les adoucissent; parce qu'il sent s'accroître les -fruits de sa patience à porter sa Croix. - -Car lorsqu'il s'incline volontairement sous elle, l'affliction qui -l'accablait se change tout entière en une douce confiance qui le -console. - -Et plus la chair est affligée, brisée, plus l'esprit est fortifié -intérieurement par la grâce. - -Quelquefois même le désir de souffrir, pour être conforme à Jésus -crucifié, lui inspire tant de force, qu'il ne voudrait pas être exempt -de tribulations et de douleur, parce qu'il se croit d'autant plus -agréable à Dieu, qu'il souffre pour lui davantage. - -Ce n'est point là la vertu de l'homme, mais la grâce de Jésus-Christ, -qui opère si puissamment dans une chair infirme, que tout ce qu'elle -abhorre et fuit naturellement, elle l'embrasse et l'aime par la ferveur -de l'esprit. - -9. Il n'est pas selon l'homme de porter la Croix, d'aimer la Croix, de -châtier le corps, de le réduire en servitude, de fuir les honneurs, de -souffrir volontiers les outrages, de se mépriser soi-même et de -souhaiter d'être méprisé, de supporter les afflictions et les pertes, et -de ne désirer aucune prospérité dans ce monde. - -Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela. - -Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée -d'en haut, et vous aurez pouvoir sur la chair et le monde. - -Vous ne craindrez pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de -la foi et marqué de la Croix de Jésus-Christ. - -10. Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de -Jésus-Christ, à porter courageusement la Croix de votre maître, crucifié -par amour pour vous. - -Préparez-vous à souffrir mille adversités, mille traverses dans cette -misérable vie: car voilà partout ce qui vous attend, ce que vous -trouverez partout, en quelque lieu que vous vous cachiez. - -Il faut qu'il en soit ainsi: et à cette foule de maux et de douleurs, il -n'y a d'autre remède que de vous supporter vous-même. - -Buvez avec joie le calice du Sauveur, si son amour vous est cher et si -vous désirez avoir part à sa gloire. - -Laissez Dieu disposer de ses consolations: qu'il les répande comme il -lui plaira. - -Pour vous, choisissez les souffrances, et regardez-les comme des -consolations d'un grand prix: _car toutes les souffrances du temps n'ont -aucune proportion avec la gloire future, et ne sauraient vous la -mériter_[147], quand seul vous les supporteriez toutes. - - [147] Rom., VIII, 18. - -11. Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce, et à -l'aimer pour Jésus-Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous -avez trouvé le Paradis sur la terre. - -Mais tandis que la souffrance vous sera amère, et que vous la fuirez, -vous vivrez dans le trouble; et la tribulation que vous fuirez vous -suivra partout. - -12. Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être, à souffrir et -à mourir, bientôt vos peines s'adouciront, et vous aurez la paix. - -Quand vous auriez été ravi, avec Paul, jusqu'au troisième Ciel, vous ne -seriez pas pour cela assuré de ne rien souffrir. _Je lui montrerai_, dit -Jésus, _combien il faut qu'il souffre pour mon nom_[148]. - - [148] Act., IX, 16. - -Il ne vous reste donc qu'à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le -servir constamment! - -13. Plût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le -nom de Jésus! Quelle gloire vous serait réservée! Quelle joie parmi tous -les Saints! Quelle édification pour le prochain! - -Car tous recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent -souffrir. - -Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus, lorsque -tant d'autres souffrent beaucoup plus pour le monde! - -14. Sachez, et croyez fermement, que votre vie doit être une mort -continuelle; et que plus on meurt à soi-même, plus on commence à vivre -pour Dieu. - -Nul n'est propre à comprendre les choses du Ciel, s'il ne se soumet à -supporter les adversités pour Jésus-Christ. - -Rien n'est plus agréable à Dieu, rien ne vous est plus salutaire en ce -monde, que de souffrir avec joie pour Jésus-Christ; et si vous aviez à -choisir, vous devriez plutôt souhaiter d'être affligé pour lui, que -d'être comblé de consolations, parce que vous seriez alors plus -semblable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les Saints. - -Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point -dans la douceur et l'abondance des consolations, mais plutôt dans la -force de supporter de grandes tribulations et de pesantes épreuves. - -15. S'il y avait eu, pour l'homme, quelque chose de meilleur et de plus -utile que de souffrir, Jésus-Christ nous l'aurait appris par ses paroles -et par son exemple. - -Or, manifestement il exhorte à porter la croix, et les disciples qui le -suivaient, et tous ceux qui voudraient le suivre, disant: _Si quelqu'un -veut marcher sur mes pas, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix -et qu'il me suive_[149]. - - [149] Matth., XVI, 24. - -Après donc avoir tout lu et tout examiné, concluons enfin qu'_il nous -faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de -Dieu_[150]. - - [150] Act., XIV, 21. - - -RÉFLEXION. - - La doctrine de la Croix, _scandale pour les Juifs et folie pour les - Gentils_[151], est ce que les hommes comprennent le moins. Qu'un Dieu - soit mort pour les sauver, leur raison s'abaissera devant ce mystère; - mais qu'ils doivent s'associer à cet étonnant sacrifice, en mourant à - eux-mêmes, à leurs passions, à leurs volontés, à leurs désirs, voilà - ce qui les révolte, et leur fait dire comme les Capharnaïtes: _Cette - parole est dure, et qui peut l'entendre_[152]? Il faut bien pourtant - que nous l'entendions, car notre salut dépend de là. Le ciel était - séparé de la terre, la Croix les a réunis; et c'est du pied de la - Croix que part tout ce qui va jusqu'au Ciel. Pressons-nous donc contre - la Croix; qu'elle soit ici-bas notre consolation, comme elle est notre - force. Lorsque, dans sa bonté, Dieu nous envoie quelque épreuve, - disons avec saint André: _Ô douce Croix! si longtemps désirée, et - préparée maintenant pour cette âme qui la souhaitait ardemment!_ Tout - les Saints ont senti ce désir, tous ont tenu ce langage. _Souffrir ou - mourir_, répétait souvent sainte Thérèse; et, dans la souffrance, elle - trouvait plus de paix et de bonheur que n'en goûteront jamais ceux que - le monde appelle heureux. Une seule larme versée aux pieds de Jésus - est plus délicieuse mille fois que tous les plaisirs du siècle. - - [151] I. Cor., I, 23. - - [152] Joann., VI, 61. - - -FIN DU DEUXIÈME LIVRE. - - - - -L'IMITATION - -DE - -JÉSUS-CHRIST. - - - - -LIVRE TROISIÈME. - -DE LA VIE INTÉRIEURE. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -Des entretiens intérieurs de JÉSUS-CHRIST avec l'âme fidèle. - - -1. _J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi_[153]. - - [153] Ps. LXXXIV, 8. - -Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui -reçoit de sa bouche la parole de consolation! - -Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle -divin, et sourdes aux bruits du monde! - -Heureuses encore une fois les oreilles qui écoutent, non la voix qui -retentit au dehors, mais la vérité qui enseigne au dedans! - -Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne contemplent que -les intérieures! - -Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur recèle, et qui, par -des exercices de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à -comprendre les secrets du Ciel! - -Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu, et qui se dégagent -de tous les embarras du siècle! - -Considère ces choses, ô mon âme! et ferme la porte de tes sens, afin que -tu puisses entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi. - -2. Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et -votre vie. - -Demeurez près de moi, et vous trouverez la paix. Laissez là tout ce qui -passe; ne cherchez que ce qui est éternel. - -Que sont toutes les choses du temps, que des séductions vaines? et de -quoi vous serviront toutes les créatures, si vous êtes abandonné du -Créateur? - -Renoncez donc à tout, et occupez-vous de plaire à votre Créateur, et de -lui être fidèle, afin de parvenir à la vraie béatitude. - - -RÉFLEXION. - - Écoutons la sagesse incréée: _Mes délices_, dit-elle, _sont d'être - avec les enfants des hommes_[154]. Mais la plupart des hommes ne - comprenant pas son langage, ou craignant de l'entendre, s'éloignent - d'elle pour s'entretenir avec les créatures. _Elle est venue dans le - monde, et le monde ne l'a point connue_[155]. C'est pourquoi l'Apôtre - nous défend _d'aimer le monde, ni rien de ce qui est dans le - monde_[156], _parce qu'il appartient tout entier à l'esprit de - malice_[157]. Si donc nous voulons attirer en nous l'esprit de Dieu, - cet esprit dont _l'onction enseigne toutes choses_[158], séparons-nous - du monde; renonçons à ses maximes, à ses plaisirs, à ses sociétés - tumultueuses. Jésus ne se trouve qu'au désert; _sa voix ne retentit - pas dans les lieux publics_[159], au milieu des assemblées du siècle; - mais lorsqu'il a résolu de répandre ses faveurs sur l'âme fidèle, _il - la conduit dans la solitude, et là il parle à son coeur_[160]. Comment - peindre les délices de ce céleste entretien? Qui les a goûtées une - fois ne peut plus supporter les entretiens des hommes. Ô Jésus! parlez - à mon coeur, je veux désormais n'écouter que votre voix, dans le - silence de toutes les créatures. - - [154] Prov., VIII, 31. - - [155] Joan., I, 10. - - [156] I. Joan., II, 15. - - [157] _Ibid._, V. 19. - - [158] Ibid., II, 27. - - [159] Matth., XII, 19. - - [160] Osée, II, 14. - - - - -CHAPITRE II. - -La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles. - - -1. _Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute._ - -_Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin que je sache -vos témoignages_[161]. - - [161] I. Reg., III, 9; Ps. CXVIII, 125. - -_Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche; qu'elles tombent sur -lui comme une douce rosée_[162]. - - [162] Ps. CXVIII, 36. Deuter., XXXII, 2. - -Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse: _Parlez-nous, et nous -vous écouterons: mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que -nous ne mourions_[163]. - - [163] Exod., XX, 19. - -Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière; mais au contraire, -je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: -_Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute_[164]. - - [164] I Reg., III, 9. - -Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes; mais vous plutôt, -parlez, Seigneur mon Dieu, vous, la lumière de tous les prophètes, et -l'esprit qui les inspirait. Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute -mon âme de votre vérité; et sans vous, ils ne pourraient rien. - -2. Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre efficaces. - -Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n'échauffe point -le coeur. - -Ils exposent la lettre; mais vous en découvrez le sens. - -Ils proposent les mystères; mais vous rompez le sceau qui en dérobait -l'intelligence. - -Ils publient vos commandements; mais vous aidez à les accomplir. - -Ils montrent la voie; mais vous donnez des forces pour marcher. - -Ils n'agissent qu'au dehors; mais vous éclairez et instruisez les -coeurs. - -Ils arrosent extérieurement; mais vous donnez la fécondité. - -Leurs paroles frappent l'oreille; mais vous ouvrez l'intelligence. - -3. Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur mon Dieu, -éternelle vérité! parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je -n'écoute sans fruit, si, averti seulement au dehors, je ne suis point -intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma condamnation dans -votre parole, entendue sans être accomplie, connue sans être aimée, crue -sans être observée. - -_Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute: vous avez -les paroles de la vie éternelle_[165]. - - [165] I Reg., III, 9; Joann., VI, 69. - -Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma -vie; parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre -nom. - - -RÉFLEXION. - - Il y a une voix qui nous parle intérieurement et comme dans le fond de - l'âme, lorsque fermant l'oreille au bruit des créatures, nous ne - voulons plus écouter que Dieu seul, et que nous l'appelons en nous de - toute l'ardeur de nos désirs. C'est cette voix qui, loin des hommes, - ravissait au désert les Paul, les Antoine, les Pacôme, et leur - révélait sans obscurité les secrets de la science divine. C'est cette - voix qui instruit les saints, les enflamme, les console et les enivre, - pour ainsi dire, de sa céleste douceur. Moïse et les prophètes étaient - voilés pour les disciples d'Emmaüs: Jésus vient, et, à sa voix, les - ombres qui offusquaient leur intelligence se dissipent; quelque chose - d'inconnu se remue en eux, de sorte qu'ils se disaient l'un à l'antre: - _Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il - nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les Écritures_[166]? Et - nous, pauvres infortunés que le tumulte du monde distrait encore, que - ferons-nous? Ne voulons-nous point aussi entendre Jésus? Comme les - deux disciples, nous sommes en voyage; nous nous en allons vers - l'éternité. Jésus, dans son amour, _s'approche_ de nous; il se fait, - en quelque sorte, le compagnon de notre route[167]: mais, nous - trouvant si peu attentifs, il se retire, et nous marchons seuls. - Effrayante solitude! Ah! prenons garde que la nuit ne nous surprenne - près du terme! Hâtons-nous de rappeler le divin guide et disons-lui de - toute notre âme: _Seigneur demeurez avec nous, car le soir se fait et - déjà le jour baisse_[168]. - - [166] Luc., XXIV, 32. - - [167] _Ibid._, 15. - - [168] _Ibid._, 29. - - - - -CHAPITRE III. - -Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne -la reçoivent pas comme ils le devraient. - - -1. J.-C. Mon fils, écoutez mes paroles, paroles pleines de douceur, et -qui surpassent toute la science des philosophes et des sages du monde. - -_Mes paroles sont esprit et vie_[169], et l'on n'en doit pas juger par -le sens humain. - - [169] Joann., VI, 64. - -Il ne faut pas en tirer une vaine complaisance, mais les écouter en -silence, et les recevoir avec une humilité profonde et un ardent amour. - -2. LE F. Et j'ai dit: _Heureux celui que vous instruisez, Seigneur, et à -qui vous enseignez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais, et -de ne pas le laisser sans consolation sur la terre_[170]. - - [170] Ps. XCIII, 12, 13. - -3. J.-C. C'est moi qui ai, dès le commencement, instruit les prophètes, -dit le Seigneur; et jusqu'à présent même, je ne cesse point de parler à -tous; mais plusieurs sont endurcis et sourds à ma voix. - -Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu: ils aiment -mieux suivre les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine. - -Le monde promet peu de chose, et des choses qui passent, et on le sert -avec une grande ardeur: je promets des biens immenses, éternels, et le -coeur des hommes reste froid. - -Qui me sert et m'obéit en toutes choses, avec autant de soin qu'on sert -le monde et les maîtres du monde? - -_Rougis, Sidon, dit la mer_[171]; et si tu en demandes la cause, écoute, -voici pourquoi: - - [171] Is., XXIII, 4. - -Pour un petit avantage, on entreprend une longue route; et, pour la vie -éternelle, à peine en trouve-t-on qui veuillent faire un pas. - -On recherche le plus vil gain: on plaide honteusement quelquefois pour -une pièce de monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien, -on ne craint pas de se fatiguer le jour et la nuit. - -Mais, ô honte! pour un bien immuable, pour une récompense infinie, pour -un honneur suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à -la moindre fatigue. - -4. Serviteur paresseux et toujours murmurant, rougis donc de ce qu'il y -ait des hommes plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et -pour qui la vanité a plus d'attrait que n'en a pour toi la vérité. - -Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances; tandis que ma -promesse ne trompe point, et que jamais je ne me refuse à celui qui se -confie en moi. - -Ce que j'ai promis, je le donnerai: ce que j'ai dit, je l'accomplirai, -si toutefois l'on demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin. - -C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement les justes. - -5. Gravez mes paroles dans votre coeur, et méditez-les profondément: -car, à l'heure de la tentation, elles vous seront très-nécessaires. - -Ce que vous n'entendez pas en le lisant, vous le comprendrez au jour de -ma visite. - -J'ai coutume de visiter mes élus de deux manières: par la tentation et -par la consolation. - -Et tous les jours, je leur donne deux leçons; l'une en les reprenant de -leurs défauts, l'autre en les exhortant à avancer dans la vertu. - -_Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé par elle au -dernier jour_[172]. - - [172] Joann., XII, 48. - - -PRIÈRE - -POUR DEMANDER LA GRÂCE DE LA DÉVOTION. - -6. LE F. Seigneur, mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et qui suis-je -pour oser vous parler? - -Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver de terre, -beaucoup plus pauvre et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose -dire. - -Souvenez-vous cependant, Seigneur, que je ne suis rien, que je n'ai -rien, que je ne puis rien. - -Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous donnez tout, -vous remplissez tout, hors le pécheur que vous laissez vide. - -_Souvenez-vous de vos miséricordes_[173], et remplissez mon coeur de -votre grâce, vous qui ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure -vide. - - [173] Ps. XXIV, 6. - -7. Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids de moi-même, -si votre miséricorde et votre grâce ne me fortifient? - -Ne détournez pas de moi votre visage; ne différez pas à me visiter; ne -me retirez point votre consolation, de peur que, _privée de vous, mon -âme ne devienne comme une terre sans eau_[174]. - - [174] Ps. CXLII, 6. - -_Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté_[175]; apprenez-moi à -vivre d'une vie humble et digne de vous. - - [175] _Ibid._, 10. - -Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité, et vous -m'avez connu avant que je fusse au monde, et avant même que le monde -fût. - - -RÉFLEXION. - - Rien de plus rare qu'un désir sincère du salut; et c'est ce qui doit - nous faire trembler, car notre sort à chacun sera ce que nous l'aurons - fait: Dieu nous aide, il vient par sa grâce au secours du libre - arbitre, mais il ne le contraint pas. Or que voyons-nous? Quel - spectacle nous offre le monde? Nous ne parlons point ici de l'impie - résolu à se perdre, et déjà marqué du sceau de la réprobation: nous - parlons de ceux qui se disent, qui se croient les disciples de - Jésus-Christ. Dans la spéculation, ces chrétiens veulent se sauver; - mais ils veulent en même temps, ils veulent surtout posséder les biens - et goûter les jouissances de la terre. Ils donneront à Dieu, en - passant, quelques prières obligées; ils s'informeront de sa loi pour - connaître ce qu'elle commande strictement: puis, tranquilles de ce - côté, ils se jetteront à la poursuite des honneurs, des richesses, des - plaisirs qu'ils nomment légitimes, ou ils s'endormiront dans une vie - de mollesse permise à leurs yeux, parce qu'elle ne viole en apparence - aucun précepte formel. Mais dans tout cela, où est la foi qui doit - régler toutes nos actions sur la vue de l'éternité? Où est l'amour - perpétuellement occupé de son objet, l'amour avide de sacrifices? Où - est la pénitence? Où est la Croix? Ô Dieu! et c'est là désirer le - salut! N'est-il donc pas écrit que _celui qui cherche son âme la - perdra_[176]? Que chacun se juge sur cette parole avant le jour - terrible où le Seigneur lui-même le jugera. - - [176] Luc., XVII, 33. - - - - -CHAPITRE IV. - -Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité. - - -1. J.-C. Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi -toujours dans la simplicité de votre coeur. - -Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque; la -vérité le délivrera des calomnies et des séductions des méchants. - -Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous -importeront les vains discours des hommes. - -2. LE F. Seigneur, il est vrai: qu'il me soit fait, de grâce, selon -votre parole. Que votre vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle -me conserve jusqu'à la fin dans la voie du salut. - -Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée; -et je marcherai devant vous dans une grande liberté de coeur. - -3. J.-C. La vérité, c'est moi: je vous enseignerai ce qui est bon, ce -qui m'est agréable. - -Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret; -et ne pensez jamais être quelque chose, à cause du bien que vous faites. - -Car, dans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de -passions et engagé dans leurs liens. - -De vous-même, vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un -rien vous abat, un rien vous trouble et vous décourage. - -Qu'avez-vous dont vous puissiez vous glorifier? et que de motifs, au -contraire, pour vous mépriser vous-même! car vous êtes beaucoup plus -infirme que vous ne sauriez le comprendre. - -4. Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de -grand. - -Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, -élevé, digne d'être estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel. - -Aimez, par-dessus toutes choses, l'éternelle vérité, et n'ayez jamais -que du mépris pour votre extrême bassesse. - -N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés -et vos vices: ils doivent vous affliger plus que toutes les pertes du -monde. - -Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur sincère; mais, -guidés par une certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir -mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent -de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut. - -Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, -en de grandes tentations et de grandes fautes, parce que je me sépare -d'eux. - -5. Craignez les jugements de Dieu: redoutez la colère du Tout-Puissant; -ne scrutez point les oeuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le -mal que tant de fois vous avez commis, le bien que vous avez négligé. - -Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des -images, d'autres en des signes et des marques extérieures. - -Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le coeur. - -Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent -d'aspirer aux biens éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, -et ne s'assujettissent qu'à regret aux nécessités de la nature. Ceux-là -entendent ce que l'Esprit de vérité dit en eux. - -Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure -éternellement, à oublier le monde, et à désirer le Ciel, le jour et la -nuit. - - -RÉFLEXION. - - _Je suis le Dieu tout-puissant: marchez en ma présence, et soyez - parfait_[177]. Ainsi parlait le Seigneur au Père des croyants, et ce - commandement s'adresse avec encore plus de force aux chrétiens, qui - ont contemplé, dans le Fils de l'Homme, le modèle de toute perfection. - Aussi leur est-il dit: _Soyez parfaits, comme votre Père céleste est - parfait_[178]. Étonnant précepte qui, relevant notre incompréhensible - bassesse, nous apprend ce qu'est l'homme racheté, ce qu'est le - chrétien aux yeux de Dieu. Mais comment, faibles créatures, courbées - sous le poids de la chair, approcherons-nous de cette perfection - souveraine, à laquelle il nous est ordonné de tendre sans cesse? - Écoutez Jésus-Christ: _Je suis la voie, la vérité et la vie_[179]. Il - est la voie qui conduit à Dieu, la vérité qui est Dieu même; il est la - vie promise à ceux qui _marchent dans la vérité_[180], _qui font la - vérité_[181], selon le mot profond de l'Apôtre. Donc, tout en - Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Unies aux siennes, nos pensées, nos - affections, nos oeuvres se divinisent: et comme la perfection du Fils - est la perfection même du Père, par notre union avec le Fils, qui - commence sur la terre et se consommera dans le ciel, nous devenons - parfaits comme le Père est parfait. Ainsi s'accomplit la prière du - Christ: _Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez - donnés, afin qu'ils soient un comme nous sommes un! Sanctifiez-les - dans la vérité; je me sanctifie pour eux moi-même, afin qu'ils soient - sanctifiés dans la vérité_[182]. Mais cette grande union, qui nous - élève jusqu'à participer aux mérites infinis du Rédempteur, ne - s'effectue, ne l'oublions pas, qu'en proportion du sacrifice que nous - faisons de nous-mêmes. Notre humilité en est la mesure: elle est le - fruit du renoncement propre, du détachement, de l'abaissement qui nous - anéantit devant Dieu. Là où l'amour corrompu de soi, là où la nature - vit encore, l'union avec Jésus-Christ n'est pas complète. Il faut - mourir à soi-même, à ses désirs, à ses goûts, à sa volonté, à sa - raison aveugle, pour être _un avec le Fils_, comme il est _un avec son - Père_. Pour être _sanctifié dans la vérité_[183]. Heureuse mort, qui - nous met en possession de la véritable vie, de Dieu même et de sa - sainteté, de sa vérité éternelle! - - [177] Gen., XVII, 1. - - [178] Matth., V, 48. - - [179] Joann., XIV, 6. - - [180] III. Joann., 4. - - [181] Ephes., IV, 15. - - [182] Joann., XVII, 11, 17, 19. - - [183] II. Cor., I, 3. - - - - -CHAPITRE V. - -Des merveilleux effets de l'amour divin. - - -1. LE F. Je vous bénis, Père céleste, Père de Jésus-Christ, mon -Seigneur, parce que vous avez daigné vous souvenir de moi, pauvre -créature. - -_Ô Père des miséricordes, et Dieu de toute consolation_[184], je vous -rends grâces de ce que, tout indigne que j'en suis, vous voulez bien -cependant quelquefois me consoler! - - [184] _Ibid._ - -Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils unique et -Esprit consolateur, dans les siècles des siècles. - -Ô Seigneur, mon Dieu, saint objet de mon amour! quand vous descendrez -dans mon coeur, toutes mes entrailles tressailliront de joie. - -Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur. - -Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la tribulation. - -2. Mais, parce que mon amour est encore faible et ma vertu chancelante, -j'ai besoin d'être fortifié et consolé par vous: visitez-moi donc -souvent, et dirigez-moi par vos divines instructions. - -Délivrez-moi des passions mauvaises, et retranchez de mon coeur toutes -ses affections déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je -devienne propre à vous aimer, fort pour souffrir, ferme pour persévérer. - -3. C'est quelque chose de grand que l'amour, et un bien au-dessus de -tous les biens. Seul, il rend léger ce qui est pesant, et fait qu'on -supporte avec une âme égale toutes les vicissitudes de la vie. - -Il porte son fardeau sans en sentir le poids, et rend doux ce qu'il y a -de plus amer. - -L'amour de Jésus est généreux; il fait entreprendre de grandes choses, -et il excite toujours à ce qu'il y a de plus parfait. - -L'amour aspire à s'élever, et ne se laisse arrêter par rien de -terrestre. - -L'amour veut être libre et dégagé de toute affection du monde, afin que -ses regards pénètrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni -retardé par les biens, ni abattu par les maux du temps. - -Rien n'est plus doux que l'amour, rien n'est plus fort, plus élevé, plus -étendu, plus délicieux; il n'est rien de plus parfait ni de meilleur au -ciel et sur la terre, parce que l'amour est né de Dieu, et qu'il ne peut -se reposer qu'en Dieu, au-dessus de toutes les créatures. - -4. Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre, et -rien ne l'arrête. - -Il donne tout pour posséder tout; et il possède tout en toutes choses, -parce qu'au-dessus de toutes choses il se repose dans le seul Être -souverain, de qui tout bien procède et découle. - -Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de tous les biens, -jusqu'à celui qui donne. - -L'amour souvent ne connaît point de mesure; mais, comme l'eau qui -bouillonne, il déborde de toutes parts. - -Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais -il ne prétexte l'impossibilité, parce qu'il se croit tout possible et -tout permis. - -Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui -fatiguent et qui épuisent vainement celui qui n'aime point. - -5. L'amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort point. - -Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l'appesantissent, aucunes -frayeurs ne le troublent; mais, tel qu'une flamme vive et pénétrante, il -s'élance vers le Ciel, et s'ouvre un sûr passage à travers tous les -obstacles. - -Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix. - -L'ardeur même d'une âme embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme un grand -cri: Mon Dieu! mon amour! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous. - -6. Dilatez-moi dans l'amour, afin que j'apprenne à goûter au fond de mon -coeur combien il est doux d'aimer et de se fondre et de se perdre dans -l'amour. - -Que l'amour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même, par la vivacité -de ses transports. - -Que je chante le cantique de l'amour, que je vous suive, ô mon -bien-aimé, jusque dans les hauteurs de votre gloire; que toutes les -forces de mon âme s'épuisent à vous louer, et qu'elle défaille de joie -et d'amour. - -Que je vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que pour vous, -et que j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que -l'ordonne la loi de l'amour, que nous découvrons dans votre lumière. - -7. L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, -fidèle, constant, magnanime, et il ne se recherche jamais: car dès qu'on -commence à se rechercher soi-même, à l'instant on cesse d'aimer. - -L'amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse, sans légèreté; -il ne s'occupe point de choses vaines; il est sobre, chaste, ferme, -tranquille, et toujours attentif à veiller sur les sens. - -L'amour est obéissant et soumis aux supérieurs; il est vil et méprisable -à ses yeux. Dévoué à Dieu sans réserve, et toujours plein de -reconnaissance, il ne cesse point de se confier en lui, d'espérer en -lui, lors même qu'il semble en être délaissé, parce qu'on ne vit point -sans douleur dans l'amour. - -8. Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner entièrement à la -volonté de son bien-aimé, ne sait pas ce que c'est que d'aimer. - -Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il y a de plus -dur et de plus amer, pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le -détache de lui. - - -RÉFLEXION. - - _Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et - Dieu en lui_[185]. Mais l'amour a ses temps d'épreuve, comme ses temps - de jouissance; et cette vie tout entière ne doit être qu'un continuel - exercice d'amour, ou la consommation d'un grand sacrifice, dont une - vie éternelle ou un amour immuable sera le prix. Tous les caractères - de la charité, détaillés par saint Paul[186], nous rappellent l'idée - de sacrifice; et l'amour infini lui-même n'a pu se manifester - pleinement à nous que par un sacrifice infini. _Dieu a tant aimé le - monde, qu'il a donné son fils unique_[187]; et notre amour pour Dieu - ne peut non plus se manifester que par un sacrifice, non pas égal, il - est impossible, mais semblable, par le don de tout notre être ou une - parfaite obéissance de notre esprit, de notre coeur et de nos sens, à - la volonté de celui qui nous _a tant aimés_. C'est alors que - s'accomplit cette union ineffable que Jésus-Christ, à sa dernière - heure, conjurait son père d'opérer entre lui et la créature - _rachetée_[188]. Pendant que la nature vit encore en nous, quelque - chose nous sépare de Dieu et de Jésus; et _l'amour de Jésus nous - presse_[189] d'achever le sacrifice, et de prononcer cette parole - dernière, que le monde ne comprend pas, mais qui réjouit le Ciel: - _Tout est consommé_[190]. - - [185] I. Joann., IV, 16. - - [186] I. Cor., XIII. - - [187] Joan., III, 16. - - [188] _Ibid._, XVII, 21, 23. - - [189] II. Cor., V, 14. - - [190] Joann., XIX, 30. - - - - -CHAPITRE VI. - -De l'épreuve du véritable amour. - - -1. J.-C. Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni assez -éclairé. - -LE F. Pourquoi, Seigneur? - -J.-C. Parce qu'à la moindre contrariété vous laissez là l'oeuvre -commencée, et que vous recherchez trop avidement les consolations. - -Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation, et ne cède -point aux suggestions artificieuses de l'ennemi. Dans le mauvais comme -dans le bon succès, son coeur est également à moi. - -2. Celui dont l'amour est éclairé, considère moins le don de celui qui -aime, que l'amour de celui qui donne. - -L'affection le touche plus que le bienfait, et il préfère son bien-aimé -à tout ce qu'il reçoit de lui. - -Celui qui m'aime d'un amour généreux ne se repose pas dans mes dons, -mais en moi par-dessus tous mes dons. - -Ne croyez pas tout perdu cependant, s'il vous arrive de sentir, pour moi -ou pour mes Saints, moins d'amour que vous ne voudriez. - -Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois, est l'effet de -la présence de la grâce, et une sorte d'avant-goût de la patrie céleste; -il n'y faut pas chercher trop d'appui, parce qu'il passe comme il est -venu. - -Mais combattre les mouvements déréglés de l'âme, et mépriser les -sollicitations du démon, c'est un grand sujet de mérite, et la marque -d'une solide vertu. - -3. Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu'ils soient, qui -obsèdent votre imagination. - -Conservez une résolution ferme, et une intention droite devant Dieu. - -Ce n'est point une illusion, si quelquefois vous êtes soudain ravi en -extase, et qu'aussitôt vous retombiez dans les pensées misérables qui -occupent d'ordinaire votre coeur. - -Car vous souffrez alors plus que vous n'agissez; et tant qu'elles vous -déplaisent et que vous y résistez, c'est un mérite et non pas une chute. - -4. Sachez que l'antique ennemi s'efforce d'étouffer vos bons désirs, et -de vous éloigner de tout pieux exercice; du culte des Saints, de la -méditation de mes douleurs et de ma mort, du souvenir si utile de vos -péchés, de l'attention à veiller sur votre coeur, et du ferme propos -d'avancer dans la vertu. - -Il vous suggère mille pensées mauvaises, pour vous causer du trouble et -de l'ennui, pour vous détourner de la prière et des lectures saintes. - -Une humble confession lui déplaît, et s'il pouvait, il vous éloignerait -tout à fait de la communion. - -Ne le croyez point, et n'ayez de lui aucune appréhension, quoiqu'il vous -tende souvent des piéges pour vous surprendre. - -Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses qu'il vous -inspire. Dites-lui: - -Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois étrangement -pervers pour me tenir un pareil langage. - -Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais en moi aucune -part: mais Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu -demeureras confondu. - -J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de consentir à -ce que tu me proposes. - -_Tais-toi donc, ne me parle plus_[191]; je ne t'écouterai pas davantage, -quoi que tu fasses pour m'inquiéter. _Le Seigneur est ma lumière et mon -salut: qui craindrai-je_[192]? - - [191] Marc., IV, 39. - - [192] Ps. XXVI, 1. - -_Quand une armée se rangerait en bataille contre moi, mon coeur ne -craindrait pas_[193]. _Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur_[194]. - - [193] _Ibid._, 3. - - [194] Ps. XVIII, 15. - -5. Combattez comme un généreux soldat; et si quelquefois vous succombez -par fragilité, reprenez un courage plus grand, dans l'espérance d'être -soutenu par une grâce plus forte; et gardez-vous surtout de la vaine -complaisance et de l'orgueil. - -C'est ainsi que plusieurs s'égarent, et tombent dans un aveuglement -presque incurable. - -Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes, vous -soit une leçon continuelle de vigilance et d'humilité. - - -RÉFLEXION. - - _Tous ceux qui disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le - royaume des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon père qui est - au ciel, celui-là entrera dans le royaume des cieux_[195]: c'est par - les oeuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à - obéir, jamais il ne se relâche, il ne se décourage jamais. Dans - l'amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance, - il loue, il bénit également celui _qui frappe et qui guérit_[196], - selon ses divins conseils, impénétrables à la créature. La tentation - vient-elle l'éprouver, il combat, il résiste avec paix, parce qu'il ne - compte point sur ses propres forces, et n'attend la victoire que du - secours d'en haut. S'il succombe quelquefois, il se relève aussitôt - sans trouble, humilié, mais non abattu. Son repentir, quoique profond, - est calme, parce qu'il est exempt de l'irritation de l'orgueil. Ses - fautes l'affligent, et ne l'étonnent point. Il connaît sa fragilité, - et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s'il - lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu'on appelle - des biens, que veut-il? ce que Dieu veut: il n'a point d'autre - volonté, ni d'autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à - ses transports, loin de murmurer, et loin de se plaindre, il s'avoue - indigne de le posséder, et la privation, qui le purifie, enflamme - encore son ardeur. Ô Jésus, qu'elles sont merveilleuses les voies par - où vous conduisez les âmes qui vous aiment, _qui ont soif de - vous_[197]! Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les - délaissez dans les larmes: maintenant vous les prévenez, et puis elles - semblent vous appeler en vain, comme l'épouse du divin cantique. - Épreuves de tendresse et de miséricordes! Ainsi épurées, ces âmes - élues peu à peu se dégagent de leurs liens; elles s'élancent vers - vous, et un dernier effort d'amour les porte au pied du trône où vous - vous montrez sans voile. Alors la jouissance, alors l'allégresse et - l'éternel rassasiement: _Satiabor cùm apparuerit_[198]! - - [195] Matth., VII, 21. - - [196] Deuter., XXXII, 39. - - [197] Ps. XLI, 3. - - [198] _Ibid._, XVI, 15. - - - - -CHAPITRE VII. - -Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait. - - -1. J.-C. Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements de -piété, il est meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette grâce -cachée, de ne vous en point élever, d'en parler peu, et de ne pas vous -exagérer sa grandeur; mais plutôt de vous mépriser vous-même, et de -craindre une faveur dont vous étiez indigne. - -Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se -changer en on sentiment contraire. - -Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et -misérable sans la grâce. - -Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à jouir des -consolations de la grâce, mais à en supporter la privation, avec -humilité, avec abnégation, avec patience; de sorte qu'alors on ne se -relâche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n'abandonne aucune -de ses pratiques accoutumées. - -Faites au contraire tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, -selon vos lumières; et ne vous négligez pas entièrement vous-même, à -cause de la sécheresse et de l'angoisse que vous sentez en votre âme. - -2. Car il y en a beaucoup qui, au temps de l'épreuve, tombent aussitôt -dans l'impatience ou le découragement. - -Cependant _la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir_[199]. -C'est à Dieu de consoler, et de donner quand il veut, autant qu'il veut, -et à qui il veut, comme il lui plaît, et non davantage. - - [199] Jer., X, 23. - -Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce -qu'ils ont voulu faire plus qu'ils ne pouvaient, ne mesurant point leur -faiblesse, mais suivant plutôt l'impétuosité de leur coeur que le -jugement de la raison. - -Et parce qu'ils ont aspiré, dans leur présomption, à un état plus élevé -que celui où Dieu les voulait, ils ont promptement perdu la grâce. - -Ils avaient placé leur demeure dans le Ciel, et tout à coup on les a vus -pauvres et délaissés dans leur misère, afin que par l'humiliation et le -dénûment ils apprissent à ne plus tenter de s'élever sur leurs propres -ailes, mais à se réfugier sous les miennes. - -Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les voies de Dieu -peuvent aisément s'égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se -laissent conduire par des personnes prudentes. - -3. Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à -l'expérience des autres, le résultat leur en sera funeste, si toutefois -ils s'obstinent dans leur propre sens. - -Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement -conduire par les autres. - -Il vaut mieux être humble avec un esprit et des lumières bornées, que de -posséder des trésors de science, et de se complaire en soi-même. - -Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous pourriez vous -enorgueillir. - -Celui-là manque de prudence, qui se livre tout entier à la joie, -oubliant son indigence passée, et cette chaste crainte du Seigneur, qui -appréhende de perdre la grâce reçue. - -C'est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement -excessif, au temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des -pensées et des sentiments indignes de la confiance qu'on me doit. - -4. Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve souvent, -pendant la guerre, le plus timide et le plus lâche. - -Si, ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours -humble, modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne -tomberiez pas si vite dans le péril et dans le péché. - -C'est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à ce qu'on -sera dans la privation de la lumière. - -Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu'elle peut revenir, et -que je ne vous l'ai retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire, et -pour exciter votre vigilance. - -Souvent une telle épreuve vous est plus utile, que si tout vous -succédait constamment selon vos désirs. - -Car, pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu'un a -beaucoup de visions ou de consolations, ou s'il est habile dans -l'Écriture sainte, on s'il occupe un rang élevé; - -Mais s'il est affermi dans la véritable humilité, et rempli de la -charité divine; s'il cherche en tout et toujours uniquement la gloire de -Dieu; s'il est bien convaincu de son néant; s'il a pour lui-même un -mépris sincère, et s'il se réjouit plus d'être méprisé des autres et -humilié par eux, que d'en être honoré. - - -RÉFLEXION. - - Reconnaître sa misère et ne la jamais perdre de vue; s'abandonner sans - réserve entre les mains de Dieu, avec une foi vive et un obéissant - amour: voilà toute la vie spirituelle, dont l'humilité est le premier - fondement. Celui qui se dit au fond de son âme: je ne suis rien que la - faiblesse et l'indigence même, ne cherche pas d'appui en soi, et met - en Jésus sa seule espérance. Il suit avec simplicité les mouvements de - la grâce, ne s'élève point dans la ferveur, ne s'abat point dans la - sécheresse; toujours satisfait, pourvu que la volonté divine - s'accomplisse en lui. L'orgueil, qui souvent se cache sous le voile de - ce qu'il y a de plus saint, ne les séduit pas par le vain désir d'un - état eu apparence plus parfait, auquel il n'est point appelé. Fidèle - et tranquille dans sa voie, il dit à Dieu: _Donnez-moi la sagesse qui - assiste près de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos - enfants; car je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un - homme infirme, de peu de durée, et qui n'a point l'intelligence de - votre jugement et de vos lois_[200]. Qu'il aille en paix celui dont le - coeur prie ainsi, désire ainsi: Dieu le regarde avec complaisance, et - sa bénédiction reposera sur lui. - - [200] Sapient., IX, 4, 5. - - - - -CHAPITRE VIII. - -Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu. - - -1. LE F. _Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que -cendre et poussière_[201]. Si je me crois quelque chose de plus, voilà -que vous vous élevez contre moi; et mes iniquités rendent un témoignage -vrai, et que je ne puis contredire. - - [201] Gen., XVIII, 27. - -Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, si je me dépouille de toute -estime pour moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été -formé, votre grâce s'approchera de moi, et votre lumière sera près de -mon coeur; alors tout sentiment d'estime, même le plus léger, que je -pourrais concevoir de moi, disparaîtra pour jamais dans l'abîme de mon -néant. - -Là, vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce -que j'ai été, jusqu'où je suis descendu: _car je ne suis rien, et je ne -le savais pas_[202]. - - [202] Ps. LXXII, 22. - -Si vous me laissez à moi-même, que suis-je? rien qu'infirmité; mais, dès -que vous jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort, et je -suis rempli d'une joie nouvelle. - -Et certes, cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout -d'un coup, et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours -entraîné par mon propre poids vers la terre. - -2. C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient -gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans mes nécessités, -qui me préserve des plus grands périls, et, à vrai dire, me délivre de -maux innombrables. - -Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne -cherchant que vous, en n'aimant que vous, je vous ai trouvé, et je me -suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon -néant. - -Ô Dieu plein de tendresse! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne -mérite, et plus que je n'oserais espérer ou demander. - -3. Soyez béni, mon Dieu, de ce que, tout indigne que je suis de recevoir -de vous aucune grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne -cesse de faire du bien même aux ingrats, et à ceux qui se sont le plus -éloignés de vous. - -Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles, -fervents, parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force. - - -RÉFLEXION. - - Dieu se montre, dans l'Écriture, plein d'une immense compassion pour - les fautes, si on peut le dire, purement humaines; mais il est sans - pitié pour l'orgueil, _principe de tout mal_[203], pour l'orgueil, qui - est le crime propre de l'Ange rebelle, et qui s'attaque directement au - souverain Être. Il a dit: _Je suis Jéhova, c'est mon nom; je ne - donnerai point ma gloire à un autre_[204]. Or tout orgueil tend, par - essence, à s'égaler à Dieu, à se faire Dieu: désordre tel que - non-seulement on n'en conçoit pas de plus grand, mais qu'on hésiterait - à le croire possible, s'il n'était sans cesse présent sous nos yeux, - et si l'on n'en sentait pas le germe en soi-même. Aussi voyez comme - Dieu le foudroie: et d'abord cette ironie qui glace l'âme d'un effroi - surnaturel: _Voilà qu'Adam est devenu comme l'un de nous_[205]; Adam - jeté nu avec son péché, sur une terre maudite! Adam qui venait - d'entendre cette parole: _Tu mourras de mort_[206]! Ses enfants - imitent son crime, leur orgueil s'élève sans mesure. Alors l'esprit - divin; _Comment es-tu tombé, toi qui te levais comme l'astre du matin, - qui disais en ton coeur: Je monterai dans les cieux, je poserai mon - trône au-dessus des étoiles et je serai semblable au Très-Haut. Voilà - que tu seras traîné aux enfers, dans la profondeur du lac: on se - baissera pour te voir_[207]. Lisez, dans l'Évangile, les effroyables - malédictions prononcées contre les Pharisiens superbes, tandis que - celui qui s'abaisse est à l'instant justifié. Une femme pleure aux - pieds de Jésus: elle s'humilie de ses fautes, elle n'ose presque en - solliciter le pardon, son silence seul supplie. Le Sauveur ému la - console: _Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup - aimé_[208]. Mais l'orgueil n'aime point; c'est encore là un de ses - caractères, et comme le type infernal. Il est le père de la haine, de - l'envie, de la violence, de la fausse sécurité et de l'endurcissement. - Sorti de l'abîme, il s'y replonge: le reste est le mystère de - l'éternelle justice. Ô Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature! Le - front dans la poussière, je m'anéantis devant vous. Je sens, je - confesse ma misère, ma corruption profonde, ma désolante impuissance - et tout ce qui à jamais me séparerait de vous, si votre grande - miséricorde ne venait à mon secours par le don gratuit de la grâce. - Daignez, daignez la répandre en mon âme. Ne m'abandonnez pas, - Seigneur; _sauvez-moi, ou je vais périr_[209]. Ô Dieu, ayez pitié de - votre pauvre créature! - - [203] Eccli., X, 15. - - [204] Is., XLII, 8. - - [205] Genes., III, 22. - - [206] _Ibid._, II, 17. - - [207] Is., XIV. 12-16. - - [208] Luc., VII, 47. - - [209] Matth., VIII, 25. - - - - -CHAPITRE IX. - -Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin. - - -1. Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière, si -véritablement vous désirez être heureux. - -Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop souvent jusqu'à -vous et aux créatures. - -Car, si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous tombez dans -la langueur et la sécheresse. - -Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est moi qui vous -ai tout donné. - -Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien; et songez que, -dès lors, ils doivent tous remonter à moi comme à leur origine. - -2. En moi, comme dans une source intarissable, le petit et le grand, le -pauvre et le riche, puisent l'eau vive, et ceux qui me servent -volontairement et de coeur recevront grâce sur grâce. - -Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un -autre bien que moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son coeur -toujours à la gêne, toujours à l'étroit, ne trouvera que des angoisses. - -Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa vertu; -mais rendez tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien. - -C'est moi qui vous ai tout donné, et je veux que vous vous donniez à moi -tout entier: j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâces qui -me sont dues. - -3. Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire. - -Là où pénètre la grâce céleste et la vraie charité, il n'y a plus de -place pour l'amour-propre, ni pour l'envie qui torture le coeur. - -Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de l'âme. - -Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi, vous -n'espérerez qu'en moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul, à qui, en -tout et par-dessus tout, est due à jamais la louange et la bénédiction. - - -RÉFLEXION. - - Tout bien découle de Dieu, qui est le bien suprême, et tout ce qu'il - fait est bon[210], parce qu'il le tire de lui. Il n'y a dans le monde - d'autre mal que le péché; car la peine du péché n'est pas un mal, - puisque, supportée patiemment, elle l'expie, et que toujours elle - rétablit l'ordre que le péché avait troublé. Ainsi nous tenons de Dieu - la vie, l'intelligence, l'amour, qui doit remonter perpétuellement - vers sa source, et de nous-mêmes nous ne pouvons rien, pas même dire: - _Mon Père_[211]! car _nous ne savons pas prier, et c'est l'esprit qui - demande en nous avec des gémissements ineffables_[212]. L'unique chose - qui nous appartienne, c'est le péché; il est le fruit de notre volonté - libre, _et son salaire est la mort_[213]. Élevons-nous tant que nous - voudrons dans notre pensée, voilà ce que nous sommes; nous n'avons - rien de plus que ce que Dieu nous donne dans sa bonté et sa - miséricorde toute gratuite. Donc à nous le mépris, la confusion, la - honte, en nous trouvant si misérables; et à Dieu _la bénédiction, - l'honneur, la gloire, la puissance_[214], comme les saints le chantent - dans le Ciel, au pied du trône de l'Agneau. - - [210] Genes., I, 4 et seq. - - [211] Rom., VIII, 15. - - [212] _Ibid._, 26. - - [213] Rom., VI, 23. - - [214] Apoc., V, 13. - - - - -CHAPITRE X. - -Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde. - - -1. LE F. Je vous parlerai encore, Seigneur, et je ne me tairai point. Je -dirai à mon Dieu, mon Seigneur et mon roi, assis dans les hauteurs des -cieux: - -_Ô quelle abondance de douceurs vous avez réservée pour ceux qui vous -craignent_[215]! Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux -qui vous servent de tout leur coeur? - - [215] Ps. XXX, 20. - -Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous inondez ceux qui -vous aiment, quand leur âme vous contemple. - -Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de votre -amour: je n'étais pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous -m'avez ramené pour vous servir, et vous m'avez commandé de vous aimer. - -2. Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous? - -Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de -moi, lorsque déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort? - -Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance; et -vous avez répandu sur lui votre grâce et votre amour, bien au-delà de -tout ce qu'il pouvait mériter. - -Que vous rendrai-je pour une telle faveur? car il n'est pas donné à tous -de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse. - -Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir toutes -les créatures? - -Cela doit me sembler peu de chose: mais ce qui me paraît grand et -merveilleux, c'est que vous daigniez agréer le service d'une créature si -pauvre et si misérable, et l'admettre parmi les serviteurs que vous -aimez. - -3. Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service, est -à vous. - -Et néanmoins prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que -moi-même je ne vous sers. - -Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de -l'homme, sont devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous -leur avez commandé. - -C'est peu encore: vous avez préparé pour l'homme le ministère même des -Anges. - -Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même, et vous -avez promis de vous donner à lui. - -4. Que vous rendrai-je pour tant de biens? Ah! si je pouvais vous servir -tous les jours de ma vie! si je pouvais même un seul jour vous servir -dignement! - -Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne -de tout honneur et d'une louange éternelle. - -Vous êtes vraiment mon Seigneur, et je suis votre pauvre serviteur, qui -dois vous servir de toutes mes forces, et ne me lasser jamais de vous -louer. - -Je le veux ainsi, je le désire ainsi: daignez suppléer vous-même à tout -ce qui me manque. - -5. C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir et de -mépriser tout à cause de vous. - -Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent -volontairement sous votre joug très-saint. - -Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit saint, ceux -qui, pour votre amour, auront rejeté tous les plaisirs des sens. - -Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui, pour la gloire de -votre nom, seront entrés dans la voie étroite, et auront renoncé à -toutes les sollicitudes du monde. - -6. Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve -la vraie liberté et la sainteté! - -Ô saint assujettissement de la vie religieuse, qui rend l'homme agréable -à Dieu, égal aux Anges, terrible aux démons, respectable à tous les -fidèles! - -Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé, puisqu'il nous -mérite le souverain bien, et nous assure une joie éternelle! - - -RÉFLEXION. - - Le monde est tellement fasciné par les passions, qu'il ne peut rien - comprendre à la félicité des enfants de Dieu. Quelquefois il les - plaint, comme le monde sait plaindre, en jetant sur eux un regard de - mépris; quelquefois il les contemple avec une sorte d'étonnement - stupide. Il n'a nulle idée de ce qui se passe dans l'âme unie à son - Créateur, nulle idée des consolations et du calme délicieux dont elle - jouit. Saint Paul s'écriant: _Je surabonde de joie au milieu de mes - tribulations_[216], lui est un mystère inexpliquable; jamais il ne - concevra cette joie pure, _qui est justice et paix dans le - Saint-Esprit_[217]. Quel est donc le partage du serviteur du monde? un - immense ennui parsemé de quelques rares plaisirs; et quand Dieu ne - l'abandonne pas entièrement, le remords. Creusez dans son coeur, vous - n'y trouverez que cela. Le remords est sa _justice_ et l'ennui sa - _paix_. Âmes chrétiennes, âmes détachées, qui avez renoncé au monde et - à tout ce qui est du monde, plaignez à votre tour les infortunés - chargés encore de ses pesantes chaînes; mais plaignez-les en vous - humiliant aux pieds de celui qui vous a délivrés, et dont la grâce, - qui ne vous était pas due, vous met en possession des seuls biens - véritables. Gardez avec soin ce bon trésor que vous a confié _le Père - des lumières, de qui découle tout don parfait_[218], et demandez-lui - avec amour qu'après avoir commencé votre joie sur la terre, il la - consomme un jour dans les cieux. - - [216] II. Cor., VII, 4. - - [217] Rom., XIV, 17. - - [218] Jacob., I, 17. - - - - -CHAPITRE XI. - -Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur. - - -1. J.-C. Mon fils, il faut que vous appreniez beaucoup de choses que -vous ne savez pas encore assez. - -2. LE F. Eh quoi, Seigneur? - -3. J.-C. Vous devez soumettre entièrement vos désirs à ma volonté, ne -point vous aimer vous-même, et ne rechercher en tout que ce qui me -plaît. - -Souvent vos désirs s'enflamment, et vous emportent impétueusement: mais -considérez si cette ardeur a ma gloire pour motif, ou votre intérêt -propre. - -Si c'est moi que vous avez en vue, vous serez content, quoi que -j'ordonne; mais si quelque secrète recherche de vous-même se cache au -fond de votre coeur, voilà ce qui vous abat et vous trouble. - -4. Prenez donc garde à ne vous pas trop attacher à des désirs sur -lesquels vous ne m'avez point consulté, de peur qu'ensuite vous ne -veniez à vous repentir, ou que vous éprouviez du dégoût pour ce qui vous -avait plu d'abord, et que vous aviez cru le meilleur. - -Car tout mouvement qui paraît bon ne doit pas être aussitôt suivi; de -même qu'on ne doit pas non plus céder sur-le-champ à ses répugnances. - -Quelquefois il est à propos de modérer le zèle le plus saint et les -meilleurs désirs, de peur qu'ils ne préoccupent et ne distraient votre -esprit; ou qu'en les suivant indiscrètement, vous ne causiez du scandale -aux autres; ou qu'enfin l'opposition que vous y trouverez ne vous jette -vous-même dans le trouble et dans l'abattement. - -5. Il faut aussi quelquefois user de violence, et résister aux -convoitises des sens, avec une grande force, sans prendre garde à ce que -veut la chair, et à ce qu'elle ne veut pas, et travailler surtout à la -soumettre à l'esprit malgré elle. - -Il faut la châtier et l'asservir, jusqu'à ce que, prête à tout, elle ait -appris à se contenter de peu, à aimer les choses les plus simples, et à -ne jamais se plaindre de rien. - - - -RÉFLEXION. - - Nous avons un grand combat à soutenir: contre notre esprit, qui nous - égare, séduit par de fausses lueurs et par une funeste curiosité; - contre nos désirs, qui nous troublent; contre nos sens, dont les - convoitises souillent l'âme et la courbent vers la terre. Lamentable - condition de l'homme déchu! Mais Dieu ne l'a point abandonné: il peut - vaincre s'il veut. La foi réprime l'inquiétude maladive de l'esprit, - et le fixe dans la vérité. Une entière soumission à la volonté divine - produit la paix du coeur, en étouffant les vains désirs et ceux même - qui trompent la piété par une apparence de bien. Enfin nous triomphons - des sens par la prière, l'humilité, la pénitence, en _châtiant le - corps_ rebelle, et le _réduisant en servitude_[219]. C'est dans cette - guerre de chaque moment que le chrétien se perfectionne, et c'est en - combattant avec fidélité qu'il peut dire comme l'Apôtre: _Je ne pense - point être encore arrivé où j'aspire; mais oubliant ce qui est en - arrière, et m'étendant à ce qui est devant, je cours au terme de la - carrière pour saisir le prix que Dieu nous a destiné_, la félicité - céleste _à laquelle il nous a appelés par Jésus-Christ_[220]. - - [219] I. Cor., IX, 27. - - [220] Philipp., III, 13, 14. - - - - -CHAPITRE XII. - -Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions. - - -1. LE F. Seigneur, mon Dieu, je vois combien la patience m'est -nécessaire; car cette vie est pleine de contradictions. - -Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre, quoi que je -fasse pour avoir la paix. - -2. J.-C. Il en est ainsi, mon fils; mais je ne veux pas que vous -cherchiez une paix telle que vous n'ayez ni tentations à vaincre ni -contrariétés à souffrir. - -Croyez, au contraire, avoir trouvé la paix, lorsque vous serez exercé -par beaucoup de tribulations, et éprouvé par beaucoup de traverses. - -Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de souffrances, comment -supporterez-vous le feu du purgatoire? - -Afin donc d'éviter des supplices éternels, efforcez-vous d'endurer pour -Dieu, avec patience, les maux présents. - -Pensez-vous que les hommes du siècle n'aient rien ou que peu de choses à -souffrir? C'est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui semblent -environnés de plus de délices. - -3. Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils suivent -toutes leurs volontés; et ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux. - -Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu'ils désirent: combien cela -durera-t-il? - -Voilà que les riches du siècle s'évanouiront comme la fumée, et il ne -restera pas même un souvenir de leurs joies passées. - -Et, durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans amertume, sans -ennui et sans crainte. - -Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils rencontrent le -châtiment et la douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que -l'amertume et l'ignominie accompagnent les plaisirs qu'ils cherchent -dans le désordre. - -4. Ô que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux, criminels, -honteux! - -Et cependant ces malheureux, enivrés et aveuglés, ne le comprennent -point; mais, semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur âme -à la mort, pour quelques jouissances misérables dans une vie qui va -finir. - -Pour vous, mon fils, _ne suivez pas vos convoitises, et détachez-vous de -votre volonté. Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous accordera -ce que votre coeur demande_[221]. - - [221] Eccli., XVIII, 30; Ps. XXXVI, 4. - -Si vous voulez goûter une véritable joie, et des consolations -abondantes, méprisez toutes les choses du monde, repoussez toutes les -joies terrestres; et je vous bénirai, je verserai sur vous mes -inépuisables consolations. - -Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures, plus les -miennes seront douces et puissantes. - -Mais vous ne les goûterez point sans avoir auparavant ressenti quelque -tristesse, sans avoir travaillé, combattu. - -Une mauvaise habitude vous arrêtera; mais vous la vaincrez par une -meilleure. - -La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur de l'esprit. - -L'antique serpent vous sollicitera, vous exercera; mais vous le mettrez -en fuite par la prière; et en vous occupant surtout d'un travail utile, -vous lui fermerez l'entrée de votre âme. - - -RÉFLEXION. - - Toute chair a péché, toute chair doit souffrir: c'est la loi présente - de l'humanité; loi de justice, car Dieu ne serait pas Dieu si le - désordre restait impuni; loi d'amour, car la souffrance, acceptée et - unie aux souffrances du Sauveur, guérit l'âme et la rétablit dans - l'état primitif d'innocence. De quoi donc vous plaignez-vous quand - cette loi divine s'accomplit à votre égard? Est-ce de ce que la - miséricorde prend soin de vous regénérer? Est-ce d'être semblable à - Jésus-Christ, qui a voulu, qui a _dû_, selon les paroles de - l'Évangéliste, souffrir pour vous racheter: _Et il commença à leur - enseigner comment il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup - de douleurs, qu'il fût réprouvé par les anciens, les souverains - pontifes et les scribes, et mis à mort_[222]? Voilà la grande - expiation; mais, pour qu'elle nous soit appliquée, il est nécessaire - que nous nous la rendions propre, en y joignant la nôtre. Le mystère - du salut se consomme en chacun de nous sur la Croix; et la Croix est - l'unique félicité de la terre, car il n'y en a point d'autre que la - parfaite soumission à l'ordre, d'où naît le calme de la conscience et - la paix du coeur. Le monde vous éblouit par ses joies apparentes, mais - pensez-vous donc que ses sectateurs, même les plus favorisés, n'aient - rien à souffrir? Tourmentés de leurs convoitises, qui s'accroissent - avec la jouissance, en vîtes-vous jamais un seul content? De nouveaux - désirs les dévorent sans cesse. Et n'ont-ils pas, d'ailleurs, autant - que les autres, et plus que les autres, à supporter les maux de la - vie, les soucis, les peines, les inquiétudes, et la foule innombrable - des maladies, filles des vices et des troubles secrets de l'âme? Après - arrive la fin; la justice inexorable exige sa dette; ce riche de la - terre est jeté nu _dans la prison: en vérité, je vous le dis, il n'en - sortira pas qu'il n'ait payé jusqu'à la dernière obole_[223]. - Réjouissez-vous donc, vous que le Seigneur purifie, délivre dès - ici-bas: accomplissez avec amour le sacrifice de justice. Plusieurs - disent: _Qui nous montrera les biens? Seigneur, la lumière de votre - face a été marquée sur nous: vous avez donné la paix à mon coeur. - C'est pourquoi je m'endormirai dans la paix, et je reposerai, parce - que vous m'avez, ô mon Dieu, affermi dans l'espérance_[224]. - - [222] Marc., VIII, 31. - - [223] Matth., V, 25, 26. - - [224] Ps. IV, 6, 7, 9, 10. - - - - -CHAPITRE XIII. - -Qu'il faut obéir humblement à l'exemple de Jésus-Christ. - - -1. J.-C. Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à l'obéissance, se -soustrait à la grâce; et celui qui veut posséder seul quelque chose, -perd ce qui est à tous. - -Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon coeur à son -supérieur, c'est une marque que la chair n'est pas encore pleinement -assujettie, mais que souvent elle murmure et se révolte. - -Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs, si vous désirez -dompter votre chair. - -Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu, quand l'homme n'a pas -la guerre au dedans de soi. - -L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est -vous, lorsque vous êtes divisé en vous-même. - -Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement, si vous voulez -triompher de la chair et du sang. - -L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui -vous fait craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des -autres. - -2. Est-ce donc cependant un si grand effort, que toi, poussière et -néant, tu te soumettes à l'homme à cause de Dieu; lorsque moi, le -Tout-Puissant, moi, le Très-Haut, qui ai tout fait de rien, je me suis -soumis humblement à l'homme à cause de toi. - -Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous, afin que mon -humilité t'apprît à vaincre ton orgueil. - -Poussière, apprends à obéir: apprends à t'humilier, terre et limon, à -t'abaisser sous les pieds de tout le monde. - -Apprends à briser ta volonté, et à ne refuser aucune dépendance. - -3. Enflamme-toi de zèle contre toi-même, et ne souffre pas que le -moindre orgueil vive en toi; mais fais-toi si petit, et mets-toi si bas, -que tout le monde puisse marcher sur toi et te fouler aux pieds comme la -boue des places publiques. - -Fils du néant, qu'as-tu à te plaindre? Pécheur couvert d'ignominie, -qu'as-tu à répondre, quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant -de fois offensé Dieu, tant de fois mérité l'enfer? - -Mais ma bonté t'a épargné, parce que ton âme a été précieuse devant moi: -je ne t'ai point délaissé, afin que tu connusses mon amour, et que mes -bienfaits ne cessassent jamais d'être présents à ton coeur; afin que tu -fusses toujours prêt à te soumettre, à t'humilier, et à souffrir les -mépris avec patience. - - -RÉFLEXION. - - Il n'existe qu'une volonté qui ait le droit essentiel et absolu d'être - obéie, la volonté de l'Être éternel qui a tout créé et qui conserve - tout; et de là l'admirable prière du prophète-roi: _Enseignez-moi, - Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu_[225]. - Cette volonté souveraine a des ministres pour rappeler ses ordonnances - et en maintenir l'exécution dans la famille, dans l'État, dans - l'Église; et l'obéissance leur est due, parce qu'ils représentent Dieu - chacun dans son ordre, selon les degrés d'une sublime hiérarchie, qui - remonte du père au roi, du roi au pontife, du pontife à Jésus-Christ, - de Jésus-Christ à celui qui l'a envoyé, et _de qui toute paternité, au - ciel et sur la terre, tire son nom_[226], c'est-à-dire son autorité. - Ainsi le devoir n'est autre chose que le commandement divin, et la - vertu n'est que l'obéissance à ce commandement. Tout péché, au - contraire, n'est, comme le premier, qu'une désobéissance, une révolte; - et l'homme est conçu dans la révolte, puisqu'il _est conçu dans le - péché_[227]; d'où cette belle et profonde expression du Psalmiste: _Le - pécheur est rebelle dès le sein de sa mère, et livré au mal dans ses - entrailles_[228]. Aussi le sacrifice qui a expié le péché et réparé la - nature humaine, consista-t-il essentiellement, suivant la doctrine du - grand Apôtre, dans une obéissance infinie. _Le Christ s'est rendu - obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix_[229]. Et nous, - misérables créatures, rachetées par cette prodigieuse obéissance, nous - refuserions d'obéir! Nous opposerions notre volonté à la volonté du - Tout-Puissant, par cet épouvantable orgueil qui a créé l'enfer, où, - dans les ténèbres, dans le supplice, dans la rage et le désespoir, - dans l'ignominie de l'esclavage le plus abject et le plus hideux, - l'ange prévaricateur et ses complices répéteront éternellement: _Je - n'obéirai point, non serviam_[230]! Ô Dieu, préservez-moi d'un orgueil - aussi insensé, aussi criminel! Que votre grâce m'apprenne à me - soumettre et à vous, et à tous ceux que vous avez préposés sur moi! - _Je suis étranger sur la terre; ne me cachez point vos commandements. - Mon âme, à toute heure, en rappelle le désir_[231]. _Enseignez-moi, - Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu!_ - - [225] Ps. CXLII, 10. - - [226] Ephes., III, 15. - - [227] Ps. L, 7. - - [228] _Ibid._ - - [229] Philipp., II, 8. - - [230] Jerem., II, 20. - - [231] Ps. CXVIII, 19, 20. - - - - -CHAPITRE XIV. - -Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas -s'enorgueillir du bien qu'on fait. - - -1. LE F. Vous faites tonner sur moi vos jugements, Seigneur, et tous mes -os ont tremblé d'épouvante, et mon âme est dans une profonde terreur. - -Interdit, effrayé, je considère que _les cieux ne sont pas purs à vos -yeux_[232]. - - [232] Job, XV, 15. - -_Si vous avez trouvé le mal dans vos Anges_[233], et si vous ne les avez -pas épargnés, que sera-ce de moi? - - [233] _Ibid._, IV, 18. - -_Les étoiles sont tombées du ciel_[234]: moi, poussière, que dois-je -donc attendre? - - [234] Apoc., VI, 13. - -Des hommes dont les oeuvres paraissaient louables, sont tombés aussi bas -qu'on puisse tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des -Anges faire leurs délices de la pâture des pourceaux. - -2. Il n'est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez votre -main. - -Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus. - -Point de force qui soit de secours, si vous cessez de la soutenir. - -Point de chasteté assurée, si vous n'en prenez la défense. - -Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez vous-même pour -nous. - -Laissés à nous-mêmes, nous enfonçons dans les flots et nous périssons: -venez-vous à nous, nous nous relevons et nous vivons. - -Car nous sommes chancelants, mais vous nous affermissez; nous sommes -tièdes, mais vous nous enflammez. - -3. Ô que je dois avoir d'humbles et basses pensées de moi-même! que je -dois estimer peu ce qui paraît de bien en moi! - -Ô que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, devant vos jugements -impénétrables, où je me perds comme dans un abîme, et vois que je ne -suis rien que néant et un pur néant! - -Ô poids immense! ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien de moi, où -je disparais comme le rien au milieu du tout! - -Où donc l'orgueil se cachera-t-il? où la confiance dans sa propre vertu? - -Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements sur moi. - -4. Qu'est-ce que toute chair devant vous? - -_L'argile s'élèvera-t-elle contre celui qui l'a formée_[235]? - - [235] Is., XXIX, 16. - -Comment celui dont le coeur est vraiment soumis à Dieu pourrait-il -s'enfler d'une louange vaine? - -Le monde entier ne saurait inspirer d'orgueil à celui que la vérité a -soumis à son empire; et jamais il ne sera ému des applaudissements des -hommes, celui dont toute l'espérance est affermie en Dieu. - -Car ceux qui parlent ne sont rien: ils s'évanouiront avec le bruit de -leurs paroles: mais _la vérité du Seigneur demeure éternellement_[236]. - - [236] Ps. CXVI, 2. - - -RÉFLEXION. - - Une des plus dangereuses tentations et des plus déliées, est celle de - l'orgueil dans le bien. Pour peu qu'elle se relâche de sa vigilance, - l'âme que la grâce avait élevée au-dessus de la nature et de sa - corruption, glisse imperceptiblement et retombe en elle-même. On s'est - garanti de certaines fautes, on a pratiqué certaines vertus; - l'amour-propre s'arrête à cette pensée, et s'y repose avec - complaisance. On se regarde, on est content de soi, on se préfère - peut-être à tel ou tel autre; et l'on en vient jusqu'à s'attribuer - secrètement les dons de Dieu, un des crimes qui offense le plus ce - Dieu _jaloux et vengeur_[237], _et qui ne donnera sa gloire à nul - autre_[238], _et qui résiste aux superbes_[239]. Que fait-il - cependant? Il se retire, il délaisse cet insensé qui comptait sur ses - forces, il l'abandonne à son orgueil. Alors arrivent ces chutes - terribles qui étonnent et consternent; ces chutes inattendues, - effrayants exemples des jugements divins. Malheur à qui s'appuie sur - sa propre justice! la ruine l'attend. _Je ne sens_, disait l'Apôtre, - _rien en moi qui m'accuse; mais je ne suis pas pour cela justifié, car - celui qui me juge, c'est le Seigneur_[240]. Et le prophète-roi: - _Purifiez-moi de mes fautes cachées_[241], _oubliez celles que - j'ignore_[242], _et pardonnez-moi celles d'autrui_[243]: prière - admirable qui rappelle à l'homme cette funeste communication du mal, - en vertu de laquelle il est, hélas! si peu de péchés purement - personnels. Donc nul refuge, nulle assurance que dans l'humilité, dans - l'aveu sincère, dans la conviction et le sentiment toujours présent de - notre profonde misère, joint à la confiance en Dieu seul. Prosternés à - ses pieds, disons-lui avec le Psalmiste: _Ma honte est sans cesse - devant moi_, et la confusion a couvert mon visage[244]: _Seigneur, - vous ne mépriserez point un coeur contrit et humilié_[245]! - - [237] Nahum., I, 2. - - [238] Is., XLII, 8. - - [239] I. Petr., V, 5. - - [240] I. Cor., IV, 4. - - [241] Ps. XVIII, 13. - - [242] Ps. XXIV, 7. - - [243] Ps. XVIII, 14. - - [244] Ps. XLIII, 16. - - [245] Ps. L, 19. - - - - -CHAPITRE XV. - -De ce que nous devons dire et faire quand il s'élève quelque désir en -nous. - - -1. J.-C. Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit ainsi, -si c'est votre volonté. Seigneur, que cela se fasse en votre nom, si -vous devez en être honoré. - -Si vous voyez que cela me soit bon, si vous jugez que cela me soit -utile, alors donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire. - -Mais si vous savez que cela me nuira, ou ne servira point au salut de -mon âme, éloignez de moi ce désir. - -Car tout désir n'est pas de l'Esprit saint, même lorsqu'il paraît bon et -juste à l'homme. - -Il est difficile de discerner avec certitude si c'est l'esprit bon ou -mauvais qui vous porte à désirer ceci ou cela, ou même votre esprit -propre. - -Il s'est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans l'illusion, qui -semblaient d'abord être conduits par le bon esprit. - -2. Ainsi tout ce qui se présente de désirable à votre esprit, vous devez -le désirer toujours et le demander avec une grande humilité de coeur, et -surtout avec une pleine résignation, vous abandonnant à moi sans -réserve, et disant: - -Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela se fasse -comme vous le voudrez. - -Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et quand vous le -voulez. - -Faites de moi ce qui vous plaira, selon ce que vous savez être bon, et -pour votre plus grande gloire. - -Placez-moi où vous voudrez, et disposez absolument de moi en toutes -choses. - -Je suis dans votre main, tournez-moi et retournez-moi en tout sens, à -votre gré. - -Voilà que je suis prêt à vous servir en tout: car je ne désire point -vivre pour moi, mais pour vous seul: heureux si je le pouvais dignement -et parfaitement! - - -PRIÈRE - -POUR DEMANDER À DIEU LA GRÂCE D'ACCOMPLIR SA VOLONTÉ. - -1. LE F. Accordez-moi, ô bon Jésus, votre grâce; _qu'elle soit en moi, -qu'elle agisse avec moi_[246], et qu'elle demeure avec moi jusqu'à la -fin. - - [246] Sap., IX, 10. - -Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le plus -agréable, et ce que vous aimez le plus. - -Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive toujours la -vôtre, et jamais ne s'en écarte en rien. - -Qu'uni à vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que vous -voulez; et qu'il en soit ainsi de ce que vous ne voulez pas. - -Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer à être -oublié et méprisé du siècle à cause de vous. - -Faites que je me repose en vous par-dessus tout ce qu'on peut désirer, -et que mon coeur ne cherche sa paix qu'en vous. - -Vous êtes la véritable paix du coeur, son unique repos: hors de vous, -tout pèse et inquiète. _Dans cette paix_, c'est-à-dire en vous seul, -éternel et souverain Dieu, _je dormirai et je me reposerai_[247]. Ainsi -soit-il. - - [247] Ps. IV, 10. - - -RÉFLEXION. - - Jamais satisfait pleinement de ce qu'il est et de ce qu'il possède, - fatigué du vide de son coeur, toujours inquiet, toujours aspirant à je - ne sais quel bien qui le fuit toujours, l'homme n'a pas un moment de - vrai repos, et sa vie s'écoule dans les désirs. Ce n'est pas seulement - une grande misère, mais encore un grand danger; _car la racine de tous - les maux est la convoitise, et plusieurs, en s'y livrant, ont perdu la - foi, et se sont engagés dans une multitude de douleurs_[248]. - L'imagination, qui, en cet état, se porte avec force vers tout ce qui - l'attire, obscurcit la raison, ébranle et entraîne la volonté même: et - ainsi l'on doit s'attacher soigneusement à la réprimer, lors même que - les objets qui l'occupent paraîtraient exempts de toute espèce de mal, - et qu'on croirait ne chercher dans ses rêves qu'un soulagement permis - et une distraction innocente. La piété elle-même s'égare aisément, si - elle n'est en garde contre les désirs en apparence les plus saints. - Nous ne savons ni ce qui nous est bon, ni ce qui nous est nuisible. - Tantôt nous souhaiterons d'être délivrés d'une croix nécessaire - peut-être à notre salut, tantôt, dans un mouvement indiscret de - ferveur, nous en souhaiterons une autre sous laquelle nos forces - succomberaient, si elle nous était imposée. Que faire donc? Demander à - Dieu _que sa volonté se fasse_[249] en nous et hors de nous, y - conformer la nôtre entièrement, et renfermer en elle tous nos désirs. - Nous ne trouverons de paix et de sécurité que dans ce parfait abandon - entre les mains de notre Père. _Mon Père, non pas ce que je veux, mais - ce que vous voulez_[250]. - - [248] I. Timoth., VI. 10. - - [249] Matth., VI, 10. - - [250] _Ibid._, XXVI, 39. - - - - -CHAPITRE XVI. - -Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie consolation. - - -1. LE F. Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma consolation, je -ne l'attends point ici, mais dans l'avenir. - -Quand je posséderais seul tous les biens du monde, quand je jouirais -seul de toutes ses délices, il est certain que tout cela ne durerait pas -longtemps. - -Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable et de joie -sans mélange qu'en Dieu, qui console les pauvres et relève les humbles. - -Attends un peu, mon âme, attends la divine promesse, et tu posséderas -dans le ciel tous les biens en abondance. - -Si tu recherches trop avidement les biens présents, tu perdras les biens -éternels et célestes. - -Use des uns et désire les autres. - -Aucun bien temporel ne saurait te rassasier, parce que tu n'as point été -créée pour en jouir. - -2. Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te -rendre ni heureuse ni contente: en Dieu, qui a tout créé, en lui seul -est ta félicité et tout ton bonheur; - -Bonheur non pas tel que se le figurent et que le souhaitent les amis -insensés du monde, mais tel que l'attendent les vrais serviteurs de -Jésus-Christ, et tel que le goûtent quelquefois par avance les âmes -pieuses et les coeurs purs, _dont l'entretien est dans le ciel_[251]. - - [251] Philipp., III, 20. - -Toute consolation humaine est vide et dure peu. - -La vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait sentir -intérieurement. - -L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur, et lui dit: -Seigneur Jésus, soyez près de moi en tout temps et en tout lieu. - -Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute consolation -humaine. - -Et si la vôtre me manque aussi, que votre volonté et cette juste épreuve -me soient une consolation au-dessus de toutes les autres. - -_Car vous ne serez pas toujours irrité, et vos menaces ne seront point -éternelles_[252]. - - [252] Ps. CII, 9. - - -RÉFLEXION. - - Toute créature gémit, dit l'Apôtre[253]; et, de siècle en siècle, le - monde entier le redit après lui. Que cherchez-vous donc dans les - créatures? que leur demandez-vous, et que peuvent-elles vous donner? - Toujours agitées, pleines de troubles, ainsi que vous elles souhaitent - le repos, et ne le trouvent point. Comment la paix vous viendrait-elle - du sein même de l'angoisse et des orages perpétuellement soulevés par - les passions? Cessez de vous abuser, cessez de dire aux tempêtes, - calmez-moi. Le calme est en Dieu; et n'est que là: en lui seul est le - repos, la paix, la joie, la consolation. _Tournez-vous donc vers le - Seigneur votre Dieu_[254], et renoncez à tout le reste: alors, - seulement alors, vous commencerez à jouir de la vraie félicité. «Rien, - non, rien n'est comparable au bonheur de celui qui, méprisant les - sens, détaché de la chair et du monde, ne tient plus aux choses - humaines que par les seuls liens de la nécessité, converse uniquement - avec Dieu et avec lui-même, et, s'élevant au-dessus des objets - sensibles, ne vit que des divines clartés qu'il conserve en soi - toujours pures, toujours brillantes, sans aucun mélange des ombres de - la terre et des vains fantômes errants ici-bas autour de nous; qui, - réfléchissant comme un miroir céleste, Dieu et ses éblouissantes - perfections, sans cesse ajoute à la lumière une lumière plus vive, - jusqu'au moment où la vérité dissipant tous les nuages, il arrive à la - source même de toute lumière, à l'éternelle fontaine de splendeur, fin - bienheureuse de son être et son immortel ravissement[255].» - - [253] Rom., VIII, 22. - - [254] Osee, XIV, 2. - - [255] S. Greg. Nazianz., Orat. XXIX, in Princ. - - - - -CHAPITRE XVII. - -Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous regarde. - - -1. J.-C. Mon fils, laissez-moi agir avec vous comme il me plaît, car je -sais ce qui vous est bon. - -Vos pensées sont celles de l'homme, et vos sentiments sont, en beaucoup -de choses, conformes aux penchants de son coeur. - -2. LE F. Il est vrai, Seigneur: vous prenez de moi beaucoup plus de soin -que je n'en puis prendre moi-même. - -Il est menacé d'une prompte chute, celui qui ne s'appuie pas uniquement -sur vous. - -Pourvu, Seigneur, que ma volonté demeure droite et qu'elle soit affermie -en vous, faites de moi tout ce qu'il vous plaira: car tout ce que vous -ferez de moi ne peut être que bon. - -Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni: et si vous -voulez que je sois dans la lumière, soyez encore béni. - -Si vous daignez me consoler, soyez béni: et si vous voulez que j'éprouve -des tribulations, soyez également toujours béni. - -3. J.-C. Mon fils, c'est ainsi que vous devez être, si vous voulez ne -pas vous séparer de moi. - -Il faut que vous soyez préparé à la souffrance autant qu'à la joie, au -dénûment et à la pauvreté, autant qu'aux richesses et à l'abondance. - -4. LE F. Seigneur, je souffrirai volontiers pour vous tout ce que vous -voudrez qui vienne sur moi. - -Je veux recevoir indifféremment, de votre main, le bien et le mal, les -douceurs et les amertumes, la joie et la tristesse, et vous rendre -grâces de tout ce qui m'arrivera. - -Préservez-moi à jamais de tout péché, et je ne craindrai ni la mort ni -l'enfer. - -Pourvu que vous ne me rejetiez pas, et que vous ne m'effaciez pas du -livre de vie, aucune tribulation ne peut me nuire. - - -RÉFLEXION. - - On ne saurait trop le répéter, la vie chrétienne consiste uniquement à - vouloir ce que Dieu veut, et à ne vouloir que ce qu'il veut. Presque - toujours nos désirs nous trompent, par une suite de notre ignorance et - de notre corruption. Mais Dieu sait tout ce qui nous est caché; il - connaît les secrètes dispositions de notre coeur, la mesure de sa - faiblesse, les épreuves auxquelles il est bon que nous soyons soumis, - les secours nécessaires pour les supporter, car _il ne permettra pas - que nous soyons tentés au-delà de nos forces_[256]: _sa sagesse est - infinie, et il nous a aimés jusqu'à donner pour nous son Fils - unique_[257]. Quelle confiance, quelle paix ne devons-nous pas trouver - dans cette pensée! Quoi de plus doux que de s'abandonner sans réserve - à celui qui a tout fait pour sa pauvre créature, que de se perdre en - lui par l'union intime de notre volonté à la sienne, ne nous réservant - rien que l'action de grâces et l'amour; de sorte que notre âme, notre - être entier s'exhale, en quelque sorte, dans cette parole qui comprend - tout: _mon Seigneur et mon Dieu_[258]! - - [256] I. Cor., X, 13. - - [257] Joann., III, 16. - - [258] _Ibid._, XX. - - - - -CHAPITRE XVIII. - -Qu'il faut souffrir avec constance les misères de cette vie, à l'exemple -de Jésus-Christ. - - -1. J.-C. Mon fils, je suis descendu du ciel pour votre salut; je me suis -chargé de vos misères, afin de vous former, par mon exemple, à la -patience, et de vous apprendre à supporter les maux de cette vie sans -murmurer. - -Car, depuis l'heure de ma naissance jusqu'à ma mort sur la croix, je -n'ai jamais été sans douleur. - -J'ai vécu dans une extrême indigence des choses de ce monde; j'ai -entendu souvent bien des plaintes de moi; j'ai souffert avec douceur les -affronts et les outrages: je n'ai recueilli sur la terre, pour mes -bienfaits, que de l'ingratitude; pour mes miracles, que des blasphèmes; -pour ma doctrine, que des censures. - -2. LE F. Puisque vous avez montré, Seigneur, tant de patience durant -votre vie, accomplissant par là, d'une manière parfaite, ce que votre -Père demandait de vous, il est bien juste que moi, pauvre pécheur, je -souffre patiemment ma misère pour votre volonté, et que je porte selon -mon salut, aussi longtemps que vous le voudrez, le poids de cette vie -corruptible. - -Car, bien que la vie présente soit pleine de douleurs, elle devient -cependant, par votre grâce, une source abondante de mérites, et votre -exemple, suivi par vos Saints, la rend supportable et précieuse, même -aux faibles. - -Elle est aussi beaucoup plus remplie de consolation que dans l'ancienne -loi, quand les portes du ciel étaient encore fermées, que la voie du -ciel semblait plus obscure, et que si peu s'occupaient de chercher le -royaume de Dieu. - -Les justes même à qui le salut était réservé, ne pouvaient entrer dans -le royaume céleste qu'après la consommation de vos souffrances et le -tribut sacré de votre mort. - -3. Ô quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, de ce que vous avez -daigné me montrer, et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui -conduit à votre royaume éternel. - -Car votre vie est notre voie; et par une sainte patience, nous marchons -vers vous, qui êtes notre couronne. - -Si vous ne nous aviez précédés et instruits, qui songerait à vous -suivre? - -Hélas! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils n'avaient -sous les yeux vos sacrés exemples! - -Après tant de miracles et d'instructions, nous sommes encore tièdes! que -serait-ce si tant de lumière ne nous guidait sur vos traces? - - -RÉFLEXION. - - La vie de l'homme sur la terre est pleine de douleur, de misère, de - souffrances; qui ne le sait? Nous sommes visiblement punis, et comme - la justice qui nous châtie est toute-puissante, nul moyen d'échapper - au châtiment. Or, en cet état, la sagesse humaine n'a vu que le choix - entre deux partis: ou de se raidir contre la nature et de nier le - supplice, ou d'y chercher une distraction dans la volupté. Elle a - demandé le bonheur à l'orgueil et aux sens, et, trompée dans ses - espérances, elle s'est voilée la tête, en disant: Il n'y a point de - remède. Le monde en était là, quand tout à coup une voix s'élève: - _Heureux ceux qui pleurent_[259]! Les peuples écoutent et s'étonnent; - quelque chose de nouveau se remue en eux; ils comprennent, ils goûtent - la joie des larmes, et du haut de la croix où _l'homme de - douleurs_[260] est attaché, un fleuve inépuisable de consolations - inconnues coule sur le genre humain. La vie a perdu sa tristesse, - depuis que, baigné d'une sueur de sang, et dans les transes de - l'agonie, Jésus s'est écrié: _Mon âme est triste jusqu'à sa - mort_[261]. Elle n'a plus assez de souffrances pour le repentir qui - les cherche, pour l'amour qui les désire et qui s'y complaît. - Qu'est-ce donc que cette merveille? Ô Fils du Dieu vivant, c'est que - votre lumière a éclairé le monde, et que votre grâce l'a touché; c'est - que l'homme, sorti de sa voie, l'a retrouvée en vous _qui êtes la - voie, la vérité et la vie_[262]; c'est qu'il a conçu qu'après le - péché, le seul bien qui reste est l'expiation, et il a dit en - regardant la croix: _Ou souffrir, ou mourir!_ Victime sainte, _Agneau - de Dieu qui ôtez le péché du monde_[263], donnez-moi de souffrir avec - vous, et de mourir en unissant mes dernières souffrances à celles qui - nous ont rouvert le ciel que le péché nous avait fermé! - - [259] Matth., V. 5. - - [260] Is., LIII, 3. - - [261] Marc., XIV, 34. - - [262] Joann., XIV, 6. - - [263] _Ibid._, I, 29. - - - - -CHAPITRE XIX. - -De la souffrance des injures et de la véritable patience. - - -1. J.-C. Pourquoi ces paroles, mon fils? cessez de vous plaindre, en -considérant mes souffrances et celles des Saints. - -_Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang_[264]. - - [264] Heb., XII, 4. - -Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'ont souffert tant -d'autres, qui ont été éprouvés et exercés par de si fortes tentations, -par des tribulations si pesantes. - -Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des autres, afin d'en -supporter paisiblement de plus légères. - -Que si elles ne vous paraissent pas légères, prenez garde que cela ne -vienne de votre impatience. - -Cependant, grandes ou petites, efforcez-vous de les souffrir patiemment. - -2. Plus vous vous disposez à souffrir, plus vous montrez de sagesse et -acquérez de mérites. La ferme résolution et l'habitude de souffrir vous -rendront même la souffrance moins dure. - -Ne dites pas: Je ne puis supporter cela d'un tel homme: ce sont des -offenses qu'on n'endure point. Il m'a fait un très-grand tort, et il me -reproche des choses auxquelles je n'ai jamais pensé: mais d'un autre je -le souffrirai avec moins de peine, et comme je croirai devoir le -souffrir. - -Ce discours est insensé: car, au lieu de considérer la vertu de -patience, et ce qui doit la couronner, c'est regarder seulement à -l'injure et à la personne de qui on l'a reçue. - -3. Celui-là n'a pas la vraie patience, qui ne veut souffrir qu'autant -qu'il lui plaît, et de qui il lui plaît. - -L'homme vraiment patient n'examine point qui l'éprouve, si c'est son -supérieur, son égal ou son inférieur, un homme de bien ou un méchant. - -Mais, indifférent sur les créatures, il reçoit de la main de Dieu, avec -reconnaissance, et aussi souvent qu'il le veut, tout ce qui lui arrive -de contraire, et l'estime un grand gain. - -Car Dieu ne laissera sans récompense aucune peine, même la plus légère, -qu'on aura soufferte pour lui. - -4. Soyez donc prêt au combat, si vous voulez remporter la victoire. - -On ne peut obtenir sans combat la couronne de la patience; et refuser de -combattre, c'est refuser d'être couronné. - -Si vous désirez la couronne, combattez courageusement, souffrez avec -patience. - -On ne parvient pas au repos sans travail, ni sans combat à la victoire. - -5. LE F. Seigneur, que ce qui paraît impossible à la nature me devienne -possible par votre grâce! - -J'ai, vous le savez, peu de force pour souffrir; la moindre adversité -m'abat aussitôt. - -Faites que j'aime, que je désire d'être exercé, affligé pour votre nom: -car subir l'injure et souffrir pour vous est très-salutaire à mon âme. - - -RÉFLEXION. - - Si nous avons souvent à souffrir du prochain, il n'a pas moins à - souffrir de nous; et c'est pourquoi l'Apôtre dit: _Portez le fardeau - les uns des autres, et ainsi vous accomplirez la loi de - Jésus-Christ_[265]. Mais je vous entends, il y a des choses qu'il est - dur, dites-vous, et difficile de supporter. Eh bien! votre mérite en - sera plus grand. La grâce ne nous est donnée que pour cela, pour que - vous fassiez avec elle ce qui serait impossible à la nature seule. - D'ailleurs que vous arrive-t-il que Dieu n'ait prévu, que Dieu n'ait - voulu? La patience n'est donc qu'une soumission douce et calme à ce - qu'il ordonne, et sans elle nous vivons dans un trouble perpétuel; car - _qui a résisté à Dieu, et a eu la paix_[266]? Et combien ne faut-il - pas qu'il soit lui-même patient avec vous? Descendez dans votre - conscience, et répondez. N'a-t-il rien à supporter de vous, rien à - vous pardonner? Oui, _le Seigneur est patient et rempli de - miséricorde_[267]. _Soyons donc aussi patients envers tous_[268]. - _L'homme patient vaut mieux que l'homme fort, et celui qui domine son - âme, mieux que celui qui réduit des villes_[269]. _Je me suis tu_, - disait David en prophétisant les souffrances du Christ, _je me suis - tu, et je n'ai point ouvert la bouche_[270]; et un autre prophète: _Il - s'est tu comme l'agneau devant celui qui le tond_[271]. Qui oserait - après cela murmurer, s'irriter, rendre offense pour offense? Ô Jésus! - soyez notre modèle. Vous nous avez appris à dire à Dieu: - _Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à ceux qui nous - doivent_[272]. Voilà ce que nous demandons chaque jour, ce que chaque - jour nous promettons; et malheur à celui dont la prière sera trouvée - menteuse! - - [265] Galat., VI, 2. - - [266] Job, IX, 4. - - [267] Ps. CXLIV. 8. - - [268] I. Thess., V, 14. - - [269] Prov., XVI, 32. - - [270] Ps. XXXVIII, 10. - - [271] Is., LIII, 7. - - [272] Matth., VI, 12. - - - - -CHAPITRE XX. - -De l'aveu de son infirmité et des misères de cette vie. - - -1. LE F. _Je confesserai contre moi mon injustice_[273]: Je vous -confesserai, Seigneur, mon infirmité. - - [273] Ps. XXXI, 5. - -Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse. - -Je me propose d'agir avec force; mais, à la moindre tentation qui -survient, je tombe dans une grande angoisse. - -Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause -une violente tentation. - -Et quand je ne sens rien en moi-même, et que je me crois un peu en -sûreté, je me trouve quelquefois presque abattu par un léger souffle. - -2. Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout -manifeste à vos yeux. - -Ayez pitié de moi, _et retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y -demeure à jamais enfoncé_[274]. - - [274] Ps. LXVIII, 15. - -Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c'est de -tomber si aisément, et d'être si faible contre mes passions. - -Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein consentement, -leurs sollicitations me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand -ennui de vivre ainsi toujours en guerre. - -Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles -imaginations s'emparent de mon esprit, bien plus facilement qu'elles -n'en sortent. - -3. Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un -regard sur votre serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de -lui pour l'aider en tout ce qu'il entreprendra. - -Remplissez-moi d'une force toute céleste, de peur que le vieil homme, et -cette chair de péché qui n'est pas encore entièrement soumise à -l'esprit, ne prévale et ne domine; elle, contre qui nous devons -combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée de tant de -misères. - -Hélas! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations -et de peines, environnée de piéges et d'ennemis? - -Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui -succède; et l'on combat même encore la première, que d'autres -surviennent inopinément. - -4. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertumes, sujette à -tant de maux et de calamités? - -Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et -tant de morts? - -Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité. - -On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le -quitte difficilement, parce qu'on est encore dominé par les convoitises -de la chair. - -Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le -mépriser. - -_Le désir de la chair, le désir des yeux, et l'orgueil de la vie_[275], -inspirent l'amour du monde; mais les peines et les misères qui les -suivent justement produisent la haine et le dégoût du monde. - - [275] I. Joann., II, 16. - -5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde: -elle se repose avec délices dans l'esclavage des sens, parce qu'elle ne -connaît pas et n'a point goûté les suavités célestes, ni le charme -intérieur de la vertu. - -Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre -pour Dieu sous une sainte discipline, n'ignorent point les divines -douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le -monde, abusé par des illusions diverses, s'égare dangereusement. - - -RÉFLEXION. - - Que sont les épreuves qui nous viennent du dehors, comparées à celles - que nous trouvons au dedans de nous-mêmes? On résiste aux premières - avec toutes ses forces; elles sont divisées dans les secondes, et les - puissances de l'âme se combattent mutuellement: combat terrible que - saint Paul a peint en quelques traits. «_Je ne fais pas le bien que je - veux, et le mal que je ne veux pas, je le fais. Je me réjouis dans la - loi de Dieu, selon l'homme intérieur, et je vois dans mes membres une - autre loi, qui répugne à la loi de mon esprit et me captive sous la - loi du péché, qui est dans mes membres_[276].» Voilà ce qui désole les - âmes fidèles, humiliées de cette guerre honteuse; et sans cesse - tremblant de succomber; voilà ce qui faisait dire à l'Apôtre: _Qui me - délivrera du corps de cette mort?_ et aussitôt il ajoute: _La grâce de - Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur_[277]. Jetons-nous donc entre ses - bras divins, qu'avec un amour inexprimable il étend pour nous - recevoir; approchons-nous de son coeur sacré, d'où émane - perpétuellement une vertu redoutable aux puissances du mal; ne - comptons que sur lui, n'espérons qu'en lui; écrions-nous du fond de - nos entrailles: _Délivrez-moi, Seigneur; placez-moi près de vous, et - qu'ensuite la main de qui que ce soit se lève contre moi_[278]. _Le - Seigneur est mon appui, mon refuge, mon libérateur; il est mon Dieu et - mon aide, et j'espérerai en lui; il est mon protecteur, il est la - force qui fait mon salut. Je l'invoquerai dans mes louanges, et je - serai délivré de mes ennemis_[279]. - - [276] Rom., VII, 19, 22, 23. - - [277] Rom., VII, 24, 25. - - [278] Job, XVII, 2. - - [279] Ps. VII, 3, 4. - - - - -CHAPITRE XXI. - -Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que dans tous les autres -biens. - - -1. LE F. En tout, et par-dessus tout, repose-toi en Dieu, ô mon âme, -parce qu'il est le repos éternel des Saints. - -Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu'en -toutes les créatures; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et -la gloire; plus que dans toute puissance et dans toute dignité; plus que -dans la science, l'esprit, les richesses, les arts; plus que dans les -plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et les -douceurs, l'espérance et les promesses; plus qu'en tout mérite et en -tout désir; plus même que dans vos dons et toutes les récompenses que -vous pouvez nous prodiguer; plus que dans l'allégresse et tous les -transports que l'âme peut concevoir et sentir; plus enfin que dans les -Anges et dans les Archanges, et dans toute l'armée des cieux; plus qu'en -toutes les choses visibles et invisibles, plus qu'en tout ce qui n'est -pas vous, ô mon Dieu! - -2. Car vous êtes seul infiniment bon, seul très-haut, très-puissant; -vous suffisez seul, parce que seul vous possédez et vous donnez tout; -vous seul nous consolez par vos douceurs inexprimables; seul vous êtes -toute beauté, tout amour; votre gloire s'élève au-dessus de toute -gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur; la perfection de -tous les biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours -été, y sera toujours. - -Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me -découvrez de vous-même, tout ce que vous m'en promettez, est trop peu et -ne me suffit pas, si je ne vous vois, si je ne vous possède pleinement. - -Car mon coeur ne peut avoir de vrai repos, ni être entièrement rassasié, -jusqu'à ce que, s'élevant au-dessus de tous vos dons et de toute -créature, il se repose uniquement en vous. - -3. Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon Jésus, Roi de -toutes les créatures! qui me délivrera de mes liens, _qui me donnera des -ailes_[280] pour voler vers vous et me reposer en vous! - - [280] Ps. LIV, 7. - -Ô quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir, Seigneur mon Dieu, -et _pour goûter combien vous êtes doux_[281]! - - [281] Ps. XXXIII, 9. - -Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré de votre -amour, que je ne me sente plus moi-même, et que je ne vive plus que de -vous, dans cette union ineffable et au-dessus des sens, que tous ne -connaissent pas! - -Maintenant je ne sais que gémir, et je porte avec douleur ma misère. - -Car, en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux qui me -troublent, m'affligent, et couvrent mon âme comme d'un nuage. Souvent -ils me fatiguent et me retardent: ils s'emparent de moi; ils m'arrêtent, -et m'ôtant près de vous un libre accès, ils me privent de ces délicieux -embrassements dont jouissent toujours et sans obstacle les célestes -esprits. - -Soyez touché de mes soupirs et de ma désolation sur la terre! - -4. Ô Jésus! _splendeur de l'éternelle gloire_[282], consolateur de l'âme -exilée! ma bouche est muette devant vous, et mon silence vous parle. - - [282] Heb., I, 3. - -Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t-il de venir? - -Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui, et qu'il lui rende la joie. -Qu'il étende la main pour relever un malheureux plongé dans l'angoisse. - -Venez, venez: car, sans vous, tous les jours, toutes les heures -s'écoulent dans la tristesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que -vous pouvez seul remplir le vide de mon coeur. - -Je suis oppressé de misère, et comme un prisonnier chargé de fers, -jusqu'à ce que, me ranimant par la lumière de votre présence, vous me -rendiez la liberté, et jetiez sur moi un regard d'amour, - -5. Que d'autres cherchent, au lieu de vous, tout ce qu'ils voudront; -pour moi, rien ne me plaît, ni ne me plaira jamais, que vous, ô mon -Dieu, mon espérance, mon salut éternel! - -Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu'à ce que -votre grâce revienne, et que vous me parliez intérieurement. - -6. J.-C. Me voici: je viens à vous, parce que vous m'avez invoqué. Vos -larmes et le désir de votre âme, le brisement de votre coeur humilié, -m'ont fléchi et ramené à vous. - -7. LE F. Et j'ai dit: Seigneur, je vous ai appelé, et j'ai désiré jouir -de vous, prêt à rejeter pour vous tout le reste. - -Et c'est vous qui m'avez excité le premier à vous chercher. - -Soyez donc béni, Seigneur, d'avoir usé de cette bonté envers votre -serviteur, selon votre infinie miséricorde. - -Que peut-il vous dire encore? et que lui reste-t-il qu'à s'humilier -profondément en votre présence, plein du souvenir de son néant et de son -iniquité. - -Car il n'est rien de semblable à vous dans tout ce que le ciel et la -terre renferment de plus merveilleux. - -Vos oeuvres sont parfaites, _vos jugements véritables, et l'univers est -régi par votre providence_[283]. - - [283] Ps. XVIII, 10. Sap., XIV, 3. - -Louange donc et gloire à vous, ô Sagesse du Père! Que mon âme, que ma -bouche, que toutes les créatures ensemble vous louent et vous bénissent -à jamais! - - -RÉFLEXION. - - À mesure que l'âme fidèle se dégage de la terre et d'elle-même, toutes - ses pensées, tous ses désirs s'élèvent et viennent se confondre en - celui qu'elle aime uniquement. Alors elle gémit des liens qui - l'appesantissent et la retiennent encore ici-bas. Pressée d'un amour - qui croît sans cesse, elle voudrait briser son enveloppe mortelle, et - s'élancer dans le sein de l'Être infini auquel elle aspire, et s'y - plonger, et s'y perdre éternellement. _Qui me donnera des ailes comme - à la colombe, et je volerai et je me reposerai_[284]! Nul repos en - effet pour elle, jusqu'à ce qu'elle soit pleinement unie à l'objet de - ses ardeurs, jusqu'à ce qu'elle puisse dire dans les transports, dans - l'ivresse divine de sa joie, dans la jouissance, la possession à - jamais immuable du céleste époux: _Mon bien-aimé est à moi, et je suis - à lui_[285]. Oh! quand luira cet heureux jour, jour de la délivrance - et de l'allégresse sans fin? Quand cessera le temps de l'exil, le - temps de l'espérance et des larmes? Quand verrons-nous décliner les - ombres qui dérobent à nos regards le bien-aimé? _Comme le cerf altéré - désire l'eau des fontaines, ainsi mon âme vous désire, ô mon Dieu! Mon - âme a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant: oh! quand viendrai-je et - paraîtrai-je en présence de mon Dieu_[286]? - - [284] Ps. LIV, 7. - - [285] Cantic., II, 16. - - [286] Ps. XLI, 2, 3. - - - - -CHAPITRE XXII. - -Du souvenir des bienfaits de Dieu. - - -1. LE F. _Seigneur, ouvrez mon coeur à votre loi; et enseignez-moi à -marcher dans la voie de vos commandements_[287]. - - [287] II. Mach., I, 4. - -Faites que je connaisse votre volonté, et que je rappelle dans mon -souvenir, avec un grand respect et une sérieuse attention, tous vos -bienfaits, afin de vous en rendre de dignes actions de grâces. - -Je sais cependant, et je confesse que je ne puis reconnaître dignement -la moindre de vos faveurs. - -Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand -je considère votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre -grandeur. - -2. Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans notre âme, -tout ce que nous possédons et au dedans et au dehors, dans l'ordre -de la grâce ou de la nature, c'est vous qui nous l'avez donné; et vos -bienfaits nous rappellent sans cesse votre bonté, votre tendresse, -l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui nous -viennent tous les biens. - -Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre moins; et -sans vous nous serions à jamais privés de tout bien. - -Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni -s'élever au-dessus des autres, ni insulter à celui qui a moins reçu; car -celui-là est le meilleur et le plus grand, qui s'attribue le moins, et -qui rend grâces avec le plus de ferveur et d'humilité. - -Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous, est le -plus propre à recevoir de grands dons. - -3. Celui qui a moins reçu, ne doit ni s'affliger, ni se plaindre, ni -concevoir de l'envie contre ceux qui ont reçu davantage; mais plutôt ne -regarder que vous, et louer de toute son âme votre bonté toujours prête -à répandre ses dons si abondamment, si gratuitement, sans acception de -personne. - -Tout vient de vous, et ainsi vous devez être loué de tout. - -Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi celui-ci -reçoit plus, cet autre moins; ce c'est pas à nous qu'appartient ce -discernement, mais à vous, qui pesez tous les mérites. - -4. C'est pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce -singulière que vous m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au -dehors, et qui attirent les louanges et l'admiration des hommes. Et -certes, en considérant son indigence et son abjection, loin d'en être -abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit -plutôt sentir une douce consolation, une grande joie; car vous avez -choisi, mon Dieu, pour vos amis et vos serviteurs, les pauvres, les -humbles, ceux que le monde méprise. - -Tels étaient vos apôtres mêmes, _que vous avez établis princes sur toute -la terre_[288]. - - [288] Ps. XLIV, 17. - -Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et -de la pensée même du mal, si simples et si humbles, qu'_ils se -réjouissaient de souffrir les outrages pour votre nom_[289], et qu'ils -embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre. - - [289] Act., V, 41. - -Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le -prix de vos bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos -desseins éternels sur lui. - -Il doit y trouver un contentement, une consolation telle, qu'il consente -aussi volontiers d'être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur -être le plus grand; qu'il soit aussi tranquille, aussi satisfait dans la -dernière place que dans la première; et que toujours prêt à souffrir le -mépris, les rebuts, il s'estime aussi heureux d'être sans nom, sans -réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du -monde. - -Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être pour lui -au-dessus de tout, et lui plaire et le consoler plus que tous les dons -que vous lui avez faits, et que vous pouvez lui faire encore. - - -RÉFLEXION. - - Profitons de la grâce qui nous est donnée, sans rechercher si les - autres en ont reçu une mesure plus grande. Dieu se communique comme il - lui plaît, il est le maître de ses dons, et que sommes-nous pour lui - en demander compte? Bénissons-le de ceux qu'il nous accorde dans sa - bonté toute gratuite, et bénissons-le encore de ceux qu'il nous - refuse, nous reconnaissant indignes du moindre de ses bienfaits. Si - vous êtes humble, vous n'aspirerez point à des faveurs - extraordinaires; et si vous manquez d'humilité, ces faveurs, loin de - vous être utiles, ne serviraient peut-être qu'à vous perdre, en - nourrissant en vous la vaine complaisance et l'orgueil. Une vive - gratitude envers le Seigneur, une soumission parfaite à ses volontés, - la fidélité dans la voie où il vous conduit, voilà ce que vous devez - désirer. Avec cela vous reposerez en paix, parce que vous reposerez en - Dieu, et qu'en lui vous trouverez le secours contre les tentations, la - paix dans les souffrances, la consolation dans les misères et les - peines de la vie, et enfin l'amour qui rend tout léger. Oh! que nous - penserions peu à souhaiter un état plus élevé, ou plus doux, si nous - aimions véritablement! Mais nous ne savons point aimer. Gémissons au - moins de notre tiédeur et supplions le divin Maître d'échauffer, - d'embraser notre coeur languissant, afin que nous puissions dire avec - l'Apôtre: _Qui me séparera de l'amour du Christ? la tribulation? - l'angoisse? la faim? la nudité? le péril? la persécution? le glaive? - Mais nous triomphons de toutes ces choses à cause de celui qui nous a - aimés. Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni - les principautés, ni les vertus, ni le présent, ni l'avenir, ni la - force, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne - pourra me séparer de la charité de Dieu, laquelle est dans le Christ - Jésus notre Seigneur_[290]. - - [290] Rom., VIII, 35, 37-39. - - - - -CHAPITRE XXIII. - -De quatre choses importantes pour conserver la paix. - - -1. J.-C. Mon fils, je vous enseignerai maintenant la voie de la paix et -de la vraie liberté. - -2. LE F. Faites, Seigneur, ce que vous dites: car il m'est doux de vous -entendre. - -3. Appliquez-vous, mon fils, à faire plutôt la volonté d'autrui que la -vôtre. - -Choisissez toujours plutôt d'avoir moins que plus. - -Cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous de tous. - -Désirez toujours et priez que la volonté de Dieu s'accomplisse -parfaitement en vous. - -Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du repos. - -4. LE F. Seigneur, ces courts préceptes renferment une grande -perfection. - -Ils contiennent peu de paroles; mais elles sont pleines de sens, et -abondantes en fruits. - -Si j'étais fidèle à les observer, je ne tomberais pas si aisément dans -le trouble. - -Car toutes les fois qu'il m'arrive de perdre le calme et la paix, je -reconnais que je me suis écarté de ces maximes. - -Mais vous qui pouvez tout, et qui désirez toujours le progrès des âmes, -augmentez en moi votre grâce, afin qu'en obéissant à ce que vous -commandez, je puisse accomplir mon salut. - - -PRIÈRE - -POUR OBTENIR D'ÊTRE DÉLIVRÉ DES MAUVAISES PENSÉES. - -5. _Seigneur, mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi. Mon Dieu, -hâtez-vous de me secourir_[291]: car une foule de pensées diverses m'ont -assailli, et de grandes terreurs agitent mon âme. - - [291] Ps. LXX, 12. - -Comment traverserai-je tant d'ennemis, sans recevoir de blessures? -comment les renverserai-je? - -_Je marcherai devant vous_, dit le Seigneur, _et j'abattrai les -puissants de la terre_[292]. J'ouvrirai les portes de la prison, et je -vous montrerai les issues les plus secrètes. - - [292] Is., XLV, 2. - -Faites, Seigneur, selon votre parole; et que toutes les pensées -mauvaises fuient devant vous. - -Mon unique espérance, ma seule consolation dans les maux qui me -pressent, est de me réfugier vers vous, de me confier en vous, de vous -invoquer du fond de mon coeur et d'attendre avec patience votre secours. - - -PRIÈRE - -POUR DEMANDER À DIEU LA LUMIÈRE. - -6. Éclairez-moi intérieurement, ô bon Jésus! Faites luire votre lumière -dans mon coeur, et dissipez toutes ses ténèbres. - -Arrêtez mon esprit qui s'égare, et brisez la violence des tentations qui -me pressent. - -Déployez pour moi votre bras, et domptez ces bêtes furieuses, ces -convoitises dévorantes _afin que je trouve la paix dans votre -force_[293], et que sans cesse vos louanges retentissent dans votre -sanctuaire, dans une conscience pure. - - [293] Ps. CXXI, 7. - -Commandez aux vents et aux tempêtes; _dites à la mer: Apaise-toi; à -l'aquilon: Ne souffle point: et il se fera un grand calme_[294]. - - [294] Marc., IV, 39. - -7. _Envoyez votre lumière et votre vérité_[295], pour qu'elles luisent -sur la terre: car je ne suis qu'une terre stérile et ténébreuse, jusqu'à -ce que vous m'éclairiez. - - [295] Ps. XLII, 3. - -Répandez votre grâce d'en haut; versez sur mon coeur la rosée céleste; -épanchez sur cette terre aride les eaux fécondes de la piété, afin -qu'elle produise des fruits bons et salutaires. - -Relevez mon âme abattue sous le poids de ses péchés; transportez tous -mes désirs au Ciel, afin qu'ayant trempé mes lèvres à la source des -biens éternels, je ne puisse plus sans dégoût penser aux choses de la -terre. - -8. Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives consolations des -créatures, car nul objet créé ne peut satisfaire ni rassasier pleinement -mon coeur. - -Unissez-moi à vous par l'indissoluble lien de l'amour: car vous suffisez -seul à celui qui vous aime, et tout le reste sans vous n'est rien. - - -RÉFLEXION. - - _Des prophètes se sont levés en Israël, qui prophétisent à Jérusalem - des visions de paix; et il n'y a point de paix, dit le Seigneur - Dieu_[296]. Et le monde aussi prophétise des visions de paix à ses - sectateurs; mais cette paix qu'il met dans les plaisirs, dans le - contentement de l'orgueil et de toutes les passions, ne se montre de - loin que pour tromper ceux qui la poursuivent, et quand ils se croient - près de la saisir, tout à coup elle s'évanouit _comme le songe d'un - homme qui s'éveille_[297]. La paix véritable n'est, au contraire, que - le calme d'une conscience pure: elle consiste à retrancher les désirs, - et non pas à les satisfaire. Est-il un lieu caché, un emploi obscur, - une place, un rang méprisable aux yeux du monde, elle est là surtout. - Plus le coeur s'humilie, plus elle est douce et profonde. Qu'est-ce, - en effet, qui pourrait troubler celui qui ne souhaite rien, et ne - s'attribue rien? Il n'a guère à craindre qu'on lui envie l'abaissement - où il se complaît. Mais que de grandeur dans cet abaissement cherché, - voulu de toute l'âme! Les anges le contemplent avec respect, et Dieu - le bénit du sein de sa gloire. Seigneur, venez à mon aide; terrassez - en moi l'orgueil, et j'aurai la paix; faites que, pénétré des - sentiments qui animaient le roi-prophète, il me soit donné de dire - comme lui: _J'ai choisi d'être abject dans la maison de mon Dieu, - plutôt que d'habiter tous les tentes des pécheurs: elegi abjectus - esse[298]!_ - - [296] Ezech., XIII, 16. - - [297] Ps. LXXII, 20. - - [298] Ps. LXXXIII, 11. - - - - -CHAPITRE XXIV. - -Qu'il ne faut point s'enquérir curieusement de la conduite des autres. - - -1. J.-C. Mon fils, réprimez en vous la curiosité, et ne vous troublez -point de vaines sollicitudes. - -_Que vous importe ceci ou cela? suivez-moi_[299]. - - [299] Joan., XXI, 22. - -Que vous fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit celui-là? - -Vous n'avez point à répondre des autres; mais vous répondrez pour -vous-même: de quoi donc vous inquiétez-vous? - -Voilà que je connais tous les hommes; je vois tout ce qui se passe sous -le soleil; je sais ce qu'il en est de chacun, ce qu'il pense, ce qu'il -veut, et où tendent ses vues. - -C'est donc à moi qu'on doit tout abandonner. Pour vous, demeurez en -paix, et laissez ceux qui s'agitent, s'agiter tant qu'ils voudront. - -Tout ce qu'ils feront, tout ce qu'ils diront, viendra sur eux; car ils -ne peuvent me tromper. - -2. Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom; ne désirez -ni de nombreuses liaisons, ni l'amitié particulière d'aucun homme. - -Car tout cela dissipe l'esprit, et obscurcit étrangement le coeur. - -Je me plairais à vous faire entendre ma parole, et à vous révéler mes -secrets, si vous étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt -à m'ouvrir la porte de votre coeur. - -Songez à l'avenir, veillez, priez sans cesse, et humiliez-vous en toutes -choses. - - -RÉFLEXION. - - Pourquoi ouvrez-vous un oeil envieux sur les actions de vos frères? - Qui vous a chargé de scruter leur conscience et leurs oeuvres? - Laissez, laissez à Dieu un soin qu'il se réserve, et songez à répondre - pour vous. On se trompe presque toujours en jugeant les autres, et - l'on se prépare à soi-même un jugement plus sévère, en usurpant un - droit qu'on n'a pas, et en blessant, par des soupçons malins et - téméraires, l'amour dû au prochain. _La charité est indulgente, elle - ne pense point le mal_[300]. Présumez d'autrui tout ce qui est bon, - pardonnez pour qu'on vous pardonne, _et ne jugez point, afin que vous - ne soyez point jugé_[301]. - - [300] I. Cor., XIII, 4, 5. - - [301] Matth., VII, 1. - - - - -CHAPITRE XXV. - -En quoi consiste la vraie paix et le véritable progrès de l'âme. - - -1. J.-C. Mon fils, j'ai dit: _Je vous laisse la paix, je vous donne ma -paix, non comme le monde la donne_[302]. - - [302] Joann., XIV, 27. - -Tous désirent la paix; mais tous ne cherchent pas ce qui procure une -paix véritable. - -Ma paix est avec ceux qui sont doux et humbles de coeur. - -Votre paix sera dans une grande patience. - -Si vous m'écoutez, et si vous obéissez à ma parole, vous jouirez d'une -profonde paix. - -2. LE F. Seigneur, que ferai-je donc? - -3. J.-C. En toutes choses, veillez à ce que vous faites et à ce que vous -dites. N'ayez d'autre intention que celle de plaire à moi seul. Ne -désirez, ne recherchez rien hors de moi. - -Ne jugez point témérairement des paroles ou des actions des autres: ne -vous ingérez point de ce qui n'est point commis à votre charge; alors -vous serez peu ou rarement troublé. - -Mais ne sentir jamais aucun trouble, n'éprouver aucune peine du coeur, -aucune souffrance du corps, cela n'est pas de la vie présente; c'est -l'état de l'éternel repos. - -Ne croyez donc pas avoir trouvé la véritable paix, lorsqu'il ne vous -arrive aucune contrariété; ni que tout soit bien, quand vous n'essuyez -d'opposition de personne; ni que votre bonheur soit parfait, lorsque -tout réussit selon vos désirs. - -Gardez-vous aussi de concevoir une haute idée de vous-même, et -d'imaginer que Dieu vous chérit particulièrement, si vous sentez votre -coeur rempli d'une piété tendre et douce: car ce n'est pas en cela qu'on -reconnaît celui qui aime vraiment la vertu, ni en cela que consiste le -progrès de l'homme et sa perfection. - -4. LE F. En quoi donc, Seigneur? - -5. J.-C. À vous offrir de tout votre coeur à la volonté divine; à ne -vous rechercher en aucune chose, ni petite, ni grande, ni dans le temps, -ni dans l'éternité: de sorte que, regardant du même oeil et pesant dans -la même balance les biens et les maux, vous m'en rendiez également -grâces. - -Et ce n'est pas tout; il faut encore que vous soyez si ferme, si -constant dans l'espérance, que, privé intérieurement de toute -consolation, vous prépariez votre coeur à de plus dures épreuves, sans -jamais vous justifier vous-même, comme si vous ne méritiez pas de tant -souffrir; mais reconnaissant, au contraire, ma justice, et louant ma -sainteté dans tout ce que j'ordonne. Alors vous marcherez dans la voie -droite, dans la véritable voie de la paix; et vous pourrez avec -assurance espérer _de revoir mon visage dans l'allégresse_[303]. - - [303] Job, XXXIII, 26. - -Que si vous parvenez à un parfait mépris de vous-même, je vous le dis, -vous jouirez d'une paix aussi profonde qu'il est possible en cette vie -d'exil. - - -RÉFLEXION. - - On ne saurait trop répéter à l'homme que sa grandeur, sa sécurité, sa - paix consiste à se renoncer, à se mépriser lui-même, à s'anéantir - devant Dieu, à ne vouloir en toutes choses et à ne désirer que - l'accomplissement de sa volonté sainte, sans aucun retour d'intérêt - propre, dans un abandon sans réserve à ce qu'il lui plaît d'ordonner - de nous. Il faut se détacher même de ses dons, pour s'unir à lui d'une - manière plus intime et plus pure. La ferveur sensible, les - consolations, les ravissantes douceurs de l'amour, nous sont données - et nous sont retirées selon des desseins que nous ignorons; elles - passent, et tout ce qui passe produit le trouble, si l'on s'y attache. - Dieu seul donc: n'aimons que Dieu seul, ne souhaitons que Dieu seul; - aimons-le pour lui-même, dans la tristesse comme dans la joie, dans - l'amertume comme dans la jouissance. Oui, _je vous aimerai, - Seigneur_[304], _je vous bénirai en tout temps_[305]: _vous êtes - vous-même notre paix_[306], _et dans cette paix, je dormirai et je me - reposerai_[307]. - - [304] Ps. XVII, 2. - - [305] Ps. XXXIII, 2. - - [306] Ephes., II, 14. - - [307] Ps. IV, 9. - - - - -CHAPITRE XXVI. - -De la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par la prière que par la -lecture. - - -1. LE F. Seigneur, c'est une haute perfection de ne jamais détourner des -choses du ciel les regards de son coeur, de passer au milieu des soins -du monde, sans se préoccuper d'aucun soin, non par indolence, mais par -le privilége d'une âme libre, qu'aucune affection déréglée n'attache à -la créature. - -2. Je vous en conjure, ô Dieu de bonté! délivrez-moi des soins de cette -vie, de peur qu'ils ne retardent ma course; des nécessités du corps, de -peur que la volupté ne me séduise; de tout ce qui arrête et trouble -l'âme, de peur que l'affliction ne me brise et ne m'abatte. - -Je ne parle point des choses que la vanité humaine recherche avec tant -d'ardeur; mais de ces misères qui, par une suite de la malédiction -commune à tous les enfants d'Adam, tourmentent et appesantissent l'âme -de votre serviteur, et l'empêchent de jouir, autant qu'il voudrait, de -la liberté de l'esprit. - -3. Ô mon Dieu, douceur ineffable! changez pour moi en amertume toute -consolation de la chair, qui me détourne de l'amour des biens éternels, -et m'attire, et me fascine par le charme funeste du plaisir présent. - -Que je ne sois pas, mon Dieu, vaincu par la chair et le sang, trompé par -le monde et sa gloire qui passe, que je ne succombe point aux ruses du -démon. - -Donnez-moi la force pour résister, la patience pour souffrir, la -constance pour persévérer. - -Donnez-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, la délicieuse -onction de votre esprit; et au lieu de l'amour terrestre, pénétrez-moi -de l'amour de votre nom. - -4. Le boire, le manger, le vêtement, et les autres choses nécessaires -pour soutenir le corps, sont à charge à une âme fervente. - -Faites que j'use de ces soulagements avec modération, et que je ne les -recherche point avec trop de désir. - -Les rejeter tous, cela n'est pas permis, parce qu'il faut soutenir la -nature: mais votre loi sainte défend de rechercher tout ce qui est -au-delà du besoin et ne sert qu'à flatter les sens; autrement la chair -se révolterait contre l'esprit. - -Que votre main, Seigneur, me conduise entre ces deux extrêmes, afin -qu'instruit par vous, je me préserve de tout excès. - - -RÉFLEXION. - - En voyant combien les hommes sont enfoncés dans la vie présente, - l'importance qu'ils attachent à tout ce qui s'y rapporte, le désir qui - les consume d'amasser des biens et de s'en assurer la perpétuelle - jouissance, croirait-on jamais qu'ils soient persuadés que cette vie - doive finir, et finir si tôt? Dans leurs longues prévoyances, ils - n'oublient rien que l'éternité: elle seule ne les touche en aucune - manière, ou les touche si faiblement qu'à peine y songent-ils de loin - en loin et avec ennui, dans les courts intervalles des plaisirs ou des - affaires. Profonde pitié! et que l'exemple qu'ils ont reçu du Sauveur - est différent! _Il a passé sur la terre comme un homme errant, comme - un voyageur qui se détourne pour reposer un peu_[308]. Voilà notre - modèle. L'homme qui se met en voyage n'emporte que ce qui lui est - nécessaire pour la route; ainsi, dans notre voyage vers le ciel, nous - devons n'user des choses ici-bas que pour la simple nécessité, et ne - voir dans ce qui est au-delà qu'un fardeau souvent dangereux, et au - moins toujours inutile. Que faut-il à celui qui passe? _Le voyageur - altéré approche ses lèvres de la fontaine, et étanche sa soif de l'eau - la plus proche; il s'assied contre le premier arbre_[309] qu'il - rencontre sur le bord du chemin; et puis ayant repris ses forces, il - recommence à marcher. Une seule pensée l'occupe, celle d'achever - promptement sa course. Ira-t-il attacher son âme aux objets divers qui - frappent ses regards à mesure qu'il avance, et se tourmenter de mille - soins pour se former un établissement stable dans le pays qu'il - traverse, et qu'il ne reverra jamais? Or nous sommes tous ce voyageur. - Que m'importe la terre, ô mon Dieu! Que m'importe ce lieu étranger - d'où je sortirai dans un moment! Je vais à la maison de mon Père: le - reste ne m'est rien. Le travail, la fatigue, qu'est-ce que cela, - pourvu que j'arrive au terme où aspirent tous mes voeux? _Mon âme a - défailli de désir, mon coeur et ma chair ont tressailli de joie dans - l'attente du Dieu vivant. Vos autels, Dieu des vertus, mon Roi et mon - Dieu! vos autels!... Heureux ceux qui habitent dans la maison du - Seigneur[310]!_ - - [308] Jerem., XIV, 15. - - [309] Ecclesiast., XXVI, 15. - - [310] Ps. LXXXIII, 2, 5. - - - - -CHAPITRE XXVII. - -Que l'amour de soi est le plus grand obstacle qui empêche l'homme de -parvenir au souverain bien. - - -1. J.-C. Il faut, mon fils, que vous vous donniez tout entier pour -posséder tout, et que rien en vous ne soit à vous-même. - -Sachez que l'amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune chose du monde. - -On tient à chaque chose plus ou moins, selon la nature de l'affection et -de l'amour qu'on a pour elle. - -Si votre amour est pur, simple et bien réglé, vous ne serez esclave -d'aucune chose. - -Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas permis d'avoir, renoncez à ce -qui occupe trop votre âme et la prive de sa liberté. - -Il est étrange que vous ne vous abandonniez pas à moi du fond du coeur, -avec tout ce que vous pouvez désirer ou posséder. - -2. Pourquoi vous consumer d'une vaine tristesse? Pourquoi vous fatiguer -de soins superflus? - -Demeurez soumis à ma volonté, et rien ne pourra vous nuire. - -Si vous cherchez ceci ou cela, si vous voulez être ici ou là, sans autre -objet que de vous satisfaire, et de vivre plus selon votre gré, vous -n'aurez jamais de repos, et jamais vous ne serez libre d'inquiétude, -parce qu'en tout vous trouverez quelque chose qui vous blesse, et -partout quelqu'un qui vous contrarie. - -3. À quoi sert donc de posséder et d'accumuler beaucoup de choses au -dehors? Ce qui sert, c'est de les mépriser, et de les déraciner de son -coeur. - -Et n'entendez pas ceci uniquement de l'argent et des richesses, mais -encore de la poursuite des honneurs, et du désir des vaines louanges, -toutes choses qui passent avec le monde. - -Nul lieu n'est un sûr refuge, si l'on manque de l'esprit de ferveur; et -cette paix qu'on cherche au dehors ne durera guère, si le coeur est -privé de son véritable appui, c'est-à-dire si vous ne vous appuyez pas -sur moi. Vous changerez, et ne serez pas mieux. - -Car, entraîné par l'occasion qui naîtra, vous trouverez ce que vous -aurez fui, et pis encore. - - -PRIÈRE - -POUR OBTENIR LA PURETÉ DU COEUR ET LA SAGESSE CÉLESTE. - -4. LE F. Soutenez-moi, Seigneur, par la grâce de l'Esprit-Saint. - -Fortifiez-moi intérieurement de votre vertu, afin que je bannisse de mon -coeur toutes les sollicitudes vaines qui le tourmentent, et que je ne -sois emporté par le désir d'aucune chose ou précieuse ou méprisable; -mais plutôt qu'appréciant toutes choses ce qu'elles sont, je voie -qu'elles passent, et que je passerai aussi avec elles. - -_Car il n'y a rien de stable sous le soleil; et tout est vanité et -affliction d'esprit_[311]. Oh! qu'il est sage, celui qui juge ainsi! - - [311] Eccl., I, 17. - -5. Donnez-moi, Seigneur, la sagesse céleste, afin que j'apprenne à vous -chercher et à vous trouver, à vous goûter et à vous aimer par-dessus -tout, et à ne compter tout le reste que pour ce qu'il est, selon l'ordre -de votre sagesse. - -Donnez-moi la prudence pour m'éloigner de ceux qui me flattent, et la -patience pour supporter ceux qui s'élèvent contre moi. - -Car c'est une grande sagesse de ne se point laisser agiter à tout vent -de paroles, et de ne point prêter l'oreille aux perfides discours des -flatteurs. C'est ainsi qu'on avance sûrement dans la voie où l'on est -entré. - - -RÉFLEXION. - - Si peu que l'homme se recherche lui-même, il s'éloigne de Dieu: mais à - l'instant le trouble naît en lui; car ou il n'atteint pas l'objet de - ses désirs, ou il s'en dégoûte aussitôt, toujours tourmenté, soit par - ses convoitises, soit par le remords et l'ennui. Il a voulu être - riche, puissant, posséder des titres, des honneurs, toutes choses qui - ne s'obtiennent guère que par de durs travaux, et qui rarement se - rencontrent avec une conscience pure: n'importe, le voilà élevé au - faîte des prospérités humaines, rien ne lui manque de ce qu'il - enviait; demandez-lui s'il est satisfait: il ne sortira que des - plaintes, des cris d'angoisse et de douleur, de la bouche de cet - heureux du monde. _Et maintenant_, selon la forte expression de - l'Apôtre, _et maintenant, ô riches, pleurez et poussez des hurlements - dans les misères qui fondront sur vous. Vous avez vécu sur la terre - dans les délices et les voluptés, vous vous êtes engraissés pour le - jour du sacrifice_[312]. Ainsi d'un côté, les biens d'ici-bas, ces - biens convoités si ardemment, fatiguent l'âme sans la rassasier; et de - l'autre, à moins d'une grâce peu commune, comme Jésus-Christ lui-même - nous l'apprend[313], ils la précipitent dans la perte. Au contraire, - celui qui s'est renoncé complétement, celui pour qui Dieu seul est - tout, jouit d'une paix inaltérable. La souffrance même lui est douce, - parce qu'elle accroît son espérance, purifie son amour, et que - l'affliction d'un moment enfantera une joie éternelle. _Persévérez - donc dans la patience jusqu'à l'avénement du Seigneur. Dans l'espoir - de recueillir le fruit précieux de la terre, le laboureur attend - patiemment les pluies de la première et de l'arrière-saison. Et vous - aussi soyez donc patients, car l'avénement du Seigneur approche_[314]. - - [312] Jacob., V, 1, 5. - - [313] Matth., XIX, 23, 24. - - [314] Jacob., V, 7, 8. - - - - -CHAPITRE XXVIII. - -Qu'il faut mépriser les jugements humains. - - -1. J.-C. Mon fils, ne vous offensez point si quelques-uns pensent mal de -vous, et en disent des choses qu'il vous soit pénible d'entendre. - -Vous devez penser encore plus mal de vous-même, et croire que personne -n'est plus imparfait que vous. - -Si vous êtes retiré en vous-même, que vous importeront des paroles qui -se dissipent en l'air? - -Ce n'est pas une prudence médiocre que de savoir se taire au temps -mauvais, et de se tourner vers moi intérieurement, sans se troubler des -jugements humains. - -2. Que votre paix ne dépende point des discours des hommes; car, qu'ils -jugent de vous bien ou mal, vous n'en demeurez pas moins ce que vous -êtes. Où est la véritable paix et la gloire véritable? n'est-ce pas en -moi? - -Celui qui ne désire point de plaire aux hommes, et qui ne craint point -de leur déplaire, jouira d'une grande paix. - -De l'amour déréglé et des vaines craintes naissent l'inquiétude du coeur -et la dissipation des sens. - - -RÉFLEXION. - - Quelques-uns s'inquiètent plus des jugements des hommes, que de celui - de Dieu. Étrange folie! Quand nous paraîtrons au tribunal suprême, que - nous importera le blâme ou l'estime des créatures? Nous ne serons ni - condamnés ni absous sur leurs vaines pensées. C'est la vérité qui nous - jugera, et sa sentence sera éternelle. Tel qui, pendant sa vie, fut - enivré de louanges, s'en ira expier ses crimes cachés _là où sont les - pleurs et les grincements de dents, et le ver qui ne meurt - point_[315]. Tel autre qui vécut accablé de mépris et d'outrages, - entendra cette parole: _Venez, vous qui êtes le béni de mon Père; - possédez le royaume qui vous est préparé dès le commencement du - monde_[316]; car les jugements de Dieu ne sont point comme nos - jugements, ni sa justice comme notre justice: _Il sonde l'abîme et le - coeur de l'homme_[317]. N'ayez donc que lui seul en vue, et soyez - indifférent à tout le reste. À quoi sert ce que nous laissons à - l'entrée du tombeau? les éloges recherchés souillent la conscience et - tuent le mérite du bien qu'on a fait pour les obtenir. _Prenez garde à - ne pas faire vos bonnes oeuvres devant les hommes, pour être vu d'eux: - autrement vous n'aurez point de récompense de votre Père qui est dans - les cieux. Quand donc vous faites l'aumône, ne sonnez point de la - trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues - et dans les carrefours, afin d'être honorés des hommes. En vérité je - vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous - faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la - droite, afin que votre aumône soit dans le secret; et votre Père, qui - voit dans le secret, vous la rendra. Et quand vous priez, ne soyez - point comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les - synagogues et dans les angles des places publiques, afin d'être vus - des hommes; en vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. - Pour vous, lorsque vous prierez, entrez dans le lieu de la maison le - plus reculé, et après avoir fermé la porte, priez votre Père dans le - secret; et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra_[318]. - - [315] Matth., XXV, 30. Marc, IX, 43. - - [316] Matth., XXV. 34. - - [317] Ecclesiast., XLII, 18. - - [318] Matth., VI, 1-6. - - - - -CHAPITRE XXIX. - -Comment il faut invoquer et bénir Dieu dans l'affliction. - - -1. LE F. Que votre nom soit béni à jamais, Seigneur, qui avez voulu -m'éprouver par cette peine et cette tentation. - -Puisque je ne saurais l'éviter, qu'ai-je à faire que de me réfugier vers -vous, pour que vous me secouriez, et qu'elle me devienne utile? - -Seigneur, voilà que je suis dans la tribulation, mon coeur malade est -tourmenté par la passion qui le presse. - -_Et maintenant que dirai-je_[319]? Ô Père plein de tendresse! Les -angoisses m'ont environné: _Délivrez-moi de cette heure_[320]. - - [319] Joan., XII, 27. - - [320] _Ibid._ - -Mais cette heure est venue pour que vous fassiez éclater votre gloire, -en me délivrant après m'avoir humilié profondément. - -Daignez, Seigneur, me secourir: car, pauvre créature que je suis, que -puis-je faire, et où irai-je sans vous? - -Seigneur, donnez-moi la patience encore cette fois. Soutenez-moi, mon -Dieu, et je ne craindrai point, quelque pesante que soit cette épreuve. - -2. Et maintenant que dirai-je encore? Seigneur, _que votre volonté se -fasse_[321]. J'ai bien mérité de sentir le poids de la tribulation. - - [321] Matth., V, 10. - -Il faut donc que je le supporte: faites, mon Dieu, que ce soit avec -patience, jusqu'à ce que la tempête passe, et que le calme revienne. - -Votre main toute-puissante peut éloigner de moi cette tentation, et en -modérer la violence, afin que je ne succombe pas entièrement, comme vous -l'avez déjà tant de fois fait pour moi, ô mon Dieu, ma miséricorde! - -Et autant ce changement m'est difficile, autant il vous l'est peu: -_c'est l'oeuvre de la droite du Très-Haut_[322]. - - [322] Ps., LXXVI, 10. - - -RÉFLEXION. - - Le premier mouvement de l'âme éprouvée par la tentation doit être de - s'humilier, de reconnaître son impuissance; et aussitôt de recourir - avec une vive foi à celui qui seul est sa force: _Seigneur, - sauvez-moi, car je vais périr_[323]: et Dieu se hâtera de venir au - secours de cette pauvre âme; il étendra pour la secourir sa main - toute-puissante; _il commandera aux vents et à la mer, et il se fera - un grand calme_[324]. Ainsi encore, lorsque le coeur est brisé - d'affliction, oppressé d'angoisse, que fera-t-il? Il se jettera dans - le sein _de Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, Père de - miséricorde et Dieu de toute consolation, qui nous console dans nos - épreuves: car de même que les souffrances de Jésus-Christ abondent en - nous, ainsi abonde par Jésus-Christ notre consolation_[325]. Alors, si - notre âme, comme celle de Jésus, _est triste jusqu'à la mort_[326], si - nous disons comme lui: _Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi!_ - comme lui aussi nous ajouterons _Non pas ce que je veux, mais ce que - vous voulez[327]!_ - - [323] Matth., VIII, 25. - - [324] Matth., VIII, 26. - - [325] II. Cor., I, 3, 4, 5. - - [326] Matth., XXVI, 38. - - [327] _Ibid._, 39. - - - - -CHAPITRE XXX. - -Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le -retour de sa grâce. - - -1. J.-C. Mon fils, _je suis le Seigneur; c'est moi qui fortifie au jour -de la tribulation_[328]. - - [328] Nah., I, 7. - -Venez à moi quand vous souffrirez. - -Ce qui surtout éloigne de vous les consolations célestes, c'est que vous -recourez trop tard à la prière. - -Car, avant de me prier avec instance, vous cherchez au dehors du -soulagement et une multitude de consolations. - -Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin reconnaître que -_c'est moi seul qui délivre ceux qui espèrent en moi_[329]; et que hors -de moi il n'est point de secours efficace, point de conseil utile, point -de remède durable. - - [329] Ps. XVI, 7. - -Mais à présent que vous commencez à respirer après la tempête, -ranimez-vous à la lumière de mes miséricordes: car je suis près de vous, -dit le Seigneur, pour vous rendre tout ce que vous avez perdu, et -beaucoup plus encore. - -2. _Y a-t-il rien qui me soit difficile_[330]? ou serais-je semblable à -ceux qui disent et ne font pas? - - [330] Jér., XXXII, 27. - -Où est votre foi? Demeurez ferme et persévérez. - -Ne vous lassez point, prenez courage; la consolation viendra en son -temps. - -Attendez-moi, attendez: _je viendrai et je vous guérirai_[331]. - - [331] Matth., VIII, 7. - -Ce qui vous agite est une tentation, et ce qui vous effraie une crainte -vaine. - -Que vous revient-il de ces soucis d'un avenir incertain, sinon tristesse -sur tristesse? _À chaque jour suffit son mal_[332]. - - [332] _Ibid._, VI, 34. - -Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de s'affliger -de choses futures qui n'arriveront peut-être jamais? - -3. C'est une suite de la misère humaine d'être le jouet de ces -imaginations, et la marque d'une âme encore faible de céder si aisément -aux suggestions de l'ennemi. - -Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par des objets -réels ou par de fausses images; et de nous vaincre par l'amour des biens -présents ou par la crainte des maux à venir. - -_Que votre coeur donc ne se trouble point et ne craigne point._ - -_Croyez en moi, et confiez-vous en ma miséricorde_[333]. - - [333] Joann., XIV, 1, 27. - -Quand vous croyez être loin de moi, souvent c'est alors que je suis le -plus près de vous. - -Lorsque vous croyez tout perdu, ce n'est souvent que l'occasion d'un -plus grand mérite. - -Tout n'est pas perdu, quand le succès ne répond pas à vos désirs. - -Vous ne devez pas juger selon le sentiment présent, ni vous abandonner à -aucune affliction, quelle qu'en soit la cause, et vous y enfoncer, comme -s'il ne vous restait nulle espérance d'en sortir. - -4. Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé, lorsque je vous -afflige pour un temps, ou que je vous retire mes consolations: car c'est -ainsi qu'on parvient au royaume des cieux. - -Et certes il vaut mieux pour vous et pour tous mes serviteurs être -exercé par des traverses, que de n'éprouver jamais aucune contrariété. - -Je connais le secret de votre coeur, et je sais qu'il est utile pour -votre salut que vous soyez quelquefois dans la sécheresse, de crainte -qu'une ferveur continue ne vous porte à la présomption, et que, par une -vaine complaisance en vous-même, vous ne vous imaginiez être ce que vous -n'êtes pas. - -Ce que j'ai donné, je puis l'ôter et le rendre quand il me plaît. - -5. Ce que je donne est toujours à moi; ce que je reprends n'est point à -vous: car c'est de moi que découle tout bien et tout don parfait. - -Si je vous envoie quelque peine ou quelque contradiction, n'en murmurez -pas, et que votre coeur ne se laisse point abattre: car je puis, en un -moment, vous délivrer de ce fardeau, et changer votre tristesse en joie. - -Et lorsque j'en use ainsi avec vous, je suis juste et digne de toute -louange. - -Si vous jugez selon la sagesse et la vérité, vous ne devez jamais vous -affliger avec tant d'excès dans l'adversité, mais plutôt vous en réjouir -et m'en rendre grâces. - -Et même ce doit être votre unique joie _que je vous frappe sans vous -épargner_[334]. - - [334] Job., VI, 10. - -_Comme mon Père m'a aimé, et moi aussi je vous aime_[335], ai-je dit à -mes disciples en les envoyant, non pour goûter les joies du monde, mais -pour soutenir de grands combats; non pour posséder les honneurs, mais -pour souffrir les mépris; non pour vivre dans l'oisiveté, mais dans le -travail; non pour se reposer, mais _pour porter beaucoup de fruits par -la patience_[336]. Souvenez-vous, mon fils, de ces paroles. - - [335] Joann., XV, 9. - - [336] Luc., XVIII, 15. Joann., XV, 16. - - -RÉFLEXION. - - Bien que les hommes sachent que la vie présente n'est qu'un état de - passage, néanmoins il y a en eux un penchant extraordinaire à se - concentrer dans cette vie si courte, et à ne juger des choses que par - leur rapport avec elle. Ils veulent invinciblement être heureux; mais - ils veulent l'être dès ici-bas; ils cherchent sur la terre un bonheur - qui n'y est point, qui n'y peut pas être, et en cela ils se trompent - misérablement. Les uns le placent dans les plaisirs et les biens du - monde, et après s'être fatigués à leur poursuite, _ils voient que tout - est vanité et affliction d'esprit_[337], _et que l'homme n'a rien de - plus de tous les travaux dont il se consume sous le soleil_[338]. Les - autres, convaincus du néant de ces liens, se tournent vers Dieu; mais - ils veulent aussi que le désir de félicité qui les tourmente soit - satisfait dès à présent, toujours prêts à s'inquiéter et à se - plaindre, quand Dieu leur retire les grâces sensibles, ou qu'il les - éprouve par les souffrances et la tentation. Ils ne comprennent pas - que la nature humaine est malade, et incapable en cet état de tout - bonheur réel; que les épreuves dont ils se plaignent sont les remèdes - nécessaires que le céleste médecin des âmes emploie, dans sa bonté, - pour les guérir, et que toute notre espérance sur la terre, toute - notre paix consiste à nous abandonner entièrement à lui avec une - confiance pleine d'amour. Et voilà pourquoi le roi-prophète revient si - souvent a cette prière: _Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je - suis malade_; _guérissez-moi, car le mal a pénétré jusqu'à mes - os_[339]; _guérissez mon âme_[340], vous qui guérissez toutes nos - infirmités[341]. Donc, pendant cette vie, la résignation, la patience, - une tranquille soumission de la volonté, au milieu des ténèbres de - l'esprit et de l'amertume du coeur: et après, et bientôt, dans la - véritable vie, le repos imperturbable, la joie immortelle, et la - félicité de Dieu même, qu'il vous sera donné _de voir tel qu'il est - face à face_[342]. - - [337] Eccles., I, 14. - - [338] _Ibid._, 3. - - [339] Ps. VI, 3. - - [340] Ps. XL, 5. - - [341] Ps. CII, 3. - - [342] I. Cor., XIII, 12. - - - - -CHAPITRE XXXI. - -Qu'il faut oublier toutes les créatures pour trouver le Créateur. - - -1. LE F. Seigneur, j'ai besoin d'une grâce plus grande, s'il me faut -parvenir à cet état où nulle créature ne sera un lien pour moi. - -Car, tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler librement vers -vous, - -Il aspirait à cette liberté, celui qui disait: _Qui me donnera des ailes -comme à la colombe? et je volerai, et je me reposerai_[343]. - - [343] Ps. LIV, 7. - -Quel repos plus profond que le repos de l'homme qui n'a que vous en vue? -et quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre? - -Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher -parfaitement de soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là, -reconnaître que c'est vous qui avez tout fait, et que rien n'est -semblable à vous. - -Tandis qu'on tient encore à quelque créature, on ne saurait s'occuper -librement des choses de Dieu. - -Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent -se séparer entièrement des créatures et des choses périssables. - -2. Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'âme et la ravisse -au-dessus d'elle-même. - -Et tant que l'homme n'est pas élevé ainsi en esprit, détaché de toute -créature, et parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce -qu'il a, est de bien peu de prix. - -Il sera longtemps faible et incliné vers la terre, celui qui estime -quelque chose hors de l'unique, de l'immense, de l'éternel bien. - -Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, et ne doit être compté pour rien. - -Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme que la piété -éclaire, et la science qu'un docteur acquiert par l'étude. - -La science qui vient d'en haut et que Dieu lui-même répand dans l'âme, -est bien supérieure à celle où l'homme parvient laborieusement par les -efforts de son esprit. - -3. Plusieurs désirent s'élever à la contemplation; mais ce qu'il faut -pour cela, ils ne le veulent point faire. - -Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu'il y a d'extérieur et de -sensible, et que l'on s'occupe peu de se mortifier véritablement. - -Je ne sais ce que c'est, ni quel esprit nous conduit, ni ce que nous -prétendons, nous qu'on regarde comme des hommes tout spirituels, de -poursuivre avec tant de travail et de souci des choses viles et -passagères, lorsque si rarement nous nous recueillons pour penser, sans -aucune distraction, à notre état intérieur. - -4. Hélas! à peine sommes-nous rentrés en nous-mêmes, que nous nous -hâtons d'en sortir, sans jamais sérieusement examiner nos oeuvres. - -Nous ne considérons point jusqu'où descendent nos affections, et nous ne -gémissons point de ce que tout en nous est impur. - -_Toute chair avait corrompu sa voie_[344]; et c'est pourquoi le déluge -suivit. - - [344] Gen., VI, 12. - -Quand donc nos affections intérieures sont corrompues, elles corrompent -nécessairement nos actions, et dévoilent ainsi toute la faiblesse de -notre âme. - -Les fruits d'une bonne vie ne croissent que dans un coeur pur. - -5. On demande d'un homme, qu'a-t-il fait? Mais s'il l'a fait par vertu, -c'est à quoi l'on regarde bien moins. - -On veut savoir s'il a du courage, des richesses, de la beauté, de la -science, s'il écrit ou s'il chante bien, s'il est habile dans sa -profession; mais on ne s'informe guère s'il est humble, doux, patient, -pieux, intérieur; - -La nature ne considère que le dehors de l'homme; la grâce pénètre au -dedans. - -Celle-là se trompe souvent; celle-ci espère en Dieu pour n'être pas -trompée. - - -RÉFLEXION. - - Jusqu'à ce que _notre vie soit_, comme parle l'Apôtre, _cachée en Dieu - avec Jésus-Christ_[345], nous ne lui appartenons qu'imparfaitement, - nous ne sommes pas _un_ avec le Fils et avec le Père[346], nous ne - sommes pas consommés dans l'unité[347]; il y a quelque chose entre - nous et Dieu: et c'est que nous tenons encore à nous-mêmes et aux - créatures: notre amour est divisé; tantôt il s'élance vers le ciel, et - tantôt il rampe sur la terre. Pour vivre de la vie cachée avec - Jésus-Christ en Dieu, il faut rompre les derniers liens qui nous - attachent au monde. Alors séparée de tout ce qui passe, enveloppée, - pour ainsi dire, de l'être divin, plongée dans sa lumière, l'âme ne - voit que lui, ne se sent qu'en lui, ne vit que de sa vérité et de son - amour, qu'il lui communique par des voies inexpliquables et - merveilleuses. Unie intimement au Fils, et par le Fils au Père, - Jésus-Christ, son modèle et son époux, la rend de plus en plus - conforme à lui-même. Ce qu'il a éprouvé, il veut qu'elle l'éprouve - aussi, qu'elle le reproduise, en quelque sorte, dans ses divers états, - avec le même esprit d obéissance parfaite qui le dirigeait dans - l'accomplissement de sa divine mission. Quelquefois il la conduit sur - le Thabor, comme pour lui montrer les biens promis à sa fidélité; plus - souvent il la guide au Jardin des Oliviers, au prétoire, sur le - Golgotha, où doit se consommer le sacrifice: et soit qu'il l'éclaire - et la console, soit qu'il paraisse la délaisser, tout coopère à sa - perfection, parce qu'elle aime, et que jamais elle ne se lasse - d'aimer, dans l'amertume comme dans la joie, _le Dieu qui l'appelle à - la sainteté_[348]. Elle se repose, pleine de calme, dans la volonté de - ce grand Dieu. Mais l'âme qui ne s'est pas encore complétement dégagée - des choses de la terre est toujours agitée, inquiète; elle marche dans - l'obscurité, et mille soins la tourmentent. Hâtons-nous donc de briser - nos chaînes, ne cherchons que Jésus, ne désirons que lui: _à qui - irions-nous? Il a les paroles de la vie éternelle_[349]. Quittons tout - pour le suivre, et _laissons les morts ensevelir leurs morts_[350]. - - [345] Coloss., III, 3. - - [346] Joann., XVII, 21. - - [347] _Ibid._, 23. - - [348] Rom., VIII, 28. - - [349] Joann., XXXV, 69. - - [350] Luc., IX, 60. - - - - -CHAPITRE XXXII. - -De l'abnégation de soi-même. - - -1. J.-C. Mon fils, vous ne pouvez jouir d'une liberté parfaite, si vous -ne vous renoncez entièrement. - -Ils vivent en servitude tous ceux qui s'aiment, et qui veulent être à -eux-mêmes. On les voit, avides, curieux, inquiets, cherchant toujours ce -qui flatte leurs sens, et non ce qui me plaît, se repaître d'illusions, -et former mille projets qui se dissipent. - -Car tout ce qui ne vient pas de Dieu périra. - -Retenez bien cette courte et profonde parole: _Quittez tout, et vous -trouverez tout._ Renoncez à vos désirs, et vous goûterez le repos. - -Méditez ce précepte; et quand vous l'aurez accompli, vous saurez tout. - -2. LE F. Seigneur, ce n'est pas l'oeuvre d'un jour, ni un jeu d'enfants: -cette courte maxime renferme toute la perfection religieuse. - -3. J.-C. Mon fils, vous ne devez point vous rebuter ni perdre courage, -lorsqu'on vous montre la voie des parfaits; mais plutôt vous efforcer de -parvenir à cet état sublime, ou au moins y aspirer de tous vos désirs. - -Ah! s'il en était ainsi de vous! si vous en étiez venu jusqu'à ne plus -vous aimer vous-même, soumis à moi sans réserve, et au supérieur que je -vous ai donné! Alors j'arrêterais sur vous mes regards avec -complaisance, et tous vos jours passeraient dans la paix et dans la -joie. - -Il vous reste encore bien des choses à quitter; et à moins que vous n'y -renonciez entièrement pour moi, vous n'obtiendrez point ce que vous -demandez. - -Écoutez mes conseils, et pour acquérir de vraies richesses, _achetez de -moi de l'or éprouvé par le feu_[351], c'est-à-dire la sagesse céleste, -qui foule aux pieds toutes les choses d'ici-bas. - - [351] Apoc., III, 18. - -Qu'elle vous soit plus chère que la sagesse du siècle et que tout ce qui -plaît aux hommes, ou nous plaît en nous-mêmes. - -4. Je vous le dis, échangez ce qu'il y a de grand et de précieux dans -les choses humaines, contre une chose vile. - -Car on regarde comme petite et vile, et l'on oublie presque entièrement -cette sagesse du ciel, la seule vraie, qui ne s'élève point en -elle-même, et qui ne cherche point à être admirée sur la terre. -Plusieurs ont ses louanges à la bouche, mais ils s'éloignent d'elle par -leur vie. C'est cependant _cette perle précieuse_[352] qui est cachée au -plus grand nombre. - - [352] Matth., XIII. 46. - - -RÉFLEXION. - - Qu'est-ce que l'homme livré à lui-même, à son esprit dépourvu de - règle, à ses désirs, à ses penchants? Esclave des erreurs diverses qui - le séduisent tour à tour, esclave de ses convoitises et des objets de - ses convoitises, est-il une servitude plus profonde que la sienne? Et - voilà, ô mon Dieu, l'état de toute créature qui refuse de se soumettre - entièrement à vous. Pour être libre, il faut obéir. La parfaite - liberté n'est que l'accomplissement parfait des préceptes et des - conseils évangéliques, et tous les préceptes et tous les conseils se - réduisent au renoncement de soi-même: car, en renonçant à sa raison - propre, on possède, dans sa plénitude et sans aucun mélange, la vérité - de Dieu; en renonçant à l'amour de soi corrompu en Adam, l'amour de - Dieu et du prochain à cause de Dieu, lequel est le sommaire de la - loi[353], demeure seul au fond du coeur; en renonçant à sa volonté, - l'on n'agit plus que d'après la volonté de Dieu, qui est l'ordre par - excellence. Et l'homme alors est libre comme Dieu même, dont il - devient la fidèle image; il est libre, car cette abnégation absolue de - lui-même l'affranchit du double esclavage de l'erreur et des passions. - _Nous avons été_, dit saint Paul, _délivrés par Jésus-Christ, et - appelés par lui à la liberté_[354]; c'est-à-dire, à la connaissance de - la loi évangélique, _loi parfaite de liberté_[355], qui, après avoir - délivré ceux qui s'y attachent fidèlement _de la servitude de la - corruption_, les conduit enfin _à la liberté de la gloire promise aux - enfants de Dieu_[356]. - - [353] Ibid., XXII, 40. - - [354] Galat., IV, 31; v, 13. - - [355] Jacob., I, 25. - - [356] Rom., VIII, 21. - - - - -CHAPITRE XXXIII. - -De l'inconstance du coeur, et que nous devons tout rapporter à Dieu -comme à notre dernière fin. - - -1. J.-C. Mon fils, ne vous reposez point sur ce que vous sentez en vous: -maintenant vous êtes affecté d'une certaine manière, vous le serez d'une -autre le moment d'après. - -Tant que vous vivrez, vous serez sujet au changement, même malgré vous: -tour à tour triste et gai, tranquille et inquiet, fervent et tiède; -tantôt actif, tantôt paresseux, tantôt grave, tantôt léger. - -Mais l'homme sage et instruit dans les voies spirituelles s'élève -au-dessus de ces vicissitudes. Il ne considère point ce qu'il éprouve en -soi, ni de quel côté l'incline le vent de l'inconstance; mais il arrête -toute son attention sur la fin bienheureuse à laquelle il doit tendre. - -C'est ainsi qu'au milieu de tant de mouvements divers, fixant sur moi -seul ses regards, il demeure inébranlable et toujours le même. - -Plus l'oeil de l'âme est pur et son intention droite, moins on est agité -par les tempêtes. - -Mais cet oeil s'obscurcit en plusieurs, parce qu'il se tourne vers -chaque objet agréable qui se présente. - -Car il est rare de trouver quelqu'un tout à fait exempt de la honteuse -recherche de soi-même. - -Ainsi autrefois les Juifs vinrent à Béthanie chez Marthe et Marie, _non -pour Jésus seul, mais pour voir Lazare_[357]. - - [357] Joann., XII, 9. - -Il faut donc purifier l'intention, afin que, simple et droite, elle se -dirige constamment vers moi, sans s'arrêter jamais aux objets -inférieurs. - - -RÉFLEXION. - - L'esprit de l'homme va et vient sans se reposer jamais, et le coeur - est emporté par la même inconstance. Or ces changements qui - surviennent en nous, quelquefois malgré nous, sont ou des tentations - que l'on doit combattre, ou des misères qu'il faut supporter, ou des - épreuves auxquelles on doit se soumettre humblement. Et c'est pourquoi - il est nécessaire de travailler sans relâche à purifier notre volonté, - qui seule dépend de nous; autrement nous tomberons bien vite ou dans - le péché, ou dans le trouble, ou dans les deux à la fois. Celui qui - veut sincèrement être à Dieu et n'être qu'à lui, ne craint pas les - attaques de l'enfer, parce qu'il sait qu'il est invincible en celui - qui le fortifie. Il ne s'irrite point contre lui-même, il voit en paix - ses infirmités, il _s'en glorifie_ comme l'Apôtre[358], parce qu'elles - _perfectionnent la vertu_[359], et ajoutent au prix de la victoire. - Que si Dieu l'éprouve, il s'humilie, il se reconnaît indigne de ses - consolations, et il embrasse avec amour la croix qui lui est - présentée. Tranquille sur cette croix, dans la tristesse, dans la - souffrance et l'abandonnement, il n'a que cette parole, et elle lui - suffit: _J'ai espéré en vous, Seigneur, et je ne serai point confondu - éternellement_[360]. - - [358] II. Corinth., XI, 30. - - [359] _Ibid._, XII, 9. - - [360] Ps. LXX, 1. - - - - -CHAPITRE XXXIV. - -Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et qu'on le goûte en toutes -choses, quand on l'aime véritablement. - - -1. LE F. Voilà mon Dieu et mon tout! Que voudrais-je de plus? et quelle -plus grande félicité puis-je désirer? - -Ô ravissante parole! mais pour celui qui aime Jésus, et non pas le -monde, ni rien de ce qui est du monde. - -Mon Dieu et mon tout, c'est assez dire à qui l'entend, et le redire sans -cesse est doux à celui qui aime. - -Vous présent, tout est délectable: en votre absence, tout devient amer. - -Vous donnez au coeur le repos, et une profonde paix, et une joie -inénarrable. - -Vous faites que, content de tout, on vous bénit de tout. Au contraire, -rien sans vous ne peut plaire longtemps, et rien n'a d'attrait ni de -douceur sans l'impression de votre grâce et l'onction de votre sagesse. - -2. Que ne goûtera point celui qui vous goûte? et que trouvera d'agréable -celui qui ne vous goûte point? - -Les sages du monde, qui n'ont de goût que pour les voluptés de la chair, -s'évanouissent dans leur sagesse: car on ne trouve là qu'un vide -immense, que la mort. - -Mais ceux qui, pour vous suivre, méprisent le monde et mortifient la -chair, se montrent vraiment sages: car ils quittent le mensonge pour la -vérité, et la chair pour l'esprit. - -Ceux-là savent goûter Dieu; et tout ce qu'ils trouvent de bon dans les -créatures, ils le rapportent à la louange du Créateur. - -Rien pourtant ne se ressemble moins que le goût du Créateur et celui de -la créature, du temps et de l'éternité, de la lumière incréée et de -celle qui n'en est qu'un faible reflet. - -3. Ô lumière éternelle, infiniment élevée au-dessus de toute lumière -créée, qu'un de vos rayons, tel que la foudre, parte d'en haut et -pénètre jusqu'au fond le plus intime de mon coeur! - -Purifiez, dilatez, éclairez, vivifiez mon âme et toutes ses puissances, -pour qu'elle s'unisse à vous dans des transports de joie. - -Oh! quand viendra cette heure heureuse, cette heure désirable où vous me -rassasierez de votre présence, où vous me serez tout en toutes choses! - -Jusque là je n'aurai point de joie parfaite. - -Hélas! le vieil homme vit encore en moi; il n'est pas tout crucifié, il -n'est pas mort entièrement. - -Ses convoitises combattent encore fortement contre l'esprit; il excite -en moi des guerres intestines, et ne souffre point que l'âme règne en -paix. - -Mais vous _qui commandez à la mer et qui calmez le mouvement des flots, -levez-vous, secourez-moi_[361]. - - [361] Ps. LXXXVIII, 10; XLIII, 26. - -_Dissipez les nations qui veulent la guerre_[362], et brisez-les dans -votre puissance. - - [362] Ps. LXVII, 32. - -_Faites_, je vous conjure, _éclater vos merveilles, et signalez la -gloire de votre bras_[363]: car je n'ai point d'autre espérance ni -d'autre refuge que vous, ô mon Dieu! - - [363] Judith, IX, 11; Eccl., XXXVI, 7. - - -RÉFLEXION. - - Il est étrange que, connaissant Dieu, toute notre âme ne soit pas - absorbée dans son amour; qu'elle s'arrête encore aux créatures, au - lieu de se plonger et de se perdre dans la source de tout bien. - Qu'est-ce que le bonheur, sinon l'amour? et qu'est-ce que le bonheur - infini, sinon un amour sans bornes? Il faut donc à notre coeur un - objet infini, il faut Dieu: rien de créé ne saurait le satisfaire - jamais. Que me veut le monde? Qu'ai-je besoin de lui? Que peut-il me - donner? Mon coeur est plus grand que tous ses biens, et _Dieu seul est - plus grand que mon coeur_[364]. Dieu seul donc, Dieu seul, maintenant - et toujours: éternellement Dieu seul! - - [364] Joann., III, 20. - - - - -CHAPITRE XXXV. - -Qu'on est toujours, durant cette vie, exposé à la tentation. - - -1. J.-C. Mon fils, vous n'aurez jamais de sécurité dans cette vie; mais, -tant que vous vivrez, les armes spirituelles vous seront toujours -nécessaires. - -Vous êtes environné d'ennemis; ils vous attaquent à droite et à gauche. - -Si vous ne vous couvrez donc de tous côtés du bouclier de la patience, -vous ne serez pas longtemps sans blessure. - -Si, de plus, votre coeur ne se fixe pas irrévocablement en moi, avec la -ferme volonté de tout souffrir pour mon amour, vous ne soutiendrez -jamais la violence de ce combat et vous n'obtiendrez point la palme des -bienheureux. - -Il faut donc passer courageusement à travers tous les obstacles, et -lever un bras puissant contre tout ce qui s'oppose à vous. - -Car _la manne est donnée aux victorieux_[365], et une grande misère est -le partage du lâche. - - [365] Apoc., II, 17. - -2. Si vous cherchez le repos en cette vie, comment parviendrez-vous au -repos éternel! - -Ne vous préparez pas à beaucoup de repos, mais à beaucoup de patience. - -Cherchez la véritable paix, non sur la terre, mais dans le ciel; non -dans les hommes ni dans aucune créature, mais en Dieu seul. - -Vous devez supporter tout avec joie pour l'amour de Dieu, les travaux, -les douleurs, les tentations, les persécutions, les angoisses, les -besoins, les infirmités, les injures, les médisances, les reproches, les -humiliations, les affronts, les corrections, les mépris. - -C'est là ce qui exerce à la vertu, ce qui éprouve le nouveau soldat de -Jésus-Christ, ce qui forme la couronne céleste. - -Pour un court travail je donnerai une récompense éternelle, et une -gloire infinie pour une humiliation passagère. - -3. Pensez-vous que vous aurez toujours, selon votre désir, les -consolations spirituelles? - -Mes Saints n'en ont pas joui constamment; mais ils ont eu beaucoup de -peines, des tentations diverses, de grandes désolations. - -Et se confiant plus en Dieu qu'en eux-mêmes, ils se sont soutenus par la -patience au milieu de toutes ces épreuves, sachant que _les souffrances -du temps n'ont nulle proportion avec la gloire future qui doit en être -le prix_[366]. - - [366] Rom., VIII, 18. - -Voulez-vous avoir, dès le premier moment, ce que tant d'autres ont à -peine obtenu après beaucoup de larmes et d'immenses travaux! - -_Attendez le Seigneur, combattez avec courage_[367], soyez ferme, ne -craignez point, ne reculez point, mais exposez généreusement votre vie -pour la gloire de Dieu. - - [367] Ps. XXVI, 14. - -_Je vous récompenserai pleinement, et je serai avec vous dans toutes vos -tribulations_[368]. - - [368] Ps. XC, 15. - - -RÉFLEXION. - - Gardez-vous d'attendre ici-bas un repos qui n'y est point; on ne peut - gagner le Ciel qu'avec beaucoup de travail, et pendant que vous serez - sur la terre, vous aurez toujours à combattre. Ne vous lassez donc - point; _renouvelez en vous l'esprit intérieur_[369]; recourez à Dieu - qui seul vous soutient; humiliez-vous en sa présence; _veillez et - priez, afin que vous n'entriez point en tentation_[370], je vous le - répète, _veillez et priez continuellement_[371]; demeurez ferme dans - la foi, _agissez avec courage et soyez forts_[372]. Il y en a qui, - après avoir lutté généreusement, fléchissent tout à coup, tombent dans - l'abattement, et abandonnent lâchement la victoire: et c'est qu'ayant - compté sur eux-mêmes, Dieu les délaisse en punition de leur orgueil. - Il ne suffit pas de résister un jour, deux jours; il faut combattre - sans relâche jusqu'au bout. _Qui persévèrera jusqu'à la fin, celui-là - sera sauvé_[373]. Et ne dites point: Cette guerre est bien longue! - Rien n'est long de ce qui finit: vous touchez au terme; car le _temps - est court, et la figure de ce monde passe_[374]. _Encore un moment_, - dit le Sauveur, _et le monde ne me verra plus; mais vous me verrez - parce que je vis, et que vous vivez_ en moi[375]. _Et l'esprit et - l'époux disent: Venez. Et que celui qui entend dise: Venez. Voilà que - je viens._ Ainsi soit-il! _Venez, Seigneur Jésus_[376]. - - [369] Ephes., IV, 23. - - [370] Matth., XIV, 38. - - [371] Luc., XXI. 36. - - [372] I. Cor., XVI, 13. - - [373] Matth., XXIV, 13. - - [374] I. Cor., VII, 29-31. - - [375] Joan., XIV, 19. - - [376] Apoc., XXII. 17, 20. - - - - -CHAPITRE XXXVI. - -Contre les vains jugements des hommes. - - -1. J.-C. Mon fils, ne cherchez qu'en Dieu le repos de votre coeur, et ne -craignez point les jugements des hommes, quand votre conscience vous -rend témoignage de votre innocence et de votre piété. - -Il est bon, il est heureux de souffrir ainsi; et ce ne sera point une -chose pénible pour le coeur humble qui se confie en Dieu plus qu'en -lui-même. - -On parle tant, qu'on doit ajouter peu de foi à ce qui se dit. - -Comment, d'ailleurs, contenter tout le monde? cela ne se peut. - -Bien que Paul s'efforçât de plaire à tous dans le Seigneur, et qu'il _se -fît tout à tous_[377], _il ne laissait pas d'être fort indifférent aux -jugements des hommes_[378]. - - [377] I. Cor., IX. 22. - - [378] _Ibid._, IV, 3. - -2. Il a fait tout ce qui était en lui pour l'édification et le salut des -autres; mais il n'a pas pu empêcher qu'ils ne l'aient quelquefois -condamné ou méprisé. - -C'est pourquoi il a remis tout à Dieu, qui connaît tout; et il n'a -opposé que l'humilité et la patience aux reproches injustes, aux faux -soupçons et aux mensonges de ceux qui se livraient, dans leurs discours, -à tout ce que leur suggérait la passion. - -Il s'est cependant justifié quelquefois, de peur que son silence ne -causât du scandale aux faibles. - -3. _Qu'avez-vous à craindre d'un homme mortel_[379]? Il est aujourd'hui, -et demain il aura disparu. - - [379] Is., LI. 12. - -Craignez Dieu, et vous ne redouterez rien des hommes. - -Que peut contre vous un homme par des paroles ou des outrages? Il se -nuit plus qu'à vous, et, quel qu'il soit, il n'évitera pas le jugement -de Dieu. - -Ayez Dieu toujours présent, et laissez là les contestations et les -plaintes. - -Que si vous paraissez succomber maintenant, et souffrir une confusion -que vous ne méritez pas, n'en murmurez point, et ne diminuez pas votre -couronne par votre impatience. - -Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi, qui suis assez puissant pour -vous délivrer de l'opprobre et de l'injure, et _pour rendre à chacun -selon ses oeuvres_[380]. - - [380] Rom., II, 6. - - -RÉFLEXION. - - Pourquoi vous inquiéter des jugements des hommes, et que vous font - leurs vaines pensées? Ils ne voient tout au plus que les dehors: leur - oeil ne pénètre point au fond de l'âme, là où sont cachés le bien et - le mal. Ne vous affligez donc point s'ils vous condamnent, et ne vous - élevez point s'ils vous louent. Mais prosternez-vous devant Dieu, et - dites-lui: _Si vous scrutez, Seigneur, nos iniquités, qui soutiendra - votre regard_[381]? Quelques-uns s'exagèrent l'importance de ce qu'ils - appellent leur réputation, et dans l'excessive chaleur avec laquelle - ils la défendent, il y a souvent plus d'amour-propre que de zèle - véritable. Jésus-Christ chargé d'outrages nous a donné un autre - exemple: _il s'est tu et n'a point ouvert la bouche_[382]. Tous les - saints ont été comme lui persécutés et calomniés. Quand on a fait ce - qui dépendait de soi pour ne pas scandaliser ses frères, la conscience - doit être tranquille: il ne reste plus qu'à demeurer en paix dans - l'humiliation. Dieu sait tout, et cela suffit. _J'estime_, écrivait - saint Paul aux Corinthiens, _j'estime que ce m'est peu de chose d'être - jugé par vous, ou par aucun tribunal humain; je ne me juge pas - moi-même; celui qui me juge, c'est le Seigneur. Ne jugez donc point - avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne: il éclairera ce qui - est caché dans les ténèbres, il manifestera les conseils des coeurs, - et alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il mérite_[383]. - - [381] Ps. CXXIX, 3. - - [382] Ps. XXXVIII, 10. - - [383] Cor., IV, 3-5. - - - - -CHAPITRE XXXVII. - -Qu'il faut renoncer entièrement à soi-même pour obtenir la liberté du -coeur. - - -1. J.-C. Mon fils, quittez-vous, et vous me trouverez. - -N'ayez rien à vous, pas même votre volonté, vous y gagnerez constamment. - -Car vous recevrez une grâce plus abondante dès que vous aurez renoncé à -vous-même sans retour. - -2. LE F. Seigneur, en quoi dois-je me renoncer, et combien de fois? - -3. J.-C. Toujours et à toute heure, dans les plus petites choses comme -dans les plus grandes. Je n'excepte rien, et j'exige de vous un -dépouillement sans réserve. - -Comment pourrez-vous être à moi, et comment pourrai-je être à vous, si -vous n'êtes libre au dedans et au dehors de toute volonté propre? - -Plus vous vous hâterez d'accomplir ce renoncement, plus vous aurez de -paix; et plus il sera parfait et sincère, plus vous me serez agréable, -et plus vous obtiendrez de moi. - -4. Il y en a qui renoncent à eux-mêmes, mais avec quelque réserve; et -parce qu'ils n'ont pas en Dieu une pleine confiance, ils veulent encore -s'occuper de ce qui les touche. - -Quelques-uns offrent tout d'abord, mais la tentation survenant, ils -reprennent ce qu'ils avaient donné, et c'est pourquoi ils ne font -presque aucun progrès dans la vertu. - -Ni les uns ni les autres ne parviendront jamais à la vraie liberté d'un -coeur pur, jamais ils ne seront admis à ma douce familiarité, qu'après -un entier abandon et un continuel sacrifice d'eux-mêmes, sans lequel on -ne peut ni jouir de moi ni s'unir à moi. - -5. Je vous l'ai dit bien des fois, et je vous le redis encore: -Quittez-vous, renoncez à vous, et vous jouirez d'une grande paix -intérieure. - -Donnez tout pour trouver tout, ne recherchez, ne redemandez rien: -demeurez fermement attaché à moi seul, et vous me posséderez. - -Votre coeur sera libre, et dégagé des ténèbres qui l'obscurcissent. - -Que vos efforts, vos prières, vos désirs n'aient qu'un seul objet: -d'être dépouillé de tout intérêt propre, de suivre nu Jésus-Christ, de -mourir à vous-même, afin de vivre pour moi éternellement. - -Alors s'évanouiront toutes les pensées vaines, les pénibles inquiétudes, -les soins superflus. - - -RÉFLEXION. - - Vous l'avez dit, ô mon Jésus: _Si quelqu'un veut venir après moi, - qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me - suive_[384]; et encore: _Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il - possède, ne peut être mon disciple_[385]. Il n'y a donc point à - hésiter; il faut choisir entre le monde et vous: _on ne saurait servir - deux maîtres_[386], et vous ne voulez point de partage. Se rechercher, - c'est s'éloigner de vous. Là où il reste encore quelque attache aux - choses de la terre, quelque volonté propre, quelque secrète - complaisance dans les dons soit de la nature, soit de la grâce, vous - ne régnez pas pleinement, Seigneur, et votre amour est en souffrance. - Hélas! comment peut-on, après avoir goûté la joie de votre union, - refuser de s'unir plus intimement à vous? Ô faiblesse et folie - incompréhensible du coeur humain! Est-il donc, ô mon Dieu, si - difficile de reconnaître le néant de tout ce qui n'est pas vous, - l'inconstance de notre volonté, l'incertitude de nos projets, la - vanité de nos désirs, et délaisser là je ne sais quels biens stériles - et misérables, une heure avant que la mort nous en dépouille sans - retour? Quelles seront nos pensées à ce moment où toutes les illusions - s'évanouissent? Que nous feront les choses du temps, lorsque le temps - finira pour nous? C'en est fait, Seigneur, je suis résolu à consommer - le sacrifice que vous exigez de ceux qui veulent vous appartenir. - Qu'on ne me parle plus du monde ni de moi-même: j'ai rompu mes - derniers liens; je suis mort, je ne vis désormais que de la vie de - Jésus-Christ en moi: ce corps est comme le suaire qui m'enveloppe; me - voilà étendu dans le tombeau, _enseveli avec Jésus-Christ en - Dieu_[387]. Amen, qu'il soit ainsi! - - [384] Matth., XVI, 24. - - [385] Luc., XIV, 33. - - [386] Matth., VI, 24. - - [387] Rom., VI, 4. - - - - -CHAPITRE XXXIII. - -Comment il faut se conduire dans les choses extérieures, et recourir à -Dieu dans les périls. - - -1. J.-C. Mon fils, en tous lieux, dans tout ce que vous faites, en tout -ce qui vous occupe au dehors, vous devez vous efforcer de demeurer libre -intérieurement, et maître de vous-même, de sorte que tout vous soit -assujetti, et que vous ne le soyez à rien. - -Ayez sur vos actions un empire absolu; soyez-en le maître, et non pas -l'esclave. - -Tel qu'un vrai Israélite, affranchi de toute servitude, entrez dans le -partage et dans la liberté des enfants de Dieu, qui, élevés au-dessus -des choses présentes, contemplent celles de l'éternité; qui donnent à -peine un regard à ce qui passe, et ne détachent jamais leurs yeux de ce -qui durera toujours; qui, supérieurs aux biens du temps, ne cèdent point -à leur attrait, mais plutôt les forcent de servir au bien, selon l'ordre -établi par Dieu, le régulateur suprême, qui n'a rien laissé de -désordonné dans ses oeuvres. - -2. Si, dans tous les événements, vous ne vous arrêtez point aux -apparences, et n'en croyez point les yeux de la chair sur ce que vous -voyez et entendez; si vous entrez d'abord, comme Moïse, dans le -tabernacle pour consulter le Seigneur, vous recevrez quelquefois sa -divine réponse, et vous reviendrez instruit de beaucoup de choses sur le -présent et l'avenir. - -Car c'était toujours dans le tabernacle que Moïse allait chercher -l'éclaircissement de ses difficultés et de ses doutes; et la prière -était son unique recours contre la malice et les piéges des hommes. - -Ainsi, vous devez vous réfugier dans le secret de votre coeur, pour -implorer le secours de Dieu avec plus d'instance. - -Nous lisons que Josué et les enfants d'Israël furent trompés par les -Gabaonites, _parce qu'ils n'avaient point auparavant consulté le -Seigneur_[388], et que, trop crédules à leurs flatteuses paroles, ils se -laissèrent séduire par une fausse pitié. - - -RÉFLEXION. - - La plupart des hommes, dominés par les premières impressions, agissent - sans consulter Dieu, et passent leur vie à se repentir le soir de ce - qu'ils ont fait le matin. On doit travailler continuellement à vaincre - une faiblesse si déplorable, en s'efforçant de résister aux mouvements - soudains qui s'élèvent en nous. Celui qui n'est pas maître de soi - court un grand péril; il est à chaque instant près de tomber. Il faut - s'exercer à vouloir, à dompter l'imagination qui emporte l'âme, à - soumettre le coeur et ses désirs à une règle inflexible. Mais que - ferons-nous, pauvres infirmes, si nous ne sommes aidés, secourus? De - nous-mêmes nous ne pouvons rien. _Le Seigneur est notre seule - force_[389]: implorons-le donc avec confiance, implorons-le sans - cesse: _la prière de l'humble pénètre le Ciel_[390]. _Levons les yeux - sur la montagne d'où nous viendra le secours_[391]. _Seigneur, Dieu de - mon salut, j'ai crié devant vous le jour et la nuit_[392]: _ce pauvre - a crié, et le Seigneur l'a exaucé, et il l'a sauvé de toutes ses - tribulations_[393]. _Béni soit le Seigneur parce qu'il a entendu la - voix de ma prière! le Seigneur est mon aide et mon protecteur; mon - coeur a espéré en lui, et il m'a secouru, et ma chair a refleuri, et - du fond de ma volonté je le louerai_[394]. _Tous mes os diront: - Seigneur, qui est semblable à vous_[395]? - - [388] Josué, IX, 14. - - [389] Ps. XVII, 2. - - [390] Eccl., XXXV, 21. - - [391] Ps. CXX, 1. - - [392] Ps. LXXX, 7, 2. - - [393] Ps. XXXIII, 7. - - [394] Ps. XXVII, 6-7. - - [395] Ps. XXXIV, 10. - - - - -CHAPITRE XXXIX. - -Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires. - - -1. J.-C. Mon fils, remettez-moi toujours vos intérêts; j'en disposerai -selon ce qui sera le mieux, au temps convenable. - -Attendez ce que j'ordonnerai, et vous y trouverez un grand avantage. - -2. LE F. Seigneur, je vous remets tout avec beaucoup de joie: car -j'avance bien peu quand je n'ai que mes propres lumières. - -Oh! que ne puis-je, oubliant l'avenir, m'abandonner, dès ce moment, sans -réserve à votre volonté souveraine! - -3. J.-C. Mon fils, souvent l'homme poursuit avec ardeur une chose qu'il -désire; l'a-t-il obtenue, il commence à s'en dégoûter, parce qu'il n'y a -rien de durable dans ses affections, et qu'elles l'entraînent -incessamment d'un objet à un autre. - -Ce n'est donc pas peu de se renoncer soi-même dans les plus petites -choses. - -4. Le vrai progrès de l'homme est l'abnégation de soi-même; et l'homme -qui ne tient plus à soi est libre et en assurance. - -Cependant l'ancien ennemi, qui s'oppose à tout bien, ne cesse pas de le -tenter; il lui dresse nuit et jour des embûches, et s'efforce de le -surprendre pour le faire tomber dans ses piéges. - -_Veillez et priez_, dit le Seigneur, _afin que vous n'entriez point en -tentation_[396]. - - -RÉFLEXION. - - Il y a dans les affaires un danger terrible pour l'âme, lorsqu'elle ne - veille pas sur elle-même attentivement. Nous ne parlons point des - tentations de l'intérêt, si vives pourtant, si multipliées, et qui - finissent ordinairement par affaiblir au moins la conscience. Alors - même qu'elles ne produisent pas ce triste effet, elles dessèchent le - coeur, préoccupent l'esprit, le détournent de Dieu et de la grande - pensée du salut. Il y a toujours quelque chose qui presse, qu'on ne - peut laisser en retard; et sous ce prétexte, sans dessein formé, par - le seul entraînement des occupations qu'on s'est faites, on abandonne - peu à peu les exercices qui nourrissent la piété, les lectures - saintes, la prière, les devoirs indispensables de la religion, et - ainsi la vie s'écoule pleine de projets, de soucis, de travaux, dans - l'oubli de _la seule chose nécessaire_[397]. Les maladies même ne - réveillent pas; aucun avertissement n'est écouté. Enfin la mort vient, - saisit cet homme, le présente au juge qui l'interroge: Qu'as-tu fait - du temps que je t'ai accordé? L'infortuné voit d'un coup d'oeil - trente, quarante, soixante années consumées tout entières dans les - soins de la terre, et il ne voit que cela. Son âme, il n'y a point - songé. Il est tard en ce moment pour commencer à s'occuper d'elle, et - son sort est fixé irrévocablement. Ah! pensez avant tout à ce qui ne - doit jamais finir. _Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa - justice, et le reste vous sera donné par surcroît_[398]. Éteindre en - soi le désir de ce qui passe, se confier en la Providence, ne vouloir - que ce qu'elle veut, comme elle le veut, et quand elle le veut, c'est - la voie de la paix et le seul fondement solide d'espérance à la - dernière heure. - - [396] Matth., XXVI, 41. - - [397] Luc., X, 42. - - [398] _Ibid._, XII, 31. - - - - -CHAPITRE XL. - -Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de -rien. - - -1. LE F. _Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez -de lui? Et qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le -visitiez_[399]. - - [399] Ps. VIII, 5. - -Par où l'homme a-t-il pu mériter votre grâce? - -De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre si vous me délaissez? Et qu'ai-je -à dire si vous ne faites pas ce que je demande? - -Je ne puis, certes, penser et dire avec vérité que ceci: Seigneur, je ne -suis rien, je ne peux rien, de moi-même je n'ai rien de bon, je sens ma -faiblesse en tout, et tout m'incline vers le néant. - -Si vous ne m'aidez et ne me fortifiez intérieurement, aussitôt je tombe -dans la tiédeur et le relâchement. - -2. _Mais vous, Seigneur, vous êtes toujours le même_[400], et vous -demeurez éternellement bon, juste et saint, faisant tout avec bonté, -avec justice, avec sainteté, et disposant tout avec sagesse. - - [400] Ps. CI, 27. - -Pour moi, qui ai plus de penchant à m'éloigner du bien qu'à m'en -approcher, je ne demeure pas longtemps dans un même état, et je change -sept fois le jour. - -Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès que vous me -tendez une main secourable: car vous pouvez seul, sans l'aide de -personne, me secourir et m'affermir de telle sorte, que je ne sois plus -sujet à tous ces changements, et que mon coeur se tourne vers vous seul, -et s'y repose à jamais. - -3. Si donc je savais rejeter toute consolation humaine, soit pour -acquérir la ferveur, soit à cause de la nécessité qui me presse de vous -chercher, ne trouvant point d'homme qui me console; alors je pourrais -tout espérer de votre grâce, et me réjouir de nouveau dans les -consolations que je recevrais de vous. - -4. Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce qui -m'arrive de bien. - -Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un homme -inconstant et fragile. - -De quoi donc puis-je me glorifier? Comment puis-je désirer qu'on -m'estime? - -Serait-ce à cause de mon néant? mais quoi de plus insensé! - -Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités, et un mal -terrible, puisqu'elle nous éloigne de la véritable gloire, et nous -dépouille de la grâce céleste. - -Car, dès que l'homme se complaît en lui-même, il commence à vous -déplaire; et lorsqu'il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie -vertu. - -5. La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous et non -pas en soi; de se réjouir de votre grandeur et non de sa propre vertu; -de ne trouver de plaisir en nulle créature qu'à cause de vous. - -Que votre nom soit loué et non le mien; qu'on exalte vos oeuvres et non -les miennes; que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien -des louanges des hommes. - -Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur. - -En vous je me glorifierai, je me réjouirai sans cesse en vous et non pas -en moi, _si ce n'est dans mes infirmités_[401]. - -6. Que les Juifs _recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des -autres_[402]: pour moi, je ne rechercherai que _celle qui vient de Dieu -seul_[403]. - -Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute grandeur de ce -monde, comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité. - -Ô ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu! Trinité bienheureuse! à vous -seule louange, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles. - - -RÉFLEXION. - - Si je descends en moi-même et que je m'interroge sur ce que je suis, - que trouvé-je, ô mon Dieu! Une raison incertaine toujours près de - s'égarer, d'inconstantes affections, un mélange inexplicable - d'espérances et de craintes vaines, des inclinations viciées, une - foule innombrable de désirs qui sans cesse m'agitent et me - tourmentent, quelquefois une joie fugitive, habituellement un profond - ennui, je ne sais quel instinct du ciel et toutes les passions de la - terre, une volonté infirme qui tout ensemble veut et ne veut pas, un - grand orgueil dans une grande misère: voilà mon état tel que le péché - l'a fait, et je sens de plus en moi l'impuissance de relever une - nature si profondément déchue. Il a fallu que Dieu même vînt soulever - ce poids immense de dégradation: sans un Rédempteur divin, l'éternité - entière aurait passé sur les ruines de l'homme. Il a paru ce - Rédempteur, il a dit: _Me voici[404]!_ et son sang a satisfait à la - suprême justice, et sa grâce a réparé le désordre de l'intelligence et - le désordre du coeur: elle a rétabli l'image de Dieu dans sa créature - tombée. Incompréhensible mystère d'amour! et comment répondre à un tel - bienfait? Reconnaissons au moins notre faiblesse et notre indigence; - ne nous attribuons aucun des biens qui nous sont donnés gratuitement; - rendons la gloire à qui elle appartient, et entrons de toutes les - puissances de notre être dans les sentiments du Prophète: _Seigneur - mon Dieu, je vous ai invoqué, et vous m'avez guéri. Vous avez retiré - mon âme de l'enfer, et vous m'avez séparé de ceux qui descendent dans - le lac. Chantez le Seigneur, vous qui êtes ses saints, et célébrez la - mémoire de sa sainteté[405]!_ - - [401] II. Cor., XII, 5. - - [402] Joann., V, 44. - - [403] _Ibid._ - - [404] Ps. XXXIX, 8. - - [405] Ps. XXIX, 3-5. - - - - -CHAPITRE XLI. - -Du mépris de tous les honneurs du temps. - - -1. J.-C. Mon fils, n'enviez point les autres, si vous les voyez honorés -et élevés, tandis qu'on vous méprise et qu'on vous humilie. - -Élevez votre coeur au ciel vers moi, et vous ne vous affligerez point -d'être méprisé des hommes sur la terre. - -2. LE F. Seigneur, nous sommes aveugles, et la vanité nous séduit bien -vite. - -Si je me considère attentivement, je reconnais qu'aucune créature ne m'a -jamais fait d'injustice, et qu'ainsi je n'ai nul sujet de me plaindre de -vous. - -Après vous avoir tant offensé, et si grièvement, il est juste que toute -créature s'arme contre moi. - -La honte et le mépris, voilà donc ce qui m'est dû; et à vous la louange, -l'honneur et la gloire. - -Et si je me dispose à souffrir avec joie, à désirer même d'être méprisé, -abandonné de toutes les créatures et compté pour rien, je ne puis ni -posséder au dedans de moi une paix solide, ni recevoir la lumière -spirituelle, ni être uni parfaitement à vous. - - -RÉFLEXION. - - Celui qui s'examine devant Dieu, à la lumière de la vérité, se méprise - souverainement, parce qu'il ne trouve en soi, sans la grâce, qu'un - fonds immense de corruption: et dès lors, loin de rechercher l'estime, - les respects, les honneurs, il se réfugie dans son abjection comme - dans le seul asile contre l'orgueil, la plus grande de ses misères. Si - on l'abaisse, si on le dédaigne, il ne se plaint ni ne s'irrite; il - reconnaît qu'on lui fait justice, et l'on ne saurait tant l'humilier, - qu'il ne s'humilie encore davantage intérieurement; car, en tout, - c'est Dieu qu'il regarde, et non pas les hommes. Il dit comme Job: _Si - je veux me justifier, ma bouche me condamnera; et si elle entreprend - de montrer mon innocence, elle ne prouvera que mon crime_[406]. Puis, - dans l'amertume de son coeur, appelant la miséricorde, il invoque le - Père céleste qui a pitié de sa pauvre créature. _J'ai péché: que - ferai-je, ô Sauveur des hommes? Pourquoi avez-vous mis la guerre entre - vous et moi, et suis-je devenu à charge à moi-même? Pourquoi - n'ôtez-vous pas mon péché, et n'effacez-vous pas mon iniquité? Voilà - que je dormirai dans la poussière, et quand vous me chercherez le - matin je ne serai plus_[407]. Heureux celui qui s'accuse, car il - obtiendra le pardon! heureux celui qui choisit la dernière place, car - on lui dira: _Montez plus haut_[408]! - - [406] Job, XI, 20. - - [407] Job, VII, 20, 21. - - [408] Luc., XIV, 10. - - - - -CHAPITRE XLII. - -Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes. - - -1. J.-C. Si vous faites dépendre votre paix de quelque personne, à cause -de l'habitude de vivre avec elle et de la conformité de vos sentiments, -vous serez dans l'inquiétude et le trouble. - -Mais si vous cherchez votre appui dans la vérité immuable et toujours -vivante, vous ne serez point accablé de tristesse quand un ami s'éloigne -ou meurt. - -Toute amitié doit être fondée sur moi; et c'est pour moi que vous devez -aimer tous ceux qui vous paraissent aimables et qui vous sont les plus -chers en cette vie. - -Sans moi l'amitié est stérile et dure peu; et toute affection, dont je -ne suis pas le lien, n'est ni véritable ni pure. - -Vous devez être mort à ces affections humaines, jusqu'à souhaiter de -n'avoir, s'il se pouvait, aucun commerce avec les hommes. - -Plus l'homme s'éloigne des consolations de la terre, plus il s'approche -de Dieu. - -Et il s'élève d'autant plus vers Dieu qu'il descend plus profondément en -lui-même, et qu'il est plus vil à ses propres yeux. - -2. Celui qui s'attribue quelque bien, empêche que la grâce de Dieu -descende en lui, parce que la grâce de l'Esprit saint cherche toujours -les coeurs humbles. - -Si vous saviez vous anéantir parfaitement, et bannir de votre coeur tout -amour de la créature, alors venant à vous, je vous inonderais de ma -grâce. - -Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le Créateur. - -Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui, et vous pourrez alors -parvenir à le connaître. - -Le plus petit objet désiré, aimé avec excès, souille l'âme et la sépare -du souverain bien. - - -RÉFLEXION. - - La religion sanctifie tout, et ne détruit rien, hors le péché; elle - n'interdit pas les affections naturelles; au contraire, il y en a - qu'elle commande expressément, et le précepte de l'amour mutuel est un - de ceux que l'Évangile inculque avec le plus de soin. _Aimons-nous les - uns les autres_[409], répète sans cesse l'apôtre saint Jean. _Celui - qui n'aime point demeure dans la mort_[410]; _il ne connaît pas Dieu, - car Dieu est amour_[411]. Et, dans la nuit de la Cène, ne voyons-nous - pas reposer sur le coeur de Jésus _le disciple qu'il aimait_[412]? - Mais nos affections, pour être pures, doivent avoir leur principe en - Dieu, et leur règle dans sa volonté. Alors ce ne sont plus des - sentiments de la terre, qui, en passant, agitent et troublent l'âme: - c'est quelque chose de l'éternité, comme elle invariable et calme - comme elle. Défiez-vous des attachements qui altèrent la paix du - coeur. Nulle créature ne doit être aimée qu'avec une soumission - parfaite aux ordres de la Providence. Toujours nous devons être prêts - à supporter sans plainte ce qui afflige le plus la nature, l'absence, - la séparation, la mort même, nous souvenant de ce que dit l'Apôtre: - _Nous ne voulons pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance - touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez pas comme - les autres hommes, qui n'ont point d'espérance. Car si nous croyons - que Jésus est mort et ressuscité, ainsi Dieu amènera avec Jésus ceux - qui se seront endormis en lui. Nous vous disons ceci d'après la parole - du Seigneur: nous qui vivons, qui sommes réservés pour son avénement, - nous ne préviendrons point ceux qui sont déjà dans le sommeil. Car, au - commandement de l'Archange, à sa voix, au son de la trompette de Dieu, - le Seigneur lui-même descendra du ciel, et les morts qui reposent dans - le Christ se lèveront les premiers. Ensuite, nous qui vivons et qui - serons demeurés jusqu'alors, nous serons enlevés avec eux dans les - nuées, au devant du Christ, au milieu des airs; et ainsi nous serons à - jamais avec le Seigneur. Consolez-vous les uns les autres dans ces - paroles_[413]. - - [409] Joann., IV, 7. - - [410] _Ibid._, III, 14. - - [411] _Ibid._, IV, 8. - - [412] _Ibid._, XIII. 23. - - [413] I. Thessal., IV, 12-17. - - - - -CHAPITRE XLIII. - -Contre la vaine science du siècle. - - -1. J.-C. Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à la beauté -des discours des hommes: _car le royaume de Dieu ne consiste pas dans -les discours, mais dans les oeuvres_[414]. - - [414] I. Cor., IV, 20. - -Soyez attentif à mes paroles, qui enflamment le coeur, éclairent, -attendrissent l'âme, et la remplissent de consolation. - -Ne lisez jamais pour paraître plus savant ou plus sage. - -Étudiez-vous à mortifier vos vices; cela vous servira plus que la -connaissance des questions les plus difficiles. - -2. Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut toujours -revenir à l'unique principe de toutes choses. - -C'est moi qui donne à l'homme la science, et qui éclaire l'intelligence -des petits enfants, plus que l'homme ne le pourrait par aucun -enseignement. - -Celui à qui je parle est bientôt instruit, et fait de grands progrès -dans la vie de l'esprit. - -Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions -curieuses, et qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir! - -Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le Seigneur des -anges, apparaîtra, pour demander compte à chacun de ce qu'il sait, -c'est-à-dire pour examiner les consciences. - -Et alors, _la lampe à la main, il scrutera Jérusalem_[415]: _les secrets -des ténèbres seront dévoilés_[416], et toute langue se taira. - - [415] Soph., 1, 12. - - [416] Cor., IV, 5. - -3. C'est moi qui, en un moment, élève l'âme humble, et la fais pénétrer -plus avant dans la vérité éternelle, que ne le pourrait celui qui aurait -étudié dix années dans les écoles. - -J'enseigne sans bruit de paroles, sans embarras d'opinions, sans faste, -sans arguments, sans disputes. - -J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce qui passe, à -rechercher et à goûter ce qui est éternel, à fuir les honneurs, à -souffrir les scandales, à mettre en moi toute son espérance, à ne -désirer rien hors de moi, et à m'aimer ardemment et par-dessus tout. - -4. Quelques-uns, en m'aimant ainsi, ont appris des choses toutes -divines, dont ils parlaient d'une manière admirable. - -Ils ont fait plus de progrès en quittant tout, que par une profonde -étude. - -Mais je dis aux uns des choses plus générales; aux autres, de plus -particulières. J'apparais à quelques-uns doucement voilé sous des ombres -et des figures; je révèle à d'autres mes mystères au milieu d'une vive -splendeur. - -Les livres parlent à tous le même langage; mais il ne produit pas sur -tous les mêmes impressions, parce que moi seul j'enseigne la vérité au -dedans, je scrute les coeurs, je pénètre les pensées, j'excite à agir, -et je distribue mes dons à chacun, selon qu'il me plaît. - - -RÉFLEXION. - - Plusieurs se fatiguent et se tourmentent pour acquérir la science, _et - j'ai vu_, dit le Sage, _que cela aussi était vanité, travail et - affliction d'esprit_[417]. À quoi vous servira de connaître les choses - de ce monde, quand ce monde même aura passé? Au dernier jour, on ne - vous demandera pas ce que vous avez su, mais ce que vous avez fait; - _et il n'y a plus de science dans les enfers, vers lesquels vous vous - hâtez_[418]. Cessez un vain labeur. Qui que vous soyez, vous n'avez - que trop cultivé l'arbre dont les fruits donnent la mort. Laissez la - science qui nourrit l'orgueil, _la science qui enfle_, pour vous - occuper uniquement d'acquérir celle qui fait les humbles et les - saints, _la charité qui édifie_[419]. Apprenez à vous humilier, à - connaître votre néant et votre corruption. Alors Dieu viendra vers - vous; il vous éclairera de sa lumière, il vous enseignera, dans le - secret du coeur, cette science merveilleuse dont Jésus a dit: _Je vous - bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de le terre, parce que vont avez - caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux - petits_[420]. - - [417] Eccl., I, 17. - - [418] _Ibid._, IX, 10. - - [419] I. Cor., VIII, 1. - - [420] Luc., X, 21. - - - - -CHAPITRE XLIV. - -Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses extérieures. - - -1. J.-C. Mon fils, il faut que vous vous teniez dans l'ignorance de -beaucoup de choses; _que vous soyez comme mort au monde, et que le monde -soit mort pour vous_[421]. - - [421] Col., III, 3. Gal., VI, 14. - -Il faut aussi fermer l'oreille à bien des discours, et penser plutôt à -vous conserver en paix. - -Il vaut mieux détourner les yeux de ce qui déplaît, et laisser chacun -dans son sentiment, que de s'arrêter à contester. - -Si vous prenez soin d'avoir Dieu pour vous, et que son jugement vous -soit toujours présent, vous supporterez sans peine d'être vaincu. - -2. LE F. Hélas! Seigneur, où en sommes-nous venus? On pleure une perte -temporelle, on court, on se fatigue pour le moindre gain; et l'on oublie -les pertes de l'âme, ou l'on ne s'en souvient qu'à peine et bien tard. - -On est attentif à ce qui ne sert peu ou point du tout, et l'on passe -avec négligence sur ce qui est souverainement nécessaire; parce que -l'homme se répand tout entier au dehors, et que, s'il ne rentre -promptement en lui-même, il demeure avec joie enseveli dans les choses -extérieures. - - -RÉFLEXION. - - Si vous saviez mourir demain, que vous importeraient les choses de la - terre, ce qui se fait, ce qui se dit autour de vous? Eh bien! vous - mourrez demain; car la vie est à peine d'un jour. Soyez donc dès ce - moment tel que vous voudrez avoir été, quand l'éternité s'ouvrira - devant vous. Ni la science, ni la richesse, ni rien de ce qui est du - monde ne vous servira au jugement de Dieu: vous n'y porterez que vos - oeuvres. _Il y avait un homme riche dont les terres avaient produit - une moisson extraordinaire; et il pensait en lui-même, disant: Que - ferai-je? car je n'ai point de lieu où recueillir tous ces fruits. Et - il dit: Voici ce que je ferai: j'abattrai mes greniers, et j'en - bâtirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte, et tous mes - biens; et je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en - réserve pour plusieurs années: repose-toi, mange, bois, fais bonne - chère. Mais Dieu lui dit: Insensé, cette nuit même on te redemandera - ton âme; et pour qui sera ce que tu as amassé? Ainsi en est-il de - celui qui thésaurise pour lui-même, et qui n'est pas riche devant - Dieu_[422]. - - [422] Luc., XII, 16-21. - - - - -CHAPITRE XLV. - -Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est difficile de garder -une sage mesure dans ses paroles. - - -1. LE F. _Secourez-moi, Seigneur, dans la tribulation: car le salut ne -vient pas de l'homme_[423]. - - [423] Ps. LIX, 11. - -Combien de fois ai-je en vain cherché la fidélité où je croyais la -trouver? combien de fois l'ai-je trouvée où je l'attendais le moins? - -Vanité donc d'espérer dans les hommes; mais vous êtes, mon Dieu, le -salut des justes. - -Soyez béni, Seigneur, en tout ce qui nous arrive. - -2. Nous sommes faibles et changeants; un rien nous séduit et nous -ébranle. - -Quel est l'homme si vigilant et si réservé qu'il ne tombe jamais dans -aucune surprise, ni dans aucune perplexité? - -Mais celui, mon Dieu, qui se confie en nous, et qui vous cherche dans la -simplicité de son coeur, ne chancelle pas si aisément. - -Et s'il éprouve quelque affliction, s'il est engagé en quelque embarras, -vous l'en tirez bientôt, ou vous le consolez: car vous n'abandonnez pas -pour toujours celui qui espère en vous. - -Quoi de plus rare qu'un ami fidèle, qui ne s'éloigne point quand -l'infortune accable son ami? - -Seigneur, vous êtes seul constamment fidèle; et nul ami n'est comparable -à vous. - -3. Oh! que de sagesse dans ce que disait cette sainte âme: _Mon coeur -est affermi et fondé en Jésus-Christ_[424]! - - [424] Sainte Agathe. - -S'il en était ainsi de moi, je serais moins troublé par la crainte des -hommes, et moins ému de leurs paroles malignes. - -Qui peut prévoir, qui peut détourner tous les maux à venir? Si ceux -qu'on a prévus, souvent blessent encore, que sera-ce donc de ceux qui -nous frappent inopinément? - -Pourquoi, malheureux que je suis, n'ai-je pas pris de plus sûres -précautions pour moi-même? Pourquoi aussi ai-je eu tant de crédulité -pour les autres? - -Mais nous sommes des hommes, et rien autre chose que des hommes -fragiles, quoique plusieurs nous croient et nous appellent des anges. - -À qui croirai-je, Seigneur! à qui, si ce n'est à vous? Vous êtes la -vérité qui ne trompe point, et qu'on ne peut tromper. - -Au contraire, _tout homme est menteur_[425], faible, inconstant, -fragile, surtout dans ses paroles; de sorte qu'on doit à peine croire -d'abord ce qui paraît le plus vrai dans ce qu'il dit. - - [425] Ps. LXI, 9. - -4. Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des hommes; que -_l'homme a pour ennemis ceux de sa propre maison_[426]; et que si -quelqu'un dit: _Le Christ est ici, ou il est là_[427], il ne faut pas le -croire! - - [426] Mich., VII, 2. - - [427] Matth., XXIV, 23. - -Une dure expérience m'a éclairé: heureux si elle sert à me rendre moins -insensé et plus vigilant! - -Soyez discret, me dit quelqu'un, soyez discret; ce que je vous dis n'est -que pour vous. Et pendant que je me tais et que je crois la chose -secrète, il ne peut lui-même garder le silence qu'il m'a demandé; mais, -dans l'instant, il me trahit, se trahit lui-même et s'en va. - -Éloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas -que je tombe entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur -ressemble. - -Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies; et que ma -langue soit étrangère à tout artifice. - -Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver avec soin. - -5. Oh! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de se taire sur -les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans -réflexion, de se découvrir à peu de personnes, de vous chercher toujours -pour témoin de son coeur, de ne pas se laisser emporter à tout vent de -paroles; mais de désirer que tout en nous et hors de nous s'accomplisse -selon qu'il plaît à votre volonté! - -Que c'est encore un sûr moyen pour conserver la grâce céleste, de fuir -ce qui a de l'éclat aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui -semble attirer leur admiration; mais de travailler ardemment à acquérir -ce qui produit la ferveur et corrige la vie! - -À combien d'hommes a été funeste une vertu connue et louée trop tôt! - -Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce conservée en -silence durant cette vie fragile, qui n'est qu'une tentation et une -guerre continuelle! - - -RÉFLEXION. - - Ne vous appuyez pas sur les hommes, car ils vous manqueront tôt ou - tard. L'homme est faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à tout - rapporter à soi. Le moindre caprice l'éloigne, le moindre intérêt - suffit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tel qu'il - est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au - besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet - autre vous délaisse. Arrive-t-il des circonstances qui vous forcent de - recourir à eux, _tous commencent à s'excuser. Le premier dit: J'ai - acheté une terre; il faut nécessairement que je l'aille voir: je vous - supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai acheté cinq paires de boeufs, - et je vais les éprouver: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: - J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis aller_[428]. Voilà - les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'abandonnez - point ceux qui vous aiment, ceux qui espèrent en vous: toujours vous - êtes près d'eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous - lassez d'entendre leurs gémissements, d'écouter leurs plaintes, de - recueillir leurs larmes. Rien n'est au-dessous de votre tendresse: cet - homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts, - _vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre main - retourne son lit pour y reposer ses infirmités_[429]: puis, quand sa - tâche est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans - l'éternelle paix. - - [428] Luc., XIV, 18, 20. - - [429] Ps. XL, 4. - - - - -CHAPITRE XLVI. - -Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de -paroles injurieuses. - - -1. J.-C. Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi. Qu'est-ce, après -tout, que des paroles? un vain bruit. Elles frappent l'air, mais ne -brisent point la pierre. - -Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de vous -corriger. Si votre conscience ne vous reproche rien, pensez que vous -devez souffrir avec joie cette légère peine pour Dieu. - -C'est bien ce qu'il y a de moindre, que, de temps en temps, vous -supportiez quelques paroles, vous qui ne pouvez encore soutenir de plus -rudes épreuves. - -Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre coeur, si ce -n'est que vous êtes encore charnel, et trop occupé des jugements des -hommes? - -Vous craignez le mépris, et à cause de cela vous ne voulez pas être -repris de vos fautes, et vous cherchez des excuses pour les couvrir. - -2. Scrutez mieux votre coeur, et vous reconnaîtrez que le monde vit -encore en vous, et le vain désir de plaire aux hommes. - -Car votre répugnance à être abaissé, confondu par vos faiblesses, prouve -que vous n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas -_véritablement mort au monde, et que le monde n'est pas crucifié pour -vous_[430]. - - [430] Galat., VI, 14. - -Écoutez ma parole, et vous vous inquiéterez peu de toutes les paroles -des hommes. - -Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la plus noire -malice, en quoi cela vous nuirait-il, si vous le laissez passer comme la -paille que le vent emporte? En perdriez-vous un seul cheveu? - -3. Celui dont le coeur n'est pas renfermé en lui-même, et qui n'a pas -Dieu toujours présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme. - -Mais celui qui se confie en moi et qui ne s'appuie pas sur son propre -jugement, ne craindra rien des hommes. - -Car c'est moi qui connais et qui juge ce qui est secret; je sais la -vérité de toute chose, qui a fait l'injure et qui la souffre. - -Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai permis, -_afin que ce qu'il y a de caché dans beaucoup de coeurs fût -révélé_[431]. - - [431] Luc., II, 35. - -Je jugerai l'innocent et le coupable; mais, par un secret jugement, j'ai -voulu auparavant éprouver l'un et l'autre. - -4. Le témoignage des hommes trompe souvent; mais mon jugement est vrai: -il subsistera et ne sera point ébranlé. - -Le plus souvent il est caché, et peu de personnes le découvrent en -chaque chose: cependant il n'erre jamais, et ne peut errer, quoiqu'il ne -paraisse pas toujours juste aux yeux des insensés. - -C'est donc à moi qu'il faut remettre le jugement de tout, sans jamais -s'en rapporter à son propre sens. - -_Le juste ne sera point troublé, quoi qu'il lui arrive par l'ordre de -Dieu_[432]. Il lui importera peu qu'on l'accuse injustement. - - [432] Prov., X, 21. - -Et si d'autres le défendent et réussissent à le justifier, il n'en -concevra pas non plus une vaine joie. - -Car il se souvient que c'est moi _qui sonde les coeurs et les -reins_[433]; et que je ne juge point sur les dehors et les apparences -humaines. - - [433] Ps. VII, 10. - -Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est criminel à mes -yeux. - -5. LE F. Seigneur mon Dieu, juge infiniment juste, fort et patient, qui -connaissez la fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma -force et toute ma confiance: car ma conscience ne me suffit pas. - -Vous connaissez ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû m'abaisser -sous tous les reproches et les supporter avec douceur. - -Pardonnez-moi dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai pas agi de -la sorte, et donnez-moi plus abondamment la grâce qui apprend à -souffrir. - -Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde pour obtenir -le pardon, que sur ma vertu apparente pour justifier ce que ma -conscience recèle. - -_Quoique je ne me reproche rien, je ne suis cependant pas justifié pour -cela_[434]; parce que, sans votre miséricorde, _nul homme vivant ne sera -juste devant vous_[435]. - - [434] Cor., IV, 4. - - [435] Ps. CXLII, 2. - - -RÉFLEXION. - - _Vous serez heureux quand on vous maudira, et qu'on vous persécutera, - et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous: - réjouissez-vous alors, et soyez ravis de joie, parce que votre - récompense est grande dans les cieux_[436]. Combien cependant, malgré - cette parole, ne nous troublons-nous pas des discours des hommes et de - leurs jugements? Nous ne pouvons supporter qu'on nous abaisse; nous - voulons à tout prix être loués, estimés. Séduits par un vain fantôme - de réputation, nous oublions Dieu et ses enseignements, et les biens - qu'il promet aux humbles. Étrange effet de l'orgueil toujours vivant - au fond de notre misérable coeur! Que vous importe l'outrage, - l'injure, la calomnie? D'où vient qu'elle excite en vous une peine si - amère, un si vif ressentiment? Craignez-vous donc d'avoir trop de - moyens d'expiation, trop d'espérances de miséricorde? Mais on vous - accuse à tort. Aimeriez-vous mieux que ce fût avec justice? Si vous - n'avez pas commis la faute qu'on vous reproche, que d'autres vous avez - commises qu'on ne vous reproche point! Descendez dans votre - conscience, vous y entendrez une voix plus sévère que celles qui - s'élèvent contre vous. Celles-ci se tairont, mais l'autre parlera - devant le Juge en présence duquel tout à l'heure vous comparaîtrez, - loin des bruits de la terre, dans le silence de l'éternité. Pensez à - ce moment formidable, et vous vous inquiéterez peu de ce que les - hommes disent de vous. - - [436] Matth., V, 11, 12. - - - - -CHAPITRE XLVII. - -Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a -de plus pénible. - - -1. J.-C. Mon fils, que les travaux que vous avez entrepris pour moi ne -brisent pas votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas -entièrement; mais qu'en tout ce qui arrive, ma promesse vous console et -vous fortifie. - -Je suis assez puissant pour vous récompenser au-delà de toutes bornes et -de toute mesure. - -Vous ne serez pas longtemps ici dans le travail, ni toujours chargé de -douleurs. - -Attendez un peu, et vous verrez promptement la fin de vos maux. - -Une heure viendra où le travail et le trouble cesseront. - -Tout ce qui passe avec le temps est peu de chose et ne dure guère. - -2. Faites ce que vous avez à faire; travaillez fidèlement à ma vigne, et -je serai moi-même votre récompense. - -Écrivez, lisez, chantez mes louanges, gémissez, gardez le silence, -priez, souffrez courageusement l'adversité: la vie éternelle est digne -de tous ces combats, et de plus grands encore. - -_Il y a un jour connu du Seigneur_, où la paix viendra; et _il n'y aura -plus de jour ni de nuit_[437] comme sur cette terre, mais une lumière -perpétuelle, une splendeur infinie, une paix inaltérable, un repos -assuré. - - [437] Zachar., XIV, 7. - -Vous ne direz plus alors: _Qui me délivrera de ce corps de mort[438]?_ -Vous ne vous écrierez plus: _Malheur à moi, parce que mon exil a été -prolongé[439]!_ car _la mort sera détruite_[440], et le salut sera -éternel; plus d'angoisses, une joie ravissante, une société de gloire et -de bonheur. - - [438] Rom., VII, 24. - - [439] Ps. CXIX, 5. - - [440] Is., XXV, 8. - -3. Oh! si vous aviez vu, dans le ciel, les couronnes immortelles des -Saints, de quel glorieux éclat resplendissent ces hommes que le monde -méprisait et regardait comme indignes de vivre: aussitôt, certes, vous -vous prosterneriez jusque dans la poussière, et vous aimeriez mieux être -au-dessous de tous qu'au-dessus d'un seul! - -Vous ne désireriez point les jours heureux de cette vie; mais plutôt -vous vous réjouiriez de souffrir pour Dieu, et vous regarderiez comme le -plus grand gain d'être compté pour rien parmi les hommes. - -Oh! si vous goûtiez ces vérités, si elles pénétraient jusqu'au fond de -votre coeur, comment oseriez-vous vous plaindre, même une seule fois? - -Est-il rien de pénible qu'on ne doive supporter pour la vie éternelle? - -Ce n'est pas peu que de gagner ou de perdre le royaume de Dieu. - -Levez donc les yeux au ciel. Me voilà, et avec moi tous mes Saints: ils -ont soutenu dans ce monde un grand combat: et maintenant ils se -réjouissent, maintenant ils sont consolés et à l'abri de toute crainte, -maintenant ils se reposent, et ils demeureront à jamais avec moi dans le -royaume de mon Père. - - -RÉFLEXION. - - Quand la vie nous paraît pesante, quand nous sommes près de succomber - à la tristesse de l'exil, levons les yeux et contemplons l'aurore de - notre délivrance; car _cette enveloppe mortelle s'en va se détruisant, - mais l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour_[441]. Attendons, - souffrons en paix; l'heure du repos approche. _Les légères - tribulations de cette vie d'un moment, nous élevant sans mesure, - produisent en nous un poids éternel de gloire_[442]. Qu'importe un peu - de fatigue, un peu de travail sur la terre? Nous passons, et _n'avons - point ici de cité permanente_[443]. Jésus _est allé devant pour nous - préparer une demeure en la maison de son Père; et puis il viendra, et - il nous prendra avec lui, afin que là où il est, nous y soyons - aussi_[444]. _Ô Jésus, ô mon Sauveur! mon âme languit après vous, elle - vous désire comme le cerf altéré désire l'eau des fontaines_[445]. - Venez, ne tardez pas: loin de vous, _nous sommes assis dans l'ombre de - la mort_[446]. Hâtez-vous, Seigneur; faites luire sur nous la lumière - de votre face, et qu'elle nous guide à la céleste Jérusalem, au pied - du trône de l'Agneau. Là, dans le ravissement de l'amour, dans - l'immortelle extase de la joie, les choeurs des Bienheureux mêlés aux - choeurs des Anges, célèbrent le Dieu trois fois saint. Et moi, - Seigneur, _sur le bord des fleuves de Babylone, j'ai pleuré en me - ressouvenant de Sion_[447]. Console-toi, mon âme, prête l'oreille; - n'entends-tu pas dans le lointain comme le premier murmure qui annonce - l'arrivée de l'Époux? _Encore un moment et tu le verras_[448]: encore - un moment, et rien jamais ne pourra te séparer de lui! - - [441] II. Cor., IV, 16. - - [442] _Ibid._, 17. - - [443] Hebr., XIII, 14. - - [444] Joann., XIV, 2, 3. - - [445] Ps. XLI, 2. - - [446] Luc., I, 79. - - [447] Ps. CXXXVI, 1. - - [448] Joann., XVI, 19. - - - - -CHAPITRE XLVIII. - -De l'éternité bienheureuse, et des misères de cette vie. - - -1. LE F. Ô bienheureuse demeure de la cité céleste! jour éclatant de -l'éternité, que la nuit n'obscurcit jamais, et que la vérité souveraine -éclaire perpétuellement de ses rayons; jour immuable de joie et de -repos, que nulle vicissitude ne trouble! - -Oh! que ce jour n'a-t-il lui déjà sur les ruines du temps, et de tout ce -qui passe avec le temps! - -Il luit pour les Saints dans son éternelle splendeur: mais nous, -voyageurs sur la terre, nous ne le voyons que de loin, comme à travers -un voile. - -2. Les citoyens du ciel en connaissent les délices: mais les fils d'Ève, -encore exilés, gémissent sur l'amertume et l'ennui de la vie présente. - -_Les jours d'ici-bas sont courts et mauvais_[449], pleins de douleurs et -d'angoisses. - - [449] Genes., XLVII, 9. - -L'homme y est souillé de beaucoup de péchés, engagé dans beaucoup de -passions, agité par mille craintes, embarrassé de mille soins, emporté -çà et là par la curiosité, séduit par une foule de chimères, environné -d'erreurs, brisé de travaux, accablé de tentations, énervé de délices, -tourmenté par la pauvreté. - -3. Oh! quand viendra la fin de ces maux? quand serai-je délivré de la -misérable servitude des vices? quand me souviendrai-je, Seigneur, de -vous seul? quand goûterai-je en vous une pleine joie? - -Quand, dégagé de toute entrave, jouirai-je d'une vraie liberté, -désormais exempt de toute peine et du corps et de l'esprit? - -Quand posséderai-je une paix solide, assurée, inaltérable, paix au -dedans et au dehors, paix affermie de toutes parts? - -Ô bon Jésus! quand me sera-t-il donné de vous voir, de contempler la -gloire de votre règne? quand me serez-vous tout en toute chose? - -Quand serai-je avec vous dans _le royaume que vous avez préparé de toute -éternité à vos élus_[450]? - - [450] Matth., XXV, 34. - -J'ai été délaissé, pauvre, exilé, en une terre ennemie, où il y a guerre -continuelle et de grandes infortunes. - -4. Consolez mon exil, adoucissez l'angoisse de mon coeur: car il soupire -après vous de toute l'ardeur de ses désirs. - -Tout ce que le monde m'offre ici-bas pour me consoler, me pèse. - -Je voudrais m'unir intimement à vous, et je ne puis atteindre à cette -ineffable union. - -Je voudrais m'attacher aux choses du ciel, et mes passions immortifiées -me replongent dans celles de la terre. - -Mon âme aspire à s'élever au-dessus de tout, et la chair me rabaisse -au-dessous, malgré mes efforts. - -Ainsi, homme misérable, j'ai sans cesse la guerre au dedans de moi, et -_je me suis à charge à moi-même_[451], l'esprit voulant s'élever -toujours, et la chair toujours descendre. - - [451] Job, VII, 10. - -5. Oh! combien je souffre en moi lorsque, méditant les choses du ciel, -celles de la terre viennent en foule se présenter à ma pensée durant la -prière! Mon Dieu, _ne vous éloignez pas de moi, et n'abandonnez point -votre serviteur dans votre colère_[452]. - - [452] Ps. LXX, 13; XXVI, 14. - -Faites briller votre foudre, et dissipez ces visions de la chair: lancez -vos flèches[453], et mettez en fuite ces fantômes de l'ennemi. - - [453] Ps. CXLIII, 6. - -Rappelez à vous tous mes sens; faites que j'oublie toutes les choses du -monde, et que je rejette promptement, avec mépris, ces criminelles -images. - -Éternelle vérité, prêtez-moi votre secours, afin que nulle chose vaine -ne me touche. - -Venez en moi, céleste douceur, et que tout ce qui n'est pas pur -s'évanouisse devant vous. - -Pardonnez-moi aussi, et usez de miséricorde, toutes les fois que, dans -la prière, je m'occupe d'autre chose que de vous. - -Car je confesse sincèrement que la distraction m'est habituelle. - -Dans le mouvement ou dans le repos, bien souvent je ne suis point où est -mon corps, mais plutôt où mon esprit m'emporte. - -Je suis là où est ma pensée, et ma pensée est d'ordinaire où est ce que -j'aime. - -Ce qui me plaît naturellement ou par habitude, voilà ce qui d'abord se -présente à elle. - -6. Et c'est pour cela, ô Vérité, que vous avez dit expressément: _Où est -votre trésor, là est aussi votre coeur_[454]. - - [454] Matth., VI, 21. - -Si j'aime le ciel, je pense volontiers aux choses du ciel. - -Si j'aime le monde, je me réjouis des prospérités du monde, et je -m'attriste de ses adversités. - -Si j'aime la chair, je me représente souvent ce qui est de la chair. - -Si j'aime l'esprit, ma joie est de penser aux choses spirituelles. - -Car il m'est doux de parler et d'entendre parler de tout ce que j'aime, -et j'en emporte avec moi le souvenir dans ma retraite. - -Mais heureux l'homme, ô mon Dieu, qui, à cause de vous, bannit de son -coeur toutes les créatures; qui fait violence à la nature, et crucifie, -par la ferveur de l'esprit, les convoitises de la chair, afin de vous -offrir, du fond d'une conscience où règne la paix, une prière pure; et -que, dégagé au dedans et au dehors de tout ce qui est terrestre, il -puisse se mêler aux choeurs des Anges! - - -RÉFLEXION. - - Les maladies, les peines, les souffrances, les tentations, - l'invincible désir d'une félicité que rien ne nous offre ici-bas, tout - nous rappelle sans cesse à cette grande éternité où la foi nous - promet, dans la possession de Dieu même, le repos, la paix, le bien - parfait, infini, auquel nous aspirons de toutes les puissances de - notre âme. Et voilà pourquoi les saints gémissent si amèrement sous le - poids des liens qui les retiennent encore sur la terre; voilà pourquoi - l'Apôtre s'écriait: _Je désire que mon corps se dissolve, afin d'être - avec Jésus-Christ_[455]. Alors plus de crainte, plus de larmes, plus - de combat, mais un éternel triomphe et une joie éternelle. Si un - faible reflet[456] de la vérité souveraine ravit déjà notre - intelligence, que sera-ce quand nous la contemplerons dans son plein - éclat! et si, dès à présent, il est si doux d'aimer, que sera-ce quand - nous nous abreuverons à la source même de l'amour! Oh! oui, Seigneur, - je désire la dissolution de mon corps, afin d'être avec vous! Cette - espérance seule me console; elle est toute ma vie. Qu'est-ce pour moi - que le monde, et que peut-il me donner? _J'ai séjourné parmi les - habitants de Cédar, et mon âme a été étrangère au milieu d'eux_[457]. - Votre royaume, mon Dieu, votre royaume, je n'ai point d'autre patrie. - Daignez y rappeler ce pauvre exilé, _et il célébrera éternellement vos - miséricordes_[458]. - - [455] Philipp., I, 23. - - [456] I. Cor., XIII, 12. - - [457] Ps. CXIX, 5. - - [458] Ps. LXXXVIII, 2. - - - - -CHAPITRE XLIX. - -Du désir de la vie éternelle, et des grands biens promis à ceux qui -combattent courageusement. - - -1. J.-C. Mon fils, lorsque le désir de l'éternelle béatitude vous est -donné d'en haut, et que vous aspirez à sortir de la prison du corps pour -contempler ma lumière sans ombre et sans vicissitude, dilatez votre -coeur, et recevez avec amour cette sainte inspiration. - -Rendez grâce de toute votre âme à la bonté céleste, qui vous prodigue -ainsi ses faveurs, qui vous visite avec tendresse, vous excite, vous -presse et vous soulève puissamment, de peur que votre poids ne vous -incline vers la terre. - -Car rien de cela n'est le fruit de vos pensées ou de vos efforts, mais -une grâce de Dieu qui a daigné jeter sur vous un regard, afin que, -croissant dans la vertu et dans l'humilité, vous vous prépariez à de -nouveaux combats, et que tout votre coeur s'attache à moi avec la -volonté ferme de me servir. - -2. Quelque ardent que soit le feu, la flamme cependant ne monte point -sans fumée. - -Ainsi quelques-uns, quoique embrasés du désir des choses célestes, ne -sont point néanmoins entièrement dégagés des affections et des -tentations de la chair. - -Et c'est pourquoi ils n'ont pas en vue la seule gloire de Dieu, dans ce -qu'ils demandent avec tant d'instance. - -Tel est souvent votre désir, que vous croyez si vif et si pur. - -Car rien n'est pur ni parfait, de ce qui est mêlé d'intérêt propre. - -3. Demandez, non ce qui vous est doux, non ce qui vous offre quelque -avantage, mais ce qui m'honore et me plaît: car, si vous jugez selon la -justice, vous devez, docile à mes ordres, les préférer à vos désirs et à -tout ce qu'on peut désirer. - -Je connais votre désir; j'ai entendu vos gémissements. - -Vous voudriez jouir déjà de la liberté glorieuse des enfants de Dieu; -déjà la demeure éternelle, la céleste patrie où la joie ne tarit jamais, -ravit votre pensée. Mais l'heure n'est pas encore venue, vous êtes -encore dans un autre temps, temps de guerre, temps de travail et -d'épreuves. - -Vous désirez être rassasié du souverain bien; mais cela ne se peut -maintenant. - -C'est moi qui suis le bien suprême: attendez-moi, dit le Seigneur, -_jusqu'à ce que vienne le royaume de Dieu_[459]. - - [459] Luc., XXII, 18. - -4. Il faut que vous soyez encore éprouvé sur la terre, et exercé de bien -des manières. - -De temps en temps, vous recevrez des consolations, mais jamais assez -abondantes pour rassasier vos désirs. - -_Ranimez donc votre force et votre courage_[460], pour accomplir et pour -souffrir ce qui répugne à la nature. - - [460] Josué, I, 6. - -_Il faut que vous vous revêtiez de l'homme nouveau_[461], que vous vous -changiez en un autre homme. - - [461] Eph., IV, 24. I. Reg., X. 6, 9. - -Il faut que souvent vous fassiez ce que vous ne voulez pas, et que vous -renonciez à ce que vous voulez. - -Ce que les autres souhaitent, réussira: mille obstacles s'opposeront à -ce que vous souhaitez. - -On écoutera ce que disent les autres: ce que vous direz sera compté pour -rien. - -Ils demanderont, et ils obtiendront: vous demanderez, et on vous -refusera. - -5. On parlera d'eux, on les exaltera; et personne ne parlera de vous. - -On leur confiera tel ou tel emploi; et l'on ne vous jugera propre à -rien. - -Quelquefois la nature s'en affligera; et ce sera beaucoup si vous le -supportez en silence. - -C'est dans ces épreuves et une infinité d'autres semblables, que, -d'ordinaire, on reconnaît combien un vrai serviteur de Dieu sait se -renoncer et se briser à tout. - -Il n'est presque rien qui vous fasse sentir autant le besoin de mourir à -vous-même, que de voir et de souffrir ce qui répugne à votre volonté; -surtout lorsqu'on vous commande des choses inutiles ou déraisonnables. - -Et, parce qu'assujetti à un supérieur vous n'osez résister à son -autorité, il vous semble dur d'être en tout conduit par un autre, et de -n'agir jamais selon votre propre sens. - -6. Mais pensez, mon fils, au fruit de ces travaux, à leur prompte fin, à -leur _récompense trop grande_[462]; et loin de les porter avec douleur, -vous y trouverez une puissante consolation. - - [462] Genes., XV, 1. - -Car, pour avoir renoncé maintenant à quelques vaines convoitises, vous -ferez éternellement votre volonté dans le ciel. - -Là, tous vos voeux seront accomplis, tous vos désirs satisfaits. - -Là, tous les biens s'offriront à vous, sans que vous ayez à craindre de -les perdre. - -Là, votre volonté ne cessant jamais d'être unie à la mienne, vous ne -souhaiterez rien hors de moi, rien qui vous soit propre. - -Là, personne ne vous résistera, personne ne se plaindra de vous, -personne ne vous suscitera de contrariétés ni d'obstacles; mais tout ce -qui peut être désiré étant présent à la fois, votre âme, rassasiée -pleinement, n'embrassera qu'à peine cette immense félicité. - -Là, je donnerai la gloire pour les opprobres soufferts, la joie pour les -larmes, pour la dernière place un trône dans mon royaume éternel. - -Là, éclateront les fruits de l'obéissance; la pénitence se réjouira de -ses travaux, et l'humble dépendance sera glorieusement couronnée. - -7. Maintenant donc, inclinez-vous humblement sous la main de tous, et ne -regardez point qui a dit ou ordonné cela. - -Mais si quelqu'un demande ou souhaite quelque chose de vous, qui que ce -soit, ou votre supérieur, ou votre inférieur, ou votre égal, loin d'en -être blessé, ayez soin de l'accomplir avec une affection sincère. - -Que l'un recherche ceci, un autre cela; que celui-là se glorifie d'une -chose, celui-ci d'une autre, et qu'il en reçoive mille louanges; pour -vous, ne mettez votre joie que dans le mépris de vous-même, dans ma -volonté et ma gloire. - -Vous ne devez rien désirer, sinon que, _soit par la vie, soit par la -mort, Dieu soit toujours glorifié en vous_[463]. - - [463] Philipp., I, 20. - - -RÉFLEXION. - - On ne saurait trop le redire, le premier et le dernier précepte, celui - qui les comprend tous, est l'entier renoncement de soi-même et la - conformité parfaite de notre volonté à celle de Dieu. Ainsi, bien - qu'il nous soit permis et même commandé d'aspirer à la béatitude - céleste, et de gémir sur _la longueur de notre exil_[464], néanmoins - nous devons le supporter avec une grande patience, et nous complaire - dans les épreuves que la Providence nous envoie, parce qu'elles sont - tout ensemble utiles à notre salut, et l'un des moyens que Dieu a - choisis pour satisfaire sa justice, et pour manifester en nous sa - miséricorde et sa gloire. Pécheurs, nous devons participer aux - souffrances de celui qui nous a rachetés; disciples de Jésus, nous - devons marcher à la suite de notre maître et de notre modèle en - portant la Croix, et, comme lui, épuiser le calice d'amertume. Nul - n'est couronné, s'il n'a combattu[465]. _Heureux donc l'homme qui - endure la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la - couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment_[466]. - Attendons le moment qu'il a marqué, et poursuivons en paix notre - pèlerinage. Tout ce qui finit est court, et rien n'est pénible à celui - qui espère. Que cette pensée ranime notre langueur, quand nous nous - sentons abattus. «Au milieu de ce grand naufrage du monde, dit saint - Chrysostome, une main propice nous jette d'en haut le câble de - l'espérance, qui peu à peu retire des flots des misères humaines et - soulève jusqu'au Ciel ceux qui s'y attachent fortement[467].» - - [464] Ps. CXIX, 5. - - [465] I. Cor., IX, 25. - - [466] Jacob., I, 12. - - [467] Ad Theod. Laps. oper., t. I, p. 3. - - - - -CHAPITRE L. - -Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner entre les mains de -Dieu. - - -1. LE F. Seigneur mon Dieu, Père saint, soyez béni maintenant et dans -toute l'éternité; parce qu'il a été fait comme vous l'avez voulu, et ce -que vous faites est bon. - -Que votre serviteur se réjouisse, non en lui-même ni en nul autre, mais -en vous seul, parce que vous seul êtes la véritable joie; vous êtes, -Seigneur, mon espérance, ma couronne, ma joie, ma gloire. - -_Qu'y a-t-il en votre serviteur qu'il n'ait reçu de vous_[468], et sans -l'avoir mérité? - - [468] I. Cor., IV, 7. - -Tout est à vous; vous avez tout fait, tout donné. - -_Je suis pauvre dans les travaux, dès mon enfance_[469]. Quelquefois mon -âme est triste jusqu'aux larmes; et quelquefois elle se trouble en -elle-même, à cause des passions qui la pressent. - - [469] Ps. LXXXVII, 16. - -2. Je désire la joie de la paix, j'aspire à la paix de vos enfants, que -vous nourrissez dans votre lumière et vos consolations. - -Si vous me donnez la paix, si vous versez en moi votre joie sainte, -l'âme de votre serviteur sera comme remplie d'une douce mélodie; et ravi -d'amour, il chantera vos louanges. - -Mais si vous vous retirez, comme vous le faites souvent, il ne pourra -_courir dans la voie de vos commandements_[470]; alors il ne lui reste -qu'à tomber à genoux et se frapper la poitrine, parce qu'il n'en est -plus pour lui comme auparavant, lorsque _votre lumière resplendissait -sur sa tête_[471], et qu'_à l'ombre de vos ailes, il trouvait un abri -contre les tentations_[472]. - - [470] Ps. CXVIII, 32. - - [471] Job, XXIX, 3. - - [472] Ps. XVI, 10. - -3. Père juste et toujours digne de louange, l'heure est venue où votre -serviteur doit être éprouvé. - -Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre maintenant -quelque chose pour vous. - -Père à jamais adorable, l'heure que vous avez prévue de toute éternité -est venue, où il faut que votre serviteur succombe pour un peu de temps -au dehors, sans cesser de vivre toujours intérieurement en vous. - -Il faut que, pour un peu de temps, il soit abaissé, humilié, anéanti -devant les hommes, brisé de souffrances, accablé de langueurs, afin de -se relever avec vous à l'aurore d'un jour nouveau, et d'être environné -de splendeur dans le ciel. - -Père saint, vous l'avez ainsi ordonné, ainsi voulu; et ce que vous avez -commandé s'est accompli. - -4. Car c'est la grâce que vous faites à ceux que vous aimez, de souffrir -en ce monde pour votre amour, et d'être affligé autant de fois et par -qui que ce soit que vous le permettiez. - -Rien ne se fait sur la terre sans raison, sans dessein, et sans l'ordre -de votre Providence. - -_Ce m'est un bien, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin que je -m'instruise de votre justice_[473], et que je bannisse de mon coeur tout -orgueil et toute présomption. - - [473] Ps. CXVIII, 71. - -Il m'est utile _d'avoir été couvert de confusion_[474], afin que je -cherche à me consoler plutôt en vous que dans les hommes. - - [474] Ps. LXVIII, 11. - -Par là, j'ai appris encore à redouter vos jugements impénétrables, selon -lesquels vous affligez et le juste et l'impie, mais toujours avec équité -et avec justice. - -5. Je vous rends grâces de ce que vous ne m'avez point épargné les maux, -et de ce qu'au contraire vous m'avez sévèrement frappé, me chargeant de -douleurs, et m'accablant d'angoisses au dedans et au dehors. - -De tout ce qui est sous le ciel, il n'est rien qui me console; je -n'espère qu'en vous, ô mon Dieu, céleste médecin des âmes, _qui blessez -et qui guérissez, qui conduisez jusqu'aux enfers, et qui en -ramenez_[475]. - - [475] I. Reg., II, 6; Tob., XIII, 2. - -_Vous me guidez par vos enseignements, et votre verge même -m'instruira_[476]. - - [476] Ps. XVII, 36. - -6. Père uniquement aimé, voilà que je suis entre vos mains, je m'incline -sous la verge qui me corrige. - -Frappez, frappez encore, afin que je réforme, selon votre gré, tout ce -qu'il y a d'imparfait en moi. - -Faites de moi, comme vous le savez si bien faire, un disciple humble et -pieux, toujours prêt à vous obéir au moindre signe. - -Je m'abandonne, moi et tout ce qui est à moi, à votre correction. Il -vaut mieux être châtié en ce monde qu'en l'autre. - -Vous savez tout, vous pénétrez tout, et rien ne vous est caché dans la -conscience de l'homme. - -Vous connaissez les choses futures avant qu'elles arrivent, et il n'est -pas besoin que personne vous instruise ou vous avertisse de ce qui se -passe sur la terre. - -Vous savez ce qui est utile à mon avancement, et combien la tribulation -sert à consumer la rouille des vices. - -Disposez de moi selon votre bon plaisir, et ne me délaissez point à -cause de ma vie toute de péché, que personne ne connaît mieux que vous. - -7. Faites, Seigneur, que je sache ce que je dois savoir, que j'aime ce -que je dois aimer, que je loue ce qui vous est agréable, que j'estime ce -qui est précieux devant vous, et que je méprise ce qui est vil à vos -regards. - -Ne permettez pas que _je juge d'après ce que l'oeil aperçoit au dehors, -ni que je forme mes sentiments sur les discours insensés des -hommes_[477]; mais faites que je porte un jugement vrai des choses -sensibles et des spirituelles, et surtout que je cherche à connaître -votre volonté. - - [477] Is., XI, 3. - -8. Souvent les hommes se trompent en ne jugeant que sur le témoignage -des sens. Les amateurs du siècle se trompent aussi en n'aimant que les -choses visibles. - -Un homme en vaut-il mieux parce qu'un autre homme l'estime grand? - -Quand un homme en exalte un autre, c'est un menteur qui trompe un -menteur, un superbe qui trompe un superbe, un aveugle qui trompe un -aveugle, un malade qui trompe un malade; et les vaines louanges sont une -véritable confusion pour qui les reçoit. - -Car, _ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, voilà ce qu'il est -réellement, et rien de plus_, dit l'humble saint François. - - -RÉFLEXION. - - Dieu permet que notre âme soit quelquefois comme abandonnée. Nulle - consolation, nulle lumière; mais de toutes parts des épreuves, des - tentations, des angoisses: elle se croit près d'y succomber, parce - qu'elle n'aperçoit plus le bras qui la soutient. Que faire alors? dire - comme Jésus: _Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé[478]?_ - Et cependant demeurer en paix dans la souffrance et dans les ténèbres, - _jusqu'à ce que les ombres déclinent, et que nous découvrions l'aurore - d'un nouveau jour_[479]. Cet état est le plus grand exercice de la - foi; c'est pour l'âme une image de la mort: froide, sans mouvement, - insensible en apparence, elle est comme enfermée dans le tombeau, et - ne tient plus, ce semble, à Dieu, que par une volonté languissante, - dont elle n'est pas même assurée. Oh! que de grâces sont le fruit de - cette agonie supportée avec une humble patience! Oh! que de péchés - rachètent cette passion! C'est alors que s'achève en nous le mystère - du salut, et que nous devenons véritablement conformes à Jésus, pourvu - qu'avec une foi sincère, inébranlable, nous ne cessions de répéter - cette parole de résignation: _Oui, mon Père_, j'accepte ce calice: je - veux l'épuiser jusqu'à la lie; _oui, mon Père, parce qu'il vous a plu - ainsi_[480]. - - [478] Matth., XXVI, 46. - - [479] Cant., II, 17. - - [480] Matth., XI, 26. - - - - -CHAPITRE LI. - -Qu'il faut s'occuper d'oeuvres extérieures, quand l'âme est fatiguée des -exercices spirituels. - - -1. J.-C. Mon fils, vous ne sauriez sentir toujours une égale ardeur pour -la vertu, ni vous maintenir sans relâche dans un haut degré de -contemplation; mais il est nécessaire, à cause du vice de votre origine, -que vous descendiez quelquefois à des choses plus basses, et que vous -portiez, malgré vous, et avec ennui, le poids de cette vie corruptible. - -Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un grand dégoût -et l'angoisse du coeur. - -Il vous faut donc, pendant que vous vivez dans la chair, gémir souvent -du poids de la chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer -aux exercices spirituels et à la contemplation divine. - -2. Cherchez alors un refuge dans d'humbles occupations extérieures, et -dans les bonnes oeuvres une distraction qui vous ranime: attendez avec -une ferme confiance mon retour et la grâce d'en haut: souffrez -patiemment votre exil et la sécheresse du coeur, jusqu'à ce que je vous -visite de nouveau, et que je vous délivre de toutes vos peines. - -Car je reviendrai, et je vous ferai oublier vos travaux et jouir du -repos intérieur. - -J'ouvrirai devant vous le champ des Écritures, afin que votre coeur, -dilaté d'amour, vous presse de _courir dans la voie de mes -commandements_[481]. - - [481] Ps. CXVIII, 32. - -Et vous direz: _Les souffrances du temps n'ont point de proportion avec -la gloire future qui sera manifestée en nous_[482]. - - [482] Rom., VIII, 18. - - -RÉFLEXION. - - Contempler Dieu et l'aimer, le contempler et l'aimer encore, voilà le - Ciel. L'âme, ici-bas, en reçoit quelquefois un avant-goût. Alors, - élevée au-dessus d'elle-même, elle se sent pleine d'ardeur, et enivrée - de joie, elle dit: _Il nous est bon d'être ici_[483]. Mais bientôt - arrive le temps de l'épreuve: il faut descendre du Thabor, et marcher - dans le chemin de la Croix. Heureuse l'âme qui, dans le dénûment, - l'aridité, les souffrances, demeure en paix, sans se laisser abattre - et sans murmurer; qui, fidèle à Jésus mourant, le suit avec courage - sur le Calvaire; et après avoir partagé le banquet de l'époux, prête à - partager son sacrifice, s'écrie comme un des Apôtres: _Et nous aussi, - allons et mourons avec lui[484]!_ - - [483] Matth., XVII, 4. - - [484] Joann., XI, 16. - - - - -CHAPITRE LII. - -Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais -plutôt de châtiment. - - -1. LE F. Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous -me visitiez: ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me -laissez pauvre et désolé. - -Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer, -je ne serais pas encore digne de vos consolations. - -Rien ne m'est dû que la verge et le châtiment: car je vous ai souvent et -grièvement offensé, et mes péchés sont sans nombre. - -Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la moindre -consolation. - -Mais vous, ô Dieu tendre et clément, qui ne voulez pas que vos ouvrages -périssent, _pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases -de miséricorde_[485], vous daignez consoler votre serviteur au delà de -ce qu'il mérite, et d'une manière toute divine. - - [485] Rom., IX, 23. - -Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes. - -2. Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux -consolations du ciel? - -Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au -contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger. - -Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous -élèveriez contre moi, et personne ne me défendrait. - -Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel? - -Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que d'opprobre et de -mépris; je ne mérite point d'être compté parmi ceux qui sont à vous. Et -bien qu'il me soit douloureux de l'entendre, je rendrai cependant contre -moi témoignage à la vérité, je m'accuserai de mes péchés, afin d'obtenir -de vous plus aisément miséricorde. - -3. Que dirai-je, couvert, comme je le suis, de crimes et de confusion? - -Je n'ai à dire que ce seul mot: J'ai péché, Seigneur, j'ai péché; ayez -pitié de moi, pardonnez-moi. - -_Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que je m'en -aille dans la terre de ténèbres, que recouvre l'ombre de la mort_[486]. - - [486] Job, X, 20, 22. - -Que demandez-vous d'un coupable, d'un misérable pécheur, sinon que, -brisé de regrets, il s'humilie de ses péchés. - -La véritable contrition et l'humiliation du coeur produisent l'espérance -du pardon, calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, -protègent l'homme contre la colère à venir; et c'est alors que se -rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser Dieu et l'âme -pénitente. - -4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice -agréable, et d'une odeur plus douce que celle de l'encens. - -C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds -sacrés: car _vous ne méprisez jamais un coeur contrit et humilié_[487]. - - [487] Ps. L, 18. - -Là est le refuge contre la fureur de l'ennemi: là, le pécheur se -réforme, et se purifie de toutes les souillures qu'il a contractées au -dehors. - - -RÉFLEXION. - - Quelques-uns recherchent avec un désir trop vif les consolations - célestes, et tombent dans l'abattement dès qu'elles leur sont - retirées. Mais ces grâces que Dieu accorde ou comme récompense aux - âmes embrasées d'une ferveur extraordinaire, ou comme encouragement - aux âmes faibles encore, pour les aider à supporter le travail de la - pénitence, ne nous sont dues en nulle manière; et toujours faut-il - _porter en nous la mortification de Jésus, afin que la vie de Jésus - soit manifestée en nous_[488]. Où serait l'expiation, où serait le - mérite, si nous n'avions rien à souffrir, ou si nos souffrances - étaient constamment accompagnées de l'onction divine qui les tempère, - et quelquefois les rend plus douces qu'aucune joie du monde? De - nous-mêmes, pécheurs misérables, nous n'avons droit qu'au supplice, et - nous voudrions jouir ici-bas de la félicité du ciel! Bénissons plutôt - la miséricorde qui, aux peines de l'éternité, substitue les épreuves - du temps: bénissons le Dieu qui ne se souvient, durant notre passage - sur la terre, de ce que nous devons à sa justice que pour l'oublier - ensuite à jamais; et disons-lui du fond de notre _coeur brisé_[489], - mais plein de reconnaissance et d'amour: _Lavez-moi de plus en plus de - mon iniquité, Seigneur, et purifiez-moi de mon péché; car je connais - mon iniquité, et mon péché est devant moi toujours_[490]. - - [488] II. Cor., IV, 11. - - [489] Ps. L, 29. - - [490] _Ibid._, 4, 5. - - - - -CHAPITRE LIII. - -Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de la -terre. - - -1. J.-C. Mon fils, ma grâce est d'un grand prix, et ne souffre point le -mélange des choses étrangères, ni des consolations terrestres. - -Il faut donc écarter tout ce qui l'arrête, si vous désirez qu'elle se -répande en vous. - -Retirez-vous dans un lieu secret, aimez à demeurer seul avec vous-même, -ne recherchez l'entretien de personne; mais que votre âme s'épanche -devant Dieu en de ferventes prières, afin de conserver la componction et -une conscience pure. - -Comptez pour rien le monde entier, et occupez-vous de Dieu plutôt que -des oeuvres extérieures. - -Car votre coeur ne peut être à moi, et se plaire en même temps à ce qui -passe. - -Il vous faut séparer de vos connaissances et de vos amis, et sevrer -votre âme de toute consolation terrestre. - -C'est ainsi que le bienheureux apôtre Pierre conjure les fidèles -serviteurs de Jésus-Christ _de se regarder ici-bas comme des étrangers -et des voyageurs_[491]. - - [491] I. Pet., II, 11. - -2. Oh! qu'il aura de confiance à l'heure de la mort, celui que nul -attachement ne retient en ce monde! - -Mais un esprit encore malade ne comprend pas que le coeur soit ainsi -détaché de tout; et l'homme charnel ne connaît point la liberté de -l'homme intérieur. - -Cependant, pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer à ses -proches comme aux étrangers, et ne se garder de personne plus que de -soi-même. - -Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez aisément -tout le reste. - -La parfaite victoire est de triompher de soi-même. - -Celui qui se tient tellement assujetti, que les sens obéissent à la -raison, et que la raison m'obéisse en tout, est véritablement vainqueur -de lui-même et maître du monde. - -3. Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut commencer avec -courage et mettre la cognée à la racine de l'arbre, pour arracher et -détruire jusqu'aux restes les plus cachés de l'amour déréglé de -vous-même, et des biens sensibles et particuliers. - -De cet amour désordonné que l'homme a pour lui-même, naissent presque -tous les vices qu'il doit vaincre et déraciner; et dès qu'il l'aura -subjugué pleinement, il jouira d'un calme et d'une paix profonde. - -Mais parce qu'il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à -eux-mêmes, et à sortir d'eux-mêmes entièrement, ils demeurent comme -ensevelis dans la chair, et ne peuvent s'élever au-dessus des sens. - -Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie toutes ses -inclinations déréglées, et qu'il ne s'attache à nulle créature par un -amour de convoitise ou particulier. - - -RÉFLEXION. - - _Personne ne peut servir deux maîtres; car, ou il aimera l'un et nuira - l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre_[492]. Nous ne - pouvons servir à la fois Dieu et le monde; et la vie chrétienne - consiste à s'affranchir de l'esclavage du monde, pour acquérir _la - liberté des enfants de Dieu_[493]. Or la grâce combat en nous pour - Dieu, contre la nature corrompue qui nous entraîne vers le monde; - combat terrible dont on ne sort vainqueur qu'en mourant à soi-même, à - ses pensées, à ses goûts, à ses inclinations; et la mort corporelle, - qui termine à jamais la lutte entre la nature et la grâce, est la - dernière victoire du chrétien; ce qui faisait dire à l'apôtre saint - Paul: _Qui me délivrera de ce corps de mort[494]?_ Exerçons-nous donc - à mourir: détachons-nous entièrement de la terre et de toutes les - choses de la terre; détachons-nous de nous-mêmes, et ne vivons plus - qu'en Dieu, de Dieu et pour Dieu. Que cherchons-nous hors de lui? Ne - renferme-t-il pas tous les biens? Oh! quand nous sera-t-il donné de le - voir _tel qu'il est, face à face_[495]; _de nous rassasier de son - être, de sa gloire_[496] infinie! Hâtons de nos voeux ce moment qui - fixera notre éternité; et dans l'ardeur de nos désirs, écrions-nous - avec le Prophète: _Malheur à moi, parce que mon exil a été prolongé! - J'ai habité avec les peuples de Cédar, et mon âme a été étrangère au - milieu d'eux_[497]. - - [492] Matth., VI, 24. - - [493] Rom., VIII, 21. - - [494] Rom., VII, 24. - - [495] I. Joann., III, 2. - - [496] Ps. XVI, 15. - - [497] Ps. CXIX, 5. - - - - -CHAPITRE LIV. - -Des divers mouvements de la nature et de la grâce. - - -1. J.-C. Mon fils, observez avec soin les mouvements de la nature et de -la grâce: car, quoique très-opposées, la différence en est quelquefois -si imperceptible, qu'à peine un homme éclairé dans la vie spirituelle en -peut faire le discernement. - -Tous les hommes ont le désir du bien et tendent à quelque bien dans -leurs paroles et dans leurs actions; c'est pourquoi plusieurs sont -trompés dans cette apparence de bien. - -2. La nature est pleine d'artifice: elle attire, elle surprend, elle -séduit, et n'a jamais d'autre fin qu'elle-même. - -La grâce, au contraire, agit avec simplicité, et fuit jusqu'à la moindre -apparence du mal: elle ne tend point de piéges, et fait tout pour Dieu -seul, en qui elle se repose comme en sa fin. - -3. La nature répugne à mourir; elle ne veut point être contrainte, ni -vaincue, ni assujettie, ni se soumettre volontairement. - -Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à la sensualité, -recherche l'assujettissement, aspire à être vaincue, et ne veut pas -jouir de sa liberté; elle aime la dépendance, ne désire dominer -personne, mais vivre, demeurer, être toujours sous la main de Dieu; et à -cause de Dieu, _elle est prête à s'abaisser humblement au-dessous de -toute créature_[498]. - - [498] Pet., II, 13. - -4. La nature travaille pour son intérêt propre, et calcule le gain -qu'elle peut retirer des autres. - -La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais ce qui peut -être utile à plusieurs. - -5. La nature aime à recevoir les respects et les honneurs. - -La grâce renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute gloire. - -6. La nature craint la confusion et le mépris. - -La grâce _se réjouit de souffrir des outrages pour le nom de -Jésus_[499]. - - [499] Act., V, 41. - -7. La nature aime l'oisiveté et le repos du corps. - -La grâce ne peut être oisive, et se fait une joie du travail. - -8. La nature recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec -horreur ce qui est vil et grossier. - -La grâce se complaît dans les choses simples et humbles; elle ne -dédaigne point ce qu'il y a de plus rude, et ne refuse point de se vêtir -de haillons. - -9. La nature convoite les biens du temps, elle se réjouit d'un gain -terrestre, s'afflige d'une perte, et s'irrite d'une légère injure. - -La grâce n'aspire qu'aux biens éternels, et ne s'attache point à ceux du -temps; elle ne se trouble d'aucune perte, et ne s'offense point des -paroles les plus dures, parce qu'elle a mis son trésor et sa joie dans -le Ciel, où rien ne périt. - -10. La nature est avide, et reçoit plus volontiers qu'elle ne donne; -elle aime ce qui lui est propre et particulier. - -La grâce est généreuse et ne se réserve rien; elle évite la singularité, -se contente de peu, et croit qu'_il est plus heureux de donner que de -recevoir_[500]. - - [500] _Ibid._, XX, 35. - -11. La nature se porte vers les créatures, la chair, les vanités; elle -est bien aise de se produire. - -La grâce élève à Dieu, excite à la vertu, renonce aux créatures, fuit le -monde, hait les désirs de la chair, ne se répand point au dehors, et -rougit de paraître devant les hommes. - -12. La nature se réjouit d'avoir quelque consolation extérieure qui -flatte le penchant des sens. - -La grâce ne cherche de consolation qu'en Dieu seul; et s'élevant -au-dessus des choses visibles, elle met toutes ses délices dans le -souverain bien. - -13. La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage propre; -elle ne sait rien faire gratuitement; mais, en obligeant, elle espère -obtenir quelque chose d'égal ou de meilleur, des faveurs ou des -louanges; et elle veut qu'on tienne pour beaucoup tout ce qu'elle fait -et tout ce qu'elle donne. - -La grâce ne veut rien de temporel; elle ne demande d'autre récompense -que Dieu seul, et ne désire des choses du temps, même les plus -nécessaires, que ce qui peut lui servir pour acquérir les biens -éternels. - -14. La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents; -elle se glorifie d'un rang élevé, d'une naissance illustre; elle sourit -aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ceux qui lui -ressemblent. - -La grâce aime ses ennemis même, et ne s'enorgueillit point du nombre de -ses amis; elle ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins -qu'ils ne se soient distingués par la vertu; elle favorise plutôt le -pauvre que le riche, compatit plus à l'innocent qu'au puissant, -recherche l'homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d'exhorter les bons -_à s'efforcer de devenir meilleurs_[501], afin de se rendre semblables -au Fils de Dieu par leurs vertus. - - [501] I. Cor., XII, 31. - -15. La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce -qui la blesse. - -La grâce supporte avec constance la pauvreté. - -16. La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute pour ses -intérêts. - -La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement; elle ne -s'attribue aucun bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne -conteste point, ne préfère point son opinion à celle des autres; mais -elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l'éternelle -sagesse et au jugement de Dieu. - -17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se -montrer et voir, et examiner par elle-même; elle désire d'être connue, -et de s'attirer la louange et l'admiration. - -La grâce ne s'occupe point de nouvelles, ni de ce qui nourrit la -curiosité; car tout cela n'est que la renaissance d'une vieille -corruption, puisqu'il n'y a rien de nouveau ni de stable sur la terre. - -Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et -l'ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, et -à ne chercher en ce qu'on sait, et en toute chose, que ce qui peut être -utile, en l'honneur et la gloire de Dieu. - -Elle ne veut point qu'on loue ni elle, ni ses oeuvres; mais elle désire -que Dieu soit béni dans les dons qu'il répand par pur amour. - -18. Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu; -c'est proprement le sceau des élus, et le gage du salut éternel. De la -terre où son coeur gisait, elle élève l'homme jusqu'à l'amour des biens -célestes, et le rend spirituel, de charnel qu'il était. - -Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand -avec abondance; et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle -rétablit, au dedans de l'homme, l'image de Dieu. - - -RÉFLEXION. - - Selon la doctrine du grand Apôtre, nous avons en nous deux lois - opposées: la loi de la chair, qui nous asservit au péché, et la loi de - l'esprit qui nous retient dans l'ordre par le secours de la grâce que - Jésus-Christ nous a mérité[502]. Partagés entre ces deux lois, _entre - la chair et l'esprit qui se combattent sans cesse_[503], nous sommes - ici-bas comme flottant entre le bien et le mal, entre Dieu et le - monde, poussés vers l'un par la nature, attirés vers l'autre par la - grâce, qui n'abandonne jamais entièrement les plus grands pécheurs, de - même que la concupiscence ne cesse jamais de solliciter les plus - justes. Que deviendra notre pauvre âme en proie à cette guerre - terrible? Combien doit-elle trembler sur les suites d'un tel combat? - _Et c'est pourquoi_, dit saint Paul, _toute créature gémit, et est - comme dans le travail de l'enfantement: et nous aussi qui avons reçu - les prémices de l'Esprit, nous gémissons en nous-même, attendant - l'adoption des enfants de Dieu, et la délivrance de notre corps_[504]. - Heureux jour! et quand viendra-t-il? Quand goûterons-nous la - délicieuse paix d'un amour immuable? _J'ai désiré la dissolution de ma - chair, afin d'être avec Jésus-Christ_[505]. _Mon âme a soif du Dieu - fort, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face - de mon Dieu_[506]? - - [502] Rom., VII, 23. - - [503] Galat., V, 17. - - [504] Rom., VIII, 22, 23. - - [505] Philipp., I, 23. - - [506] Ps. XLI, 3. - - - - -CHAPITRE LV. - -De la corruption de la nature, et de l'efficace de la grâce divine. - - -1. LE F. Seigneur, mon Dieu, qui m'avez créé à votre image et à votre -ressemblance, accordez-moi cette grâce dont vous m'avez montré -l'excellence et la nécessité pour le salut, afin que je puisse vaincre -ma nature corrompue, qui m'entraîne au péché et dans la perdition. - -_Car je sens en ma chair la loi du péché qui contredit la loi de -l'esprit_[507], et m'asservit aux sens pour que je leur obéisse en -esclave; et je ne puis résister aux passions qu'ils soulèvent en moi, si -vous ne me secourez, en ranimant mon coeur par l'effusion de votre -sainte grâce. - - [507] Rom., VII, 23. - -2. Votre grâce, et une grâce très-grande, est nécessaire pour vaincre la -nature _inclinée au mal dès l'enfance_[508]. - - [508] Gen., VIII, 21. - -Car, déchue en Adam, notre premier père, et dépravée par le péché, cette -tache passe dans tous les hommes, et ils en portent la peine: de sorte -que cette nature même, que vous avez créée dans la justice et dans la -droiture, ne rappelle plus que la faiblesse et le déréglement d'une -nature corrompue, parce que, laissée à elle-même, son propre mouvement -ne la porte qu'au mal, et vers les choses de la terre. - -Le peu de force qui lui est resté est comme une étincelle cachée sous la -cendre. - -C'est cette raison naturelle, environnée de profondes ténèbres, sachant -encore discerner le bien du mal, le vrai du faux, mais impuissante à -accomplir ce qu'elle approuve, parce qu'elle ne possède pas la pleine -lumière de la vérité, et que toutes ses affections sont malades. - -3. De là vient, mon Dieu, que _je me réjouis en votre loi, selon l'homme -intérieur_[509], reconnaissant _que vos commandements sont bons, justes -et saints_[510], qui condamnent tout mal, et détournent du péché. - - [509] Rom., VII, 22. - - [510] _Ibid._, 12. - -Mais, _dans ma chair je suis asservi à la loi du péché_[511], obéissant -plutôt aux sens qu'à la raison, _voulant le bien, et n'ayant pas la -force de l'accomplir_[512]. - - [511] _Ibid._, 25. - - [512] _Ibid._, 18. - -C'est pourquoi souvent je forme de bonnes résolutions; mais la grâce, -qui aide ma faiblesse, venant à manquer, au moindre obstacle je cède et -je tombe. - -Je découvre la voie de la perfection, et je vois clairement ce que je -dois faire; - -Mais, accablé du poids de ma corruption, je ne m'élève à rien de -parfait. - -4. Ô que votre grâce, Seigneur, m'est nécessaire, pour commencer le -bien, le continuer et l'achever! - -Car sans elle je ne puis rien faire; mais _je puis tout en vous, quand -votre grâce me fortifie_[513]. - - [513] Philipp., IV, 13. - -Ô grâce vraiment céleste, sans laquelle nos mérites et les dons de la -nature ne sont rien! - -Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie, l'éloquence, -n'ont aucun prix, Seigneur, à vos yeux, sans la grâce. - -Car les dons de la nature sont communs aux bons et aux méchants; mais la -grâce ou la charité est le don propre des élus; elle est le signe auquel -on reconnaît ceux qui sont dignes de la vie éternelle. - -Telle est l'excellence de cette grâce, que ni le don de prophétie, ni le -pouvoir d'opérer des miracles, ni la plus haute contemplation, ne -doivent être comptés pour quelque chose sans elle. - -Ni la foi même, ni l'espérance, ni les autres vertus, ne vous sont -agréables sans la grâce et la charité. - -5. Ô bienheureuse grâce, qui rendez riche en vertus le pauvre d'esprit, -et celui qui possède de grands biens humble de coeur! - -Venez, descendez en moi, remplissez-moi dès le matin de votre -consolation, de peur que mon âme épuisée, aride, ne vienne à défaillir -de lassitude. - -J'implore votre grâce, ô mon Dieu, je ne veux qu'elle: _car votre grâce -me suffit_[514], quand je n'obtiendrais rien de ce que la nature désire. - - [514] II. Cor., XII, 9. - -Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup de tribulations, je ne -craindrai aucuns maux, tandis que votre grâce sera avec moi. - -Elle est ma force, mon conseil, mon appui. - -Elle est plus puissante que tous les ennemis, et plus sage que tous les -sages. - -6. Elle enseigne la vérité, et règle la conduite; elle est la lumière du -coeur, et sa consolation dans l'angoisse; elle chasse la tristesse, -dissipe la crainte, nourrit la piété, produit les larmes. - -Que suis-je sans elle qu'un bois sec, un rameau stérile qui n'est bon -qu'à jeter? - -_Que votre grâce, Seigneur, me prévienne donc et m'accompagne toujours; -qu'elle me rende sans cesse attentif à la pratique des bonnes oeuvres: -je vous en conjure par Jésus-Christ, votre Fils. Ainsi soit-il_[515]. - - [515] Orais. du 16e Dim. apr. la Pent. - - -RÉFLEXION. - - La religion fait deux choses: elle nous montre notre misère et nous en - indique le remède; elle nous enseigne que, de nous-mêmes, nous ne - pouvons rien pour le salut, mais que _nous pouvons tout en celui qui - nous fortifie_[516]. Et de là ce mot de saint Paul, mot aussi profond - de vérité qu'étonnant pour l'orgueil humain: _Je me glorifierai dans - mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi_[517]. - _Oui_, continue-t-il, _je me complais dans mes infirmités: car lorsque - je me sens infirme, c'est alors que je suis fort_[518]. Entrons dans - la pensée de l'Apôtre, et apprenons à nous humilier, à sentir notre - faiblesse, à jouir, pour ainsi parler, de notre néant. Lorsque nous - aurons rejeté toute vaine opinion de nous-mêmes, et creusé, en quelque - sorte, un lit profond dans notre âme, des flots de grâce s'y - précipiteront. La paix nous sera donnée sur la terre: car qui peut - troubler la paix de celui qui, s'oubliant et se méprisant soi-même, ne - s'appuie que sur Dieu et ne tient plus qu'à Dieu? _Paix aux hommes de - bonne volonté_[519], aux humbles de coeur, paix ici-bas: et dans le - Ciel _le rassasiement de la gloire_[520]. - - [516] Philipp., IV, 13. - - [517] Cor., XII, 9. - - [518] _Ibid._, 10. - - [519] Luc., II, 14. - - [520] Ps. XVI, 15. - - - - -CHAPITRE LVI. - -Que nous devons nous renoncer nous-mêmes, et imiter Jésus-Christ en -portant la Croix. - - -1. J.-C. Mon Fils, vous n'entrerez en moi, qu'autant que vous sortirez -de vous-même. - -Comme on possède en soi la paix, lorsqu'on ne désire rien au dehors, -ainsi le renoncement intérieur unit à Dieu. - -Je veux que vous appreniez à vous renoncer assez parfaitement, pour vous -soumettre à ma volonté sans répugnance et sans murmure. - -Suivez-moi: _Je suis la voie, la vérité et la vie_[521]. Sans la voie on -n'avance pas; sans la vérité on ne connaît pas; on ne vit point sans la -vie. Je suis la voie que vous devez suivre, la vérité que vous devez -croire, la vie que vous devez espérer. - - [521] Joann., XIV, 6. - -Je suis la voie qui n'égare point, la vérité qui ne trompe point, la vie -qui ne finira jamais. - -Je suis la voie droite, la vérité souveraine, la véritable vie, la vie -bienheureuse, la vie incréée. - -Si vous demeurez dans ma voie, _vous connaîtrez la vérité, et la vérité -vous délivrera, et vous obtiendrez la vie éternelle_[522]. - - [522] Joann., VIII, 32. - -2. _Si vous voulez parvenir à la vie, gardez mes commandements_[523]. - - [523] Matth., XIX, 17. - -Si vous voulez connaître la vérité, croyez-moi. - -_Si vous voulez être parfait, vendez tout_[524]. - - [524] _Ibid._, 21. - -_Si vous voulez être mon disciple, renoncez-vous vous-même_[525]. - - [525] Luc., IX 23. - -Si vous voulez posséder la vie bienheureuse, méprisez la vie présente. - -Si vous voulez être élevé dans le Ciel, humiliez-vous sur la terre. - -Si vous voulez régner avec moi, portez la croix avec moi. - -Car les serviteurs de la Croix trouvent seuls la voie de la béatitude et -de la vraie lumière. - -3. LE F. Seigneur Jésus, puisque votre vie était pauvre et que le monde -la méprisait, donnez-moi de vous imiter, et d'être aussi méprisé du -monde. - -_Car le serviteur n'est pas plus grand que celui qu'il sert, ni le -disciple au-dessus de son maître_[526]. - - [526] Matth., X, 24. - -Que votre serviteur travaille à se former sur votre vie, parce que là -est mon salut, et la vraie sainteté. - -Tout ce que je lis, tout ce que j'entends, hors cette vie céleste, ne me -console ni ne me satisfait pleinement. - -4. Mon Fils, _puisque vous avez lu et que vous savez toutes ces choses, -vous serez heureux si vous les pratiquez_[527]. - - [527] Joann., XIII, 17. - -_Celui-là m'aime, qui connaît et qui observe mes commandements; et je -l'aimerai aussi, et je me manifesterai à lui, et je le ferai asseoir -avec moi dans le royaume de mon Père_[528]. - - [528] _Ibid._, XIV, 24. - -5. LE F. Seigneur Jésus, qu'il soit fait selon votre parole et votre -promesse: rendez-moi digne de ce bonheur immense. - -J'ai reçu, j'ai reçu de votre main la croix: je la porterai, oui, je la -porterai, comme vous l'avez voulu, jusqu'à la mort. - -Certes, la vie d'un bon religieux est une croix, mais une croix qui -conduit à la gloire. - -J'ai commencé; il n'est plus permis de retourner en arrière; il n'y a -plus à s'arrêter. - -6. Allons, mes frères, marchons ensemble: Jésus sera avec nous. - -Pour Jésus, nous nous sommes chargés de la croix; continuons, pour -Jésus, de porter la croix. - -Il sera notre soutien, celui qui est notre chef et notre guide. - -Voilà que notre roi marche devant nous; il combattra pour nous. - -Suivons avec courage; que rien ne nous effraie; soyons prêts _à mourir -généreusement dans cette guerre, et ne souillons pas notre gloire_[529] -de la honte d'avoir fui la Croix. - - [529] I. Mac., IX, 10. - - -RÉFLEXION. - - Il est étrange qu'il faille sans cesse redire à l'homme: Pense à ton - âme, le temps fuit, l'éternité s'avance; demain, aujourd'hui peut-être - elle aura commencé pour toi: et cependant il est vrai que si on ne lui - rappelait à chaque heure cette vérité formidable, à chaque heure il - l'oublierait, tant est puissante la fascination du monde sur cette - créature tombée. Réveillez-vous, sortez de votre sommeil, ne différez - pas davantage le soin de _l'unique chose nécessaire_[530]; hâtez-vous - de mettre la main à l'oeuvre, tandis que le jour luit encore; _la nuit - vient pendant laquelle nul ne peut travailler_[531]: nuit terrible, - nuit désolante, nuit qui n'aura jamais d'aurore! Quittez, quittez, - sans perdre un instant, _la voie large de la perdition_, pour entrer - dans _la voie étroite de la vie_[532]. Combattez avec courage les - penchants de la nature inclinés au mal, renoncez à vous-même, et - portez votre croix: dans la Croix est la force, l'espérance, le salut. - Heureux donc celui qui _ne sait_, comme l'Apôtre, _que Jésus, et Jésus - crucifié_[533]! il entendra, au dernier jour, cette parole d'éternelle - joie: _Venez, le béni de mon Père, posséder le royaume qui vous a été - préparé dès le commencement du monde_[534]. Mais les contempteurs de - la Croix, mais ceux qui se seront recherchés eux-mêmes, un autre sort - leur est réservé: _Dieu a dans sa main une coupe pleine d'un vin - mélangé; il la verse ici et là, et la lie ne s'épuise point, et tous - les pécheurs de la terre boiront_[535]! - - [530] Luc., X. 42. - - [531] Joann., IX, 4. - - [532] Matth., VII, 13, 14. - - [533] I. Cor., II, 2. - - [534] Matth., XXV, 34. - - [535] Ps. LXXIV, 9. - - - - -CHAPITRE LVII. - -Qu'on ne doit point se laisser trop abattre quand on tombe en quelques -fautes. - - -1. J.-C. Mon fils, la patience et l'humilité dans les traverses me -plaisent plus que beaucoup de joie et de ferveur dans la prospérité. - -Pourquoi vous attrister d'une faute légère qu'on vous attribue? fût-elle -plus grave, vous ne devriez pas en être ému. - -Laissez donc tomber cela; ce n'est pas une chose nouvelle, ni la -première fois que vous l'éprouvez, et ce ne sera pas la dernière, si -vous vivez longtemps. - -Vous avez assez de courage quand il ne vous arrive rien de fâcheux. - -Vous savez même conseiller bien les autres, et les fortifier par vos -discours; mais lorsqu'il vous survient une affliction soudaine, vous -manquez de conseil et de force. - -Considérez votre extrême fragilité, dont vous avez si souvent -l'expérience dans les plus petites choses: et toutefois Dieu le permet -ainsi pour votre salut. - -2. Bannissez de votre coeur, autant que vous le pourrez, tout ce qui le -trouble. A-t-il été surpris, qu'il ne se laisse point abattre, mais -qu'il se dégage sur-le-champ. - -Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir avec joie. - -Lorsque vous êtes peiné d'entendre certaines choses, et que vous en -ressentez de l'indignation, modérez-vous, et veillez à ce qu'il ne vous -échappe aucune parole trop vive qui scandalise les faibles. - -Votre émotion s'apaisera bientôt, et le retour de la grâce adoucira -l'amertume intérieure. - -Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous secourir et vous -consoler plus que jamais, si vous mettez en moi votre confiance, et si -vous m'invoquez avec ferveur. - -3. Armez-vous de constance, et préparez-vous à souffrir encore -davantage. - -Tout n'est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le trouble et -tenté violemment. - -Vous êtes un homme, et non pas un Dieu; vous êtes de chair, et non pas -un ange. - -Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de -vertu, lorsque cette persévérance a manqué à l'Ange dans le ciel, et au -premier homme dans le paradis? - -C'est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent; et j'élève -jusqu'à moi ceux qui reconnaissent leur infirmité. - -4. LE F. Seigneur, que votre parole soit bénie; _elle m'est plus douce -que le miel à ma bouche_[536]. - - [536] Ps. XVIII, 10. - -Que ferais-je au milieu de tant d'afflictions et d'angoisses, si vous ne -me ranimiez par vos saintes paroles? - -Pourvu que je parvienne enfin au port du salut, que m'importe que je -souffre, et combien je souffre? - -Accordez-moi une bonne fin; donnez-moi de passer heureusement de ce -monde à l'autre. - -Souvenez-vous de moi, mon Dieu, et conduisez-moi dans la voie droite -vers votre royaume. Ainsi soit-il. - - -RÉFLEXION. - - Ce n'est pas assez d'être patient avec les autres, il faut l'être - encore avec soi-même. Ce je ne sais quoi d'aigre et de violent que - nous ressentons en nous après avoir commis quelque faute, vient plutôt - de l'orgueil humilié, que d'un repentir selon Dieu. L'homme humble qui - connaît sa faiblesse, ne s'étonne point de tomber; il gémit de sa - chute, en implore le pardon, et se relève tranquille, pour combattre - avec un courage nouveau. Faillir est un mal sans doute, mais se - troubler n'est qu'un mal de plus. Le trouble a sa source ou dans une - sorte de dépit superbe de se trouver si infirme, ou dans le défaut de - confiance en celui _qui guérit notre infirmité_[537]. _Veillez et - priez, afin que vous n'entriez point en tentation_[538]; et si, la - tentation survenant, il arrive que vous succombiez, veillez et priez - davantage encore: mais ne perdez jamais la paix, car notre Dieu est - _le Dieu de la paix[539], et c'est dans la paix qu'il nous - appelle_[540]. _Que la grâce, la miséricorde et la paix de Dieu le - Père et de notre Seigneur Jésus-Christ_[541], soient donc avec nous - toujours et qu'elles nous conduisent, à travers les épreuves du temps, - aux joies de l'éternité. - - [537] Ps. CII, 3. - - [538] Matth., XXVI, 41. - - [539] I. Cor., XIV, 33. - - [540] _Ibid._, VII, 15. - - [541] I. Tim., I, 2. - - - - -CHAPITRE LVIII. - -Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est au-dessus de nous, ni -sonder les secrets jugements de Dieu. - - -1. J.-C. Mon fils, gardez-vous de disputer sur des sujets trop hauts, et -sur les jugements cachés de Dieu: pourquoi l'un est abandonné, tandis -qu'un autre reçoit des grâces si abondantes; pourquoi celui-ci n'a que -des afflictions, et celui-là est comblé d'honneurs. - -Tout cela est au-dessus de l'esprit de l'homme, et nulle raison ne peut, -quels que soient ses efforts, pénétrer les jugements divins. - -Quand donc l'ennemi vous suggère de semblables pensées, ou que les -hommes vous pressent de questions curieuses, répondez par ces paroles du -Prophète: _Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont -droits_[542]. - - [542] Ps. CXIII, 137. - -2. Et encore: _Les jugements du Seigneur sont vrais et se justifient par -eux-mêmes_[543]. - -Il faut craindre mes jugements, et non les approfondir, parce qu'ils -sont incompréhensibles à l'intelligence humaine. - - [543] Ps. XVIII, 9. - -Ne disputez pas non plus des mérites des Saints, ne recherchez point si -celui-ci est plus saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le -royaume des cieux. - -Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations -inutiles; elles nourrissent l'orgueil et la vaine gloire, d'où naissent -des jalousies et des dissensions; celui-ci préférant tel Saint, celui-là -tel autre, et voulant qu'il soit le plus élevé. - -L'examen de pareilles questions, loin d'apporter aucun fruit, déplaît -aux Saints. _Car je ne suis point un Dieu de dissension, mais de -paix_[544]; et cette paix consiste plus à s'humilier sincèrement qu'à -s'élever. - - [544] I. Cor., XIV, 33. - -3. Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus vive pour -quelques Saints que pour d'autres; mais cette affection vient plutôt de -l'homme que de Dieu. - -C'est moi qui ai fait tous les Saints, moi qui leur ai donné la grâce, -moi qui leur ai distribué la gloire. - -Je sais les mérites de chacun: _Je les ai prévenus de mes plus douces -bénédictions_[545]. - - [545] Ps. XX, 3. - -Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: _je les ai choisis du -milieu du monde_[546] et ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les -premiers. - - [546] Joann., XV, 19 - -Je les ai appelés par ma grâce, je les ai attirés par ma miséricorde, et -conduits à travers des tentations diverses. - -J'ai répandu en eux d'ineffables consolations: je leur ai donné de -persévérer, et j'ai couronné leur patience. - -4. Je connais le premier et le dernier, et je les embrasse tous dans mon -amour immense. - -C'est moi qu'on doit louer dans tous mes Saints; moi qu'on doit bénir -au-dessus de tout et honorer en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés -dans la gloire et prédestinés, sans aucuns mérites précédents de leur -part. - -Celui donc qui méprise le plus petit des miens, n'honore pas le plus -grand, parce que j'ai fait le petit et le grand. - -Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes Saints, me rabaisse moi-même, et -tous ceux qui sont dans le royaume des cieux. - -Tous ne sont qu'un par le lien de la charité: ils n'ont tous qu'un même -sentiment, une même volonté, et sont tous unis par le même amour. - -5. Et ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus qu'ils ne -s'aiment, plus que tous leurs mérites. - -Ravis au-dessus d'eux-mêmes, au-dessus de leur propre amour, ils se -plongent et se perdent dans le mien, et s'y reposent délicieusement. - -Rien ne saurait partager leur coeur, ni le détourner vers un autre -objet; parce que, remplis de la vérité éternelle, ils brûlent d'une -charité qui ne peut s'éteindre. - -Que les hommes ensevelis dans la chair et ses convoitises, les hommes -qui ne savent aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir -sur l'état des Saints. Ils retranchent et ils ajoutent, suivant leur -inclination, et non pas selon que l'a réglé la vérité éternelle. - -6. En plusieurs, c'est ignorance, et surtout en ceux qui, peu éclairés -de la lumière divine, aiment rarement quelqu'un d'un amour parfait et -purement spirituel. - -Une inclination naturelle et une affection tout humaine les attire vers -tel ou tel Saint; et ils transportent dans le ciel les sentiments de la -terre. - -Mais il y a une distance infinie entre les pensées des hommes imparfaits -et ce que la lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire. - -7. Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses -qui passent votre intelligence: travaillez plutôt avec ardeur à obtenir -une place, fût-ce la dernière, dans le royaume de Dieu. - -Et quand quelqu'un saurait qui des Saints est le plus parfait et le plus -grand dans le royaume céleste, que lui servirait cette connaissance, -s'il n'en tirait un nouveau motif de s'humilier devant moi, et de me -louer davantage? - -Celui qui pense à la grandeur de ses péchés, à son peu de vertu, qui -considère combien il est éloigné de la perfection des Saints, se rend -plus agréable à Dieu, que celui qui dispute sur le degré plus ou moins -élevé de leur gloire. - -Il vaut mieux prier les Saints avec larmes et avec ferveur, et implorer -humblement leurs glorieux suffrages, que de chercher vainement à -pénétrer le secret de leur état dans le ciel. - -8. Ils sont heureux, contents: qu'avons-nous besoin d'en savoir plus, et -n'est-ce pas assez pour réprimer tous nos vains discours? - -Ils ne se glorifient point de leurs mérites, parce qu'ils ne -s'attribuent rien de bon, mais qu'ils attribuent tout à moi, qui leur ai -tout donné par une charité infinie. - -Ils sont remplis d'un si grand amour de la Divinité, d'une joie si -surabondante, que comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut -manquer à leur félicité. - -Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes: -et leur humilité me les rend plus chers, et les unit plus étroitement à -moi. - -C'est pourquoi il est écrit: _Qu'ils déposaient leurs couronnes au pied -du trône de Dieu, qu'ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils -adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles_[547]. - - [547] Apoc., IV, 10; V, 14. - -9. Plusieurs recherchent _qui est le premier dans le royaume de -Dieu_[548]; lesquels ignorent s'ils seront dignes d'être comptés parmi -les derniers. - - [548] Matth., XVIII, 1. - -C'est quelque chose de grand, d'être le plus petit dans le ciel, où tous -sont grands: parce que tous seront appelés et seront en effet les -enfants de Dieu. - -_Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux_, tandis -que _le pécheur, après une longue vie, ne trouvera que la mort_[549]. - - [549] Is., LX, 22; LXV, 20. - -Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le -royaume des cieux, ils entendirent cette réponse: - -_Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, -vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera -petit comme cet enfant, sera le plus grand dans le royaume des -cieux_[550]. - - [550] Matth., XVIII, 4. - -Malheur à ceux qui dédaignent de s'abaisser avec les petits, parce que -la porte du ciel est basse, et qu'ils n'y pourront passer. - -_Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation_[551], parce que, -quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu, ils demeureront -dehors poussant des hurlements. - - [551] Luc., VI, 24. - -Humbles, réjouissez-vous; pauvres, tressaillez d'allégresse, _parce que -le royaume de Dieu est à vous_[552], si cependant vous marchez dans la -vérité. - - [552] _Ibid._, 20. - - -RÉFLEXION. - - C'est une grande misère que le penchant qu'ont les hommes à - s'inquiéter de mille vaines questions, tandis qu'à peine songent-ils - aux vérités les plus importantes. Ils veulent tout savoir, excepté la - seule chose indispensable. Leur orgueil se complaît dans des - spéculations presque toujours dangereuses, ou au moins stériles pour - le salut. En s'efforçant de pénétrer des mystères impénétrables, ils - s'égarent dans leurs pensées, et ne saisissent que l'erreur, au moment - même où ils croient ravir à Dieu son secret. Voilà le fruit des - travaux dont ils se consument sous le soleil. Ah! qu'il y a de - profondeur et de véritable science de l'homme, dons ce conseil du - Sage: _Ne recherchez point ce qui est au-dessus de vous, et ne scrutez - point ce qui est plus fort que vous; mais pensez sans cesse à ce que - Dieu vous prescrit, et gardez-vous de sonder curieusement toutes ses - oeuvres: car il ne vous est pas nécessaire de voir de vos yeux ce qui - est caché_[553]. Songeons à nous-mêmes, à nos devoirs, au compte - rigoureux qu'il nous faudra rendre de nos oeuvres et de nos paroles. - Il y a bien là de quoi nous occuper et remplir tout notre temps: il ne - nous est donné que pour cela. - - [553] Eccles., III, 22, 23. - - - - -CHAPITRE LIX. - -Qu'on doit mettre toute son espérance et toute sa confiance en Dieu -seul. - - -1. LE F. Seigneur, quelle est ma confiance en cette vie, et ma plus -grande consolation au milieu de tout ce qui s'offre à mes regards sous -le ciel? - -N'est-ce pas vous, Seigneur mon Dieu, dont la miséricorde est infinie? - -Où ai-je été bien sans vous? et avec vous, où ai-je pu être mal? - -J'aime mieux être pauvre à cause de vous, que riche sans vous. - -J'aime mieux être avec vous voyageur sur la terre, que de posséder le -ciel sans vous. Où vous êtes, là est le ciel; et la mort et l'enfer sont -où vous n'êtes pas. - -Vous êtes tout mon désir: et c'est pourquoi je ne puis, loin de vous, -que soupirer, gémir, prier. - -Je ne puis me confier pleinement qu'en vous, ni espérer dans mes besoins -de secours que de vous seul, ô mon Dieu! - -Vous êtes mon espérance, ma confiance, mon consolateur toujours fidèle. - -2. _Tous cherchent leur intérêt_[554]; vous seul vous ne cherchez que -mon salut et mon avancement, et vous disposez tout pour mon bien. - - [554] Philipp, II, 21. - -Même quand vous m'exposez à beaucoup de tentations et de peines, c'est -encore pour mon avantage; car vous avez coutume d'éprouver ainsi ceux -qui vous sont chers. - -Et je ne dois pas moins vous aimer ni vous louer dans ces épreuves, que -si vous me remplissiez des plus douces consolations. - -3. C'est donc en vous, Seigneur mon Dieu, que je mets toute mon -espérance et tout mon appui; c'est dans votre sein que je dépose toutes -mes afflictions et toutes mes angoisses; car je ne trouve que faiblesse -et inconstance dans tout ce que je vois hors de vous. - -Il n'est point d'amis qui puissent me servir, point de protecteurs qui -me soient de secours, ni de sages qui me donnent un conseil utile, ni de -livre qui me console, ni de trésor assez grand pour me racheter, ni de -lieu assez secret pour m'offrir un sûr asile, si vous ne daignez -vous-même me secourir, m'aider, me fortifier, me consoler, m'instruire -et me prendre sous votre garde. - -4. Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le bonheur, n'est -rien sans vous, et réellement ne sert de rien pour rendre heureux. - -Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la plénitude -de la vie, la source inépuisable de toute lumière et de toute parole; et -la plus grande consolation de vos serviteurs est d'espérer uniquement en -vous. - -Mes yeux sont élevés vers vous; en vous je mets toute ma confiance, mon -Dieu, père des miséricordes. - -Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste bénédiction, afin -qu'elle devienne votre demeure sainte, le siége de votre éternelle -gloire, et que, dans ce temple où vous ne dédaignez pas d'habiter, il -n'y ait rien qui offense vos regards. - -_Regardez-moi, Seigneur, dans votre immense bonté; et, selon l'abondance -de vos miséricordes_[555], exaucez la prière de votre serviteur -misérable, exilé loin de vous dans la région des ténèbres et de la mort. - - [555] Ps. LXVIII, 16, 17. - -Protégez et conservez l'âme de votre pauvre serviteur au milieu des -dangers de cette vie corruptible; que votre grâce l'accompagne et le -conduise par le chemin de la paix, dans la patrie de l'éternelle -lumière. Ainsi soit-il. - - -RÉFLEXION. - - Quand on a tout parcouru, tout entendu, tout vu, il faut en revenir à - cette parole qui renferme toute sagesse et toute perfection: DIEU - SEUL. «Considérez, disait un humble religieux de saint François, des - mille millions de créatures plus parfaites que celles qui sont à - présent, tant dans les voies de la nature que dans les voies de la - grâce. Réitérez à l'infini votre multiplication, et comparez ensuite - ces créatures si parfaites au grand Dieu des éternités; dans cette - vue, elles deviennent à rien. Je prenais, ajoutait-il, un grand - plaisir dans cette multiplication; et de voir qu'en même temps que - l'Être de Dieu paraissait, ces créatures qui se montraient si - excellentes et si pleines de gloire, se retiraient d'une rapidité - incroyable dans leur centre qui est le néant. Et voyant que le grand - Dieu était en moi, et plus en moi que je n'y étais moi-même, j'en - ressentais une joie inexplicable, et je ne pouvais comprendre comment - il était possible d'avoir Dieu en soi et partout au dehors de soi, et - de s'occuper des créatures. J'étais ravi qu'il fût seul éternel, seul - immuable, seul infini, et je vous dis en vérité, qu'en disant: _En mon - Dieu tout est Dieu_, ma volonté était touchée d'un si grand et si - ardent amour, qu'il me semblait que tout l'être créé disparaissait - devant moi, et qu'à jamais je ne serais plus occupé que de Dieu seul. - Je ne puis expliquer l'infinie jubilation de mon coeur à la vue de ses - immenses perfections: mais voyant ses grandeurs incompréhensibles, et - d'autre part mon néant avec toutes les misères qui l'accompagnent, - j'allais de l'infini à l'infini, et je me trouvais incapable, de - l'infini à l'infini, de l'aimer comme je l'aurais voulu, ce qui me - faisait souffrir inénarrablement; car plus je me trouvais impuissant à - l'aimer d'un amour réciproque, plus un secret amour me dévorait - intérieurement. Alors j'allais cherchant des secrets dans ma bassesse, - comme navré et enivré d'amour, ne connaissant pas ce que je faisais: - et, chose étrange, dans ce travail de l'âme, ces saillies de l'infini - en perfection à l'infini de ma bassesse, m'étaient autant de feux - d'amour qui me consumaient de leurs ardeurs[556].» - - [556] L'homme intérieur, ou la Vie du vénérable père Jean-Chysostome, - religieux pénitent du tiers-ordre de Saint François; pag. 158, 175, - 176. - - -FIN DU TROISIÈME LIVRE. - - - - -L'IMITATION - -DE - -JÉSUS-CHRIST. - - - - -LIVRE QUATRIÈME. - -DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE. - - - - -EXHORTATION - -À LA SAINTE COMMUNION. - - -VOIX DE JÉSUS-CHRIST. - -1. J.-C. _Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail et qui êtes -chargés, et je vous soulagerai_[557]. - - [557] Matth., XI, 28. - -_Le pain que je donnerai, c'est ma chair_, que je donnerai _pour la vie -du monde_[558]. - - [558] Joann., VI, 52. - -_Prenez et mangez: ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Faites -ceci en mémoire de moi_[559]. - - [559] Luc., XXII, 19. I. Cor., XI, 24. - -_Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi et moi en -lui_[560]. - - [560] Joann., VI, 57. - -_Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie_[561]. - - [561] _Ibid._, 64. - - -RÉFLEXION. - - Nous voyons ici l'accomplissement des promesses divines, des - espérances du genre humain, des figures et des prophéties de - l'ancienne Loi. Le sacrifice réel, celui qui opère à jamais la - réconciliation de l'homme avec Dieu, succède aux sacrifices - symboliques et sans efficacité. La véritable Pâque est immolée[562], - la manne céleste nourrit désormais, non plus seulement le peuple - d'Israël, mais tous les peuples de l'alliance nouvelle, tous les vrais - enfants du Père des croyants. À l'exemple du _Roi de Paix[563], le - Pontife éternel selon l'ordre de Melchisedech_[564], offre au - Très-Haut le pain et le vin, _le pain vivant descendu du Ciel_[565]: - _et le pain qu'il donne est sa chair_[566], et le vin est son sang; et - _en vérité, à moins qu'on ne mange la chair, et qu'on ne boive le sang - du Fils de l'homme, on n'aura point la vie en soi_[567]: _car ma - chair_, il le dit lui-même, _est vraiment une viande, et mon sang un - breuvage: celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et - moi en lui_[568]: _voilà le pain descendu du Ciel: qui mange ce pain - vivra éternellement_[569]. Il n'y a point à hésiter; ce langage est - clair; il faut se soumettre, il faut dire: Je crois; Seigneur, - augmentez ma foi[570]. Et qu'avaient annoncé les Prophètes? _Les - pauvres mangeront et seront rassassiés, et leur âme vivra - éternellement. Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré: - tous ceux qui habitent la terre se prosterneront en sa présence_[571]. - Et nous aussi, dans l'inébranlable fermeté de notre foi, mangeons et - adorons; rassasions-nous de celle chair, abreuvons-nous de ce sang, - qui nous transforme en Jésus-Christ même. Victime d'un prix - inestimable, il acquitte volontairement notre dette envers la justice - divine, et pour nous appliquer, sans réserve et sans mesure, la vertu - de son sacrifice, il unit sa chair à notre chair, son âme à notre âme, - de sorte que, par celle ineffable union, _nous sommes remplis de la - divinité dont la plénitude habite en lui corporellement_[572]. - Prodigieux mystère d'amour! _L'homme a mangé le pain des anges_[573]. - Et comment? parce que «le Verbe de Dieu qui nourrit, dit saint - Augustin, de sa substance incorruptible les anges incorruptibles, - s'est fait chair, et a habité parmi nous[574]. Comme donc la créature - spirituelle se nourrit du Verbe, qui est son aliment par excellence; - et comme l'âme humaine, spirituelle aussi, mais, en punition du péché, - chargée des liens de la mortalité, a été abaissée de telle sorte, - qu'il faut qu'elle s'efforce d'atteindre par les conjectures des - choses visibles, à l'intelligence des choses invisibles: l'aliment - spirituel de la créature a été fait visible, non par un changement de - sa nature, mais relativement à la nôtre, afin qu'en cherchant ce qui - est visible, nous fussions rappelés au Verbe invisible[575].» - Chrétiens, allez au banquet sacré, approchez-vous de cette table où - Jésus-Christ tout entier se livre à vous, où le Verbe divin se fait - lui-même votre aliment incompréhensible: _Prenez et mangez le - véritable pain du Ciel_[576]. Là est l'espérance, la vie, la dernière - épreuve de la foi, la consommation de l'amour. - - [562] I. Cor., V, 7. - - [563] Gen., XIV, 18. - - [564] Ps. CIX, 4. - - [565] Joann., VI, 51. - - [566] _Ibid._, 52. - - [567] _Ibid._, 54. - - [568] _Ibid._, 56, 57. - - [569] _Ibid._, 59. - - [570] Luc., XVII, 5. - - [571] Ps. LIX, 21, 27, 30. - - [572] Coloss, II, 9, 10. - - [573] Ps. LXXVII, 25. - - [574] S. Aug., Enarrat. in Ps. LXXVI, c. 17. - - [575] Aug., De liber. arbitr., libr. III, cap. 30. - - [576] Luc., XXII, 10. Joann., VI, 33. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -Avec quel respect il faut recevoir Jésus. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. LE F. Ce sont là vos paroles, ô Jésus, vérité éternelle! quoiqu'elles -n'aient pas été dites dans le même temps, et qu'elles ne soient pas -écrites dans le même lieu. - -Et puisqu'elles viennent de vous, et qu'elles sont véritables, je dois -les recevoir toutes avec une foi pleine de reconnaissance. - -Elles sont de vous, car c'est vous qui les avez dites; mais elles sont -aussi à moi, parce que vous les avez dites pour mon salut. - -Je les reçois avec joie de votre bouche, afin qu'elles se gravent -profondément dans mon coeur. - -Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et d'amour, -m'animent; mais la pensée de mes crimes m'effraie, et ma conscience -impure m'éloigne d'un mystère si saint. - -La douceur de vos paroles m'attire, mais le poids de mes péchés me -retient. - -2. Vous m'ordonnez d'aller à vous avec confiance, si je veux _avoir part -avec vous_; et de me nourrir du pain de l'immortalité, si je veux -obtenir la vie et la gloire éternelle. - -Venez, dites-vous, _venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes -oppressés, et je vous ranimerai_[577]. - - [577] Matth., XI, 28. - -Ô douce et aimable parole à l'oreille d'un pécheur! vous invitez, -Seigneur mon Dieu, le pauvre et l'indigent à la participation de votre -corps sacré. - -Mais qui suis-je, Seigneur, pour oser m'approcher de vous? - -_Voilà que les Cieux des cieux ne peuvent vous contenir_[578], et vous -dites: _Venez tous à moi_. - - [578] I. Reg., VIII, 27. - -3. D'où vient cette miséricordieuse condescendance, une si tendre -invitation? - -Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien -qui puisse me donner quelque confiance? - -Comment vous recevrai-je en ma maison, moi qui ai si souvent outragé -votre bonté? - -Les Anges et les Archanges vous adorent en tremblant, les Saints et les -Justes sont saisis de frayeur; et vous dites: _Venez tous à moi!_ - -Si ce n'était vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire? - -Et si vous n'ordonniez vous-même d'approcher de vous, qui en aurait -l'audace? - -4. Noé, cet homme juste, travailla cent ans à construire l'arche, pour -se sauver avec peu de personnes: et moi, comment pourrai-je, en une -heure, me préparer à recevoir dignement le Créateur du monde? - -Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un -ami, fit une arche d'un bois incorruptible, qu'il revêtit d'un or -très-pur, afin d'y déposer les tables de la loi: et moi, vile créature, -j'oserai recevoir si facilement le fondateur de la loi et l'auteur de la -vie? - -Salomon, le plus sage des rois d'Israël, employa sept ans à élever un -temple magnifique à la gloire de votre nom: il célébra, pendant huit -jours, la fête de sa dédicace; il offrit mille hosties pacifiques, et, -au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il plaça -solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui était préparé. - -Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous -introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement -une demi-heure? Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé -dignement un moindre temps encore! - -5. Ô mon Dieu, que n'ont point fait ces saints hommes pour vous plaire, -et combien, hélas! ce que je fais est peu! combien est court le temps -que je consacre à me préparer à la communion! - -Rarement suis-je bien recueilli; plus rarement suis-je libre de toute -distraction. - -Et certes, en votre divine et salutaire présence, nulle pensée profane -ne devrait s'offrir à mon esprit, nulle créature ne devrait l'occuper: -car ce n'est pas un ange, mais le Seigneur des anges que je dois -recevoir en moi. - -6. Quelle distance infinie d'ailleurs entre l'arche d'alliance avec ce -qu'elle renfermait, et votre corps très-pur avec ses ineffables vertus; -entre les sacrifices de la loi, figure du sacrifice à venir, et la -véritable hostie de votre corps, accomplissement de tous les anciens -sacrifices! - -7. Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé en votre adorable -présence? - -Pourquoi n'ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos -saints mystères; lorsque ces antiques patriarches, ces saints prophètes, -et ces rois, et ces princes avec tout leur peuple, ont montré tant de -zèle pour le culte divin? - -8. David, ce roi si pieux, fit éclater ses transports par des danses -religieuses devant l'arche, se souvenant des bienfaits que Dieu avait -répandus sur ses pères; il fit faire divers instruments de musique, il -composa des psaumes que le peuple chantait avec allégresse, selon ce -qu'il avait ordonné, et, animé de l'Esprit saint, souvent il les chanta -lui-même sur sa harpe; il apprit aux enfants d'Israël à louer Dieu de -tout leur coeur, et à unir chaque jour leurs voix pour le célébrer et le -bénir. - -Si la vue de l'arche d'alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle -pour les louanges de Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas -m'inspirer, et à tout le peuple chrétien, la présence de votre -sacrement, ô Jésus, et la réception de votre corps adorable? - -9. Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des -Saints; ils écoutent avidement le récit de leurs actions; ils admirent -les vastes temples bâtis en leur honneur, et baisent leurs os sacrés, -enveloppés dans l'or et la soie. - -Et voilà que vous-même, ô mon Dieu, vous êtes ici présent devant moi sur -l'autel, vous, le Saint des saints, le Créateur des hommes, le Roi des -anges! - -Souvent c'est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui -fait entreprendre ces pèlerinages; et de là vient que, guidé par ce -motif frivole, sans véritable contrition, on en tire peu de fruit pour -la réforme des moeurs. - -Mais ici, dans le sacrement de l'autel, vous êtes présent tout entier, ô -Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme; et toutes les fois qu'on vous -reçoit dignement et avec ferveur, on recueille en abondance les fruits -du salut éternel. - -Ce n'est pas la légèreté, ni la curiosité, ni l'attrait des sens, qui -conduit à ce banquet sacré; mais une foi ferme, une vive espérance, une -charité sincère. - -10. Ô Dieu créateur invisible du monde, que vous êtes admirable dans ce -que vous faites pour nous! avec quelle bonté, quelle tendresse vous -veillez sur vos élus, vous donnant vous-même à eux pour nourriture dans -votre Sacrement! - -C'est là ce qui surpasse toute intelligence; ce qui, plus qu'aucune -autre chose, attire à vous les coeurs pieux et enflamme leur amour. - -Car vos vrais fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, puisent -dans la fréquente réception de cet auguste Sacrement une merveilleuse -ferveur et un zèle ardent pour la vertu. - -11. Ô grâce admirable et cachée du Sacrement, connue des seuls fidèles -serviteurs de Jésus-Christ! car les serviteurs infidèles, asservis au -péché, ne peuvent en ressentir l'influence. - -La grâce de l'Esprit saint est donnée dans ce Sacrement; il répare les -forces de l'âme, et lui rend sa beauté première, que le péché avait -effacée. - -Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu'elle -inspire, que non-seulement l'esprit, mais le corps languissant, en -reçoit une vigueur nouvelle. - -12. Et c'est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et -la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir -Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite. - -Car c'est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la -consolation de ceux qui voyagent sur la terre, et l'éternelle félicité -des Saints. - -Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant -d'indifférence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le -salut du monde! - -Ô aveuglement! ô dureté du coeur humain, d'être si peu touché de ce don -ineffable, qui semble perdre de son prix à mesure qu'on en use -davantage! - -13. Si cet adorable Sacrement ne s'accomplissait qu'en un seul lieu, et -qu'un seul prêtre, dans le monde entier, consacrât l'hostie sainte, avec -quelle ardeur les hommes n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce -prêtre unique, pour voir célébrer les saints mystères? - -Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs -lieux, afin que la miséricorde et l'amour de Dieu pour l'homme éclatent -d'autant plus, que la sainte communion est plus répandue dans le monde. - -Je vous rends grâces, ô Jésus, pasteur éternel, qui, dans notre exil et -notre indigence, daignez nous nourrir de votre corps et de votre sang -précieux, et nous inviter, de votre propre bouche, à la participation de -ces sacrés mystères, disant: _Venez à moi, vous tous qui portez votre -fardeau avec travail, et je vous soulagerai_[579]. - - [579] Matth., XI, 28. - - -RÉFLEXION. - - Tout ce qu'offrait de plus grand, de plus imposant, de plus saint, le - culte de l'ancienne alliance, n'était qu'une légère ombre des mystères - de l'Homme-Dieu. David célèbre avec pompe le retour de l'arche à - Jérusalem: mais cette arche était vide, elle ne renfermait pas le - Sauveur du genre humain. Salomon bâtit un temple magnifique; il en - fait, en présence du peuple saisi de respect, la dédicace solennelle; - des victimes sans nombre sont immolées; mais ces victimes, qu'est-ce? - de vils animaux dont le sang ne peut apaiser la souveraine Justice. Le - monde demeurait dans l'attente du salut annoncé, lorsque voilà qu'au - moment prédit, s'accomplissent _les promesses aperçues et saluées de - loin par les Patriarches, durant leur pèlerinage sur la terre_[580]. - _Le désiré des nations_[581], _le Dominateur, l'Ange de - l'alliance_[582], _celui dont le nom est JEHOVAH_[583], _vient dans - son temple_[584], et le vrai sacrifice de propitiation remplace à - jamais les sacrifices figuratifs[585]. Au fond du tabernacle, sous les - voiles du sanctuaire repose l'Hostie toujours vivante, l'_Agneau de - Dieu, qui ôte le péché du monde_[586]. Le même _qui est assis à la - droite du Père_[587], est là présent, et sa voix nous appelle: _Prenez - et mangez, ceci est mon corps: buvez, ceci est mon sang, le sang de la - nouvelle alliance, répandu pour la rémission des péchés_[588]. - _Mangez, ô mes amis: buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés_[589]! _vous - tous qui avez soif, venez à la source_[590] _dont les eaux - rejaillissent dans l'éternelle vie_[591]. Ceux qui, refusant de se - désaltérer à cette source pure, s'en vont cherchant à l'écart _des - eaux furtives_[592], Dieu leur _prépare un breuvage assoupissant, et - leurs yeux se ferment. Dans ce sommeil, il leur semble qu'ils ont faim - et qu'ils mangent, et au réveil leur âme est vide. Altérés, ils rêvent - qu'ils boivent, et ils se réveillent pleins de lassitude, et ils ont - encore soif, et leur âme est vide[593]. Venez donc: je suis le pain de - vie; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en - moi n'aura jamais soif_[594]. _Qui mange ma chair et boit mon sang a - la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour_[595]. - Seigneur, je crois et j'adore: mon âme, haletante de désir, s'élance - vers vous; et puis soudain une grande frayeur l'arrête: car, hélas! - que suis-je pour oser m'approcher de mon Dieu? Quand je considère mes - souillures, ma bassesse, ma misère profonde, je n'ai plus qu'un - sentiment, qu'une parole: _Retirez-vous de moi, parce que je suis un - homme pécheur[596]. Cependant, ô Jésus, ce sont les pécheurs que vous - êtes venu appeler, et non pas les justes_[597]. Et c'est pourquoi, - frappant ma poitrine et implorant votre miséricorde, _je me lèverai et - j'irai_[598]: j'irai avec une vive foi, avec un ardent amour, vers _le - Fils_, le Verbe, _splendeur de la gloire de Dieu, et figure de sa - substance_[599], vers le Sauveur divin _qui nous purifie de nos - péchés_[600], qui s'incorpore à sa créature, pour l'élever jusqu'à - lui; j'irai, et je dirai: _Seigneur, je ne suis pas digne que vous - entriez en moi; mais dites seulement un mot, et mon âme sera - guérie_[601]. - - [580] Hebr., XI, 3. - - [581] Agg., II, 8. - - [582] Malach., III, 1. - - [583] Jér., XXIII, 6. - - [584] Malach., III, 1. - - [585] _Ibid._ 3. - - [586] Joann., I, 29. - - [587] Ps. CIX, 1. Hebr., I, 3. - - [588] Matth., XXVI, 27, 28. - - [589] Cant., V, 1. - - [590] Is., LV, 1 - - [591] Joann., IV, 14. - - [592] Prov., IX, 17. - - [593] Is., XXIX, 10, 8. - - [594] Joann., VI, 35. - - [595] _Ibid._, 55. - - [596] Luc., V, 8. - - [597] Matth., IX, 13. - - [598] Luc., XV, 18. - - [599] Hebr., I, 3. - - [600] _Ibid._ - - [601] Matth., VIII, 8. - - - - -CHAPITRE II. - -Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son amour dans le Sacrement -de l'Eucharistie. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Plein de confiance en votre bonté et votre grande miséricorde, je -m'approche de vous, Seigneur: malade, je viens à mon Sauveur; consumé de -faim et de soif, je viens à la source de la vie; pauvre, je viens au Roi -du ciel; esclave, je viens à mon Maître; créature, je viens à celui qui -m'a fait; désolé, je viens à mon tendre consolateur. - -Mais qu'y a-t-il en ce misérable, qui vous porte à venir à lui? que -suis-je pour que vous vous donniez vous-même à moi? - -Comment un pécheur osera-t-il paraître devant vous? et comment -daignerez-vous venir vers ce pécheur? - -Vous connaissez votre serviteur, et vous savez qu'il n'y a en lui aucun -bien qui mérite cette grâce. - -Je confesse donc ma bassesse, je reconnais votre bonté, je bénis votre -miséricorde, et je vous rends grâces, à cause de votre immense charité. - -Car c'est pour vous-même et non pour mes mérites que vous en usez de la -sorte, afin que je connaisse mieux votre tendresse, et que, embrasé d'un -plus grand amour, j'apprenne à m'humilier plus parfaitement, à votre -exemple. - -Et puisqu'il vous plaît ainsi, et que vous l'avez ainsi ordonné, je -reçois avec joie la grâce que vous daignez me faire: et puisse mon -iniquité n'y pas mettre obstacle! - -2. Ô tendre et bon Jésus! quel respect, quelles actions de grâces, -quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous pas, pour la réception -de votre sacré Corps, si élevé au-dessus de tout ce que peut exprimer le -langage de l'homme! - -Mais que penserai-je en le recevant, en m'approchant de mon Seigneur, -que je ne puis révérer autant que je le dois, et que cependant je désire -ardemment recevoir? - -Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m'abaisser profondément -devant vous, et d'exalter votre bonté infinie pour moi? - -Je vous bénis, mon Dieu, et je veux vous louer éternellement. Je me -méprise et me confonds devant vous dans l'abîme de mon abjection. - -3. Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs. - -Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur -vous. - -Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre -table. Vous voulez me donner à manger un aliment céleste, le pain des -Anges, qui n'est autre que vous-même, _ô pain vivant, qui êtes descendu -du ciel, et qui donnez la vie au monde_[602]! - - [602] Joann., VI, 48, 50, 54. - -4. Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Que -ne vous doit-on pas d'actions de grâces et de louanges pour ce bienfait! - -Ô salutaire dessein que celui que vous conçûtes d'instituer votre -Sacrement! ô doux et délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même -pour nourriture! - -Que vos oeuvres sont admirables, Seigneur! que votre puissance est -grande! que votre vérité est ineffable! - -_Vous avez dit, et tout a été fait_[603], et rien n'a été fait que ce -que vous avez ordonné. - - [603] Ps. CXLVIII, 5. - -5. Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre, mais que -tous doivent croire; que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai -homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces -du pain et du vin, et que, sans être consumé, vous soyez mangé par celui -qui vous reçoit. - -Souverain maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne, -avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement: conservez sans -tache mon âme et mon corps, afin que je puisse plus souvent célébrer vos -saints mystères, avec la joie d'une conscience pure, et recevoir pour -mon salut éternel ce que vous avez institué principalement pour votre -gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre amour. - -6. Réjouis-toi, mon âme, et rends grâces à Dieu d'un don si magnifique, -d'une si ravissante consolation, qu'il t'a laissée dans cette vallée de -larmes. - -Car toutes les fois qu'on célèbre ce mystère, et qu'on reçoit le corps -de Jésus-Christ, l'on consomme soi-même l'oeuvre de sa rédemption, et on -participe à tous les mérites du Christ. - -Car la charité de Jésus-Christ ne s'affaiblit jamais, et jamais sa -propitiation infinie ne s'épuise. - -Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un -renouvellement d'esprit, et méditer attentivement ce grand mystère de -salut. - -Lorsque vous célébrez le divin sacrifice, ou que vous y assistez, il -doit vous paraître aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour que -si, ce jour là-même, Jésus-Christ descendant pour la première fois dans -le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que, suspendu à la croix, il -souffrît et mourût pour le salut des hommes. - - -RÉFLEXION. - - L'Apôtre saint Jean, ravi en esprit dans la Jérusalem céleste, vit, au - milieu du trône de Dieu, un Agneau comme égorgé, et autour de lui les - sept esprits que Dieu envoie par toute la terre, et vingt-quatre - vieillards; et ces vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant - dans leurs mains des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont - les prières des saints: et ils chantaient un cantique nouveau à la - louange de celui qui a été mis à mort, et qui nous a rachetés pour - Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute - nation: et des myriades d'anges élevaient leurs voix, et disaient: - L'Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir puissance, dignité, - sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction! et toutes les - créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et dans - la mer, et tout ce qui est dans ces lieux, disaient: À celui qui est - assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et - puissance dans les siècles des siècles[604]! Voici maintenant un autre - spectacle. Ce même agneau qui reçoit, sur son trône éternel, - l'adoration des anges et des saints, et qu'environne toute la gloire - des Cieux, _vient à nous plein de douceur_[605], et, voilé sous les - apparences d'un peu de pain, il se donne à ses pauvres créatures, pour - sanctifier notre âme, pour la nourrir, et notre corps même, par - l'union substantielle de sa chair à notre chair, de son sang à notre - sang, s'incarnant, si on peut le dire, de nouveau en chacun de nous, - et y accomplissant, d'une manière incompréhensible, en se communiquant - à nous selon tout ce qu'il est, le grand sacrifice de la Croix. Ô - Christ, fils du Dieu vivant, que vos voies sont merveilleuses! et qui - m'en développera le mystère impénétrable? Si je monte jusqu'au Ciel, - je vous y vois dans le sein du Père, tout éclatant de sa splendeur. Si - je redescends sur la terre, je vous y vois aussi dans le sein de - l'homme pécheur, indigent, misérable; attiré en quelque sorte et fixé - par l'amour, aux deux termes extrêmes de ce qui peut être conçu, dans - l'infini de la grandeur et dans l'infini de la bassesse; et comme si - ce n'était pas assez de venir à cet être déchu quand il vous désire, - quand il vous appelle, vous l'appelez vous-même le premier, vous - l'appelez avec instance, vous lui dites: _Venez, venez à moi, vous - tous qui souffrez, et je vous soulagerai_[606]: _venez, j'ai désiré - d'un grand désir de manger cette Pâque avec vous_[607]. C'en est trop, - Seigneur, c'en est trop; souvenez-vous qui vous êtes: ou plutôt - faites, mon Dieu, que je ne l'oublie jamais, et que je m'approche de - vous comme les anges eux-mêmes s'en approchent, en tremblant de - respect, avec un coeur rempli du sentiment de son indignité, pénétré - de vos miséricordes et embrasé de ce même amour inépuisable, immense, - éternel, qui vous porte à descendre jusqu'à lui! - - [604] Apoc., V. - - [605] Matth., XXI, 5. - - [606] Matth., XI, 28. - - [607] Luc., XXII, 15. - - - - -CHAPITRE III. - -Qu'il est utile de communier souvent. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Je viens à vous, Seigneur, pour jouir de votre don, et goûter la joie -du banquet sacré _que, dans votre tendresse, vous avez, mon Dieu, -préparé pour le pauvre_[608]. - - [608] Ps. LXVII, 11. - -En vous est tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer; vous êtes -mon salut et ma rédemption, mon espérance et ma force, mon honneur et ma -gloire. - -Réjouissez donc aujourd'hui l'âme de votre serviteur, _parce que j'ai -élevé mon âme vers vous_[609], Seigneur Jésus. - - [609] Ps. LXXXV, 3. - -Je désire maintenant vous recevoir avec un respect plein d'amour; je -désire que vous entriez dans ma maison, pour mériter d'être béni de vous -comme Zachée, et d'être compté parmi les enfants d'Abraham. - -Votre corps, voilà l'objet auquel mon âme aspire; mon coeur brûle d'être -uni à vous. - -2. Donnez-vous à moi, et ce don me suffit: car sans vous, rien ne me -console. - -Je ne puis être sans vous, et je ne saurais vivre si vous ne venez à -moi. - -Il faut donc que je m'approche de vous souvent, et que je vous reçoive -comme le soutien de ma vie, de peur que, privé de cette céleste -nourriture, je ne tombe de défaillance dans le chemin. - -C'est ainsi, miséricordieux Jésus, que, prêchant aux peuples, et les -guérissant de diverses langueurs, vous dites un jour: _Je ne veux pas -les renvoyer à jeun dans leurs maisons, de peur que les forces ne leur -manquent en route_[610]. - - [610] Matth., XV, 32. - -Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu -demeurer dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles. - -Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange -dignement aura part à l'héritage de la gloire éternelle. - -Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me -laisse aller si vite à la tiédeur, au découragement, de me renouveler, -de me purifier, de me ranimer, par des prières et des confessions -fréquentes, et par la réception de votre corps sacré; de peur que, m'en -abstenant trop longtemps, je n'abandonne mes résolutions. - -3. Car _les penchants de l'homme l'inclinent au mal dès l'enfance_[611]; -et s'il n'est soutenu par ce remède divin, il s'y enfonce de plus en -plus. - - [611] Gen., VIII, 21. - -La sainte Communion retire du mal, et fortifie dans le bien. - -Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède, quand je -communie ou que je célèbre le saint Sacrifice, que serait-ce si je -renonçais à cet aliment salutaire, et si je me privais de ce secours -puissant? - -Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour -célébrer les divins mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux -temps convenables, et de participer à une grâce si grande. - -Car c'est la principale consolation de l'âme fidèle, _tandis qu'elle -voyage loin de vous dans un corps mortel_[612], de se souvenir souvent -de son Dieu, et de recevoir son bien-aimé dans un coeur embrasé d'amour. - - [612] I. Cor., V, 6. - -4. Ô prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui -donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une -pauvre âme misérable, et avec votre divinité et votre humanité tout -entière, rassasier sa faim! - -Ô heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement, -vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre -présence! - -Ô qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit! qu'il est aimable l'hôte -qu'elle possède! que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux -et fidèle! que l'époux qu'elle embrasse est beau! qu'il est noble et -digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut aimer, et tout ce qu'il -y a de désirable! - -Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant -vous, ô mon bien-aimé! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le -tiennent de vous, _dont la sagesse n'a point de bornes_[613], et jamais -ils n'approcheront de votre beauté souveraine. - - [613] Ps. CXLVI, 5. - - -RÉFLEXION. - - Autant on doit apporter de soin à s'éprouver soi-même, avant de manger - le pain et de boire le calice du Seigneur[614], autant il faut prendre - garde à ne se pas tenir éloigné de la Table sainte par un faux respect - et une crainte excessive. Nous serons toujours, quoi que nous - fassions, infiniment indignes d'une faveur si haute: nul n'est pur, - nul n'est saint devant celui qui est la Sainteté même. Mais quand le - Sauveur nous dit: Venez, il connaît notre misère, et c'est pour la - guérir qu'il nous presse de venir à lui. Allons-y donc, non comme le - Pharisien hypocrite, _en rendant grâces à Dieu dans notre coeur de - n'être pas tel que les autres hommes_[615]: Dieu repousse avec horreur - cet orgueil d'une conscience qui se déguise à elle-même sa plaie - secrète; allons-y, mais comme l'humble Publicain, _les yeux baissés - vers la terre_, frappant notre poitrine, et disant: _Seigneur_, ayez - pitié de moi; _soyez propice à ce pauvre pécheur_[616]! Il est - nécessaire sans doute de se préparer par la pénitence, le - recueillement, la prière, à la communion du corps et du sang de - Jésus-Christ; mais après s'y être disposé sincèrement et de toute son - âme, c'est faire injure au Rédempteur que de refuser ses dons, c'est - se priver volontairement des grâces les plus précieuses, les plus - abondantes, les plus saintes, c'est renoncer à la vie: car, _si l'on - ne mange la chair du Fils de l'homme, et si l'on ne boit son sang, on - n'aura point la vie en soi_[617]. Nous devons aspirer continuellement - à _ce pain descendu du Ciel_[618]; sans cesse, nous devons le - demander, nous devons nous en nourrir sans cesse, pour qu'il détruise - le principe de mort qui est en nous depuis le péché. «_Seigneur, - donnez-nous toujours ce pain_[619]: _ce pain dont vous avez dit_, - qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que disent les Juifs; et ils - expriment par là le désir de toute la nature humaine, ou plutôt de - toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement; elle veut - ne manquer de rien; en un mot, elle veut être heureuse. C'est encore - ce qu'en pensait la Samaritaine, lorsque Jésus lui ayant dit: _Ô - femme! celui qui boit de l'eau que je donne n'a jamais soif_, elle - répond aussitôt: _Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie - jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de - l'eau_[620], dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un - coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir aucun - besoin; elle ne veut avoir ni faim, ni soif: aucun désir à remplir: - aucun travail: aucune fatigue: et cela, qu'est-ce autre chose, sinon - être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine: voilà son fond. - Elle se trompe dans les moyens: elle a soif des plaisirs des sens: - elle veut exceller: elle a soif des honneurs du monde. Pour parvenir - aux uns et aux autres, elle a soif des richesses: sa soif est - insatiable; elle demande toujours, et ne dit jamais: C'est assez, - toujours plus, et toujours plus. Elle est curieuse: elle a soif de la - vérité; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut - satisfaire: elle en ramasse ce qu'elle peut par-ci, par-là; par de - bons, par de mauvais moyens; et comme toute âme curieuse est légère, - elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité - qu'elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif: - venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l'homme qui vous - l'administre: à sa chair, à son sang où est tout ensemble la vérité et - la vie, parce que c'est la chair et le sang, non point du fils de - Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. _Ô Seigneur, - donnez-moi toujours ce pain!_ Qui n'en serait affamé? qui ne voudrait - être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter[621]?» - - [614] I. Cor., XI, 28. - - [615] Luc., XVIII, 11. - - [616] _Ibid._, 13. - - [617] Joann., VI, 54. - - [618] _Ibid._, 33. - - [619] _Ibid._, 34. - - [620] _Ibid._, IV, 10, 15. - - [621] Bossuet. - - - - -CHAPITRE IV. - -Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur mon Dieu, _prévenez votre serviteur de vos plus douces -bénédictions_[622], afin que je puisse approcher dignement et avec -ferveur de votre auguste Sacrement. - - [622] Ps. XX, 3. - -Rappelez mon coeur à vous; réveillez-moi du profond assoupissement où je -languis. _Visitez-moi pour me sauver_[623], pour que je goûte -intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce Sacrement, -comme dans sa source. - -Faites briller aussi votre lumière à mes yeux, afin qu'ils discernent un -si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement. - - [623] Ps. CV, 4. - -Car c'est l'oeuvre de votre amour et non de la puissance humaine: c'est -votre institution sacrée, et non une invention de l'homme. - -Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la -pénétration des Anges mêmes. - -Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et poussière, -découvrir et comprendre d'un mystère si haut? - -2. Seigneur, dans la simplicité de mon coeur, avec une foi ferme et -sincère, et sur le commandement que vous m'en avez fait, je m'approche -de vous plein de confiance et de respect; et je crois, sans hésiter, que -vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme. - -Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m'unisse à vous dans la -charité? - -C'est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en ce moment -une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour, je me fonde et m'écoule -tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation. - -Car cet adorable Sacrement est le salut de l'âme et du corps, le remède -de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les -passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, -accroît la vertu, affermit la foi, fortifie l'espérance, enflamme et -dilate l'amour. - -3. Quels biens sans nombre n'avez-vous pas accordés, et n'accordez-vous -pas encore chaque jour dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez, et qui -le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu, unique appui de mon âme, -réparateur de l'infirmité humaine, source de toute consolation -intérieure! - -Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses; -vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; -vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle; -de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant -la communion, se trouvent tout changés après s'être nourris de cette -viande et de ce breuvage céleste. - -Vous en usez ainsi avec vos élus, afin qu'ils reconnaissent clairement, -et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre, -et tout ce qu'ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté. - -Car d'eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous ils -deviennent pieux, zélés, fervents. - -Qui, en effet, s'approchant humblement de la fontaine de suavité, n'en -remporte pas un peu de douceur? ou qui, se tenant près d'un grand feu, -n'en reçoit pas quelque chaleur? - -Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce -feu toujours ardent, et qui ne s'éteint jamais. - -4. Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la source, -et de m'y désaltérer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de -l'ouverture par où s'écoulent les eaux célestes, afin d'en recueillir au -moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une -entière sécheresse. - -Et si je ne puis encore être tout céleste, et tout de feu, comme les -Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'animer à la -piété, et de préparer mon coeur, afin qu'en participant avec humilité à -ce Sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce -feu divin. - -Bon Jésus, Sauveur très-saint, suppléez vous-même, par votre bonté et -votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous -tous les hommes, en disant: _Venez à moi, vous tous qui êtes accablés de -travail et de douleur, et je vous soulagerai_[624]. - - [624] Matth., XI, 28. - -5. Je travaille à la sueur de mon front, mon coeur est brisé de douleur, -le poids de mes péchés m'accable, les tentations m'agitent, une foule de -passions mauvaises m'enveloppent et me pressent; et il n'y a personne -qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n'est vous, Seigneur -mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce -qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie -éternelle. - -Recevez-moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui m'avez -préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage. - -«Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et mon amour -croissent d'autant plus, que je participe plus souvent à ce divin -mystère[625].» - - [625] Oraison de l'Église. - - -RÉFLEXION. - - Jésus-Christ, près de quitter la terre, promit à ses disciples de leur - envoyer l'Esprit consolateur[626]: et c'est ce divin Esprit qui nous - est donné dans les sacrements de la nouvelle alliance. Amour - substantiel du Père et du Fils, _il aide notre infirmité, car nous ne - savons pas demander comme il faut, mais l'Esprit demande pour nous - avec des gémissements ineffables; et celui qui scrute les coeurs sait - ce que désire l'Esprit, parce qu'il demande selon Dieu pour les - Saints_[627]. Par une invisible opération aussi douce que puissante, - il incline librement notre volonté au bien, il la purifie, il l'élève - vers Dieu: il est notre force, comme le Verbe est notre lumière. Or, - quand nous possédons en nous Jésus-Christ, nous possédons le Verbe - même, et nous participons à tous les dons que le Verbe et l'Esprit qui - procède de lui, répandent incessamment sur l'humanité sainte du - Sauveur, devenu _un_ avec nous par la communion de son corps et de son - sang, de son âme et de sa Divinité, qui en est inséparable. En lui - sont _toutes les richesses de la plénitude de l'intelligence, tous les - trésors de la sagesse et de la science souveraine_[628]: et ces - trésors, il les ouvre pour nous dans le sacrement de l'Eucharistie; il - nous dispense, selon nos besoins, ces célestes richesses: tandis que - l'Esprit sanctificateur nous embrase de ses flammes divines qui - consument les dernières traces du péché, nous donnent comme un - avant-goût de la félicité céleste, et nous préparent à en jouir - pleinement, lorsque nous aurons atteint le terme heureux de nos - épreuves sur la terre. Allez donc à la source des grâces, allez à - l'autel, allez à Jésus: _et à qui, Seigneur, irions-nous? Vous seul - avez les paroles de la vie éternelle_[629]. Languissants, vous nous - fortifiez; affligés, vous nous consolez; troublés par les tempêtes qui - s'élèvent au dedans et au dehors de nous, _vous commandez aux vents, - et il se fait un grand calme_[630]. Ô Jésus! _votre amour me - presse_[631], et mon âme a défailli dans l'ardeur de s'unir à vous. - C'est là tout mon désir, je n'en ai point d'autre, je ne veux que - vous, ô mon Dieu! Oh! quand pourrai-je dire: _Mon bien-aimé est à moi, - et je suis à lui_[632]: _ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ - qui vit en moi_[633]? - - [626] Joann., XIV, 26. - - [627] Rom., VIII, 26, 27. - - [628] Coloss., II, 2, 3. - - [629] Joann., VI, 69. - - [630] Marc., IV, 39. - - [631] II. Cor., V, 14. - - [632] Cant., II, 16. - - [633] Galat., II, 20. - - - - -CHAPITRE V. - -De l'excellence du Sacrement de l'autel, et de la dignité du Sacerdoce. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Quand vous auriez la pureté des Anges et la sainteté de -Jean-Baptiste, vous ne seriez pas digne de recevoir ni même de toucher -ce Sacrement. - -Car ce ne sont pas les mérites de l'homme qui lui donnent le droit de -consacrer et de toucher le corps de Jésus-Christ, et de se nourrir du -pain des Anges. - -Ô mystère ineffable! ô sublime dignité des prêtres, auxquels est donné -ce qui n'a point été accordé aux Anges! - -Car les prêtres, validement ordonnés dans l'Église, ont seuls le pouvoir -de célébrer et de consacrer le corps de Jésus-Christ. - -Le prêtre est le ministre de Dieu; il use de la parole de Dieu selon le -commandement et l'institution de Dieu: mais Dieu, à la volonté de qui -tout est soumis, à qui tout obéit lorsqu'il commande, est le principal -auteur du miracle qui s'accomplit sur l'autel, et c'est lui qui l'opère -invisiblement. - -2. Vous devez donc, dans cet auguste Sacrement, croire plus à la -toute-puissance de Dieu qu'à vos propres sens, et à ce qui paraît aux -yeux: et vous ne sauriez dès lors approcher de l'autel avec assez de -respect et de crainte. - -Pensez à ce que vous êtes, et considérez quel est celui dont vous avez -été fait le ministre par l'imposition des mains de l'Évêque. - -Vous avez été fait prêtre, et consacré pour célébrer les saints -mystères: maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le sacrifice avec -ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit -irrépréhensible. - -Votre fardeau n'est pas plus léger; vous êtes lié, au contraire, par des -obligations plus étroites, et obligé à une plus grande sainteté. - -Un prêtre doit être orné de toutes les vertus, et donner aux autres -l'exemple d'une vie pure. - -Ses moeurs ne doivent point ressembler à celles du peuple: il ne doit -pas marcher dans les voies communes; mais il doit vivre comme les Anges -dans le ciel, ou comme les hommes parfaits sur la terre. - -3. Le prêtre, revêtu des habits sacrés, tient la place de Jésus-Christ, -afin d'offrir à Dieu d'humbles supplications pour lui-même et pour tout -le peuple. - -Il porte devant et derrière lui le signe de la croix du Sauveur, afin -que le souvenir de sa passion lui soit toujours présent. - -Il porte devant lui la croix sur la chasuble, afin de considérer -attentivement les traces de Jésus-Christ, et de s'animer à les suivre. - -Il porte la croix derrière lui, afin d'apprendre à souffrir avec douceur -pour Dieu, tout ce que les hommes peuvent lui faire de mal. - -Il porte la croix devant lui, afin de pleurer ses propres péchés; -derrière lui, afin que, par une tendre compassion, il pleure aussi les -péchés des autres; et se souvenant qu'il est établi médiateur entre Dieu -et le pécheur, il ne se lasse point d'offrir des prières et des -sacrifices, jusqu'à ce qu'il ait obtenu grâce et miséricorde. - -Quand le prêtre célèbre, il honore Dieu, il réjouit les Anges, il édifie -l'Église, il procure des secours aux vivants, du repos aux morts, et se -rend lui-même participant de tous les biens. - - -RÉFLEXION. - - Pour comprendre la grandeur du sacerdoce chrétien, il faut considérer - les caractères qui le distinguent immuablement, et forment comme le - sceau divin dont il fut marqué à son origine. Et d'abord il est un: - _de même qu'il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'un Médiateur de Dieu et - des hommes, Jésus-Christ_[634], _apôtre et pontife de notre foi_[635], - _toujours vivant pour intercéder en notre faveur_[636]. Tout prêtre, - dans l'exercice de ses célestes fonctions, représente Jésus-Christ, ou - plutôt est Jésus-Christ même, qui seul opère véritablement ce - qu'annoncent les paroles et les actes de son ministre, seul lie et - délie, seul dispense la grâce, seul immole et offre à son Père la - victime de propitiation, qui est une aussi: car _Jésus entrant par son - sang une seule fois dans le Saint des saints, a consommé la rédemption - éternelle_[637]. Ainsi un sacrifice, un prêtre, un sacerdoce, qui, - dans son immense hiérarchie, n'est que le _Pontife_ invisible des - _biens futurs_[638], est multiplié visiblement sur tous les points de - la terre, pour y continuer sa grande mission jusqu'à la fin des - siècles[639]. Et non-seulement le sacerdoce est un, il est encore - universel; car _tous les peuples ont été donnés en héritage à - Jésus-Christ_[640], et _depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, - en tous lieux le sacrifice doit être accompli et l'offrande pure - présentée au Seigneur_[641]. Il est éternel; car, de toute éternité, - _Dieu a dit au Christ: Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui_; - et encore: _Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de - Melchisédech_[642]. Il est saint; _car il convenait que nous eussions - un tel Pontife, saint, pur, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé - au-dessus des cieux_[643]; et les démons mêmes, vaincus par celui _qui - possède le sacerdoce éternel_[644], lui ont rendu ce témoignage: _Je - sais qui vous êtes, le Saint de Dieu_[645]. Oh! qu'elle est élevée, - qu'elle est sublime la dignité du prêtre! mais aussi qu'elle est - redoutable! Associé à la puissance de Jésus-Christ Pontife, dans - l'unité de son sacerdoce, ministre avec lui et en lui du sacrifice de - la Croix, renouvelé chaque jour sur l'autel, d'une manière non - sanglante; distributeur du pain de vie, du corps et du sang du - Rédempteur, sur lesquels il lui a été donné pouvoir; revêtu de la - mission du Fils de Dieu pour le salut du monde, ses devoirs sont - proportionnés à une si haute vocation, et c'est à lui surtout qu'il - est dit: _Soyez saint, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis - saint_[646]. Pauvre pécheur, si faible, si languissant, si infirme, - comment pourrai-je m'élever, ô Jésus! à la sainteté que vous exigez de - moi? Je tremble à cette pensée, et je perdrais toute espérance, si - votre bonté ne daignait me rassurer, disant: _Cela est impossible aux - hommes, mais tout est possible à Dieu_[647]? - - [634] Tim., II, 5. - - [635] Hebr., III, 1. - - [636] _Ib._, VII, 25. - - [637] _Ib._, IX, 12; VII, 27. - - [638] _Ib._, IX, 11. - - [639] Matth., XXVIII, 20. - - [640] Ps. II, 8. - - [641] Malach., I, 11. - - [642] Hebr., V, 5, 6; VI, 20. - - [643] _Ib._, VII, 26. - - [644] _Ib._, 24. - - [645] Marc., I, 24. - - [646] Levit., XIX, 2. - - [647] Matth., XIX. 26. - - - - -CHAPITRE VI. - -Prière du Chrétien avant la Communion. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur, lorsque je considère votre grandeur et ma bassesse, je suis -saisi de frayeur, et je me confonds en moi-même. - -Car si je ne m'approche de vous, je fuis la vie; et si je m'en approche -indignement, j'irrite votre colère. - -Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil dans tous mes -besoins? - -2. Montrez-moi la voie droite, enseignez-moi quelque court exercice pour -me disposer à la sainte Communion. - -Car il m'est important de savoir avec quelle ferveur et quel respect je -dois préparer mon coeur, pour recevoir avec fruit votre Sacrement, ou -pour vous offrir ce grand et divin sacrifice. - - -RÉFLEXION. - - S'il est nécessaire de _préparer son âme avant la prière_[648], - combien plus avant d'approcher de la divine Eucharistie? Et c'est - pourquoi l'Apôtre dit: _Que l'homme s'éprouve soi-même, et qu'il mange - ainsi de ce pain, et boive de ce calice: car celui qui mange et boit - indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps - du Seigneur_[649]. Mais, hélas! mon Dieu, plus je m'éprouve, plus je - me reconnais indigne de m'unir à vous dans le sacrement adorable de - votre corps et de votre sang: et cependant _si je ne mange votre - chair, et ne bois votre sang, je n'aurai point la vie en moi_[650]; de - sorte que je suis partagé entre le désir de m'asseoir au banquet sacré - où vous invitez vos fidèles, et la crainte d'entendre ces paroles - terribles: _Pourquoi êtes-vous entré ici sans être revêtu de la robe - nuptiale? Jetez-le, pieds et mains liés, dans les ténèbres - extérieures: là sont les pleurs et les grincements de dents_[651]. Que - ferai-je donc? Ah! voici ce que je ferai. Je me présenterai tel que je - suis, dépouillé, nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je - lui dirai: Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me revêtir - vous-même du vêtement pur, qui me rendra digne d'être admis dans la - salle du festin. Si vous ne venez à mon secours, si vous ne suppléez à - mon indigence, je serai, ô mon divin maître, à jamais exclu de votre - Table sainte; mais vous laisserez tomber sur ce pauvre un regard de - compassion; vous viendrez à lui dans votre bonté, dans votre - miséricorde immense, et votre main s'étendra pour couvrir sa nudité: - oui, _Seigneur, j'ai espéré en vous, et je ne serai point confondu - éternellement_[652]. - - [648] Eccles., XVIII, 23. - - [649] I. Cor., XI, 28, 29. - - [650] Joann., VI, 54. - - [651] Matth., XXII, 12, 13. - - [652] Ps. XXX, 2. - - - - -CHAPITRE VII. - -De l'examen de conscience, et de la résolution de se corriger. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Sur toutes choses, il faut que le prêtre qui se dispose à célébrer -les saints mystères, à toucher et à recevoir le corps de Jésus-Christ, -s'approche de ce Sacrement avec une profonde humilité de coeur, un -respect suppliant, une pleine foi, et une pieuse intention d'honorer -Dieu. - -Examinez avec soin votre conscience, et, autant que vous le pourrez, -purifiez-la par une contrition véritable et par une humble confession; -de sorte que, délivré du poids de vos fautes, exempt de trouble et de -remords, vous puissiez librement venir à moi. - -Ayez une vive douleur de tous vos péchés en général; déplorez en -particulier ceux que vous commettez chaque jour; et, si le temps vous le -permet, confessez à Dieu, dans le secret du coeur, toutes les misères -qui sont le fruit de vos passions. - -2. Affligez-vous et gémissez d'être encore sous l'empire de la chair et -du monde: - -Si peu occupé de mourir à vos inclinations; si agité par les mouvements -de la concupiscence: - -Si peu exact à veiller sur vos sens; si souvent séduit par de vains -fantômes: - -Si enclin à vous répandre au dehors; si négligent à rentrer en -vous-même: - -Si porté au rire et à la dissipation; si dur, quand vous devriez verser -des larmes de componction: - -Si prompt à vous livrer au relâchement et à la mollesse; si lent à -embrasser une vie austère et fervente: - -Si curieux de nouvelles, et de ce qui attire les regards par sa beauté; -si plein de répugnance pour ce qui abaisse et humilie: - -Si avide de beaucoup avoir, si avare pour donner, si ardent à retenir: - -Si inconsidéré dans vos discours; si impuissant à vous taire: - -Si déréglé dans vos moeurs; si indiscret dans vos actions: - -Si intempérant dans le manger et le boire; si sourd à la parole de Dieu: - -Si convoiteux de repos; si ennemi du travail: - -Si éveillé pour des récits frivoles: si appesanti par le sommeil durant -les veilles saintes; si pressé d'en voir la fin; si peu attentif en y -assistant: - -Si dissipé en récitant l'office divin, si tiède en célébrant, si aride -dans la Communion: - -Si aisément distrait; si rarement bien recueilli: - -Si tôt ému de colère; si prompt à blesser les autres: - -Si enclin à juger mal; si sévère à reprendre: - -Si enivré de joie dans la prospérité; si abattu dans l'adversité: - -Si fécond en bonnes résolutions, et si stérile en bonnes oeuvres. - -3. Après avoir confessé et déploré avec une grande douleur et un vif -sentiment de votre faiblesse, ces défauts et tous les autres qui peuvent -être en vous, formez un ferme propos de vous corriger, et d'avancer dans -la vertu. - -Offrez-vous ensuite, avec une pleine résignation et sans aucune réserve, -sur l'autel de votre coeur, comme un holocauste perpétuel, en l'honneur -de mon nom, m'abandonnant entièrement le soin de votre corps et de votre -âme, afin d'obtenir ainsi la grâce de célébrer dignement le saint -Sacrifice, et de recevoir avec fruit le Sacrement de mon corps. - -4. Car il n'est point d'oblation plus méritoire, ni de satisfaction plus -grande pour les péchés, que de s'offrir soi-même sincèrement à Dieu, en -lui offrant, à la Messe et dans la Communion, le Corps de Jésus-Christ. - -Si l'homme fait ce qui est en lui, et s'il a un vrai repentir toutes les -fois qu'il s'approche de moi pour demander grâce et miséricorde: _J'en -jure par moi-même_, dit le Seigneur, _je ne me souviendrai plus de ses -péchés, et ils lui seront tous pardonnés; car je ne veux point la mort -du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive_[653]. - - [653] Ezech., XXIII, 22; XXXIII, 11. - - -RÉFLEXION. - - Il n'est rien de plus utile en soi, ni de plus indispensable pour - approcher dignement de l'autel, que de descendre en sa conscience, et - d'en scruter, avec une sévérité salutaire, les tristes profondeurs. - Nous avons en nous-mêmes comme une image du royaume des ténèbres: là - vit, et croît, et se propage l'innombrable famille des vices, nés de - la triple concupiscence[654] qui a infecté la vie humaine dans sa - source. Quiconque examine sérieusement son coeur, y trouve le germe de - tout ce qui est mauvais; un orgueil tantôt hardi et violent, tantôt - plein de déguisements et de ruses, une curiosité effrénée, des - convoitises ardentes, la haine qu'accompagnent l'injure, l'outrage et - la calomnie, l'envie mère du meurtre, l'avarice qui dit sans cesse: - _Apporte, apporte_[655], la dureté d'âme, les joies coupables de - l'esprit; et bien que ces semences de mort ne se développent pas dans - chaque homme au même degré, tous les ont en eux-mêmes, et la grâce - seule les étouffe plus ou moins. Tel est, depuis la chute originelle, - le partage des enfants d'Adam. Qui, dans son effroi, ne _crierait vers - Dieu du fond de cette immense misère_[656], pour implorer de lui - secours et miséricorde? _Il délaisse ceux qui cachent leurs crimes, et - pardonne à ceux qui s'accusent_[657]. Touché de pitié pour les - pécheurs, Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence, qui les - régénère dans le sang de l'Agneau, et les revêt de l'innocence - primitive. Voilà la robe nuptiale nécessaire pour assister au festin - de l'Époux. Vous qui portez avec douleur le poids de vos péchés, - hâtez-vous donc, allez pleins de repentir, de foi, d'espérance et - d'amour, déposer cet accablant fardeau aux pieds de celui qui tient, - dans le tribunal sacré, la place du Fils de Dieu même: allez et - humiliez-vous, allez et pleurez: une main divine essuiera vos larmes, - et, rétablis en grâce avec Dieu, en paix avec vous-mêmes, vous - chanterez dans l'allégresse l'hymne du pardon: _Heureux ceux dont les - iniquités ont été remises, et les péchés couverts! Heureux celui à qui - le Seigneur n'a point imputé son péché, et dont le coeur a été sans - fraude! Parce que j'ai tu mon crime, il a vieilli dans mes os, et crié - dans mon sein pendant tout le jour. Car votre main s'est appesantie - sur moi le jour et la nuit: je me suis tourné et retourné dans mon - angoisse, tandis que l'épine perçait mon coeur. Alors je vous ai - déclaré mon péché: je n'ai point caché mon injustice. J'ai dit: Je - confesserai contre moi mon iniquité au Seigneur; et vous, Seigneur, - vous m'avez remis l'impiété de mon péché. C'est pour cela que vos - serviteurs vous invoqueront dans le temps propice; et le déluge des - grandes eaux n'approchera point d'eux_[658]. - - [654] Joann., I, 11, 16. - - [655] Prov., XXX, 15. - - [656] Ps. CXXIX, 1. - - [657] Prov., XXVIII, 13. - - [658] Ps. XXXI, 1-6. - - - - -CHAPITRE VIII. - -De l'oblation de Jésus-Christ sur la Croix, et de la résignation de soi -même. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Comme je me suis offert volontairement pour vos péchés, à mon Père, -les bras étendus sur la Croix, et le corps nu, ne réservant rien, et -m'immolant tout entier, pour apaiser Dieu: ainsi vous devez tous les -jours, dans le sacrifice de la Messe, vous offrir à moi, comme une -hostie pure et sainte, du plus profond de votre coeur, et de toutes les -puissances de votre âme. - -Que demandé-je de vous, sinon que vous vous abandonniez à moi sans -réserve? - -Tout ce que vous me donnez, hors vous, ne m'est rien, parce que c'est -vous que je veux, et non pas vos dons. - -2. Comme tout le reste ne vous suffirait pas sans moi, ainsi aucun de -vos dons ne peut me plaire si vous ne vous donnez vous-même. - -Offrez-vous à moi, donnez-vous pour Dieu, tout entier, et votre oblation -me sera agréable. - -Je me suis offert tout entier pour vous à mon Père; je vous ai donné -tout mon Corps et tout mon Sang pour nourriture, afin d'être tout à -vous, et que vous fussiez à jamais tout à moi. - -Mais si vous demeurez en vous-même, si vous ne vous abandonnez pas sans -réserve à ma volonté, votre oblation n'est pas entière, et nous ne -serons pas unis parfaitement. - -L'oblation volontaire de vous-même, entre les mains de Dieu, doit donc -précéder toutes vos oeuvres, si vous voulez acquérir la grâce et la -liberté. - -S'il en est si peu qui soient éclairés de ma lumière, et qui jouissent -de la liberté intérieure, c'est qu'ils ne savent pas se renoncer -entièrement eux-mêmes. - -Je l'ai dit, et ma parole est immuable: _Si quelqu'un ne renonce pas à -tout, il ne peut être mon disciple_[659]. Si donc vous voulez être mon -disciple, offrez-vous à moi avec toutes vos affections. - - [659] Luc., XIV, 15. - - -RÉFLEXION. - - On n'aurait qu'une idée bien faible et bien incomplète du sacrifice de - la Croix, si l'on n'y voyait que ce qui paraît, pour ainsi dire, aux - sens. Jésus-Christ a offert non-seulement son corps sacré, en proie à - toutes les souffrances et à toutes les angoisses que peut endurer la - nature humaine, mais encore son âme sainte étroitement unie au Verbe - divin, toutes ses douleurs, toutes ses affections, toutes ses - volontés, et l'agonie et le délaissement qui tira de son coeur ce - dernier cri: _Mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné[660]?_ En cet - état il représentait l'humanité entière condamnée à mourir, et l'homme - en effet fut frappé de mort jusque dans les plus secrètes profondeurs - de son être. Alors _tout fut consommé_[661], et le supplice et la - rédemption. Or, chaque fois que le prêtre, montant à l'autel, y - renouvelle, selon l'institution divine, cet ineffable sacrifice, - chaque fois que le fidèle participe à la victime immolée, et le fidèle - et le prêtre doivent s'offrir ainsi que Jésus-Christ s'est offert - lui-même: leur sacrifice uni au sien doit être, comme le sien, sans - réserve: car, nous aussi, nous sommes attachés à la Croix, et avec - Jésus-Christ et en Jésus-Christ, nous souffrons pour nous, pour nos - frères, pour les vivants, pour les morts, pour toute la grande famille - humaine; ce qui fait dire à l'apôtre saint Paul ces étonnantes - paroles: _Je me réjouis de mes souffrances à cause de vous; et ce qui - manque à la Passion de Jésus-Christ, je l'accomplis en ma chair, pour - son corps qui est l'Église_[662]; non sans doute que la Passion du - Sauveur ne fût plus que surabondante pour _ôter le péché du - monde_[663], et satisfaire à la justice de Dieu; mais parce que chacun - de nous doit la reproduire en soi, et parce qu'_étant les membres d'un - seul corps, qui est le corps du Christ_[664], tout ce que nous - souffrons, il le souffre avec nous, de sorte que nos souffrances - deviennent comme une partie de sa Passion propre. Ô Jésus! je m'offre - avec vous, je m'offre tout entier; me voilà sur l'autel: frappez, - Seigneur, achevez le sacrifice; détruisez tout ce qui en moi est de - l'homme condamné, ces désirs de la terre, ces affections, ces - volontés, ces sens qui me troublent, ce corps de péché; et les yeux - fixés sur votre Croix, je dirai: _Tout est consommé!_ - - [660] Matth., XXVII, 47. - - [661] Joann., XIV, 30. - - [662] Coloss., I, 24. - - [663] Joann., I, 29. - - [664] I. Cor., XII, 27. - - - - -CHAPITRE IX. - -Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui est à nous, et prier -pour tous. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur, à qui tout appartient dans le ciel et sur la terre, je veux -aussi me donner à vous, par une oblation volontaire; je veux être à vous -pour toujours. - -Dans la simplicité de mon coeur, je m'offre à vous aujourd'hui, mon -Dieu, pour vous servir à jamais, pour vous obéir, pour m'immoler sans -cesse à votre gloire. - -Recevez-moi avec l'oblation sainte de votre précieux Corps, que je vous -offre aujourd'hui en présence des Anges, qui assistent invisiblement à -ce sacrifice; et faites qu'il porte des fruits de salut pour moi et pour -tout votre peuple. - -2. Toutes les fautes et tous les crimes que j'ai commis devant vous et -devant vos saints Anges, depuis le jour où j'ai pu commencer à pécher -jusqu'à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de -propitiation, afin que vous les consumiez par le feu de votre amour, que -vous effaciez toutes les taches dont ils ont souillé ma conscience, et -qu'après l'avoir purifiée, vous me rendiez votre grâce que mes péchés -m'avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement, et me -recevant, dans votre miséricorde, au baiser de paix. - -3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser -humblement, avec une amère douleur, et d'implorer sans cesse votre -clémence? - -Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice, quand je me présente -devant vous, mon Dieu. - -J'ai une vive horreur de tous mes péchés, et je suis résolu à ne plus -les commettre. Ils m'affligent profondément, et toute ma vie je ne -cesserai de m'en affliger, prêt à faire pénitence, et à satisfaire pour -eux selon mon pouvoir. - -Pardonnez-les-moi, Seigneur, pardonnez-les-moi, pour la gloire de votre -saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang. - -Voilà que je m'abandonne à votre miséricorde; je me remets entre vos -mains: traitez-moi selon votre bonté, et non selon ma malice et mon -iniquité. - -4. Je vous offre aussi tout ce qu'il y a de bien en moi, quelque faible, -quelque imparfait qu'il soit, afin que, l'épurant, le sanctifiant, le -perfectionnant sans cesse, vous le rendiez plus digne de vous, plus -agréable à vos yeux, et que vous me conduisiez à une heureuse fin, moi -le plus inutile, le plus languissant et le dernier des hommes. - -5. Je vous offre encore tous les pieux désirs des âmes fidèles, les -besoins de mes parents, de mes amis, de mes frères, de mes soeurs, de -tous ceux qui me sont chers; de ceux qui m'ont fait, ou à d'autres, -quelque bien pour l'amour de vous; de ceux qui ont demandé ou désiré que -j'offrisse des prières et le saint Sacrifice pour eux et pour les leurs, -soit qu'ils vivent encore en la chair, soit que le temps ait fini pour -eux. - -Que tous sentent le secours de votre grâce, la puissance de vos -consolations; protégez-les dans les périls, délivrez-les de leurs -peines, et qu'affranchis de tous les maux, ils vous rendent, pleins de -joie, d'éclatantes actions de grâces. - -6. Je vous offre enfin des supplications et l'hostie de paix, -principalement pour ceux qui m'ont offensé en quelque chose, qui m'ont -contristé, qui m'ont blâmé, qui m'ont fait quelques torts ou quelques -peines; et pour tous ceux aussi que j'ai moi-même affligés, blessés, -troublés, scandalisés, le sachant ou sans le savoir; afin que vous nous -pardonniez à tous nos péchés et nos offenses mutuelles. - -Ôtez de nos coeurs, ô mon Dieu! le soupçon, l'aigreur, la colère, tout -ce qui divise, tout ce qui peut altérer la charité et diminuer l'amour -fraternel. - -Ayez pitié, Seigneur, ayez pitié de ces pauvres qui implorent votre -grâce, votre miséricorde; et faites que nous soyons dignes de jouir -ici-bas de vos dons, et d'arriver à l'éternelle vie. Ainsi soit-il. - - -RÉFLEXION. - - Après s'être purifié par le sacrement de pénitence, et s'être uni, - selon tout ce qu'il est, à Jésus-Christ, hostie de propitiation pour - le salut des hommes, le prêtre s'offre encore pour eux et pour - lui-même, afin que la vertu du sacrifice qui va s'accomplir, lui soit - appliquée, et à ses frères, et à tous ceux pour qui Jésus-Christ, - sacrificateur, est victime[665], l'a consommé sur la Croix. Comme le - Sauveur s'est immolé pour lui, il veut s'immoler pour le Sauveur, ne - vivre que pour sa gloire, et mourir pour elle. Il le supplie de - consumer dans le feu de son amour tout ce qui reste en lui d'impur et - de terrestre. Il dépose, en quelque manière, sur l'autel et ses - pensées et ses affections, ses volontés, ses désirs, tout son être, - afin d'être revêtu en Jésus-Christ d'une vie nouvelle, de cette _vie - selon Dieu_[666], qui fait que l'homme _ne vit plus pour soi, mais - pour celui qui est mort et ressuscité pour lui_[667]. Ainsi anéanti - dans la présence du souverain Maître, et comme baigné déjà du sang qui - demande grâce, il intercède pour ses proches, ses amis, ses - bienfaiteurs, pour ses ennemis même, pour ceux qui le haïssent et le - persécutent, embrassant dans sa charité, immense comme celle du - Christ, toutes les créatures qu'il a rachetées, tous les enfants du - Père céleste, _qui fait luire son soleil sur les bons et sur les - méchants_[668]. Élevé, par l'onction sacerdotale, entre la terre et le - ciel, il couvre, pour ainsi dire, le genre humain tout entier de sa - prière et de son amour. Il le voit, par le péché, dans un état de - mort, et ses désirs l'enfantent à la vie: semblable au Médiateur - suprême, qui, _dans les jours de sa chair, offrant avec un grand cri - et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui peut - sauver de la mort, fut exaucé à cause de son respect_[669]. Oui, _le - salut vient du Seigneur_[670]; _il a fait éclater les merveilles de - son Saint_[671]. Prêtres du Dieu vivant, _offrez-lui le sacrifice de - justice_[672]. _Je vous prierai, Seigneur; vous entendrez ma voix le - matin; le matin je me présenterai devant vous; j'entrerai dans votre - maison, et, rempli de votre crainte, j'adorerai dans votre saint - temple; et tous ceux qui espèrent en vous se réjouiront, et ils - tressailleront d'allégresse éternellement, parce que vous habiterez en - eux_[673]. - - [665] Hebr., IX, 14. - - [666] I. Petr., IV, 6. - - [667] II. Cor., V, 15. - - [668] Matth., V, 45. - - [669] Hebr., V, 7. - - [670] Ps. III, 9. - - [671] Ps. IV. 4. - - [672] _Ibid._, 6. - - [673] Ps. V, 4, 5, 12. - - - - -CHAPITRE X. - -Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte Communion. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Il faut recourir souvent à la source de la grâce et de la divine -miséricorde, à la source de toute bonté et de toute pureté, afin que -vous puissiez être guéri de vos passions et de vos vices, et que, plus -fort et plus vigilant, vous ne soyez ni vaincu par les attaques du -démon, ni surpris par ses artifices. - -L'ennemi des hommes, sachant quel est le fruit de la sainte Communion, -et combien est grand le remède qu'y trouvent les âmes pieuses et -fidèles, s'efforce, en toute occasion et par tous les moyens, de les en -éloigner autant qu'il peut. - -2. Aussi est-ce au moment où ils s'y disposent, que quelques-uns -éprouvent les plus vives attaques de Satan. - -Cet esprit de malice, comme il est écrit au livre de Job, vient parmi -les enfants de Dieu pour les troubler par les ruses ordinaires de sa -haine, cherchant à leur inspirer des craintes excessives et de pénibles -perplexités, pour affaiblir leur amour, ébranler leur foi, afin qu'ils -renoncent à communier, ou qu'ils ne communient qu'avec tiédeur. - -Mais il ne faut pas s'inquiéter de ses artifices et de ses suggestions, -quelque honteuses, quelque horribles qu'elles soient, mais les rejeter -toutes sur lui. - -Il faut se rire avec mépris de cet esprit misérable, et n'abandonner -jamais la sainte Communion, à cause de ses attaques et des mouvements -qu'il excite en nous. - -3. Souvent aussi l'on s'en éloigne par un désir trop vif de la ferveur -sensible, et parce qu'on a conçu de l'inquiétude sur sa confession. - -Agissez selon le conseil de personnes prudentes, et bannissez de votre -coeur l'anxiété et les scrupules, parce qu'ils détruisent la piété, et -sont un obstacle à la grâce de Dieu. - -Ne vous privez point de la sainte Communion, dès que vous éprouvez -quelque trouble ou une légère peine de conscience; mais confessez-vous -au plus tôt, et pardonnez sincèrement aux autres les offenses que vous -ayez reçues d'eux. - -Que si vous avez vous-même offensé quelqu'un, demandez-lui humblement -pardon, et Dieu aussi vous pardonnera. - -4. Que sert de tarder à se confesser, et de différer la sainte -Communion? - -Purifiez-vous promptement, hâtez-vous de rejeter le venin et de recourir -au remède; vous vous en trouverez mieux que de différer longtemps. - -Si vous différez aujourd'hui pour une raison, peut-être s'en -présentera-t-il demain une plus forte; et vous pourriez ainsi être sans -cesse détourné de la Communion, et sans cesse vous y sentir moins -disposé. - -Ne perdez pas un moment, secouez votre langueur, déchargez-vous de ce -qui vous pèse: car à quoi revient-il de vivre toujours dans l'anxiété, -toujours dans le trouble, et d'être éloigné chaque jour par de nouveaux -obstacles de la Table sainte? - -Rien au contraire ne nuit davantage que de s'abstenir longtemps de -communier, car d'ordinaire l'âme tombe par là dans un profond -assoupissement. - -Ô douleur! il se rencontre des chrétiens si tièdes et si lâches, qu'ils -saisissent avec joie tous les prétextes pour différer à se confesser, et -dès lors aussi à communier, afin de n'être pas obligés de veiller avec -plus de soin sur eux-mêmes. - -5. Hélas! qu'ils ont peu de piété, peu d'amour, ceux qui se privent si -aisément de la sainte Communion! - -Qu'il est heureux, au contraire, et agréable à Dieu, celui qui vit de -telle sorte, et qui conserve sa conscience si pure, qu'il serait préparé -à communier tous les jours, et communierait en effet s'il lui était -permis, et qu'il pût le faire sans singularité! - -Si quelqu'un s'en abstient quelquefois par humilité, ou par une cause -légitime, on doit louer son respect. - -Mais si sa ferveur s'est refroidie, il doit se ranimer, et faire tout ce -qu'il peut; et Dieu secondera ses désirs, à cause de la droiture de sa -volonté qu'il considère principalement. - -6. Que si des motifs légitimes l'empêchent d'approcher de la sainte -Table, il conservera toujours l'intention et le saint désir de -communier; et ainsi il ne sera pas entièrement privé du fruit du -Sacrement. - -Quoique tout fidèle doive, à certains jours et au temps fixé, recevoir, -avec un tendre respect, le Corps du Sauveur dans son Sacrement, et -rechercher en cela plutôt la gloire de Dieu que sa propre consolation; -cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute -heure, avec beaucoup de fruit. - -Car il communie de cette manière, et se nourrit invisiblement de -Jésus-Christ, toutes les fois qu'il médite avec piété les mystères de -son Incarnation et de sa Passion, et qu'il s'enflamme de son amour. - -7. Celui qui ne se prépare à la Communion qu'aux approches des fêtes, ou -quand la coutume l'y oblige, sera souvent mal préparé. - -Heureux celui qui s'offre au Seigneur en holocauste, toutes les fois -qu'il célèbre le sacrifice, ou qu'il communie. - -Ne soyez, en célébrant les saints mystères, ni trop lent ni trop prompt, -mais conformez-vous à l'usage ordinaire et régulier de ceux avec qui -vous vivez. - -Il ne faut point fatiguer les autres ni leur causer d'ennui, mais suivre -l'ordre commun établi par vos pères, et consulter plutôt l'utilité de -tous, que votre attrait et votre piété particulière. - - -RÉFLEXION. - - Qu'il faille exciter des chrétiens à s'asseoir à la Table sainte, à se - nourrir du pain de vie, à recevoir en eux _l'auteur et le consommateur - de la foi_[674], le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu; qu'ils - cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui; - qu'ils regardent comme une dure obligation le devoir qu'impose - l'Église de participer, en certains temps, au corps et au sang de - Jésus-Christ: c'est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de - si effrayant, que l'âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une - vision de l'enfer. Mais, parmi les fidèles que l'amour attire au - banquet sacré de l'Époux, il en est qui, abusés par de tristes et - fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d'une conscience - timide à l'excès, ne se croient jamais assez préparés, et se privent - volontairement de la divine Eucharistie, à cause du respect même que - leur inspire cet auguste sacrement. Sans doute on doit s'éprouver - soi-même; sans doute il serait à désirer que ceux qui mangent le pain - des Anges, eussent toute la pureté de ces célestes esprits: mais celui - qui connaît notre misère, et qui est venu la guérir, n'exige pas que - l'homme soit parfait pour approcher de la source des grâces; il - demande seulement qu'il se soit purifié par la pénitence, et qu'il - apporte au pied de l'autel _un coeur contrit et humilié_[675], un - repentir sincère de ses fautes, une volonté droite, un amour ardent. - Tandis que Jésus repousse et maudit les Pharisiens, superbes - observateurs de la Loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit - à son humble douleur, il bénit ses larmes, et _beaucoup de péchés lui - sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé_[676]. Trop souvent les - apparentes délicatesses de conscience qui séparent longtemps de la - communion, cachent un grand et coupable orgueil. Au lieu de - s'abandonner aux conseils du guide qui tient la place de Dieu, on veut - se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont le dernier - terme, le terme inévitable est ou le désespoir, ou une effroyable - présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l'obéissance: - toutes les autres aboutissent à la perdition. Si l'on vous interdit - l'accès de la Table sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet - plus légitime de pleurs? Si l'on vous dit: Allez à Jésus dans le - sacrement de son amour; approchez avec allégresse. Nulle disposition - n'égale le sacrifice entier du raisonnement humain et de la volonté - propre; ayez en tout et toujours la simplicité d'un petit enfant: la - simplicité du coeur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la - bénit pour l'éternité. - - [674] Héb., XII, 2. - - [675] Ps. L, 19. - - [676] Luc, VII, 47. - - - - -CHAPITRE XI. - -Que le Corps de Jésus-Christ et l'Écriture sainte sont très-nécessaires -à l'âme fidèle. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur Jésus, quelles délices inondent l'âme fidèle admise à votre -Table, où on ne lui présente d'autre aliment que vous-même, son unique -bien-aimé, le plus cher objet de ses désirs! - -Oh! qu'il me serait doux de répandre en votre présence des pleurs -d'amour, et d'arroser vos pieds de mes larmes comme Magdeleine! - -Mais où est cette tendre piété, et cette abondante effusion de larmes -saintes? - -Certes, en votre présence et celle des saints Anges, tout mon coeur -devrait s'embraser et se fondre de joie. - -Car vous m'êtes véritablement présent dans votre Sacrement, quoique -caché sous des apparences étrangères. - -2. Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat de votre divine lumière, et -le monde entier s'évanouirait devant la splendeur de votre gloire. - -C'est donc pour ménager ma faiblesse que vous vous cachez sous les -voiles du Sacrement. - -Je possède réellement et j'adore celui que les anges adorent dans le -ciel: mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient -tel qu'il est et sans voile! - -Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je -marche à sa lumière, _jusqu'à ce que luise l'aurore du jour éternel, et -que les ombres des figures déclinent_[677]. - - [677] Cant., II, 17. - -Mais _quand ce qui est parfait sera venu_[678], l'usage des Sacrements -cessera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n'ont plus -besoin de secours. - - [678] Cor., XIII, 10. - -Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et contemplent sa -gloire face à face; pénétrés de sa lumière et comme plongés dans l'abîme -de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était -au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité. - -3. Qu'au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui, même -les consolations spirituelles! car tandis que je ne verrai point le -Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout -ce que j'entends en ce monde ne m'est rien. - -Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de -consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu'en -vous seul, mon Dieu, que je désire contempler éternellement. - -Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce corps mortel. - -Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je soumette -à votre volonté tous mes désirs. - -Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d'allégresse, règnent maintenant -avec vous dans le ciel, ont aussi, pendant qu'ils vivaient, attendu avec -une grande foi et une grande patience l'avénement de votre gloire. - -Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la -confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus. - -Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples. - -J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et -par-dessus tout votre sacré Corps, pour remède et pour refuge. - -4. Car je sens que deux choses me sont ici-bas souverainement -nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette -misérable vie. - -Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière. - -C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée, -pour être la nourriture de son âme et de son corps, et _votre parole -pour luire comme une lampe devant ses pas_[679]. - - [679] Ps. CXVIII, 105. - -Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu est la -lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie. - -On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les trésors -de l'Église. - -L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain -sanctifié, c'est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ. - -L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte, -qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous -conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints. - -Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l'éternelle lumière, de -nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des -autres docteurs, cette table de la doctrine sainte. - -5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce -qu'afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand -festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif, -mais votre très-saint Corps et votre Sang. - -Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais dont ils -goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles, -et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices -du ciel. - -6. Oh! qu'elles sont grandes, qu'elles sont glorieuses les fonctions des -prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des -paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs -mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres -hommes! - -Oh! qu'elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche -doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères -taches, pour recevoir si souvent l'Auteur de la pureté! - -Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'honnête, rien que -d'utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au -Sacrement de Jésus-Christ. - -7. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent -habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu'elles soient pures et -élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel -et de la terre. - -C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: _Soyez saints, -parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu_[680]. - - [680] Lev., XIX, 2; XX, 7. - -8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout-puissant, nous qui avons été -revêtus du sacerdoce, afin que nous puissions vous servir dignement, -avec une vraie piété et une conscience pure. - -Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous -le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, -et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir -désormais avec plus de ferveur. - - -RÉFLEXION. - - Qu'est-ce que la terre? Un lieu d'exil, _une vallée de larmes_, comme - l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui - est la vie de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans - nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, - qui est la vie de son coeur: et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le - doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a - cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide - et l'ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle-même: - il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans - les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent - pour le tromper le nom d'ami: tandis que leur bouche lui sourit, ils - lui tendent des piéges dans l'ombre, et quand à force de ruses, de - mensonges et de basses noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rets, - tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme - l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n'a pas - abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il - l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l'anime, il - la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de - posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le - bien infini, qui est lui-même. Et ces dons merveilleux d'un amour - inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine - Eucharistie, y sont offerts à nos désirs sans autre mesure que ces - désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste - Sacrement, nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière incréée, le - Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l'Auteur de la grâce, - le Consommateur de la foi, le gage immortel de notre espérance: la - chair crucifiée pour nous s'incorpore à notre chair, le sang qui a - sauvé le monde se mêle à notre sang; un saint baiser unit notre âme à - l'âme du Rédempteur; sa Divinité nous pénètre, et consume en nous tout - ce que le péché avait corrompu: l'ami fidèle repose dans notre sein, - il nous parle, il nous dit: _Pose-moi comme un sceau sur ton coeur; - car l'amour est plus fort que la mort_[681]: et alors, embrasés de cet - _amour ardent comme le feu_[682], nous ne voyons plus que le - bien-aimé, nous n'avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de - notre pèlerinage s'évanouit dans les joies du Ciel. - - [681] Cant., VIII, 6. - - [682] _Ibid._ - - - - -CHAPITRE XII. - -Qu'on doit se préparer avec un grand soin à la sainte Communion. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Je suis l'ami de la pureté, et c'est de moi que vient toute sainteté. - -Je cherche un coeur pur, et là est le lieu de mon repos. - -_Préparez-moi un grand Cénacle, et je célébrerai chez vous la Pâque avec -mes disciples_[683]. - - [683] Marc., XIV, 15. Luc., XXII, 12. - -Si vous voulez que je vienne à vous, et que je demeure en vous, -_purifiez-vous du vieux levain_[684], et nettoyez la maison de votre -coeur. - - [684] I. Cor., V, 7. - -Bannissez-en les pensées du siècle, et le tumulte des vices. - -_Comme le passereau qui gémit sous un toit solitaire_[685], -rappelez-vous vos péchés dans l'amertume de votre âme. - - [685] Ps. CI, 8. - -Car un ami prépare toujours à son ami le lieu le meilleur et le plus -beau; et c'est ainsi qu'il lui fait connaître avec quelle affection il -le reçoit. - -2. Sachez cependant que vous ne pouvez, quels que soient vos propres -efforts, vous préparer dignement, quand vous y emploieriez une année -entière, sans vous occuper d'autre chose. - -Mais c'est par ma grâce et ma seule bonté qu'il vous est permis -d'approcher de ma table, comme un mendiant invité au festin du riche, et -qui n'a, pour reconnaître ce bienfait, que d'humbles actions de grâces. - -Faites ce qui est en vous, et faites-le avec un grand soin. Recevez, non -pour suivre la coutume ou pour remplir un devoir rigoureux, mais avec -crainte, avec respect, avec amour, le corps du Seigneur bien-aimé, de -votre Dieu, qui daigne venir à vous. - -C'est moi qui vous appelle, qui vous commande de venir: je suppléerai à -ce qui vous manque; venez et recevez-moi. - -3. Lorsque je vous accorde le don de la ferveur, remerciez-en votre -Dieu: car ce n'est pas que vous en soyez digne, mais parce que j'ai eu -pitié de vous. - -Si vous vous sentez, au contraire, aride, priez avec instance, gémissez -et ne cessez point de frapper à la porte, jusqu'à ce que vous obteniez -quelque miette de ma table, ou une goutte des eaux salutaires de la -grâce. - -Vous avez besoin de moi, et je n'ai pas besoin de vous. Vous ne venez -pas à moi pour me sanctifier; mais c'est moi qui viens à vous pour vous -rendre meilleur et plus saint. - -Vous venez pour que je vous sanctifie, et pour vous unir à moi, pour -recevoir une grâce nouvelle, et vous enflammer d'une nouvelle ardeur -d'avancer dans la vertu. - -Ne négligez point cette grâce; mais préparez votre coeur avec un soin -extrême, et recevez-y votre bien-aimé. - -4. Mais il ne faut pas seulement vous exciter à la ferveur avant la -Communion, il faut encore travailler à vous y conserver après; et la -vigilance qui la doit suivre n'est pas moins nécessaire que la -préparation qui la précède: car cette vigilance est elle-même la -meilleure préparation pour obtenir une grâce plus grande. - -Rien, au contraire, n'éloigne davantage des dispositions où l'on doit -être pour communier, que de se trop répandre au dehors en sortant de la -Table sainte. - -Parlez peu, retirez-vous dans un lieu secret, et jouissez de votre Dieu. - -Car vous possédez celui que le monde entier ne peut vous ravir. - -Je suis celui à qui vous vous devez donner sans réserve; de sorte que, -dégagé de toute inquiétude, vous ne viviez plus en vous, mais en moi. - - -RÉFLEXION. - - La préparation à la Pâque nouvelle comprend deux choses: il faut - purifier le Cénacle, et il faut l'orner; c'est-à-dire que, pour - recevoir dignement le corps et le sang de Jésus-Christ, l'âme doit - être avant tout exempte de souillures, elle doit avoir été lavée dans - les eaux de la pénitence, et ensuite s'être exercée à la pratique des - vertus, qui la rendent agréable à Dieu. Ce qui plaît au Seigneur, ce - qui attire ses grâces, c'est une profonde humilité[686], un souverain - mépris de soi-même, une foi vive, un abandon parfait à ses volontés, - le détachement de la terre et le désir des biens célestes, _la charité - qui est douce, patiente, qui n'est point jalouse, qui n'agit point - témérairement, qui ne s'enfle point d'orgueil, qui n'est point - ambitieuse, qui ne cherche point ses intérêts, qui ne s'aigrit de - rien, ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l'injustice, - mais se réjouit de la vérité; qui souffre tout, croit tout, espère - tout, supporte tout_[687]: charité vraiment divine, et, selon la - doctrine du grand apôtre, préférable à tout ce qu'il y a de plus - élevé. _Quand je parlerais toutes les langues des hommes et le langage - des Anges, si je n'ai point la charité, je suis comme un airain - sonnant, ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de - prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, et que je - posséderais toute science, quand j'aurais la foi parfaite jusqu'à - transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis - rien. Et quand j'aurais distribué tous mes biens pour nourrir les - pauvres, et livré mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité, - tout cela ne me sert de rien_[688]. Âme chrétienne; qui aspirez au - banquet nuptial, imitez donc les Vierges sages; _prenez de l'huile, - allumez votre lampe, pour aller au-devant de l'Époux_[689]; car celles - dont les lampes seront éteintes, entendront cette parole terrible: _En - vérité je ne vous connais point_[690]. - - [686] I. Petr., V, 5. - - [687] Cor., XIII, 4-7. - - [688] I. Cor., XIII, 1-3. - - [689] Luc., XXV, 4 et seq. - - [690] _Ibid._, 12. - - - - -CHAPITRE XIII. - -Que le fidèle doit désirer de tout son coeur de s'unir à Jésus-Christ -dans la Communion. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Qui me donnera, Seigneur, de vous trouver seul, et de vous ouvrir -tout mon coeur, et de jouir de vous comme mon âme le désire; de sorte -que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et, qu'étranger à -toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle -à son ami, et s'assied avec lui à la même table? - -Ce que je demande, ce que je désire, c'est d'être uni tout entier à -vous, que mon coeur se détache de toutes les choses créées, et que, par -la sainte Communion et la fréquente célébration des divins mystères, -j'apprenne à goûter les choses du ciel et de l'éternité. - -Ah! Seigneur mon Dieu, quand, m'oubliant tout à fait moi-même, serai-je -parfaitement uni à vous, et absorbé en vous? - -Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit -inaltérable! - -2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, _choisi entre mille_[691], en qui -mon âme se complaît, et veut demeurer à jamais. - - [691] Cant., V, 10. - -Vous êtes _le Roi pacifique_[692]; en vous est la paix souveraine et le -vrai repos; hors de vous, il n'y a que travail, douleur, misère infinie. - - [692] I. Paralip., XXII, 9. - -_Vous êtes vraiment un Dieu caché_; vous vous éloignez des impies, mais -_vous aimez à converser avec les humbles et les simples_[693]. - - [693] Is., XIV, 15. Prov., III, 32. - -_Oh! que votre tendresse est touchante, Seigneur, vous qui, pour montrer -à vos enfants tout votre amour, daignez les rassasier d'un pain -délicieux qui descend du ciel_[694]! - - [694] Offic. du S. Sacrem. - -Certes, _nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n'a des dieux qui -s'approchent de lui_[695], comme vous, mon Dieu; vous vous rendez -présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour, -pour être leur nourriture, et pour qu'ils jouissent de vous, afin de les -consoler et d'élever leur coeur vers le ciel. - - [695] Deut., IV, 7. - -3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien? quelle -est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l'âme fervente en qui -Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse? - -Ô faveur ineffable! ô condescendance merveilleuse! ô amour infini, qui -n'a été montré qu'à l'homme! - -Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense -charité? - -Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable, que de lui -donner mon coeur sans réserve, et de m'unir intimement à lui. - -Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera -parfaitement unie à Dieu. - -Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. -Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire -ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon coeur vous soit -uni. - - -RÉFLEXION. - - «Je m'abandonne à vous, ô mon Dieu: à votre unité pour être fait un - avec vous; à votre infinité et à votre immensité incompréhensible, - pour m'y perdre et m'y oublier moi-même; à votre sagesse infinie, pour - être gouverné selon vos desseins, et non pas selon mes pensées; à vos - décrets éternels, connus et inconnus, pour m'y conformer, parce qu'ils - sont tous également justes; à votre éternité, pour en faire mon - bonheur; à votre toute-puissance, pour être toujours sous votre main; - à votre bonté paternelle, afin que, dans le temps que vous m'avez - marqué, vous receviez mon esprit entre vos bras; à votre justice, - autant qu'elle justifie l'impie et le pécheur, afin que, d'impie et de - pécheur, vous le fassiez juste et saint. Il n'y a qu'à cette justice - qui punit les crimes que je ne veux pas m'abandonner; car ce serait - m'abandonner à la damnation que je mérite; et néanmoins, Seigneur, - elle est sainte, cette justice, comme tous vos autres attributs; elle - est sainte et ne doit pas être privée de son sacrifice. Il faut donc - aussi m'y abandonner, et voici que Jésus-Christ se présente, afin que - je m'y abandonne en lui et par lui[696].» - - [696] Bossuet. - - - - -CHAPITRE XIV. - -Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de -Jésus-Christ. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. _Combien est grande, ô mon Dieu, l'abondance de douceur que vous avez -réservée à ceux qui vous craignent_[697]! - - [697] Ps. XXX, 23. - -Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour quelques âmes -fidèles s'approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds -souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la -table sacrée de la Communion, avec tant de froideur et de sécheresse; -d'y porter un coeur si aride, si tiède, et de ne point ressentir cet -attrait puissant, cette ardeur qu'éprouvent quelques-uns de vos -serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir -leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion -profonde. - -Ils ont soif de vous, ô mon Dieu, qui êtes la source d'eau vive; et leur -coeur et leur bouche s'ouvrent également pour s'y désaltérer. Rien ne -peut rassasier ni tempérer leur faim que votre sacré Corps, qu'ils -reçoivent avec une sainte avidité et les transports d'une joie -ineffable. - -2. Oh! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence -dans le sacrement! - -Car _ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du -pain, ceux dont le coeur est tout brûlant, lorsque Jésus est avec -eux_[698]. - - [698] Luc., XXIV, 49. - -Qu'une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi! - -Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde! Ayez -pitié d'un pauvre mendiant, et faites que j'éprouve, au moins -quelquefois, dans la sainte Communion, quelques mouvements de cet amour -qui embrase tout le coeur, afin que ma foi s'affermisse, que mon -espérance en votre bonté s'accroisse, et qu'enflammé par cette manne -céleste, jamais la charité ne s éteigne en moi. - -3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m'accorder la grâce que -j'implore, pour me remplir de l'esprit de ferveur, et me visiter dans -votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu. - -Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, -cependant, par votre grâce, j'aspire à leur ressembler, désirant et -demandant d'être compté parmi ceux qui ont pour vous un si vif amour, et -d'entrer dans leur société sainte. - - -RÉFLEXION. - - _Avant le jour de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de - passer de ce monde à son Père; comme il avait aimé les siens qui - étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin_[699]. Ce fut alors - qu'il institua la divine Eucharistie, comme pour perpétuer sa demeure - au milieu des disciples qu'il avait aimés, et de tous ceux qu'il - aimerait jusqu'à la consommation des siècles, accomplissant ainsi - cette promesse: _Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à - vous_[700]: et il est venu, _il a habité parmi nous, et nous avons vu - sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de - vérité_[701]. Il est vrai que sa présence se dérobe à nos sens; mais - elle n'en est ni moins réelle, ni moins efficace: ainsi je crois, - Seigneur; ainsi j'adore. Si Jésus-Christ, en se donnant à nous dans le - Sacrement de l'autel, ne se couvrait pas d'un voile, s'il ne retenait - pas en soi une partie de sa lumière, s'il se montrait selon tout ce - qu'il est, _plus beau qu'aucun des enfants des hommes_[702], et avec - une tendresse ineffable aspirant de s'unir à nous, _corps à corps, - coeur à coeur, esprit à esprit_[703], notre frêle humanité ne pourrait - supporter le poids d'une félicité semblable, et l'âme briserait ses - liens mortels. C'est pourquoi le divin Sauveur a voulu ne se rendre - visible qu'à la foi seule; et la foi suffit pour embraser de telles - ardeurs les vrais fidèles, qu'il n'est rien sur la terre de comparable - à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce qui se passe, dans le - secret du coeur, entre l'Époux et l'Épouse: ces transports, ce calme, - ces élans du désir, cette joie de la possession, ces chastes - embrassements de deux âmes perdues l'une dans l'autre, cette douce - langueur, ces paroles brûlantes, ce silence plus ravissant. Ah! _si - vous saviez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit: Donnez-moi - à boire, vous lui demanderiez vous-même, et il vous donnerait de l'eau - vive_[704]. Tous les saints lui ont demandé, et il a entendu leur - voix, et il les a désaltérés à la source éternelle. Demandez aussi, - priez, suppliez: _l'Esprit et l'Épouse disent: Venez. Et que celui qui - écoute, dise: Venez. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui - veut, reçoive gratuitement l'eau qui donne la vie._ Et l'Époux dit: - _Je viens. Ainsi soit-il! Venez, Seigneur Jésus_[705]. - - [699] Joann., XIII, 1. - - [700] _Ibid._, XIV, 18. - - [701] _Ibid._, I, 14. - - [702] Ps. XLIV. - - [703] Bossuet. - - [704] Joann., IV, 10. - - [705] Apoc., XXII. 17, 20. - - - - -CHAPITRE XV. - -Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité et l'abnégation de -soi-même. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Il faut désirer ardemment la grâce de la ferveur, ne vous lasser -jamais de la demander, l'attendre patiemment et avec confiance, la -recevoir avec gratitude, la conserver avec humilité, concourir avec zèle -à son opération, et, jusqu'à ce que Dieu vienne à vous, ne vous point -inquiéter en quel temps et de quelle manière il lui plaira de vous -visiter. - -Vous devez surtout vous humilier, lorsque vous ne sentez en vous que peu -ou point de ferveur; mais ne vous laissez point trop abattre, et ne vous -affligez point avec excès. - -Souvent Dieu donne en un moment ce qu'il a longtemps refusé; il accorde -quelquefois à la fin de la prière, ce qu'il a différé de donner au -commencement. - -2. Si la grâce était toujours donnée aussitôt qu'on la désire, ce serait -une tentation pour la faiblesse de l'homme. - -C'est pourquoi l'on doit attendre la grâce de la ferveur avec une -confiance ferme et une humble patience. - -Lorsqu'elle vous est cependant ou refusée ou ôtée secrètement, ne -l'imputez qu'à vous-même et à vos péchés. - -C'est souvent peu de chose qui arrête, ou qui affaiblit la grâce; si -pourtant l'on peut appeler peu de chose, et si l'on ne doit pas plutôt -compter pour beaucoup, ce qui nous prive d'un si grand bien. - -Mais, quel que soit cet obstacle, si vous le surmontez parfaitement, -vous obtiendrez ce que vous demandez. - -3. Car, dès que vous vous serez donné à Dieu de tout votre coeur, et -que, cessant d'errer d'objets en objets au gré de vos désirs, vous vous -serez remis entièrement entre ses mains, vous trouverez la paix dans -cette union, parce que rien ne vous sera doux que ce qui peut lui -plaire. - -Quiconque élèvera donc son intention vers Dieu avec un coeur simple, et -se dégagera de tout amour et de toute aversion déréglée des créatures, -sera propre à recevoir la grâce, et digne du don de la ferveur. - -Car Dieu répand sa bénédiction où il trouve des vases vides; et plus un -homme renonce parfaitement aux choses d'ici-bas, plus il se méprise et -meurt à lui-même, plus la grâce vient à lui promptement, plus elle -remplit son coeur, et l'affranchit et l'élève. - -4. Alors, ravi d'étonnement, il verra ce qu'il n'avait point vu, et il -sera dans l'abondance, et son coeur se dilatera, parce que le Seigneur -est avec lui, et qu'il s'est lui-même remis sans réserve et pour -toujours entre ses mains. - -C'est ainsi que sera béni l'homme qui cherche Dieu de tout son coeur, et -_qui n'a pas reçu son âme en vain_[706]. - - [706] Ps. XXIII, 4. - -Ce disciple fidèle, en recevant la sainte Eucharistie, mérite d'obtenir -la grâce d'une union plus grande avec le Seigneur, parce qu'il ne -considère point ce qui lui est doux, ce qui le console, mais, au-dessus -de toute douceur et de toute consolation, l'honneur et la gloire de -Dieu. - - -RÉFLEXION. - - Bien qu'on doive aimer Dieu pour lui seul, il est permis de désirer - ses dons, pourvu qu'on demeure pleinement soumis à sa volonté sainte. - Les grâces les plus précieuses ne sont pas toujours les grâces - senties, celles qui, pour ainsi dire, inondent l'âme de lumière et de - joie. Elles peuvent, si l'on n'y prend garde, exciter la vaine - complaisance. Souvent il est plus sûr de marcher en cette vie dans les - ténèbres de la pure foi, d'être éprouvé par la tristesse, la - souffrance, l'amertume, et de porter la Croix intérieure comme Jésus, - lorsqu'il s'écriait: _Mon Père! pourquoi m'avez-vous délaissé_[707]? - Alors tout orgueil est abattu; on ne trouve en soi qu'infirmité; on - s'humilie sous la main qui frappe, mais qui frappe pour guérir, et ce - saint exercice d'abnégation, plus méritoire pour l'âme fidèle et plus - agréable à Dieu qu'aucune ferveur sensible, attendrit le céleste Époux - et le ramène près de l'Épouse qui, privée de son bien-aimé, _veillait_ - dans sa douleur, _semblable au passereau solitaire qui gémit sous le - toit_[708]. Il se découvre à elle dans la divine Eucharistie; il la - console, il essuie ses larmes, il lui prodigue ses chastes caresses, - il l'embrase de son amour, comme les disciples d'Emmaüs, alors qu'ils - disaient: _Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, - lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les - Écritures[709]?_ Seigneur, je m'avoue indigne de goûter ces - ravissantes douceurs. _Je connais mon iniquité, et mon péché est sans - cesse devant moi_[710]. Que me devez-vous, sinon la rigueur et le - châtiment? Et toutefois j'oserai implorer votre miséricorde immense: - je m'approcherai, le front contre terre, de la source d'eau vive, - espérant que votre pitié en laissera tomber quelques gouttes sur mon - âme aride. _Accordez-moi, Seigneur, ce rafraîchissement avant que je - m'en aille, et bientôt je ne serai plus_[711]. - - [707] Marc., XV, 34. - - [708] Ps. CI, 8. - - [709] Luc., XXIV, 32. - - [710] Ps. L, 5. - - [711] Ps. XXVIII, 14. - - - - -CHAPITRE XVI. - -Qu'il faut dans la Communion exposer ses besoins à Jésus-Christ, et lui -demander sa grâce. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur plein de tendresse et de bonté, que je désire recevoir en ce -moment avec un pieux respect, vous connaissez mon infirmité et mes -pressants besoins; vous savez en combien de maux et de vices je suis -plongé, quelles sont mes peines, mes tentations, mes troubles et mes -souillures. - -Je viens à vous chercher le remède, pour obtenir un peu de soulagement -et de consolation. - -Je parle à celui qui sait tout, qui voit tout ce qu'il y a de plus -secret en moi, et qui seul peut me secourir et me consoler parfaitement. - -Vous savez quels biens me sont principalement nécessaires, et combien je -suis pauvre en vertus. - -2. Voilà que je suis devant vous, pauvre et nu, demandant votre grâce, -implorant voire miséricorde. - -Rassasiez ce mendiant affamé, réchauffez ma froideur du feu de votre -amour, éclairez mes ténèbres par la lumière de votre présence. - -Changez pour moi toutes les choses de la terre en amertume; faites que -tout ce qui m'est dur et pénible, fortifie ma patience: que je méprise -et que j'oublie tout ce qui est créé, tout ce qui passe. - -Élevez mon coeur à vous dans le ciel, et ne me laissez pas errer sur la -terre. - -Que, de ce moment et à jamais, rien ne me soit doux que vous seul, parce -que vous seul êtes ma nourriture, mon breuvage, mon amour, ma joie, ma -douceur et tout mon bien. - -3. Oh! que ne puis-je, enflammé, embrasé par votre présence, être -transformé en vous, de sorte que je devienne un même esprit avec vous, -par la grâce d'une union intime, et par l'effusion d'un ardent amour! - -Ne souffrez pas que je m'éloigne de vous sans m'être rassasié et -désaltéré; mais usez envers moi de la même miséricorde dont vous avez -souvent usé avec vos Saints d'une manière si merveilleuse. - -Qui pourrait s'étonner qu'en m'approchant de vous je fusse entièrement -consumé de votre ardeur, puisque vous êtes un feu qui brûle toujours et -ne s'éteint jamais, un amour qui purifie les coeurs, et qui éclaire -l'intelligence? - - -RÉFLEXION. - - Ce n'est point en nous efforçant d'élever notre esprit à de sublimes - pensées, que nous recueillerons le fruit de la sainte Communion; mais - en adorant, pleins d'amour, Jésus-Christ en nous, en lui ouvrant notre - coeur avec une grande confiance et une grande simplicité, _comme un - ami parle à son ami_[712]. Nous avons des besoins, il faut les lui - exposer. Nous sommes couverts de plaies, il faut les lui montrer, afin - qu'il les lave dans son divin sang. Nous sommes faibles, il faut lui - demander de ranimer nos forces. Nous sommes nus, affamés, altérés; il - faut lui dire: Ayez pitié de ce pauvre mendiant. De lui découlent - toutes les grâces. Écoutez ses paroles: _Je suis la résurrection et la - vie: celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, il vivra: et tout - homme qui vit et qui croit en moi ne mourra point à jamais. - Croyez-vous ainsi[713]?_ «Ô chrétien! je ne te dis plus rien: c'est - Jésus-Christ qui te parle en la personne de Marthe; réponds avec elle. - _Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant, - qui êtes venu en ce monde_[714]. Ajoutez avec saint Paul: _Afin de - sauver les pécheurs, desquels je suis le premier_[715]. Crois donc, - âme chrétienne, adore, espère, aime. Ô Jésus! ôtez les voiles, et que - je vous voie. Ô Jésus! parlez dans mon coeur, et faites que je vous - écoute. Parlez, parlez, parlez; Il n'y a plus qu'un moment: parlez. - Donnez-moi des larmes pour vous répondre: frappez la pierre; et que - les eaux d'un amour plein d'espérance, pénétré de reconnaissance, - coulent jusqu'à terre[716].» - - [712] Levit., XXXIII, 11. - - [713] Joann., XI, 25, 26. - - [714] Joann., XI, 27. - - [715] I. Tim., I, 15. - - [716] Bossuet. - - - - -CHAPITRE XVII. - -Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ. - - -VOIX DU DISCIPLE. - -1. Seigneur, je désire vous recevoir avec un pieux et ardent amour, avec -toute la tendresse et l'affection de mon coeur, comme vous ont désiré -dans la Communion tant de Saints et de fidèles qui vous étaient si -chers, à cause de leur vie pure et de leur fervente piété. - -Ô mon Dieu! Amour éternel, mon unique bien, ma félicité toujours -durable, je désire vous recevoir avec toute la ferveur, tout le respect -qu'ait jamais pu ressentir aucun de vos Saints. - -2. Et quoique je sois indigne d'éprouver ces admirables sentiments -d'amour, je vous offre cependant toute l'affection de mon coeur, comme -si j'étais animé seul de ces désirs enflammés qui vous sont si -agréables. - -Tout ce que peut concevoir et désirer une âme pieuse, je vous le -présente, je vous l'offre, avec un respect profond et une vive ardeur. - -Je ne veux rien me réserver; mais je veux vous offrir sans réserve le -sacrifice de moi-même et de tout ce qui est à moi. - -Seigneur mon Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, je désire vous -recevoir aujourd'hui avec autant de ferveur et de respect, avec autant -de zèle pour votre gloire, avec autant de reconnaissance, de sainteté, -d'amour, de foi, d'espérance et de pureté, que vous désira et vous reçut -votre sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie; lorsque, l'Ange lui -annonçant le mystère de l'Incarnation, elle répondit avec une pieuse -humilité: _Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre -parole_[717]. - - [717] Luc., I, 38. - -3. Et de même que votre bienheureux précurseur, le plus grand des -Saints, Jean-Baptiste, lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère, -tressaillit de joie en votre présence, par un mouvement du Saint-Esprit, -et que, vous voyant ensuite converser avec les hommes, il disait avec un -tendre amour et en s'humiliant profondément: _L'ami de l'époux, qui est -près de lui et qui l'écoute, est ravi d'allégresse, parce qu'il entend -la voix de l'époux_[718]; ainsi je voudrais être embrasé des plus -saints, des plus ardents désirs, et m'offrir à vous de toute l'affection -de mon coeur. - - [718] Joann., III, 29. - -C'est pourquoi je vous offre tous les transports d'amour et de joie, les -extases, les ravissements, les révélations, les visions célestes de -toutes les âmes saintes, avec les hommages que vous rendent et vous -rendront à jamais toutes les créatures dans le ciel et sur la terre; je -vous les offre ainsi que leurs vertus, pour moi et pour tous ceux qui se -sont recommandés à mes prières, afin qu'ils célèbrent dignement vos -louanges, et vous glorifient éternellement. - -4. Seigneur mon Dieu, recevez mes voeux, et le désir qui m'anime de vous -louer, de vous bénir, avec l'amour immense, infini, dû à votre ineffable -grandeur. - -Voilà ce que je vous offre, et ce que je voudrais vous offrir chaque -jour et à chaque moment; et je prie et je conjure, de tout mon coeur, -tous les esprits célestes et tous vos fidèles serviteurs, de s'unir à -moi pour vous louer, et vous rendre de dignes actions de grâces. - -5. Que tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues vous -bénissent, et célèbrent, dans des transports de joie et d'amour, la -douceur et la sainteté de votre nom. - -Que tous ceux qui offrent, avec révérence et avec piété, les divins -mystères, et qui les reçoivent avec une pleine foi, trouvent devant vous -grâce et miséricorde, et qu'ils prient avec instance pour moi, pauvre -pécheur. - -Et lorsque après s'être unis à vous, selon leurs pieux désirs, ils se -retireront de la Table sainte, rassasiés et consolés merveilleusement, -qu'ils daignent se souvenir de moi, qui languis dans l'indigence. - - -RÉFLEXION. - - «Que cet adorable Sacrement opère en moi, ô mon Sauveur! la rémission - de mes péchés; que ce sang divin me purifie; qu'il lave toutes les - taches qui ont souillé cette robe nuptiale dont vous m'aviez revêtu - dans le baptême, afin que je puisse m'asseoir avec assurance au - banquet des noces de votre Fils. Je suis, je l'avoue, une âme - pécheresse, une épouse infidèle, qui ai manqué une infinité de fois à - la foi donnée: _Mais revenez_, me dites-vous, ô Seigneur! _revenez, je - vous recevrai_[719]: pourvu que vous ayez repris votre première robe, - et que vous portiez, dans l'anneau que l'on vous met au doigt, la - marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous. Rendez-moi cet - anneau mystique: revêtez-moi de nouveau, ô mon Père, comme un enfant - prodigue qui retourne à vous, de cette robe de l'innocence et de la - sainteté que je dois apporter à votre Table. C'est l'immortelle parure - que vous nous demandez, vous qui êtes en même temps l'époux, le - convive et la victime immolée qu'on nous donne à manger. C'est à cette - Table mystérieuse que l'on trouve l'accomplissement de cette parole: - _Qui me mange vivra pour moi_[720]. Qu'elle s'accomplisse en moi, ô - mon Sauveur! que j'en sente l'effet: transformez-moi en vous, et que - ce soit vous-même qui viviez en moi. Mais, pour cela, que je - m'approche de ce céleste repos avec les habits les plus magnifiques; - que j'y vienne avec toutes les vertus; que j'y coure avec une joie - digne d'un tel festin et de la viande immortelle que vous m'y - donnez[721].» - - [719] Jer., III, 1. - - [720] Joann., VI, 58. - - [721] Bossuet. - - - - -CHAPITRE XVIII. - -Qu'on ne doit point chercher à pénétrer le mystère de l'Eucharistie, -mais qu'il faut soumettre ses sens à la Foi. - - -VOIX DU BIEN-AIMÉ. - -1. Gardez-vous du désir curieux et inutile de sonder ce profond mystère, -si vous ne voulez pas vous plonger dans un abîme de doutes. - -_Celui qui scrute la majesté sera accablé par la gloire_[722]. - - [722] Prov., XXV, 27. - -Dieu peut faire plus que l'homme ne peut comprendre. - -On ne défend pas une humble et pieuse recherche de la vérité, pourvu -qu'on soit toujours prêt à se laisser instruire, et qu'on s'attache -fidèlement à la sainte doctrine des Pères. - -2. Heureuse la simplicité qui laisse le sentier des questions -difficiles, pour marcher dans la voie droite et sûre des commandements -de Dieu. - -Plusieurs ont perdu la piété en voulant approfondir ce qui est -impénétrable. - -Ce qu'on demande de vous, c'est la foi et une vie pure, et non une -intelligence qui pénètre la profondeur des mystères de Dieu. - -Si vous ne comprenez pas ce qui est au-dessous de vous, comment -comprendrez-vous ce qui est au-dessus? - -Soumettez-vous humblement à Dieu, captivez votre raison sous le joug de -la foi; et vous recevrez la lumière de la science, selon qu'il vous sera -utile ou nécessaire. - -3. Plusieurs sont violemment tentés sur la foi à ce Sacrement; mais il -faut l'imputer moins à eux qu'à l'ennemi. - -Ne vous troublez point, ne disputez point avec vos pensées, ne répondez -point aux doutes que le démon vous suggère; mais croyez à la parole de -Dieu, croyez à ses Saints et à ses Prophètes, et l'esprit de malice -s'enfuira loin de vous. - -Il est souvent très-utile à un serviteur de Dieu d'être éprouvé ainsi. - -Car le démon ne tente point les infidèles et les pécheurs qui sont à lui -déjà; mais il attaque et tourmente de diverses manières les âmes pieuses -et fidèles. - -4. Allez donc avec une foi simple et inébranlable, et recevez le -Sacrement avec un humble respect, vous reposant sur la toute-puissance -de Dieu, de ce que vous ne pourrez comprendre. - -Dieu ne trompe point; mais celui qui se croit trop lui-même est souvent -trompé. - -Dieu s'approche des simples; il se révèle aux humbles, _il donne -l'intelligence aux petits_[723], et il cache sa grâce aux curieux et aux -superbes. - - [723] Ps. CXVIII, 130. - -La raison de l'homme est faible, et se trompe aisément; mais la vraie -foi ne peut être trompée. - -5. La raison et toutes les recherches naturelles doivent suivre la foi, -et non la précéder ni la combattre. - -Car la foi et l'amour s'élèvent par-dessus tout, et opèrent d'une -manière inconnue dans le très-saint et très-auguste Sacrement. - -Dieu éternel, immense, infiniment puissant, fait dans le ciel et sur la -terre des choses grandes, incompréhensibles, et nul ne saurait pénétrer -ses merveilles. - -Si les oeuvres de Dieu étaient telles que la raison de l'homme pût -aisément les comprendre, elles cesseraient d'être merveilleuses et ne -pourraient être appelées ineffables. - - -RÉFLEXION. - - L'impie veut savoir, et c'est là sa perte. Il demande le salut à la - science, il le demande à l'orgueil, il se le demande à lui-même: et du - fond de son intelligence ténébreuse, de sa nature impuissante et - dégradée, sort une réponse de mort. Chrétiens, ne l'oubliez jamais, - _le juste vit de la foi_[724]. Vivez donc de la foi, en vivant de - l'adorable Eucharistie, qui en est la plus forte comme la plus douce - épreuve. Celui _qui est la voie, la vérité, la vie_[725], - Jésus-Christ, fils de Dieu, a parlé; il a dit: _Ceci est mon corps, - ceci est mon sang_[726]. _Le croyez-vous ainsi_[727]? Oui, je le crois - ainsi, Seigneur. _Le ciel et la terre passeront, mais vos paroles ne - passeront point_[728]. Je crois et je confesse que ce qui était du - pain est vraiment votre corps, que ce qui était du vin est vraiment - votre sang. Mon esprit se soumet, et impose silence aux sens révoltés. - _Dieu a tant aimé l'homme qu'il a donné pour lui son fils - unique_[729]: et pour compléter, pour perpétuer à jamais ce grand don, - le Fils aussi se donne à l'homme, tous les jours, à la Table sainte, - réellement et substantiellement. Encore un coup, je crois, Seigneur, - _je crois à l'amour que Dieu a eu pour nous_[730], à l'amour du Père, - à l'amour du Fils; et cet amour infini explique tout, éclaircit tout, - satisfait à tout. Qu'importe que nous comprenions? Ne savons-nous pas - que vos _voies sont impénétrables_[731], _et que celui qui scrute la - majesté sera opprimé par la gloire_[732]? Notre bonheur est de croire - sans comprendre; notre bonheur est de nous plonger les yeux fermés et - de nous perdre dans l'abîme incompréhensible de votre amour. Que la - raison superbe et contentieuse se taise donc: qu'elle cesse d'opposer - insolemment sa faiblesse à votre toute-puissance. À ses doutes, à ses - demandes curieuses, nous n'avons qu'une réponse: _Dieu a tant aimé!_ - et cette réponse suffit, et nulle autre ne suffit sans elle. Elle - pénètre comme une vive lumière, au fond du coeur en état de - l'entendre, _du coeur qui croit à l'amour_, qui sait et qui sent ce - que c'est que d'aimer. Vous vous étonnez qu'un Dieu se cache sous les - faibles apparences d'un pain terrestre et corruptible, que le Sauveur - des hommes se soit fait leur aliment; vous hésitez, votre foi - chancelle: c'est que vous n'aimez pas! et vous, âmes croyantes, âmes - fidèles, allez à l'autel avec joie, fermeté, confiance; allez à Jésus, - allez au banquet mystérieux de l'amour. «Et où irions-nous, Seigneur? - Quoi! à la chair et au sang, à la raison, à la philosophie? aux sages - du monde? aux murmurateurs, aux incrédules, à ceux qui sont encore - tous les jours à nous demander: Comment nous peut-il donner sa chair à - manger? comment est-il dans le ciel, si, en même temps, on le mange - sur la terre? Non, Seigneur, nous ne voulons point aller à eux, ni - suivre ceux qui vous quittent. Nous suivrons saint Pierre, et nous - dirons[733]: _Maître, où irions-nous? vous avez les paroles de la vie - éternelle_[734].» - - [724] Rom., I, 17. - - [725] Joann., XIV, 6. - - [726] Matth., XXVI, 26, 28. - - [727] Joann., XI, 26. - - [728] Matth., XXIV, 35. - - [729] Joann., III, 16. - - [730] I. Joan., IV, 16. - - [731] Rom., XI, 33. - - [732] Prov., XXV, 27. - - [733] Joann., VI, 60. - - [734] Bossuet. - - -FIN DU LIVRE QUATRIÈME. - - - - -PRIÈRES PENDANT LA MESSE. - - -_Ces Prières sont extraites du MANUEL DE PIÉTÉ de Fénelon_. - - - La Messe est de toutes les actions du Christianisme la plus glorieuse - à Dieu et la plus utile au salut de l'homme. Jésus-Christ y renouvelle - le grand mystère de la Rédemption. Il se fait encore dans ce sacrifice - réel, quoique non sanglant, notre victime, et vient en personne nous - appliquer à chacun en particulier les mérites de ce sang adorable - qu'il a répandu pour nous tous sur la croix. Assistez donc à la sainte - messe avec modestie, avec attention, avec respect; venez-y avec des - dispositions vraiment chrétiennes; prenez-y l'esprit de Jésus-Christ, - offrez-vous avec lui et par lui. - - -AVANT LA MESSE. - -Je crois fermement, ô mon Dieu! que la Messe est le sacrifice non -sanglant du corps et du sang de Jésus-Christ, votre Fils. Faites que j'y -assiste aujourd'hui avec l'attention, le respect et la frayeur que -demandent de si redoutables mystères. - -Je m'unis au prêtre et à toute votre Église, pour vous offrir ce -sacrifice dans les mêmes rues, dans lesquelles Jésus-Christ l'a offert. - -Ne permettez pas que j'entre dans la salle du festin des noces de votre -Fils, sans avoir la robe nuptiale. Purifiez mon âme; les choses saintes -sont pour les saints; il ne m'est pas permis d'approcher si près de -vous, que je n'aie ôté auparavant mes souliers de mes pieds, -c'est-à-dire l'attachement et l'affection de mon coeur au péché. Je -déteste donc tous mes péchés; je vous en demande pardon, j'y renonce à -jamais. - - -PENDANT QUE LE PRÊTRE EST AU BAS DE L'AUTEL. - - Le prêtre, étant au pied de l'autel, commence par le signe de la - croix, pour faire concevoir la pensée de l'auguste présence de la - Sainte Trinité, et invoquer son secours. Le _Confiteor_ se dit pour - demander pardon à Dieu de nos péchés par les mérites de Jésus-Christ - notre Sauveur, de la sainte Vierge et de tous les Saints. - -Mon Dieu! faites que je connaisse et que je sente le nombre et -l'énormité de mes péchés; je vous supplie, par les mérites de -Jésus-Christ et par l'intercession de la sainte Vierge et de tous les -Saints, de m'en accorder le pardon et la rémission. - - -LORSQUE LE PRÊTRE MONTE À L'AUTEL. - - Le prêtre baise l'autel pour marque de l'espérance qu'il a d'être - réconcilié avec Dieu. Animons-nous avec lui d'une sainte confiance. - - -À L'INTROÏT. - -Mon Dieu! purifiez par votre grâce mon coeur et mes lèvres, pour me -rendre digne de vous offrir avec le prêtre les louanges qu'il vous -donne, et d'obtenir la miséricorde qu'il vous demande pour moi et pour -tous les fidèles vivants et morts. - - -AU KYRIE ELEISON. - - Ces mots grecs signifient: _Seigneur, ayez pitié de nous! Christ, ayez - pitié de nous!_ Chaque invocation se répète trois fois, afin d'exciter - l'attention et la ferveur des fidèles, et de nous faire voir que ce - n'est qu'à force de prier que nous pouvons obtenir le secours de Dieu - dans nos besoins. - -Père tout-puissant qui nous avez créés, ayez pitié de nous! Fils éternel -qui nous avez rachetés, ayez pitié de nous! Esprit saint, qui seul -pouvez nous sanctifier, ayez pitié de nous! - - -AU GLORIA IN EXCELSIS. - - Le _Gloria in excelsis_ est un cantique de joie composé par les anges - et par les hommes; l'Église y exprime le respect qu'elle a pour la - majesté de Dieu, et l'amour qu'elle porte à son fils Jésus-Christ. - - Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes - de bonne volonté. Nous vous louons. Nous vous bénissons. Nous vous - adorons. Nous vous glorifions. Nous vous rendons grâces à cause de - votre grande gloire. Ô Seigneur Dieu! Roi du ciel, Ô Dieu! Père - tout-puissant! Seigneur, Fils unique de Dieu, Jésus-Christ. Seigneur - Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père. Vous qui effacez les péchés du - monde, ayez pitié de nous. Vous qui effacez les péchés du monde, - recevez notre prière. Vous qui êtes assis à la droite de Dieu, ayez - pitié de nous. Car vous êtes le seul Saint, le seul Seigneur, le seul - Très-Haut, ô Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, en la gloire de Dieu - le Père. Ainsi soit-il. - - Gloria in excelsis Deo, et in terrâ pax hominibus bonæ voluntatis. - Laudamus te. Benedicimus te. Adoramus te. Glorificamus te. Gratias - agimus tibi, propter magnam gloriam tuam. Domine Deus, Rex coelestis, - Deus pater omnipotens. Domine, Fili unigenite, Jesu Christe. Domine - Deus, Agnus Dei, Filius Patris. Qui tollis peccata mundi, miserere - nobis. Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram. Qui - sedes ad dexteram Patris, miserere nobis. Quoniam tu solus Sanctus, tu - solus Dominus, tu solus Altisssimus, Jesu Christe, cum sancto Spiritu, - in gloriâ Dei Patris. Amen. - - Après le _Gloria_, le prêtre se tourne vers les fidèles, en disant: - _Dominus vobiscum_, c'est-à-dire, que le Seigneur soit avec vous, pour - les avertir qu'il va prier pour lui et pour eux. - -Seigneur, répandez votre esprit sur le prêtre et sur nous, afin que nous -puissions vous bien prier et être exaucés pour votre gloire et pour -notre salut. - - -PENDANT L'OREMUS. - - Par ce mot _oremus_, qui veut dire _prions_, le prêtre nous invite à - nous unir à lui pour l'accomplissement de nos demandes à Dieu. Il - finit l'oraison par les mots de _per Dominum nostrum Jesum Christum, - etc._, c'est-à-dire, Seigneur nous vous demandons ces choses par - Jésus-Christ, notre médiateur auprès de vous. - -Seigneur, daignez écouter favorablement les prières que le prêtre vous -adresse pour nous. Donnez-nous, s'il vous plaît, les grâces et les -vertus dont nous avons besoin pour mériter le bonheur éternel. -Remplissez notre coeur de reconnaissance pour vos bontés, d'aversion -pour nos défauts, de charité pour notre prochain, même pour nos ennemis. -Enfin, mon Dieu, faites que nous nous conduisions en tout temps et en -toute occasion d'une manière qui vous soit agréable. Nous sommes -indignes de toutes ces grâces, mais nous vous les demandons au nom et -par les mérites de Jésus-Christ, qui les a méritées pour nous. - - -DE L'AMEN. - - On répond _Amen_, après les oraisons, c'est-à-dire, _ainsi soit-il_, - pour montrer que nous consentons aux paroles du prêtre, et que nous - ratifions toutes les demandes qu'il a faites à Dieu. - - -À L'ÉPÎTRE. - - L'Épître contient les enseignements des Prophètes et des Apôtres; elle - nous apprend à connaître, à servir Dieu, et nous prépare à la - perfection de la loi qui est renfermée dans l'Évangile. - -Seigneur, vos saintes Écritures nous apprennent qu'il faut fuir le péché -comme un serpent; qu'il faut nous abstenir de tout ce qui a quelque -apparence de mal; qu'il faut nous supporter charitablement les uns les -autres, souffrir patiemment les injures et les injustices qu'on nous -fera, ne rendre jamais le mal pour le mal, et tâcher de gagner ceux qui -nous persécutent en leur faisant du bien. Imprimez, ô mon Dieu! toutes -ces vérités dans notre coeur, et faites, par votre grâce, que nous nous -y conformions dans toute notre conduite. - - -À L'ÉVANGILE. - - L'Évangile contient la vie de Jésus-Christ et la loi qu'il nous a - apportée; ce sont les paroles de la vie éternelle que les fidèles - doivent écouter, méditer, pour en nourrir leur âme. On se lève à cet - effet, afin de marquer que nous devons tout quitter pour suivre - Jésus-Christ, et nous tenir prêts à ce qu'il commande dans son - Évangile. Nous faisons une croix sur notre front pour annoncer que - nous ne rougirons jamais de l'Évangile; sur notre bouche, pour montrer - que nous serons toujours prêts à confesser notre foi; sur notre coeur, - pour signifier que notre coeur sera toujours à Dieu seul. - -Mon Dieu, vous nous enseignez dans votre Évangile que tous ceux qui -disent: Seigneur, Seigneur (c'est-à-dire qui se contentent de faire des -prières sans avoir une volonté sincère de garder votre loi), n'entreront -pas dans le royaume du ciel; mais que ceux-là y entreront qui auront -fait la volonté de Dieu en pratiquant ses commandements, et en -s'acquittant fidèlement des devoirs de leur état; vous nous enseignez -aussi qu'il faut être doux et humble de coeur, aimer nos ennemis, -renoncer à nous-mêmes, combattre sans cesse nos mauvaises inclinations, -porter notre croix tous les jours et mener une vie mortifiée et -pénitente. Faites-nous la grâce d'aimer ces vérités, puisque ce ne sera -qu'en les aimant que nous les observerons comme nous le devons. - - -AU CREDO. - - Le _Credo_ est une profession de foi par laquelle le prêtre et les - fidèles déclarent publiquement qu'ils croient toutes les vérités de la - religion enseignées par l'Église. - - Je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, qui a fait le ciel et la - terre, et toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul - Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, et né du Père avant tous - les siècles; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu; - qui n'a pas été fait, mais engendré, consubstantiel au Père, par qui - tout a été fait; qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et - pour notre salut; qui s'est incarné en prenant un corps dans le sein - de la Vierge Marie, par l'opération du Saint-Esprit; qui S'EST FAIT - HOMME; qui a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate; qui a souffert, - et qui a été mis an tombeau; qui est ressuscité le troisième jour, - selon les Écritures; qui est monté au ciel, où il est assis à la - droite du Père; qui viendra de nouveau plein de gloire pour juger les - vivants et les morts, et dont le règne n'aura point de fin. Je crois - au Saint-Esprit, qui est aussi Seigneur, et qui donne la vie; qui - procède du Père et du Fils; qui est adoré et glorifié conjointement - avec le Père et le Fils; qui a parlé par les Prophètes. Je crois - l'Église, qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse - un Baptême pour la rémission des péchés. J'attends la Résurrection des - morts, et la vie du siècle à venir. Ainsi soit-il. - - Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem coeli et terræ, - visibilium omnium et invisibilium. Et in unum Dominum Jesum Christum - Filium Dei unigenitum: Et ex Patre natum ante omnia secula: Deum de - Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero: Genitum non factum, - consubstantialem Patri, per quem omnia facta sunt: Qui propter nos - homines, et propter nostram salutem descendit de Coelis: Et incarnatus - est de Spiritu sancto, ex Mariâ Virgine: Et HOMO FACTUS EST. - Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato; passus et sepultus est. - Et resurrexit tertiâ die secundùm Scripturas. Et ascendit in Coelum, - sedet ad dexteram Patris. Et iterùm venturus est cum gloriâ judicare - vivos et mortuos; cujus regni non erit finis. Et in Spiritum sanctum - Dominum, et vivificantem; qui ex Patre Filioque procedit; qui cum - Patre et Filio simul adoratur et conglorificatur; qui locutus est per - Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam, et Apostolicam Ecclesiam. - Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et expecto - resurrectionem mortuorum, et vitam venturi seculi. Amen. - - -À L'OFFERTOIRE. - - Le prêtre ayant découvert le calice, prend le pain et le vin qui vont - être changés en corps et sang de Jésus-Christ; il les élève un peu, - les offre à Dieu comme préparés à devenir par la consécration une - hostie sainte et sans tache, le suppliant de la recevoir pour - l'expiation de ses péchés, de ceux des assistants et de tous les - fidèles vivants et morts. Nous devons donc nous unir au prêtre dans - cette action si utile à notre salut. - -Père éternel, recevez le pain et le vin qui vous sont offerts, et qui -seront bientôt changés au corps et au sang de Jésus-Christ votre Fils, -qui veut nous servir de victime, s'offrir lui-même pour nous, et nous -offrir avec lui. Tout indignes que nous sommes, ô mon Dieu! nous vous -offrons ce divin Fils pour vous rendre par lui toute la gloire qui vous -est due, pour vous remercier de tous vos bienfaits, et pour obtenir par -ses mérites la rémission de nos péchés, et toutes les grâces qui nous -sont nécessaires pour parvenir à la vie éternelle. - - -AU LAVABO. - - Le prêtre ayant lavé ses mains avant de commencer la messe, lave ici - ses doigts, pour montrer que ce n'est pas assez pour célébrer les - saints mystères de n'être point souillé d'actions criminelles, mais - qu'il faut se purifier des moindres taches du péché. - -Mon Dieu, daignez laver mon âme et la purifier de toutes les souillures -du péché, détruisez en moi jusqu'aux moindres imperfections, et rendez -par votre sainte grâce mon âme aussi pure qu'elle l'était après le -baptême. - - -À L'ORATE FRATRES. - - Le prêtre se tourne vers les assistants en leur disant: _Priez, mes - frères_, pour les avertir de se joindre à lui par leurs prières, et - rendre ainsi agréable à Dieu l'oblation qu'il va lui faire du - sacrifice pour lui et pour eux. - -Seigneur, exaucez les prières de tous vos fidèles qui sont unis pour -vous offrir ce grand sacrifice, que nous vous supplions de recevoir pour -la gloire de votre nom, pour notre utilité particulière et pour le bien -de toute votre Église. Daignez mettre dans notre coeur les dispositions -nécessaires pour assister utilement et avec fruit à cette grande action -de notre religion: sanctifiez le prêtre qui célèbre vos divins mystères, -et purifiez ses mains et son coeur, afin qu'il soit en état d'attirer -vos grâces sur lui et sur nous. - - -À LA PRÉFACE ET AU SANCTUS. - - Les apprêts du sacrifice sont terminés: le mystère de foi va - s'accomplir. À ces paroles que le prêtre vous adresse, _le coeur en - haut_, élevez vos sentiments et vos pensées jusqu'à ces esprits - immortels qui, à la vue des merveilles de miséricorde et d'amour, - prêtes à se renouveler sur l'autel, font éclater leurs transports par - les plus doux cantiques, et dites avec eux: - -Qu'il est juste, qu'il est raisonnable, Père tout-puissant, Dieu -éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, puisque -vous ne cessez jamais de faire du bien aux hommes! Mais comment vos -pauvres créatures pourront-elles célébrer dignement vos grandeurs? Ce -sera par votre Fils adorable, Jésus-Christ. Nous vous adresserons les -louanges qu'il nous a enseignées, ou plutôt nous vous offrirons celles -qu'il vous adressera lui-même, ce sacrifice de ses lèvres, qu'il portait -jusqu'à votre trône, pendant les jours de sa vie mortelle. C'est par lui -que les Anges glorifient votre Majesté, que les Dominations, que les -Puissances vous révèrent en tremblant. Souffrez, ô Père saint, -qu'unissant nos faibles voix à leurs choeurs glorieux, nous répétions -avec eux cet hymne, qui retentira éternellement dans la sainte Sion: - -Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées. Le ciel et la -terre sont remplis de sa gloire et de sa puissance; gloire à Dieu au -plus haut des cieux. - - -AU MEMENTO DES VIVANTS. - - Le prêtre fait ce _Memento_, parce qu'il offre le sacrifice pour lui, - pour tous les assistants et pour toute l'Église, c'est-à-dire, pour la - société des fidèles, et particulièrement pour ceux qu'il recommande à - Dieu. Imitons l'exemple du prêtre, et joignons nos prières aux - siennes. - -Seigneur, nous vous offrons ce grand sacrifice pour tous nos besoins, et -principalement pour ceux de nos âmes; nous vous l'offrons aussi pour -toute l'Église, pour le Pape, pour les évêques, pour les princes et -autres supérieurs qui nous gouvernent, et pour tous les fidèles qui sont -répandus par toute la terre. Nous vous l'offrons en particulier pour nos -parents, pour nos bienfaiteurs, pour nos amis, et aussi pour nos -ennemis. Nous vous supplions par les mérites de Jésus-Christ, et par -l'intercession de la sainte Vierge et de tous les Saints, de nous donner -la paix durant cette vie, de nous sauver de la damnation éternelle, et -de nous mettre au nombre de vos élus, afin que nous puissions vous aimer -et vous louer avec les Anges et les Saints pendant toute l'éternité. - - -À LA CONSÉCRATION. - - À ce moment redoutable nous devons redoubler d'attention et de - ferveur, en adressant à Dieu toutes sortes de remercîments de ce qu'il - va nous donner de nouveau son Fils Jésus-Christ pour rédempteur. - -Mon Sauveur Jésus-Christ, je crois que vous faites sur l'autel, par le -ministère du prêtre, ce que vous avez fait la veille de votre mort, en -changeant le pain et le vin en votre corps et en votre sang: daignez -aussi changer mon coeur par la puissance de votre grâce; donnez-moi un -coeur qui soit selon le vôtre. - - -À L'ÉLÉVATION. - - C'est pour rendre à Dieu un hommage infini, que le prêtre élève en sa - présence le corps et le sang de Jésus-Christ. On doit alors se - recueillir profondément prosterné et en silence, pour adorer Dieu du - fond de son coeur; on pourra dire ensuite la prière suivante: - -Je vous adore, mon aimable Sauveur, qui avez bien voulu être attaché -pour moi sur la croix. Ô bon Jésus! qui avez été le prix de mon âme, -soyez mon salut et ma vie. Je vous adore présent sur l'autel, je -m'anéantis devant vous et avec vous, Seigneur, augmentez ma foi, mon -respect et ma reconnaissance pour vous. - - -APRÈS L'ÉLÉVATION. - -Ô Père de miséricorde! nous vous offrons cette hostie sainte qui est sur -l'autel, pour vous rendre nos hommages et nos adorations, pour vous -remercier de tous vos bienfaits, pour obtenir le pardon de nos péchés, -et pour vous demander toutes les grâces dont nous avons besoin pour -mener une vie chrétienne, exempte de péchés et remplie de bonnes -oeuvres. - - -AU MEMENTO DES MORTS. - - Le prêtre prie Dieu de se souvenir de ceux qui, étant morts dans la - foi et dans la grâce, n'ont cependant pas été trouvés assez purs pour - entrer dans le ciel aussitôt après leur mort, et qui souffrent les - peines du purgatoire. - -Nous vous supplions aussi, ô mon Dieu! de vous souvenir des fidèles qui -sont morts dans votre grâce, particulièrement de nos parents, amis et -bienfaiteurs; daignez leur pardonner les restes de leurs péchés, et leur -accorder le repos éternel et la joie de votre paradis. Comme rien n'est -bon, rien ne vous plaît qu'en Jésus-Christ votre Fils, et que vous ne -nous aimez qu'à cause que nous sommes ses membres; c'est par lui que -vous nous donnez les grâces; recevez par lui nos remercîments, soyez -béni et glorifié en lui, par lui et avec lui, ô Dieu! Père -tout-puissant, en l'unité du Saint-Esprit dans tous les siècles des -siècles. - - -AU NOBIS QUOQUE PECCATORIBUS. - - On se frappe alors la poitrine, pour faire voir qu'on est pécheur, - qu'on a besoin de la miséricorde de Dieu; et pour l'obtenir, nous - fondons notre espérance sur sa bonté divine, et sur les mérites du - sacrifice de Jésus-Christ renouvelé sur l'autel par les mains du - prêtre. - - -AU PATER. - - Le prêtre dit cette prière, parce qu'elle fut enseignée par - Jésus-Christ lui même, et qu'elle est la plus sainte et la plus - efficace que l'on puisse faire, renfermant tout ce que nous devons - demander à Dieu. Nous devons donc aussi la réciter avec ferveur et - confiance. - -Mon Dieu, délivrez-moi des péchés que j'ai commis pendant ma vie passée -et dont je suis comptable à votre justice; délivrez-moi de mes mauvaises -habitudes, et de ma concupiscence toujours présente, qui me sollicite au -mal. Enfin, mon Dieu, délivrez-moi des tentations du démon, de la chair -et du monde, et de la mort éternelle. - - -À L'AGNUS DEI. - - Le prêtre, avant la communion, priant pour tout le peuple, fait cette - invocation à Jésus-Christ, pour reconnaître le besoin que nous avons - toujours de sa miséricorde. - -Mon Sauveur Jésus-Christ, vous êtes le véritable agneau de Dieu immolé -pour effacer nos péchés; faites par votre grâce qu'ayant reçu le pardon -de nos péchés, nous menions une vie nouvelle, et accordez-nous la -charité et la paix avec notre prochain, que vous avez tant recommandées, -et qui est si nécessaire pour avoir part aux effets et aux grâces de la -sainte communion. - - -AU DOMINE NON SUM DIGNUS. - - Lorsque le prêtre va communier, il dit trois fois avec un profond - sentiment de son indignité: _Domine, non sum dignus_, c'est-à-dire, - _Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi; mais dites - seulement une parole, et mon âme sera guérie_. Quand nous ne - communions pas réellement, nous devons toujours communier - spirituellement, en demandant à Jésus-Christ de nous donner son esprit - par la participation de sa grâce. - -Seigneur, quoique je sois très-indigne par mes péchés et mes infidélités -de m'approcher de votre autel, et de vous recevoir par la communion, -j'ose vous supplier de me donner quelque part à vos miséricordes. -Daignez m'accorder la grâce de participer à la vertu de votre sacrifice; -éclairez mon esprit, fortifiez ma volonté et purifiez mon coeur pour ne -penser qu'à vous, pour ne vouloir et n'aimer que vous, et pour l'amour -de vous; faites par votre grâce que je désire de ne vivre, de ne -souffrir et de ne mourir que pour vous. - - -AUX DERNIÈRES ORAISONS. - - Le prêtre demande les fruits de l'excellent sacrifice qui vient d'être - offert à Dieu; ce sont la rémission des péchés, la grâce d'une sainte - vie, et le mérite de la vie éternelle. - -Mon Dieu, accordez-nous, en vertu du sacrifice que nous venons de vous -offrir, la rémission de nos péchés et toutes les grâces qui nous sont -nécessaires pour nous sauver. Donnez-nous surtout un amour ardent pour -vous, une grande crainte de vous déplaire, un grand désir et un grand -soin de vous plaire, l'application à nos devoirs, la patience dans les -afflictions, la douceur et la charité pour bien vivre avec tout le -monde, l'humanité, la pureté, la tempérance, la mortification de nos -sens, un grand détachement des biens, des plaisirs et des honneurs de ce -monde, un grand dégoût et une sainte horreur des folles joies du siècle; -un véritable esprit de pénitence, qui nous inspire une vive douleur des -péchés de notre vie passée, un désir sincère de les expier, et une ferme -résolution de n'y plus retomber et d'en éviter toutes les occasions. -Enfin, mon Dieu, donnez-nous toutes les grâces nécessaires pour mener -une vie chrétienne, suivie d'une sainte mort et d'une heureuse éternité. - - -À L'ITE MISSA EST. - - Le prêtre, se tournant vers le peuple, l'avertit par ces mots que le - sacrifice de la messe est achevé. Il donne ensuite la bénédiction au - nom de la sainte Trinité. - - -QUAND LE PRÊTRE DONNE LA BÉNÉDICTION. - -Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, Père, Fils et Saint-Esprit, -bénissez-nous par Jésus-Christ, et que cette bénédiction nous soit un -gage de la bénédiction que vous donnerez un jour à vos élus. - - -AU DERNIER ÉVANGILE. - - Avant de quitter le saint autel, le prêtre dit l'Évangile de saint - Jean, qui annonce l'éternité du Verbe et la miséricorde qui l'a porté - à prendre notre chair et à habiter parmi nous. Demandons d'être du - nombre de ceux qui le reçoivent et deviennent ses enfants. - -Seigneur, gravez par votre grâce votre Évangile dans nos esprits et dans -nos coeurs, afin que nous ne suivions plus l'égarement de nos pensées, -la fougue de nos passions ni le déréglement de notre coeur; mais que -nous nous soumettions entièrement à tout ce que vous demandez de nous, -et que nous réglions toutes nos démarches sur les maximes de votre saint -Évangile, et non sur les maximes et sur les coutumes corrompues du -monde. - - -PRIÈRE APRÈS LA MESSE. - -Mon Dieu, je vous remercie des grâces et des bonnes résolutions que vous -m'avez inspirées pendant le saint sacrifice de la messe; donnez-moi la -grâce de les mettre toutes en pratique. Faites que je montre par ma -conduite le reste de la journée, que ce n'est pas en vain que j'ai -offert avec le prêtre ce saint sacrifice; faites-moi souvenir que je -viens de vous présenter, par Jésus-Christ, mon âme, mon corps, ma vie, -mon travail, mon occupation, mes biens, tout ce que je suis et tout ce -que j'ai. C'est pourquoi je dois avoir grand soin de les employer à -votre service, par l'intercession de la sainte Vierge et de tous les -Saints. Ainsi soit-il. - - - - -VÊPRES DU DIMANCHE - - -V. Deus, in adjutorium meum intende. - -R. Domine, ad adjuvandum me festina. - -V. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto. - -R. Sicut erat in Principio, et nunc et semper, et in secula seculorum -Amen. - - -PSAUME 109. - -Dixit Dominus Domino meo: * Sede à dextris meis, - -Donec ponam inimicos tuos * scabellum pedum tuorum. - -Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion: * Dominare in medio -inimicorum tuorum. - -Tecum principium in die virtutis tuæ in splendoribus Sanctorum; * ex -utero ante luciferum genui te. - -Juravit Dominus, et non poenitebit eum: * tu es sacerdos in æternum -secundùm ordinem Melchisedech. - -Dominus à dextris tuis: * confregit in die iræ suæ reges. - -Judicabit in nationibus, implebit ruinas; * conquassabit capita in terrâ -multorum. - -De torrente in viâ bibet; * proptereà exaltabit caput. - -Gloria Patri, etc. - - -PSAUME 110. - -Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo; * in concilio justorum et -congregatione. - -Magna opera Domini, * exquisita in omnes voluntates ejus. - -Confessio et magnificentia opus ejus, * et justitia ejus manet in -seculum seculi. - -Memoriam fecit mirabilium suorum misericors et miserator Dominus: * -escam dedit timentibus se. - -Memor erit in seculum testamenti sui: * virtutem operum suorum -annuntiabit populo suo. - -Ut det illis hæreditatem gentium, * opera manuum ejus veritas et -judicium. - -Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in seculum seculi, * facta in -veritate et æquitate. - -Redemptionem misit populo suo: * mandavit in æternum testamentum suum. - -Sanctum et terribile nomen ejus: * initium sapientiæ timor Domini. - -Intellectus bonus omnibus facientibus eum: * laudatio ejus manet in -seculum seculi. - - -PSAUME 111. - -Beatus vir qui timet Dominum, * in mandatis ejus volet nimis. - -Potens in terrâ erit semen ejus: * generatio rectorum benedicetur. - -Gloria et divitiæ in domo ejus: * et justitia ejus manet in seculum -seculi. - -Exortum est in tenebris lumen rectis: * misericors et miserator et -justus. - -Jucundus homo qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in -judicio: * quia in æternum non commovebitur. - -In memoriâ æternâ erit justus, * ab auditione malâ non timebit. - -Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus: * non -commovebitur donec despiciat inimicos suos. - -Dispersit, dedit pauperibus, justitia ejus manet in seculum seculi: * -cornu ejus exaltabitur in gloriâ. - -Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet; * -desiderium peccatorum peribit. - - -PSAUME 112. - -Laudate, pueri, Dominum; * laudate nomen Domini. - -Sit nomen Domini benedictum, * ex hoc nunc et usque in seculum. - -A solis ortu usque ad occasum, * laudabile nomen Domini. - -Excelsus super omnes gentes Dominus, * et super coelos gloria ejus. - -Quis sicut Dominus Deus noster, qui in altis habitat, * et humilia -respicit in coelo et in terrâ. - -Suscitans à terrâ inopem, * et de stercore erigens pauperem. - -Ut collocet eum cum principibus, * cum principibus populi sui. - -Qui habitare fecit sterilem in domo, * matrem filiorum lætantem. - - -PSAUME 113. - -In exitu Israel de Ægypto, * domus Jacob de populo barbaro; - -Facta est Judæa sanctificatio ejus; * Israël potestas ejus. - -Mare vidit et fugit; * Jordanis conversus est retrorsùm. - -Montes exultaverunt ut arietes, * et colles sicut agni ovium. - -Quid est tibi mare, quod fugisti? * et tu, Jordanis, qui conversus es -retrorsùm? - -Montes exultâstis sicut arietes? * et colles sicut agni ovium? - -A facie Domini mota est terra, * à facie Dei Jacob. - -Qui convertit petram in stagna aquarum, * et rupem in fontes aquarum. - -Non nobis, Domine, non nobis: * sed nomini tuo da gloriam, super -misericordiâ tuâ et veritate tuâ; - -Nequando dicant gentes: * Ubi est Deus eorum? - -Deus autem noster in coelo: * omnia quæcumque voluit, fecit. - -Simulacra gentium argentum et aurum, * opera manuum hominum. - -Os habent, et non loquentur * oculos habent, et non videbunt. - -Aures habent, et non audient; * nares habent, et non odorabunt. - -Manus habent, et non palpabunt; pedes habent, et non ambulabunt; * non -clamabunt in gutture suo. - -Similes illis fiant qui faciunt ea, * et omnes qui confidunt in eis. - -Domus Israel speravit in Domino: * adjutor eorum et protector eorum est. - -Domus Aaron speravit in Domino: * adjutor eorum et protector eorum est. - -Qui timent Dominum, speraverunt in Domino: * adjutor eorum et protector -eorum est. - -Dominus memor fuit nostri, * et benedixit nobis. - -Benedixit domui Israel; * benedixit domui Aaron. - -Benedixit omnibus qui timent Dominum, * pusillis cum majoribus. - -Adjiciat Dominus super vos, * super vos et super filios vestros. - -Benedicti vos à Domino, * qui fecit coelum et terram. - -Coelum coeli Domino: * terram autem dedit filiis hominum. - -Non mortui laudabunt te, Domine, * neque omnes qui descendunt in -infernum. - -Sed nos qui vivimus, benedicimus Domino, * ex hoc nunc et usquè in -seculum. - - -CAPITULE. - -Benedictus Deus, et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater -misericordiarum, et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in -omni tribulatione nostrâ. - -Deo gratias. - - -HYMNE. - - Lucis Creator optime, - Lucem dierum proferens, - Primordiis lucis novæ, - Mundi parans originem. - - Qui manè junctum vesperi - Diem vocari præcipis, - Tetrum chaos illabitur, - Audi preces cum fletibus. - - Ne mens gravata crimine, - Vitæ sit exsul munere, - Dùm nil perenne cogitat, - Seseque culpis illigat. - - Coeleste pulset ostium, - Vitale tollat præmium, - Vitemus omne noxium, - Purgemus omne pessimum - - Præsta, Pater piissime, - Patrique compar Unice, - Cum Spiritu Paracleto, - Regnans per omne seculum. - - Amen. - - -CANTIQUE DE LA SAINTE VIERGE. - -Magnificat * anima mea Dominum; - -Et exultavit spiritus meus, * in Deo salutari meo. - -Quia respexit humilitatem ancillæ suæ: * ecce enim ex hoc beatam me -dicent omnes generationes. - -Quia fecit mihi magna qui potens est, * et sanctum nomen ejus. - -Et misericordia ejus à progenie in progenies, * timentibus eum. - -Fecit potentiam in brachio suo: * dispersit superbos mente cordis sui. - -Deposuit potentes de sede, * et exaltavit humiles. - -Esurientes implevit bonis, * et divites dimisit inanes. - -Suscepit Israel puerum suum, * recordatus misericordiæ suæ. - -Sicut locutus est ad patres nostros, * Abraham et semini ejus in secula. - -Gloria Patri, etc. - - -À COMPLIES. - -V. Converte nos, Deus, salutaris noster; - -R. Et averte iram tuam à nobis. - -V. Deus in adjutorium, etc. - - -PSAUME 4. - -Cùm invocarem exaudivit me, Deus justitiæ meæ: * in tribulatione -dilatasti mihi. - -Misereri mei, * et exaudi orationem meam. - -Filii hominum, usquequò gravi corde? * ut quid diligitis vanitatem, et -quæritis mendacium? - -Et scitote quoniam mirificavit Dominus Sanctum tuum: * Dominus exaudiet -me, cùm clamavero ad eum. - -Irascimini, et nolite peccare; * quæ dicitis in cordibus vestris, in -cubilibus vestris compungimini. - -Sacrificate sacrificium justitiæ, et sperate in Domino; * multi dicunt: -Quis ostendit nobis bona? - -Signatum est super nos lumen vultûs tui, Domine; * dedisti lætitiam in -corde meo. - -A fructu frumenti, vini et olei sui * multiplicati sunt. - -In pace in idipsum dormiam, * et requiescam; - -Quoniam tu, Domine, * singulariter in spe constituisti me. - - -PSAUME 30. - -In te, Domine, speravi, non confundar in æternum; * in justitiâ tuâ -libera me. - -Inclina ad me aurem tuam, * accelera ut eruas me. - -Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugi, * ut salvum me facias. - -Quoniam fortitudo mea et refugium meum es tu, * et propter nomen tuum -deduces me et enutries me. - -Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi: * quoniam tu es -protector meus. - -In manus tuas commendo spiritum meum: * redemisti me, Domine, Deus -veritatis. - - -PSAUME 90. - -Qui habitat in adjutorio Altissimi, * in protectione Dei coeli -commorabitur. - -Dicet Domino: Susceptor meus es tu, et refugium meum; * Deus meus, -sperabo in eum. - -Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium, * et à verbo aspero. - -Scapulis suis obumbrabit tibi, * et sub pennis ejus sperabis. - -Scuto circumdabit te veritas ejus, * non timebis à timore nocturno. - -A sagittâ volante in die, à negotio perambulante in tenebris, * ab -incursu et dæmonio meridiano. - -Cadent à latero tuo mille et decem millia à dextris tuis: * ad te autem -non appropinquabit. - -Verùmtamen oculis tuis considerabis, * et retributionem peccatorum -videbis. - -Quoniam tu es, Domine, spes mea: * Altissimum posuisti refugium tuum. - -Non accedet ad te malum, * et flagellum non appropinquabit tabernaculo -tuo. - -Quoniam Angelis suis mandavit de te, * ut custodiant te omnibus viis -tuis. - -In manibus portabunt te, * ne fortè offendas ad lapidem pedem tuum. - -Super aspidem et basiliscum ambulabis, * et conculcabis leonem et -draconem. - -Quoniam in me speravit, liberabo eum: * protegam eum, quoniam cognovit -nomen meum. - -Clamavit ad me, * et ego exaudiam eum: - -Cum ipso sum in tribulatione; * eripiam eum et glorificabo eum. - -Longitudine dierum replebo eum, * ostendam illi salutare meum. - - -PSAUME 133. - -Ecce nunc benedicite Dominum, * omnes servi Domini. - -Qui statis in domo Domini, * in atriis domûs Dei nostri. - -In noctibus extollite manus vestras in sancta; * et benedicite Dominum. - -Benedicat te Dominus ex Sion: * qui fecit coelum et terram. - - -HYMNE. - - De lucis ante terminum, - Rerum Creator, poscimus, - Ut pro tuâ clementiâ - Sis præsul et custodia. - - Procul recedant somnia, - Et noctium phantasmata; - Hostemque nostrum comprime, - Ne polluantur corpora. - - Præsta, Pater omnipotens, - Per Jesum Christum Dominum, - Qui tecum in perpetuum - Regnat cum Sancto Spiritu. - - Amen. - - -CAPITULE. - -Tu autem in nobis es, Domine, et nomen sanctum tuum invocatum est super -nos; ne derelinquas nos, Domine Deus noster. - -Deo gratias. - -R. _br_. In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum. In. V. Redemisti -me, Domine, Deus veritatis. Commendo. Gloria. In. - -V. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi. R. Sub umbrâ alarum tuarum -protege nos. - - -CANTIQUE DE SAINT SIMÉON. - -Nunc dimittis servum tuum, Domine, * secundùm verbum tuum, in pace. - -Quia viderunt oculi mei * salutare tuum - -Quod parasti, * ante faciem, omnium populorum, - -Lumen ad revelationem gentium, * et gloriam plebis tuæ Israel. - -Gloria, etc. - -_Ant._ Salva nos, Domine, vigilantes; custodi nos dormientes, ut -vigilemus cum Christo et requiescamus in pace. - - -ORAISON. - -Nous vous supplions, Seigneur, de visiter cette demeure, et d'éloigner -d'elle toutes les embûches de notre ennemi; que vos saints Anges y -habitent, pour nous conserver en paix, et que votre bénédiction soit -toujours sur nous. Par notre Seigneur. - -Que le Seigneur soit avec vous. - -Rendons grâces à Dieu. - - -_Les Complies étant finies, on dit à voix basse_: - -Gratia Domini nostri Jesu Christi, et caritas Dei, et communicatio -Sancti Spiritûs sit cum omnibus vobis. - -R. Amen. - - -_Après l'office, on dit tout bas_: - -Pater, Ave, Credo. - - - - -ANTIENNES À LA SAINTE VIERGE. - - -PENDANT L'AVENT. - -Alma Redemptoris Mater, quæ pervia coeli Porta manes, et Stella maris, -succurre cadenti, surgere qui curat populo: tu quæ genuisti, Naturâ -mirante, tuum sanctum Genitorem. Virgo priùs ac posteriùs: Gabrielis ab -ore, Sumens illud Ave, peccatorum miserere. - -V. Angelus Domini nuntiavit Mariæ. - -R. Et concepit de Spiritu sancto. - - -ORAISON. - -Répandez, s'il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin -qu'ayant connu par la voix de l'Ange l'Incarnation de Jésus-Christ votre -Fils, nous arrivions, par sa Passion et sa Croix, à la gloire de sa -Résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il. - - -APRÈS L'AVENT. - -V. Post partum Virgo inviolata permansisti. - -R. Dei Genitrix, intercede pro nobis. - - -ORAISON. - -Ô Dieu, qui, en rendant féconde la virginité de la bienheureuse Vierge -Marie, avez assuré au genre humain les récompenses du salut éternel, -nous vous prions de nous faire éprouver dans nos besoins combien est -puissante auprès de vous l'intercession de celle par laquelle nous avons -reçu l'auteur de la vie, Jésus-Christ votre Fils. - - -DE LA PURIFICATION AU JEUDI SAINT. - - Ave, Regina coelorum; - Ave, Domina Angelorum; - Salve, Radix; salve, Porta, - Ex quâ mundo lux est orta. - - GAUDE, Virgo gloriosa: - Super omnes speciosa: - Vale, ô valde decora, - Et pro nobis Christum exora. - -V. Dignare me laudare te, Virgo sacrata. - -R. Da mihi virtutem contra hostes tuos. - - -ORAISON. - -Dieu de bonté, accordez à notre faiblesse les secours de votre grâce: et -comme nous honorons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, faites que, -par le secours de son intercession, nous ressuscitions de nos iniquités; -nous vous en supplions par le même Jésus-Christ. Ainsi soit-il. - - -DE PAQUES À LA TRINITÉ. - - Regina coeli, lætare, alleluia: - Quia quem meruisti portare, alleluia, - Resurrexit sicut dixit, alleluia. - Ora pro nobis Deum, alleluia. - -V. Gaude et lætare, Virgo Maria: - -R. Quia surrexit Dominus vere. - - -ORAISON. - -Ô Dieu, qui avez daigné réjouir le monde par la résurrection de votre -Fils notre Seigneur Jésus-Christ; faites, s'il vous plaît, que, par la -Vierge Marie sa mère, nous goûtions les joies d'une vie éternelle et -bienheureuse. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. R. Ainsi soit-il. - - -DE LA TRINITÉ À L'AVENT. - -Salve, Regina, mater misericordiæ, vita, dulcedo, et spes nostra, salve. -Ad te clamamus, exules Filii Evæ; ad te suspiramus gementes et flentes -in hâc lacrymarum valle: Eia ergo Advocata nostra, illos tuos -misericordes oculos ad nos converte; Et Jesum, benedictum fructum -ventris tui, nobis post hoc exilium ostende, ô clemens, ô pia ô dulcis -Virgo Maria! - -V. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix, - -R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. - - -ORAISON. - -Dieu tout-puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint-Esprit, -avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie, pour en -faire une demeure digne de votre Fils, accordez-nous la grâce, pendant -que nous célébrons sa mémoire avec joie, d'être délivrés, par son -intercession, des maux présents et de la mort éternelle. Nous vous en -supplions par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il. - - -PROSE À LA SAINTE VIERGE. - - Inviolata, integra et casta es, Maria, - Quæ es effecta fulgida coeli porta. - - Ô Mater alma, Christi carissima, - Suscipe pia laudum præconia; - - Nostra ut pura pectora sint et corpora, - Te nunc flagitant devota corda et ora. - - Tua per precata dulcisona, - Nobis concedas veniam per secula - - Ô benigna! ô benigna! ô benigna! - Quæ sola inviolata permansisti. - - - - -TABLE DES CHAPITRES. - - - Pages. - Avertissement des éditeurs. 1 - Préface. 3 - - -LIVRE PREMIER. - -AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTÉRIEURE. - - Chap. I. Qu'il faut imiter JÉSUS-CHRIST, et mépriser toutes les - vanités du monde. 15 - Chap. II. Avoir d'humbles sentiments de soi-même. 18 - Chap. III. De la Doctrine de vérité. 20 - Chap. IV. De la Prévoyance dans les actions. 25 - Chap. V. De la lecture de l'Écriture sainte. 26 - Chap. VI. Des affections déréglées. 28 - Chap. VII. Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances. 29 - Chap. VIII. Éviter la trop grande familiarité. 32 - Chap. IX. De l'obéissance et du renoncement à son propre sens. 33 - Chap. X. Qu'il faut éviter les entretiens inutiles. 35 - Chap. XI. Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du soin - d'avancer dans la vertu. 37 - Chap. XII.--De l'avantage de l'adversité. 40 - Chap. XIII. De la résistance aux tentations. 42 - Chap. XIV. Éviter les jugements téméraires, et ne se point - rechercher soi-même. 47 - Chap. XV. Des oeuvres de charité. 48 - Chap. XVI. Qu'il faut supporter les défauts d'autrui. 50 - Chap. XVII. De la vie religieuse. 53 - Chap. XVIII. De l'exemple des Saints. 54 - Chap. XIX. Des exercices d'un bon religieux. 58 - Chap. XX. De l'amour de la solitude et du silence. 62 - Chap. XXI. De la componction du coeur. 67 - Chap. XXII. De la considération de la misère humaine. 71 - Chap. XXIII. De la méditation de la mort. 76 - Chap. XXIV. Du jugement et des peines des pécheurs. 81 - Chap. XXV. Qu'il faut travailler avec ferveur à l'amendement - de sa vie. 86 - -LIVRE DEUXIÈME. - -INSTRUCTION POUR AVANCER DANS LA VIE INTÉRIEURE. - - Chap. I. De la conversation intérieure. 95 - Chap. II. Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité. 100 - Chap. III. De l'homme pacifique. 102 - Chap. IV. De la pureté d'esprit, et de la droiture d'intention. 105 - Chap. V. De la considération de soi-même. 107 - Chap. VI. De la joie d'une bonne conscience. 109 - Chap. VII. Qu'il faut aimer JÉSUS-CHRIST par-dessus toutes - choses. 113 - Chap. VIII. De la familiarité que l'amour établit entre JÉSUS - et l'âme fidèle. 113 - Chap. IX. De la privation de toute consolation. 119 - Chap. X. De la reconnaissance pour la grâce de Dieu. 124 - Chap. XI. Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de - JÉSUS-CHRIST. 128 - Chap. XII. De la sainte voie de la Croix. 132 - -LIVRE TROISIÈME. - -DE LA VIE INTÉRIEURE. - - Chap. I. Des entretiens intérieurs de JÉSUS-CHRIST avec l'âme - fidèle. 141 - Chap. II. La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit - de paroles. 143 - Chap. III. Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité; - et que plusieurs ne la reçoivent pas comme ils le devraient. 146 - Chap. IV. Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité - et l'humilité. 151 - Chap. V. Des merveilleux effets de l'amour divin. 155 - Chap. VI. De l'épreuve du véritable amour. 160 - Chap. VII. Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu - nous fait. 164 - Chap. VIII. Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu. 168 - Chap. IX. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre - dernière fin. 172 - Chap. X. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde. 174 - Chap. XI. Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur. 178 - Chap. XII. Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre - ses passions. 180 - Chap. XIII. Qu'il faut obéir humblement à l'exemple de - JÉSUS-CHRIST. 184 - Chap. XIV. Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu - pour ne pas s'enorgueillir du bien qu'on fait. 187 - Chap. XV. De ce que nous devons dire et faire quand il s'élève - quelque désir en nous. 191 - Chap. XVI. Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie - consolation. 194 - Chap. XVII. Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous - regarde. 197 - Chap. XVIII. Qu'il faut souffrir avec constance les misères de - cette vie, à l'exemple de JÉSUS-CHRIST. 199 - Chap. XIX. De la souffrance des injures, et de la véritable - patience. 202 - Chap. XX. De l'aveu de son infirmité, et des misères de cette - vie. 205 - Chap. XXI. Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que - dans tous les autres biens. 209 - Chap. XXII. Du souvenir des bienfaits de Dieu. 214 - Chap. XXIII. De quatre choses importantes pour conserver la - paix. 218 - Chap. XXIV. Qu'il ne faut point s'enquérir curieusement de la - conduite des autres. 222 - Chap. XXV. En quoi consiste la vraie paix et le véritable - progrès de l'âme. 224 - Chap. XXVI. De la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par - la prière que par la lecture. 227 - Chap. XXVII. Que l'amour de soi est le plus grand obstacle qui - empêche l'homme de parvenir au souverain bien. 230 - Chap. XXVIII. Qu'il faut mépriser les jugements humains. 234 - Chap. XXIX. Comment il faut invoquer et bénir Dieu dans - l'affliction. 236 - Chap. XXX. Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre - avec confiance le retour de sa grâce. 238 - Chap. XXXI. Qu'il faut oublier toutes les créatures pour - trouver le Créateur. 243 - Chap. XXXII. De l'abnégation de soi-même. 247 - Chap. XXXIII. De l'inconstance du coeur, et que nous devons - tout rapporter à Dieu comme à notre dernière fin. 250 - Chap. XXXIV. Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et qu'on - le goûte en toutes choses, quand on l'aime véritablement. 252 - Chap. XXXV. Qu'on est toujours, durant cette vie, exposé à - la tentation. 255 - Chap. XXXVI. Contre les vains jugements des hommes. 258 - Chap. XXXVII. Qu'il faut renoncer entièrement à soi-même pour - obtenir la liberté du coeur. 261 - Chap. XXXVIII. Comment il faut se conduire dans les choses - extérieures, et recourir à Dieu dans les périls. 264 - Chap. XXXIX. Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires. 266 - Chap. XL. Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut - se glorifier de rien. 268 - Chap. XLI. Du mépris de tous les honneurs du temps. 272 - Chap. XLII. Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes. 274 - Chap. XLIII. Contre la vaine science du siècle. 276 - Chap. XLIV. Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses - extérieures. 279 - Chap. XLV. Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est - difficile de garder une sage mesure dans ses paroles. 281 - Chap. XLVI. Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on - est assailli de paroles injurieuses. 285 - Chap. XLVII. Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie - éternelle tout ce qu'il y a de plus pénible. 289 - Chap. XLVIII. De l'éternité bienheureuse, et des misères de - cette vie. 293 - Chap. XLIX. Du désir de la vie éternelle, et des grands biens - promis à ceux qui combattent courageusement. 298 - Chap. L. Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner - entre les mains de Dieu. 303 - Chap. LI. Qu'il faut s'occuper d'oeuvres extérieures, quand - l'âme est fatiguée des exercices spirituels. 309 - Chap. LII. Que l'homme ne doit pas se juger digne des - consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment. 311 - Chap. LIII. Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont - le goût des choses de la terre. 314 - Chap. LIV. Des divers mouvements de la nature et de la grâce. 317 - Chap. LV. De la corruption de la nature, et de l'efficace de - la grâce divine. 323 - Chap. LVI. Que nous devons nous renoncer nous-mêmes, et imiter - JÉSUS-CHRIST en portant la Croix. 328 - Chap. LVII. Qu'on ne doit point se laisser trop abattre quand - on tombe en quelques fautes. 332 - Chap. LVIII. Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est - au-dessus de nous, ni sonder les secrets jugements de Dieu. 335 - Chap. LIX. Qu'on doit mettre toute son espérance et toute sa - confiance en Dieu seul. 341 - -LIVRE QUATRIÈME. - -DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE. - - Exhortation à la sainte Communion. 347 - - Chap. I. Avec quel respect il faut recevoir JÉSUS. 350 - Chap. II. Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son - amour dans le Sacrement de l'Eucharistie. 358 - Chap. III. Qu'il est utile de communier souvent. 364 - Chap. IV. Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui - communient dignement. 369 - Chap. V. De l'excellence du Sacrement de l'autel, et de la - dignité du Sacerdoce. 374 - Chap. VI. Prière du chrétien avant la Communion. 378 - Chap. VII. De l'examen de conscience, et de la résolution de - se corriger. 380 - Chap. VIII. De l'oblation de JÉSUS-CHRIST sur la Croix, et de - la résignation de soi-même. 385 - Chap. IX. Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui - est à nous, et prier pour tous. 388 - Chap. X. Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte - Communion. 392 - Chap. XI. Que le Corps de JÉSUS-CHRIST et l'Écriture sainte - sont très-nécessaires à l'âme fidèle. 398 - Chap. XII. Qu'on doit se préparer avec un grand soin à la - sainte Communion. 404 - Chap. XIII. Que le fidèle doit désirer de tout son coeur de - s'unir à JÉSUS-CHRIST dans la Communion. 408 - Chap. XIV. Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de - recevoir le Corps de JÉSUS-CHRIST. 411 - Chap. XV. Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité - et l'abnégation de soi-même. 414 - Chap. XVI. Qu'il faut dans la Communion exposer ses besoins à - JÉSUS-CHRIST, et lui demander sa grâce. 417 - Chap. XVII. Du désir ardent de recevoir JÉSUS-CHRIST. 420 - Chap. XVIII. Qu'on ne doit point chercher à pénétrer le - mystère de l'Eucharistie, mais qu'il faut soumettre ses - sens à la Foi. 424 - - -FIN DE LA TABLE. - - - - -LECTURES - -DU LIVRE DE L'IMITATION, - -DIVISÉES - -Selon les différents besoins des Fidèles. - - -Pour les Prêtres. - - Livre I.--Ch. 18, 19, 20, 25. - -- II.--Ch. 11 et 12. - -- III.--Ch. 3, 10, 31, 56. - -- IV.--Ch. 5, 7, 10, 11, 12, 18. - - Pour la préparation à la Messe et l'Action de grâces, _voyez_ page 404 - et suiv.: _Avant et après la Communion_, et, de plus, tous les - chapitres indiqués _pour les personnes pieuses_. - -Pour les Séminaristes. - - Livre I.--Ch. 17, 18, 19, 20, 21, 25. - -- III.--Ch. 2, 3, 10, 31, 56. - -- IV.--Ch. 5, 7, 10, 11, 12, 18. - -Pour ceux qui s'adonnent à l'étude, particulièrement à celle de la -Philosophie et de la Théologie. - - Livre I.--Ch. 1, 2, 3, 5. - -- III.--Ch. 2, 43, 44, 48, 58. - -- IV.--Ch. 18. - -Pour les Personnes affligées de leur peu de progrès dans l'étude. - - Livre III.--Ch. 29, 39, 41, 47. - -Pour les Religieux et les Religieuses. - - Les chapitres indiqués ci-avant pour les Séminaristes. Ceux indiqués - ci-après pour les personnes pieuses. - -Pour les Personnes pieuses. - - Livre I.--Ch. 15, 18, 19, 20, 21, 22, 25. - -- II.--Ch. 1, 4, 7, 8, 9, 11, 12. - -- III.--Ch. 5, 6, 7, 11, 27, 31, 32, 33, 53, 54, 55, 56. - -Pour les Personnes affligées et humiliées. - - Livre I.--Ch. 12. - -- II.--Ch. 11, 12. - -- III.--Ch. 12, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 29, 30, 35, 41, 47, - 48, 49, 50, 52, 55, 56. - -Pour les Personnes trop sensibles à leurs souffrances. - - Livre I.--Ch. 12. - -- III.--Ch. 12. - -Pour les Personnes tentées. - - Livre I.--Ch. 13. - -- II.--Ch. 9. - -- III.--Ch. 6, 16. 17, 18, 19, 20, 21, 23, 30, 35, 37, 47, 48, - 49, 50, 52, 55. - -Pour les Peines intérieures. - - Livre II.--Ch. 3, 9, 11, 12. - -- III.--Ch. 7, 12, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 30, 35, 47, 48, 49, - 50, 51, 52, 55, 56. - -Pour les Personnes inquiètes de l'avenir, de leur santé, de leur -fortune, du succès d'une démarche. - - Livre III.--Ch. 39. - -Pour les Personnes qui vivent dans le monde, ou qui sont distraites par -leurs occupations. - - Livre III.--Ch. 38, 53. - -Pour les Personnes attaquées par la calomnie ou la médisance. - - Livre II.--Ch. 2. - -- III.--Ch. 6, 11, 28, 36, 46. - -Pour les Personnes qui commencent à se convertir. - - Livre I.--Ch. 18, 25. - -- II.--Ch. 1. - -- III.--Ch. 6, 7, 23, 25, 26, 27, 33, 37, 52, 54, 55. - -Pour les Personnes pusillanimes, faibles ou négligentes. - - Livre I.--Ch. 18. 21. 22, 25. - -- II.--Ch. 10, 11, 12. - -- III.--Ch. 3, 6, 27, 30, 35, 37, 54, 55, 57. - -Pour une Retraite. - - Livre III.--Ch. 53. } Pour s'y disposer. - -- I.--Ch. 20, 21. } - Ch. 22. Misères de la vie. - Ch. 23. La mort. - Ch. 24 } Le Jugement et l'Enfer - -- III.--Ch. 14 } - Ch. 48. Le Ciel. - Ch. 59. Pour clore la Retraite - -Pour obtenir la Paix intérieure. - - Livre I.--Ch. 6, 11. - -- II.--Ch. 3, 6. - -- III.--Ch. 7, 23, 25, 38. - -Pour les Personnes dissipées. - - Livre I.--Ch. 18, 21, 22, 23, 24. - -- II.--Ch. 10, 12. - -- III.--Ch. 14, 27, 33, 45, 53, 55. - -Pour les Pécheurs insensibles. - - Livre I.--Ch. 23, 24. - -- III.--Ch. 14, 55. - -Pour les Personnes oisives. - - Livre III.--Ch. 24, 27. - -Pour ceux qui écoutent les médisances. - - Livre I.--Ch. 4. - -Pour les Personnes portées à l'orgueil. - - Livre I.--Ch. 7. 14. - -- II.--Ch. 11. - -- III.--Ch. 7, 8, 9, 11, 13, 14, 40, 52. - -Pour les esprits querelleurs et opiniâtres. - - Livre I.--Ch. 9. - -- III.--Ch. 13, 32, 44. - -Pour les Personnes impatientes. - - Livre III.--Ch. 15, 16, 17, 18, 19. - (Parag. 5 du Chap. XIX. Prière pour demander la patience). - -Pour les Désobéissants. - - Livre I.--Ch. 9. - -- III.--Ch. 13, 32. - -Pour les Personnes causeuses. - - Livre I.--Ch. 10. - -- III.--Ch. 24, 44, 45. - -Pour ceux qui s'occupent des défauts des autres et négligent -les leurs. - - Livre I.--Ch. 11, 14, 16. - -- II.--Ch. 5. - -Pour les Personnes qui ont une dévotion fausse ou mal entendue. - - Livre III.--Ch. 4, 6, 7. - -Pour inspirer la droiture d'intention. - - Livre III.--Ch. 9. - -Pour les Personnes trop susceptibles. - - Livre III.--Ch. 44. - -Pour celles qui s'attachent trop aux douceurs de l'amitié humaine. - - Livre I.--Ch. 8, 10. - -- II.--Ch. 7, 8. - -- III.--Ch. 32, 42, 45. - -Pour celles qui se scandalisent de la simplicité ou de l'obscurité -des Livres saints. - - Livre I.--Ch. 5. - -Pour les Personnes portées à la jalousie. - - Livre III.--Ch. 22, 41. - - - - -PRIÈRES - -TIRÉES - -DU LIVRE DE L'IMITATION. - - -Prière avant la lecture spirituelle. - - Livre III.--Ch. II. - -Pour obtenir la grâce de la dévotion. - - Même livre.--Ch. III, parag. 6 et 7. - -Prière pour implorer le secours des Consolations divines. - - Livre III.--Ch. IV, V, parag. 1 et 2. - (Le même avant ou après la Communion.) - -Pour obtenir l'accroissement de l'amour de Dieu en nous. - - Même livre.--Ch. V, parag. 6. - -Sentiments d'anéantissement en la présence de Dieu - - Même livre.--Ch. VIII. - (Avant la Communion.) - -Prière pour une Personne qui vit dans la retraite et la piété. - - Même livre.--Ch. X. - -Sentiments profonds d'humilité. - - Même livre.--Ch. XIV. - (Avant ou après la Communion.) - -Pour demander la résignation à la volonté de Dieu. - - Même livre.--Ch. XV. - (Depuis la deuxième phrase du parag. 2, jusqu'à la fin, et partie du - premier.) - -Sentiments de Résignation. - - Même livre.--Ch. XVI, à la fin; XVII, parag. 2 et 4; XVIII, parag. 2. - -Pour demander la Patience. - - Même livre.--Ch. XIX, parag. 5. - -Prière pour une Personne affligée ou tentée. - - Même livre.--Ch. XX, XXI, parag. 1, 2, 3, 4, 5. - -Même prière pour celles qui se sentent remplies de l'amour de Dieu. - - (La dire encore avant et après la Communion.) - -Acte de remercîment. - - Livre III.--Ch. XXI, parag. 7. - (Après la Communion.) - -Prière propre aux personnes qui croiraient avoir moins reçu de Dieu que -les autres, soit pour le corps, soit pour l'âme. - - Même livre.--Ch. XXII. - -Pour demander la pureté de l'esprit et le détachement des créatures. - - Même livre.--Ch. XXIII, parag. 5, jusqu'à la fin. - -Prière d'une personne qui commence sa conversion. - - Même livre.--Ch. XXVI. - -(La même, pour une personne qui désire avancer dans la vertu.) - -Prière pour demander l'esprit de force et de sagesse. - - Même livre.--Ch. XXVII, parag. 4 et 5. - -Prière propre aux personnes qui éprouvent une vive affliction. - - Même livre.--Ch. XXIX. - -Prière après la Communion. - - Même livre.--Ch. XXXIV. - (La même pour s'exciter à l'amour de Dieu.) - -Sentiments d'abandon à la divine Providence. - - Même Livre.--Ch. XXXIX, parag. 2. - -Sentiments d'humilité. - - Livre III.--Ch. XL. - (Avant ou après la Communion.) - -Prière quand on a reçu quelque grâce de Dieu. - - Même livre.--Même chapitre. - (Avant ou après la Communion.) - -Sentiments de résignation. - - Même livre.--Ch. XLI, parag. 2. - -Sentiments pieux. - - Même livre.--Ch. XLIV, parag. 2. - -Prière d'une personne attaquée par la calomnie. - - Même livre.--Ch. XLVI, parag. 5. - -Prière sur le bonheur du Ciel, qu'on peut dire particulièrement les -jours de Pâques, de l'Ascension et de la Toussaint. - - Même livre.--Ch. XLVIII. - (Avant ou après la Communion.) - -Sentiment d'humilité et de contrition. - - Même livre.--Ch. LII. - (Avant la Communion.) - -Prière pour demander les secours de la grâce. - - Même livre.--Ch. LV. - -Prière pour les Prêtres, Religieux et Religieuses, pour demander la -persévérance dans leur vocation. - - Même livre.--Ch. LVI, parag. 3, 5, 6. - -Sentiment de confiance en Dieu. - - Même livre.--Ch. LVII, parag. 4. - -Prière pour toute personne pieuse et chrétienne. - - Livre III.--Ch. LIX. - (Après la Communion.) - (On peut s'en servir aussi pour terminer une retraite.) - -Prière devant le Très-Saint Sacrement. - - Livre IV.--Ch. I, II, III, IV, IX, XI, jusqu'au paragraphe 6; XIII, - XIV, XVI, XVII, et partie des prières ci-dessus. - -Élévations sur la dignité des Prêtres et la sainteté de leur ministère. - - Même livre.--Ch. V. - -Pour les Prêtres et les Séminaristes. - - Même livre.--Ch. XI, parag. 6, 7 et 8. - - - - -LECTURES - -POUR LA SAINTE COMMUNION. - - -(Il est bon de faire précéder la réception de la sainte Communion d'une -retraite de trois jours, à l'exemple de plusieurs Saints.) - -PREMIER JOUR. - -Esprit de retraite. - -LE MATIN. - - Livre III.--Ch. 53. - -À MIDI. - - Livre I.--Ch. 20. - -LE SOIR. - - Livre I.--Ch. 21. - - -DEUXIÈME JOUR. - -LE MATIN. - - Livre I.--Ch. 22. Misères de la vie. - Ch. 23. La Mort. - -À MIDI. - - Livre I.--Ch. 24. Le Jugement et l'Enfer. - -- III.--Ch. 14. - -LE SOIR. - - Livre III.--Ch. 48. Le CIEL. - --Ch. 59. _Conclusion._ - - -TROISIÈME JOUR. - -LE MATIN. - -_Préparation et exercice d'humilité._ - - Livre IV.--Ch. 6. Prière pour obtenir la grâce de s'approcher - saintement des Sacrements. - Ch. 7. Examen de Conscience, Contrition, ferme Propos, - Confession et Satisfaction. - -(Lire ensuite à genoux le 8e chap. du liv. III.) - -À MIDI. - - Livre IV.--Ch. 18. Foi soumise au mystère de l'Eucharistie. - Ch. 10. Avantage de la fréquente Communion. - -(Ne pas lire la 2e partie du parag. 7 jusqu'à la fin.--Lire à genoux le -52e chap. du liv. III.) - -LE SOIR. - - Livre IV.--Ch. 12. Préparation à la sainte Communion. - Ch. 15. Dévotion fondée sur l'humilité et le renoncement - à soi-même. - Ch. 9. S'offrir à Dieu dans la Communion. - -(Lire à genoux le 40e chap. du liv. III.) - - -POUR LE JOUR - -OÙ L'ON COMMUNIE. - -LE MATIN. - -LIVRE IV.--CH. 1, 2, 3, 4. - -AVANT ET PENDANT LA MESSE. - -LIVRE IV.--CH. 9, 16 et 17. - -(Après le _Pater_, fermer son livre, dire par coeur les Actes avant la -Communion, ou bien l'Acte de contrition, ceux des trois Vertus -théologales et les trois Oraisons qui suivent l'_Agnus Dei_; rester -ensuite en adoration.) - -(Après la sainte Communion, rester en adoration jusqu'à la fin de la -Messe; dire par coeur les Actes après la Communion.) - -APRÈS LA MESSE. - -LIVRE IV.--CH. 11, 13 et 14. - -(Ne pas lire les parag. 6, 7 et 8.--Réciter les cantiques _Benedictus_, -_Magnificat_, _Nunc dimittis_, et le _Te Deum_, soit à l'église, soit en -rentrant chez soi.) - -DANS LA JOURNÉE ET LE SOIR. - -LIVRE III.--CH. 21, 34, 48. - -(Répéter ensuite le 9e chap. du IVe livre, et choisir à volonté une -lecture dans les prières ci-dessus indiquées, page 467 et suiv.) - - -PRATIQUE DE PERSÉVÉRANCE - -APRÈS LA SAINTE COMMUNION. - -PREMIER JOUR. - -Remercier Notre-Seigneur Jésus-Christ, et s'exciter à son amour. - - Livre III.--Ch. 5, 7, 8, 10. - -DEUXIÈME JOUR. - -Écouter la voix de Jésus-Christ parlant à l'âme qui l'a reçu. - - Livre II.--Ch. 1. - Livre III.--Ch. 1, 2, 3. - -TROISIÈME JOUR. - -Se détacher des créatures. - - Livre III.--Ch. 26, 31, 42, 45. - -QUATRIÈME JOUR. - -Se détacher de soi-même, et s'abandonner à Dieu. - - Livre III.--Ch. 15, 17, 27, 37. - -CINQUIÈME JOUR. - -Souffrir avec patience en union aux souffrances de Jésus-Christ. - - Livre II.--Ch. 12. - Livre III.--Ch. 16, 18, 19. - -SIXIÈME JOUR. - -Persévérer dans sa ferveur dans les bonnes résolutions qu'on a prises en -communiant. - - Livre I.--Ch. 19, 25. - Livre III.--Ch. 23, 55. - -(Si on ne peut pas lire les quatre chapitres, il faudra de préférence -lire le premier et le dernier de chaque jour. On peut aussi en lire deux -le matin et deux le soir.) - - -FIN - - -Imp. BAILLY, DIVRY et Cie, place Sorbonne, 2. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of L'imitation de Jésus-Christ, by Various - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST *** - -***** This file should be named 57824-8.txt or 57824-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/7/8/2/57824/ - -Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This book was -produced from scanned images of public domain material -from the Google Books project.) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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