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-Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3739, 31 October 1914, by Various
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-Title: L'Illustration, No. 3739, 31 October 1914
-
-Author: Various
-
-Release Date: August 27, 2017 [EBook #55446]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 31 OCT 1914 ***
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-
-Produced by Juliet Sutherland, Hélène de Mink, and the
-Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites
-par le typographe ont été corrigées.
-
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-
-L'original comporte une notation en exposant "Voies ferrées pr{ies}
-et Routes pr{ies}", qui a été préservée dans cette version
-électronique.
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-L'ILLUSTRATION
-
-[Illustration:
- _Prix du Numéro: Un Franc._ SAMEDI 31 OCTOBRE 1914 _72e Année.--No 3739._]
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-[Illustration: ÉLISABETH, REINE DES BELGES]
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- _Dessin de J. SIMONT._
-
- «_Elle est là-bas, avec le roi Albert, au milieu des troupes qui
- combattent. Elle est venue de ville en ville, de camp en camp, de
- tranchée en tranchée. Elle console de vivre et console de mourir;
- elle sourit, elle panse des blessures. Elle est toute la douceur et
- toute la pitié dans ce pays de Flandre où la brume lourde enveloppe
- le paysage triste, linceul de grisaille sur tant et tant de linceuls
- de lin... Reine errante, mais reine comme ne le fut jamais l'épouse
- du roi le plus puissant, elle symbolise toute la patrie meurtrie et
- qui ne veut pas mourir. Loin des cités orgueilleuses et des palais
- somptueux, elle va vers les soldats tombés sous la mitraille et,
- quand elle passe près d'eux, les paupières des agonisants se
- soulèventpour un dernier regard, une dernière larme..._»
-
- ROLAND DE MARÈS (_Le Temps_).
-
-
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-
-LES GRANDES HEURES
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-
-LES BLESSÉS
-
-
-Comme un cri étouffé, comme un mot d'ordre, comme un frisson qui se
-propage... en un instant cette phrase: «Voilà des blessés!» court du haut
-en bas de l'ambulance, traverse les salles ainsi qu'un grand courant
-d'air agitant tout sur son passage: les pensées, les êtres et les choses,
-les robes et les rideaux.
-
-Les blessés! D'où viennent-ils? Peu importe. Du feu. Cela suffit. On ne
-les attendait pas et cependant leur arrivée ne cause aucune surprise, car
-on les espère toujours. Ils n'ont pas d'heure. Ils apparaissent
-brusquement le matin, le soir, en pleine nuit, sans prévenir, comme
-l'ennemi. Aussi sont-ils reçus de la belle façon: à bras ouverts. Ceux
-qui ont été les chercher à une gare de banlieue ou quelquefois très loin,
-au _front_, et qui les ramènent à bon port, se secouent, soulagés, en
-sautant du siège: «Cristi! Ça n'a pas été sans peine. Enfin, les voilà.
-C'est à vous de faire.»
-
-On les sort donc des voitures et des autos et on les dépose à petits pas,
-comme de précieuses cargaisons tirées des flancs d'un navire que l'on
-croyait perdu corps et biens et qui arrive du bout du monde. Jamais les
-escaliers n'ont été aussi durs et aussi longs à monter qu'avec eux. Tous,
-exténués de souffrance ou de fatigue, tombent anéantis, incapables d'un
-geste, d'une parole. Ils ne donnent signe de vie qu'en respirant. Même
-ceux qui se tiennent sur leurs jambes marchent en plein sommeil et
-croulent dès qu'ils s'arrêtent. C'est dans ce lamentable état qu'il faut
-d'abord les déshabiller. Que de difficultés et de soins nécessite ce
-travail aussi douloureux déjà qu'une «opération»! D'une main délicate et
-pourtant résolue on retire, on décolle les vêtements glorieux et en
-lambeaux qui font aux soldats des costumes de splendeur épique si bien
-adaptés et rompus à tous les actes de la bataille; les pieds gonflés sont
-délivrés du boulet des grosses chaussures qui ont foulé tant de routes et
-qui, lassées par les étapes, heurtent le sol avec un bruit lourd, comme
-des haltères. Les corps meurtris et vigoureux sont mis à nu. Nous voyons
-apparaître les larges poitrines, nos seuls et vrais remparts, plus
-résistants, que ceux des forteresses. Alors l'eau, l'alcool, répandus sur
-les chairs, rafraîchissent et purifient les membres harassés recouvrant
-aussitôt sous ce baptême l'instinctif entrain de la vie, et les
-infirmières, transfigurées par le respect de ces ablutions, prennent,
-sans qu'elles s'en doutent, les nobles attitudes qui agenouillent les
-saintes femmes dans les mises aux tombeaux. Près d'elles il y a toujours
-debout un vieux brancardier méditatif et grisonnant, qui ressemble à
-Joseph d'Arimathie.
-
-Mais, après que les malheureux ont été emportés, l'étrange sensation
-produite tout à coup, dans la pièce vide, par les tas individuels de
-leurs vêtements affaissés et réunis! Quoi? Ces monticules de guenilles...
-ce sont eux? Oui. Voilà leur dépouille émouvante. Ils ont fondu. Je pense
-à des corps consumés dont ces restes seraient les cendrés. Et si petites!
-A tenir dans un boisseau! Comment? Ce paquetage?... C'est tout cela un
-cuirassier?--Vous l'avez dit.--Et ce résidu?--C'est un zouave... un
-chasseur.--Quelle misère! On soulève et l'on trie, le coeur serré, les
-pauvres nippes imprégnées de sueurs brûlantes et froides, qui ont bu tant
-de sang, l'eau de la pluie et des fleuves passés à gué ou à la nage,...
-ces loques si belles qui à la minute pendaient tout le long des blessés
-ainsi que des drapeaux noircis dont leur corps était la hampe... Et quand
-on les a rassemblées, on ficelle, en inscrivant le nom, pour que les
-guéris retrouvent, le jour du départ, ces hardes qui sont tout leur bien.
-
-Mais eux, en attendant, où sont-ils, les soldats qui n'ont plus
-d'uniforme?
-
-Ils sont couchés, au lit. Dans un lit...
-
-Ah! ce lit! Ce lit frais, tiède, chaud, dont ils ont rêvé depuis des
-jours et des semaines sous les rideaux de balles et d'obus, courbés dans
-l'alcôve des tranchées, durant les longues nuits, noires de froid et de
-ténèbres... ils le possèdent enfin!... ils y campent... Ces draps de
-blancheur, si doux, qui les enveloppent comme un grand pansement... ils
-les touchent de tous leurs membres qui les jonchent et craquent d'aise,
-de tout leur corps étendu, étalé, de leurs mains aux paumes insatiables,
-de leurs pieds remués sans cesse, heureux de se frotter dans tous les
-sens à la bonne toile qui vient de l'armoire... Ce lit, c'est l'oasis,...
-ils s'y laissent aller, couler, avec la complaisante inertie du plongeur
-qui s'enfonce en sécurité, car il sait qu'il remontera. Ils ferment les
-yeux et les rouvrent en soupirant: «Oh! qu'on est bien!» Et puis, dans
-une confiance absolue, dans une indifférence sereine, à partir de ce
-moment redevenus petits, ils font âme neuve. Ce sont des enfants.
-L'ambulance opère en une heure cette métamorphose mystérieuse et qui
-favorise la guérison.
-
-Aussitôt couchés dans les draps marqués au chiffre de la Croix-Rouge, les
-soldats, qui étaient des hommes, sont ramenés à l'arrière, loin des
-lignes de leur âge; ils se replient au temps de leurs jeunes années. Tout
-contribue au succès de ce mouvement de retraite: le calme du lieu,
-l'éveil et le choix des souvenirs, la position même qui les tient
-allongés sur les matelas et les coussins de plume, comme à l'époque de
-leurs lits étroits et de leurs premiers songes. Et ils voient de nouveau
-se pencher sur eux des femmes aux traits maternels qui leur parlent tout
-près, tout bas, qui savent écouter, deviner, comprendre et se taire. Ils
-sentent se poser sur leur front, sur leurs cheveux, des mains accoutumées
-qui n'ont pourtant pas l'air d'être des mains humaines, dont le contact
-est un langage. A travers le voile de leurs paupières, jusque sous le
-bandeau qui les isole, ils perçoivent la surveillance des regards et
-l'inquiétude des pensées. On prévient leurs moindres désirs et on trouve
-le moyen de ne pas les contrarier même quand il est impossible de les
-satisfaire.
-
-Plus que partout ailleurs les blessés se montrent là dans le plein de
-leur naturel. Les expansifs «se racontent». Les muets, les fermés,
-rabattus sur eux-mêmes, butés à des choses qu'il est inutile d'essayer de
-leur arracher, fixent encore du fond de leurs sombres prunelles le champ
-de bataille où ils ont langui jusqu'au surlendemain, la cave molle et
-fétide où ils gisaient parmi les rats affolés dans un cloaque sans nom,
-le bois sinistre et mouillé de sang qui répercutait leur éternelle et
-vaine plainte, l'oiseau de proie qui tout à coup, la nuit, s'est posé sur
-leur face, dont la patte onglée s'est crispée un instant sur leur nez,
-dont ils ont vu le bec tandis qu'il s'apprêtait à leur manger les yeux.
-Des bruits leur reviennent aux oreilles: fracas d'obus, sifflements de
-fer, miaulements d'acier, crépitements d'incendie, cris rauques,
-aboiements d'un chien, tonnerre sec des canons, chute d'une gamelle,
-sonnerie d'un clairon mais si loin, si loin... A ceux-là il faut des
-heures et même des jours pour se remettre, revenir au temps présent, à la
-surface du flot apaisé... Et puis tout à coup, comme on n'y comptait
-plus, un sourire se dessine enfin, germe et fleurit sur le visage
-douloureux et balaie tous les fantômes...
-
-[Illustration]
-
-Il y a les blessés gais, les musiciens du rire, les fifres de l'esprit
-français qui forment la fanfare de ce régiment de la souffrance. Leurs
-joyeux propos donnent du ton et fouettent la convalescence. Et après les
-petits blessés et les moyens... viennent ceux qu'on appelle les grands...
-A ces mots, la voix baisse et se teinte de gravité. Les grands blessés!
-Dès qu'on entre ils captent l'attention, un peu à l'écart, abrités par
-des paravents... Leur immobile vie reste suspendue. Le visiteur fait un
-détour, n'ose pas s'avancer près de leur lit plus solennel. Les yeux de
-ceux-là, quand ils s'ouvrent avec lenteur, demeurent vagues, brumeux,
-lointains... Ils vous regardent et ne vous voient pas... tout leur semble
-étranger... Ils sont sans être... On les sauvera. Mais on n'ose pas trop
-le dire, en face de leur faiblesse et de leur fragilité. On n'en parle
-qu'avec des hochements de tête et des espoirs d'une extrême prudence...
-
-Et pourtant les blessés rendent tous aux médecins, aux femmes et à ceux
-qui les soignent la tâche agréable, facile. D'un incroyable et tenace
-courage, ils ne se plaignent jamais. C'est leur façon de s'acquitter. Il
-faut leur arracher l'aveu que «ça ne va pas très bien» pour apprendre que
-ça va mal. Ils sont candides, sympathiques, touchants, de la plus
-familiale gentillesse quand ils ouvrent un portefeuille éreinté, bon à
-jeter, pour vous montrer avec orgueil le portrait d'une maman, d'une
-femme, d'un bébé... ou bien qu'ils vident leurs inépuisables poches,
-extraordinaires de contenance comme des sacs à malice, et dans lesquelles
-s'entassent du tabac, de la ficelle, un morceau de sucre, une pipe, un
-mouchoir à carreaux, des sous, du chocolat, une caricature «de la tête à
-Guillaume...» Et convenables, polis, bien élevés, simples, naturels, sans
-affectation d'aucune sorte, d'une qualité d'accueil égale, aimable et
-digne, avec un sourire des yeux et de toute la personne, même empêchée,
-qui dit bonjour et remercie. Leur immobilité la plus cruelle trouve
-toujours ingénieusement la façon de manifester de la reconnaissance. Pour
-parler des parents, de la ville «d'où ils sont», de leur champ, de la
-maison, d'un cheval, d'une ferme ou d'un clocher, ils emploient sans
-effort des termes d'une noblesse grave qui sont saisissants et beaux
-comme des paysages. A peine s'approche-t-on de leur lit qu'ils vous font,
-ainsi qu'à un chef, l'honneur du salut militaire. Ils adorent les
-friandises, la confiture, les bonbons... Si l'on osait, on leur
-apporterait des joujoux... des soldats de plomb. Il n'y a nul
-inconvénient à les gâter, car ils n'ont pas volé les douceurs qui ne
-sauraient les amollir. Ils en prennent à leur appétit... Tiens! Pendant
-qu'ils y sont... Et ils font joliment bien... Mais ils repartiront, une
-fois rétablis, plus belliqueux et plus ardents, à tel point leur
-confiance est inébranlable, vissée: «_Ils_ sont perdus, monsieur. Ça y
-est. N'y a qu'à attendre.»
-
-Ainsi, dans la douleur, dans le repos et la docilité, dans la réparation
-physique et le maintien du grand moral, nos blessés, parmi nous, passent
-un temps, plus ou moins long, de sanglantes vacances, choyés du moins par
-les tendres femmes françaises dont ils ont écouté si souvent, la tête
-sur leur poitrine, battre comme une horloge le cœur inaltérable et fort,
-la source de bonté régulière, infinie...
-
-[Illustration: Le grand escalier de l'Hôtel de Ville d'Arras.
-Un escalier qui monte dans le vide.]
-
-Plus tard, dans des années, quand ils feront aux jeunes gens le récit de
-leurs campagnes, ils se rappelleront, entre deux batailles: «Ah!
-l'ambulance!... mon ambulance de 1914! j'ai été soigné là... non... je ne
-peux pas dire! Des femmes!... des dames du Paradis!»
-
-Et puis ils se tairont, pendant qu'une larme, pour mieux couler, choisira
-sur leur joue le ravin d'une cicatrice.
-
-
- HENRI LAVEDAN.
-
-
-
-
-DANS LES CENDRES D'ARRAS
-
-
-_Nous reprenons la publication du récit, par M. Gaston Chérau, du
-bombardement et de l'incendie d'Arras. Les photographies prises par notre
-collaborateur augmentent encore l'intérêt de cette émouvante narration_:
-
- Arras, 16 octobre.
-
-Les malheureux habitants qui s'étaient réfugiés dans leurs caves, à la
-fois guettés par les obus et par l'incendie qui faisaient rage au-dessus
-d'eux, ne savaient plus à quelle mort se vouer. L'incendie ne leur donna
-pas longtemps le choix: les vieilles maisons s'effondrèrent presque
-subitement et les issues des caves furent bouchées...
-
-De l'une de ces retraites mortelles, sortirent--dans la nuit du jeudi au
-vendredi--quarante-cinq personnes; elles y étaient emprisonnées depuis le
-mardi matin et, pour se tirer de là, il leur fallut déblayer des
-décombres brûlants sur une épaisseur de plus de trois mètres.
-
-Ce ne fut que le vendredi que le désastre de leur ville fut révélé aux
-Artésiens. La mitraille tombait encore, mais, comme me l'a dit l'un
-d'eux, «elle n'était plus bien portante... et puis on était _au
-courant_». On apprit alors que les Allemands avaient surtout visé les
-monuments anciens, les usines et les ambulances.
-
-Qu'ils s'enorgueillissent du résultat: ils ont encore une fois anéanti
-des asiles où l'on endormait les douleurs et des maisons qui parlaient du
-génie de la paix.
-
-Si le beffroi résiste encore, à la date où j'écris, l'Hôtel de Ville est
-vidé de ses trésors de bois, de pierre et de fer forgé. Les salles
-gothiques se sont volatilisées, les cheminées sculptées ont éclaté, les
-frisés se sont émiettées, le balcon d'où l'on regardait la place a reçu à
-lui seul plus de plomb qu'il n'en faut pour détruire dix maisons. Les
-façades renaissance tiennent, mais ce ne sont plus que des écrans. Des
-maisons, du quartier, il n'y a plus que des monceaux de décombres, des
-murs menaçants, des escaliers qui montent dans le vide, des poutres qui
-ne parviennent plus à rejoindre leur appui, des fûts de colonnes braqués
-comme des canons, des enseignes bosselées, des balcons tordus, des amas
-de tuiles, d'ardoises, de vaisselle brisée, de cuivres noircis...
-
-Mais ça n'est pas tout!
-
-Cinq ambulances étaient installées dans Arras. Les cinq ont été
-bombardées!
-
-Sous la mitraille qui défonçait les toits de l'école des garçons, les
-trois médecins militaires descendirent eux-mêmes leurs cent soixante
-blessés dans les caves. Au Saint-Sacrement, au Collège communal, aux
-Ursulines, les projectiles pleuvaient sans discontinuer.
-
-A l'hôpital Saint-Jean, dans la matinée du 7 octobre, une sœur venait
-d'achever le pansement d'une femme qui avait été blessée la veille, dans
-la rue, et qu'on avait recueillie avec ses deux enfants, une fillette de
-six ans, un bébé de six mois. Un obus crève la toiture, éclate dans la
-salle, blesse une deuxième fois la femme blessée le 6, tue sa fillette,
-abat la sœur qui meurt en articulant doucement: «J'offre ma vie à mon
-pays!»
-
-Elle était vouée à la mort, cette souriante et tendre petite religieuse
-de vingt-neuf ans! L'obus qui précédait immédiatement celui qui l'a tuée
-venait de tomber dans la cellule voisine de l'oratoire, précisément celle
-de sœur Sainte-Suzanne, et la supérieure courait, demandant si sœur
-Sainte-Suzanne se trouvait chez elle... Sœur Sainte-Suzanne était dans
-son service! Mais la mitraille, qui l'avait manquée là, devait la
-retrouver ici.
-
-[Illustration: Salle de l'hôpital Saint-Jean, à Arras, où une sœur et
-une fillette de six ans ont été tuées et où d'autres malades ont été
-blessés.]
-
-Et d'autres obus tombaient encore, achevant trois soldats blessés, tuant
-un employé, tuant un autre enfant...
-
-Voilà la besogne des terribles soldats teutons!
-
-Le bureau de bienfaisance lui-même n'a pas été épargné. Il n'était
-pourtant pas facile de le dénicher dans cette rue qu'abritent les hautes
-terrasses du jardin de l'évêché! C'était, aussi, une victime bien
-innocente, mais il faut croire que son étiquette et sa destination le
-désignaient pour le sacrifice. Des obus sont tombés sur lui.
-
-Le jour où j'ai pu y pénétrer, je n'ai pas été peu étonné d'entendre
-chanter dans ce qui restait de la maison voisine. C'était un serin qui
-s'en donnait à cœur-joie! Il y avait près de sa cage trois autres cages
-où le petit monde qui y était faisait le gros dos, attendant la mort
-devant les mangeoires vides et les buvettes desséchées. Depuis onze
-jours, les pauvres abandonnés n'avaient pas reçu de visites! Il y avait
-une petite perruche qui, les yeux clos, dodelinait de la tête comme si,
-au seuil de l'agonie, elle avait réfléchi aux atrocités de cette époque.
-La tourterelle, tassée dans ses plumes hérissées, ne bougeait pas; quant
-au tarin, ce n'était plus qu'une petite boule accrochée à son
-perchoir. Autour d'eux, la cloison était crevée; un rideau, arraché à une
-fenêtre, avait été fixé sur le mur par des éclats de vitres; les chaises,
-la table, les assiettes, les verres, le linge, le fourneau de la cuisine,
-tout était bouleversé ou réduit en miettes. Le plafond était défoncé, et
-ce qui demeurait intact après le cataclysme c'étaient précisément les
-êtres les plus fragiles! Aidé de l'économe du bureau de bienfaisance,
-j'ai recherché la provision de graines et nous leur avons donné à manger.
-
-[Illustration: Pièce attenante au bureau de bienfaisance écroulé, où
-notre collaborateur a trouvé des oiseaux abandonnés depuis le
-bombardement.]
-
-[Illustation: Près de l'une, j'ai aperçu un réveille-matin.]
-
-Nous étions bien un peu honteux d'avoir une telle préoccupation en un
-pareil moment, mais c'est que nous nous imaginions que nous nous
-surveillions l'un l'autre. D'ailleurs, dès que nous avons vu de quelle
-façon on accueillait notre offre, nous nous sommes regardés et nous nous
-sommes compris.
-
-Quand je suis sorti de là, le serin chantait encore.
-
-Dans les rues, les ménagères balayaient et lavaient leur maison, et je me
-souviens d'avoir vu un commerçant qui frottait avec conviction la glace
-de sa porte sans penser que de la devanture de son magasin il ne restait
-que les montants.
-
-Rien ne peut contre l'habitude et il n'y a pas de guerriers qui en aient
-raison.
-
-Les obus ronflaient toujours et occupaient l'air; une maison achevait de
-se consumer sur la Grande Place, que des enfants continuaient leur partie
-d'_al'-guise_ et que les pigeons s'abattaient sur leur endroit préféré.
-
-Je poursuivis ma promenade dans les ruines, dans les cendres et dans le
-sang et je vis d'autres ruines, d'autres cendres et d'autre sang. Il y en
-avait partout, mais partout il y avait des gens qui s'activaient pour
-déblayer les lieux. Il fallait faire place nette à la Vie.
-
-A l'église Saint-Jean-Baptiste, le doyen me fait visiter les dégâts: les
-obus ont plu ici comme ailleurs. Les voûtes sont percées à jour, les
-vitraux n'existent plus, la toiture est pulvérisée; cela n'empêche pas de
-songer à demain et une petite équipe d'ouvriers nettoie la nef.
-
-Et des ruines, d'autres ruines! Des gens, hier riches, aujourd'hui
-ruinés, vont voir la place de leur foyer. Ils n'ont pas de colère, pas de
-larmes; ils regardent, fouillent dans les décombres pour essayer de
-retrouver quelque chose, et puis, incapables de persévérance, ils s'en
-vont, plus fatalistes encore. Ce qui doit être anéanti périt à son jour.
-
-Dans le quartier de la gare j'ai vu, sur l'emplacement d'un grand
-immeuble, douze cheminées que les bombes et l'incendie ont respectées.
-Elles sont accrochées comme des nids et, sur certaines d'entre elles, des
-cafetières sont encore posées. Près de l'une, j'ai aperçu un
-réveille-matin.
-
-Un peu plus loin, à l'endroit où passait la rue Saint-Géry, s'élevait un
-hôtel particulier dont il ne reste plus que la porte monumentale qui
-encadre dans le lointain des colonnes et des frontons. On dirait une
-riche villa de Pompéi.
-
-[Illustration: Des cheminées qui sont restées accrochées comme des nids.]
-
-[Illustration: Une ruine qui ressemble à celles des riches maisons de
-Pompéi.]
-
-Et partout il y a des ruines, ruines de pauvres, ruines de riches,
-réunies aujourd'hui dans le sort commun; et partout s'étale cette
-épouvantable odeur d'incendie.
-
-Lorsque tombe le soir sur cette ville anéantie, aux rues encombrées de
-fil de fer, aux toits qui, à chaque minute, laissent échapper de leurs
-tuiles, les heures deviennent soudain lugubres. Les ménagères sont
-rentrées; on n'entend plus le bruit du balai qui lave, le bruit de l'eau
-qui coule du seuil sur le trottoir. La vie qui s'essayait vaillamment à
-reprendre s'est tout à coup découragée. L'odeur de brûlé devient plus
-lourde et plus écœurante, et le canon qui tonne durement tout autour de
-la ville ne dissipe pas l'angoisse qui vous étreint.
-
-Je me rappelle mes promenades du soir dans les rues d'Arras,
-autrefois,--il y a quatorze ans. Et je revois ces petites lumières qui
-éclairaient le fond des maisons où les cuivres reluisaient, où tout était
-rangé selon un ordre invariable, où il semblait que la vie avait raison
-du temps...
-
-
-_C'est à Albert, quelques jours après, que l'auteur de ces lignes a
-appris qu'un nouveau bombardement avait aggravé l'œuvre du premier_:
-
- Albert, 23 octobre.
-
-De nouveau, l'ennemi bombarde la malheureuse petite ville d'Albert, et
-c'est là, sur des cendres toutes chaudes et sous les trajectoires des
-obus, que j'apprends l'achèvement du désastre d'Arras! Le beffroi est
-tombé, le lion des Flandres est abattu; ce qui restait debout de la
-Petite Place est, m'affirme-t-on, détruit; les ambulances ont, encore une
-fois, servi de cible...
-
-[Illustration: L'ACHÈVEMENT DU DÉSASTRE D'ARRAS.--Le beffroi détruit par
-un nouveau bombardement.]
-
-Nos ennemis, en effet, ne pouvaient pas se retirer en laissant derrière
-eux autre chose que des ruines! C'est un surcroît de torture pour nous,
-mais c'est aussi un peu plus de dégoût, un peu plus de mépris, un peu
-plus de colère qu'ils ajoutent en nos âmes.
-
-Que le beffroi soit à bas, que des monuments séculaires soient en
-flammes, que des ambulances soient en cendres, le son qu'ont rendu les
-vieilles cloches en tombant est le glas de celui qui, criminel insensé, a
-outragé toute une histoire et toute l'humanité.
-
- GASTON CHÉRAU.
-
-
-
-
-LA PROTECTION DE COMPIÈGNE
-
-
-_Nous avons reçu la lettre suivante_:
-
- 20 octobre 1914.
-
- Mon cher directeur et ami,
-
-Je crois de mon devoir d'apporter une rectification à l'article de M.
-Julien Tinayre paru dans _L'Illustration_ du 17 octobre.
-
-«Compiègne, pendant l'occupation allemande, y est-il dit, n'a presque pas
-souffert, grâce au sang-froid et au courage de M. Martin, adjoint au
-maire, et de M. Gabriel Mourey, conservateur du Palais.»
-
-En ce qui me concerne, rien n'est moins exact. C'est à d'autres que
-revient tout l'honneur du salut de la ville de Compiègne: d'abord à M. H.
-de Seroux, adjoint délégué, dont la prudence, la fermeté et le dévouement
-méritent notre admiration et toute notre reconnaissance; ensuite à M.
-Lefèvre, qui a assumé et rempli avec un tact et une patience rares les
-périlleuses fonctions de chef de la police municipale.
-
-Quant à moi, je me suis simplement borné à protéger, du mieux que j'ai
-pu, le Palais dont j'ai la garde...
-
- GABRIEL MOUREY,
-
- Conservateur du Palais national de Compiègne.
-
-_M. Martin nous a écrit lui-même pour reporter sur M. de Seroux tout
-l'honneur de la protection de Compiègne, et le président du tribunal de
-cette ville, dans une lettre sur le même sujet, nous prie de citer
-également le nom de M. le Dr Wurtz qui, malgré son âge, a soigné nuit et
-jour les malades et les blessés._
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-AUMONIERS MILITAIRES
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-Dans notre dernier numéro nous avons montré, unis à l'ombre du drapeau
-pour remplir, en se prêtant mutuelle assistance, un même devoir, des
-aumôniers militaires appartenant à des religions différentes. A l'exemple
-de nos vaillants mobilisés qui ont fait table rase de toutes leurs
-querelles, prêtres catholiques, pasteurs protestants et rabbins oublient
-leurs dissentiments confessionnels et donnent l'exemple de la plus
-parfaite confraternité devant les blessés ou les mourants qu'ils ont
-mission d'assister. Le rabbin qui figurait sur notre photographie attesta
-cette union de façon aussi glorieuse que tragique. Ses nombreux amis ont,
-en effet, reconnu M. Bloch, tué il y a quelques semaines aux environs de
-Saint-Dié. On évacuait une ambulance sous le feu de l'ennemi. Un de nos
-soldats, dangereusement blessé, aperçoit le rabbin qu'il prend pour un
-prêtre catholique; il lui demande un crucifix. Le prêtre israélite court
-aussitôt à la recherche du pieux emblème; au moment où il va le remettre
-à l'agonisant, il est lui-même mortellement frappé. M. Bloch est le
-premier rabbin victime de la guerre; il est tombé en brave, comme tant de
-prêtres catholiques tués au feu ou brutalement fusillés.
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-_Dessin de CHARLES FOUQUERAY,
-d'après un croquis communiqué par un officier blessé._
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-[Illustration: NOS FUSILIERS MARINS A YPRES]
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-Les Parisiens, les vieux, ou ceux encore qui possèdent bien leur histoire
-de la guerre de 1870-1871 et du grand siège, n'ont pas perdu le souvenir
-des services éminents que rendirent alors à la défense les marins,
-fusiliers et canonniers. Aussi, lorsque, au début des hostilités
-actuelles, on vit reparaître sur les boulevards leurs grands cols bleus,
-leurs mâles figures halées, les accueillit-on avec cordialité. Quelques
-jours ils furent employés à des besognes de police. Ils pouvaient mieux
-faire, et bientôt ils étaient répartis dans certains forts du camp
-retranché: la tâche de protéger Paris ne pouvait être confiée à de
-meilleures mains. Après la rude alerte on les vit revenir en petit
-nombre. A l'approche des froids, on les avait dotés de la longue capote
-d'infanterie, qui leur enlevait bien un peu de leur allure dégagée, mais
-n'allait point les gêner pour faire, dans les combats du Nord,
-d'excellente besogne. On a, pour la première fois, mentionné leur
-collaboration efficace, le 13 octobre, à la reprise d'Ypres, où ils
-marchaient à côté des Anglais. Ce fut une chaude affaire. Mais les marins
-sont bons pour toutes les tâches qui exigent de la vigueur et de
-l'agilité, de la vaillance et de l'allant. Leur magnifique entrain, à la
-baïonnette, ne le cède même pas à celui des turcos. Ils enlevèrent
-alertement les positions dont on leur confia l'attaque. La déroute des
-Allemands, repoussés à plusieurs kilomètres au delà d'Ypres, fut
-complète; ils firent là des pertes considérables. Cette irrésistible
-poussée fut le commencement d'une offensive qui étendit bientôt notre
-front jusqu'à la mer, paralysant la marche en avant de l'ennemi.
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-[Illustration:
-Altmunsterol redevenu Montreux-Vieux: les anciens poteaux frontières
-allemands, sur la route et sur la voie ferrée de Belfort à Mulhouse,
-repeints aux couleurs françaises.]
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-DEUX MINISTRES AUX ARMÉES
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-M. Aristide Briand, garde des sceaux, vice-président du Conseil, et son
-collègue, M. Albert Sarraut, ministre de l'Instruction publique, ont
-passé toute la semaine dernière dans l'Est, au milieu de nos soldats,
-témoins de leurs généreux sacrifices, de leur magnifique ardeur au
-combat, de leur foi inébranlable dans le succès. Mardi ils retournaient
-auprès de leurs collègues, auxquels ils allaient rendre compte de la
-mission qu'ils venaient d'accomplir, communiquer l'impression
-d'admiration et de confiance que leur a laissée tout ce qu'on leur a
-montré, faire part aussi des besoins de cette vaillante armée qu'ils ont
-vue à la peine, et de l'effort à poursuivre afin de lui permettre de
-parfaire son œuvre victorieuse. Il suffit d'avoir causé quelques
-instants seulement avec M. Aristide Briand, à son bref passage à Paris,
-pour entendre de quelle voix chaleureuse, persuasive, en quels termes
-enthousiastes il dut, pour sa part, raconter au Conseil cet émouvant
-voyage. Au surplus prêchait-il à des convertis, et il n'aura pas, certes,
-besoin de toute son éloquence pour convaincre le gouvernement entier du
-devoir qui lui incombe jusqu'au bout, d'aider de tout son pouvoir, de
-toutes ses forces vives et sans marchander, ceux qui luttent, de
-collaborer de la plus étroite façon, et, pour tout dire d'un mot, de
-communier avec eux.
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-[Illustration:
-Les deux ministres
-D'un point culminant des Hauts de Meuse, MM. Briand et Sarraut assistent
-à un vif combat d'artillerie.]
-
-Les premiers spectacles qui apparurent aux ministres, quand ils
-arrivèrent à l'arrière de nos armées, sur les territoires d'où elles
-venaient à peine de repousser l'ennemi, furent des tableaux de désolation
-et de deuil. Partout des ruines. Et quelles ruines, que celles de villes,
-de bourgades, de villages, dont certains tour à tour ont été pris,
-repris, reconquis enfin par les nôtres de haute lutte, après les plus
-rudes alternatives; que l'ennemi, le plus souvent, a systématiquement
-dévastés, mettant au service d'une haine féroce les procédés de
-destruction les plus infaillibles; et que, dans la rage que lui causait
-sa défaite, il s'est appliqué, avant le décisif recul, à effacer de la
-surface du sol comme firent autrefois, de villes maudites, des
-cataclysmes dont la mémoire des hommes demeure à jamais horrifiée! Ce fut
-ainsi, sous les plus lamentables couleurs, qu'ils aperçurent au passage
-de petits pays naguère si florissants et si quiets, Nomeny, Revigny,
-Gerbeviller, Clermont-en-Argonne, Lerouville, Sermaize-les-Bains,
-Lunéville, Vaubécourt, tant d'autres dont les noms évoquent
-d'inoubliables souffrances, et qui portent encore les stigmates de la
-sauvagerie raffinée--si les deux mots ne heurtent pas d'être
-accolés--dont ils furent les victimes.
-
-Pourtant, ô miracle de la vitalité, du courage de la race, de sa
-confiance inébranlable en l'avenir! pourtant l'activité partout reprend
-en ces lieux martyrisés. Les routes qui avaient vu le pitoyable exode de
-tous ces pauvres gens chassés de leur foyer par l'invasion se sont de
-nouveau animées, à mesure que les nôtres regagnaient le terrain
-abandonné, de longs cortèges où des piétons las, inquiets de ce qu'ils
-allaient retrouver à la place de leurs maisons délaissées, mais non
-découragés, se mêlaient aux chariots chargés en désordre, aux grinçants
-véhicules de fortune. Et les voilà, ces pauvres sans feu ni lieu, qui se
-remettent à l'œuvre dans leurs champs criblés de trous d'obus,
-s'appliquant à réédifier leur toit familial, et attendant la paix, la
-paix glorieuse à laquelle leurs âmes croient de toute la ferveur dont
-elles sont capables.
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-[Illustration: Les nouveaux Pèlerins]
-
-Cette foi vive, agissante, les représentants du gouvernement allaient la
-retrouver, exaltée encore par l'ardeur de la lutte, aux lignes de
-bataille qu'ils gagnaient bientôt.
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-Ce fut là que les deux ministres apprirent la mort de M. Emile Reymond,
-le sénateur de la Loire, leur collègue au Parlement, leur ami, dont nous
-racontons d'autre part la fin héroïque. Quelques heures auparavant, ils
-lui avaient donné, en se détournant pour cacher leurs larmes, la suprême
-poignée de main. Lui, souriait, sans illusion pourtant sur son sort:
-«Dites-moi seulement que vous conserverez de moi un bon souvenir»,
-murmuraient ses lèvres prêtes à se clore à jamais. En évoquant cette
-vision, les traits si mobiles de M. Aristide Briand se contractaient
-encore.
-
-
-LA MISSION AUX ARMÉES DE MM. ARISTIDE BRIAND ET ALBERT SARRAUT.--Le
-généralissime et les deux ministres.
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-[Illustration: M. Aristide Briand et le général Dubail.]
-
-Des Hauts de Meuse, la position que l'ennemi nous a si désespérément
-disputée, M. Aristide Briand et M. Albert Sarraut assistèrent à une
-action dans laquelle 200.000 hommes, peut-être--100.000 de chaque
-côté--étaient engagés. Un temps radieux les favorisait. Dans un ciel bleu
-de panorama--ces vieux panoramas devant lesquels germèrent, voilà
-longtemps, dans nos âmes d'enfants, et l'horreur du Teuton et l'espoir
-des revanches--ils voyaient s'épanouir, puis se dissoudre au vent
-d'automne, les blancs flocons des shrapnells. Parfois, dans la terre en
-friche, dans les champs désertés, un gros obus s'enfouissait sous leurs
-yeux, à quelques centaines de mètres, avec un fracas sourd. Des
-crépitements de fusillades alternaient avec les grondements lointains du
-canon. Mais la plaine demeurait vide en apparence. Pas un être ne s'y
-agitait. Nul autre indice de la bataille que des fumées, de-ci de-là, des
-lueurs d'incendies, et du bruit tout alentour. Etrange impression, et si
-différente, confessait M. Aristide Briand, de celle qu'on s'attend à
-recevoir d'un pareil carnage. On a rêvé d'un classique Wouwerman ou d'un
-Van der Meulen, avec de pittoresques groupes épars de cavaliers, des
-charges furieuses: on n'a devant soi qu'un immobile paysage de Lorraine.
-La tâche, désormais, sera bien difficile pour les peintres de bataille!
-
-Ce n'est pas de lui, en revanche, que je tiens ce détail: comme, en
-compagnie des officiers qui les guidaient dans ce voyage, les ministres
-déjeunaient à la hâte, non loin de l'hôpital où agonisait leur ami, un
-avion allemand vint planer sur la ville--par hasard, sans doute--et
-laissa choir quelques bombes. Un tir violent l'accueillit, si bien réglé
-qu'on crut un moment l'avoir descendu et qu'il fut contraint de prendre
-la fuite.
-
-Une émotion plus forte, une émotion indicible, était réservée aux deux
-représentants du gouvernement à l'extrême étape de leur randonnée, à
-Belfort, la fière cité où l'ombre de Denfert-Rochereau semble exciter et
-soutenir encore les dignes héritiers de sa magnanimité.
-
-De la citadelle dominant la plaine, le gouverneur montrait à ses hôtes la
-frontière ancienne, maintenant débordée, effacée par la bravoure de nos
-soldats, la terre d'Alsace, hier encore «annexée». Alors, un violent, un
-impérieux désir les anima, irrésistible: aller là, être les premiers,
-après les vainqueurs, à fouler ce sol reconquis, si longtemps et si
-ardemment convoité. On déféra à leur vœu. Et bientôt, avec leurs guides,
-avec leur petite suite, ils étaient à «Alt Münsterol» redevenu
-Montreux-Vieux. Ces lieux me sont familiers depuis une enquête dont,
-autrefois, _L'Illustration_ me chargea par là. Je revois la petite gare,
-le passage à niveau, puis, tout proche, le poteau frontière de la route
-qui, bariolé de noir et de blanc, semblait porter le deuil de la province
-violemment séparée de la patrie, si bien que, par une sorte de timide
-pudeur et de fierté, je ne voulus pas même l'atteindre. Plus heureux, les
-nouveaux pèlerins français purent éprouver la légitime et la troublante
-volupté de se grouper à son pied, de le toucher, de le caresser, pour
-mieux dire, de délecter leurs yeux à ses couleurs toutes fraîches... Car
-il est maintenant tricolore, comme le mât qui, sur la voie ferrée,
-indique encore l'ancienne limite entre la civilisation et la barbarie. De
-ce terme, leurs regards purent s'élancer, brillants d'un rêve radieux,
-sur la route bientôt libre qui s'enfonce vers l'Est, vers le Rhin. Et il
-faut espérer que, quelque jour prochain, dans un de ces frémissants
-discours qui soulèvent les foules, M. Aristide Briand dira quels
-sentiments à cette heure l'agitèrent, et quelle fierté gonfla sa
-poitrine, quel sain orgueil d'avoir été si prévoyant, si vigilant
-serviteur du pays, au jour où, à peu près seul contre l'opinion entière,
-il se fit le champion passionné du retour «aux trois ans».
-
- GUSTAVE BABIN.
-
-
-[Illustration:
-
- M. A. Briand. Général Joffre. M. A. Sarraut.]
-
-
-Un Christ brisé sur une tombe par un des projectiles qui ont atteint le cimetière de Reims.
-
-Le Christ du calvaire de Drouville (Meurthe-et-Moselle) scié par les soldats allemands et jeté bas.
-
-«GOTT MIT UNS»!... COMMENT ILS TRAITENT L'IMAGE DE CELUI QU'ILS
-INVOQUENT
-
-EN FRANCE.--Traces de leurs méfaits variés dans la salle
-d'honneur de la citadelle d'Arras: ils ont souillé les drapeaux, sali le
-buste de la République et couvert les tableaux noirs de dessins grossiers
-et d'inscriptions.
-
-EN BELGIQUE.--Comment ils se sont fait photographier dans
-l'auditoire de la cour de cassation au Palais de Justice de Bruxelles.
-_D'après «1914 illustré», revue hebdomadaire dont la publication à
-Bruxelles a été autorisée._
-
-LES INCONVENANCES DE LA SOLDATESQUE ALLEMANDE DANS LES MONUMENTS PUBLICS
-DES VILLES OCCUPÉES
-
-[Illustration: UNE HÉROÏQUE GALOPADE.--Section de mitrailleuses de
-dragons allant prendre position, sous les éclatements des shrapnels.
-
-_Dessin de GEORGES SCOTT._]
-
-[Illustration:
-
- _Dessin de LUCIEN JONAS._ L'INTRUS!]
-
-
-_Loger sous son toit l'envahisseur, le soudard grossier et
-ivrogne, toujours brutal même s'il n'est pas féroce, qui,
-lorsqu'il est repu, se vautre, sans quitter ses lourdes
-bottes, sans lâcher son mauser ni sa bouteille, sur le lit
-familial,--c'est le martyre des femmes françaises dans les
-départements envahis. Trop de foyers de notre pays et de la
-malheureuse Belgique ont subi cette souillure... Nulle image ne
-saurait, plus que la douloureuse et saisissante composition du
-peintre Jonas, exalter la patriotique fureur de nos combattants
-et les exciter à redoubler d'efforts pour libérer notre sol et
-pour le garder désormais inviolable._
-
-
-
-
-LA CHUTE D'ANVERS
-_Dessins de R. Caton Woodville et de H. W. Koekkoek, d'après les
-croquis de G. Lynch et de H. C. Seppings Wright._
-
-[Illustration:
-
-Un des combats qui ont précédé la chute d'Anvers: le fort de Bornhem (au
-centre) bombardé par l'artillerie allemande de gros calibre.
-Aux premiers plans, artillerie de campagne belge et infanterie dans les
-tranchées, défendant l'intervalle entre le fort et l'Escaut.]
-
-D'après des récits de témoins et des croquis, des artistes anglais ont
-reconstitué des épisodes de la lutte ardente qui a précédé la chute
-d'Anvers.
-
-C'est, d'une part, la suprême résistance du fort de Bornhem. Ce fort
-était du même type que tous ceux qui entouraient Anvers, pas très
-impressionnant à voir, sans doute, anodin d'aspect en temps de paix, mais
-redoutable dans le combat alors que ses tourelles cuirassées échangeaient
-leurs lourds obus avec les gros canons de siège allemands. Les lignes de
-tranchées se développaient tout autour, sous la protection de
-l'artillerie de campagne, dissimulée selon un artifice courant, sous des
-branchages qui rendent chaque pièce pareille à un gros buisson.
-
-Malheureusement, ces défenses ne pouvaient absolument pas préserver
-Anvers d'un sort fatal. Sa dernière nuit héroïque fut d'une sinistre
-beauté. Toutes les puissances destructrices semblaient liguées contre la
-cité illustre des Rubens, des Van Dyck, des Plautus, et le fameux siège
-de 1832 apparaît, auprès de ces horreurs, comme un simulacre, un tableau
-des grandes manœuvres. A l'horizon, la lueur rouge de l'incendie des
-réservoirs de pétrole, auxquels les Belges avaient mis le feu. Au ciel
-ardent, les mouvants faisceaux de lumière pâle des projecteurs
-électriques. Dans l'Escaut, de hautes colonnes d'eau soulevées par la
-chute des obus. Et, dominant ce spectacle de dévastation, la svelte tour
-de Notre-Dame, dressée comme un hautain défi aux pires sauvageries qu'ait
-vues l'histoire...
-
-Notre dernière gravure représente le duel d'artillerie qui précéda la
-reprise de Malines par les Allemands, avec un épisode assez curieux: la
-destruction, par un obus belge, de l'un des deux ballons d'où les
-Allemands observaient et dirigeaient le combat, et qu'on voit, à gauche,
-retourné comme un gros hanneton qui se serait brûlé les ailes sur la
-lampe.
-
-
-[Illustration: Mortiers belges (à gauche) répondant, par-dessus la ville
-de Malines, au tir de la grosse artillerie allemande.
-
-Au loin, à gauche, ballons captifs allemands: au premier plan,
-ambulancière de la Croix-Rouge relevant les blessés pour les emmener en
-automobiles.]
-
-Aux premiers plan, artillerie de campagne belge et infanterie dans les
-tranchées, défendant l'intervalle entre le fort et l'Escaut.]
-
-[Illustration:
-La nuit terrible d'Anvers, sous les obus et dans les flammes de
-l'incendie.]
-
-
-
-
-AUTRE VISION DU FRONT DE BATAILLE
-
-(_Suite et fin._)
-
-
-Marchant sur ce sol criblé, où la tourmente de mitraille a laissé à peine
-une touffe d'herbe çà et là, un peu de mousse, une pauvre fleur,
-j'atteins d'abord une ligne de défense que l'on prépare, qui sera la
-seconde, pour le cas improbable où la première, plus en avant, viendrait
-à céder. Nos soldats, transformés en terrassiers, y travaillent, la pelle
-et la pioche en main, tous décidés et joyeux, s'empressant de la finir,
-et elle sera terrible, entourée des pires embûches. Ce sont les
-Allemands, je le veux bien, qui ont imaginé, dans leurs cervelles
-prudentes et mauvaises, tout ce système de galeries et de pièges; mais,
-comme nous sommes plus fins qu'eux et d'esprit plus prompt, en peu de
-jours nous les avons égalés, sinon dépassés.
-
-Un kilomètre plus loin, voici la première ligne. Elle est pleine de
-monde, cette tranchée qui arrêtera le choc des barbares; elle est nuit et
-jour prête à se hérisser de fusils. Et ceux qui vivent là, terrés à peine
-pour le moment, savent que d'une minute à l'autre les obus recommenceront
-leur arrosage quotidien, enlevant les têtes qui se risqueraient dehors,
-crevant les poitrines ou déchiquetant les entrailles. Ils savent aussi
-qu'à n'importe quelle heure imprévue, au pâle soleil ou dans l'obscurité
-du milieu de la nuit, il y aura contre eux des ruées de ces barbares,
-dont la forêt d'en face est encore pleine; ils savent comment ils
-arriveront en courant, avec des cris pour essayer de faire peur, se
-tenant tous par le bras en une seule masse enragée, et comment, avant de
-s'empêtrer pour la mort dans nos fils de fer barbelés, ils trouveront
-moyen, comme chaque fois, de faire beaucoup de mal. Ils savent, car ils
-ont déjà vu tout cela, mais quand même ils sourient avec une dignité
-grave. Depuis bientôt huit jours ils sont dans cette tranchée, attendant
-la relève qui va venir, et ils ne se plaignent de rien: «On est bien
-nourri, disent-ils, on mange à sa faim. Tant qu'il ne pleut pas, on se
-tient chaud la nuit, dans nos trous de renard, avec une bonne couverture.
-Mais, des vêtements de dessous en laine pour l'hiver, nous n'en avons
-encore pas tous, et il nous en faudra bientôt. Quand vous rentrerez à
-Paris, mon colonel, vous pourriez peut-être rappeler ça au gouvernement
-et à toutes ces dames qui travaillent pour nous.»
-
-(_Mon colonel_, c'est le seul titre que les soldats connaissent pour les
-officiers à cinq galons. Pendant la dernière expédition de Chine, j'avais
-déjà été _mon colonel_, mais je ne m'attendais pas à le redevenir un
-jour, hélas! pour une guerre sur le sol de France!)
-
-Ceux qui causent avec moi, au bord ou du fond de cette tranchée,
-appartiennent aux plus diverses classes sociales; les uns furent des
-élégants et des oisifs, les autres des ouvriers, des laboureurs; il y en
-a même, avec le képi trop sur l'oreille et l'accent de barrière, dont il
-vaudrait mieux sans doute ne pas sonder le passé, et qui sont devenus ici
-quand même, non seulement des garçons braves, mais des braves garçons.
-Cette guerre, en même temps qu'elle aura supprimé nos distances, nous
-aura tous purifiés et grandis: les Allemands, sans le vouloir, nous
-auront fait au moins ce bien-là, qui certes en vaut la peine. Et puis nos
-soldats savent tous aujourd'hui pourquoi ils se battent, et c'est leur
-suprême force; l'indignation les stimulera jusqu'à leur dernier souffle:
-«Quand on a vu, me disent deux jeunes paysans de Bretagne, quand on a vu
-de ses yeux ce que font ces brutes-là dans les villages où ils passent,
-c'est tout naturel, n'est-ce pas, de donner sa vie pour tâcher qu'ils ne
-viennent en faire autant chez nous.» Et la canonnade accompagne d'une
-basse incessante et profonde cette déclaration naïve...
-
-[Illustration]
-
-Or, il en est ainsi d'un bout à l'autre de la ligne sans fin; partout
-même décision et même courage. Ici ou là, causer avec eux est aussi
-réconfortant et commande une admiration égale.
-
-Mais c'est étrange de se dire qu'à notre vingtième siècle, pour nous
-garer de la sauvagerie et de l'horreur, il nous a fallu établir, de l'Est
-à l'Ouest de notre cher pays, de pareilles tranchées, des doubles, des
-triples, courant ininterrompues sur des centaines de kilomètres, comme
-une sorte de muraille de Chine cent fois plus redoutable que la vraie qui
-gardait des Mongols, une muraille qui serpente, presque souterraine, en
-tapinois, et que garnit toute une héroïque jeunesse française sans cesse
-en alerte et sans cesse ensanglantée...
-
-Le crépuscule ce soir, sous le ciel épais, se traîne tristement et n'en
-finit plus; il me semble qu'il est déjà commencé depuis deux heures, et
-cependant on y voit encore. Devant nous se distingue toujours, ou se
-devine, le déploiement à perte de vue de deux plans de forêt, dont le
-plus lointain n'a presque plus de contours dans les ténèbres. Le vent
-continue de se refroidir. Et le cœur se serre dans l'impression plus
-poignante encore d'une replongée, sans abri et sans recours, au fond des
-primitives barbaries.
-
---«Mon colonel, voici l'heure où, depuis une semaine, nous avons tous les
-soirs notre petit arrosage d'obus; si vous avez le temps de rester un
-peu, vous verrez comme ils tirent vite et presque au hasard.»
-
-Le temps, non, je ne l'ai guère, et puis l'occasion m'a déjà été donnée
-ailleurs de voir «comme ils tirent vite et presque au hasard». On dirait
-quelquefois un feu d'artifice pour parade, et c'est à croire qu'ils ont
-des projectiles à n'en savoir que faire. Cependant je resterai bien
-volontiers un moment de plus, pour revoir ça en leur compagnie.
-
-Ah!... En effet, voici en l'air une espèce de bruissement de vol de
-perdrix,--des perdrix qui passeraient très vite, avec des ailes en métal.
-Cela nous change de la canonnade sourde de tout à l'heure, et c'est dans
-notre direction que cela commence à venir. Mais c'est beaucoup trop haut
-et surtout beaucoup trop à gauche. Tellement trop à gauche que ce n'est
-pas nous qu'ils visent cette fois, certainement; il faudrait qu'ils
-fussent par trop bêtes... Tout de même nous cessons de causer, l'oreille
-aux aguets... Une dizaine d'obus, et puis plus rien.
-
---«C'est fini, me disent-ils alors. Maintenant leur heure est passée. Et
-c'était pour les camarades là-bas. Vous n'avez pas de chance, mon
-colonel; voilà bien la première fois que ce n'est pas nous qui écopons...
-Et puis, on dirait qu'ils sont fatigués, ce soir, les Boches.»
-
-Il fait nuit et je devrais déjà être loin. D'ailleurs ils vont se coucher
-tous, ne pouvant pas, bien entendu, risquer d'allumer des lumières; des
-cigarettes tout au plus. Je serre beaucoup de mains à la file et je les
-quitte, les pauvres enfants de France, dans leur dortoir qui tout à coup,
-avec le silence et l'obscurité, est devenu funèbre comme une longue fosse
-commune au cimetière.
-
- PIERRE LOTI.
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-
-
-
-LE BOMBARDEMENT DE PAPEETE
-
-
-Tahiti, chère au cœur de Pierre Loti, Tahiti la patrie de la petite
-Rarahu, a connu, elle aussi, les horreurs de la grande guerre. «Le 22
-septembre, à 6 h. 45 du matin, nous écrit notre correspondant. M. L.
-Gauthier, deux croiseurs allemands, les deux plus fortes unités de la
-division de Chine (le _Scharnhorst_ et le _Gneisenau_, sans doute), se
-présentèrent devant Papeete. Au coup de canon à blanc tiré par une
-batterie de la côte, ils hissèrent leur pavillon, s'approchèrent de la
-passe et envoyèrent leur premier obus. Le commandant de la marine à
-Tahiti donna aussitôt l'ordre de détruire les balises et amers de la côte
-et de mettre le feu aux approvisionnements de charbon. Un bombardement en
-règle du port commença aussitôt. La petite canonnière la _Zélée_, bien
-inapte à se défendre, paya cher les quelques prises quelle avait pu faire
-au début de la guerre. La ville fut fort éprouvée aussi. Elle ne reçut
-pas moins de deux cents obus en quatre heures de temps, à peu près. Dix
-incendies éclatèrent sur divers points. A la fin de cette canonnade
-terrible, les décombres de ses murailles légères, de ses toitures de tôle
-ondulée, jonchaient le sol de toutes parts. On s'attendait à un
-débarquement de marins allemands, et tous les hommes valides de la
-colonie, mobilisés dès le début de la guerre et bien exercés,
-s'apprêtaient déjà à résister jusqu'au bout. Ils n'eurent pas l'occasion
-de combattre: leur brutale besogne achevée, les deux croiseurs reprirent
-le large.
-
-[Illustration: Les effets du bombardement de Papeete, capitale de Tahiti,
-par deux croiseurs allemands.
-
-_Phot. L. Gauthier._]
-
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-
-
-LES TRANCHÉES ALLEMANDES
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-
-L'histoire de la guerre de 1914 démontrera combien les Allemands ont
-profité des leçons des plus récents conflits. La guerre du Transvaal, la
-guerre russo-japonaise et les guerres balkaniques ont été minutieusement
-étudiées par eux et toute leur préparation, toutes leurs méthodes de
-combat, toutes leurs ruses de guerre sont inspirées des enseignements
-qu'ils en ont retirés.
-
-C'est tout particulièrement en matière de tranchées que nos ennemis ont
-beaucoup vu, beaucoup appris et beaucoup retenu.
-
-Nous nous étions cantonnés depuis 1870 dans les trois types de tranchées
-réglementaires: tranchée pour tireur assis, tranchée pour tireur à
-genoux, tranchée pour tireur debout. A l'instruction, on a appris à
-l'homme à se protéger momentanément, durant les bonds classiques du
-combat tel qu'on le prévoyait, en creusant un peu le sol et en se
-couchant derrière une toute petite levée de terre. Le soldat devait, en
-outre, s'abriter des coups de l'adversaire en dressant son sac devant
-lui.
-
-D'où _protection insuffisante_ et _visibilité extrêmement dangereuse_,
-puisque l'ennemi n'a plus qu'à compter les sacs pour connaître l'effectif
-qui lui fait face.
-
-Pour assurer le creusement de ces abris, la compagnie française disposait
-de 80 pioches et 80 pelles-bêches, soit 160 outils pour 250 hommes. Ces
-outils sont fixés sur le sac, d'où manœuvre assez longue pour disposer
-de l'outil.
-
-Les Allemands ont adopté des méthodes de tranchées défensives et
-offensives toutes différentes. Chaque homme a un outil et l'outil est
-adapté à l'étui du sabre-baïonnette.
-
-Dès qu'il y a lieu de combattre, _la ligne se cache_, et, dès qu'elle
-combat, _cette ligne prévoit la retraite_. Elle prépare, à cet effet, de
-fortes positions qui assureront _le ralliement_, _la défensive à
-outrance_, puis _la contre-attaque_.
-
-Et c'est en vertu de ces principes très substantiels que tous les fronts
-de combat sont organisés suivant un ordre qui varie très peu.
-
-Ces fronts présentent généralement une, deux ou trois lignes de
-tranchées-abris de 0 m. 50 à 0 m. 60 de largeur, parallèles, de longueur
-proportionnelle aux effectifs qui les occupent, reliées entre elles par
-des cheminements tracés en zigzag et reliées en dernier lieu à une ligne
-de tranchées fortifiées armées de mitrailleuses. Ces dernières tranchées
-renforcées sont à l'abri presque absolu des projectiles des fusils, des
-mitrailleuses et des canons.
-
-Les tranchées légères, dont les dimensions sont indiquées au croquis,
-sont absolument invisibles à 300 mètres, distance qui permet déjà un feu
-extrêmement meurtrier. On se rend compte que si l'ennemi dispose de trois
-lignes successives et d'une ligne de retranchements fortifiés, c'est au
-minimum sur un parcours de 600 mètres que la ligne assaillante est
-susceptible d'être décimée par un feu d'infanterie déclenché à 300 mètres
-et par le feu des mitrailleuses placées dans les retranchements
-fortifiés, feu extrêmement rapide et lançant avec une précision absolue
-de 300 à 600 balles à la minute et par pièce sur la ligne qui avance.
-
-Le soldat, dans la tranchée de campagne, jouit d'une sécurité beaucoup
-plus grande que le fantassin couché à plat ventre, derrière son sac, dans
-une excavation offrant à peine 0 m. 40 de dénivellation. En se baissant
-un peu, il disparaît au-dessous du niveau du sol et se trouve garanti
-d'une façon absolue du feu de l'infanterie; de plus, il permet à ses
-mitrailleuses de tirer sans danger pour lui. Ce même mouvement l'amenant
-à faire le gros dos, c'est son sac qui se trouve placé dans le sens
-horizontal, et ce sac constitue alors avec le casque une protection
-relative contre les shrapnells et les éclats d'obus.
-
-Derrière la tranchée allemande, des trous sont creusés pour le chef de
-l'unité et les sous-officiers. Le trou du chef de l'unité est relié avec
-le cheminement. Ceux des sous-officiers ne le sont pas.
-
-Si l'on ajoute que le talus ou plutôt le déversement des déblais de la
-tranchée occupe une largeur de 4 à 5 mètres et qu'il est soigneusement
-gazonné ou replanté avec les cultures environnantes, on concevra que
-cette très légère dénivellation ne laisse visible qu'à très courte
-distance la «saignée» de terre où se trouve _dissimulée_ et _à l'abri_ la
-ligne allemande.
-
-Quant aux tranchées fortifiées, nos dessins en montrent nettement la
-conception et le dispositif. Elles sont à l'abri des balles et des
-shrapnells. Seuls les obus percutants ont le pouvoir de les pulvériser
-et de décimer leurs défenseurs. Les détails à l'intérieur
-varient à l'infini, suivant l'ingéniosité des occupants,
-la tranquillité relative dont ils jouissent et
-aussi la nature du sol.
-
-[Illustration: Le même dispositif vu par l'assaillant: les lignes de
-tranchées se confondent avec le paysage.]
-
-[Illustration: Les tranchées renforcées; détails du couvert, des créneaux
-et de l'excavation et de décimer leurs défenseurs. Les détails à
-l'intérieur varient à l'infini, suivant l'ingéniosité des occupants, la
-tranquillité relative dont ils jouissent et aussi la nature du sol.]
-
-[Illustration: Dispositif de tranchées allemandes.]
-
-[Illustration: Vue perspective d'un dispositif de tranchées allemandes
-conforme aux croquis ci-contre.]
-
-[Illustration: (Sur le croquis perspectif les chambres de repos de la
-1re ligne ne sont pas encore couvertes. Coupe suivant A B d'une chambre
-de repos.]
-
-[Illustration]
-
-C'est ainsi que les trois dernières figures de cette page montrent un
-dispositif tout différent où les tranchées sont composées de fossés pour
-quatre tireurs chacun, profonds de 1 m. 50, larges de 0 m. 80 environ,
-communiquant avec des chambres de repos disposées entre eux et en
-arrière. Des cheminements couverts, ici encore, relient les chambres de
-la première ligne à celles de la seconde. Tout le système, les chambres
-de repos surtout, est installé de façon à procurer aux hommes le maximum
-de confort et de sécurité: des volets, des portes arrachés aux maisons
-les abritent, ou encore des branchages recouverts de terre.
-
-Dès le début de la guerre, en Lorraine, et il faut bien le dire, après
-quelques dures expériences, nos troupiers ont rapidement compris les
-avantages des tranchées allemandes, ce qui prouve en passant que pour les
-étudier ils les avaient conquises. Tout aussitôt, les officiers, les
-sous-officiers et les soldats du génie furent détachés dans toutes les
-unités pour enseigner à nos fantassins la façon de construire ces abris.
-L'éducation fut rapide, et très vite aussi on parvint à compléter
-l'outillage nécessaire, indispensable à là protection commune. Les outils
-des disparus, les pioches et les bêches abandonnées dans les villages,
-les outils de parc même furent arrimés sur les sacs par ceux qui
-geignaient autrefois sous le poids de la petite pelle-bêche
-réglementaire.
-
-Dès la première accalmie du feu, dès la nuit tombée, les «trous» furent
-entrepris. Quelquefois dans le silence de la nuit, à moins de 500 mètres
-les uns des autres, les soldats des deux partis entendaient mutuellement
-les coups de pioche, les jets de pelle, les paroles d'encouragement des
-chefs, et ils s'accordaient tacitement l'armistice nécessaire pour le
-creusement du fossé protecteur d'où ils jailliraient en trombe dès le
-jour revenu.
-
-DEUX AVIATEURS BLESSÉS AU-DESSUS DES LIGNES ALLEMANDES
-
-Ayant le talon traversé par une balle, tandis que l'officier observateur
-était lui-même blessé au pied, le pilote Verrier réussit cependant à
-ramener son appareil et son passager dans les lignes françaises.
-
-[Illustration:
-
- Le pilote Pierre Verrier. Le lieutenant observateur A. Viot.
-
-Les deux aviateurs soignés à Amiens.]
-
-[Illustration: La planchette porte-cartes des deux aviateurs, traversée
-par une balle allemande à l'endroit précis qu'ils survolaient:
-Courcelette.]
-
-[Illustration: LE RAVITAILLEMENT DE NOS ARMÉES.--Une boulangerie de
-campagne.]
-
-[Illustration: «L'Angleterre compte qu'aujourd'hui chacun fera son
-devoir.» (_Paroles de l'amiral Nelson, à Trafalgar._)]
-
-[Illustration: «Nous combattons pour un noble but et nous ne déposerons
-pas les armes jusqu'à ce que ce but soit atteint.» (_Paroles du Roi._)]
-
-
-LE 109e ANNIVERSAIRE DE TRAFALGAR A LONDRES: DEUX INSCRIPTIONS A LA BASE
-DU MONUMENT DE NELSON
-
-
-
-
-LA TREIZIÈME SEMAINE DE GUERRE
-
-[3 Illustrations:
-
-Train blindé de l'armée belge, armé de canons, dont un contre les
-aéroplanes et les dirigeables, et percé d'embrasures pour les fusils.]
-
-Voici plus de quinze jours que se poursuit entre la mer du Nord et les
-bords de la Scarpe, près d'Arras, la plus violente bataille de cette
-terrible et sanglante campagne. Peut-être durera-t-elle une semaine
-encore, tant les Allemands mettent d'acharnement à tenter la rupture de
-nos lignes, afin de faire une trouée grâce à laquelle ils pourraient
-réaliser leur rêve: assiéger Dunkerque et Calais.
-
-Dans ce but, ils procèdent plus que jamais à la ruée par des masses
-énormes, se renouvelant à mesure que le fusil et l'obus renversent les
-rangs qui accourent comme les flots sur la plage. Le littoral de la mer
-du Nord, les dunes, les rives de l'Yser, les villes de Nieuport, Dixmude
-et Roulers offrent le terrifiant spectacle de milliers et de milliers de
-cadavres, sans que tant de vies sacrifiées en vain aient brisé la volonté
-des chefs qui espèrent, à force de violence, enfoncer sur quelque point
-la vivante muraille offerte par les armées des alliés.
-
-La grande bataille commença vers le 13 par le balayage du territoire
-français au Nord de la Lys. La cavalerie allemande qui l'avait envahi fut
-rejetée sur la rive droite de la rivière. Nous avons dit, la semaine
-dernière, comment, jusqu'au 20, se succédèrent les événements.
-
-Ce jour-là et le 22 furent marqués par des rencontres très violentes sur
-tout le front, sans que nous ayons fléchi. Le 23, seulement, les alliés
-perdaient un peu de terrain au Nord de Dixmude et autour de la Bassée;
-partout ailleurs nous progressions, surtout sur la côte et entre Ypres et
-Roulers. L'Yser ne pouvait être forcé par les Allemands qui, le 24,
-cependant, réussissaient le passage sur un point. Le 25, tentative
-générale jusqu'à la Somme, par des attaques de nuit que les alliés
-repoussaient. Le 26, effort non moins violent de Nieuport à Lens. En même
-temps, aux mêmes heures, en Picardie, en Champagne, en Argonne, sur la
-Meuse, en Woëvre, les divers corps allemands, obéissant à un évident mot
-d'ordre, essayaient de reprendre l'offensive. Sur tous les points cette
-attaque a échoué.
-
-Le communiqué du 28 signalait une sorte d'apaisement dans tes attaques
-allemandes au Nord, par contre sur les points où nous avions l'offensive
-nos progrès continuaient.
-
-Voyons maintenant, sur chaque partie du front, comment les événements de
-cette tragique semaine se sont déroulés.
-
-
-
-
-EN BELGIQUE
-
-C'est dans la Flandre belge que la bataille a pris le pins d'ampleur, la
-défense de l'étroit chenal de l'Yser canalisé, la lutte sur la chaussée
-d'Ostende à Nieuport, au pied de la dune littorale, eurent un caractère
-effroyable. La flotte anglaise et quelques petits navires français ont
-participé à la lutte en écrasant de leurs feux les Allemands parvenus
-dans les stations balnéaires, si coquettes hier encore, qui se succèdent
-d'Ostende à la frontière française. Middelkerke, Westende, Lambaertzyde,
-Nieuport-Bains, furent le théâtre de rencontres violentes entre l'armée
-belge et les Allemands, dont les masses offraient une cible aux canons de
-marine, grâce aux reconnaissances par les ballons captifs et les
-hydravions des Anglais. Les plages furent couvertes de cadavres. C'est à
-partir du 22 et du 23 surtout que cette coopération de la flotte
-s'affirma.
-
-Le 19, lutte sur tout le cours de l'Yser et le canal d'Ypres; le 20,
-violentes rencontres de Nieuport à Dixmude et d'Ypres à Menin; le 21, le
-choc s'étend jusqu'à Warnêton et se poursuit le 22 avec la même violence;
-le 23, les Belges sont ramenés du Nord de Dixmude sur la ville, mais les
-Anglo-Français refoulent l'ennemi au Nord-Est d'Ypres et commencent à se
-diriger vers Roulers, qu'ils devaient atteindre, perdre et reprendre. Sur
-la côte, la flotte écrase les Allemands; des monitors de rivière embossés
-dans l'Yser maritime participent à la bataille. Le 24, a lieu la
-traversée de l'Yser par l'ennemi en un lieu non précisé entre Nieuport et
-Dixmude, succès suivi d'une destruction partielle des Allemands par les
-Anglais. Le 25, continuation de ces farouches assauts; Nieuport,
-bombardé, résiste vigoureusement. Sur aucun point les lignes alliées ne
-sont forcées. Le 26 et le 27, mêmes infructueux efforts de la part des
-Allemands tandis que nous nous maintenons près de Roulers et avançons
-même. Et les Belges progressent au Sud de Dixmude.
-
-Le 28, l'acharnement de l'ennemi semblait s'apaiser sur ce front; par
-contre nous continuions à avancer au Nord et à l'Ouest d'Ypres.
-
-
-
-
-EN FLANDRE FRANÇAISE ET ARTOIS
-
-Trois zones d'action: entre Armentières et Lille, autour de la Bassée,
-vers Lens et Arras. Les communiqués ont été très sobres de détails sur
-les événements de ce côté.
-
-Le 20, les Allemands tenaient les avancés de Lille; le 21, nous
-approchions de la grande ville jusqu'à 6 kilomètres des remparts, à
-Radinghem; le 22, nouvelle avance; le 24, nos lignes vers Lille sont
-attaquées et l'ennemi est repoussé; depuis lors les attaques allemandes
-sont demeurées infructueuses.
-
-Sur la Bassée et Lens, plus vagues encore ont été les indications. Les
-Allemands y firent toute la semaine d'énormes efforts, avec des forces
-tellement supérieures que, le 25, on annonçait un recul à l'Ouest des
-deux villes; depuis lors les Allemands n'ont pu poursuivre ce succès;
-nous avons même réalisé de légers progrès. Pendant ce temps, on se
-battait toujours aux environs d'Arras; l'artillerie allemande, placée à
-grande distance, continuait la destruction méthodique de la vieille cité,
-mais nos troupes paraissaient contenir et repousser l'ennemi qui avait
-dirigé de violentes attaques au Nord de la ville, du 19 au 22; le 25, la
-surprise de nuit échouait comme dans les autres secteurs; le 26, on
-apprenait que nous étions à l'Est de la ville, c'est-à-dire, sans doute,
-dans la direction de Douai.
-
-Le 28, le communiqué signalait qu'au Sud-Ouest de la Bassée, vers
-Cambrin, petit chef-lieu de canton, l'ennemi avait reculé. Et
-l'état-major faisait connaître que les pertes des Allemands étaient
-énormes dans les Flandres.
-
-Au Sud d'Arras, aux confins de l'Artois et de la Picardie, les Allemands
-montraient moins d'activité, ils renouvelaient cependant, vers le 20,
-leurs tentatives pour percer nos lignes à hauteur d'Albert, mais ne
-réussissaient pas à nous entamer.
-
-[Illustration: Voies ferrées pr{ie}s. Routes pr{ies}. Canaux.
-Carte de la région où se poursuit une lutte acharnée à la frontière
-franco-belge, près de la mer du Nord et autour d'Arras.]
-
-
-
-
-
-DE LA SOMME A L'ARGONNE
-
-Sur toute cette ligne sinueuse partant de Bray-sur-Somme pour aboutir à
-la Meuse verdunoise, il y eut de nombreux et rudes combats qui se sont
-traduits, on en a l'intuition, par de sensibles progrès pour nous. Nous
-devons nous borner à marquer, d'après les communiqués, les principales
-phases de cet ensemble de rencontres.
-
-Vers la Somme, c'est, le 22, une attaque infructueuse des Allemands
-autour de Rosières-en-Santerre. Au Nord de l'Aisne, on constate des
-progrès lents, mais sérieux, sur le réseau des tranchées et des cavernes
-allemandes.
-
-L'artillerie joue un rôle important: le 22, nous détruisons par nos obus
-trois batteries ennemies. Pendant que nous remontons ainsi pas à pas dans
-la direction de Noyon et de Tergnier, une avance plus sensible se produit
-vers Craonne et la plaine champenoise, au Nord de l'Aisne, où il semble
-que nous approchons du camp de Sissonne.
-
-
-[Illustration: La princesse Xénie. Mlle Delaroche-Vernet, fille du
-consul de France, et le prince Pierre saluent la tombe.]
-
-[Illustration:
-LOIN DES CHAMPS DE BATAILLE DE FRANCE: LES FUNÉRAILLES D'UN SOLDAT
-FRANÇAIS AU MONTENEGRO
-
-Devant la tombe du premier soldat français tué par un obus
-autrichien, le capitaine monténégrin Yovitchevitch prononce
-une allocation funèbre _Photographies Jovanescovitch._]
-
-Près de la vallée de la Suippe, dans ce qu'on appelle la région de
-Souain, des attaques allemandes sont repoussées le 21. Depuis lors,
-silence sur cette zone. A la lisière de la forêt d'Argonne, nous montons
-vers le Nord en partant de Vienne-la-Ville. Les Allemands nous avaient
-attaqués, le 21, à l'Est de ce bourg, en pleine forêt d'Argonne; au Nord
-du hameau du Four-de-Paris, nous les avions rejetés dans les bois; les
-jours suivants, on se battait encore au sein de la forêt et, le 24, nos
-troupes, cernant un régiment dans le défilé de la Chalade,
-l'anéantissaient.
-
-La veille, au-dessus de Vienne-la Ville, nous avions enlevé brillamment
-le hameau de Melzicourt, près de Servon, d'où partent, à travers
-l'Argonne, deux chemins conduisant à Varennes.
-
-Le 19, la forte position de Vauquois, près de Varennes, où nous nous
-sommes retranchés face au bourg de Montfaucon fortifié par les Allemands,
-avait été attaquée; l'ennemi fut repoussé; de même autour de Malancourt.
-
-
-
-
-DE LA MEUSE A LA MOSELLE
-
-Saint-Mihiel continue à être le but de combats acharnés; les Allemands
-qui l'occupent sont de plus en plus pressés par nos troupes. Celles-ci
-sont parvenues à trois kilomètres à peine de la ville, dans la
-presqu'île du Camp des Romains et sur la route d'Apremont, au bois
-d'Ailly, non moins proche de Saint-Mihiel.
-
-Sur les Hauts de Meuse, nous avons eu raison de tous les assauts; la
-lutte d'artillerie y semble terrible; une attaque violente fut repoussée
-le 19; le 24, nos canons détruisaient trois batteries allemandes dont
-une de ces batteries lourdes qui ont une portée si considérable. Tout
-le long des Côtes, ce que l'on pourrait appeler la défense mobile du
-camp retranché de Verdun tient l'ennemi à distance des forts; elle l'a
-repoussé à Champlon et a gagné sur lui, au Nord de la place.
-
-Dans la plaine de Woëvre même, nous tenons une longue ligne depuis
-Apremont jusqu'à Pont-à-Mousson. Le 21 nous pénétrions dans le bois de
-Mort-Mare, au Nord de cette ligne; nous faisons un nouveau bond dans ces
-bois le 23 et, le même jour, débordions la forêt dite Bois-le-Prêtre, au
-Nord de Pont-à-Mousson. Nous paraissons progresser beaucoup sur cette
-rive gauche de la Moselle.
-
-Entre Nancy et la Seille nous reprenons nettement l'offensive.
-
-Aux dernières nouvelles, nous avions chassé les Allemands entre les
-forêts de Parroy, au Nord-Est de Lunéville, et de Bezange-la-Grande,
-entre cette ville et la Seille, et nous pénétrions en Lorraine annexée.
-
-
-
-
-LES OPÉRATIONS RUSSES
-
-L'extrême importance des combats dans les Flandres nous a obligé
-d'insister assez longuement sur cette partie des opérations, il nous
-reste peu de place pour les mouvements des armées russes. Ceux-ci, il
-est vrai, ont consisté uniquement, pendant la semaine, dans la
-poursuite des ennemis battus à Varsovie et Ivangorod. Ces deux
-batailles durèrent chacune sept jours, du 13 au 20, sans que les
-Allemands aient pu attaquer sérieusement les camps retranchés des deux
-villes et celui de Novo-Georgiewsk.
-
-Les Russes débouchant de ces trois places se sont portés hardiment vers
-l'Ouest. Au Nord de la rivière Piliza, leurs colonnes ont atteint
-l'ennemi autour des villes de Lowicz, Skernewitz et Rawa et l'ont rejeté
-à la baïonnette dans la direction de Lodz; il serait déjà à 130
-kilomètres de la Vistule. Au Sud de la Piliza, les Allemands résistent
-plus vigoureusement autour de Radom, grâce aux forêts dont le pays est
-couvert, mais les Russes ne les refoulent pas moins vers la Silésie. Au
-Sud, sur la rivière San, jusqu'à Przemysl, des combats acharnés ont lieu
-entre Russes et Autrichiens: le 22 à Jaroslaw, le 23 et les jours
-suivants à Sandomir, autour de Przemysl, et au Sud de Sambor. Les Lignes
-autrichiennes ont été rompues et l'offensive russe s'accentue; les
-Autrichiens paraissent faire un effort désespéré pour défendre la route
-de Cracovie.
-
- ARDOUIN DUMAZET.
-
-[Illustration: L'entrée en campagne des cosaques de l'Oural.]
-
-
-
-
-MORT DU SÉNATEUR ÉMILE REYMOND
-
-
-C'est avec une émotion particulière qu'on a appris la mort glorieuse
-devant l'ennemi du docteur Emile, membre du Sénat, qui comptait parmi
-nos meilleurs et nos plus anciens aviateurs. Le docteur Reymond avait
-réclamé l'honneur d'accomplir une reconnaissance importante, mais que
-rendait fort périlleuse l'obligation de voler assez bas; il partit sur
-un monoplan avec le brigadier aviateur Clamadieu. Quelques instants plus
-tard, ce dernier était tué, le docteur Reymond dangereusement blessé, et
-l'appareil tombait doucement entre les deux camps. Les Allemands
-occupaient une position, dominant la Woëvre, devant laquelle ils nous
-tenaient en échec depuis plusieurs jours. Dans leur joie d'avoir abattu
-l'appareil, ils se précipitent hors de leurs tranchées pour s'emparer
-des aviateurs qu'ils peuvent supposer encore vivants; nos soldats
-s'élancent aussitôt, et, après un corps à corps d'une violence
-effroyable, ils réussissent, non seulement à dégager leurs deux
-camarades, mais encore à refouler l'adversaire à 3 kilomètres et à
-garder la position que les aviateurs avaient été chargés de reconnaître.
-Le docteur Reymond fut transporté à l'hôpital de Toul où il expira deux
-heures après avoir reçu la visite des deux ministres en tournée sur le
-front, MM. Briand et Sarraut. Jusqu'au dernier moment, il conserva une
-lucidité parfaite, et, avec un sang-froid magnifique, il indiqua, sans
-omettre un détail, le résultat de ses observations.
-
-Né à Tarbes en 1865, M. Emile Reymond fit ses études de médecine à Paris.
-Elève, puis collaborateur du professeur Terrier, il acquiert rapidement
-une grande renommée comme chirurgien. A la mort de son père, survenue en
-1905, il est élu sénateur de la Loire.
-
-[Illustration: Le sénateur Émile Reymond, aviateur volontaire, mort
-glorieusement dans la Woëvre.]
-
-Dès le début de l'aviation, il est des premiers à entrevoir l'importance
-du rôle militaire qu'elle est appelée à jouer, et il devient le
-protecteur officiel de tous ceux qui travaillent à son développement.
-Bientôt il se passionne lui-même pour le nouveau sport; il passe son
-brevet de pilote en 1910. Ses randonnées audacieuses ne tardent pas à lui
-donner dans le monde parlementaire une autorité exceptionnelle et un
-prestige original dont il ne tire d'ailleurs aucune vanité. La campagne
-électorale de 1912, qu'il s'amuse à faire en aéroplane, achève de rendre
-son nom populaire, et, placé à la tête du Comité national d'aviation
-militaire, il se voue désormais tout entier à l'organisation de la
-quatrième arme.
-
-Appartenant au service de santé comme médecin major de 1re classe, le
-docteur Reymond demanda et obtint, à la déclaration de guerre, son
-affectation au corps d'aviateurs et il partit dans une escadrille de
-l'armée de l'Est où il rendit de grands services. Quelques jours avant sa
-mort, il était cité à l'ordre du jour de l'armée.
-
-M. Emile Reymond a donné sa vie au pays comme tant d'autres héros
-obscurs; il avait peut-être encore mieux servi la France avant la guerre,
-car c'est à son énergie et à son dévouement que nous devons en grande
-partie d'avoir possédé, dès les premiers jours du conflit, l'armée
-aérienne qui, dans une large mesure, aura préparé la victoire.
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3739, 31 October
-1914, by Various
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 31 OCT 1914 ***
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-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
-locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation's web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
-
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
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-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
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-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
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-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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